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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12782 ***
+
+OEUVRES
+
+DE
+
+NAPOLÉON BONAPARTE.
+
+TOME DEUXIÈME.
+
+MDCCCXXI.
+
+
+
+PREMIÈRE CAMPAGNE D'ITALIE.
+
+(Suite).
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 15 fructidor an 5 (1er septembre
+1797.)
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Les nouveaux entrepreneurs des hôpitaux, depuis trois mois qu'ils
+doivent prendre leur service, ne sont pas encore arrivés: ce retard a
+tellement bouleversé ce service, malgré le soin qu'on y a apporté, que
+les malades s'en ressentent, et que le nombre des morts aux hôpitaux
+s'en accroîtra considérablement.
+
+L'équipage d'artillerie a été formé avec beaucoup de peine et de
+soins; il est notre seul espoir si nous entrons en campagne, et est,
+aujourd'hui, fort de six mille chevaux. Il n'a pas coûté un sou à
+l'entreprise Cerfbeer; au contraire, il doit lui en être revenu des pots
+de vin de la part de ses agens en Italie: nous avons tout acheté avec
+l'argent de la république.
+
+Voilà déjà quinze jours que l'entreprise Cerfbeer a cessé, et
+qu'aucune autre ne la remplace. L'équipage d'artillerie périt déjà si
+sensiblement, que nous avons pensé, l'ordonnateur et moi, devoir prendre
+des mesures promptes pour que ce service n'éprouvât aucun choc, et que
+les hommes qui en ont l'inspection dans ce moment-ci puissent nous en
+répondre.
+
+L'ordonnateur en chef a passé, en conséquence, le marché que je vous
+envoie, je vous prie de le ratifier: c'est le seul moyen pour que nos
+six mille chevaux ne soient pas gaspillés en peu de temps, et que se
+service, si essentiel maintenant, ne soit pas entièrement bouleversé.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre
+1797.)
+
+_Au directoire exécutif._
+
+J'ai l'honneur de vous communiquer la lettre que j'écris au ministre des
+finances, je vous prie d'en prendre lecture.
+
+Je désirerais même que vous la fissiez imprimer, afin que chacun connût
+quelle peut être la source de ces mille et un propos qui se répandent
+dans le public, et dont on trouve l'origine dans les impostures de la
+trésorerie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général de Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre
+1797).
+
+_Au citoyen Carnot._
+
+Le ministre de la guerre me demande des renseignemens sur les opérations
+que l'on pourrait entreprendre si la guerre recommençait. Je pense qu'il
+faudrait avoir sur le Rhin une armée de douze mille hommes de cavalerie
+et quatre-vingt mille hommes d'infanterie; avoir un corps faisant le
+siége de Manheim et masquant les quatre places fortes du Rhin; avoir en
+Italie quatre-vingt mille hommes d'infanterie et dix mille de cavalerie.
+
+La maison d'Autriche, prise entre ces deux feux, serait perdue.
+
+Elle ne peut pas nous nuire; car, avec une armée de quatre-vingt
+mille hommes on peut toujours avoir soixante mille hommes en ligne de
+bataille, et vingt mille en deçà en détachemens, pour se maintenir et
+rester maîtres de ses derrières.
+
+Or, soixante-dix mille hommes en battent quatre-vingt-dix mille sans
+difficulté, à chance égale de bonheur.
+
+Mais il faudrait que l'armée d'Italie eût quatre-vingt mille hommes
+d'infanterie.
+
+Il y a aujourd'hui trente-cinq mille hommes à l'armée d'Italie présens
+sous les armes.
+
+Dans ce cas, l'armée d'Italie ne sera donc, pour entrer en Allemagne,
+que de soixante mille hommes d'infanterie; on aura huit mille
+Piémontais, deux mille Cisalpins; il lui faudrait encore dix mille
+Français.
+
+Quant à la cavalerie, elle a six mille deux cents hommes.
+
+Il lui faudrait encore trois mille hommes de cavalerie.
+
+Nous avons déjà eu deux conférences, que nous avons employées à nous
+entendre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre
+1797).
+
+_Au ministre des finances._
+
+J'ai reçu, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez envoyée par le
+dernier courrier.
+
+Je ne puis répondre que trois mots: tout ce qu'on vous a dit sur les
+principes qui avaient été posés pour la marche de la comptabilité des
+finances de l'armée d'Italie est faux. Il n'y a jamais eu à l'armée
+d'Italie, depuis qu'il n'y a plus de commissaire du gouvernement,
+qu'une seule caisse, qui est celle du payeur de l'armée; elle se divise
+naturellement en deux branches, en caisse recevante, que nous avons
+appelée _caisse centrale_, et qui est destinée à recevoir les
+contributions, et en _caisse dépensante_: celle-ci sert à payer les
+dépenses de l'armée.
+
+Tout ce que je lis, venant de la trésorerie, porte un caractère
+d'ineptie et de fausseté qui ne peut être expliqué que par la plus
+grande malveillance.
+
+La trésorerie dit que nous avons 33,000,000 en caisse: elle dit un
+mensonge, car l'ordonnateur a beaucoup de peine à faire son service, et
+l'on suffit difficilement au prêt.
+
+On estime le prêt de l'armée d'Italie à 1,400,000 fr. par mois, autre
+inexactitude: le prêt de l'armée monte à 3,000,000 par mois.
+
+On dit que l'armée d'Italie n'a envoyé qu'un million à l'armée du Rhin,
+autre fausseté; elle lui a envoyé un million l'année dernière, et un
+autre million cette année: il y a près de trois mois que ce dernier est
+arrivé.
+
+Si tous les autres calculs pour toutes les autres dépenses de l'état et
+les autres armées de la république sont faits avec la même bonne foi, je
+ne suis plus étonné que les comptes de la trésorerie soient en si grande
+dissonance avec la réalité.
+
+Au reste, citoyen ministre, je ne me mêle des finances de l'armée que
+pour ne pas souffrir qu'une trésorerie mal intentionnée vienne nous ôter
+la subsistance que le soldat s'est gagnée, et nous fasse périr de faim.
+
+Que la trésorerie assure la subsistance de l'armée, et alors nous nous
+embarrasserons fort peu de ce qu'elle fera.
+
+Mais, par l'emploi qu'elle a fait du million que j'avais envoyé pour
+les matelots de Toulon, qu'elle a retiré à Paris, quoique la paye des
+matelots se trouvât arriérée de trois mois, et par le million que
+j'avais envoyé à Brest, qu'elle a retenu à Paris, quoique les matelots
+de Brest se trouvassent sans prêt, je vois qu'elle se soucie fort peu
+du bien du soldat, pourvu qu'elle conclue des marchés comme ceux de la
+compagnie Flachat, par lesquels elle lui accorde 50,000 fr. pour le
+transport d'un million à Paris. Un million en espèces pèse à peu près
+dix milliers: cela ferait la charge de six voitures, qui, rendues en
+poste et en cinq jours à Paris, occasionneraient une dépense de trois
+à quatre cents louis; si vous ajoutez à cela la faculté de pouvoir
+le transporter en or et en lettres de change, il est facile de vous
+convaincre quelle est la friponnerie qui dirige toutes les opérations de
+la trésorerie.
+
+Je vous prie, citoyen ministre, de communiquer cette lettre aux
+commissaires de la trésorerie, et de les prier, lorsqu'ils auront des
+assertions à publier sur les finances de l'armée d'Italie, de vouloir
+bien être un peu mieux instruits, et de s'occuper franchement des
+besoins de l'état.
+
+L'armée d'Italie a procuré quarante ou cinquante millions à la
+république, indépendamment de l'équipement, de l'habillement, de
+la solde et de tout l'entretien d'une des premières armées de la
+république. Mais la postérité, en feuilletant l'histoire des siècles qui
+nous ont précédés, observera qu'il n'y a de cela aucun exemple. Qu'on
+ne s'imagine pas que cela ait pu se faire sans imposer des privations
+à l'armée d'Italie, elle en a souvent éprouvé; mais je savais que les
+autres armées, que notre marine, que le gouvernement avaient de plus
+grands besoins encore.
+
+L'escadre du contre-amiral Brueys arrive à Venise. J'avais envoyé un
+million à Toulon, la trésorerie s'en est emparée, et il nous faut
+aujourd'hui près de deux millions, pour pouvoir acquitter six mois de
+l'arriéré de la solde, fournir à l'approvisionnement de la flotte et à
+l'habillement et équipement des matelots et garnisons des vaisseaux.
+Sans doute que la trésorerie dénoncera encore le commissaire
+ordonnateur, parce qu'il pourvoira aux besoins de son escadre: je ne
+sache pas qu'on puisse pousser plus loin la malveillance, l'ineptie et
+l'impudence.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre
+1797).
+
+_Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie, aux citoyens de la
+huitième division militaire._
+
+Le directoire exécutif vous a mis sous mon commandement militaire.
+
+Je connais le patriotisme du peuple des départemens méridionaux; des
+hommes ennemis de la liberté ont en vain cherché à vous égarer.
+
+Je prends des mesures pour rendre à vos belles contrées le bonheur et la
+paix.
+
+Patriotes, républicains, rentrez dans vos foyers; malheur à la commune
+qui ne vous protégera pas! malheur aux corps constitués qui couvriraient
+de l'indulgence le crime et l'assassinat!
+
+Et vous, généraux, commandans de place, officiers, soldats, vous êtes
+dignes de vos frères d'armes d'Italie! protégez les républicains, et ne
+souffrez pas que des hommes couverts de crime, qui ont livré Toulon aux
+Anglais, qui nous ont obligés à un siége long, et pénible, qui ont en un
+seul jour incendié treize vaisseaux de guerre, rentrent et nous fassent
+la loi.
+
+Administrateurs, municipaux, juges de paix, descendez dans votre
+conscience: êtes-vous amis de la république, de la gloire nationale?
+êtes-vous dignes d'être les magistrats de la grande nation? Faites
+exécuter les lois avec exactitude, et sachez que vous serez responsables
+du sang versé sous vos yeux; nous serons vos bras, si vous êtes à la
+constitution et à la liberté; nous serons vos ennemis, si vous n'êtes
+que les agens de la cruelle réaction que soudoie l'or de l'étranger.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 20 fructidor an 5 (6 septembre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+L'escadre du contre-amiral Brueys est arrivée à Venise. Elle est nue et
+arriérée de quatre mois de paye: cela ne laisse pas de nous embarrasser
+beaucoup, puisqu'elle nous coûtera deux millions.
+
+L'Italie s'épuise: les sommes considérables qu'il faut chaque mois pour
+entretenir une armée nombreuse, et qui se nourrit déjà depuis deux ans
+dans cette contrée, ne donnent de l'inquiétude pour l'avenir.
+
+Le ministre des relations extérieures vous rendra compte que les
+négociations vont assez mal; cependant je ne doute pas que la cour de
+Vienne n'y pense à deux fois avant de s'exposer à une rupture, qui
+aurait pour elle des conséquences incalculables.
+
+Plus nous conférons avec les plénipotentiaires, et plus nous
+reconnaissons de la part de Thugut, qui a rédigé les instructions, une
+mauvaise foi qui n'est plus même dissimulée. Tout le manége d'Udine me
+paraît avoir pour but d'obtenir Palma-Nova, qui est aujourd'hui dans
+une position effrayante pour eux. Vous connaissez sa situation
+topographique: neuf bons bastions avec de bonnes demi-lunes bien
+revêtues, fortifications bien rasantes; armée de deux cents pièces de
+canon et approvisionnée pour huit mois à six mille hommes. Ce serait
+pour eux un siège du premier ordre à entreprendre; ils seraient obligés
+de faire venir leur artillerie de Vienne. Depuis quatre mois que nous
+possédons cette place, j'y ai fait travailler constamment avec la plus
+grande activité: les fossés en étaient comblés, et tout était dans
+le plus grand désordre. Cette place seule change la nature de notre
+position en Italie.
+
+Mais si l'on passe le mois d'octobre, il n'y a plus de possibilité
+d'attaquer l'Allemagne: il faut donc se décider promptement et
+rapidement. Si la campagne ne commence point dans les premiers jours
+d'octobre, vous ne devez pas compter que je puisse entrer en Allemagne
+avant la fin de mars.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 21 fructidor an 5 (7 septembre
+1797).
+
+_À MM. Vurtemberger et Schmidt, représentans de la confédération
+helvétique._
+
+Je ne reçois qu'aujourd'hui, messieurs, votre lettre, datée du 29 août.
+Je vous prie d'être persuadés du plaisir que j'aurais eu à pouvoir
+de nouveau vous témoigner de vive voix les sentimens que vous m'avez
+inspirés, et vous remercier moi-même de la sagesse avec laquelle vous
+avez, pendant votre gouvernement, contribué à la tranquillité de nos
+frontières.
+
+La nation que vous représentez a une réputation de sagesse, que l'on
+aime à voir confirmée par la conduite de ses représentans.
+
+Croyez que, en mon particulier, je regarderai toujours comme un des
+momens les plus heureux celui où il me sera possible de faire quelque
+chose qui puisse convaincre les treize cantons de l'estime et de la
+considération toute particulière que les Français ont pour eux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier général à Passeriano, le 24 fructidor an 5 (10 septembre
+1797).
+
+_À l'archevêque de Gênes._
+
+Je reçois dans l'instant, citoyen, votre pastorale du 5 septembre. J'ai
+cru entendre un des douze apôtres: c'est ainsi que parlait saint Paul.
+Que la religion est respectable quand elle a des ministres comme vous!
+Véritable apôtre de l'Evangile, vous inspirez le respect, vous obligez
+vos ennemis à vous estimer et a vous admirer; vous convertissez même
+l'incrédule.
+
+Pourquoi faut-il qu'une église qui a un chef comme vous ait de
+misérables subalternes, qui ne sont pas animés par l'esprit de charité
+et de paix? Leurs discours démentent l'Evangile. Jésus-Christ mourut
+plutôt que de confondre ses ennemis autrement que par la foi. Le prêtre
+réprouvé, au contraire, a l'oeil hagard; il prêche la révolte, le
+meurtre, le sang; il est payé par l'or du riche; il a vendu, comme
+Judas, le pauvre peuple. Purgez-en votre église, et faites tomber sur
+eux l'anathème et la malédiction du ciel.....
+
+La souveraineté du peuple, la liberté, c'est le code de l'Evangile.
+
+J'espère sous peu être à Gênes: mon plus grand plaisir sera de vous y
+voir. Un prélat comme Fénélon, l'archevêque de Milan, l'archevêque
+de Ravenne, rend la religion aimable en pratiquant toutes les vertus
+qu'elle enseigne; et c'est le plus beau présent que le ciel puisse faire
+à une grande ville et à un gouvernement. Croyez, je vous prie, aux
+sentimens, etc.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 25 fructidor an 5 (11 septembre
+1797).
+
+_Au gouvernement de Gênes._
+
+Le citoyen Ruggieri m'a communiqué les différentes proclamations qui
+contestent ce que vous avez fait dans les journées difficiles où vous
+vous êtes trouvé. Agissez avec force; faites désarmer les villages
+rebelles; faites arrêter les principaux coupables; faites remplacer
+les mauvais prêtres, ces lâches qui, au lieu de prêcher la morale de
+l'Evangile, prêchent la tyrannie. Chassez les curés, ces scélérats qui
+ont ameuté le peuple et armé le bon paysan contre sa propre cause; que
+l'archevêque vous fournisse des prêtres qui, comme lui, retracent les
+vertus des pères de l'Evangile.
+
+Achevez d'organiser promptement votre garde nationale, votre troupe de
+ligne, et, s'il en était besoin, faites connaître aux ennemis de la
+liberté que j'ai cent mille hommes pour rejoindre avec votre nombreuse
+garde nationale, et effacer jusqu'aux traces des ennemis de votre
+liberté.
+
+Désormais la liberté ne peut plus périr à Gênes: malheur à ceux qui ne
+se contenteraient pas du titre de simple citoyen, qui chercheraient à
+reprendre un pouvoir que leur tyrannie leur a fait perdre! le moment de
+leur exaltation deviendrait celui de leur perte.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
+1797).
+
+_Aux marins de l'escadre du contre-amiral Brueys._
+
+Camarades, les émigrés s'étaient emparés de la tribune nationale.
+
+Le directoire exécutif, les représentans restés fidèles à la patrie, les
+républicains de toutes les classes, les soldats, se sont ralliés autour
+de l'arbre de la liberté: ils ont invoqué les destins de la république,
+et les partisans de la tyrannie sont aux fers.
+
+Camarades, dès que nous aurons purifié le continent, nous nous réunirons
+à vous pour conquérir la liberté des mers: chacun de vous aura présent à
+sa pensée le spectacle horrible de Toulon en cendre, de notre arsenal,
+de treize vaisseaux de guerre en feu; et la victoire secondera nos
+efforts.
+
+Sans vous, nous ne pourrions porter la gloire du nom français que dans
+un petit coin du continent; avec vous, nous traverserons les mers, et la
+gloire nationale verra les régions les plus éloignées.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
+1797).
+
+_Proclamation à l'armée._
+
+Soldats,
+
+Nous allons célébrer le premier vendémiaire, l'époque la plus chère aux
+Français; elle sera un jour bien célèbre dans les annales du monde.
+
+C'est de ce jour que datent la fondation de la république,
+l'organisation de la grande nation; et la grande nation est appelée par
+le destin à étonner et consoler le monde.
+
+Soldats! éloignés de votre patrie, et triomphant de l'Europe, on vous
+préparait des chaînes; vous l'avez su, vous avez parlé: le peuple s'est
+réveillé, a fixé les traîtres, et déjà ils sont aux fers.
+
+Vous apprendrez, par la proclamation du directoire exécutif, ce que
+tramaient les ennemis particuliers du soldat, et spécialement des
+divisions de l'armée d'Italie.
+
+Cette préférence nous honore: la haine des traîtres, des tyrans et des
+esclaves sera dans l'histoire notre plus beau titre à la gloire et à
+l'immortalité.
+
+Rendons grâce au courage des premiers magistrats de la république,
+aux armées de Sambre-et-Meuse et de l'intérieur, aux patriotes, aux
+représentans restés fidèles au destin de la France; ils viennent de nous
+rendre, d'un seul coup, ce que nous avons fait depuis six ans pour la
+patrie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je vous envoie ma proclamation à l'armée, en lui faisant part de votre
+proclamation et des événemens qui sont arrivés le 18 à Paris.
+
+Je ne sais par quelle fatalité le ministre de la guerre ne m'a pas
+encore envoyé votre arrêté qui incorpore l'armée des Alpes dans l'armée
+d'Italie. Un de ces arrêtés, qui est du 4 fructidor, vient de m'arriver
+aujourd'hui, encore est-ce un envoi que vous m'avez fait des bureaux du
+directoire même.
+
+J'ai fait partir pour Lyon la quarante-cinquième demi-brigade de ligne,
+commandée par le général de brigade Bon, et une cinquantaine d'hommes
+à cheval: ces troupes se trouveront à peu près à Turin lorsque vous
+recevrez cette lettre.
+
+J'ai fait partir le général de brigade Lannes avec la vingtième
+d'infanterie légère, et la neuvième de ligne, pour Marseille: elle se
+trouvera, lorsque vous lirez cette lettre, à peu près à la hauteur de
+Gênes.
+
+J'ai envoyé dans les départemens du Midi la proclamation que je vous
+fais passer.
+
+Je vais également m'occuper de faire une proclamation pour les habitans
+de Lyon, dès que je saurai à peu près ce qui s'y sera passé; dès
+l'instant que j'apprendrai qu'il y a le moindre trouble, je m'y porterai
+avec rapidité.
+
+L'état-major a envoyé copie de votre arrêté au général Kellermann.
+Comptez que vous avez ici cent mille hommes qui, seuls, sauraient faire
+respecter les mesures que vous prendrez pour asseoir la liberté sur des
+bases solides.
+
+Qu'importe que nous remportions des victoires, si nous sommes honnis
+dans notre patrie? On peut dire de Paris ce que Cassius disait de Rome:
+Qu'importe qu'on l'appelle reine, lorsqu'elle est, sur les bords de la
+Seine, esclave de l'or de Pitt?
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Le général Clarke vous écrit en grand détail, citoyen ministre, pour
+vous faire connaître notre situation; vous trouverez également dans sa
+correspondance la copie des procès-verbaux; toutes ces négociations ne
+sont que des plaisanteries, les vraies négociations se feront à Paris.
+Si le gouvernement prend une bonne fois la stabilité qu'il doit avoir;
+si cette poignée d'hommes évidemment vendus à l'Angleterre, ou séduits
+par les cajoleries d'une bande d'esclaves, se trouve une fois dans
+l'impuissance et sans moyens d'agiter, vous aurez la paix, et telle que
+vous la voudrez, quarante-huit heures après.
+
+On se figurerait difficilement l'imbécillité et la mauvaise foi de la
+cour de Vienne. Dans ce moment-ci nos négociations sont suspendues,
+parce que les plénipotentiaires de S.M. ont envoyé un courrier à Vienne
+pour connaître l'_ultimatum_ de l'empereur.
+
+Le seul projet auquel nous avons paru donner quelque assentiment,
+dans le confidentiel, est celui-ci: les limites spécifiées dans nos
+observations sur l'article 4 des préliminaires, seraient pour nous
+Mayence, etc.
+
+Pour l'empereur, Venise et les limites de l'Adige. Corfou, etc., à nous.
+
+Le reste de l'Italie libre, à la Cisalpine.
+
+Nous donnerions Palma-Nova le même jour qu'ils nous donneraient Mayence.
+
+Je vous le répète, que la république ne soit pas chancelante; que cette
+nuée de journaux qui corrompent l'esprit public et font avoir de nous
+une très mauvaise opinion à l'étranger, soit étouffée; que le corps
+législatif soit pur et ne soit pas ambitieux; que l'on chasse hors de la
+France les émigrés, et que l'on ôte de toutes les administrations les
+partisans de la royauté, que solde l'or de l'Angleterre, et la grande
+nation aura la paix comme elle voudra. Tant que tout cela n'existera
+pas, ne comptez sur rien. Tous les étrangers nous menacent de l'opinion
+de la France: que l'on ait de l'énergie sans fanatisme, des principes
+sans démagogie, et de la sévérité sans cruauté; que l'on cesse d'être
+faible, tremblant; que l'on n'ait pas honte, pour ainsi dire, d'être
+républicain; que l'on balaye de la France cette horde d'esclaves
+conjurés contre nous, et le sort de l'Europe est décidé.
+
+Que le gouvernement, les ministres, les premiers agens de la république
+n'écoutent que la voix de la postérité.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
+1797).
+
+_Au citoyen Canclaux, ministre de la république à Naples._
+
+Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 13 fructidor: M. le marquis
+de Gallo m'a effectivement parlé du projet qu'avait S.M. le roi des
+Deux-Siciles, soit sur les îles du Levant, soit sur les nouvelles
+frontières du côté du pape.
+
+La république française saisira toutes les occasions de donner à S.M.
+le roi des Deux-Siciles une marque du désir qu'elle a de faire quelque
+chose qui lui soit agréable. M. le marquis de Gallo, qui a toujours été
+l'interprète des sentimens de la cour de Naples à la cour de Vienne,
+pour porter cette cour à une paix si nécessaire pour les deux états et
+si ardemment désirée par le gouvernement français, est plus propre que
+personne à suivre des négociations si intéressantes pour S. M. le roi
+des Deux-Siciles. Si, donc, les circonstances l'eussent permis, nous
+aurions déjà ouvert des négociations à cet effet; mais nous avons pensé
+que dans un moment où l'on traitait des négociations qui doivent servir
+à la France de base dans le système du midi de l'Europe, il était
+impossible de rien décider. J'espère cependant que, d'un moment à
+l'autre, les négociations d'Udine prendront un caractère plus décidé, et
+assurez S. M. le roi des Deux-Siciles que la république française fera
+tout ce qui dépendra d'elle pour répondre à ses désirs.
+
+Quant à moi, la cour de Naples connaît l'empressement que j'ai toujours
+eu de faire quelque chose qui pût lui être agréable.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le département du Liamone, en Corse, n'est pas content d'avoir pour chef
+d'escadron de la gendarmerie de ce département le citoyen Gentilli: je
+vous prie de confirmer la nomination du citoyen Caura, qui remplit déjà
+cette place; il a rendu des services essentiels dans la reprise de
+l'île, et joint à une parfaite connaissance des sentiers, des montagnes,
+un grand courage et un patriotisme éprouvé.
+
+Ce département se plaint aussi de ce qu'on a ôté les bons patriotes et
+anciens officiers qui remplissaient les places de lieutenans, pour y
+mettre trois cousins du citoyen Salicetti, dont l'un est un jeune homme
+qui n'a jamais servi.
+
+Il y a entre les deux départemens qui divisent la Corse une certaine
+rivalité, qu'il est d'une bonne politique de laisser subsister, et qui
+serait d'ailleurs extrêmement difficile à détruire.
+
+Le département du Liamone aime mieux avoir un Français du continent
+employé dans sa garde qu'un Corse du département du Golo. Vous sentez
+combien il est avantageux que ces deux extrémités de l'île s'attachent
+entièrement à la métropole. Je crois donc qu'il serait utile de nommer
+les citoyens Bonneli et Costa dans la gendarmerie du Liamone.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
+1797).
+
+_Au ministre de la marine._
+
+L'amiral Brueys est arrivé à Venise, comme j'ai eu l'honneur de vous
+écrire; je lui ai fait fournir l'habillement pour ses matelots et ses
+soldats, trois mois de vivres, et toute la solde arriérée: cela nous
+coûte deux millions, et met le prêt de l'armée en danger de manquer.
+Nous avions déjà envoyé un million à Toulon à cet effet.
+
+L'amiral Brueys ne tardera pas à partir prendre à Corfou une partie des
+vaisseaux vénitiens qu'il y a laissés, et à retourner à Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+J'ai eu l'honneur de vous prévenir, dans le temps, que j'avais fait
+prendre, à Livourne, trente mille fusils appartenant au roi d'Espagne:
+c'est avec ces fusils que nous avons fait toute la campagne.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
+1797).
+
+_À M. le marquis de Manfredini._
+
+Je reçois, monsieur le marquis, votre lettre du 11 septembre avec un
+extrait de la réponse de M. de Corsini. Vous attachez peut-être trop
+d'importance au dire de certains folliculaires aussi méprisables
+qu'universellement méprisés. Au reste, je crois que vous ferez très-bien
+d'engager M. Corsini à ne plus se mêler des intrigues de France: c'est
+un pays difficile à connaître, et les ministres étrangers ne doivent pas
+se mêler des affaires intérieures.
+
+J'ai été fâché de voir, dans les papiers qui sont tombés entre mes
+mains, que M. de Corsini voyait souvent M. Stuart et autres intrigans,
+gagnés par les guinées de l'Angleterre, et qui sont une source de
+dissensions et de désordres. Ici, les choses ne vont pas aussi bien
+qu'elles devraient aller: heureux les princes qui ont des ministres
+comme vous!
+
+Un jour, le protocole de nos séances sera publié, et vous serez
+étonné de l'impudence et de l'effronterie avec lesquelles on joue les
+intentions de l'empereur et peut-être la sûreté de sa couronne. Au
+reste, rien n'est encore désespéré. Croyez que, quels que soient les
+événemens, rien n'altérera l'estime et la considération que j'ai pour
+votre personne.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
+1797)
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Je vous envoie la lettre que j'écris au citoyen Canclaux, ministre à
+Naples, en réponse aux ouvertures qui lui ont été faites par M. Acton,
+et dont il vous aura sûrement rendu compte.
+
+La cour de Naples ne rêve plus qu'accroissement et grandeur; elle
+voudrait, d'un côté, Corfou, Zante, Céphalonie, etc.; de l'autre, la
+moitié des états du pape, et spécialement Ancône. Ces prétentions sont
+trop plaisantes: je crois qu'elle veut en échange nous céder l'île
+d'Elbe. Je pense que désormais la grande maxime de la république doit
+être de ne jamais abandonner Corfou, Zante, etc., nous devons, au
+contraire, nous y établir solidement. Nous y trouverons des ressources
+pour notre commerce, elles seront d'un grand intérêt pour nous et les
+événemens futurs de l'Europe.
+
+Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l'île de Malte? L'amiral Brueys
+pourrait très-bien mouiller là et s'en emparer: quatre cents chevaliers,
+et au plus un régiment de cinq cents hommes, sont la seule garde qu'ait
+la ville de la Valette. Les habitans, qui montent à plus de cent mille,
+sont très-portés pour nous, et fort dégoûtés de leurs chevaliers qui ne
+peuvent plus vivre et meurent de faim; je leur ai fait exprès confisquer
+tous leurs biens en Italie. Avec l'île de Saint-Pierre, que nous a cédée
+le roi de Sardaigne, Malte, Corfou, nous serons maîtres de toute la
+Méditerranée.
+
+S'il arrivait qu'à notre paix avec l'Angleterre nous fussions obligés
+de céder le cap de Bonne-Espérance, il faudrait alors nous emparer de
+l'Egypte. Ce pays n'a jamais appartenu à une nation européenne, les
+Vénitiens seuls y ont une prépondérance précaire. On pourrait partir
+d'ici avec vingt-cinq mille hommes escortés par huit ou dix bâtimens de
+ligne ou frégates vénitiennes, et s'en emparer.
+
+_L'Egypte n'appartient pas au grand-seigneur_.
+
+Je désirerais, citoyen ministre, que vous prissiez à Paris quelques
+renseignemens, et me fissiez connaître quelle réaction aurait sur la
+Porte notre expédition d'Egypte.
+
+Avec des armées comme les nôtres, pour qui toutes religions sont égales,
+mahométane, cophte, arabe, etc., tout cela nous est indifférent: nous
+respecterons les unes comme les autres.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures_.
+
+Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je reçois du citoyen
+Arnault. La cour de Naples est gouvernée par Acton. Acton a appris l'art
+de gouverner sous Léopold à Florence, et Léopold avait pour principe
+d'envoyer des espions dans toutes les maisons pour savoir ce qui s'y
+passait.
+
+Je crois qu'une petite lettre de vous à Canclaux pour l'engager à
+montrer un peu plus de dignité, et une plainte à Acton sur ce que les
+négocians français ne sont pas traités avec égard, ne ferait pas un
+mauvais effet.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
+1797).
+
+_Au général Augereau._
+
+J'ai reçu, citoyen général, par votre aide-de-camp, la lettre que vous
+m'avez écrite.
+
+J'avais précédemment reçu celle par laquelle vous m'annonciez les
+événemens mémorables du 18 fructidor. Toute l'armée a applaudi à la
+sagesse et à l'énergie que vous avez montrées dans cette circonstance
+essentielle, et elle a pris part au succès de la patrie avec cet
+enthousiasme et cette énergie qui la caractérisent.
+
+Il est à souhaiter actuellement que l'on ne fasse pas la bascule et
+que l'on ne se jette pas dans le parti contraire. Ce n'est qu'avec
+la sagesse, et une modération de pensée, que l'on peut assurer d'une
+manière stable le bonheur de la patrie. Quant à moi, c'est le voeu le
+plus ardent de mon coeur.
+
+Je vous prie de m'instruire quelquefois de ce que vous faites à Paris.
+
+Je vous prie de croire aux sentimens que je vous ai voués.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+M. de Gallo est venu hier me trouver; il m'a dit que M. le général
+Meerweldt partait ce matin pour Vienne pour décider cette cour à nous
+faire promptement une réponse catégorique et à culbuter Thugut ou le
+forcer, malgré lui, à faire la paix; qu'il avait écrit à cet effet à
+l'impératrice et dressé leur petit manége de cour.
+
+Nous sommes convenus que, si l'empereur, en exécution de l'article 4 des
+préliminaires, nous reconnaissait les limites constitutionnelles, qui,
+à peu de choses près, sont celles du Rhin; si, avec notre bonne foi, il
+faisait tous ses efforts pour nous mettre en possession de Mayence,
+nous le mettrions à notre tour en possession de Venise et de la rive de
+l'Adige. Il n'entrerait en possession de Palma Nova, d'Osopo, etc., que
+lorsqu'au préalable nous serions dans les remparts de Mayence. Pendant
+les dix ou douze jours que l'on attendra la réponse de Vienne, les
+négociations vont à peu près languir.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Les commissaires du gouvernement pour la recherche des objets de
+sciences et d'arts, en Italie, ont fini leur mission.
+
+Je retiens auprès de moi les citoyens Monge et Berthollet. Les citoyens
+Tinet et Barthelemi partent pour Paris; les citoyens Moitte et Thouin
+sont partis avec les convois venus de Rome et sont déjà arrivés à
+Marseille.
+
+Ces hommes distingués par leurs talens ont servi la république avec
+un zèle, une activité, une modestie et un désintéressement sans égal;
+uniquement occupés de l'objet de leur mission, ils se sont acquis
+l'estime de toute l'armée; ils ont donné à l'Italie, dans la mission
+délicate qu'ils étaient chargés de remplir, l'exemple des vertus qui
+accompagnent presque toujours les talens distingués.
+
+Le citoyen Tinet désirerait avoir un logement à Paris.
+
+Si vous formiez une académie à Rome, le citoyen Berthollet serait digne
+d'en avoir la présidence.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5 (17
+septembre 1797).
+
+_Au contre-amiral Brueys._
+
+J'ai reçu, dans le temps, citoyen général, vos différentes lettres: il
+est indispensable, pour les opérations de l'armée d'Italie, que je sois
+absolument maître de l'Adriatique.
+
+J'estime que, pour être maître de l'Adriatique dans toutes les
+circonstances et dans toutes les opérations que je voudrai entreprendre,
+j'ai besoin de deux vaisseaux de guerre, quatre frégates, 4 corvettes,
+tous commandés et montés par des équipages de garnison française.
+
+Je vous prie donc de vouloir bien organiser cette escadre.
+
+Je prendrai deux vaisseaux des meilleurs de ceux qui sont à Corfou; je
+prendrai deux frégates vénitiennes et deux françaises, deux corvettes
+vénitiennes et deux françaises.
+
+Je vous prie donc de vouloir bien recevoir chez vous l'officier-général
+auquel vous remettrez le commandement de cette escadre. J'accepte avec
+plaisir le citoyen Perrée ou tout autre que vous voudrez me donner.
+
+Le commissaire ordonnateur Roubaud et le général Berthier, ou, si
+celui-ci était parti, le général Baraguay d'Hilliers, m'enverront, par
+le retour de mon courrier, l'état nominatif des vaisseaux, des officiers
+marins et la quantité des matelots français que vous destinez à monter
+sur chacun d'eux. Croyez que, lorsque j'aurai reçu cet état, il me sera
+possible de vous autoriser à retourner sur-le-champ à Corfou, et de là à
+Toulon; et je vous ferai passer différentes instructions sur les objets
+que vous aurez à remplir tout en faisant route.
+
+Profitez de ce temps-là pour achever vos approvisionnemens. Comme il
+est impossible que je me rende à Venise, si vous pouviez vous absenter
+pendant trente-six heures, vous pourriez vous-même vous rendre à
+Passeriano. J'aurai a renouveler votre connaissance et à vous convaincre
+des sentimens d'estime que vous m'avez inspirés.
+
+Je vous envoie une proclamation pour votre escadre, je vous prie de la
+communiquer à l'ordre; assurez-les que tout est tranquille en France, et
+qu'il n'a pas été répandu une seule goutte de sang.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5 (17
+septembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+J'ai envoyé par un courrier extraordinaire l'ordre au général Sahuguet
+de retourner à l'armée d'Italie. Ce général, qui était le seul
+qui pouvait être utile pour calmer un peuple furieux et
+contre-révolutionnaire dont Villot était le représentant, et lorsque
+Dumolard présidait les cinq-cents, est aujourd'hui plus utile a l'armée.
+
+J'ai envoyé l'ordre au général Lanusse, qui est chez lui pour se guérir
+d'une blessure qu'il a reçue à l'armée d'Italie, et dont il ne se
+remettra jamais au point de pouvoir servir dans une armée active, de
+se rendre à Toulon pour y prendre le commandement de cette place.
+J'ai donné l'ordre au général Mailly d'aller prendre le commandement
+d'Avignon.
+
+J'ai rappelé à l'armée le général commandant à Avignon, le général
+Parat, l'adjudant-général Léopold Stabeurath, l'adjudant-général Boyer
+et d'autres officiers de la huitième division, qui sont depuis trop
+long-temps dans leurs places, et que j'ai cru nécessaire de faire
+revenir, pour respirer l'air pur et républicain des camps.
+
+J'ai envoyé le chef de brigade Berthollet, blessé a Arcole, commander la
+place d'Avignon.
+
+Le chef de brigade à la suite, Lapisse, de la cinquante-neuvième,
+commande l'arrondissement d'Antibes.
+
+J'ai envoyé dans la huitième division, pour être reportés comme
+adjudans, une douzaine d'officiers patriotes qui ont été blessés dans la
+campagne et qui tous étaient à la suite.
+
+Dès l'instant qu'un officier que j'ai envoyé à Lyon sera de retour, et
+que j'aurai un état de situation exact de cette division, je ferai la
+même chose pour Lyon.
+
+Ce sont surtout les commandans des places, les adjudans et tous les
+subalternes qu'il faut changer dans les places secondaires, sans quoi
+un général s'y trouve impuissant. J'ai donc lieu d'espérer qu'avec les
+mêmes troupes qui existent dans ce moment-ci dans le midi, elles seront
+suffisantes pour comprimer les malveillans, rétablir l'ordre, surtout si
+vous destituez les administrations qui sont mauvaises, et que vous les
+remplaciez par des hommes attachés à la liberté.
+
+J'ai envoyé l'ordre pour faire venir a l'armée d'Italie l'état-major
+d'artillerie qui était à l'armée des Alpes, ainsi que tous les
+détachemens des demi-brigades de l'armée d'Italie qu'on avait mal à
+propos retenus.
+
+J'ai également envoyé l'ordre à deux bataillons de la vingt-troisième
+demi-brigade d'infanterie légère, qui ne faisaient rien à Chambéry et
+dans le Mont-Blanc, et dont en général l'esprit est bon, de rejoindre
+l'armée.
+
+La quarante-cinquième demi-brigade est en marche pour Lyon.
+
+La vingtième demi-brigade va à Marseille.
+
+Il y a cependant à Lyon plus de monde qu'il n'en faut pour contenir
+cette ville, si ceux qui les commandent veulent les faire agir, et que
+les autorités et le gouvernement n'aient qu'une action.
+
+Il y a également dans la huitième division plus de troupes qu'il n'en
+faut.
+
+Je crois qu'au moment où les nouvelles autorités constituées seront
+organisées dans la huitième division militaire et à Lyon, et dès
+l'instant où j'aurai pu également renouveler tous les états-majors
+subalternes de ces départemens, qu'alors vous jugerez nécessaire de
+m'ôter un commandement qui se trouve trop éloigné de moi, et qui n'est
+qu'un surcroît aux occupations déjà trop considérables que j'ai.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 2e jour complémentaire an 5 (18
+septembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Il est indispensable que vous jetiez un coup d'oeil sur le congrès
+d'Udine.
+
+M. de Meerveldt est parti pour Vienne.
+
+Vous aurez vu, dans la seconde séance du protocole, que nous avons
+déclaré aux plénipotentiaires de S.M.I. que si au premier octobre la
+paix n'était pas signée, nous ne négocierions plus sur la base des
+préliminaires, mais sur la base respective de la puissance des deux
+états.
+
+Il serait possible qu'avant le premier octobre, M. de Meerveldt revînt
+avec des instructions de signer la paix aux conditions suivantes:
+
+1°. La ligne de l'Adige à l'empereur, y compris la ville de Venise.
+
+2°. La ligne de l'Adige à la république cisalpine, et dès lors Mantoue.
+
+3°. Les limites constitutionnelles telles qu'elles sont spécifiées dans
+le protocole de la cinquième séance, y compris Mayence.
+
+4°. Que l'empereur n'entrerait en possession de l'Italie que lorsque
+nous entrerions dans les remparts de Mayence.
+
+5°. Corfou et les autres îles à nous.
+
+6°. Que ce qui nous manque pour arriver aux limites du Rhin pourrait
+être arrangé dans la paix avec l'Empire.
+
+Il faut que je sache si votre intention est d'accepter ou non ces
+propositions.
+
+Si votre _ultimatum_ était de ne pas comprendre la ville de Venise dans
+la part de l'empereur, je doute que la paix se fasse (cependant Venise
+est la ville la plus digne de la liberté de toute l'Italie); et les
+hostilités recommenceraient dans le courant d'octobre.
+
+L'ennemi est en position de guerre vis-à-vis de moi: il a sur les
+frontières de l'Italie, dans la Carinthie, la Carniole et le Tyrol dix
+mille hommes de cavalerie, et quatre-vingt-dix mille d'infanterie.
+
+Il y a dans l'intérieur et sur les confins de la Hongrie, dix-huit mille
+hommes de cavalerie Hongroise levés en masse, et qui s'exercent depuis
+trois mois.
+
+L'armée française en Italie a un pays immense et un grand nombre
+de places fortes à garder, ce qui fait que je ne pourrai prendre
+l'offensive qu'avec quatre mille hommes de cavalerie et quarante-cinq
+mille hommes d'infanterie sous les armes. Ajoutez à cela à peu près deux
+mille Polonais, et tout au plus mille Italiens devant rester en Italie
+pour maintenir la police et prêter main forte à leur gouvernement qui
+sera tourmenté par toute espèce de factions et de fanatisme, quelles que
+soient les mesures que je compte prendre pour assurer la tranquillité
+pendant mon absence.
+
+Je crois donc que si votre _ultimatum_ est de garder Venise, vous devez
+regarder la guerre comme probable, et:
+
+1°. M'envoyer l'ordre d'arrêter la marche de cinq cents hommes qui vont
+dans l'intérieur, pour que je les fasse revenir à l'armée.
+
+2°. Faire ratifier par les conseils le traité d'alliance avec le roi de
+Sardaigne; ce qui mettrait à peu près huit mille hommes de plus à ma
+disposition.
+
+Malgré ces mesures l'ennemi sera encore plus fort que moi.
+
+Si je le préviens et que je prenne l'offensive, je le bats, et je suis,
+quinze jours après le premier coup de fusil tiré, sous les murs de
+Vienne. S'il prend l'offensive avant moi, tout devient très-douteux.
+
+Mais, en supposant que vous prissiez les deux mesures que je vous
+indique afin d'augmenter l'armée, vous sentez que le jour où je serais
+près de Gratz, j'aurais le reste des forces autrichiennes sur les bras.
+
+J'estime donc que pour faire de grandes choses, telles que la nation a
+le droit de l'attendre du gouvernement, si les Autrichiens n'acceptent
+pas les propositions de paix supposées plus haut, il faut que je sois
+renforcé de quatre mille hommes de cavalerie, entre autres de deux
+régimens de cuirassiers et de douze mille hommes d'infanterie.
+
+Je pense également que du restant vous ne devez former sur le Rhin
+qu'une seule armée, qu'elle doit avoir pour but d'entrer en Bavière, de
+manière qu'en pressant l'ennemi entre ces deux masses, nous l'obligions
+à nous céder tout le pays en-deçà du Danube.
+
+Faites attention que je suis ici plus près de Vienne, que ne l'est
+Ratisbonne de l'armée du Rhin, et qu'il faut vingt jours de marche à
+celle-ci pour arriver à cette dernière ville.
+
+Tous les yeux, comme toutes les meilleures troupes et toutes les forces
+de la maison d'Autriche sont contre l'armée d'Italie, et toutes ces
+forces sont disposées en échelons de manière à accourir promptement au
+point où j'aurais percé.
+
+Si votre _ultimatum_ est que Venise ne soit pas donnée à l'empereur,
+je pense qu'il faut sur-le-champ prendre les mesures que je vous ai
+indiquées: à la fin d'octobre, les renforts que je demande peuvent être
+arrivés à Milan, et en supposant que nous rompions le 15 octobre, les
+quinze jours dont nous conviendrons pour en prévenir nos gouvernemens
+et les armées, conduisent au premier novembre, et je m'arrangerai de
+manière, dès l'instant que je saurai que ces renforts auront passé les
+Alpes, à m'en servir comme s'ils étaient déjà sur l'Isonzo.
+
+Je vous prie, citoyens directeurs, de donner la plus grande attention à
+toutes les dispositions contenues dans la présente lettre, de surveiller
+et de vous assurer de l'exécution des différens ordres que vous
+donnerez, car la destinée de l'Europe sera indubitablement attachée aux
+mesures que vous prendrez.
+
+Je vous fais passer une note sur la situation de mon armée, calculée
+sur sa force actuelle, pour vous mettre à même de juger de la vérité de
+l'exposé que je vous fais.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+An quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 (18
+septembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je reçois à l'instant votre arrêté du 18 fructidor, relatif au général
+Clarke: votre lettre a été quatorze jours en route. Je me suis déjà
+aperçu du même retard dans les arrêtés que vous m'avez envoyés
+relativement à la huitième division militaire et à l'armée des Alpes.
+
+Je dois rendre au général Clarke un témoignage de sa bonne conduite.
+Soit dans les négociations, soit dans ses Conversations, il m'a paru
+toujours animé par un patriotisme pur et gémir sur les progrès que
+faisaient tous les jours les malveillans et les ennemis intérieurs de la
+république.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 (19
+Septembre 1797)
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Les plénipotentiaires de l'empereur ont reçu un courrier de Vienne;
+ils sont venus nous trouver et voulaient insérer, au protocole, des
+observations sur le congrès qui doit se tenir à Rastadt pour la paix
+avec l'Empire; ils voulaient que ce congrès se tînt sur-le-champ et
+allât de pair avec les négociations d'Udine. La mauvaise foi de Thugut
+est égale à la bêtise de ses négociateurs.
+
+Je leur ai fait sentir que c'était représenter le congrès de Berne sous
+un autre nom; je leur ai fait voir la réponse que nous ferions à leur
+note, et j'ai fini par leur dire que le directoire exécutif était
+indigné des menées ridicules du cabinet de Vienne; qu'il fallait enfin
+qu'ils se souvinssent que cette paix avait été accordée par le vainqueur
+aux vaincus; et s'ils avaient trouvé à Léoben un refuge dans notre
+modération, il était temps de les faire souvenir de la posture humble et
+suppliante qu'ils avaient alors; qu'à force de vouloir analyser sur des
+choses de forme, et en elles-mêmes étrangères au grand résultat de la
+négociation, ils m'obligeraient de leur dire que la fortune s'était
+prononcée, que désormais non-seulement le ton de la supériorité était
+ridicule, mais même le ton de l'égalité inconvenant; que s'ils n'avaient
+pas voulu reconnaître la république française à Léoben, ils avaient été
+obligés de reconnaître la république italienne. _Prenez garde,_ leur
+ai-je dit, _que l'Europe ne voie la république de Vienne._ Tout cela les
+a portés à ne pas faire leur déclaration pour le congrès de Rastadt.
+Vous sentez facilement quel piège grossier Thugut prétendait nous
+tendre, en voulant nous conduire à un congrès, tandis que nos
+arrangemens ne sont pas faits avec l'empereur, et nous mettre par là
+dans une position délicate avec plusieurs princes germains avec lesquels
+nous sommes en paix.
+
+Nous leur avons déclaré que si l'empereur convoquait le congrès de
+l'Empire avant que nous fussions d'accord, il nous obligerait à
+déclarer, par une contre-note, à plusieurs princes que cela est sans
+notre consentement, et que par là S. M. impériale se trouverait avoir
+fait une école.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 3e. jour complémentaire an 5 (19
+septembre 1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre confidentielle, du 22
+fructidor, relativement à la mission que vous désirez donner à Sieyes en
+Italie. Je crois effectivement comme vous, que sa présence serait aussi
+nécessaire à Milan, qu'elle aurait pu l'être en Hollande, et qu'elle
+l'est à Paris.
+
+Malgré notre orgueil, nos mille et une brochures, nos harangues à perte
+de vue et très-bavardes, nous sommes très-ignorans dans la science
+politique morale. Nous n'avons pas encore défini ce que l'on entend par
+pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. Montesquieu nous a donné
+de fausses définitions, non pas que cet homme célèbre n'eût été
+véritablement à même de le faire; mais son ouvrage, comme il le dit
+lui-même, n'est qu'une espèce d'analyse de ce qui a existé ou existait:
+c'est un résumé de notes faites dans ses voyages ou dans ses lectures.
+
+Il a fixé les yeux sur le gouvernement d'Angleterre; il a défini, en
+général, le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire.
+
+Pourquoi effectivement regarderait-on comme une attribution du pouvoir
+législatif le droit de guerre et de paix, le droit de fixer la quantité
+et la nature des impositions?
+
+La constitution anglaise a confié avec raison, une de ces attributions
+à la chambre des communes, et elle a très-bien fait, parce que la
+constitution anglaise n'est qu'une charte de privilèges: _c'est un
+plafond tout en noir, mais bordé en or._
+
+Comme la chambre des communes est la seule qui, tant bien que mal,
+représente la nation, seule elle a dû avoir le droit de l'imposer; c'est
+l'unique digue que l'on a pu trouver pour modifier le despotisme et
+l'insolence des courtisans.
+
+Mais dans un gouvernement où toutes les autorités émanent de la nation,
+où le souverain est le peuple, pourquoi classer dans les attributions du
+pouvoir législatif des choses qui lui sont étrangères?
+
+Depuis cinquante ans je ne vois qu'une chose que nous avons bien
+définie, c'est la souveraineté du peuple; mais nous n'avons pas été
+plus heureux dans la fixation de ce qui est constitutionnel, que dans
+l'attribution des différens pouvoirs.
+
+L'organisation du peuple français n'est donc véritablement encore
+qu'ébauchée.
+
+Le pouvoir du gouvernement, dans tonte la latitude que je lui donne,
+devrait être considéré comme le vrai représentant de la nation, lequel
+devrait gouverner en conséquence de la charte constitutionnelle et des
+lois organiques; il se divise, il me semble, naturellement en deux
+magistratures bien distinctes:
+
+Dans une qui surveille et n'agit pas, à laquelle ce que nous appelons
+aujourd'hui pouvoir exécutif serait obligé de soumettre les grandes
+mesures, si je puis parler ainsi, la législation de l'exécution: cette
+grande magistrature serait véritablement le grand conseil de la nation;
+il aurait toute la partie de l'administration ou de l'exécution, qui
+est, par notre constitution, confiée au pouvoir législatif.
+
+Par ce moyen le pouvoir du gouvernement consisterait dans deux
+magistratures, nommées par le peuple, dont une très-nombreuse, où
+ne pourraient être admis que des hommes qui auraient déjà rempli
+quelques-unes des fonctions qui donnent aux hommes de la maturité, sur
+les objets du gouvernement.
+
+Le pouvoir législatif ferait d'abord toutes les lois organiques, les
+changerait, mais pas en deux ou trois jours, comme l'on fait; car une
+fois qu'une loi organique serait en exécution, je ne crois pas qu'on pût
+la changer avant quatre ou cinq mois de discussion.
+
+Ce pouvoir législatif, sans rang dans la république, impassible, sans
+yeux et sans oreilles pour ce qui l'entoure, n'aurait pas d'ambition et
+ne nous inonderait plus de mille lois de circonstances qui s'annulent
+toutes seules par leur absurdité, et qui nous constituent une nation
+sans lois avec trois cents in-folio de lois.
+
+Voilà, je crois, un code complet de politique, que les circonstances
+dans lesquelles nous nous sommes trouvés rendent pardonnable. C'est un
+si grand malheur pour une nation de trente millions d'habitans, et au
+dix-huitième siècle, d'être obligée d'avoir recours aux baïonnettes pour
+sauver la patrie! Les remèdes violens accusent le législateur; car une
+constitution qui est donnée aux hommes, doit être calculée pour des
+hommes.
+
+Si vous voyez Sieyes, communiquez-lui, je vous prie, cette lettre.
+Je l'engage à m'écrire que j'ai tort; et croyez que vous me ferez un
+sensible plaisir si vous pouvez contribuer à faire venir en Italie un
+homme dont j'estime les talens, et pour qui j'ai une amitié tout à fait
+particulière. Je le seconderai de tous mes moyens, et je désire
+que, réunissant aux efforts, nous puissions donner à l'Italie une
+constitution plus analogue aux moeurs de ses habitans, aux circonstances
+locales, et peut-être même aux vrais principes, que celle que nous lui
+avons donnée. Pour ne pas faire une nouveauté, au milieu du tracas de la
+guerre et des passions, il a été difficile de faire autrement.
+
+Je me résume,
+
+Non-seulement je vous réponds confidentiellement que je désire
+que Sieyes vienne en Italie, mais je pense même, et cela
+très-officiellement, que si nous ne donnons pas à Gênes et à la
+république cisalpine une constitution qui leur convienne, la France n'en
+tirera aucun avantage: leurs corps législatifs, achetés par l'or de
+l'étranger, seront tout entiers à la disposition de la maison d'Autriche
+et de Rome. Il en sera, en dernière analyse, comme de la Hollande.
+
+Comme la présente lettre n'est pas un objet de tactique; ni un plan de
+campagne, je vous prie de la garder pour vous et pour Sieyes, et de ne
+faire usage, si vous le jugez à propos, que de ce que je viens de vous
+dire sur l'inconvenance des constitutions que nous avons données en
+Italie.
+
+Vous verrez, citoyen ministre, dans cette lettre, la confiance entière
+que j'ai en vous, et une réponse à votre dernière.
+
+Je vous salue.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 (19 septembre 1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je vous prie de
+remettre au directoire, parce qu'elle renferme des dispositions
+politiques et militaires. Je vous prie de la lire avec attention, et
+d'avoir soin que dans le cas où l'_ultimatum_ serait que Venise restât
+à la république cisalpine, l'on prît toutes les dispositions militaires
+que j'indique dans ma lettre.
+
+Le parti qu'on doit prendre dépend absolument de l'intérieur. Peut-on
+y rétablir la tranquillité sans armées? Peut-on se passer de la plus
+grande partie des troupes qui y sont dans ce moment-ci? Alors il peut
+être avantageux de faire encore une campagne.
+
+Ce n'est pas que, peut-être, lorsque l'empereur verra les armées du Rhin
+et de Sambre-et-Meuse organisées dans une seule masse, l'armée du Nord
+se rappuyant sur les armées du Rhin, les troupes de l'intérieur marchant
+pour renforcer les armées; peut-être alors consentira-t-il lui-même à
+renoncer à Venise. Mais, je vous le répète, il ne faut pas y compter.
+
+Toutes leurs positions sur leurs frontières sont telles que, s'ils
+devaient se battre d'un instant à l'autre, leurs troupes sont campées et
+prêtes à entrer eu campagne.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Passeriano, le 5e. jour complémentaire an 5 (21 septembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Les pouvoirs que j'ai pour la paix de l'Europe sont collectifs avec le
+général Clarke: pour la règle, il faudrait que vous m'en envoyassiez de
+nouveaux.
+
+Si j'ai accepté dans le temps la réunion de plusieurs fonctions dans ma
+personne, j'ai voulu répondre à votre confiance, et j'ai pensé que les
+circonstances de la patrie m'en faisaient un devoir.
+
+Aujourd'hui je pense que vous devez les séparer, je demande:
+
+1°. Que vous nommiez des plénipotentiaires pour le congrès d'Udine, et
+que je n'y sois plus compris.
+
+2°. Que vous nommiez une commission de trois membres choisis parmi
+les meilleurs publicistes, pour organiser la république d'Italie. La
+constitution que nous lui avons donnée ne lui convient pas; il y faut de
+grands changemens, que la religion, les moeurs de ces peuples et leur
+situation locale recommandent.
+
+3°. Je m'occuperai plus soigneusement de mon armée, elle a besoin de
+tous mes soins.
+
+Voyez, je vous prie, dans cette lettre, citoyens directeurs, une
+nouvelle preuve du désir ardent que j'ai pour la gloire nationale.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 1er. vendémiaire an 6 (22 septembre
+1797).
+
+_Au contre-amiral Brueys._
+
+J'ai reçu, citoyen, vos différentes lettres; j'ai examiné avec attention
+les observations que vous me faites: je vais vous tracer la conduite que
+vous avez à tenir, qui conciliera à la fois les intentions du ministre
+de la marine, qui vous appelle à Toulon, et les intérêts de la
+république dans les mers où vous vous trouverez.
+
+Les bâtimens vénitiens que vous devez conduire en France sont à Corfou;
+il me parait qu'il faut quinze jours pour y arriver, et un mois de
+station dans ce port pour pouvoir lever des matelots et vous mettre à
+même de conduire en France les vaisseaux vénitiens.
+
+Je crois donc nécessaire que vous envoyiez sur-le-champ l'ordre à
+l'officier de marine qui commande le sixième vaisseau vénitien à Corfou,
+de faire toute la diligence nécessaire pour lever des marins, afin que,
+lorsque vous y serez arrivé, votre séjour soit le moins long possible.
+
+Vous partirez avec votre escadre, dès l'instant que le temps vous le
+permettra, pour vous rendre à Corfou.
+
+Vous passerez par Raguse; vous ferez connaître à cette république
+l'intérêt que prend à elle le directoire exécutif de la république
+française, et la volonté qu'il a de la protéger contre quelque
+ennemi que ce fût qui voudrait se l'approprier, et de garantir son
+indépendance.
+
+Vous prendrez des renseignemens sur la situation actuelle des bouches du
+Cattaro, et, s'il est vrai que les Autrichiens s'en soient emparés, vous
+déclarerez à l'officier qui y commande, qu'il n'a pas pu les occuper
+sans violer un des articles préliminaires de paix qui existent entre S.
+M. I. et la république française; vous le sommerez dès-lors d'évacuer
+sur-le-champ les bouches du Cattaro, le menaçant, s'il s'y refusait, de
+vous emparer de toutes les iles de la Dalmatie, et d'agir hostilement
+contre les troupes de S. M. I.
+
+S'il s'y refuse et que vous trouviez le moyen de vous emparer des
+bàtimens qui servent au transport de leurs vivres, ainsi que de
+quelques-uns de leurs convois, vous le ferez, ayant soin de ne pas y
+toucher et de mener tous les bâtimens autrichiens en séquestre à Corfou.
+Vous préviendrez dans ce cas le commandant autrichien que vous tiendrez
+en séquestre les-dits bâtimens jusqu'à ce qu'il ait évacué un territoire
+qu'il n'a pas dû occuper.
+
+Vous pourrez demander à Raguse un rafraîchissement en vivres pour votre
+équipage, moyennant cependant quelques procédés.
+
+Arrivé à Corfou, vous en partirez avec les six vaisseaux vénitiens dès
+l'instant qu'ils seront montés par un assez grand nombre de matelots
+albanais.
+
+En partant de Venise, vous embarquerez sur votre bord la troisième
+légion cisalpine sans qu'elle se doute de l'endroit où vous la
+conduirez; vous vous concerterez à cet effet avec le général Baraguey
+d'Hilliers: vous devez également faire courir le bruit que vous
+embarquez un bien plus grand nombre de troupes, et qu'il s'est embarqué
+à Ancône, sous l'escorte de vos frégates, plusieurs bataillons de
+troupes.
+
+Vous aurez soin également de continuer à laisser entrevoir que vos
+opérations vont se combiner avec celles de l'armée d'Italie.
+
+Vous vous concerterez à Venise avec l'ordonnateur de la marine et le
+citoyen Forfait, pour embarquer à votre bord les caisses de tableaux et
+d'objets d'art destinés pour Paris.
+
+Vous laisserez dans la rade de Venise ou dans celle de Goro, ou même
+dans le port d'Ancône, les frégates _la Junon_ et _la Diane_, et les
+bricks _l'Alceste_ et _le Jason_, qui seront sous les ordres du chef de
+division Perrée.
+
+Vous laisserez à Corfou les frégates _l'Arthémise_ et _la Sibylle_, et
+les bricks _le Mondovi_ et _la Cybèle_, qui seront également sous les
+ordres du chef de division Perrée, et qui devront se tenir à Corfou
+prêts à partir immédiatement après l'ordre qu'ils en recevront, pour
+concerter leurs opérations avec celles de _la Junon_ et de _la Diane_.
+
+Je fais connaître au directoire exécutif, par un courrier
+extraordinaire, le présent ordre, et je lui demande son autorisation
+pour pouvoir garder toute votre escadre dans l'Adriatique, afin de
+concerter vos opérations avec celles de l'armée d'Italie. Je vous ferai
+passer la réponse du gouvernement par un aviso, qui nécessairement vous
+trouvera encore à Corfou.
+
+Je vous envoie:
+
+1º. Une lettre pour le général Gentili, par laquelle j'approuve toutes
+les mesures qu'il a prises pour nourrir votre escadre à Corfou, où je
+prescris que le reçu des sommes qu'il a déboursées sera accepté en
+paiement dans la caisse du payeur de Corfou, approuvant également
+l'emploi des treize cents sacs de farine que vous avez pris.
+
+2º. L'ordre pour que l'administration de terre de l'armée d'Italie
+fournisse à l'escadre, partout où elle pourrait se trouver, les vivres
+journaliers comme aux troupes de terre, et, d'après les envois qui ont
+été faits en subsistances à Corfou, à Ancône, à Constantinople et à
+Messine, vous ne devez avoir aucune inquiétude sur la subsistance de
+votre escadre pendant tout le temps qu'elle demeurera dans ces parages.
+
+3°. Je vous autorise à prendre dans les magasins de Corfou tout ce que
+vous croirez nécessaire à l'approvisionnement de nos arsenaux et au
+ravitaillement de notre marine;
+
+4°. À embarquer à Corfou cent pièces de canon de fonte, en conséquence
+cependant d'un procès-verbal dressé chez le général Gentili par un
+conseil composé de vous, du général Gentili, du commandant du génie, du
+chef de l'état-major, des commissaires des guerres: ce procès-verbal
+devra constater: 1°. la quantité de pièces nécessaires pour la défense
+de la citadelle et celle de la rade de Corfou; 2°. la quantité hors de
+service; 3°. la quantité existante: et ce ne sera que dans le cas où
+ledit conseil ne trouverait aucun inconvénient à vous délivrer les cent
+pièces, que le présent ordre sera exécuté.
+
+5°. Je vous envoie également un ordre pour que le général Sugny vous
+remette à Venise les ustensiles pour chauffer à boulets rouges six
+pièces de canon, et dont le général Gentili se servirait à Corfou, si
+jamais les circonstances l'exigeaient.
+
+6°. Un ordre pour que le général Gentili mette à votre disposition
+quatre cents hommes cisalpins pour servir de garnison aux vaisseaux
+vénitiens.
+
+7°. Vous garderez et menerez avec vous à Toulon les officiers vénitiens
+qui désirent servir dans la marine française, jusqu'à ce que le ministre
+vous ait envoyé des ordres.
+
+8°. Quant aux objets trouvés à bord des vaisseaux vénitiens et
+appartenant aux capitaines, vous en ferez des reçus qui seront valables
+pour leur liquidation par le gouvernement de Venise.
+
+9°. Je vous envoie un ordre pour que le général Gentili vous remette
+50,000 fr. pour la solde des marins vénitiens destinés à l'armement des
+vaisseaux vénitiens.
+
+10°. L'ordre pour qu'on vous fournisse les blés, riz et vins pour deux
+mois, pour deux mille hommes; la nourriture journalière pour votre
+escadre vous sera fournie à Corfou.
+
+11°. Je vous enverrai la solde des marins de votre escadre pour un mois,
+dès l'instant que la caisse de l'armée le permettra, et que la solde de
+fructidor sera payée à l'armée.
+
+12°. Quant aux dépenses qu'auraient faites les équipages à Corfou, vous
+aurez soin de les liquider, de vérifier toutes les pièces et de les
+envoyer au commissaire ordonnateur de la marine à Venise, qui y
+pourvoira.
+
+13°. Je vous fais passer une ordonnance de 10,000 fr., que le
+citoyen Haller vous fera payer: cette somme est destinée à vos frais
+extraordinaires et qui vous sont particuliers.
+
+14°. Une ordonnance de 30,000 fr., que le citoyen Haller mettra à
+votre disposition entre les mains de votre payeur, pour les dépenses
+extraordinaires de votre escadre, pour servir à compenser aux matelots
+l'incomplet des fournitures que vous pourriez ne pas recevoir des
+magasins de Corfou.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6 (22 septembre
+1797).
+
+_Au général Kellermann._
+
+J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 2 fructidor; J'avais déjà
+reçu précédemment quelques exemplaires de votre lettre imprimée au
+directoire.
+
+Puisque vous vous êtes donné la peine de répondre à des calomnies
+auxquelles des personnes raisonnables ne pouvaient prêter l'oreille,
+vous avez dû le faire, sans doute, d'une manière aussi convaincante. Les
+personnes qui connaissent les services distingués que vous avez rendus à
+la liberté par vos victoires, sont indignées de penser que vous avez pu
+croire votre justification nécessaire. Cependant vous avez bien fait
+de le faire, sans doute, en pensant à ce grand nombre d'hommes qui ne
+désirent que le mal.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6 (22 Septembre
+1797).
+
+_Au commissaire ordonnateur de la marine à Toulon._
+
+Je reçois, citoyen ordonnateur, votre lettre du 17 fructidor. J'apprends
+avec plaisir que vous reprenez vos fonctions importantes et que
+vous avez déjà gérées avec distinction. Je vous remercie des choses
+extrêmement obligeantes contenues dans votre lettre: je les mérite par
+la sollicitude que j'ai toujours eue de faire quelque chose qui pût être
+avantageux à notre marine.
+
+L'escadre de l'amiral Brueys est ici: elle a reçu son approvisionnement
+de trois mois, pour 400,000 francs d'habillement, 600,000 francs pour
+la solde, ainsi que des câbles, des cordages et autres objets qui lui
+étaient nécessaires. Il me paraît que l'amiral Brueys et son équipage
+sont très-satisfaits. Il part, demain ou après, pour se rendre à Corfou,
+où il prendra six vaisseaux vénitiens qu'il vous amènera. Le citoyen
+Roubaud, votre préposé à Venise, vous aura sans doute donné sur tout
+cela des détails plus circonstanciés.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (13 septembre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Vous trouverez ci-joint la copie de l'ordre que je donne au
+contre-amiral Brueys; vous verrez que par là il se trouvera à même
+d'exécuter vos ordres, quels qu'ils soient.
+
+Le contre-amiral Brueys a 1º. six vaisseaux de guerre français; 2º. six
+frégates, _id_.; 3º. six corvettes, _id_. parfaitement équipées: j'ai
+fait habiller à neuf les équipages et les garnisons; je lui ai fait
+payer plusieurs mois de solde, et les arsenaux de Corfou et de Venise
+ont fourni toutes les pièces de rechange et les câbles dont il peut
+avoir besoin.
+
+Lorsque vous lirez cette lettre, le contre-amiral Brueys sera bien près
+de Corfou, où j'ai fait établir des batteries à boulets rouges pour
+défendre la rade, et où il est parfaitement en sûreté.
+
+Il y a à Corfou six bâtimens de guerre vénitiens et six frégates
+qu'il peut armer en guerre dans un mois: ils sont déjà montés par des
+officiers mariniers et des garnisons françaises.
+
+À Corfou, Zante, Céphalonie, il trouvera les 2,000 matelots qui lui
+sont nécessaires, tant pour l'équipement desdits vaisseaux, que pour le
+complément des siens.
+
+Les frégates _la Muiron_ et _la Carrère_, ainsi que les trois autres
+bâtimens de guerre qui sont en armement à Venise, pourront également
+augmenter son escadre d'ici à deux mois.
+
+Je pense donc que, si vous m'autorisez à garder l'escadre de l'amiral
+Brueys à Corfou, vous pourrez disposer, d'ici au 1er frimaire, 1º.
+de six vaisseaux de guerre français parfaitement bien en équipages,
+approvisionnés pour quatre mois et abondamment pourvus de tous les
+objets nécessaires, même de cordages; 2º. six frégates françaises; 3º.
+six bricks français; 4º. huit vaisseaux de guerre vénitiens; 5º. huit
+frégates, _id_.; 6º. huit bricks, _id_.: tous approvisionnés pour quatre
+mois.
+
+Voudriez-vous faire filer le contre-amiral Brueys dans l'Océan, il
+partira de Corfou en meilleur état qu'il ne partirait de Toulon; il
+partira de Corfou plus vite que de Toulon, car ses équipages seront
+toujours complets et exercés, ce qui ne sera jamais à Toulon.
+
+Vous pourrez même, à mesure qu'un vaisseau de guerre sera armé à Toulon,
+faire ramasser les équipages et les faire partir pour Corfou.
+
+Voudrez-vous vous servir des vaisseaux vénitiens? Ils seront tout prêts
+à seconder notre escadre.
+
+Voulez-vous, au contraire, que les vaisseaux vénitiens soient
+sur-le-champ armés en flûte et envoyés à Toulon? Le contre-amiral Brueys
+les fera filer en les escortant jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à
+craindre.
+
+Si vous voulez que votre escadre prenne un bon esprit, devienne
+manoeuvrière et se prépare à faire de grandes choses, tenez-la loin de
+Toulon: sans quoi, les équipages ne se formeront jamais et vous n'aurez
+jamais de marine.
+
+Enfin, de Corfou, cette escadre peut partir pour aller partout où vous
+voudrez, et vous devez la laisser à Toulon: elle sera beaucoup plus
+utile dans l'Adriatique, parce que, 1º. ne se trouvant qu'à vingt lieues
+de la côte de Naples, elle tiendra en respect ce prince; 2º. elle me
+servira à boucher entièrement tout l'Adriatique à nos ennemis; 3º.
+enfin, elle prendra les îles de l'Adriatique, reconquerra l'Istrie et la
+Dalmatie en cas de rupture, et sera, sous ce point de vue, très-utile à
+l'armée.
+
+Si nous avons la guerre, votre escadre vous rapportera plus de dix
+millions, et fera une bonne diversion à l'avantage de l'armée d'Italie.
+Quand vous voudrez la faire aller dans un point quelconque, elle sera, à
+Corfou, à portée d'exécuter vos ordres en vingt-quatre heures, pour s'y
+rendre.
+
+Enfin, si nous avons la paix, votre escadre, en abandonnant ces mers et
+en s'en retournant en France, pourra prendre quelques troupes, et, en
+passant, mettre 2,000 hommes de garnison à Malte: île qui, tôt ou tard,
+sera aux Anglais si nous avons la sottise de ne pas les prévenir.
+
+Quant à la sûreté, quatre-vingts vaisseaux anglais viendraient dans
+l'Adriatique, qu'ils ne pourraient rien contre notre escadre, qui est
+aussi sûre dans le golfe de Corfou qu'à Toulon.
+
+Je vous demande donc: 1º. un ordre au ministre de la marine de faire
+armer tous les vaisseaux qu'il a à Toulon, et de les envoyer, un à un,
+à Corfou; 2º. un ordre au ministre de la marine de faire partir une
+trentaine d'officiers et encore soixante ou quatre-vingts officiers
+mariniers, pour être distribués sur les vaisseaux vénitiens; 3º. que
+vous m'autorisiez à garder cette escadre dans l'Adriatique jusqu'à
+nouvel ordre; 4º. que vous preniez un arrêté qui m'autorise à cultiver
+les intelligences que j'ai déjà à Malte, et, au moment où je le jugerai
+propre, de m'en emparer et d'y mettre garnison.
+
+Répondez-moi, je vous prie, le plus promptement possible à ces différens
+articles, afin que je sache à quoi m'en tenir; mais je vous préviens
+que, dans tous les cas, l'escadre ne peut partir de Corfou avec les
+vaisseaux vénitiens, même armés en flûte, que vers la fin de brumaire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général a Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre
+1797).
+
+_Au citoyen Perrée, chef de division de l'armée navale._
+
+J'ai reçu, citoyen, les différentes lettres dans lesquelles vous me
+témoignez le désir de reprendre vos fonctions à la mer: la place de
+commandant des armes que vous occupez, n'offre pas un assez grand
+aliment à votre activité. En rendant justice à votre zèle, je consens à
+ce que vous repreniez le commandement de la frégate _la Diane_, que vous
+n'avez quitté que momentanément, et j'envoie l'ordre au citoyen Roubaud
+de vous remplacer dans vos fonctions. Vous rentrerez sous les ordres du
+contre-amiral Brueys jusqu'à son départ pour France, et vous commanderez
+ensuite la division qui restera dans l'Adriatique.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre
+1797).
+
+_Au citoyen Roubaud._
+
+Le citoyen Perrée devant commander une flotte, vous remplirez les
+fonctions de commandant des armes, et vous aurez une autorité entière
+pour l'armement des trois vaisseaux et des deux frégates.
+
+Vous organiserez le port et l'arsenal comme vous le jugerez nécessaire
+au bien du service.
+
+Vous presserez, le plus possible, l'armement du brick _le James_; vous
+ferez armer les deux frégates _la Muiron_ et _la Carrère_, afin qu'elles
+puissent se joindre le plus tôt possible à Corfou, et augmenter
+l'escadre du contre-amiral Brueys.
+
+Je donne l'ordre au citoyen Haller de remettre 15,000 fr. à votre
+disposition pour commencer la levée des matelots pour l'armement de ces
+deux frégates.
+
+Vous ferez fabriquer un câble pour chacun des vaisseaux français de
+l'escadre de l'amiral Brueys, ainsi que les manoeuvres de rechange qui
+sont les plus nécessaires. Ces objets seront pris à compte des trois
+millions que doit nous payer la république de Venise.
+
+La division Bourdé se trouvant à l'escadre de l'amiral Brueys, les
+hardes qui lui sont destinées seront envoyées au contre-amiral Brueys,
+pour qu'il puisse les lui remettre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+_Note._
+
+Le plénipotentiaire de la république française soussigné a l'honneur de
+faire connaître à leurs excellences MM. les plénipotentiaires de S.M.
+l'empereur et roi la douleur qu'il a éprouvée en apprenant que les
+troupes de S. M. l'empereur venaient de prendre possession de la
+province d'Albanie, vulgairement appelée Bouches du Cattaro.
+
+Par l'article 1er des préliminaires secrets, S.M. l'empereur devait
+entrer, à la paix définitive, en possession de la Dalmatie et de
+l'Istrie vénitiennes. Lors donc que les troupes de S.M. ont occupé
+lesdites provinces, cela a été une violation des formes, mais non du
+fond des préliminaires.
+
+Mais l'occupation, par les troupes de S.M. l'empereur, de l'Albanie
+vénitienne, dite Bouches du Cattaro, est une violation réelle et
+est contraire au texte comme à la nature des préliminaires. Le
+plénipotentiaire français soussigné ne peut donc regarder, dans les
+circonstances présentes, l'occupation par elles des Bouches du Cattaro
+que comme un acte d'hostilité.
+
+La connaissance qu'il a des intentions qui animent leurs excellences
+messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur et roi, ne lui permet
+pas de douter qu'ils ne prennent des mesures expéditives, dont l'effet
+soit d'ordonner aux troupes de S.M. l'empereur l'évacuation des Bouches
+du Cattaro, dont l'occupation par elles est contraire à la bonne foi
+et aux traités. Le plénipotentiaire français assure leurs excellences
+messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur et roi de sa haute
+considération.
+
+Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre 1797).
+
+_Le général en chef, plénipotentiaire de la république française_.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre
+1797).
+
+_Au citoyen François de Neufchâteau, membre du directoire exécutif._
+
+Quoique je n'aie pas l'avantage de vous connaître personnellement, je
+vous prie de recevoir mon compliment sur la place éminente à laquelle
+vous venez d'être nommé; je me souviens avec reconnaissance de ce que
+vous avez écrit dans le temps contre les apologistes des inquisiteurs de
+Venise.
+
+Le sort de l'Europe est désormais dans l'union, la sagesse et la force
+du gouvernement.
+
+Il est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre par un bon
+gouvernement.
+
+Nous avons vaincu l'Europe, nous avons porté la gloire du nom français
+plus loin qu'elle ne l'avait jamais été: c'est à vous, premiers
+magistrats de la république, d'étouffer toutes les factions, et à être
+aussi respectés au dedans que vous l'êtes au dehors. Un arrêté du
+directoire exécutif écroule les trônes; faites que des écrivains
+stipendiés, ou d'ambitieux fanatiques, déguisés sous toute espèce de
+masque, ne nous replongent pas dans le torrent révolutionnaire.
+
+Croyez que, quant à moi, mon attachement pour la patrie égale le désir
+que j'ai de mériter votre estime.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre
+1797).
+
+_Au citoyen Merlin, membre du directoire._
+
+J'ai appris, citoyen directeur, avec le plus grand plaisir, la nouvelle
+de votre nomination à la place que vous occupez.
+
+On ne pouvait pas choisir un homme qui eût rendu constamment plus de
+services à la liberté: en mon particulier, je m'en félicite.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 4 vendémiaire an 6 (25 septembre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Un officier est arrivé avant-hier de Paris à l'armée d'Italie: il a
+répandu dans l'armée qu'il était parti de Paris le 25, qu'on y était
+inquiet de la manière dont j'aurais pris les événemens du 18; il était
+porteur d'une espèce de circulaire du général Augereau à tous les
+généraux de division de l'armée.
+
+Il avait une lettre du ministre de la guerre à l'ordonnateur en chef,
+qui l'autorisait à prendre tout l'argent dont il aurait besoin pour sa
+route: je vous en envoie la copie.
+
+Il est constant, d'après tous ces faits, que le gouvernement en agit
+envers moi à peu près comme envers Pichegru après vendémiaire.
+
+Je vous prie, citoyens directeurs, de me remplacer et de m'accorder ma
+démission. Aucune puissance sur la terre ne sera capable de me faire
+continuer de servir après cette marque horrible de l'ingratitude du
+gouvernement, à laquelle j'étais bien loin de m'attendre.
+
+Ma santé, considérablement affectée, demande impérieusement du repos et
+de la tranquillité.
+
+La situation de mon âme a aussi besoin de se retremper dans la masse des
+citoyens. Depuis trop long-temps un grand pouvoir est confié dans mes
+mains, je m'en suis servi dans toutes les circonstances pour le bien de
+la patrie: tant pis pour ceux qui ne croient point à la vertu, et
+qui pourraient avoir suspecté la mienne. Ma récompense est dans ma
+conscience et dans l'opinion de la postérité.
+
+Je puis, aujourd'hui que la patrie est tranquille et à l'abri des
+dangers qui l'ont menacée, quitter sans inconvénient le poste où je suis
+placé.
+
+Croyez que s'il y avait un moment de péril, je serais au premier rang
+pour défendre la liberté et la constitution de l'an 3.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6 (26 septembre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Je viens de recevoir, citoyen ministre, votre lettre du 30 fructidor.
+
+Je ne puis tirer aucune ressource de Gênes, pas plus de la république
+cisalpine: tout ce qu'ils pourront faire, c'est de se maintenir maîtres
+chez eux. Ces peuples-là ne sont point guerriers, et il faut quelques
+années d'un bon gouvernement pour changer leurs inclinations.
+
+L'armée du Rhin se trouve très-loin de Vienne, pendant que j'en suis
+très-près. Toutes les forces de la maison d'Autriche sont contre moi, on
+a très-tort de ne pas m'envoyer dix ou douze mille hommes. Ce n'est que
+par ici que l'on peut faire trembler la maison d'Autriche.
+
+Mais puisque le gouvernement ne m'envoie pas de renfort, il faut au
+moins que les armées du Rhin commencent leurs opérations quinze jours
+avant nous, afin que nous puissions nous trouver à peu près dans le même
+temps dans le coeur de l'Allemagne. Dès l'instant que j'aurai battu
+l'ennemi, il est indispensable que je le poursuive rapidement, ce qui me
+conduit dans le coeur de la Carinthie, où l'ennemi n'aura pas manqué,
+comme il s'y prépare déjà, de réunir toutes les divisions qu'il a en
+échelons sur l'armée du Rhin, qu'il peut éviter pendant plus de vingt
+jours; et je me trouverais avoir encore en tête toute les forces qui,
+dans l'ordre de bataille naturel, devraient être opposées à l'armée du
+Rhin. Il ne faut pas être capitaine pour comprendre tout cela: un seul
+coup d'oeil sur une carte, avec un compas, convaincra, à l'évidence,
+de ce que je vous dis là. Si on ne veut pas le sentir, je n'y sais que
+faire.
+
+Le roi de Sardaigne, si l'on ne ratifie pas le traité d'alliance qu'on a
+fait avec lui, se trouve à l'instant même notre ennemi, puisque, dès cet
+instant, il comprend que nous avons médité sa perte.
+
+Pendant mon absence, il se chicanera nécessairement avec la république
+cisalpine, qui n'est pas dans le cas de résister à un seul de ses
+régimens de cavalerie: d'ailleurs, je me trouve alors obligé de
+calculer, en regardant comme suspectes les intentions du roi de
+Sardaigne: dès-lors il faut que je mette deux mille hommes à Coni, deux
+mille à Tortone, autant à Alexandrie.
+
+Je pense donc que si l'on s'indispose avec le roi de Sardaigne, on
+m'affaiblit de cinq mille hommes de plus que l'on m'oblige à mettre dans
+la garnison des places que j'ai chez lui, et de cinq à six mille
+hommes qu'il faut que je laisse pour protéger le Milanais, et, à tout
+événement, la citadelle de Milan, le château de Pavie et la place de
+Pizzigithone.
+
+Ainsi donc, vous perdez, en ne ratifiant pas le traité avec le roi de
+Sardaigne:
+
+1º. Dix mille hommes de très-bonnes troupes qu'il nous fournit;
+
+2º. Dix mille hommes de nos troupes qu'on est obligé de laisser sur nos
+derrières, et, outre cela, de très-grandes inquiétudes en cas de défaite
+et d'événemens malheureux.
+
+Quel inconvénient y a-t-il à laisser subsister une chose déjà faite?
+
+Est-ce le scrupule d'être allié d'un roi? Nous le sommes bien du roi
+d'Espagne et peut-être du roi de Prusse!
+
+Est-ce le désir de révolutionner le Piémont et de l'incorporer à la
+Cisalpine? Mais le moyen d'y parvenir sans choc, sans manquer au traité,
+sans même manquer à la bienséance, c'est de mêler à nos troupes
+et d'allier à nos succès un corps de dix mille Piémontais, qui,
+nécessairement, sont l'élite de la nation: six mois après, le roi de
+Piémont se trouve détrôné.
+
+C'est un géant qui embrasse un pygmée, le serre dans ses bras et
+l'étouffe sans qu'il puisse être accusé de crime. C'est le résultat de
+la difficulté extrême de leur organisation. Si l'on ne comprend pas
+cela, je ne sais qu'y faire non plus; et si à la politique sage et vraie
+qui convient à une grande nation, qui a de grandes destinées à remplir,
+des ennemis très-puissans devant elle, on substitue la démagogie d'un
+club, l'on ne fera rien de bon.
+
+Que l'on ne s'exagère pas l'influence des prétendus patriotes cisalpins
+et génois, et que l'on se convainque bien que, si nous retirions d'un
+coup de sifflet notre influence morale et militaire, tous ces prétendus
+patriotes seraient égorgés par le peuple. Il s'éclaire tous les jours et
+s'éclairera bien davantage; mais il faut le temps et un long temps.
+
+Je ne conçois pas, lorsque, par une bonne politique, on s'était conduit
+de manière que ce temps est toujours en notre faveur, qu'en tirant tout
+le parti possible du moment présent, nous ne faisons qu'accélérer la
+marche du temps en assurant et épurant l'esprit public, je ne conçois
+pas comment l'on peut hésiter.
+
+Ce n'est pas lorsqu'on laisse dix millions d'hommes derrière soi, d'un
+peuple foncièrement ennemi des Français par préjugés, par l'habitude des
+siècles et par caractère, que l'on doit rien négliger.
+
+Il me paraît que l'on voit très-mal l'Italie, et qu'on la connaît
+très-mal. Quant à moi, j'ai toujours mis tous mes soins à faire aller
+les choses selon l'intérêt de la république: si l'on ne me croit pas, je
+ne sais que faire.
+
+Tous les grands événemens ne tiennent jamais qu'à un cheveu. L'homme
+habile profite de tout, ne néglige rien de ce qui peut lui donner
+quelques chances de plus. L'homme moins habile, quelquefois en en
+méprisant une seule, fait tout manquer.
+
+J'attends le général Meerweldt. Je tirerai tout le parti dont je suis
+capable des événemens qui viennent d'arriver en France, des dispositions
+formidables où se trouve notre armée, et je vous ferai connaître la
+véritable position des choses, afin que le gouvernement puisse décider
+et prendre le parti qu'il jugera à propos.
+
+Il ne faut pas que l'on méprise l'Autrichien comme on paraît le faire;
+ils ont recruté leurs armées et les ont organisées mieux que jamais.
+
+Je viens de prendre des mesures pour l'incorporation à la république
+cisalpine, du Brescian et du Mantouan.
+
+Je vais aussi m'occuper à organiser la république de Venise. Je ferai
+tout arranger de manière que la république, en apparence, ne se mêle de
+rien.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6 (26 septembre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+J'attendais, citoyen ministre, pour vous parler du général Clarke, que
+vous-même m'en eussiez écrit. Je ne cherche pas s'il est vrai que ce
+général ait été envoyé dans l'origine pour me servir d'espion: si cela
+était, moi seul aurais le droit de m'en offenser, et je déclare que je
+lui pardonne.
+
+Je l'ai vu, dans sa conduite passée, gémir le premier sur la malheureuse
+réaction qui menaçait d'engloutir la liberté avec la France. Sa conduite
+dans la négociation a été bonne et loyale: il n'y a pas déployé de
+grands talens, mais il y a mis beaucoup de volonté, de zèle et même une
+sorte de caractère. On l'ôte de la négociation, peut-être fait-on bien;
+mais, sous peine de commettre la plus grande injustice, on ne doit pas
+le perdre. Il a été porté principalement par Carnot. Auprès d'un homme
+raisonnable, lorsqu'on sait qu'il est depuis près d'un an à trois cents
+lieues de lui, cela ne peut pas être une raison de proscription. Je vous
+demande donc avec instance pour lui une place diplomatique du second
+ordre, et je garantis que le gouvernement n'aura jamais à s'en repentir.
+Il est chargé d'une très-grande mission; il connaît tous les secrets
+comme toutes les relations de la république, il ne convient pas à notre
+dignité qu'il tombe dans la misère et se trouve proscrit et disgracié.
+
+J'entends dire qu'on lui reproche d'avoir écrit ce qu'il pensait des
+généraux de l'armée d'Italie. Si cela est vrai, je n'y vois aucun crime:
+depuis quand un agent du gouvernement serait-il accusé d'avoir fait
+connaître à son gouvernement ce qu'il pensait des généraux auprès
+desquels il se trouvait?
+
+On dit qu'il a écrit beaucoup de mal de moi. Si cela est vrai, il l'a
+également écrit au gouvernement: dès-lors il avait droit de le faire;
+cela pouvait même être nécessaire, et je ne pense pas que ce puisse être
+un sujet de proscription.
+
+La morale publique est fondée sur la justice, qui, bien loin d'exclure
+l'énergie, n'en est au contraire que le résultat.
+
+Je vous prie donc de vouloir bien ne pas oublier le général Clarke
+auprès du gouvernement: on pourrait lui donner une place de ministre
+auprès de quelque cour secondaire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 7 vendémiaire an 6 (28 septembre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+M. le comte de Cobentzel, citoyen ministre, est arrivé de Vienne avec le
+général Meerweldt; il m'a remis la lettre dont je vous envoie copie, et
+à laquelle je ne répondrai que dans trois ou quatre jours, lorsque je
+verrai la tournure que prendra la négociation.
+
+Pour ma première visite, j'ai eu une prise très-vive avec M. de
+Cobentzel, qui, à ce qu'il m'a paru, n'est pas très-accoutumé à
+discuter, mais bien à vouloir toujours avoir raison.
+
+Nous sommés entrés en congrès.
+
+Je vous ferai passer: 1º. Copie des pleins pouvoirs donnés à M. le comte
+de Cobentzel;
+
+2º. Copie du protocole d'hier;
+
+3º. Copie de la réponse que je vais faire insérer au protocole
+d'aujourd'hui. Je les attends dans un quart d'heure.
+
+Il est indispensable que le directoire exécutif donne les ordres qu'on
+se tienne prêt sur le Rhin: ces gens-ci ont de grandes prétentions. Au
+reste, il paraît, par la lettre de l'empereur, par la contexture des
+pleins-pouvoirs de M. de Cobentzel, même par son arrivée, que l'empereur
+accéderait au projet d'avoir pour lui Venise et la rive de l'Adige, de
+nous donner Mayence et les limites constitutionnelles.
+
+Je dis il paraît, parce qu'en réalité notre conversation avec M. le
+comte de Cobentzel n'a été, de son côté, qu'une extravagance.
+
+C'est tout au plus s'ils veulent nous donner la Belgique. Je vous fais
+grâce de ma réponse là-dessus comme de notre discussion, qui vous ferait
+connaître ce que ces gens-ci appellent diplomatie.
+
+_À minuit._
+
+Le courrier devait partir à midi, il n'est pas parti. Ces messieurs
+sortent à l'instant même d'ici. Nous avons été à peu près quatre ou cinq
+heures en conférences réglées. M. de Cobentzel et nous avons beaucoup
+argumenté, beaucoup rabâché les mêmes choses.
+
+Il n'a été question dans le protocole que des deux notes annoncées dans
+ma lettre ci-dessus, auxquelles ces messieurs répondront demain.
+
+Après le dîner, moment où les Allemands parlent volontiers, j'ai causé
+quatre ou cinq heures de suite avec M. Cobentzel; il a laissé entrevoir,
+au milieu d'un très-grand bavardage, qu'il désire fort que S.M.
+l'empereur réunisse son système politique au nôtre, afin de nous opposer
+aux projets ambitieux de la Prusse. Il m'a paru que le cabinet de Vienne
+adoptait le projet des limites de l'Adige et de Venise, et pour nous
+les limites à peu près comme elles sont portées dans notre note et
+spécialement Mayence: ce n'est pas qu'il n'ait dit qu'il lui paraissait
+tout simple que nous donnions à S.M. l'empereur les Légations.
+
+Mais lorsque je lui ai dit que le gouvernement français venait de
+reconnaître le ministre de la république de Venise, et que dès-lors je
+me trouvais dans l'impossibilité de pouvoir, sous aucun prétexte et dans
+aucune circonstance, consentir à ce que S.M. devînt maîtresse de Venise,
+je me suis aperçu d'un mouvement de surprise qui décèle assez la
+frayeur, à laquelle a succédé un assez long silence, interrompu à
+peu près par ces mots: Si vous faites toujours comme cela, comment
+voulez-vous qu'on puisse négocier? Je me tiendrai dans cette ligne
+jusqu'à la rupture. Je ne leur bonifierai point Venise jusqu'à ce que
+j'aie reçu de nouvelles lettres du gouvernement.
+
+Demain, à midi, nous nous verrons de nouveau, et je vous expédierai
+demain au soir un autre courrier. Je n'entre pas dans d'autres détails
+sur les propositions réciproques que nous nous faisons; mais il y a la
+négociation officielle, qui est, comme vous l'avez vu par le protocole,
+une suite d'extravagances de leur part, et la confidentielle qui,
+quoiqu'elle n'ait pas été mise clairement en discussion avec M. de
+Cobentzel, est basée cependant sur le projet que M. de Meerweldt apporté
+de Vienne. Vous vous apercevrez, par la note que je vais leur présenter
+aujourd'hui, que je veux les conduire à dire dans le protocole qu'on ne
+peut pas exécuter les préliminaires, et regarder, si le gouvernement le
+juge à propos, ces préliminaires comme nuls. J'ai pensé qu'il n'y avait
+pas d'autre moyen de sauver les apparences, que de leur faire dire
+d'eux-mêmes que les préliminaires sont impossibles: ce qui nous est
+très-facile.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 (29 septembre
+1797).
+
+_Au citoyen Canelaux, ministre de la république à Naples._
+
+J'apprends, citoyen ministre, qu'il y a des mouvemens sur les frontières
+de Naples, en même temps qu'un général autrichien vient commander
+à Rome. Je ne saurais penser que, si cela était, vous ne soyez pas
+instruit des mouvemens et des desseins que pourrait avoir la cour
+de Naples, et vous me les auriez fait connaître par un courrier
+extraordinaire. L'intention du directoire exécutif de la république
+française n'est point que la cour de Naples empiète sur le territoire
+romain. Soit que le pape continue à vivre, soit qu'il meure au qu'il
+soit remplacé par un autre pape ou par une république, vous devez
+déclarer, lorsque vous serez assuré que la cour de Naples a intention
+de faire des mouvemens, que le directoire exécutif de la république
+française ne restera pas tranquille spectateur de la conduite hostile
+du roi de Naples, et que, quelque événement qu'il arrive, la république
+française s'entendra avec plaisir avec la cour de Naples pour lui faire
+obtenir ce qu'elle désire, mais non pour autoriser le roi de Naples à
+agir hostilement.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 (29 septembre
+1797).
+
+_À l'ambassadeur de la république française à Rome._
+
+Je reçois, citoyen ambassadeur, votre lettre du 13 vendémiaire. Vous
+signifierez sur-le-champ à la cour de Rome, que si le général Provera
+n'est pas renvoyé de suite de Rome, la république française regardera
+cela de la part de Sa Sainteté comme un commencement d'hostilités.
+Faites sentir combien il est indécent, lorsque le sort de Rome a dépendu
+de nous, qu'elle n'a dû son existence qu'à notre générosité, de voir le
+pape renouer encore des intrigues et se montrer sous des couleurs qui ne
+peuvent être agréables à la république française. Dites même dans vos
+conversations avec le secrétaire d'état, et, s'il le faut, même dans
+votre note: La république française a été généreuse à Tolentino, elle ne
+le sera plus si les circonstances recommencent.
+
+Je fais renforcer la garnison d'Ancône d'un bataillon de Polonais.
+L'escadre de l'amiral Brueys me répond de la conduite de la cour de
+Naples.
+
+Vous ne devez avoir aucune espèce d'inquiétude, ou, si elle agit, je
+détruirai son commerce, avec l'escadre de l'amiral Brueys, et, lorsque
+les circonstances le permettront, je ferai marcher une colonne pour leur
+répondre. Je verrai dans une heure M. de Gallo, et je m'expliquerai avec
+vous en termes si forts, que messieurs les Napolitains n'auront pas la
+volonté de faire marcher des troupes sur Rome.
+
+Enfin, s'il n'y a encore aucun changement à Rome, ne souffrez pas qu'un
+général aussi connu que M. Provera prenne le commandement des troupes de
+Rome. L'intention du directoire exécutif n'est pas de laisser renouer
+les petites intrigues des princes d'Italie. Pour moi, qui connais bien
+les Italiens, j'attache la plus grande importance à ce que les troupes
+romaines ne soient pas commandées par un général autrichien.
+
+Dans la circonstance, vous devez dire au secrétaire d'état: «La
+république française, continuant ses sentimens de bienveillance au pape,
+était peut-être sur le point de lui restituer Ancône: vous gâtez toutes
+vos affaires, vous en serez responsable. Les provinces de Macerata et le
+duché d'Urbin se révolteront, vous demanderez le secours des Français,
+ils ne vous répondront pas.»
+
+Effectivement, plutôt que de donner le temps à la cour de Rome d'ourdir
+de nouvelles trames, je la préviendrai.
+
+Enfin, exigez non-seulement que M. Provera ne soit point général des
+troupes romaines, mais que, sous vingt-quatre heures, il soit hors de
+Rome. Développez un grand caractère; ce n'est qu'avec la plus grande
+fermeté, la plus grande expression dans vos paroles, que vous vous ferez
+respecter de ces gens-là: timides lorsqu'on leur montre les dents, ils
+sont fiers lorsqu'on a trop de ménagemens pour eux.
+
+Dites publiquement dans Rome que, si M. Provera a été deux fois mon
+prisonnier de guerre dans cette campagne, il ne tardera pas à l'être une
+troisième fois: s'il vient vous voir, refusez de le recevoir. Je connais
+bien la cour de Rome, et cela seul, si c'est bien joué, perd cette cour.
+
+L'aide-de-camp qui vous portera cette lettre a ordre de continuer
+jusqu'à Naples pour voir le citoyen Canclaux; il s'assurera par lui-même
+des mouvemens des troupes napolitaines, auxquels je ne peux pas croire,
+quoique je m'aperçoive qu'il y a depuis quelque temps une espèce de
+coalition entre les cours de Naples, de Rome, et même celle de Florence;
+mais c'est la ligue des rats contre les chats.
+
+Si vous le jugez à propos, mon aide-de-camp présentera une lettre, que
+vous trouverez ci-jointe, au secrétaire d'état, et lui dira, d'un ton
+qui convient aux vainqueurs de l'Italie, que si, sous vingt-quatre
+heures, M. Provera n'est point hors de Rome, ils nous obligeront à une
+visite.
+
+Si le pape était mort, vous devez faire tout ce qu'il vous est possible
+pour qu'on n'en nomme pas un autre, et qu'il y ait une révolution.
+Le roi de Naples ne fera aucun mouvement: s'il en faisait lorsque la
+révolution serait faite, vous déclareriez au roi de Naples, à l'instant
+où il franchirait les limites, que le peuple romain est sous la
+protection de la république française; ensuite, en vous rendant de votre
+personne auprès du général napolitain, vous lui diriez que la république
+française ne voit point d'inconvénient à entamer une négociation avec
+la cour de Naples sur les différentes demandes qu'elle a faites, et
+spécialement sur celle qu'a faite à Paris M. Balbo, et auprès de moi M.
+de Gallo, mais qu'il ne faut pas qu'elle prenne les armes, la république
+regardant cela comme une hostilité.
+
+Enfin, vous emploieriez en ce double sens beaucoup de fierté extérieure
+pour que le roi de Naples n'entre pas dans Rome, et beaucoup de
+souplesse pour lui faire comprendre que c'est son intérêt; et si le roi
+de Naples, malgré tout ce que vous pourriez faire, ce que je ne saurais
+penser, entrait dans Rome, vous devez continuer à y rester, et affecter
+de ne reconnaître en aucune manière l'autorité qu'y exercerait le roi
+de Naples, de protéger le peuple de Rome, et faire publiquement
+les fonctions de son avocat, mais d'avocat tel qu'il convient a un
+représentant de la première nation du monde.
+
+Vous pensez bien, sans doute, que je prendrai bien vite dans ce cas les
+mesures qui seraient nécessaires pour vous mettre à même de soutenir la
+déclaration, que vous auriez faite de vous opposer à l'invasion du roi
+de Naples.
+
+Si le pape est mort, et qu'il n'y ait aucun mouvement à Rome, de sorte
+qu'il n'y ait aucun moyen d'empêcher le pape d'étre nommé, ne souffrez
+pas que le cardinal Albani soit nommé; vous devez employer non-seulement
+l'exclusion, mais encore les menaces sur l'esprit des cardinaux, en
+déclarant qu'à l'instant même je marcherai sur Rome, ne nous opposant
+pas à ce qu'il soit pape, mais ne voulant pas que celui qui a assassiné
+Basseville soit prince. Au reste, si l'Espagne lui donne aussi
+l'exclusion, je ne vois pas de possibilité à ce qu'il réussisse.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 (29 septembre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le pape est très-malade et peut-être mort à l'heure qu'il est.
+
+Le roi de Naples fait beaucoup de mouvemens.
+
+Je vous enverrai copie des lettres que j'ai écrites à nos ministres à
+Rome et à Naples.
+
+Je ne dissimule pas que depuis quelque temps il y a une espèce de
+coalition entre le pape, le roi de Naples, et même la Toscane. Le pape
+n'a-t-il pas eu l'insolence de confier le commandement de ses troupes au
+général autrichien Provera!
+
+Je pense que tout cela, est une nouvelle raison pour que vous ratifiez
+le traité d'alliance avec le roi de Sardaigne. Le général Berthier, que
+j'ai envoyé à Novare pour passer la revue des troupes piémontaises,
+m'écrit que ce corps est dans une situation superbe. Je vous ferai
+passer copie de la lettre que m'écrit M. Priocca.
+
+Vous m'aviez écrit, il y a quatre mois, qu'en cas que le roi de Naples
+se rendît à Rome, de l'y laisser aller: quant à moi, je crois que ce
+serait une grande sottise. Quand il sera à Rome, il fera emprisonner une
+soixantaine de personnes, il fera prêcher les prêtres, se prosternera
+devant un pape dont il aura en vérité la puissance, et nous aurons tout
+perdu. Vous verrez dans mes lettres aux ministres de la république a
+Rome et à Naples la conduite que je leur ai dit de tenir. Je vous prie
+de me faire connaître positivement vos instructions sur ce point.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Messieurs les plénipotentiaires de l'empereur sortent d'ici; nos
+différentes entrevues n'avancent pas encore beaucoup: c'est toujours la
+même exagération de prétentions.
+
+Je les renverrai demain, et vous ferai connaître le projet qu'ils
+doivent me remettre avec ma réponse.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général a Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre
+1797).
+
+_Au ministre de la marine._
+
+Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 28 fructidor; j'ai fait
+passer à l'amiral Brueys celle qui était pour lui. J'ai écrit, il y
+a quelques jours, au directoire exécutif pour lui demander une
+autorisation pour garder la flotte dans ces mers, d'où vous pourrez lui
+donner la destination qu'il vous plaira, quelle qu'elle soit. L'amiral
+Brueys vous a écrit par le même courrier. L'escadre se trouve bien
+approvisionnée et ses équipages fort contens. J'espère que, si nous
+rompons, elle nous sera du plus grand service. Recevez mes remercimens
+pour les choses honnêtes renfermées dans votre lettre, et croyez que mon
+plus grand plaisir sera de mériter votre estime.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre
+1797).
+
+_À S.A.R. le duc de Parme._
+
+La caisse de l'armée d'Italie aurait besoin du crédit de votre A.R.,
+afin de ne pas retarder le prêt du soldat, et pour subvenir aux dépenses
+les plus indispensables à l'armée. Comme je connais les sentimens de
+bienveillance que votre A.R. a pour l'armée française, je la prie
+d'ordonner à son ministre de seconder l'opération que lui proposera le
+citoyen Haller, administrateur des finances de l'armée, pour assurer les
+comptes.
+
+Croyez aux sentimens d'estime, etc., etc.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre
+1797).
+
+_Au ministre de la police générale._
+
+J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre du 27 fructidor. Je vous
+remercie de l'avis que vous me donnez; je souhaite à messieurs les
+royalistes de ne pouvoir faire plus de mal à la république que celui
+qu'ils feraient en tuant un de ses citoyens; d'ailleurs il est plus
+facile d'en faire le projet que de l'exécuter.
+
+Permettez que je saisisse cette occasion pour vous faire mon compliment
+sur votre nomination au ministère, que vous avez déjà signalée par un
+rehaussement de l'esprit public.
+
+Je vous prie de croire aux sentimens d'estime et de considération que
+j'ai pour vous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Vous verrez, par la lettre que j'écris au directoire exécutif, les
+nouvelles de Rome: la santé du pape chancelle de nouveau. J'ai eu une
+conversation avec M. de Gallo, et je lui ai fait connaître que le
+directoire exécutif de la république française ne souffrirait jamais que
+le roi de Naples se mêlât des affaires de Rome sans sa participation.
+Nous avons eu hier une conférence: je vous envoie la copie du protocole,
+et vous vous convaincrez que les choses continuent à prendre mauvaise
+tournure.
