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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:39:20 -0700
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+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=UTF-8">
+ <title>Oeuvres de Napoléon Bonaparte</title>
+ <meta name="author" content="Napoléon Bonaparte">
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+</head>
+<body>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12230 ***</div>
+
+<h1>OEUVRES DE<br>
+
+NAPOLÉON BONAPARTE.</h1>
+
+<h3>TOME PREMIER.</h3>
+
+<h2>C.L.F. PANCKOUCKE, Éditeur</h2>
+
+<h4>MDCCCXXI.</h4>
+<br><br><br>
+
+
+
+<p>NAPOLÉON BONAPARTE n'existe plus, sa vie
+appartient à l'histoire; peut-être ne convient-il
+pas de l'écrire encore, bien des faits doivent
+être appréciés, bien des passions calmées, bien
+des intérêts satisfaits, beaucoup d'affections et
+beaucoup d'inimitiés éteintes avant que l'on
+puisse parler avec impartialité et raison d'un
+homme aussi remarquable dans une période
+d'événemens si extraordinaires.</p>
+
+<p>Beaucoup de faits sont connus, sans doute,
+mais leur origine est loin d'être éclaircie, et ces
+faits ne peuvent être jugés qu'en appréciant sa
+position, qui l'a toujours commandé, la nature
+de son génie, qui lui a fait produire de grandes
+choses et commettre des fautes.</p>
+
+<p>Ce qu'il a écrit, ce qu'il a dit dans les diverses
+circonstances de son existence militaire
+et politique, servira mieux à le faire connaître
+que les discours de ses amis ou de ses ennemis.</p>
+
+<p>Son génie est empreint tout entier dans ses
+lettres écrites durant les campagnes d'Italie et
+d'Égypte: les lettres se succédaient chaque jour,
+sa pensée était partout. Sa correspondance durant
+le consulat n'a pas été moins active; nous
+y avons réuni les notes qu'il faisait alors insérer
+dans les journaux, et que plusieurs guides sûrs
+nous ont fait connaître.</p>
+
+<p>Nous publierons ensuite ses messages durant
+le gouvernement impérial, ses ordres du jour,
+ses proclamations, ses réponses aux députations,
+ses lettres aux divers souverains, et ces
+bulletins écrits, sous sa dictée, sur le champ
+même de bataille, un moment après la victoire.</p>
+
+<p>Nous y joindrons quelques actes émanés de
+sa seule volonté, et qui ont été comme les
+bases de son gouvernement et de sa politique
+intérieure, soit pour récompenser ceux qu'il
+aimait, soit pour punir ceux qu'il craignait.</p>
+
+<p>Nous ferons connaître, dans la dernière partie,
+les détails de ses entretiens familiers lors
+de sa plus grande élévation, ou dans son exil,
+et nous terminerons par plusieurs morceaux
+qu'il écrivit à Sainte-Hélène, et par des lettres
+confidentielles qui lui furent adressées à diverses
+époques.</p>
+
+<p>Le premier volume, qui paraîtra plus tard,
+fera connaître sa généalogie; cette pièce assez
+étendue a été extraite des registres de San-Miniato;
+elle se compose de vingt pièces, remonte
+jusqu'à 1268, et contient l'histoire de
+tous ses ascendans, elle n'avait jamais été publiée;
+nous y placerons une histoire chronologique
+très-détaillée de Bonaparte, et présentant
+tous les faits qui lui sont personnels, sans
+aucune observation critique. On pourra ainsi
+faire concorder les faits avec ses lettres, ses
+messages et ses discours<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Footnote 1:</b><a href="#footnotetag1"> (return) </a> Nous espérons aussi placer dans ce premier volume un
+discours que Bonaparte envoya fort jeune pour concourir à
+un prix proposé par l'Académie de Besançon. On nous a
+donné l'assurance de nous le faire connaître. Ce retard nous
+a forcé à différer la publication du tome premier.</blockquote>
+
+<p>Ce Recueil pourra être placé à côté des Commentaires
+de César, et des oeuvres de plusieurs
+illustres souverains. Il rappellera aux militaires
+les ordres qui ont dicté la victoire; à beaucoup
+d'autres personnes, les lettres qui leur ont envoyé
+des faveurs et qui les ont élevées à un rang
+dont elles jouissent aujourd'hui.</p>
+
+<p>Sans doute sa carrière si brillante a été ternie
+par des actions blâmables; mais que ceux qui
+seront les moins indulgens se rappellent cette
+captivité si longue supportée avec dignité, et
+cette mort reçue avec calme au milieu de la
+solitude de l'Océan; cette mort de celui dont
+tous les rois et leurs cours devaient porter le
+deuil; qu'ils se rappellent ces paroles du souverain
+qui fera plus par sa sagesse et par le
+temps pour le bonheur de la France, que Napoléon
+ne fit par sa rapidité et par ses armes,
+qui eut réellement le plus à s'en plaindre, et
+qui, parlant au fils adoptif de Bonaparte, lui
+dit: <i>J'ai souvent admiré celui que vous
+aimez</i>.</p>
+<br><br><br>
+
+<h4>OEUVRES</h4>
+<h2>DE NAPOLÉON</h2>
+<h3>BONAPARTE</h3>
+
+<hr class="short">
+
+<h4>LETTRE</h4>
+<h3>DE M. BUONAPARTE</h3>
+
+<h4>A M. MATTEO BUTTAFOCO,</h4>
+
+<h5>DÉPUTÉ DE LA CORSE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE.</h5>
+
+<p>MONSIEUR,</p>
+
+<p>Depuis Bonifacio au cap Corse, depuis
+Ajaccio à Bastia, ce n'est qu'un chorus
+d'imprécations contre vous. Vos amis se
+cachent, vos parens vous désavouent, et le
+sage même, qui ne se laisse jamais maîtriser
+par l'opinion populaire, est entraîné
+cette fois par l'effervescence générale.</p>
+
+<p>Qu'avez-vous donc fait? Quels sont donc
+les délits qui puissent justifier une indignation
+si universelle, un abandon si complet?
+C'est, monsieur, ce que je me plais à rechercher,
+en m'éclairant avec vous.</p>
+
+<p>L'histoire de votre vie, depuis au moins
+que vous vous êtes lancé sur le théâtre des
+affaires, est connue. Ses principaux traits
+en sont tracés ici en lettres de sang. Cependant,
+il est des détails plus ignorés: je
+pourrais alors me tromper; mais je compte
+sur votre indulgence et espère dans vos renseignemens.</p>
+
+<p>Entré au service de France, vous revîntes
+voir vos parens: vous trouvâtes les
+tyrans battus, le gouvernement national
+établi, et les Corses, maîtrisés par les grands
+sentimens, concourir à l'envi, par des sacrifices
+journaliers, à la prospérité de la
+chose publique. Vous ne vous laissâtes pas
+séduire par la fermentation générale: bien
+loin de là, vous ne vîtes qu'avec pitié ce
+bavardage de patrie, de liberté, d'indépendance,
+de constitution, dont l'on avait
+boursouflé jusqu'à nos derniers paysans.
+Une profonde méditation vous avait dès
+lors appris à apprécier ces sentimens factices,
+qui ne se soutiennent qu'au détriment
+commun. Dans le fait, le paysan doit travailler,
+et non pas faire le héros, si l'on
+veut qu'il ne meure pas de faim, qu'il élève
+sa famille, qu'il respecte l'autorité. Quant
+aux personnes appelées par leur rang et leur
+fortune au commandement, il n'est pas
+possible qu'elles soient long-temps dupes,
+pour sacrifier à une chimère leurs commodités,
+leur considération; et qu'elles s'abaissent
+à courtoiser un savetier, pour finale
+de faire les Brutus. Cependant, comme
+il entrait dans vos projets de vous captiver
+M. Paoli, vous dûtes dissimuler: M. Paoli
+était le centre de tous les mouvemens du
+corps politique. Nous ne lui refuserons pas
+du talent, même un certain génie: il avait
+en peu de temps mis les affaires de l'île
+dans un bon système: il avait fondé une
+université où, la première fois peut-être
+depuis la création, l'on enseignait dans
+nos montagnes les sciences utiles au développement
+de notre raison. Il avait établi
+une fonderie, des moulins à poudre, des
+fortifications qui augmentaient les moyens
+de défense: il avait ouvert des ports qui,
+encourageant le commerce, perfectionnaient
+l'agriculture: il avait créé une marine
+qui protégeait nos communications,
+en nuisant extrêmement aux ennemis. Tous
+ces établissemens, dans leur naissance, n'étaient
+que le présage de ce qu'il eût fait un
+jour. L'union, la paix, la liberté étaient
+les avant-coureurs de la prospérité nationale,
+si toutefois un gouvernement mal
+organisé, fondé sur de fausses bases, n'eût
+été un préjugé encore plus certain des malheurs,
+de l'anéantissement total où tout
+serait tombé.</p>
+
+<p>M. Paoli avait rêvé de faire le Solon;
+mais il avait mal copié son original: il
+avait tout mis entre les mains du peuple
+ou de ses représentans, de sorte qu'on ne
+pouvait exister qu'en lui plaisant. Étrange
+erreur! qui soumet à un brutal, à un mercenaire,
+l'homme qui, par son éducation,
+l'illustration de sa naissance, sa fortune,
+est seul fait pour gouverner. À la longue,
+un bouleversement de raison si palpable
+ne peut manquer d'entraîner la ruine et la
+dissolution du corps politique, après l'avoir
+tourmenté par tous les genres de maux.</p>
+
+<p>Vous réussîtes à souhait. M. Paoli,
+sans cesse entouré d'enthousiastes ou de
+têtes exaltées, ne s'imagine pas que l'on
+pût avoir une autre passion que le fanatisme
+de la liberté et de l'indépendance.</p>
+
+<p>Vous trouvant de certaines connaissances
+de la France, il ne daigna pas observer de
+plus près que vos paroles, les principes de
+votre morale: il vous fit nommer pour
+traiter à Versailles de l'accommodement
+qui s'entamait sous la médiation de ce cabinet.
+M. de Choiseul vous vit et vous connut:
+les âmes d'une certaine trempe sont
+d'abord appréciées. Bientôt, au lieu du
+représentant d'un peuple libre, vous vous
+transformâtes en commis d'un satrape:
+vous lui communiquâtes les instructions,
+les projets, les secrets du cabinet de Corse.</p>
+
+<p>Cette conduite, qu'ici l'on trouve basse
+et atroce, me paraît à moi toute simple;
+mais c'est qu'en toute espèce d'affaire, il
+s'agit de s'entendre et de raisonner avec
+flegme.</p>
+
+<p>La prude juge la coquette et en est persiflée;
+c'est en peu de mots votre histoire.</p>
+
+<p>L'homme à principes vous juge au pire;
+mais vous ne croyez pas à l'homme à principes.
+Le vulgaire, toujours séduit par de
+vertueux démagogues, ne peut être apprécié
+par vous, qui ne croyez pas à la vertu.
+Il n'est permis de vous condamner que par
+vos principes, comme un criminel par les
+lois; mais ceux qui en connaissent le raffinement,
+ne trouvent dans votre conduite
+rien que de très-simple. Cela revient donc
+à ce que nous avons dit, que, dans toute
+espèce d'affaires, il faut d'abord s'entendre,
+et puis raisonner avec flegme. Vous avez
+d'ailleurs par devers vous une sous-défense
+non moins victorieuse, cas vous n'aspirez
+pas à la réputation de Caton ou de Catinat:
+il vous suffit d'être comme un certain
+monde; et, dans ce certain monde, il est
+convenu que celui qui peut avoir de l'argent
+sans, en profiter est un nigaud; car
+l'argent procure tous les plaisirs des sens,
+et les plaisirs des sens sont les seuls. Or,
+M. de Choiseul, qui était très libéral, ne
+vous permettait pas de lui résister, lorsque
+surtout votre ridicule patrie vous payait de
+vos services, selon sa plaisante coutume,
+de l'honneur de la servir.</p>
+
+<p>Le traité de Compiègne conclu, M. de
+Chauvelin et vingt-quatre bataillons débarquèrent
+sur nos bords. M. de Choiseul, à
+qui la célérité de l'expédition importait majeurement,
+avait des inquiétudes que, dans
+ses épanchemens, il ne pouvait vous dissimuler.
+Vous lui suggérâtes de vous y envoyer
+avec quelques millions. Comme Philippe
+prenait les villes avec sa mule, vous
+lui promîtes de tout soumettre sans obstacle...
+Aussitôt dit, aussitôt fait, et vous
+voici repassant la mer, jetant le masque,
+l'or et le brevet à la main, entamant des
+négociations avec ceux que vous jugeâtes
+les plus faciles.</p>
+
+<p>N'imaginant pas qu'un Corse pût se préférer
+à la patrie, le cabinet de Corse vous
+avait chargé de ses intérêts. N'imaginant
+pas, de votre côté, qu'un homme pût ne
+pas préférer l'argent et soi à la patrie, vous
+vous vendîtes, et espérâtes les acheter tous.
+Moraliste profond, vous saviez ce que le
+fanatisme d'un chacun valait; quelques livres
+d'or de plus ou de moins nuançant à
+vos yeux la disparité des caractères.</p>
+
+<p>Vous vous trompâtes cependant: le faible
+fut bien ébranlé, mais fut épouvanté par
+l'horrible idée de déchirer le sein de la patrie.
+Il s'imagina voir le père, le frère, l'ami,
+qui périt en la défendant, lever la tête de
+la tombe sépulcrale, pour l'accabler de malédictions.
+Ces ridicules préjugés furent assez
+puissans pour vous arrêter dans votre
+course: vous gémîtes d'avoir à faire à un
+peuple enfant. Mais, monsieur, ce raffinement
+de sentiment n'est pas donné à la
+multitude; aussi vit-elle dans la pauvreté
+et la misère; au lieu que l'homme bien
+appris, pour peu que les circonstances le
+favorisent, sait bien vite s'élever. C'est à
+peu près la morale de votre histoire.</p>
+
+<p>En rendant compte des obstacles qui
+s'opposaient à la réalisation de vos promesses,
+vous proposâtes de faire venir le
+régiment Royal-Corse. Vous espériez que
+son exemple désabuserait nos trop simples
+et trop bons paysans; les accoutumerait à
+une chose où ils trouvaient tant de répugnance:
+vous fûtes encore trompé dans
+cette espérance. Les Rossi, Marengo, et
+quelques autres fous, ne vont-ils pas enthousiasmer
+ce régiment, au point que les
+officiers unis protestent, par un acte authentique,
+de renvoyer leurs brevets, plutôt
+que de violer leurs sermens, ou des
+devoirs plus sacrés encore?</p>
+
+<p>Vous vous trouvâtes réduit à votre seul
+exemple. Sans vous déconcerter, à la tête
+de quelques amis et d'un détachement français,
+vous vous jetâtes dans Vescovato;
+mais le terrible Clémente <a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a> vous en dénicha.
+Vous vous repliâtes sur Bastia avec vos
+compagnons d'aventure et leur famille.
+Cette petite affaire vous fit peu d'honneur:
+votre maison et celle de vos associés furent
+brûlées. En lieu de sûreté, vous vous moquâtes
+de ces efforts impuissans.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Footnote 2:</b><a href="#footnotetag2"> (return) </a> Clément Paoli,
+frère aîné du général Paoli, bon
+guerrier, excellent citoyen, vrai philosophe. Au commencement
+d'une action, il ne pouvait jamais se résoudre
+à se battre personnellement: il donnait ses ordres
+avec ce sang-froid qui caractérise le capitaine.
+Mais dès qu'il avait vu tomber quelqu'un des siens,
+il saisissait ses armes, avec cette convulsion d'un
+homme indigné, en faisait usage, en s'écriant: «hommes
+injustes! pourquoi franchissez-vous les barrières
+de la nature? pourquoi faut-il que vous soyez les
+ennemis de la patrie?»<br><br>
+
+Austère dans ses moeurs, simple dans sa vie privée,
+il a toujours vécu retiré. Ce n'était que dans les grands
+besoins qu'il venait aussi donner son avis, dont on
+s'écartait rarement.</blockquote>
+
+<p>L'on veut ici vous imputer à défi, d'avoir
+voulu armer Royal-Corse contre ses frères.
+L'on veut également entacher votre courage,
+du peu de résistance de Vescovato.
+Ces accusations sont très-peu fondées; car
+la première est une conséquence immédiate,
+c'est un moyen d'exécution de vos
+projets; et comme nous avons prouvé que
+votre conduite était toute simple, il s'ensuit
+que cette inculpation incidente est détruite.
+Quant au défaut de courage, je ne vois pas
+que l'action de Vescovato puisse l'arrêter:
+vous n'allâtes pas là pour faire sérieusement
+la guerre, mais pour encourager,
+par votre exemple, ceux qui vacillaient
+dans le parti opposé. Et puis, quel
+droit a-t-on d'exiger que vous eussiez risqué
+le fruit de deux ans de bonne conduite,
+pour vous faire tuer comme un soldat!</p>
+
+<p>Mais vous deviez être ému, de voir votre
+maison et celles de vos amis en proie aux
+flammes... Bon Dieu! quand sera-ce que
+les gens bornés cesseront de vouloir tout
+apprécier? Laissant brûler votre maison,
+vous mettiez M. de Choiseul dans la nécessité
+de vous indemniser. L'expérience a
+prouvé la justesse de vos calculs: on vous
+remit bien au-delà de l'évalué des pertes.
+Il est vrai que l'on se plaint que vous gardâtes
+tout pour vous, ne donnant qu'une
+bagatelle aux misérables que vous aviez
+séduits. Pour justifier si vous l'avez dû
+faire, il ne s'agit que de savoir si vous l'avez
+pu faire avec sûreté. Or, de pauvres gens,
+qui avaient si besoin de votre protection,
+n'étaient ni dans le cas de réclamer, ni
+même dans celui de connaître bien clairement
+le tort qu'on leur faisait. Ils ne pouvaient
+pas faire les mécontens, et se révolter
+contre votre autorité: en horreur à
+leurs compatriotes, leur retour n'eût pas
+été plus sincère. Il est donc bien naturel
+qu'ayant ainsi trouvé quelques milliers d'écus,
+vous ne les ayez pas laissé échapper:
+c'eût été une duperie.</p>
+
+<p>Les Français, battus malgré leur or,
+leurs brevets, la discipline de leurs nombreux
+bataillons, la légèreté de leurs escadrons,
+l'adresse de leurs artilleurs; défaits
+à la Penta, à Vescovato, à Loretto, à San-Nicolao,
+à Borgo, à Barbaggio, à Oletta,
+se retranchèrent excessivement découragés.
+L'hiver, le moment de leur repos, fut pour
+vous, monsieur, celui du plus grand travail;
+et si vous ne pûtes triompher de
+l'obstination des préjugés profondément
+enracinés dans l'esprit du peuple, vous
+parvîntes à en séduire quelques chefs, auxquels
+vous réussîtes, quoique avec peine,
+à inculquer les bons sentimens; ce qui,
+joint aux trente bataillons qu'au printemps
+suivant M. de Vaux conduisît avec lui,
+soumit la Corse au joug, obligea Paoli et
+les plus fanatiques à la retraite.</p>
+
+<p>Une partie des patriotes étaient morts en
+défendant leur indépendance; l'autre avait
+fui une terre proscrite, désormais hideux
+nid des tyrans. Mais un grand nombre n'avaient
+dû ni mourir ni fuir: ils furent l'objet
+des persécutions. Des âmes que l'on
+n'avait pu corrompre étaient d'une autre
+trempe: l'on ne pouvait asseoir l'empire
+français que sur leur anéantissement absolu.
+Hélas! ce plan ne fut que trop ponctuellement
+exécuté. Les uns périrent victimes
+des crimes qu'on leur supposa; les
+autres, trahis par l'hospitalité, par la confiance,
+expièrent sur l'échafaud les soupirs,
+les larmes surprises à leur dissimulation;
+un grand nombre, entassés par Narbonne-Fridzelar
+dans la tour de Toulon; empoisonnés
+par les alimens, tourmentés par
+leurs chaînes; accablés par les plus indignes
+traitemens; ils ne vécurent quelque
+temps dans leurs soupirs, que pour voir la
+mort s'avancer à pas lents... Dieu, témoin
+de leur innocence, comment ne te rendis-tu
+pas leur vengeur!</p>
+
+<p>Au milieu de ce désastre général, au sein
+des cris et des gémissemens de cet infortuné
+peuple, vous, cependant, commençâtes
+à jouir du fruit de vos peines: honneurs,
+dignités, pensions, tout vous fut
+prodigué. Vos prospérités se seraient encore
+plus rapidement accrues, lorsque la
+Dubarri culbuta M. de Choiseul, vous priva
+d'un protecteur, d'un appréciateur de vos
+services. Ce coup ne vous découragea pas:
+vous vous tournâtes du côté des bureaux;
+vous sentîtes seulement la nécessité d'être
+plus assidu. Ils en furent flattés: vos services
+étaient si notoires! Tout vous fut accordé.
+Non content de l'étang de Biguglia,
+vous demandâtes une partie des terres de
+plusieurs communautés. Pourquoi les en
+vouliez-vous dépouiller, dit-on? Je demande,
+à mon tour, quels égards deviez-vous
+avoir pour une nation que vous saviez
+vous détester?</p>
+
+<p>Votre projet favori était de partager l'île
+entre dix barons. Comment! non content
+d'avoir aidé à forger les chaînes où votre
+patrie était retenue, vous vouliez encore
+l'asujétir à l'absurde régime féodal! Mais
+je vous loue d'avoir fait aux Corses le plus
+de mal que vous pouviez: vous étiez dans
+un état de guerre avec eux; et, dans l'état
+de guerre, faire le mal pour son profit est
+un axiôme.</p>
+
+<p>Mais passons sur toutes ces misères-là:
+arrivons au moment actuel, et finissons une
+lettre qui, par son épouvantable longueur,
+ne peut manquer de vous fatiguer.</p>
+
+<p>L'état des affaires de France présageait des
+événemens extraordinaires. Vous en craignîtes
+le contre-coup en Corse. Le même
+délire dont nous étions possédés avant la
+guerre, à votre grand scandale, commença
+à <i>ématir</i> cet aimable peuple. Vous en
+comprîtes les conséquences; car, si les
+grands sentimens maîtrisaient l'opinion,
+vous ne deveniez plus qu'un traître, au
+lieu d'un homme de bon sens. Pis encore;
+si les grands sentimens revenaient à agiter
+le sang de nos chauds compatriotes; si jamais
+un gouvernement national s'ensuivait;
+que deveniez-vous? Votre conscience alors
+commença à vous épouvanter: inquiet,
+affligé, vous ne vous y abandonnâtes pas;
+vous résolûtes de jouer le tout pour le tout,
+mais vous le fîtes en homme de tête. Vous
+vous mariâtes, pour accroître vos appuis.
+Un honnête homme qui avait, sur votre
+parole, donné sa soeur à votre neveu, se
+trouva abusé. Votre neveu, dont vous aviez
+englouti le patrimoine pour accroître un
+héritage qui devait être le sien, s'est trouvé
+réduit dans la misère avec une nombreuse
+famille.</p>
+
+<p>Vos affaires domestiques arrangées, vous
+jetâtes un coup d'oeil sur le pays: vous le
+vîtes fumant du sang de ses martyrs, jonché
+de victimes multipliées, n'inspirer à
+tous pas, que des idées de vengeance. Mais
+vous y vîtes l'atroce militaire, l'impertinent
+robin, l'avide publicain, y régner sans contradictions,
+et le Corse accablé sous ses triples
+chaînes, n'oser ni penser à ce qu'il fut,
+ni réfléchir sur ce qu'il pouvait être encore.
+Vous vous dîtes, dans la joie de votre coeur:
+les choses vont bien, il ne s'agit que de les
+maintenir; et aussitôt vous vous liguâtes
+avec le militaire, le robin et le publicain.
+Il ne fut plus question que de s'occuper à
+avoir des députés qui fussent animés par ces
+sentimens; car pour vous, vous ne pouviez
+pas soupçonner qu'une nation, votre ennemie,
+vous choisît pour la représenter. Mais
+vous dûtes changer d'opinion, lorsque les
+lettres de convocation, par une absurdité
+peut-être faite à dessein, déterminèrent que
+le député de la noblesse serait nommé dans
+une assemblée composée seulement de vingt-deux
+personnes: il ne s'agissait que d'obtenir
+douze suffrages, Vos co-associés du
+conseil supérieur travaillèrent avec activité:
+menaces, promesses, caresses, argent, tout
+fut mis en jeu: vous réussîtes. Les vôtres
+ne furent pas si heureux dans les communes:
+le premier président échoua; et deux
+hommes exaltés dans leurs idées, l'un fils,
+frère, neveu des plus zélés défenseurs de
+la cause commune; l'autre avait vu Sionville
+et Narbonne; en gémissant sur son
+impuissance, son esprit était plein des horreurs
+qu'il avait vu commettre: ces deux
+hommes furent proclamés, et rencontrèrent
+le voeu de la nation, dont ils devinrent l'espoir.
+Le dépit secret, la rage que votre
+nomination fit dévorer à tous, fait l'éloge
+de vos manoeuvres et du crédit de votre
+ligue.</p>
+
+<p>Arrivé Versailles, vous fûtes zélé royaliste:
+arrivé à Paris, vous dûtes voir avec
+un sensible chagrin que le gouvernement
+que l'on voulait organiser sur tant de débris,
+était le même que celui que l'on avait
+chez nous noyé dans tant de sang.</p>
+
+<p>Les efforts des méchans furent impuissans:
+la nouvelle constitution, admirée de
+l'Europe, et devenue la sollicitude de tout
+être pensant; il ne vous resta plus qu'une
+ressource; ce fut de faire croire que cette
+constitution ne convenait pas à notre île,
+quand elle était exactement la même que
+celle qui opéra de si bons effets, et qu'il
+fallut tant de sang pour nous l'arracher.</p>
+
+<p>Tous les délégués de l'ancienne administration,
+qui entraient naturellement dans
+votre cabale, vous servirent avec toute la
+chaleur de l'intérêt personnel: l'on dressa
+des mémoires où l'on prétendit prouver
+l'avantage dont était pour nous le gouvernement
+actuel, et où l'on établissait que
+tout changement contrarierait le voeu de la
+nation. Dans ce même temps, la ville d'Ajaccio
+eut indice de ce qui se tramait: elle
+leva le front, forma sa garde nationale, organisa
+son comité. Cet incident inattendu
+vous alarma: la fermentation se communiquait
+partout. Vous persuadâtes aux ministres,
+sur qui vous aviez pris de l'ascendant
+pour les affaires de Corse, qu'il était
+éminent d'y envoyer votre beau-père, M.
+Gaffory, avec un commandement; et voici
+M. Gaffory, digne précurseur de M. Narbonne,
+qui prétend, à la tête de ses troupes,
+maintenir par la force, la tyrannie que feu
+son père, de glorieuse mémoire, avait combattue
+et confondue par son génie. Des bévues
+sans nombre ne permirent pas de dissimuler
+la médiocrité des talens de votre
+beau-père: il n'avait que l'art de se faire
+des ennemis. L'on se ralliait de tous côtés
+contre lui. Dans ce pressant danger, vous
+levâtes vos regards, et vîtes Narbonne!
+Narbonne, mettant à profit un moment de
+faveur, avait projeté de fixer dans une île
+qu'il avait dévastée par des cruautés inouies,
+le despotisme qui le rongeait. Vous vous
+concertâtes: le projet est arrêté; cinq mille
+hommes ont reçu les ordres; les brevets
+pour accroître d'un bataillon le régiment
+provincial, sont expédiés; Narbonne est
+parti. Cette pauvre nation, sans armes,
+sans courage, est livrée, sans espoir et sans
+ressource, aux mains de celui qui en fut
+le bourreau.</p>
+
+<p>O infortunés compatriotes! de quelle
+trame odieuse alliez-vous être victimes?
+Vous vous en seriez aperçu, lorsqu'il n'eût
+plus été temps. Quel moyen de résister,
+sans armes, à dix mille hommes? Vous
+eussiez vous-mêmes signé l'acte de votre
+avilissement: l'espoir se serait enfui, l'espérance
+éteinte; et des jours de malheur se seraient
+succédés sans interruption. La France
+libre vous eût regardée avec mépris; l'Italie
+affligée, avec indignation; et l'Europe étonnée
+de ce degré sans exemple d'avilissement,
+eût effacé de ses annales, les traits
+qui font honneur à votre vertu. Mais vos
+députés des communes pénétrèrent le projet,
+et vous avertirent à temps. Un roi qui
+ne désira jamais que le bonheur de ses compatriotes,
+éclairé par M. Lafayette, ce constant
+ami de la liberté, sut dissiper les intrigues
+d'un ministre perfide, que la vengeance
+inspira toujours à vous nuire. Ajaccio
+montra de la résolution dans son adresse,
+où était peint, avec tant d'énergie, l'état
+misérable auquel vous avait réduit le plus
+oppressif des gouvernemens. Bastia, engourdie
+jusqu'alors, se réveilla au bruit du
+danger, et prit les armes avec cette résolution
+qui l'a toujours distinguée. Arena vint
+de Paris en Balagne, plein de ces sentimens
+qui portent à tout entreprendre, à n'estimer
+aucun danger. Les armes d'une main, les
+décrets de l'assemblée nationale de l'autre,
+il fit pâlir les ennemis publics. Achille
+Meurati, le conquérant de Caprara, qui
+porta la désolation jusque dans Gênes, à
+qui il ne manqua, pour être un Turenne,
+que des circonstances et un théâtre plus
+vaste, fit ressouvenir aux compagnons de
+sa gloire, qu'il était temps d'en acquérir
+encore; que la patrie en danger avait besoin,
+non d'intrigues où il ne s'entendit jamais,
+mais du fer et du feu. Au bruit d'une
+secousse si générale, Gaffory rentra dans
+le néant, d'où, mal à propos, l'intrigue l'avait
+fait sortir: il trembla dans la forteresse
+de Corte. Narbonne, de Lyon, courut ensevelir
+dans Rome, sa honte et ses projets
+infernaux. Peu de jours après, la Corse est
+intégrée à la France, Paoli rappelé, et dans
+un instant la perspective change, et vous
+offre une carrière que vous n'eussiez jamais
+osé espérer.</p>
+
+<p>Pardonnez, monsieur, pardonnez: j'ai
+pris la plume pour vous défendre; mais mon
+coeur s'est violemment révolté contre un système
+si suivi de trahison et d'horreur. Eh
+quoi! fils de cette même patrie, ne sentîtes-vous
+jamais rien pour elle? Eh quoi! votre
+coeur fut-il donc sans mouvement à la vue
+des rochers, des arbres, des maisons, des
+sites, théâtres des jeux de votre enfance?
+Arrivé au monde, elle vous porta sur son
+sein, elle vous nourrit de ses fruits: arrivé
+à l'âge de raison, elle mit en vous son espoir;
+elle vous honora de sa confiance, elle
+vous dit: «Mon fils, vous voyez l'état de
+misère où m'a réduite l'injustice des hommes:
+concentrée dans ma chaleur, je reprends
+des forces qui me promettent un
+prompt et infaillible rétablissement: mais
+l'on me menace encore? Volez, mon fils,
+volez à Versailles, éclairez le grand roi,
+dissipez ses soupçons, demandez-lui son
+amitié.»</p>
+
+<p>Hé bien! un peu d'or vous fit trahir sa
+confiance; et bientôt, pour un peu d'or,
+l'on vous vit, le fer parricide à la main,
+entre-déchirer ses entrailles. Ah! monsieur,
+je suis loin de vous désirer du mal; mais
+craignez...; il est des remords vengeurs!
+Vos compatriotes, à qui vous êtes en horreur,
+éclaireront la France. Les biens, les
+pensions, fruit de vos trahisons, vous seront
+ôtés. Dans la décrépitude de la vieillesse
+et de la misère, dans l'affreuse solitude
+du crime, vous vivrez assez longtemps
+pour être tourmenté par votre conscience.
+Le père vous montrera à son fils,
+le précepteur à son élève, en leur disant:
+«Jeunes gens, apprenez à respecter la patrie,
+la vertu, la foi, l'humanité.»</p>
+
+<p>Et vous, de qui l'on prostitua la jeunesse,
+les grâces et l'innocence, votre coeur pur
+et chaste palpite donc sous une main criminelle?
+femme respectable et infortunée!
+Dans ces momens que la nature commande
+à l'amour, lorsqu'arrachés aux chimères de
+la vie, des plaisirs sans mélange se succèdent
+rapidement; lorsque l'âme, agrandie
+par le feu du sentiment, ne jouit que de
+faire jouir, ne sent que de faire sentir;
+vous pressez contre votre coeur, vous vous
+identifiez à l'homme froid, à l'égoïste qui
+ne se démentit jamais, et qui, dans le cours
+de soixante ans, ne connut que les calculs
+de son intérêt, l'instinct de la destruction,
+l'avidité la plus infâme, les plaisirs, les
+vils plaisirs des sens! Bientôt la cohue des
+honneurs, les lambris de l'opulence, vont
+disparaître; le mépris des hommes vous
+accablera. Chercherez-vous dans le sein de
+celui qui en est l'auteur, une consolation
+indispensable à votre âme douce et aimante?
+Chercherez-vous sur ses yeux, des larmes
+pour mélanger aux vôtres? Votre main
+défaillante, placée sur son sein, cherchera-t-elle
+à se retracer l'agitation du vôtre?
+Hélas! si vous lui surprenez des larmes,
+ce seront celles du remords: si son sein
+s'agite, ce sera des convulsions du méchant
+qui meurt en abhorrant la nature, lui et la
+main qui le guide.</p>
+
+<p>0 Lameth! ô Robespierre! ô Peithyon!
+ô Volney! ô Mirabeau! ô Barnave! ô
+Bailly! ô Lafayette! voilà l'homme qui
+ose s'asseoir à côté de vous! tout dégouttant
+du sang de ses frères, souillé par des crimes
+de toute espèce, il se présente avec confiance
+sous une veste de général, inique récompense
+de ses forfaits! il ose se dire représentant
+de la nation, lui qui la vendit, et
+vous le souffrez! il ose lever les yeux, prêter
+les oreilles à vos discours, et vous le
+souffrez! Si c'est la voix du peuple, il
+n'eut jamais que celle de douze nobles; si
+c'est la voix du peuple, Ajaccio, Bastia, et la
+plupart des cantons ont fait à son effigie,
+ce qu'ils eussent voulu faire à sa personne.</p>
+
+<p>Mais vous, que l'erreur du moment,
+peut-être les abus de l'instant, portent à
+vous opposer aux nouveaux changemens;
+pourrez-vous souffrir un traître? celui qui,
+sous l'extérieur froid d'un homme sensé,
+renferme, cache une avidité de valet? je
+ne saurais l'imaginer. Vous serez les premiers
+à le chasser ignominieusement, dès
+que l'on vous aura instruits du tissu d'horreurs
+dont il a été l'artisan.</p>
+
+<p>J'ai l'honneur, etc.</p>
+
+<p>BUONAPARTE.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<p>De mon cabinet de Millelli, le 23 janvier, l'an II.</p>
+
+<h3>TRADUCTION</h3>
+
+<h4><i>De la lettre du Président du Club
+patriotique d'Ajaccio.</i></h4>
+
+<p>MONSIEUR,</p>
+
+<p>Le club patriotique ayant pris connaissance
+de l'écrit où vous dévoilez avec autant
+de finesse que de force et de vérité,
+les menées obscures de l'infâme Buttafoco<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>,
+en a voté l'impression. Il m'a chargé, par
+une délibération dont je vous envoie copie,
+de vous prier d'y donner votre assentiment:
+il juge l'impression de cet écrit utile au
+bien public. C'est une raison qui ne vous
+permet point d'excuse.</p>
+
+<p>Je suis, etc.<br>
+MASSÉRIA,</p>
+
+<p><i>Président du club patriotique.</i></p>
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Footnote 3:</b><a href="#footnotetag3"> (return) </a> Le club patriotique, profondément indigné de la
+conduite criminelle et scandaleuse, de l'impudence
+sans exemple, de la calomnie la plus atroce, que ce
+député de la défunte noblesse a osé afficher, même
+dans la tribune de l'Assemblée nationale; considérant
+que journellement, dans des brochures, il ne cesse de
+déchirer son pays et tout ce qu'il a de plus précieux;
+a arrêté, que désormais il ne serait plus appelé que
+<i>l'infâme Buttafoco</i>.<br>
+<br>(<i>Extrait des procès-verbaux des séances de
+la Société patriotique.</i>)</blockquote>
+
+<br><br><br>
+
+
+<h4>LE SOUPER</h4>
+
+<h3>DE BEAUCAIRE</h3>
+<hr class="short">
+
+<p>Je me trouvais à Beaucaire le dernier
+jour de la foire; le hasard me fit avoir pour
+convives à souper, deux négocians marseillais,
+un Nimois et un fabricant de Mont-Sellier.
+Après plusieurs momens employés
+à nous reconnaître, l'on sut que je venais
+d'Avignon, et que j'étais militaire. Les esprits
+de mes convives, qui avaient été toute
+la semaine fixés sur le cours du négoce qui
+accroît les fortunes, l'étaient dans ce moment
+sur l'issue des événemens présens, d'où
+en dépend la conservation; ils cherchaient
+à connaître mon opinion, pour, en la comparant
+à la leur, pouvoir se rectifier et acquérir
+des probabilités sur l'avenir, qui
+nous affectait différemment; les Marseillais
+surtout paraissaient être moins pétulans:
+l'évacuation d'Avignon leur avait appris à
+douter de tout; il ne leur restait qu'une
+grande sollicitude sur leur sort: la confiance
+nous eut bientôt rendu babillards,
+et nous commençâmes un entretien à peu
+près en ces termes.</p>
+
+<p>LE NIMOIS.</p>
+
+<p>L'armée de Cartaux est-elle forte? L'on
+dit qu'elle a perdu bien du monde à l'attaque;
+mais s'il est vrai qu'elle ait été repoussée,
+pourquoi les Marseillais ont-ils
+évacué Avignon?</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>L'armée était forte de 4,000 hommes
+lorsqu'elle a attaqué Avignon, elle est aujourd'hui
+à 6,000 hommes, elle sera avant
+quatre jours à 10,000 hommes; elle a perdu
+cinq hommes et quatre blessés; elle n'a
+point été repoussée, puisqu'elle n'a fait
+aucune attaque en forme: elle a voltigé
+autour de la place, a cherché à forcer les
+portes, en y attachant des pétards; elle a
+tiré quelques coups de canon pour essayer
+la contenance de la garnison; elle a dû
+ensuite se retirer dans son camp pour combiner
+son attaque pour la nuit suivante.
+Les Marseillais étaient 3,600 hommes; ils
+avaient une artillerie plus nombreuse et de
+plus fort calibre, et cependant ils ont été
+contraints à repasser la Durance; cela vous
+étonne beaucoup: mais c'est qu'il n'appartient
+qu'à de vieilles troupes de résister
+aux incertitudes d'un siège; nous étions
+maîtres du Rhône, de Villeneuve et de la
+campagne, nous eussions intercepté toutes
+leurs communications. Ils ont dû évacuer
+la ville; la cavalerie les a poursuivis dans
+leur retraite; ils ont eu beaucoup de prisonniers
+et ont perdu deux pièces de canon.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Ce n'est pas là la relation que l'on nous
+a donnée; je ne veux pas vous le contester,
+puisque vous étiez présent; mais avouez
+que cela ne vous conduira à rien: notre
+armée est à Aix, trois bons généraux sont
+venus remplacer les premiers; on lève à
+Marseille de nouveaux bataillons, nous
+avons un nouveau train d'artillerie, plusieurs
+pièces de 24; sous peu de jours nous
+serons dans le cas de reprendre Avignon,
+ou du moins nous resterons maîtres de la
+Durance.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Voilà ce que l'on vous dit pour vous
+entraîner dans le précipice qui s'approfondit
+à chaque instant, et qui peut-être engloutira
+la plus belle ville de la France,
+celle qui a le plus mérité des patriotes;
+mais l'on vous a dit aussi que vous traverseriez
+la France, que vous donneriez le ton
+à la république, et vos premiers pas ont
+été des échecs; l'on vous a dit qu'Avignon
+pouvait résister long-temps à 20,000 hommes,
+et une seule colonne de l'armée, sans
+artillerie de siège, dans vingt-quatre heures,
+en a été maîtresse; l'on vous a dit que le
+Midi était levé, et vous vous êtes trouvés
+seuls; l'on vous a dit que la cavalerie nimoise
+allait écraser les Allobroges, et ceux-ci
+étaient déjà au Saint-Esprit et à Villeneuve;
+l'on vous a dit que 4,000 Lyonnais
+étaient en marche pour vous secourir, et
+les Lyonnais négociaient leur accommodement;
+reconnaissez donc que l'on vous
+trompe, concevez l'impéritie de vos meneurs,
+et méfiez-vous de leurs calculs; le
+plus dangereux conseiller, c'est l'amour-propre:
+vous êtes naturellement vifs, l'on
+vous conduit à votre perte par le même
+moyeu qui a ruiné tant de peuples, en
+exaltant votre vanité, vous avez des richesses
+et une population considérables,
+l'on vous les exagère; vous avez rendu des
+services éclatans à la liberté, l'on vous les
+rappelle, sans faire attention que le génie de
+la république était avec vous alors, au lieu
+qu'il vous abandonne aujourd'hui; votre
+armée, dites-vous, est à Aix avec un grand
+train d'artillerie et de bons généraux; eh
+bien, quoi qu'elle fasse, je vous assure
+qu'elle sera battue; vous aviez 3,600 hommes,
+une bonne moitié s'est dispersée;
+Marseille et quelques réfugiés du département
+peuvent vous offrir 4,000 hommes:
+cela est beaucoup; vous aurez donc 5 à 6,000
+hommes sans ensemble, sans unité, sans être
+aguerris; vous avez de bons généraux; je ne
+les connais pas; je ne puis donc leur contester
+leur habileté, mais ils seront absorbés
+par les détails, ne seront pas secondés
+par les subalternes, ils ne pourront rien
+faire qui soutienne la réputation qu'ils
+pourraient s'être acquise, car il leur faudrait
+deux mois pour organiser passablement
+leur armée, et dans quatre jours Carteaux
+sera au-delà de la Durance, et avec
+quels soldats! avec l'excellente troupe légère
+des Allobroges, le vieux régiment de
+Bourgogne, un bon régiment de cavalerie,
+le Brave bataillon de la Côte-d'Or, qui a
+vu cent fois la victoire le précéder dans les
+combats, et six ou sept autres corps, tous
+de vieilles milices, encouragés par leurs
+succès aux frontières, et sur votre armée;
+vous avez des pièces de 24, et de 18, et
+vous vous croyez inexpugnables, vous suivez
+l'opinion vulgaire; mais, les gens du
+métier vous diront, et une fatale expérience
+va vous le démontrer, que de bonnes pièces
+de 4 et de 8 font autant d'effet, pour
+la guerre de campagne, et sont préférables
+sous bien des points de vue aux gros calibres;
+vous avez des canonniers de nouvelle
+levée, et vos adversaires ont des artilleurs
+des régimens de ligne, qui sont, dans leur
+art, les maîtres de l'Europe. Que fera votre
+armée si elle se concentre à Aix? Elle est
+perdue: c'est un axiome dans l'art militaire,
+que celui qui reste dans ses retranchemens
+est battu: l'expérience et la théorie
+sont d'accord sur ce point, et les murailles
+d'Aix ne valent pas le plus mauvais
+retranchement de campagne, surtout si
+l'on fait attention à leur étendue, aux maisons
+qui les environnent extérieurement à
+la portée du pistolet. Soyez donc bien sûrs
+que ce parti, qui vous semble le meilleur,
+est le plus mauvais; comment pourrez-vous
+d'ailleurs approvisionner la ville en
+si peu de temps de tout ce qu'elle aurait
+besoin? Votre armée ira-t-elle à la rencontre
+des ennemis, mais elle est moins nombreuse,
+mais son artillerie est moins propre
+pour la campagne, elle serait rompue, dès
+lors défaite sans ressource, car la cavalerie
+l'empêchera de se rallier; attendez-vous
+donc à avoir la guerre dans le territoire de
+Marseille: un parti assez nombreux y tient
+pour la république; ce sera le moment de
+l'effort; la jonction se fera; et cette ville,
+le centre du commerce du Levant, l'entrepôt
+du midi de l'Europe, est perdue.
+Souvenez-vous de l'exemple récent de
+Lisle<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>, et des lois barbares de la guerre.
+Mais quel esprit de vertige s'est tout-à-coup
+emparé de votre peuple? quel aveuglement
+fatal le conduit à sa perte? comment peut-il
+prétendre résister à la république entière?
+Quand il obligerait cette armée à se
+replier sur Avignon, peut-il douter que
+sous peu de jours de nouveaux combattans
+ne viennent remplacer les premiers:
+la république, qui donne la loi à l'Europe,
+la recevra-t-elle de Marseille?</p>
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Footnote 4:</b><a href="#footnotetag4"> (return) </a> Lisle, petite ville du département de Vaucluse, à 4 lieues à
+l'<i>est</i> Avignon, avant résisté à l'armée de Cartaux, fut emportée
+de force le 26 juillet 1793.</blockquote>
+
+<p>Unis avec Bordeaux, Lyon, Montpellier,
+Nîmes, Grenoble, le Jura, l'Eure,
+le Calvados, vous avez entrepris une révolution,
+vous aviez une probabilité de succès,
+vos instigateurs pouvaient être mal intentionnés,
+mais vous aviez une masse imposante de forces;
+au contraire, aujourd'hui
+que Lyon, Nîmes, Montpellier, Bordeaux,
+le Jura, l'Eure, Grenoble, Caen, ont reçu
+la constitution, aujourd'hui qu'Avignon,
+Tarascon, Arles ont plié, avouez qu'il y a
+dans votre opiniâtreté de la folie; c'est que
+vous êtes influencés par des personnes, qui
+n'ayant plus rien à ménager, vous entraînent
+dans leur ruine.</p>
+
+<p>Votre armée sera composée de tout ce
+qu'il y aura de plus aisés, des riches de
+votre ville, car les sans-culottes pourraient
+trop facilement tourner contre vous. Vous
+allez donc compromettre l'élite de votre
+jeunesse accoutumée à tenir la balance commerciale
+de la Méditerranée, et à vous enrichir
+par leur économie et leurs spéculations,
+contre de vieux soldats, cent fois
+teints du sang du furibond aristocrate ou
+du féroce Prussien.</p>
+
+<p>Laissez les pays pauvres se battre jusqu'à
+la dernière extrémité: l'habitant du Vivarais,
+des Cévènes, de la Corse, s'expose
+sans crainte à l'issue d'un combat: s'il gagne,
+il a rempli son but; s'il perd, il se
+trouve comme auparavant dans le cas de
+faire la paix et dans la même position...
+Mais vous!!... perdez une bataille, et le
+fruit de mille ans de fatigues, de peines,
+d'économies, de bonheur, devient la proie
+du soldat.</p>
+
+<p>Voilà cependant les risques que l'on vous
+fait courir avec autant d'inconsidération.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Vous allez vite et vous m'effrayez; je
+conviens avec vous que la circonstance est
+critique, peut-être vraiment ne songe-t-on
+pas assez à la position où nous nous
+trouvons; mais avouez que nous avons
+encore des ressources immenses à vous
+opposer.</p>
+
+<p>Vous m'avez persuadé que nous ne pourrions
+pas résister à Aix, votre observation
+du défaut de subsistance pour un siège de
+longue durée, est peut-être sans réplique;
+mais pensez vous que toute la Provence
+peut voir long-temps de sang-froid, le
+blocus d'Aix; elle se lèvera spontanément,
+et votre armée, cernée de tout côté, se
+trouvera heureuse de repasser la Durance.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Que c'est mal connaître l'esprit des hommes
+et celui du moment; partout il y a
+deux partis; dès le moment que vous serez
+assiégés, le parti sectionnaire aura le dessous
+dans toutes les campagnes; l'exemple
+de Tarascon, d'Orgon, d'Arles, doit
+vous en convaincre: vingt dragons ont
+suffi pour rétablir les anciens administrateurs
+et mettre les autres en déroute.</p>
+
+<p>Désormais, tout grand mouvement en
+votre faveur est impossible dans votre département,
+il pouvait avoir lieu lorsque
+l'armée était au-delà de la Durance et que
+vous étiez entiers; à Toulon, les esprits sont
+très-divisés, et les sectionnaires n'y ont
+pas la même supériorité qu'à Marseille, il
+faut donc qu'ils restent dans leur ville, pour
+contenir leurs adversaires... Quant au
+département des Basses-Alpes, vous savez
+que presque la totalité a accepté la constitution.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Nous attaquerons Carteaux dans nos montagnes
+où sa cavalerie ne lui sera d'aucun
+secours.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Comme si une armée qui protège une
+ville était maîtresse du point d'attaque;
+d'ailleurs il est faux qu'il existe des montagnes
+assez difficiles auprès de Marseille
+pour rendre nul l'effet de la cavalerie; seulement,
+vos oliviers sont assez rapides pour
+rendre plus embarrassant le service de l'artillerie
+et donner un grand avantage à vos
+ennemis. Car, c'est dans les pays coupés,
+que par la vivacité des mouvemens, l'exactitude
+du service et la justesse de l'élévation
+des distances, que le bon artilleur a
+de la supériorité.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Vous nous croyez donc sans ressources:
+serait-il possible qu'il fût dans la destinée
+de cette ville qui résista aux Romains, conserva
+une partie de ses lois sous les despotes
+qui les ont suivis, qu'elle devînt la proie
+de quelques brigands? Quoi! l'Allobroge
+chargé des dépouilles de Lisle, ferait la loi
+dans Marseille! quoi! Dubois de Crancé,
+Albitte, seraient sans contradicteurs! ces
+hommes altérés de sang, que les malheurs
+des circonstances ont placés au timon des
+affaires, seraient les maîtres absolus! Quelle
+triste perspective vous m'offrez. Nos propriétés,
+sous différens prétextes, seraient
+envahies; à chaque instant nous serions victimes
+d'une soldatesque que le pillage réunit
+sous les mêmes drapeaux. Nos meilleurs
+citoyens seraient emprisonnés et périraient
+par le crime. Le club relèverait sa
+tête monstrueuse pour exécuter ses projets
+infernaux! rien de pis que cette horrible
+idée; mieux vaut-il s'exposer à vaincre que
+d'être victime sans alternative.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Voilà ce que c'est que la guerre civile,
+l'on se déchire, l'on s'abhorre, l'on se tue
+sans se connaître... Les Allobroges... Que
+croyez-vous que ce soit? des Africains, des
+habitans de la Sibérie: eh! point du tout,
+ce sont vos compatriotes, des Provençaux,
+des Dauphinois, des Savoyards: on les croit
+barbares parce que leur nom est étranger.
+Si l'on appelait votre phalange, la phalange
+phocéenne, l'on pourrait accréditer sur
+son compte toute espèce de fable.</p>
+
+<p>Il est vrai que vous m'avez rappelé un
+fait, c'est celui de Lisle, je ne le justifie
+pas, mais je l'explique.</p>
+
+<p>Les Lislois ont tué le trompette qu'on
+leur avait envoyé, ils ont résisté sans espérance
+de succès, ils ont été pris d'assaut, le
+soldat est entré au milieu du feu et des
+morts, il n'a plus été possible de le contenir,
+l'indignation a fait le reste.</p>
+
+<p>Ces soldats que vous appelez brigands,
+sont nos meilleures troupes et nos bataillons
+les plus disciplinés, leur réputation est au-dessus
+de la calomnie.</p>
+
+<p>Dubois-Crancé et Albitte, constans amis
+du peuple, ils n'ont jamais dévié de la
+ligne droite.... Ils sont scélérats aux yeux
+des mauvais. Mais Condorcet, Brissot,
+Barbaroux aussi étaient scélérats lorsqu'ils
+étaient purs; l'apanage des bons, sera d'être
+toujours mal famés chez le méchant. Il
+vous semble qu'ils ne gardent aucune mesure
+avec vous; et au contraire, ils vous
+traitent en enfans égarés........ Pensez-vous
+que, s'ils eussent voulu, Marseille eût retiré
+les marchandises qu'elle avait à Beaucaire?
+ils pouvaient les séquestrer jusqu'à l'issue
+de la guerre? ils ne l'ont pas voulu faire,
+et, grâce à eux, vous pouvez retourner
+tranquillement chez vous.</p>
+
+<p>Vous appelez Carteaux un assassin: eh
+bien! sachez que ce général se donne les
+plus grandes sollicitudes pour l'ordre et la
+discipline, témoin sa conduite au Saint-Esprit
+et à Avignon: l'on n'a pas pris une
+épingle. Il a fait emprisonner un sergent
+qui s'était permis d'arrêter un Marseillais
+de votre armée qui était resté dans une
+maison, parce qu'il avait violé l'asile du
+citoyen sans un ordre exprès. L'on a puni
+des Avignonnais qui s'étaient permis de désigner
+une maison comme aristocrate. L'on
+instruit le procès d'un soldat accusé de
+vol..... Votre armée, au contraire, a tué,
+assassiné plus de trente personnes, a violé
+l'asile des familles, a rempli les prisons de
+citoyens, sous le prétexte vague qu'ils
+étaient des brigands.</p>
+
+<p>Ne vous effrayez point de l'armée, elle
+estime Marseille, parce qu'elle sait qu'aucune
+ville n'a tant fait de sacrifices à la chose
+publique; vous avez dix-huit mille hommes
+à la frontière et vous ne vous êtes point
+ménagés dans toutes les circonstances. Secouez
+le joug du petit nombre d'aristocrates
+qui vous conduisent, reprenez des principes
+plus sains, et vous n'aurez pas de
+plus vrais amis que le soldat.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Ah! vos soldats ont bien dégénéré de
+l'armée de 1789; elle ne voulut pas, cette
+armée, prendre les armes contre la nation,
+les vôtres devaient imiter un si bel exemple,
+et ne pas tourner leurs armes contre
+leurs concitoyens.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Avec ces principes, la Vendée aurait
+aujourd'hui planté le drapeau blanc sur
+les murs de la Bastille relevée, et le camp
+de Jalès dominerait à Marseille.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>La Vendée veut un roi, veut une contre-révolution;
+la guerre de la Vendée, du
+camp de Jalès est celle du fanatisme; la
+nôtre, au contraire, est celle des vrais républicains,
+amis des lois, de l'ordre, ennemis
+de l'anarchie et des scélérats. N'avons-nous
+pas le drapeau tricolore? Et quel intérêt
+aurions-nous à vouloir l'esclavage?</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Je sais bien que le peuple de Marseille
+est bien loin de celui de la Vendée, en fait de
+contre-révolution. Le peuple de la Vendée
+est robuste et sain, celui de Marseille est
+faible et malade, il a besoin de miel pour
+avaler la pilule; pour y établir la nouvelle
+doctrine, l'on a besoin de le tromper; mais
+depuis quatre ans de révolution, après tant
+de trames, de complots, de conspiration,
+toute la perversité humaine s'est développée
+sous différens aspects, les hommes ont
+perfectionné leur tact naturel; cela est si
+vrai, que, malgré la coalition départementale,
+malgré l'habileté des chefs, le grand
+nombre des ressorts de tous les ennemis de
+la révolution, le peuple partout s'est réveillé
+au moment où on le croyait ensorcelé.</p>
+
+<p>Vous avez, dites-vous, le drapeau
+tricolore?</p>
+
+<p>Paoli aussi l'arbora en Corse pour avoir
+le temps de tromper le peuple, d'écraser
+les vrais amis de la liberté, pour pouvoir
+entraîner ses compatriotes dans ses projets
+ambitieux et criminels; il arbora le drapeau
+tricolore, et il fit tirer contre les bâtimens
+de la république, et il fit chasser
+nos troupes des forteresses, et il désarma
+celles qui y étaient, et il fit des rassemblemens
+pour chasser celles qui étaient dans
+l'île, et il pilla les magasins, en vendant
+à bas prix tout ce qu'il y avait, afin d'avoir
+de l'argent pour soutenir sa révolte, et il
+ravagea et confisqua les biens des familles
+les plus aisées, parce qu'elles étaient attachées
+à l'unité de la république, et il se
+fit nommer généralissime, et il déclara ennemis
+de la patrie, tous ceux qui resteraient
+dans nos armées: il avait fait précédemment
+échouer l'expédition de Sardaigne; et cependant,
+il avait l'impudeur de se dire l'ami
+de la France et bon républicain, et cependant,
+il trompa la convention qui rapporta
+son décret de destitution; il fit si bien enfin,
+que lorsqu'il a été démasqué, par ses
+propres lettres, trouvées à Calvi, il n'était
+plus temps, les flottes ennemies interceptaient
+toutes les communications.</p>
+
+<p>Ce n'est plus aux paroles qu'il faut s'en,
+tenir, il faut analyser les actions; et avouez
+qu'en appréciant les vôtres, il est facile de
+vous démontrer contre-révolutionnaires.</p>
+
+<p>Quel effet a produit dans la république
+le mouvement que vous avez fait? Vous
+l'avez conduite près de sa ruine; vous avez
+retardé les opérations de nos armées; je ne
+sais pas si vous êtes payés par l'Espagnol
+et l'Autrichien; mais certes, ils ne pouvaient
+pas désirer de plus fortes diversions:
+que feriez,-vous de plus, si vous l'étiez?
+Vos succès sont l'objet des sollicitudes de
+tous les aristocrates reconnus; vous avez
+placé à la tête de vos sections et de vos armées,
+des aristocrates avoués, un Latcurette,
+ci-devant colonel, un Soumise, ci-devant
+lieutenant-colonel du génie., qui
+ont abandonné leurs corps, au moment
+de la guerre, pour ne pas se battre pour
+la liberté des peuples.</p>
+
+<p>Vos bataillons sont pleins de pareilles
+gens, et votre cause ne serait pas la leur,
+si elle était celle de la république.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Mais, Brissot, Barbaroux, Condorcet,
+Buzot, Vergniaux, sont-ils aussi aristocrates?
+Qui a fondé la république? qui a
+renversé le tyran? qui a enfin soutenu la
+patrie à l'époque périlleuse de la dernière
+campagne?</p>
+
+<p>LE MILITAIRE</p>
+
+<p>Je ne cherche pas si vraiment ces hommes
+qui avaient bien mérité du peuple dans
+tant d'occasions, ont conspiré contre lui:
+ce qu'il me suffit de savoir, c'est que la
+montagne, par esprit public ou par esprit
+de parti, s'étant portée aux dernières extrémités
+contre eux, les ayant décrétés, emprisonnés,
+je veux même vous le passer,
+les ayant calomniés, les Brissotins étaient
+perdus, sans une guerre civile qui les mît
+dans le cas de faire la loi à leurs ennemis.
+C'est donc pour eux vraiment que votre
+guerre était utile: s'ils avaient mérité leur
+réputation première, ils auraient jeté leurs
+armes à l'aspect de la constitution, ils auraient
+sacrifié leurs intérêts au bien public;
+mais il est plus facile de citer Decius
+que de l'imiter; ils se sont aujourd'hui rendus
+coupables du plus grand de tous les
+crimes, ils ont par leur conduite justifié
+leur décret... Le sang qu'ils ont fait
+répandre a effacé les vrais services qu'ils
+avaient rendus.</p>
+
+<p>LE FABRICANT DE MONTPELLIER.</p>
+
+<p>Vous avez envisagé la question sous le
+point de vue le plus favorable à ces messieurs;
+car il paraît prouvé que les Brissotins
+étaient vraiment coupables; mais
+coupables ou non, nous ne sommes plus
+dans des siècles où l'on se battait pour les
+personnes.</p>
+
+<p>L'Angleterre a versé des torrens de sang
+pour les familles de Lancastre et d'Yorck,
+la France pour les Lorrains et les Bourbons;
+serions-nous encore à ces temps de
+barbarie!!!</p>
+
+<p>LE NIMOIS.</p>
+
+<p>Aussi, avons-nous abandonné les Marseillais,
+dès que nous nous sommes aperçus
+qu'ils voulaient la contre-révolution, et
+qu'ils se battaient pour des querelles particulières.
+Le masque est tombé dès qu'ils ont
+refusé de publier la constitution, nous avons
+alors pardonné quelques irrégularités à la
+montagne. Nous avons oublié Rabaud et
+ses jérémiades, pour ne voir que la république
+naissante, environnée de la plus
+monstrueuse des coalitions qui menace de
+l'étouffer à son berceau, pour ne voir que
+la joie des aristocrates et l'Europe à vaincre.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Vous nous avez lâchement abandonnés
+après nous avoir excités par des députations
+éphémères.</p>
+
+<p>LE NIMOIS.</p>
+
+<p>Nous étions de bonne foi, et vous aviez
+le renard sous les aisselles; nous voulions
+la république, nous avons dû accepter une
+constitution républicaine. Vous étiez mécontens
+de la montagne et de la journée
+du 31 mai, vous deviez donc encore accepter
+la constitution pour la renvoyer, et
+faire terminer sa mission.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Nous voulons aussi la république, mais
+nous voulons que notre constitution soit
+formée par des représentans libres dans
+leurs opérations; nous voulons la liberté,
+mais nous voulons que ce soit des représentans
+que nous estimons, qui nous la
+donnent; nous ne voulons pas que notre
+constitution protège le pillage et l'anarchie.
+Notre première condition est: point de
+club, point d'assemblées primaires si fréquentes,
+respect aux propriétés.</p>
+
+<p>LE FABRICANT DE MONTPELLIER.</p>
+
+<p>Il est palpable, pour qui veut réfléchir,
+qu'une partie de Marseille veut la contre-révolution,
+l'on avoue vouloir la république,
+mais c'est un rideau que l'on rendrait
+tous les jours plus transparent; l'on
+vous accoutumerait à voir la contre-révolution
+toute nue; déjà le voile qui la couvrait
+n'était plus que de gaze, votre peuple
+était bon, mais avec le temps on aurait
+perverti la masse, sans le génie de la révolution
+qui veille sur elle.</p>
+
+<p>Nos troupes ont bien mérité de la patrie
+pour avoir pris les armes contre vous avec
+autant d'énergie, elles n'ont pas dû imiter
+l'armée de 1789, puisque vous n'êtes pas
+la nation. Le centre d'unité est la convention,
+c'est le vrai souverain, surtout lorsque
+le peuple se trouve partagé.</p>
+
+<p>Vous avez renversé toutes les lois, toutes
+les convenances. De quel droit destituiez-vous
+votre département? Était-ce à Marseille
+qu'on l'avait formé. De quel droit le
+bataillon de votre ville parcourt-il les districts?
+De quel droit vos gardes nationales
+prétendaient-elles entrer dans Avignon? Le
+district de cette ville était le premier corps
+constitué, puisque le département était
+dissous? De quel droit prétendiez-vous entrer
+sur le territoire de la Drôme? et pourquoi
+croyez-vous que ce département n'ait
+pas le droit de requérir la force publique
+pour le défendre? Vous avez donc confondu
+tous les droits, vous avez établi l'anarchie,
+et puisque vous prétendez justifier
+vos opérations par le droit de la force, vous
+êtes donc des brigands, des anarchistes.</p>
+
+<p>Vous aviez établi un gouvernement populaire,
+Marseille seul l'a nommé; il est
+contraire à toutes les lois, ce ne peut être
+qu'un tribunal de sang, puisque c'est le
+tribunal d'une faction; vous avez soumis
+par la force, à ce tribunal, tout votre département.
+De quel droit? Vous usurpez
+donc cette autorité, que vous reprochez injustement
+à Paris? Votre comité des sections
+a reconnu des affiliations. Voilà donc
+une coalition pareille à celle des clubs contre
+qui vous vous récriez; votre comité a
+exercé des actes d'administration sur des
+communes du Var; voilà donc la division
+territoriale méconnue.</p>
+
+<p>Vous avez, à Avignon, emprisonné sans
+mandat, sans décret, sans réquisition des
+corps administratifs; vous avez violé l'asyle
+des familles, méconnu la liberté individuelle;
+vous avez, de sang-froid, assassiné
+sur les places publiques; vous avez renouvelé
+les scènes dont vous avez exagéré
+l'horreur, et qui ont affligé l'origine de la
+révolution, sans informations, sans procès,
+sans connaître les victimes, seulement sur
+la désignation de leurs ennemis; vous les
+avez prises, arrachées à leurs enfans, traînées
+dans les rues, et les avez fait périr
+sous les coups de sabre; l'on en compte
+jusqu'à trente que vous avez ainsi sacrifiées;
+vous avez traîné la statue de la liberté dans la
+boue; vous l'avez exécutée publiquement;
+elle a été l'objet des avanies de toute espèce
+d'une jeunesse effrénée; vous l'avez lacérée
+à coups de sabre, vous ne sauriez le nier; il
+était midi, plus de deux cents personnes
+des vôtres assistaient à cette profanation criminelle;
+le cortège a traversé plusieurs rues,
+est arrivé à la place de l'horloge, etc., etc.
+J'arrête mes réflexions et mon indignation.
+Est-ce donc ainsi que vous voulez la république?
+Vous avez retardé la marche de nos
+armées, en arrêtant les convois; comment
+pouvoir se refuser à l'évidence de tant de
+faits, et comment vous épargner le titre des
+ennemis de la patrie?</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Il est de la dernière évidence que les
+Marseillais ont nui aux opérations de nos
+armées, et voulaient détruire la liberté;
+mais ce n'est pas ce dont il s'agit; la question
+est de savoir s'ils peuvent espérer, et
+quel parti il leur reste à prendre?</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Nous avons moins de ressources que je ne
+pensais; mais l'on est bien fort lorsqu'on
+est résolu à mourir, et nous le sommes plutôt
+que de reprendre le joug des hommes
+qui gouvernent l'état; vous savez qu'un
+homme qui se noie s'accroche à toutes les
+branches, aussi plutôt que de nous laisser
+égorger, nous... Oui, nous avons tous pris
+part à cette nouvelle révolution; nous nous
+ferions sacrifier par la vengeance. Il y a
+deux mois que l'on avait conspiré pour
+égorger 4.000 de nos meilleurs citoyens;
+jugez à quels excès on se porterait aujourd'hui...
+On se ressouvient toujours de ce
+monstre qui était cependant un des principaux
+du club; il fit lanterner un citoyen,
+pilla sa maison, et viola sa femme, après
+lui avoir fait boire un verre du sang de son
+époux.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Quelle horreur! mais ce fait est-il vrai?
+Je m'en méfie, car vous savez que l'on ne
+croit plus au viol aujourd'hui...</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Oui, plutôt que de nous soumettre à de
+pareilles gens, nous nous porterons à la
+dernière extrémité, nous nous donnerons
+aux ennemis, nous appellerons les Espagnols;
+il n'y a point de peuple dont le caractère
+soit moins compatible avec le nôtre;
+il n'y en a point de plus haïssable. Jugez
+donc, par le sacrifice que nous ferons, de
+la méchanceté des hommes que nous craignons.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Vous donner aux Espagnols!!... Nous ne
+vous en donnerons pas le temps.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>On les signale tous les jours devant nos
+ports.</p>
+
+<p>LE NIMOIS.</p>
+
+<p>Pour voir lequel des fédérés ou de la
+montagne tient pour la république, cette
+menace seule me suffit; la montagne a été
+un moment la plus faible, la commotion
+paraissait générale. A-t-elle cependant jamais
+parlé d'appeler les ennemis? Ne savez-vous
+pas que c'est un combat à mort
+que celui des patriotes et des despotes de
+l'Europe? Si donc vous espérez des secours
+de leur part, c'est que vos meneurs
+ont de bonnes raisons pour en être accueillis,
+mais j'ai encore trop bonne opinion de
+votre peuple, pour croire que vous soyez
+les plus forts à Marseille dans l'exécution
+d'un si lâche projet.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Pensez-vous que vous feriez un grand
+tort à la république, et que votre menace
+soit bien effrayante? Évaluons-la.</p>
+
+<p>Les Espagnols n'ont point de troupes
+de débarquement, leurs vaisseaux ne peuvent
+pas entrer dans votre port: si vous
+appeliez les Espagnols, ça pourrait être
+utile à vos meneurs pour se sauver avec
+une partie de leur fortune; mais l'indignation
+serait générale dans toute la république;
+vous auriez 60,000 hommes sur les bras
+avant huit jours, les Espagnols emporteraient
+de Marseille ce qu'ils pourraient, et
+il en resterait encore assez pour enrichir
+les vainqueurs.</p>
+
+<p>Si les Espagnols avaient 30 ou 40,000
+hommes sur leur flotte, tout prêts à pouvoir
+débarquer, votre menace serait effrayante;
+mais, aujourd'hui, elle n'est que
+ridicule, elle ne ferait que hâter votre
+ruine.</p>
+
+<p>LE FABRICANT DE MONTPELLIER.</p>
+
+<p>Si vous étiez capables d'une telle bassesse,
+il ne faudrait pas laisser pierre sur
+pierre dans votre superbe cité, il faudrait
+que d'ici à un mois le voyageur, passant
+sur vos ruines, vous crût détruits depuis
+cent ans.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Croyez-moi, Marseillais, secouez le joug
+du petit nombre de scélérats qui vous conduisent
+à la contre-révolution; rétablissez
+vos autorités constituées; acceptez la constitution;
+rendez la liberté aux représentans;
+qu'ils aillent à Paris intercéder pour vous;
+vous avez été égarés, il n'est pas nouveau
+que le peuple le soit par un petit nombre
+de conspirateurs et d'intrigans; de tout
+temps la facilité et l'ignorance de la multitude
+ont été la cause de la plupart des
+guerres civiles.</p>
+
+<p>LE MARSEILLAIS.</p>
+
+<p>Eh! monsieur, qui peut faire le bien à
+Marseille? Seront-ce les réfugiés qui nous
+arrivent de tous les côtés du département?
+Ils sont intéressés à agir en désespérés. Seront-ce
+ceux qui nous gouvernent? Ne sont-ils pas
+dans le même cas? Sera-ce le peuple? Une
+partie ne connaît pas sa position, elle est
+aveuglée et fanatisée; l'autre partie est désarmée,
+suspectée, humiliée; je vois donc,
+avec une profonde affliction, des malheurs
+sans remède.</p>
+
+<p>LE MILITAIRE.</p>
+
+<p>Vous voilà enfin raisonnable; pourquoi
+une pareille révolution ne s'opérerait-elle
+pas sur un grand nombre de vos concitoyens
+qui sont trompés et de bonne foi?
+Alors Albitte, qui ne peut que vouloir
+épargner le sang français, vous enverra
+quelque homme loyal et habile; l'on sera
+d'accord; et, sans s'arrêter un seul moment,
+l'armée ira sous les murs de Perpignan
+faire danser la carmagnole à l'Espagnol
+enorgueilli de quelques succès, et Marseille
+sera toujours le centre de gravité de la liberté,
+ce sera seulement quelques feuillets
+qu'il faudra arracher à son histoire.</p>
+
+<p>Cet heureux pronostic nous remit en humeur,
+le Marseillais nous paya de bon
+coeur plusieurs bouteilles de vin de Champagne,
+qui dissipèrent entièrement les soucis
+et les sollicitudes. Nous allâmes nous
+coucher à deux heures du matin, nous
+donnant rendez-vous au déjeuner du lendemain,
+où le Marseillais avait encore bien
+des doutes à proposer, et moi bien des vérités
+intéressantes à lui apprendre.</p>
+
+<p>29 juillet 1793.</p>
+<br><br><br>
+<h4>GÉNÉALOGIE</h4>
+<h3>DE NAPOLÉON</h3>
+<H4>BONAPARTE.</h4>
+
+<p>En 1752, le grand-duc de Toscane ayant voulu réformer
+les abus qui se glissaient dans l'usurpation des titres de noblesse,
+établit une commission chargée de la vérification de
+ces titres et de leur enregistrement.</p>
+
+<p>La famille des Buonaparte, ou Bonaparte<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a> déchue de son
+ancienne splendeur, exilée de Florence à la suite des troubles
+qui agitèrent l'Italie dans le douzième siècle, présenta une
+requête au chapitre de l'ordre de Saint-Étienne, pour obtenir
+son classement parmi les grands de Florence.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Footnote 5:</b><a href="#footnotetag5"> (return) </a> Dans les
+ pièces généalogiques que l'on nous a communiquées, et qui
+comprenaient quarante pages in-folio, ce nom était écrit tantôt Bonaparte, tantôt
+Buonaparte, quoique tout le texte fût en italien.</blockquote>
+
+<p>C'est cette requête, accompagnée de pièces authentiques à
+l'appui, qui nous a fourni les renseignemens dont nous offrons
+aujourd'hui un extrait succinct.</p>
+
+<p>Le premier des membres de cette famille, dont le souvenir
+se soit conservé, Nicolas Bonaparte, attaché au parti des
+gibellins, fut compris dans la proscription qui les frappa, et
+banni de Florence en 1268, après avoir vu confisquer tous
+ses biens. Il se réfugia avec ses enfans à San-Miniato.</p>
+
+<p>En 1441, un descendant du même Bonaparte, Leonardo
+Antonio Mocci, également gibellin, fut arrêté a Florence,
+accusé de haute trahison et décapité. Un registre déposé dans
+les archives de San-Miniato, et contenant l'état des biens
+confisqués aux rebelles, renferme le détail de ceux appartenant
+à Leonardo, et dont le tiers fut déclaré appartenir à son
+fils.</p>
+
+<p>Depuis cette époque, plusieurs Bonaparte ont rempli
+avec distinction des fonctions élevées dans l'état militaire,
+la magistrature, et l'église, à Pisé, à Lucques, à
+Florence. L'enquête faite en août 1752, et présentée par le
+capitaine Nicolas Bonaparte, tant en son nom qu'en celui de
+ses enfans et de ses autres parens, nous a paru devoir occuper
+une place dans ce recueil; elle renferme une analyse historique
+des documens sur lesquels cette famille établissait ses
+prétentions. Nous en donnerons une traduction littérale.</p>
+
+<p><i>Enquête pour le capitaine Bonaparte, fils et consorts.</i></p>
+
+<p>«Illustrissimes seigneurs,</p>
+
+<p>«Plusieurs raisons concluantes tendent à établir que la famille
+des exposans était placée dans un rang élevé et distingué
+de la ville de Florence; elle est regardée comme descendant
+de Buonaparte gibellin, porté, ainsi que ses fils, (<i>al libro
+del chiodo</i>), avec l'emploi de capitaine. La même famille était
+regardée comme jouissant du rang de grand de Florence, et
+fut reconnue judiciairement pour appartenir aux ordres
+nobles.</p>
+
+<p>«Pour prouver qu'elle tire son origine du susdit Buonaparte,
+exilé avec ses fils en 1268, comme gibellin, du territoire
+de notre ville, nous employerons les raisons détaillées
+ci-après:</p>
+
+<p>«1°. Notre premier raisonnement est que, Buonaparte gibellin,
+exilé en 1268 du territoire florentin, s'est réfugié avec
+quelques-uns de ses fils à San-Miniato, où dominait le parti
+gibellin, et que de lui sont descendus messire Jacopo, fils
+de messire Georgio di Jacopo de Buonaparti, résidant à
+San-Miniato, quartier de Poggighiti; qu'ils furent faits
+nobles, ainsi qu'il appert de l'admission des preuves par les
+seigneurs illustrissimes, et considérés comme descendans dudit
+messire Jacopo, fils de Giorgio, et aussi comme provenant
+dudit Buonaparte gibellin.</p>
+
+<p>«En admettant cette première vérité, qu'ils descendent de
+messire Jacopo, fils de Giorgio, il en résulte deux conséquences:
+l'une, que ladite famille descendante de Buonaparte
+était noble à San-Miniato; l'autre, que cette ville était devenue
+sa véritable patrie. Si donc l'on reconnaît ces deux titres
+dans la famille des exposans, on ne peut se refuser à croire
+qu'elle était noble dès ce temps-là. Judiciairement considérée
+comme la vraie famille Buonaparte, elle en tirera l'invincible
+argument que les exposans proviennent de la même souche
+que messire Jacopo, lequel en provient lui-même par les fils
+de Buonaparte gibellin.</p>
+
+<p>«L'argument ci-dessus se consolide de plus en plus en applicant
+au cas présent les doctrines légales: le séjour de la famille
+dans un même lieu, le même grade de noblesse et au même
+temps, forment un faisceau de preuves qui servent à établir
+la descendance d'une même souche; vérité qui devient plus
+évidente encore lorsque l'on voit Buonaparte, reconnu comme
+chef, donner son nom aux descendans.</p>
+
+<p>«Ajoutons que l'article <i>de</i> qui, dans d'autres familles,
+précède le nom, suivant l'opinion des antiquaires les plus érudits,
+ne peut indiquer qu'une famille ordinaire devenue noble.
+Ainsi, devant les noms de médecins, de bourgeois et de riches,
+on joint l'article <i>de</i> à leurs noms, à moins qu'ils ne soient
+de haute lignée.</p>
+
+<p>«On n'a jamais mis l'article <i>de</i> devant le nom de Achin
+Salviati, peintre excellent, et d'une si grande réputation; on
+n'en doit pas mettre devant le nom de notre famille, pas plus
+sans doute que devant le nom de nos anciens souverains <i>les
+Médicis</i>.</p>
+
+<p>«Pour appuyer encore ce qui vient d'être dit, nous offrons
+les preuves suivantes, qui semblent sans réplique: non seulement
+Pierre di Gio di Jacopo di Moccio, l'un des informans,
+lors de la première description des décimes de l'année 1427,
+est cité <i>comme citoyen de Florence</i>, mais son père et son
+aïeul sont nommés comme alliés aux trois gentilshommes
+florentins Grandoni, Federighi et Ricci; de plus, ils résidèrent
+constamment dans le quartier du Saint-Esprit, où ils avaient
+leur habitation, et ils avaient établi leur sépulture dans
+l'église principale; nous citerons la mention de leur résidence
+au <i>gonfalonier scala</i> (<i>gonfalone scala</i>) où avaient passé
+Buonaparte gibellin et ses fils; ce qui prouve manifestement
+que Pierre, dont il vient d'être parlé, a continué d'occuper
+cette même habitation, comme descendant légitime du même
+nom, et le rapport du magistrat atteste qu'il était de Florence,
+habitait le même gonfalonier, et la même maison que le fondateur,
+M. Niccolo. Mais plus tard, au lieu d'y retourner,
+les Buonaparte occupèrent San-Miniato; ce qu'il est facile de
+reconnaître par la réticence que fit Pierre de son surnom dans
+le premier état de division qui eut lieu de sa part, ainsi que
+de ses descendans après lui. Cette omission, à laquelle on mit
+du mystère, donne à penser, ou plutôt à faire connaître, que
+ce même rejeton descendait de Buonaparte gibellin, dont la
+mémoire alors devait être odieuse à Florence, et ce moyen
+était plus facile à employer que de changer d'habitation, dans le
+dessein de laisser ignorer ces circonstances dans la ville. Il n'en
+était pas de même à San-Miniato, où dominait le parti gibellin.
+L'on voit même les auteurs, descendans et collatéraux du même
+Pierre, ne pas avoir recours au même moyen, et, dans toutes
+les occasions, tirer leur noblesse de Buonaparte. On voit aussi
+le sieur Nicolo lui-même taire tour à tour son surnom à
+San-Miniato, comme les autres l'avaient fait dans la ville de
+Florence, et, sans doute suivant les circonstances, le répéter
+ensuite deux fois dans la même inscription. On ne peut, dans
+le fait, imputer la réticence de ce nom qu'au désir de se tenir
+à l'abri de la haine que le peuple avait conçue pour lui, et il
+n'était certainement odieux au peuple que comme l'étaient
+les noms des autres grands et des gibellins: c'est le jugement
+qu'en portent tous les hommes éclairés. Il est peu de familles
+illustres qui n'aient été exposées aux mêmes inconvéniens à
+l'époque dont nous rappelons le triste souvenir.</p>
+
+<p>«En quatrième lieu, lorsque, d'après l'inspection seule
+de l'arbre généalogique, nous voyons un membre de la
+famille parvenir aux premières dignités de l'église de Florence,
+dignités qui n'ont jamais été conférées qu'avec beaucoup de
+circonspection, nous pouvons en tirer l'induction de la haute
+considération qu'inspirait messire Jacopo, à cause de messire
+Pierre, chanoine et doyen florentin, avant le prince successeur
+de Francisco Bucellaï (c'est-à-dire en 1500.)</p>
+
+<p>«On voit en outre les auteurs des informans alliés aux maisons
+Ricci, Federighi, Grandoni, Albizzi, Visdmnini, Alberti,
+Masi, Tornabuoni, parens des Tornaquiuci de Pauzano,
+parens de Ricasoli, Buonacorsi, Gaetani, Pamialichi,
+Attavanti, Squarcialupi et Borronaci, dont est né un des
+informans.</p>
+
+<p>«De là on peut, avec beaucoup de raison, conclure que
+l'origine de la famille est noble, venant directement du même
+Buonaparte.</p>
+
+<p>«Enfin, de ce que notre famille a été exclue des honneurs
+populaires dont elle était en possession, on doit en tirer la
+conséquence qu'elle était dévouée au parti gibellin.</p>
+
+<p>«On la voit ensuite transférée à San-Miniato, et y posséder
+un château, et, fidèle au parti qu'elle avait embrassé, offrir
+une nouvelle victime dans la personne de Leonardo Antonio
+<i>del nostro moccio</i>, décapité pour cette raison en 1441.</p>
+
+<p>«Toutes ces circonstances réunies établissent d'une manière
+péremptoire le dévouement de cette famille aux gibellins. Nous
+prouverons plus tard qu'elle jouissait d'une grande fortune,
+et que, si les honneurs et les dignités qui semblent devoir être
+l'apanage de ce rang, lui ont été refusés, il ne faut en accuser
+que les dissensions civiles qui la réduisirent enfin à cacher son
+nom.</p>
+
+<p>«On ne peut tirer d'aucune archive des preuves plus fortes
+pour constater l'origine des informans quant à leur auteur
+Buonaparte. Bien qu'elles soient très concluantes, nous espérons
+que vos grandeurs voudront bien, dans leurs principes
+d'équité, prendre en considération la force de ces mêmes
+preuves, par l'impossibilité où se trouvent les informans de
+les compléter d'une manière plus satisfaisante.</p>
+
+<p>«Indépendamment de la réunion des conjectures, qui
+vient d'être établie par ce qui précède, nous croyons être
+encore à même de prouver que Touquin d'Oddo et ses
+descendans remontent sans nul doute à Buonaparte gibellin,
+ainsi que nous l'avons déjà avancé plusieurs fois. Nos conjectures
+sont d'autant plus fondées, que nous trouvons dans un
+ancien registre de la famille des exposans, du commencement
+de l'année 1518, avant l'érection de la principauté, à la
+page 20, une note dont copie authentique se trouvera à la
+suite de la présente instruction. La vérité qui jaillit de cette
+note émane d'une personne respectable; elle a eu lieu également
+dans un temps non suspect; il faut donc en conclure
+que ce document mérite la plus grande confiance, quoiqu'il
+ne soit an surplus qu'un complément des preuves de noblesse
+que nous sommes en état de donner. Il faut en conclure également
+que cette même noblesse est établie et confirmée par
+probabilités ou vraisemblances qui peuvent être rangées au
+nombre des choses légales et authentiques. Ces probabilités,
+outre les raisons précédemment alléguées, dérivent incontestablement
+de trouver réunis, à la même époque et dans le
+même grade, d'une part, le colonel messire Jacopo di Giorgio,
+jusqu'à Buonaparte gibellin, et de l'autre, notre colonel
+Giovanni di Jaccopo jusqu'au même Buonaparte: En
+suivant même la proportion des temps, il ne paraîtrait pas
+impossible que lesdits Jacopo et Gio soyent tous les deux
+descendans du même Buonaparte, et cette probabilité, disons
+plus, cette vérité, se fortifie par l'apparition seule des personnes,
+qui, ayant lieu dans le même temps, leur fait assigner
+avec beaucoup de vraisemblance une origine commune.
+«Mais quand même cette noble origine ne serait pas établie,
+comme elle l'est, n'y a-t-il pas lieu de reconnaître, en passant
+a l'examen de la seconde proposition, que la famille Buonaparte
+se trouve liée aux familles les plus considérées de Florence,
+en ligne directe. Son séjour ancien et habituel dans
+cette dernière ville, ses armoiries, en un mot, c'est-à-dire le
+râteau rouge avec la fleur de lys d'or, armoiries données aux
+familles nobles par le roi Charles Ier, ainsi que la croix du
+peuple florentin, dont elle est depuis long-temps en possession,
+sont des preuves de sa noblesse qui attestent même
+qu'elle remonte au temps des gibellins.
+«A la vérité, les marques de noblesse données par le peuple
+ne s'accordèrent qu'aux familles d'un rang élevé, et le plus
+souvent, comme chacun le sait, à celles des mêmes familles
+qui s'empressèrent d'abjurer le parti des gibellins pour acquérir
+de la popularité. Quelques-uns des nôtres ont fait cette
+abjuration au moment même où ils recevaient les armoiries,.
+d'autres, depuis la décapitation du susdit Leonardi.
+«Privée des honneurs populaires, cette famille s'est considérée
+comme déchue de sa grandeur, et fut en butte à
+toutes sortes de mauvais traitemens, jusqu'à l'érection de la
+principauté. Alors seulement, voulant ne pas laisser perdre
+une illustration justement acquise, elle a relevé pour elle-même
+des faits qui avaient été tenus secrets, non pas tant, peut-être,
+pour en dissiper l'odieux que pour prouver qu'elle ne
+renonçait pas à ses droits, comme l'ont fait nombre d'autres
+familles, en refusant les armoiries et les alliances qui les
+auraient rendues agréables au peuple, en suivant l'impulsion
+du pays.</p>
+
+<p>«Venons à l'autre point de notre exposé. Il est fondé sur
+ce que nous venons de dire, qu'en 1571, le chevalier Fausto
+Beltramini de Siena, voulant prendre la croix de St.-Étienne,
+non par grâce, mais d'après justice, établit le quartier de
+noblesse de Buonaparte par Catherina sa mère, fille de Gio,
+fils de notre Benedetto Buonaparte. Il prouva de même la noblesse
+d'Attavanti par la mère de Catherina, et en remontant
+jusqu'au premier grade de noblesse de Buonaparte à
+Florence, dans le temps même de la république, preuves
+qui émanent des documens des magistrats de San-Miniato
+depuis 1570 jusqu'à 1571, où ils s'expriment ainsi qu'il suit,
+au sujet des auteurs des exposans: «<i>c'est bien volontairement
+qu'ils s'en sont abstenus, à cause de leur droit de cité
+à Florence</i>,» et comme l'atteste plus clairement encore le
+témoignage de messire Antonio de Gucci de San-Miniato.</p>
+
+<p>«<i>Premier témoin</i>. Il se rappelle avoir vu ledit Gio-Buonaparte,
+père de ladite Catherina, icelle mère dudit Fausto,
+en qualité de gentilhomme et homme d'armes de M.Valerio
+Orsini, aux appointemens de la république de Florence.
+Sur ces documens généraux, a été accordé le quartier de noblesse
+à Buonaparte par le conseil de Pise, avec une mention
+honorable sur le rapport qui en a été fait au sérénissime grand-maître.</p>
+
+<p>«Les motifs de ce rapport ont été, que la famille de
+Buonaparte a joui du droit de cité à Florence et à Lucques;
+que plusieurs membres de cette famille avaient rempli l'emploi
+de <i>vedut</i> du collège, que d'autres ont eu des emplois
+au dehors; mais comme dans le temps San-Miniato
+n'avait pas de siège épiscopal, et que par conséquent ces
+familles ne pouvaient, en vertu des statuts de l'ordre, être
+admises aux preuves judiciaires, à l'effet de prendre l'habit,
+d'après le chapitre 3 du même statut, «<i>le candidat doit
+être de la nation et né dans la ville</i>,» malgré l'application de
+ce principe aux autres quartiers de noblesse, la justice ne
+put les étendre jusqu'au quartier de Buonaparte, c'est-à-dire
+à l'ancienne et noble origine de Buonaparte gibellin et à ses
+auteurs, quoiqu'ils fussent dès lors considérés comme grands.</p>
+
+<p>«On voit en second lieu que la jouissance des emplois
+des collèges mentionnée au susdit rapport, avec l'approbation
+du saint ordre militaire, qui l'admettait même comme preuve
+judiciaire, concession semblable à celle faite a la famille Jeppi,
+ne peut s'expliquer autrement que par les preuves fournies
+par la famille Buonaparte et par Beltramini, de la possession
+des prérogatives du grade noble de Florence. Or, suivant les
+lois réglementaires de ce corps de noblesse, elle doit être placée
+au rang des patriciens.</p>
+
+<p>«Mais pour éclaircir davantage ce qui vient d'être exposé,
+nous donnerons l'assurance que les preuves des titres des Buonaparte,
+faites par Beltramini dans la personne de Catherina
+di Gio di Benedetto Buonaparte, l'auteur commun, furent
+faites comme de famille florentine, sanctionnées par le saint
+ordre militaire. Ceci fit reconnaître judiciairement le quartier
+de Buonaparte à Ridolfi, soixante-dix ans après les preuves
+de Beltramini. Si tel a été l'effet des preuves de Beltramini,
+à plus forte raison les Buonaparte ont le droit de demander à
+être, comme les Ridolphi, reconnus nobles et de famille florentine.</p>
+
+<p>«En résumant aux yeux de leurs seigneuries illustrissimes
+ce qui vient d'être examiné et discuté, la famille Buonaparte
+a le droit d'être classée parmi les grands ou gibellins, d'après
+le §10 de l'instruction de la loi sur la noblesse, ou d'être reconnue
+judiciairement pour famille florentine aux ordres nobles,
+suivant le §5 de la même loi. Mais dans l'un comme
+dans l'autre cas, leurs seigneuries illustrissimes ne peuvent
+manquer de reconnaître le droit de cette même famille au patriciat
+florentin, ce qu'elle attend de leur bienveillance et de
+leur justice, se faisant du reste un honneur de les avoir
+pour juges.»</p>
+
+
+<p>À la suite de cette pièce, s'en trouvait une autre contenant
+le dessin et la description des armoiries de Bonaparte.</p>
+
+<p>«Les armes de la famille de Bonaparte sont un champ rouge
+avec deux raies blanches en bandes, et deux étoiles également
+blanches, l'une dessous, l'autre au-dessus des bandes. Au
+chef de l'écu, dans un champ d'azur, est un rateau rouge et
+deux fleurs de lys d'or. Au milieu du rateau, un champ blanc
+avec croix rouge.</p>
+
+<p>«On voit de ces armes en beaucoup d'endroits à Florence,
+dans le cloître du St.-Esprit, au lieu de leur sépulture, et
+dans divers endroits de la ville de San-Miniato. Elles se trouvent
+aussi parmi les procédures faites au sujet de la profession
+de religion de St.-Etienne, par le chancelier Fausto
+Beltraroini, chevalier judiciaire de cet ordre militaire et sacré
+en l'année 1671, lesquelles procédures prouvent le quartier
+maternel de la famille Buonaparte.</p>
+
+<p>«Les armes de la branche des Franchini de San-Miniato
+sont un champ d'or, et un pin au milieu. Au chef de l'ecu,
+est un rateau rouge dans un champ d'azur, avec trois fleurs
+de lys d'or.»</p>
+
+<p>L'Arbre généalogique de la famille Buonaparte, dressé
+d'après les pièces produites, venait ensuite et était suivi:</p>
+
+<p>1°. De renseignemens concernant la personne de Buonaparte
+gibellin et de ses fils exilés.</p>
+
+<p>2°. D'autres documens concernant Leonardo d'Antonio,
+décapité comme gibellin.</p>
+
+<p>3°. D'un Mémoire de Jules, fils de Jean Buonaparte, extrait
+d'un ancien livre de la famille des exposans.</p>
+
+<p>4°. D'un document qui établit que Moccio Buonaparte est
+fils d'Oddo.</p>
+
+<p>5°. D'un arbre des décimes de la famille.</p>
+
+<p>6°. D'une attestation des gabelles et autres documens concernant
+les mariages et lignées de l'une et l'autre branche des Buonaparte.
+7°. D'une attestation de l'office des traites, comme dépendance
+du collège et d'autres bureaux également pour les deux susdites branches.</p>
+
+<p>8°. De preuves que leurs parens, depuis 1738, se sont
+surnommés Buonaparte, avec la jouissance du priorat.</p>
+
+<p>9°. D'extraits de baptême des auteurs de la requête.</p>
+
+<p>10°. D'un document sur le patrimoine ancien et actuel de
+la famille;</p>
+
+<p>Sur les personnes constituées en dignités dans ladite famille;</p>
+
+<p>Sur les nobles et anciens tombeaux de cette même famille
+dans San-Miniato et a Florence.</p>
+
+<p>11°. D'un acte de notoriété de San-Miniato pour la famille
+de Buonaparte en 1571.</p>
+
+<p>12°. D'une enquête sur leur famille, pour prouver judiciairement
+leur quartier, à l'ordre de Saint-Etienne, comme famille florentine.</p>
+
+<p>13°. Des motifs des chevaliers rapporteurs pour accorder
+ledit quartier.</p>
+
+<p>14°. Des motifs d'autres chevaliers rapporteurs auprès des
+grands-maîtres dudit ordre, pour octroyer judiciairement ledit
+quartier à d'autres Buonaparte.</p>
+
+<p>15°. De preuves de l'établissement dans San-Miniato de
+l'ancienneté de la famille de messire Jacopo, fils de messire
+Giorgio Buonaparte.</p>
+
+<p>Ces pièces, d'un intérêt secondaire, établissent cependant
+d'une manière authentique l'ancienneté de l'origine de cet
+homme extraordinaire, dont la naissance fut sans doute le
+moindre mérite. Il appartient tout entier au domaine de
+l'histoire: l'équitable postérité établira d'une manière
+invariable le rang qu'il mérite, et que ne peuvent aujourd'hui
+lui assigner ni l'enthousiasme ni la haine.</p>
+
+<hr>
+<h4>PRÉCIS</h4>
+<h4>CHRONOLOGIQUE ET HISTORIQUE</h4>
+<h5>DE LA VIE</h5>
+<h3>DE NAPOLÉON</h3>
+<h4>BONAPARTE</h4>
+<hr class="short">
+
+
+<h4>1769</h4>
+
+<p>15 <i>août</i>.&mdash;Naissance de Napoléon Bonaparte à Ajaccio,
+dans l'île de Corse: son père, Charles Bonaparte; sa mère,
+Letitia Ramolini; son parrain, le célèbre Paoli, dont l'exemple
+contribua puissamment au développement des facultés de
+Napoléon.</p>
+
+
+<h4>1777.</h4>
+
+<p><i>Septembre</i>.&mdash;Elevé d'abord au collège d'Autun, le jeune
+Bonaparte est reçu par la protection de M. de Marboeuf,
+gouverneur de l'Ile de Corse, à l'école royale militaire de
+Brienne en Champagne.</p>
+
+
+<h4>1784.</h4>
+
+<p>Bonaparte est compris dans la promotion d'élèves qui passent
+de Brienne à l'école de Paris.</p>
+
+<h4>1787.</h4>
+
+<p>Après des examens brillans, il est nommé sous-lieutenant
+d'artillerie au régiment de Lafère.</p>
+
+
+<h4>1788.</h4>
+
+<p>Il part de Paris avec Paoli pour se rendre en Corse.</p>
+
+
+<h4>1789.</h4>
+
+<p>Nommé lieutenant-colonel de la garde nationale d'Ajaccio,
+il seconde le général Paoli et perfectionne sous lui ses études
+de l'art militaire.</p>
+
+
+<h4>1792.</h4>
+
+<p>Banni de l'île de Corse par les factieux qui se disputaient
+l'autorité, Bonaparte revient en France, débarque à Marseille,
+et reprend presque aussitôt un service actif dans les
+armées de la république.</p>
+
+
+<h4>1793 (an 1er de la république.)</h4>
+
+<p>26 <i>juillet</i> (8 thermidor.)&mdash;Commandant en sa qualité
+de lieutenant l'artillerie du corps d'armée du général Carteaux,
+qui faisait la guerre aux Marseillais insurgés contre la
+convention, il reprend Avignon, dont ceux-ci s'étaient emparés.</p>
+
+<p>28 <i>juillet</i> (10 thermidor.)&mdash;Il s'empare de Beaucaire,
+aussi occupée par les Marseillais.</p>
+
+<p>Employé ensuite au siège de Toulon, dans l'armée du
+brave général Dugommier, Bonaparte est nommé chef de bataillon,
+commande l'artillerie pendant l'absence du général Dommartin,
+il y est blessé; se fait distinguer par les représentans du
+peuple dans toutes les affaires qui eurent lieu durant ce siège
+mémorable, contribue puissamment à la reprise de cette ville
+livrée aux Anglais, et jette d'une manière solide les premiers
+fondemens de cette gloire militaire qui devait avoir tant
+d'éclat.</p>
+
+<h4>1794 (an II.)</h4>
+
+<p>29 <i>avril</i>. (10 floréal.)&mdash;-Bonaparte, envoyé après le
+siège de Toulon à l'armée d'Italie, commandée par le général
+Dumerbion, se distingue de nouveau à la prise de Saorgio,
+dans le comté de Nice. Il est nommé général de brigade par
+les représentans du peuple. Devenu suspect peu de temps
+après, il est le premier officier de l'armée d'Italie contre
+lequel le comité de sûreté générale décerna un mandat d'arrêt.
+Arrêté aux avant-postes de l'armée, il est conduit au fort
+carré d'Antibes.</p>
+
+<h4>1795(an III.)</h4>
+
+<p>En butte à la haine du représentant Aubry, qui dirigeait
+la partie militaire dans le comité de salut public, Bonaparte
+est destitué, réintégré, destitué de nouveau, puis emprisonné;
+ayant enfin obtenu sa liberté et recouvré des protecteurs, il
+est nommé commandant de l'artillerie en Hollande; mais retenu
+par Barras, il ne se rend point à sa destination.</p>
+
+<p>3 <i>octobre</i> (11 vendémiaire an IV.)&mdash;-Barras le fait
+nommer commandant de l'artillerie à Paris.</p>
+
+<p>5 <i>octobre</i> (13 vendémiaire.)&mdash;-Bonaparte réduit les
+sections insurgées contre la convention.</p>
+
+<p>10 <i>octobre</i> (18 vendémiaire.)&mdash;-Il est récompensé du
+service qu'il a rendu à la convention par sa nomination au
+commandement en second de l'armée de l'intérieur et de
+Paris.</p>
+
+<p>30 <i>octobre</i> (8 brumaire.)&mdash;-Commandant en chef de la
+même armée en remplacement de Barras, démissionnaire, il
+reçoit en outre la fonction de veiller à la police de Paris.</p>
+
+<h4>1796 (an IV.)</h4>
+
+<p>23 <i>février</i> (4 ventose.)&mdash;Nommé par le directoire commandant
+en chef de l'armée d'Italie, en remplacement du général
+Schérer.</p>
+
+<p>8 <i>mars</i> (18 ventose.)&mdash;Bonaparte épouse Joséphine
+Tascher de la Pagerie, veuve du vicomte de Beauharnais.</p>
+
+<p>11 <i>mars</i> (21 ventose.)&mdash;Il part de Paris pour se rendre
+en Italie, et passe par Marseille pour y visiter sa famille.</p>
+
+<p>20 <i>mars</i> (30 ventose.)&mdash;Il prend à Nice le commandement
+de l'armée d'Italie, qu'il trouve dans le dénuement le
+plus complet; en peu de jours, elle fut par ses soins pourvue
+d'habillemens et de subsistances. Bonaparte n'avait alors que
+26 ans.</p>
+
+<p>10 <i>avril</i> (21 germinal.)&mdash;Il commence les hostilités
+contre l'armée autrichienne, commandée par le général
+Beaulieu.</p>
+
+<p>11 <i>avril</i> (22 germinal.)&mdash;Bataille et victoire de Montenotte.</p>
+
+<p>14 <i>avril</i> (25 germinal.)&mdash;Bataille et victoire de Millesimo.
+Dans ces deux batailles, qui avaient pour but de séparer
+les deux armées piémontaise et autrichienne, le jeune
+général français bat complètement deux vieux guerriers consommés,
+les généraux Colli et Beaulieu.</p>
+
+<p>16 <i>avril</i>. (27 germinal.)&mdash;Combat de Dego.</p>
+
+<p>17 <i>avril</i>. (28 germinal.)&mdash;Prise du camp retranché de
+Ceva.</p>
+
+<p>22 <i>avril</i> (3 floréal.)&mdash;Bataille de Mondovi. Le général
+Beaulieu est défait de nouveau.</p>
+
+<p>25 <i>avril</i> (6 floréal.)&mdash;Prise de Cherasco.</p>
+
+<p>28 <i>avril</i> (9 floréal.)&mdash;Bonaparte conclut un armistice
+avec le général piémontais Colli, et se fait céder les forteresses
+de Coni, Tortone et Ceva.</p>
+
+<p>6 <i>mai</i> (17 floréal.) Le général Bonaparte demande au directoire
+des artistes pour recueillir les monumens des arts
+que ses conquêtes mettent à la disposition du gouvernement
+français.</p>
+
+<p>7 <i>mai</i> (18 floréal.)&mdash;Passage du Pô par l'armée française,
+et combat de Fombio.</p>
+
+<p>9 <i>mai</i> (20 floréal.)&mdash;Armistice conclu entre Bonaparte
+et le duc de Parme.</p>
+
+<p>11 <i>mai</i> (22 floréal.)&mdash;Passage du pont de Lodi, et déroute
+de l'armée de Beaulieu.</p>
+
+<p>12 <i>mai</i> (23 floréal.)&mdash;Prise de Pizzighitone.</p>
+
+<p>15 <i>mai</i> (25 floréal.)&mdash;Entrée triomphale du général
+Bonaparte à Milan, capitale de la Lombardie.</p>
+
+<p>22 <i>mai</i> (3 prairial.)&mdash;Prise de Pavie.</p>
+
+<p>29 <i>mai</i> (10 prairial.)&mdash;Passage du Mincio et victoire
+de Borghetto.</p>
+
+<p>3 <i>juin</i> (15 prairial.)&mdash;Prise de Vérone, où Louis XVIII
+se trouvait quinze jours auparavant.</p>
+
+<p>4 <i>juin</i> (16 prairial)&mdash;Arrivée de Bonaparte devant Mantoue,
+et premier investissement de cette place fameuse.</p>
+
+<p>15 <i>juin</i> (27 prairial.)&mdash;Armistice conclu par Bonaparte
+entre la France et le roi de Naples.</p>
+
+<p>19 <i>juin</i> (1er messidor.)&mdash;Prise de Bologne et de Modène.</p>
+
+<p>23 juin (5 messidor.)&mdash;Armistice accordé au pape par
+Bonaparte.</p>
+
+<p>29 <i>juin</i> (11 messidor.)&mdash;Prise de Livourne.</p>
+
+<p>7 <i>juillet</i> (19 messidor.)&mdash;Combat de la Bocchetta di
+Campion.</p>
+
+<p>18 <i>juillet</i> (30 messidor.)&mdash;Combat de Migliaretto.</p>
+
+<p>20 <i>juillet</i> (2 thermidor.)&mdash;Première sommation faite à
+Mantoue; siège régulier de cette place.</p>
+
+<p>29 <i>juillet</i> (11 thermidor.)&mdash;Combat de Salo; le général
+Bonaparte apprenant qu'une armée autrichienne, commandée
+par le maréchal Wurmser, est en marche pour lui faire lever
+le siège de Mantoue, se porte lui-même avec toutes ses forces
+à la rencontre de son nouvel ennemi.</p>
+
+<p>3 <i>août</i> (16 thermidor.)&mdash;Bataille de Castiglione et
+combat de Lonato; l'armée du général Wurmser est mise en
+déroute.</p>
+
+<p>6 <i>août</i> (19 thermidor.)&mdash;-Combat de Peschiera.</p>
+
+<p>11 <i>août</i> (24 thermidor.)&mdash;-Combat de la Corona, reprise
+de toutes les lignes sur le Mincio, et continuation du siège
+de Mantoue.</p>
+
+<p>24 <i>août</i> (7 fructidor.)&mdash;-Combat de Borgoforte et de
+Goveruolo.</p>
+
+<p>3 <i>septembre</i> (17 fructidor.)&mdash;-Combat de Serravalle.</p>
+
+<p>4 <i>septembre</i> (18 fructidor.)&mdash;-Combat de Roveredo.</p>
+
+<p>5 <i>septembre</i> (19 fructidor.)&mdash;-Prise de Trente.</p>
+
+<p>7 <i>septembre</i> (21 fructidor.)&mdash;-Combat de Covolo.</p>
+
+<p>8 <i>septembre</i> (22 fructidor.)&mdash;-Combat de Bassano.</p>
+
+<p>12 <i>septembre</i> (26 fructidor.)&mdash;-Combat de Cerca.</p>
+
+<p>13 <i>septembre</i> (27 fructidor.)&mdash;-Prise de Legnago; le
+même jour, le général Wurmser ne pouvant plus se maintenir
+en campagne, se jette dans Mantoue pour y chercher un
+refuge.</p>
+
+<p>14 <i>septembre</i>. (28 fructidor.)&mdash;-Combat de Due-Castelli.</p>
+
+<p>15 <i>septembre</i> (29 fructidor.)&mdash;-Combat de St.-Georges.</p>
+
+<p>1796 (an V.)</p>
+
+<p>8 <i>octobre</i> (17 vendémiaire.)&mdash;-Bonaparte se fait livrer la
+ville de Modène.</p>
+
+<p>19 <i>octobre</i> (28 vendémiaire.)&mdash;-Une division française
+commandée par le général Gentili, et envoyée par Bonaparte,
+descend dans l'île de Corse, alors occupée par les Anglais.</p>
+
+<p>22 <i>octobre</i> (1er brumaire.)&mdash;-L'île de Corse, conquise
+par les soldats de Bonaparte, redevient partie intégrante de
+la république française.</p>
+
+<p>27 <i>octobre</i>(6 brumaire.)&mdash;-Prise de Bergame.</p>
+
+<p>6 <i>novembre</i> (16 brumaire)&mdash;-Combat sur la Brenta.</p>
+
+<p>11 <i>novembre</i> (21 brumaire.)&mdash;-Combat de Caldiero.</p>
+
+<p>15, 16, 17 <i>novembre</i> (25, 26, 27 brumaire.)&mdash;-Bataille
+d'Arcole; une troisième armée autrichienne, envoyée par la
+cour de Vienne, et commandée par le général Alvinzi, est
+mise en fuite.</p>
+
+<p>18 <i>novembre</i> (28 brumaire.)&mdash;-Bonaparte donne son approbation
+à la constitution rédigée par le sénat de Bologne
+pour la république cisalpine.</p>
+
+<h4>1797 (an V.)</h4>
+
+<p>14 <i>janvier</i> (20 nivose.)&mdash;-Bataille de Rivoli; les Autrichiens
+sont mis en pleine déroute, et le général Alvinzi qui
+les commandait parvient à peine à se sauver.</p>
+
+<p>15 <i>janvier</i> (26 nivose.)&mdash;-Combat d'Anghiari.</p>
+
+<p>16 <i>janvier</i> (27 nivose.)&mdash;-Combat de St.-Georges.</p>
+
+<p>26 <i>janvier</i> (6 pluviose.)&mdash;-Bonaparte stipule avec le
+marquis de Manfredini l'évacuation de la Toscane. Décret
+qui accorde, à titre de récompense, aux généraux Bonaparte
+et Augereau, les drapeaux pris par eux à la bataille d'Arcole
+sur les bataillons ennemis.</p>
+
+<p>26 <i>janvier</i> (7 pluviose.)&mdash;-Combat de Carpenedolo.</p>
+
+<p>27 <i>janvier</i> (8 pluviose.)&mdash;-Combat de Derumbano.</p>
+
+<p>30 <i>janvier</i> (11 pluviose.)&mdash;-Les gorges du Tyrol sont
+forcées et les Français font leur entrée dans Trente.</p>
+
+<p>1er <i>février</i> (13 pluviose.)&mdash;-Bonaparte rompt l'armistice
+accordé au pape, et fait envahir la Romagne par ses troupes.</p>
+
+<p>3 <i>février</i> (15 pluviose.)&mdash;-Capitulation du général
+Wurmser, et reddition de Mantoue. Bonaparte, blâmé par
+ses généraux d'avoir accordé à Wurmser des conditions trop
+avantageuses, leur fait cette réponse mémorable: <i>J'ai voulu
+honorer en lui la vieillesse et la valeur guerrière malheureuse</i>.
