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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:39:23 -0700 |
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diff --git a/12246-h/12246-h.htm b/12246-h/12246-h.htm new file mode 100644 index 0000000..7c72d89 --- /dev/null +++ b/12246-h/12246-h.htm @@ -0,0 +1,12738 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> +<meta http-equiv="content-type" content= +"text/html; charset=UTF-8"> +<title>Oeuvres complètes de François Villon</title> +<meta name="author" content="Pierre Janet"> +<style type="text/css"> +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 20%; text-align: center} +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; + width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} +span.pagenum {font-size: 10pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute} +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} +a:link {color: blue; text-decoration: none} +link {color: blue; text-decoration: none} +a:visited {color: blue; text-decoration: none} +a:hover {color: red} +</style> +</head> +<body> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***</div> +<h1>OEUVRES COMPLÈTES</h1> +<h3>DE</h3> +<h1>FRANÇOIS VILLON</h1> +<br> +<br> +<br> + +<h3>SUIVIES D'UN CHOIX DES POÉSIES DE SES DISCIPLES<br> + ÉDITION PRÉPARÉE PAR LA MONNOYE</h3> +<h3>MISE AU JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE PAR M. PIERRE +JANNET</h3> +<br> +<br> +<br> + <a name="pV"></a><span class="pagenum">P. V</span> +<h3>PRÉFACE</h3> +<p>On ne sait guère de la vie de François Villon +que ce qu'il en dit lui-même, et l'on en sait trop. +J'aurais voulu me dispenser de décrire, après tant +d'autres<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href= +"#footnote1"><sup>1</sup></a>, cette existence peu +édifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet +des poésies de Villon, c'est Villon lui-même, et sa +biographie est la clef de ses oeuvres.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name= +"footnote1"></a><b>Note 1:</b> <a href= +"#footnotetag1">(retour)</a> Voir notamment la <i>Vie de +François Villon</i>, par Guillaume Colletet, en tête +des oeuvres de Villon, édition de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854, in-16;—le +<i>Mémoire</i> de M. Prompsault, en tête de son +édition de Villon, Paris, 1832, +in-8;—<i>François Villon, Versuch einer kritischen +Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten</i>, von Dr. S. +Nagel. <i>Mulheim an der Ruhr</i>, 1856, in-4, le travail le plus +complet et le plus judicieux qu'on eût fait jusqu'alors sur +ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits +depuis;—<i>François Villon, sa vie et ses +oeuvres</i>, par Antoine Campeaux, <i>Paris, Durand</i>, 1859, +in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon, excellente pour +le fond comme pour la forme, dans <i>les Poètes +Français</i>, recueil publié sous la direction de +M. Eugène Crépet, Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, +t. I, p. 447-455.</blockquote> +<p>François Villon naquit à Paris en 1431. Sur la +foi d'une pièce que Fauchet, dans son traité<a +name="pVI"></a><span class="pagenum">p. VI</span> <i>de l'Origine +des chevaliers</i>, imprimé en 1599, dit avoir +trouvée dans un manuscrit de sa bibliothèque <a id= +"footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href= +"#footnote2"><sup>2</sup></a>, on a mis en doute le lieu de la +naissance et jusqu'au nom du poète. On s'est livré +à des conjectures ingénieuses pour concilier les +renseignements fournis par lui-même avec les indications de +Fauchet, pour expliquer comment il pouvait s'appeler à la +fois Corbueil et Villon, être à la fois natif +d'Auvers et de Paris. Pour moi, je crois, avec le P. Du Cerceau, +Daunou et beaucoup d'autres, qu'on ne doit tenir aucun compte de +ce huitain, amplification maladroite de l'épitaphe en +quatre vers <a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href= +"#footnote3"><sup>3</sup></a>. Ce n'est pas sur une pareille +autorité qu'on peut substituer le nom de <i>Corbueil</i> +à celui de <i>Villon</i>, que notre poète se donne +lui-même en vingt endroits de ses oeuvres <a id= +"footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href= +"#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name= +"footnote2"></a><b>Note 2:</b> <a href= +"#footnotetag2">(retour)</a> Voici cette pièce, que j'ai +cru devoir rejeter des oeuvres de Villon:<br> + +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Je suis Françoys, dont ce me poise,</p> +<p>Nommé Corbueil en mon surnom,</p> +<p>Natif d'Auvers emprès Pontoise,</p> +<p>Et du commun nommé Villon.</p> +<p>Or, d'une corde d'une toise</p> +<p>Sauroit mon col que mon cul poise,</p> +<p>Se ne fut un joli appel.</p> +<p>Le jeu ne me sembloit point bel.</p> +</div> +</div> +<p>L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de +ce vers de Villon:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Né de Paris emprès Pontoise;</i></p> +</div> +</div> +<p>C'est pourquoi il le fait gravement naître à +Auvers, qui est en effet près de Pontoise. Mais une preuve +certaine de la composition tardive de cette pièce, c'est +qu'on ne trouverait probablement pas dans la seconde +moitié du XVe siècle, et certainement pas dans les +oeuvres de Villon, un huitain dont les rimes soient +distribuées comme dans celui-là. Dans tous les +huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec le +troisième, le second avec le quatrième, le +cinquième et le septième, et le sixième avec +le huitième. Les faussaires ne pensent jamais à +tout.</p> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name= +"footnote3"></a><b>Note 3:</b> <a href= +"#footnotetag3">(retour)</a> Voy. <a href="#p101">p. +101.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name= +"footnote4"></a><b>Note 4:</b> <a href= +"#footnotetag4">(retour)</a> Voy. le <i>Glossaire-Index</i>, au +mot VILLON.</blockquote> +<p>Les parents de Villon étaient pauvres<a id= +"footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href= +"#footnote5"><sup>5</sup></a>. Sa <a name="pVII"></a><span class= +"pagenum">P. VII</span> mère était +illettrée<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a +href="#footnote6"><sup>6</sup></a>; son père était +vraisemblablement un homme de métier, et peut-être, +ainsi que l'a conjecturé M. Campeaux, un ouvrier en cuir, +un <i>cordouennier</i><a id="footnotetag7" name= +"footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name= +"footnote5"></a><b>Note 5:</b> <a href= +"#footnotetag5">(retour)</a> V. <a href="#p031">p. 31,</a> +huitain XXXV.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name= +"footnote6"></a><b>Note 6:</b> <a href= +"#footnotetag6">(retour)</a> «Oncques lettre ne +leuz.» <a href="#p055">P. 55,</a> v. 22.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name= +"footnote7"></a><b>Note 7:</b> <a href= +"#footnotetag7">(retour)</a> Voyez <i>Notes</i></blockquote> +<p>Poussé par le désir de s'élever au-dessus +de la triste condition de ses parents, ou plutôt par ce +besoin de savoir qui tourmente les natures comme la sienne, +Villon étudia. Il connut les misères de +l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de +renseignements certains sur le genre d'études auquel il se +livra ni sur les progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose +qu'il obtint le grade de maître ès arts, et se fonde +surtout sur le legs qu'il fait plus tard, de sa «nomination +qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais ce legs +pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant +d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas le +grade de maître en théologie, but suprême des +études du temps<a id="footnotetag8" name= +"footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name= +"footnote8"></a><b>Note 8:</b> <a href= +"#footnotetag8">(retour)</a> Voy. <i>Grand Testament</i>, +huitains XXXVII (<a href="#p032">p. 32</a>) et LXXII (<a href= +"#p052">p. 52.</a>)</blockquote> +<p>En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants +étaient exposés à bien des tentations. +Villon n'y sut pas résister. En contact avec des jeunes +gens sans préjugés d'aucune sorte et +dépourvus d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et +façons de vivre. Bientôt il devint leur chef et leur +providence<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href= +"#footnote9"><sup>9</sup></a>. Les <i>Repues franches</i>, +singulier monument élevé à sa gloire par +quelqu'un de ses disciples, nous font connaître par quelles +combinaisons ingénieuses lui et ses compagnons se +procuraient les moyens de mener joyeuse vie. Leurs friponneries +<a name="pVIII"></a><span class="pagenum">P. VIII</span> +étaient tout à fait dans les moeurs du temps, et ne +dépassaient sans doute pas les proportions de ce qu'on +serait volontiers tenté d'appeler <i>des bons tours</i>; +mais ils étaient sur une pente glissante, et la justice +n'entendait pas raillerie.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name= +"footnote9"></a><b>Note 9:</b> <a href= +"#footnotetag9">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>C'estoit la mère nourricière</p> +<p>De ceux qui n'avoient point d'argent;</p> +<p>A tromper devant et derrière</p> +<p>Estoit un homme diligent. (<a href="#p190">P. 190.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<p>Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à +partir avec elle à cause de ses entreprises sur le bien +d'autrui. On a parlé de ses deux procès: il en eut +au moins trois, bien constatés par ses oeuvres, et le +premier, qu'on n'avait pas fait ressortir jusqu'à +présent, est le seul dont le sujet soit indiqué +d'une manière certaine. C'est la suite d'une affaire +d'amour.</p> +<p>Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes +perdues dont la <i>Ballade de la Grosse Margot</i><a id= +"footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href= +"#footnote10"><sup>10</sup></a> nous donne l'ignoble tableau, +Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, l'amour naïf et +timide<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href= +"#footnote11"><sup>11</sup></a>. Quel fut l'objet de cette +passion, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de +divers noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce +fût une femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou +une noble damoiselle, il paraît certain que c'était +une coquette. Elle l'écouta d'abord, l'encouragea<a id= +"footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href= +"#footnote12"><sup>12</sup></a> et finit par le rebuter. Il s'en +plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes +qu'ils fréquentaient n'avaient pas habitués +à de pareilles rigueurs, et qui se moquèrent de +lui<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href= +"#footnote13"><sup>13</sup></a>. Villon s'emporta contre sa +belle, lui fit des avanies, lui dit des injures, <a name= +"pIX"></a><span class="pagenum">P. IX</span> composa +peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque +rondeau bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il +frondait volontiers les choses sacrées<a id= +"footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href= +"#footnote14"><sup>14</sup></a>. La belle dame se plaignit; la +juridiction ecclésiastique s'en mêla<a id= +"footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href= +"#footnote15"><sup>15</sup></a>, et Villon fut bel et bien +condamné au fouet<a id="footnotetag16" name= +"footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name= +"footnote10"></a><b>Note 10:</b> <a href= +"#footnotetag10">(retour)</a> <a href="#p083">Page +83.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name= +"footnote11"></a><b>Note 11:</b> <a href= +"#footnotetag11">(retour)</a> Le doux souvenir de cette passion +se montre en maints endroits des oeuvres de Villon, +mêlé à ses regrets et aux reproches qu'il +adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy. les +huitains III, IV, V et X du <i>Petit Testament</i>, LV à +LIX du <i>Grand Testament</i>, la ballade de la <a href= +"#p057">page 57,</a> le rondeau <a href="#p059">p. 59,</a> +etc.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name= +"footnote12"></a><b>Note 12:</b> <a href= +"#footnotetag12">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Quoy que je luy voulsisse dire,</i></p> +<p><i>Elle estoit preste d'escouter, etc.</i> (<a href="#p047">P. +47.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name= +"footnote13"></a><b>Note 13:</b> <a href= +"#footnotetag13">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>... qui partout m'appelle</i></p> +<p><i>L'amant remys et renié</i>. (<a href="#p048">P. +48.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name= +"footnote14"></a><b>Note 14:</b> <a href= +"#footnotetag14">(retour)</a> Voir notamment les huitains CVI +à CX du <i>Grand Testament</i>.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name= +"footnote15"></a><b>Note 15:</b> <a href= +"#footnotetag15">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Quant chicanner me feit Denise,</i></p> +<p><i>Disant que je l'avoye mauldite</i>. <a href="#p069">P. +69.</a></p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name= +"footnote16"></a><b>Note 16:</b> <a href= +"#footnotetag16">(retour)</a> La sentence fut +exécutée. La <i>Double ballade</i> de la page 45 ne +laisse aucun doute à cet égard: +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>J'en fus batu, comme à ru telles,</i></p> +<p><i>Tout nud...</i> (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 24-25.)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<p>C'est à la suite de cette sentence que Villon, +décidé à quitter Paris, composa les +<i>Lays</i> ou legs auxquels on a donné depuis le titre de +<i>Petit Testament</i>.</p> +<p>Dans le huitain VI, <a href="#p009">page 9,</a> il annonce +qu'il s'en va à Angers. Il est probable qu'il ne fit pas +ce voyage. Ses habitudes, ses relations, sa misère, le +retinrent à Paris ou aux environs. C'était en 1456. +Flétri par le châtiment qu'il avait subi, aigri par +l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'année qui +suivit sa condamnation fut assurément l'époque la +plus honteuse de sa vie. En 1457, il était dans les +prisons du Châtelet, et le Parlement, après lui +avoir fait appliquer la question de l'eau<a id="footnotetag17" +name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>, +le condamnait à mort. On ignore le motif de cette +condamnation; on a supposé qu'il s'agissait d'un crime +commis à Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, +dont quelques-uns furent pendus<a id="footnotetag18" name= +"footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>. +Cette supposition paraît fondée. Quant au crime +commis, il n'était peut-être <a name="pX"></a><span +class="pagenum">P. X</span> pas d'une extrême +gravité. Les lois étaient sévères, et +les compagnons de Villon devaient avoir, comme lui, des +antécédents fâcheux.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name= +"footnote17"></a><b>Note 17:</b> <a href= +"#footnotetag17">(retour)</a> C'est ce qu'indiquent clairement +ces deux vers de la <a href="#p104">page 104:</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>On ne m'eust, parmi ce drapel,</i></p> +<p><i>Faict boyre à celle escorcherie</i>.</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name= +"footnote18"></a><b>Note 18:</b> <a href= +"#footnotetag18">(retour)</a> Voy. la <i>Belle leçon aux +enfans perduz</i>, <a href="#p086">p. 86,</a> et le +<i>Jargon</i>, <a href="#p125">p. 125.</a></blockquote> +<p>Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est +vrai qu'il ne négligea rien pour se tirer d'affaire: il +appela de la sentence, ce qui lui valut quelque répit; +puis, du moins ceci paraît certain, à l'occasion de +la naissance d'une princesse qu'il appelle Marie, il implora la +protection du père de cette princesse. Cette +démarche lui réussit: le prince intercéda +pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du +bannissement. Villon se montra pénétré de +reconnaissance. Il adressa une requête au Parlement, pour +lui rendre grâces autant que pour lui demander un +délai de trois jours pour quitter Paris, et il composa +pour la princesse qui venait de naître des vers pleins de +sentiment. M. Prompsault a cru que cette princesse était +Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, +née le 13 février 1457; mais c'était une +erreur. M. Auguste Vitu, qui prépare depuis nombre +d'années une édition de Villon, a reconnu qu'il +s'agissait de Marie d'Orléans, fille du poète +Charles d'Orléans, née le 19 décembre 1457, +et M. Campeaux a clairement démontré que cette +opinion était fondée.</p> +<p>A partir du moment où Villon quitte Paris, en +exécution de l'arrêt du Parlement, nous perdons sa +trace jusqu'en 1461. A cette époque nous le trouvons dans +les prisons de Meung-sur-Loire, où le détient +Thibault d'Aussigny, évêque d'Orléans. Quel +nouveau méfait lui reprochait-on? Ceux qui supposent qu'il +avait fabriqué de la fausse monnaie n'ont pas pris garde +que la punition de ce crime était exclusivement du ressort +des juges séculiers. Dans le <i>Débat du coeur et +du corps de Villon</i>, composé dans sa prison, le +poète attribue sa détention à sa <i>folle +plaisance</i>.</p> +<p>Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être +quelque <a name="pXI"></a><span class="pagenum">P. XI</span> +propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque +<i>plaisanterie</i> sentant le sacrilège, quelque aventure +galante par trop scandaleuse, toutes choses dont il était +bien capable et dont la répression regardait la justice +ecclésiastique. Il y a lieu de croire que le délit +n'était pas en rapport avec la punition, car Villon, qui +n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet, qui +se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait +jugé <i>par fausserie</i>, fit preuve de la plus violente +rancune contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même +certain que cette mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la +faveur de ses protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de +Bourbon.</p> +<p>Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de +Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain +et à l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait +été rendue contre lui mais le traitement qu'on lui +faisait subir devait le conduire lentement à une mort +certaine. Heureusement Louis XI, qui venait de succéder +à Charles VII, alla à Meung dans l'automne de 1461, +et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce, ainsi que le dit +M. Campeaux, par suite «du don de joyeux avènement +qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une +ville où le roi entrait après son sacre?» Je +serais plutôt porté à croire, malgré +l'absence de preuves, que Villon fut personnellement l'objet +d'une mesure de clémence de la part du roi; la +façon dont il en témoigne sa reconnaissance me +paraît justifier cette supposition <a id="footnotetag19" +name="footnotetag19"></a><a href= +"#footnote19"><sup>19</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name= +"footnote19"></a><b>Note 19:</b> <a href= +"#footnotetag19">(retour)</a> On a dit récemment que le +roi qui délivra Villon était Charles VII. Je ne +puis adopter cette opinion. Sans examiner ici la valeur du +document sur lequel elle est basée, je me bornerai +à faire remarquer que Charles VII mourut à +Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet +1461, précisément au moment où Villon +était dans la prison de Meung-sur-Loire, près +d'Orléans, où il passa <i>tout un +été</i> (<a href="#p021">p. 21,</a> v. 14), +c'est-à-dire tout l'été de la même +année 1461.</blockquote> +<p>En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins en +partie, le <i>Grand Testament</i>, <a name="pXII"></a><span +class="pagenum">P. XII</span> dans lequel sont intercalées +des pièces qui se rapportent à diverses +époques de sa vie, et dont quelques-unes ont dû +être composées beaucoup plus tard.</p> +<p>Il est probable, en effet, que Villon vécut encore +longtemps; mais on ne sait rien de précis à cet +égard. Les conjectures sur lesquelles on se fonde pour +placer la date de sa mort entre 1480 et 1489 ne sont, en +définitive, que des conjectures. Quant aux voyages qu'on +lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai, Salins, Angers, +Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, rien ne prouve qu'ils +ont eu lieu. Villon nomme ces localités dans ses oeuvres, +il est vrai, mais nulle part il ne dit qu'il les a +visitées. Son voyage à Bruxelles, son séjour +en Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite +au roi Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, +malgré mon respect pour celui qui s'en est fait +l'historien <a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a +href="#footnote20"><sup>20</sup></a>. Ce qui me semble hors de +doute, c'est sa retraite dans le centre de la France, où +semblait l'attirer quelque chose qui nous est inconnu, +peut-être quelque relation de famille. Dans le <i>Petit +Testament</i>, il annonce qu'il va à Angers<a id= +"footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href= +"#footnote21"><sup>21</sup></a>; il en revenait peut-être +lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le +<i>Grand Testament</i>, il dit qu'il «parle un peu +poictevin <a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href= +"#footnote22"><sup>22</sup></a>.» La <i>Ballade Villon</i> +(<a href="#p109">p. 109</a>) et la <i>Double ballade</i> (<a +href="#p107">p. 107</a>) prouvent qu'il séjourna quelque +temps à Blois, à la cour de Charles +d'Orléans, <a name="pXIII"></a><span class="pagenum">P. +XIII</span> et le vers de la <a href="#p111">page 111:</a></p> +<p><i>Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir.</i></p> +<p>autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du +prince une de ces charges qu'on donnait aux poètes de +cour. Ainsi, par le <i>Dit de la naissance Marie</i>, Villon +n'avait pas seulement échappé au dernier supplice; +il s'était de plus acquis la faveur de Charles +d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant +quelque temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, +arrivée en 1465.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name= +"footnote20"></a><b>Note 20:</b> <a href= +"#footnotetag20">(retour)</a> Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. +Nagel a relevé deux erreurs dans ce passage de Rabelais. +Villon n'aurait pu se trouver à la cour d'Edouard V, qui +ne monta sur le trône qu'en 1483, et le médecin +Thomas Linacre, né vers 1460, ne fut célèbre +que sous les règnes de Henri VII et de Henri +VIII.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name= +"footnote21"></a><b>Note 21:</b> <a href= +"#footnotetag21">(retour)</a> Page 9. —Le Franc archer de +Bagnolet dit, <a href="#p157">p. 157,</a> v. 12: «Ma +mère fut née d'Anjou;» mais cela ne +prouverait rien, même quand il serait +démontré que ce monologue est de +Villon.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name= +"footnote22"></a><b>Note 22:</b> <a href= +"#footnotetag22">(retour)</a> <a href="#p062">Page +62.</a></blockquote> +<p>Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, +qui lui faisait de «gracieux prêts <a id= +"footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href= +"#footnote23"><sup>23</sup></a>.»</p> +<p>Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que +«maistre François Villon, sus ses vieux jours, se +retira à Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un +homme de bien, abbé dudit lieu. Là, pour donner +passe-temps au peuple, entreprit faire jouer la Passion en gestes +et langage poictevin <a id="footnotetag24" name= +"footnotetag24"></a><a href= +"#footnote24"><sup>24</sup></a>.» Ce témoignage +n'est pas irrécusable; mais pourquoi ne pas l'accepter? +Après une vie aussi agitée, on aime à se +représenter le pauvre poète enfin tranquille, +à l'abri du besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux +dramatiques, auxquels il avait dû probablement, dans +d'autres temps, demander son pain <a id="footnotetag25" name= +"footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name= +"footnote23"></a><b>Note 23:</b> <a href= +"#footnotetag23">(retour)</a> <a href="#p115">P. 115,</a> v. +6.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name= +"footnote24"></a><b>Note 24:</b> <a href= +"#footnotetag24">(retour)</a> <i>oeuvres de Rabelais</i>, +édition Burgaud des Marets et Ratnery, t. II, p. 92. On +voit ensuite un tour joué au sacristain des cordeliers, +Estienne Tapecoue, qui sent bien son Villon, mais dont le +dénoûment cruel a pu être inventé par +Rabelais, qui n'aimait pas les moines.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name= +"footnote25"></a><b>Note 25:</b> <a href= +"#footnotetag25">(retour)</a> On croit que Villon donna des +représentations dramatiques à Paris et ailleurs, et +c'est comme directeur de troupe qu'on lui fait parcourir une +partie de la France et des Pays-Bas.</blockquote> +<p>En pénétrant dans les mystères de cette +existence misérable, on est frappé de deux choses: +D'abord, on remarque qu'elle n'exerça pas sur le coeur de +Villon toute l'action corruptrice qu'il y <a name= +"pXIV"></a><span class="pagenum">P. XIV</span> avait lieu de +redouter. Au milieu de son abjection, Villon conserve des +sentiments élevés. Il est plein d'amour et de +respect pour sa mère <a id="footnotetag26" name= +"footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>, de +reconnaissance pour quiconque l'a secouru <a id="footnotetag27" +name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>, +de vénération pour ceux qui ont fait de grandes +choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable qu'elle +était rare en ce temps-là <a id="footnotetag28" +name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup>28</sup></a>; +il regrette les erreurs de sa jeunesse, et le temps qu'il a si +mal employé <a id="footnotetag29" name= +"footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>; +voilà qui doit lui faire pardonner bien des choses.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name= +"footnote26"></a><b>Note 26:</b> <a href= +"#footnotetag26">(retour)</a> Voy. <a href="#p032">p. 32,</a> +huit. XXXVIII; <a href="#p054">p. 54,</a> huit. LXXIX; <a href= +"#p055">p. 55,</a> Ballade.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name= +"footnote27"></a><b>Note 27:</b> <a href= +"#footnotetag27">(retour)</a> Guillaume Villon, <a href= +"#p009">p. 9,</a> <a href="#p053">53</a>; Jean Cotard, p. <a +href="#p022">22,</a> <a href="#p058">58;</a> Louis XI, p. <a +href="#p023">23,</a> <a href="#p024">24;</a> le Parlement, <a +href="#p103">P. 103;</a> Marie d'Orléans, <a href= +"#p105">p. 105,</a> <a href="#p107">107;</a> le duc de Bourbon, +<a href="#p114">p. 114.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name= +"footnote28"></a><b>Note 28:</b> <a href= +"#footnotetag29">(retour)</a> Ces deux vers de la <a href= +"#p034">page 34:</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</i></p> +<p><i>Qu'Anglois brulèrent à Rouen</i>,</p> +</div> +</div> +<p>lui font d'autant plus d'honneur qu'à l'époque +où il les écrivit des gens éclairés +regardaient Jeanne d'Arc comme sorcière, et les Anglais +avaient en France de nombreux partisans.</p> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name= +"footnote29"></a><b>Note 29:</b> <a href= +"#footnotetag29">(retour)</a> <i>Grand Testament</i>, huitain +XXVI et suiv.</blockquote> +<p>Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du +poète<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a +href="#footnote30"><sup>30</sup></a>! Formé, comme on dit +aujourd'hui, à l'école du malheur, il vit les +choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie tout +à fait nouvelle. Il rompit en visière à +l'Allégorie, qui régnait alors en souveraine, +à toutes les afféteries de la poésie +rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du +temps. Il fut le premier poète <i>réaliste</i>. Que +l'on compare avec ses autres oeuvres les quelques pièces +qu'il a composées selon la poétique de ses +contemporains, la <i>Ballade Villon</i> (<a href="#p109">p. +109</a>), la <i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p. +103</a>), et d'autres, et l'on ne sera point tenté de +«regretter, <a name="pXV"></a><span class="pagenum">P. +XV</span> avec Clément Marot, qu'il n'ait pas +été «nourry en la court des rois et princes, +où les jugemens s'amendent et les langaiges se +pollissent,» car il y eût certainement plus perdu que +gagné.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name= +"footnote30"></a><b>Note 30:</b> <a href= +"#footnotetag30">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Travail mes lubres sentemens,</p> +<p>Esguisez comme une pelote,</p> +<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p> +<p>D'Averroys sur Aristote. (<a href="#p025">P. 25.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<p>M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé +le rôle de Villon dans la poésie française. +Je ne puis mieux faire que de lui emprunter ces quelques +lignes:</p> +<p>«... Au moment où parut Villon, la +littérature française en était +précisément à cette période de +transformation; de la poésie générale elle +passait à la poésie personnelle; ses contemporains, +subissant à leur insu cette phase littéraire, +s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort +que de bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est +là, et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, +sous ce rapport, offraient ses oeuvres. Elle est tellement +saisissante qu'elle a été reconnue de tous, et le +succès qui l'accueillit ne s'arrêta pas. +François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une +édition de ses poésies par Clément Marot, +qui le combla de ses louanges. Un peu plus tard, il est vrai, +l'école de Ronsard protesta. Pasquier condamne Villon, et +Du Verdier s'émerveille que Marot ait osé +«louer un si <i>goffe</i> ouvrier et faire cas de ce qui ne +vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que +la force partiale du préjugé; la Pléiade, +qui est en réalité aussi aristocratique que +savante, ne pouvait admirer Villon sans se condamner +elle-même; mais, ce moment passé, le charme +recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue; +Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire; +Voltaire l'imite; les érudits littéraires du XVIIe +et du XVIIIe siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, +l'abbé Massieu, l'abbé Goujet, parlent de lui comme +il convient, en même temps que Coustelier et Formey le +réimpriment, que La Monnoye l'annote, et que +Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. <a +name="pXVI"></a><span class="pagenum">P. XVI</span> De nos jours, +une justice encore plus éclatante lui a été +rendue. L'édition de Prompsault, à laquelle M. +Lacroix est venu ajouter, pourrait être acceptée +comme définitive, au moins quant au texte, si M. Vitu n'en +promettait une, qui, en profitant des précédentes, +donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui ont parlé +incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc Girardin, +Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres +encore, l'ont bien caractérisé. En même temps +qu'eux, M. Daunou a écrit sur notre poète une +longue étude, insérée dans le <i>Journal des +Savants</i>, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne +<i>Revue française</i>, des pages vives, aussi justes que +pleines de verve, qui ont été recueillies dans ses +<i>Grotesques</i>. Enfin, en 1850 M. Profillet, et en 1856 un +professeur allemand, M. Nagel, ont pris Villon pour sujet d'un +travail spécial; l'année dernière (1859), M. +Campeaux lui a consacré un excellent travail, auquel, pour +être meilleur, il ne manque peut-être qu'une plus +ancienne et plus familière connaissance des alentours. +Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître +l'originalité, la valeur aisée et puissante, la +force et <i>l'humanité</i> de la poésie de Villon. +Pour eux tous, et ce jugement est aujourd'hui sans appel, Villon +n'est pas seulement le poète supérieur du XVe +siècle, mais il est aussi le premier poète, dans le +vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et il s'est +écoulé un long temps avant que d'autres fussent +dignes d'être mis à côté de lui. +L'appréciation est maintenant juste et complète; +d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins +d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique +plus ou moins solide ou brillante; mais désormais les +traits de la figure de Villon sont arrêtés de +façon à ne plus changer, et ceux qui entreprendront +d'y revenir ne pourront rester dans la vérité +qu'à la condition de s'en tenir <a name="pXVII"></a><span +class="pagenum">P. XVII</span> aux mêmes +contours.»</p> +<p>Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant +légèrement sur le <i>Petit Testament</i>, +«qui n'est que spirituel, » et sur quelques +pièces qu'il regrette de trouver dans le <i>Grand +Testament</i>, ajoute:</p> +<p>«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais +dans la partie populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira +jamais assez à quel point le mérite de la +pensée et de la forme y est inestimable. Le sentiment en +est étrange, et aussi touchant que pittoresque dans sa +sincérité; Villon peint presque sans le savoir, et +en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même des +regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant, +mais dont il ne peut se défendre, il ne les montre que +pour en détourner. Je connais même peu de +leçons plus fortes que la ballade: <i>Tout aux tavernes et +aux filles</i>. La bouffonnerie, dans ses vers, se mêle +à la gravité, l'émotion à la +raillerie, la tristesse à la débauche; le trait +piquant se termine avec mélancolie; le sentiment du +néant des choses et des êtres est mêlé +d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout cela est +si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style suit la +pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le +temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est +habillé par le vêtement. C'est bien mieux que +l'esprit bourgeois, toujours un peu mesquin, c'est l'esprit +populaire que cet enfant des Halles, qui écrivait: <i>Il +n'est bon bec que de Paris</i>, a recueilli dans les rues et +qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il en +prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une +phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique +ou si légère, que cette langue colorée +reçoit de son génie l'élégance et +même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a +tout: la vigueur et le charme, la clarté et +l'éclat, la variété et l'unité, la +gravité et l'esprit, la brièveté incisive du +trait et la plénitude du <a name="pXVIII"></a><span class= +"pagenum">P. XVIII</span> sens, la souplesse capricieuse et la +fougue violente, la qualité contemporaine et +l'éternelle humanité. Il faut aller jusqu'à +Rabelais pour trouver un maître qu'on puisse lui comparer, +et qui écrive le français avec la science et +l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la +grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on +admire dans Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son +temps...»</p> +<p>On ne connaît certainement pas la totalité des +oeuvres de Villon, du moins sous son nom. Il est évident +que le <i>Petit Testament</i> n'est pas son coup d'essai. Lors de +son second procès, en 1457, il était probablement +connu par d'autres compositions. Sans cela, il est douteux que +Charles d'Orléans fût intervenu en sa faveur, et que +le Parlement lui eût fait grâce de la vie. Lorsqu'il +composa le <i>Grand Testament</i>, il y fit entrer quelques +pièces qui n'en faisaient pas nécessairement +partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y +trouve pas une ballade, pas un rondeau composés +antérieurement au <i>Petit Testament</i>. Villon ne +paraît pas avoir été très-soucieux de +recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans doute perdues; +d'autres sont disséminées dans des recueils +manuscrits ou imprimés où il n'est pas facile de +les reconnaître, soit parce qu'elles ne portent pas de nom +d'auteur, soit parce qu'elles sont attribuées à +d'autres. On ne connaît pas de manuscrit qui contienne tout +ce qu'on sait positivement lui appartenir. Les premières +éditions, qui furent faites sans son concours et +probablement après sa mort, ne contiennent que le +<i>Grand</i> et le <i>Petit Testament</i>, le <i>Jargon</i>, et +un petit nombre de pièces détachées. Jean de +Calais, l'éditeur présumé du <i>Jardin de +plaisance</i>, dont la première édition est de 1499 +ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur +testamentaire que Villon lui avait confiées, si tant est +qu'on doive prendre au sérieux les huitains CLX <a name= +"pXIX"></a><span class="pagenum">P. XIX</span> et CLXI du +<i>Grand Testament</i>. Il fit entrer dans son recueil diverses +pièces connues comme étant de Villon et beaucoup +d'autres qu'on lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, +mais sans dire des unes ni des autres qu'elles étaient de +lui.</p> +<p>M. Brunet a donné, dans la dernière +édition du <i>Manuel du Libraire</i>, une excellente +notice des éditions de Villon. La première avec +date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4°. Il en parut +plusieurs autres à la fin du XVe siècle et au +commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pré, 1532, +in-8, est la première à laquelle on ait joint les +<i>Repues franches</i>, le <i>Monologue du franc archier de +Baignolet</i> et le <i>Dialogue des seigneurs de Mallepaye et de +Baillevent</i> <a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a +href="#footnote31"><sup>31</sup></a></p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name= +"footnote31"></a><b>Note 31:</b> <a href= +"#footnotetag31">(retour)</a> Il avait été fait +antérieurement plusieurs éditions des <i>Repeues +franches</i>, qui s'ajoutaient aux éditions +correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des +signatures ou une pagination séparées.</blockquote> +<p>L'année suivante, le même Galiot Du Pré +publia la première édition des oeuvres de Villon +revues par Clément Marot.</p> +<p>En 1723 il parut chez Coustelier une édition de Villon, +avec les remarques d'Eusèbe de Laurière et une +lettre du P. Du Cerceau.</p> +<p>Les oeuvres de Villon furent réimprimées en +1742, à la Haye, avec les remarques de Laurière, Le +Duchat et Formey, des mémoires de Prosper Marchand et une +lettre critique extraite du <i>Mercure</i> de février +1724.</p> +<p>En 1832 parut l'édition de Prompsault, fruit de longues +et laborieuses recherches, et qui, sans être parfaite, ne +méritait pas le discrédit dont elle a +été frappée pendant longtemps.</p> +<p>Dans l'édition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de <a name= +"pXX"></a><span class="pagenum">P. XX</span> Prompsault a +été revu, notablement amélioré, +élucidé par des notes où brillent +l'érudition et la sagacité bien connues de leur +auteur.</p> +<p>Enfin, tout récemment, M. Paul Lacroix a publié +le texte des deux <i>Testaments</i> d'après un manuscrit +de la bibliothèque de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de +cette intéressante publication, d'abord parce que +l'impression de mon édition était trop +avancée, puis pour une autre raison: c'est que je ne +pouvais m'écarter du texte que j'avais adopté.</p> +<p>On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention +de faire une édition des oeuvres de Villon. A cet effet, +il avait annoté un exemplaire de l'édition de 1723. +Cet exemplaire, dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a +été retrouvé, en 1858, au <i>British +Museum</i>, par M. Gustave Masson, qui m'a gracieusement offert +une copie du travail de La Monnoye.</p> +<p>En tête de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit +d'abord ce titre, qui nous fait connaître le plan d'une +vaste collection qu'il projetait:</p> +<p><i>L'Histoire et les Chefs de la poésie +françoise, avec la liste des poètes +provençaux et françois, accompagnée de +remarques sur le caractère de leurs ouvrages.</i></p> +<p>Puis vient ce titre particulier:</p> +<p><i>Poésies de François Villon et de ses +disciples, revues sur les différentes éditions, +corrigées et augmentées sur le manuscrit de M. le +duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies d'un grand +nombre de pièces, avec des notes historiques et +critiques.</i></p> +<p>La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernière +main à son édition de Villon. Son travail ne porta +que sur l'établissement du texte. La comparaison des +manuscrits et des anciennes éditions, <a name= +"pXXI"></a><span class="pagenum">P. XXI</span> faite par un homme +tel que La Monnoye, devait donner d'excellents résultats. +J'ai reproduit scrupuleusement, sauf deux ou trois exceptions +indiquées dans les notes, le texte tel qu'il a +été arrêté par lui, et ce texte est +assurément le meilleur qu'on ait donné +jusqu'à présent.</p> +<p>La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de +l'édition de 1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux +qui n'avaient pas encore été publiés, et qui +ont paru pour la première fois dans l'édition +Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poésies +qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour répondre +de mon mieux à son plan, je donne à la fin du +volume dix-sept pièces tirées du <i>Jardin de +plaisance</i>. M. Campeaux en avait publié un plus grand +nombre: j'ai fait un choix dans son choix, et si les +pièces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont au +moins de son école, et souvent dignes de lui.</p> +<p>Pour toute la partie du texte établie par La Monnoye, +je n'avais qu'une chose à faire: suivre la leçon +adoptée par lui. A l'égard des pièces dont +il ne s'était pas occupé, j'ai dû agir +autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les +éditions originales.</p> +<p>A défaut des notes historiques et critiques promises +par La Monnoye, et sans avoir la prétention de les +suppléer, je donne à la suite du texte quelques +renseignements qui m'ont paru nécessaires, puis un +<i>Glossaire-Index,</i> dans lequel j'ai tenté d'expliquer +les mots vieillis, de donner des renseignements sur les personnes +et les choses. S'il n'a pas d'autre utilité, ce travail +servira du moins de table.</p> +<p>Une édition de Villon n'est pas facile à faire. +J'ai largement mis à profit les travaux de mes devanciers, +et je me plais à le reconnaître. J'aurais pu relever +bien des erreurs: je me suis contenté <a name= +"pXXII"></a><span class="pagenum">P. XXII</span> de les corriger. +Je crois que cette édition vaut mieux que celles qui l'ont +précédée. D'autres viendront après +moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner l'exemple +de l'indulgence.</p> +<p>P. JANNET.</p> +<br> +<br> +<br> + +<p>REMARQUES PHILOLOGIQUES. <a name="pXXIII"></a><span class= +"pagenum">P. XXIII</span></p> +<p>La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue +française, riche et simple, claire, naturelle, à +l'allure vive et franche. C'est encore la langue des fabliaux, +assouplie, mais presque entièrement +préservée de l'invasion des mots +pédantesques forgés dans la seconde moitié +du XVe siècle. Le <i>Glossaire</i>, dont l'étendue +est grande relativement à celle du livre, n'offre qu'un +petit nombre de ces mots. En revanche, il en contient beaucoup +d'autres dont la perte est regrettable.</p> +<p>Villon était très-sévère pour la +rime. Aussi, lorsque nous rencontrons à la fin de ses vers +quelque chose qui nous paraît anormal, nous devons nous +garder de l'expliquer par une négligence du poëte. Il +faut chercher d'autres raisons; cela peut amener des observations +intéressantes.</p> +<p>Par exemple, lorsqu'il fait rimer <i>e</i> avec <i>a</i> <a +id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href= +"#footnote32"><sup>32</sup></a>, cela prouve, ainsi que Marot l'a +remarqué, que Villon prononçait, à la +parisienne, <i>a</i> pour <i>e</i>.</p> +<p>Lorsqu'il fait rimer <i>oi, oy</i>, avec <i>ai, ay, +é</i> <a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a +href="#footnote33"><sup>33</sup></a>, cela prouve que ce que nous +appelons la diphtongue <i>oi</i> se prononçait +<i>é</i> ou <i>è</i>.</p> +<p>S'il fait rimer <i>Changon, Nygon, escourgon</i>, avec <a +name="pXXIV"></a><span class="pagenum">P. XXIV</span> +<i>donjon</i> <a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a +href="#footnote34"><sup>34</sup></a>, c'est que, dans certains +cas, le <i>g</i> se prononçait <i>j</i>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name= +"footnote32"></a><b>Note 32:</b> <a href= +"#footnotetag32">(retour)</a> <i>Robert, Haubert</i>, avec +<i>pluspart, poupart</i> (<a href="#p011">p.11</a> et <a href= +"#p012">12</a>); <i>La Barre, feurre</i>, avec <i>terre, +guerre</i> (<a href="#p014">p. 14</a>); <i>appert</i> avec +<i>part, despart</i> (<a href="#p044">p. 44</a>), +etc.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name= +"footnote33"></a><b>Note 33:</b> <a href= +"#footnotetag33">(retour)</a> <i>Chollet</i> avec <i>souloit</i> +(<a href="#p014">p. 14);</a> <i>exploictz</i> avec <i>laiz</i> +(<a href="#p017">p. 17</a>); <i>moyne, essoyne, royne</i>, avec +<i>Seine</i> (<a href="#p034">p. 34</a>), etc.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name= +"footnote34"></a><b>Note 34:</b> <a href= +"#footnotetag34">(retour)</a> Pages <a href="#p012">12</a> et <a +href="#p013">13.</a></blockquote> +<p>S'il fait rimer <i>fuste</i> avec <i>fusse, +prophètes</i> avec <i>fesses</i><a id="footnotetag35" +name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>, +c'est encore une affaire de prononciation parisienne.</p> +<p>Il en est de même d'<i>ancien, Valérien, +paroissien,</i> rimant avec <i>an</i><a id="footnotetag36" name= +"footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>.</p> +<p>Lorsqu'il écrit <i>soullon</i> pour rimer avec +<i>Roussillon</i><a id="footnotetag37" name= +"footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>, il +entend que les deux <i>ll</i> seront mouillées, et +prononcées comme telles, sans être +précédées d'un <i>i</i> comme en +espagnol.</p> +<p>Comment faut-il prononcer le nom de Villon?</p> +<p>La <i>Ballade</i> de la page <a href="#p099">99,</a> +l'<i>Epistre</i> de la page <a href="#p111">111,</a> le +<i>Problème</i> ou <i>Ballade</i> de la page <a href= +"#p120">120,</a> etc., ne laissent aucun doute à cet +égard. On doit le prononcer comme les deux +dernières syllabes du mot <i>paVILLON</i>, +c'est-à-dire comme on pourra. En France, ce n'est +guère que dans le Midi qu'on sait prononcer les <i>ll +mouillées</i>. Les Parisiens diront <i>Viyon</i>; les +Picards, <i>Vilion</i>....</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Mais bel est fol et lunaticque</p> +<p>Qui de ce fait sermon si long;</p> +<p>Peu nuit à la chose publicque</p> +<p>Se Brussiens disent Filon.</p> +<p>Il ne m'en chaut gueres si l'on</p> +<p>Choisit de ces façons la pire,</p> +<p>Et bien veuil qu'on dise selon</p> +<p>Que dès pieça l'on souloit dire.</p> +</div> +</div> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name= +"footnote35"></a><b>Note 35:</b> <a href= +"#footnotetag35">(retour)</a> Pages <a href="#p026">26</a> et <a +href="#p052">52.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name= +"footnote36"></a><b>Note 36:</b> <a href= +"#footnotetag36">(retour)</a> <a href="#p081">P. +81.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name= +"footnote37"></a><b>Note 37:</b> <a href= +"#footnotetag37">(retour)</a> Voy. la Ballade de la page <a href= +"#p099">99.</a></blockquote> +<br> +<br> +<br> + <a name="p001"></a><span class="pagenum">P. 1</span> +<h3>CLÉMENT MAROT DE CAHORS<br> + Varlet de chambre du Roy</h3> +<p>AUX LECTEURS.</p> +<p><i>Entre tous les bons livres imprimez de la langue +françoise ne s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement +corrompu que celluy de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le +meilleur Poète parisien qui se trouve) comment les +imprimeurs de Paris et les enfans de la ville n'en ont eu plus +grand soing. Je ne suis (certes) en rien son voysin; mais, pour +l'amour de son gentil entendement, et en recompense de ce que je +puys avoir aprins de luy en lisant ses Oeuvres, j'ai faict +à icelles ce que je vouldroys estre faict aux miennes, si +elles estaient tombées en semblable inconvénient. +Tant y ay trouvé de broillerie en l'ordre des coupletz et +des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en la raison, que +je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de +l'oeuvre ainsi oultrement gastée, ou de l'ignorance de +ceux qui l'imprimèrent; et, pour en faire preuve, me suys +advisé (Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets +incorrects du mal imprimé Villon, qui vous fera exemple et +tesmoing d'ung grand nombre d'autres autant broillez et gastez +que luy, lequel est tel</i>:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"><a name="p002"></a><span class="pagenum">P. +2</span> +<p>Or est vray qu'après plainctz et pleurs</p> +<p>Et angoisseux gemissemens,</p> +<p>Apres tristesses et douleurs</p> +<p>Labeurs et griefz cheminemens</p> +<p>Travaille mes lubres sentemens</p> +<p>Aguysez ronds, comme une pelote</p> +<p>Monstrent plus que les commens</p> +<p>En sens moral de Aristote.</p> +</div> +</div> +<p><i>Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre +grandement corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouvé aux +vieilles impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez +maintenant comment il a esté r'abillé, et en jugez +gratieusement</i>:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p>Or est vray qu'après plainctz et pleurs</p> +<p>Et angoisseux gemissemens,</p> +<p>Apres tristesses et douleurs,</p> +<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p> +<p>Travail mes lubres sentements</p> +<p>Aguysa (ronds comme pelote),</p> +<p>Me monstrant plus que les comments</p> +<p>Sur le sens moral d'Aristote.</p> +</div> +</div> +<p><i>Voylà comment il me semble que l'autheur +l'entendoit; et vous suffise ce petit amendement pour vous rendre +advertiz de ce que puys avoir amendé en mille autres +passages, dont les aucuns me ont esté aisez et les autres +très difficiles. Toutesfoys, partie avecques les vieulx +imprimez, partie avecques l'ayde de bons vieillards qui en +sçavent par cueur, et partie par deviner avecques jugement +naturel, a esté reduict nostre Villon en meilleure et plus +entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages, et ce sans +avoir touché à l'antiquité de <a name= +"p003"></a><span class="pagenum">P. 3</span> son parler, à +sa façon de rimer, à ses meslées et longues +parenthèses, à la quantité de ses sillabes, +ne à ses couppes, tant féminines que masculines; +esquelles choses il n'a suffisamment observé les vrayes +reigles de françoise poésie, et ne suys d'advis que +en cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent +ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit +qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement descrire, +et qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en +ses Ballades, qui est vrayment belle et héroïque, et +ne fay double qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier +devant tous les Poètes de son temps, s'il eust esté +nourry en la Court des Roys et des Princes, là où +les jugemens se amendent et les langaiges se pollissent. Quant +à l'industrie des lays qu'il feit en ses Testamens, pour +suffisamment la congnoistre et entendre il fauldroit avoir +esté de son temps à Paris, et avoir congneu les +lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mémoire +desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle +industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire +une oeuvre de longue durée ne preigne son soubject sur +telles choses basses et particulières. Le reste des +Oeuvres de nostre Villon (hors cela) est de tel artifice, tant +plain de bonne doctrine et tellement painct de mille belles +couleurs, que le temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu +effacer; et moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que +les bonnes escriptures françoises sont et seront mieulx +congneues et recueillies que jamais.</i></p> +<p><i>Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touché +à son antique façon de parler, je vous ay +exposé sur la marge, avecques les annotations, ce qui m'a +semblé le plus dur à entendre, laissant le reste +à vos promptes intelligences, comme</i> ly Roys +<i>pour</i> le Roy, homs <i>pour homme</i>, compaing <a name= +"p004"></a><span class="pagenum">P. 4</span> <i>pour</i> +compaignon; <i>aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs +autres incongruitez dont estait plain le langaige mal lymé +d'icelluy temps.</i></p> +<p><i>Après, quand il s'est trouvé faulte de vers +entiers, j'ay prins peine de les refaire au plus près +(selon mon possible) de l'intention de l'autheur, et les +trouverez expressément marquez de cette marque</i> f, +<i>afin que ceulx qui les sçauront en la sorte que Villon +les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux +vieulx.</i></p> +<p><i>Oultre plus, les termes et les vers qui estaient +interposez, trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop +courtes, allongées; les trop longues acoursies; les mots +obmys, remys; les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx +attiltrez.</i></p> +<p><i>Finalement, j'ay changé l'ordre du livre, et m'a +semblé plus raisonnable de le faire commencer par le Petit +Testament, d'autant qu'il fut faict cinq ans avant +l'autre.</i></p> +<p><i>Touchant le Jargon, je le laisse à corriger et +exposer aux successeurs de Villon en l'art de la pinse et du +croq.</i></p> +<p><i>Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit +racoustré ainsi qu'il appartient, je luy respons +dès maintenant que, s'il estait autant navré en sa +personne comme j'ay trouvé Villon blessé en ses +Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui le sceust panser sans +apparence de cicatrice; et me suffira que le labeur qu'en ce j'ay +employé soit agréable au Roy mon souverain, qui est +cause et motif de ceste emprise et de l'exécution +d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et par +très bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres +qui s'ensuyvent.</i></p> +<p>MAROT <a name="p005"></a><span class="pagenum">P. 5</span></p> +<p>AU ROY FRANÇOIS Ier.</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p>Si à Villon on treuve encor à dire,</p> +<p>S'il n'est reduict ainsi qu'ay prétendu,</p> +<p>A moy tout seul en soit le blasme (Sire),</p> +<p>Qui plus y ay travaillé qu'entendu;</p> +<p>Et s'il est mieux en son ordre estendu</p> +<p>Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,</p> +<p>Le gré à vous en doyt estre rendu,</p> +<p>Qui fustes seul cause de l'entreprise.</p> +</div> +</div> +<br> +<br> + +<p><a name="p007"></a><span class="pagenum">P. 7</span></p> +<h3>LE<br> +PETIT TESTAMENT<br> +DE MAISTRE<br> +FRANÇOIS VILLON</h3> +<p>FAIT L'AN 1456.</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p>Mil quatre cens cinquante et six,</p> +<p>Je, François Villon, escollier,</p> +<p>Considérant, de sens rassis,</p> +<p>Le frain aux dents, franc au collier,</p> +<p>Qu'on doit ses oeuvres conseiller,</p> +<p>Comme Vegèce le racompte,</p> +<p>Saige Romain, grand conseiller,</p> +<p>Ou autrement on se mescompte.</p> +</div> +<p>II.</p> +<div class="stanza"> +<p>En ce temps que j'ay dit devant,</p> +<p>Sur le Noël, morte saison,</p> +<p>Lorsque les loups vivent de vent,</p> +<p>Et qu'on se tient en sa maison,</p> +<p>Pour le frimas, près du tison:</p> +<p>Cy me vint vouloir de briser</p> +<p>La très amoureuse prison</p> +<p>Qui souloit mon cueur desbriser.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>III.</p> +</div> +<a name="p008"></a><span class="pagenum">P. 8</span> +<div class="stanza"> +<p>Je le feis en telle façon,</p> +<p>Voyant Celle devant mes yeulx</p> +<p>Consentant à ma deffaçon,</p> +<p>Sans ce que jà luy en fust mieulx;</p> +<p>Dont je me deul et plains aux cieulx,</p> +<p>En requérant d'elle vengence</p> +<p>A tous les dieux venerieux,</p> +<p>Et du grief d'amours allégence.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, se je pense à ma faveur,</p> +<p>Ces doulx regrets et beaulx semblans</p> +<p>De très decepvante saveur,</p> +<p>Me trespercent jusques aux flancs:</p> +<p>Bien ilz ont vers moy les piez blancs</p> +<p>Et me faillent au grant besoing.</p> +<p>Planter me fault autre complant</p> +<p>Et frapper en un autre coing.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>V.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le regard de Celle m'a prins,</p> +<p>Qui m'a esté félonne et dure;</p> +<p>Sans ce qu'en riens aye mesprins,</p> +<p>Veult et ordonne que j'endure</p> +<p>La mort, et que plus je ne dure.</p> +<p>Si n'y voy secours que fouir.</p> +<p>Rompre veult la dure souldure,</p> +<p>Sans mes piteux regrets ouir!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour obvier à ses dangiers,</p> +<p>Mon mieulx est, ce croy, de partir.</p> +<p>Adieu! Je m'en voys à Angiers,</p> +<a name="p009"></a><span class="pagenum">P. 9</span> +<p>Puisqu'el ne me veult impartir</p> +<p>Sa grace, ne me departir.</p> +<p>Par elle meurs, les membres sains;</p> +<p>Au fort, je meurs amant martir,</p> +<p>Du nombre des amoureux saints!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien que le départ soit dur,</p> +<p>Si fault-il que je m'en esloingne.</p> +<p>Comme mon paouvre sens est dur!</p> +<p>Autre que moy est en queloingne,</p> +<p>Dont onc en forest de Bouloingne</p> +<p>Ne fut plus alteré d'humeur.</p> +<p>C'est pour moy piteuse besoingne:</p> +<p>Dieu en vueille ouïr ma clameur!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et puisque departir me fault,</p> +<p>Et du retour ne suis certain:</p> +<p>Je ne suis homme sans deffault,</p> +<p>Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.</p> +<p>Vivre aux humains est incertain,</p> +<p>Et après mort n'y a relaiz:</p> +<p>Je m'en voys en pays loingtaing;</p> +<p>Si establiz ce présent laiz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Premièrement, au nom du Père,</p> +<p>Du Filz et du Saint-Esperit,</p> +<p>Et de la glorieuse Mère</p> +<p>Par qui grace riens ne périt,</p> +<p>Je laisse, de par Dieu, mon bruit</p> +<p>A maistre Guillaume Villon,</p> +<p>Qui en l'honneur de son nom bruit,</p> +<a name="p010"></a><span class="pagenum">P. 10</span> +<p>Mes tentes et mon pavillon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>X.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A celle doncques que j'ay dict,</p> +<p>Qui si durement m'a chassé,</p> +<p>Que j'en suys de joye interdict</p> +<p>Et de tout plaisir déchassé,</p> +<p>Je laisse mon coeur enchassé,</p> +<p>Palle, piteux, mort et transy:</p> +<p>Elle m'a ce mal pourchassé,</p> +<p>Mais Dieu luy en face mercy!