+
+J'ai eu, après le dîner, une conférence avec M. le comte de Cobentzel;
+il m'a dit que l'empereur pourrait nous céder le Rhin, si nous lui
+faisions de grands avantages en Italie: ce qu'il articulait est
+extravagant. Il me remettra demain un projet confidentiel; je vous
+l'enverrai, et j'y ferai une réponse qui sera en moins ce que lui aura
+fait en plus.
+
+Nous sommes convenus, en cas de rupture, d'établir la manière dont l'un
+ou l'autre gouvernement se signifierait la rupture, afin que les deux
+armées ne pussent pas être surprises, et que les deux nations continuent
+a être liées par le droit des gens.
+
+Comme les grandes opérations dépendent ici de ce que fera l'armée du
+Rhin, et de l'époque où l'on entrera en campagne, je ne précipiterai
+rien ici; mais je mettrai le gouvernement à même de prendre le parti
+qu'il voudra, et de pouvoir mettre en mouvement en même temps les armées
+du Rhin et d'Italie.
+
+La position de l'armée française d'Italie est superbe. Le Brescian et le
+Mantouan seront bientôt réunis à la république cisalpine. Je m'occupe à
+réunir les différentes parties de l'état de Venise dans un seul et même
+état, afin d'organiser robustement les derrières de l'armée, qui seront
+tranquilles pendant ce grand mouvement; et ce gouvernement s'engagera
+à donner 25,000,000 pour pouvoir sustenter l'armée pendant ses grandes
+opérations.
+
+Toutes les places fortes sont approvisionnées pour un an. Palma et
+Osoppo, qui doivent être les pivots des armées, contiennent des dépôts
+pour nourrir l'armée pendant un long temps.
+
+L'artillerie se trouve également dans une position satisfaisante.
+
+De grandes choses pourront être faites avec cette armée.
+
+Tout ce que je fais, tous les arrangemens que je prends dans ce
+moment-ci, c'est le dernier service que je puisse rendre à la patrie.
+
+Ma santé est entièrement délabrée; et la santé est indispensable et ne
+peut être substituée par rien, à la guerre. Le gouvernement aura sans
+doute, en conséquence de la demande que je lui ai faite il y a huit
+jours, nommé une commission de publicistes pour organiser l'Italie
+libre;
+
+De nouveaux plénipotentiaires pour continuer les négociations ou les
+renouer, si la guerre avait lieu, au moment où les événemens de la
+guerre seraient les plus propices;
+
+Et, enfin, un général qui ait sa confiance pour commander l'armée: car
+je ne connais personne qui puisse me remplacer dans l'ensemble de ces
+trois missions, toutes trois également intéressantes.
+
+Je donnerai aux uns et aux autres des renseignemens, soit sur les
+hommes, sur les moeurs, caractères, positions et les projets qui leur
+seront utiles, s'ils veulent en profiter.
+
+Quant à moi, je me trouve sérieusement affecté de me voir obligé de
+m'arrêter dans un moment où, peut-être, il n'y a plus que des fruits à
+cueillir; mais la loi de la nécessité maîtrise l'inclination, la volonté
+et la raison.
+
+Je puis à peine monter à cheval: j'ai besoin de deux ans de repos.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 15 vendémiaire an 6 (8 octobre
+1797).
+
+_Au président du gouvernement provisoire de Gênes._
+
+J'apprends avec peine que vous êtes divisés entre vous, et que par là
+vous donnez un champ libre à la malveillance et aux ennemis de votre
+liberté. Etouffez toutes vos haines, réunissez tous vos efforts, si vous
+voulez éviter de grands malheurs à votre patrie et à vos familles. Les
+rois voient avec plaisir et fomentent peut-être une dissension dans
+votre gouvernement, qui ruine votre commerce, dégoûte la masse de la
+nation de l'égalité, et établit les privilèges et les préjugés.
+
+Les hostilités peuvent recommencer d'un moment à l'autre, vous devez
+vous mettre en mesure de pouvoir aussi concourir à la cause commune:
+comment croyez-vous le faire lorsque vous avez même besoin des Français
+pour vous garder?
+
+Si vous en croyez un homme qui prend un vif intérêt à votre bonheur,
+remettez en termes plus clairs dans votre constitution ce qui a
+pu alarmer les ministres de la religion: je dirai même plus, la
+superstition aux prises avec la liberté; la première l'emportera dans
+l'esprit du peuple.
+
+Enfin, supprimez toutes les commissions violentes qui pourraient alarmer
+la masse des citoyens.
+
+Vous ne devez pas vous gouverner par des excès, comme vous ne devez vous
+laisser périr par faiblesse. Éclairez le peuple, concertez-vous avec
+l'archevêque pour leur donner de bons curés; acquérez des titres à
+l'amour de vos concitoyens et à l'estime de l'Europe, qui vous fixe, et
+croyez qu'en tout temps je vous appuierai et prendrai un vif intérêt à
+tout ce qui vous concerne.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 16 vendémiaire an 6 (7 octobre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Je vous envoie, citoyen ministre, le projet confidentiel que m'a remis
+M. le comte de Cobentzel; je lui ai témoigné toute l'indignation que
+vous sentirez en le lisant. Je lui répondrai par la note ci-jointe. Sous
+trois ou quatre jours, tout sera terminé, la paix ou la guerre, Je vous
+avoue que je ferai tout pour la paix, vu la saison très-avancée et le
+peu d'espérance de faire de grandes choses.
+
+Vous connaissez peu ces peuples-ci; ils ne méritent pas que l'on fasse
+tuer 40,000 Français pour eux.
+
+Je vois par vos lettres que vous partez toujours d'une fausse hypothèse:
+vous vous imaginez que la liberté fait faire de grandes choses à un
+peuple mou, superstitieux, pantalon et lâche.
+
+Ce que vous désireriez que je fisse sont des miracles: je n'en sais pas
+faire.
+
+Je n'ai pas à mon armée un seul Italien, excepté 1500 polissons ramassés
+dans les rues des différentes villes de l'Italie, qui pillent et ne sont
+bons à rien,
+
+Ne vous laissez pas inspirer par quelque aventurier italien, peut-être
+par quelque ministre même, qui vous diront qu'il y a 80,000 hommes
+italiens sous les armes; car, depuis quelque temps, je n'aperçois pas
+les journaux, et ce qui me revient de l'opinion publique en France
+s'égare étrangement sur les Italiens.
+
+Un peu d'adresse, un ascendant que j'ai pris, des exemples sévères,
+donnent seuls à ces peuples un grand respect pour la nation, et un
+intérêt, quoique extrêmement faible, pour la cause que nous défendons.
+
+Je désire que vous appeliez chez vous les différents ministres cisalpins
+qui se trouvent à Paris, que vous leur demandiez d'un ton sévère .....,
+qu'ils vous déclarent sur-le-champ, par écrit, le nombre de troupes qu'a
+la république cisalpine à l'armée; et, s'ils vous disent que j'ai plus
+de 1500 hommes cisalpins et à peu près 2000 à Milan, employés à la
+police de leur pays, ils vous en imposeront, et réprimandez-les comme
+ils le méritent; car telle chose est bonne à dire dans un café ou dans
+un discours, mais non au gouvernement, puisque ces fausses idées peuvent
+le mettre dans le cas de prendre un parti différent de celui qui
+convient, et produire des malheurs incalculables.
+
+J'ai l'honneur de vous le répéter, peu à peu le peuple de la république
+cisalpine s'enthousiasmera pour la liberté, peu à peu cette république
+s'organisera, et peut-être dans quatre ou cinq ans pourra-t-elle avoir
+30,000 hommes de troupes passables, surtout s'ils prennent quelques
+Suisses; car il faudrait être un législateur habile pour leur faire
+venir le goût des armes: c'est une nation bien énervée et bien lâche.
+
+Si les négociations ne prennent pas une bonne tournure, la France se
+repentirait à jamais du parti qu'elle a pris avec le roi de Sardaigne.
+Ce prince, avec un de ses bataillons et un de ses escadrons de
+cavalerie, est plus fort que toute la Cisalpine réunie. Si je n'ai
+jamais écrit au gouvernement avec cette précision, c'est que je ne
+pensais pas qu'on pût se former des Italiens l'idée que je vois, par vos
+dernières lettres, que vous en avez. J'emploie tout mon talent à les
+échauffer et à les aguerrir, et je ne réussis tout juste qu'à contenir
+et à disposer ces peuples dans de bonnes intentions.
+
+Je n'ai point eu, depuis que je suis en Italie, pour auxiliaire, l'amour
+des peuples pour la liberté et l'égalité, ou du moins cela a été un
+auxiliaire très-faible; mais la bonne discipline de l'armée, le grand
+respect que nous avons tous eu pour la république, que nous avons porté
+jusqu'à la cajolerie pour les ministres de la justice, surtout une
+grande activité et une grande promptitude à réprimer les malintentionnés
+et à punir ceux qui se déclaraient contre nous, tel a été le véritable
+auxiliaire de l'armée d'Italie: voilà l'historique. Tout ce qui n'est
+bon qu'à dire dans des proclamations, des discours imprimés, sont des
+romans.
+
+Comme j'espère que les négociations iront bien, je n'entrerai pas dans
+de plus grands détails pour vous déclarer beaucoup de choses qu'il me
+paraît qu'on saisit mal. Ce n'est qu'avec de la prudence, de la sagesse,
+beaucoup de dextérité, que l'on parvient à de grands buts, et que
+l'on surmonte tous les obstacles: autrement on ne réussit en rien. Du
+triomphe à la chute il n'est qu'un pas. J'ai vu, dans les plus grandes
+circonstances, qu'un rien a toujours décidé des plus grands événemens.
+
+S'il arrivait que nous adoptassions la politique extérieure que nous
+avions en 1793, nous aurions d'autant plus tort, que nous nous sommes
+bien trouvés de la politique contraire, et que nous n'avons plus
+ces grandes masses, ces moyens de recrutement, et ce premier élan
+d'enthousiasme qui n'a qu'un temps.
+
+Le caractère distinctif de notre nation est d'être beaucoup trop vif
+dans la prospérité. Si l'on prend pour base de toutes les opérations la
+vraie politique, qui n'est que le résultat du calcul, des combinaisons
+et des chances, nous serons pour long-temps la grande nation et
+l'arbitre de l'Europe; je dis plus, nous tenons la balance, nous la
+ferons pencher comme nous voudrons, et même, si tel est l'ordre du
+destin, je ne vois pas d'impossibilité à ce que l'on arrive en peu
+d'années à ces grands résultats que l'imagination échauffée et
+enthousiaste entrevoit, et que l'homme extrêmement froid, constant et
+raisonné, atteindra seul. Ne voyez, citoyen ministre, je vous prie, dans
+la présente lettre, que le désir de contribuer autant qu'il est en moi
+au succès de la patrie.
+
+Je vous écris comme je pense, c'est la plus grande marque d'estime que
+je puisse vous donner.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6 (10 octobre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Les négociations de paix sont enfin sur le point de se terminer. La paix
+définitive sera signée cette nuit, ou la négociation rompue.
+
+En voici les conditions principales:
+
+1º. Nous aurons sur le Rhin la limite tracée sur la carte que je vous
+envoie, c'est-à-dire la Nethe jusqu'à Kerpen, et passe de là à Juliers,
+Venloo;
+
+2º. Mayence et ses fortifications en entier et tel qu'il est;
+
+3º. Les îles de Corfou, Zante, Céphalonie, etc., et l'Albanie
+vénitienne;
+
+4º. La Cisalpine sera composée de la Lombardie, du Bergamasque,
+du Cremasque, du Brescian, de Mantoue, de Peschiera, avec les
+fortifications, jusqu'à la rive droite de l'Adige et du Pô; du Modenais,
+du Ferrarais, du Bolonais, de la Romagne:
+
+Cela fait à peu près trois millions cinq à six cent mille habitans.
+
+5º. Gênes aura les fiefs impériaux;
+
+6º. L'empereur aura la Dalmatie et l'Istrie, les états de Venise jusqu'à
+l'Adige et le Pô, la ville de Venise;
+
+7º. Le prince d'Orange, conformément au traité secret avec la Prusse,
+obtiendra une indemnité. Le duc de Modène sera indemnisé par le Brisgaw,
+et en place l'Autriche prendra Salzburg et une partie de la Bavière
+comprise entre la rivière d'Inn, la rivière de Salza, l'évêché de
+Salzburg, faisant cinquante mille habitans;
+
+8º. Nous ne céderons les pays que doit occuper l'empereur que trois
+semaines après l'échange des ratifications et lorsqu'il aura évacué
+Manheim, Ingolstadt, Ulm, Ehrenbreistein et tout l'Empire;
+
+9º. La France aura ce que la république de Venise avait de meilleur,
+etc., et les limites du Rhin, auxquelles il ne manquera que deux cent
+mille habitans que l'on pourra avoir à la paix de l'Empire. Elle gagnera
+de ce côté quatre millions de population;
+
+10º. La république cisalpine aura de très-belles limites militaires,
+puisqu'elle aura Mantoue, Peschiera, Ferrare.
+
+11º. La liberté gagne donc: république cisalpine, trois millions cinq
+cent mille habitans; nouvelles limites de la France, quatre millions: en
+tout sept millions cinq cent mille habitans;
+
+12º. La maison d'Autriche gagnera un million neuf cent mille habitans:
+
+Elle en perdra, en Lombardie, un million cinq cent mille; à Modène,
+trois cent mille; en Belgique, deux millions cinq cent mille: en tout
+quatre millions trois cent mille habitans; sa perte sera donc encore
+assez sensible.
+
+J'ai profité des pouvoirs que vous m'avez donnés et de la confiance dont
+vous m'avez revêtu pour conclure ladite paix; j'y ai été conduit:
+
+1º. Par la saison avancée, contraire à la guerre offensive, surtout
+de ce côté-ci, où il faut repasser les Alpes et entrer dans des pays
+très-froids;
+
+2º. La faiblesse de mon armée, qui cependant a toutes les forces de
+l'empereur contre elle;
+
+3º. La mort de Hoche, et le mauvais plan d'opérations adopté;
+
+4º. L'éloignement des armées du Rhin des états héréditaires de la maison
+d'Autriche;
+
+5º. La nullité des Italiens. Je n'ai avec moi au plus que quinze cents
+Italiens qui sont le ramassis des polissons dans les grandes villes;
+
+6º. La rupture qui vient d'éclater avec l'Angleterre;
+
+7º. L'impossibilité où je me trouve, par la non ratification du traité
+d'alliance avec le roi de Sardaigne, de me servir des troupes sardes, et
+la nécessité d'augmenter de six mille hommes de troupes françaises les
+garnisons du Piémont et de la Lombardie;
+
+8º. L'envie de la paix qu'a toute la république, envie qui se manifeste
+même dans les soldats, qui se battraient, mais qui verront avec plus
+de plaisir encore leurs foyers, dont ils sont absens depuis bien
+des années, et dont l'éloignement ne serait bon que pour établir le
+gouvernement militaire;
+
+9º. L'inconvenance d'exposer des avantages certains et le sang français
+pour des peuples peu dignes et peu amans de la liberté, qui, par
+caractère, habitude et religion, nous haïssent profondément. La ville
+de Venise renferme, il est vrai, trois cents patriotes: leurs intérêts
+seront stipulés dans le traité, et ils seront accueillis dans la
+Cisalpine. Le désir de quelques centaines d'hommes ne vaut pas la mort
+de vingt mille Français;
+
+10º. Enfin, la guerre avec l'Angleterre nous ouvrira un champ plus
+vaste, plus essentiel et plus beau d'activité. Le peuple anglais vaut
+mieux que le peuple vénitien, et sa libération consolidera à jamais
+la liberté et le bonheur de la France, ou, si nous obligeons ce
+gouvernement à la paix, notre commerce, les avantages que nous
+lui procurerons dans les deux mondes, seront un grand pas vers la
+consolidation de la liberté et le bonheur public.
+
+Si, dans tous ces calculs, je me suis trompé, mon coeur est pur, mes
+intentions sont droites: j'ai fait taire l'intérêt de ma gloire, de ma
+vanité, de mon ambition; je n'ai vu que la patrie et le gouvernement;
+j'ai répondu d'une manière digne de moi à la confiance illimitée que le
+directoire a bien voulu m'accorder depuis deux ans.
+
+Je crois avoir fait ce que chaque membre du directoire eût fait en ma
+place.
+
+J'ai mérité par mes services l'approbation du gouvernement et de la
+nation; j'ai reçu des marques réitérées de son estime. «Il ne me reste
+plus qu'à rentrer dans la foule, reprendre le soc de Cincinnatus, et
+donner l'exemple du respect pour les magistrats et de l'aversion pour le
+régime militaire, qui a détruit tant de républiques et perdu plusieurs
+états.»
+
+Croyez à mon dévouement et à mon désir de tout faire pour la liberté de
+la patrie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6 (10 octobre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le citoyen Botot m'a remis votre lettre du premier jour complémentaire;
+il m'a dit, en conséquence, de votre part, de révolutionner l'Italie: je
+lui ai demandé comment cela se devait entendre; si le duc de Parme,
+par exemple, était compris dans cet ordre. Il n'a pu me donner aucune
+explication. Je vous prie de me faire connaître vos ordres plus
+clairement.
+
+J'ai retenu quelques jours ici le citoyen Botot, pour qu'il pût
+s'assurer par lui-même de l'esprit qui anime mon état-major et tout
+ce qui m'environne. Je serais bien aise qu'il en fit autant dans
+les différentes divisions de l'armée, il y trouverait un esprit de
+patriotisme qui distingue ces braves soldats.
+
+Ma santé considérablement affaiblie, mon moral non moins affecté, ont
+besoin de repos et me rendent incapable de remplir les grandes choses
+qui restent à faire. Je vous ai déjà demandé un successeur: si vous
+n'avez pas obtempéré à ma demande, je vous prie, citoyens directeurs, de
+le faire. Je ne suis plus en état de commander. Il ne me reste qu'un
+vif intérêt, qui ne m'abandonnera jamais, pour la prospérité de la
+république et la liberté de la patrie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 22 vendémiaire an 6 (13 octobre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif de la république cisalpine._
+
+J'ai reçu, citoyens directeurs, le projet que vous m'avez envoyé pour
+la formation du département de Mantoue. Faites faire une loi par les
+comités réunis, pour joindre Mantoue, la partie du Véronais que vous
+désirez dans votre plan, et le Brescian à la république cisalpine. Si
+vous le croyez nécessaire, envoyez-la moi, je la signerai: surtout que
+chaque département n'excède pas cent quatre-vingt mille habitans.
+Je crois qu'il sera bon de mettre une partie du Brescian dans le
+départemens de Mantoue, pour pouvoir faire une bonne limite. La ville de
+Mantoue continuera cependant à être en état de siége, et immédiatement
+sous les ordres du général commandant la place.
+
+Les fortifications de Mantoue seront désormais aux frais de votre
+gouvernement, ainsi que celles de Pizzighittone et de Peschiera. Il est
+indispensable que vous envoyiez un de vos officiers du génie à Mantoue,
+lequel se concertera avec l'officier français, et prendra des mesures
+pour augmenter, autant que possible, les fortifications de cette place.
+J'ordonne au général Chasseloup de faire faire des projets en grand pour
+des fortifications permanentes.
+
+Il est également indispensable que l'on commence à travailler à un bon
+fort à la roche d'Anfous, entre Brescia et le Tyrol. Ce poste est des
+plus importans pour la république cisalpine, et il demande toute votre
+sollicitude. Envoyez un officier du génie à Brescia.
+
+Je donne l'ordre au général Chasseloup d'en envoyer également un pour se
+concerter avec le vôtre, et présenter un projet pour établir une bonne
+forteresse dans cette position.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6 (18 octobre
+1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le général Berthier et le citoyen Monge vous portent le traité de paix
+définitif qui vient d'être signé entre l'empereur et nous.
+
+Le général Berthier, dont les talens distingués égalent le courage et le
+patriotisme, est une des colonnes de la république, comme un des plus
+zélés défenseurs de la liberté. Il n'est pas une victoire de l'armée
+d'Italie à laquelle il n'ait contribué. Je ne craindrai pas que l'amitié
+me rende partial en retraçant ici les services que ce brave général a
+rendus à la patrie; mais l'histoire prendra ce soin, et l'opinion de
+toute l'armée fondera le témoignage de l'histoire.
+
+Le citoyen Monge, un des membres de la commission des sciences et arts,
+est célèbre par ses connaissances et son patriotisme. Il a fait estimer
+les Français par sa conduite en Italie. Il a acquis une part distinguée
+dans mon amitié. Les sciences, qui nous ont révélé tant de secrets,
+détruit tant de préjugés, sont appellées à nous rendre de plus grands
+services encore. De nouvelles vérités, de nouvelles découvertes nous
+révéleront des secrets plus essentiels encore au bonheur des hommes;
+mais il faut que nous aimions les savans et que nous protégions les
+sciences.
+
+Accueillez, je vous prie, avec une égale distinction, le général
+distingué et le savant physicien: tous les deux illustrent la patrie et
+rendent célèbre le nom français. Il m'est impossible de vous envoyer le
+traité de paix par deux hommes plus distingués dans un genre différent.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6 (18 octobre
+1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+La paix a été signée hier après minuit. J'ai fait partir, à deux heures,
+le général Berthier et le citoyen Monge pour vous porter le traité
+en original. Je me suis référé à vous en écrire ce matin, et je vous
+expédie, à cet effet, un courrier extraordinaire qui vous arrivera en
+même temps, et peut-être avant le général Berthier: c'est pourquoi j'y
+inclus une copie collationnée de ce traité.
+
+1°. Je ne doute pas que la critique ne s'attache vivement à déprécier
+le traité que je viens de signer. Tous ceux cependant qui connaissent
+l'Europe et qui ont le tact des affaires, seront bien convaincus qu'il
+était impossible d'arriver à un meilleur traité sans commencer par se
+battre, et sans conquérir encore deux ou trois provinces de la maison
+d'Autriche. Cela était-il possible? oui. Préférable? non.
+
+En effet, l'empereur avait placé toutes ses troupes contre l'armée
+d'Italie, et, nous, nous avons laissé toute la force de nos troupes sur
+le Rhin. Il aurait fallut trente jours de marche à l'armée d'Allemagne
+pour pouvoir arriver sur les lisières des états héréditaires de la
+maison d'Autriche, et pendant ce temps-là j'aurais eu contre moi les
+trois quarts de ses forces. Je ne devais pas avoir les probabilités de
+les vaincre, et, les eusse-je vaincues, j'aurais perdu une grande partie
+des braves soldats qui ont à seuls vaincu toute la maison d'Autriche et
+changé le destin de l'Europe. Vous avez cent cinquante mille hommes sur
+le Rhin, j'en ai cinquante mille en Italie.
+
+2°. L'empereur, au contraire, a cent cinquante mille hommes contre moi,
+quarante mille en réserve, et au plus quarante mille au-delà du Rhin.
+
+3°. Le refus de ratifier le traité du roi de Sardaigne me privait de dix
+mille hommes et me donnait des inquiétudes réelles sur mes derrières,
+qui s'affaiblissaient par les armemens extraordinaires de Naples.
+
+4°. Les cimes des montagnes sont déjà couvertes de neige: je ne pouvais
+pas, avant un mois, commencer les opérations militaires, puisque, par
+une lettre que je reçois du général qui commande l'armée d'Allemagne, il
+m'instruit du mauvais état de son armée, et me fait part que l'armistice
+de quinze jours qui existait entre les armées n'est pas encore rompu.
+Il faut dix jours pour qu'un courrier se rende d'Udine à l'armée
+d'Allemagne annoncer la rupture; les hostilités ne pouvaient donc en
+réalité commencer que vingt-cinq jours après la rupture, et alors nous
+nous trouvions dans les grandes neiges.
+
+5°. Il y aurait eu le parti d'attendre au mois d'avril et de passer tout
+l'hiver à organiser les armées et à concerter un plan de campagne, qui
+était, pour le dire entre nous, on ne peut pas plus mal combiné; mais ce
+parti ne convenait pas à la situation intérieure de la république, de
+nos finances et de l'armée d'Allemagne.
+
+6°. Nous avons la guerre avec l'Angleterre: cet ennemi est assez
+considérable.
+
+Si l'empereur répare ses pertes dans quelques années de paix, la
+république cisalpine s'organisera de son côté, et l'occupation de
+Mayence et la destruction de l'Angleterre nous compenseront de reste et
+empêcheront bien ce prince de penser à se mesurer avec nous.
+
+7°. Jamais, depuis plusieurs siècles, on n'a fait une paix plus
+brillante que celle que nous faisons. Nous acquérons la partie de la
+république de Venise la plus précieuse pour nous. Une autre partie du
+territoire de cette république est acquise à la Cisalpine, et le reste à
+l'empereur.
+
+8°. L'Angleterre allait renouveler une autre coalition. La guerre, qui
+a été nationale et populaire lorsque l'ennemi était sur nos frontières,
+semble aujourd'hui étrangère au peuple, et n'est devenue qu'une guerre
+de gouvernement. Dans l'ordre naturel des choses, nous aurions fini par
+y succomber.
+
+9°. Lorsque la Cisalpine a les frontières les plus militaires de
+l'Europe, que la France a Mayence et le Rhin, qu'elle a dans le Levant
+Corfou, place extraordinairement bien fortifiée, et les autres îles, que
+veut-on davantage? Diverger nos forces, pour que l'Angleterre continue à
+enlever à nous, a l'Espagne, à la Hollande leurs colonies, et éloigner
+encore pour long-temps le rétablissement de notre commerce et de notre
+marine?
+
+10°. Les Autrichiens sont lourds et avares: aucun peuple moins intrigant
+et moins dangereux pour nos affaires militaires qu'eux; l'Anglais, au
+contraire, est généreux, intrigant, entreprenant. Il faut que notre
+gouvernement détruise la monarchie anglicane, ou il doit s'attendre
+lui-même à être détruit par la corruption et l'intrigue de ces actifs
+insulaires. Le moment actuel nous offre un beau jeu. Concentrons toute
+notre activité du côté de la marine, et détruisons l'Angleterre: cela
+fait, l'Europe est à nos pieds.
+
+BONAPARTE
+
+
+
+Au quartier-général à Trévise, le 5 brumaire an 6 (26 octobre 1797).
+
+_Au citoyen Villetard._
+
+J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 3 brumaire, je n'ai rien compris à
+son contenu; il faut que je ne me sois pas bien expliqué avec vous.
+
+La république française n'est liée avec la municipalité de Venise par
+aucun traité qui nous oblige à sacrifier nos intérêts et nos avantages à
+celui du comité du salut public ou de tout autre individu de Venise.
+
+Jamais la république française n'a adopté pour maxime de faire la guerre
+pour les autres peuples. Je voudrais connaître quel serait le principe
+de philosophie ou de morale qui ordonnerait de faire sacrifier 40,000
+Français contre le voeu bien prononcé de la nation et l'intérêt bien
+entendu de la république.
+
+Je sais bien qu'il n'en coûte rien à une poignée de bavards, que je
+caractériserais bien en les appelant fous, de vouloir la république
+universelle; je voudrais que ces messieurs pussent faite une campagne
+d'hiver: d'ailleurs, la nation vénitienne n'existait pas. Divisés en
+autant d'intérêts qu'il y a de villes, efféminés et corrompus, aussi
+lâches qu'hypocrites, les peuples de l'Italie, et spécialement le peuple
+vénitien, n'est pas fait pour la liberté. S'il était dans le cas de
+l'apprécier, et s'il avait les vertus nécessaires pour l'acquérir, eh
+bien! la circonstance actuelle lui est très-avantageuse pour le prouver:
+qu'il la défende! Il n'a pas eu le courage de la conquérir, même contre
+quelques misérables oligarques; il n'a pas pu même se défendre quelque
+temps dans la ville de Zara, et peut-être même que, si l'armée fût
+entrée en Allemagne, nous eussions vu se renouveler, sinon les scènes
+de Verone, du moins des assassinats particuliers, multipliés, qui
+produisent le même effet sinistre pour l'armée.
+
+Au reste, la république française ne peut pas donner, comme on pourrait
+le croire, les états de Venise. Ce n'est pas que, dans la réalité, ces
+états n'appartiennent à la France par droit de conquête; mais c'est
+parce qu'il n'est point dans les principes du gouvernement de donner
+aucun peuple. Lors donc que l'armée française évacue ces pays-ci, les
+différens gouvernemens sont maîtres de prendre toutes les mesures qu'ils
+pourraient juger avantageuses à leur pays.
+
+Si je vous avais chargé de conférer avec le comité de salut public sur
+l'évacuation qu'il est possible que l'armée française exécute, c'est
+pour le mettre à même de prendre toutes les mesures, soit pour leur
+pays, soit pour les individus qui voudraient se retirer dans les pays
+qui, réunis à la république cisalpine, sont reconnus et garantis par la
+république française.
+
+Vous avez dû également faire connaître au comité de salut public que les
+individus qui voudraient suivre l'armée française auraient tout le temps
+nécessaire pour vendre leurs biens, quel que soit le sort de ces pays,
+et que même je savais qu'il était dans l'intention de la république
+cisalpine de leur accorder le titre de citoyen. Votre mission doit se
+borner là; quant au reste, ils feront ce qu'ils voudront. Vous leur en
+avez assez dit pour leur faire sentir que tout n'était pas perdu, que
+tout ce qui arrivait était la suite d'un grand plan. Si les armes de la
+république française continuaient à être heureuses contre une puissance
+qui a été le nerf et le coffre-fort de toute la coalition, peut-être
+Venise aurait pu, par la suite, se trouver réunie avec la Cisalpine;
+mais je vois que ce sont des lâches. Ils ne savent que faire, eh bien!
+qu'ils fuient! Je n'ai pas besoin d'eux.
+
+Le général Serrurier vous communiquera les différens ordres que je
+lui ai envoyés. Je vous prie, dans l'absence du citoyen Lallemant, de
+coopérer de tout votre pouvoir à leur exécution.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 10 brumaire an 6 (31 octobre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le contre-amiral Brueys a mouillé, le 8 brumaire, dans la rade de
+Raguse. Conformément aux instructions que je lui avais données, il
+annonça à cette république l'intérêt que le directoire exécutif prend
+à son indépendance, et le désir qu'il avait de faire tout ce qui était
+nécessaire pour la maintenir; il a été accueilli, de la manière la plus
+amicale, par les habitons de Raguse.
+
+Il est difficile de voir une escadre plus belle que celle du
+contre-amiral Brueys. J'ai cru devoir donner une marque de satisfaction
+aux équipages pour leur bonne conduite et la dextérité qu'ils ont mise
+dans les différentes manoeuvres que le contre-amiral Brueys leur a fait
+exécuter, en leur accordant, en gratification, un habillement neuf. J'ai
+fait également solder tout ce qui était dû aux équipages.
+
+Le contre-amiral Brueys est un officier distingué par sel connaissances,
+autant que par la fermeté de son caractère. Un capitaine de son escadre
+ne se refuserait pas deux fois de suite à l'exécution de ses signaux. Il
+a l'art et le caractère pour se faire obéir. Je lui ai fait présent de
+la meilleure lunette d'Italie, avec l'inscription suivante: «Donné par
+le général B......... au contre-amiral Brueys, de la part du directoire
+exécutif.»
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 12 brumaire an 6 (2 novembre 1797).
+
+_À M. de Cobentzel, ambassadeur._
+
+Je reçois à l'instant, monsieur l'ambassadeur, un courrier de Paris, qui
+m'apporte la ratification du directoire exécutif du traité de paix
+que nous avons signé. Je me fais en conséquence un devoir de vous en
+prévenir.
+
+Les citoyens Treilhard, Bonnières et moi, nous avons été nommés pour
+assister au congrès de Rastadt.
+
+Le gouvernement m'a également nommé pour être l'officier-général chargé
+de prendre toutes les mesures pour l'exécution du traité de paix,
+conformément à notre convention additionnelle. J'attends, monsieur le
+comte, avec intérêt le courrier que vous m'avez promis de m'envoyer.
+
+Je l'attendrai à Milan.
+
+Je suis charmé que cette occasion me mette à même de me rappeler à votre
+souvenir, ainsi qu'à celui de MM. de Gallo, de Merweeldt et Dengelmann.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 5 brumaire an 6 (5 novembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+J'ai envoyé à Vienne, par le courrier Moustache, l'avis à M. le comte de
+Cobentzel que vous aviez ratifié le traité de paix de Passeriano.
+
+J'attends à chaque instant l'avis que l'empereur a ratifié, je suis
+surpris de ne l'avoir pas encore reçu.
+
+J'envoie à Corfou la sixième demi-brigade de ligne pour renforcer la
+garnison, j'y ai fait passer des approvisionnemens considérables.
+
+J'ai expédié un navire au contre-amiral Brueys pour qu'il se tînt prêt à
+partir de Corfou avec l'escadre vénitienne.
+
+J'ai renforcé la garnison d'Ancône de la trente-neuvième demi-brigade.
+
+Je crois que vous pourriez laisser 25,000 hommes en Italie, en mener
+trente-six mille en Angleterre, et faire rentrer le reste à Nice, à
+Chambery et en Corse.
+
+Je me rendrai à Rastadt dès l'instant que j'aurai des nouvelles de
+Vienne.
+
+Je prépare tout pour les différens mouvemens des troupes, qui ne
+pourront plus avoir lieu avant que nous occupions Mayence.
+
+Pour faire avec quelques probabilités l'expédition d'Angleterre, il
+faudrait:
+
+1°. De bons officiers de marine;
+
+2°. Beaucoup de troupes bien commandées, pour pouvoir menacer sur
+plusieurs points et ravitailler la descente;
+
+3°. Un amiral intelligent et ferme: je crois Truguet le meilleur;
+
+4°. Trente millions d'argent comptant;
+
+5°. Le général Hoche avait de très-bonnes cartes d'Angleterre, qu'il
+faudrait redemander à ses héritiers.
+
+Vous ne pouviez pas faire choix d'un officier plus distingué que le
+général Desaix.
+
+Quoique véritablement j'aurais besoin de repos, je ne me refuserai
+jamais à payer, autant qu'il sera en moi, mon tribut à la patrie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 17 brumaire au 6 (7 novembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je vous fais passer l'organisation que je viens de donner aux Iles du
+Levant dans la mer Ionienne.
+
+J'ai écrit à Venise que l'on réunisse tous les mémoires géographiques
+et tous les ouvrages relatifs à ces établissemens, pour les envoyer au
+ministre de l'intérieur.
+
+Je m'occupe à force à mettre la dernière main à l'organisation de la
+république cisalpine.
+
+Je ne crois pas qu'il soit possible que je parte avant le 22.
+
+Je ne pourrai pas être avant le 30 à Rastadt[1]: je compte passer par
+Chambéry et Genève; mais je vais faire partir demain matin un de mes
+aides-de-camp, qui y arrivera avant le 27.
+
+BONAPARTE.
+
+[Footnote 1: Bonaparte venait d'être nommé ministre plénipotentiaire de
+la république française auprès du congrès de Rastadt.]
+
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 18 brumaire an 6 (8 novembre 1797).
+
+_À M. le marquis de Chasteler, quartier-maître général de l'armée
+autrichienne._
+
+Je n'attendais, monsieur, que la nouvelle de la ratification de Vienne,
+pour vous engager à terminer le travail dont vous êtes chargé.
+
+J'écris par le même courrier au général Chasseloup pour qu'il se rende
+à Verone: je le prie de m'expédier par un courrier extraordinaire la
+première partie de votre travail depuis la Lizza jusqu'à San-Giacomo.
+
+Je désire, si vous tombez d'accord, comme je l'espère, que vous me
+l'expédiiez par un courrier extraordinaire, afin que je le reçoive
+avant mon départ pour Rastadt, et que cela n'apporte aucun obstacle à
+l'échange des ratifications.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797).
+
+_À M. le marquis de Manfredini._
+
+Le citoyen Cacault, ministre de la république, s'adressera à vous,
+monsieur, de ma part, pour obtenir un service pour l'armée.
+
+Je désirerais que S.A.R. facilitât la négociation de 2,000,000 de
+lettres de change que la caisse de l'armée a sur la république
+cisalpine.
+
+Vous trouverez ci-joint une note détaillée sur cet objet de
+l'administrateur général des finances de l'armée.
+
+Croyez, je vous prie, monsieur le marquis, aux sentimens d'estime et à
+la haute considération, etc., etc.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797).
+
+_ À M. Louis, comte de Cobentzel, ambassadeur._
+
+Le courrier que vous m'avez envoyé, monsieur l'ambassadeur, s'est croisé
+avec celui que je vous avais expédié. Je pars dans deux ou trois jours
+pour me rendre à Rastadt. Les conseils ont également ratifié le traité
+de paix. Je ne doute pas que j'aurai le plaisir de vous voir à Rastadt
+pour l'échange des ratifications.
+
+J'ai donné les ordres pour que les séquestres mis à Venise sur les
+effets appartenans à S.M. l'empereur soient levés.
+
+Croyez, je vous prie, à l'estime et à la haute considération que j'ai
+pour vous, et renouvelez-moi au souvenir de MM. le chevalier de Gallo,
+le comte de Meerweldt et le baron de Degelmann.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797).
+
+_Au général Gentili._
+
+Vous avez très-bien fait, citoyen général, de vous refuser aux
+prétentions d'Ali-Pacha: tout en l'empêchant d'empiéter sur ce qui nous
+appartient, vous devez cependant le favoriser autant qu'il sera en vous.
+Il est de l'intérêt de la république que ce pacha acquière un grand
+accroissement, batte tous ses rivaux, afin qu'il puisse devenir un
+prince assez puissant pour pouvoir rendre des services à la république.
+Les établissemens que nous avons sont si près de lui, qu'il n'est jamais
+possible qu'il puisse cesser d'avoir intérêt d'être notre ami.
+
+Envoyez des officiers du génie et d'état-major auprès de lui, afin de
+vous rendre un état de la situation, de la population et des coutumes
+de toute l'Albanie; faites faire des descriptions géographiques,
+topographiques de toute cette partie si intéressante aujourd'hui pour
+nous depuis l'Albanie jusqu'à la Morée, et faites en sorte d'être bien
+instruit de toutes les intrigues qui divisent ces peuples.
+
+Il est nécessaire, citoyen général, que vous caressiez toutes les
+peuplades qui environnent Prevesa, et en général celles qui touchent nos
+possessions, et qui paraissent déjà si bien disposées en notre faveur.
+
+Je vous fais passer l'organisation des îles en trois départemens, je
+vous prie de la mettre sur-le-champ à exécution.
+
+J'ai nommé au consulat d'Otrante le citoyen Leclerc.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6 (11 novembre 1797).
+
+_Au gouvernement provisoire de la république ligurienne._
+
+Je vais répondre, citoyens, à la confiance que vous m'avez montrée, en
+vous faisant connaître une partie des modifications dont votre projet de
+constitution peut être susceptible.
+
+Vous avez besoin de diminuer les frais de l'administration, pour ne
+pas être obligés de surcharger le peuple, et de détruire l'esprit de
+localité fomenté par votre ancien gouvernement. Cinq directeurs, trente
+membres du conseil des anciens, et soixante des jeunes, vous forment une
+représentation suffisante.
+
+La suppression de vos administrations de district me parait essentielle.
+
+Que le corps législatif partage votre territoire en quinze ou vingt
+juridictions, en cent cinquante ou deux cents cantons, ou municipalités
+centrales.
+
+Ayez, dans chaque juridiction, un tribunal composé de trois juges;
+dans chaque canton un, deux et même trois juges de paix, selon leur
+population et leurs localités.
+
+Ayez, dans chaque juridiction, un commissaire nommé par le directoire
+exécutif, qui soit à la fois commissaire près le tribunal et
+spécialement chargé de faire passer aux différentes municipalités les
+ordres du gouvernement et de l'instruire des événemens qui pourraient
+survenir dans chaque municipalité.
+
+Que la municipalité centrale du canton soit composée de la réunion d'un
+député de chacune des communes qui composent le canton; qu'elle soit
+présidée par le juge de paix du chef-lieu du canton, et qu'elle ne se
+rassemble momentanément qu'en conséquence des ordres du gouvernement.
+
+Partagez votre territoire en sept ou dix divisions militaires; que
+chacune soit commandée par un officier de troupes de ligne: vous aurez
+par là une justice qui pourra être bien administrée, et une organisation
+extrêmement simple, tant pour la répartition des impositions, que pour
+le maintien de la tranquillité publique.
+
+Plusieurs questions particulières sont également intéressantes: ce n'est
+pas assez de ne rien faire contre la religion, il faut encore ne donner
+aucun sujet d'inquiétude aux consciences les plus timorées, ni aucune
+arme aux hommes mal-intentionnés.
+
+Exclure tous les nobles des fonctions publiques est d'une injustice
+révoltante, vous feriez ce qu'ils ont fait; cependant les nobles qui ont
+exercé les places dans les colléges, qui s'étaient attribué tous
+les pouvoirs, qui ont tant de fois méconnu les formes mêmes de leur
+gouvernement, et ont sans cesse cherché à river davantage les chaînes
+du peuple, et à organiser une oligarchie au détriment même de
+l'aristocratie, ces hommes ne peuvent plus être appelés aux fonctions de
+l'état; la justice le permet et la politique l'ordonne, tout comme l'une
+et l'autre vous ordonnent de ne pas priver des droits de citoyen ce
+grand nombre d'hommes qui sont si utiles à votre patrie.
+
+Le port franc est une pomme de discorde que l'on a jetée au milieu
+de vous. Autant il est absurde que tous les points de la république
+prétendent à la franchise du port, autant il pourrait être inconvenant
+et paraître un privilége d'acquisition de laisser la franchise du port à
+la ville de Gênes seule.
+
+Le corps législatif doit avoir le droit de déclarer la franchise pour
+deux points de la république; la ville de Gênes ne doit tenir la
+franchise de son port que de la volonté du corps législatif, mais le
+corps législatif doit la lui donner.
+
+Pourquoi le peuple ligurien est-il déjà si changé? À ces premiers élans
+de fraternité et d'enthousiasme ont succédé la crainte et la terreur:
+les prêtres s'étaient, les premiers, ralliés autour de l'arbre de la
+liberté; les premiers, ils vous avaient dit que la morale de l'Evangile
+est toute démocratique; mais des hommes payés par vos ennemis, dans les
+révolutions de tous les pays, auxiliaires immédiats de la tyrannie, ont
+profité des écarts, même des crimes de quelques prêtres, pour écrire
+contre la religion, et les prêtres se sont éloignés.
+
+Une partie de la noblesse a été la première à donner l'éveil au peuple
+et à proclamer les droits de l'homme; l'on a profité des écarts, des
+préjugés ou de la tyrannie passée de quelques nobles; l'on a proscrit en
+masse, et le nombre de vos ennemis s'est accru.
+
+Après avoir ainsi fait planer les soupçons sur une partie des citoyens,
+et les avoir armés les uns contre les autres, on a fait plus, on a
+divisé les villes contre les villes. On vous a dit que Gênes voulait
+tout avoir, et tous les villages ont prétendu avoir le port franc; ce
+qui détruirait les douanes, et rendrait impossible la conservation de
+l'état.
+
+La situation alarmante où vous vous trouvez est l'effet des sourdes
+menées des ennemis de la liberté et du peuple; méfiez-vous de tout homme
+qui veut exclusivement concentrer l'amour de la patrie dans ceux de
+sa cotterie. Si son langage a l'air de défendre le peuple, c'est pour
+l'exaspérer et le diviser. Il dénonce sans cesse, lui seul est pur. Ce
+sont des hommes payés par les tyrans, dont ils secondent si bien les
+vues.
+
+Quand, dans un état (surtout dans un petit), l'on s'accoutume à
+condamner sans entendre, à applaudir d'autant plus à un discours, qu'il
+est plus furieux; quand on appelle vertu l'exagération et la fureur, et
+crime la modération, cet état-là est près de sa ruine.
+
+Il en est des états comme d'un bâtiment qui navigue, et comme d'une
+armée; il faut de la froideur, de la modération, de la sagesse, de
+la raison dans la conception des ordres, commandemens ou lois, et de
+l'énergie et de la vigueur dans leur exécution.
+
+Si la modération est un défaut, et un défaut très-dangereux pour les
+républiques, c'est d'en mettre dans l'exécution des lois sages; si
+les lois sont injustes, furibondes, l'homme de bien devient alors
+l'exécuteur modéré; c'est le soldat qui est plus sage que le général:
+cet état-là est perdu.
+
+Dans un moment où vous allez vous constituer en un gouvernement stable,
+ralliez-vous; faites trêve à vos méfiances, oubliez les raisons que vous
+croiriez avoir pour vous désunir, et, tous d'accord, organisez votre
+gouvernement.
+
+J'avais toujours désiré pouvoir aller à Gênes, et vous dire moi-même
+ce que je ne puis ici que vous écrire: c'est le fruit de l'expérience
+acquise au milieu des orages de la révolution du grand peuple, et que
+confirment l'histoire de tous les temps et votre propre exemple.
+
+Croyez que dans tous les lieux où mon devoir et le service de ma patrie
+m'appelleront, je regarderai comme un des momens les plus précieux celui
+où je pourrai être utile à votre république, et comme ma plus grande
+satisfaction d'apprendre que vous vivez heureux, unis, et que vous
+pouvez, dans tous les événemens, être, par votre alliance, utiles à
+la grande nation, à qui vous devez la liberté et un accroissement de
+population de près de cent mille ames.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6 (11 novembre 1797).
+
+_Au peuple cisalpin._
+
+Citoyens,
+
+À compter du 1er frimaire, votre constitution se trouvera en pleine
+activité.
+
+Votre directoire, votre corps législatif, votre tribunal de cassation,
+les autres administrations subalternes se trouveront organisés.
+
+Vous êtes le premier exemple, dans l'histoire, d'un peuple qui devient
+libre sans factions, sans révolutions et sans déchiremens.
+
+Nous vous avons donné la liberté, sachez la conserver. Vous êtes,
+après la France, la république la plus populeuse, la plus riche. Votre
+position vous appelle à jouer un grand rôle dans les affaires de
+l'Europe.
+
+Pour être dignes de votre destinée, ne faites que des lois sages et
+modérées.
+
+Faites-les exécuter avec force et énergie.
+
+Favorisez la propagation des lumières, et respectez la religion.
+
+Composez vos bataillons, non pas de gens sans aveu, mais de citoyens qui
+se nourrissent des principes de la république, et soient immédiatement
+attachés à sa prospérité.
+
+Tous avez en général besoin de vous pénétrer du sentiment de votre force
+et de la dignité qui convient a l'homme libre.
+
+Divisés et pliés depuis tant d'années à la tyrannie, vous n'eussiez pas
+conquis votre liberté; mais sous peu d'années, fussiez-vous abandonnés à
+vous-mêmes, aucune puissance de la terre ne sera assez forte pour vous
+l'ôter.
+
+Jusqu'alors la grande nation vous protégera contre les attaques de vos
+voisins. Son système politique sera réuni au vôtre.
+
+Si le peuple romain eût fait le même usage de sa force que le peuple
+français, les aigles romaines seraient encore sur le Capitole, et
+dix-huit siècles d'esclavage et de tyrannie n'auraient pas déshonoré
+l'espèce humaine.
+
+J'ai fait, pour consolider la liberté et en seule vue de votre bonheur,
+un travail que l'ambition et l'amour du pouvoir ont seuls fait faire
+jusqu'ici.
+
+J'ai nommé à un grand nombre de places, je me suis exposé à avoir oublié
+l'homme probe et avoir donné la préférence à l'intrigant; mais il y
+avait des inconvéniens majeurs à vous laisser faire ces premières
+nominations: vous n'étiez pas encore organisés.
+
+Je vous quitte sous peu de jours. Les ordres de mon gouvernement, et un
+danger imminent que courrait la république cisalpine, me rappelleront
+seuls au milieu de vous.
+
+Mais, dans quelque lieu que le service de ma patrie m'appelle, je
+prendrai toujours une vive sollicitude au bonheur et à la gloire de
+votre république.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 11 brumaire an 6 (12 novembre 1797).
+
+_Au chef des trois ligues._
+
+Le citoyen Comeyras, résident de la république française, vous a fait
+passer la décision que j'ai prise, au nom de la république, le 10
+octobre, par laquelle les peuples de la Valteline, Chiavene et Bormio
+sont libres de pouvoir se réunir avec la république cisalpine, laquelle
+réunion a effectivement eu lieu.
+
+Vous avez, magnifiques seigneurs, sollicité la médiation de la
+république française. Je l'avais acceptée avec répugnance, parce qu'il
+est dans nos principes de nous mêler le moins possible dans les affaires
+des autres peuples; mais j'ai dû céder à vos vives instances, j'ai
+dû céder même à la voix du devoir, étant garant de l'exécution des
+capitulats qui vous liaient avec les peuples de la Valteline, de
+Chiavene et de Bormio.
+
+De quelle influence et de quelle raison a-t-on pu se servir pour vous
+aveugler sur vos intérêts, et pour vous faire substituer à la conduite
+franche et loyale qui distingue votre brave nation, une conduite
+tortueuse, contraire a la bonne foi et spécialement aux égards que vous
+devez à la grande nation que vous avez choisie pour médiatrice?
+
+Depuis quatre mois que j'ai accepté la médiation, quoique le citoyen
+Comeyras vous eût continuellement sollicités, ce n'est qu'aujourd'hui,
+lorsque vous avez dû savoir la décision que j'avais prise, que vous avez
+envoyé des députés. Magnifiques seigneurs, votre brave nation est mal
+conseillée, les intrigans substituent la voix de leurs passions et de
+leurs préjugés à celle de l'intérêt de leur patrie et aux principes de
+la démocratie.
+
+La Valteline, Chiavene et Bormio sont irrévocablement réunis à la
+république cisalpine. Du reste, cela n'altérera d'aucune manière
+la bonne amitié et la protection que la république française vous
+accordera, toutes les fois que vous vous conduirez envers elle avec les
+égards qui sont dus au plus puissant peuple du monde.
+
+Croyez au sentiment d'estime et à la haute considération que j'ai pour
+vous, etc., etc.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 22 brumaire an 6 (12 novembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je vous ferai passer la distribution de l'armée d'Italie en armée
+d'Angleterre.
+
+J'ai fait toutes les dispositions et donné tous les ordres en
+conséquence, afin que, dès l'instant que l'échange des ratifications
+aura eu lieu, et que nous serons dans Mayence, on puisse commencer à
+mettre les colonnes en marche pour l'Océan.
+
+Je ferai partir demain le citoyen Andréossy, chef de brigade
+d'artillerie, pour se rendre à Paris, afin de faire fondre des canons
+du calibre de l'artillerie de campagne anglaise, et faire faire des
+caissons plus légers et plus propres à l'embarquement que les nôtres. Il
+est nécessaire d'avoir des canons du calibre de ceux des Anglais, afin
+qu'une fois dans le pays on puisse se servir de leurs boulets.
+
+Je travaille nuit et jour pour achever l'organisation de la république
+cisalpine et pour arranger l'Italie et l'armée, de manière que mon
+absence n'y fasse aucun vide et n'ait aucun inconvénient.
+
+Je ne pourrai pas partir avant le 29.
+
+Je me suis fait précéder à Rastadt du général de brigade Murat. Je ne
+suis pas fâché de ne m'y trouver que le 4 ou 5 frimaire, cela me donne
+d'autant plus de temps pour achever les cinq bâtimens de guerre qui nous
+reviennent à Venise, et les mettre dans le cas de tenir la mer.
+
+Le ministre des relations extérieures vous rendra compte des opérations
+que je viens de faire dans la Cisalpine et à Gênes.
+
+Une grande partie des Génois désirent être Français. C'est une
+acquisition qui, je crois, nous serait utile et qu'il ne faut pas perdre
+de vue. Je ne crois pas que la constitution qu'ils ont acceptée, quoique
+j'y aie fait quelques changemens pour l'améliorer, puisse leur convenir,
+et, si nous aidons un peu, avant deux ou trois ans ils viendront se
+jeter à nos genoux pour que nous les recevions comme citoyens français.
+
+J'ai envoyé à Malte le citoyen Poussielgue sous le prétexte d'inspecter
+toutes les Echelles du Levant mais, à la vérité, pour mettre la dernière
+main au projet que nous avons sur cette île.
+
+Je vous ferai tenir l'ordre que j'ai donné pour régler les affaires de
+Venise.
+
+La république cisalpine s'est emparée de quelques villages qui sont sur
+la rive gauche du Pô, qui depuis long-temps sont en controverse avec le
+duc de Parme, et dès lors les gênaient beaucoup.
+
+Elle s'empare également de la forteresse de Saint-Leo, enclavée dans la
+Romagne, où le pape est entré. Je ne sais trop pourquoi elle aura cette
+forteresse, extrêmement intéressante, en donnant quelque argent aux
+soldats du pape qui la défendent, et en faisant quelques dispositions.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 23 brumaire an 6 (13 novembre 1797).
+
+_Au consul de la république française à Malte._
+
+De nouvelles relations, citoyen, vont résulter de la réunion à la
+république française des îles de Corfou, Zante, Céphalonie et Cerigo.
+Je charge le citoyen Poussielgue, premier secrétaire de la légation de
+France à Gênes, qui a la confiance du gouvernement et toute la mienne,
+de se transporter dans les différentes échelles du Levant, à l'effet
+d'y recueillir les observations et d'y prendre tous les renseignemens
+nécessaires pour mettre le gouvernement en état de faire les changemens
+et modifications à apporter dans nos relations commerciales et
+politiques dans cette partie, et d'établir, de la manière la plus sûre,
+la correspondance et les communications régulières entre le continent de
+la république française et ses îles de l'Adriatique.
+
+Je vous prie d'aider le citoyen Poussielgue de vos connaissances et
+de vos lumières dans tout ce qui concerne sa mission, et de le faire
+connaître auprès du gouvernement du pays où vous résidez.
+
+L'intention du gouvernement de la république française est de consolider
+toujours ses intérêts avec ceux des gouvernemens étrangers, dans les
+relations qu'il peut avoir à établir chez eux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+_Commission d'inspecteur général des échelles du Levant._
+
+La réunion à la république française des îles de Corfou, Zante,
+Céphalonie et Cerigo, allant procurer à la France de nouvelles relations
+politiques et commerciales dans la Méditerranée et principalement dans
+le Levant; et le gouvernement voulant, le plus tôt possible, établir ses
+rapports d'une manière régulière et avantageuse, le général en chef de
+l'armée d'Italie charge, en son nom, le citoyen Poussielgue, premier
+secrétaire de la légation de la république française à Gênes de se
+transporter immédiatement, en qualité d'inspecteur général des échelles
+du Levant auprès des différens consuls et agens de la république dans le
+Levant, et en général de visiter tous les établissemens français situés
+dans cette partie; il examinera dans chaque point la situation actuelle
+de notre commerce et de nos relations; observera les changemens éprouvés
+depuis la révolution; recherchera les moyens les plus prompts de
+rétablir l'ancienne prospérité de notre commerce, et de l'accroître en
+proportion des avantages de notre nouvelle position; il examinera sous
+quels rapports il conviendrait d'étendre ou de modifier nos relations
+politiques; il prendra enfin des renseignemens sur la manière la plus
+sûre d'établir notre correspondance et nos communications régulières et
+périodiques entre le continent de la France et nos îles de l'Adriatique,
+en fixant les points intermédiaires en Corse, en Sardaigne, en Sicile ou
+à Malte, ou en les établissant sur le continent de l'Italie par Ancône.
+Au retour de cette mission, qu'il accélérera autant qu'il sera possible,
+il remettra au général en chef de l'armée d'Italie son rapport général
+sur tous les objets dont il est chargé par la présente commission.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Je vous fais passer, citoyen ministre, copie de la commission que j'ai
+donnée au citoyen Poussielgue et de ma lettre au consul à Malte.
+
+Le but réel de la mission du citoyen Poussielgue est de mettre la
+dernière main aux projets que nous avons sur Malte.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).
+
+_Au cardinal Mattei._
+
+J'ai reçu, monsieur le cardinal, votre lettre du 9 novembre. Je pars
+demain pour le congrès de Rastadt.
+
+La cour de Rome commence à se mal conduire.
+
+Contre l'opposition formelle qu'avait faite l'ambassadeur, et la
+promesse qu'avait donnée le secrétaire de l'état, elle vient de donner
+le commandement des troupes papales au général Provera.
+
+Je crains bien que les maux que vous avez en partie épargnés à votre
+patrie ne tombent sur elle. Souvenez-vous, monsieur le cardinal, des
+conseils que vous avez donnés au pape à votre départ de Ferrare.
+
+Faites donc entendre à Sa Sainteté, que, si elle continue à se laisser
+mener par le cardinal Busca et autres intrigans, cela finira mal pour
+vous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).
+
+_Au citoyen Joseph Bonaparte, ambassadeur de la république française à
+Rome._
+
+J'ai partagé votre indignation, citoyen ambassadeur, lorsque vous m'avez
+appris l'arrivée du général Provera. Vous pouvez déclarer présentement à
+la cour de Rome que, si elle reçoit à son service aucun officier
+connu pour être on avoir été au service de l'empereur, toute bonne
+intelligence entre la France et la cour de Rome cesserait à l'heure
+même, et la guerre se trouverait déclarée.
+
+Vous ferez connaître, par une note spéciale au pape, que vous adresserez
+à lui-même en personne, que quoique la paix soit faite avec S.M.
+l'empereur, la république française ne consentira pas à ce que le pape
+accepte dans ses troupes aucun officier ni aucun agent, sous quelque
+dénomination que ce soit, de l'empereur, hormis les agens diplomatiques
+d'usage.
+
+Vous exigerez que M. le général Provera, vingt-quatre heures après la
+présentation d'une note que vous ferez à ce sujet, quitte le territoire
+de Sa Sainteté, sans quoi vous déclarerez que vous allez quitter Rome.
+
+Vous ferez connaître, dans la conversation, au pape que je viens
+d'envoyer trois autres mille hommes à Ancône, lesquels ne rétrograderont
+que lorsque vous leur ferez connaître que M. Provera et tous les autres
+officiers autrichiens auront quitté le territoire de Sa Sainteté.
+
+Vous ferez connaître au secrétaire-d'état que si Sa Sainteté se porte
+à faire exécuter aucun des détenus, de ceux que vous avez réclamés, la
+république française, par représailles, fera arrêter les attenans du
+cardinal Busca et des autres cardinaux qui égarent la cour de Rome.
+Enfin, je vous invite à prendre dans vos notes un style concis et ferme,
+et, si le cas arrive, vous pouvez quitter Rome et vous rendre à Florence
+ou à Ancône.
+
+Vous ne manquerez pas de faire connaître à Sa Sainteté et au
+secrétaire-d'état, qu'à peine vous aurez quitté le territoire de Sa
+Sainteté, vous déclarerez la réunion d'Ancône à la Cisalpine. Vous
+sentez que cette phrase doit se dire et non pas s'écrire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).
+
+_Au général Kilmaine._
+
+Je pars, citoyen général, pour me rendre au congrès de Rastadt. Vous
+prendrez le commandement de l'armée jusqu'à l'arrivée du général
+Berthier.
+
+Le général de brigade Leclerc remplira les fonctions de chef de
+l'état-major.
+
+Le chef de l'état-major vous fera connaître les mouvemens que j'ai
+ordonnés pour mettre l'armée en état de faire son mouvement rétrograde,
+dès l'instant que je vous en enverrai l'ordre par un de mes
+aides-de-camp.
+
+Si le bataillon de la soixante-dix-neuvième, qui était dans la huitième
+division militaire arrive, vous l'enverrez à Ancône, où il s'embarquera
+pour Corfou, ainsi que tous les détachemens des sixième et
+soixante-dix-neuvième demi-brigades.
+
+Vous laisserez a Ancône la trente-neuvième demi-brigade de ligne.
+
+Les généraux Chabot et Lasalcette ont ordre de se rendra à Corfou.
+
+Le général Baraguey d'Hilliers, comme vous le verrez par les ordres que
+j'ai donnés, doit faire l'arrière-garde de l'armée.
+
+Jusqu'à ce que vous receviez de nouveaux ordres de moi de Rastadt, le
+général Baraguey d'Hilliers occupera la Ponteba, les gorges de Cividale
+et Monte-Falcone, indépendamment de quoi il y aura une demi-brigade,
+comme j'en ai spécialement donné l'ordre, pour la garnison de
+Palma-Nova, et un bataillon pour celle d'Osopo.
+
+Si des événemens quelconques vous faisaient penser nécessaire de
+renforcer le général Baraguey d'Hilliers, vous le feriez avec la onzième
+demi-brigade de ligne, qui doit être à Bassano, et avec la division
+du général Guieux, qui se trouvera à Padoue et composée des onzième,
+vingt-troisième et vingt-neuvième d'infanterie légère; et enfin, si cela
+ne suffisait pas, par toute la division du général Serrurier, qui est à
+Venise, et par la grosse cavalerie, le vingt-quatrième de chasseurs,
+le septième de hussards, et, s'il le fallait, par toute la division de
+cavalerie aux ordres du général Rey.
+
+Par ce moyen, la partie de l'armée qui est destinée à faire partie de
+l'armée d'Angleterre, resterait toujours placée en deçà de la Brenta.
+
+Je ne prévois pas le cas où vous vous trouverez en rupture ouverte avec
+l'ennemi, alors même il faudrait marcher avec toutes vos divisions, et
+employer tous les moyens qui sont en votre pouvoir.
+
+Vous devez prendre les mesures, même celles de rigueur, des
+arrestations, des contributions forcées, pour que les ordres que j'ai
+donnés à Venise pour l'achèvement de nos vaisseaux et l'évacuation
+de cette place soient terminés. Le chef de l'état-major, le général
+Serrurier et le citoyen Villetard vous donneront des renseignemens sur
+cette place. J'ai donné tous les ordres nécessaires, il ne s'agit plus
+que de les exécuter avec vigueur.
+
+Il faut laisser le gouvernement cisalpin livré à lui-même, s'essayer;
+cependant, s'il demandait votre secours, vous devez lui accorder celui
+de votre influence morale et des troupes qui sont à vos ordres, pour le
+soutenir.
+
+Tous les princes d'Italie étant accoutumés, pour le moindre événement, à
+recourir à moi, vous devez, pour ce qui regarde la république cisalpine,
+les renvoyer au ministre des affaires étrangères, disant que cela
+ne vous regarde point. Pour ce qui est de nos troupes, veillez à ce
+qu'elles vivent en bonne intelligence et sous la plus sévère discipline,
+à ce qu'elles soient bien logées et bien nourries, excepté dans la
+république cisalpine, où nous en sommes empêchés par nos traités.
+
+Vous pouvez favoriser tous les élans de la ville d'Ancône pour la
+liberté, notre intention étant de la considérer comme une république
+indépendante.
+
+La neuvième demi-brigade de bataille doit être toute réunie à Gênes.
+Vous devez également prêter le secours de votre influence morale et de
+vos troupes, pour soutenir le gouvernement démocratique à Gênes.
+
+Vous me ferez passer à Rastadt, par des courriers extraordinaires,
+toutes les dépêches que vous recevrez de Corfou et de l'amiral Brueys.
+
+La cour de Rome commence à se mal conduire: vous devez soutenir par
+votre influence morale, et, dans l'occasion, en faisant concourir le
+mouvement de quelques troupes, les démarches que ferait l'ambassadeur de
+la république de Rome, et surtout avoir bien soin que le roi de Naples
+ne sorte point de ses frontières.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).
+
+_Au contre-amiral Brueys._
+
+Je vous ai écrit, général, par mon aide-de-camp Eugène Beauharnais, pour
+vous donner des nouvelles de la paix. Je vous instruis aujourd'hui que
+la paix ayant été ratifiée par les deux conseils, je me rends à Rastadt
+pour suivre différentes négociations diplomatiques.
+
+Je vous ai déjà écrit de vous préparer avec vos vaisseaux vénitiens,
+afin de pouvoir les convoyer jusqu'aux îles Saint-Pierre, et, de là,
+prendre votre vol pour la grande expédition. J'ai été nommé pour
+commander l'armée d'Angleterre, j'ai demandé que Truguet commandât:
+vous sentez combien il serait nécessaire de vous avoir là avec vos six
+vaisseaux, vos frégates et vos corvettes.
+
+Je viens d'envoyer un agent diplomatique à Malte. La sixième
+demi-brigade, forte de seize cents hommes, part demain pour se rendre à
+Corfou: cela vous mettra à même de pouvoir embarquer trois mille hommes
+pour la petite expédition, et je vous enverrai des ordres pour l'une et
+pour l'autre par un de mes aides-de-camp.
+
+Vous aurez avec vous _la Diane_ et _la Junon_.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6 (15 novembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le général Clarke, qui se rend à Paris, est employé en Italie depuis
+plusieurs mois. Dans toutes les lettres qui lui ont été adressées et qui
+ont été interceptées, et qui me sont parvenues, je n'ai jamais rien vu
+que de conforme aux principes de la république.
+
+Il s'est conduit dans les mêmes principes aux négociations. Le général
+Clarke est travailleur et d'un sens droit. Si ses liaisons avec Carnot
+le rendent suspect dans la diplomatie, je crois qu'il peut être utile
+dans le militaire, et surtout à l'expédition d'Angleterre.
+
+S'il se trouve avoir besoin d'indulgence, je vous prie de lui en
+accorder un peu. En dernière analyse, le général Clarke est un bon
+homme: je l'ai retenu à Passeriano jusqu'au 30 vendémiaire, et depuis il
+a été malade.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6 (15 novembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je vous envoie plusieurs exemplaires de mes adieux à la république
+cisalpine et à l'armée: je compte partir décidément demain.
+
+Le citoyen Cerbelloni m'a demandé sa démission. Je vous fais passer
+copie de sa lettre et de l'arrêté du directoire.
+
+Le citoyen Savaldi, patriote prononcé, un des chefs du gouvernement de
+Brescia, a été nommé pour le remplacer.
+
+La cour de Rome n'a pas reconnu la république cisalpine. Je vous envoie
+copie du message du directoire exécutif aux comités réunis, faisant
+fonctions de corps législatif, et de la résolution qu'ils ont prise en
+conséquence.
+
+Cela ne laissera pas de beaucoup embarrasser le pape et finira par
+l'avilir, en l'obligeant à reconnaître de force une puissance qu'il eût
+dû, comme les autres puissances, reconnaître de bonne volonté.
+
+Notre ambassadeur à Rome instruit, je crois, le ministre des relations
+extérieures de la conduite de cette imbécile cour de Rome; je vous
+envoie copie de la lettre que j'écris à notre ambassadeur. J'ai lieu de
+penser qu'à l'heure qu'il est Provera aura été chassé.
+
+Je pense que nous devons tenir garnison dans la citadelle d'Ancône, et
+laisser cette ville se déclarer indépendante.
+
+Dans cet intervalle, le temps s'écoulera, et nous aurons toujours un
+point extrêmement intéressant pour notre commerce, pour observer le pape
+et brider Naples.
+
+Il faudra, je pense, garder Ancône, en disant toujours que nous y
+attachons peu de prix, et que, dès que le pape se conduira envers nous
+comme il convient, nous n'aurons point de difficulté à le lui rendre.
+
+Je vous envoie une lettre d'Ottolini, gouverneur de Bergame, que l'on
+a trouvée dans les papiers des inquisiteurs de Venise. Vous y verrez
+qu'elle compromet beaucoup un adjudant-général nommé Landrieux, qui,
+depuis long-temps, a quitté l'armée pour se rendre en France. Ce
+misérable, a ce qu'il parait, excitait le Brescian et le Bergamasque
+à l'insurrection, et en tirait de l'argent; dans le même temps qu'il
+prévenait les inquisiteurs, il en tirait aussi de l'argent. Peut-être
+jugerez-vous à propos de faire un exemple de ce coquin-là; mais, dans
+tous les cas, j'ai pensé qu'il fallait que vous fussiez instruits, afin
+qu'il ne vint pas à demander à être employé.
+
+J'ai destitué un nommé Gérard, chef de brigade, qui a été sept ou huit
+mois commandant à Brescia; il parait, par la correspondance également
+prise à Venise, qu'il avait avec le provéditeur ou gouverneur de la
+république de Venise des relations d'intimité que l'intérêt de l'armée
+aurait dû lui prohiber.
+
+Dans quelques autres lettres trouvées également à Venise, de légers
+indices de soupçons planent sur des officiers d'ailleurs estimables. Ces
+malheureux inquisiteurs répandaient l'argent partout, et cherchaient par
+ce moyen à connaître et à avoir des indices sur tout.
+
+J'ai envoyé a Corfou le citoyen Rolhières, homme instruit, pour remplir
+les fonctions de commissaire près le département de la mer Egée. Je
+n'ai point trouvé de sujets pour envoyer comme commissaires dans les
+départemens de Corcyre et d'Ithaque. Il faudrait des hommes instruits et
+extrêmement désintéressés. Ces peuples aiment beaucoup les Français. Je
+vous fais passer copie d'une lettre de la municipalité de Zante.
+
+Je vous prie de donner l'ordre pour que l'on fasse travailler à la
+fonderie et à l'organisation d'un petit équipage d'un calibre anglais.
+J'envoie à Paris le citoyen Andréossy, chef de brigade d'artillerie,
+pour faire exécuter ledit travail.
+
+BONAPARTE.
+
+_P.S._ Le citoyen Pocholle, ex-conventionnel, et le citoyen Carbini,
+m'ayant demandé à être commissaires dans les départemens de Corcyre et
+d'Ithaque, je les y ai envoyés. Cela vous donnera le temps d'envoyer
+dans ces départemens des hommes qui aient votre confiance, en même temps
+que cela épargne des frais de route, ces citoyens se trouvant ici.
+
+Le citoyen Comeyras, président de la république à Coire, désirerait être
+votre commissaire pour l'organisation de ces îles. Comme cette place est
+très-importante, et que le citoyen Comeyras est employé comme agent, je
+n'ai pas voulu prendre sur moi de le nommer.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au quartier-général à Milan, le 26 brumaire an 6 (16 novembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je vous envoie le drapeau dont la convention fit présent à l'armée
+d'Italie par un des généraux qui ont le plus contribué aux différens
+succès des dernières campagnes, et par un des officiers d'artillerie
+les plus instruits de deux corps savans qui jouissent d'une réputation
+distinguée dans l'Europe.
+
+Le général Joubert, qui a commandé à la bataille de Rivoli, a reçu de
+la nature les qualités qui distinguent les guerriers. Grenadier par le
+courage, il est général par le sang-froid et les talens militaires: il
+s'est trouvé souvent dans ces circonstances où les connaissances et les
+talens d'un homme influent tant sur le succès. C'est de lui qu'on a dit
+avant le 18 fructidor: Cet homme vit encore. Malgré plusieurs blessures
+et mille dangers, il a échappé aux périls de la guerre; il vivra
+long-temps, j'espère, pour la gloire de nos armes, le triomphe de la
+constitution de l'an III et le bonheur de ses amis!
+
+Le chef de brigade d'artillerie Andréossy a dirigé dans les deux
+campagnes la partie la plus essentielle comme la plus difficile en
+Italie; il a eu la direction des ponts; il nous a rendu de grands
+services à tous les passages. À celui de l'Izonzo, il trouva plus
+expéditif, pour répondre à la demande qu'on lui fit si la rivière était
+guéable, de s'y jeter le premier devant l'ennemi pour la sonder.
+
+Un état n'acquiert des officiers comme le citoyen Andréossy, qu'en
+soignant l'éducation et en protégeant les sciences dont le résultat
+s'applique à la marine, a la guerre comme aux arts, à la culture des
+terres, à la conservation des hommes et des êtres vivans.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Rastadt, le 10 frimaire an 6 (30 novembre 1797).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+J'ai reçu, citoyens directeurs, votre lettre du 6 frimaire. Conformément
+à vos intentions, je partirai demain au soir ou après-demain.
+
+Nous avons aujourd'hui échangé les ratifications. M. le comte de
+Cobentzel et le général Meerweldt ont été chargés de cette opération
+du côté de l'empereur. Demain nous achèverons tout ce qui nous reste
+à faire pour l'exécution de la convention secrète. Si cela est achevé
+demain, je partirai le soir même.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, 21 frimaire an 6 (17 décembre 1797).
+
+_Discours de Bonaparte en présentant au directoire la ratification du
+traité de Campo-Formio._
+
+«Citoyens directeurs, «Le peuple français, pour être libre, avait des
+rois à combattre.
+
+«Pour obtenir une constitution fondée sur la raison, il avait dix-huit
+siècles de préjugés à vaincre.
+
+«La constitution de l'an III, et vous, vous avez triomphé de tous ces
+obstacles.
+
+«La religion, la féodalité et le royalisme ont successivement, depuis
+vingt siècles, gouverné l'Europe; mais de la paix que vous venez de
+conclure, date l'ère des gouvernemens représentatifs.
+
+«Vous êtes parvenus à organiser la grande nation, dont le vaste
+territoire n'est circonscrit, que parce que la nature en a posé
+elle-même les limites.
+
+«Vous ayez fait plus.
+
+«Les deux plus belles parties de l'Europe, jadis si célèbres par les
+arts, les sciences et les grands hommes dont elles furent le berceau,
+voient avec les plus grandes espérances le génie de la liberté sortir
+des tombeaux de leurs ancêtres.
+
+«Ce sont deux piédestaux sur lesquels les destinées vont placer deux
+puissantes nations.
+
+«J'ai l'honneur de vous remettre le traité signé à Campo-Formio, et
+ratifié par S.M. l'empereur.
+
+«La paix assure la liberté, la prospérité et la gloire de la république.
+
+«Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les meilleures
+lois organiques, l'Europe entière deviendra libre.»
+
+Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798).
+
+_Au ministre de la guerre._
+
+Je reçois, citoyen ministre, avec reconnaissance, le drapeau et le sabre
+que vous m'avez envoyés.
+
+C'est l'armée d'Italie que le gouvernement honore dans son général.
+Agréez en particulier mes remercimens sur la belle lettre qui accompagne
+votre envoi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798).
+
+_Au général de brigade Lannes._
+
+Le corps législatif, citoyen général, me donne un drapeau en mémoire
+de la bataille d'Arcole: il a voulu honorer l'armée d'Italie dans
+son général. Il fut, aux champs d'Arcole, un instant où la victoire
+incertaine eut besoin de l'audace des chefs: plein de sang et couvert
+de trois blessures, vous quittâtes l'ambulance, résolu de mourir ou de
+vaincre. Je vous vis constamment, dans cette journée, au premier rang
+des braves; c'est vous également qui, a la tête de la colonne infernale,
+arrivâtes le premier à Dego, passâtes le Pó et l'Adda: c'est à vous à
+être le dépositaire de cet honorable drapeau, qui couvre de gloire les
+grenadiers que vous avez constamment commandés. Vous ne le déploierez
+désormais que lorsque tout mouvement en arrière sera inutile, et que la
+victoire consistera à rester maître du champ de bataille.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+_Au directoire exécutif de la république cisalpine._
+
+Le pays de Vaud et les différens cantons de la Suisse, animés d'un même
+esprit de liberté, adoptent les principes de liberté, d'égalité et
+d'indivisibilité sur lesquels est fondé le gouvernement représentatif.
+
+Nous savons que les bailliages italiens sont animés du même esprit; nous
+croyons essentiel que, dans ce moment-ci, ils imitent le pays vaudois et
+manifestent le voeu de se réunir à la république helvétique.
+
+Nous désirons, en conséquence, que vous vous serviez de tous les moyens
+que vous pouvez avoir pour répandre chez ces peuples, vos voisins,
+l'esprit de liberté; faites répandre des imprimés libéraux; excitez-y un
+mouvement qui accélère le mouvement général de la Suisse.
+
+Nous donnons l'ordre au général de brigade Monnier de se porter sur les
+confins des bailliages suisses avec des troupes, afin d'encourager et de
+soutenir les mouvemens que pourraient opérer les insurgés. Il a ordre de
+se concerter avec vous pour parvenir à ce but, qui intéresse également
+les deux républiques.
+
+_Note._
+
+Dans la position actuelle de l'Europe, la prudence nous fait une loi de
+nous tenir prêts sur nos différentes frontières à pouvoir, au premier
+signal des autres puissances, faire la guerre.
+
+Nous avons en Italie seize mille Français et cinq mille Polonais contre
+le roi de Naples, ce qui, joint à deux mille hommes de débarquement que
+le gouvernement a ordonné de préparer à Toulon, suffit pour n'avoir rien
+à craindre de ce monarque.
+
+Nous avons en Italie, contre l'empereur, vingt-un mille hommes, qui,
+joints aux quatre mille que le gouvernement vient de mettre à la
+disposition de cette armée, forment vingt-cinq mille hommes.
+
+On peut compter à peu près sur dix mille Cisalpins de mauvaises
+troupes, ce qui porterait nos forces à trente-cinq mille hommes, nombre
+insuffisant pour garnir les places et former un corps d'observation,
+en comparaison de quatre-vingt mille hommes que l'empereur a sur cette
+frontière.
+
+Mais toutes les forces de la république peuvent se réunir en Allemagne
+pour bien vite dégager l'Italie, et empêcher les places fortes d'être
+prises.
+
+Il nous serait bien facile de porter à quatre-vingt ou quatre-vingt-dix
+mille-hommes l'armée de Mayence, et d'avoir quarante ou cinquante
+mille hommes sur le lac de Constance, renforcés d'un certain nombre de
+Suisses.
+
+Ces deux armées se réuniraient bien vite pour attaquer la maison
+d'Autriche dans le coeur de ses états héréditaires.
+
+Si nous avions la guerre contre le roi de Prusse, l'armée de Mayence et
+celle de Hollande se jetteraient bien vite dans l'évêché de Munster,
+pour entrer dans le Hanovre.
+
+Mais, dans tous les cas, il est indispensable: 1°. de faire travailler à
+l'armement et à l'approvisionnement de Dusseldorf et à celui de Mayence;
+2°. De suspendre le licenciement de nos équipages d'artillerie, afin
+de ne pas être obligé de faire des achats pressés, qui nécessiteraient
+beaucoup d'argent et perdraient un temps précieux, car si la guerre a
+lieu, ceux qui frapperont les premiers coups auront, par leur position,
+de grands avantages.
+
+
+
+
+_Au général Bernadote._
+
+Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre. Le directoire
+exécutif, à ce qu'il m'a assuré, s'empressera de saisir toutes les
+occasions de faire ce qui pourrait vous convenir.
+
+Il a décidé qu'il vous laisserait le choix de prendre le commandement
+des îles ioniennes; de prendre une division de l'armée d'Angleterre,
+laquelle sera augmentée des anciennes troupes que vous aviez à l'armée
+de Sambre-et-Meuse, ou même de prendre une division territoriale, la
+dix-septième, par exemple.
+
+Personne ne fait plus de cas que moi de la pureté de vos principes, de
+la loyauté de votre caractère, et des talens militaires que vous avez
+développés pendant le temps que nous avons servi ensemble. Vous seriez
+injuste si vous pouviez en douter un instant.
+
+Dans toutes les circonstances, je compterai sur votre estime et sur
+votre amitié.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 8 ventose an 6 (26 février 1798).
+
+_Au général Dufalga._
+
+Le résultat à obtenir dans les travaux des ports du Pas-de-Calais est
+celui-ci:
+
+Travailler à ces ports de manière à obtenir que le plus grand nombre de
+bateaux possible pût sortir dans une seule marée.
+
+Calais, Ambleteuse, Boulogne, Etaples, peuvent seuls être comptés, et
+encore n'est-ce qu'avec réserve, de sorte que je me trouverais obligé de
+calculer sur Calais pour porter les premiers trente mille hommes.
+
+Il serait inutile de faire des travaux longs et coûteux au port de
+Boulogne, pour le rendre susceptible de contenir un plus grand nombre de
+bateaux qu'il n'en peut sortir dans une marée.
+
+Ainsi, il est bien prouvé que l'on ne peut sortir du port de Boulogne
+que cent à cent cinquante bateaux dans une marée; il ne faut travailler
+au port que pour le mettre à même de contenir ce nombre de bateaux.
+
+À Calais, même raisonnement.
+
+Il faudrait forcer les travaux du port d'Ambleteuse, et le mettre à même
+de contenir autant de bateaux qu'il serait possible d'en faire sortir
+dans une marée.
+
+Je vous prie de me faire connaître le parti que l'on peut tirer
+d'Etaples, tant en raisonnant sur sa situation actuelle, que sur sa
+position géographique.
+
+Si le chenal du port de Boulogne et ceux des autres ports étaient
+parallèles au rivage de la mer, il est clair que les bâtimens, recevant
+l'eau de la marée au même instant, pourraient sortir sur-le-champ: c'est
+donc sur la partie des ports qui est la plus proche de la mer, qu'il
+faut travailler.
+
+Enfin, il faut que vous vous appliquiez à favoriser partout les travaux
+qu'il sera possible de faire pour la prompte sortie d'une grande
+quantité de bateaux.
+
+Tous les petits bateaux ne portant que quarante à cinquante hommes ne
+pourraient-ils pas être échoués sur la plage, et ne pourrait-on pas
+favoriser cet échouage eu faisant quelques travaux sur la plage?
+
+Tous les bâtimens hollandais, et même ceux de Dieppe, ne pourraient-ils
+pas être échoués sur la plage?
+
+Puisqu'il n'est pas possible de faire sortir plus de cent bateaux de
+Boulogne dans une marée, nous y mettrons de préférence les écuries, les
+bâtimens chargés et les grosses chaloupes canonnières.
+
+Nous mettrons les bateaux canonniers et les muskins[2], qui ne tirent
+que trois pieds d'eau, dans le port d'Ambleteuse.
+
+Et les trois ou quatre cents bateaux, nous les échouerons sur la plage
+de la rade de Saint-Jean: ces bâtimens ne doivent porter que des hommes
+et deux ou trois sacs de biscuit, et ne se trouveront chargés de rien.
+
+Je voudrais que vous vous occupassiez de choisir: 1°. le local de la
+plage, depuis Ambleteuse jusqu'à Boulogne, le plus favorable pour cet
+échouement; 2°. voir les travaux que l'on pourrait faire à ladite plage
+pour rendre cette opération plus facile et moins fatigante pour les
+bateaux.
+
+Quant à Calais et à Dunkerque, on s'en servirait pour le complément de
+l'armée, le reste des denrées, les bagages, les approvisionnemens, etc.
+
+BONAPARTE.
+
+[Footnote 2: Espèce de prâme ou chaloupe cannonière, de l'invention du
+capitaine de vaisseau Muskins.]
+
+
+
+Paris, le 24 ventose an 6 (14 mai 1798).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Je viens d'être instruit, citoyen ministre, que l'Empire a enfin
+consenti à prendre pour base du traité de Rastadt la rive gauche du
+Rhin. Les citoyens Treilhard et Bonnier achèveront sans difficulté ce
+qu'ils viennent de commencer si heureusement. Mon intervention désormais
+devient superflue; je vous prie donc de vouloir bien m'autoriser à faire
+revenir de Rastadt une partie de ma maison que j'y avais laissée, ma
+présence à Paris étant nécessaire pour différens ordres et différentes
+expéditions.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 7 germinal an 6 (27 mai 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Les papiers publics répandent que vous avez fait arrêter plusieurs
+membres des conseils de la république cisalpine, et qu'il est dans ce
+moment-ci question de faire arrêter Moscati et Paradisi, deux membres du
+directoire exécutif de ladite république.
+
+Je crois qu'il est de mon devoir, comme citoyen qui a quelque
+connaissance des personnes et des événement qui se sont passés en
+Italie, de vous faire connaître que la France et la liberté n'ont point
+d'amis plus vrais que ces deux directeurs.
+
+Le citoyen Paradisi, qui était professeur renommé à Reggio, est le seul
+Italien qui ait rendu quelques services aux armées françaises, tandis
+que Mantoue était encore au pouvoir des Autrichiens, et, vers le milieu
+de la première campagne, il osa, les armes à la main, à la tête de douze
+cents hommes de Reggio, ses compatriotes, investir un détachement de
+deux cents Autrichiens qui s'étaient retirés dans un château, et les
+fit prisonniers. Lui, sa famille et la ville de Reggio ont été depuis
+spécialement menacés par les Autrichiens, qui leur ont conservé un
+ressentiment très-vif de cet événement.
+
+Le citoyen Moscati était connu pour un des plus célèbres médecins de
+l'Europe, ayant de grandes connaissances dans les sciences morales et
+politiques. Il s'abandonna tout entier au service de l'armée, et c'est à
+lui et à ses conseils que nous devons peut-être vingt mille hommes, qui
+eussent péri dans nos hôpitaux en Italie.
+
+L'avilissement du gouvernement cisalpin dès sa naissance et la perte de
+ses meilleurs citoyens seraient un malheur réel pour la France, et un
+sujet de triomphe pour l'empereur et ses partisans.
+
+Voyez, je vous prie, dans cette lettre, le désir constant qui m'a
+toujours animé, d'employer toutes mes connaissances au service de la
+patrie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+EXPÉDITION D'ÉGYPTE.
+
+LIVRE DEUXIEME.
+
+
+
+Paris, le 15 ventose an 6 (5 mars 1798).
+
+_Note remise par le général Bonaparte au directoire exécutif._
+
+Pour s'emparer de Malte et de l'Egypte, il faudrait de vingt à
+vingt-cinq mille hommes d'infanterie, et de deux à trois mille hommes de
+cavalerie sans chevaux.
+
+L'on pourrait prendre et embarquer ces troupes de la manière suivante,
+en Italie et en France:
+
+À Civita-Vecchia, la vingt-unième d'infanterie légère, deux mille; la
+soixante-unième de ligne, seize cents; la quatre-vingt-huitième, _id._,
+seize cents; le vingtième de dragons, de quatre cents; et le septième de
+hussards, de quatre cents: en tout six mille hommes, commandés par les
+généraux Belliard, Friant et Muireur.
+
+À Gènes, la vingt-deuxième d'infanterie légère, deux mille; la treizième
+de ligne, dix-huit cents; soixante-neuvième _id._, seize cents;
+quatorzième de dragons, quatre cents; deux escadrons du dix-huitième de
+dragons qui sont en Italie, deux cents; en tout cinq mille cinq cents
+hommes, commandés par les généraux Baraguey d'Hilliers, Veaux, Vial et
+Murat.
+
+En Corse, la quatrième d'infanterie légère, douze cents hommes,
+commandés par le général Ménars.
+
+À Marseille, la neuvième de ligne, dix-huit cents; la quarante-cinquième
+_id._, deux mille; vingt-deuxième de chasseurs, quatre cents; deux
+escadrons du dix-huitième dragons qui sont dans le midi, deux cents; en
+tout quatre mille quatre cents hommes, commandés par les généraux Bon
+et -------.
+
+À Toulon, sur les vaisseaux de guerre, la dix-huitième de ligne, deux
+mille; vingt-cinquième _id._, deux mille; trente-deuxième _id._, deux
+mille; soixante-quinzième _id._, deux mille; troisième dragons, quatre
+cents; quinzième _id._, quatre cents; en tout huit mille huit cents
+hommes, commandés par les généraux Brune, Rampon, Pigeon et Leclerc.
+
+À Nice et à Antibes, la deuxième d'infanterie légère, quinze cents
+hommes.
+
+Ce qui formerait un total de vingt-quatre mille six cents hommes
+d'infanterie, et de deux mille huit cents de cavalerie.
+
+Les demi-brigades, avec leurs compagnies de canonniers.
+
+La cavalerie, avec les harnois et sans chevaux, et chaque cavalier armé
+d'un fusil. Tous les corps avec leur dépôt, cent cartouches par homme;
+de l'eau pour les bâtimens, pour un mois; des vivres pour deux.
+
+Il faudrait que ces troupes fussent embarquées dans ces différens ports,
+et prêtes à partir au commencement de floréal, pour se rendre dans le
+golfe d'Ajaccio, et réunies et prêtes à partir de ce golfe avant la fin
+de floréal.
+
+Il faudrait joindre à ces troupes soixante pièces d'artillerie de
+campagne, quarante grosses bouches à feu de siége, deux compagnies de
+mineurs, un bataillon d'artillerie, deux compagnies d'ouvriers, un
+bataillon de pontonniers, qui seraient embarqués dans les ports d'Italie
+et de France de la manière suivante:
+
+À Marseille, vingt obusiers de six pouces, quatre pièces de 12, trois
+cents coups à tirer par pièce, deux compagnies d'artillerie à pied.
+
+À Civita-Vecchia, deux obusiers de 6 pouces, deux pièces de 8, deux
+pièces de 12, trois cents coups par pièce; une compagnie d'artillerie à
+cheval, une compagnie d'artillerie de ligne, commandés par le général
+Sugny.
+
+À Gênes, quatre obusiers de 6 pouces, quatre pièces de 8, quatre pièces
+de 12, douze pièces de 3, cinq cents coups à tirer par pièce; deux
+compagnies d'artillerie à chenal, deux _id._ d'artillerie de ligne.
+
+À Nice et Antibes, vingt pièces de 24, six mortiers à la Gomère, de 12
+pouces, cinq cents coups à tirer par pièce, deux compagnies d'artillerie
+de ligne, commandées par le général Dommartin.
+
+À Toulon, six obusiers de 6 pouces, six pièces de 8, six pièces de 12,
+quatre mortiers à la Gomère de 12 pouces, quatre _id._ de 6, cinq cents
+coups à tirer par pièce, quatre compagnies d'artillerie à pied, deux
+compagnies d'artillerie à cheval.
+
+À Civita-Vecchia, le général Masséna peut être chargé de noliser les
+bâtimens les plus grands qu'il trouvera dans ce port, d'y embarquer les
+troupes et ladite artillerie, et les faire partir sur-le-champ pour se
+rendre et rester jusqu'à nouvel ordre dans le port d'Ajaccio: on peut
+prendre, sur les contributions de Rome, de quoi subvenir aux frais de
+cet embarquement. On doit spécialement y affecter les galères du pape
+qui seraient dans le cas de tenir la mer.
+
+Le général qui commande dans la Cisalpine peut exécuter le même ordre à
+Gênes, et le général Baraguey d'Hilliers peut s'y rendre à cet effet; il
+faut, au préalable, envoyer l'argent nécessaire.
+
+On demandera au directoire exécutif de la république cisalpine deux
+galères, qui serviront à aider, à transporter les troupes et à escorter
+le convoi.
+
+Quant à Nice, Antibes et Marseille, il faut que le ministre de la
+marine:
+
+1°. Frête les plus gros bâtimens de commerce, suffisamment pour porter
+les troupes et l'artillerie désignées ci-dessus;
+
+2°. Travaille aux approvisionnement nécessaires;
+
+3°. Que le ministre de la guerre donne ordre pour y faire passer les
+troupes ci-dessus, avec l'artillerie et autres approvisionnemens.
+
+Nous avons à Toulon six vaisseaux de guerre, des frégates, des
+corvettes; il faudrait y joindre six tartanes canonnières.
+
+Tous ces bâtimens réunis seraient dans le cas de porter la partie des
+troupes qui doit être embarquée à Toulon.
+
+Cette escadre, selon le rapport du ministre de la marine, sera, sous
+quinze jours, prête à partir; mais elle manque entièrement de matelots.
+Il n'y aura donc qu'a noliser et mettre l'embargo sur les bâtimens
+nécessaires au transport de l'artillerie.
+
+Pour réussir dans cette expédition, on doit calculer sur une dépense
+extraordinaire de cinq millions, sans compter les dépenses ordinaires
+tant pour l'approvisionnement, armement et solde de l'escadre, que pour
+la solde, nourriture et habillement des troupes, que pour les dépenses
+de l'artillerie et du génie, auxquelles il est indispensable de pourvoir
+en effectif; ce qui forme donc une somme de huit à neuf millions qu'il
+faudrait que le gouvernement déboursât d'ici au 20 germinal.
+
+Paris, le 7 ventose an 6 (7 mars 1798).
+
+_Instruction pour la commission chargée de l'inspection de la côte de la
+Méditerranée_ (proposée par Bonaparte au directoire exécutif).
+
+Le premier soin de la commission doit être de conférer à Toulon avec
+les chefs du port, et de prendre toutes les mesures pour que les six
+vaisseaux de guerre, les quatre frégates qui s'y trouvent, les quatre
+frégates que le citoyen Perrée amène avec lui d'Ancône, six corvettes,
+six chaloupes canonnières, six tartanes canonnières et quatre bombardes
+portant un mortier de 10 ou 12 pouces, ayant à bord pour trois mois de
+vivres, soient prêts a partir de la rade de Toulon au 15, ou au plus
+tard au 20 germinal.
+
+On placera sur chaque chaloupe ou tartane canonnière, indépendamment de
+ces pièces, un mortier de 4 a 5 pouces.
+
+2º. Faire prendre les mesures pour que les approvisionnemens pour deux
+mois soient embarqués sur lesdits vaisseaux, à raison de six cents
+hommes par vaisseau de guerre, deux cent dix par frégate, et cent par
+corvette.
+
+3°. Faire préparer la solde et les vivres, également pour trois mois,
+pour l'escadre de l'amiral Brueys, de manière que cette escadre puisse,
+le 15 germinal, sortir de quarantaine pour reprendre la mer.
+
+4°. Faire armer _le Conquérant,_ les gabares, les vieilles frégates,
+etc., en flûte, de manière à pouvoir porter le supplément de dix mille
+hommes que doit embarquer le port de Toulon, dans le cas où l'amiral
+Brueys ne rejoindrait pas à temps.
+
+5°. Donner des ordres pour que l'on embarque sur-le-champ à bord des six
+vaisseaux de guerre et des six frégates ou gabares, vingt pièces de 24
+en bronze, avec deux affûts, un porte-voix, cinq ou six cents coups à
+tirer par pièce.
+
+Dix mortiers à la Gomère, de 12 pouces; dix _id._, de 8 pouces, avec
+cinq cents coups à tirer par mortier; double crapaud et les camions
+nécessaires pour transporter les mortiers; six forges pour rougir les
+boulets, avec leurs soufflets et leurs ustensiles; quatre millions de
+cartouches avec les pierres à feu, en proportion; vingt mille fusils;
+trente mortiers de 4 à 5 pouces, ayant chacun six cents coups a tirer,
+et tous les ustensiles et approvisionnemens nécessaires à un équipage
+de siège de quarante bouches à feu; spécialement une grande quantité
+d'objets pour artifices.
+
+_Nota_. Une partie de ces objets est portée sur le tableau joint aux
+instructions du gouvernement, comme devant être embarqués à Nice ou à
+Antibes; mais il sera possible de les faire embarquer sur les vaisseaux
+de guerre, si cela ne les obstrue pas trop.
+
+6°. Faire embarquer sur les vaisseaux de guerre et frégates six obusiers
+de campagne, six pièces de 8, six pièces de 12; cinq cents coups à tirer
+par pièce.
+
+7°. Faire transformer en écuries deux ou trois gabares ou autres
+bâtimens de transport, de manière a pouvoir transporter deux cent
+cinquante chevaux.
+
+8°. Se procurer et faire embarquer trois paires de boeufs sur chaque
+bâtiment de guerre, avec les harnois et les hommes nécessaires, afin de
+pouvoir s'en servir pour le transport de l'artillerie.
+
+9°. La commission fera charger à Antibes ou à Nice, sur deux ou trois
+très-gros bâtimens, des approvisionnemens, de manière à ce que toutes
+les pièces de campagne de l'équipage qui s'embarque à Civita-Vecchia,
+à Gênes, à Nice, à Toulon et à Marseille, et qui se trouve composé de
+seize pièces de campagne, seize pièces de 12, seize pièces de 8, seize
+pièces de 3, ait sur ces bâtimens un approvisionnement de réserve de
+trois cents coups par pièce.
+
+L'on pourra également faire embarquer à Nice ou à Antibes un supplément
+extraordinaire d'artifices, d'outils et autres objets nécessaires au
+gros parc de l'armée, indépendamment des onze cents hommes que l'on doit
+faire embarquer dans ce port.
+
+Le général Dommartin donnera les ordres pour toute la partie de
+l'artillerie, et fournira les états nécessaires.
+
+10°. La commission fera mettre l'embargo et nolisera à Marseille de gros
+bâtimens en suffisance pour embarquer de quatre à cinq mille hommes, et
+des écuries pour deux cents chevaux, et fera en sorte que ces bâtimens
+soient approvisionnés d'un mois d'eau, de deux mois de vivres, et que ce
+convoi soit prêt à partir de Marseille le 15 germinal.
+
+11°. La commission correspondra avec le consul de Gênes; elle enverra de
+suite, à Gênes, un officier de marine intelligent, qui puisse lui rendre
+compte de tout. Indépendamment des 200,000 fr. que le payeur y fait
+passer, il y fera passer tous les fonds qui seraient nécessaires.
+
+12°. La commission ne correspondra qu'avec moi.
+
+13°. Si l'amiral Brueys arrivait à temps pour pouvoir partir le 20
+germinal, la commission ferait sur-le-champ armer en flûte les six
+vaisseaux vénitiens qu'il amène avec lui, ce qui diminuerait d'autant le
+convoi.
+
+14°. La commission correspondra avec le général Vaubois en Corse, pour
+l'embarquement des deux mille hommes que ce général a reçu l'ordre du
+gouvernement de faire embarquer. Indépendamment des 200,000 fr. que
+l'on a envoyés dans cette île, elle y fera passer ce qui pourrait être
+nécessaire pour l'établissement d'un hôpital de cinq cents lits et un
+magasin de rafraîchissemens que l'ordonnateur de la division de Corse a
+reçu ordre d'établir à Ajaccio.
+
+15°. Indépendamment de tous ces objets, la commission formera à Toulon
+et à Marseille un magasin de seize mille paires de souliers, mille
+paires de bottes, seize mille chemises, huit mille gibernes, six mille
+chapeaux, seize mille paires de bas pour pouvoir être distribués aux
+troupes.
+
+16°. Elle fera également acheter un million de pintes de vin, cent vingt
+mille pintes d'eau-de-vie, qu'elle fera charger sur de gros bâtimens,
+auxquels elle donnera ordre de se rendre dans le port d'Ajaccio, où ils
+resteront sans décharger, jusqu'à nouvel ordre; les équipages ayant de
+l'eau pour un mois et des vivres pour deux.
+
+17°. Le commissaire ordonnateur Sucy ordonnancera toutes les dépenses
+relatives aux troupes de terre; le citoyen Leroy, celles relatives
+au fret des bâtimens et en général à la marine, et l'on mettra à la
+disposition des directeurs d'artillerie les sommes nécessaires pour les
+dépenses de l'artillerie.
+
+18°. Les dix mille hommes qui s'embarqueront à Toulon, les cinq mille
+autres qui s'embarqueront à Marseille, et ceux qui s'embarquent à Gênes,
+doivent avoir chacun une ambulance avec les chirurgiens, médecins et
+approvisionnemens nécessaires.
+
+19°. Indépendamment du million que le payeur de la commission recevra
+demain, la commission recevra, chaque décade, à commencer du 20 ventose,
+500,000 fr. jusqu'au 30 germinal. Elle aura soin de garder en réserve,
+et pour être employés sur un ordre exprès de moi, 200,000 fr. sur le
+million qu'elle touche demain, et 200,000 fr. sur le demi-million
+qu'elle touchera chaque décade; ce qui fera, au 30 germinal, qu'il y
+aura dans la caisse du payeur un million en réserve.
+
+Lorsque la commission fera des marchés, elle réservera une partie des
+paiemens desdits marchés pour être faits en floréal.
+
+20°. La commission m'enverra, le plus tôt possible, l'état des sommes
+présumées nécessaires pour l'exécution du présent ordre.
+
+21°. La commission formera une compagnie de vingt-cinq armuriers, avec
+leurs outils; deux compagnies d'ouvriers bourgeois de la même formation
+que celles de l'artillerie, avec leurs outils, destinées également à
+être embarquées.
+
+
+
+Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).
+
+_Aux commissaires de la trésorerie nationale._
+
+J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyens, l'arrêté du directoire,
+relatif à la commission de la Méditerranée, et que vous m'avez paru
+désirer.
+
+Je joins également l'état des demi-brigades qui se trouvent en ce moment
+à Gênes et en Corse. Je désirerais savoir si la solde des troupes est
+assurée pour les mois de ventose et germinal.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+_Etat des troupes qui se trouvent dans ce moment-ci en Corse._
+
+Dix-neuvième demi-brigade de ligne, deux mille hommes; premier bataillon
+de la quatre-vingt-sixième, neuf cents; quatrième d'infanterie légère,
+quinze cents; vingt-troisième id., deux mille cent; artillerie, deux
+cents: en tout, six mille sept cents hommes.
+
+_État des troupes qui viennent de recevoir l'ordre de se rendre à
+Gênes._
+
+Vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes; treizième de
+ligne, deux mille; soixante-neuvième id., dix-sept cents; quatorzième
+de dragons, cinq cents; dix-huitième id., deux cents; artillerie, trois
+cents: en tout, six mille deux cents hommes.
+
+
+
+
+Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).
+
+_À la commission de l'armement de la Méditerranée._
+
+Le citoyen Estève, nommé payeur près de la commission, part ce soir. Il
+a des ordres pour toucher 1,300,000 fr. à Toulon. Il a touché ici, et a
+fait partir pour Gênes, par un courrier extraordinaire, 200,000 fr., ce
+qui fait les 1,500,000 f. que vous deviez toucher dans ce mois.
+
+J'aurai soin qu'au premier germinal on vous fasse passer 500,000 autres
+francs.
+
+Il est indispensable que vous fassiez partir sur-le-champ, par une
+frégate, 200,000 fr. en Corse. J'attends avec intérêt votre première
+dépêche. Mettez la plus grande activité dans tous vos travaux.
+
+Les troupes qui doivent s'embarquer à Toulon sont en marche, et
+arriveront vers le 15 germinal. Faites préparer les casernes et les
+subsistances.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).
+
+_Instruction pour le général Dommartin._
+
+L'équipage d'artillerie pour la Méditerranée est composé d'un équipage
+de campagne et d'un de siége.
+
+Il a été ordonné au général Masséna, par un courrier qui est parti le 15
+ventose, de faire embarquer à Civita-Vecchia deux obusiers de 6 pouces,
+deux pièces de 8, deux pièces de 12; trois cents coups à tirer par
+pièce; une compagnie d'artillerie à cheval, une id. de ligne, un
+capitaine faisant fonctions de directeur du parc.
+
+Il a été ordonné au général Berthier, par un courrier parti le même
+soir, de faire embarquer à Gênes le général Sugny, un chef de brigade
+d'artillerie, deux compagnies d'artillerie à cheval, deux id. de ligne,
+le commissaire des guerres Boinod, des conducteurs et inspecteurs
+d'équipages, deux cents charretiers, cinq cents harnois de chevaux
+de trait, une compagnie d'ouvriers, une id. de mineurs, une id. de
+pontonniers, un bataillon de sapeurs, douze pièces de 3 approvisionnées
+à cinq cents coups, quatre obusiers de 6 pouces approvisionnés à trois
+cents coups, quatre pièces de 8 id., quatre pièces de 12 approvisionnées
+à trois cents coups, deux mortiers à la Gomère de 12 pouces, deux id.
+de 6 pouces approvisionnés à cinq cents coups, deux cents outils de
+pionniers, un million de cartouches. Vous devez faire embarquer à
+Marseille deux obusiers de 6 pouces, quatre pièces de 12, trois cents
+coups à tirer par pièce, deux compagnies de ligne; à Toulon, six
+obusiers de 6 pouces, six pièces de 8, six pièces de 12, approvisionnées
+à trois cents coups par pièce.