+Les rivaux de Napoléon ont mal suivi cet exemple
+donné par Bonaparte.</p>
+
+<p>4 <i>février</i> (16 pluviose.)&mdash;Défaite des troupes du pape
+sur le Sinio.</p>
+
+<p>9 <i>février</i> (21 pluviose.)&mdash;Prise d'Ancône.</p>
+
+<p>10 <i>février</i> (22 pluviose.)&mdash;Prise de Lorette; Bonaparte
+s'empare de la fameuse statue de la vierge qui y était adorée
+depuis des siècles, et l'envoie au directoire.</p>
+
+<p>12 <i>février</i> (24 pluviose.)&mdash;Le pape Pie VI écrit à Bonaparte,
+pour lui demander la paix; le même jour, les Français
+parviennent jusqu'à Macerotte, à quarante lieues de
+Rome.</p>
+
+<p>19 <i>février</i> (1er ventose.)&mdash;Traité de paix conclu par
+Bonaparte, entre la république française et le pape Pie VI;
+celui-ci renonce à toutes ses prétentions sur Avignon et sur
+le comtat venaissin, cède à perpétuité à la république française
+Bologne, Ferrare et la Romagne; il cède en outre tous les
+objets d'art demandés par Bonaparte, tels que l'Apollon du
+Belvédère, la Transfiguration de Raphaël, etc., etc., rétablit
+l'école française à Rome, et paye à titre de contribution militaire
+treize millions en argent ou en effets précieux.</p>
+
+<p>22 <i>février</i> (4 ventose.)&mdash;Bref du pape Pie VI au général
+Bonaparte, dans lequel, entr'autres titres, il lui donne celui
+de <i>son cher fils</i>.</p>
+
+<p>26 <i>février</i> (2 ventose.)&mdash;Bonaparte envoie au corps législatif
+les trophées de Mantoue.</p>
+
+<p>2 <i>mars</i> (12 ventose.)&mdash;Combat de Monte-di-Sover.</p>
+
+<p>10 <i>mars</i>. (20 ventose.)&mdash;Combat de Bellune.</p>
+
+<p>12 <i>mars</i> (22 ventose.)&mdash;Combat de San-Salvador.</p>
+
+<p>13 <i>mars</i> (23 ventose.)&mdash;Combat de Sacile.</p>
+
+<p>16 <i>mars</i> (26 ventôse.)&mdash;-Bataille du Tagliamento, entre
+les Autrichiens commandés par le prince Charles, et les Français
+aux ordres de Bonaparte; l'armée autrichienne est mise
+en déroute.</p>
+
+<p>19 <i>mars</i> (29 ventôse.)&mdash;-Combat de Gradisca.</p>
+
+<p>22 <i>mars</i> (2 germinal.)&mdash;-Combat et prise de Bolzen.</p>
+
+<p>23 <i>mars</i> (3 germinal.)&mdash;-Prise de Trieste.</p>
+
+<p>31 <i>mars</i> (11 germinal.)&mdash;-Lettre de Bonaparte à l'archi duc
+Charles, dans laquelle il invite le prince autrichien à
+s'unir à lui pour arrêter le fléau de la guerre.</p>
+
+<p>2 <i>avril</i> (i3 germinal.)&mdash;-Combat de Neumarck.</p>
+
+<p>7 <i>avril</i>(18 germinal.)&mdash;-Armistice conclu à Indinbourg,
+entre le général Bonaparte et le prince Charles; l'armée française
+n'était qu'à trente lieues de Vienne.</p>
+
+<p>13 <i>avril</i> (24 germinal.)&mdash;-Jour où expirait l'armistice,
+Bonaparte enveloppe l'armée autrichienne.</p>
+
+<p>15 <i>avril</i> (26 germinal.)&mdash;-Le général en chef Bonaparte,
+au nom de la république française, et les généraux Belgarda
+et Nubbewed, au nom de l'empereur, signent à Léoben les
+préliminaires de la paix.</p>
+
+<p>24 <i>avril</i> (5 floréal.)&mdash;-Prise de Vérone, qui, à l'instigation
+des Vénitiens, s'était révoltée contre les Français.
+Bonaparte fait envahir tous les états de terre-ferme de la république de Venise.</p>
+
+<p>3 <i>mai</i> (14 floréal.)&mdash;-Manifeste du général Bonaparte,
+dans lequel il expose la conduite du gouvernement vénitien,
+et lui déclare la guerre.</p>
+
+<p>11 <i>mai</i> (22 floréal.)&mdash;-L'armée française étant campée
+sous les murs de Venise, la noblesse prend la fuite, le doge
+abdique, une horrible anarchie s'établit dans la ville; les
+meilleurs citoyens appellent les Français pour la faire cesser.</p>
+
+<p>16 <i>mai</i> (27 floréal.)&mdash;-Les Français prennent possession
+de la ville et des forts de Venise.</p>
+
+<p>3 <i>juin</i> (15 prairial.)&mdash;-Bonaparte envoie au directoire
+les drapeaux pris sur les Vénitiens.</p>
+
+<p>6 <i>juin</i> (18 prairial.)&mdash;-Convention de Montebello entre
+le général Bonaparte et les députés de Gènes.</p>
+
+<p>9 <i>juillet</i> (21 messidor.)&mdash;-La république cisalpine est
+instituée sous l'influence du général Bonaparte.</p>
+
+<p>26 <i>juillet</i> (7 thermidor,)&mdash;-Bonaparte réunit la Romagne
+à la république cisalpine.</p>
+
+<p>22 <i>août</i> (5 fructidor.)&mdash;-Bonaparte part de Milan pour
+se rendre au congrès d'Udine.</p>
+
+<h4>1797 (an VI.)</h4>
+
+<p>17 <i>octobre</i> (26 vendémiaire.)&mdash;-Traité de paix conclu et
+signé a Campo-Formio par le général Bonaparte, au nom de
+la république française, et les plénipotentiaires de l'empereur
+d'Allemagne. Par ce traité, la république française est formellement
+reconnue, l'empereur renonce à toutes ses prétentions
+sur les Pays-Bas et sur le territoire de la république cisalpine,
+dont il reconnaît l'indépendance, etc., etc.</p>
+
+<p>26 <i>octobre</i> (5 brumaire.)&mdash;-Bonaparte est nommé général
+en chef de l'armée dite d'Angleterre, formée par ordre du
+directoire sur les côtes de l'Océan.</p>
+
+<p>31 <i>octobre</i> (10 brumaire.)&mdash;-Bonaparte envoie à Paris le général
+Berthier et le savant Monge, pour présenter au directoire
+le traité de paix qu'il a fait avec l'empereur.</p>
+
+<p>15 <i>novembre</i> (25 brumaire.)&mdash;-Bonaparte part de Milan
+pour se rendre au congrès de Rastadt et y présider la légation française.</p>
+
+<p>17 <i>novembre</i> (27 brumaire.)&mdash;-Bonaparte divise la république
+cisalpine eu vingt départemens.</p>
+
+<p>26 <i>novembre</i> (6 frimaire.)&mdash;-Arrivée de Bonaparte à
+Rastadt.</p>
+
+<p>1er <i>décembre</i> (11 frimaire.)&mdash;-Convention militaire signée
+à Rastadt entre le général Bonaparte et le comte de Cobentzel.</p>
+
+<p>5 <i>décembre</i> (15 frimaire.)&mdash;-Arrivée du général Bonaparte
+à Paris. La reconnaissance et l'admiration éclatent partout
+où se montre le vainqueur de l'Italie.</p>
+
+<p>9 <i>décembre</i> (19 frimaire.)&mdash;-Bonaparte est de nouveau
+appelé au commandement en chef de l'armée d'Angleterre.</p>
+
+<p>10 <i>décembre</i> (20 frimaire.)&mdash;-Il présente au directoire,
+dans une audience solennelle, le traité de Campo-Formio,
+ratifié par l'empereur d'Allemagne. À cette occasion, il prononce
+un discours où il rappelle en peu de mots les exploits
+de l'armée d'Italie, et présente un drapeau sur lequel sont
+inscrites les victoires de cette même armée. Bonaparte devient
+l'idole des Parisiens; on frappe des médailles en l'honneur
+de ses victoires, etc., etc.</p>
+
+<p>22 <i>décembre</i> (2 nivose.)&mdash;-Fête solennelle et brillante
+donnée à Bonaparte par le corps-législatif.</p>
+
+<p>23 <i>décembre</i> (5 nivose.)&mdash;-Bonaparte est nommé membre
+de l'Institut.</p>
+
+<h4>1798 (an VI.)</h4>
+
+<p>3 <i>janvier</i> (14 nivose.)&mdash;-Fête donnée à Bonaparte par le
+ministre des relations extérieures, dans l'église de Saint-Sulpice.</p>
+
+<p>28 février (4 ventose.)&mdash;-Retour à Paris de Bonaparte
+d'une visite qu'il venait de faire sur les côtes de l'Océan à
+l'armée d'Angleterre.</p>
+
+<p>5 <i>mars</i> (15 ventose.)&mdash;-Arrêté du directoire qui charge
+Bonaparte du soin de diriger le grand armement formé sur
+les côtes de la Méditerranée.</p>
+
+<p>2 <i>avril</i> (13 germinal.)&mdash;-Le directoire arrête que Bonaparte
+se rendra sur-le-champ à Brest, pour y prendre le
+commandement des forces navales qui y sont rassemblées.</p>
+
+<p>12 <i>avril</i> (23 germinal.)&mdash;-Arrêté du directoire qui
+nomme Bonaparte général en chef de l'armée d'Orient.</p>
+
+<p>3 <i>mai</i> (i4 floréal.)&mdash;Bonaparte se rend de Paris à
+Toulon.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i> (19 floréal.)&mdash;Arrivée de Bonaparte à Toulon, et
+proclamation adressée par lui à l'armée.</p>
+
+<p>19 <i>mai</i> (30 floréal.)&mdash;Départ de Bonaparte pour l'Égypte
+avec l'armée qui doit en assurer la conquête.</p>
+
+<p>10 <i>juin</i> (21 prairial.)&mdash;Apparition de la flotte française
+devant Malte.</p>
+
+<p>9 <i>juin</i> (22 prairial.)&mdash;Débarquement des Français dans
+l'île.</p>
+
+<p>12 <i>juin</i> (24 prairial.)&mdash;Capitulation de l'île de Malte;
+Bonaparte s'occupe avec activité d'établir une bonne administration
+dans l'île.</p>
+
+<p>19 <i>juin</i> (1er messidor.)&mdash;Bonaparte quitte Malte pour se
+rendre à sa destination; il emmène avec lui les bâtimens de
+guerre trouvés dans le port.</p>
+
+<p>1er juillet (13 messidor.)&mdash;Arrivée de la flotte française
+en vue d'Alexandrie, et débarquement de l'armée.</p>
+
+<p>2 juillet (14 messidor.)&mdash;Attaque et prise d'Alexandrie.</p>
+
+<p>11 juillet (23 messidor.)&mdash;Combat de Damanhour.</p>
+
+<p>12 juilet (24 messidor.)&mdash;Combat de Rhamanieh.</p>
+
+<p>14 juillet (26 messidor.)&mdash;Combat de Chebreiss.</p>
+
+<p>23 juillet (5 thermidor.)&mdash;Bataille des Pyramides. «Soldats,
+dit Bonaparte, vous allez combattre aujourd'hui les
+dominateurs de l'Égypte (les mameloucks); songez que du
+haut de ces monumens quarante siècles vous contemplent.» Le
+soir de cette même journée, Bonaparte fait son entrée solennelle
+au Caire, abandonné par Ibrahim-Bey.</p>
+
+<p>1er <i>août</i> (14 thermidor.)&mdash;Bataille navale d'Aboukir;
+Bonaparte, en recevant la nouvelle de la destruction de sa
+flotte, répond avec une apparente impassibilité: «Nous n'avons
+plus de flotte! hé bien, il faut rester en ces contrées,
+ou en sortir grands comme les anciens.»</p>
+
+<p><i>5 août</i> (18 thermidor.)&mdash;Combat d'El-Khanka.</p>
+
+<p><i>10 août</i> (23 thermidor.)&mdash;Combat de Salahieb.</p>
+
+<p><i>12 août</i> (25 thermidor.)&mdash;Combat de Remerieh.</p>
+
+<p><i>18 août</i> (1er fructidor.)&mdash;Bonaparte préside en grande
+pompe à la cérémonie de la rupture de la digue qui retient
+les eaux du Nil au Caire.</p>
+
+<p><i>20 août</i> (3 fructidor.)&mdash;Le général Bonaparte voulant
+se rendre favorables les habitans du pays, fait célébrer avec
+tout le faste oriental la fête du législateur d'Orient, Mahomet.</p>
+
+<p><i>21 août</i> (4 fructidor.)&mdash;Il arrête la formation d'un institut
+destiné à s'occuper des progrès et de la propagation des
+lumières en Égypte, de la recherche, de l'étude et de la publication
+des faits naturels, industriels, historiques de ce
+pays, etc., etc.</p>
+
+<p><i>15 septembre</i> (29 fructidor.)&mdash;Combat de Caf'Schabbas-Amer.</p>
+
+
+
+
+<h4>1798 (an VII.)</h4>
+
+
+<p><i>22 septembre</i> (1er vendémiaire.)&mdash;Bonaparte fait célébrer
+au Caire l'anniversaire de la fondation de la république
+française.</p>
+
+<p><i>29 septembre</i> (8 vendémiaire.)&mdash;Combat de Mit-El-Haroun.</p>
+
+<p><i>4 octobre</i> (13 vendémiaire.)&mdash;Combat de Matarieh.</p>
+
+<p><i>8 octobre</i> (17 vendémiaire.)&mdash;Bataille de Sédiman.</p>
+
+<p><i>21 et 22 octobre</i> (30 vendémiaire et 1er frimaire.)&mdash;Violente
+insurrection dans la ville du Caire; les dispositions
+rapides et l'énergie du général en chef rétablissent
+promptement l'ordre et le calme. Cette insurrection avait
+pour prétexte la religion, et pour motif réel le refus de payer
+les contributions.</p>
+
+<p>9 <i>novembre</i> (19 brumaire.)&mdash;Combat de Faioum.
+Prise de Suez.</p>
+
+<p>21 <i>décembre</i> (1er nivôse.)&mdash;Bonaparte rétablit au Caire
+le divan, qu'il avait destitué après la grande insurrection.</p>
+
+<p>25 <i>décembre</i> (5 nivôse.)&mdash;Il quitte la capitale de l'Égypte
+pour faire une reconnaissance à Suez, où il arrive le 27.</p>
+
+
+
+
+<h4>1799 (an VII.)</h4>
+
+
+<p>6 <i>février</i> (18 pluviôse.)&mdash;Ouverture de la campagne de
+Syrie; arrivée de l'armée expéditionnaire à Katieh.</p>
+
+<p>9 <i>février</i> (21 pluviôse.)&mdash;Prise d'El-Arich.</p>
+
+<p>7 <i>mars</i> (17 ventôse.)&mdash;Prise de Jaffa.</p>
+
+<p>15 <i>mars</i> (25 ventôse.)&mdash;Combat de Qâ'quoum.</p>
+
+<p>18 <i>mars</i> (28 ventôse.)&mdash;Commencement du siège de
+Saint-Jean d'Acre.</p>
+
+<p>28 <i>mars</i> (8 germinal.)&mdash;Premier assaut livré à Saint-Jean
+d'Acre.</p>
+
+<p>3 <i>avril</i>(14 germinal.)&mdash;Combat de Sour.</p>
+
+<p>6 <i>avril</i> (17 germinal.)&mdash;Combat de Nazareth.</p>
+
+<p>8 <i>avril</i> (19 germinal.)&mdash;Combat de Loubi.</p>
+
+<p>9 <i>avril</i> (20 germinal.)&mdash;Combat de Cana.</p>
+
+<p>11 <i>avril</i>(22 germinal.)&mdash;Combat de Seid-Jarra.</p>
+
+<p>16 <i>avril</i> (27 germinal.)&mdash;Bataille du Mont-Thabor,
+gagnée sur les Musulmans par les généraux Bonaparte et
+Kléber.</p>
+
+<p>4 <i>mai</i> (15 floréal.)&mdash;Second assaut livré à Saint-Jean
+d'Acre.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i> (19 floréal.)&mdash;Troisième assaut.</p>
+
+<p>10 <i>mai</i> (21 floréal.)&mdash;Quatrième assaut.</p>
+
+<p>17 <i>mai</i> (28 floréal.)&mdash;Levée du siège de Saint-Jean
+d'Acre.</p>
+
+<p>29 <i>mai</i> (10 prairial.)&mdash;Prise de Kosseir.</p>
+
+<p><i>14 juin</i> (26 prairial.)&mdash;Retour de Bonaparte au Caire.</p>
+
+<p><i>14 juillet</i> (26 messidor.)&mdash;Il quitte le Caire pour se
+porter à la rencontre de l'armée turque, commandée par le
+grand-vizir, et débarquée à Aboukir.</p>
+
+<p><i>19 juillet</i> (1er thermidor.)&mdash;Il arrive à Rhamanieh.</p>
+
+<p><i>25 juillet</i> (7 thermidor.)&mdash;Bataille d'Aboukir; l'armée
+musulmane est totalement détruite.</p>
+
+<p><i>2 août</i> (15 thermidor.)&mdash;Le petit nombre de Turcs
+échappés à la bataille, et qui s'étaient réfugiés dans le fort
+d'Aboukir, implorent la clémence de Bonaparte, qui les
+reçoit à quartier.</p>
+
+<p><i>18 août</i> (1er fructidor.)&mdash;Bonaparte quitte le Caire pour
+se rendre à Alexandrie, où il arrive le 21.</p>
+
+<p><i>23 août</i> (5 fructidor.)&mdash;Le général en chef de l'armée
+d'Orient s'embarque sur la frégate <i>la Muiron</i>, qui doit le
+porter en France.</p>
+
+
+
+
+<h4>1799 (an VIII.)</h4>
+
+
+<p><i>1er octobre</i> (10 vendémiaire.)&mdash;Il arrive à Ajaccio.</p>
+
+<p><i>9 octobre</i> (18 vendémiaire.)&mdash;Bonaparte débarque à
+Fréjus; il est reçu comme un libérateur par la population
+entière des départemens qu'il traverse.</p>
+
+<p><i>16 octobre</i> (25 vendémiaire.)&mdash;Il arrive à Paris.</p>
+
+<p><i>6 novembre</i> (15 brumaire.)&mdash;Fête superbe donnée par
+le gouvernement dans l'église Saint-Sulpice aux généraux
+Bonaparte et Moreau.</p>
+
+<p><i>9 novembre</i> (18 brumaire.)&mdash;Décret du conseil des Anciens,
+qui met à la disposition du général Bonaparte la garde
+ou corps législatif et toutes les troupes de la dix-septième
+division militaire, dont Paris était le chef-lieu.</p>
+
+<p><i>10 novembre</i> (19 brumaire.)&mdash;Décret rendu par le conseil
+des Anciens, portant l'abolition du directoire, l'expulsion
+de soixante membres du conseil des Cinq-Cents, la création
+provisoire d'une nouvelle magistrature destinée à exercer
+le pouvoir exécutif jusqu'à la confection d'une nouvelle constitution,
+et la désignation de Sieyes, Roger-Ducos et Bonaparte,
+pour exercer provisoirement cette nouvelle magistrature
+sous le nom de consuls de la république.</p>
+
+<p><i>13 décembre</i> (22 frimaire.)&mdash;Promulgation de la constitution
+de l'an 8. Le pouvoir exécutif est confié, pour dix
+ans, à trois consuls; Bonaparte, premier consul; Cambacérès,
+deuxième, et Lebrun troisième.&mdash;Quatre-vingts sénateurs,
+trente conseillers-d'état, trois cents députés au corps-législatif
+et cent députés au tribunal, tels sont les rouages de la
+constitution qui devait porter Bonaparte à la puissance absolue.</p>
+
+<p><i>25 décembre</i>&mdash;(4 nivose.)&mdash;Loi qui règle le mode et
+la nature des récompenses à accorder aux militaires qui se
+sont distingués ou se distingueront par des actions d'éclat.</p>
+
+<p><i>26 décembre</i> (5 nivose.)&mdash;Lettre du premier consul Bonaparte
+au roi d'Angleterre, dans laquelle il lui fait part de
+sa nomination à la première magistrature de la république, et
+de son désir de voir la France et l'Angleterre s'unir pour
+amener une paix générale.</p>
+
+<p><i>29 décembre</i> (8 nivose.)&mdash;Le premier consul Bonaparte
+accorde une amnistie générale aux habitans insurgés
+des départemens de l'Ouest.</p>
+
+
+
+
+<h4>1800 (an VIII.)</h4>
+
+
+<p><i>1er janvier</i> (11 nivose.)&mdash;Installation du corps législatif
+et du tribunal.</p>
+
+<p><i>5 janvier</i> (15 nivose.)&mdash;Création d'un premier inspecteur
+général du génie.</p>
+
+<p><i>19 janvier</i> (29 nivose.)&mdash;Installation du gouvernement
+consulaire aux Tuileries.</p>
+
+<p>13 <i>janvier</i> (3 pluviose.)&mdash;Établissement de la banque
+de France.</p>
+
+<p>12 <i>février</i> (23 pluviose,)&mdash;Soumission des chouans du
+département du Morbihan.</p>
+
+<p>18 <i>février</i> (29 pluviose.)&mdash;Établissement d'un préfet
+pour chaque département.</p>
+
+<p>3 <i>mars</i> (12 ventose.)&mdash;Décret ordonnant la clôture de
+la liste des émigrés.</p>
+
+<p>8 <i>mars</i> (17 ventose.)&mdash;Le premier consul arrête qu'il
+sera formé à Dijon une armée de réserve de soixante mille
+hommes.</p>
+
+<p>22 <i>mars</i> (1er germinal.)&mdash;Création de la république des
+sept îles vénitiennes.</p>
+
+<p>27 <i>mars</i> (6 germinal.)&mdash;Décret pour la création d'un
+conseil des prises.</p>
+
+<p>2 <i>avril</i> (12 germinal.)&mdash;Le 1er consul nomme le général
+Carnot pour remplacer au ministère de la guerre le général
+Berthier, appelé par lui au commandement en chef de l'armée de réserve.</p>
+
+<p>18 <i>avril</i> (28 germinal.)&mdash;Il nomme Bernadotte général
+en chef de l'armée de l'Ouest.</p>
+
+<p>6 <i>mai</i> (16 floréal.)&mdash;Le premier consul quitte Paris
+pour aller prendre en personne le commandement de l'armée
+de réserve, devenue l'armée d'Italie.</p>
+
+<p>15 <i>mai</i> (25 floréal.)&mdash;Il nomme premier grenadier des
+armées de la république le brave Latour-d'Auvergne, qui se
+refuse à tout avancement.</p>
+
+<p>16, 17, 18 <i>mai</i> (26, 27, 28 floréal.)&mdash;Passage du mont
+Saint-Bernard par l'armée d'Italie, ayant le premier consul à
+sa tête.</p>
+
+<p>22 <i>mai</i> (2 prairial.)&mdash;-Prise de Suze et de Verceil.</p>
+
+<p>25 <i>mai</i> (5 prairial.)&mdash;-Prise de la citadelle d'Ivrée.</p>
+
+<p>29 <i>mai</i> (9 prairial.)&mdash;-Reprise de Nice et passage du
+Tesin.</p>
+
+<p>2 <i>juin</i> (13 prairial.)&mdash;-Prise de Milan. Le premier consul
+rétablit la république cisalpine.</p>
+
+<p>7 <i>juin</i> (18 prairial.)&mdash;-Prise de Pavie.</p>
+
+<p>8 <i>juin</i> (19 prairial.)&mdash;-Combat et prise de Plaisance.</p>
+
+<p>9 <i>juin</i> (20 prairial.)&mdash;-Passage du Pô et bataille de Montebello.</p>
+
+<p>14 <i>juin</i> (25 prairial.)&mdash;-Bataille de Marengo; elle coûte
+aux Autrichiens vingt mille hommes, quarante pièces de canon,
+douze drapeaux; à la France, le général Desaix, qui
+avait puissamment contribué à cette glorieuse victoire.</p>
+
+<p>15 <i>juin</i> (26 prairial.)&mdash;-Convention d'Alexandrie entre
+le premier consul et Mélas, commandant en chef l'armée autrichienne.
+Cette convention, ou plutôt cette capitulation
+du général autrichien restitue à la France toutes ses conquêtes
+en Italie.</p>
+
+<p>18 <i>juin</i> (29 prairial.)&mdash;-Le premier consul établit à Milan
+<i>une consulte</i> chargée de réorganiser la république cisalpine.</p>
+
+<p>23 <i>juin</i>. (4 messidor.)&mdash;-Il rétablit l'université de Pavie.</p>
+
+<p>26 <i>juin</i> (7 messidor.)&mdash;-Le premier consul fait transporter
+le corps de Desaix au mont Saint-Bernard, et ordonne
+qu'il sera érigé en ce lieu un monument à la mémoire de ce
+jeune héros.</p>
+
+<p>30 <i>juin</i> (11 messidor.)&mdash;-Bonaparte ordonne la reconstruction
+de la place de Bellecour à Lyon et en pose lui-même
+la première pierre.</p>
+
+<p>3 juillet (14 messidor.)&mdash;-Retour du premier consul à
+Paris.</p>
+
+<p>28 juillet (9 thermidor.)&mdash;-Il signe les préliminaires de
+la paix entre la France et l'Autriche.</p>
+
+<p>13 <i>août</i> (25 thermidor.)&mdash;Il nomme le général Brune
+commandant en chef de l'armée d'Italie.</p>
+
+<p>25 <i>août</i> (7 fructidor.)&mdash;Il organise le conseil-d'état et
+nomme les conseillers.</p>
+
+<p>3 <i>septembre</i> (16 fructidor.)&mdash;Convention d'amitié et de
+commerce entre les États-Unis et la république française.</p>
+
+<p>20 <i>septembre</i> (troisième jour complémentaire.)&mdash;Nouvel
+armistice entre l'Autriche et la France. L'empereur ayant
+refusé de signer les préliminaires de paix, un autre congrès
+est indiqué à Lunéville, et le premier consul nomme le général
+Clark commandant extraordinaire de cette place.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>. Inauguration du prytanée de Saint-Cyr,
+et translation solennelle des cendres de Turenne au temple
+de Mars (l'église des Invalides).</p>
+
+<p>30 <i>septembre</i> (8 vendémiaire.)&mdash;Traité de paix entre la
+France et le dey d'Alger.</p>
+
+<p>6 <i>octobre</i> (14 vendémiaire.)&mdash;Le premier consul ordonne
+au général Brune de faire occuper le grand-duché de Toscane.</p>
+
+<p>8 <i>octobre</i> (16 vendémiaire.)&mdash;Il nomme le général Berthier
+ministre de la guerre.</p>
+
+<p>10 <i>octobre</i> (18 vendémiaire.)&mdash;Arrestation dans les couloirs
+de l'Opéra, de Demerville, Caracchi et autres, prévenus
+d'avoir voulu assassiner le premier consul.</p>
+
+<p>11 <i>octobre</i> (19 vendémiaire.)&mdash;Bonaparte nomme son
+frère Joseph plénipotentiaire de la république au congrès de
+Lunéville.</p>
+
+<p>24 <i>décembre</i> (3 nivose.)&mdash;Explosion d'une machine infernale
+dirigée contre la personne du premier consul au moment
+où, se rendant à l'Opéra, il passait dans la rue Saint-Nicaise;
+Bonaparte ne doit son salut qu'à l'adresse de son cocher,
+qui tourna la charrette sur laquelle était la machine, au
+lieu de faire débarrasser le passage.</p>
+
+<h4>1801 (an IX.)</h4>
+
+<p>11 <i>janvier</i> (21 nivose.)&mdash;Création de tribunaux spéciaux:
+le gouvernement pourra en créer autant que bon lui
+semblera.</p>
+
+<p>17 <i>janvier</i> (27 nivose.)&mdash;Rétablissement de la compagnie
+d'Afrique. Le premier consul charge le général Turreau
+de présider au confectionnement de la belle route d'Italie par
+le Simplon.</p>
+
+<p>9 <i>février</i> (20 pluviose.)&mdash;Traité de paix entre la France
+et l'empereur d'Allemagne, signé à Lunéville par le comte de
+Cobentzel et Joseph Bonaparte.</p>
+
+<p>10 <i>février</i> (21 pluviose.)&mdash;Arrêté des consuls qui ordonne
+la poursuite judiciaire des auteurs de la machine infernale.</p>
+
+<p>18 <i>février</i> (27 pluviose.)&mdash;Armistice entre la république
+française et le roi des Deux-Siciles.</p>
+
+<p>4 <i>mars</i> (13 ventose.)&mdash;Arrêté des consuls qui ordonne qu'il
+sera fait chaque année, du 17 au 22 septembre, une exposition
+publique des produits de l'industrie française. On peut
+regarder cet arrêté comme l'une des causes qui contribuèrent
+le plus puissamment aux développemens prodigieux de cette
+même industrie pendant tout le règne de Napoléon.</p>
+
+<p>9 <i>mars</i> (18 ventose.)&mdash;Décret portant réunion des départemens
+de la Roër, de la Sarre, de Rhin et Moselle et du
+Mont-Tonnerre à la république française.</p>
+
+<p>19 <i>mars</i> (28 ventose.)&mdash;Le gouvernement est autorisé
+par une loi à établir des bourses de commerce.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>&mdash;Traité entre la république française et le
+roi d'Espagne, par lequel le duché de Parme est cédé à la
+France et la Toscane au prince de Parme, avec le titre de roi
+d'Étrurie.</p>
+
+<p>25 <i>mars</i> (4 germinal.)&mdash;Le premier consul ordonne la
+construction de trois nouveaux ponts sur la Seine: un devant
+le jardin des Plantes, l'autre dans la Cité, le troisième devant
+le Louvre.</p>
+
+<p>28 <i>mars</i> (7 germinal.)&mdash;Traité de paix entre la république
+française et le roi de Naples. Porto-Longone, l'île
+d'Elbe et la principauté de Plombino sont cédées à la France.
+Ferdinand s'engage en outre à fermer tous ses ports aux Anglais.</p>
+
+<p>1er <i>avril</i> (11 germinal.)&mdash;Le premier consul nomme le
+général Macdonald ministre plénipotentiaire de la république
+près le roi de Danemarck.</p>
+
+<p>6 <i>avril</i> (16 germinal.)&mdash;Le Régent et Carbon, convaincus
+d'avoir contribué à la confection de la machine infernale,
+sont décapités à Paris.</p>
+
+<p>1er <i>mai</i> (11 floréal,)&mdash;Occupation de l'île d'Elbe par les
+Français.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i> (18 floréal,)&mdash;Organisation définitive da la société
+de la Charité maternelle.</p>
+
+<p>21 <i>mai</i> (1er prairial.)&mdash;L'Institut présente au premier
+consul son projet de travail pour la continuation de son Dictionaire
+de la langue française.</p>
+
+<p>4 <i>juin</i> (14 messidor.)&mdash;Le premier consul nomme le
+nègre Toussaint-Louverture gouverneur à vie de Saint-Domingue.</p>
+
+<p>15 juillet (26 messidor.)&mdash;Concordat entre le premier
+consul et le pape Pie VII. Les évèques et archevèques nommés
+par le premier consul recevront du pape l'institution canonique.
+Par ce concordat, Bonaparte devenait réellement le
+restaurateur de la religion en France. Les prêtres ne lui en
+ont pas gardé plus de reconnaissance.</p>
+
+<p>24 <i>juillet</i> (6 thermidor.)&mdash;Traité de paix et d'alliance
+entre la république française et l'électeur de Bavière.</p>
+
+<p>31 <i>juillet</i> (12 thermidor.)&mdash;Organisation de la gendarmerie
+en France.</p>
+
+<p>27 <i>août</i> (9 fructidor.)&mdash;Création d'un ministère du trésor
+public. Bonaparte donne le portefeuille à Barbé-Marbois.</p>
+
+<p>29 <i>septembre</i> (7 vendémiaire.)&mdash;Traité de paix signé à
+Madrid entre la république française et le roi de Portugal.</p>
+
+<p>1er <i>octobre</i> (9 vendémiaire.)&mdash;Préliminaires de paix
+signés à Londres entre la France et l'Angleterre.</p>
+
+<p>8 <i>octobre</i> (16 vendémiaire.)&mdash;Traité de paix signé à
+Paris entre la France et la Russie.</p>
+
+<p>9 <i>octobre</i> (17 vendémiaire.)&mdash;Préliminaires de paix
+signés à Paris entre la France et la Sublime-Porte.</p>
+
+<p>12 <i>novembre</i> (21 brumaire.)&mdash;Consulte législative de la
+république cisalpine, indiquée à Lyon. Le premier consul est
+invité à assister à ses séances.</p>
+
+<p>16 <i>novembre</i> (25 brumaire.)&mdash;Célébration à Paris de
+fêtes solennelles à l'occasion de la paix.</p>
+
+<p>21 <i>novembre</i> (30 brumaire.)&mdash;Départ de Brest de l'expédition
+de Saint-Domingue sous les ordres du général Leclerc,
+beau-frère de Bonaparte.</p>
+
+<h4>1802 (an X.)</h4>
+
+<p>8 <i>janvier</i> (18 nivose.)&mdash;-Arrivée du premier consul à
+Lyon.</p>
+
+<p>25 <i>janvier</i> (5 pluviose.)&mdash;-Cédant au voeu de la consulte,
+le premier consul accepte le titre de président de la république italienne.</p>
+
+<p>4 <i>mars</i> (13 ventose,)&mdash;Arrêté des consuls ordonnant
+qu'il leur soit présenté un tableau général des progrès et de
+l'état des sciences, des lettres et des arts depuis 1789 jusqu'au
+23 septembre 1802. Cet arrêté a pour objet d'encourager
+par toutes sortes de secours ces trois grandes branches de
+la prospérité publique et de perfectionner les méthodes employées
+pour l'enseignement en France.</p>
+
+<p>8 <i>mars</i> (17 ventose.)&mdash;Traité de paix entre la France et
+la régence d'Alger.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Création d'un directeur de l'administration
+de la guerre, ayant rang et fonction de ministre.&mdash;Dejean
+est nommé directeur.</p>
+
+<p>25 <i>mars</i> (4 germinal.)&mdash;Traité de paix définitif entre la
+république française, le roi d'Espagne, la république batave,
+d'une part, et la Grande-Bretagne de l'autre, signé à Amiens.</p>
+
+<p>3 <i>avril</i> (13 germinal.)&mdash;Bonaparte, président de la république
+italienne, convoque à Milan le corps législatif pour
+le 24 juin 1804.</p>
+
+<p>8 <i>avril</i> (18 germinal.)&mdash;Adoption par le corps législatif
+du concordat arrêté entre le premier consul et Pie VII, pour
+l'organisation du culte en France.&mdash;Le cardinal Caprara
+est autorisé par Bonaparte à exercer les fonctions de légat
+<i>à latere</i>.&mdash;Suppression des décades.</p>
+
+<p>18 <i>avril</i> (28 germinal.)&mdash;Bonaparte et toutes les autorités
+constituées de la république assistent en grande pompe
+au <i>Te Deum</i> chanté à Notre-Dame, à l'occasion du traité de
+paix signé à Amiens et du rétablissement du culte catholique
+en France.</p>
+
+<p>26 <i>avril</i> (6 floréal.)&mdash;Loi d'amnistie en faveur de tout
+prévenu d'émigration non radié; permission accordée à tout
+émigré de rentrer en France, sous la condition de prêter serment
+de fidélité au gouvernement et à la constitution de
+l'an VIII.</p>
+
+<p>1er <i>mai</i> (11 floréal.)&mdash;Création des écoles primaires,
+secondaires et spéciales, autrement dites lycées, aux frais du
+trésor public.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i> (18 floréal.)&mdash;Le sénat conservateur nomme Bonaparte
+consul pour les dix années qui suivront celles pour
+lesquelles il a été nommé par la constitution.</p>
+
+<p>10 <i>mai</i> (20 floréal.)&mdash;Arrêté des consuls portant que le
+peuple français sera consulté sur cette question: Napoléon
+Bonaparte sera-t-il consul à vie?</p>
+
+<p>19 <i>mai</i> (29 floréal.)&mdash;Loi portant création d'une légion-d'honneur
+en France; elle a pour objet de récompenser les
+services civils et militaires, comme également utiles à l'état.</p>
+
+<p>20 <i>mai</i> (30 floréal.)&mdash;Traité particulier entre la république
+française et le duc de Wurtemberg.</p>
+
+<p>24 <i>mai</i> (4 prairial.)&mdash;Traité par lequel le prince d'Orange
+renonce à la dignité de stathouder des Provinces-Unies.</p>
+
+<p>15 <i>juin</i> (26 prairial.)&mdash;Le premier consul fonde un prix
+(une médaille d'or de 3,000 fr.) pour encourager les savans
+à des expériences sur l'électricité et le galvanisme; l'Institut
+sera juge des découvertes faites dans ces deux parties essentielles
+de la physique.</p>
+
+<p>25 <i>juin</i> (6 messidor.)&mdash;Traité de paix entre la république
+française et la Porte-Ottomane, qui confirme tous les traités
+antérieurs.</p>
+
+<p>2 <i>juillet</i> (13 messidor.)&mdash;Lucien Bonaparte, Joseph
+Bonaparte et le général Kellermann, sénateurs, sont nommés
+membres du grand conseil de la légion-d'honneur.</p>
+
+<p>2 <i>août</i> (14 thermidor.)&mdash;Un sénatus-consulte interprétant
+le voeu du peuple français, proclame Napoléon Bonaparte
+premier consul à vie, et lui donne le droit de se nommer
+un successeur.</p>
+
+<p>4 <i>août</i> (16 thermidor.)&mdash;Autre sénatus-consulte organique
+qui accorde aux autres consuls cette même prorogation
+de pouvoir, et la présidence du sénat, dont ils seront membres
+de droit.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Création d'un grand-juge, ministre de la
+justice.&mdash;Regnier est nommé grand-juge.</p>
+
+<p>21 <i>août</i> (3 fructidor.)&mdash;Le premier consul préside pour
+la première fois le sénat conservateur.</p>
+
+<p>26 <i>août</i> (8 fructidor.)&mdash;Réunion de l'île d'Elbe à la
+France.</p>
+
+<p>2 <i>septembre</i> (15 fructidor,)&mdash;Le sénat helvétique réclame
+la médiation du premier consul.</p>
+
+<p>3 <i>septembre</i> (16 fructidor.)&mdash;Installation de la république
+valaisane.</p>
+
+<p>11 <i>septembre</i> (24 fructidor.)&mdash;Réunion du Piémont à
+la France. Il est divisé en six départemens: le Pô, la Doire,
+la Sesia, la Stura, le Tanaro et Marengo.</p>
+
+<p>14 <i>septembre</i> (27 fructidor,)&mdash;Décret qui supprime le
+ministère de la police de la république, et réunit ses attributions
+à celles de grand-juge.</p>
+
+<h4>1802 (an XI.)</h4>
+
+<p>4 <i>octobre</i> (12 vendémiaire.)&mdash;Décret qui crée une garde
+municipale soldée pour le service de la ville de Paris; elle consiste en deux mille cent cinquante-quatre hommes a pied
+et cent quatre-vingts à cheval.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Les diverses écoles d'artillerie et de génie
+sont réunies à Metz.</p>
+
+<p>18 <i>octobre</i> (26 vendémiaire.)&mdash;Un sénatus-consulte invite
+les étrangers à former en France des établissemens utiles;
+un an de domicile suffira pour acquérir le titre de citoyen
+français, mesure éminemment libérale et bien faite pout accroître
+la prospérité nationale.</p>
+
+<p>12 <i>décembre</i> (21 frimaire.)&mdash;Bonaparte, premier consul,
+est proclamé restaurateur de l'indépendance du Valais.</p>
+
+<p>24 <i>décembre</i> (3 nivose.)&mdash;Formation de chambres de
+commerce dans les principales villes de la république, en
+vertu d'un arrêté des consuls.</p>
+
+<h4>1803 (an XI.)</h4>
+
+<p>3 <i>janvier</i> (13 nivose.)&mdash;Le premier consul nomme le
+général Rochambeau commandant en chef de l'armée de St.-Domingue,
+et capitaine-général de cette colonie, en remplacement
+de son beau-frère, le général Leclerc, mort dans
+cette île.</p>
+
+<p>4 <i>janvier</i> (14 nivose.)&mdash;Sénatus-consulte qui crée trente
+sénatoreries, avec une dotation de 25,000 fr. en domaines
+nationaux.</p>
+
+<p>17 <i>janvier</i> (21 nivose.)&mdash;Promotion au cardinalat, sur
+la demande du premier consul, de MM. de Belloy, archevêque
+de Paris; Fesch, oncle de Bonaparte, archevêque de
+Lyon; Cambacérès, frère du consul du même nom, archevêque
+de Rouen; et Boisgelin, archevêque de Tours.</p>
+
+<p>23 <i>janvier</i> (3 pluviose,)&mdash;Nouvelle organisation de l'Institut
+de France; il est divisé en quatre classes: première, des
+sciences; deuxième, de la langue et de la littérature; troisième,
+d'histoire et de littérature ancienne; quatrième, des
+beaux-arts.</p>
+
+<p>28 <i>janvier</i> (8 pluviose.)&mdash;Organisation d'une école spéciale
+militaire établie à Fontainebleau.</p>
+
+<p>19 <i>février</i> (30 pluviose.)&mdash;Le premier consul, en sa
+qualité de médiateur de la confédération helvétique, termine
+les différens qui se sont élevés entre les cantons suisses. L'Helvétie
+est divisée en dix-neuf cantons ayant chacun leur propre
+constitution.</p>
+
+<p>25 <i>février</i> (6 ventose.)&mdash;Établissement à Compiègne
+d'une école spéciale des arts et métiers.</p>
+
+<p>10 <i>mars</i> (19 ventose.)&mdash;Loi sur l'exercice de la médecine.
+&mdash;Rétablissement du doctorat pour les médecins et
+chirurgiens.</p>
+
+<p>18 <i>avril</i> (28 germinal.)&mdash;Arrêté des consuls qui fixe le
+diamètre des nouvelles pièces d'or, d'argent et de cuivre.</p>
+
+<p>30 <i>avril</i> (10 floréal.)&mdash;La république française cède aux
+États-Unis la Louisiane.</p>
+
+<p>14 <i>mai</i> (24 floréal.)&mdash;Communication au sénat, au corps
+législatif et au tribunal, de l'ultimatum du roi d'Angleterre.
+Par cet ultimatum, entièrement contraire au traité d'Amiens,
+le roi de la Grande-Bretagne exigeait impérieusement la possession
+de l'île de Lampedosa et de Malte pour dix ans, en
+outre, l'évacuation de la Hollande.</p>
+
+<p>22 <i>mai</i> (2 prairial.)&mdash;La république française déclare
+la guerre à l'Angleterre.&mdash;Ordre donné d'arrêter tous les
+Anglais qui se trouvent en France.</p>
+
+<p>30 <i>mai</i> (10 prairial.)&mdash;Décret portant organisation de
+l'administration des monnaies.</p>
+
+<p>3 <i>juin</i> (14 prairial.)&mdash;Occupation du Hanovre par les
+Français; l'armée anglaise est faite prisonnière de guerre;
+fuite honteuse du duc de Cambridge, qui la commandait.</p>
+
+<p>7 <i>juin</i> (18 prairial.)&mdash;La ville de Rouen, et d'autres à
+son exemple, votent la construction à ses frais d'un vaisseau
+de guerre, pour être employé dans la lutte contre les Anglais.</p>
+
+<p>20 <i>juin</i> (1er messidor.)&mdash;Arrêté des consuls, portant
+qu'il ne sera plus reçu dans les ports de France aucune denrée
+provenant des colonies anglaises.</p>
+
+<p>23 <i>juin</i> (4 messidor.)&mdash;Le premier consul Bonaparte
+part de Paris pour visiter des départemens de la ci-devant
+Belgique.</p>
+
+<p>2 <i>juillet</i> (13 messidor.)&mdash;Il visite Dunkerque, Anvers, etc.</p>
+
+<p>22 <i>juillet</i> (3 thermidor.)&mdash;Il arrive à Bruxelles, et y
+est reçu en triomphateur.</p>
+
+<p>28 <i>juillet</i> (9 thermidor.)&mdash;Il ordonne la réunion du
+Rhin, de la Meuse et de l'Escaut par un grand canal de
+communication.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>. Il nomme l'amiral Truguet commandant
+en chef des forces navales rassemblées à Brest.</p>
+
+<p>11 <i>août</i> (25 thermidor.)&mdash;Retour du premier consul à
+Paris.</p>
+
+<p>19 <i>août</i> (1er fructidor.)&mdash;L'Angleterre refuse la médiation
+de la Russie, proposée par le premier consul.</p>
+
+<p>21 <i>août</i> (5 fructidor.)&mdash;Bonaparte nomme le sénateur
+Lacépède grand-chancelier de la légion-d'honneur.</p>
+
+<p>27 <i>août</i>(9 fructidor.)&mdash;Le vice-amiral Brueys est nommé
+commandant de la flottille nationale, avec le titre d'amiral.</p>
+
+<h4>1803 (au XII.)</h4>
+
+<p>24 <i>septembre</i> (1er vendémiaire.)&mdash;Le pont des arts, remarquable
+par son élégante construction en fer, est ouvert
+pour la première fois au public.&mdash;Le prytannée de Paris
+est converti en lycée.</p>
+
+<p>27 <i>septembre</i> (4 vendémiaire.)&mdash;Traité d'alliance entre
+la France et la Suisse.</p>
+
+<p>9 <i>octobre</i> (16 vendémiaire.)&mdash;Le premier consul donne
+une audience extraordinaire à l'ambassadeur de la Porte-Ottomane.</p>
+
+<p>27 <i>octobre</i> (4 brumaire.)&mdash;Publication du traité par lequel
+la république française cède aux États-Unis la Louisiane,
+moyennant la somme de soixante millions de francs.</p>
+
+<p>3 <i>novembre</i> (11 brumaire.)&mdash;Le premier consul part
+de Paris pour faire une tournée sur les côtes et visiter les
+immenses travaux qu'il a ordonnés pour une descente en Angleterre.</p>
+
+<p>5 <i>novembre</i> (13 brumaire.)&mdash;Il assiste à un combat qui
+a lieu à Boulogne entre une division anglaise et la flottille
+française.</p>
+
+<p>18 <i>novembre</i> (26 brumaire.)&mdash;Retour de Bonaparte à
+Paris.</p>
+
+<p>20 <i>décembre</i> (28 frimaire.)&mdash;Sénatus-consulte qui donne
+une nouvelle organisation au corps législatif. Le premier consul
+fera l'ouverture de la session.</p>
+
+<h4>1804 (an XII.)</h4>
+
+<p>6 <i>janvier</i> (15 nivose.)&mdash;Ouverture du corps législatif
+par Bonaparte pour la session de l'an XII.</p>
+
+<p>11 <i>janvier</i> (20 nivose.)&mdash;Le premier consul nomme le
+littérateur Fontanes président annuel du corps législatif, avec
+100,000 fr. d'émolumens.</p>
+
+<p>16 <i>janvier</i> (25 nivose.)&mdash;Il nomme le général Murat
+gouverneur de Paris.</p>
+
+<p>31 <i>janvier</i> (10 pluviose.)&mdash;Le général Jourdan commande
+en chef l'armée d'Italie.</p>
+
+<p>15 <i>février</i> (25 pluviose.)&mdash;Arrestation du général Moreau,
+accusé d'avoir conspiré avec Pichegru et Georges Cadoudal,
+contre la vie du premier consul, et pour le rétablissement
+des Bourbons sur le trône.</p>
+
+<p>17 <i>février</i> (27 pluviose.)&mdash;Rapport du grand-juge relativement
+à cette conspiration.</p>
+
+<p>28 <i>février</i> (8 ventose.)&mdash;Arrestation de Pichegru dans
+la rue Chabanais.</p>
+
+<p>9 <i>mars</i> (18 ventose.)&mdash;Arrestation de Georges Cadoudal
+au carrefour de l'Odéon.</p>
+
+<p>10 <i>mars</i> (19 ventose.)&mdash;Ouverture du jubilé accordé à
+la France par le pape à l'occasion du concordat.</p>
+
+<p>13 <i>mars</i> (22 ventose.)&mdash;Décret des consuls qui institue
+des écoles de droit dans toutes les grandes villes de la république.</p>
+
+<p>17 <i>mars</i> (26 ventose.)&mdash;Arrestation du duc d'Enghien
+à Ettenheim, dans le margraviat de Bade.</p>
+
+<p>21 <i>mars</i> (30 ventose.)&mdash;Ce jeune prince est jugé, condamné
+à mort par une commission militaire, et fusillé dans
+les fossés du château de Vincennes; il avait alors trente-deux
+ans.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Le corps législatif adopte le projet de loi
+concernant la réunion des lois civiles en un seul corps de lois,
+sous le nom de <i>Code Civil des Français</i>, appelé depuis <i>Code
+Napoléon</i>.</p>
+
+<p>26 <i>mars</i> (5 germinal.)&mdash;Loi qui organise la régie des
+droits-réunis et la place dans les attributions du ministre des
+finances. Français de Nantes est nommé directeur général.</p>
+
+<p>4 <i>avril</i> (14 germinal.)&mdash;Formation d'une société pour
+la propagation de la vaccine.</p>
+
+<p>30 <i>avril</i> (10 floréal.)&mdash;Séance extraordinaire du tribunal,
+pour entendre la motion d'un membre nommé Curée, tendant:
+1° à ce que le premier consul Bonaparte soit déclaré
+empereur; 2° que l'hérédité soit dans sa famille; 3° que
+celles des institutions de la république qui ne sont que tracées
+soient définitivement arrêtées.</p>
+
+<p>2 <i>mai</i> (12 floréal.)&mdash;Les membres du corps législatif
+réunis dans la salle de la questure, émettent le voeu que Napoléon
+Bonaparte soit déclaré empereur, que la dignité impériale
+soit héréditaire dans sa famille, que le système représentatif
+soit affermi sur des bases inébranlables. Carnot,
+membre du tribunal, se montre seul d'un avis contraire; dans
+un discours plein de beaux traits d'éloquence et brûlant de
+patriotisme, il déclare que cette dignité causera des guerres
+continuelles avec toute l'Europe, amènera inévitablement la
+ruine de la liberté, etc., etc.</p>
+
+<p>18 <i>mai</i> (28 floréal.)&mdash;Sénatus-consulte organique, qui
+défère au premier consul Bonaparte le titre d'empereur des
+Français, et qui établit l'hérédité impériale dans sa descendance
+directe, naturelle et légitime, de mâles en mâles, par
+ordre de primogéniture, à l'exclusion des femmes. Les collèges
+électoraux, la haute-cour impériale, les grandes dignités de
+l'empire, sont établis par le même acte. Le même jour, l'empereur
+nomme les grands officiers de la couronne: Joseph Bonaparte,
+grand électeur; Louis Bonaparte, connétable; le
+consul Cambacérès, archi-chancelier de l'empire; le consul
+Lebrun, archi-trésorier.</p>
+
+<p>19 <i>mai</i> (29 floréal.)&mdash;L'empereur crée maréchaux de
+l'empire les généraux, ses compagnons d'armes: Berthier,
+Murat, Moncey, Jourdan, Masséna, Augereau, Bernadotte,
+Soult, Brune, Lannes, Mortier, Ney, Davoust, Bessières,
+Kellermann, Lefebvre, Pérignon et Serrurier.</p>
+
+<p>10 <i>juin</i> (21 prairial.)&mdash;Arrêt de la cour de justice criminelle
+qui condamne à la peine de mort Georges Cadoudal,
+Bouvet de Lozier, Russillon, Rochelle, Armand Polignac,
+Charles d'Hozier, de Rivière, Louis du Corps, Picot, Lajolais,
+Roger dit Loiseau, Coster-St.-Victor, Deville, Armand-Gaillard,
+Joyaux-Barban, Lemercier, P. J. Cadoudal
+et Mirelle; à deux ans de réclusion le général Moreau, Jules
+de Polignac, la fille Hezaï et Rollan: les autres prévenus sont
+acquittés. Napoléon accorde la grâce à Armand de Polignac,
+de Rivière, Bouvet de Lozier, Lajolais, Rochelle, Gaillard,
+Russillion et Charles d'Hozier; il commue la peine du général
+Moreau en un exil perpétuel.</p>
+
+<p>12 <i>juin</i> (23 prairial.)&mdash;Règlement sur les inhumations.</p>
+
+<p>10 <i>juillet</i> (21 messidor.)&mdash;Décret impérial qui rétablit
+le ministre de la police générale dans ses premières attributions&mdash;Autre décret qui règle la forme de la décoration de
+la légion-d'honneur.&mdash;Autre qui crée un ministère des cultes,
+et nomme M. Portalis pour l'exercer.</p>
+
+<p>15 <i>juillet</i> (26 messidor.)&mdash;Napoléon se rend en grande
+cérémonie à l'Hôtel militaire des Invalides, pour la première
+distribution de croix de la légion-d'honneur.</p>
+
+<p>16 <i>juillet</i> (27 messidor.)&mdash;Organisation de l'école impériale
+polytechnique.</p>
+
+<p>18 <i>juillet</i> (29 messidor.)&mdash;Napoléon part de Paris pour
+aller visiter les côtes et inspecter les camps qu'il y a ordonnés.</p>
+
+<p>1er <i>août</i> (13 thermidor.)&mdash;Il visite celui d'Ambleteuse.
+Le 5 il arrive à Calais, dont il visite le port et les fortifications.
+Le 9, il visite la rade de Dunkerque, et part pour Ostende;
+le 15 il retourne à Boulogne, après avoir visité Ostende,
+Furnes, Nieuport, etc., etc. Le 16, grande fête militaire au
+camp de la Tour-d'Ordre. Il reçoit le serment des troupes,
+et distribue les étoiles de la légion-d'honneur.</p>
+
+<p>6 <i>août</i> (18 thermidor.)&mdash;-Décret impérial qui rétablit les
+missions étrangères.</p>
+
+<p>25 <i>août</i> (7 fructidor.)&mdash;-Autre décret qui organise sur
+de nouvelles bases le corps des ingénieurs des ponts et chaussées.</p>
+
+<p>10 <i>septembre</i>(23 fructidor.)&mdash;-Institution de grands
+prix décennaux qui doivent être distribués de la main de
+Napoléon; toutes les sciences sont admises à y concourir.</p>
+
+<p>12 <i>octobre</i> (20 vendémiaire.)&mdash;-Retour de l'empereur à
+St.-Cloud.</p>
+
+<p>17 <i>octobre</i> (25 vendémiaire.)&mdash;-Décret impérial qui convoque
+le corps législatif à l'occasion du couronnement de Napoléon.</p>
+
+<p>6 <i>novembre</i> (15 brumaire.)&mdash;-Sénatus-consulte qui déclare
+qu'après vérification des votes, le peuple français veut
+l'hérédité de la dignité impériale dans la famille de Napoléon Ier.</p>
+
+<p>25 <i>novembre</i> (4 frimaire.)&mdash;-Le pape Pie VII part le 2
+de Rome, arrive à Fontainebleau où l'empereur s'était rendu
+au devant lui.</p>
+
+<p>28 <i>novembre</i> (7 frimaire.)&mdash;-Il arrive à Paris avec Napoléon
+dans la même voiture.</p>
+
+<p>2 <i>décembre</i> (11 frimaire.)&mdash;-L'empereur Napoléon Ier
+et l'impératrice Joséphine sont sacrés et couronnés dans l'église
+métropolitaine de Paris par le pape Pie VII.</p>
+
+<p>3 <i>décembre</i> (12 frimaire.)&mdash;Distribution des aigles impériales
+au Champ-de-Mars; les troupes, en les recevant,
+prêtent serment de fidélité à l'empereur.</p>
+
+<p>13 <i>décembre</i> (22 frimaire.)&mdash;Le sénat conservateur
+donne une grande fête, à l'occasion du couronnement.</p>
+
+<p>16 <i>décembre</i> (25 frimaire.)&mdash;Autre fête brillante et
+banquet superbe donné à l'empereur et à l'impératrice par la
+ville de Paris.</p>
+
+<p>27 <i>décembre</i> (6 nivose.)&mdash;Napoléon fait l'ouverture du
+corps législatif pour la session de l'an XIII.</p>
+
+<h4>1805 (an XIII.)</h4>
+
+<p>1er <i>janvier</i> (11 nivose.)&mdash;Lettre de l'empereur Napoléon
+au roi d'Angleterre, dans laquelle il invite ce monarque à se
+réunir à lui pour procurer au monde la paix générale.</p>
+
+<p>14 <i>janvier</i> (24 nivose.)&mdash;Inauguration de la statue de
+Napoléon dans la salle du corps législatif.</p>
+
+<p>29 <i>janvier</i> (9 pluviose.)&mdash;Décret qui ordonne la construction
+d'une ville dans la Vendée, sous le nom de <i>Napoléon-Ville</i>.</p>
+
+<p>1er <i>février</i> (12 pluviose.)&mdash;Création de la charge de
+grand-amiral et d'archi-chancelier de l'état et de l'empire; la
+première est conférée au maréchal Murat, la deuxième à
+Eugène Beauharnais, adopté par l'empereur.</p>
+
+<p>13 <i>mars</i> (22 ventose.)&mdash;Solennelle députation des collèges
+électoraux et corps constitués de la république italienne.
+Ils portent aux pieds du trône de Napoléon le voeu
+de leur nation, et le proclament roi d'Italie.</p>
+
+<p>18 <i>mars</i> (27 ventose.)&mdash;L'empereur accepte la couronne
+de fer en présence du sénat de France. Dans cette même
+séance, il cède à sa soeur Elisa, en toute propriété, le duché
+de Piombino, et confère au mari de cette princesse le titre de
+prince de l'empire.</p>
+
+<p>24 <i>mars</i> (3 germinal.)&mdash;Le fils du prince Louis-Napoléon,
+est baptisé par le pape Pie VII au château de Saint-Cloud.</p>
+
+<p>31 <i>mars</i> (10 germinal.)&mdash;-L'empereur et l'impératrice
+partent de Paris pour se rendre en Italie, et le pape pour se
+rendre à Rome.</p>
+
+<p>24 <i>avril</i> (4 floréal.)&mdash;-Visite faite à Turin, à Napoléon
+et à Joséphine, par le pape Pie VII.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i> (18 floréal.)&mdash;-L'empereur pose sur le champ de
+bataille de Marengo la première pierre du monument consacré
+aux braves qui y sont morts.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Il fait son entrée à Milan.</p>
+
+<p>26 <i>mai</i> (6 prairial.)&mdash;-Napoléon et Joséphine sont couronnés
+roi et reine d'Italie par le cardinal Caprara, archevêque.</p>
+
+<p>6 <i>juin</i> (19 prairial.)&mdash;-D'après le voeu émis par la république
+ligurienne (Gênes), elle est réunie à l'empire français.</p>
+
+<p>7 <i>juin</i> (18 prairial.)&mdash;-Le prince Eugène Beauharnais
+est nommé par Napoléon vice-roi du royaume d'Italie.</p>
+
+<p>10 <i>juin</i> (21 prairial.)&mdash;-Napoléon part de Milan pour
+visiter quelques départemens du royaume d'Italie.</p>
+
+<p>17 <i>juin</i> (28 prairial.)&mdash;-Il fonde l'ordre de la couronne
+de fer, et organise le même jour l'Université de Turin.</p>
+
+<p>23 <i>juin</i> (4 messidor.)&mdash;-Réunion de la république de
+Lucques à la principauté de Piombino. Bacciochi, beau-frère
+de Napoléon, prend le titre de prince de Lucques et de
+Piombino.</p>
+
+<p>30 <i>juin</i> (11 messidor.)&mdash;-Arrivée de Napoléon et de Joséphine
+à Gênes, qui leur donne une fête superbe le 2 juillet.</p>
+
+<p>11 <i>juillet</i> (22 messidor.)&mdash;-Retour de l'empereur et de
+l'impératrice à Fontainebleau.</p>
+
+<p>21 <i>juillet</i> (2 thermidor.)&mdash;-Réunion de Parme, Plaisance
+et Guastalla à la France.</p>
+
+<p>2 <i>août</i> (14 thermidor.)&mdash;-Napoléon part de St.-Cloud
+pour Boulogne et visite les camps qui bordent la côte.</p>
+
+<p>16 <i>août</i> (28 thermidor.)&mdash;-D'après l'ordre de l'empereur,
+quatre-vingt mille hommes se réunissent sur les frontières de
+l'Autriche.</p>
+
+<p>31 <i>août</i> (13 fructidor.)&mdash;-Le prytannée de St.-Cyr est
+érigé en prytannée militaire français.</p>
+
+<p>2 <i>septembre</i> (15 fructidor.)&mdash;-Retour de Napoléon à
+Paris.</p>
+
+<p>9 <i>septembre</i> (22 fructidor.)&mdash;-Sénatus-consulte qui remet
+en usage le calendrier grégorien pour le 1er <i>janvier</i> 1806.</p>
+
+<p>23 <i>septembre</i> (1er vendémiaire.)&mdash;-Séance extraordinaire
+du sénat; l'empereur y expose la conduite hostile de
+l'Autriche, et annonce qu'il va commander ses armées en
+personne. Le sénat décrète une levée de quatre-vingt mille
+conscrits. Un second décret ordonne la réorganisation de la
+garde nationale pour la défense des côtes.</p>
+
+<p>24 <i>septembre</i> (2 vendémiaire.)&mdash;-L'empereur et l'impératrice
+partent pour Strasbourg.</p>
+
+<p>1er <i>octobre</i> (9 vendémiaire.)&mdash;-Napoléon passe le Rhin
+et harangue l'armée.</p>
+
+<p>3 <i>octobre</i> (11 vendémiaire.)&mdash;-La Suède s'engage à faire
+la guerre avec la France.</p>
+
+<p>7 <i>octobre</i> (15 vendémiaire.)&mdash;Combat sur le Lech.</p>
+
+<p>8 <i>octobre</i> (16 vendémiaire.)&mdash;-Combat de Wertbingen.</p>
+
+<p>9 <i>octobre</i> (17 vendémiaire.)&mdash;Combat de Guntzbourg.</p>
+
+<p>10 <i>octobre</i> (18 vendémiaire.)&mdash;L'empereur établit son
+quartier-général à Augsbourg.</p>
+
+<p>14 <i>octobre</i> (22 vendémiaire.)&mdash;Combat d'Elchingen.</p>
+
+<p>17 <i>octobre</i> (25 vendémiaire.)&mdash;Capitulation du général
+Mack dans la ville d'Ulm. Toute l'armée autrichienne est faite
+prisonnière de guerre.</p>
+
+<p>21 <i>octobre</i> (29 vendémiaire.)&mdash;Prise de Munich. Décret
+impérial qui ordonne que le mois écoulé depuis le 23
+septembre jusqu'au 22 octobre, soit compté pour une campagne
+à toute l'armée.</p>
+
+<p>24 <i>octobre</i> (2 brumaire.)&mdash;L'empereur fait son entrée
+dans Munich.</p>
+
+<p>26 <i>octobre</i> (4 brumaire.)&mdash;Passage de l'Inn sur plusieurs
+points.</p>
+
+<p>29 <i>octobre</i> (7 brumaire.)&mdash;Combat de Marienzel; l'empereur
+établit son quartier-général à Braunau.</p>
+
+<p>30 <i>octobre</i> (8 brumaire.)&mdash;Combat de Mehrenbach,
+Prise de Salzbourg; le même jour l'armée d'Italie bat les Autrichiens.</p>
+
+<p>31 <i>octobre</i> (8 brumaire.)&mdash;Combat de Lambach.</p>
+
+<p>5 <i>novembre</i> (13 brumaire.)&mdash;Passage de la Traun par
+l'armée française.</p>
+
+<p>9 <i>novembre</i> (18 brumaire.)&mdash;L'empereur établit son
+quartier-général à Molck, à seize lieues de Vienne.</p>
+
+<p>11 <i>novembre</i> (20 brumaire.)&mdash;Combat de Diernstein.</p>
+
+<p>13 <i>novembre</i> (22 brumaire.)&mdash;L'armée française fait
+son entrée dans Vienne; Napoléon ne veut point y pénétrer,
+il établit son quartier-général à Schoenbrun.</p>
+
+<p>15 <i>novembre</i> (24 brumaire.)&mdash;Le général Clarke est
+nommé gouverneur de la Haute et Basse-Autriche; le conseiller-d'état
+Daru intendant général.&mdash;Combat d'Hollabrun
+entre les Français et l'avant-garde de l'armée russe.</p>
+
+<p>16 <i>novembre</i> (25 brumaire.)&mdash;Défaite des Russes à Guntersdorf.</p>
+
+<p>17 <i>novembre</i> (26 brumaire.)&mdash;Invasion du Tyrol par le
+maréchal Ney; combats de Clauzen et de Bautzen.</p>
+
+<p>18 <i>novembre</i> (27 brumaire.)&mdash;Entrée du prince Murat
+dans Brünn, capitale de la Moravie; quartier-général de Napoléon
+à Porlitz; l'empereur d'Autriche se retire à Olmutz.</p>
+
+<p>22 <i>novembre</i> (1er frimaire.)&mdash;Combat naval de Trafalgar.
+Les flottes française et espagnole y sont détruites. L'amiral
+anglais est tué.</p>
+
+<p>28 <i>novembre</i> (7 frimaire.)&mdash;L'empereur Napoléon envoie
+le général Savary complimenter l'empereur Alexandre, dont
+le quartier-général est à Vischau. En même temps il donne
+l'ordre d'une retraite simulée pour tromper l'ennemi.</p>
+
+<p>1er <i>décembre</i> (10 frimaire.)&mdash;Napoléon, à la vue des
+Russes manoeuvrant pour le tourner, s'écrie: <i>demain toute
+cette belle armée sera à nous</i>. Le soir il visite les bivouacs,
+et reçoit de toutes parts les preuves de l'attachement et de
+l'enthousiasme qu'il communique à ses soldats.</p>
+
+<p>2 <i>décembre</i> (11 frimaire.)&mdash;Grande et mémorable bataille
+d'Austerlitz. L'armée austro-russe est anéantie. Cette
+belle victoire met deux empereurs à la discrétion de Napoléon,
+et plus généreux qu'ils ne devaient l'être un jour à son
+égard, il s'abstient d'en abuser.</p>
+
+<p>3 <i>décembre</i> (12 frimaire.)&mdash;Napoléon accorde à l'empereur
+d'Autriche une entrevue que celui-ci lui fait demander
+par le prince de Liechtenstein.</p>
+
+<p>4 <i>décembre</i> (13 frimaire.)&mdash;Cette entrevue a lieu au bivouac
+de Napoléon, auprès du village de Nasedlowitz. «<i>Je
+vous reçois dans le seul palais que j'habite depuis deux
+mois</i>, dit l'empereur des Français à celui d'Allemagne.»&mdash;«<i>Vous
+tirez si bon parti de votre habitation qu'elle doit
+vous plaire</i>», répond François avec un sourire qui devait
+être un peu forcé.</p>
+
+<p>5 <i>décembre</i> (14 frimaire.)&mdash;Napoléon fait arrêter la
+marche de ses troupes, qui déjà environnaient les débris de
+l'armée russe, et étaient sur le point de prendre l'empereur
+Alexandre.</p>
+
+<p>6 <i>décembre</i> (15 frimaire.)&mdash;Armistice conclu entre Napoléon
+et l'empereur d'Autriche. Alexandre retourne précipitamment
+à St.-Pétersbourg.</p>
+
+<p>7 <i>décembre</i> (16 frimaire.)&mdash;Décret impérial en faveur
+des veuves et des enfans des militaires de tout grade morts à
+la bataille d'Austerlitz.&mdash;Autre décret qui ordonne que les
+canons russes et autrichiens pris sur le champ de bataille
+d'Austerlitz seront fondus, et serviront à l'érection sur la
+place Vendôme à Paris, d'une grande colonne consacrée à la
+gloire de l'armée victorieuse.</p>
+
+<p>13 <i>décembre</i> (22 frimaire.)&mdash;Napoléon reçoit à Schoenbrunn
+la députation des maires de Paris; il lui remet les
+drapeaux pris à Austerlitz, pour être déposés dans l'église
+Notre-Dame.</p>
+
+<p>26 <i>décembre</i> (5 nivose.)&mdash;Traité de paix signé à Presbourg
+entre la France et l'Autriche; les électeurs de Bavière
+et de Wurtemberg sont élevés à la dignité de rois.&mdash;Les
+états vénitiens sont réunis au royaume d'Italie.</p>
+
+<p>27 <i>décembre</i> (6 nivose.)&mdash;Entrevue à Schoenbrunn de
+Napoléon et du prince Charles, frère de l'empereur d'Autriche.
+<i>Même jour</i>.&mdash;Napoléon publie à Schoenbrunn une proclamation
+dans laquelle il déclare à l'Europe que la dynastie
+de Naples a cessé de régner.</p>
+
+
+<h4>1806.<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a></h4>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Footnote 6:</b><a href="#footnotetag6"> (return) </a> Par un sénatus-consulte en date du 9 septembre, le calendrier grégorien
+ayant été substitué au calendrier républicain pour le 1er janvier 1806,
+nous cessons de faire mention de celui-ci.</blockquote>
+
+<p>1er <i>janvier</i>.&mdash;Maximilien Joseph est proclamé roi de
+Bavière, en présence de l'empereur et de l'impératrice.&mdash;Le
+tribunal, en corps, porte au sénat quarante-cinq drapeaux
+pris à la bataille d'Austerlitz.&mdash;Le pont d'Austerlitz, construit
+en fer vis à vis le jardin des Plantes, est ouvert pour
+la première fois au public.</p>
+
+<p>14 <i>janvier</i>.&mdash;Le roi de Bavière donne sa fille en mariage
+au prince Eugène de Beauharnais; l'empereur et l'impératrice
+assistent à la cérémonie.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;La communication en est faite au sénat par
+l'archi-chancelier, qui l'informe en même temps que l'empereur
+a adopté pour son fils le prince Eugène, et l'appelle à lui
+succéder comme roi d'Italie, à défaut de descendans naturels
+et légitimes de Napoléon.</p>
+
+<p>19 <i>janvier</i>.&mdash;Les drapeaux pris à la bataille d'Austerlitz
+sont reçus par le clergé de Notre-Dame et appendus aux
+voûtes de la cathédrale.</p>
+
+<p>26 <i>janvier</i>.&mdash;Retour de l'empereur et de l'impératrice à
+Paris; ils reçoivent les complimens des différens corps de
+l'état.</p>
+
+<p>6 <i>février</i>.&mdash;Le sultan Sélim III reconnaît Napoléon Ier empereur des Français.</p>
+
+<p><i>8 février</i>.&mdash;Entrée des troupes françaises dans le royaume
+de Naples.</p>
+
+<p><i>15 février</i>.&mdash;Le prince Joseph, frère de l'empereur, prend
+possession de Naples.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Le roi de Prusse reçoit de Napoléon le
+Hanovre, en échange des propriétés qu'il a cédées à la France.</p>
+
+<p><i>20 février</i>.&mdash;L'église de Sainte-Geneviève (le Panthéon)
+est rendue au culte catholique; elle conservera néanmoins la
+destination qu'elle avait reçue de l'assemblée constituante,
+d'être le lieu de sépulture des grands hommes.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Décret de l'empereur qui ordonne la restauration
+de l'église de Saint-Denis, et la consacre à la sépulture
+des princes de la dynastie de Napoléon.</p>
+
+<p><i>28 février</i>.&mdash;Institution d'une chaire de belles-lettres à
+l'école polytechnique. M. Andrieux est nommé professeur.</p>
+
+<p><i>2 mars</i>.&mdash;Ouverture du corps législatif par Napoléon
+pour la session de 1806.</p>
+
+<p><i>4 mars</i>.&mdash;Adoption par l'empereur de la princesse Stéphanie,
+nièce de l'impératrice, et mariage de cette princesse
+avec le prince héréditaire de Bade.</p>
+
+<p><i>12 mars</i>.&mdash;Décrets pour le rétablissement et l'ouverture
+de canaux et de grandes routes.</p>
+
+<p><i>15 mars</i>.&mdash;Napoléon cède en toute propriété les duchés
+de Clèves et de Berg, à son beau-frère le prince Murat, qui
+en prend possession, sous le titre de duc de Berg et de
+Clèves.</p>
+
+<p><i>30 mars</i>.&mdash;Joseph Bonaparte est proclamé par son frère
+Napoléon, roi des Deux-Siciles.&mdash;La principauté de Guastalla
+est transférée a la princesse Pauline, soeur de Napoléon,
+sous le litre de duchesse de Guastalla; et celle de Neufchâtel
+au maréchal Berthier, sous le titre de prince de Neufchâtel.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Décret ou statut en forme de loi, qui fixe
+l'état des princes et princesses de la famille impériale.</p>
+
+<p><i>4 avril</i>.&mdash;Décret de Napoléon qui ordonne que le catéchisme
+approuvé par le cardinal légat, sera en usage dans
+toutes les églises françaises.</p>
+
+<p><i>7 avril</i>.&mdash;Cérémonies du mariage de la princesse Stéphanie
+Napoléon avec le prince héréditaire de Bade.</p>
+
+<p><i>22 avril</i>.&mdash;Loi qui donne à la banque de France une organisation
+définitive, et proroge à vingt-cinq ans le privilège
+de quinze années qui lui avait été accordé.</p>
+
+<p><i>27 avril</i>.&mdash;Le général Lauriston prend possession de la
+ville et du territoire de Raguse au nom de l'empereur des
+Français.</p>
+
+<p><i>2 mai</i>.&mdash;Décret qui ordonne la construction de quinze
+nouvelles fontaines à Paris.</p>
+
+<p><i>10 mai</i>.&mdash;Loi qui institue l'université impériale.</p>
+
+<p><i>12 mai</i>.&mdash;Clôture du corps législatif; il adopte dans cette
+session le Code de procédure civile.</p>
+
+<p><i>28 mai</i>.&mdash;L'électeur archi-chancelier d'Allemagne, le
+prince-primat, nomme pour son coadjuteur et son successeur
+le cardinal Fesch, oncle de Napoléon.</p>
+
+<p><i>30 mai</i>.&mdash;Décret qui invite tous les sujets de l'empire
+professant la religion juive d'envoyer des députés à Paris.</p>
+
+<p><i>5 juin</i>.&mdash;Une députation solennelle des états de Hollande
+demande à l'empereur son frère Louis Napoléon pour roi;
+l'empereur adhère au voeu des états.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Décret impérial qui transfère à M. Talleyrand`,
+grand chambellan, la principauté de Bénévent, sous le
+titre de prince de Bénévent; et au maréchal d'empire Bernadotte,
+le titre de prince de Ponte-Corvo.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Napoléon donne une première audience à
+Moubed-Effendi, ambassadeur extraordinaire de la Porte-Ottomane.</p>
+
+<p>11 <i>juin</i>,&mdash;-Décret portant organisation du conseil-d'état
+et fixant ses attributions.</p>
+
+<p>16 <i>juin</i>.&mdash;-Institution à l'école d'Alfort d'une chaire d'économie
+rurale.</p>
+
+<p>24 <i>juin</i>.&mdash;-Suppression des maisons de jeu dans tout
+l'empire.</p>
+
+<p>4 <i>juillet</i>.&mdash;-Loi qui organise les haras dans tous les départemens,
+et nomme les chefs de ces établissemens.</p>
+
+<p>6 <i>juillet</i>.&mdash;-Combats contre les Russes et les Monténégrins
+par les Français commandés par les généraux Lauriston et
+Molitor.</p>
+
+<p>17 <i>juillet</i>.&mdash;-Un traité solennel établit la confédération du
+Rhin: les rois de Bavière, de Wurtemberg, les électeurs
+archi-chancelier de Bade, le duc de Berg et de Clèves, et
+plusieurs autres princes d'Allemagne, composent cette confédération
+et se séparent à perpétuité de l'empire germanique.
+L'empereur Napoléon est proclamé protecteur de cette confédération,
+qui change entièrement l'état politique de l'Europe
+et tend à une pacification plus durable.</p>
+
+<p>20 <i>juillet</i>.&mdash;-Traité de paix signé à Paris entre la France
+et la Russie; mais l'empereur Alexandre, influencé par l'Angleterre,
+refuse de le ratifier au terme convenu.</p>
+
+<p>26 <i>juillet</i>.&mdash;-Première assemblée des Juifs, convoqués à
+Paris par Napoléon, d'après son décret du 30 mai, sous le
+nom de <i>Grand-Sanhédrin</i> juif, et dont le but est de fixer le
+sort de cette nation errante et malheureuse.</p>
+
+<p>5 <i>août</i>.&mdash;-Lord Lauderdale arrive à Paris en qualité
+d'ambassadeur, pour remplacer M. Fox dans les négociations
+ouvertes entre la France et l'Angleterre.</p>
+
+<p>20 <i>septembre</i>.&mdash;L'empereur Napoléon réclame contre la
+Prusse, des princes liés par la confédération du Rhin, le
+contingent auquel chacun d'eux s'est obligé, dans le cas de
+guerre.</p>
+
+<p>25 <i>septembre</i>.&mdash;L'empereur part de Saint-Cloud pour se
+mettre à la tête de ses armées, et combattre la quatrième coalition
+formée contre la France par la Prusse, la Russie, la
+Suède et l'Angleterre.</p>
+
+<p>28 <i>septembre</i>.&mdash;Arrivée de Napoléon à Mayence, avec
+l'impératrice son épouse.</p>
+
+<p>30 <i>septembre</i>.&mdash;L'électeur de Wurtzbourg accède à la
+confédération du Rhin, et prend le titre de grand-duc.</p>
+
+<p>1er <i>octobre</i>.&mdash;Napoléon passe le Rhin avec son état-major.</p>
+
+<p>7 <i>octobre</i>.&mdash;Message de l'empereur au sénat, dans lequel
+il annonce la nécessité de recommencer la guerre, et les dispositions
+qu'il vient de faire pour lui donner une issue favorable.</p>
+
+<p>8 <i>octobre</i>.&mdash;L'empereur quitte Bamberg pour se porter à
+la tête de son armée.</p>
+
+<p>9 <i>octobre</i>.&mdash;Combat de Saalbourg, et enlèvement des
+magasins de l'ennemi à Hoff.</p>
+
+<p>10 <i>octobre</i>.&mdash;Combat de Saalfeldt; le prince Ferdinand
+de Prusse y est tué.</p>
+
+<p>14 <i>octobre</i>.&mdash;Bataille d'Iéna. L'armée prussienne essuie
+une déroute complète, ou plutôt elle est anéantie, tant en
+hommes que sous le rapport du matériel. Le duc de Brunswick
+et le prince Henri de Prusse sont grièvement blessés;
+la reine n'échappe qu'avec peine à la poursuite des vainqueurs.</p>
+
+<p>16 <i>octobre</i>.&mdash;-Capitulation de la place d'Erfurt. Le prince
+d'Orange et le feld-maréchal Mollendorf sont faits prisonniers.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Le roi de Prusse demande un armistice, qui
+est refusé par Napoléon.</p>
+
+<p>17 <i>octobre</i>.&mdash;-Combat de Halle. Le prince Eugène de
+Wurtemberg, général de l'armée de réserve prussienne, a son
+corps d'année presque entièrement détruit.</p>
+
+<p>18 <i>octobre</i>.&mdash;-Prise de Leipsick par le maréchal Davoust.</p>
+
+<p>21 <i>octobre</i>.&mdash;-Après une série de succès non interrompus,
+les Français interceptent la route de Magdebourg, où
+les Prussiens comptaient se rallier. Le duc de Brunswick met
+ses états sous la protection de l'empereur.</p>
+
+<p>24 <i>octobre</i>.&mdash;-Prise de Potsdam; l'empereur y établit son
+quartier-général le lendemain, visite le tombeau du grand
+Frédéric, et envoie à l'Hôtel des Invalides de Paris l'épée de
+ce fondateur de la monarchie prussienne.</p>
+
+<p>25 <i>octobre</i>.&mdash;-Capitulation de Spandau.</p>
+
+<p>26 <i>octobre</i>.&mdash;-Blocus de Magdebourg.</p>
+
+<p>27 <i>octobre</i>.&mdash;-Napoléon fait son entrée solennelle dans
+Berlin, Acte de clémence de l'empereur envers la femme du
+prince d'Haztfeld, gouverneur de cette capitale.</p>
+
+<p>28 <i>octobre</i>.&mdash;-Prise de Prentzlow. Le grand-duc de Berg
+fait capituler le corps d'armée commandé par le prince de
+Hohenlohe.</p>
+
+<p>29 <i>octobre</i>.&mdash;-Prise de la forteresse de Stettin.</p>
+
+<p>1er <i>novembre</i>.&mdash;-Capitulation de la forteresse de Custrin.</p>
+
+<p>Le maréchal Mortier s'empare de la Hesse au nom de l'empereur
+des Français.</p>
+
+<p>6 et 7 novembre,&mdash;-Bataille de Lubeck. Après des faits
+d'armes inouïs, onze généraux prussiens, à la tête desquels se
+trouvaient Blücher, devenu depuis si fameux, et le prince de
+Brunswick-Oels, cinq cents dix-huit officiers, quatre mille
+chevaux, plus de vingt mille hommes et soixante drapeaux,
+sont les trophées de cette victoire. Lubeck, pris d'assaut, devient
+un horrible champ de carnage.</p>
+
+<p>10 <i>novembre</i>.&mdash;Suspension d'arme entre l'empereur et le
+roi de Prusse, elle reste sans effet. Prise de la ville de Posen.</p>
+
+<p>11 <i>novembre</i>,&mdash;Prise de la ville et forteresse de Magdebourg.</p>
+
+<p>19 <i>novembre</i>.&mdash;L'empereur reçoit à Berlin une députation
+du sénat d'Hambourg.&mdash;Obligation imposée à toutes
+les villes occupées par les Français, de déclarer les marchandises
+et propriétés anglaises.</p>
+
+<p>20 <i>novembre</i>.&mdash;Capitulation de la place d'Hameln.</p>
+
+<p>25 <i>novembre</i>.&mdash;Capitulation de celle de Niembourg.&mdash;L'empereur
+rend à Berlin le fameux décret qui déclare les îles
+britanniques en état de blocus, et interdit avec elles tout
+commerce et toute communication.</p>
+
+<p>27 <i>novembre</i>.&mdash;Napoléon, résolu de pousser avec vigueur
+la guerre contre la Russie qui venait d'accourir, quoique tardivement,
+au secours de la Prusse, établit son quartier-général
+à Posen.</p>
+
+<p>28 <i>novembre</i>,&mdash;Combat de Lowiez, où le général russe
+Benigsen est battu.</p>
+
+<p>29 <i>novembre</i>.&mdash;Occupation de Varsovie par les Français.</p>
+
+<p>2 <i>décembre</i>.&mdash;-Décret impérial qui ordonne l'érection sur
+l'emplacement de l'église de la Magdelaine, d'un monument
+à la gloire de l'armée, sous le nom de <i>Temple de la gloire</i>,
+et devant porter cette inscription: <i>L'empereur Napoléon
+aux soldats de la grande armée</i>.</p>
+
+<p>3 <i>décembre</i>.&mdash;Capitulation de la forteresse le Glogau.</p>
+
+<p>4 <i>décembre</i>.&mdash;Une levée de quatre-vingt mille conscrits
+est mise à la disposition de l'empereur par le sénat conservateur.</p>
+
+<p>6 <i>décembre</i>.&mdash;Passage de la Vistule par les Français,
+à Thorn.</p>
+
+<p>11 <i>décembre</i>.&mdash;Passage du Bug à Ockecmin. Traité de
+paix et d'alliance entre l'empereur Napoléon et l'électeur de
+Saxe, qui accède à la confédération du Rhin, et prend le
+titre de roi de Saxe. Son contingent, en cas de guerre, est de
+vingt mille hommes.</p>
+
+<p>16 <i>décembre</i>.&mdash;L'empereur part de Posen.</p>
+
+<p>19 <i>décembre</i>.&mdash;Il arrive à Varsovie, et visite les retranchemens
+élevés dans le faubourg de Praga pour protéger cette
+ville.</p>
+
+<p>23 <i>décembre</i>.&mdash;Il passe le Bug, fait jeter à l'embouchure
+de l'Akra, dans cette rivière, un pont qui est achevé
+en deux heures, y fait passer une division du corps d'armée
+du maréchal Davoust, qui met en déroute quinze mille Russes
+à Czarnowo.</p>
+
+<p>24 <i>décembre</i>.&mdash;-Combat de Nazietzk; le général russe
+Kamenskoi est défait.</p>
+
+<p>25 et 26 <i>décembre</i>.&mdash;-Bataille de Pulstuck, retraite de
+l'armée russe après avoir perdu quatre-vingt pièces d'artillerie,
+tous ses caissons, douze cents voitures, et dix à douze
+mille hommes.</p>
+
+<h4>1807.</h4>
+
+<p>5 <i>janvier</i>.&mdash;Capitulation de Breslau.</p>
+
+<p>7 <i>février</i>.&mdash;Bataille de Preusch-Eylau; l'armée russe est
+de nouveau obligée de battre en retraite.</p>
+
+<p>9 <i>février</i>.&mdash;Première séance de l'Institut au palais
+des sciences et des arts (le Louvre).</p>
+
+<p>15 <i>février</i>.&mdash;Combat d'Ostrolenka. Le général Soworow,
+fils du célèbre maréchal de ce nom, perd la vie dans cette affaire.</p>
+
+<p>16 <i>février</i>.&mdash;L'empereur envoie à Paris les drapeaux
+pris à Eylau; il ordonne que les canons conquis à cette bataille
+seront fondus pour dresser une statue au général
+d'Hautpoult, commandant des cuirassiers, qui avait été tué
+dans cette journée.</p>
+
+<p>24 <i>février</i>.&mdash;Combat de Peterswalde.</p>
+
+<p>25 <i>février</i>.&mdash;Passage de la Passarge à Liebstadt.</p>
+
+<p>5 <i>mars</i>.&mdash;Le pont d'Austerlitz est ouvert au passage
+des voitures.</p>
+
+<p>6 <i>mars</i>.&mdash;Décret impérial qui met en état de siège les
+ports de Brest et d'Anvers; le premier sous les ordres du
+général sénateur Aboville, et le deuxième sous ceux du général
+sénateur Ferino.</p>
+
+<p>7 <i>mars</i>.&mdash;Combat de Guttstadt et de Willemberg.</p>
+
+<p>12 <i>mars</i>.&mdash;Combat de Lignau.</p>
+
+<p>7 <i>avril</i>.&mdash;Sénatus-consulte qui appelle la conscription de
+1808.</p>
+
+<p>18 <i>avril</i>.&mdash;Suspension d'armes signée à Schlatkow entre
+l'empereur et le roi de Suède.</p>
+
+<p>25 <i>avril</i>.&mdash;L'empereur établit son quartier-général à
+Finkenstein.&mdash;Décret impérial concernant les théâtres de
+Paris: ils sont divisés en grands théâtres et théâtres secondaires.</p>
+
+<p>1er <i>mai</i>.&mdash;Capitulation de la place de Neiss, assiégée par
+le général Vandamme.</p>
+
+<p><i>15 mai</i>.&mdash;Combat livré devant les murs de Dantzick,
+assiégé par le maréchal Lefebvre, entre les troupes assiégeantes
+et le corps d'armée russe du général Kaminski, accouru
+pour secourir cette place. Les Russes sont repoussés
+avec perte.</p>
+
+<p><i>14 mai</i>.&mdash;Dantzick se rend au maréchal Lefebvre après
+cinquante-un jours de tranchée ouverte.</p>
+
+<p><i>28 mai</i>.&mdash;Décret impérial qui confère au maréchal Lefebvre
+le titre de duc de Dantzick pour le récompenser de l'activité
+qu'il avait déployée pendant le siège de cette ville.</p>
+
+<p><i>1er juin</i>.&mdash;L'empereur vient visiter Dantzick.</p>
+
+<p><i>4 juin</i>.&mdash;Les négociations de paix qui avaient été entamées
+entre la Russie et la France pendant que les deux armées
+prenaient quelque repos dans leurs quartiers, ayant été
+rompues, les hostilités recommencent, et les Russes sont
+battus à Spandenn, au moment où ils voulaient traverser la
+Passarge.</p>
+
+<p><i>5 juin</i>.&mdash;Nouveau combat de Spandenn; les Français
+franchissent la Passarge et se mettent à la poursuite des
+Russes.</p>
+
+<p><i>6 juin</i>.&mdash;Combat de Deppen, où les Russes sont culbutés
+de nouveau.</p>
+
+<p><i>8 juin</i>.&mdash;L'empereur établit son quartier-général à
+Deppen.</p>
+
+<p><i>11 juin</i>.&mdash;Bataille d'Heilsberg; elle reste presque sans
+résultat. Seulement le lendemain l'armée russe quitte les forts
+tranchemens qu'elle occupait en avant de cette ville.</p>
+
+<p><i>14 juin</i>.&mdash;Mémorable bataille de Friedland; cette fois,
+l'armée russe est entièrement anéantie, et les résultats obtenus
+par les Français placent cette journée a côté de celles de
+Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna. Elle décidait de la campagne,
+et la précipitation des Russes à se retirer était telle,
+qu'ils rompaient derrière eux tous les ponts, pour se soustraire
+à la vive poursuite de leurs vainqueurs.</p>
+
+<p>16 <i>juin</i>.&mdash;-Occupation de Koenigsberg par les Français.</p>
+
+<p>19 <i>juin</i>.&mdash;-L'empereur Napoléon établit son quartier-général
+dans Tilsit, où, quelques jours auparavant, l'empereur
+de Russie et le roi de Prusse avaient établi le leur.</p>
+
+<p>21 <i>juin</i>.&mdash;-Armistice conclu entre les deux empereurs et
+le roi de Prusse.</p>
+
+<p>25 <i>juin</i>.&mdash;-Entrevue de ces trois monarques dans un bateau
+sur le Niémen; Alexandre, Napoléon et le roi de Prusse
+passent deux heures dans cette conférence. La moitié de la
+ville est déclarée neutre pour la facilité des communications.
+Du 25 juin au 9 juillet, les trois souverains se voient amicalement,
+et se donnent mutuellement des fêtes, pendant que
+leurs ministres s'occupaient des négociations relatives à la
+paix.</p>
+
+<p>7 <i>juillet</i>.&mdash;-Traité de paix entre les deux empereurs, déclaré
+commun aux rois de Naples et de Hollande, frères de
+Napoléon, et par lequel Alexandre reconnaît la confédération
+du Rhin, et promet sa médiation pour engager l'Angleterre
+à ne plus mettre d'obstacles à une paix générale.</p>
+
+<p>9 <i>juillet</i>.&mdash;-Traité de paix entre le roi de Prusse et l'empereur
+des Français, basé sur les clauses du précédent. Le
+roi de Prusse recouvre, de la générosité de Napoléon, toutes
+ses provinces, excepté celles de Pologne, spécifiées dans le
+traité, et qui seront possédées en toute souveraineté par le
+roi de Saxe.</p>
+
+<p>13 <i>juillet</i>.&mdash;-Les hostilités recommencent entre la France
+et la Suède.</p>
+
+<p>17 <i>juillet</i>.&mdash;-Napoléon rend une visite au roi de Saxe à
+Dresde.</p>
+
+<p>24 <i>juillet</i>.&mdash;Son arrivée a Francfort.</p>
+
+<p>27 <i>juillet</i>.&mdash;Son retour à Saint-Cloud.</p>
+
+<p>28 <i>juillet</i>.&mdash;Il reçoit en audience solennelle et successivement
+les félicitations du sénat, du tribunal, du corps législatif,
+de la cour de cassation, de la cour d'appel, du clergé,
+de la cour de justice criminelle, du corps municipal, etc.</p>
+
+<p>9 <i>août</i>.&mdash;Berthier, prince de Neufchâtel, est élevé à la
+dignité de vice-connétable, et Talleyrand, prince de Bénévent,
+à celle de vice grand-électeur.</p>
+
+<p>15 <i>août</i>.&mdash;Napoléon se rend en grand cortège à Notre-Dame
+pour y entendre le <i>Te Deum</i> en action de grâce, pour
+la paix de Tilsit.</p>
+
+<p>16 <i>août</i>.&mdash;Ouverture du corps législatif par Napoléon;
+session de 1807.</p>
+
+<p>19 <i>août</i>,&mdash;Sénatus-consulte qui supprime le tribunat,
+et donne au corps législatif une nouvelle organisation plus
+conforme aux vues de Napoléon.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Les Français s'emparent de la ville de
+Stralsund.</p>
+
+<p>22 <i>août</i>.&mdash;Célébration du mariage de Jérôme-Napoléon
+Bonaparte avec la princesse Catherine, fille du roi de Wurtemberg.</p>
+
+<p>3 <i>septembre</i>,&mdash;Décret ordonnant que le <i>Code civil des
+Français</i> portera désormais le titre de <i>Code Napoléon</i>.</p>
+
+<p>3 <i>septembre</i>.&mdash;Capitulation de l'île de Rugen; cette conquête
+complète celle de toute la Poméranie suédoise.</p>
+
+<p>8 <i>septembre</i>.&mdash;Décret qui établit la constitution du
+royaume de Westphalie, et proclame Jérôme Napoléon roi de
+ce pays.</p>
+
+<p>18 <i>septembre</i>.&mdash;Clôture du corps législatif; il adopte
+dans cette session le Code de commerce.</p>
+
+<p>28 <i>septembre</i>.&mdash;-Décret qui institue et organise une cour
+des comptes.</p>
+
+<p>1er <i>octobre</i>.&mdash;-Décret qui réunit les diocèses de Parme et
+de Plaisance à l'église gallicane.</p>
+
+<p>12 <i>octobre</i>&mdash;-Sénatus-consulte portant que les provisions
+ne seront expédiées aux juges qu'après cinq ans d'exercice.</p>
+
+<p>14 <i>octobre</i>.&mdash;-Exposition au Musée des objets d'art conquis
+par les armées.</p>
+
+<p>27 <i>octobre</i>.&mdash;-Traité signé à Fontainebleau entre la
+France et l'Espagne, par lequel les deux parties contractantes
+résolvent de se partager le Portugal, et le roi d'Espagne
+s'engage à donner le passage, à cet effet, à vingt-cinq
+mille hommes d'infanterie et à trois mille hommes de cavalerie
+de Napoléon.</p>
+
+<p>29 <i>octobre</i>.&mdash;-Décret impérial qui admet gratuitement
+dans les lycées deux cents nouveaux élèves, fils de militaires
+et de fonctionnaires publics.</p>
+
+<p>6 <i>novembre</i>.&mdash;-Le comte Tolstoï, ambassadeur de Russie,
+présente ses lettres de créance à l'empereur.</p>
+
+<p>8 <i>novembre</i>.&mdash;-Arrivée de l'ambassadeur de Perse à Paris;
+il est porteur de magnifiques présens pour l'empereur;
+les plus remarquables sont les sabres de Tamerlan et de Thamas
+Konli-Kan.</p>
+
+<p>10 <i>novembre</i>.&mdash;-Dispositions relatives aux halles, marchés,
+et rues de Paris.</p>
+
+<p>11 <i>novembre</i>&mdash;-Traité de la France et de la Hollande; la
+ville de Flessingue est cédée aux Français.</p>
+
+<p>16 <i>novembre</i>.&mdash;-L'empereur part de Paris pour visiter ses
+états d'Italie.</p>
+
+<p>21 <i>novembre</i>.&mdash;-Il arrive à Milan.</p>
+
+<p>25 <i>novembre</i>.&mdash;-Entrée triomphale à Paris des corps de
+la garde impériale. Fête superbe donnée par la ville à cette
+élite de l'armée.</p>
+
+<p>28 <i>novembre</i>,&mdash;Seconde fête donnée à la même garde
+par le sénat dans son palais même.</p>
+
+<p>29 <i>novembre</i>.&mdash;Napoléon arrive à Venise. Le <i>même
+jour</i>, le général Junot, après avoir traversé toute l'Espagne,
+s'empare d'Abrantès, première ville de Portugal.</p>
+
+<p>30 <i>novembre</i>.&mdash;L'armée française prend possession de
+Lisbonne.</p>
+
+<p>17 <i>décembre</i>,&mdash;Décret qui déclare <i>dénationalisé</i> tout
+bâtiment qui se soumettra aux dispositions de l'ordonnance
+rendue le 11 novembre par le roi d'Angleterre. (Cette ordonnance
+mettait tous les ports de France et ceux de ses alliés
+en état de blocus, et ordonnait la visite sur mer de tous les
+bâtimens européens qui y seraient rencontrés par les croisières
+britanniques).</p>
+
+<p>20 <i>décembre</i>.&mdash;Napoléon proclame le fils du prince Eugène,
+prince de Venise, et sa fille Joséphine princesse de Bologne.</p>
+
+<p>26 <i>décembre</i>.&mdash;Le ministre de l'intérieur pose la première
+pierre d'un grenier d'abondance à Paris, situé sur les
+terrains dépendans de l'ancien arsenal.</p>
+
+<h4>1808.</h4>
+
+<p>1er <i>janvier</i>.&mdash;Retour de l'empereur dans sa capitale.</p>
+
+<p>4 <i>janvier</i>.&mdash;Napoléon et Joséphine vont dans l'atelier du
+peintre David voir le tableau de leur couronnement.</p>
+
+<p>16 <i>janvier</i>.&mdash;Statuts définitifs de la banque de France.</p>
+
+<p>27 <i>janvier</i>.&mdash;-Le port de Flessingue et ses dépendances
+sont réunis à l'empire français.</p>
+
+<p>1er <i>février</i>.&mdash;-Organisation du gouvernement provisoire
+du Portugal. Le général Junot est nommé gouverneur-général.</p>
+
+<p>2 <i>février</i>.&mdash;-Sénatus-consulte portant création d'une nouvelle
+grande dignité sous le titre de gouverneur-général des
+départemens au-delà des Alpes; le prince Camille Borghèse,
+beau-frère de Napoléon, est nommé gouverneur-général.</p>
+
+<p>6 <i>février</i>.&mdash;-Rapport fait à l'empereur par la classe des
+sciences physiques et mathématiques, sur les progrès de ces
+sciences depuis 1789.</p>
+
+<p>17 <i>février</i>.&mdash;-Napoléon ordonne que les Algériens soient
+arrêtés dans ses états tant que ses sujets génois seront prisonniers
+à Alger.</p>
+
+<p>19 <i>février</i>.&mdash;-Rapport de la classe d'histoire et de littérature
+ancienne sur les progrès des sciences et des arts depuis
+1789.</p>
+
+<p>22 <i>février</i>.&mdash;-Rapport de la classe de la langue et de la
+littérature française, présenté à l'empereur par Chénier, sur
+les progrès des lettres depuis 1789.</p>
+
+<p>11 <i>mars</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui institue des titres impériaux
+et héréditaires, tels que ceux de <i>ducs</i>, <i>comtes</i>,
+<i>barons</i>, etc.</p>
+
+<p>16 <i>mars</i>.&mdash;-Création des juges auditeurs auprès des cours
+d'appel.</p>
+
+<p>17 <i>mars</i>.&mdash;-Organisation définitive donnée a l'Université,
+et création d'une académie dans chaque ville où siège une
+cour d'appel. M. de Fontanes est nommé grand-maître de
+l'Université impériale.</p>
+
+<p>26 <i>mars</i>.&mdash;-Lettre du roi d'Espagne, Chartes IV, à Napoléon,
+dans laquelle il lui fait part de sa résolution de commander
+lui-même ses forces de terre et de mer.</p>
+
+<p>27 <i>mars</i>.&mdash;-Bref du pape à Napoléon, où Pie VII se plaint
+des vexations que lui font éprouver les agens français.</p>
+
+<p>2 <i>avril</i>.&mdash;-L'empereur part de Paris pour se rendre à
+Baïonne.</p>
+
+<p>3 <i>avril</i>.&mdash;-Note du ministre des relations extérieures au
+légat du pape, en réponse au bref de Pie VII, et dans laquelle
+il déclare au cardinal Caprara que l'empereur ne saurait reconnaître
+le principe que les prélats ne sont point sujets du
+souverain, etc.</p>
+
+<p>4 <i>avril</i>.&mdash;-Napoléon fait son entrée à Bordeaux.</p>
+
+<p>10 <i>avril</i>.&mdash;-Arrivée de l'impératrice dans cette même
+ville.</p>
+
+<p>15 <i>avril</i>.&mdash;-L'empereur arrive a Baïonne.</p>
+
+<p>18 <i>avril</i>.&mdash;-Il écrit au prince des Asturies (Ferdinand VII.)</p>
+
+<p>20 <i>avril</i>;&mdash;-Il reçoit dans le château de Marrac le prince
+des Asturies et Dom Carlos son frère.</p>
+
+<p>22 <i>avril</i>.&mdash;-Le général Miollis fait arrêter le gouverneur
+de Rome et l'envoie à Fenestrelle.</p>
+
+<p>23 <i>avril</i>.&mdash;-Le grand-duc de Berg entre dans Madrid à
+la tête d'une division française.</p>
+
+<p>28 <i>avril</i>.&mdash;-L'empereur Napoléon rend une visite au roi
+d'Espagne, à la reine et au prince de la Paix, qui viennent
+d'arriver à Baïonne.</p>
+
+<p>2 <i>mai</i>.&mdash;-Insurrection à Madrid; Murat, de concert avec
+la junte suprême du gouvernement espagnol, parvient à la
+calmer.</p>
+
+<p>7 <i>mai</i>.&mdash;-Il est nommé par le roi Charles IV lieutenant-général
+du royaume.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i>&mdash;-Traité signé à Baïonne par le roi Charles IV, dans
+lequel il cède a son allié et ami, l'empereur Napoléon, tous
+ses droits sur les Espagnes; adhésion de tous les enfans du
+roi à cet acte, qui est officiellement annoncé au conseil suprême
+de Castille et à celui de l'inquisition.</p>
+
+<p>13 <i>mai</i>.&mdash;-La junte du gouvernement espagnol, présidée
+par Murat, demande pour roi Joseph Napoléon, frère de
+l'empereur.</p>
+
+<p>22 <i>mai</i>.&mdash;-Le roi et la reine d'Espagne se retirent en
+France; Compiègne est désigné pour leur séjour; les princes
+sont envoyés au château de Valençay, propriété du diplomate
+Talleyrand dans le département d'Indre-et-Loire.</p>
+
+<p>24 <i>mai</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui réunit à l'empire français
+les duchés de Parme et de Plaisance et le duché de Toscane.</p>
+
+<p>25 <i>mai</i>.&mdash;-Napoléon convoque à Baïonne une junte générale
+espagnole pour le 15 juin.</p>
+
+<p>6 <i>juin</i>.&mdash;-L'empereur proclame son frère, Joseph Napoléon,
+roi des Espagnes et des Indes, et lui garantit l'intégrité
+de ses états.</p>
+
+<p>7 <i>juin</i>.&mdash;-Le nouveau roi reçoit les hommages des grands
+d'Espagne, des conseils et des diverses autorités existantes.</p>
+
+<p>15 <i>juin</i>.&mdash;-La junte espagnole tient sa première séance à
+Baïonne.</p>
+
+<p>23 <i>juin</i>.&mdash;-Insurrection générale en Espagne. Le maréchal
+Bessières défait une armée espagnole à San-Ander.</p>
+
+<p>28 <i>juin</i>.&mdash;-Combat et prise de Valence par le maréchal
+Moncey.</p>
+
+<p>3 <i>juillet</i>.&mdash;-Décrets impériaux relatifs à l'institution des
+majorats.</p>
+
+<p>5 <i>juillet</i>.&mdash;-Décret de Napoléon qui défend la mendicité
+dans tout l'empire français.</p>
+
+<p>7 <i>juillet</i>,&mdash;-L'acte constitutionnel est rédigé par la junte
+espagnole. Le roi prête serment à la nation, représentée par
+le président.</p>
+
+<p>13 <i>juillet</i>,&mdash;-L'empereur approuve et adopte la constitution
+espagnole. (Elle était, dans presque toutes ses dispositions,
+conforme à celle des Français, dite de l'an VIII: c'était
+beaucoup pour les Espagnols, encore sujets aux moines, à
+l'inquisition, etc.)</p>
+
+<p>15 <i>juillet</i>.&mdash;-Le grand-duc de Berg est proclamé par Napoléon,
+roi de Naples et de Sicile.</p>
+
+<p>19 <i>juillet</i>.&mdash;-L'archi-chancelier de l'empire, Cambacérès,
+est nommé duc de Parme, et l'archi-trésorier, Lebrun, duc
+de Plaisance.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Bataille de Baylen. Le général Dupont
+donne tête baissée dans une embuscade, voit détruire une
+partie de son armée, et est obligé de capituler pour sauver le
+Reste.</p>
+
+<p>20 <i>juillet</i>.&mdash;-Arrivée à Paris de l'ambassadeur perse
+Asker-Kan, avec une suite nombreuse.</p>
+
+<p>21 <i>juillet</i>.&mdash;-Honteuse capitulation de Baylen. L'armée
+française toute entière est prisonnière de guerre des Espagnols.</p>
+
+<p>22 <i>juillet</i>.&mdash;-Napoléon quitte le château de Marrac, pour retourner
+dans sa capitale.</p>
+
+<p>30 <i>juillet</i>.&mdash;-Décret qui adjoint un très-grand nombre
+d'officiers de tous grades et de soldats légionnaires aux collèges
+électoraux de départemens et d'arrondissemens.</p>
+
+<p>31 <i>juillet</i>.&mdash;-M. Beugnot, conseiller-d'état, prend possession,
+au nom de l'empereur Napoléon, du grand-duché de Berg,
+resté vacant par la nomination de Murat pour occuper
+le trône des Deux-Siciles à la place de Joseph, nommé
+roi d'Espagne.</p>
+
+<p>12 <i>août</i>.&mdash;-Combat de Rorissa en Portugal, entre les
+troupes françaises d'occupation et l'armée anglaise, commandée
+par le général Wellesley. Les Anglais sont repoussés avec
+perte.</p>
+
+<p>13 <i>août</i>.&mdash;-Décrets impériaux qui ordonnent l'ouverture d'une
+grande route de Paris à Madrid, et de grands travaux publics
+dans plusieurs départemens.</p>
+
+<p>16 <i>août</i>.&mdash;-Retour de l'empereur à St.-Cloud.</p>
+
+<p>21 <i>août</i>.&mdash;-Bataille de Vimeyra, entre l'armée de lord
+Wellesley et celle des Français, commandés par le général
+Junot; les mauvaises dispositions de celui-ci donnent la victoire
+aux Anglais.</p>
+
+<p>20 <i>août</i>.&mdash;-L'empereur reçoit en grande cérémonie le
+comte Tolstoï, ambassadeur de Russie.&mdash;-Exposition aux
+Tuileries des magnifiques présens envoyés par l'empereur
+Alexandre à l'empereur Napoléon.</p>
+
+<p>30 <i>août</i>.&mdash;-Convention pour l'évacuation du Portugal par
+l'armée française. Elle doit être reconduite en France sur des
+vaisseaux anglais; juste et honteux résultat d'une entreprise
+injuste.</p>
+
+<p>1er <i>septembre</i>.&mdash;-Décrets par lesquels l'empereur ordonne
+des établissemens publics en tous genres dans les départemens
+qui ont été le théâtre des guerres civiles.</p>
+
+<p>6 et 7 <i>septembre</i>.&mdash;-Communication au sénat du rapport
+du ministre des relations extérieures, Champagny, à l'empereur,
+et des traités qui mettent à sa disposition la couronne
+d'Espagne.</p>
+
+<p>8 <i>septembre</i>.&mdash;-Traité signé a Paris par le prince Guillaume
+de Prusse et le ministre des relations extérieures. Ce
+traité termine toutes les difficultés existantes entre le gouvernement
+français et celui de Prusse.</p>
+
+<p>10 <i>septembre</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui ordonne la levée
+de 80,000 conscrits destinés à compléter les armées d'Espagne.</p>
+
+<p>11 <i>septembre</i>.&mdash;-Grande revue passée aux Tuileries par
+l'empereur en personne; il annonce à ses soldats qu'il va marcher
+avec eux en Espagne, <i>où</i>, dit-il, <i>nous avons aussi des
+outrages à venger</i>.</p>
+
+<p>12 <i>septembre</i>.&mdash;-Séance du sénat, dans laquelle le ministre
+des relations extérieures cherche à justifier les mesures prises
+par l'empereur contre l'Espagne.&mdash;-Compte rendu par la société
+d'industrie nationale sur ses progrès en inventions et
+perfectionnemens.</p>
+
+<p>13 <i>septembre</i>.&mdash;-Décret qui convoque le corps législatif
+pour le 25 octobre suivant.</p>
+
+<p>17 <i>septembre</i>.&mdash;-Décret d'organisation de l'université impériale.</p>
+
+<p>22 <i>septembre</i>.&mdash;-Napoléon part de Paris pour se rendre
+dans les états de la confédération du Rhin.</p>
+
+<p>23 <i>septembre</i>.&mdash;-Le corps municipal et le préfet de la Seine
+reçoivent à la barrière le premier corps de la grande armée,
+commandé par le maréchal Victor, et se rendant en Espagne.</p>
+
+<p>24 <i>septembre</i>.&mdash;-Décret impérial relatif au culte grec professé
+dans la Dalmatie.</p>
+
+<p>28 <i>septembre</i>.&mdash;-Passage du sixième corps de la grande
+année à Paris.</p>
+
+<p>1er <i>octobre</i>.&mdash;-Dernier jour du passage des troupes par
+Paris pour se rendre en Espagne.</p>
+
+<p>6 <i>octobre</i>.&mdash;-Les empereurs Napoléon et Alexandre ont
+une entrevue à Erfurt. Réunion dans cette ville de presque
+tous les princes membres de la confédération du Rhin. L'empereur
+Alexandre promet à Napoléon de ne point apporter
+d'obstacle à ses projets sur l'Espagne.</p>
+
+<p>14 <i>octobre</i>.&mdash;-Départ d'Erfurt de LL. MM. l'empereur de
+Russie et l'empereur des Français pour se rendre dans leurs
+états respectifs.</p>
+
+<p>18 <i>octobre</i>.&mdash;-Arrivée à Saint-Cloud de l'empereur Napoléon.</p>
+
+<p>22 <i>octobre</i>.&mdash;-L'empereur et l'impératrice visitent le musée
+Napoléon; ils s'entretiennent long-temps avec les artistes
+français, tous présens à cette visite.</p>
+
+<p>25 <i>octobre</i>.&mdash;-Ouverture du corps législatif par l'empereur
+Napoléon, session de 1808.</p>
+
+<p>27 <i>octobre</i>.&mdash;-M. de Fontanes est nommé président du
+corps législatif.</p>
+
+<p>29 <i>octobre</i>.&mdash;-Départ de l'empereur pour se rendre à
+Baïonne.</p>
+
+<p>2 <i>novembre</i>.&mdash;-Décret portant création d'un nouveau département
+portant le nom de Tarn-et-Garonne.</p>
+
+<p>3 <i>novembre</i>.&mdash;-Arrivée de Napoléon au château de Marrac.</p>
+
+<p>5 <i>novembre</i>.&mdash;-Quartier-général de l'empereur à Vittoria.</p>
+
+<p>9 <i>novembre</i>.&mdash;-Combat de Gamonal. Le maréchal Soult
+dissipe l'avant-garde de l'armée d'Estramadure.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Quartier-général de Napoléon à Burgos.</p>
+
+<p>11 <i>novembre</i>.&mdash;-Bataille d'Espinosa-de-los-Monteros.