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et à maistre Ythier, marchant,</p> +<p>Auquel je me sens très tenu,</p> +<p>Laisse mon branc d'acier tranchant,</p> +<p>Et à maistre Jehan le Cornu,</p> +<p>Qui est en gaige détenu</p> +<p>Pour ung escot six solz montant;</p> +<p>Je vueil, selon le contenu,</p> +<p>Qu'on luy livre, en le racheptant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à Sainct-Amant</p> +<p>Le Cheval Blanc avec la Mulle,</p> +<p>Et à Blaru, mon dyamant</p> +<p>Et l'Asne rayé qui reculle.</p> +<p>Et le décret qui articulle:</p> +<p><i>Omnis utriusque sexus</i>,</p> +<p>Contre la Carmeliste bulle,</p> +<p>Laisse aux curez, pour mettre sus.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIII.</p> +<a name="p011"></a><span class="pagenum">P. 11</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Jehan Trouvé, bouchier,</p> +<p>Laisse le mouton franc et tendre,</p> +<p>Et ung tachon pour esmoucher</p> +<p>Le boeuf couronné qu'on veult vendre,</p> +<p>Et la vache qu'on ne peult prendre.</p> +<p>Le vilain qui la trousse au col,</p> +<p>S'il ne la rend, qu'on le puist pendre</p> +<p>Ou estrangler d'un bon licol!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et à maistre Robert Vallée,</p> +<p>Povre clergeon au Parlement,</p> +<p>Qui ne tient ne mont ne vallée,</p> +<p>J'ordonne principalement</p> +<p>Qu'on luy baille legerement</p> +<p>Mes brayes, estans aux trumellières,</p> +<p>Pour coeffer plus honestement</p> +<p>S'amye Jehanneton de Millières.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce qu'il est de lieu honeste,</p> +<p>Fault qu'il soit myeulx recompensé,</p> +<p>Car le Saint-Esprit l'admoneste.</p> +<p>Ce obstant qu'il est insensé.</p> +<p>Pour ce, je me suis pourpensé,</p> +<p>Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,</p> +<p>De recouvrer sur Malpensé,</p> +<p>Qu'on lui baille, l'Art de mémoire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item plus, je assigne la vie</p> +<p>Du dessusdict maistre Robert...</p> +<a name="p012"></a><span class="pagenum">P. 12</span> +<p>Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!</p> +<p>Mes parens, vendez mon haubert,</p> +<p>Et que l'argent, ou la pluspart,</p> +<p>Soit employé, dedans ces Pasques,</p> +<p>Pour achepter à ce poupart</p> +<p>Une fenestre emprès Saint-Jacques.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Derechief, je laisse en pur don</p> +<p>Mes gands et ma hucque de soye</p> +<p>A mon amy Jacques Cardon;</p> +<p>Le gland aussi d'une saulsoye,</p> +<p>Et tous les jours une grosse oye</p> +<p>Et ung chappon de haulte gresse;</p> +<p>Dix muys de vin blanc comme croye,</p> +<p>Et deux procès, que trop n'engresse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à ce jeune homme,</p> +<p>René de Montigny, troys chiens;</p> +<p>Aussi à Jehan Raguyer, la somme</p> +<p>De cent frans, prins sur tous mes biens;</p> +<p>Mais quoy! Je n'y comprens en riens</p> +<p>Ce que je pourray acquerir:</p> +<p>On ne doit trop prendre des siens,</p> +<p>Ne ses amis trop surquerir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au seigneur de Grigny</p> +<p>Laisse la garde de Nygon,</p> +<p>Et six chiens plus qu'à Montigny,</p> +<p>Vicestre, chastel et donjon;</p> +<p>Et à ce malostru Changon,</p> +<p>Moutonnier qui tient en procès,</p> +<p>Laisse troys coups d'ung escourgon,</p> +<a name="p013"></a><span class="pagenum">P. 13</span> +<p>Et coucher, paix et aise, en ceps.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et à maistre Jacques Raguyer,</p> +<p>Je laisse l'Abreuvoyr Popin,</p> +<p>Pour ses paouvres seurs grafignier;</p> +<p>Tousjours le choix d'ung bon lopin,</p> +<p>Le trou de la Pomme de pin,</p> +<p>Le doz aux rains, au feu la plante,</p> +<p>Emmailloté en jacopin;</p> +<p>Et qui vouldra planter, si plante.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Mautainct</p> +<p>Et maistre Pierre Basannier,</p> +<p>Le gré du Seigneur, qui attainct</p> +<p>Troubles, forfaits, sans espargnier;</p> +<p>Et à mon procureur Fournier,</p> +<p>Bonnetz courts, chausses semellées,</p> +<p>Taillées sur mon cordouennier,</p> +<p>Pour porter durant ces gellées.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au chevalier du guet,</p> +<p>Le heaulme luy establis;</p> +<p>Et aux pietons qui vont d'aguet</p> +<p>Tastonnant par ces establis,</p> +<p>Je leur laisse deux beaulx rubis,</p> +<p>La lenterne à la Pierre-au-Let.,</p> +<p>Voire-mais, j'auray les <i>Troys licts</i>,</p> +<p>S'ilz me meinent en Chastellet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIII.</p> +<a name="p014"></a><span class="pagenum">P. 14</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Perrenet Marchant,</p> +<p>Qu'on dit le Bastard de la Barre,</p> +<p>Pour ce qu'il est ung bon marchant,</p> +<p>Luy laisse trois gluyons de feurre</p> +<p>Pour estendre dessus la terre</p> +<p>A faire l'amoureux mestier,</p> +<p>Où il luy fauldra sa vie querre,</p> +<p>Car il ne scet autre mestier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au Loup et à Chollet,</p> +<p>Je laisse à la foys un canart,</p> +<p>Prins sous les murs, comme on souloit,</p> +<p>Envers les fossez, sur le tard;</p> +<p>Et à chascun un grand tabart</p> +<p>De cordelier, jusques aux pieds,</p> +<p>Busche, charbon et poys au lart,</p> +<p>Et mes housaulx sans avantpiedz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Derechief, je laisse en pitié,</p> +<p>A troys petitz enfans tous nudz,</p> +<p>Nommez en ce présent traictié,</p> +<p>Paouvres orphelins impourveuz,</p> +<p>Tous deschaussez, tous despourveus,</p> +<p>Et desnuez comme le ver;</p> +<p>J'ordonne qu'ils seront pourveuz,</p> +<p>Au moins pour passer cest yver.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Premièrement, Colin Laurens,</p> +<p>Girard Gossoyn et Jehan Marceau,</p> +<p>Desprins de biens et de parens,</p> +<a name="p015"></a><span class="pagenum">P. 15</span> +<p>Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,</p> +<p>Chascun de mes biens ung faisseau,</p> +<p>Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;</p> +<p>Ils mangeront maint bon morceau,</p> +<p>Ces enfans, quand je seray vieulx!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, ma nomination,</p> +<p>Que j'ay de l'Université,</p> +<p>Laisse par résignation,</p> +<p>Pour forclorre d'adversité</p> +<p>Paouvres clercs de ceste cité,</p> +<p>Soubz cest <i>intendit</i> contenuz:</p> +<p>Charité m'y a incité,</p> +<p>Et Nature, les voyant nudz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est maistre Guillaume Cotin</p> +<p>Et maistre Thibault de Vitry,</p> +<p>Deux paouvres clercs, parlans latin,</p> +<p>Paisibles enfans, sans estry,</p> +<p>Humbles, bien chantans au lectry.</p> +<p>Je leur laisse cens recevoir</p> +<p>Sur la maison Guillot Gueuldry,</p> +<p>En attendant de mieulx avoir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item plus, je adjoinctz à la Crosse</p> +<p>Celle de la rue Sainct-Anthoine,</p> +<p>Et ung billart de quoy on crosse,</p> +<p>Et tous les jours plain pot de Seine,</p> +<p>Aux pigons qui sont en l'essoine,</p> +<p>Enserrez soubz trappe volière,</p> +<p>Et mon mirouer bel et ydoyne,</p> +<a name="p016"></a><span class="pagenum">P. 16</span> +<p>Et la grace de la geollière.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse aux hospitaux</p> +<p>Mes chassis tissus d'araignée;</p> +<p>Et aux gisans soubz les estaux,</p> +<p>Chascun sur l'oeil une grongnée,</p> +<p>Trembler à chière renffrongnée,</p> +<p>Maigres, velluz et morfonduz;</p> +<p>Chausses courtes, robbe rongnée,</p> +<p>Gelez, meurdriz et enfonduz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à mon barbier</p> +<p>Les rongneures de mes cheveulx,</p> +<p>Plainement et sans destourbier;</p> +<p>Au savetier, mes souliers vieulx,</p> +<p>Et au fripier, mes habitz tieulx</p> +<p>Que, quant du tout je les délaisse,</p> +<p>Pour moins qu'ilz ne coustèrent neufz</p> +<p>Charitablement je leur laisse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, aux Quatre Mendians,</p> +<p>Aux Filles Dieu et aux Beguynes,</p> +<p>Savoureulx morceaulx et frians,</p> +<p>Chappons, pigons, grasses gelines,</p> +<p>Et puis prescher les Quinze Signes,</p> +<p>Et abatre pain à deux mains.</p> +<p>Carmes chevaulchent nos voisines,</p> +<p>Mais cela ne m'est que du meins.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIII.</p> +<a name="p017"></a><span class="pagenum">P. 17</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Item, laisse le Mortier d'or</p> +<p>A Jehan l'Espicier, de la Garde,</p> +<p>Et une potence à Sainct-Mor,</p> +<p>Pour faire ung broyer à moustarde,</p> +<p>Et celluy qui feit l'avant-garde,</p> +<p>Pour faire sur moy griefz exploitz,</p> +<p>De par moy sainct Anthoine l'arde!</p> +<p>Je ne lui lairray autre laiz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à Mairebeuf</p> +<p>Et à Nicolas de Louvieulx,</p> +<p>A chascun l'escaille d'un oeuf,</p> +<p>Plaine de frans et d'escus vieulx,</p> +<p>Quant au concierge de Gouvieulx,</p> +<p>Pierre Ronseville, je ordonne,</p> +<p>Pour luy donner encore mieulx,</p> +<p>Escus telz que prince les donne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Finalement, en escrivant,</p> +<p>Ce soir, seullet, estant en bonne,</p> +<p>Dictant ces laiz et descripvant,</p> +<p>Je ouyz la cloche de Sorbonne,</p> +<p>Qui tousjours à neuf heures sonne</p> +<p>Le Salut que l'Ange prédit;</p> +<p>Cy suspendy et cy mis bonne,</p> +<p>Pour pryer comme le cueur dit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cela fait, je me entre-oubliai,</p> +<p>Non pas par force de vin boire,</p> +<p>Mon esperit comme lié;</p> +<a name="p018"></a><span class="pagenum">P. 18</span> +<p>Lors je senty dame Mémoire</p> +<p>Rescondre et mectre en son aulmoire</p> +<p>Ses espèces collaterales,</p> +<p>Oppinative faulce et voire,</p> +<p>Et autres intellectualles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et mesmement l'extimative,</p> +<p>Par quoy prospérité nous vient;</p> +<p>Similative, formative,</p> +<p>Desquelz souvent il advient</p> +<p>Que, par l'art trouvé, hom devient</p> +<p>Fol et lunaticque par moys:</p> +<p>Je l'ay leu, et bien m'en souvient,</p> +<p>En Aristote aucunes fois.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Doncques le sensif s'esveilla</p> +<p>Et esvertua fantasie,</p> +<p>Qui tous argeutis resveilla,</p> +<p>Et tint souveraine partie,</p> +<p>En souppirant, comme amortie,</p> +<p>Par oppression d'oubliance,</p> +<p>Qui en moy s'estoit espartie</p> +<p>Pour montrer des sens l'alliance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Puis, mon sens qui fut à repos</p> +<p>Et l'entendement desveillé,</p> +<p>Je cuide finer mon propos;</p> +<p>Mais mon encre estoit gelé,</p> +<p>Et mon cierge estoit souflé.</p> +<p>De feu je n'eusse pu finer.</p> +<p>Si m'endormy, tout enmouflé,</p> +<a name="p019"></a><span class="pagenum">P. 19</span> +<p>Et ne peuz autrement finer.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XL</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Fait au temps de ladicte date,</p> +<p>Par le bon renommé Villon,</p> +<p>Qui ne mange figue ne date;</p> +<p>Sec et noir comme escouvillon,</p> +<p>Il n'a tente ne pavillon</p> +<p>Qu'il n'ayt laissé à ses amys,</p> +<p>Et n'a mais qu'un peu de billon,</p> +<p>Qui sera tantost à fin mys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CY FINE LE TESTAMENT VILLON.</p> +<br> +<br> +<br> +</div> +<div class="stanza"><a name="p021"></a><span class="pagenum">P. +21</span> +<p>CY COMMENCE LE GRANT TESTAMENT</p> +<p>DE</p> +<p>FRANÇOIS VILLON</p> +<p>FAIT EN 1461.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>I.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En l'an trentiesme de mon aage,</p> +<p>Que toutes mes hontes j'eu beues,</p> +<p>Ne du tout fol, ne du tout sage.</p> +<p>Nonobstant maintes peines eues,</p> +<p>Lesquelles j'ay toutes receues</p> +<p>Soubz la main Thibault d'Aussigny.</p> +<p>S'evesque il est, seignant les rues,</p> +<p>Qu'il soit le mien je le regny!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>II.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mon seigneur n'est, ne mon evesque;</p> +<p>Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;</p> +<p>Foy ne luy doy, ne hommage avecque;</p> +<p>Je ne suis son serf ne sa biche.</p> +<p>Peu m'a d'une petite miche</p> +<p>Et de froide eau, tout ung esté.</p> +<p>Large ou estroit, moult me fut chiche.</p> +<a name="p022"></a><span class="pagenum">P. 22</span> +<p>Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>III.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, s'aucun me vouloit reprendre</p> +<p>Et dire que je le mauldys,</p> +<p>Non fais, si bien me sçait comprendre,</p> +<p>Et rien de luy je ne mesdys.</p> +<p>Voycy tout le mal que j'en dys:</p> +<p>S'il m'a esté misericors,</p> +<p>Jésus, le roy de paradis,</p> +<p>Tel luy soit à l'âme et au corps!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>S'il m'a esté dur et cruel</p> +<p>Trop plus que cy ne le racompte,</p> +<p>Je vueil que le Dieu éternel</p> +<p>Luy soit doncq semblable, à ce compte!...</p> +<p>Mais l'Eglise nous dit et compte</p> +<p>Que prions pour nos ennemis;</p> +<p>Je vous dis que j'ay tort et honte:</p> +<p>Tous ses faictz soient à Dieu remis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>V.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si prieray Dieu de bon cueur,</p> +<p>Pour l'âme du bon feu Cotard.</p> +<p>Mais quoy! ce sera doncq par cueur,</p> +<p>Car de lire je suys faitard.</p> +<p>Prière en feray de Picard;</p> +<p>S'il ne le sçait, voise l'apprandre,</p> +<p>S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard</p> +<p>A Douay, ou à Lysle en Flandre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VI.</p> +<a name="p023"></a><span class="pagenum">P. 23</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Combien souvent je veuil qu'on prie</p> +<p>Pour luy, foy que doy mon baptesme,</p> +<p>Obstant qu'à chascun ne le crye,</p> +<p>Il ne fauldra pas à son esme.</p> +<p>Au Psaultier prens, quand suys à mesme,</p> +<p>Qui n'est de beuf ne cordoen,</p> +<p>Le verset escript le septiesme</p> +<p>Du psaulme de <i>Deus laudem</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si pry au benoist Filz de Dieu,</p> +<p>Qu'à tous mes besoings je reclame,</p> +<p>Que ma pauvre prière ayt lieu</p> +<p>Verz luy, de qui tiens corps et ame,</p> +<p>Qui m'a préservé de maint blasme</p> +<p>Et franchy de vile puissance.</p> +<p>Loué soit-il, et Nostre-Dame,</p> +<p>Et Loys, le bon roy de France!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,</p> +<p>De Salomon l'honneur et gloire;</p> +<p>Quant de prouesse, il en a trop;</p> +<p>De force aussi, par m'ame, voire!</p> +<p>En ce monde-cy transitoire,</p> +<p>Tant qu'il a de long et de lé;</p> +<p>Affin que de luy soit memoire,</p> +<p>Vive autant que Mathusalé!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et douze beaulx enfans, tous masles,</p> +<p>Veoir, de son très cher sang royal,</p> +<p>Aussi preux que fut le grand Charles,</p> +<a name="p024"></a><span class="pagenum">P. 24</span> +<p>Conceuz en ventre nuptial,</p> +<p>Bons comme fut sainct Martial.</p> +<p>Ainsi en preigne au bon Dauphin;</p> +<p>Je ne luy souhaicte autre mal,</p> +<p>Et puys paradis à la fin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>X.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce que foible je me sens,</p> +<p>Trop plus de biens que de santé,</p> +<p>Tant que je suys en mon plain sens,</p> +<p>Si peu que Dieu m'en a presté,</p> +<p>Car d'autre ne l'ay emprunté,</p> +<p>J'ay ce Testament très estable</p> +<p>Faict, de dernière voulenté,</p> +<p>Seul pour tout et irrévocable:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Escript l'ay l'an soixante et ung,</p> +<p>Que le bon roy me délivra</p> +<p>De la dure prison de Mehun,</p> +<p>Et que vie me recouvra,</p> +<p>Dont suys, tant que mon cueur vivra,</p> +<p>Tenu vers luy me humilier,</p> +<p>Ce que feray jusqu'il mourra:</p> +<p>Bienfaict ne se doibt oublier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Icy commence Villon à entrer en +matière</i></p> +<p><i>pleine d'erudition et de bon sçavoir.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or est vray qu'après plaingtz et pleurs</p> +<p>et angoisseux gemissemens,</p> +<p>Après tristesses et douleurs,</p> +<a name="p025"></a><span class="pagenum">P. 25</span> +<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p> +<p>Travail mes lubres sentemens,</p> +<p>Esguisez comme une pelote,</p> +<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p> +<p>D'Averroys sur Aristote.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien qu'au plus fort de mes maulx,</p> +<p>En cheminant sans croix ne pile,</p> +<p>Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus</p> +<p>Conforta, ce dit l'Evangile,</p> +<p>Me montra une bonne ville</p> +<p>Et pourveut du don d'espérance;</p> +<p>Combien que le pecheur soit vile,</p> +<p>Riens ne hayt que persévérance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je suys pécheur, je le sçay bien;</p> +<p>Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,</p> +<p>Mais convertisse et vive en bien;</p> +<p>Mieulx tout autre que péché mord,</p> +<p>Soye vraye voulenté ou enhort,</p> +<p>Dieu voit, et sa miséricorde,</p> +<p>Se conscience me remord,</p> +<p>Par sa grace pardon m'accorde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, comme le noble Romant</p> +<p>De la Rose dit et confesse</p> +<p>En son premier commencement,</p> +<p>Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,</p> +<p>Quant on le voit vieil en vieillesse,</p> +<p>Excuser; helas! il dit voir.</p> +<p>Ceulx donc qui me font telle oppresse,</p> +<a name="p026"></a><span class="pagenum">P. 26</span> +<p>En meurté ne me vouldroient veoir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se, pour ma mort, le bien publique</p> +<p>D'aucune chose vaulsist myeulx,</p> +<p>A mourir comme ung homme inique</p> +<p>Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!</p> +<p>Grief ne faiz à jeune ne vieulx,</p> +<p>Soye sur pied ou soye en bière:</p> +<p>Les montz ne bougent de leurs lieux,</p> +<p>Pour un paouvre, n'avant, n'arrière.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au temps que Alexandre regna,</p> +<p>Ung hom, nommé Diomedès,</p> +<p>Devant luy on luy amena,</p> +<p>Engrillonné poulces et detz</p> +<p>Comme ung larron; car il fut des</p> +<p>Escumeurs que voyons courir.</p> +<p>Si fut mys devant le cadès,</p> +<p>Pour estre jugé à mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'empereur si l'arraisonna:</p> +<p>«Pourquoy es-tu larron de mer?»</p> +<p>L'autre, responce luy donna:</p> +<p>«Pourquoy larron me faiz nommer?</p> +<p>«Pour ce qu'on me voit escumer</p> +<p>«En une petiote fuste?</p> +<p>«Se comme toy me peusse armer,</p> +<p>«Comme toy empereur je fusse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIX.</p> +<a name="p027"></a><span class="pagenum">P. 27</span></div> +<div class="stanza"> +<p>«Mais que veux-tu! De ma fortune,</p> +<p>«Contre qui ne puis bonnement,</p> +<p>«Qui si durement m'infortune,</p> +<p>«Me vient tout ce gouvernement.</p> +<p>«Excuse-moy aucunement,</p> +<p>«Et sçaches qu'en grand pauvreté</p> +<p>«(Ce mot dit-on communément)</p> +<p>«Ne gist pas trop grand loyaulté.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XX</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand l'empereur eut remiré</p> +<p>De Diomedès tout le dict:</p> +<p>«Ta fortune je te mueray,</p> +<p>«Mauvaise en bonne!» ce luy dit.</p> +<p>Si fist-il. Onc puis ne mesprit</p> +<p>A personne, mais fut vray homme;</p> +<p>Valère, pour vray, le rescript,</p> +<p>Qui fut nommé <i>le grand</i> à Romme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXI</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se Dieu m'eust donné rencontrer</p> +<p>Ung autre piteux Alexandre,</p> +<p>Qui m'eust faict en bon heur entrer,</p> +<p>Et lors qui m'eust veu condescendre</p> +<p>A mal, estre ars et mys en cendre</p> +<p>Jugé me fusse de ma voix.</p> +<p>Nécessité faict gens mesprendre,</p> +<p>Et faim saillir le loup des boys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je plaings le temps de ma jeunesse,</p> +<p>Ouquel j'ay plus qu'autre gallé,</p> +<p>Jusque à l'entrée de vieillesse,</p> +<a name="p028"></a><span class="pagenum">P. 28</span> +<p>Qui son partement m'a celé.</p> +<p>Il ne s'en est à pied allé,</p> +<p>N'a cheval; las! et comment donc?</p> +<p>Soudainement s'en est voilé,</p> +<p>Et ne m'a laissé quelque don.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXIII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Allé s'en est, et je demeure,</p> +<p>Pauvre de sens et de sçavoir,</p> +<p>Triste, failly, plus noir que meure,</p> +<p>Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;</p> +<p>Des miens le moindre, je n'y voir,</p> +<p>De me desadvouer s'avance,</p> +<p>Oublyans naturel devoir,</p> +<p>Par faulte d'ung peu de chevance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXIV</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si ne crains avoir despendu,</p> +<p>Par friander et par leschier;</p> +<p>Par trop aimer n'ay riens vendu,</p> +<p>Que nuls me puissent reprouchier.</p> +<p>Au moins qui leur couste trop cher.</p> +<p>Je le dys, et ne croys mesdire.</p> +<p>De ce ne me puis revencher:</p> +<p>Qui n'a méfiait ne le doit dire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXV</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Est vérité que j'ay aymé</p> +<p>Et que aymeroye voulentiers;</p> +<p>Mais triste cueur, ventre affamé,</p> +<p>Qui n'est rassasié au tiers,</p> +<p>Me oste des amoureux sentiers.</p> +<p>Au fort, quelqu'un s'en recompense,</p> +<p>Qui est remply sur les chantiers,</p> +<a name="p029"></a><span class="pagenum">P. 29</span> +<p>Car de la panse vient la danse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXVI</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Bien sçay se j'eusse estudié</p> +<p>Ou temps de ma jeunesse folle,</p> +<p>Et à bonnes meurs dedié,</p> +<p>J'eusse maison et couche molle!</p> +<p>Mais quoy? je fuyoye l'escolle,</p> +<p>Comme faict le mauvays enfant...</p> +<p>En escrivant ceste parolle,</p> +<p>A peu que le cueur ne me fend.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXVII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le dict du Saige est très beaulx dictz,</p> +<p>Favorable, et bien n'en puis mais,</p> +<p>Qui dit: «Esjoys-toy, mon filz,</p> +<p>A ton adolescence; mais</p> +<p>Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,</p> +<p>Car jeunesse et adolescence</p> +<p>(C'est son parler, ne moins ne mais)</p> +<p>Ne sont qu'abbus et ignorance.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXVIII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mes jours s'en sont allez errant,</p> +<p>Comme, dit Job, d'une touaille</p> +<p>Sont les filetz, quant tisserant</p> +<p>Tient en son poing ardente paille:</p> +<p>Lors, s'il y a nul bout qui saille,</p> +<p>Soudainement il le ravit.</p> +<p>Si ne crains rien qui plus m'assaille,</p> +<p>Car à la mort tout assouvyst.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIX.</p> +<a name="p030"></a><span class="pagenum">P. 30</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Où sont les gratieux gallans</p> +<p>Que je suyvoye au temps jadis,</p> +<p>Si bien chantans, si bien parlans,</p> +<p>Si plaisans en faictz et en dictz?</p> +<p>Les aucuns sont mortz et roydiz;</p> +<p>D'eulx n'est-il plus rien maintenant.</p> +<p>Respit ils ayent en paradis,</p> +<p>Et Dieu saulve le remenant!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et les aucuns sont devenuz,</p> +<p>Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,</p> +<p>Les autres mendient tous nudz,</p> +<p>Et pain ne voyent qu'aux fenestres;</p> +<p>Les autres sont entrez en cloistres;</p> +<p>De Celestins et de Chartreux,</p> +<p>Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:</p> +<p>Voilà l'estat divers d'entre eulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aux grans maistres Dieu doint bien faire</p> +<p>Vivans en paix et en requoy.</p> +<p>En eulx il n'y a que refaire;</p> +<p>Si s'en fait bon taire tout quoy.</p> +<p>Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,</p> +<p>Comme moy, Dieu doint patience;</p> +<p>Aux aultres ne fault qui ne quoy,</p> +<p>Car assez ont pain et pitance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Bons vins ont, souvent embrochez,</p> +<p>Saulces, brouetz et gros poissons;</p> +<p>Tartres, flans, oeufz fritz et pochez,</p> +<a name="p031"></a><span class="pagenum">P. 31</span> +<p>Perduz, et en toutes façons.</p> +<p>Pas ne ressemblent les maçons,</p> +<p>Que servir fault à si grand peine;</p> +<p>Ils ne veulent nulz eschançons,</p> +<p>Car de verser chascun se peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En cest incident me suys mys,</p> +<p>Qui de rien ne sert à mon faict.</p> +<p>Je ne suys juge, ne commis,</p> +<p>Pour punyr n'absouldre meffaict.</p> +<p>De tous suys le plus imparfaict.</p> +<p>Loué soit le doulx Jésus-Christ!</p> +<p>Que par moy leur soit satisfaict!</p> +<p>Ce que j'ay escript est escript.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Laissons le monstier où il est;</p> +<p>Parlons de chose plus plaisante.</p> +<p>Ceste matière à tous ne plaist:</p> +<p>Ennuyeuse est et desplaisante.</p> +<p>Pauvreté, chagrine et dolente,</p> +<p>Tousjours despiteuse et rebelle,</p> +<p>Dit quelque parolle cuysante;</p> +<p>S'elle n'ose, si le pense-elle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pauvre je suys de ma jeunesse,</p> +<p>De pauvre et de petite extrace.</p> +<p>Mon pere n'eut oncq grand richesse.</p> +<p>Ne son ayeul, nommé Erace.</p> +<p>Pauvreté tous nous suyt et trace.</p> +<p>Sur les tumbeaulx de mes ancestres,</p> +<p>Les ames desquelz Dieu embrasse,</p> +<a name="p032"></a><span class="pagenum">P. 32</span> +<p>On n'y voyt couronnes ne sceptres.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De pouvreté me guermentant,</p> +<p>Souventesfoys me dit le cueur:</p> +<p>«Homme, ne te doulouse tant</p> +<p>Et ne demaine tel douleur,</p> +<p>Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.</p> +<p>Myeulx vault vivre soubz gros bureaux</p> +<p>Pauvre, qu'avoir esté seigneur</p> +<p>Et pourrir soubz riches tumbeaux!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'avoir esté seigneur!... Que dys?</p> +<p>Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!</p> +<p>Selon ce que d'aulcun en dict,</p> +<p>Son lieu ne congnoistra jamais.</p> +<p>Quant du surplus, je m'en desmectz.</p> +<p>Il n'appartient à moy, pécheur;</p> +<p>Aux théologiens le remectz,</p> +<p>Car c'est office de prescheur.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si ne suys, bien le considère,</p> +<p>Filz d'ange, portant dyadème</p> +<p>D'etoille ne d'autre sydère.</p> +<p>Mon père est mort, Dieu en ayt l'ame,</p> +<p>Quant est du corps, il gyst soubz lame...</p> +<p>J'entends que ma mère mourra,</p> +<p>Et le sçait bien, la pauvre femme;</p> +<p>Et le filz pas ne demourra.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIX.</p> +<a name="p033"></a><span class="pagenum">P. 33</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnoys que pauvres et riches,</p> +<p>Sages et folz, prebstres et laiz,</p> +<p>Noble et vilain, larges et chiches,</p> +<p>Petitz et grans, et beaulx et laidz,</p> +<p>Dames à rebrassez colletz,</p> +<p>De quelconque condicion,</p> +<p>Portant attours et bourreletz,</p> +<p>Mort saisit sans exception.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et mourut Paris et Hélène.</p> +<p>Quiconques meurt, meurt à douleur.</p> +<p>Celluy qui perd vent et alaine,</p> +<p>Son fiel se crève sur son cueur,</p> +<p>Puys sue Dieu sçait quelle sueur!</p> +<p>Et n'est qui de ses maulx l'allège:</p> +<p>Car enfans n'a, frère ne soeur,</p> +<p>Qui lors voulsist estre son pleige.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La mort le faict frémir, pallir,</p> +<p>Le nez courber, les veines tendre,</p> +<p>Le col enfler, la chair mollir,</p> +<p>Joinctes et nerfs croistre et estendre.</p> +<p>Corps féminin, qui tant est tendre,</p> +<p>Polly, souef, si precieulx,</p> +<p>Te faudra-il ces maulx attendre?</p> +<p>Ouy, ou tout vif aller ès cieulx.</p> +<a name="p034"></a><span class="pagenum">P. 34</span></div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES DAMES DU TEMPS JADIS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dictes-moy où, n'en quel pays,</p> +<p>Est Flora, la belle Romaine;</p> +<p>Archipiada, ne Thaïs,</p> +<p>Qui fut sa cousine germaine;</p> +<p>Echo, parlant quand bruyt on maine</p> +<p>Dessus rivière ou sus estan,</p> +<p>Qui beauté eut trop plus qu'humaine?</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Où est la très sage Heloïs,</p> +<p>Pour qui fut chastré et puis moyne</p> +<p>Pierre Esbaillart à Sainct-Denys?</p> +<p>Pour son amour eut cest essoyne.</p> +<p>Semblablement, où est la royne</p> +<p>Qui commanda que Buridan</p> +<p>Fust jetté en ung sac en Seine?</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La royne Blanche comme ung lys,</p> +<p>Qui chantoit à voix de sereine;</p> +<p>Berthe au grand pied, Bietris, Allys;</p> +<p>Harembourges, qui tint le Mayne,</p> +<p>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</p> +<p>Qu'Anglois bruslèrent à Rouen;</p> +<p>Où sont-ilz, Vierge souveraine?...</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +<a name="p035"></a><span class="pagenum">P. 35</span></div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, n'enquerez de sepmaine</p> +<p>Où elles sont, ne de cest an,</p> +<p>Que ce refrain ne vous remaine:</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Suyvant le propos précèdent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui plus? Où est le tiers Calixte,</p> +<p>Dernier decedé de ce nom,</p> +<p>Qui quatre ans tint le Papaliste?</p> +<p>Alphonse, le roy d'Aragon,</p> +<p>Le gracieux duc de Bourbon,</p> +<p>Et Artus, le duc de Bretaigne,</p> +<p>Et Charles septiesme, le Bon?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Semblablement, le roy Scotiste,</p> +<p>Qui demy-face eut, ce dit-on,</p> +<p>Vermeille comme une amathiste</p> +<p>Depuys le front jusqu'au menton?</p> +<p>Le roy de Chypre, de renom;</p> +<p>Hélas! et le bon roy d'Espaigne,</p> +<p>Duquel je ne sçay pas le nom?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'en plus parler je me désiste;</p> +<a name="p036"></a><span class="pagenum">P. 36</span> +<p>Ce n'est que toute abusion.</p> +<p>Il n'est qui contre mort résiste,</p> +<p>Ne qui treuve provision.</p> +<p>Encor fais une question:</p> +<p>Lancelot, le roy de Behaigne,</p> +<p>Où est-il? Où est son tayon?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Où est Claquin, le bon Breton?</p> +<p>Où le comte Daulphin d'Auvergne,</p> +<p>Et le bon feu duc d'Alençon?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A ce propos, en vieil françois.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais où sont ly sainctz apostoles,</p> +<p>D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,</p> +<p>Qui sont ceincts de sainctes estoles,</p> +<p>Dont par le col prent ly mauffez,</p> +<p>De maltalent tout eschauffez?</p> +<p>Aussi bien meurt tilz que servans;</p> +<p>De ceste vie sont bouffez:</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Voire, où sont de Constantinobles</p> +<p>L'emperier aux poings dorez,</p> +<p>Ou de France ly roy tresnobles,</p> +<p>Sur tous autres roys décorez.</p> +<p>Qui, pour ly grand Dieux adorez,</p> +<a name="p037"></a><span class="pagenum">P. 37</span> +<p>Bastist eglises et convens?</p> +<p>S'en son temps il fut honorez,</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Où sont de Vienne et de Grenobles</p> +<p>Ly Daulphin, ly preux, ly senez?</p> +<p>Où, de Dijon, Sallins et Dolles,</p> +<p>Ly sires et ly filz aisnez?</p> +<p>Où autant de leurs gens privez,</p> +<p>Heraulx, trompettes, poursuyvans?</p> +<p>Ont-ilz bien bouté soubz le nez?...</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princes à mort sont destinez,</p> +<p>Et tous autres qui sont vivans;</p> +<p>S'ils en sont coursez ou tennez,</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Puys que papes, roys, filz de roys,</p> +<p>Et conceuz en ventres de roynes,</p> +<p>Sont enseveliz, mortz et froidz,</p> +<p>En aultruy mains passent leurs resnes;</p> +<p>Moy, pauvre mercerot de Renes,</p> +<p>Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;</p> +<p>Mais que j'aye faict mes estrenes,</p> +<p>Honneste mort ne me desplaist.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce monde n'est perpetuel,</p> +<p>Quoy que pense riche pillart;</p> +<p>Tous sommes soubz coutel mortel.</p> +<p>Ce confort prent pauvre vieillart,</p> +<a name="p038"></a><span class="pagenum">P. 38</span> +<p>Lequel d'estre plaisant raillart</p> +<p>Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,</p> +<p>Qu'on tiendrait à fol et paillait,</p> +<p>Se, vieil, à railler se mettoit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or luy convient-il mendier,</p> +<p>Car à ce force le contraint.</p> +<p>Regrette huy sa mort, et hier;</p> +<p>Tristesse son cueur si estrainct,</p> +<p>Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,</p> +<p>Il feroit un horrible faict.</p> +<p>Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,</p> +<p>Et que luy-mesmes se deffaict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car, s'en jeunesse il fut plaisant,</p> +<p>Ores plus rien ne dit qui plaise.</p> +<p>Tousjours vieil synge est desplaisant:</p> +<p>Moue ne faict qui ne desplaise.</p> +<p>S'il se taist, affin qu'il complaise,</p> +<p>Il est tenu pour fol recreu;</p> +<p>S'il parle, on luy dit qu'il se taise.</p> +<p>Et qu'en son prunier n'a pas creu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aussi, ces pauvres femmelettes,</p> +<p>Qui vieilles sont et n'ont de quoy,</p> +<p>Quand voyent jeunes pucellettes</p> +<p>En admenez et en requoy,</p> +<p>Lors demandent à Dieu pourquoy</p> +<p>Si tost nasquirent, n'a quel droit?</p> +<p>Notre Seigneur s'en taist tout coy,</p> +<p>Car, au tanser, il le perdroit.</p> +<a name="p039"></a><span class="pagenum">P. 39</span></div> +<div class="stanza"> +<p>LES REGRETS</p> +<p>DE LA BELLE HEAULMIÈRE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Jà parvenue à vieillesse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Advis m'est que j'oy regretter</p> +<p>La belle qui fut heaulmière,</p> +<p>Soy jeune fille souhaitter</p> +<p>Et parler en ceste manière:</p> +<p>«Ha! vieillesse felonne et fière,</p> +<p>Pourquoy m'as si tost abatue?</p> +<p>Qui me tient que je ne me fière,</p> +<p>Et qu'à ce coup je ne me tue?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Tollu m'as ma haulte franchise</p> +<p>Que beauté m'avoit ordonné</p> +<p>Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:</p> +<p>Car alors n'estoit homme né</p> +<p>Qui tout le sien ne m'eust donné,</p> +<p>Quoy qu'il en fust des repentailles,</p> +<p>Mais que luy eusse abandonné</p> +<p>Ce que reffusent truandailles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«A maint homme l'ay reffusé,</p> +<p>Qui n'estoit à moy grand saigesse,</p> +<p>Pour l'amour d'ung garson rusé,</p> +<p>Auquel j'en feiz grande largesse.</p> +<p>A qui que je feisse finesse,</p> +<p>Par m'ame, je l'amoye bien!</p> +<p>Or ne me faisoit que rudesse,</p> +<p>Et ne m'amoyt que pour le mien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Jà ne me sceut tant detrayner,</p> +<a name="p040"></a><span class="pagenum">P. 40</span> +<p>Fouller au piedz, que ne l'aymasse,</p> +<p>Et m'eust-il faict les rains trayner,</p> +<p>S'il m'eust dit que je le baisasse</p> +<p>Et que tous mes maux oubliasse;</p> +<p>Le glouton, de mal entaché,</p> +<p>M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!</p> +<p>Que m'en reste-il? Honte et péché.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Or il est mort, passé trente ans,</p> +<p>Et je remains vieille et chenue.</p> +<p>Quand je pense, lasse! au bon temps,</p> +<p>Quelle fus, quelle devenue;</p> +<p>Quand me regarde toute nue,</p> +<p>Et je me voy si très-changée,</p> +<p>Pauvre, seiche, maigre, menue,</p> +<p>Je suis presque toute enragée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Qu'est devenu ce front poly,</p> +<p>Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,</p> +<p>Grand entr'oeil, le regard joly,</p> +<p>Dont prenoye les plus subtilz;</p> +<p>Ce beau nez droit, grand ne petiz;</p> +<p>Ces petites joinctes oreilles,</p> +<p>Menton fourchu, cler vis traictis,</p> +<p>Et ces belles lèvres vermeilles?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Ces gentes espaules menues,</p> +<p>Ces bras longs et ces mains tretisses;</p> +<p>Petitz tetins, hanches charnues,</p> +<p>Eslevées, propres, faictisses</p> +<p>A tenir amoureuses lysses;</p> +<p>Ces larges reins, ce sadinet,</p> +<p>Assis sur grosses fermes cuysses,</p> +<a name="p041"></a><span class="pagenum">P. 41</span> +<p>Dedans son joly jardinet?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Le front ridé, les cheveulx gris,</p> +<p>Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,</p> +<p>Qui faisoient regars et ris,</p> +<p>Dont maintz marchans furent attaincts;</p> +<p>Nez courbé, de beaulté loingtains;</p> +<p>Oreilles pendans et moussues;</p> +<p>Le vis pally, mort et destaincts;</p> +<p>Menton foncé, lèvres peaussues:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«C'est d'humaine beauté l'yssues!</p> +<p>Les bras courts et les mains contraictes,</p> +<p>Les espaulles toutes bossues;</p> +<p>Mammelles, quoy! toutes retraictes;</p> +<p>Telles les hanches que les tettes.</p> +<p>Du sadinet, fy! Quant des cuysses,</p> +<p>Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes</p> +<p>Grivelées comme saulcisses.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Ainsi le bon temps regretons</p> +<p>Entre nous, pauvres vieilles sottes,</p> +<p>Assises bas, à croppetons,</p> +<p>Tout en ung tas comme pelottes,</p> +<p>A petit feu de chenevottes,</p> +<p>Tost allumées, tost estainctes;</p> +<p>Et jadis fusmes si mignottes!...</p> +<p>Ainsi en prend à maintz et maintes.»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p042"></a><span class="pagenum">P. +42</span> +<p>BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE</p> +<p>AUX FILLES DE JOIE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Or y pensez, belle Gantière,</p> +<p>Qui m'escolière souliez estre,</p> +<p>Et vous, Blanche la Savetière,</p> +<p>Ores est temps de vous congnoistre.</p> +<p>Prenez à dextre et à senestre;</p> +<p>N'espargnez homme, je vous prie:</p> +<p>Car vieilles n'ont ne cours ne estre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Et vous, la gente Saulcissière,</p> +<p>Qui de dancer estes adextre;</p> +<p>Guillemette la Tapissière,</p> +<p>Ne mesprenez vers vostre maistre;</p> +<p>Tous vous fauldra clorre fenestre,</p> +<p>Quand deviendrez vieille, flestrie;</p> +<p>Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Jehanneton la Chaperonnière,</p> +<p>Gardez qu'ennuy ne vous empestre;</p> +<p>Katherine la Bouchière,</p> +<p>N'envoyez plus les hommes paistre:</p> +<p>Car qui belle n'est, ne perpetre</p> +<p>Leur bonne grace, mais leur rie.</p> +<p>Laide vieillesse amour n'impetre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Filles, veuillez vous entremettre</p> +<p>D'escouter pourquoy pleure et crie</p> +<a name="p043"></a><span class="pagenum">P. 43</span> +<p>C'est que ne puys remède y mettre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ceste leçon icy leur baille</p> +<p>La belle et bonne de jadis;</p> +<p>Bien dit ou mal, vaille que vaille,</p> +<p>Enregistrer j'ay faict ces ditz</p> +<p>Par mon clerc Fremin l'estourdys,</p> +<p>Aussi rassis que je pense estre...</p> +<p>S'il me desment, je le mauldys:</p> +<p>Selon le clerc est deu le maistre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si apercoy le grand danger</p> +<p>Là où l'homme amoureux se boute...</p> +<p>Hé! qui me vouldroit laidanger</p> +<p>De ce mot, en disant: «Escoute!</p> +<p>Se d'aymer t'estrange et reboute</p> +<p>Le barat de celles nommées,</p> +<p>Tu fais une bien folle doubte,</p> +<p>Car ce sont femmes diffamées.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«S'ils n'ayment fors que pour l'argent,</p> +<p>On ne les ayme que pour l'heure.</p> +<p>Rondement ayment toute gent,</p> +<p>Et rient lors quant bourse pleure.</p> +<p>De celles n'est qui ne recoeuvre;</p> +<p>Mais en femmes d'honneur et nom</p> +<p>Franc homme, se Dieu me sequeure,</p> +<p>Se doit employer; ailleurs, non.»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p044"></a><span class="pagenum">P. +44</span> +<p>L.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je prens qu'aucun dye cecy,</p> +<p>Si ne me contente-il en rien.</p> +<p>En effect, je concludz ainsy,</p> +<p>Et sy le cuyde entendre bien,</p> +<p>Qu'on doit aymer en lieu de bien.</p> +<p>Asçavoir-mon se ces fillettes,</p> +<p>Qu'en parolles toute jour tien,</p> +<p>Ne furent pas femmes honnestes?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Honnestes, si furent vrayement,</p> +<p>Sans avoir reproches ne blasmes.</p> +<p>S'il est vray que, au commencement,</p> +<p>Une chascune de ces femmes</p> +<p>Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,</p> +<p>L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,</p> +<p>Pour estaindre d'amours les flammes,</p> +<p>Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or firent selon le decret</p> +<p>Leurs amys, et bien y appert;</p> +<p>Elles aymoient en lieu secret,</p> +<p>Car autre qu'eulx n'y avoit part.</p> +<p>Toutesfois, ceste amour se part:</p> +<p>Car celle qui n'en avoit qu'un</p> +<p>D'icelluy s'eslongne et despart,</p> +<p>Et ayme myeulx aymer chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui les meut à ce? J'imagine,</p> +<p>Sans l'honneur des dames blasmer</p> +<a name="p045"></a><span class="pagenum">P. 45</span> +<p>Que c'est nature feminine,</p> +<p>Qui tout vivement veult aymer.</p> +<p>Autre chose n'y sçay rymer;</p> +<p>Fors qu'on dit, à Reims et à Troys,</p> +<p>Voire à l'Isle et à Sainct-Omer,</p> +<p>Que six ouvriers font plus que troys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or ont les folz amans le bond,</p> +<p>Et les dames prins la vollée;</p> +<p>C'est le droit loyer qu'amours ont;</p> +<p>Toute foy y est violée,</p> +<p>Quelque doulx baiser n'acollée.</p> +<p>De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,</p> +<p>Chascun le dit à la vollée:</p> +<p>«Pour ung plaisir mille doulours.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DOUBLE BALLADE</p> +<p>SUR LE MÊME PROPOS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce, aymez tant que vouldrez,</p> +<p>Suyvez assemblées et festes,</p> +<p>En la fin jà mieulx n'en vauldrez,</p> +<p>Et sy n'y romprez que vos testes:</p> +<p>Folles amours font les gens bestes:</p> +<p>Salmon en idolatrya;</p> +<p>Samson en perdit ses lunettes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Orpheus, le doux menestrier,</p> +<p>Jouant de flustes et musettes,</p> +<a name="p046"></a><span class="pagenum">P. 46</span> +<p>En fut en dangier du meurtrier</p> +<p>Bon chien Cerberus à troys testes;</p> +<p>Et Narcissus, <i>le bel honnestes</i>,</p> +<p>En ung profond puys se noya,</p> +<p>Pour l'amour de ses amourettes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sardana, le preux chevalier,</p> +<p>Qui conquist le regne de Crètes,</p> +<p>En voult devenir moulier</p> +<p>Et filer entre pucellettes.</p> +<p>David ly roy, saige prophètes,</p> +<p>Craincte de Dieu en oublya,</p> +<p>Voyant laver cuisses bien faictes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ammon en voult deshonnorer,</p> +<p>Feignant de manger tartelettes,</p> +<p>Sa soeur Thamar, et deflorer,</p> +<p>Qui fist choses moult deshonnestes;</p> +<p>Herodes (pas ne sont sornettes)</p> +<p>Sainct Jean-Baptiste en décolla,</p> +<p>Pour dances, saultz et chansonnettes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De moy, pauvre, je veuil parler;</p> +<p>J'en fuz batu, comme à ru telles,</p> +<p>Tout nud, jà ne le quiers celer.</p> +<p>Qui me feit mascher ces groiselles,</p> +<p>Fors Katherine de Vauselles?</p> +<p>Noé le tiers ot, qui fut là.</p> +<p>Mitaines à ces nopces telles,</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p047"></a><span class="pagenum">P. +47</span> +<p>Mais que ce jeune bachelier</p> +<p>Laissast ces jeunes bachelettes,</p> +<p>Non! et, le deust-on vif brusler,</p> +<p>Comme ung chevaucheur d'escovettes.</p> +<p>Plus doulces luy sont que civettes;</p> +<p>Mais toutesfoys fol s'y fia:</p> +<p>Soient blanches, soient brunettes,</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si celle que jadis servoye</p> +<p>De si bon cueur et loyaument,</p> +<p>Dont tant de maulx et griefz j'avoye,</p> +<p>Et souffroye tant de torment,</p> +<p>Se dit m'eust, au commencement,</p> +<p>Sa voulenté (mais nenny, las!),</p> +<p>J'eusse mys peine aucunement,</p> +<p>De moy retraire de ses las.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy que je luy voulsisse dire,</p> +<p>Elle estoit preste d'escouter,</p> +<p>Sans m'accorder ne contredire;</p> +<p>Qui plus, me souffroit arrester,</p> +<p>Joignant elle près s'accouter;</p> +<p>Et ainsi m'alloit amusant,</p> +<p>Et me souffroit tout racompter,</p> +<p>Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Abusé m'a, et faict entendre</p> +<p>Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;</p> +<p>De farine, que ce fust cendre;</p> +<a name="p048"></a><span class="pagenum">P. 48</span> +<p>D'ung mortier, ung chapeau de feautre;</p> +<p>De viel machefer, que fust peaultre;</p> +<p>D'ambesas, que ce fussent ternes...</p> +<p>Toujours trompant ou moy ou aultre,</p> +<p>Et vendoit vessies pour lanternes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Du ciel, une poisle d'arain;</p> +<p>Des nues, une peau de veau;</p> +<p>Du matin, qu'estoit le serain;</p> +<p>D'un trongnon de chou, ung naveau;</p> +<p>D'orde cervoise, vin nouveau;</p> +<p>D'une truie, ung molin à vent;</p> +<p>Et d'une hart, ung escheveau;</p> +<p>D'un gras abbé, ung poursuyvant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ainsi m'ont amours abusé,</p> +<p>Et pourmené de l'uys au pesle.</p> +<p>Je croy qu'homme n'est si rusé,</p> +<p>Fust fin comme argent de crepelle,</p> +<p>Qui n'y laissast linge et drapelle,</p> +<p>Mais qu'il fust ainsi manyé</p> +<p>Comme moy, qui partout m'appelle:</p> +<p><i>L'Amant remys et renyé</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je renye Amours et despite;</p> +<p>Je deffie à feu et à sang.</p> +<p>Mort par elles me precipite,</p> +<p>Et si ne leur vault pas d'ung blanc.</p> +<p>Ma vielle ay mys soubz le banc;</p> +<p>Amans je ne suyvray jamais;</p> +<p>Se jadis je fuz de leur ranc,</p> +<p>Je declaire que n'en suys mais.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p049"></a><span class="pagenum">P. +49</span> +<p>LXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car j'ay mys le plumail au vent:</p> +<p>Or le suyve qui a attente;</p> +<p>De ce me tays dorenevant.</p> +<p>Poursuyvre je vueil mon entente,</p> +<p>Et, s'aucun m'interroge ou tente</p> +<p>Comment d'amours ose mesdire,</p> +<p>Geste parolle les contente:</p> +<p>«Qui meurt a ses loix de tout dire.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je cognoys approcher ma soef;</p> +<p>Je crache, blanc comme cotton,</p> +<p>Jacobins gros comme ung estoeuf:</p> +<p>Qu'est-ce à dire? que Jenanneton</p> +<p>Plus ne me tient pour valeton,</p> +<p>Mais pour ung vieil usé régnait...</p> +<p>De vieil porte voix et le ton,</p> +<p>Et ne suys qu'ung jeune coquart.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dieu mercy et Jaques Thibault,</p> +<p>Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,</p> +<p>En ung bas lieu, non pas en hault;</p> +<p>Manger d'angoisse mainte poire;</p> +<p>Enferré... Quand j'en ay mémoire,</p> +<p>Je pry pour luy et <i>reliqua</i>,</p> +<p>Que Dieu luy doint... et voire, voire,</p> +<p>Ce que je pense... <i>et cetera</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Toutesfoys, je n'y pense mal,</p> +<p>Pour luy et pour son lieutenant;</p> +<a name="p050"></a><span class="pagenum">P. 50</span> +<p>Aussy pour son official,</p> +<p>Qui est plaisant et advenant,</p> +<p>Que faire n'ay du remenant;</p> +<p>Mais du petit maistre Robert?...</p> +<p>Je les ayme, tout d'ung tenant,</p> +<p>Ainsi que faict Dieu le Lombart.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si me souvient, à mon advis,</p> +<p>Que je feis, à mon partement,</p> +<p>Certains lays, l'an cinquante six,</p> +<p>Qu'aucuns, sans mon consentement,</p> +<p>Voulurent nommer <i>Testament</i>;</p> +<p>Leur plaisir fut, et non le mien:</p> +<p>Mais quoy! on dit communement,</p> +<p>Qu'un chascun n'est maistre du sien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas</p> +<p>Receu les lays que je luy mande,</p> +<p>J'ordonne que, après mon trespas,</p> +<p>A mes hoirs en face demande;</p> +<p>Qui sont-ilz? si on le demande:</p> +<p>Moreau, Provins, Robin Turgis;</p> +<p>De moy, par dictez que leur mande,</p> +<p>Ont eu jusqu'au lict où je gys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour le révoquer ne le dy,</p> +<p>Et y courust toute ma terre;</p> +<p>De pitié en suys refroidy,</p> +<p>Envers le bastard de la Barre:</p> +<p>Parmy ses trois gluvons de foerre,</p> +<p>Je luy donne mes vieilles nattes;</p> +<a name="p051"></a><span class="pagenum">P. 51</span> +<p>Bonnes seront pour tenir serre,</p> +<p>Et soy soustenir sur ses pattes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Somme, plus ne diray qu'ung mot,</p> +<p>Car commencer veuil à tester:</p> +<p>Devant mon clerc Fremin, qui m'ot</p> +<p>(S'il ne dort), je vueil protester,</p> +<p>Que n'entends homme detester,</p> +<p>En ceste presente ordonnance;</p> +<p>Et ne la vueil manifester</p> +<p>Sinon au royaulme de France.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je sens mon cueur qui s'affoiblist,</p> +<p>Et plus je ne puys papier.</p> +<p>Fremin, siez-toy près de mon lict,</p> +<p>Que l'on ne me viengne espier!</p> +<p>Prens tost encre, plume et papier,</p> +<p>Ce que nomme escryz vistement;</p> +<p>Puys fais-le partout copier,</p> +<p>Et vecy le commancement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Ici commance Villon à tester</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au nom de Dieu, Père eternel.</p> +<p>Et du Filz que Vierge parit,</p> +<p>Dieu au Père oeternel,</p> +<p>Ensemble et du Sainct Esperit,</p> +<p>Qui saulva ce qu'Adam périt,</p> +<p>Et du pery pare les Cieulx...</p> +<a name="p052"></a><span class="pagenum">P. 52</span> +<p>Qui bien ce croyt, peu ne merit:</p> +<p>De gens mortz se font petiz Dieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mortz estoient, et corps et ames,</p> +<p>En damnée perdition;</p> +<p>Corps pourriz, et ames en flammes,</p> +<p>De quelconque condition;</p> +<p>Toutesfoys, fais exception</p> +<p>Des patriarches et prophètes;</p> +<p>Car, selon ma conception,</p> +<p>Oncques grand chault n'eurent aux fesses.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui me diroit: «Qui te faict mectre</p> +<p>Si très-avant ceste parolle,</p> +<p>Qui n'es en Théologie maistre?</p> +<p>A toy est presumption folle.»</p> +<p>—C'est de JESUS la parabolle,</p> +<p>Touchant le Riche ensevely</p> +<p>En feu, non pas en couche molle,</p> +<p>Et du Ladre, de dessus ly.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si du Ladre eust veu le doy ardre,</p> +<p>Jà n'en eust requis refrigère,</p> +<p>N'au bout d'icelluy doiz aherdre,</p> +<p>Pour refreschir sa maschouëre.</p> +<p>Pions y feront mate chère,</p> +<p>Qui boy vent pourpoinct et chemise:</p> +<p>Puys que boyture y est si chère,</p> +<p>Dieu nous garde de la main mise!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p053"></a><span class="pagenum">P. +53</span> +<p>LXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,</p> +<p>Et de sa glorieuse Mère,</p> +<p>Sans peché soit parfaict ce dict</p> +<p>Par moy, plus maigre que chimere;</p> +<p>Si je n'ay eu fièvre effimère,</p> +<p>Ce m'a faict divine clémence;</p> +<p>Mais d'autre dueil et perte amère</p> +<p>Je me tays, et ainsi commence:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Premier, je donne ma pauvre ame</p> +<p>A la benoiste Trinité,</p> +<p>Et la commande à Nostre Dame,</p> +<p>Chambre de la divinité;</p> +<p>Priant toute la charité</p> +<p>Des dignes neuf Ordres des cieulx,</p> +<p>Que par eulx soit ce don porté</p> +<p>Devant le Trosne précieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, mon corps j'ordonne et laisse</p> +<p>A nostre grand mère la terre;</p> +<p>Les vers n'y trouveront grand gresse:</p> +<p>Trop lui a faict faim dure guerre.</p> +<p>Or luy soit délivré grand erre;</p> +<p>De terre vint, en terre tourne.</p> +<p>Toute chose, se par trop n'erre,</p> +<p>voulentiers en son lieu retourne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et à mon plus que père,</p> +<p>Maistre Guillaume de Villon</p> +<a name="p054"></a><span class="pagenum">P. 54</span> +<p>Qui m'a esté plus doulx que mère</p> +<p>D'enfant eslevé de maillon;</p> +<p>Dejetté m'a de maint boillon,</p> +<p>Et de cestuy pas ne s'esjoye,</p> +<p>Si luy requiers à genoillon,</p> +<p>Qu'il m'en laisse toute la joye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je luy donne ma librairie,</p> +<p>Et le <i>Rommant du Pet au Diable</i>,</p> +<p>Lequel maistre Gui Tabarie</p> +<p>Grossoya, qu'est hom véritable.</p> +<p>Par cayers est soubz une table.</p> +<p>Combien qu'il soit rudement faict,</p> +<p>La matière est si très notable,</p> +<p>Qu'elle amende tout le meffaict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à ma bonne mère</p> +<p>Pour saluer nostre Maistresse,</p> +<p>Qui pour moy eut douleur amère,</p> +<p>Dieu le sçait, et mainte tristesse;</p> +<p>Autre chastel ou fosteresse</p> +<p>N'ay où retraire corps et ame,</p> +<p>Quand sur moy court male destresse,</p> +<p>Ne ma mère, la povre femme!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p055"></a><span class="pagenum">P. +55</span> +<p>BALLADE</p> +<p>QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MÈRE,</p> +<p>POUR PRIER NOSTRE-DAME.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dame du ciel, régente terrienne,</p> +<p>Emperière des infernaulx palux,</p> +<p>Recevez-moy, vostre humble chrestienne,</p> +<p>Que comprinse soye entre voz esleuz,</p> +<p>Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.</p> +<p>Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,</p> +<p>Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,</p> +<p>Sans lesquelz biens ame ne peult merir</p> +<p>N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A vostre Filz dictes que je suis sienne;</p> +<p>Que de luy soyent mes péchez aboluz:</p> +<p>Pardonnés moi comme à l'Egyptienne,</p> +<p>Ou comme il feit au clerc Theophilus,</p> +<p>Lequel par vous fut quitte et absoluz,</p> +<p>Combien qu'il eust au diable faict promesse.</p> +<p>Preservez-moy, que je ne face cesse;</p> +<p>Vierge, pourtant, me vouilliés impartir</p> +<p>Le sacrement qu'on celebre à la messe.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Femme je suis povrette et ancienne,</p> +<p>Ne riens ne sçay; oncques lettre ne leuz;</p> +<p>Au monstier voy dont suis parroissienne</p> +<p>Paradis painct, où sont harpes et luz,</p> +<a name="p056"></a><span class="pagenum">P. 56</span> +<p>Et ung enfer où damnez sont boulluz:</p> +<p>L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.</p> +<p>La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,</p> +<p>A qui pecheurs doivent tous recourir,</p> +<p>Comblez de foy, sans faincte ne paresse.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Vous portastes, Vierge, digne princesse,</p> +<p>JESUS régnant, qui n'a ne fin ne cesse.</p> +<p>Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,</p> +<p>Laissa les cieulx et nous vint secourir;</p> +<p>Offrist à mort sa très clère +jeunesse;</p> +<p>Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, m'amour, ma chère Rosé,</p> +<p>Ne luy laisse ne cueur ne foye:</p> +<p>Elle aymeroit mieulx autre chose,</p> +<p>Combien qu'elle ait assez monnoye:</p> +<p>Quoy? une grand bourse de soye,</p> +<p>Pleine d'escuz, profonde et large:</p> +<p>Mais pendu soit-il, que je soye,</p> +<p>Qui luy lairra escu ne targe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car elle en a, sans moy, assez.</p> +<p>Mais de cela il ne m'en chault;</p> +<p>Mes grans deduictz en sont passez;</p> +<p>Plus n'en ay le cropion chauld.</p> +<a name="p057"></a><span class="pagenum">P. 57</span> +<p>Si m'en desmetz aux hoirs Michault,</p> +<p>Qui fut nommé le bon fouterre.</p> +<p>Priez pour luy, faictes ung sault:</p> +<p>A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce non obstant, pour m'acquitter</p> +<p>Envers Amours, plus qu'envers elle,</p> +<p>Car oncques n'y peuz acquester</p> +<p>D'amours une seule estincelle;</p> +<p>Ne sçay s'à tous est si rebelle</p> +<p>Qu'à moy: ce ne m'est grand esmoy;</p> +<p>Mais, par saincte Marie la belle!</p> +<p>Je n'y voy que rire pour moy.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ceste Ballade luy envoye,</p> +<p>Qui se termine toute en R.</p> +<p>Qui la portera? que j'y voye:</p> +<p>Ce sera Pernet de la Barre,</p> +<p>Pourveu, s'il rencontre en son erre</p> +<p>Ma damoyselle au nez tortu,</p> +<p>Il luy dira, sans plus enquerre:</p> +<p>«Orde paillarde, d'où viens-tu?»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE VILLON A S'AMYE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Faulse beaulté, qui tant me couste cher.</p> +<p>Rude en effect, hypocrite doulceur;</p> +<a name="p058"></a><span class="pagenum">P. 58</span> +<p>Amour dure, plus que fer, à mascher;</p> +<p>Nommer que puis de ma deffaçon soeur,</p> +<p>Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,</p> +<p>Orgueil mussé, qui gens met au mourir;</p> +<p>Yeulx sans pitié! ne veult droicte rigueur,</p> +<p>Sans empirer, ung pauvre secourir?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mieulx m'eust valu avoir esté crier</p> +<p>Ailleurs secours, c'eust esté mon bonheur:</p> +<p>Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;</p> +<p>Trotter m'en fault en fuyte à deshonneur.</p> +<p>Haro, haro, le grand et le mineur!</p> +<p>Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,</p> +<p>Ou pitié veult, selon ceste teneur,</p> +<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung temps viendra, qui fera desseicher,</p> +<p>Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:</p> +<p>Je m'en risse, se tant peusse marcher,</p> +<p>Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)</p> +<p>Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.</p> +<p>Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.</p> +<p>Ne donnez pas à tous ceste douleur,</p> +<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince amoureux, des amans le greigneur,</p> +<p>Vostre mal gré ne vouldroye encourir;</p> +<p>Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,</p> +<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p059"></a><span class="pagenum">P. +59</span> +<p>LXXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Ythier, marchant,</p> +<p>Auquel mon branc laissay jadis,</p> +<p>Donne (mais qu'il le mette en chant),</p> +<p>Ce lay, contenant des vers dix;</p> +<p>Et aussi ung <i>De profundis</i></p> +<p>Pour ses anciennes amours,</p> +<p>Desquelles le nom je ne dis,</p> +<p>Car il me herroit à tousjours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LAY OU PLUSTOST RONDEAU.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>MORT, j'appelle de ta rigueur,</p> +<p>Qui m'as ma maistresse ravie,</p> +<p>Et n'es pas encore assouvie,</p> +<p>Se tu ne me tiens en langueur.