+
+Vous devez faire embarquer à Nice ou à Antibes un double
+approvisionnement pour tout l'équipage.
+
+Vous devez faire également embarquer à Toulon ou à Marseille trois ou
+quatre millions de cartouches, avec tout ce qui est nécessaire pour un
+équipage de campagne de cette importance.
+
+Vous devez également faire embarquer un équipage de siége de vingt
+pièces de 24, dix mortiers de 12 pouces, dix id. de 8 pouces, vingt ou
+trente mortiers de 3 ou 4 pouces; le tout approvisionné à six cents
+coups.
+
+Embarquez le plus d'ouvriers et d'armuriers, munis de leurs outils,
+qu'il vous sera possible.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).
+
+_Au général Berthier._
+
+Le courrier qui vous porte cette lettre, mon cher général, porte au
+consul de Gênes des lettres de change pour 200,000 fr., afin de subvenir
+aux dépenses extraordinaires de l'embarquement, tant pour la marine que
+pour l'artillerie et les approvisionnemens extraordinaires de deux mois.
+
+Il serait nécessaire de faire arranger trois des plus gros bâtimens de
+transport, pour servir d'écuries, de manière qu'ils pussent porter, à
+eux trois, une centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine
+d'artillerie. Vous feriez alors choisir les chevaux les plus forts et en
+meilleur état.
+
+Si l'on peut trouver à Civita-Vecchia, également pour embarquer, une
+centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine d'artillerie,
+donnez-en l'ordre; si on ne le peut pas, on s'en passera.
+
+Envoyez à Civita-Vecchia un de vos aides-de-camp qui prendra l'état de
+situation des troupes qui s'embarquent, de l'artillerie; le nombre, le
+nom et le tonnelage des bâtimens.
+
+Donnez l'ordre, tant à Gênes qu'à Civita-Vecchia, pour que le général de
+division ne puisse pas embarquer plus de trois chevaux, le général de
+brigade, plus de deux, le chef de brigade plus d'un: vous sentez combien
+il est nécessaire de n'avoir que ce qui est strictement nécessaire et
+indispensable; mais vous pouvez engager les officiers à embarquer leurs
+selles, brides, etc., pour les chevaux qu'ils doivent avoir.
+
+Je vous ai déjà écrit, je crois, pour que vous teniez tous vos chevaux,
+ceux de Leclerc, et cinq à six autres bons chevaux, prêts à partir.
+
+Vous enverrez également à Gênes, pour être embarquée, la compagnie des
+guides qui est dans le Mont-Blanc, ainsi que les douze gardes à cheval
+que vous avez gardés avec vous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 26 ventose an 6 (16 mars 1798).
+
+_Au ministre de la marine._
+
+Je désirerais, citoyen ministre, que vous envoyassiez l'ordre à la
+frégate qui est à Cadix de se rendre à Ajaccio en Corse, où elle
+attendra les ordres du contre-amiral Duchayla, et que vous en
+prévinssiez à Toulon, pour qu'on y fît passer la solde et les vivres
+dont elle doit avoir besoin.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 27 ventose an 6(17 mars 1798).
+
+_Au ministre de la guerre._
+
+J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre relative aux adjudans-généraux
+Grésieux et Clauzel. Vous pourrez donner des lettres de service au
+citoyen Clauzel pour l'armée d'Angleterre, et envoyer le citoyen
+Grésieux à Toulon, où il serait employé sur les côtes de la
+Méditerranée.
+
+Je vous demanderai également d'employer l'adjudant-général Jullien à
+Marseille, sous les ordres du général Bon. Cet adjudant-général est
+actuellement employé à l'armée d'Angleterre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).
+
+_Aux commissaires du gouvernement, à Rome._
+
+Le directoire exécutif, attachant la plus grande importance à la bonne
+organisation et au prompt départ de la division qui doit s'embarquer à
+Civita-Vecchia, a jugé à propos d'en confier le commandement au général
+Desaix, qui part ce soir même pour s'y rendre en toute diligence.
+
+Je vous prie de lui faire fournir tout ce dont il peut avoir besoin, et
+tous les officiers d'état-major, d'artillerie, du génie, commissaires
+des guerres qu'il demandera.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).
+
+_Note au directoire exécutif._
+
+Le général commandant à Berne fera faire le prêt de la deuxième
+demi-brigade d'infanterie légère, de la dix-huitième de ligne, de la
+vingt-cinquième idem, du troisième régiment de dragons, du quinzième
+idem, ainsi que des canonniers attachés à cette division, jusqu'au 13
+germinal.
+
+Il fera compléter leur armement, leur buffleterie, et, autant qu'il sera
+possible, leur habillement.
+
+Il donnera l'ordre au troisième et au quinzième régimens de dragons,
+avec toute l'artillerie de campagne qui est attachée à la division qui
+est venue de l'armée d'Italie, de se rendre, par le chemin le plus
+court, à Toulon.
+
+Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général de brigade de
+cavalerie Leclerc de se rendre sur-le-champ à Lyon pour prendre le
+commandement de ces deux régimens, et les conduire lui-même à Toulon.
+
+Le général commandant l'armée d'Helvétie incorporera dans la seconde
+d'infanterie légère les éclaireurs de la vingt-troisième d'infanterie
+légère; après quoi, il donnera l'ordre au général Pigeon de partir
+avec la deuxième demi-brigade d'infanterie légère, les dix-huitième
+et vingt-cinquième de ligne, pour se rendre à Lyon, où ces corps
+s'embarqueront sur le Rhône jusqu'à Avignon, d'où ils se rendront par
+terre à Toulon.
+
+Deux jours après, il donnera l'ordre au général Rampon de partir avec
+la trente-deuxième et la soixante-quinzième pour se rendre également à
+Lyon, s'y embarquer sur le Rhône jusqu'à Avignon, et se rendre de là par
+terre à Toulon.
+
+Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général Lannes de
+partir sur-le-champ en poste de Paris, pour se rendre à Lyon avec
+l'adjudant-général Lagrange, et prendre toutes les mesures, en se
+concertant avec le commandant de cette place, le commissaire-ordonnateur
+et celui du directoire exécutif, pour qu'il y ait dans cette ville la
+quantité de bateaux et tout ce qui est nécessaire pour embarquer les
+troupes ci-dessus, et surveiller ledit embarquement; après quoi, le
+général Lannes et le citoyen Lagrange se rendront à Toulon.
+
+Le ministre de la guerre donnera également les ordres pour qu'il y ait
+à Lyon: dix mille paires de souliers, six mille paires de culottes, six
+mille chapeaux, quatre mille vestes, dix mille paires de bas, dix mille
+chemises, trois mille sacs de peau, trois mille habits, quatorze mille
+paires de bottes, pour pouvoir être distribués auxdites troupes, à leur
+passage.
+
+Le général Lannes aura soin de veiller aux distributions, pour qu'elles
+se fassent conformément aux besoins de chaque corps.
+
+Le général commandant l'armée d'Helvétie fera mettre à l'ordre des
+demi-brigades ci-dessus désignées, qu'elles vont se rendre à Toulon,
+d'où elles partiront pour une opération extrêmement essentielle, et
+qu'elles trouveront à Toulon le général Bonaparte, sous les ordres
+duquel elles continueront d'être.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 27 ventôse an 6 (17 mars 1798).
+
+_Au président du directoire exécutif._
+
+Je vous ferai passer, citoyen président, la réponse de la trésorerie à
+la demande que je lui avais faite si la solde était assurée pour les
+troupes qui se rendent en Corse et à Gênes.
+
+La caisse de l'armée d'Italie a bien de la peine à subvenir aux dépenses
+des corps qui sont dans ce pays.
+
+Je crois qu'il serait nécessaire que le directoire prit l'arrêté
+ci-joint:
+
+ARRÊTÉ.
+
+ART. 1er. La trésorerie nationale fera sur-le-champ passer à son payeur,
+en Corse, la solde pour les troupes qui y sont, pour les mois de nivose,
+pluviose et ventose.
+
+2. L'ordonnateur de la marine à Toulon fera partir une corvette pour
+porter lesdits fonds.
+
+Pour cet effet, il en remettra les sommes au payeur de la marine à
+Toulon, qui les fera passer en Corse par un aviso.
+
+3. La trésorerie nationale fera solder a Gênes, dons le plus court
+délai, aux troupes qui s'y trouvent, la solde des mois de ventose et
+germinal.
+
+
+
+_Etat des troupes qui sont en Corse._
+
+La quatrième d'infanterie légère, quinze cents hommes; la
+vingt-troisième _id._, deux mille cent; la dix-neuvième de ligne,
+dix-huit cents; un bataillon de la quatre-vingt-sixième _id._, huit
+cents; artillerie, trois cents: en tout, six mille cinq, cents hommes.
+
+
+
+_Etat des troupes qui sont à Gênes, sous les ordres du général Baraguey
+d'Hilliers._
+
+La vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes; la treizième
+de ligne, deux mille; la soixante-neuvième _id._, dix-huit cents; le
+quatorzième de dragons, cinq cents; le dix-huitième _id._, deux cents;
+artillerie, deux cents: en tout, six mille deux cents hommes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 2 germinal an 6 (22 mars 1798).
+
+_Au ministre des finances._
+
+La commission chargée de l'armement de la côte de la Méditerranée doit
+recevoir 500,000 fr. cette décade-ci. Je désirerais, citoyen ministre,
+être informé si la trésorerie a donné des ordres pour cet objet.
+
+Je vous prierais de faire réserver sur cette somme 50,000 f., pour être
+mis à la disposition du général Dufalga, commandant l'arme du génie,
+attaché à ladite commission, lesquels 50,000 fr. doivent être soldés à
+Paris.
+
+Je vous prie également de donner des ordres pour que la trésorerie
+fasse passer des fonds pour solder les troupes qui sont dans les deux
+départemens de Liamone et du Golo, qui sont arriérées de trois mois.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 3 germinal an 6 (23 mars 1798).
+
+_Au ministre de la guerre._
+
+Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au général de brigade
+Gardane, qui est à Paris, de se rendre à Toulon, où il s'adressera au
+général Dommartin, chez lequel il trouvera de nouveaux ordres.
+
+Je vous prie de donner les mêmes ordres au général Verdier, qui est à
+Toulouse; au général de brigade Davoust, qui est dans ce moment-ci a
+Paris, de se rendre à Marseille, pour y prendre le commandement de la
+cavalerie qui se réunit dans cette ville, où il sera sous les ordres du
+général Bon; et au général de division Dumas de se rendre à Toulon, où
+il recevra de nouveaux ordres.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 5 germinal an 6 (25 mars 1798).
+
+_À la commission chargée de l'approvisionnement de la Méditerranée._
+
+J'ai reçu, citoyens, la lettre que vous m'avez envoyée par un courrier
+extraordinaire.
+
+J'ai vu avec plaisir l'état satisfaisant de l'escadre. J'aurais désiré
+avoir également l'état des galères ou bâtimens de transport que vous
+avez arrêtés à Toulon, pour l'embarquement de dix mille hommes.
+
+Les troupes arriveront avant le 15 germinal; il est nécessaire que tout
+soit prêt à partir le 20.
+
+Si le contre-amiral Brueys n'est point arrivé lorsque vous aurez reçu
+cette lettre, vous ferez vos préparatifs pour vous en passer.
+
+Les six vaisseaux de guerre qui sont en rade: _le Conquérant,_ les
+frégates, les briks, doivent, ensemble, porter facilement six mille
+hommes. Il ne vous reste donc plus qu'a chercher, à Toulon, des bâtimens
+de transport pour quatre mille hommes.
+
+Si l'escadre du contre-amiral Brueys était arrivée, ou si vous aviez des
+nouvelles du jour où elle arrivera, vous n'auriez plus alors besoin de
+transports à Toulon.
+
+Le général Dommartin doit être arrivé. Vous avez déjà, sans doute,
+commencé à embarquer l'artillerie.
+
+Si le citoyen Sucy n'était pas arrivé, cela ne doit pas vous empêcher
+de faire tout ce dont il est chargé, appelant auprès de vous un
+commissaire-ordonnateur le plus à portée.
+
+Le payeur, qui doit être arrivé, vous aura apporté l'argent qui vous
+était nécessaire; la trésorerie prend ses dispositions pour vous faire
+toucher 500,000 fr. cette décade.
+
+J'attends avec impatience votre premier courrier pour savoir si tout est
+prêt, et si les troupes pourront être embarquées le 20 de ce mois.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).
+
+_Aux commissaires de la trésorerie nationale._
+
+Le ministre des finances, citoyens commissaires, a dû vous prévenir
+que, sur les 500,000 fr. de cette décade que vous devez mettre à la
+disposition de la commission de la Méditerranée, 50,000 fr. devaient
+être soldés, à Paris, au général Dufalga.
+
+Je vous prie, citoyens commissaires, de vouloir bien faire solder
+lesdits 50,000 fr. au général Dufalga, et de donner son reçu en paiement
+au payeur de la commission, qui le recevra pour comptant. Le revirement
+est tout simple: la lettre du ministre des finances et celle que j'ai
+l'honneur de vous écrire, cette commission se trouvant sous mes ordres,
+vous y autorisent suffisamment.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 6 germinal on 6 (26 mars 1798).
+
+_Au ministre des relations extérieures._
+
+Ayant besoin, citoyen ministre, pour remplir les intentions du
+gouvernement, des citoyens Royer et Belletête, deux jeunes gens qui sont
+partis, il y a quelques jours, pour Constantinople, et qui doivent être
+actuellement à Toulon, je vous prie de leur envoyer l'ordre de rester à
+Toulon.
+
+Je désirerais également que vous donnassiez l'ordre aux citoyens
+Jaubert, Chéry, Lapone, trois jeunes gens les plus avancés à l'école des
+langues orientales à Paris, de se rendre à Constantinople, et de leur
+envoyer contre-ordre à Toulon, pour qu'ils y attendent de nouveaux
+ordres.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).
+
+_Au ministre de l'intérieur._
+
+Le directeur de l'imprimerie de la république et le citoyen Langlès,
+citoyen ministre, sont animés de la plus mauvaise volonté. Je vous prie
+de donner l'ordre positif que tous les caractères arabes actuellement
+existans, hormis les matrices, soient sur-le-champ emballés, et au
+citoyen Langlès l'ordre de les suivre.
+
+Le citoyen Langlès m'a paru, dans la première conférence que j'ai eue
+avec lui, très-disposé à venir; d'ailleurs la république, qui a fait son
+éducation et qui l'entretient depuis long-temps, a le droit d'exiger
+qu'il obéisse.
+
+Je vous prie de donner l'ordre que l'on emballe également les caractères
+grecs; il y en a, puisque l'on imprime en ce moment Xénophon, et ce
+n'est pas un grand mal que le Xénophon soit retardé de trois mois,
+pendant lequel temps on fera d'autres caractères, les matrices restant.
+
+Je vous prie de donner également l'ordre positif d'emballer les
+caractères pour trois presses françaises. Il nous suffit d'avoir des
+caractères ordinaires.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 6 germinal au 6 (26 mars 1798).
+
+_Au ministre de l'intérieur._
+
+J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyen ministre, la lettre du
+directoire pour vous.
+
+Je vous prie en conséquence de vouloir bien donner l'ordre aux citoyens
+dont la liste est ci-jointe[3] de se tenir prêts à partir, au premier
+ordre qu'ils recevront, pour se rendre à Bordeaux.
+
+Ceux d'entre eux qui ont des places les conserveront, les appointemens
+en seront payés à leur famille. Ils recevront en outre un traitement
+extraordinaire et les frais de poste pour la route.
+
+Je vous prie de donner l'ordre aux citoyens dont la liste est
+ci-jointe[4] de se tenir prêts à partir, au premier ordre, pour
+Flessingue. Les ingénieurs jouiront d'un traitement pour leurs travaux
+extraordinaires. Leur mission n'étant que temporaire, leurs places
+doivent leur être conservées.
+
+BONAPARTE.
+
+[Footnote 3: Dangés, Duc-la-Chapelle, astronomes; Costaz, Fourier,
+Monge, Molard, géomètres; Conté, chef de bataillon des aérostiers;
+Thouin, Geoffroi, Delisle, naturalistes; Dolomieu, minéralogiste;
+Berthoilet, chimiste; Dupuis, antiquaire.]
+
+[Footnote 4: Isnard, Lepère, Lepère (Gartien), Lancret, Lefebvre, Chézy,
+ingénieur des ponts et chaussées; Panuson, interprète.]
+
+
+
+Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).
+
+_À la commission chargée de l'inspection des côtes de la Méditerranée._
+
+Je viens de recevoir, citoyens, des nouvelles du contre-amiral Brueys.
+Il est parti de Corfou, le 6 ventose, avec six vaisseaux de guerre
+français, six frégates _idem_, cinq vaisseaux de guerre vénitiens, trois
+frégates _idem_, deux cutters pris sur les Anglais.
+
+Le chef de brigade Perrée est parti d'Ancône le 12, avec deux frégates
+françaises et deux vénitiennes.
+
+Il est donc possible que, lorsque vous recevrez cette lettre, l'un et
+l'autre soient déjà arrivés, et j'espère que, moyennant votre activité
+et les mesures que vous avez prises avec l'ordonnateur Najac, ces
+vaisseaux pourront repartir quinze jours après leur arrivée. _Le
+Mercure_ est le seul vaisseau, je crois, qui ait besoin de réparation.
+
+Quant aux vaisseaux vénitiens, s'ils peuvent être armés en guerre tous
+les cinq, vous y ferez travailler de suite; et, s'il fallait trop de
+temps, vous n'en ferez armer qu'une partie: ainsi, vous n'auriez besoin
+d'aucun secours de bâtimens de transport pour porter les dix mille
+bommes que vous devez embarquer à Toulon, avec l'artillerie; et, je vous
+le répète, le 25 ou même le 20 germinal, tout doit être prêt à partir.
+
+Plusieurs médecins et officiers généraux ont eu ordre de se rendre à
+Toulon: ils s'adresseront à vous, vous leur ferez fournir le logement
+et tout ce dont ils auront besoin, et vous leur direz d'attendre de
+nouveaux ordres.
+
+La quatre-vingt-cinquième demi-brigade s'est embarquée le 3 à Lyon,
+pour se rendre à Marseille. Le deuxième bataillon du quatrième régiment
+d'artillerie s'est embarqué le 5 pour se rendre à Toulon.
+
+Cinq demi-brigades doivent être, à l'heure qu'il est, embarquées à Lyon,
+pour aller par le Rhône jusqu'à Avignon, et de là se rendre à Toulon.
+
+Conférez avec le commissaire ordonnateur et le général de division
+Dugua, pour vous assurer que les subsistances et les cantonnemens de ces
+troupes sont assurés.
+
+Les dix-huitième et trente-deuxième demi-brigades, commandées par le
+général Rampon, feront cantonnées au fort Lamalgue, à Lavalette, à
+Solier, à Hières et autres villages dans ces environs.
+
+Les vingt-cinquième et soixante-quinzième, commandées par le général
+Gardanne, seront cantonnées à Ollioules, au Bausset, Laseine,
+Saint-Lazaire et autres villages environnans.
+
+La deuxième demi-brigade d'infanterie légère sera cantonnée dans Toulon.
+Le général Pigeon aura le commandement de la deuxième demi-brigade
+d'infanterie légère. Le général Gardanne commandera la vingt-cinquième
+et la soixante-quinzième. Vous placerez les troisième et quinzième
+régimens de dragons dans les endroits où il y aura le plus de fourrages.
+
+Je vous recommande de veiller à ce que les troupes aient tous les jours
+du vin ou de l'eau-de-vie, et à ce que les subsistances leur soient
+assurées.
+
+Il me tarde d'avoir un compte détaillé sur tous les ordres contenus dans
+les instructions que je vous ai données, ainsi que d'apprendre l'arrivée
+et l'état dans lequel se trouve le contre-amiral Brueys.
+
+Pour n'être pas dans le cas de vous tromper dans vos calculs, vous devez
+compter, pour l'embarquement de Toulon, sur douze à treize mille hommes,
+compris l'artillerie, les charretiers et les domestiques, et cinq mille
+à Marseille.
+
+Actuellement que le contre-amiral Brueys est arrivé, il sera bon que
+vous ménagiez à Toulon de quoi embarquer plutôt mille hommes de plus que
+de moins.
+
+Je vous envoie:
+
+1°. Des plans et des notes sur la construction d'un ponton qui ne doit
+pas peser plus de neuf cents livres; vous en ferez mettre sur-le-champ
+trente en construction, avec les poutrelles et ce qui est nécessaire
+pour établir le pont.
+
+2°. L'esquisse d'un petit bateau portant une pièce de 12, et dont la
+simple carcasse de doit pas peser plus de dix milliers: vous en ferez
+mettre sur-le-champ deux en construction.
+
+3°. Le mémoire et le projet d'une petite corvette portant une pièce de
+24 et plusieurs pièces de 6, laquelle doit se diviser en parties, pour
+pouvoir être transportées par terre sur huit diables. Vous en ferez
+mettre une sur-le-champ en construction.
+
+Vous ferez en sorte que les pontons et les deux petits bateaux soient
+en état de partir le plus tôt possible. Il les faudrait avoir pour les
+premiers jours de floréal.
+
+Quant à la petite corvette, mettez-la en construction; lorsqu'elle sera
+finie, nous nous en servirons. Je sais bien que cela ne peut pas être
+avant le milieu de prairial: ce serait un grand bien, s'il était
+possible que cela fût plus tôt.
+
+En vous envoyant ces plans et les mémoires qui les expliquent, je n'ai
+pas entendu vous prescrire de n'y faire aucun changement dans le détail.
+Le véritable point de vue est de tout sacrifier à la légèreté, afin de
+les rendre transportables par terre.
+
+Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe au contre-amiral Brueys, du
+moment qu'il arrivera.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).
+
+_Au contre-amiral Brueys._
+
+Je présume, citoyen général, que vous êtes arrivé à Toulon, puisque
+vos dernières dépêches m'apprennent que vous êtes parti de Corfou le 7
+ventose.
+
+L'on est ici extrêmement satisfait de votre conduite. Il faut que les
+bâtimens qui vous ont plusieurs fois porté les ordres du gouvernement
+aient été pris.
+
+Maintenez une sévère quarantaine parmi vos équipages: c'est le plus sûr
+moyen d'empêcher la désertion. Tous les ordres ont été donnés pour que
+la solde et les vivres leur soient fournis.
+
+Vous aurez sous vos ordres une des plus belles escadres qui soient
+sorties depuis long-temps de Toulon.
+
+Je compte sur vos six vaisseaux. Vous vous dépêcherez de faire faire les
+réparations dont _le Mercure_ pourrait avoir besoin; ce qui, joint aux
+six vaisseaux qui sont en ce moment en rade; aux treize frégates, au
+_Conquérant_ armé en flûte, et au plus grand nombre des vaisseaux
+vénitiens qui seront susceptibles d'être promptement armés, vous mettra
+à même de remplir la mission brillante qui vous est destinée.
+
+Je serai fort aise de vous revoir: j'espère que ce sera dans très-peu de
+temps.
+
+Casabianca partira bientôt pour servir sous vos ordres. Il faut
+absolument que vous vous arrangiez de manière à ce que vous puissiez
+partir le premier floréal.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).
+
+_Au général Lannes._
+
+Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre de Lyon, du 3 du
+courant. J'aurais désiré que vous m'eussiez envoyé l'état de situation
+de la quatre-vingt-cinquième, celui des effets qui lui ont été délivrés,
+et des notes sur l'esprit qui anime les troupes.
+
+Ne manquez pas de me l'envoyer le plus tôt possible, ainsi que celui des
+demi-brigades qui viennent de Suisse.
+
+Prévenez le général Dugua à Marseille, et le commissaire ordonnateur
+Sucy à Toulon, des mouvemens des troupes, afin qu'ils fassent préparer
+tout ce qui leur est nécessaire sur les routes d'Avignon à Marseille et
+Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).
+
+_Au général Dugua._
+
+Les neuvième et quatre-vingt-cinquième demi-brigades de ligne, ainsi que
+le vingt-deuxième de chasseurs et le deuxième escadron du dix-huitième
+régiment de dragons, se rendent à Marseille, où ils doivent s'embarquer.
+Je vous prie, mon cher général, de veiller à ce qu'ils ne manquent de
+rien. Le général Bon et le général Davoust sont partis pour commander,
+le premier l'infanterie, le second la cavalerie, et l'adjudant-général
+Jullien, pour faire les fonctions de chef de l'état-major de cette
+division.
+
+La deuxième d'infanterie légère, les dix-huitième, vingt-cinquième,
+trente-deuxième et soixante-quinzième arriveront également sous peu de
+jours à Avignon par le Rhône.
+
+Elles ont ordre de se rendre à Toulon.
+
+Vous enverrez l'ordre au général Rampon avec, les dix-huitième et
+trente-deuxième, de tenir garnison au fort Lamalgue, Solliers, Lavalette
+et Hières; à la vingt-cinquième et soixante-quinzième de tenir garnison
+à Ollioules, Saint-Lazaire, Lascine et autres villages environnans.
+Cette brigade sera commandée par le général Gardanne.
+
+Vous enverrez l'ordre à la deuxième d'infanterie légère, qui sera
+commandée par le général Pigeon, de tenir garnison à Toulon.
+
+Vous placerez le général Leclerc et deux régimens de dragons qu'il
+commande, dans l'endroit le plus favorable pour la subsistance de la
+cavalerie, mais de manière à ce qu'ils soient dans un cercle de trois ou
+quatre lieues de Toulon.
+
+Donnez les ordres à votre commissaire-ordonnateur pour que ces troupes
+ne manquent de rien, et prévenez le payeur de votre division pour
+qu'elles aient leur prêt avec exactitude, qu'elles aient le vin ou
+l'eau-de-vie tous les jours. Voyez aussi l'ordonnateur Sucy, le général
+Dommartin, l'amiral Blanquet et le citoyen Leroy, qui forment la
+commission de la Méditerranée.
+
+Prévenez vos étapiers d'Avignon à Toulon, afin que ces troupes aient
+leur subsistance assurée pendant la route.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).
+
+_Au citoyen Sucy._
+
+Indépendamment, citoyen ordonnateur, de votre qualité de membre de
+la commission, vous remplissez plus spécialement les fonctions de
+l'ordonnateur en chef de l'armée qui va s'embarquer.
+
+Je compte assez sur votre discrétion pour vous faire part de suite de la
+composition de toute l'armée dont vous êtes chargé, en vous enjoignant
+surtout de garder le plus profond silence.
+
+L'armée sera composée de cinq divisions:
+
+1°. Les trois demi-brigades qui s'embarquent à Civita-Vecchia, qui ont
+ordre d'embarquer avec elles deux commissaires des guerres, un chef de
+chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois.
+
+2°. La division qui s'embarque à Gênes, composée de trois demi-brigades,
+et qui a ordre d'embarquer deux commissaires des guerres, un chef de
+chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois.
+
+3°. Une division qui s'embarque à Toulon, composée de la quatrième
+d'infanterie légère, de la dix-huitième et de la trente-deuxième de
+ligne; vous y attacherez deux commissaires des guerres, un chef de
+chaque administration, une ambulance.
+
+4°. Une division qui s'embarquera à Marseille, composée des neuvième et
+quatre-vingt-cinquième de ligne, à laquelle vous attacherez également
+un chef de chaque administration, deux commissaires des guerres et une
+ambulance.
+
+Vous ferez bien attention surtout que la manière dont je viens de
+classer les divisions, n'est point par les numéros qu'elles doivent
+garder; j'ai suivi leur position géographique; ainsi vous désignerez les
+deux divisions qui sont à Toulon, l'une sous le nom de Solliers, l'autre
+sous celui de Laseine, sans leur donner aucun numéro.
+
+Toutes ces troupes, avec un corps de cavalerie et d'artillerie à
+proportion, doivent être réunies sur un seul point pour concourir à une
+même opération. Il est donc nécessaire que vous ayez avec vous, pour
+les employer selon les circonstances, sept à huit bons commissaires des
+guerres, un chef d'attelage d'artillerie et huit ou dix hommes entendus,
+pour pouvoir, lorsque notre débarquement sera opéré, les charger des
+différens services de l'armée, sans cependant leur désigner encore
+aucune fonction.
+
+Le général Dommartin commande l'artillerie de ladite armée; vous vous
+entendrez avec lui pour tous les détails.
+
+Le citoyen Desgenettes est médecin en chef; le citoyen Larrey,
+chirurgien en chef. Dix-huit chirurgiens et médecins doivent être
+partis, et, a l'heure qu'il est, être rendus à Toulon. Indépendamment
+de cela, vous prendrez le plus de chirurgiens et de médecins que vous
+pourrez, soit en en faisant venir de l'armée d'Italie, soit en prenant
+ceux de quelque mérite, que vous pourriez trouver dans le pays où vous
+êtes: vous n'en aurez jamais de trop.
+
+Vous organiserez aussi une pharmacie, que vous prendrez dans les
+hôpitaux de Marseille et de Toulon.
+
+Chaque vaisseau de guerre ou vaisseau de transport doit avoir sa
+pharmacie pour les malades qui pourraient survenir pendant le passage,
+et vous devez aussi embarquer une quantité de médicamens proportionnée à
+la force de l'armée, qui se trouve être de trente mille hommes.
+
+Procurez-vous deux ou trois cents infirmiers, huit ou dix bons
+directeurs d'hôpitaux, un bon architecte, douze ou quinze maçons, cinq
+ou six garde-magasins, et un agent en chef des hôpitaux. Vous avez là
+dessus liberté toute entière. Dans les instructions de la commission,
+j'ai demandé beaucoup de souliers; indépendamment des besoins qu'aura la
+troupe au moment de l'embarquement, il faudra encore y suppléer jusqu'à
+ce que nous ayons pu faire des établissemens dans le pays où nous
+allons.
+
+Le payeur général sera le citoyen Estève. Il faut qu'il y ait autant
+de payeurs qu'il y a de divisions, indépendamment des bureaux et des
+payeurs qui peuvent lui devenir nécessaires.
+
+N'oubliez pas de vous procurer quelques artistes vétérinaires.
+
+Le général de division ne pourra embarquer que trois chevaux, le général
+de brigade deux, et tous les officiers qui eut le droit d'avoir des
+chevaux, un; le commissaire ordonnateur, trois, et les commissaires des
+guerres en chef, un; les administrateurs, aucun; mais tout le monde a la
+liberté d'embarquer le nombre de selles et de palfreniers que la loi lui
+accorde.
+
+Faites-vous rendre compte s'il y a des tentes dans l'arrondissement où
+vous vous trouvez: s'il y en avait, il faudrait les faire mettre en
+état: je désirerais en avoir un millier.
+
+Le deuxième bataillon du quatrième régiment s'est embarqué le 5 à Lyon,
+pour Avignon. Ainsi, il sera déjà rendu à Toulon quand vous recevrez
+cette lettre.
+
+J'ai donné ordre que l'on embarque cinquante chevaux d'artillerie à
+Civita-Vecchia, cinquante à Gênes. Nous en embarquerons le plus que nous
+pourrons à Toulon et à Marseille. Dans les instructions que j'ai données
+à la commission, cet article de l'artillerie est spécialement détaillé.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 11 germinal an 6 (31 mars 1798).
+
+_Au ministre des finances._
+
+Vous devez remettre, citoyen ministre, pour cette décade, 500,000 fr. à
+la disposition de la commission chargée de l'inspection des côtes de la
+Méditerranée. Je désirerais que la trésorerie pût faire partir demain
+des lettres de change pour 200,000 francs sur Gênes, et faire passer
+300,000 francs à Toulon.
+
+La solde des troupes qui s'embarquent à Gênes est arriérée. Il serait
+nécessaire que la trésorerie fit passer au payeur de la division du
+général Baraguey-d'Hilliers à Gênes 400,000 fr., pour payer cette
+division jusqu'au premier germinal.
+
+J'ai un courrier tout prêt, qui porterait les lettres de change pour
+ces 600,000 fr. Il serait fort essentiel à nos opérations que cela pût
+partir demain.
+
+Je vous prie aussi de donner des ordres pour qu'elle fasse passer de
+l'argent pour la solde des troupes qui sont en Corse. Il faudrait au
+moins 300,000 fr.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 germinal an 6 (a avril 1798). _Au général
+Baraguey-d'Hilliers._ Le consul recevra, citoyen général, par un
+courrier que j'expédierai demain, 600,000 fr., ce qui, joint aux 200,000
+fr. que j'ai déjà fait passer, fournira les sommes nécessaires a
+l'embarquement.
+
+Faites-moi passer, par le retour de mon courrier:
+
+1°. L'état de situation des bâtimens, le nombre des tonneaux et de
+l'équipage de chaque bâtiment, avec le nombre d'hommes et le nombre de
+chaque corps que chaque bâtiment transporte.
+
+2°. L'état de situation de votre division, le nom de votre payeur, de
+vos deux commissaires des guerres, de vos deux adjudans généraux, et
+des officiers d'artillerie et de génie attachés à l'état-major de la
+division.
+
+Tâchez d'embarquer avec vous le plus de chirurgiens et de médecins que
+vous pourrez, français ou italiens; quatre médecins, douze chirurgiens,
+indépendamment des chirurgiens des corps et de l'ambulance, ne seraient
+pas trop.
+
+Embarquez huit ou dix armuriers avec leurs outils, français ou italiens,
+et des calfats, charrons, serruriers, le plus que vous pourrez vous en
+procurer.
+
+J'écris au général Berthier de vous faire passer trois mille fusils,
+s'il peut se les procurer.
+
+Ne partez pas sans de nouveaux, ordres.
+
+Faites en sorte d'avoir plutôt trois ou quatre jours de vivres de plus
+que de moins. Tenez la main à ce que l'on n'embarque rien d'inutile.
+Vous ne pouvez embarquer pour vous que trois chevaux, les généraux de
+brigade deux, et les autres officiers qui ont le droit d'avoir des
+chevaux, un; mais chacun embarquera ses selles et ses palfreniers.
+
+Laissez à Gênes un officier supérieur par corps composant votre
+division, afin de réunir dans cette ville tous vos hommes sortant des
+hôpitaux; et, toutes les fois qu'il y en aura cent, on leur donnera
+des ordres pour vous rejoindre. Les officiers peuvent également donner
+rendez-vous à Gênes à leurs domestiques, et gros bagages, qu'ils ne
+pourraient pas embarquer avec eux.
+
+Embarquez tous les dépôts actuellement existans.
+
+J'imagine que vous menez avec vous Parthouneaux. J'écris à Berthier de
+vous envoyer Almeyras, qui est un fort bon adjudant-général.
+
+Faites-moi connaître, par le retour du courrier, l'état exact et par
+corps de tout ce qui serait dû aux soldats.
+
+Ayez avec vous trois bons directeurs d'hôpitaux et une centaine de bons
+infirmiers.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 germinal an 8 (2 avril 1798).
+
+_Au général Lannes._
+
+Je vous envoie, citoyen général, des lettres pour le payeur de la
+division qui vient de Suisse, pour le payeur de Lyon et de deux autres
+départemens.
+
+Vous ferez donner à Lyon la solde aux troupes jusqu'au 15 de ce mois.
+Si la division n'avait point à Lyon de payeur, vous chargeriez un des
+quartiers-maîtres d'en faire les fonctions et de recevoir l'argent que
+la trésorerie donne ordre de remettre entre ses mains pour subvenir aux
+dépenses ultérieures du prêt.
+
+Ayez soin, en m'envoyant l'état de situation de chaque corps, de
+m'instruire jusqu'à quel jour les soldats ont été payés, ainsi que de la
+quantité d'effets qui a été distribuée a chaque corps et ce qui pourrait
+leur manquer encore. Surtout ayez bien soin de completter l'armement.
+
+Voyez le commandant de l'artillerie à Lyon, pour vous informer quand
+partiront les différens objets que le général Dommartin doit lui avoir
+demandés, et pressez-le le plus que vous pourrez. Voyez les salles
+d'armes. Faites partir le plus tôt possible dix ou douze mille bons
+fusils avec autant de sabres, et deux mille selles et brides de hussards
+et même de dragons.
+
+Il faut que tous ces différens objets soient à Avignon le 25 de ce mois.
+Vous préviendrez le général Dommartin de tout ce qui partira, afin qu'il
+prenne ses mesures pour que, d'Avignon, le tout se rende de suite à
+Toulon.
+
+Instruisez moi de tout dans le plus grand détail.
+
+Envoyez l'adjudant-général Lagrange à Grenoble, pour connaître le jour
+où les différens objets que le général Dommartin a dû demander, seront
+arrivés a Avignon et pressez le départ du tout.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).
+
+_Au général Brune._
+
+Je profite du départ de Suchet pour vous écrire deux mots. J'ai expédié
+à Rome un courrier extraordinaire il y a trois heures: il était chargé
+d'une lettre pour Berthier ou vous.
+
+J'imagine que Berthier, en vous remettant le commandement de l'armée,
+vous communiquera les renseignemens sur les embarcations qui se font à
+Civita-Vecchia et à Gênes. Comme il est extrêmement essentiel que
+ces embarquemens n'éprouvent aucun retard, je vous les recommande
+spécialement. Il paraît que celui de Gênes va assez bien, mais celui de
+Civita-Vecchia est bien arriéré.
+
+Aidez Dessaix, à qui le directoire a confié le commandement des troupes
+qui s'embarquent a Civita-Vecchia.
+
+Vous avez beaucoup à faire dans le pays où vous êtes. J'espère que ce
+sera le passage d'où vous viendrez me rejoindre pour donner le dernier
+coup de main à la plus grande entreprise qui ait encore été exécutée
+parmi les hommes.
+
+Entourez-vous d'hommes à talens et forts.
+
+Je vous recommande de protéger l'observatoire de Milan, et, entre
+autres, Oriani, qui se plaint de la conduite que l'on tient à son égard:
+c'est le meilleur géomètre qu'il y ait eu.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).
+
+_Au général Schawenbourg._
+
+La trésorerie donne ordre, citoyen général, à son payeur à Berne, de
+faire passer 3,000,000 à Lyon. J'expédie l'ordre de la trésorerie par un
+courrier extraordinaire.
+
+Comme ces 3,000,000 sont destinés à l'armée d'Angleterre, je vous serai
+obligé de me faire connaître le jour où ils pourront arriver à Lyon, et
+en quelle monnaie. Il serait nécessaire que, le plus possible, ce fût en
+monnaie de France.
+
+La trésorerie donne ordre de les faire partir en toute diligence. Je
+vous prierai d'activer par tous les moyens possibles leur arrivée à Lyon
+avant le 20 de ce mois.
+
+Je suis fort aise, citoyen général, que cette circonstance m'ait fourni
+l'occasion de correspondre avec vous et de vous témoigner l'estime et la
+considération distinguée avec laquelle je suis,
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).
+
+_Au citoyen Belleville._
+
+J'ai reçu, citoyen, vos dernières lettres. Je ferai partir, par un
+courrier extraordinaire, des lettres de change pour 600,000 fr. Elles
+ne sont payables que dans un mois; mais vous vous arrangerez pour avoir
+tout de suite de l'argent comptant.
+
+Quatre cent mille fr. sont destinés pour la solde des troupes, et
+200,000 pour l'extraordinaire de l'expédition. Le payeur de la division
+du général Baraguey-d'Hilliers rendra compte des 400,000 fr. à la
+trésorerie, et vous rendrez compte à la commission à Toulon des autres
+200,000.
+
+J'espère que, moyennant cet argent, vous pourrez subvenir à toutes les
+dépenses de l'opération, puisque vous ne paierez que quinze jours de
+nolis aux bâtimens. Vous savez qu'il est avantageux qu'il ne soit payé
+en définitif qu'à la fin de l'expédition. Vous avez parfaitement fait de
+noliser par mois.
+
+J'ai trouvé que 16 fr. par tonneau était excessivement cher. Vous devez
+trouver quelques biscuits à Tortone ou à Milan: j'en ai fait faire une
+très-grande quantité; cela économiserait d'autant.
+
+Sur les 400,000 fr. que j'envoie sur la solde, vous devez retenir une
+décade, laquelle ne doit être donnée que lorsqu'on sera embarqué.
+
+J'écris à Berthier qu'il vous fasse remettre le présent que j'ai destiné
+au marquis de Gallo. Il doit valoir 100,000 fr.; vous le vendrez; mais
+faites en sorte que l'on ne sache pas que c'était ce que l'on destinait
+à M. de Gallo, afin que cela ne fasse pas un mauvais effet. L'argent
+provenant de ces diamans sera mis dans la caisse du payeur de cette
+division, pour les événement extraordinaires, et on n'en disposera que
+pour subvenir aux dépenses que pourrait nécessiter un nouveau relâche
+dans quelque port, et sur mon ordre.
+
+Le convoi ne partira que d'après de nouveaux ordres; mais je vous
+conjure de faire en sorte qu'il puisse partir dans les premiers jours de
+floréal, et que les deux mois de vivres soient bien complets, et qu'il y
+ait plutôt pour quatre ou cinq jours de plus que de moins.
+
+Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que dans tous les cas leur
+subsistance soit assurée pour deux mois.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).
+
+_Au général Berthier._
+
+Vous ferez remettre, mon cher général, à Belleville, le présent que
+j'avais destiné pour M. de Gallo. Il s'en servira pour faire de
+l'argent. Les circonstances présentes et le besoin que nous en avons
+pour l'expédition de la Méditerranée, sont d'une importance majeure.
+Gardez le plus profond secret, afin que cela ne produise pas un mauvais
+effet.
+
+Je vous prie de donner l'ordre au citoyen Monge et à tous les ingénieurs
+des ponts et chaussées, ou géographes qui sont à l'armée, de se rendre
+à Gênes, pour y être embarqués sous les ordres du général
+Baraguey-d'Hilliers.
+
+Faites-lui passer trois bons directeurs d'hôpital, une centaine
+d'infirmiers, et les médecins et chirurgiens qu'il vous demandera.
+
+Voyez aussi, je vous prie, s'il ne serait pas possible de faire passer,
+de Milan ou de Tortone, 3,000 fusils, pour être embarqués à Gênes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).
+
+_Au général Desaix._
+
+Par la lettre que je reçois de Monge, citoyen général, du 30 ventose, je
+vois qu'il sera impossible que vous soyez prêt pour le 30 germinal. Dans
+ce cas-là, continuez toujours vos préparatifs, et tâchez d'être-prêt
+pour le 20 floréal époque à laquelle je vous Enverrai de nouveaux
+ordres.
+
+Je préfère, si cela est possible, que vous vous embarquiez sur les plus
+gros bâtimens, ayant les vivres et tout ce qui vous est nécessaire, et
+retardiez d'une ou deux décades pour vous les procurer, à vous voir
+passer en Corse sur de petits bateaux.
+
+Ou je viendrai vous prendre à Civita-Vecchia, ou je vous enverrai des
+frégates pour vous escorter et vous conduire à l'endroit où il sera
+nécessaire.
+
+Tâchez de vous procurer à Rome deux ou trois mille fusils; faites-les
+transporter à Civita-Vecchia; embarquez-les sur votre convoi, ou, si
+cela vous encombre et exige de nouveaux moyens de transport, nous l'es
+ferons venir après.
+
+Vous ne devez avancer aux patrons que tout juste ce qu'il leur faut pour
+commencer l'opération. On leur soldera tous les mois le nolis de leurs
+bâtimens.
+
+Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que, dans tous les cas,
+leur subsistance leur soit assurée pour deux mois.
+
+Le contre-amiral Brueys est arrivé à Toulon; là, à Marseille et à Gênes,
+les affaires vont parfaitement.
+
+Je compte partir de Paris le 26 de ce mois.
+
+Si vous envoyez des courriers, il sera nécessaire qu'ils s'adressent, à
+Lyon, au général Lannes, ou, dans le cas qu'il n'y soit plus, au général
+commandant, qui saura seul si je suis passé, afin de se diriger sur
+Toulon ou sur Paris.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 germinal an 6 (3 avril 1798).
+
+_Au citoyen Monge._
+
+J'ai reçu, mon cher Monge, votre lettre du 30 ventose. Desaix doit être
+arrivé. Je vous prie de lui remettre la lettre ci-jointe. Je ne compte
+que sur vous et sur lui pour l'embarquement de Civita-Vecchia. J'ai
+envoyé d'ici de l'argent, afin de vous décharger entièrement de
+l'embarquement à Gênes.
+
+Je compte sur l'imprimerie arabe de la Propagande et sur vous, dussé-je
+remonter le Tibre avec l'escadre pour vous prendre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).
+
+_Au même._
+
+J'apprends à l'instant qu'un courrier part pour Rome. Je vous écris
+deux mots: j'ai reçu votre lettre du 8. J'ai appris avec plaisir que
+l'embarquement de Civita-Vecchia avançait.
+
+J'envoie l'ordre, par un courrier extraordinaire, à Toulon, a une
+frégate armée en flûte, de se tendre a Civita-Vecchia; elle pourra
+embarquer quatre cents hommes et servira à embarquer Desaix, auquel vous
+direz de m'envoyer un courrier extraordinaire pour m'instruire de sa
+position au 1er floréal.
+
+Nous aurons avec nous un tiers de l'institut et des instrumens de
+toute espèce. Je vous recommande spécialement l'imprimerie arabe de la
+Propagande.
+
+Si Faypoult voulait être des nôtres, il pourrait nous être bien utile
+là-bas. Les choses sont ici assez tranquilles.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).
+
+_À la commission chargée de l'inspection des côtes de la Méditerranée._
+
+Je vous prie, citoyens, de m'envoyer par le retour du courrier, 1°.
+l'état des vaisseaux de guerre, de leurs vivres et de leurs équipages
+qui se trouvent en rade et prêts à partir au 1er floréal, avec le nombre
+d'hommes que chacun peut porter;
+
+2°. Les bâtimens de guerre armés en flûte, le nombre d'hommes,
+d'équipages, et la quantité de monde que chacun peut embarquer;
+
+3°. L'état de l'artillerie, ou embarquée, ou qui pourra être embarquée
+pour le 1er floréal;
+
+4°. La situation des vivres et des approvisionnemens pour la troupe de
+passage, pendant deux mois, qui se trouvera embarquée au 1er floréal;
+
+5°. La quantité d'eau que chaque bâtiment aura à bord au 1er floréal;
+
+6°. Le transport, avec le nombre d'équipages, le nombre d'hommes que
+chacun doit porter, qui seront prêts à partir au 1er. floréal, tant a
+Marseille qu'à Toulon, et la quantité de vivres et d'eau que chacun aura
+à bord;
+
+7°. Le nom des officiers de génie, d'artillerie, commissaires des
+guerres, généraux, troupes d'artillerie, demi-brigades qui seront
+arrivés à Marseille ou à Toulon, au jour où ledit état sera fait, ainsi
+que les sommes qui seront dues à ces différens corps.
+
+Le courrier part aujourd'hui 16 à dix heures du soir; il arrivera le 20,
+avant minuit, à Toulon. Je vous prie de le faire partir dans la journée
+du 21, afin qu'il soit de retour, au plus tard, le 25.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).
+
+_Au citoyen Belleville._
+
+La division du général Baraguey-d'Hilliers, qui s'embarque à Gênes, ne
+se monte pas à plus de six mille hommes, et cependant le convoi composé
+de soixante-six bâtimens, dont vous m'avez envoyé l'état, porte de douze
+à treize mille tonneaux. Un bâtiment peut porter un homme par tonneau,
+sans aucune espèce d'inconvénient. Je vous prie de faire l'essai et de
+vous assurer du nombre d'hommes que chaque bâtiment peut porter: car si
+c'est un inconvénient de trop resserrer les hommes, c'en serait un aussi
+de trop les diviser et d'employer plus de transports qu'il ne faut. Je
+m'en rapporte là-dessus à votre expérience.
+
+S'il arrivait que ces bâtimens ne pussent pas porter davantage d'hommes,
+mais pussent porter davantage d'artillerie, je vous prierais d'y faire
+embarquer, sans augmenter le convoi, un second million de cartouches,
+et jusqu'à la concurrence de dix mortiers de 12 pouces, dix _id._ de 8
+pouces, dix pièces de 24, approvisionnés tous à cinq cents coups, avec
+double affût.
+
+Vous ne manquez pas a Gênes de ces différens objets d'artillerie, qui,
+en tout cas, seraient bien vite arrivés de Tortone. Vous aurez soin de
+m'instruire de ce que vous pourrez faire là-dessus, et d'en envoyer
+l'état circonstancié au général Dommartin. Ce que vous embarquerez de
+ces objets diminuera d'autant l'embarquement que nous sommes obligés de
+faire de notre équipage de siége.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).
+
+_À la commission chargée de inspection des côtes de la Méditerranée._
+
+La trésorerie, citoyens, vous fait passer exactement l'argent qui vous
+est destiné: vous devez n'avoir aucune inquiétude sur cet objet, et
+pousser vos travaux avec la plus grande activité. Il est indispensable
+que l'escadre du contre-amiral Brueys et celle qui est en rade avec tous
+les transports soient prêtes à partir au 1er floréal.
+
+La frégate armée en flûte reçoit l'ordre, par le courrier, de se rendre
+à Civita-Vecchia, pour embarquer du monde dans ce port. Il est urgent
+qu'elle parte le plus promptement possible.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).
+
+_Au général Dommartin._
+
+Je vois avec peine, citoyen général, que tous les préparatifs que vous
+faites, pour vous procurer de l'artillerie, traîneront en longueur.
+Voyez à prendre à Toulon, Antibes, Marseille et Nice, ce qui vous serait
+nécessaire. Il y a, à Nice, toutes les pièces de 24 que vous pourrez
+désirer. Il y a sur la côte de la Méditerranée plus de soixante mortiers
+à la Gomère. Il faut être prêt à partir dans les premiers jours de
+floréal: vous sentez bien que les bombes que vous faites faire dans les
+foyers du Forez, ne peuvent être prêtes pour cette époque.
+
+Faites-moi connaître par le retour de mon courrier, dans le plus grand
+détail, dans quelle situation vous vous trouverez au moment où vous
+m'écrirez, quelles sont les pièces ou autres effets qui sont embarqués,
+et où se trouvent les objets qui ne le sont pas.
+
+J'ai écrit au général Lannes pour qu'il ait à activer, de Lyon et
+Grenoble, les demandes que vous avez faites.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).
+
+_Au ministre de la marine._
+
+Vous avez ordonné, citoyen ministre, il y a un mois, à l'ordonnateur
+Najac d'armer en flûte une vieille frégate pour servir au transport des
+troupes: je vous prie de faire donner l'ordre à cette frégate de se
+rendre à Civita-Vecchia, où elle servira à embarquer une partie des
+troupes qui ont ordre de s'y embarquer. Elle servira en même temps pour
+l'escorte du convoi. Elle embarquera le général qui commande cette
+expédition, duquel elle recevra des ordres pour toute la destination
+du convoi. Il serait nécessaire que cette frégate partît le plus tôt
+possible.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).
+
+_Au Ministre de la guerre._
+
+Il serait nécessaire, citoyen ministre, d'avoir à Toulon vingt mille
+fusils pour l'opération qu'y a commandée le gouvernement. Comme il n'y
+en a pas dans cette place, ni à Marseille, je vous prie de les faire
+partir le plus tôt possible de Lyon ou de Saint-Etienne.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).
+
+_Au général Brune._
+
+Je vous prie, général, de faire partir, par un courrier extraordinaire,
+la lettre ci-jointe pour le citoyen Belleville. Je désirerais que
+le citoyen Belleville fit embarquer à Gênes dix pièces de 2, vingt
+mortiers, à cinq cents coups par pièce, si les bâtimens du convoi y
+peuvent suffire.
+
+Je vous prie de lui fournir, soit de Tortone, ou même de Gênes, les
+effets d'artillerie dont il peut avoir besoin.
+
+Je vous recommande, mon cher général, d'accélérer de tous vos
+moyens l'embarquement de Civita-Vecchia. Il ne faudrait pas que cet
+embarquement retardât nos opérations.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 18 germinal an 6 (7 avril 1798).
+
+_Au citoyen Belleville._
+
+Je vous envoie, citoyen consul, la lettre que vous écrit la trésorerie,
+avec l'envoi de lettres de change pour quarante-huit mille piastres;
+sous trois jours je vous enverrai le reste, jusqu'au complément de
+600,000 fr.
+
+Je vous ai écrit tous ces jours-ci. Je vous prie, par le retour de mon
+courrier, de m'instruire dans le plus grand détail de la situation dans
+laquelle vous vous trouverez au 1er. floréal, et de me l'expédier de
+suite. Je lui donne l'ordre de ne pas rester plus de vingt-quatre heures
+à Gênes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).
+
+_Au général Berthier._
+
+Je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles, mon cher général; mais les
+dernières nouvelles que j'ai reçues de Monge, le 8 germinal, étaient
+assez satisfaisantes.
+
+Le général de division ne peut embarquer que trois chevaux, le général
+de brigade, deux, et les deux autres officiers qui ont droit à des
+chevaux, un. Il faut tenir la main a l'exécution du dit ordre.
+
+Si vous pouvez faire embarquer cinquante chevaux d'artillerie et cent
+chevaux de cavalerie, vous ferez embarquer les cent meilleurs chevaux du
+septième régiment de hussards, ayant soin de les donner tous à un même
+escadron, et tenir la main à ce que, sous ce prétexte, les officiers
+de cavalerie ne fassent passer tous leurs chevaux, de sorte qu'au
+commencement du débarquement, vous ayez cent hommes de cavalerie à
+mettre à terre.
+
+Les chevaux restans du septième régiment de hussards et du vingtième
+de dragons, seront donnés aux autres corps de cavalerie de l'armée; en
+embarquant le harnachement, vous aurez soin que, sous quelque prétexte
+que ce soit, il ne reste aucun homme du septième et du vingtième en
+Italie. Faites compléter la musique de vos différentes demi-brigades.
+Donnez-en une à la vingt-unième d'infanterie légère, s'il n'y en a pas.
+
+Ayez soin qu'il ne manque point de tambours. Si cela était, vous
+pourriez vous en faire donner dans les corps qui restent à Rome.
+
+Faites donner un drapeau à chaque bataillon de la vingt-unième
+d'infanterie légère. Ayez soin que les lieutenans et les sous-officiers
+d'infanterie légère soient armés de fusils, ainsi que les sous-officiers
+de ligne. Faites armer de fusils les canonniers.
+
+J'avais ordonné, dans le temps, que chaque corps eût un certain nombre
+de sapeurs, avec des haches et des outils. Assurez-vous que cet ordre
+est exécuté.
+
+_La Courageuse_, frégate armée en flûte, qui peut porter six cents
+hommes, doit être partie de Toulon, pour se rendre à Civita-Vecchia.
+Cela servira à vous embarquer.
+
+Tout étant prêt à Toulon, Marseille et Gênes, je compte partir dans six
+jours. J'y serai dans les premiers jours de floréal. Envoyez-moi un
+courrier pour Lyon. Il s'informera chez le général commandant où je
+suis.
+
+Je désirerais aussi que vous m'en envoyassiez un en droite ligne à
+Toulon, qui me fît connaître la situation dans laquelle vous vous
+trouverez au 1er floréal, pour que je vous envoie des ordres en
+conséquence.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).
+
+_Au général Brune._
+
+Il était resté en Italie, citoyen général, vingt-cinq hommes de mes
+guides à cheval, soit aux hôpitaux, soit en détachement avec le général
+Berthier; je vous prie de leur donner l'ordre de se rendre à Gênes, où
+ils s'embarqueront avec le général Baraguey-d'Hilliers.
+
+Je vous prie aussi de faire partir pour Gênes tous les hommes qui
+resteraient des demi-brigades suivantes: deuxième d'infanterie légère,
+vingt-deuxième _id._; dix-huitième, vingt-cinquième, trente-deuxième,
+soixante-quinzième, neuvième, quatre-vingt-cinquième, treizième,
+soixante-neuvième de ligne; quatorzième, quinzième, dix-huitième
+régimens de dragons; vingt-deuxième de chasseurs.
+
+Et de faire rendre à Civita-Vecchia ceux des vingt-unième d'infanterie
+légère, soixante-unième, quatre-vingt-huitième de ligne; septième
+régiment de hussards, vingtième _idem_ de dragons.
+
+Ces hommes s'embarqueront à la suite des divisions qui s'embarquent à
+Gênes et à Civita-Vecchia; et quand même ces divisions seraient parties,
+leurs dépôts resteront à Gênes et à Civita-Vecchia, de manière que
+lorsqu'il y aura cent hommes réunis, on pourra les faire partir pour
+rejoindre au lieu où se rend ledit embarquement.
+
+Les quatorzième et dix-huitième de dragons et le septième de hussards
+laissent leurs chevaux sans hommes à Gênes et à Civita-Vecchia. Envoyer
+des détachemens des différens corps de cavalerie qui ont le plus
+d'hommes à pied. Vous trouverez dans les régimens de dragons, des
+chevaux qui pourront remonter votre grosse cavalerie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798)
+
+_Au général Baraguey-d'Hilliers._
+
+J'imagine, citoyen général, qu'à l'heure qu'il est, l'embarquement de
+Gênes doit être prêt.
+
+J'avais écrit au général Berthier, en date du 25 ventose, pour qu'il
+fît préparer des bâtimens capables de porter cent cinquante chevaux,
+indépendamment de ceux des états-majors.
+
+Vous ferez choisir cinquante chevaux des plus forts d'artillerie et cent
+des meilleurs chevaux du quatorzième de dragons. Vous aurez surtout bien
+soin que ces chevaux montent les hommes d'un même escadron, et que les
+officiers de cavalerie n'en profitent point pour faire passer leurs
+chevaux, de manière qu'au moment du débarquement, vous ayez un escadron
+tout monté pour votre service.
+
+Vous ferez préparer en outre des bâtimens pour porter les chevaux de
+l'état-major, si vous ne croyez pas plus convenable de les embarquer
+dans les mêmes bâtimens où s'embarquent les officiers. Au reste, ce ne
+doit pas être un objet, puisque je ne calcule pas que cela puisse passer
+vingt ou vingt-cinq chevaux.
+
+Les chevaux restans des quatorzième et dix-huitième de dragons seront
+donnés à des détachemens de différens régimens qui sont en Italie,
+auxquels ils seront distribués; bien entendu que vous aurez soin de
+faire embarquer les selles et tout le harnachement.
+
+Vous aurez soin que le quatorzième et le dix-huitième de dragons ne
+laissent aucun homme en Italie, et que tout soit embarqué. Faites
+completter la musique de vos différentes demi-brigades. Donnez-en une à
+la vingt-deuxième d'infanterie légère, si elle n'en a pas.
+
+Donnez trois drapeaux à la vingt-deuxième d'infanterie légère. Ayez soin
+que les lieutenans et les sous-officiers d'infanterie légère aient des
+fusils, ainsi que les sous-officiers des demi-brigades de bataille.
+Faites donner à l'artillerie à pied des fusils.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 21 germinal an 6 (10 avril 1798).
+
+_Au général Regnier._
+
+Le général de division Regnier se rendra à Lyon; il y verra le général
+de brigade Lannes; il s'informera si les objets d'artillerie, qui ont
+été demandés par le général Dommartin, sont partis de Lyon.
+
+Il verra le commandant de l'artillerie et le directeur des transports,
+pour activer le départ des objets demandés.
+
+Il m'écrira de Lyon pour me rendre compte de tout ce qu'il aura fait.
+
+Il se rendra à Grenoble pour activer également le départ des objets
+d'artillerie qui auraient été demandés par le général Dommartin.
+
+Arrivé à Avignon, il fera faire toutes les dispositions nécessaires pour
+que tous les objets d'artillerie qui arriveraient dans cette ville,
+soient sur-le-champ mis en route pour Toulon.
+
+Avant de partir pour Paris, il verra le général Dufalga, pour avoir de
+lui la note de tous les effets qui sont partis ou doivent partir de
+Paris, et le jour où ils passent à Lyon ou à Avignon.
+
+Il préviendra les directeurs des transports de ces deux villes, afin que
+ces objets n'éprouvent aucun retard.
+
+De là il se rendra à Marseille, où il attendra de nouveaux ordres.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).
+
+_Au général Baraguey-d'Hilliers._
+
+J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 11, avec les états qui y
+étaient joints. Le courrier porte au citoyen Belleville le restant
+des sommes pour completter 800,000 fr., y compris le premier envoi de
+200,000 fr.
+
+Je trouve que quatorze mille tonneaux pour sept mille hommes, c'est
+trop. Dans les embarquemens que nous faisons à Toulon et à Brest, l'on
+ne compte qu'un tonneau par homme; 16 fr. par tonneau, c'est encore
+trop cher: nous ne payons que la moitié sur l'Océan et à Marseille.
+Une décade d'avance pour les nolis suffit. Le reste sera payé lors de
+l'arrivée.
+
+Six cent quatre-vingts francs par navire pour les arrangemens me
+paraissent aussi trop cher.
+
+Pourvu que le prêt soit payé à jour, à l'instant qu'on s'embarque, l'on
+pourra se passer de deux mois d'avance.
+
+Il résulte, que les 800,000 fr. que Belleville a touchés doivent faire
+votre embarquement, puisque vous en portez la valeur à 1,500,000 fr.,
+et que vous y comprenez 260,000 fr. pour deux mois de prêt d'avance,
+400,000 fr. pour le nolis de deux mois; en tout 660,000 fr.
+d'économisés.
+
+Il sera facile d'économiser 40 ou 60,000 fr. sur le reste. S'il vous est
+possible d'avoir deux décades de prêt au moment de votre embarquement,
+ce sera un grand bien. S'il reste une queue de 100,000 fr. à devoir aux
+fournisseurs, cela serait payé à Paris.
+
+J'espère donc qu'au 1er floréal vous serez prêt à partir. Dans quatre
+jours, je vous expédierai un courrier, avec l'ordre, qui devra être
+exécuté, quelle que soit la position où vous vous trouverez.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798)
+
+_Au citoyen Belleville._
+
+Je vous en voie, citoyen consul, une lettre de la trésorerie nationale
+avec des lettres de change pour 20,000 piastres. Ainsi, voilà 800,000
+fr. que vous avez reçus pour l'embarquement. Cela doit vous suffire:
+d'ailleurs les diamans que vous vendez vous mettront peut-être à même de
+pouvoir prendre 200,000 fr., s'il est nécessaire, et enfin s'il y avait
+un reste de compte de 100,000 francs dû aux fournisseurs, cela serait
+payé à Paris.
+
+Dans quatre jours, j'enverrai l'ordre pour le départ du convoi: il faut
+que tout soit prêt à partir le 1er floréal.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).
+
+_Au général Lannes._
+
+J'ai reçu, citoyen général, la lettre que m'a remise votre aide-de-camp.
+3,000,000 sont partis en poste, le 18 de ce mois, de Berne pour Lyon.
+Vous trouverez ci-joint l'ordre de la trésorerie à son payeur de Lyon,
+de les faire passer sur-le-champ à Toulon.
+
+Vous ferez embarquer ce convoi sur le Rhône; vous vous rendrez avec lui
+à Avignon, d'où vous le ferez partir en toute diligence, de Lyon pour
+Toulon. Vous m'instruirez du jour de votre départ de Lyon, et des
+différentes espèces qui composent le convoi de 3,000,000.
+
+Lorsque votre convoi sera parti d'Avignon, et que vous aurez pris toutes
+les mesures nécessaires pour la sûreté de son transport, vous vous
+rendrez à Marseille, où vous attendrez de nouveaux ordres.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).
+
+_Au ministre des finances._
+
+Je vous prie, citoyen ministre, de faire nommer par la trésorerie
+nationale un contrôleur auprès du payeur de la commission de la
+Méditerranée. Je vous recommanderai, pour cette place, le citoyen
+Poussielgue, qui est actuellement à Paris, et qui a été long-temps
+employé dans votre ministère.
+
+Je désirerais que sur les 600,000 fr. que vous devez mettre, cette
+décade, à la disposition de la commission de la Méditerranée, vous
+fissiez remettre, à Paris, au général Dufalga, commandant le génie de
+l'armement de la Méditerranée, 500,000 fr. pour dépenses de ce corps,
+instrumens, etc.; et 100,000 fr. à ma disposition à toucher à Paris.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).
+
+_Au ministre des relations étrangères._
+
+Je vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien donner l'ordre
+au citoyen Magallou, consul de la république au Caire, de partir
+sur-le-champ pour se rendre le 3 floréal à Marseille, où il recevra de
+nouveaux ordres.
+
+Ce consul réclame 30,000 fr. qui lui sont dus par votre département,
+dont les comptes ne sont pas encore apurés. Je désirerais que vous lui
+fissiez donner un à-compte de moitié.
+
+Je vous prie de donner également l'ordre au citoyen Venture de partir
+sur-le-champ pour Toulon, où il recevra de nouveaux ordres. Je
+désirerais que vous lui fissiez donner les frais de poste, et que vous
+lui assurassiez la place qu'il a dans votre département, en faisant
+toucher à sa famille les appointemens qu'il a.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).
+
+_Au ministre de la marine._
+
+Je désirerais, citoyen ministre, que vous ordonnassiez à une de nos
+bonnes frégates de partir de Toulon pour se rendre à Gênes, et prendre
+sous son escorte le convoi qui est prêt à partir de cette ville. Elle
+prendra à son bord le général de division qui commande le convoi, de qui
+elle recevra des ordres pour sa destination.
+
+Je vous prie également de donner l'ordre pour qu'on fasse partir pour
+Ajaccio, en Corse, neuf des plus gros bâtimens de transport qui sont à
+Toulon, pour embarquer les troupes qui doivent partir d'Ajaccio. Ils
+y attendront de nouveaux ordres. Ils pourraient partir sous l'escorte
+d'une corvette.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).
+
+_Au vice-amiral Brueys._
+
+Le directoire exécutif, citoyen général, voulant récompenser les
+services que vous lui avez rendus dans la Méditerranée, où vous naviguez
+depuis quinze mois, vous a nommé au grade de vice-amiral. Vous recevrez
+incessamment votre nomination ainsi que votre brevet.
+
+Une frégate reçoit ordre de partir pour Gênes, pour escorter le convoi
+qui doit partir de cette ville; il est nécessaire qu'elle soit commandée
+par un homme de tête.
+
+Les chefs de division Decrés et Thevenard doivent être arrivés. Le
+citoyen Ganteaume et deux autres officiers de marine partent après
+demain de Paris. Nous organiserons l'escadre avant de partir, de manière
+à ce qu'elle puisse être digne de la grande mission qu'elle va remplir.
+
+Je ne doute pas que, grâce à votre activité, tout ne soit prêt à partir
+dans les premiers jours de floréal. J'imagine qu'à l'heure qu'il est
+vous avez l'artillerie, les vivres et l'eau à bord, et qu'il n'y a plus
+qu'à y mettre les hommes.
+
+Il est indispensable d'avoir avec l'escadre le plus de corvettes et
+d'avisos qu'il sera possible. J'imagine que toutes les corvettes et tous
+les avisos qui étaient de l'armée d'Italie et sous vos ordres, sont dans
+ce moment à Livourne ou à Gênes. Envoyez par la frégate qui part l'ordre
+à tous ceux qui sont à Gênes, de partir pour escorter le convoi, à tous
+ceux qui sont à Livourne ou ailleurs, de se rendre à Civita-Vecchia, où
+ils seront sous les ordres de la frégate qui s'y rendra de Toulon, et
+serviront à escorter le convoi.
+
+Faites rallier à Toulon toutes les corvettes qui seraient disséminées
+dans nos différens ports.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).
+
+_Note remise au directoire._
+
+Dans notre position, nous devons faire à l'Angleterre une guerre sûre,
+et nous le pouvons.
+
+Que nous soyons en paix ou en guerre, il nous faut quarante ou cinquante
+millions pour réorganiser notre marine.
+
+Notre armée de terre n'en sera ni plus ni moins forte, au lieu que la
+guerre oblige l'Angleterre à faire des préparatifs immenses qui ruinent
+ses finances, détruisent l'esprit de commerce et changent absolument la
+constitution et les moeurs de ce peuple.
+
+Nous devons employer tout l'été à armer notre escadre de Brest, à faire
+exercer nos matelots dans la rade, à achever les vaisseaux qui sont en
+construction à Rochefort, à Lorient et à Brest.
+
+Si l'on met quelque activité dans ces travaux, nous pouvons espérer
+d'avoir au mois de septembre, trente-cinq vaisseaux à Brest, y compris
+les quatre ou cinq nouveaux que l'on peut construire à Lorient et à
+Rochefort.
+
+Nous aurons, vers la fin du mois, dans les différens ports de la
+Manche, près de deux cents chaloupes canonnières. Il faut les placer à
+Cherbourg, au Havre, à Boulogne, à Dunkerque et à Ostende, et employer
+tout l'été à emmariner nos soldats.
+
+En continuant à donner à la commission des côtes de la Manche 300,000
+fr. par décade, nous pouvons faire construire deux cents autres
+chaloupes d'une dimension plus forte et propre à transporter des
+chevaux.
+
+Nous aurions donc, au mois de septembre, quatre cents chaloupes
+canonnières à Boulogne, et trente-cinq vaisseaux de guerre à Brest.
+
+Les Hollandais peuvent également avoir dans cet intervalle douze
+vaisseaux de guerre au Texel.
+
+Nous avons dans la Méditerranée deux espèces de vaisseaux:
+
+Douze vaisseaux de construction française qui peuvent, d'ici au mois de
+septembre, être augmentés de deux nouveaux;
+
+Neuf vaisseaux de construction vénitienne.
+
+Il serait possible, après l'expédition, que le gouvernement projetât
+dans la Méditerranée de faire passer les quatorze vaisseaux à Brest et
+de garder dans la Méditerranée, simplement les neuf vaisseaux vénitiens;
+ce qui nous ferait, dans le courant des mois d'octobre ou de novembre,
+cinquante vaisseaux de guerre français à Brest, et presque autant de
+frégates.
+
+Il serait possible alors de transporter quarante mille hommes sur le
+point de l'Angleterre que l'on voudrait, en évitant même un combat
+naval, si l'ennemi était plus fort, dans le temps que quarante mille
+hommes menaceraient de partir sur les quatre cents chaloupes canonnières
+et autant de bateaux pêcheurs de Boulogne, et que l'escadre hollandaise
+et dix mille hommes de transport menaceraient de se porter en Écosse.
+
+L'invasion en Angleterre, exécutée de cette manière, et dans les mois de
+novembre et de décembre, serait presque certaine.
+
+L'Angleterre s'épuiserait par un effort immense et qui ne la garantirait
+pas de notre invasion.
+
+En effet, l'expédition dans l'Orient obligera l'ennemi à envoyer six
+vaisseaux de guerre de plus dans l'Inde et peut-être le double de
+frégates a l'embouchure de la mer Rouge. Elle serait obligée d'avoir de
+vingt-deux à vingt-cinq vaisseaux à l'embouchure de la Méditerranée,
+soixante vaisseaux devant Brest, et douze devant le Texel, ce qui ferait
+un total de trois cents vaisseaux de guerre, sans compter ceux qu'elle
+a aujourd'hui en Amérique et aux Indes, sans compter dix ou douze
+vaisseaux de cinquante canons, avec une vingtaine de frégates, qu'elle
+serait obligée d'avoir pour s'opposer à l'invasion de Boulogne.
+
+Nous nous conserverions toujours maîtres de la Méditerranée, puisque
+nous y aurions neuf vaisseaux de construction vénitienne.
+
+Il y aurait encore un moyen d'augmenter nos forces dans cette mer; ce
+serait de faire céder par l'Espagne trois vaisseaux de guerre et trois
+frégates à la république ligurienne: cette république ne peut plus être
+aujourd'hui qu'un département de la France. Elle a plus de vingt mille
+excellens marins.
+
+Il est d'une très-bonne politique de la part de la France de favoriser
+et d'exiger même que la république ligurienne ait quelques vaisseaux de
+guerre.
+
+Si l'on prévoit des difficultés à ce que l'Espagne cède à nous ou à la
+république ligurienne trois vaisseaux de guerre, je croirais utile que
+nous-mêmes nous rendissions à la république ligurienne trois des neuf
+vaisseaux que nous avons pris aux Vénitiens, et que nous exigeassions
+qu'ils en construisissent trois autres. C'est une bonne escadre, montée
+par de bons marins, que nous nous trouverons avoir gagnée. Avec l'argent
+que nous aurons des Liguriens, nous ferons faire à Toulon trois bons
+vaisseaux de notre construction, car les vaisseaux de construction
+vénitienne exigent autant de matelots qu'un bon vaisseau de 74; et des
+matelots, voilà notre partie faible.
+
+Dans les événemens futurs qui peuvent arriver, il nous est extrêmement
+avantageux que les trois républiques d'Italie qui doivent balancer les
+forces du roi de Naples et du grand-duc de Toscane, aient une marine
+plus forte que celle du roi de Naples.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 24 germinal an 6 (l3 avril 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je ne mène avec moi, citoyens directeurs, dans l'expédition de la
+Méditerranée, que deux mille cinq cents hommes de cavalerie sans
+chevaux. Cela fait donc deux mille cinq cents chevaux qui seront
+distribués aux autres régimens de cavalerie de la république.
+
+Mais, dans le pays où nous allons, on peut compter facilement sur dix ou
+douze mille très-bons chevaux.
+
+Je crois donc qu'il serait nécessaire de faire embarquer quatre ou cinq
+régimens de cavalerie sans chevaux, et remonter avec les chevaux desdits
+régimens les hommes que nous avons à pied dans les différens dépôts.
+
+Je désirerais que le gouvernement ordonnât au premier régiment de
+cavalerie de se rendre à Gênes pour y être embarqué avec ses selles et
+sans chevaux; au vingt-quatrième régiment de chasseurs, de s'embarquer à
+Civita-Vecchia avec ses selles et sans chevaux; au onzième de hussards,
+de se rendre à Toulon, de s'y embarquer avec ses selles et sans chevaux;
+aux deux régimens de chasseurs qui ont le plus d'hommes à pied, de se
+rendre à Toulon pour s'y embarquer.
+
+Faire distribuer les chevaux: 1°. du vingt-quatrième régiment de
+chasseurs, du neuvième d'hussards, du vingtième de dragons, qui
+s'embarquent à Civita-Vecchia; 2°. du quatorzième de dragons, du
+premier de cavalerie, de deux escadrons du dix-huitième de dragons qui
+s'embarquent a Gênes, ces six régimens faisant ensemble à peu près
+dix-huit cents chevaux; aux cinquième et onzième régimens de cavalerie,
+premier d'hussards, quinzième, dix-neuvième, vingt-cinquième régimens de
+chasseurs; et comme ces régimens n'ont pas plus de douze cents hommes à
+pied, il serait nécessaire d'envoyer en Italie des régimens de chasseurs
+et d'hussards de ceux qui ont le plus d'hommes à pied. Cela servirait
+d'ailleurs à renouveler les régimens qui sont en Italie depuis
+long-temps et qui s'ennuient d'y être.
+
+Il faudrait distribuer les chevaux du vingt-deuxième régiment de
+chasseurs, des deux escadrons du dix-huitième de dragons, du troisième
+et quinzième de dragons, du onzième d'hussards, formant seize cents
+chevaux, et de deux régimens de chasseurs que je demande, aux régimens
+de la république qui en ont le plus besoin, et dès-lors envoyer dans la
+huitième division des détachemens d'hommes à pied des régimens auxquels
+on veut les donner, pour les prendre.
+
+Je crois qu'il serait nécessaire d'envoyer en Italie un officier général
+inspecteur de cavalerie, uniquement chargé de la distribution desdits
+chevaux, afin qu'il n'y ait point de perte pour la république.
+
+Je crois qu'il serait également nécessaire d'en envoyer un dans la
+huitième division, uniquement chargé de la même opération: sans quoi, je
+prévois que les trois quarts des chevaux seront dilapidés.
+
+En prenant toutes ces précautions, nous nous trouverons avoir très-peu
+d'hommes à pied, à nos dépôts.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 25 germinal an 6 (14 avril 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+J'ai reçu, citoyen président, le dernier arrêté que le directoire a
+pris, relatif à l'armement de la Méditerranée.
+
+Je désirerais:
+
+1°. Une lettre du directoire qui autorisât le citoyen Monge, commissaire
+du gouvernement à Rome, à s'embarquer avec le général Desaix, comme
+savant attaché à l'expédition.
+
+2°. Avoir avec moi le citoyen Peyron, qui a été longtemps employé auprès
+de Tippoo Sultan, en qualité d'agent du roi. On essaierait de le faire
+passer aux Indes pour renouveler nos intelligences dans ce pays.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 27 germinal an 6 (16 avril 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le général d'artillerie Andréossi, citoyen président, qui était
+directeur de l'équipage des ponts de l'armée d'Italie, serait nécessaire
+à l'expédition de la Méditerranée. Il est, dans ce moment, employé dans
+la commission des côtes de l'Océan. Vous pourriez le remplacer dans
+cette commission par un autre général du génie ou d'artillerie, soit par
+le général Debelle, soit par le général Dulanloy, soit par les généraux
+Marescot ou Sorbier.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).
+
+_Au général Lannes._
+
+D'après les renseignemens que j'ai reçus de Berne, citoyen général, les
+3,000,000 doivent arriver au plus tard le 30 de ce mois à Lyon. Il est
+indispensable qu'ils ne s'y arrêtent que douze heures, pour en faire la
+vérification, et que vous ne vous couchiez pas qu'ils ne soient partis.
+
+Dès l'instant que les 3,000,000 seront arrivés, vous m'en expédierez la
+nouvelle par un courrier extraordinaire.
+
+Comme j'ai des nouvelles que cet argent est parti de Berne en toute
+diligence, faites préparer des bateaux en toute diligence pour le
+transport.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).
+
+_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._
+
+Les citoyens Sucy et Blanquet sont arrivés hier, et mon courrier,
+Lesimple, est arrivé ce matin.
+
+Les différens états de situation que vous m'avez envoyés sont
+satisfaisans, et incessamment vous recevrez les ordres pour
+l'embarquement.
+
+Vous ne devez avoir aucune inquiétude pour l'argent, les dispositions
+sont faites depuis long-temps pour qu'il arrive dix millions dans les
+caisses du payeur de la marine à Toulon: 2,500,000 fr. existans dans la
+caisse, du 20 ventose; 683,000 fr. qu'il a dû recevoir depuis, dont les
+ordres étaient envoyés par la trésorerie précédemment à cette époque;
+655,000 fr. que la trésorerie a fait des dispositions, au 29 ventose,
+pour faire passer à Toulon.
+
+Le 5 germinal, on a envoyé des ordres pour faire passer 941,525 fr.
+
+Le 15 germinal, 670,000 fr.
+
+Le 25 germinal, 1,050,000 fr.
+
+La trésorerie a donné des ordres pour que 3,000,000 se rendissent à
+Toulon; ils doivent être arrivés dans cette ville, à l'heure qu'il est.
+
+Vous ne devez donc avoir aucune espèce d'inquiétude; vous voyez que les
+200,000 fr. qui sont nécessaires à la solde de l'amiral Brueys;
+
+Les 4,500,000 fr. que doit avoir la commission pour ventose, germinal et
+floréal;
+
+Les 700,000 fr. pour le service des deux mois du port, et 1,500,000 fr.
+pour les dépenses extraordinaires de l'ordonnateur, et spécialement
+les deux mois d'avance aux matelots; Les 600,000 fr. pour la solde des
+troupes de terre, et 600,000 pour la Corse, sont assurés.
+
+Marchez hardiment, rassurez les fournisseurs, et n'ayez aucune
+inquiétude.
+
+Je viens moi-même de me rendre à la trésorerie avec le ministre des
+finances, et j'ai vérifié que tous ces fonds sont en pleine marche pour
+Toulon.
+
+Faites connaître la présente lettre a l'ordonnateur Najac, dont les
+services et le zèle sont appréciés par le gouvernement.
+
+Les fonds qui existent dans ce moment-ci, soit dans la caisse d'Estève,
+soit dans celle du payeur de la marine, doivent être employés à lever
+tous les obstacles qui s'opposeraient à vos approvisionnemens.
+
+Les matelots de l'escadre du vice-amiral Brueys seront soldés avant le
+départ et à l'instant où les trois millions de Berne seront arrivés; ce
+qui sera avant le 5 floréal.
+
+Il faut que le général Dommartin fasse embarquer sur-le-champ son
+artillerie, de manière qu'au 5 floréal, il n'y ait plus aucun chariot à
+embarquer.
+
+Il faut qu'il emporte le plus de charrettes qu'il pourra; qu'il fasse
+embarquer sur-le-champ toutes les cartouches, et les fasse distribuer
+par chaque vaisseau de guerre.
+
+Le capitaine Perrin, qui est un excellent artificier, doit se tenir prêt
+à partir.
+
+Il est impossible d'attendre le convoi de marine jusqu'au 15 floréal;
+qu'un membre de la commission s'y rende sur-le-champ, et que l'on prenne
+toutes les mesures pour qu'il soit prêt le 6.
+
+Si l'on n'a pas tout le biscuit nécessaire, et que l'on ne puisse pas se
+le procurer, l'on embarquera de la farine pour l'équivalent.
+
+Si tous les bâtimens pour les chevaux ne sont pas prêts à partir, il
+suffit d'en avoir pour cent cinquante, à Marseille, et l'on continuera
+toujours pour les autres qui viendront après.
+
+Vous ferez prévenir les généraux commandans à Marseille et à Toulon de
+se tenir prêts à s'embarquer le 5 floréal.
+
+Vous enverrez l'ordre par un courrier à Nice et à Antibes, pour que tous
+les bâtimens que vous y avez fait préparer se rendent sur-le-champ à
+Toulon, où il serait à désirer qu'ils fussent arrivés avant le 5 ou le 6
+floréal.
+
+Enfin, vous recevrez les ordres par le courrier prochain, de faire
+embarquer à Marseille et à Toulon, le 5 floréal, et de se trouver prêt à
+partir le 7 ou le 8, tel qu'on se trouvera. Tout ce qui ne sera pas prêt
+sera l'objet d'un second convoi.
+
+Je vous promets qu'avant cette époque, tout l'argent ci-dessus désigné
+sera en caisse à Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).
+
+_Au vice-amiral Brueys._
+
+J'ai reçu, citoyen général, les différentes lettres que vous m'avez
+écrites.
+
+Le gouvernement a une entière confiance en vous, et ce ne seront pas
+quelques têtes folles, payées peut-être par nos ennemis pour semer le
+trouble dans nos escadres et nos armées, qui pourront le faire changer
+d'opinion. Maintenez une sévère discipline.
+
+Dans la première décade de floréal, je serai à votre bord. Faites-moi
+préparer un bon lit comme pour un homme qui sera malade toute la
+traversée.
+
+Le général Berthier, chef de l'état-major; le général Dufalga,
+commandant du génie; le général Dommartin, commandant l'artillerie;
+le commissaire ordonnateur Sucy; l'ordonnateur de la marine Leroy; le
+payeur général de l'armée (Estève); le médecin et le chirurgien en chef
+(Desgenettes et Larrey) seront a votre bord.
+
+J'aurai avec mois huit ou dix aides-de-camp.
+
+Berthier aura deux ou trois adjudans-généraux et cinq ou six adjoints à
+l'état-major.
+
+Faites de bonnes provisions.
+
+Faites mettre à l'ordre de l'escadre, de ma part, qu'avant de partir les
+matelots seront satisfaits.
+
+Il faut que tout ce qui doit partir de Toulon soit prêt à lever l'ancre
+le 8 floréal.
+
+J'imagine que vous avez des avisos au détroit de Gibraltar et aux îles
+Saint-Pierre. Si vous n'en avez pas, envoyez-en sur-le-champ, avec
+ordre de venir vous instruire de ce qu'il y aurait de nouveau aux îles
+Saint-Pierre; où ils apprendront si vous êtes passé, et dans le cas où
+vous ne le seriez pas encore, et qu'il y ait quelque chose d'important à
+vous faire connaître, ils se dirigeront sur Ajaccio, et dans le cas où
+vous ne seriez pas arrivé, ils feront route sur Toulon. Si vous étiez
+passé aux îles Saint-Pierre, ils trouveront là des nouvelles de la route
+qu'ils devront faire pour vous trouver.
+
+Je vous recommande surtout d'avoir le plus d'avisos possible. Je crois
+qu'une douzaine ne serait pas trop.
+
+Comme vous êtes le seul auquel, j'ai écrit que je dois me rendre à
+Toulon, il est inutile de le dire.
+
+Je crois indispensable que nous montions _l'Orient_, qui est le vaisseau
+à trois ponts. Vous donnerez vos ordres en conséquence.
+
+J'écris à l'ordonnateur de faire entrer dans la grande rade les treize
+bâtimens de guerre, les frégates et les avisos, et de les mettre sous
+votre commandement immédiat.
+
+Je lui donne l'ordre également de faire mettre le vaisseau _l'Orient_
+en quarantaine, afin que vous puissiez le monter, et d'y mettre pour
+garnison tous ceux des hommes de la sixième demi-brigade que vous avez
+amenés de Corfou.
+
+Vous répartirez sur le vaisseau _l'Orient_ une partie de l'équipage du
+_Guillaume Tell_ ou des autres vaisseaux.
+
+Vous sentez qu'il est essentiel que le vaisseau amiral ne soit pas le
+plus mal équipagé.
+
+BONAPARTE.
+
+_P.S._ Je vous fais passer un arrêté du directoire, que vous ne devez
+communiquer à personne.
+
+Je vous enverrai par un courrier qui partira dans vingt-quatre heures,
+différens ordres pour l'organisation de l'escadre. Je vous le répète, il
+faut que tout soit prêt à partir du 6 au 7 floréal.
+
+
+
+Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).
+
+_Au commissaire ordonnateur Najac._
+
+Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un arrêté du directoire exécutif;
+le général Brueys seul en a connaissance. Vous devez garder le plus
+grand secret. Répandez le bruit que le ministre de la marine va se
+rendre à Toulon, et faites en conséquence préparer un logement qui sera
+pour moi.
+
+Donnez des ordres pour que les vaisseaux dont l'état est ci-joint, se
+rendent sur-le-champ dans la grande rade, où ils seront sous les ordres
+immédiats du général Brueys.
+
+Mettez le vaisseau _l'Orient_ en quarantaine, afin que le vice-amiral
+Brueys puisse le monter de suite.
+
+Vous pourrez en retirer les garnisons, pour les répartir sur les autres
+bâtimens.
+
+Prenez vos mesures pour que les vaisseaux _le Dubois_ et _le Causse_
+soient armés en flûtes, et que les frégates _la Muiron, la Carrère, la
+Léoben, la Mantoue, la Montenotte, la Sensible_ soient également armées
+en flûtes.
+
+Faites embarquer, tant sur les vaisseaux de l'escadre que sur les
+vaisseaux armés en flûtes, les vivres, savoir:
+
+Trois mois pour les équipages.
+
+Deux mois pour les hommes de passage.
+
+Deux mois d'eau pour tout le monde.
+
+Un mois d'eau suffira pour les frégates armées en flûtes, s'il n'est pas
+possible de faire autrement.
+
+Tâchez d'avoir des transports pour pouvoir embarquer, à Toulon, trois ou
+quatre cents chevaux.
+
+Je vous recommande spécialement, citoyen ordonnateur, d'employer tous
+vos soins pour que l'escadre soit prête à partir et à lever l'ancre le 6
+ou le 7 floréal.
+
+La flotte qui va partir de Toulon est due au zèle que vous avez montré
+dans toutes les circonstances. Je renouvellerai votre connaissance avec
+un plaisir particulier, et je me ferai un devoir de faire connaître au
+gouvernement les obligations que l'on vous a.
+
+Vous ne manquerez pas d'argent; avant le 5 floréal vous aurez reçu cinq
+ou six millions.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798.)
+
+_Au général Dufalga._
+
+Vous voudrez bien, général, donner l'ordre à tous les savans, ouvriers,
+artistes, et officiers du génie, de partir le plus tôt possible pour
+se rendre à Lyon, où il est indispensable qu'ils soient arrivés le 4
+floréal.
+
+Vous vous adresserez au général Berthier, chef de l'état-major de
+l'armée d'Angleterre, qui vous donnera des passeports pour chacun d'eux.
+Vous partirez vous-même, de manière à être arrivé à Lyon avant cette
+époque.
+
+Vous ferez partir sur-le-champ un officier de génie, qui louera une
+diligence ou un coche, et, en cas qu'il n'y en ait pas, il louera un
+bateau, afin de faciliter l'arrivée de toutes ces personnes à Avignon.
+
+Vous leur donnerez à Lyon un rendez-vous, soit chez vous, soit chez
+l'officier de génie que vous y enverrez, où ils trouveront leurs ordres
+pour se rendre à Toulon. Il est indispensable qu'ils soient arrivés le 8
+au soir.
+
+Vous pouvez leur dire dans la lettre que vous leur écrirez, qu'ils
+doivent se préparer à faire le voyage de Rome.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1738).
+
+_Aux commissaires de la trésorerie nationale._
+
+Je vous prie, citoyens commissaires, de vous rappeler la promesse que
+vous m'avez faite de 500,000 fr. en lettres de change sur vous ou vos
+payeurs. J'aurai soin de les employer de manière à ce qu'elles nous
+valent de l'argent. Je charge le citoyen Poussielgue, votre contrôleur
+auprès de la commission de la Méditerranée, de prendre lesdites lettres
+de change que je désire avoir le 1er. floréal.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).
+
+_Au général Brune._
+
+Je vous fais passer, citoyen général, un arrêté du directoire exécutif.
+
+J'envoie, par le même courrier, des ordres pour leur départ aux généraux
+de division Baraguey-d'Hilliers et Desaix.
+
+Je vous recommande la formation des dépôts pour les hommes qui
+rentreront après notre départ, et de les faire rejoindre à mesure, dès
+l'instant qu'on connaîtra la destination.
+
+Je vous prie de donner l'ordre au chef de brigade Hullin de rejoindre
+en poste la demi-brigade à Toulon, et au chef de bataillon Dupas de
+se rendre à Gênes, où il sera sous les ordres du général
+Baraguey-d'Hilliers.
+
+Je compte partir sous peu de jours. Avant de m'embarquer, je vous
+enverrai un courrier extraordinaire. Je vous prie de faire en sorte
+qu'il y ait deux bons commissaires des guerres à la division du général
+Baraguey-d'Hilliers.
+
+L'ordonnateur Sucy a demandé au citoyen Aubernon plusieurs objets qu'il
+lui a refusés. Je vous prie d'ordonner à cet ordonnateur d'accéder aux
+demandes du citoyen Sucy.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).
+
+_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._
+
+Je vous envoie, citoyens, par un courrier extraordinaire, l'état des
+fonds que la trésorerie a faits pour l'armement de Toulon.
+
+Vous y verrez ce que je vous ai dit, par mon courrier d'hier, que vous
+ne devez avoir aucune inquiétude. Allez hardiment, l'argent ne manquera
+point.
+
+Ce courrier-ci porte encore au citoyen Peyrusse, en sus de tous les
+calculs établis, des lettres de change à tirer sur les différens
+payeurs, pour la somme de 600,000 fr. Lorsque la trésorerie les a
+données, elle s'est assurée que les fonds existaient dans la caisse de
+ces différens payeurs. J'ai préféré ces lettres de change à des mandats
+ordinaires, parce que l'argent de ces payeurs n'aurait pu arriver à
+Toulon avant quinze jours.
+
+Vos collègues sont partis, ils arriveront vingt-quatre heures après ce
+courrier. Je ne doute pas que, le 7 ou le 8 floréal, tout ne soit prêt à
+mettre à la voile.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).
+
+_Au citoyen Peyrusse, payeur._
+
+Je vous adresse, citoyen, des lettres de change pour 600,000 fr. tirées
+sur différens payeurs, que la trésorerie vous envoie.
+
+J'ai préféré ces traites à la mesure ordinaire. Par ce moyen, vous
+pouvez utiliser de suite ces fonds et faire marcher le service. Ces
+traites ne doivent rien perdre. S'il était nécessaire, vous pouvez les
+garantir personnellement.
+
+Comme ce qui se fait à Toulon exige la plus grande célérité, et que
+c'est une des opérations les plus importantes de l'armée d'Angleterre,
+je vous serai particulièrement obligé de ce que vous voudrez bien faire
+pour sa réussite.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).
+
+_Au même._
+
+J'écris à l'ordonnateur Najac de faire partir sur-le-champ un aviso pour
+la Corse. Il est indispensable que vous fassiez passer 100,000 fr. des
+600,000 que la trésorerie à destinés pour la Corse.
+
+La célérité des opérations qui doivent s'exécuter dans cette île dépend
+du prompt envoi de cet argent.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798)
+
+_Au citoyen Najac._
+
+J'écris à la commission, citoyen ordonnateur, d'envoyer 100,000 fr. à
+Ajaccio en Corse, à la disposition de l'ordonnateur de cette division
+pour le service de l'extraordinaire de l'expédition.
+
+J'écris au payeur Peyrusse d'envoyer 100,000 fr. des 600,000 que la
+trésorerie a destinés pour la Corse. Faites partir ces deux sommes par
+un aviso qui mouillera dans le port d'Ajaccio. Mettez-y deux officiers
+intelligens, un pour commander l'embarquement qui a lieu dans ce port,
+l'autre pour y prendre note de la situation positive où se trouve
+ledit embarquement, et venir m'en rendre compte à Toulon. Il serait
+nécessaire, si le temps le permet, que l'aviso ne restât pas plus de
+vingt-quatre heures mouillé à Ajaccio.
+
+Si les neuf bâtimens de transport que le ministre de la marine vous a
+ordonnés par sa dépêche du 23, n'étaient pas encore partis, la corvette
+qui doit escorter ce convoi pourrait être chargée de cette mission.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).
+
+_Au vice-amiral Brueys._
+
+Le général Villeneuve part demain pour se rendre à Toulon, et servir
+sous vos ordres.
+
+La frégate qui est à Cadix a reçu ordre, il y a un mois, de se rendre à
+Ajaccio en Corse, si elle peut le faire avec sûreté. Envoyez-lui, par
+le même aviso, l'ordre de completter son eau à Ajaccio, et de se tenir
+prête à partir avec tout le couvois qui est dans cette rade, pour
+joindre l'escadre, lorsque vous en ferez parvenir l'ordre.
+
+Le citoyen Casablanca sera votre capitaine de pavillon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).
+
+_Au général Vaubois._
+
+Je vous ai mandé précédemment, citoyen général, de réunir à Ajaccio
+la quatrième légère et la dix-neuvième de ligne, avec les bateaux
+nécessaires pour les faire embarquer, de l'eau pour un mois et des
+vivres pour deux.
+
+Craignant que vous ne fussiez embarrassé, je vous ai prévenu que j'avais
+donné l'ordre, à Toulon, à neuf bâtimens de transport, de se rendre a
+Ajaccio pour aider à l'embarquement desdites troupes.
+
+Je vous prie aujourd'hui de réunir également à Ajaccio deux bataillons
+de la vingt-troisième d'infanterie légère. Toutes ces troupes seront
+commandées par le général de division Mesnard, et sous ses ordres, par
+le général de brigade Casalta et l'adjudant-général Brouard.
+
+Vous y attacherez un officier de génie, et, comme je vous l'ai déjà
+prescrit, une compagnie d'artillerie et quatre pièces de 3, si vous en
+avez. Ce convoi doit être prêt à lever l'ancre au premier signal que lui
+donnera un aviso que lui enverra l'escadre, du 12 au 15 floréal.
+
+Je donne l'ordre à la commission de vous faire passer 200,000 fr.;
+ces 400,000 doivent suffire pour les dépenses de l'embarquement.
+Indépendamment de cette somme, vous recevrez sous peu de l'argent pour
+completter la solde de vos troupes.
+
+Je vous prie de me faire connaître, par le retour de l'aviso, la
+situation exacte dans laquelle vous vous trouverez du 12 au 15 floréal.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).
+
+_Au général Baraguey-d'Hilliers._
+
+Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de lever l'ancre de Gênes,
+si le temps le permet, le 6 floréal, ou au plus tard le 7, et se diriger
+sur Toulon avec toute sa division. Il m'expédiera, au moment de son
+départ, un courrier à Toulon avec l'état exact de sa situation.
+
+Il m'expédiera un courrier extraordinaire de tous les endroits où il
+sera possible de relâcher.
+
+Il est probable que, si les temps le permettent, l'escadre de Toulon
+mettra à la voile, au plus tard le 10 floréal. Il doit être accordé aux
+officiers un mois de gratification pour les mettre à même de faire leurs
+petites emplettes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).
+
+_Au citoyen Belleville._
+
+Je vous envoie, citoyen consul, l'ordre pour le départ du général
+Baraguey-d'Hilliers. Il est indispensable que le convoi mette à la voile
+au plus tard le 7 floréal.
+
+Vous emploierez toute votre activité pour que cet ordre soit promptement
+exécuté, et si cela vous fait prendre de nouveaux engagemens de finance,
+j'y ferai faire honneur.
+
+Les frégates, briks et galères de la république de Gênes doivent partir
+avec le convoi.
+
+Il sera formé à Gênes un dépôt pour tous les hommes des deuxième,
+vingt-deuxième d'infanterie légère; treizième, dix-huitième,
+vingt-cinquième, trente-deuxième, soixante-quinzième, soixante-neuvième,
+quatre-vingt-cinquième de bataille; troisième, quatorzième, quinzième et
+dix-huitième régimens de dragons.
+
+Toutes les fois qu'il y aura cent cinquante hommes de ces différens
+corps à Gênes, vous les ferez partir pour une destination qui vous sera
+désignée.
+
+Vous me renverrez le présent courrier en toute diligence à Toulon, où
+je serai le 6 floréal, et vous correspondrez avec moi dans cette ville,
+jusqu'à ce que je vous aie envoyé un courrier extraordinaire pour vous
+instruire de mon départ.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).
+
+_Au général Desaix._
+
+Je n'ai point de vos nouvelles depuis le 15, mon cher général; je pars
+demain pour Toulon. L'escadre mettra à la voile le 10 floréal et se
+dirigera droit sur les îles Saint-Pierre. Le convoi qui est à Gênes part
+le 7 floréal pour se rendre dans les mers de Toulon.
+
+Vous recevrez incessamment des ordres pour partir le 15. Côtoyez toutes
+les côtes de Naples; passez le phare de Messine et mouillez à Syracuse,
+ou dans toute autre rade, dans les environs.
+
+Vous devez avoir une frégate, deux briks, deux avisos et deux galères
+du pape. Il serait à désirer que vous pussiez vous procurer deux autres
+avisos, bons voiliers, soit en arrêtant deux corsaires français et
+mettant des officiers et des hommes intelligens à bord, soit en se
+servant de deux bons voiliers du pays.
+
+Notre point de réunion sera sur Malte,
+
+Quoique nous n'ayons aucun indice que les Anglais aient passé ou
+veuillent passer le détroit, cependant la nécessité de ne pas vous
+aventurer, me fait préférer de vous faire filer côte à côte. Il sera
+cependant nécessaire que vous expédiiez un aviso aux îles Saint-Pierre,
+pour croiser entre la Sardaigne et l'Afrique, afin que, si les Anglais
+arrivaient aux îles Saint-Pierre avant nous, vous pussiez en être
+prévenu et régler vos mouvemens en conséquence. Soit que vous soyez dans
+un port du continent, soit dans un de ceux de la Sicile, vous n'avez
+rien à craindre des Anglais; mais la prudence veut que vous préveniez ce
+cas, et vous ferez donc embarquer quatre pièces de 24, deux mortiers,
+deux grils à boulets rouges, deux ou trois cents coups par pièce, afin
+de pouvoir établir une bonne batterie. Ce seront d'ailleurs des pièces
+qui, arrivées dans l'endroit principal, nous serviront.
+
+Vous devez organiser votre dépôt à Civita-Vecchia, afin que tous les
+hommes malades, ou en arrière des corps que vous commandez, puissent se
+réunir et filer à fur et mesure.
+
+Je vous enverrai, d'ici à quatre jours, des ordres positifs pour votre
+départ. Ce que je vous en dis là, c'est pour vous préparer et que vous
+preniez d'avance, dans le secret, les renseignements qui vous seront
+nécessaires.
+
+Vous embarquerez avec vous le citoyen Mesnard et tous les hommes qui
+servent à l'organisation du port de Civita-Vecchia et dont vous pourrez
+avoir besoin; on les remplacera de Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).
+
+_Aux commissaires de la trésorerie nationale._
+
+Vous avez donné l'ordre, citoyens commissaires, au payeur de Lyon de ne
+faire passer à Toulon que la partie des trois millions qui serait en
+espèces françaises ou en piastres; il serait cependant nécessaire d'être
+assuré d'avoir à Toulon ces trois millions. Je désirerais que vous
+m'envoyassiez l'ordre pour votre payeur à Lyon, de faire passer à Toulon
+ces trois millions, quelles que soient les espèces qui les composent; on
+aura soin de se servir des monnaies étrangères, de manière à ce que la
+trésorerie n'y perde rien.
+
+Je vous prie aussi d'expédier la commission que vous avez l'intention
+d'accorder au citoyen Poussielgue, de contrôleur près du payeur de la
+Méditerranée, désirant que ce citoyen parte de suite. Je vous prierais
+également de le faire porteur d'une commission de payeur pour le citoyen
+Estève, qui n'est que payeur de département, et de lui donner l'ordre de
+s'embarquer, et, dès l'instant que toutes les divisions seront réunies
+et formeront une armée, il jouira du traitement de payeur général
+d'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).
+
+_Au général Desaix._
+
+Je vous ai écrit hier, citoyen général, par un courrier extraordinaire
+que j'ai expédié à Milan, en priant le général Brune de vous faire
+parvenir ma dépêche par un autre courrier.
+
+Je reçois aujourd'hui votre courrier du 23, et je vois avec une vive
+satisfaction que vous serez prêt à partir le 15, comme je l'espérais
+hier.
+
+_La Courageuse_, frégate armée en flûte, et capable de porter six cents
+hommes, doit être arrivée à Civita-Vecchia. Cela nous servira d'autant.
+
+Je réunis à Toulon le convoi de Gênes, et si les vents contrariaient son
+arrivée à Toulon, l'escadre attendrait à la cape, entre Toulon et les
+îles Saint-Pierre, mais sans relâcher dans un fort de Corse. J'ai
+considéré que tout relâche dans un port de la Corse nous donnerait des
+retards très-considérables. La saison est déjà avancée, puisque nous ne
+pouvons espérer d'être hors de Toulon que vers le 1er de mai.
+
+Vous recevrez l'ordre de vous rendre de Civita-Vecchia à Syracuse,
+et vous n'avez pas plus de chemin à faire que si vous vous rendiez à
+Toulon; ainsi, en partant le 15, il y a possibilité à ce que vous soyez
+le 20 au point désigné, et il serait difficile, même favorisés autant
+qu'on peut l'être, que nous fussions à la même époque sur Malte.
+
+Je préfère de vous voir aller à Syracuse plutôt qu'à Trepano, parce que
+je crois que vous côtoierez toujours l'Italie et profiterez du vent de
+terre.