+L'armée du général Blacke est entièrement détruite.</p>
+
+<p>22 <i>novembre</i>.&mdash;-Bataille de Tudela. L'armée du général
+Castanos, la même qui avait fait capituler le général Dupont
+à Baylen, est mise en déroute après avoir perdu tout son matériel
+et presque tous ses drapeaux.</p>
+
+<p>29 <i>novembre</i>,&mdash;L'empereur fait attaquer le défilé de Somo-Sierra,
+défendu par un corps de vingt mille Espagnols,
+et seul passage pour pénétrer à Madrid. L'ennemi est culbuté
+avec une perte immense.</p>
+
+<p>1er <i>décembre</i>.&mdash;Quartier impérial de Napoléon à San-Augustino,
+à quelque distance de Madrid.</p>
+
+<p>3 <i>décembre</i>.&mdash;Prise de Ségovie par le maréchal Lefebvre.</p>
+
+<p>4 <i>décembre</i>.&mdash;Capitulation de Madrid; l'empereur refuse
+d'y entrer, et s'établit avec sa garde sur les hauteurs de
+Chamartin, à une lieue de la ville.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Décret impérial qui abolit l'inquisition en
+Espagne, et réduit considérablement le nombre des couvens
+d'hommes de ce royaume.</p>
+
+<p>5 <i>décembre</i>.&mdash;Prise de la forteresse de Roses par le général
+Gouvion-St.-Cyr.</p>
+
+<p>7 <i>décembre</i>.&mdash;Grande promotion dans la légion-d'honneur.</p>
+
+<p>15 <i>décembre</i>,&mdash;Combat de Cardadeu; le marquis de Vivès,
+général en chef de l'armée espagnole de Catalogne, perd
+toutes ses troupes dans cette journée, et est destitué par la
+junte insurrectionnelle.</p>
+
+<p>23 <i>décembre</i>.&mdash;L'empereur quitte son quartier-général
+de Chamartin, pour se porter à la poursuite de l'année anglaise
+qui était entrée en Espagne, sous la conduite du général
+Moore.</p>
+
+<p>25 <i>décembre</i>.&mdash;Décret impérial qui abolit tout reste de
+servage dans les duchés de Clèves et de Berg.</p>
+
+<p>26 <i>décembre</i>,&mdash;Combat de Benavente entre l'avant-garde
+de l'armée française et l'arrière-garde de l'armée anglaise;
+retraite précipitée du général Moore.</p>
+
+<p>31 <i>décembre</i>.&mdash;Clôture de la session du corps législatif.</p>
+
+<h4>1809.</h4>
+
+<p>1er <i>janvier</i>,&mdash;Quartier-général de Napoléon à Astorga.</p>
+
+<p>3 <i>janvier</i>.&mdash;Défaite de l'arrière-garde anglaise au défilé
+de Cacabellos.</p>
+
+<p>6 <i>janvier</i>.&mdash;Napoléon, instruit que l'Autriche arme
+contre la France, quitte précipitamment l'armée pour se
+rendre à Paris.</p>
+
+<p>16 <i>janvier</i>.&mdash;Bataille de la Corogne; défaite de l'armée
+anglaise; le général en chef, sir John Moore, est tué.</p>
+
+<p>18 <i>janvier</i>.&mdash;Prise de la Corogne par le maréchal Soult;
+les débris de l'armée anglaise venaient de s'embarquer dans
+le port de cette ville.</p>
+
+<p>23 <i>janvier</i>.&mdash;Retour de Napoléon à Paris; il reçoit successivement
+les félicitations du sénat et des autres corps de
+l'empire.</p>
+
+<p>27 <i>janvier</i>.&mdash;Prise de la place et du port du Ferrol.</p>
+
+<p>1er <i>février</i>.&mdash;Décret qui nomme le cardinal Fesch archevêque
+de Paris.</p>
+
+<p>7 <i>février</i>.&mdash;L'empereur reçoit l'Institut au château des
+Tuileries.</p>
+
+<p>20 <i>février</i>.&mdash;Prise de Sarragosse. Cette ville est obligée
+de se rendre à discrétion, après avoir donné pendant deux
+mois l'exemple d'une défense héroïque et désespérée.</p>
+
+<p>2 <i>mars</i>.&mdash;Le gouvernement général des départemens de
+la Toscane est érigé en grand-duché par Napoléon.</p>
+
+<p>4 <i>mars</i>.&mdash;Combat de Monterey; le maréchal Soult bat le
+général espagnol, marquis de la Romana.</p>
+
+<p>11 <i>mars</i>.&mdash;Décret et sénatus-consulte qui transfère le
+grand-duché de Berg et de Clèves au jeune prince Napoléon
+Louis, fils du roi de Hollande, et neveu de l'empereur.
+Autre décret qui confère à la soeur de l'empereur, Elisa, le
+gouvernement de la Toscane.</p>
+
+<p>20 <i>mars</i>.&mdash;Bataillé de Carvalko-Daeste; l'armée portugaise
+est mise en déroute par le maréchal Soult.</p>
+
+<p>27 <i>mars</i>.&mdash;Bataille de Ciudad-Réal; défaite du général
+duc de l'Infantado par le général Sébastiani.</p>
+
+<p>28 <i>mars</i>.&mdash;Bataille de Medellin; défaite du général espagnol
+Lacuesta.</p>
+
+<p>29 <i>mars</i>.&mdash;Prise d'Oporto, seconde ville du Portugal.</p>
+
+<p>2 <i>avril</i>.&mdash;Décret impérial qui institue des maisons d'éducation
+pour les filles des membres de la légion-d'honneur.</p>
+
+<p>8 <i>avril</i>.&mdash;Autre décret, qui établit une école de cavalerie
+à St.-Germain.</p>
+
+<p>9 <i>avril</i>.&mdash;Commencement des hostilités entre l'Autriche
+et la France.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Combat d'Amarante; défaite du général
+portugais Silveyra.</p>
+
+<p>12 <i>avril</i>.&mdash;Napoléon part de Paris pour se rendre à son
+armée d'Allemagne.</p>
+
+<p>16 <i>avril</i>.&mdash;Bataille de Sacile, entre les troupes françaises
+commandées par le prince Eugène, et l'armée autrichienne
+aux ordres de l'archiduc Jean; celle-ci est mise en fuite.</p>
+
+<p>17 <i>avril</i>.&mdash;Quartier-général de l'empereur à Donawerth.</p>
+
+<p>19 <i>avril</i>.&mdash;Bataille de Tann; défaite d'une partie de l'armée
+autrichienne aux ordres du prince Charles.</p>
+
+<p>20 <i>avril</i>.&mdash;Bataille d'Abensberg; les Autrichiens perdent
+sept mille hommes, huit drapeaux et douze pièces de
+canon. Dans cette bataille, Napoléon n'avait presque que des
+Bavarois à ses ordres.</p>
+
+<p>21 <i>avril</i>.&mdash;-Combat et prise de Landshut; les Autrichiens
+continuent leur retraite.</p>
+
+<p>22 <i>avril</i>.&mdash;-Bataille d'Eckmühl; quinze mille prisonniers,
+douze drapeaux, seize pièces de canon, sont les fruits de cette
+victoire, qui vaut au maréchal Davoust le titre de prince
+d'Eckmühl.</p>
+
+<p>23 <i>avril</i>,&mdash;-Bataille et prise de Ratisbonne; l'archiduc
+Charles opère précipitamment sa retraite en Autriche. Napoléon
+fut atteint d'une halle morte pendant cette bataille.
+On en reconnut la cicatrice lors de l'ouverture de son corps
+à l'île de Sainte-Hélène.</p>
+
+<p>24 <i>avril</i>.&mdash;-Combat de Neumarck.</p>
+
+<p>25 <i>avril</i>.&mdash;-Le roi de Bavière rentre dans sa capitale.</p>
+
+<p>3 <i>mai</i>.&mdash;-Combat d'Ebersberg.</p>
+
+<p>6 <i>mai</i>.&mdash;-Quartier-général de l'empereur a l'abbaye de
+Molck. Retraite du prince Charles en Bohème.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i>.&mdash;-Bataille de la Piave, entre le prince Eugène et
+l'archiduc Jean; retraite précipitée de ce dernier.</p>
+
+<p>10 <i>mai</i>.&mdash;-Évacuation d'Oporto par le maréchal Soult,
+à l'approche d'une nombreuse armée anglaise.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-La diète de Suède dépose le roi Gustave
+Adolphe.</p>
+
+<p>11 et 12 <i>mai</i>,&mdash;-Bombardement et capitulation de Vienne.</p>
+
+<p>15 <i>mai</i>.&mdash;-Retraite du maréchal Soult sur la Galice.</p>
+
+<p>17 <i>mai</i>.&mdash;-Passage du Danube par l'armée française.</p>
+
+<p>19 <i>mai</i>.&mdash;-Occupation du Tyrol par le maréchal Lefebvre.</p>
+
+<p>20 <i>mai</i>.&mdash;-Arrivée du maréchal Soult a Orenzé, première
+ville de Galice.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;L'empereur fait établir un pont dans l'île
+d'Inder-Lobau.</p>
+
+<p>21 et 22 <i>mai</i>.&mdash;Bataille d'Esling; elle reste indécise, et
+coûte à l'armée la perte de l'un de ses plus braves guerriers,
+le maréchal Lannes, duc de Montebello.</p>
+
+<p>25 <i>mai</i>.&mdash;Combat de San-Michel entre les troupes de
+l'armée d'Italie et celles de l'archiduc Jean. Déroute du général
+Jellachich.</p>
+
+<p>31 <i>mai</i>.&mdash;Jonction de l'armée d'Italie avec la grande armée
+française sur les hauteurs du Sommering.</p>
+
+<p>12 <i>juin</i>.&mdash;Décret ordonnant l'institution de plusieurs
+écoles d'équitation.</p>
+
+<p>14 <i>juin</i>.&mdash;Bataille de Raab entre l'armée d'Italie et celle
+de l'archiduc Jean; nouvelle défaite de celui-ci.</p>
+
+<p>17 <i>juin</i>.&mdash;Décret daté du camp impérial de Schoenbrunn,
+sur l'établissement des octrois.</p>
+
+<p>19 <i>juin</i>.&mdash;Prise de la forteresse de Gérone, après onze
+jours de tranchée ouverte.</p>
+
+<p>5 <i>juillet</i>.&mdash;Réunion de l'armée d'Italie à la grande armée
+dans l'île de Lobau.</p>
+
+<p>6 <i>juillet</i>.&mdash;Grande Bataille de Wagram; la disparition
+de l'armée ennemie, dix-huit mille prisonniers, neuf mille
+blessés, quatre mille morts, quarante pièces de canon et dix
+drapeaux, sont les fruits de cette brillante victoire, qui met
+une troisième fois l'empereur d'Autriche à la discrétion de
+l'empereur Napoléon.</p>
+
+<p>11 <i>juillet</i>.&mdash;Quartier-général de l'empereur à Znaïm;
+armistice accordé par Napoléon à l'armée autrichienne.</p>
+
+<p>21 <i>juillet</i>.&mdash;L'empereur nomme maréchaux d'empire, les
+généraux Oudinot, Marmont et Macdonald, qui s'étaient
+particulièrement distingués à la bataille de Wagram.</p>
+
+<p>27 <i>juillet</i>.&mdash;Bataille de Talavera de la Reyna, en Espagne,
+entre l'armée française, commandée par le roi Joseph,
+et l'armée anglo-espagnole aux ordres de sir Arthur
+Wellesley; elle reste indécise.</p>
+
+<p>30 <i>juillet</i>.&mdash;Débarquement de dix-huit mille Anglais
+dans l'île de Walcheren.</p>
+
+<p>3 <i>août</i>.&mdash;Les Anglais investissent la ville de Flessingue.</p>
+
+<p>7 <i>août</i>.&mdash;Décret concernant l'Université impériale.</p>
+
+<p>8 <i>août</i>.&mdash;Combat d'Arzobispo; les Espagnols sont mis
+en fuite par le maréchal Mortier.</p>
+
+<p>9 <i>août</i>.&mdash;Bataille d'Almonacid; le général Sébastiani met
+en fuite l'armée espagnole du général Vénégas.</p>
+
+<p>11 <i>août</i>.&mdash;Combat de Dambroca en Espagne. L'ennemi
+perd trente-cinq bouches à feu et cent caissons.</p>
+
+<p>12 <i>août</i>.&mdash;Combat du col de Banos. Le général Robert
+Wilson est battu par le général français Lorsay.</p>
+
+<p>13 <i>août</i>.&mdash;Les Anglais jettent dans Flessingue des bombes
+et des fusées incendiaires dites à la Congrève.</p>
+
+<p>16 <i>août</i>.&mdash;Le général Monet, gouverneur de Flessingue,
+livre aux Anglais, par capitulation, cette place importante.
+La garnison est prisonnière de guerre et emmenée
+comme telle en Angleterre.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Le prince de Ponte-Corvo (Bernadotte)
+et le ministre de l'administration de la guerre (Daru), sont
+chargés par l'empereur de la défense d'Anvers, et arrivent
+dans cette ville.</p>
+
+<p>18 <i>août</i>.&mdash;Suppression de tous les ordres réguliers,
+mendians, monastiques, et même ceux astreints à des voeux,
+qui existent en Espagne.</p>
+
+<p>21 <i>août</i>.&mdash;Ouverture des négociations pour la paix
+entre la France et l'Autriche.</p>
+
+<p>22 <i>septembre</i>.&mdash;-Décret qui nomme le maréchal Serrurier
+commandant général de la garde nationale de Paris.</p>
+
+<p>14 <i>septembre</i>.&mdash;-Lettre de l'empereur au ministre de la
+guerre, ordonnant de poursuivre le commandant de la
+place de Flessingue, le général Monet.</p>
+
+<p>15 <i>septembre</i>.&mdash;-Décret pour l'établissement des dépôts
+de mendicité.</p>
+
+<p>24 <i>septembre</i>.&mdash;-Les Anglais, après avoir fait de vaines
+tentatives contre Anvers, et avoir perdu les trois-quarts de
+leur monde par les fièvres dites des <i>Polders</i>, se rembarquent
+pour retourner en Angleterre.</p>
+
+<p>1er <i>octobre</i>.&mdash;-Décret qui crée un ordre des trois-loisons.</p>
+
+<p>4 <i>octobre</i>.&mdash;-Message de l'empereur au sénat, ayant
+pour objet d'ériger, en faveur du prince de Neufchâtel, le
+château de Chambord en principauté, sous le titre de principauté
+de Wagram.</p>
+
+<p>12 <i>octobre</i>.&mdash;-Tentative d'assassinat, faite à Schoenbrunn,
+sur la personne de Napoléon, par un jeune fanatique d'Erfurt.</p>
+
+<p>14 <i>octobre</i>.&mdash;-Traité de paix entre la France et l'Autriche,
+signé à Vienne par le prince Jean de Liechtenstein et le
+ministre des relations extérieures Champagny.&mdash;-Napoléon
+quitte Schoenbrunn pour retourner en France.</p>
+
+<p>19 <i>octobre</i>.&mdash;-Décret impérial et sénatus-consulte qui
+met à la disposition du gouvernement trente-six mille conscrits
+pris sur les classes antérieures.</p>
+
+<p>24 <i>octobre</i>.&mdash;-Arrivée de l'empereur à Strasbourg.</p>
+
+<p>26 <i>octobre</i>.&mdash;-Son retour à Fontainebleau.</p>
+
+<p>29 <i>octobre</i>.&mdash;-Publication solennelle à Paris du traité de
+paix conclu entre l'Autriche et la France.</p>
+
+<p>1er <i>novembre</i>.&mdash;Députation du sénat de Milan, reçue
+par l'empereur à Fontainebleau.&mdash;Décret qui fixe l'ouverture
+du corps législatif pour l'année 1809, au 1er décembre
+prochain.</p>
+
+<p>10 <i>novembre</i>.&mdash;Décret qui confirme l'Institut et les réglemens
+des soeurs hospitalières.&mdash;Autre décret ordonnant
+la convocation des collèges électoraux.</p>
+
+<p>13 <i>novembre</i>.&mdash;Arrivée du roi de Saxe à Paris.</p>
+
+<p>17 <i>novembre</i>.&mdash;Le sénat et toutes les autorités constituées
+sont admis à complimenter l'empereur sur la paix glorieuse
+qu'il vient de conclure; il reçoit aussi une députation
+de Rome et de Florence.</p>
+
+<p>18 <i>novembre</i>.&mdash;Bataille d'Ocana entre le général espagnol
+Arizaga et le général français Sébastiani. Les Espagnols
+complètement défaits.</p>
+
+<p>20 <i>novembre</i>,&mdash;Présentation à l'empereur d'une députation
+du synode grec de Dalmatie.</p>
+
+<p>1er <i>décembre</i>.&mdash;Arrivée à Paris des rois de Naples, de
+Hollande et de Wurtemberg.</p>
+
+<p>2 <i>décembre</i>.&mdash;Célébration de l'anniversaire du couronnement
+de Napoléon.&mdash;<i>Te Deum</i> chanté en action de grâce
+de la paix, en présence de LL. MM. les rois de Naples, de
+Hollande, de Westphalie, de Saxe et de Wurtemberg, du
+sénat, et de tous les autres corps de l'état, dans l'église Notre-Dame.</p>
+
+<p>10 <i>décembre</i>.&mdash;Arrivée à Paris du prince vice-roi d'Italie.</p>
+
+<p>13 <i>décembre</i>.&mdash;Décret présenté au corps législatif, et relatif
+à son organisation.</p>
+
+<p>16 <i>décembre</i>.&mdash;Décrets et sénatus-consultes relatifs à la
+dissolution du mariage de l'empereur avec l'impératrice Joséphine;
+l'impératrice conserve le titre <i>d'impératrice-reine</i>.</p>
+
+<p>22 <i>décembre</i>.&mdash;Le roi et la reine de Bavière arrivent à
+Paris.</p>
+
+<p>29 <i>décembre</i>.&mdash;Décret impérial qui établit les capacités
+et conditions des aspirans aux collèges des auditeurs.</p>
+
+<p>31 <i>décembre</i>.&mdash;Adresse du sénat du royaume d'Italie à
+l'empereur.&mdash;Décret impérial qui proroge pour l'an 1810
+l'exercice de leurs fonctions aux députés de la cinquième série
+du corps législatif.</p>
+
+<h4>1810.</h4>
+
+<p>6 <i>janvier</i>.&mdash;Traité de paix entre la France et la Suède.</p>
+
+<p>9 <i>janvier</i>.&mdash;L'officialité de Paris déclare par une sentence
+la nullité quant aux liens spirituels du mariage de l'empereur
+Napoléon et de l'impératrice Joséphine.</p>
+
+<p>13 <i>janvier</i>.&mdash;Loi sur l'importation et l'exportation des
+marchandises.</p>
+
+<p>20 <i>janvier</i>.&mdash;L'armée française, aux ordres du général
+Sébastiani, franchit la Sierra-Morena, et envahit l'Andalousie.</p>
+
+<p>30 <i>janvier</i>,&mdash;Fixation de la dotation de la couronne de
+France, du domaine extraordinaire, du domaine privé de
+Napoléon, du douaire des impératrices et des apanages des
+princes français.</p>
+
+<p>3 <i>février</i>.&mdash;Session du corps législatif pour 1810. M. de
+Montesquiou est nommé président.</p>
+
+<p>5 <i>février</i>.&mdash;Décret impérial sur la direction de la librairie
+et de l'imprimerie. Le nombre des imprimeurs, à Paris,
+est réduit à quatre-vingts.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Occupation de Malaga en Espagne par
+le général Sébastiani.</p>
+
+<p>17 <i>février</i>.&mdash;Sénatus-consulte qui réunit Rome et l'État
+romain à l'empire français, et divise ce pays en deux départemens.</p>
+
+<p>20 <i>février</i>.&mdash;Le projet du code pénal est adopté par le
+corps législatif.</p>
+
+<p>27 <i>février</i>.&mdash;Le prince archi-chancelier de l'empire, dans
+une assemblée du sénat, donne lecture d'un message de l'empereur,
+qui annonce le départ du prince de Neufchâtel pour
+faire la demande de la main de l'archiduchesse Marie-Louise,
+fille de l'empereur d'Autriche.</p>
+
+<p>28 <i>février</i>.&mdash;Décret par lequel l'empereur déclare loi
+générale de l'empire, la déclaration faite par le clergé de
+France, en 1682, sur la puissance ecclésiastique.</p>
+
+<p>29 <i>février</i>.&mdash;Prise de Séville par le roi d'Espagne Joseph.</p>
+
+<p>1er <i>mars</i>,&mdash;Le prince Eugène Beauharnais est nommé
+prince de Venise; l'héritage du grand-duché de Francfort lui
+est assuré.</p>
+
+<p>4 <i>mars</i>.&mdash;Décret impérial sur l'institution des majorats.</p>
+
+<p>5 <i>mars</i>.&mdash;Le prince de Neufchâtel, ambassadeur de
+l'empereur, fait son entrée solennelle à Vienne.</p>
+
+<p>9 <i>mars</i>.&mdash;L'impératrice Joséphine signe sa renonciation
+solennelle au titre et à ses droits d'épouse de l'empereur.</p>
+
+<p>10 <i>mars</i>.&mdash;Décret sur les prisons et les prisonniers d'état.</p>
+
+<p>11 <i>mars</i>.&mdash;Le prince de Neufchâtel épouse à Vienne, au
+nom de l'empereur, l'archiduchesse Marie-Louise.</p>
+
+<p>13 <i>mars</i>.&mdash;L'impératrice Marie-Louise part de Vienne
+pour venir en France.</p>
+
+<p>19 <i>mars</i>.&mdash;Décret portant que les juges de la cour de
+cassation prendront le titre de conseillers, et les substituts
+du procureur impérial près la cour prendront le titre d'avocats
+généraux.</p>
+
+<p>20 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur part de Paris pour Compiègne.</p>
+
+<p>22 <i>mars</i>.&mdash;-Arrivée de l'impératrice Marie-Louise à Strasbourg.</p>
+
+<p>25 <i>mars</i>.&mdash;-Décret impérial portant, qu'à l'occasion du
+mariage de Napoléon, et pour célébrer cette époque mémorable,
+les prisonniers pour dettes seront mis en liberté; six
+mille filles seront dotées et épouseront des militaires; qu'il
+sera accordé une amnistie générale aux déserteurs, etc.</p>
+
+<p>28 <i>mars</i>.&mdash;-L'impératrice Marie-Louise arrive à Compiègne.</p>
+
+<p>30 <i>mars</i>.&mdash;-Napoléon et Marie-Louise partent de Compiègne
+pour se rendre à St.-Cloud.</p>
+
+<p>1er <i>avril</i>.&mdash;-Célébration du mariage civil de l'empereur et
+de l'impératrice, à St.-Cloud, par le prince archi-chancelier
+Cambacérès.</p>
+
+<p>2 <i>avril</i>.&mdash;-L'empereur et l'impératrice font leur entrée
+dans Paris.&mdash;-Mariage religieux et solennel de LL. MM. dans
+une chapelle pratiquée exprès dans le Louvre, et richement
+décorée; le cardinal Fesch, grand-aumônier, donne la bénédiction
+nuptiale en présence de toute la famille impériale, des
+cardinaux, archevêques, évêques, des grands dignitaires de
+l'empire et d'une députation de tous les corps de l'état.&mdash;-
+Grande fête dans Paris; emploi de tous les arts, de tous les
+talens, pour célébrer ce grand jour.</p>
+
+<p>3 <i>avril</i>.&mdash;-Le sénat de France, le sénat d'Italie, le conseil-d'état,
+le corps législatif, les ministres, les cardinaux,
+la cour de cassation, etc., etc., vont féliciter l'empereur et
+l'impératrice, qui les reçoivent assis sur leur trône, entourés
+des princes et princesses de la famille impériale, des princes
+grands dignitaires de l'empire et des grands officiers des couronnes
+de France et d'Italie.</p>
+
+<p>5 <i>avril</i>.&mdash;L'empereur et l'impératrice partent pour Compiègne.</p>
+
+<p>6 <i>avril</i>.&mdash;Le gouverneur du château de Valencay, M. Berthenay,
+annonce à Foucher, ministre de la police générale,
+l'arrestation et l'envoi à Paris du baron de Kolli, envoyé
+d'Angleterre pour enlever le prince des Asturies.</p>
+
+<p>8 <i>avril</i>.&mdash;-Le prince des Asturies informe le gouverneur
+de Valencay de toutes les démarches faites par le baron de
+Kolli, et écrit à l'empereur qu'elles ont été faites toutes contre
+son gré.</p>
+
+<p>10 <i>avril</i>.&mdash;Siège et prise d'Astorga en Espagne, par le
+duc d'Abrantès, Junot.</p>
+
+<p>21 <i>avril</i>.&mdash;Loi sur les mines.</p>
+
+<p>24 <i>avril</i>.&mdash;Décret impérial et sénatus-consulte qui réunissent
+à la France tous les pays situés sur la rive gauche du
+Rhin; une partie forme le département des Bouches-du-Rhin,
+l'autre partie est réunie à d'autres départemens.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Prise du fort de Matagordo, en Espagne.</p>
+
+<p>27 <i>avril</i>.&mdash;Départ de Napoléon et de Marie-Louise du
+château de Compiègne.</p>
+
+<p>30 <i>avril</i>.&mdash;L'empereur et l'impératrice arrivent au palais
+de Laaken, en Belgique.&mdash;Décrets impériaux pour la continuation
+des travaux publics.</p>
+
+<p>1er <i>mai</i>.&mdash;Napoléon et l'impératrice arrivent à Anvers.</p>
+
+<p>5 <i>mai</i>.&mdash;Formation d'une société maternelle sous la protection
+de Marie-Louise, pour le soulagement des mères indigentes.</p>
+
+<p>6 <i>mai</i>.&mdash;L'empereur et l'impératrice partent d'Anvers.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i>.&mdash;Décrets relatifs à la ville d'Anvers, et ordonnant
+des travaux de navigation intérieure.</p>
+
+<p>9 <i>mai</i>.&mdash;L'empereur et l'impératrice arrivent à Middelbourg.</p>
+
+<p>10 <i>mai</i>.&mdash;Napoléon va à Flessingue visiter le port et la ville.</p>
+
+<p>12 <i>mai</i>.&mdash;Prise du fort d'Hostalrich en Espagne, par le
+maréchal duc de Castiglione.&mdash;Plusieurs décrets impériaux
+relatifs à des mesures d'administration extérieure.</p>
+
+<p>13 <i>mai</i>.&mdash;Les îles de Walcheren, Sud-Beveland, Nord-Beveland,
+Schouwen et Tholen, forment un département
+de France, sous le nom de département des Bouches-de-l'Escaut.</p>
+
+<p>14 <i>mai</i>.&mdash;Prise de Lérida en Espagne, par le général
+Suchet.&mdash;Napoléon et Marie-Louise arrivent à Bruxelles.</p>
+
+<p>19 <i>mai</i>.&mdash;Décret relatif à la liberté des cultes dans le département
+du Haut-Rhin.</p>
+
+<p>23 <i>mai</i>.&mdash;Plusieurs décrets pour les travaux des routes à
+terminer ou à ouvrir.</p>
+
+<p>25 <i>mai</i>.&mdash;Décret qui autorise le libre exercice du culte
+catholique dans le département des Bouches-du-Rhin.</p>
+
+<p>30 <i>mai</i>.&mdash;Napoléon et Marie-Louise arrivent à Rouen,
+après avoir visité Dunkerque, Lille et le Hâvre.</p>
+
+<p>1er <i>juin</i>.&mdash;Retour de l'empereur et de l'impératrice à Paris.</p>
+
+<p>3 <i>juin</i>.&mdash;Napoléon nomme gouverneur de Rome son ancien
+ministre de la police générale, Foucher. Le duc de Rovigo,
+Savary, est nommé pour remplacer le premier au ministère
+de la police.</p>
+
+<p>7 <i>juin</i>.&mdash;Décret et sénatus-consulte qui déterminent le
+nombre des députés des départemens des Bouches-de-l'Escaut
+et des Deux-Nèthes.</p>
+
+<p>8 <i>juin</i>.&mdash;Prise de la ville et du fort de Mequinenza en
+Espagne, par le général Suchet.</p>
+
+<p>10 <i>juin</i>.&mdash;-Le général Sarrazin, officier d'état-major, déserte
+et passe à l'ennemi.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-La ville de Paris donne une fête brillante
+pour célébrer le mariage de Napoléon et de Marie-Louise;
+ceux-ci honorent de leur présence le banquet et le bal donnés
+à l'Hôtel-de-Ville.</p>
+
+<p>14 <i>juin</i>.&mdash;-La garde impériale donne au Champ-de-Mars,
+en son nom et au nom de l'armée, une fête, à l'occasion du
+mariage de Napoléon et de Marie-Louise.</p>
+
+<p>27 <i>juin</i>.&mdash;-Décret portant création d'un conseil de commerce
+et des manufactures près le ministère de l'intérieur.</p>
+
+<p>28 <i>juin</i>.&mdash;-Décret qui ordonne la construction d'un pont
+devant Bordeaux.</p>
+
+<p>1er <i>juillet</i>,&mdash;-L'ambassadeur d'Autriche donne une fête
+à l'occasion du mariage de Marie-Louise et de Napoléon; le
+feu prend dans la salle de bal; la femme de l'ambassadeur et
+plusieurs autres personnes périssent dans cet incendie; l'empereur
+emporte lui-même l'impératrice hors de la salle où le
+feu venait de se manifester.</p>
+
+<p>3 <i>juillet</i>.&mdash;-Louis Napoléon abdique la couronne de Hollande.</p>
+
+<p>4 <i>juillet</i>.&mdash;-Décret qui accorde des récompenses aux personnes
+qui découvriront des plantes indigènes propres à remplacer l'indigo.</p>
+
+<p>6 <i>juillet</i>,&mdash;-Service solennel, et obsèques magnifiques aux
+Invalides, du duc de Montebello, maréchal de l'empire; les
+cendres du brave Lannes sont portées en grand cortège au
+Panthéon, où elles sont déposées.</p>
+
+<p>9 <i>juillet</i>.&mdash;-Décret portant réunion de la Hollande à l'empire
+français; Amsterdam est nommée la troisième ville de
+l'empire.</p>
+
+<p>10 <i>juillet</i>,&mdash;-Prise de Ciudad-Rodrigo par le maréchal
+Ney.</p>
+
+<p>11 <i>juillet</i>,&mdash;-Décret portant la formation et l'organisation
+des cours impériales.</p>
+
+<p>20 <i>juillet</i>.&mdash;-Décret impérial portant création de six maisons
+d'éducation, dites des Orphelines, pour des filles de
+militaires morts au champ d'honneur.</p>
+
+<p>21 <i>juillet</i>.&mdash;-Destruction du fort de la Conception par le
+général Loison.</p>
+
+<p>3 <i>août</i>.&mdash;-Décret qui réduit le nombre des journaux à un
+par chaque département autre que celui de la Seine.</p>
+
+<p>5 <i>août</i>.&mdash;-État des militaires mutilés qui ont reçu des dotations,
+en vertu du décret impérial du 15 août 1809.</p>
+
+<p>15 <i>août</i>.&mdash;-Fête de l'empereur célébrée avec une grande
+pompe dans Paris et dans tout l'empire.&mdash;-Réception des
+députations du royaume de Hollande et autres états réunis à
+la France.</p>
+
+<p>18 <i>août</i>.&mdash;-Décret impérial qui interdit aux inventeurs la
+vente des remèdes secrets.&mdash;-Autre décret qui fixe la valeur
+des pièces dites de 24, de 12 et de 6 sous, et celle des monnaies
+du Brabant, de Liège et de Maëstricht, du royaume de
+Prusse et de Hollande.</p>
+
+<p>19 <i>août</i>.&mdash;-Décrets impériaux qui créent un conseil de
+marine et organisent les tribunaux de première instance.</p>
+
+<p>20 <i>août</i>.&mdash;-Décret impérial qui règle le service des ponts
+et chaussées au-delà des Alpes.</p>
+
+<p>21 <i>août</i>.&mdash;-Le maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo,
+est élu par la diète prince royal et héritier de la couronne
+de Suède.</p>
+
+<p>22 <i>août</i>.&mdash;-Décret impérial accordant une somme de
+200,000 fr. pour être répartie entre les douze établissemens
+qui auront fabriqué la plus grande quantité de sucre de raisin;
+pour avoir droit à cette récompense, il faudra avoir fabriqué
+au moins dix mille kilogrammes de sucre.</p>
+
+<p>28 <i>août</i>.&mdash;-Siège et prise d'Almeida par le maréchal Masséna,
+prince d'Esling.</p>
+
+<p>30 <i>août</i>.&mdash;-L'impératrice Marie-Louise, protectrice de la
+société maternelle, reçoit les dames qui composent cette pieuse
+société.</p>
+
+<p>13 <i>septembre</i>,&mdash;-Décret relatif à la réduction en francs
+des monnaies évaluées précédemment en livres tournois.</p>
+
+<p>17 <i>septembre</i>.&mdash;-Formation d'une compagnie d'assurance
+contre l'incendie.</p>
+
+<p>27 <i>septembre</i>.&mdash;-Formation d'écoles spéciales de marine
+dans les ports de Brest et de Toulon.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Bataille de Busace en Portugal, entre l'armée
+anglo-portugaise et l'armée française aux ordres du prince
+d'Esling. Lord Wellington est forcé d'abandonner toutes ses
+positions.</p>
+
+<p>30 <i>septembre</i>.&mdash;-Prise de Combre par l'armée française
+du Portugal.</p>
+
+<p>10 <i>octobre</i>.&mdash;-Retraite de l'armée anglo-portugaise; lord
+Wellington se retranche dans ses lignes, en avant de Lisbonne.</p>
+
+<p>14 <i>octobre</i>.&mdash;-L'abbé Maury, cardinal, est nommé par
+l'empereur archevêque de Paris.</p>
+
+<p>15 <i>octobre</i>.&mdash;-Défaite des Anglais sur la côte du royaume
+de Grenade, par le général Sébastiani.</p>
+
+<p>18 <i>octobre</i>,&mdash;-Décret qui ordonne l'établissement des
+cours prévôtales des douanes.&mdash;-Autre décret contenant un
+règlement général pour l'organisation des départemens de la
+Hollande.</p>
+
+<p>1er <i>novembre</i>.&mdash;Entrée solennelle à Stockholm du prince
+royal héréditaire de Suède, Bernadotte, prince de Ponte-Corvo.</p>
+
+<p>2 <i>novembre</i>,&mdash;Défaite des Espagnols dans le royaume de
+Murcie par le général Sébastiani.</p>
+
+<p>11 <i>novembre</i>.&mdash;Lettre du prince royal de Suède à Napoléon.</p>
+
+<p>12 <i>novembre</i>.&mdash;Réunion de la république du Valais à
+l'empire français.</p>
+
+<p>19 <i>novembre</i>.&mdash;Lettre du prince royal de Suède à Napoléon.</p>
+
+<p>8 <i>décembre</i>.&mdash;Lettre du prince royal de Suède à Napoléon,
+dans laquelle il annonce que son père adoptif, le roi
+Charles XIII, a déclaré la guerre à l'Angleterre.</p>
+
+<p>10 <i>décembre</i>.&mdash;Décret relatif à la réunion de la Hollande
+à l'empire français.&mdash;Autre décret contenant la nomination
+de la cour impériale de Paris.</p>
+
+<p>11 <i>décembre</i>.&mdash;Décret qui établit une maison centrale de
+détention à Limoges.&mdash;Autre pour l'établissement d'un dépôt
+de mendicité dans le département de la Charente.&mdash;Autre,
+relatif à la fabrication et à la vente des draps de Carcassonne.</p>
+
+<p>14 <i>décembre</i>.&mdash;Message de l'empereur au sénat, relatif
+au motif qui nécessite la réunion de la Hollande à l'empire
+français.</p>
+
+<p>16 <i>décembre</i>.&mdash;Sénatus-consulte ordonnant la levée de
+quarante mille conscrits pour la marine, et de douze mille
+pour les armées de terre.</p>
+
+<p>17 <i>décembre</i>.&mdash;Lettre du prince royal de Suède à Napoléon.</p>
+
+<p>18 <i>décembre</i>.&mdash;Adresse du sénat à l'empereur, en réponse
+au message du 14.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Décret impérial qui établit une commission
+de gouvernement dans les départemens de l'Ems-Supérieur,
+des Bouches-du-Weser et des Bouches-de-l'Elbe.</p>
+
+<p>19 <i>décembre</i>.&mdash;-Décret qui nomme des censeurs impériaux,
+et fixe leur traitement.&mdash;-Autre décret qui étend dans
+tout l'empire le bienfaisant établissement de la société maternelle.</p>
+
+<p>25 <i>décembre</i>,&mdash;-Révocation en faveur des États-Unis des
+décrets de Berlin et de Milan, concernant les neutres.</p>
+
+<p>26 <i>décembre</i>.&mdash;-Décret impérial sur l'administration générale
+de l'empire.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Demande par le ministre de la marine au
+roi de Suède, de deux mille marins pour compléter les équipages
+de la flotte de Brest.</p>
+
+<h4>1811.</h4>
+
+<p>1er <i>janvier</i>.&mdash;-Siège et prise de Tortose en Espagne par le
+général Suchet.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Décret concernant les débiteurs des rentes
+constituées en argent, des rentes foncières et autres redevances,
+dans les départemens de Rome et du Trasimène.&mdash;-Autre
+décret concernant les grades de docteurs en droit et en médecine,
+des ci-devant universités de Pise et de Siène.&mdash;-
+Autre, concernant un règlement sur la compétence et le mode
+de procéder dans les affaires relatives aux contributions dans
+les départemens de la Hollande.&mdash;-Autre, concernant l'imprimerie
+et la librairie dans les mêmes départemens.</p>
+
+<p>2 <i>janvier</i>.&mdash;-Décrets relatifs aux rentes viagères sur l'état
+dont la préjouissance est dévolue au trésor public, comme
+subrogé aux droits d'un émigré.&mdash;-Autre, qui crée un dépôt
+de mendicité pour le département de la Haute-Loire.</p>
+
+<p>3 <i>janvier</i>.&mdash;-Décret augmentant de 600,000 fr, les dotations du
+sénat, à raison de la nomination des sénateurs pour
+les départemens de l'Escaut et des Alpes.</p>
+
+<p>4 <i>janvier</i>.&mdash;-Décret concernant la nomination des présidens
+des collèges électoraux de plusieurs départemens.</p>
+
+<p>7 <i>janvier</i>.&mdash;-Adresse d'adhésion du chapitre métropolitain
+de Paris aux quatre propositions de 1682.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Décret qui soumet à la régie des droits
+réunis l'exploitation des tabacs dans l'empire français.</p>
+
+<p>8 <i>janvier</i>.&mdash;-Prise du fort Saint Philippe-de-Balaguer,
+en Espagne, par le général Suchet.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Décret portant organisation du tribunal
+de première instance du département de la Seine,&mdash;-Autre
+concernant les costumes des cours et tribunaux, des députations
+admises devant l'empereur, etc.</p>
+
+<p>14 <i>janvier</i>.&mdash;-Décret relatif à l'administration spéciale des
+Tabacs.</p>
+
+<p>20 <i>janvier</i>.&mdash;-Décret concernant les enfans dont l'éducation
+est confiée à la charité publique.</p>
+
+<p>22 <i>janvier</i>.&mdash;-Prise d'Olivenca, en Portugal, par le général
+Gérard.</p>
+
+<p>23 <i>janvier</i>,&mdash;-Décret relatif à l'établissement d'une taxe,
+pour l'entretien de la route du Mont-Cenis.</p>
+
+<p>28 <i>janvier</i>,&mdash;Décret impérial qui ordonne que le bref
+du pape, donné à Savonne le 30 novembre, soit rejeté
+comme contraire aux lois de l'empire et à la discipline ecclésiastique.</p>
+
+<p>30 <i>janvier</i>.&mdash;-Décret concernant les impositions des travaux
+de ponts et chaussées.</p>
+
+<p>4 <i>février</i>.&mdash;-Décret qui met à la disposition du ministre
+de la guerre les quatre-vingt mille conscrits dont l'appel est
+autorisé par le sénatus-consulte du 13 décembre 1810.</p>
+
+<p>19 <i>février</i>.&mdash;-Bataille de la Gébora entre l'armée française
+commandée par le duc de Trévise, et l'armée espagnole aux
+ordres des généraux Mendizabal, La Carrerra, et dom Caulos
+d'Espanna. L'ennemi est mis en pleine déroute.</p>
+
+<p>21 <i>février</i>.&mdash;-Sénatus-consulte concernant les conscrits
+des arrondissemens maritimes.</p>
+
+<p>22 <i>février</i>.&mdash;-M. de Chateaubriand est élu membre de
+l'Institut à la place vacante par la mort de Chénier.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Décret concernant l'établissement des
+maisons des orphelins.</p>
+
+<p>4 <i>mars</i>.&mdash;-Le prince d'Esling, après avoir tenu bloquée
+l'armée du lord Wellington pendant près de deux mois,
+n'ayant pu l'engager à recevoir bataille, est obligé de battre
+en retraite par la rareté des subsistances.</p>
+
+<p>5 <i>mars</i>.&mdash;-Bataille de Chiclana entre l'armée anglo-espagnole
+du général anglais Graham, et l'armée française aux
+ordres du duc de Bellune. Cette bataille, qui avait lieu sous
+les murs de Cadix, alors assiégée par les Français, délivra
+ceux-ci pour un temps du dangereux voisinage des Anglais,
+qui, ayant beaucoup souffert dans cette journée, furent obligés
+de se retrancher dans l'île de Léon.</p>
+
+<p>9 <i>mars</i>.&mdash;-Décret impérial concernant les emplois dans
+les administrations civiles, auxquels peuvent être appelés les
+militaires admis à la retraite, ou réformés par suite d'infirmités
+et de blessures.</p>
+
+<p>11 <i>mars</i>.&mdash;-Prise de Badajoz par le maréchal Mortier.</p>
+
+<p>15 <i>mars</i>.&mdash;-Prise de la forteresse d'Albuquerque par le
+duc de Trévise, Mortier.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Décret impérial ordonnant des mesures
+pour obtenir l'amélioration des races de bêtes à laines.</p>
+
+<p>20 <i>mars</i>.&mdash;Naissance aux Tuileries, à neuf heures vingt
+minutes du matin, de Napoléon-François-Charles-Joseph,
+prince impérial, roi de Rome.</p>
+
+<p>24 <i>mars</i>.&mdash;Décret impérial créant deux nouvelles places
+d'officiers de l'empire; l'une sous le titre d'inspecteur-général
+des côtes de la Ligunie, et l'autre sous celui d'inspecteur-général
+des côtes de la mer du Nord.</p>
+
+<p>25 <i>mars</i>.&mdash;Décret qui établit trois écoles pratiques de
+marine.</p>
+
+<p>28 <i>mars</i>.&mdash;Autre décret relatif à la dotation des invalides.</p>
+
+<p>12 <i>avril</i>.&mdash;Le prince d'Haztfeld complimente l'empereur
+sur la naissance du roi de Rome, de la part du roi de Prusse.</p>
+
+<p>22 <i>avril</i>.&mdash;La naissance du roi de Rome est célébrée à
+Naples et à Milan.</p>
+
+<p>25 <i>avril</i>.&mdash;Lettre de l'empereur aux évêques de l'empire,
+qui les appelle à Paris pour la tenue d'un concile national,
+dans le but principal de pourvoir au remplacement des évêques,
+notamment d'Allemagne, et de maintenir les principes
+et les libertés de l'église gallicane.</p>
+
+<p>28 <i>avril</i>.&mdash;Décret concernant la formation du département
+de la Lippe.</p>
+
+<p>5 <i>mai</i>.&mdash;Bataille de Fuentes-de-Onoro, entre l'armée
+anglo-portugaise de lord Wellington, et celle du maréchal
+prince d'Esling. Le succès de cette journée reste indécis.</p>
+
+<p>10 <i>mai</i>.&mdash;Décret concernant le commerce de la France
+avec le Levant par les provinces illyriennes.</p>
+
+<p>16 <i>mai</i>.&mdash;Bataille d'Albuhera entre les troupes anglo-portugo-espagnoles,
+aux ordres du maréchal Béresford, et
+l'armée du duc de Dalmatie. Les deux partis font des pertes
+énormes, et cette bataille reste encore indécise.</p>
+
+<p>19 <i>mai</i>.&mdash;Emprunt de douze millions de francs, par
+le roi de Saxe, ouvert à Paris par MM. Pérégaux, Lafitte et
+compagnie, avec autorisation de l'empereur.</p>
+
+<p>25 <i>mai</i>.&mdash;Décret ordonnant l'ouverture d'un canal de
+communication entre la ville de Caen et la mer.</p>
+
+<p>9 <i>juin</i>.&mdash;Baptême à Notre-Dame du roi de Rome, fils
+de l'empereur. Grande réjouissance dans Paris.</p>
+
+<p>14 <i>juin</i>.&mdash;Défaite du général espagnol Espoz-y-Mina, à
+Sanguesa, en Navarre, par le général Reille.</p>
+
+<p>17 <i>juin</i>.&mdash;Ouverture du corps législatif par l'empereur.</p>
+
+<p>18 <i>juin</i>.&mdash;Fête donnée par le préfet et les membres du
+conseil municipal de Paris, aux maires des bonnes villes de
+l'empire et du royaume d'Italie, à l'occasion du baptême du
+roi de Rome.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;L'empereur nomme son oncle, le cardinal
+Fesch, président du concile national convoqué à Paris.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Levée du siège de Badajoz par les Anglo-Portugais
+et les Espagnols.</p>
+
+<p>20 <i>juin</i>.&mdash;Première assemblée générale du concile national.&mdash;Banquet donné le même jour par les maires et députés
+des bonnes villes de l'empire, au ministre de l'intérieur,
+au préfet de Paris, etc.</p>
+
+<p>23 <i>juin</i>.&mdash;Fête donnée à Saint-Cloud par l'empereur
+aux principales autorités constituées de l'empire.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Défaite d'une division anglaise par le général
+Latour-Maubourg au combat d'Elvas.</p>
+
+<p>28 <i>juin</i>.&mdash;Prise d'assaut de la ville de Tarragone, après
+un siège de six semaines, par le corps d'armée aux ordres
+du général Suchet.</p>
+
+<p>10 <i>juillet</i>.&mdash;L'empereur, pour récompenser le général
+Suchet de sa belle conduite en Espagne, lui confère la dignité
+de maréchal d'empire.</p>
+
+<p>14 <i>juillet</i>&mdash;-Prise du Mont-Serrat par le maréchal Suchet.</p>
+
+<p>26 <i>juillet</i>.&mdash;-Décret concernant la société de la charité
+maternelle.</p>
+
+<p>29 <i>juillet</i>.&mdash;-Décret qui ordonne le prélèvement d'un
+million, sous le titre de fonds spécial des embellissemens de
+Rome.</p>
+
+<p>23 <i>août</i>.&mdash;-L'empereur reçoit à St.-Cloud les dames formant
+le comité central de la charité maternelle.</p>
+
+<p>25 <i>août</i>.&mdash;-Défaite de l'armée espagnole de Galice, sur
+l'Esla, par le général Dorsenne.</p>
+
+<p>28 <i>août</i>.&mdash;-Décret impérial portant règlement sur l'entreprise
+des convois funèbres.</p>
+
+<p>3 <i>septembre</i>.&mdash;-Décret qui proroge l'amnistie en faveur
+des Français qui ont porté les armes contre leur patrie.</p>
+
+<p>7 <i>octobre</i>.&mdash;-Arrivée de l'empereur et de l'impératrice à
+Anvers.</p>
+
+<p>13 <i>octobre</i>.&mdash;-Décret sur les feuilles périodiques, journaux,
+annonces qui pourront circuler dans les départemens,
+et désignation des villes où ces papiers pourront être imprimés.</p>
+
+<p>14 <i>octobre</i>.&mdash;-Arrivée de Napoléon et de Marie-Louise à
+Amsterdam.</p>
+
+<p>25 <i>octobre</i>.&mdash;-Bataille de Sagonte entre les troupes espagnoles
+du général Blake et l'armée française aux ordres du
+maréchal Suchet, qui tenait assiégée la ville de Sagonte. Le
+général espagnol est mis en déroute, et obligé de renoncer à
+l'espoir de secourir la place.</p>
+
+<p>26 <i>octobre</i>.&mdash;-Reddition de Sagonte au maréchal Suchet.</p>
+
+<p>2 <i>novembre</i>.&mdash;-Décret qui crée dans les départemens de
+la Hollande deux académies impériales.&mdash;-Autre qui élève
+la ville de La Haye au rang des bonnes villes, dont les
+maires ont le droit d'assister au couronnement.</p>
+
+<p>7 <i>novembre</i>.&mdash;Décret concernant les mesures relatives
+aux Français qui se réfugient en France après avoir commis
+un crime sur le territoire d'une puissance étrangère.&mdash;Autre
+sur les attributions respectives du conseil du sceau des titres
+et de l'intendance générale du domaine extraordinaire,
+relativement aux majorats et dotations.</p>
+
+<p>28 <i>novembre</i>.&mdash;Défaite des Espagnols au camp de St.-Roch
+par le général Rey.</p>
+
+<p>30 <i>novembre</i>.&mdash;Décret relatif aux bains et sources minérales
+d'Aix-la-Chapelle.</p>
+
+<p>17 <i>décembre</i>.&mdash;Décret portant abolition de la féodalité
+dans les départemens des Bouches-de-l'Elbe, des Bouches-du-Weser
+et de l'Ems-supérieur.</p>
+
+<p>21 <i>décembre</i>.&mdash;Sénatus-consulte qui met à la disposition
+du ministre de la guerre cent vingt mille hommes de la conscription
+de 1812, pour le recrutement de l'armée.</p>
+
+<p>29 <i>décembre</i>.&mdash;Occupation de la ville de San-Philippe
+en Aragon, par le général Delort.</p>
+
+<h4>1812.</h4>
+
+<p>2 <i>janvier</i>.&mdash;Décret impérial portant organisation du service
+des états-majors des places.</p>
+
+<p>4 <i>janvier</i>.&mdash;Prise de la place de Tarifa en Espagne, par
+le général Leval.</p>
+
+<p>10 <i>janvier</i>.&mdash;Prise de la ville de Valence, capitale du
+royaume du même nom, par le maréchal Suchet.</p>
+
+<p>17 <i>janvier</i>.&mdash;Décret qui établit des écoles pour la fabrication
+du sucre.</p>
+
+<p>22 <i>janvier</i>.&mdash;Défaite des Espagnols au combat d'Altafulla
+en Espagne, par le général Decaen.</p>
+
+<p>24 <i>janvier</i>.&mdash;Décret qui établit dans le royaume de Valence,
+conquis par le maréchal Suchet, un capital en biens
+fonds de la valeur de deux cent millions destinés à récompenser
+les services rendus par les officiers-généraux, officiers et
+soldats de l'armée d'Aragon. Par le même décret, Napoléon
+nomme le maréchal Suchet duc d'Albuhera, avec abandon
+des titres et revenus attachés audit duché.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Traité d'alliance offensive et défensive, signé
+entre l'empereur Napoléon et le roi de Prusse.</p>
+
+<p>1er <i>février</i>.&mdash;Siège et prise du fort de Peniscola en Espagne,
+par le maréchal Suchet.</p>
+
+<p>1er <i>mars</i>.&mdash;Une armée française, commandée par le maréchal
+Davoust, entre dans la Poméranie prussienne.</p>
+
+<p>11 <i>mars</i>.&mdash;Ordre du jour du maréchal Davoust, daté du
+quartier-général de Stettin, pour rappeler à tous les généraux
+et soldats que les Prussiens sont les amis des Français,
+et que, pendant le séjour de l'armée en Prusse, les troupes
+doivent observer la plus stricte discipline, etc., etc.</p>
+
+<p>13 <i>mars</i>.&mdash;Sénatus-consulte relatif à l'organisation de la
+garde nationale divisée en trois bans.</p>
+
+<p>14 <i>mars</i>.&mdash;Traité d'alliance entre Napoléon et l'Autriche,
+signé à Paris, avec des articles séparés, par lesquels Napoléon
+consent éventuellement à l'échange des provinces illyriennes
+contre une partie de la Gallicie, destinée à être réunie
+au futur royaume de Pologne.</p>
+
+<p>17 <i>mars</i>.&mdash;Sénatus-consulte qui met à la disposition du
+ministre de la guerre 60.000 hommes du 1er ban de la garde
+nationale, et ordonne la levée ordinaire de la conscription.</p>
+
+<p>27 <i>mars</i>.&mdash;Décret impérial portant qu'il sera élevé sur la
+rive gauche de la Seine, entre le pont d'Iéna et celui de la
+Concorde, un édifice destiné à recevoir les archives de l'empire.</p>
+
+<p>28 <i>mars</i>.&mdash;-Capitulation militaire entre la France et la
+confédération helvétique.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-L'un des corps de l'armée française, commandé
+par le duc de Regio, fait son entrée à Berlin. Le roi
+de Prusse, le prince royal et autres princes de la cour passent
+en revue cette troupe et en font l'éloge.</p>
+
+<p>5 <i>mai</i>.&mdash;-Décret relatif à la circulation des grains et farines.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i>.&mdash;-Le roi de Westphalie, Jérôme, frère de Napoléon,
+établit son quartier-général a Varsovie.</p>
+
+<p>9 <i>mai</i>.&mdash;-L'empereur, accompagné de l'impératrice, part
+de Paris pour aller inspecter la grande armée réunie sur la
+Vistule.</p>
+
+<p>11 <i>mai</i>.&mdash;-Arrivée de Napoléon et de Marie-Louise à
+Metz.</p>
+
+<p>12 <i>mai</i>.&mdash;-À Mayence.</p>
+
+<p>13 <i>mai</i>.&mdash;-À Francfort.</p>
+
+<p>17 <i>mai</i>.&mdash;-À Dresde. L'empereur et l'impératrice dînent
+chez le roi de Saxe. Cour de l'empereur à Dresde. Grand
+spectacle donné à l'Europe. Napoléon, entouré de princes,
+de souverains, de rois, semble le monarque du monde.</p>
+
+<p>24 <i>mai</i>.&mdash;-Napoléon nomme M. de Pradt, ancien archevêque
+de Malines, ministre en Pologne.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Lettre du prince royal de Suède, Bernadotte,
+à Napoléon.</p>
+
+<p>25 <i>mai</i>.&mdash;-L'empereur permet au vieux roi d'Espagne,
+Charles IV, de quitter Marseille avec sa famille, et de partir
+pour l'Italie, où le climat est plus convenable à sa santé.</p>
+
+<p>2 <i>juin</i>.&mdash;Napoléon fait son entrée à Posen, dans le grand-duché
+de Varsovie.</p>
+
+<p>5 <i>juin</i>.&mdash;Arrivée à Prague de Napoléon et de Marie-Louise.</p>
+
+<p>14 <i>juin</i>.&mdash;Napoléon passe la revue du septième corps
+de la grande armée à Koenigsberg.</p>
+
+<p>17 <i>juin</i>.&mdash;Le roi de Westphalie établit son quartier-général
+à Pulstuck, dans le grand-duché de Varsovie.</p>
+
+<p>19 <i>juin</i>.&mdash;Quartier-impérial de Napoléon à Gumbinen.</p>
+
+<p>22 <i>juin</i>.&mdash;Quartier-général a Wilkowiski. Proclamation
+de Napoléon à la grande armée.&mdash;Ouverture de la campagne
+contre la Russie.</p>
+
+<p>23 <i>juin</i>.&mdash;Arrivée de l'empereur à Kowno.&mdash;Passage
+du Niémen par l'armée française.</p>
+
+<p>28 <i>juin</i>.&mdash;Prise de Wilna; Napoléon y établit son quartier-impérial.
+Il crée un gouvernement provisoire du royaume
+de Pologne.</p>
+
+<p>30 <i>juin</i>.&mdash;Le roi de Westphalie fait son entrée à Grodno.</p>
+
+<p>1er <i>juillet</i>.&mdash;Napoléon établit un gouvernement provisoire
+dans la Lithuanie.</p>
+
+<p>12 <i>juillet</i>.&mdash;Le roi de Saxe, grand-duc de Varsovie,
+adhère à la confédération générale du royaume de Pologne.</p>
+
+<p>13 <i>juillet</i>.&mdash;Passage de la Dwina par le maréchal Oudinot,
+près de Dunabourg.</p>
+
+<p>16 <i>juillet</i>.&mdash;L'empereur Alexandre et le général Barclay
+de Tolly évacuent le camp retranché de la Drissa, menacé
+d'être tourné par les corps de l'armée française.</p>
+
+<p>18 <i>juillet</i>.&mdash;Combat de Sibesch entre le maréchal Oudinot
+et le général russe comte de Witgenstein.&mdash;Quartier-général
+de l'empereur à Glubokoë.</p>
+
+<p>19 <i>juillet</i>.&mdash;Retour de l'impératrice à Paris.</p>
+
+<p>21 <i>juillet</i>.&mdash;Bataille de Castalla. Le général Delort taille
+en pièces les troupes espagnoles du général O'Donnell.</p>
+
+<p>22 <i>juillet</i>.&mdash;Bataille de Salamanque ou des Arapiles, entre
+l'armée anglo-espagnole de lord Wellington et l'armée française
+du maréchal duc de Raguse.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Le général de division Loison, nommé
+gouverneur-général de la Prusse par l'empereur Napoléon,
+s'établit à Koenigsberg.</p>
+
+<p>23 <i>juillet</i>.&mdash;Bataille de Mohilow, où le prince Bagration,
+commandant la seconde armée russe, est battu par le maréchal
+Davoust.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Passage de la Dwina à Byszczykowice par
+le corps d'armée aux ordres du prince vice-roi d'Italie, Eugène
+Beauharnais.</p>
+
+<p>25 <i>juillet</i>.&mdash;Défaite à Ostrowno du corps d'armée russe
+aux ordres du général Ostermann, par le général Nansouty.</p>
+
+<p>27 <i>juillet</i>.&mdash;Second combat d'Ostrowno, où les Russes
+sont battus par le prince vice-roi.&mdash;Retraite précipitée du
+général russe Barclay de Tolly.&mdash;Entrée des Français à
+Witepsk.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Quartier-général du corps d'armée autrichien,
+allié de la France, aux ordres du prince de Schwartzenberg,
+à Nieuzwiez.</p>
+
+<p>30 <i>juillet</i>.&mdash;Combat de Jakubowo, où le général russe
+Koulniew est battu par le général Legrand.</p>
+
+<p>1er <i>août</i>.&mdash;Bataille d'Oboiarzina, entre le duc de Reggio
+et le général comte de Witgenstein; la victoire, vivement
+disputée, reste au premier.</p>
+
+<p>12 <i>août</i>.&mdash;Bataille de Gorodeczna, où le prince de
+Schwartzenberg, commandant l'aile droite de la grande armée
+française, défait complètement l'armée aux ordres du général
+Tormasow.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Prise de Madrid par l'armée anglo-portugaise.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Défaite d'un corps russe de l'armée du général
+Barclay de Tolly par le maréchal Ney, à Krasnoi.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Défaite du général Witgenstein à Polotsk,
+par le maréchal Oudinot.</p>
+
+<p>14 <i>août</i>.&mdash;-Quartier-général de l'empereur à Basasna.</p>
+
+<p>16 <i>août</i>.&mdash;-Défaite de l'armée du général russe Tormasow
+au combat de Kobryn, par les généraux prince de Schwartzenberg
+et Régnier.</p>
+
+<p>17 <i>août</i>.&mdash;-Grande bataille de Smolensk, entre l'armée
+française commandée par Napoléon en personne, et les deux
+armées russes aux ordres des généraux Barclay de Tolly et
+prince Bagration. L'ennemi, battu sur tous les points, est
+obligé encore une fois de précipiter sa retraite.</p>
+
+<p>18 <i>août</i>.&mdash;-Bataille de Polotsk, où le général Gouvion
+St.-Cyr défait le général russe Witgenstein. La belle conduite
+du général Gouvion St.-Cyr lui vaut peu de temps
+après le bâton de maréchal d'empire.</p>
+
+<p>19 <i>août</i>.&mdash;-Bataille de Valontina-Gora, entre les troupes
+du maréchal Ney et le corps d'arrière-garde aux ordres du
+général russe Korfl, que le général Barclay laissait en arrière
+pour protéger sa retraite. Les Russes sont encore battus.</p>
+
+<p>22 <i>août</i>.&mdash;-Pose à Paris, par le ministre de l'intérieur, des
+premières pierres du palais de l'université, des beaux-arts et
+de celui des archives.</p>
+
+<p>30 <i>août</i>.&mdash;-Quartier-général de Napoléon à Wiasma.</p>
+
+<p>7 <i>septembre</i>.&mdash;-Grande et mémorable bataille de la Moskowa,
+livrée par l'empereur en personne. Le général russe
+Kutusow, qui venait de prendre le commandement de tous
+les débris des armées précédemment aux ordres des généraux
+Barclay de Tolly, Bagration, Witgenstein, est battu de même
+que ses prédécesseurs. Les Russes perdent soixante pièces de
+canon, trente mille hommes tués ou blessés, cinq mille prisonniers,
+un grand nombre de drapeaux, trente-cinq généraux
+mis hors de combat, deux tués, etc., etc.</p>
+
+<p>14 <i>septembre</i>.&mdash;Entrée de l'armée française à Moscow.
+L'empereur s'établit au Kremlin, antique palais des czars de
+Russie.</p>
+
+<p>16 <i>septembre</i>.&mdash;Incendie général de Moscow, attribué
+par les uns à l'ambition de son gouverneur, le prince Rostopschin;
+par d'autres aux conseils et à l'influence des Anglais.</p>
+
+<p>5 <i>octobre</i>.&mdash;L'empereur Napoléon envoie le général Lauriston
+proposer la paix à l'empereur Alexandre; mais le général
+Kutusow, qui voulait la continuation de la guerre, le
+retient à son quartier-général, et l'empêche de communiquer
+avec Alexandre.</p>
+
+<p>17 <i>octobre</i>.&mdash;Combat de Wenkowo entre les troupes du
+roi de Naples, Murat, et celles du général Orlow-Denisow;
+celles-ci sont obligées de se retirer.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Bataille de Polotsk, entre le maréchal Gouvion-St.-Cyr
+et le général Witgenstein; elle dure trois jours;
+les Français éprouvent de grandes pertes.</p>
+
+<p>18 <i>octobre</i>.&mdash;Défaite du général russe Tbitchagow par
+le général Reynier, au combat d'Esen.</p>
+
+<p>19 <i>octobre</i>.&mdash;L'empereur Napoléon voyant qu'il n'est
+plus d'espoir pour la paix, se détermine à la retraite et sort
+de Moscow avec sa garde.</p>
+
+<p>21 <i>octobre</i>.&mdash;Arrivée de Napoléon à Fomenskoi.</p>
+
+<p>22 <i>octobre</i>.&mdash;-Jonction des trois armées françaises en Espagne,
+sous le commandement du maréchal Soult.&mdash;Levée
+du siège de Burgos par lord Wellington.</p>
+
+<p>23 <i>octobre</i>.&mdash;Conspiration du général Mallet pour renverser
+le gouvernement impérial. Après avoir arrêté et conduit
+en prison le ministre de la police Savary et le préfet de
+police Pasquier, il est lui-même arrêté avec ses complices.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Le maréchal Mortier, avant de quitter
+Moscow, fait sauter le Kremlin.</p>
+
+<p>24 <i>octobre</i>.&mdash;Bataille de Maloiaroslawetz, entre le corps
+aux ordres du prince vice-roi et celui du général Doctorow.
+Défaite des Russes.</p>
+
+<p>3 <i>novembre</i>.&mdash;Le prince vice-roi repousse encore une fois
+les Russes au combat de Wiasma. La retraite de l'armée devient
+très-difficile.</p>
+
+<p>14 <i>novembre</i>.&mdash;L'empereur Napoléon évacue la ville de
+Smolensk.</p>
+
+<p>16 <i>novembre</i>.&mdash;Le prince vice-roi passe sur le ventre à
+une partie de l'armée de Kutusow à Korytnea, et rejoint
+l'empereur à Krasnoi.</p>
+
+<p>17 <i>novembre</i>.&mdash;Prise par le général russe Tchitchagow
+de la ville de Minsk, où se trouvaient en magasin des subsistances
+pour cent mille hommes, pendant six mois.</p>
+
+<p>18 <i>novembre</i>.&mdash;Combat de Krasnoi. Beau mouvement
+rétrograde du maréchal Ney.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Reprise de Madrid par le maréchal Soult.
+L'armée anglo-portugaise de lord Wellington est poursuivie
+l'épée dans les reins jusqu'à Ciudad-Rodrigo, en Portugal.</p>
+
+<p>21 <i>novembre</i>.&mdash;L'empereur arrive à Trocha.</p>
+
+<p>22 <i>novembre</i>.&mdash;À Tolotchin.</p>
+
+<p>24 <i>novembre</i>.&mdash;L'armée française se concentre sur les
+bords de la Bérézina.</p>
+
+<p>26 et 28 <i>novembre</i>.&mdash;Passage et bataille de la Bérézina.
+Une plume française se refuse à retracer les désastres de ces
+deux terribles journées.</p>
+
+<p>29 <i>novembre</i>.&mdash;Quartier-impérial de Napoléon à Kamen.</p>
+
+<p>5 <i>décembre</i>.&mdash;Napoléon arrive à Smorgori; il remet le
+commandement de l'armée au roi de Naples. Jusque-là il avait
+partagé toutes les privations de ses malheureux soldats.</p>
+
+<p>9 <i>décembre</i>.&mdash;Arrivée de l'armée française à Wilna.</p>
+
+<p>10 <i>décembre</i>.&mdash;Arrivée de l'empereur Napoléon à Varsovie.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;L'armée évacue Wilna, laissant dans cette
+ville les malades, qui furent presque tous massacrés par la populace
+russe.</p>
+
+<p>14 <i>décembre</i>.&mdash;Le maréchal Ney, qui commandait l'arrière-garde,
+bat les troupes de l'hetmann Platow à Kowno.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;L'empereur Napoléon arrive à Dresde.</p>
+
+<p>18 <i>décembre</i>.&mdash;Retour de l'empereur à Paris.</p>
+
+<p>20 <i>décembre</i>.&mdash;Napoléon reçoit les félicitations de tous
+les corps constitués de l'empire.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;Les débris de l'armée française prennent
+position sur le Niémen.</p>
+
+<p>21 <i>décembre</i>.&mdash;Message de l'empereur au sénat, pour
+demander une levée extraordinaire de trois cent cinquante
+mille hommes.</p>
+
+<p>30 <i>décembre</i>.&mdash;Capitulation du général Yorcke, commandant
+les troupes prussiennes auxiliaires en Russie, avec le général
+russe Diebitch. Le roi de Prusse paraît d'abord désapprouver
+son lieutenant, mais sa conduite subséquente prouve
+bientôt que Yorcke avait agi de concert avec lui.</p>
+
+<h4>1813.</h4>
+
+<p>1er <i>janvier</i>.&mdash;-Le roi de Naples, lieutenant-général de
+l'empereur, fait évacuer Koenigsberg.</p>
+
+<p>3 <i>janvier</i>.&mdash;-Quartier-général à Elbing.</p>
+
+<p>7 <i>janvier</i>.&mdash;-À Marienbourg.&mdash;-Proclamation du gouvernement
+provisoire, établi en Pologne par Napoléon, qui appelle
+aux armes tous les Polonais en état de les porter.</p>
+
+<p>11 <i>janvier</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui met à la disposition
+du gouvernement une levée de trois cent cinquante mille
+hommes.</p>
+
+<p>13 <i>janvier</i>.&mdash;-Évacuation de Marienverder par les Français.</p>
+
+<p>18 <i>janvier</i>.&mdash;-Le roi de Naples déserte le poste qui lui
+avait été confié par l'empereur, force le prince Eugène à se
+charger du commandement, et quitte l'armée pour se rendre
+dans ses états.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Adresses du corps municipal de Paris et
+des cohortes de la garde nationale à l'empereur; expression
+d'un dévouement qui ne fut que trop mis à l'épreuve.</p>
+
+<p>20 <i>janvier</i>.&mdash;-Investissement de la place importante de
+Dantzick par les armées alliées contre la France.</p>
+
+<p>21 <i>janvier</i>.&mdash;-Arrivée à Berlin des premières colonnes
+envoyées de l'intérieur de la France pour reformer la grande
+armée.</p>
+
+<p>23 <i>janvier</i>.&mdash;-Le roi de Saxe abandonne sa capitale, en
+déclarant par une proclamation, que, quels que soient les
+événemens, il restera fidèle à l'alliance de l'empereur Napoléon.</p>
+
+<p>24 <i>janvier</i>:&mdash;-Concordat signé à Fontainebleau entre le
+pape et Napoléon.</p>
+
+<p>30 <i>janvier</i>.&mdash;-Le roi de Saxe appelle aux armes tous les
+Polonais du grand-duché de Varsovie.</p>
+
+<p>2 <i>février</i>.&mdash;-Sénatus-consulte rendu d'après la demande
+de Napoléon sur les cas prévus par la constitution, tels que
+la régence de l'empire, le couronnement de l'impératrice et
+celui du prince impérial, roi de Rome.</p>
+
+<p>7 <i>février</i>.&mdash;-L'armée française évacue la ligne de la Vistule.</p>
+
+<p>12 <i>février</i>.&mdash;-Le prince vice-roi fait évacuer Posen.</p>
+
+<p>13 <i>février</i>.&mdash;-Combat de Kalisch entre le général Reynier
+et le général Wintzingerode; celui-ci est repoussé avec
+perte.</p>
+
+<p>14 <i>février</i>.&mdash;-L'empereur Napoléon fait l'ouverture du
+corps législatif.</p>
+
+<p>15 <i>février</i>.&mdash;-Napoléon fait don à la ville d'Erfurt de son
+buste en bronze.</p>
+
+<p>16 <i>février</i>.&mdash;-Commencement du blocus de Stettin et
+des autres forteresses prussiennes occupées par les garnisons
+françaises.</p>
+
+<p>18 <i>février</i>.&mdash;-Quartier-général du prince vice-roi a
+Francfort; l'armée française prend ses lignes sur l'Oder.</p>
+
+<p>21 <i>février</i>.&mdash;-Message de l'empereur au sénat pour lui
+annoncer qu'il a érigé en principauté, sous le titre de principauté
+de la Moskowa, le château de Rivoli, département du
+Pô, et les terres qui en dépendent, en faveur du maréchal
+Ney, duc d'Elchingen, et ses descendans.</p>
+
+<p>22 <i>février</i>.&mdash;-Quartier-général du prince vice-roi à Koepenick.</p>
+
+<p>24 <i>février</i>,&mdash;-Convention signée à Paris entre la Prusse
+et le gouvernement impérial sur la restitution des gages précédemment
+donnés par la première puissance.</p>
+
+<p>27 <i>février</i>.&mdash;-Quartier-général du prince vice-roi a
+Schoenenberg, près Berlin.</p>
+
+<p>4 <i>mars</i>.&mdash;-Évacuation de Berlin par l'armée française.</p>
+
+<p>6 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur Napoléon ordonne la levée de la
+conscription de 1814 en Italie.</p>
+
+<p>9 <i>mars</i>,&mdash;-Quartier-général du prince vice-roi à Leipzick.</p>
+
+<p>10 <i>mars</i>,&mdash;-Évacuation de Stralsund.</p>
+
+<p>12 <i>mars</i>.&mdash;-Les autorités françaises quittent Hambourg.&mdash;-Schwerin donne aux autres princes allemands l'exemple
+de renoncer à la confédération du Rhin.</p>
+
+<p>19 <i>mars</i>.&mdash;-Le maréchal Davoust fait sauter le pont de
+Dresde, et se retire sur Leipzick, laissant le général Durutte
+avec le septième corps pour garder cette capitale de la
+Saxe.</p>
+
+<p>21 <i>mars</i>,&mdash;-Quartier-général du prince vice-roi à Magdebourg.
+&mdash;-Arrivée à Vienne du comte de Narbonne, ambassadeur
+de Napoléon.</p>
+
+<p>22 <i>mars</i>.&mdash;-Entrée des Russes et du général Blucher à
+Dresde.</p>
+
+<p>23 <i>mars</i>,&mdash;-Lettre du prince royal de Suède à Napoléon;
+il déclare à celui-ci l'intention de la Suède, de faire cause
+commune contre la France.</p>
+
+<p>24 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur reçoit une députation du corps
+législatif.</p>
+
+<p>26 <i>mars</i>.&mdash;-Évacuation de la nouvelle ville de Dresde par
+le général Durutte.</p>
+
+<p>30 <i>mars</i>.&mdash;-Lettre-patente de Napoléon, qui confère la
+régence à l'impératrice Marie-Louise.</p>
+
+<p>1er <i>avril</i>,&mdash;-Déclaration de guerre de Napoléon contre la
+Prusse.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-L'armée française du prince vice-roi se
+met en ligne derrière la Saale.</p>
+
+<p>2 <i>avril</i>,&mdash;-Combat de Lunebourg; le général Morand est
+blessé à mort, et sa troupe, environnée de toutes parts,
+obligée de capituler.</p>
+
+<p>3 <i>avril</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui met à la disposition du
+ministre de la guerre cent quatre-vingt mille hommes, dont
+dix mille gardes d'honneur, quatre-vingt mille par un nouvel
+appel sur le premier ban de la garde nationale, et quatre-vingt
+dix mille conscrits de 1814 destinés d'abord à la défense
+des côtes.&mdash;-Autre sénatus-consulte qui suspend le régime
+constitutionnel dans la trente-deuxième division militaire
+(les villes anséatiques).</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Grande reconnaissance ordonnée par le
+prince vice-roi en avant de Mockern; les troupes alliées sont
+culbutées sur tous les points, et l'épouvante se répand jusqu'à
+Berlin, où l'on crut que les Français ne tarderaient pas
+a entrer.</p>
+
+<p>4 <i>avril</i>.&mdash;-Nouvel engagement entre les Français et les
+troupes des généraux russe et prussien Witgenstein et Bulow;
+les premiers sont repoussés à leur tour.</p>
+
+<p>6 <i>avril</i>.&mdash;-Reprise de Lunebourg par le maréchal Davoust.</p>
+
+<p>8 <i>avril</i>.&mdash;-Décret impérial qui ordonne la réunion en société
+des donataires auxquels ont été affectés des portions du
+revenu des provinces illyriennes, et la création de cent vingt
+actions de deux mille francs.</p>
+
+<p>10 <i>avril</i>.&mdash;-Quartier-général du prince vice-roi à Aschersleben,
+au confluent de la Saale et de l'Elbe.</p>
+
+<p>12 <i>avril</i>.&mdash;-Prise de Villena en Espagne, par le maréchal
+Suchet.</p>
+
+<p>13 <i>avril</i>.&mdash;-Combat de Castella, où le maréchal Suchet
+bat les Anglais.</p>
+
+<p>15 <i>avril</i>.&mdash;-Napoléon quitte Saint-Cloud pour se mettre
+à la tête de ses armées.</p>
+
+<p>16 <i>avril</i>.&mdash;-Arrivée de l'empereur à Mayence.</p>
+
+<p>17 <i>avril</i>,&mdash;-Défaite à Sprakensbel du général russe Doernberg
+par le général Sébastiani.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Capitulation de la forteresse de Thorn.</p>
+
+<p>19 <i>avril</i>.&mdash;-Arrivée de la grande armée russe à Dresde.</p>
+
+<p>24 <i>avril</i>.&mdash;-Capitulation de la forteresse de Spandau.</p>
+
+<p>26 <i>avril</i>.&mdash;-Capitulation de la forteresse de Czentoschau.</p>
+
+<p>25 <i>avril</i>.&mdash;-Arrivée de l'empereur Napoléon à Erfurt.
+Quartier-général du prince vice-roi à Naumbourg.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Combat de Weissenfels entre le maréchal
+Ney et le général Lanskoi; les Français s'emparent de Weissenfels.</p>
+
+<p>27 <i>avril</i>.&mdash;-Jonction des armées françaises de l'Elbe et
+du Mein près de Naumbourg.</p>
+
+<p>29 <i>avril</i>.&mdash;-Quartier-général du prince vice-roi à Mersebourg,
+après avoir chassé les troupes qui défendaient cette
+ville.</p>
+
+<p>1er <i>mai</i>.&mdash;-Quartier impérial de Napoléon à Lutzen.&mdash;-
+Deuxième combat de Weissenfels entre le maréchal Ney et
+le général Wintzingerode; les Russes sont taillés en pièces
+et obligés de se retirer derrière le Flossgraben, pour couvrir
+les défilés de Pagau et de Zwenkau; les Français eurent à
+regretter le maréchal Bessières, duc d'Istrie, tué par un
+boulet.</p>
+
+<p>2 <i>mai</i>.&mdash;-Bataille de Lutzen, livrée par Napoléon en personne;
+l'armée alliée est mise an déroute et obligée de battre
+en retraite. Les Russes et les Prussiens avaient perdu plus de
+vingt mille hommes, et les vainqueurs douze mille.</p>
+
+<p>3 <i>mai</i>.&mdash;-L'armée victorieuse poursuit l'ennemi sur la
+route de Dresde.</p>
+
+<p>4 <i>mai</i>.&mdash;-Elle passe la Pleiss.</p>
+
+<p>5 <i>mai</i>.&mdash;-La Mulda.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i>.&mdash;-Elle arrive devant Dresde.</p>
+
+<p>9 <i>mai</i>.&mdash;-L'empereur fait jeter un pont de bateaux à
+Priesnitz.</p>
+
+<p>11 <i>mai</i>.&mdash;-Reprise de Dresde par l'armée française.
+L'empereur écrit à la maréchale Bessières, duchesse d'Istrie,
+pour l'informer de la mort glorieuse de son mari.</p>
+
+<p>12 <i>mai</i>.&mdash;-Le roi de Saxe fait sa rentrée solennelle dans la
+capitale de ses états; l'empereur, qui avait été à sa rencontre,
+se tint à cheval à ses côtés, et le conduisit jusqu'au palais au
+bruit du canon, au son des cloches et aux acclamations du
+peuple et des troupes.</p>
+
+<p>14 <i>mai</i>.&mdash;-Décret de l'empereur daté de Dresde. «Voulant
+donner une preuve éclatante et signalée de notre satisfaction
+à notre bien-aimé fils le prince Eugène-Napoléon,
+vice-roi de notre royaume d'Italie, pour les constantes preuves
+d'attachement qu'il nous a données, et les services qu'il
+nous a rendus, notre palais de Bologne et la terre de Galliera,
+appartenant à notre domaine privé, sont érigés en duché,
+et ledit duché de Galliera est donné en toute propriété à
+la princesse de Bologne Joséphine-Maximilienne-Eugène-Napoléonne,
+fille aînée du prince vice-roi, etc.»</p>
+
+<p>16 <i>mai</i>.&mdash;-L'empereur Napoléon, vainqueur à Lutzen,
+offre la réunion d'un congrès à Prague pour la paix générale;
+son offre est refusée par les souverains alliés.</p>
+
+<p>17 <i>mai</i>.&mdash;-<i>Te Deum</i> chanté à Paris par ordre de l'impératrice
+régente, en actions de grâce, pour la victoire remportée
+à Lutzen.</p>
+
+<p>18 <i>mai</i>.&mdash;-Napoléon part de Dresde pour se mettre à la
+tête de son armée en Lusace.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Retour du prince vice-roi en Italie. L'empereur,
+qui prévoyait la prochaine défection de l'empereur
+d'Autriche, avait chargé son fils adoptif d'organiser une armée
+défensive en Italie.</p>
+
+<p>20 <i>mai</i>.&mdash;-Bataille de Bautzen, perdue par les alliés.</p>
+
+<p>21 <i>mai</i>.&mdash;-Bataille de Wurtchen, perdue par les alliés;
+l'empereur Napoléon et l'empereur Alexandre commandaient
+en personne dans ces deux journées.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Par un décret daté du champ de bataille
+de Wurtchen, Napoléon ordonne l'érection d'un monument
+sur le Mont-Cenis, destiné à transmettre à la postérité la plus
+reculée le généreux dévouement du peuple français, dont
+douze cent mille enfans s'étaient levés en 1813 pour défendre
+les frontières de la patrie menacées par l'ennemi. Vingt-cinq
+millions de francs étaient consacrés a l'érection de ce monument.</p>
+
+<p>22 <i>mai</i>.&mdash;-Combat de Reichenbach, entre l'arrière-garde
+de l'armée russe commandée par le général Miloradowitch, et
+le septième corps de l'armée française, aux ordres du général
+Reynier. Les Russes sont culbutés; mais les Français perdent
+le grand-maréchal du palais, Duroc, ami fidèle et sujet dévoué
+de l'empereur.</p>
+
+<p>23 <i>mai</i>.&mdash;-Le général Reynier culbute de nouveau les
+Russes au combat de Gorlitz.</p>
+
+<p>26 <i>mai</i>.&mdash;-Le général Maison est repoussé avec perte dans
+une attaque contre la ville d'Hanau.</p>
+
+<p>28 <i>mai</i>.&mdash;-Combat de Sprottau, où le général Sébastiani
+s'empare d'un nombreux convoi ennemi.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Le maréchal Oudinot fait fuir devant lui
+les alliés, au combat de Heyerswerda.</p>
+
+<p>29 <i>mai</i>.&mdash;-Le comte de Schouvalow, aide-de-camp de
+l'empereur de Russie, et le général prussien Kleist se rendent
+auprès de l'empereur pour lui demander un armistice
+au nom de leurs souverains.</p>
+
+<p>4 <i>juin</i>.&mdash;-L'armistice demandé par l'empereur Alexandre
+et le roi de Prusse est accordé jusqu'au 20 juillet par Napoléon,
+Il réitère son offre d'un congrès à Prague pour une
+pacification générale, et propose de s'en rapporter a la médiation
+de son beau-père, l'empereur d'Autriche.</p>
+
+<p>7 <i>juin</i>.&mdash;-Le maréchal Davoust impose une contribution
+extraordinaire de quarante-huit millions à la ville de Hambourg.</p>
+
+<p>10 <i>juin</i>.&mdash;-Retour de Napoléon à Dresde.</p>
+
+<p>12 <i>juin</i>.&mdash;-Le maréchal Suchet bat les Anglais sous les
+murs de Tarragone, et les force de lever le siège de cette
+place.</p>
+
+<p>13 <i>juin</i>.&mdash;-L'impératrice-régente assiste au <i>Te Deum</i>
+chanté dans l'église Notre-Dame, à l'occasion de la victoire
+remportée par l'armée française à Wurtchen.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Défaite de l'armée anglo-espagnole commandée
+par le général Elio, par le maréchal Suchet, au combat
+de Xucar.</p>
+
+<p>14 <i>juin</i>.&mdash;-L'armée française en Espagne, dont le roi Joseph
+venait de prendre le commandement, se retire sur
+l'Ebre.</p>
+
+<p>18 <i>juin</i>. Décret de Napoléon qui ordonne de former
+une liste des absents dans la trente-deuxième division militaire.</p>
+
+<p>21 <i>juin</i>.&mdash;-Bataille de Vittoria entre l'armée anglo-espagnole
+de lord Wellington et celle des Français du roi Joseph,
+commandée par le maréchal Jourdan; elle est perdue par la
+faute des généraux français, et bientôt, par ses résultats, va
+ouvrir le chemin de la France aux Anglais.</p>
+
+<p>23 <i>juin</i>.&mdash;-Retraite de l'armée française d'Espagne sur la
+France.</p>
+
+<p>26 <i>juin</i>.&mdash;-L'empereur ordonne au maréchal Davoust
+d'imposer a la ville de Lubeck une contribution extraordinaire
+de six millions.</p>
+
+<p>27 <i>juin</i>.&mdash;-L'armée française d'Espagne, après avoir passé
+sans être inquiétée les gorges de Roncevaux et la vallée de
+Bastan, rentre sur le territoire français.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Prise du fort de Requena en Espagne, par
+le général Harispe, sur le général Elio.</p>
+
+<p>30 <i>juin</i>.&mdash;-Convention signée entre l'empereur Napoléon
+et l'empereur d'Autriche, par laquelle celui-ci s'engage à faire
+prolonger l'armistice accordé a l'empereur de Russie et au
+roi de Prusse jusqu'au 10 août.</p>
+
+<p>1er <i>juillet</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui ordonne que celui du
+3 avril 1813, portant suspension pendant trois mois du régime
+constitutionnel dans les départemens de l'Ems-Supérieur,
+des Bouches du Weser et des Bouches-de-l'Elbe, composant
+la trente-deuxième division militaire, est prorogé
+pendant trois mois, à compter du 15 juillet courant.</p>
+
+<p>12 <i>juillet</i>.&mdash;-Arrivée à Baïonne du maréchal Soult, duc
+de Dalmatie, avec le titre de lieutenant-général de l'empereur
+en Espagne.</p>
+
+<p>20 <i>juillet</i>.&mdash;-L'armée française d'Espagne reprend l'offensive.</p>
+
+<p>25 <i>juillet</i>. Combat très-vif sous les murs de St.-Sébastien,
+entre les Anglais qui assiégeaient cette ville sous les
+ordres du général Graham, et la garnison commandée par le
+général Ney. Les Anglais sont repoussés avec une grande perte.</p>
+
+<p>26 <i>juillet</i>.&mdash;-Napoléon part de Dresde pour se rendre à
+Mayence.</p>
+
+<p>27 <i>juillet</i>,&mdash;-Bataille de Cubéry, entre le duc de Dalmatie
+et Wellington; le premier est obligé de battre en retraite.</p>
+
+<p>28 <i>juillet</i>.&mdash;-Arrivée de Napoléon à Mayence et du général
+Caulincourt, duc de Vicence, ministre plénipotentiaire
+à Prague.</p>
+
+<p>29 <i>juillet</i>.&mdash;-Note présentée par les plénipotentiaires de
+France, le duc de Vicence et le comte de Narbonne, tendante
+à ce que le congrès pour la paix fût immédiatement ouvert à
+Prague pour la réunion effective des ministres et la vérification
+réciproque des pouvoirs.</p>
+
+<p>31 <i>juillet</i>.&mdash;-Combat d'Irun entre Wellington et le duc de
+Dalmatie; il reste sans résultat.</p>
+
+<p>6 <i>août</i>.&mdash;-Retour de Napoléon à Dresde.</p>
+
+<p>10 <i>août</i>.&mdash;-Le comte de Metternich, après avoir gagné
+du temps en trompant par de fausses promesses les plénipotentiaires
+français, déclare enfin au duc de Bassano que l'armistice
+étant expiré, on ne peut plus ouvrir de congrès.</p>
+
+<p>12 <i>août</i>.&mdash;-Le duc de Bassano reçoit du comte de Metternich
+la déclaration de guerre de l'empereur d'Autriche
+contre son gendre.</p>
+
+<p>13 <i>août</i>.&mdash;-Le prince Eugène, vice-roi d'Italie, prend le
+commandement de l'armée française en Italie.</p>
+
+<p>14 <i>août</i>.&mdash;-Arrivée du roi de Naples, Joachim Murat.</p>
+
+<p>15 <i>août</i>.&mdash;-Napoléon part de Dresde pour se mettre à la
+tête de son armée, en Silésie.</p>
+
+<p>17 <i>août</i>.&mdash;-Reprise des hostilités en Allemagne et en
+Italie.</p>
+
+<p>18 <i>août</i>.&mdash;-Quartier-général de l'empereur à Gorlitz..</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Le maréchal Suchet fait sauter les fortifications
+de Tarragone en Espagne.</p>
+
+<p>19 <i>août</i>.&mdash;-L'armée française pénètre dans la Bohême.</p>
+
+<p>21 <i>août</i>.&mdash;-Quartier-général de l'empereur à Lowender.&mdash;-Combat
+de Trébine, où le duc de Reggio culbute tous les
+avant-postes de l'armée du prince royal de Suède (Bernadotte).</p>
+
+<p>22 <i>août</i>.&mdash;-Plusieurs combats livrés par les divers corps
+de l'armée de Silésie, presque tous au désavantage des Français.&mdash;-L'empereur retourne avec sa garde à Dresde, menacé
+par la grande armée alliée.</p>
+
+<p>23 <i>août</i>.&mdash;-Combat de Golberg, où le général Lauriston
+repousse avec une grande perte les troupes du général Blucher.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Combat de Gross-Beeren, entre le corps
+d'armée du duc de Reggio et les troupes de Bernadotte; celui-ci
+reste vainqueur, et met par cette victoire Berlin à l'abri de
+toute attaque.</p>
+
+<p>24 <i>août</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui met à la disposition du
+ministre de la guerre trente mille hommes pris dans les classes
+de 1814, 1813, 1812 et antérieures, dans vingt-quatre départemens
+du Midi.</p>
+
+<p>25 <i>août</i>,&mdash;-Quartier-général de l'empereur à Stolpen.