</p> +<p>Onc puis n'euz force ne vigueur;</p> +<p>Mais que te nuysoit-elle en vie,</p> +<p>Mort?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;</p> +<p>S'il est mort, force est que dévie,</p> +<p>Voire, ou que je vive sans vie,</p> +<p>Comme les images, par cueur,</p> +<p>Mort!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Cornu,</p> +<p>Autres nouveaux lays luy vueil faire,</p> +<a name="p060"></a><span class="pagenum">P. 60</span> +<p>Car il m'a tousjours secouru</p> +<p>A mon grand besoing et affaire:</p> +<p>Pour ce, le jardin luy transfère,</p> +<p>Que maistre Pierre Bourguignon</p> +<p>Me renta, en faisant refaire</p> +<p>L'huys, et redrecier le pignon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par faulte d'ung huys, j'y perdis</p> +<p>Ung grez, et ung manche de houe.</p> +<p>Alors, huyt faulcons, non pas dix,</p> +<p>N'y eussent pas prins une alloüe.</p> +<p>L'hostel est seur, mais qu'on le cloüe.</p> +<p>Pour enseigne y mis ung havet;</p> +<p>Qui que l'ait prins, point ne l'en loüe:</p> +<p>Sanglante nuict et bas chevet!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et pource que la femme</p> +<p>De maistre Pierre Sainct Amant</p> +<p>(Combien, si coulpe y a ou blasme,</p> +<p>Dieu luy pardonne doulcement!)</p> +<p>Me meist en reng de caymant,</p> +<p>Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,</p> +<p>Luy changeay à une jument,</p> +<p>Et la Mulle à ung Asne rouge.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à sire Denys</p> +<p>Hesselin, Esleu de Paris,</p> +<p>Quatorze muys de vin d'Aulnis,</p> +<p>Prins chez Turgis, à mes perilz.</p> +<p>S'il en beuvoit tant que periz</p> +<p>En fust son sens et sa raison,</p> +<a name="p061"></a><span class="pagenum">P. 61</span> +<p>Qu'on mette de l'eau es barrilz:</p> +<p>Vin perd mainte bonne maison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à mon advocat,</p> +<p>Maistre Guillaume Charruau,</p> +<p>Quoy qu'il marchande ou ait estât,</p> +<p>Mon branc... Je me tays du fourreau,</p> +<p>Il aura, avec ce, ung réau</p> +<p>En change, affin que sa bourse enfle,</p> +<p>Prins sur la chaussée et carreau</p> +<p>De la grand closture du Temple.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, mon procureur Fournier</p> +<p>Aura, pour toutes ses corvées</p> +<p>(Simple seroit de l'espargner;</p> +<p>En ma bourse quatre havées),</p> +<p>Car maintes causes m'a saulvées,</p> +<p>Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!</p> +<p>Comme elles ont esté trouvées;</p> +<p>Mais bon droit a bon mestier d'ayde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à maistre Jaques</p> +<p>Raguyer le grant godet de Grève,</p> +<p>Pourveu qu'il payera quatre plaques,</p> +<p>Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,</p> +<p>Ce dont on ceuvre mol et grève;</p> +<p>Aller sans chausses et chappin,</p> +<p>Tous les matins, quand il se liève,</p> +<p>Au trou de la Pomme de pin.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p062"></a><span class="pagenum">P. +62</span> +<p>XCII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, quant est de Mairebeuf,</p> +<p>Et de Nicolas de Louviers,</p> +<p>Vache ne leur donne ne beuf,</p> +<p>Car vachers ne sont, ne bouviers,</p> +<p>Mais gens à porter esperviers,</p> +<p>Ne cuidez pas que je vous joue,</p> +<p>Pour prendre perdriz et plouviers,</p> +<p>Sans faillir, sur la Maschecroüe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, vienne Robert Turgis</p> +<p>A moy, je luy payeray son vin,</p> +<p>Combien, s'il trouve mon logis,</p> +<p>Plus fort sera que le devin.</p> +<p>Le droit luy donne d'eschevin,</p> +<p>Que j'ay comme enfant de Paris...</p> +<p>Se je parle ung peu poictevin,</p> +<p>Ilce m'ont deux dames appris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Filles sont très belles et gentes,</p> +<p>Demourantes à Sainct-Genou,</p> +<p>Près Sainct-Julian des Voventes,</p> +<p>Marches de Bretaigne ou Poictou,</p> +<p>Mais je ne dy proprement où,</p> +<p>Or y pensez trestous les jours,</p> +<p>Car je ne suis mie si fou...</p> +<p>Je pense celer mes amours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Jehan Raguyer je donne,</p> +<p>Qui est sergent, voir des Douze,</p> +<a name="p063"></a><span class="pagenum">P. 63</span> +<p>Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne,</p> +<p>Tous les jours une talemouze,</p> +<p>Pour brouter et fourrer sa mouse,</p> +<p>Prinse à la table de Bailly;</p> +<p>A Maubuay sa gorge arrouse,</p> +<p>Car à manger n'a pas failly.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne au prince des Sotz</p> +<p>Pour ung bon sot Michault du Four,</p> +<p>Qui à la fois dit de bons motz</p> +<p>Et chante bien: <i>Ma doulce amour</i>!</p> +<p>Avec ce, il aura le bonjour.</p> +<p>Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,</p> +<p>Il est ung droit sot de séjour,</p> +<p>Et est plaisant où il n'est point.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, aux unze vingtz Sergens</p> +<p>Donne, car leur faict est honneste,</p> +<p>Et sont bonnes et doulces gens,</p> +<p>Denis Richier, et Jehan Vallette,</p> +<p>A chascun une grand cornette,</p> +<p>Pour pendre à leurs chappeaulx de feautre</p> +<p>J'entendz à ceulx de pied, hohecte!</p> +<p>Car je n'ay que faire des autres.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Derechef, donne à Périnet,</p> +<p>J'entendz le bastard de la Barre,</p> +<p>Pour ce qu'il est beau fils et net,</p> +<p>En son escu, en lieu de barre,</p> +<p>Trois detz plombez, de bonne carre,</p> +<p>Ou ung beau joly jeu de cartes...</p> +<a name="p064"></a><span class="pagenum">P. 64</span> +<p>Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre,</p> +<p>En oultre aura les fièvres quartes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, ne vueil plus que Chollet</p> +<p>Dolle, trenche, douve ne boyse,</p> +<p>Relye brocq ne tonnelet,</p> +<p>Mais tous ses outilz changer voyse</p> +<p>A une espée lyonnoise,</p> +<p>Et retienne le hutinet:</p> +<p>Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,</p> +<p>Si luy plaist-il ung tantinet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à Jehan le Lou,</p> +<p>Homme de bien et bon marchant,</p> +<p>Pour ce qu'il est linget et flou,</p> +<p>Et que Chollet est mal chassant,</p> +<p>Par les rues plustost qu'au champ,</p> +<p>Qui ne lairra poulaille en voye,</p> +<p>Le long tabart, et bien cachant,</p> +<p>Pour les musser, qu'on ne les voye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à l'orfèvre Du Boys,</p> +<p>Donne cent clouz, queues et testes,</p> +<p>De gingembre sarazinoys,</p> +<p>Non pas pour accoupler ses boytes,</p> +<p>Mais pour conjoindre culz et coettes,</p> +<p>Et couldre jambons et andoilles,</p> +<p>Tant que le laict en monte aux tettes,</p> +<p>Et le sang en devalle aux coilles.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p065"></a><span class="pagenum">P. +65</span> +<p>CII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au cappitaine Jehan Riou,</p> +<p>Tant pour luy que pour ses archiers,</p> +<p>Je donne six livres de lou,</p> +<p>Qui n'est pas viande à porchiers,</p> +<p>Prins à gros mastins de bouchiers,</p> +<p>Et cuittes de vin de buffet.</p> +<p>Pour manger de ces morceaulx chiers,</p> +<p>On en ferait bien un mau faict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est viande ung peu plus pesante,</p> +<p>Que duvet, ne plume, ne liège.</p> +<p>Elle est bonne à porter en tente,</p> +<p>Ou pour user en quelque siège.</p> +<p>Et, s'ilz estoient prins en un piège,</p> +<p>Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,</p> +<p>J'ordonne, moy qui suis bon miège,</p> +<p>Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Robin Troussecaille,</p> +<p>Qui s'est en service bien faict;</p> +<p>A pied ne va comme une caille,</p> +<p>Mais sur roussin gros et reffaict:</p> +<p>Je luy donne, de mon buffet,</p> +<p>Une jatte qu'emprunter n'ose;</p> +<p>Si aura mesnage parfait:</p> +<p>Plus ne luy failloit autre chose.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à Perrot Girard,</p> +<p>Barbier juré du Bourg-la-Royne,</p> +<a name="p066"></a><span class="pagenum">P. 66</span> +<p>Deux bassins et ung coquemard,</p> +<p>Puis qu'à gaigner mect telle peine.</p> +<p>Des ans y a demy douzaine,</p> +<p>Qu'en son hostel, de cochons gras</p> +<p>M'apastela une sepmaine;</p> +<p>Tesmoing l'abesse de Pourras.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, aux Frères mendians,</p> +<p>Aux Devotes et aux Beguines,</p> +<p>Tant de Paris que d'Orléans,</p> +<p>Tant Turlupins que Turlupines,</p> +<p>De grasses souppes jacobines</p> +<p>Et flans leurs fais oblation;</p> +<p>Et puis après, soubz les courtines,</p> +<p>Parler de contemplation.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si ne suis-je pas qui leur donne,</p> +<p>Mais du tout en sont-ce les mères,</p> +<p>Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,</p> +<p>Pour qui souffrent peines amères.</p> +<p>Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pères,</p> +<p>Et mesmement ceulx de Paris.</p> +<p>S'ilz font plaisir à noz commères,</p> +<p>Ilz ayment ainsi les maris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy que maistre Jehan de Pontlieu</p> +<p>En voulsist dire, <i>et reliqua</i>,</p> +<p>Contrainct et en publique lieu,</p> +<p>Voulsist ou non, s'en revocqua.</p> +<p>Maistre Jehan de Mehun se moqua</p> +<p>De leur façon; si feit Mathieu.</p> +<a name="p067"></a><span class="pagenum">P. 67</span> +<p>Mais on doit honorer ce qu'a</p> +<p>Honnoré l'Eglise de Dieu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si me submectz, leur serviteur,</p> +<p>En tout ce que puis faire et dire,</p> +<p>A les honorer de bon cueur,</p> +<p>Et servir, sans y contredire.</p> +<p>L'homme bien fol est d'en mesdire,</p> +<p>Car, soit à part, ou en prescher,</p> +<p>Ou ailleurs, il ne fault pas dire</p> +<p>Si gens sont pour eux revencher.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à frère Baulde,</p> +<p>Demeurant à l'hostel des Carmes,</p> +<p>Portant chère hardie et baulde,</p> +<p>Une sallade et deux guysarmes,</p> +<p>Que De Tusca et ses gens d'armes</p> +<p>Ne luy riblent sa Caige-vert.</p> +<p>Vieil est: s'il ne se rend aux armes,</p> +<p>C'est bien le diable de Vauvert.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, pour ce que le Scelleur,</p> +<p>Maint estront de mousche à masché,</p> +<p>Donne, car homme est de valleur,</p> +<p>Son sceau davantage craché,</p> +<p>Et qu'il ait le pouce escaché,</p> +<p>Pour tout comprendre à une voye;</p> +<p>J'entendz celluy de l'Evesché,</p> +<p>Car les autres, Dieu les pourvoye.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p068"></a><span class="pagenum">P. +68</span> +<p>CXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant de messieurs les Auditeux,</p> +<p>Leur chambre auront lembroysée;</p> +<p>Et ceulx qui ont les culz rongneux,</p> +<p>Chascun une chaise persée,</p> +<p>Mais qu'à la petite Macée</p> +<p>D'Orléans, qui eut ma ceincture,</p> +<p>L'amende soit bien hault taxée:</p> +<p>Elle est une mauvaise ordure.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à maistre Françoys,</p> +<p>Promoteur de la vacquerie,</p> +<p>Ung hault gorgerin d'Escossoys,</p> +<p>Toutesfois sans orfaverie;</p> +<p>Car, quant receut chevalerie,</p> +<p>Il maugrea Dieu et saint George.</p> +<p>Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,</p> +<p>Comme enragé, à pleine gorge.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Laurens,</p> +<p>Qui a les povres yeulx si rouges,</p> +<p>Par le peché de ses parens,</p> +<p>Qui beurent en barilz et courges,</p> +<p>Je donne l'envers de mes bouges,</p> +<p>Pour chascun matin les torcher...</p> +<p>S'il fust archevesque de Bourges,</p> +<p>Du cendal eust, mais il est cher.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Cotard,</p> +<p>Mon procureur en Court d'Eglise,</p> +<a name="p069"></a><span class="pagenum">P. 69</span> +<p>Devoye environ ung patard,</p> +<p>Car à present bien m'en advise,</p> +<p>Quant chicanner me feit Denise,</p> +<p>Disant que l'avoye mauldite;</p> +<p>Pour son ame, qu'ès cieulx soit mise!</p> +<p>Ceste Oraison j'ay cy escripte.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE ET ORAISON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Père Noé, qui plantastes la vigne;</p> +<p>Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,</p> +<p>Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,</p> +<p>De vos filles si vous feit approcher,</p> +<p>Pas ne le dy pour le vous reprocher,</p> +<p>Architriclin, qui bien sceustes cest art,</p> +<p>Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher</p> +<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Jadis extraict il fut de vostre ligne,</p> +<p>Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;</p> +<p>Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,</p> +<p>Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;</p> +<p>On ne luy sceut pot des mains arracher,</p> +<p>Car de bien boire oncques ne fut faitard.</p> +<p>Nobles seigneurs, ne souffrez empescher</p> +<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comme um viellart qui chancelle et trepign</p> +<p>L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;</p> +<p>Et une foys il se feit une bigne,</p> +<p>Bien m'en souvient, à l'estal d'ung boucher.</p> +<a name="p070"></a><span class="pagenum">P. 70</span> +<p>Brief, on n'eust sçeu en ce monde chercher</p> +<p>Meilleur pion, pour boire tost et tard.</p> +<p>Faictes entrer quand vous orrez hucher</p> +<p>L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre +cracher;</p> +<p>Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!</p> +<p>Et si ne sceut oncq sa soif estancher,</p> +<p>L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, vueil que le jeune Merle</p> +<p>Désormais gouverne mon change,</p> +<p>Car de changer envys me mesle,</p> +<p>Pourveu que tousjours baille en change,</p> +<p>Soit à privé, soit à estrange,</p> +<p>Pour trois escus, six brettes targes;</p> +<p>Pour deux angelotz, ung grand ange:</p> +<p>Car amans doivent estre larges.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, j'ay sçeu, à ce voyage,</p> +<p>Que mes trois povres orphelins</p> +<p>Sont creus et deviennent en aage,</p> +<p>Et n'ont pas testes de belins,</p> +<p>Et qu'enfans d'icy à Salins</p> +<p>N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;</p> +<p>Or, par l'ordre des Mathelins,</p> +<p>Telle jeunesse n'est pas folle.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p071"></a><span class="pagenum">P. +71</span> +<p>CXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si vueil qu'ilz voysent à l'estude;</p> +<p>Où? chez maistre Pierre Richer.</p> +<p>Le <i>Donnait</i> est pour eulx trop rude:</p> +<p>Jà ne les y vueil empescher.</p> +<p>Ilz sçauront, je l'ayme plus cher:</p> +<p><i>Ave salus, tibi decus</i>,</p> +<p>Sans plus grandes lettres chercher:</p> +<p>Tousjours n'ont pas clercs le dessus.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cecy estudient, et puis ho!</p> +<p>Plus procéder je leur deffens.</p> +<p>Quant d'entendre le grand <i>Credo</i>,</p> +<p>Trop fort il est pour telz enfans.</p> +<p>Mon grant tabard en deux je fendz:</p> +<p>Si vueil que la moictié s'en vende,</p> +<p>Pour eulx en achepter des flans,</p> +<p>Car jeunesse est ung peu friande.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et veuil qu'ilz soyent informez</p> +<p>En meurs, quoy que couste bature;</p> +<p>Chapperons auront enfermez,</p> +<p>Et les poulces soubz la ceincture;</p> +<p>Humbles à toute créature;</p> +<p>Disans: <i>Hen? Quoy? Il n'en est rien!</i></p> +<p>Si diront gens, par adventure:</p> +<p>«Voycy enfans de lieu de bien!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à mes pouvres clergeons,</p> +<p>Auxquelz mes titres je resigne,</p> +<a name="p072"></a><span class="pagenum">P. 72</span> +<p>Beaulx enfans et droictz comme joncs,</p> +<p>Les voyans, je m'en dessaisine,</p> +<p>Et, sans recevoir, leur assigne,</p> +<p>Seur comme qui l'auroit en paulme,</p> +<p>A une certain jour que l'on signe,</p> +<p>Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy que jeunes et esbatans</p> +<p>Soyent, en rien ne me desplaist;</p> +<p>Dedans vingt, trente ou quarante ans</p> +<p>Bien autres seront, se Dieu plaist.</p> +<p>Il faict mal qui ne leur complaist,</p> +<p>Car ce sont beaux enfans et gents;</p> +<p>Et qui les bat ne fiert, fol est,</p> +<p>Car enfans si deviennent gens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les bourses des Dix-et-huict clers</p> +<p>Auront; je m'y vueil travailler:</p> +<p>Pas ilz ne dorment comme lerz,</p> +<p>Qui trois mois sont sans resveiller.</p> +<p>Au fort, triste est le sommeiller</p> +<p>Qui faict aise jeune en jeunesse,</p> +<p>Tant qu'enfin luy faille veiller,</p> +<p>Quant reposer deust en vieillesse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cy en escris au collateur</p> +<p>Lettres semblables et pareilles:</p> +<p>Or prient pour leur bienfaicteur,</p> +<p>Ou qu'on leur tire les oreilles.</p> +<p>Aucunes gens ont grand merveilles,</p> +<p>Que tant m'encline envers ces deux;</p> +<a name="p073"></a><span class="pagenum">P. 73</span> +<p>Mais, foy que doy, festes et veilles,</p> +<p>Oncques ne vey les mères d'eulx!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et à Michault Culdou,</p> +<p>Et à sire Charlot Taranne,</p> +<p>Cent solz: s'ilz demandent prins où?</p> +<p>Ne leur chaille; ils viendront de manne;</p> +<p>Et unes houses de basanne,</p> +<p>Autant empeigne que semelle;</p> +<p>Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,</p> +<p>Et autant une autre comme elle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au seigneur de Grigny,</p> +<p>Auquel jadis laissay Vicestre,</p> +<p>Je donne la tour de Billy,</p> +<p>Pourveu, se huys y a ne fenestre</p> +<p>Qui soit ne debout ne en estre,</p> +<p>Qu'il mette très bien tout appoinct:</p> +<p>Face argent à dextre, à senestre:</p> +<p>Il m'en fault, et il n'en a point.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Thibault de la Garde:</p> +<p>Thibault? je mentz, il a nom Jehan;</p> +<p>Que luy donray-je, que ne perde?</p> +<p>Assez ay perdu tout cest an.</p> +<p>Dieu le vueille pourvoir, <i>amen...!</i></p> +<p>Le barillet? par m'ame, voyre!</p> +<p>Genevoys est le plus ancien,</p> +<p>Et plus beau nez a pour y boyre.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p074"></a><span class="pagenum">P. +74</span> +<p>CXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à Basanyer,</p> +<p>Notaire et greffier criminel,</p> +<p>De giroffle plain ung panyer,</p> +<p>Prins chez maistre Jehan de Ruel.</p> +<p>Tant à Mautainct; tant à Rosnel;</p> +<p>Et, avec ce don de giroffle,</p> +<p>Servir, de cueur gent et ysnel,</p> +<p>Le seigneur qui sert sainct Cristofle,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Auquel ceste Ballade donne,</p> +<p>Pour sa dame, qui tous biens a.</p> +<p>S'Amour ainsi tous ne guerdonne,</p> +<p>Je ne m'esbahys de cela;</p> +<p>Car au Pas conquesté celle a</p> +<p>Que tint René, roy de Cecille,</p> +<p>Où si bien fist et peu parla</p> +<p>Qu'oncques Hector feit, ne Troïle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement +marié, pour</p> +<p>l'envoyer à son espouse, par luy conquise à +l'espée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,</p> +<p>Meu de plaisir et par noble coustume,</p> +<p>Bruyt il demaine et de joye s'esbat,</p> +<p>Reçoit son per et se joint à la plume:</p> +<p>Ainsi vous vueil, à ce désir m'allume.</p> +<a name="p075"></a><span class="pagenum">P. 75</span> +<p>Joyeusement ce qu'aux amans bon semble.</p> +<p>Sachez qu'Amour l'escript en son volume,</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dame serez de mon cueur, sans debat,</p> +<p>Entierement, jusques mort me consume.</p> +<p>Laurier soüef qui pour mon droit combat,</p> +<p>Olivier franc, m'ostant toute amertume.</p> +<p>Raison ne veult que je desaccoustume,</p> +<p>Et en ce vueil avec elle m'assemble,</p> +<p>De vous servir, mais que m'y accoustume;</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,</p> +<p>Par fortune qui sur moy si se fume,</p> +<p>Vostre doulx oeil sa malice rabat,</p> +<p>Ne plus ne moins que le vent faict la fume.</p> +<p>Si ne perds pas la graine que je sume</p> +<p>En vostre champ, car le fruict me ressemble:</p> +<p>Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princesse, oyez ce que cy vous resume:</p> +<p>Que le mien cueur du vostre desassemble</p> +<p>Jà ne sera: tant de vous en presume;</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à sire Jehan Perdryer,</p> +<p>Riens, n'à Françoys, son second +frère.</p> +<a name="p076"></a><span class="pagenum">P. 76</span> +<p>Si m'ont-ilz voulu aydier,</p> +<p>Et de leurs biens faire confrère;</p> +<p>Combien que Françoys, mon compère,</p> +<p>Contre langues flambans et rouges,</p> +<p>Sans commandement, sans prière,</p> +<p>Me recommanda fort à Bourges.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si aille veoir en Taillevent,</p> +<p>Ou chapitre de fricassure,</p> +<p>Tout au long, derrière et devant,</p> +<p>Lequel n'en parle jus ne sure;</p> +<p>Mais à Macquaire vous asseure,</p> +<p>A tout le poil cuysant ung dyable,</p> +<p>Affin que sentist bon l'arsure,</p> +<p>Ce <i>Recipe</i> m'escript, sans fable.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En reagal, en arsenic rocher,</p> +<p>En orpigment, en salpestre et chaulx vive;</p> +<p>En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;</p> +<p>En suif et poix, destrampez de lessive</p> +<p>Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;</p> +<p>En lavaille de jambes à meseaulx;</p> +<p>En raclure de piedz et vieulx houseaulx;</p> +<p>En sang d'aspic et drogues venimeuses;</p> +<p>En fiel de loups, de regnards et blereaux,</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En cervelle de chat qui hayt pescher,</p> +<p>Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;</p> +<a name="p077"></a><span class="pagenum">P. 77</span> +<p>D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher</p> +<p>Tout enragé, en sa bave et salive;</p> +<p>En l'escume d'une mulle poussive,</p> +<p>Detrenchée menu à bons ciseaulx;</p> +<p>En eau où ratz plongent groings et museaulx,</p> +<p>Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,</p> +<p>Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En sublimé, dangereux à toucher;</p> +<p>Et au nombril d'une couleuvre vive;</p> +<p>En sang qu'on mect en poylettes secher,</p> +<p>Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,</p> +<p>Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,</p> +<p>En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx</p> +<p>Où nourrices essangent leurs drappeaulx;</p> +<p>En petits baings de filles amoureuses</p> +<p>Qui n'entendent qu'à suivre les bordeaulx,</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, passez tous ces friands morceaux,</p> +<p>S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,</p> +<p>Parmy le fons d'unes brayes breneuses;</p> +<p>Mais, paravant, en estronts de pourceaulx</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Courault,</p> +<p>Les Contredictz Franc-Gontier mande:</p> +<a name="p078"></a><span class="pagenum">P. 78</span> +<p>Quant du Tyrant seant en hault,</p> +<p>A cestuy-là rien ne demande;</p> +<p>Le saige ne veult que contende,</p> +<p>Contre puissant, pouvre homme las,</p> +<p>Affin que ses filez ne tende,</p> +<p>Et que ne tresbuche en ses laqs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Gontier ne crains: il n'a nulz hommes</p> +<p>Et mieulx que moy n'est herité;</p> +<p>Mais en ce debat cy nous sommes,</p> +<p>Car il loue sa pouvreté:</p> +<p>Estre pouvre, yver et esté,</p> +<p>A felicité il repute,</p> +<p>Ce que tiens à malheureté.</p> +<p>Lequel à tort? Or en dispute.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Intitulée: <i>Les Contredictz de Franc-Gontier</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,</p> +<p>Lez ung brasier, en chambre bien nattée,</p> +<p>A son costé gisant dame Sydoine,</p> +<p>Blanche, tendre, pollie et attaintée:</p> +<p>Boire ypocras, à jour et à nuyctée,</p> +<p>Rire, jouer, mignonner et baiser,</p> +<p>Et nud à nud, pour mieulx des corps s'ayser,</p> +<p>Les vy tous deux, par un trou de mortaise:</p> +<p>Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,</p> +<p>Il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p079"></a><span class="pagenum">P. +79</span> +<p>Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine</p> +<p>Eussent tousjours tel douce vie hantée,</p> +<p>D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,</p> +<p>N'en comptassent une bise tostée.</p> +<p>Tout leur mathon, ne toute leur potée,</p> +<p>Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.</p> +<p>S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,</p> +<p>Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise?</p> +<p>Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce muser?</p> +<p>Il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,</p> +<p>Et boivent eau, tout au long de l'année.</p> +<p>Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine</p> +<p>A tel escot une seule journée</p> +<p>Ne me tiendroient, non une matinée.</p> +<p>Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,</p> +<p>Helène o luy, soubz le bel esglantier;</p> +<p>Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;</p> +<p>Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,</p> +<p>Il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, jugez, pour tous nous accorder.</p> +<p>Quant est à moy, mais qu'à nul n'en +desplaise,</p> +<p>Petit enfant, j'ay ouy recorder</p> +<p>Qu'il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, pour ce que sçait la Bible,</p> +<p>Mademoyselle de Bruyères,</p> +<a name="p080"></a><span class="pagenum">P. 80</span> +<p>Donne prescher, hors l'Evangile,</p> +<p>A elle et à ses bachelieres,</p> +<p>Pour retraire ces villotières</p> +<p>Qui ont le bec si affilé,</p> +<p>Mais que ce soit hors cymetières,</p> +<p>Trop bien au marché au filé.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES FEMMES DE PARIS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy qu'on tient belles langagières</p> +<p>Florentines, Veniciennes,</p> +<p>Assez pour estre messaigières,</p> +<p>Et mesmement les anciennes;</p> +<p>Mais, soient Lombardes, Rommaines,</p> +<p>Genevoises, à mes perilz,</p> +<p>Piemontoises, Savoysiennes,</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De très beau parler tiennent chaires,</p> +<p>Ce dit-on, les Napolitaines,</p> +<p>Et que sont bonnes cacquetoeres</p> +<p>Allemanses et Bruciennes;</p> +<p>Soient Grecques, Egyptiennes,</p> +<p>De Hongrie ou d'autre pays,</p> +<p>Espaignolles ou Castellannes,</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Brettes, Suysses, n'y sçavent guères,</p> +<p>Ne Gasconnes et Tholouzaines;</p> +<a name="p081"></a><span class="pagenum">P. 81</span> +<p>Du Petit-Pont deux harangères</p> +<p>Les concluront, et les Lorraines,</p> +<p>Anglesches ou Callaisiennes,</p> +<p>(Ay je beaucoup de lieux compris?)</p> +<p>Picardes, de Valenciennes;</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, aux dames parisiennes</p> +<p>De bien parler donnez le prix;</p> +<p>Quoy qu'on die d'Italiennes,</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Regarde-m'en deux, trois, assises</p> +<p>Sur le bas du ply de leurs robes,</p> +<p>En ces monstiers, en ces eglises;</p> +<p>Tire t'en près, et ne t'en hobes;</p> +<p>Tu trouveras là que Macrobes</p> +<p>Oncques ne fist tels jugemens;</p> +<p>Entens: quelque chose en desrobes;</p> +<p>Ce sont tous beaulx enseignemens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et au mont de Montmartre,</p> +<p>Qui est ung lieu moult ancien,</p> +<p>Je lui donne et adjoincts le tertre.</p> +<p>Qu'on dit de mont Valerien;</p> +<p>Et, oultre plus, d'ung quartier d'an</p> +<p>Du pardon qu'apportay de Romme:</p> +<p>Sy yra maint bon paroissien,</p> +<p>En l'abbaye ou il n'entre homme.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p082"></a><span class="pagenum">P. +82</span> +<p>CXXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, valetz et chambrières</p> +<p>De bons hostelz (rien ne me nuyst),</p> +<p>Faisans tartes, flans et goyères,</p> +<p>Et grant rallias à minuict:</p> +<p>Riens n'y font sept pintes ne huict,</p> +<p>Tant que gisent Seigneur et dame;</p> +<p>Puis après, sans mener grant bruyt,</p> +<p>Je leur ramentoy le jeu d'asne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et à filles de bien,</p> +<p>Qui ont pères, mères et antes,</p> +<p>Par m'ame! je ne donne rien;</p> +<p>Tout ont eu varletz et servantes;</p> +<p>Se fussent-ilz de pou contentes,</p> +<p>Grant bien leur feissent maintz lopins,</p> +<p>Aux povres filles advenantes,</p> +<p>Qui se perdent aux Jacopins.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aux Célestins et aux Chartreux,</p> +<p>Quoy que vie meinent estroicte,</p> +<p>Si ont-ilz largement entre eulx,</p> +<p>Dont povres filles ont souffrette:</p> +<p>Tesmoing Jaqueline et Perrette,</p> +<p>Et Isabeau, qui dit: <i>Enné!</i></p> +<p>Puis qu'ilz ont eu telle disette,</p> +<p>A peine en seroit-on damné.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à la grosse Margot,</p> +<p>Très doulce face et pourtraicture,</p> +<p>Foy que doy <i>Brelare Bigod,</i></p> +<a name="p083"></a><span class="pagenum">P. 83</span> +<p>Assez devote creature.</p> +<p>Je l'ayme de propre nature,</p> +<p>Et elle moy, la doulce sade.</p> +<p>Qui la trouvera d'adventure,</p> +<p>Qu'on luy lise ceste Ballade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se j'ayme et sers la belle de bon haict,</p> +<p>M'en devez-vous tenir à vil ne sot?</p> +<p>Elle a en soy des biens à fin souhaict.</p> +<p>Pour son amour ceings bouclier et passot.</p> +<p>Quand viennent gens, je cours et happe un pot:</p> +<p>Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.</p> +<p>Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,</p> +<p>S'ils payent bien, je leur dy que bien <i>stat</i>:</p> +<p>«Retournez cy, quand vous serez en ruyt,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais, tost après, il y a grant deshait,</p> +<p>Quand sans argent s'en vient coucher Margot;</p> +<p>Veoir ne la puis; mon cueur à mort la hait.</p> +<p>Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:</p> +<p>Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.</p> +<p>Par les costez si se prend, l'Antechrist</p> +<p>Crie, et jure par la mort Jesuchrist,</p> +<p>Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,</p> +<p>Dessus le nez luy en fais ung escript,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p084"></a><span class="pagenum">P. +84</span> +<p>Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet</p> +<p>Plus enflée qu'ung venimeux scarbot.</p> +<p>Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,</p> +<p>Gogo me dit, et me fiert le jambot.</p> +<p>Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;</p> +<p>Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,</p> +<p>Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.</p> +<p>Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;</p> +<p>De paillarder tout elle me destruict,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!</p> +<p>Je suis paillard, la paillarde me suit.</p> +<p>Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.</p> +<p>L'ung l'autre vault: c'est à mau chat mau rat.</p> +<p>Ordure amons, ordure nous affuyt.</p> +<p>Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Marion l'Ydolle,</p> +<p>Et la grand Jehanne de Bretaigne,</p> +<p>Donne tenir publique escolle,</p> +<p>Où l'escolier le maistre enseigne.</p> +<p>Lieu n'est où ce marché ne tienne,</p> +<p>Sinon en la grille de Mehun;</p> +<p>De quoy je dy: Fy de l'enseigne,</p> +<p>Puis que l'ouvrage est si commun!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p085"></a><span class="pagenum">P. +85</span> +<p>CXLII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Noë le Jolys,</p> +<p>Autre chose je ne luy donne,</p> +<p>Fors plein poing d'osiers frez cueilliz</p> +<p>En mon jardin; je l'abandonne.</p> +<p>Chastoy est une belle aulmosne;</p> +<p>Ame n'en doit estre marry.</p> +<p>Unze vingtz coups lui en ordonne,</p> +<p>Par les mains de maistre Henry.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu</p> +<p>Donner, n'aux povres hospitaulx;</p> +<p>Bourdes n'ont icy temps ne lieu,</p> +<p>Car povres gens ont assez maulx.</p> +<p>Chascun leur envoye leurs os.</p> +<p>Les Mandians ont eu mon oye;</p> +<p>Au fort, ilz en auront les os:</p> +<p>A menues gens menue monnoye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à mon barbier,</p> +<p>Qui se nomme Colin Galerne,</p> +<p>Près voysin d'Angelot l'Herbier,</p> +<p>Ung gros glasson... Prins où? En Marne,</p> +<p>Affin qu'à son ayse s'yverne.</p> +<p>De l'estomach le tienne près.</p> +<p>Se l'yver ainsi se gouverne,</p> +<p>Il n'aura chault l'esté d'après.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, rien aux Enfans-Trouvez;</p> +<p>Mais les perduz fault que console,</p> +<a name="p086"></a><span class="pagenum">P. 86</span> +<p>Si doivent estre retrouvez,</p> +<p>Par droict, sur Marion l'Ydolle.</p> +<p>Une leçon de mon escolle</p> +<p>Leur liray, qui ne dure guière.</p> +<p>Teste n'ayent dure ne folle,</p> +<p>Mais escoutent: c'est la dernière!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BELLE LEÇON</p> +<p>DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Beaux enfans, vous perdez la plus</p> +<p>Belle rose de vo chapeau,</p> +<p>Mes clers apprenans comme glu;</p> +<p>Se vous allez à Montpippeau</p> +<p>Ou à Ruel, gardez la peau:</p> +<p>Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,</p> +<p>Cuydant que vaulsist le rappeau,</p> +<p>La perdit Colin de Cayeulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,</p> +<p>Où va corps, et peut-estre l'ame:</p> +<p>S'on perd, rien n'y sont repentailles,</p> +<p>Qu'on ne meure à honte et diffame;</p> +<p>Et qui gaigne, n'a pas à femme</p> +<p>Dido la royne de Cartage.</p> +<p>L'homme est donc bien fol et infame,</p> +<p>Qui, pour si peu, couche tel gage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'ung chascun encore m'escoute:</p> +<p>On dit, et il est vérité,</p> +<a name="p087"></a><span class="pagenum">P. 87</span> +<p>Que charretée se boyt toute,</p> +<p>Au feu l'yver, au bois l'esté.</p> +<p>S'argent avez, il n'est enté;</p> +<p>Mais le despendez tost et viste.</p> +<p>Qui en voyez-vous hérité?</p> +<p>Jamais mal acquest ne proffite.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE BONNE DOCTRINE,</p> +<p>A ceux de mauvaise vie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car ou soyes porteur de bulles,</p> +<p>Pipeur ou hazardeur de dez,</p> +<p>Tailleur de faulx coings, tu te brusles,</p> +<p>Comme ceux qui sont eschaudez,</p> +<p>Traistres pervers, de foy vuydez;</p> +<p>Soyes larron, ravis ou pilles:</p> +<p>Où en va l'acquest, que cuydez?</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ryme, raille, cymballe, luttes,</p> +<p>Comme folz, faintis, eshontez;</p> +<p>Farce, broille, joue des flustes;</p> +<p>Fais, ès villes et ès cités,</p> +<p>Fainctes, jeux et moralitez;</p> +<p>Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:</p> +<p>Où s'en va tout? Or escoutez:</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p088"></a><span class="pagenum">P. +88</span> +<p>De telz ordures te reculles;</p> +<p>Laboure, fauche champs et prez;</p> +<p>Serz et panse chevaulx et mulles,</p> +<p>S'aucunement tu n'es lettrez;</p> +<p>Assez auras, se prens en grez.</p> +<p>Mais, se chanvre broyes ou tilles,</p> +<p>Où tend ton labour qu'as ouvrez?</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Chausses, pourpoinctz esguilletez,</p> +<p>Robes, et toutes vos drapilles,</p> +<p>Ains que cessez, vous porterez</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A vous parle, compaings de galles,</p> +<p>Qui estes de tous bons accors;</p> +<p>Gardez-vous tous de ce mau hasles,</p> +<p>Qui noircist gens quand ils sont mortz;</p> +<p>Eschevez-le, c'est ung mal mors;</p> +<p>Passez-vous-en mieulx que pourrez;</p> +<p>Et, pour Dieu, soyez tous recors</p> +<p>Qu'une fois viendra que mourrez.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne aux Quinze-Vingtz,</p> +<p>Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens</p> +<p>De Paris, non pas de Provins,</p> +<p>Car à eulx tenu je me sens.</p> +<p>Ilz auront, et je m'y consens,</p> +<a name="p089"></a><span class="pagenum">P. 89</span> +<p>Sans les estuis, mes grans lunettes,</p> +<p>Pour mettre à part, aux Innocens,</p> +<p>Les gens de bien des deshonnestes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Icy n'y a ne rys ne jeu.</p> +<p>Que leur vault avoir eu chevances,</p> +<p>N'en grans lictz de parement geu,</p> +<p>Engloutir vin, engrossir panses,</p> +<p>Mener joye, festes et danses,</p> +<p>Et de ce prest estre à toute heure?</p> +<p>Tantost faillent telles plaisances,</p> +<p>Et la coulpe si en demeure.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand je considère ces testes</p> +<p>Entassées en ces charniers,</p> +<p>Tous furent maistres des requestes,</p> +<p>Ou tous de la Chambre aux Deniers,</p> +<p>Ou tous furent porte-paniers;</p> +<p>Autant puis l'ung que l'autre dire,</p> +<p>Car, d'evesques ou lanterniers,</p> +<p>Je n'y congnois rien a redire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et icelles qui s'inclinoient</p> +<p>Unes contre autres en leur vies;</p> +<p>Desquelles les unes regnoient,</p> +<p>Des autres craintes et servies:</p> +<p>Là les voy toutes assouvies,</p> +<p>Ensemble en ung tas pesle-mesle.</p> +<p>Seigneuries leur sont ravies;</p> +<p>Clerc ne maistre ne s'y appelle.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p090"></a><span class="pagenum">P. +90</span> +<p>CLI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes!</p> +<p>Quant est des corps, ils sont pourriz.</p> +<p>Ayent esté seigneurs ou dames,</p> +<p>Souef et tendrement nourriz</p> +<p>De cresme, fromentée ou riz,</p> +<p>Leurs os sont declinez en pouldre,</p> +<p>Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...</p> +<p>Plaise au doulx Jesus les absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aux trespassez je fais ce lays,</p> +<p>Et icelluy je communique</p> +<p>A regentz, courtz, sieges et plaids,</p> +<p>Hayneurs d'avarice l'inique,</p> +<p>Lesquelz pour la chose publique</p> +<p>Se seichent les os et les corps:</p> +<p>De Dieu et de sainct Dominique</p> +<p>Soient absolz, quand ilz seront mortz</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LAYS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au retour de dure prison,</p> +<p>Où j'ay laissé presque la vie,</p> +<p>Se Fortune a sur moy envie,</p> +<p>Jugez s'elle fait mesprison!</p> +<p>Il me semble que, par raison,</p> +<p>Elle deust bien estre assouvie,</p> +<p class="i8">Au retour.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p091"></a><span class="pagenum">P. +91</span> +<p>Cecy plain est de desraison,</p> +<p>Qui vueille que de tout desvie;</p> +<p>Plaise à Dieu que l'ame ravie</p> +<p>En soit, lassus, en sa maison,</p> +<p class="i8">Au retour!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à maistre Lomer,</p> +<p>Comme extraict que je suis de fée,</p> +<p>Qu'il soit bien amé; mais, d'amer</p> +<p>Fille en chief ou femme coëffée,</p> +<p>Jà n'en ayt la teste eschauffée,</p> +<p>Ce qui ne luy couste une noix,</p> +<p>Faire ung soir pour soy la fastée,</p> +<p>En despit d'Auger le Danois.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, rien à Jaques Cardon,</p> +<p>Car je n'ay rien pour luy honneste.</p> +<p>Non pas que le jette à bandon</p> +<p>Sinon cette Bergeronnette:</p> +<p>S'elle eust le chant <i>Marionnette</i>,</p> +<p>Faict por Marion la Peau-Tarde,</p> +<p>D'un <i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>,</p> +<p>Elle allast bien à la moustarde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item donne aux amans enfermes,</p> +<p>Oultre le lay Alain Chartier,</p> +<p>A leurs chevetz, de pleurs et lermes</p> +<p>Trestout fin plain ung benoistier,</p> +<a name="p092"></a><span class="pagenum">P. 92</span> +<p>Et ung petit brin d'esglantier,</p> +<p>En tout temps verd, pour gouppillon,</p> +<p>Pourveu qu'ilz diront ung <i>Psaultier</i></p> +<p>Pour l'ame du pouvre Villon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jacques James,</p> +<p>Qui se tue d'amasser biens,</p> +<p>Donne fiancer tant de femmes</p> +<p>Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens</p> +<p>Pour qui amasse-il? Pour les siens.</p> +<p>Il ne plainct fors que ses morceaulx;</p> +<p>Ce qui fut aux truyes, je tiens</p> +<p>Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, le Camus Seneschal,</p> +<p>Qui une fois paya mes debtes,</p> +<p>En recompense, mareschal,</p> +<p>Pour ferrer oës et canettes.</p> +<p>Je luy envoye ces sornettes,</p> +<p>Pour soy desennuyer; combien,</p> +<p>Si veult, face-en des alumettes.</p> +<p>De bien chanter s'ennuye-on bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au Chevalier du Guet</p> +<p>Je donne deux beaulx petitz pages,</p> +<p>Philippot et le gros Marquet,</p> +<p>Qui ont servy, dont sont plus sages,</p> +<p>La plus grant partie de leurs aages,</p> +<p>Tristan, prevost des mareschaulx.</p> +<p>Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges,</p> +<p>Aller leur fauldra tous deschaulx!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p093"></a><span class="pagenum">P. +93</span> +<p>CLIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au Chappelain je laisse</p> +<p>Ma chapelle à simple tonsure,</p> +<p>Chargée d'une seiche messe,</p> +<p>Où il ne fault pas grand lecture.</p> +<p>Resigné luy eusse ma cure,</p> +<p>Mais point ne veult de charge d'ames;</p> +<p>De confesser, ce dit, n'a cure,</p> +<p>Sinon chambrières et dames.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce que sçait bien mon entente,</p> +<p>Jehan de Calays, honnorable homme,</p> +<p>Qui ne me veit des ans a trente,</p> +<p>Et ne sçait comment je me nomme,</p> +<p>De tout ce Testament, en somme,</p> +<p>S'aucune y a difficulté,</p> +<p>Oster jusqu'au rez d'une pomme</p> +<p>Je luy en donne faculté.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De le gloser et commenter,</p> +<p>De le diffinir ou prescripre,</p> +<p>Diminuer ou augmenter;</p> +<p>De le canceller ou transcripre</p> +<p>De sa main, ne sceust-il escripre;</p> +<p>Interpreter, et donner sens,</p> +<p>A son plaisir, meilleur ou pire;</p> +<p>A tout ceci je m'y consens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,</p> +<p>Estoit allé de mort à vie,</p> +<a name="p094"></a><span class="pagenum">P. 94</span> +<p>Audict Calais donne puissance,</p> +<p>Affin que l'ordre soit suyvie</p> +<p>Et mon ordonnance assouvie,</p> +<p>Que ceste aulmosne ailleurs transporte,</p> +<p>Sans se l'appliquer par envie;</p> +<p>A son ame je m'en rapporte.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, j'ordonne à Saincte-Avoye,</p> +<p>Et non ailleurs, ma sepulture;</p> +<p>Et, affin que chascun me voye,</p> +<p>Non pas en chair, mais en paincture,</p> +<p>Que l'on tire mon estature</p> +<p>D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.</p> +<p>De tumbel? Rien; je n'en ay cure,</p> +<p>Car il greveroit le plancher.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, vueil qu'autour de ma fosse</p> +<p>Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,</p> +<p>Soit escript, en lettre assez grosse;</p> +<p>Et qui n'auroit point d'escriptoire,</p> +<p>De charbon soit, ou pierre noire,</p> +<p>Sans en rien entamer le plastre:</p> +<p>Au moins sera de moy memoire</p> +<p>Telle qu'il est d'ung bon folastre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,</p> +<p>QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,</p> +<p>UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,</p> +<p>QUI FUT NOMMÉ FRANÇOIS VILLON.</p> +<p>ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p095"></a><span class="pagenum">P. +95</span> +<p>TESTAMENT.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:</p> +<p>TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.</p> +<p>POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>RONDEAU</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Repos eternel donne à cil,</p> +<p>Lumière, clarté perpétuelle,</p> +<p>Qui vaillant plat ny escuelle</p> +<p>N'eut oncques, n'ung brin de percil.</p> +<p>Il fut rez, chef, barbe, sourcil,</p> +<p>Comme ung navet qu'on ree et pelle.</p> +<p>Repos éternel donne à cil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Rigueur le transmit en exil,</p> +<p>Et luy frappa au cul la pelle,</p> +<p>Nonobstant qu'il dist: J'en appelle!</p> +<p>Qui n'est pas terme trop subtil.</p> +<p>Repos eternel donne à cil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je vueil qu'on sonne à branle</p> +<p>Le gros Beffray, qui n'est de voire;</p> +<p>Combien que cueur n'est qui ne tremble;</p> +<p>Quand de sonner est à son erre.</p> +<p>Saulvé a mainte belle terre,</p> +<p>Le temps passé, chascun le sçait:</p> +<p>Fussent gens d'armes ou tonnerre;</p> +<p>Au son de luy tout mal cessoit.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p096"></a><span class="pagenum">P. +96</span> +<p>CLXVII</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les sonneurs auront quatre miches;</p> +<p>Et se c'est peu, demy-douzaine,</p> +<p>Autant qu'en donnent les plus riches;</p> +<p>Mais ilz seront de sainct Estienne.</p> +<p>Vollant est homme de grant peine:</p> +<p>L'ung en sera. Quand j'y regarde,</p> +<p>Il en vivra une sepmaine.</p> +<p>Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour tout ce fournir et parfaire,</p> +<p>J'ordonne mes executeurs,</p> +<p>Auxquelz faict bon avoir affaire,</p> +<p>Et contentent bien leurs debteurs.</p> +<p>Ilz ne sont pas trop grans venteurs,</p> +<p>Et ont bien de quoy, Dieu mercys!</p> +<p>De ce faict seront directeurs...</p> +<p>Escripts: je t'en nommeray six.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est maistre Martin Bellefaye,</p> +<p>Lieutenant du cas criminel.</p> +<p>Qui sera l'autre? J'y pensoye:</p> +<p>Ce sera sire Colombel.</p> +<p>S'il luy plaist et il lui est bel,</p> +<p>Il entreprendra ceste charge.</p> +<p>Et l'autre? Michel Jouvenel.</p> +<p>Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,</p> +<p>En redoubtant les premiers frais,</p> +<a name="p097"></a><span class="pagenum">P. 97</span> +<p>Ou totalement recusassent,</p> +<p>Ceulx qui s'ensuivent cy-après</p> +<p>J'institue, gens de bien très,</p> +<p>Philip Bruneau, noble escuyer,</p> +<p>Et l'autre, son voysin d'emprès,</p> +<p>Cy est maistre Jacques Raguyer;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et l'aultre, maistre Jaques James,</p> +<p>Trois hommes de bien et d'honneur,</p> +<p>Desirans de saulver leurs âmes,</p> +<p>Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.</p> +<p>Plustot y metteront du leur,</p> +<p>Que ceste ordonnance ne baillent.</p> +<p>Point n'auront de contrerooleur,</p> +<p>Mais à leur seul plaisir en taillent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXXII</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Des testamens qu'on dit le maistre</p> +<p>De mon faict n'aura <i>quid</i> ne <i>quod</i>;</p> +<p>Mais ce sera ung jeune prebstre,</p> +<p>Qui se nomme Colas Tacot.</p> +<p>Voulentiers beusse à son escot,</p> +<p>Et qu'il me coustast ma cornette!</p> +<p>S'il sceust jouer en ung trippot,</p> +<p>Il eust de moy le Trou Perrette.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant au regard du luminaire,</p> +<p>Guillaume du Ru j'y commectz.</p> +<p>Pour porter les coings du suaire,</p> +<p>Aux executeurs le remectz.</p> +<p>Trop plus mal me font qu'oncques mais</p> +<p>Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.</p> +<a name="p098"></a><span class="pagenum">P. 98</span> +<p>Mal me presse; est temps désormais</p> +<p>Que crie à toutes gens merciz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>Par laquelle Villon crye mercy à chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A Chartreux, aussi Celestins,</p> +<p>A mendians et aux devotes,</p> +<p>A musars et cliquepatins,</p> +<p>Servantes et filles mignottes,</p> +<p>Portant surcotz et justes cottes;</p> +<p>A cuyderaulx d'amours transis,</p> +<p>Chaussans sans meshaing fauves bottes,</p> +<p>Je crye à toutes gens merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A fillettes monstrans tetins,</p> +<p>Pour avoir plus largement hostes;</p> +<p>A ribleurs meneurs de butins,</p> +<p>A basteleurs traynans marmottes,</p> +<p>A folz et folles, sotz et sottes,</p> +<p>Qui s'en vont sifflant cinq et six;</p> +<p>A veufves et à mariottes,</p> +<p>Je crye à toutes gens merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sinon aux trahistres chiens mastins,</p> +<p>Qui m'ont fait ronger dures crostes</p> +<p>Et boire eau maintz soirs et matins,</p> +<p>Qu'ores je ne crains pas trois crottes.</p> +<p>Je feisse pour eulx petz et rottes;</p> +<p>Je ne puis, car je suis assis.</p> +<p>Bien fort, pour éviter riottes,</p> +<p>Je crye à toutes gens, merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p099"></a><span class="pagenum">P. +99</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'on leur froisse les quinze costes</p> +<p>De gros mailletz, fortz et massis,</p> +<p>De plombée et de telz pelottes.</p> +<p>Je crye à toutes gens merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>POUR SERVIR DE CONCLUSION.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Icy se clost le Testament</p> +<p>Et finist du pouvre Villon.</p> +<p>Venez à son enterrement,</p> +<p>Quant vous orrez le carillon,</p> +<p>Vestuz rouges com vermillon,</p> +<p>Car en amours mourut martir;</p> +<p>Ce jura-il sur son coullon</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et je croy bien que pas n'en ment,</p> +<p>Car chassié fut comme un soullon</p> +<p>De ses amours hayneusement,</p> +<p>Tant que, d'icy à Roussillon,</p> +<p>Brosses n'y a ne brossillon,</p> +<p>Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,</p> +<p>Ung lambeau de son cotillon,</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il est ainsi, et tellement,</p> +<p>Quand mourut n'avoit qu'un haillon.</p> +<a name="p100"></a><span class="pagenum">P. 100</span> +<p>Qui plus? En mourant, mallement</p> +<p>L'espoignoit d'amours l'esguillon;</p> +<p>Plus agu que le ranguillon</p> +<p>D'un baudrier luy faisoit sentir,</p> +<p>C'est de quoy nous esmerveillon,</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, gent comme esmerillon,</p> +<p>Saichiez qu'il fist, au departir:</p> +<p>Ung traict but de vin morillon,</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>FIN DU GRAND TESTAMENT</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<br> +<a name="p101"></a><span class="pagenum">P. 101</span> +<p><b>POÉSIES DIVERSES</b></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LE QUATRAIN</p> +<p>Que feit Villon quand il fut jugé à mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>JE SUIS François, dont ce me poise,</p> +<p>Né de Paris emprès Ponthoise.</p> +<p>Or d'une corde d'une toise</p> +<p>Saura mon col que mon cul poise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'EPITAPHE</p> +<p>EN FORME DE BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant</p> +<p>estre pendu avec eulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Frères humains, qui après nous vivez,</p> +<p>N'ayez les cueurs contre nous endurciz,</p> +<p>Car, si pitié de nous pouvres avez,</p> +<p>Dieu en aura plustost de vous merciz.</p> +<p>Vous nous voyez cy attachez cinq, six:</p> +<a name="p102"></a><span class="pagenum">P. 102</span> +<p>Quant de la chair, que trop avons nourrie,</p> +<p>Elle est pieça devorée et pourrie,</p> +<p>Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.</p> +<p>De nostre mal personne ne s'en rie,</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se vous clamons, frères, pas n'en devez</p> +<p>Avoir desdaing, quoique fusmes occis</p> +<p>Par justice. Toutesfois, vous sçavez</p> +<p>Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;</p> +<p>Intercedez doncques, de cueur rassis,</p> +<p>Envers le Filz de la Vierge Marie,</p> +<p>Que sa grace ne soit pour nous tarie,</p> +<p>Nous preservant de l'infernale fouldre.</p> +<p>Nous sommes mors, ame ne nous harie;</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La pluye nous a debuez et lavez,</p> +<p>Et le soleil dessechez et noirciz;</p> +<p>Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,</p> +<p>Et arrachez la barbe et les sourcilz.</p> +<p>Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;</p> +<p>Puis cà, puis là, comme le vent varie,</p> +<p>A son plaisir sans cesser nous charie,</p> +<p>Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre.</p> +<p>Ne soyez donc de nostre confrairie,</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,</p> +<p>Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:</p> +<p>A luy n'ayons que faire ne que souldre.</p> +<p>Hommes, icy n'usez de mocquerie</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p103"></a><span class="pagenum">P. +103</span> +<p>LA REQUESTE DE VILLON</p> +<p>Présentée à la Cour de Parlement, en +forme de ballade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,</p> +<p>Le nez, et vous, le sensitif, aussi;</p> +<p>Tous mes membres où il y a reprouche,</p> +<p>En son endroit ung chascun die ainsi:</p> +<p>«Court souverain, par qui sommes icy,</p> +<p>Vous nous avez gardé de desconfire;</p> +<p>Or, la langue ne peut assez suffire</p> +<p>A vous rendre suffisantes louenges:</p> +<p>Si prions tous, fille au souverain Sire,</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,</p> +<p>Et ne soyez, au moins, plus endurcy</p> +<p>Qu'au desert fut la forte bise roche</p> +<p>Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;</p> +<p>Fondez larmes, et venez à mercy,</p> +<p>Comme humble cueur qui tendrement souspire:</p> +<p>Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,</p> +<p>L'heur des Françoys, le confort des estranges,</p> +<p>Procreée la sus au ciel empire,</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;</p> +<p>Saillez avant, rendez toutes mercy,</p> +<p>Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,</p> +<p>Et de mascher n'ayez ores soulcy;</p> +<p>Considerez que je fusse transy,</p> +<p>Foye, pommon, et rate qui respire;</p> +<a name="p104"></a><span class="pagenum">P. 104</span> +<p>Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire</p> +<p>Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges,</p> +<p>Louez la Court, avant qu'il vous empire,</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,</p> +<p>Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;</p> +<p>Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.</p> +<p>Court triumphant, <i>fiat</i>, sans me desdire;</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE L'APPEL DE VILLON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que dites-vous de mon appel,</p> +<p>Garnier? Feis-je sens ou follie?</p> +<p>Toute beste garde sa pel;</p> +<p>Qui la contrainct, efforce ou lye,</p> +<p>S'elle peult, elle se deslie.</p> +<p>Quand à ceste peine arbitraire</p> +<p>On me jugea par tricherie,</p> +<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se fusse des hoirs Hue Capel,</p> +<p>Qui fut extraict de boucherie,</p> +<p>On ne m'eust, parmy ce drapel,</p> +<p>Faict boyre à celle escorcherie:</p> +<p>Vous entendez bien joncherie?</p> +<p>Ce fut son plaisir voluntaire</p> +<a name="p105"></a><span class="pagenum">P. 105</span> +<p>De me juger par fausserie.</p> +<p>Etoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cuydez-vous que soubz mon cappel</p> +<p>N'y eust tant de philosophie</p> +<p>Comme de dire: «J'en appel?»</p> +<p>Si avoit, je vous certifie,</p> +<p>Combien que point trop ne m'y fie.</p> +<p>Quand on me dit, présent notaire:</p> +<p>«Pendu serez!» je vous affie,</p> +<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, si j'eusse eu la pepie,</p> +<p>Pieça je fusse où est Clotaire,</p> +<p>Aux champs debout comme ung espie.</p> +<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LE DIT</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DE LA NAISSANCE MARIE.</p> +<p>Jam nova progenies celo demittitur alto.</p> +<p><i>Virg.</i>, (ecl. 4, v.7.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>O louée Conception,</p> +<p>Envoiée sà jus des cieulx;</p> +<p>Du noble Lys digne syon;</p> +<p>Don de Jhésus très précieux,</p> +<p>MARIE, nom très gracieux,</p> +<p>Font de pitié, source de grace,</p> +<a name="p106"></a><span class="pagenum">P. 106</span> +<p>La joye confort de mes yeulx,</p> +<p>Qui nostre paix batist et brasse!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La paix, c'est assavoir, des riches,</p> +<p>Des povres le substantement,</p> +<p>Le rebours des felons et chiches,</p> +<p>Très necessaire enfantement,</p> +<p>Conceu, porté honnestement,</p> +<p>Hors le pechié originel,</p> +<p>Que dire je puis sainctement</p> +<p>Souverain bien, Dieu éternel!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Nom recouvré, joye de peuple,</p> +<p>Confort des bons, de maulx retraicte;</p> +<p>Du doux Seigneur première et seule</p> +<p>Fille, de son cler sang extraicte,</p> +<p>Du dextre costé Clovis traicte,</p> +<p>Glorieuse ymage en tous fais,</p> +<p>Ou hault ciel créée et pourtraicte,</p> +<p>Pour esjouyr et donner paix!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En l'amour et crainte de Dieu,</p> +<p>Es nobles flans Cesar conceue;</p> +<p>Des petis et grans, en tout lieu,</p> +<p>A très grande joye receue;</p> +<p>De l'amour Dieu traicte, tissue,</p> +<p>Pour les discordez ralier,</p> +<p>Et aux enclos donner yssue,</p> +<p>Leurs lians et fers delier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aucunes gens, qui bien peu sentent,</p> +<p>Nourriz en simplesse et confiz,</p> +<p>Contre le vouloir Dieu attentent,</p> +<p>Par ignorance desconfiz,</p> +<a name="p107"></a><span class="pagenum">P. 107</span> +<p>Désirans que feussiez ung filz;</p> +<p>Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,</p> +<p>Je croy que ce soit grans proufiz;</p> +<p>Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Du Psalmiste je prens les dictz:</p> +<p><i>Delectasti me, Domine,</i></p> +<p><i>In factura sua</i>! Je diz:</p> +<p>«Noble enfant, de bonne heure né,</p> +<p>A toute doulceur destiné,</p> +<p>Manna du Ciel, celeste don,</p> +<p>De tous bienfais le guerdonné,</p> +<p>Et de nos maulx le vray pardon!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DOUBLE BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien que j'ay leu en ung Dit:</p> +<p><i>Inimicum putes</i>, y a,</p> +<p><i>Qui te presentem laudabit</i>,</p> +<p>Toutesfois, non obstant cela,</p> +<p>Oncques vray homme ne cela</p> +<p>En son courage aucun grant bien,</p> +<p>Qui ne le monstrast çà et là:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,</p> +<p>Quand l'Aignel de Dieu descela.</p> +<p>En ce faisant pas ne meffist,</p> +<p>Dont sa voix ès tourbes vola;</p> +<p>De quoy saint André Dieu loua,</p> +<p>Qui de luy cy ne sçavoit rien,</p> +<a name="p108"></a><span class="pagenum">P. 108</span> +<p>Et au Fils de Dieu s'aloua:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Envoyée de Jhesucrist,</p> +<p>Rappelles sà jus, par deçà,</p> +<p>Les povres que Rigueur proscript</p> +<p>Et que Fortune betourna.</p> +<p>Cy sçay bien comment y m'en va!</p> +<p>De Dieu, de vous, vie je tien...</p> +<p>Benoist celle qui vous porta!