+
+Si, pendant votre navigation, les vents deviennent contraires et
+s'opposent à votre passage au détroit et vous permettent de vous rendre
+promptement à Trepano, je ne verrai aucun inconvénient à cela; mais dans
+ce cas, il faudrait doubler le cap Trepano et vous mettre dans une rade
+d'où vous pussiez sortir avec le même vent qui nous est nécessaire pour
+nous rendre des îles Saint-Pierre à Malte.
+
+Vous sentez que, dans ce dernier cas, plus encore que dans le premier,
+il serait nécessaire que vous fissiez croiser un aviso entre la
+Sardaigne et le Cap-Blanc, afin d'avoir à temps des nouvelles des
+Anglais, si jamais ils paraissaient.
+
+Dans tous les cas, dès l'instant que nous aurons passé les îles
+Saint-Pierre, j'enverrai à Trepano un aviso, pour avoir de vos
+nouvelles. De votre côté, il sera bon que vous envoyiez dans la petite
+île de Pentellaria, où j'enverrai prendre de vos nouvelles.
+
+Je vous ai déjà mandé d'embarquer six pièces de 3 autrichiennes. Ce sont
+les plus commodes dans le pays où nous allons, puisqu'une bête de somme
+peut en porter une.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).
+
+_Au général Baraguey-d'Hilliers._
+
+Par la lettre que je vous ai écrite le 22 germinal, citoyen général,
+je vous dis que, dans quatre jours, vous recevrez l'ordre de vous
+embarquer, et que cet ordre devra être exécuté de suite. Vous avez
+dû recevoir cette lettre le 28, vous aurez fait dès-lors toutes vos
+dispositions. Ainsi, j'espère que mon courrier, qui est parti d'ici le
+30 germinal, avec l'ordre positif du départ pour le 7, arrivera à Gênes
+le 4, et que mon ordre pourra être ponctuellement exécuté.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).
+
+_Au général Dufalga._
+
+Le général Dufalga, commandant le génie de l'expédition de la
+Méditerranée, nommera deux officiers ou adjoints du génie par chacune
+des divisions, de Regnier, qui est réunie à Marseille, et qui est
+composée des neuvième et quatre-vingt-cinquième demi-brigades de ligne;
+de Kléber, qui est à la droite de Toulon, à Laseine et villages voisins,
+et qui est composée des vingt-cinquième et soixante-quinzième de ligne,
+de la deuxième d'infanterie légère; enfin la division Mesnard, qui
+est composée de la quatrième d'infanterie légère, la dix-huitième, la
+trente-deuxième de ligne.
+
+Le général Dufalga ira droit à Marseille, et il verra l'ordonnateur de
+la marine dans ce port, les commissaires des guerres chargés du service
+de cette division, et le citoyen Perrier, commandant l'artillerie de
+Marseille.
+
+Il se fera remettre les états de la situation et du nombre d'hommes
+que peut porter chaque bâtiment de transport et de la distribution de
+rembarquement.
+
+Il chargera l'officier de génie commandant la division, de lui rendre
+compte, tous les jours, au quartier-général, de la situation dudit
+embarquement.
+
+Il me transmettra les notes qu'il aura faites sur l'état de
+l'embarquement et la situation morale des individus qu'il aura vus.
+
+Arrivé à Toulon, il fera prendre de suite connaissance, par les
+officiers du génie, du cantonnement des troupes, de la situation des
+vaisseaux de guerre, des approvisionnemens, et me tiendra également
+prêtes des notes sur la situation matérielle et personnelle.
+
+Il aura soin de voir les membres de la commission, l'ordonnateur de la
+marine, auquel il aura soin de dire que je fais grand cas de lui; le
+vice-amiral Brueys et le contre-amiral Décrès.
+
+Il cherchera à voir également le commandant de la place de Toulon, les
+généraux Gardanne et Rampon.
+
+Il fera aussi tout ce qu'il pourra pour trouver des logemens pour les
+savans.
+
+Dans l'organisation générale de l'armée, il restera chargé
+de transmettre à tous les savans et artistes des ordres pour
+l'embarquement. Il aura donc soin d'avoir, à son état-major, la note de
+leurs logemens et des détails de l'embarquement.
+
+Il dira au vice-amiral Brueys et à l'ordonnateur qu'ils fassent faire
+sur le vaisseau _l'Orient_ tous les préparatifs nécessaires pour qu'il y
+ait le plus de logemens possible, vu que tous les chefs de l'état-major
+seront sur ce vaisseau.
+
+Il fera préparer à Avignon tous les transports nécessaires pour que tout
+ce qui y arrivera en parte pour Toulon sans éprouver de retard.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798).
+
+_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._
+
+Le citoyen Poussielgue, contrôleur de la trésorerie nationale auprès de
+votre payeur, part cette nuit, portant avec lui 300,000 fr. en or, et
+200,000 fr. en lettres de change sur Marseille. J'espère que le 9 ou le
+10 tout sera prêt et qu'on pourra lever l'ancre.
+
+Le citoyen Leroi doit se tenir prêt à s'embarquer. Le général Blanquet
+doit s'embarquer en sa qualité de contre-amiral sur l'escadre, et le
+général Dommartin, en qualité de commandant d'artillerie; le citoyen
+Sucy, commissaire ordonnateur, en qualité de commissaire ordonnateur en
+chef; et le citoyen Estève comme payeur général de l'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798).
+
+_Au citoyen Najac._
+
+J'expédie l'ordre par le présent courrier, citoyen ordonnateur, au
+vice-amiral Brueys d'organiser l'escadre et de nommer le citoyen
+Ganteaume pour faire les fonctions de chef de l'état-major, et de
+distribuer les chefs de division, et autres officiers sur les différens
+vaisseaux, afin qu'ils soient promptement prêts à mettre à la voile. Il
+faudrait que tout fût prêt à lever l'ancre sans aucune espèce de retard,
+le 9 ou le 10 au matin.
+
+Je vous prie de tenir la main à ce que, pour cette époque, l'eau, les
+vivres et les autres approvisionnemens soient embarqués.
+
+Je pars demain dans la nuit, et je compte être le 8 à Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).
+
+_Au général Baraguey-d'Hilliers._
+
+Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de rester à Gênes jusqu'à
+nouvel ordre; de débarquer ses troupes, si elles étaient embarquées;
+de rentrer dans le port, s'il avait mis à la voile, de cantonner ses
+troupes tant à Gênes que dans les environs, de manière à pouvoir les
+rassembler en quarante-huit heures. Ces troupes seront à la disposition
+du général commandant en Italie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).
+
+_Au général Desaix._
+
+Il est ordonné au général de division Desaix de débarquer ses troupes
+s'il les a embarquées, et de les cantonner tant à Civita-Vecchia que
+dans les environs, de manière à pouvoir les rassembler en quarante-huit
+heures. Ces troupes seront à la disposition du général commandant en
+Italie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).
+
+_Au général Brune._
+
+Je donne ordre, citoyen général, au général Baraguey-d'Hilliers de
+débarquer ses troupes, si elles sont embarquées, et de retourner,
+s'il est parti. Les troupes resteront cantonnées à Gênes et dans les
+environs, et seront à votre disposition, ainsi que celles qui sont à
+Civita-Vecchia, où j'ai donné le même ordre, si des indices vous font
+penser avoir besoin de ces troupes. Dans ces nouvelles mesures du
+gouvernement, vous voyez l'effet des événemens qui viennent d'arriver
+à Vienne, sur lesquels cependant le gouvernement n'a encore rien de
+positif.
+
+Si jamais les affaires se brouillaient, je crois que les principaux
+efforts des Autrichiens seraient tournés de votre côté, et, dans ce cas,
+je sens bien que vous avez besoin de beaucoup de troupes, de beaucoup de
+moyens, et surtout de beaucoup d'argent.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).
+
+_Au général Dufalga_.
+
+Vous avez appris, citoyen général, l'événement arrivé à Vienne. Cela est
+arrivé au moment où j'allais partir, et a dû nécessairement occasionner
+un retard; j'espère cependant que cela ne dérangera rien. Peut-être
+serai-je obligé d'aller à Rastadt pour avoir une entrevue avec le comte
+de Cobentzel, et, si tout allait bien, je partirais de Rastadt pour
+Toulon.
+
+Le 11 au soir, je ferai partir un courrier avec l'ordre à l'escadre de
+partir avec le convoi pour se rendre à Gênes, où je serai moi-même le 26
+de ce mois.
+
+Je donne, par le présent courrier, l'ordre au convoi de Marseille de se
+rendre à Toulon.
+
+Ayez soin que tous les savans, et que tous les objets nécessaires à
+notre expédition soient embarqués comme il faut qu'ils le soient.
+
+Le convoi de Gênes a reçu contre-ordre, puisque c'est nous, au
+contraire, qui allons à Gênes et à Civita-Vecchia.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).
+
+_Au général Kléber_.
+
+Il est ordonné au général Kléber de prendre le commandement des troupes
+de terre composant la division du général Réguier, la division du
+général Mesnard et celle du général Kléber; de transmettre au général
+Regnier l'ordre ci-joint, et de tout disposer pour l'embarquement des
+deux autres divisions sur l'escadre et sur les autres vaisseaux de
+guerre armés en flûtes, afin d'être prêt à partir au premier ordre qu'il
+recevra.
+
+Il se concertera avec le général Dufalga, qui lui donnera tous les
+renseignemens relatifs au nombre des savans et des artistes qui doivent
+s'embarquer.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).
+
+_Au vice-amiral Brueys_.
+
+Quelques troubles arrivés à Vienne, citoyen général, ont nécessité ma
+présence quelques jours à Paris: cela ne changera rien à l'expédition.
+Je donne l'ordre par le présent courrier aux troupes qui sont à
+Marseille de s'embarquer et de se rendre à Toulon.
+
+Vous tiendrez ce convoi en grande rade et dans le meilleur ordre qu'il
+vous sera possible.
+
+Je vous expédierai, le 11 au soir, par un courrier, l'ordre d'embarquer
+et de partir avec l'escadre et le convoi pour Gênes, où je vous
+rejoindrai.
+
+Le retard que ce nouvel incident a apporté dans l'expédition aura été,
+j'imagine, nécessaire pour vous mettre plus en mesure.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).
+
+_Au général Regnier_.
+
+Il est ordonné au général Regnier de faire embarquer ses troupes à
+Marseille, le 16 floréal, sur les bâtimens de transport qui sont
+préparés, et de partir le 17, si le temps le permet, pour se rendre à
+Toulon, où son convoi se rangera sous les ordres du vice-amiral Brueys.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).
+
+_À l'ordonnateur Najac_.
+
+L'ordonnateur Najac donnera, l'ordre au convoi de Marseille d'embarquer
+les troupes du général Regnier le 16 floréal, et de partir le 17 pour se
+rendre à Toulon. Il se concertera avec le vice-amiral Brueys, pour faire
+sortir, s'il est nécessaire, une frégate pour l'escorte dudit convoi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).
+
+_Au général Baraguey-d'Hilliers._
+
+Je vous ai donné l'ordre, citoyen général, par ma lettre du 30 germinal,
+de vous rendre à Toulon. Je vous ai donné l'ordre, par ma lettre du 4
+floréal, de débarquer et de cantonner vos troupes aux environs de Gènes
+jusqu'à nouvel ordre. Je vous envoie l'ordre d'embarquement le plus tôt
+possible, et de vous diriger sur Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).
+
+_Au même._
+
+Il est ordonné au général Baraguey d'Hilliers d'embarquer sa division
+le 20, et de mettre à la voile le 21, pour se rendre à Toulon. S'il
+rencontrait sur sa route l'escadre française, composé de 14 vaisseaux de
+guerre et de douze ou quinze frégates, il enverrait un aviso à l'amiral
+pour prendre des ordres, et si ladite escadre n'est point encore partie
+de Toulon, il enverra prendre des ordres auprès du vice-amiral Brueys,
+pour la place qu'il doit occuper dans la rade. Il me préviendra par un
+courrier extraordinaire à Toulon, de son départ.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).
+
+_Au général Desaix._
+
+Je vous avais donné l'ordre, citoyen général, par une lettre du 4
+floréal, de cantonner vos troupes à Civita-Vecchia et aux environs, et
+d'attendre de nouveaux ordres. C'était l'effet des nouveaux événemens
+arrivés à Vienne.
+
+Vous devez vous préparer à partir au premier ordre. Le même courrier
+porte ordre au général Baraguey-d'Hilliers de partir pour Toulon. Là je
+verrai si j'irai vous prendre à Civita-Vecchia, où je vous donnerai des
+ordres pour vous rendre sur les côtes de Syracuse, comme je vous en ai
+déjà entretenu. Ainsi, dans l'un et l'autre cas, il faut vous tenir prêt
+à lever l'ancre vingt-quatre heures après l'arrivée de mon courrier ou
+aviso.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 floréa| an 6 (2 mai 1798).
+
+_Au vice-amiral Brueys._
+
+J'espère, citoyen général, que le 20 vous pourrez embarquer les troupes,
+pour mettre à la voile incessamment après. Je compte être à bord le 19.
+
+Je viens de faire partir un courrier pour Gênes, avec ordre au général
+Baraguey d'Hilliers de se rendre à Toulon. L'un et l'autre seront sous
+vos ordres, dès qu'ils seront arrivés. Vous les placerez convenablement
+dans la rade.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).
+
+_Au général Brune._
+
+Par ma lettre du 4 floréal, je vous ai instruit, citoyen général, que
+les divisions Baraguey-d'Hilliers et Desaix étaient à votre disposition.
+Le premier bruit des événemens survenus à Vienne avait fait penser que
+cette mesure était nécessaire. Aujourd'hui le gouvernement a pris une
+autre détermination.
+
+Je donne l'ordre aux généraux Baraguey-d'Hilliers et Desaix de
+s'embarquer sur-le-champ.
+
+L'on vous fait passer par la Suisse, six autres demi-brigades,
+indépendamment des deux autres qui avaient déjà reçu les ordres
+antérieurement, et deux autres régimens de cavalerie.
+
+Je tous prie, citoyen général, de surveiller autant qu'il vous sera
+possible, lesdits embarquemens.
+
+J'ai reçu votre lettre de Gênes et j'ai vu le zèle et l'activité que
+vous y avez montrés.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).
+
+_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._
+
+Par ma dernière lettre datée du 9 floréal, j'ai envoyé l'ordre au
+convoi de Marseille de se rendre à Toulon, et de se tenir tout prêt à
+embarquer, au premier instant, a Toulon.
+
+Je pars dans la journée de demain pour cette ville, et j'espère que tout
+sera prêt à mettre à la voile le 20. Noubliez rien pour atteindre ce
+but.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Châlons, le 16 floréal an 6 (5 mai 1798).
+
+_À l'ordonnateur Najac._
+
+Je reçois à Châlons votre courrier du 12, par lequel vous m'annoncez que
+le convoi de Gênes était sur le point d'arriver, lorsque vous lui avez
+expédié l'aviso, avec mou contre-ordre.
+
+J'ai donné à ce convoi l'ordre de partir le 8 de Gênes pour Toulon.
+
+Je lui ai expédié un contre-ordre le 4; cela était relatif aux événemens
+de Vienne.
+
+Je lui ai expédié le 13, l'ordre de partir de Gênes au plus tard le 18.
+
+Ainsi, s'il est dans vos parages, donnez-lui l'ordre de se rendre en
+grande rade ou tenez-le a Hyères, en lui faisant completter ses vivres
+et son eau.
+
+Je serai, douze heures après mon courrier, à Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).
+
+_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._
+
+Mon courrier, Lesimple, qui m'a rejoint sur le Rhône près Valence, m'a
+remis vos dernières dépêches. Vous devez exécuter l'ordre relatif à
+l'embarquement, tel que je l'ai donné, c'est-à-dire les généraux de
+division doivent embarquer trois chevaux; les généraux de brigade, deux,
+les adjudans généraux, aides-de-camp et chefs de brigade des corps, un.
+
+Chacun peut embarquer ses selles, ses brides et les palfreniers,
+conformément au nombre de chevaux que la loi lui accorde.
+
+Vous ferez embarquer à Marseille cent chevaux d'artillerie et deux cents
+de cavalerie. Si vous pouvez en embarquer davantage, vous ferez toujours
+les embarquemens dans cette proportion.
+
+Les corps embarqueront toutes leurs selles et leurs brides, et vous
+aurez soin que l'on embarque les meilleurs chevaux, en les faisant
+donner aux premier et deuxième escadrons, et en prenant de préférence
+les chevaux de chasseurs.
+
+Le restant des chevaux sera donné aux détachemens de cavalerie des
+autres régimens qui se trouvent à Marseille.
+
+Je vous prié de m'expédier un courrier extraordinaire, qui m'attendra à
+mon passage à Aix, qui ne sera pas plus de huit heures après celui de
+Lesimple, pour m'instruire si le convoi de Marseille est parti, afin que
+je me décide à aller à Marseille ou droit à Toulon. Je serais même fort
+aise, si cela ne dérangeait rien à vos opérations, qu'un de vous se
+transportât à Aix, car je ne compte pas m'y arrêter du tout, mon
+intention étant d'aller droit a Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).
+
+_Au général commandant à Lyon._
+
+Le 19 ou le 20, doivent arriver 60 ou 80 de mes guides à cheval. Je vous
+envoie l'ordre pour qu'ils se rendent à Toulon. Je vous prie de les
+faire embarquer sur le Rhône. S'il passe par Lyon des courriers pour
+moi, je vous prie de les diriger sur Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).
+
+_Aux guides._
+
+J'ordonne à la compagnie de mes guides qui arrive à Lyon le 20, de
+partir le 2, pour se rendre en toute diligence à Toulon.
+
+BONAPARTE
+
+
+
+Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).
+
+_Au général Mesnard._
+
+Il est ordonné au général Mesnard de s'embarquer immédiatement après la
+réception du présent ordre, avec la quatrième d'infanterie légère, la
+dix-neuvième de bataille, et de partir au premier beau temps. Il se
+rendra dans les îles de la Madelaine, au nord de la Sardaigne, où il
+recevra des ordres nouveaux du vice-amiral Brueys. Il se conformera
+exactement aux ordres qu'il recevra dudit amiral, qui lui envoie un
+officier de marine intelligent pour diriger tous ses mouvemens.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).
+
+_Au général Vaubois_.
+
+Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour le général Mesnard.
+Si ce général n'y était pas, ou s'il était malade, vous feriez commander
+ledit convoi par l'officier le plus ancien.
+
+Sur les représentations que vous m'avez faites du besoin que vous avez
+de garder la vingt-troisième d'infanterie légère, je renonce à l'idée
+que j'avais de la faire partir, et je la laisse en Corse jusqu'à ce que
+le gouvernement vous ait renvoyé son remplacement.
+
+N'oubliez pas d'embarquer sur le convoi trois ou quatre pièces de canon
+de 3 ou 4, avec une bonne compagnie de canonniers.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).
+
+_Au commandant de la place_.
+
+Je vous prie, citoyen général, de faire embarquer tout ce qui reste de
+la sixième demi-brigade d'artillerie, sur les vaisseaux de l'escadre,
+pour suppléer au manque de matelots.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).
+
+_Au commandant des armes_.
+
+Je vous prie, citoyen général, de faire armer dans la journée de demain,
+s'il est possible, les deux felouques nouvellement construites.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).
+
+_Au général Vaubois_.
+
+Les magasins pour vingt-cinq mille hommes, citoyen général, que vous
+aviez formés, deviennent à peu près inutiles. Vous pouvez donc prendre
+dans ces magasins tout ce qui sera nécessaire pour approvisionner le
+convoi qui va partir.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).
+
+_Au général Dugua_.
+
+Je vous fais passer, citoyen général, l'ordre que vous enverrez au chef
+de brigade Lucotte, pour se rendre avec les troupes de la demi-brigade
+qui sont à Aix, à Toulon.
+
+J'emmène avec moi les trois compagnies de carabiniers de la septième
+demi-brigade. Je ferai aussi venir le reste de la demi-brigade,
+lorsqu'elle sera remplacée; j'écris a Paris pour cela.
+
+Je vous prie de les faire rapprocher, en les tenant, soit à Toulon ou à
+Marseille, afin qu'elles soient à portée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).
+
+_Au même_.
+
+Je vous prie, mon cher général, de faire mettre l'embargo sur tous les
+bâtimens qui sont dans le port de Marseille. Aucun ne pourra sortir, à
+moins que ce ne soit un bâtiment pour l'expédition, que cinq jours après
+le départ de l'escadre.
+
+Je vous prie aussi de faire ramasser à Marseille, à la petite pointe du
+soir, tous les matelots qui peuvent s'y trouver, et de les envoyer à
+Toulon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).
+
+_Au commandant des armes à Toulon._
+
+Je vous prie, citoyen général, de donner les ordres pour qu'il ne sorte
+aucun bâtiment de Toulon, à dater d'aujourd'hui, jusqu'à dix jours après
+le départ de l'escadre.
+
+BONAPARTE.
+
+Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).
+
+_Au général Desaix._
+
+Je suis à Toulon, mon cher général, depuis hier.
+
+La division du général Regnier est partie hier au soir de Marseille,
+je l'attends à chaque instant de là rade de Toulon. Je partirai
+sur-le-champ pour aller à la rencontre du général Baraguey-d'Hilliers,
+et de là passer entre l'île d'Elbe et la Corse, faisant route vers la
+Sicile et la Sardaigne. Nous vous enverrons prévenir par un aviso, afin
+que vous veniez nous joindre.
+
+Il faut donc que vous soyez en rade, embarqués, afin qu'au premier
+jour vous puissiez mettre à la voile. Si vous avez des avisos à votre
+disposition, vous pouvez envoyer reconnaître. Si le temps est bon, il
+est probable que le 28 ou le 29, nous passerons à votre hauteur. Vous
+ne recevrez cette lettre que le 27; ainsi vous n'aurez guère que
+vingt-quatre heures pour vous préparer.
+
+Tout le monde est rendu ici, et votre colonie de savans est en très
+bonnes dispositions.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1738).
+
+_À l'ordonnateur Najac_.
+
+Je vous prie, citoyen ordonnateur, de vouloir bien faire solder aux
+officiers subalternes, tant de marine que de terre, embarqués sur
+l'escadre, ou sur le convoi a la suite de l'escadre, 3 fr. par jour,
+pour la table. Il suffira que vous fassiez les fonds pour quatre
+décades.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 22 floréal an 6 (11 mai 1798).
+
+_Au général Dugua_.
+
+Je vous prie, mon cher général, de faire partir dans la matinée de
+demain pour Toulon, si le vent est bon, cinq bâtimens neutres, soit
+danois, soit suédois, espagnols, etc.; vous mettrez à bord de chaque
+bâtiment une garnison suffisante pour être sûr que ces bâtimens sortis
+de Marseille arrivent à Toulon, et si vous avez un aviso ou une chaloupe
+canonnière, vous les ferez escorter.
+
+Vous prendrez les plus gros bâtimens possible; cela doit servir à
+embarquer des troupes.
+
+Il y a à Marseille cinq ou six bâtimens que l'ordonnateur Leroy avait
+frétés. S'il y en avait un ou deux qui fussent prêts, faites-les partir
+de suite.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 23 floréal an 6 (12 mai 1798).
+
+_Ordre_.
+
+En vertu de l'autorisation qu'il a reçue du directoire exécutif, le
+général en chef ordonne:
+
+ART. 1er. Les deux vaisseaux vénitiens qui sont en ce moment-ci dans
+le port de Toulon, seront armés en guerre et en état de partir au 20
+prairial, avec deux mois de vivres.
+
+2. Les deux vieilles frégates seront armées en flûte et prêtes à partir
+pour la même époque, ayant également pour deux mois de vivres. Sur les
+deux vaisseaux et sur les deux frégates, l'on embarquera les soldats qui
+seront rendus au dépôt le 20 prairial; on peut calculer sur un millier
+d'hommes. Il suffira de les approvisionner pour un mois de vivres et
+vingt jours d'eau.
+
+3. Il sera armé extraordinairement douze avisos bons voiliers, portant
+au moins une pièce de 8, et commandés par de bons officiers, pour servir
+à la communication de l'expédition. Il devra en partir au moins deux
+fois par décade. On embarquera dessus, le courrier ordinaire de l'armée,
+et des officiers et soldats, autant que le bâtiment pourra en porter.
+
+4. Les bâtimens frétés à Marseille recevront ordre de se rendre à
+Toulon. Ils seront approvisionnés pour vingt jours d'eau et trente
+jours de vivres. L'on embarquera dessus le restant de l'artillerie,
+les habillemens, le vin et les soldats qni pourraient arriver. On doit
+calculer sur un millier d'hommes, indépendamment de mille autres qui se
+trouveront au dépôt pour le 20 prairial. Les troupes de passage seront
+également approvisionnées pour un mois de vivres et vingt jours d'eau.
+
+5. La frégate _la Badine_ va recevoir ordre de se rendre à Toulon, et
+escortera ce convoi, qui devra être prêt à partir du 10 au 15 prairial.
+Je remettrai une instruction particulière au commandant de _la Badine_,
+pour la route qu'elle devra tenir et le lieu où il devra se rendre avec
+ledit convoi.
+
+6. Il y aura à Toulon un commissaire des guerres qui aura les ordres de
+l'ordonnateur Sucy, pour tous les objets qui devront être embarqués, un
+officier d'artillerie qui aura les ordres du général Dommartin, et enfin
+un général ou un officier supérieur commandant les dépôts, qui aura les
+ordres de l'état-major. Ces trois personnes ont ordre de voir souvent
+l'ordonnateur de la marine, et de prendre ses ordres pour tous les
+objets qui doivent être embarqués.
+
+7. En partant, je laisserai deux avisos. Le premier partira
+quarante-huit heures après l'escadre; il portera le courrier de l'armée,
+s'il est arrivé, les officiers ou les savans qui sont en retard; et le
+second partira soixante-douze heures après le premier. Il escortera un
+bâtiment portant soixante guides, s'ils sont arrivés le 29. Il est donc
+indispensable que l'ordonnateur se procure un bâtiment pour porter ces
+soixante guides.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 23 floréal An 6 (12 mai 1798).
+
+Au citoyen Najac.
+
+Le départ de l'escadre est invariablement fixé dans la nuit du 24 au 25.
+
+Il est indispensable que le convoi soit en grande rade dans la matinée
+de demain. J'ai, en partant, trois choses à vous recommander:
+
+1°. De me faire passer, avec la plus grande célérité, les courriers qui
+m'arment, de Paris;
+
+2°. De faire exécuter avec la plus grande exactitude l'ordre ci-joint;
+
+3°. De faire terminer de suite la corvette et de me l'envoyer; nous en
+aurons le plus grand besoin.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).
+
+Promotion.
+
+En conséquence de l'autorisation spéciale que j'en ai reçue du
+directoire exécutif, et voulant reconnaître les services que les
+citoyens Jean Villeneuve, capitaine de vaisseau; Guillaume-François
+Bourdé, capitaine de frégate.; Pierre-Philippe Altimont, lieutenant de
+vaisseau; Serval, aspirant de première classe, ont rendus depuis quinze
+mois sur l'escadre qui était attachée à l'armée d'Italie, dans le golfe
+Adriatique: je nomme le citoyen Villeneuve, chef de division; les
+citoyens Bourdé, capitaine de vaisseau; Altimont, capitaine de frégate;
+et Serval, enseigne de vaisseau.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).
+
+À l'administration municipale de Toulon,
+
+Je donne les ordres, citoyens administrateurs, pour que la partie de
+la garde nationale qui sera requise pour faire le service, soit payée
+conformément aux lois. J'ai cependant pourvu à une augmentation de
+garnison. Dans tous les cas, la république ne doit avoir aucune
+sollicitude, les habitans de Toulon ayant toujours donné des preuves de
+leur attachement à la liberté.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).
+
+À l'administration centrale du Var.
+
+Je vous remercie, citoyens administrateurs, de la députation que vous
+m'avez envoyée, et des choses extrêmement flatteuses qu'elle m'a dites
+de votre part.
+
+L'opération que nous allons entreprendre, sera spécialement avantageuse
+à votre département et à celui des Bouches-du-Rhône. Il y aura une
+grande activité sur les routes et dans les postes, qui sont absolument
+désorganisées. Je vous prie de prendre des mesures pour réorganiser ce
+service essentiel, afin que les courriers et autres officiers portant
+des ordres, puissent aller à Paris et en revenir facilement. Croyez au
+désir que j'aurai toujours de mériter l'estime de mes concitoyens.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 24 floréal an 6 (i3 mai 1798).
+
+Ordre.
+
+Ordonne que tous les maîtres, contre-maîtres, matelots, novices,
+ouvriers de l'arsenal qui ont été mis en surveillance par ordre du
+gouvernement, seront embarqués et répartis sur l'escadre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798).
+
+Au vice-roi de Sardaigne.
+
+J'envoie, monsieur, à Cagliari, pour y résider en qualité de consul, le
+citoyen Augier, officier de marine.
+
+Je vous prie de le reconnaître en cette qualité, et d'agréer les
+sentimens d'estime et de considération que j'ai pour vous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798).
+
+Au citoyen Augier, consul à Cagliari.
+
+Vous vous rendrez, citoyen, à Cagliari, en qualité de consul; vous
+remettrez la lettre ci-jointe au vice-roi de Sardaigne ou à celui qui en
+fait les fonctions.
+
+Vous interrogerez tous les bâtimens pour avoir des nouvelles des
+Anglais, et si vous appreniez qu'ils ont mouillé dans la Méditerranée,
+vous expédieriez un bâtiment que vous fréteriez, à la suite de l'amiral
+Brueys, pour l'en informer.
+
+Vous dirigerez ce bâtiment du côté de Malte.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).
+
+À l'ordonnateur Najac.
+
+Le service de l'expédition qui va avoir lieu a exigé, de la part des
+principaux employés de l'administration, des efforts où ils ont été à
+même de faire connaître leur zèle pour la prospérité des armes de la
+république.
+
+Je vous prie de témoigner aux directeurs des constructions,
+de l'artillerie du port, au citoyen Cuviller, commissaire des
+approvisionnemens, et en général à tous les contrôleurs, commissaires et
+sous-commissaires, une satisfaction particulière sur leurs services dans
+cette circonstance essentielle.
+
+Je vous autorise à nommer à la place de chef des mouvemens les citoyens
+Aycard et Giroudreux; à la place de commissaire de première classe,
+les citoyens Bugerin, Pigeon et Gobert; à celle de deuxième classe, le
+citoyen Desanit; à élever au grade de commissaires de la marine les
+citoyens Gasquet, Giraud, Franqueville, Galopin et Bellanger; à la place
+de sous-commissaires, les citoyens Nicolas et Rey qui remplissent
+les fonctions de sous-commissaires à la Ciotat; à la place de commis
+principal, le citoyen Cappel, et de commis en deuxième, le citoyen
+Ollivault.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. Ier. Tout marin qui, étant embarqué, aura resté a terre après le
+départ de l'armée navale, sera traduit en prison jusqu'au départ d'un
+bâtiment de guerre quelconque, à l'effet de rejoindre celui dont il a
+déserté.
+
+2. Tout maître chargé qui aura manqué le départ, sera cassé et réduit à
+la basse paie de deuxième maître.
+
+3. Les maîtres non chargés subiront la même punition.
+
+4. Les deuxièmes maîtres de toutes classes et les contre-maîtres de la
+manoeuvre, restés à terre, seront mis à la basse paie de quartier-maître
+ou d'aide de leur profession respective.
+
+5. Les aides de toute classe et les quartiers-maîtres déserteurs seront
+réduits à la paie des matelots à vingt-sept sous.
+
+6. Les matelots de première et deuxième classe, également déserteurs,
+descendront à la paie de 12 sous, ceux de troisième et quatrième classe
+seront réduits à celle de novice, à huit sous.
+
+7. Dans aucun cas, les officiers, mariniers et matelots, qui auront subi
+les réductions prescrites par les articles précédens, ne pourront être
+réintégrés dans leurs grades primitifs que par un avancement progressif
+d'une paie à l'autre, et de six mois en six mois sur la demande motivée
+des commandans de leurs vaisseaux, qui certifieront leur exactitude et
+leur bonne conduite.
+
+8. Les attestations de maladie n'auront de valeur que sur la signature
+de la majorité des membres composant le conseil de salubrité navale. Il
+est défendu formellement aux commissaires de marine préposés aux
+détails des armemens, d'en admettre d'autres, sous leur responsabilité
+personnelle.
+
+9. Il sera établi garnison chez toutes les familles des marins embarqués
+qui seront restés à terre après le départ de l'armée; et les garnisaires
+n'en seront retirés que lorsque ces déserteurs se seront présentés au
+bureau des armemens pour y recevoir une nouvelle destination.
+
+10. Dans le temps que l'armée navale de la république, de concert avec
+l'armée de terre, se prépare à relever la gloire de la marine française,
+les marins, dans le cas de servir et qui restent chez eux, méritent
+d'être traités sans aucun ménagement. Avant de sévir contre eux,
+le général en chef leur ordonne de se rendre à bord de la deuxième
+flottille qui est en armement. Ceux qui, quinze jours après la
+publication du présent ordre, ne se seront pas fait inscrire pour faire
+partie dudit armement, seront regardés comme des lâches. En conséquence
+l'ordonnateur de la marine leur fera signifier individuellement l'ordre
+de se rendre au port de Toulon, et si, cinq jours après, ils n'ont point
+comparu, ils seront traités comme des déserteurs.
+
+L'ordonnateur de la marine tiendra la main à l'exécution du présent
+règlement.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).
+
+_Réglement pour la répression des délits commis à bord de l'armée
+navale._
+
+Vu que les lois existantes sur la manière de procéder aux jugemens des
+délits militaires n'ont pas prévu le cas où se trouve l'armée par sa
+composition actuelle; qu'il est juste et urgent que les troupes de
+terre et de mer, les soldats, matelots et autres employés à la suite de
+l'armée, réunis sur les vaisseaux, ne soient pas, pour le même délit,
+soumis à des lois différentes, soit pour la procédure, soit pour la
+forme des jugemens, ordonne:
+
+ART. 1. La loi du 15 brumaire an 5, qui règle la manière de procéder aux
+jugemens militaires, sera ponctuellement et exclusivement suivie à bord
+des vaisseaux composant l'armée navale.
+
+2. Chaque vaisseau ou frégate sera considéré comme une division
+militaire.
+
+3. Il y aura en conséquence, par chaque vaisseau ou frégate, un conseil
+de guerre composé de sept membres, pris dans les grades désignés par
+l'article 2 de la loi du 13 brumaire, ou dans les grades correspondans
+de l'armée de mer.
+
+4. Les membres du conseil de guerre, le rapporteur et l'officier chargé
+des fonctions de commissaire du pouvoir exécutif, seront nommés par
+le contre-amiral, dans chaque division de l'armée navale; en cas
+d'empêchement légitime de quelqu'un de ces membres, il sera pourvu à son
+remplacement par le commandant du vaisseau.
+
+5. À défaut d'officier dans quelqu'un des grades désignés par l'art. 2
+de la loi du 13 brumaire, ou des grades correspondans dans la marine, il
+y sera suppléé par des officiers du rang immédiatement inférieur.
+
+6. Les jugemens prononcés par le conseil de guerre seront sujets à
+révision.
+
+7. Il sera établi à cet effet, a bord de chaque vaisseau ou frégate de
+l'armée navale, un conseil permanent de révision, dans la forme indiquée
+par la loi du 18 vendémiaire an 6.
+
+8. Ce conseil sera composé de cinq membres du grade désigné en l'article
+21 de ladite loi, ou du grade correspondant dans la marine; et à défaut
+d'officiers supérieurs, il y sera suppléé, ainsi qu'il est dit à
+l'article 5, pour la formation du conseil de guerre.
+
+9. En cas d'annulation du jugement par le conseil de révision, celui-ci
+renverra le fond du procès, pour être jugé de nouveau par-devant le
+conseil de guerre de tel autre vaisseau qu'il désignera. Ce conseil de
+guerre remplira dès lors les fonctions et aura toutes les attributions
+du deuxième conseil de guerre établi par l'article 9 de la loi du 18
+vendémiaire an 6.
+
+10. Les fonctions du commissaire du pouvoir exécutif seront remplies par
+un commissaire d'escadre ou par un commissaire ordonnateur des guerres,
+et à leur défaut, par un sous-commissaire de marine ou commissaire
+ordinaire des guerres.
+
+11. Le commandant de l'armée navale nommera les membres du conseil
+permanent de révision. En cas d'empêchement d'aucun de ses membres, il
+sera pourvu à son remplacement par le commandant du vaisseau à bord
+duquel le conseil devra se tenir.
+
+12. Les délits commis sur les bâtimens de transport et autres, faisant
+partie du convoi, seront jugés par le conseil de guerre du vaisseau ou
+frégate sous le commandement desquels ils se trouveront naviguer. En cas
+d'empêchement, les prévenus seront mis aux fers, si le cas l'exige, pour
+être jugés au premier mouillage ou à la première occasion favorable.
+
+13. Les peines portées par la loi du 21 brumaire an 5, notamment celles
+contre la désertion, sont applicables aux marins, et réciproquement
+celles portées par la loi du 22 août 1790 sont déclarées communes aux
+troupes de terre et à tous individus embarqués, dans les cas non prévus
+par la loi du 21 brumaire.
+
+14. Seront justiciables desdits conseils de guerre et de révision, le
+cas échéant, tous individus faisant partie de l'armée de terre et de
+mer, et autres embarqués sur les vaisseaux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Toulon, le 30 floréal an 6 (19 mai 1798).
+
+PROCLAMATION.
+
+_Aux soldats de terre et de mer de l'armée de la Méditerranée._
+
+Soldats,
+
+Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre.
+
+Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de siéges; il vous
+reste à faire la guerre maritime.
+
+Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées, mais pas encore
+égalées, combattaient Carthage tour-à-tour sur cette même mer, et
+aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que
+constamment elles furent braves, patientes à supporter la fatigue,
+disciplinées et unies entre elles.
+
+Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes destinées à
+remplir, des batailles à livrer, des dangers, des fatigues à vaincre;
+vous ferez plus que vous n'avez fait pour la prospérité de la patrie, le
+bonheur des hommes et votre propre gloire.
+
+Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis;
+souvenez-vous que, le jour d'une bataille, vous avez besoin les uns des
+autres.
+
+Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés; aujourd'hui la plus
+grande sollicitude de la république est pour vous: vous serez dignes de
+l'armée dont vous faites partie.
+
+Le génie de la liberté, qui a rendu, dès sa naissance, la république
+l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations les
+plus lointaines.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À bord de _l'Orient_, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).
+
+_Convention arrêtée entre la république française et l'ordre des
+chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sous la médiation de Sa Majesté
+Catholique le roi d'Espagne._
+
+ART. 1er. les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem
+remettront à l'armée française la ville et les forts de Malte. Ils
+renoncent, en faveur de la république française, aux droits de
+souveraineté et de propriété qu'ils ont tant sur cette ville que sur les
+îles de Malte, du Gozo et de Cumino.
+
+2. La république française emploiera son influence au congrès de Rastadt
+pour faire avoir au grand-maître, sa vie durant, une principauté
+équivalente à celle qu'il perd, et, en attendant, elle s'engage à lui
+faire une pension annuelle de 300,000 fr. Il lui sera donné en outre la
+valeur de deux années de ladite pension, à titre d'indemnité, pour son
+mobilier. Il conservera, pendant le temps qu'il restera à Malte, les
+honneurs militaires dont il jouissait.
+
+3. Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui sont
+Français, actuellement à Malte, et dont l'état sera arrêté par le
+général en chef, pourront rentrer dans leur patrie; et leur résidence à
+Malte leur sera comptée comme une résidence en France.
+
+La république française emploiera ses bons offices auprès des
+républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique, pour que le
+présent article soit déclaré commun aux chevaliers de ces différentes
+nations.
+
+4. La république française fera une pension de 700 fr. aux chevaliers
+français actuellement à Malte, leur vie durant. Cette pension sera de
+1,000 fr. pour les chevaliers sexagénaires et au-dessus.
+
+La république française emploiera ses bons offices auprès des
+républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique, pour qu'elles
+accordent la même pension aux chevaliers de ces différentes nations.
+
+5. La république française emploiera ses bons offices auprès des autres
+puissances de l'Europe, pour qu'elles conservent aux chevaliers de leur
+nation l'exercice de leurs droits sur les biens de l'ordre de Malte
+situés dans leurs états.
+
+6. Les chevaliers conserveront les propriétés qu'ils possèdent dans les
+îles de Malte et du Gozo, à titre de propriété particulière.
+
+7. Les habitans des îles de Malte et du Gozo continueront à jouir, comme
+par le passé, du libre exercice de la religion catholique, apostolique
+et romaine. Ils conserveront les privilèges qu'ils possèdent: il ne sera
+mis aucune contribution extraordinaire.
+
+8. Tous les actes civils, passés sous le gouvernement de l'ordre, seront
+valables, et auront leur exécution.
+
+Fait double, à bord du vaisseau l'_Orient_, devant Malte, le 24 prairial
+an 6 de la république française (12 juin 1798.)
+
+BONAPARTE, etc.
+
+
+
+En exécution des articles conclus le 24 prairial, entre la république
+française et l'ordre de Malte, ont été arrêtées les dispositions
+suivantes:
+
+ART. 1. Aujourd'hui, 24 prairial, le fort Manoël, le fort Timer, le
+château Saint-Ange, les ouvrages de la Bormola, de la Cottonnere, et de
+la Cité Victorieuse, seront remis, à midi, aux troupes françaises.
+
+2. Demain, 25 prairial, le fort de Riccazoli, le château Saint-Elme, les
+ouvrages de la Cité Valette, ceux de la Florianne, et tous les autres,
+seront remis, à midi, aux troupes françaises.
+
+3. Des officiers français se rendront aujourd'hui, à dix heures du
+matin, chez le grand-maître, pour y prendre les ordres pour les
+gouverneurs qui commandent dans les différens ports et ouvrages qui
+doivent être mis au pouvoir des Français. Ils seront accompagnés d'un
+officier maltais. Il y aura autant d'officiers qu'il sera remis de
+forts.
+
+4. Il sera fait les mêmes dispositions que ci-dessus pour les forts
+et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des Français, demain 25
+prairial.
+
+5. En même temps que l'on consignera les ouvrages de fortifications,
+l'on consignera l'artillerie, les magasins, et papiers du génie.
+
+6. Les troupes de l'ordre de Malte pourront rester dans les casernes
+qu'elles occupent jusqu'à ce qu'il y soit autrement pourvu.
+
+7. L'amiral commandant la flotte française nommera un officier pour
+prendre possession aujourd'hui des vaisseaux, galères, bâtimens,
+magasins, et autres effets de marine appartenans à l'ordre de Malte.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À bord de _l'Orient_, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).
+
+_À l'évêque de Malte._
+
+J'ai appris avec un véritable plaisir, monsieur l'évêque, la bonne
+conduite, que vous avez eue, et l'accueil que vous avez fait aux troupes
+françaises.
+
+Vous pouvez assurer vos diocésains que la religion catholique,
+apostolique et romaine, sera non-seulement respectée, mais ses ministres
+spécialement protégés.
+
+Je ne connais pas de caractère plus respectable et plus digne de la
+vénération des hommes, qu'un prêtre qui, plein du véritable esprit
+de l'évangile, est persuadé que ses devoirs lui ordonnent de prêter
+obéissance au pouvoir temporel, et de maintenir la paix, la tranquillité
+et l'union au milieu d'un diocèse.
+
+Je désire, monsieur l'évêque, que vous vous rendiez sur-le-champ dans la
+ville de Malte, et que, par votre influence, vous mainteniez le calme
+et la tranquillité parmi le peuple. Je m'y rendrai moi-même ce soir. Je
+désire que, dès mon arrivée, vous me présentiez tous les curés et autres
+chefs d'ordre de Malte et villages environnans.
+
+Soyez persuadé, monsieur l'évêque, du désir que j'ai de vous donner des
+preuves de l'estime et de la considération que j'ai pour votre personne.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Les citoyens Berthollet, le contrôleur de l'armée, et un
+commis du payeur, enlèveront l'or, l'argent et les pierres précieuses
+qui se trouvent dans l'église de St.-Jean, et autres endroits dépendans
+de l'ordre de Malte, l'argenterie des auberges et celle du grand-maître.
+
+2. Ils feront fondre dans la journée de demain tout l'or en lingots,
+pour être transporté dans la caisse du payeur à la suite de l'armée.
+
+3. Ils feront un inventaire de toutes les pierres précieuses qui seront
+mises sous le scellé dans la caisse de l'armée.
+
+4. Ils vendront pour 250 à 300,000 fr. d'argenterie à des négocians du
+pays pour de la monnaie d'or et d'argent, qui sera également remise dans
+la caisse de l'armée.
+
+5. Le reste de l'argenterie sera remis dans la caisse du payeur, qui la
+laissera à la monnaie de Malte, pour être fabriquée, et l'argent remis
+au payeur de la division, pour la subsistance de cette division. On
+spécifiera ce que cela doit produire, afin que le payeur puisse en être
+comptable.
+
+6. Ils laisseront, tant à l'église St.-Jean qu'aux autres églises, ce
+qui sera nécessaire pour l'exercice du culte.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).
+
+_Au citoyen Garat, ministre à Naples._
+
+Je vous envoie, citoyen ministre, un courrier que j'expédie à Paris. Je
+vous prie de lui fournir les passe-ports nécessaires, et de l'expédier
+en toute diligence.
+
+Je vous prie de donner à la cour de Naples une connaissance pure et
+simple de l'occupation de Malte par les troupes françaises, et de la
+souveraineté et propriété que nous venons d'y acquérir. Vous devez en
+même temps faire connaître à S.M. le roi des Deux-Siciles, que nous
+comptons conserver les même relations que par le passé pour notre
+approvisionnement, et que si elle en agissait avec nous autrement
+qu'elle en agissait avec Malte, cela ne serait rien moins qu'amical.
+
+Quant à la suzeraineté que le royaume de Sicile a sur Malte, nous ne
+devons pas nous y refuser, toutes les fois que Naples reconnaîtra la
+suzeraineté de la république romaine.
+
+Je m'arrête ici deux jours pour faire de l'eau, après lesquels je pars
+pour l'Orient.
+
+Je ne sais pas si vous resterez encore long-temps à Naples; je vous prie
+de me faire connaître ce que vous comptez faire, et de me donner, le
+plus souvent que vous pourrez, des nouvelles de l'Europe.
+
+Vous connaissez l'estime et la considération particulière que j'ai pour
+vous.
+
+BONAPARTE.
+
+P.S. Pour épargner le temps, je mets ma lettre au directoire, sous
+cachet volant; vous pourrez en prendre connaissance.
+
+
+
+Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Les chevaliers qui n'étaient pas profès et qui se seraient
+mariés à Malte;
+
+2. Les chevaliers qui auraient des possessions particulières dans l'île
+de Malte;
+
+3. Ceux qui auraient établi des manufactures ou des maisons de commerce;
+
+4. Enfin, ceux compris dans la liste que je vous envoie, connus par les
+sentimens qu'ils ont pour la république, seront regardés comme citoyens
+de Malte et pourront y rester tant qu'ils désireront. Ils seront
+exceptés de l'ordre donné aujourd'hui.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Les îles de Malte et du Gozo seront administrées par une
+commission de gouvernement composée de neuf personnes, qui seront à la
+nomination du général en chef.
+
+2. Chaque membre de la commission la présidera à son tour pendant six
+mois. Elle choisira un secrétaire et un trésorier hors de son sein.
+
+3. Il y aura, près de la commission, un commissaire français.
+
+4. Cette commission sera spécialement chargée de toute l'administration
+des îles de Malte et du Gozo, et de la surveillance de la perception des
+contributions directes et indirectes. Elle prendra des mesures relatives
+à l'approvisionnement de l'île. L'administration de santé sera
+spécialement sous ses ordres.
+
+5. Le commissaire ordonnateur en chef fera un abonnement avec la
+commission pour établir ce qu'elle doit donner par mois à la caisse de
+l'armée.
+
+6. La commission de gouvernement s'occupera incessamment de
+l'organisation des tribunaux pour la justice civile et criminelle, en le
+rapprochant le plus possible de l'organisation qui existe actuellement
+en France. La nomination des membres aura besoin de l'approbation du
+général de division commandant à Malte. En attendant que ces tribunaux
+soient organisés, la justice continuera d'être administrée comme par le
+passé.
+
+7. Les îles de Malte et du Gozo seront divisées en cantons dont le
+moindre aura trois mille ames de population. Il y aura à Malte deux
+municipalités.
+
+8. Chaque canton sera administré par un corps municipal de cinq membres.
+
+9. Il y aura dans chaque canton un juge de paix.
+
+10. Les juges de paix, les différentes magistratures seront nommés par
+la commission de gouvernement, avec l'approbation du général de division
+commandant à Malte.
+
+11. Tous les biens du grand-maître de l'ordre de Malte et des différens
+couvens des chevaliers appartiennent à la république française.
+
+12. Il y aura une commission, composée de trois membres, chargée
+de faire l'inventaire desdits biens et de les administrer; elle
+correspondra avec l'ordonnateur en chef.
+
+13. La police sera toute entière sous les ordres du général de division
+commandant et des différens officiers sous ses ordres.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Il y aura, dans chaque municipalité de la ville de Malte, un
+bataillon de garde nationale composé de neuf cents hommes, qui portera
+l'uniforme habit vert, paremens et collet rouges, et passe-poil blanc.
+Cette garde nationale sera choisie parmi les hommes les plus riches, les
+marchands, et ceux qui sont intéressés à la tranquillité publique.
+
+2. Elle fournira tous les jours toutes les gardes et patrouilles
+nécessaires pour la police. Elle ne sera jamais de garde aux forts.
+
+3. L'institution du corps des chasseurs sera conservée.
+
+4. Le général de division fera un réglement tant pour l'organisation et
+le service de la garde nationale que pour l'organisation et le service
+des chasseurs. On donnera aux uns et aux autres la quantité d'armes
+nécessaire pour le service.
+
+5. On formera quatre compagnies de vétérans de tous les vieux soldats
+qui auraient été au service de l'ordre de Malte, et qui sont incapables
+d'un service actif.
+
+Les deux premières, dès l'instant qu'elles seront organisées, seront
+envoyées pour tenir garnison dans le fort de Corfou. On exécutera le
+présent article, quelques difficultés que l'on puisse rencontrer, mon
+intention n'étant pas que cette grande quantité d'hommes, habitués à
+l'ordre de Malte, continue à y rester.
+
+6. On formera quatre compagnies de canonniers, à peu près sur le même
+pied que celles qui existaient ci-devant, qui seront employées dans
+les batteries de la côte. Il y aura, dans chacune de ces compagnies de
+canonniers, un officier et un sous-officier français.
+
+7. Tous les individus qui voudront former une compagnie de cent
+chasseurs seront maîtres de la former. Eux et les officiers de ces
+compagnies seront conservés, et, dès l'instant qu'elles seront
+organisées, le général de division les fera partir pour rejoindre
+l'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).
+
+_Aux commissaires du gouvernement à Corcyre, Ithaque, et près le
+département de la mer Egée._
+
+Je vous préviens, citoyens, que le pavillon de la république flotte sur
+tous les forts de Malte, et que l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem est
+détruit.
+
+Je vous instruirai incessamment de la direction que prendra l'armée.
+
+Apprenez aux habitans de votre département ce que nous faisons dans ce
+moment-ci; ils en tireront tout l'avantage.
+
+N'oubliez aussi aucun moyen de le faire connaître à tous les Grecs de la
+Morée et des autres pays.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).
+
+_Aux consuls de Tunis, Tripoli et Alger._
+
+Je vous préviens, citoyens, que l'armée de la république est en
+possession depuis deux jours de la ville et des deux îles de Malte et du
+Gozo. Le pavillon tricolore flotte sur tous les forts.
+
+Vous voudrez bien, citoyen, faire part de la destruction de l'ordre de
+Malte et de cette nouvelle possession de la république au bey, près
+duquel vous vous trouvez, et lui faire connaître que, désormais, il doit
+respecter les Maltais, puisqu'ils se trouvent sujets de la France.
+
+Je vous prie aussi de lui demander qu'il mette en liberté les différens
+esclaves maltais qu'il avait; j'ai donné l'ordre pour que l'on mit en
+liberté plus de deux mille esclaves barbaresques et turcs, que l'ordre
+de Saint-Jean de Jérusalem tenait aux galères.
+
+Laissez entrevoir au bey que la puissance qui a pris Malte en deux ou
+trois jours, serait dans le cas de le punir, s'il s'écartait un moment
+des égards qu'il doit à la république.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).
+
+_Au général Chabot._
+
+Nous sommes entrés, citoyen général, depuis trois jours dans Malte.
+La république vient, par-là, d'acquérir une place aussi forte que
+favorablement située pour le commerce.
+
+Les habitans des trois départemens qui composent votre division, doivent
+en tirer un avantage tout particulier. Annoncez-leur cette bonne
+nouvelle.
+
+Je laisse le général Vaubois pour commander ici. Vous pourrez
+correspondre avec lui pour tous les objets dont vous pourriez avoir
+besoin.
+
+Votre division fait partie de l'armée que je commande. Je vous prie de
+m'envoyer par le brick l'état de situation exacte de vos troupes, de
+votre marine, de vos magasins, soit d'artillerie, soit de vivres.
+
+Faites-moi connaître aussi ce qui est dû à la troupe, et s'il vous
+serait possible de pouvoir vous procurer des matelots, d'armer en flûte
+le vaisseau et la frégate qui sont à Corfou, et de me les envoyer dans
+l'endroit que je vous désignerai.
+
+Je vous prie d'expédier à notre ministre à Constantipople, la nouvelle
+de l'occupation de Malte par l'armée française, et de la destruction de
+l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Annoncez également cette nouvelle à
+Ali-Pacha, au pacha de Scutari et au pacha de la Morée.
+
+Je désire que vous n'envoyiez à Constantinople qu'un bateau de commerce.
+Le chebeck _le Fortunatus_ a ordre de venir joindre l'armée: faites-le
+accompagner par un de vos meilleurs bricks, afin que je puisse vous le
+renvoyer avec de nouveaux ordres.
+
+Mettez-vous en mesure contre l'attaque des Turcs. Il est inutile que
+vous fassiez connaître la destination que prend l'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Tous les habitans des îles de Malte et du Gozo sont tenus de
+porter la cocarde tricolore. Aucun habitant de Malte ne pourra porter
+l'habit national français, à moins qu'il n'en ait obtenu la permission
+spéciale du général en chef. Le général en chef accordera la qualité
+de citoyen français et la permission de porter l'habit national aux
+habitans de Malte et du Gozo qui se distingueront par leur attachement à
+la république, par quelque action d'éclat, trait de bienfaisance ou de
+bravoure.
+
+2. Tous les habitans de Malte sont désormais égaux en droits. Leurs
+talens, leur mérite, leur patriotisme, et leur attachement à la
+république française, établissent seuls la différence entre eux.
+
+3. L'esclavage est aboli: tous les esclaves connus sous le nom de
+_bonnivagli_ seront mis en liberté, et le contrat déshonorant pour
+l'espèce humaine qu'ils ont fait est détruit.
+
+4. En conséquence de l'article précédent, tous les Turcs qui sont
+esclaves de quelque particulier seront remis entre les mains du général
+commandant, pour être traités comme prisonniers de guerre; et, vu
+l'amitié qui existe entre la république française et la Porte ottomane,
+ils seront envoyés chez eux lorsque le général en chef l'ordonnera, et
+lorsqu'il aura connaissance que les beys consentent à renvoyer à Malte
+tous les esclaves français ou maltais qu'ils auraient.
+
+5. Dix jours après la publication du présent ordre, il est défendu
+d'avoir des armoiries soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des
+maisons, de cacheter des lettres avec des armoiries, ni de prendre des
+titres féodaux.
+
+6. L'ordre de Malte étant dissous, il est expressément défendu à qui que
+ce soit de prendre des titres de baillis, commandeurs, ou chevaliers.
+
+7. On mettra dans chaque église, à la place où étaient les armes du
+grand-maître, celles de la république.
+
+8. Dix jours après la publication du présent ordre, il est défendu,
+sous quelque prétexte que ce soit, de porter des uniformes des corps de
+l'ancien ordre de Malte.
+
+9. L'île de Malte appartenant à la république française, la mission des
+différens ministres plénipotentiaires a cessé.
+
+10. Tous les consuls étrangers cesseront leurs fonctions, et ôteront
+les armes qui sont sur leurs portes, jusqu'à ce qu'ils aient reçu des
+lettres de créance de leur gouvernement pour continuer leurs fonctions
+dans la ville de Malte, devenue port de la république française.
+
+11. Tous les étrangers venant et vivant à Malte seront obligés de se
+conformer au présent ordre, quels que soient leur grade et le rang
+qu'ils auraient chez eux.
+
+12. Tous les contrevenans aux articles ci-dessus seront condamnés, pour
+la première fois, à une amende du tiers de leurs revenus; la seconde, à
+trois mois de prison; la troisième, à un an de prison; la quatrième, à
+la déportation de l'île de Malte, et à la confiscation de la moitié de
+leurs biens.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Il sera fait un désarmement général de tous les habitans des
+îles de Malte et du Gozo. Il ne sera accordé des armes que par une
+permission du général commandant, et à des hommes dont le patriotisme
+sera reconnu.
+
+2. L'organisation des chasseurs volontaires dans les îles de Malte et du
+Gozo sera continuée; mais ce corps ne sera composé que d'hommes sur les
+services desquels on peut compter. On aura soin surtout d'avoir des
+officiers patriotes.
+
+3. Les signaux seront rétablis depuis la pointe du Gozo à Malte.
+
+4. Les lois de la santé à Malte ne seront ni plus ni moins rigoureuses
+que les lois de la santé à Marseille.
+
+5. Il sera formé une compagnie de trente volontaires, composée de jeunes
+gens de quinze à trente ans, et pris dans les familles les plus riches.
+
+6. Le général de division désignera, dans l'espace de dix jours, à
+la commission de gouvernement les hommes qui doivent composer ladite
+compagnie. La commission de gouvernement le leur fera signifier; et,
+vingt jours après, ils seront obligés d'être armés d'un sabre. Ils
+auront le même uniforme que les guides de l'armée, à l'exception qu'ils
+porteront l'aiguillette et le bouton blanc.
+
+7. Ceux qui ne se trouveraient pas à la revue que passera le général de
+division dix jours après seront condamnés, les jeunes gens à un an de
+prison, et les parens, jouissant du bien de la famille, à mille écus
+d'amende.
+
+8. La commission de gouvernement désignera les jeunes gens de neuf à
+quatorze ans, appartenans aux plus riches familles, lesquels seront
+envoyés a Paris pour être élevés dans les écoles de la république. Les
+parens seront tenus de leur faire 800 fr. de pension, et de leur donner
+600 fr. pour leur voyage. Le passage leur sera accordé sur les vaisseaux
+de guerre.
+
+9. La commission de gouvernement enverra la liste de ces jeunes gens, au
+plus tard dans vingt jours, au général en chef, et ils partiront au plus
+tard dans un mois.
+
+10. Ils devront avoir pantalon et gilet bleus, paremens et revers
+rouges, liseré blanc. Ils seront débarqués à Marseille, où le ministre
+de l'intérieur donnera des ordres pour les faire passer dans les écoles
+nationales.
+
+11. Le commissaire-ordonnateur de la marine désignera à la commission de
+gouvernement les jeunes gens maltais appartenans aux familles les plus
+riches, pour pouvoir être placés comme aspirans, et pouvoir s'instruire
+et parvenir à tous les grades.
+
+12. Comme l'éducation intéresse principalement la prospérité et la
+sûreté publiques, les parens dont les enfans seront désignés, et qui s'y
+refuseraient, seront condamnés à payer mille écus d'amende.
+
+13. Les classes pour les matelots seront rétablies comme dans les ports
+de France. Lorsque l'escadre aura besoin de matelots, et qu'il n'y aura
+pas assez de gens de bonne volonté, on prendra de préférence les jeunes
+gens de quinze à vingt-cinq ans. Si cela ne suffit pas, on prendra
+ceux de vingt-cinq à trente-cinq, et enfin ceux de trente-cinq à
+quarante-cinq.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Tous les prêtres, religieux et religieuses, de quelque ordre
+que ce soit, qui ne sont pas natifs des îles de Malte et du Gnzo, seront
+tenus d'évacuer l'île au plus tard dix jours après la publication du
+présent ordre: l'évêque, vu ses qualités pastorales, sera seul excepté
+du présent ordre.
+
+2. Toutes les cures, bénéfices, qui, en vertu du présent ordre, seraient
+vacans, seront donnés à des naturels des îles de Malte et du Gozo,
+n'étant point juste que des étrangers jouissent désavantages du pays.
+
+3. On ne pourra pas désormais faire de voeux religieux avant l'âge de
+trente ans. Il est défendu de faire de nouveaux prêtres, jusqu'à ce que
+les prêtres actuellement existans soient tous employés.
+
+4. Il ne pourra pas y avoir à Malte et au Gozo plus d'un couvent de
+chaque ordre.
+
+5. La commission de gouvernement, de concert avec l'évêque, désignera
+les maisons où les individus d'un même ordre doivent se réunir. Tous les
+biens qui deviendraient inutiles à la subsistance desdits couvens seront
+employés à soulager les pauvres.
+
+6. Toutes les fondations particulières, tous les couvens d'ordre
+séculier et corporations de pénitens, toutes les collégiales, sont
+supprimés. La cathédrale seule aura quinze chanoines résidans à Malte,
+et cinq résidans à Civita-Vecchia.
+
+7. Il est expressément défendu à tout séculier, qui n'est pas au moins
+sous-diacre, de porter le collet ou la soutane.
+
+8. L'évêque sera tenu de remettre, dix jours après la publication du
+présent ordre, l'état des prêtres et le certificat qu'ils sont naturels
+des îles de Malte et du Gozo, et l'état de ceux qui, en vertu du présent
+ordre, doivent évacuer le territoire.
+
+Chaque chef d'ordre sera tenu de remettre un pareil état au commissaire
+du gouvernement. Tout individu qui n'aurait pas obtempéré au présent
+ordre sera condamné à six mois de prison.
+
+9. La commission de gouvernement, le commissaire près elle, le général
+de division, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution
+du présent ordre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 28 prairial an 6(16 juin 1798).
+
+_À l'ordonnateur Najac._
+
+Il y a déjà long-temps que vous n'avez reçu de nos nouvelles. Vous devez
+cependant avoir reçu deux avisos que je vous ai envoyés. Je n'ai reçu
+de Toulon, depuis mon départ, que le brick qui est parti quarante-huit
+heures après nous.
+
+Après deux jours de fusillade et de canonnade, nous avons obtenu la
+ville de Malte et tous ses forts: nous y avons trouvé deux vaisseaux de
+guerre, une frégate, quatre galères, quinze à dix-huit cents pièces de
+canon, et quarante mille fusils.
+
+Du reste, l'arsenal est fort peu approvisionné.
+
+_La Sensible_ que je vous expédie, conduira l'ambassadeur de la
+république à Constantinople.
+
+J'espère que les trois vaisseaux vénitiens, grâce à vos soins, seront a
+présent en état, et que toutes les troupes restées en arrière, pourront
+partir sous leur escorte.
+
+Adressez tout ce qui nous serait destiné, à Malte qui nécessairement
+doit être notre première échelle.
+
+Je désirerais que ces vaisseaux prissent sous leur escorte toutes les
+troupes que le consul de Gènes a à nous envoyer.
+
+Je vous prie d'expédier, deux fois par décade, un aviso pour Malte, d'où
+il retournera à Toulon: le commissaire de la marine, qui est à Malte,
+nous expédiera nos courriers là où nous serons.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).
+
+_Au citoyen Lavalette._
+
+_L'Arthémise_, citoyen, a ordre de vous faire mouiller sur la côte
+d'Albanie, pour vous mettre à même de conférer avec Ali-Pacha. La lettre
+ci-jointe que vous devrez lui remettre, ne contient rien autre chose que
+d'ajouter foi à ce que vous lui direz, et de l'inviter à vous donner un
+truchement sûr pour vous entretenir seul avec lui. Vous lui remettrez
+vous-même ladite lettre, afin d'être assuré qu'il en prenne lui-même
+lecture.
+
+Après quoi, vous lui direz que, venant de m'emparer de Malte, et me
+trouvant dans ces mers avec trente vaisseaux et cinquante mille hommes,
+j'aurai des relations avec lui, et que je désire savoir si je peux
+compter sur lui; que je désirerais aussi qu'il envoyât près de moi, en
+l'embarquant sur la frégate, un homme de marque et qui eût sa confiance;
+que sur les services qu'il a rendus aux Français, et sur sa bravoure
+et son courage, s'il me montre de la confiance et qu'il veuille me
+seconder, je peux accroître de beaucoup sa gloire et sa destinée.
+
+Vous prendrez en général note de tout ce que vous dira Ali-Pacha, et
+vous vous rembarquerez sur la frégate pour venir me joindre et me rendre
+compte de tout ce que vous aurez fait.
+
+En passant à Corfou, vous direz au général Chabot, qu'il nous envoie des
+bâtimens chargés de bois, et qu'il fasse une proclamation aux habitans
+des différentes îles pour qu'ils envoient à l'escadre, du vin, des
+raisins secs, et qu'ils en seront bien payés.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).
+
+_À Ali-Pacha._
+
+Mon très-respectable ami, après vous avoir offert les voeux que je fais
+pour votre prospérité et la conservation de vos jours, j'ai l'honneur de
+vous informer que depuis long-temps je connais l'attachement que vous
+avez pour la république française, ce qui me ferait désirer de trouver
+le moyen de vous donner des preuves de l'estime que je vous porte.
+L'occasion me paraissant aujourd'hui favorable, je me suis empressé
+de vous écrire cette lettre amicale, et j'ai chargé un de mes
+aides-de-champ de vous la porter, pour vous la remettre en mains
+propres. Je l'ai chargé aussi de vous faire certaines ouvertures de ma
+part, et comme il ne sait point votre langue, veuillez bien faire choix
+d'un interprète fidèle et sûr pour les entretiens qu'il aura avec vous.
+Je vous prie d'ajouter foi à tout ce qu'il vous dira de ma part, et de
+me le renvoyer promptement avec une réponse écrite en turc de votre
+propre main. Veuillez-bien agréer mes voeux et l'assurance de mon
+sincère dévouement.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).
+
+_Au roi d'Espagne._
+
+La république française a accepté la médiation de V.M. pour la
+capitulation de la ville de Malte.
+
+M. le chevalier d'Amatti, votre résident dans cette ville, a su être à
+la fois agréable à la république française et au grand-maître. Mais par
+l'occupation du port de Malte par la république, la place de M. d'Amatti
+se trouve supprimée. Je le recommande à Votre Majesté, pour qu'elle
+veuille bien ne pas l'oublier dans la distribution de ses grâces.
+
+Je prie Votre Majesté de croire aux sentimens d'estime et à la
+très-haute considération que j'ai pour elle.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Les prêtres latins ne pourront pas officier dans l'église qui
+appartient aux Grecs.
+
+2. Les messes que les prêtres latins ont coutume de dire dans les
+églises grecques seront dites dans les autres églises de la place.
+
+3. Il sera accordé protection aux Juifs qui voudront établir une
+synagogue.
+
+4. Le général commandant remerciera les Grecs établis à Malte de la
+bonne conduite qu'ils ont tenue pendant le siège.
+
+5. Tous les Grecs des îles de Malte et du Gozo, et des départemens
+d'Ithaque, de Corcyre, et de la mer Egée, qui conserveront des relations
+quelconques avec les Russes, seront condamnés à mort.
+
+6. Tous les bâtimens grecs qui naviguent sous pavillon russe, s'ils sont
+pris par des bâtimens français, seront coulés bas.
+
+
+
+_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798).
+
+ART. 1er. Les femmes et les enfans des grenadiers de la garde du
+grand-maître et du régiment de Malte, qui partent avec la flotte
+française, recevront:
+
+Les femmes, vingt sous par décade; les enfans au-dessous de dix ans, dix
+sous par décade.
+
+2. Tous les garçons au-dessus de dix ans seront embarqués sur les
+bâtimens de la république, comme mousses.
+
+3. Il sera fait, par le payeur, une retenue d'un centime sur la paie de
+chaque grenadier ou soldat, du régiment de Malte, qui a des enfans.
+
+4. Les femmes des sous-officiers auront trente sous par décade, et les
+enfans au-dessous de dix ans, quinze sous.
+
+5. La retenue en sera faite sur les appointemens de leur mois.
+
+6. La commission du gouvernement de Malte est chargée de l'exécution du
+présent ordre.
+
+
+
+_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798).
+
+ART. 1er. La commission du gouvernement se divisera en bureau et en
+conseil.
+
+2. Le bureau sera composé de trois membres; y compris le président.
+
+3. Le conseil nommera tous les six mois un des deux membres qui doivent
+composer le bureau.
+
+4. Le bureau sera en activité constante de service; chacun des membres
+aura 4,000 fr. d'appointemens.
+
+5. Le conseil ne se réunira qu'une fois par décade, pour prendre
+connaissance de ce qu'aura fait le bureau.
+
+6. Il leur sera accordé à chacun un traitement de 1,000 fr. par an.
+
+7. Les membres du bureau seront, pour cette fois, le citoyen N---- pour
+six mois, et le citoyen N---- pour un an.
+
+8. Le commissaire de gouvernement aura 6,000 fr. d'appointemens: outre
+ses frais de bureau, il lui sera accordé, sur l'extraordinaire, une
+gratification pour son établissement.
+
+
+
+_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798).
+
+ART. 1er. Le général de division commandant à la police générale de
+l'île et du port; aucun bâtiment ne peut ni entrer ni sortir qu'en
+conséquence de son réglement.
+
+2. La commission du gouvernement est chargée de l'organisation civile,
+judiciaire et administrative.
+
+3. Elle ne peut rien faire que sur la demande du commissaire, ou après
+avoir ouï son rapport; les conclusions du commissaire devront être mises
+dans toutes les délibérations de la commission.
+
+4. Tout ce qui est réglement ne peut être publié, ni avoir son effet,
+que visé par le commandant et le général de division.
+
+5. La commission des domaines est chargée de faire l'inventaire de tous
+les meubles et immeubles appartenans à la république; ainsi que de
+l'administration de tous les biens nationaux.
+
+6. Elle enverra tous les mois les inventaires qu'elle aura faits et le
+bordereau de ce qu'elle aura reçu au commissaire du gouvernement.
+
+7. Elle ne pourra faire aucune vente qu'en conséquence d'un ordre du
+général en chef, et, s'il survenait des circonstances extraordinaires
+qui exigeassent des fonds, le général de division, le commissaire
+du gouvernement, le commissaire des guerres, et la commission, se
+réuniraient et prendraient un arrêté, en conséquence duquel on serait
+autorisé a vendre jusqu'à la concurrence de 150,000 fr. Le commissaire
+du gouvernement serait alors chargé de faire un réglement, et d'en
+suivre tous les détails.
+
+8. La commission des domaines n'aura pas d'autre payeur que celui de la
+division militaire, qui aura un registre et une caisse particulière pour
+les objets y relatifs.
+
+10. Le général commandant l'île aura seul le droit de contrôler et de se
+mêler de l'administration du pays. Les généraux commandant sous lui,
+les commandans de place, et autres agens militaires, ne se mêleront
+en aucune manière des objets administratifs. Le général-commandant ne
+pourra jamais être représenté par un de ses subordonnés.
+
+
+_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798).
+
+ART. 1er. Les impôts établis seront provisoirement maintenus. Le
+commissaire du gouvernement et la commission administrative en
+assureront la perception.
+
+2. Dans le plus court délai, il sera établi un système d'impositions
+nouvelles, de manière que le produit total, pris sur les douanes, le
+vin, l'enregistrement, le timbre, le tabac, le sel, les loyers de
+maisons et les domestiques, s'élève à 720,000 fr.
+
+3. De cette somme, il sera versé chaque mois 50,000 fr. dans la caisse
+du payeur de l'armée. Ce versement n'aura lieu cependant que dans trois
+mois, et jusque-là la caisse des domaines nationaux y suppléera.
+
+4. Les 120,000 fr. restans seront laissés pour fournir aux frais
+d'administration, justice, etc., selon l'état par aperçu ci-joint.
+
+5. Cet état sera arrêté définitivement par la commission du gouvernement
+avec le commissaire de la république française, lors de l'organisation
+des tribunaux, et des diverses parties du service administratif.
+
+6. Le pavé des villes, et l'entretien pour la propreté et le» lumières,
+sera payé par les habitans.
+
+7. L'entretien des fontaines, par un droit qui sera établi sur les
+bâtimens qui font de l'eau, ainsi que les gages des employés attachés à
+ce service.
+
+8. Il sera établi un droit de passe pour l'entretien des routes.
+
+9. L'instruction publique sera payée avec les biens qui y sont déjà
+affectés; et, en cas d'insuffisance, avec ceux des fondations et couvens
+supprimés, suivant l'ordre précédent du général en chef.
+
+10. Les gages des magistrats de santé et frais y relatifs seront payés
+par un droit sur les vaisseaux et sur les voyageurs.
+
+11. Le mont-de-piété sera maintenu, et le commissaire du gouvernement
+pour voira à son organisation nouvelle.
+
+12. L'établissement dit de l'Université, pour l'approvisionnement en
+grains de l'île, sera maintenu, en séparant l'administration ancienne à
+compter du premier messidor; et le commissaire du gouvernement sera tenu
+de l'organiser de manière à ne laisser aucune inquiétude à la république
+sur l'approvisionnement de l'île.
+
+13. Les hôpitaux seront organisés sur des bases nouvelles, et il
+sera pourvu à leurs besoins par des biens des couvens ou fondations
+supprimés; ceux qui y sont déjà affectés leur seront conservés.
+
+14. La poste aux lettres sera organisée de manière à couvrir, par la
+taxe des lettres, la dépense qu'elle occasionnera.
+
+15. Les dépenses relatives au passage de l'armée, aux fournitures faites
+pour elle, à l'état du nouveau gouvernement, seront prises sur les fonds
+qui resteront disponibles pendant les trois mois où le gouvernement ne
+paiera rien à l'armée.
+
+16. Le commissaire du gouvernement est autorisé à régler,
+provisoirement, les cas non prévus, en rendant compte de la
+détermination au général en chef.
+
+
+_Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)_
+
+ÉCOLES PRIMAIRES.
+
+ART. 1er. Il sera établi dans les îles de Malte et du Gozo quinze écoles
+primaires.
+
+2. Les instituteurs des écoles enseigneront aux élèves à lire et écrire
+en français, les élémens de calcul et du pilotage, et les principes de
+la morale et de la constitution française.
+
+3. Les instituteurs seront nommés par le commissaire du gouvernement.
+
+4. Ils seront logés dans une maison nationale à laquelle sera attaché un
+jardin.
+
+5. Leur salaire en argent sera de mille francs dans les villes et de 800
+fr. dans les casals.
+
+6. Il sera affecté au paiement de chaque instituteur une portion
+suffisante des biens des couvens supprimés.
+
+7. La distribution des écoles et les réglemens sur leurs administration
+et régime seront confiés à la commission de gouvernement.
+
+
+ÉCOLE CENTRALE.
+
+ART. 1er. Il sera établi à Malte une école centrale qui remplacera
+l'université et les autres chaires.
+
+2. Elle sera composé:
+
+1°. D'un professeur d'arithmétique, et de stéréotomie, aux appointemens
+de 1,800 f.; 2°. d'un professeur d'algèbre et de stéréotomie, aux
+appointemens de 2,000 fr.; 3°. d'un professeur de géométrie et
+d'astronomie, aux appointemens de 2,400 fr.; 4°. d'un professeur de
+mécanique et de physique, aux appointemens de 5,000 fr.; 5°. d'un
+professeur de navigation, aux appointemens de 2,400 fr.; 6°. d'un
+professeur de chimie, aux appointemens de 1,800 fr.; 7°. d'un professeur
+de langues orientales, aux appointemens de 1,200 francs; 8°. d'un
+bibliothécaire, chargé des cours de géographie, aux appointemens de
+1,000 fr.
+
+3. À l'école centrale seront attachés:
+
+1°. La bibliothèque et le cabinet d'antiquités; 2°. un muséum d'histoire
+naturelle; 3°. un jardin de botanique; 4°. l'observatoire.
+
+Une somme de 3,000 fr. sera affectée à l'entretien du matériel de
+l'école centrale.
+
+5. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour la fondation de
+l'approvisionnement.
+
+6. Le commissaire du gouvernement se concertera avec le commissaire des
+domaines pour la vente desdits biens.
+
+
+
+_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.)
+
+Le commissaire-ordonnateur ouvrira un crédit sur le payeur de la place,
+de 3,000 fr. par mois pour le commandant de l'artillerie; 4,000 fr. par
+mois pour le commandant du génie; 25,000 fr. par mois pour la marine;
+3,000 fr. par mois pour l'extraordinaire, à la disposition du
+général-commandant.
+
+
+
+_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.)
+
+ART. 1er. Les commissaires des domaines nationaux auront chacun 4,000
+fr. d'appointemens par an.
+
+2. Ceux qui ne sont pas établis dans le pays auront six mois
+d'appointemens en forme de gratification pour leur établissement.
+
+3. Sur les fonds provenant des domaines, il sera accordé également
+une somme de 6,000 fr. au commissaire de gouvernement pour son
+établissement, dont 3,000 fr. seront payés sur les premiers fonds, et
+3,00 fr. dans six mois.
+
+4. les frais de logement et de bureau de la commission ne pourront pas
+excéder la somme de 12 à 1,500 fr. par an.
+
+5. Les professeurs formeront ensemble un conseil qui s'occupera des
+moyens de perfectionner l'instruction, et proposera à la commission de
+gouvernement les mesures d'administration qu'il jugera nécessaires.
+
+6. Les appointemens des professeurs, le salaire des employés, dont
+l'état aura été arrêté par la commission de gouvernement, et les
+dépenses nécessaires pour l'entretien des divers établissemens, seront
+payés sur les fonds ci-devant affectés à l'entretien de l'université et
+de la chaire des langues orientales.
+
+7. Il sera affecté au jardin de botanique un terrain de trente arpens,
+que la commission de gouvernement désignera sans délai parmi les
+terrains les plus fertiles et les plus près de la ville.
+
+8. Il sera fait à l'hôpital de la ville de Malte des leçons d'anatomie,
+de médecine et d'accouchement, par les officiers qui y sont attachés.
+
+
+
+_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.)
+
+ART. 1. On affectera pour l'hôpital, des fonds des couvens ou dotations
+supprimées, jusqu'à la concurrence de 40,000 fr. de rentes. On prendra
+de préférence toutes les dotations qui existent déjà affectées aux
+hospices, quelques dénominations qu'elles aient.
+
+2. On affectera des biens nationaux pour 300,000 fr., pour les
+créanciers du grand-maître.
+
+3. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour subvenir aux
+besoins de la garnison et de la marine.
+
+Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)
+
+ART. 1er. L'évêque n'exercera d'autre justice qu'une police sur les
+ecclésiastiques; toutes procédures relatives au mariages seront du
+ressort de la justice civile et criminelle.
+
+Il est expressément défendu à l'évêque, aux ecclésiastiques et aux
+habitans de l'île, de rien recevoir pour l'administration des sacremens,
+le devoir de leur état étant de les administrer gratis. Ainsi les droits
+d'étole, et autres pareils, restent abolis.
+
+3. Aucun prince étranger ne pourra avoir d'influence ni dans
+l'administration de la religion, ni dans celle de la justice. Ainsi
+aucun ecclésiastique ni habitant ne pourra avoir recours au pape ni à
+aucun métropolitain.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 30 prairial (18 juin 1798).
+
+Au directoire exécutif.
+
+Je vous envoie, citoyens directeurs,
+
+1°. Un réglement pour la répression des délits à bord de l'escadre.
+
+2°. Copie d'une lettre écrite au citoyen Najac, pour les différens
+avancemens dans l'arsenal.
+
+Le citoyen Najac a mis autant d'activité que de zèle dans l'exécution
+de vos ordres pour l'expédition; c'est un homme de mérite, qui entend
+parfaitement sa besogne.
+
+3°. Un ordre pour la punition des matelots qui se seraient débarqués de
+dessus l'escadre.
+
+ (Cette lettre a été écrite a différentes reprises, tant à bord
+ De la flotte qu'à Malte. Nous la classons à sa dernière date.)
+
+Le 8 prairial (27 mai 1798).
+
+Nous sommes depuis deux jours en calme, à dix lieues au large du détroit
+de Bonifaccio.
+
+Le convoi de Corse vient de se réunir à nous; les troupes de ce convoi
+sont commandées par le général Vaubois. J'attends à chaque instant le
+convoi de Civita-Vecchia.
+
+Un brick anglais a été poursuivi par l'aviso _le Corcyre_, commandé par
+le citoyen Renould, et obligé de se jeter sur les côtes de Sardaigne,
+où il s'est brûlé. L'équipage de ce bâtiment nous parle toujours d'une
+escadre anglaise.
+
+Le convoi de l'escadre n'a encore eu aucune espèce d'avaries ni de
+maladies; tout continue à fort bien aller. Nos soldats travaillent
+nuit et jour, soit pour apprendre à grimper sur les mâtures, soit à
+l'exercice du canon.
+
+
+
+Le 9, à huit heures du soir.
+
+Le troisième bataillon de la soixante-dix-neuvième, auquel vous aviez
+depuis long-temps donné l'ordre de passer à Corfou, est encore à Ancône.
+J'écris a Brune pour qu'il ne perde pas un instant pour l'y faire
+passer. Il est bien essentiel que nos îles soient suffisamment gardées,
+surtout dans le premier moment.
+
+
+
+Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).
+
+Nous sommes arrivés le 21, à la pointe du jour, à la vue de l'île de
+Gozo. Le convoi de Civita-Vecchia y était arrivé depuis trois jours.
+
+Le 21 au soir, j'ai envoyé un de mes aides-de-camp pour demander au
+grand-maître la faculté de faire de l'eau dans différens mouillages de
+l'île. Le consul de la république à Malte vint me porter sa réponse, qui
+était un refus absolu, ne pouvant, disait-il, laisser entrer plus de
+deux bâtimens de transport à la fois: ce qui, calcul fait, aurait exigé
+plus de trois cents jours pour faire de l'eau.
+
+Le besoin de l'armée était urgent et me faisait un devoir d'employer la
+force pour m'en procurer.
+
+J'ordonnai à l'amiral Brueys de faire des préparatifs pour la descente.
+Il envoya le contre-amiral Blanquet avec son escadre et le convoi de
+Civita-Vecchia, pour l'effectuer dans la calle de Marsa-Siroco. Le
+convoi de Gênes débarqua à la calle Saint-Paul, celui de Marseille à
+l'île de Gozo.
+
+Le général de brigade Lannes, le chef de brigade Marmont, descendirent
+à la portée du canon de la place. Le général Desaix fit débarquer
+le général Belliard avec la vingt-unième. Il s'empara de toutes les
+batteries et de tous les forts qui défendaient la rade et le mouillage
+de Marsa-Siroco.
+
+Le 22, à la pointe du jour, nos troupes étaient à terre sur tous les
+points, malgré l'obstacle d'une canonnade vive, mais extrêmement mal
+exécutée.
+
+Le 22 au soir, la place était investie de tous les côtés, et le reste de
+l'île était soumis.
+
+Le général Reynier venait de s'emparer de l'île de Gozo; le général
+Baraguey-d'Hilliers de tout le midi de l'île de Malte, après avoir fait
+plusieurs chevaliers et deux cents hommes prisonniers. Le général Desaix
+était à une portée de pistolet du glacis de la Cottonère et du fort
+Riccazoli: il avait aussi fait plusieurs chevaliers prisonniers.
+
+Les malheureux habitans, effrayés au-delà de ce qu'on peut imaginer,
+s'étaient réfugiés dans la ville de Malte, qui se trouva par ce moyen
+suffisamment garnie de monde.
+
+Pendant toute la soirée du 22, la ville canonna avec la plus grande
+activité. Les assiégés voulurent faire une sortie; mais le chef de
+brigade Marmont, à la tête de la dix-neuvième, leur enleva le drapeau de
+l'ordre.
+
+Le 22, je commençai à faire débarquer l'artillerie. Nous avons peu de
+places en Europe aussi fortes et aussi soignées que celle de Malte. Je
+ne m'en tins pas aux seuls moyens militaires, et j'entamai différentes
+négociations: le résultat en a été heureux.
+
+Le grand-maître m'envoya demander, le 22 au matin, une suspension
+d'armes.
+
+J'ai envoyé mon aide-de-camp chef de brigade Junot au grand-maître,
+avec la faculté de signer une suspension d'armes, s'il consentait, pour
+préliminaires, à négocier de la reddition de la place.
+
+J'envoyai les citoyens Poussielgue et Dolomieu pour sonder les
+intentions du grand-maître.
+
+Le 22 à minuit, les chargés de pouvoir du grand-maître vinrent à bord
+de l'Orient, où ils conclurent dans la nuit la convention dont je vous
+envoie les articles.
+
+À la tête de la députation du grand-maître était le commandeur
+Bosredon-Ransigeat, chevalier de la ci-devant langue d'Auvergne, qui, du
+moment où il vit que l'on prenait les armes contre nous, a sur-le-champ
+écrit au grand-maître que son devoir, comme chevalier de Malte, était
+de faire la guerre aux Turcs, et non à sa patrie; qu'en conséquence
+il déclarait ne vouloir prendre aucune part à la mauvaise conduite de
+l'Ordre dans cette circonstance. Il fut sur-le-champ mis en prison, et
+il n'en sortit que pour être chargé de venir négocier.
+
+Hier, 24, nous sommes entrés dans la place, et nous avons pris
+possession de tous les forts. Aujourd'hui, à midi, l'escadre y est venue
+mouiller.
+
+Je suis extrêmement satisfait de la conduite de l'amiral Brueys, de
+l'harmonie et de l'ensemble qui régnent dans toute l'escadre. J'ai
+beaucoup à me louer du zèle et de l'activité du citoyen Gantheaume, chef
+de division de l'état-major de l'escadre.
+
+Le citoyen Motard, capitaine de frégate, a commandé les chaloupes de
+débarquement. C'est un jeune officier d'espérance.
+
+Nous avons trouvé à Malte deux vaisseaux de guerre, une frégate, quatre
+galères, douze cents pièces de canon, quinze cents milliers de poudre,
+quarante mille fusils, etc. On vous en enverra incessamment l'état.
+
+Je vous envoie copie des différens ordres que j'ai donnés pour
+l'établissement du gouvernement dans cette île.
+
+Je vous envoie la liste des Français résidant à Malte, dont la plupart
+chevaliers, qui, un mois avant notre arrivée, ont fait des dons pour la
+descente en Angleterre.
+
+Je vous prie d'accorder le grade de général de brigade au citoyen
+Marmont.
+
+
+
+Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).
+
+L'escadre commence à sortir du port; et, le 30, nous comptons être tous
+à la voile pour suivre notre destination.
+
+J'ai laissé, pour commander l'île, le général de division Vaubois; c'est
+lui qui a commandé le débarquement, et il s'est concilié les habitans de
+l'île par sa sagesse et sa douceur.
+
+Le grand-maître part demain pour se rendre à Trieste. Sur les six cent
+mille francs que nous lui avons accordés, il laisse ici trois cent mille
+francs pour payer ses dettes. Je ferai prévaloir ces trois cent mille
+francs sur les terres que nous avons appartenant à l'Ordre.
+
+Je lui ai donné cent mille francs comptant, et le payeur lui a remis
+quatre traites sur celui de Strasbourg, de cinquante mille francs
+chacune, faisant les deux cent mille francs. Je vous prie d'ordonner
+qu'elles soient acquittées.
+
+Toute l'argenterie d'ici, y compris le trésor de Saint-Jean, ne nous
+donnera pas un million. Je laisse cet argent pour subvenir aux dépenses
+de la garnison et à l'achèvement du vaisseau _le Saint-Jean_.
+
+Vous trouverez ci-joint les noms que j'ai donnés aux deux vaisseaux, à
+la frégate et aux galères que nous avons trouvés ici.
+
+Je vous envoie copie de plusieurs ordres que j'ai donnés. Je n'ai rien
+oublié de ce qui pouvait nous assurer cette île.
+
+Je vous prie d'y envoyer le reste de la septième demi-brigade
+d'infanterie légère, de la quatre-vingtième et de la vingt-troisième.
+Cette dernière est en Corse.
+
+Nous avons besoin ici d'un bon corps de troupes. Rien n'égale
+l'importance de cette place. Elle est soignée et dans le meilleur état;
+mais les fortifications sont très-étendues.
+
+Je vous prie de faire rejoindre tous les hommes de nos demi-brigades qui
+sont restés en arrière: cela se monte à plusieurs milliers. Malte aurait
+besoin aussi de quatre compagnies d'artillerie à pied.
+
+J'ai fait embarquer comme matelots tous les esclaves turcs qui étaient
+ici: ils nous seront utiles.
+
+Le nombre des chevaliers de Malte français se monte à trois cents. Une
+partie ayant plus de soixante ans pourra rester ici. J'emmène avec moi
+tout ce qui avait moins de trente ans. Le reste se rend à Antibes,
+afin que ceux qui n'ont pas porté les armes contre la France puissent
+rentrer, conformément à l'article 3 de la capitulation.
+
+Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).
+
+Du moment que le convoi de Civita-Vecchia nous a joints, j'ai été
+instruit que les ordres que vous aviez donnés pour arrêter les
+instigateurs des troubles de Rome n'avaient pas été exécutés, et que
+tous les officiers avaient donné leur parole d'honneur de ne pas
+souffrir leur arrestation; ce qui avait obligé le général Saint-Cyr à se
+relâcher de l'exécution de vos ordres. J'ai sur-le-champ fait
+arrêter quatre officiers du septième de hussards, et quatre de la
+soixante-unième, qui sont désignés par les chefs comme les principaux
+meneurs. Je les ai destitués et renvoyés en France, comme indignes de
+servir dans les troupes de la république. N'ayant pas le temps de faire
+faire leur procès, j'ordonne qu'on les tienne au fort Lamalgue, jusqu'à
+ce qu'on ait reçu vos ordres.
+
+
+
+Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).
+
+Je vous envoie l'original du traité que venait de conclure l'ordre de
+Malte avec la Russie. Il n'y avait que cinq jours qu'il était ratifié,
+et le courrier, qui est le même que celui que j'ai arrêté, il y a deux
+ans, à Ancône, n'était pas encore parti. Ainsi, sa majesté l'empereur de
+Russie nous doit des remercimens, puisque l'occupation de Malte épargne
+à son trésor quatre cent mille roubles. Nous avons mieux entendu que
+lui-même les intérêts de sa nation.
+
+Cependant, si son but avait été de préparer les voies pour s'établir
+dans le port de Malte, sa majesté aurait dû, ce me semble, faire les
+choses un peu plus en secret, et ne pas mettre ses projets tant à
+découvert. Mais enfin, quoi qu'il en soit, nous avons, dans le centre de
+la Méditerranée, la place la plus forte de l'Europe, et il en coûtera
+cher à ceux qui nous en délogeront.
+
+
+
+Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).
+
+Le général Baraguey-d'Hilliers vous porte le grand drapeau de l'Ordre et
+ceux de plusieurs des régimens de Malte.
+
+La santé de cet officier l'obligeait de retourner à Paris.
+
+Le général Baraguey-d'Hilliers s'est conduit toujours avec distinction à
+l'armée d'Italie, et s'est fort bien acquitté des différentes missions
+que je lui ai confiées.
+
+
+
+Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).
+
+Je vous envoie copie de nouveaux ordres pour l'organisation de l'île.
+Vous en trouverez, entre autres, un pour l'instruction publique.
+
+Je vous prie d'envoyer ici trois élèves de l'école polytechnique, qui
+pourront vous être désignés par le citoyen Guyton.
+
+Le premier montrera l'arithmétique et la géométrie descriptive; le
+second l'algèbre; le troisième la mécanique et la physique. Ils seront
+logés et bien payés.
+
+Vous trouverez aussi ci-joint plusieurs des meilleures vues de l'île de
+Malte.
+
+Je vous envoie une galère en argent. Cest le modèle de la première
+galère qu'a eue l'ordre de Rhodes: ainsi cela est curieux par son
+ancienneté.
+
+Je vous envoie un surtout de table venant de Chine. Il servait au
+grand-maître dans les grandes cérémonies; il est assez bien travaillé.
+
+
+
+Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Le général Vaubois fera déporter à Rome, sous quarante-huit
+heures, les consuls d'Angleterre et de Russie.
+
+2. Si ces deux consuls sont naturels du pays, la déportation sera d'une
+année, au bout de laquelle ils pourront rentrer, si la république
+française n'a pas a se plaindre d'eux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À bord de _l'Orient_, le 3 messidor an 6 (21 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1. Tout individu de l'armée qui aura pillé ou violé, sera fusillé.
+
+2. Tout individu de l'armée qui, de son chef, mettra des contributions
+sur les villes, villages, sur les individus, ou commettra des extorsions
+de quelque genre que ce soit, sera fusillé.
+
+3. Lorsque des individus d'une division auront commis du désordre dans
+une contrée, la division entière en sera responsable; si les coupables
+sont connus, le général de division les fera fusiller; s'ils sont
+inconnus, le général de division préviendra à l'ordre que l'on ait à
+lui faire connaître les coupables, et, s'ils restent inconnus, il sera
+retenu, sur le prêt de la division, la somme nécessaire pour indemniser
+les habitans de la perte qu'ils auront soufferte.
+
+4. Lorsque des individus d'un corps auront commis du désordre dans une
+contrée, le corps entier en sera responsable; si le chef a connaissance
+des coupables, il les dénoncera au général de division qui les fera
+fusiller; s'ils sont inconnus, le chef fera battre à l'ordre pour qu'on
+les lui fasse connaître; et s'ils continuent à être inconnus, il sera
+retenu sur le prêt du corps, la somme nécessaire pour indemniser les
+habitans de la perte qu'ils auront soufferte.
+
+5. Aucun individu de l'armée n'est autorisé à faire des réquisitions
+ni lever des contributions, que muni d'une instruction du commissaire
+ordonateur en chef, en conséquence d'un ordre du général en chef.
+
+6. Dans le cas d'urgence, comme il arrive souvent à la guerre, si le
+général en chef et le commissaire ordonnateur en chef se trouvaient
+éloignés d'une division, le général de division enverra sur-le-champ
+copie au général en chef de l'autorisation qu'il aura donnée, et le
+commissaire des guerres enverra une copie au commissaire ordonnateur en
+chef des objets qu'il aura requis.
+
+7. Il ne pourra être requis que des choses nécessaires aux soldats, aux
+hôpitaux, aux transports et à l'artillerie.
+
+8. Une fois la réquisition frappée, les objets requis doivent être remis
+aux agens des différentes administrations qui doivent en donner des
+reçus, et en recevoir de ceux à qui ils les distribueront, afin d'avoir
+leur comptabilité en matière, en règle. Ainsi, dans aucun cas, les
+officiers et soldats ne doivent recevoir directement des objets requis.
+
+9. Tout l'argent et matières d'or et d'argent provenant des
+réquisitions, des contributions et de tout autre événement, doit, sous
+douze heures, se trouver dans la caisse du payeur de la division, et
+dans le cas que celui-ci soit éloigné, il sera versé dans la caisse du
+quartier-maître du corps.
+
+10. Dans les places où il y aura un commandant, aucune réquisition ne
+pourra être faite sans qu'auparavant, le commissaire des guerres n'ait
+fait connaître au commandant de la place, en vertu de quel ordre cette
+réquisition est frappée; le commandant de la place devra sur-le-champ en
+instruire l'état-major général.
+
+11. Ceux qui contreviendraient aux articles 5, 6, 7, 8, 9 et 10, seront
+destitués et condamnés à deux années de fers.
+
+12. Le général en chef ordonne au général chef de l'état-major, aux
+généraux, au commissaire-ordonnateur en chef, de tenir la main à
+l'exécution du présent ordre, son intention n'étant pas que les fonds de
+l'armée deviennent le profit de quelques individus; ils doivent tourner
+à l'avantage de tous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À bord de _l'Orient_, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+Art. 1er. L'amiral aura la partie des ports et côtes des pays occupés
+par l'armée. Tous les réglemens qu'il fera, et ordres qu'il donnera,
+auront leur exécution.
+
+2. Les ports de Malte et d'Alexandrie seront organisés conformément aux
+réglemens que fera l'amiral, ainsi que ceux de Corfou et de Damiette.
+
+3. Le citoyen Leroy remplira les fonctions d'ordonnateur à Alexandrie;
+le citoyen Vavasseur, celles de directeur de l'artillerie.
+
+4. Les agens de l'administration des ports et rades des pays occupés par
+l'armée, correspondront avec l'ordonnateur Leroy de qui ils recevront
+directement des ordres.
+
+5. Toutes les munitions navales qui seront trouvées dans les pays
+conquis par l'armée, seront mises dans les magasins des ports.
+
+6. Les classes pour les matelots seront établies à Malte, en Egypte et
+dans les îles de la mer Ionienne.
+
+Tous les matelots ayant moins de trente ans, seront requis pour
+l'escadre.
+
+7. La marine n'aura aucun hôpital particulier; elle se servira des
+hôpitaux de l'armée de terre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À bord de _l'Orient_, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Il ne sera rien débarqué des bâtimens de transports et des
+convois que sur l'ordre de l'amiral, et en conséquence des réglemens
+qu'il fera.
+
+2. Les bâtimens seront réduits au frêt de 18 fr. le tonneau par mois,
+pour ceux de cent tonneaux, et de 16 f. pour ceux au-dessus.
+
+3. Les bâtimens hors de service, et qui ne seront pas jugés capables
+de retourner en Europe, seront évalués et dépecés pour le service de
+l'escadre.
+
+4. Il sera fait trois états des bâtimens du convoi.
+
+1°. De ceux au-dessus de cent tonneaux.
+
+2°. De ceux au-dessus de deux cents.
+
+3°. De ceux au-dessus.
+
+On spécifiera la nation dont ils sont.
+
+5. Tous les matelots français qui sont à bord des bâtimens du convoi,
+seront pris pour la flotte.
+
+Il sera pris des matelots égyptiens pour les convois.
+
+6. Tout bâtiment qui s'en retournera en Europe, ne pourra avoir que le
+nombre de matelots qui lui est nécessaire, de quelque nation qu'il soit.
+Le surplus sera mis à bord de l'escadre.
+
+7. Les bâtimens du convoi, les équipages sont sous les ordres de
+l'amiral. Il fera tous les réglemens qu'il jugera nécessaires pour le
+bien de l'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À bord de _l'Orient_, le 11 messidor an 6 (19 juin 1798).
+
+Bonaparte, général en chef.
+
+En conséquence de l'autorisation spéciale du Directoire exécutif, et
+voulant reconnaître les services du citoyen Mesnard, commissaire de la
+marine:
+
+Le nomme contrôleur de la marine pour prendre rang avec ceux des grands
+ports.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).
+
+PROCLAMATION.
+
+Soldats!
+
+Vous allez entreprendre une conquête dont les effets sur la civilisation
+et le commerce du monde sont incalculables. Vous porterez à l'Angleterre
+le coup le plus sûr et le plus sensible, en attendant que vous puissiez
+lui donner le coup de mort.
+
+Nous ferons quelques marches fatigantes; nous livrerons plusieurs
+combats; nous réussirons dans toutes nos entreprises; les destins sont
+pour nous. Les beys mameloucks, qui favorisent exclusivement le commerce
+anglais, qui ont couvert d'avanies nos négocians, et qui tyrannisent
+les malheureux habitans des bords du Nil, quelques jours après notre
+arrivée, n'existeront plus.
+
+Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans; leur
+premier article de foi est celui-ci: «il n'y a pas d'autre Dieu que
+Dieu, et Mahomet est son prophète». Ne les contredisez pas; agissez avec
+eux comme nous avons agi avec les juifs, avec les Italiens; ayez les
+égards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les
+rabbins et les évêques; ayez pour les cérémonies que prescrit l'alcoran,
+pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les couvens,
+pour les synagogues, pour la religion de Moïse et celle de Jésus-Christ.
+
+Les légions romaines protégeaient toutes les religions. Vous trouverez
+ici des usages différens de ceux de l'Europe: il faut vous y accoutumer.
+
+Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les femmes
+différemment que nous; mais, dans tous les pays, celui qui viole est un
+monstre.
+
+Le pillage n'enrichit qu'un petit nombre d'hommes; il nous déshonore; il
+détruit nos ressources; il nous rend ennemis des peuples qu'il est de
+notre intérêt d'avoir pour amis.
+
+La première ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre:
+nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter
+l'émulation des Français.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).
+
+Au pacha d'Egypte.
+
+Le directoire exécutif de la république française s'est adressé
+plusieurs fois a la sublime Porte pour demander le châtiment des beys
+d'Egypte, qui accablaient d'avanies les commerçans français.
+
+Mais la sublime Porte a déclaré que les beys, gens capricieux et avides,
+n'écoutaient pas les principes de la justice, et que non-seulement elle
+n'autorisait pas les outrages qu'ils faisaient à ses bons et anciens
+amis les Français, mais que même elle leur ôtait sa protection.
+
+La république française s'est décidée à envoyer une puissante armée
+pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte, ainsi qu'elle a été
+obligée de le faire plusieurs fois dans ce siècle, contre les beys de
+Tunis et d'Alger.
+
+Toi qui devrais être le maître des beys, et que cependant ils tiennent
+au Caire sans autorité et sans pouvoir, tu dois voir mon arrivée avec
+plaisir.
+
+Tu es sans doute déjà instruit que je ne viens point pour rien faire
+contre l'Alcoran, ni le sultan. Tu sais que la nation française est la
+seule et unique alliée que le sultan ait en Europe.
+
+Viens donc à ma rencontre, et maudis avec moi la race impie des beys.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).
+
+_Au commandant de la Caravelle._
+
+Les beys ont couvert nos commercans d'avanies; je viens en demander
+réparation.
+
+Je serai demain dans Alexandrie; vous ne devez avoir aucune inquiétude;
+vous appartenez à notre grand ami le sultan: conduisez-vous en
+conséquence; mais si vous commettez la moindre hostilité contre l'armée
+française, je vous traiterai en ennemi, et vous en serez cause, car cela
+est loin de mon intention et de mon coeur.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Alexandrie, le 13 messidor an 6 (1er juillet 1798).
+
+PROCLAMATION.
+
+Depuis trop long-temps les beys qui gouvernent l'Egypte insultent à la
+nation française, et couvrent ses négocians d'avanies: l'heure de leur
+châtiment est arrivée.
+
+Depuis trop long-temps ce ramassis d'esclaves achetés dans le Caucase et
+la Géorgie tyrannisent la plus belle partie du monde; mais Dieu, de qui
+dépend tout, a ordonné que leur empire finît.
+
+Peuples de l'Egypte, on vous dira que je viens pour détruire votre
+religion; ne le croyez pas: répondez que je viens vous restituer
+vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte, plus que les
+mameloucks, Dieu, son prophète, et le Koran.
+
+Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu: la sagesse, les
+talens et les vertus mettent seuls de la différence entre eux.
+
+Or, quelle sagesse, quels talens, quelles vertus distinguent les
+mameloucks, pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie
+aimable et douce?
+
+Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux mameloucks. Y a-t-il une
+belle esclave, un beau cheval, une belle maison? cela appartient aux
+mameloucks.