+Napoléon laisse le commandement de son armée de Lusace
+au maréchal Macdonald et se rend à Dresde.</p>
+
+<p>26 <i>août</i>.&mdash;-Combat livré sous les murs de Dresde, et sous
+les jeux de Napoléon, entre les troupes alliées aux ordres du
+prince autrichien Schwartzenberg, et celles commandées par
+le maréchal Gouvion St.-Cyr; l'ennemi est repoussé avec une
+grande perte.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Bataille de la Katzbach, entre le maréchal
+Blucher, commandant les troupes prussiennes, et l'armée de
+Silésie, que Napoléon avait laissée aux ordres du maréchal
+Macdonald; celui-ci est complément battu par le premier.</p>
+
+<p>27 <i>août</i>.&mdash;-Bataille de Dresde, livrée par l'empereur à la
+grande armée alliée, commandée par l'empereur Alexandre et
+le prince de Schwartzenberg. L'ennemi est battu sur tous les
+points; il perd quarante mille hommes, dont dix-huit mille
+prisonniers, presque tous Autrichiens, vingt-six pièces de
+canons, cent trente caissons et dix-huit drapeaux. C'est
+dans cette journée que le général Moreau, honteusement arrivé
+d'Amérique au secours des ennemis de sa patrie, fut frappé
+d'un boulet qui le fit mourir quelques jours après.</p>
+
+<p>30 <i>août</i>.&mdash;-Bataille de Kulm; l'armée du prince de
+Schwartzenberg, dans sa retraite après la bataille de Dresde,
+rencontre à Kulm le corps d'armée du général Vandamme,
+l'environne avec des forces quadruples et lui fait abandonner
+toute son artillerie, le général Vandamme ayant été obligé de
+se faire jour les armes à la main, après une perte de plus de
+dix mille hommes.</p>
+
+<p>31 <i>août</i>.&mdash;-Évacuation de la ville de St.-Sébastien en Espagne
+par les Français. Les Anglais, après être entrés dans
+cette malheureuse cité, y commettent des horreurs dont les
+annales de la guerre offrent peu d'exemples, et dont cette
+nation barbare était seule capable dans un siècle de civilisation.</p>
+
+<p>1er <i>septembre</i>,&mdash;-Retraite de l'armée française du maréchal
+Soult sur la Bidassoa.</p>
+
+<p>3 <i>septembre</i>.&mdash;-L'empereur part de Dresde pour se rendre
+en Lusace.</p>
+
+<p>6 <i>septembre</i>.&mdash;-Bataille de Jutterbogk entre le prince
+royal de Suède et le maréchal Ney, qui venait de remplacer
+le duc de Reggio. Encore moins heureux que celui-ci, Ney
+se laisse battre complètement, perd dix mille hommes, vingt-cinq
+pièces de canon, et est obligé de réorganiser entièrement
+son corps d'armée.</p>
+
+<p>9 <i>septembre</i>.&mdash;-Napoléon retourne à Dresde.</p>
+
+<p>14 <i>septembre</i>.&mdash;-L'empereur bat les alliés au combat de
+Geyersberg.</p>
+
+<p>15 <i>septembre</i>.&mdash;-Napoléon force le général Wittgenstein
+à se replier sur Kulm.</p>
+
+<p>21 <i>septembre</i>.&mdash;-Retour de l'empereur à Dresde.</p>
+
+<p>4 <i>octobre</i>.&mdash;-Message de l'empereur Napoléon au sénat,
+annonçant qu'il est en guerre avec l'Autriche.</p>
+
+<p>7 <i>octobre</i>.&mdash;-Séance solennelle du sénat, présidée par
+l'impératrice-régente; elle y prononce un discours, dont le
+but est d'encourager la nation à défendre son territoire contre
+les ennemis dont, dit-elle, elle connaît mieux que personne
+toutes les mauvaises intentions, et finit par demander une
+levée de deux cent quatre-vingt mille conscrits.</p>
+
+<p>7 <i>octobre</i>.&mdash;-Napoléon se porte de Dresde à la rencontre
+des deux armées commandées par Blucher et le prince de
+Suède.</p>
+
+<p>8 <i>octobre</i>.&mdash;-L'armée française du maréchal Soult passe
+la Bidassoa.</p>
+
+<p>9 <i>octobre</i>.&mdash;-Capitulation de la citadelle de Saint-Sébastien.</p>
+
+<p>12 <i>octobre</i>.&mdash;-L'ennemi, qui s'était replié a l'approche de
+Napoléon, est battu à Dessau par le prince de la Moskowa.</p>
+
+<p>14 <i>octobre</i>.&mdash;-Combat de Wachau, où l'empereur fait replier
+tous les postes du prince de Schwartzenberg.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui déclare que la France
+ne conclura aucun traité de paix avec la Suède, sans qu'au
+préalable celle-ci n'ait renoncé à la possession de l'île française
+de la Guadeloupe.</p>
+
+<p>16 <i>octobre</i>.&mdash;-Bataille de Wachau, gagnée par Napoléon
+sur les troupes alliées, commandées par le prince de Schwartzenberg,
+général en chef de toutes les troupes armées contre
+la France.</p>
+
+<p>17 et 18 <i>octobre</i>.&mdash;-Bataille de Leipsick. Napoléon, environné
+par des forces plus que doubles, épuise en vain toutes
+les ressources de son génie pour retenir la victoire; pour la
+première fois, depuis qu'il commandait les armées, elle lui
+échappe dans une bataille rangée. Il faut dire cependant, à
+la gloire de Napoléon, et surtout des soldats français, que,
+sans l'infâme trahison des troupes saxonnes, il est plus que
+probable que la bataille de Leipsick eût été le complément
+de la renommée militaire de l'empereur, au lieu d'être le
+commencement de tous les désastres qui ont amené sa chute.</p>
+
+<p>19 <i>octobre</i>.&mdash;-Retraite de l'armée française.</p>
+
+<p>20 <i>octobre</i>.&mdash;-L'armée française arrive à Weissenfels.</p>
+
+<p>21 <i>octobre</i>.&mdash;-À Freybourg.</p>
+
+<p>22 <i>octobre</i>.&mdash;-A Ollendorff, où elle culbute les cosaques
+de Platow.</p>
+
+<p>23 <i>octobre</i>.&mdash;-Quartier-général de l'empereur à Erfurt.</p>
+
+<p>25 <i>octobre</i>.&mdash;-Décret de Napoléon au quartier-impérial
+de Goeta, qui convoque le corps législatif pour le 2 décembre
+prochain.</p>
+
+<p>30 <i>octobre</i>.&mdash;-Bataille de Hanau. L'armée française, poursuivie
+par les alliés, et arrêtée dans sa marche par l'armée de
+Bavière, qui venait aussi de se déclarer contre la France, est
+encore obligée de livrer bataille. Elle passe sur le ventre du
+général de Wrede, qui commandait les Bavarois, lui tue six
+mille hommes, lui fait quatre mille prisonniers, et continue
+sa retraite en bon ordre.</p>
+
+<p>31 <i>octobre</i>.&mdash;-Le duc de Raguse, qui formait l'arrière-garde,
+attaque lui-même le général de Wrede à Hanau, le culbute
+encore, et l'oblige à rétrograder.</p>
+
+<p>1er <i>novembre</i>.&mdash;-Le prince vice-roi, après s'être défendu
+avec honneur contre les forces supérieures qui l'attaquaient
+en Italie, est obligé de repasser la Brenta et l'Adige.</p>
+
+<p>2 <i>novembre</i>.&mdash;-L'empereur et l'armée française passent le
+Rhin à Francfort.</p>
+
+<p>9 <i>novembre</i>.&mdash;-Arrivée de l'empereur à Paris.</p>
+
+<p>11 <i>novembre</i>.&mdash;-Le maréchal Gouvion Saint-Cyr capitule
+dans Dresde. Les alliés ont l'infamie de rompre la capitulation,
+et rendent ainsi inutile pour la France une armée
+de près de trente mille hommes.</p>
+
+<p>15 <i>novembre</i>.&mdash;-L'armée d'Italie met en fuite la gauche
+des Autrichiens an combat de Caldiero.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui proroge les pouvoirs
+de la série des députés au corps législatif qui devaient en
+sortir.&mdash;-Autre qui donne à Napoléon le droit de nommer le
+président du corps législatif.</p>
+
+<p>16 <i>novembre</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui met à la disposition
+du gouvernement les trois cent mille conscrits demandés
+par l'impératrice, et qui devront être pris sur les classes
+de 1802, 1803 et années suivantes jusques et compris 1814.</p>
+
+<p>18 <i>novembre</i>,&mdash;-Les Autrichiens sont de nouveau battus
+au combat de San-Michele en Italie.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Le maréchal Soult est repoussé dans ses
+lignes au camp de Sarre.</p>
+
+<p>27 <i>novembre</i>.&mdash;-Reprise de Ferrare par le prince vice-roi
+sur les Autrichiens.</p>
+
+<p>5 <i>décembre</i>.&mdash;-Capitulation de Stettin.</p>
+
+<p>8 <i>décembre</i>.&mdash;-Combat de Rovigo en Italie, où les Autrichiens
+sont battus par le général Marcognet.</p>
+
+<p>11 <i>décembre</i>.&mdash;-Traité signé à Valençay entre Napoléon
+et Ferdinand VII, par lequel celui-ci s'engage à faire évacuer
+l'Espagne par l'armée britannique, et à ne persécuter aucun
+des Espagnols qui ont pris parti pour le roi Joseph.</p>
+
+<p>13 <i>décembre</i>.&mdash;-Bataille de Saint-Pierre d'Irube perdue
+par le maréchal Soult.</p>
+
+<p>16 <i>décembre</i>.&mdash;-Décret de Napoléon ordonnant la formation
+de trente cohortes de la garde nationale pour la garde des
+places fortes.</p>
+
+<p>19 <i>décembre</i>.&mdash;-Ouverture du corps législatif par l'empereur.</p>
+
+<p>21 <i>décembre</i>.&mdash;-Décret communiqué au sénat et au corps
+législatif, par lequel une commission extraordinaire est nommée
+pour prendre communication de la négociation qui a eu
+lieu avec les puissances alliées.</p>
+
+<p>25 <i>décembre</i>.&mdash;-Commencement du siège d'Huningue par
+les alliés.</p>
+
+<p>26 <i>décembre</i>.&mdash;-Capitulation de Torgau.</p>
+
+<p>27 <i>décembre</i>.&mdash;-Décret impérial qui nomme vingt sénateurs
+commissaires extraordinaires dans les départemens.</p>
+
+<p>29 <i>décembre</i>.&mdash;-Capitulation de la ville de Dantzick après deux
+mois de siège.</p>
+
+<p>30 <i>décembre</i>.&mdash;-L'empereur reçoit dans la salle du trône
+une députation du sénat, qui lui présente une adresse de remerciement
+pour la communication faite le 22.</p>
+
+<p>31 <i>décembre</i>.&mdash;-Napoléon, irrité du rapport fait par la
+commission du corps législatif, apostrophe vivement les
+membres de celte commission, et dissout le corps législatif
+lui-même.</p>
+
+<h4>1814.</h4>
+
+<p>1er <i>janvier</i>.&mdash;-Décret impérial qui ajourne la session législative.</p>
+
+<p>2 <i>janvier</i>.&mdash;-Réception solennelle, dans la salle du trône,
+du sénat, du corps législatif, et de toutes les autorités supérieures
+de l'état.</p>
+
+<p>3 <i>janvier</i>.&mdash;-Décret impérial en faveur des juifs de Paris.</p>
+
+<p>6 <i>janvier</i>.&mdash;-Les alliés, après avoir violé la neutralité de
+la Suisse, commencent à pénétrer en France.</p>
+
+<p>9 <i>janvier</i>.&mdash;-Décret de Napoléon, qui appelle à un service
+actif la garde nationale de Paris, et s'en déclare le commandant
+en chef.</p>
+
+<p>11 <i>janvier</i>.&mdash;-Joachim Murat, mu par la plus lâche ingratitude,
+signe à Naples un traite d'alliance avec l'Autriche
+contre son bienfaiteur Napoléon.</p>
+
+<p>14 <i>janvier</i>,&mdash;-Quartier-général à Lyon du maréchal
+Augereau, commandant du corps d'armée française sur le
+Rhône.</p>
+
+<p>21 <i>janvier</i>.&mdash;&mdash;Décret impérial pour la formation de douze
+régimens de voltigeurs et de tirailleurs de la jeune garde.</p>
+
+<p>22 <i>janvier</i>.&mdash;-Arrivée à Châtillon du duc de Vicence en
+qualité de ministre plénipotentiaire de Napoléon.</p>
+
+<p>24 <i>janvier</i>.&mdash;-Lettre-patente de Napoléon, et sénatus-consulte
+qui confèrent à l'impératrice Marie-Louise la régence
+de l'empire pendant l'absence de son mari.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Napoléon fait ses adieux a la garde nationale
+de Paris dans la personne de ses officiers, convoqués à
+cet effet au château des Tuileries, et recommande avec chaleur
+et dignité son épouse et son fils au courage et au dévouement
+des défenseurs de la capitale.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Le général Carnot écrit à l'empereur pour
+lui demander du service.</p>
+
+<p>25 <i>janvier</i>,&mdash;-Napoléon part de Paris pour se mettre à la
+tète de ses armées.</p>
+
+<p>26 <i>janvier</i>.&mdash;-Quartier-général de l'empereur à Vitry.</p>
+
+<p>29 <i>janvier</i>.&mdash;-Combat de Brienne entre l'armée française
+et celle des alliés aux ordres du prince de Schwartzenberg;
+Napoléon remporte l'avantage.</p>
+
+<p>1er <i>février</i>.&mdash;-Bataille de la Rothière entre Napoléon et
+les deux armées alliées du prince de Schwartzenberg et du
+général Blucher; elle est perdue par Napoléon.</p>
+
+<p>3 <i>février</i>.&mdash;-Retraite de l'armée française sur Troyes.</p>
+
+<p>7 <i>février</i>.&mdash;-Retraite de l'armée française sur Nogent.</p>
+
+<p>8 <i>février</i>.&mdash;-Bataille du Mincio en Italie, gagnée par le
+prince vice-roi sur le général autrichien Bellegarde.</p>
+
+<p>9 <i>février</i>.&mdash;-Organisation de la garde nationale sédentaire
+de Paris.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Napoléon concentre ses forces à Sézanne.</p>
+
+<p>10 <i>février</i>:&mdash;-Combat de Champ-Aubert entre deux divisions
+de l'armée française et le corps d'armée alliée aux ordres
+du général russe Alsusiew; celui-ci est battu et fait
+prisonnier.</p>
+
+<p>11 <i>février</i>,&mdash;-Bataille de Montmirail; le général Blochet
+est battu à son tour.</p>
+
+<p>12 <i>février</i>.&mdash;-Combat de Château-Thierry a l'avantage
+des Français.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Autre combat de Vaux-Champ; le général
+Blucher est encore battu et obligé d'abandonner une partie de
+ses équipages pour s'échapper. L'armée de Silésie, qu'il commandait,
+est obligé de repasser la Marne.</p>
+
+<p>14 <i>février</i>.&mdash;-Combat de Soissons. Le général russe
+Wintzingerode s'empare de cette ville.</p>
+
+<p>15 <i>février</i>.&mdash;-Les maréchaux Macdonald, Victor et Oudinot
+concentrent leurs corps d'armée sur l'Hières, à cinq
+lieues de Paris.</p>
+
+<p>16 <i>février</i>.&mdash;-Napoléon, instruit des dangers que court la
+capitale, arrive à marche forcée sur Guignes; au secours des
+maréchaux menacés par le prince de Schwartzenberg.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Combats de Mormant et de Valzouan,
+perdus, le premier par les alliés, le second par le duc de Bellune.</p>
+
+<p>18 <i>février</i>.&mdash;-Bataille de Montereau, gagnée par l'empereur
+sur la grande armée alliée.</p>
+
+<p>22 <i>février</i>.&mdash;-Combat de Méry-sur-Seine, gagné par le
+duc de Reggio.</p>
+
+<p>23 <i>février</i>.&mdash;-Reprise de Troyes par l'armée française.</p>
+
+<p>24 <i>février</i>.&mdash;-Les souverains alliés font à Napoléon la
+demande d'un armistice, et consentent enfin à nommer des
+plénipotentiaires pour négocier de la paix au congrès de Châtillon.</p>
+
+<p>26 <i>février</i>,&mdash;-L'armée de Silésie du maréchal Blucher
+s'avance vers Paris par la vallée de la Marne.</p>
+
+<p>27 <i>février</i>.&mdash;-Combat de Meaux, gagné par le maréchal
+duc de Raguse.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Combats de Bar et de la Ferté, perdus
+par le maréchal Macdonald contre le prince de Schwartzenberg.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Bataille d'Orthez, perdue par le maréchal
+Soult.</p>
+
+<p>28 <i>février</i>.&mdash;-Combat de Gué-à-Trème, gagné contre
+le général Blucher par les maréchaux duc de Trévise et de
+Raguse. Blucher est obligé de suspendre sa marche sur
+Paris.</p>
+
+<p>1er <i>mars</i>.&mdash;-Combat de Lizy, gagné par les maréchaux
+Mortier et Marmont. Blucher est obligé de battre en retraite.</p>
+
+<p>2 <i>mars</i>.&mdash;-Napoléon marche sur les derrières de l'armée
+du général Blucher.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Combat de Bar-sur-Seine, perdu par le
+maréchal Macdonald.</p>
+
+<p>3 <i>mars</i>.&mdash;-Combat de Neuilly-Saint-Front; le maréchal
+Blucher, vaincu de nouveau, précipite sa retraite.</p>
+
+<p>4 <i>mars</i>.&mdash;-Combat de Saint-Parre, perdu par le maréchal
+Macdonald.</p>
+
+<p>5 <i>mars</i>.&mdash;-Reprise de Reims sur les alliés par le général
+Corbineau.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Secret qui appelle à l'armée six mille gardes
+nationaux de l'Aisne, et trois mille de la Marne.</p>
+
+<p>6 et 7 <i>mars</i>.&mdash;-Bataille de Craone, gagnée par l'empereur
+sur le maréchal Blucher.</p>
+
+<p>9 et 10 <i>mars</i>.&mdash;-Bataille de Laon livrée par Napoléon
+avec trente mille hommes contre cent mille; elle est perdue
+par lui.</p>
+
+<p>11 <i>mars</i>.&mdash;-Retraite de l'armée française sur Soissons.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Rupture des conférences tenues à Lusigny
+pour traiter d'un armistice.</p>
+
+<p>12 <i>mars</i>.&mdash;-Combat de Reims; le général comte de
+Saint-Priest, français qui servait dans les rangs ennemis
+contre sa patrie, y est tué.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Occupation de Bordeaux par les Anglo-Espagnols.</p>
+
+<p>14 <i>mars</i>.&mdash;-Poursuite des alliés sur Béry-au-Bac.</p>
+
+<p>16 <i>mars</i>.&mdash;-Retraite du maréchal Soult sur Tarbes.</p>
+
+<p>17 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur part de Reims, et fait avancer
+son armée sur l'Aube.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Retraite du maréchal Macdonald sur Provins.</p>
+
+<p>19 <i>mars</i>.&mdash;-Combat de Fère-Champenoise, gagné par
+l'empereur.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Rupture du congrès de Châtillon.</p>
+
+<p>20 <i>mars</i>.&mdash;-Bataille d'Arcis-sur-Aube, gagnée par Napoléon.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Bataille de Limonest entre le maréchal
+Augereau et le prince de Hesse-Hombourg; elle reste indécise.</p>
+
+<p>21 <i>mars</i>.&mdash;-Le maréchal Augereau évacue Lyon et se retire
+sur l'Isère.</p>
+
+<p>23 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur, avec ses principales forces,
+marche sur Saint-Dizier.</p>
+
+<p>25 <i>mars</i>.&mdash;-Double combat de Fère-Champenoise; les
+maréchaux ducs de Trévise et de Raguse sont battus.</p>
+
+<p>26 <i>mars</i>.&mdash;-Combat de Saint-Dizier; le général Wintzingerode
+est battu par Napoléon.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Combats de Sézanne et de Chailly, perdus
+par les maréchaux Mortier et Marmont.</p>
+
+<p>28 <i>mars</i>.&mdash;-L'impératrice Marie-Louise et le roi de Rome,
+suivis des ministres, etc., quittent Paris et se retirent à
+Blois.</p>
+
+<p>29 <i>mars</i>.&mdash;-Passage de la Marne par les deux armées réunies
+du maréchal Blucher et du prince de Schwartzenberg.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-L'empereur part de Troyes et court en
+poste sur Paris.</p>
+
+<p>30 <i>mars</i>.&mdash;-Bataille de Paris, perdue par le duc de Raguse.</p>
+
+<p>31 <i>mars</i>.&mdash;-Capitulation signée par le duc de Raguse;
+par ce seul fait il livre Paris et détruit le gouvernement impérial.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-L'empereur apprend à la Cour-de-France
+la capitulation qui livrait sa capitale à l'ennemi.</p>
+
+<p>1er <i>avril</i>.&mdash;-Occupation de Paris par les alliés.</p>
+
+<p>3 <i>avril</i>.&mdash;-Le sénat décrète la déchéance de Napoléon Bonaparte.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-L'empereur fait à Fontainebleau une première
+abdication en faveur de son fils sous la régence de l'impératrice
+Marie-Louise.</p>
+
+<p>4 <i>avril</i>.&mdash;-Sénatus-consulte qui délie le peuple français de
+son serment de fidélité envers Napoléon.</p>
+
+<p>7 <i>avril</i>.&mdash;-Ridicule constitution improvisée par le sénat.</p>
+
+<p>10 <i>avril</i>.&mdash;-Bataille de Toulouse entre le maréchal Soult
+et lord Wellington; elle reste indécise.</p>
+
+<p>11 <i>avril</i>.&mdash;-Traité conclu à Paris entre les puissances alliées
+et l'empereur Napoléon. Celui-ci obtient la souveraineté
+de l'île d'Elbe et deux millions de revenus payables par la
+France.</p>
+
+<p>19 <i>avril</i>.&mdash;-Entrevue de l'impératrice Marie-Louise et de
+l'empereur d'Autriche, son père, au château du Petit-Trianon,
+à Versailles.</p>
+
+<p>20 <i>avril</i>.&mdash;-Napoléon part de Fontainebleau pour se rendre
+à l'île d'Elbe.</p>
+
+<p>23 <i>avril</i>.&mdash;-Il arrive à Beaune.</p>
+
+<p>24 <i>avril</i>.&mdash;-Il rencontre près de Valence le maréchal Augereau;
+celui-ci insulte grossièrement son ancien bienfaiteur.</p>
+
+<p>25 <i>avril</i>.&mdash;-Napoléon arrive à Orange.</p>
+
+<p>26 <i>avril</i>.&mdash;-Il couche près de Luc dans la campagne de sa
+soeur Pauline Borghèse.</p>
+
+<p>27 <i>avril</i>.&mdash;-Il arrive à Fréjus.</p>
+
+<p>28 <i>avril</i>.&mdash;-Il s'embarque sur la frégate anglaise
+l'<i>Indomptée</i>.</p>
+
+<p>3 <i>mai</i>.&mdash;-Napoléon débarque à Porto-Ferrajo, prend possession
+de l'île d'Elbe, dernier débris de sa vaste domination.</p>
+
+<h4>1815.</h4>
+
+<p>26 <i>février</i>.&mdash;-Napoléon donne à sa garde l'ordre de se tenir
+prête à quitter l'île d'Elbe. À huit heures du soir il s'embarque
+lui-même sur le brick l'<i>Inconstant</i>, et s'écrie: <i>le sort
+en est jeté</i>! L'ordre est donné de voguer vers la France.</p>
+
+<p>27 <i>février</i>.&mdash;-Napoléon communique à sa garde le secret
+de l'expédition: <i>grenadiers</i>, leur dit-il, <i>nous allons en
+France, nous allons à Paris</i>.</p>
+
+<p>1er <i>mars</i>.&mdash;-Napoléon et sa petite troupe débarquent au
+golfe Juan à cinq heures du soir. C'est de là qu'il adresse
+à l'armée et au peuple français ces deux fameuses adresses
+qui firent voler le drapeau tricolore de clochers en clochers
+jusqu'à Notre-Dame; Napoléon y prenait le titre d'empereur,
+qui lui avait été conservé par le traité de Paris.</p>
+
+<p>3 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur couche au village de Cerenon, après
+avoir traversé sans obstacle Cannes et Grasse. Il avait fait,
+ainsi que sa garde, vingt lieues dans cette première journée.</p>
+
+<p>3 <i>mars</i>.&mdash;-Il arrive à Barème.</p>
+
+<p>4 <i>mars</i>.&mdash;-À Digne.</p>
+
+<p>5 <i>mars</i>.&mdash;-À Gap. Le général Cambronne, commandant
+l'avant-garde, s'empare de la forteresse de Sisteron.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-La nouvelle du débarquement de Napoléon,
+transmise par le télégraphe, arrive à Paris et répand
+la terreur et l'effroi.</p>
+
+<p>6 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur couche à Gap.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Ordonnance du roi, qui met à prix la tête
+de Napoléon, et ordonne à tout Français de lui courir sus.
+Autre ordonnance qui convoque extraordinairement la Chambre
+des pairs et celle des députés.&mdash;-Monsieur, comte d'Artois
+et le duc d'Orléans partent pour Lyon.</p>
+
+<p>8 <i>mars</i>.&mdash;-Napoléon est reçu dans la ville de Grenoble.
+Un détachement de soldats, qui gardait les approches de
+cette ville, avait refusé de laisser passer son avant-garde;
+Napoléon marche droit au détachement, suivi de sa garde,
+arme baissée: <i>Eh! quoi mes amis</i>, leur dit-il, <i>vous ne me
+reconnaissez pas. Je suis votre empereur; s'il est parmi vous
+un soldat qui veuille tuer son général, son empereur, il le
+peut; me voilà</i> (en effaçant sa poitrine).</p>
+
+<p>9 <i>mars</i>.&mdash;-Napoléon couche à Bourgoin.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Ordonnance du roi qui remet en activité
+tous les militaires en semestre, etc.</p>
+
+<p>10 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur est reçu à Lyon comme il l'avait
+été à Grenoble.</p>
+
+<p>11 et 12 <i>mars</i>.&mdash;-Napoléon séjourne à Lyon, et y rend
+plusieurs décrets par lesquels il dissolvait les chambres du
+roi et sa maison militaire, ordonnait aux émigrés rentrés
+à la suite du roi, de sortir de France dans un délai donné,
+abolissait la noblesse et les titres féodaux, convoquait les
+collèges électoraux en assemblée extraordinaire du Champ-de-Mai,
+etc., etc.</p>
+
+<p>13 <i>mars</i>.&mdash;-Napoléon couche à Mâcon.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Le prince de la Moscowa, maréchal Ney,
+prend le parti de l'empereur à Lons-le-Saulnier.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Déclaration des souverains alliés sur le retour
+de Napoléon en France.</p>
+
+<p>14 <i>mars</i>.&mdash;-Napoléon couche à Châlons.</p>
+
+<p>15 <i>mars</i>.&mdash;-À Autun.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Le roi et toute la famille royale prêtent
+serment de fidélité à la Charte au milieu des deux chambres
+convoquées extraordinairement.</p>
+
+<p>16 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur couche à Avalon.</p>
+
+<p>17 <i>mars</i>.&mdash;-Il arrive à Auxerre.</p>
+
+<p>19 <i>mars</i>.&mdash;-Il quitte Auxerre pour se rendre a Fontainebleau.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>,&mdash;-Le roi et toute la famille royale quittent
+Paris au milieu de la nuit.</p>
+
+<p>20 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur arrive le matin à Fontainebleau;
+le soir, à neuf heures, il fait son entrée dans la capitale.</p>
+
+<p>21 <i>mars</i>.&mdash;-Napoléon passe en revue les troupes présentes
+à Paris, et dans la harangue qu'il prononce dans cette circonstance,
+il s'attache à flatter également le peuple et le soldat.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Il nomme les différens ministres.</p>
+
+<p>21 <i>mars</i>.&mdash;-L'empereur reçoit les diverses autorités: par
+l'effet de cette versatilité de l'esprit, qui ne justifie que trop
+le mépris de Napoléon pour les hommes, la plupart de ceux
+qui l'avant-veille avaient encore juré de rester fidèles au roi,
+venaient féliciter l'empereur sur son heureux retour.</p>
+
+<p>24 <i>mars</i>.&mdash;-Décret qui supprime la censure, les censeurs
+et la direction de la librairie.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Arrivée à Paris de Joseph Bonaparte, frère
+de l'empereur.</p>
+
+<p>25 <i>mars</i>.&mdash;-Traité de Vienne, par lequel les puissances alliées
+s'engagent à ne point déposer les armes tant que Napoléon
+serait sur le trône de France.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Décret de Napoléon, qui ordonne aux ministres
+et officiers civils et militaires de la maison du roi et de
+celles des princes, ainsi qu'aux chefs des Chouans, des Vendéens
+et des volontaires royaux, de s'éloigner à trente lieues
+de Paris.</p>
+
+<p>26 <i>mars</i>.&mdash;-Grande réception aux Tuileries. L'empereur
+prononce un discours où l'on remarque ce passage. <i>Tout a la
+nation, et tout pour la France; voilà ma devise</i>.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Déclaration du conseil-d'état, tendant à
+prouver la nullité de l'abdication de Fontainebleau.</p>
+
+<p>27 <i>mars</i>.&mdash;-Grande revue aux Tuileries. L'empereur annonce
+lui-même aux troupes que le roi et toute la famille
+royale ont quitté le territoire français.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Adresse des ministres à l'empereur.</p>
+
+<p>29 <i>mars</i>.&mdash;-Déclaration du conseil d'état en réponse à
+celle des puissances alliées du 13.</p>
+
+<p>30 <i>mars</i>,&mdash;-Circulaire du ministre des relations extérieures,
+Caulaincourt, duc de Vicence, aux ambassadeurs,
+ministres, et autres agens de France à l'extérieur.</p>
+
+<p>31 <i>mars</i>.&mdash;-Joachim Murat, roi de Naples, se déclare
+pour son beau-frère Napoléon, et appelle les Italiens à l'indépendance.</p>
+
+<p>1er <i>avril</i>.&mdash;-Décrets qui annulent les ordonnances du roi,
+relatives aux théâtres, au Conservatoire, à l'Hôtel des Invalides,
+etc.</p>
+
+<p>2 <i>avril</i>.&mdash;-Décret portant abolition de la traite des Nègres,
+&mdash;-Napoléon reçoit l'Institut aux Tuileries.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-La duchesse d'Angoulême est contrainte de
+quitter Bordeaux.</p>
+
+<p>3 <i>avril</i>.&mdash;-Le général Clausel prend possession de Bordeaux
+au nom de l'empereur, et fait arborer la cocarde tricolore
+dans cette ville.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Lettre de l'empereur aux divers souverains
+d'Europe.</p>
+
+<p>4 <i>avril</i>.&mdash;-Lettre du ministre de la police générale à tous
+les préfets de l'Empire.</p>
+
+<p>7 <i>avril</i>.&mdash;-Décret impérial concernant la garde nationale,&mdash;-Autre, sur une nouvelle organisation de la police générale.</p>
+
+<p>8 <i>avril</i>.&mdash;-Convention signée au Pont St.-Esprit, entre le
+duc d'Angoulême et le général Grouchy. Le prince consent
+à être conduit à Cette, pour s'y embarquer.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Décret impérial relatif à la famille des
+Bourbons.</p>
+
+<p>10 <i>avril</i>.&mdash;-Décret impérial qui élève à la dignité de maréchal
+d'empire les généraux Grouchy, Bertrand, Drouot,
+d'Erlon, Belliard et Gérard.</p>
+
+<p>11 <i>avril</i>.&mdash;-Décret qui ordonne que tout fonctionnaire
+civil et militaire renouvellera le serment de fidélité à l'empereur.</p>
+
+<p>15 <i>avril</i>.&mdash;-Rapport du ministre des relations extérieures
+à l'empereur sur les dispositions hostiles des puissances, sur
+la rupture des communications entre elles et l'empire français.</p>
+
+<p>16 <i>avril</i>.&mdash;-Autre rapport du ministre de la police générale
+à l'empereur, sur la situation intérieure de la France, et
+circulaire du même aux préfets.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Décret portant que l'assemblée du Champ-de-Mai,
+convoquée pour le 26 du mois suivant, sera composée
+des membres de tous tes collèges électoraux des départemens
+et d'arrondissemens de l'empire, et des députations
+nommées par tous les corps d'armée de terre et de mer.
+Autre décret pour l'organisation d'un ou plusieurs corps
+francs par département.&mdash;-Autre, qui augmente de douze
+membres la classe des beaux-arts (4° de l'Institut.)</p>
+
+<p>22 <i>avril</i>.&mdash;-Promulgation de l'acte additionnel aux constitutions
+de l'empire.</p>
+
+<p>30 <i>avril</i>.&mdash;-Décret sur le renouvellement des autorités
+municipales.</p>
+
+<p>6 <i>mai</i>,&mdash;-Lettre du ministre de la guerre aux préfets.</p>
+
+<p>7 <i>mai</i>.&mdash;-Nouveau rapport du ministre de la policé générale
+sur la situation de l'empire.</p>
+
+<p>9 <i>mai</i>.&mdash;-Décret de Napoléon sur le rapport ci-dessus.</p>
+
+<p>10 <i>mai</i>.&mdash;-Arrivée a Paris du prince Lucien Bonaparte,
+frère de l'empereur.</p>
+
+<p>24 <i>mai</i>.&mdash;-Présentation des confédérés de Paris à l'empereur.</p>
+
+<p>28 <i>mai</i>.&mdash;-Pacte fédératif des Parisiens.</p>
+
+<p>1er <i>juin</i>.&mdash;-Solennité du Champ-de-Mai au Champ-de-Mars.
+L'empereur y fait un discours et distribue les aigles
+impériales à l'armée et à la garde nationale. D'après le recensement
+des votes émis a Paris et dans les départemens, l'acte
+additionnel du 22 avril est proclamé <i>constitution de l'état</i>.</p>
+
+<p>3 <i>juin</i>.&mdash;-Ouverture des deux chambres (des pairs et des
+représentans). M. Lanjuinais est nommé par l'empereur président
+de la chambre des représentans.</p>
+
+<p>4 <i>juin</i>.&mdash;-Grandes fêtes et réjouissances publiques à Paris
+pour célébrer l'acceptation de l'acte additionnel aux constitutions
+de l'empire.</p>
+
+<p>5 <i>juin</i>.&mdash;-Le président de la chambre des pairs, Cambacérès,
+donne communication à la chambre des représentans
+du décret de l'empereur contenant la nomination des pairs de
+France.</p>
+
+<p>7 <i>juin</i>.&mdash;-Ouverture solennelle de la session législative
+par l'empereur.</p>
+
+<p>10 <i>juin</i>.&mdash;-Déclaration par laquelle la Suisse annonce qu'elle
+accède au système de confédération des puissances contre Napoléon.</p>
+
+<p>11 <i>juin</i>.&mdash;-L'empereur reçoit les adresses des deux chambres
+des pairs et des représentans. Dans sa réponse, il annonce
+son départ pour l'armée dans la nuit suivante.</p>
+
+<p>12 <i>juin</i>.&mdash;-Napoléon quitte Paris à trois heures du matin.</p>
+
+<p>13 <i>juin</i>.&mdash;-Il arrive à Avesnes.</p>
+
+<p>14 <i>juin</i>.&mdash;-Proclamation de l'empereur à l'armée.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Rapport des deux chambres sur la situation
+de l'empire, présenté par le ministre de l'intérieur Carnot.</p>
+
+<p>15 <i>juin</i>.&mdash;-Combat de Fleurus, gagné par l'armée française.</p>
+
+<p>16 <i>juin</i>.&mdash;-Bataille de Ligny ou des Quatre-Bras, gagnée
+par l'armée française. Les Prussiens perdent 20,000 hommes.</p>
+
+<p>17 <i>juin</i>.&mdash;-Quartier-général de l'empereur à la ferme du
+Caillou, près Planchenois.</p>
+
+<p>18 <i>juin</i>.&mdash;-Bataille de Mont-Saint-Jean ou de Waterloo,
+perdue par l'armée française.</p>
+
+<p>21 <i>juin</i>.&mdash;-Retour de l'empereur à Paris. La chambre des
+représentans se déclare en permanence, et exprime des sentimens
+hostiles contre l'empereur.</p>
+
+<p>22 <i>juin</i>.&mdash;-Seconde abdication de l'empereur en faveur de
+son fils, Napoléon II.</p>
+
+<p>23 <i>juin</i>.&mdash;-Les deux chambres nomment une commission
+de gouvernement, composée de Fouché, duc d'Otrante, président;
+Carnot, Caulaincourt, Quinette et le général Grenier.</p>
+
+<p>25 <i>juin</i>.&mdash;-Napoléon se retire a la Malmaison, ancienne
+résidence de sa première épouse, Joséphine. Il adresse de là
+une proclamation à l'armée devant Paris.</p>
+
+<p>26 <i>juin</i>.&mdash;-Fouché, président de la commission de gouvernement,
+sous prétexte de protéger la sûreté de Napoléon,
+mais réellement pour rester maître de sa personne, envoie à
+la Malmaison une garde commandée par le général Becker.</p>
+
+<p>27 <i>juin</i>.&mdash;-Napoléon, apprenant l'approche des armées
+prussienne et anglaise, écrit à la commission de gouvernement,
+et demande à servir en sa qualité de général contre les
+ennemis de la patrie.</p>
+
+<p>29 <i>juin</i>.&mdash;-Napoléon quitte la Malmaison pour se rendre
+à Rochefort.</p>
+
+<p>3 <i>juillet</i>.&mdash;-Capitulation de Paris.</p>
+
+<p>8 <i>juillet</i>.&mdash;-Arrivée de Napoléon à Rochefort.</p>
+
+<p><i>Même jour</i>.&mdash;-Rentrée de S. M, Louis XVIII à Paris.</p>
+
+<p>13 <i>juillet</i>.&mdash;-Napoléon écrit de Rochefort au prince-régent
+d'Angleterre, pour le prévenir que: «<i>comme Thémistocle,
+il vient s'asseoir aux foyers du peuple britannique</i>.»</p>
+
+<p>15 <i>juillet</i>.&mdash;-Napoléon s'embarque sur le brick l'<i>Épervier</i>,
+dans le dessein de se rendre sur le vaisseau anglais le <i>Bellerophon</i>.
+Au moment d'aborder, il s'aperçoit que le général
+Becker le suivait: «<i>Retirez-vous, général</i>, lui dit-il, <i>je
+ne veux pas qu'on puisse croire qu'un Français est venu
+me livrer à mes ennemis</i>.»</p>
+
+<p><i>16 juillet</i>.&mdash;Il fait voile vers l'Angleterre.</p>
+
+<p><i>4 août</i>.&mdash;Protestation de Napoléon contre la conduite de
+l'Angleterre à son égard.</p>
+
+<p><i>8 août</i>.&mdash;Lord Keith apporte à Napoléon l'ordre du gouvernement
+anglais de le transférer à Sainte-Hélène.</p>
+
+<p><i>10 août</i>. Napoléon est embarqué sur <i>le Northumberland</i>.</p>
+
+<p><i>11 août</i>.&mdash;Il quitte le canal de la Manche. En passant à
+la hauteur du cap de la Hogue, Napoléon reconnut les côtes
+de France; il les salua aussitôt, et étendant ses mains vers le
+rivage, il s'écria d'une voix profondément émue: <i>Adieu,
+terre des braves! Adieu, chère France! Quelques traîtres de
+moins, et tu serais encore la grande nation et la maîtresse
+du monde!</i> Ces adieux de Napoléon à la terre qu'il avait illustrée
+devaient être les derniers.</p>
+
+<p><i>18 octobre</i>.&mdash;Napoléon débarque à l'île Sainte-Hélène<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Footnote 7:</b><a href="#footnotetag7"> (return) </a> Avec le comte Bertrand, le général Gourgaud, les comtes Montholon et
+Las-Cases, la comtesse Montholon, la comtesse Bertrand et les enfans de ces
+deux dernières.</blockquote>
+
+<h4>1816.</h4>
+
+<p><i>11 décembre</i>.&mdash;Lettre de Napoléon au comte de Las-Cases,
+au moment où celui-ci était forcé de quitter l'île Sainte-Hélène.</p>
+
+
+<h4>1818.</h4>
+
+<p><i>25 juillet</i>.&mdash;On le prive de M. Barry E. O'Méara, médecin
+anglais qui avait mérité son affection.</p>
+
+
+<h4>1821.</h4>
+
+<p><i>15 mars</i>.&mdash;Napoléon tombe dangereusement malade.</p>
+
+<p><i>31 mars</i>.&mdash;Il est obligé, par sa maladie, de rester au lit.</p>
+
+
+
+<p>15 <i>avril</i>.&mdash;-Il fait mettre au pied de son lit le buste de
+son fils.</p>
+
+<p>5 <i>mai</i>.&mdash;-À sept heures du matin l'homme du siècle
+expire....... Ses derniers mots furent: «<i>Mon fils! Dieu
+protège la France!</i>»</p>
+
+<p>6 <i>mai</i>.&mdash;-Les médecins anglais font l'ouverture du corps
+de Napoléon, et déclarent que Napoléon est mort d'un cancer
+à l'estomac. On remarque que le procès-verbal d'ouverture
+n'est pas signé du docteur Antommarchi, médecin particulier
+de Napoléon.</p>
+
+<p>8 <i>mai</i>.&mdash;-Funérailles de Napoléon. Ses restes sont déposés
+dans une petite vallée de Sainte-Hélène, au pied d'un saule
+et auprès d'une source où cet illustre proscrit venait souvent
+se désaltérer, et sans doute méditer sur ses grandes destinées.</p>
+
+<p>26 <i>juillet</i>.&mdash;-Les habitans du village de Kostheim, à une
+demi-lieue de Mayence, que Napoléon avait exemptés d'impositions
+pendant quinze ans, dans le temps de ses prospérités,
+font célébrer par leur curé un service funèbre en l'honneur
+de leur bienfaiteur.</p>
+<br><br><br>
+<h4>OEUVRES</h4>
+
+<h3>DE NAPOLÉON</h3>
+
+<h4>BONAPARTE.</h4>
+<hr>
+
+
+
+<br><br>
+
+<h4>PREMIÈRE CAMPAGNE D'ITALIE.</h4>
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 8 germinal an 4 (28 mars 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je suis, depuis plusieurs jours, dans l'enceinte de l'armée
+dont j'ai pris depuis hier le commandement.</p>
+
+<p>Je dois vous rendre compte de trois choses essentielles:
+1°. des départemens de Vaucluse, des Bouches du-Rhône,
+du Var et des Basses-Alpes; 2°. de la situation de l'armée,
+de ce que j'ai fait et de ce que j'espère; 3°. de notre position
+politique avec Gênes.</p>
+
+<p>Les quatre départemens de l'arrondissement de l'armée
+n'ont payé ni emprunt forcé, ni contributions en grains, ni
+effectué le versement des fourrages exigé par la loi du 7 vendémiaire,
+ni commencé à fournir le troisième cheval. Il y a
+beaucoup de lenteur dans la marche de ces administrations;
+je leur ai écrit, je les ai vues, et l'on m'a fait espérer quelque
+activité sur des objets aussi essentiels à l'armée.</p>
+
+<p>La situation administrative de l'armée est fâcheuse, mais
+elle n'est pas désespérante. L'année mangera dorénavant du
+bon pain et aura de la viande, et déjà elle a touché quelques
+avances sur son prêt arriéré.</p>
+
+<p>Les étapes pour la route du Rhône et du Var sont approvisionnées,
+et, depuis cinq jours, ma cavalerie, mes charrois
+et mon artillerie sont en mouvement. Je marcherai sous peu
+de temps. Un bataillon s'est mutiné; il n'a pas voulu partir
+de Nice, sous prétexte qu'il n'avait ni souliers, ni argent;
+j'ai fait arrêter tous les grenadiers, j'ai fait partir le bataillon,
+et, quand il a été au milieu de Nice, je lui ai envoyé
+contre-ordre et je l'ai fait passer sur les derrières. Mon intention est
+de congédier ce corps, et d'incorporer les soldats dans les
+autres bataillons, les officiers n'ayant pas montré assez de
+zèle. Ce bataillon n'est que de deux cents hommes; il est
+connu par son esprit de mutinerie.</p>
+
+<p>J'ai été reçu à cette armée avec confiance; j'ai particulièrement
+été satisfait de l'accueil du général Schérer; il a
+acquis, par sa conduite loyale et son empressement à me
+donner tous les renseignemens qui peuvent m'être utiles, des
+droits à ma reconnaissance. Sa santé paraît effectivement un
+peu délabrée. Il joint à une grande facilité de parler des
+connaissances morales et militaires, qui peut-être le rendront
+utile dans quelque emploi essentiel.</p>
+
+<p>Notre position avec Gênes est très-critique; on se conduit
+très-mal, on a trop fait ou pas assez, mais heureusement cela
+n'aura pas d'autre suite.</p>
+
+<p>Le gouvernement de Gênes a plus de génie et plus de force
+que l'on ne croit; il n'y a que deux partis avec lui: prendre
+Gênes par un coup de main prompt, mais cela est contraire
+à vos intentions et au droit des gens; ou bien vivre en bonne
+amitié, et ne pas chercher à leur tirer leur argent, qui est la
+seule chose qu'ils estiment.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Nice; le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Le troisième bataillon de la vingt-neuvième demi-brigade
+s'est rendu coupable de désobéissance; il s'est déshonoré par
+son esprit de mutinerie en refusant de marcher aux divisions
+actives; les officiers se sont mal conduits; le commandant,
+capitaine Duverney, a montré de mauvaises intentions. Vous
+voudrez bien faire arrêter le citoyen Duverney, et le faire
+traduire devant un conseil militaire à Toulon, où vous adresserez
+la plainte qui sera portée par le commandant de la
+place.</p>
+
+<p>Vous ferez traduire devant un conseil militaire, à Nice,
+les grenadiers accusés d'être les auteurs de la mutinerie. Vous
+ferez sortir les autres grenadiers, que vous distribuerez, cinq
+hommes par cinq hommes, dans les bataillons de l'armée.</p>
+
+<p>Les officiers et sous-officiers n'ayant pas donné l'exemple
+de partir, et étant restés dans les rangs sans parler, sont tous
+coupables; ils seront sur-le-champ licenciés et renvoyés chez
+eux.</p>
+
+<p>Les soldats du bataillon seront incorporés à Marseille,
+avec la quatre-vingt-troisième demi-brigade. La présente
+lettre sera mise à l'ordre de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Je vous ai écrit ce matin relativement aux officiers du troisième
+bataillon de la vingt-neuvième demi-brigade. Les officiers
+des grenadiers de ce corps se sont bien conduits; je vous
+prie d'en faire mention à l'ordre, de prendre, de votre côté,
+des renseignemens sur la conduite générale de tous les officiers
+et sous-officiers de ce corps, de vouloir me faire part
+du résultat de vos recherches, et de me proposer un mode
+pour pouvoir placer ceux qui n'ont pris aucune part à la
+mutinerie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Le général Mouret commandera depuis la rivière d'Argent
+à Bandole, ensuite les limites des départemens des Basses-Alpes
+et du Var. Les cantons de Colmar et d'Entrevaux,
+seuls, ne seront pas de sa division. Le général Barbantane
+commandera depuis Bandole jusqu'au Rhône; son commandement
+s'étendra dans les départemens des Bouches-du-Rhône
+et de Vaucluse.</p>
+
+<p>Le général Mouret aura sous ses ordres le général de brigade Gardanne.</p>
+
+<p>Le général Barbantane aura sous ses ordres les généraux
+Serviez et Verne.</p>
+
+<p>Le général Despinois se rendra au quartier-général.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>La cavalerie sera partagée en deux divisions.</p>
+
+<p>La première sera composée du premier régiment d'hussards,
+du dixième de chasseurs, du vingt-deuxième de chasseurs,
+du vingt-cinquième de chasseurs, du cinquième de
+dragons, du vingtième de dragons.</p>
+
+<p>Le premier régiment d'hussards ira par Menton, Saint-Remo,
+Oneille, Albenga, et se rendra à Toirano. Le dixième
+de chasseurs ira à Allenga; le vingt-deuxième de chasseurs
+suivra les mêmes étapes; deux escadrons se rendront à la
+Pietra et les deux autres iront à Loano.</p>
+
+<p>Le vingt-cinquième de chasseurs prendra aussi la même
+route; deux escadrons iront à Borghe et deux autres à Cariale;
+le cinquième de dragons restera à Albenga; le vingtième
+de dragons ira à Alesio. La seconde division sera composée
+du septième régiment d'hussards, qui se rendra à la
+Pietra; il partira de Nice le 10 germinal; du treizième de
+hussards, qui se rendra à Loano; du vingt-quatrième de
+chasseurs, qui ira à Oneille; du huitième de dragons, qui
+ira au port Maurice; du quinzième de dragons, qui se rendra
+à Ormea.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez au général de brigade Saint-Hilaire de
+parcourir les villes destinées à la première division de la cavalerie,
+et de vous rendre compte s'il y a des écuries en assez
+grand nombre pour loger les chevaux.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez au général Serrurier d'envoyer un général
+de brigade faire la visite des villages où doit loger la
+seconde division. Vous recommanderez à ces généraux de
+mettre de la discrétion dans cette visite, et de ne rien faire
+qui puisse déclarer notre projet.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 10 germinal an 4 (30 mars 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>On donnera de la viande fraîche cinq fois par décade; les
+bataillons qui ont pris aujourd'hui de la viande salée auront
+demain de la viande fraîche, et ceux qui ont eu de la viande
+fraîche auront du salé.</p>
+
+<p>Les administrations de l'armée et les ateliers d'ouvriers
+prendront la viande tous ensemble.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 21 germinal an 4 (31 mars 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major</i></p>
+
+<p>Le général en chef est instruit que plusieurs commissaires
+des guerres et officiers ont, dans des caisses, des sommes
+provenant de différentes ventes, des contributions et des
+revenus des pays conquis. Cela étant contraire au bien du service,
+à l'ordre et à la constitution, il ordonne que ces différentes
+sommes soient remises, sans délai, dans la caisse du
+payeur de l'armée ou de ses préposés, afin qu'il en soit disposé,
+sur des ordonnances de l'ordonnateur en chef, pour le
+bien du service et pour procurer au soldat ce qui lui est dû.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 12 germinal an 4 (1er avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Il y aura trois divisions de la côte: la première division,
+comprendra depuis le Rhône à Bandole, et les départemens
+de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône; elle sera commandée
+par le général Barbantane.</p>
+
+<p>La deuxième division sera commandée par le général
+Mouret, et comprendra depuis Bandole à la rivière d'Argent.</p>
+
+<p>La troisième division comprendra depuis la rivière d'Argent
+jusqu'à Vintimiglia, et sera commandée par le général
+Casabianca.</p>
+
+<p>Le général Stengel commandera la cavalerie de l'armée.</p>
+
+<p>Le général Kilmaine commandera une des divisions de
+l'armée.</p>
+
+<p>Le général Dujar commandera l'artillerie.</p>
+
+<p>Le citoyen Sugny, chef de brigade d'artillerie, sera chef
+de l'état-major de cette arme.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Albenga, le 16 germinal an 4 (5 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien faire réunir une commission militaire
+pour y juger l'émigré Moulin, pris à Ormea, et transféré à
+Nice par ordre du général Serrurier.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Albenga, le 17 germinal an 4 (6 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai transporté le quartier-général à Albenga. Le mouvement
+que j'ai trouvé commencé contre Gênes a tiré l'ennemi
+de ses quartiers d'hiver; il a passé le Pô, et a avancé des
+avant-postes à Dey, en suivant la Bormida et la Bocchetta,
+laissant Gavi derrière lui. Beaulieu a publié un manifeste,
+que je vous envoie, et auquel je répondrai le lendemain de
+la bataille. J'ai été très-fâché et extrêmement mécontent de
+ce mouvement sur Gênes, d'autant plus déplacé, qu'il a
+obligé cette république à prendre une attitude hostile, et a
+réveillé l'ennemi que j'aurais pris tranquille: ce sont des
+hommes de plus qu'il nous en coûtera.</p>
+
+<p>Le roi de Sardaigne se donne de son côté le plus grand
+mouvement; il a fait une réquisition de jeunes gens depuis
+quinze ans.</p>
+
+<p>J'ai trouvé à Oneille des marbres, qui sont évalués quelque
+argent; j'ai ordonné qu'on en fit l'estimation, et qu'on les
+mît à l'enchère dans la rivière de Gênes: cela pourra nous
+donner une somme de trente à quarante mille livres.</p>
+
+<p>La maison Flachat qui a l'entreprise des grains, et la
+maison Collot, qui a la viande, se conduisent bien: ils nous
+donnent de très-bons grains, et le soldat commence à avoir
+de la viande fraîche.</p>
+
+<p>L'armée est dans un dénuement à faire peur; j'ai encore
+de grands obstacles à surmonter, mais ils sont surmontables:
+la misère y a autorisé l'indiscipline, et sans discipline point
+de victoire. J'espère que cela s'arrangera promptement, déjà
+tout change de face; sous peu de jours nous en serons aux
+mains.</p>
+
+<p>J'ai fait faire avant-hier une reconnaissance vers Cairo;
+les avant-postes des ennemis ont été culbutés, nous avons
+fait quelques prisonniers.</p>
+
+<p>L'armée piémontaise est forte de cinquante mille hommes
+d'infanterie et de cinq mille de cavalerie; je n'ai de disponible
+que quarante-cinq mille hommes, tout compris. On m'a retenu
+beaucoup de troupes sur les derrières, et au-delà du
+Rhône.</p>
+
+<p>Chauvet, ordonnateur en chef, est mort à Gênes: c'est
+une perte réelle pour l'armée; il était actif, entreprenant.
+L'armée a donné une larme à sa mémoire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Albenga, le 19 germinal an 4 (8 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu une lettre que m'a écrite le général Colli, qui
+commande l'armée du roi de Sardaigne, j'espère que la réponse
+que je lui ai faite (<i>Voy</i>. pag. 13) sera conforme à vos
+intentions. La trésorerie nous envoie souvent des lettres de
+change, qui sont protestées: une de 162,800 liv., qui était
+sur Cadix, vient de l'être; ce qui augmente nos embarras.</p>
+
+<p>J'ai trouvé cette armée, non-seulement dénuée de tout,
+mais sans discipline, dans une insubordination perpétuelle.
+Le mécontentement était tel, que les malveillans s'en étaient
+emparés: l'on avait formé une compagnie du <i>Dauphin</i>, et
+l'on chantait des chansons contre-révolutionnaires. J'ai fait
+traduire à un conseil militaire deux officiers prévenus d'avoir
+crié <i>Vive le roi</i>. Je suppose que la mission du citoyen Moulin,
+comme parlementaire, était relative à des trames de cette
+nature, dont je cherche le fil avec opiniâtreté. Soyez sûr que
+la paix et l'ordre s'y rétabliront; tout se prépare ici. Je viens
+de faire occuper la position importante de....</p>
+
+<p>Lorsque vous lirez cette lettre, nous nous serons déjà battus.
+La trésorerie n'a pas tenu parole: au lieu de 500,000 liv.,
+elle n'en a envoyé que 300,000, et nous n'avons pas entendu
+parler d'une somme de 600,000, qui nous était annoncée;
+mais, malgré tout cela, nous irons.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Lascar, le 26 germinal an 4 (15 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte que la campagne avait été ouverte
+le 20 mars, et de la victoire signalée que l'armée d'Italie a
+remportée aux champs de Montenotte:<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a> j'ai aujourd'hui à
+vous rendre compte de la bataille de Millesime.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Footnote 8:</b><a href="#footnotetag8"> (return) </a> Cette lettre, où Bonaparte rendait compte de la
+bataille de Montennote, ne s'est pas retrouvée.</blockquote>
+
+<p>Après la bataille de Montenotte, je transportai mon
+quartier-général à Lascar; j'ordonnai au général divisionnaire de
+se porter sur Santa-Zello, pour menacer d'enlever les huit
+bataillons que l'ennemi avait dans cette ville, et de se porter
+le lendemain, par une marche cachée et rapide, dans la ville
+de Cairo. Le général Masséna se porta, avec sa division, sur
+les hauteurs de Dego; le général divisionnaire Augereau,
+qui était en marche depuis deux jours, attaqua, avec les
+soixante-neuvième et trente-neuvième demi-brigades, dans
+la plaine de Lascar; le général de brigade Ménard occupa
+les hauteurs de Biestros; le général de brigade Joubert, avec
+la première brigade d'infanterie légère, occupa la position
+intéressante de Sainte-Marguerite.</p>
+
+<p>Le 21, à la pointe du jour, le général Augereau, avec sa
+division, force les gorges de Millésimo, tandis que les généraux
+Ménard et Joubert chassent l'ennemi de toutes les positions
+environnantes, enveloppent, par une manoeuvre
+prompte et hardie, un corps de quinze cents grenadiers autrichiens,
+à la tête desquels se trouvait le général Provera,
+chevalier de l'ordre de Marie-Thérèse, qui, loin de poser
+les armes et de se rendre prisonnier de guerre, se retira sur le
+sommet de la montagne de Cossaria, et se retrancha dans les
+ruines d'un vieux château, extrêmement fort par sa position.</p>
+
+<p>Le général Augereau fit avancer son artillerie, on, se canonna
+pendant plusieurs heures, A onze heures du matin,
+ennuyé de voir ma marche arrêtée par une poignée d'hommes,
+je fis sommer le général Provera de se rendre: le général
+Provera demanda à me parler; mais une canonnade vive
+qui s'engageait vers ma droite m'engagea à m'y transporter,
+Il parlementa avec le général Augereau pendant plusieurs
+heures; mais les conditions qu'il voulait n'étant pas raisonnables,
+le général Augereau fit former quatre colonnes, et
+marcha sur le château de Cossaria, Déjà l'intrépide général
+Joubert, grenadier pour le courage, et bon général par ses
+connaissances et ses talens militaires, avait passé avec sept
+hommes dans les retranchemens ennemis; mais, blessé à la
+tête, il fut renversé par terre; ses soldats le crurent mort,
+et le mouvement de sa colonne se ralentit. Sa blessure n'est
+pas dangereuse.</p>
+
+<p>La seconde colonne, commandée par le général Bonel,
+marchait avec un silence morne et l'arme au bras, lorsque ce
+brave général fut tué au pied des retranchemens ennemis.</p>
+
+<p>La troisième colonne, commandée par l'adjudant-général
+Guérin, fut également déconcertée dans sa marche, une balle
+ayant tué cet officier général. Toute l'armée a vivement regretté
+la perte de ces deux braves officiers.</p>
+
+<p>La nuit, qui arriva sur ces entrefaites, me fit craindre que
+l'ennemi ne cherchât à se faire jour l'épée à la main. Je fis
+réunir tous les bataillons, et je fis faire des épaulemens en
+tonneaux, et des barrures d'obusiers, à demi-portée de fusil.</p>
+
+<p>Le 25, à la pointe du jour, l'armée sarde et autrichienne
+et l'armée française se trouvèrent en présence; ma gauche,
+commandée par le général Augereau, tenait bloqué le général
+Provera. Plusieurs régimens ennemis, où se trouvait entre
+autres le régiment Beljioso, essayèrent de percer mon
+centre. Le général de brigade Ménard les repoussa vivement,
+je lui ordonnai aussitôt de se replier sur ma droite;
+et, avant une heure après midi, le général Masséna déborda
+la gauche de l'ennemi, qui occupait, avec de forts retranchemens
+et de vigoureuses batteries, le village de Dego. Nous
+poussâmes nos troupes légères jusqu'au chemin de Dego a
+Spino. Le général Laharpe marcha avec sa division sur trois
+colonnes serrées en masse; celle de gauche, commandée par
+le général Causse, passa la Bormida sous le feu de l'ennemi,
+ayant de l'eau jusqu'au milieu du corps, et attaqua l'aile
+gauche de l'ennemi, par la droite. Le général Servoni, à la
+tête de la deuxième colonne, traversa aussi la Bormida sous
+la protection d'une de nos batteries, et marcha droit à l'ennemi.
+La troisième colonne, commandée par l'adjudant-général
+Boyer, tourna un ravin, et coupa la retraite à l'ennemi.</p>
+
+<p>Tous ces travaux, secondés par l'intrépidité des troupes
+et les talens des différens généraux, remplirent le but qu'on
+en attendait. Le sang-froid est le résultat du courage, et le
+courage est l'apanage des Français.</p>
+
+<p>L'ennemi, enveloppé de tous les côtés, n'eut pas le temps
+de capituler; nos colonnes y semèrent la mort, l'épouvante
+et la fuite.</p>
+
+<p>Pendant que, sur notre droite, nous faisions les dispositions
+pour l'attaque de la gauche de l'ennemi, le général
+Provera, avec le corps de troupes qu'il commandait à Cossaria,
+se rendit prisonnier de guerre.</p>
+
+<p>Nos troupes s'acharnèrent de tous les côtés a la poursuite
+de l'ennemi. Le général Laharpe se mit à la tète de quatre
+escadrons de cavalerie, et le poursuivit vivement.</p>
+
+<p>Nous avons, dans cette journée, fait de sept à neuf mille
+prisonniers, parmi lesquels un lieutenant-général, vingt ou
+trente colonels ou lieutenans-colonels, et, presque entiers,
+les régimens suivans:</p>
+
+<p>Corps francs: trois compagnies de Croates; les bataillons
+de Peregrine, Stein, Vilhelm, Schroeder, Teutesch;</p>
+
+<p>Quatre compagnies d'artillerie; plusieurs officiers supérieurs
+du génie, au service de l'empereur; les régimens de
+Montferrat, de la Marine, de Suze, et quatre compagnies de
+grenadiers au service du roi de Sardaigne;</p>
+
+<p>Vingt-deux pièces de canon, avec les caissons et tous les
+attelages, et quinze drapeaux.</p>
+
+<p>L'ennemi a eu de deux mille à deux mille cinq cents hommes
+tués, parmi lesquels un colonel, aide-de-camp du roi de
+Sardaigne.</p>
+
+<p>Le citoyen Riez, aide-de-camp du général Masséna, a eu
+son cheval tué sous lui, et le fils du général Laharpe a eu
+son cheval blessé.</p>
+
+<p>Je vous ferai part, le plus tôt qu'il me sera possible, et
+lorsque j'aurai reçu les rapports, des détails de cette affaire
+glorieuse, et des hommes qui s'y sont particulièrement distingués.</p>
+
+<p>Je vous demande le grade de général de brigade pour le
+citoyen Rampon, chef de la vingt-unième demi-brigade.</p>
+
+<p>Le chef de la vingt-neuvième ayant été tué, j'ai nommé
+pour le remplacer le citoyen Lannes, chef de brigade à la suite.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Carru, le 5 floréal an 4 (24 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Le général en chef de l'armée d'Italie au général Colli,
+commandant en chef l'armée du roi de Sardaigne.</i></p>
+
+<p>Le directoire exécutif, monsieur, s'est réservé le droit de
+traiter de la paix: il faut donc que les plénipotentiaires du roi
+votre maître se rendent à Paris, ou attendent à Gènes les
+plénipotentiaires que le gouvernement français pourrait y
+envoyer.</p>
+
+<p>La position militaire et morale des deux armées rend toute
+suspension pure et simple impossible. Quoique je sois en
+particulier convaincu que le gouvernement accordera des
+conditions de paix honorables à votre roi, je ne puis, sur
+des présomptions vagues, arrêter ma marche; il est cependant
+un moyen de parvenir à votre but, conforme aux vrais
+intérêts de votre cour, et qui épargnerait une effusion de
+sang inutile et dès lors contraire à la raison et aux lois de la
+guerre, c'est de mettre en mon pouvoir deux des trois forteresses
+de Coni, d'Alexandrie, de Tortone, à votre choix:
+nous pourrons alors attendre, sans hostilités, la fin des négociations
+qui pourraient s'entamer. Cette proposition est très-modérée;
+les intérêts mutuels qui doivent exister entre le
+Piémont et la république française me portent à désirer vivement
+de voir s'éloigner de votre pays les malheurs de toute
+espèce qui le menacent.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 7 floréal an 4 (26 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Latour.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, monsieur, l'ordre du roi, adressé au commandant
+de Coni, que vous vous êtes donné la peine de me faire
+passer. A l'heure qu'il est, il sera déjà parvenu. Je serai demain
+ici pour attendre l'ordre pour une des forteresses de
+Tortone ou d'Alexandrie. Vous savez, monsieur, que la distance
+qu'il y a d'ici à une de ces deux places, fait qu'il est
+nécessaire que l'ordre du roi soit expédié demain, afin, qu'il
+puisse parvenir le 16 floréal (30 avril).</p>
+
+<p>Une division de mon armée est déjà de ce côté-là. L'on
+m'assure aujourd'hui que Beaulieu évacue votre territoire:
+je suis charmé, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 8 floréal an 4 (27 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Latour.</i></p>
+
+<p>Je reçois à l'instant, monsieur, avec votre lettre, les deux
+ordres du roi pour Ceva et Tortone.</p>
+
+<p>Il n'y a, dans ce moment-ci, qu'un petit détachement à
+Fossano, qui se retirera incessamment. Après demain, il n'y
+aura plus personne à Bra, et j'aurai l'honneur de vous en
+prévenir.</p>
+
+<p>Je ne garderai au-delà de la Stura qu'un corps-de-garde
+pour le pont de Cherasco.</p>
+
+<p>Je me fais rendre compte par le général qui commande à
+Coni, de la situation du magasin de Notre-Dame de Loculo.
+J'aurai l'honneur de vous écrire dès que j'aurai la réponse.</p>
+
+<p>Mon aide-de-camp part pour Paris. Vous avez bien voulu
+vous charger de lui livrer un passe-port, et de lui faire fournir des chevaux de poste.</p>
+
+<p>J'aurai besoin de mille chevaux de trait. Je désirerais en
+acheter dans le Piémont; je vous serai obligé d'accepter ce
+que vous proposera là-dessus le citoyen Thévenin, agent en
+chef des transports militaires.</p>
+
+<p>Votre aide-de camp vous remettra une note des officiers
+prisonniers de guerre; dès l'instant que vous m'aurez fait
+connaître ceux que vous désirez avoir, j'ordonnerai qu'on
+les envoie, soit à Coni, soit à Cherasco: vous me rendrez
+service de faire passer les nôtres à Tortone ou à Cherasco.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 9 floréal an 4 (28 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs, Ceva, Coni et Alexandrie sont au
+pouvoir de votre armée, ainsi que tous les postes du Piémont
+au-delà de la Stura et du Tanaro.</p>
+
+<p>Si vous ne vous accordez pas avec le roi de Sardaigne, je
+garderai ces places, et je marcherai sur Turin; mon équipage
+de siège va filer sur Coni, pour se rendre à Cherasco.</p>
+
+<p>En attendant, je marche demain sur Beaulieu, je l'oblige
+à repasser le Pô, je le passe immédiatement après; je m'empare
+de toute la Lombardie, et, avant un mois, j'espère être
+sur les montagnes du Tyrol, trouver l'armée du Rhin, et
+porter de concert la guerre dans la Bavière. Ce projet est
+digne de vous, de l'armée et des destinées de la France.</p>
+
+<p>Si vous n'accordez pas la paix au roi de Sardaigne, alors
+vous m'en préviendrez d'avance, afin que, si je suis dans la
+Lombardie, je puisse me replier et prendre des mesures.</p>
+
+<p>Quant aux conditions de la paix avec la Sardaigne, vous
+pouvez dicter ce qui vous convient, puisque j'ai en mon pouvoir
+les principales places.</p>
+
+<p>Ordonnez que quinze mille hommes de l'armée des Alpes
+soient à mes ordres et viennent me joindre, cela me fera alors
+une armée de quarante-cinq mille hommes, dont il sera possible
+que j'envoie une partie à Rome. Si vous me continuez
+votre confiance, et que vous approuviez ces projets, je suis
+sûr de la réussite: l'Italie est à vous.</p>
+
+<p>Vous ne devez pas compter sur une révolution en Piémont,
+cela viendra; mais il s'en faut que l'esprit de ces peuples soit
+mûr à cet effet.</p>
+
+<p>J'ai justifié votre confiance et l'opinion avantageuse que
+vous avez conçue de moi; je chercherai constamment à vous
+donner des preuves du zèle et de la bonne volonté où je suis
+de mériter votre estime et celle de la patrie.</p>
+
+<p>Envoyez-moi, 1°. douze compagnies d'artillerie légère, je
+n'en ai pas une; 2°. de la cavalerie et un commissaire ordonnateur
+en chef, habile et distingué et de génie. Je n'ai que
+des pygmées, qui me font mourir de faim dans l'abondance,
+car je suis dans le pays le plus riche de l'univers.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 10 floréal an 4 (29 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>La ville de Coni vient d'être occupée par nos troupes: il
+y avait dedans cinq mille hommes de garnison.</p>
+
+<p>Je ne puis pas mettre en doute que vous n'approuviez ma
+conduite, puisque c'est une aile d'une armée qui accorde
+une suspension d'armes, pour me donner le temps de battre
+l'autre; c'est un roi qui se met absolument à ma discrétion,
+en me donnant trois de ses plus fortes places et la moitié la
+plus riche de ses états.</p>
+
+<p>Vous pouvez dicter en maître la paix au roi de Sardaigne;
+je vous prie de ne pas oublier la petite île de Saint-Pierre,
+qui nous sera plus utile, par la suite, que la Corse et la Sardaigne
+réunies.</p>
+
+<p>Si vous lui accordez la portion du Milanais que je vais
+conquérir, il faut que ce soit à condition qu'il enverra quinze
+mille hommes pour nous seconder et garder ce pays après que
+nous nous en serons rendus maîtres. Pendant ce temps-là,
+avec votre armée, je passerai l'Adige, et j'entrerai en Allemagne
+par le Tyrol. Dans cette hypothèse, il faut que nous
+gardions en dépôt, jusqu'à la paix générale, les places et les pays que nous occupons; il faut y joindre que, le jour que
+quinze mille hommes piémontais passeront le Pô, il nous remettra
+la ville de Valence.</p>
+
+<p>Mes colonnes sont en marche; Beaulieu fuit, j'espère l'attraper;
+j'imposerai quelques millions de contributions au
+duc de Parme: il vous fera faire des propositions de paix; ne
+vous pressez pas, afin que j'aie le temps de lui faire payer
+les frais de la campagne, approvisionner nos magasins, et
+remonter nos chariots à ses dépens.</p>
+
+<p>Si vous n'acceptez pas la paix avec le roi de Sardaigne, si
+votre projet est de le détrôner, il faut que vous l'amusiez
+quelques décades, et que vous me préveniez de suite; je
+m'empare de Valence et je marche sur Turin.</p>
+
+<p>J'enverrai douze mille hommes sur Rome lorsque j'aurai
+battu Beaulieu, et l'aurai obligé de repasser l'Adige, lorsque
+je serai sûr que vous accorderez la paix au roi de Sardaigne,
+et que vous m'enverrez une partie de l'armée des Alpes.</p>
+
+<p>Quant à Gênes, je crois que vous devez lui demander
+quinze millions en indemnités des frégates et bâtimens pris
+dans ses ports; 2°. demander que ceux qui ont fait brûler <i>la
+Modeste</i> et appelé les Autrichiens, soient jugés comme
+traîtres à la patrie.</p>
+
+<p>Si vous me chargez de ces objets, que vous gardiez surtout
+le plus grand secret, je parviendrai à faire tout ce que
+vous voudrez.</p>
+
+<p>Si j'ai quelques chances à courir en Lombardie, c'est à
+cause de la cavalerie ennemie. Il m'arrive quarante artilleurs
+à cheval, qui n'ont pas fait la guerre, et qui sont démontés.
+Envoyez-m'en donc douze compagnies, et ne confiez pas l'exécution
+de cette mesure aux hommes des bureaux, car il leur
+faut dix jours pour expédier un ordre, et ils auront l'ineptie
+d'en tirer peut-être de la Hollande, afin que cela arrive au
+mois d'octobre.</p>
+
+<p>Nos troupes viennent à l'instant d'entrer dans la citadelle
+de Ceva, et je viens de recevoir du roi de Sardaigne l'ordre
+de nous livrer la ville et la citadelle de Tortone.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 10 floréal an 4 (29 avril 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot</i>.</p>
+
+<p>La suspension d'armes conclue entre le roi de Sardaigne
+et nous me permet de communiquer par Turin, c'est-à-dire
+d'épargner la moitié de la route: je pourrais donc recevoir
+vos ordres et connaître vos intentions pour la direction à
+donner à l'armée.</p>
+
+<p>Je suis maître de Coni, de Ceva, de Tortone; je vais
+passer le Pô et entrer dans le Milanais: en passant, je compte
+rançonner le duc de Parme, et lui faire payer cher son entêtement.</p>
+
+<p>Mon projet serait d'atteindre les Autrichiens, et de les
+battre avant votre réponse, afin de me trouver à même de
+marcher sur Turin, sur Naples, ou sur l'Autriche en passant
+par le Tyrol.</p>
+
+<p>Si le roi de Sardaigne se doutait, avant que je ne le sache,
+que vous ne voulussiez pas faire la paix, il me jouerait un
+mauvais tour. Si vous ne voulez pas la paix avec la Sardaigne,
+faites en sorte que ce soit moi qui le lui apprenne, afin que
+je sois maître de prendre mon temps, et que ses plénipotentiaires
+à Paris ne s'en doutent pas.</p>
+
+<p>Si vous faites la paix avec le roi de Sardaigne, ordonnez
+ce que l'on doit faire vis-à-vis de Gênes, de Parme et de
+Rome.</p>
+
+<p>Beaulieu a encore avec lui vingt-six mille hommes bien
+équipés; il avait trente-huit mille hommes au commencement
+de la campagne. Je marche avec vingt-huit mille hommes;
+il a quatre mille hommes de cavalerie, je n'en ai que trois
+mille six cents, et en mauvais état.</p>
+
+<p>La cour de Turin et celle de Vienne s'attendaient à des
+succès sûrs, cette campagne: les armées combinées étaient de
+soixante-quinze mille hommes, je les ai battues avec trente-cinq
+mille hommes; j'ai besoin de secours, l'armée des Alpes
+peut me fournir quinze mille hommes.</p>
+
+<p>Le général Châteauneuf-Randon devait me rendre les trois
+mille hommes qu'il a retenus à Nîmes, destinés pour ici;
+avec ce renfort l'Italie est à vous, et je puis en même temps
+marcher sur Naples et Mantoue, surtout si je parviens à
+battre les ennemis avant peu.</p>
+
+<p>Il vient d'arriver un officier du génie, je vous prie de
+m'envoyer de l'artillerie légère.</p>
+
+<p>Je désirerais avoir le général Baraguay-d'Hilliers, pour
+servir dans son grade dans l'armée; il me l'a demandé
+lui-même.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général d'Acqui, le 12 floréal an 4 (1er mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p>
+
+<p>Mon cher ministre, en vertu de la suspension d'armes que
+j'ai faite avec le roi de Sardaigne, nos troupes sont entrées
+dans Coni et dans Ceva, elles entrent demain dans Tortone.
+Nous avons trouvé à Coni, outre les munitions de ville, tous
+les magasins de l'armée sarde.</p>
+
+<p>Beaulieu passe le Pô, et va chercher au fond de la Lombardie
+refuge contre l'armée française; il disait au roi de Sardaigne
+qu'il voulait ne se débotter qu'à Lyon, il n'en prend
+pas le chemin.</p>
+
+<p>Il n'y a pas en Piémont la première idée d'une révolution,
+et la France ne voudrait pas, je pense, en faire une à ses
+Frais.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général d'Acqui, le 12 floréal an 4 (1er mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult</i>.</p>
+
+<p>Nous sommes arrivés à Acqui depuis hier; Beaulieu fuit si
+vite que nous ne pouvons l'attraper.</p>
+
+<p>Demain Laharpe sera dans Tortone, où je désire beaucoup
+avoir une conférence avec vous sur des objets essentiels.</p>
+
+<p>Envoyez-moi une note géographique, historique, politique
+et topographique sur les fiefs impériaux qui avoisinent
+Gênes, afin que j'en tire tout le parti possible.</p>
+
+<p>Envoyez-moi une note sur les ducs de Parme, de Plaisance
+et de Modène, les forces qu'ils ont sur pied, les places
+fortes qu'ils ont, et en quoi consiste la richesse de ces pays-là;
+surtout envoyez-moi une note des tableaux, statues, cabinets
+et curiosités qui se trouvent à Milan, Parme, Plaisance,
+Modène et Bologne. Lorsque nous fîmes la paix avec l'Espagne,
+le duc de Parme devait y concourir: pourquoi ne le fit-il
+pas?</p>
+
+<p>Faites partir de suite six mille souliers pour Tortone.</p>
+
+<p>Quant au citoyen Giacomoni, laissons-le, couvert d'opprobre
+et d'ignominie, voguer où il voudra. J'ai instruit le
+gouvernement de sa conduite, afin qu'il ne soit plus admis à
+servir avec les Français.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Bosco, le 13 floréal an 4 (2 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée piémontaise</i>.</p>
+
+<p>J'apprends, monsieur, que les Napolitains se sont emparés
+de Valence: l'intérêt du roi, celui de la république,
+sont également d'accord et exigent que vous chassiez promptement
+ces troupes de Valence.</p>
+
+<p>Le courage qui anime votre année, que j'ai été à même
+d'apprécier, ne me laisse pas de doute que vous ne réoccupiez
+promptement Valence; vous savez d'ailleurs que c'est
+une des clauses de la suspension que nous avons conclue.</p>
+
+<p>Si vous êtes dans le cas d'en avoir besoin, je vous offre
+le secours d'une division de l'armée que je commande.</p>
+
+<p>Le général-chef de l'état-major aura l'honneur de vous
+faire passer demain l'état des prisonniers piémontais que nous
+avons faits depuis que nous sommes en campagne.</p>
+
+<p>Je m'empresserai de vous faire passer le plus tôt possible
+ceux que vous désirez avoir de préférence.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Bosco, le 14 floréal an 4 (3 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chevalier Solar, gouverneur d'Alexandrie</i>.</p>
+
+<p>J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous vous êtes donné la
+peine de m'écrire; je vous suis très-obligé des renseignemens
+que vous avez eu la complaisance de me donner. Je vous fais
+mon compliment sur l'évacuation de votre territoire par l'armée
+autrichienne. Je désire sincèrement pouvoir bientôt
+vous apprendre qu'ils ont également évacué les états de Sa
+Majesté au-delà du Pô. Incessamment une division de l'armée
+va se présenter a Valence pour y passer le Pô; je vous
+prie de me faire procurer les bateaux qui sont nécessaires;
+vous sentez qu'il est de l'intérêt du roi que les Autrichiens
+fassent un court séjour sur votre territoire.</p>
+
+<p>J'aurai besoin aussi de quelques entrepreneurs pour nous
+procurer des moyens de charrois. Je vous prie d'autoriser
+les différens sujets du roi à passer des marchés avec l'armée.</p>
+
+<p>Je suis, monsieur, avec estime, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le l5 floréal an 4 (4 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du Piémont</i>.</p>
+
+<p>Sous peu de jours, monsieur, je serai maître des états du
+roi au-delà du Pô, si le sort des armes continue d'être favorable
+à l'armée que je commande. J'obligerai M. Beaulieu à
+évacuer ces pays, qui seront conquis sur l'armée autrichienne
+et qui appartiendront de droit à la république. Cependant,
+je sens combien il est dur pour le roi de voir presque tous ses
+états envahis par nos troupes. Je vous propose en conséquence
+de réunir une division de six mille hommes d'infanterie
+et quinze cents chevaux à l'armée que je commande,
+pour m'aider à chasser les Autrichiens; je les mettrai en
+garnison dans les états du roi au-delà du Pô.</p>
+
+<p>Cela est si urgent, monsieur, qu'il serait nécessaire que
+j'eusse la réponse le plus tôt possible. L'envie que j'ai de
+concilier les intérêts du roi avec ceux de la république et de
+l'armée me porte, monsieur, à vous faire ces ouvertures, que
+vous jugerez sans doute très-raisonnables.</p>
+
+<p>Je suis avec considération, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le 15 floréal an 4 (4 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du roi de Sardaigne</i>.</p>
+
+<p>Les troupes de la république ont occupé ce matin le fort
+de Tortone: en conséquence, à dater d'aujourd'hui, il y a
+suspension d'armes entre les deux armées; je le mets à l'ordre,
+et j'espère que vous trouverez les officiers français disposés
+à vous donner les preuves de l'estime qu'ils ont pour votre
+armée.</p>
+
+<p>Je donne des ordres pour que vous occupiez les villes de
+Fossano et de Bra.</p>
+
+<p>J'adapterai à la ligne de démarcation tous les changemens
+que vous croirez nécessaires, en suivant cependant l'esprit
+de la suspension que nous avons conclue.</p>
+
+<p>J'ai ordonné que l'on fasse venir quatre cents prisonniers
+pour échange des quatre cents que vous avez eu la bonté de
+faire passer à Cherasco.</p>
+
+<p>Le chef de l'état-major vous fait passer l'état des officiers
+de votre armée que le sort des armes a rendus prisonniers. Je
+m'empresse de vous faire passer ceux à qui vous vous intéressez.</p>
+
+<p>Je suis avec la considération la plus distinguée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le 15 floréal an 4 (4 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au, général en chef de l'armée piémontaise</i>.</p>
+
+<p>Le marquis de Saint-Marsan, que j'ai eu l'honneur de
+voir ce matin, m'a fait part, monsieur, des inquiétudes et
+des plaintes que vous avez contre différens habitans d'Albe:
+je vais m'en faire rendre compte, et je vous instruirai de ce
+que j'aurai fait.</p>
+
+<p>Je dois, à cette occasion, vous remercier de m'avoir fait
+connaître M. de Saint-Marsan; il joint à des talens distingués
+un air prévenant qui lui captive l'estime de ceux qui
+ont affaire à lui.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le 16 floréal an 4 (5 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du Piémont</i>.</p>
+
+<p>Monsieur le marquis de Saint-Marsan, que j'ai eu l'honneur
+de voir hier, monsieur, vous aura remis plusieurs lettres
+par lesquelles vous aurez vu que tout ce que vous désirez
+relativement à plusieurs objets concernant la suspension d'armes
+a été exécuté. J'ai ordonné que l'on donne des sauvegardes
+à tous ceux qui pourraient en avoir besoin.
+J'autorise les différens généraux à donner des passe-ports
+aux officiers de votre armée qui désireraient se rendre dans
+le pays occupé par l'armée.
+Je me trouverai trop heureux, dans toutes les circonstances,
+de pouvoir vous donner des marques de l'estime et
+de la considération distinguées avec lesquelles je suis, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le 17 floréal an 4 (6 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du roi de Sardaigne.</i></p>
+
+<p>En conséquence de la suspension d'armes que le roi à
+conclue avec les deux armées des Alpes et d'Italie, et des
+probabilités de paix dont j'ai de nouvelles assurances, je fais
+filer de l'armée des Alpes dix-sept mille hommes à l'armée
+d'Italie,
+Neuf mille passeront par le col d'Argentières et se rendront
+à Coni, où ils passeront derrière la Stura pour venir
+me rejoindre.
+Huit mille passeront le Saint-Bernard par la vallée d'Aoste,
+et viendront passer le Tanaro à Alexandrie, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 17 floréal an 4 (6 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>L'armée d'Italie a pris hier possession de Tortone, où nous
+avons trouvé une très-belle forteresse, qui a coûté plus de
+quinze millions au roi de Sardaigne.
+Je vous ai annoncé, par mon aide-de-camp Murat, que
+nous avions occupé Coni et Ceva, que nous avons trouvées
+dans un état de défense respectable et approvisionnées de
+tout. Le lendemain de la signature de la suspension d'armes,
+le général Laharpe marcha avec sa division par la route de
+Bossogno à Acqui, le général Augereau par Stefano, et le
+général Masséna par Nizza de la Paglia. Beaulieu évacua ce
+pays et se réfugia dans Valence, où il passa le Pô avec toute
+son armée. Le général Masséna est arrivé, avec toute sa division,
+à Alexandrie, assez à temps pour s'emparer des magasins,
+que les Autrichiens, ne pouvant les emporter, avaient
+vendus à la ville. Le 13, l'armée allemande a repassé le Pô,
+a coupé les bateaux, et a brûlé ceux qu'elle a trouvés sur le
+rivage.</p>
+
+<p>Les Napolitains, qui ordinairement ne sont pas entreprenans,
+se sont emparés de Valence.</p>
+
+<p><i>N.B.</i> Cette lettre n'a point été achevée.</p>
+<br><br>
+<p class="droite">Au grand quartier-général à San-Giovani, le 17 floréal an 4
+(6 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Du même au gouverneur du duché de Parme, à Plaisance.</i></p>
+
+<p>Ayant à conférer avec vous, monsieur, sur des objets de
+la plus grande importance, vous voudrez bien vous rendre de
+suite à Castel-San-Giovani.
+Il serait nécessaire que vous fussiez rendu ici avant deux
+heures après minuit, devant monter à cheval a cette
+heure-là.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au grand quartier-général à Plaisance, le 17 floréal an 4
+(6 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Du même au ministre d'Espagne à Parme.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, monsieur, votre lettre. Comme il n'est pas dans
+mon coeur, ni dans l'intention du peuple français, de faire
+mal sans but et de nuire en rien aux peuples, je consens à
+suspendre toute hostilité contre le duc de Parme et la
+marche de mes troupes sur Parme; mais il faut que, dans la
+nuit, le duc envoie des plénipotentiaires pour conclure la
+suspension.</p>
+
+<p>Je fais marcher quelques régimens de cavalerie, avec une
+brigade, à trois lieues de Plaisance: cela ne doit donner
+aucune inquiétude au duc de Parme, dès l'instant qu'il accepte
+les conditions dont nous sommes convenus.
+Je suis charmé que cette occasion me mette à même de vous
+prouver les sentimens d'estime et de considération avec lesquels, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Plaisance, le 20 floréal an 4 (9 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Du même au citoyen Carnot.</i></p>
+
+<p>Nous avons enfin passé le Pô. La seconde campagne est
+commencée, Beaulieu est déconcerté; il calcule assez mal,
+et il donne constamment dans les pièges qu'on lui tend: peut-être
+voudra-t-il donner une bataille, car cet homme-là a l'audace
+de la fureur et non celle du génie; mais les six mille
+hommes que l'on a obligés hier de passer l'Adda, et qui ont
+été défaits, l'affaiblissent beaucoup; encore une victoire, et
+nous sommes maîtres de l'Italie.
+J'ai accordé une suspension d'armes au duc de Parme; le
+duc de Modène m'envoie des plénipotentiaires.
+Si nous avions un ordonnateur habile, nous serions aussi
+bien qu'il est possible de l'imaginer. Nous allons faire établir
+des magasins considérables de blé, des parcs de six cents
+boeufs sur le derrière. Dès l'instant que nous arrêterons nos
+mouvemens, nous ferons habiller l'armée a neuf; elle est
+toujours à faire peur, mais tout engraisse; le soldat ne mange
+que du pain de Gonesse, bonne viande et en quantité, bon
+vin, etc. La discipline se rétablit tous les jours; mais il faut
+souvent fusiller, car il est des hommes intraitables qui ne
+peuvent se commander.</p>
+
+<p>Ce que nous avons pris a l'ennemi est incalculable. Nous
+avons des effets d'hôpitaux pour quinze mille malades,
+plusieurs magasins de blé, farine, etc. Plus vous m'enverrez
+d'hommes, plus je les nourrirai facilement.</p>
+
+<p>Je vous fais passer vingt tableaux des premiers maîtres,
+du Corrége et de Michel-Ange.</p>
+
+<p>Je vous dois des remercîmens particuliers pour les attentions
+que vous voulez bien avoir pour ma femme, je vous la
+recommande; elle est patriote sincère, et je l'aime à la folie.</p>
+
+<p>J'espère que les choses vont bien, pouvant vous envoyer
+une douzaine de millions à Paris; cela ne vous fera pas de
+mal pour l'armée du Rhin.</p>
+
+<p>Envoyez-moi quatre mille cavaliers démontés, je chercherai
+ici à les remonter.</p>
+
+<p>Je ne vous cache pas que, depuis la mort de Stengel, je
+n'ai plus un officier supérieur de cavalerie qui se batte. Je
+désirerais que vous me pussiez envoyer deux ou trois
+adjudans-généraux sortant de la cavalerie, qui aient du feu, et
+une ferme résolution de ne jamais faire de savantes retraites.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Plaisance, le 20 floréal an 4 (9 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyen président, le brave Stengel est mort de la suite de
+ses blessures. J'ai envoyé à sa famille la lettre que vous lui
+aviez adressée.
+Vous recevrez incessamment les articles de la suspension
+d'armes que j'ai accordée au duc de Parme. Je vous enverrai
+le plus tôt possible les plus beaux tableaux du Corrége, entre
+autres un Saint Jérôme, que l'on dit être son chef-d'oeuvre,
+J'avoue que ce saint prend un mauvais temps pour arriver à
+Paris: j'espère que vous lui accorderez les honneurs du Muséum.
+Je vous réitère la demande de quelques artistes connus,
+qui se chargeront du choix et des détails de transport des
+choses rares que nous jugerons devoir envoyer à Paris.</p>
+
+<p>Tous les arrangemens sont pris pour les renforts qui doivent
+venir de l'armée des Alpes; il n'y aura aucune difficulté pour
+les passages.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 22 floréal an 4 (11 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot.</i></p>
+
+<p>La bataille de Lodi, mon cher directeur, donne à la république
+toute la Lombardie. Les ennemis ont laissé deux mille hommes
+dans le château de Milan, que je vais nécessairement investir.
+Vous pouvez compter dans vos calculs comme si j'étais à Milan;
+je n'y vais pas demain, parce que je veux poursuivre Beaulieu et
+chercher à profiter de son délire pour le battre encore une fois.</p>
+
+<p>Bientôt il est possible que j'attaque Mantoue. Si j'enlève
+cette place, rien ne m'arrête plus pour pénétrer dans la Bavière:
+dans deux décades je puis être dans le coeur de l'Allemagne.
+Ne pourriez-vous pas combiner mes mouvemens avec
+l'opération de ces deux armées? Je m'imagine qu'à l'heure
+qu'il est, on se bat sur le Rhin; si l'armistice continuait,
+l'armée d'Italie serait écrasée. Si les deux armées du Rhin
+entrent en campagne, je vous prie de me faire part de leur
+position et ce que vous espérez qu'elles puissent faire, afin
+que cela puisse me servir de règle pour entrer dans le Tyrol,
+ou me borner a l'Adige. Il serait digne de la république d'aller
+signer le traité de paix, les trois armées réunies, dans le
+coeur de la Bavière, ou de l'Autriche étonnée. Quant à moi,
+s'il entre dans vos projets que les deux armées du Rhin fassent
+des mouvemens en avant, je franchirai le Tyrol avant
+que l'empereur ne s'en soit sérieusement douté.
+S'il était possible d'avoir un bon commissaire ordonnateur?
+celui qui est ici serait bon en second, mais il n'a pas assez de
+feu et de tête pour être en chef.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 24 floréal an 4 (13 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A M. Ferdinandi, ministre des affaires étrangères du duc
+de Parme.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, monsieur, la ratification de la suspension d'armes
+que vous avez acceptée de la part du duc de Parme. Je
+vous envoie le général Cervoni, afin que vous puissiez régler
+avec lui tous les détails de l'exécution de ladite suspension.
+Vous lui ferez remettre, dans la journée de demain, les
+500.000 fr. qui, aux termes de la suspension, doivent être
+payés dans les cinq jours; il recevra également les chevaux,
+et il prendra les mesures nécessaires pour l'exécution de ladite
+suspension.
+Je suis charmé, monsieur, que cette circonstance me mette
+à même de vous exprimer la considération, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 24 floréal an 4 (13 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre de la république, à Gênes.</i></p>
+
+<p>Je vous suis très obligé des gravures que vous m'avez envoyées,
+et qui feront le plus grand plaisir à l'armée. Je vous
+prie d'envoyer, de ma part, vingt-cinq louis au jeune homme
+qui les a faites; engagez-le à faire graver le passage étonnant
+du pont de Lodi.
+Puisque le fief de Montogio n'est point fief impérial, il
+n'est pas compris dans l'ordre que j'ai donné pour l'imposition
+desdits fiefs.</p>
+
+<p>Nous avons pris hier la ville de Pizzigithone, nous avons
+fait trois cents prisonniers et pris trois pièces de canon. Beaulieu
+se sauve à toutes jambes; Crémone est à la république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 25 floréal an 4 (14 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Après le combat de Fiombio, nous poursuivîmes l'ennemi
+jusqu'à Pizzigithone, mais nous ne pûmes passer l'Adda. Après
+la bataille de Lodi, Beaulieu se retira par Pizzigithone; nous
+nous y rendîmes le 22; mais il s'était déjà retiré au-delà de
+Crémone. Nous avons aussitôt investi et attaqué la ville de
+Pizzigithone, qui, après une vive canonnade, a été obligée de
+nous ouvrir ses portes; nous y avons fait trois cents prisonniers
+et pris cinq pièces de canon de bronze.</p>
+
+<p>Notre cavalerie s'est mise à la poursuite de l'ennemi. La
+ville de Crémone a ouvert ses portes; toute la Lombardie appartient
+à la république.</p>
+
+<p>On dit que la suspension d'armes, au Rhin, continue toujours.
+J'imagine qu'à l'heure qu'il est, vous avez porté vos
+regards sur un objet aussi essentiel; il paraît même que les
+ennemis ont publié avec emphase, dans leur camp, que cette
+suspension était pour trois mois, et qu'ils allaient en conséquence
+recevoir de grands renforts.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 25 floréal an 4 (14 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot.</i></p>
+
+<p>A la réception de la lettre du directoire, du 18, vos intentions
+étaient remplies, et le Milanais est à nous. Je marcherai
+bientôt, pour exécuter vos vues, sur Livourne et sur Rome;
+tout cela se fera dans peu de temps.</p>
+
+<p>J'écris au directoire relativement à l'idée de diviser l'armée;
+je vous jure que je n'ai vu en cela que la patrie. Au reste,
+vous me trouverez toujours dans la ligne droite. Je dois à la
+république le sacrifice de toutes mes idées. Si l'on cherche à
+me mettre mal dans votre esprit, ma réponse est dans mon
+coeur et dans ma conscience.</p>
+
+<p>Comme il serait possible que cette lettre, au directoire, ne
+fût pas bien interprétée, et que vous m'avez témoigné de l'amitié,
+je prends le parti de vous l'adresser, en vous priant
+d'en faire l'usage que vous suggéreront votre prudence et
+votre attachement pour moi.</p>
+
+<p>Kellermann commandera l'armée aussi bien que moi; car
+personne n'est plus convaincu, que je ne le suis, que les victoires
+sont dues au courage et à l'audace de l'armée; mais je
+crois que, réunir Kellermann et moi en Italie, c'est vouloir
+tout perdre. Je ne puis pas servir volontiers avec un homme
+qui se croit le premier général de l'Europe; et, d'ailleurs,
+je crois qu'il faut plutôt un mauvais général que deux bons.
+La guerre est comme le gouvernement, c'est une affaire de
+tact.</p>
+
+<p>Je ne puis vous être utile qu'investi de la même estime que
+vous me témoigniez à Paris. Que je fasse la guerre ici ou
+ailleurs, cela m'est indifférent: servir la patrie, mériter de
+la postérité une feuille de notre histoire, donner au gouvernement
+des preuves de mon attachement et de mon dévouement,
+voilà toute mon ambition. Mais j'ai fort à coeur de ne
+pas perdre, dans huit jours, deux mois de fatigues, de peines
+et de dangers, et de ne pas me trouver entravé. J'ai commencé
+avec quelque gloire, je désire continuer d'être digne de vous.
+Croyez, d'ailleurs, que rien n'altérera l'estime que vous inspirez
+à ceux qui vous connaissent.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 25 floréal an 4 (14 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je reçois à l'instant le courrier parti, le 18, de Paris. Vos
+espérances sont réalisées, puisqu'à l'heure qu'il est, toute la
+Lombardie est à la république. Hier, j'ai fait partir une division
+pour cerner le château de Milan. Beaulieu est à Mantoue
+avec son armée; il a inondé tout le pays environnant;
+il y trouvera la mort, car c'est le plus malsain de l'Italie.</p>
+
+<p>Beaulieu a encore une armée nombreuse: il a commencé la
+campagne avec des forces supérieures; l'empereur lui envoie
+dix mille hommes de renfort, qui sont en marche. Je crois
+très-impolitique de diviser en deux l'armée d'Italie; il est
+également contraire aux intérêts de la république d'y mettre
+deux généraux différens.</p>
+
+<p>L'expédition sur Livourne, Rome et Naples est très-peu
+de chose: elle doit être faite par des divisions en échelons,
+de sorte que l'on puisse, par une marche rétrograde, se trouver
+en force contre les Autrichiens, et menacer de les envelopper
+au moindre mouvement qu'ils feraient. Il faudra pour
+cela non-seulement un seul général, mais encore que rien ne
+le gêne dans sa marche et dans ses opérations. J'ai fait la campagne
+sans consulter personne, je n'eusse rien fait de bon s'il
+eût fallu me concilier avec la manière de voir d'un autre. J'ai
+remporté quelques avantages sur des forces supérieures, et
+dans un dénuement absolu de tout, parce que, persuadé que
+votre confiance se reposait sur moi, ma marche a été aussi
+prompte que ma pensée.</p>
+
+<p>Si vous m'imposez des entraves de toutes espèces; s'il faut
+que je réfère de tous mes pas aux commissaires du gouvernement;
+s'ils ont droit de changer mes mouvemens, de m'ôter
+ou de m'envoyer des troupes, n'attendez plus rien de bon.</p>
+
+<p>Si vous affaiblissez vos moyens en partageant vos forces; si
+vous rompez en Italie l'unité de la pensée militaire, je vous
+le dis avec douleur, vous aurez perdu la plus belle occasion
+d'imposer des lois à l'Italie.</p>
+
+<p>Dans la position des affaires de la république en Italie, il
+est indispensable que vous ayez un général qui ait entièrement
+votre confiance: si ce n'était pas moi, je ne m'en plaindrais
+pas; mais je m'emploierais à redoubler de zèle pour
+mériter votre estime dans le poste que vous me confieriez.
+Chacun a sa manière de faire la guerre. Le général Kellermann
+a plus d'expérience et la fera mieux que moi; mais tous
+les deux ensemble nous la ferons fort mal.</p>
+
+<p>Je ne puis rendre à la patrie des services essentiels qu'investi
+entièrement et absolument de votre confiance. Je sens
+qu'il faut beaucoup de courage pour vous écrire cette lettre,
+il serait si facile de m'accuser d'ambition et d'orgueil! mais
+je vous dois l'expression de tous mes sentimens, à vous qui
+m'avez donné dans tous les temps des témoignages d'estime
+que je ne dois pas oublier.</p>
+
+<p>Les différentes divisions d'Italie prennent possession de la
+Lombardie. Lorsque vous recevrez cette lettre, nous serons
+déjà en route, et votre réponse nous trouvera probablement
+près de Livourne. Le parti que vous prendrez dans cette circonstance
+est plus décisif pour les opérations de la campagne,
+que quinze mille hommes de renfort que l'empereur enverrait
+à Beaulieu.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 28 floréal an 4 (17 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallement, ministre à Venise.</i></p>
+
+<p>Je vous remercie infiniment, citoyen ministre, des détails
+intéressans que vous me donnez sur la position des ennemis.
+Je vous envoie 6,000 liv. pour servir aux dépenses des espions
+à Trente, à Mantoue, et sur la route du Tyrol, et faites-moi
+savoir le jour où les bâtimens de Trieste sont partis pour
+Mantoue.</p>
+
+<p>N'épargnez ni l'argent ni les peines, l'intérêt de la patrie
+le veut. Je vous ferai exactement toucher tout ce que vous
+dépenserez.</p>
+
+<p>Envoyez-moi une carte exacte des états de Venise, et très-détaillée.</p>
+
+<p>Il y a à Milan beaucoup de dispositions pour y créer une
+révolution.</p>
+
+<p>Si les citoyens Jacob et Alliod ne sont pas indispensables
+à Venise, envoyez-les ici, je les emploierai dans le Milanais
+pour l'administration de ce pays.</p>
+
+<p>Vous avez dû recevoir une lettre, de Lodi, du commissaire
+du gouvernement. Faites en sorte que vos lettres soient fréquentes
+et instructives: c'est sur vous que je compte pour
+avoir des nouvelles; établissez un prix pour les courriers,
+de sorte que, lorsqu'ils arriveront avant telle heure, ils aient
+une gratification.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 floréal an 4 (18 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du roi de Sardaigne.</i></p>
+
+<p>Je viens d'ordonner, monsieur, que les deux bateaux de
+sel arrêtés à Plaisance continuent leur route sur Valence.</p>
+
+<p>Peut-être jugerez-vous à propos d'envoyer à Plaisance un
+officier ou un préposé, qui veillera à ce que tous les bateaux
+et autres convois appartenant au roi ne soient pas interceptés
+par l'armée. Du moment que vous m'aurez fait connaître là-dessus vos intentions, je m'empresserai de donner à cet officier
+les facilités nécessaires pour pouvoir remplir sa mission;
+il pourrait également être chargé de parcourir les différentes
+rives du Pô, pour vous faire restituer les effets appartenans
+au roi, que nous aurions pu arrêter.</p>
+
+<p>Le chef de l'état-major expédie les ordres aux troupes qui
+arriveront à Casale, de partir sur-le-champ pour Milan.</p>
+
+<p>Je me suis occupé des différentes réclamations relatives à
+la province d'Alba. Je désire, monsieur, que vous soyez convaincu
+de l'empressement que j'aurai à faire quelque chose
+qui vous soit agréable.</p>
+
+<p>Je vous prie de m'envoyer l'état des officiers que vous désirez
+que je vous renvoie en échange de ceux que vous avez
+eu la complaisance de relâcher sur parole.</p>
+
+<p>J'envoie à Valence un officier du génie pour choisir un
+emplacement pour la construction du pont de Valence; mais
+comme je laisse au roi la jouissance de ses états en deçà du
+Pô, que M. Beaulieu n'a évacués que par mon passage du Pô
+à Plaisance, je crois qu'il serait convenable que vous donnassiez
+vous-même des ordres pour la construction dudit pont,
+qu'il me serait utile d'avoir avant huit jours.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 floréal an 4 (18 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le duc de Parme paye sa contribution; il a déjà versé
+500.000 liv., et il s'exécute pour le reste. Faypoult aurait
+voulu que l'on ne fît rien payer à ce prince; mais l'ambassadeur
+d'Espagne à Turin, qui est venu me voir, est convenu
+que nous avions été modérés. Je ne doute pas, cependant,
+que le duc de Parme ne porte plainte; mais pourquoi n'a-t-il
+pas accepté la médiation de l'Espagne?</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 floréal an 4 (18 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du roi de Sardaigne.</i></p>
+
+<p>Je viens d'être informé, monsieur, que les différens agens
+militaires, dans le pays conquis, avaient séquestré les biens
+des seigneurs attachés à la cour.</p>
+
+<p>Je viens de donner des ordres pour que les séquestres soient
+sur-le-champ levés, et qu'il n'y ait aucune espèce de différence
+entre les sujets du roi, soit qu'ils demeurent à Turin,
+ou dans les différentes villes soumises à la république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 1er prairial an 4 (20 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Barthelemi, ambassadeur de la république, à
+Bâle.</i></p>
+
+<p>Nous sommes maîtres de la Lombardie, Les troupes de la
+république, quoiqu'en petit nombre et dénuées de tout, ont
+surmonté tous les obstacles; les ennemis se sont retirés à
+Mantoue; demain notre corps de troupes sera ici. Je me presse
+de courir, et vous prie de me faire part des mouvemens de
+l'armée impériale dans la Bavière et dans la Souabe.</p>
+
+<p>L'empereur peut-il affaiblir son armée du Rhin pour renforcer
+celle d'Italie? Quelles troupes pourrait-il encore envoyer dans
+le Tyrol? Je vous prie, citoyen ministre, de me
+faire part, là-dessus, des renseignemens que vous avez, et
+d'envoyer de tous côtés des agens, afin que vous puissiez
+m'instruire, avec précision, des forces que l'on ferait filer en
+Italie.</p>
+
+<p>Je suis très-flatté, citoyen ministre, que cette circonstance
+m'ait procuré le plaisir de vous assurer, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 prairial an 4 (21 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p>
+
+<p>L'armée d'Italie éprouve les plus grands besoins; elle est
+dans la plus grande pénurie et le dénuement le plus affligeant
+des objets les plus essentiels; elle se renforce tous les jours
+en hommes, et ses besoins s'accroissent en proportion.
+Le directoire exécutif, qui m'a nommé au commandement
+de cette armée, a arrêté un plan de guerre offensif qui exige
+des mesures promptes et des ressources extraordinaires.</p>
+
+<p>Le prêt de 2 sous en argent pour le soldat, et de 8 liv.
+pour les officiers, a manqué; ce qui a mécontenté et découragé
+l'armée. Je vous prie de vous faire rendre compte, et
+d'avoir la bonté de m'instruire si je dois compter que la
+trésorerie seule subviendra à ce que le prêt ne manque pas. De
+toutes les dépenses, c'est la plus sacrée: l'armée d'Italie est
+la seule où le prêt ait manqué.
+Le ministre de la guerre a ordonnancé, pour le service de
+pluviôse et d'une partie de celui de ventôse, à différentes
+fois, selon le bordereau ci-joint, la somme de....., et pour
+le service de l'artillerie, le 23 du mois, de 10,000 liv. en
+numéraire, et 500,000 liv. en assignats, et le 19 ventôse,
+30,000 liv. en numéraire, et 1,500,000 liv. en assignats.
+On se plaint à l'armée de n'avoir reçu qu'une très-faible
+portion de cette somme. Je vous prie de vous faire rendre
+compte de celle qu'il reste à envoyer d'après les ordres
+ci-dessus, et de m'instruire de ce que vous espérez faire pour
+effectuer l'entier paiement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Bonelli, chef de bataillon.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez en Corse avec dix-huit hommes de votre
+choix. Le citoyen Sapey est chargé de vous faire passer en
+Corse et de vous faire porter des secours en poudre et en
+armes.</p>
+
+<p>Il vous sera remis, à votre départ, 24,000 liv. en argent,
+dont vous vous servirez pour encourager les patriotes. Le citoyen
+Brassini restera à Gênes, et vous fera passer les secours
+dont vous pourrez avoir besoin, et vous remettra cent fusils,
+trois cents paires de pistolets, six cents livres de poudre et
+dix mille livres de plomb.</p>
+
+<p>Dès l'instant que l'on aura des nouvelles plus sûres, on
+enverra davantage, et des brevets d'officiers, pour lever des
+bataillons au compte de la république française.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux citoyens Braccini et Paraviccini.</i></p>
+
+<p>Vous resterez à Gênes pour correspondre avec les patriotes
+corses, et me tenir informé de tout ce qui se passe dans ce
+département, et lui envoyer des secours.</p>
+
+<p>Le citoyen Balbi, banquier de la république, vous remettra
+15,000 liv. Vous achèterez, avec cette somme, cent fusils,
+trois cents paires de pistolets, trois mille pierres à fusil,
+cinq à six mille livres de poudre, et huit à dix mille livres
+de plomb, que vous remettrez au citoyen Bonelli. Je donne
+des ordres pour qu'on vous fasse passer de Nice six cents fusils
+de chasse, que vous ferez passer successivement.</p>
+
+<p>Le ministre de la république à Gènes est instruit de votre
+mission. Vous vous présenterez à lui, afin qu'il vous donne
+tout ce dont vous pourriez avoir besoin.</p>
+
+<p>Vous jouirez de 300 fr. d'appointemens par mois tant que
+durera votre mission.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Sapey.</i></p>
+
+<p>Je fais partir le citoyen Bonelli avec trente hommes et cent
+fusils, trois cents paires de pistolets, six mille livres de poudre
+et dix mille livres de plomb, pour secourir les patriotes de
+Corse.</p>
+
+<p>Je charge les citoyens Braccini et Paraviccini de rester à
+Gênes, et de se ménager une correspondance avec les patriotes
+corses.</p>
+
+<p>Votre zèle m'étant connu, je vous charge de procurer au
+citoyen Bonelli tous les moyens nécessaires pour passer en
+Corse; je vous ferai rembourser les frais que vous ferez a ce
+sujet.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><I>Au citoyen Faypoult.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie ci-joint une lettre interceptée, vous y verrez
+que vous avez des espions autour de vous.</p>
+
+<p>La paix avec le roi de Sardaigne est faite à des conditions
+très-avantageuses; elle a été signée le 26 de ce mois.</p>
+
+<p>Tout est tranquille à Paris, et les révolutionnaires de 93
+sont encore mis à l'ordre et déjoués.</p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint une proclamation à l'armée. Je
+préfère cette tournure à celle d'écrire aux peuples. L'armistice
+avec le duc de Parme a été approuvé; le directoire ne
+l'a pas trouvé assez honteux pour ce duc.</p>
+
+<p>Nous avons imposé le Milanais à 20,000,000 fr. Je vous
+choisirai deux beaux chevaux parmi ceux que nous requerrons
+à Milan; ils serviront à vous dissiper des ennuis et des
+étiquettes du pays où vous êtes. Je veux aussi vous faite
+présent d'une épée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 3 prairial an 4 (22 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je viens de recevoir, citoyens directeurs, le courrier qui
+est parti le 26 de Paris. Il nous a apporté les articles de la
+paix glorieuse que vous avez conclue avec le roi de Sardaigne.