</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cy, devant Dieu, fais congnoissance,</p> +<p>Que creature feusse morte,</p> +<p>Ne feust vostre doulce naissance,</p> +<p>En charité puissant et forte,</p> +<p>Qui ressuscite et reconforte</p> +<p>Ce que Mort avoit prins pour sien.</p> +<p>Vostre présence me conforte:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cy vous rens toute obéissance,</p> +<p>A ce faire raison m'exorte,</p> +<p>De toute ma povre puissance;</p> +<p>Plus n'est deul qui me desconforte,</p> +<p>N'autre ennuy de quelque sorte.</p> +<p>Vostre je suis et non plus mien;</p> +<p>Ad ce droit et devoir m'enhorte:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>O grace et pitié très immense,</p> +<p>L'entrée de paix et la porte,</p> +<p>Some et benigne clemence,</p> +<p>Qui noz faultes toult et supporte,</p> +<a name="p109"></a><span class="pagenum">P. 109</span> +<p>Sy de vous louer me deporte,</p> +<p>Ingrat suis, et je le maintien,</p> +<p>Dont en ce refrain me transporte:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princesse, ce loz je vous porte,</p> +<p>Que sans vous je ne feusse rien.</p> +<p>A vous et à vous m'en rapporte.</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Euvre de Dieu, digne, louée</p> +<p>Autant que nulle créature,</p> +<p>De tous biens et vertuz douée,</p> +<p>Tant d'esperit que de nature,</p> +<p>Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,</p> +<p>Plus nobles que rubis balais;</p> +<p>Selon de Caton l'escripture:</p> +<p><i>Patrem insequitur proles</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Port assuré, maintien rassiz,</p> +<p>Plus que ne peut nature humaine,</p> +<p>Et, eussiez des ans trente-six,</p> +<p>Enfance en rien ne vous demaine.</p> +<p>Que jour ne le die et sepmaine,</p> +<p>Je ne sçay qui me le deffend...</p> +<p>A ce propos ung dit ramaine:</p> +<p>De saige mère saige enfant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dont résume ce que j'ay dit:</p> +<p><i>Nova progenies coelo</i></p> +<a name="p110"></a><span class="pagenum">P. 110</span> +<p>Car c'est du poëte le dit:</p> +<p><i>Jamjam demittitur alto</i>.</p> +<p>Saige Cassandre, belle Echo,</p> +<p>Digne Judith, caste Lucresse,</p> +<p>Je vous congnois, noble Dido,</p> +<p>A ma seule dame et maistresse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En priant Dieu, digne pucelle,</p> +<p>Que vous doint longue et bonne vie;</p> +<p>Qui vous ayme, MADEMOISELLE,</p> +<p>Jà ne coure sur luy envie.</p> +<p>Entière dame et assouvie,</p> +<p>J'espoir de vous servir ainçoys,</p> +<p>Certes, se Dieu plaist, que devie</p> +<p>Vostre povre escolier FRANÇOYS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE VILLON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je meurs de soif auprès de la fontaine,</p> +<p>Chauld comme feu, et tremble dent à dent,</p> +<p>En mon païs suis en terre loingtaine;</p> +<p>Lez un brazier friçonne tout ardent;</p> +<p>Nu comme ung ver, vestu en president;</p> +<p>Je ris en pleurs, et attens sans espoir;</p> +<p>Confort reprens en triste desespoir;</p> +<p>Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;</p> +<p>Puissant je suis sans force et sans povoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Rien ne m'est seur que la chose incertaine,</p> +<p>Obscur, fors ce qui est tout evident;</p> +<a name="p111"></a><span class="pagenum">P. 111</span> +<p>Doubte ne fais, fors en chose certaine;</p> +<p>Science tiens à soudain accident;</p> +<p>Je gaigne tout, et demeure perdent;</p> +<p>Au point du jour, diz: «Dieu vous doint bon +soir!»</p> +<p>Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;</p> +<p>J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;</p> +<p>Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De riens n'ay soing, si metz toute ma paine</p> +<p>D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;</p> +<p>Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,</p> +<p>Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;</p> +<p>Mon ami est qui me fait entendant</p> +<p>D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;</p> +<p>Et qui me nuyst croy qu'il m'aide à povoir.</p> +<p>Verité, bourde, aujourd'uy m'est tout un.</p> +<p>Je retiens tout; riens ne sçay concepvoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince clement, or vous plaise savoir</p> +<p>Que j'entens moult, et n'ay sens ne sçavoir;</p> +<p>Parcial suis, à toutes lois commun.</p> +<p>Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>EPISTRE</p> +<p>EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ayez pitié, ayez pitié de moy,</p> +<p>A tout le moins, si vous plaist, mes amis!</p> +<a name="p112"></a><span class="pagenum">P. 112</span> +<p>En fosse giz, non pas soubz houx ne may,</p> +<p>En cest exil ouquel je suis transmis</p> +<p>Par fortune, comme Dieu l'a permis.</p> +<p>Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;</p> +<p>Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,</p> +<p>Vifs comme dars, aguz comme aguillon;</p> +<p>Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Chantres chantans à plaisance, sans loy;</p> +<p>Galans, rians, plaisans en faictz et diz,</p> +<p>Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;</p> +<p>Gens d'esperit, ung petit estourdiz;</p> +<p>Trop demourez, car il meurt entandiz.</p> +<p>Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,</p> +<p>Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.</p> +<p>Il n'entre, où gist, n'escler ne tourbillon;</p> +<p>De murs espoix on luy a fait bandeaux:</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Venez le veoir en ce piteux arroy,</p> +<p>Nobles hommes, francs de quars et de dix,</p> +<p>Qui ne tenez d'empereur ne de roy,</p> +<p>Mais seulement de Dieu de Paradiz:</p> +<p>Jeuner lui fault dimanches et mardiz</p> +<p>Dond les dens a plus longues que ratteaux,</p> +<p>Après pain sec, non pas après gasteaux;</p> +<p>En ses boyaulx verse eau à gros bouillon;</p> +<p>Bas enterré, table n'a, ne tresteaulx:</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,</p> +<p>Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,</p> +<a name="p113"></a><span class="pagenum">P. 113</span> +<p>Et me montez en quelque corbillon.</p> +<p>Ainsi se font l'un à l'autre pourceaux,</p> +<p>Car, où l'un brait, ilz fuyent à monceaux.</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LE DEBAT</p> +<p>DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,</p> +<p>En forme de Ballade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'est-ce que j'oy?—Ce +suis-je.—Qui?—Toncueur,</p> +<p>Qui ne tient mais qu'à ung petit filet,</p> +<p>Force n'ay plus, substance ne liqueur,</p> +<p>Quand je te voy retraict ainsi seulet,</p> +<p>Com pouvre chien tappy en recullet.</p> +<p>—Pourquoy est-ce?—Pour ta folle plaisance.</p> +<p>—Que t'en chault-il?—J'en ai la desplaisance.</p> +<p>—Laisse m'en paix!—Pourquoi?—J'y +penseray.</p> +<p>—Quand sera-ce?—Quant seray hors d enfance.</p> +<p>—Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Que penses-tu?—Estre homme de valeur.</p> +<p>—Tu as trente ans.—C'est l'aage d'ung mullet.</p> +<p>—Est-ce enfance?—Nenny.—C'est donc +folleur</p> +<p>Qui te saisit?—Par où?—Par le collet.</p> +<p>Rien ne congnois.—Si fais: mouches en laict:</p> +<p>L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.</p> +<p>—Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?</p> +<p>Si n'est assez, je recommenceray.</p> +<p>—Tu es perdu!—J'y mettray resistance.</p> +<p>—Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p114"></a><span class="pagenum">P. +114</span> +<p>—J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur.</p> +<p>Si fusse ung povre ydiot et folet,</p> +<p>Au cueur eusses de t'excuser couleur:</p> +<p>Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,</p> +<p>Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,</p> +<p>Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!</p> +<p>Que respondras à ceste conséquence?</p> +<p>—J'en seray hors quand je trespasseray.</p> +<p>—Dieu, quel confort!—Quelle saige eloquence!</p> +<p>—Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—D'ond vient ce mal?—Il vient de mon malheur.</p> +<p>Quand Saturne me feit mon fardelet,</p> +<p>Ces maulx y mist, je le croy.—C'est foleur:</p> +<p>Son seigneur es, et te tiens son valet.</p> +<p>Voy que Salmon escript en son roulet:</p> +<p>«Homme sage, ce dit-il, a puissance</p> +<p>Sur les planètes et sur leur influence.»</p> +<p>—Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.</p> +<p>—Que dis-tu?—Rien.—Certe, c'est ma +créance.</p> +<p>Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Veux-tu vivre?—Dieu m'en doint la puissance!</p> +<p>—Il te fault...—Quoy?—Remors de +conscience;</p> +<p>Lire sans fin.—Et en quoy?—En science;</p> +<p>Laisse les folz!—Bien, j'y adviseray.</p> +<p>—Or le retiens.—J'en ay bien souvenance.</p> +<p>—N'attends pas tant que tourne à +desplaisance.</p> +<p>Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p115"></a><span class="pagenum">P. +115</span> +<p>LA REQUESTE</p> +<p>Que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le mien seigneur et prince redoubté,</p> +<p>Fleuron de Lys, royale geniture,</p> +<p>Françoys Villon, que travail a dompté</p> +<p>A coups orbes, par force de batture,</p> +<p>Vous supplie, par cette humble escripture,</p> +<p>Que luy faciez quelque gracieux prest.</p> +<p>De s'obliger en toutes cours est prest;</p> +<p>Si ne doubtez que bien ne vous contente.</p> +<p>Sans y avoir dommage n'interest,</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A prince n'a ung denier emprunté,</p> +<p>Fors à vous seul, vostre humble créature.</p> +<p>Des six escus que lui avez presté,</p> +<p>Cela pieça, il mist en nourriture;</p> +<p>Tout se payera ensemble, c'est droicture,</p> +<p>Mais ce sera légèrement et prest:</p> +<p>Car, se du gland rencontre en la forest</p> +<p>D'entour Patay, et chastaignes ont vente,</p> +<p>Payé serez sans delay ny arrest:</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si je pensois vendre de ma santé</p> +<p>A ung Lombard, usurier par nature,</p> +<p>Faulte d'argent m'a si fort enchanté,</p> +<p>Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.</p> +<p>Argent ne pend à gippon ne ceincture;</p> +<p>Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,</p> +<p>Que devant moy croix ne se comparoist,</p> +<p>Sinon de bois ou pierre, que ne mente;</p> +<p>Mais s'une fois la vraye m'apparoist,</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p116"></a><span class="pagenum">P. +116</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince du Lys, qui à tout bien complaist,</p> +<p>Que cuydez-vous, comment il me desplaist</p> +<p>Quand je ne puis venir à mon entente?</p> +<p>Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE</p> +</div> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Allez, Lettres, faictes un sault,</p> +<p>Combien que n'ayez pied ne langue:</p> +<p>Remonstrez, en vostre harengue,</p> +<p>Que faulte d'argent si m'assault.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES PROVERBES.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant grate chèvre que mal gist;</p> +<p>Tant va le pot à l'eau qu'il brise;</p> +<p>Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;</p> +<p>Tant le maille-on qu'il se debrise;</p> +<p>Tant vault l'homme comme on le prise;</p> +<p>Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;</p> +<p>Tant mauvais est qu'on le desprise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant raille-on que plus on ne rit;</p> +<p>Tant despend-on qu'on n'a chemise;</p> +<a name="p117"></a><span class="pagenum">P. 117</span> +<p>Tant est-on franc que tout se frit;</p> +<p>Tant vault tien que chose promise;</p> +<p>Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;</p> +<p>Tant donne-on qu'emprunter convient;</p> +<p>Tant tourne vent qu'il chet en bise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;</p> +<p>Tant court chanson qu'elle est apprise;</p> +<p>Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;</p> +<p>Tant bat-on place qu'elle est prise;</p> +<p>Tant tarde-on qu'on fault à l'emprise;</p> +<p>Tant se haste-on que mal advient;</p> +<p>Tant embrasse-on que chet la prise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, tant vit fol qu'il s'advise;</p> +<p>Tant va-t-il qu'après il revient;</p> +<p>Tant le matte-on qu'il se radvise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DES MENUS PROPOS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnois bien mouches en laict;</p> +<p>Je congnois à la robe l'homme;</p> +<p>Je congnois le beau temps du laid;</p> +<p>Je congnois au pommier la pomme;</p> +<p>Je congnois l'arbre à veoir la gomme;</p> +<p>Je congnois quand tout est de mesme;</p> +<p>Je congnois qui besongne ou chomme;</p> +<a name="p118"></a><span class="pagenum">P. 118</span> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnois pourpoinct au collet;</p> +<p>Je congnois le moyne à la gonne;</p> +<p>Je congnois le maistre au valet;</p> +<p>Je congnois au voyle la nonne;</p> +<p>Je congnois quand piqueur jargonne;</p> +<p>Je congnois folz nourriz de cresme;</p> +<p>Je congnois le vin à la tonne;</p> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnois cheval du mulet;</p> +<p>Je congnois leur charge et leur somme;</p> +<p>Je congnois Bietrix et Bellet;</p> +<p>Je congnois gect qui nombre et somme;</p> +<p>Je congnois vision en somme;</p> +<p>Je congnois la faulte des Boesmes;</p> +<p>Je congnois filz, varlet et homme:</p> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, je congnois tout en somme;</p> +<p>Je congnois coulorez et blesmes;</p> +<p>Je congnois mort qui nous consomme;</p> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p119"></a><span class="pagenum">P. +119</span> +<p>BALLADE</p> +<p>DES POVRES HOUSSEURS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>On parle des champs labourer,</p> +<p>De porter chaulme contre vent,</p> +<p>Et aussi de se marier</p> +<p>A femme qui tance souvent;</p> +<p>De moyne de povre couvent,</p> +<p>De gens qui vont souvent sur mer;</p> +<p>De ceulx qui vont les bleds semer,</p> +<p>Et de celluy qui l'asne maine;</p> +<p>Mais, à trestout considérer,</p> +<p>Povres housseurs ont assez peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A petis enfans gouverner,</p> +<p>Dieu sçait se c'est esbatement!</p> +<p>De gens d'armes doit-on parler?</p> +<p>De faire leur commandement?</p> +<p>De servir Malchus chauldement?</p> +<p>De servir dames et aymer?</p> +<p>De guerrier et bouhourder</p> +<p>Et de jouster à la quintaine?</p> +<p>Mais, à trestout considérer,</p> +<p>Povres housseurs ont assez peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce n'est que jeu de bled soyer,</p> +<p>Et de prez faulcher, vrayement;</p> +<p>Ne d'orge battre, ne vanner,</p> +<p>Ne de plaider en Parlement;</p> +<p>A danger emprunter argent;</p> +<p>A maignans leurs poisles mener;</p> +<a name="p120"></a><span class="pagenum">P. 120</span> +<p>Et à charretiers desjeuner,</p> +<p>Et de jeusner la quarantaine;</p> +<p>Mais, à trestout considérer,</p> +<p>Povres housseurs ont assez peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>PROBLÈME OU BALLADE</p> +<p>AU NOM DE LA FORTUNE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Fortune fuz par clercz jadis nommée,</p> +<p>Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière.</p> +<p>S'il y a hom d'aucune renommée</p> +<p>Meilleur que toy, faiz user en plastrière,</p> +<p>Par povreté, et fouyr en carrière,</p> +<p>S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?</p> +<p>Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.</p> +<p>Regarde et voy de mes faitz de jadis,</p> +<p>Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,</p> +<p>Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,</p> +<p>Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Contre grans roys je me suis bien armée,</p> +<p>Le temps qui est passé; car, en arrière,</p> +<p>Priame occis et toute son armée;</p> +<p>Ne lui valut tour, donjon, ne barrière.</p> +<p>Et Hannibal, demoura-il derrière?</p> +<p>En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;</p> +<p>Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;</p> +<p>Julius César au sénat je vendiz;</p> +<p>En Egipte Pompée je perdiz;</p> +<a name="p121"></a><span class="pagenum">P. 121</span> +<p>En mer noyay Jazon en ung boullon;</p> +<p>Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Alexandre, qui tant fist de hamée,</p> +<p>Qui voulut voir l'estoille poucynière,</p> +<p>Sa personne par moy fut inhumée.</p> +<p>Alphasar roy, en champ, sous la bannière,</p> +<p>Ruay jus mort; cela est ma manière.</p> +<p>Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;</p> +<p>Autre cause ne raison n'en rendray.</p> +<p>Holofernes, l'ydolastre mauldiz,</p> +<p>Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)</p> +<p>De son poignart, dedens son pavillon;</p> +<p>Absallon, quoy! en fuyant suspendis....</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Povre Françoys, escoute que tu dis:</p> +<p>Se rien peusse sans Dieu de paradiz,</p> +<p>A toy n'aultre ne demourroit haillon:</p> +<p>Car pour ung mal lors j'en feroye dix:</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Rencontré soit de bestes feu gectans,</p> +<p>Que Jason vit, querant la Toison d'or;</p> +<p>Ou transmué d'homme en beste, sept ans,</p> +<a name="p122"></a><span class="pagenum">P. 122</span> +<p>Ainsi que fut Nabugodonosor;</p> +<p>Ou bien ait perte aussi griefve et villaine</p> +<p>Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;</p> +<p>Ou avallé soit avec Tantalus</p> +<p>Et Proserpine aux infernaulx pallus,</p> +<p>Ou plus que Job soit en griefve souffrance,</p> +<p>Tenant prison en la court Dedalus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quatre mois soit en un vivier chantant,</p> +<p>La teste au fons, ainsi que le butor;</p> +<p>Ou au Grand-Turc vendu argent contant,</p> +<p>Pour estre mis au harnois comme ung tor;</p> +<p>Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,</p> +<p>Sans vestir drap de linge ne de laine;</p> +<p>Ou noyé soit, comme fut Narcisus;</p> +<p>Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,</p> +<p>Ou comme fut Judas par desperance,</p> +<p>Ou puist mourir comme Simon Magus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'Octovien puisse venir le temps:</p> +<p>C'est qu'on luy coule au ventre son trésor;</p> +<p>Ou qu il soit mis entre meules flotans;</p> +<p>En un moulin, comme fut saint Victor;</p> +<p>Ou transgloutis en la mer, sans haleine,</p> +<p>Pis que Jonas au corps de la baleine;</p> +<p>Ou soit banny de la clarté Phoebus,</p> +<p>Des biens Juno et du soulas Venus,</p> +<p>Et du grant Dieu soit mauldit à outrance,</p> +<p>Ainsi que fut roy Sardanapalus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p123"></a><span class="pagenum">P. +123</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, porté soit des clers Eolus,</p> +<p>En la forest où domine Glocus,</p> +<p>Ou privé soit de paix et d'espérance,</p> +<p>Car digne n'est de posséder vertus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p124"></a><span class="pagenum">P. +124</span> +<p><b>LE JARGON OU JOBELIN</b></p> +<p><b>DE MAISTRE</b></p> +<p><b>FRANÇOIS VILLON.</b></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE I.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A Parouart, la grand Mathe Gaudie,</p> +<p>Où accollez sont duppez et noirciz,</p> +<p>De par angels suyvans la paillardie,</p> +<p>Sont greffiz et prins cinq ou six.</p> +<p>Là sont bleffeurs, au plus hault bout assis</p> +<p>Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.</p> +<p>Escevez-moy tost ces coffres massis!</p> +<p>Ces vendengeurs, des ances circoncis,</p> +<p>S'embrouent du tout à néant...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Brouez-moy sur ces gours passans,</p> +<p>Advisez-moy bien tost le blanc,</p> +<p>Et pictonnez au large sur les champs:</p> +<p>Qu'au mariage ne soyez sur le banc</p> +<p>Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.</p> +<a name="p125"></a><span class="pagenum">P. 125</span> +<p>Si gruppez estes des carireux,</p> +<p>Rebignez-moy tost ces enterveux,</p> +<p>Et leur montrez des trois le bris:</p> +<p>Que clavés ne soyez deux et deux...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Plantez aux hurmes vos picons,</p> +<p>De paour des bisans si très-durs,</p> +<p>Et, aussi, d'estre sur les joncs,</p> +<p>En mahe, en coffres, en gros murs.</p> +<p>Escharricez, ne soyez durs,</p> +<p>Que le grand Can ne vous fasse essorer.</p> +<p>Songears ne soyez pour dorer,</p> +<p>Et babignez tousjours aux ys</p> +<p>Des sires, pour les debouser...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince Froart, dit des Arques Petis,</p> +<p>L'un des sires si ne soit endormis,</p> +<p>Levez au bec, que ne soyez griffis,</p> +<p>Et que vous n'en ayez du pis...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE II.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Coquillars, narvans à Ruel,</p> +<p>Men ys vous chante que gardez</p> +<p>Que n'y laissez et corps et pel,</p> +<p>Com fist Colin de l'Escaillier,</p> +<p>Devant la roe babiller</p> +<a name="p126"></a><span class="pagenum">P. 126</span> +<p>Il babigna, pour son salut.</p> +<p>Pas ne sçavoit oingnons peller,</p> +<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Changez, andossez souvent,</p> +<p>Et tirez tout droit au tremble,</p> +<p>Et eschicquez tost en brouant.</p> +<p>Qu'en la jarte ne soyez ample.</p> +<p>Montigny y fut, par exemple,</p> +<p>Bien estaché au halle-grup,</p> +<p>Et y jargonnast-il le temple,</p> +<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Gailleurs, bien faitz en piperie,</p> +<p>Pour ruer les ninars au loing,</p> +<p>A l'assault tost, sans suerie!</p> +<p>Que les mignons ne soient au gaing,</p> +<p>Tout farcis d'un plumas à coing,</p> +<p>Qui griefve et garde le duc,</p> +<p>Et de la dure si très loing,</p> +<p>Dont Lamboureur luy rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, arrière de Ruel,</p> +<p>Et n'eussiez vous denier ne pluc,</p> +<p>Que au giffle ne laissez la pel,</p> +<p>Pour Lamboureur, qui rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p127"></a><span class="pagenum">P. +127</span> +<p>BALLADE III.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Spélicans,</p> +<p>Qui, en tous temps,</p> +<p>Avancez dedans le pogois,</p> +<p>Gourde piarde,</p> +<p>Et sur la tarde,</p> +<p>Desboursez les pauvres nyais,</p> +<p>Et pour soustenir vostre pois,</p> +<p>Les duppes sont privez de caire,</p> +<p>Sans faire haire,</p> +<p>Ne hault braiere,</p> +<p>Mais plantez ils sont comme joncz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Souvent aux arques,</p> +<p>A leurs marques,</p> +<p>Se laissent tous desbouser</p> +<p>Pour ruer,</p> +<p>Et enterver</p> +<p>Pour leur contre que lors faisons.</p> +<p>La fée aux Arques vous respond,</p> +<p>Et rue deux coups, ou bien troys,</p> +<p>Aux gallois.</p> +<p>Deux, ou troys</p> +<p>Mineront trestout aux frontz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pour ce, benards,</p> +<p>Coquillars,</p> +<p>Rebecquez-vous de la montjoye,</p> +<a name="p128"></a><span class="pagenum">P. 128</span> +<p>Qui desvoye</p> +<p>Votre proye,</p> +<p>Et vous fera de tout brouer;</p> +<p>Par joncher</p> +<p>Et enterver,</p> +<p>Qui est aux pigeons bien cher:</p> +<p>Pour rifler</p> +<p>Et placquer</p> +<p>Les angels de mal tous rondz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De paour des hurmes</p> +<p>Et des grumes,</p> +<p>Rassurez-vous en droguerie</p> +<p>Et faerie,</p> +<p>Et ne soyez plus sur les joncz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE IV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Saupicquetz frouans des gours arques,</p> +<p>Pour deshouser, beau sire dieux,</p> +<p>Allez ailleurs planter vos marques!</p> +<p>Benards, vous estes rouges gueux.</p> +<p>Berard s'en va chez les joncheux</p> +<p>Et babigne qu'il a plongis.</p> +<p>Mes frères, soiez embrayeux</p> +<p>Et gardez les coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se gruppez estes, des grappes</p> +<p>De ces angels si graveliffes;</p> +<a name="p129"></a><span class="pagenum">P. 129</span> +<p>Incontinent, manteaulx et cappes,</p> +<p>Pour l'emboue ferez eclipses;</p> +<p>De vos sarges serez besifles,</p> +<p>Tout debout et non pas assis.</p> +<p>Pour ce, gardez d'estre griffes</p> +<p>Dedens ces gros coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Nyais qui seront attrapez,</p> +<p>Bientost s'en brouent au Halle,</p> +<p>Plus ne vault que tost ne happez</p> +<p>La baudrouse de quatre talle.</p> +<p>Des tires fait la hairenalle,</p> +<p>Quand le gosser est assiegis,</p> +<p>Et si hurcque la pirenalle,</p> +<p>Au saillir des coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince des gayeulx, à leurs marques,</p> +<p>Que voz contres ne soient griffis.</p> +<p>Pour doubte de frouer aux arques,</p> +<p>Gardez-vous des coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE V.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Joncheurs, jonchans en joncherie,</p> +<p>Rebignez bien où joncherez;</p> +<p>Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,</p> +<p>Où acollez sont vos ainsnez.</p> +<p>Poussez de la quille et brouez,</p> +<p>Car tost seriez roupieux.</p> +<p>Eschet qu'acollez ne soyez.</p> +<p>Par la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p130"></a><span class="pagenum">P. +130</span> +<p>Bendez-vous contre la faerie,</p> +<p>Quanques vous aurez desbousez,</p> +<p>N'estant à juc la riflerie</p> +<p>Des angelz et leurs assosez.</p> +<p>Berard, se povez, renversez,</p> +<p>Si greffir laissez voz carieux;</p> +<p>La dure bientost renversez,</p> +<p>Pour la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Entervez à la floterie,</p> +<p>Chantez-leur trois, sans point songer.</p> +<p>Qu'en artes ne soyez en surie,</p> +<p>Blanchir vos cuirs et essurger.</p> +<p>Bignez la mathe, sans targer;</p> +<p>Que vos ans ne soyent ruppieux!</p> +<p>Plantez ailleurs contre assiéger,</p> +<p>Pour la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince Benard en Esterie,</p> +<p>Querez coupans pour Lamboureux</p> +<p>Et autour de vos ys tuerie,</p> +<p>Pour la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE VI</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Contres de la gaudisserie,</p> +<p>Entervez tousjours blanc pour bis,</p> +<p>Et frappez, en la hurterie,</p> +<p>Sur les beaulx sires bas assis.</p> +<p>Ruez de feuilles cinq ou six,</p> +<p>Et vous gardez bien de la roe,</p> +<a name="p131"></a><span class="pagenum">P. 131</span> +<p>Qui aux sires plante du gris,</p> +<p>En leur faisant faire la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La giffle gardez de rurie,</p> +<p>Que vos corps n'en ayent du pis,</p> +<p>Et que point, à la turterie,</p> +<p>En la hurme ne soyez assis.</p> +<p>Prenez du blanc, laissez du bis,</p> +<p>Ruez par les fondes la poe,</p> +<p>Car le bizac, à voir advis,</p> +<p>Faict aux Beroars faire la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Plantez de la mouargie,</p> +<p>Puis ça, puis là, pour l'artis,</p> +<p>Et n'espargnez point la flogie</p> +<p>Des doulx dieux sur les patis.</p> +<p>Vos ens soyent assez hardis,</p> +<p>Pour leur avancer la droe;</p> +<p>Mais soient memorandis,</p> +<p>Qu'on ne vous face la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, qui n'a bauderie</p> +<p>Pour eschever de la soe,</p> +<p>Danger du grup, en arderie,</p> +<p>Faict aux sires faire la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DES OEUVRES DE MAISTRE</p> +<p>FRANÇOIS VILLON.</p> +</div> +<br> +<br> +<br> +<div class="stanza"><a name="p133"></a><span class="pagenum">P. +133</span> +<p><b>POÉSIES</b></p> +<p><b>ATTRIBUÉES A VILLON</b></p> +</div> +<br> +<div class="stanza"> +<p>I. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les biens dont vous estes la dame</p> +<p>Ont mon cueur si très fort espris,</p> +<p>Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris</p> +<p>De vous aymer plus que nul âme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant à moy, point je ne l'en blasme,</p> +<p>Pour ce qu'ilz ont de tous le pris</p> +<p>Les biens dont vous estes la dame.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De ce qu'il fault que je vous ayme,</p> +<p>Je sçay trop bien que j'ay mespris;</p> +<p>Mais qui en doit estre repris?</p> +<p>Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,</p> +<p>Les biens dont vous estes la dame.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>II. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A bien juger mon propre affaire</p> +<p>Et piteux cas, sans riens en taire,</p> +<a name="p134"></a><span class="pagenum">P. 134</span> +<p>Plus qu'autre croire me debvez,</p> +<p>Se par adventure n'avez</p> +<p>Information de contraire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Celle ou celluy qui m'a brassé</p> +<p>Ce maulvais los et pourchassé</p> +<p>Me het et ne vous ayme pas;</p> +<p>Mais il quiert que soye chacié</p> +<p>De vostre amour et effacié.</p> +<p>Je congnois bien telz advocas.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se vous avez voulu refaire</p> +<p>Leur voulenté pour me deffaire,</p> +<p>Vous faictes mal et me grevez.</p> +<p>Considerez que vous sçavez</p> +<p>Qu'onc vers vous ne voulus meffaire</p> +<p>A bien juger.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>III. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Une fois me dictes ouy,</p> +<p>En foy de noble et gentil femme;</p> +<p>Je vous certifie, ma Dame,</p> +<p>Qu'oncques ne fuz tant resjouy.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Veuillez le donc dire selon</p> +<p>Que vous estes benigne et doulche,</p> +<p>Car ce doulx mot n'est pas si long</p> +<p>Qu'il vous face mal en la bouche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Soyez seure, si j'en jouy,</p> +<p>Que ma lealle et craintive ame</p> +<p>Gardera trop mieulx que nul ame</p> +<p>Vostre honneur. Avez-vous ouy?</p> +<p>Une fois me dictes ouy.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p135"></a><span class="pagenum">P. +135</span> +<p>IV. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;</p> +<p>Une j'en sers qui est bien suffisante</p> +<p>Pour contenter un grant duc ou un roy.</p> +<p>Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;</p> +<p>Il n'est besoing que de ce je me vante.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien qu'elle est de taille belle et gente,</p> +<p>De m'en louer pour ceste heure presente</p> +<p>Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;</p> +<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,</p> +<p>Et cueur et corps et biens je luy presente,</p> +<p>Pour tout cela remède je n'y voy.</p> +<p>Deliberé suis, sçavez-vous de quoy?</p> +<p>De luy quicter et le jeu et l'actente.</p> +<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>V. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De mon faict je ne sçay que dire;</p> +<p>Par tout où je vois je m'adire,</p> +<p>Et des yeulx voy moins que du coute.</p> +<p>En danger suis qu'il ne me couste</p> +<p>La vie, tant suis remply d'ire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De mon faict je ne sçay que dire,</p> +<p>Car ma dame si ne tient compte</p> +<p>De mon martyre, quant luy compte,</p> +<p>Mais me dit que trop aise suis,</p> +<p>Et qu'en ce royaulme n'a conte</p> +<p>Qui ait de nulle meilleur compte</p> +<p>Que j'ay d'elle, quant je la suis,</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p136"></a><span class="pagenum">P. +136</span> +<p>Nullement, de paour de mesdire,</p> +<p>Jamais je ne l'ose desdire;</p> +<p>A son gré parler je l'ecoute,</p> +<p>Puis emprès elle je m'accoute,</p> +<p>Sans luy vouloir riens contredire.</p> +<p>De mon faict je ne sçay que dire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VI. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour entretenir mes amours</p> +<p>Colorer me fault maints fins tours;</p> +<p>Car ma bourse est très mal garnie</p> +<p>Pour fourrer le poignet tousjours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung jour demande haults atours,</p> +<p>Et l'autre ung grant bort de velours,</p> +<p>Et je respons: «Or bien, m'amye,»</p> +<p>Pour entretenir mes amours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Veez-vous ce donneur de bonjours?</p> +<p>Il a faict en el tant de cours,</p> +<p>Practiqué l'art de baverie,</p> +<p>Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,</p> +<p>Dire sa pensée à rebours.</p> +<p>Pour entretenir mes amours</p> +<p>Colorer me fault maints fins tours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tu te brusles à la chandelle!</p> +<p>Helas! mon cueur, ne vois tu pas</p> +<p>Que danger est tousjours au pas,</p> +<p>Qui fait à tous guerre mortelle?</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p137"></a><span class="pagenum">P. +137</span> +<p>Soyes seur que tu l'auras belle</p> +<p>Se tu n'y vas bien par compas;</p> +<p>Tu te brusles à la chandelle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,</p> +<p>A ton advis, pour ton repas?</p> +<p>Nennil. Retrais toy tout le pas,</p> +<p>Ains qu'on te frape au cul la pelle.</p> +<p>Tu te brusles à la chandelle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VIII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adieu vous dy la lerme à l'oeil;</p> +<p>Adieu, ma très gente mignonne,</p> +<p>Adieu, sur toutes la plus bonne,</p> +<p>Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;</p> +<p>Mon povre cueur vous laisse et donne.</p> +<p>Adieu vous dy la lerme à l'oeil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adieu, par qui du mal recueil</p> +<p>Mille fois plus que mot ne sonne;</p> +<p>Adieu, du monde la personne</p> +<p>Dont plus me loue et plus me dueil.</p> +<p>Adieu vous dy la lerme à l'oeil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IX. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Las! je me plains d'amours et de ma dame,</p> +<p>Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulté;</p> +<p>Et oultre plus, je me plains d'une femme</p> +<p>Qui contre moy a le conseil donné</p> +<a name="p138"></a><span class="pagenum">P. 138</span> +<p>Dont j'ay déjà tant de mal enduré</p> +<p>Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,</p> +<p>Aller criant, comme tout forcené:</p> +<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car se pitié son très doulx cueur n'entame</p> +<p>A me donner ce que j'ay desiré,</p> +<p>J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.</p> +<p>Tout hors de sens et si desespéré</p> +<p>Qu'après ma mort il en sera parlé</p> +<p>Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,</p> +<p>Et lors diray pour plus estre blasmé:</p> +<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se je le dy, je jure sur mon ame</p> +<p>Que ce sera contre ma voulenté.</p> +<p>Je prye à Dieu qu'il n'y puist avoir ame</p> +<p>A celle fin qu'il ne soit raporté.</p> +<p>Car jasoit ce qu'elle m'ait courroucé</p> +<p>Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye</p> +<p>Avant que j'eusse ne dit ne proferé:</p> +<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>X. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p> +<p>Force m'est que vous habandonne</p> +<p>Pour pourchasser ailleurs mon bien;</p> +<p>Car, sur ma foy, je congnois bien</p> +<p>Que vous m'estes pire que bonne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Trop a de cueur qui vous en donne:</p> +<p>Pour ce jà Dieu ne me pardonne</p> +<a name="p139"></a><span class="pagenum">P. 139</span> +<p>Se vous avez jamais le mien,</p> +<p>Quelque chose qu'Amours ordonne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si n'aymeray je jà personne</p> +<p>Que vous, quoy que l'on me sermonne,</p> +<p>En tout ce monde terrien;</p> +<p>Mais maintenant je n'en fais rien,</p> +<p>Et sers selon qu'on me guerdonne.</p> +<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p> +<p>Force m'est que vous habandonne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XI. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Hahay! estes vous rencherie,</p> +<p>Dieux y ait part, puis devant hier?</p> +<p>Ma dame, c'est pour enrager!</p> +<p>Le faictes-vous par mocquerie?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais venez çà, je vous en prie:</p> +<p>Est le cuir devenu si cher?</p> +<p>Hahay! estes vous rencherie?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et dea! et ne sçavez-vous mie</p> +<p>Que mon père est cordouennier;</p> +<p>Vous voulez bazanne priser</p> +<p>Plus que cordouen la moitié.</p> +<p>Hahay! estes-vous rencherie?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au plus offrant ma dame est mise</p> +<p>Et dernier encherisseur.</p> +<p>Je ne sçay se c'est par honneur,</p> +<p>Mais je n'en prise pas la guise.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p140"></a><span class="pagenum">P. +140</span> +<p>Elle m'avoit sa foy promise,</p> +<p>Mais je voy qu'elle a mis son cueur</p> +<p>Au plus offrant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pour ce je quitte la prinse</p> +<p>D'estre nommé son serviteur,</p> +<p>Car donner me porte malheur.</p> +<p>Ainsi j'ay laissé l'entreprise</p> +<p>Au plus offrant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Entens à moy, vray dieu d'amours,</p> +<p>Et faiz que la mort ait son cours</p> +<p>Hastivement,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car j'ay mal employé mes jours.</p> +<p>Je meurs en aymant par amours</p> +<p>Certainement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Languir me fault en griefs doulours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIV. BALLADE</p> +<p><i>Pour ung prisonnier.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>S'en mes maulx me peusse esjoyr</p> +<p>Tant que tristesse me feust joye</p> +<p>Par me doulouser et gemir,</p> +<p>Voulentiers je me complaindroye;</p> +<p>Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,</p> +<p>J'ay espoir qu'au temps advenir</p> +<p>A grant honneur venir pourroye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p141"></a><span class="pagenum">P. +141</span> +<p>Pourtant, s'ay eu moult à souffrir</p> +<p>Par fortune, dont je larmoye,</p> +<p>Et que n'ay pas peu obtenir</p> +<p>N'avoir ce que je pretendoye,</p> +<p>Au temps advenir je vouldroye</p> +<p>Voulentiers bon chemin tenir</p> +<p>Pour acquerir honneur et joye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sans plus loin exemple querir,</p> +<p>Par moy mesme juger pourroye</p> +<p>Que meschief nul ne peult fouyr,</p> +<p>S'ainsi est qu'advenir luy doye.</p> +<p>C'est jeunesse qui tout desvoye;</p> +<p>Nul ne s'en doit trop esbahyr.</p> +<p>Si juste n'est qui ne fourvoye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, s'aucun povoir avoye</p> +<p>Sur ceulx qui me font cy tenir,</p> +<p>Voulentiers vengeance en prendroye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XV. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comme moy vous aurez voz gages.</p> +<p>J'en fuz bien payé au partir:</p> +<p>Plain de dueil jusques au partir,</p> +<p>Ne sont-ce plaisans advantages?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Servez amours entre vous sages:</p> +<p>Il vous en fera repentir;</p> +<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p142"></a><span class="pagenum">P. +142</span> +<p>Repeuz serez de doulx langaiges</p> +<p>Pour vous garder de departir.</p> +<p>Quant est à moy, j'en suys martir.</p> +<p>Bien tard congnoistrez telz ouvrages;</p> +<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVI. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il n'est danger que de vilain,</p> +<p>N'orgueil que de povre enrichy,</p> +<p>Ne si seur chemin que le plain,</p> +<p>Ne secours que de vray amy,</p> +<p>Ne desespoir que jalousie,</p> +<p>N'angoisse que cueur convoiteux,</p> +<p>Ne puissance où il n'ait envie,</p> +<p>Ne chere que d'homme joyeulx;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ne servir qu'au roy souverain,</p> +<p>Ne lait nom que d'homme ahonty,</p> +<p>Ne manger fors quant on a faim,</p> +<p>N'emprise que d'homme hardy,</p> +<p>Ne povreté que maladie,</p> +<p>Ne hanter que les bons et preux,</p> +<p>Ne maison que la bien garnie,</p> +<p>Ne chère que d'homme joyeulx;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ne richesse que d'estre sain,</p> +<p>N'en amours tel bien que mercy,</p> +<p>Ne de la mort rien plus certain,</p> +<p>Ne meilleur chastoy que de luy;</p> +<p>Ne tel trésor que preudhommye,</p> +<p>*****************************</p> +<p>Ne paistre qu'en grant seigneurie,</p> +<p>Ne chère que d'homme joyeulx;</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p143"></a><span class="pagenum">P. +143</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que voulez-vous que je vous die?</p> +<p>Il n'est parler que gracieulx,</p> +<p>Ne louer gens qu'après leur vie,</p> +<p>Ne chère que d'homme joyeulx</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVII. BALLADE MORALE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'une dague forte et aigüe</p> +<p>Soit-il frappé parmy l'eschine,</p> +<p>Et ait tousjours une sansue</p> +<p>Attachée à sa poitrine,</p> +<p>Et attainct d'une coulevrine</p> +<p>Entre le nez et le menton,</p> +<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Son giste soit emmy la rue,</p> +<p>Tout nud quand il fera bruyne,</p> +<p>Sur pel de heriçon pointue,</p> +<p>Couvert d'une chère estamine;</p> +<p>De vent de bise sa courtine,</p> +<p>Et soit mors d'ung escorpion,</p> +<p>Ou qu'en prison vive en foraine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sa chair soit detrenchée menue</p> +<p>Plus qu'au moulin n'est la farine,</p> +<p>Ou de gros nerfz soit bien batue,</p> +<p>Ou couche nud sur tas d'espine:</p> +<p>Et affin que plus tost il fine,</p> +<p>Son corps soit remply de poison,</p> +<a name="p144"></a><span class="pagenum">P. 144</span> +<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, soit mis en la gehaine</p> +<p>Dix fois le jour comme ung larron,</p> +<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVIII. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>J'ay ung arbre de la plante d'amours,</p> +<p>Enraciné en mon cueur proprement,</p> +<p>Qui ne porte fruits, sinon de dolours,</p> +<p>Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;</p> +<p>Mais, puis qu'il fut planté premièrement,</p> +<p>Il est tant creu, de racine et de branche,</p> +<p>Que son umbre, qui me porte nuysance,</p> +<p>Fait au dessoubs toute joye seichier,</p> +<p>Et si ne puis, pour toute ma puissance,</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De si long-temps est arrosé de plours</p> +<p>Et de lermes tant douloureusement,</p> +<p>Et si n'en sont les fruits de rien meillours:</p> +<p>Ne je n'y truys guères d'amendement.</p> +<p>Je les recueille pourtant soigneusement.</p> +<p>C'est de mon cueur l'amère soustenance,</p> +<p>Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance</p> +<p>Que porter fruits qui le dussent blecier;</p> +<p>Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p145"></a><span class="pagenum">P. +145</span> +<p>S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs</p> +<p>Et arbrynceaux percent nouvellement,</p> +<p>Amours vouloit moy faire ce secours,</p> +<p>Que les branches qui font empeschement</p> +<p>Il retranchast du tout entierement,</p> +<p>Pour y enter ung rynceau de plaisance,</p> +<p>Il gecteroit bourgeons de souffisance;</p> +<p>Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;</p> +<p>Et ne fauldroit jà, par desesperance,</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ma princesse, ma première esperance,</p> +<p>Mon cueur vous sert en dure penitence.</p> +<p>Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,</p> +<p>Et ne souffrez en vostre souvenance</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIX. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Plaisant assez, et des biens de fortune</p> +<p>Ung peu garny, me trouvay amoureux,</p> +<p>Voire si bien, que, tant aymay fort une,</p> +<p>Que nuit et jour j'en estois langoureux.</p> +<p>Mais tant y a, que je fus si heureux</p> +<p>Que, moyennant vingt escus à la rose,</p> +<p>Je fis cela que chacun bien suppose.</p> +<p>Alors je dis, connoissant ce passage:</p> +<p>«Au fait d'amours, babil est peu de chose;</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or est ainsy que, durant ma pecune,</p> +<p>Je fus traite comme amy precieux;</p> +<p>Mais, tost après, sans dire chose aucune,</p> +<a name="p146"></a><span class="pagenum">P. 146</span> +<p>Cette vilaine alla jetter les yeulx</p> +<p>Sur un vieillard riche, mais chassieux,</p> +<p>Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.</p> +<p>Ce neantmoins, il en jouit sa pose,</p> +<p>Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,</p> +<p>Dessus ce texte allay bouter en glose:</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or elle a tort, car noyse ny rancune</p> +<p>N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,</p> +<p>Que, s'elle eust dit: «Donne-moy de la lune»</p> +<p>J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;</p> +<p>Et, nonobstant, son corps tant vicieux</p> +<p>Au service de ce vieillard expose.</p> +<p>Dont, ce voyant, un rondeau je compose,</p> +<p>Que luy transmets; mais, en pou de langage,</p> +<p>Me respond franc: «Povreté te depose:</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,</p> +<p>Si vous n'avez toujours bourse desclose,</p> +<p>Vous abusez: car Meung, docteur très sage,</p> +<p>Nous a descrit que, pour cueillir la rose,</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XX. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui en amours veut estre heureux,</p> +<p>Faut tenir train de seigneurie,</p> +<p>Estre prompt et advantureux</p> +<p>Quand vient à monstrer l'armarie:</p> +<p>Porter drap d'or, orfaverie,</p> +<p>Car cela les dames esmeut.</p> +<a name="p147"></a><span class="pagenum">P. 147</span> +<p>Tout sert; mais, par saincte Marie!</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je fus naguères amoureux</p> +<p>D'une dame cointe et jolie,</p> +<p>Qui me dit, en mots gracieux:</p> +<p>«Mon amour est en vous ravie;</p> +<p>Mais il faut qu'el soit desservie</p> +<p>Par cinquante escus d'or, s'on peut.</p> +<p>—Cinquante escus! Bon gré ma vie!</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Alors luy donnay sur les lieux</p> +<p>Où elle feisoit l'endormie:</p> +<p>Quatre venues, de coeur joyeux,</p> +<p>Luy fis en moins d'heure et demie.</p> +<p>Lors me dit, à voix espasmie:</p> +<p>«Encore un coup! le coeur me deult.</p> +<p>—Encore un coup! Hélas! m'amye,</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince d'amours, je te supplie,</p> +<p>Si plus ainsi elle m'accuelt,</p> +<p>Que ma lance jamais ne plie:</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ung gect de dart, d'une lance asserée,</p> +<p>D'ung grant faussart, d'une grosse massue,</p> +<p>D'une guisarme, d'une flèche ferrée,</p> +<p>D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,</p> +<p>D'ung grand penart et d'une bisagüe,</p> +<a name="p148"></a><span class="pagenum">P. 148</span> +<p>D'ung fort espieu et d'une saqueboute;</p> +<p>De maulx briguans puissent trouver tel route</p> +<p>Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,</p> +<p>Le cueur fendu, desciré par monceaulx,</p> +<p>Le col couppé d'ung bon branc acherin,</p> +<p>Descirez soient de truye et de pourceaulx</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ung arc turcquois, d'une espée affilée</p> +<p>Ayent les paillars la brouaille cousue,</p> +<p>De feu gregoys la perrucque bruslée,</p> +<p>Et par tempeste la cervelle espandue,</p> +<p>Au grand gibet leur charongne pendue,</p> +<p>Et briefvement puissent mourir de goutte,</p> +<p>Ou je requiers et pry que l'on leur boute</p> +<p>Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;</p> +<p>Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,</p> +<p>Et puis bouillir en huille le matin,</p> +<p>Desmembrez soient à quatre grans chevaux,</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'un gros canon la tête escarbouillée</p> +<p>Et de tonnerre acablez en la rue</p> +<p>Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée,</p> +<p>De gros mastins bien garnye et pourvue,</p> +<p>De forz esclers puissent perdre la veue,</p> +<p>Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,</p> +<p>Avecques ce ilz aient la pluye toute</p> +<p>Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,</p> +<p>Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,</p> +<p>Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;</p> +<p>Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p149"></a><span class="pagenum">P. +149</span> +<p>Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx,</p> +<p>Et crever puissent par force de venin</p> +<p>Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<a name="p150"></a><span class="pagenum">P. 150</span> +<p>XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU</p> +<p>FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>AVEC SON EPITAPHE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est à meshuy! J'ay beau corner!</p> +<p>Or ça, il s'en fault retourner,</p> +<p>Maulgré ses dentz, en sa maison</p> +<p>Si ne vis-je pieça saison</p> +<p>Où j'eusse si hardy couraige</p> +<p>Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige</p> +<p>Que je n'ay à qui me combatre...</p> +<p>Y a-il homme qui à quatre,</p> +<p>Dy-je, y a-il quatre qui vueillent</p> +<p>Combatre à moy? Se tost recueillent</p> +<p>Mon gantelet; vela pour gaige!</p> +<p>Par le sang bieu! je ne crains paige,</p> +<p>S'il n'a point plus de quatorze ans.</p> +<p>J'ay autresfoys tenu les rencz,</p> +<p>Dieu Mercy! et gaigné le prix</p> +<p>Contre cinq Angloys que je pris,</p> +<a name="p151"></a><span class="pagenum">P. 151</span> +<p>Povres prisonniers desnuez,</p> +<p>Si tost que je les euz ruez.</p> +<p>Ce fust au siège d'Alençon.</p> +<p>Les troys se misrent à rançon,</p> +<p>Et le quatriesme s'enfuyt.</p> +<p>Incontinent que l'autre ouyt</p> +<p>Ce bruit, il me print à la gorge.</p> +<p>Se je n'eusse crié: Sainct George!</p> +<p>Combien que je suys bon Françoys,</p> +<p>Sang bieu! il m'eust tué ançoys</p> +<p>Que personne m'eust secouru.</p> +<p>Et quand je me senty feru</p> +<p>D'une bouteille, qu'il cassa</p> +<p>Sur ma teste: «Venez ça, ça!</p> +<p>Dis-je lors. Que chascun s'appaise!</p> +<p>Je ne quiers point faire de noise,</p> +<p>Ventre bieu! et buvons ensemble.</p> +<p>Posé soit ores que je tremble,</p> +<p>Sang bieu! je ne vous crains pas maille.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Cy dit ung quidem, par derrière les gens</i>:</p> +<p>Coquericoq.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille</p> +<p>Chanter chez quelque bonne vieille;</p> +<p>Il convient que je la resveille.</p> +<p>Poullaille font icy leurs nidz!</p> +<p>C'est du demourant d'Ancenys,</p> +<p>Par ma foy! ou du Champ-Toursé...</p> +<p>Helas! que je me vis coursé</p> +<p>De la mort d'ung de mes nepveux!</p> +<p>J'euz d'ung canon par les cheveux,</p> +<p>Qui me vint cheoir tout droit en barbe;</p> +<a name="p152"></a><span class="pagenum">P. 152</span> +<p>Mais je m'escriay: «Saincte Barbe!</p> +<p>Vueille-moy ayder à ce coup,</p> +<p>Et je t'ayderay l'autre coup!»</p> +<p>Adonc le canon m'esbranla,</p> +<p>Et vint ceste fortune-là</p> +<p>Quand nous eusmes le fort conquis.</p> +<p>Le Baronnet et le Marquis,</p> +<p>Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,</p> +<p>Accoururent pour veoir l'histoire;</p> +<p>La Rochefouquault, l'Amiral,</p> +<p>Aussi Beuil et son attirail,</p> +<p>Pontièvre, tous les capitaines,</p> +<p>Y deschaussèrent leurs mitaines</p> +<p>De fer, de paour de m'affoler,</p> +<p>Et si me vindrent acoler</p> +<p>A terre, où j'estoye meshaigné,</p> +<p>De paour de dire: «Il n'a daigné!»</p> +<p>Combien que je fusse malade,</p> +<p>Je mis la main à la salade,</p> +<p>Car el m'estouffoit le visaige.</p> +<p>«Ha! dist le Marquis, ton oultraige</p> +<p>Te fera une foys mourir!»</p> +<p>Car il m'avoit bien veu courir,</p> +<p>Oultre l'ost, devant le chasteau.</p> +<p>Hélas! j'y perdy mon manteau,</p> +<p>Car je cuidoye d'une poterne</p> +<p>Que ce fust l'huys d'une taverne.</p> +<p>Et moy tantost de pietonner,</p> +<p>Car, quand on oyt clarons sonner,</p> +<p>Il n'est courage qui ne croisse.</p> +<p>Tout aussitost: «Où esse? Où esse?</p> +<p>Et, à brief parler, je m'y fourre,</p> +<p>Ne plus ne moins qu'en une bourre.</p> +<p>Si ce n'eust esté la brairie</p> +<a name="p153"></a><span class="pagenum">P. 153</span> +<p>Du costé devers la prairie,</p> +<p>De nos gens, qui crioient trestous,</p> +<p>Disant: «Pierre, que faictes-vous?</p> +<p>N'assaillez pas la basse court</p> +<p>Tout seul!» je l'eusse prins tout court,</p> +<p>Certes; mais c'eust esté outraige.</p> +<p>Et se ce n'eust esté ung paige</p> +<p>Qui nous vint trencher le chemin,</p> +<p>Mon frère d'armes Güillemin</p> +<p>Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!</p> +<p>Car, quoy? il nous en pend autant</p> +<p>A l'oeil, eussions, sans nulle faille,</p> +<p>Frappé au travers la bataille</p> +<p>Des Bretons; mais nous apaisames</p> +<p>Nos couraiges et recullames...</p> +<p>Que dy-je? non pas reculer,</p> +<p>Chose dont on ne doibt parler...</p> +<p>Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.</p> +<p>Je ne craignoye que les dangiers,</p> +<p>Moy; je n avoye paour d'aultre chose.</p> +<p>Et quand la bataille fut close,</p> +<p>D'artillerie grosse et gresle</p> +<p>Vous eussez ouy, pesle-mesle:</p> +<p><i>Tip, tap, sip, sap</i>, à la barrière,</p> +<p>Aux esles, devant et derrière.</p> +<p>J'en eus d'ung parmy la cuirace.</p> +<p>Les dames qu'estoient en la place</p> +<p>Si ne craignoyent que le couillart.</p> +<p>Certes, j'estoye ung bon paillart;</p> +<p>J'en avoye ung si portatif,</p> +<p>Se je n'eusse esté si hastif</p> +<p>De mettre le feu en la pouldre,</p> +<p>J'eusse destruit et mis en fouldre</p> +<p>Tout quanqu'avoit de damoiselles.</p> +<a name="p154"></a><span class="pagenum">P. 154</span> +<p>Il porte deux pierres jumelles,</p> +<p>Mon couillart: jamais n'en a meins.</p> +<p>Et dames de joindre les mains,</p> +<p>Quand ilz virent donner l'assault.</p> +<p>Les ungs se servoyent du courtault</p> +<p>Si dru, si net, si sec que terre.</p> +<p>Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,</p> +<p>Eussez ouy sonner trompilles,</p> +<p>Pour faire dancer jeunes filles</p> +<p>Au son du courtault, haultement.</p> +<p>Quand j'y pense, par mon serment!</p> +<p>C'est vaine guerre qu'avec femmes;</p> +<p>J'avoye toujours pitié des dames.</p> +<p>Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,</p> +<p>Ilz auroyent le ventre bien dur,</p> +<p>S'il ne passoit oultre... Pensez</p> +<p>Qu'on leur eust faict du mal assez,</p> +<p>Se l'en n'eust eu noble couraige;</p> +<p>Mesmes ces pehons de villaige,</p> +<p>J'entens pehons de plat pays,</p> +<p>Ne se fussent point esbahis</p> +<p>De leur mal faire; mais nous sommes</p> +<p>Tousjours, entre nous gentilz hommes,</p> +<p>Au guet dessus la villenaille.</p> +<p>J'estoye par deçà la bataille,</p> +<p>Tousjours la lance ou la bouteille</p> +<p>Sur la cuisse: c'estoit merveille,</p> +<p>Merveille de me regarder.</p> +<p>Il vint ung Breton estrader,</p> +<p>Qui faisoit rage d'une lance;</p> +<p>Mais il avoit, de jeune enfance,</p> +<p>Les reins rompus; c'estoit dommaige.</p> +<p>Il vint tout seul, par son oultraige,</p> +<p>Estrader par mont et par val;</p> +<a name="p155"></a><span class="pagenum">P. 155</span> +<p>Pour bien pourbondir ung cheval</p> +<p>Il faisoit feu et voire flambe.</p> +<p>Mais je lui trenchay une jambe,</p> +<p>D'ung revers, jusques à la hanche;</p> +<p>Et fis ce coup-là ung dimenche,</p> +<p>Que dy-je? ung lundy matin.</p> +<p>Il ne s'armoit que de satin,</p> +<p>Tant craignoit à grever ses reins.</p> +<p>Voulentiers frappoit aux chanfrains</p> +<p>D'ung cheval, quand venoit en jouste,</p> +<p>Ou droit à la queue, sans doubte.</p> +<p>Point il ne frappoit son roussin,</p> +<p>Pource qu'il avoit le farcin,</p> +<p>Que d'ung baston court et noailleux,</p> +<p>Dessus sa teste et ses cheveulx,</p> +<p>De paour de le faire clocher.</p> +<p>Aussi, de paour de tresbucher,</p> +<p>Il alloit son beau pas, <i>tric, trac</i>,</p> +<p>Et ung grant panon de bissac</p> +<p>Voulentiers portoit sur sa teste.</p> +<p>D'ung tel homme fault faire feste</p> +<p>Autant que d'ung million d'or.</p> +<p>Gens d'armes! c'est ung grant tresor;</p> +<p>S'il vault riens il ne fault pas dire.</p> +<p>J'ay fait raige avecques La Hire:</p> +<p>Je l'ay servy trestout mon aage.</p> +<p>Je fus gros vallet, et puis page,</p> +<p>Archier, et puis je pris la lance,</p> +<p>Et la vous portoye sur la panse,</p> +<p>Tousjours troussé comme une poche.</p> +<p>Et puis, monseigneur de la Roche,</p> +<p>Que Dieu pardoint, me print pour paige.</p> +<p>J'estoye gent et beau de visaige,</p> +<p>Je chantoye et brouilloye des flustes,</p> +<a name="p156"></a><span class="pagenum">P. 156</span> +<p>Et si tiroye entre deux butes.</p> +<p>A brief parler, j'estoye ainsi</p> +<p>Mignon comme cest enfant-cy;</p> +<p>Je n'avoys pas gramment plus d'aage...</p> +<p>Or ça, ça, par où assauldray-je</p> +<p>Ce cocq que j'ay ouy chanter?</p> +<p>A peu besongner bien vanter;</p> +<p>Il fault assaillir cest hostel.</p> +</div> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de</p> +<p>chenevière, faict en façon d'ung gendarme,</p> +<p>croix blanche devant et croix noire</p> +<p>derrière, en sa main tenant</p> +<p>une arbaleste.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ha! le Sacrement de l'autel!</p> +<p>Je suis affoibly! Qu'esse-cy?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!</p> +<p>Hault le trait, qu'aye la vie franche!</p> +<p>Je voy bien, à vostre croix blanche,</p> +<p>Que nous sommes tout d'ung party.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ond, tous les diables! est-il sorty,</p> +<p>Tout seul et ainsi effroyé?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comment! Estes-vous desvoyé?</p> +<p>Mettez jus, je gage l'amende.</p> +<p>Et, pour Dieu, mon amy, desbende</p> +<p>Au hault ou au loing ton baston!</p> +<a name="p157"></a><span class="pagenum">P. 157</span> +<p><i>Adonc il advise sa croix noire</i>.</p> +<p>Par le sang bieu! c'est ung Breton,</p> +<p>Et je dy que je suis Françoys!...</p> +<p>Il est fait de toy, ceste fois,</p> +<p>Perrenet; c'est ung parti contraire!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Hen, Dieu! et où voulez-vous traire?</p> +<p>Vous ne sçavez pas que vous faictes.</p> +<p>Dea! je suis Breton, si vous l'estes.</p> +<p>Vive sainct Denis ou sainct Yve!</p> +<p>Ne m'en chault qui, mais que je vive!</p> +<p>Par ma foi! Monseigneur mon maistre,</p> +<p>Se vous voulez sçavoir mon estre,</p> +<p>Ma mère fut née d'Anjou,</p> +<p>Et mon père je ne sçay d'où,</p> +<p>Sinon que j'ouy reveler</p> +<p>Qu'il fut natif de Lantriquer.</p> +<p>Comment sçauray-je vostre nom?</p> +<p>Monseigneur Rollant, ou Yvon,</p> +<p>Mort seray quand il vous plaira!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et comment! il ne cessera</p> +<p>Meshuy de me persecuter,</p> +<p>Et si ne me veult escouter!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En l'honneur de la Passion</p> +<p>De Dieu, que j'aye confession,</p> +<p>Car je me sens jà fort malade!</p> +<p>Or, tenez, vela ma salade,</p> +<p>Qui n'est froissée ne couppée;</p> +<a name="p158"></a><span class="pagenum">P. 158</span> +<p>Je la vous rens, et mon espée,</p> +<p>Et faictes prier Dieu pour moy.