+
+Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que Dieu leur en a
+fait. Mais Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple; tous les
+Egyptiens sont appelés à gérer toutes les places: que les plus sages,
+les plus instruits, les plus vertueux gouvernent; et le peuple sera
+heureux.
+
+Il y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grands canaux,
+un grand commerce: qui a tout détruit, si ce n'est l'avarice, les
+injustices et la tyrannie des mameloucks?
+
+Qadhys, cheykhs, Imâms, thcorbâdjys, dites au peuple que nous sommes
+aussi de vrais Musulmans. N'est-ce pas nous qui avons détruit le pape,
+qui disait qu'il fallait faire la guerre aux Musulmans? N'est-ce pas
+nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, parce que ces insensés
+croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux Musulmans?
+N'est-ce pas nous qui avons été dans tous les temps les amis du
+grand-seigneur (que Dieu accomplisse ses desseins), et l'ennemi de ses
+ennemis? Les mameloucks au contraire ne sont-ils pas toujours révoltés
+contre l'autorité du grand-seigneur, qu'ils méconnaissent encore? Ils ne
+font que leurs caprices.
+
+Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils prospéreront dans leur
+fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront neutres! Ils auront le
+temps de nous connaître, et ils se rangeront avec nous.
+
+Mais malheur, trois fois malheur, à ceux qui s'armeront pour les
+mameloucks, et combattront contre nous: il n'y aura pas d'espérance pour
+eux; ils périront.
+
+ART. 1er. Tous les villages, situés dans un rayon de trois lieues
+des endroits où passera l'armée, enverront une députation au général
+commandant les troupes, pour le prévenir qu'ils sont dans l'obéissance,
+et qu'ils ont arboré le drapeau de l'armée (blanc, bleu et rouge.)
+
+2. Tous les villages qui prendraient les armes contre l'armée seront
+brûlés.
+
+3. Tous les villages qui se seront soumis à l'armée mettront, avec le
+pavillon du grand-seigneur notre ami, celui de l'armé.
+
+4. Les cheykhs feront mettre les scellés sur les biens, maisons,
+propriétés qui appartiennent aux mameloueks, et auront soin que rien ne
+soit détourné.
+
+5. Les cheykhs, les qadhys et les Imams, conserveront les fonctions
+de leurs places; chaque habitant restera chez lui et les prières
+continueront comme à l'ordinaire. Chacun remerciera Dieu de la
+destruction des mameloucks, et criera: gloire au sultan, gloire à
+l'armée française, son amie! malédiction aux mameloucks et bonheur au
+peuple d'Egypte!
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Alexandrie, le 25 messidor an 6 (3 juillet 1798).
+
+Dans la circonstance où se trouve l'armée, il est indispensable de
+prendre des dispositions telles que l'escadre puisse manoeuvrer selon
+les événemens qui peuvent survenir, et se trouver à l'abri des forces
+supérieures que pourraient avoir les Anglais dans ces mers; le général
+en chef ordonne, en conséquence, les dispositions suivantes:
+
+ART. 1er. L'amiral Brueys fera entrer, dans la journée de demain, son
+escadre dans le port vieux d'Alexandrie, si le temps le permet et s'il y
+a le fond nécessaire.
+
+2. S'il n'y avait pas dans ce port le fond nécessaire pour mouiller,
+il prendra des mesures telles, que dans la journée de demain, il ait
+débarqué l'artillerie et autres effets de terre, ainsi que tous les
+individus composant l'armée de terre, en gardant seulement cent hommes
+par vaisseau de guerre et quarante par frégate, ayant soin qu'il ne se
+trouve parmi les troupes ni grenadiers ni carabiniers.
+
+3. Il enverra à terre le citoyen Ganteaume, chef de l'état-major de
+l'escadre, pour présider et vérifier lui-même l'opération de la sonde du
+port, et, dans le cas où il n'y aurait pas le fond nécessaire pour que
+l'escadre puisse mouiller, pour accélérer le débarquement des individus
+et objets qui sont à bord de l'escadre. Mais, vu le peu de ressource
+qu'il y a dans ce port, l'amiral ne peut compter que sur les
+embarcations.
+
+4. _Le Dubois_ et _le Causse_ entreront dans le port.
+
+5. Le citoyen Perrée, chef de division, avec les deux galères, les
+bombardes et les différentes chaloupes canonnières et avisos se rendra
+dans le port d'Alexandrie; le général en chef lui fera passer des
+instructions pour seconder avec ses forces, les opérations de l'armée de
+terre.
+
+6. Le citoyen Leroy et le citoyen Vavasseur, avec les employés,
+officiers de la marine et tous les ouvriers que l'escadre pourra
+fournir, se rendront également à Alexandrie pour y former un
+établissement maritime.
+
+7. L'amiral fera, dans la journée de demain, connaître au général
+en chef, par un rapport, si l'escadre peut entrer dans le port
+d'Alexandrie, ou si elle peut se défendre, embossée dans la rade
+d'Aboukir, contre une escadre ennemie supérieure; et dans le cas où ni
+l'un ni l'autre ne pourraient s'exécuter, il devra partir pour Corfou,
+l'artillerie débarquée, laissant à Alexandrie _le Dubois_, _le Causse_,
+tous les effets nécessaires pour les armer en guerre; _la Diane_, _la
+Junon_, _l'Alceste_, _l'Arthémise_, toute la flottille légère, et toutes
+les frégates armées en flûte, avec ce qui est nécessaire, pour leur
+armement.
+
+8. Si l'ennemi paraissait avec des forces très-supérieures, dans le cas
+où l'amiral ne pût entrer, ni à Alexandrie, ni au Beckier, la flotte se
+retirerait également à Corfou où l'amiral prendrait toutes les mesures
+pour exécuter les dispositions de l'article septième.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART 1er. Tous les blés et autres comestibles et bois nécessaires à
+l'armée, qui se trouvent sur les bâtimens qui sont dans l'un ou l'autre
+port, seront sur-le-champ débarqués. L'inventaire en sera fait, et
+lesdits vivres seront achetés à des particuliers des nations qui ne
+seront pas ennemies de la France.
+
+2. Tous les bâtimens de guerre qui appartiendraient aux mameloucks ou à
+des nations ennemies de la France, seront confisqués.
+
+3. Le scellé sera mis sur toutes les maisons et autres propriétés des
+mameloucks.
+
+4. Toutes les marchandises qui sont à la Douane, appartenant aux
+mameloucks ou à des sujets des nations ennemies de la France, qui sont
+la Russie, l'Angleterre et le Portugal, seront confisquées.
+
+L'ordonnateur en chef nommera une commission de trois personnes
+spécialement chargées de faire les recherches, les inventaires, et
+même les évaluations. Elle remettra aux commissaires des guerres les
+différens objets à la disposition des diverses administrations.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Demain à midi, il se tiendra un conseil chez le général
+du génie, composé du commissaire-ordonnateur en chef, du général
+d'artillerie, du commandant de la place, du citoyen Dumanoir, commandant
+du port, et de l'ordonnateur Leroy: l'officier du génie, chargé du
+casernement, fera les fonctions de secrétaire.
+
+2. On établira dans ce conseil les emplacemens qui doivent être donnés
+pour les différens services.
+
+3. Pour l'artillerie: l'arsenal de construction, les magasins à poudre,
+le parc, le logement du personnel. Il faudrait que tout cela fût à peu
+près réuni dans un même endroit.
+
+4. Le logement du personnel: un petit atelier de construction et
+quelques magasins pour les outils.
+
+5. Pour le service de l'ordonnateur: différens magasins pour les vivres
+et autres parties de l'administration, au moins douze fours, des
+hôpitaux.
+
+6. Pour la place et le service des troupes: le logement des officiers de
+l'état-major, un cachot, deux prisons, une pour les gens du pays, une
+pour les militaires.
+
+Pour la marine: les lazarets, l'arsenal, le logement du personnel.
+
+8. On fera une organisation particulière pour les différentes parties.
+
+Pour le fort du Phare, pour le grand fort, pour le pharillon, pour le
+fort d'Aboukir, pour le Marabou.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART 1er. Tous les matelots turcs qui étaient esclaves à Malte et qui ont
+été mis en liberté, et qui sont de Syrie, des îles de l'Archipel ou du
+Bey de Tripoli, seront sur-le-champ mis en liberté.
+
+2. L'amiral les fera débarquer demain à Alexandrie, d'où l'état-major
+leur donnera des passeports pour se rendre chez eux, et des
+proclamations en arabe.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).
+
+_À l'ordonnateur Najac._
+
+Nous sommes arrivés, citoyen ordonnateur, à Alexandrie, après
+différentes opérations militaires. Nous avons déjà fait divers
+établissemens militaires. Nous sommes maîtres d'Alexandrie, de Rosette
+et de Damanhour, qui sont trois grandes villes éloignées de douze
+lieues.
+
+Nous avons bien besoin que le second convoi que vous préparez nous
+arrive promptement. Faites, je vous prie, imprimer un écrit dans nos
+différens ports de la Provence et du Languedoc, et même au consul de
+Gênes, pour engager tous les négocians à nous envoyer à Alexandrie des
+chargemens de vin et d'eau-de-vie qui seront payés, soit en marchés
+d'échange, soit en argent comptant. Les négocians ne doivent avoir
+désormais aucune inquiétude, puisque le port de Malte leur offre une
+retraite aussi sûre que commode.
+
+Notre premier soin a été d'établir ici un lazaret auquel nous avons
+donné la même organisation qu'à celui de Marseille. Ainsi, dès ce
+moment, il n'y a plus rien à craindre de la peste qui, heureusement dans
+ce moment-ci, n'existe plus ni à Alexandrie, ni à Rosette, ni dans aucun
+endroit de l'Égypte.
+
+Je vous recommande de nouveau de nous envoyer promptement tout ce qui
+est de la suite de l'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART 1er. Les noms de tous les hommes de l'armée française qui ont été
+tués a la prise d'Alexandrie, seront gravés sur la colonne de Pompée.
+
+2. Ils seront enterrés au pied de la colonne. Les citoyens Costas et
+Dutertre feront un plan qu'ils me présenteront pour l'exécution du
+présent ordre.
+
+3. Cela sera mis à l'ordre de l'armée.
+
+4. L'état-major remettra à cette commission l'état des noms des hommes
+tués à la prise d'Alexandrie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).
+
+_Au citoyen Ferrée._
+
+Vous ferez partir de suite tous les bâtimens de votre flottille qui ne
+tirent que quatre ou cinq pieds d'eau. Vous en donnerez le commandement
+à l'officier qui aura votre confiance. Il se rendra à Aboukir; il
+mettra embargo sur tous les bâtimens qui pourraient s'y trouver. Il
+correspondra avec le commandant du fort, pour savoir si la division
+Dugua est passée, et se mettra sur-le-champ en marche pour arriver au
+bord du Nil par la Barre, et se portera à Rosette.
+
+Un de ces bâtimens fera sonder l'embouchure, et y restera pour la
+désigner aux bâtimens qui arriveront après.
+
+Les bâtimens arrivés de Rosette seront à la disposition du général
+Dugua.
+
+Vous partirez le plus tôt possible avec le reste de votre flottille.
+Vous laisserez deux avisos ici, à la disposition du général Dumanoir.
+
+Quand vous serez à l'embouchure du Nil, vous ferez entrer tous les
+bâtimens que vous pourrez, en vous servant de tous les moyens que vous
+suggéreront vos connaissances et votre expérience.
+
+Vous laisserez cependant deux de vos plus grands bâtimens en dehors,
+que vous enverrez croiser au canal de Damiette, avec ordre d'amener à
+l'escadre, mouillée au Beckier, tous les bâtimens qui voudraient sortir
+du Nil. Vous leur recommanderez de respecter les pêcheurs et les
+djermes, de leur faire beaucoup d'honnêtetés, et leur donner des
+proclamations dont je vous envoie ci-joint une trentaine d'exemplaires.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Alexandrie, le 18 messidor an 6 (6 juillet 1798)
+
+_Au directoire exécutif._
+
+L'armée est partie de Malte le 1er messidor, et est arrivée le 13, à la
+pointe du jour devant Alexandrie. Une escadre anglaise que l'on dit être
+très-forte, s'y était présentée trois jours avant et avait remis un
+paquet pour les Indes.
+
+Le vent était grand frais, et la mer très-houleuse. Cependant je crus
+devoir débarquer de suite; la journée se passa à faire les préparatifs
+du débarquement. Le général Menou, à la tête de sa division, débarqua le
+premier près du Marabou, à une lieue et demie d'Alexandrie.
+
+Je débarquai avec le général Kléber, et une autre partie des troupes, à
+onze heures du soir. Nous nous mîmes sur-le-champ en marche pour nous
+porter sur Alexandrie; nous aperçûmes à la pointe du jour la colonne de
+Pompée. Un corps de mameloucks et arabes commençait à escarmoucher avec
+nos avant-postes; mais nous nous portâmes rapidement, la division du
+général Bon à la droite, celle du général Kléber au centre, et celle
+du général Menou à la gauche, sur les différens points d'Alexandrie.
+L'enceinte de la ville des Arabes était garnie de monde; le général
+Kléber partit de la colonne de Pompée, pour escalader la muraille; dans
+le temps que le général Bon forçait la porte de Rosette, le général
+Menou bloquait le château triangulaire avec une partie de sa division,
+se portait avec le reste sur une autre partie de l'enceinte, et la
+forçait. Il entra le premier dans la place; il y reçut six blessures
+dont heureusement aucune n'est dangereuse.
+
+Le général Kléber, au pied de la muraille, désignait l'endroit où il
+voulait que ses grenadiers montassent; mais il reçut une balle au front
+qui le jeta par terre; sa blessure, quoique très-grave, n'est pas
+mortelle; les grenadiers de sa division en doublèrent de courage et
+entrèrent dans la place. La quatrième demi-brigade, commandée par le
+général Marmont, enfonça à coups de hache la porte de Rosette, et toute
+la division du général Bon entra dans l'enceinte des Arabes.
+
+Le citoyen Mars, chef de brigade en second de la trente-deuxième, a été
+tué, et l'adjudant général l'Escalle dangereusement blessé.
+
+Maîtres de l'enceinte des Arabes, les ennemis se réfugièrent dans le
+fort triangulaire, dans le Phare et dans la nouvelle ville. Chaque
+maison était pour eux une citadelle; mais avant la fin de la journée la
+ville fut calme, les deux châteaux capitulèrent, et nous nous
+trouvâmes entièrement maîtres de la ville, des forts et des deux ports
+d'Alexandrie.
+
+Pendant ce temps-là les Arabes du désert étant accourus par pelotons de
+30 à 50 hommes, inondaient nos derrières et tombaient sur nos traînards.
+Ils n'ont cessé de nous harceler pendant deux jours; mais hier je suis
+parvenu à conclure avec eux un traité, non-seulement d'amitié, mais même
+d'alliance: treize des principaux chefs sont venus hier chez moi; je
+m'assis au milieu d'eux et nous eûmes une très-longue conversation.
+Après être convenus de nos articles, nous nous sommes réunis autour
+d'une table et nous avons voué au feu de l'enfer celui de moi ou d'eux
+qui violerait nos conventions, consistantes:
+
+Eux à ne plus harceler nos derrières, à me donner tous les secours qui
+dépendraient d'eux, et à me fournir le nombre d'hommes que je leur
+demanderais pour marcher contre les mameloucks.
+
+Moi à leur restituer, quand je serai maître de l'Égypte, les terres qui
+leur avaient appartenu jadis.
+
+Les prières se font, dans les Mosquées, comme à l'ordinaire, et ma
+maison est toujours pleine des imans ou cadis, des scheicks, des
+principaux du pays, des muphtis ou chefs de la religion.
+
+Cette nation-ci n'est rien moins que ce que l'ont peinte les voyageurs
+et les faiseurs de relations, elle est calme, fière et brave.
+
+Le port vieux d'Alexandrie peut contenir une escadre aussi nombreuse
+qu'elle soit; mais il y a un point de la passe où il n'y a que cinq
+brasses d'eau, ce qui fait penser aux marins qu'il n'est pas possible
+que les vaisseaux de 74 y entrent.
+
+Cette circonstance contrarie singulièrement mes projets; les vaisseaux
+de construction Vénitienne pourront y entrer, et déjà _le Dubois_ et _le
+Causse_ y sont.
+
+L'escadre sera aujourd'hui à Aboukir, pour achever de débarquer
+l'artillerie qu'elle a à nous.
+
+La division du général Desaix est arrivée à Damanhour après avoir
+traversé quatorze lieues dans un désert aride, où elle a été bien
+fatiguée; celle du général Reynier doit y arriver ce soir.
+
+La division du général Dugua est à Rosette; le chef de division Ferrée
+commande notre flottille légère, et va chercher à faire remonter le Nil
+par une partie de ses bâtimens.
+
+Je vous demande le grade de contre-amiral pour le citoyen Gantheaume,
+chef de l'état-major de l'escadre, officier du plus grand mérite, aussi
+distingué par son zèle que par son expérience et ses connaissances.
+
+J'ai nommé le citoyen Leroi, ordonnateur de la marine à Alexandrie.
+
+J'ai fait dans l'armée différens avancemens dont je vous enverrai l'état
+dès que l'armée aura pris un peu d'assiette.
+
+Nous avons eu à la prise d'Alexandrie trente ou quarante hommes tués, et
+quatre-vingts à cent blessés.
+
+Je vous demande le grade de chef d'escadron pour le citoyen Sulkowski,
+qui est un officier du plus grand mérite, et qui a été deux fois culbuté
+de la brèche.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Alexandrie, le 18 messidor an 6 (8 juillet 1798).
+
+_Au chargé d'affaires à Constantinople._
+
+Je vous envoie une dépêche que je vous ai écrite à bord de _l'Orient_.
+
+L'armée est arrivée: elle a débarqué près d'Alexandrie et s'est emparée
+de cette ville après quelques fusillades.
+
+Nous sommes en pleine marche sur le Caire.
+
+Vous devez convaincre la Porte de notre ferme résolution de continuer à
+vivre en bonne intelligence avec elle.
+
+Un ambassadeur vient d'être nommé pour s'y rendre, et il ne tardera pas
+à y arriver.
+
+Je désire que vous répondiez le plus tôt possible à ces différentes
+lettres et que vous m'en accusiez la réception.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).
+
+_Au pacha d'Égypte._
+
+Je suis très-fâché de la violence que vous a faite Ibrahim, en vous
+forçant à quitter le Caire pour le suivre. Si vous en êtes le maître,
+revenez dans cette ville; vous y jouirez de la considération et du rang
+dus au représentant de notre ami le sultan.
+
+Je vous ai écrit d'Alexandrie la lettre ci-jointe (en date du ...), et
+j'ai chargé le commandant de la caravelle de vous la faire remettre, et
+je suis assuré que vous ne l'avez pas reçue. Par la Grâce de Dieu, de
+qui tout dépend, les mameloucks ont été détruits. Soyez assuré que les
+mêmes armes que nous avons rendues victorieuses, seront toujours à la
+disposition du sultan. Que le ciel comble ses désirs contre ses ennemis!
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).
+
+_Aux scheicks et notables du Caire._
+
+Vous verrez, par la proclamation ci-jointe, les sentimens qui m'animent.
+
+Hier, les mameloucks ont été pour la plupart tués ou faits prisonniers,
+et je suis à la poursuite du peu qui reste encore.
+
+Faites passer de mon côté les bateaux qui sont sur votre rive,
+envoyez-moi une députation pour faire connaître votre soumission.
+
+Faites préparer du pain, de la viande, de la paille et de l'orge pour
+mon armée, et soyez sans inquiétude, car personne ne désire plus
+contribuer à votre bonheur que moi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).
+
+_Proclamation jointe à la précédente._
+
+Peuple du Caire, je suis content de votre conduite: vous avez bien fait
+de ne pas prendre parti contre moi; je suis venu pour détruire la race
+des mameloucks, protéger le commerce et les naturels du pays. Que tous
+ceux qui ont peur se tranquillisent; que ceux qui se sont éloignés
+rentrent dans leurs maisons; que la prière ait lieu comme à l'ordinaire,
+comme je veux qu'elle continue toujours. Ne craignez rien pour vos
+familles, vos maisons, vos propriétés, et surtout pour la religion du
+prophète, que j'aime. Comme il est urgent qu'il y ait des hommes chargés
+de la police, afin que la tranquillité ne soit pas troublée, il y aura
+un divan composé de sept personnes qui se réuniront à la mosquée de Ver.
+Il y en aura toujours deux près du commandant de la place, et quatre
+seront occupées à maintenir la tranquillité publique et à veiller à la
+police.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).
+
+_Au général Desaix._
+
+L'état-major a dû vous donner l'ordre, citoyen général, de vous porter
+avec votre division à deux lieues en avant de Giza, en suivant les bords
+du Nil. Vous emploierez la journée de demain, 6 thermidor, à choisir un
+emplacement qui ne soit pas, lors de la crue du Nil, inondé, et qui,
+cependant, soit près du Nil.
+
+Mon intention est que ce point soit retranché par trois redoutes formant
+le triangle, et se flanquant entre elles.
+
+Chacune de ces redoutes devra pouvoir être défendue par quatre-vingt-dix
+hommes, deux canonniers, et deux petites pièces de canon.
+
+Lorsque ces redoutes seront achevées, elles seront réunies entre elles
+par trois bons fossés, qui formeront les courtines, et de manière à ce
+que ce triangle puisse contenir toute votre division et lui servir de
+camp retranché.
+
+Le général du génie a ordre d'envoyer un officier supérieur du génie
+pour tracer ces ouvrages, et vous laisserez un officier du génie de
+votre division et tous vos sapeurs, et vous prendrez même à la journée
+le plus de paysans que vous pourrez pour pousser vivement la confection
+desdits travaux.
+
+Le général d'artillerie a ordre d'y envoyer six pièces de canon pour les
+trois redoutes, et deux pièces de 24 pour faire une batterie qui domine
+la navigation du Nil.
+
+Vous donnerez l'ordre au général Belliard d'envoyer des espions, et de
+pousser souvent des reconnaissances au loin pour connaître ce que font
+les mameloucks, et d'envoyer des lettres jusqu'à cinq et six lieues en
+remontant le Nil, en répandant des proclamations, et en exigeant que les
+villages envoient des députés pour prêter le serment d'obéissance.
+
+Le 8 à la pointe du jour, si toutes ces opérations sont finies, vous
+vous en retournerez avec le reste de votre division à Giza, où vous
+recevrez de nouveaux ordres.
+
+Vous ferez connaître au général Belliard que, dès l'instant que les
+trois redoutes seront susceptibles de quelque défense, et qu'il croira
+suffisant d'y laisser un bataillon, il vous en fera part et je lui
+enverrai l'ordre de rejoindre sa division.
+
+Vous ordonnerez à l'autre officier du génie de votre division de faire
+un croquis à la main de tout le pays, depuis Giza jusqu'à la position
+que vous choisirez, et aux Pyramides, où est l'avant-garde du général
+Dugua. Il aura soin de bien placer les villages, et de spécifier
+particulièrement ceux qui sont habités par les Arabes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).
+
+_Au pacha du Caire._
+
+L'intention de la république française en occupant l'Égypte a été d'en
+chasser les mameloucks, qui étaient à la fois rebelles à la Porte et
+ennemis du gouvernement français.
+
+Aujourd'hui qu'elle s'en trouve maîtresse par la victoire signalée
+que son armée a remportée, son intention est de conserver au pacha du
+grand-seigneur ses revenus et son existence.
+
+Je vous prie donc d'assurer la Porte qu'elle n'éprouvera aucune espèce
+de perte, et que je veillerai à ce qu'elle continue à percevoir le même
+tribut qui lui était ci-devant payé.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).
+
+_Au général du génie._
+
+Vous voudrez bien, citoyen général, envoyer un officier supérieur du
+génie avec l'avant-garde de la division du général Dugua, qui part
+demain pour se rendre aux Pyramides, et un autre avec la division du
+général Desaix, qui part ce soir pour prendre position à deux lieues, en
+remontant le Nil.
+
+Ils seront chargés de tracer des ouvrages dans la position qu'occupe le
+général Desaix, trois redoutes ou bastions retranchés se flanquant entre
+eux, et capables d'être défendus chacun par quatre-vingt-dix hommes,
+deux pièces de canon et dix canonniers.
+
+Ces trois redoutes se lieront par un grand fossé, ce qui formera un
+retranchement, dans lequel la division du général Desaix devra pouvoir
+se camper.
+
+Le profil de ces redoutes doit être respectable, elles doivent surtout
+avoir un fossé très-profond, et sur toutes les parties les plus faibles,
+vous pouvez ordonner que l'on fasse une grande quantité de trous de
+loup.
+
+L'officier du génie qui ira aux Pyramides devra tracer un fort à étoile,
+ou redoute brisée, capable de contenir deux cent cinquante à trois cents
+hommes, et pouvant être défendue par cent hommes et deux pièces de
+canon: le but de cette redoute est de contenir les Arabes.
+
+L'un et l'autre de ces deux ouvrages doivent être à l'abri de
+l'inondation du Nil. Celui que vous ferez établir à la position du
+général Desaix, aura une batterie de deux pièces de 24, qui doivent être
+placées de manière à être maître de la navigation du Nil.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).
+
+_Au général Dugua._
+
+Vous voudrez bien, général, faire partir demain, à la pointe du jour,
+votre avant-garde avec une pièce de 3 et trente hommes à cheval, le tout
+commandé par le général Verdier; elle se rendra aux Pyramides. Il fera
+connaître par une circulaire à tous les Arabes qui sont établis dans
+les environs, qu'ils seront responsables si les Arabes continuent à
+assassiner les Français et à nous faire la guerre; que je leur donne
+quarante-huit heures pour prévenir leurs compatriotes desdites
+dispositions: après quoi, si l'on continue, je sévirai contre eux.
+
+Vous enverrez également avec cette avant-garde tous vos sapeurs et un
+officier du génie.
+
+Le général du génie a ordre d'y envoyer un officier supérieur de cette
+arme, lequel se concertera avec le général Verdier pour y tracer une
+redoute à étoile capable de contenir cent hommes et deux pièces de
+canon, et de la mettre à l'abri de toute attaque de la part des Arabes.
+Vous ordonnerez au général Verdier de fournir des sapeurs travailleurs
+de la demi-brigade pour aider les sapeurs, et de prendre des paysans
+pour travailler.
+
+Dès l'instant que cette redoute sera achevée, le général Verdier m'en
+préviendra, et je lui donnerai l'ordre de rejoindre sa division.
+
+Le général d'artillerie a ordre de fournir deux pièces de canon pour
+ladite redoute.
+
+Vous ordonnerez à cette division de nettoyer demain ses armes, pour
+pouvoir après demain occuper la position qui lui sera désignée de
+l'autre côté du Nil.
+
+Cherchez à vous procurer le plus de bateaux que vous pourrez, afin de
+passer promptement. J'ai ordonné qu'on vous en envoyât du Caire le plus
+que l'on pourra.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 6 thermidor an 6 (24 juillet 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le 19 messidor, l'armée partit d'Alexandrie. Elle arriva à Damanhour le
+20, souffrant beaucoup à travers ce désert de l'excessive chaleur et du
+manque d'eau.
+
+_Combat de Rahmanieh._
+
+Le 22 nous rencontrâmes le Nil à Rahmanieh, et nous nous rejoignîmes
+avec la division du général Dugua, qui était venue par Rosette en
+faisant plusieurs marches forcées.
+
+La division du général Desaix fut attaquée par un corps de sept à huit
+cents mameloucks, qui après une canonnade assez vive, et la perte de
+quelques hommes, se retirèrent.
+
+_Bataille de Chebrheis._
+
+Cependant j'appris que Mourad-Bey, à la tête de son armée composée
+d'une grande quantité de cavalerie, ayant huit ou dix grosses chaloupes
+canonnières, et plusieurs batteries sur le Nil, nous attendait au
+village de Chebrheis. Le 24 au soir, nous nous mîmes en marche pour
+nous en approcher. Le 25, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en
+présence.
+
+Nous n'avions que deux cents hommes de cavalerie éclopés et harassés
+encore de la traversée; les mameloucks avaient un magnifique corps de
+cavalerie, couvert d'or et d'argent, armés des meilleures carabines
+et pistolets de Londres, des meilleurs sabres de l'Orient, et montés
+peut-être sur les meilleurs chevaux du continent.
+
+L'armée était rangée, chaque division formant un bataillon carré,
+ayant les bagages au centre et l'artillerie dans les intervalles des
+bataillons. Les bataillons rangés, les deuxième et quatrième divisions
+derrière les première et troisième. Les cinq divisions de l'armée
+étaient placées en échelons, se flanquant entre elles, et flanquées par
+deux villages que nous occupions.
+
+Le citoyen Perrée, chef de division de la marine, avec trois chaloupes
+canonnières, un chébec et une demi-galère, se porta pour attaquer la
+flottille ennemie. Le combat fut extrêmement opiniâtre. Il se tira de
+part et d'autre plus de quinze cents coups de canon. Le chef de division
+Perrée a été blessé au bras d'un coup de canon, et, par ses bonnes
+dispositions et son intrépidité, est parvenu à reprendre trois chaloupes
+canonnières, et la demi-galère, que les mameloucks avaient prises, et
+à mettre le feu à leur amiral. Les citoyens Monge et Berthollet, qui
+étaient sur le chébec, ont montré dans des momens difficiles beaucoup
+de courage. Le général Andréossy, qui commandait les troupes de
+débarquement, s'est parfaitement conduit.
+
+La cavalerie des mameloucks inonda bientôt toute la plaine, déborda
+toutes nos ailes, et chercha de tous côtés sur nos flancs et nos
+derrières le point faible pour pénétrer; mais partout elle trouva que la
+ligne était également formidable, et lui opposait un double feu de flanc
+et de front. Ils essayèrent plusieurs fois de charger, mais sans s'y
+déterminer. Quelques braves vinrent escarmoucher; ils furent reçus par
+des feux de pelotons de carabiniers placés en avant des intervalles
+des bataillons. Enfin, après être restés une partie de la journée à
+demi-portée de canon, ils opérèrent leur retraite, et disparurent. On
+peut évaluer leur perte à trois cents hommes tués ou blessés.
+
+Nous avons marché pendant huit jours, privés de tout, et dans un des
+climats les plus brûlans du monde.
+
+Le 2 thermidor au matin, nous aperçûmes les pyramides.
+
+Le 2 au soir, nous nous trouvions à six lieues du Caire; et j'appris que
+les vingt-trois beys, avec toutes leurs forces, s'étaient retranchés à
+Embabeh, qu'ils avaient garni leurs retranchemens de plus de soixante
+pièces de canon.
+
+_Bataille des Pyramides._
+
+Le 3, à la pointe du jour, nous rencontrâmes les avant-gardes, que nous
+repoussâmes de village en village.
+
+À deux heures après midi, nous nous trouvâmes en présence des
+retranchemens et de l'armée ennemie.
+
+J'ordonnai aux divisions des généraux Desaix et Reynier de prendre
+position sur la droite entre Djyzeh et Embabeh, de manière à couper à
+l'ennemi la communication de la Haute-Égypte, qui était sa retraite
+naturelle. L'armée était rangée de la même manière qu'à la bataille de
+Chebrheis.
+
+Dès l'instant que Mourad Bey s'aperçut du mouvement du général Desaix,
+il se résolut à le charger, et il envoya un de ses beys les plus braves
+avec un corps d'élite qui, avec la rapidité de l'éclair, chargea les
+deux divisions. On le laissa approcher jusqu'à cinquante pas, et on
+l'accueillit par une grêle de balles et de mitraille, qui en fit
+tomber un grand nombre sur le champ de bataille. Ils se jetèrent dans
+l'intervalle que formaient les deux divisions, où ils furent reçus par
+un double feu qui acheva leur défaite.
+
+Je saisis l'instant, et j'ordonnai à la division du général Bon, qui
+était sur le Nil, de se porter à l'attaque des retranchemens, et au
+général Vial, qui commande la division du général Menou, de se porter
+entre le corps qui venait de le charger et les retranchemens, de manière
+à remplir le triple but,
+
+D'empêcher le corps d'y rentrer;
+
+De couper la retraite à celui qui les occupait;
+
+Et enfin, s'il était nécessaire, d'attaquer ces retranchemens par la
+gauche.
+
+Dès l'instant que les généraux Vial et Bon furent à portée, ils
+ordonnèrent aux premières et troisièmes divisions de chaque bataillon de
+se ranger en colonnes d'attaque, tandis que les deuxièmes et quatrièmes
+conservaient leur même position, formant toujours le bataillon carré,
+qui ne se trouvait plus que sur trois de hauteur, et s'avançait pour
+soutenir les colonnes d'attaque.
+
+Les colonnes d'attaque du général Bon, commandées par le brave général
+Rampon, se jetèrent sur les retranchemens avec leur impétuosité
+ordinaire, malgré le feu d'une assez grande quantité d'artillerie,
+lorsque les mameloucks firent une charge. Ils sortirent des
+retranchemens au grand galop. Nos colonnes eurent le temps de faire
+halte, de faire front de tous côtés, et de les recevoir la baïonnette au
+bout du fusil, et par une grêle de balles. À l'instant même le champ
+de bataille en fut jonché. Nos troupes eurent bientôt enlevé les
+retranchemens. Les mameloucks en fuite se précipitèrent aussitôt en
+foule sur leur gauche. Mais un bataillon de carabiniers, sous le feu
+duquel ils furent obligés de passer à cinq pas, en fît une boucherie
+effroyable. Un très-grand nombre se jeta dans le Nil, et s'y noya.
+
+Plus de quatre cents chameaux chargés de bagages, cinquante pièces
+d'artillerie, sont tombés en notre pouvoir. J'évalue la perte des
+mameloucks à deux mille hommes de cavalerie d'élite. Une grande partie
+des beys a été blessée ou tuée. Mourad Bey a été blessé à la joue. Notre
+perte se monte à vingt ou trente hommes tués et à cent vingt blessés.
+Dans la nuit même, la ville du Caire a été évacuée. Toutes leurs
+chaloupes canonnières, corvettes, bricks, et même une frégate, ont été
+brûlées, et le 4, nos troupes sont entrées au Caire. Pendant la nuit,
+la populace a brûlé les maisons des beys, et commis plusieurs excès.
+Le Caire, qui a plus de trois cent mille habitans, a la plus vilaine
+populace du monde.
+
+Après le grand nombre de combats et de batailles que les troupes que je
+commande ont livrés contre des forces supérieures, je ne m'aviserais
+point de louer leur contenance et leur sang-froid dans cette occasion,
+si véritablement ce genre tout nouveau n'avait exigé de leur part une
+patience qui contraste avec l'impétuosité française. S'ils se fussent
+livrés à leur ardeur, ils n'auraient point eu la victoire, qui ne
+pouvait s'obtenir que par un grand sang-froid et une grande patience.
+
+La cavalerie des mameloucks a montré une grande bravoure. Ils
+défendaient leur fortune, et il n'y a pas un d'eux sur lequel nos
+soldats n'aient trouvé trois, quatre, et cinq cents louis d'or.
+
+Tout le luxe de ces gens-ci était dans leurs chevaux et leur armement.
+Leurs maisons sont pitoyables. Il est difficile de voir une terre plus
+fertile et un peuple plus misérable, plus ignorant et plus abruti. Ils
+préfèrent un bouton de nos soldats à un écu de six francs; dans les
+villages ils ne connaissent pas même une paire de ciseaux. Leurs maisons
+sont d'un peu de boue. Ils n'ont pour tout meuble qu'une natte de paille
+et deux ou trois pots de terre. Ils mangent et consomment en général
+fort peu de chose. Ils ne connaissent point l'usage des moulins, de
+sorte que nous avons bivouaqué sur des tas immenses de blé, sans
+pouvoir avoir de farine. Nous ne nous nourrissions que de légumes et de
+bestiaux. Le peu de grains qu'ils convertissent en farine, ils le fout
+avec des pierres; et, dans quelques gros villages, il y a des moulins
+que font tourner des boeufs.
+
+Nous avons été continuellement harcelés par des nuées d'Arabes, qui
+sont les plus grands voleurs et les plus grands scélérats de la terre,
+assassinant les Turcs comme les Français, tout ce qui leur tombe
+dans les mains. Le général de brigade Muireur et plusieurs autres
+aides-de-camp et officiers de l'état-major ont été assassinés par ces
+misérables. Embusqués derrière des dignes et dans des fossés, sur leurs
+excellens petits chevaux, malheur à celui qui s'éloigne à cent pas des
+colonnes. Le général Muireur, malgré les représentations de la grande
+garde, seul, par une fatalité que j'ai souvent remarqué accompagner
+ceux qui sont arrivés à leur dernière heure, a voulu se porter sur un
+monticule à deux cents pas du camp; derrière étaient trois bédouins qui
+l'ont assassiné. La république fait une perte réelle: c'était un des
+généraux les plus braves que je connusse.
+
+La république ne peut pas avoir une colonie plus à sa portée et d'un sol
+plus riche que l'Égypte. Le climat est très-sain, parce que les nuits
+sont fraîches. Malgré quinze jours de marche, de fatigues de toute
+espèce, la privation du vin, et même de tout ce qui peut alléger la
+fatigue, nous n'avons point de malades. Le soldat a trouvé une grande
+ressource dans les pastèques, espèce de melons d'eau qui sont en
+très-grande quantité.
+
+L'artillerie s'est spécialement distinguée. Je vous demande le grade de
+général de division pour le général de brigade Dommartin. J'ai promu au
+grade de général de brigade le chef de brigade Destaing, commandant la
+quatrième demi-brigade; le général Zayonschek s'est fort bien conduit
+dans plusieurs missions importantes que je lui ai confiées.
+
+L'ordonnateur Sucy s'était embarqué sur notre flotille du Nil, pour être
+plus à portée de nous faire passer des vivres du Delta. Voyant que je
+redoublais de marche, et désirant être à mes côtés lors de la bataille,
+il se jeta dans une chaloupe canonnière, et, malgré les périls qu'il
+avait à courir, il se sépara de la flottille. Sa chaloupe échoua; il
+fut assailli par une grande quantité d'ennemis. Il montra le plus
+grand courage; blessé très-dangereusement au bras, il parvint, par son
+exemple, à ranimer l'équipage, et à tirer la chaloupe du mauvais pas où
+elle s'était engagée.
+
+Nous sommes sans aucune nouvelle de France depuis notre départ.
+
+Je vous enverrai incessamment un officier avec tous les renseignemens
+sur la situation économique, morale et politique de ce pays-ci.
+
+Je vous ferai connaître également, dans le plus grand détail, tous ceux
+qui se sont distingués, et les avancemens que j'ai faits.
+
+Je vous prie d'accorder le grade de contre-amiral au citoyen Perrée,
+chef de division, un des officiers de marine les plus distingués par son
+intrépidité.
+
+Je vous prie de faire payer une gratification de 1,200 fr. à la femme
+du citoyen Larrey, chirurgien en chef de l'armée. Il nous a rendu, au
+milieu du désert, les plus grands services par son activité et son zèle.
+C'est l'officier de santé que je connaisse le plus fait pour être à la
+tête des ambulances d'une armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 7 thermidor an 6 (25 juillet 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Le Caire sera gouverné par un divan composé de neuf personnes,
+savoir: le scheick El-Sadat, le scheick El-Cherkaouï, le scheick
+El-Sahoni, le scheik El-Bekri, le scheick El-Fayoumiy, le scheick
+Chiarichi, le scheick Mussa-Lirssi, le scheick Nakib-el-Aschraf
+Seid-Omar, le scheick Mohamed-el-Emir. Ils se rendront ce soir à cinq
+heures dans la maison de ...; ils composeront le divan, et nommeront un
+d'entre eux pour président; ils choisiront un secrétaire pris hors de
+leur sein, et deux secrétaires interprètes, sachant le français et
+l'arabe.
+
+Ils nommeront deux agas pour la police, une commission de trois pour
+surveiller les marchés et la propreté de la ville, et une autre
+également de trois, qui sera chargée de faire enterrer les morts qui se
+trouveraient au Caire, ou à deux lieues aux environs.
+
+2. Le divan sera assemblé tous les jours à midi, et il y aura
+perpétuellement trois membres qui seront en permanence.
+
+3. Il y aura à la porte du divan une garde française et une garde
+turque.
+
+4. Le général Berthier et le commandant de la place se rendront le soir
+au divan, à cinq heures, pour les installer et leur faire prêter le
+serment de ne rien faire contre les intérêts de l'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+_Noms des familles les plus anciennes._
+
+La maison des Beckris, la maison El-Sadat, la maison du nakib
+El-Aschraf, la maison du scheick Yuani.
+
+
+
+
+Au Caire, le 8 thermidor an 6 (26 juillet 1798).
+
+_Au général Vial._
+
+Vous devez avoir reçu, citoyen général, l'ordre de l'état-major pour
+votre départ à Damiette.
+
+Le général Zayonscheck est à Menouf.
+
+Je vous envoie une trentaine de proclamations que vous répandrez sur
+la route; vous vous arrêterez dans les plus grands endroits pour faire
+prêter le serment aux scheicks et rassurer les habitans; vous ferez
+mettre, par les scheicks, les scellés sur les biens des mameloucks, et
+vous veillerez à ce que rien ne soit volé.
+
+Arrivé à Damiette, vous préviendrez le citoyen Blanc, directeur général
+de la santé à Alexandrie, pour qu'il y fasse établir sur-le-champ un
+lazaret. Vous ne laisserez rien sortir du port.
+
+Vous ordonnerez que les douanes et toutes les impositions directes
+et indirectes soient prises comme à l'ordinaire. Vous ferez faire
+l'inventaire de tous les effets appartenans aux mameloucks.
+
+Vous ferez réparer les forts situés à l'embouchure du Nil, de manière à
+les mettre à l'abri d'un coup de main.
+
+Vous ferez désarmer tout le pays.
+
+Vous aurez soin de vous faire instruire de ce qui se passe à Acre et en
+Syrie et de m'en prévenir.
+
+Vous vous mettrez en correspondance avec la frégate qui croise à
+l'embouchure du Nil, ainsi qu'avec les bombardes, afin de vous en servir
+et de les faire avancer jusqu'au Caire, à mesure que le Nil s'accroîtra.
+
+Votre commandement s'étendra non-seulement dans toute la province de
+Damiette, mais encore dans celle de Mansoura.
+
+Je vous envoie l'organisation donnée à ce pays.
+
+Vous nommerez un divan pour la province de Damiette, et un pour celle de
+Mansoura, ainsi qu'un aga des janissaires.
+
+Vous vous empresserez également de nommer les deux compagnies.
+
+Je fais nommer l'intendant de chacune des provinces, et l'administration
+des finances nommera l'agent français.
+
+Pour faire l'inventaire des magasins, meubles et maisons des mameloucks,
+vous nommerez une commission de trois personnes; vous pouvez les prendre
+parmi les négocians français établis à Damiette, tant pour la province
+de Damiette, que pour celle de Mansoura.
+
+Votre premier soin sera de prendre toutes les mesures, et de requérir
+des chevaux pour monter cent hommes de cavalerie. Vous pouvez demander à
+Rosette deux pièces de canon de campagne, et vous trouverez dans le pays
+les moyens de les atteler.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).
+
+Le général en chef Bonaparte, considérant que les femmes des beys et des
+mameloucks, errantes aux environs de la ville, deviennent la proie des
+Arabes, et mu par la compassion, premier sentiment qui doit animer
+l'homme, autorise toutes les femmes des beys et des mameloucks à rentrer
+en ville dans les maisons qui sont leur propriété, et leur promet
+sûreté.
+
+Elles seront tenues dans les vingt-quatre heures de leur arrivée, de se
+faire connaître au citoyen Magallon, et de déclarer leur demeure.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).
+
+_À l'amiral Brueys._
+
+Après des marches fatigantes et quelques combats, nous sommes enfin
+arrivés au Caire.
+
+J'ai été spécialement content du chef de division Perrée, et je l'ai
+nommé contre-amiral.
+
+Je suis instruit d'Alexandrie qu'enfin vous avez trouvé une passe telle
+qu'on pouvait la désirer, et qu'à l'heure qu'il est vous êtes dans le
+port avec votre escadre.
+
+Vous ne devez avoir aucune inquiétude sur les vivres nécessaires à votre
+armée.
+
+J'imagine que demain, ou après, je recevrai de vos nouvelles et des
+nouvelles de France; je n'en ai point reçu depuis mon départ.
+
+Dès que j'aurai reçu une lettre de vous, qui me fasse connaître ce que
+vous aurez fait et la position où vous êtes, je vous ferai passer des
+ordres sur ce que nous aurons encore à faire. L'état-major vous aura
+sans doute envoyé le détail de notre affaire des Pyramides.
+
+Je pense que vous avez une frégate sur Damiette: comme j'envoie prendre
+possession de cette ville, je vous prie de dire à l'officier qui
+commande cette frégate de s'approcher le plus possible et d'entrer en
+communication avec nos troupes qui y seront lorsque vous aurez reçu
+cette lettre.
+
+Faites partir le courrier que je vous envoie pour prendre terre à
+l'endroit qui vous paraîtra le plus convenable, selon les nouvelles que
+vous avez des ennemis et selon les vents qui règnent dans cette saison.
+
+Je désire que vous puissiez envoyer une frégate qui aurait ordre de
+partir quarante-huit heures après son arrivée, dans les ports, soit de
+Malte, soit d'Aucune, en lui recommandant de nous apporter les gazettes
+et nouvelles qu'elle recevrait des agens français.
+
+J'ai fait filer sur Alexandrie une grande quantité de denrées, pour
+solder le nolis des bâtimens de transport.
+
+Mille choses à Ganteaume et à Casa-Bianca.
+
+Faites bien garder Coraïm; c'est un coquin qui nous a trompés: s'il ne
+nous donne pas les cent mille écus que je lui ai demandés, je lui ferai
+couper la tête.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+_Au commissaire ordonnateur._
+
+Je vous fais passer, citoyen ordonnateur, différentes impositions que je
+viens de frapper sur Rosette, Alexandrie et Damiette. Le tiers de ces
+impositions sera affecté au service de ces places; donnez vos ordres aux
+commissaires des guerres pour leur répartition; le deuxième tiers sera
+affecté à la solde des troupes, et enfin l'autre tiers à l'ordonnateur
+Leroi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+_Au citoyen Leroi._
+
+Je donne l'ordre au général Kléber de percevoir différentes
+contributions à Alexandrie, montant à 600,000 fr.
+
+Le tiers sera à votre disposition pour le service de la marine, le
+deuxième tiers est destiné à la solde de l'armée, et le troisième
+tiers est à la disposition de l'ordonnateur en chef pour les frais
+d'administration d'armée.
+
+Je donne ordre au général Vial de percevoir à Damiette une contribution
+de 150,
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+_À l'amiral Brueys._
+
+D'après tous les relevés, il me paraît que l'escadre anglaise a passé le
+détroit le 12 prairial, est arrivée devant Toulon le 23, devant Naples
+le 29, devant Alexandrie le 9 messidor.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Je vous prie, citoyen général, d'organiser la place d'Alexandrie: dès
+l'instant que tous les officiers seront organisés et que vos blessures
+seront cicatrisées, vous pourrez rejoindre l'armée.
+
+Vous sentez que votre présence est encore nécessaire dans cette place
+une quinzaine de jours.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+_Au même._
+
+Je viens de recevoir tout à la fois vos lettres depuis le 22 messidor
+jusqu'au 3 thermidor. La conduite que vous avez tenue est celle qu'il
+fallait tenir.
+
+Je vous ai envoyé, avant-hier, l'ordre pour l'organisation de la
+province d'Alexandrie: ainsi nommez pour composer le divan, l'aga et
+les commissaires, les hommes les plus attachés aux Français et les plus
+ennemis des beys. Non-seulement j'approuve l'arrestation de Coraïm, mais
+vous verrez par l'ordre ci-joint que j'ordonne encore celle de plusieurs
+autres individus.
+
+La chose que nous avions le plus à craindre, c'était d'être précédés par
+la terreur qui n'existait déjà que trop et qui nous aurait exposés dans
+chaque bicoque, à des scènes pareilles à celles d'Alexandrie. Tous
+ces gens-ci pouvaient penser que nous venions dans le même esprit que
+Saint-Louis, et qu'ils portent eux-mêmes lorsqu'il entrent dans les
+états chrétiens; mais aujourd'hui les circonstances sont tout opposées.
+Ce n'est plus ce que nous ferons à Alexandrie qui fixera notre
+réputation, mais ce que nous ferons au Caire: d'ailleurs répandus sur
+tous les points, nous sommes parfaitement connus.
+
+Il paraît que vous êtes peu satisfait de la soixante-neuvième
+demi-brigade: faites connaître au chef que si sa demi-brigade ne va pas
+mieux, on le destituera.
+
+Vous trouverez ci-joint différens ordres; vous les ferez publier l'un
+après l'autre, et vous veillerez surtout à leur exécution. Ce n'est que
+par ces moyens-là que nous avons pu trouver quelque chose au Caire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+_À l'amiral Brueys._
+
+Je reçois à l'instant et tout à la fois vos lettres depuis le 25
+messidor jusqu'au 8 thermidor. Les nouvelles que je reçois d'Alexandrie
+sur le succès des sondes, me font espérer qu'à l'heure qu'il est, vous
+serez entré dans le port. Je pense aussi que _le Causse_ et _le Dubois_
+sont armés en guerre de manière à pouvoir se trouver en ligne, si
+vous étiez attaqué; car enfin deux vaisseaux de plus ne sont point à
+négliger.
+
+Le contre-amiral Perrée sera pour long-temps nécessaire sur le Nil,
+qu'il commence à connaître. Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous
+donniez le commandement de son vaisseau au citoyen ... Faites là-dessus
+ce qu'il convient.
+
+Je vous ai écrit le 9, je vous ai envoyé copie de tous les ordres que
+j'ai donnés pour l'approvisionnement de l'escadre; j'imagine qu'à
+l'heure qu'il est, les cinquante bateaux chargés de vivres sont arrivés.
+Nous avons ici une besogne immense; c'est un chaos à débrouiller et
+à organiser qui n'eut jamais d'égal. Nous avons du blé, du riz, des
+légumes en abondance. Nous cherchons et nous commençons à trouver de
+l'argent; mais tout cela est environné de travail, de peines et de
+difficultés.
+
+Vous trouverez ci-joint un ordre pour Damiette, envoyez-le par un aviso,
+qui, avant d'entrer, s'informera si nos troupes y sont. Elles sont
+parties pour s'y rendre il y a trois jours, en barques sur le Nil: ainsi
+elles seront arrivées lorsque vous recevrez cette lettre; envoyez-y
+un des sous-commissaires de l'escadre pour surveiller l'exécution de
+l'ordre.
+
+Je vais encore faire partir une trentaine de bâtimens chargés de blé
+pour votre escadre.
+
+Toute la conduite des Anglais porte à croire qu'ils sont inférieurs
+en nombre, et qu'ils se contentent de bloquer Malte et d'empêcher les
+subsistances d'y arriver. Quoi qu'il en soit il faut bien vite entrer
+dans le port d'Alexandrie, ou vous approvisionner promptement de riz, de
+blé, que je vous envoie, et vous transporter dans le port de Corfou; car
+il est indispensable que jusqu'à ce que tout ceci se décide, vous vous
+trouviez dans une position à portée d'en imposer à la Porte. Dans le
+second cas, vous aurez soin que tous les vaisseaux, frégates vénitiennes
+et françaises qui peuvent nous servir, restent à Alexandrie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+_Au commissaire ordonnateur en chef._
+
+Les pailles arrivent continuellement au Caire lors de l'inondation du
+Nil, parce qu'alors le transport devient très-facile.
+
+Les provinces les plus riches de l'Égypte sont dans ce moment occupées
+par nos troupes; je crois que vous avez un commissaire dans la province
+de Menoufié où commande le général Zayonscheck. Envoyez-en un dans la
+province de Kélioubeh où commande le général Murat, un dans la province
+de Giza où commande le général Bélijard, et un dans la province de
+Mansoura et Damiette, où commande le général Vial, et un dans la
+province de Bahhiré, où commande le général Dumuy.
+
+Dans chacune de ces provinces, il y a un commandant français, une
+commission administrative du pays ou divan, un intendant cophte, un
+agent français près l'intendant, et enfin une commission, pour faire
+dans chaque province l'inventaire des biens des mameloucks. En envoyant
+des commissaires de guerre dans ces différentes provinces, il vous sera
+facile de faire venir au Caire les approvisionnemens du pays.
+
+Je vous envoie copie des ordres que j'ai donnés, soit pour les
+approvisionnemens, soit pour l'organisation du pays. J'ai aussi ordonné
+à l'état-major général de vous envoyer une carte avec les divisions des
+différentes provinces.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ayant des preuves de trahison de Sidi
+Mohamed-el-Coraïm qu'il avait comblé de bienfaits, ordonne:
+
+ART 1er. Sidi Mohamed-el-Coraïm paiera une contribution de 300,000 fr.
+
+2. À défaut par lui d'acquitter ladite contribution cinq jours après la
+publication du présent ordre, il aura la tête tranchée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour lever une
+contribution de 100,000 fr. sur les habitans de Rosette. Le tiers de
+cette contribution sera destiné à l'ordonnateur en chef, pour les
+dépenses de l'administration, et les deux autres tiers à la solde des
+troupes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).
+
+_Au général Zayonscheck._
+
+Je donne ordre, citoyen général, pour qu'on établisse à Menouf un
+hôpital de cinquante lits, et qu'on y construise deux fours. Voyez à
+faire tout ce qui sera possible pour activer cette opération.
+
+Vous avez dû recevoir hier les ordres pour l'organisation de votre
+province. Il faut que vous traitiez les Turcs avec la plus grande
+sévérité; tous les jours ici je fais couper trois têtes et les promener
+dans le Caire: c'est le seul moyen de venir a bout de ces gens-ci.
+
+Veillez surtout a l'entier désarmement du pays.
+
+Faites-moi faire, par un officier du génie ou de l'état-major, un
+croquis de toutes les provinces, avec la situation de tous les
+villages, et des renseignemens généraux sur leur population, et ce que
+produisaient le miri, le seddan et autres impositions.
+
+Prenez tous les moyens pour monter votre cavalerie; avec les chevaux,
+prenez les selles, et faites faire par vos commissions, un inventaire
+exact et prompt de tous les biens appartenans aux mameloucks.
+
+Faites-moi connaître quelles sont les ressources pécuniaires que nous
+offre votre province.
+
+Je vous envoie une grande quantité de proclamations que vous répandrez
+dans la province; je désire que vous vous mettiez en correspondance avec
+le général Murat, qui commande la province de Kelioubeh.
+
+Il me serait facile de vous procurer deux pièces de canon, si vous
+trouviez dans le pays des moyens de les atteler. Je vous les enverrais
+sur des bateaux jusqu'au point de débarquement où vous les feriez
+prendre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART 1er. Tous les propriétaires de l'Égypte sont confirmés dans leurs
+propriétés.
+
+2. Les fondations pieuses affectées aux mosquées, et spécialement à
+celles de Médine et de la Mecque, sont confirmées comme par le passé.
+
+3. Toutes les transactions civiles continueront à avoir lieu comme par
+le passé.
+
+4. La justice civile sera administrée comme par le passé.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+Votre présence est encore nécessaire, citoyen général, à Rosette pendant
+quelques jours, pour l'organisation de cette province; les Turcs ne
+peuvent se conduire que par la plus grande sévérité; tous les jours je
+fais couper cinq ou six têtes dans les rues du Caire. Nous avons dû les
+ménager jusqu'à présent pour détruire cette réputation de terreur qui
+nous précédait: aujourd'hui, au contraire, il faut prendre le ton qui
+convient pour que ces peuples obéissent; et obéir, pour eux, c'est
+craindre.
+
+Je vous ai envoyé, par mon dernier courrier, des ordres pour
+l'organisation du divan, de l'aga d'une compagnie de soixante hommes
+turcs pour la police.
+
+Il serait nécessaire que la commission chargée de faire l'inventaire des
+biens des mameloucks envoyât ses états à l'ordonnateur.
+
+Faites-nous passer avec la plus grande promptitude des nouvelles de
+l'amiral et de l'escadre.
+
+Ordonnez au commandant d'artillerie d'envoyer prendre à Alexandrie deux
+ou trois grosses pièces d'artillerie, pour les placer à l'embouchure du
+Nil, et empêcher les chaloupes anglaises de nous insulter.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Tous les effets et esclaves appartenans à la femme de
+Mourad-Bey et aux femmes des mameloucks qui composaient sa maison, leur
+seront laissés en pleine propriété.
+
+2. La femme de Mourad-Bey versera dans la caisse du payeur de l'armée
+600,000 fr., dont 100,000 fr. demain, et le restant 50,000 fr. par jour.
+
+3. À défaut d'effectuer lesdits paiemens, tous les esclaves et biens
+appartenans aux femmes des mameloucks de la maison de Mourad-Bey, seront
+regardés comme propriétés nationales; il sera seulement laissé à la
+femme de Mourad-Bey les meubles de l'appartement qu'elle occupe et six
+esclaves pour la servir.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).
+
+_Au citoyen Rosetti._
+
+Vous vous rendrez secrètement, citoyen, auprès de Mourad-Bey: vous lui
+direz que vous m'avez présenté l'homme qu'il avait envoyé; que cet
+homme, par des paroles indiscrètes, des discours verbeux et faux,
+n'était parvenu qu'à m'indisposer davantage contre lui: mais que j'ai
+compris que le moment pouvait venir où il fût de mon intérêt de me
+servir de Mourad-Bey comme de mon bras droit, et que je consentais à
+ce qu'il conservât la province de Girgé, dans laquelle il devrait se
+retirer dans l'espace de cinq jours, et que, de mon côté, je n'y ferais
+point entrer de troupes; vous lui direz que, ce premier arrangement
+fait, il sera possible, en le connaissant mieux, que je lui fasse de
+plus grands avantages, et vous signerez de suite un traité en français
+et en arabe, conçu à peu près en ces termes:
+
+ART 1er. Mourad-Bey conservera avec lui cinq ou six cents hommes à
+cheval, avec lesquels il gouvernera la province de Girgé, depuis les
+cataractes jusqu'à une demi-lieue plus bas que Girgé, et la maintiendra
+à l'abri des Arabes.
+
+2. Il se reconnaîtra dans le gouvernement de ladite province, dépendant
+de la France. Il paiera à l'administration de l'armée le miri que cette
+province payait.
+
+3. Le général s'engage de son côté à ne faire entrer aucune troupe dans
+la province de Girgé, et à en laisser le gouvernement à Mourad-Bey.
+
+4. Mourad-Bey sera rendu au-delà de Girgé, dans l'espace de cinq jours.
+Aucun de ses gens n'en pourra sortir pour entrer dans les limites d'une
+autre province sans une permission du général.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).
+
+_Pouvoirs au citoyen Rosetti._
+
+Le général en chef, mu par les sentimens d'humanité qui l'ont toujours
+animé, donne au citoyen Rosetti les pleins pouvoirs pour négocier avec
+Mourad-Bey, conclure et signer avec lui une convention qui mette fin aux
+hostilités.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Ceux qui m'ont donné des preuves de la trahison de Coraïm, m'ont assuré
+que son argent est dans une citerne; qu'il a un registre particulier
+où est le détail de toutes ses affaires; qu'il y a plusieurs de ses
+domestiques qui sont au fait de tout.
+
+J'ordonne en conséquence à l'amiral Brueys de faire arrêter tous les
+domestiques qu'il a avec lui et de vous les envoyer; faites également
+arrêter tous ceux qu'il a dans sa maison, et faites-y mettre les scellés
+par la commission, ainsi que sur tous ses biens.
+
+Faites interroger séparément avec de fortes menaces ses domestiques.
+
+S'il paie dans les huit jours les 300,000 fr., mon intention est qu'on
+le retienne comme prisonnier à bord d'un des bâtimens de l'escadre, de
+manière qu'il ne puisse s'échapper, désirant le faire passer en France
+par une occasion sûre. S'il n'a pas, dans les cinq jours, payé au moins
+le tiers de la contribution à laquelle il est imposé, vous donnerez
+l'ordre qu'on le fasse fusiller.
+
+Je vous envoie copie de la lettre que j'écris à l'amiral Brueys.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).
+
+_À l'amiral Brueys._
+
+Depuis que je vous ai écrit, j'ai acquis de nouvelles preuves de la
+trahison de Coraïm: vous voudrez bien le faire mettre aux fers et
+prendre toutes les précautions pour qu'il ne vous échappe pas.
+
+Vous ferez arrêter tous les domestiques et autres individus qu'il aurait
+avec lui, que vous enverrez sous bonne escorte à Alexandrie, à la
+disposition du général Kléber.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).
+
+Bonaparte, général en chef,
+
+Voyant avec déplaisir que le versement d'argent que doivent faire les
+Cophtes et les négocians de café et de Damas ne s'effectue qu'avec la
+plus grande lenteur, charge le citoyen Magallon de leur déclarer que les
+60,000 talaris que doivent payer les Cophtes, seront livrés dans six
+jours, à raison de 10,000 talaris par jour.
+
+Les 130,000 mille talaris que doivent les négocians de café, seront
+payés à raison de 22,000 par jour; les 35,275 que doivent les négocians
+de Damas, seront également payés en six jours, à raison de 5,878 par
+jour.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 15 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_À l'ordonnateur en chef._
+
+Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un ordre pour la poste.
+
+Les individus de l'armée paieront leurs ports de lettres conformément à
+l'usage établi en France; mais le directeur de la poste versera, toutes
+les décades, l'état des sommes qu'il aura reçues; nous en serons
+responsables, s'il est nécessaire, à l'administration des postes, et
+cela sera un revenu pour l'armée.
+
+Vous aurez soin, pour ce moment, de commencer par organiser les bureaux
+du Caire, d'Alexandrie, de Rosette et de Damiette.
+
+Dès que ceux-là seront établis, vous formerez les quatre autres.
+Cependant, comme il est indispensable que nous communiquions avec
+Menouf, lorsque le bateau qui va à Rosette sera arrivé au village de
+Genid, il remettra le paquet qui sera pour Menouf. Il y aura à ce
+village un détachement qui sera chargé de le porter à Menouf.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 15 thermidor an 6 (2 août 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1er. Les citoyens Berthollet, Monge et le général du génie se
+concerteront pour choisir une maison dans laquelle on puisse établir une
+imprimerie française et arabe, un laboratoire de chimie, un cabinet de
+physique, et, s'il est possible, un observatoire.
+
+Il y aura une salle pour l'Institut.
+
+2. Ils me présenteront un projet pour l'organisation de ladite maison
+avec un état de dépenses.
+
+3. Je désirerais que cette maison fût située sur la place Elbekieh ou le
+plus près possible.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_Au général Chabot, gouverneur de Corfou et des îles de la mer
+Ionienne._
+
+C'est avec le plus grand plaisir, citoyen général, que j'ai appris de
+vos nouvelles; on nous avait beaucoup alarmés sur votre sûreté.
+
+L'état-major vous aura fait part des événemens militaires qui ont eu
+lieu ici. Nous sommes enfin au grand Caire et maîtres de toute l'Égypte.
+
+Il est indispensable que vous nous fassiez passer, par tout les moyens
+possibles, la plus grande quantité de vins, eau-de-vie, raisins secs
+et bois. Ce sont des objets dont vous savez que l'Égypte manque
+entièrement; les négocians porteront en retour, du café, du sucre, de
+l'indigo, du blé, du riz et toute espèce de marchandises des Indes.
+
+Tenez-moi instruit de toutes les nouvelles que vous avez des affaires
+des Turcs, et surtout de Passwan-Oglou.
+
+Le premier bataillon de la soixante-neuvième demi-brigade a reçu un
+ordre positif de partir lorsque je quittai Toulon; je ne doute donc pas
+qu'en ce moment il ne soit arrivé.
+
+Dès l'instant que ce pays sera organisé et les impositions assises, je
+vous enverrai 300,000 fr. qui paraissent nécessaires pour votre solde;
+mais comme il me sera beaucoup plus facile de vous envoyer des blés,
+du riz, etc., je vous prie de former une compagnie de dix ou douze
+négocians des plus riches; qu'ils chargent plusieurs bâtimens, qu'ils
+m'expédient des bois, du vin, des eaux-de-vie, etc., ils seront payés en
+échange avec des marchandises du pays. Ils enverront un commissaire avec
+une lettre de vous, et je leur donnerai en surplus pour 3 ou 400,000 fr.
+de marchandises qu'il vous solderont.
+
+Je vous envoie un ordre qu'il est bien nécessaire d'exécuter
+ponctuellement pour l'approvisionnement de l'escadre. Comme ici nous
+manquons de bois, je désire que vous fassiez beaucoup de biscuit à
+Corfou, afin que nous ayons toujours un point où nous puissions puiser
+et ravitailler notre escadre toutes les fois que nous en aurons besoin:
+je compte sur votre zèle. Vous pouvez tirer, pour la confection, pour
+50,000 fr. de lettres de change sur le payeur au Caire. Elles seront
+soldées, soit en marchandises, soit en argent, comme le négociant le
+désirera. Incessamment je vous enverrai, par la première occasion, du
+blé et du riz pour votre approvisionnement.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_Au citoyen Rhullières, commissaire du directoire exécutif français à
+Corfou et dans les îles Ioniennes._
+
+J'ai reçu à Paris les différentes lettres que vous m'avez écrites
+à votre arrivée à Zante. Je viens d'en recevoir une, en date du 13
+messidor, de Corfou. L'état-major vous aura instruit des différentes
+batailles que nous avons livrées aux mameloucks et des succès complets
+qu'a obtenus l'armée de la république. À la bataille des Pyramides, nous
+leurs avons pris soixante ou quatre-vingt pièces de canon, et tué plus
+de dix mille hommes de cavalerie d'élite; nous sommes au Caire depuis
+une douzaine de jours et en possession de presque toute l'Égypte. Il
+nous manque ici trois choses, le vin, l'eau-de-vie et le bois à brûler.
+Faites faire, avec la plus grande quantité que vous aurez de raisins
+secs, de l'eau-de-vie; les négocians porteront en retour le blé, le
+sucre, l'indigo, le riz, les marchandises des Indes et le café. C'est un
+vrai service à rendre à la république, que d'employer l'influence que
+vous avez par votre place, à activer le commerce de Zante avec l'Égypte.
+Continuez à bien mériter de ces peuples par votre conduite sage et
+philantrophique, et croyez au désir vrai que j'ai de vous donner des
+preuves de l'estime et de l'amitié que vous savez que je vous porte.
+Soit en Égypte, soit en France, soit ailleurs, vous pouvez compter sur
+moi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_À l'amiral Brueys._
+
+Je vous envoie, citoyen amiral, la lettre que je reçois de Corfou; je
+vous prie de me faire connaître quand le bâtiment chargé de bois sera
+arrivé.
+
+Peut-être jugez-vous également nécessaire d'envoyer deux ou trois
+bâtimens de transport pour continuer lesdits chargemens de bois, tant
+pour la flotte que pour Alexandrie.
+
+Le général Chabot me mande que _le Fortunatus_ escorte plusieurs
+bâtimens chargés de bois; moyennant cela, vous serez dans le cas de ne
+pas prendre les quinze cents quintaux de bois que je vous ai accordés à
+Rosette et dont nous avons plus grand besoin au Caire.
+
+Je vous fais passer un nouvel ordre pour l'approvisionnement de
+l'escadre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_À l'administration centrale de Corcyre (Corfou.)_
+
+Tous les renseignemens qui me sont donnés sur la conduite de votre
+département, font l'éloge de ses administrateurs. Les nouveaux
+établissemens de la France doivent d'autant plus accroître votre
+commerce, et vous ouvrir une nouvelle source de richesse et de
+prospérité.
+
+Faites connaître aux négocians qu'ils trouveront ici des blés, du riz,
+du café, des marchandises des Indes, du sucre en abondance, et que je
+désire qu'en échange, ils portent à Alexandrie du bois à brûler, des
+bois de construction, des vins, des eaux-de-vie: ce sont les principales
+choses qui manquent à ce beau pays.
+
+Croyez au désir que j'ai de vous donner des preuves du vif intérêt que
+je prends à votre tranquillité.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_À Georgio Gioari, intendant général de l'Égypte._
+
+Vos fonctions doivent se borner à l'organisation des revenus de
+l'Égypte, à une correspondance suivie avec les intendans particuliers
+des provinces, avec le général en chef et l'ordonnateur en chef de
+l'armée. Vous vous ferez aider dans ces travaux par le moalleim Fretaou.
+Ainsi donc, vous chargerez, de ma part, les moalleims Malati, Anfourni,
+Hanin et Faudus, de la recette de la somme que j'ai demandée à la nation
+cophte. Je vois avec déplaisir qu'il reste encore en arrière 50,000
+talaris, je veux qu'ils soient rentrés, dans cinq jours, dans la caisse
+du payeur de l'armée. Vous pouvez assurer les Cophtes que je les
+placerai d'une manière convenable lorsque les circonstances le
+permettront.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+ART. 1. L'or ou l'argent monnoyé, tous les objets d'or et d'argent,
+tous les lingots, les schals de valeur, les tapis brodés en or qui se
+trouvent dans les magasins généraux, seront enfermés dans des caisses
+sur lesquelles seront apposés les scellés du payeur de l'armée, de
+l'état-major général et de la commission chargée de l'inventaire.
+Lesdites caisses seront transportées dans le logement du payeur
+de l'armée; l'inventaire sera remis à l'ordonnateur en chef et à
+l'administrateur des finances.
+
+2. Tous les objets nécessaires à la subsistance de l'armée seront remis
+de suite à la disposition de l'ordonnateur en chef; la commission tirera
+un reçu du garde-magasin auquel elle remettra lesdites denrées.
+
+3. Tous les cinq jours, l'ordonnateur en chef, assisté d'un officier
+de l'état-major, de l'administrateur des finances ou d'un membre de la
+commission provisoire, et des agens en chef de chaque service, feront
+une tournée dans les magasins généraux et affecteront aux hôpitaux, aux
+transports, à l'habillement, tout ce qui peut leur être utile; mais les
+garde-magasins des magasins généraux ne livreront rien qu'après avoir
+dressé un inventaire circonstancié, et tiré un reçu des garde-magasins
+d'administration auxquels ils livreront lesdits objets.
+
+4. Il sera formé une compagnie de commerce, à laquelle seront vendus
+tous les effets qui se trouveraient dans les magasins généraux, et qui
+ne seraient pas essentiels au service de l'armée.
+
+L'ordonnateur en chef me remettra un règlement sur la manière de former
+cette compagnie et de procéder avec elle.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_Au commandant de la place du Caire._
+
+Vous requerrez, citoyen général, deux moines de Terre-Sainte pour être
+toujours de planton à l'hôpital, afin de servir d'interprètes et de
+soigner les malades.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_Aux généraux de l'artillerie et du génie._
+
+Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien me faire connaître
+combien de temps il vous faudrait pour faire abattre toutes les portes
+qui barricadent les différens quartiers de la ville et en faire
+transporter le bois pour le service de votre arme; vous pourriez
+partager la besogne avec le génie, l'artillerie; je désirerais qu'on pût
+commencer dès demain: j'en donnerai l'ordre aussitôt que j'aurai reçu
+votre réponse.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_À l'ordonnateur en chef._
+
+L'hôpital du grand Caire manque d'eau, d'eau-de-vie, et de toute espèce
+de médicamens. Je vous prie de vouloir bien me rendre compte si le
+pharmacien en chef a trouvé au Caire de quoi l'approvisionner.
+
+Je vous prie d'ordonner que les officiers soient mis dans des chambres
+séparées, et qu'il leur soit fourni tout ce qui leur est nécessaire.
+Vous sentez que cela est d'autant plus essentiel dans un pays où tout
+homme malade est obligé d'aller à l'hôpital.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).
+
+_Au général Berthier._
+
+Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien faire vérifier en
+présence d'un officier de l'état-major, combien un chameau porte d'eau
+dans les outres ordinaires.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).
+
+_Au consul de la république à Tripoli._
+
+Je profite du passage de la caravane pour vous faire part du succès de
+la république à la bataille des Pyramides, où nous avons tué plus de
+deux mille mameloucks. Je désire que vous fassiez connaître au bey de
+cette régence, que la république française continuera à vivre en bonne
+intelligence avec lui, comme elle l'a fait par le passé. Tous les sujets
+du bey seront également protégés en Égypte; j'espère que de son côté,
+il se comportera envers la république avec tous les égards qui lui sont
+dus. Faites-moi part de toutes les nouvelles que vous pourriez avoir
+dans la Méditerranée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).
+
+_Au général Zaionscheck._
+
+Vous avez bien fait, citoyen général, de faire fusiller cinq hommes des
+villages qui s'étaient révoltés: je désire fort apprendre que vous avez
+monté notre cavalerie. Le moyen le plus court, je crois, est celui-ci:
+ordonnez que chaque village vous fournisse deux bons chevaux. Il ne faut
+pas en recevoir de mauvais, et les villages qui, cinq jours après la
+proclamation de votre ordre, ne les auront pas fournis, seront condamnés
+à payer mille talaris d'amende. C'est un moyen infaillible, expéditif,
+d'avoir les six cents chevaux qui vous seront nécessaires. En requérant
+les chevaux, requérez les brides et selles, afin d'avoir tout de suite
+un corps de cavalerie à votre disposition: c'est le seul moyen d'être
+maître de ce pays.
+
+Vous pouvez garder sans inconvéniens le chef de bataillon du génie
+Lazowski, qui vous est nécessaire.
+
+Le général Fugières, avec un bataillon de la dix-huitième, part demain
+ou ce soir pour Mehal-el-Kebir; il passe par Kélioubé, et il se rendra
+à Menouf, où il arrivera probablement le 21: j'ai donné l'ordre qu'on
+embarquât sur une djerme, du pain pour ce bataillon, pour quatre ou cinq
+jours; il se rendra jusqu'à ..., d'où l'officier qui escorte ces djermes
+fera partir ce pain à Menouf. Cependant, si vos fours sont achevés, il
+serait essentiel que vous fissiez préparer du pain pour ce bataillon.
+J'ai donné ordre à ce bataillon de séjourner deux jours à Menouf. Vous
+en profiterez pour opérer le désarmement et tous les actes difficiles.
+
+À mesure que vous aurez des chevaux, donnez-les aux différens
+détachemens de dragons qui sont sous vos ordres, en tirant des reçus des
+officiers.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).
+
+_Au général Dupuis._
+
+Je viens d'écrire au divan pour qu'il fasse faire une distribution de
+blé pour les pauvres de la grande mosquée.
+
+Il faudra se servir des magasins qui sont à Boulac et à Gizeh,
+appartenans à ..., attendu qu'un seul magasin ne suffirait pas pour
+contenir tous les effets provenant des maisons des mameloucks. J'ai
+ordonné qu'un magasin servirait à deux commissions, tout comme une
+commission doit faire la visite dans deux arrondissemens.
+
+Une grande vigilance est plus nécessaire pour la tranquillité de la
+place, qu'une grande dissémination de troupes; quelques officiers
+de service qui courent la ville, quelques sergens de planton qui se
+croisent sur des ânes, quelques adjudans-majors qui visitent les
+endroits les plus essentiels, quelques Francs qui se faufilent dans les
+marchés et les différens quartiers, et quelques compagnies de réserve
+pour pouvoir envoyer dans les endroits où il y aurait quelque trouble,
+sont plus utiles et fatiguent moins que des gardes fixées sur des places
+et dans les carrefours. Si ce n'était la surveillance à exercer sur les
+maisons de mameloucks, quatre cents hommes d'infanterie et cinquante
+de cavalerie suffiraient pour le service de la place: en mettant trois
+cents hommes pour le service des mameloucks, cela exige quinze cents
+hommes. Je pense que deux mille hommes de garnison sont suffisans ici;
+faites-moi remettre l'état des postes que vous occupez, et de tout le
+service en détail.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).
+
+_Au commissaire ordonnateur en chef._
+
+Il m'a été présenté plusieurs états signés par des commissaires des
+guerres, où ils paraissent légaliser des abus évidens et des prétentions
+peu fondées.
+
+Je vous prie de leur écrire pour leur faire sentir combien ils sont
+coupables, lorsqu'ils s'éloignent de ce que la loi prescrit. J'ai vu
+un état où le commissaire des guerres demande une indemnité pour non
+fourniture de vin.
+
+Je vous prie de faire un réglement pour ce qui est accordé par mois aux
+demi-brigades et aux régimens, pour leur entretien.
+
+Les corps doivent toucher les sommes qui leur reviennent pour
+l'entretien pendant le temps qu'ils ont été embarqués.
+
+Les corps de cavalerie qui n'ont qu'un cinquième des hommes montés,
+doivent-ils toucher une somme qui est jugée nécessaire pour un régiment
+de huit cents chevaux?
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798).
+
+_Au général Reynier._
+
+Vous partirez, citoyen général, avec le restant de votre division
+pour vous rendre au village de El-Hanka, où se trouve déjà le général
+Leclerc.
+
+L'état-major a dû vous donner l'ordre de partir avec six jours de
+vivres, mais ils ne seront probablement pas prêts, et, si vous les
+attendez, ils retarderaient considérablement votre marche. Laissez votre
+commissaire des guerres et le troisième bataillon de la neuvième, afin
+qu'ils vous conduisent des vivres dès l'instant qu'ils seront livrés. Ne
+partez pas au moins avant que la division n'ait son pain pour la journée
+de demain.
+
+Le général Leclerc a déjà fait construire un four, faites-en construire
+deux autres.
+
+Les villages environnans, qui sont extrêmement riches, vous fourniront
+de la farine, de la viande et des légumes pour votre division;
+indépendamment de cela, j'ordonne qu'on vous complette vos six jours de
+vivres et qu'on vous en fasse passer une plus grande quantité.
+
+Plusieurs scheicks sont réunis à Belbeis, avec Ibrahim-Bey, et l'on
+pense que demain la caravane y sera arrivée; c'est ce qui m'a fait juger
+votre présence nécessaire à El-Hanka, où, selon le rapport que l'on m'a
+fait, vous vous trouverez juste à un jour de chemin du Caire à Belbeis.
+
+Le général Leclerc a mené avec lui une certaine quantité de chameaux
+pour porter des vivres. Il est indispensable qu'il les renvoie, ainsi
+que tous ceux qui vous porteront des vivres, afin de pouvoir continuer.
+
+Vous vous trouverez à El-Hanka au milieu de plusieurs tribus d'Arabes.
+Faites ce qu'il vous sera possible pour leur faire entendre qu'ils n'ont
+rien à gagner à nous faire la guerre, pour qu'ils nous envoient des
+députations, et pour qu'ils vivent tranquilles sans nous attaquer; vous
+leur enverrez de mes proclamations.
+
+Vous vous tiendrez en garde contre les attaques que vous pourrait faire
+Ibrahim-Bey. Vous vous retrancherez dans le village de manière à être à
+l'abri de toute insulte, et une heure avant le jour, vous ferez faire
+des reconnaissances, afin d'être prévenu et de pouvoir me prévenir aussi
+avant que la cavalerie ne soit sur vous.
+
+Vous interrogerez en détail tous les hommes qui viendraient de Belbeis
+ou de Syrie, et vous m'enverrez leurs rapports. Si la caravane se
+présentait pour venir, vous l'accueillerez de votre mieux; mais vous
+ne dissimulerez pas au boy qui l'escorte, s'il y était encore, que mon
+intention est, comme je le lui ai fait écrire, qu'arrivés à la Coubé,
+les mameloucks livrent leurs armes et leurs chevaux, excepté lui et les
+siens.
+
+Je n'attends, pour me mettre en marche et me porter à Belbeis, que la
+construction de vos trois fours, et l'établissement d'une boulangerie à
+El-Hanka; je vous recommande de veiller spécialement à la formation de
+vos magasins de subsistances à El-Hanka, d'y faire réunir le plus de
+légumes, blé et riz, qu'il vous sera possible.
+
+Je désire aussi que vous employiez les deux ou trois jours que vous
+resterez à El-Hanka, à vous retrancher en crénelant quelques maisons, en
+creusant quelques fossés. Mon intention est de faire occuper toujours ce
+village par un bataillon.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798).
+
+_Au général Dugua._
+
+Le général Murat me mande de Médié, qu'il a entendu quelque canonnade à
+une lieue en avant de lui, et qu'il est parti avec le bataillon qu'il
+commande pour connaître ce que c'était.
+
+Je désire que vous me fassiez partir un bataillon de la
+soixante-quinzième, qui se rendra avec une pièce de canon jusqu'à
+Kélioubeh, où est le général Murat. Si, en route, il apprenait que le
+général Murat est rentré à son poste, et qu'il n'y a rien de nouveau,
+il rentrera au camp; s'il n'apprend rien en route, il se rendra à
+Kélioubeh, où il restera pendant la journée, et reviendra le lendemain
+matin, à moins que le général Murat ne croie avoir des raisons pour le
+retenir.
+
+Si le bataillon apprenait en route que le général Murat est aux mains
+avec l'ennemi, il me renverrait l'officier des guides porteur de la
+présente, pour me faire part des renseignement qu'il aurait recueillis.
+
+Faites commander cette reconnaissance par un homme intelligent. En
+partant exactement à deux heures après minuit, elle arrivera à cinq
+heures à Kélioubeh.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Le kyaya du pacha d'Egypte expédie à Constantinople un exprès: je vous
+prie, citoyen général, de lui donner toutes les facilités nécessaires
+pour son passage.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).
+
+_À l'ordonnateur en chef._
+
+Je vais partir, citoyen ordonnateur, pour me porter à vingt-cinq lieues
+d'ici vers la Syrie.
+
+Moyennant les différens envois de farine que je vous ai demandés,
+et ceux que l'état-major ordonne, nous serons en mesure pour les
+subsistances; mais je vous prie de veiller à ce qu'on nous fasse les
+envois demain, comme je le demande, de cinquante quintaux de riz, et
+autant après-demain, ainsi que de dix-huit cents rations de pain.
+
+La police de la ville exigerait que le blé y fût maintenu à un bon prix.
+Un moyen nécessaire serait que vous fissiez vendre tous les jours une
+certaine quantité de blé au tarif. Cela nous procurerait de l'argent et
+ferait un grand bien à la ville.
+
+Je vous recommande, pendant mon absence, d'avoir en magasin la plus
+grande quantité de farine que vous pourrez, et de faire faire, tant à
+Boulac qu'au Caire et au vieux Caire, la plus grande quantité possible
+de biscuit: les mameloucks en faisaient faire dans la ville de fort
+beau. Je désirerais que vous pussiez passer un marché avec les
+boulangers de la ville, car il serait essentiel que vous eussiez, d'ici
+à dix jours, trois cent mille rations de biscuit. C'est le seul moyen
+d'assurer les subsistances dans nos routes et de ne pas mourir de faim
+dans nos opérations.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).
+
+_Au général Desaix._
+
+Je vais m'absenter, citoyen général, pour quelques jours de la ville du
+Caire.
+
+Je donne ordre au général commandant de vous instruire de tous les
+mouvemens qui provoqueraient des mesures extraordinaires. Votre
+division, dans la position où elle se trouve, a le double but: 1°. de
+garantir la province de Gizeh; 2°. de former une réserve pour le Caire.
+
+La commission provisoire, composée des citoyens Monge, Berthollet et
+Magallon, s'adressera à vous pour avoir tous les sauf-conduits qu'elle
+jugera à propos d'accorder aux femmes des mameloucks, et moyennant les
+traités particuliers qu'elle conclura avec elles.
+
+Vous nommerez quatre officiers pour suivre les quatre commissions
+chargées de faire les inventaires et de dépouiller les maisons des beys.
+Ces officiers me rendront compte tous les jours de la manière dont s'est
+faite l'opération; ils doivent d'ailleurs laisser faire entièrement les
+commissaires. S'ils apercevaient des abus, ils vous les dénonceraient et
+vous y apporteriez remède.
+
+Le citoyen Beauvoisin a ordre de vous rendre compte tous les jours de la
+séance du divan.
+
+Je donne ordre au commandant de la place de faire partir tous les jours
+cinquante ou soixante hommes avec un officier pour me porter de vos
+dépêches, les siennes, celles de la commission, de l'ordonnateur, et de
+l'adjudant-général qui reste à l'état-major.
+
+Par ce moyen, vous vous trouverez instruit de la position des esprits au
+Caire, et vous ferez faire à votre division et à la garnison tous les
+mouvemens que les circonstances exigeront.
+
+Si un courrier de France arrivait, il faudrait avoir soin de ne me
+l'expédier que fortement escorté.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 24 thermidor an 6 (11 août 1798).
+
+_À Ibrahim-Bey._
+
+La supériorité des forces que je commande ne peut plus être contestée:
+vous voilà hors de l'Egypte et obligé de passer le désert.
+
+Vous pouvez trouver dans ma générosité la fortune et le bonheur que le
+sort vient de vous ôter.
+
+Faites-moi de suite connaître votre intention.
+
+Le pacha du grand-seigneur est avec vous, envoyez-le moi porteur de
+votre réponse; je l'accepte volontiers comme médiateur.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).
+
+ [5]Entrevue de Bonaparte, membre de l'Institut national,
+ général en chef de l'armée d'Orient, et de plusieurs
+ muphtis et imans, dans l'intérieur de la grande pyramide,
+ dite pyramide de Chéaps.
+
+Cejourd'hui, 25 thermidor de l'an 6 de la république française, une et
+indivisible, répondant au 28 de la lune de Mucharem, l'an de l'hégire
+1213, le général en chef, accompagné de plusieurs officiers de
+l'état-major de l'armée et de plusieurs membres de l'Institut national,
+s'est transporté à la grande pyramide, dite de Chéaps, dans l'intérieur
+de laquelle il était attendu par plusieurs muphtis et imans, chargés de
+lui en montrer la construction intérieure. À neuf heures du matin, il
+est arrivé avec sa suite, sur la croupe des montagnes de Gizeh,
+au nord-ouest de Memphis. Après avoir visité les cinq pyramides
+inférieures, il s'est arrêté avec une attention particulière à la
+pyramide de Chéaps, dont les membres de l'Institut ont à l'instant
+déterminé, par des figures trigonométriques, la hauteur perpendiculaire.
+
+Cette hauteur s'est trouvée être d'environ cent cinquante-cinq mètres
+(près de quatre cent soixante cinq pieds), ce qui est près du double de
+celle des monumens les plus élevés de l'Europe[6].
+
+Le général et sa suite ayant pénétré dans l'intérieur de la pyramide,
+ont trouvé d'abord un canal de cent pieds de long et de trois pieds de
+large, qui les a conduits, par une pente rapide, vers les vallées qui
+servaient de tombeau au Pharaon qui érigea ce monument. Un second canal
+fort dégradé, et remontant vers le sommet de la pyramide, les a menés
+successivement sur deux plates-formes, et de là, à une galerie voûtée,
+de la longueur de cent dix-huit pieds, aboutissant au vestibule du
+tombeau. C'est une vallée voûtée, d'environ dix-sept pieds de long sur
+quinze de large, dans un des murs de laquelle on remarque la place d'une
+momie que l'on croit avoir été l'épouse du Pharaon.
+
+On voit dans cette vallée la trace des fouilles faites avec violence par
+les ordres d'un calife arabe, qui fit ouvrir la pyramide, et qui croyait
+que ces lieux recelaient un trésor. L'effet des mêmes tentatives se
+remarqua dans une seconde salle, perpendiculaire à la première, et plus
+haute de cent pieds, où l'on croit qu'était le corps du Pharaon.
+
+Cette dernière salle, à laquelle le général en chef est enfin parvenu,
+est à voûte plate, et longue de trente-deux pieds sur seize de large et
+dix-neuf de haut. On ignore ce que les Arabes spoliateurs découvrirent
+dans ce sanctuaire de la pyramide; le général n'y a trouvé qu'une caisse
+de granit, d'environ huit pieds de long sur quatre d'épaisseur, qui
+renfermait sans doute la momie d'un Pharaon. Il s'est assis sur le bloc
+de granit, a fait asseoir à ses côtés les muphtis et imans, Suleiman,
+Ibrahim et Muhamed, et il a eu avec eux, en présence de sa suite, la
+conversation suivante:
+
+_Bonaparte._ Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Voici
+un grand ouvrage de main d'hommes! Quel était le but de celui qui fit
+construire cette pyramide?
+
+_Suleiman._ C'était un puissant roi d'Egypte, dont on croit que le
+nom était Chéaps. Il voulait empêcher que des sacriléges ne vinssent
+troubler le repos de sa cendre.
+
+_B._ Le grand Cyrus se fit enterrer en plein air, pour que son corps
+retournât aux élémens. Penses-tu qu'il ne fit pas mieux? le penses-tu?
+
+_S._ (s'inclinant): Gloire à Dieu, à qui toute gloire est due.
+
+_B._ Honneur à Allah! Quel est le calife qui a fait ouvrir cette
+pyramide et troubler la cendre des morts?
+
+_Muhamed._ On croit que c'est le commandeur des croyans Mahmoud, qui
+régnait il y a plusieurs siècles à Bagdad; d'autres disent le renommé
+Aaroun-Al-Raschid (Dieu lui fasse paix!) qui croyait y trouver des
+trésors; mais quand on fut entré par ses ordres dans cette salle, la
+tradition porte qu'on n'y trouva que des momies, et sur le mur cette
+inscription en lettres d'or: _l'impie commettra l'iniquité sans fruit,
+mais non sans remords._
+
+_B._ Le pain dérobé par le méchant remplit sa bouche de gravier.
+
+_M._ (s'inclinant): C'est le propos de la sagesse.
+
+_B._ Gloire à Allah. Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu; Mohamed est
+son prophète, et je suis de ses amis.
+
+_S._ Salut de paix sur l'envoyé de Dieu. Salut aussi sur toi, invincible
+général, favori de Mohamed.
+
+_B._ Muphti, je te remercie. Le divin Coran fait les délices de mon
+esprit et l'attention de mes yeux. J'aime le Prophète et je compte,
+avant qu'il soit peu, aller voir et honorer son tombeau dans la ville
+sacrée; mais ma mission est auparavant d'exterminer les mameloucks.
+
+_Ibrahim._ Que les anges de la victoire balayent la poussière sur ton
+chemin et te couvrent de leurs ailes. Le mamelouck a mérité la mort.
+
+_B._ Il a été frappé et livré aux anges noirs Moukir et Quarkir. Dieu,
+de qui tout dépend, a ordonné que sa domination fût détruite.
+
+_S._ Il étendit la main de la rapine sur les terres, les moissons, les
+chevaux de l'Egypte.
+
+_B._ Et sur les esclaves les plus belles, très-saint muphti. Allah a
+desséché sa main. Si l'Egypte est sa ferme, qu'il montré le bail que
+Dieu lui a fait; mais Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple.
+
+_Ib._ O le plus vaillant entre les serviteurs d'Issa[7], Allah t'a fait
+suivre de l'ange exterminateur pour délivrer sa terre d'Egypte.
+
+_B._ Cette terre était livrée à vingt-quatre oppresseurs rebelles au
+grand sultan notre allié (que Dieu l'entoure de gloire), et à dix mille
+esclaves venus du Caucase et de la Géorgie. Adriel, ange de la mort, a
+soufflé sur eux; nous sommes venus, et ils ont disparu.
+
+_M._ Noble successeur de Scander[8], honneur à tes armes invincibles et
+à la foudre inattendue qui sort du milieu de tes guerriers à cheval[8].
+
+_B._ Crois-tu que cette foudre soit une oeuvre des enfans des hommes? le
+crois-tu? Allah l'a fait mettre en mes mains par le génie de la guerre._
+
+_Ib._ Nous reconnaissons à tes oeuvres, Allah qui t'envoie. Serais-tu
+vainqueur si Allah ne l'avait permis? Le Delta et tous les pays voisins
+retentissent de tes miracles.
+
+_B._ Un char céleste montera par mes ordres jusqu'au séjour des nuées[10]
+et la foudre descendra vers la terre le long d'un fil de métal[11] dès
+que je l'aurai commandé.
+
+_S._ Et le grand serpent sorti du pied de la colonne de Pompée, le jour
+de ton entrée triomphale à Scanderieh[12], et qui est resté desséché sur
+le socle de la colonne, n'est-ce pas encore un prodige opéré par ta
+main?
+
+_B._ Lumière des fidèles, vous êtes destinés à voir, encore de plus
+grandes merveilles; car les jours de la régénération sont venus.
+
+_Ib._ La divine unité te regarde d'un oeil de prédilection, adorateur
+d'Issa, et te rend le soutien des enfans du prophète.
+
+_B._ Mohamed n'a-t-il pas dit: tout homme qui adore Dieu et qui fait de
+bonnes oeuvres, quelle que soit sa religion, sera sauvé?
+
+_Suleiman, Muhamed, Ibrahim_ (ensemble en s'inclinant): Il l'a dit.
+
+_B._ Et si j'ai tempéré par ordre d'en haut l'orgueil du vicaire d'Issa,
+en diminuant ses possessions terrestres pour lui amasser des trésors
+célestes, dites, n'était-ce pas pour rendre gloire à Dieu, dont la
+miséricorde est infinie?
+
+_M._ (d'un air interdit): Le muphti de Rome était riche et puissant;
+mais nous ne sommes que de pauvres muphtis.
+
+_B._ Je le sais: soyez sans crainte; vous avez été pesés dans la
+balance de Balthazar et vous avez été trouvés légers. Cette pyramide ne
+renfermait donc aucun trésor qui vous fût connu?
+
+_S._ (ses mains sur l'estomac): Aucun, seigneur; nous le jurons par la
+cité sainte de la Mecque.
+
+_B._ Malheur, et trois fois malheur à ceux qui recherchent les richesses
+périssables, et qui convoitent l'or et l'argent, semblables à la Loue!
+
+_S._ Tu as épargné le vicaire d'Issa et tu l'as traité avec clémence et
+bonté.
+
+_B._ C'est un vieillard que j'honore (que Dieu accomplisse ses désirs
+quand ils seront réglés par la raison et la vérité); mais il a tort de
+condamner au feu éternel tous les Musulmans, et Allah défend à tous
+l'intolérance.
+
+_Ib._ Gloire à Allah et à son prophète qui t'a envoyé au milieu de nous
+pour réchauffer la foi des faibles et rouvrir aux fidèles les portes du
+septième ciel.
+
+_B._ Vous l'avez dit, très-zélés muphtis, soyez fidèles à Allah, le
+souverain maître des sept d'eux merveilleux, à Mohamed son vizir, qui
+parcourut tous ces cieux dans une nuit. Soyez amis des Francs, et Allah,
+Mohamed et les Francs vous récompenseront.
+
+_Ib._ Que le prophète lui-même te fasse asseoir à sa gauche le jour de
+la résurrection, après le troisième sou de la trompette.
+
+_B._ Que celui-là écoute, qui a des oreilles pour entendre. L'heure
+de la résurrection politique est arrivée pour tous les peuples qui
+gémissaient dans l'oppression. Muphtis, imans, mullahs, derviches,
+kalenders, instruisez le peuple d'Egypte. Encouragez-le à se joindre à
+nous pour achever d'anéantir les beys et les mameloucks. Favorisez
+le commerce des Francs dans vos contrées, et leurs entreprises pour
+parvenir d'ici à l'ancien pays de Brama. Offrez-leur des entrepôts dans
+vos ports, et éloignez de vous les insulaires d'Albion, maudite entre
+les enfans d'Issa; telle est la volonté de Mohamed. Les trésors,
+l'industrie et l'amitié des Francs seront votre partage, en attendant
+que vous montiez au septième ciel, et qu'assis aux côtés des houris aux
+yeux noirs, toujours jeunes et toujours pucelles, vous vous reposiez à
+l'ombre du laba, dont les branches offriront d'elles-mêmes aux vrais
+Musulmans tout ce qu'ils pourront désirer.
+
+_S._ (s'inclinant): Tu as parlé comme le plus docte des mullahs. Nous
+ajoutons foi à tes paroles, nous servirons ta cause, et Dieu nous
+entend.
+
+_B._ Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Salut de paix sur
+vous, très-saints muphtis!
+
+Le général est alors ressorti, avec sa suite, de la pyramide de Chéaps,
+et il est retourné au Caire, laissant les autres membres de l'institut
+national occupés à terminer leurs Observations.
+
+
+[Footnote 5: Ce morceau a été publié dans le no. LXVII du Moniteur, le
+7 frimaire an VII (27 novembre 1798). Quoique son authenticité ait été
+discutée, nous n'avons pas cru devoir omettre une pièce aussi curieuse
+et qui donne une si juste idée du caractère de Bonaparte et des moyens
+qu'il employait avec tant d'habileté pour rapper l'imagination déjà si
+irritable des habitans de l'Egypte.]
+
+[Footnote 6: Cette assertion n'est pas exacte. La flèche de Strasbourg,
+qui est le monument le plus élevé de l'Europe, a quatre cent vingt-huit
+pieds quatre pouces, on à peu près cent trente-huit mètres de hauteur, y
+compris la croix. Saint-Pierre de Rome, au-dessus de la croix, à quatre
+cent vingt-un pieds d'élévation, ou à peu près cent trente-six mètres.
+On voit donc qu'il n'y a que dix-sept mètres de différence entre la
+pyramide de Chéaps et la flèche de Strasbourg. Voyez à ce sujet les
+mesures des principaux édifices de l'Europe, consignées dans le
+_Voyage d'Italie_, par Lalande; édition de 1769, tome IV, pages 62 et
+suivantes.]
+
+[Footnote 7: Jésus-Christ.]
+
+[Footnote 8: Alexandre.]
+
+[Footnote 9: L'artillerie volante, qui a beaucoup étonné les
+mameloucks.]
+
+[Footnote 10: Les aérostats, inconnus en Egypte.]
+
+[Footnote 11: Les phénomènes de l'électricité, les paratonnerres.]
+
+[Footnote 12: Alexandrie.]
+
+
+
+
+
+Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).
+
+_Au général Leclerc._
+
+Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien témoigner aux septième de
+hussards, vingt-deuxième de chasseurs, troisième et cinquième de dragons
+ma satisfaction de la conduite qu'ils ont tenue dans la charge glorieuse
+qu'ils ont faite sur l'arrière-garde des mameloucks[13], auxquels ils ont
+tué et blessé beaucoup de monde, entre autres le chef Aly-Bey, et pris
+deux pièces de canon.
+
+Je donne l'ordre à l'état-major pour qu'on fasse reconnaître comme chef
+de brigade le citoyen d'Estrées, comme chef d'escadron le capitaine
+Renaud, comme capitaine le citoyen Leclerc, lieutenant du septième de
+hussards, et comme lieutenant le sous-lieutenant des guides, Dallemagne.
+
+Je vous prie de me faire passer dans la journée la liste des officiers
+et des soldats des quatre corps qui se sont distingués et qui méritent
+un avancement particulier.
+
+BONAPARTE.
+
+[Footnote 13: Il est question du combat de Salchich.]
+
+
+
+Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).
+
+_Au citoyen Leturq._
+
+Le général Leclerc m'a rendu compte, citoyen, de la bravoure que vous
+avez montrée et de la conduite que vous avez tenue dans la journée
+d'hier. Vous vous êtes souvent distingué dans la campagne d'Italie, et
+je vous donnerai incessamment l'avancement que vous méritez.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).
+
+_À la commission de commerce._
+
+Je vous autorise, citoyens, à conclure définitivement et à signer les
+arrangemens que vous ferez avec les différentes femmes des beys et des
+autres mameloucks pour le rachat de leurs effets: vous délivrerez des
+sauf-conduits à celles qui consentiront à un accommodement.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798).
+
+_Au général du génie._
+
+Mon intention est, citoyen général, de réunir à Salehieh des magasins de
+bouche et de guerre suffisans pour pourvoir aux besoins d'une armée de
+trois cent mille hommes pendant un mois.
+
+Vous sentez qu'il est indispensable que des magasins aussi précieux
+soient contenus dans une forteresse qui les mette à l'abri d'être
+enlevés par une attaque de vive force, et qui fasse que les sept ou huit
+cents hommes de garnison obligent l'ennemi à un siége d'autant plus
+pénible, qu'il ne peut charrier son artillerie qu'après un passage de
+neuf jours dans le désert.
+
+Une fois cette forteresse construite, on pourra, si on le juge
+nécessaire, y appuyer un camp retranché, soit pour tenir pendant
+long-temps les corps de l'ennemi éloignés, soit pour pouvoir protéger un
+corps d'armée inférieur, mais trop considérable pour y tenir garnison.
+
+Il serait essentiel que vous dirigeassiez vos travaux de manière à
+ce que, d'ici à quatre ou cinq décades, cette forteresse eût déjà
+l'avantage d'un fort poste de campagne, et qu'avec une garnison plus
+nombreuse que celle que l'on sera obligé d'y tenir, lorsqu'elle sera
+achevée, les magasins pussent déjà être à l'abri d'une attaque de vive
+force.
+
+Vous laisserez à Salehieh assez d'ingénieurs pour confectionner lesdits
+travaux avec promptitude, et pour pouvoir suffire aux reconnaissances
+qui serviront à déterminer la position précise de Salehieh par rapport à
+la mer, à Mansoura, a Damiette, à l'inondation du Nil, et aux canaux du
+Nil qui peuvent porter bateau.
+
+Vous trouverez l'ordre que j'envoie au payeur du quartier-général qui
+est à Salehieh, de verser 10,000 fr. à la disposition de l'officier
+supérieur du génie que vous laisserez à Salehieh pour le commencement
+desdits travaux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798).
+
+_Au général de l'artillerie._
+
+Mon intention, citoyen général, est d'établir une forteresse à Salehieh
+qui puisse mettre à l'abri de toute insulte les magasins de bouche et de
+guerre que j'ai l'intention d'y réunir: vous vous concerterez avec
+le général du génie pour tous les établissemens d'artillerie,
+indépendamment des magasins nécessaires à l'approvisionnement pour trois
+ou quatre pièces de campagne et cinq ou six cent mille cartouches.
+
+Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. que vous laisserez à la
+disposition de l'officier d'artillerie que vous chargerez dudit
+établissement, pour commencer à travailler de suite.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 16 thermidor an 6 (13 août 1798).
+
+_Au général Reynier._
+
+Mon intention est, citoyen général, que le génie et l'artillerie
+travaillent à la construction d'une forteresse qui mette les magasins
+que j'ai l'intention de réunir à Salehieh à l'abri d'une attaque de vive
+force, et dans le cas d'être gardés par moins de mille hommes.
+
+Jusqu'alors vous sentez qu'il est indispensable que vous occupiez en
+force le point désigné, et que vous envoyiez des espions en Syrie pour
+vous tenir au fait de tous les mouvemens que l'on pourrait faire de ce
+côté-là.
+
+Vous vous mettrez en correspondance suivie avec Damiette, qui est plus
+à même d'en recevoir par mer, et vous reconnaîtrez bien la position de
+Salehieh par rapport à la mer et aux différens canaux du Nil.
+
+Le général Dugua, avec sa division, va à Mansoura, et le général Vial va
+à Damiette. Quand vous aurez reconnu la route qui de la mer conduit à
+Salehieh, on pourra ordonner à une frégate et à un ou plusieurs avisos
+de se tenir toujours à portée de ce point, et l'on pourra par là vous
+faire passer du vin, du canon, des outils, que nous avons à Alexandrie,
+ainsi que les bagages de votre division.