+Je vous prie d'en recevoir mes complimens.</p>
+
+<p>Le commissaire Salicetti vous fera passer l'état des
+contributions que nous avons imposées. Vous pouvez, à cette heure,
+compter sur 6 à 8,000,000 argent en or ou argent, lingots
+ou bijoux, qui sont à votre disposition à Gênes, chez un des
+premiers banquiers. Vous pouvez disposer de cette somme,
+étant superflue aux besoins de l'armée. Si vous le désirez, je
+ferai passer 1,000,000 à Bâle pour l'armée du Rhin.</p>
+
+<p>J'ai fait passer au général Kellermann 10,000 liv. en argent,
+je lui ferai passer demain 200,000 liv.</p>
+
+<p>Les troupes sont satisfaites; elles touchent la moitié de
+leurs appointemens en argent; le pillage est réprimé, et la
+discipline avec l'abondance renaissent dans cette glorieuse
+armée.</p>
+
+<p>Neuf mille hommes de l'armée des Alpes arriveront dans
+dix jours; je ne les attendrai pas, et déjà les troupes sont en
+mouvement pour marcher sur les gorges du Tyrol.</p>
+
+<p>L'armée autrichienne reçoit tous les jours des renforts;
+mais j'imagine que notre armée du Rhin ne permettra pas à
+l'empereur de trop s'affaiblir de ce côté-là.</p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint des lettres de la plus grande importance,
+entre autres celle où il est question de l'entretien
+de Louis XVIII avec plusieurs de nos postes à l'armée du
+Rhin.</p>
+
+<p>La nouvelle de ces pourparlers se répète dans toutes les
+lettres d'émigrés; je crois qu'il est urgent d'y mettre ordre.</p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint l'état de ce que nous avons pris à
+Pavie: cela est très-considérable. Nous avons des magasins
+à Tortone, à Coni, à Ceva et à Mondovi.</p>
+
+<p>Le duc de Parme n'ayant ni fusils, ni canons, ni places
+fortes, on n'a rien pu lui demander en ce genre.</p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint une adresse à l'armée.</p>
+
+<p>Vous trouverez aussi ci-joint la suspension que j'ai accordée
+au duc de Modène; vous y verrez que c'est 10,000,000
+de plus pour la république. Comme il n'a ni forteresses, ni
+fusils, il n'a pas été possible de lui en demander.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+
+<p><i>P.S.</i> Parmi les lettres d'émigrés ci-jointes, vous en
+trouverez une d'un prêtre qui écrit de Paris au cardinal de
+Zelada: quoiqu'il ne signe pas, il sera facile de le connaître,
+puisqu'il dit avoir soupé avec le général Dumuy la veille du
+départ de celui-ci. Une fois que le ministre de la police connaîtra
+ce correspondant de monseigneur le cardinal, il lui
+sera facile, en le faisant suivre pendant plusieurs jours, de
+parvenir à en connaître d'autres. Vous y trouverez aussi le
+nom d'un négociant de Lyon, qui fait passer des fonds aux
+émigrés.</p>
+<br><br><br>
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 prairial an 4 (24 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Oriani.</i></p>
+
+<p>Les sciences qui honorent l'esprit humain, les arts qui
+embellissent la vie et transmettent les grandes actions à la
+postérité, doivent être spécialement honorés dans les gouvernemens
+libres. Tous les hommes de génie, et tous ceux qui
+ont obtenu un rang dans la république des lettres, sont frères,
+quel que soit le pays qui les ait vus naître.</p>
+
+<p>Les savans dans Milan n'y jouissaient pas de la considération
+qu'ils devaient avoir. Retirés dans le fond de leurs
+laboratoires, ils s'estimaient heureux que les rois et les prêtres
+voulussent bien ne pas leur faire de mal. Il n'en est pas
+ainsi aujourd'hui, la pensée est devenue libre dans l'Italie:
+il n'y a plus ni inquisition, ni intolérance, ni despotes. J'invite
+les savans à se réunir et a me proposer leurs vues sur les
+moyens qu'il y aurait à prendre, ou les besoins qu'ils auraient
+pour donner aux sciences et aux beaux-arts une nouvelle
+vie et une nouvelle existence. Tous ceux qui voudront
+aller en France seront accueillis avec distinction par le
+gouvernement. Le peuple français ajoute plus de prix à l'acquisition
+d'un savant mathématicien, d'un peintre en réputation,
+d'un homme distingué, quel que soit l'état qu'il
+professe, que de la ville la plus riche et la plus abondante.</p>
+
+<p>Soyez donc, citoyen, l'organe de ces sentimens auprès
+des savans distingués qui se trouvent dans le Milanais.</p>
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<p class="droite">Brescia, le 10 prairial an 4 (29 mai 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A la république de Venise.</i></p>
+
+<p>C'est pour délivrer la plus belle contrée de l'Europe du
+joug de fer de l'orgueilleuse maison d'Autriche, que l'armée
+française a bravé les obstacles les plus difficiles à surmonter.</p>
+
+<p>La victoire, d'accord avec la justice, a couronné ses efforts;
+les débris de l'armée ennemie se sont retirés au-delà du Mincio.
+L'armée française passe, pour les poursuivre, sur le territoire
+de la république de Venise; mais elle n'oubliera pas
+qu'une longue amitié unit les deux républiques.</p>
+
+<p>La religion, le gouvernement, les usages seront respectés;
+la plus sévère discipline sera maintenue; tout ce qui sera
+fourni à l'armée sera exactement payé en argent.</p>
+
+<p>Le général en chef engage les officiers de la république de
+Venise, les magistrats et les prêtres à faire connaître ses
+sentimens au peuple, afin que la confiance cimente l'amitié qui
+depuis long-temps unit les deux nations.</p>
+
+<p>Fidèle dans le chemin de l'honneur comme dans celui de la
+victoire, le soldat français n'est terrible que pour les ennemis
+de la liberté et de son gouvernement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Peschiera, le 13 prairial an 4
+(1er juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu">Au directoire exécutif.</p>
+
+<p>Citoyens directeurs,<br><br>
+Après la bataille de Lodi, Beaulieu passa l'Adige et le
+Mincio. Il appuya sa droite au lac Garda, sa gauche sur la
+ville de Mantoue, et plaça des batteries sur tous les points
+de cette ligne, afin de défendre le passage du Mincio.</p>
+
+<p>Le quartier-général arriva, le 9, à Brescia; j'ordonnai au
+général de division Kilmaine de se rendre, avec quinze cents
+hommes de cavalerie et huit bataillons de grenadiers, à
+Dezinzano. J'ordonnai au général Rosca de se rendre, avec
+une demi-brigade d'infanterie légère, à Salo. Il s'agissait de
+faire croire au général Beaulieu que je voulais le tourner par
+le haut du lac, pour lui couper le chemin du Tyrol, en passant
+par Riva. Je tins toutes les divisions de l'armée en
+arrière, en sorte que la droite, par laquelle je voulais effectivement
+attaquer, se trouvait à une journée et demie de
+marche de l'ennemi. Je la plaçai derrière la rivière de Chenisa,
+où elle avait l'air d'être sur la défensive, tandis que le
+général Kilmaine allait aux portes de Peschiera, et avait tous
+les jours des escarmouches avec les avant-postes ennemis,
+dans une desquelles fut tué le général autrichien Liptay.</p>
+
+<p>Le 10, la division du général Augereau remplaça à Dezinzano
+celle du général Kilmaine, qui rétrograda à Lonado,
+et arriva, la nuit, à Castiglione. Le général Masséna se
+trouvait à Monte-Chiaro, et le général Serrurier à Montze.
+A deux heures après minuit, toutes les divisions se mirent
+en mouvement, toutes dirigeant leur marche sur Borgetto,
+où j'avais résolu de passer le Mincio.</p>
+
+<p>L'avant-garde ennemie, forte de trois à quatre mille hommes
+et de dix-huit cents chevaux, défendait l'approche de
+Borgetto. Notre cavalerie, flanquée par nos carabiniers et
+nos grenadiers, qui, rangés en bataille, la suivaient au petit
+trot, chargea avec beaucoup de bravoure, mit en déroute
+la cavalerie ennemie, et lui enleva une pièce de canon. L'ennemi
+s'empressa de passer le pont et d'en couper une arche:
+l'artillerie légère engagea aussitôt la canonnade. L'on raccommodait
+avec peine le pont sous le feu de l'ennemi, lorsqu'une
+cinquantaine de grenadiers, impatiens, se jettent à l'eau,
+tenant leurs fusils sur leur tête, ayant de l'eau jusqu'au
+menton: le général Gardanne, grenadier pour la taille et le
+courage, était à la tête. Les soldats ennemis croient revoir la
+fameuse colonne du pont de Lodi: les plus avancés lâchent
+pied; on raccommode alors le pont avec facilité, et nos grenadiers,
+en un instant, passent le Mincio, et s'emparent de
+Valeggio, quartier-général de Beaulieu, qui venait seulement
+d'en sortir.</p>
+
+<p>Cependant les ennemis, en partie en déroute, étaient rangés
+en bataille entre Valeggio et Villa-Franca. Nous nous
+gardons bien de les suivre; ils paraissent se rallier et prendre
+confiance, et déjà leurs batteries se multiplient et se rapprochent
+de nous: c'était justement ce que je voulais; j'avais
+peine à contenir l'impatience ou, pour mieux dire, la fureur
+des grenadiers.</p>
+
+<p>Le général Augereau passa, sur ces entrefaites, avec sa
+division; il avait ordre de se porter, en suivant le Mincio,
+droit sur Peschiera, d'envelopper cette place, et de couper
+les gorges du Tyrol: Beaulieu et les débris de son armée se
+seraient trouvés sans retraite.</p>
+
+<p>Pour empêcher les ennemis de s'apercevoir du mouvement
+du général Augereau, je les fis vivement-canonner du village
+de Valeggio; mais l'ennemi, instruit par ses patrouilles de
+cavalerie du mouvement du général Augereau, se mit aussitôt
+en route pour gagner le chemin de Castel-Nuovo: un renfort
+de cavalerie qui leur arriva les mit à même de protéger leur
+retraite. Notre cavalerie, commandée par le général Murat,
+fit des prodiges de valeur; ce général dégagea lui-même
+plusieurs chasseurs que l'ennemi était sur le point de faire
+prisonniers. Le chef de brigade du dixième régiment de chasseurs,
+Leclerc, s'est également distingué. Le général Augereau,
+arrivé à Peschiera, trouva la place évacuée par l'ennemi.</p>
+
+<p>Le 12, à la pointe du jour, nous nous portâmes à Rivoli;
+mais déjà l'ennemi avait passé l'Adige et enlevé presque tous
+les ponts, dont nous ne pûmes prendre qu'une partie. On
+évalue la perte de l'ennemi, dans cette journée, à quinze
+cents hommes et cinq cents chevaux, tant tués que prisonniers.
+Parmi les prisonniers se trouve le prince de Couffla,
+lieutenant-général des armées du roi de Naples, commandant
+en chef la cavalerie napolitaine. Nous avons pris également
+cinq pièces de canon, dont deux de 12, et trois de 6, avec
+sept ou huit caissons chargés de munitions de guerre. Nous
+avons trouvé à Castel-Nuovo des magasins, dont une partie
+était déjà consumée par les flammes. Le général de division
+Kilmaine a eu son cheval blessé sous lui.</p>
+
+<p>Voilà donc les Autrichiens entièrement expulsés de l'Italie.
+Nos avant-postes sont sur les montagnes de l'Allemagne.
+Je ne vous citerai pas tous les hommes qui se sont signalés
+par des traits de bravoure, il faudrait nommer tous les grenadiers
+et carabiniers de l'avant-garde; ils jouent et rient
+avec la mort. Ils sont aujourd'hui parfaitement accoutumés
+avec la cavalerie, dont ils se moquent. Rien n'égale leur intrépidité,
+si ce n'est la gaieté avec laquelle ils font les marches
+les plus forcées. Ils servent tour à tour la patrie et l'amour.</p>
+
+<p>Vous croiriez qu'arrivés au bivouac ils doivent au moins
+dormir? Point du tout: chacun fait son conte ou son plan
+d'opérations du lendemain, et souvent on en voit qui rencontrent
+très-juste. L'autre jour, je voyais défiler une demi-brigade,
+un chasseur s'approcha de mon cheval: «Général,
+me dit-il, il faut faire cela! Malheureux! lui dis-je, veux-tu
+bien te taire.» Il disparaît à l'instant. Je l'ai fait en vain
+chercher; c'était justement ce que j'avais ordonné que l'on
+fît.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Peschiera, le 13 prairial an 4
+(1er juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>La république de Venise a laissé occuper par les Impériaux
+Peschiera, qui est une place forte; mais, grâce à la
+victoire de Borgetto, nous nous en sommes emparés, et je
+vous écris aujourd'hui de cette ville.</p>
+
+<p>Le général Masséna occupe, avec sa division, Vérone,
+belle et grande ville qui a deux ponts sur l'Adige.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Roverbello, le 15 prairial an 4
+(3 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A monsieur le duc d'Aoste.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, monsieur, votre courrier; la conduite du roi à
+l'occasion de M. Bounnafier est digne de lui.</p>
+
+<p>Je vais prendre des mesures pour que, pendant le peu de
+temps que la police de la ville d'Alba appartiendra à l'armée,
+il ne se commette aucun trouble; mais j'espère que nous hâterons,
+le plus que possible, le moment de l'exécution du
+traité, afin de voir consolidée la paix qui doit désormais unir
+les deux puissances.</p>
+
+<p>J'ai ordonné au commandant de la place d'Alba de faire
+relâcher différens particuliers, sujets du roi, qui avaient été
+arrêtés, pour je ne sais pas trop quelle espèce de représailles.</p>
+
+<p>Je me flatte que vous êtes persuadé que je n'oublierai rien
+de ce qui pourra vous être agréable, me mériter votre estime,
+et vous convaincre des sentimens de considération, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Roverbello, le 16 prairial an 4
+(4 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la république à Venise.</i></p>
+
+<p>Le sénat m'a envoyé deux sages du conseil; il est nécessaire
+que vous lui témoigniez le mécontentement de la république
+de ce que Peschiera a été livrée aux Autrichiens. Le
+sang français a coulé pour la reprendre. Il ne faut pas cependant
+nous brouiller avec une république dont l'alliance nous
+est utile.</p>
+
+<p>J'ai parlé aux sages de la cocarde nationale; je crois que
+vous devez fortement tenir pour que les Français la portent,
+et que l'injure qui a été faite soit réparée.</p>
+
+<p>Tenez-moi instruit de tout en détail. Je pars à l'instant
+pour Milan, adressez-moi là vos nouvelles; ne me laissez pas
+ignorer ce que fait Beaulieu et le mouvement des troupes
+en Bavière.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Par l'armistice conclu entre les deux armées française et
+napolitaine, nous obtenons les résultats suivans:
+1°. Nous ôtons deux mille quatre cents hommes de cavalerie
+à l'armée autrichienne, et nous les plaçons dans un lieu
+où ils sont à notre disposition.
+2°. Nous ôtons aux Anglais cinq vaisseaux de guerre et
+plusieurs frégates.
+3°. Nous continuons à mettre les coalitions en déroute.</p>
+
+<p>Si vous faites la paix avec Naples, la suspension aura été
+utile, en ce qu'elle aura affaibli de suite l'armée allemande.
+Si, au contraire, vous ne faites pas la paix avec Naples, la
+suspension aura encore été utile, en ce qu'elle me mettra à
+même de prendre prisonniers les deux mille quatre cents
+hommes de cavalerie napolitaine, et que le roi de Naples aura
+fait une démarche qui n'aura pas plu à la coalition. Cela me
+porte à traiter la question militaire: pouvons-nous et devons-nous aller à Naples?</p>
+
+<p>Le siège du château de Milan, la garde du Milanais et
+la garnison des places conquises, demandent quinze mille
+hommes.</p>
+
+<p>La garde de l'Adige et des positions du Tyrol, vingt mille
+hommes.</p>
+
+<p>Il ne reste, compris les secours qui arrivent de l'armée des
+Alpes, que six mille hommes.</p>
+
+<p>Mais, eussions-nous vingt mille hommes, il ne nous conviendrait
+pas de faire vingt-cinq jours de marche, dans les
+mois de juillet et d'août, pour chercher la maladie et la
+mort. Pendant ce temps-là, Beaulieu repose son armée dans
+le Tyrol, la recrute, la renforce de secours qui lui arrivent
+tous les jours, et nous reprendra dans l'automne ce que nous
+lui avons pris dans le printemps. Moyennant cet armistice
+avec Naples, nous sommes à même de dicter à Rome toutes
+les conditions qu'il nous plaira; déjà, dans ce moment-ci,
+la cour de Rome est occupée à faire une bulle contre ceux
+qui prêchent en France la guerre civile, sous prétexte de religion.</p>
+
+<p>Par la conversation que j'ai eue ce matin avec M. Azara,
+ministre d'Espagne, envoyé par le pape, il m'a paru qu'il
+avait ordre de nous offrir des contributions. Je serai bientôt
+à Bologne. Voulez-vous que j'accepte alors, pour accorder
+un armistice au pape, vingt-cinq millions de contributions
+en argent, cinq millions en denrées, trois cents cadres, des
+statues et des manuscrits en proportion, et que je fasse
+mettre en liberté tous les patriotes arrêtés pour faits de la révolution?
+J'aurai au reste le temps de recevoir vos ordres là-dessus, puisque je ne crois pas être à Bologne avant dix ou
+quinze jours. Alors, si les six mille hommes que commande
+le général Châteauneuf-Randon arrivent, il n'y aura pas
+d'inconvénient de se porter de Bologne jusqu'à Rome. Au
+reste, je vous prie de rester persuadé que lorsqu'une fois
+vous m'avez fait connaître positivement vos intentions, il
+faudrait qu'elles fussent bien difficiles, pour que je ne puisse
+pas les exécuter.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Lorsque M. Beaulieu sut que nous marchions pour passer
+le Mincio, il s'empara de la forteresse de Peschiera, qui appartient
+aux Vénitiens. Cette forteresse, située sur le lac de
+Garda, à la naissance du Mincio, a une enceinte bastionnée
+en très-bon état, et quatre-vingt pièces de canon, qui, à la
+vérité, n'étaient pas montées.</p>
+
+<p>M. le provéditeur général, qui était à Vérone avec deux
+mille hommes, aurait donc bien pu faire en sorte que cette
+place ne fût pas occupée par les Autrichiens, qui y sont entrés
+sans aucune espèce de résistance, lorsque j'étais arrivé à
+Brescia, c'est-à-dire à une journée de-là.</p>
+
+<p>Dès que j'appris que les Autrichiens étaient à Peschiera,
+je sentis qu'il ne fallait pas perdre un instant à investir cette
+place, afin d'ôter à l'ennemi les moyens de l'approvisionner.
+Quelques jours de retard m'auraient obligé à un siège de trois
+mois.</p>
+
+<p>Le combat de Borghetto et le passage du Mincio nous rendirent
+cette place deux jours après. Le provéditeur vint à
+grande hâte se justifier, je le reçus fort mal. Je lui déclarai
+que je marchais sur Venise porter moi-même plainte au sénat
+d'une trahison aussi manifeste. Pendant le temps que nous
+nous entretenions, Masséna avait ordre d'entrer à Vérone, à
+quelque prix que ce fût. L'alarme à Venise a été extrême.
+L'archiduc de Milan, qui y était, s'est sauvé sur-le-champ en
+Allemagne.</p>
+
+<p>Le sénat de Venise vient de m'envoyer deux sages du conseil,
+pour s'assurer définitivement où en étaient les choses. Je leur
+ai renouvelé mes griefs, je leur ai parlé aussi de l'accueil
+fait à Monsieur; je leur ai dit que, du reste, je vous avais
+rendu compte de tout, et que j'ignorais la manière dont vous
+prendriez cela: que, lorsque je suis parti de Paris, vous
+croyiez trouver dans la république de Venise une alliée fidèle
+aux principes; que ce n'était qu'avec regret que leur conduite
+à l'égard de Peschiera m'avait obligé de penser autrement;
+que, du reste, je croyais que ce serait un orage qu'il serait
+possible à l'envoyé du sénat de conjurer. En attendant, ils
+se prêtent de la meilleure façon à nous fournir ce qui peut
+être nécessaire à l'armée.</p>
+
+<p>Si votre projet est de tirer cinq ou six millions de Venise,
+je vous ai ménagé exprès cette espèce de rupture. Vous
+pourriez les demander en indemnité du combat de Borghetto,
+que j'ai été obligé de livrer pour prendre cette place. Si vous
+avez des intentions plus prononcées, je crois qu'il faudrait
+continuer ce sujet de brouillerie, m'instruire de ce que vous
+voulez faire, et attendre le moment favorable, que je saisirai
+suivant les circonstances: car il ne faut pas avoir affaire à
+tout le monde à la fois.</p>
+
+<p>La vérité de l'affaire de Peschiera est que Beaulieu les a
+lâchement trompés; il leur a demandé le passage pour cinquante
+hommes, et il s'est emparé de la ville. Je fais dans ce
+moment-ci mettre Peschiera en état de défense, et, avant
+quinze jours, il faudra de l'artillerie de siège et un siège en
+règle pour la prendre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A M. le prince de Belmonte-Pignatelli.</i></p>
+
+<p>L'armistice que nous avons conclu hier sera, je l'espère,
+le préambule de la paix. Les négociations doivent commencer
+le plus tôt possible, et dès-lors, quoique les troupes
+tardent à arriver à leurs cantonnemens, je ne crois pas que
+ce puisse être une raison de guerre, dès l'instant que l'ordre
+de S. M. le roi de Naples serait parvenu, et que le corps de
+troupes serait en marche pour se rendre à sa destination.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, à Gênes.</i></p>
+
+<p>Je ne vous écris pas aussi souvent que je le voudrais.</p>
+
+<p>Je vous ai envoyé la relation de l'affaire de Borghetto;
+aujourd'hui je vous annonce la prise du faubourg Saint-Georges
+de Mantoue et le cernement de cette ville.</p>
+
+<p>Je suis venu à Milan pour mettre à exécution le traité de
+paix avec le roi de Sardaigne.</p>
+
+<p>Je vous prie de m'instruire des affaires de Corse; je compte
+faire passer à Gênes quinze cents fusils de chasse pour les y
+envoyer pour soutenir l'insurrection des patriotes.</p>
+
+<p>Je suis instruit que le ministre de l'empereur à Gênes
+excite les paysans à la révolte, et leur fait passer de la poudre
+et de l'argent. Si cela est, mon intention est de le faire
+arrêter dans Gênes même.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallement, à Venise.</i></p>
+
+<p>Je vois avec plaisir que vos discussions avec le sénat se
+sont terminées comme elles le devaient.</p>
+
+<p>Tenez-moi instruit du mouvement de Beaulieu; ne négligez
+rien et envoyez de tous côtés des espions pour connaître
+ses opérations et les renforts qu'il reçoit.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 prairial an 4 (8 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot..</i></p>
+
+<p>Je vous dois des remercîmens pour les choses honnêtes
+que vous me dites. La récompense la plus douce des fatigues,
+des dangers, des chances de ce métier-ci se trouve dans l'estime
+du petit nombre d'hommes qu'on apprécie.</p>
+
+<p>Par ma lettre au directoire, vous verrez notre position. Si
+les bataillons annoncés nous joignent à temps, il nous sera
+facile d'aller jusqu'à Rome. Cependant, comme les opérations
+d'Allemagne peuvent changer notre position d'un moment
+à l'autre, je crois qu'il serait bon qu'on me laissât la
+faculté de conclure l'armistice avec Rome, ou d'y aller: dans
+le premier cas, me prescrire les conditions de l'armistice;
+dans le second, me dire ce que je dois y faire, car nos troupes
+ne pourraient pas s'y maintenir long-temps. L'espace est
+immense, le fanatisme très-grand, et la grande disproportion
+des distances rend les hommes hardis.</p>
+
+<p>Je serai, dès l'instant que les inondations seront finies, à
+Livourne et à Bologne. Je recevrai là vos ordres, et si vous
+acceptez l'armistice avec Rome, je le conclurai là.</p>
+
+<p>Nous sommes bientôt en juillet, où toutes les marches
+nous vaudront deux cents malades.</p>
+
+<p>Il est arrivé un commissaire du directoire pour les contributions.
+Un million est parti pour Bâle pour l'armée du Rhin.</p>
+
+<p>Vous avez à Gênes huit millions, vous pouvez compter
+là-dessus.</p>
+
+<p>Deux millions encore partaient pour Paris; mais le commissaire
+m'a assuré que votre intention est que tout aille à
+Gênes.</p>
+
+<p>Je mériterai votre estime; je vous prie de me continuer
+votre amitié, et de me croire pour la vie, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 prairial an 4 (8 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p>
+
+<p>Votre jeune cousin m'est arrivé hier: il m'a l'air actif,
+quoique encore un peu jeune. Je le tiendrai avec moi: il sera
+bientôt à même d'affronter le péril et de se distinguer. J'espère
+qu'il sera digne de vous, et que j'aurai un bon compte
+à vous en rendre.</p>
+
+<p>Je suis bien aise de faire quelque chose qui vous soit
+agréable.</p>
+
+<p>Ici, tout va assez bien; mais la canicule arrive au galop,
+et il n'existe aucun remède contre son influence dangereuse.
+Misérables humains que nous sommes, nous ne pouvons
+qu'observer la nature, mais non la surmonter.</p>
+
+<p>La campagne d'Italie a commencé deux mois trop tard;
+nous nous trouvons obligés de rester dans le pays le plus malsain
+de l'Italie. Je ne vois qu'un moyen pour ne pas être
+battus à l'automne, c'est de s'arranger de manière à ne pas
+être obligés de s'avancer dans le sud de l'Italie.</p>
+
+<p>Selon tous les renseignemens que l'on nous donne, l'empereur
+envoie beaucoup de troupes à son armée d'Italie. Nous
+attendons ici avec impatience des nouvelles du Rhin. Si notre
+armée a des succès, comme je l'espère, il faut que l'on fasse
+payer à l'empereur son entêtement: en attendant, je vous prie
+de croire aux sentimens de fraternité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 prairial an 4 (9 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kellermann.</i></p>
+
+<p>J'ai vu, avec le plus grand plaisir, les demi-brigades que
+vous nous envoyez: elles sont en bon état et bien disciplinées.
+Je ne crains pas d'abuser de votre bonté; je vous envoie
+un officier d'artillerie pour pourvoir, avec les fonds nécessaires,
+au transport de cinq mille fusils, que je vous prie
+instamment de nous faire passer, ainsi que douze obusiers de
+6 pouces, et douze de 8.</p>
+
+<p>J'attends avec empressement votre réponse pour les dix-huit
+cents hommes que je vous ai prié de faire mettre à Coni,
+afin d'en pouvoir retirer la garnison.</p>
+
+<p>Vous devez avoir reçu cent mille francs; je donnerai des
+ordres pour que l'on vous en envoie cent mille autres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Comeiras.</i></p>
+
+<p>Je ferai fournir trois mille quintaux de blé aux Grisons, à
+condition qu'ils nous donneront des chevaux en paiement.
+J'ai, à votre demande, fait détruire le fort de........ Je vous
+enverrai tout ce que vous demandez. Il est nécessaire que
+vous ayez la plus grande surveillance du côté de la Valteline,
+pour connaître les mouvemens que Beaulieu pourrait
+faire, et m'en prévenir à temps.</p>
+
+<p>Il me serait facile de vous faire passer quelques milliers de
+fusils de chasse; mais cela serait-il bien employé dans les
+mains de nos amis, et s'il est vrai que les chefs des ligues
+sont vendus à la maison d'Autriche, ne serait-il pas dangereux
+d'accroître leurs moyens de nuire?</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général Laharpe était du canton de Berne: les autorités
+de ce canton lui ont confisqué ses biens au commencement
+de la révolution. Je vous prie de vous intéresser pour les
+faire rendre à ses enfans.</p>
+
+<p>Les Suisses nous ont fait demander la circulation de quelques
+milliers de riz, nous ne leur avons accordé qu'à condition
+que le canton de Berne restituerait au jeune Laharpe les
+biens de son père. J'espère que vous approuverez cette mesure.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Barthélémy, ambassadeur à Bâle.</i></p>
+
+<p>Le canton de Berne a confisqué, au commencement de la
+révolution, les biens de feu le général Laharpe; je vous prie
+de vous intéresser pour les faire rendre à son fils.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Moreau.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer un million que vous tirerez sur Bâle,
+des mains du citoyen Barthélémy, ambassadeur de la république
+à Gênes, à qui je donne ordre de l'adresser.</p>
+
+<p>L'armée d'Italie a demandé au directoire la permission de
+vous faire passer cet argent, provenant des contributions de
+guerre, afin de soulager nos frères d'armes de l'armée du
+Rhin.
+Je suis flatté que cette occasion, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Pavie, le 24 prairial an 4 (12 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous donnerez les ordres pour que l'on établisse dans le
+château de Pavie deux mille lits, avec des fournitures complètes.
+Le commissaire des guerres requerra, à cet effet, de
+la ville, les matelas, couvertures et draps nécessaires.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 25 prairial an 4 (13 juin 1796).</p>
+
+<p>Le général en chef porte plainte à la commission militaire,
+contre le seigneur d'Arcquata, M. Augustin Spinola,
+comme étant le chef de la rébellion qui a eu lieu à Arcquata,
+où il a été assassiné plusieurs soldats, déchiré la cocarde
+tricolore, pillé les effets de la république, et arboré l'étendard impérial.</p>
+
+<p>Le seigneur d'Arcquata et sa femme se sont toujours livrés
+à leurs instigations perfides.</p>
+
+<p>Je demande que la commission militaire le juge conformément
+aux lois militaires.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 25 prairial an 4 (13 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au gouverneur d'Alexandrie.</i></p>
+
+<p>Les officiers et soldats de la garnison de Serravalle ont pris
+part à la dernière rébellion des fiefs impériaux; ils ont encouragé
+les paysans, en leur fournissant des munitions de guerre.</p>
+
+<p>Cette conduite est très-éloignée d'être conforme aux intentions
+du roi et de M. le duc d'Aoste.</p>
+
+<p>Je vous demande de faire punir sévèrement la conduite indigne
+de ces militaires.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 26 prairial an 4 (14 Juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre au vingt-deuxième régiment de chasseurs
+à cheval de se rendre à Vérone, au quartier-général
+du général Masséna, où il sera à sa disposition.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre à toutes les compagnies de grenadiers
+ou détachemens de demi-brigades qui composent la
+division du général Masséna, de les rejoindre de suite.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre au troisième bataillon de la deuxième
+demi-brigade de rejoindre sa demi-brigade.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 26 prairial an 4 (14 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au sénat de la république de Gênes.</i></p>
+
+<p>La ville de Gênes est le foyer d'où partent les scélérats qui
+infestent les grandes routes, assassinant les Français et interceptant
+nos convois, autant qu'il est en eux.</p>
+
+<p>C'est de Gênes que l'on a soufflé l'esprit de rébellion dans
+les fiefs impériaux. M. Girola, qui demeure dans cette ville,
+leur a publiquement envoyé des munitions de guerre; il accueille
+tous les jours les chefs des assassins, encore dégoûttans
+du sang français.</p>
+
+<p>C'est sur le territoire de la république de Gênes que se
+commettent une partie de ces horreurs, sans que le gouvernement prenne aucune mesure; il paraît au contraire, par
+son silence et l'asile qu'il accorde, sourire aux assassins.</p>
+
+<p>Malheur aux communes qui voient avec joie et même avec
+indifférence ces crimes qui se commettent sur leur territoire,
+et le sang français répandu par des assassins!</p>
+
+<p>Il est indispensable que ce mal ait un terme, et que les
+hommes qui, par leur conduite, protègent les brigands, soient
+très-sévèrement punis.</p>
+
+<p>Le gouverneur de Novi les protège, je demande que le
+gouvernement en fasse un exemple sévère.</p>
+
+<p>M. Girola, qui a fait de Gênes une place d'armes contre
+les Français, doit être arrêté, ou au moins chassé de la ville
+de Gênes.</p>
+
+<p>Ces satisfactions préalables sont dues aux mânes de mes
+frères d'armes, égorgés sur votre territoire.</p>
+
+<p>Pour l'avenir, je vous demande une explication catégorique.
+Pouvez-vous ou non purger le territoire de la république
+des assassins qui le remplissent? Si vous ne prenez pas
+des mesures, j'en prendrai: je ferai brûler les villes et les
+villages sur lesquels il sera commis l'assassinat d'un seul
+Français.</p>
+
+<p>Je ferai brûler les maisons qui donneront refuge aux assassins.
+Je punirai les magistrats négligens qui auraient transgressé
+le premier principe de la neutralité, en accordant asile
+aux brigands.</p>
+
+<p>L'assassinat d'un Français doit porter malheur aux communes
+entières qui ne l'auraient pas protégé.</p>
+
+<p>La république française sera inviolablement attachée aux
+principes de la neutralité; mais que la république de Gênes
+ne soit pas le refuge de tous les brigands.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 27 prairial an 4 (15 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre à Gênes.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie le général Murat, mon aide-de-camp. Je
+désire que vous le présentiez de suite au sénat pour lui remettre
+lui-même la note qu'il vous communiquera. Si vous
+la présentiez, il faudrait quinze jours pour avoir la réponse,
+et il est nécessaire d'établir une communication plus prompte,
+qui électrise ces messieurs.</p>
+
+<p>L'armée du Rhin a battu les ennemis. Le général Berthier
+doit vous avoir envoyé le bulletin de Bâle.</p>
+
+<p>Tout va bien; je vous embrasse. Les nouvelles de Paris
+sont du 19: rien de nouveau.</p>
+
+<p>J'ai fait arrêter une quinzaine de chefs de brigands qui assassinaient
+nos soldats: ils seront impitoyablement fusillés.
+Dans ce moment-ci, une division fait justice d'Arcquata et
+des fiefs impériaux.</p>
+
+<p>Faites placer à Novi un gouverneur meilleur que celui qui
+y est. Je n'entends pas que le sénat laisse assassiner nos soldats
+en détail. Je lui tiendrai parole.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 27 prairial an 4 (15 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Nous avons établi beaucoup de batteries sur la rivière de
+Gênes; il faudrait en vendre aujourd'hui les canons et les
+munitions aux Génois, afin de ne pas avoir à les garder, et
+de pouvoir cependant les trouver en cas de besoin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 28 prairial on 4 (16 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au gouverneur de Novi.</i></p>
+
+<p>Vous donnez refuge aux brigands, les assassins sont protégés
+dans votre territoire; il y en a aujourd'hui dans tous
+les villages. Je vous requiers de faire arrêter tous les habitans
+des fiefs impériaux qui se trouvent aujourd'hui sur votre territoire;
+vous me répondrez de l'exécution de la présente réquisition;
+je ferai brûler les villes et les maisons qui donneront
+refuge aux assassins ou qui ne les arrêteront pas.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 28 prairial an 4 (16 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Tous les détachemens de troupes qui sont dans les villes
+différentes des états du roi de Sardaigne rejoindront leurs
+corps, excepté les garnisons de Coni, Ceva, Cherasco, Tortone,
+Alexandrie, Oneille et Loano.</p>
+
+<p>Il est défendu aux troupes et convois de l'armée de prendre
+d'autre route que par Nice, Coni, Fossano, Asti, Alexandrie,
+Tortone, Pavie, Milan, Cassano, Brescia, Peschiera,
+ou bien Pavie, Pizzigithone, Crémone, Casal-Major, Borgoforte,
+ou bien par Gênes, Novi, Tortone; ou bien par la
+vallée d'Aoste.</p>
+
+<p>Les troupes du roi de Sardaigne s'étant chargées d'escorter
+les convois, on n'enverra qu'un ou deux hommes d'escorte.</p>
+
+<p>Il ne sera plus fait de réquisitions dans les pays du roi de
+Sardaigne; on évacuera tous les magasins que l'on pourrait
+avoir dans ces pays, sur les places qui nous restent.</p>
+
+<p>Il est expressément défendu aux commissaires des guerres
+d'accorder aucune route aux soldats isolés de leurs bataillons,
+jusqu'à ce qu'ils soient au nombre de vingt-cinq. A cet effet,
+les soldats qui se présenteront pour rejoindre leurs corps,
+resteront en subsistance dans la place jusqu'à ce qu'ils soient
+à ce nombre. Alors, le commissaire des guerres fera une feuille
+de route jusqu'à l'endroit où ils devront se séparer pour
+rejoindre chacun leurs corps.</p>
+
+<p>Les commandans de place auront soin de faire armer les
+soldats, et de donner le commandement de ces détachemens
+à un sous-officier de garnison, s'il ne s'en trouve pas parmi
+ceux qui rejoignent; ce sous-officier accompagnera le détachement
+jusqu'à la garnison la plus prochaine.</p>
+
+<p>Le général de division qui commande à Nice aura sous ses
+ordres tout le département des Alpes maritimes; il nommera
+des commandans dans toutes les étapes, afin de surveiller les
+soldats passagers et les étapiers.</p>
+
+<p>Le général de division qui commande à Coni, aura sous sa
+surveillance tout le pays compris entre le département des
+Alpes maritimes, la Stura, le Tanaro, jusqu'aux états de
+Gênes: dès lors il commandera à Ceva et à Cherasco; il mettra,
+à chaque étape, un officier, auquel s'adresseront tous les
+militaires qui auront des feuilles de route, et sur le visa duquel
+les commandans piémontais feront délivrer l'étape à nos
+soldats.</p>
+
+<p>Le général de division qui commandera à Tortone, aura
+sous sa surveillance tous les pays compris entre le Tanaro,
+la mer de Gênes, le Pô et les états du duc de Parme; il commandera
+dès-lors à Alexandrie: il nommera des officiers pour
+surveiller les soldats de passage dans chaque étape. Ce ne sera
+que sur son visa que les agens du roi de Sardaigne délivreront
+l'étape à nos soldats.</p>
+
+<p>Le général commandant la Lombardie commandera; on
+nommera des officiers dans chaque étape pour surveiller les
+étapiers, et maintenir une bonne discipline chez les soldats
+de passage.</p>
+
+<p>Le chef de l'état-major enverra à ces différens généraux
+la liste des officiers blessés, surnuméraires ou sans emploi,
+qui pourraient être employés à cet effet.</p>
+
+<p>Le chef de l'état-major nommera deux officiers supérieurs
+pour surveiller les routes de Cassano à Peschiera, et de
+Pizzigithone à Goito: ces deux officiers se tiendront, le premier,
+à Chiaro, et le deuxième, à Casale-Major; ils nommeront
+des officiers à chaque étape pour surveiller les soldats
+et tenir la main à ce que les employés de Venise délivrent
+exactement, et en bonne fourniture, les étapes aux
+soldats et aux chevaux.</p>
+
+<p>Chacun des officiers supérieurs aura avec lui quinze hommes
+de gendarmerie à cheval et un détachement de cent cinquante
+hommes, qui lui serviront à escorter les prisonniers et à
+se porter partout où il serait nécessaire pour la sûreté de
+la route.</p>
+
+<p>Le général commandant le Mantouan établira des officiers
+dans toutes les étapes de son arrondissement, les généraux
+de division en feront autant, chacun dans son arrondissement,
+et jusqu'à l'étape qui joint la grande route.</p>
+
+<p>La route de Plaisance joindra la grande communication
+de l'armée à Saint-Colombar.</p>
+
+<p>L'officier supérieur qui commande la place de Plaisance
+aura la surveillance sur toute la route, depuis Saint-Colombar
+à Parme.</p>
+
+<p>On mettra neuf jours pour aller de Coni à Pavie, sept
+de Pavie à Peschiera, et six de Pavie à Goito.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 3 messidor an 4 (21 juin 1796).</p>
+
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>La division du général Augereau, citoyens directeurs, a
+passé le Pô à Borgoforte, le 28 prairial; il est arrivé à Bologne
+le 1er messidor; il y a trouvé quatre cents soldats
+qui y ont été faits prisonniers.</p>
+
+<p>Je suis parti de Tortone le 29 prairial; je suis arrivé le
+1er messidor à Modène, d'où j'ai envoyé l'ordre, par l'adjudant-général Vegnat, à la garnison du château d'Urbin d'ouvrir
+ses portes, de poser les armes, et de se rendre prisonnière de
+guerre. J'ai continué ma route pour Bologne; je suis arrivé
+à minuit. Nous avons trouvé, dans le fort Urbin, cinquante
+pièces de canon bien approvisionnées, cinq cents fusils de
+calibre, de très-beau modèle, et des munitions de bouche
+pour nourrir six mille hommes pendant deux mois. Le fort
+Urbin est dans un bon état de défense; il a une enceinte bastionnée,
+revêtue et entourée de fossés pleins d'eau, avec un
+chemin couvert nouvellement réparé. Il était commandé par
+un chevalier de Malte, et trois cents hommes que nous avons
+faits prisonniers.</p>
+
+<p>Nous avons fait prisonniers, à Bologne, le cardinal légat,
+avec tous les officiers de l'état-major, et pris quatre drapeaux.
+Nous avons également fait prisonnier le cardinal légat de Ferrare
+avec le commandant de ce fort, qui est un chevalier de
+Malte. Il y a dans le château de Ferrare cent quatorze pièces
+de canon.</p>
+
+<p>L'artillerie que nous avons trouvée à Modène, au fort
+Urbin et au château de Ferrare, forme un équipage de siège
+qui nous mettra à même d'assiéger Mantoue.</p>
+
+<p>Les vingt tableaux que doit nous fournir Parme sont partis.
+Le célèbre tableau de saint Jérôme est tellement estimé
+dans ce pays, qu'on offrait 1,000,000 pour le racheter.</p>
+
+<p>Les tableaux de Modène sont également partis: le citoyen
+Barthelemy s'occupe, dans ce moment-ci, à choisir les tableaux
+de Bologne; il compte en prendre une cinquantaine,
+parmi lesquels se trouve la sainte Cécile, qu'on dit être le
+chef-d'oeuvre de Michel-Ange.</p>
+
+<p>Monge, Berthollet, Thouin, naturaliste, sont à Pavie, où
+ils s'occupent à enrichir notre Jardin des Plantes et notre Cabinet
+d'histoire naturelle. J'imagine qu'ils n'oublieront pas
+une collection complète de serpens, qui m'a paru bien mériter
+la peine de faire le voyage. Je pense qu'ils seront après-demain
+à Bologne, où ils auront aussi une abondante récolte
+à faire.</p>
+
+<p>J'ai vu, à Milan, le célèbre Oriani: la première fois qu'il
+vînt me voir, il se trouva interdit, et ne pouvait pas répondre
+aux questions que je lui faisais. Il revint enfin de son étonnement:
+«Pardonnez, me dit-il, mais c'est la première fois que
+j'entre dans ces superbes appartemens; mes yeux ne sont pas
+accoutumés....» Il ne se doutait pas qu'il faisait, par ce
+peu de paroles, une critique bien amère du gouvernement de
+l'archiduc. Je me suis empressé de lui faire payer ses appointemens
+et de lui donner tous les encouragemens nécessaires.</p>
+
+<p>Au premier courrier, je vous enverrai une copie des lettres
+que je lui ai écrites, dès l'instant que j'ai reçu la
+recommandation que vous m'avez envoyée pour lui.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 3 messidor an 4 (21 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, aux commissaires du gouvernement
+près l'armée d'Italie.</i></p>
+
+<p>Les mouvemens actuels d'une partie de l'armée de Wurmser sur la
+frontière des Grisons, et les renforts que Beaulieu
+reçoit tous les jours, ceux plus considérables encore qui sont
+en marche; l'opération sur Livourne, que le gouvernement
+m'a ordonné d'entreprendre, et à laquelle je n'ai vu aucun
+inconvénient militaire, comptant sur l'arrivée de six mille
+hommes, que devait conduire le général Châteauneuf-Randon,
+lesquels ont reçu contre-ordre et sont toujours à Nîmes;
+la garnison que je serai obligé de laisser dans la place de
+Livourne; tout nous fait une nécessité de faire venir, le
+plus promptement possible, deux demi-brigades de l'armée
+des Alpes. Il serait possible d'en tirer une des deux qui
+sont à Lyon, et une existante dans le département de la
+Drôme. Il sera facile au général de l'armée des Alpes de
+remplacer les deux demi-brigades par des colonnes mobiles,
+composées de garde nationale sédentaire mise en réquisition,
+et je lui fais passer, à cet effet, 150,000 liv. en
+numéraire, pour subvenir à leur solde.</p>
+
+<p>Je vous requiers donc de prendre les mesures les plus
+efficaces et les plus promptes pour que ces deux demi-brigades
+se rendent de suite à Milan: le besoin que nous en
+avons est tellement pressant, que je crois que l'on doit faire
+venir les plus près, et user de tous les moyens pour activer
+leur marche et leur arrivée à Milan.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 4 messidor an 4 (22 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p>
+
+<p>Je viens de recevoir votre courrier; je connais trop bien
+l'esprit du perfide gouvernement génois, pour ne pas avoir
+prévu la réponse qu'il aurait faite.</p>
+
+<p>Je viens de recevoir, par un courrier extraordinaire du
+directoire, la copie de la note que vous avez présentée lors
+de la prise de cinq bâtimens.</p>
+
+<p>Voilà donc deux sujets de plainte; tenez querelle ouverte
+sur l'un et l'autre objet. Je vous charge spécialement de
+prendre les moyens les plus efficaces pour que l'argent, les
+bijoux et autres objets précieux appartenans à la république,
+et qui se trouvent à Gênes, soient bientôt évacués de cette
+place.</p>
+
+<p>Faites appeler chez vous le citoyen Suci, et envoyez-moi, par
+un courrier extraordinaire, l'inventaire des effets, quels qu'ils
+soient, qui se trouvent à Gênes.</p>
+
+<p>Je vous prie de me tenir instruit, dans le plus grand détail,
+de ce qui concerne notre position avec le sénat de
+Gênes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 4 messidor au 4 (22 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A l'adjudant-général Leclerc.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez à Coire, capitale du pays des Grisons;
+vous y verrez le citoyen Comeyras, ministre de la
+république; vous parcourrez le pays jusqu'au débouché de
+Souabe; vous enverrez des espions prendre des renseignemens
+sur la position et les mouvemens de l'ennemi, de l'autre
+côté des montagnes. Vous m'instruirez de ce qui pourrait en
+mériter la peine, par un courrier extraordinaire, que vous
+adresserez au général Despinois à Milan.</p>
+
+<p>Vous choisirez les positions que l'ennemi pourrait prendre
+pour descendre des montagnes dans le Milanais, en supposant
+qu'il voulût le tenter.</p>
+
+<p>Vous resterez le temps nécessaire dans ce pays pour le
+parcourir, le connaître et acquérir les connaissances sur l'esprit
+qui anime les habitans.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Bologne, le 4 messidor an 4 (22 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général-chef des ligues grises.</i></p>
+
+<p>Je vous adresse le citoyen Leclerc, adjudant-général,
+pour vous donner une marque de l'amitié de la république
+française et du désir que j'ai de vous être utile, comptant
+sur une parfaite réciprocité de votre part.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 5 messidor an 4 (23 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la république à Venise.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen ministre, de mettre plus d'activité
+dans votre correspondance secrète, et de pouvoir me faire
+passer tous les jours un bulletin des forces et des mouvemens
+de l'ennemi. Vous devriez avoir des espions à Trente,
+à Roveredo, à Inspruck, et avoir tous les jours des bulletins
+de ces endroits: c'est ainsi que fait le citoyen Barthélémy
+à Bâle, et qui, par là, rend des services majeurs
+à la république. Je suis instruit, par une voie indirecte,
+que Venise arme, et vous ne m'instruisez pas de quelle nature
+et de quelle force sont ces armemens. Vous sentez combien
+il importe que je sois instruit à temps sur des objets
+pareils.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 5 messidor an 4 (23 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot, ministre à Florence.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie le citoyen Marmont, mon aide-de-camp,
+chef de bataillon, pour remettre une lettre au grand-duc
+de Toscane; elle est sous cachet volant, afin que vous puissiez
+en voir le contenu. Je désirerais que vous le présentassiez
+à son Altesse Royale. Si vous voulez me parler, écrivez
+ici avant demain matin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 8 messidor an 4 (26 juin 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot.</i></p>
+
+<p>J'apprends à l'instant qu'en conséquence d'un ordre général
+qui a été donné de ne rien laisser passer de ce qui
+se rendrait à Bologne, à Florence, il pourrait se faire que
+M. Manfredini n'eût pas pu passer, et qu'il fût encore à
+Bologne. Si cela était, je serais désespéré de ce contre-temps.
+Je vous prie de faire mes excuses au grand-duc, et de faire
+partir de suite un courrier pour Bologne avec l'ordre ci-joint.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Livourne, le 9 messidor an 4
+(27 juin 1796).</p>
+
+<p>Le général chef de l'état-major donnera sur-le-champ les
+ordres les plus précis au chef de bataillon Hulin, commandant
+la place de Livourne, de faire arrêter le gouverneur
+de la ville aussitôt qu'il sera informé que la soixante-quinzième
+demi-brigade arrivera; que ce gouverneur soit mis
+sous bonne garde dans une maison près du camp, pour
+le faire partir de là pour Florence, dans une voiture qui
+sera escortée, lorsque le général en chef aura déterminé
+l'heure du départ de cet officier, pour lequel on aura d'ailleurs
+tous les égards convenables.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Livourne, le 11 messidor an 4
+(29 juin 1796).</p>
+
+<p>Le général Vaubois tiendra garnison à Livourne avec la
+soixante-quinzième demi-brigade, une compagnie d'artillerie
+et un escadron du premier régiment de hussards; il fera
+mettre les batteries qui défendent l'entrée du port dans un
+bon état de défense, les fera arranger de manière qu'il n'y ait
+que des pièces d'un ou de plus deux calibres à chaque batterie;
+il fera monter des grils à boulets rouges, et aura soin
+que les pièces soient approvisionnées à cent coups; il choisira
+un fort de la ville, celui le plus dans le cas de se défendre,
+et qui a des communications avec l'intérieur; il fera
+mettre ce fort en état de défense; fera, à cet effet, les déplacemens
+d'artillerie qu'il jugera nécessaires; établira un
+magasin où il y ait de quoi nourrir deux mille hommes pendant
+quarante jours avec tous les accessoires pour soutenir
+le siège.</p>
+
+<p>Il n'épargnera aucun moyen pour maintenir Livourne dans
+une parfaite tranquillité; il fera en sorte de s'attacher les
+troupes du grand-duc de Toscane, sur lesquelles il aura
+toujours l'oeil; il se maintiendra en bonne harmonie avec le
+gouverneur; il lui renverra toutes les affaires de détail; lui
+montrera de grands égards, surtout en particulier; mais conservera
+sur lui, surtout en public, une grande supériorité.
+S'il y avait à Livourne des complots ou toute autre chose qui
+intéressât l'existence des troupes françaises, il prendra alors
+toutes les mesures nécessaires pour rétablir le calme et punir
+les malintentionnés. Il n'épargnera ni les personnes, ni les
+propriétés, ni les maisons.</p>
+
+<p>Dans toutes les affaires difficiles qui pourraient lui survenir,
+il consultera le citoyen Miot, ministre de la république
+française à Florence, qui sera à même de lui donner de bons
+renseignemens.</p>
+
+<p>Il protégera le consul dans l'opération intéressante dont il
+est chargé: se trouvant le premier agent de la république à
+Livourne, il surveillera tous les intérêts de la république,
+et me rendra compte de tous les abus qu'il ne dépendrait pas
+de lui de réprimer.</p>
+
+<p>Il vivra d'une manière convenable; il aura souvent à sa
+table les officiers du grand-duc et les consuls des puissances
+étrangères: il lui sera accordé à cet effet des dépenses extra-ordinaires.
+Il nommera un officier pour surveiller le port; il nommera
+un commandant de chaque fort; il maintiendra les corsaires
+dans une sévère discipline, et veillera à ce qu'ils respectent
+le pavillon neutre, et spécialement le pavillon espagnol. Il
+se fera, tous les jours, rendre compte des rapports des vigies;
+il me tiendra informé de tout ce qui se passe dans le pays où
+il se trouve, et m'enverra le rapport de toutes les nouvelles
+de Corse qui lui arriveront. Il écrira aux fiefs impériaux qui
+environnent la ville, afin qu'ils reconnaissent la république,
+et il me fera part du nombre de ces fiefs, et de leur population,
+de leur richesse, et de l'esprit qui les anime. Il maintiendra
+une sévère discipline vis-à-vis ses troupes; il tiendra la
+main à ce que tous les soldats soient casernés, et que personne,
+depuis le général, jusqu'au dernier employé, ne soit logé
+chez l'habitant.
+Il aura avec lui un adjudant-général, un commissaire des
+guerres, un employé de chaque partie de l'administration.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Livourne, le 12 messidor an 4 (30 juin 1796).</p>
+<p class="milieu"><i>Au consul de la république à Livourne.</i></p>
+
+
+<p>Le consul de la république à Livourne fera lever les scellés
+et dresser les inventaires de tous les magasins appartenans à
+l'Angleterre et aux négocians anglais, à l'empereur, à la czarine
+de Russie, et enfin aux princes ou particuliers des états
+avec lesquels nous sommes en guerre. Il fera faire toutes les
+démarches, et prendra toutes les mesures nécessaires pour
+découvrir, faire restituer et saisir toutes les marchandises
+qui auraient été mises en dépôt par les différens particuliers
+chez des négocians livournais; il fera même solder à cet effet
+tout ce qu'il croira nécessaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 14 messidor an 4
+(2 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Dès l'instant, citoyens directeurs, que l'armée impériale
+fut battue sur le Mincio, l'on vit avancer l'artillerie de siège,
+et, du 29 au 30 prairial, on ouvrit la tranchée devant le
+château de Milan. Le 9 messidor, nos batteries se dégagèrent
+à la fois, et, pendant quarante-huit heures, obtinrent une
+telle supériorité de feu, que le gouverneur battit la chamade,
+et capitula le 11 à trois heures du matin.</p>
+
+<p>Nous avons trouvé dans ce fort cinq mille fusils, deux
+cent milliers de poudre, cent cinquante bouches à feu, et
+des approvisionnemens assez considérables.
+Le général Despinois a commandé ce siège. Il a reçu, le
+jour de l'ouverture de la tranchée, le brevet de général de
+division que vous lui avez envoyé <a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>.
+Le citoyen Lekain, chef de bataillon, a commandé le génie,
+et le citoyen Verrière, l'artillerie. Je suis bien aise de
+saisir cette occasion pour témoigner la satisfaction que j'ai
+de l'activité et du zèle du citoyen Chasseloup, chef de brigade,
+commandant le génie de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Footnote 9:</b><a href="#footnotetag9"> (return) </a> Ce général Despinois est le même qui commandait Paris en 1816.</blockquote>
+
+<br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Roveredo, le 17 messidor an 4
+(5 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu">Au directoire exécutif.</p>
+
+<p>Après le combat de Borghetto, citoyens directeurs, les
+ennemis se sont retirés sur les hautes montagnes pour nous
+défendre les issues du Tyrol; ils ont tiré des lignes, qu'ils ont
+fortifiées avec beaucoup de soins, entre la tête du lac de Garda
+et l'Adige. Masséna ordonna au général Joubert d'attaquer
+les ennemis par la Bochetta de Campion. Le chef de bataillon
+Marchand se mit en marche, tourna l'ennemi par la droite:
+ce fut le signal de l'attaque. Les armes sur le bras et sans
+tirer un coup de fusil, nos soldats gravirent les rochers escarpés,
+tuèrent cent hommes, firent deux cents prisonniers,
+avec quatre cents tentes et tous les bagages.
+Pendant ce temps-là, le chef de bataillon Recco, officier
+de la plus grande bravoure, tourna l'ennemi par la gauche,
+s'empara de l'excellente position de Belone, tua trois cents
+hommes, et fit soixante-dix prisonniers.
+L'ennemi a abandonné des retranchemens que nous n'aurions
+pas construits en six mois, tout a été culbuté; et un
+mois de fatigues, de peines, est perdu en un instant.</p>
+
+<p>Voilà le premier combat qui a eu lieu entre les deux armées,
+depuis que le nouveau général la commande.</p>
+
+<p>J'irai bientôt attaquer l'escadre autrichienne qui tient le
+lac de Garda.</p>
+
+<p>Voici les traits de bravoure qui ont honoré les républicains
+dans cette affaire:</p>
+
+<p>Claude Roche, carabinier de la deuxième compagnie de la
+onzième demi-brigade d'infanterie légère, sauta le premier
+dans les retranchemens ennemis, tua l'officier; et, sans s'arrêter
+à sa montre qui paraissait, ni à ses dépouilles, il se saisit
+de son sabre nu, en tua un Autrichien, et en fit trois prisonniers.</p>
+
+<p>Jean Gerrin, de la même compagnie, tombe sur douze Autrichiens,
+les met en joue: son fusil ratte, il se jette sur eux
+le sabre à la main, coupe le bras au premier; les autres tombent
+à ses genoux et se rendent.</p>
+
+<p>Ardionne, sous-lieutenant de la même compagnie, le même
+qui, avec une vingtaine d'hommes, s'empara de la pièce de
+13 à Borghetto, s'est toujours présenté dans les retranchemens,
+à la tête des carabiniers, auxquels son exemple fait affronter
+tous les dangers.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Roveredo, le 17 messidor an 4
+(5 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre de la république à Gênes.</i></p>
+
+<p>Je préfère que les déserteurs allemands prennent plutôt du
+service dans l'armée espagnole que dans l'armée vénitienne,
+c'est pourquoi je vous prie de prévenir le recruteur espagnol
+que je l'autorise à se rendre à Brescia, où je lui ferai passer
+tous les déserteurs allemands.</p>
+
+<p>Je suis ici depuis hier. Le général Masséna a été chercher
+l'ennemi, lui a tué quatre cents hommes, et lui a fait trois
+cent cinquante prisonniers.</p>
+
+<p>Je m'approcherai à mesure de vos murs.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Roveredo, le 17 messidor an 4
+(5 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A l'ordonnateur de la marine à Toulon,</i></p>
+
+<p>Il va partir de Bologne quatre-vingt voitures chargées de
+chanvre pour Nice, où elles seront à votre disposition.</p>
+
+<p>J'ai écrit au ministre de la marine, pour le prévenir qu'il
+pourrait envoyer des commissaires à Rome pour toucher jusqu'à
+concurrence de 4,000,000 liv. numéraire.</p>
+
+<p>Je serai toujours empressé de faire quelque chose qui
+puisse contribuer à la restauration de notre marine, quoiqu'au
+fond il faille un ordre du gouvernement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Roveredo, le 18 messidor an 4
+(6 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot, membre du directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général Berthier est furieux de la victoire imaginaire
+que les gazetiers allemands font remporter à Beaulieu sur
+nous. Quant à moi, je trouve que ces messieurs ont raison de
+chercher à se consoler par le seul moyen qui leur reste: les
+rêves ont toujours été la consolation des malheureux!</p>
+
+<p>Toutes nos affaires diplomatiques en Italie, hormis Gênes
+et Venise, sont terminées.</p>
+
+<p>Venise, le moment n'est pas favorable; il faut auparavant
+prendre Mantoue et bien battre Wurmser.</p>
+
+<p>Quant à Gênes, le juste moment est arrivé. J'écris là-dessus
+longuement au directoire: je suis de l'avis du citoyen
+Faypoult, qui est de chasser du gouvernement une vingtaine
+de familles qui nous ont trahis dans tous les temps, et de
+faire rappeler au contraire celles exilées qui ont montré de
+l'amitié pour nous. Dès l'instant que je connaîtrai vos intentions
+là-dessus, je me mettrai en devoir de les exécuter: en
+attendant, je vais commencer les négociations pour les dix
+millions.</p>
+
+<p>Tout va assez bien; l'ennemi se renforce; nous ne le chercherons
+pas, à moins qu'il ne s'approche trop de l'Adige, et
+nous allons concentrer tous nos moyens pour enlever Mantoue.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Roveredo, le 18 messidor an 4
+(6 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Le général en chef Bonaparte au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'apprends à l'instant, citoyens directeurs, que la garnison
+de Mantoue a fait une sortie; elle est rentrée plus vite qu'elle
+n'était sortie, en laissant une cinquantaine de morts.</p>
+
+<p>Je ferai ce soir une dernière reconnaissance pour fixer les
+dernières opérations du siège; dans quatre ou cinq jours, la
+tranchée sera ouverte.</p>
+
+<p>Les divisions de l'armée qui sont sur les montagnes du Tyrol
+se portent parfaitement bien. La division du général Serrurier,
+qui assiège Mantoue, et qui est forte de sept mille
+hommes, commence à avoir cinquante malades tous les jours.
+Il m'est impossible de tenir moins de monde autour de Mantoue,
+où il y a au moins huit ou dix mille hommes de garnison.
+Il y a un mois que je tiens cette place bloquée de cette
+manière. L'ennemi, instruit probablement de la faiblesse des
+assiégeans, a voulu souvent faire des sorties, et a été toujours
+battu.</p>
+
+<p>Mais actuellement je suis obligé de renforcer cette division,
+puisque l'ouverture de la tranchée va commencer. J'espère
+que nous aurons bientôt la ville, sans quoi nous aurions
+bien des malades.</p>
+
+<p>Wurmser commence à faire des mouvemens pour chercher
+à débloquer Mantoue. J'attends avec quelque impatience les
+dix bataillons de l'armée de l'Océan, que vous m'avez annoncés
+depuis long-temps, et dont je n'ai pas encore eu de
+nouvelles.</p>
+
+<p>Je ne m'occuperai des demandes à faire à Venise que lorsque
+l'affaire de Gênes sera finie, Mantoue pris, et les affaires
+qui vont s'entamer terminées.</p>
+
+<p>On porte les renforts arrivés à l'ennemi à trente-un mille
+hommes, dont dix mille Tyroliens; dix-huit mille, reste de
+l'armée de Beaulieu; huit mille, garnison de Mantoue: en
+tout, soixante-sept mille hommes.</p>
+
+<p>Voici la force de notre armée: Division de Masséna, treize
+mille hommes; de Sauret, huit mille; d'Augereau, huit
+mille; Serrurier, sept mille; Despinois, cinq mille; cavalerie,
+trois mille: en tout, quarante mille hommes.</p>
+
+<p>Vous voyez la grande supériorité qu'a sur nous l'ennemi.</p>
+
+<p>Dans les quarante mille hommes dont il est question, les
+garnisons de Livourne, de Milan, de Pavie, de Tortone, etc.,
+ne sont pas comprises.</p>
+
+<p>Je vous ai annoncé, dans ma dernière lettre, que j'avais
+demandé six mille fusils à la république de Lucques: ils
+étaient déjà en chemin; mais, n'étant pas de calibre, je les
+ai renvoyés.</p>
+
+<p>J'ai fait séquestrer à Livourne tous les biens appartenans
+aux Napolitains, vu que, par l'armistice, la suspension d'armes
+n'est censée devoir commencer qu'au moment où la cavalerie
+napolitaine sera rendue dans les positions qui lui sont
+indiquées. Je crois cependant que vous pourrez ordonner la
+restitution des biens appartenans aux Napolitains, par un
+article du traité de paix. J'ai ordonné que tous les inventaires
+des effets appartenans aux Napolitains fussent faits devant
+leur consul.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Roveredo, le 18 messidor an 4
+(6 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai fait passer, citoyens directeurs, par mon dernier
+courrier, la demande que j'avais faite au sénat de Gênes,
+pour qu'il chassât le ministre de l'empereur, qui ne cessait
+de fomenter la rébellion dans les fiefs impériaux, et de
+faire commettre des assassinats. Vous recevrez la note que
+le secrétaire d'état a communiquée au citoyen Faypoult,
+et qu'il m'a envoyée. Vous recevrez également une lettre
+du ministre Faypoult, relativement aux affaires de Gênes;
+je vous prie de la prendre en considération, et de me
+donner vos ordres là-dessus. Quant à moi, je pense, comme
+le ministre Faypoult, qu'il faudrait chasser du gouvernement
+de Gênes une vingtaine de familles qui, par la constitution
+même du pays, n'ont pas le droit d'y être, vu qu'elles sont
+feudataires de l'empereur ou du roi de Naples; obliger le
+sénat à rapporter le décret qui bannit de Gênes huit ou dix
+familles nobles: ce sont celles qui sont attachées à la France,
+et qui ont, il y a trois ans, empêché la république de Gênes
+de se coaliser. Par ce moyen-là, le gouvernement de Gênes
+se trouverait composé de nos amis, et nous pourrions d'autant
+plus y compter, que les nouvelles familles bannies se
+retireraient chez les coalisés, et dès-lors les nouveaux gouvernans
+de Gênes les craindraient, comme nous craignons le
+retour des émigrés. Si vous approuvez ce projet-là, vous
+n'avez qu'à m'en donner l'ordre, et je me charge des moyens
+pour en assurer l'exécution.</p>
+
+<p>J'attends la réponse à cette lettre dans la première décade
+de thermidor.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite"><i>Au quartier-général à Roveredo, le 18 messidor an 4
+(6 juillet 1796).</i></p>
+
+<p>Le général en chef est instruit qu'il s'est commis des abus
+de toute espèce, et que les bons habitans du duché de
+Mantoue sont foulés par des réquisitions abusives: il ordonne
+en conséquence:</p>
+
+<p>1°. Qu'il y aura trois assemblées dans le duché de Mantoue,
+composées d'un député par commune, qui s'assembleront
+le 24 du mois.</p>
+
+<p>La première assemblée se tiendra à Roverbello, et comprendra
+les députés de tous les pays entre le Mincio, le Pô
+et les états de Venise.</p>
+
+<p>La seconde assemblée se tiendra à Couraque, et comprendra
+les députés de tous les pays compris au-delà du Pô.</p>
+
+<p>La troisième se tiendra à Castiglione de Scrivia, et comprendra
+les députés de tous les pays compris entre le Mincio,
+le Pô, le Bressan et la Lombardie.</p>
+
+<p>2°. Chaque député portera avec lui: 1° son acte de députation
+par sa municipalité; 2° un cahier des plaintes que
+les habitans ont à porter contre les différens individus de
+l'armée; 3° un état des contributions en argent que le pays
+a fournies, et entre les mains de qui; 4° un état des contributions
+en nature qui ont été fournies, et à qui données;
+5° un état de ce qui a été trouvé dans les caisses publiques;
+6° un état des impositions directes et indirectes, et ce qui
+est dû.</p>
+
+<p>3°. Chaque assemblée sera présidée par le plus ancien
+d'âge; elle s'assemblera dans un local qui sera désigné par
+les municipalités où elles se réuniront.</p>
+
+<p>4°. Chaque assemblée nommera trois députés pour se rendre
+avec tous les cahiers de plaintes et les états ci-dessus annoncés,
+auprès du général en chef. Immédiatement après, l'assemblée
+sera dissoute; elle ne pourra durer plus de douze
+Heures.</p>
+
+<p>5°. Le général en chef défend, sous les peines les plus
+sévères, aux agens de services, aux commissaires des guerres,
+aux officiers, de faire aucune réquisition, à moins qu'elle
+ne soit signée de l'ordonnateur en chef.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite"><i>Au quartier-général à Roveredo, le 19 messidor an 4
+(7 juillet 1796).</i></p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. le provéditeur-général.</i></p>
+
+<p>Je reçois plusieurs rapports des assassinats qui ont été
+commis par les habitans du Pont de Saint-Marc contre les
+Français.</p>
+
+<p>Je ne doute pas que vous n'y mettiez ordre le plus tôt
+possible, sans quoi les villages se trouveront exposés au juste
+ressentiment de l'armée, et je ferai sur eux un exemple terrible.</p>
+
+<p>Je me flatte que vous ferez arrêter les coupables, et que
+vous placerez de nouveaux détachemens dans cette ville pour
+assurer les communications.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite"><i>Au quartier-général à Vérone, le 20 messidor an 4 (8 juillet 1796).</i></p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. le provéditeur-général.</i></p>
+
+<p>Il y a entre les troupes françaises et les Esclavons une
+animosité que des malveillans se plaisent sans doute à cimenter.
+Il est indispensable, monsieur, pour éviter de plus
+grands malheurs, aussi fâcheux que contraires aux intérêts
+des deux républiques, que vous fassiez sortir, demain, de
+Vérone, sous les prétextes les plus spécieux, les bataillons
+d'Esclavons que vous avez dans cette ville.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite"><i>Au quartier-général à Vérone, le 21 messidor an 4 (9 juillet 1796).</i></p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Les circonstances actuelles de la guerre et la nécessité de
+défendre Vérone, m'obligent, monsieur, à placer de l'artillerie
+sur les remparts de cette ville. J'ai l'honneur de vous
+prévenir que j'ai donné, à cet effet, des instructions au
+général d'artillerie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite"><i>Au quartier-général à Vérone, le 34 messidor an 4 (12 juillet 1796).</i></p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général Sauret, avec trois mille hommes, défend depuis
+Salo, situé sur le lac de Garda, jusqu'au lac d'Iseo.</p>
+
+<p>Le général Masséna, avec douze mille hommes, défend
+depuis Torre jusqu'à Rivalta sur l'Adige, et de là il défend
+le passage de l'Adige jusqu'à San-Giovanni, trois milles plus
+bas que Vérone. La ville de Vérone a été mise en état de
+défense, en se servant de l'artillerie trouvée dans cette place.</p>
+
+<p>Le général Despinois défend, avec cinq mille hommes,
+depuis San-Giovanni jusqu'à Runco.</p>
+
+<p>Le général Augereau, avec huit mille hommes, défend
+depuis Runco jusqu'à Gastaniara; il y a des écluses par le
+moyen desquelles on peut inonder tout le pays inférieur.</p>
+
+<p>Le général Kilmaine, avec deux mille hommes de cavalerie
+et douze pièces d'artillerie légère, est à Valeze, pour
+se porter partout où l'ennemi voudrait tenter un passage.</p>
+
+<p>Porto-Legnago, où il y a un pont sur l'Adige, est mis en
+état de défense, en se servant de l'artillerie vénitienne trouvée
+dans cette place.</p>
+
+<p>Indépendamment des ponts que nous avons à Porto-Legnago
+et à Vérone, je fais établir, vis-à-vis la Chiusa, un
+pont de bateaux, défendu par de bonnes batteries de position.</p>
+
+<p>Par le moyen de ces trois passages, l'armée passera rapidement,
+au premier mouvement de l'ennemi, de la défensive
+à l'offensive.</p>
+
+<p>L'ennemi a ses avant-postes à Alta, à Malsesena, et il
+pousse maintenant des colonnes assez considérables derrière
+la Brenta; il a à peu près huit mille hommes à Bassano.</p>
+
+<p>Nous sommes, depuis plusieurs jours, en observation
+dans cette position.</p>
+
+<p>Malheur à celui qui calculera mal!...</p>
+
+<p>Quant à nous, nous sommes uniquement occupés au siège
+de Mantoue. Je médite un coup hardi: les bateaux, les
+habits autrichiens, les batteries incendiaires, tout sera prêt
+le 28. Les opérations ultérieures dépendront entièrement de
+la réussite de ce coup de main, qui, comme ceux de cette
+nature, dépend absolument du bonheur, d'un chien ou d'une
+oie.</p>
+
+<p>Cette position de choses m'a fait penser qu'il fallait différer
+de dix à douze jours l'opération de Gênes, d'autant
+plus que j'aurai reçu réponse d'une lettre que je vous ai
+écrite.</p>
+
+<p>Vous trouverez, ci-joint, copie d'une lettre que j'ai en
+conséquence écrite au ministre de la république, Faypoult.
+M. Cattaneo, que le sénat de Gênes a envoyé près de moi,
+m'a joint ce matin, il a été, comme vous pensez, extrêmement
+satisfait de ce que je lui ai dit. Les démarches que
+fera Faypoult, et d'autres opérations accessoires, achèveront
+de nous faire parvenir à notre but, qui est de gagner une
+quinzaine de jours, au bout duquel temps notre situation
+en Italie sera tellement décidée, que je suivrai, sans
+obstacle, de point en point, les ordres que vous me donnerez
+sur Gênes et sur Venise.</p>
+
+<p>Cette dernière république arme à force. Le citoyen Lallement
+ne m'a point prévenu, comme il aurait dû le faire,
+de la nature et de l'activité des armemens. Je vous fais
+passer copie de la note qu'il a écrite au sénat, et de la
+réponse du sénat. Au reste, je suis maître de toutes les places
+fortes de la république de Venise sur l'Adige. Peut-être jugerez-vous
+à propos de commencer dès à présent une petite
+querelle au ministre de Venise à Paris, pour que, après la
+prise de Mantoue et que j'aurai chassé les Autrichiens de
+la Brenta, je puisse trouver plus de facilité pour la demande
+que vous avez intention que je leur fasse de quelques millions.</p>
+
+<p>Nous commençons à avoir beaucoup de malades devant
+Mantoue; mais pas un n'est encore mort. Les chaleurs sont
+excessives, et l'air de Mantoue extrêmement pestilentiel.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 messidor an 4 (13 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre à Gênes.</i></p>
+
+<p>Je n'ai pas encore vu M. Cattaneo, citoyen ministre: lorsque
+je le verrai, il sera content de moi, et je n'oublierai rien
+de tout ce qui peut l'endormir, et donner au sénat un peu
+plus de confiance.</p>
+
+<p>Le temps de Gênes n'est pas encore venu, pour deux
+raisons:</p>
+
+<p>1°. Parce que les Autrichiens se renforcent, et que bientôt
+j'aurai une bataille. Vainqueur, j'aurai Mantoue, et
+alors une simple estafette à Gênes vaudra la présence d'une
+armée;</p>
+
+<p>2°. Les idées du directoire exécutif sur Gênes ne me paraissent
+pas encore fixées.</p>
+
+<p>Il m'a bien ordonné d'exiger la contribution; mais il ne
+m'a permis aucune opération politique. Je lui ai expédié un
+courrier extraordinaire avec votre lettre, et je lui ai demandé
+des ordres, que j'aurai à la première décade du mois prochain.
+D'ici à ce temps-là, oubliez tous les sujets de plainte
+que nous avons contre Gênes.</p>
+
+<p>Faites-leur entendre que vous et moi nous ne nous en
+mêlons plus, puisqu'ils ont envoyé M. Spinola à Paris. Faites-leur
+entendre que nous sommes très-contens du choix, et
+que cela nous est garant de leurs bonnes intentions. Dites-leur
+positivement que j'ai été très-satisfait des mesures qu'ils
+ont prises relativement a M. Girola; enfin, n'oubliez aucune
+circonstance pour faire renaître l'espérance dans le coeur
+du sénat de Gênes, et l'endormir jusqu'au moment du réveil.</p>
+
+<p>J'ai reçu toutes vos notes. Votre correspondance me devient
+extrêmement intéressante.</p>
+
+<p>Vous trouverez, ci-joint, une lettre que m'écrit M. Vincent
+Spinola. Il me semble qu'il y a un territoire qui se
+trouve en discussion entre Gênes et le Piémont. Donnez-moi,
+là-dessus, des explications. Faites-moi savoir quel intérêt
+ils y mettent, et, sur la demande du sénat, dites-leur
+qu'il serait possible qu'on les mît de suite en possession;
+enfin, citoyen ministre, faites en sorte que nous gagnions
+quinze jours, et que l'espoir renaisse, ainsi que la
+confiance entre vous et le gouvernement génois, afin que,
+si nous étions battus, nous le trouvions ami.</p>
+
+<p>Faites passer promptement à Tortone tout ce qui se trouve
+chez M. Balbi. L'intention du directoire est de réunir tout
+à Paris, pour faire une grande opération de finance. J'y ferai
+passer trente millions.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 26 messidor an 4 (14 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Toutes les troupes des divisions qui ont été employées à
+l'expédition de Livourne et de Bologne ont repassé le Pô,
+j'ai seulement ordonné qu'on laissât dans la citadelle de Ferrare
+quatre cents hommes.</p>
+
+<p>La légation de Ferrare, par le traité, doit rester unie à la
+république française.</p>
+
+<p>Un moine, arrivé de Trente, a apporté la nouvelle dans
+la Romagne que les Autrichiens avaient passé l'Adige, débloqué
+Mantoue, et marchaient à grandes journées dans la
+Romagne. Des imprimés séditieux, des prédicateurs fanatiques
+prêchèrent partout l'insurrection; ils organisèrent en
+peu de jours ce qu'ils appelèrent l'armée catholique et papale;
+ils établirent leur quartier-général à Lugo, gros bourg de
+la légation de Ferrare, quoique enclavé dans la Romagne.</p>
+
+<p>Le général Augereau donna ordre au chef de brigade
+Pouraillier d'aller soumettre Lugo. Cet officier, à la tête
+d'un bataillon, arriva devant cette bourgade, où le tocsin
+sonnait depuis plusieurs heures; il y trouva quelques milliers
+de paysans. Un officier de grenadiers se porta en avant
+en parlementaire: on lui fit signe d'avancer, et, un instant
+après, il fut assailli d'une grêle de coups de fusil. Ces misérables,
+aussi lâches que traîtres, se sauvèrent: quelques
+centaines sont restées sur la place.</p>
+
+<p>Depuis cet événement, qui a eu lieu le 18, tout est rentré
+dans l'ordre et est parfaitement tranquille.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4
+(31 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai à vous parler, citoyens directeurs, de notre position
+militaire, administrative et politique à Livourne.</p>
+
+<p>Les batteries contre la mer sont en bon état; nous avons
+réparé une citadelle où la garnison peut se mettre à l'abri
+contre une insurrection. Nous y avons deux mille huit cents
+hommes de garnison de très-bonnes troupes, deux compagnies
+d'artillerie, et un bon officier de génie. Si l'armée était
+obligée d'abandonner le nord de l'Italie, cette garnison se
+retirerait par Massa et la rivière de Gênes. Le général Vaubois,
+qui y commande, est un homme sage, ferme, et bon
+militaire.</p>
+
+<p>Lors de notre entrée à Livourne, j'ai chargé le citoyen
+Belleville, consul de la république dans cette place, de
+mettre les scellés sur tous les magasins appartenans aux Anglais,
+Portugais, Russes, et à toutes les autres puissances
+avec qui nous sommes en guerre, ainsi qu'aux négocians
+de ces différentes nations. Je préviens le citoyen Belleville
+qu'il serait personnellement responsable des dilapidations
+qui pourraient avoir lieu. Cet homme est généralement estimé
+par sa probité. Après mon départ, une nuée d'agioteurs
+génois sont venus pour s'emparer de toutes ces richesses.
+Toutes les mesures que j'avais prises ont été dérangées, et
+l'on a substitué à un seul responsable, des commissions, où
+tout le monde dilapide en amusant son voisin. Vous trouverez
+ci-joint l'extrait de deux lettres du général Vaubois:
+on se conduit d'une manière dure envers les négocians livournais,
+on les traite avec plus de rigueur que vous n'avez intention
+que l'on se conduise envers les négocians anglais
+mêmes: cela alarme le commerce de toute l'Italie, et nous
+fait passer à ses yeux pour des Vandales, et cela a entièrement
+indisposé les négocians de la ville de Gênes; la
+masse du peuple de cette ville, qui nous a toujours été favorable,
+est actuellement très-prononcée contre nous.</p>
+
+<p>Si notre conduite administrative à Livourne est détestable,
+notre conduite politique envers la Toscane n'est pas
+meilleure. Je me suis toujours gardé de faire aucune espèce
+de proclamation, et j'ai expressément ordonné qu'on ne
+fît en apparence aucun acte de gouvernement. La proclamation
+qui a été publiée vous prouvera combien l'on fait peu de cas
+de ma manière de voir et des ordres que j'ai donnés. La mesure
+de chasser les émigrés de Livourne et de vingt lieues
+à la ronde, par une proclamation, est aussi inutile qu'impolitique.
+Il y a très-peu d'émigrés dans Livourne, le grand-duc
+même a donné des ordres pour les chasser. Il était bien
+plus simple d'en faire arrêter trois ou quatre par les autorités
+même du pays: alors le peu qui reste se serait bientôt sauvé.
+Cette proclamation, où l'on s'attribue une juridiction sur
+vingt lieues de pays, est d'un très-mauvais effet, à moins
+que (ce qui est extrêmement contraire à vos instructions),
+nous ne voulions prendre le ton et la politique de l'ancienne
+Rome.</p>
+
+<p>Les Anglais se sont emparés de Porto-Ferrajo. Maîtres de
+la mer comme ils le sont, il était difficile de s'opposer à
+cette entreprise. Quand nous serons maîtres de la Corse, ce
+qui ne doit pas tarder, il nous deviendra possible de les chasser
+de cette île. Je vous envoie copie de la lettre que m'a
+écrite le grand-duc de Toscane, de celle de notre ministre à
+Florence, et la copie de la réponse.</p>
+
+<p>Dans la position actuelle de l'Italie, il ne faut nous faire
+aucun nouvel ennemi, et attendre la décision de la campagne
+pour prendre un parti conforme aux vrais intérêts de la
+république. Vous sentirez sans doute alors qu'il ne nous convient
+pas de laisser le duché de Toscane au frère de l'empereur.
+Je désirerais que jusqu'alors l'on ne se permît aucune
+menace, ni aucun propos à Livourne, contre la cour de
+Toscane. Les moindres de mes paroles et de celles de vos
+commissaires sont épiées et rapprochées avec une grande importance;
+mais l'on croit toujours être ici dans les couloirs
+de la convention.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4
+(20 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Comeyras, ministre de la république près les
+Grisons, s'est rendu ces jours derniers au quartier-général:
+il aurait désiré qu'en conséquence des capitulats qui existaient
+entre l'archiduc de Milan et les ligues grises, j'eusse
+fait fournir du blé à ces dernières. Nous avons même eu une
+petite discussion, parce qu'il prétendait que vous aviez ordonné
+cette fourniture; mais, par la lecture de la lettre que
+le ministre Lacroix m'a écrite, il a été convaincu que ce n'était
+qu'une simple autorisation pour le faire si je le jugeais
+convenable. Je lui ai dès-lors fait observer qu'il m'était impossible
+de fournir la quantité de blé qu'il désirait, à moins
+que les ligues ne demandassent l'exécution de cet article des
+capitulats; ce qui nous mettrait en droit d'exiger le passage
+qui est accordé à l'archiduc de Milan, en indemnisation de
+ladite fourniture.</p>
+
+<p>Nous avons arrêté en conséquence qu'arrivé à Coire, il
+écrirait aux chefs des ligues qu'il avait éprouvé quelques
+obstacles à obtenir l'exécution de l'ordre du directoire pour
+la fourniture des blés, qui ne pouvait avoir lieu qu'en me
+faisant connaître officiellement les capitulats. Le commissaire
+Comeyras m'a demandé de l'argent pour payer les pensions
+des Grisons; il croit qu'avec 60,000 francs notre parti dans
+ce pays serait considérablement accru.</p>
+
+<p>Si les circonstances de la guerre nous conduisaient dans
+le pays des Grisons, ou si nous avions besoin d'y avoir une
+force pour s'opposer aux incursions des ennemis, y aurait-il
+de l'inconvénient à faire un corps de tous les Suisses qui
+ont été au service de France et qui sont pensionnés: ce qui
+formerait un corps d'élite de 800 hommes, connaissant parfaitement
+les chemins, et qui nous seraient d'un grand secours?</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4
+(20 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Messieurs du sénat de Venise voulaient nous faire comme
+ils firent à Charles VIII. Ils calculaient que comme lui nous
+nous enfoncerions dans le fond de l'Italie, et nous attendaient
+probablement au retour.</p>
+
+<p>Je me suis sur-le-champ emparé de la citadelle de Vérone,
+que j'ai armée avec leurs canons, et en même temps j'ai envoyé
+un courrier au citoyen Lallement, notre ministre à Venise,
+pour lui dire d'enjoindre au sénat de cesser ses armemens.
+Vous avez vu les notes que je vous ai envoyées là-dessus
+par mon dernier courrier, déjà l'armement a discontinué.</p>
+
+<p>La république de Venise nous a déjà fourni 3,000,000
+pour la nourriture de l'armée; ce n'est pas elle qui fournit,
+mais un entrepreneur qu'elle paye secrètement. J'en étais
+ainsi convenu avec le provéditeur-général, en convenant cependant
+qu'un jour la république française paierait.</p>
+
+<p>Cet entrepreneur est venu plusieurs fois me trouver pour
+avoir de l'argent: je l'ai renvoyé avec des promesses, et
+ordre positif de continuer à fournir: il a été trouver les
+commissaires du gouvernement, qui lui ont donné une lettre
+de change de 300,000 liv. à prendre sur les contributions du
+pape. De toutes les mesures, c'était la plus mauvaise; aussi
+aujourd'hui ne veut-on plus fournir. Par cette lettre de
+change de 300,000 liv., payables dans un temps où l'on
+sait qu'il nous revient 21,000,000, on a ôté tout espoir
+d'être payé, et en même temps l'on a laissé sentir que, par
+l'importunité et en laissant manquer le service, l'on tirerait
+de nous de l'argent; de sorte qu'aujourd'hui je suis obligé
+de me fâcher contre le provéditeur, d'exagérer les assassinats
+qui se commettent contre nos troupes, de me plaindre
+amèrement de l'armement qu'on n'a pas fait du temps que
+les Impériaux étaient les plus forts, et, par là, je les obligerai
+à nous fournir, pour m'apaiser, tout ce qu'on voudra.
+Voilà comme il faut traiter avec ces gens-ci; ils continueront
+à me fournir, moitié gré, moitié force, jusqu'à la prise de
+Mantoue, et alors je leur déclarerai ouvertement qu'il faut
+qu'ils me payent la contribution portée dans votre instruction,
+ce qui sera facilement exécuté. Je crois qu'il serait utile que
+vous témoignassiez à M. Quirini votre étonnement de l'armement
+des Vénitiens, qui était, sans aucun doute, dirigé
+contre nous. Il n'y a pas de gouvernement plus traître et
+plus lâche que celui-ci.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4
+(20 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot, ministre de la république à Florence.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen ministre, vos différentes lettres relatives
+à l'occupation de Porto-Ferrajo par les Anglais. Tant qu'il
+y avait espoir de pouvoir résoudre le grand-duc à mettre
+cette place en état de résister, vous avez bien fait de lui parler
+ferme; aujourd'hui je crois comme vous que les menaces
+seraient impuissantes et inutiles. Je crois qu'il faut qu'il n'en
+soit plus question, ne laisser transpirer aucune marque de
+ressentiment, et attendre que les circonstances et les ordres
+du gouvernement nous mettent à même d'agir, non pas de
+parler.</p>
+
+<p>Je vous prie de surveiller ce qui se fait à Livourne, et de
+m'en donner souvent des nouvelles. Si les circonstances s'opposent
+à ce que vous vous rendiez de suite à Rome, faites-le
+moi savoir, afin que je prenne d'autres mesures.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4
+(20 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Sapey.</i></p>
+
+<p>Tous les Corses ont ordre de se rendre à Livourne, pour
+de là passer dans l'île. Le général Gentili va s'y rendre lui-même.
+Préparez tous les moyens possibles d'embarquement
+et de passage. J'ordonne au général Vaubois de tenir huit
+milliers de poudre, quatre mille fusils de chasse, mille paires
+de souliers et une certaine quantité de balles à votre disposition,
+pour pouvoir en fournir aux insurgés de ce département.</p>
+
+<p>Je vous autorise à prendre les mesures que vous me proposez
+par votre lettre du 19 messidor. N'épargnez aucun
+moyen pour faire passer des secours et avoir des nouvelles des
+départemens de Corse.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4
+(20 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Bonelli.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre de Bocognano, en date du 23 juin.
+Je vous félicite de votre arrivée en Corse. J'ai donné l'ordre
+à tous les réfugiés de se préparer à partir pour se mettre à la
+tête des braves patriotes de Corse, secouer le joug anglais,
+et reconquérir la liberté, objet perpétuel des sollicitudes de
+nos compatriotes.</p>
+
+<p>Quelle gloire pour eux, s'ils peuvent seuls chasser de la
+patrie ces orgueilleux Anglais! Gloire et bonheur pour ceux
+qui se prononceront les premiers! Je vous recommande de ne
+vous livrer à aucun esprit de parti; que tout le passé soit
+oublié, hormis pour le petit nombre d'hommes perfides qui
+ont égaré ce brave peuple.</p>
+
+<p>Les armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin sont dans le
+coeur de l'Allemagne; tout sourit à la république. Faites en
+sorte de faire parler bientôt de vous; embrassez nos bons
+amis, et assurez-les qu'avant peu ils seront délivrés de la tyrannie
+qui les opprime.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4
+(20 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>Vous mettrez 100,000 francs à la disposition du citoyen
+Sucy, commissaire des guerres à Gênes, pour subvenir aux
+besoins des hôpitaux, des transports d'artillerie et de l'équipage
+de siège qui est à Savone, et à toutes les autres dépenses
+relatives aux troupes qui restent encore dans la rivière de
+Gênes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4
+(20 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Garrau, commissaire du gouvernement.</i></p>
+
+<p>La réquisition que vous avez faite, citoyen commissaire,
+au général Vaubois, est contraire à l'instruction que m'a
+donnée le gouvernement. Je vous prie de vous restreindre
+désormais dans les bornes des fonctions qui vous sont prescrites
+par le gouvernement du directoire exécutif; sans quoi,
+je me trouverais obligé de défendre, à l'ordre de l'armée,
+d'obtempérer à vos réquisitions. Nous ne sommes tous que
+par la loi: celui qui veut commander et usurper des fonctions
+qu'elle ne lui accorde pas, n'est pas républicain.</p>
+
+<p>Quand vous étiez représentant du peuple, vous aviez des
+pouvoirs illimités, tout le monde se faisait un devoir de vous
+obéir: aujourd'hui vous êtes commissaire du gouvernement,
+investi d'un très-grand caractère; une instruction positive a
+réglé vos fonctions, tenez-vous y. Je sais bien que vous répéterez
+le propos que je ferai comme Dumouriez: il est clair
+qu'un général qui a la présomption de commander l'armée
+que le gouvernement lui a confiée, et de donner des ordres
+sans un arrêté des commissaires, ne peut être qu'un conspirateur.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4
+(20 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p>
+
+<p>Je suis très-peu satisfait, général, de votre proclamation.
+Le commissaire du gouvernement n'a pas le droit de vous
+requérir, et dans la place importante que vous commandez,
+l'on est aussi coupable d'obéir à ceux qui n'ont pas le droit
+de commander, que de désobéir à ses chefs légitimes. Par
+l'esprit de l'instruction que je vous avais donnée, et par tout
+ce que je vous avais dit de vive voix pendant mon séjour à
+Livourne, il devait vous être facile de sentir que cette proclamation
+n'aurait pas mon approbation.</p>
+
+<p>Le citoyen Belleville a été uniquement chargé des opérations
+relatives au séquestre des biens appartenans dans Livourne
+à nos ennemis. J'ai appris avec étonnement le gaspillage
+et le désordre qui y existent.</p>
+
+<p>Vous devez accorder au citoyen Belleville toute la force
+dont il peut avoir besoin, et vous devez le revêtir et lui donner
+toute la confiance nécessaire pour qu'il dénonce les abus,
+et fasse tourner au profit de la république les marchandises
+que nous avons séquestrées à nos ennemis.</p>
+
+<p>Pressez l'armement et l'équipement de la soixante-quinzième
+demi-brigade, parce que, dès l'instant que ces braves
+gens seront reposés, mon intention est de les rappeler a l'armée.</p>
+
+<p>L'intention du gouvernement n'est pas qu'on fasse aucun
+tort aux négocians livournais, ni aux sujets du grand-duc
+de Toscane. Tout en cherchant les intérêts de la nation, on
+doit être généreux et juste. J'ai été aussi affligé qu'étonné
+des vexations que l'on commet contre le commerce de Livourne.</p>
+
+<p>Vous voudrez bien me rendre un compte détaillé de tout
+ce qui a été fait à ce sujet; vous aurez soin surtout de m'instruire
+par quelle autorité le citoyen Lachaise a quitté son
+consulat de Gênes pour s'ingérer dans les affaires de Livourne.
+Une grande quantité de réfugiés corses se rendent à
+Livourne, pour de là passer dans cette île. Tenez quatre
+mille fusils de chasse, un millier de paires de pistolets, six
+milliers de poudre et des balles en proportion à la disposition
+du citoyen Sapey, qui sera chargé de les faire passer aux
+patriotes insurgés de ce département.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 3 thermidor an 4
+(21 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À son éminence le cardinal secrétaire d'état à Rome.</i></p>
+
+<p>J'ai l'honneur, monseigneur, d'envoyer auprès de Sa Sainteté
+le citoyen Cacault, agent de la république française en
+Italie, pour qu'il puisse s'occuper de l'exécution de l'armistice
+qui a été conclu entre la république française et Sa Sainteté,
+sous la médiation de la cour d'Espagne. Je vous prie
+de vouloir bien le reconnaître en cette qualité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 3 thermidor an 4
+(21 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, en conséquence d'une lettre adressée
+au cardinal secrétaire d'état des affaires étrangères de Sa
+Sainteté, exiger un ordre du pape pour le commandant d'Ancône,
+afin qu'il reçoive la garnison que j'y enverrai.</p>
+
+<p>Vous ferez partir les 5,000,000 qui doivent former le premier
+paiement; savoir, 2,000,000 au quartier-général, dont
+reçu sera donné par le payeur de l'armée, et le reste à Tortone.
+Il faudra que le premier convoi se mette en marche de
+Rome vingt-quatre heures après votre arrivée.</p>
+
+<p>Les 500,000 qui doivent former le second paiement devront
+partir de Rome peu de jours après les premiers, puisque,
+selon l'armistice, ils doivent partir le 5 thermidor.</p>
+
+<p>Les 5,500,000 liv. qui forment le dernier paiement, doivent
+partir de Rome le 5 vendémiaire.</p>
+
+<p>Les savans et artistes qui doivent faire le choix des tableaux,
+manuscrits et statues, s'adresseront à vous, et vous leur donnerez
+la protection nécessaire en faisant les démarches qu'il
+conviendra. S'il était utile, pour les frais de transport, de
+donner des fonds aux artistes, vous les feriez prendre sur les
+fonds provenant des contributions du pape.</p>
+
+<p>Sur 5,500,000 liv. que le pape doit nous fournir en dernier
+paiement, 4,000,000 sont destinés pour la marine. Le
+ministre de la marine doit envoyer, à cet effet, des commissaires.</p>
+
+<p>Vous préviendrez, en attendant, pour que l'on prépare
+des chanvres, des bois et autres objets de construction de
+cette nature.</p>
+
+<p>Les 1,500,000 liv. restant seront fournis en chevaux et
+draps pour habiller les troupes. Vous demanderez en conséquence
+quatre cents chevaux, taille de hussards; quatre
+cents, taille de dragons, et six cents de charrois, qui seront
+transférés à Milan, où l'estimation en sera faite entre le général
+Baurevoir, chargé des dépôts de l'armée, et les experts
+envoyés par le pape; pour le reste, des draps bleus et blancs
+pour habiller nos troupes.</p>
+
+<p>Vous demanderez la liberté de tous les hommes qui sont
+arrêtés à Rome pour leurs opinions, et notamment pour les
+personnes dénommées dans la liste ci-jointe, ainsi que pour
+le citoyen Labrousse de Bordeaux.</p>
+
+<p>En conséquence de la décision du directoire et de la commission,
+arrêtée à Florence par M. d'Azara, le pape se trouve
+tenu de payer les contributions qui avaient été imposées sur
+la légation de Ravenne, montant à 1,200,000 francs en denrées
+et 1,200,000 francs en argent.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 4 thermidor an 4
+(22 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>Je vous ai instruit, citoyens directeurs, que j'ai fait passer
+en Corse une vingtaine de réfugiés.</p>
+
+<p>J'ai ordonné au général de division Gentili et aux généraux
+de Casalta et Cervoni de se rendre à Livourne, d'où
+ils partiront pour se mettre à la tête des insurgés. Le général
+Gentili qui se trouve avoir ce commandement, est un homme
+sage, prudent, ayant l'estime des personnes du pays et la
+confiance des montagnards.</p>
+
+<p>J'ordonne à la gendarmerie du département de Corse, de
+cent quatre-vingts hommes, tous du pays, de se rendre à
+Livourne, d'où je les ferai également passer: cela joint à
+quatre mille fusils de chasse, à six milliers de poudre, nous
+donnera tout l'intérieur du pays; dès l'instant que tout cela
+sera organisé, j'y ferai passer une compagnie de canonniers
+avec cinq à six pièces de montagnes, avec quoi il est facile
+que l'on puisse s'emparer de Saint-Florent qui n'a aucune
+fortification permanente. Ce port pris, les Anglais n'ont plus
+d'intérêt à tenir les autres; d'ailleurs, les habitans d'Ajaccio
+et de Bastia sont très-impatiens du joug anglais.</p>
+
+<p>Je vous prie de vouloir bien me faire connaître si vous
+trouverez de l'inconvénient à accorder une amnistie générale
+au peuple de ce département, hormis aux principaux chefs.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 4 thermidor an 4
+(22 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>La ville de Reggio se soulève contre le duc de Modène;
+des députés de cette ville sont venus me demander protection
+et assistance: comme nous avons conclu un armistice avec
+le duc de Modène, j'ai cru devoir les exhorter à la tranquillité.
+Je ne vous rends compte de ceci que pour que vous sachiez
+que les sujets du duc de Parme et de Modène sont très-peu
+attachés à leur prince.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 4 thermidor an 4
+(22 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Salicetti.</i></p>
+
+<p>La fortune a paru nous être contraire un moment: il s'est
+passé tant d'événemens depuis cinq ou six jours, et j'ai encore
+tant d'occupations, qu'il m'est impossible de vous en
+faire une relation exacte; mais enfin, grâce à la victoire de
+Lonado et aux mesures rigoureuses que j'ai prises, les choses
+prendront une tournure satisfaisante. J'ai levé le siège de
+Mantoue; je suis ici presque avec toute mon armée.</p>
+
+<p>Je saisirai la première occasion de présenter bataille à
+l'ennemi: elle décidera du sort de l'Italie; battu, je me retirerai
+de l'Adda; battant, je ne m'arrêterai pas aux marais
+de Mantoue. Louis<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a> vous dira de bouche les détails de nos
+deux victoires de Lonado et de Salo.</p>
+
+<p>Louis vous parlera de ma force actuelle et de celle des ennemis.
+Écrivez au général Kellermann de me faire passer à
+doubles journées toutes les troupes disponibles; assurez-vous
+que les châteaux de Milan, Tortone, Alexandrie et Pavie
+sont approvisionnés. Nous sommes ici extrêmement fatigués;
+cinq de mes chevaux sont crevés de fatigue. Je ne puis écrire
+au directoire, je vous charge de lui annoncer en peu de mots
+ce que je vous marque et ce que Louis vous dira de bouche.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Footnote 10:</b><a href="#footnotetag10"> (return) </a> Louis Bonaparte, son frère.</blockquote>
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Brescia, le 15 thermidor an 4
+(2 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Nous avons essuyé des revers, citoyens directeurs, mais
+déjà la victoire commence à revenir sous nos drapeaux. Si
+l'ennemi nous a surpris le poste de Salo et a eu le bonheur
+de nous enlever celui de la Corona, nous venons de le battre
+à Lonado, et de lui reprendre Salo. Je vous envoie un de mes
+aides-de-camp, qui pourra vous donner de bouche des renseignemens
+plus détaillés. Je vous enverrai demain une relation
+de tout ce qui s'est passé pendant ces six jours.</p>
+
+<p>Vous pouvez compter sur le courage et la confiance de la
+brave armée d'Italie, et sur notre ferme résolution de vaincre.
+C'est dans cette circonstance difficile et critique que j'ai eu
+lieu d'admirer le courage et l'entier dévouement de l'armée à
+la gloire nationale.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 16 thermidor an 4
+(3 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Guillaume.</i></p>
+
+<p>Vous devez avoir été témoin des batailles données à l'ennemi
+aujourd'hui et ces jours derniers: nous lui avons pris
+20,000 hommes, et tué un grand nombre. L'armée ennemie
+est en pleine déroute, et demain ou après nous serons dans
+vos murs. En attendant, quelles que soient les circonstances,
+ne vous rendez qu'à la dernière extrémité. La brèche faite,
+montrez la plus grande fermeté.</p>
+
+<p>Salut, estime et gloire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 19 thermidor an 4
+(6 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Les événemens militaires se sont succédés avec une telle
+rapidité depuis le 11, qu'il m'a été impossible de vous en
+rendre compte plus tôt.</p>
+
+<p>Depuis plusieurs jours, les vingt mille hommes de renfort
+que l'armée autrichienne du Rhin avait envoyés à l'armée
+d'Italie étaient arrivés; ce qui, joint à un nombre considérable
+de recrues et à un grand nombre de bataillons venus
+de l'intérieur de l'Autriche, rendait cette armée extrêmement
+redoutable: l'opinion générale était que bientôt les Autrichiens
+seraient dans Milan.</p>
+
+<p>Le 11, à trois heures du matin, la division du général
+Masséna est attaquée par des forces nombreuses; elle est
+obligée de céder l'intéressant poste de la Corona, au même
+instant une division de quinze mille Autrichiens surprend la
+division du général Soret à Salo, et s'empare de ce poste important.</p>
+
+<p>Le général de brigade Guieux, avec six cents hommes de
+la quinzième demi-brigade d'infanterie légère, se renferme
+dans une grande maison de Salo, et là brave tous les efforts
+de l'ennemi qui le cernait de tous côtés. Le général de brigade
+Rusca a été blessé.</p>
+
+<p>Tandis qu'une partie de cette division cernait le général
+Guieux à Salo, une autre partie descendit sur Brescia, surprit
+les factionnaires qui s'y trouvaient, fit prisonnières quatre
+compagnies que j'y avais laissées, quatre-vingts hommes du
+vingt-cinquième régiment de chasseurs, deux généraux et
+quelques officiers supérieurs qui étaient restés malades.</p>
+
+<p>La division du général Soret, qui aurait dû couvrir Brescia,
+fit sa retraite sur Dezenzano. Dans cette circonstance
+difficile, percé par une armée nombreuse que ces avantages
+devaient nécessairement enhardir, je sentis qu'il fallait adopter
+un plan vaste.</p>
+
+<p>L'ennemi, en descendant du Tyrol par Brescia et l'Adige,
+me mettait au milieu. Si l'armée républicaine était trop faible
+pour faire face aux divisions de l'ennemi, elle pouvait battre
+chacune d'elles séparément, et par ma position je me trouvais entre elles. Il m'était donc possible, en rétrogradant rapidement,
+d'envelopper la division ennemie descendue de Brescia,
+la prendre prisonnière et la battre complètement, et de là
+revenir sur le Mincio attaquer Wurmser et l'obliger à repasser
+dans le Tyrol; mais pour exécuter ce projet, il fallait
+dans vingt-quatre heures lever le siège de Mantoue, qui était
+sur le point d'être pris, car il n'y avait pas moyen de retarder
+six heures. Il fallait, pour l'exécution de ce projet, repasser
+sur-le-champ le Mincio, et ne pas donner le temps aux divisions
+ennemies de m'envelopper. La fortune a souri à ce projet,
+et le combat de Dezenzano, les deux combats de Salo,
+la bataille de Lonado, celle de Castiglione en sont les résultats.</p>
+
+<p>Le 12 au soir, toutes les divisions se mirent en marche
+sur Brescia; cependant la division autrichienne qui s'était
+emparée de Brescia était déjà arrivée à Lonado.</p>
+
+<p>Le 13, j'ordonnai au général Soret de se rendre à Salo
+pour délivrer le général Guieux, et au général Dallemagne,
+d'attaquer et de reprendre Lonado, à quelque prix que ce
+fût. Soret réussit complètement à délivrer le général Guieux,
+à Salo, après avoir battu l'ennemi, lui avoir pris deux drapeaux,
+deux pièces de canon et deux cents prisonniers.</p>
+
+<p>Le général Guieux et les troupes sous ses ordres sont restés
+quarante-huit heures sans pain et se battant toujours
+contre les ennemis.</p>
+
+<p>Le général Dallemagne n'eut pas le temps d'attaquer les
+ennemis, il fut attaqué lui-même. Un combat opiniâtre, longtemps
+indécis, s'engagea; mais j'étais tranquille, la brave
+trente-deuxième demi-brigade était là. En effet, l'ennemi
+fut complètement battu; il laissa six cents morts sur le champ
+de bataille et six cents prisonniers.</p>
+
+<p>Le 14 à midi, Augereau entra dans Brescia: nous y trouvâmes
+tous nos magasins, que l'ennemi n'avait pas encore eu le temps de prendre, et les malades qu'il n'avait pas eu le
+temps d'évacuer.</p>
+
+<p>Le 15, la division du général Augereau retourna à Monte-Chiaro,
+Masséna prit position à Lonado et à Ponte-San-Marco.
+J'avais laissé à Castiglione le général Valette avec
+dix-huit cents hommes; il devait défendre cette position importante,
+et par là tenir toujours la division du général
+Wurmser loin de moi. Cependant le 15 au soir, le général
+Valette abandonna ce village avec la moitié de ses troupes,
+et vint à Monte-Chiaro porter l'alarme, en annonçant que le
+reste de sa troupe était prisonnière; mais abandonnés de leur
+général, ces braves gens trouvèrent des ressources dans leur
+courage, et opérèrent leur retraite sur Ponte-San-Marco.
+J'ai sur-le-champ, et devant sa troupe, suspendu de ses fonctions
+ce général, qui déjà avait montré très-peu de courage
+à l'attaque de la Corona.</p>
+
+<p>Le général Soret avait abandonné Salo; j'ordonnai au
+brave général Guieux d'aller reprendre ce poste essentiel.</p>
+
+<p>Le 16, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en présence:
+le général Guieux, qui était à notre gauche, devait
+attaquer Salo; le général Masséna était au centre et devait
+attaquer Lonado; le général Augereau, qui était à la droite,
+devait attaquer par Castiglione. L'ennemi, au lieu d'être attaqué,
+attaqua l'avant-garde de Masséna, qui était à Lonado;
+déjà elle était enveloppée, et le général Pigeon prisonnier:
+l'ennemi nous avait enlevé trois pièces d'artillerie à cheval.
+Je fis aussitôt former la dix-huitième demi-brigade et la
+trente-deuxième en colonne serrée, par bataillon; et pendant
+le temps qu'au pas de charge, nous cherchions à percer
+l'ennemi, celui-ci s'étendait davantage pour chercher à nous
+envelopper: sa manoeuvre me parut un sûr garant de la victoire.
+Masséna envoya seulement quelques tirailleurs sur les
+ailes des ennemis, pour retarder leur marche; la première
+colonne arrivée à Lonado força les ennemis. Le quinzième
+régiment de dragons chargea les houlans et reprit nos pièces.</p>
+
+<p>Dans un instant l'ennemi se trouva éparpillé et disséminé.