</p> +<p>Je vous laisse, sur vostre foy,</p> +<p>Ung voeu que je doibs à sainct Jacques.</p> +<p>Pour le faire, prendrez mon jacques,</p> +<p>Et ma ceinture et mon cornet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tu meurs bien maulgré toy, Pernet,</p> +<p>Voire maulgré toi et à force!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(Au public.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Puis qu'endurer fault et à force,</p> +<p>Priez pour l'ame, s'il vous plaist,</p> +<p>Du Franc Archier de Baignolet,</p> +<p>Et m'escripvez, à ung paraphe,</p> +<p>Sur moy ce petit epitaphe:</p> +</div> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Cy gist Pernet le Franc Archier,</p> +<p>Qui cy mourut sans desmarcher,</p> +<p>Car de fuyr n'eut onc espace,</p> +<p>Lequel Dieu, par sa saincte grace,</p> +<p>Mette ès cieulx, avecques les ames</p> +<p>Des francs archiers et des gens d'armes,</p> +<p>Arrière des arbalestriers.</p> +<p>Je les hay tous: ce sont meurdriers!</p> +<p>Je les congnois bien de pieça.</p> +<p>Et mourut l'an qu'il trespassa.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Velà tout; les mots sont très beaux.</p> +<p>Or, vous me lairrez mes houseaulx,</p> +<p>Car, se j'alloye en paradis</p> +<p>A cheval, comme fist jadis</p> +<p>Sainct Martin, et aussi sainct George,</p> +<a name="p159"></a><span class="pagenum">P. 159</span> +<p>J'en seroye bien plus prest... Or je</p> +<p>Vous laisse gantelet et dague:</p> +<p>Car, au surplus, je n'ay plus bague</p> +<p>De quoy je me puisse deffendre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Attendez! me voulez-vous prendre</p> +<p>En desaroy? Je me confesse</p> +<p>A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,</p> +<p>A la Vierge et à tous sainctz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or meurs-je les membres tous sains</p> +<p>Et tout en bon point, ce me semble.</p> +<p>Je n'ay mal, sinon que je tremble</p> +<p>De paour et de malle froidure,</p> +<p>Et de mes cinq sens de nature...</p> +<p>Cinq cens! Où prins, qui ne les emble?</p> +<p>Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,</p> +<p>Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.</p> +<p>Pour néant m'en confesseroye:</p> +<p>Oncques ensemble n'en veiz deux.</p> +<p>Et de mes sept pechez morteux</p> +<p>Il fault bien que m'en supportez:</p> +<p>Sur moy je les ay trop portez;</p> +<p>Je les metz jus, avec mon jacques.</p> +<p>J'eusse attendu jusques à Pasques,</p> +<p>Mais vecy ung advancement.</p> +<p>Et du premier commendement</p> +<p>De la Loy, qui dit qu'on doibt croire</p> +<p>(Non pas l'estoc quand on va boire,</p> +<p>Cela s'entend) en ung seul Dieu,</p> +<p>Jamais ne me trouvay en lieu</p> +<p>Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure,</p> +<p>Mais qu'à ce besoing me sequeure.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p160"></a><span class="pagenum">P. +160</span> +<p>(A l'espoventail.) [p. 160]</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ne desbendez? Je ne me fuys!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Hélas! je suis mort où je suis.</p> +<p>Je suis aussi simple, aussi coy</p> +<p>Comme une pucelle; car, quoy</p> +<p>Dit le second commendement?</p> +<p>Qu'on ne jure Dieu vainement.</p> +<p>Non ay-je en vain, mais très ferme,</p> +<p>Ainsi que fait ung bon genderme,</p> +<p>Car il n'est rien craint, s'il ne jure.</p> +<p>Le tiers nous enjoingt et procure,</p> +<p>Et advertist et admoneste,</p> +<p>Que l'en doit bien garder la feste,</p> +<p>Autant en hyver qu en esté:</p> +<p>J'ay tousjours voulentiers festé,</p> +<p>De ce ne mentiray-je point;</p> +<p>Et le quatriesme nous enjoint</p> +<p>Qu'on doit honnorer père et mère:</p> +<p>J'ay tousjours honoré mon père,</p> +<p>En moy congnoissant gentilhomme</p> +<p>De son costé, combien qu'en somme</p> +<p>Sois villain et de villenaille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille</p> +<p>Jusques amen; miséricorde!</p> +<p>Relevez ung peu vostre corde;</p> +<p>Ferez que le traict ne me blesse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, morbieu! je me confesse</p> +<p>Du cinquiesme, sequentement:</p> +<a name="p161"></a><span class="pagenum">P. 161</span> +<p>Deffend-il pas expressément</p> +<p>Que nul si ne soit point meurtrier?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Las! Monseigneur l'arbalestrier,</p> +<p>Gardez bien ce commendement;</p> +<p>Quant est à moy, par mon serment,</p> +<p>Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'aultre commendement nous baille</p> +<p>Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,</p> +<p>Car en lieu n'en place quelconque</p> +<p>Je n'euz loysir de rien embler.</p> +<p>J'ay assez à qui ressembler</p> +<p>En ce point; je n'ay point meffait,</p> +<p>Car, se l'en m'eust pris sur le fait,</p> +<p>Dieu scet comme il me fust mescheu!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy +qui</i></p> +<p><i>le tient</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Las! monseigneur! vous estes cheu!...</p> +<p>Jésus! et qui vous a bouté,</p> +<p>Dictes? Ce n'ay-je pas esté,</p> +<p>Vrayement, ou diable ne m'emporte,</p> +<p>Au cas, dictes? Je m'en rapporte</p> +<p>A tous ceulx qui sont cy, beau sire,</p> +<p>Affin que ne vueillez pas dire</p> +<p>Que c'est demain ou pour demain.</p> +<p>Au fort, baillez-moy vostre main,</p> +<p>Je vous ayderay à lever.</p> +<p>Mais ne me vueillez pas grever:</p> +<p>J'ai pitié de vostre fortune.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p162"></a><span class="pagenum">P. +162</span> +<p><i>Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, +que</i></p> +<p><i>ce n'est pas ung homme</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par le corps bieu! j'en ay pour une!</p> +<p>Il n'a pié ne main; il ne hobe;</p> +<p>Par le corps bieu! c'est une robe</p> +<p>Plaine, de quoy? charbieu! de paille!</p> +<p>Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,</p> +<p>Ce cuiday-je, des gens de guerre...</p> +<p>Que la fièvre quartaine serre</p> +<p>Celluy qui vous a mis icy!</p> +<p>Je le feray le plus marry,</p> +<p>Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.</p> +<p>Se mocque on de moy quelconques?</p> +<p>Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!</p> +<p>Qu'espoventail de chenevière,</p> +<p>Que le vent a cy abatu!...</p> +<p>La mort bieu! vous serez batu,</p> +<p>Tout au travers, de ceste espée...</p> +<p>Quand la robbe seroit couppée,</p> +<p>Ce seroit ung très grand dommaige.</p> +<p>Je vous emporteray pour gaige,</p> +<p>Toutesfoys, après tout hutin.</p> +<p>Au fort, ce sera mon butin,</p> +<p>Que je rapporte de la guerre.</p> +<p>On s'est bien raillé de toi, Pierre,</p> +<p>La charbieu saincte et beniste!</p> +<p>Vous eussiez eu l'assault bien viste,</p> +<p>Se j'eusse sceu vostre prouesse:</p> +<p>Vous eussiez tost eu la renverse,</p> +<p>Voir, quelque paour que j'en eusse.</p> +<p>Or pleust à Jésus que je fusse,</p> +<p>A tout cecy, en ma maison!</p> +<a name="p163"></a><span class="pagenum">P. 163</span> +<p>Qu'il poise! Mengié a foison</p> +<p>De paille: elle chiet par derrière.</p> +<p>C'est paine pour la chamberière,</p> +<p>De la porter hors de ce lieu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(Au public.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Seigneurs, je vous commande à Dieu;</p> +<p>Et se l'on vous vient demander</p> +<p>Qu'est devenu le Franc Archier,</p> +<p>Dictes qu'il n'est pas mort encor,</p> +<p>Et qu'il emporte dague et cor,</p> +<p>Et reviendra par cy de brief.</p> +<p>Adieu; je m'en vois au relief.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER</p> +<p>DE BAIGNOLLET.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<a name="p164"></a><span class="pagenum">P. 164</span> +<p>XXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DIALOGUE DE MESSIEURS</p> +<p>DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy</p> +<p>De neuf? M. On nous tient en aboy,</p> +<p>Comme despourveuz, malureux.</p> +<p>B. Si j'avoye autant que je doy,</p> +<p>Sang bieu! je seroye chez le Roy,</p> +<p>Un page après moy! M. Voire deux!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes francs... M. Adventureux.</p> +<p>B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.</p> +<p>M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.</p> +<p>M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.</p> +<p>B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux</p> +<p>Heritiers. B. De gaiges cassez.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nous sommes, puis troys ans passez</p> +<p>Si minces. B. Si mal compassez.</p> +<p>M. Si simples. B. Legiers comme vent.</p> +<a name="p165"></a><span class="pagenum">P. 165</span> +<p>M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez,</p> +<p>De donner pour Dieu dispensez,</p> +<p>Car nous jeusnons assez souvent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, monsieur de Baillevent,</p> +<p>Qui peult trouver, soubz quelque amant,</p> +<p>Deux ou troys mille escus, quel proye!</p> +<p>B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.</p> +<p>B. Le quartier en vault l'arpent,</p> +<p>Pardieu! Monsieur de Mallepaye!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,</p> +<p>Puis de charbon et puis de craye.</p> +<p>M. Je raille. B. Je fays chère à tous.</p> +<p>M. Nous avons beau coucher en raye,</p> +<p>L'oreille au vent, la gueulle baye,</p> +<p>On ne faict point prochas de nous.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Helas! serons-nous jamais soulx?</p> +<p>M. Il ne fault que deux ou trois coups</p> +<p>Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.</p> +<p>M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.</p> +<p>M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?</p> +<p>M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.</p> +<p>M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. De serjens sommes tous recreux,</p> +<p>Et si n'avons nulz bien acreuz.</p> +<p>M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.</p> +<p>B. Entretenus. M. Comme poux creux.</p> +<p>B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:</p> +<p>Arrière, piettons de village!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p166"></a><span class="pagenum">P. +166</span> +<p>M. Ne suis-je pas beau personnaige?</p> +<p>B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.</p> +<p>B. Ressourdant. M. Comme bel alun.</p> +<p>B. Pathelin en main. M. Dire raige.</p> +<p>B. Et, par la mort bien! c'est dommage,</p> +<p>Que ne mettons vilains eu run.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun.</p> +<p>M. Quand j'en ay j'en offre à chascun,</p> +<p>Et suis bien aise quand j'en preste.</p> +<p>B. Mes rentes sont sur le commun;</p> +<p>M. Mais povres gens n'en ont pas ong;</p> +<p>B. J'y romproye pour néant la teste.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. S'il povoyt venir quelque enqueste,</p> +<p>Quelque mandement ou requeste,</p> +<p>Ou quelque bonne commission!</p> +<p>B. Mais en quelque banquet honneste,</p> +<p>Faire accroire à cest ou à ceste</p> +<p>La Pragmatique Sanction!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Et si elle y croit? B. Promision.</p> +<p>M. Se elle promet? B. Monition.</p> +<p>M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.</p> +<p>M. Se on faict marché? B. Fruiction.</p> +<p>M. Se on fruict? B. La Petition</p> +<p>En façon de belle demande</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!</p> +<p>B. Qui l'auroit quand on la demande,</p> +<p>On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!</p> +<p>B. On tauxeroit bien grosse amende</p> +<a name="p167"></a><span class="pagenum">P. 167</span> +<p>Sur le faict de ceste demande,</p> +<p>Se j'en quictoye le petitoire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!</p> +<p>B. Je me raffroichiz la mémoire</p> +<p>Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!</p> +<p>B. Se on nous bailloit par inventaire</p> +<p>Deux mil escuz en une armoire,</p> +<p>Ilz n'auroient garde d'y moysir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!</p> +<p>M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!</p> +<p>Nous serions partout bienvenuz.</p> +<p>B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.</p> +<p>M. Nous prendrons si bien le loisir</p> +<p>De compter ne sçay quantz escuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes bien entretenuz.</p> +<p>M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...</p> +<p>B. De nos parens. M. De bonne race.</p> +<p>B. Rentes assez et revenuz,</p> +<p>Et s'a présent n'en avons nulz,</p> +<p>Ce n'est que malheur qui nous chasse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.</p> +<p>M. Je volle par coups. B. Je tracasse,</p> +<p>Puis au poil et puis à la plume.</p> +<p>M. Je gaudis, et si je rimasse,</p> +<p>Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce</p> +<p>Que je ne l'ay pas de coustume.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.</p> +<p>B. Je destains le feu. M. Je l'allume.</p> +<a name="p168"></a><span class="pagenum">P. 168</span> +<p>B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil.</p> +<p>B. Le plus souvent, quand je me fume,</p> +<p>Je batteroye comme fer d'enclume,</p> +<p>Si je me trouvoye tout seul.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.</p> +<p>M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil.</p> +<p>B. Je m'esbas à je ne sçay quoy.</p> +<p>M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.</p> +<p>M. On me fait tout ce que je vueil,</p> +<p>Quand nous sommes mon paige et moy.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Je ne demande qu'avoir dequoy,</p> +<p>Belle amye, et vivre à requoy,</p> +<p>Faire tousjours bonne entreprise,</p> +<p>Belles armes, loyal au Roy.</p> +<p>M. Mais trois poulx rempans en aboy</p> +<p>Pour le gibier de la chemise!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Je porteroye pour ma devise</p> +<p>La marguerite en or assise</p> +<p>Et le houx partout estandu.</p> +<p>M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.</p> +<p>M. Riens en recepte, tant en mise,</p> +<p>Et, toute somme, item perdu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Je vous seroye, au residu,</p> +<p>Gorgias sur le hault verdi</p> +<p>Le bel estomac d'alouette.</p> +<p>M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,</p> +<p>Bien emprunté et mal rendu,</p> +<p>Payé d'une belle estiquette.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Puis la chaine d'or, la baguette,</p> +<a name="p169"></a><span class="pagenum">P. 169</span> +<p>Le lacqs de soye, la cornette...</p> +<p>B. De velours. M. C'est bel affiquet.</p> +<p>B. Quand nous aurions fait nostre emplète,</p> +<p>La porte seroit bien estroicte</p> +<p>Se ne passions jusqu'au ticquet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.</p> +<p>B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.</p> +<p>B. Selon la saison de l'année.</p> +<p>M. Et de paige? B. Quelque naquet.</p> +<p>M. S'il vient hasart en ung banquet?</p> +<p>B. Le prendre entre bond et vollée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Aux survenans? B. Chère meslée.</p> +<p>M. Aux povres duppes? B. La havée.</p> +<p>M. Et aux rustes? B. Le jobelin.</p> +<p>M. Aux mignons de court? B. L'accollée.</p> +<p>M. Aux gens de mesmes? B. La risée.</p> +<p>M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. D'entretenir? B. Damoiselin.</p> +<p>M. Et saluer? B. Bas comme lin.</p> +<p>M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.</p> +<p>Pour contenter le femynin.</p> +<p>Nous ferions plus d'ung esclin</p> +<p>Qu'ung aultre de quinze royaulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs +loyaulx!</p> +<p>M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.</p> +<p>B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.</p> +<p>M. Nous devrions passer aux sceaulx</p> +<a name="p170"></a><span class="pagenum">P. 170</span> +<p>Envers les officiers royaulx, [p. 170]</p> +<p>Comme messieurs les despourveuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. De congnoissance bien pourveuz</p> +<p>Et de sagesse. M. On nous a veuz</p> +<p>Si gentilz et si francs. B. Si doulx.</p> +<p>M. Helas! cent escuz nous sont deubz.</p> +<p>B. Au fort, si nous les eussions euz,</p> +<p>On en tint plus compte de nous.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nous avons faict plaisir à tous.</p> +<p>B. Chère à dire: D'ond venez-vous?</p> +<p>M. Esmerillonnez. B. Advenans.</p> +<p>M. Cent escus, et juger des coups.</p> +<p>On auroit beau mettre aux deux bouts,</p> +<p>Se nous ne tenions des gaignans.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes deux si beaulx gallans.</p> +<p>M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.</p> +<p>M. Esmeuz de franche volunté.</p> +<p>B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.</p> +<p>B. Bien gays. M. Assez rescéans.</p> +<p>B. Porres d'argent. M. Prou de santé.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Chascun de nous est habité.</p> +<p>M. Maison à Paris. B. Bien monté,</p> +<p>Aussi bien aux champs qu'en la ville.</p> +<p>M. Il y a ceste malheurté</p> +<p>Que de l'argent qu'avons presté</p> +<p>Nous n'en arrons ne croix ne pille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Où sont les cens et deux cens mille</p> +<p>Escus que nous avions en pile,</p> +<a name="p171"></a><span class="pagenum">P. 171</span> +<p>Quand chascun avoit bien du sien?</p> +<p>M. Au fort, se nous n'en avons mille,</p> +<p>Nous sommes, selon l'Évangile,</p> +<p>Des bienheureux du temps ancien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.</p> +<p>M. Trouvons en par quelque moyen.</p> +<p>B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay.</p> +<p>B. Hé, ung engin parisien....</p> +<p>M. Art lombard. B. Franc praticien,</p> +<p>Pour faire à present ung essay!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Je vis le temps que j'avançay</p> +<p>L'argent de chose, et adressay</p> +<p>Tel et tel et tel benefice.</p> +<p>B. Et, pour moy, quand je compassé</p> +<p>Monseigneur tel, et pourchassé</p> +<p>Moy mesmes tout seul son office.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. J'estois tousjours à tous propice;</p> +<p>Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice</p> +<p>Nous surprint, si devenions riches.</p> +<p>B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,</p> +<p>Pauvreté, nous tient en sa lice.</p> +<p>M. C'est ce qui nous faict estre chiches.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.</p> +<p>B. Rebondis... M. Comme belles miches.</p> +<p>B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons.</p> +<p>B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,</p> +<p>B. Adventureux. M. Comme Suysses</p> +<p>A Nancy, sur les Bourguygnons.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Entre les gallans. M. Compaignons.</p> +<a name="p172"></a><span class="pagenum">P. 172</span> +<p>B. Entre les gorgias. M. Mignons.</p> +<p>B. Entre gens d'armes. M. Courageux.</p> +<p>B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.</p> +<p>B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.</p> +<p>Mis sus en ung jour ou en deux,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes les adventureux</p> +<p>Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.</p> +<p>M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.</p> +<p>M. Pour servir princes. B. Curieux.</p> +<p>M. Et pour les mignons. B. Gracieux.</p> +<p>M. Et pour le commun. B. Tant à tant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, monsieur de Baillevent,</p> +<p>Quand reviendra le bon temps?</p> +<p>B. Quand chascun aura ses souhaits.</p> +<p>M. Cent mille escus argent comptant,</p> +<p>Sur ma foy, je seroye content</p> +<p>Qu'on ne parlast plus que de paix.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.</p> +<p>B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz.</p> +<p>B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.</p> +<p>M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais</p> +<p>Faulte d'argent et les grans prestz...</p> +<p>M. Nous ont ung peu appaillardis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Abandonnez. M. Comme hardis.</p> +<p>B. Requis. M. Comme les gras mardis.</p> +<p>B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.</p> +<p>B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys</p> +<a name="p173"></a><span class="pagenum">P. 173</span> +<p>Soient d'or et d'argent si garnis,</p> +<p>Et mignons en ont tant besoing.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.</p> +<p>B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. +Près. B. Loing.</p> +<p>M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.</p> +<p>M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing,</p> +<p>Nous serions pour faire à ung coing</p> +<p>Nostre prouffit d'aultruy dommage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Avez-vous tousjours l'heritaige</p> +<p>De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige</p> +<p>Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.</p> +<p>B. Cent francs de rente et ung fromaige,</p> +<p>Vous m'orriez dire de couraige:</p> +<p>Vive le roy! M. Ronfflez, villains!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.</p> +<p>B. Gré de dames? M. Amoureux craints.</p> +<p>B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.</p> +<p>B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?</p> +<p>M. Nous prenons escus pour douzains,</p> +<p>Franchement, et bourse pour bource.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse</p> +<p>M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource.</p> +<p>B. Hay! hay! tout est mal compassé.</p> +<p>M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.</p> +<p>M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;</p> +<p>Autant vauldroit ung arc cassé.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p174"></a><span class="pagenum">P. +174</span> +<p>M. Monsieur mon pere eust amassé</p> +<p>Plus d'escus qu'on eust entassé</p> +<p>En ung hospital de vermine.</p> +<p>B. Mais nous avons si bien sassé,</p> +<p>Le sang bieu! que tout est passé,</p> +<p>Gros et menu, par l'estamyne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M, Si vient guerre, mort ou famine,</p> +<p>Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne</p> +<p>Ferons nous pour gaigner le broust?</p> +<p>B. Quant à moy, je me determine</p> +<p>D'entrer chez voisin et voisine</p> +<p>Et d'aller voir si le pot bout.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Mais regardons, à peu de coust,</p> +<p>Quel train nous viendroit mieulx à goust</p> +<p>Pour amasser biens et honneurs.</p> +<p>B. Le meilleur est prendre partout.</p> +<p>M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,</p> +<p>Pour cinq solz, à ces pardonneurs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Allons servir quelques seigneurs.</p> +<p>B, Aucuns sont si petitz d'honneurs</p> +<p>Qu'on n'y a que peine et meschance.</p> +<p>M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;</p> +<p>Mais entre nous, ans estradeurs,</p> +<p>Il nous fault esplucher la chance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Servons marchans pour la pitance,</p> +<p>Pour <i>fructus ventris</i>, pour la pance.</p> +<p>B. On y gaigneroit ses despens.</p> +<p>M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,</p> +<p>Petite foy, large conscience;</p> +<p>Tu n'y scez riens et y aprens.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p175"></a><span class="pagenum">P. +175</span> +<p>M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens,</p> +<p>Je veulx estre mis sur les rangs,</p> +<p>S'ilz ont argent, si je n'en crocque.</p> +<p>M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,</p> +<p>Qui se font bien servir des gens;</p> +<p>Mais de payer, querez qui bloque!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:</p> +<p>L'ung pourchasse, l'autre desroque,</p> +<p>Et semble que tout soit pour eulx.</p> +<p>B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque.</p> +<p>Il n'est point de pire defroque</p> +<p>Que de malheur à malheureux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Pour despourveuz adventureux</p> +<p>Comme nous, encor c'est le mieulx</p> +<p>De faire l'ost et les gens d'armes.</p> +<p>M. En fuite je suis couraigeux.</p> +<p>B. Et à frapper? M. Je suis piteux;</p> +<p>Je crains trop les coups, pour les armes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes,</p> +<p>Et prenons leurs bissacs à fermes,</p> +<p>Car il n'y a pas grand débit.</p> +<p>M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,</p> +<p>Et pleureroyent maintes lermes</p> +<p>Devant que nous prinssions l'habit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Se en cest malheur et labit</p> +<p>Nous mourions, par quelque acabit,</p> +<p>Ame n'y a qui bien nous face.</p> +<p>M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,</p> +<a name="p176"></a><span class="pagenum">P. 176</span> +<p>Sur lequel je fonde ung obit,</p> +<p>Et du surplus, Dieu le parface!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Hée, fault-il que Fortune efface</p> +<p>Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;</p> +<p>Mais il n'a nul bien qui n'endure,</p> +<p>B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.</p> +<p>B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:</p> +<p>A loups ravis grosse pasture.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure.</p> +<p>B. Qui nous admoneste? M. Nature.</p> +<p>B. Pour aller? M. Où on nous attend.</p> +<p>B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.</p> +<p>B. Logez où? M. Près de la clousture</p> +<p>De monsieur d'Angoulevent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent</p> +<p>***************************</p> +<p>Et passerons par Mallepaye.</p> +<p>B. Brief, c'est le plus expédient</p> +<p>Que nous jetons la plume au vent:</p> +<p>Qui ne peult mordre, si abaye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Où ung franc couraige s'employe,</p> +<p>Il treuve à gaigner. B. Querons proye.</p> +<p>M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.</p> +<p>M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,</p> +<p>Que la plume au vent on envoye.</p> +<p>B. Puis après? M. Alors comme alors.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors!</p> +<a name="p177"></a><span class="pagenum">P. 177</span> +<p>B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps.</p> +<p>Je me tiendray des mieulx venuz.</p> +<p>B. On n'yra point, quand serons mors,</p> +<p>Demander au roy les tresors</p> +<p>De messieurs les despourveuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La plume au vent! M. Je le concluz.</p> +<p>****************************</p> +<p>Pour les povres de ceste année.</p> +<p>B. Ne demeurons plus si confuz.</p> +<p>****************************</p> +<p>Au grat, la terre est degelée!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Allons, suyvons quelque traînée.</p> +<p>Devant! vostre fièvre est tremblée,</p> +<p>Car nous sommes tous estourdiz.</p> +<p>B. Dieu doint aux riches bonne année!</p> +<p>M. Aux despourveuz grasse journée!</p> +<p>B. Et aux femmes pesans mariz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prenez en gré, grans et petiz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE</p> +<p>ET DE BAILLEVENT.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<br> +<a name="p178"></a><span class="pagenum">P. 178</span> +<p>XXIV.</p> +<p>LES REPEUES FRANCHES</p> +<p>DE FRANÇOIS VILLON</p> +<p>ET DE SES COMPAGNONS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Vous qui cerchez les repeues franches,</p> +<p>Et, tant jours ouvriers que dimenches,</p> +<p>N'avez pas planté de monnoye,</p> +<p>Affin que chascun de vous oye</p> +<p>Comment on les peut recouvrer,</p> +<p>Vueillez vous au sermon trouver</p> +<p>Qui est escript dedans ce livre.</p> +<p>Mettez tous peine de le lire,</p> +<p>Entre vous, jeunes perrucatz,</p> +<p>Procureurs, nouveaulx advocatz,</p> +<p>Aprenans aux despens d'aultruy.</p> +<p>Venez-y tost, sans nul estrif,</p> +<p>Clercz, de praticque diligens,</p> +<p>Qui congnoissez si bien vos gens;</p> +<p>Sergens à pied et à cheval,</p> +<p>Venez-y d'amont et d'aval,</p> +<a name="p179"></a><span class="pagenum">P. 179</span> +<p>Les hoirs du deffunct Pathelin,</p> +<p>Qui sçavez jargon jobelin;</p> +<p>Capitaine du pont-à-Billon;</p> +<p>Tous les subjetz Francoys Villon,</p> +<p>Soyez, à ce coup, reveillez.</p> +<p>Pas ne devez estre oubliez,</p> +<p>Tous gallans à pourpointz sans manches,</p> +<p>Qui ont besoing de repeues franches,</p> +<p>Et tous ceulx, tant yver qu'esté,</p> +<p>Qui en ont grant nécessité.</p> +<p>Venez vous apprendre comment</p> +<p>Les maistres anciennement</p> +<p>Sçavoyent tous les tours de ce faire:</p> +<p>Messire Chascun Poicdenaire,</p> +<p>Qui de livres sçait les usaiges,</p> +<p>Et veult lire tous les passaiges,</p> +<p>De celuy en prins appetis;</p> +<p>Venez-y donc, grans et petis,</p> +<p>Car, de la science sçavoir,</p> +<p>Vous ne povez que mieulx valoir.</p> +<p>Venez, chevaucheurs d'escuyrie,</p> +<p>Serviteurs de grant seigneurie,</p> +<p>Venez-y sans dilation,</p> +<p>Tous gens sotz et toutes gens sottes;</p> +<p>Venez-y, bigotz et bigottes;</p> +<p>Venez-y, povres Turlupins</p> +<p>Et Cordeliers et Jacopins;</p> +<p>Venez aussi, toutes prestresses,</p> +<p>Qui sçavez piecà les adresses</p> +<p>Des presbitaires hault et bas;</p> +<p>Gardez que vous n'y faillez pas!</p> +<p>Venez, gorriers et gorrières,</p> +<p>Qui faictes si bien les manières;</p> +<p>Que c'est une chose terrible.</p> +<a name="p180"></a><span class="pagenum">P. 180</span> +<p>Pour bien faire tout le possible;</p> +<p>Toutes manières de farseurs,</p> +<p>Anciens et jeunes mocqueurs;</p> +<p>Venez-y tous, vrays macquereaulx</p> +<p>De tous estatz, vieulx et nouveaulx;</p> +<p>Venez-y toutes, macquerelles,</p> +<p>Qui, par vos subtilles querelles,</p> +<p>Avez tousjours en vos maisons</p> +<p>Pour avoir, en toutes saisons,</p> +<p>Tant jours ouvriers que dimenches,</p> +<p>Souvent les bonnes repeues franches.</p> +<p>Venez-y tous, bons pardonneurs,</p> +<p>Qui sçavez faire les honneurs,</p> +<p>Aux villages, de bons pastez,</p> +<p>Avecques ces gras curatez,</p> +<p>Qui ayment bien vostre venue</p> +<p>Pour avoir la franche repeue;</p> +<p>Affin que chascun d'eulx enhorte</p> +<p>Les paroissiens, qu'on apporte</p> +<p>Des biens aux pardons de ce lieu,</p> +<p>Et qu'on face du bien pour Dieu.</p> +<p>Tant que le pardonneur s'en aille,</p> +<p>Le curé ne despendra maille,</p> +<p>Et aura maistre Jehan Laurens</p> +<p>Fermement payé les despens</p> +<p>Et quarte de vin, simplement,</p> +<p>Au curé, à son parlement.</p> +<p>De tout estât, soit bas ou hault,</p> +<p>Venez-y, qu'il n'y ait deffault;</p> +<p>Venez-y, varletz, chamberières,</p> +<p>Qui sçavez si bien les manières,</p> +<p>En disant mainte bonne bave,</p> +<p>D'avoir du meilleur de la cave,</p> +<p>Et puis joyeusement preschez,</p> +<a name="p181"></a><span class="pagenum">P. 181</span> +<p>Après que vos gens sont couchez.</p> +<p>Ceulx qui cerchent banquets ou festes</p> +<p>Pour dire quelques chansonnettes,</p> +<p>Affin d'atrapper la repeue,</p> +<p>Que chascun de vous se remue</p> +<p>D'y venir bien legièrement;</p> +<p>Et vous pourrez ouyr comment</p> +<p>Ung grant tas de bonnes commères</p> +<p>Sçavent bien trouver les manières</p> +<p>De faire leurs marys coqus.</p> +<p>Venez-y, et n'attendez plus,</p> +<p>Entre vous, prebstres sans séjour,</p> +<p>Qui dictes deux messes par jour</p> +<p>A Sainct-Innocent, ou ailleurs;</p> +<p>Venez-y, pour sçavoir plusieurs</p> +<p>Des passaiges et des adresses</p> +<p>De maintes petites finesses</p> +<p>Que l'en faict facillement</p> +<p>Qu'advient, par faulte d'argent,</p> +<p>En maint lieu, la franche repeue,</p> +<p>Qui ne doit à nul estre teue.</p> +<p>Par tel, cil qui veue ne l'aura,</p> +<p>Paiera, et celuy qui fera</p> +<p>De ceste repeue le présent,</p> +<p>De l'escot s'en yra exempt,</p> +<p>Moyennant qu'il monstre ce livre:</p> +<p>Par ce moyen sera delivre;</p> +<p>En lieu où n'aura esté veu</p> +<p>Il sera franchement repeu,</p> +<p>Ainsi qu'on orra plus à plain,</p> +<p>Qui de l'entendre prendra soing.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p182"></a><span class="pagenum">P. +182</span> +<p>BALLADE DE L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant j'euz ouy ce présent mandement:</p> +<p>Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,</p> +<p>Le dessusdict, j'ay pensé lermement</p> +<p>De moy trouver, et en prins l'adventure,</p> +<p>Comme celuy qui, de droicte nature,</p> +<p>Vouloit de ce faire narration,</p> +<p>A celle fin qu'il en fust mention,</p> +<p>A ung chascun, pour le temps advenir,</p> +<p>Qui s'attendent et ont intention</p> +<p>Que les respeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais ce secours est d'anciennement</p> +<p>De tous repas le chief, et par droicture;</p> +<p>Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,</p> +<p>Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,</p> +<p>Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,</p> +<p>Mais font du leur si grant destruction,</p> +<p>Qu'ilz en entrent en la subjection,</p> +<p>De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,</p> +<p>En attendant, pour toute production,</p> +<p>Que les repeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>J'en ay congneu, qui souvent largement</p> +<p>Donnoyent à tous repeues outre mesure;</p> +<p>Qui depuis ont continuellement</p> +<p>Servy le Pont-à-Billon, par droicture,</p> +<p>Dont la façon a esté à maint dure,</p> +<p>En leur grant dueil et tribulation;</p> +<p>Mais lors n'avoyent nulle remission,</p> +<p>Combien que ce leur fist le cueur frémir,</p> +<a name="p183"></a><span class="pagenum">P. 183</span> +<p>Ilz n'attendoyent aultre succession,</p> +<p>Que les repeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, pour ce que ne me puis tenir</p> +<p>Que de telz faitz ne face mention,</p> +<p>Puisque à mon temps les ay veu avenir,</p> +<p>J'en vueil faire quelque narration,</p> +<p>Et escripre, soubz la correction</p> +<p>Des escoutans, affin d'en souvenir,</p> +<p>La présente nouvelle invention,</p> +<p>Que les repeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE DES ESCOUTANS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui en a est Le bien venu;</p> +<p>Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,</p> +<p>Cil qui en a est bien congneu,</p> +<p>Cil qui n'en a point vit à honte.</p> +<p>Qui paye l'on exauce et monte</p> +<p>Jusque au tiers ciel, pour en prester:</p> +<p>Son honneur tout aultre surmonte,</p> +<p>Par force de bien acquester.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant entendismes les estatz</p> +<p>De telz dissimulations,</p> +<p>Congnoissant les hauts et les bas,</p> +<p>Par toutes abreviations,</p> +<p>Nous mismes, sans sommations,</p> +<p>Aux champs, par bois et par tailllis.</p> +<a name="p184"></a><span class="pagenum">P. 184</span> +<p>Pour congnoistre les fictions,</p> +<p>Qui se font souvent à Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pource que chacun maintenoit</p> +<p>Que c'estoit la ville du monde</p> +<p>Qui plus de peuple soustenoit,</p> +<p>Et où maintz estranges abonde,</p> +<p>Pour la grant science parfonde</p> +<p>Renommée en icelle ville,</p> +<p>Je partis, et veulx qu'on me tonde,</p> +<p>S'à l'entrée avois croix ne pille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il estoit temps de se coucher,</p> +<p>Et ne sçavoye où heberger;</p> +<p>D'ung logis me vins approcher,</p> +<p>Sçavoir s'on m'y vouldroit loger,</p> +<p>En disant: «Avez à menger?»</p> +<p>L'hoste me respondit: «Si ay.»</p> +<p>Lors luy priay, pour abréger:</p> +<p>«Apportez-le donc devant moy.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je fus servy passablement,</p> +<p>Selon mon estat et ma sorte,</p> +<p>Et pensant, à part moy, comment</p> +<p>Je cheviroye avec l'hoste,</p> +<p>Je m'avisé que, soubz ma cotte,</p> +<p>Avois une espée qui bien trenche:</p> +<p>Je la lairray, qu'on ne me l'oste,</p> +<p>En gaige de la repeue franche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'espée estoit toute d'acier,</p> +<p>Il ne s'en failloit que le fer;</p> +<p>Mais l'hoste la me fist machier,</p> +<a name="p185"></a><span class="pagenum">P. 185</span> +<p>Fourreau et tout, sans fricasser;</p> +<p>Puis, après, me convint penser</p> +<p>De repaistre, se faim avoye;</p> +<p>Rien n'y eust valu le tencer:</p> +<p>De leans partis sans monnoye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lendemain, m'aloye enquerant</p> +<p>Pour encontrer Martin Gallant.</p> +<p>Droit en la Salle du Palays</p> +<p>Rencontray, pour mon premier mès,</p> +<p>Tout droit soubz la première porte,</p> +<p>Plusieurs mignons d'estrange sorte,</p> +<p>Que sembloit bien à leur habit</p> +<p>Qu'ilz fussent gens de grant acquit.</p> +<p>Lors vins pour entrer en la Salle:</p> +<p>L'ung y monte, l'aultre devalle.</p> +<p>Là me pourmenoye, de par Dieu,</p> +<p>Regardant l'estat de ce lieu,</p> +<p>Et quand je l'euz bien regardée,</p> +<p>Tant plus la voys tant plus m'agrée;</p> +<p>Je vis là tant de mirlificques,</p> +<p>Tant d'ameçons et tant d'afficques,</p> +<p>Pour attraper les plus huppez.</p> +<p>Les plus rouges y sont happez;</p> +<p>A l'ung convient vendre sa terre;</p> +<p>Maint, sans sainctir, là se detterre,</p> +<p>Partie ou peu en demourra</p> +<p>De tout ce que vaillant aura;</p> +<p>Cuydant destruyre son voysin</p> +<p>De Poytou, ou de Lymousin,</p> +<p>Ou de quelque aultre nation,</p> +<p>Maint en est en destruction,</p> +<a name="p186"></a><span class="pagenum">P. 186</span> +<p>Et fault, ains partir de léans,</p> +<p>Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.</p> +<p>On emprunte, qui a credit,</p> +<p>Tout ainsi que devant est dict.</p> +<p>Quand leur argent fort s'appetiese,</p> +<p>Lors leur est la repeue propice,</p> +<p>Et lors cerchent (plus n'en doubtez),</p> +<p>Hault et bas et de tous costez,</p> +<p>Comme on verra par demomstrances</p> +<p>En ce traicté des Repeues franches.</p> +<p>Et quant au regard de plusieurs</p> +<p>Aultres repeues, sont escriptes</p> +<p>Affin qu'on preigne les meilleurs,</p> +<p>En lisant, grandes ou petites.</p> +<p>Vous orrez maintz moyens licites</p> +<p>Comment ilz ont esté happez,</p> +<p>Hault et bas, par bonnes conduictes</p> +<p>De ceulx qui les ont attrapez.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LA REPEUE</p> +<p>DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Qui n'a or, ny argent, ny gaige,</p> +<p>Comment peult-il faire grant chère?</p> +<p>Il fault qu il vive d'avantaige:</p> +<p>La façon en est coustumière.</p> +<p>Sçaurions-nous trouver la manière</p> +<p>De tromper quelqu'ung, pour repaistre?</p> +<p>********************************</p> +<p>Qui le fera sera bon maistre!»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p187"></a><span class="pagenum">P. +187</span> +<p>Ainsi parloyent les compaignons</p> +<p>Du bon maistre Françoys Villon,</p> +<p>Qui n'avoient vaillant deux ongnons,</p> +<p>Tentes, tapis, ne pavillon.</p> +<p>Il leur dit: «Ne nous soucion,</p> +<p>Car, aujourd'huy, sans nul deffault,</p> +<p>Pain, vin, et viande, à grant foyson,</p> +<p>Aurez, avec du rost tout chault.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir du Poisson.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adoncques il leur demanda</p> +<p>Quelles viandes vouloyent macher:</p> +<p>L'ung de bon poysson souhaita;</p> +<p>L'autre demanda de la chair.</p> +<p>Maistre Françoys, ce bon archer,</p> +<p>Leur dist: «Ne vous en souciez;</p> +<p>Il vous faut voz pourpointz lascher,</p> +<p>Car nous aurons viandes assez.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors partit de ses compaignons,</p> +<p>Et vint à la Poyssonnerie,</p> +<p>Et les laissa delà les pontz,</p> +<p>Quasy plains de melencolie.</p> +<p>Il marchanda, à chère lye,</p> +<p>Ung pannier tout plain de poysson,</p> +<p>Et sembloit, je vous certiffie,</p> +<p>Qu'il fust homme de grant façon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre Françoys fut diligent</p> +<p>D'achapter, non pas de payer,</p> +<p>Et dist qu'il bailleroit l'argent</p> +<p>Tout comptant au porte-pannier.</p> +<p>Ils partent sans plus plaidoyer,</p> +<p>Et passèrent par Nostre-Dame,</p> +<a name="p188"></a><span class="pagenum">P. 188</span> +<p>Là où il vit le Penancier,</p> +<p>Qui confessoit homme ou bien femme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant il le vit, à peu de plait,</p> +<p>Il luy dist: «Monsieur, je vous prie</p> +<p>Que vous despechez, s'il vous plaist,</p> +<p>Mon nepveu; car, je vous affie</p> +<p>Qu'il est en telle resverie:</p> +<p>Vers Dieu il est fort negligent;</p> +<p>Il est en tel merencolie,</p> +<p>Qu'il ne parle rien que d'argent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Vrayment, ce dit le Penancier,</p> +<p>Très voulentiers on le fera.»</p> +<p>Maistre Francoys print le pannier,</p> +<p>Et dit: «Mon amy, venez ça;</p> +<p>Velà qui vous depeschera,</p> +<p>Incontinent qu'il aura faict.»</p> +<p>Adonc maistre Françoys s'en va,</p> +<p>Atout le pannier, en effect.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand le Penancier eut parfaict</p> +<p>De confesser la créature,</p> +<p>Gaigne-denier, par dit parfaict,</p> +<p>Accourut vers luy bonne alleure,</p> +<p>Disant: «Monsieur, je vous asseure,</p> +<p>S'il vous plaisoit prendre loysir</p> +<p>De me depescher à ceste heure,</p> +<p>Vous me feriez ung grant plaisir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Je le vueil bien, en verité,</p> +<p>Dist le Penancier, par ma foy!</p> +<p>Or, dictes <i>Benedicite,</i></p> +<p>Et puis je vous confesseray,</p> +<a name="p189"></a><span class="pagenum">P. 189</span> +<p>Et, en après, vous absouldray,</p> +<p>Ainsy comme je doy le faire;</p> +<p>Puis penitence vous bauldray,</p> +<p>Qui vous sera bien necessaire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Quel confesser! dist le povre homme:</p> +<p>Fus-je pas à Pasques absoulz?</p> +<p>Que bon gré sainct Pierre de Romme!</p> +<p>Je demande cinquante soulz.</p> +<p>Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?</p> +<p>Ma maistresse est bien arrivée!</p> +<p>A coup, à coup, depeschez-vous,</p> +<p>Payez mon panier de marée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,</p> +<p>Dist le Penancier, seurement:</p> +<p>Il vous fault bien penser à Dieu</p> +<p>Et le supplier humblement.</p> +<p>—Que bon gré en ayt mon serment!</p> +<p>Dist cet homme, sans contredit,</p> +<p>Depeschez-moy legierement,</p> +<p>Ainsi que ce seigneur a dit.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adonc le Penancier vit bien</p> +<p>Qu'il y eut quelque tromperie;</p> +<p>Quand il entendit le moyen,</p> +<p>Il congneut bien la joncherie.</p> +<p>Le povre homme, je vous affie,</p> +<p>Ne prisa pas bien la façon,</p> +<p>Car il n'eut, je vous certifie,</p> +<p>Or ne argent de son poysson.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre François, par son blason.</p> +<p>Trouva la façon et manière</p> +<a name="p190"></a><span class="pagenum">P. 190</span> +<p>D'avoir marée à grant foyson,</p> +<p>Pour gaudir et faire grant chère.</p> +<p>C'estoit la mère nourricière</p> +<p>De ceulx qui n'avoyent point d'argent;</p> +<p>A tromper devant et derrière,</p> +<p>Estoit ung homme diligent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir des Trippes pour diner.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que fist-il? A bien peu de plet,</p> +<p>S'advisa de grant joncherie:</p> +<p>Il fist laver le cul bien net</p> +<p>A ung gallant, je vous affie,</p> +<p>Disant: «Il convient qu'on espie:</p> +<p>Quand seray devant la trippière,</p> +<p>Monstre ton cul par raillerie,</p> +<p>Puis, après, nous ferons grant +chière.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le compaignon ne faillit pas,</p> +<p>Foy que doy sainct Remy de Rains!</p> +<p>A Petit-Pont vint par compas,</p> +<p>Son cul descouvrit jusque aux rains.</p> +<p>Quand maistre Françoys vit ce train,</p> +<p>Dieu sçet s'il fit piteuses lippes,</p> +<p>Car il tenoit entre ses mains</p> +<p>Du foye, du polmon et des trippes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comme s'il fust plain de despit,</p> +<p>Et courroucé amèrement,</p> +<p>Il haulsa la main ung petit,</p> +<p>Et le frappa bien rudement,</p> +<p>Des trippes, par le fondement;</p> +<p>Puis, sans faire plus long caquet,</p> +<a name="p191"></a><span class="pagenum">P. 191</span> +<p>Les voulut, tout incontinent,</p> +<p>Remettre dedans le baquet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La trippière fut courroucée</p> +<p>Et ne les voulut pas reprendre.</p> +<p>Maistre Françoys, sans demourée,</p> +<p>S'en alla, sans compte luy rendre:</p> +<p>Par ainsi, vous povez entendre,</p> +<p>Qui'ilz eurent trippes et poisson.</p> +<p>Mais, après, il faut du pain tendre,</p> +<p>Pour ce disner de grant façon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir du Pain.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il s'en vint chez an boulengier</p> +<p>Affin de mieulx fornir son train,</p> +<p>Contrefaisant de l'escuyer</p> +<p>Ou maistre d'hostel, pour certain,</p> +<p>Et commanda que, tout souldain,</p> +<p>Cy pris, cy mis; on chappellast</p> +<p>Cinq ou six douzaines de pain,</p> +<p>Et que bien tost on se hastast.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand la moytié fut chappellé,</p> +<p>En une hotte le fist mettre,</p> +<p>Comme s'il fust de près hasté,</p> +<p>Il pria et requist au maistre</p> +<p>Qu'aucun se voulsist entremettre</p> +<p>D'apporter, après luy courant,</p> +<p>Le pain chappellé en son estre,</p> +<p>Tandis qu'on fist le demourant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le varlet le mist sur son col;</p> +<a name="p192"></a><span class="pagenum">P. 192</span> +<p>Après maistre François le porte,</p> +<p>Et arriva, soit dur ou mol,</p> +<p>Emprès une grant vielle porte.</p> +<p>Le varlet deschargea sa hotte</p> +<p>Et fut renvoyé, tout courant,</p> +<p>Hastivement, tenant sa hotte,</p> +<p>Pour requerir le demourant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre Françoys, sans contredit,</p> +<p>N'attendit pas la revenue.</p> +<p>Il eut du pain, par son édit,</p> +<p>Pour fournir sa franche repeue.</p> +<p>Le boulengier, sans attendue,</p> +<p>Revint, mais ne retrouva point</p> +<p>Son maistre d'hostel; il tressue,</p> +<p>Qu'on l'avoit trompé en ce point.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir du Vin.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Après qu'il fut fourny de vivres,</p> +<p>Il fault bien avoir la mémoire</p> +<p>Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,</p> +<p>Il falloit qu'ils eussent à boire.</p> +<p>Maistre Françoys, debvez le croire,</p> +<p>Emprunta deux grans brocs de boys,</p> +<p>Disant qu'il estoit necessaire</p> +<p>D'avoir du vin par ambagoys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ung fist emplir de belle eaue clère,</p> +<p>Et vint à la Pomme de Pin,</p> +<p>Atout ses deux brocs, sans renchère,</p> +<p>Demandant s'ils avoient bon vin,</p> +<p>Et qu'on luy emplist du plus fin,</p> +<a name="p193"></a><span class="pagenum">P. 193</span> +<p>Mais qu'il fust blanc et amoureux.</p> +<p>On luy emplist, pour faire fin,</p> +<p>D'ung très bon vin blanc de Baigneux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre Francoys print les deux brocs,</p> +<p>L'un emprès l'autre les bouta;</p> +<p>Incontinent, par bons propos,</p> +<p>Sans se haster, il demanda</p> +<p>Au varlet: «Quel vin est ce là?»</p> +<p>Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux.</p> +<p>—Ostez cela, ostez cela,</p> +<p>Car, par ma foy, point je n'en veulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?</p> +<p>Vuidez-moy mon broc vistement.</p> +<p>Je demande du vin de Beaulne,</p> +<p>Qui soit bon, et non aultrement.»</p> +<p>Et, en parlant, subtillement</p> +<p>Le broc qui estoit d'eaue plain</p> +<p>Contre l'aultre legierement</p> +<p>Luy changea, à pur et à plain.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par ce point, ils eurent du vin</p> +<p>Par fine force de tromper;</p> +<p>Sans aller parler au devin,</p> +<p>Ils repeurent, per ou non per.</p> +<p>Mais le beau jeu fut au souper,</p> +<p>Car maistre Françoys, à brief mot,</p> +<p>Leur dit: «Je me vueil occuper,</p> +<p>Que mangerons ennuyt du rost.»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p194"></a><span class="pagenum">P. +194</span> +<p><i>La manière d'avoir du Rost.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il fut appointé qu'il yroit</p> +<p>Devant l'estal d'ung rotisseur,</p> +<p>Et de la chair marchanderoit,</p> +<p>Contrefaisant du gaudisseur,</p> +<p>Et, pour trouver moyen meilleur,</p> +<p>Faignant que point on ne se joue,</p> +<p>Il viendroit un entrepreneur,</p> +<p>Qui luy bailleroit sur la joue.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il vint à la rostisserie,</p> +<p>En marchandant de la viande;</p> +<p>L'autre vint, de chère marrie:</p> +<p>«Qu'est-ce que ce paillart demande?»</p> +<p>Luy baillant une buffe grande,</p> +<p>En luy disant mainte reproche.</p> +<p>Quand il vit qu'il eut ceste offrande,</p> +<p>Empoigna du rost pleine broche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Celuy qui bailla le soufflet</p> +<p>Fuist bien tost et à motz exprès.</p> +<p>Maistre Françoys, sans plus de plet,</p> +<p>Atout son rost, courut après,</p> +<p>Ainsi, sans faire long procès,</p> +<p>Ils repeurent, de cueur devot,</p> +<p>Et eurent, par leur grant excès,</p> +<p>Pain, vin, chair, et poisson, et rost.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p195"></a><span class="pagenum">P. +195</span> +<p>SECONDE REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DE L'EPIDEMIE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pour la première repeue</p> +<p>Dont après sera mention,</p> +<p>Bien digne d'estre ramenteue</p> +<p>Et mise en revelation,</p> +<p>Et pourtant, soubs correction,</p> +<p>Affin que l'en en parle encore,</p> +<p>Comme nouvelle invention,</p> +<p>Redigé sera par memoire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or advint, de coup d'aventure,</p> +<p>Que les suppostz devant nommez,</p> +<p>Ne cherchoyent rien par droicture.</p> +<p>Qu'en richesse gens renommez.</p> +<p>Ung jour qu'ilz estaient affamez,</p> +<p>En la porte d'ung bon logis</p> +<p>Virent entrer, sans estre armez,</p> +<p>Ambassadeurs de loing pays.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si pensèrent entre eux comment</p> +<p>Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,</p> +<p>Et, selon leur entendement,</p> +<p>L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre</p> +<p>D'hostel, et se fit acongnoistre,</p> +<p>Disant qu'il luy enseigneroit</p> +<p>Le haut, le bas marché, pour estre</p> +<p>Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je croy bien que monsieur le maistre,</p> +<a name="p196"></a><span class="pagenum">P. 196</span> +<p>Qui du bas mestier estoit tendre,</p> +<p>Fit ce gallant très bien repaistre,</p> +<p>Et luy commenda charge prendre</p> +<p>De la cuysine, d'y entendre,</p> +<p>Tant que leur train departira,</p> +<p>Et bien payera, sans attendre,</p> +<p>A son gré, quand il s'en yra.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors s'en vint à ses compaignons,</p> +<p>Dire: «Nostre escot est payé;</p> +<p>Je suis jà l'ung des grans mignons</p> +<p>De léans et mieulx avoyé,</p> +<p>Car le maistre m'a envoyé</p> +<p>Par la ville, pour soy sortir;</p> +<p>Mais, se mon sens n'est desyoyé,</p> +<p>Bien brief l'en feray repentir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Va, lui dirent ses compaignons,</p> +<p>Et esguise tout ton engin</p> +<p>A nous rechauffer les rongnons</p> +<p>Et nous faire boire bon vin.</p> +<p>Passe tous les sens Pathelin,</p> +<p>De Villon et Pauquedenaire,</p> +<p>Car se venir peux en la fin,</p> +<p>Passé seras maistre ordinaire.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce gallant vint en la maison</p> +<p>Où estoyt logé l'ambassade,</p> +<p>Où les seigneurs, par beau blason,</p> +<p>Devisoyent rondeau ou ballade.</p> +<p>Il estoit miste, gent et sade,</p> +<p>Bien habitué, bien en point,</p> +<p>Robbe fourrée, pourpoint d'ostade;</p> +<p>Il entendoit son contrepoint.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p197"></a><span class="pagenum">P. +197</span> +<p>Le principal ambassadeur</p> +<p>Aymoit une peu le bas mestier,</p> +<p>Dont le gallant fut à honneur,</p> +<p>Car c'estoyt quasi son mestier,</p> +<p>Et luy conta que, à son quartier,</p> +<p>Avoit de femmes largement,</p> +<p>Qui estoyent, s'il estoit mestier,</p> +<p>A son joly commandement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le gallant fut entretenu</p> +<p>Par ce seigneur venu nouveau,</p> +<p>Et léans il fut retenu,</p> +<p>Pour estre fin franc macquereau.</p> +<p>Le jeu leur sembla si très beau;</p> +<p>Aussi, il fit si bonne mine,</p> +<p>Qu'il fut esleu, sans nul appeau,</p> +<p>Pour estre varlet de cuysine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les ambassadeurs convoyèrent</p> +<p>Seigneurs et bourgeois à disner,</p> +<p>Lesquels voulentiers y allèrent</p> +<p>Passer temps, point n'en faut doubter.</p> +<p>Toutesfoys, vous debvez sçavoir,</p> +<p>Quelque chose que je vous dye,</p> +<p>Que l'ambassadeur, pour tout veoir,</p> +<p>Craignoit moult fort l'Epidemie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce gallant en fut adverty,</p> +<p>Qui nonobstant fist bonne mine,</p> +<p>Et quand il fut près de midi,</p> +<p>A l'heure qu'il est temps qu'on disne,</p> +<p>Il entra dedans la cuysine,</p> +<p>Manyant toute la viande,</p> +<a name="p198"></a><span class="pagenum">P. 198</span> +<p>Comme docteur en médecine</p> +<p>Qui tient malades en commande.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tous les seigneurs là regardèrent</p> +<p>Son train, ses façons et manières;</p> +<p>Mais, après luy, pas ne tastèrent,</p> +<p>Aussi ne luy challoit-il guères.</p> +<p>Après il print les esguières,</p> +<p>Le vin, le claire, l'ypocras,</p> +<p>Darioles, tartes entières:</p> +<p>Il tasta de tout, par compas.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, pour bien entendre son cas,</p> +<p>Quand il vit qu'il estoit saison,</p> +<p>A bien jouer ne faillit pas,</p> +<p>Pour faire aux seigneurs la raison,</p> +<p>Si bien que dedans la maison</p> +<p>Demeura tout seul pour repaistre,</p> +<p>Soustenant, par fine achoison,</p> +<p>Qu'il se douloit du cousté destre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors y avoit une couchette</p> +<p>Où il failloit la feste faire,</p> +<p>Et n'a dent qui ne luy cliquette;</p> +<p>Là se mist, commençant à braire</p> +<p>Que l'on s'en fuyt au presbytaire,</p> +<p>Pour faire le prebstre acourir,</p> +<p>Atout Dieu et l'autre ordinaire</p> +<p>Qu'il fault pour ung qui veult mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand les seigneurs virent le prebstre</p> +<p>Avec ses sacremens venir,</p> +<p>Chacun d'eulx eust bien voulu estre</p> +<p>Dehors, je n'en veulx point mentir:</p> +<a name="p199"></a><span class="pagenum">P. 199</span> +<p>Si grant haste eurent d'en sortir,</p> +<p>Que là demeurèrent les vivres,</p> +<p>Dont les compaignons du martir</p> +<p>Furent troys jours et troys nuyts yvres.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par ce point eurent la repeue</p> +<p>Franche chascun des compaignons.</p> +<p>La finesse le prebstre a teue,</p> +<p>Affin de complaire aux mignons;</p> +<p>Mais les seigneurs dont nous parlons</p> +<p>Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:</p> +<p>Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,</p> +<p>De la grant paour troys jours malade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LA TROISIEME REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DES TORCHECULS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Un Lymousin vint à Paris,</p> +<p>Pour aulcun procès qu'il avoit.</p> +<p>Quand il partit de son pays</p> +<p>Pas gramment d'argent il n'avoit,</p> +<p>Et toutefoys il entendoit</p> +<p>Son fait, et avoit souvenance</p> +<p>Que son cas mal se porteroit</p> +<p>S'il n'avoit une repeue franche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce Lymousin, c'est chose vraye,</p> +<p>Qui n'avoit vaillant ung patac,</p> +<p>Se nommoit seigneur de Combraye,</p> +<p>Sans qu'on le suivist à son trac.</p> +<a name="p200"></a><span class="pagenum">P. 200</span> +<p>Plus rusé estoit qu'ung vieil rat,</p> +<p>Et affamé comme un vieil loup,</p> +<p>Avec monsieur de Penessac,</p> +<p>Et le seigneur de Lamesou.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les troys seigneurs s'entretrouvèrent;</p> +<p>Car ilz estoyent tous d'ung quartier</p> +<p>Et Dieu sçait s'ilz se saluèrent,</p> +<p>Ainsi qu'il en estoit mestier;</p> +<p>Toutesfoys, ce bon escuyer</p> +<p>De Combraye, propos final,</p> +<p>Fut esleu leur grant conseillier,</p> +<p>Et le gouverneur principal.</p> +<p>Ils conclurent, pour le meilleur,</p> +<p>Que ce bon notable seigneur</p> +<p>Yroit veoir s'il pourroit trouver</p> +<p>Quelque bon lieu pour s'y loger,</p> +<p>Et, selon qu'il le trouverait,</p> +<p>Aux aultres le raconteroit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or advint, environ midy,</p> +<p>Qu'il estoit de faim estourdy,</p> +<p>S'en vint à une hostellerie,</p> +<p>Rue de la Mortellerie,</p> +<p>Où pend l'enseigne du Pestel:</p> +<p><i>A bon logis et bon hostel,</i></p> +<p>Demandant s'on a que repaistre:</p> +<p>«Ouy, vrayment, ce dist le maistre;</p> +<p>Ne soyez de rien en soucy,</p> +<p>Car vous serez très bien servy</p> +<p>De pain, de vin et de viande.</p> +<p>—Pas grand chose je ne demande,</p> +<p>Dist le bon seigneur de Combraye:</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p201"></a><span class="pagenum">P. +201</span> +<p>Il n'y a guère que j'avoye</p> +<p>Bien desjuné; mais, toutesfoys,</p> +<p>Si ai-je disné maintes foys</p> +<p>Que n'avoye pas tel appetit.»</p> +<p>Ce seigneur menga ung petit,</p> +<p>Car il n'avoit guère d'argent,</p> +<p>Commendant qu'on fust diligent</p> +<p>D'avoir quelque chose de bon,</p> +<p>Pour son soupper: ung gras chapon;</p> +<p>Car il pensoit bien que, le soir,</p> +<p>Il devoit avec luy souper</p> +<p>Des gentilzhommes de la cour.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'hostesse fut bien à son gourt,</p> +<p>Car, quand vint à compter l'escot,</p> +<p>Le seigneur ne dist oncques mot,</p> +<p>Mais tout ce qu'elle demanda</p> +<p>Ce gentilhomme luy bailla,</p> +<p>Disant: «Vous comptez par raison!»</p> +<p>Puis il sortit de la maison,</p> +<p>Bouta son sac soubs son esselle,</p> +<p>Et vint raconter la nouvelle</p> +<p>A ses compaignons, et comment</p> +<p>Il failloit faire saigement.</p> +<p>Il fut dit, à peu de parolles,</p> +<p>Pour eviter grans monopolles,</p> +<p>Que le seigneur de Penessac</p> +<p>Yroit devant louer l'estat</p> +<p>Et blasonner la suffisance</p> +<p>De ce seigneur, car, sans doubtance,</p> +<p>La chose le valoit très bien,</p> +<p>Et, pour trouver meilleur moyen,</p> +<p>Il menroit en sa compaignie,</p> +<a name="p202"></a><span class="pagenum">P. 202</span> +<p>Lamesou; et n'y faillit mye.</p> +<p>Si vint demander à l'hostesse</p> +<p>S'ung seigneur remply de noblesse</p> +<p>Estoit logé en la maison.</p> +<p>L'hostesse respondit que non,</p> +<p>Et que vrayement il n'y avoit</p> +<p>Qu'ung Lymousin, lequel debvoit</p> +<p>Venir au soir souper léans.