+
+Vous répandrez, soit dans votre province, soit en Syrie, le plus de mes
+proclamations que vous pourrez, et vous prendrez des mesures pour que
+tous les voyageurs qui arrivent de Syrie vous soient amenés, afin que
+vous puissiez les interroger.
+
+Indépendamment de ces fonctions militaires, vous en aurez encore
+d'administratives à remplir, en organisant la province de Salehieh dont
+le chef-lieu est à Belbeis.
+
+Il faut commencer par vous mettre en correspondance avec toutes les
+tribus arabes, afin de connaître les camps qu'ils occupent, les champs
+qu'ils cultivent, et dès lors le mal que vous pourrez leur faire
+lorsqu'ils désobéiront à vos ordres.
+
+Cela fait, il faudra remplir deux buts: le premier de leur ôter le plus
+de chevaux possible; le second de les désarmer.
+
+Vous ne leur laisserez entrevoir l'intention de leur ôter leurs chevaux
+que peu à peu, en en demandant d'abord une certaine quantité pour
+remonter notre cavalerie, et, cela obtenu, il sera possible de prendre
+d'autres mesures; mais auparavant il faut que vous vous occupiez de
+connaître les intérêts qui les lient à nous; ce qui seul vous fera
+connaître les menaces et le mal que vous pouvez leur faire.
+
+Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. pour pouvoir subvenir aux
+dépenses extraordinaires d'espions à envoyer en Syrie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).
+
+_Au général Dupuy._
+
+Vous voudrez bien, citoyen général, prendre de nouvelles précautions
+pour vous assurer que Coraïm ne vous échappera pas: après quoi vous lui
+ferez subir un interrogatoire, dans lequel vous lui demanderez qu'il
+réponde positivement: 1°. a-t-il écrit à Mourad-Bey depuis qu'il nous a
+juré fidélité? 2°. à quels mameloucks a-t-il écrit depuis qu'il nous a
+juré fidélité? 3°. quelle espèce de correspondance a-t-il eue avec les
+Arabes de Bahiré?
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).
+
+_Au général Dupuy._
+
+Je vous prie, citoyen général, de me faire connaître ce qu'a produit le
+désarmement.
+
+Je désirerais également connaître les mesures efficaces que vous pensez
+qu'on pourrait prendre pour se procurer des chevaux: vous pourrez faire
+prendre tous les chevaux, armes et chameaux qui pourraient se trouver
+dans les maisons des femmes avec lesquelles nous avons traité. Ces trois
+objets sont objets de guerre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).
+
+_Au général Ganteaume._
+
+Le tableau de la situation dans laquelle vous vous êtes trouvé,
+citoyen général, est horrible. Quand vous n'avez point péri dans cette
+circonstance, c'est que le sort vous destine à venger un jour notre
+marine et nos amis; recevez-en mes félicitations: c'est le seul
+sentiment agréable que j'aie éprouvé depuis avant-hier. J'ai reçu, à
+mon avant-garde, à trente lieues du Caire, votre rapport, qui m'a été
+apporté par l'aide-de-camp du général Kléber.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).
+
+_Au contre-amiral Ganteaume._
+
+Vous prendrez, citoyen général, le commandement de tout ce qui reste de
+notre marine, et vous vous concerterez avec l'ordonnateur Leroy pour
+l'armement et l'approvisionnement des frégates _l'Alceste_, _la Junon_,
+_la Carrère_, _la Muiron_, les vaisseaux _le Dubois_ et _le Causse_, et
+toutes les autres frégates, bricks ou avisos qui nous restent.
+
+Vous nommerez tous les commandans; vous ferez tout ce qu'il vous sera
+possible pour retirer de la rade d'Aboukir les débris qui peuvent y
+rester.
+
+Vous ferez partir de suite sur un aviso, pour Corfou et de là pour
+Ancolie, les dépêches que porte le courrier que j'ai expédié il y a
+quinze jours du Caire, et que l'on m'assure être encore à Rosette. Vous
+adresserez au ministre de la marine une relation de l'affaire, telle
+qu'elle a eu lieu.
+
+Je brûle du désir de conférer avec vous; mais, avant de vous donner
+l'ordre de venir au Caire, j'attendrai quelques jours, mon intention
+étant, s'il est possible, de me porter moi-même à Alexandrie.
+
+Envoyez-moi l'état des officiers, des matelots et des bâtimens qui nous
+restent.
+
+Vous sentez qu'il est essentiel que vous fassiez prévenir de suite Malte
+et Corfou de ce qu'aura fait le général Villeneuve, afin que ces îles se
+tiennent en surveillance et à l'abri d'une surprise.
+
+Je pense bien qu'à l'heure qu'il est, les Anglais se seront retirés avec
+leur proie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798)
+
+_Au citoyen Leroy,_
+
+Je vous envoie par une chaloupe canonnière 100,000 fr. pour servir aux
+travaux les plus pressans de la marine. Il est indispensable que vous
+vous concertiez avec le contre-amiral Ganteaume pour armer en guerre _le
+Dubois_, le _Causse_, _la Carrère_, _la Muiron_; il faudra doubler
+en cuivre les deux dernières, qui doivent avoir le doublage. Le
+contre-amiral Ganteaume nommera au commandement de ces différens
+bâtimens. Vous ne devez pas être embarrassé d'en organiser les équipages
+avec les débris de l'escadre.
+
+J'imagine que _l'Alceste_ n'a besoin de rien. Vous aurez déjà sans doute
+fait travailler à _la Junon_. Dès l'instant que vous aurez des nouvelles
+de la route qu'aura tenue le contre-amiral Villeneuve, vous me la ferez
+connaître. Envoyez-moi aussi l'état de tous les bâtimens et de tous les
+matelots échappés, soit de l'escadre, soit des convois qui se trouvent à
+Rosette.
+
+Indépendamment des sommes que le général Kléber vous fera remettre des
+contributions d'Alexandrie et de celles qui nous reviendront de la
+contribution frappée à Damiette, je vous ferai toucher toutes les
+décades 100,000 fr. Il est arrivé à Rosette cinquante djermes chargées
+de blés et de légumes, que, dès mon arrivée au Caire, j'avais envoyées à
+l'amiral Brueys pour approvisionner l'escadre; je donne ordre au général
+Menou de les tenir à votre disposition, et de faire tout ce qu'il pourra
+pour les faire passer à Alexandrie. Faites de votre côté tout ce qui
+sera possible pour favoriser ce passage, afin que vous ayez à Alexandrie
+les approvisionnemens nécessaires pour cette grande quantité d'hommes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Le 18 thermidor an 6 (15 août 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Vous devez sans doute, à l'heure qu'il est, avoir reçu la réponse a
+toutes vos lettres, et vous aurez vu mon aide-de-camp Julien, qui est
+parti d'ici, il y a douze jours.
+
+J'ai appris la journée du 14, avant-hier 26, par votre aide-de-camp, qui
+m'a trouvé à Salehieh, à trente-trois lieues du Caire. Je n'ai pas perdu
+un instant à m'y rendre.
+
+Je vous ai écrit souvent, et comme la plupart de vos lettres me sont
+parvenues toutes à la fois, j'espère qu'il en aura été de même des
+miennes.
+
+J'ai envoyé l'adjudant-général Brives à Rahmanieh avec un bataillon.
+
+Vous devez avoir reçu une grande quantité de monde aujourd'hui à
+Alexandrie.
+
+J'envoie 100,000 fr. à l'ordonnateur Leroy pour les premiers besoins de
+l'armement.
+
+J'ordonne que l'on vous fasse passer de Rosette tous les vivres que l'on
+y avait envoyés pour l'approvisionnement de l'escadre.
+
+Après cinq ou six marches, nous avons poussé Ibrahim-Bey dans les
+déserts de Syrie; nous avons dégagé une partie de la caravane qu'il
+avait retenue, et lui-même avec tous ses trésors et ses femmes a failli
+tomber en notre pouvoir.
+
+Il nous reste encore à détruire Mourad-Bey, qui occupe la Haute-Égypte,
+et à soumettre l'intérieur du Delta, où plusieurs partisans des beys se
+trouvent encore les armes à la main.
+
+L'argent est extrêmement rare dans ce pays, et j'ai ordonné à
+l'ordonnateur Leroy et au contre-amiral Ganteaume de pousser le plus
+vivement qu'ils pourront l'armement des vaisseaux _le Dubois_ et _le
+Causse_, et celui des avisos, bricks ou frégates qui nous restent
+encore.
+
+L'adjudant-général Brives et sa colonne sont à vos ordres: si les
+Anglais laissent des forces dans ces parages et interceptent nos
+communications avec Rosette, il devient indispensable d'occuper les
+villages d'Aboukir en force, afin que vous puissiez communiquer avec
+Rosette par terre.
+
+Le général Manscourt se rend à Alexandrie: c'est un général d'artillerie
+qui pourra vous servir pour l'armement de la côte; il pourra d'ailleurs
+prendre des renseignemens sur le pays, pour vous remplacer lorsque les
+circonstances permettront que vous nous rejoigniez.
+
+Je ferai filer des troupes dès l'instant que cela sera possible, du
+côté de Rosette, pour pouvoir vous seconder; mais vous devez, d'ici à
+plusieurs jours, ne pas y compter: ainsi tirez parti de vos propres
+forces.
+
+Je n'ai point reçu de vos lettres depuis celles que m'a remises votre
+aide-de-camp: ainsi j'ignore jusqu'à quel point les Anglais ont été
+maltraités, et quelle est la quantité de troupes et d'équipages qui
+s'est réfugiée à Alexandrie.
+
+J'ai écrit à Ganteaume d'instruire Malte et Corfou de tous les détails
+de cette affaire, afin que ces îles restent en surveillance. L'on
+m'apprend que le courrier que j'ai expédié d'ici, il y a quinze jours,
+est encore à Rosette. J'ai écrit au contre-amiral de l'expédier le plus
+tôt possible pour Corfou, d'où il passera en Italie. Coraïm est arrivé
+ici; je l'ai fait enfermer. Vous ne devez pas avoir eu de difficulté
+à avoir les 300,000 fr auxquels j'ai imposé Alexandrie; il faudra
+cependant soustraire de cette somme 100,000 fr. que vous avez déjà
+touchés.
+
+Les choses dans ce pays ne sont pas encore assises, et chaque jour
+y porte une amélioration considérable. Je suis fondé à penser que,
+quelques jours encore, nous commencerons à être maîtres du pays.
+
+L'expédition que nous avons entreprise exige du courage de plus d'un
+genre. Le général de brigade Vial occupe Damiette.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+Vous ferez partir, citoyen général, pour Alexandrie tous les blés et
+autres approvisionnemens qui étaient chargés sur les djermes, et qui
+étaient destinés pour l'escadre.
+
+Vous devez avoir reçu plusieurs de mes lettres par mon aide-de-camp
+Jullien, qui est parti d'ici il y a quinze jours.
+
+Dans une, je vous disais de percevoir une contribution de 100,000 fr.
+sur le commerce de Rosette, pour subvenir à nos besoins.
+
+La djerme de poste vient d'arriver et ne porte aucune de vos lettres:
+veillez, je vous prie, à ce qu'aucun courrier ne parte de Rosette sans
+aller vous demander vos ordres, et qu'il y ait toujours un billet de
+vous ou d'un officier de votre état-major.
+
+L'aide-de-camp du général Kléber ne m'a appris que le 26, à Salehieh, où
+je me trouvais, la nouvelle de la journée du 14.
+
+Je ne fais que d'arriver au Caire; j'espère cette nuit recevoir de vos
+lettres qui m'instruisent de la perte réelle des Anglais.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).
+
+_Au contre-amiral Ganteaume._
+
+Je vous préviens, citoyen général, que j'ai donné ordre de vous envoyer
+15,000 fr., qui sont partis aujourd'hui dans la même caisse que les
+100,000 fr. de l'ordonnateur Leroy.
+
+Vous vous servirez de ces 15,000 fr. pour distribuer aux officiers de
+l'armée navale qui auraient le plus de besoins. Vous garderez 3,000 fr.
+pour vos besoins particuliers.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+Je donne ordre au payeur de vous envoyer 15,000 fr. pour distribuer
+aux individus de l'escadre qui auraient le plus de besoins et qui se
+seraient réfugiés à Rosette, et pour activer l'arrivée au Caire de tous
+les objets nécessaires à l'armée, et à Alexandrie, de tous les objets
+nécessaires à son approvisionnement.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798).
+
+_Au général Zayonscheck._
+
+J'ai reçu, citoyen général, à mon retour de Salehieh, votre lettre.
+J'espère qu'après les avantages que nous avons remportés sur
+Ibrahim-Bey, que nous avons poussé à plus de quarante lieues, et obligé
+de passer le désert de Syrie, après l'avoir blessé et après avoir tué
+Aly-Bey, les habitans de votre province deviendront plus traitables.
+
+Le général Dugua, qui doit être arrivé à Mansoura, se rendra lui-même
+à Mehal-el-Kebir, pour soumettre la province de Garbié. Le général
+Fugières s'y rendra dès l'instant qu'il saura que le général Dugua est
+en marche; cela nécessitera quelques jours encore sa présence à Menouf.
+
+Je n'ai pas vu avec plaisir la manière avec laquelle vous vous êtes
+conduit envers le Cophte: mon intention est qu'on ménage ces gens-là et
+qu'on ait des égards pour eux. Prononcez les sujets de plainte que vous
+avez contre lui, je le ferai remplacer.
+
+Je n'approuve pas non plus que vous ayez fait arrêter le divan sans
+avoir approfondi s'il était coupable ou non; il a fallu le relâcher
+douze heures après: ce n'est pas le moyen de se concilier un parti.
+Étudiez les peuples chez lesquels vous êtes, distinguez ceux qui sont
+les plus susceptibles d'être employés; faites quelquefois des exemples
+justes et sévères, mais jamais rien qui approche du caprice et de la
+légèreté. Je sens que votre position est souvent embarrassante, et je
+suis plein de confiance dans votre bonne volonté et votre connaissance
+du coeur humain; croyez que je vous rends la justice qui vous est due.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798).
+
+_Au général Rampon._
+
+Je vous envoie, citoyen général, des souliers et du biscuit; on vous a
+envoyé des cartouches.
+
+Le général Desaix, avec sa division, s'embarque dans la nuit de demain
+pour se rendre à Benecouef: par-là vous vous trouverez couvert, et
+reprendrez sans inconvénient la position d'Alfieli, et punirez le
+scheick de la conduite perfide qu'il a tenue.
+
+Je connais trop l'esprit qui anime les trois bataillons que vous
+commandez, pour douter qu'ils ne fussent fâchés que je donnasse à
+d'autres le soin de les venger de la trahison infâme des habitans
+d'Alfieli.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 30 thermidor an 6 (17 août 1798)
+
+_Au général Chabot._
+
+Je reçois, citoyen général, votre lettre du 25 messidor: j'y vois que
+_le Fortunatus_ est arrivé avec deux bâtimens chargés de bois; je vous
+prie de continuer à nous en envoyer.
+
+Le contre-amiral Villeneuve, avec une partie de l'escadre, est arrivé à
+Corfou.
+
+Je ne doute pas que vous ne lui accordiez tous les secours et
+approvisionnemens qu'il doit attendre. Dans ce cas, félicitez-le, de
+ma part, sur le service qu'il a rendu dans cette circonstance, en
+conservant à la république un aussi bon officier et d'aussi bons
+bâtimens.
+
+Vous lui direz que je désire qu'il fasse armer le plus tôt possible le
+bâtiment de guerre qui est à Corfou, et qu'il envoie l'ordre a Ancône
+pour que les trois bâtimens de guerre et les frégates qui y sont,
+se rendent également à Corfou, afin de pouvoir ainsi commencer à
+réorganiser une escadre. Nous faisons armer les vaisseaux et les
+frégates qui se trouvent dans le port d'Alexandrie. Plusieurs vaisseaux
+de guerre et frégates, partis de Toulon, vont arriver à Malte, où il y a
+également quelques vaisseaux de guerre et frégates: mon intention est de
+réunir tous ces vaisseaux à Corfou.
+
+Écrivez de ma part au général Brune, pour qu'il fasse mettre, sur
+nos vaisseaux d'Ancône, de bonnes garnisons de troupes, et mettez-en
+vous-même sur ceux qu'a amenés le contre-amiral Villeneuve. Je ne lui
+écris pas à lui-même, parce que je ne suis pas assuré qu'il se trouve à
+Corfou; mais s'il s'y trouve, cette lettre lui sera commune. Tout ici
+va parfaitement bien, et commence même à s'organiser: notre conquête se
+consolide tous les jours.
+
+Faites-moi connaître, le plus souvent que vous pourrez, ce qui se passe
+en Turquie, et surtout du côté de Passwan-Oglou. En général, quand vous
+m'écrirez, envoyez-moi les journaux que vous aurez, et une note de ce
+que vous aurez appris, car ici nous sommes très-souvent sans nouvelles
+de France.
+
+J'ai vu avec plaisir que les choses vont bien dans votre division. Les
+troupes qui vous sont arrivées, sont un renfort bien précieux dans ce
+moment-ci.
+
+Faites faire la plus grande quantité de biscuit que vous pourrez; je
+vous enverrai des blés le plus tôt qu'il me sera possible; d'ailleurs,
+je vois par votre état de situation, que vous en avez sept cents
+quintaux, en approvisionnement de siège.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).
+
+_Au général Marmont._
+
+Vous vous rendrez, citoyen général, le plus tôt possible à Rosette.
+
+En passant à Rahmanieh, vous vous aboucherez avec l'adjudant-général
+Brives, afin d'avoir des nouvelles, soit d'Alexandrie, soit de la
+province de Damanhour.
+
+Si l'expédition que j'ai ordonnée sur le Damanhour n'avait pas réussi,
+vous débarqueriez a Rahmanieh, et vous prendriez le commandement de
+toutes les colonnes mobiles; vous dissiperiez les attroupemens de toute
+la province de Damanhour, et puniriez les habitans de cette ville pour
+la manière dont ils se sont conduits avec le général Dumuy.
+
+Si, comme je dois le présumer, il n'y a rien de nouveau à Rahmanieh, et
+que l'adjudant-général Brives soit à Damanhour ou à Rahmanieh, vous lui
+donnerez de vos nouvelles en l'instruisant que le but de votre mission
+est d'entretenir la communication du canal de Rahmanieh à Alexandrie,
+afin que les eaux y coulent; ainsi que la communication de Rosette à
+Alexandrie.
+
+Arrivé a Rosette, votre premier soin sera de visiter la barre du Nil, et
+de vous assurer si l'on y a placé les batteries et chaloupes nécessaires
+pour le mettre à l'abri des corsaires et chaloupes anglaises.
+
+Vous vous trouverez sous les ordres du général Menou pour les opérations
+qu'il jugera à propos de faire, soit pour la sûreté de la ville, soit
+pour celle des villages environnans: de là vous vous rendrez à Aboukir;
+vous verrez s'il y a quelque chose à faire pour perfectionner les
+retranchemens du fort, et rendre plus commode la rade d'Aboukir à
+Rosette.
+
+De là vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous trouverez sous les
+ordres du général Kléber, pendant votre séjour dans cette ville, soit
+pour les mesures qu'il voudrait prendre dans la ville, soit pour quelque
+opération contre les Arabes, soit pour quelque opération le long du
+canal qui va à Rahmanieh. Mon intention est que, de retour à Aboukir
+et à Rosette, vous restiez dans cette dernière ville, jusqu'à ce que
+l'escadre anglaise ait disparu, et que la communication par mer soit à
+peu près rétablie.
+
+Ainsi, le but de votre opération est de former une colonne mobile propre
+à observer les mouvemens de l'escadre anglaise, et à assurer la bouche
+du Nil de la branche de Rosette, d'empêcher toute communication entre
+les Anglais et les Arabes par Aboukir, de rendre facile la communication
+de Rosette à Aboukir, d'offrir une réserve pour dissiper les
+rassemblemens qui se formeraient dans la province de Rahmanieh, de punir
+la ville de Damanhour, et enfin de protéger l'écoulement des eaux le
+long du canal, le seul qui procure de l'eau à Alexandrie.
+
+Vous m'enverrez, de Rahmanieh, un mémoire sur le temps où les eaux
+entrent dans ce canal, sur les obstacles que les Arabes pourraient
+mettre à l'écoulement des eaux, et sur la situation de la province de
+Rahmanieh.
+
+J'ai déjà ordonné plusieurs fois que tous les magasins qui se trouvent
+à Rahmanieh filassent sur Rosette et sur Alexandrie. Vous me ferez
+connaître spécialement si le canal qui va de Rahmanieh à Alexandrie peut
+porter des djermes.
+
+Je vous ordonne, à votre retour à Alexandrie, de rester à Rosette de
+préférence, afin que, si cela était nécessaire, vous pussiez vous porter
+entre les deux branches du Nil, et vous opposer aux incursions que
+pourraient faire les Anglais pour tenter de s'approvisionner de Rosette,
+d'Aboukir et d'Alexandrie.
+
+Vous m'écrirez, dans le plus grand détail, pour me faire connaître la
+situation des Anglais, et la manière dont notre escadre s'est comportée
+dans le combat.
+
+En parlant, soit aux généraux, soit aux marins, soit aux soldats, vous
+aurez soin de dire et de faire tout ce qui peut encourager.
+
+Ayez soin surtout de voir et de conférer avec le contre-amiral
+Ganteaume, et vous me ferez connaître ce qu'il pense que feront les
+Anglais, ce qu'il pense qu'a fait Villeneuve, ce qu'il pense de la
+conduite de notre escadre et de celle des Anglais. Témoignez-lui
+l'estime que j'ai pour lui et le plaisir que j'ai eu à apprendre qu'il
+était sauvé.
+
+Vous direz à Brives de faire entrer le plus de vivres qu'il pourra à
+Damanhour et à Rosette, en y envoyant soit du blé, soit de la viande.
+
+Je m'en rapporte à votre zèle et à vos talens pour la conduite que vous
+tiendrez.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 1er. fructidor an 6 (18 août 1798).
+
+_Au général Perrée._
+
+Vous partirez, citoyen général, cette nuit, avec deux bâtimens armés,
+et la quantité de djermes nécessaires pour porter la colonne du général
+Marmont.
+
+Arrivé à Rosette, vous me rendrez compte si les batteries que l'on y
+a établies, sont suffisantes pour empêcher les avisos et chaloupes
+anglaises de venir nous troubler.
+
+Vous prendrez, des officiers et matelots qui sont à Rosette, tous les
+détails sur le combat de l'escadre, et vous me les ferez connaître; vous
+irez à Aboukir avec le général Marmont, afin de prendre une connaissance
+exacte sur la position qu'occupe l'escadre anglaise, des vaisseaux qui
+sont brûlés, de ceux qui restent, et enfin de tout ce qu'ils ont fait ou
+de ce qu'ils ont l'air de faire.
+
+Vous ferez partir de Rosette _la Cisalpine_, que vous enverrez en
+Italie porter un de mes courriers. Vous direz au capitaine, que s'il me
+rapporte la réponse de Paris à ce courrier, je lui donnerai mille louis.
+
+Vous lui tracerez une instruction sur le chemin qu'il doit tenir.
+
+Vous resterez, jusqu'à nouvel ordre, à Rosette, afin de faciliter autant
+qu'il sera possible la communication par mer d'Alexandrie à Rosette,
+celle de Rosette au Caire, et de me faire parvenir promptement les
+nouvelles intéressantes qu'il pourrait y avoir.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).
+
+_Au général Menait._
+
+Ce soir, le général de brigade Marmont, avec la quatrième demi-brigade,
+part pour se rendre à Rosette et y observer les mouvemens des Anglais.
+
+Le contre-amiral Perrée se rend à Rosette avec deux avisos; j'espère que
+dès l'instant que le général Marmont sera arrivé à Rosette, on pourra
+empêcher les Anglais d'avoir aucune communication avec les Arabes.
+
+J'ai appris, par voie indirecte, qu'un de mes derniers courriers avait
+été arrêté par les Anglais, et qu'il n'avait pas eu l'esprit de jeter
+ses paquets à la mer. J'ai appris également indirectement que deux cents
+hommes étaient arrivés d'Alexandrie à Rosette, J'en vous veux un peu de
+mal de ce que ce n'est pas vous ou votre état-major qui m'ayez fait
+part de ces nouvelles. Vous sentez combien, dans ces circonstances, les
+moindres choses sont essentielles.
+
+L'adjudant-général Jullien et l'aide-de-camp du général Kléber, avec
+une caisse de 130,000 fr., dont la majeure partie est destinée pour le
+citoyen Leroy, ordonnateur de la marine, sont partis avant-hier, sur un
+aviso; ils doivent être arrivés à l'heure qu'il est.
+
+Écrivez-moi, je vous prie, citoyen général, souvent et longuement;
+faites passer à Alexandrie la plus grande quantité de riz qu'il vous
+sera possible.
+
+Je n'ai pas encore reçu le plan que j'avais tant recommandé que l'on
+m'envoyât promptement, de Rosette à la mer.
+
+Tout ici va parfaitement bien. La fête que l'on y a célébrée pour
+l'ouverture du canal du Nil, a paru faire plaisir aux habitans.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).
+
+_Au général Reynier._
+
+Je reçois votre lettre du 26, par laquelle vous m'annoncez
+qu'Ibrahim-Bey était, le 27, à plusieurs journées de Salehieh.
+
+Je vous ai envoyé du riz, de la farine et quatre mille rations de bon
+biscuit; j'imagine qu'à l'heure qu'il est, vos fours sont faits, et que
+vous ne manquez point de pain.
+
+Le parti que vous avez pris de retrancher la mosquée est extrêmement
+sage; vous avez dû recevoir six pièces de canon turques qui vous
+serviront à cet objet.
+
+Ne gardez pas de chameaux qui vous soient inutiles, parce que cela vous
+priverait des moyens de vous approvisionner.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 1er fructidor an 6 (8 août 1798).
+
+_Au consul français à Tripoli._
+
+J'ai reçu, citoyen consul, votre lettre du 13 messidor: depuis la prise
+de Malte, nous avons pris Alexandrie, battu les mameloucks, pris le
+Caire, et nous nous sommes emparés de toute l'Égypte.
+
+Les Anglais ayant battu notre escadre, ont dans ce moment la supériorité
+dans ces mers, ce qui m'engage à vous prier d'expédier un courrier pour
+se rendre, soit à Malte, soit à Civita-Vecchia, soit à Cagliari, d'où il
+regagnera facilement Toulon.
+
+Je vous envoie une copie de la lettre à faire partir; vous direz que
+l'armée de terre est victorieuse et bien établie en Égypte, sans
+maladies et sans perte de monde, que je me porte bien, et qu'on n'ajoute
+pas foi en France aux bruits que l'on fait courir. Expédiez-moi de
+Tripoli un courrier pour me faire parvenir les nouvelles que vous aurez
+de France, et écrivez à Malte pour qu'on envoie toutes les gazettes que
+l'on y reçoit et que vous me ferez parvenir.
+
+Il est indispensable que vous nous expédiiez, au moins une fois toutes
+les décades, un courrier qui ira par mer jusqu'à Derne, et de là
+traversera le désert. Je vous ferai rembourser tous les frais que cela
+vous occasionera. Je n'ose aventurer de l'argent au travers du désert;
+mais si vous trouvez un négociant de Tripoli qui ait besoin d'avoir
+6,000 fr. au Caire, vous pouvez les prendre et tirer une lettre de
+change sur moi. D'ailleurs, je paierai bien tous les courriers qui
+m'apporteront des nouvelles intéressantes.
+
+Faites connaître au bey que demain nous célébrons la fête du prophète
+avec la plus grande pompe. La caravane de Tripoli part également demain;
+je l'ai protégée, et elle a eu à se louer de nous.
+
+Engagez le bey à envoyer beaucoup de vivres à Malte, des moutons à
+Alexandrie, et à faire savoir aux fidèles que les caravanes sont
+protégées par nous, et que l'émir-aga est nommé.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le 18 thermidor, j'ordonnai à la division du général Reynier de se
+porter à Elkhankah, pour soutenir le général de cavalerie Leclerc,
+qui se battait avec une nuée d'Arabes à cheval, et de paysans du pays
+qu'Ibrahim-Bey était parvenu à soulever. Il tua une cinquantaine de
+paysans, quelques Arabes, et prit position au village d'Elkhankah. Je
+fis partir également la division commandée par le général Lannes et
+celle du général Dugua.
+
+Nous marchâmes à grandes journées sur la Syrie, poussant toujours devant
+nous Ibrahim-Bey et l'armée qu'il commandait.
+
+Avant d'arriver à Belbeis, nous délivrâmes une partie de la caravane
+de la Mecque, que les Arabes avaient enlevée et conduisaient dans le
+désert, où ils étaient déjà enfoncés de deux lieues. Je l'ai fait
+conduire au Caire sous bonne escorte. Nous trouvâmes à Qouréyn une autre
+partie de la caravane, toute composée de marchands qui avaient été
+arrêtés d'abord par Ibrahim-Bey, ensuite relâchés et pillés par les
+Arabes. J'en fis réunir les débris et je la fis également conduire au
+Caire. Le pillage des Arabes à dû être considérable; un seul négociant
+m'assura qu'il perdait en schalls et autres marchandises des Indes, pour
+deux cent mille écus. Le négociant avait avec lui, suivant l'usage du
+pays, toutes ses femmes. Je leur donnai à souper, et leur procurai les
+chameaux nécessaires pour leur voyage ou Caire. Plusieurs paraissaient
+avoir une assez bonne tournure; mais le visage était couvert, selon
+l'usage du pays, usage auquel l'armée s'accoutume le plus difficilement,
+
+Nous arrivâmes à Ssalehhyeh, qui est le dernier endroit habité de
+l'Égypte où il y ait de bonne eau. Là commence le désert qui sépare la
+Syrie de l'Égypte.
+
+Ibrahim-Bey, avec son armée, ses trésors et ses femmes, venait de partir
+de Ssalehhyeh. Je le poursuivis avec le peu de cavalerie que j'avais.
+Nous vîmes défiler devant nous ses immenses bagages. Un parti d'Arabes
+de cent cinquante hommes, qui étaient avec eux, nous proposa de charger
+avec nous pour partager le butin. La nuit approchait, nos chevaux
+étaient éreintés, l'infanterie très-éloignée; nous leur enlevâmes les
+deux pièces de canon qu'ils avaient, et une cinquantaine de chameaux
+chargés de tentes et de différens effets. Les mameloucks soutinrent la
+charge avec le plus grand courage. Le chef d'escadron d'Estrées,
+du septième régiment de hussards, a été mortellement blessé; mon
+aide-de-camp Shulkouski a été blessé de sept à huit coups de sabre et de
+plusieurs coups de feu. L'escadron monté du septième de hussards et du
+vingt-deuxième de chasseurs, ceux des troisième et quinzième de dragons,
+se sont parfaitement conduits. Les mameloucks sont extrêmement braves et
+formeraient un excellent corps de cavalerie légère; ils sont richement
+habillés, armés avec le plus grand soin, et montés sur des chevaux de
+la meilleure qualité. Chaque officier d'état-major, chaque hussard
+a soutenu un combat particulier. Lasalle, chef de brigade du
+vingt-deuxième, laissa tomber son sabre au milieu de la charge; il fut
+assez adroit et assez heureux pour mettre pied à terre et se trouver
+à cheval pour se défendre et attaquer un des mameloucks les plus
+intrépides. Le général Murat, le chef de bataillon, mon aide-de-camp
+Duroc, le citoyen Leturcq, le citoyen Colbert, l'adjudant Arrighi,
+engagés trop avant par leur ardeur dans le plus fort de la mêlée, ont
+couru les plus grands dangers.
+
+Ibrahim-Bey traverse dans ce moment-ci le désert de Syrie; il a été
+blessé dans ce combat.
+
+Je laissai à Salehieh la division du général Reynier et des officiers du
+génie, pour y construire une forteresse, et je partis le 26 thermidor
+pour revenir au Caire. Je n'étais pas éloigné de deux lieues de
+Salehieh, que l'aide-de-camp du général Kléber arriva et m'apporta
+la nouvelle de la bataille qu'avait soutenue notre escadre, le 14
+thermidor. Les communications sont si difficiles, qu'il avait mis onze
+jours pour venir.
+
+Je vous envoie le rapport que m'en fait le contre-amiral Ganteaume. Je
+lui écris, par le même courrier, à Alexandrie, de vous en faire un plus
+détaillé.
+
+Le 18 messidor, je suis parti d'Alexandrie. J'écrivis à l'amiral
+d'entrer sous les vingt-quatre heures, dans le port d'Alexandrie, et,
+si son escadre ne pouvait pas y entrer, de décharger promptement toute
+l'artillerie et tous les effets appartenans à l'armée de terre, et de se
+rendre a Corfou.
+
+L'amiral ne crut pas pouvoir achever le débarquement dans la position où
+il était, étant mouillé dans le port d'Alexandrie sur des rochers, et
+plusieurs vaisseaux ayant déjà perdu leurs ancres; il alla mouiller à
+Aboukir, qui offrait un bon mouillage. J'envoyai des officiers du génie
+et d'artillerie qui convinrent avec l'amiral que la terre ne pouvait lui
+donner aucune protection, et que, si les Anglais paraissaient pendant
+les deux ou trois jours qu'il fallait qu'il restât à Aboukir, soit
+pour décharger notre artillerie, soit pour sonder et marquer la passe
+d'Alexandrie, il n'y avait pas d'autre parti à prendre que de couper ses
+câbles, et qu'il était urgent de séjourner le moins possible à Aboukir.
+
+Je suis parti d'Alexandrie dans la ferme croyance que, sous trois jours,
+l'escadre serait entrée dans le port d'Alexandrie, ou aurait appareillé
+pour Corfou. Depuis le 18 messidor jusqu'au 6 thermidor, je n'ai reçu
+aucune nouvelle ni de Rosette, ni d'Alexandrie, ni de l'escadre.
+Une nuée d'Arabes, accourus de tous les points du désert, étaient
+constamment à cinq cents toises du camp. Le 9 thermidor, le bruit de nos
+victoires et différentes dispositions rouvrirent nos communications. Je
+reçus plusieurs lettres de l'amiral, où je vis avec étonnement qu'il se
+trouvait encore à Aboukir. Je lui écrivis sur-le-champ pour lui faire
+sentir qu'il ne devait pas perdre une heure à entrer à Alexandrie, ou à
+se rendre à Corfou.
+
+L'amiral m'instruisit, par une lettre du 2 thermidor, que plusieurs
+vaisseaux anglais étaient venus le reconnaître, et qu'il se fortifiait
+pour attendre l'ennemi, embossé à Aboukir. Cette étrange résolution me
+remplit des plus vives alarmes; mais déjà il n'était plus temps, car la
+lettre que l'amiral écrivait le 2 thermidor ne m'arriva que le 12. Je
+lui expédiai le citoyen Jullien, mon aide-de-camp, avec ordre de ne pas
+partir d'Aboukir qu'il n'eût vu l'escadre à la voile. Parti le 12 il
+n'aurait jamais pu arriver à temps; cet aide-de-camp a été tué en chemin
+par un parti arabe qui a arrêté sa barque sur le Nil, et l'a égorgé avec
+son escorte.
+
+Le 8 thermidor, l'amiral m'écrivit que les Anglais s'étaient éloignés;
+ce qu'il attribuait au défaut de vivres. Je reçus cette lettre par le
+même courrier, le 12.
+
+Le 11, il m'écrivait qu'il venait enfin d'apprendre la victoire des
+Pyramides et la prise du Caire, et que l'on avait trouvé une passe pour
+entrer dans le port d'Alexandrie; je reçus cette lettre le 18.
+
+Le 14, au soir, les Anglais l'attaquèrent; il m'expédia, au moment où
+il aperçut l'escadre anglaise, un officier pour me faire part de ses
+dispositions et de ses projets: cet officier a péri en route.
+
+Il me paraît que l'amiral Brueys n'a pas voulu se rendre à Corfou, avant
+qu'il eût été certain de ne pouvoir entrer dans le port d'Alexandrie, et
+que l'armée dont il n'avait pas de nouvelles depuis long-temps, fût
+dans une position à ne pas avoir besoin de retraite. Si dans ce funeste
+événement il a fait des fautes, il les a expiées par une mort glorieuse.
+
+Les destins ont voulu dans cette circonstance, comme dans tant d'autres,
+prouver que, s'ils nous accordent une grande prépondérance sur le
+continent, ils ont donné l'empire des mers à nos rivaux. Mais ce revers
+ne peut être attribué à l'inconstance de notre fortune; elle ne nous
+abandonne pas encore: loin de là, elle nous a servis dans toute cette
+opération au-delà de tout ce qu'elle a jamais fait. Quand j'arrivai
+devant Alexandrie avec l'escadre, et que j'appris que les Anglais y
+étaient passés en force supérieure quelques jours avant; malgré la
+tempête affreuse qui régnait, au risque de me naufrager, je me jetai à
+terre. Je me souvins qu'à l'instant où les préparatifs du débarquement
+se faisaient, on signala dans l'éloignement, au vent, une voile de
+guerre: c'était _la Justice_. Je m'écriai: «Fortune, m'abandonneras-tu?
+quoi, seulement cinq jours!» Je débarquai dans la journée; je marchai
+toute la nuit; j'attaquai Alexandrie à la pointe du jour avec trois
+mille hommes harrassés, sans canons et presque pas de cartouches;
+et, dans les cinq jours, j'étais maître de Rosette, de Damanhour,
+c'est-à-dire déjà établi en Égypte. Dans ces cinq jours, l'escadre
+devait se trouver à l'abri des forces des Anglais, quel que fût leur
+nombre. Bien loin de là elle reste exposée pendant tout le reste de
+messidor. Elle reçoit de Rosette, dans les premiers jours de thermidor,
+un approvisionnement de riz pour deux mois. Les Anglais se laissent voir
+en nombre supérieur pendant dix jours dans ces parages. Le 11 thermidor,
+elle apprend la nouvelle de l'entière possession de l'Égypte et de notre
+entrée au Caire; et ce n'est que lorsque la fortune voit que toutes ses
+faveurs sont inutiles qu'elle abandonne notre flotte à son destin.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798).
+
+_À la citoyenne Brueys._
+
+Votre mari a été tué d'un coup de canon, en combattant à son bord. Il
+est mort sans souffrir, et de la mort la plus douce, la plus enviée par
+les militaires.
+
+Je sens vivement votre douleur. Le moment qui nous sépare de l'objet que
+nous aimons est terrible; il nous isole de la terre; il fait éprouver au
+corps les convulsions de l'agonie. Les facultés de l'âme sont anéanties,
+elle ne conserve de relation avec l'univers, qu'au travers d'un
+cauchemar qui altère tout. Les hommes paraissent plus froids, plus
+égoïstes qu'ils ne le sont réellement. L'on sent dans cette situation
+que si rien ne nous obligeait à la vie, il vaudrait beaucoup mieux
+mourir; mais, lorsqu'après cette première pensée, l'on presse ses enfans
+sur son coeur, des larmes, des sentimens tendres raniment la nature,
+et l'on vit pour ses enfans: oui, madame, voyez dès ce premier moment
+qu'ils ouvrent votre coeur à la mélancolie: vous pleurerez avec eux,
+vous éléverez leur enfance, cultiverez leur jeunesse; vous leur parlerez
+de leur père, de votre douleur, de la perte qu'eux et la république ont
+faite. Après avoir rattaché votre âme au monde par l'amour filial et
+l'amour maternel, appréciez pour quelque chose l'amitié et le vif
+intérêt que je prendrai toujours à la femme de mon ami. Persuadez-vous
+qu'il est des hommes, en petit nombre, qui méritent d'être l'espoir de
+la douleur, parce qu'ils sentent avec chaleur les peines de l'âme.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798).
+
+_Au général Vial._
+
+Vous avez mal fait de laisser cent hommes à Mansoura, c'était évidemment
+les compromettre.
+
+La division du général Dugua aura sans doute dissipé les attroupemens et
+puni sévèrement les chefs d'attroupemens.
+
+Je donne ordre à l'artillerie de vous faire passer six pièces de gros
+calibre et deux mortiers pour placer à l'embouchure du Nil. Organisez
+votre province le plus tôt possible; tenez toujours vos troupes réunies;
+vous pouvez laisser libre le commerce de Damiette à la Syrie, mais ayant
+soin qu'on n'y transporte pas les riz qui sont nécessaires à l'armée.
+Écrivez a Djezzar-Pacha et au pacha de Tripoli, que je vous ai chargé
+de leur annoncer que nous ne leur en voulons pas, encore moins aux
+musulmans et vrais croyans; qu'ils peuvent se tranquilliser et vivre en
+repos, et que j'espère qu'ils protégeront le commerce d'Égypte en Syrie,
+comme mon intention est de le protéger de mon côté: envoyez-leur ces
+lettres par des occasions sûres.
+
+J'imagine que vous aurez eu soin que l'on célèbre avec plus de pompe
+encore la fête du prophète, qui est dans quatre ou cinq jours. La fête
+du Nil a été très-belle ici, celle du prophète le sera encore davantage.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+Les citoyens Monge, Berthollet, Caffarelli et Geoffroy sont membres de
+l'institut national, ainsi que les citoyens Desgenettes et Andréossi.
+Ils se réuniront demain dans la salle de l'institut pour arrêter un
+règlement pour l'organisation de l'institut du Caire et désigner les
+personnes qui doivent le composer.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_Au contre-amiral Villeneuve à Malte._
+
+J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite en mer, à
+... lieues du cap de Celidonia. Si l'on pouvait vous faire un reproche,
+ce serait de n'avoir pas mis a la voile immédiatement après que
+_l'Orient_ a sauté, puisque, depuis trois heures, la position que
+l'amiral avait prise, avait été forcée et entourée de tous côtés par
+l'ennemi.
+
+Vous avez rendu dans cette circonstance, comme dans tant d'autres, un
+service essentiel à la république eu suivant une partie de l'escadre.
+
+Les contre-amiraux Ganteaume et Duchayla sont à Alexandrie, ainsi que
+tous les matelots, canonniers, soldats de l'escadre, soit blessés, soit
+bien portans, tous les prisonniers ayant été rendus.
+
+Les deux vaisseaux _le Causse_ et _le Dubois_ sont armés, ainsi que les
+frégates _l'Alceste_, _la Junon_, _la Muiron_, _la Carrère_, et les
+autres frégates vénitiennes.
+
+Vous trouverez à Malte deux vaisseaux et une frégate; vous y attendrez
+l'arrivée de trois bâtimens de guerre vénitiens et de deux frégates, qui
+doivent venir de Toulon avec le convoi; vous ferez tous vos efforts et
+tout ce que vous croyez nécessaire pour nous le faire passer.
+
+Mon projet est de réunir trois vaisseaux neufs que nous avons à Ancône,
+celui que nous avons à Corfou, et les deux que nous avons à Alexandrie
+dans le port, afin de pouvoir contenir, à tout événement, l'escadre
+turque, de chercher ensuite à les joindre avec les sept vaisseaux que
+vous vous trouverez avoir alors sous vos ordres, et dont la principale
+destination est dans ce moment de favoriser le passage des convois qui
+nous arrivent de France.
+
+Je donne ordre au général Vaubois de vous fournir cent Français par
+vaisseau de guerre de plus, afin de pouvoir avec ce renfort mieux
+contenir votre équipage, que vous completterez de tous les matelots
+maltais que vous trouverez.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor en 6 (21 août 1798).
+
+_Au général Vaubois._
+
+Il est indispensable, citoyen général, que vous fournissiez à l'amiral
+Villeneuve tout ce qui lui sera nécessaire, soit en approvisionnemens,
+soit en garnison, soit en matelots pour pouvoir ravitailler sa division.
+
+Les communications sont extrêmement difficiles. Je n'ai point reçu de
+lettres de vous et fort peu de France; mais je compte assez sur votre
+zèle, pour ne pas douter que la place de Malte se trouve dans le
+meilleur état, et que vous employez tous vos moyens à captiver le peuple
+et à nous faire passer toutes les nouvelles qui pourront vous arriver de
+France.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_Au général Ganteaume._
+
+Je vous envoie, citoyen général, une lettre pour le contre-amiral
+Villeneuve, qui m'a écrit, à la hauteur du cap de Celidonia, qu'il se
+rendait à Malte. Je vous prie de la lui faire passer. Je vous prie de me
+faire connaître dans quel port _la Marguerite_ a eu ordre de relâcher,
+et si vous pensez qu'elle soit arrivée.
+
+Le citoyen Leroy ne m'envoie aucun état, de sorte que j'ignore
+absolument le nombre des matelots qui se trouvent dans le port
+d'Alexandrie. Les uns disent que les Anglais ont rendu tous les
+prisonniers de guerre: dès-lors, il devrait y avoir cinq ou six mille
+personnes de l'escadre à Alexandrie; je vous prie de me rendre un compte
+très-détaillé de l'événement qui a eu lieu, afin que je puisse en
+instruire le gouvernement. De tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent, je
+n'ai pas de quoi faire la moindre relation. Quelle était la force
+des Anglais? avaient-ils des vaisseaux à trois ponts? combien de
+quatre-vingt? combien de soixante-quatorze? À l'heure qu'il est,
+j'imagine qu'ils sont partis. Combien et quels sont les vaisseaux qui
+ont été emmenés ou brûlés? qui sont ceux de nos principaux officiers
+qui se sont sauvés, qui sont tués ou qui sont prisonniers? Pourquoi _le
+Franklin_ s'est-il rendu presque sans se battre?
+
+_Le Généreux_, que le contre-amiral a emmené avec lui, est-il un bon
+vaisseau? Un vaisseau de quatre-vingts peut-il décidément entrer dans
+le port d'Alexandrie? L'amiral m'écrivait, le 11, qu'il croyait qu'il
+pouvait y entrer.
+
+J'ai envoyé le citoyen Perrée à Rosette pour observer la position des
+Anglais et me rendre compte de son côté de ce qu'il verra.
+
+Lorsque les Anglais auront quitté ces parages, s'ils n'y laissent pas
+une forte croisière, comme je pense qu'ils ne pourront le faire, ayant
+besoin de leur monde pour emmener tous nos vaisseaux, j'enverrai trois
+à quatre cents matelots à Ancône pour augmenter l'équipage des trois
+vaisseaux vénitiens qui s'y trouvent, et les conduire à Corfou et
+ensuite à Alexandrie. Vous les ferez accompagner d'un officier
+intelligent, et vous lui donnerez une instruction sur la route qu'il
+devra suivre.
+
+Nous avons un vaisseau à Corfou, envoyez-y une trentaine de matelots
+pour augmenter les équipages, et donnez-lui des ordres pour, s'il y a
+possibilité, le faire réunir aux trois autres et le faire venir ici.
+
+J'ai écrit au général Villeneuve de tâcher de réunir à Malte les trois
+vaisseaux vénitiens et les deux frégates que nous avons à Toulon, ce
+qui, joint aux deux vaisseaux, à la frégate maltaise, et à ce qu'il a
+avec lui, fera cinq vaisseaux de guerre et cinq frégates. Nos forces
+de la Méditerranée étant dans ces deux masses, nous verrons, dans le
+courant de l'hiver, ce qu'il nous sera possible de faire pour leur
+réunion et pour seconder l'opération ultérieure de l'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_À l'ordonnateur Leroy._
+
+Je suis extrêmement mécontent, citoyen ordonnateur, de votre
+correspondance; deux ou trois lettres que je reçois de vous ne
+m'apprennent rien. Vous ne m'envoyez ni l'état approximatif des blessés,
+des morts, ni celui des prisonniers que nous ont rendus les Anglais;
+j'ignore absolument le nombre d'hommes réfugiés de notre escadre qui se
+trouvent dans ce moment à Alexandrie.
+
+J'ignore également ce qui a été fait pour l'armement des deux bâtimens
+vénitiens, pour l'armement des deux frégates, et dans quelle situation
+se trouve le convoi.
+
+Je vous prie de vouloir bien m'envoyer tous ces états dans le plus court
+délai.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_Au contre-amiral Ganteaume._
+
+Dès l'instant que vous aurez, citoyen général, expédié les ordres pour
+Corfou, et que vous aurez pris les états de situation du personnel et du
+matériel dans les ports d'Alexandrie, vous vous rendrez au Caire: avant
+de partir, conférez avec le citoyen Dumanoir.
+
+Vous aurez soin d'écrire par toutes les occasions en France, et de
+rendre compte au directoire du combat naval qui a eu lieu. Notre
+position au Caire est extrêmement satisfaisante puisque nous avons perdu
+peu de monde, et que nos prisonniers nous sont tous rendus. Cet échec,
+si considérable qu'il soit, se réparera. Croyez à l'estime et à l'amitié
+que j'ai pour vous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_Au même._
+
+Vous ferez partir, citoyen, aussitôt que cela sera possible.,
+d'Alexandrie; sept ou huit avisos dans le genre du _Cerf_, du _Pluvier_,
+pour remonter le Nil à Rosette, et se rendre au Caire; vous y ferez
+embarquer deux cents matelots de surplus, pour pouvoir armer quelques
+bricks qui se trouvent ici.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+Ni moi ni l'état-major, nous ne recevons aucun compte de vous; vous ne
+dites rien de ce qui se passe à Aboukir et à Rosette: cela en mérite
+pourtant bien la peine; et je ne suis instruis que par les oui-dire.
+
+Je vous prie de vouloir bien envoyer a l'état-major un état de situation
+des corps qui composent la garnison, les hôpitaux; de m'instruire des
+mouvemens que feraient l'escadre à Aboukir ou les bâtimens anglais au
+Bogaz. Je n'ai aucun détail sur la communication de Rosette à Aboukir,
+quoique je sache d'un autre côté qu'elle est ouverte.
+
+Je vous prie également de me faire connaître ce que sont devenues les
+lettres à l'amiral Brueys, que vous avez dû avoir dans les mains, et qui
+ne sont arrivées à Rosette que lorsque l'amiral n'y était plus.
+
+Le citoyen Croizier a porté des lettres pour le général Kléber:
+ont-elles été remises au courrier? ce courrier avait aussi des lettres à
+l'amiral Brueys, les a-t-il emportées avec lui?
+
+J'aurais dû être instruit dans le plus grand détail de tout ce qui se
+disait et se faisait d'essentiel. Dès l'instant que les Anglais seront
+partis d'Aboukir, ce qui ne peut tarder, si cela n'est pas déjà fait,
+favorisez autant qu'il vous sera possible l'arrivée de quelques pièces
+de 24 pour les mettre au Bogaz. Rosette est le seul point de l'armée sur
+lequel je n'aie aucune espèce de détails.
+
+Vous pouvez faire partir pour le Caire tous les meubles de la commission
+des arts. Je ne vous enverrai des ordres pour quitter Rosette, que
+lorsque la province sera organisée et que l'embouchure du Nil pourra ne
+pas craindre d'insulte de quelque corsaire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_Au général Dommartin._
+
+Je crois nécessaire, citoyen général, que votre partiez ce soir pour
+vous rendre à Rosette et de là à Alexandrie. Vous profiterez du
+moment où les Anglais laisseront libre la communication de Rosette
+à Alexandrie, pour faire passer une pièce de gros calibre et quatre
+mortiers à établir à l'embouchure de cette rivière, et enfin faire
+passer, indépendamment de ce que vous avez, du Caire à Damiette, huit
+autres pièces de gros calibre et quatre mortiers; pour faire également
+armer le fort d'Aboukir avec une très-bonne batterie de côte, et enfin
+augmenter et inspecter les fortifications et batteries d'Alexandrie, en
+ayant soin qu'on occupe le poste de l'île du Marabou. Votre présence
+sera d'ailleurs utile pour détruire beaucoup de faux bruits que l'on
+fait courir sur l'armée et sa position, et pour ranimer autant qu'il
+vous sera possible, les espérances et le courage de ceux qui en auront
+besoin.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_À l'ordonnateur de la marine à Toulon._
+
+L'amiral Ganteaume vous aura sans doute instruit, citoyen ordonnateur,
+de l'événement arrivé à l'escadre. Le général Villeneuve est allé, avec
+tout ce qu'il a sauvé, à Malte. L'ordonnateur Leroy vous rendra sans
+doute un compte détaillé du nombre des blessés et morts, et vous enverra
+l'état des marins qui sont à Alexandrie.
+
+Je vous envoie une lettre pour madame Brueys: je vous prie de la lui
+remettre avec tous les ménagemens possibles. L'armée de terre est dans
+la plus brillante position, nous sommes maîtres de toute l'Égypte,
+et dès l'instant que nous aurons reçu le convoi que vous devez nous
+envoyer, il ne nous restera plus rien à désirer. J'ordonne au général
+Villeneuve de réunir dans le port de Malte et sous son commandement les
+deux vaisseaux maltais, les trois vaisseaux vénitiens et les frégates
+que nous avons à Toulon.
+
+Je réunirai les vaisseaux vénitiens que nous avons à Ancône et celui que
+nous avons à Corfou, ainsi que les deux vaisseaux et les six frégates
+qui sont dans le port d'Alexandrie. Il n'y a eu que fort peu de blessés:
+ceux-ci ne montent qu'à huit cents. Tous les équipages qui ont été pris
+par les Anglais, sont presque tous rendus et existans à Alexandrie.
+Les trente ou quarante ouvriers que vous avez envoyés sont arrivés
+également.
+
+Soyez assez aimable, je vous prie, pour faire connaître à ma femme, dans
+quelque lieu qu'elle se trouve, et à ma mère en Corse, que je me porte
+fort bien. J'imagine bien que l'on m'aura dit, en Europe, tué une
+douzaine de fois.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_Au citoyen Menars, commissaire de la marine à Malte._
+
+Je vois avec plaisir, citoyen commissaire, par votre lettre du 5
+thermidor, que _le Dego_ et _la Carthaginoise_ sont prêts à partir. À
+l'heure qu'il est, le contre-amiral Villeneuve aura mouillé dans le port
+de Malte avec son escadre. J'espère aussi que vous travaillerez avec la
+plus grande activité à l'armement du troisième vaisseau, et qu'avant un
+mois il pourra augmenter l'escadre de l'amiral Villeneuve. Je vous prie
+de mettre dans cette circonstance plus de zèle et d'activité que dans
+toutes les autres. J'ai écrit en France pour qu'on vous fît passer
+600,000 fr. et j'écris au général Vaubois pour qu'il vous aide de tous
+ses moyens. J'espère que vous serez bientôt joint par le reste de nos
+vaisseaux qui sont à Toulon.
+
+Faites-nous parvenir par toutes les occasions des nouvelles de France;
+les petits bateaux qui côtoient la côte d'Afrique doivent pouvoir
+arriver sans difficultés.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Je vous remercie, citoyen général, de votre sollicitude sur ma santé:
+elle n'a jamais, je vous assure, été meilleure. Les affaires ici vont
+parfaitement bien, et le pays commence à se soumettre.
+
+J'ai appris la nouvelle de l'escadre onze jours après l'événement, et
+dès-lors ma présence n'y pouvait plus rien. Quant à Alexandrie, je n'ai
+jamais eu la moindre inquiétude; il n'y aurait personne que les Anglais
+n'y entreraient pas. Ils ont bien assez à faire de garder leurs
+vaisseaux, et sont trop empressés à profiter de la bonne saison pour
+regagner Gibraltar.
+
+J'ai reçu des lettres du contre-amiral Villeneuve à six lieues du cap de
+Celidonia: il va à Malte. J'ai reçu des lettres de cette île. Les deux
+bâtimens et la frégate sont prêts; les trois bâtimens sont aussi prêts
+à Toulon: ainsi j'espère que, dans le courant de septembre, nous aurons
+sept bâtimens de guerre et cinq frégates équipés à Malte, tout comme
+nous aurons six, sept à huit frégates à Alexandrie. J'espère que les
+quatre d'Ancône nous y joindront.
+
+Je n'ai pas encore reçu la revue, au moins approximative, des matelots
+qui se trouvent à Alexandrie. Je voudrais qu'au lieu de trois, vous y
+gardassiez pour six mois de riz. Ne vous sachant pas si bien pourvu,
+j'avais ordonné que l'on en achetât cinq mille quintaux à Damiette et
+cinq mille à Rosette, pour faire passer à Alexandrie.
+
+J'ai envoyé le général Marmont avec la quatrième demi-brigade
+d'infanterie légère et deux pièces de canon pour soumettre la province
+de Bahiré, maintenir libre la communication de Rosette à Alexandrie, et
+rester sur la côte pour empêcher la communication de l'escadre avec la
+terre.
+
+Je ferai partir cette nuit le général Dommartin pour profiter du moment
+favorable et accélérer le départ de l'artillerie de campagne pour
+l'armée: avec six pièces de 24 à boulets rouges et deux mortiers, toutes
+les escadres de la terre n'approcheraient pas. Il faut, dans ce cas,
+recommander qu'on tire lentement et très-peu; il faut avoir quelques
+gargousses de parchemin bien faites. Il faut le plus promptement
+possible mettre en état le fort d'Aboukir et occuper la tour du Marabou,
+où nous avons descendu: occupez-la avec un poste et quelques pièces de
+canon.
+
+Le turc Passwan-Oglou est plus fort que jamais, et les Turcs y penseront
+à deux fois avant de faire un mouvement contre nous: au reste ils
+trouveront à s'en repentir. Tous les mois, tous les jours, notre
+position s'améliore par les établissemens propres à nourrir l'armée, par
+les fortifications que nous établissons sur différens points; et dès
+l'instant que nos approvisionnemens de campagne qui sont à Alexandrie,
+seront en état d'être transportés au Caire, je vous assure que je ne
+crains pas cent mille Turcs.
+
+Si les Anglais relèvent cette escadre-ci par une autre et continuent à
+inonder la Méditerranée, ils nous obligeront peut-être à faire de plus
+grandes choses que nous n'en voulions faire. Au milieu de ce tracas, je
+vois avec plaisir que votre santé se rétablit, que votre blessure est
+guérie. Vous sentez que votre présence est encore nécessaire dans le
+poste où vous êtes; vous voyez que la blessure que vous avez reçue a
+tourné à bien pour l'armée. Faites-moi passer de suite tous les hommes
+qui viendraient de Malte ou de France, quand même ils n'auraient pas
+de dépêches. Vous me ferez connaître quels sont les bâtimens que vous
+m'envoyez. Je vous fais passer l'ordre pour le commerce; il faut
+rependant prendre garde qu'aucun négociant d'Alexandrie ne profite de
+cette liberté de commerce pour faire transporter ses richesses, et de
+ne le mettre à exécution que lorsque la plus grande partie de l'escadre
+anglaise sera partie.
+
+Encouragez, autant qu'il vous sera possible, les barques de Tripoli qui
+transportent des moutons à Alexandrie. J'ai écrit à ce bey et au consul
+français, par le désert; écrivez lui de votre côté par mer, et surtout
+au bey de Bengazé. Quant aux bâtimens de guerre turcs, il faut
+nous tenir dans la position où nous sommes jusqu'aux nouvelles de
+Constantinople, afin qu'aux premières hostilités du capitan pacha, nous
+puissions nous en emparer; ils équivaudront toujours dans nos mains à
+une de leurs caravelles.
+
+J'imagine qu'à l'heure qu'il est la masse de l'escadre anglaise sera
+partie. Aujourd'hui que les chemins sont ouverts, écrivez-moi souvent
+et faites-moi envoyer exactement les états de situation. J'espère que
+l'arrêté du conseil pour couler les soixante bâtimens de transport
+n'aura pas eu lieu. Avec six pièces de 24, deux grils à boulets rouges
+et quarante canonniers, j'ai lutté pendant quatre jours contre l'escadre
+anglaise et espagnole au siège de Toulon, et après lui avoir brûlé une
+frégate et plusieurs bombardes, je l'ai forcée à prendre le large. Si le
+génie de l'armée voulait qu'ils tentassent de se frotter contre notre
+port, ils pourraient, par ce qui leur arriverait, nous consoler un peu
+de l'événement arrivé à notre flotte. Le parti que vous avez pris
+de renforcer la batterie des Figuiers et du fort triangulaire est
+extrêmement sage.
+
+J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, une assez forte somme à
+l'ordonnateur Leroy. Faites-moi connaître ce que l'opinion dit sur la
+conduite _du Francklin_: il paraît qu'il ne s'est pas battu.
+
+Faites-moi connaître la date de toutes les lettres que vous avez reçues
+de moi, afin que je vous envoie copie de toutes celles qui ne vous
+seraient point parvenues.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798).
+
+_Instructions remises au citoyen Beauvoisin, chef de bataillon
+d'état-major, commissaire près le divan du Caire._
+
+Le citoyen Beauvoisin se rendra à Damiette; de là il s'embarquera sur un
+vaisseau turc ou grec; il se rendra à Jaffa; il portera la lettre que je
+vous envoie à Achmet-Pacha; il demandera à se présenter devant lui, et
+il réitérera de vive voix que les musulmans n'ont pas de plus vrais amis
+en Europe que nous; que j'ai entendu avec peine que l'on croyait en
+Syrie que j'avais dessein de prendre Jérusalem et de détruire la
+religion mahométane; que ce projet est aussi loin de notre coeur que de
+notre esprit; qu'il peut vivre en toute sûreté, que je le connais de
+réputation comme un homme de mérite; qu'il peut être assuré que, s'il
+veut se comporter comme il le doit envers les hommes qui ne lui font
+rien, je serai son ami, et bien loin que notre arrivée en Égypte soit
+contraire à sa puissance, elle ne fera que l'augmenter; que je sais que
+les mameloucks que j'ai détruits étaient ses ennemis, et qu'il ne doit
+pas nous confondre avec le reste des Européens, puisque, au lieu de
+rendre les musulmans esclaves, nous les délivrons; et enfin il lui
+racontera ce qui s'est passé en Égypte et ce qui peut être propre à lui
+ôter l'envie d'armer et de se mêler de cette querelle. Si Achmet-Pacha
+n'est pas à Jaffa, le citoyen Beauvoisin se rendra à Saint-Jean-d'Acre;
+mais il aura soin auparavant de voir les familles européennes,
+et principalement le vice-consul français, pour se procurer des
+renseignemens sur ce qui se passe à Constantinople et sur ce qui se fait
+en Syrie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 5 fructidor an 6 (11 août 1798).
+
+_À Achmet-Pacha[14], gouverneur de Séid et d'Acra (Saint-Jean-d'Acre.)_
+
+En venant en Égypte faire la guerre aux beys, j'ai fait une chose juste
+et conforme à tes intérêts, puisqu'ils étaient tes ennemis; je ne suis
+point venu faire la guerre aux musulmans. Tu dois savoir que mon premier
+soin, en entrant à Malte, a été de faire mettre en liberté deux mille
+Turcs, qui, depuis plusieurs années, gémissaient dans l'esclavage. En
+arrivant en Égypte, j'ai rassuré le peuple, protégé les muphtis, les
+imans et les mosquées; les pèlerins de la Mecque n'ont jamais été
+accueillis avec plus de soin et d'amitié que je ne l'ai fait, et la fête
+du prophète vient d'être célébrée avec plus de splendeur que jamais.
+
+Je t'envoie cette lettre par un officier qui te fera connaître de vive
+voix mon intention de vivre en bonne intelligence avec toi, en nous
+rendant réciproquement tous les services que peuvent exiger le commerce
+et le bien des états: car les musulmans n'ont pas de plus grands amis
+que les Français.
+
+BONAPARTE.
+
+[Footnote 14: Le même que le célèbre Djessar pacha.]
+
+
+
+
+Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798).
+
+_Au grand-visir._
+
+L'armée française que j'ai l'honneur de commander est entrée en Égypte
+pour punir les beys mameloucks des insultes qu'ils n'ont cessé de faire
+au commerce français.
+
+Le citoyen Talleyrand-Périgord, ministre des relations extérieures
+à Paris, a été nommé, de la part de la France, ambassadeur à
+Constantinople, pour remplacer le citoyen Aubert, Dubayet, et il est
+muni des pouvoirs et instructions nécessaires de la part du directoire
+exécutif pour négocier, conclure et signer tout ce qui est nécessaire
+pour lever les difficultés provenant de l'occupation de l'Égypte par
+l'armée française, et consolider l'ancienne et nécessaire amitié qui
+doit exister entre les deux puissances. Cependant, comme il pourrait se
+faire qu'il ne fût pas encore arrivé à Constantinople, je m'empresse
+de faire connaître à votre excellence l'intention où est la république
+française, non-seulement de continuer l'ancienne bonne intelligence,
+mais encore de procurer à la Porte l'appui dont elle pourrait avoir
+besoins contre ses ennemis naturels, qui, dans ce moment, viennent de se
+liguer contre elle.
+
+L'ambassadeur Talleyrand-Périgord doit être arrivé. Si, par quelque
+accident, il ne l'était pas, je prie votre excellence d'envoyer ici
+(au Caire), quelqu'un qui ait votre confiance et qui soit muni de vos
+instructions et pleins-pouvoirs, ou de m'envoyer un firman, afin que je
+puisse envoyer moi-même un agent, pour fixer invariablement le sort de
+ce pays, et arranger le tout à la plus grande gloire du sultan et de
+la république française, son alliée la plus fidèle, et à l'éternelle
+confusion des beys et mameloucks, nos ennemis communs.
+
+Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'amitié et de haute
+considération, etc.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 8 fructidor an 6 (25 août 1798).
+
+_Au schérif de la Mecque._
+
+En vous faisant connaître l'entrée de l'armée française en Égypte, je
+crois devoir vous assurer de la ferme intention où je suis de protéger
+de tous mes moyens le voyage de pélerins de la Mecque: les mosquées
+et toutes les fondations que la Mecque et Médine possèdent en Égypte,
+continueront à leur appartenir comme par le passé. Nous sommes amis des
+musulmans et de la religion du prophète; nous désirons faire tout ce qui
+pourra vous plaire et être favorable à la religion.
+
+Je désire que vous fassiez connaître partout que la caravane des
+pèlerins ne souffrira aucune interruption, qu'elle n'aura rien à
+craindre des Arabes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798).
+
+_Au même._
+
+Je m'empresse de vous faire connaître mon arrivée, à la tête de l'armée
+française, au Caire, ainsi que les mesures que j'ai prises pour
+conserver aux saintes mosquées de la Mecque et de Médine les revenus qui
+leur étaient affectés. Par les lettres que vous écriront le divan et les
+différens négocians de ce pays, vous verrez avec quel soin je protège
+les imans, les schérifs et tous les hommes de loi; vous y verrez
+également que j'ai nommé pour emir-adji Mustapha-Bey, kiaya de
+Seid-Aboukekir, pacha gouverneur du Caire, et qu'il escortera la
+caravane avec des forces qui la mettront à l'abri des incursions des
+Arabes.
+
+Je désire beaucoup que, par votre réponse, vous me fassiez connaître si
+vous souhaitez que je fasse escorter la caravane par mes troupes, ou
+seulement par un corps de cavalerie de gens du pays; mais, dans tous les
+cas, faites connaître à tous les négocians et fidèles que les musulmans
+n'ont pas de meilleurs amis que nous, de même que les schérifs et tous
+les hommes qui emploient leur temps et leurs moyens à instruire les
+peuples n'ont pas de plus zélés protecteurs, et que le commerce
+non-seulement n'a rien à craindre, mais sera spécialement protégé.
+
+J'attends votre réponse par le retour de ce courrier.
+
+Vous me ferez connaître également les besoins que vous pourriez avoir,
+soit en blé, soit en riz, et je veillerai à ce que tout vous soit
+envoyé.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798).
+
+_Aux négocians français à Jaffa._
+
+Je n'ai reçu, citoyens, qu'aujourd'hui votre lettre du 7 thermidor. Je
+vois avec peine la position dans laquelle vous vous trouvez; mais les
+nouvelles ultérieures que l'on aura eues de nos principes, auront, j'en
+suis persuadé, dissipé toutes les alarmes qui vous entouraient.
+
+Je suis fort aise de la bonne conduite de l'aga, gouverneur de la ville:
+les bonnes actions trouvent leur récompense, et celle-là aura la sienne.
+
+Malheur, au reste, à qui se conduira mal envers vous! Conformément à vos
+désirs, le divan, composé des principaux schérifs du Caire, le kiaya
+du pacha, le mollah d'Égypte, et celui de Damas, qui se trouvent ici,
+écrivent en Syrie pour dissiper toutes les alarmes. Les vrais musulmans
+n'ont pas de meilleurs amis que nous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 6 fructidor. Il sera fait
+incessamment un règlement général pour le traitement à accorder au
+divan et à la compagnie des janissaires, ainsi qu'à l'aga dans chaque
+province.
+
+Faites arrêter tous les Français arrivant du Caire, qui n'auraient pas
+de passeports de l'état-major.
+
+Diminuez votre service. Comment est-il possible que vous ayez
+trois cents hommes de garde à Rosette, lorsque nous n'en avons que
+quatre-vingts, au Caire?
+
+Une garde chez vous, une de police, quelques factionnaires aux
+principaux magasins, et tout le reste en réserve, cela ne fait que
+vingt-cinq ou trente hommes de service.
+
+L'officier du génie et l'ingénieur des ponts et chaussées doivent
+travailler sans instrumens: on ne demande que des croquis. Si vous
+pouviez nous envoyer un croquis de votre province, fait à la main, avec
+tous les noms des villages, cela nous serait fort utile.
+
+Je ne puis trop vous louer d'avoir donné à dîner aux scheiks du pays.
+Nous avons célébré ici la fête du Prophète avec une pompe et une ferveur
+qui m'ont presque mérité le titre de saint. Je n'approuve pas la mesure
+de donner du blé aux pauvres; nous ne sommes pas encore assez riches, et
+il faut nous garder de les gâter.
+
+J'imagine que vous avez opéré le désarmement de la ville, et que vous
+avez profité des sabres pour armer votre cavalerie. Vous aurez vu, dans
+l'ordre du jour, que vous devez lever dans votre province trois cents
+chevaux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Vous avez très-bien fait, citoyen général, de faire arrêter le négociant
+Abdel-Bachi, puisque vous avez eu des preuves qu'il était avec les
+mameloucks. En général, confisquez les propriétés et les biens de tous
+ceux qui se trouvent avec eux. Je vous envoie un ordre pour un autre
+habitant d'Alexandrie, qui est un des _factotum_ de Mourad-Bey, et qui,
+dans ce moment-ci, est avec lui.
+
+J'ai lu les lettres que les pilotes barbaresques, qu'avaient pris les
+Anglais, ont écrites à El-Messiri. C'est une plate bêtise; cependant
+j'aurais assez aimé que vous eussiez fait couper le cou au reis de la
+djerme.
+
+Il va incessamment y avoir un règlement à l'ordre pour la solde du
+divan, de l'aga et de la compagnie des janissaires; employez surtout
+cette compagnie à protéger l'arrivage des eaux. Ménagez bien vos armes,
+nous en avons grand besoin; nous devons peu compter sur le second
+convoi: vous savez combien nos troupes en dépendent.
+
+J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, 100,000 fr. à l'ordonnateur Leroy;
+j'en fais partir demain 50,000 autres. Nous ne sommes pas ici, comme
+vous pourriez vous l'imaginer, au milieu des trésors, et, jusqu'à la
+perception, nous éprouverons toujours une certaine pénurie.
+
+Les ressources que vous trouverez chez les différentes personnes
+arrêtées; la contribution que vous devez percevoir, à titre de prêt,
+sur les négocians; les fonds que les généraux d'artillerie et du génie
+envoient pour leurs services, ceux que j'envoie pour la marine,
+vous mettront, j'espère, à même d'aller, et vous éviteront le grand
+inconvénient de vendre du riz, que nous aurions tant de peine à
+transporter à Alexandrie, et où la prudence veut que nous en ayons pour
+toute l'armée pendant un an ou deux. Le général du génie a envoyé de
+l'argent à Rahmanieh, pour les travaux du canal.
+
+Vous devez déclarer positivement au commandant de la caravelle, qu'il
+ait à vous remettre tout l'argent, tous les effets qui n'appartiennent
+ni à lui, ni à son équipage, sous peine d'être puni exemplairement.
+
+J'espère que si le citoyen Delisle est à Alexandrie, vous aurez fait
+mettre la main dessus, et surtout que vous aurez fait prendre sa
+vaisselle. Je suis ici dans l'embarras de trouver de l'argent, et dans
+un bois de fripons.
+
+Quant à l'administration de la justice, c'est une affaire
+très-embrouillée chez les musulmans; il faut encore attendre que nous
+soyons un peu plus mêlés avec eux. Laissez faire le divan à peu près ce
+qu'il veut.
+
+J'espère que vous aurez fait célébrer la fête du Prophète avec le même
+éclat que nous l'avons fait au Caire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).
+
+_Au scheick El-Messiri[15]._
+
+Le général Kléber me rend compte de votre conduite, et j'en suis
+satisfait.
+
+Vous savez l'estime particulière que j'ai conçue pour vous an premier
+moment que je vous ai connu, j'espère que le moment ne tardera pas où je
+pourrai réunir tous les hommes sages et instruits du pays, et établir
+un régime uniforme, fondé sur les principes de l'Alcoran, qui sont les
+seuls vrais, et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes.
+
+Comptez en tout temps sur mon estime et mon appui.
+
+BONAPARTE.
+
+[Footnote 15: Un des notables de la ville d'Alexandrie.]
+
+
+
+Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).
+
+_Ordre du jour._
+
+Le général en chef ordonne que le 1er. vendémiaire, époque de la
+fondation de la république, sera célébré dans tous les différens points
+où se trouve l'armée, par une fête civique.
+
+La garnison d'Alexandrie célébrera sa fête autour de la colonne de
+Pompée.
+
+Les noms de tous les hommes de l'armée française qui ont été tués à la
+prise d'Alexandrie, seront en conséquence gravés sur cette même colonne.
+
+L'on plantera le pavillon tricolore au haut de la colonne.
+
+L'aiguille de Cléopâtre sera illuminée.
+
+L'on dressera au Caire, au milieu de la place d'Esbeckieh, une pyramide
+de sept faces dont chacune sera destinée à contenir les noms des hommes
+des cinq divisions qui sont morts à la conquête de l'Égypte;
+
+La sixième sera pour la marine;
+
+La septième pour l'état-major, la cavalerie, l'artillerie et le génie.
+
+La partie de l'armée qui se trouvera au Caire s'y réunira à sept heures
+du matin, et après différentes manoeuvres et avoir chanté des couplets
+patriotiques, une députation de chaque bataillon partira pour aller
+planter au haut de la plus grande pyramide le drapeau tricolore.
+
+La pince d'Esbeckieh sera disposée de manière à ce que le soir, à quatre
+heures, il puisse y avoir course de chevaux autour de la place, et
+course à pied.
+
+À ces courses seront admis ceux des habitans du pays qui voudront s'y
+présenter; il y aura des prix assignés pour le vainqueur.
+
+Le soir, la pyramide sera toute illuminée; il y aura un feu d'artifice.
+
+Les troupes qui sont dans la Haute-Égypte célébreront leur fête sur les
+ruines de Thèbes.
+
+Le général du génie, le général d'artillerie et le commandant de la
+place du Caire se réuniront chez le général en chef de l'état-major
+général pour se concerter et faire un programme plus détaillé de la
+fête, chacun en ce qui concerne son arme.
+
+Le général en chef ordonne qu'il ne sera fait dans l'armée qu'un seul
+pain; toutes les rations, soit à l'état-major, soit aux administrations,
+seront de pain de munition.
+
+Il sera fait un pain plus soigné pour les hôpitaux; mais il est
+défendu, sous quelque prétexte que ce soit, aux administrateurs et aux
+garde-magasins, de donner de ce pain au général en chef, ni à aucun
+général, ni au munitionnaire général; à la visite que l'officier de
+service fait tous les jours des hôpitaux, le directeur fera connaître la
+quantité de pain d'hôpitaux qu'il aura reçue. Il lui est défendu, sous
+les peines les plus sévères, de donner de ce pain à tout autre.
+
+Le général en chef est instruit que des employés et administrateurs
+s'embarquent sur les diligences du Caire à Rosette et Damiette, sans
+être munis d'ordres, ainsi qu'il a été ordonné. Le général en chef
+défend expressément de laisser embarquer aucun Français, soit à Boulac,
+soit au Vieux-Caire, ou dans tout autre endroit, s'il n'est muni d'un
+passeport, soit du général chef de l'état-major général, soit de
+l'ordonnateur en chef Sucy. Des postes seront placés de manière à
+s'assurer, soit au départ, soit à l'arrivée des bateaux, de l'exécution
+du présent ordre. Tous les Français trouvés sur des barques sans être
+munis de passeports ou d'ordres, seront arrêtés.
+
+Le conseil militaire de la division du général Bon a condamné à cinq
+années de fers le citoyen Vaultre, domestique du citoyen Thieriot,
+adjudant sous-lieutenant au vingt-deuxième de chasseurs à cheval,
+convaincu de vol.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).
+
+_Au général Zayonscheck._
+
+Je suis fort aise d'apprendre, par votre lettre, que la dénonciation
+que l'on m'avait faite sur la contribution que vous aviez imposée, est
+fausse. Vous devez m'envoyer les noms des villages qui ont tiré sur nos
+troupes lors de notre marche au Caire; vous ne devez leur accorder le
+pardon qu'à condition:
+
+1°. De vous rendre les armes;
+
+2° De vous donner le nombre des chevaux et mulets qu'ils peuvent
+fournir;
+
+3°. De vous remettre chacun deux ôtages pour garantir leur conduite à
+l'avenir. Vous m'enverrez un ôtage au Caire. Conformément à la demande
+que vous avez faite de revenir au Caire, j'ai nommé le général Lanusse
+pour vous remplacer; vous mènerez avec vous la plus grande partie de vos
+troupes, conformément à l'ordre que vous aura donné l'état-major.
+
+Avant de partir, faites un croquis de tous les canaux et de tous les
+villages qui composent la province de Menoufié.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Je n'approuve pas, citoyen général, la mesure que vous avez prise de
+retenir les 15,000 fr. que j'avais destinés au contre-amiral Ganteaume.
+Je vous prie, s'il est à Alexandrie, de les lui remettre: beaucoup
+d'officiers de marine sont dangereusement blessés, et doivent
+nécessairement avoir des besoins. Les officiers qui faisaient partie
+des garnisons, qui doivent être peu nombreux, se trouvent naturellement
+compris dans cette répartition. Vous devez avoir reçu l'ordre de faire
+partir tous les détachemens qui faisaient partie des garnisons des
+vaisseaux, et j'aurai soin, à leur arrivée au Caire, de les indemniser
+autant qu'il me sera possible.
+
+Il est indispensable de vous procurer, sur la ville d'Alexandrie, les
+185,000 fr., pour compléter la contribution de 300,000 fr. Il n'y a pas
+d'autre moyen de subvenir à nos besoins. Le général Menou, qui croyait
+trouver de grands obstacles à lever sa contribution de 100,000 fr., me
+mande, par le dernier courrier, qu'elle est déjà levée.
+
+Il faut construire une batterie à Aboukir; il faudrait également
+défendre par deux redoutes et quelques pièces d'artillerie, l'entrée du
+lac, afin que les chaloupes anglaises ne viennent pas vous y inquiéter.
+Je crois très-nécessaire d'y travailler, ainsi que de compléter la
+batterie d'Aboukir, et la mettre dans une situation respectable.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+J'ai reçu, citoyen général, par toutes les diligences, toutes vos
+lettres, que je lis avec d'autant plus d'intérêt, que j'approuve
+davantage vos vues et vos manières de voir. Je vous remercie des
+honneurs que vous avez rendus à notre prophète.
+
+Vous devez, à l'heure qu'il est, avoir reçu l'ordre pour les limites de
+la province de Rosette.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).
+
+_Au citoyen Leroi, ordonnateur de la marine._
+
+Il y a à Damiette, citoyen, une corvette portant vingt pièces de canon,
+laquelle n'est pas encore achevée. Il est indispensable que vous y
+envoyiez un ingénieur constructeur pour la faire terminer. Cela est
+extrêmement essentiel. Envoyez également reconnaître les ressources que
+pourra vous fournir cette place. On m'assure qu'elle renferme beaucoup
+de fer, de bois, tous objets qui vous sont essentiels.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+J'ai déjà répondu, citoyen général, à toutes les questions contenues
+dans votre lettre du 8 fructidor; mais, pour me résumer, je réponds ici
+à vos sept questions.
+
+1°. Oui, vous pouvez faire lever l'embargo mis sur les bâtimens neutres,
+et les laisser sortir malgré la présence de l'ennemi, pourvu qu'ils ne
+portent aucuns vivres, et spécialement du riz.
+
+2°. Même réponse pour les bâtimens de commerce turcs.
+
+3°. Cela ne s'étend pas jusqu'à la caravelle et aux bâtimens de guerre
+turcs, auxquels il faut donner de belles paroles, et attendre, pour
+prendre une décision, que nous ayons des renseignemens ultérieurs.
+
+4°. Les bâtimens auxquels on a fait des réquisitions, si les denrées
+qu'ils avaient appartenaient à des particuliers, doivent être soldés.
+Envoyez-moi l'état de tous ces bâtimens, ainsi que la valeur de leurs
+chargemens. Que les patrons fassent une assemblée, et qu'ils envoient
+ici des fondés de procuration; je leur ferai donner de l'argent pour la
+valeur de leurs marchandises. Ceux qui, après cette opération faite,
+voudraient s'en aller, en seront les maîtres. Vous leur ferez connaître
+qu'à leur retour, cette commission aura obtenu de moi cette demande; et
+qu'ils seront soldés. Voue les engagerez à nous apporter du bois et du
+vin.
+
+5°. Les bâtimens neutres attachés à notre convoi ne pourront pas sortir
+jusqu'à nouvel ordre: j'attends un état sur leur nombre et sur ce qui
+leur est dû, pour prendre un parti à leur égard.
+
+6°. Les esclaves mameloucks seront regardés comme marchandise ordinaire;
+vous exigerez seulement qu'ils évacuent Alexandrie, et se rendent au
+Caire. Cependant il faut, avant, vérifier si les beys ne les avaient pas
+déjà payés. L'artillerie fera des reçus des armes, estimera leur valeur,
+et les marchands viendront au Caire, où je les ferai solder. Si les
+armes sont ordinaires, elles resteront à la disposition de l'artillerie;
+si ce sont des armes qui passent le prix des armes ordinaires,
+l'artillerie m'en enverra l'inventaire, et on n'en disposera pas jusqu'à
+nouvel ordre.
+
+7°. Tous les officiers de marine rendus sur parole, pourront partir,
+dès l'instant qu'ils ont juré de ne pas servir de cette guerre; vous
+excepterez du nombre quatre ou cinq, qui, par leur activité, pourraient
+nous être utiles sur le Nil.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).
+
+_Au citoyen Dubois[16]._
+
+Je reçois votre lettre, citoyen, en date du 6 fructidor. Par le
+même courrier, le général Kléber m'apprend qu'il n'a plus besoin de
+pansemens. Vos talens nous sont utiles ici, et je vous prie de partir le
+plus tôt possible pour vous y rendre: l'air du Nil vous sera favorable.
+Les circonstances, d'ailleurs, ne rendent pas le passage assez sûr pour
+que j'expose un homme aussi utile. Vous serez content de voir de près
+cette grande ville du Caire; vous trouverez à l'Institut un logement
+passable, et une société d'amis[17].
+
+BONAPARTE.
+
+[Footnote 16: C'est le célèbre Antoine Dubois, l'un des chirurgiens les
+plus habiles de l'Europe.]
+
+[Footnote 17: La santé du docteur Dubois ne lui permit pas de rester en
+Égypte.]
+
+
+
+
+Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).
+
+_Au général Dugua._
+
+J'ai reçu votre lettre, citoyen général, du 11 fructidor. Je savais bien
+que ce n'était pas à Mehal-el-Kebir que l'on s'était battu; mais l'on
+m'avait supposé que c'était le chef-lieu de tous les rassemblemens. Je
+désire que vous y envoyiez un bataillon, afin d'assister le général
+Fugières dans ses opérations, et spécialement dans le désarmement.
+
+Il serait extrêmement dangereux de lever des contributions par village:
+cela serait capable dans ce moment-ci de décider les paysans à
+abandonner la culture; j'ai cependant ordonné la levée de quelques
+contributions sur quelques villages; je les ai mises à la disposition de
+l'ordonnateur eu chef. Je vous envoie ci-joint, copie de mon ordre. Vous
+recevrez incessamment les instructions pour les contributions à lever
+dans votre province, L'intendant cophte a dû recevoir des ordres de son
+intendant général pour la manière dont elles doivent être soldées. D'ici
+à quelque temps, il ne sera pas possible au général Dommartin de vous
+procurer l'artillerie qu'il vous avait promise; l'événement arrivé à la
+flotte a apporté dans toutes ses combinaisons beaucoup de changemens;
+faites raccommoder votre artillerie le mieux qu'il vous sera possible.
+
+Je ne pense pas que le général Cafarelli puisse vous envoyer un autre
+officier du génie: il y en a beaucoup de malades.
+
+Vous trouverez ci-joint l'ordre au général Vial de mettre trente djermes
+à votre disposition. Il est indispensable que vous soyez toujours en
+mesure pour que, vingt-quatre heures après la réception d'un ordre, vous
+puissiez vous porter où le besoin l'exigerait, et, dans ce moment-ci,
+je sens que cela ne peut s'exécuter qu'avec des bateaux. J'approuve que
+vous accordiez à la ville de Mansoura une amnistie. Pressez toutes les
+mesures pour donner de la confiance aux habitans, leur faire reprendre
+le commerce. Je désire que vous écriviez aux trois ou quatre villages
+qui se sont le plus mal comportés dans l'affaire de Mansoura, pour
+qu'ils reviennent à l'obéissance. Dans ce cas, vous ferez sentir aux
+députés les dangers qu'ils courent, et, s'ils ne veulent pas voir brûler
+leurs villages, qu'ils doivent faire arrêter les plus coupables et vous
+les livrer.
+
+Il faut absolument que vous profitiez du moment où les circonstances
+me permettent de laisser votre division à Mansoura, pour soumettre
+définitivement tous les villages de votre province, prendre des otages
+des sept ou huit qui se sont mal comportés, et livrer aux flammes celui
+de tous qui s'est le plus mal conduit: il ne faut pas qu'il y reste une
+maison, Sans cet exemple, dès l'instant que votre division aurait quitté
+Mansoura, ces gens-ci recommenceraient. Vous trouverez facilement de
+petits bateaux pour vous transporter au village que vous voudrez brûler;
+enfin faites l'impossible pour cela.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).
+
+_Au pacha de Damas._
+
+Je vous ai déjà écrit plusieurs lettres pour vous faire connaître que
+nous n'étions pas ennemis des musulmans, et que la seule raison qui nous
+avait conduits en Égypte, était pour y punir les beys et venger les
+outrages qu'ils avaient faits au commerce français. Je désire donc que
+vous restiez persuadé du désir où je suis de vivre en bonne intelligence
+avec vous, et de vous donner tous les signes de la plus parfaite amitié.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).
+
+_Au pacha du Grand-Seigneur en Égypte._
+
+Lorsque les troupes françaises obligèrent Ibrahim à évacuer la province
+de Scharkieh, je lui écrivis que je vous acceptais pour médiateur, et
+qu'il vous envoyât vers moi. Je vous réitère aujourd'hui le désir que
+j'aurais que vous revinssiez au Caire pour y reprendre vos fonctions: ne
+doutez pas de la considération que l'on aura pour vous, et du plaisir
+que j'aurai à faire votre connaissance.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 15 fructidor an 6 (1er septembre 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Le citoyen Leroy me mande que toutes les dispositions que j'avais faites
+pour la marine sont annulées, par le parti que vous avez pris d'affecter
+à d'autres services les 100,000 liv. que je lui avais envoyées. Vous
+voudrez bien, après la réception du présent ordre, remettre les 100,000
+liv. à la marine, et ne point contrarier les dispositions que je fais et
+qui tiennent à des rapports que vous ne devez pas connaître, n'étant pas
+au centre.
+
+L'administration d'Alexandrie a coûté le double que le reste de l'armée.
+Les hôpitaux, quoique vous n'ayez que trois mille malades, coûtent, et
+ont coûté beaucoup plus que tous les hôpitaux de l'armée.
+
+Je ne crois pas, dans les différens ordres que je vous ai donnés, vous
+avoir laissé maître de lever ou non la contribution à titre d'emprunt,
+sur les négocians d'Alexandrie: ainsi, si vous en avez suspendu
+l'exécution, je vous prie de vouloir bien prendre les mesures,
+sur-le-champ, pour la faire rentrer, quels que soient les inconvéniens
+qui doivent en résulter: nous n'avons point, pour ce moment-ci, d'autre
+manière d'exister.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).
+
+_Au général Desaix._
+
+Votre état-major doit correspondre avec le chef de l'état-major
+de l'armée. Il n'est pas d'usage que je reçoive des lettres des
+adjudans-généraux, à moins que ce ne soit pour des réclamations qui leur
+soient particulières. Votre commissaire, et surtout votre agent des
+subsistances, sont extrêmement coupables. Les biscuits ont resté cinq ou
+six jours embarqués, et ils avaient bien le temps de les vérifier. Il
+faut avoir soin aussi qu'on ne donne pas aux corps plus de rations qu'il
+ne leur en revient.
+
+_La Cisalpine_ part ce soir avec le troisième bataillon de la
+vingt-unième, quarante mille rations de biscuit, deux pièces de canon et
+cinquante mille cartouches: ils se rendent a Abugirgé. On m'assure qu'il
+y a à Abugirgé un canal qui conduit à Benhecé, et j'espère que vous
+trouverez moyen de vous porter directement à cette position et
+d'atteindre Mourad-Bey. C'est le projet qui me paraît le plus simple:
+s'il n'était pas exécutable, je désire que vous remontiez jusqu'à
+Melaoni, pour descendre par le canal de Joseph.
+
+Vous savez qu'en général je n'aime pas les attaques combinées; arrivez
+devant Mourad-Bey par où vous pourrez et avec toutes les forces: là, sur
+le champ de bataille, vous ferez vos dispositions pour lui causer le
+plus de mal possible.
+
+Vous verrez, par l'ordre que vous envoie l'état-major, que je vous
+autorise à traiter avec les anciens beys.
+
+Je n'envoie personne dans le Faioum, jusqu'à ce que je sache
+définitivement ce que veut faire Mourad-Bey, car je ne peux pas y
+envoyer de grandes forces, et pour y envoyer cinq ou six cents hommes,
+il faut que je connaisse les opérations ultérieures de Mourad-Bey.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).
+
+Le général en chef Bonaparte ordonne:
+
+ART. 1er La femme de Mourad-Bey paiera, dans la journée du 20, vingt
+mille talaris, à compte de sa contribution.
+
+2. Si le 20 au soir ces vingt mille talaris ne sont pas soldés, elle
+paiera un vingtième par jour en sus, jusqu'à ce que les vingt mille
+talaris soient entièrement versés.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).
+
+_Au vice-amiral Thévenard._
+
+Votre fils est mort d'un coup de canon sur son banc de quart: je
+remplis, citoyen général, un triste devoir en vous l'annonçant; mais il
+est mort sans souffrir et avec honneur. C'est la seule consolation qui
+puisse adoucir la douleur d'un père. Nous sommes tous dévoués à la mort:
+quelques jours de vie valent-ils le bonheur de mourir pour son pays?
+compensent-ils la douleur de se voir sur un lit environné de l'égoïsme
+d'une nouvelle génération? valent-ils les dégoûts, les souffrances d'une
+longue maladie? Heureux ceux qui meurent sur le champ de bataille! ils
+vivent éternellement dans le souvenir de la postérité. Ils n'ont jamais
+inspiré la compassion ni la pitié que nous inspire la vieillesse
+caduque, ou l'homme tourmenté par des maladies aiguës. Vous avez
+blanchi, citoyen général, dans la carrière des armes; vous regretterez
+un fils digne de vous et de la patrie: en accordant avec nous quelques
+larmes à sa mémoire, vous direz que sa mort glorieuse est digue d'envie.
+
+Croyez à la part que je prends à votre douleur, et ne doutez pas de
+l'estime que j'ai pour vous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 20 fructidor an 6 (6 septembre 1798).
+
+_Au général Dugua._
+
+À l'heure qu'il est, vous devez avoir reçu les cartouches: ainsi
+j'espère que vous aurez mis à la raison les maudits Arabes des villages
+de Soubat. Faites un exemple terrible, brûlez ce village et ne permettez
+plus aux Arabes de venir l'habiter, qu'ils n'aient livré dix otages des
+principaux, que vous m'enverrez pour les tenir à la citadelle du Caire.
+
+Faites reconnaître par vos officiers de génie, d'artillerie et de
+l'état-major, tous vos différens canaux, et surtout faites-moi connaître
+quelle route vous devriez prendre si vous étiez forcé de marcher sur
+Salahieh.
+
+J'ai donné les ordres pour que tous les individus de votre division qui
+sont au Caire, rejoignissent.
+
+Vous devez avoir des officiers de santé, qui étaient à votre ambulance,
+et ceux des différens corps. L'ordonnateur en chef va vous envoyer
+d'ailleurs tout ce qui peut être nécessaire à votre hôpital.
+
+On se plaint du pillage de vos troupes à Mansoura: c'est le seul point
+de l'armée sur lequel j'aie en ce moment des plaintes; on se plaint même
+des vexations que commettent plusieurs officiers d'état-major.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).
+
+_Au citoyen Regnault de Saint Jean d'Angely._
+
+J'ai reçu, citoyen, par le courrier Lesimple, vos lettres du 14
+thermidor et du 8 fructidor.
+
+C'est avec un véritable plaisir que j'apprends la bonne conduite que
+vous tenez à Malte, et les services que vous rendez à la république en
+lui organisant ce poste important.
+
+Les affaires ici vont parfaitement bien, tous les jours, notre
+établissement se consolide; la richesse de ce pays en blé, riz, légumes,
+coton, sucre, indigo, est égale à la barbarie du peuple qui l'habite.
+Mais il s'opère déjà un changement dans leurs moeurs, et deux ou trois
+ans ne seront pas passés, que tout aura pris une face bien différente.
+
+Vous avez sans doute reçu les différentes lettres que je vous ai
+écrites, et les relations des différens événemens militaires qui se sont
+passés; ne négligez rien pour faire passer en France, par des spronades,
+toutes les nouvelles que vous avez de nous, ne fût-ce même que les
+rapports des neutres, pour détruire les mille et un faux bruits que les
+curieux d'une grande ville accueillent avec tant d'imbécillité.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Un vaisseau comme _le Franklin_, citoyen général, qui portait l'amiral,
+puisque _l'Orient_ avait sauté, ne devait pas se rendre à onze heures
+du soir. Je pense d'ailleurs que celui qui a rendu ce vaisseau est
+extrêmement coupable, puisqu'il est constaté par son procès-verbal qu'il
+n'a rien fait pour l'échouer et pour le mettre hors d'état d'être amené:
+voilà ce qui fera à jamais la honte de la marine française. Il ne
+fallait pas être grand manoeuvrier ni un homme d'une grande tête pour
+couper un câble et échouer un bâtiment; cette conduite est d'ailleurs
+spécialement ordonnée dans les instructions et ordonnances que l'on
+donne aux capitaines de vaisseau. Quant à la conduite du contre-amiral
+Duchaila, il eût été beau pour lui de mourir sur son banc de quart,
+comme du Petit-Thouars.
+
+Mais ce qui lui ôte toute espèce de retour à mon estime, c'est sa lâche
+conduite avec les Anglais depuis qu'il a été prisonnier. Il y a des
+hommes qui n'ont pas de sang dans les veines. Il entendra donc tous les
+soirs les Anglais, en se soûlant de punch, boire à la honte de la marine
+française! Il sera débarqué à Naples pour être un trophée pour les
+lazzaronis: il valait beaucoup mieux pour lui rester à Alexandrie ou à
+bord des vaisseaux comme prisonnier, sans jamais souhaiter ni demander
+rien. Ohara, qui d'ailleurs était un homme très-commun, lorsqu'il fut
+fait prisonnier à Toulon, sur ce que je lui demandais de la part du
+général Dugommier ce qu'il désirait, répondit: _être seul, et ne rien
+devoir à la pitié_. La gentillesse et les traitemens honnêtes n'honorent
+que le vainqueur, ils déshonorent le vaincu, qui doit avoir de la
+réserve et de la fierté.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).
+
+_Instruction pour le citoyen Mailly._
+
+Le citoyen Mailly partira sur une djerme qui lui sera fournie à
+Damiette, directement pour Lataquie; la première attention qu'il doit
+avoir, c'est d'éviter les croisières anglaises. Il engagera le patron à
+changer de route lorsqu'il s'en verra menacé; il ne s'approchera même
+qu'avec précaution des petits bâtimens venant de la côte, et ne les
+hélera que lorsqu'il sera sûr que ce ne sont pas des corsaires. Les
+patrons de la barque reconnaissent facilement au large les djermes de
+leur pays.
+
+Il cachera soigneusement les paquets en cas de visite, et fera en pareil
+cas ce que la prudence lui dictera. Son habit oriental pourra lui être
+utile dans cette occasion, et il aura soin de ne parler qu'en langue
+turque avec son interprète arabe, lors d'une visite.
+
+Arrive à la marine de Lataquie, il demandera à parler à
+Codja-Hanna-Coubbé, intendant du gouverneur, et noligataire du brigantin
+français _la Marie_, arrivé à bon port à la rade de Damiette le 11
+fructidor de cette année. Il lui fera valoir la permission qu'a donnée
+le général en chef à son correspondant, de faire son retour en riz, pour
+alimenter son échelle et la ville d'Alep.
+
+Il demandera de suite la permission de communiquer avec le citoyen
+Geoffroi, proconsul de la république française à Lataquie, distant d'un
+demi-quart de lieue de la marine. Assisté de cet officier, il se rendra
+chez le gouverneur, à qui il remettra la lettre du général en chef.
+
+Le citoyen Mailly devra bien prévoir qu'il y a des espions anglais à
+Lataquie: ainsi, pour mieux masquer l'expédition de son paquet pour
+Constantinople, il aura soin de dire au gouverneur et de répandre dans
+le public, que le général en chef a envoyé sur toute la côte divers
+officiers pour engager les pachas à laisser toute liberté de commerce
+avec l'Égypte, et que sa mission particulière se borne à Lataquie et
+Alep.
+
+Cette ouverture donnera au proconsul la facilité d'expédier sur-le-champ
+un messager qui se rendra en deux jours a Alep. Le citoyen Chos-de-Clos,
+notre consul, le gardera un jour ou deux tout au plus, pendant lequel
+temps il donnera au général en chef les nouvelles les plus authentiques
+qu'il aura pu recueillir de la légation de Constantinople, soit aussi de
+diverses lettres particulières sur la situation de cette capitale, de
+même que les mouvemens en Romélie, Syrie, etc., et en général tout ce
+qui peut intéresser le général en chef.
+
+Le citoyen Mailly attendra chez le proconsul de la république, le retour
+du message; il se tiendra très-réservé sur les nouvelles de l'Égypte,
+autant qu'elles pourront entraver sa mission, et, dans le cas qu'il
+trouve le peuple de Lataquie en fermentation, il pourra dire comme de
+lui-même: «Le bruit constant au Caire est que l'expédition des Français
+est terminée, et, sans l'échec arrivé à notre escadre, notre armée se
+serait déjà retirée; mais qu'en attendant de nouvelles forces maritimes,
+les ports de l'Égypte sont ouverts aux négocians musulmans, et que ceux
+de Lataquie peuvent en toute sûreté y envoyer leur tabac, qui fait toute
+leur richesse.»
+
+Le messager étant de retour d'Alep, le citoyen Mailly mettra
+sur-le-champ à la voile, tâchera de n'aborder aucune terre et de s'en
+retourner en droiture à Damiette, d'où il se rendra sur-le-champ près du
+général en chef.
+
+Il mettra la même prudence à cacher ses dépêches pour le général en
+chef, et, dans le cas où il se verrait forcé de les jeter à la mer ou
+qu'elles seraient interceptées par les Anglais, son voyage ne sera
+pas inutile sous le rapport des nouvelles, en prenant à Lataquie la
+précaution de faire écrire en Arabe les nouvelles les plus saillantes,
+et de les confier à son interprète ou de les cacher dans un ballot de
+tabac.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).
+
+_Au général Murat._
+
+Si les Arabes que vous avez attaqués sont les mêmes qui ont assassiné
+nos gens à Mansoura, mon intention est de les détruire. Faites-moi
+connaître les forces qui vous seraient nécessaires à cet effet, et
+étudiez la position qu'ils occupent; afin de pouvoir les attaquer, les
+envelopper, et donner un exemple terrible au pays.
+
+J'imagine que, si vous avez fait la paix provisoirement avec eux, vous
+aurez exigé des otages, des chevaux et des armes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 27 fructidor an 6 (13 septembre 1798).
+
+_Au général Fugières._
+
+J'espère qu'à l'heure qu'il est, citoyen général, vous aurez, de concert
+avec le général Dugua, soumis le village de Soubat et exterminé ces
+coquins d'Arabes.
+
+J'attends toujours des nouvelles de la réquisition des chevaux, qui
+n'avance pas dans votre province.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 28 fructidor an 6 (14 septembre 1798).
+
+_Au général Murat._
+
+Je vous répète que mon intention est de détruire les Arabes que vous
+avez attaqués; c'est le fléau des provinces de Mansoura, de Kelioubeh et
+de Garbieh.
+
+Le général Dugua doit, de concert avec le général Fugières, avoir
+attaqué la partie de ces Arabes qui se trouve au village de Soubat;
+envoyez reconnaître où se trouvent les Arabes que vous avez attaqués;
+faites-moi connaître les forces dont vous aurez besoin, et l'endroit
+d'où vous pourrez partir pour les attaquer avec succès, en tuer une
+partie et prendre des otages, afin de s'assurer de leur fidélité.
+
+Faites reconnaître la route de Met-Kamao à Belbeys: vous ne devez pas, à
+Met-Kamao, vous en trouver éloigné.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).
+
+_À l'adjudant-général Bribes._
+
+J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25 fructidor, où vous
+me rendez compte de l'attaque qu'a essuyée le convoi d'Alexandrie à
+Damanhour. Le commandant du convoi ne mérite aucun éloge, puisqu'il a
+laissé prendre plusieurs bêtes chargées; il devait faire assez de haltes
+pour ne rien laisser en arrière: le commandant du convoi eût mérité des
+éloges, s'il l'eût amené sans avoir rien laissé prendre.
+
+Donnez la chasse à ces brigands; écrivez au général Marmont à Rosette.
+Si vous avez besoin de lui, il s'y portera avec sa demi-brigade.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).
+
+_À l'ordonnateur Leroy._
+
+Il est extrêmement ridicule, citoyen ordonnateur, que vous vous amusiez
+à payer le traitement de table, quand la solde des matelots et le
+matériel sont dans une si grande souffrance. Je vous prie de vous
+conformer strictement à mon ordre, d'employer au matériel les trois
+quarts de l'argent que je vous ai envoyé, et le quart seulement au
+personnel de la marine. En faisant de si grands sacrifices pour la
+marine, mon intention a été de mettre les trois frégates à même de
+sortir le plus tôt possible, ainsi que les deux vaisseaux.
+
+Par votre lettre du 23, il est impossible de savoir si les deux neutres,
+_l'Aimable Mariette_ et _l'Alexandre_ sont rentrés, ou non, dans le
+port.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 30 fructidor an 6 (16 septembre 1798).