+Il voulait opérer sa retraite sur le Mincio; j'ordonnai à mon
+aide-de-camp, chef de brigade, Junot, de se mettre à la tête
+de ma compagnie des guides, de poursuivre l'ennemi, de le
+gagner de vitesse à Dezenzano, et de l'obliger par là de se retirer
+sur Salo. Arrivé à Dezenzano, il rencontra le colonel
+Bender avec une partie de son régiment de houlans, qu'il
+chargea; mais Junot ne voulant pas s'amuser à charger la
+queue, fit un détour par la droite, prit en front le régiment,
+blessa le colonel qu'il voulait prendre prisonnier, lorsqu'il
+fut lui-même entouré; et après en avoir tué six de sa propre
+main, il fut culbuté, renversé dans un fossé, et blessé de six
+coups de sabre, dont on me fait espérer qu'aucun ne sera
+mortel.</p>
+
+<p>L'ennemi opérait sa retraite sur Salo: Salo se trouvant à
+nous, cette division errante dans les montagnes a été presque
+toute prisonnière. Pendant ce temps Augereau marchait sur
+Castiglione, s'emparait de ce village; toute la journée il livra
+et soutint des combats opiniâtres contre des forces doubles
+des siennes: artillerie, infanterie, cavalerie, tout a fait parfaitement
+son devoir; et l'ennemi, dans cette journée mémorable,
+a été complètement battu de tous les côtés.</p>
+
+<p>Il a perdu dans cette journée vingt pièces de canon, deux
+à trois mille hommes tués ou blessés et quatre mille prisonniers,
+parmi lesquels trois généraux.</p>
+
+<p>Nous avons perdu le général Beyrand. Cette perte, très-sensible
+à l'armée, l'a été plus particulièrement pour moi:
+je faisais le plus grand cas des qualités guerrières et morales
+de ce brave homme.</p>
+
+<p>Le chef de la quatrième demi-brigade, Pouraillier; le chef
+de brigade du premier régiment d'hussards, Bourgon; le chef
+de brigade du vingt-deuxième régiment de chasseurs, Marmet,
+ont également été tués.</p>
+
+<p>La quatrième demi-brigade, à la tête de laquelle a chargé
+l'adjudant-général Verdier, s'est comblée de gloire.</p>
+
+<p>Le général Dommartin, commandant l'artillerie, a montré
+autant de courage que de talent.</p>
+
+<p>Le 17, j'avais ordonné au général Despinois de pénétrer
+dans le Tyrol par le chemin de Chieso, il devait auparavant
+culbuter cinq à six mille ennemis qui se trouvaient à Gavardo.
+L'adjudant-général Herbin eut de grands succès,
+culbuta les ennemis, en fit un grand nombre prisonniers;
+mais n'ayant pas été soutenu par le reste de la division, il
+fut entouré, et ne put opérer sa retraite qu'en se faisant jour au
+des ennemis.</p>
+
+<p>J'envoyai le général Saint-Hilaire à Salo pour se concerter
+avec le général Guieux, et attaquer la colonne ennemie
+qui était à Gavardo, pour avoir le chemin du Tyrol libre.
+Après une fusillade assez vive, nous défîmes les ennemis, et
+nous leur fîmes dix-huit cents prisonniers.</p>
+
+<p>Pendant toute la journée du 17, Wurmser s'occupa à rassembler
+les débris de son armée, à faire arriver sa réserve, à
+tirer de Mantoue tout ce qui était possible, à les ranger en
+bataille dans la plaine, entre le village de Scanello, où il
+appuya sa droite, et la Chiesa, où il appuya sa gauche.</p>
+
+<p>Le sort de l'Italie n'était pas encore décidé. Il réunit un
+corps de vingt-cinq mille hommes, une cavalerie nombreuse,
+et sentit pouvoir encore balancer le destin. De mon côté, je
+donnai des ordres pour réunir toutes les colonnes de l'armée.</p>
+
+<p>Je me rendis moi-même à Lonado, pour voir les troupes
+que je pouvais en tirer; mais quelle fut ma surprise, en entrant
+dans cette place, d'y recevoir un parlementaire, qui
+sommait le commandant de Lonado de se rendre, parce que,
+disait-il, il était cerné de tous côtés. Effectivement, les différentes
+vedettes de cavalerie m'annonçaient que plusieurs
+colonnes touchaient nos grand'gardes; et que déjà la route
+de Brescia à Lonado était interceptée au pont San-Marco.
+Je sentis alors que ce ne pouvait être que les débris de la
+division coupée qui, après avoir erré et s'être réunis, cherchaient
+à se faire passage.</p>
+
+<p>La circonstance était assez embarrassante: je n'avais à Lonado
+qu'à peu près douze cents hommes; je fis venir le parlementaire,
+je lui fis débander les yeux; je lui dis que si son
+général avait la présomption de prendre le général en chef de
+l'armée d'Italie, il n'avait qu'à avancer; qu'il devait savoir
+que j'étais à Lonado, puisque tout le monde savait que l'armée
+républicaine y était; que tous les officiers-généraux et
+officiers supérieurs de la division seraient responsables de
+l'insulte personnelle qu'il m'avait faite: je lui déclarai que
+si sous huit minutes, toute sa division n'avait pas posé les
+armes, je ne ferais grâce à aucun.</p>
+
+<p>Le parlementaire parut fort étonné de me voir là, et un
+instant après toute cette colonne posa les armes. Elle était
+forte de quatre mille hommes, deux pièces de canon, et cinquante
+hommes de cavalerie; elle venait de Gavardo, et cherchait
+une issue pour se sauver: n'ayant pas pu se faire jour
+le matin par Salo, elle cherchait à le faire par Lonado.</p>
+
+<p>Le 18, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en présence;
+cependant il était six heures du matin et rien ne bougeait
+encore. Je fis faire un mouvement rétrograde à toute
+l'armée pour attirer l'ennemi à nous, du temps que le général
+Serrurier, que j'attendais à chaque instant, venait de Marcario,
+et dès-lors tournait toute la gauche de Wurmser. Ce
+mouvement eut en partie l'effet qu'on en attendait. Wurmser
+se prolongeait sur sa droite pour observer nos derrières.</p>
+
+<p>Dès l'instant que nous aperçûmes la division du général
+Serrurier, commandée par le général Fiorella, qui attaquait
+la gauche, j'ordonnai à l'adjudant-général Verdière d'attaquer
+une redoute qu'avaient faite les ennemis dans le milieu
+de la plaine pour soutenir leur gauche. Je chargeai mon aide-de-camp,
+chef de bataillon, Marmont, de diriger vingt pièces
+d'artillerie légère, et d'obliger par ce seul feu l'ennemi à nous
+abandonner ce poste intéressant. Après une vive canonnade,
+la gauche de l'ennemi se mit en pleine retraite.</p>
+
+<p>Augereau attaqua le centre de l'ennemi, appuyé à la tour
+de Solférino; Masséna attaqua la droite, l'adjudant-général
+Leclerc, à la tête de la cinquième demi-brigade, marcha au
+secours de la quatrième demi-brigade.</p>
+
+<p>Toute la cavalerie aux ordres du général Beaumont marcha
+sur la droite, pour soutenir l'artillerie légère et l'infanterie.
+Nous fûmes partout victorieux, partout nous obtînmes les
+succès les plus complets.</p>
+
+<p>Nous avons pris à l'ennemi dix-huit pièces de canon, cent
+vingt caissons de munitions. Sa perte va à deux mille hommes,
+tant tués que prisonniers. Il a été dans une déroute complète;
+mais nos troupes, harassées de fatigue, n'ont pu les
+poursuivre que l'espace de trois lieues. L'adjudant-général
+Frontin a été tué: ce brave homme est mort en face de l'ennemi.</p>
+
+<p>Voilà donc en cinq jours une autre campagne finie. Wurmser
+a perdu dans ces cinq jours soixante-dix pièces de canon
+de campagne, tous ses caissons d'infanterie, douze à quinze
+mille prisonniers, six mille hommes tués ou blessés, et presque
+toutes les troupes venant du Rhin. Indépendamment de
+cela, une grande partie est encore éparpillée, et nous les ramassons
+en poursuivant l'ennemi. Tous les officiers, soldats
+et généraux ont déployé dans cette circonstance difficile un
+grand caractère de bravoure. Je vous demande le grade de
+général de brigade pour les adjudans Verdier et Vignolles:
+le premier a contribué aux succès d'une manière distinguée;
+le second, qui est le plus ancien adjudant-général de toute
+l'armée, joint à un courage sûr des talens et une activité rares.
+Je vous demande le grade de chef de bataillon pour l'adjoint
+Ballet, celui de général de division pour le général de brigade
+Dallemagne; celui de chef de brigade d'artillerie pour
+le citoyen Songis, chef de bataillon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 21 thermidor an 4
+(8 août 1796).</p>
+
+<p class="droite"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+<p>Le 19 au matin l'ennemi tenait la
+ligne du Mincio, sa droite appuyée à son camp retranché à
+Peschiera, sa gauche à Mantoue, et son centre à Valeggio.
+Augereau se posta à Borghetto, et engagea une vive canonnade
+avec l'ennemi. Pendant ce temps-là, Masséna se porta
+à Peschiera, attaqua l'ennemi dans le camp retranché qu'il
+avait fait devant cette place, le mit en déroute, lui prit
+douze pièces de canon, et lui fit sept cents prisonniers.</p>
+
+<p>Le résultat de ce combat a été d'obliger l'ennemi à lever
+le siège de Peschiera, et à quitter la ligne du Mincio.</p>
+
+<p>Dans la journée du 20, Augereau passa le Mincio à Peschiera.
+La division du général Serrurier se porta sur Vérone,
+où elle arriva à dix heures du soir, dans le temps que la division
+du général Masséna avait repris ses anciennes positions,
+fait quatre cents prisonniers, pris sept pièces de canon.
+L'arrière-garde ennemie était encore dans Verone; les
+portes étaient fermées et les ponts-levis levés. Le provéditeur
+de Venise, sommé de les ouvrir, déclara qu'il ne le pouvait
+pas de deux heures. J'ordonnai aussitôt qu'on les ouvrît à
+coups de canon, ce que le général Dommartin fit exécuter
+sur-le-champ, et en moins d'un quart d'heure. Nous y avons
+trouvé différens bagages et fait quelques centaines de prisonniers.</p>
+
+<p>Nous voilà donc retournés dans nos anciennes positions:
+l'ennemi fuit au loin dans le Tyrol; les secours que vous
+m'avez annoncés venant des côtes de l'Océan commencent à
+arriver, et tout est ici dans la situation la plus satisfaisante.</p>
+
+<p>L'armée autrichienne, qui depuis six semaines menaçait
+d'invasion en Italie, a disparu comme un songe, et l'Italie
+qu'elle menaçait est aujourd'hui tranquille.</p>
+
+<p>Les peuples de Bologne, de Ferrare, mais surtout celui de
+Milan, ont, pendant notre retraite, montré le plus grand
+courage et le plus grand attachement à la liberté. À Milan,
+tandis que l'on disait que les ennemis étaient à Cassano, et
+que nous étions en déroute, le peuple demandait des armes,
+et l'on entendait dans les rues, sur les places, dans les spectacles,
+l'air martial: «Allons, enfans de la patrie.»</p>
+
+<p>Le général Victor, à la tête de la dix-huitième demi-brigade,
+a montré la plus grande bravoure au combat de Peschiera.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 22 thermidor an 4
+(9 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la municipalité de Milan.</i></p>
+
+<p>Lorsque l'armée battait en retraite, que les partisans de
+l'Autriche et les ennemis de la liberté la croyaient perdue
+sans ressource; lorsqu'il était impossible à vous-mêmes de
+soupçonner que cette retraite n'était qu'une ruse, vous avez
+montré de l'attachement pour la France, de l'amour pour la
+liberté; vous avez déployé un zèle et un caractère qui vous
+ont mérité l'estime de l'armée, et vous mériteront celle de
+la république française.</p>
+
+<p>Chaque jour votre peuple se rend davantage digne de la
+liberté; il acquiert chaque jour de l'énergie: il paraîtra sans
+doute un jour avec gloire sur la scène du monde. Recevez le
+témoignage de ma satisfaction, et du voeu sincère que fait
+le peuple français pour vous voir libres et heureux.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 24 thermidor an 4
+(11 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu vos différentes lettres, mon cher ministre; vous
+recevrez plusieurs exemplaires de la relation que vous désirez.
+On dit l'empereur sur le point de mourir: cherchez à voir
+quelqu'un qui puisse vous instruire du moment où cela
+pourrait arriver.</p>
+
+<p>Vous sentez combien cela est important, et combien il est
+essentiel que je sois instruit du moment où le grand-duc se
+mettra en chemin pour Vienne.</p>
+
+<p>Faites passer par un courrier les pièces que j'adresse au général
+Vaubois et au citoyen Cacault. Instruisez-moi avec votre
+exactitude ordinaire. L'intérêt du gouvernement est que l'on
+ne fasse rien dans la Toscane qui puisse indisposer le grand-duc,
+maintenez donc la neutralité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 25 thermidor an 4
+(12 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. le chevalier d'Azara, à Rome.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, monsieur, plusieurs lettres de vous, auxquelles
+les circonstances et mes occupations ne m'ont pas permis de
+répondre aussi promptement que j'aurais voulu.</p>
+
+<p>Cacault vous remettra les deux pièces authentiques que
+vous m'avez envoyées, avec une lettre de la municipalité de
+Ferrare: vous y verrez que c'est une affaire arrangée.</p>
+
+<p>On m'assure que la cour de Rome vous a demandé de lui
+prouver que la France était érigée en république. On m'assure
+qu'à Rome on ne veut plus accorder de bénédictions
+aux Ferrarais et aux Bolonais, mais bien à ceux de Lugo.
+Joignez à cela le légat envoyé à Ferrare et le retard de l'exécution
+de l'armistice, et le roi votre maître se convaincra de
+la mauvaise foi d'un gouvernement dont l'imbécillité égale la
+faiblesse.</p>
+
+<p>M. Capelletti se conduit fort mal à Bologne: c'est à vous,
+monsieur, à y mettre ordre; je serais fâché de le chasser de
+la ville. Aussi bien, j'ignore ce qu'il est, ce qu'il fait, et ce qu'il
+prétend.</p>
+
+<p>S.A.R. l'archiduc de Parme s'est conduit envers l'armée
+française avec la plus grande franchise et les sentimens d'amitié
+les plus sincères.</p>
+
+<p>Je vous prie, monsieur, de croire aux sentimens, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 25 thermidor an 4
+(12 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault, à Rome.</i></p>
+
+<p>Le pape a envoyé un cardinal légat à Ferrare, dans le
+temps qu'il croyait sans doute les Français perdus. Cela est-il
+conforme au traité d'armistice que nous avons signé? Les
+bourgeois de Ferrare ont refusé de le recevoir. Je viens de
+donner l'ordre à ce cardinal de se rendre sur-le-champ au
+quartier-général.</p>
+
+<p>Vous recevrez une lettre de la municipalité de Ferrare
+qui paraît être d'accord avec M. d'Azara; c'est donc une affaire
+finie. Je vous envoie en conséquence les deux pièces authentiques
+que le ministre m'avait envoyées.</p>
+
+<p>Le premier convoi d'argent n'est pas encore arrivé: tout
+va bien lentement. Il paraît qu'il y a beaucoup de mauvaise
+foi. Surveillez, et instruisez-moi; envoyez des hommes affidés
+pour savoir ce qui se fait à Naples et ce qui s'y est fait pendant
+nos opérations militaires. Je vous enverrai des relations
+et des adresses qui vous feront plaisir, et vous mettront au
+fait de ce qui s'est passé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 25 thermidor an 4
+(12 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À S.A.R. le grand-duc de Toscane.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu la lettre dont V.A.R. m'a honoré, en date
+du 13 juillet. Elle ne m'est arrivée que fort tard, ce qui,
+joint aux nombreux événemens qui viennent de se passer, a
+mis quelque retard dans ma réponse.</p>
+
+<p>Le gouvernement a appris, avec la plus grande douleur,
+l'occupation de Porto-Ferrajo par les Anglais. Il aurait été
+si facile à votre altesse de défendre cette place; il lui aurait
+été si avantageux de se conserver la possession de cette partie
+essentielle de ses états, qu'on est obligé de penser que la
+trahison de votre gouverneur, pareille à celle de Spannochi,
+est la cause de cet événement aussi désagréable pour la
+France que pour vos sujets.</p>
+
+<p>Le directoire exécutif serait autorisé, sans doute, à s'emparer,
+par représailles, des états de votre altesse royale qui
+sont sur le continent; mais, fidèle aux sentimens de modération,
+le gouvernement français ne changera en rien et n'altérera
+d'aucune manière la neutralité et la bonne harmonie
+qui règnent entre lui et votre altesse royale.</p>
+
+<p>Je suis avec les sentimens d'estime, etc., de votre altesse
+royale le très, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4
+(12 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au sénat de Bologne</i>.</p>
+
+<p>J'apprends, messieurs, que les ex-jésuites, les prêtres et
+les religieux troublent la tranquillité publique.</p>
+
+<p>Faites-leur connaître que dans le même temps que la république
+française protège la religion et ses ministres, elle
+est inexorable envers ceux qui, oubliant leur état, se mêlent
+des affaires publiques ou civiles. Prévenez les chefs des différentes
+religions que la première plainte qui me sera portée
+contre les religieux, j'en rendrai tout le couvent responsable,
+je les chasserai de la ville, et je confisquerai leurs biens au
+profit des pauvres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4
+(13 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>L'ennemi, après sa retraite, occupait en force la Corona
+et Monte-Baldo; il paraissait vouloir s'y soutenir. Masséna
+y a marché le 24 thermidor, s'est emparé de Monte-Baldo,
+de la Corona, de Preaboco, a pris sept pièces de canon et fait
+quatre cents prisonniers. Il se loue beaucoup de la trente-huitième
+demi-brigade d'infanterie légère, de son aide-de-camp
+Rey, et de son adjudant-général Chabran.</p>
+
+<p>Le 25, j'ai ordonné au général Sauret et au général de
+brigade Saint-Hilaire de se rendre à la Rocca d'Anfo, où
+l'ennemi paraissait vouloir tenir. Cette opération a réussi;
+nous avons forcé la Rocca d'Anfo, rencontré l'ennemi à Lodrone:
+après un léger combat, nous avons pris ses bagages,
+six pièces de canon et onze cents prisonniers.</p>
+
+<p>Augereau a passé l'Adige, a poussé l'ennemi sur Roveredo,
+et a fait quelques centaines de prisonniers. L'ennemi a
+dans Mantoue quatre mille malades; dans ce mois, les environs
+de cette place sont pestilentiels, et je me borne à y placer
+des camps d'observation qui tiennent la garnison dans les
+limites.</p>
+
+<p>Si une division de l'armée du Rhin peut venir prendre
+position à Inspruck et jeter l'ennemi sur la droite, je me porterai
+à Trieste, je ferai sauter son port et saccager la ville.</p>
+
+<p>Si l'armée de Sambre-et-Meuse arrive au Danube, que
+celle du Rhin puisse être en forces à Inspruck, je marcherai
+sur Vienne par le chemin de Trieste, et alors nous aurons
+le temps de retirer les immenses ressources que contient cette
+place.</p>
+
+<p>Le premier projet peut s'exécuter de suite; pour le second,
+il faudrait une bonne bataille qui éparpillât le prince
+Charles, comme j'ai éparpillé Wurmser, et de suite marcher
+tous sur Vienne.</p>
+
+<p>La chaleur est excessive. J'ai quinze mille malades, peu,
+très-peu de mortalités.</p>
+
+<p>J'attends les secours que vous m'annoncez; il n'est encore
+arrivé que très-peu de choses.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4
+(13 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Du même au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu avec reconnaissance, citoyens directeurs, le nouveau
+témoignage d'estime que vous m'avez donné par votre
+lettre du 13 thermidor. Je ne sais pas ce que MM. les journalistes
+veulent de moi: ils m'ont attaqué dans le même temps
+que les Autrichiens. Vous les avez écrasés par la publication
+de votre lettre; j'ai complètement battu les Autrichiens:
+ainsi, jusqu'à cette heure, ces doubles tentatives de nos ennemis
+ne sont pas heureuses.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4
+(13 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Du même au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Les bijoux et diamans que l'armée a envoyés à Gênes, et
+qui, depuis, étaient en route pour Paris, et que l'on a fait
+rétrograder à Gênes, doivent valoir au moins deux ou trois
+millions; cependant on n'en a offert à Gênes que 400,000 fr.
+Je crois qu'il est de l'intérêt de la république que ces objets
+précieux soient transportés à Paris. Le grand nombre
+d'étrangers qui sont dans cette capitale rendront la vente de
+ces objets plus fructueuse; d'ailleurs, j'apprends que la compagnie
+Flachat doit les prendre pour 400,000 fr. Ce serait
+une affaire ruineuse pour le gouvernement.</p>
+
+<p>J'avais fait mettre en séquestre les biens des Napolitains à
+Livourne. Le commissaire du gouvernement, à ce que m'écrit
+le consul, a fait lever ce séquestre; cependant cela aurait
+été un bon article du traité de paix. Cette cour de Naples se
+conduit mal: les Napolitains qui sont ici se sont très-mal conduits
+pendant nos événemens militaires, et je pense qu'il serait
+dangereux qu'ils continuassent à y rester. M. Pignatelli
+est-il à Paris? Les négociations de paix sont-elles commencées?
+Si cela n'est pas, je crois que nous avons le droit de
+séquestrer cette cavalerie. Il y a deux mille chevaux.</p>
+
+<p>On dit que le roi de Naples s'avance sur le territoire du
+pape. Je lui ai fait signifier que s'il s'avançait sur le terrain
+de Sa Sainteté, l'armistice serait nul, et que je marcherais
+pour couvrir Rome.</p>
+
+<p>La cour de Rome a cru l'armée perdue, et déjà elle avait
+envoyé un légat à Ferrare. La municipalité et la garde de
+cette ville se sont bien conduites et ont refusé de le recevoir.
+Je viens d'ordonner au cardinal de se rendre à mon quartier-général.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4
+(13 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Du même au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je crois utile, citoyens directeurs, de vous donner mon
+opinion sur les généraux employés à cette armée. Vous verrez
+qu'il en est fort peu qui peuvent me servir.</p>
+
+<p>BERTHIER: talens, activité, courage, caractère, tout pour
+lui.</p>
+
+<p>AUGEREAU: beaucoup de caractère, de courage, de fermeté,
+d'activité; a l'habitude de la guerre, est aimé du soldat,
+heureux dans ses opérations.</p>
+
+<p>MASSÉNA: actif, infatigable, a de l'audace, du coup d'oeil
+et de la promptitude à se décider.</p>
+
+<p>SERRURIER: se bat en soldat, ne prend rien sur lui,
+ferme, n'a pas assez bonne opinion de ses troupes; est malade.</p>
+
+<p>DESPINOIS: mou, sans activité, sans audace, n'a pas l'état
+de la guerre, n'est pas aimé du soldat, ne se bat pas à sa
+tête; a d'ailleurs de la hauteur, de l'esprit et des principes
+politiques sains: bon à commander dans l'intérieur.</p>
+
+<p>SAURET: bon, très-bon soldat, pas assez éclairé pour être
+général, peu heureux.</p>
+
+<p>ABATTUCCI<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a>: pas bon à commander cinquante hommes.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Footnote 11:</b><a href="#footnotetag11"> (return) </a> Vieux général de division, oncle du brave général Abattucci, mort
+au siège d'Huningue, en 1797.</blockquote>
+
+<p>GARNIER, MEUNIER, CASABIANCA: incapables, pas bons
+à commander un bataillon dans une guerre aussi active et
+aussi sérieuse que celle-ci.</p>
+
+<p>MACQUART: brave homme, pas de talens, vif.</p>
+
+<p>GAUTHIER: bon pour un bureau, n'a jamais fait la guerre.</p>
+
+<p>Vaubois et Sahuguet étaient employés dans les places, je
+viens de les faire venir à l'année: j'apprendrai à les apprécier;
+ils se sont très-bien acquittés de ce que je leur ai confié jusqu'ici;
+mais l'exemple du général Despinois, qui était très-bien
+à Milan et très-mal à la tête de sa division, m'ordonne
+de juger les hommes d'après leurs actions.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 1er fructidor an 4
+(18 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous ordonnerez au général de brigade Murat de partir
+pour Casal-Maggior, où il commandera une colonne mobile
+destinée à faire exécuter les différens articles de la réquisition
+relative à Casal-Maggior.</p>
+
+<p>Vous lui nommerez une commission militaire qui l'accompagnera
+pour faire juger ceux qui auraient assassiné les Français,
+ceux qui seraient auteurs ou qui auraient excité à la
+révolte.</p>
+
+<p>Il aura avec lui un commissaire des guerres et l'agent militaire
+pour percevoir la contribution d'un million.</p>
+
+<p>Il effectuera en entier le désarmement; il aura soin d'effectuer
+en trois ou quatre jours les différentes dispositions de
+la proclamation.</p>
+
+<p>Sa colonne mobile sera composée de cent hommes du vingt-unième
+régiment de chasseurs, de deux pièces d'artillerie
+légère et de la cinquante-unième demi-brigade.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 1er fructidor an 4
+(18 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Les chefs de corps remettront aux généraux de division
+sous qui ils se trouvent, la note des officiers absens, et spécialement
+de ceux qui se trouveraient à Milan, Brescia et
+Plaisance.</p>
+
+<p>2°. Ceux qui seraient à Brescia, à Milan et à Plaisance
+sans permission et qui se trouvent absens depuis plus de
+quarante-huit heures, seront sur-le-champ destitués par le
+général de division, qui en enverra à cet effet la note au chef
+de l'état-major.</p>
+
+<p>3°. Le général de division se fera rendre compte de ceux
+qui sont absens par permission, révoquera les permissions
+qui ne seraient pas indispensables au service. Il fixera dans
+cette révocation le jour où l'officier doit rejoindre son corps,
+sous peine de destitution.</p>
+
+<p>4°. Les commandans de Milan, de Brescia et de Plaisance
+feront publier dans la ville et consigner aux portes, que tout
+militaire, quel qu'il soit, même blessé, ait à se faire inscrire
+à l'état-major de la place.</p>
+
+<p>5º. La municipalité n'accordera aucun billet de logement
+que sur le visa du commandant de la place.</p>
+
+<p>6°. La municipalité remettra, tous les cinq jours, la liste
+des officiers logés dans la ville, avec le jour de leur arrivée.
+Les commandans des places enverront un double de cet état
+à l'état-major général.</p>
+
+<p>7°. Ils feront arrêter tous les officiers qui se trouveraient
+dans leur ville sans une permission des chefs de corps, visée
+par le général de division.</p>
+
+<p>8°. Ceux qui auraient des raisons réelles de service qui autorisassent
+leur séjour dans une de ces places, auront de l'état-major
+de la place un billet qui les autorisera à rester tant de
+jours.</p>
+
+<p>9º. Tout officier qui sera surpris dans une de ces places
+six heures après l'expiration de sa permission sera arrêté, et
+il en sera rendu compte au général de division sous lequel se
+trouve son corps.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 1er fructidor an 4
+(18 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kellermann.</i></p>
+
+<p>Nous sommes dans des circonstances, mon cher général,
+où nous avons le besoin le plus urgent de troupes.</p>
+
+<p>Les maladies nous mettent tous les jours beaucoup de
+monde aux hôpitaux, je vous prie donc de ne pas perdre un
+seul moment, et d'activer la marche des troupes le plus qu'il
+vous sera possible. Le moindre retard peut être dangereux et
+produire le plus mauvais effet.</p>
+
+<p>Wurmser reçoit à chaque instant de nouveaux renforts.
+Je compte, mon cher général, sur votre zèle ordinaire, et je
+vous prie de recevoir mes complimens pour les peines que
+vous n'avez cessé de vous donner.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 1er fructidor an 4
+(18 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le 28, à deux heures du matin, quinze cents hommes de
+la garnison de Mantoue sortaient par la porte de Cerese, dans
+le même moment que trois mille hommes sortaient par la
+porte de Pradella: tous nos avant-postes se retirèrent. L'ennemi
+était à une portée de fusil de nos batteries, qu'il espérait
+déjà enlever; mais le brave cinquième bataillon de grenadiers
+était là. Les généraux Fevrilla et Dallemagne placent
+leurs troupes, saisissent le moment favorable, attaquent l'ennemi,
+le mettent en désordre après deux heures de combat,
+et le conduisent jusqu'aux palissades de la ville. La perte de
+l'ennemi est de cinq à six cents hommes.</p>
+
+<p>Le 29, je comptais faire embarquer cent grenadiers, et
+j'espérais pouvoir m'emparer d'une des portes de la ville;
+mais les eaux ayant diminué de plus de trois pieds, il n'a pas
+été possible de tenter ce coup de main.</p>
+
+<p>Le 30, à onze heures du soir, le général Serrurier ordonna
+au général Murat et à l'adjudant-général Vignolles,
+avec deux cents hommes, d'attaquer la droite du camp retranché
+des ennemis, dans le temps que le général Dallemagne,
+à la tête d'une bonne colonne, attaquait la gauche.
+Le chef de bataillon d'artillerie Andréossy, officier du plus
+grand mérite, avec cinq chaloupes canonnières qu'il avait
+armées, alla donner à l'ennemi une fausse alerte; et dans le
+temps qu'il attirait sur lui tous les feux de la place, les généraux
+Dallemagne et Murat remplissaient leur mission, et
+portaient dans les rangs ennemis le désordre et l'épouvante.
+Le chef de brigade du génie traça pendant ce temps à quatre-vingts
+toises l'ouverture de la tranchée sous le feu et la mitraille
+de l'ennemi. Au même instant les batteries de Saint-Georges,
+de Pradella et de la Favorite, les deux premières composées
+de six pièces de gros calibre, et à boulets rouges, de
+six gros mortiers; la dernière, de huit pièces, destinée à
+rompre la communication de la citadelle avec la ville, commencèrent
+à jouer contre la place. Dix minutes après, le feu
+se communiqua de tous côtés dans la ville. La douane, le
+Collorado et plusieurs couvens ont été consumés. À la pointe
+du jour, la tranchée n'était que faiblement tracée; l'ennemi
+réunissait une partie de ses forces et cherchait à sortir sous
+le feu terrible des remparts; mais nos intrépides soldats, cachés
+dans des ravins, derrière des digues, postés dans toutes
+les sinuosités qui pouvaient un peu les abriter de la mitraille,
+les attendaient de pied ferme sans tirer. Cette morne constance
+seule déconcerta l'ennemi, qui rentra dans ses murs.</p>
+
+<p>La nuit suivante, on a perfectionné la tranchée, et dans
+la nuit de demain, j'espère que nos batteries seront armées et
+prêtes à tirer.</p>
+
+<p>Je ne vous parlerai pas de la conduite de l'intrépide général
+Serrurier, dont la réputation militaire est établie, et à
+qui nous devons, entre autres choses, le gain de la bataille de
+Mondovi. Le chef de brigade Chasseloup, le chef de bataillon
+Samson, et le chef de bataillon Meuron donnent tous les
+jours des preuves de talens, d'activité, de courage, qui leur
+acquièrent des titres à la reconnaissance de l'armée et de la
+patrie.</p>
+
+<p>Toutes les troupes montrent une patience, une constance
+et un courage qui donnent l'audace de concevoir les entreprises
+les plus hardies.</p>
+
+<p>Le chef de bataillon Dussot, qui commande le brave cinquième
+bataillon de grenadiers, est le même qui a passé, le
+premier, le pont de Lodi.</p>
+
+<p>Je vous enverrai incessamment la sommation que j'ai faite
+au gouverneur, et la réponse qu'il m'a faite.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 fructidor an 4
+(25 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Du même au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>1°. La division du général Sahuguet bloque Mantoue.</p>
+
+<p>Le 7, à trois heures du matin, nous avons à la fois attaqué
+le pont de Governolo et Borgo-Forte, pour faire rentrer
+la garnison dans ses murs. Après une vive canonnade, le général
+Sahuguet, en personne, s'est emparé du pont de Governolo,
+dans le temps que le général Dallemagne s'emparait
+de Borgo-Forte. L'ennemi a perdu cinq cents hommes tués,
+blessés ou prisonniers. La douzième demi-brigade et le citoyen
+Lahoz se sont distingués.</p>
+
+<p>2°. La division du général Augereau est à Verone.</p>
+
+<p>3°. Celle du général Masséna est à Rivoli. Celle du général
+Sauret, dont je viens de donner le commandement au
+général Vaubois, est à Storo, le général Sauret étant malade.</p>
+
+<p>Il a été indispensable de donner quelques jours de repos
+aux troupes, de rallier les corps disséminés après un choc si
+violent, et de réorganiser le service des administrations absolument
+en déroute: il y a de ces messieurs qui ont fait leur
+retraite tout d'une traite sur le golfe de la Spezzia.</p>
+
+<p>Le commissaire des guerres Salva abandonne l'armée;
+l'esprit frappé, il voit partout des ennemis; il passe le Pô et
+communique à tout ce qu'il rencontre la frayeur qui l'égare,
+il croit les houlans à ses trousses: c'est en vain qu'il court en
+poste deux jours et deux nuits, rien ne le rassure; criant
+de tous côtés: <i>sauve qui peut</i>, il arrive à deux lieues de
+Gênes: il meurt après vingt-quatre heures d'une fièvre violente,
+dans les transports de laquelle il se croit blessé de cent
+coups de sabre, et toujours par les terribles houlans. Rien
+n'égale cette lâcheté que la bravoure des soldats. Beaucoup
+de commissaires des guerres n'ont pas été plus braves. Tel
+est, citoyens directeurs, l'inconvénient de la loi qui veut
+que les commissaires des guerres ne soient que des agens civils,
+tandis qu'il leur faut plus de courage et d'habitudes
+militaires qu'aux officiers mêmes: le courage qui leur est nécessaire
+doit être tout moral; il n'est jamais le fruit que de
+l'habitude des dangers, J'ai donc senti dans cette circonstance
+combien il est essentiel de n'admettre à remplir les
+fonctions de commissaire des guerres, que des hommes qui
+auraient servi dans la ligne plusieurs campagnes, et qui auraient
+donné des preuves de courage. Tout homme qui estime
+la vie plus que la gloire nationale et l'estime de ses camarades,
+ne doit pas faire partie de l'armée française. L'on
+est révolté lorsqu'on entend journellement les individus des
+différentes administrations avouer et se faire presque gloire
+d'avoir eu peur.</p>
+
+<p>Nous avons à l'armée quinze mille malades, il n'en meurt
+par jour que quinze ou vingt; mais on dit que le mois de
+septembre est le moment où les maladies sont plus dangereuses.
+Jusqu'à cette heure ce ne sont que des fièvres légères.
+Je viens de visiter les hôpitaux de Milan: j'ai été très-satisfait,
+ce qui est dû en partie au zèle et à l'activité du citoyen
+Burisse, agent principal de cette partie.</p>
+
+<p>Je n'ai encore reçu aucune troupe venant de l'Océan; l'on
+nous a annoncé seulement trois mille hommes composant la
+sixième demi-brigade, qui arrivent à Milan le 15.</p>
+
+<p>On ne m'a annoncé aucune troupe de la division du général
+Chateauneuf-Randon, seulement la dixième demi-brigade
+de ligne, forte de six cents hommes, est arrivée à
+Nice.</p>
+
+<p>Si les six mille hommes que vous m'avez annoncés du
+général Chateauneuf-Randon et les treize mille hommes que
+l'on m'a annoncés depuis longtemps de l'armée de l'Océan
+étaient arrivés, mon armée se trouverait presque doublée, et
+j'aurais balayé devant moi l'armée autrichienne. Si ces renforts
+arrivent dans le courant du mois, nous continuerons à
+nous trouver dans une position respectable, et dans le cas
+même de mettre fin à l'extravagance de Naples; mais je crains
+que vos ordres sur le mouvement de ces troupes ne soient mal
+exécutés.</p>
+
+<p>Nos demi-galères sont sorties de Peschiera, où elles ont
+pris dix grosses barques et deux pièces de canon appartenants
+aux ennemis.</p>
+
+<p>Tout est ici dans une position satisfaisante. Nous attendons
+la première nouvelle du général Moreau pour nous
+avancer dans le Tyrol; cependant, si cela tarde encore quelques
+jours, nous nous avancerons provisoirement jusqu'à
+Trente. On m'assure que le général Wurmser est rappelé et
+remplacé par le général Dewins.</p>
+
+<p>Le roi de Sardaigne ayant licencié ses régimens provinciaux,
+les barbets se sont accrus. Un chariot portant de l'argent
+a été pillé. Le général Dugard allant à Nice a été tué.
+J'ai organisé une colonne mobile avec un tribunal contre les
+barbets, pour en faire justice.</p>
+
+<p>Je ne puis influer d'aucune manière sur les départemens
+du Var et du Rhône; mon éloignement est tel, que je reçois
+les lettres beaucoup plus tard que le ministre de la guerre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 fructidor an 4
+(18 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien envoyer les ordres pour qu'il soit réuni,
+au village de Tende, une colonne mobile composée de cinquante
+gendarmes du département des Alpes-Maritimes;
+cinquante gendarmes du département du Var; trois mille
+deux cents hommes pris dans la division du général Casabianca;
+deux cents hommes pris à Antibes et aux îles Marguerite;
+cent cinquante hommes de la garde nationale des
+Alpes-Maritimes; deux cents hommes de la garde nationale
+du district de Grasse; deux pièces de canon.</p>
+
+<p>Cette colonne mobile sera commandée par le général Casabianca.
+La commission militaire que j'ai ordonnée pour juger
+les barbets, tiendra ses séances au village de Tende. Le
+département des Alpes-Maritimes enverra une commission,
+qui restera à Tende; elle sera chargée de recueillir tous les
+renseignemens que pourront lui donner les municipalités et
+les habitans pour détruire ces rassemblemens et purger le
+département des brigands qui l'infestent.</p>
+
+<p>Les généraux, officiers supérieurs, soldats et commission,
+réunis à Tende, seront payés moitié en argent et moitié en
+mandats, comme l'armée active.</p>
+
+<p>Le payeur de l'armée fera payer cette colonne mobile par
+le payeur de Coni; elle sera nourrie de vivres de la ville de
+Coni, et aura une ration de viande comme le reste de l'armée.</p>
+
+<p>Les villages seront responsables des secours qu'ils donneraient
+aux scélérats.</p>
+
+<p>Le général Macquart et le général piémontais seront prévenus
+de la formation de cette colonne mobile.</p>
+
+<p>Le général Macquart aura ordre de se concerter avec le
+général Casabianca, pour envoyer de son côté de gros piquets,
+afin de détruire rapidement les brigands.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 fructidor an 4
+(25 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, ordonner au général
+Gentili d'organiser en compagnies tous les Corses réfugiés qui
+se trouvent à Livourne, officiers, sous-officiers et soldats.
+Les généraux corses, les chefs de brigade ou de bataillon réfugiés
+commanderont chacun une de ces compagnies. Il leur
+sera distribué des fusils de ceux existans dans la place.</p>
+
+<p>Ces compagnies ne feront aucun service autre que celui
+relatif à l'embarquement pour la Corse. En cas de générale
+ou d'alerte, le général Gentili prendra les ordres du général
+de division commandant la place, pour les postes que devront
+occuper lesdites compagnies. Les capitaines, lieutenans ou
+sous-lieutenans faisant partie de ces compagnies devront être
+armés d'un fusil.</p>
+
+<p>Je vous laisse le maître de faire un règlement pour déterminer
+tout ce que je n'aurais pas prévu, afin que tous les
+Corses réfugiés, faisant partie desdites compagnies, puissent
+toucher sans confusion les rations dues à leur grade, et qu'ils
+puissent, en cas d'événement, remplacer à Livourne le bataillon
+de la soixante-quinzième demi-brigade que j'en ai retiré.</p>
+
+<p>Vous préviendrez le général Gentili que je lui enverrai incessamment
+des instructions sur l'expédition de la Corse.</p>
+
+<p>La gendarmerie de la vingt-huitième division, étant organisée,
+devra concourir au service de la place. Vous autoriserez
+ses chefs à se recruter parmi les réfugiés corses existans
+à Livourne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p>Donnez l'ordre à deux cents hommes du bataillon de la
+douzième demi-brigade, qui est à Milan, de partir demain
+matin pour se rendre, par le chemin le plus court, à Casal-Maggior,
+pour être aux ordres du général Murat, et remplacer
+la cinquante-unième demi-brigade.</p>
+
+<p>Donnez ordre à la cinquante-unième demi-brigade de partir
+aussitôt que ces deux cents hommes seront arrivés, pour
+se rendre à Livourne par le chemin le plus court.</p>
+
+<p>Donnez l'ordre d'établir, sous trois fois vingt-quatre heures,
+dans le château de Pavie, un hôpital de vénériens. On
+tiendra, dans le magasin du château, cinq cents fusils avec
+pierres, cartouches, etc., afin de pouvoir armer, en cas d'événement,
+les vénériens.</p>
+
+<p>Donnez l'ordre au bataillon de la sixième demi-brigade,
+le premier arrivé, de laisser deux cents hommes dans le château
+de Pavie. Aussitôt que ces deux cents hommes seront
+arrivés à Pavie, donnez ordre à la quatorzième demi-brigade
+de partir pour Livourne par le chemin le plus court. Faites
+passer en revue la cinquante-unième demi-brigade et la quatorzième,
+au moment de leur départ.</p>
+
+<p>Ordonnez l'établissement d'un hôpital de cinq cents malades
+dans le château de Milan. Mon intention est que l'on
+choisisse les hommes les moins malades. Ordonnez qu'il y ait
+toujours dans le château de Milan cinq cents fusils, avec ce
+qui est nécessaire, pour, en cas d'événement, armer lesdits
+malades.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 fructidor an 4
+(25 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général de division Sauret.</i></p>
+
+<p>La considération de votre santé m'a seule engagé à vous
+donner le commandement de la réserve, et à vous remplacer
+dans celui de la division actuellement sous vos ordres: cette
+division est encore destinée à des mouvemens dont la vivacité
+est incompatible avec votre état actuel; mais vous saurez encore
+vous rendre utile dans le poste où je vous place, et qui
+n'est pas moins essentiel; le service qu'il doit faire est moins
+rude et plus adapté à votre situation.</p>
+
+<p>La réserve doit voir l'ennemi; mais elle est destinée à le
+joindre par des chemins moins difficiles. Les services que vous
+avez rendus doivent vous assurer que ce changement n'a rien
+qui doive vous affecter; il est absolument étranger à aucune
+diminution dans la confiance que je dois à votre bravoure et
+à votre patriotisme.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 fructidor an 4
+(26 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous enverrai incessamment, citoyens directeurs, deux
+lettres que je reçois de Corse. Les Anglais embarquent toutes
+les munitions de guerre sur des barques pour les transporter
+à l'île d'Elbe. Où donc est le projet qu'ils avaient pu avoir
+dans le temps qu'ils nous croyaient battus, de se porter sur
+Livourne, comme le pourrait faire croire une proclamation
+qu'ils ont publiée.</p>
+
+<p>Tous les réfugiés corses sont déjà rendus à Livourne: le
+commissaire Salicetti compte partir demain.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 fructidor an 4
+(26 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai commencé à entamer les négociations à Venise, je leur
+ai demandé les vivres pour le besoin de l'armée. Je vous envoie
+la copie de la lettre au citoyen Lallement. Dès l'instant
+que j'aurai balayé le Tyrol, on entamera des négociations
+conformes à vos instructions; dans ce moment-ci, cela ne
+réussirait pas: ces gens-ci ont une marine puissante, et sont
+à l'abri de toute insulte dans leur capitale; il sera peut-être
+bien difficile de leur faire mettre les séquestres sur les biens
+des Anglais et sur ceux de l'empereur.</p>
+
+<p>J'ai fait appeler à Milan le citoyen Faypoult. Nous sommes
+convenus des mesures préparatoires à prendre pour l'exécution
+de vos instructions sur Gènes.</p>
+
+<p>Dès l'instant que nous serons à Trente, que l'armée du
+Rhin sera à Inspruck, et qu'une partie du corps de troupes
+qui m'arrive de la Vendée sera à Tortone, je me porterai à
+Gênes de ma personne, et votre arrêté sera exécuté dans toute
+sa teneur.</p>
+
+<p>Quant au grand-duc de Toscane, il faut encore dissimuler.
+J'ai fait un changement de troupes dans la place de Livourne,
+pour détourner les calculateurs sur le nombre, et
+faire un mouvement dans l'intérieur de l'Italie, pour accroître
+les bruits que je fais courir pour contenir la populace
+de Rome et les Napolitains.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 fructidor an 4
+(26 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le roi de Naples, à la tête de vingt-quatre mille hommes
+(ce qui pourrait bien n'aller qu'à quinze mille), s'est avancé
+sur les terres du pape, menaçant de se porter sur Rome, et
+de là venir se joindre à Wurmser, ou se porter sur Livourne
+pour, de concert avec les Anglais, nous chasser de cette
+place. L'alarme était dans Rome, et le cabinet de Sa Sainteté
+était dans la plus grande consternation.</p>
+
+<p>J'ai écrit au citoyen Cacault de rassurer la cour de Rome,
+et de signifier à celle de Naples que si le roi des Deux-Siciles
+s'avançait sur les terres de Rome, je regarderais l'armistice
+comme nul, et que je ferais marcher une division de mon
+armée pour couvrir Rome. Le citoyen Cacault m'assure, sans
+en être certain, que le roi de Naples s'est désisté de son entreprise,
+et qu'il est retourné de sa personne à Naples. Cette
+cour est perfide et bête. Je crois que si M. Pignatelli n'est
+pas encore arrivé à Paris, il convient de séquestrer les deux
+mille hommes de cavalerie que nous avons en dépôt, arrêter
+toutes les marchandises qui sont à Livourne, faire un manifeste
+bien frappé, pour faire sentir la mauvaise foi de la cour
+de Naples, principalement d'Acton; dès l'instant qu'elle sera
+menacée, elle deviendra humble et soumise. Les Anglais ont
+fait croire au roi de Naples qu'il était quelque chose. J'ai
+écrit à M. d'Azarria, à Rome; je lui ai dit que si la cour de
+Naples, au mépris de l'armistice, cherche encore à se mettre
+sur les rangs, je prends l'engagement, à la face de l'Europe,
+de marcher contre les prétendus soixante-dix mille hommes
+avec six mille grenadiers, quatre mille hommes de cavalerie
+et cinquante pièces de canon. La bonne saison s'avance: d'ici
+à six semaines, j'espère que la plus grande partie de nos malades
+seront guéris. Les secours que vous m'annoncez arrivés,
+je pourrai à la fois faire le siège de Mantoue, et tenir en respect
+Naples et les Autrichiens.</p>
+
+<p>La cour de Rome, pendant le temps de nos désastres, ne
+s'est pas mieux conduite que les autres; elle avait envoyé un
+légat à Ferrare, je l'ai fait arrêter, et je le tiens en otage à
+Brescia: c'est le cardinal Mattei. Le vice-légat, nommé
+Grena, s'était sauvé, et n'était plus qu'à deux heures de
+Rome; je lui ai envoyé l'ordre de venir à Milan; il est venu.
+Comme il est moins coupable, je le renverrai après l'avoir
+retenu quelques jours ici.</p>
+
+<p>On fait courir beaucoup de bruits sur le roi de Sardaigne;
+mais je crois que tout cela est dénué de fondement. Il a vendu
+son équipage d'artillerie, licencié ses régimens provinciaux;
+et s'il cherche à recruter, c'est qu'il aime mieux avoir des
+troupes étrangères que des régimens nationaux, dont il est
+peu sûr. Il serait bon que les journalistes voulussent bien ne
+pas publier sur son compte des absurdités comme celles qu'on
+publie tous les jours. Il est des coups de plume écrits sur des
+ouï-dire, et sans mauvaise intention, qui nous font plus de
+mal, plus d'ennemis, qu'une contribution dont nous tirerions
+avantage. Peut-être serait-il utile qu'un journal officiel insérât
+un article qui démentît ces bruits absurdes et ridicules.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 fructidor an 4
+(26 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot, ministre de la république à Florence.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu toutes vos lettres. Il y a à Livourne deux mille
+deux cents hommes de la soixante-quinzième demi-brigade,
+et six cents Corses réfugiés que j'organise en compagnies. J'y
+envoie les quinzième et quatorzième demi-brigades, soyez
+tranquille.</p>
+
+<p>Dissimulez avec le grand-duc; s'il se conduit mal, il
+paiera tout à la fois: ces gens-ci sont peu à craindre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 13 fructidor an 4
+(30 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Il arrive quelquefois que le défaut de transport empêche le
+soldat de toucher sa ration de pain de vingt-quatre onces et
+qu'il n'en touche que douze: il est juste, lorsque cela arrive,
+de l'indemniser en lui donnant l'équivalent en argent. En
+conséquence, le général en chef ordonne qu'il sera, dans ce
+cas, donné un sou et demi par douze onces. L'inspecteur des
+vivres de la division devra donner un certificat, qui sera visé
+par le commissaire des guerres, par le chef d'état-major de
+la division, et par le général commandant le camp. Le quartier-maître,
+à la fin de la décade, présentera le certificat à
+l'ordonnateur en chef, qui le fera solder.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 13 fructidor an 4
+(30 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux habitans du Tyrol.</i></p>
+
+<p>Vous sollicitez la protection de l'armée française, il faut
+vous en rendre dignes: puisque la majorité d'entre vous est
+bien intentionnée, contraignez ce petit nombre d'hommes
+opiniâtres à se soumettre, leur conduite insensée tend à attirer
+sur leur patrie les fureurs de la guerre.</p>
+
+<p>La supériorité des armes françaises est aujourd'hui constatée:
+les ministres de l'empereur, achetés par l'or des Anglais,
+le trahissent; ce malheureux prince ne fait pas un pas
+qui ne soit une faute.</p>
+
+<p>Vous voulez la paix, les Français combattent pour elle:
+nous ne passons sur votre territoire que pour obliger la cour
+de Vienne de se rendre au voeu de l'Europe désolée, et d'entendre
+les cris de ses peuples. Nous ne venons pas ici pour
+nous agrandir, la nature a tracé nos limites au Rhin et aux
+Alpes, dans le même temps qu'elle a posé au Tyrol les limites
+de la maison d'Autriche.</p>
+
+<p>Tyroliens, quelle qu'ait été votre conduite, rentrez dans
+vos foyers; quittez des drapeaux tant de fois battus, et impuissans
+pour se défendre. Ce n'est pas quelques ennemis de
+plus que peuvent redouter les vainqueurs des Alpes et d'Italie,
+mais c'est quelques victimes de moins que la générosité
+de ma nation m'ordonne de chercher à épargner.</p>
+
+<p>Nous nous sommes montrés redoutables dans les combats,
+mais nous sommes les amis de ceux qui nous reçoivent avec
+hospitalité.</p>
+
+<p>La religion, les habitudes, les propriétés des communes
+qui se soumettront seront respectées.</p>
+
+<p>Les communes dont les compagnies de Tyroliens ne seraient
+pas rentrées à notre arrivée seront incendiées, les habitans
+seront pris en otages et envoyés en France.</p>
+
+<p>Lorsqu'une commune sera soumise, les syndics seront tenus
+de donner à l'heure même la note des habitans qui seraient
+à la solde de l'empereur, et s'ils font partie des compagnies
+tyroliennes, on incendiera sur-le-champ leurs maisons et on
+arrêtera leurs parens jusqu'au dernier degré, lesquels seront
+envoyés en ôtage en France.</p>
+
+<p>Tout Tyrolien faisant partie des compagnies franches, pris
+les armes à la main, sera sur-le-champ fusillé.</p>
+
+<p>Les généraux de division seront chargés de la stricte exécution
+du présent arrêté.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Due-Castelli, le 13 fructidor an 4
+(30 août 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte, citoyens directeurs, dans ma
+dernière dépêche, que le général Wurmser, obligé d'abandonner
+Bassano, s'était porté de sa personne avec les débris
+de deux bataillons de grenadiers à Montebello, entre Vicence
+et Verone, où il avait rejoint la division qu'il avait fait marcher
+sur Verone, forte de quatre mille cinq cents hommes de
+cavalerie et cinq mille d'infanterie, au premier instant qu'il
+avait su que je me portais sur Trente.</p>
+
+<p>Le 23, la division du général Augereau se porta sur Padoue;
+elle ramassa les débris de l'armée autrichienne et
+quatre cents hommes qui les escortaient: celle de Masséna se
+rendit à Vicence. Wurmser se trouvait entre l'Adige et la
+Brenta: il lui était impossible de franchir la Brenta, puisque
+deux divisions de l'armée lui en fermaient le passage; il ne
+lui restait d'autre ressource que de se jeter dans Mantoue;
+mais ayant prévu, à mon départ pour Trente, le mouvement
+que ferait le général Wurmser, j'avais laissé dans Verone le
+général de division Kilmaine, et fait garnir d'artillerie les
+remparts de cette place. Le général Kilmaine, avec sa sagacité
+ordinaire, a su imposer à l'ennemi et le tenir pendant
+quarante-huit heures en respect, le repoussant par le feu de
+son artillerie toutes les fois qu'il a essayé de pénétrer. Je n'avais
+pu lui laisser que des forces trop peu considérables pour
+contenir une ville très-populeuse, et pour repousser un corps
+d'armée qui avait autant de raisons de ne rien épargner pour
+se rendre maître de cette place importante. Il se loue beaucoup
+du chef de bataillon Muirond, qui y commandait l'artillerie.</p>
+
+<p>Le 28 au soir, le général Wurmser apprit l'arrivée du général
+Masséna à Vicence, il sentit qu'il n'avait plus un moment
+à perdre; il fila toute la nuit le long de l'Adige, qu'il
+passa à Porto-Legnago.</p>
+
+<p>Le 24 au soir, la division du général Masséna passa l'Adige
+à Ronco, dans le temps que la division du général Augereau
+marchait de Padoue sur Porto-Legnago, ayant bien
+soin d'éclairer sa gauche pour que l'ennemi ne cherchât pas à
+se sauver par Castel-Basilo.</p>
+
+<p>Le 25, à la pointe du jour, je donnai ordre à la division
+du général Masséna de se porter à Sanguinetto, afin de barrer
+le passage à Wurmser; le général Sahuguet, avec une brigade,
+se porta à Castellaro, et eut ordre de couper tous les
+ponts sur la Molinella.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Cerea.</i></p>
+
+
+<p>Pour se rendre de Ronco à Sanguinetto, il y a deux chemins:
+l'un, qui part de Ronco, passe par la gauche, en suivant
+l'Adige, et rencontre le chemin de Porto-Legnago à
+Mantoue; le second conduit directement de Ronco à Sanguinetto:
+c'était celui qu'il fallait prendre, au contraire on prit
+le premier. Le général Murat, à la tête de quelques centaines
+de chasseurs, arrivé à Cerea, rencontra la tête de la division
+de Wurmser; il culbuta plusieurs escadrons de cavalerie. Le
+général Pigeon, commandant l'avant-garde du général Masséna,
+sentant la cavalerie engagée, se précipite avec son infanterie
+légère pour la soutenir; il passe le village et s'empare
+du pont sur lequel l'ennemi devait passer: la division
+du général Masséna était encore éloignée. Après un moment
+d'étonnement et d'alarme donnée à la division du général
+Wurmser, ce général fit ses dispositions, culbuta notre
+avant-garde, reprit le pont et le village de Cerea. Je m'y étais
+porté au premier coup de canon que j'avais entendu, il n'était
+plus temps. Il faut faire à l'ennemi un pont d'or ou lui
+opposer une barrière d'acier. Il fallut se résoudre à laisser
+échapper l'ennemi, qui, selon tous les calculs et toutes les
+probabilités, devait être, ce jour-là, obligé de poser les armes
+et de se rendre prisonnier. Nous nous contentâmes de rallier
+notre avant-garde et de retourner à demi-chemin de Ronco
+à Cerea. Nous avons trouvé le lendemain sur le champ de bataille
+plus de cent hommes tués de l'ennemi, et nous lui
+avons fait deux cent cinquante prisonniers. Nous sommes redevables
+au courage du huitième bataillon de grenadiers et
+au sang-froid du général de brigade Victor, d'être sortis à si
+bon marché d'une lutte aussi inégale.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Castellaro</i>.</p>
+
+
+<p>Wurmser fila toute la nuit du 25 au 26 sur Mantoue
+avec une telle rapidité, qu'il arriva le lendemain de bonne
+heure à Nogara. Il apprit que les ponts de la Molinella étaient
+coupés, et qu'une division française l'attendait à Castellaro.
+Il sentit qu'il ne fallait pas essayer de forcer Castellaro, puisque,
+dès la pointe du jour, nous nous étions mis à sa poursuite:
+j'espérais encore le trouver se battant avec le général
+Sahuguet; mais malheureusement celui-ci n'avait pas coupé
+le pont de Villa-Impenta sur la Molinella, à une lieue de sa
+droite: Wurmser avait filé par là. Dès l'instant que le général
+Sahuguet avait su son passage, il avait envoyé quelques
+chasseurs pour le harceler et retarder sa marche; mais il avait
+trop peu de monde pour pouvoir y réussir. Le général Charton,
+avec trois cents hommes, fut enveloppé par un régiment
+de cuirassiers. Au lieu de se poster dans les fossés, ces braves
+soldats voulurent payer d'audace et charger les cuirassiers;
+mais après une vigoureuse résistance ils furent enveloppés.
+Le général Charton a été tué dans ce combat, et les trois
+cents hommes ont été faits prisonniers, parmi lesquels le chef
+de brigade Dugoulot, chef de la douzième demi-brigade d'infanterie
+légère.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Prise de Porto-Legnago</i>.</p>
+
+
+<p>Le général Augereau, arrivé le 21 devant Porto-Legnago,
+investit la place; le général Masséna y envoya la brigade du
+général Victor pour l'investir du côté de l'Adige: après
+quelques pourparlers, la garnison, forte de seize cent soixante-treize
+hommes, se rendit prisonnière de guerre le 27. Nous
+y trouvâmes vingt-deux pièces de canon de campagne, tout
+attelées, ainsi que leurs caissons et les cinq cents hommes que
+Wurmser nous avait fait prisonniers au combat de Cerea, et
+qui, par ce moyen, furent délivrés.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Due-Castelli</i>.</p>
+
+
+<p>Le 28, la division du général Masséna partit à la pointe
+du jour de Castellero, se porta sur Mantoue par la route de
+Due-Castelli, afin d'engager l'ennemi à rentrer dans la place,
+en s'emparant du faubourg Saint-George; le combat s'engagea
+à midi, il fut encore engagé trop promptement: la cinquième
+demi-brigade se trompa de chemin et n'arriva pas à
+temps. La nombreuse cavalerie ennemie étonna notre infanterie
+légère; mais la brave trente-deuxième soutint le combat
+jusqu'au soir, et nous restâmes maîtres du champ de bataille,
+éloignés de deux milles du faubourg Saint-George. Le général
+Sahuguet, après avoir investi la citadelle, s'est porté sur la
+Favorite: déjà il avait obtenu les plus grands succès, il avait
+pris à l'ennemi trois pièces de canon; mais il fut obligé de
+prendre une position en arrière, et d'abandonner l'artillerie
+qu'il venait de prendre à l'ennemi.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Bataille de Saint-George</i>.</p>
+
+
+<p>Cependant les hulans, les hussards et les cuirassiers ennemis,
+fiers de ces petits succès, inondaient la campagne; le
+général Masséna leur fit tendre des embuscades, qui obtinrent
+un succès d'autant plus heureux, qu'elles mirent aux prises
+notre infanterie légère avec eux. Nous en tuâmes ou prîmes
+environ cent cinquante. Les cuirassiers ne sont pas à l'abri
+de nos coups de fusil. L'ennemi a eu au moins trois cents
+blessés.</p>
+
+<p>C'est dans ces petits chocs que le général Masséna a montré
+beaucoup de fermeté à rallier sa troupe et à la conduire
+au combat. Le général Kilmaine, à la tête du vingtième de
+dragons, a contenu l'ennemi, et a par là rendu un grand service.
+Ces combats, qui n'étaient dans la réalité que des
+échauffourées, donneront beaucoup de confiance à nos ennemis.
+Il fallait l'accroître par tous les moyens possibles, car
+nous ne pouvions pas avoir de plus grand bonheur que de
+porter l'ennemi à engager une affaire sérieuse hors de ses remparts.</p>
+
+<p>Le général Masséna prit, la nuit du 28 au 29, une position
+en arrière. Le lendemain, à la pointe du jour, nous apprîmes
+que les ennemis avaient fait sortir presque toute leur
+garnison pour défendre la Favorite et Saint-George, et par
+là se conserver les moyens d'avoir des fourrages pour nourrir
+leur nombreuse cavalerie.</p>
+
+<p>À deux heures après midi, le général Bon, commandant
+provisoirement la division du général Augereau, qui est malade,
+arriva de Governolo, longeant le Mincio, et attaqua
+l'ennemi placé en avant de Saint-George, sur notre gauche;
+le général la Salcette se porta pour couper les communications
+de la Favorite à la citadelle; le général Pigeon, passant
+par Villa-Nova, alla pour tourner une plaine où la cavalerie
+ennemie pouvait manoeuvrer, et pour couper les communications
+de la Favorite à Saint-George.</p>
+
+<p>Lorsque ces différentes attaques furent commencées, le
+général Victor, avec la dix-huitième demi-brigade de bataille,
+en colonne serrée par bataillon, et à la hauteur de division,
+marcha droit à l'ennemi; la trente-deuxième demi-brigade,
+soutenue par le général Kilmaine à la tête de deux régimens
+de cavalerie, marcha par la droite pour acculer les ennemis,
+et les pousser du côté où était le général Pigeon. Le combat
+s'engagea de tous côtés avec beaucoup de vivacité; le huitième
+bataillon de grenadiers, placé à l'avant-garde, et conduit
+par l'adjudant-général Leclerc et mon aide-de-camp
+Marmont, fit des prodiges de valeur.</p>
+
+<p>La quatrième demi-brigade de bataille, qui avait sur la
+gauche commencé le combat, avait attiré la principale attention
+de l'ennemi, qui se trouvait percé par le centre: nous
+enlevâmes Saint-George. Un escadron de cuirassiers chargea
+un bataillon de la dix-huitième, qui le reçut baïonnette en
+avant, et fit prisonniers tous ceux qui survécurent à cette
+charge.</p>
+
+<p>Nous avons fait dans cette bataille deux mille prisonniers,
+parmi lesquels un régiment entier de cuirassiers et une division
+de hulans. L'ennemi doit avoir au moins deux mille
+cinq cents hommes tués ou blessés; nous avons pris vingt-cinq
+pièces de canon avec leurs caissons tout attelés.</p>
+
+<p>Parmi nos blessés dans les journées du 28 et du 29, sont: le
+général Victor, le général Berlin, le général Saint-Hilaire,
+le général Mayer, blessé en allant au secours d'un soldat
+chargé par un cuirassier ennemi; le général Murat, blessé
+légèrement; le chef de brigade Lannes; le chef de bataillon
+Rolland; le chef de brigade du dixième régiment de chasseurs
+à cheval, Leclerc, a été blessé en chargeant à la tête
+de son régiment. À l'affaire du 28, le chef de brigade de la
+dix-huitième, qui a eu son cheval tué sous lui à l'affaire de
+Bassano, s'est particulièrement distingué. Suchet, chef de
+bataillon de la dix-huitième, a été blessé à la journée du 25,
+en combattant courageusement à la tête de son bataillon. Aucun
+des officiers généraux n'est blessé grièvement, et j'espère
+que nous ne serons pas longtemps privés de leurs services.</p>
+
+<p>L'adjudant-général Belliard, officier de distinction, qui a
+eu un cheval tué sous lui dans l'une des précédentes affaires,
+s'est parfaitement bien conduit. Les adjoints aux adjudans-généraux
+Charles et Salkoski se sont parfaitement conduits.</p>
+
+<p>Je vous demande le grade de général de brigade pour le
+citoyen Leclerc, chef de brigade du dixième régiment de
+chasseurs à cheval, et de l'avancement pour les adjoints
+d'Amour et Ducos qui ont été blessés.</p>
+
+<p>Je demande le grade de chef d'escadron d'artillerie légère
+pour les citoyens Rozet et Coindet, tous deux capitaines d'artillerie
+légère.</p>
+
+<p>J'ai nommé adjudant-général l'ex-adjudant provisoire
+Roche, officier très-distingué, qui s'est conduit parfaitement
+dans différentes affaires. J'ai nommé chef de brigade au premier
+régiment de hussards l'adjudant-général Picard, officier
+de la plus grande distinction. Le chef de brigade du septième
+régiment de hussards, le citoyen Paym, a été blessé à
+la tête de son régiment. Le quinzième de dragons s'est conduit,
+dans toutes ces circonstances, avec le plus grand courage.</p>
+
+<p>Ainsi, si la garnison de Mantoue a été renforcée à peu près
+par cinq mille hommes d'infanterie, je calcule que la bataille
+de Saint-George doit à peu près les lui avoir fait perdre.
+Quant à la cavalerie, c'est un surcroît d'embarras et de consommation.
+Je ne doute plus que Wurmser ne tente toute
+espèce de moyens pour sortir de Mantoue avec elle.</p>
+
+<p>Depuis le 16 de ce mois nous sommes toujours nous battant,
+et toujours les mêmes hommes contre des troupes nouvelles.
+L'armée que nous venons presque de détruire était
+encore formidable; aussi il paraît qu'elle avait des projets
+hostiles, nous l'avons surprise et prévenue dans le temps
+qu'elle faisait son mouvement.</p>
+
+<p>Je vous envoie mon aide-de-camp Marmont, porteur de
+vingt-deux drapeaux pris sur les Autrichiens.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Trente, le 20 fructidor an 4
+(6 septembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Nous n'avons pas d'autre chose à faire, citoyens directeurs,
+si nous voulons profiter de notre position actuelle, que de
+marcher sur Trieste. Nous serons à Botzen dès l'instant que
+l'armée du Rhin se sera avancée sur Inspruck; mais ce plan,
+que nous adoptons, et qui était bon au mois de juin, ne vaut
+plus rien à la fin de septembre. Les neiges vont bientôt rétablir
+les barrières de la nature, le froid commence déjà à
+être vif; l'ennemi, qui l'a senti, s'est jeté sur la Brenta pour
+couvrir Trieste. Je marche aujourd'hui le long de la Brenta,
+pour attaquer l'ennemi à Bassano, ou pour couper ses derrières
+s'il fait un mouvement sur Verone. Vous sentez qu'il
+est impossible que je m'engage dans les montagnes du Tyrol,
+lorsque toute l'armée ennemie est à Bassano et menace mon
+flanc et mes derrières. Arrivé à Bassano, je bats l'ennemi:
+comment voulez-vous qu'alors je le pousse par devant et que
+je cherche à lui enlever Trieste? Le jour où j'aurais battu
+l'ennemi à Bassano, et où l'armée du Rhin serait à Inspruck,
+les quatre mille hommes, débris de la division qui gardait
+Trente, se retireraient, par Brixen et Lientz, sur le Frioul:
+alors la communication sera vraiment établie avec l'armée du
+Rhin, et j'aurai acculé l'ennemi au-delà de Trieste, point
+essentiel où se nourrit l'armée ennemie. Ensuite, selon la nature
+des circonstances, je me tiendrai à Trieste ou je retournerai
+sur l'Adige. Après avoir détruit ce port, et selon la nature
+des événemens, je dicterai aux Vénitiens les lois que
+vous m'avez envoyées par vos ultérieures instructions. De là
+encore il sera facile, si les renforts du général Châteauneuf-Randon
+arrivent, et si vous me faites fournir dix mille hommes
+de l'armée des Alpes, d'envoyer une bonne armée jusqu'à
+Naples. Enfin, citoyens directeurs, voulez-vous cet
+hiver ne pas avoir la guerre au coeur de l'Italie? Portons-la
+dans le Frioul.</p>
+
+<p>L'armée du Rhin, occupant Inspruck, garde mon flanc
+gauche; d'ici à un mois, les neiges et les glaces le feront pour
+elle, et elle pourra retourner sur le Danube. Vous sentez
+mieux que moi, sans doute, l'effet que fera la prise de Trieste
+sur Constantinople, sur la Hongrie et sur toute l'Italie. Au
+reste, citoyens directeurs, le 22 je serai à Bassano. Si l'ennemi
+m'y attend, il y aura une bataille qui décidera du sort
+de tout ce pays-ci; si l'ennemi se recule encore sur Trieste,
+je ferai ce que les circonstances militaires me feront paraître
+le plus convenable; mais j'attendrai vos ordres pour savoir
+si je dois, ou non, me transporter sur Trieste.</p>
+
+<p>Je crois qu'il serait nécessaire de former à Milan trois bataillons
+de Milanais, qui serviraient à renforcer l'armée qui
+bloque Mantoue. Si vous adoptez le projet de se porter sur
+Trieste, je vous prie de me faire connaître de quelle manière
+vous entendez que je me conduise avec cette ville, dans le cas
+où l'on jugerait à propos de l'évacuer quelque temps après.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Trente, le 20 fructidor an 4
+(6 septembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>La division du général Masséna passa l'Adige, le 26, au
+pont de Golo, suivant le grand chemin du Tyrol: elle est
+arrivée à Ala, le 17; le même jour, à deux heures après
+midi, notre cavalerie a sabré les avant-postes ennemis, et
+leur a pris six chevaux.</p>
+
+<p>La division du général Augereau est partie de Verone
+dans le même temps, et s'est postée sur les hauteurs qui
+séparent les états de Venise du Tyrol.</p>
+
+<p>La division du général Vaubois est partie en même temps
+de Storo, à la gauche du lac de Garda; son avant-garde est
+arrivée à Torbole, où elle a été jointe par la brigade du général
+Guieux, qui s'était embarquée à Salo sur le lac de
+Garda; son avant-garde, commandée par le général de brigade
+Saint-Hilaire, a culbuté l'ennemi, qu'il a rencontré au
+pont de la Sarca, et lui a fait cinquante prisonniers.</p>
+
+<p>Le 17, au soir, le général Pigeon, commandant l'infanterie
+légère de la division du général Masséna, me donne
+avis que l'ennemi tient en force le village de Serravalle: il
+reçoit et exécute l'ordre d'attaquer, il force l'ennemi, et lui
+fait trois cents prisonniers.</p>
+
+<p>Le 18, à la pointe du jour, nous nous trouvons en présence.
+Une division de l'ennemi gardait les défilés inexpugnables
+de Marco, une autre division au-delà de l'Adige
+gardait le camp retranché de Mori. Le général Pigeon,
+avec une partie de l'infanterie légère, gagne les hauteurs à
+la gauche de Marco; l'adjudant Sornet, à la tête de la dix-huitième
+demi-brigade d'infanterie légère, attaque l'ennemi
+en tirailleurs; le général de brigade Victor, à la tête de la
+dix-huitième demi-brigade d'infanterie de bataille en colonne
+serrée par bataillon, perce par le grand chemin; la
+résistance de l'ennemi est long-temps opiniâtre: au même
+instant, le général Vaubois attaque le camp retranché de
+Mori; après deux heures de combat très-vif, l'ennemi plie
+partout. Le citoyen Marois, mon aide-de-camp, capitaine,
+porte l'ordre au général Dubois de faire avancer le premier
+régiment de hussards, et de poursuivre vivement l'ennemi.
+Ce même général se met lui-même à la tête, et décide de
+l'affaire; mais il reçoit trois balles, qui le blessent mortellement.
+Un de ses aides-de-camp venait d'être tué à ses côtés.
+Je trouve un instant après ce général expirant. «Je meurs
+pour la république, faites que j'aie le temps de savoir si la
+victoire est complette.» Il est mort.</p>
+
+<p>L'ennemi se retire à Roveredo: j'ordonne au général de
+brigade Rampon de passer avec la trente-deuxième entre
+cette ville et l'Adige; le général Victor, pendant ce temps-là,
+entre au pas de charge dans la grande rue; l'ennemi se
+replie encore en laissant une grande quantité de morts et
+de prisonniers. Pendant ce temps-là, le général Vaubois a
+forcé le camp retranché de Mori, et poursuivi l'ennemi sur
+l'autre rive de l'Adige; il était une heure après-midi; l'ennemi,
+battu partout, profitait des difficultés du pays, nous
+tenait tête à tous les défilés, et exécutait sa retraite sur
+Trente. Nous n'avions encore pris que trois pièces de canon
+et fait mille prisonniers.</p>
+
+<p>Le général Masséna fait rallier toutes les demi-brigades,
+et donne un moment de repos à sa division: pendant ce temps,
+nous allons, avec deux escadrons de cavalerie, reconnaître
+les mouvemens de retraite de l'ennemi; il s'est rallié en
+avant de Caliano, pour couvrir Trente, et donner le temps
+à son quartier-général d'évacuer cette ville. S'il a été battu
+pendant toute la journée devant Caliano, nulle position
+n'est inexpugnable. L'Adige touche presque à des montagnes à
+pic, et forme une gorge qui n'a pas quarante toises de
+largeur, fermée par un village, un château élevé, une bonne
+muraille qui joint l'Adige à la montagne, et où il a placé
+toute son artillerie. Il faut de nouvelles dispositions: le général
+Dommartin fait avancer huit pièces d'artillerie légère pour
+commencer la canonnade. Il trouve une bonne position, d'où
+il prend la gorge en écharpe.</p>
+
+<p>Le général Pigeon passe avec l'infanterie légère sur la
+droite; trois cents tirailleurs se jettent sur les bords de l'Adige
+pour commencer la fusillade, et trois demi-brigades en colonne
+serrée et par bataillon, l'arme au bras, passent le
+défilé. L'ennemi, ébranlé par le feu de l'artillerie, par la
+hardiesse des tirailleurs, ne résiste pas à la masse de nos
+colonnes; il abandonne l'entrée de la gorge; la terreur se communique
+dans toute sa ligne, notre cavalerie le poursuit.</p>
+
+<p>Le citoyen Marois, mon aide-de-camp, capitaine, suivi
+de cinquante hussards, veut gagner la tête et arrêter
+toute la colonne ennemie: il la traverse, et est lui-même
+jeté par terre et blessé de plusieurs coups; une partie de l'armée
+ennemie lui a marché sur le corps; il a plusieurs blessures
+dont aucune n'est mortelle. Le chef de brigade du
+premier régiment de hussards est tué. Le citoyen Bessières,
+capitaine de ma compagnie des guides, voit deux pièces de canon
+sur le point de s'échapper; il s'élance avec cinq ou six
+guides, et, malgré les efforts des ennemis, arrête les pièces.</p>
+
+<p>Six ou sept mille prisonniers, vingt-cinq pièces de canon,
+cinquante caissons, sept drapeaux, tel est le fruit de la
+bataille de Roveredo, une des plus heureuses de la campagne.
+La perte de l'ennemi doit avoir été considérable.</p>
+
+<p>Le 19, à huit heures du matin, le général Masséna est
+entré dans Trente. Wurmser a quitté cette ville la veille,
+pour se réfugier du côté de Bassano.</p>
+
+<p>Le général Vaubois, avec sa division, marcha aussitôt à la
+poursuite des ennemis. Son arrière-garde s'était retranchée
+à Lavis, derrière la rivière de Laviso, et gardait le débouché
+du pont, qu'il fallait cependant passer. Le général Dallemagne,
+à la tête de la vingt-cinquième demi-brigade, passe,
+non sans beaucoup de peine, sous le feu de l'ennemi, retranché
+dans le village, et le général Murat passe au gué
+à la tête d'un détachement du dixième de chasseurs, portant
+un nombre égal de fantassins pour poursuivre l'ennemi.
+L'adjudant-général Leclerc, avec trois chasseurs et
+le citoyen Desaix, chef de brigade des Allobroges, accompagné
+de douze carabiniers ou grenadiers, étaient parvenus
+à tourner l'ennemi, et s'étaient embusqués à une demi-lieue
+en avant; la cavalerie, se sauvant au galop, se trouve
+tout d'un coup arrêtée; l'adjudant-général Leclerc est légèrement
+blessé de quelques coups de sabre. Ses ennemis
+cherchent à s'ouvrir un passage; mais les douze carabiniers,
+secondés des trois chasseurs, croisent leurs baïonnettes et
+forment un rempart inexpugnable.</p>
+
+<p>La nuit était déjà obscure: cent hussards ennemis sont
+pris, ainsi qu'un étendard du régiment de Wurmser.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Cismone, le 22 fructidor an 4
+(8 septembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte du combat de Serravalle, de la
+bataille de Roveredo: j'ai à vous rendre compte du passage
+des gorges de la Brenta.</p>
+
+<p>La division du général Augereau s'est rendue le 20 à Borgo
+du val de Lugana par Martillo et Val-Laiva; la division du
+général Masséna s'y est également rendue par Trente et
+Levico.</p>
+
+<p>Le 21 au matin, l'infanterie légère faisant l'avant-garde
+du général Augereau, commandée par le général Lannes,
+rencontra l'ennemi, qui s'est retranché dans le village de Primolo,
+la gauche appuyée à la Brenta, et la droite à des gorges
+à pic. Le général Augereau fait sur-le-champ ses dispositions;
+la brave cinquième demi-brigade d'infanterie légère attaque
+l'ennemi en tirailleurs; la quatrième demi-brigade d'infanterie
+de bataille, en colonne serrée et par bataillon, marche
+droit à l'ennemi, protégée par le feu de l'artillerie légère:
+le village est emporté.</p>
+
+<p>Mais l'ennemi se rallie dans le petit fort de Cavivo, qui
+barrait le chemin, et au milieu duquel il fallait passer; la
+cinquième demi-brigade légère gagne la gauche du fort et
+établit une vive fusillade dans le temps où deux ou trois cents
+hommes passent la Brenta, gagnent les hauteurs de droite,
+et menacent de tomber sur les derrières de la colonne. Après
+une résistance assez vive, l'ennemi évacue ce poste; le cinquième
+régiment de dragons, auquel j'ai fait restituer
+ses fusils, soutenu par un détachement du dixième régiment
+de chasseurs, se met à sa poursuite, atteint la tête
+de la colonne, qui, par ce moyen, se trouve toute prisonnière.</p>
+
+<p>Nous avons pris dix pièces de canon, quinze caissons,
+huit drapeaux et fait quatre mille prisonniers. La nuit et les
+fatigues des marches forcées et des combats continuels que
+nos troupes ont soutenus, m'ont décidé à passer la nuit à Cismone;
+demain matin, nous traverserons le reste des gorges
+de la Brenta.</p>
+
+<p>Les citoyens Stock, capitaine au premier bataillon de la
+cinquième demi-brigade d'infanterie légère; Milhaud, chef
+de brigade du cinquième régiment de dragons; Lauvin, adjudant,
+sous-lieutenant du même régiment; Duroc, capitaine
+d'artillerie, qui a eu son cheval tué sous lui; Julien, aide-de-camp
+du général Saint-Hilaire; le frère du général Augereau
+et son aide-de-camp, se sont particulièrement distingués.
+L'ardeur du soldat est égale à celle des généraux et des
+officiers; il est cependant des traits de courage qui méritent
+d'être recueillis par l'historien, et que je vous ferai connaître.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bassano, le 22 fructidor an 4
+(8 septembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte de la marche de l'armée d'Italie
+sur Trente et du passage des gorges de la Brenta. Cette marche
+rapide et inattendue de vingt lieues en deux jours, a déconcerté
+entièrement l'ennemi, qui croyait que nous nous
+rendrions droit sur Inspruck; et avait en conséquence envoyé
+une colonne sur Verone pour menacer cette place, et
+nous faire craindre pour nos derrières. Wurmser voulait nous
+couper, et il l'était lui-même.</p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte de notre marche et des événemens
+qui l'ont accompagnée jusqu'au 21 au soir, où nous avons
+couché au village de Cismone, près du débouché des gorges
+de la Brenta. Il ne me reste plus qu'à vous rendre compte
+de la bataille de Bassano.</p>
+
+<p>Le 22, à deux heures du matin, nous nous mîmes en marche:
+arrivés aux débouchés des gorges, près du village de
+Salaqua, nous rencontrâmes l'ennemi. Le général Augereau
+se porta avec sa division sur la gauche, et envoya à sa droite
+la quatrième demi-brigade; j'y fis passer également toute la
+division du général Masséna. Il était à peine sept heures du
+matin, et le combat avait commencé. Forts de leur bonne
+position, et encouragés par la présence de leurs généraux,
+les ennemis tinrent quelque temps; mais grâce à l'impétuosité
+de nos soldats, à la bravoure de la cinquième demi-brigade
+légère, de la quatrième demi-brigade de ligne, l'ennemi
+fut partout mis en déroute. Le général Murat envoya des
+détachemens de cavalerie à la poursuite de l'ennemi. Nous
+marchâmes aussitôt sur Bassano: Wurmser et son quartier-général
+y étaient encore. Le général Augereau y entrait par sa
+gauche, dans le même temps que le général Masséna y entrait
+par sa droite, à la tête de la quatrième demi-brigade, dont
+une partie à la course, une partie en colonnes serrées, fonce
+sur les pièces qui défendent le pont de la Brenta, enlève ces
+pièces, passe le pont et pénètre dans la ville malgré les efforts
+des grenadiers, élite de l'armée autrichienne, chargés
+de protéger la retraite du quartier-général.</p>
+
+<p>Nous avons, dans cette journée, fait cinq mille prisonniers,
+pris trente-cinq pièces de canon tout attelées, avec leurs caissons;
+deux équipages de pont de trente-deux bateaux, tout attelés;
+plus de deux cents fourgons également tout attelés, portant
+une partie des bagages de l'armée. Nous avons pris cinq
+drapeaux; le chef de brigade Lannes en a pris deux de sa main.
+Le général Wurmser et le trésor de l'armée n'ont été manqués
+que d'un instant. Une escouade de ma compagnie des
+guides, qui était à ses trousses, l'ayant poursuivi vivement,
+a eu deux hommes tués; et le citoyen Guérin, lieutenant de
+la compagnie, blessé.</p>
+
+<p>Le général Verdier, le général Saint-Hilaire; le chef de
+bataillon de la quatrième demi-brigade, Frère, qui a été
+blessé; les citoyens Cassau et Gros, capitaines des grenadiers
+de la même brigade; le citoyen Stock, capitaine de la cinquième
+demi-brigade d'infanterie légère; le citoyen Pelard,
+carabinier de la cinquième demi-brigade (ce brave homme
+traversa trois pelotons ennemis, et arrêta l'officier général
+qui les commandait; il lui a seul tué treize hommes), se sont
+couverts de gloire.</p>
+
+<p>Nous sommes dans ce moment à la poursuite d'une division
+de huit mille hommes que Wurmser avait fait marcher sur
+Vicence, et qui est le seul reste de cette armée formidable qui
+menaçait, il y a un mois, de nous enlever l'Italie.</p>
+
+<p>En six jours, nous avons livré deux batailles et quatre
+combats; nous avons pris à l'ennemi vingt-un drapeaux;
+nous lui avons fait seize mille prisonniers, parmi lesquels
+plusieurs généraux; le reste a été tué, blessé ou éparpillé.
+Nous avons, dans les six jours, toujours nous battant dans
+des gorges inexpugnables, fait quarante-cinq lieues, pris
+soixante-dix pièces de canon avec leurs caissons, leurs attelages,
+une grande partie du grand parc de l'armée, et des
+magasins considérables répandus sur toute la ligne que nous
+avons parcourue.</p>
+
+<p>Je vous prie d'accorder le grade de général de brigade au
+chef de brigade Lannes: il est le premier qui ait mis l'ennemi
+en déroute à Dego, qui ait passé le Pô, le pont de Lodi, et
+qui soit entré dans Bassano; à l'adjudant-général Chabran,
+qui s'est particulièrement distingué à la bataille de Roveredo,
+comme il l'avait précédemment fait à celle de Lonado et à la
+retraite de Rivoli.</p>
+
+<p>Je vous demande de nommer à la place de chef de brigade
+de la quatrième demi-brigade le chef de bataillon Frère, et de
+l'avancement pour les officiers qui se sont distingués dans les
+affaires différentes dont je vous ai rendu compte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">De Montebello, le 24 fructidor an 4 (10 septembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Wurmser, avec quinze cents hommes de cavalerie, trois
+mille d'infanterie, et tout le quartier-général, est serré entre
+la division de Masséna, qui est partie ce matin de Vicence et
+file sur Villa-Nova, et la division du général Augereau, qui
+est partie de Padoue et va sur Porte-Legnago.</p>
+
+<p>Wurmser, échappé de Bassano, s'est rendu à Citadella,
+de là à Vicence et à Montebello rejoindre ses troupes, et a essayé
+de forcer Verone; mais Kilmaine que j'y avais laissé,
+prévoyant son projet, l'a repoussé. J'apprends à cette heure
+qu'il longe l'Adige et tâche de gagner Mantoue. Il est possible
+que ce projet lui réussisse: alors, moyennant deux demi-brigades
+de plus que je donnerai à Sahuguet, je suis maître de
+l'Italie, du Tyrol et du Frioul.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5e jour complémentaire an 4
+(21 septembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À sa majesté le roi de Sardaigne.</i></p>
+
+<p>Les officiers préposés par votre majesté pour commander
+en la partie de ses états qui lui a été restituée par le traité de
+paix, voient, sinon avec plaisir, au moins avec indifférence,
+les assassinats et les brigandages qui se commettent contre les
+Français.</p>
+
+<p>Par le traité de paix conclu entre votre majesté et la république
+française, la république devait continuer à occuper
+la partie de ces états qui avait été laissée à l'armée par le
+traité d'armistice: croyant faire quelque chose d'agréable à
+votre majesté, je lui ai rendu non-seulement le gouvernement
+civil, mais encore le gouvernement militaire, avec la clause
+spéciale que les routes seraient gardées, et que même nos convois
+seraient escortés par ses troupes.</p>
+
+<p>Je prie donc votre majesté de vouloir bien ordonner que
+l'on tienne un corps de troupes respectable aux villages
+de Limon et de Limonais, lequel ferait des patrouilles
+jusqu'à Lacas, escortant les convois, et prenant toutes les
+mesures nécessaires pour maintenir cette route sûre, ainsi
+que Vadier, et généralement dans tous les pays voisins de
+Demont, formant la communication de Coni à Barcelonnette.</p>
+
+<p>Je demande également à votre majesté que les cinq individus
+qui ont été arrêtés à Borgo-San-Dalmazzo par les Français,
+soient remis entre les mains du commandant militaire
+à Coni.</p>
+
+<p>Je la prie également de donner les ordres à ses différens
+gouverneurs, pour qu'ils s'emploient avec loyauté à faire
+arrêter les brigands, dans quelques endroits qu'ils soient
+trouvés.</p>
+
+<p>Indépendamment de l'intérêt de l'humanité et de la justice,
+votre majesté donnera, par cette conduite, une preuve
+de sa loyauté, et contribuera à éteindre ces germes de discorde,
+qui finiraient par se propager dans l'intérieur de ses
+états.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5e jour complémentaire an 4
+(21 septembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des affaires étrangères du roi de Sardaigne.</i></p>
+
+<p>Je ne suis point diplomate, Monsieur, je suis militaire:
+vous pardonnerez ma franchise. Sur différens points des états
+de sa majesté, les Français sont assassinés, volés. Par le
+traité de paix, le roi qui est tenu de nous accorder le passage
+sur ses états, doit nous le donner sûr, et ce n'est même que
+pour cet effet que, contre la teneur du traité de paix, j'ai
+pris sur moi de restituer à sa majesté non-seulement le gouvernement
+civil, mais même le gouvernement militaire dans
+la partie de ses états qui lui a été restituée par la république.
+À Viné, à Limon, sous les yeux de la garnison de Demont,
+sous ceux des corps de troupes que M. Franchar commande
+à Borgo-San-Dalmazzo, l'on se porte tous les jours à des excès
+qui paraissent non-seulement tolérés, mais même encouragés
+par le gouvernement.</p>
+
+<p>Je vous demanderai donc une explication simple:</p>
+
+<p>1°. Le roi ne doit-il pas être tenu d'indemniser et de réparer
+les pertes faites en conséquence des délits qui se commettent
+sur son territoire contre les Français, lorsque ces délits
+se commettent en plein jour et par des corps soldés de deux
+ou trois cents personnes?</p>
+
+<p>2°. Le roi a-t-il, avec vingt-cinq mille hommes qu'il a sous
+les armes, assez de forces pour contenir dans ses états des
+brigands, et faire respecter les lois de la justice, de l'humanité
+et des traités?</p>
+
+<p>On ne juge les hommes, monsieur, que par leurs actions:
+la loyauté du roi est généralement connue; cependant on se
+trouve bien forcé de penser qu'il est des raisons de politique
+qui portent à encourager, ou du moins à tolérer des atrocités
+aussi révoltantes.</p>
+
+<p>J'ai écrit à sa majesté elle-même, je vous prie de lui présenter
+ma lettre. Le gouvernement français ne fera rien ouvertement
+ni secrètement, qui tendrait à détruire ou à affaiblir
+l'effet du gouvernement du roi sur ses peuples; vous
+n'ignorez pas, cependant, combien cela serait facile. Le jour
+où vous voudrez sincèrement détruire les brigands qui infestent
+notre communication de Coni à Barcelonnette, ils n'existeront
+plus.</p>
+
+<p>Je vous prie de me croire, etc.</p>
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 vendémiaire an 5
+(1er octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous donnerez des ordres au générai Kilmaine pour le désarmement
+du Mantouan, et pour qu'on restitue tous les
+chevaux qui ont été achetés aux soldats. Vous ferez payer
+chaque cheval le prix qu'il aura coûté, sans que cela puisse
+excéder cent vingt francs par cheval. Vous formerez trois colonnes
+mobiles, commandées par des hommes sages et probes,
+qui parcourront, la première, la partie du Mantouan
+comprise entre le Pô, le Mincio et l'Oglio; la seconde, la
+partie comprise entre le Mincio, le Pô et l'Adige; la troisième,
+tout ce qui se trouve en deçà du Pô. Je crois que cent cinquante
+hommes d'infanterie et la moitié en cavalerie seront
+plus que suffisans pour chacune de ces colonnes.</p>
+
+<p>Chacune des colonnes se rendra aux trois chefs-lieux, Castiglione,
+Roverbello et Conzague, pour procéder au désarmement,
+à la recherche de tout ce qui appartiendrait aux Autrichiens,
+à l'arrestation des hommes turbulens qui auraient
+excité les peuples à prendre les armes contre l'armée, à la
+restitution des chevaux vendus par les soldats.</p>
+
+<p>Je vous recommande surtout de vous faire rendre compte
+de la conduite des moines de San-Benedetto; dans ce village
+il s'est commis des horreurs: j'y avais ordonné une
+imposition extraordinaire, qu'il faudra payer sur-le-champ.
+Vous demanderez au commissaire ordonnateur copie de mon
+ordre.</p>
+
+<p>Je vous recommande aussi de mettre un terme à ces perpétuelles
+réquisitions qui désolent les pays conquis, sans
+presque aucun profit pour la république.</p>
+
+<p>Concertez-vous avec le commissaire ordonnateur Aubernon,
+pour qu'un tas de fripons, sous prétexte de l'approvisionnement
+de l'armée, ne dépouillent pas les villages à leur
+profit. Vous êtes dans le Mantouan le premier agent de la république,
+vous devez donc porter votre surveillance sur tout
+ce qui peut intéresser l'ordre public. Il y a à Castiglione une
+commission administrative chargée de la levée des impositions,
+prêtez-lui main-forte et tous les secours qui dépendront
+de vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 vendémiaire an 5
+(1er octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Après la bataille de Saint-George, nous cherchâmes à
+attirer Wurmser à une seconde action, afin d'affaiblir la
+garnison dans une affaire <i>extra muros</i>: nous nous gardâmes
+donc bien d'occuper le Sarraglio, j'espérais qu'il s'y
+rendrait; nous continuâmes seulement à occuper le pont de
+Governolo, afin de nous faciliter le passage du Mincio.</p>
+
+<p>Le quatrième jour complémentaire, l'ennemi se porta avec
+quinze cents hommes de cavalerie à Castellucio; nos grand'gardes
+se replièrent, comme elles en avaient l'ordre; l'ennemi ne
+passa pas outre. Le 3 vendémiaire, il se porta sur Governolo,
+en suivant la ligne droite du Mincio: après une canonnade
+très-vive et plusieurs charges de notre infanterie, il fut mis en
+déroute; il eut cent hommes faits prisonniers et cinq caissons
+pris, tout attelés.</p>
+
+<p>Le général Kilmaine, auquel j'ai donné le commandement
+des deux divisions qui assiègent Mantoue, resta dans ses
+mêmes positions jusqu'au 8, espérant toujours que l'ennemi,
+porté par l'envie de faire entrer des fourrages, chercherait à
+sortir; mais l'ennemi s'était campé à la Chartreuse, devant
+la porte Pradella et la chapelle, et devant la porte Cerese.
+Le général Kilmaine fit ses dispositions d'attaque, se porta
+par plusieurs points sur ces deux camps, que l'ennemi évacua
+à son approche, après une légère fusillade d'arrière-garde.</p>
+
+<p>Nous occupons la porte Pradella et celle de Cerese, et nous
+bloquons la citadelle.</p>
+
+<p>Il est impossible, dans ce moment-ci, de penser au siège
+de Mantoue, à cause des pluies; il ne sera faisable qu'en janvier.
+À cette époque, l'empereur aura une puissante armée
+dans le Tyrol et dans le Frioul: déjà il a réuni un corps de
+six mille hommes dans ce dernier pays, et il a fait venir huit
+mille hommes à Botzen.</p>
+
+<p>Rien n'égale l'activité qu'il y a dans l'Empire pour recruter
+l'armée d'Italie.</p>
+
+<p>Voici la force de notre armée:</p>
+
+<p>J'ai dix-huit mille neuf cents hommes à l'armée d'observation,
+neuf mille hommes à l'armée de siège.</p>
+
+<p>Je vous laisse à penser, si je ne reçois point de secours,
+s'il est possible que je résiste cet hiver à l'empereur, qui aura
+cinquante mille hommes dans six semaines.</p>
+
+<p>J'ai demandé au commissaire du gouvernement de me
+faire passer la quarantième demi-brigade qui est à Lyon;
+j'ai ordonné que l'on me fasse passer la quatre-vingt-troisième,
+qui est à Marseille, et le dixième bataillon de l'Ain,
+qui est à Toulon, et qui doit être incorporé dans nos cadres.
+Ces deux demi-brigades, si elles arrivent, forment quatre
+mille cinq cents hommes.</p>
+
+<p>Le général Willot a mal à propos retenu la onzième demi-brigade,
+forte de quatre cents hommes, et que le général
+Châteauneuf-Randon envoyait ici. Ajoutez à ce nombre le
+dixième bataillon de l'Ain, fort de cinq cents hommes, qui
+est à Nice, cela fait neuf cents hommes des six mille que ce
+général devait envoyer.</p>
+
+<p>Renouvelez les ordres au général Châteauneuf-Randon; ordonnez
+le départ de la quarantième, qui est à Lyon, et de la
+quatre-vingt-septième, qui est à Marseille; faites-nous passer
+quinze mille hommes de ceux qui sont à portée; mais
+calculez que, sur quatre mille hommes que vous envoyez, il
+n'en arrivera que la moitié.</p>
+
+<p>Songez qu'il faut que vous ayez en Italie, pour pouvoir
+vous soutenir pendant l'hiver, trente-cinq mille hommes
+d'infanterie à l'armée d'observation et dix-huit mille hommes
+d'infanterie à l'armée de siège, pour faire face à l'empereur.
+Ces deux forces réunies font cinquante-trois mille hommes,
+il en existe dans ce moment vingt-sept. Supposez que la saison
+étant meilleure, il nous rentre trois mille malades, quoique
+les pluies d'automne nous en donnent beaucoup, il resterait
+vingt-trois mille hommes à nous envoyer.</p>
+
+<p>J'espère avoir, avant un mois, si par des courriers extraordinaires
+vous confirmez mes ordres et mes réquisitions, huit
+mille hommes, tirés des garnisons du midi.</p>
+
+<p>Il faut donc encore quinze mille hommes. Si vous les
+faites partir de Paris ou des environs, ils pourront arriver
+dans le courant de décembre; mais il faut qu'ils aient les ordres
+de suite. Si vous avez des dépôts, envoyez-nous-en de
+même pour encadrer dans nos corps.</p>
+
+<p>Il nous faudrait encore quinze cents hommes de cavalerie
+légère ou des dragons: par exemple, le quatorzième régiment
+de chasseurs. Il faudrait huit cents canonniers pour
+le siège de Mantoue, dix officiers du génie, et quelques officiers
+supérieurs d'artillerie pour le même siège.</p>
+
+<p>Il nous faudrait de plus quinze cents charretiers, organisés
+en brigades, ayant leurs chefs; je n'ai que des Italiens
+qui nous volent: deux bataillons de sapeurs et sept compagnies
+de mineurs.</p>
+
+<p>Si la conservation de l'Italie vous est chère, citoyens directeurs,
+envoyez-moi tous ces secours. Il me faudrait également
+vingt mille fusils; mais il faudrait que ces envois arrivassent,
+et qu'il n'en soit pas comme de tout ce que l'on annonce à
+cette armée, où rien n'arrive. Nous avons une grande quantité
+de fusils, mais ils sont autrichiens; ils pèsent trop, et nos
+soldats ne peuvent s'en servir.</p>
+
+<p>Nous avons ici des fabriques de poudre, dont nous nous
+servons, et qui nous rendent trente milliers par mois: cela
+pourra nous suffire.</p>
+
+<p>Je vous recommande de donner des ordres pour que les
+huit mille hommes que j'attends à la fin d'octobre arrivent:
+cela seul peut me mettre à même de porter encore de grands
+coups aux Impériaux. Pour que les trois mille hommes du
+général Châteauneuf-Randon arrivent, il faut qu'ils partent
+six à sept mille.</p>
+
+<p>J'essaye de faire lever ici une légion armée de fusils autrichiens,
+et habillée avec l'uniforme de la garde nationale
+du pays: cette légion sera composée de trois mille cinq cents
+hommes au complet; il est possible que cela réussisse.</p>
+
+<p>Les avant-postes du général Vaubois ont rencontré la division
+autrichienne qui défend le Tyrol; il a fait à l'ennemi
+cent dix prisonniers.</p>
+
+<p>Quelles que soient les circonstances qui se présenteront, je
+vous prie de ne pas douter un seul instant du zèle et du dévouement
+de l'armée d'Italie à soutenir l'honneur des armes
+de la république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 vendémiaire an 5
+(2 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le peuple de la Lombardie se prononce chaque jour davantage;
+mais il est une classe très-considérable qui désirerait,
+avant de jeter le gant à l'empereur, d'y être invitée
+par une proclamation du gouvernement, qui fût une espèce
+de garant de l'intérêt que la France prendra à ce pays-ci à
+la paix générale.</p>
+
+<p>Cette résolution du gouvernement, et l'arrêté qui établirait
+un gouvernement régulateur, et qui reconnaîtrait dès aujourd'hui
+l'indépendance de la Lombardie, avec quelques modifications
+pour la durée de la guerre, vaudrait à l'armée autant
+qu'un secours de trois à quatre mille hommes.</p>
+
+<p>Les friponneries qui se commettent sont innombrables:
+au milieu de la guerre, il ne m'a pas été possible d'y porter un
+coup d'oeil sévère; mais aujourd'hui, pendant le séjour à Milan
+que les circonstances me permettent, je vous promets de leur
+faire une guerre vive: je vous annoncerai bientôt que le conseil
+en aura fait justice d'une douzaine.</p>
+
+<p>Désormais le peuple de la Lombardie, plus heureux, sentira
+moins le poids de l'armée, et sera moins sujet aux vexations.
+Il n'en est pas de même du malheureux Mantouan: la
+nature frémit en pensant à la nuée de coquins qui désolent
+ce pays. J'ai fait quelques dispositions pour atténuer le mal.</p>
+
+<p>Bologne et Ferrare, n'ayant pas de troupes, sont les plus
+heureux de tous: on vient d'y établir des surveillans; s'ils
+font comme les anciens agens militaires de la Lombardie, qui
+se sont pour la plupart sauvés avec une caisse, ils porteront
+la désolation dans ce beau pays. Je vais avoir soin de m'en
+faire rendre compte.</p>
+
+<p>Reggio a fait sa révolution et a secoué le joug du duc de
+Modène. C'est peut-être le pays d'Italie qui est le plus prononcé
+pour la liberté.</p>
+
+<p>Modène avait essayé d'en faire autant; mais les quinze cents
+hommes de troupes que le duc y tient en garnison ont fait feu
+sur le peuple et dissipé l'attroupement. Je crois que le plus
+court de tout ceci serait de déclarer l'armistice rompu, vu
+qu'il est encore dû cinq à six cent mille liv., et de mettre cette
+place à l'instar de Bologne et de Reggio. Ce seraient des ennemis
+de moins que nous aurions, car la régence ne dissimule pas
+la crainte que nous lui inspirons, et la joie qu'elle ressent des
+succès des ennemis. Je vous prie de vouloir bien me prescrire
+vos ordres là-dessus.</p>
+
+<p>Je crois qu'il ne faut pas laisser cet état dans la situation de
+déchirement où il se trouve, mais déclarer au plénipotentiaire
+que vous avez à Paris les négociations rompues. Au lieu d'avoir
+un nouvel ennemi, nous aurions au contraire des secours
+et des alliés, les peuples de Modène et de Reggio réunis. Cependant,
+comme la face des affaires change tous les quinze
+jours dans ce pays, puisque cela suit les opérations militaires,
+et qu'il ne faudrait pas que votre rupture avec Modène arrivât
+dans un instant où je ne pourrais pas disposer de quinze
+cents hommes pendant quelques jours, pour établir un nouvel
+ordre de chose dans ce pays, vous pourriez déclarer à l'envoyé
+de Modène que vous m'avez fait connaître vos intentions,
+et que vous me chargez de la conclusion de la paix
+avec son prince. Il viendrait alors au quartier-général, ayant
+soin de lui signifier qu'il y soit rendu avant douze jours. Je
+lui déclarerais alors que toutes négociations sont rompues,
+dans le même instant que nos troupes entreront dans Modène,
+feront poser les armes à la garnison, prendront pour
+otages les plus enragés aristocrates, et mettront en place les
+amis de la liberté de Modène.</p>
+
+<p>Vous aurez alors Modène, Reggio, Bologne et Ferrare, où
+la masse du peuple se forme tous les jours pour la liberté, et
+où la majorité nous regarde comme libérateurs, et notre
+cause comme la leur.</p>
+
+<p>Les états de Modène arrivent jusqu'au Mantouan: vous
+sentez combien il nous est intéressant d'y avoir, au lieu d'un
+gouvernement ennemi, un gouvernement dans le genre de
+celui de Bologne, qui nous serait entièrement dévoué. Nous
+pourrions, à la paix générale, donner le Mantouan au duc de
+Parme, ce qui serait politique sous tous les rapports; mais
+il serait utile que vous fissiez connaître cela à l'ambassadeur
+d'Espagne, pour que cela revienne au duc de Parme; ce
+qui l'engagerait à nous rendre beaucoup de services. Puisque
+nous sommes alliés avec l'Espagne, il ne serait point indifférent
+que le duc de Parme réunît à notre armée un de ses régimens
+de sept à huit cents hommes: cela me rendrait disponible un
+pareil nombre de nos troupes, et ferait que tous les habitans
+du duché de Parme regarderaient notre cause comme la leur;
+ce qui est toujours beaucoup. J'emploierai ce corps devant
+Mantoue, ou pour l'escorte des prisonniers et des convois, ce
+que nos gens font très-mal: sur quatre mille prisonniers, il
+s'en sauve ordinairement mille; ce qui est produit par le petit
+nombre d'escortes que je peux y mettre. J'ai essayé, pour les escortes,
+de quatre cents hommes Milanais, ce qui m'a parfaitement
+réussi; il faudrait aussi que le duc fût obligé de nous
+fournir un bataillon de pionniers fort de huit cents hommes,
+avec les outils.</p>
+
+<p>Éloignés, comme nous sommes de la France, ce sera pour
+nous un bon secours que l'alliance de ce prince, puisque ses
+états sont sur le théâtre de la guerre.</p>
+
+<p>Les barbets désolent nos communications: ce ne sont plus
+des voleurs isolés, ce sont des corps organisés de quatre à
+cinq cents hommes. Le général Garnier, à la tête d'une colonne
+mobile que j'ai organisée, occupe dans ce moment-ci
+Tende; il en a arrêté et fait fusiller une douzaine.</p>
+
+<p>L'administration du département du Var s'est refusée à
+fournir deux cents hommes que j'ai mis en réquisition pour
+la formation de cette colonne mobile. Le général Willot non-seulement
+a refusé d'obéir à un ordre que j'ai donné pour le
+départ du dixième bataillon de l'Ain, mais encore il a retenu
+la onzième demi-brigade, que le général Châteauneuf-Randon
+envoyait à l'armée, et un escadron du dix-huitième régiment
+de dragons. Ce général a cependant huit mille hommes
+dans sa division, troupes suffisantes pour conquérir le midi
+de la France, s'il était en révolte.</p>
+
+<p>Je tiens en respect et je fais la police dans un pays ennemi
+plus étendu que toute sa division, avec huit ou neuf
+cents hommes. Ce général a des idées trop exagérées, et
+embrasse trop les différentes opinions des partis qui déchirent
+la France, pour pouvoir maintenir l'ordre dans le Midi
+sans une armée puissante.</p>
+
+<p>Le général Willot a servi, au commencement de la révolution,
+à l'armée d'Italie; il jouit de la réputation d'un brave
+homme et d'un bon militaire, mais d'un royaliste enragé. Ne
+le connaissant pas, et n'ayant pas eu le temps de peser ses
+opérations, je suis bien loin de confirmer ce jugement; mais,
+ce qui me paraît bien avéré, c'est qu'il agit dans le Midi
+comme dans la Vendée, ce qui est un bon moyen pour la
+faire naître.</p>
+
+<p>Quand on n'a égard à aucune autorité constituée, que l'on
+déclare en masse tous les habitans de plusieurs départemens
+indignes du nom de citoyen, on veut ou se former une armée
+considérable, ou faire naître la guerre civile: je ne vois pas de
+parti mitoyen. Si vous laissez le général Willot à Marseille, il
+faut lui donner une armée de vingt mille hommes, ou vous attendre
+aux scènes les plus affligeantes.</p>
+
+<p>Quand une ville est en état de siège, il me semble qu'un
+militaire devient une espèce de magistrat, et doit se conduire
+avec la modération et la décence qu'exigent les circonstances,
+et il ne doit pas être un instrument de factions,
+un officier d'avant-garde. Je vous soumets toutes ces réflexions,
+spécialement par la nécessité que j'ai d'avoir des troupes.</p>
+
+<p>Je vous prie aussi d'ôter de dessous mes ordres la huitième
+division, parce que les principes et la conduite du
+général Willot ne sont pas ceux qu'il doit avoir dans sa place,
+et que je me croirais déshonoré de voir, dans un endroit où je
+commande, se former un ferment de trouble, et de souffrir
+qu'un général sous mes ordres ne soit qu'un instrument de
+factions.</p>
+
+<p>Par sa désobéissance et par son insubordination, il est la
+cause des horreurs qui se commettent dans ce moment dans le
+département des Alpes-Maritimes. Le convoi des tableaux
+chefs-d'oeuvre d'Italie a été obligé de rentrer à Coni; il eût
+été pris par les barbets. Si le général Willot n'obéit pas sur-le-champ
+à l'ordre que je lui ai donné de faire partir la quatre-vingt-troisième
+demi-brigade, mon projet est de le suspendre
+de ses fonctions. Nice même, dans ce moment-ci, n'est pas
+en sûreté.</p>
+
+<p>Les barbets tirent leurs forces du régiment provincial de
+Nice, que le roi de Sardaigne a licencié; peut-être serait-il
+utile de faire un corps particulier de tous les habitans des
+Alpes maritimes qui se sont trouvés engagés dans le régiment
+provincial et le corps franc au moment de la guerre. On pourrait,
+dans ce cas, déclarer qu'ils ne reprendront leurs droits
+de citoyens qu'après avoir servi deux ans sous les drapeaux
+de la république.</p>
+
+<p>J'ai écrit au ministre des affaires étrangères et au roi de
+Sardaigne lui-même des lettres très-fortes. J'espère que tous
+les jours le nombre de ces brigands sera moins redoutable.</p>
+
+<p>J'ai envoyé à Turin le citoyen Poussielgue, secrétaire de
+la légation à Gênes, sonder les dispositions de ce cabinet
+pour un traité d'alliance; il nous faut ce prince ou la république
+de Gênes. J'avais même désiré une entrevue avec le
+ministre des affaires étrangères du roi de Sardaigne, mais
+cela n'a pu s'arranger.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 vendémiaire an 5
+(2 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>La république de Venise a peur: elle trame avec le roi de
+Naples et le pape; elle se fortifie et se retranche dans Venise.