</p> +<p>«Ha! dist-il, dame de céans,</p> +<p>C'est celuy que nous demandons;</p> +<p>Par ma foy! c'est le grant baron,</p> +<p>Qui est arrivé au matin.</p> +<p>—Je n'entens point vostre latin,</p> +<p>Dist l'hostesse; vous parlez mal:</p> +<p>Il n'a ne jument ne cheval;</p> +<p>Il va à pied, par faulte d'asne.»</p> +<p>Lors Penessac respondit: «Dame,</p> +<p>Il vient icy pour ung procès;</p> +<p>Il est appellant des excès</p> +<p>Qu'on luy a faictz en Lymousin,</p> +<p>Et va ainsi de pied, affin</p> +<p>Que son procès soit plus tost faict.»</p> +<p>L'hostesse le creut, en effet.</p> +<p>Alors, le seigneur de Combraye</p> +<p>Arrive, et Dieu sçait quelle joye</p> +<p>Ces deux seigneurs icy lui firent;</p> +<p>Et le genoil en bas tendirent</p> +<p>Aussi tost comme il fut venu,</p> +<p>Et par ce point il fut congneu</p> +<p>Qu il estoit seigneur honorable.</p> +<p>Le bon seigneur se sist à table,</p> +<p>En tenant bonne gravité.</p> +<p>Vis-à-vis, de l'autre costé,</p> +<p>S'assit le seigneur de l'hostel,</p> +<a name="p203"></a><span class="pagenum">P. 203</span> +<p>Et eurent du vin, Dieu sçait quel!</p> +<p>Il ne le fault point demander.</p> +<p>Quand ce vint à l'escot compter</p> +<p>L'hostesse assez hault comptoit,</p> +<p>Mais au seigneur il n'en challoit,</p> +<p>Feignant qu'il fust tout plain d'argent.</p> +<p>Lors il dist qu'on fust diligent</p> +<p>De penser à faire les litz,</p> +<p>Car il vouloit en ce logis</p> +<p>Coucher; puis après, par exprès,</p> +<p>Il print son grand sac à procès,</p> +<p>Et le bailla léans en garde,</p> +<p>Disant: «Qu'on me le contregarde.</p> +<p>Si de l'argent voulez avoir,</p> +<p>Il ne faut que le demander.»</p> +<p>L'hostesse ne fut pas ingrate,</p> +<p>En disant: «Je n'en ay pas haste.</p> +<p>N'espargnez rien qui soit céans.»</p> +<p>Ces seigneurs couchèrent léans</p> +<p>L'espace de cinq ou six moys,</p> +<p>Sans payer argent, toutesfoys,</p> +<p>Non obstant ce qu'il demandoit</p> +<p>A l'hostesse s'elle vouloit</p> +<p>Avoir de l'argent, bien souvent;</p> +<p>Mais il n'estoit point bien content</p> +<p>De mettre souvent main en bourse.</p> +<p>L'hostesse n'estoit point rebourse,</p> +<p>Et dist: «Ne vous en soucyez;</p> +<p>Dieu mercy! j'ay argent assez,</p> +<p>A vostre bon commandement.»</p> +<p>Ces mignons pensèrent comment</p> +<p>Ilz pourroyent retirer leur sac;</p> +<p>Et lors monsieur de Penessac</p> +<p>Dist à ce baron de Combraye</p> +<a name="p204"></a><span class="pagenum">P. 204</span> +<p>Qu'il se boutast bientost en voye,</p> +<p>Jugeant qu'il fust embesongné.</p> +<p>Ce seigneur vint, tout refrongné,</p> +<p>Vers l'hostesse, par bon moyen,</p> +<p>Et lui dit: «Mon cas va très bien;</p> +<p>Mon procès est ennuyt jugé.</p> +<p>A coup, qu'il n'y ait plus songé,</p> +<p>Baillez-moy mon sac, somme toute,</p> +<p>Car j'ay paour et si fays grant doubte,</p> +<p>Que les seigneurs soyent departis.»</p> +<p>Il print son sac: «Adieu vous dis!</p> +<p>Je reviendray tout maintenant.»</p> +<p>Il s'en alla diligemment,</p> +<p>A tout ses procès et son sac;</p> +<p>Et les seigneurs de Penessac</p> +<p>Et de Lamesou l'attendoyent;</p> +<p>Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,</p> +<p>A recueillir les torcheculz</p> +<p>Des seigneurs qui estoyent venus</p> +<p>Aux chambres, et bien se pensoyent</p> +<p>Qu'à quelque chose serviroyent</p> +<p>Ilz ostèrent tous ces procès</p> +<p>De ce sac, et, par motz exprès,</p> +<p>L'emplirent de ces torcheculz;</p> +<p>Puis, au soir, quand furent venuz</p> +<p>A leur logis, fut mis en garde,</p> +<p>Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,</p> +<p>Il fut bouté, par grant humblesse,</p> +<p>Avec les robbes de l'hostesse,</p> +<p>Qui sentoyent le muguelias.</p> +<p>Au soir, firent grant ralias;</p> +<p>Le lendemain il fut raison</p> +<p>De departir de la maison</p> +<p>Pour s'en aller sans revenir.</p> +<a name="p205"></a><span class="pagenum">P. 205</span> +<p>On cuydoit qu'ilz deussent venir</p> +<p>Lendemain soupper et disner,</p> +<p>Pour leurs offices resiner,</p> +<p>Maiz ilz ne vindrent oncques puis.</p> +<p>Ils faillirent cinq ou six nuitz,</p> +<p>Dont l'hostesse fut eschec et mac.</p> +<p>Elle n'osoit ouvrir le sac</p> +<p>Sans avoir le congé du juge,</p> +<p>Auquel avoit piteux deluge;</p> +<p>Tellement qu il fut necessaire</p> +<p>Qu'on envoyast ung commissaire</p> +<p>Pour ouvrir ce sac, somme toute.</p> +<p>Quand il fust là venu sans doubte,</p> +<p>Il lava ses mains à bonne heure,</p> +<p>De paour de gaster l'escripture,</p> +<p>Car à cela estoit expert.</p> +<p>Toutesfoys, le sac fut ouvert;</p> +<p>Mais, quand il le vit si breneux,</p> +<p>Il s'en alla tout roupieux,</p> +<p>Cuydant que ce fust mocquerie,</p> +<p>Car il n'entendoit raillerie.</p> +<p>Ainsi partirent ces seigneurs</p> +<p>De Paris, joyeux en couraige.</p> +<p>De tromper furent inventeurs:</p> +<p>Cinq moys vesquirent d'avantaige;</p> +<p>De blasonner ilz firent raige;</p> +<p>Leur hoste fut par eulx vaincu.</p> +<p>Ils ne laissèrent, pour tout gaige</p> +<p>Qu'un sac tout plain de torchecu.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<a name="p206"></a><span class="pagenum">P. 206</span> +<p>LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DU SOUFFRETEUX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Où pris argent, qui n'en a point?</p> +<p>Remède est vivre d'avantaige.</p> +<p>Qui n'a ne robbe ne pourpoint,</p> +<p>Que pourroit-il laisser pour gaige?</p> +<p>Toutesfoys, qui aurait l'usaige</p> +<p>De dire quelque chansonnette</p> +<p>Qui peust deffrayer le passaige,</p> +<p>Le payement ne seroit qu'honneste.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ainsi parloit le Souffreteux,</p> +<p>Qui estoit fin de sa nature;</p> +<p>Moytié triste, moytié joyeux.</p> +<p>Du Palays partit, bonne alleure,</p> +<p>En disant: «Qui ne s'adventure,</p> +<p>Il ne fera jamais beau fait,»</p> +<p>Pour pourchasser sa nourriture,</p> +<p>Car il estoit de faim deffaict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour trouver quelque tromperie,</p> +<p>Le gallant se voulust haster:</p> +<p>En la meilleure hostellerie</p> +<p>Ou taverne s'alla bouter,</p> +<p>Et commença à demander</p> +<p>S'on avoit rien pour luy de bon;</p> +<a name="p207"></a><span class="pagenum">P. 207</span> +<p>Car il vouloit léans disner,</p> +<p>Et faire chère de façon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors on demanda quelle viande</p> +<p>Il falloit à ce pèlerin.</p> +<p>Il respondit: «Je ne demande</p> +<p>Qu'une perdrix ou un poussin,</p> +<p>Avec une pinte de vin</p> +<p>De Beaulne, qui soit frais tirée.</p> +<p>Et puis après, pour faire fin,</p> +<p>Le cotteret et la bourrée.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tout ce qui luy fut convenable</p> +<p>Le varlet luy alla quérir.</p> +<p>Le gallant s'en va mettre à table,</p> +<p>Affin de mieulx se resjouyr,</p> +<p>Et disna là, tout à loisir,</p> +<p>Maschant le sens, trenchant du saige;</p> +<p>Mais il fallut, ains que partir,</p> +<p>Avoir ung morceau de formaige.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Adonc dit le clerc: Mon amy,</p> +<p>Il fault compter, car vous devez,</p> +<p>Tout par tout, sept solz et demy,</p> +<p>Et convient que les me payez.</p> +<p>—Je ne sçay comment les aurez,</p> +<p>Dist le gallant, car, par sainct Gille!</p> +<p>Je veulx bien que vous le saichez,</p> +<p>Je ne soustiens ne croix ne pille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Qui n'a argent si laisse gaige;</p> +<p>Ce n'est que le faict droicturier.</p> +<p>Vous voulez vivre d'avantaige,</p> +<p>Et n'avez maille ne denier!</p> +<a name="p208"></a><span class="pagenum">P. 208</span> +<p>Estes-vous larron ou meurtrier?</p> +<p>Par Dieu, ains que d'icy je hobe,</p> +<p>Vous me payerez, pour abréger,</p> +<p>Ou vous y laisserez la robbe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Quant est d'argent, je n'en ay point,</p> +<p>Affin de le dire tout hault.</p> +<p>Comment! m'en iray-je en pourpoint,</p> +<p>Et desnué comme ung marault?</p> +<p>Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;</p> +<p>Mais, s'il vous plaisoit m'employer,</p> +<p>Je vous serviray, sans deffault,</p> +<p>Jusques à mon escot payer.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Et comment? Que sçavez-vous faire?</p> +<p>Dites-le moy tout plainement.</p> +<p>—Quoy? toute chose nécessaire.</p> +<p>Point ne fault demander comment;</p> +<p>Je gaige que, tout maintenant,</p> +<p>Je vous chanteray ung couplet,</p> +<p>Si hault et si cler, je me vant,</p> +<p>Que vous direz: «Cela me plaist!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors, le varlet, voyant cecy,</p> +<p>Fut content de ceste gaigeure,</p> +<p>Et pensa en luy-mesme ainsi,</p> +<p>Qu'il attendroit ceste adventure;</p> +<p>Et s'il chantoit bien d'adventure,</p> +<p>Il lui dirait, pour tous desbats,</p> +<p>Qu'il payast l'escot, bon alleure,</p> +<p>Car son chant ne lui plaisoit pas.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p209"></a><span class="pagenum">P. +209</span> +<p>L'accord fut dit, l'accord fut faict,</p> +<p>Devant tous, non pas en arrière.</p> +<p>Lors le gallant tire, de faict,</p> +<p>De dedens sa gibecière</p> +<p>Une bourse, d'argent legière,</p> +<p>Qui estoit pleine de mereaulx,</p> +<p>Et chanta, par bonne manière,</p> +<p>Haultement, ces mots tout nouveaulx:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De sa bourse dessus la table</p> +<p>Frappa, affin que je le notte,</p> +<p>Et, comme chose convenable,</p> +<p>Chanta ainsi à haulte notte:</p> +<p>«Faut payer ton hoste, ton hoste!»</p> +<p>Tout au long chanta ce couplet.</p> +<p>Le varlet, estant coste à coste,</p> +<p>Respondit: «Cela bien me plaist!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Toutesfoys, il n'entendoit pas</p> +<p>Qu'il ne fust de l'escot payé,</p> +<p>Parquoy il failloit sur ce pas.</p> +<p>De son sens fut moult desvoyé.</p> +<p>Devant tous fut notiffié</p> +<p>Qu'il estoit gentil compaignon,</p> +<p>Et qu'il avoit, par son traicté,</p> +<p>Bien disné pour une chanson.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est bien disné, quand on eschappe</p> +<p>Sans desbourser pas ung denier,</p> +<p>Et dire adieu au tavernier</p> +<p>En torchant son nez à la nappe.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p210"></a><span class="pagenum">P. +210</span> +<p>LA CINQUIESME REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DU PELLETIER.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung jour advint qu'ung Pelletier</p> +<p>Espousa une belle femme</p> +<p>Qui appetoit le bas mestier,</p> +<p>En faisant recorder sa game.</p> +<p>Le Pelletier, sans penser blasme,</p> +<p>Ne s'en soucioit qu'ung petit:</p> +<p>Mieulx aymoit du vin une dragme,</p> +<p>Que coucher dedens ung beau lict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung curé, voyant cest affaire,</p> +<p>De la femme fut amoureux,</p> +<p>Et pensa qu'à son presbytaire</p> +<p>Il maineroit ce maistre gueux.</p> +<p>Il s'en vint à luy tout joyeux,</p> +<p>A celle fin de le tromper,</p> +<p>En disant: «Mon voysin, je veux</p> +<p>Vous donner ennuyt à soupper.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le Pelletier en fut content,</p> +<p>Car il ne vouloyt que repaistre,</p> +<p>Et alla tout incontinent</p> +<p>Faire grant chère avec le prestre,</p> +<p>Qui luy joua d'un tour de maistre,</p> +<p>Disant: «Ma robbe est deffourrée;</p> +<p>Il vous y convient la main mettre,</p> +<p>Affin qu'elle soit reffourrée.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p211"></a><span class="pagenum">P. +211</span> +<p>—Et bien, ce dist le Pelletier,</p> +<p>Monseigneur, j'en suis bien content,</p> +<p>Mais que vous m'en vueillez payer;</p> +<p>Je suis tout vostre, seurement.»</p> +<p>Ils firent leur appoinctement</p> +<p>Qu'il auroit, pour tout inventoire,</p> +<p>Dix solz tournois entièrement,</p> +<p>Et du vin largement pour boire,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pourvu qu'il la despecheroit,</p> +<p>Car il luy estoit necessaire,</p> +<p>Et que toute nuyt veilleroit,</p> +<p>Avec son clerc, au presbitaire.</p> +<p>Il fut content de cest affaire.</p> +<p>Mais le Curé les enferma</p> +<p>Soubs la clef, sans grant noyse faire,</p> +<p>Puis hors de la maison alla.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le Curé vint en la maison</p> +<p>Du Pelletier, par ses sornettes,</p> +<p>Et trouva si bonne achoyson</p> +<p>Qu'il fist très bien ses besongnettes.</p> +<p>Ilz firent cent mille chosettes,</p> +<p>Car, ainsi comme il me semble,</p> +<p>Il contenta ses amourettes,</p> +<p>Et puis hors de la maison emble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce fourreur, pour la repeue franche</p> +<p>Fut fait coqu bien fermement;</p> +<p>Et luy chargea la dame blanche</p> +<p>Qu'il y retournast hardiment,</p> +<p>Et que, par son sainct sacrement,</p> +<p>Jamais nul jour ne l'oubliera,</p> +<a name="p212"></a><span class="pagenum">P. 212</span> +<p>Mais luy fera hébergement,</p> +<p>Toutes les foys qu'il luy plaira.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pourtant, donne soy bien garde</p> +<p>Chascun qui aura belle femme</p> +<p>Qu'on ne lui joue telle aubade</p> +<p>Pour la repeue: c'est grant diffame;</p> +<p>Quant il est sceu, ce n'est que blasme</p> +<p>Et reproche, au temps advenir.</p> +<p>Vela des repeues la grant game;</p> +<p>Pourtant, ayez-en souvenir!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>SIXIESME REPEUE FRANCHE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DES GALLANTS SANS SOULCY.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Une assemblée de compaignons,</p> +<p>Nommez les <i>Gallans sans soucy</i>,</p> +<p>Se trouvèrent entre deux pontz,</p> +<p>Près le Palays, il est ainsi;</p> +<p>D'aultres y en avoit aussi,</p> +<p>Qui aymoient bien besoigne faîcte,</p> +<p>Et estoient, de franc cueur transi,</p> +<p>A l'abbé de Saincte Souffrette.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ces compaings ainsi assemblez</p> +<p>Ne demandèrent que repas;</p> +<p>D'argent ilz n'estoyent pas comblez,</p> +<p>Non pourtant ne faillirent pas.</p> +<a name="p213"></a><span class="pagenum">P. 213</span> +<p>Ilz se boutèrent, c'est le cas,</p> +<p>A l'enseigne du Plat d'estaing,</p> +<p>Où ilz repeurent par compas,</p> +<p>Car ilz en avoient grant besoing.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant ce vint à l'escot compter,</p> +<p>Je crois que nully ne s'en cource;</p> +<p>Mais le beau jeu est au payer,</p> +<p>Quant il n'y a denier en bourse.</p> +<p>Nul d'eulx n'avoit chère rebourse:</p> +<p>«Pour de l'escot venir au bout,</p> +<p>Dist ung gallant, de plaine source,</p> +<p>Il n'en faut qu'ung pour payer tout.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ilz appointèrent tous ensemble,</p> +<p>Que l'ung d'iceulx on banderait:</p> +<p>Par ainsi, selon qui me semble,</p> +<p>Le premier qu'il empoigneroit,</p> +<p>Estoit dit que l'escot payeroit.</p> +<p>Mais ilz en eurent grand discord:</p> +<p>Chascun bandé estre vouloit,</p> +<p>Dont ne peurent estre d'accord.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le varlet, voyant ces desbas,</p> +<p>Leur dit: «Nul de vous ne s'esmoye;</p> +<p>Je suis content que, par compas,</p> +<p>Tout maintenant bandé je soye.»</p> +<p>Les gallans en eurent grand joye,</p> +<p>Et le bandèrent en ce lieu,</p> +<p>Puis chascun d'eux si print la voye</p> +<p>Pour s'en aller sans dire adieu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le varlet, qui estoit bandé,</p> +<p>Tournoyoit parmy la maison.</p> +<a name="p214"></a><span class="pagenum">P. 214</span> +<p>Il fut de l'escot prébendé</p> +<p>Par ceste subtile achoison.</p> +<p>Affin d'avoir provision</p> +<p>De l'escot, l'hoste monte en hault:</p> +<p>Quand il vit ceste intention,</p> +<p>A peu que le cueur ne lui fault.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En montant, l'hoste fut happé</p> +<p>Par son varlet, sans dire mot,</p> +<p>Disant: «Je vous ay attrapé,</p> +<p>Il faut que vous payez l'escot,</p> +<p>Ou vous laisserez le surcot.»</p> +<p>De quoy il ne fut pas joyeux,</p> +<p>****************************</p> +<p>Cuydant qu'il fust mathelineux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand le varlet se desbanda,</p> +<p>La tromperie peut bien congnoistre:</p> +<p>Fut estonné quand regarda,</p> +<p>Et vit bien que c'estoit son maistre.</p> +<p>Pensez qu'il en eut belle lettre,</p> +<p>Car il parla lors à bas ton,</p> +<p>Et, pour sa peine, sans rien mettre,</p> +<p>Il eut quatre coups de baston.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ainsi furent, sans rien payer,</p> +<p>Les povres gallans délivrez</p> +<p>De la maison du tavernier,</p> +<p>Où ilz s'estoyent presque enyvrez</p> +<p>Des vins qu'on leur avoit livrez</p> +<p>Pour boire à plain gobelet,</p> +<p>Que paya le povre varlet.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p215"></a><span class="pagenum">P. +215</span> +<p>Et que ce soit vray ou certain,</p> +<p>Ainsi que m'ont dit cinq ou six,</p> +<p>Le cas advint au Plat d'estain</p> +<p>Près Sainct-Pierre-des-Arsis.</p> +<p>Bien eschéoit ung grant mercis,</p> +<p>A tout le moins, pour ce repas,</p> +<p>Et si ne le payèrent pas.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aussi fut si bien aveuglé,</p> +<p>Le povre varlet malheureux,</p> +<p>Qui fut de tout l'escot sanglé,</p> +<p>Et fallust qu'il payast pour eulx;</p> +<p>Et s'en allèrent tous joyeux</p> +<p>Les mignons, torchant leur visaige,</p> +<p>Qui avoyent disné d'advantaige.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LA SEPTIESME REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour passer temps joyeusement,</p> +<p>Raconter vueil une repeue</p> +<p>Qui fut faicte subtillement</p> +<p>Près Montfaulcon, c'est chose sceue,</p> +<p>Et diray la desconvenue</p> +<p>Qu'il advint à de fins ouvriers;</p> +<p>Aussi y sera ramenteue</p> +<p>La finesse des escolliers.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand compaignons sont desbauchez,</p> +<p>Ilz ne cherchent que compaignie;</p> +<a name="p216"></a><span class="pagenum">P. 216</span> +<p>Plusieurs ont leurs vins vendangez</p> +<p>Et beu quasy jusqu'à la lye.</p> +<p>Or advint qu'une grant mesgnie</p> +<p>De compaignons se rencontrèrent.</p> +<p>******************************</p> +<p>******************************</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, sans trouver la saison chère,</p> +<p>Chascun d'eulx se resjouyssoit</p> +<p>Disant bons motz, faisant grant chère;</p> +<p>Par ce point le temps se passoit.</p> +<p>Mais l'ung d'iceulx promis avoit</p> +<p>De coucher avec une garce,</p> +<p>Et aux aultres le racontoit,</p> +<p>Par jeu, en manière de farce.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant parlèrent du bas mestier,</p> +<p>Que fut conclud, par leur façon,</p> +<p>Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher</p> +<p>Près le gibet de Montfaulcon,</p> +<p>Et auroyent pour provision</p> +<p>Ung pasté de façon subtile,</p> +<p>Et meneroyent, en conclusion,</p> +<p>Avec eulx chascun une fille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce pasté, je vous en respons,</p> +<p>Fut faict sans demander qu'il couste,</p> +<p>Car il y avoit six chapons,</p> +<p>Sans la chair, que point je n'y boute.</p> +<p>On y eust bien tourné le coute,</p> +<p>Tant estoit grant, point n'en doubtez.</p> +<p>Le Prince des Sots et sa routte</p> +<p>En eussent esté bien souppez.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p217"></a><span class="pagenum">P. +217</span> +<p>Deux escolliers voyant le cas,</p> +<p>Qui ne sçavoyent rien que tromper,</p> +<p>Sans prendre conseil d'advocatz,</p> +<p>Ilz se voullurent occuper,</p> +<p>Pensant à eux, comme atrapper</p> +<p>Les pourroyent d'estoc ou de trenche;</p> +<p>Car ilz voulloyent ce soir soupper</p> +<p>Et avoir une repeue franche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sans aller parler au devin,</p> +<p>L'ung prist ce pasté de façon,</p> +<p>L'autre emporta un broc de vin,</p> +<p>Du pain assez, selon raison,</p> +<p>Et allèrent vers Montfaulcon,</p> +<p>Où estoit toute l'assemblée.</p> +<p>Filles y avoit à foyson,</p> +<p>Faisant chère desmesurée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aussi juste comme l'orloge,</p> +<p>Par devis et bonne manière,</p> +<p>Ilz entrèrent dedans leur loge,</p> +<p>Espérant de faire grant chière,</p> +<p>Et tastoient devant et derrière</p> +<p>Les povres filles, hault et bas.</p> +<p>*****************************</p> +<p>*****************************</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les escolliers, sans nulle fable.</p> +<p>Voyant ceste desconvenue,</p> +<p>Vestirent habitz de diable,</p> +<p>Et vindrent là, sans attendue:</p> +<p>L'ung, ung croc, l'autre, une massue,</p> +<p>Pour avoir la franche repue,</p> +<p>Vindrent assaillir les gallans.</p> +<p>*****************************</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p218"></a><span class="pagenum">P. +218</span> +<p>Disant: «A mort! à mort, à mort!</p> +<p>Prenez, à ces chaisnes de fer,</p> +<p>Ribaulx, putains, par desconfort,</p> +<p>Et les amenez en enfer;</p> +<p>Ilz seront avec Lucifer,</p> +<p>Au plus parfond de la chauldière,</p> +<p>Et puis, pour mieulx les eschauffer,</p> +<p>Gettez seront en la rivière!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ung des gallans, pour abbreger,</p> +<p>Respondit: «Ma vie est finée!</p> +<p>En enfer me fault heberger.</p> +<p>Vecy ma dernière journée;</p> +<p>Or suis-je bien ame dampnée!</p> +<p>Nostre peché nous a attains,</p> +<p>Car nous yrons, sans demourée,</p> +<p>En enfer avec ces putains!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se vous les eussiez veu fouyr,</p> +<p>Jamais ne vistes si beau jeu,</p> +<p>L'ung amont, l'autre aval courir;</p> +<p>Chascun d'eulx ne pensoit qu'à Dieu.</p> +<p>Ilz s'en fouyrent de ce lieu,</p> +<p>Et laissèrent pain, vin et viande,</p> +<p>Criant sainct Jean et sainct Mathieu,</p> +<p>A qui ilz feroyent leur offrande.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Noz escolliers, voyant cecy,</p> +<p>Non obstant leur habit de diable,</p> +<p>Furent alors hors de soulcy,</p> +<p>Et s'assirent trestous à table;</p> +<a name="p219"></a><span class="pagenum">P. 219</span> +<p>Et Dieu sçait si firent la galle</p> +<p>Entour le vin et le pasté,</p> +<p>Et repeurent, pour fin finalle,</p> +<p>De ce qui estoit appresté.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est bien trompé, qui rien ne paye,</p> +<p>Et qui peut vivre d'advantaige,</p> +<p>Sans desbourser or ne monnoye,</p> +<p>En usant de joyeux langaige.</p> +<p>Les escolliers, de bon couraige,</p> +<p>Passèrent temps joyeusement,</p> +<p>Sans bailler ny argent ny gaige,</p> +<p>Et si repeurent franchement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si vous vouliez suyvre l'escolle</p> +<p>De ceulx qui vivent franchement,</p> +<p>Lisez en cestuy prothocolle,</p> +<p>Et voyez la façon comment;</p> +<p>Mettez-y vostre entendement</p> +<p>A faire comme ilz faseyent,</p> +<p>Et, s'il n'y a empeschement,</p> +<p>Vous vivrez comme ilz vivoyent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DES REPEUES FRANCHES</p> +<p>ET DES POÉSIES ATTRIBUÉES A VLLLON.</p> +</div> +</div> +<br> +<br> +<br> +<a name="p220"></a><span class="pagenum">P. 220</span> +<h3>NOTES.</h3> +<p><i>(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. +signifie</i> vers; <i>Pr.</i>, Prompsault; <i>P. L.</i>, M. Paul +L. Jacob, bibliophile.)</p> +<p><a href="#p001">P. 1.</a> <i>Clément Marot aux +Lecteurs.</i> Cette préface, avec le huitain qui +l'accompagne, est en tête de l'édition de <i>Paris, +Galiot du Pré,</i> 1533, la première donnée +par Marot.</p> +<p><a href="#p002">P. 2,</a> lig. 28. <i>Toutesfoys</i>... Marot +dit clairement qu'il n'a pas consulté un seul manuscrit. +Il n'a pas non plus eu sous les yeux toutes les éditions +du XVe siècle.</p> +<p><a href="#p004">P. 4,</a> lig. 5. <i>Après</i> ... Les +vers que Marot dit avoir refaits sont au nombre de dix ou douze +seulement, et, chose singulière, on les trouve tels quels +dans les manuscrits et les anciennes éditions. (P. L.)</p> +<p><a href="#p007">P. 7.</a> <i>Le Petit Testament</i>. Ce titre, +que Villon n'avait pas eu l'intention de donner à ses +<i>lays</i> (voy. <a href="#p050">p. 50,</a> v. II), se trouve en +tête des plus anciennes éditions de ses oeuvres.</p> +<p><a href="#p008">P. 8-9.</a> Les huitains IV à IX ont +été publiés pour la première fois par +Prompsault, d'après un mss. La Monnoye ne les a pas +connus.</p> +<p><a href="#p009">P. 9,</a> huitain IX. L'invocation par +laquelle Villon commence son Testament n'est qu'une affaire de +simple formule. Ce n'est pas là qu'il faut chercher la +preuve de ses sentiments religieux.</p> +<p><a href="#p014">P. 14,</a> huit. XXIII. Ce huitain, +publié pour la première fois par Prompsault, se +trouve en manuscrit dans l'exemplaire annoté de La +Monnoye.</p> +<p><a href="#p017">P. 17</a>-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, +publiés pour la première fois par M. Prompsault, +n'étaient pas connus de La Monnoye. C'est une satire du +jargon scolastique du temps. Il n'est pas certain que Villon en +soit l'auteur. J'ai conservé quelques-unes des corrections +introduites dans ce texte par M. P. L.</p> +<p><a href="#p021">P. 21.</a> <i>Le Grand Testament</i>. Huit. I. +<i>En l'an trentiesme de mon eage</i>... On a conclu de ce vers +que Villon n'avait pas trente ans accomplis en 1461. La mesure du +vers ne lui permettait pas d'être plus exact; mais dans le +<i>Débat du corps et du coeur</i> (<a href="#p113">p. +113</a>), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: +«Tu as trente ans.» Il était donc +réellement né en 1431.</p> +<p><a href="#p022">P. 22,</a> huit. V. La leçon de +l'édition Prompsault est meilleure que celle de La +Monnoye. La voici:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Si prieray pour lui de bon cueur,</i></p> +<p><i>Par l'ame du bon feu Cotard...</i></p> +</div> +</div> +<p>C'est-à-dire que Villon jure par l'âme de son +procureur Cotard (voy. ce nom au <i>Glossaire-index</i>), de +prier Dieu pour Thibault d'Aussigny. La suite nous apprend ce +qu'il entend par là.</p> +<p><a href="#p037">P. 37</a>-38. On a cru que dans les huitains +XLIII-XLV Villon parlait de lui-même; c'est +évidemment une erreur. Pour le reconnaître, il +suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente ans, et +n'était pas un «pauvre vieillart.»</p> +<p><a href="#p045">P. 45,</a> huit. LIV. Je n'ai pas +adopté la correction de La Monnoye, qui termine ainsi ce +huitain:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>C'est pure vérité decellée:</i></p> +<p><i>Pour une joye cent doulours</i>.</p> +</div> +</div> +<p><a href="#p056">P. 56.</a> Les six premiers vers de +l'<i>Envoi</i> donnent en acrostiche le nom de <i>Villon</i>, +ainsi que M. Nagel l'a remarqué le premier. Il a +découvert aussi que le premier huitain de la <i>Ballade de +Villon à s'amye,</i> <a href="#p057">p. 57,</a> donne en +acrostiche le nom de <i>Françoys.</i> Le second huitain +donne <i>Martheos,</i> sans doute par l'effet du hasard.</p> +<p><a href="#p090">P. 90.</a> <i>Lays.</i> Publié pour la +première fois par Prompsault. En manuscrit dans La +Monnoye. Il en est de même du huitain CLIII, <a href= +"#p091">p. 91.</a></p> +<p><a href="#p099">P. 99.</a> «<i>Et je croy bien que pas +n'en ment.</i>» Le huitain qui commence par ce vers et le +reste de la ballade ont été publiés pour la +première fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit +dans La Monnoye.</p> +<p><a href="#p101">P. 101.</a> <i>Poésies diverses</i>. Le +titre de plusieurs éditions annonce un <i>Codicille</i>, +ce qui a préoccupé quelques éditeurs plus +que de raison. L'édition de Pierre Levet, 1489, et une +autre édition du XV'siècle (la troisième +décrite par M. Brunet), disent ce qu'il faut entendre par +là. Dans celle de Pierre Levet on lit: <i>Cy commence le +grant Codicille et Testament de maistre François +Villon,</i> et dans l'autre: <i>Sensuit le grant Testament et +Codicille de maistre François Villon.</i> Le +<i>Codicille</i> n'est donc autre chose que le <i>Grand +Testament,</i> postérieur de cinq ans au <i>Petit +Testament.</i></p> +<p>Les <i>poésies diverses</i> ont été +classées de différentes façons, selon le +gré des éditeurs. J'ai cherché à les +ranger chronologiquement. Le <i>quatrain</i> et +<i>l'épitaphe</i> (<a href="#p101">p. 101</a>), la +<i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p. 103</a>), la +<i>Ballade de l'appel</i> (<a href="#p104">p. 104</a>), le <i>Dit +de la naissance Marie</i> (<a href="#p105">p. 105</a>) et la +<i>Double ballade</i> (<a href="#p107">p. 107</a>) se rapportent +au procès de 1457. Je parlerai des autres pièces +plus tard.</p> +<p><a href="#p105">P. 105.</a> <i>Le Dit de la naissance +Marie</i>. Cette pièce et les deux suivantes se trouvent +dans un très-beau manuscrit des Poésies de Charles +d'Orléans, conservé à la Bibliothèque +impériale. Elles ont été publiées +pour la première fois par M. Prompsault.</p> +<p><a href="#p107">P. 107.</a> <i>Double ballade</i>. Cette +pièce, adressée à Marie d'Orléans, +fut composée longtemps après la +précédente, et lorsque la princesse était +déjà grande, et avait «port assuré, +maintien rassis» (<a href="#p109">p. 109,</a> v. 17).</p> +<p><a href="#p110">P. 110.</a> <i>Ballade Villon.</i> Cette +pièce est incontestablement de Villon, dont elle porte le +nom dans le manuscrit des poésies de Charles +d'Orléans. Il n'est pas aussi certain que les deux autres +pièces tirées du même manuscrit soient de +lui, mais c'est on ne peut plus vraisemblable.</p> +<p>Cette ballade fut composée sur un sujet donné +par le duc d'Orléans. On trouve dans le manuscrit de ses +poésies celles qui furent composées à la +même occasion par onze autres poëtes.</p> +<p><a href="#p111">P. 111.</a> <i>Epistre</i>, Cette pièce +fut composée dans la prison de Meung. Elle a +été publiée pour la première fois par +Prompsault, mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, +dans La Monnoye.</p> +<p><a href="#p112">P. 112.</a> <i>Le Débat du cueur et du +corps</i>. Composé dans la prison de Meung. Les +précédents éditeurs n'ont pas +remarqué que le nom de Villon se trouve en acrostiche dans +les six vers qui, non compris le refrain, forment +l'<i>envoi</i>.</p> +<p><a href="#p113">P. 113.</a> <i>La, Requeste à +Monseigneur de Bourbon</i>. Prompsault se trompe lorsqu'il dit +que Marot a fait le titre de cette ballade. On le trouve dans les +éditions du XVe siècle tel qu'il est reproduit +ici.</p> +<p>Le duc de Bourbon était Jean II, qui mourut en 1487; ce +ne pouvait être Charles Ier, mort en décembre 1456, +à l'époque précisément où +Villon, peu connu comme poëte, se faisait fouetter +publiquement.</p> +<p><a href="#p119">P. 119.</a> <i>Ballade des povres +housseurs</i>. Cette pièce a été +tirée du <i>Jardin de plaisance</i> par Prompsault. Il +n'est pas bien prouvé qu'elle soit de Villon. On ne sait +pas au juste ce que signifie ce mot <i>housseurs</i>. Cotgrave le +traduit par <i>balayeurs</i>, <i>ramoneurs</i>; M. P. L., par +<i>batteurs de tapis</i>; Prompsault, par <i>porteurs de +housseaux</i> ou de bottes; M. Campeaux, par écoliers +portant des <i>housses</i>, comme ceux du collège de +Navarre. Son explication me paraît la meilleure, à +moins que <i>housseurs</i> ne signifie <i>faiseurs de +housseaux</i>. Il y a un rapprochement à faire entre cette +supposition et, d'une part, les conjectures de M. Campeaux +relativement à la profession du père de Villon; +d'autre part, l'affirmation très-nette de la +onzième des pièces attribuées à +Villon, que je publie, <a href="#p139">p. 139.</a> «...Mon +père est cordouennier.» Malheureusement ce rondeau +n'est pas plus certainement de Villon que la <i>Ballade des +povres housseurs</i>.</p> +<p><a href="#p120">P. 120.</a> <i>Problème ou Ballade</i>. +Publié pour la première fois par Prompsault. En +manuscrit dans La Monnoye.</p> +<p><a href="#p121">P. 121.</a> <i>Ballade contre les mesdisans de +la France</i>. Prompsault a cru publier cette pièce pour +la première fois; mais il en existe une édition en +caractères gothiques, reproduite par M. A. de Montaiglon +dans les <i>Anciennes Poésies françoises</i>, t. V, +p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la +connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire +annoté, avec le titre qu'elle porte ici.</p> +<p><a href="#p124">P. 124.</a> <i>Le Jargon ou Jobelin</i>. Tous +les éditeurs de Villon ont reculé devant +l'explication de ces ballades en argot. Je suis leur exemple; +mais cela ne doit pas décourager ceux qui voudraient +tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes les +variantes des anciennes éditions, en rapprochant les +ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage qui +nous restent du XVe siècle et du commencement du XVIe, on +arriverait probablement à quelque chose de +satisfaisant.</p> +<p><a href="#p133">P. 133.</a> <i>Poésies +attribuées à Villon</i>. J'ai choisi ce titre +à cause de son élasticité. Je ne suis pas +convaincu que ces pièces soient de notre poëte; mais +je n'ai pas voulu, en les donnant comme émanant de ses +disciples, lui faire tort de celles qui peuvent lui +appartenir.</p> +<p><a href="#p133">P. 133</a>-143. Dix-sept pièces +choisies parmi celles que M. Campeaux a tirées du +<i>Jardin de plaisance</i>. On ne peut, lire son travail sans +être tenté d'admettre que plusieurs de ces +pièces sont réellement de Villon.</p> +<p><a href="#p144">P. 144</a>-146. Les ballades XVIII, XIX et XX +ont été réunies pour la première fois +aux oeuvres de Villon dans l'édition de 1723. Je ne crois +pas qu'elles soient de lui.</p> +<p><a href="#p147">P. 147.</a> <i>Ballade joyeuse des +taverniers</i>. Cette pièce se trouve dans toutes les +éditions de <i>la Chasse et le Départ d'Amours,</i> +d'Octavien de Saint-Gelais, dont la première est de 1509. +Je dois cette indication à mon ami M. Louis Moland.</p> +<p><a href="#p150">P. 150.</a> <i>Monologue du franc archier de +Baignollet</i>. Réuni pour la première fois aux +oeuvres de Villon en 1532, dans une édition de Galiot du +Pré. Il existe de ce monologue une édition +gothique, format d'agenda, qui a été reproduite +dans l'<i>Ancien théâtre françois</i>, t. II, +p. 326. J'en ai tiré quelques variantes.</p> +<p><a href="#p164">P. 164.</a> <i>Dialogue de messieurs de +Mallepaye et de Baillevent</i>. De même que le <i>Monologue +du franc archer</i>, cette pièce fut réunie pour la +première fois aux oeuvres de Villon dans l'édition +de Galiot du Pré, 1532. Elle est écrite, comme l'a +remarqué le premier M. A. de Montaiglon, «en +strophes de six vers sur deux rimes, qui s'enchaînent de +telle façon que la rime placée dans une strophe au +troisième et au sixième vers se +répète, dans la strophe suivante, aux quatre autres +vers, c'est-à-dire au premier, au second, au +quatrième et au cinquième.» Je l'ai +divisée selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle +y a beaucoup gagné.</p> +<p>Deux strophes sont incomplètes, l'une d'un vers, <a +href="#p172">p. 172,</a> et l'autre de deux, <a href="#p177">p. +177.</a></p> +<p><a href="#p178">P. 178.</a> <i>Les Repeues franches</i>. Ce +recueil fut imprimé plusieurs fois dans le XVe +siècle et la première moitié du XVIe. Il +n'est pas de Villon; mais le poëte y joue un tel rôle +qu'on ne peut se dispenser de le joindre à ses oeuvres, ce +qu'on fait, du reste, depuis plus de trois cents ans. Il est +écrit presque tout entier en strophes de huit vers, ce que +les précédents éditeurs n'avaient pas assez +remarqué, comme l'a dit M. A. de Montaiglon. Il y a vers +la fin quelques strophes que je n'ai pu compléter, bien +que j'aie consulté plusieurs éditions anciennes, y +compris celle de Jean Trepperel, que je crois la +première.</p> +<p><a href="#p187">P. 187.</a> <i>La Manière d'avoir du +poisson</i>. Le moyen employé par Villon pour se +débarrasser du <i>porte-pannier</i> rappelle le fabliau +des <i>Trois Avugles de Compiengne</i>, par Cortebarbe. Voir +aussi les <i>Aventures de Til Ulespiègle</i>, chap. LXXI +(<i>Nouvelle collection Jannet</i>); <i>Morlini</i>, nouv. XIII; +les <i>Facétieuses Nuits de Straparole</i>, édition +Jannet, <i>Paris</i>, 1857, t. Ier, p. liv.</p> +<p><a href="#p190">P. 190.</a> <i>La Manière d'avoir des +trippes</i>. Voir un expédient analogue dans les +<i>Aventures de Til Ulespiègle</i>, édition +citée, chap. LXXII.</p> +<p><a href="#p191">P. 191.</a> <i>La Manière d'avoir du +pain</i>. Imité par l'auteur des <i>Aventures de Til +Ulespiègle</i>, chap. VI.</p> +<p><a href="#p192">P. 192.</a> <i>La Manière d'avoir du +vin</i>. Se retrouve dans <i>Til Ulespiègle</i>, chap. +LVII.</p> +<p><a href="#p206">P. 206.</a> <i>La Repeue franche du +Souffreteux</i>. Imité par l'auteur de <i>Til +Ulespiègle</i>, chap. LXI, et par Bonaventure Des +Périers. Voy. l'édition de M. Louis Lacour, 1856. +In-16, p. 122.</p> +<br> +<br> +<br> + <a name="p227"></a><span class="pagenum">P. 227</span> +<h2>GLOSSAIRE-INDEX.</h2> +<p><b>————— A +—————</b></p> +<p><i>A</i>, avec. <a href="#p034">P. 34,</a> v. 18; <a href= +"#p158">p. 158,</a> v. 12.</p> +<p><i>A coup</i>, vite, tout de suite.</p> +<p><i>A tout</i>, avec.</p> +<p><i>Abandonné</i>, libéral, prodigue. <a href= +"#p172">172.</a></p> +<p><i>Abayer</i>, aboyer.</p> +<p><i>Aboluz,</i> absolu, absous. <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Aboy</i> (en), aux abois, +abaissé.—«Trois poulx rampans en aboy», +c'est-à-dire descendant le long de la chemise, telles sont +les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne à son +ami Baillevent, <a href="#p168">P. 168.</a></p> +<p>ABSALON, <a href="#p121">121,</a> <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Absoluz, absolz</i>, absous.</p> +<p><i>Abusion</i>, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. +(<a href="#p035">P. 35,</a> v. 2.)</p> +<p><i>Acabit</i>, accident (?). <a href="#p175">175.</a></p> +<p><i>Accollèe, acollée</i>, accolade.</p> +<p><i>Accouter</i>, appuyer, accoter. <a href="#p047">47,</a> <a +href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Acherin</i>, acéré, d'acier.</p> +<p><i>Achoison, achoyson</i>, occasion, feinte, ruse.</p> +<p><i>Acongnoistre</i>, connaître. <a href= +"#p195">195.</a></p> +<p><i>Accueillir</i>, tenir. <a href="#p145">145.</a></p> +<p><i>Acquester</i>, acquérir.</p> +<p><i>Acreuz</i>, acquis, augmentés. <a href= +"#p165">165.</a></p> +<p><i>Acteur</i> (l'), l'auteur. <a href="#p182">182.</a></p> +<p><i>Adextre</i>, adroit, habile.</p> +<p><i>Adirer</i>, absenter, supprimer. <a href= +"#p135">135.</a></p> +<p><i>Admenez</i> (en) (?), <a href="#p038">P. 38,</a> v. 25.</p> +<p><i>Adonc, adoncques</i>, alors.</p> +<p><i>Advantaige</i>, voy. <i>avantaige</i>.</p> +<p><i>Affier</i>, assurer, certifier.</p> +<p><i>Affiques</i>, affiquets. <a href="#p185">185.</a></p> +<p><i>Affoler</i>, blesser. <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Affuyt</i>, suit.</p> +<p><i>Aguet (aller d')</i>, marcher avec précaution et +sans bruit, c'est ce que faisaient sans doute les soldats de +police à pied dont parle Villon, <a href="#p013">p. +13,</a> v. 21.</p> +<p><i>Aherdre</i>, <a href="#p052">p. 52,</a> se trouve dans +Cotgrave avec le sens de toucher, prendre.</p> +<p><i>Ahonti</i>, déshonore, couvert de honte. <a href= +"#p142">142.</a></p> +<p><i>Aid</i>, aide, assiste «Ainsi m'aid Dieux!» <a +href="#p026">P. 26,</a> v. 6.</p> +<p><i>Aignel</i>, agneau. <a href="#p107">107.</a></p> +<p><i>Ainçoys</i>, avant.</p> +<p><i>Ains</i>, avant.</p> +<p><i>Aist</i>, aide. «Ainsi m'aist Dieux!» <a href= +"#p107">107.</a></p> +<p><i>Aiz</i>, planche. <a href="#p084">84.</a></p> +<p>ALENÇON. <a href="#p151">151.</a> Cette ville fut prise +et reprise plusieurs fois par les Anglais et les Français +pendant les guerres du XVe siècle. C'est en 1448 que +Charles VII l'assiégea pour la dernière fois; il +s'en empara, ainsi que de toutes les autres places fortes de la +Normandie. (P. L.)—Le bon feu duc d'Alençon dont +parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier, tué +à la bataille d'Azincourt, en 1415.</p> +<p>ALEXANDRE, <a href="#p026">p. 26.</a> Cette anecdote +d'Alexandre et du pirare Diomédès est, suivant +Formey, rapportée par Cicéron, dans un fragment du +traité <i>De Republica</i>, liv. III, que nous a +conservé Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve +pas. Voy. <a href="#p121">121.</a></p> +<p>ALLEMANSES, allemandes, <a href="#p080">80.</a></p> +<p><i>Alleure</i> (<i>bonne</i>), promptement.</p> +<p>ALLYS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), Alix de Champagne, +mariée en 1160 à Louis le Jeune, roi de France, et +morte en 1216. (Pr.)</p> +<p><i>Alouer</i> (<i>s'</i>), s'attacher, se dévouer. <a +href="#p108">108.</a></p> +<p>ALPHASAR, <a href="#p121">p. 121.</a> Arphaxad, roi des +Mèdes.</p> +<p>ALPHONSE, <i>le roy d'Aragon</i>. Alphonse V, dit le Sage, +mort en 1458.</p> +<p><i>Amant</i>, <a href="#p165">165,</a> amendement.</p> +<p><i>Amathiste</i>, améthyste. <a href= +"#p035">35.</a></p> +<p><i>Ambagoys</i>, ambages, finesses. <a href= +"#p192">192.</a></p> +<p><i>Ambesas</i>, doubleas. <a href="#p048">P. 48.</a></p> +<p><i>Ameçons</i>, hameçons. Employé au +figuré, <a href="#p185">p. 185.</a></p> +<p>AMIRAL (l'), <a href="#p152">p. 152.</a> M. P. L. suppose que +c'est Prégent, seigneur de Coetivy et de Retz, +créé amiral en 1439, et tué en 1450, au +siège de Cherbourg.</p> +<p>AMMON, fils de David. Plaisant récit de son amour pour +sa soeur Thamar. (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 15.)</p> +<p><i>Amoureux</i>, agréable, bon. <a href= +"#p195">195,</a> v. 1.</p> +<p><i>Amys</i>, amicts. <a href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Ance</i>, anse. <a href="#p015">15.</a></p> +<p>ANCENYS, <a href="#p151">151.</a></p> +<p><i>Ançoys</i>, avant.</p> +<p><i>Ancre</i>, encre.</p> +<p><i>Andoilles</i>, andouilles. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Ange, Angelot</i>, (<a href="#p070">p. 70</a>), +étaient des monnaies d'or. Deux <i>angelots</i> valaient +un grand <i>ange</i>. Villon veut que le jeune merle agisse +consciencieusement, ce qui n'était sans doute pas dans ses +habitudes. (Pr.)</p> +<p>ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), <a href="#p085">85.</a></p> +<p>ANGIERS, <a href="#p009">9.</a> Le <i>Lyon d'Angiers</i> (153) +était sans doute l'enseigne d'une hôtellerie.</p> +<p>ANGLAIS, <a href="#p151">p. 151.</a></p> +<p>ANGLESCHES, anglaises, <a href="#p081">p.81,</a> v. 3.</p> +<p><i>Angoisseux</i>, plein d'angoisse.</p> +<p>ANGOULEVENT, <a href="#p176">p. 176.</a> Un Prince des Sots +nommé Angoulevent vivait à la fin du XVIe +siècle et se fit connaître par un procès +qu'il soutint pour défendre les privilèges de sa +principauté. Mais ce passage prouve que le nom +d'Angoulevent était générique parmi les +gueux et les aventuriers dès le XVe siècle. (P. +L.)</p> +<p>ANJOU, <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Antan</i>, l'an passé.</p> +<p><i>Ante</i>, tante. <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Apasteler</i>, nourrir.</p> +<p><i>Apostoles</i>, pape (<a href="#p036">p. 36</a>), et, par +extension, évêque, et peut-être +prêtre.</p> +<p><i>Appaillardir</i>, appauvrir, mettre sur la paille <a href= +"#p172">172.</a></p> +<p><i>Appeau</i>, appel. <a href="#p197">197.</a></p> +<p><i>Appoinct</i>, à point. <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Appointé</i>, convenu.</p> +<p><i>Appoinctement</i>, accord.</p> +<p><i>Aprins</i>, appris.</p> +<p><i>Arain</i>, airain, cuivre. <a href="#p048">48</a></p> +<p><i>Arbrynceaux</i>, arbrisseaux.</p> +<p>ARCHIPIADA, <a href="#p034">34,</a> vraisemblablement +Archippa, l'amante de Sophocle. Pr.)</p> +<p>ARCHITRICLIN (<a href="#p069">p. 69</a>). Le maître +d'hôtel des noces de Cana, qui conseilla de boire le bon +vin le premier.</p> +<p><i>Ardiz</i>, brûlai. <a href="#p121">121,</a> v. 2.</p> +<p><i>Ardre</i>, brûler.</p> +<p><i>Argeutis</i>, arguties. <a href="#p018">18.</a></p> +<p>ARISTOTE, <a href="#p018">18</a>, <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Armarie (montrer l')</i>, p. <a href="#p146">146,</a> +paraître armé dans un tournoi. (P. L)</p> +<p><i>Arquemie</i>, alchimie. «Faire l'arquemie aux +dens» (p. <a href="#p182">182</a> et <a href= +"#p186">186</a>), c'est vivre de vent, n'avoir rien à +manger.</p> +<p><i>Arraisonner</i>, interroger.</p> +<p><i>Arrons</i>, aurons.</p> +<p><i>Ars</i>> brûlé. <a href="#p017">17.</a></p> +<p><i>Arsure</i>. brûlure. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Art de la pinse et du croc</i>, l'art des voleurs. <a href= +"#p002">P. 2.</a></p> +<p><i>Art de mémoire</i>, <a href="#p011">11.</a> +Probablement l'<i>Ars memorativa</i>, ouvrage didactique souvent +réimprimé au XVe s. avec des figures +singulières. (P. L.)</p> +<p>ARTUS, <i>le duc de Bretaigne</i> (<a href="#p035">p. 35,</a> +v. 10) est Artus III, le Justicier, mort en 1458.</p> +<p><i>Asçavoir-mon</i>, c'est à savoir.</p> +<p>ASNE ROUGE, <a href="#p060">60.</a> Est-ce une enseigne?</p> +<p><i>Assier</i>, acier. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Assouvir</i>, calmer, satisfaire, accomplir. <a href= +"#p029">29,</a> <a href="#p089">89,</a> <a href="#p090">90</a>, +<a href="#p094">94,</a> <a href="#p110">110.</a></p> +<p><i>Atout</i>, avec.</p> +<p><i>Attaine</i>, III. Atteigne, blesse. (P. L.)</p> +<p><i>Attaintée</i>, <a href="#p078">78,</a> bien +parée (Pr.),-fardée (P. L.).</p> +<p><i>Attendue</i>, attente, retard.</p> +<p><i>Attente</i>, intention. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Aubade</i>, peur. <a href="#p199">199.</a></p> +<p><i>Aucun, aucune</i>, quelque. <a href="#p030">30,</a> <a +href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Aucunement</i>, en quelque façon.</p> +<p><i>Auditeux</i>, auditeurs.</p> +<p>AUGER LE DANOIS, <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Aulmoire</i>, armoire.</p> +<p>AULNIS (vin d'), <a href="#p060">60.</a></p> +<p>AUSSIGNY (<i>Thibault d'</i>), <a href="#p021">21.</a></p> +<p>AUVERGNE (<a href="#p036">p. 36</a>). Le dernier Dauphin de la +branche héréditaire fut Beraud III, qui mourut en +1428. (P. L.)</p> +<p><i>Avaller</i>, descendre, précipiter en bas.</p> +<p><i>Avantage (vivre d')</i>, vivre aux dépens d'autrui. +<a href="#p206">206,</a> <a href="#p208">208,</a> etc.</p> +<p><i>Avenir</i>, advenir.</p> +<p>AVERROYS, Averrhoès. <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Avoyé</i>, en voie, bien venu. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Ayser (s')</i>, se mettre à son aise, se servir +librement. P. <a href="#p078">78,</a> v. 21.</p> +<p><b>————— B +—————</b></p> +<p>BABYLOINE, Babylone. <a href="#p079">79.</a></p> +<p><i>Bachelette</i>, jeune fille. <a href="#p047">47.</a></p> +<p><i>Bachelier</i>, jeune galant, amoureux. <a href= +"#p047">47.</a></p> +<p><i>Bague</i>, bagage, arme.</p> +<p>BAIGNEUX, <a href="#p193">193</a></p> +<p>BAIGNOLET, <a href="#p150">150.</a></p> +<p><i>Bailler</i>, donner.</p> +<p>BAILLY, <a href="#p003">3.</a></p> +<p><i>Bandon (à),</i> à l'abandon.</p> +<p><i>Barat</i>, tromperie.</p> +<p><i>Barbiers</i>, étaient les chirurgiens du temps. <a +href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Barguigner</i>, marchander, hésiter.</p> +<p><i>Barre</i> (<a href="#p063">p 63</a>), pièce du +blason qui indique la bâtardise. Au lieu de cela, Villon +donne au bâtard de La Barre trois dés pipés +pour mettre dans son écusson.</p> +<p>BASANYER, <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Bas mestier</i>, acte amoureux.</p> +<p><i>Baston</i>, <a href="#p156">156.</a> Nom des armes +portatives en général. On a dit plus tard +«baston à feu».</p> +<p><i>Batture</i>, action de battre. <a href="#p071">71,</a> <a +href="#p115">115.</a></p> +<p>BAULDE (<i>frère</i>). <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Baulde</i>, réjouie. <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Bauldray</i>, donnerai.</p> +<p><i>Bave</i>, bavardage. <a href="#p180">180.</a></p> +<p><i>Baver</i>, bavarder.</p> +<p><i>Baverie</i>, bavardage, vaines promesses.</p> +<p>Baye, ouverte. <a href="#p165">165.</a></p> +<p>BEAULNE. <a href="#p193">193,</a> <a href="#p207">207.</a></p> +<p><i>Beffray</i>, beffroi.</p> +<p>BÉGUINES, <a href="#p066">66.</a></p> +<p><i>Béjaulne</i>, niais. <a href="#p193">193.</a></p> +<p><i>Belin</i>, mouton. <a href="#p070">70.</a></p> +<p>BELLEFAYE (<i>Martin</i>), p. <a href="#p096">96,</a> à +qui Villon donne le titre de lieutenant criminel, était +conseiller au Parlement de Paris.</p> +<p>BELLET, <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Benoist</i>, béni.</p> +<p><i>Benoistier</i>, bénitier.</p> +<p><i>Bergeronnette</i>, chanson rustique. <a href= +"#p091">91.</a></p> +<p><i>Berlan</i>, brelan. <a href="#p087">87.</a></p> +<p>BERTHE <i>au grand pied</i> (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19) +fut mère de Charlemagne.</p> +<p><i>Besongner</i>, travailler. <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Besongnettes</i>, affaires d'amour.</p> +<p><i>Betourner</i>, dompter, abattre. <a href= +"#p108">108.</a></p> +<p><i>Bière</i> (en), mort, enseveli.</p> +<p>BIETRIS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), Béatrix de +Provence, mariée à Charles de France, fils de Louis +VIII. (Pr.)</p> +<p>BIETRIX, <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Billart</i>, bâton recourbé avec lequel on +jouait à la crosse.</p> +<p>BILLY (<i>la tour de</i>), <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Bisagüe</i>, besaiguë.</p> +<p><i>Bise</i>, brune. <a href="#p079">79.</a></p> +<p><i>Blanc</i>, <a href="#p015">15,</a> <a href="#p048">48,</a> +monnaie d'argent qui, du temps de Villon, valait douze +deniers.</p> +<p>BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est +question <a href="#p034">p. 34,</a> v. 17, était Blanche +de Bourbon, mariée en 1352 à Pierre le Cruel. M. P. +L. pense qu'il s'agit plutôt de Blanche de Castille, +mère de saint Louis.</p> +<p>BLANCHE LA SAVETIÈRE, <a href="#p042">42.</a></p> +<p><i>Blason</i>, conversation, beau parler. <a href= +"#p189">189,</a> <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Blasonner</i>, vanter, bavarder, se moquer. <a href= +"#p201">201,</a> <a href="#p206">206.</a></p> +<p><i>Bloquer</i>, donner de l'argent. <a href= +"#p175">175.</a></p> +<p>BOESMES, <a href="#p118">p. 118.</a> «La faute des +Boesmes», c'était l'hérésie des +Bohémiens, sectateurs de Jean Hus et de +Jérôme de Prague.</p> +<p><i>Boillon</i>, <a href="#p054">p. 54.</a> Le <i>boullon</i> +ou <i>bouillon</i> est l'endroit de la rivière où +l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le langage trivial, +<i>boire un bouillon</i>, c'est à dire: courir le risque +d'être englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)</p> +<p><i>Boiture</i>, boisson <a href="#p052">52.</a></p> +<p><i>Bonne</i>. «Cy suspendy et cy mis bonne», <a +href="#p017">p.17.</a> Prompsault interprète <i>bonne</i> +par <i>borne</i>. M P. Lacroix suppose que cette expression +équivaut à <i>mettre en panne</i>.</p> +<p><i>Bonne alleure</i>, promptement.</p> +<p><i>Bordeaulx</i>, lieux de prostitution. <a href= +"#p077">77.</a></p> +<p><i>Bort</i>, bordure. <a href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Bouffé</i>, soufflé, emporté par un +souffle. (<a href="#p036">P. 36,</a> v. 19.)</p> +<p><i>Bouges</i>, chausses, culottes.</p> +<p><i>Bouhourder</i>, lutter à armes courtoises. <a href= +"#p119">119.</a></p> +<p><i>Boullon</i>, bouillon, tourbillon.</p> +<p><i>Boulluz</i>, bouillis. <a href="#p056">56.</a></p> +<p>BOULOGNE, <a href="#p009">9.</a></p> +<p>BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (<a href="#p055">p. 55</a> +v. 9) est Jean Ier, mort en 1456. Voy. <a href="#p115">p. +115,</a> et <i>notes</i>.</p> +<p><i>Bourde</i>, mensonge, <a href="#p111">111.</a></p> +<p><i>Bourder</i>, mentir.</p> +<p>BOURG-LA-ROYNE, <a href="#p065">65.</a></p> +<p>BOURGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p076">76.</a></p> +<p>BOURGUIGNON (Pierre), <a href="#p060">60.</a></p> +<p>BOURGUYGNONS. <a href="#p171">171.</a></p> +<p><i>Bourreletz</i>, sorte de coiffure. <a href= +"#p033">33.</a></p> +<p><i>Bourse</i>. «Les bourses des dix-et-huit clers» +(<a href="#p072">p. 72</a>). Le collège des +<i>Dix-huit</i>, où l'on recevait les étudiants +trop pauvres pour pourvoir à leurs besoins, était +situé, suivant M. P. L, devant le collège de +Clugny, sur l'emplacement actuel de l'église de la +Sorbonne.</p> +<p><i>Bouter</i>, mettre. <a href="#p146">146,</a> <a href= +"#p148">148,</a> <a href="#p193">193.</a>—frapper, pousser. +<a href="#p161">161.</a> <i>Bouter soubz le nez</i>, <a href= +"#p037">p.37,</a> manger et boire.</p> +<p><i>Boyser</i>, travailler le bois. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Bracquemart</i>, épée courte et large.</p> +<p><i>Braire</i>, crier. <a href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Brairie</i>, cris. <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Branc</i>, sorte d'épée.</p> +<p><i>Brayes,</i> chausses, culottes.</p> +<p><i>Brelare Bigod</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de +juron en allemand corrompu: <i>Verloren, bey Gott!</i></p> +<p>BREAAOIRE, Bressuire. <a href="#p052">52.</a></p> +<p>BRETAIGNE, <a href="#p062">62.</a></p> +<p>BRETONS, <a href="#p153">153,</a> <a href="#p154">154,</a> <a +href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Brettes</i>, Bretonnes. <a href="#p080">80.</a></p> +<p><i>Brief</i>, brièvement. <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Broiller</i>, <a href="#p087">p. 87</a> M. P. L. dit que +cela signifiait jouer des <i>imbroglios</i>, des scènes +comiques.</p> +<p><i>Broillerie</i>, désordre.</p> +<p><i>Broises, brossillons</i>, broussailles. <a href= +"#p099">99.</a></p> +<p><i>Brouaille</i>, <a href="#p148">148,</a> me paraît +synonyme de <i>brodier, broudier</i>, anus.</p> +<p><i>Brouillez</i>, en désordre, embrouillés. <a +href="#p002">2</a></p> +<p><i>Broust</i>, nourriture, subsistance. <a href= +"#p174">174.</a></p> +<p><i>Brouter</i>, manger. <a href="#p063">63.</a></p> +<p>BROYER à moustarde, mortier. <a href= +"#p017">17.</a></p> +<p>BRUCIENNES, Prussiennes. <a href="#p080">80.</a></p> +<p>BRUNBAU (<i>Philip</i>), <a href="#p097">97.</a></p> +<p><i>Bruire</i>, faire du bruit.</p> +<p><i>Bruit, bruyt</i>, renommée, réputation <a +href="#p009">9,</a> <a href="#p176">176.</a></p> +<p>BRUYÈRES (Mlle de), <a href="#p079">79.</a></p> +<p>BUEIL, <a href="#p152">p. 152.</a> Selon M. P. L., c'est Jean +de Beuil, comte de Sanceire, qui succéda comme amiral +à Prégent de Coëtivy.</p> +<p><i>Buffe</i>, soufflet. <a href="#p194">194.</a></p> +<p><i>Bulle (Carmeliste)</i>, <a href="#p010">10</a> Voy. +DÉCRET. Les porteurs de bulles (<a href="#p087">p. 87</a>) +étaient des ecclésiastiques ou des officiers du +Saint-Siège, qui venaient quêter et vendre des +indulgences au nom du pape dans les pays catholiques. Mais ils ne +pouvaient plus être admis en France sans un ordre du roi; +les privilèges de l'Église gallicane ou de la +Pragmatique-Sanction s'opposaient à ces collectes papales, +qui avaient tant appauvri la chrétienté an moyen +âge. (P.L.)</p> +<p><i>Bureaux</i>, vêtements de bure. <a href= +"#p032">32.</a></p> +<p>BURIDAN, <a href="#p034">34.</a> C'était une tradition +bien établie parmi les écoliers de +l'Université de Paris, qu'une reine de France avoit fait +de la Tour de Nesle, située au bas de la Seine, sur +l'emplacement du palais de l'Institut, le théâtre de +ses débauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les +passants, et surtout les écoliers, qui lui plaisaient; +puis, son caprice satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans +la rivière. Buridan eut le bonheur d'échapper +à la mort, et il inventa ce fameux sophisme, qui devait +être sa vengeance et sa justification: «Il est permis +de tuer une reine si c'est nécessaire.» Villon est +le plus ancien auteur qui ait parlé de cette tradition. +Gaguin, dans son <i>Compendium</i> des Annales de France, l'a +rapportée ensuite avec plus de détail. Quoi qu'il +en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusées +d'adultère, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, +femme de Louis le Hutin, fut étranglée dans sa +prison, en 1314, par ordre du roi. Quant à Buridan, il +devint un des plus célèbres professeurs de +l'Université de Paris, et fut exilé de France comme +disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, où il continua +de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)</p> +<p><i>Butor</i>, <a href="#p122">p. 122.</a> Espèce de +héron, oiseau aquatique. On croyait au moyen âge +qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de l'eau, durant +l'hiver. (P. L.)</p> +<p><b>————— C +—————</b></p> +<p><i>Caquetoeres</i>, caqueteuses, bavardes. <a href= +"#p080">80.</a></p> +<p><i>Cadès</i>, juge, cadi. <a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Caige-vert</i>, <a href="#p067">67.</a> Pr. suppose que +c'était un nom donné aux filles publiques M. P. L. +rappelle, à l'appui de cette opinion, qu'une +célèbre maison de débauche, à +Toulouse, était appelée Châtel-vert.</p> +<p>CALIXTE (<i>te tiers</i>), <a href="#p035">35.</a> Calixte +III, élu pape le 8 avril 1455, siégea trois ans et +quatre mois. (Pr.)</p> +<p>CALLAISIENNES, <a href="#p081">8l.</a></p> +<p><i>Canceler</i>, <a href="#p093">93.</a> Barrer, annuler. +(Pr). Authentiquer, légaliser. (P. L.)</p> +<p><i>Canettes</i>, canes. Ferrer les oies et les canes (<a href= +"#p092">p. 92</a>) est quelque chose comme «mener les +poules pisser.»</p> +<p><i>Capitaine du Pont à Billon</i>, <a href= +"#p179">179.</a> Les crocheteurs, gueux et mendiants qui se +mettaient sur le pont au Change, le nommaient alors le <i>pont +à Billon</i>. (Pr.)</p> +<p><i>Cappel</i>, chapeau. <a href="#p105">105.</a></p> +<p>CARDON (<i>Jacques</i>), <a href="#p091">91.</a></p> +<p>CARMES, <a href="#p175">175.</a></p> +<p>CARMES (<i>l'hostel des</i>), <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Carre</i>, dimension. «Trois detz plombez de bonne +carre.» (<a href="#p063">P. 63,</a> v. 27.)</p> +<p>CARTAIGE, Carthage, <a href="#p120">120.</a></p> +<p>CARTES <i>à jouer</i>, <a href="#p063">63.</a></p> +<p>CASSANDRE, <a href="#p110">110.</a></p> +<p>CASTELLANES, Castillanes, <a href="#p080">80.</a></p> +<p>CATON, <a href="#p109">109.</a></p> +<p><i>Caut</i>, habile, prudent. <a href="#p172">172.</a></p> +<p><i>Caver</i>, creuser. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Caymant</i>, mendiant. <a href="#p060">60.</a></p> +<p><i>Céans,</i> ici dedans.</p> +<p><i>Ceau</i>, seau. <a href="#p015">15.</a></p> +<p>CECILLE, Sicile. <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Ceincture</i>, virginité. <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p>CELESTINS, <a href="#p030">30,</a> <a href="#p082">82,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Celle</i>, cette. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Cendal</i>, <a href="#p068">68.</a> Etoffe de soie +orientale, ordinairement rouge. (P. L.)</p> +<p><i>Ceps</i>, <a href="#p013">13.</a> Fers qu'on mettait aux +pieds des prisonniers.</p> +<p>CERBERUS, Cerbère, le chien qui garde la porte des +enfers. <a href="#p046">46.</a></p> +<p><i>Cervoise</i>, <a href="#p048">48.</a></p> +<p>CÉSAR (<i>Jules</i>), <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Chaille (ne leur)</i>, qu'ils ne s'en inquiètent +pas. <a href="#p073">P. 73.</a></p> +<p><i>Chambres, privés</i>. <a href="#p204">204.</a></p> +<p>CHAMBRE AUX DENIERS, <a href="#p089">89.</a></p> +<p>CHAMP-TOURCÉ, <a href="#p151">151.