+
+_Au conseil d'administration de la soixante-neuvième demi-brigade._
+
+J'ai reçu, citoyens, votre lettre du 21 fructidor; je me fais faire un
+rapport sur la solde qui vous est due.
+
+L'armée, depuis son entrée en Égypte, a été soldée des mois de floréal,
+prairial et messidor: elle se trouve encore arriérée des mois de
+thermidor et fructidor.
+
+La division dont vous faisiez partie a, ainsi que vous, un arriéré
+antérieur à floréal: conformément à ce qui a été mis à l'ordre du jour,
+il y a près d'un mois, il faut que vous vous adressiez, pour tout ce qui
+est antérieur à floréal, à l'ordonnateur en chef.
+
+Si, dans le rapport que le payeur général me fera, il est constaté que
+vous ayez touché moins de paye que le reste de l'armée, je donnerai
+sur-le-champ les ordres et je prendrai les mesures pour que vous soyez
+mis au courant de paye de l'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798).
+
+_À l'ordonnateur en chef._
+
+J'avais ordonné qu'on payât quarante mille rations de biscuit au général
+Desaix; ou n'en a, sur la lettre de voiture, compté que trente mille,
+et, lorsque le biscuit est arrivé, il ne s'en est trouvé que vingt
+mille.
+
+L'agent à Boulac doit avoir le reçu de celui qui a accompagné le convoi,
+faites-le moi présenter: si vous ne mettez point d'ordre à cet abus, il
+est impossible que l'armée existe.
+
+Si l'on continue cette friponnerie malgré la plus grande surveillance,
+que sera-ce lorsque je serai en avant et qu'il y aura des envois
+multipliés à faire?
+
+Les envoyés ont la friponnerie, lorsque l'ordonnateur donne l'ordre en
+quintaux, d'envoyer, en quintaux du pays de soixante livres; mais ils ne
+peuvent avoir cette pitoyable excuse par mon ordre, puisque je demandé
+toujours par rations.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Un officier du génie, chargé des ordres du général Caffarelli, se rend à
+Alexandrie pour activer autant qu'il sera possible les travaux de cette
+place, surtout du côté de terre.
+
+Mourad Dey a été battu par Desaix, qui lui a pris cent cinquante barques
+chargées de blé, d'effets, douze pièces de canon et quelques mameloucks:
+nous sommes maîtres de toute l'Égypte. Mourad Bey, avec cinq à six cents
+mameloucks et quelques Arabes, est entre le Fayoum et le désert: il va
+se rendre dans les oasis ou en Barbarie. Dans ce dernier cas, il ne
+passerait pas loin de la province du Bahhiré.
+
+J'ai donné ordre au général Marmont de se rendre à Rhamanieh, d'y
+prendre le commandement des troupes de toute la province, pour être à
+même, dans tous les cas, de protéger la navigation du Nil, celle du
+canal, et la campagne d'Alexandrie.
+
+Ibrahim Bey est toujours à Gaza, d'où il promet et écrit beaucoup à ses
+partisans.
+
+Notre fête ici sera fort belle.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 2e. jour complémentaire an 6 (18 septembre 1798).
+
+_Au même._
+
+Je reçois, citoyen général, votre lettre du 26. Il est extrêmement
+urgent de débarrasser Alexandrie de cette grande quantité de pèlerins:
+qu'ils s'en aillent par terre à Derne, où ils pourront s'embarquer, ou
+faites-les embarquer sur trois bons bâtimens et partir de suite.
+
+Une fois partis, il ne faut plus les laisser rentrer. Dans la saison où
+nous nous trouvons, où il ne fait grand jour qu'a six heures du matin,
+tous les bâtimens peuvent sortir à la barbe des Anglais. Forcez ceux qui
+seront chargés des hommes dont vous voulez débarrasser votre place, à
+sortir.
+
+Moyennant l'expédition que vous avez faite sur le village qui
+s'était révolté, les choses changeront. Le général Marmont, avec
+l'adjudant-général Bribes, se trouve avoir près de quinze cents hommes;
+ce qui forme une colonne respectable, qui protégera l'arrivée des eaux à
+Alexandrie.
+
+Ou me mande de Rosette qu'on a envoyé à Rahmanieh trois mille quintaux
+de blé pour Alexandrie; j'en ai envoyé une grande quantité du Caire: si
+la navigation était commode, il serait facile de pouvoir payer en blé ce
+que nous devons à une grande partie du convoi.
+
+Le sévère blocus que veulent établir les Anglais ne produira aucun
+résultat; les vents de l'équinoxe nous en feront bonne raison. J'imagine
+que M. Hood veut tout bonnement se faire payer pour la sortie et pour
+l'entrée, comme cela est arrivé quarante fois sur les côtes de Provence.
+Je désirerais qu'il n'y eût plus de parlementaires, et que le commandant
+des armes et l'ordonnateur de la marine cessassent enfin d'écrire des
+lettres ridicules et qui n'ont point de but. Il est fort peu important
+que les Anglais gardent prisonnier un commissaire, ou non: ces gens-là
+me paraissent déjà assez orgueilleux de leur victoire, sans les enfler
+encore davantage. Quand les circonstances vous feront croire nécessaire
+de leur envoyer un parlementaire, qu'il n'y ait que vous qui écriviez.
+
+Mourad-Bey est toujours dans la même position entre le Fayoum et le
+désert. Je me suis porté à Gizeh pour surveiller ses mouvemens.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 1er vendémiaire an 7 (22 septembre 1798).
+
+_À l'armée._
+
+Soldats!
+
+Nous célébrons le premier jour de l'an 7 de la république.
+
+Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français était menacée: mais
+vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la ruine de nos ennemis.
+
+Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dego.
+
+L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes.
+
+Vous luttiez contre Mantoue il y a deux ans, et vous remportiez la
+célèbre victoire de Saint-George.
+
+L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave et de l'Isonzo, de retour
+de l'Allemagne.
+
+Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil, au
+centre de l'ancien continent?
+
+Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce, jusqu'au hideux
+et féroce Bédouin, vous fixez les regards du monde.
+
+Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes dignes de ce que
+vous avez fait et de l'opinion que l'on a de vous. Vous mourrez avec
+honneur comme les braves dont les noms sont inscrits sur cette pyramide,
+ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers et de
+l'admiration de tous les peuples.
+
+Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons été
+l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
+jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens
+représentatifs; quarante millions de citoyens pensent à vous. Tous
+disent: c'est à leurs travaux, à leur sang, que nous devrons la paix
+générale, le repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la
+liberté civile.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798).
+
+_Au général Dugua._
+
+Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon de la
+soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon aide-de-camp Duroc,
+sur l'aviso _le Pluvier_, et le troisième bataillon de la seconde
+d'infanterie légère, qui sont partis avant-hier, doivent être arrivés.
+
+J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération du général
+Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes, il est un peu faible.
+
+À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures du matin, on a
+égorgé quinze Français qui étaient sur un bateau qui venait de Damiette.
+Les cinq villages qui sont immédiatement après Mit-el-Kouli, se sont
+réunis pour cette opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou
+quatre mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens.
+La première chose que vous aurez faite sans doute, aura été de vous
+emparer de ces canons, détruire ces retranchemens et désarmer ces
+villages: celui de Mit-el-Kouli a plus de quatre-vingts fusils.
+J'imagine qu'à l'heure qu'il est, vous êtes arrivé à Damiette. Il faut
+demander des otages dans tous les villages qui se sont mal comportés, et
+avoir sur le lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de
+3.
+
+Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons été
+l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
+jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens
+représentatifs; quarante millions de citoyens pensent à vous. Tous
+disent: c'est à leurs travaux, à leur sang, que nous devrons la paix
+générale, le repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la
+liberté civile.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798).
+
+_Au général Dugua._
+
+Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon de la
+soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon aide-de-camp Duroc,
+sur l'aviso _le Pluvier_, et le troisième bataillon de la seconde
+d'infanterie légère, qui sont partis avant-hier, doivent être arrivés.
+
+J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération du général
+Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes, il est un peu faible.
+
+À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures du matin, on a
+égorgé quinze Français qui étaient sur un bateau qui venait de Damiette.
+Les cinq villages qui sont immédiatement après Mit-el-Kouli, se sont
+réunis pour cette opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou
+quatre mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens.
+La première chose que vous aurez faite sans doute, aura été de vous
+emparer de ces canons, détruire ces retranchemens et désarmer ces
+villages: celui de Mit-el-Kouli a plus de quatre-vingts fusils.
+J'imagine qu'à l'heure qu'il est, vous êtes arrivé à Damiette. Il faut
+demander des ôtages dans tous les villages qui se sont mal comportés, et
+avoir sur le lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de 3
+naître les canaux et pris des mesures pour soumettre la province.
+
+Vous aurez vu, par ma lettre d'hier, différentes mesures que je vous ai
+prescrites concernant le désarmement, et pour prendre des ôtages dans
+les différens villages révoltés.
+
+Faites passer dans le lac Menzalé quatre où cinq djermes armées de
+canon, que vous avez à Damiette, et, si vous pouvez, une chaloupe
+canonnière; enfin, armez le plus de bateaux que vous pourrez, pour être
+entièrement maître du lac. Tâchez d'avoir Hassan-Thoubar dans vos mains,
+et pour cela faire, employez la ruse s'il le faut.
+
+Sur-le-champ, faites partir une forte colonne pour s'emparer
+d'El-Menzalé; faites-en partir une autre pour accompagner le général
+Andréossi, et s'emparer de toutes les îles du lac. J'imagine que vous
+aurez donné une leçon sévère au gros village de Mit-el-Kouli. Mon
+intention est qu'on fasse tout ce qui est nécessaire pour être
+souverainement maître du lac de Menzalé, et dussiez-vous y faire marcher
+toute votre division, il faut que le général Andréossi arrive à Peluse.
+
+Je vous ai écrit, dans une de mes lettres, de faire une proclamation;
+faites-la répandre avec profusion dans le pays.
+
+Il faut faire des exemples sévères, et comme votre division ne peut pas
+être destinée à rester dans les provinces de Damiette et de Mansoura, il
+faut profiter du moment pour les soumettre entièrement, et pour cela il
+faut le désarmement, des têtes coupées et des ôtages.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798).
+
+_Au général Dupuy._
+
+Vu les intelligences que la femme d'Osman-Bey a continué d'avoir avec le
+camp de Mourad-Bey, et, vu aussi l'argent qu'elle y a fait, et voulait
+encore y faire passer, j'ordonne que la femme d'Osman-Bey restera en
+prison jusqu'à ce qu'elle ait versé dans la caisse du payeur de l'armée
+dix mille talaris.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798).
+
+_Au citoyen Poussielgue._
+
+Je vous prie d'envoyer chez les marchands de café, les Cophtes et les
+marchands de Damas, des gardes, si dans la journée de demain ils n'ont
+pas payé ce qu'ils doivent de leur contribution.
+
+Si la femme de Mourad-Bey n'a pas versé dans la journée de demain les
+huit mille talaris qu'elle doit, sa contribution sera portée a dix mille
+talaris.
+
+Sur les quinze mille talaris imposés sur le Saga, il n'en a encore été
+perçu que mille cinquante-cinq; il en reste treize mille neuf cent
+quarante-cinq. Trois mille neuf cent quarante-cinq seront versés dans la
+journée de demain, et les dix mille restant, mille par jour.
+
+Faites verser dans la caisse du payeur, dans la journée d'aujourd'hui,
+l'argent que vous auriez des cotons, café, des morts sans héritiers ou
+de tout autre objet. Le Caire se trouve absolument dépourvu de fonds, et
+l'armée a déjà de grands besoins.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 5 vendémiaire an 7 (26 septembre 1798).
+
+_Au général Dugua._
+
+Soit par terre, soit par le canal, il faut absolument, citoyen général,
+parvenir à Menzalé; faites-y marcher votre avant-garde en la renforçant
+de ce que vous jugerez nécessaire; je désire qu'elle prenne position à
+Menzalé. En réunissant la quantité de bateaux nécessaires pour pouvoir
+se porter rapidement soit à Damiette, soit à Salahieh, soit à Mansoura,
+essayez de prendre par la ruse Hassan-Thoubar, et, si jamais vous le
+tenez, envoyez-le moi au Caire. Désarmez le plus que vous pourrez;
+n'écoutez point ce qu'ils pourraient vous dire, que, par le désarmement,
+vous les exposez aux incursions des Arabes: tous ces gens-là
+s'entendent; surtout il faut que le village de Mit-el-Kouli vous
+fournisse au moins cent armes et des pièces de canon: ils les ont
+cachées; mais je suis sûr qu'ils en ont. Concertez-vous avec le général
+Vial pour faire désarmer Damiette et faire arrêter les hommes suspects.
+
+Prenez des ôtages, exigez que les villages vous remettent leurs fusils,
+tâchez d'avoir leurs canons, et faites entrer dans le lac de Menzalé des
+djermes armées ou armées de leurs bateaux.
+
+Envoyez un officier de génie à Menzalé, afin de bien établir sa position
+par rapport a Damiette, à Mansoura et surtout à Salahieh.
+
+Faites faire des reconnaissances le long de la mer à droite et à gauche
+jusqu'au cap Bourlos d'un côté, et aussi loin que vous pourrez de
+l'autre.
+
+Ordonnez aussi que les troupes soient désarmées. Je vous ai envoyé une
+djerme armée, _la Carniole_; vous devez en avoir deux à Damiette. Je
+vous ai envoyé deux avisos; il y avait une chaloupe canonnière; et cela
+fait six bâtimens armés. BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 6 vendémiaire an 7 (27 septembre 1798).
+
+_Au général Dupuis._
+
+Faites couper la tête aux deux espions et faites-les promener dans la
+ville avec un écriteau pour faire connaître que ce sont des espions du
+pays. Faites connaître à l'aga que je suis très-mécontent des propos que
+l'on tient dans la ville contre les chrétiens. Il doit y avoir en ce
+moment des ôtages de Menouf à la citadelle.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 vendémiaire an 7 (2 octobre 1798).
+
+_Au commandant de la Caravelle._
+
+J'ai reçu la lettre que vous vous êtes donné la peine de m'écrire.
+J'ai appris avec peine que vous aviez éprouvé à Alexandrie quelques
+désagrémens. J'ai donné les ordres au Caire pour que tout votre monde
+vous rejoignît. Tenez-vous prêt a partir a l'époque à laquelle vous
+aviez l'habitude de quitter Alexandrie. Faites-moi connaître le temps où
+vous comptez partir; j'en profiterai pour vous donner des dépêches pour
+la Porte.
+
+Croyez aux sentimens d'estime, et au désir que j'ai de vous être
+agréable.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 vendémiaire an 7 (4 octobre 1798).
+
+_Au général Kléber._
+
+Le général Caffarelli, citoyen général, m'a fait connaître votre désir.
+
+Je suis extrêmement fâché de votre indisposition: j'espère que l'air
+du Nil vous fera du bien, et, sortant des sables d'Alexandrie, vous
+trouverez peut-être notre Égypte moins mauvaise qu'on peut le croire
+d'abord. Nous avons eu différentes affaires avec les Arabes de Scharkieh
+et du lac Menzalé: ils'ont été battus à Damette et avant-hier à
+Mit-Kamar.
+
+Desaix a été jusqu'à Syouth: il a poussé les mameloucks dans le désert;
+une partie d'eux a gagné les oasis.
+
+Ibrahim-Bey est à Gaza: il nous menace d'une invasion; il n'en fera
+rien; mais nous qui ne menaçons pas, nous pourrons bien le déloger de
+là.
+
+Croyez au désir que j'ai devons voir promptement rétabli, et au prix que
+j'attache à votre estime et à votre amitié. Je crains que nous ne soyons
+un peu brouillés: vous seriez injuste si vous doutiez de la peine que
+j'en éprouverais.
+
+Sur le sol de l'Égypte, les nuages, lorsqu'il y en a, passent dans six
+heures; de mon côté, s'il y en avait, ils seraient passés dans trois:
+l'estime que j'ai pour vous est au moins égale à celle que vous m'avez
+témoignée quelquefois.
+
+J'espère vous voir sous peu de jours au Caire, comme vous le mande le
+général Caffarelli.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 24 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798).
+
+_Au général Fugières._
+
+Il est nécessaire, citoyen général, que vous portiez le plus grand
+respect au village de Tenta, qui est un objet de vénération pour les
+Mahométans. Il faut surtout éviter de faire tout ce qui pourrait leur
+donner lieu de se plaindre que nous ne respectons pas leur religion et
+leurs moeurs.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 25 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798).
+
+_Au même._
+
+J'ai appris avec peine, citoyen général, ce qui est arrivé à Tenta: je
+désire que l'on respecte cette ville, et je regarderais comme le plus
+grand malheur qui pût arriver, que de voir ravager ce lieu saint aux
+yeux de tout l'Orient. J'écris aux habitans de Tenta, et je vais faire
+écrire par le divan général: je désire que tout se termine par la
+négociation.
+
+Quant aux Arabes, tâchez de les faire se soumettre et qu'ils vous
+donnent des ôtages: écrivez leur à cet effet, et, s'ils ne se soumettent
+pas, tâchez de leur faire le plus de mal que vous pourrez.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Citoyens directeurs, je vous fais passer le détail de quelques combats
+qui ont eu lieu à différentes époques et en différens lieux contre les
+mameloucks, diverses tribus d'Arabes, et quelques villages révoltés.
+
+_Combat de Rémeryeh._
+
+Le général de brigade Fugières, avec un bataillon de la dix-huitième
+demi-brigade, est arrivé à Menouf dans le Delta, le 28 thermidor, pour
+se rendre à Mehalleh-el-kébyr, capitale de la Gharbyéh. Le village de
+Rémeryeh lui refusa le passage. Après une heure de combat, il repoussa
+les ennemis dans le village, les investit, les força, en tua deux cents,
+et s'empara du village. Il perdit trois hommes, et eut quelques blessés.
+Le citoyen Chênet, sous-lieutenant de la dix-huitième, s'est distingué.
+
+_Combat de Djémyleh._
+
+Le général Dugua envoya, le premier jour complémentaire, le général
+Damas, avec un bataillon de la soixante-quinzième, reconnaître le canal
+d'Achmoun, et soumettre les villages qui refusaient obéissance. Arrivé
+au village de Djémyleh, un parti d'Arabes, réuni aux fellahs ou
+habitans, attaqua nos troupes. Les dispositions furent bientôt faites,
+et les ennemis repoussés. Le chef de bataillon du génie, Cazalès, s'est
+spécialement distingué.
+
+_Combat de Myt-Qamar._
+
+Les Arabes de Derneh occupaient le village de Doundeh; environnés
+de tous côtés par l'inondation, ils se croyaient inexpugnables, et
+infestaient le Nil par leurs pirateries et leurs brigandages. Les
+généraux de brigade, Murat et Lanusse, eurent ordre d'y marcher, et
+arrivèrent le 7 vendémiaire. Les Arabes furent dispersés après une
+légère fusillade. Nos troupes les suivirent pendant cinq lieues, ayant
+de l'eau jusqu'à la ceinture. Leurs troupeaux, chameaux, et effets, sont
+tombés en notre pouvoir. Plus de deux cents de ces misérables ont été
+tués ou noyés. Le citoyen Niderwood, adjoint à l'état-major, s'est
+distingué dans ce combat.
+
+Les Arabes sont à l'Égypte ce que les Barbets sont au comté de Nice;
+avec cette grande différence qu'au lieu de vivre dans les montagnes
+ils sont tous à cheval, et vivent au milieu des déserts. Ils pillent
+également les Turcs, les Égyptiens et les Européens. Leur férocité est
+égale à la vie misérable qu'ils mènent, exposés des jours entiers, dans
+des sables brûlans, à l'ardeur du soleil, sans eau pour s'abreuver. Ils
+sont sans pitié et sans foi. C'est le spectacle de l'homme sauvage le
+plus hideux qu'il soit possible de se figurer.
+
+Le général Desaix est parti du Caire le 8 fructidor, pour se rendre dans
+la Haute-Égypte, avec une flottille de deux demi-galères, et six avisos.
+Il a remonté le Nil, et est arrivé à Benéçouef le 14 fructidor. Il mit
+pied à terre, et se porta par une marche forcée à Behnéce, sur le canal
+de Joseph. Mourad-Bey évacua à son approche. Le général Desaix prit
+quatorze barques chargées de bagage, de tentes, et quatre pièces de
+canon.
+
+Il rejoignit le Nil le 21 fructidor, et arriva à Acyouth le 29
+fructidor, se trouvant alors à plus de cent lieues du Caire, poussant
+devant lui la flottille des beys, qui se réfugia du côté de la
+cataracte.
+
+Le cinquième jour complémentaire, il retourna à l'embouchure du canal
+de Joseph. Après une navigation difficile et pénible, il arriva le 12
+vendémiaire à Behnéce.
+
+Le 14 et le 15, il y eut diverses escarmouches qui préludèrent à la
+journée de Sédyman.
+
+_Bataille de Sédyman._
+
+Le 16, à la pointe du jour, la division du général Desaix se mit en
+marche, et se trouva bientôt en présence de l'armée de Mourad-Bey, forte
+de cinq à six mille chevaux, la plus grande partie Arabes, et un corps
+d'infanterie qui gardait les retranchements de Sédyman, où il avait
+quatre pièces de canon.
+
+Le général Desaix forma sa division, toute composée d'infanterie, en
+bataillon carré qu'il fit éclairer par deux petits carrés de deux cents
+hommes chacun.
+
+Les mameloucks, après avoir longtemps hésité, se décidèrent, et
+chargèrent, avec d'horribles cris et la plus grande valeur, le petit
+peloton de droite que commandait le capitaine de la vingt-unième,
+Valette. Dans le même temps, ils chargèrent la queue du carré de
+la division, où était la quatre-vingt-huitième, bonne et intrépide
+demi-brigade.
+
+Les ennemis sont reçus partout avec le même sang-froid. Les chasseurs
+de la vingt-unième ne tirèrent qu'à dix pas, et croisèrent leurs
+baïonnettes. Les braves de cette intrépide cavalerie vinrent mourir
+dans, le rang, après avoir jeté masses et haches d'armes, fusils,
+pistolets, à la tête de nos gens. Quelques-uns, ayant eu leurs chevaux
+tués, se glissèrent le ventre contre terre pour passer sous les
+baïonnettes, et couper les jambes de nos soldats; tout fut inutile: ils
+durent fuir. Nos troupes s'avancèrent sur Sédyman, malgré quatre pièces
+de canon, dont le feu était d'autant plus dangereux que notre ordre
+était profond; mais le pas de charge fut comme l'éclair, et les
+retranchemens, les canons et les bagages, nous restèrent.
+
+Mourad-Bey a eu trois beys tués, deux blessés, et quatre cents hommes
+d'élite sur le champ de bataille; notre perte se monte à trente-six
+hommes tués et quatre-vingt-dix blessés.
+
+Ici, comme à la bataille des Pyramides, les soldats ont fait un butin
+considérable. Pas un mamelouck sur lequel on n'ait trouvé quatre ou cinq
+cents louis.
+
+Le citoyen Conroux, chef de la soixante-unième, a été blessé; les
+citoyens Rapp, aide-de-camp du général Desaix, Valette, et Sacro,
+capitaines de la vingt-unième, Geoffroy, de la soixante-unième,
+Géromme, sergent de la quatre-vingt-huitième, se sont particulièrement
+distingués.
+
+Le général Friant a soutenu dans cette journée la réputation qu'il avait
+acquise en Italie et en Allemagne.
+
+Je vous demande le grade de général de brigade pour le citoyen Robin,
+chef de la vingt-unième demi-brigade. J'ai avancé les différens
+officiers et soldats qui se sont distingués. Je vous en enverrai l'état
+par la première occasion.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+Le 26 vendémiaire an 6 (17 octobre 1798).
+
+_Au citoyen Barré, capitaine de frégate._
+
+J'ai reçu, citoyen, le travail sur les passes d'Alexandrie, que vous
+m'avez envoyé. Vous avez dû depuis vous confirmer davantage dans les
+sondes que vous aviez faites. Je vous prie de me répondre à la question
+suivante:
+
+Si un bâtiment de soixante-quatorze se présente devant le port
+d'Alexandrie, vous chargez-vous de le faire entrer?
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798).
+
+_Au général Marmont._
+
+L'intrigant Abdalon, intendant de Mourad-Bey, est passé il y a trois
+jours à Chouara avec trente Arabes; on croit qu'il se rend dans les
+environs d'Alexandrie: je désirerais que vous pussiez le faire prendre;
+je donnerais bien 1,000 écus de sa personne; ce n'est pas qu'elle les
+vaille; mais ce serait pour l'exemple: c'est le même qui était à bord
+de l'amiral anglais. Si l'on pouvait parler à des Arabes, ces gens-là
+feraient beaucoup de choses pour 1,000 sequins.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 3 brumaire an 7 (23 octobre 1798).
+
+_Au même._
+
+Nous avons eu hier et avant-hier beaucoup de tapage ici: mais tout est
+aujourd'hui tranquille. Le général Dupuy a été tué dans une rue, au
+premier moment de la révolte; Sullowski a été tué hier matin: j'ai été
+obligé de faire tirer des bombes et des obus sur la grande mosquée,
+pour soumettre un quartier qui s'était barricadé: cela a fait un effet
+très-considérable. Plus de quinze obus sont entrés dans la mosquée. Nous
+avons eu en différens points quarante ou cinquante hommes de tués. La
+ville a eu une bonne leçon, dont elle se souviendra long-temps, je
+crois.
+
+J'ai reçu votre lettre du 26. Faites-nous passer le plus d'artillerie
+que vous pourrez: je vous ai demandé quelques pièces de 24 et quelques
+mortiers; il serait bien essentiel qu'il nous en arrivât.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).
+
+_Au général Reynier._
+
+J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 4 brumaire, avec différens
+extraits des lettres du général Lagrange. Vous devez avoir reçu un
+convoi avec des cartouches et quatre pièces de canon, dont deux pour
+votre équipage de campagne, deux pour Salahieh, dans le cas que
+l'équipage par eau tardât à y arriver. La tranquillité est parfaitement
+rétablie au Caire. Notre perte se monte exactement à huit hommes tués
+dans les différens combats, vingt-cinq hommes malades qui, revenant de
+votre division, ont été assassinés en route, et une vingtaine d'autres
+personnes de différentes administrations et de différens corps,
+assassinées isolément. Les révoltés ont perdu un couple de milliers
+d'hommes. Toutes les nuits nous faisons couper une trentaine de têtes et
+beaucoup de celles des chefs: cela, je crois, leur servira d'une bonne
+leçon.
+
+Ibrahim-Bey ne tardera pas, je crois, à se jeter dans le désert. Si
+quelques Arabes ont été le joindre, cela a été pour lui porter du blé
+et autres provisions. Il paraît qu'il y a à Gaza une grande disette.
+Au reste, si nous pouvions être prévenus à temps, il n'échapperait que
+difficilement.
+
+Pour le moment, tenez-vous concentré à Salahieh et à Belbeis; punissez
+les différentes tribus arabes qui se sont révoltées contre vous; tâchez
+d'en obtenir des chevaux et des ôtages; faites activer, par tous les
+moyens possibles, les travaux de Belbeis, afin que l'on puisse
+y confier, d'ici à quelques jours, quelques pièces de canon;
+approvisionnez Salahieh le plus qu'il vous sera possible. La meilleure
+manière de punir les villages qui se sont révoltés, c'est de prendre le
+scheick El-Beled et de lui faire couper le cou, car c'est de lui que
+tout dépend.
+
+Le général Andréossi est reparti de Peluse le 28; il y a trouvé de
+très-belles colonnes et quelques camées.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le 30 vendémiaire, à la pointe du jour, il se manifesta quelques
+rassemblemens dans la ville du Caire.
+
+À sept heures du matin, une populace nombreuse s'assembla à la porte du
+cadhi, Ibrahim Ehctem Efendy, homme respectable par son caractère et ses
+moeurs. Une députation de vingt personnes des plus marquantes se rendit
+chez lui, et l'obligea à monter à cheval, pour, tous ensemble, se rendre
+chez moi. On partait, lorsqu'un homme de bon sens observa au cadhi que
+le rassemblement était trop nombreux et trop mal composé pour des
+hommes qui ne voulaient que présenter une pétition. Il fut frappé de
+l'observation, descendit de cheval, et rentra chez lui. La populace
+mécontente tomba sur lui et sur ses gens à coups de pierre et de bâton
+et ne manqua pas cette occasion pour piller sa maison.
+
+Le général Dupuy, commandant la place, arriva sur ces entrefaites;
+toutes les rues étaient obstruées.
+
+Un chef de bataillon turc, attaché à la police, qui venait deux cents
+pas derrière, voyant le tumulte et l'impossibilité de le faire cesser
+par douceur, tira un coup de tromblon. La populace devint furieuse; le
+général Dupuy la chargea avec son escorte, culbuta tout ce qui était
+devant lui, s'ouvrit un passage. Il reçut sous l'aisselle un coup de
+lance qui lui coupa l'artère: il ne vécut que huit minutes.
+
+Le général Bon prit le commandement. Les coups de canon d'alarme furent
+tirés; la fusillade s'engagea dans toutes les rues; la populace se mit
+à piller les maisons des riches. Sur le soir, toute la ville se trouva
+à-peu-près tranquille, hormis le quartier de la grande mosquée, où se
+tenait le conseil des révoltés, qui en avaient barricadé les avenues.
+
+À minuit, le général Dommartin se rendit avec quatre bouches à feu
+sur une hauteur, entre la citadelle et la qoubbeh, qui domine à cent
+cinquante toises la grande mosquée. Les Arabes et les paysans marchaient
+pour secourir les révoltés. Le général Lannes fit attaquer par le
+général Vaux quatre à cinq mille paysans qui se sauvèrent plus vite
+qu'ils n'auraient voulu; beaucoup se noyèrent dans l'inondation.
+
+À huit heures du matin, j'envoyai le général Dumas avec de la cavalerie
+battre la plaine. Il chassa les Arabes au-delà de la qoubbeh.
+
+À deux heures après midi, tout était tranquille hors des murs de la
+ville. Le divan, les principaux scheicks, les docteurs de la loi,
+s'étant présentés aux barricades du quartier de la grande mosquée, les
+révoltés leur en refusèrent l'entrée; on les accueillit à coups de
+fusil. Je leurs fis répondre à quatre heures par les batteries de
+mortiers de la citadelle, et les batteries d'obusiers du général
+Dommartin. En moins de vingt minutes de bombardement, les barricades
+furent levées, le quartier évacué, la mosquée entre les mains de nos
+troupes, et la tranquillité fut parfaitement rétablie.
+
+On évalue la perte des révoltés de deux mille à deux mille cinq cents
+hommes; la nôtre se monte à seize hommes tués en combattant, un convoi
+de vingt-un malades revenant de l'armée, égorgés dans une rue, et à
+vingt hommes de différens corps et de différens états.
+
+L'armée sent vivement la perte du général Dupuy, que les hasards de la
+guerre avaient respecté dans cent occasions.
+
+Mon aide-de-camp Sullowsky allant, à la pointe du jour, le premier
+brumaire, reconnaître les mouvemens qui se manifestaient hors la ville,
+a été à son retour attaqué par toute la populace d'un faubourg; son
+cheval ayant glissé, il a été assommé. Les blessures qu'il avait reçues
+au combat de Salahieh n'étaient pas encore cicatrisées; c'était un
+officier de la plus grande espérance.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).
+
+_Au citoyen Braswich, chancelier interprète._
+
+Vous vous embarquerez, citoyen, avec Ibrahim-Aga; vous vous rendrez
+avec lui à bord de la caravelle. Vous tâcherez de prendre tous les
+renseignemens possibles sur notre situation avec la Porte, et sur celle
+de notre ambassadeur à Constantinople et de l'ambassadeur ottoman à
+Paris.
+
+Vous ferez connaître à l'officier qui commande la flottille turque le
+désir que j'aurais qu'il m'envoyât au Caire un officier distingué, pour
+conférer avec lui d'objets importans; que si les Anglais ne les laissent
+pas entrer à Alexandrie, ni à Rosette, il peut envoyer une frégate à
+Damiette, et que j'en profiterai pour écrire à Constantinople des choses
+également avantageuses aux deux puissances.
+
+Je compte, pour cette mission importante, sur votre zèle et sur votre
+capacité.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).
+
+_Au général commandant à Alexandrie._
+
+Vous ferez sortir, citoyen général, deux parlementaires, l'un sera le
+canot de la caravelle, sur lequel seront embarqués le turc Ibrahim Aga
+et le citoyen Braswich, qui s'habillera à la turque, s'il ne l'est pas.
+
+Le second portera un officier de terre.
+
+Vous ferez commander le canot par un officier intelligent qui puisse
+tout observer sans se mêler de rien.
+
+Ces deux parlementaires sortiront en même temps du port: l'un portera
+pavillon tricolore et pavillon blanc; l'autre pavillon turc et pavillon
+blanc.
+
+Sortis du port, le parlementaire français ira aborder l'amiral anglais;
+le parlementaire turc ira aborder l'amiral turc.
+
+Vous écrirez à l'amiral anglais une lettre, dans laquelle vous lui direz
+que vous vous êtes empressé d'envoyer au Caire la lettre qu'il vous a
+écrite le 19 octobre; que la caravelle qui est à Alexandrie étant à la
+disposition du pacha d'Égypte, elle suivra les ordres que lui donnera
+ledit pacha; que celui-ci ayant jugé à propos d'envoyer un de ses
+officiers a bord de l'amiral turc, avant de donner ledit ordre, vous
+avez autorisé la sortie du parlementaire qui porte la chaloupe de la
+caravelle.
+
+Vous aurez soin qu'aucun individu de la caravelle ne s'embarque sur son
+parlementaire, hormis les rameurs, qui devront être matelots.
+
+L'officier de terre que vous enverrez à bord de l'amiral anglais se
+comportera avec la plus grande honnêteté: il remettra à l'amiral, comme
+par hasard, quelques journaux d'Égypte, et cherchera à tirer toutes les
+nouvelles possibles du continent. Il lui dira que je l'ai spécialement
+chargé de lui offrir tous les rafraîchissemens dont il pourrait avoir
+besoin.
+
+Dans la nuit, le général Murat partira avec une partie de la
+soixante-quinzième; il se rendra à Rahmanieh, de là à Rosette, et de
+là à Aboukir ou à Alexandrie. Je juge cet accroissement de forces
+nécessaire pour vous mettre à même de vous opposer à toutes les
+entreprises que pourraient former les ennemis. Je fais disposer d'autres
+bâtimens pour vous envoyer d'autres troupes, et m'y transporter
+moi-même, si les nouvelles que je recevrai demain me le font penser
+nécessaire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 14 brumaire an 7 (4 novembre 1798).
+
+_Au général Marmont._
+
+Je reçois, citoyen général, vos lettres des 6 et 7. Puisque les Anglais
+ne tentaient leur descente qu'avec une vingtaine de chaloupes, il était
+évident qu'ils ne pouvaient débarquer que huit ou neuf cents hommes:
+c'eût donc été une bonne affaire de les laisser débarquer, vous nous
+auriez envoyé quelque colonel anglais prisonnier, qui nous aurait donné
+quelques nouvelles du continent.
+
+Il est bien évident que les Anglais ne veulent tenter leur débarquement
+à Aboukir qu'en conséquence de quelque projet mal ourdi, où Mourad-Bey,
+ou de nombreuses cohortes d'Arabes, ou peut-être même des habitans,
+devaient combiner leurs mouvemens avec le leur. Puisque rien de tout
+cela n'est arrivé et que cependant ils tentaient de débarquer, c'était
+une bonne occasion dont on pouvait profiter. J'espère toujours que si le
+9 ils ont voulu descendre, vous aurez eu le temps de vous préparer: vous
+pourrez les attirer dans quelque embuscade et leur faire un bon nombre
+de prisonniers.
+
+Quant au fort d'Aboukir, ayant une enceinte et un fossé, il est à
+l'abri d'un coup de main, quand même les Anglais auraient effectué leur
+débarquement: cent hommes s'y renfermeraient dans le temps que l'on
+marcherait d'Alexandrie et de Rosette pour écraser les Anglais.
+
+J'ai reçu des nouvelles de Constantinople: la Porte se trouve dans une
+position très-critique, et il s'en faut beaucoup qu'elle soit contre
+nous. L'escadre russe a demandé le passage par le détroit; la Porte le
+lui a refusé avec beaucoup de décision.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 19 brumaire an 7 (9 novembre 1798).
+
+_À son excellence le grand-visir._
+
+J'ai eu l'honneur d'écrire à votre excellence le 13 messidor, à mon
+arrivée à Alexandrie; je lui ai écrit également le 5 fructidor par
+un bâtiment que j'ai expédié exprès de Damiette; je n'ai reçu aucune
+réponse à ces différentes lettres.
+
+Je réitère cette troisième lettre pour faire connaître à votre
+excellence l'intention de la république française de vivre en bonne
+intelligence avec la sublime Porte. La nécessité de punir les mameloucks
+des insultes qu'ils n'ont cessé de faire au commerce français, nous a
+conduits en Égypte, tout comme, à différentes époques, la France a dû
+faire la même chose pour punir Alger et Tunis.
+
+La république française est, par inclination comme par intérêt, amie
+du sultan, puisqu'elle est l'ennemie de ses ennemis; elle s'est
+positivement refusée à entrer dans la coalition qui a été faite avec les
+deux empereurs contre la Sublime Porte: les puissances qui se sont déjà
+précédemment partagé la Pologne ont le même projet contre la Turquie.
+Dans les circonstances actuelles la Sublime Porte doit voir l'armée
+française comme une amie qui lui est dévouée et qui est toute prête à
+agir contre ses ennemis.
+
+Je prie votre excellence de croire que personnellement je désire
+concourir et employer mes moyens et mes forces à faire quelque chose qui
+soit utile au sultan, et puisse prouver à votre excellence l'estime et
+la considération avec laquelle je suis,
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 21 brumaire an 7 (11 novembre 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+S'il se présentait, citoyen général, une ou deux frégates turques pour
+entrer dans le port d'Alexandrie, vous devez les laisser entrer. S'il se
+présentait plusieurs bâtimens de guerre turcs pour entrer dans le port
+d'Alexandrie, vous ferez connaître à celui qui les commande qu'il est
+nécessaire que vous me fassiez part de sa demande; vous pourrez même
+l'engager à envoyer quelqu'un au Caire, et, s'il persistait, vous
+emploierez la force pour l'empêcher d'entrer.
+
+Si une escadre turque vient croiser devant le port et qu'elle communique
+directement avec vous, vous serez à même de prendre toute espèce
+d'information: vous lui ferez toute sorte d'honnêtetés.
+
+Si elle ne communique avec nous que par des parlementaires anglais, vous
+ferez connaître à celui qui la commande combien cela est indécent et
+contraire au respect que l'on doit à la dignité du sultan, et vous
+l'engagerez à communiquer avec vous directement sans parlementaire
+anglais, lui faisant connaître que vous regarderez comme nulles toutes
+les lettres qui vous viendront par les parlementaires anglais.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).
+
+_Au citoyen Guibert, lieutenant des guides._
+
+Vous vous rendrez, citoyen, à Rosette, en vous embarquant de suite sur
+_la Diligence_. Vous remettrez les lettres ci-jointes, au général Menou;
+vous aurez avec vous un Turc nommé Mohammed-Tehaouss, lieutenant de la
+caravelle qui est à Alexandrie.
+
+Vous vous embarquerez à Rosette sur un canot parlementaire, que le
+contre-amiral Perrée vous fournira. Vous vous rendrez à bord de l'amiral
+anglais avec votre Turc, qui remettra une lettre dont il est porteur à
+l'officier qui commande la flottille turque.
+
+Vous resterez quelques heures avec l'amiral anglais: vous lui remettrez
+sans prétention les différens journaux égyptiens et les numéros de la
+décade; vous tâcherez qu'il vous remette les journaux qu'il pourrait
+avoir reçus d'Europe; vous laisserez échapper dans la conversation que
+je reçois souvent des nouvelles de Constantinople par terre. S'il vous
+parle de l'escadre russe qui assiége Corfou, vous lui laisserez d'abord
+dire tout ce qu'il voudra, après quoi vous lui direz que j'ai des
+nouvelles en date de vingt jours de Corfou; vous lui ferez sentir que
+vous ne croyez pas à la présence de l'escadre russe devant Corfou, parce
+que, si les Russes avaient des forces dans ces mers, ils ne seraient pas
+assez dupes de ne pas être devant Alexandrie; vous lui direz, comme par
+inadvertance, qu'il attribuera facilement à votre jeunesse, que, depuis
+les premiers jours de septembre, tous les jours, je fais partir un
+officier pour la France; que plusieurs de mes aides-de-camp ont été
+expédiés, et entre autres, mon frère, que vous direz parti depuis
+vingt-cinq jours. S'il vous demande d'où ils partent, vous direz que
+vous ne savez pas d'où tous sont partis; mais que, pour mon frère, il
+est parti d'Alexandrie.
+
+Vous leur demanderez des nouvelles de la frégate _la Justice_, sur
+laquelle vous direz avoir un cousin; vous demanderez où elle se trouve:
+s'il ne la connaissait pas, vous la lui désigneriez comme une de celles
+qui s'en sont allées avec l'amiral Villeneuve.
+
+Vous leur direz que je suis dans ce moment-ci à Suez et que vous croyez
+que vous me trouverez de retour; vous lui direz, mais très-légèrement,
+que vous croyez qu'il est arrivé un très-grand nombre de bâtimens à
+Suez, venant de l'Île de France.
+
+Vous lui direz que le premier parlementaire qu'il aurait à m'envoyer, je
+désirerais qu'il vînt à Rosette, et que j'avais donné l'ordre qu'il vînt
+au Caire, et que, dans ce cas, je désirerais qu'il nommât quelqu'un qui
+eût sa confiance et qui fût intelligent.
+
+Vous lui direz également que, s'ils ont de la difficulté à faire de
+l'eau ou qu'ils aient difficilement des choses qui puissent leur être
+agréables, vous savez que mon intention est de les leur faire fournir;
+vous leur raconterez que devant Mantoue, sachant que le maréchal de
+Wurmser avait une grande quantité de malades, je lui avais envoyé
+beaucoup de médicamens, générosité qui avait beaucoup étonné le vieux
+maréchal; que je lui faisais passer tous les jours six paires de boeufs
+et toutes sortes de rafraîchissemens; que j'avais été très-satisfait de
+la manière dont ils avaient traité nos prisonniers.
+
+Enfin, vous rentrerez à Rosette avec votre Turc sans toucher Alexandrie.
+Si le contre-amiral Perrée préférait vous faire partir d'Aboukir sur la
+chaloupe de _l'Orient_, vous vous y rendriez.
+
+Vous reviendriez à Aboukir, et de là à Rosette, et descendrez avec votre
+Turc au quartier-général.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je vous fais passer la note des combats qui ont eu lieu à différentes
+époques et sur différens points de l'armée.
+
+Les Arabes du désert de la Lybie harcelaient la garnison d'Alexandrie.
+Le général Kléber leur fit tendre une embuscade; le chef d'escadron
+Rabasse, à la tête de cinquante hommes du quatorzième de dragons, les
+surprit le 5 thermidor et leur tua quarante-trois hommes.
+
+À la sollicitation de Mourad-Bey et des Anglais, les Arabes s'étaient
+réunis et avaient fait une coupure au canal d'Alexandrie, pour empêcher
+les eaux d'y arriver. Le chef de brigade Barthélémy, à la tête de six
+cents hommes de la soixante-neuvième, cerna le village de Birk et
+Glathas, la nuit du 27 fructidor, tua plus de deux cents hommes, pilla
+et brûla le village. Ces exemples nécessaires rendirent les Arabes
+plus sages, et, grâces aux peines et à l'activité de la quatrième
+d'infanterie légère, les eaux sont arrivées, le 14 brumaire, à
+Alexandrie en plus grande abondance que jamais. Il y en a pour deux ans.
+Le canal nous a servi à approvisionner de blé Alexandrie, et à faire
+venir nos équipages d'artillerie à Djyzéh.
+
+Le général Andréossi, après différens combats sur le lac Menzaléh, est
+arrivé, le 29 vendémiaire, sur les ruines de Peluse. Il y a trouvé
+plusieurs antiques, entre autres un fort beau camée; il y a dressé la
+carte de ce lac et de ses sondes avec la plus grande exactitude. Nous
+avons dans ce moment beaucoup de bâtimens armés dans ce lac. Il ne reste
+plus que deux branches, celle d'Ommfaredje et celle de Dybéh, peu de
+traces de celle de Peluse.
+
+Deux jours après que la populace du Caire se fut révoltée, les Arabes
+accoururent de différens points du désert, et se réunirent devant
+Belbeis. Le général Reynier les repoussa partout; un seul coup de canon
+à mitraille en tua sept: après différens petits combats ils disparurent,
+et quelque temps après se sont soumis.
+
+Quelques djermes, chargées de chevaux nous appartenant, ont été pillées
+par les habitans du village de Ramleh, et deux dragons ont été tués. Le
+général Murat s'y est porté, a cerné le village, et a tué une centaine
+d'hommes.
+
+Le général Lanusse, instruit que le célèbre Abouché'ir, un des
+principaux brigands du Delta, était à Kafr-Khaïr, l'a surpris la nuit du
+29 vendémiaire, a cerné sa maison, l'a tué, lui a pris trois pièces de
+canon, quarante fusils, cinquante chevaux, et beaucoup de subsistances.
+
+Les Anglais, avec quinze chaloupes canonnières et quelques petits
+bâtimens, se sont approchés du fort d'Aboukir, les 3, 4, 6 et 7
+brumaire. Ils ont eu plusieurs chaloupes coulées bas: l'ordre était
+donné de les laisser débarquer; ils ne l'ont pas osé faire. Ils doivent
+avoir perdu quelques hommes; nous en avons eu deux blessés et un de tué:
+le citoyen Martinet, commandant la légion nubique, s'est distingué.
+
+Depuis la bataille de Sédyman, le général Desaix était dans le Faïoum.
+Dans cette saison, on ne peut en Égypte aller ni par eau, il n'y en a
+pas assez dans les canaux; ni par terre, elle est marécageuse et pas
+encore sèche: ne pouvant donc poursuivre Mourad-Bey, le général Desaix
+s'occupa à organiser le Faïoum.
+
+Cependant Mourad-Bey en profita pour faire courir le bruit qu'Alexandrie
+était pris, et qu'il fallait exterminer tous les Français. Les villages
+se refusèrent à rien fournir au général Desaix, qui se porta, le 19
+brumaire, pour punir le village de Céruni (Chérùnéh) qui était soutenu
+par deux cents mameloucks; une compagnie de grenadiers les mit en
+déroute. Le village a été pris, pillé et brûlé; l'ennemi a perdu quinze
+à seize hommes.
+
+Dans le même temps, cinq cents Arabes, autant de mameloucks, et un grand
+nombre de paysans, se portaient à Faïoum pour enlever l'ambulance.
+Le chef de bataillon de la vingt-unième, Epler, sortit au devant
+des ennemis, les culbuta par une bonne fusillade, et les poussa la
+baïonnette dans les reins. Une soixantaine d'Arabes, qui étaient entrés
+dans les maisons pour piller, ont été tués; nous n'avons eu, dans ces
+différens combats, que trois hommes tués et dix de blessés.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 28 brumaire an 7 (18 novembre 1798).
+
+_À l'ordonnateur Leroy._
+
+Le capitaine du navire le _Santa-Maria_, qui a acheté ou volé quatre
+pièces de canon de 2, un câble et un grappin, de concert avec un matelot
+français, sera condamné a payer 6,000 fr. d'amende, qui seront versés
+dans la caisse du payeur.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 29 brumaire an 7 (19 novembre 1798).
+
+_À Djezzar-Pacha._
+
+Je ne veux pas vous faire la guerre, si vous n'êtes pas mon ennemi; mais
+il est temps que vous vous expliquiez. Si vous continuez à donner refuge
+et à garder sur les frontières de l'Égypte Ibrahim-Bey, je regarderai
+cela comme une marque d'hostilité, et j'irai à Acre.
+
+Si vous voulez vivre en paix avec moi, vous éloignerez Ibrahim-Bey à
+quarante lieues des frontières de l'Égypte, et vous laisserez libre le
+commerce entre Damiette et la Syrie.
+
+Alors, je vous promets de respecter vos états, de laisser la liberté
+entière au commerce entre l'Égypte et la Syrie, soit par terre, soit par
+mer.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+Faites sentir, citoyen général, au conseil militaire combien il est
+essentiel d'être sévère contre les dilapidateurs qui vendent la
+subsistance des soldats. C'est par ce manège-là qu'ils nous ont vendu
+tout le vin que nous avons apporté de France. Par la seule raison qu'il
+ne surveille pas des dilapidations aussi publiques, le commissaire des
+guerres est coupable, et mérite une punition exemplaire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).
+
+_Au scheick El-Messiri._
+
+J'ai vu avec plaisir votre heureuse arrivée à Alexandrie; cela
+contribuera à y maintenir la tranquillité et le bon ordre. Il serait
+essentiel que vous et les notables d'Alexandrie, prissiez des moyens
+pour détruire les Arabes et les forcer à une manière de vivre
+plus conforme à la vertu. Je vous prie aussi de faire veiller les
+malintentionnés qui débarquent à deux ou trois lieues d'Alexandrie, se
+glissent dans la ville et y répandent des faux bruits qui ne tendent
+qu'à troubler la tranquillité.
+
+Sous peu, je ferai travailler au canal d'Alexandrie, et j'espère
+qu'avant six mois l'eau y viendra en tout temps.
+
+Quant à la mer, persuadez-vous bien qu'elle ne sera pas long-temps à
+la disposition de nos ennemis. Alexandrie réacquerra son ancienne
+splendeur, et deviendra le centre du commerce de tout l'Orient; mais
+vous savez qu'il faut quelque temps. Dieu même n'a pas fait le monde en
+un seul jour.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 5 frimaire an 7 (25 novembre 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je vous envoie, par le citoyen Sucy, ordonnateur de l'armée, un
+duplicata de la lettre que je vous ai écrite le 1er. frimaire, et que je
+vous ai expédiée par un de mes courriers, et le quadruplicata de celle
+que je vous ai écrite le 30 vendémiaire, et que je vous ai également
+expédiée par un de mes courriers, et enfin tous les journaux, ordres du
+jour et relations que je vous ai fait passer par mille et une occasions.
+
+L'ordonnateur Sucy est obligé de se rendre en France pour y prendre les
+eaux, par suite de la blessure qu'il a reçue dans les premiers jours de
+notre arrivée en Égypte. Je l'engage à se rendre à Paris, où il pourra
+vous donner tous les renseignemens que vous pourrez désirer sur la
+situation politique, administrative et militaire de ce pays.
+
+Nous attendons toujours avec une vive impatience des courriers d'Europe.
+
+L'ordonnateur Daure remplit en ce moment les fonctions d'ordonnateur en
+chef.
+
+Comme nos lazarets sont établis à Alexandrie, Rosette et Damiette, je
+vous prie d'ordonner qu'il ne soit pas fait de quarantaine pour les
+bâtimens qui viennent d'Égypte, dès l'instant qu'ils auront une patente
+en règle. Vous pouvez être sûrs que nous serons extrêmement prudens,
+et que nous ne donnerons point de patente, dès qu'il y aura le moindre
+soupçon.
+
+Nous sommes, au printemps, comme en France au mois de mai.
+
+Je me réfère, sur la situation politique et militaire de ce pays, aux
+lettres que je vous ai précédemment écrites.
+
+J'envoie en France une quarantaine de militaires estropiés ou aveugles:
+ils débarqueront en Italie ou en France: je vous prie de les recommander
+à nos généraux et à nos ambassadeurs en Italie, en cas qu'ils débarquent
+dans un port neutre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).
+
+_Au général Marmont._
+
+L'état-major vous ordonne, citoyen général, de prendre le commandement
+de la place d'Alexandrie. Je fais venir le général Manscourt au Caire,
+parce que j'ai appris que le 24 il a envoyé un parlementaire aux Anglais
+sans m'en rendre compte, et que d'ailleurs sa lettre à l'amiral anglais
+n'était pas digne de la nation. Je vous répète ici l'ordre que j'ai
+donné, de ne pas envoyer de parlementaire aux Anglais sans mon ordre.
+Qu'on ne leur demande rien. J'ai accoutumé les officiers qui sont sous
+mes ordres, à accorder des grâces et non à en recevoir.
+
+J'ai appris que les Anglais avaient fait quatorze prisonniers à la
+quatrième d'infanterie légère; il est extrêmement surprenant que je n'en
+aie rien su.
+
+Secouez les administrations, mettez de l'ordre dans cette grande
+garnison, et faites que l'on s'aperçoive du changement de commandant.
+
+Écrivez-moi souvent et dans le plus grand détail. Je savais depuis
+trois jours la nouvelle que vous m'avez écrite, des lettres venues de
+Saint-Jean d'Acre.
+
+Renvoyez d'Alexandrie tous les hommes isolés qui devraient être à
+l'armée. Ayez soin que personne ne s'en aille qu'il n'ait son passeport
+en règle; que ceux qui s'en vont n'emmènent point de domestiques avec
+eux, surtout d'hommes ayant moins de trente ans, et qu'ils n'emportent
+point de fusils.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).
+
+_Au général Ganteaume._
+
+Je vous prie, citoyen général, de faire expédier d'Alexandrie à Malte
+un bon marcheur du convoi, avec des dépêches pour le contre-amiral
+Villeneuve. Vous lui ferez connaître le désir que j'aurais qu'il pût,
+par le moyen de ses frégates, nous envoyer des nouvelles d'Europe. Les
+frégates pourraient venir à Damiette où les ennemis ne croisent pas.
+
+Vous lui ferez connaître que depuis Alexandrie jusqu'à la bouche d'Orum
+Faredge, à vingt heures est de Damiette, toute la côte est à nous, et
+qu'en reconnaissant un point quelconque de cette côte, et mettant un
+canot à la mer avec cinquante hommes armés dedans, les dépêches nous
+parviendront très-certainement.
+
+Vous lui direz que nous ne sommes bloqués ici que par deux vaisseaux et
+une ou deux frégates: s'il pouvait paraître ici avec trois ou quatre
+vaisseaux qu'il a à Malte, et deux ou trois frégates, il pourrait
+enlever la croisière anglaise; que nos bâtimens de guerre qu'il sait que
+nous avons à Alexandrie, sont organisés et pourraient sortir pour lui
+donner des secours.
+
+Vous donnerez pour instructions à ce bâtiment de ne point se présenter
+devant le port de Malte, mais dans la cale de Massa-Sirocco.
+
+Expédiez un autre bâtiment grec ou du convoi à Corfou pour faire
+connaître à celui qui commande les forces navales dans ce port, combien
+il est nécessaire qu'il nous expédie un aviso avec toutes les nouvelles
+qu'il pourrait avoir à Corfou, d'Europe, de l'Albanie, de la Turquie,
+et de tout ce qui s'est passé de nouveau dans ces mers. Donnez-lui
+également une instruction du point où il doit aborder.
+
+Expédiez un troisième bâtiment du convoi, si vous pouvez, un bâtiment
+impérial, au commandant des bâtimens de guerre à Ancône. Vous lui direz
+que je désire qu'il m'expédie un aviso pour me faire connaître la
+situation de ses bâtimens, et qu'il m'envoye toutes les nouvelles, et
+entre autres toutes les gazettes françaises et italiennes depuis notre
+départ.
+
+Vous lui donnerez également une instruction sur la marche que doit tenir
+l'aviso.
+
+Vous expédierez un quatrième bâtiment du convoi, bon voilier, pour se
+rendre à Toulon, avec une lettre pour le commandant des armes, dans
+laquelle vous lui ferez connaître notre situation dans ce pays, et la
+nécessité où nous nous trouvons qu'il nous fasse passer des nouvelles
+de France et les ordres du gouvernement, en évitant Alexandrie, et
+en venant aborder, soit à Bourlas, soit à Damiette, soit à la bouche
+d'Orum-Faredge.
+
+Vous ordonnerez au bâtiment de Toulon de passer entre le cap Bon et
+Malte, d'éviter l'un et l'autre, de doubler les îles Saint-Pierre, et
+de passer entre la Corse et les îles Minorques. Si les vents le
+contrariaient ou qu'il apprît la présence des ennemis, il pourrait
+aborder en Corse ou dans un port d'Espagne.
+
+Sur chacun de ces trois ou quatre bâtimens, vous mettrez un aspirant de
+la marine ou un officier marinier, qui sera porteur de vos dépêches,
+et qui devra en rapporter la réponse. Vous leur donnerez toutes les
+instructions nécessaires à cet égard, et vous leur ferez bien connaître
+la manière dont ils doivent se conduire à leur retour. Il sera promis
+une gratification aux patrons des navires qui retourneront et nous
+rapporteront des nouvelles du continent.
+
+Je vous enverrai, dans la matinée de demain, quatre paquets, dont seront
+porteurs ces quatre officiers. Vous leur ordonnerez de les garder, en
+les cachant; s'ils étaient pris par les Anglais, je préfère qu'ils
+soient pris, plutôt que de les jeter à la mer.
+
+Il n'y a que des imprimés dans ces paquets.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 10 frimaire an 7 (30 novembre 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+Si la contribution ne rentre pas, faites parcourir, citoyen général, une
+colonne mobile dans toute la province de Rosette, village par village,
+avec l'intendant, l'agent français et un officier intelligent; à mesure
+qu'ils passeront dans un village, ils exigeront les chevaux et la
+contribution.
+
+Vous verrez qu'elle rentrera très-promptement.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 frimaire an 7 (1er décembre 1798).
+
+_Au général Bon._
+
+Vous vous rendrez, citoyen général, demain à Birket-el-Adji. Vous
+partirez après-demain avant le jour de cet endroit pour vous rendre,
+avec la plus grande diligence possible à Suez. Il serait à désirer que
+vous pussiez y arriver le 14 au soir, ou le 15 avant midi.
+
+Vous m'enverrez un exprès arabe, tous les jours, auquel vous ferez
+connaître que je donnerai plusieurs piastres lorsqu'ils me remettront
+vos lettres.
+
+Vous aurez avec vous, indépendamment des troupes que le chef de
+l'état-major vous a annoncées, le citoyen Collot, enseigne de vaisseau
+avec dix matelots et le moallem ... qui aura aussi huit ou dix de ses
+gens avec lui.
+
+Vous trouverez, à Suez, toutes les citernes, que j'ai fait remplir.
+
+Votre premier soin sera, en arrivant, de nommer un officier pour
+commander la place. Le citoyen Collot remplira les fonctions de
+commandant des armes du port, et les officiers du génie et d'artillerie
+qu'y envoient les généraux Caffarelli et Dommartin, commanderont ces
+armes dans cette place; le moallem ... remplira les fonctions de mazir
+ou inspecteur des douanes.
+
+Votre première opération sera de remplir toutes les citernes qui ne sont
+pas pleines, et de faire un accord avec les Arabes de Thor, pour qu'ils
+continuent à vous fournir toute l'eau existant dans les citernes, en
+réserve.
+
+Vous ferez retrancher, autant qu'il sera possible, tout le Suez ou une
+partie de Suez, de manière à être à l'abri des attaques des Arabes, et
+avoir une batterie de gros canons qui battent la mer.
+
+Vous vivrez dans la meilleure intelligence avec tous les patrons des
+bâtimens venant de Jambo ou de Djedda, et vous leur écrirez, pour les
+assurer qu'ils peuvent en toute sûreté continuer le commerce, qu'ils
+seront spécialement protégés.
+
+Vous tâcherez de vous procurer, parmi les bâtimens qui vont à Suez, une
+ou deux felouques des meilleures qui se trouvent dans ce port, que vous
+ferez armer en guerre.
+
+Vingt-quatre heures après votre arrivée, vous m'enverrez toujours, par
+des Arabes et par duplicata, un mémoire sur votre situation militaire,
+sur celle des citernes et sur la situation du pays et le nombre des
+bâtimens.
+
+Vous ferez tout ce qui sera possible pour encourager le commerce et rien
+pour l'alarmer.
+
+Dès l'instant que je saurai votre arrivée, je vous enverrai un second
+convoi de biscuit.
+
+Vous ferez commencer sur-le-champ les travaux nécessaires pour mettre
+tout le Suez ou une partie de Suez à l'abri des attaques des Arabes, et
+si vous ne trouvez pas dans cette place un assez grand nombre de pièces
+pour mettre en batterie, indépendamment des deux que vous emmènerez avec
+vous, je vous en ferai passer d'autres.
+
+Mon intention est que vous restiez dans cette place assez de temps pour
+faire des fortifications, afin que la compagnie Omar, les marins et les
+canonniers suffisent pour la défense contre les entreprises des Arabes,
+et si ces forces n'étaient pas suffisantes, vous me le manderez: alors
+je les renforcerai de quelques troupes grecques.
+
+Je vous recommande de m'écrire, par les Arabes, deux fois par jour.
+
+Vous m'enverrez toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir, soit
+sur la Syrie, soit sur Djedda ou la Mecque.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 12 frimaire an 7 (2 décembre 1798).
+
+_Au général Marmont._
+
+Vous ferez réunir chez vous, citoyen général, dans le plus grand secret,
+le contre-amiral Perrée, le chef de division Dumanoir, le capitaine
+Barré.
+
+Vous dresserez un procès-verbal de la réponse qu'ils feront aux
+questions suivantes, que vous signerez avec eux.
+
+_Première question_. Si la première division de l'escadre sortait,
+pourrait-elle, après une croisière, rentrer dans le port neuf ou dans le
+port vieux, malgré la croisière actuelle des Anglais?
+
+_Seconde question_. Si _le Guillaume-Tell_ paraissait avec _le
+Généreux_, _le Dégo_, _l'Arthémise_, et les trois vaisseaux vénitiens
+que nous avons laissés à Toulon et qui sont actuellement réunis à Malte,
+la croisière anglaise serait obligée de se sauver: se charge-t-on de
+faire entrer l'amiral Villeneuve dans le port?
+
+_Troisième question_. Si la première division sortait pour favoriser
+sa rentrée, malgré la croisière anglaise, ne serait-il pas utile,
+indépendamment du fanal que j'ai ordonné qu'on allumât au phare,
+d'établir un nouveau fanal sur la tour du Marabou? Y aurait-il quelques
+autres précautions à prendre?
+
+Si, dans la solution de ces trois questions, il y avait différence
+d'opinions, vous ferez mettre dans le procès-verbal l'opinion de chacun.
+
+Je vous ordonne qu'il n'y ait à cette conférence que vous quatre. Vous
+commencerez par leur ordonner le plus grand secret.
+
+Après que le conseil aura répondu à ces trois questions et que le
+procès-verbal sera clos, vous poserez cette question:
+
+Si l'escadre du contre-amiral Villeneuve partait le 15 frimaire de
+Malte, de quelle manière s'apercevrait-on de son arrivée à la hauteur
+de la croisière? Quels secours les forces navales actuelles du port
+pourraient elles lui procurer? et de quel ordre aurait besoin le
+contre-amiral Perrée pour se croire suffisamment autorisé à sortir?
+
+Combien de temps faudrait-il pour jeter les bouées pour désigner la
+passe?
+
+Les frégates _la Carrère_, _la Muiron_ et le vaisseau _le Causse_
+seraient-ils dans le cas de sortir?
+
+Après quoi vous poserez cette question:
+
+Les frégates _la Junon_, _l'Alceste_, _la Carrère_, _la Courageuse_, _la
+Muiron_, les vaisseaux _le Causse_, _le Dubois_, renforcés chacun par
+une bonne garnison de l'armée de terre et de tous les matelots européens
+qui existent à Alexandrie, seraient-ils dans le cas d'attaquer la
+croisière anglaise, si elle était composée de deux vaisseaux et d'une
+frégate?
+
+Vous me ferez passer le procès-verbal de cette séance dans le plus court
+délai.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 frimaire an 7 (3 décembre 1798).
+
+_Au même._
+
+J'ai donné, citoyen général, plusieurs ordres pour que tous les matelots
+existant à bord du convoi et ayant moins de vingt-cinq ans, de quelque
+nation qu'ils soient, fussent envoyés au Caire, ainsi que tous les
+matelots napolitains provenant des bâtimens brûlés par les Anglais. L'un
+et l'autre de ces ordres ont été mal exécutés, puisque les Napolitains
+étaient seuls plus de trois cents, et qu'il était impossible que tout le
+convoi ne contînt au moins cinq ou six cents personnes dans le cas de la
+réquisition que je fais.
+
+Vous sentez facilement combien il est essentiel, dans la position où est
+l'armée, qu'elle trouve dans les convois qui sont sur le point de
+passer en Europe, de quoi se recruter des pertes que peut lui avoir
+occasionnées, en différons événemens, la conquête de l'Égypte.
+
+Indépendamment de cette raison, j'attachais une grande importance à
+intéresser à notre opération un grand nombre de marins de nations
+différentes, lesquelles, par-là, se trouveraient plus à portée de nous
+donner des nouvelles, et ce que nous avons besoin de France. Je vous
+prie donc, citoyen général, de vous concerter avec le citoyen Dumanoir,
+commandant des armes, et de prendre des mesures efficaces pour que, dans
+le plus court délai, tous les jeunes matelots, italiens, espagnols,
+français, etc., évacuent Alexandrie et soient envoyés a Boulac.
+
+Veillez à ce qu'aucun bâtiment, en sortant du port, n'emmène avec lui de
+jeunes matelots qui pourraient nous servir.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).
+
+_Au général Leclerc._
+
+Comme nous avons grand besoin d'argent, citoyen général, faites verser
+dans la caisse du payeur général les 30,000 fr. que vous avez dans votre
+caisse.
+
+Les souliers vont vous arriver, ainsi que les deux harnois pour votre
+pièce.
+
+Occupez-vous sans relâche à vous procurer des chevaux: vous savez le
+besoin que nous en avons.
+
+Douze cents hommes de cavalerie bien montés et bien armés partent demain
+pour se mettre aux trousses de Mourad-Bey. J'espère, moyennant les
+chevaux que toutes les provinces envoient, en avoir bientôt encore
+autant.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).
+
+_Au général Marmont._
+
+Je vous ai fait connaître, par mes dernières lettres, l'importance
+extrême qu'il y avait à retenir tous les matelots napolitains, génois,
+espagnols, etc.: cette mesure a été exécutée en partie par le citoyen
+Dumanoir; mais elle est bien loin de l'être entièrement, puisque les
+Napolitains seuls étaient trois cent quatre-vingt. Les états que l'on
+m'a remis de la force du convoi, portaient deux cent soixante-dix-sept
+bâtimens et deux mille cinq cent soixante-quatorze matelots. Je pense
+qu'aujourd'hui il sera réduit à deux mille. Il est indispensable que
+vous parveniez à me procurer encore huit cents hommes.
+
+Si les nouvelles recherches que vous ferez pour trouver des jeunes gens
+ayant moins de vingt-cinq ans, ne suffisent pas, pour trouver ce nombre
+vous aurez recours à une réquisition, d'un quart de chaque équipage,
+ayant soin de prendre les plus jeunes: ceci doit avoir lieu pour tous
+les bâtimens du convoi, soit français ou étrangers.
+
+Ne donnez communication de cette lettre qu'au citoyen Dumanoir, et
+concertez-vous avec lui pour nous procurer huit cents hommes. Ce ne sera
+qu'après l'exécution préalable de cet ordre, que je lèverai l'embargo
+mis sur une partie du convoi.
+
+Visez vous-même tous les passeports de ceux qui s'en vont, et ne laissez
+partir personne qui puisse faire un soldat. Ceux qui s'en vont n'ont pas
+besoin de domestiques, à moins qu'ils n'aient plus de vingt-cinq ans.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).
+
+_Au même._
+
+Je vous envoie, citoyen général, un ordre que je vous prie d'exécuter
+avec la plus grande exactitude. Après que vous aurez fait arrêter ce
+citoyen, faites venir chez vous tous les administrateurs de la marine,
+et lisez-leur mon ordre. Vous leur direz que je reçois des plaintes de
+tous côtés sur leur conduite, et qu'ils ne secondent en rien le citoyen
+Leroy; que je punirai les lâches avec la dernière sévérité, et avec
+d'autant moins d'indulgence, qu'un homme qui manque de courage n'est pas
+français.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798).
+
+_À l'intendant-général de l'Égypte._
+
+J'ai reçu, citoyen, la lettre que m'a écrite la nation cophte. Je me
+ferai toujours un plaisir de la protéger: désormais elle ne sera plus
+avilie, et, lorsque les circonstances le permettront, ce que je prévois
+n'être pas éloigné, je lui accorderai le droit d'exercer son culte
+publiquement, comme il est d'usage en Europe, en suivant chacun sa
+croyance. Je punirai sévèrement les villages qui, dans les différentes
+révoltes, ont assassiné des cophtes. Dès aujourd'hui, vous pourrez leur
+annoncer que je leur permets de porter des armes, de monter sur des
+mules ou sur des chevaux, de porter des turbans et de s'habiller de la
+manière qui peut leur convenir. Mais si tous les jours seront marqués de
+ma part par des bienfaits; si j'ai à restituer à la nation cophte une
+dignité et des droits inséparables de l'homme, qu'elle avait perdus,
+j'ai le droit d'exiger sans doute des individus qui la composent
+beaucoup de zèle et de fidélité au service de la république. Je ne peux
+pas vous dissimuler que j'ai eu effectivement à me plaindre du peu de
+zèle que plusieurs y ont mis. Comment en effet, lorsque tous les jours
+des principaux scheicks me découvrent les trésors des mameloucks, ceux
+qui étaient leurs principaux agens ne me font-ils rien découvrir?
+
+Je rends justice à votre zèle et a celui de vos collaborateurs, ainsi
+qu'à votre patriarche, dont les vertus et les intentions me sont
+connues, et j'espère que, dans la suite, je n'aurai qu'à me louer de
+toute la nation cophte.
+
+Je donne l'ordre pour que vous soyez remboursé, dans le courant du mois,
+des avances que vous avez faites.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798).
+
+_Au citoyen Poussielgue._
+
+Vu les pertes que nous avons éprouvées sur les diamans, la femme de
+Mourad-Bey sera tenue de verser dans la caisse du payeur 8,000 talaris
+dans l'espace de cinq jours.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 18 frimaire an 7 (8 décembre 1798).
+
+_Au général Rampon._
+
+Vous devez avoir reçu, citoyen général, du pain pour quatre jours.
+
+Si cette lettre vous arrive à temps, vous partirez demain avec la plus
+grande partie de votre monde pour aller reconnaître la position de
+Géziré-Bili, qui est à quatre lieues de l'endroit que vous occupez.
+Quand vous serez à une demi-lieue de ladite position, vous ferez
+connaître à ladite tribu de Bili qu'elle n'a rien à craindre; qu'elle
+peut rester dans son camp, parce que vous avez été prévenu que le
+scheick était venu me voir et avait obtenu grâce.
+
+Vous tiendrez note de tous les villages par où vous passerez pour
+arriver à Géziré, et vous observerez les différentes positions
+qu'occupent les Arabes, afin que, si les circonstances exigent que vous
+deviez y marcher, vous sachiez comment faire.
+
+Vous aurez soin que les troupes ne fassent aucun mal, et après vous
+être promené en différens sens, avoir demandé s'il y a des mameloucks à
+El-Mansoura, qui est un village près de Géziré, avoir recommandé à
+tous les villages de payer exactement le miri au général commandant la
+province, et à ne pas cacher les mameloucks, à les déclarer s'il y en a,
+vous retournerez, s'il est possible, coucher à Birket-el-Hadji.
+
+Si cette lettre vous arrivait demain trop tard, vous remettriez la
+partie à après-demain.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).
+
+_Au général Menou._
+
+Je reçois votre lettre du 14, citoyen général: je venais d'ordonner la
+mesure que vous me proposez, de vendre soixante-quatre mille pintes de
+vin. Veillez autant qu'il vous sera possible à ce que ces fonds rentrent
+dans la caisse du payeur, et que les voleurs n'en vendent pas une plus
+grande quantité pour masquer leurs vols. Écrivez au général Marmont
+pour qu'il fasse vendre les vins les plus aigres et les plus près de se
+gâter, et que l'on profite de cette circonstance pour vérifier ce qu'il
+y a en magasin.
+
+J'ai reçu votre lettre du 15, dans laquelle vous m'apprenez que
+messieurs les Anglais ont évacué Aboukir. Profitez-en pour faire passer
+à Alexandrie la plus grande quantité de blé possible.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).
+
+_Au général Ganteaume._
+
+Vous voudrez bien, citoyen général, faire partir d'Alexandrie le brick
+_le Lodi_ pour se rendre à Derne. Il prendra tous les renseignemens
+qu'il pourrait acquérir sur les nouvelles de France et d'Europe.
+
+Je suis instruit que plusieurs tartanes de Marseille, expédiées par le
+gouvernement, y sont arrivées dans le courant de brumaire, et n'y ont
+séjourné que vingt-quatre heures, après avoir pris des renseignemens sur
+les Anglais et sur notre position. Comme il est extrêmement intéressant
+que la mission de ce brick soit ignorée, vous lui donnerez ses
+instructions à ouvrir en mer.
+
+Vous lui ordonnerez de prendre des pilotes d'Alexandrie, connaissant la
+côte depuis Alexandrie jusqu'à Saint Jean-d'Acre et depuis Alexandrie
+jusqu'à Tripoli.
+
+J'imagine que la tartane que j'avais ordonné d'envoyer depuis long-temps
+à Derne, sera partie: si elle ne l'était pas, vous ordonneriez, au
+préalable, au citoyen Dumanoir de n'expédier _le Lodi_ que vingt-quatre
+heures après la tartane, en ayant bien soin que la tartane ignore que ce
+brick devait partir.
+
+Ce brick portera le citoyen Arnaud, qui, parlant parfaitement la langue,
+et ayant eu des relations avec Derne, pourra plus facilement prendre
+tous les renseignemens nécessaires.
+
+Vous spécifierez bien au commandant du brick que le citoyen Arnaud n'est
+rien sur son bord, et n'a point d'ordre à lui donner, et que lui seul
+est responsable de la manière dont sa mission sera remplie.
+
+Vous lui ferez connaître qu'il faut qu'il retourne le plus tôt possible
+à Alexandrie.
+
+Je compte que son absence sera de moins de quinze jours; que, sous
+quelque prétexte que ce soit, il ne doit point cingler vers l'Europe;
+que cela serait regardé par le gouvernement comme une lâcheté et une
+trahison, dont un Français ne peut être soupçonné.
+
+Vous donnerez deux ordres au commandant du brick: 1°. de partir et
+d'ouvrir ses instructions à telle hauteur, et d'embarquer, au moment du
+départ, un homme qui lui sera remis par le général Marmont, commandant
+de la place;
+
+2°. Son instruction à ouvrir en mer.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).
+
+_Instructions pour le citoyen Arnaud._
+
+Le brick sur lequel vous êtes embarqué, citoyen, vous conduira à Derne.
+
+Vous remettrez les lettres ci-jointes au commandant de Derne; vous
+prendrez tous les renseignemens sur les nouvelles d'Europe et de
+Tripoli.
+
+Vous me rendrez compte de votre mission et de tout ce que vous aurez vu
+et appris en mer, en expédiant de Derne deux Arabes.
+
+Le brick vous ramènera à Alexandrie, et, à peine débarqué, vous viendrez
+au Caire sans communiquer à personne les nouvelles que vous aurez pu
+apprendre.
+
+Je compte sur votre zèle et sur vos lumières. Je saurai vous tenir
+compte du service que vous aurez rendu dans cette occasion à la
+république.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).
+
+_Au bey de Tripoli._
+
+Je profite d'un bâtiment qui va à Derne pour vous renouveler l'assurance
+de vivre avec vous en bonne intelligence et amitié.
+
+Dans plusieurs lettres que je vous ai écrites, je vous ai témoigné le
+désir que j'ai de vous être utile ainsi qu'à ceux qui dépendent de vous.
+
+Je vous prie, lorsque vous aurez des nouvelles d'Europe, de me les
+envoyer par des exprès.
+
+Croyez aux sentimens d'estime et à la considération que j'ai pour vous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 20 frimaire an 7 (10 décembre 1798).
+
+_Au citoyen Poussielgue,_
+
+Vous voudrez bien, citoyen, ordonner sur-le-champ au citoyen
+Marco-Calavagi, agent du citoyen Rosetti à Terraneh, de verser dans
+la caisse du payeur, la valeur de deux mille moutons et de cinquante
+chameaux, que le général Murat avait pris aux Arabes et qu'il a fait
+restituer en disant que c'était mon intention.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 frimaire an 7 (11 décembre 1798).
+
+_Au commissaire du gouvernement, à Zante._
+
+Je vous expédie le brick _le Rivoli_ pour avoir de vos nouvelles et de
+celles de Corfou.
+
+Faites-moi passer toutes les gazettes françaises, italiennes ou
+allemandes que vous auriez depuis le mois de messidor, ainsi que les
+nouvelles que vous pourriez avoir d'Italie ou de France, et de tous les
+bâtimens anglais, russes ou turcs qui auraient paru sur vos côtes depuis
+ledit mois de messidor.
+
+Donnez-moi toutes les nouvelles que vous pourriez avoir sur
+Passwan-Oglou et sur Constantinople.
+
+Envoyez-nous ici un Français intelligent qui puisse me donner de vive
+voix toutes les petites nouvelles que vous pourriez avoir oubliées.
+
+Expédiez des bâtimens à Corfou et en Italie pour faire connaître au
+commandant de cette place et au gouvernement français que tout va au
+mieux ici.
+
+Expédiez-moi souvent des bâtimens sur Damiette.
+
+Les journaux et les imprimés que je vous fais passer vous mettront à
+même de connaître notre position.
+
+Je vous, recommande de ne pas retenir le _Rivoli_ plus de trois ou
+quatre heures, et de le faire repartir tout de suite, car je suis
+impatient d'avoir de vos nouvelles.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).
+
+_Au général Marmont._
+
+Cette lettre, citoyen général, vous sera remise par le citoyen
+Beauchamp.
+
+Vous ferez appeler le capitaine de la caravelle: vous lui direz que je
+consens à ce que son bâtiment parte pour Constantinople aux conditions
+suivantes:
+
+1°. Qu'il laissera en ôtages ses deux enfans et l'officier de la
+caravelle, son plus proche parent, pour me répondre du citoyen
+Beauchamp, qui va s'embarquer à son bord pour se rendis à
+Constantinople.
+
+2°. Qu'il passera devant l'île de Chypre; qu'il fera entendre au pacha
+que nous ne sommes pas en guerre avec la Porte; qu'il nous renvoie le
+consul et les Français qui sont à Chypre; qu'il les fera embarquer
+devant lui sur une djerme pour se rendre à Damiette; qu'en conséquence
+vous allez tenir en arrestation un officier et dix hommes de la
+caravelle pour répondre du consul et des Français à Chypre, lesquels
+seront envoyés à Damiette et renvoyés sur le même bâtiment qui amènera
+les Fiançais de Chypre à Damiette.
+
+3°. Qu'il sortira du port d'Alexandrie de nuit, afin d'échapper à la
+croisière anglaise; qu'il évitera Rhodes, afin d'échapper aux Anglais.
+
+4°. Qu'après que le citoyen Beauchamp aura causé avec le grand-visir à
+Constantinople, il sera chargé de le faire revenir à Damiette, et que,
+sur le même bâtiment qui ramènera le citoyen Beauchamp, je ferai placer
+ses enfans et l'officier qu'il aura laissés en ôtages.
+
+5°. Que du reste il peut compter que, dans tous les événemens, je serai
+fort aise de lui être utile.
+
+Vous dresserez de votre séance avec lui un procès-verbal en turc et en
+français, qu'il signera avec vous, et dont vous et lui garderez une
+copie, en me faisant passer l'original.
+
+Cette conversation devra avoir lieu à neuf heures du matin: vous lui
+mènerez le citoyen Beauchamp à bord. Vous aurez soin auparavant que l'on
+tienne tout prêts sur un bâtiment les affûts et tous les objets qu'on
+aurait à lui rendre.
+
+Dès l'instant que le procès-verbal sera signé et que les ôtages seront
+remis, vous lui ferez rendre ses effets; et la nuit, si le temps est
+beau, il devra partir, ayant bien soin:
+
+1°. Que votre entretien et la mission du citoyen Beauchamp soient
+parfaitement secrets;
+
+2°. Que le commandant de la caravelle, en arrivant à la conférence, ait
+avec lui ses enfans et les personnes que vous voulez garder pour ôtages,
+que vous lui désignerez pour qu'ils se rendent à la conférence, et que
+vous laisserez dans un autre appartement.
+
+3°. Qu'il n'ait plus, le reste de la journée, aucune espèce de
+communication avec la terre sous quelque prétexte que ce soit, afin
+que personne ne sache le départ de la caravelle: sans quoi ces gens-là
+embarqueraient beaucoup de marchandises et beaucoup de monde.
+
+Il faut que le lendemain à la pointe du jour, les Français et les gens
+du pays soient tout étonnés de ne plus voir la caravelle.
+
+Quelque observation qu'il puisse vous faire, vous déclarerez que, s'il
+ne part pas dans la nuit, il vous faudra de nouveaux ordres pour le
+laisser partir.
+
+Je vous envoie deux ordres que vous remettrez au commandant des armes,
+deux ou trois heures avant l'exécution.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).
+
+_Instruction pour le citoyen Beauchamp._
+
+Vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous embarquerez sur la caravelle;
+vous aborderez à Chypre, vous demanderez au pacha, de concert avec le
+commandant de la caravelle, qu'on envoie à Damiette le consul et les
+Français qu'on a arrêtes dans cette île.
+
+Vous prendrez à Chypre tous les renseignemens possibles sur la situation
+actuelle de la Syrie, sur une escadre russe qui serait dans la
+Méditerranée, sur les bâtimens anglais qui auraient paru ou qui y
+seraient constamment en croisière, sur Corfou, sur Constantinople,
+sur Passwan-Oglou, sur l'escadre turque, sur la flottille de Rhodes,
+commandée par Hassan-Bey, qui a été pendant un mois devant Aboukir, sur
+les raisons qui empêchent qu'on apporte du vin à Damiette, enfin sur les
+bruits qui seraient parvenus jusque dans ce pays-là sur l'Europe.
+
+Vous m'expédierez toutes ces nouvelles avec les Français, si on les
+relâche, sur un petit bâtiment qui viendrait à Damiette; ou, lorsque
+vous verrez l'impossibilité de porter ces gens-là à relâcher les
+Français, vous expédieriez un petit bateau avec un homme de la caravelle
+pour me porter vos lettres, et sous le prétexte de me mander que le
+capitaine de la caravelle, ayant fait tout ce qu'il a pu, je fasse
+relâcher les matelots de la caravelle.
+
+À toutes les stations que le temps ou les circonstances vous feraient
+faire dans les différentes échelles du Levant, vous m'expédierez des
+nouvelles par de petits bâtimens envoyés exprès à Damiette, et qui
+seront largement récompensés.
+
+Arrivé à Constantinople, vous ferez connaître à notre ministre notre
+situation dans ce pays-ci; de concert avec lui, vous demanderez que les
+Français qui ont été arrêtés en Syrie soient mis en liberté, et vous
+ferez connaître le contraste de cette conduite avec la nôtre.
+
+Vous ferez connaître à la Porte que nous voulons être ses amis; que
+notre expédition d'Égypte a eu pour but de punir les mameloucks, les
+Anglais, et empêcher le partage de l'empire ottoman que les deux
+empereurs, ont arrêté; que nous lui prêterons secours contre eux, si
+elle le croit nécessaire, et vous demanderez impérieusement et avec
+beaucoup de fierté qu'on relâche tous les Français qu'on a arrêtés;
+qu'autrement cela serait regardé comme une déclaration de guerre; que
+j'ai écrit plusieurs fois au grand-visir sans avoir eu une réponse, et
+qu'enfin la Porte peut choisir et voir en moi ou un ami capable de la
+faire triompher de tous ses ennemis, ou un ennemi aussi redoutable que
+tous ses ennemis.
+
+Si notre ministre est arrêté, vous ferez ce qu'il vous sera possible
+pour pouvoir causer avec des Européens: vous reviendrez en apportant
+toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir sur la position
+actuelle politique de cet empire.
+
+Vous aurez soin de vous procurer tous les journaux en quelque langue
+qu'ils soient depuis messidor.
+
+Si jamais on vous faisait la question: Les Français consentiront-ils à
+quitter l'Égypte? Pourquoi pas, pourvu que les deux empereurs fassent
+finir la révolte de Passwan-Oglou et abandonnent le projet de partager
+la Turquie européenne? Que, quant à nous, nous ferons tout ce qui
+pourrait être favorable à l'Empire ottoman et le mettre à l'abri de ses
+ennemis: mais que le préliminaire à toute négociation, comme à tout
+accommodement, est un firman qui fasse relâcher les Français partout où
+on les a arrêtés, surtout en Syrie.
+
+Vous direz et ferez tout ce qui pourra convenir pour obtenir cet
+élargissement; vous déclarerez que vous ne répondez pas que je
+n'envahisse la Syrie, si on ne met pas en liberté tous les Français
+qu'on a arrêtés; et, dans le cas où on voudrait vous retenir, que si,
+sous tant jours, je ne vous voyais pas revenir, je pourrais me porter à
+une invasion.
+
+Enfin le but de votre mission est d'arriver à Constantinople, d'y
+demeurer, de voir nos ministres sept à huit jours, et de retourner avec
+des notions exactes sur la position actuelle de la politique et de la
+guerre de l'empire ottoman.
+
+Profitez de toutes les occasions pour m'écrire et pour m'expédier des
+bâtimens à Damiette.
+
+De Constantinople, expédiez une estafette à Paris par Vienne avec tous
+les renseignemens qui pourraient être nécessaires au gouvernement: vous
+lui ferez passer les relations et imprimés que je joins ici à cet effet.
+
+Ainsi, si la Porte ne nous a point déclaré la guerre, vous paraîtrez à
+Constantinople comme pour demander qu'on relâche le consul français et
+qu'on laisse libre le commerce entre l'Égypte et le reste de l'empire
+ottoman.
+
+Si la Porte nous avait déclaré la guerre et avait fait arrêter nos
+ministres, vous lui direz que je lui renvoie sa caravelle comme une
+preuve du désir qu'a le gouvernement français de voir se renouveler
+la bonne intelligence entre les deux états, et en même temps
+vous demanderez notre ministre et les autres Français qui sont à
+Constantinople.
+
+Vous lui ferez plusieurs notes pour détruire tout ce que l'Angleterre et
+la Russie pourraient avoir imaginé contre nous, et vous reviendrez.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).
+
+_Au grand-visir._
+
+J'ai écrit plusieurs fois à votre excellence pour lui faire connaître
+les intentions du gouvernement français, de continuer à vivre en bonne
+intelligence avec la Sublime Porte. Je prends aujourd'hui le parti de
+vous en donner une nouvelle preuve en vous expédiant la caravelle du
+grand-seigneur et le citoyen Beauchamp, consul de la république, homme
+d'un grand mérite, et qui a entièrement ma confiance.
+
+Il fera connaître à votre excellence que la Porte n'a point de plus
+véritable amie que la république française, comme elle n'aurait pas
+d'ennemie plus redoutable, si les intrigues des ennemis de la France
+parvenaient à avoir le dessus à Constantinople: ce que je ne pense pas,
+connaissant la sagesse et les lumières de votre excellence.
+
+Je désire que votre excellence retienne le citoyen Beauchamp à
+Constantinople le moins de temps possible, et me le renvoie pour me
+faire connaître les intentions de la Porte.
+
+Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'estime et à la haute
+considération que j'ai pour elle.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).
+
+_Au citoyen Talleyrand, ambassadeur à Constantinople._
+
+Je vous ai écrit plusieurs fois, citoyen ministre; j'ignore si mes
+lettres vous sont parvenues; je n'en n'ai point reçu de vous.
+
+J'expédie à Constantinople le citoyen Beauchamp, consul à Mascate, pour
+vous faire connaître notre position, qui est extrêmement satisfaisante,
+et pour, de concert avec vous, demander qu'on mette en liberté tous les
+Français arrêtés dans les échelles du levant et détruire les intrigues
+de la Russie et de l'Angleterre.
+
+Le citoyen Beauchamp vous donnera de vive voix tous les détails et
+toutes les nouvelles qui pourraient vous intéresser.
+
+Je désire qu'il ne reste à Constantinople que sept à huit jours.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798).
+
+_Au général Reynier._
+
+Je désirerais, citoyen général, qu'avant de faire un tour à Salahieh,
+vous envoyassiez cinq ou six colonnes mobiles dans les différens points
+de votre province.
+
+Tous les villages qui n'auront pas vu la troupe ne se regarderont pas
+comme soumis: c'est le seul moyen, d'ailleurs, de faire lever le miri et
+les chevaux. Votre province est celle qui est le plus en retard.
+
+Le général Lagrange porte avec lui des outres. Mon intention serait que
+vous lui procurassiez une quinzaine de chameaux; et, après qu'il aura
+passé quelques jours a Salahieh pour y organiser son service et rendre
+des visites aux villages qui se sont mal conduits pendant l'inondation,
+je désire qu'on aille occuper Catieh, où mon intention est de faire
+construire un fort.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798).
+
+_Au général Marmont._
+
+J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 14.
+
+Il est toujours plus intéressant de rendre compte d'une mauvaise
+nouvelle que d'une bonne, et c'est vraiment une faute que vous avez
+faite, d'oublier de rendre compte des neuf prisonniers qu'ont faits les
+Anglais à la quatrième demi-brigade.
+
+L'état-major donne l'ordre à la légion nautique de se rendre à Foua,
+d'où je la ferai venir au Caire pour l'habiller et l'organiser, afin
+qu'elle puisse retourner, si les circonstances l'exigeaient, et servir
+utilement.
+
+Envoyez-moi au Caire tous les individus inutiles. J'ai ordonné le
+désarmement de la galère, qui a quatre ou cinq cents hommes qui mangent
+beaucoup et ne nous rendraient pas un service utile les armes à la main.
+
+Dès l'instant que vous aurez envoyé ici beaucoup d'hommes du convoi,
+et qu'il n'y aura plus que des vieillards ou des hommes inutiles, j'en
+ferai partir la plus grande partie.
+
+Vous devez avoir beaucoup de pèlerins; débarrassez-vous-en le plus tôt
+possible, ou par terre ou par mer.
+
+Envoyez aussi des Arabes à Derne pour avoir des nouvelles; il y arrive
+souvent des tartanes de Marseille.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 septembre 1798).
+
+_Au général Bon._
+
+J'ai reçu, citoyen général, vos lettres des 20 et 21.
+
+Il est parti hier un convoi.
+
+Vous avez dû recevoir, par le premier convoi, du riz, du biscuit, de
+l'eau-de-vie, des matelots, des ouvriers de toute espèce, des outils et
+des sapeurs.
+
+Je vous ai mandé hier de faire venir tous les chameaux qui vous ont
+porté du biscuit; joignez-y les chameaux qui ont porté notre artillerie.
+Ne gardez que les chameaux qui doivent porter l'eau à votre troupe. Ayez
+soin surtout que les chameaux des Arabes soient parfaitement libres: il
+faut faire ce que ces gens-là veulent. Laissez passer les lettres pour
+Djedda sans les décacheter, et laissez aller et venir chacun librement.
+Le commerce est souvent fondé sur l'imagination. La moindre chose est un
+monstre pour ces gens-ci, qui ne connaissent pas nos moeurs.
+
+Je vous recommande de faire mettre une corde au puits d'Adjeroud, de
+manière que l'on puisse s'en servir. On dit que l'eau est bonne pour les
+chevaux.
+
+Gardez spécialement les matelots, les sapeurs et les Turcs d'Omar, une
+partie de la trente-deuxième, et renvoyez l'autre partie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798).
+
+_Au général Leclerc._
+
+Je vous préviens, citoyen général, que j'ai fait arrêter Cheraïbi: si
+vous êtes encore à Nay, vous vous rendrez à Kélioubé pour mettre le
+scellé sur tous ses biens. Vous écrirez au divan de la province et aux
+scheicks des Arabes que Cheraïbi a été arrêté, parce qu'il m'a trahi,
+parce qu'il a, malgré ses sermens de fidélité, correspondu avec les
+mameloucks, et, le jour de la révolte du Caire, appelé les habitans
+des différens villages qui environnent cette ville, à se joindre
+aux révoltés; qu'ils doivent d'autant plus sentir la justice de
+l'arrestation de Cheraïbi, qu'ils ont été témoins de ses crimes, et que
+je l'avais comblé de bienfaits.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798).
+
+_Au commandant de la place du Caire._
+
+Je vous envoie, citoyen général, Cheraïbi, chef de la province de
+Kélioubé. Vous le ferez mettre en prison à la citadelle et au secret,
+afin qu'il n'ait de communication avec qui que ce soit. Vous prendrez
+toutes les mesures nécessaires pour qu'il ne puisse pas s'échapper.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 25 frimaire an 7 (15 décembre 1798).
+
+_Au général Bon._
+
+L'adjudant-général Valentin, citoyen général, est parti hier de
+Berket-el-Hadji. J'ai reçu votre lettre du 22.
+
+Vous me demandez de vous envoyer Mustapha-Effendi; mais il doit être
+avec vous. Il n'est pas au Caire; il est parti immédiatement après votre
+colonne. Si, à l'heure qu'il est, il n'est pas à Suez, je crains fort
+qu'il n'ait été assassiné. Au reste, je vais prendre des renseignemens.
+
+L'adjudant-général Valentin doit être arrivé, et vous allez vous trouver
+approvisionné pour long-temps.
+
+On enverra, par la première occasion, de l'argent pour les Turcs et pour
+les fortifications.
+
+Envoyez-nous les chameaux qui ont porté vos pièces. Comme elles doivent
+rester à Suez, ils vous sont inutiles, et serviront à vous en porter
+d'autres.
+
+Si vos rhumatismes, au lieu de se guérir, continuaient à empirer, vous
+laisseriez le commandement à l'adjudant-général Valentin, et vous vous
+rendriez au Caire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 frimaire an 7 (16 décembre 1798).
+
+_Au contre-amiral Perrée._
+
+Je vous envoie, citoyen général, un sabre en remplacement de celui que
+vous avez perdu à la bataille de Chebreisse. Recevez-le, je vous prie,
+comme un témoignage de la reconnaissance que j'ai pour les services que
+vous avez rendus à l'armée dans la conquête de l'Égypte.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).
+
+_Au général Dugua._
+
+Je reçois, citoyen général, votre lettre du 20 frimaire, de Mansoura,
+relative au commerce de Damiette avec la Syrie. Mon intention est que le
+commerce soit entièrement libre. L'inconvénient d'aider à la subsistance
+de nos ennemis est compensé par d'autres avantages.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).
+
+_Au même._
+
+J'ai lu avec surprise dans votre lettre, citoyen général, que l'on
+employait l'argent du miri à acheter du blé. Ce doit être une coquinerie
+des intendans; je vais m'en faire rendre compte. Mais je vous prie de
+tenir la main à ce que le produit de toutes les impositions entre dans
+la caisse des préposés du payeur général, et n'en sorte plus sans
+l'ordre du payeur.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).
+
+_Au contre-amiral Villeneuve._
+
+Je n'ai point reçu de vos lettres, citoyen général; je vous envoie un
+aviso. Faites-moi connaître par son retour quelle est votre position et
+ce que vous pourriez avoir appris des mouvemens et du nombre des ennemis
+dans la Méditerranée.
+
+Les ennemis n'ont que deux vaisseaux de guerre et deux frégates devant
+Alexandrie.
+
+Vous devez actuellement avoir trois ou quatre vaisseaux et trois ou
+quatre frégates de Malte. Nous désirons bien vous voir arriver ici.
+
+Nous aurions besoin de cinq ou six mille fusils; chargez-en un millier
+sur l'aviso que je vous expédie, et envoyez-nous le reste sur des
+bâtimens qui viendraient aborder à Damiette.
+
+Vous devez avoir reçu du contre-amiral Ganteaume des lettres qui ont
+dû vous faire connaître le besoin où nous sommes d'avoir des nouvelles
+d'Europe, et de recevoir notre second convoi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Je vous ai expédié un officier de l'armée, avec ordre de ne rester que
+sept à huit jours à Paris, et de retourner au Caire.
+
+Je vous envoie différentes relations de petits événemens et différens
+imprimés.
+
+L'Égypte commence à s'organiser.
+
+Un bâtiment arrivé à Suez a amené un Indien qui avait une lettre pour le
+commandant des forces françaises en Égypte: cette lettre s'est perdue.
+Il paraît que notre arrivée en Égypte a donné une grande idée de notre
+puissance aux Indes, et a produit un effet très-défavorable aux Anglais:
+on s'y bat.
+
+Nous sommes toujours sans nouvelles de France; pas un courrier depuis
+messidor. Cela est sans exemple dans les colonies même.
+
+Mon frère, l'ordonnateur Sucy et plusieurs courriers que je vous ai
+expédiés, doivent être arrivés.
+
+Expédiez-nous des bâtimens sur Damiette.
+
+Les Anglais avaient réuni une trentaine de petits bâtimens, et étaient
+à Aboukir; ils ont disparu. Ils ont trois vaisseaux de guerre et deux
+frégates devant Alexandrie.
+
+Le général Desaix est dans la Haute-Égypte, poursuivant Mourad-Bey, qui,
+avec un corps de mameloucks, s'échappe et fuit devant lui.
+
+Le général Bon est à Suez.
+
+On travaille avec la plus grande activité aux fortifications
+d'Alexandrie, Rosette, Damiette, Belbeis, Salahieh, Suez et du Caire.
+
+L'armée est dans le meilleur état et a peu de malades. Il y a en Syrie
+quelques rassemblemens de forces turques. Si sept jours de désert ne
+m'en séparaient, j'aurais été les faire expliquer.
+
+Nous avons des denrées en abondance, mais l'argent est très-rare, et la
+présence des Anglais rend le commerce nul.
+
+Nous attendons des nouvelles de France et d'Europe; c'est un besoin vif
+pour nos âmes: car si la gloire nationale avait besoin de nous, nous
+serions inconsolables de ne pas y être.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).
+
+_Au chef de division Dumanoir._
+
+Vous voudrez bien, citoyen, faire partir, le plus promptement possible,
+un bâtiment pareil à celui dans lequel s'est embarqué le citoyen Louis
+Bonaparte: il sera approvisionné pour un mois d'eau et deux de vivres.
+Il prendra à son bord le citoyen ... chargé d'une mission.
+
+Vous remettrez au commandant du bâtiment que vous expédierez, l'ordre
+que je vous envoie qu'il ouvrira à trois lieues en mer.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).
+
+_Au citoyen ... officier, chargé de dépêches._
+
+Le bâtiment sur lequel vous vous embarquerez, vous conduira à Malte.
+Vous remettrez les lettres que je vous envoie à l'amiral Villeneuve et
+au général commandant de Malte.
+
+Le commandant de la marine, à Malte, vous donnera sur-le-champ un
+bâtiment pour vous conduire dans un port d'Italie qu'il jugera le plus
+sûr, d'où vous prendrez la poste pour vous rendre en toute diligence à
+Paris et remettre les dépêches que je vous fais passer au gouvernement.
+
+Vous resterez huit à dix jours à Paris: après quoi vous reviendrez en
+toute diligence, en venant vous embarquer dans un port du royaume de
+Naples ou à Ancône.
+
+Vous éviterez Alexandrie et aborderez avec votre bâtiment à Damiette.
+
+Avant de partir, vous aurez soin de voir un de mes frères, membre du
+corps législatif; il vous remettra tous les papiers et imprimés qui
+auraient paru depuis messidor.
+
+Je compte, dans tous les événemens imprévus qui pourraient survenir dans
+votre mission, sur votre zèle, qui est de faire parvenir vos dépêches au
+gouvernement, et d'en apporter les réponses.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 27 frimaire an 6 (17 décembre 1798).
+
+_Au citoyen ..._
+
+Vous vous dirigerez sur Malte, citoyen, en passant hors de vue de toute
+terre. Si vous apprenez que le port soit bloqué, vous aborderez de
+préférence à la cale de Massa-Sirocco, où il y a des batteries qui vous
+mettront à l'abri de toute insulte.
+
+Là, vous débarquerez l'officier que vous avez à votre bord.
+
+Vous instruirez le Commandant de la marine à Malte et le contre-amiral
+Villeneuve, de tout ce que vous aurez vu en mer, et du nombre des
+vaisseaux qui sont devant Alexandrie, et vous demanderez les ordres du
+commandant de la marine.
+
+Vous reviendrez m'apporter les dépêches du général commandant à Malte,
+et du contre-amiral Villeneuve, et, si vous ne pouvez pas aborder à
+Alexandrie, vous aborderez à Damiette ou sur tout autre point de
+la côte, depuis le Marabou jusqu'à Orum-Faregge à trente lieues de
+Damiette.
+
+Vous ne resterez que vingt-quatre heures à Malte.
+
+Je compte sur votre zèle dans une mission aussi importante, qui,
+indépendamment des nouvelles qu'elle doit nous faire avoir de l'Europe,
+doit nous faire venir des objets essentiels pour l'armée.
+
+Vous chargerez sur votre bâtiment les armes que le commandant de Malte
+vous remettra.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798).
+
+_Au général Bon._
+
+J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25. J'ai lu avec le plus
+vif intérêt ce que vous m'avez dit relativement à l'Indien des états de
+Tippoo Saïb.
+
+Il serait nécessaire que vous fissiez sonder la rade pour savoir si des
+frégates de l'île de France que j'attends, pourraient, étant arrivées
+à Suez, s'approcher de la côte jusqu'à deux cents toises, de manière à
+être protégées par les batteries de la côte.
+
+Le chef de bataillon Say est arrivé. La caravelle que je vous ai
+envoyée, chargée de riz et d'avoine pour les chevaux, sera sans doute
+arrivée également.
+
+J'ai ordonné au kiaka des Arabes de me faire venir deux bouteilles d'eau
+de la source chaude qui se trouve à deux journées de Suez, sur la côte
+de la mer Rouge.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798).
+
+_Au général Marmont._
+
+J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 19 frimaire. La
+correspondance commence à être bien lente par le Nil.
+
+Le citoyen Beauchamp, et mon aide-de-camp Lavalette, doivent être
+arrivés.
+
+Si un bâtiment, dans la principale passe, peut favoriser l'entrée des
+bâtimens qui vous viendraient de France, il est nécessaire, je crois,
+que vous vous concertiez avec le commandant des armes pour en faire
+mettre un.
+
+Envoyez à Rosette toutes les djermes, chaloupes et petits bâtimens qui
+peuvent passer la barre, afin de charger à Rosette pour Alexandrie des
+riz, du biscuit, du blé, de l'orge et autres objets. Je vais faire filer
+sur Rosette jusqu'à cent mille quintaux de blé; mais prenez toutes les
+mesures pour qu'il ne soit pas dilapidé.
+
+Tâchez d'envoyer des Arabes à Derne. Faites écrire par un habitant
+d'Alexandrie à un habitant de Derne, afin de lui faire connaître que si,
+toutes les fois qu'il arrive des nouvelles de France, il nous les fait
+passer, ses courriers seront bien payés, et que lui aura une bonne
+récompense.
+
+Il part demain cent mille rations de biscuit pour Rosette, et deux mille
+quintaux de farine.