+De tous les peuples de l'Italie, le Vénitien est celui qui nous
+hait le plus: ils sont tous armés, et il est des cantons dont
+les habitans sont braves. Leur ministre à Paris leur écrit que
+l'on s'arme, sans quoi tout est perdu: on ne fera rien de
+tous ces gens-là si Mantoue n'est pas pris.</p>
+
+<p>Le roi de Naples a soixante mille hommes sur pied, il ne
+peut être attaqué et détrôné que par dix-huit mille hommes
+d'infanterie et trois mille de cavalerie. Il serait possible que,
+de concert avec l'Autriche et Rome, il portât un corps sur
+Rome et ensuite sur Bologne et Livourne: ce corps pourrait
+être de quinze mille hommes, et inquiéterait beaucoup l'armée
+française.</p>
+
+<p>Le grand-duc de Toscane est absolument nul sous tous
+les rapports.</p>
+
+<p>Le duc de Parme se conduit assez bien; il est nul aussi
+sous tous les rapports.</p>
+
+<p>Rome est forte par son fanatisme: si elle se montre
+contre nous, elle peut accroître de beaucoup la force du roi
+de Naples, m'obliger à tenir trois mille hommes de plus sur
+mes derrières, par l'inquiétude qu'elle mettrait dans l'esprit
+de ces peuples: seule, sans Naples, il faudrait deux mille
+hommes d'infanterie et quinze cents de cavalerie pour la soumettre.
+Si elle arme, le fanatisme lui donne quelque force;
+il y aurait du sang de répandu: réunie avec Naples, l'on
+ne peut marcher à Rome avec moins de vingt mille hommes
+d'infanterie et deux mille hommes de cavalerie; et si l'on
+voulait aller à Naples après avoir été à Rome, il faudrait une
+armée de vingt-quatre mille hommes d'infanterie et de trois
+mille cinq cents de cavalerie. Je pense que six mille hommes
+d'infanterie et cinq cents de cavalerie suffiraient pour tenir
+les états du pape en respect, en s'y conduisant avec adresse
+et caractère, une fois que l'on s'en serait rendu maître.</p>
+
+<p>Le roi de Sardaigne fomente la rébellion des barbets. Si
+Naples et Rome agissent contre nous, il faudra trois mille
+hommes de plus dans les places du Piémont.</p>
+
+<p>Gênes. Le 16 de ce mois, le ministre Faypoult présentera
+une note au sénat, et nous ferons notre opération, conformément
+à vos ordres; si elle réussit, nous pourrons compter
+sur le gouvernement.</p>
+
+<p>Si vous persistez à faire la guerre à Rome et à Naples, il
+faut vingt-cinq mille hommes de renfort, qui, joints aux
+vingt mille, nécessaires pour tenir tête à l'empereur, font un
+renfort de quarante-cinq mille hommes qu'il faudrait. Si vous
+faites la paix avec Naples, et qu'il n'y ait que Rome, il serait
+possible, avec les seules forces destinées à tenir tête à
+l'empereur, de profiter d'un moment favorable pour l'écraser;
+il faudrait compter cependant sur un surcroît de trois mille
+hommes.</p>
+
+<p>Je crois que vous ne pouvez faire à la fois, dans la position
+actuelle de la république, la guerre à Naples et à l'empereur.
+La paix avec Naples est de toute nécessité: restez avec
+Rome en état de négociations ou d'armistice jusqu'au moment
+de marcher sur cette ville superbe.</p>
+
+<p>Rome deviendrait très-forte de sa réunion avec Naples.
+Si nous sommes battus sur le Rhin, il nous convient de faire
+la paix avec Rome et avec Naples.</p>
+
+<p>Il est une autre négociation qui devient indispensable, c'est
+un traité d'alliance avec le Piémont et Gênes. Je voudrais
+donner Massa et Carrara, les fiefs impériaux à Gênes, et la
+faire déclarer contre la coalition.</p>
+
+<p>Si vous continuez la guerre avec Naples, il me paraît nécessaire
+de prendre Lucques et d'y mettre garnison: cette
+place est forte et bien armée; elle couvre les états de Gênes
+et offre une retraite à la garnison de Livourne.</p>
+
+<p>Par cette lettre et celles que je vous enverrai incessamment,
+vous connaîtrez parfaitement notre position. Je n'avais jamais
+compté qu'après avoir détruit en une campagne deux armées
+à l'empereur, il en aurait une plus puissante, et que les deux
+armées de la république hiverneraient bien loin du Danube:
+le projet de Trieste et de Naples était fondé sur des suppositions.</p>
+
+<p>J'ai écrit à Vienne, et ce soir le courrier part dans le même
+temps que l'armée se porte sur la Brenta.</p>
+
+<p>Je fais fortifier l'Adda; mais c'est une faible barrière. Je
+vous le répète, des secours prompts, car l'empereur fait déjà
+filer ses troupes.</p>
+
+<p>La négociation avec Rome a été mal conduite: il fallait,
+avant de l'entamer, qu'elle eût rempli les conditions de l'armistice;
+l'on pouvait au moins attendre quelques jours, et
+l'on aurait facilement eu les cinq millions du second paiement,
+dont une partie était déjà arrivée à Rimini. On a montré au
+pape tout le traité à la fois, il fallait au contraire préalablement
+l'obliger à se prononcer sur le premier article; mais
+surtout on ne devait pas choisir l'instant où l'armée était dans
+le Tyrol, et l'on devait avoir à l'appui un corps de troupes
+à Bologne, qui se serait accru par la renommée. Cela nous
+coûte dix millions, cinq de denrées, et tous les chefs-d'oeuvre
+d'Italie, qu'un retard de quelques jours nous aurait
+donnés.</p>
+
+<p>Tous ces pays-ci sont si peuplés, la situation de nos forces
+est si connue, tout cela est tellement travaillé par l'empereur
+et par l'Angleterre, que la scène change tous les quinze
+jours.</p>
+
+<p>Si nous ne réussissons pas dans tout ce que nous entreprendrons,
+je vous prie de croire que ce ne sera pas faute de
+zèle et d'assiduité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 vendémiaire an 5
+(2 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Sa Majesté l'empereur d'Allemagne, roi de Hongrie et
+de Bohême, archiduc d'Autriche, etc.</i></p>
+
+<p>Sire, l'Europe veut la paix. Cette guerre désastreuse dure
+depuis trop long-temps.</p>
+
+<p>J'ai l'honneur de prévenir votre majesté que si elle n'envoie
+pas des plénipotentiaires à Paris pour entamer les négociations
+de paix, le directoire exécutif m'ordonne de combler
+le port de Trieste et de ruiner tous les établissemens de votre
+majesté sur l'Adriatique. Jusqu'ici j'ai été retenu dans l'exécution
+de ce plan, par l'espérance de ne pas accroître le nombre
+des victimes innocentes de cette guerre.</p>
+
+<p>Je désire que votre majesté soit sensible aux malheurs qui
+menacent ses sujets, et rende le repos et la tranquillité au
+monde.</p>
+
+<p>Je suis avec respect, de votre majesté,</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 vendémiaire an 5
+(2 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>J'apprends, citoyen général, que plusieurs négocians génois,
+en conséquence d'une intrigue, sont sortis avec grand
+fracas de Gênes, et se sont réfugiés à Milan, laissant entrevoir
+qu'ils sont instruits que les Français doivent bombarder
+Gênes. Vous voudrez bien leur donner ordre de sortir sur-le-champ
+de la Lombardie, et de retourner à Gênes, ayant
+à coeur d'ôter aux malveillans les moyens d'inquiéter le brave
+peuple de Gênes, auquel l'armée d'Italie a des obligations
+essentielles, tant pour les blés qu'il nous a procurés dans les
+momens de détresse, que par l'amitié que, de tout temps,
+il a témoignée pour la république.</p>
+
+<p>Dans ce moment, où ils viennent de fermer leur port aux
+Anglais et de chasser le ministre de l'empereur qui avait fomenté
+la rébellion des fiefs impériaux, ils ont des droits plus
+particuliers à la protection de la république française.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 13 vendémiaire an 5
+(4 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Garreau, commissaire du gouvernement.</i></p>
+
+<p>Nous avons le plus grand besoin d'argent, soit à l'armée,
+soit en France: je crois donc qu'il faudrait que vous prissiez
+ce soir des mesures pour faire ramasser le plus qu'il sera
+possible des sommes sur les créances de la chambre, les capitaux
+de l'archiduc et les créances connues sous le nom de
+Rivellet: ces trois objets pourront nous être d'une grande
+ressource, et vous savez que nous avons besoin de ne rien
+épargner.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 vendémiaire an 5
+(5 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au cardinal Mattei.</i></p>
+
+<p>Les circonstances dans lesquelles vous vous êtes trouvé,
+Monsieur, étaient difficiles et nouvelles pour vous; c'est à
+cela que je veux bien attribuer les fautes essentielles que
+vous avez commises. Les vertus morales et chrétiennes que
+tout le monde s'accorde à vous donner, me font désirer vivement
+que vous vous rendiez dans votre diocèse. Assurez tous
+les ministres du culte et les religieux des différentes congrégations,
+de la protection spéciale que je leur accorderai,
+toutes les fois cependant qu'ils ne se mêleront pas des affaires
+politiques des nations.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 15 vendémiaire an 5
+(6 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au souverain pontife.</i></p>
+
+<p>J'ai l'honneur de communiquer à votre sainteté un manifeste
+qui circule dans la Romagne, afin de connaître s'il est
+officiel, ou s'il est publié par les ennemis de la religion et de
+votre sainteté.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 15 vendémiaire an 5
+(6 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre de la république française
+à Gênes.</i></p>
+
+<p>J'apprends, citoyen ministre, que le citoyen Gosselin,
+commissaire ordonnateur de l'armée, se trouve à Gênes: je
+vous prie de le faire arrêter et conduire à Milan.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 15 vendémiaire an 5
+(6 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous ferez arrêter et conduire à Milan le commissaire des
+guerres Flague, partout où il se trouvera. Il est accusé d'avoir
+vendu un tonneau de quinquina. On présume qu'il est à
+Livourne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 vendémiaire an 5
+(8 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Mantoue ne pourra pas être pris avant le mois de février,
+je dois déjà vous l'avoir annoncé: vous verrez par là que notre
+position en Italie est incertaine, et notre système politique
+très-mauvais.</p>
+
+<p>Nous avons entamé des négociations avec Rome lorsque
+l'armistice n'était pas rempli, lorsque dix millions en tableaux
+et cinq millions en denrées étaient sur le point de
+nous être livrés. Rome arme, fanatise les peuples; l'on se
+coalise de tous côtés contre nous, l'on attend le moment pour
+agir, l'on agira avec succès si l'armée de l'empereur est un
+peu renforcée.</p>
+
+<p>Trieste est aussi près de Vienne que Lyon l'est de Paris:
+en quinze jours les troupes y arrivent. L'empereur a déjà,
+de ce côté-là, une armée.</p>
+
+<p>Je vous ferai passer toutes les pièces qui vous mettront à
+même de juger de notre position et de la situation des esprits.</p>
+
+<p>Je crois la paix avec Naples très-essentielle, et l'alliance
+avec Gênes, ou la cour de Turin, nécessaire.</p>
+
+<p>Faites la paix avec Parme et une déclaration qui prenne sous
+la protection de la France les peuples de la Lombardie, Modène,
+Reggio, Bologne et Ferrare, et par-dessus tout, envoyez
+des troupes. Il est de nécessité, à la fin d'une campagne
+comme celle-ci, d'envoyer quinze mille hommes de recrues.
+L'empereur en a envoyé trois fois pendant la campagne.</p>
+
+<p>On gâte tout en Italie, le prestige de nos forces se dissipe:
+l'on nous compte. Je crois imminent, et très-imminent, que
+vous preniez en considération la situation de votre armée en
+Italie, que vous adoptiez un système qui puisse vous donner
+des amis, tant du côté des princes que du côté des peuples.
+Diminuez vos ennemis. L'influence de Rome est incalculable.
+On a très-mal fait de rompre avec cette puissance; tout cela
+sert à son avantage. Si j'eusse été consulté sur tout cela,
+j'eusse retardé la négociation de Rome comme celle de Gênes
+et de Venise. Toutes les fois que votre général en Italie ne
+sera pas le centre de tout, vous courrez de grands risques.
+On n'attribuera pas ce langage à l'ambition; je n'ai que trop
+d'honneur, et ma santé est tellement délabrée, que je crois
+être obligé de vous demander un successeur. Je ne peux plus
+monter à cheval, il ne me reste que du courage, ce qui est
+insuffisant dans un poste comme celui-ci.</p>
+
+<p>Tout était prêt pour l'affaire de Gênes; mais le citoyen
+Faypoult a pensé qu'il fallait retarder. Environné de peuples
+qui fermentent, la prudence veut que l'on se concilie celui
+de Gênes jusqu'à nouvel ordre. J'ai fait sonder par le citoyen
+Poussielgue la cour de Turin, elle est décidée à une alliance.
+Je continue cette négociation. Des troupes, des troupes, si
+vous voulez conserver l'Italie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 vendémiaire an 5
+(8 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>Cent cinquante hommes de la garnison de Mantoue étaient
+sortis le 8, à dix heures du matin, de la place, avaient passé
+le Pô à Borgoforte pour chercher des fourrages; cependant,
+à cinq heures après midi, nous achevâmes le blocus de Mantoue
+en nous emparant de la porte Pradella et de celle de
+Cerese, comme j'ai eu l'honneur de vous en instruire par
+mon dernier courrier.</p>
+
+<p>Ce détachement, se trouvant par là séparé de Mantoue,
+chercha à se retirer à Florence. Arrivé à Reggio, les habitans
+en furent instruits, coururent aux armes et les empêchèrent
+de passer, ce qui les obligea à se retirer dans le château
+de Monte-Chiragolo, sur les états du duc de Parme. Les
+braves habitans de Reggio les poursuivirent, les investirent
+et les firent prisonniers par capitulation. Dans la fusillade
+qui a eu lieu, les gardes nationales de Reggio ont eu deux
+hommes tués. Ce sont les premiers qui aient versé leur sang
+pour la liberté de leur pays.</p>
+
+<p>Les braves habitans de Reggio ont secoué le joug de la
+tyrannie de leur propre mouvement, et sans même être assurés
+qu'ils seraient soutenus par nous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 vendémiaire an 5
+(8 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>Je vous ferai passer, citoyens directeurs, une proclamation
+sur Modène. Ces petits régentaux s'avisent de conspirer,
+je les ai prévenus. Pourquoi faut-il que je n'aie pas deux brigades
+pour en faire autant à Rome? Mais je n'ai pas de troupes
+disponibles, et Naples est là qui nous obligerait à rétrograder.
+L'affaire de Modène améliore un peu notre position.</p>
+
+<p>Je suis ici environné de voleurs; j'ai déjà trois commissaires
+des guerres, deux administrateurs et des officiers au
+conseil militaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 vendémiaire an 5
+(9 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement.</i></p>
+
+<p>Il faudrait, je crois, réunir un congrès à Modène et à Bologne,
+et le composer des députés des états de Ferrare, Bologne,
+Modène et Reggio; les députés seront nommés par les différens
+gouvernemens, de manière que l'assemblée soit composée
+d'une centaine de personnes. Vous pourriez faire la distribution
+proportionnée à la population en favorisant un
+peu Reggio. Il faudra avoir soin qu'il y ait parmi ces députés
+des nobles, des prêtres, des cardinaux, des négocians et de
+tous les états, généralement estimés patriotes. On y arrêterait,
+1°. l'organisation de la légion italienne; 2°. l'on ferait
+une espèce de fédération pour la défense des communes; 3°.
+ils pourraient envoyer des députés à Paris pour demander
+leur liberté et leur indépendance. Ce congrès ne devrait pas
+être convoqué par nous, mais seulement par des lettres
+particulières: cela produirait un grand effet, et serait une
+base de méfiance et d'alarme pour les potentats de l'Europe,
+et il est indispensable que nous ne négligions aucun moyen
+pour répondre au fanatisme de Rome, pour nous faire des
+amis et pour assurer nos derrières et nos flancs. Je désirerais
+que ce congrès fût tenu le 23 de ce mois. Je vous prie de prendre
+en grande considération cet objet, je ferai en sorte de m'y
+trouver pour cette époque. Nous sommes ici sans un sou, et
+tout coûte. Procurez-nous de l'argent.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 vendémiaire an 5
+(10 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major</i>.</p>
+
+<p>Vous voudrez bien, général, donner l'ordre de faire arrêter
+l'officier qui commandait le poste de la Chiuza lors de
+l'affaire du 11 thermidor, et le faire traduire au conseil militaire
+comme traître ou lâche, ayant rendu ce poste sans
+raison et sans y être forcé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 vendémiaire an 5
+(11 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>L'affaire de Modène, citoyens directeurs, a parfaitement
+réussi: ce pays est content et heureux de se voir délivré du
+joug qui pesait sur lui. Les patriotes sont nombreux et en
+place. Je vous enverrai différens imprimés qui vous mettront
+au fait de la tournure que je donne à l'esprit pour opposer
+fanatisme à fanatisme, et nous faire des amis des peuples qui,
+autrement, deviendraient nos ennemis acharnés. Vous y trouverez
+l'organisation de la légion lombarde. Les couleurs nationales
+qu'ils ont adoptées sont le vert, le blanc et le rouge.</p>
+
+<p>Parmi les officiers, il y a beaucoup de Français; les autres
+sont des officiers italiens, qui, depuis plusieurs années, se
+battent avec nous à l'armée d'Italie. Le chef de brigade est
+un nommé Lahoz, milanais: il était aide-de-camp du général
+Laharpe. Je l'avais pris avec moi; il est connu des représentans
+qui ont été à l'armée d'Italie, et spécialement du citoyen
+Ritter.</p>
+
+<p>Je vous enverrai un manuscrit de l'organisation que je
+compte donner à la première légion italienne. À cet effet,
+j'ai écrit aux commissaires du gouvernement pour que les
+gouvernans de Bologne, de Modène, de Reggio et de
+Ferrare aient à se réunir en congrès: cela se fera le 23. Je
+n'oublie rien de ce qui peut donner de l'énergie à cette immense
+population, et tourner les esprits en notre faveur. La
+légion lombarde sera soldée, habillée, équipée par les Milanais.
+Pour subvenir à cette dépense, il faudra les autoriser
+à prendre l'argenterie des églises, ce qui vient à peu près à
+1,000,000.</p>
+
+<p>Je vous enverrai différentes lettres avec différentes notes du
+citoyen Cacault. Tout annonce que, d'ici à un mois, de
+grands coups se porteront en Italie. D'ici à ce temps, il faudra
+avoir conclu une alliance avec Gênes ou avec le roi de
+Sardaigne. Vous ferez peut-être aussi très-bien de faire la
+paix avec le roi de Naples.</p>
+
+<p>J'ai renvoyé le citoyen Poussielgue à Turin pour continuer
+sa négociation; je lui ai dit de vous instruire directement de
+Turin, de l'issue de cette seconde entrevue.</p>
+
+<p>Faites surtout que je sois instruit de notre position actuelle
+avec Naples; vous savez que j'ai deux mille quatre cents
+hommes de cavalerie napolitaine, que je fais surveiller, et
+qu'il faudrait prévenir, si nous avions de plus fortes raisons
+de nous méfier de Naples: s'ils agissent de leur côté en même
+temps que les Autrichiens et les autres puissances, cela ne
+laisserait pas d'être un surcroît d'embarras. Au mois de thermidor,
+lorsque je me repliais sur Brescia, je pensais à les
+faire arrêter, et je ne l'osai pas.</p>
+
+<p>Le général Serrurier m'écrit de Livourne que le grand-duc
+arme aussi.</p>
+
+<p>Pour peu que ma santé me le permette, croyez que je n'épargnerai
+rien de ce qui sera en mon pouvoir pour conserver
+l'Italie.</p>
+
+<p>Je vous ferai tenir une lettre du citoyen Faypoult: il me
+paraît, d'après cela, qu'on négocie l'affaire de Gênes à
+Paris, et que nous avons bien fait de ne pas nous en mêler.
+Cette conduite inspire au gouvernement génois de la méfiance.
+Je reviens à mon principe, en vous engageant à traiter
+avant un mois avec Gênes et Turin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 vendémiaire an 5
+(11 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>Des corps nombreux de l'empereur filent dans le Tyrol.
+Les pluies d'automne continuent toujours à nous donner
+beaucoup de malades. Il n'y a pas grand'chose à espérer du
+renfort des hommes aux hôpitaux, puisqu'il y a à présumer que
+c'est dans un mois que l'on frappera ici les grands coups.</p>
+
+<p>Je vous enverrai incessamment la réponse que le général
+Châteauneuf m'a faite par un courrier extraordinaire que je
+lui avais expédié: il s'ensuit donc que je ne puis rien espérer
+au-delà de deux mille hommes, et votre ordre en portait
+six mille. Vous m'avez prévenu, par le dernier courrier, qu'il
+allait m'arriver dix mille hommes, indépendamment de ces
+deux mille hommes. Vous devez me faire connaître le jour et
+le lieu de leur départ, avec leur état de situation: s'il part
+dix mille hommes, vous devez calculer qu'il n'en arrivera
+que cinq mille.</p>
+
+<p>Je ne sais pas encore si le général Kellermann fait venir la
+quarantième de Lyon, et si le général Willot obéit à l'ordre
+que je lui ai donné de faire partir la quatre-vingt-troisième.
+De ces deux demi-brigades, si elles arrivent à temps, dépend
+peut-être le destin de l'Italie.</p>
+
+<p>Je fais fortifier Pizzighitone, Reggio, et tous les bords de
+l'Adda. J'ai fait fortifier également les bords de l'Adige; enfin,
+dans l'incertitude du genre de guerre que je ferai et des
+ennemis qui pourront m'attaquer, je n'oublie aucune hypothèse,
+et je fais dès aujourd'hui tout ce qui peut me favoriser.
+Je fais mettre en même temps les châteaux de Ferrare et
+d'Urbin près Bologne en état de défense.</p>
+
+<p>Nous avons beaucoup d'officiers d'artillerie et du génie
+malades. Faites-nous partir une dizaine d'officiers de chacune
+de ces armes, des hommes actifs et braves: Mantoue nous
+a ruiné ces deux armes. Je vous prie de laisser le commandement
+de ces armes au citoyen Chasseloup et au général
+Lespinasse: ce sont deux très-bons officiers. J'ai tant
+de généraux de brigade blessés et malades que, malgré
+ceux que vous faites tous les jours, il m'en manque encore:
+il est vrai qu'on m'en a envoyé de si ineptes, que je ne puis
+les employer à l'armée active.</p>
+
+<p>Je vous prie de nous envoyer le général Duvigneau et
+quelques autres de cette trempe. Envoyez-nous plutôt des
+généraux de brigade que des généraux de division. Tout
+ce qui nous vient de la Vendée n'est pas accoutumé à la
+grande guerre; nous faisons le même reproche aux troupes,
+mais elles s'aguerrissent.</p>
+
+<p>Mantoue est hermétiquement bloqué, et cela avec sept
+mille hommes d'infanterie, et mille cinq cents hommes de
+cavalerie.</p>
+
+<p>Envoyez-nous des hommes qui aient servi dans la cavalerie,
+pour recruter nos régimens; nous leur procurerons des
+chevaux: qu'ils viennent avec leur uniforme de dragons,
+chasseurs ou hussards, leurs sabres et carabines, hormis les
+dragons qui doivent avoir des fusils comme l'infanterie. Il y a
+tant de ces anciens gendarmes qui infestent les rues de Paris:
+moyennant quelques recruteurs qui courraient les rues, en
+faisant ressouvenir qu'ici on paye en argent, je crois qu'il
+serait possible de vous en procurer un bon nombre. Nous
+avons plus de mille deux cents hommes de cavalerie malades
+ou blessés, et leurs chevaux sont à ne rien faire aux dépôts.
+Envoyez-nous des officiers de cavalerie, chefs de brigade,
+capitaines, nous trouverons ici à les placer: que ce soit des
+hommes qui se battent.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner la retraite aux chefs de brigade
+Goudran du vingtième de dragons, et au citoyen Sérilhac du
+vingt-cinquième de chasseurs: ce sont des hommes qui sont
+malades la veille d'une affaire; ces gens-là n'aiment pas le
+sabre. Je vous prie aussi de faire donner la retraite au citoyen
+Gourgonier, chef d'escadron au premier de hussards.</p>
+
+<p>Le chef du septième régiment de hussards, qui a été
+blessé, est un brave homme, mais il est trop vieux, et il faut
+lui accorder sa retraite. Moyennant que ces officiers supérieurs
+manquent, les affaires écrasent un petit nombre de
+braves qui finissent par être blessés, prisonniers ou tués; et
+les corps se trouvent sans chef.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 vendémiaire an 5
+(12 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous enverrai l'état de ce que l'armée a dépensé. Vous y
+verrez que les calomnies que l'on s'est plu mal à propos à accumuler
+sur l'ordonnateur Denniée ne peuvent pas l'atteindre.
+C'est un bon travailleur et un homme d'ordre, sans avoir cependant
+des talens transcendans.</p>
+
+<p>Vous remarquerez qu'il y a une grande différence entre le
+compte du payeur de l'armée et celui des commissaires du
+gouvernement: cela roule sur quatre ou cinq millions. Les
+commissaires du gouvernement prétendent avoir donné cinq
+millions de plus au payeur, qui, de son côté, est en règle,
+puisqu'il dit: présentez-moi mes bons; d'ailleurs il connaît
+sa dépense. Je crois que cette différence vient de ce que les
+commissaires du gouvernement ont eux-mêmes ordonnancé
+des fonds et fait payer des dépenses arriérées, sans que cet
+argent ait été versé dans la caisse du payeur et que l'ordonnateur
+l'ait ordonnancé; ce qui est subversif de toute comptabilité
+et de tout ordre. Il est à ma connaissance que trois
+ou quatre adjudans-généraux, ayant été faits prisonniers,
+ont eu, à leur retour, 3,000 liv. de gratification accordées
+par les commissaires: vous sentez bien que l'ordonnateur
+n'aurait pas fait solder ces gratifications. Elles ont été accordées
+à de braves officiers qui les méritaient; mais cela a produit
+le mauvais effet de faire naître des prétentions chez
+tous les officiers supérieurs qui ont été faits prisonniers, et
+malheureusement il n'y a que trop d'argent de dépensé en indemnités
+pour pertes. Au moindre petit échec, chacun a
+perdu son porte-manteau; les conseils d'administration signent
+tout ce que l'on veut, cela m'a fait prendre le parti de
+ne plus faire accorder, même gratification de campagne, sans
+signature du ministre; ce qui nous économisera beaucoup.</p>
+
+<p>Vous voyez donc que, depuis six mois que nous sommes
+en campagne, on n'a dépensé que onze millions: il reste
+donc à vous expliquer pourquoi on a dépensé si peu, c'est
+que, 1°. on a long-temps vécu de réquisitions; 2°, nous avons
+eu des denrées en nature de Modène, Parme, Ferrare et
+Bologne; 3°. la république nous a fourni et nous fournit encore
+beaucoup de denrées; enfin nous vivons souvent avec
+les magasins de l'ennemi.</p>
+
+<p>Je vous prie de nous envoyer le commissaire ordonnateur
+Naudin; il est un peu vieux, mais je le connais pour un
+homme probe et sévère, il pourra être chargé utilement pour
+la république d'un des services de cette armée; je crois même
+que vous feriez bien de le faire ordonnateur des contributions,
+chargé de correspondre avec le ministre des finances
+et la trésorerie: vos commissaires pourraient alors en avoir
+simplement la surveillance comme des autres parties, ce qui
+les rendrait au rôle passif qu'ils doivent avoir par vos instructions,
+et remédierait aux abus sans nombre qui existent.</p>
+
+<p>Je ne puis pas d'ailleurs vous dissimuler qu'il n'y a presque
+aucun ordre dans les contributions. Vos commissaires ne sont
+pas assez habitués aux détails de la comptabilité; il faut de
+plus un esprit de suite, que leurs occupations ou le grand caractère
+dont ils sont revêtus ne leur permet pas d'avoir.</p>
+
+<p>Je crois donc qu'un commissaire ordonnateur, chargé en
+chef des contributions, indépendant du commissaire ordonnateur
+en chef, qui aurait un payeur nommé par la trésorerie,
+surveillerait d'une manière efficace la compagnie Flachat,
+en ce qu'il aurait un détail exact, une comptabilité
+sûre de tout ce qu'il aurait remis et des lettres de change qui
+sont tirées.</p>
+
+<p>Enfin, vos commissaires font de beaux tableaux, qui ne
+s'accordent ni avec ceux du payeur, ni avec ceux de la compagnie
+Flachat: pourquoi? C'est que la comptabilité est une
+science à part; elle exige un travail à part et une attention
+réfléchie: d'ailleurs, peut-être penserez-vous qu'il convient
+de ne pas donner une comptabilité de détails à des hommes
+qui ont une responsabilité morale et politique. Si, suivant
+l'esprit de vos instructions, vos commissaires ne doivent que
+surveiller, il faut que jamais ils n'agissent; et il y a, en général,
+une présomption défavorable contre ceux qui manient
+de l'argent.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 vendémiaire an 5
+(12 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Depuis que je suis à Milan, citoyens directeurs, je m'occupe
+à faire la guerre aux fripons; j'en ai fait juger et punir
+plusieurs: je dois vous en dénoncer d'autres. En leur faisant
+une guerre ouverte, il est clair que j'intéresse contre moi
+mille voix, qui vont chercher à pervertir l'opinion. Je comprends
+que, s'il y a deux mois, je voulais être duc de Milan,
+aujourd'hui je voudrai être roi d'Italie; mais, tant que mes
+forces et votre confiance dureront, je ferai une guerre impitoyable
+aux fripons et aux Autrichiens.</p>
+
+<p>La compagnie Flachat n'est qu'un ramassis de fripons sans
+crédit réel, sans argent et sans moralité: je ne serai pas suspect
+pour eux, car je les croyais actifs, honnêtes et bien intentionnés;
+mais il faut se rendre à l'évidence.</p>
+
+<p>1°. Ils ont reçu quatorze millions, ils n'en ont payé que
+six, et ils refusent d'acquitter les mandats donnés par la trésorerie,
+à moins de quinze ou vingt pour cent. Ces honteuses
+négociations se font publiquement à Gênes. La compagnie
+prétend qu'elle n'a pas de fonds; mais, moyennant cet honnête
+profit, elle consent à solder le mandat.</p>
+
+<p>2°. Ils ne fournissent aucune bonne marchandise à l'armée;
+les plaintes me viennent de tous côtés; ils sont même
+fortement soupçonnés d'avoir fait pour plus de quatre-vingt
+mille quintaux de blé en versemens factices, en corrompant
+les garde-magasins.</p>
+
+<p>3°. Leur marché est onéreux à la république, puisqu'un
+million, qui pèse, en argent, dix mille livres, serait transporté
+par cinq ou six voitures, et en poste, pour cinq à six
+mille francs, tandis qu'il en coûte près de cinquante mille,
+la trésorerie leur ayant accordé dans son marché cinq pour
+cent. Flachat et Laporte ont peu de fortune et aucun crédit;
+Peregaldo et Payen sont des maisons ruinées et sans crédit;
+cependant, c'est à la réunion de ces quatre noms que l'on a
+confié tous les intérêts de la république en Italie. Ce ne sont
+pas des négocians, mais des agioteurs, comme ceux du Palais-Royal.</p>
+
+<p>4°. Peregaldo, né à Marseille, s'est désavoué d'être Français;
+il a renié sa patrie et s'est fait Génois: il ne porte pas
+la cocarde, il est sorti de Gênes avec sa famille, répandant
+l'alarme en disant que nous allions bombarder Gênes. Je l'ai
+fait arrêter et chasser de la Lombardie. Devons-nous souffrir
+que de pareilles gens, plus mal intentionnées et plus aristocrates
+que les émigrés mêmes, viennent nous servir d'espions,
+soient toujours avec le ministre de Russie à Gênes, et s'enrichissent
+encore avec nous?</p>
+
+<p>Le citoyen Lacheze, consul à Gênes, est un fripon: sa
+conduite à Livourne, en faisant vendre des blés à Gênes à
+vil prix, en est la preuve.</p>
+
+<p>Les marchandises ne se vendent pas à Livourne. Je viens
+de donner des ordres à Flachat de les faire vendre; mais je
+parie que, grâce à tous ces fripons réunis, cela ne rendra
+pas deux millions: ce qui devrait en rendre sept au moins.</p>
+
+<p>Quant aux commissaires des guerres, hormis Denniée, ordonnateur
+en chef, Boinod, Mazad et deux ou trois autres,
+le reste n'est que des fripons: il y en a trois en jugement;
+ils doivent surveiller, et ils donnent les moyens de voler,
+en signant tout. Il faut nous en purger, et nous en renvoyer
+de probes, s'il y en a; il faudrait en trouver qui eussent déjà
+de quoi vivre.</p>
+
+<p>Le commissaire ordonnateur Gosselin est un fripon: il a
+fait des marchés de bottes à trente-six livres, qui ont été renouvelés
+depuis à dix-huit livres.</p>
+
+<p>Enfin, vous dirai-je qu'un commissaire des guerres, Flack,
+est accusé d'avoir vendu une caisse de quinquina que le roi
+d'Espagne nous envoyait? D'autres ont vendu des matelas;
+mais je m'arrête, tant d'horreurs font rougir d'être Français.
+La ville de Crémone a fourni plus de cinquante mille aunes
+de toile fine pour les hôpitaux, que ces fripons ont vendue:
+ils vendent tout.</p>
+
+<p>Vous avez calculé sans doute que vos administrateurs voleraient,
+mais qu'ils feraient le service et auraient un peu de
+pudeur: ils volent d'une manière si ridicule et si impudente,
+que, si j'avais un mois de temps, il n'y en a pas un qui ne
+pût être fusillé. Je ne cesse d'en faire arrêter et d'en faire
+mettre au conseil de guerre; mais on achète les juges: c'est
+ici une foire, tout se vend. Un employé accusé d'avoir mis
+une contribution de 18,000 fr. sur Salo, n'a été condamné
+qu'à deux mois de fers. Et puis comment voulez-vous prouver?
+ils s'étayent tous.</p>
+
+<p>Destituez ou faites arrêter le commissaire ordonnateur
+Gosselin; destituez les commissaires dont je vous envoie la
+note. Il est vrai qu'ils ne demandent peut-être pas mieux.</p>
+
+<p>Venons aux agens de l'administration.</p>
+
+<p>Thevenin est un voleur, il affecte un luxe insultant: il
+m'a fait présent de plusieurs très-beaux chevaux dont j'ai
+besoin, que j'ai pris, et dont il n'y a pas eu moyen de lui
+faire accepter le prix. Faites-le arrêter et retenir six mois en
+prison; il peut payer 500,000 fr. de taxe de guerre en argent:
+cet homme ne fait pas son service. Les charrois sont
+pleins d'émigrés, ils s'appellent <i>royal charrois</i>, et portent
+le collet vert sous mes yeux; vous pensez bien que j'en fais
+arrêter souvent, mais ils ne sont pas ordinairement où je me
+trouve.</p>
+
+<p>Sonolet, agent des vivres jusqu'aujourd'hui, est un fripon:
+l'agence des vivres avait raison.</p>
+
+<p>Ozou est un fripon et ne fait jamais son service.</p>
+
+<p>Collot fait son service avec exactitude, il a du zèle et plus
+d'honneur que ces coquins-là.</p>
+
+<p>Le nouvel agent qui a été envoyé par Cerf-Beer paraît
+meilleur que Thevenin. Je ne vous parle ici que des grands
+voleurs. Diriez-vous que l'on cherche à séduire mes secrétaires
+jusque dans mon antichambre? Les agens militaires
+sont tous des fripons. Un nommé Valeri est en jugement à
+Milan, les autres se sont sauvés.</p>
+
+<p>Le citoyen Faypoult, votre ministre; Poussielgue, secrétaire;
+et Sucy, commissaire ordonnateur, honnêtes hommes,
+sont témoins des friponneries que commet la compagnie Flachat
+à Gênes; mais je suis obligé de partir demain pour l'armée;
+grande joie pour tous les fripons qu'un coup d'oeil sur
+l'administration m'a fait connaître.</p>
+
+<p>Le payeur de l'armée est un honnête homme, un peu
+borné; le contrôleur est un fripon, témoin sa conduite à Bologne.</p>
+
+<p>Les dénonciations que je fais, sont des dénonciations en
+âme et conscience comme jury. Vous sentez que ce n'est pas
+dans ma place et avec mon caractère que je vous les dénoncerais,
+si j'avais le temps de ramasser des preuves matérielles
+contre chacun d'eux: ils se couvrent tous.</p>
+
+<p>Desgranges, agent des vivres, est intelligent; mais il nous
+faudrait ici Saint-Maime, homme de mérite et de considération:
+le service se ferait, et vous épargneriez plusieurs
+millions: je vous prie de nous l'envoyer. Enfin il faudrait
+pour agens non pas des tripoteurs d'agiotage, mais des hommes
+qui eussent une grande fortune et un certain caractère.
+Je n'ai que des espions. Il n'y a pas un agent de l'armée qui
+ne désire notre défaite, pas un qui ne corresponde avec nos
+ennemis; presque tous ont émigré sous des prétextes quelconques;
+ce sont eux qui disent notre nombre et qui détruisent
+le prestige: aussi je me garde plus d'eux que de Wurmser;
+je n'en ai jamais avec moi; je nourris pendant les expéditions
+mon armée sans eux, mais cela ne les empêche pas de faire
+des comptes à leur manière.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5
+(17 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte, citoyens directeurs, que j'avais
+formé une colonne mobile à Tende contre les barbets; elle
+remplit parfaitement sa tâche. Les barbets sont mis de tous
+côtés en déroute, plusieurs de leurs chefs ont été fusillés.
+Le général Garnier, qui commande cette colonne mobile,
+montre beaucoup de zèle et se donne beaucoup de mouvement.</p>
+
+<p>Les maladies continuent toujours, mais jusqu'à cette
+heure elles n'ont pas fait de grands ravages.</p>
+
+<p>Je vous avais demandé dans ma dernière lettre vingt-cinq
+mille fusils; mais en ayant trouvé soixante-quatre mille à
+Livourne, appartenant au roi d'Espagne, j'en ai fait prendre
+vingt mille que j'ai fait conduire à l'armée. M. Azara, à qui
+j'en ai demandé la permission, m'a écrit que cela ne le regardait
+pas, mais qu'il n'y voyait pas un grand inconvénient,
+dès l'instant qu'on les ferait remplacer.</p>
+
+<p>Je vous prie de prendre avec la cour d'Espagne les arrangemens
+que vous croirez bons. Si vous lui faites rendre ces
+fusils aux Pyrénées, elle y gagnera, puisqu'ils auraient pu
+être pris par les Anglais.</p>
+
+<p>Les Autrichiens ont dans ce moment-ci quatorze mille
+hommes dans le Tyrol et quinze mille sur la Piave: ils attendent
+de nouveaux renforts. L'attaque tardera encore probablement
+quelques décades. Si la quatre-vingt-troisième
+est partie de Marseille comme je l'ai ordonné, et la quarantième
+de Lyon, comme le général Kellermann me l'a promis,
+il n'y a rien à craindre, et nous battrons encore cette fois-ci
+les Autrichiens. Si la circonstance de l'évacuation de la Méditerranée
+par les Anglais vous portait à ne pas vouloir faire
+la paix avec Naples, il faudrait chercher à l'amuser encore
+quelque temps. Je ne pense pas, si nous sommes maîtres de
+la mer, qu'il ose faire avancer des troupes par ici.</p>
+
+<p>Si nous devenons maîtres de la Méditerranée, je crois qu'on
+doit exiger du commerce de Livourne 5 ou 6,000,000 fr. au
+lieu de 2 qu'il offre pour indemniser des marchandises qu'il
+a aux Anglais.</p>
+
+<p>Enfin, citoyens directeurs, plus vous nous enverrez
+d'hommes, plus non-seulement nous les nourrirons facilement,
+mais encore plus nous lèverons de contributions au
+profit de la république. L'armée d'Italie a produit dans la
+campagne d'été 20,000,000 fr. à la république, indépendamment
+de sa solde et de sa nourriture: elle peut en produire le
+double pendant la campagne d'hiver, si vous nous envoyez
+en recrues et en nouveaux corps une trentaine de mille
+hommes.</p>
+
+<p>Rome et toutes ses provinces, Trieste et le Frioul, même
+une partie du royaume de Naples deviendront notre proie;
+mais, pour se soutenir, il faut des hommes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5
+(17 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ferai passer, citoyens directeurs, la lettre que je
+viens de recevoir du général Gentili: il paraît, d'après cela,
+que la Méditerranée va devenir libre. La Corse, restituée à
+la république, offrira des ressources à notre marine, et
+même un moyen de recrutement à notre infanterie légère.</p>
+
+<p>Le commissaire du gouvernement, Salicetti, part ce soir
+pour Livourne pour se rendre en Corse. Je vais ordonner à
+la huitième division de tenir un bataillon prêt à embarquer à
+Toulon; je ferai également partir un bataillon de Livourne,
+lesquels, joints à deux corps de gendarmerie, suffiront pour
+y établir le bon ordre.</p>
+
+<p>Le général Gentili va commander provisoirement cette division:
+je lui donne les instructions nécessaires pour l'organisation
+de deux corps de gendarmerie. Je l'autorise provisoirement
+à mettre en réquisition plusieurs colonnes mobiles,
+pour pouvoir donner force au commissaire du gouvernement
+de pouvoir occuper les forteresses jusqu'à l'arrivée des troupes
+françaises. Lorsque ces troupes seront arrivées dans l'île,
+mon projet est d'y envoyer le général Berruyer pour y commander:
+j'y envoie un officier d'artillerie et un du génie
+pour y organiser la direction; mais comme cette île contient
+cinq à six forteresses aussi faibles qu'inutiles, je leur prescris
+de ne faire aucune dépense, mais seulement de faire des
+projets pour la défense du golfe Saint-Florent: il n'y a que
+ce point qui soit bien essentiel à la république, et où dès-lors
+il conviendrait de concentrer toute la défense de l'île, en
+y établissant une place, une fortification permanente, et en
+y employant pour la construire les sommes que coûteraient
+la réparation et l'entretien des forteresses inutiles de Bastia,
+Corte, Calvi, Ajaccio et Bonifaccio, où il suffit d'entretenir
+simplement des batteries de côtes. Si nous eussions eu une
+place à Saint-Florent et que nous y eussions concentré toutes
+nos forces, les Anglais ne se seraient pas emparés de
+cette île.</p>
+
+<p>Comme l'établissement de Saint-Florent est encore en l'air,
+je crois que vous devriez concentrer toute l'administration
+militaire à Ajaccio, qui, jusqu'à ce que Saint-Florent soit
+devenu quelque chose, est le point le plus intéressant de l'île.
+Ce serait une grande faute que de placer à Bastia, comme
+l'avait fait l'ancienne administration, le point central de l'administration,
+vu que Bastia étant situé du côté de l'Italie,
+communique très-difficilement avec la France. L'expulsion
+des Anglais de la Méditerranée a une grande influence sur le
+succès de nos opérations militaires en Italie. L'on doit exiger
+de Naples des conditions plus sévères, cela fait le plus grand
+effet moral sur l'esprit des Italiens, assure nos communications,
+et fera trembler Naples jusque dans la Sicile.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5
+(17 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Bologne, Modène, Reggio et Ferrare se sont réunis en
+congrès, en envoyant à Modène une centaine de députés: l'enthousiasme
+le plus vif et le patriotisme le plus pur les animent;
+déjà ils voient revivre l'ancienne Italie: leur imagination
+s'enflamme, leur patriotisme se remue, et les citoyens de
+toutes les classes se serrent. Je ne serais pas étonné que ce
+pays-ci et la Lombardie, qui forment une population de
+deux à trois millions d'hommes, ne produisissent vraiment une
+grande secousse dans toute l'Italie. La révolution n'a pas ici le
+même caractère qu'elle a eu chez nous: d'abord, parce qu'elle
+n'a pas les mêmes obstacles à vaincre et que l'expérience a
+éclairé les habitans; nous sommes bien sûrs au moins que le
+fanatisme ne nous fera pas de mal dans ce pays-ci, et que
+Rome aura beau déclarer une guerre de religion, elle ne fera
+aucun effet dans ce pays conquis.</p>
+
+<p>Une légion de deux mille cinq cents hommes s'organise,
+habillée, soldée et équipée aux frais de ce pays-ci et sans que
+nous nous en mêlions. Voilà un commencement de force militaire,
+qui, réunie aux trois mille cinq cents que fournit la
+Lombardie, fait à peu près six mille hommes. Il est bien évident
+que si ces troupes, composées de jeunes gens qui ont le
+désir de la liberté, commencent à se distinguer, cela aura
+pour l'empereur et pour l'Italie des suites très-importantes. Je
+vous enverrai par le prochain courrier les actes et les manifestes
+publiés à cette occasion par le congrès.</p>
+
+<p>J'attends avec quelque impatience les troupes que vous
+m'annoncez. J'ai fait sommer Wurmser dans Mantoue, je
+vous ferai passer la sommation; je n'ai pas jugé à propos de
+me servir de l'arrêté que vous m'envoyez, puisque vous m'en
+laissez le maître: par la réponse qu'il me fera, je verrai le ton
+qu'il prend. Le courrier que vous m'avez ordonné d'envoyer
+à Vienne est parti il y a long-temps: il doit être arrivé à cette
+heure, et j'en attends la réponse.</p>
+
+<p>Dès l'instant que je saurai bien positivement que les Anglais
+ont passé le détroit, et que je saurai quelles sont vos intentions
+sur Naples et où en sont vos négociations, je prendrai
+avec Rome le ton qu'il convient: j'espère que j'obligerai
+ces gaillards-là à restituer l'argent qu'ils envoyaient pour la
+contribution et qu'ils ont fait retourner de Ravenne à Rome.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5
+(17 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Gentili.</i></p>
+
+<p>Vous passerez en Corse, citoyen général, pour y commander
+cette division. Arrivé dans cette île, vous donnerez le
+commandement temporaire de Bastia au citoyen Ristori, chef
+de brigade; celui d'Ajaccio au citoyen Regi, chef de brigade;
+celui de Saint-Florent au citoyen Jean-Charles Cotoni, capitaine;
+celui de Corte au citoyen Collé, chef de brigade; celui
+de Bonifaccio au citoyen Sabrini, capitaine, et celui de Calvi
+au citoyen Mamobli, capitaine.</p>
+
+<p>Vous lèverez trois compagnies dans la garde nationale de
+Bastia, qui feront le service de la forteresse; vous choisirez
+trois capitaines patriotes, entre autres, le citoyen Girasco.</p>
+
+<p>Vous lèverez deux compagnies dans la garde nationale
+d'Ajaccio, qui feront le service de la garde de la forteresse;
+vous nommerez capitaines les citoyens Tornano et
+Levio.</p>
+
+<p>Vous lèverez de même une compagnie, prise dans la
+garde de Bonifaccio, de Calvi, de Saint-Florent et de Corte,
+pour la garde des forteresses et des magasins de la place.</p>
+
+<p>Vous ferez extraire des compagnies de gendarmerie de la
+vingt-huitième division tous les officiers et soldats qui sont
+des départemens du Liamone et du Golo. Vous laisserez
+le commandement de la gendarmerie du département du
+Liamone au citoyen Gentili, avec le grade de chef de bataillon.</p>
+
+<p>Vous vous concerterez avec le commissaire du gouvernement
+Salicetti pour le choix des autres emplois; vous
+prendrez des hommes attachés à la république et à la liberté.</p>
+
+<p>Vous organiserez trois colonnes mobiles dans le département
+du Golo, fortes chacune de trois cents hommes. Vous
+en organiserez deux dans le département du Liamone. Vous
+donnerez le commandement de l'une au citoyen Grimaldi; vous
+choisirez pour les deux autres des patriotes braves et républicains:
+en Balagne et dans les terres des communes, vous
+choisirez, pour commander l'une des colonnes mobiles du
+département du Liamone, le citoyen Bouchi, et un patriote
+reconnu pour le côté de la Rogue.</p>
+
+<p>Vous accorderez un pardon général à tous ceux qui n'ont
+été qu'égarés; vous ferez arrêter et juger par une commission
+militaire les quatre députés qui ont porté la couronne au roi
+d'Angleterre, les membres du gouvernement et les meneurs
+de cette infâme trahison, entre autres les citoyens Pozzo di
+Borgo; Bertholani, Piraldi, Stefanopoli, Tartarolo, Filipi et
+l'un des chefs de bataillon qui seront convaincus d'avoir
+porté les armes contre les troupes de la république.</p>
+
+<p>Ainsi, la vengeance nationale n'aura à peser que sur une
+trentaine d'individus, qui se seront peut-être sauvés avec les
+Anglais.</p>
+
+<p>Vous ferez également arrêter tous les émigrés, s'il y en
+avait qui eussent l'audace de continuer leur séjour dans les
+terres occupées par les troupes républicaines.</p>
+
+<p>Mais je vous recommande surtout de faire une prompte
+justice de quiconque, par un ressentiment contraire à la loi,
+se serait porté à assassiner son ennemi; enfin, citoyen général,
+faites ce qui dépend de vous pour rétablir la tranquillité
+dans l'île, étouffer toutes les haines, et réunir à la république
+ce pays si longtemps agité.</p>
+
+<p>Le payeur de l'armée aura soin de fournir aux dépenses
+de la solde des différens corps de troupes françaises, qui partiront
+de Toulon au moment où la liberté des passages sera
+constatée, et qui se rendront en Corse pour occuper les forteresses.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre au général Lavoni et à l'adjudant-général
+Galliazzini de se rendre à Modène, ainsi qu'à tous
+les officiers supérieurs qui seraient en activité dans les demi-brigades
+de cette armée, hormis ceux qui auraient été désignés
+comme devant remplir des commandemens temporaires,
+et qui dès-lors seront remplacés à leurs corps.</p>
+
+<p>L'ordre est donné pour qu'il ne soit payé aucun traitement
+à un officier hors de sa demi-brigade; engagez tous ceux qui
+sont avec vous à rejoindre leurs corps, où leur présence est
+nécessaire, tandis qu'elle devient inutile en Corse. Cependant,
+si vous croyez qu'il y en ait quelques-uns que vous
+dussiez garder, vous m'en enverrez la note, afin qu'il leur
+soit accordé de deux à trois décades, pour ensuite rejoindre
+leurs corps; vous aurez soin aussi de n'oublier aucun moyen
+pour faire passer à Livourne et de là à l'armée le plus de
+Corses qu'il sera possible. À cet effet, il sera nécessaire d'établir
+à Livourne un dépôt pour les habiller, les armer et
+leur donner leur route, à mesure qu'ils arriveront. Le seul
+moyen de faire sortir de Corse tous les hommes inquiets,
+ceux mêmes qui ont combattu pour les Anglais, c'est de les
+envoyer à l'armée. Si vous pouvez vous emparer de l'île
+d'Elbe avec le général Serrurier, auquel je donne l'ordre de
+vous aider dans le cas où cette expédition serait possible, je
+vous autorise à en prendre possession.</p>
+
+<p>Tenez-moi souvent instruit de tout ce que vous ferez.
+Donnez l'ordre à deux des députés les plus intelligens de se
+rendre au quartier-général, qui sera à Bologne ou à Ferrare.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Modène, le 26 vendémiaire an 5 (17 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault, agent de la république à Rome.</i></p>
+
+<p>Je reçois à l'instant la nouvelle que les Anglais évacuent la
+Méditerranée: ils ont déjà évacué la Corse, qui a arboré l'étendard
+tricolor, et m'a envoyé des députés pour prêter serment
+d'obéissance.</p>
+
+<p>Un courrier arrivé de Toulon m'apporte la nouvelle que
+notre escadre, composée de dix-huit vaisseaux de guerre et
+de dix frégates, est sur le point de mettre à la voile; qu'elle
+est déjà dans la grande rade, et qu'elle a à sa suite un convoi
+de soixante voiles chargé de troupes de débarquement.</p>
+
+<p>Le délire étrange du pays où vous êtes ne sera pas long,
+il y sera bientôt porté un prompt remède. Cette folie passera
+comme un rêve; ce qui restera, ce sera la liberté de Rome
+et le bonheur de l'Italie.</p>
+
+<p>Cent députés de Bologne, Modène, Reggio et Ferrare ont
+été réunis ici: il règne dans tous ces pays un enthousiasme
+auquel on n'avait pas le droit de s'attendre. La première légion
+de la Lombardie est déjà organisée, la première légion
+italienne s'organise: c'est le général Rusca qui commande
+cette légion. Vous sentez bien que j'ai mis un bon nombre
+de vieux officiers accoutumés à vaincre et à commander.</p>
+
+<p>Restez, toutefois, encore à Rome. L'intention du gouvernement
+est qu'on mette ces gens dans leur tort.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 28 vendémiaire an 5
+(19 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au peuple de Modène.</i></p>
+
+<p>J'ai vu avec plaisir en entrant dans votre ville l'enthousiasme
+qui anime les citoyens, et la ferme résolution où ils
+sont de conserver leur liberté. La constitution et votre garde
+nationale seront promptement organisées; mais j'ai été affligé
+de voir les excès auxquels se sont portés quelques mauvais
+sujets indignes d'être Bolonais.</p>
+
+<p>Un peuple qui se livre à des excès est indigne de la liberté;
+un peuple libre est celui qui respecte les personnes et
+les propriétés. L'anarchie produit la guerre intestine et les
+calamités publiques. Je suis l'ennemi des tyrans; mais avant
+tout je suis l'ennemi des scélérats, des brigands qui les commandent
+lorsqu'ils pillent; je ferai fusiller ceux qui, renversant
+l'ordre social, sont nés pour l'opprobre et le malheur du
+monde.</p>
+
+<p>Peuple de Bologne, voulez-vous que la république française
+vous protège? voulez-vous que l'armée française vous
+estime et s'honore de faire votre bonheur? voulez-vous que
+je me vante quelquefois de l'amitié que vous me témoignez?
+Réprimez ce petit nombre de scélérats, faites que personne
+ne soit opprimé: quelles que soient ses opinions, nul ne peut
+être opprimé qu'en vertu de la loi...; faites surtout que les
+propriétés soient respectées.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Ferrare, le 50 vendémiaire an 5
+(21 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Monsieur le cardinal Mattei.</i></p>
+
+<p>La cour de Rome a refusé d'adopter les conditions de
+paix que lui a offertes le directoire; elle a rompu l'armistice;
+et en suspendant l'exécution des conditions, elle arme: elle
+veut la guerre, elle l'aura; mais, avant de pouvoir de sang-froid
+prévoir la ruine et la mort des insensés qui voudront
+faire obstacle aux phalanges républicaines, je dois à ma nation,
+à l'humanité, à moi-même, de tenter un dernier effort
+pour ramener le pape à des sentimens plus modérés, conformes
+à ses vrais intérêts, à son caractère et à la raison. Vous
+connaissez, monsieur le cardinal, les forces et la puissance
+de l'armée que je commande: pour détruire la puissance
+temporelle du pape, il ne me faudrait que le vouloir. Allez
+à Rome; voyez le Saint-Père, éclairez-le sur ses vrais intérêts;
+arrachez-le aux intrigans qui l'environnent, qui veulent
+sa perte et celle de la cour de Rome. Le gouvernement français
+permet encore que j'écoute des négociations de paix;
+tout pourrait s'arranger. La guerre, si cruelle pour les peuples,
+a des résultats terribles pour les vaincus; évitez de
+grands malheurs au pape: vous savez combien je désire finir
+par la paix une lutte que la guerre terminerait pour moi sans
+gloire comme sans périls.</p>
+
+<p>Je vous souhaite, monsieur le cardinal, dans votre mission,
+le succès que la pureté de vos intentions mérite.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Vérone, le 3 brumaire an 5 (24 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault.</i></p>
+
+<p>Je vous ferai passer une lettre du ministre Delacroix.
+Le directoire me prévient que vous êtes chargé de continuer
+les négociations avec Rome. Vous me tiendrez exactement
+instruit de ce que vous ferez, afin que je saisisse le moment
+favorable pour exécuter les intentions du directoire
+exécutif. Vous sentez bien qu'après la paix avec Naples et
+avec Gênes, la bonne harmonie qui règne avec le roi de Sardaigne,
+la reprise de la Corse et notre supériorité décidée
+dans la Méditerranée, je n'attendrai que le moment pour
+m'élancer sur Rome et y venger l'honneur national: la
+grande affaire actuellement est de gagner du temps. Mon intention
+est, lorsque j'entrerai sur les terres du pape, ce qui
+encore est éloigné, de le faire, en conséquence de l'armistice,
+pour prendre possession d'Ancône; de là, je serai plus à
+même d'aller plus loin, après avoir mis en ordre mes derrières.</p>
+
+<p>Enfin, le grand art actuellement est de jeter réciproquement
+la balle pour tromper le vieux renard. Si vous pouviez
+obtenir un commencement d'exécution de l'armistice, je crois
+que cela serait bon, mais difficile, à ce que je crois.</p>
+
+<p>Nos affaires reprennent aujourd'hui, et la victoire paraît
+revenir sous nos drapeaux.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 5 brumaire an 5
+(24 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je suis fâché, citoyens directeurs, que votre lettre du 20
+vendémiaire me soit arrivée trop tard. Je vous prie de vous
+reporter aux circonstances où je me trouvais: Rome imprimant
+des manifestes fanatiques; Naples faisant marcher des
+forces; la régence de Modène manifestant ses mauvaises intentions
+et rompant l'armistice en faisant passer des convois
+à Mantoue. La république française se trouvait avilie, menacée:
+ce coup de vigueur, de rompre l'armistice de Modène,
+a rétabli l'opinion et a réuni Bologne, Ferrare, Modène
+et Reggio sous un même bonnet. Le fanatisme s'est
+trouvé déjoué, et les peuples, accoutumés à trembler, ont
+senti que nous étions encore là: la république avait le droit
+de casser un armistice qui n'était pas exécuté. La régence
+même ne désavoue pas d'avoir envoyé des secours dans Mantoue.</p>
+
+<p>Modène, Reggio, Ferrare et Bologne, réunis en congrès,
+ont arrêté une levée de deux mille huit cents hommes, sous
+le titre de <i>Première légion italienne</i>: l'enthousiasme est
+très-grand; les paysans qui portaient des vivres dans Mantoue
+sont venus eux-mêmes nous apprendre les routes cachées
+qu'ils tenaient. La plus parfaite harmonie règne entre nous
+et les peuples.</p>
+
+<p>A Bologne, ville de soixante-quinze mille âmes, l'enthousiasme
+est extrême: déjà même la dernière classe du peuple
+s'est portée à des excès; ils ne voulaient pas reconnaître le
+sénat: il a fallu les laisser organiser leur constitution et me
+prononcer fortement pour le sénat, afin de rétablir l'ordre.</p>
+
+<p>A Ferrare, un évêque cardinal, prince romain qui jouit
+de 150,000 liv., donne tout au peuple et est toujours dans
+l'église. Je l'ai envoyé à Rome sous le prétexte de négocier,
+mais dans la réalité pour m'en débarrasser: il a été content
+de sa mission.</p>
+
+<p>La folie du pape est sans égale; mais la nouvelle de Naples
+et de la Méditerranée le fera changer. Mon projet, lorsque
+je le pourrai, est de me rendre à Ancône au moyen de l'armistice,
+et de n'être ennemi que là.</p>
+
+<p>Je vous ferai passer une proclamation que j'ai faite à Bologne,
+et la lettre que j'ai écrite au cardinal archevêque de
+Ferrare.</p>
+
+<p>Je vous fais mon compliment du traité souscrit avec Gênes:
+il est utile sous tous les rapports.</p>
+
+<p>La vente de Livourne se fait actuellement. J'occupe,
+avec une petite garnison, Ferrare. Les barbets sont battus,
+défaits et fusillés. Vos ordres pour mettre les licenciés à la
+solde du congrès de la Lombardie sont exécutés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 4 brumaire an 5
+
+(25 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Nous sommes en mouvement: l'ennemi paraît vouloir passer
+la Piave pour s'établir sur la Brenta; je le laisse s'engager:
+les pluies, les mauvais chemins, les torrens m'en rendront
+bon compte.</p>
+
+<p>Nous verrons comme cela s'engagera. Je vous prie de me
+dire la conduite que je dois tenir à Trieste, si jamais, après
+la saison des pluies et une bonne victoire, j'étais obligé de
+porter la guerre dans le Frioul. Si vous pouviez envoyer trois
+frégates dans l'Adriatique, elles seraient utiles dans toutes
+les hypothèses.</p>
+
+<p>La paix avec Naples et Gênes, notre situation avec les
+peuples, et les troupes que vous annoncez, vous assurent
+l'Italie, si elles arrivent. La vingt-neuvième demi-brigade,
+partie de Paris, forte de 4,000 hommes, est arrivée ici à
+1100. Si Willot ne retient que 2,000 hommes, la quatre-vingt-troisième
+devrait déjà être en marche. Cette très-bonne
+demi-brigade est forte de 2,500 hommes: elle se repose depuis
+un an; elle devrait, selon mes ordres, être déjà à Nice.
+Si je l'ai avant les grands coups, comme il paraît que j'aurai
+la quarantième, j'espère non-seulement battre les Autrichiens,
+prendre Mantoue, mais encore prendre Trieste, obliger
+Venise à faire ce que l'on voudra, et planter nos drapeaux
+au Capitole.</p>
+
+<p>Il sera nécessaire d'envoyer en Corse au moins 1200 hommes;
+il serait bon que quelques frégates se rendissent à Ajaccio
+et à Saint-Florent, pour se faire voir.</p>
+
+<p>Si vous envoyez quelques frégates dans l'Adriatique, il serait
+bon qu'un officier de l'équipage vînt se concerter avec
+moi pour choisir un point pour les protéger et de correspondance.
+Il serait bon qu'une grosse gabarre vînt à l'embouchure
+du Pô, je la chargerais de chanvre et de bois de construction:
+elle pourrait en place nous apporter trois mille fusils,
+dix mille baïonnettes, deux mille sabres de chasseurs et de
+hussards, quatre mille obus de six pouces, mille boulets de
+12, et six mille boulets de 18: ce sont des choses dont nous
+avons toujours besoin. Je ne vois que ce moyen pour que la
+marine ait bientôt des approvisionnemens, qui sont abondans
+dans le Ferrarais et la Romagne. Si l'on craint de manquer
+de blé au printemps, l'on peut envoyer des bateaux à l'embouchure du
+Pô, je ferai filer tout le blé que l'on voudra.</p>
+
+<p>Les neiges tombent, cela n'empêche pas de se battre dans
+le Tyrol. Il ne sera pas impossible que j'évacue Trente: j'en
+serais fâché, les habitans nous sont très-affectionnés; je ne
+le ferai qu'au moment où cela sera utile: je n'y pense pas
+encore.</p>
+
+<p>Wurmser est à la dernière extrémité; il manque de vin, de
+viande et de fourrage; il mange ses chevaux et a quinze mille
+malades. Il a trouvé le moyen de faire passer à Vienne la
+proposition que je lui ai faite. Je crois que nous serons bientôt
+aux mains ici: dans cinq décades, Mantoue sera pris ou
+délivré. S'il m'arrive seulement la quatre-vingt-troisième et
+la quarantième, c'est-à-dire, cinq mille hommes, je réponds
+de tout; mais, une heure trop tard, ces forces ne seront plus
+à temps. Si j'étais forcé de me replier, Mantoue serait secouru.</p>
+
+<p>Je fais travailler à force à fortifier Pizzighitone et le château
+de Tresso, sur l'Adda, ainsi que nos deux ponts sur
+le Pô.</p>
+
+<p>Six cents matelots ou soldats faits prisonniers par les Anglais
+sont arrivés de Bastia à Livourne. Lorsque vous enverrez
+des troupes en Corse, je crois que vous ferez bien de ne
+choisir, pour y commander, aucun général ni commandant
+de place, de ce pays.</p>
+
+<p>On a le projet, à ce que j'apprends, de donner une amnistie
+générale en Corse: il faut, à ce que je crois, en excepter:
+1°. les quatre députés qui ont porté la couronne à Londres;
+2°. les membres du conseil d'état du vice-roi, composé
+de six personnes; enfin les émigrés, qui étaient portés comme
+tels sur les registres du département. Je crois que c'est la
+seule mesure de rendre l'amnistie sûre, cela n'en exceptera
+que douze ou quinze; sur tant de coupables, c'est être indulgent.</p>
+
+<p>J'ai fait arrêter à Livourne le citoyen Panalieri, secrétaire
+de Paoli, arrivant de Londres, et venant de nouveau intriguer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 4 brumaire an 5
+
+(25 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Il paraît, citoyens directeurs, par votre lettre de vendémiaire,
+que les savans et artistes se sont plaints d'avoir manqué
+de quelque chose: il serait très-ingrat de notre part de
+ne pas leur donner tout ce qui leur est nécessaire, car ils servent
+la république avec autant de zèle que de succès, et je
+vous prie de croire que, de mon côté, j'apprécie plus que
+personne les secours réels que rendent à l'état les arts et les
+sciences, et que je serai toujours empressé de seconder de
+tout mon zèle vos intentions sur cet objet.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 4 brumaire an 5
+
+(25 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre du 30. Les propositions ne sont pas
+acceptables. Donner toute la Lombardie pour un secours de
+huit mille hommes, c'est-à-dire pour 5,000, car il n'y en aura
+jamais davantage, c'est trop demander aujourd'hui, que la
+paix avec Naples et Gênes est faite. Le Piémont gagne beaucoup
+à faire une alliance avec nous; il est sûr par là d'effacer
+de l'esprit de ses sujets le mépris que leur donne le dernier
+traité. Ajoutez à cela: 1°. des espérances vagues d'être favorisé
+dans le traité de paix; 2°. les fiefs impériaux, ou un équivalent
+de masse du côté de la rivière de Gênes: cela devrait
+être bien suffisant.</p>
+
+<p>L'article II est inadmissible; jamais la France ne garantirait
+rien qu'autant que le succès permettrait de l'obtenir. Continuez
+toujours vos négociations.</p>
+
+<p>Tout ici va bien.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 4 brumaire an 5
+
+(25 octobre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux membres du congrès d'état.</i></p>
+
+<p>Je vous autorise, messieurs, à prendre toutes les mesures
+que vous croyez utiles, en les communiquant au général commandant
+la Lombardie, et obtenant son approbation.</p>
+
+<p>Vous pouvez, en conséquence, accorder aux étrangers la
+faculté d'acheter des biens stables dans la Lombardie, rappeler
+tous les absens et surtout ceux demeurant en pays ennemi,
+sous peine de séquestrer leurs biens; saisir les rentes
+de ceux qui servent chez des puissances ennemies; chasser
+tous les prêtres et les moines qui ne sont pas natifs de la
+Lombardie; accroître l'imposition directe au point de pouvoir
+suffire à la solde journalière de la légion lombarde;
+changer les municipalités, les préteurs et les professeurs des
+écoles; et pour chacune de ces mesures il vous faudra, à
+chaque acte, le conseil du général commandant la Lombardie.</p>
+
+<p>Quant à la saisie de toute l'argenterie des églises, je la
+crois nécessaire; mais je pense que la moitié vous suffit pour
+la légion lombarde; l'autre moitié sera versée dans la caisse
+de l'armée, qui éprouve des besoins réels.</p>
+
+<p>J'ai renvoyé l'exécution de cette mesure essentielle aux
+commissaires du gouvernement, qui nommeront un agent
+pour se concerter avec vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 7 brumaire an 5
+
+(28 octobre 1796).</p>
+
+<p class="droite"><i>Au citoyen Cacault.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer un paragraphe que je reçois en ce moment
+du directoire. Je vous prie, en conséquence, de commencer
+des ouvertures avec le cardinal secrétaire d'état, ou
+de vous servir du cardinal Mattei, qui pourra parler directement
+au pape. Dès l'instant que la cour de Rome sera décidée
+à ouvrir une nouvelle négociation avec nous, vous m'en
+ferez part, et vous pourriez venir avec le ministre qu'elle
+aura nommé, dans une ville que je vous indiquerai, comme
+par exemple, Crémone.</p>
+
+<p>Vous pouvez donc signifier au pape que la réponse de Paris
+m'est arrivée, que, par une suite des sentimens de modération
+qu'a adoptés le gouvernement français, il m'a chargé de
+terminer avec Rome toute espèce de différent, soit par les
+armes, soit par une nouvelle négociation. Désirant donner
+au pape une marque du désir que j'ai de voir cette guerre si
+longue se terminer, et les malheurs qui affligent la nature
+humaine avoir un terme, je lui offre une manière honorable
+de sauver encore son honneur et le chef de la religion. Vous
+pouvez l'assurer de vive voix que j'ai toujours été contraire
+au traité qu'on lui a proposé, et surtout à la manière de négocier;
+que c'est en conséquence de mes instances particulières
+et réitérées, que le directoire m'a chargé d'ouvrir la
+route d'une nouvelle négociation. J'ambitionne bien plus
+d'être le sauveur du Saint-Siège, que d'en être le destructeur.
+Vous savez vous-même que nous avons toujours eu des
+principes conformes, et moyennant la faculté illimitée que
+m'a donnée le directoire, si l'on veut être sage à Rome, nous
+en profiterons pour donner la paix à cette belle partie du
+monde, et tranquilliser les consciences timorées de beaucoup
+de peuples.</p>
+
+<p>J'attends votre réponse par le retour du courrier.</p>
+
+<p>Rien de nouveau des armées. L'armée de Sambre-et-Meuse
+s'avance sur le Mein, et l'armée du Rhin a délivré Kelh et
+est absolument hors de tout danger.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5
+
+(1er novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A son altesse royale le duc de Parme et de Plaisance.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu la lettre de votre altesse royale, le 24 octobre; je
+me suis empressé de satisfaire à ce qu'elle désire. L'intention
+du gouvernement français est de faire tout ce qui pourra être
+agréable à votre altesse royale: elle me trouvera, dans toutes
+les circonstances, prêt à lui donner les secours et les forces
+dont elle pourrait avoir besoin.</p>
+
+<p>Si des employés de l'armée se conduisaient mal, j'invite
+votre altesse royale à les faire arrêter: lorsqu'ils sont dans ses
+états, ils doivent s'y comporter avec la décence et le respect
+qui est dû à l'autorité du prince. Lorsque votre altesse
+royale voudra m'en tenir instruit, je les ferai sévèrement
+punir.</p>
+
+<p>La bonne intelligence qui règne entre les deux états, la
+bonne conduite que votre altesse royale a tenue dans toutes
+les circonstances, doivent l'assurer de l'amitié et de la protection
+de la république française contre ceux qui voudraient
+méconnaître son autorité et transgresser les lois établies dans
+ses états. Je serai toujours charmé de trouver les occasions
+de témoigner à votre altesse royale les sentimens d'estime et
+de considération, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5
+
+(1er novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commandant de Plaisance.</i></p>
+
+<p>L'intention du gouvernement français, citoyen, est que
+non-seulement la neutralité qui existe entre la république
+française et les états de Parme soit respectée, mais encore
+que le prince soit protégé par l'armée française toutes les fois
+qu'il en aurait besoin.</p>
+
+<p>Vous voudrez bien vous conduire en conséquence, et punir
+sévèrement tout Français qui s'écarterait de cette conduite.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5
+
+(1er novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Serrurier.</i></p>
+
+<p>Je ne reconnais pas au commissaire du gouvernement le
+droit de faire des arrêtés pour requérir des généraux de division.
+Je vous renvoie, en conséquence, l'arrêté des commissaires.</p>
+
+<p>Quand le général Gentili, chargé de l'expédition, vous demandera
+quelque chose, vous serez maître de le lui accorder
+lorsque vous penserez qu'il ne pourra en résulter aucun
+inconvénient; mais ne m'alléguez jamais un arrêté des commissaires,
+qui pour moi est absolument insignifiant: et cette
+méthode est sujette à trop d'abus pour que vous ne sentiez
+pas vous-même la conséquence de ne pas y donner lieu.
+Quand les commissaires vous envoient un arrêté, renvoyez-le,
+en disant que vous ne connaissez d'ordres que ceux de
+l'état-major.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5
+
+(1er novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Gentili.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite.
+J'ai vu avec plaisir que vous ne perdiez pas de vue l'occasion
+de vous emparer de l'île d'Elbe. Je n'ai pas encore sur la Corse
+des nouvelles assez précises; mais du moment que nous serons
+maîtres de la mer, des frégates françaises se rendront à Ajaccio,
+et ce ne sera qu'à leur retour que je ferai passer des
+troupes en Corse. Vous devez vivre en bonne intelligence
+avec le commissaire du gouvernement, sans vous croire obligé
+pourtant d'obéir à tous les arrêtés qu'il pourrait prendre
+pour le service militaire, qui vous regarde seul. Vous devez
+surtout ne permettre aucun acte législatif, ni qu'on s'éloigne
+en rien des lois constitutionnelles de la république. Il faut que
+la Corse soit une bonne fois française, et il ne faut plus y
+entretenir ce petit tripotage de connivences particulières,
+qui tendent à éloigner les amis de la France. Je ne crois pas
+que l'intention du gouvernement soit d'accorder une amnistie
+aux quatre citoyens qui ont eu assez de bassesse pour
+porter la couronne au roi d'Angleterre, et à ceux qui étaient
+membres du conseil d'état.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5
+
+(1er novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>Le sénat de Bologne a fourni au citoyen Arena plus de
+soixante mille aunes de toiles, estimées trois à quatre cent mille
+liv. Comme cet entrepreneur n'avait point d'ordre pour fournir
+des chemises, que le peu qu'il en a présenté au magasin
+était défectueux, impropre au service, et de toile grossière,
+vous voudrez bien ordonner à cet entrepreneur de ne
+faire aucune fourniture, mais le prévenir que la valeur de ladite
+toile sera portée en compte de la valeur de ses fournitures
+de souliers: on m'assure qu'il lui est dû à peu près le
+montant de ladite toile, surtout en faisant prendre les quarante
+mille paires de souliers qu'il a dans ce moment à
+Milan.</p>
+
+<p>Je vous prie de ne pas perdre un instant pour vous rendre
+à Vérone avec le payeur, parce qu'il est instant que nous prenions
+des mesures pour le service de l'armée et des opérations
+qui doivent avoir lieu. Quoique vous puissiez être incommodé,
+votre seule présence à Vérone vous mettra à même
+de diriger le commissaire qui vous remplace, et de donner de
+l'unité au service. Je vous prie, avant de partir, de voir le
+citoyen Flachat, pour savoir si toutes les soies et marchandises
+qui existaient à Milan sont vendues, et quels sont les
+fonds qu'il peut fournir à l'armée.</p>
+
+<p>Voyez aussi le congrès d'état et la municipalité de Milan,
+pour savoir où en sont les contributions; voyez également
+sur cet objet les bureaux des commissaires du gouvernement,
+et qu'ils vous disent enfin clairement les ressources qu'ils ont
+pour l'armée: tous ces gens-là ne pensent qu'à voler. S'il
+arrivait que vous ne pussiez pas absolument venir, voyez à
+charger quelqu'un de votre opération; envoyez-lui, à cet effet,
+les instructions dont il aura besoin.</p>
+
+<p>J'apprends avec indignation que le citoyen Auzon se retire
+avec les quinze ou seize cent mille liv. qu'il a à l'armée;
+cette conduite est celle d'un escroc.</p>
+
+<p>Le service des charrois de l'artillerie, celui des fourrages,
+celui de la viande, enfin tous les services exigent que l'on
+prenne un parti.</p>
+
+<p>Rendez-vous donc sur-le-champ ici.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 13 brumaire an 5
+
+(3 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement.</i></p>
+
+<p>Nous manquons entièrement d'argent; toutes nos caisses sont
+vides et tous nos services entravés: le service même du prêt
+du soldat n'est pas assuré. Vos bureaux, citoyen commissaire,
+font de très-beaux états qui ne sont jamais d'accord avec le
+payeur, et, depuis trois mois que l'on cherche à concilier
+vos comptes, il n'y a jamais moyen de trouver l'emploi de
+trois ou quatre millions qui existent de différence.</p>
+
+<p>L'ordonnateur, depuis deux mois, n'a reçu que deux millions:
+tout souffre, et nous sommes en présence de l'ennemi.
+Vous m'aviez dit que vous faisiez passer les vingt-mille
+livres de Modène à Milan, et on n'en a fait passer que
+la moitié. Des trois cent mille livres qui devaient être soldées
+à Ferrare, il n'a été soldé que la moitié. Quant à Livourne,
+bien loin de nous présenter de l'argent, on nous offre de cinq
+à six cent mille liv., portées sans aucune forme légale. La
+compagnie Flachat, qui a toutes les ressources de l'armée,
+qui a tous les fonds, qui fait tous ses services en promesses,
+est la seule qui ait les moyens de pourvoir aux besoins urgens
+du moment. Faites qu'elle verse dans la caisse du payeur général
+de l'armée quinze cent mille liv. Vous devez fournir
+à nos besoins, et depuis deux mois, l'ordonnateur crie que
+tous les services manquent.</p>
+
+<p>Je vous prie donc, citoyen commissaire, de songer que
+toute l'armée est en mouvement, que nous sommes en présence
+de l'ennemi, que le moindre retard peut nous être funeste;
+occupez-vous donc à faire fournir à l'ordonnateur
+l'argent qui est nécessaire: nous sommes ici à la veille des
+plus grands événemens. Si la quatre-vingt-troisième demi-brigade,
+aujourd'hui soixante-quinzième, était partie de
+Marseille, conformément à l'ordre que j'ai donné, nous n'aurions
+rien à craindre, mais trois mille hommes de bonne troupe
+de moins, dans des circonstances comme celles-ci, sont pour
+nous un terrible malheur. La quarantième même arrive bien
+tard: il paraît que tout au plus le premier bataillon arrivera à
+temps; cependant, comme nous avons quelques bataillons en
+route, je vous prie d'expédier un courrier au général Kellermann,
+pour le requérir et le prier de faire filer ce qu'il y a
+de disponible. Toutes les troupes de l'Empire sont arrivées en
+poste avec une célérité surprenante; ils paraissent vraiment
+décidés à faire de grands sacrifices, et nous, on nous a livrés à
+nous-mêmes: de belles promesses et quelques petits corps de
+troupe sont tout ce qu'on nous a donné.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 15 brumaire an 5
+(5 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>Nous sommes en présence de l'ennemi, qui a passé la Piave.
+Vous sentez combien nous avons besoin de troupes; activez
+donc la marche de tous les dépôts et de tous les bataillons
+qui nous arrivent, bien entendu que vous prendrez des mesures
+pour que les fusils qui sont à Crémone soient répartis
+aux dépôts de Lodi et de Cassano, et que tous les soldats qui
+nous viendront soient armés. Vous dirigerez les dépôts des divisions
+d'Augereau et de Masséna sur Verone, où ils prendront
+de nouveaux ordres à l'état-major; les dépôts de Mantoue
+à l'ordinaire, et les dépôts de la division du général Vaubois,
+à Peschiera, où ils recevront de nouveaux ordres. Envoyez-nous
+promptement les quatre-vingts hommes du cinquième
+régiment de dragons que vous avez gardés à Milan;
+faites partir le premier bataillon de la légion lombarde pour
+Verone. Vous ne nous écrivez plus assez. Nous ne savons plus
+exactement ce qui arrive à Milan: il faut que vous ayez une
+correspondance suivie avec le général qui commande à Tortone,
+pour être instruit du jour où partent les différens bataillons
+de Tortone, des jours où ils arrivent à Milan, et l'annoncer
+aussitôt.</p>
+
+<p>L'ennemi paraît en force: il est nécessaire d'avoir à la fois
+de l'activité, de la vigilance, et de seconder de votre mieux
+les opérations de l'armée, spécialement les approvisionnemens
+de l'artillerie. Ayez l'oeil sur ce qui pourrait se passer
+du côté de Bergame et dans les vallées de Trompir et Dider:
+quoique ce soit loin de vous, cela vous intéresse trop, pour
+que vous ne soyez pas prévenu avant tous les autres de
+ce qui pourrait arriver de ce côté-là, qui méritât votre attention.</p>
+
+<p>L'armée manque totalement de fonds, le service même du
+prêt est exposé. Je vous prie de remettre la lettre que je vous
+fais passer au commissaire du gouvernement, s'il y est, ou
+au citoyen Flachat. Voyez également le congrès d'état et la
+municipalité de Milan, pour que tout ce qui est dû soit
+promptement payé.</p>
+
+<p>Si nous faisons des prisonniers, peut-être les ferai-je passer
+de l'autre côté du Pô, pour les dépayser. J'espère que la
+deuxième cohorte de la légion lombarde sera promptement organisée,
+ce qui vous fournira les moyens d'escorte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 14 brumaire an 5
+
+(4 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Le général Masséna a évacué aujourd'hui Bassano, à cinq
+heures du matin, l'ennemi se trouvant en force à Castel Franco.
+La soixante-quinzième doit être arrivée, à cette heure, à
+Vicence. Le général Augereau est déjà à Montebello: indépendamment
+des hussards du premier régiment, ce général
+aura encore le vingtième de dragons, fort de trois cent cinquante
+hommes. J'ai donné au général Meynier le commandement
+de Verone, au général Kilmaine le commandement
+depuis le fort de la Chiuza jusqu'à Rovigo, ainsi que celui
+de Mantoue; il se tiendra à Verone. Picot, qui est parti à
+minuit de Padoue, et qui a été jusque dans les postes ennemis,
+m'assure qu'ils ne sont pas plus de 8 à 9,000 hommes.
+Aucune de leurs patrouilles n'a encore paru à Padoue. Arrangez-vous
+bien avec le général Vaubois pour qu'il exécute
+comme il faut les dispositions du plan. J'espère que cette fois
+nous pourrons, d'un seul coup, donner du fil à retordre. Si
+cette lettre vous rencontre en chemin, faites-en part au général
+Vaubois, et par Dieu recommandez-lui de ne pas ménager
+les courriers. Cet adjoint peut continuer jusque chez le
+général Vaubois et me renvoyer Louis. Je ne serai pas fâché
+que le citoyen Junot reste jusqu'à l'attaque de demain. S'il
+est convenu qu'on doive attaquer demain, qu'il fasse en sorte
+que j'aie des nouvelles trois fois dans la journée.</p>
+
+<p>En passant la Chiuza, donnez un petit coup d'oeil, et assurez-vous
+qu'il n'y manque pas de munitions de bouche;
+assurez-vous aussi de la situation du pont et de l'espèce de
+garde qu'on y fait, cela toutefois autant que la nuit vous le
+permettra.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Vicence, le 15 brumaire an 5
+
+(5 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Nous sommes arrivés avec la division Augereau à Vicence:
+celle de Masséna était à huit milles d'ici, où elle s'est arrêtée
+lorsqu'elle a su notre arrivée. L'ennemi est entré hier au soir
+à Bassano, où l'on dit qu'il n'a que deux ou trois mille
+hommes. Le reste de ses troupes, que l'on porte à sept ou
+huit mille hommes, est à Citadella, un corps léger a même
+passé la Brenta à Ospidaletta da Brenta. Masséna va aller les
+chasser.</p>
+
+<p>Pressez par tous les moyens possibles l'arrivée des cinq
+pontons; il faudrait les faire venir en poste, vous avez dû les
+rencontrer entre Villa-Nova et Montebello. Si ces pontons
+m'arrivent, je passerai la Brenta cette nuit; j'ai fait préparer
+ici trente-six chevaux pour les conduire où j'en aurai besoin.
+J'avais ordonné qu'on en préparât un égal nombre à Montebello;
+jusqu'à cette heure, tout se dispose très-bien ici: si
+nous avons nos pontons ce soir, la journée de demain sera
+décisive. Masséna n'a perdu autre chose qu'un seul homme
+qui avait eu la cuisse cassée, qu'il a déposé à l'hôpital de
+Bassano. J'imagine que le bataillon des grenadiers arrivera
+aujourd'hui à Vicence. Je vous attends avec impatience. Je
+n'ai pas de nouvelles du général Lespinasse, du général
+Dommartin, ni d'aucun officier du génie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 brumaire an 5
+
+(8 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Rusca.</i></p>
+
+<p>J'apprends par la lettre qui m'est apportée par le citoyen.....,
+que les affaires de la Grafagniana sont un peu arrangées.</p>
+
+<p>Trois compagnies de grenadiers et cent cinquante hommes
+de piquet de la dix-neuvième sont partis pour se rendre à
+Modène. Le citoyen Lahoz, chef de brigade, est parti avec
+deux cohortes de sa légion et deux pièces de canon pour se
+rendre également à Modène. J'ai envoyé l'ordre que vous
+avez dû faire passer au général commandant à Livourne,
+pour qu'il envoie trois cents hommes par Massa et Carrara.
+Je désire qu'avec ces forces, et les deux cohortes de Modène
+et de Reggio, vous vous rendiez à Castel-Novo, que vous
+fassiez arrêter et fusiller six chefs, que vous fassiez brûler la
+maison d'une famille de ce pays, très-connue pour être à la
+tête de la rébellion, et que vous fassiez arrêter douze otages
+et désarmer tous ceux qui auront pris part à cette rébellion,
+après quoi vous publierez un pardon général pour le passé.
+Vous mettrez dans le château de Monte-Alfonso une garnison
+de cinquante hommes de la cohorte de Modène; après quoi,
+vous donnerez l'ordre au citoyen Lahoz de se rendre, avec
+ses deux cohortes et celles de Modène et de Reggio, six pièces
+de canon et quatre-vingts hommes de cavalerie, à Livourne,
+pour y tenir garnison sous les ordres du général commandant.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre sur-le-champ à la cohorte de Bologne
+et à celle de Ferrare de se rendre à Crémone. Je donne
+ordre au général Ménard, qui y commande, de compléter
+leur armement.</p>
+
+<p>Quant aux grenadiers et au piquet de la dix-neuvième, si
+vous croyez ne pas en avoir besoin pour la Grafagniana,
+vous les retiendrez à Modène jusqu'à ce que vos opérations
+soient finies, et immédiatement après vous les renverrez à
+Milan.</p>
+
+<p>J'oubliais de vous dire qu'il faudra faire prêter au gouvernement
+de Modène, à la petite ville de Castel-Novo, et à
+tous les villages qui ont pris part à la révolte, un nouveau
+serment d'obéissance à la république française.</p>
+
+<p>Mettez de l'éclat, dépêchez-vous, et punissez sévèrement
+les coupables, afin que l'envie ne leur prenne pas de se révolter
+lorsque nous pourrions être occupés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 24 brumaire an 5
+
+(14 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous dois compte des opérations qui se sont passées depuis
+le 21 de ce mois: s'il n'est pas satisfaisant, vous n'en
+attribuerez pas la faute à l'armée: son infériorité, et l'épuisement
+où elle est des hommes les plus braves me font tout
+craindre pour elle. Peut-être sommes-nous à la veille de perdre
+l'Italie. Aucun des secours attendus n'est arrivé; la quatre-vingt-troisième
+demi-brigade ne part pas; tous les secours
+venant des départemens sont arrêtés à Lyon et surtout à Marseille.
+On croit qu'il est indifférent de les arrêter huit ou dix
+jours, on ne songe pas que les destinées de l'Italie et de l'Europe
+se décident ici pendant ce temps-là. Tout l'empire a été
+en mouvement et y est encore. L'activité de notre gouvernement,
+au commencement de la guerre, peut seule donner une
+idée de la manière dont on se conduit à Vienne. Il n'est pas
+de jour où il n'arrive cinq mille hommes; et, depuis deux
+mois qu'il est évident qu'il faut des secours ici, il n'est encore
+arrivé qu'un bataillon de la quarantième, mauvaise troupe
+et non accoutumée au feu, tandis que toutes nos vieilles milices
+de l'armée d'Italie languissent en repos dans la huitième
+division. Je fais mon devoir, l'armée fait le sien: mon âme
+est déchirée, mais ma conscience est en repos. Des secours,
+envoyez-moi des secours; mais il ne faut plus s'en faire un
+jeu: il faut, non de l'effectif, mais du présent sous les armes.
+Annoncez-vous six mille hommes, le ministre de la guerre
+annonce six mille hommes effectifs et trois mille hommes
+présens sous les armes; arrivés à Milan, ils sont réduits à
+quinze cents hommes: ce n'est donc que quinze cents hommes
+que reçoit l'armée.</p>
+
+<p>Je fus informé, le 10, qu'un corps de deux mille cinq
+cents Autrichiens s'avançait de la Goricie, et déjà était
+campé sur la Piave; j'envoyai aussitôt le général Masséna,
+avec un corps d'observation, à Bassano sur la Brenta, avec
+ordre de se retirer à Vicence du moment que l'ennemi aurait
+passé la Piave. J'ordonnai au général Vaubois d'attaquer les
+postes ennemis dans le Trentin, et surtout de le chasser de
+ses positions entre le Lawis et la Brenta. L'attaque eut lieu
+le 12, la résistance fut vive. Le général Guieux emporta
+Saint-Michel et brûla les ponts des ennemis; mais ceux-ci
+rendirent notre attaque nulle sur Segonzano, et la quatre-vingt-cinquième
+demi-brigade y fut maltraitée malgré sa valeur.
+Nous avons eu trois cents blessés, cent hommes tués et
+deux cent cinquante prisonniers; nous avons fait cinq cents
+prisonniers, et tué beaucoup de monde à l'ennemi.</p>
+
+<p>Le 13, j'ordonnai que l'on recommençât l'attaque sur Segonzano,
+qu'il fallait avoir; et en même temps instruit que
+l'ennemi a passé la Piave, je pars avec la division du général
+Augereau. Nous nous joignons à Vicence avec la division
+Masséna, et nous marchons, le 15, au-devant de l'ennemi,
+qui avait passé la Brenta. Il fallait étonner comme la
+foudre, et balayer, dès son premier pas, l'ennemi. La journée fut
+vive, chaude et sanglante: l'avantage fut à nous,
+l'ennemi repassa la Brenta, et le champ de bataille nous
+resta. Nous fîmes cinq cent dix-huit prisonniers, et tuâmes
+considérablement de monde; nous enlevâmes une pièce de
+canon. Le général Lanusse a été blessé d'un coup de sabre.
+Toutes les troupes se sont couvertes de gloire.</p>
+
+<p>Cependant le 13, l'ennemi avait attaqué le général Vaubois sur
+plusieurs points et menaçait de le tourner, ce qui
+obligea ce général à faire sa retraite sur la Pietra, sa droite
+adossée à des montagnes, sa gauche à Mori. Le 16, l'ennemi
+ne se présenta point; mais, le 17, le combat fut des plus
+opiniâtres. Déjà nous avions enlevé deux pièces de canon et
+fait treize cents prisonniers, lorsque, à l'entrée de la nuit,
+une terreur panique s'empara de nos troupes; la déroute devint
+complète: nous abandonnâmes six pièces de canon.</p>
+
+<p>La division prit, le 18, sa position à Rivoli et à la Corona par un pont que j'avais fait jeter exprès. Nous avons
+perdu, dans cette retraite, outre six pièces de canon, trois
+mille hommes tués, blessés ou prisonniers. La perte de l'ennemi
+doit avoir été considérable.</p>
+
+<p>Ayant appris une partie de ce qui se passait dans le Tyrol,
+je m'empressai de partir le 17, à la pointe du jour, et nous
+arrivâmes le 18, à la pointe du jour, à Verone.</p>
+
+<p>Le 21, à trois heures après midi, ayant appris que l'ennemi
+était parti de Montebello et avait campé à Villa-Nova,
+nous partîmes de Verone. Nous rencontrâmes son avant-garde
+à Saint-Martin. Augereau l'attaqua, la mit en déroute,
+et la poursuivit trois milles: la nuit la sauva.</p>
+
+<p>Le 22, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en présence.
+Il fallait battre l'ennemi de suite; nous l'attaquâmes
+avec intelligence et bravoure. La division Masséna attaqua
+la gauche, le général Augereau la droite. Le succès était complet;
+le général Augereau s'était emparé du village de Caldero,
+et avait fait deux cents prisonniers; Masséna s'était
+emparé de la hauteur qui tournait l'ennemi, et avait pris cinq
+pièces de canon; mais la pluie, qui tombait à seaux, se
+change brusquement en une petite grelasse froide, qu'un
+vent violent portait au visage de nos soldats, et favorise l'ennemi;
+ce qui, joint à un corps de réserve qui ne s'était pas
+encore battu, lui fait reprendre la hauteur. J'envoie la
+soixante-quinzième demi-brigade, qui était restée en réserve,
+et tout se maintint jusqu'à la nuit; mais l'ennemi reste maître
+de la position. Nous avons eu six cents blessés, deux cents
+morts et cent cinquante prisonniers, parmi lesquels le général
+de brigade Launai, le chef de brigade Dupuis, qui a été
+blessé pour la seconde fois. L'ennemi doit avoir perdu davantage.</p>
+
+<p>Le temps continue à être mauvais. Toute l'armée est excédée
+de fatigue et sans souliers: je l'ai reconduite à Verone,
+où elle vient d'arriver.</p>
+
+<p>Une colonne ennemie, commandée par Laudon, s'avance
+sur Brescia, une autre sur Chiuza, pour faire sa jonction
+avec le corps d'armée. Pour résister à tout cela, je n'ai que
+dix-huit mille hommes.</p>
+
+<p>L'ennemi a au moins cinquante mille hommes, composés:
+1°. d'un corps autrichien venant du Rhin; 2°. de toutes les
+garnisons de la Pologne et des frontières de la Turquie;
+3°. du reste de son armée d'Italie, recrutée de dix mille
+hommes.</p>
+
+<p>Aujourd'hui, 24 brumaire, repos aux troupes; demain,
+selon les mouvemens de l'ennemi, nous agirons. Je désespère
+d'empêcher la levée du blocus de Mantoue, qui dans huit
+jours était à nous. Si ce malheur arrive, nous serons bientôt
+derrière l'Adda, et plus loin s'il n'arrive pas de troupes.</p>
+
+<p>Les blessés sont l'élite de l'armée: tous nos officiers sapeurs,
+tous nos généraux d'élite sont hors de combat; tout
+ce qui m'arrive est si inepte! et ils n'ont pas la confiance du
+soldat. L'armée d'Italie, réduite à une poignée de monde,
+est épuisée. Les héros de Lodi, de Millesimo, de Castiglione
+et de Bassano sont morts pour leur patrie ou sont à l'hôpital;
+il ne reste plus aux corps que leur réputation et leur orgueil.
+Joubert, Lannes, Lanusse, Victor, Murat, Charlot,
+Dupuis, Rampon, Pigeon, Menard, Chabran, sont blessés;
+nous sommes abandonnés au fond de l'Italie. La présomption
+de mes forces nous était utile; on publie à Paris, dans des
+discours officiels, que nous ne sommes que trente mille
+hommes.</p>
+
+<p>J'ai perdu dans cette guerre peu de monde, mais tous des
+hommes d'élite qu'il est impossible de remplacer. Ce qui me
+reste de braves voit la mort infaillible, au milieu de chances
+si continuelles et avec des forces si inférieures. Peut-être
+l'heure du brave Augereau, de l'intrépide Masséna, de Berthier,
+de..... est près de sonner: alors! alors! que deviendront
+ces braves gens? Cette idée me rend réservé; je n'ose
+plus affronter la mort, qui serait un sujet de découragement
+et de malheur pour qui est l'objet de mes sollicitudes.</p>
+
+<p>Sous peu de jours, nous essaierons un dernier effort: si la
+fortune nous sourit, Mantoue sera pris, et avec lui l'Italie.
+Renforcé par mon armée de siège, il n'est rien que je ne
+puisse tenter. Si j'avais reçu la quatre-vingt-troisième, forte
+de trois mille cinq cents hommes connus à l'armée, j'eusse
+répondu de tout! Peut-être, sous peu de jours, ne sera-ce
+pas assez de quarante mille hommes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 25 brumaire an 5
+(15 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement.</i></p>
+
+<p>La compagnie Flachat n'a fait encore aucune vente; cependant
+elle a des soies et autres marchandises assez importantes
+dans la Lombardie et à Tortone. Les rentes qu'elle
+fait à Livourne se font par devant elle, il est indispensable
+d'y faire intervenir le consul de la république. Cette compagnie,
+qui a reçu quatorze à quinze millions, ne paye pas
+les mandats, sous le prétexte qu'elle n'a pas d'argent, mais
+effectivement pour les faire négocier par main tierce, à quinze
+ou vingt pour cent de perte. Faites-vous remettre l'état des
+mandats qu'elle a aujourd'hui acquittés; ordonnez-lui: 1°.
+d'afficher, sous vingt-quatre heures, la vente de toutes les
+marchandises qu'elle a, pour être faite ensuite conformément
+à votre arrêté; 2°. que tout l'argent provenant des marchandises
+soit, vingt-quatre heures après, versé dans la caisse
+centrale, sans que, sous quelque prétexte que ce soit, cette
+compagnie puisse retenir cet argent; 3°. qu'elle vous remette
+l'état des versemens en grains qu'elle a faits à l'armée depuis
+le commencement de la campagne; car elle est fortement prévenue
+d'avoir fait des versemens factices pour quatre-vingt
+mille quintaux.</p>
+
+<p>Je vous engage à porter sur cette compagnie un oeil sévère.
+De tous côtés, on réclame contre elle; tous ses agens sont d'un
+incivisme si marqué, que je suis fondé à croire qu'une grande
+partie sert d'espions à l'ennemi. Je vous prie de prévenir
+cette compagnie que, si M. Paragallo, Français assez indigne
+pour avoir désavoué le caractère national, vient en Lombardie,
+je le ferai mettre en prison. J'ai de fortes raisons pour
+croire que cet homme a des liaisons avec le ministre de Russie
+à Gênes, et je suis instruit d'ailleurs que je suis environné
+d'espions; les employés qu'elle a à Livourne sont en grande
+partie des émigrés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 brumaire an 5
+(19 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement</i>.</p>
+
+<p>L'armée est sans souliers, sans prêt, sans habits; les hôpitaux
+manquent de tout; nos blessés sont sur le carreau et
+dans le dénûment le plus horrible; tout cela provient du défaut
+d'argent, et c'est au moment où nous venons d'acquérir
+4,000,000 à Livourne, et où les marchandises que nous avons
+à Tortone et à Milan nous offrent encore une ressource réelle.
+Modène devait aussi nous donner 1,800,000 fr., et Ferrare
+des contributions assez fortes; mais il n'y a ni ordre ni
+ensemble dans la partie des contributions dont vous êtes
+spécialement chargé. Le mal est si grand, qu'il faut un remède.
+Je vous prie de me répondre dans la journée si vous
+pouvez pourvoir aux besoins de l'armée; dans le cas contraire,
+je vous prie d'ordonner au citoyen Haller, fripon qui
+n'est venu dans ce pays-ci que pour voler, et qui s'est érigé
+intendant des finances des pays conquis, qu'il rende ses
+comptes à l'ordonnateur en chef qui est à Milan, et en même
+temps de leur laisser prendre les mesures pour procurer à
+l'armée ce qui lui manque. L'intention du gouvernement est
+que ses commissaires s'occupent spécialement des besoins de
+l'armée, et je vois avec peine que vous ne vous en occupez
+pas, et que vous laissez ce soin à un étranger dont le caractère
+et les intentions sont très-suspectes.</p>
+
+<p>Le citoyen Salicetti fait des arrêtés d'un côté, vous de
+l'autre; et le résultat de tout cela est que l'on ne s'entend pas
+et que l'on n'a pas d'argent. Les quinze cents hommes que
+nous tenons à Livourne nous coûtent plus qu'une armée;
+enfin nous sommes, grâce à tous ces inconvéniens-là, sur le
+point de manquer des choses indispensables. Nos soldats manquent
+déjà de ce qu'ils ne devraient pas manquer dans un
+pays aussi riche, et après les succès qu'ils obtiennent.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 brumaire an 5
+(19 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je suis si harassé de fatigue, citoyens directeurs, qu'il ne
+m'est pas possible de vous faire connaître tous les mouvemens
+militaires qui ont précédé la bataille d'Arcole, qui
+vient de décider du sort de l'Italie.</p>
+
+<p>Informé que le feld-maréchal Alvinzi, commandant l'armée
+de l'empereur, s'approchait de Verone, afin d'opérer sa
+jonction avec les divisions de son armée qui sont dans le Tyrol,
+je filai le long de l'Adige avec les divisions Augereau et
+Masséna; je fis jeter, dans la nuit du 24 au 25, un pont de
+bateaux à Ronco, où nous passâmes cette rivière: j'espérais
+arriver dans la matinée à Villa-Nova, et par là enlever les
+parcs d'artillerie de l'ennemi, ses bagages, et attaquer l'armée
+ennemie par le flanc et ses derrières. Le quartier-général
+du général Alvinzi était à Caldero; cependant, l'ennemi,
+qui avait eu avis de quelques mouvemens, avait envoyé un
+régiment de Croates et quelques régimens hongrois dans le
+village d'Arcole, extrêmement fort par sa position, au milieu
+de marais et de canaux.</p>
+
+<p>Ce village arrêta l'avant-garde de l'armée pendant toute
+la journée. Ce fut en vain que les généraux, sentant toute
+l'importance du temps, se jetèrent à la tête pour obliger
+nos colonnes de passer le petit pont d'Arcole: trop de courage
+nuisit; ils furent presque tous blessés: les généraux
+Verdier, Bon, Verne, Lannes furent mis hors de combat,
+Augereau, saisissant un drapeau, le porta au-delà du pont;
+il resta là plusieurs minutes sans produire aucun effet. Cependant,
+il fallait passer ce pont, ou faire un détour de
+plusieurs lieues, qui nous aurait fait manquer toute notre
+opération: je m'y portai moi-même, je demandai aux soldats
+s'ils étaient encore les vainqueurs de Lodi; ma présence
+produisit sur les troupes un mouvement qui me décida encore
+à tenter le passage. Le général Lannes, blessé déjà de deux
+coups de feu, retourna et reçut une troisième blessure plus
+dangereuse; le général Vignolle fut également blessé. Il fallut
+renoncer à forcer de front ce village, et attendre qu'une colonne
+commandée par le général Guieux, que j'avais envoyée par
+Albaretto, fût arrivée. Elle n'arriva qu'à la nuit, s'empara
+du village, prit quatre pièces de canon et fit quelques centaines
+de prisonniers. Pendant ce temps-là, le général Masséna
+attaquait une division que l'ennemi faisait filer sur notre
+gauche; il la culbuta et la mit dans une déroute complète.</p>
+
+<p>On avait jugé à propos d'évacuer le village d'Arcole, et
+nous nous attendions, à la pointe du jour, à être attaqués
+par toute l'armée ennemie, qui se trouvait avoir eu le temps
+de faire filer ses bagages et ses parcs d'artillerie, et de se porter
+en arrière pour nous recevoir.</p>
+
+<p>À la petite pointe du jour, le combat s'engagea partout
+avec la plus grande vivacité. Masséna, qui était sur la gauche,
+mit en déroute l'ennemi et le poursuivit jusqu'aux postes de
+Caldero. Le général Robert, qui était sur la chaussée du centre,
+avec la soixante-cinquième, culbuta l'ennemi à la baïonnette
+et couvrit le champ de bataille de cadavres. J'ordonnai
+à l'adjudant Vial de longer l'Adige avec une demi-brigade,
+pour tourner toute la gauche de l'ennemi; mais ce
+pays offre des obstacles invincibles; c'est en vain que ce
+brave adjudant-général se précipite dans l'eau jusqu'au cou,
+il ne peut pas faire une diversion suffisante. Je fis, pendant
+la nuit du 26 au 27, jeter des ponts sur les canaux et les marais,
+le général Augereau y passa avec sa division. À dix
+heures du matin, nous fûmes en présence: le général Masséna
+à la gauche, le général Robert au centre, le général Augereau
+à la droite. L'ennemi attaqua vigoureusement le centre,
+qu'il fit plier. Je retirai alors la trente-deuxième de la gauche,
+je la plaçai en embuscade dans les bois, et au moment où l'ennemi,
+poussant vigoureusement le centre, était sur le point
+de tourner notre droite, le général Gardanne sortit de son
+embuscade, prit l'ennemi en flanc et en fit un carnage horrible.