</a> Chantocé +ou Champtocé, village du département de +Maine-et-Loire.</p> +<p><i>Chandeaux</i>, vers louangeurs (?). <a href= +"#p112">112.</a></p> +<p>CHANGON, voy. <i>moutonnier</i>.</p> +<p><i>Chapeau de laurier</i>, couronne. <a href= +"#p002">2.</a></p> +<p>CHAPPELAIN (<i>le</i>), <a href="#p093">p. 93,</a> +était quelque ami de Villon qui portait ce surnom. Villon +lui lègue sa chapelle à simple tonsure (<a href= +"#p093">p. 93,</a> v. 2). Le bénéfice à +simple tonsure, selon Pr., était destiné à +des clercs étudiants, et n'exigeait pas beaucoup +d'instruction.</p> +<p><i>Chappin</i>, savate (?). <a href="#p061">61.</a></p> +<p>CHARLEMAGNE, <a href="#p035">35.</a></p> +<p>CHARLES (<i>le grand</i>), Charlemagne. <a href= +"#p024">24.</a></p> +<p>CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le +séjour de Villon dans la prison de Meung, p. <a href= +"#p035">35.</a></p> +<p>CHARRUAU (<i>Guillaume</i>), <a href="#p061">61.</a></p> +<p>CHARTIER (<i>Alain</i>), <a href="#p091">91.</a></p> +<p>CHARTREUX, <a href="#p031">31,</a> <a href="#p082">82,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Chascun Poicdenaire</i>, <a href="#p171">171.</a> +Personnification de tous ceux qui n'ont pas d'argent.</p> +<p><i>Chastoy</i>, correction, châtiment. <a href= +"#p085">85,</a> <a href="#p142">142.</a></p> +<p><i>Chat</i> «qui hayt pescher», qui a horreur de +l'eau. <a href="#p076">P. 76.</a></p> +<p><i>Chault (il ne m'en)</i>, je m'en moque. <a href= +"#p056">56,</a> <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Chef</i>, tête. <a href="#p094">94.</a></p> +<p><i>Chenu</i>, vieux, blanchi par l'âge. <a href= +"#p040">40.</a></p> +<p><i>Cheoir</i>, tomber. <a href="#p111">111.</a></p> +<p><i>Chère, chière</i>, mine, visage. — +<i>Chère lye</i>, <a href="#p187">187,</a> mine +joyeuse.—<i>Chère marrie</i>, <a href= +"#p194">194,</a> air de mauvaise humeur.—<i>Chère +meslée</i>, <a href="#p169">169,</a> visage +renfrogné.—<i>Chère rebourse</i>, mine +refrognée.</p> +<p><i>Cherme</i>, charme, <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Chet</i>, tombe. <a href="#p117">117.</a></p> +<p><i>Cheu</i>, tombé.</p> +<p>CHEVAL BLANC, enseigne(?), <a href="#p060">60.</a></p> +<p>CHEVALIER DU GUET. <a href="#p092">92.</a></p> +<p><i>Chevance</i>, avoir, argent, capital. <a href= +"#p028">28,</a> <a href="#p089">89.</a></p> +<p><i>Chevaulcher</i>, faire l'acte amoureux. <a href= +"#p016">16.</a></p> +<p><i>Chevaucheur</i>, celui qui va à cheval. <a href= +"#p047">47.</a></p> +<p><i>Chevir</i>, venir à bout, se tirer d'affaire. <a +href="#p184">184.</a></p> +<p><i>Chière</i>, voy. <i>Chère</i>.</p> +<p><i>Chiet</i>, tombe.</p> +<p>CHOLLET, <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Chosettes</i>, petites choses, caresses amoureuses.</p> +<p>CHYPRE. Le roi de Chypre mentionné <a href="#p036">p. +36,</a> v. 17, serait, selon Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui +vivait dans le XIVe siècle. Pr. croit qu'il s'agit +plutôt de Guy de Lusignan, mort en 1194.</p> +<p><i>Cil</i>, celui, <a href="#p095">95,</a> <a href= +"#p111">111.</a></p> +<p><i>Clamer</i>, appeler, crier. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Claqdent</i>, <a href="#p176">176.</a> Pays des gueux, +à qui le froid fait claquer les dents. Plus tard on y fit +voyager les malades qu'on traitait par le mercure. Leur +itinéraire obligé était par <i>Surie, +Bavière</i> et <i>Claquedent</i>.</p> +<p>CLAQUIN, <i>le bon Breton</i> (<a href="#p036">p. 36</a>), +Bertrand Du Guésclin, mort en 1380.</p> +<p><i>Clercs, clers</i>, savants, hommes instruits. <a href= +"#p071">71,</a> <a href="#p120">120.</a>—écoliers, +étudiants, <a href="#p015">15,</a> <a href= +"#p086">86</a>;—garçons de divers métiers. +Les <i>clers Eolus</i>, <a href="#p123">p. 123,</a> sont les +vents. Les garçons d'hôtellerie sont appelés +clercs, <a href="#p207">p. 207.</a> Quand on dit de nos jours un +<i>clerc de perruquier</i>, par exemple, on fait une plaisanterie +qui n'est pas nouvelle.</p> +<p><i>Cler</i>, clair, pur. <a href="#p056">56,</a> <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Clergeon</i>, écolier, petit clerc d'homme de loi. +<a href="#p011">11,</a> <a href="#p071">71</a></p> +<p><i>Cliquepatins</i>, <a href="#p098">98,</a> +traîne-savates. (LeDuchat.)</p> +<p><i>Clorre</i>, clore, fermer.</p> +<p>CLOTAIRE, <a href="#p105">105.</a></p> +<p>CLOVIS, <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Coettes</i>, lits de plume (<a href="#p064">p. 64</a>). Ce +mot paraît être employé ici dans un autre +sens.</p> +<p><i>Coing</i>, le coin qui sert à battre monnaie. <a +href="#p068">8.</a></p> +<p><i>Cointe</i>, jolie, gentille. <a href="#p147">147.</a></p> +<p>COLIN DE CAYEULX, <a href="#p086">86.</a></p> +<p>COLIN GALERNE, <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Collatérales (espèces)</i>, <a href= +"#p018">18.</a> Termes d'école, qui signifient les +facultés dépendantes de la mémoire. (P. +L.)</p> +<p>COLOMBEL, <a href="#p096">96.</a></p> +<p><i>Com</i>, comme.</p> +<p><i>Combien que</i>, bien que, quoique.</p> +<p>COMBRAYE (<i>le seigneur de</i>). <a href="#p199">199.</a></p> +<p><i>Commander</i>, recommander. <a href="#p163">163.</a></p> +<p><i>Commens</i>, Commentaires. <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Compaings</i>, compagnons.</p> +<p><i>Compasser</i> (?). <a href="#p171">171.</a></p> +<p><i>Complaindre (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href= +"#p120">120,</a> <a href="#p140">140.</a></p> +<p><i>Conclure</i>, vaincre dans la dispute, mettre à bout +d'arguments. <a href="#p081">8l,</a> v. 2.</p> +<p><i>Congnoistre (soy)</i>, se reconnaître <a href= +"#p160">160.</a></p> +<p><i>Conjoindre</i>, réunir. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Conseiller</i>, agir avec prudence. <a href="#p007">P. +7,</a> v. 5.</p> +<p>CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, <i>aux poings +dorez</i>, dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 22), +serait, selon M. Pr., l'empereur Basile, souverain +très-libéral.</p> +<p><i>Conte</i>, comte. <a href="#p135">135.</a></p> +<p><i>Contemplation</i>, employé dans un sens +équivoque. <a href="#p066">66.</a></p> +<p><i>Contendre</i>, disputer. <a href="#p078">78.</a></p> +<p><i>Contraict</i>, déformé, recourbé, +<i>contracté</i>. <a href="#p041">41.</a></p> +<p><i>Contregarder</i>, garder. <a href="#p203">203.</a></p> +<p><i>Contrepoint (entendre le)</i>, être habile. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Convenir</i>, falloir. <a href="#p038">38,</a> <a href= +"#p185">185.</a></p> +<p><i>Convint</i>, couvent. <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Convoyer</i>, convier. <a href="#p197">197.</a></p> +<p><i>Coquart</i>, coq. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Corbillon</i>, panier. <a href="#p113">113.</a></p> +<p>CORDELIERS, <a href="#p175">175,</a> <a href= +"#p179">179.</a></p> +<p><i>Cordoen</i>, cuir. <a href="#p023">23,</a> <a href= +"#p139">139.</a></p> +<p><i>Cordouennier</i>, ouvrier en cuir, cordonnier.</p> +<p>CORNU (<i>Jean</i>), <a href="#p059">59.</a></p> +<p>COTARD (<i>Jehan</i>), <a href="#p022">22,</a> <a href= +"#p068">68.</a> Le procureur en cour d'Église qui +défendit Villon lors de son premier procès, en +1456.</p> +<p><i>Cotteret</i>, cotret. <a href="#p207">207.</a></p> +<p><i>Coucher</i>, mettre au jeu. «Qui pour si peu couche +tel gage.» <a href="#p086">P. 86.</a></p> +<p><i>Couiltart</i>, coulart, canon à main, long et mince. +Employé dans un sens équivoque. <a href= +"#p153">153.</a></p> +<p><i>Coullon</i>, p. <a href="#p099">99,</a> rime avec +<i>vermillon, carillon, Villon</i>, ce qui donne assez clairement +le sens du mot et la façon dont se prononçait le +nom du poëte.</p> +<p><i>Courage</i>, coeur. <a href="#p107">P. 107,</a> v. 18.</p> +<p>COURAULT (Jehan), <a href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Courre</i>, courir. <a href="#p065">P. 65.</a></p> +<p><i>Coursé</i>, fâché, courroucé. <a +href="#p037">37,</a> <a href="#p151">151.</a></p> +<p><i>Courtault</i>, <a href="#p154">154.</a> Canon portatif. +Employé dans un sens équivoque.</p> +<p><i>Courtissain</i>, courtisan. <a href="#p173">173.</a></p> +<p><i>Coustelez</i>, <a href="#p171">171.</a> M. P. L. traduit ce +mot par armés.</p> +<p><i>Coute</i>, coude. <a href="#p135">135.</a></p> +<p><i>Coutel</i>, couteau.</p> +<p>CRAON, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Créance</i>, croyance, opinion. <a href= +"#p114">114.</a></p> +<p><i>Crepelle</i>, coupelle. «Argent de crepelle» +(<a href="#p048">p. 48</a>), argent épuré.</p> +<p>CRÈTE, <a href="#p046">46.</a></p> +<p><i>Creu</i>, grandi, accru. <a href="#p070">70.</a></p> +<p><i>Croire</i>, faire crédit, prendre à +crédit, parfois en donnant un gage. <a href="#p159">P. +159,</a> v. 26-27.</p> +<p><i>Croix</i>, argent. Ce que Villon appelle +irrévérencieusement <i>la vraie croix</i> (<a href= +"#p115">p. 115</a>-116), c'était la marque empreinte sur +la plupart des monnaies du temps, et qui a été +depuis remplacée par l'effigie du prince. <i>Pile</i> +désignait le revers. On joue encore à <i>pile ou +face.</i> «Sans croix ne pile», sans argent.</p> +<p><i>Croppetons (à)</i>, accroupi. <a href= +"#p041">41.</a></p> +<p>CROSSE (la), <a href="#p015">15.</a> M. Prompsault croit qu'il +s'agit d'une potence.</p> +<p><i>Crostes</i>, croûtes. <a href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Cry</i>, <a href="#p168">168,</a> cri d'armes.</p> +<p>CUEUR (<i>Jacques</i>), <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Cuider</i>, croire.</p> +<p>CULDOU (<i>Michault</i>), <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Curatez</i>, curés. <a href="#p180">180.</a></p> +<p><i>Cure</i>, soin, souci.</p> +<p>CURES, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Cuveaulx</i>, cuviers, baquets. <a href="#p077">77</a></p> +<p><i>Cuyder</i>, croire.</p> +<p><i>Cuyderaulx d'amours</i>, <a href="#p098">98,</a> jeunes +vaniteux, selon Pr.; M. P. L. rapproche de cette locution celle +de «cuydeurs de vendanges», employée par +Rabelais (<i>Gargantua</i>, ch. 25).</p> +<p><i>Cy</i>, ici.</p> +<p><i>Cy pris, cy mis</i>, donnant, donnant. <a href= +"#p191">191.</a></p> +<p><i>Cymballer</i>, jouer des cymbales. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><b>————— D +—————</b></p> +<p><i>Damoiselin</i>, de damoiseau.</p> +<p><i>Danger</i> <a href="#p119">119.</a> «A danger +emprunter argent», c'était, si je ne me trompe, +emprunter à dix pour cent.</p> +<p><i>Dangier</i>, danger, péril. <a href= +"#p008">8.</a></p> +<p>DAUPHIN (le), <a href="#p024">24.</a> Joachim de France, fils +de Louis XI et de Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut +en bas âge.</p> +<p>DAULPHIN <i>de Vienne et de Grenobles</i> (<a href="#p037">p. +37</a>). Le Dauphin de Viennois résidait à +Grenoble. (Pr.)</p> +<p>DAVID (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 11). Jolie allusion +à son amour pour Bethsabée.</p> +<p><i>Dea!</i> exclamation: Dame!</p> +<p><i>Débouté</i>, rebuté. <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Debteur</i>, débiteur. <a href="#p096">96.</a> +Villon, comme on le fait encore souvent, emploie ce mot dans le +sens de <i>créancier</i>.</p> +<p><i>Debuer</i>, laver, lessiver. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Déchasse</i>, banni, chassé, <a href= +"#p010">10.</a></p> +<p>DÉCRET <i>Omnis utriusque sexus</i>, <a href= +"#p010">10.</a> Ce décret a été porté +par le quatrième concile de Latran, tenu en 1215. Il +ordonne à tous les chrétiens de l'un et de l'autre +sexe de confesser leurs péchés à leur propre +pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les religieux mendiants +obtinrent de Nicolas V une bulle datée de Pisé, 2 +octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au +préjudice des droits des curés, établis par +le canon que nous venons de citer. L'Université se leva +contre, tint plusieurs assemblées, dans l'une desquelles +les Mendiants furent exclus de son sein. Les évêques +de France se joignirent à elle. Des députés +furent envoyés à Rome, et en rapportèrent +une bulle de Calixte III qui révoquait celle de Nicolas V. +Cette affaire était à peine terminée, ou +même ne l'était pas encore, quand Villon composait +son Petit Testament. Témoin du zèle chaleureux des +curés de Paris, il leur lègue le canon <i>Omnis</i> +pour le remettre en vigueur. (Pr.)</p> +<p>DEDALUS, Dédale. Sa «court» (<a href= +"#p122">p. 122,</a> v. 7) était son célèbre +labyrinthe, où il fut enfermé lui-même.</p> +<p><i>Dedans</i>, d'ici à... «Dedans ces +Pasques.» (<a href="#p012">P. 12,</a> V. 4.)</p> +<p><i>Dédié</i>, consacré. «Et +à bonnes moeurs dédié» (<a href= +"#p029">p. 29,</a> v. 5).</p> +<p><i>Deffaçon</i>, ruine, destruction. <a href= +"#p008">8,</a> <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Deffuyr</i>, éviter, négliger. <a href= +"#p084">84.</a></p> +<p><i>Dejeter</i>, retirer. <a href="#p054">54.</a></p> +<p><i>Delivre</i>, quitte, libéré. <a href= +"#p181">181.</a></p> +<p><i>Demener</i>, mener, faire, gouverner, <a href= +"#p032">32,</a> <a href="#p083">83,</a> <a href= +"#p109">109.</a></p> +<p><i>Demonstrance</i>, démonstration. <a href= +"#p186">186.</a></p> +<p><i>Demourant (le)</i> le reste.</p> +<p><i>Demourée</i>, retard, séjour. <a href= +"#p191">191.</a></p> +<p><i>Demourra</i>, restera. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Demourroit</i>, resterait. <a href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Demy-ceinct</i>, p. <a href="#p033">33</a> «Ceinture +d'argent avec des pendants auxquels on attachait la bourse, les +clefs, etc.» (P. L.)</p> +<p><i>De par</i>, au nom de. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Departir</i>, départ. <a href="#p100">P. 100,</a> v. +8.</p> +<p><i>Departir</i>, partir, se séparer. <a href= +"#p009">9,</a> <a href="#p142">142,</a> <a href="#p196">196,</a> +<a href="#p204">204,</a> <a href="#p205">205.</a></p> +<p><i>Departir</i>, donner en partie, accorder une part. <a href= +"#p009">9,</a> v. 3.</p> +<p><i>Deporter</i> (se), cesser, renoncer. <a href= +"#p109">109.</a></p> +<p><i>Desbriser</i>, maltraiter, martyriser. <a href= +"#p007">7.</a></p> +<p><i>Deschaulx</i>, nu-pieds. <a href="#p092">P. 92</a></p> +<p><i>Desclos</i>, ouvert.</p> +<p><i>Desconfire</i>, ruiner, détruire. <a href= +"#p103">103,</a> <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Descrier</i>, décrier, <a href="#p042">42,</a> est +dit des monnaies dont on interdisait la circulation par un cri +public.</p> +<p><i>Descrire</i>, écrire, rapporter. <a href= +"#p146">146.</a></p> +<p><i>Deshait</i>, <a href="#p083">83,</a> dispute, +désappointement.</p> +<p><i>Desmarcher</i>, reculer. <a href="#p158">158.</a></p> +<p><i>Desnué</i>, dépouillé. <a href= +"#p014">14,</a> <a href="#p208">208.</a></p> +<p><i>Despartir (se)</i>, se séparer. <a href= +"#p044">44.</a></p> +<p><i>Despendre</i>, dépenser.</p> +<p><i>Despendu</i>, dépensé. <a href= +"#p028">28.</a></p> +<p><i>Desperance</i>, désespoir. <a href= +"#p122">122.</a></p> +<p><i>Despiter</i>, défier. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Despiteux</i>, querelleur, hargneux. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><i>Despourveu</i>, dépourvu. <a href= +"#p014">14.</a></p> +<p><i>Desprins</i>, dépourvu, <a href="#p015">15.</a></p> +<p><i>Despriser</i>, déprécier. <a href= +"#p116">116.</a></p> +<p><i>Desplaisance</i>, déplaisir.</p> +<p><i>Desroquer</i>, <a href="#p175">175,</a> pour +<i>dérocher</i>, terme de fauconnerie, qui signifie forcer +la bête. (P. L.)</p> +<p><i>Dessaisiner (se)</i>, se dessaisir. <a href= +"#p072">72.</a></p> +<p><i>Dessiré</i>, déchiré. <a href= +"#p148">148.</a></p> +<p><i>Destaindre</i>, éteindre. <a href= +"#p167">167.</a></p> +<p><i>Destourbier</i>, trouble, embarras. <a href= +"#p016">16.</a></p> +<p><i>Destre</i>, droit. <a href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Desveillé</i>, réveillé, +ravivé. <a href="#p018">18.</a></p> +<p><i>Desvier</i>, dévier. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Desvoyé</i>, <a href="#p156">156,</a> +égaré, écarté de votre +bannière. (P. L.)</p> +<p><i>Detrayner</i>, maltraiter. <a href="#p040">40.</a></p> +<p><i>Détrenché</i>, coupé, haché. <a +href="#p143">143.</a></p> +<p><i>Detterrer (se)</i>, perdre ses terres. <a href= +"#p185">185.</a></p> +<p><i>Detz</i>, doigts. <a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Detz</i>, dés. <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Deul</i>, chagrin, deuil. <a href="#p108">108.</a></p> +<p><i>Deul (je me)</i>, je me plains. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Devaller</i>, descendre <a href="#p185">185.</a></p> +<p><i>Devant</i>, ci-devant. <a href="#p007">P. 7,</a> v. 9.</p> +<p><i>Dévier</i>, sortir de sa voie, mourir. <a href= +"#p059">59,</a> <a href="#p110">110.</a></p> +<p><i>Dextre</i>, droit, droite.</p> +<p>DIDO, Didon. <a href="#p086">86,</a> <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Die</i>, dise. <a href="#p103">103.</a></p> +<p><i>Diffame</i>, déshonneur. <a href="#p044">44,</a> <a +href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Diffinir</i>, définir, expliquer. <a href= +"#p093">93.</a></p> +<p>DIJON, <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Dilation</i>, retard, délai. <a href= +"#p179">179.</a></p> +<p>DIOMEDÈS, <a href="#p026">26</a></p> +<p><i>Discordez</i>, désunis. <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Ditz</i>, propos, discours. <a href="#p043">43.</a></p> +<p><i>Diviser</i>, causer, parler. <a href="#p169">169.</a></p> +<p>DIX ET HUICT (les), <a href="#p072">72,</a> voy. +<i>Bourse</i>.</p> +<p><i>Doint</i>, donne.</p> +<p><i>Doller</i>, travailler de la dojoire. <a href= +"#p064">64.</a></p> +<p><i>Doncques</i>, donc.</p> +<p><i>D'ond</i>, d'où. <a href="#p114">114,</a> <a href= +"#p156">156.</a></p> +<p>DONNAIT <a href="#p070">70.</a> On appelait <i>Donat</i>, ou +<i>Donet</i>, la grammaire d'Aelius Donatus, intitulée +<i>De octo partibus orationis</i>, laquelle était en usage +dans toutes les universités de l'Europe, et surtout dans +celles de France. (P. L.)</p> +<p>DOUAY, <a href="#p022">22.</a></p> +<p><i>Doubtance</i>, doute. <a href="#p201">201.</a></p> +<p><i>Double</i>, supposition, crainte. <a href="#p043">43,</a> +<a href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Doubler</i>, craindre, redouter. <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p><i>Doulche</i>, douce. <a href="#p134">134.</a></p> +<p><i>Doulouser (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href= +"#p032">32,</a> <a href="#p140">140.</a></p> +<p><i>Douver</i>, faire des douves. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Douzain</i>, petite monnaie. <a href="#p173">173.</a></p> +<p>DOUZE (sergent des), <a href="#p062">62.</a> Douze sergents +étaient particulièrement attachés au +prévôt de Paris et lui tenaient lieu de garde. +(Pr.)</p> +<p><i>Doye</i>, doive. <a href="#p141">141.</a></p> +<p><i>Drapel</i>, linge. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Drapelle</i>, linge, habits. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Drapilles</i>, linge, hardes. <a href="#p088">88.</a></p> +<p>DU BOYS. <a href="#p064">64.</a></p> +<p>DU RU (<i>Guillaume</i>). <a href="#p097">97.</a></p> +<p><i>Du tout</i>, entièrement, complètement. <a +href="#p016">16,</a> <a href="#p021">21.</a></p> +<p><b>————— E +—————</b></p> +<p>ECHO, nymphe, <a href="#p034">34,</a> <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Edit</i>, adresse, invention. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Effimère</i>, éphémère. <a +href="#p053">53.</a></p> +<p><i>Efforcer</i>, contraindre. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Effroyé</i>, <a href="#p156">156,</a> +effarouché, avec un air menaçant. (Pr.)</p> +<p>EGIPTE, Egypte. <a href="#p120">120.</a></p> +<p>EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, <a href= +"#p015">15.</a></p> +<p><i>El</i>, elle. <a href="#p009">9,</a> <a href= +"#p084">84.</a></p> +<p><i>Embattre</i> (s'), s'abattre. <a href="#p075">75.</a></p> +<p><i>Embesongné</i>, occupé, affairé. <a +href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Embler</i>, voler. <a href="#p159">159,</a> <a href= +"#p161">161.</a> Se dérober, <a href="#p211">211.</a></p> +<p><i>Embroché (vin)</i>, mis en perce. <a href= +"#p030">30.</a></p> +<p><i>Emmy</i>, au milieu de.</p> +<p><i>Empescher</i>, <a href="#p071">71,</a> occuper, +embarrasser.</p> +<p><i>Emperier</i>, empereur. <a href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Emperière</i>, impératrice, souveraine. <a +href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Empire (ciel)</i>, l'empyrée. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Emprès</i>, auprès de.</p> +<p><i>Emprise</i>, entreprise.</p> +<p><i>Enchanter</i>, ensorceler. <a href="#p117">117.</a></p> +<p><i>Encliner (s')</i>, avoir de l'inclination. <a href= +"#p072">72.</a></p> +<p><i>Enclos</i>, enfermé. <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Encombrement</i>, tristesse, ennuis. <a href= +"#p144">144.</a></p> +<p>ENFANS PERDUZ <a href="#p085">85,</a> <a href="#p086">86.</a> +Jeunes compagnons de Villon.</p> +<p>ENFANS-TROUVEZ, <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Enferma</i>, infirmes. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Enfondu</i>, <a href="#p016">16.</a> Creux et +décharnez, dit Marot.— Ne pouvant se soutenir. +(Pr.)</p> +<p><i>Engigner</i>, tromper. <a href="#p068">68.</a></p> +<p><i>Engin</i>, esprit, intellect. <a href= +"#p196">196.</a>— Invention, tour d'adresse. <a href= +"#p171">171.</a></p> +<p><i>Engrillonné</i>, attaché avec des menottes. +<a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Enhort</i>, exhortation. <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Enhorter</i>, exhorter.</p> +<p><i>Enmouflé</i>, chaussé de <i>moufles</i> ou +pantoufles, selon Pr. et M. P. L, Je croirais que cela signifie +plutôt <i>emmitouflé</i>.</p> +<p><i>Enné</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de +juron, parent de <i>enda, parmanenda</i> (par mon âme).</p> +<p><i>Ennuyt</i>, aujourd'hui, ce soir. <a href="#p193">193,</a> +<a href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Enquerir</i>, rechercher. <a href="#p035">35.</a></p> +<p><i>Enserré</i>, enfermé. <a href= +"#p015">15.</a></p> +<p><i>Ensuyvre</i>, suivre, imiter. <a href="#p012">2.</a></p> +<p><i>Entandiz</i>, pendant ce temps. <a href="#p112">112,</a> <a +href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Entendre</i>, connaître, savoir: «J'entends que +ma mère mourra.» (<a href="#p032">P. 32,</a> v. +25.)</p> +<p><i>Entente</i>, intention, projet. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Entour</i>, autour de.</p> +<p><i>Entrepreneur</i>, survenant qui se mêle des affaires +de quelqu'un, qui <i>l'entreprend.</i> <a href= +"#p194">194.</a></p> +<p><i>Entr'oeil</i>, espace entre les deux yeux. <a href= +"#p040">40.</a></p> +<p><i>Envers</i>, à l'envers, renversé. <a href= +"#p111">111,</a> v. 5.</p> +<p><i>Envys</i>, malgré soi. <a href="#p070">70.</a></p> +<p>EOLUS. <a href="#p123">123.</a> Les «clerc Eolus» +sont les sujets de ce dieu, les vents.</p> +<p>ERACE, père de Villon, <a href="#p031">31.</a></p> +<p><i>Erre</i>, voie, chemin. <a href="#p057">57,</a> v. +17.—<i>Grand erre</i>, promptement, tout de suite. <a href= +"#p053">53.</a>—<i>A son erre</i>, en train, en voie. <a +href="#p095">95.</a></p> +<p><i>Ès</i>, aux, dans les.</p> +<p>ESBAILURT, Abailard. <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Esbatans</i>, joyeux, aimant à s'amuser, à +s'ébattre. <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Esbatement</i>, amusement. <a href="#p119">119.</a></p> +<p><i>Esbaudiz</i>, privés de joie. <a href= +"#p164">164.</a></p> +<p><i>Escaché</i>, écrasé. <a href= +"#p067">67.</a></p> +<p><i>Escarbouillé</i>, écrasé. <a href= +"#p148">148.</a></p> +<p><i>Eschec et mac (être)</i>, échec et mat. Terme +du jeu d'échecs. <a href="#p205">205.</a></p> +<p><i>Eschever</i>, éviter. <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Eschoicte</i>, échéance, héritage, <a +href="#p111">111.</a></p> +<p><i>Esclat</i>, <a href="#p083">83,</a> bâton, +échalas.</p> +<p><i>Esclin</i>, <a href="#p169">169.</a> Escalin, petite +monnaie allemande <i>(schilling)</i>.</p> +<p><i>Escollier</i>, étudiant, jeune homme qui suit les +cours de l'Université.</p> +<p><i>Escondire</i>, refuser. <a href="#p104">104.</a></p> +<p>ESCOSSOYS, <a href="#p068">68.</a></p> +<p><i>Escourgeon</i>, sorte de fouet. <a href="#p013">13.</a></p> +<p><i>Escoutans</i>, auditeurs. <a href="#p183">183.</a></p> +<p><i>Escouvillon</i>, balai de four. <a href="#p019">19.</a></p> +<p><i>Escovette</i>, balai, du latin <i>scopa</i>. Les +«chevaucheurs d'escovettes» (<a href="#p047">p. +47,</a> v. 4) sont les sorciers, qui vont au sabbat à +cheval sur un balai.</p> +<p><i>Escreuz</i>, <a href="#p165">165.</a> Bien faits, selon +Pr.</p> +<p><i>Escriptures</i>, écrits, ouvrages. <a href= +"#p002">2.</a></p> +<p><i>Escuz</i>, écus, monnaies d'or ou d'argent, de +valeurs diverses, p. <a href="#p056">56,</a> <a href= +"#p070">70,</a> <a href="#p145">145,</a> <a href= +"#p147">147.</a>—Prendre écus pour douzains, p. <a +href="#p173">173,</a> c'est ne pas regarder à +l'argent.—«Escuz telz que prince les donne,» <a +href="#p017">p. 17,</a> peut s'entendre des armoiries.</p> +<p><i>Esgrun</i>, <a href="#p166">166,</a> Amer, du bas latin +<i>egrunum</i>. (P. L.)</p> +<p><i>Esguière</i>, vase à mettre de l'eau. <a +href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Esguilletez (pourpoinctz)</i>, <a href="#p088">88,</a> +pourpoints garnis d'aiguillettes.</p> +<p><i>Esguisé</i>, aiguisé. «Esguisez comme +une pelote» (<a href="#p025">p. 25,</a> v. 4), obtus.</p> +<p><i>Esjouir, esjoir</i>, réjouir.</p> +<p><i>Esles</i>, ailes, <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Eslocher</i>, ébranler. <a href="#p103">103.</a></p> +<p>ESMAUS (les pèlerins d'), <a href="#p025">25.</a>Voy. +<i>Evangile selon S. Luc</i>, chap. XXIV.</p> +<p><i>Esme</i>, <a href="#p023">23,</a> pour <i>estime</i>, +estimation, intention. (P. L.)</p> +<p><i>Esmerillon</i>, <a href="#p100">100.</a> +L'émérillon est le plus petit des oiseaux de proie +qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)</p> +<p><i>Esmérillonné</i>, gai, vif. <a href= +"#p170">170.</a></p> +<p><i>Esmolu</i>, émoulu, aiguisé. <a href= +"#p147">147.</a></p> +<p><i>Esmorcher</i>, nettoyer, purifier. <a href= +"#p076">76.</a></p> +<p><i>Esmoyer (s')</i>, s'inquiéter.</p> +<p>ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi +d'Espagne (<a href="#p035">p. 35.</a> v. 18), dont le poëte +ne savait pas le nom. (Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, +roi de Castille et de Léon, qui régna jusqu'en +1454.</p> +<p><i>Espani</i>, épanoui. <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Espasmie</i>, pamée. <a href="#p147">147.</a></p> +<p><i>Espartir</i>, épandre, répartir, <a href= +"#p018">18.</a></p> +<p><i>Especiaulx</i>, <a href="#p169">169.</a> D'un mérite +tout particulier. (P. L.)</p> +<p><i>Esperviers (gens à porter)</i>, <a href= +"#p062">62.</a> Gentilshommes ayant le droit de chasser au vol. +M. P. L. remarque que l'épervier est aussi un filet de +braconnier.</p> +<p><i>Espie</i>, espion, guetteur. «Aux champs debout comme +ung espie» (<a href="#p105">p. 105</a>), veut dire +pendu.</p> +<p><i>Espoindre</i>, piquer, exciter. <a href= +"#p100">100.</a></p> +<p><i>Espoir (j')</i>, j'espère, <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Espois</i>, épais. <a href="#p112">112.</a></p> +<p><i>Essoine, essoyne</i>, embarras, tourment, <a href= +"#p015">15,</a> <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Estaux</i>, étaux. <a href="#p016">16.</a></p> +<p><i>Estable</i>, stable. <a href="#p024">24.</a></p> +<p><i>Establis</i>, étaux des marchands. <a href= +"#p013">13.</a></p> +<p><i>Estaing</i>, étain. <a href="#p019">9.</a></p> +<p><i>Estamine</i>, étoffe claire.</p> +<p><i>Estan</i>, étang. <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Estature</i>, stature, portrait. <a href= +"#p094">94.</a></p> +<p><i>Estoeuf</i>, éteuf. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Estomac d'alouette</i> (?). <a href="#p168">168.</a></p> +<p>ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Estradeur</i>, batteur d'estrade, coureur de fortune. <a +href="#p174">174.</a></p> +<p><i>Estrange</i>, étranger. <a href="#p070">70,</a> v. +15; <a href="#p103">103,</a> <a href="#p184">184.</a></p> +<p><i>Estranger</i>, éloigner. <a href="#p043">43,</a> v. +15.</p> +<p><i>Estre</i>, demeure, hôtel. <a href= +"#p191">191.</a></p> +<p><i>Estre</i>, état, existence, manière +d'être. <a href="#p042">42,</a> <a href= +"#p157">157.</a>—<i>En estre</i>, <a href="#p073">p. +73,</a> en état.</p> +<p><i>Estrenes</i>, étrennes (<a href="#p037">p. 37,</a> +v. 23). Villon, qui se dit mercerot de Rennes, se compare +à un marchand qui désire étrenner avant de +fermer boutique. (P. L.)</p> +<p><i>Estrif, estry</i>, débat, querelle, dispute, <a +href="#p015">15,</a> <a href="#p178">178.</a></p> +<p><i>Exaucer</i>, élever, monter. <a href= +"#p183">183.</a></p> +<p><i>Estimative</i>, qui juge, qui apprécie. <a href= +"#p018">18</a></p> +<p><i>Extrace</i>, extraction, lignée. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><b>————— F +—————</b></p> +<p><i>Fable</i>, mensonge. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Faictisses</i>, jolies, bien faites. <a href= +"#p040">40.,</a></p> +<p><i>Faille</i>, faute. <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Faillent</i>, manquent. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Faillir</i>, manquer.</p> +<p><i>Failly</i>, découragé, abattu. <a href= +"#p028">28.</a></p> +<p><i>Fainctes</i>, <a href="#p087">87.</a> Momeries ou +mascarades, H. L.</p> +<p><i>Faintis</i>, trompeur, <a href="#p087">87.</a></p> +<p><i>Faitard</i>, paresseux, <a href="#p022">22,</a> <a href= +"#p069">69.</a></p> +<p><i>Fantasie</i>, imagination. <a href="#p018">18.</a></p> +<p><i>Farcer</i>, faire ou jouer des farces. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><i>Fardelet</i>, <a href="#p114">114,</a> petit fardeau. +Saturne préparait le fardeau que chaque mortel devait +porter pendant sa vie.</p> +<p><i>Fastée (la)</i>. Je ne sais pas ce que signifie ce +vers: «faire ung soir pour soy la fastée» (<a +href="#p094">p. 91</a>). D'autres éditions portent <i>la +saffée</i>, ce que je ne comprends pas davantage.</p> +<p><i>Faulse</i>, méchante. <a href="#p057">57.</a></p> +<p><i>Fault, faut</i>, manque.</p> +<p><i>Faussart</i>, fauchard, sorte de hallebarde.</p> +<p><i>Fausserie</i>, fausseté, fausse accusation. <a href= +"#p105">105.</a></p> +<p><i>Feautre</i>, feutre, <a href="#p048">48,</a> <a href= +"#p063">63.</a></p> +<p><i>Fenestres</i>. Les fenêtres servaient de montre aux +marchands pour étaler leurs marchandises. «Et pain +ne voient qu'aux fenêtres» (<a href="#p030">p. +30,</a> v. 12) est dit des pauvres <i>gallans</i> qui n'avaient +pas de quoi manger.—<i>Clorre fenestre</i>, <a href= +"#p042">42.</a> Fermer boutique.</p> +<p><i>Ferir</i>, frapper.</p> +<p><i>Fictions</i>, feintes, tours de finesse. <a href= +"#p184">184.</a></p> +<p><i>Fière</i>, frappe. <a href="#p039">39.</a></p> +<p><i>Fiert</i>, frappe.</p> +<p><i>Filetz</i>, bouts de fil, <a href="#p029">29.</a></p> +<p><i>Finablement</i>, finalement, enfin. <a href= +"#p002">2</a></p> +<p><i>Finer</i>, finir, achever. <a href="#p018">18,</a> <a href= +"#p143">143.</a>—Obtenir. «De feu je n'eusse pu +finer» (<a href="#p018">p. 18,</a> v. 28).</p> +<p><i>Fix, fics</i>, terme de médecine. <a href= +"#p077">77.</a></p> +<p><i>Flambans</i>, enflammés. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Flambe</i>, flamme, <a href="#p155">155.</a></p> +<p><i>Flans</i>, sorte de patisserie. <a href="#p071">71.</a></p> +<p>FLORA, <a href="#p034">34.</a> Il y a eu plusieurs courtisanes +romaines de ce nom. La plus célèbre est la plus +ancienne, à qui l'on attribue Pinstitution des florales. +Une autre Flora fut maîtresse du grand Pompée. (P. +L.)</p> +<p><i>Flou</i>, mince, fluet. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Flours</i>, fleurs. <a href="#p145">145.</a></p> +<p><i>Foleur</i>, folie. <a href="#p058">58,</a> <a href= +"#p113">113,</a> <a href="#p114">114.</a></p> +<p><i>Foncer</i>, donner de l'argent, des fonds. <a href= +"#p174">174.</a></p> +<p><i>Font</i>, fontaine, source. <a href="#p105">105.</a></p> +<p><i>Forclorre</i>, délivrer, mettre hors. «Pour +forclorre d'adversité», <a href="#p015">p. +15.</a></p> +<p><i>Formative (faculté)</i>, faculté d'inventer. +<a href="#p012">12.</a></p> +<p><i>Fors</i>, excepté, hormis.</p> +<p><i>Fort (au)</i>, au fond, après tout. <a href= +"#p161">161,</a> <a href="#p170">170.</a></p> +<p><i>Fouir</i>, fuir. <a href="#p008">8.</a></p> +<p>FOURNIER, <a href="#p061">6l,</a> le procureur de Villon, qui +lui avait «sauvé maintes causes justes».</p> +<p><i>Fourrer le poignet</i> à la bourse, tirer de +l'argent. <a href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Fouterre</i>, voy. MICHAULT.</p> +<p><i>Fouyr</i>, fuir. <a href="#p141">141.</a>—Creuser. <a +href="#p120">120.</a></p> +<p>FRANC-GONTIER, <a href="#p078">78.</a> M. Paul Lacroix a +publié récemment, à la suite des +<i>Testaments</i> de Villon, le <i>Banquet du Bois</i>, qu'il +regarde comme la pièce contre laquelle sont dirigés +les <i>Contredictz de Franc-Gontier</i>, et qu'il croit une +oeuvre de la jeunesse de Villon.</p> +<p>FRANCE, <a href="#p036">36,</a> <a href="#p121">121.</a> Le +très noble roi de France, «sur tous autres roys +decorez», dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v. +23), était, selon M. Pr., saint Louis.</p> +<p><i>Franchise</i>, puissance, domination (<a href="#p039">p. +39,</a> v. 9).</p> +<p><i>Franchy</i>, affranchi, délivré. <a href= +"#p023">23.</a></p> +<p>FRANÇOIS, promoteur de la vaquerie. <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p>FREMIN, <a href="#p051">51.</a></p> +<p><i>Frez</i>, frais. <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Friquet</i>, élégant, fringant. <a href= +"#p169">169.</a></p> +<p><i>Fromentée</i>, sorte de gâteau dont Baillevent +donne la recette. <a href="#p090">90.</a></p> +<p><i>Fruiction</i>, bénéfice, profit. <a href= +"#p166">166.</a></p> +<p><i>Fruire</i>, profiter, tirer avantage. <a href= +"#p166">166.</a></p> +<p><i>Fume, fumée</i>. <a href="#p075">75.</a></p> +<p><i>Fumer (se)</i>, se mettre en colère, s'emporter.</p> +<p><i>Fuste</i>, bateau, petit navire, de <i>fustis</i>, bois. <a +href="#p026">26.</a></p> +<p><b>————— G +—————</b></p> +<p><i>Gallans</i>, jeunes gens, joyeux compagnons.</p> +<p><i>Gallans sans souci</i>, <a href="#p212">p. 212.</a> Ce sont +peut-être les Enfants sans souci, écoliers et +basochiens, qui s'étaient mis en société +à la fin du XVe siècle pour jouer des farces et des +soties. Clément Marot fit partie de cette bande joyeuse. +(P. L.)</p> +<p><i>Galles</i>, plaisir, jouissances, gaies parties.</p> +<p><i>Galler</i>, se réjouir, mener joyeuse vie, se +gaudir. <a href="#p027">27.</a></p> +<p>GARNIER, <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Gastaneaux</i>, <a href="#p112">112.</a> Prompsault a lu +<i>Gastaveaux</i>, qu'il traduit par grelots. J'ai suivi la +leçon de La Monnoye.</p> +<p><i>Gaudisseur</i>, plaisant, farceur. <a href= +"#p194">194.</a></p> +<p><i>Gect</i>, <a href="#p118">118.</a> Jetons servant à +compter.</p> +<p><i>Gehaine</i>, instrument de torture. <a href= +"#p144">144.</a></p> +<p><i>Gendarme, genderme</i>, soldat, homme d'armes.</p> +<p>GENEVOIS, <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Genoillon (à)</i>, à genoux. <a href= +"#p054">54.</a></p> +<p><i>Geu</i>, couché. <a href="#p089">89.</a></p> +<p><i>Gippon</i>, jupon, robe. <a href="#p117">117.</a></p> +<p>GIRARD <i>(Perrot)</i>. <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Gisans</i>, ceux qui sont couchez. <a href= +"#p016">16.</a></p> +<p><i>Glic</i>, jeu de cartes qu'on appelait aussi <i>la +chance</i>. <a href="#p087">P. 87.</a></p> +<p>GLOCUS, <a href="#p123">123.</a> La forêt où +règne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)</p> +<p><i>Gluyons de feurre</i>, bottes de paille. <a href= +"#p014">14,</a> <a href="#p050">50.</a></p> +<p><i>Godet de grève</i>, <a href="#p061">6l.</a> Grand +pot de grès à mettre du vin. (P. L.) Je crois qu'il +s'agit plutôt de quelque abreuvoir situé place de +Grève.</p> +<p><i>Gogo</i>, <a href="#p084">84.</a> «Il semblerait que +<i>gogo</i> ait été synonyme de <i>rufien</i> dans +les mauvais lieux. On a dit de là <i>vivre à +gogo</i>, du latin <i>gaudium</i>, dont on avait fait +<i>gogue</i>. Le mot <i>goguette</i> est resté.» (P. +L.)</p> +<p><i>Gonne</i>, vêtement de moine, tunique, froc. <a href= +"#p118">118.</a></p> +<p><i>Gorgerin</i>, <a href="#p068">68.</a> C'était une +pièce de l'armure destinée à protéger +la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon appelle +<i>gorgerin d'Escossoys</i> la corde d'une potence. (P. L.)</p> +<p><i>Gorgias</i>, élégant, richement vêtu. +<a href="#p168">168,</a> <a href="#p169">169,</a> <a href= +"#p172">172.</a></p> +<p><i>Gorriers, gorrières</i>, <a href="#p179">179,</a> +hommes et femmes élégants, vêtus richement et +à la mode.</p> +<p><i>Gourt (être à son)</i>, <a href="#p201">p. +201,</a> être à son affaire, être content.</p> +<p>GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.</p> +<p><i>Goyères</i>, sorte de gâteaux. <a href= +"#p081">81.</a></p> +<p><i>Grâce (par qui)</i>, par la grâce de qui. <a +href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Grafignier</i>, déchirer avec les ongles. (Pr.)</p> +<p><i>Gramment</i>, beaucoup, grandement. <a href= +"#p156">156,</a> <a href="#p199">199.</a></p> +<p>GRAND-TURC, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Grat</i>, action de gratter la terre pour trouver quelque +chose, comme les poules. «Au grat, la terre est +dégelée!» <a href="#p177">P. 177.</a></p> +<p><i>Greigneur</i>, plus grand, <i>grandior</i>, <a href= +"#p058">58.</a></p> +<p>GRENOBLE, <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Grève</i>, jambe. <a href="#p061">61.</a></p> +<p><i>Grever</i>, charger, blesser. <a href="#p094">94,</a> <a +href="#p134">134,</a> <a href="#p155">155,</a> <a href= +"#p161">161.</a></p> +<p><i>Grez</i>, <a href="#p060">60,</a> pierre à aiguiser. +(Pr.)</p> +<p><i>Grez</i>, gré. «Prendre en gré», +avoir agréable, savoir se contenter (<a href="#p088">p. +88</a>).</p> +<p>GRIGNY, <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Grille</i>, prison. <a href="#p084">84.</a></p> +<p><i>Gris blanc, gris perdu</i>, p. <a href="#p168">168,</a> +sortes de fourrures.</p> +<p><i>Grivelé</i>, marqueté, moucheté comme +les grives. <a href="#p041">41.</a></p> +<p><i>Groiselles</i>, groseilles. «Mascher des groiselles +(<a href="#p046">p. 46,</a> v. 26), c'est ce qu'on appelle +maintenant avaler la pilule.»</p> +<p><i>Grongnée</i> sur l'oeil, emplâtre ou +meurtrissure. <a href="#p016">16.</a></p> +<p>GROS VALLET, <a href="#p155">155.</a> C'était un des +servants de l'homme d'armes. Il faisait partie de ce qu'on +appelait une <i>lance fournie</i>, c'est-à-dire les trois +ou quatre combattants qui devaient accompagner un homme d'armes +et marcher à ses côtés dans la bataille. (P. +L.)</p> +<p><i>Guerdonner</i>, récompenser.</p> +<p><i>Guermenter (se)</i>, <a href="#p032">32.</a> Se lamenter, +se plaindre. Voy. Cotgrave.</p> +<p><i>Guerrier</i>, guerroyer. <a href="#p119">119.</a></p> +<p>GUESDRY GUILLAUME (<a href="#p072">p. 72).</a> Le même +que Guillaume Gueuldry, <a href="#p015">p. 15.</a> M. P. L. pense +que «la maison Guesdry Guillaume» était le +pilori ou la maison du bourreau.</p> +<p><i>Guet</i> (chevalier du), <a href="#p092">92.</a> On donnait +le titre de chevalier au capitaine du guet, parce qu'il +était resté peut-être seul en possession de +l'ordre de l'Etoile, créé par le roi Jean. +(Pr.)</p> +<p>GUILLEMETTE <i>la tapissière</i>. <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p>GUILLEMIN, <a href="#p153">153.</a></p> +<p>GUILLOT GUEULDRY, p. <a href="#p015">15.</a> V. GUESDRY.</p> +<p><i>Guin d'oeil</i>, regard, clin d'oeil. <a href= +"#p168">168.</a></p> +<p><i>Guisarme, guysarme</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href= +"#p147">147.</a> espèce de hache à deux tranchants. +(P. L.)</p> +<p><i>Guise</i>, mode, façon, manière. <a href= +"#p139">139,</a> <a href="#p168">168.</a></p> +<p><b>————— H +—————</b></p> +<p><i>Habité</i>, <a href="#p170">170,</a> ayant maison, +habitation.</p> +<p><i>Habitué (bien)</i>, ayant de belles manières. +<a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Hahay</i>! exclamation. <a href="#p139">139.</a></p> +<p><i>Haict (de bon)</i>, de bon coeur, avec plaisir, avec +empressement. <a href="#p083">p. 83.</a></p> +<p><i>Hamée</i> (?), <a href="#p121">121.</a></p> +<p>HANNIBAL, Annibal. <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Hardis</i>, <a href="#p172">p. 172,</a> v. 24, liards. +Petite monnaie qui avait cours sous Philippe le Hardi.</p> +<p>HAREMBOURGES (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 20), Eremburges, +fille et unique héritière d'Elie de la +Flèche, comte du Maine, mort en 1110. (Pr.)</p> +<p><i>Harier</i>, tracasser. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Hasles</i>, hâle. <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Havée,</i> poignée, poignée de main. +<a href="#p061">61,</a> <a href="#p169">169.</a></p> +<p><i>Haiet</i>, <a href="#p060">60,</a> croc. (Pr.)</p> +<p><i>Hayneurs</i>, qui détestent. <a href= +"#p090">90.</a></p> +<p><i>Hayter</i>, profiter, réussir. «Riens ne hayt +que persévérance.» (<a href="#p025">P. +25,</a> v. 14.)</p> +<p><i>Heaulmière,</i> marchande de heaumes. <a href= +"#p039">39.</a></p> +<p><i>Hébergement,</i> accueil.</p> +<p>HECTOR, <a href="#p074">74.</a></p> +<p>HÉLÈNE, HELEINE, <a href="#p053">53,</a> <a +href="#p112">112.</a></p> +<p>HELOïS, Héloïse, nièce de Fulbert, +amante d'Abailard</p> +<p>HENRY (maistre), <a href="#p085">85</a>-«Henri Cousin +était alors bourreau et tourmenteur-juré de la +prévôté de Paris.» (P. L.)</p> +<p>HERODE (<a href="#p046">p. 46</a>) fit décapiter saint +Jean Baptiste, sur la demande de la danseuse +Hérodiade.</p> +<p><i>Herroit</i>, haïrait. <a href="#p059">59.</a></p> +<p>HESSELIN (<i>Denys</i>). <a href="#p060">60.</a></p> +<p><i>Hez</i>, hais. <a href="#p138">138.</a></p> +<p><i>Histoire</i>, ornement. «Sans autre histoire», +<a href="#p094">94.</a> Au quinzième siècle et au +commencement du seizième, on appelait <i>histoires</i> les +gravures dont les livres étaient ornés.</p> +<p><i>Ho</i>! assez! halte là! P. <a href="#p071">71,</a> +v. 9.</p> +<p><i>Hober</i>, remuer, bouger.</p> +<p><i>Hohecte (y)</i> <a href="#p063">63.</a> Si ce n'est une +sorte d'exclamation, c'est incompréhensible.</p> +<p><i>Hoirs</i>, héritiers.</p> +<p>HOLOFERNES, <a href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Hom</i>, homme, on. <a href="#p018">18,</a> <a href= +"#p120">120.</a></p> +<p><i>Hostel</i>, maison. <a href="#p082">82.</a></p> +<p>HOTEL-DIEU de Paris, <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Houseaulx, houses</i>. Sorte de chaussure. <a href= +"#p014">14,</a> <a href="#p013">73,</a> <a href="#p076">76,</a> +<a href="#p158">158.</a></p> +<p><i>Housseurs</i>, <a href="#p119">119.</a> Voy. +<i>Notes</i>,</p> +<p><i>Houx</i>, houssine, baguette. Les muguets portaient des +houssines ou cravaches à la main, pour montrer qu'ils +avaient des chevaux à l'écurie. (P. L.)</p> +<p><i>Hucher</i>, crier, appeler à haute voix. <a href= +"#p070">70.</a></p> +<p><i>Hucque</i>, <a href="#p012">12,</a> camail à +capuchon, que les hommes de toute condition portaient au XVe +siècle (P. L.)</p> +<p>HUE CAPET, Hugues Capet. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Humblesse</i>, humilité. <a href= +"#p205">205.</a></p> +<p><i>Hutin</i>, bruit, bataille. <a href="#p098">98,</a> <a +href="#p162">162.</a></p> +<p><i>Hutinet</i>, bruit, brouillerie. <a href= +"#p064">64.</a></p> +<p><i>Huy</i>, aujourd'huy. <a href="#p038">38.</a></p> +<p><i>Huys</i>, porte.</p> +<p><b>————— I +—————</b></p> +<p><i>Icelle</i>, cette.</p> +<p><i>Idolatryer</i>, tomber dans l'idolâtrie. <a href= +"#p045">45.</a></p> +<p><i>Ilce</i>, cela. P. <a href="#p062">62,</a> v. 16.</p> +<p><i>Istroit</i>, sortirait, <a href="#p145">145.</a></p> +<p><i>Ils, ilz</i>, elles. «S'ils n'ayment fors que pour +l'argent.» (<a href="#p043">P. 43,</a> v. 19).</p> +<p><i>Impartir</i>, accorder, donner. <a href="#p009">9,</a> <a +href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Impêtrer</i>, obtenir. <a href="#p042">42.</a></p> +<p><i>Impourveu</i>, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. <a +href="#p014">14.</a></p> +<p><i>Informé</i>, instruit. «Informez en +meurs» (<a href="#p071">p. 71</a>), bien +élevés.</p> +<p>INNOCENS (les), cimetière de Paris, <a href= +"#p089">89.</a></p> +<p><i>Inventaire</i>, compte fait.</p> +<p>ISABEAU, <a href="#p082">82.</a></p> +<p>ISLE (L'). Lille en Flandre, <a href="#p045">p. 45.</a></p> +<p><b>————— J +—————</b></p> +<p><i>Jà,</i> déjà, certainement.</p> +<p><i>Jacobins</i>, glaires, flegmes. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Jacobines</i> (soupes), bonnes soupes grasses. <a href= +"#p066">66.</a></p> +<p>JACOPINS, Jacobins. <a href="#p013">13,</a> <a href= +"#p082">82,</a> <a href="#p179">179.</a></p> +<p><i>Jacques</i> (<a href="#p158">p. 158</a>). Les Francs +Archiers portaient des <i>jacques</i> ou cottes de mailles sous +leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il y avait des <i>jacques</i> +de toutes sortes d'étoffes. Nous disons encore +<i>jaquette</i>.</p> +<p>JACQUELINE, <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Jalet</i>, galet, caillou. <a href="#p114">114.</a></p> +<p><i>Jambot</i>, <a href="#p084">p. 84.</a> Petite jambe, membre +viril.</p> +<p>JAMES, (<i>Jacques</i>), <a href="#p092">92,</a> <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p><i>Jargon jobelin</i>, argot, <a href="#p179">179.</a></p> +<p><i>Jargonner</i>, <a href="#p118">p. 118.</a> «Je +congnois quand pipeur jargonne», veut dire: je connais +l'artifice du chasseur à la pipée.</p> +<p><i>Jasoit</i>, quoique, <a href="#p138">138.</a></p> +<p>JASON, <i>Jazon</i>, <a href="#p121">121.</a></p> +<p>JEHAN de CALAYS, <a href="#p093">93.</a></p> +<p>JEHAN LAURENS, <a href="#p180">p. 180.</a> Personnification du +peuple, qui apportait de l'argent aux <i>pardons</i>, ou +peut-être un nom donné aux <i>pardonneurs</i>.</p> +<p>JEHANNE, <a href="#p173">173.</a></p> +<p>JEHANNE DE BRETAIGNE, <a href="#p084">84.</a></p> +<p>JEHANNE, la bonne Lorraine (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 21), +Jeanne d'Arc.</p> +<p>JEHANNETON, <a href="#p049">49.</a></p> +<p>JEHANNETON <i>la Chaperonnière</i>, <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p><i>Jengleresse</i>, menteuse, <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Jeu d'asne</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), jeu d'amours. +M. P. L. suppose qu'on devrait lire le jeu de dame. C'est la +même chose.</p> +<p><i>Jeux</i>, pièces dramatiques, <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p>JOB, <a href="#p029">29,</a> <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Jobelin</i>, argot. <a href="#p169">169,</a> <a href= +"#p179">179.</a></p> +<p><i>Joinctes</i>, jointures, articulations <a href= +"#p033">33.</a></p> +<p>JONAS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Joncherie</i>, plaisanterie, raillerie, friponnerie. <a +href="#p104">104,</a> <a href="#p189">189,</a> <a href= +"#p190">190.</a></p> +<p>JOUVENEL (Michel) (<a href="#p096">p. 96</a>), huitième +fils de Jean Jouvenel des Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut +en 1470.</p> +<p>JUDAS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>JUDIC, <i>Judith</i>. <a href="#p110">110,</a> <a href= +"#p121">121.</a></p> +<p>JUIFS, <a href="#p103">103.</a></p> +<p>JUNO, Junon. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Jus</i>, bas, à bas. <a href="#p076">76,</a> <a +href="#p136">136,</a> <a href="#p159">159.</a></p> +<p>JUSQU'IL, jusqu'à ce qu'il.</p> +<p><b>————— K +—————</b></p> +<p>KATHERINE <i>la Bouchière</i>, <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p>KATHERINE DE VAUSELLES, <a href="#p046">46.</a></p> +<p><b>————— L +—————</b></p> +<p><i>L'en</i>, on, l'on.</p> +<p><i>Là sus</i>, là haut. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p>LA BARRE, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p057">57,</a> <a +href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Labit</i>, <a href="#p175">175,</a> décadence, de +<i>labes</i> (P.L.).</p> +<p><i>Labour</i>, travail, labeur. <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Laboureux mestier</i>, état de laboureur. <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p>LA GARDE (<i>Jean de</i>). <a href="#p017">17,</a> <a href= +"#p073">73,</a> <a href="#p096">96.</a></p> +<p>LA HIRE. <a href="#p055">155.</a> Étienne Vignoles, dit +La Hire, fut un des plus braves capitaines de Charles VII. Il se +distingua dans les guerres contre les Anglais, et mourut à +Montauban en 1442. (P.L.)</p> +<p><i>Laidanger</i>, injurier, railler. <a href= +"#p043">43.</a></p> +<p>L'AIGLE, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Lairra</i>, laissera.</p> +<p><i>Lairray</i>, laisseray.</p> +<p><i>Lait</i>, laid.</p> +<p><i>Laiz</i>, laïques. <a href="#p033">33.</a></p> +<p><i>Lame</i>, pierre tumulaire. «Quant est du corps, il +gyst soubz lame» (<a href="#p032">32,</a> v. 23).</p> +<p>LAMESOU (<i>le seigneur de</i>), <a href="#p200">200.</a></p> +<p>LANCELOT, <i>le roi de Behaigne</i> (<a href="#p036">p. +36,</a> v.6). Pr. a cru voir dans ce personnage Ladislas V, +prince d'une rare bravoure, tué à la bataille de +Varnes en 1444, et qui régnait sur la Pologne, la +Bohème et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que +<i>Lancelot</i> ne ressemble guère à +<i>Ladislas</i>.</p> +<p>LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. <a href= +"#p157">157.</a></p> +<p><i>Laqs</i>, filets, pièges. <a href= +"#p078">78.</a></p> +<p><i>Larmoyer</i>, pleurer, verser des larmes. <a href= +"#p141">141.</a></p> +<p>LA ROCHE, <a href="#p155">155.</a> Le seigneur de La Roche +était un des bons capitaines de Charles VII. Il s'attacha +à la personne du Dauphin Louis, et le suivit dans ses +révoltes contre son père. On le voit figurer parmi +les familiers du Dauphin dans les <i>Cent nouvelles du bon roy +Louis XI</i>, où il est toujours nommé +«monseigneur de La Roche». (P. L.)</p> +<p>LA ROCHEFOUCAULD, <a href="#p152">152.</a> Ce ne peut +être que Foucauld, 3e du nom seigneur de La Rochefoucauld, +de Marsillac. etc., conseiller et chambellan de Charles VII, fait +chevalier sur le champ de bataille, en 1461. (P. L.)</p> +<p><i>Las</i>, lacs, filets. <a href="#p047">47.</a></p> +<p><i>Lasse!</i> hélas. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Lassus</i>, là haut. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Latin</i>, langage, parler quelconque. «Je n'entends +point vostre latin.» <a href="#p202">202.</a></p> +<p>LAURENS (<i>Jehan</i>), <a href="#p068">68.</a></p> +<p><i>Lavaille</i>, eau qui a servi à laver. <a href= +"#p076">76.</a></p> +<p><i>Lay</i>, laïque <a href="#p044">44.</a></p> +<p><i>Lay</i>, pièce de vers. «Ce lay contenant des +vers dix.» <a href="#p059">P. 59,</a> v. 4.</p> +<p><i>Lays</i> est employé, dans la préface de +Marot et dans les deux Testaments, dans le sens de legs.</p> +<p><i>Lé</i>, large «Tant qu'il a de long et de +lé» (<a href="#p023">23,</a> v. 22).</p> +<p><i>Lealle</i>, loyale. <a href="#p134">134.</a></p> +<p><i>Léans</i>, là dedans.</p> +<p>LE CAMUS SENESCHAL, <a href="#p092">92.</a></p> +<p><i>Lectry</i>, lutrin, <a href="#p015">15.</a></p> +<p><i>Légèrement</i>, vivement, promptement.</p> +<p>LE LOU (<i>Jehan</i>), <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Lembroysé</i>, lambrissé, <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p><i>Lermes</i>, larmes.</p> +<p><i>Lerz</i>, loirs. <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Leschier</i>, rechercher les bons morceaux se livrer +à sa gourmandise. <a href="#p028">28.</a></p> +<p><i>Lettres</i>, savoir, connaissances. «Sans plus +grandes lettres chercher» (<a href="#p071">p. 71,</a> v. +7).</p> +<p><i>Lez</i> auprès, à côté de.</p> +<p><i>Lians</i>, liens. <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Librairie</i>, bibliothèque. <a href= +"#p054">54.</a></p> +<p><i>Lice</i>, lisière, laisse. <a href="#p171">171,</a> +v. 21.</p> +<p><i>Lit de parement</i>, <a href="#p089">89.</a> C'était +un grand lit d'honneur, avec dosseret, dais et courtines, chevet, +couvre-pied, marchepied, chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. +L.)</p> +<p><i>Ligne</i>, <a href="#p069">69,</a> lignée, race.</p> +<p><i>Linget</i>, mince, délié. <a href= +"#p064">64.</a></p> +<p><i>Lisse</i>, chienne, p. <a href="#p171">171,</a> v. 20</p> +<p>LOMBART, <a href="#p050">50.</a> Synonyme de juif ou usurier. +(P. L.) Plusieurs banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, +vinrent s'établir à Paris dans la rue qui porte +leur nom. Comme ils prêtaient à gros +intérêts, le peuple donna le nom de <i>lombards</i> +aux usuriers et prêteurs sur gages. (Pr.)—<i>Art +lombard</i>, <a href="#p171">171,</a> art d'attraper de +l'argent.</p> +<p>LOMER, <a href="#p091">91.</a></p> +<p>LORRAINES, <a href="#p081">8l.</a></p> +<p><i>Los</i>, lot. <a href="#p134">134.</a></p> +<p>LOTH, <a href="#p069">69.</a></p> +<p>LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, <a href="#p017">17,</a> +<a href="#p062">62.</a> Prompsault croit qu'il s'agit d'un +bourgeois de Paris qui concourut à remettre la ville de +Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait conseiller +à la Chambre des comptes par Louis XI.</p> +<p><i>Loyaument</i>, loyalement.</p> +<p><i>Loyer</i>, récompense. <a href="#p045">45.</a></p> +<p>LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. <a href= +"#p023">23.</a></p> +<p><i>Loz</i>, louange. <a href="#p109">109.</a></p> +<p><i>Lubres</i> (<a href="#p095">p. 95,</a> v. 3), sombres et +tristes, dit Pr.</p> +<p>LUCRESSE. Lucrèce. <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Lunettes</i>, yeux, vue. Samson fut livré par Dalila +aux Philistins, qui lui crevèrent les yeux. C'est ce que +Villon rapporte ainsi <a href="#p045">p. 45,</a> <a href= +"#p002">2.</a> <a href="#p021">21:</a> «Samson en perdit +ses lunettes.»</p> +<p><i>Lutter</i>, faire le métier de baladin. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><i>Luz</i>, luths. <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Ly</i>, le, les. <a href="#p036">36.</a></p> +<p>LYMOUSINS, <a href="#p185">185,</a> <a href="#p199">199,</a> +<a href="#p202">202.</a></p> +<p>LYSLE EN FLANDRE, Lille. <a href="#p022">22.</a></p> +<p><i>Lysses</i>, lices, luttes: «à tenir amoureuses +lysses» (<a href="#p040">p. 40,</a> v. 29).</p> +<p><b>————— M +—————</b></p> +<p><i>M'</i>, mon, ma. «Par m'ame.» <a href= +"#p073">73.</a></p> +<p>MACÉE <i>d'Orléans</i>. <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p><i>Macher</i>, manger. <a href="#p187">187.</a></p> +<p>MACQUAIRE, <a href="#p076">76.</a></p> +<p>MACROBE, <a href="#p081">81.</a></p> +<p>MAGDELAINE (<i>la</i>), <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Maignan</i>, chaudronnier. <a href="#p119">119.</a></p> +<p><i>Maille</i>, petite pièce de monnaie. <a href= +"#p086">86,</a> <a href="#p180">180,</a> <a href= +"#p208">208.</a></p> +<p><i>Maille</i>, pas du tout. «Je ne vous crains pas +maille», <a href="#p151">151.</a></p> +<p><i>Mailler</i>, battre à coups de marteau, de maillet. +<a href="#p116">116.</a></p> +<p><i>Maillon</i>, maillot. <a href="#p054">54.</a></p> +<p><i>Main mise</i>, <a href="#p052">52.</a> «Dieu nous +garde de la main mise», nous préserve d'être +pris.</p> +<p>MAIREBEUF. <a href="#p017">17,</a> <a href="#p062">62.</a></p> +<p><i>Mais</i>, plus. «Il n'a mais qu'un peu de +billon.» (<a href="#p019">P. 19,</a> v. 9.)</p> +<p><i>Mais que</i>, pourvu que.</p> +<p><i>Maistre des testament</i>, <a href="#p097">97.</a> Je ne +sais ce que c'était.</p> +<p><i>Maistrie</i>, domination. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Mal, male</i>, mauvais, mauvaise.</p> +<p>MALCHUS, <a href="#p199">199.</a> Servir Malchus, +c'était, selon M. P. L., servir un homme +d'épée à la guerre, porter un épieu, +une guisarme ou un coutelas, appelé <i>Malchus</i>, du nom +de celui à qui saint Pierre coupa une oreille.</p> +<p><i>Mal gré</i>, disgrâce. <a href= +"#p058">58.</a></p> +<p><i>Malheureté</i>, infortune, malheur, +misère.</p> +<p><i>Mallement</i>, méchamment, durement.</p> +<p>MALPENSÉ, <a href="#p011">11.</a> Personnage +imaginaire, aux idées peu nettes.</p> +<p><i>Maltalent</i>, méchanceté, colère. <a +href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Mander</i>, envoyer. <a href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Manna</i>, manne. <a href="#p107">107.</a></p> +<p><i>Manne</i>. «Venir de manne» (<a href= +"#p073">73</a>), venir du ciel, comme la manne.</p> +<p><i>Marché au filè</i> (?), <a href= +"#p080">80.</a></p> +<p><i>Marché (hault et bas)</i>, <a href="#p195">195,</a> +toutes sortes d'affaires, y compris les affaires d'amour.</p> +<p><i>Marchesens</i> (?), <a href="#p175">175.</a></p> +<p>MARGOT (<i>la grosse</i>), <a href="#p082">82,</a> <a href= +"#p083">83.</a></p> +<p>MARIE (<i>d'Orléans</i>), <a href="#p105">105.</a></p> +<p>MARION LA PEAU TARDE, <a href="#p091">91.</a></p> +<p>MARION L'YDOLLE, <a href="#p084">84,</a> <a href= +"#p086">86.</a></p> +<p>MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. <a href="#p091">P. +91.</a></p> +<p><i>Mariottes</i>, femmes mariées (?), <a href= +"#p098">98.</a></p> +<p>MARQUET. <a href="#p092">92.</a></p> +<p>MARTIN GALLANT, <a href="#p185">185.</a></p> +<p>MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une +tavernière. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines +arrosées par la Crou, petite rivière qui passe +à Gonesse et à Saint-Denis.</p> +<p><i>Maschouère</i>, mâchoire, <a href= +"#p052">52.</a></p> +<p><i>Mate chère</i>, triste mine. <a href= +"#p052">52.</a></p> +<p><i>Mathelins (l'ordre des)</i>, <a href="#p070">70,</a> +l'ordre des fous, des insensés. Peut-être la +confrérie des Sots ou de Mère-Sotte, cette +société joyeuse de poëtes et de +comédiens, qui était alors la rivale de la +Confrérie dramatique de la Passion. (P. L.)</p> +<p><i>Mathelineux</i>, fou.</p> +<p>MATHIEU, <a href="#p066">p. 66.</a> M. B. L. suppose qu'il +s'agit de Mathieu de Gand, trouvère du XIIIe +siècle, qui a écrit contre les moines.</p> +<p><i>Mathon</i>, fromage mou. (P. L.)</p> +<p>MATHUSALÉ, Mathusalem, <a href="#p023">23.</a></p> +<p><i>Mau</i>, mauvais, <a href="#p065">65,</a> <a href= +"#p084">84.</a></p> +<p>MAUBUAY, <a href="#p063">p. 63.</a> La fontaine Maubuée +(c'est-à-dire malpropre) était située +à l'entrée de la rue de ce nom, qui n'avait alors +que des filles et des mauvais garçons pour habitants (P. +L.). Villon envoie Jean Raguyer boire à la fontaine +Maubuée, <a href="#p001">1.</a></p> +<p><i>Mauffez</i>, le diable. Villon dit assez irrespectueusement +que le prêtre, exorcisant les possédés, prend +le diable par le col avec son étole (<a href="#p036">p. +36</a>).</p> +<p><i>Mauldite</i>, injuriée avec blasphème. (P. +L.)</p> +<p><i>Maulgré</i>, malgré. <a href= +"#p158">158.</a></p> +<p><i>Maulx</i>, mauvais. <a href="#p106">106,</a> v. 12.