+
+
+
+Au Caire, le 29 frimaire an 7 (19 décembre 1798).
+
+Bonaparte, général en chef, voulant favoriser le couvent du mont Sinaï:
+
+1°. Pour qu'il transmette aux races futures la tradition de notre
+conquête;
+
+2°. Par respect pour Moïse et la nation juive, dont la cosmogonie nous
+retrace les âges les plus reculés;
+
+3°. Parce que le couvent du mont Sinaï est habité par des hommes
+instruits et policés, au milieu de la barbarie des déserts où ils
+vivent;
+
+Ordonne:
+
+ART 1er. Les Arabes bédouins, se faisant la guerre entre eux, ne
+peuvent, de quelque parti qu'ils soient, s'établir ou demander asile
+dans le couvent, ni aucune subsistance ou autres objets.
+
+2. Dans quelque lieu que résident les religieux, il leur sera permis
+d'officier, et le gouvernement empêchera qu'ils ne soient troublés dans
+l'exercice de leur culte.
+
+3. Ils ne seront tenus de payer aucun droit ni tribut annuel, comme ils
+ont été exemptés suivant les différens titres qu'ils en conservent.
+
+4. Ils sont exempts de tout droit de douane pour les marchandises et
+autres objets qu'ils importeront et exporteront pour l'usage du couvent,
+et principalement pour les soieries, les satins et les produits des
+fondations pieuses, des jardins, des potagers qu'ils possèdent dans les
+îles de Scio et de Chypre.
+
+5. Ils jouiront paisiblement des droits qui leur ont été assignés dans
+diverses parties de la Syrie et au Caire, soit sur les immeubles, soit
+sur leurs produits.
+
+6. Ils ne paieront aucune épice, rétribution et autres droits attribués
+aux juges dans les procès qu'ils pourront avoir en justice.
+
+7. Ils ne seront jamais compris dans les prohibitions d'exportation et
+d'achat de grains pour la subsistance de leur couvent.
+
+8. Aucun patriarche, évêque ou autre ecclésiastique supérieur, étranger
+à leur ordre, ne pourra exercer d'autorité sur eux ou dans leur couvent;
+cette autorité étant exclusivement remise à leurs évêques et au corps
+des religieux du mont Sinaï.
+
+Les autorités civiles et militaires veilleront à ce que les religieux du
+mont Sinaï ne soient pas troublés dans la jouissance desdits privilèges.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 1er. nivose an 7 (21 décembre 1798).
+
+_Aux habitans du Caire._
+
+Des hommes pervers avaient égaré une partie d'entre vous: ils ont péri.
+Dieu m'a ordonné d'être clément et miséricordieux pour le peuple; j'ai
+été clément et miséricordieux envers vous.
+
+J'ai été fâché contre vous de votre révolte; je vous ai privés pendant
+dix mois de votre divan; mais aujourd'hui je vous le restitue: votre
+bonne conduite a effacé la tache de votre révolte.
+
+Chéryfs, eulémas, orateurs de mosquées, faites bien connaître au
+peuple que ceux qui, de gaîté de coeur, se déclareraient mes ennemis,
+n'auraient de refuge ni dans ce monde ni dans l'autre. Y aurait-il un
+homme assez aveugle pour ne pas voir que le destin lui-même dirige
+toutes mes opérations? y aurait-il quelqu'un assez incrédule pour
+révoquer en doute que tout, dans ce vaste univers, est soumis à l'empire
+du destin?
+
+Faites connaître au peuple que, depuis que le monde est monde, il était
+écrit qu'après avoir détruit les ennemis de l'islamisme, fait abattre
+les croix, je viendrais du fond de l'occident remplir la tâche qui m'a
+été imposée. Faites voir au peuple que, dans le saint livre du Qoran,
+dans plus de vingt passages, ce qui arrive a été prévu, et que ce qui
+arrivera est également expliqué.
+
+Que ceux donc que la crainte seule de nos armes empêche de nous maudire,
+changent; car, en faisant au ciel des voeux contre nous, ils sollicitent
+leur condamnation; que les vrais croyans fassent des voeux pour la
+prospérité de nos armes.
+
+Je pourrais demander compte à chacun de vous des sentimens les plus
+secrets du coeur; car je sais tout, même ce que vous n'avez dit à
+personne: mais un jour viendra que tout le monde verra avec évidence
+que je suis conduit par des ordres supérieurs, et que tous les efforts
+humains ne peuvent rien contre moi: heureux ceux qui, de bonne foi, sont
+les premiers à se mettre avec moi!
+
+ART 1er. Il y aura au Caire un grand divan composé de soixante personnes
+ci-après nommées:
+
+(_Suivent les noms_).
+
+2. Il y aura auprès du divan un commissaire français, le citoyen
+Cloutiers, et un commissaire musulman, Dzulfekar Kiaka.
+
+3. Le général commandant la place fera réunir le 5 nivose, à neuf heures
+du matin, les membres qui doivent composer le divan général.
+
+4. Ils procéderont à la nomination d'un président, de deux secrétaires,
+au scrutin et à la majorité absolue des suffrages.
+
+5. Après quoi ils procéderont à la nomination des quatorze personnes qui
+devront composer le petit divan, au scrutin et à la pluralité absolue.
+Les séances du divan général doivent être terminées en trois jours: il
+ne pourra être réuni que par une convocation extraordinaire.
+
+6. Lorsque le général en chef aura accepté les membres nommés par le
+divan général pour faire partie du divan, ceux-ci se réuniront et
+procéderont à la nomination d'un président pris dans les quatorze, d'un
+secrétaire, de deux interprètes pris hors des quatorze, d'un huissier,
+d'un chef de bâtonniers et de dix bâtonniers.
+
+7. Les membres composant le petit divan se réuniront tous les jours, et
+s'occuperont sans relâche de tous les objets relatifs à la justice, au
+bonheur des habitans, et aux intérêts de la république française.
+
+8. Le président aura cent talaris par mois, les autres treize membres
+quatre-vingt talaris par mois, les secrétaires auront vingt-cinq talaris
+par mois, l'huissier soixante parahs par jour, le chef des bâtonniers
+quarante parahs, les autres bâtonniers quinze parahs.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Belbeis, le 13 nivose an 7 (3 janvier 1799).
+
+_Au divan du Caire._
+
+J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, que j'ai lue avec le plaisir
+que l'on éprouve toujours lorsqu'on pense à des gens que l'on estime et
+sur l'attachement desquels on compte.
+
+Dans peu de jours je serai au Caire.
+
+Je m'occupe, dans ce moment-ci, à faire faire les opérations nécessaires
+pour désigner l'endroit par où l'on peut faire passer les eaux pour
+joindre le Nil et la mer Rouge. Cette communication a existé jadis, car
+j'en ai trouvé la trace en plusieurs endroits.
+
+J'ai appris que plusieurs pelotons d'Arabes étaient venus commettre
+des vols autour de la ville. Je désirerais que vous prissiez des
+informations pour connaître de quelle tribu ils sont; car mon intention
+est de les punir sévèrement. Il est temps enfin que ces brigands cessent
+d'inquiéter le pauvre peuple qu'ils rendent bien malheureux.
+
+Croyez, je vous prie, au désir que j'ai de vous faire du bien.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 18 nivose an 7 (7 janvier 1799).
+
+_Au général Marmont._
+
+À mon retour d'une course dans le désert, je reçois vos lettres des 21,
+25 et 28 frimaire, et 4 et 6 nivose.
+
+J'approuve les mesures que vous avez prises dans les circonstances
+essentielles où vous vous êtes trouvé.
+
+Vous sentez bien que le moment d'augmenter la garnison d'Alexandrie
+n'est pas celui dans lequel vous êtes, d'autant plus que la saison vous
+débarrassant des Anglais, vous êtes tranquille de ce côté-là.
+
+Que la caravelle parte le plus tôt possible, que _le Lodi_ parte lorsque
+le citoyen Arnaud sera guéri.
+
+Multipliez vos relations avec Damanhour, où se trouve le
+quartier-général de la province. Vous recevrez l'ordre de l'état-major,
+pour que l'adjudant-général Leturcq vous rende compte exactement.
+
+Le citoyen Boldoni part.
+
+J'attends les quatre à cinq cents matelots que vous m'avez annoncés et
+surtout les Napolitains.
+
+Je donne ordre pour que le village du schérif d'Alexandrie lui soit
+donné.
+
+Je vous autorise à envoyer un parlementaire aux Anglais: vous leur direz
+que vous avez appris qu'ils avaient la peste à bord, et que dans ce cas
+vous leur offrez tous les secours que l'humanité pourrait exiger.
+
+Envoyez un homme extrêmement honnête, qui soit peu parleur et qui ait de
+bonnes oreilles.
+
+Si Lavalette était à Alexandrie, et que vous eussiez l'idée de l'y
+envoyer, ce n'est point mon intention; il faut y envoyer un homme qui
+ait le grade tout au plus de capitaine, qui leur pourra porter les
+gazettes d'Égypte, et qui tâchera de tirer des gazettes d'Europe, s'ils
+en ont et s'ils veulent en donner.
+
+Recommandez que l'officier seul monte à bord, de manière qu'à son retour
+dans la ville il n'y soit pas fait de caquets, et qu'il vous confie seul
+tout ce qui se sera passé.
+
+Tous les engagemens que vous avez pris avec le divan seront
+ponctuellement exécutés.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 22 nivose an 7 (11 janvier 1799).
+
+_Au général Murat._
+
+Vous partirez demain, citoyen général, à huit heures du matin. Vous
+sortirez comme pour aller à Belbeis, dehors de la ville; vous gagnerez
+le Mokattam; vous vous enfoncerez à deux lieues dans le désert, et vous
+vous dirigerez en suivant toujours le désert sur le village de Gamasé,
+province d'Alfiéli, où se trouvent les tribus des Aydé et des Masé,
+qui ont cent hommes montés sur des chameaux, et qui sont des tribus
+ennemies.
+
+Le citoyen Venture vous donnera un conducteur qui est un des grands
+ennemis de ces tribus.
+
+Vous combinerez votre marche de manière à vous reposer pendant la nuit
+à deux ou trois lieues de ces Arabes, et pouvoir, à la pointe du jour,
+tomber sur leur camp, prendre tous leurs chameaux, bestiaux, femmes,
+enfans, vieillards, et la partie de ces Arabes qui sont à pied.
+
+Vous tuerez tous les hommes que vous ne pourrez pas prendre.
+
+Comme le village où ils sont n'est pas éloigné du Nil, vous ferez
+embarquer sur des djermes, pour nous les envoyer, les femmes, bestiaux,
+et tous les prisonniers. Vous vous mettrez à la poursuite des fuyards
+qui nécessairement se porteront du côté de Gendeli et de Toueritz. Vous
+irez dans l'un et l'autre de ces endroits; de là vous irez jusqu'à la
+mer Rouge, et vous vous trouverez pour lors à peu près à trois lieues de
+Suez, au commandant duquel vous écrirez un mot.
+
+Vous mènerez avec vous le chef de brigade Lédé avec quatre-vingts hommes
+du dix-huitième et du troisième. Vous le chargerez, avec ce détachement,
+de la garde des prisonniers, du détail de l'embarquement, de la conduite
+des prisonniers et de tout ce que vous aurez pris.
+
+Indépendamment de quatre jours de vivres que vous avez eu l'ordre
+d'emporter sur des chameaux, faites-en prendre pour deux jours à la
+troupe; ce qui vous fera pour six jours.
+
+Dans toute votre marche dans le désert, vous pousserez toujours sur
+votre droite et votre gauche, à une lieue, un officier et quinze hommes
+de cavalerie, et vous marcherez sur tous les convois de chameaux que
+vous rencontrerez dans votre route. Je compte que votre course en
+produira plusieurs centaines.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 23 nivose an 7 (12 janvier 1799).
+
+_Au général Lanusse._
+
+Je désire, citoyen général, que vous fassiez arrêter le fils
+d'Abou-Chaïr, et que vous l'envoyiez sous bonne escorte à la citadelle
+du Caire: c'est un ôtage qu'il est bon d'avoir. Ses biens seront
+confisqués au profit de la république.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).
+
+_Au général Caffarelli._
+
+Demain, citoyen général, le général Junot part pour Suez.
+
+Je désire que la position du puits qui se trouve vers la moitié du
+chemin soit déterminée; que les ingénieurs se munissent de tout ce qui
+sera nécessaire pour descendre dans ce puits; qu'ils reconnaissent
+si l'on a creusé jusqu'au roc, et s'il serait possible de creuser
+davantage; enfin qu'ils mesurent la distance du Caire à Suez.
+
+Après demain d'autres ingénieurs partiront escortés par cinquante
+hommes, que le général Junot laisse à cet effet. Ils mesureront aussi la
+distance du Caire à Suez, par la vallée de l'Égarement.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).
+
+_Au général commandant à Alexandrie._
+
+Je ne conçois pas, citoyen général, comment les consuls étrangers ont pu
+recevoir une lettre de l'amiral anglais sans que vous en soyez instruit,
+et je conçois encore moins comment l'ayant reçue, ils l'aient publiée
+sans votre permission.
+
+Faites-vous rendre compte par les consuls qui leur a remis cette lettre,
+et faites-leur connaître que si, à l'avenir, ils ne vous remettaient
+pas toutes cachetées les lettres qu'ils recevraient, vous les feriez
+fusiller. Si ce cas se représentait, vous m'enverriez la lettre toute
+cachetée.
+
+Vous ferez mettre le scellé sur tous les effets du nommé Jennovisch,
+capitaine impérial qui s'est rendu à Alexandrie, et vous me l'enverrez
+sous bonne escorte au Caire; vous aurez soin de le faire mettre nu,
+et de prendre tous ses habillemens que vous ferez découdre pour vous
+assurer qu'il n'y a rien dedans. Vous lui ferez donner d'autres habits.
+
+L'envoi de cet homme à Alexandrie me paraît suspect: du reste, je
+suis fort aise qu'il y soit, puisqu'il nous donnera des nouvelles du
+continent; mais qu'il ne parle à personne.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).
+
+_Au citoyen Poussielgue._
+
+Nous avons le plus grand besoin d'argent. Les fermes doivent six mille
+talaris; les sagats, mille; les négocians de Damas, sept cents. Voyez de
+les faire payer dans les vingt-quatre heures.
+
+Vous me ferez demain un rapport sur nos ressources et nos moyens d'avoir
+de l'argent. Tâchez de nous avoir deux à trois cent mille francs.
+
+Les deux bâtimens de café qui sont arrivés à Suez doivent avoir payé
+quelques droits; faites-vous-en remettre le montant.
+
+Je vous envoie un ordre pour que les Cophtes versent demain dix mille
+talaris, après demain dix mille autres; le 1er. pluviose, dix mille; le
+3, dix mille autres; le 5, dix mille autres: en tout cinquante mille
+talaris.
+
+Vous hypothéquerez pour le paiement dudit argent, les blés qui sont dans
+la Haute-Égypte, et vous leur ferez connaître qu'il est indispensable
+que cela soit soldé, parce que j'en ai le plus grand besoin.
+
+Vous me ferez demain un rapport sur la quantité d'obligations qu'a en
+ce moment l'enregistrement, en comptant depuis aujourd'hui, décade par
+décade.
+
+Enfin, vous me ferez un rapport sur la quantité des villages et terres
+qui ont été affermés et sur les conditions desdits affermages.
+
+Vous demanderez deux mois d'avance à tous les adjudicataires des
+différentes fermes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 16 nivose an 7 (15 janvier 1798).
+
+_Au contre-amiral Ganteaume._
+
+Vous vous rendrez à Suez, citoyen général; vous y passerez une
+inspection rigoureuse de tous les établissemens de la marine de Suez;
+vous donnerez les ordres pour que tous les magasins et établissemens
+soient conformes au projet que j'ai d'organiser et de maintenir à Suez
+un petit arsenal de construction.
+
+La chaloupe canonnière _la Castiglione_ sera sans doute de retour.
+
+Si les trois autres chaloupes canonnières sont prêtes, bien armées, et
+dans le cas de remplir une mission dans la mer Rouge, vous partirez avec
+elles.
+
+Vous vous rendrez à Cosseir, Vous vous emparerez de tous les bâtimens
+appartenant aux mameloucks, qui sortiront du port.
+
+Vous vous emparerez du fort, et vous le ferez mettre sur-le-champ dans
+le meilleur état de défense.
+
+Vous tâcherez de correspondre avec le général Desaix. Vous laisserez
+en croisière, devant le port de Cosseir, une partie de vos chaloupes
+canonnières.
+
+Vous mènerez avec vous un commissaire de la marine, et un officier
+intelligent que vous établirez à Cosseir, commissaire et commandant des
+armes.
+
+Vous ferez tous les réglemens que vous jugerez nécessaires pour
+l'établissement de la douane, pour la formation des magasins nationaux,
+la recherche de tout ce qui appartenait aux mameloucks, et pour le
+commerce.
+
+Vous écrirez à Yamb'o, Gedda et Mokka, pour faire connaître que l'on
+peut venir, en toute sûreté, commercer dans le port de Suez; que toutes
+les mesures ont été prises pour l'organisation du port, et pour pouvoir
+fournir aux bâtimens tous les secours dont ils auront besoin.
+
+Vous embarquerez sur chacune de vos chaloupes canonnières vingt hommes,
+dont quarante de la légion maltaise, dix canonniers que vous laisserez
+en garnison à Cosseir, et trente hommes de la trente-deuxième
+demi-brigade.
+
+Vous ferez embarquer deux pièces de quatre, de campagne, que vous
+laisserez pour armer le fort de Cosseir, si on n'y en trouve pas.
+
+Du reste, vous combinerez votre marche de manière que, autant que les
+vents pourront le permettre, vous soyez, de votre personne, de retour au
+Caire du 15 au 20 pluviose.
+
+Je vous enverrai, par l'officier qui part dans deux jours, des lettres
+pour Mascate et Djedda, que vous ferez parvenir à leur destination.
+
+Si les quatre armemens n'étaient pas achevés, vous enverriez alors les
+trois qui seraient prêts, avec les mêmes instructions que je vous donne;
+mais vous resteriez à Suez, et donneriez le commandement à un capitaine
+de frégate.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+Tous les adjudicataires des fermes ou douanes de la république paieront,
+du 1er au 10 pluviose, les mois de pluviose et ventose d'avance.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+Les Cophtes verseront cinquante mille talaris, à titre d'emprunt,
+savoir: demain, dix mille talaris; après demain, dix mille; le 1er.
+pluviose, dix mille; le 3 _idem_, dix mille; le 5 _id._, dix mille. En
+tout, cinquante mille talaris.
+
+Il leur sera vendu, pour cette somme, une quantité de blés de la
+Haute-Égypte.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+Il sera formé un conseil des finances, chez l'administrateur des
+finances, qui se réunira demain à deux heures après-midi. Il
+sera composé des citoyens Monge, Caffarelli, Blanc, James, et de
+l'ordonnateur en chef.
+
+Ce conseil s'occupera: 1°. du système et du tarif des monnaies et des
+changemens possibles à y faire, les plus avantageux à nos finances; 2°.
+des opérations que dans la position actuelle de l'Égypte, on pourrait
+faire pour procurer de l'argent à l'armée et accroître ses ressources;
+3°. du plan raisonnable que l'on pourrait adopter pour, sans diminuer
+les revenus de la république, donner aux soldats de l'armée une
+récompense qu'ils ont méritée à tant de titres.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 27 nivose an 7 (16 janvier 1799).
+
+_Au général Marmont._
+
+Faites faire, tous les cinq jours, une visite des hôpitaux par un
+officier supérieur de ronde, qui prendra toutes les précautions
+nécessaires à cet effet, qui visitera tous les malades, et fera fusiller
+sur-le-champ dans la cour de l'hôpital les infirmiers ou employés qui
+auraient refusé de fournir aux malades tous les secours et vivres dont
+ils ont besoin. Cet officier, en sortant de l'hôpital, sera mis pour
+quelques jours en réserve dans un endroit particulier.
+
+Vous avez bien fait de faire donner du vinaigre et de l'eau-de-vie à la
+troupe. Épargnez l'un et l'autre; il y a loin d'ici au mois de juin.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 29 nivose an 7 (18 janvier 1799).
+
+_Au général Verdier._
+
+Je reçois, citoyen général, vos lettres des 24 et 25. J'ai appris avec
+intérêt l'expédition que vous avez faite contre les Arabes de Derne.
+
+Le scheick du village de Mit-Massaout est extrêmement coupable; vous le
+menacerez de lui faire donner des coups de bâton, s'il ne vous désigne
+pas l'endroit où il y aurait d'autres mameloucks et d'autres pièces
+qu'ils auraient cachées. Vous vous ferez donner tous les renseignemens
+que vous pourrez sur les bestiaux appartenant aux Arabes de Derne qui
+pourraient être dans son village: après quoi vous lui ferez couper la
+tête, et la ferez exposer avec une inscription qui désignera que c'est
+pour avoir caché des canons.
+
+Vous ferez également couper la tête aux mameloucks, et vous enverrez à
+Gizeh les trois pièces de canon que vous avez trouvées dans ce village.
+Faites une proclamation dans la province, pour que tous les villages qui
+auraient des canons, aient à les envoyer dans le plus court délai.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 3 pluviose an 7 (22 janvier 1799).
+
+Bonaparte, général en chef, ordonne:
+
+La maison qu'occupe le général Lannes dans l'île de Baouda avec
+vingt feddams de terre, dix de chaque côté, lui sont donnés en toute
+propriété.
+
+La maison qu'occupe le général Dommartin et le jardin qui est vis-à-vis,
+à gauche du nouveau chemin, lui sont donnés en toute propriété.
+
+La maison qu'occupe le général Murat lui est donnée en toute propriété.
+
+L'île de Baouda sera partagée en dix portions: seront exceptées la
+partie sud, où est le Mekkias, et la partie nord, où il y a une
+batterie, avec un arrondissement convenable.
+
+L'île vis-à-vis Boulac, où est le lazaret, sera partagée en dix
+portions.
+
+Le général en chef se réserve le soin de donner ces vingt portions à des
+officiers de l'armée qui les mériteront.
+
+L'administrateur général des finances fera rédiger, dans la journée de
+demain, par le bureau d'enregistrement, les actes de propriété de ces
+différens officiers, et prendra des mesures pour exécuter d'ici au 20
+pluviose l'article 2 du présent ordre. Les actes de propriété seront
+remis chez le payeur.
+
+Le chef de l'état-major général fera connaître aux généraux en
+chef Dommartin, Lannes et Murat, que ces biens leur sont donnés en
+gratification extraordinaire pour les services qu'ils ont rendus dans la
+campagne et pour les dépenses qu'elle leur a occasionnées.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).
+
+_À l'iman de Mascate._
+
+Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître ce que vous avez
+déjà appris sans doute, l'arrivée de l'armée française en Égypte.
+
+Comme vous avez été de tout temps notre ami, vous devez être convaincu
+du désir que j'ai de protéger tous les bâtimens de votre nation, et que
+vous les engagiez à venir à Suez, où ils trouveront protection pour leur
+commerce.
+
+Je vous prie aussi de faire parvenir cette lettre à Tipoo-Saïb, par la
+première occasion qui se trouvera pour les Indes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).
+
+_À Tipoo-Saïb._
+
+Vous avez déjà été instruit de mon arrivée sur les bords de la mer Rouge
+avec une armée innombrable et invincible, remplie du désir de vous
+délivrer du joug de fer de l'Angleterre.
+
+Je m'empresse de vous faire connaître le désir que j'ai que vous me
+donniez, par la voie de Mascate et de Mokka, des nouvelles sur la
+situation politique dans laquelle vous vous trouvez. Je désirerais même
+que vous pussiez envoyer à Suez ou au grand Caire quelque homme adroit
+qui eût votre confiance, avec lequel je pusse conférer.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).
+
+_Au sultan de la Mecque._
+
+J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, et j'en ai compris le
+contenu. Je vous envoie le règlement que j'ai fait pour la douane de
+Suez, et mon intention est de le faire exécuter ponctuellement. Je ne
+doute pas que les négocians de l'Hygiaz ne voient avec gratitude la
+diminution des droits que j'ai faite pour le plus grand avantage du
+commerce, et vous pouvez les assurer qu'ils jouiront ici de la plus
+ample protection.
+
+Toutes les fois que vous aurez besoin de quelque chose en Égypte, vous
+n'avez qu'à me le faire savoir, et je me ferai un plaisir de vous donner
+des marques de mon estime.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).
+
+_Au général Berthier._
+
+Vous partirez, citoyen général, le 10 pluviose, pour vous rendre à
+Alexandrie: vous vous y embarquerez sur la frégate _la Courageuse_: vous
+aurez avec vous deux bâtimens du convoi, bons voiliers, que j'ai fait
+arranger à cet effet.
+
+Dès l'instant que vous aurez rencontré quelque bâtiment qui vous aura
+donné des nouvelles, vous m'en expédierez un sur Damiette, le lac
+Bourlos ou même sur Alexandrie, si les vents l'y portaient. Vous
+m'expédierez l'autre dès l'instant que vous aurez appris d'autres
+nouvelles, ce que je désirerais être avant que vous ne touchassiez
+aucune terre d'Europe.
+
+Le plus sûr paraît être que vous vous dirigiez sur les côtes d'Italie du
+côté du golfe de Tarente, du port de Crotone, et, si le temps le permet,
+de remonter le golfe Adriatique jusqu'à Ancône. Soit que vous touchiez
+à Corfou ou à Malte, ou dans un point quelconque, ne manquez pas de
+m'envoyer toutes les nouvelles que vous pourriez avoir, en m'expédiant
+des bâtimens, auxquels vous donnerez l'instruction spéciale de se
+diriger sur Damiette.
+
+Vous prendrez aussi des mesures pour que l'on nous envoie de l'une de
+ces places des sabres, des pistolets, des fusils, dont vous savez que
+nous avons besoin.
+
+Vous aurez bien soin que la frégate qui vous portera, dès l'instant
+qu'elle sera approvisionnée de ce qui pourrait lui manquer, reparte
+sur-le-champ, se dirigeant sur Jaffa, et là elle saura où je suis.
+Arrivée à Jaffa, elle mouillera au large et avec précaution, afin de
+s'assurer si l'armée y est; si elle n'y était pas, elle se dirigerait
+vers Damiette.
+
+Si vous pouvez faire charger sur la frégate quelques armes, vous le
+ferez; si les événemens qui se passeront sur le continent font que votre
+présence n'y soit pas nécessaire, vous rejoindrez l'armée à la prochaine
+mousson.
+
+Vous remettrez les paquets que je vous envoie au gouvernement, et vous
+remplirez la mission dont vous êtes chargé.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 7 pluviose an 7 (26 janvier 1799).
+
+_Au général Kléber._
+
+J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 3. Comme les lettres que
+je reçois de Mansoura me font craindre que la maladie de la deuxième
+demi-brigade ne soit contagieuse, je crois qu'il serait dangereux de la
+mettre en libre communication avec les autres demi-brigades. Faites-vous
+faire un rapport détaillé sur la situation de cette demi-brigade, et,
+dans le cas où la maladie serait contagieuse, vous pourriez la renvoyer
+à Mansoura: je la ferais remplacer à votre division par un bataillon de
+la vingt-cinquième demi-brigade.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).
+
+_Au général Marmont._
+
+J'imagine, citoyen général, que vous aurez changé la manière de faire le
+service d'Alexandrie. Vous aurez placé aux différentes batteries et aux
+forts de petits postes stables et permanens: ainsi, par exemple, à la
+hauteur de l'observatoire, à la batterie des bains, vous aurez placé
+douze à quinze hommes qui ne devront pas en sortir, et que vous
+tiendrez là sans communication. Ces douze à quinze hommes fourniront le
+factionnaire nécessaire pour garder le poste. La position de la mer vous
+dispense d'avoir aujourd'hui une grande surveillance; vous vous trouvez
+ainsi avoir besoin de fort peu de monde. Pourquoi avez-vous des
+grenadiers pour faire le service en ville? Je ne conçois rien à
+l'obstination du commissaire des guerres Michaux à rester dans sa
+maison, puisque la peste y est. Pourquoi ne va-t-il pas camper sur un
+monticule du côté de la colonne de Pompée?
+
+Tous vos bataillons sont, l'un de l'autre, au moins à une demi-lieue. Ne
+tenez que très-peu de chose dans la ville, et, comme c'est le poste le
+plus dangereux, n'y tenez point de troupe d'élite... Mettez le bataillon
+de la soixante-quinzième sous ces arbres où vous avez été long-temps
+avec la quatrième d'infanterie légère. Qu'il se baraque là en
+s'interdisant toute communication avec la ville et l'Égypte. Mettez le
+bataillon de la quatre-vingt-cinquième du côté du Marabou: vous pourrez
+facilement l'approvisionner par mer. Quant à la malheureuse demi-brigade
+d'infanterie légère, faites-la mettre nue comme la main, faites-lui
+prendre un bon bain de mer; qu'elle se frotte de la tête aux pieds;
+qu'elle lave bien ses habits, et que l'on veille à ce qu'elle se tienne
+propre. Qu'il n'y ait plus de parade; qu'on ne monte plus de garde que
+chacun dans son camp. Faites faire une grande fosse de chaux vive pour y
+jeter les morts.
+
+Dès l'instant que, dans une maison française, il y a la peste, que les
+individus se campent ou se baraquent; mais qu'ils fuient cette maison
+avec précaution, et qu'ils soient mis en réserve en plein champ. Enfin,
+ordonnez qu'on se lave les pieds, les mains, le visage tous les jours,
+et qu'on se tienne propre.
+
+Si vous ne pouvez pas garantir la totalité des corps où cette maladie
+s'est déclarée, garantissez au moins la majorité de votre garnison. Il
+me semble que vous n'avez encore pris aucune grande mesure proportionnée
+aux circonstances. Si je n'avais pas à Alexandrie des dépôts dont je ne
+puis me passer, je vous aurais déjà dit: partez avec votre garnison, et
+allez camper à trois lieues dans le désert. Je sens que vous ne pouvez
+pas le faire. Approchez-en le plus près que vous pourrez. Pénétrez-vous
+de l'esprit des dispositions contenues dans la présente lettre;
+exécutez-les autant que possible, et j'espère que vous vous en trouverez
+bien.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).
+
+_Au contre-amiral Ganteaume._
+
+Je reçois, citoyen général, votre lettre du 5. L'intention où vous êtes
+de vouloir suivre vous-même l'expédition de Cosseir fait honneur à votre
+zèle; mais j'ai besoin de vos lumières pour une expédition considérable.
+Vous savez que, lorsque je vous ai envoyé à Suez, j'espérais que vous
+seriez de retour du 20 au 30: nous sommes au 10, et vous n'êtes pas
+encore parti. Les événemens arrivés à _la Castiglione_ me persuadent
+qu'une fois parti, je ne vous verrai plus d'ici à deux mois; et les
+événemens sont tels, que je ne puis me passer de vous. Donnez les
+instructions nécessaires à l'officier qui commandera l'expédition, et
+rendez-vous de suite au Caire, où je vous attends avant le 15. Vous
+pouvez ramener mes vingt-cinq guides. J'écris au général Junot de
+compléter votre escorte au moins à cinquante ou soixante hommes.
+
+Donnez au commandant des armes et à Feraud toutes les instructions
+nécessaires à votre départ. Je désirerais que la construction de la
+goëlette pût être tellement en train d'ici au 20, que le citoyen Feraud,
+avec un petit détachement d'ouvriers, pût être disponible pour se porter
+ailleurs.
+
+Un gros brick anglais a fait côte à Bourlos. Sur cinquante-six hommes
+d'équipage, quarante se sont noyés, et seize sont en notre pouvoir. Je
+les attends à chaque instant. Ils nous donneront des renseignemens sur
+les mouvemens des Anglais. Il paraît que, cette année, les temps sont
+terribles.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 10 pluviose an 7 (29 janvier 1799).
+
+_Au payeur-général._
+
+Vous passerez, citoyen, les douze actions de la compagnie d'Égypte qui
+appartiennent à la république, à la disposition des citoyens:
+Boyer, chef de brigade de la dix-huitième; Darmagnac, _id._ de la
+trente-deuxième; Conroux, _id._ de la soixante-unième; Lejeune, _id._
+de la vingt-deuxième; Delorgne, _id._ de la treizième; Grezins,
+adjudant-général; Maugras, chef de brigade de la soixante-quinzième;
+le chef de la neuvième; Venoux, _id._ de la vingt-cinquième; Duvivier,
+colonel du quatorzième de dragons; Bron, _id._ du troisième; Pinon,
+_id._ du quinzième, à titre de gratification extraordinaire.
+
+Dix actions existent dans votre caisse; je donne à l'administrateur des
+finances l'ordre de s'arranger avec la compagnie d'Égypte pour avoir les
+deux autres.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).
+
+_Au citoyen Poussielgue._
+
+La femme Selti-Nefsi, veuve d'Ali-Bey et femme actuelle de Mourad-Bey,
+conservera la partie de ses biens qui lui vient d'Ali-Bey: je veux
+par-là donner une marque d'estime pour la mémoire de ce grand homme.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).
+
+_Au divan du Caire._
+
+J'ai reçu votre lettre du 10 pluviose. Non-seulement j'ai ordonné à
+l'aga des janissaires et aux agens de la police de publier que l'on
+jouira, pendant la nuit du Rhamadan, de toute la liberté d'usage, mais
+encore je désire que vous-même fassiez tout ce qui peut dépendre de vous
+pour que le Rhamadan soit célébré avec plus de pompe et de ferveur que
+dans les autres années.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 13 pluviose an 7 (31 janvier 1799).
+
+_Au général Kléber._
+
+L'état-major, citoyen général, vous fera passer l'ordre de mouvement
+pour l'occupation d'El-Arich. Pour y arriver, vous avez deux ennemis à
+vaincre, la faim et la soif, et les ennemis qui sont à Gaza, et qui, en
+deux jours, peuvent retourner à El-Arich.
+
+Vous direz aux gens du pays que vous pourriez rencontrer, que vous
+n'avez ordre d'occuper qu'El-Arich, Kan-Iounes, et de chasser
+Ibrahim-Bey; que c'est à lui seul que vous en voulez.
+
+Les moyens de transport que vous avez dans ce moment-ci à Catieh peuvent
+seuls décider de la quantité de troupes que vous pourrez envoyer à
+El-Arich. L'avant-garde du général Reynier épuisera tous les moyens de
+transport: car il est indispensable que les soldats portent pour trois
+jours sur eux, et qu'il ait avec lui un convoi qui assure la subsistance
+pour douze jours.
+
+Arrivé à Kan-Iounes, vous pouvez écrire à Abdallah-Pacha que le bruit
+public nous a instruits que le grand-seigneur l'avait nommé pacha
+d'Égypte; que si cela est vrai, nous avons lieu d'être étonnés qu'il
+ne soit pas venu; que nous sommes les amis du grand-seigneur; que vous
+n'avez aucune intention hostile contre lui; que vous n'avez ordre de moi
+que d'occuper le reste de l'Égypte, et de chasser Ibrahim-Bey; que vous
+ne doutez pas que, s'il me fait connaître l'ordre qui le nomme pacha
+d'Égypte, je ne le reçoive avec tous les honneurs dus à son poste; que,
+du reste, vous êtes persuadé que, s'il est véritablement officier de la
+Sublime-Porte, il n'a rien de commun avec un tyran tel qu'Ibrahim-Bey, à
+la fois ennemi de la république française et de la Sublime-Porte.
+
+Les divisions Bon et Lannes, la cavalerie et le parc de réserve sont
+en mouvement; je compte partir moi-même le 17. Je suivrai la route
+de Birket-el-Haldji, Belbeis, Corice, Salahieh, le pont Kautaxeh et
+Cathieh. Vous m'enverrez par cette route les rapports que vous aurez à
+me faire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 15 pluviose an 7 (3 février 1799).
+
+_Au général Desaix._
+
+Votre dernière lettre que j'ai reçue hier, citoyen général, est datée
+du 16 nivose. Je n'ai eu depuis aucune nouvelle de vos opérations
+ultérieures.
+
+Le général Davoust m'a écrit de Syout le 23 nivose: il m'a annoncé le
+succès qu'il a obtenu sur les différens rassemblemens de fellahs qui
+s'étaient révoltés.
+
+Depuis le 3 nivose nous sommes à Catieh et nous y avons établi un fort
+et des magasins assez considérables.
+
+Le général Reynier part le 16 de Catieh pour se rendre à El-Arich.
+
+Une grande partie de l'armée est en mouvement pour traverser les déserts
+et se présenter sur les frontières de Syrie.
+
+Le quartier-général va incessamment se mettre en marche.
+
+Mon but est de chasser Ibrahim-Bey du reste de l'Égypte, dissiper les
+rassemblemens de Gaza, et punir Ibrahim-Bey de sa mauvaise conduite.
+
+Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti avec quatre
+chaloupes canonnières de Suez, portant quatre-vingts hommes de
+débarquement: il a ordre de croiser devant Cosseir et même de s'en
+emparer. Dès l'instant qu'il aura effectué son débarquement, il vous en
+préviendra en vous expédiant des Arabes. De votre côté, expédiez d'Esneh
+des hommes, pour pouvoir être instruit de son arrivée, correspondre avec
+lui et lui envoyer des vivres dont il pourrait se trouver avoir besoin.
+
+Défaites-vous, par tous les moyens et le plus tôt possible, de ces
+vilains mameloucks.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799).
+
+_Au général Kléber._
+
+Nous avons reçu enfin, citoyen général, des nouvelles de France. Un
+bâtiment ragusais, chargé de vins, est arrivé, ayant à son bord les
+citoyens Hamelin et Liveron. Ils apportent des lettres que je n'ai pas
+encore reçues, parce que Marmont m'a écrit par un Arabe.
+
+Jourdan a quitté le corps législatif, et commande l'armée sur le Rhin.
+Le congrès de Rastadt était toujours au même point: on y parlait
+beaucoup sans avancer.
+
+Joubert commande l'armée d'Italie. Schawenburg commande à Malte.
+Pléville est parti pour Corfou. Passwan-Oglou a détruit entièrement
+l'armée du capitan-pacha, et est maître d'Andrinople.
+
+_La Marguerite_, expédiée après la prise d'Alexandrie, et _la
+Petite-Cisalpine_, expédiée de Rosette un mois après le combat
+d'Aboukir, sont toutes deux arrivées.
+
+Descoutes était en route pour Constantinople.
+
+Au commencement de novembre, l'ambassadeur turc à Paris faisait encore
+ses promenades à l'ordinaire.
+
+Les Espagnols, au nombre de vingt-quatre vaisseaux, se laissent bloquer
+par seize vaisseaux anglais.
+
+On a pris des mesures pour recruter les armées: il paraît que l'on a
+requis tous les jeunes gens de dix-huit ans, que l'on a appelés les
+_conscrits_.
+
+Les choses de l'intérieur sont absolument dans le même état que lorsque
+nous sommes partis: on ne remarque, dans l'allure du gouvernement, que
+le changement qu'a pu y apporter le nouveau membre qui y est entré.
+
+Le général Humbert, avec quinze cents hommes, est arrivé en Irlande. Il
+a réuni quelques Irlandais autour de lui, et, quinze jours après, a été
+fait prisonnier avec toute sa troupe.
+
+On arme en Europe de tous côtés; cependant on ne fait encore que se
+regarder.
+
+Je retarde mon départ de deux jours, afin de recevoir des lettres avant
+de partir.
+
+La trente-deuxième doit être arrivée à Catieh. Le général Bon, avec le
+reste de sa division, est à Salahieh. Si des événemens pressans vous
+rendaient un secours nécessaire, vous lui écririez: il n'aurait pas
+besoin de mon ordre pour marcher à vous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799).
+
+_Au général Marmont._
+
+J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite le 7,
+m'annonçant l'arrivée du citoyen Hamelin à Alexandrie. Toutes les
+troupes dans ce moment-ci traversent le désert, et j'étais moi-même sur
+le point de partir. Je retarde mon départ pour voir le citoyen Hamelin,
+ou recevoir au moins les lettres de Livourne et de Gênes que vous
+m'annoncez.
+
+Vous ferez sortir un parlementaire, par lequel vous préviendrez le
+commandant anglais que plusieurs avisos anglais ont, à différentes
+époques, échoué sur la côte; que nous avons sauvé les équipages; qu'ils
+sont dans ce moment-ci au Caire, où ils sont traités avec tous les
+égards possibles; que, ne les regardant pas comme prisonniers, je les
+lui enverrai incessamment.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799).
+
+_Au citoyen Poussielgue._
+
+Je donne ordre au payeur d'envoyer un de ses préposés sur une djerme
+armée à Mehal-el-Kebir et Menouf, pour ramasser l'argent et le rapporter
+au Caire le plus promptement possible.
+
+Donnez ordre à l'agent de la province de Gizeh de se mettre en course
+pour lever le deuxième tiers du miri.
+
+Pressez de tous vos moyens la rentrée du premier tiers que doivent payer
+les adjudicataires. Joignez-y tout ce que rend la monnaie et tout ce
+que doit rendre l'enregistrement; car il est indispensable que vous
+ramassiez, d'ici au 1er ventose, 500,000 fr., et que vous me les fassiez
+passer à l'armée. Ils seront escortés par un adjudant-général de
+l'état-major et le troisième bataillon de la trente-deuxième, qui ont
+ordre de partir le 30.
+
+Envoyez des exprès de tous côtés, et écrivez que l'on active la rentrée
+des impositions.
+
+Donnez ordre à Damiette pour que l'on recouvre les 150,000 fr. qui
+restent à recouvrer, et que l'on fasse rentrer le deuxième tiers du
+miri; de manière que le payeur de cette place puisse nous envoyer le 30,
+par Tineh et Catieh, 200,000 fr.
+
+Donnez ordre également que les impositions se lèvent dans la Scharkieh,
+de manière que l'on puisse nous envoyer, d'ici au 1er du mois prochain,
+100,000 fr.
+
+Vous sentez combien il est nécessaire que, surtout dans ce premier
+moment, nous ayons de quoi subvenir à l'extraordinaire de l'expédition.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799).
+
+_Au Directoire exécutif._
+
+Plusieurs généraux et officiers m'ayant fait connaître que leur santé ne
+leur permettait point de continuer à servir dans ce pays-ci, surtout la
+campagne redevenant plus active, je leur ai accordé la permission de
+passer en France.
+
+Je vous ai expédié et je vous expédie ces jours-ci plusieurs bâtimens
+avec des courriers: j'espère que quelques-uns vous arriveront.
+
+L'on nous annonce à l'instant l'arrivée à Alexandrie d'un bâtiment
+ragusais chargé de vins, et porteur de lettres pour moi de Gênes et
+d'Ancône: depuis huit mois c'est la première nouvelle d'Europe qui nous
+arrive. Je ne recevrai ces lettres que dans deux ou trois jours, et je
+désire bien vivement qu'il y en ait de vous, et du moins que je puisse
+être instruit de ce qui se passe en Europe, afin de pouvoir guider ma
+conduite en conséquence.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799).
+
+_Au général Marmont._
+
+Vous verrez par l'ordre du jour, citoyen général, que tous les fonds des
+provinces d'Alexandrie, de Rosette et de Bahhireh doivent être versés
+dans la caisse du payeur d'Alexandrie. Le citoyen Baude a été investi de
+toute l'autorité du citoyen Poussielgue.
+
+Le commissaire Michaud est investi de toute l'autorité de l'ordonnateur
+en chef sur l'administration de ces trois provinces, dont les fonds
+seront exclusivement destinés à pourvoir à vos services.
+
+Ordonnez que le troisième bataillon de la soixante-quinzième se
+réunisse, avec deux bonnes pièces d'artillerie, à Damanhour; que cette
+colonne puisse se porter dans toute cette province, et même dans
+celle de Rosette, pour lever les impositions et punir ceux qui ce
+comporteraient mal. Cette mesure aura l'avantage de tirer tout le parti
+possible de ces deux provinces; détenir une bonne réserve éloignée de
+l'épidémie d'Alexandrie; et, selon les événemens, vous la feriez revenir
+à Alexandrie, où sa présence relèverait le moral de toute la garnison:
+car il est d'axiome que, dans l'esprit de la multitude, lorsque l'ennemi
+reçoit des renforts, elle doit en recevoir pour se croire égalité de
+force; et, enfin, s'il arrivait quelque événement dans le Delta, ce
+bataillon pourrait s'y porter, et être d'un grand secours.
+
+Mettez-vous en correspondance avec le général Lanusse, qui commande à
+Menouf, et le général Fugières, qui commande à Mehal-el-Kebir. Ne vous
+laissez point insulter par les Arabes. Le bon moyen de faire finir
+votre épidémie, est peut-être de faire marcher vos troupes. Saisissez
+l'occasion, et calculez une opération de quatre à cinq cents hommes sur
+Mariout: cela sera d'autant plus essentiel, que, partant demain pour me
+rendre en Syrie, l'idée de mon absence pourrait les enhardir.
+
+Si des événemens supérieurs arrivaient, le commandant de Rosette doit se
+retirer dans le fort de Catieh, qui doit être approvisionné pour cinq
+ou six mois. Maître de ce fort, il le serait de la bouche du Nil, et
+dès-lors empêcherait de rien faire de grand contre l'Égypte. Faites donc
+armer et approvisionner le fort de Raschid; mettez dans le meilleur état
+celui d'Aboukir, et profitez de tous les moyens possibles et du temps
+qui vous reste d'ici au mois de juin, pour mettre Alexandrie à l'abri
+d'une attaque de vive force pendant, 1°. cinq a six jours qu'une armée
+puisse débarquer et l'investir; 2°. quinze jours pour qu'elle commence
+le siège; 3°. quinze à vingt jours de siège.
+
+Vous sentez que, lorsque cette opération pourrait être possible, je ne
+serais pas éloigné de dix jours de marche d'Alexandrie.
+
+Faites lever exactement la carte des provinces de Bahhireh, Rosette et
+Alexandrie, et dès l'instant qu'elle sera faite, envoyez-la moi, afin
+qu'elle puisse me servir si votre province devenait le théâtre de plus
+grands événemens.
+
+Dans ce moment-ci, la saison ne permet pas aux Anglais de rien faire de
+dangereux. Envoyez-moi des Arabes par Damiette et par le Caire pour me
+donner de vos nouvelles: dans ces deux villes, on saura où je me trouve.
+
+Je vous envoie la relation de la fête du Rhamadan et une proclamation du
+divan du Caire. Il est bon de répandre l'une et l'autre non-seulement
+dans votre province, mais encore par les bâtimens qui partiront.
+
+Je ne puis pas vous donner une plus grande marque de confiance qu'en
+vous laissant le commandement du poste le plus essentiel de l'armée.
+
+Le citoyen Hamelin est arrivé hier: j'ai trouvé beaucoup de
+contradictions dans tout ce qu'il a appris en route et j'ajoute peu
+de foi à toutes les nouvelles qu'il donne comme les ayant apprises en
+route: la situation de l'Europe et de la France jusqu'au 10 novembre me
+paraissait assez satisfaisante.
+
+J'apprends qu'il est arrivé un nouveau bâtiment venant de Candie:
+interrogez-le avec le plus grand soin, et envoyez-moi les demandes et
+les réponses. Informez-vous de l'escadre russe.
+
+Quoique je croie que nous soyons en paix avec Naples et l'empereur,
+cependant je vous autorise à retarder, sous différens prétextes, le
+départ des bâtimens napolitains, impériaux, livournais; concertez-vous
+avec le citoyen Leroy, et envoyez-en moi l'état: nous acquerrons tous
+les jours des renseignemens plus certains.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799).
+
+_Au général Dugua._
+
+Vous prendrez, citoyen général, le commandement de la province du Caire.
+
+Les dépôts des divisions Bon et Reynier gardent la citadelle avec deux
+compagnies de vétérans.
+
+Il y a à la citadelle des approvisionnemens de réserve pour nourrir
+pendant cinq à six mois la garnison et l'hôpital qui s'y trouvent.
+
+Il y a au fort Dupuy un détachement de la légion maltaise et de
+canonniers.
+
+Le fort Sullowski est gardé par les dépôts du septième de hussards et du
+vingt-deuxième de chasseurs.
+
+Le fort Camin est gardé par un détachement du quatorzième de dragons.
+
+La tour du fort de l'institut est gardée par un détachement des dépôts
+de la division Lannes, ainsi que le fort de la Prise d'eau, et de la
+maison d'Ibrahim-Bey. Dans cette dernière est notre grand hôpital.
+
+Tous nos établissemens d'artillerie sont à Gizeh, ainsi que les dépôts
+de la division du général Desaix.
+
+Tous les Français sont logés autour de la place Esbequieh. J'y laisse un
+bataillon de la soixante-neuvième, un de la quatrième légère et un de la
+trente-deuxième.
+
+Le bataillon de la quatrième partira le 24, une compagnie de canonniers
+marins, le 27, et le bataillon de la trente-deuxième, le 30 pluviose.
+J'ai désigné le 30 pour le départ de ce bataillon, parce que je suppose
+que le général Menou sera arrivé à cette époque avec la légion nautique.
+Si elle n'était pas arrivée, vous garderez ce bataillon jusqu'à son
+arrivée, et dans ce cas vous feriez escorter le trésor qu'on doit
+envoyer à l'armée, par un détachement qui ira jusqu'à Belbeis.
+
+Je laisse à Boulac tous les dépôts de dragons, ce qui, avec les dépôts
+des régimens de cavalerie légère, forme près de 300 hommes. Il leur
+reste à tous quelques chevaux; il en arrive d'ailleurs journellement que
+vous leur ferez distribuer.
+
+La première opération que vous aurez à faire est de réunir chez vous les
+commandans des différens dépôts, de passer la revue de leurs magasins,
+et de prendre toutes les mesures afin que chacun de ces régimens puisse,
+en cas d'alerte, monter, tant bien que mal, un certain nombre de
+chevaux.
+
+Ce sont principalement les selles qui manquent. Il y a à Boulac un
+atelier qui a déjà reçu 6,000 fr. et qui doit en fournir quatre cents,
+à trente par décade. Vous ne recevrez que des selles très-bonnes,
+puisqu'on les paie très-cher. Le quatorzième de dragons a deux cents
+selles qui sont en quarantaine à Rosette depuis vingt-cinq jours, et qui
+doivent être ici avant la fin du mois.
+
+On doit monter à Gizeh au moins cinq à six cents sabres par jour; vous
+les ferez donner aux dépôts de cavalerie qui en ont le plus besoin. Vous
+passerez une réforme des chevaux, et je vous autorise à faire vendre au
+profit des masses des régimens de cavalerie tous les chevaux hors d'état
+de servir.
+
+Il y a dans la province du Caire cinq tribus principales d'Arabes:
+
+Les Billy: c'est la plus nombreuse; elle est en paix avec nous, elle a
+dans ce moment-ci son chef et plus de deux cents chameaux à l'armée.
+
+Les Joualka: nous sommes en paix avec eux. Les fils des deux principaux
+scheicks sont en ce moment en ôtage chez Zulvekias, commissaire près le
+divan.
+
+Les Terrabins; nous sommes en paix avec eux. Ils ont leurs scheicks et
+presque tous leurs chameaux dans les convois de l'armée.
+
+Enfin, les Aouatah et les Haydé, qui sont nos ennemis. Nous avons brûlé
+leurs villages, détruit leurs troupeaux. Ils sont dans le fond du
+désert, mais ils pourraient revenir faire des brigandages aux environs
+du Caire.
+
+Il faut que les forts Camin, Sullowski et Dupuy leur tirent des coups de
+canon, quand ils approchent de trop près.
+
+Il faut toujours avoir un bâtiment armé, embossé plus bas que la ville,
+près du rivage, de manière à pouvoir tirer dans la plaine.
+
+Il faut de temps en temps envoyer cent hommes à Kelioubeh, avec une
+petite pièce de canon, tant pour lever le miri, que pour connaître si
+ces Arabes sont retournés, et pouvoir les investir et surprendre leur
+camp.
+
+Il faut aussi, de temps en temps, réunir une centaine d'hommes à Giza,
+faire une tournée surtout dans le nord de la province, lever le miri, et
+donner la chasse aux Arabes.
+
+Je désirerais que, dès que le général Leclerc sera arrivé à Gizeh, vous
+l'envoyassiez avec cent hommes de Jerich et cinquante hommes de la
+garnison du Caire, faire, dans le nord de sa province, une tournée de
+cinq à six jours. Vous régleriez sa marche de manière à être instruit
+tous les jours où il se trouverait, afin de pouvoir le rappeler, si les
+circonstances l'exigeaient.
+
+Le divan du Caire a une influence réelle dans la ville, et est composé
+d'hommes bien intentionnés; il faut le traiter avec beaucoup d'égards et
+avoir une confiance particulière dans le commissaire Zulvekias et dans
+le scheick Madich.
+
+L'intendant-général cophte, le chef des marchands de Damas,
+Michaël-Kebil, que vous pouvez consulter secrètement lorsque vous aurez
+quelques inquiétudes, pourront vous donner des renseignemens sur ce qui
+se passerait dans la ville.
+
+S'il y avait des troubles dans la ville, il faudrait vous adresser
+au petit divan, réunir même le divan général. Ils réussiront à tout
+concilier en leur témoignant de la confiance; enfin, prendre toujours
+des mesures de sûreté, telles que consigner la troupe, redoubler les
+gardes du quartier français, y placer quelques petites pièces de canon,
+mais n'arriver à faire bombarder la ville par le fort Dupuy et la
+citadelle qu'à la dernière extrémité: vous sentez le mauvais effet que
+doit produire une telle mesure sur l'Égypte et dans tout l'Orient.
+
+S'il arrivait des événemens imprévus à Alexandrie et à Damiette, vous y
+feriez marcher le général Lanusse et même le général Fugières.
+
+Si vous veniez à craindre quelque ruse de la populace du Caire, vous
+feriez venir le général Lanusse de Menouf; il viendrait sur l'une et
+l'autre rive, et son arrivée ferait beaucoup d'effet dans la ville.
+
+J'ai donné des fonds au génie, à l'artillerie et à l'ordonnateur pour
+tout le service de ventose.
+
+Vous correspondrez avec moi par des Arabes, et par tous les convois qui
+partiront.
+
+Quels que soient les événemens qui se passent dans la Scharkieh,
+vingt-cinq hommes partant de nuit arriveront toujours à Birket-el-Hadji,
+à Belbeis et à Salahieh.
+
+Le commandant des armes à Boulac vous remettra l'état des bâtimens armés
+que vous avez sur le Nil. Il est nécessaire que ces bâtimens fassent un
+service de plus en plus actif.
+
+Le payeur a ordre de tenir à votre disposition 2,000 fr. par décade,
+pour payer les courriers que vous m'expédierez.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 22 pluviose an 7 (10 février 1799).
+
+_Au général Desaix._
+
+Je suis fort impatient de recevoir de vos nouvelles, quoique la voix
+publique nous apprenne que vous ayez battu les mameloucks; et que vous
+en ayiez détruit un grand nombre.
+
+Les généraux Kléber et Reynier sont à El-Arich; je pars à l'instant
+même pour m'y rendre. Mon projet est de pousser Ibrahim-Bey au-delà des
+confins de l'Égypte, et de dissiper les rassemblemens du pacha qui sont
+faits à Gaza.
+
+Écrivez-moi par le Caire, en m'envoyant des Arabes droit à El-Arich.
+
+Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti le 12 de ce moi,
+avec un très-bon vent, de Suez avec les chaloupes canonnières, portant
+quatre-vingts hommes de débarquement pour se rendre à Cosseir: on
+m'écrit de Suez, qu'à en juger par le temps qu'il a fait, il doit être
+arrivé le 16. Écrivez-lui par des Arabes, et procurez-lui tous les
+secours que vous pourrez.
+
+Les citoyens Hamelin et Liveron sont arrivés, le 7 pluviose, à
+Alexandrie: ils étaient partis le 24 octobre de Trieste; le 3 novembre,
+d'Ancône, et le 28 nivose, de Navarino, en Morée, où ils ont resté
+mouillés fort long-temps; ils sont venus sur un bâtiment chargé de
+vin, d'eau-de-vie et de draps. À leur départ d'Europe, tout était
+parfaitement tranquille en France; le congrès de Rastadt durait
+toujours; le corps législatif paraissait avoir repris un peu plus de
+dignité et de considération, et avoir dans les affaires un peu plus
+d'influence que lorsque nous sommes partis. On avait fait une loi pour
+le recrutement de l'armée. Tous les jeunes gens, depuis dix-huit ans,
+avaient été divisés en cinq conscriptions militaires.
+
+Voulant activer les négociations de Rastadt, on avait envoyé Jourdan
+commander l'armée du Rhin, Joubert, celle d'Italie, et on avait demandé
+à la première conscription 200,000 hommes: cela paraissait s'effectuer.
+
+Presque tous les avisos que j'avais envoyés en France, étaient arrivés.
+
+On avait appris en Europe la prise d'Alexandrie un mois avant la
+bataille des Pyramides, et la bataille des Pyramides toujours avant le
+combat d'Aboukir.
+
+Le vaisseau _le Généreux_, qui s'était retiré à Corfou, a pris, en
+différentes occasions, deux frégates anglaises et le vaisseau _le
+Leander_, de 64: ce dernier s'est battu quatre heures.
+
+Au 5 novembre, _la Cisalpine_ et deux autres avisos que j'avais
+expédiés, étaient en rade à Corfou, attendant, à chaque instant, le
+retour de leur courrier pour remettre à la voile et revenir ici.
+
+Une escadre russe bloquait Corfou; les habitans s'étaient réunis à la
+garnison, forte de quatre mille hommes. Le blocus n'a pas empêché la
+frégate _la Brune_ d'y entrer le 20 novembre. L'ancien ministre de la
+marine Pléville est à Corfou, où il cherche à réunir le reste de notre
+marine. Descoutes est parti, le 15 octobre, pour Constantinople, comme
+ambassadeur extraordinaire.
+
+Dès l'instant que l'on a su à Londres que toute notre armée avait
+débarqué en Égypte, il y a eu en Angleterre une espèce de délire.
+
+Nos dignes alliés, les Espagnols, avaient vingt-quatre vaisseaux dans le
+port de Cadix, et ils étaient bloqués par seize.
+
+L'Angleterre a déclaré la guerre à toutes les républiques italiennes.
+
+Le général Humbert, que vous connaissez bien, a eu la bonté de doubler
+l'Écosse et de débarquer avec deux à trois mille hommes en Irlande.
+Après avoir obtenu quelques avantages, il s'est laissé investir et a été
+fait prisonnier; l'adjudant-général Sarrasin était avec lui. Il me
+fâche de voir, dans une opération aussi ridicule, le brave troisième de
+chasseurs.
+
+L'escadre de Brest était très-belle.
+
+Les Anglais bloquaient Malte, mais plusieurs bâtimens chargés de vivres
+y étaient déjà entrés.
+
+On était très-indisposé à Paris contre le roi de Naples.
+
+Ne donnez pas de relâche aux mameloucks, détruisez-les par tous les
+moyens possibles.
+
+Faites construire un petit fort capable de contenir deux à trois cents
+hommes, et capable d'en contenir un plus grand nombre dans l'occasion,
+dans l'endroit le plus favorable que vous pourrez, et il faut le choisir
+près d'un pays fertile.
+
+Le but de ce fort serait de pouvoir réunir là nos magasins et nos
+bâtimens armés, afin que dans le mois de mai ou de juin, votre division
+devenant nécessaire ailleurs, on puisse laisser un général avec quatre
+ou cinq djermes armées, qui, de là, tiendra en respect toute la
+Haute-Égypte. Il y aura des fours et des magasins, de sorte que quelques
+bataillons de renfort le mettraient dans le cas de soumettre les
+villages qui se seraient révoltés, ou de chasser les mameloucks qui
+seraient revenus. Sans cela, vous sentez que si votre division est
+nécessaire ailleurs, cent mameloucks peuvent revenir et s'emparer de la
+Haute-Égypte; ce qui n'arrivera pas si les habitans voient toujours des
+troupes françaises, et dès-lors peuvent penser que votre division n'est
+absente que momentanément. Je désirerais, si cela est possible, qu'un
+fort fût à même de correspondre facilement avec Cosseir.
+
+Je fais construire, dans ce moment, deux corvettes à Suez, qui porteront
+chacune douze pièces de canon de 6. Mettez la main, le plus tôt
+possible, à la construction de votre fort; prenez là vos larges. Assurez
+le nombre de pièces nécessaires pour armer votre fort. Je désire, si
+cela est possible, qu'il soit en pierre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Au Caire, le 11 pluviose an 7 (10 février 1799).
+
+_Au Directoire exécutif._
+
+Un bâtiment ragusais est entré le 7 pluviose dans le port d'Alexandrie:
+il avait à bord les citoyens Hamelin et Liveron, propriétaires du
+chargement du bâtiment, consistant en vins, vinaigre et draps: il m'a
+apporté une lettre du consul d'Ancône en date du 11 brumaire, qui ne
+me donne point d'autre nouvelle que de me faire connaître que tout est
+tranquille en Europe et en France; il m'envoie la série des journaux de
+Lugano depuis le n°. 36 (3 septembre) jusqu'au n°. 43 (22 octobre),
+et la série du _Courrier de l'armée d'Italie_, qui s'imprime à Milan,
+depuis le n°. 219 (14 vendémiaire) jusqu'au n°. 280 (6 brumaire).
+
+Le citoyen Hamelin est parti de Trieste le 24 octobre, a relâché à
+Ancône le 3 novembre et est arrivé a Navarino, d'où il est parti le 22
+nivose.
+
+J'ai interrogé moi-même le citoyen Hamelin, et il a déposé les faits
+ci-joints.
+
+Les nouvelles sont assez contradictoires: depuis le 18 messidor je
+n'avais pas reçu de nouvelles d'Europe.
+
+Le 1er. novembre, mon frère est parti sur un aviso. Je lui avais ordonné
+de se rendre à Crotone ou dans le golfe de Tarente: j'imagine qu'il est
+arrivé.
+
+L'ordonnateur Sucy est parti le 26 frimaire.
+
+Je vous expédie plus de soixante bâtimens de toutes les nations et par
+toutes les voies: ainsi vous devez être bien au fait de notre position
+ici.
+
+Nous avons appris par Suez que six frégates françaises, qui croisent à
+l'entrée de la mer Rouge, avaient fait pour plus de 20,000,000 de prises
+aux Anglais.
+
+Je fais construire dans ce moment-ci une corvette à Suez, et j'ai ma
+flottille de quatre avisos, qui navigue dans la mer Rouge.
+
+Les Anglais ont obtenu de la Porte que Djezzar-Pacha aurait, outre
+son pachalic d'Acre, celui de Damas. Ibrahim-Pacha, Abdallah-Pacha et
+d'autres pachas sont à Gaza, et menacent l'Égypte d'une invasion: je
+pars dans une heure pour aller les trouver. Il faut passer neuf jours
+d'un désert sans eau ni herbes; j'ai ramassé une quantité assez
+considérable de chameaux, et j'espère que je ne manquerai de rien. Quand
+vous lirez cette lettre, il serait possible que je fusse sur les ruines
+de la ville de Salomon.
+
+Djezzar-Pacha est un vieillard de soixante-dix ans, homme féroce, qui a
+une haine démesurée contre les Français; il a répondu avec dédain aux
+ouvertures amicales que je lui ai fait faire plusieurs fois. J'ai, dans
+l'opération que j'entreprends, trois buts:
+
+1°. Assurer la conquête de l'Égypte en construisant une place forte
+au-delà du désert, et dès-lors éloigner tellement les armées de quelque
+nation que ce soit, de l'Égypte, qu'elles ne puissent rien combiner avec
+une armée européenne qui viendrait sur les côtes.
+
+2°. Obliger la Porte à s'expliquer, et par-là appuyer la négociation que
+vous avez sans doute entamée, et l'envoi que je fais à Constantinople du
+citoyen Beauchamp sur la caravelle turcque.
+
+3°. Enfin ôter à la croisière anglaise les subsistances qu'elle tire de
+Syrie, en employant les deux mois d'hiver qui me restent à me rendre,
+par la guerre et la diplomatie, toute cette côte amie.
+
+Je me fais accompagner dans cette course du molah, qui est, après le
+muphti de Constantinople, l'homme le plus révéré dans l'empire musulman;
+
+Des quatre scheicks des principales sectes; de l'émir Hadji ou prince de
+la caravane.
+
+Le rhamadan, qui a commencé hier, a été célébré de ma part avec la plus
+grande pompe. J'ai rempli les mêmes fonctions que remplissait le pacha.
+
+Le général Desaix est à plus de cent soixante lieues du Caire, près des
+Cataractes. Il fait des fouilles sur les ruines de Thèbes. J'attends à
+chaque instant les détails officiels d'un combat qu'il aurait eu contre
+Mourad-Bey, qui aurait été tué et cinq à six beys faits prisonniers.
+
+L'adjudant-général Boyer a découvert dans le désert, du côté du Fayoum,
+des mines qu'aucun Européen n'avait encore vues.
+
+Le général Andréossi et le citoyen Berthollet sont de retour de leur
+tournée aux lacs de Natron et aux couvens des Cophtes. Ils ont fait des
+découvertes extrêmement intéressantes; ils ont trouvé d'excellent natron
+que l'ignorance des exploiteurs empêchait de découvrir. Cette branche
+de commerce de l'Égypte deviendra encore par-là plus importante. Par le
+premier courrier, je vous enverrai le nivellement du canal de Suez, dont
+les vestiges se sont parfaitement conservés.
+
+Il est nécessaire que vous nous fassiez passer des armes et que vos
+opérations militaires et diplomatiques soient combinées de manière que
+nous recevions des secours: les événemens naturels font mourir du monde.
+
+Une maladie contagieuse s'est déclarée depuis deux mois à Alexandrie:
+deux cents hommes en ont été victimes. Nous avons pris des mesures pour
+qu'elle ne s'étende pas: nous la vaincrons.
+
+Nous avons eu bien des ennemis à combattre dans cette expédition:
+déserts, habitans du pays; Arabes, mameloucks, Russes, Turcs, Anglais.
+
+_Si, dans le courant de mars, le rapport du citoyen Hamelin m'était
+confirmé, et que la France fût en guerre contre les rois, je passerais
+en France._
+
+Je ne me permets, dans cette lettre, aucune réflexion sur les affaires
+de la république, puisque, depuis dix mois, je n'ai plus aucune
+nouvelle.
+
+Nous avons tous une entière confiance dans la sagesse et la vigueur des
+déterminations que vous prendrez.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799).
+
+_Au général Kléber._
+
+Je suis parti hier soir à dix heures et je suis arrivé à minuit à
+Belbeis. Je reçois votre lettre du 19, et, deux heures après, celle du
+20. Le parc d'artillerie est arrivé hier à Salahieh. J'ai ordonné que
+le reste de la division Bon partît demain de Salahieh pour se rendre à
+Catieh; la division Lannes ira ce soir à Corain, et demain à Salahieh;
+toute la division de cavalerie du général Murat, forte de plus de mille
+chevaux, part également, et sera demain soir à Salahieh; deux cents
+chameaux chargés d'orge doivent être arrivés ou sont en chemin pour
+Catieh. Nous ramassons dans la Scharkieh tous les chameaux nécessaires,
+et nous cherchons tous les vivres que nous pouvons. Si les officiers de
+marine ont trouvé un point de débarquement près d'El-Arich, et que l'un
+des deux convois y arrive, je crois que nous serons bien, grâce au
+mouvement que vous avez donné à Damiette pendant le peu de temps que
+vous y êtes resté.
+
+Quand je suis parti du Caire, le général Desaix avait détruit une partie
+des mameloucks à trois journées des Cataractes. On disait trois beys
+pris et Mourad-Bey tué depuis trois jours: cette nouvelle était celle
+du Caire, et l'intendant-général l'avait presque reçue officiellement.
+Ainsi, il est sûr qu'il y a eu une affaire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+À Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799).
+
+_Au général Bon._
+
+Vous aurez reçu, citoyen général, l'ordre de vous rendre à Catieh: nous
+passerons sans doute par la route du fort, où il y a de l'eau. Je suis
+arrivé ici hier soir, et je repars ce matin. Je serai demain à Salahieh,
+où j'espère recevoir de vos nouvelles.
+
+Plusieurs convois de chameaux sont en route, et vont arriver à Catieh:
+donnez les ordres pour qu'ils soient déchargés. Envoyez a Tineh pour
+y prendre les vivres venant de Damiette qui y seraient en dépôt, et
+faites-les filer le plus possible sur El-Arich.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Catieh, le 26 pluviose an 7 (14 février 1799).
+
+_Au général Ganteaume._
+
+Il est nécessaire, citoyen général, que vous vous rendiez demain à Tineh
+et à la bouche d'Omin Faredge.
+
+Vous ferez passer des ordres au commandant de la marine, à Damiette,
+pour le départ, par El-Arich, du citoyen Slendelet avec sa flottille.
+
+Vous ferez partir pour El-Arich le convoi qui est à Tineh ou
+Omin-Faredge, et qui est destiné pour El-Arich.
+
+Vous activerez par tous les moyens possibles la navigation du lac
+Menzaleh, qui, dans ce moment, est notre moyen principal pour
+l'approvisionnement de l'armée.
+
+Dès le moment que vous croirez que votre présence n'est plus nécessaire,
+vous viendrez par terre à Catieh, et de-là au quartier-général.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Catieh, le 26 pluviose an 5 (14 février 1799).
+
+_Au général Kléber._
+
+Le général Bon, avec le reste de sa division, citoyen général, part ce
+matin pour se rendre à la première journée.
+
+La cavalerie part ce matin pour le même endroit.
+
+J'ignore encore si le convoi par mer pour El-Arich est parti; je ne sais
+pas même si le convoi d'Omin-Faredge est arrivé à Tineh; cependant je le
+présume, la journée d'hier ayant été favorable.
+
+On a envoyé hier quarante chameaux à Tineh: je les attends ce matin, et
+je ne partirai moi-même que lorsque je les aurai vu filer sur El-Arich.
+
+Je fais partir deux cents chameaux appartenans au quartier-général, qui
+viennent du Caire pour se charger à Tineh de tout ce qui pourrait y
+rentrer, et, dans le cas où le convoi ne serait pas arrivé a Tineh, ils
+iront jusqu'à Omin-Faredge.
+
+Vous devez avoir reçu un convoi commandé par l'adjudant-général
+Gillyvieux, un autre par l'adjudant-général Fouler: celui-ci est le
+troisième Arabe que je vous expédie sur un dromadaire depuis que je suis
+ici.
+
+Je n'ai point de vos nouvelles depuis la lettre du général Reynier, que
+vous m'avez envoyée il y a trois jours.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799).
+
+_À l'adjudant-général Grezieux._
+
+Vous allez partir pour Tineh, citoyen, avec 200 chameaux et cinquante
+hommes d'escorte et une compagnie de dromadaires. Arrivé à Tineh, vous
+ferez charger sur ces chameaux tout l'orge, le riz et le biscuit que
+vous pourrez; vous presserez le départ du bataillon de la quatrième et
+des trois compagnies de grenadiers de la dix-neuvième; vous écrirez
+à l'adjudant-général Almeyras, commandant à Damiette, et vous lui
+marquerez d'activer le plus possible le départ des convois de
+subsistances pour Tineh. Vous m'expédierez de Tineh un Arabe sur un
+dromadaire pour me rendre compte exactement de la situation des magasins
+de Tineh, et me donner des nouvelles du Caire et de Damiette.
+
+Vos chameaux chargés, vous vous rendrez à Catieh; vous y trouverez un
+convoi de chameaux revenant à vide d'El-Arich; vous ferez charger dessus
+cinquante mille rations de riz, de biscuit, et si le nombre des chameaux
+n'était pas suffisant, vous prendriez dans les deux cents chameaux de
+quoi assurer le transport de ces cinquante mille rations; vous partirez
+avec ce convoi pour El-Arich, et vous remettrez les chameaux dont
+vous n'aurez plus besoin. Avant de partir, vous donnerez l'ordre au
+commandant de Catieh de faire filer continuellement sur El-Arich les
+vivres qui arriveraient de Tineh, et de m'envoyer des exprès pour
+m'instruire de sa situation, de celle de ses magasins et de celle de
+Tineh.
+
+BONAPARTE.
+
+_P.S._ Si, à Tineh, il y avait des denrées pour charger plus de deux
+cents chameaux, vous feriez un second voyage avec vos chameaux.
+
+Le parc d'artillerie a ordre, dès l'instant qu'il sera arrivé, d'envoyer
+cent chameaux à Tineh.
+
+
+
+Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799).
+
+_À l'ordonnateur en chef._
+
+L'adjudant-général Grezieux, qui part avec deux cents chameaux pour
+Tineh, a ordre de faire un second voyage, si cela est nécessaire, pour
+l'entière évacuation des magasins de Tineh. Le parc d'artillerie
+qui arrive ce soir enverra cent chameaux à Tineh, et, si cela est
+nécessaire, ces chameaux feront deux voyages.
+
+Vous donnerez ordre au commissaire Sartelon de rester à Catieh jusqu'à
+nouvel ordre, et de faire filer, avec la plus grande activité, sur
+El-Arich tous les objets de subsistance qui se trouveraient à Catieh.
+
+Il doit y avoir à Damiette, Menouf, Mehal-el-Kebir, une grande quantité
+de son; faites filer le tout sur Catieh: ce point est le plus essentiel
+tant pour avancer que pour la retraite, et doit être approvisionné par
+tous les moyens possibles.
+
+Vous renouvellerez les ordres à Salahieh, Belbeis et au Caire, de faire
+filer avec activité des convois de biscuit, orge, fèves, son et riz sur
+Catieh.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Kan-Jounes, le 6 ventose an 7 (24 février 1799).
+
+_Aux scheicks et ulemas de Gaza._
+
+Arrivé à Kan-Jounes avec mon armée, j'apprends qu'une partie des
+habitans de Gaza ont eu peur et ont évacué la ville. Je vous écris la
+présente pour qu'elle vous serve de sauvegarde, et pour faire connaître
+que je suis ami du peuple, protecteur des ulemas et des fidèles.
+
+Si je viens avec mon armée à Gaza, c'est pour en chasser les troupes de
+Djezzar-Pacha, et le punir d'avoir fait une invasion en Égypte.
+
+Envoyez donc au devant de moi des députés, et soyez sans inquiétude pour
+la religion, pour votre vie, vos propriétés et vos femmes.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Ramleh, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).
+
+_Au général Kléber._
+
+Je pense que la lettre que vous avez fait écrire par votre capitaine des
+Maugrabins pourra faire un bon effet. Joignez-y une sommation en règle
+pour leur faire sentir que la place ne peut pas tenir.
+
+Si vous pensez qu'un mouvement de votre division sur Jaffa en accélère
+la reddition, je vous autorise à le faire. Si vous entrez dans la ville,
+prenez toutes les mesures pour empêcher le pillage; vous placerez la
+cavalerie en avant sur le chemin de Saint-Jean d'Acre.
+
+Nous avons trouvé ici une assez grande quantité de magasins, surtout
+beaucoup d'orge.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).
+
+_Au contre-amiral Ganteaume._
+
+Vous donnerez l'ordre qu'on fasse partir d'Alexandrie les troupes qui
+s'y trouveraient sur les bâtimens de transport que l'on jugera les plus
+propices.
+
+Vous donnerez l'ordre au contre-amiral Perrée, s'il peut sortir
+d'Alexandrie avec les trois frégates _la Junon_, _l'Alceste_ et _la
+Courageuse_ et deux bricks, sans que l'ennemi s'en aperçoive, de se
+rendre à Jaffa, où il recevra de nouveaux ordres. Si le temps le
+poussait devant Saint-Jean d'Acre, il s'informera si nous y sommes:
+il est probable que nous y serons. Alors il embarquera avec lui, sur
+chacune de ses frégates, une pièce de 24 et un mortier avec trois cents
+coups à tirer, et sur chaque frégate une forge pour rougir les boulets
+à terre. Il ne faut pas cependant que l'embarquement desdits objets
+retarde en rien son départ, si le temps était propice.
+
+S'il pensait ne pouvoir sortir sans que l'ennemi eût connaissance de son
+mouvement, il tacherait de m'envoyer à Jaffa deux bons bricks, tels que
+_le Salamine_ et _l'Alerte_.
+
+Vous enverrez cet ordre par un officier de marine qui partira sur une
+djerme, qui débarquera à Damiette, et par le courrier qui part demain
+pour le Caire.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+El-Arich, le 15 ventose an 7 (5 mars 1799).
+
+_Au général Dugua._
+
+Le chef de l'état-major doit vous avoir tenu instruit des différens
+mouvemens militaires qui ont eu lieu ici.
+
+Vous recevrez une quinzaine de drapeaux avec six cachefs et une
+trentaine de mameloucks: mon intention est qu'ils soient bien traités.
+On leur restituera leurs maisons, mais on exercera sur eux une
+surveillance particulière. Vous leur réitérerez la promesse que je leur
+ai faite de leur faire du bien si, à mon retour, vous êtes content de
+leur conduite.
+
+Je désire que vous voyiez le scheik Mahdieh et les différens membres
+du divan, que vous vous concertiez pour faire une petite fête à la
+réception des drapeaux, et, si cela se peut, faire naturellement qu'ils
+soient placés dans la mosquée de Geuil-Azur, comme un trophée de la
+victoire remportée par l'armée d'Égypte sur Djezzar et sur les ennemis
+des Égyptiens.
+
+Arrangez tout cela comme vous pourrez. Faites connaître aux habitans
+du Caire, de Damiette, qu'ils peuvent envoyer des caravanes en Syrie;
+qu'ils vendront bien leurs marchandises, et que leurs propriétés seront
+respectées.
+
+Faites filer du biscuit par toutes les occasions.
+
+Faites dire à Ibrahim, scheick des Billis, que je désire qu'il vienne,
+ainsi que le kiaya des Arabes, qui est un Maugrabin qui me serait utile.
+Faites-nous passer, dès que vous le pourrez, cinq ou six cents coups à
+boulet de 8 et trois ou quatre cents de 12.
+
+Envoyez-moi les lettres de l'armée par des convois sûrs, et ne m'écrivez
+par les Arabes que des lettres par duplicata de ce que vous m'écrirez
+par des détachemens: le désert est fort long, et les Arabes viennent de
+piller toutes les dépêches que le général Rampon m'envoyait de Catieh
+par un Arabe.
+
+Je n'ai reçu de vous, depuis mon départ, qu'une seule lettre du 26. S'il
+venait surtout des lettres importantes, soit de la Haute-Égypte, soit
+de France, ne les hasardez pas légèrement; mais envoyez-les-moi par un
+officier et une bonne escorte, en me prévenant en gros, par un Arabe, de
+ce qui serait parvenu à votre connaissance.
+
+J'ai enrôlé trois à quatre cents Maugrabins, qui marchent avec nous.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).
+
+_Au général Kléber._
+
+Je vous envoie, citoyen général, une lettre au scheick de Naplouse,
+que je vous prie de lui faire passer. Je vous prie d'en faire faire
+plusieurs copies, et de les envoyer successivement, afin d'être sûr
+qu'une d'elles arrivera.
+
+J'ai écrit à Djezzar-Pacha: s'il prend le parti d'envoyer quelqu'un,
+comme je le lui propose, recommandez à vos avant-postes de le bien
+traiter.
+
+À l'instant nous prenons deux bâtimens, un chargé de deux mille quintaux
+de poudre, et l'autre de riz.
+
+La garnison de Jaffa était de quatre mille hommes: deux mille ont été
+tués dans la ville, et près de deux mille ont été fusillés entre hier et
+aujourd'hui.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).
+
+_Aux scheicks, ulémas, et autres habitans des provinces de Gaza, Ramleh
+et Jaffa._
+
+Dieu est clément et miséricordieux.
+
+Je vous écris la présente pour vous faire connaître que je suis
+venu dans la Palestine pour en chasser les mameloucks et l'armée de
+Djezzar-Pacha.
+
+De quel droit, en effet, Djezzar a-t-il étendu ses vexations sur les
+provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza, qui ne font pas partie de son
+pachalic? De quel droit avait-il également envoyé ses troupes à
+El-Arich? Il m'a provoqué à la guerre, je la lui ai apportée; mais ce
+n'est pas à vous, habitans, que mon intention est d'en faire sentir les
+horreurs.
+
+Restez tranquilles dans vos foyers: que ceux qui, par peur, les ont
+quittés, y rentrent. J'accorde sûreté et sauvegarde à tous. J'accorderai
+à chacun la propriété qu'il possédait.
+
+Mon intention est que les cadis continueront comme à l'ordinaire leurs
+fonctions et à rendre la justice, que la religion surtout soit protégée
+et respectée, et que les mosquées soient fréquentées par tous les bons
+musulmans: c'est de Dieu que viennent tous les biens, c'est lui qui
+donne la victoire.
+
+Il est bon que vous sachiez que tous les efforts humains sont inutiles
+contre moi, car tout ce que j'entreprends doit réussir. Ceux qui se
+déclarent mes amis, prospèrent; ceux qui se déclarent mes ennemis,
+périssent. L'exemple de ce qui vient d'arriver à Jaffa et à Gaza doit
+vous faire connaître que si je suis terrible pour mes ennemis, je suis
+bon pour mes amis, et surtout clément et miséricordieux pour le pauvre
+peuple.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).
+
+_Aux scheicks, ulémas et commandant de Jérusalem._
+
+Je vous fais connaître par la présente que j'ai chassé les mameloucks et
+les troupes de Djezzar-Pacha des provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa; que
+mon intention n'est pas de faire la guerre au peuple; que je suis l'ami
+des musulmans; que les habitans de Jérusalem peuvent choisir la paix ou
+la guerre. S'ils choisissent la première, qu'ils envoient au camp de
+Jaffa des députés pour promettre de ne jamais rien faire contre moi.
+S'ils étaient assez insensés pour préférer la guerre, je la leur
+porterai moi-même. Ils doivent savoir que je suis terrible comme le feu
+du ciel envers mes ennemis, clément et miséricordieux envers le peuple
+et ceux qui veulent être mes amis.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).
+
+_Aux scheicks de Naplouse._
+
+Je me suis emparé de Gaza, Ramleh, Jaffa et de toute la Palestine. Je
+n'ai aucune intention de faire la guerre aux habitans de Naplouse,
+car je ne viens ici que pour faire la guerre aux mameloucks, à
+Djezzar-Pacha, dont je sais que vous êtes les ennemis.
+
+Je leur offre donc, par la présente lettre, la paix ou la guerre. S'ils
+veulent la paix, qu'ils chassent les mameloucks de chez eux, et me le
+fassent connaître, en promettant de ne commettre aucune hostilité contre
+moi. S'ils veulent la guerre, je la leur porterai moi-même; je suis
+clément et miséricordieux envers mes amis, mais terrible comme le feu du
+ciel envers mes ennemis.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).
+
+_À Djezzar-Pacha._
+
+Depuis mon entrée en Égypte, je vous ai fait connaître plusieurs fois
+que mon intention n'était pas de vous faire la guerre, que mon seul
+but était de chasser les mameloucks; vous n'avez répondu à aucune des
+ouvertures que je vous ai faites.
+
+Je vous avais fait connaître que je désirais que vous éloignassiez
+Ibrahim-Bey des frontières de l'Égypte: bien loin de là, vous avez
+envoyé des troupes à Gaza, vous avez fait de grands magasins, vous avez
+publié partout que vous alliez entrer en Égypte: effectivement vous avez
+effectué votre invasion en portant deux mille hommes de vos troupes dans
+le fort d'El-Arich, enfoncé à six lieues dans le territoire de l'Égypte.
+J'ai dû alors partir du Caire, et vous apporter moi-même la guerre que
+vous paraissiez provoquer.
+
+Les provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa sont en mon pouvoir. J'ai traité
+avec générosité celles de vos troupes qui s'en sont remises à ma
+discrétion, j'ai été sévère envers celles qui ont violé les droits de
+la guerre; je marcherai sous peu de jours sur Saint-Jean d'Acre. Mais
+quelle raison ai-je d'ôter quelques années de vie à un vieillard que je
+ne connais pas? Que font quelques lieues de plus à côté des pays que
+j'ai conquis? et puisque Dieu me donne la victoire, je veux, à son
+exemple, être clément et miséricordieux, non-seulement envers le peuple,
+mais encore envers les grands.
+
+Vous n'avez point de raisons réelles d'être mon ennemi, puisque vous
+l'étiez des mameloucks. Votre pachalic est séparé par les provinces de
+Gaza, Ramleh et par d'immenses déserts de l'Égypte. Redevenez mon ami,
+soyez l'ennemi des mameloucks et des Anglais, je vous ferai autant de
+bien que je vous ai fait et que je peux vous faire de mal. Envoyez-moi
+votre réponse par un homme muni de vos pleins pouvoirs et qui connaisse
+vos intentions. Il se présentera à mon avant-garde avec un drapeau
+blanc, et je donne ordre à mon état-major de vous envoyer un
+sauf-conduit, que vous trouverez ci-joint.
+
+Le 24 de ce mois, je serai en marche sur Saint Jean d'Acre; il faut donc
+que j'aie votre réponse avant ce jour.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).
+
+_Au général Dugua._
+
+J'ai reçu, citoyen général, fort peu de lettres de vous; elles ont,
+j'imagine, été interceptées par cette nuée d'Arabes qui couvrent le
+désert: la dernière que j'ai reçue de vous est du 6 ventose.
+
+L'état-major vous instruira des détails de la prise de Jaffa. Les 4,000
+hommes qui formaient la garnison ont tous péri dans l'assaut, ou ont été
+passés au fil de l'épée.
+
+Il nous reste encore Saint-Jean d'Acre.
+
+Avant le mois de juin, il n'y a rien de sérieux à craindre de la part
+des Anglais.
+
+Quant à l'affaire de la mer Rouge, on ne comprend pas grand'chose au
+rapport qui vous a été envoyé. Il faut espérer que les officiers de
+marine qui s'y trouvent, en donneront un plus intelligible.
+
+La victoire du général Desaix doit avoir tout tranquillisé dans la
+haute Égypte. Nos victoires en Syrie doivent apaiser les troubles de la
+Scharkieh.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).
+
+_Au général Marmont._
+
+L'état-major vous aura instruit, citoyen général, des différens
+événemens militaires qui se sont succédé et auxquels nous devons la
+conquête de toute la Palestine. La prise de Jaffa a été brillante; 4,000
+hommes des meilleures troupes de Djezzar et des meilleurs canonniers de
+Constantinople ont été passés au fil de l'épée. Nous avons trouvé dans
+cette ville soixante pièces de canon, des munitions, et beaucoup de
+magasins. Ces pièces sont toutes fondues à Constantinople et de calibre
+français.
+
+Jaffa a une rade assez sûre et une petite anse où nous avons trouvé un
+bâtiment de cent cinquante tonneaux. Comme nous avons ici beaucoup de
+savon et autres objets, si quelques bâtimens de convoi de cent à cent
+cinquante tonneaux veulent se hasarder à venir, on les frétera.
+
+Les dernières nouvelles que j'ai de Damiette sont du 4 ventose, d'où je
+conclus qu'il n'y avait rien de nouveau à Alexandrie. Le 1er ventose, il
+a fait des vents très-violens qui auront éloigné les Anglais.
+
+Je vous envoie une proclamation en arabe, faite aux habitans du pays: si
+vous avez encore une imprimerie, faites-la imprimer et répandre dans le
+Levant, la Barbarie et partout où il sera possible. Dans le cas où vous
+n'auriez plus d'imprimerie, je donne ordre qu'on l'imprime au Caire et
+que l'on vous envoie deux cents exemplaires de cette proclamation.
+
+S'il partait des bâtimens pour France, je vous autorise à écrire au
+gouvernement ce que vous savez de notre position: vous sentez qu'il ne
+doit rien y avoir de politique, mais seulement des faits.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).
+
+_Au général du génie._
+
+Des personnes arrivées d'El-Arich m'instruisent qu'on n'y a rien fait,
+pas même rétabli la brèche: veuillez donner des ordres pour que les
+réparations d'un fort si essentiel n'éprouvent aucun retard. Vous sentez
+qu'il peut arriver des événemens tels qu'El-Arich devienne notre tête de
+ligne, laquelle pouvant tenir quinze jours ou un mois, pourrait donner
+des résultats incalculables.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).
+
+_À l'adjudant-général Almeyras._
+
+L'état-major vous aura instruit, citoyen général, de la prise de Jaffa,
+où nous avons trouvé beaucoup de riz, et nous en avions besoin, car
+notre flottille nous manque toujours.
+
+Nous y avons trouvé une grande quantité d'artillerie, beaucoup
+d'obusiers, de pièces de 4 du calibre français.
+
+Comme il y a ici de l'huile et du savon, et d'autres objets qui sont
+utiles en Égypte, et que la Palestine a besoin de riz, engagez les
+négocians de Damiette à ouvrir un commerce avec Jaffa. Assurez-les
+qu'ils seront protégés et n'essuieront aucune avanie.
+
+Si la flottille n'était pas partie, prenez toutes les mesures pour la
+faire sortir. Envoyez-moi aussi des djermes avec du biscuit, droit à
+Jaffa.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).
+
+_Au citoyen Poussielgue._
+
+Je vous fais passer une proclamation que j'ai faite aux habitans de
+ces provinces. Faites-la imprimer et répandez-la par tous les moyens
+possibles; envoyez-en deux cents exemplaires à Damiette et à Alexandrie,
+pour qu'il s'en répande dans le Levant, à Constantinople et dans la
+Barbarie.
+
+Je renvoie au Caire le chef des scheicks, celui qui avait la place que
+j'ai donnée au scheick El-Bekri. Vous assurerez ce dernier que cela ne
+doit l'inquiéter en rien, et que je sais mettre de la différence entre
+mes vieux amis et les nouveaux.
+
+Engagez les négocians de Damiette à venir vendre leur riz à Jaffa. Nous
+avons ici une grande quantité de savon; engagez les négocians du Caire
+à venir en acheter. Ils savent que je protège le commerce; ils n'ont
+à craindre ni avanies ni tracasseries. Il y a ici des articles qui
+manquent en Égypte, tels que le savon, l'huile; qu'ils apportent en
+échange du riz et du blé; prenez toutes les mesures pour activer, autant
+que possible, ce commerce.
+
+Faites imprimer en arabe tout ce que Venture écrit au divan, en y
+faisant mettre les ornemens que le scheick Mahdi jugera à propos, et
+répandez-le dans l'Égypte.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 21 ventose an 7 (11 mars 1799).
+
+_Au général Dugua._
+
+J'ai reçu, citoyen général, par mon aide-de-camp Lavalette le duplicata
+des lettres que vous m'avez écrites. Vous aurez reçu des lettres de Gaza
+et le récit de l'affaire de Jaffa.
+
+L'événement arrivé à Cosseir est d'autant plus inconcevable, que le
+contre-amiral Ganteaume avait donné pour instructions au citoyen Collot,
+que, s'il y avait des bâtimens à Cosseir, il s'en tînt à croiser pour
+les empêcher de sortir.
+
+L'état-major envoie l'ordre au général Menou de se rendre à Jaffa pour
+prendre le commandement de la Palestine.
+
+Après tous les accidens que nous apprenons de la mer, il ne vous
+paraîtra pas prudent que vous la traversiez dans ce moment-ci; vous
+penserez, sans doute, qu'il est nécessaire que vous attendiez d'autres
+circonstances.
+
+Votre convoi de cent cinquante chameaux chargés de vivres et de
+munitions d'artillerie, nous est venu fort à propos, pour les munitions
+d'artillerie surtout, car nous avons grand besoin de boulets de 8 et de
+12.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).
+
+_À l'adjudant-général Grezieux._
+
+Vous aurez, citoyen, le commandement de la province de Jaffa et de celle
+de Ramleh.
+
+Votre première opération sera de faire placer une pièce de canon sur
+chacune des tours, et de disposer les quatre plus grosses du côté du
+front, pour sa défense.
+
+L'officier du génie a ordre de réparer sur-le-champ la brèche.
+
+Vous vous assurerez que les portes puissent se fermer facilement. Comme
+les deux qui existent me paraissent très-rapprochées l'une de l'autre,
+il suffirait d'en tenir une ouverte.
+
+Les Grecs doivent fournir des secours à l'hôpital des blessés.
+
+Les chrétiens latins et les Arméniens doivent fournir des secours à
+l'hôpital des fiévreux.
+
+Vous formerez un divan, composé de sept personnes; vous y mettrez des
+mahométans et des chrétiens.
+
+Vous seconderez toutes les opérations du citoyen Gloutier, tendant à
+établir les finances et à procurer de l'argent à la caisse.
+
+Aucun bâtiment de ceux qui sont actuellement dans le port, ne doit en
+sortir sous quelque prétexte que ce soit.
+
+Le commerce avec Damiette et l'Égypte sera encouragé le plus possible.
+
+Vous enverrez dans tous les villages une proclamation afin que les
+habitans vivent tranquilles. J'ai chargé le général Reynier d'organiser
+un divan à Ramleh.
+
+Il reste ici un officier de marine.
+
+Si vous aviez des nouvelles plus intéressantes à me faire passer, et que
+le temps fût beau, vous pourriez profiter à la fois de la terre et de la
+mer.
+
+Toutes les fois qu'il y aura des occasions pour l'Égypte, vous ne
+manquerez pas de donner des nouvelles de l'armée à l'adjudant-général
+Almeyras, à Damiette, et au général Dugua, au Caire.
+
+Ayez bien soin que les magasins soient tenus en bon état et ne soient
+pas gaspillés. Faites toutes les recherches possibles pour en découvrir
+de nouveaux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).
+
+_Au directoire exécutif._
+
+Le 5 fructidor, j'envoyai un officier à Djezzar, pacha d'Acre: il
+l'accueillit mal et ne répondit pas.
+
+Le 29 brumaire, je lui écrivis une autre lettre: il fit couper la tête
+au porteur.
+
+Les Français étaient arrêtés à Acre et traités cruellement.
+
+Les provinces d'Égypte étaient inondées de firmans, dans lesquels
+Djezzar ne dissimulait point ses intentions hostiles et annonçait son
+arrivée.
+
+Il fit plus: il envahit les provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza. Son
+avant-garde prit position à El-Arich, où il y a quelques bons puits
+et un fort situé dans le désert à dix lieues dans le territoire de
+l'Égypte.
+
+Je n'avais donc plus le choix: j'étais provoqué à la guerre; je ne crus
+pas devoir tarder à la lui porter moi-même.
+
+Le général Reynier rejoignit le 16 pluviose son avant-garde, qui, sous
+les ordres de l'infatigable général Lagrange, était à Catieh, situé
+à trois journées dans le désert, où j'avais réuni des magasins
+considérables.
+
+Le général Kléber arriva le 18 pluviose de Damiette sur le lac Menzaleh,
+sur lequel on avait construit plusieurs barques canonnières, débarqua à
+Peluse et se rendit à Catieh.
+
+_Combat d'El-Arich._
+
+Le général Reynier partit le 18 pluviose de Catieh avec sa division,
+pour se rendre à El-Arich. Il fallut marcher plusieurs jours à travers
+le désert sans trouver d'eau; des difficultés de toute espèce furent
+vaincues: l'ennemi fut attaqué, forcé, le village d'El-Arich enlevé, et
+toute l'avant-garde ennemie bloquée dans le fort d'El-Arich.
+
+_Attaque de nuit._
+
+Cependant la cavalerie de Djezzar-Pacha, soutenue par un corps
+d'infanterie, avait pris position sur nos derrières à une lieue, et
+bloquait l'armée assiégeante.
+
+Le général Kléber fit faire un mouvement au général Reynier; à minuit,
+le camp ennemi fut cerné, attaqué et enlevé; un des beys fut tué.
+Effets, armes, bagages, tout fut pris: la plupart des hommes eurent le
+temps de se sauver, plusieurs mameloucks d'Ibrahim-Bey furent faits
+prisonniers.
+
+_Siège du fort d'El-Arich._
+
+La tranchée fut ouverte devant le fort d'El-Arich: une de nos mines
+avait été éventée et nos mineurs délogés. Le 28 pluviose, une batterie
+de brèche fut construite, ainsi que deux batteries d'approche:
+on canonna toute la journée du 29. Le 30 à midi, la brèche était
+praticable; je sommai le commandant de se rendre, il le fit. Nous avons
+trouvé a El-Arich trois cents chevaux, beaucoup de biscuit, de riz, cinq
+cents Albanais, cinq cents Maugrabins, deux cents hommes de l'Adonie et
+de la Caramanie; les Maugrabins ont pris du service avec nous: j'en ai
+fait un corps auxiliaire.
+
+Nous partîmes d'El-Arich le 4 ventose; l'avant-garde s'égara dans le
+désert et souffrit beaucoup du manque d'eau: nous manquâmes de vivres,
+nous fûmes obligés de manger des chevaux, des mulets, des chameaux.
+
+Nous étions le 6 aux colonnes placées sur les limites de l'Afrique et de
+l'Asie; nous couchâmes en Asie le 6.
+
+Le jour suivant, nous étions en marche sur Gaza: à dix heures du
+matin, nous découvrîmes trois ou quatre mille hommes de cavalerie qui
+marchaient à nous.
+
+_Combat de Gaza._
+
+Le général Murat, commandant la cavalerie, fit passer les différens
+torrens qui se trouvaient en présence de l'ennemi par des mouvemens
+exécutés avec précision.
+
+La division Kléber se porta par la gauche sur Gaza; le général Lannes,
+avec son infanterie légère, appuyait les mouvemens de la cavalerie,
+qui était rangée sur deux lignes. Chaque ligne avait derrière elle un
+escadron de réserve: nous chargeâmes l'ennemi près de la hauteur qui
+regarde Nebron, et où Samson porta les portes de Gaza. L'ennemi ne reçut
+point la charge et se replia: il eut quelques hommes tués, entre autres
+le kiaya du pacha.
+
+La vingt-deuxième d'infanterie légère s'est fort bien conduite: elle
+suivait les chevaux au pas de course; il y avait cependant bien des
+jours qu'elle n'avait fait un bon repas ni bu de l'eau a son aise.
+
+Nous entrâmes dans Gaza: nous y trouvâmes quinze milliers de poudre,
+beaucoup de munitions de guerre, des bombes, des outils, plus de deux
+cent mille rations de biscuit et six pièces de canon.
+
+Le temps devint affreux: beaucoup de tonnerre et de pluie; depuis notre
+départ de France, nous n'avions pas vu d'orage.
+
+Nous couchâmes le 10 a Eswod, l'ancienne Azot.
+
+Nous couchâmes le 11 à Ramleh; l'ennemi l'avait évacué avec tant de
+précipitation, qu'il nous laissa cent mille rations de biscuit, beaucoup
+plus d'orge, et quinze cents outres que Djezzar avait préparées pour
+passer le désert.
+
+_Siège de Jaffa._
+
+La division Kléber investit d'abord Jaffa, et se porta ensuite sur la
+rivière de la Hhayah, pour couvrir le siége; la division Bon investit
+les fronts droits de la ville, et la division Lannes les fronts gauches.
+
+L'ennemi démasqua une quarantaine de pièces de canon de tous les points
+de l'enceinte, desquelles il fit un feu vif et soutenu.
+
+Le 16, deux batteries d'approche, la batterie de brèche, une de
+mortiers, étaient en état de tirer. La garnison fit une sortie; on
+vit alors une foule d'hommes diversement costumés, et de toutes les
+couleurs, se porter sur la batterie de brèche: c'étaient des Maugrabins,
+des Albanais, des Kurdes, des Natoliens, des Caramaniens, des
+Damasquyns, des Alepins, des noirs de Tekrour; ils furent vivement
+repoussés, et rentrèrent plus vite qu'ils n'auraient voulu. Mon
+aide-de-camp Duroc, officier en qui j'ai grande confiance, s'est
+particulièrement distingué.
+
+À la pointe du jour, le 17, je fis sommer le gouverneur; il fit couper
+la tête à mon envoyé, et ne répondit point. À sept heures, le feu
+commença; à une heure je jugeai la brèche praticable. Le général Lannes
+fit les dispositions pour l'assaut; l'adjoint aux adjudans-généraux,
+Netherwood, avec dix carabiniers, y monta le premier et fut suivi
+de trois compagnies de grenadiers de la treizième et de la
+soixante-neuvième demi-brigade, commandées par l'adjudant-général
+Rambaud, pour lequel je vous demande le grade de général de brigade.
+
+À cinq heures, nous étions maîtres de la ville, qui, pendant
+vingt-quatre heures, fut livrée au pillage et à toutes les horreurs de
+la guerre, qui jamais ne m'a paru si hideuse.
+
+Quatre mille hommes des troupes de Djezzar ont été passés au fil de
+l'épée; il y avait huit cents canonniers: une partie des habitans a été
+massacrée.
+
+Les jours suivans, plusieurs bâtimens sont venus de Saint-Jean d'Acre
+avec des munitions de guerre et de bouche; ils ont été pris dans le
+port: ils ont été étonnés de voir la ville en notre pouvoir; l'opinion
+était qu'elle nous arrêterait six mois.
+
+Abd-Oullah, général de Djezzar, a eu l'adresse de se cacher parmi les
+gens d'Égypte, et de venir se jeter à mes pieds.
+
+J'ai renvoyé à Damas et à Alep plus de cinq cents personnes de ces deux
+villes, ainsi que quatre a cinq cents personnes d'Égypte.
+
+J'ai pardonné aux mameloucks et aux kachefs que j'ai pris à El-Arich;
+j'ai pardonné à Omar Makram, cheikh du Caire; j'ai été clément envers
+les Égyptiens, autant que je l'ai été envers le peuple de Jaffa, mais
+sévère envers la garnison qui s'est laissé prendre les armes à la main.
+
+Nous avons trouvé à Jaffa cinquante pièces de canon, dont trente formant
+l'équipage de campagne, de modèle européen, et des munitions, plus de
+quatre cent mille rations de biscuit, deux mille quintaux de riz, et
+quelques magasins de savon.
+
+Les corps du génie et de l'artillerie se sont distingués.
+
+Le général Caffarelli, qui a dirigé ces sièges, qui a fait fortifier
+les différentes places de l'Égypte, est officier recommandable par une
+activité, un courage et des talens rares.
+
+Le chef de brigade du génie Samson a commandé l'avant-garde qui a pris
+possession de Cathieh, et a rendu dans toutes les occasions les plus
+grands services.
+
+Le capitaine du génie Sabatier a été blessé au siége d'El-Arich.
+
+Le citoyen Aimé est entré le premier dans Jaffa, par un vaste souterrain
+qui conduit dans l'intérieur de la place.
+
+Le chef de brigade Songis, directeur du parc d'artillerie, n'est parvenu
+à conduire les pièces qu'avec de grandes peines; il a commandé la
+principale attaque de Jaffa.
+
+Nous avons perdu le citoyen Lejeune, chef de la vingt-deuxième
+d'infanterie légère, qui a été tué a la brèche: cet officier a été
+vivement regretté de l'armée; les soldats de son corps l'ont pleuré
+comme leur père. J'ai nommé à sa place le chef de bataillon Magni, qui a
+été grièvement blessé. Ces différentes affaires nous ont coûté cinquante
+hommes tués et deux cents blessés.
+
+L'armée de la république est maître de toute la Palestine.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+FIN DU SECOND VOLUME.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napoléon Bonaparte, Tome II.
+by Napoléon Bonaparte
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12782 ***