</p> +<p>MAUTAINCT, <a href="#p074">74.</a></p> +<p>MEHUN, <a href="#p024">24,</a> <a href="#p084">84.</a></p> +<p>MEHUN (<i>Jehan de</i>), continuateur du <i>Roman de la +Rose</i>, <a href="#p066">66.</a></p> +<p><i>Meins</i>, moins. <a href="#p154">154.</a></p> +<p><i>Meist</i>, mit. <a href="#p060">60.</a></p> +<p>MENDIANS (<i>frères</i>), <a href="#p066">66,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Menestrier</i>, musicien. <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>Menroit</i>, mènerait. <a href="#p201">201.</a></p> +<p><i>Mercerot</i>, petit mercier. «Moy, pauvre mercerot de +Rennes» (<a href="#p037">p. 37,</a> v. 21), signifie gueux +comme un <i>mercelot</i>, c'est-à-dire comme ces merciers +ou porte-balles qui couraient le pays, et qui étaient +affiliés aux bandes de gueux et de bohémiens.</p> +<p><i>Merciz</i>, miséricorde.</p> +<p><i>Mereaulx</i>, jetons qui servaient à faire les +comptes.</p> +<p><i>Mérencolie</i>, mélancolie, folie. <a href= +"#p188">188.</a></p> +<p><i>Merir</i>, mériter. <a href="#p055">55,</a> v. +8.</p> +<p><i>Merit</i>, mérite. <a href="#p052">52,</a> v. 1.</p> +<p>MERLE, <a href="#p070">70.</a></p> +<p><i>Meschance</i>, misère, malheur.</p> +<p><i>Meschief</i>, malheur, accident, <a href= +"#p141">141.</a></p> +<p><i>Meschoir</i>, arriver du mal.</p> +<p><i>Mescompter (se)</i>, s'exposer à des +mécomptes. <a href="#p007">7.</a></p> +<p><i>Mesdire</i>, mentir. «Je le dys et ne croys +mesdire.» (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 20.)</p> +<p><i>Meseaulx</i>, lépreux. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Meshaigné</i>, blessé, en mauvais +état. <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Meshaing</i>, peine. <a href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Meshuy</i>, <a href="#p150">p. 150.</a> «C'est +à meshuy!» C'est maintenant, pour le +coup!—Aujourd'hui. <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Mesprendre</i>, mal agir, <a href="#p027">27,</a> <a href= +"#p042">42,</a> <a href="#p133">133.</a></p> +<p><i>Masprins</i>, mal agi, <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Messaigières</i>, entremetteuses. <a href="#p080">P. +80,</a> v. 9.</p> +<p><i>Messe (seiche)</i>, <a href="#p093">93,</a> messe sans +consécration.</p> +<p><i>Mestier</i>, besoin. <a href="#p061">6l,</a> <a href= +"#p197">197,</a> <a href="#p200">200.</a></p> +<p><i>Mestier (bas)</i>, affaires d'amour.</p> +<p>MEUNG, <a href="#p146">p. 146.</a> C'est le continuateur du +<i>Roman de la Rose</i>, Jehan de Meung. Voy. MEHUN.</p> +<p><i>Meurdri</i>, meurtri. <a href="#p016">16.</a></p> +<p><i>Meure</i>, mûre, fruit de la ronce. «Plus noir +que meure.» (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 9.)</p> +<p><i>Meurté</i>, maturité. <a href= +"#p026">26.</a></p> +<p>MICHAULT DU FOUR, <a href="#p063">63.</a></p> +<p>MICHAULT le bon fouterre, <a href="#p057">57.</a> Il y a dans +le recueil publié par Barbazan un fabliau du +<i>Foteor</i>; mais le héros du conte n'est pas +nommé.</p> +<p><i>Mie</i>, pas du tout. <a href="#p062">62.</a></p> +<p><i>Miege</i>, mégissier. <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Mignon</i>, favori. <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Mignotte</i>, jolie, mignonne. <a href="#p041">41,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Mineur</i>, petit. «Haro, haro, le grand et le +mineur!» (<a href="#p058">p 58,</a> v 11.) A l'aide, grands +et petits!</p> +<p><i>Mirlificques</i>, <a href="#p185">185.</a> Merveilles, pour +<i>mirifiques</i>. (P. L.)</p> +<p><i>Misericors</i>, indulgent, miséricordieux <a href= +"#p022">22.</a></p> +<p><i>Miste</i>, joli, aimable. <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Mitaines</i>. L'avant-dernier vers de la <a href= +"#p046">page 46</a> fait allusion à l'usage, qui n'est pas +encore complètement perdu, de donner des gants aux +convives d'une noce.</p> +<p><i>Mitaines de fer</i>, gantelets. <a href= +"#p152">152.</a></p> +<p><i>Mocque</i>, moquerie. <a href="#p175">175.</a></p> +<p><i>Mol</i> mollet. <a href="#p061">61.</a></p> +<p>MONFAULCON, <a href="#p215">215.</a></p> +<p><i>Monopolles</i>, cabales, complots. <a href= +"#p205">205.</a></p> +<p><i>Monstier</i>, couvent.</p> +<p>MONTMARTRE, <a href="#p081">8l.</a></p> +<p>MONTPIPPEAU, <a href="#p086">86.</a></p> +<p>MONT-VALÉRIEN, <a href="#p081">81.</a></p> +<p><i>Moralitez</i> (<a href="#p087">p. 87</a>), pièces +dramatiques dont les vertus, les vices, etc., sont les +personnages.</p> +<p>MOREAU, <a href="#p050">50.</a></p> +<p><i>Morillon</i> (vin), <a href="#p100">p. 100.</a> Vin +rouge</p> +<p><i>Mors</i>, mordu. <a href="#p143">143,</a> v. 18.</p> +<p><i>Mort</i>. «Aller de mort à vie», <a +href="#p091">p. 91,</a> est un jeu de mots, l'inverse d'aller de +vie à trépas.</p> +<p>MORTELLERIE (<i>Rue de la</i>), à Paris. <a href= +"#p200">200.</a></p> +<p><i>Morteux</i>, mortels. <a href="#p159">159.</a></p> +<p>MORTIER D'OR. Paraît avoir été l'enseigne +de Jehan de la Garde, l'épicier. (<a href="#p017">P. +17,</a> v. 1.)</p> +<p><i>Moulier</i>, femme, <a href="#p046">46.</a></p> +<p><i>Moult</i>, très, beaucoup.</p> +<p><i>Mouse</i>, museau. <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Mousse</i>, <a href="#p173">p. 173,</a> v. 21. Vin On dit +encore <i>moût</i> dans le sens de <i>vin nouveau</i>. (P. +L.) Je crois qu'il s'agit plutôt des frais faits pour +paraître, pour se faire <i>mousser</i>.</p> +<p><i>Moustarde (aller à la)</i>, <a href="#p091">91,</a> +faire grand bruit d'une chose, s'en vanter, en parler à +tout propos.</p> +<p><i>Moutonnier</i>, <a href="#p012">12.</a> M. P. L. croit que +Changon était un <i>mouton</i> ou faux compagnon que +Villon avait rencontré dans les prisons, pour son malheur. +C'est assez vraisemblable.</p> +<p><i>Muer</i>, changer. <a href="#p027">27.</a></p> +<p><i>Muguelias</i>, muglias, <a href="#p204">204.</a> Sorte de +parfum.</p> +<p>MULLE, <a href="#p060">60,</a> probablement une enseigne.</p> +<p><i>Musars</i>, fainéants, <a href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Muser</i>, s'amuser, perdre son temps. <a href= +"#p079">79</a></p> +<p><i>Musser</i>, cacher. <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Mye</i>, point, pas du tout. <a href="#p202">202.</a></p> +<p><b>————— N +—————</b></p> +<p><i>N'</i>, ni <a href="#p108">108.</a></p> +<p>NABUGODONOZOR, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>NANCY. <a href="#p171">P. 171.</a> Ce souvenir du siège +et de la bataille de Nancy, où les Suisses défirent +le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, prouve, +ainsi que l'a remarqué M. P. L., que le <i>Dialogue de +Mallepaye et Baillevent</i> a été composé +après l'année 1477.</p> +<p><i>Naquet</i>, <a href="#p169">169,</a> jeune garçon, +d'où <i>laquais</i> (P. L.). On appelait +particulièrement <i>naquets</i> les garçons des +jeux de paume.</p> +<p>NARCISSUS, Narcisse, <a href="#p046">46,</a> <a href= +"#p122">122.</a></p> +<p><i>Natté</i>, garni de nattes, suivant l'usage du +temps. «En chambre bien nattée», <a href= +"#p078">78.</a></p> +<p><i>Naveau</i>, navet. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Navrer</i>, blesser.</p> +<p><i>Ne</i>, ni.</p> +<p><i>Ne que</i>, pas plus que.</p> +<p><i>Nectelet</i>, <a href="#p169">169.</a> Propret, bien +vêtu.</p> +<p><i>Nennil, nenny</i>, non.</p> +<p><i>Noailleux</i>, noueux. <a href="#p155">155.</a></p> +<p>NOÉ, <a href="#p069">69.</a></p> +<p>NOÉ LE JOLYS, <a href="#p046">46,</a> <a href= +"#p085">85.</a> Probablement un ancien compagnon de Villon, qui +le chargea dans son premier procès pour se disculper +lui-même, et ne fut condamné qu'au tiers de la peine +infligée à Villon. Celui-ci lui en gardait encore +rancune lorsqu'il écrivit le grand Testament. (Huitain +CXLII.)</p> +<p><i>Noise</i>, bruit, querelle.</p> +<p><i>Nombrer</i>, compter. <a href="#p118">118.</a></p> +<p>NOTRE-DAME-DE-PARIS, <a href="#p187">187.</a></p> +<p><i>Nourri</i>, élevé, <a href="#p002">2.</a></p> +<p><i>Noyse</i>, bruyt, querelle.</p> +<p><i>Noysier</i>, faire du bruit, quereller. <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p><i>Nully</i>, nul, aucun, personne. <a href= +"#p213">213.</a></p> +<p><i>Nuyctée</i>, durée de la nuit. <a href= +"#p078">78.</a></p> +<p><i>Nuysance</i>, préjudice. <a href= +"#p144">144.</a></p> +<p><b>————— O +—————</b></p> +<p><i>O</i>, avec. <a href="#p069">69,</a> <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p><i>Obstant</i>, malgré, nonobstant.</p> +<p>OCTOVIEN, <a href="#p122">122.</a> Prompsault croit qu'il +s'agit de Caius Julius Caesar Octavianus, qui fut empereur sous +le nom d'Auguste.</p> +<p><i>Oës</i>, oies. <a href="#p092">92.</a></p> +<p><i>Onc, oncques</i>, jamais.</p> +<p><i>Oppresse</i>, oppression. <a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Ord</i>, sale.</p> +<p><i>Orbes</i>, <a href="#p115">115,</a> aveugles, selon +M.P.L.</p> +<p><i>Ores</i>, maintenant.</p> +<p><i>Orfaverie</i>, orfèvrerie, bijoux, ornements en or. +<a href="#p068">68,</a> <a href="#p146">146.</a></p> +<p>ORLÉANS, <a href="#p066">66.</a></p> +<p>ORPHEUS, Orphée, <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>Orrez</i>, entendrez.</p> +<p><i>Ost</i>, armée.</p> +<p><i>Ostade</i>, étoffe précieuse. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Ot</i>, entend, <a href="#p051">51.</a>—Eut, <a href= +"#p046">46.</a></p> +<p><i>Ou</i>, au. <a href="#p029">29,</a> v. 4; <a href= +"#p106">106,</a> v. 17.</p> +<p><i>Oubliance</i>, oubli. <a href="#p018">18.</a></p> +<p><i>Oultraige</i>, courage intempestif, outrecuidance. <a href= +"#p152">152,</a> <a href="#p154">154.</a></p> +<p><i>Oultrement</i>, beaucoup, plus que de raison, <a href= +"#p001">1.</a></p> +<p><i>Ouquel</i>, auquel, dans lequel.</p> +<p><i>Ouvrer</i>, travailler. <a href="#p087">87.</a></p> +<p><i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>; refrain ou +commencement de chanson. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Oy</i>, entends, <a href="#p113">113.</a></p> +<p><i>Oystres</i>, huîtres. <a href="#p030">30.</a></p> +<p><i>Oyt</i>, entend. <a href="#p064">64,</a> <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p><b>————— P +—————</b></p> +<p><i>Paillart</i>, gueux. <a href="#p194">194.</a></p> +<p><i>Palais</i> (le), à Paris, <a href="#p185">185,</a> +<a href="#p206">206.</a></p> +<p><i>Pallus, palux</i>, marais. <a href="#p055">55,</a> <a href= +"#p122">122.</a></p> +<p><i>Panon de Bissac</i> (<a href="#p155">p. 155</a>), pennon ou +bannière de toile grise (P. L.).</p> +<p><i>Paour</i>, peur.</p> +<p><i>Paouvre</i>, pauvre. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Papaliste</i>, papauté. <a href="#p035">35.</a></p> +<p><i>Papier</i> (p. <a href="#p051">51,</a> v. 12), respirer, +souffler.</p> +<p><i>Par tel</i>, de telle façon. Peut-être le vers +22 de la <a href="#p181">page 181</a> devrait être ainsi: +«Par tel si, qui veue ne l'aura.»</p> +<p><i>Pardoint</i>, pardonne. <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Pardons</i>, <a href="#p180">180.</a> Prières +publiques, processions et autres pratiques pieuses auxquelles +étaient attachées des indulgences +particulières. (P. L.)</p> +<p><i>Pardonneurs</i>, vendeurs d'indulgences, de pardons. <a +href="#p174">174,</a> <a href="#p180">180.</a></p> +<p><i>Parfaict</i>, achevé. <a href="#p188">188.</a></p> +<p><i>Parfond</i>, profond.</p> +<p>PARIS, <a href="#p033">33.</a></p> +<p>PARIS, <a href="#p066">66,</a> <a href="#p080">80,</a> <a +href="#p088">88,</a> <a href="#p101">101,</a> <a href= +"#p184">184,</a> <a href="#p199">199</a> et <i>passim</i>.</p> +<p><i>Parit</i>, engendra, <a href="#p051">51,</a> v. 20.</p> +<p><i>Parmi</i>, avec. <a href="#p050">50.</a>—Au milieu +de, dans. <a href="#p153">153.</a>—A travers. <a href= +"#p104">104.</a></p> +<p><i>Partement</i>, départ.</p> +<p>PAS. Il est question, <a href="#p074">p. 74,</a> v. 13 et +suiv., d'un pas d'armes tenu par René d'Anjou, qui prenait +le titre de roi de Sicile.</p> +<p><i>Passot</i> (<a href="#p083">83</a>). Pr. croit que c'est +une lance; M. P. L., une épée courte.</p> +<p>PATAC, patard, petite monnaie. <a href="#p069">69,</a> <a +href="#p199">199.</a></p> +<p>PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, <a href= +"#p115">115.</a> Pr. fait la remarque qu'il n'y a pas de +forêt dans cette localité, et qu'il n'y vient pas de +châtaignes.</p> +<p>PATHELIN, <a href="#p179">179,</a> <a href="#p196">196.</a> Le +héros d'une farce bien connue, qu'on a attribuée +à Villon.</p> +<p><i>Pathelin</i>, <a href="#p166">166,</a> <a href= +"#p169">169,</a> langage mielleux et plein d'artifices.</p> +<p><i>Paulme (en)</i>, dans la main. «Seur comme qui +l'auroit en paulme», <a href="#p072">p. 72.</a></p> +<p>PAUQUEDENAIRE, <a href="#p196">p. 196,</a> est +présenté comme un homme expert en tromperies, comme +Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement connu. Voy. +POICDENAIRE.</p> +<p><i>Peaultre</i>, <a href="#p048">48.</a> Suivant Cotgrave, le +<i>peautre</i> est le gouvernail d'un navire. Dans <i>l'Ancien +théâtre français</i>, t. II, p. 155, on +trouve <i>battu comme peaultre</i>, ce qui équivaut +à <i>battu comme plâtre</i>.</p> +<p><i>Peaussa</i>, couvert d'une peau épaisse et +ridée. <a href="#p041">41.</a></p> +<p><i>Pehon</i>, piéton, fantassin. <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Pel</i>, peau. <a href="#p143">143.</a></p> +<p><i>Peiner (se)</i>, se donner de la peine. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><i>Penancier</i>, Pénitencier, confesseur. <a href= +"#p188">188.</a></p> +<p><i>Penart</i>, lance ornée d'un pennon. <a href= +"#p147">147.</a></p> +<p>PENESSAC (<i>monsieur de)</i>, <a href="#p200">200.</a></p> +<p><i>Per</i>. «Reçoit son per et se joint à +la plume», <a href="#p074">p. 74,</a> v. 20.</p> +<p><i>Per ou non per</i>, pair ou non, quoi qu'il en soit. <a +href="#p193">193.</a></p> +<p>PERDRYER (<i>Jehan et Françoys</i>), <a href= +"#p075">75.</a></p> +<p>PERNET (<a href="#p158">158</a>), <i>Perrenet</i> (<a href= +"#p157">157</a>), diminutifs de <i>Pierre</i>, nom du franc +archer de Bagnolet.</p> +<p><i>Perpétrer</i>, obtenir, acquérir. <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p>PERRETTE, <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Perrucatz</i>, <a href="#p178">178.</a> Gens à +perruque. On appelait perrucats tous les gens de la Basoche (P. +L.)</p> +<p><i>Pery</i>, perdu, <a href="#p051">51,</a> v. 23.</p> +<p><i>Pesle</i>, poêle, s. m. <a href="#p048">48.</a></p> +<p>PESTEL (<i>enseigne du</i>), ou pilon. <a href= +"#p200">200.</a></p> +<p><i>Petiote</i>, petite. <a href="#p026">26.</a></p> +<p>PETIT-PONT, à Paris. <a href="#p081">81,</a> <a href= +"#p190">190.</a></p> +<p><i>Peu</i>, repu, nourri. (<a href="#p021">P. 21,</a> v. +13.)</p> +<p>PHILIPPOT, <a href="#p092">92.</a></p> +<p>PHOEBUS, <a href="#p122">122.</a> La clarté Phoebus, +c'est, on le sait, la lumière du jour.</p> +<p>PICARDS, <a href="#p122">122.</a> C'étaient des +hérétiques qui ne faisaient aucune prière +pour les morts. Voilà pourquoi Villon promet à +Thibault d'Aussigny une <i>prière de Picard</i>.</p> +<p>PICARDES, <a href="#p081">81.</a></p> +<p><i>Pieça</i>, il y a longtemps.</p> +<p><i>Piétonner</i>, courir à pied. <a href= +"#p152">152.</a></p> +<p><i>Piez blancs</i>, <a href="#p008">p. 8.</a> Avoir les pieds +blancs, c'est, suivant M. P. L., revenir de loin, comme les +voyageurs aux pieds poudreux.</p> +<p><i>Piez de veaux (faire les)</i>, danser, faire des gambades. +<a href="#p112">112.</a></p> +<p><i>Pigne</i>, peigne, <a href="#p069">69.</a></p> +<p><i>Pigon</i>, pigeon. «Les pigeons qui sont en +l'essoine, enserrez sous trappe volière» (<a href= +"#p015">p. 15,</a> v. 27-28), sont des prisonniers enfermez dans +une prison grillée.</p> +<p><i>Pion</i>, buveur, ivrogne. <a href="#p052">52,</a> <a href= +"#p070">70.</a></p> +<p><i>Pipeur ou hazardeur de dez</i> (<a href="#p087">87</a>), +filou qui joue avec des <i>dés pipés</i>.</p> +<p><i>Piteux</i>, porté à la pitié. <a href= +"#p175">175.</a></p> +<p><i>Plain</i>, uni <a href="#p142">142;</a>—entier. +«Tant que je suis en mon plain sens» (<a href= +"#p024">p 24,</a> v. 9).</p> +<p><i>Plaindre</i>, regretter. «Je plaings le temps de ma +jeunesse.» (<a href="#p027">P. 27,</a> v. 25.)</p> +<p><i>Plaisance</i>, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutôt +affaires d'amour.</p> +<p><i>Plaisant</i>, agréable. <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Plait</i>, plaid, plaidoyer. «A peu de +plaît», sans grands discours.</p> +<p><i>Planté</i>, abondance, <a href="#p178">178.</a></p> +<p><i>Plaque</i> (<a href="#p061">p. 61</a>), monnaie +fabriquée sous Charles VII, à l'imitation des +Pays-Bas.</p> +<p>PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, <a href="#p213">213,</a> <a +href="#p215">215.</a></p> +<p><i>Pleige</i>, caution, répondant. <a href= +"#p033">33.</a></p> +<p><i>Plet</i>, voy. <i>Plait</i>.</p> +<p><i>Plombée</i>, <a href="#p099">99.</a> Fouets ou +masses garnis de plomb. (P. L.)</p> +<p><i>Plours</i>, pleurs. <a href="#p144">144.</a></p> +<p><i>Plumail. Mettre le plumail au vent</i> (<a href= +"#p049">49,</a> v. 1), se jeter résolument dans un +parti.</p> +<p>POICTOU, <a href="#p062">62.</a></p> +<p><i>Poirre</i>, peter. <a href="#p064">64,</a> v. 1.</p> +<p><i>Poise</i>, pèse, tourmente, <a href="#p101">101,</a> +<a href="#p163">163,</a> <a href="#p179">179.</a></p> +<p><i>Poisle</i>, poêle, <a href="#p048">48.</a></p> +<p>PONT A SILLON. Pont au change. <a href="#p179">179,</a> <a +href="#p182">182.</a></p> +<p>PONTHOISE, <a href="#p101">101.</a></p> +<p>PONTHIÈVRE. Penthièvre. <a href= +"#p152">152.</a></p> +<p>PONTLIEU (<i>Jean de</i>), <a href="#p066">66.</a> C'est Jean +de Poilli, docteur de Paris, implacable adversaire des moines +mendiants au XIVe siècle. Il avait écrit plusieurs +ouvrages qui furent condamnés par le pape Jean XXII. +Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses hérésies +et faire amende honorable. (P. L.)</p> +<p>POPIN (<i>l'abreuvoir</i>). Cet abreuvoir était au bout +du Pont-Neuf, vis-à-vis la rue Thibautaudez. On a +démoli de nos jours une voûte qui conduisait +à cet abreuvoir, où les truands et les mauvais +garçons se réunissaient, au moyen âge, avec +les ribaudes et les bohémiennes. (P. L.)</p> +<p>POMME DE PIN. Cabaret de Paris. <a href="#p061">61,</a> <a +href="#p192">192.</a></p> +<p>POMPÉE, <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Porte-paniers</i>. Portefaix, porteurs de hottes. <a href= +"#p089">89.</a></p> +<p><i>Pou</i>, peu, <a href="#p082">82,</a> <a href= +"#p146">146.</a></p> +<p><i>Poulaille</i>, volaille. <a href="#p064">64,</a> <a href= +"#p151">151.</a></p> +<p><i>Poulce</i>, <a href="#p173">173.</a> «Jouer du +poulce», donner de l'argent.</p> +<p><i>Pour-demain</i>, après-demain. <a href= +"#p161">161.</a></p> +<p><i>Pourbondir</i> un cheval, le faire caracoler, <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Pour ce que</i>, parce que.</p> +<p><i>Pourchasser</i>, poursuivre, procurer.</p> +<p><i>Pourmener</i>, promener. «Pourmené de l'uys au +pesle» (<a href="#p048">p. 48</a>), promené de la +porte au poêle, du froid au chaud; lanterné.</p> +<p><i>Pourpenser (se)</i>, penser, décider à par +soi.</p> +<p>POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras était, +je pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper +le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une +hôtellerie (Pr.)—Le peuple appelait abbesse de +Poilras, une maquerelle publique qui avait été +rasée au pilori, fouettée et chassée de la +ville. (P.L.)</p> +<p><i>Poursuivans</i> (<a href="#p037">P. 37,</a> v. 10). +Poursuivants d'armes. C'était un des premiers grades de la +chevalerie. (P.L.)</p> +<p><i>Pourtraicte</i>, formée. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Pourtraicture</i>, portrait, visage. <a href= +"#p082">82.</a></p> +<p><i>Poylette</i>, petite poêle. <a href= +"#p077">77.</a></p> +<p>POYSSONNERIE (la), à Paris. <a href= +"#p187">187.</a></p> +<p>POYTOU, <a href="#p185">185.</a> voy. POICTOU.</p> +<p>PRAGMATIQUE SANCTION. <a href="#p166">166.</a></p> +<p><i>Prébendé</i>, chargé, comme d'une +prébende.</p> +<p><i>Premier</i>, premièrement, d'abord, <a href= +"#p053">53,</a> v. 9.</p> +<p><i>Prescheur</i>, celui qui prêche, prédicateur. +<a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Prescripre</i>, transcrire (?). <a href="#p093">93.</a></p> +<p><i>Preudhommye</i>, prud'homie. <a href="#p142">142.</a></p> +<p>PRIAME, Priam, roi de Troie. <a href="#p120">120.</a></p> +<p>PRINCE DES SOTZ (<a href="#p063">p. 63</a>). C'était le +chef électif de la confrérie joyeuse de la Bazoche +du Palais et le <i>maître des jeux</i> de cette association +dramatique. On le nommait tous les ans à la fête de +mai, et ses suppôts étaient tenus de lui +obéir pendant toute la durée de ses pouvoirs. +(P.L.)</p> +<p><i>Procès</i>, actes, pièces de +procédure. <a href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Prochas</i>, recherche. <a href="#p165">165.</a></p> +<p>PROSERPINE, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>Prou, assez. <a href="#p170">170.</a></p> +<p>PROVINS, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Provision</i> (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 4), recours, +remède.</p> +<p><i>Prunier</i> «En qu'en son prunier n'a pas creu» +(<a href="#p038">p. 38,</a> v. 23), qui n'est pas de son +invention, de son cru.</p> +<p>PSALMISTE (<i>le</i>) David. <a href="#p107">107.</a></p> +<p>Psaulme <i>Deus laudem</i>, <a href="#p023">p. 23.</a> C'est +le psaume 108: <i>Deus laudem meam</i>, etc. Le verset +septième, qui servait de prière à Villon +quand il faisait des voeux pour l'évêque +d'Orléans, est ainsi conçu: <i>Fiant dies ejus +pauci et episcopatum ejus accipiat alter</i>. «Que les +jours de sa vie soient réduits au plus petit nombre, et +que son évêché passe à un autre. +«C'est le sens que le poëte donne au mot +<i>episcopatum</i>. (Pr.)</p> +<p><i>Puis</i>, depuis.</p> +<p><b>————— Q +—————</b></p> +<p><i>Quanque</i>, ce que, <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Quant de, quant est de</i>, à l'égard de, +quant à. <a href="#p023">23,</a> <a href="#p032">32,</a> +<a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Quantz</i>, combien de. <a href="#p167">167.</a></p> +<p><i>Ouars et dix</i> (<a href="#p112">112),</a> taxes et +dîmes. (P.L.)</p> +<p><i>Que</i>, à, de quoi. <a href="#p030">30,</a> v. 19; +<a href="#p057">57,</a> v. 12.</p> +<p><i>Queloingne</i>, quenouille. «Autre que moy est en +queloingne» (<a href="#p009">p. 9,</a> v. 10), signifie que +Villon a été supplanté auprès de sa +maîtresse.</p> +<p><i>Querir, querye</i>, chercher.</p> +<p><i>Qui</i>, ce qui. «Qui n'esteit à moy grand +saigesse.» (<a href="#p039">P. 39,</a> v. 18.)</p> +<p><i>Qui ne quoy</i>, rien, quoi que ce soit. <a href= +"#p030">30.</a></p> +<p><i>Quiers</i>, veux, cherche à. <a href="#p046">P. +46.</a></p> +<p><i>Quinze-Vingtz</i>, <a href="#p088">88.</a> Les +pensionnaires de l'hôpital fondé par Saint-Louis +pour trois cents aveugles.</p> +<p><i>Quoy</i>, tranquille, en repos. <a href="#p030">30.</a></p> +<p><b>————— R +—————</b></p> +<p><i>R'abiller</i>, réparer, remettre en état, <a +href="#p001">1.</a></p> +<p><i>Racoustré</i>, raccoutré, +réparé. <a href="#p002">2.</a></p> +<p>RAGUYER (<i>Jacques</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p>RAGUYER (<i>Jean</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p><i>Raillart</i>, railleur, bon vivant, <a href= +"#p038">38.</a></p> +<p><i>Railler</i>, faire le métier de bouffon, <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><i>Raillon</i> (<a href="#p094">p. 94</a>), dard. Le raillon +était une espèce de flèche triangulaire. +(P.L.)</p> +<p><i>Raimasser</i> (?), <a href="#p167">167.</a></p> +<p><i>Raine</i>, rainette. <a href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Rains</i>, <a href="#p013">p. 13.</a> M.P.L. rapproche ce +mot de <i>rainceaux</i>, et le traduit par <i>rameaux, +fagots</i>. «Les fagots, dit-il, étaient +empilés de chaque côté des vastes +cheminées du XVe siècle. On s'appuyait donc contre +les <i>rains</i> en se chauffant la plante des pieds.»</p> +<p><i>Ralias, rallias, ralyas</i>, festin, régal. <a href= +"#p082">82,</a> <a href="#p205">205.</a></p> +<p><i>Ramenteu</i>, rappelé, remémoré.</p> +<p><i>Ramentevoir</i>, rappeler. <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Ranguillon</i>, ardillon. <a href="#p100">100.</a></p> +<p><i>Rappeau</i>, nouvel appel. <a href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Ravis</i>, enragés. «A loups ravis grosse +pasture», <a href="#p176">176,</a> v. 8.</p> +<p><i>Raye (coucher en)</i>, <a href="#p165">p. 165.</a> Se +mettre en évidence.</p> +<p><i>Réau</i>, <a href="#p061">6l,</a> royal d'or. Cette +monnaie valait 30 sols tournois en 1470. (P. L.)</p> +<p><i>Réagal</i>, <a href="#p076">76.</a> Espèce +d'arsenic rouge. (P. L.)</p> +<p><i>Rebours</i>, <a href="#p106">106,</a> ce qui rebute.</p> +<p><i>Rebourse</i>, revêche, <a href="#p203">203.</a></p> +<p><i>Rebouter</i>, rebuter, <a href="#p043">43,</a> v. 15.</p> +<p><i>Rebrassès colletz</i>, <a href="#p033">33,</a> +collets fort hauts et bien plissés (Pr.).—Collets +bordés de fourrures. (P. L.)</p> +<p><i>Recipe</i>, <a href="#p076">76,</a> ordonnance de +médecin.</p> +<p><i>Recoeuvre, trouve</i>, obtienne. <a href="#p043">43,</a> v. +23.</p> +<p><i>Recorder</i>, rappeler, <a href="#p079">79.</a></p> +<p><i>Recors (être)</i>, se rappeler. <a href= +"#p088">88.</a></p> +<p>RECOUVRER, rendre. «Et que vie me recouvra.» <a +href="#p023">24,</a> v. 18.</p> +<p><i>Recreu</i>, fatigué, lassé. <a href= +"#p038">38,</a> <a href="#p165">l65.</a></p> +<p><i>Recueil</i>, accueil, <a href="#p137">137.</a></p> +<p><i>Recullet (en)</i>, dans un coin, acculé. <a href= +"#p113">113.</a></p> +<p><i>Réer</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 9), raser, +râcler.</p> +<p><i>Refrigère</i>, rafraîchissement. <a href= +"#p052">52.</a></p> +<p>REIMS, <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>Relaiz</i>, ressource. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Relief</i>, <a href="#p163">163.</a> On appelait relief +l'ordre du prince qui autorisait un officier à toucher ses +appointements échus pendant son absence. (P. L.)</p> +<p><i>Remaine</i>, reste. «Que le refrain ne vous +remaine.» (<a href="#p035">P. 35,</a> v. 3.)</p> +<p><i>Remain</i> reste, <a href="#p010">10.</a></p> +<p><i>Remenant (le)</i>, le reste. <a href="#p030">30,</a> <a +href="#p050">50.</a></p> +<p><i>Reminer</i>, considérer. <a href="#p017">17.</a></p> +<p><i>Remordre</i>, causer du regret, des remords. (<a href= +"#p025">P. 25,</a> v. 21.)</p> +<p><i>Renchère</i>, <a href="#p192">192.</a> Pr. suppose +que c'est le bâton dont on se sert pour porter deux sceaux, +un à chaque bout.</p> +<p>RENÉ (d'Anjou), roi de Sicile. <a href= +"#p074">74.</a></p> +<p>RENES, Rennes, <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Repaistre</i>, manger, se régaler.</p> +<p><i>Repentailles</i>, regrets, repentir. <a href= +"#p039">39,</a> <a href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Reprouche</i>, chose répréhensible. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Repues franches</i>, repas qui ne coûtent rien.</p> +<p><i>Requérir</i>, quérir, chercher à +nouveau. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Requoy (en), à requoy</i>, en repos, tranquille, <a +href="#p030">30,</a> <a href="#p168">168.</a></p> +<p><i>Résceans</i> (?), <a href="#p170">170.</a></p> +<p><i>Rescondre</i>. Renfermer, du latin <i>recondere</i>. (P. +L.)</p> +<p><i>Rescrire</i>, écrire, rapporter, <a href= +"#p027">27.</a></p> +<p><i>Résiner</i>, résigner. «Pour leurs +offices résiner» (<a href="#p205">p. 205</a>), pour +prendre congé et régler leurs comptes.</p> +<p><i>Respit</i>, répit, repos. <a href= +"#p030">30.</a></p> +<p><i>Ressourdant</i>, <a href="#p166">166,</a> Ressortant, +brillant. (P. L.)</p> +<p><i>Retraict</i>, retiré. <a href="#p041">41,</a> <a +href="#p113">113.</a></p> +<p><i>Retraire</i>, retirer. <a href="#p047">47,</a> <a href= +"#p054">54,</a> <a href="#p080">80,</a> <a href= +"#p137">137.</a></p> +<p><i>Revencher</i> (se), prendre sa revanche, se +prévaloir. <a href="#p028">28</a>—<i>Eux +revencher</i>, se venger. <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Revenue</i>, retour. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Rez</i>, <a href="#p093">93.</a> Le rez d'une pomme en est +l'épluchure.</p> +<p><i>Rez</i>, rasé. <a href="#p095">95,</a> v. 8.</p> +<p><i>Ribler</i>, <a href="#p067">67,</a> voler pendant la nuit, +comme les ribauds, <i>ribaldi</i>. (P.L.)</p> +<p><i>Ribleur</i>, voleur de nuit. <a href="#p098">98.</a></p> +<p>RICHER (<i>Pierre</i>), <a href="#p071">71.</a></p> +<p>RICHIER (<i>Denis</i>), <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Rie</i>, moquerie, raillerie. <a href="#p042">42,</a> v. +22.</p> +<p><i>Riotte</i>, querelle, dispute. <a href="#p098">98.</a></p> +<p>RIOU (<i>Jean</i>), <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Risse</i>, rirais. <a href="#p058">58.</a></p> +<p>ROBERT, <a href="#p050">50.</a></p> +<p>ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.</p> +<p>ROLLANT, <a href="#p157">157.</a></p> +<p>ROMAN DE LA ROSE, <a href="#p025">25.</a></p> +<p>ROMMANTE <i>du Pet au diable</i>, <a href="#p054">54.</a> +Ouvrage imaginaire que Villon s'attribue.</p> +<p>ROME, <i>Romme</i>. <a href="#p081">81,</a> <a href= +"#p121">121.</a></p> +<p>RONSEVILLE (<i>Pierre de</i>), concierge de Louvieulx. <a +href="#p017">17.</a> Il y a une localité de ce nom dans le +département de l'Oise.</p> +<p>ROSE, <a href="#p056">56.</a></p> +<p>ROSNEL, <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Rottes</i>, vents qui s'échappent de l'estomac. <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Rouge</i>, fin. Terme d'argot. <a href="#p185">185.</a></p> +<p><i>Roulet</i>, <a href="#p114">114.</a> Du latin +<i>rotulus</i>, parce que les livres étaient +roulés. (P.L.)</p> +<p><i>Roupieux</i>, désappointé, avec un pied de +nez. <a href="#p205">205.</a></p> +<p>ROUSSILLON, <a href="#p099">99.</a></p> +<p><i>Route</i>, bande, troupe. <a href="#p148">148.</a></p> +<p><i>Royaulx</i>, p. <a href="#p169">169,</a> Écus +d'or.</p> +<p><i>Royne</i>, reine.</p> +<p><i>Ru</i>, ruisseau. Battu «comme à ru +telles» (<a href="#p046">p. 46</a>), comme le linge qu'on +lave.</p> +<p><i>Rubis</i>. Cl. Marot pense que les beaux rubis +légués par Villon aux soldats du guet (<a href= +"#p013">13,</a> v. 23) étaient des rubis de taverne.</p> +<p>RUEL, <a href="#p086">86.</a></p> +<p>RUEL (<i>Jehan de</i>), <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Ruer</i>, jeter. <a href="#p151">151.</a>—<i>Ruer +jus</i>, abattre, <a href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Run</i>, ruine. <a href="#p166">166.</a></p> +<p><i>Rustes</i>, paysans, gens grossiers. <a href= +"#p169">169.</a></p> +<p><i>Ruyt</i>, ardeur amoureuse, rut. <a href= +"#p083">83.</a></p> +<p><i>Rymer</i>, <a href="#p087">87,</a> faire des vers.</p> +<p><i>Rynceau</i>, rameau, rainceau. <a href="#p145">145.</a></p> +<p><b>————— S +—————</b></p> +<p><i>Sà jus</i>, ici bas. <a href="#p105">105,</a> <a +href="#p108">108.</a></p> +<p><i>Sade</i>, gentil, gentille, aimable. <a href= +"#p083">83,</a> <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Sadinet</i>, la nature de la femme. <a href= +"#p040">40.</a></p> +<p><i>Saillir</i>, sortir. <a href="#p027">27,</a> <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Sainctir</i>, devenir saint. <a href="#p185">185.</a></p> +<p>SAINT-AMANT, <a href="#p060">60.</a></p> +<p>SAINT ANDRÉ, <a href="#p107">107.</a></p> +<p>SAINT ANTOINE (feu), <a href="#p017">17,</a> <a href= +"#p044">44.</a></p> +<p>S. CRISTOFLE, <a href="#p074">74.</a></p> +<p>S. DENIS, <a href="#p157">p. 157.</a> Le cri des +Français était <i>Montjoie S. Denis</i>; celui des +Bretons était <i>Bretagne et S. Yves</i>. (P.L.)</p> +<p>S. DOMINIQUE. <a href="#p090">90.</a> «Les Frères +Prêcheurs, ordre institué par saint Dominique, +étaient chargés de l'inquisition en France.» +(Pr.)</p> +<p>S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. <a href="#p096">96.</a></p> +<p>SAINCT-GENOU, <a href="#p062">62.</a></p> +<p>S. GEORGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p151">151,</a> +<a href="#p158">158.</a></p> +<p>S. GILLE, <a href="#p207">207.</a></p> +<p>S.-INNOCENT, paroisse de Paris. <a href="#p181">181.</a></p> +<p>S. JACQUES, <a href="#p158">158.</a></p> +<p>S.-JACQUES, paroisse de Paris, <a href="#p012">p. 12.</a></p> +<p>S. JEAN-BAPTISTE, <a href="#p046">46,</a> <a href= +"#p107">107,</a>—<i>feu saint Jean</i>, <a href= +"#p166">166.</a></p> +<p>SAINT JULIAN DES VOVENTES, <a href="#p062">62.</a></p> +<p>S. MARTIAL, <a href="#p024">24.</a></p> +<p>S. MARTIN, <a href="#p158">158.</a></p> +<p>S. MATHIEU, <a href="#p218">218.</a></p> +<p>SAINCT OMER, <a href="#p045">45.</a></p> +<p>S. PIERRE, <a href="#p162">162.</a></p> +<p>S. PIERRE DE ROME, <a href="#p189">189.</a></p> +<p>S. PIERRE DES ARSIS, église située dans la +Cité. <a href="#p215">215.</a></p> +<p>S. REMY DE RAINS, <a href="#p190">190.</a></p> +<p>SAINT SATUR <i>soubz Sancerre</i>, <a href="#p057">57.</a></p> +<p>S. VICTOR, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>S. YVES, voy. S. Denis.</p> +<p>SAINCTE-AVOYE, <a href="#p094">94.</a> Villon veut être +enterré dans cette église parce que c'est la seule +de Paris qui ne soit pas au rez-de-chaussée. Elle +était au second étage.</p> +<p>Ste BARBE, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Sainte Souffrette</i>, patronne imaginaire des gueux. <a +href="#p212">212.</a></p> +<p><i>Sallade</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href= +"#p152">152,</a> <a href="#p157">157,</a> casque sans heaume et +sans crête, espèce de pot de fer. (P.L.)</p> +<p>SALINS, <a href="#p037">37,</a> <a href="#p070">70.</a></p> +<p>SALMON, Salomon, <a href="#p045">45,</a> <a href= +"#p114">114.</a></p> +<p>SAMSON, <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>S'amye</i>, son amie, sa maîtresse.</p> +<p>SANCERRE, <a href="#p057">57.</a></p> +<p>SANG. Le sang menstruel servait à faire des philtres et +autres breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. +<a href="#p077">p. 77,</a> v. 11 et 12.</p> +<p><i>Sans</i>, cens, c'est-à-dire rente, revenu. <a href= +"#p072">P. 72,</a> v. 3.</p> +<p><i>Saqueboute</i>, sorte d'épieu. <a href= +"#p148">148.</a></p> +<p><i>Sarazinoys</i>, d'Orient. «Gingembre +sarazinois.» <a href="#p064">64.</a></p> +<p>SARDANA (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 7). On a fait beaucoup +de conjectures au sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de +Crète, et plus tard vécut de la vie des femmes. Il +n'y en a pas une de satisfaisante.</p> +<p>SARDANAPALUS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>SATURNE, <a href="#p014">14.</a></p> +<p><i>Saulsoye</i>, lieu planté de saules, arbres qui ne +portent point de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon +lègue «le gland d'une saulsoye». (<a href= +"#p012">P. 12,</a> v. 10).</p> +<p><i>Scarbot</i>, escarbot. <a href="#p084">84.</a></p> +<p><i>Scotiste</i>, écossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que +le roi d'Ecosse qui avait la moitié de la face vermeille, +c'est-à-dire une <i>tache de vin</i> (<a href="#p035">p. +35</a> v. l3), était Jacques II, mort en 1460.</p> +<p>SCYPION L'AFFRIQUAIN, <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Se</i>, si. L'e s'élidait souvent: «S'evesque +il est, seignant les rues» (<a href="#p021">21</a> v. +7).</p> +<p><i>Seigner</i>, bénir en faisant le signe de la croix +(<a href="#p021">p. 21,</a> v. 7).</p> +<p><i>Seigneurier</i>, dominer. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Séjour</i> «Prebstre sans séjour» +(<a href="#p186">p. 186</a>) peut s'entendre de deux +façons: sans cure et sans résidence; sans loisir et +sans repos. (P. L.)</p> +<p><i>Senestre</i>, gauche.</p> +<p><i>Senez</i>, anciens, vieillards, hommes de sens. <a href= +"#p037">37.</a></p> +<p><i>Sensif</i>, <a href="#p018">18,</a> sensitif, +<i>sensorium</i> siège du sentiment. (P. L.)</p> +<p><i>Sensitif</i>, le tact, le toucher. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Sentemens</i>, sentiments, intelligence. <a href= +"#p025">25.</a></p> +<p><i>Sequentement</i>, en suivant. <a href="#p160">160.</a></p> +<p><i>Sequeure</i>, secourt, <a href= +"#p043">43.</a>—Secoure. <a href="#p159">159.</a></p> +<p><i>Serain</i>, soir. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Sereine</i>, Sirène. <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Serf</i>. Ce mot sert de prétexte à une +équivoque. «Je ne suis son serf ne sa biche» +(<a href="#p021">21.</a> V 12).</p> +<p>SERGENTS, <a href="#p063">63.</a> Le prévôt de +Paris avait deux compagnies de sergents à pied et à +cheval, composées de 110 hommes chacune, et ayant leurs +corps de garde aux barrières de la ville. (P. L.)</p> +<p><i>Serre (tenir)</i>, <a href="#p051">51,</a> v. 1. J'ignore +ce que cela veut dire.</p> +<p><i>Servans</i>, serfs, serviteurs. «Aussi bien meurt +filz que servans» (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 18) +signifie: Les maîtres meurent aussi bien que les +serviteurs, les fils de famille aussi bien que les serfs.</p> +<p><i>Ses</i>, ces. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Seur</i>, sûr. <a href="#p071">71,</a> <a href= +"#p142">142.</a></p> +<p><i>Si</i>, ainsi, oui, en effet.</p> +<p><i>Similative (faculté)</i>, faculté d'imiter. +<a href="#p018">18.</a></p> +<p>SIMON MAGUS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Simplesse</i>, simplicité, ignorance. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Sires</i>, seigneurs. <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Sist</i>, assit, <a href="#p202">202.</a></p> +<p><i>Sollier</i>, plancher. <a href="#p094">94.</a></p> +<p><i>Some</i>, auguste <a href="#p001">1.</a> <a href= +"#p108">108.</a></p> +<p><i>Somme</i>, sommeil. <a href="#p118">P. 118,</a> v. 16.</p> +<p><i>Somme</i>, en somme. <a href="#p051">51.</a></p> +<p><i>Somme</i>, compter, <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Sommet</i>, tête. <a href="#p084">84.</a></p> +<p>SORBONNE. «Je ouis la cloche de Sorbonne» (<a +href="#p017">p. 17,</a> v. 20). Ce vers ne prouve pas que Villon +était dans les prisons de l'Université, puisqu'il +est certain qu'il était libre lorsqu'il composa le +<i>Petit Testament</i>, mais seulement qu'il logeait dans le +voisinage de la Sorbonne.</p> +<p><i>Sortir (soy)</i>, se fournir, s'approvisionner. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Sot</i>, bouffon, comédien. <a href="#p063">63,</a> +<a href="#p098">98.</a> Voy. <i>Prince des sots</i>.</p> +<p><i>Souef</i>, doux. <a href="#p033">33,</a> <a href= +"#p075">75.</a> Doucement. <a href="#p090">90.</a></p> +<p><i>Sonffrette</i>, disette. <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Souffreteux</i>, pauvre diable, misérable. <a href= +"#p206">206.</a></p> +<p><i>Soulas</i>, plaisir, joie. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Souldre</i>, régler, résoudre. <a href= +"#p102">102.</a></p> +<p><i>Souldure</i>, liaison, union. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Soullon</i>, <a href="#p099">p. 99.</a> M.P.L. dit que +c'était un ballon avec lequel on jouait à la +<i>soulle</i>. Le mot doit être prononcé +<i>souillon</i>, et n'a pas besoin d'être expliqué. +On le retrouve <a href="#p120">p. 120.</a></p> +<p><i>Souloir</i>, avec coutume.</p> +<p><i>Soustenance</i>, soutien. <a href="#p144">144.</a></p> +<p><i>Soustenir</i>, porter. <a href="#p208">208.</a></p> +<p><i>Souventesfoys</i>, souvent. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Soyer</i>, scier. <a href="#p119">119.</a></p> +<p><i>Submectre</i>, soumettre. <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Substantement</i>, nourriture, soutien. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Sumer</i>, semer. <a href="#p074">74,</a> v. 16.</p> +<p><i>Sur</i>, chez, <a href="#p013">13,</a> v. 17.</p> +<p><i>Surcot</i>, manteau.</p> +<p><i>Surquerir</i>, <a href="#p012">12.</a> Enrichir, de +<i>succurrere</i>, suivant M.P.L.</p> +<p><i>Sus (Mettre)</i>, mettre en vigueur, soutenir. <a href= +"#p010">10.</a></p> +<p><i>Sus (mis)</i>, surgis, venus. <a href="#p172">172.</a></p> +<p>SUYSSES, <a href="#p171">171.</a></p> +<p><i>Sydère</i>, astre. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><b>————— T +—————</b></p> +<p>TABARIE <i>(Guy)</i>, copiste du <i>Roman du Pet au +Diable</i>. <a href="#p054">54.</a></p> +<p><i>Tabart</i>, manteau.</p> +<p><i>Tachon</i>, instrument servant à chasser les +mouches. <a href="#p011">11.</a></p> +<p>TACOT (<i>Colas</i>), <a href="#p097">97.</a></p> +<p><i>Tailleur de faulx coings</i>, faux monnayeur. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p>TAILLEVENT, <a href="#p076">76.</a> Le livre de Taillevent, +«grand cuisinier du roy de France», eut plusieurs +éditions au quinzième siècle et au +commencement du seizième.</p> +<p><i>Talemouze</i>, sorte de pâtisserie. <a href= +"#p063">63.</a></p> +<p><i>Tancer, tencer</i>, disputer.</p> +<p>TANTALUS, Tantale. <a href="#p122">122.</a></p> +<p>TARANNE (<i>Charlot</i>), <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Targe</i>, <a href="#p070">70.</a> La targe était +une ancienne monnaie de Bretagne, ou <i>brette</i>, du latin +<i>bretta</i>. Son nom lui venait de ce que le revers portait une +<i>targe</i>, ou bouclier échancré. (P.L.)</p> +<p><i>Tarny</i>, terni, usé. <a href="#p172">172.</a></p> +<p><i>Tauxer</i>, taxer, imposer. <a href="#p166">166.</a></p> +<p><i>Tayon</i>, oncle. <a href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Telles</i>, toiles. <a href="#p046">46,</a> v. 24.</p> +<p>TEMPLE (<i>la closture du</i>), à Paris. <a href= +"#p061">61.</a></p> +<p><i>Tencer</i>, v. <i>tancer</i>.</p> +<p><i>Tenir</i>, posséder des biens sous la +suzeraineté de quelqu'un: «Soubz luy ne tiens s'il +n'est en friche» (<a href="#p021">21,</a> v. 10).</p> +<p><i>Tenné</i>, <a href="#p037">37,</a> ennuyé, +tourmenté. Cette expression s'emploie encore dans le +langage familier.</p> +<p><i>Terrien, terrienne</i>, terrestre.</p> +<p><i>Tettes</i>, mamelles. <a href="#p041">41.</a></p> +<p>THAÏS, <a href="#p034">34.</a> Courtisane +célèbre, qui vivait à Athènes vers le +milieu du quatrième siècle. (Pr.)</p> +<p>THAMAR, <a href="#p046">46.</a></p> +<p>THEOPHILUS, <a href="#p055">55.</a> Voy. le <i>Miracle de +Théophile</i>, par Gautier de Coinsi. <i>Rennes</i>. 1838, +in-8.</p> +<p>THIBAULT, (<i>Jacques</i>), <a href="#p049">49.</a> Voy. +AUSSIGNY.</p> +<p><i>Tholouzaines</i>, femmes de Toulouse. <a href= +"#p080">80.</a></p> +<p><i>Ticquet</i>, loquet (?), <a href="#p169">169.</a></p> +<p><i>Tieulx</i>, tels. <a href="#p016">16.</a></p> +<p><i>Tocquer</i>, toucher. <a href="#p175">175.</a></p> +<p><i>Tollu</i>, pris, ôté. <a href= +"#p039">39.</a></p> +<p><i>Tor</i>, taureau. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Tostée</i>, pain trempé dans du vin. <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p><i>Touaille</i>, serviette, pièce de toile. <a href= +"#p029">29.</a></p> +<p><i>Toult</i>, ôte, enlève. <a href= +"#p108">108.</a></p> +<p><i>Tour d'escolle</i> (<a href="#p070">70</a>), tour de +vaurien.</p> +<p><i>Tourbes</i>, foule. <a href="#p107">107.</a></p> +<p><i>Toute jour</i>, toute la journée. <a href= +"#p044">44.</a></p> +<p><i>Trac</i>, trace, train. <a href="#p199">199.</a></p> +<p><i>Tracer</i>, suivre à la piste. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><i>Trahistre</i>, traître, méchant. <a href= +"#p098">98.</a></p> +<p><i>Traicte</i>, tirée, extraite. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Traictis</i>, joli. <a href="#p040">40.</a></p> +<p><i>Traire</i>, tirer. <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Transglouti</i>, englouti. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Transmué</i>, changé. <a href= +"#p121">121.</a></p> +<p><i>Transy</i>, trépassé. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Trasse</i>, trace, piste. <a href="#p176">176.</a></p> +<p><i>Trasser</i>, suivre à la piste, poursuivre. <a href= +"#p176">176.</a></p> +<p><i>Travail</i>, souffrance, peine, adversité. <a href= +"#p025">25,</a> <a href="#p115">115.</a></p> +<p><i>Travailler (se)</i>, s'occuper, s'employer. <a href= +"#p072">72.</a></p> +<p><i>Tresbucher</i>, tomber, <a href="#p155">l55.</a></p> +<p><i>Trespercer</i>, transpercer. <a href="#p008">8,</a> <a +href="#p154">154.</a></p> +<p><i>Tressuer</i>, tressaillir. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Trestous</i>, tous.</p> +<p><i>Trestout</i>, tout, entièrement.</p> +<p><i>Tretisses</i>, voy. <i>traictiss</i>.</p> +<p><i>Treuver</i>, trouver. <a href="#p036">36.</a></p> +<p>TRISTAN, prévost des mareschaulx (<a href="#p092">p. +92</a>), est le fameux Tristan l'Ermite, prévôt de +l'hôtel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)</p> +<p>TROÏLE (<a href="#p074">74</a>), fils de Priam et +d'Hécube, fut tué par Achille au siège de +Troie. (P.L.)</p> +<p><i>Trompille</i>, trompe, trompette. <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Trop plus</i>, beaucoup plus, trop. <a href= +"#p022">22.</a></p> +<p>TROU PERRETTE, <a href="#p097">97,</a> probablement un +cabaret. Marot dit que c'était un jeu de paume.</p> +<p><i>Trousse</i>, carquois. <a href="#p173">173.</a></p> +<p>TROUSSECAILLE (<i>Robin</i>), <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Trousser au col</i>, emporter sur les épaules. <a +href="#p011">11.</a></p> +<p>TROYENS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>TROYS, Troyes. <a href="#p045">45.</a></p> +<p>TROYS LICTS (<a href="#p013">p. 13,</a> v. 25), chambre du +Châtelet un peu plus commode que les autres, +peut-être. (Pr.)</p> +<p><i>Truandailles</i>, hommes de la lie du peuple. <a href= +"#p039">39.</a></p> +<p><i>Trumellières</i>, porte-manteau, accroché au +<i>trumeau</i>, partie de mur entre deux fenêtres, <a href= +"#p011">11.</a></p> +<p><i>Truys</i>, trouve. <a href="#p144">144.</a></p> +<p><i>Tumbel</i>, tombeau. <a href="#p094">94.</a></p> +<p>TURGIS (<i>Robert</i>). <a href="#p050">50,</a> <a href= +"#p060">60,</a> <a href="#p062">62.</a></p> +<p>TURLUPINS, TURLUPINES, <a href="#p066">66,</a> <a href= +"#p179">179,</a> hérétiques du treizième et +du quatorzième siècle, qui s'appelaient +eux-mêmes la <i>Confrérie des pauvres</i>, et qui +n'étaient pas plus orthodoxes en matière de morale +qu'en matière de religion. On a désigné +quelquefois sous ce nom les ordres mendiants des deux sexes.</p> +<p>TUSCA (<i>de</i>), chef de police ou capitaine d'aventures. <a +href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Tyran</i>, tyran. <a href="#p078">78.</a></p> +<p><b>————— U +—————</b></p> +<p><i>Unes</i>, une paire de. «Et unes houses de +basane.» <a href="#p073">P. 73.</a> v. 7.— +«Unes brayes breneuses.» <a href="#p077">P. +77.</a></p> +<p><i>Uys</i>, porte. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><b>————— V +—————</b></p> +<p><i>Vacquerie</i>, vicairie. <a href="#p068">68.</a></p> +<p>VALENCIENNES, <a href="#p081">81.</a></p> +<p>VALERE LE GRAND, Valère Maxime. <a href= +"#p027">27.</a></p> +<p><i>Valeton</i>, serviteur, amoureux. <a href= +"#p049">49.</a></p> +<p>VALLETTE (<i>Jehan</i>), <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Varlet</i>, garçon de cabaret, de cuisine. <a href= +"#p193">193,</a> <a href="#p197">197,</a> <a href= +"#p208">208.</a></p> +<p><i>Vaulsist</i>, valait, <a href="#p026">26.</a></p> +<p>VAUSELLES (<i>Katherine de</i>), <a href="#p046">46.</a></p> +<p>VAUVERT (le diable de). L'opinion commune était que les +diables habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on +appelait rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)</p> +<p><i>Vecy</i>, voici.</p> +<p><i>Veez</i>, voyez. <a href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Vela</i>, voilà.</p> +<p><i>Venerieux</i>, relatif à l'amour. «A tous les +Dieux venerieux.» (<a href="#p008">P. 8,</a> v. 7.)</p> +<p><i>Vent (avoir le)</i>, <a href="#p173">173,</a> être +favorisé de la fortune. On dit aujourd'hui: Avoir vent en +poupe.</p> +<p><i>Venteur</i>, <a href="#p096">96,</a> homme qui se vante +volontiers.</p> +<p>VENUS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Veoir</i>, voir. <a href="#p025">25.</a>—Vrai. <a +href="#p197">197.</a></p> +<p><i>Verdi</i>, p. <a href="#p168">168,</a> v. 24 (?). +Peut-être faut-il lire: «Gorgias, sur le hault +vestu.»</p> +<p><i>Vers</i>, envers. <a href="#p024">24.</a></p> +<p>VICESTRE, <a href="#p012">12,</a> <a href="#p073">73.</a> Le +château de Bicêtre. Il était en ruines du +temps de Villon.</p> +<p><i>Viellart</i>, vieillard. <a href="#p069">69.</a></p> +<p><i>Vielle</i>. «Ma vielle ay mys soubz le banc», +<a href="#p048">p. 48,</a> veut dire: j'ai renoncé au jeu, +j'ai quitté la partie.</p> +<p>VIENNE en Dauphiné. <a href="#p037">37.</a></p> +<p>VILLON (Guillaume), <a href="#p009">9,</a> <a href= +"#p053">53.</a> Ce Guillaume Villon ou de Villon n'était +pas le père du poëte, puisque celui-ci, qui l'appelle +son «plus que père», parle de lui, dans le +<i>Grand Testament</i> (<a href="#p053">p. 53</a>) comme d'une +personne encore en vie, et lui lègue sa +bibliothèque, tandis qu'il vient de dire (<a href= +"#p032">p. 32</a>) que son père est mort, M. Nagel s'est +attaché à prouver qu'il n'était même +pas son parent, d'où la conclusion que le poëte +aurait adopté le nom de Villon pour faire honneur à +son maître et protecteur. Il se fonde +particulièrement sur le huitain IX du <i>Petit +Testament</i>, où François dit que sa +renommée <i>bruit</i> en faveur du nom de Guillaume, et +sur le huitain 23 du <i>Grand Testament</i>, où il se +plaint qu'il est abandonné des siens, ce qui ne s'accorde +pas avec les témoignages de reconnaissance qu'il prodigue +à Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez +concluant. On pourrait objecter néanmoins qu'en se disant +abandonné du moindre des siens, tout en parlant comme il +le fait des bontés que Guillaume avait pour lui, Villon se +rappelait cet axiome, que l'exception confirme la règle. +Quant à l'honneur que sa renommée devait faire au +nom de Villon, il importait peu que Guillaume fût ou non de +la famille du poëte: le résultat était le +même pour lui.</p> +<p><i>Villotières</i>, coureuses, filles de mauvaise vie. +Voy. Cotgrave.</p> +<p><i>Vin de buffet</i>, vin commun et frelaté. <a href= +"#p065">65.</a></p> +<p><i>Vin (aller au)</i>, <a href="#p083">p. 83,</a> c'est aller +au cabaret chercher du vin qu'on emporte dans l'endroit où +il doit être bu. C'est ainsi qu'on s'en procurait +généralement au moyen âge. Voy. <i>Ancien +théâtre français</i>. t. 1, p. 1955 <i>Farce +de Pernet</i> <i>qui va au vin</i>; t. 1, p. 250. <i>Farce du +gentilhomme et de Naudet</i>.</p> +<p>Vin d'Aulnys. <a href="#p060">60.</a>—de Baigneulx. <a +href="#p193">193.</a>—de Beaune. <a href="#p193">193,</a> +<a href="#p207">207.</a>—Morillon (rouge). <a href= +"#p100">100.</a></p> +<p><i>Vis</i>, visage. <a href="#p040">40.</a></p> +<p><i>Vivre d'avantage</i>, vivre sans rien débourser, aux +dépens d'autrui.</p> +<p><i>Vo</i>, votre. <a href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Voir</i>, vrai. <a href="#p028">28.</a></p> +<p><i>Voire</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 17), verre.</p> +<p><i>Voire</i>, vraiment. <a href="#p023">23,</a> <a href= +"#p145">145,</a> <a href="#p164">164.</a></p> +<p><i>Volse</i>, aille. <a href="#p022">22.</a></p> +<p>VOLLANT, <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Vouilliés</i>, veuillez <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Voulenté</i>, volonté.</p> +<p><i>Voulsisse</i>, voulusse. <a href="#p147">147.</a></p> +<p><i>Voulsist</i>, voulût. <a href="#p033">33,</a> <a +href="#p191">191.</a></p> +<p><i>Voult</i>, voulut. <a href="#p099">99.</a></p> +<p><i>Voultyz (sourcilz)</i>, sourcils arqués, bien +plantés. (<a href="#p040">P. 40.</a>)</p> +<p><i>Voyse</i>, aille. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Vueil</i>, voeu. <a href="#p075">75,</a> v. 9.</p> +<p><i>Vueil</i>, veux. <a href="#p022">22.</a></p> +<p><b>————— Y +—————</b></p> +<p>Y, il. «Cy sçay bien comment y m'en va.» <a +href="#p108">108.</a></p> +<p><i>Ydoine</i>, propre, <i>idoneus</i>.</p> +<p><i>Ypocras</i>, vin sucré et épicé. <a +href="#p078">78,</a> <a href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Ysnel</i>. prompt, alerte. <a href="#p074">74.</a></p> +<p>YTHIER, <a href="#p059">59.</a></p> +<p>Yver, hiver. <a href="#p085">85.</a></p> +<p>YVON, prénom commun en Bretagne. <a href= +"#p157">157.</a></p> +<br> +<br> +<br> + +<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3> +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary="" +style="text-align: left; width: 100%;"> +<tbody> +<tr> +<td style="vertical-align: top; width: 95%; text-align: left;"> +<br> +PRÉFACE<br> +REMARQUES PHILOLOGIQUES<br> +CLÉMENT MAROT AUX LECTEURS<br> +MAROT AU ROY FRANÇOIS Ier<br> +<br> + LE PETIT TESTAMENT<br> +<br> + LE GRAND TESTAMENT<br> +<div style="margin-left: 2em">Ballade des Dames du temps +jadis<br> +Ballade des Seigneurs du temps jadis<br> +Ballade en vieil françois<br> +Les Regrets de la belle Heaulmière<br> +Ballade de la belle Heaulmière<br> +Double Ballade sur le même propos<br> +Ballade que Villon fait à la requeste de sa mère, +pour prier Nostre Dame.<br> +Ballade de Villon à s'amye<br> +Lay ou plustost Rondeau<br> +Ballade et oraison<br> +Ballade que Villon bailla à un gentilhomme<br> +Ballade<br> +Ballade intitulée: <i>Les Contredictz de +Franc-Gontier</i><br> +Ballade des femmes de Paris<br> +Ballade de Villon et de la Grosse Margot<br> +Belle leçon de Villon aux enfans perduz<br> +Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie<br> +Lays<br> +Rondeau.<br> +Ballade par laquelle Villon crye mercy à chascun<br> +Ballade pour servir de conclusion<br> +<br> +</div> +POÉSIES DIVERSES: +<div style="margin-left: 2em">Le quatrain que feit Villon quand +il fut jugé à mourir<br> +L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et +ses<br> + compagnons,s'attendant estre pendu avec eulx<br> +La requeste de Villon à la Cour de Parlement.<br> +Ballade de l'appel de Villon.<br> +Le Dit de la naissance Marie.<br> +Double Ballade.<br> +Ballade Villon.<br> +Epistre en forme de Ballade, à ses amis.<br> +Le Débat du cueur et du corps de Villon.<br> +La Requeste que Villon bailla à Monseigneur de +Bourbon.<br> +Ballade des proverbes.<br> +Ballade des menus propos.<br> +Ballade des povres housseurs.<br> +Problème ou Ballade au nom de la Fortune.<br> +Ballade contre les mesdisans de la France.<br> +Le Jargon ou Jobelin de Maistre François Villon.<br> +<br> +</div> +POÉSIES ATTRIBUÉES A VILLON: +<div style="margin-left: 2em">I. Rondel.<br> +II. Rondel.<br> +III. Rondel.<br> +IV. Rondel.<br> +V. Rondel.<br> +VI. Rondel.<br> +VII. Rondel.<br> +VIII. Rondel.<br> +IX. Rondel.<br> +X. Rondel.<br> +XI. Rondel.<br> +XII. Rondel.<br> +XIII. Rondel.<br> +XIV. Ballade pour ung prisonnier.<br> +XV. Rondel.<br> +XVI. Ballade.<br> +XVII. Ballade morale.<br> +XVIII. Ballade.<br> +XIX. Ballade.<br> +XX. Ballade.<br> +XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.<br> +XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.<br> +XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.<br> +XXIV. Les Repeues franches de François Villon et de ses +compagnons.<br> +<div style="margin-left: 3em">Ballade de l'Acteur<br> +Ballade des Escoutans<br> +La Repeue de Villon et de ses compaignons<br> +<div style="margin-left: 1em">La manière d'avoir du +poisson.<br> +La manière d'avoir des trippes.<br> +La manière d'avoir du pain.<br> +La manière d'avoir du vin.<br> +La manière d'avoir du rost.<br> +</div> +Seconde Repeue, de l'Epidémie.<br> +La troisiesme Repeue, des Torcheculs.<br> +La quatriesme Repeue, du Souffreteux.<br> +La cinquiesme Repeue, du Pelletier.<br> +Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy.<br> +La septiesme Repeue, faicte auprès de Montfaulcon.<br> +<br> +</div> +</div> +NOTES<br> +<br> + GLOSSAIRE-INDEX<br> +<br> +</td> +<td style="vertical-align: top; width: 5%; text-align: right;"> +Pages<br> +<a href="#pV">V</a><br> +<a href="#pXXIII">XXIII</a><br> +<a href="#p001">1</a><br> +<a href="#p005">5</a><br> +<br> +<a href="#p007">7</a><br> +<br> +<a href="#p021">21</a><br> +<a href="#p034">34</a><br> +<a href="#p035">35</a><br> +<a href="#p036">36</a><br> +<a href="#p039">39</a><br> +<a href="#p042">42</a><br> +<a href="#p045">45</a><br> +<a href="#p055">55</a><br> +<a href="#p057">57</a><br> +<a href="#p059">59</a><br> +<a href="#p069">69</a><br> +<a href="#p074">74</a><br> +<a href="#p076">76</a><br> +<a href="#p078">78</a><br> +<a href="#p080">80</a><br> +<a href="#p083">83</a><br> +<a href="#p086">86</a><br> +<a href="#p087">87</a><br> +<a href="#p090">90</a><br> +<a href="#p095">95</a><br> +<a href="#p098">98</a><br> +<a href="#p099">99</a><br> +<br> +<br> + <a href="#p101">101</a><br> +<a href="#p101">101</a><br> +<br> +<a href="#p103">103</a><br> +<a href="#p104">104</a><br> +<a href="#p105">105</a><br> +<a href="#p107">107</a><br> +<a href="#p110">110</a><br> +<a href="#p111">111</a><br> +<a href="#p113">113</a><br> +<a href="#p115">115</a><br> +<a href="#p116">116</a><br> +<a href="#p117">117</a><br> +<a href="#p119">119</a><br> +<a href="#p120">120</a><br> +<a href="#p121">121</a><br> +<a href="#p124">124</a><br> +<br> +<br> + <a href="#p133">133</a><br> +<a href="#p133">133</a><br> +<a href="#p134">134</a><br> +<a href="#p135">135</a><br> +<a href="#p135">135</a><br> +<a href="#p136">136</a><br> +<a href="#p136">136</a><br> +<a href="#p136">136</a><br> +<a href="#p137">137</a><br> +<a href="#p138">138</a><br> +<a href="#p139">139</a><br> +<a href="#p139">139</a><br> +<a href="#p140">140</a><br> +<a href="#p140">140</a><br> +<a href="#p141">141</a><br> +<a href="#p142">142</a><br> +<a href="#p143">143</a><br> +<a href="#p144">144</a><br> +<a href="#p145">145</a><br> +<a href="#p146">146</a><br> +<a href="#p147">147</a><br> +<a href="#p150">150</a><br> +<a href="#p164">164</a><br> +<a href="#p178">178</a><br> +<a href="#p182">182</a><br> +<a href="#p183">183</a><br> +<a href="#p186">186</a><br> +<a href="#p187">187</a><br> +<a href="#p190">190</a><br> +<a href="#p191">191</a><br> +<a href="#p192">192</a><br> +<a href="#p194">194</a><br> +<a href="#p195">195</a><br> +<a href="#p199">199</a><br> +<a href="#p206">206</a><br> +<a href="#p210">210</a><br> +<a href="#p212">212</a><br> +<a href="#p215">215</a><br> +<br> +<a href="#p220">220</a><br> +<br> +<a href="#p227">227</a><br> +</td> +</tr> +</tbody> +</table> +<p><b>ADDITIONS ET CORRECTIONS.</b></p> +<p>Le nom de M. CAMPAUX est partout écrit par erreur +CAMPEAUX.</p> +<p>Les deux premiers huitains de la Ballade <a href="#p074">p. +74</a> donnent en acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-être +le nom du gentilhomme pour qui cette pièce fut +composée.</p> +<p>L'envoi de la <i>Ballade de la Grosse Margot</i> (<a href= +"#p084">p. 84</a>) donne en acrostiche le nom de Villon.</p> +<p><i>Fille en chief</i> (<a href="#p091">p. 91</a>), fille +coiffée de ses cheveux.</p> +<p>Les <i>Coups orbes</i> (<a href="#p115">p. 115</a>) sont des +coups produisant des contusions, des <i>bleus</i>.</p> +<p><i>Coustelez comme chiches</i> (<a href="#p171">p. 171</a>) +peut se traduire par: «à côtes, comme des pois +chiches».</p> +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***</div> +</body> +</html> + |