+La gauche de l'ennemi, étant appuyée à des marais et par la
+supériorité du nombre, imposait à notre droite: j'ordonnai
+au citoyen Hercule, officier de mes guides, de choisir
+25 hommes dans sa compagnie, de longer l'Adige d'une demi-lieue,
+de tourner tous les marais qui appuyaient la gauche
+des ennemis, et de tomber ensuite au grand galop sur le dos de
+l'ennemi en faisant sonner plusieurs trompettes. Cette manoeuvre
+réussit parfaitement; l'infanterie ennemie se trouva
+ébranlée, le général Augereau sut profiter du moment. Cependant,
+elle résiste encore quoiqu'en battant en retraite,
+lorsqu'une petite colonne de huit à neuf cents hommes, avec
+quatre pièces de canon que j'avais fait filer par Porto-Legnago
+pour prendre une position en arrière de l'ennemi et lui tomber
+sur le dos, acheva de la mettre en déroute. Le général
+Masséna, qui s'est reporté au centre, marcha droit au village
+d'Arcole, dont il s'empara, et poursuivit l'ennemi jusqu'au
+village de San-Bonifacio; mais la nuit nous empêcha d'aller
+plus avant.</p>
+
+<p>Le fruit de la bataille d'Arcole est: quatre à cinq mille prisonniers,
+quatre drapeaux, dix-huit pièces de canon. L'ennemi
+a perdu au moins quatre mille morts et autant de blessés.</p>
+
+<p>Outre les généraux que j'ai nommés, les généraux Robert et
+Gardanne ont été blessés. L'adjudant-général Vaudelin a été
+tué. J'ai eu deux de mes aides-de-camp tués, les citoyens
+Elliot et Muiron, officiers de la plus grande distinction;
+jeunes encore, ils promettaient d'arriver un jour avec gloire
+aux premiers postes militaires. Notre perte, quoique très peu
+considérable, a été très-sensible, en ce que ce sont presque
+tous nos officiers de distinction.</p>
+
+<p>Cependant le général Vaubois a été attaqué et forcé à Rivoli,
+position importante gui mettait à découvert le blocus de
+Mantoue. Nous partîmes, à la pointe du jour, d'Arcole. J'envoyai
+la cavalerie sur Vicence à la poursuite des ennemis, et
+je me rendis à Verone, où j'avais laissé le général Kilmaine
+avec trois mille hommes.</p>
+
+<p>Dans ce moment-ci, j'ai rallié la division Vaubois, je l'ai
+renforcée, et elle est à Castel-Novo. Augereau est à Verone,
+Masséna sur Villa-Nova.</p>
+
+<p>Demain, j'attaque la division qui a battu Vaubois, je la
+poursuis jusque dans le Tyrol, et j'attendrai alors la reddition
+de Mantoue, qui ne doit pas tarder quinze jours. L'artillerie
+s'est comblée de gloire.</p>
+
+<p>Les généraux et officiers de l'état-major ont montré une
+activité et une bravoure sans exemple, douze ou quinze ont
+été tués; c'était véritablement un combat à mort: pas un
+d'eux qui n'ait ses habits criblés de balles.</p>
+
+<p>Je vous enverrai les drapeaux pris sur l'ennemi.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 brumaire an 5
+(19 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot, membre du directoire.</i></p>
+
+<p>Les destinées de l'Italie commencent à s'éclaircir; encore
+une victoire demain, qui ne me semble pas douteuse, et j'espère,
+avant dix jours, vous écrire du quartier-général de Mantoue.
+Jamais champ de bataille n'a été aussi disputé que celui
+d'Arcole; je n'ai presque plus de généraux, leur dévouement
+et leur courage sont sans exemple. Le général de brigade
+Lannes est venu au champ de bataille, n'étant pas encore
+guéri de la blessure qu'il a reçue à Governolo. Il fut blessé
+deux fois pendant la première journée de la bataille; il était,
+à trois heures après-midi, étendu sur son lit, souffrant, lorsqu'il
+apprend que je me porte moi-même à la tête de la colonne;
+il se jette à bas de son lit, monte à cheval et revient
+me trouver. Comme il ne pouvait pas être à pied, il
+fut obligé de rester; il reçut; à la tête du pont d'Arcole, un
+coup qui l'étendit sans connaissance. Je vous assure qu'il
+fallait tout cela pour vaincre; les ennemis étaient nombreux
+et acharnés, les généraux à leur tête: nous en avons tué plusieurs.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 brumaire an 5
+(19 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p>
+
+<p>Votre neveu Elliot a été tué sur le champ de bataille
+d'Arcole. Ce jeune homme s'était familiarisé avec les armes,
+il a plusieurs fois marché à la tête des colonnes; il aurait été
+un officier estimable; il est mort avec gloire et en face de
+l'ennemi, il n'a pas souffert un instant. Quel est l'homme
+raisonnable qui n'envierait pas une telle mort? Quel est celui
+qui, dans les vicissitudes de la vie, ne s'estimerait point heureux
+de sortir de cette manière d'un monde si souvent méprisable?
+Quel est celui d'entre nous qui n'a pas regretté cent fois de
+ne pas être ainsi soustrait aux effets puissans de la calomnie,
+de l'envie, et de toutes les passions haineuses qui semblent
+presque exclusivement diriger la conduite des hommes?</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 5 frimaire an 5
+
+(23 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez écrite
+avant de partir pour la Corse. La mission que vous avez à
+remplir est extrêmement difficile; ce ne sera que lorsque
+toutes les affaires seront arrangées, qu'il sera permis de faire
+passer des troupes en Corse. Vous y trouverez le général
+Gentili, qui commande cette division. C'est un honnête
+homme, généralement estimé dans ce pays.</p>
+
+<p>Le Corse est un peuple extrêmement difficile à connaître;
+ayant l'imagination très-vive, il a les passions extrêmement
+actives.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 3 brumaire an 5
+
+(24 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A monsieur Paul Greppi.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous vous êtes donné
+la peine de m'écrire de Milan, en date du 6 brumaire dernier.</p>
+
+<p>J'y ai vu avec indignation le détail de la scène anarchique et
+licencieuse dont vous avez failli être la victime. Tant que les
+armées françaises seront à Milan, je ne souffrirai jamais que
+les propriétés soient insultées, non plus que les personnes.
+Je désire qu'après avoir fait votre tournée en Toscane, vous
+retourniez dans votre patrie à Milan; et soyez sûr qu'on réprimera
+cette poignée de brigands, presque tous étrangers à
+Milan, qui croient que la liberté est le droit d'assassiner,
+qui ne pensent pas à imiter le peuple français dans ses momens
+de courage et dans les élans de vertus qui ont étonné
+l'Europe, mais qui chercheraient à renouveler ces scènes
+horribles produites par le crime, et dont les auteurs seront
+l'objet éternel de la haine et du mépris du peuple français,
+même de l'Europe et de la postérité. Soyez donc sans inquiétude;
+et persuadez-vous que le peuple français et l'armée que
+je commande, ne laisseront jamais asseoir sur les ruines de la
+liberté la hideuse et dégoûtante anarchie: nous avons des
+baïonnettes pour exterminer les tyrans, mais avant tout le
+crime.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 4 frimaire an 5
+(24 novembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai instruit, citoyens directeurs, par ma dernière
+lettre, que le général Vaubois avait été obligé d'abandonner
+la position de Rivoli, et que l'ennemi était déjà arrivé à Castel-Novo:
+je profitai de la déroute de l'ennemi à Arcole
+pour faire repasser sur-le-champ l'Adige à la division du
+général Masséna, qui opéra sa jonction à Villa-Franca avec
+celle du général Vaubois, et, réunies, elles marchèrent à
+Castel-Novo, le 1er frimaire, tandis que la division du général
+Augereau se portait sur les hauteurs de Sainte-Anne,
+afin de couper la vallée de l'Adige à Dolce, et par ce moyen
+couper la retraite de l'ennemi.</p>
+
+<p>Le général Joubert, commandant l'avant-garde des divisions
+Masséna et Vaubois réunies, atteignit l'ennemi sur les
+hauteurs de Campora; après un combat assez léger, nous
+parvînmes à entourer un corps de l'arrière-garde ennemie,
+lui faire douze cents prisonniers, parmi lesquels le colonel du
+régiment de Berberek. Un corps de trois à quatre cents hommes
+ennemi, voulant se sauver, se noya dans l'Adige.</p>
+
+<p>Nous ne nous contentâmes pas d'avoir repris la position de
+Rivoli et de la Corona, nous poursuivîmes l'ennemi à Preabano.
+Augereau, pendant ce temps-là, avait rencontré un corps ennemi
+sur les hauteurs de Sainte-Anne, et l'avait dispersé,
+lui avait fait trois cents prisonniers, était arrivé à Dolce,
+avait brûlé deux équipages de pontons, leurs haquets, et enlevé
+quelques bagages.</p>
+
+<p>Le général Wurmser a fait une sortie sur Mantoue hier, 3,
+à sept heures du matin; la canonnade a duré toute la journée.
+Le général Kilmaine l'a fait rentrer comme à l'ordinaire,
+plus vite qu'il n'était sorti, et lui a fait deux cents prisonniers,
+pris un obusier et deux pièces de canon. Wurmser
+était en personne à cette sortie. Voilà la troisième fois, m'écrit
+le général Kilmaine, que Wurmser tente de faire des
+sorties, toutes les fois avec aussi peu de succès. Wurmser
+n'est heureux que dans les journaux que les ennemis de la
+république soldent à Paris.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 frimaire an 5
+
+(4 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Rusca.</i></p>
+
+<p>Il est essentiel, citoyen général, d'occuper le fort de Grafagniana
+et de faire terminer les troubles qui altèrent la tranquillité
+de ce pays-là; je n'ai pas de renseignemens assez positifs
+pour déterminer le parti qu'il convient de prendre, je vous
+prie de me faire un détail de ce que je dois penser à ce sujet.</p>
+
+<p>Je vous autorise à ordonner aux otages qui ont été la cause du
+trouble, de se rendre à Milan, si vous le jugez nécessaire.</p>
+
+<p>Faites arrêter et conduire à Milan le général du pape, qui
+est à Modène.</p>
+
+<p>Ayez la plus grande surveillance, et instruisez-moi de ce
+qui se trame; faites courir le bruit que je fais passer six mille
+hommes à Modène, cela imposera.</p>
+
+<p>Ordonnez sur-le-champ qu'il y ait deux députés de la Grafagniana
+au congrès de Modène, je vous autorise à les nommer.</p>
+
+<p>J'attends, par le retour de l'ordonnance, des renseignemens
+précis, qui me mettent à même de prendre un parti.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 frimaire an 5
+
+(4 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p>
+
+<p>La compagnie Flachat était à la fois receveur de l'argent
+provenant des contributions et fournisseur de l'armée. La
+compagnie Flachat devait naturellement entrer dans les dépenses
+de l'armée, et dès lors soldées par le payeur; cependant
+la maison Flachat à Gênes, dans les comptes qu'elle
+vous a présentés, porte cinq millions en compensation. Il est
+indispensable d'exiger, par tous les moyens possibles, la
+prompte rentrée des cinq millions, dont une partie pourra
+servir à solder le reste des mandats, spécialement celui de la
+marine et de l'armée des Alpes. Les besoins de l'armée sont
+si urgens, que nous avons besoin de compter sur la ressource
+de l'autre partie, pour pouvoir fournir au service. Je vous
+engage donc à prendre les moyens que vous croirez les plus
+expéditifs pour faire rentrer promptement lesdits cinq millions
+dans la caisse de la république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 16 frimaire an 5
+
+(6 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Denniée est un brave homme, bon comme ordonnateur
+ordinaire, mais n'ayant point assez de caractère ni
+de talens pour être en chef. Je désirerais que vous m'envoyassiez
+le commissaire ordonnateur Wilmanzi, dont tout le
+monde dit beaucoup de bien.</p>
+
+<p>J'ai fait arrêter le citoyen Auzou, agent en chef des fourrages
+de l'armée; il a reçu 1,700,000 fr. depuis la campagne,
+et il laisse manquer son service partout: je vais le faire juger
+par un conseil militaire. Il faudrait quelque grand exemple;
+malheureusement il y a beaucoup de tripotage dans ces conseils,
+qui ne sont pas assez sévères.</p>
+
+<p>Un nommé Lemosse, que l'opinion publique dénonce et
+qui me l'a été plus spécialement par les moines d'un couvent,
+où il a proposé de recevoir deux cents sequins pour ne pas y
+établir un hôpital, a été élargi par le conseil militaire pendant
+mon absence: je viens d'ordonner qu'il serait destitué et
+chassé de l'armée, mais cette punition est bien faible.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 16 frimaire an 5
+
+(6 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général Clarke est arrivé depuis quelques jours; j'ai
+écrit le même soir à M. le maréchal Alvinzi. Le général
+Clarke a pensé, avec raison, devoir écrire une lettre à l'empereur
+même, laquelle est partie avec une lettre pour
+M. Alvinzi.</p>
+
+<p>Le général Clarke m'a communiqué l'objet de sa mission.</p>
+
+<p>Si l'on n'eût considéré que la situation de cette armée, il eût
+été à désirer que l'on eût attendu la prise de Mantoue, car je
+crains qu'un armistice sans Mantoue ne soit pas un acheminement
+à la paix, et soit tout à l'avantage de Vienne et de
+Rome.</p>
+
+<p>Je vous ferai passer trois notes relatives à l'objet important
+dont est chargé le général Clarke. J'espère qu'avant peu de
+jours nous recevrons la réponse de Vienne, et que ce général
+se rendra à sa destination pour y remplir vos intentions.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 16 frimaire an 5
+
+(6 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le gouvernement de Venise a très-bien traité l'armée autrichienne;
+il y avait auprès de M. d'Alvinzi des provéditeurs
+et des approvisionnemens.</p>
+
+<p>Les Allemands, en s'en allant, ont commis toutes espèces
+d'horreurs, coupé les arbres fruitiers, brûlé les maisons et
+pillé les villages. Dans ce moment-ci, les ennemis sont à
+Trente et sur la Brenta. Nous sommes sur l'Adige, et nous
+occupons la ligne de Montebaldo; il paraît qu'ils se renforcent
+considérablement dans le Tyrol, où est dans ce moment-ci
+M. Alvinzi.</p>
+
+<p>Il ne nous est encore rien arrivé, et il ne nous est rien annoncé
+des dix mille hommes du Rhin, ni des dix mille
+hommes de l'Océan: ces deux renforts nous sont bien nécessaires.</p>
+
+<p>Si la campagne prochaine a lieu, il faut tourner tous nos
+efforts du côté du Frioul, et pour cela avoir deux armées en
+Italie: une dans le Tyrol, qui occupera Trente et qui attaquerait
+les ennemis; l'autre, dans le Frioul, se porterait à
+Trieste, et s'emparerait de tous les établissemens des ennemis
+dans cette mer-là.</p>
+
+<p>Si vous pouviez faire passer trente mille hommes ici, l'on
+pourrait les nourrir et les payer, et envahir tout le Frioul;
+l'empereur serait obligé: 1°. de retirer trente mille hommes
+du côté du Rhin; 2°, de retenir au moins vingt mille hommes
+pour seconde ligne, puisque, sans cela, une bataille
+heureuse compromettrait Vienne: alors on ne ferait presque
+pas de guerre sur le Rhin, et le théâtre se trouverait très éloigné
+de chez nous.</p>
+
+<p>Il n'y a à ce projet qu'une objection, ce sont les maladies
+que nos troupes gagnent en été en Italie; mais cette assertion est
+fausse: nous avons eu à cette armée vingt mille malades,
+sur lesquels quatre mille blessés; des seize mille autres, quatorze
+mille sont de Mantoue, et deux mille sont du reste de
+l'armée: ce n'est pas la proportion ordinaire.</p>
+
+<p>Envoyez-nous donc dix mille hommes du Rhin et dix mille
+de l'Océan, joignez-y quinze cents hommes de cavalerie,
+quelques compagnies d'artillerie, et je vous promets, avant
+le mois de mai, de dégager le Rhin, de forcer l'empereur à
+une guerre d'autant plus désastreuse, qu'elle sera à ses dépens
+sur son territoire.</p>
+
+<p>Mon armée actuelle, renforcée par les dix mille hommes du
+Rhin et les dix mille de l'Océan que vous m'avez annoncés,
+est suffisante pour le Tyrol et l'Italie.</p>
+
+<p>Les dix mille hommes qui assiègent Mantoue, qui seront
+bientôt douze mille, avec les vingt mille hommes que je vous
+demande, formeront l'armée du Frioul: avec ces deux armées
+j'irai à Vienne, ou du moins je me maintiendrai toute la campagne
+prochaine dans les états de l'empereur, vivant à ses
+dépens, ruinant ses sujets, en portant la guerre de l'insurrection
+en Hongrie.</p>
+
+<p>Enfin, citoyens directeurs, je crois que du prompt départ
+des dix mille hommes du Rhin peut dépendre le sort de l'Italie;
+mais que si vous en tirez dix mille autres, et que vous
+y joigniez dix à quinze mille hommes de l'Océan, vous aurez
+le droit d'attendre des millions, des succès et une bonne paix.
+De Trieste à Vienne il y a cent lieues sans places fortes, sans
+plan de défense arrêté: ce pays-là n'a jamais été le théâtre
+de la guerre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 frimaire an 5
+
+(8 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Auzou.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, les deux lettres que vous m'avez écrites.
+Si je ne vous ai pas encore fait dire la raison pour laquelle
+je vous ai fait arrêter, c'est que j'attendais les installations
+des nouveaux conseils militaires, qui, étant composés d'officiers,
+vous donneront des juges plus éclairés et plus dans le
+cas de vous entendre.</p>
+
+<p>Je me plains de vous, parce que votre service n'a jamais
+été organisé dans l'armée et ne s'y est jamais fait; parce que
+Peschiera n'a jamais été approvisionné; parce que vous n'avez
+jamais fourni les moyens nécessaires à vos sous-traitans;
+parce qu'enfin vous avez laissé tomber le service à plat dans
+un moment critique pour l'armée; enfin parce que vous ne
+vous êtes jamais trouvé au quartier-général, toutes les fois
+que votre présence y était nécessaire, c'est-à-dire lorsque
+l'ennemi était sur le point de nous attaquer.</p>
+
+<p>C'est par votre coupable négligence que nous avons perdu
+plusieurs centaines de chevaux, que le service de l'artillerie
+a considérablement souffert, et que la cavalerie, obligée de
+courir les champs et de fouiller les fermes pour assurer sa
+subsistance, s'est souvent portée à des excès propres à nous
+aliéner l'esprit des habitans; tout cela cependant lorsque
+votre service a reçu depuis le commencement de la campagne
+dix-sept à dix-huit cent mille liv., dont vous n'avez certainement
+pas dépensé le tiers.</p>
+
+<p>Je vous prie de m'envoyer: 1°. un état des consommations
+journalières des fourrages dans l'armée, ou un relevé des
+bons pour un des mois passés; 2°. un état de l'emploi que
+vous avez fait de l'argent qui vous a été remis; 3°. un état
+exact de ce que vous avez remis à chacun de vos sous-traitans;
+4°. enfin s'il arrivait qu'il y en eût parmi eux qui, par
+leur conduite ou leur incapacité, et quoique ayant reçu des
+fonds, eussent fait manquer le service, de me les dénoncer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 frimaire an 5
+(8 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au provéditeur-général de la république de Venise.</i></p>
+
+<p>Je n'ai pas reconnu, monsieur, dans la note que vous
+m'ayez fait passer, la conduite des troupes françaises sur le
+territoire de la république de Venise, mais bien celle des
+troupes de sa majesté l'empereur, qui partout où elles ont
+passé, se sont portées à des horreurs qui font frémir.</p>
+
+<p>Le style de cinq pages, sur les six que contient la note
+qu'on vous a envoyée de Verone, est d'un mauvais écolier de
+rhétorique, auquel on a donné pour thèse de faire une amplification.
+Eh! bon Dieu, monsieur le provéditeur, les maux
+inséparables d'un pays qui est le théâtre de la guerre, produits
+par le choc des passions et des intérêts, sont déjà si
+grands et si affligeans pour l'humanité, que ce n'est pas, je
+vous assure, la peine de les augmenter au centuple, et d'y
+broder des contes de fées, sinon rédigés avec motifs, au moins
+extrêmement ridicules.</p>
+
+<p>Je donne un démenti formel à celui qui oserait dire qu'il
+y a eu dans les états de Venise une seule femme violée par
+les troupes françaises. Ne dirait-on pas, à la lecture de la
+note ridicule qui m'a été envoyée, que toutes les propriétés
+sont perdues, qu'il n'existe plus une église et une femme
+respectées dans le Véronais et le Brescian? La ville de Verone,
+celle de Brescia, celle de Vicence, de Bassano, en un
+mot toute la terre ferme de l'état de Venise, souffrent beaucoup
+de cette longue lutte; mais à qui la faute? C'est celle
+d'un gouvernement égoïste, qui concentre dans les îles de
+Venise toute sa sollicitude et ses soins, sacrifie ses intérêts à
+ses préjugés et à sa passion, et le bien de la nation vénitienne
+entière à quelques caquetages de coteries. Certes, si le sénat
+eût été mu par l'intérêt du bien public, il eût senti que le
+moment était venu de fermer à jamais son territoire aux armées
+indisciplinées de l'Autriche, et par là de protéger ses
+sujets et de les garantir à jamais du théâtre de la guerre.</p>
+
+<p>On me menace de faire naître des troubles et de faire soulever
+les villes contre l'armée française: les peuples de Vicenzia
+et de Bassano savent à qui ils doivent s'en prendre des
+malheurs de la guerre, et savent distinguer notre conduite
+de celle des armées autrichiennes.</p>
+
+<p>Il me paraît qu'on nous jette le gant. Êtes-vous, dans cette
+démarche, autorisé par votre gouvernement? La république
+de Venise veut-elle aussi se déclarer contre nous? Déjà je
+sais que la plus tendre sollicitude l'a animée pour l'armée
+du général Alvinzi: vivres, secours, argent, tout lui a été
+prodigué; mais, grâce au courage de mes soldats et à la
+prévoyance du gouvernement français, je suis en mesure, et
+contre la perfidie, et contre les ennemis déclarés de la république
+française.</p>
+
+<p>L'armée française respectera les propriétés, les moeurs et
+la religion; mais malheur aux hommes perfides qui voudraient
+lui susciter de nouveaux ennemis! C'est sans doute
+par leur influence qu'on assassine tous les jours sur le territoire
+de Bergame et de Brescia. Mais puisqu'il est des hommes
+que les malheurs que leur inconduite pourrait attirer
+sur la terre-ferme ne touchent pas, qu'ils apprennent que
+nous avons des escadres: certes, ce ne sera pas au moment
+où le gouvernement français a généreusement accordé la paix
+au roi de Naples, où il vient de resserrer les liens qui l'unissaient
+à la république de Gênes et au roi sarde, qu'on pourra
+l'accuser de chercher de nouveaux ennemis; mais ceux qui
+voudraient méconnaître sa puissance, assassiner ses citoyens
+et menacer ses armées, seront dupes de leurs perfidies et
+confondus par la même armée qui, jusqu'à cette heure,
+et non encore renforcée, a triomphé de ses plus grands ennemis.</p>
+
+<p>Je vous prie du reste, monsieur le provéditeur, de croire,
+pour ce qui vous concerne personnellement, aux sentimens
+d'estime, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 frimaire an 5
+(8 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallemant, à Venise</i>.</p>
+
+<p>Des mouvemens insurrectionnels qui sont entièrement apaisés
+ont eu lieu dans la partie du ci-devant duché de Modène
+appelé la Grafagniana; ils sont attribués en grande partie au
+nommé Frater-Zoccolente Magesi, cordelier du couvent de
+Castel-Nuovo, à la Grafagniana. On m'assure que ce scélérat
+s'est retiré à Venise: il pourrait se trouver, soit auprès du
+duc, soit dans le couvent des cordeliers de cette ville.</p>
+
+<p>Je vous prie d'adresser au gouvernement de Venise une
+note pour demander son arrestation, et de me faire part du
+fruit de vos démarches.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 frimaire an 5
+(10 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À monsieur le provéditeur-général de la république de
+Venise, à Brescia</i>.</p>
+
+<p>Si j'ai été surpris, monsieur, du ton de la dernière note
+que l'on m'a envoyée à Verone, c'est que, comme son extrême
+exagération est évidente à tous les yeux, j'ai pensé
+qu'elle pouvait être le fait d'un commencement de système:
+la conduite tenue envers l'armée de M. Alvinzi m'en fournissait
+une preuve assez naturelle. Quoi qu'il en soit, monsieur,
+l'armée française suivra la ligne qu'elle a tenue depuis
+le principe de la campagne, et l'on n'oubliera jamais de punir
+exemplairement les soldats qui pourraient s'éloigner des
+règles d'une sévère discipline.</p>
+
+<p>Je vous demande seulement, monsieur, que vous vouliez
+bien engager les gouverneurs qui sont sous vos ordres, lorsqu'ils
+auront des plaintes à me faire, à m'indiquer simplement
+ce qu'ils voudraient que l'on fît, sans les noyer dans
+un tas de fables. Vous me trouverez au reste toujours disposé
+à vous donner des preuves des sentimens, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 frimaire an 5
+(10 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au congrès d'état</i>.</p>
+
+<p>Je ne vois aucun inconvénient, citoyens, à ce que vous
+envoyiez des députés à la fédération de Reggio: l'union des
+patriotes fait leur force. Je suis bien aise de saisir ces circonstances
+pour détruire des bruits répandus par la malveillance.
+Si l'Italie veut être libre, qui pourrait désormais l'en
+empêcher? Ce n'est pas assez que les différens états se réunissent,
+il faut, avant tout, resserrer les liens de fraternité
+entre les différentes classes de l'état; réprimer surtout le petit
+nombre d'hommes qui n'aiment la liberté que pour arriver
+à une révolution: ils sont ses plus grands ennemis, et ils
+prennent toute espèce de figures pour remplir leurs desseins
+perfides.</p>
+
+<p>L'armée française ne souffrira jamais que la liberté en Italie
+soit couverte de crimes. Vous pouvez, vous devez être
+libres sans révolution, sans courir les chances et sans éprouver
+les malheurs qu'a éprouvés le peuple français. Protégez
+les propriétés et les personnes, et inspirez à vos compatriotes
+l'amour et le respect des lois et des vertus guerrières, qui défendent
+et protégent les républiques et la liberté. La scène
+que plusieurs mauvais sujets se sont permise envers le citoyen
+Greppi, a jeté des craintes et inspiré une terreur que vous devez
+vous efforcer de dissiper. Comprimez les malveillans,
+mais n'accoutumez pas un petit nombre de personnes à
+s'intituler
+le peuple et à commettre des crimes en son nom.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5
+
+(11 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Lavalette, aide-de-camp du général en chef.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez à Plaisance, vous y passerez toute la
+journée de demain; vous me rendrez compte de la situation
+des deux têtes de pont, de celle de l'artillerie qui les défend,
+et vous m'en enverrez l'inventaire, ainsi que l'état de situation
+de la garnison de Plaisance. Vous m'enverrez l'état nominatif
+de tous les Français qui sont à Plaisance, avec des notes sur
+ce qu'ils font, et depuis quel temps ils y sont; vous visiterez
+les hôpitaux, vous m'en enverrez l'état de situation avec
+des observations sur la tenue, et un résumé de quelles demi brigades
+sont les malades, avec l'état nominatif des officiers
+qui y seraient; vous visiterez tous les magasins et vous m'enverrez
+les inventaires; vous partirez demain, dans la nuit,
+de Plaisance, vous arriverez le 3 au matin à Parme; vous
+vous rendrez chez son Altesse Royale, vous la complimenterez
+de ma part sur le traité de paix qui vient d'unir les deux
+états.</p>
+
+<p>Vous vous ferez remettre l'état de tous les Français qui
+sont à Parme, vous ferez arrêter ceux qui y sont sans raison,
+surtout, si vous pouvez le rencontrer, un aventurier
+qui s'est dit long-temps mon aide-de-camp, s'appelant
+Lemarais, et de me l'envoyer sous bonne escorte à Milan,
+ainsi qu'un commissaire nommé Fleuri.</p>
+
+<p>Je vous ferai passer une lettre pour le premier ministre
+du duc. Je le prie de faire confectionner deux mille paires de bottes,
+dont il faudra que vous emportiez un échantillon,
+que vous demanderez au général Beaurevoir, et, au défaut
+d'échantillon, un modèle, et vingt-cinq mille paires de souliers.</p>
+
+<p>Vous m'écrirez de Parme sur tous ces objets; vous partirez
+dans la nuit du 3 au 4, pour vous rendre à Reggio et a
+Modène. Vous m'enverrez de chacune de ces deux villes la
+liste des Français qui s'y trouvent, soit officiers, ou soldats,
+ou employés; vous me ferez connaître tout ce qui pourrait
+vous frapper, qui pourrait caractériser l'esprit des habitans
+de ces deux villes, surtout pour ce qui regarde leur légion.</p>
+
+<p>De Modène vous irez joindre le général Rusca; vous m'écrirez
+sur la situation actuelle de la Grafagniana, sur la manière
+dont se sont comportées les légions italiennes, sur les
+exemples que l'on a faits, ainsi qu'à Carrara; de là vous vous
+rendrez à Livourne.</p>
+
+<p>Vous m'enverrez l'état nominatif de tous les Français qui
+sont dans cette place, ne faisant pas partie de la garnison.</p>
+
+<p>Vous m'écrirez le plus souvent possible pour m'instruire
+de l'état des choses, et vous ne reviendrez que lorsque je vous
+en aurai donné l'ordre, à moins qu'il n'y ait quelque chose
+de fort intéressant qui nécessitât votre retour.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5
+
+(11 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Rusca.</i></p>
+
+<p>Le général Vaubois me rend compte, citoyen général,
+que, le 16 de ce mois, il y a eu une révolte dans la ville de
+Carrara: mon intention est qu'après avoir exécuté mes ordres
+à la lettre à Castel-Novo, vous vous transportiez à Carrara,
+et que vous fassiez fusiller trois des chefs, brûler la maison
+du plus apparent de ceux qui ont pris part à la rébellion, et
+que vous preniez six otages, que vous enverrez au château de
+Milan; ils ont fait couper le bois de Levinzo: mon intention
+est que mon ordre, tant pour Castel-Novo que pour Carrara,
+soit promptement exécuté. Il faut ôter au peuple l'envie de
+se révolter et de se laisser égarer par les malveillans.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5
+(11 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, me faire rendre
+compte de l'ordre qui portait de couper le bois de Levinzo.
+C'est toujours par des exactions faites par le commissaire du
+gouvernement, qu'on excite le peuple à se révolter; il faut
+que la punition des chefs principaux de la révolte soit éclatante.
+Je donne l'ordre au général Rusca de s'y transporter
+de Castel-Novo, d'en faire fusiller trois et d'en arrêter six en
+otage, et de brûler dans la ville de Carrara la maison la plus
+apparente d'un de ceux qui ont pris part à la rébellion. Vous
+voudrez bien organiser les trois demi-brigades que vous avez
+à Livourne, et en former deux bataillons de la soixante-neuvième,
+et le troisième bataillon sera formé par les troupes qui
+arrivent de l'Océan. Les quatre-vingts hommes de cavalerie,
+les sept cents hommes de la légion italienne et les neuf cents
+de la légion lombarde, avec six pièces de canon qui doivent
+vous arriver, vous mettront à même de chasser les Anglais
+de la côte et d'imposer aux malveillans.</p>
+
+<p>Rendez-moi compte de la conduite qu'ont tenue les agens
+militaires du côté de Massa et de Carrara.</p>
+
+<p>Sous quelque prétexte que ce soit et sur quelque ordre que
+ce puisse être, ne laissez rien sortir de Livourne. Toutes les
+ressources qui peuvent y être, sont absolument nécessaires
+pour l'armée, qui manque de tout, et dont les finances sont
+dans le plus mauvais état. Le commissaire ordonnateur a dû
+donner les ordres pour la vente de tous les objets que vous demandez.
+Quant aux habillemens pour les demi-brigades que
+vous avez sous vos ordres à Livourne, l'essai qu'on en a
+fait sur la soixante-quinzième a si mal réussi, qu'il est impossible
+de penser à leur en faire fournir dans cette ville;
+mais on en fera faire à Milan.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général 4 Milan, le 21 frimaire an 5
+
+(11 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au sénat de Bologne.</i></p>
+
+<p>L'imposition appelée <i>imposta</i> pèse sur le peuple des campagnes
+de Bologne.</p>
+
+<p>L'impôt appelé <i>casuel</i>, que retirent les curés des paroisses
+a un but d'utilité réelle, puisqu'il doit suppléer à l'entretien
+des ministres du culte; mais il n'est pas moins onéreux pour
+le peuple, qui est obligé de payer pour recevoir les sacremens:
+vous avez bien des moyens pour abolir ces deux impositions
+et améliorer le sort de vos concitoyens.</p>
+
+<p>Moyennant l'ordre que vous avez donné pour expulser les
+moines qui ne sont pas Bolonais, vous avez économisé l'entretien
+de trois ou quatre cents personnes; il faut que ce soit le
+peuple qui jouisse de l'avantage que la sagesse de vos mesures
+a procuré à votre république.</p>
+
+<p>Ordonnez qu'il n'y ait dans l'état de Bologne qu'un seul
+couvent du même ordre, supprimez tous ceux qui auraient
+moins de quinze religieux; resserrez les couvens de religieux,
+et servez-vous des ressources considérables que cela
+vous donnera, pour remplacer dans votre trésor public le déficit
+qu'y produirait la suppression de la taxe dite <i>imposta</i>,
+et indemniser les curés et vicaires du déficit que leur procurera
+la suppression du <i>casuel</i>.</p>
+
+<p>Je vous prie de faire exécuter l'ordre que je vous envoie
+sur les commandeurs de Malte. Je n'ai pas voulu l'étendre
+aux moines, parce que j'ai pensé que vous en profiteriez pour
+soulager le peuple.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5
+
+(11 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au sénat de Bologne et au gouvernement provisoire de
+Modène et de Ferrare.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien commander à tous les commandeurs
+et autres bénéficiers ou fermiers de l'ordre de Malte de verser
+dans la caisse du sénat, dans le courant de nivose, une année
+de leurs revenus, sous peine d'être déchus de leurs bénéfices
+ou fermes. Les receveurs du sénat et des gouvernemens de
+Ferrare et de Modène en tiendront compte à la caisse du
+payeur de l'armée, et, pour cet effet, correspondront avec
+l'ordonnateur en chef.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5
+
+(11 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Fréville, secrétaire d'ambassade à Florence.</i></p>
+
+<p>J'avais déjà reçu, citoyen, par le général commandant à
+Livourne le procès-verbal fait par l'officier commandant le
+détachement français qui a passé à Sienne. J'y ai vu avec la
+plus vive satisfaction que la conduite du gouverneur, commandant
+pour son altesse royale le grand-duc de Toscane,
+avait été conforme aux principes de neutralité de ce prince
+avec la république française. De mauvais sujets de la ville de
+Sienne se sont portés à quelques excès injurieux pour l'armée
+française, le temps n'est pas éloigné où nous verrons si les habitans
+de Sienne soutiendront ce caractère de mépris qu'ils
+paraissent manifester chez eux contre l'armée française; ils
+ont insulté un détachement de deux cents hommes; ils sont
+les seuls du brave peuple toscan qui se soient éloignés des
+sentimens d'estime qu'on professe assez généralement pour la
+république française.</p>
+
+<p>N'entretenez pas la cour de Toscane de ces vétilles, dès
+l'instant qu'il est prouvé que le gouverneur a fait ce qui dépendait
+de lui pour réprimer ces malintentionnés.</p>
+
+<p>Lorsque le moment sera venu, j'ordonnerai à un général
+français d'apprendre aux habitans de Sienne qu'on n'insulte
+pas en vain l'armée française, et que tôt ou tard on la trouve
+dans son sein, en bon nombre et lorsque l'on s'y attend le
+moins. Il ne sera plus temps alors de se repentir.</p>
+
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5
+
+(11 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Rusca.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, général, de témoigner ma satisfaction aux
+municipalités de la Mirandole et de Saint-Felsa sur la conduite
+qu'elles ont tenue. Vous voudrez bien sur-le-champ
+faire constater que les cinq rebelles arrêtés à Concordia ont
+continué à frapper ceux qui avaient la cocarde nationale et à
+détruire l'arbre de la liberté: après quoi, vous les ferez fusiller
+tous les cinq, au milieu de la place publique de Modène,
+par la légion modénaise. Vous ferez partir les deux otages
+pour le château de Milan, où ils seront sévèrement gardés.
+J'approuve fort la conduite que vous avez tenue dans cette
+affaire délicate: c'est à votre promptitude qu'est due la bonne
+issue de votre opération.</p>
+
+<p>J'attends avec quelque intérêt les nouvelles que vous allez
+me donner de votre expédition sur Castel-Novo et Carrara;
+j'espère que vous aurez ponctuellement exécuté les ordres que
+je vous ai donnés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5
+
+(11 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Rusca.</i></p>
+
+<p>Je vous ferai tenir, citoyen général, le procès-verbal de
+ce qui s'est passé à Carrara. Mon intention est que vous fassiez
+arrêter tous ceux qui sont dénoncés comme ayant participé
+à la révolte; s'ils étaient sauvés, vous feriez brûler leurs
+maisons, sans cependant qu'il y en ait plus d'une de brûlée
+par village qui s'est mal comporté: tous les otages que vous
+croirez pouvoir assurer la tranquillité seront arrêtés et envoyés
+à Milan. Ce n'est pas qu'il y ait quelque chose à craindre
+tant que nous serons vainqueurs; mais, à la moindre vicissitude,
+ils pourraient remuer, ce qui serait un mauvais
+exemple pour les fiefs impériaux et pour les habitans des
+montagnes de l'Apennin.</p>
+
+<p>Faites transporter à Livourne les pièces de canon qui se
+trouvent du côté de Carrara, lorsque la tranquillité y sera
+parfaitement rétablie; lorsque vous aurez mis les patriotes
+en place, faites tout ce qui pourrait être nécessaire pour effrayer
+les malveillans et contenter les peuples; jetez un coup
+d'oeil sur les fiefs impériaux, et faites-moi connaître ce que
+l'on pourrait faire pour nous attacher les habitans.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 frimaire an 5
+
+(13 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux citoyens Peregallo, Flachat et compagnie.</i></p>
+
+<p>Vous avez, messieurs, reçu l'argent destiné à l'entretien
+de l'armée, et elle éprouve les besoins les plus pressans: le
+prêt manque depuis deux décades; ce service doit être fait
+sous la responsabilité de la trésorerie, avec laquelle vous
+avez un marché qui y affecte spécialement le produit de toutes
+les contributions et des marchandises provenant des conquêtes
+de l'armée d'Italie. Il est notoire que vous avez reçu
+5,000,000 dont vous n'avez rendu aucun compte. J'aime à
+croire que vous solderez sur-le-champ 600,000 liv. nécessaires
+au payeur de l'armée, et je vous préviens qu'il a
+en conséquence tiré sur vous des lettres de change pour
+600,000 fr.</p>
+
+<p>Si, par une mauvaise foi inconcevable, vous aviez l'imprudence
+d'éluder l'escompte de ladite lettre de change, vous
+seriez responsable des événemens qui pourraient survenir, du
+tort que cela ferait à l'armée, et je requiers le citoyen Faypoult
+de vous considérer comme des banqueroutiers et de
+vous traiter comme tels.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 24 frimaire an 5
+
+(14 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Regnier vous communiquera un arrêté des
+commissaires du gouvernement, qui tire 600,000 liv. sur
+la maison Flachat et Peregallo, sur les 5,000,000 qu'ils ont,
+provenant des contributions de l'armée, et qu'ils auraient dû
+verser dans la caisse du payeur. Cette somme est destinée à
+solder le prêt, qui manque à l'armée depuis deux décades.
+S'ils n'acceptent pas les lettres de change, je vous requiers de
+faire mettre le scellé sur la maison Flachat, Castelli, Peregallo
+et compagnie, et de chercher à procurer cet argent au
+payeur de l'armée. Des opérations de la plus grande conséquence
+peuvent tenir à l'exécution de cette mesure.</p>
+
+<p>J'ai ordonné au général Baraguay d'Hilliers de faire mettre
+les scellés sur les papiers du correspondant de cette maison
+à Milan.</p>
+
+<p>L'armée manque de tout, le prêt est arriéré de deux décades;
+nous n'avons plus de ressources que dans les 5,000,000
+et les 2,000,000 qui doivent nous rentrer d'après la convention,
+les ratifications ayant été échangées à Paris. Le payeur
+va tirer pour 2,000,000 pour ce dernier objet.</p>
+
+<p>Vous devez avoir, outre les sept caisses venant de Bologne,
+quatre ou cinq caisses venant de Milan, qui ont été estimées,
+je crois, 8 à 9,000,000 fr. Gardez-les bien précieusement,
+car il viendra un temps où nous pourrons avoir besoin de nous
+en servir pour nourrir l'armée, en empruntant dessus.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 24 frimaire an 5
+
+(14 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, faire venir chez vous
+le citoyen Rouillet, agent en chef de la compagnie Flachat,
+le sommer de verser dans la caisse du payeur les 4 ou 5,000,000
+qu'il a, provenant des contributions, et, sur son refus, le
+faire mettre en état d'arrestation et les scellés sur ses papiers.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Verone, le 1er nivose an 5
+
+(20 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie onze drapeaux pris sur l'ennemi aux batailles
+de Rivoli et de la Favorite. Le citoyen Bessières, commandant
+des guides, qui les porte, est un officier distingué
+par sa valeur et sa bravoure, et par l'honneur mérité qu'il a
+de commander une compagnie de braves gens qui ont toujours
+vu fuir l'ennemi devant eux, et qui, par leur intrépidité,
+nous ont rendu, dans la campagne, des services très essentiels.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 6 nivose an 5
+
+(28 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Il y a dans ce moment-ci en Lombardie trois partis: 1°.
+celui qui se laisse conduire par les Français; 2°. celui qui
+voudrait la liberté, et montre même son désir avec quelque
+impatience; 3°. le parti ami des Autrichiens, et ennemi des
+Français. Je soutiens et j'encourage le premier, je contiens le
+second, et je réprime le troisième.</p>
+
+<p>Il est faux que j'aie augmenté la contribution de la Lombardie
+de huit millions, et le parti qui vous a remis un mémoire basé
+sur ce fait, ferait beaucoup mieux de payer les
+cinq millions que lui et ses associés doivent à la république, et
+ont volé à l'armée, que de parler d'un pays où sa compagnie
+s'est fait universellement mépriser par les coquineries de toutes
+espèces qu'elle a commises.</p>
+
+<p>Les républiques cispadanes sont divisées en trois partis:
+1°. les amis de leur ancien gouvernement; 2°. les partisans
+d'une constitution indépendante, mais un peu aristocratique;
+3°. les partisans de la constitution française ou de la pure démocratie.
+Je comprime le premier, je soutiens le second et je
+modère le troisième.</p>
+
+<p>Je soutiens le second et je modère le troisième, parce que
+le parti des seconds est celui des riches propriétaires et des
+prêtres, qui en dernière analyse finiraient par gagner la masse
+du peuple, qu'il est essentiel de rallier autour du parti français.</p>
+
+<p>Le dernier parti est composé de jeunes gens, d'écrivains,
+et d'hommes qui, comme en France et dans tous les pays, ne
+changent de gouvernement, n'aiment la liberté que pour
+faire une révolution.</p>
+
+<p>Les Allemands et le pape réunissent leur crédit pour insurger
+les Apennins; leurs efforts sont inutiles: une partie de la
+Grafagniana s'était cependant révoltée, ainsi que la petite ville
+de Carrara. J'ai envoyé une petite colonne mobile pour mettre
+ces gens-là à la raison, et faire des exemples terribles, qui
+apprennent à ces montagnards à ne pas jouer avec nous. La
+révolte des Apennins, si elle se faisait au moment où nous aurions
+affaire à l'ennemi, nous donnerait beaucoup d'embarras.
+Ces montagnes arrivant jusqu'à Tortone, leurs habitans pourraient
+gêner les communications: aussi j'y ai perpétuellement
+les yeux.</p>
+
+<p>Dans ce moment-ci, les républiques cispadanes sont réunies
+dans un congrès qu'elles tiennent à Reggio.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 8 nivose an 5
+
+(28 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous enverrai la lettre écrite par le général Alvinzi et la
+réponse du général Berthier: en conséquence le baron Vincent
+et le général Clarke se réunissent à Vicence, le 13 de
+ce mois. Mon opinion est que, quelque chose que l'on puisse
+stipuler pour le <i>statu quo</i> de Mantoue, l'exécution en sera
+toujours impossible. Si l'empereur consent à conclure l'armistice
+sans le pape, l'avantage de pouvoir retirer trente
+millions, cet hiver, d'Italie, et de pouvoir en donner quinze
+aux armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin, est une considération
+telle, qu'elle nous permet d'ouvrir la campagne prochaine
+avec avantage.</p>
+
+<p>Mais si l'empereur veut y comprendre le pape, l'armistice
+nous fera perdre Mantoue, l'argent de Rome, et donnera le
+le temps au pape d'organiser une force militaire avec des officiers
+autrichiens: cela mettrait toutes les chances contre nous
+pour la campagne prochaine.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 nivose an 5
+
+(28 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Les Vénitiens ayant accablé de soins l'armée du général
+Alvinzi, j'ai cru devoir prendre une nouvelle précaution, en
+m'emparant du château de Bergame, qui domine la ville de
+ce nom et empêcherait les partisans ennemis de venir gêner
+notre communication entre l'Adda et l'Adige.</p>
+
+<p>De toutes les provinces de l'État de Venise, celle de Bergame
+est la plus mal intentionnée à notre égard. Il y avait
+dans la ville de ce nom un comité chargé de répandre les
+nouvelles les plus ridicules sur le compte de l'armée; c'est
+sur le territoire de cette province que l'on a le plus assassiné
+de nos soldats, et c'est de là que l'on favorisait la désertion
+des prisonniers autrichiens. Quoique la prise de la citadelle
+de Bergame ne soit pas une opération militaire, il n'en a pas
+moins fallu de la dextérité et de la fermeté: le général Baraguay
+d'Hilliers, que j'en avais chargé, s'est dans cette occasion
+parfaitement conduit; je vais lui donner le commandement
+d'une brigade, et j'espère qu'aux premières affaires il
+méritera sur le champ de bataille le grade de général de division.</p>
+
+<p>Je vous ferai passer plusieurs pièces de ma correspondance
+avec le duc de Parme, bonnes à communiquer à notre ambassadeur
+en Espagne, pour s'en faire un mérite près la cour
+de Madrid.</p>
+
+<p>J'ai eu une entrevue avec M. Manfredini, qui, comme
+vous le savez, a été gouverneur de l'empereur, du prince
+Charles et du grand duc de Toscane; je suis convenu avec
+lui, après deux heures de pourparlers et de finesses diplomatiques,
+que, moyennant deux millions, j'évacuerais Livourne:
+il a beaucoup pleuré misère. J'attends la réponse du
+grand duc sous quelques jours.</p>
+
+<p>Les Napolitains m'ont fait signifier la paix et m'ont demandé
+la permission de s'en retourner à Naples, je leur ai
+répondu que le gouvernement ne m'avait pas encore signifié
+la paix, que j'allais vous expédier un courrier, que
+j'attendrais des ordres. Je vous prie de me faire connaître
+vos intentions à ce sujet. Je désirerais cependant, auparavant
+de les laisser s'en aller, avoir terminé quelque chose avec
+Rome: car cette cavalerie m'est un gage que le roi de Naples
+s'en tiendra à la paix et se conduira comme il faut.</p>
+
+<p>Quant à Rome, le pape a dans ce moment réuni toutes ses
+forces à Faïenza et dans les autres villes de la Romagne, où
+il a près de six mille hommes. Comme cela fait très peur aux
+Bolonais et pourrait servir à favoriser l'évasion de Wurmser
+de la place de Mantoue, conformément à un article de l'armistice,
+je ferai arrêter des otages dans les différens pays,
+conformément à l'usage de toutes les nations, et ces otages
+seront les citoyens les plus attachés au pape et les plus
+grands ennemis du parti français: par ce moyen, le pays
+s'organisera de lui-même comme Bologne. Je séquestrerai tous
+les revenus de la Romagne et de la Marche, pour me tenir
+lieu de paiement des quinze millions, conformément à l'armistice.
+Je mettrai à Ancône les quinze cents hommes que je
+tiens à Livourne, et par ce moyen j'éloignerai ce corps d'ennemis
+qui paraît se combiner avec la position d'Alvinzi à
+Padoue et l'ordre que l'empereur vient de donner à Wurmser;
+et je trouverai de l'argent pour l'année.</p>
+
+<p>Si je tarde quelques jours dans l'exécution de ce projet,
+c'est 1°. qu'il faut laisser passer quelques jours pour que
+l'impression faite sur les Vénitiens par l'occupation de Bergame
+soit entièrement détruite; 2°. qu'il faut que je m'assure
+que les secours que vous m'annoncez sont en route et
+arrivent véritablement. Vous sentez bien qu'il me faut au
+moins trois mille hommes pour aller jusqu'à Ancône, qui est
+à quarante lieues de Bologne. Si les dix mille hommes de secours
+de l'Océan et les dix mille du Rhin que vous m'annoncez
+depuis longtemps arrivent enfin, je prendrai six mille
+hommes pour aller à Rome. Vous sentez combien, dans
+toutes ces hypothèses, il est essentiel d'avoir toujours en
+otages les trois mille Napolitains, qui tiendront en respect la
+cour de Naples, qui d'ailleurs, à ce qu'on m'assure, commence
+déjà à désarmer. Cela aussi est une raison pour laquelle
+je retarde de quelques jours mon opération.</p>
+
+<p>Le citoyen Poussielgue vous a rendu compte en détail de
+l'issue de la négociation avec Turin. Il paraît que ces gens-là
+ne peuvent pas s'accoutumer au nouvel état de choses. Le
+nouveau roi met de l'ordre dans ses finances, se captive ses
+sujets, et je ne doute pas qu'il n'espère, par la continuation
+de la guerre, pouvoir jouer de nouveau un rôle. Je crois que
+notre politique à l'égard de ce prince doit consister à maintenir
+toujours chez lui un ferment de mécontentement, et surtout
+à bien s'assurer de la destruction des places du côté des
+Alpes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 8 nivose an 5
+(28 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Muiron a servi, depuis les premiers jours de
+la révolution, dans le corps de l'artillerie; il s'est spécialement
+distingué au siège de Toulon, où il fut blessé en entrant
+par une embrasure dans la célèbre redoute anglaise.</p>
+
+<p>Son père était alors arrêté comme fermier-général: le jeune
+Muiron se présente à la convention nationale, au comité révolutionnaire
+de sa section, couvert du sang qu'il venait de
+répandre pour la patrie; il obtint la libération de son père.</p>
+
+<p>Au 13 vendémiaire, il commandait une des divisions d'artillerie
+qui défendaient la convention; il fut sourd aux séductions
+d'un grand nombre de ses connaissances et des personnes
+de sa société. Je lui demandai si le gouvernement pouvait
+compter sur lui: «Oui, me dit il, j'ai fait serment de soutenir
+la république, je fais partie de la force armée, j'obéirai
+en obéissant à mes chefs; je suis d'ailleurs, par ma manière
+de voir, ennemi de tous les révolutionnaires, et tout autant
+de ceux qui n'en adoptent les maximes et la marche que pour
+rétablir un trône, que de ceux qui voudraient rétablir ce régime
+cruel où mon père et mes parens ont si longtemps souffert.»
+Il s'y comporta effectivement en brave homme, et
+fut très utile dans cette journée, qui a sauvé la liberté.</p>
+
+<p>Depuis le commencement de la campagne d'Italie, j'avais
+pris le citoyen Muiron pour mon aide de-camp: il a rendu
+dans presque toutes les affaires des services essentiels; enfin
+il est mort glorieusement sur le champ de bataille d'Arcole,
+laissant une jeune veuve enceinte de huit mois.</p>
+
+<p>Je vous demande, en considération des services rendus
+dans les différentes campagnes de cette guerre par le citoyen
+Muiron, que la citoyenne veuve Berault Courville, sa belle-mère,
+soit rayée de la liste des émigrés, sur laquelle elle a été
+inscrite, quoiqu'elle n'ait jamais émigré, ainsi que le citoyen
+Charles Marie Berault Courville, son beau frère. Ce jeune
+homme avait quatorze ans lorsqu'il a été mis sur la liste des
+émigrés, étant en pays étranger pour son éducation.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 8 nivose an 5
+(28 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>L'armée du général Alvinzi est sur la Brenta et dans le
+Tyrol; l'armée de la république est le long de l'Adige, et
+occupe la ligne de Montebaldo, Corona, Rivoli. Nous avons
+une avant-garde en avant de Porto-Legnago.</p>
+
+<p>Mantoue est cerné avec le plus grand soin, Le 2 de ce
+mois, le général Dumas surprit un espion qui entrait dans la
+ville; c'est un cadet autrichien qui avait été expédié de
+Trente par Alvinzi. Après de grandes façons, il avoua qu'il
+était porteur de dépêches, et, effectivement, il rendit, vingt-quatre
+heures après (allant à la garde-robe), un petit cylindre
+où était renfermée la lettre de l'empereur que je vous ferai
+passer. Si cette méthode de faire avaler les dépêches n'était
+pas parfaitement connue, je vous enverrais les détails, afin
+que cela soit envoyé à nos généraux, parce que les Autrichiens
+se servent souvent de cette méthode. Ordinairement
+les espions gardent cela dans le corps pendant plusieurs jours;
+s'ils ont l'estomac dérangé, ils ont soin de reprendre le petit
+cylindre, de le tremper dans de l'élixir et de le réavaler. Ce
+cylindre est trempé dans de la cire d'Espagne, déliée dans du
+vinaigre.</p>
+
+<p>Vous verrez, par la lettre de l'empereur, que Wurmser
+doit effectivement être à toute extrémité; la garnison ne se
+nourrit que de <i>poulenta</i> et de viande de cheval; cependant
+il est possible que sa réduction tarde encore: les Autrichiens
+mettent tant d'espérance dans cette place, qu'il n'est pas
+étonnant qu'ils souffrent toutes les extrémités avant de la
+rendre.</p>
+
+<p>Le parti qu'ordonne l'empereur n'est pas bien dangereux.</p>
+
+<p>Le corps franc des volontaires de Vienne, fort de quatre
+mille hommes, est arrivé à Trente; il y a un caporal qui est
+chambellan: c'est une garde nationale. Trois mille hommes
+sont déjà arrivés à Trente, venant du Rhin, et quatre mille
+recrues de Hongrie. Les chemins sont chargés de troupes.
+Nous, au contraire, nous en sommes toujours au premier
+des renforts annoncés au commencement de la campagne, qui
+n'arrivent pas encore.</p>
+
+<p>L'état de situation que vous m'avez envoyé est plein de
+doubles emplois et de fautes. Je suis entré en campagne avec
+un corps d'armée de vingt-quatre mille hommes d'infanterie,
+une division du col de Tende et de Fenestre, et les garnisons
+des Alpes-Maritimes de huit mille hommes, dont six mille
+m'ont rejoint après la bataille de Mondovi, en descendant le
+col de Tende. J'ai donc eu trente mille hommes de la ci-devant
+armée d'Italie dans les plaines du Piémont.</p>
+
+<p>L'armée des Alpes m'a fourni huit mille cinq cents hommes,
+qui ne doivent pas être considérés comme renfort, puisque
+l'armée des Alpes défendait les frontières d'Italie.</p>
+
+<p>On peut donc considérer l'armée d'Italie proprement dite
+comme ayant été primitivement de trente-huit mille cinq cents
+hommes d'infanterie.</p>
+
+<p>Le gouvernement l'a renforcée de deux mille six cents
+hommes venant du général Châteauneuf-Randon, et des
+trente-troisième, sixième, quarantième et cinquante-huitième
+demi-brigades, venant de la Vendée, et de la quatorzième,
+venant de Paris, faisant en tout dix mille hommes.</p>
+
+<p>Si donc l'armée n'avait perdu personne, elle aurait cinquante-un
+mille cent hommes d'infanterie, mais sur lesquels
+quatre mille hommes ont été tués sur le champ de bataille,
+comme vous le verrez par l'état que je vous ferai passer;
+mille blessés hors de service; deux mille morts aux hôpitaux:
+en tout sept mille.</p>
+
+<p>On a donc perdu sept mille hommes, dont mille cavaliers,
+pionniers ou artilleurs: reste ainsi quarante-cinq mille cent
+hommes d'infanterie, dont elle est composée.</p>
+
+<p>Vous voyez donc, citoyens directeurs, que votre armée a
+reçu, non pas cinquante-sept mille hommes de renfort, mais
+seulement douze mille six cents hommes, dans une campagne
+où il y a eu tant de batailles, et où les mêmes hommes
+ont détruit l'armée sarde et l'armée de Beaulieu, fortes de
+soixante-treize mille hommes: l'armée de Beaulieu, renforcée
+de vingt mille hommes du Rhin, commandés par Wurmser;
+l'armée de Wurmser, renforcée de dix-huit mille hommes
+tirés de la Pologne, six mille du Rhin et douze mille recrues,
+commandés par Alvinzi; et nous sommes à la veille d'avoir
+affaire aux débris de toutes ces armées, renforcés par quatre
+mille volontaires de Vienne, trois mille hommes du Rhin,
+trois mille recrues déjà arrivées, quinze cents que l'on m'assure
+que les ennemis attendent dans le courant de janvier,
+plus, les recrues qui arrivent de tous les côtés.</p>
+
+<p>Il a fallu du bonheur et du bien joué pour vaincre Alvinzi.
+Comment espérer vaincre, avec les mêmes troupes, Alvinzi,
+renforcé de trente à trente-cinq mille hommes, tandis que
+nous n'avons encore reçu que trois mille hommes?</p>
+
+<p>La guérison de nos malades est sûrement un avantage;
+mais les malades de Wurmser se guérissent aussi dans
+Mantoue.</p>
+
+<p>Vous m'annoncez dix mille hommes de l'Océan et dix mille
+du Rhin, mais rien de cela n'arrive; il y a cependant six décades
+de votre annonce. On dit même que la tête de cette
+colonne de l'Océan a rétrogradé.</p>
+
+<p>Il paraît, d'après la lettre de l'empereur, qu'une lutte se
+prépare pour janvier; faites au moins que les secours qui devaient
+arriver contre Alvinzi, et dont la victoire d'Arcole
+nous a mis à même de nous passer, arrivent actuellement:
+sans quoi, vous sacrifiez l'armée la plus attachée à la constitution,
+et qui, quels que soient les mouvemens que se donnent
+les ennemis de la patrie, sera attachée au gouvernement et
+à la liberté avec le même zèle et la même intrépidité qu'elle
+a mis à conserver l'Italie à la république.</p>
+
+<p>Je le dis avec une vraie satisfaction, il n'est point d'armée
+qui désire davantage la conservation de la constitution sacrée,
+seul refuge de la liberté et du peuple français. L'on hait ici
+et l'on est prêt à combattre les nouveaux révolutionnaires,
+quel que soit leur but. Plus de révolution, c'est l'espoir le
+plus cher du soldat: il ne demande pas la paix, qu'il désire
+intérieurement, parce qu'il sait que c'est le seul moyen de ne
+la pas obtenir, et que ceux qui ne la désirent pas l'appellent
+bien haut pour qu'elle n'arrive pas. Le soldat se prépare à
+de nouvelles batailles, et s'il jette quelquefois un coup d'oeil
+sur l'esprit qui anime plusieurs villes dans l'intérieur, son
+regret est de voir les déserteurs accueillis, protégés, et les
+lois sans force dans un moment où il s'agit de décider du sort
+du peuple français.</p>
+
+<p>Enfin, citoyens directeurs, l'ennemi retire ses troupes du
+Rhin pour les envoyer en Italie; faites de même, secourez-nous:
+il n'y aura jamais que la disproportion trop marquée
+des ennemis, qui pourra nous vaincre. Nous ne vous demandons
+que des hommes, nous nous procurerons le reste avec
+d'autant plus de facilité, que nous serons plus nombreux.</p>
+
+<p>Je vous envoie une pétition des officiers de la cinquante-septième,
+qui réclament le citoyen Maçon, leur chef de brigade,
+arrêté par ordre du général Willot.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 nivose an 5
+(28 décembre 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>Il se fait un très-grand abus, citoyen ordonnateur: il n'y a
+aucune espèce d'ordre dans la dépense du payeur, il n'y en a
+pas non plus dans la livraison de vos ordonnances. Mes intentions
+sont que vous donniez les instructions nécessaires au
+payeur, pour qu'il y ait un mode de comptabilité qui nous
+mette à même de connaître, chaque jour, la situation où
+nous nous trouvons.</p>
+
+<p>Le payeur de l'armée ne paiera, sur les fonds qui sont
+mis dans sa caisse pour la solde des troupes, que le prêt des
+demi-brigades, de l'artillerie, des sapeurs, des mineurs et
+de la cavalerie, ainsi que les appointemens des officiers de
+l'armée et des commissaires des guerres.</p>
+
+<p>Il y aura chaque mois 150,000 fr. à votre disposition, sur
+lesquels, conformément à l'ordre du ministre, du 11 nivose an
+4, vous sera remboursé ce qui est nécessaire au pansement,
+aux médicamens et ferrage des chevaux, c'est-à-dire, trois
+francs par mois par cheval: il faudra donc que vous envoyiez
+une ordonnance à chaque conseil d'administration en prévenant
+le payeur que vous y affecterez une somme sur les
+150,000 liv.</p>
+
+<p>Vous ferez également solder, sur cette somme, la gratification
+d'entrée en campagne, les indemnités de pertes d'équipages;
+les frais de bureaux pour toute l'armée seront
+compris dans un état général que vous présentera le chef de
+l'état-major.</p>
+
+<p>Les frais de poste pour toute l'armée et les dépenses extraordinaires
+seront soldés par le chef de l'état-major. Vous lui
+remettrez, à cet effet, au commencement de chaque mois,
+50,000 liv. sur les 160,000 qui sont à votre disposition, et
+il devra, à la fin de chaque mois, vous présenter l'état des
+frais de bureaux de toute l'armée et des frais de poste.</p>
+
+<p>Sous quelque prétexte que ce soit, vous ne pourrez jamais
+dépenser plus de 100,000 fr. par mois pour les objets
+dont il est ci-dessus question, et 50,000 pour les deux articles
+dont est chargé le chef de l'état-major.</p>
+
+<p>Lorsque des circonstances extraordinaires nécessiteront
+une augmentation de fonds, il faudra, auparavant, que
+vous donniez une ordonnance au payeur, afin que les fonds
+mis à votre disposition soient approuvés.</p>
+
+<p>Les appointemens des médecins et autres administrateurs
+des hôpitaux seront payés sur les fonds mis à votre disposition,
+et vous vous arrangerez avec le payeur; mais il faut que,
+sous quelque prétexte que ce soit, l'on ne détourne point pour
+une autre destination les fonds destinés à la solde des troupes.</p>
+
+<p>Pour le mois de nivose, l'on a fait des fonds pour le prêt,
+et l'on a mis 100,000 liv. à votre disposition; je vais ordonner
+qu'on en remette 50,000 en exécution du présent ordre.
+Je vous prie de me faire connaître les sommes qui vous sont
+nécessaires pour la solde des officiers de santé.</p>
+
+<p>Je vous prie d'envoyer copie de la présente lettre au payeur
+de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Note donnée par le général Bonaparte au général divisionnaire
+Clarke<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>.</i></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Footnote 12:</b><a href="#footnotetag12"> (return) </a> Cette note, sans date, nous a paru appartenir à la même époque
+que la lettre précédente.</blockquote>
+
+<p>Mantoue est bloqué depuis plusieurs mois: il y a au
+moins dix mille malades qui sont sans viande et sans médicamens;
+il y a six à sept mille hommes de garnison qui sont
+à la demi-ration de pain, à la viande de cheval et sans vin;
+le bois même est rare. Il y avait dans Mantoue six mille
+chevaux de cavalerie et trois mille d'artillerie: ils en tuent
+cinquante par jour, ils en ont salé six cents; beaucoup sont
+morts faute de fourrage; il en reste encore dix-huit cents de
+cavalerie, qui se détruisent tous les jours: il est probable
+que dans un mois Mantoue sera à nous. Pour accélérer cette
+reddition, je fais préparer de quoi servir trois batteries incendiaires,
+qui commenceront à jouer le 25 de ce mois.</p>
+
+<p>L'armée, qui était venue avec tant de forces au secours de
+Mantoue, est battue: elle pourra être renforcée dans quinze
+jours, mais il nous arrive des secours; d'ailleurs le général
+Clarke ne peut pas entamer ses négociations avant douze
+jours, et à cette époque, si la cour de Vienne conclut l'armistice,
+c'est que l'on ne serait pas dans le cas de se présenter
+avec quelque espoir de succès. Dans le cas contraire, la
+cour de Vienne attendrait l'issue de ses derniers efforts avant
+de rien conclure.</p>
+
+<p>Maîtres de Mantoue, l'on sera trop heureux de nous accorder
+les limites du Rhin.</p>
+
+<p>Rome n'est point en armistice avec la république française,
+elle est en guerre; elle ne veut payer aucune contribution,
+la prise de Mantoue seule peut lui faire changer de
+conduite.</p>
+
+<p>Nous perdrions donc par l'armistice:</p>
+
+<p>1°. Mantoue jusqu'en mai, et, à cette époque, nous le
+trouverions parfaitement approvisionné, quelque arrangement
+que l'on fasse; et les chaleurs le rendraient imprenable à la fin
+de l'armistice.</p>
+
+<p>2°. Nous perdrions l'argent de Rome, que nous ne pouvons
+avoir sans Mantoue: l'État de l'église est inabordable
+en été.</p>
+
+<p>3°. L'empereur, étant plus près, ayant plus de moyens de
+recruter, aura en mai une armée plus nombreuse que la nôtre;
+car, quelque chose que l'on fasse, dès que l'on ne se
+battra plus, tout le monde s'en ira. Dix à quinze jours de
+repos feront du bien à l'armée d'Italie, trois mois la perdront.</p>
+
+<p>4°. La Lombardie est épuisée: nous ne pouvons nourrir
+l'armée d'Italie qu'avec l'argent du pape ou de Trieste. Nous
+nous trouverions très-embarrassés à l'ouverture de la campagne
+qui suivrait l'armistice.</p>
+
+<p>5°. Maîtres de Mantoue, l'on sera dans le cas de ne pas
+comprendre le pape dans l'armistice; l'armée d'Italie aura
+une telle prépondérance, que l'on se trouvera heureux à
+Vienne de pouvoir la paralyser pendant quelques mois.</p>
+
+<p>6°. Si, après l'armistice, on doit recommencer une nouvelle
+campagne, l'armistice nous sera très-préjudiciable; si
+l'armistice doit être le préliminaire de la paix, il ne faut le
+faire qu'après la prise de Mantoue: il y aura le double de
+chances pour qu'il soit bon et profitable.</p>
+
+<p>7°. Conclure l'armistice actuellement, c'est s'ôter les moyens
+et les probabilités de faire une bonne paix dans un mois.</p>
+
+<p>Tout se résume à attendre la prise de Mantoue, à renforcer
+cette armée de tous les moyens possibles, afin d'avoir de l'argent
+pour la campagne prochaine, non-seulement pour l'Italie,
+mais même pour le Rhin, et afin de pouvoir prendre une
+offensive si déterminée et si alarmante pour l'empereur, que
+la paix se conclue sans difficulté et avec gloire, honneur et
+profit.</p>
+
+<p>Si l'on veut renforcer l'armée d'Italie de vingt mille hommes,
+y compris les dix mille que l'on nous annonce du Rhin, et de
+quinze cents hommes de cavalerie, l'on peut promettre, avant
+le mois d'avril, 30,000,000 fr. aux armées du Rhin et de
+Sambre et Meuse, et obliger l'empereur à tourner tous ses
+efforts du côté du Frioul.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Note remise au général Clarke par le général Bonaparte<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>.</i></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Footnote 13:</b><a href="#footnotetag13"> (return) </a> Cette deuxième note, aussi sans date, appartient encore à l'époque
+précitée.</blockquote>
+
+<p>Après y avoir songé long-temps, je ne vois pas de condition
+raisonnable que l'on puisse établir pour le <i>statu quo</i> de
+Mantoue.</p>
+
+<p>Il y a trois choses:</p>
+
+<p>1°. Les fourrages pour la cavalerie;</p>
+
+<p>2°. Les vivres pour la garnison et les habitans;</p>
+
+<p>3°. Les remèdes pour les malades.</p>
+
+<p>Quelque chose que l'on fasse et que l'on établisse, nous
+verrons nous échapper Mantoue, si l'on conclut l'armistice
+avant la prise de cette place, et, sans cette place, nous
+n'obtiendrons pas de paix raisonnable.</p>
+
+<p>Je le répète, l'armistice, soit qu'on le considère comme les
+préliminaires de la paix, soit comme devant nous servir pour
+les préparatifs de la campagne prochaine, sera utile et conforme
+aux intérêts de la république lorsque nous aurons Mantoue.
+Je crois qu'il n'y a qu'un moyen de retarder la paix de
+l'Europe, c'est de conclure un armistice sans avoir Mantoue;
+c'est un sûr moyen de faire une nouvelle campagne, pour le
+succès de laquelle on aura rendu nuls tous les succès obtenus
+dans celle-ci. Que l'on n'oublie pas qu'une démarche prématurée
+en ce genre peut tout perdre.</p>
+
+<p>Les limites que l'on devrait désigner sont:</p>
+
+<p>Les troupes impériales ne pourraient pas passer la Brenta;</p>
+
+<p>Les troupes françaises, l'Adige.</p>
+
+<p>Du côté du nord, les troupes impériales ne pourront passer
+Alla, Mori, Torbole, Thion jusqu'à Lodrone, sans
+pouvoir de ce côté entrer dans les états vénitiens;</p>
+
+<p>Les troupes françaises, la Chiuza, Rivoli, Torri, Salo,
+Brescia, Bergame.</p>
+
+<p>Le reste de l'Italie, soit qu'il ait appartenu à l'empereur,
+soit au duc de Modène ou à l'archiduchesse de Milan, demeurerait
+<i>in statu quo</i>.</p>
+
+<p>Bologne, Ferrare, Ancône <i>in statu quo</i>, conformément à
+l'exécution de l'armistice avec le pape; mais comme l'armistice
+doit être exécuté en thermidor et en brumaire, et que
+cette époque est passée, on pourra lui accorder un mois, au
+plus, à compter du jour où se signera le traité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 nivose an 5
+(1er janvier 1797)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien faire traduire devant le conseil militaire
+de la Lombardie les citoyens Bockty, Chevilly et Descriveur,
+employés à différentes administrations de l'armée,
+pour avoir volé et compromis l'armée et les opérations les
+plus importantes de la guerre. C'est par cette dilapidation
+infâme, le rachat des bons et les versemens factices, qu'ils
+ont compromis mon opération et ont été la cause de la perte
+d'un grand nombre de nos camarades; enfin ce sont de pareilles
+friponneries qu'il faut réprimer par des exemples sévères,
+pour empêcher qu'au milieu de l'Italie, c'est-à-dire la
+contrée la plus fertile de l'Europe, le soldat ne manque du
+nécessaire, comme cela est arrivé plusieurs fois.</p>
+
+<p>J'accuse M. Bockty d'avoir porté la corruption parmi nos
+agens, et de n'être venu à l'armée que pour faire manquer
+mon opération en faisant des versemens factices.</p>
+
+<p>J'accuse le citoyen Chevilly d'être un des points d'appui
+de tout ce manège, et d'avoir gagné des sommes considérables
+au détriment du soldat.</p>
+
+<p>Le citoyen Descriveur, garde-magasin à Crémone, a offert
+à M. Bockty dix mille pintes de vin de versement factice:
+il est connu depuis longtemps pour faire cet infâme commerce.</p>
+
+<p>Je demande en conséquence que ces trois employés soient
+condamnés à la peine de mort, ne devant pas être considérés
+comme de simples voleurs, mais comme des hommes qui
+tous les jours atténuent les moyens de l'armée et font manquer
+les opérations les mieux concertées, ou du moins n'en
+permettent la réussite qu'après une expansion de sang français,
+qui est trop précieux pour qu'on ne prenne pas toutes
+les mesures capables d'épouvanter leurs complices, trop
+nombreux dans l'armée d'Italie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 nivose an 5
+(1er janvier 1797)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen président du congrès cispadan.</i></p>
+
+<p>J'ai appris avec le plus vif intérêt, par votre lettre du 30
+décembre, que les républiques cispadanes s'étaient réunies
+en une seule, et que, prenant pour symbole un carquois,
+elles étaient convaincues que leur force est dans l'unité et
+l'indivisibilité. La misérable Italie est depuis longtemps effacée
+du tableau des puissances de l'Europe. Si les Italiens
+d'aujourd'hui sont dignes de recouvrer leurs droits et de se
+donner un gouvernement libre, l'on verra un jour leur patrie
+figurer glorieusement parmi les puissances du globe; mais
+n'oubliez pas que les lois ne sont rien sans la force. Votre premier
+regard doit se porter sur votre organisation militaire.
+La nature vous a tout donné, et, après l'unité et la sagesse
+que l'on remarque dans vos différentes délibérations, il ne
+vous manque plus, pour atteindre au but, que d'avoir des
+bataillons aguerris et animés du feu sacré de la patrie.</p>
+
+<p>Vous êtes dans une position plus heureuse que le peuple
+français, vous pouvez arriver à la liberté sans la révolution
+et ses crimes. Les malheurs qui ont affligé la France avant
+l'établissement de la constitution ne se verront jamais au milieu
+de vous. L'unité qui lie les diverses parties de la république
+cispadane, sera le modèle constamment suivi de l'union
+qui régnera entre toutes les classes de ses citoyens; et le
+fruit de la correspondance de vos principes et de vos sentimens
+soutenus par le courage, sera la liberté, la république
+et la prospérité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 nivose an 5
+(1er janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. Bataglia, provéditeur de la république de Venise à
+Brescia.</i></p>
+
+<p>Je reçois à l'instant, monsieur, la lettre que vous vous
+êtes donné la peine de m'écrire. Les troupes françaises ont
+occupé Bergame pour prévenir l'ennemi, qui avait l'intention
+d'occuper ce poste essentiel. Je vous avouerai franchement
+que j'ai été bien aise de saisir cette circonstance pour chasser
+de cette ville la grande quantité d'émigrés qui s'y étaient réfugiés,
+et châtier un peu les libellistes, qui y sont en grand
+nombre, et qui, depuis le commencement de la campagne,
+ne cessent de prêcher l'assassinat contre les troupes françaises,
+et qui ont, jusqu'à un certain point, produit cet effet, puisqu'il
+est constant que les Bergamasques ont plus assassiné de
+Français, que le reste de l'Italie ensemble.</p>
+
+<p>La conduite de M. le provéditeur de Bergame a toujours
+été très partiale en faveur des Autrichiens, et il ne s'est jamais
+donné la peine de dissimuler, tant par sa correspondance
+que par ses propos et par ses actions, la haine qui
+l'anime contre l'armée française. Je ne suis point son juge,
+ni celui d'aucun sujet de la sérénissime république de Venise;
+cependant, lorsque, contre les intentions bien connues
+de leur gouvernement, il est des personnes qui transgressent
+les principes de la neutralité et se conduisent en ennemis,
+le droit naturel m'autoriserait aussi à me servir de représailles.</p>
+
+<p>Engagez, je vous prie, M. le provéditeur de Bergame,
+qui est votre subordonné, à être un peu plus modeste, plus
+réservé et un peu moins fanfaron lorsque les troupes françaises
+sont éloignées de lui. Engagez-le à être un peu moins
+pusillanime, à se laisser moins dominer par la peur à la vue
+des premiers pelotons français. Si ce sentiment, qui est celui
+peut-être d'un châtiment qu'il savait avoir mérité par sa conduite
+passée à l'égard des Français, ne l'avait prédominé, le
+château de Bergame n'aurait point été évacué par les troupes
+vénitiennes, mais on s'y serait conduit comme à Brescia et à
+Verone.</p>
+
+<p>Immédiatement après le reçu de votre lettre, j'ai pris en
+considération la position de la ville de Bergame, que j'ai fait
+évacuer par une partie des troupes qui y étaient. J'ai donné
+l'ordre au général Baraguay d'Hilliers de restituer le château
+à la garnison vénitienne et de faire le service ensemble. Quant
+à la tranquillité de Bergame, vos intentions, celle du gouvernement
+de Venise et la bonté de ce peuple m'en sont un
+sûr garant. Je connais le petit nombre d'hommes mal intentionnés,
+qui, depuis six mois, ne cessent de prêcher la croisade
+contre les Français. Malheur à eux, s'ils s'écartent des
+sentimens de modération et d'amitié qui unissent les deux
+gouvernemens!</p>
+
+<p>C'est avec plaisir que je saisis cette occasion, monsieur,
+pour rendre justice au désir de la tranquillité publique que
+montrent M. l'évêque de Bergame et son respectable clergé.
+Je me convaincs tous les jours d'une vérité bien démontrée à
+mes yeux, c'est que si le clergé de France eût été aussi sage,
+aussi modéré, aussi attaché aux principes de l'Évangile, la
+religion romaine n'aurait subi aucun changement en France;
+mais la corruption de la monarchie avait infecté jusqu'à la
+classe des ministres de la religion: l'on n'y voyait plus des
+hommes d'une vie exemplaire et d'une morale pure, tels que
+le cardinal Mattei, le cardinal archevêque de Bologne,
+l'évêque de Modène, l'évêque de Pavie, l'archevêque de
+Pise; il m'a paru quelquefois, discourant avec ces personnages
+respectables, me retrouver aux premiers siècles de
+l'Église.</p>
+
+<p>Je vous prie de croire, monsieur, aux sentimens d'estime,
+etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 nivose an 5
+(6 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Plus j'approfondis, dans mes momens de loisir, les plaies
+incurables des administrations de l'armée d'Italie, plus je me
+convaincs de la nécessité d'y porter un remède prompt et infaillible.</p>
+
+<p>La comptabilité de l'armée est, chez le payeur, dans un
+désordre frappant; on ne peut avoir compte de rien, et à la
+réputation de friponner bien constatée du contrôleur se joint
+l'ineptie des autres employés. Tout se vend. L'armée consomme
+cinq fois ce qui lui est nécessaire, parce que les
+gardes-magasins font de faux bons, et sont de moitié avec les
+commissaires des guerres.</p>
+
+<p>Les principales actrices de l'Italie sont entretenues par les
+employés de l'armée française; le luxe, la dépravation et la
+malversation sont à leur comble. Les lois sont insuffisantes:
+il n'y a qu'un seul remède; il est à la fois analogue à l'expérience,
+à l'histoire et à la nature du gouvernement républicain:
+c'est une syndicature, magistrature qui serait composée
+d'une ou de trois personnes, dont l'autorité durerait seulement
+trois ou cinq jours, et qui, pendant ce court espace,
+aurait le droit de faire fusiller un administrateur quelconque
+de l'armée. Cette magistrature, envoyée tous les ans aux armées,
+ferait que tout le monde ménagerait l'opinion publique,
+et garderait une certaine décence, non-seulement dans
+les moeurs et dans la dépense, mais encore dans le service
+journalier.</p>
+
+<p>Le maréchal de Herwick fit pendre l'intendant de l'armée,
+parce qu'il manqua de vivres; et nous, au milieu de l'Italie,
+ayant tout en abondance, dépensant dans un mois cinq fois
+ce qu'il nous faudrait, nous manquons souvent. Ne croyez pas
+cependant que je sois mou, et que je trahisse la patrie dans
+cette portion essentielle de mes fonctions. Je fais arrêter tous
+les jours des employés, je fais examiner leurs papiers, visiter
+les caisses; mais je ne suis secondé par personne, et les lois
+n'accordent pas une assez grande autorité au général pour
+pouvoir imprimer une terreur salutaire à cette nuée de fripons.
+Cependant le mal diminue, et, à force de gronder, de
+punir et de me fâcher, les choses, je l'espère, se feront avec
+un peu plus de décence; mais songez, je vous le répète, à
+l'idée que je vous donne d'une syndicature.</p>
+
+<p>Je vous ferai passer incessamment le procès-verbal qu'on
+m'apporte de l'interrogatoire d'un fournisseur arrêté par mes
+ordres: par ce procès-verbal, vous verrez combien le mal est
+porté à son comble et a besoin d'un remède puissant.</p>
+
+<p>La compagnie Flachat a donné à l'Italie l'exemple des rachats.
+Le commissaire ordonnateur Sucy, qui avait connaissance
+de tous ces tripotages, m'en a parlé avec quelques détails
+lors de son dernier voyage à Milan.</p>
+
+<p>Ces gens-là ont peut-être gagné trois millions par des versemens
+factices. Cette compagnie doit cinq millions à l'armée,
+provenant des contributions; le payeur de l'armée a tiré, sur
+sa maison à Gênes, pour six cent mille livres de traites pour
+le prêt, elle a eu l'impudeur de les laisser protester. J'ai regardé
+la compagnie comme banqueroutière, et j'ai fait mettre
+les scellés sur ses maisons de Livourne et de Gênes. Je vous
+prie de donner des ordres pour faire arrêter à Paris les agens
+de cette compagnie: ce sont les plus grands escrocs de l'Europe;
+ils nous ont mis ici dans une situation bien embarrassante.
+J'ai voulu faire arrêter Flachat et son beau-frère, agent
+de la compagnie à Milan, jusqu'à ce qu'ils eussent payé; mais
+ces fripons s'étaient sauvés.</p>
+
+<p>En vous parlant des friponneries qui se commettent, je ne
+dois pas manquer de rendre justice aux employés qui se conduisent
+bien et avec décence.</p>
+
+<p>Je suis très-content du citoyen Pesillicot, agent de la
+compagnie Cerfbeer. Si cette compagnie nous avait envoyé
+un homme comme celui-là au commencement de la campagne,
+elle eût gagné plusieurs millions, et l'armée encore
+davantage.</p>
+
+<p>Je suis également content de l'agent des vivres-viandes,
+Collot: c'est un administrateur, il soutient son service.</p>
+
+<p>Parmi les commissaires des guerres, la probité du citoyen
+Boinot est particulièrement distinguée et reconnue par toute
+l'armée. S'il y avait à l'armée une quinzaine de commissaires
+des guerres comme celui-là, vous pourriez leur faire présent
+de cent mille écus à chaque, et nous aurions encore gagné
+une quinzaine de millions. Je vous prie de donner à ces différens
+administrateurs des marques de votre satisfaction.</p>
+
+<p>Je vous enverrai une dénonciation du commissaire des
+guerres Boinot contre l'ancien agent de la compagnie Cerfbeer,
+Thévenin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 24 nivose an 5
+(12 février 1797)</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. le prince Belmonte Pignatelli, ministre de S-M. le
+roi des Deux-Siciles.</i></p>
+
+<p>Le directoire exécutif m'a envoyé dans le temps, monsieur,
+les notes que vous lui avez remises, exprimant le désir que le
+roi votre maître avait que l'armistice conclu entre la république
+française et le pape continuât à avoir lieu et pût servir à
+un accommodement définitif.</p>
+
+<p>J'ai en conséquence réitéré dès-lors auprès de la cour de
+Rome mes instances pour l'exécution des conditions de l'armistice,
+et pour y ouvrir des négociations de paix, comme
+vous le verrez par les pièces que je vous ferai passer. Mais la
+cour de Rome, livrée à l'esprit de vertige, a préféré le hasard
+des armes: la guerre est devenue dès-lors inévitable; mais,
+fidèle au système de modération qui dirige exclusivement les
+opérations du directoire exécutif, et envieux de donner à sa
+majesté le roi des Deux-Siciles une preuve de la considération
+qu'a pour lui la république française, après la première
+conférence que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous, j'ai écrit
+la lettre que je vous ai communiquée à M. le cardinal Mattei.
+Je ne doute point que le directoire exécutif de la république
+française ne soit charmé, dans toutes les circonstances, de
+saisir les occasions d'affermir la paix qui l'unit à sa majesté le
+roi des Deux-Siciles, et de montrer sa modération au milieu
+des succès éclatans que vient d'obtenir l'armée d'Italie, par
+les défaites de l'armée autrichienne et la prise de Mantoue,
+comme elle a montré à l'Europe sa fermeté dans tout ce qui
+tendait à soutenir la dignité de la république et la gloire des
+armes françaises.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 24 nivose an 5
+(13 janvier 1797)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p>
+
+<p>Je vous prie de me faire connaître le plus tôt possible si vous
+croyez que l'ennemi a devant vous plus de neuf mille hommes.
+Il est très-nécessaire que je sache si l'attaque que l'on vous
+fait est une attaque réelle, égale ou supérieure à vos forces, ou
+si c'est une attaque secondaire et pour donner le change.</p>
+
+<p>L'ennemi nous présente sur Verone à peu près six mille
+hommes, que je donne ordre d'attaquer dans le moment. Si
+vous avez neuf ou dix mille hommes devant vous, ce
+qui doit réellement être pour oser faire une attaque véritable,
+il s'ensuivrait qu'il n'aurait pas du côté de Legnago
+plus de neuf à dix mille hommes; si cela était, et que votre
+attaque et celle que je fais faire ici réussissent ce soir comme
+il faut, je serai bien loin d'avoir à craindre qu'ils ne passent
+l'Adige.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Villa-Franca, le 26 nivose an 5
+(15 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p>
+
+<p>Je vous apprends avec plaisir, mon cher général, que le
+général Augereau a attaqué hier l'ennemi, lui a pris quelques
+hommes, douze pièces de canon, lui a brûlé ses ponts, etc.</p>
+
+<p>Vous avez bien fait de garder la soixante-quinzième; la
+victoire ne sera pas douteuse, et le succès de ce matin est
+d'un bon augure. Mantoue fait dans ce moment-ci une sortie
+qui ne paraît pas lui réussir.</p>
+
+<p>J'envoie la dix-huitième demi-brigade, qui arrive à son
+secours.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Roverbello, le 26 nivose an 5
+(15 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p>
+
+<p>La dix-huitième et la cinquante-septième sont ici. L'ennemi,
+après avoir passé l'Adige, s'est divisé en deux corps:
+le premier s'est mis en marche vers Mantoue, le second est
+resté à Anghuiara pour défendre le pont de l'Adige. Les généraux
+de division Guieux et Augereau ont attaqué ce corps,
+auquel ils ont fait deux mille prisonniers, pris plusieurs
+pièces de canon, et brûlé tous ses ponts sur l'Adige.</p>
+
+<p>Le premier corps s'est présenté à midi à Saint-George: le
+général Miollis, qu'il a sommé de se rendre, lui a répondu
+à coups de canon. Après une fusillade très-opiniâtre, l'ennemi
+n'a point pu forcer ce poste essentiel; il est dans ce moment-ci
+entre Saint-George et le Mincio, au village de Valdagno,
+où il cherche à communiquer par le lac avec la garnison
+de Mantoue. Je fais reconnaître dans ce moment sa position;
+j'attends quelques rapports sur les reconnaissances
+que j'ai fait faire de la Molinella, après quoi je chercherai à
+le battre. Si le général Augereau, comme je pense, se porte
+sur Castellara à la suite de cette colonne qui lui a échappé,
+vous sentez que nous vaincrons facilement. La trente-deuxième
+vient d'arriver à Franca, cela nous mettra à même de finir
+bientôt cette lutte sanglante et vive, qui est, je crois, une des
+plus actives de la campagne. J'attends avant minuit un
+petit billet de votre part, de la Corona.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 28 nivose an 5
+(17 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p>
+
+<p>Nous voilà donc aux mêmes positions où nous étions,
+M. Alvinzi ne peut pas en dire autant: il s'agit actuellement
+de savoir en profiter. Je vous prie de me faire passer votre
+état de situation, et de veiller à ce qu'il soit exact. Je viens
+d'ordonner qu'on vous envoie le vingt-quatrième régiment de
+chasseurs en place du vingt-deuxième: si cet arrangement ne
+vous convenait pas, il faut que vous m'en préveniez sur-le-champ.</p>
+
+<p>Je viens d'ordonner au général d'artillerie de fournir à
+votre division douze pièces d'artillerie prêtes à marcher,
+et trois pièces d'artillerie de montagne. Il ne peut vous
+manquer pour marcher que des souliers et des vivres. Faites
+vérifier dans vos magasins, et faites transporter à Rivoli
+trente mille rations de biscuit, et assurez-vous qu'il existe
+dans vos magasins tout ce qui est nécessaire pour avoir, le 30
+au soir, trente mille rations de pain: cela fait des vivres pour
+votre division pendant quatre jours.</p>
+
+<p>Il paraît encore vous manquer de souliers: faites-moi
+connaître dans la nuit, au juste et sans exagération, combien
+il vous en faut. Renvoyez-moi la carte que j'ai laissée chez
+vous, de la ligne entre Rivoli et l'Adige.</p>
+
+<p>Je vous préviens que vous vous mettrez en mouvement
+dans la nuit du 30 nivose au 1er pluviose.</p>
+
+<p>Faites-moi passer le plus tôt possible une relation des deux
+journées de la Corona, du combat de Rivoli, le nom des
+hommes qui se sont distingués et l'avancement qu'on pourrait
+leur donner.</p>
+
+<p>Vous voilà avec deux seuls généraux de brigade, Baraguay
+d'Hilliers et Vial; je viens de donner les ordres pour
+que le général Dugoulot se rende sous vos ordres; je ferai
+demain donner des ordres à un quatrième.</p>
+
+<p>Je n'ai point vu le chef de brigade de la quatorzième de ligne
+à la bataille de Rivoli: mon intention est que les chefs
+de brigade commandant restent toujours à leurs corps, et
+que les membres du conseil militaire, quel que soit leur
+grade, se trouvent à leurs drapeaux à toutes les affaires générales.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Roverbello, le 28 nivose an 5
+(17 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Il s'est passé depuis le 23 des opérations d'une importance
+telle, et qui ont si fort multiplié les actions militaires,
+qu'il m'est impossible, avant demain, de vous en faire un
+détail circonstancié. Je me contente aujourd'hui de vous les
+annoncer.</p>
+
+<p>Le 23 nivose, l'ennemi est venu attaquer la division du
+général Masséna devant Verone, ce qui a donné lieu au
+combat de Saint-Michel, où nous l'avons battu complètement.
+Nous lui avons fait six cents prisonniers et pris trois
+pièces de canon. Le même jour, il attaqua la tête de notre
+ligne de Montebello, et donna lieu au combat de la Corona,
+où il a été repoussé. Nous lui avons fait cent dix prisonniers.</p>
+
+<p>Le 24, à minuit, la division de l'armée ennemie, qui depuis
+le 19 était établie à Bevilaqua, où elle avait fait replier
+l'avant-garde du général Augereau, jeta rapidement un
+pont sur l'Adige, à une lieue de Porto-Legnago, vis-à-vis
+Anghiari.</p>
+
+<p>Le 24, au matin, l'ennemi fit filer une colonne très-forte
+par Montagna et Caprino, et par là obligea la division du
+général Joubert à évacuer la Corona et à se concentrer à Rivoli.
+J'avais prévu le mouvement, je m'y portai dans la nuit,
+et cela donna lieu à la bataille de Rivoli, que nous avons
+gagnée le 25 et le 26, après une résistance opiniâtre, et où
+nous avons fait à l'ennemi treize mille prisonniers, pris plusieurs
+drapeaux et plusieurs pièces de canon. Le général Alvinzi,
+presque seul, a eu beaucoup de peine à se sauver.</p>
+
+<p>Le 25, le général Guieux attaqua l'ennemi à Anghiari,
+pour chercher à le culbuter avant qu'il eût entièrement effectué
+son passage. Il ne réussit pas dans son objet, mais il fit
+trois cents prisonniers.</p>
+
+<p>Le 26, le général Augereau attaqua l'ennemi à Anghiari,
+ce qui donna lieu au second combat d'Anghiari. Il lui fit
+deux mille prisonniers, s'empara de seize pièces de canon, et
+brûla tous les ponts sur l'Adige; mais l'ennemi, profitant de
+la nuit, défila sur Mantoue. Il était déjà arrivé à une portée
+de canon de cette place; il attaqua Saint-George, faubourg
+que nous avions retranché avec soin, et ne put l'emporter.
+J'arrivai dans la nuit avec des renforts, ce qui donna lieu à la
+bataille de la Favorite, sur le champ de bataille de laquelle
+je vous écris. Le fruit de cette bataille est sept mille prisonniers,
+des drapeaux, des canons, tous les bagages de l'armée,
+un régiment de hussards, et un convoi considérable de grains
+et de boeufs que l'ennemi prétendait faire entrer dans Mantoue.
+Wurmser a voulu faire une sortie pour attaquer l'aile
+gauche de notre armée; mais il a été reçu comme d'ordinaire
+et obligé de rentrer. Voilà donc, en trois ou quatre jours, la
+cinquième armée de l'empereur entièrement détruite.</p>
+
+<p>Nous avons fait vingt-trois mille prisonniers, parmi lesquels
+un lieutenant-général, deux généraux, six mille hommes
+tués ou blessés, soixante pièces de canon, et environ
+vingt-quatre drapeaux. Tous les bataillons de volontaires de
+Vienne ont été faits prisonniers: leurs drapeaux sont brodés
+des mains de l'impératrice.</p>
+
+<p>L'armée du général Alvinzi était de près de cinquante mille
+hommes, dont une partie était arrivée en poste de l'intérieur
+de l'Autriche.</p>
+
+<p>Du moment que je serai de retour au quartier-général, je
+vous ferai passer une relation détaillée, pour vous faire connaître
+les mouvemens militaires qui ont eu lieu, ainsi que les
+corps et les individus qui se sont distingués. Nous n'avons
+eu dans toutes ces affaires que sept cents hommes tués et environ
+douze cents blessés. L'armée est animée du meilleur esprit
+et dans les meilleures dispositions.</p>
+
+<p>Vous m'avez annoncé, depuis plus de trois mois, dix mille
+hommes venant de l'Océan; il n'est encore arrivé que la
+soixante-quatrième demi-brigade, forte de dix-huit cents
+hommes.</p>
+
+<p>L'empereur aura réorganisé une nouvelle armée en Italie,
+avant que je n'aie reçu ces dix mille hommes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 nivose an 5
+(18 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je m'étais rendu à Bologne avec deux mille hommes, afin
+de chercher, par ma proximité, à en imposer à la cour de
+Rome, et lui faire adopter un système pacifique, dont cette
+cour parait s'éloigner de plus en plus depuis quelque temps.</p>
+
+<p>J'avais aussi une négociation entamée avec le grand-duc de
+Toscane, relativement à la garnison de Livourne, que ma
+présence à Bologne terminerait infailliblement.</p>
+
+<p>Mais, le 18 nivose, la division ennemie qui était à Padoue
+se mit en mouvement; le 19, elle attaqua l'avant-garde
+du général Augereau qui était à Bevilaqua, en avant de
+Porto-Legnago; après une escarmouche assez vive, l'adjudant-général
+Dufour qui commandait cette avant-garde, se
+retira à San-Zeno, et le lendemain à Porto-Legnago, après
+avoir eu le temps, par sa résistance, de prévenir toute la
+ligne de la marche de l'ennemi.</p>
+
+<p>Je fis passer aussitôt sur l'Adige les deux mille hommes
+que j'avais avec moi à Bologne, et je partis immédiatement
+après pour Verone.</p>
+
+<p>Le 23, à six heures du matin, les ennemis se présentèrent
+devant Verone, et attaquèrent l'avant-garde du général Masséna,
+placée au village de Saint-Michel: ce général sortit de
+Verone, rangea sa division en bataille, et marcha droit à
+l'ennemi, qu'il mit en déroute, lui enleva trois pièces de canon,
+et lui fit six cents prisonniers. Les grenadiers de la
+soixante-quinzième enlevèrent les pièces à la baïonnette; ils
+avaient à leur tête le général Brune, qui a eu ses habits percés
+de sept balles.</p>
+
+<p>Le même jour et à la même heure, l'ennemi attaquait la
+tête de notre ligne de Montebaldo, défendue par l'infanterie
+légère du général Joubert: le combat fut vif et opiniâtre,
+l'ennemi s'était emparé de la première redoute; mais Joubert
+se précipita à la tête de ses carabiniers, chassa l'ennemi, qu'il
+mit en déroute complète, et lui fit cent dix prisonniers.</p>
+
+<p>Le 24, l'ennemi jeta brusquement un pont à Anghiari, et
+y fit passer son avant-garde, à une lieue de Porto-Legnago;
+en même temps le général Joubert m'instruisit qu'une colonne
+assez considérable filait par Montagna, et menaçait de tourner
+son avant-garde à la Corona. Différens indices me firent
+connaître le véritable projet de l'ennemi, et je ne doutai plus
+qu'il n'eût envie d'attaquer, avec ses principales forces, ma
+ligne de Rivoli, et par là arriver à Mantoue: je fis partir
+dans la nuit la plus grande partie de la division du général
+Masséna, et je me rendis moi-même à Rivoli, où j'arrivai à
+deux heures après minuit.</p>
+
+<p>Je fis aussitôt reprendre au général Joubert la position intéressante
+de San-Marco; je fis garnir le plateau de Rivoli
+d'artillerie, et je disposai le tout, afin de prendre, à la pointe
+du jour, une offensive redoutable, et de marcher moi-même à
+l'ennemi.</p>
+
+<p>À la pointe du jour, notre aile droite et l'aile gauche de
+l'ennemi se rencontrèrent sur les hauteurs de San-Marco: le
+combat fut terrible et opiniâtre.</p>
+
+<p>Le général Joubert, à la tête de la trente-troisième, soutenait
+son infanterie légère que commandait le général Vial.</p>
+
+<p>Cependant, M. Alvinzi, qui avait fait ses dispositions, le
+24, pour enfermer toute la division du général Joubert, continuait
+d'exécuter son même projet; il ne se doutait pas que
+pendant la nuit j'y étais arrivé avec des renforts assez considérables
+pour rendre son opération non-seulement impossible,
+mais encore désastreuse pour lui. Notre gauche fut vivement
+attaquée; elle plia, et l'ennemi se porta sur le centre.</p>
+
+<p>La quatorzième demi-brigade soutint le choc avec la plus
+grande bravoure. Le général Berthier, chef de l'état-major,
+que j'y avais laissé, déploya dans cette occasion la bravoure
+dont il a fait si souvent preuve dans cette campagne.</p>
+
+<p>Les Autrichiens, encouragés par leur nombre, redoublaient
+d'efforts pour enlever les canons placés devant cette demi-brigade:
+un capitaine s'élance au devant de l'ennemi, en
+criant: quatorzième, laisserez-vous prendre vos pièces? En
+même temps la trente-unième, que j'avais envoyée pour rallier
+la gauche, paraît, reprend toutes les positions perdues,
+et, conduite par son général de division Masséna, rétablit
+entièrement les affaires.</p>
+
+<p>Cependant, il y avait déjà trois heures que l'on se battait,
+et l'ennemi ne nous avait pas encore présenté toutes ses forces;
+une colonne ennemie qui avait longé l'Adige, sous la protection
+d'un grand nombre de pièces, marche droit au plateau
+de Rivoli pour l'enlever, et par là menace de tourner la
+droite et le centre. J'ordonnai au général de cavalerie Leclerc
+de se porter pour charger l'ennemi, s'il parvenait à s'emparer
+du plateau de Rivoli, et j'envoyai le chef d'escadron Lasalle,
+avec cinquante dragons, prendre en flanc l'infanterie
+ennemie qui attaquait le centre, et la charger vigoureusement.
+Au même instant, le général Joubert avait fait descendre des
+hauteurs de San-Marco quelques bataillons qui plongeaient
+le plateau de Rivoli. L'ennemi, qui avait déjà pénétré sur le
+plateau, attaqué vivement et de tous côtés, laisse un grand
+nombre de morts, une partie de son artillerie, et rentre dans
+la vallée de l'Adige. À peu près au même moment, la colonne
+ennemie qui était déjà depuis long-temps en marche pour
+nous tourner et nous couper toute retraite, se rangea en bataille
+sur des pitons derrière nous. J'avais laissé la soixante-quinzième
+en réserve, qui non-seulement tint cette colonne
+en respect, mais encore en attaqua la gauche qui, s'était
+avancée, et la mit sur-le-champ en déroute. La dix-huitième
+demi-brigade arriva sur ces entrefaites, dans le temps que le
+général Rey avait pris position derrière la colonne qui nous
+tournait; je fis aussitôt canonner l'ennemi avec quelques
+pièces de 12; j'ordonnai l'attaque, et, en moins d'un quart
+d'heure, toute cette colonne, composée de plus de quatre
+mille hommes, fut faite prisonnière.</p>
+
+<p>L'ennemi, partout en déroute, fut partout poursuivi, et
+pendant toute la nuit on nous amena des prisonniers. Quinze
+cents hommes qui se sauvaient par Guarda furent arrêtés
+par cinquante hommes de la dix-huitième, qui, du
+moment qu'ils les eurent reconnus, marchèrent sur eux avec
+confiance et leur ordonnèrent de poser les armes.</p>
+
+<p>L'ennemi était encore maître de la Corona, mais ne pouvait
+plus être dangereux. Il fallait s'empresser de marcher
+contre la division de M. le général Provera, qui avait passé
+l'Adige, le 24, à Anghiari; je fis filer le général Victor avec la
+brave cinquante-septième, et rétrograder le général Masséna,
+qui, avec une partie de sa division, arriva à Roverbello,
+le 25.</p>
+
+<p>Je laissai l'ordre, en partant, au général Joubert d'attaquer,
+à la pointe du jour, l'ennemi s'il était assez téméraire
+pour rester encore à la Corona.</p>
+
+<p>Le général Murat avait marché toute la nuit avec une demi-brigade
+d'infanterie légère et devait paraître, dans la matinée,
+sur les hauteurs de Montebaldo, qui dominent la Corona:
+effectivement, après une résistance assez vive, l'ennemi
+fut mis en déroute, et ce qui était échappé à la journée
+de la veille fut fait prisonnier: la cavalerie ne put se sauver
+qu'en traversant l'Adige à la nage et il s'en noya beaucoup.</p>
+
+<p>Nous avons fait, dans les deux journées de Rivoli, treize
+mille prisonniers, et pris neuf pièces de canon: les généraux
+Sandos et Meyer ont été blessés en combattant vaillamment à
+la tête des troupes.</p>
+
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Saint-George.</i></p>
+
+
+<p>M. le général Provera, à la tête de six mille hommes, arriva
+le 26, à midi, au faubourg de Saint-George; il l'attaqua
+pendant toute la journée, mais inutilement: le général de
+brigade Miollis défendait ce faubourg; le chef de bataillon du
+génie Samson, l'avait fait retrancher avec soin; le général
+Miollis, aussi actif qu'intrépide, loin d'être intimidé des menaces
+de l'ennemi, lui répondit avec du canon, et gagna
+ainsi la nuit du 26 au 27, pendant laquelle j'ordonnai au
+général Serrurier d'occuper la Favorite avec la cinquante-septième
+et la dix-huitième demi-brigade de ligne et toutes
+les forces disponibles que l'on put tirer des divisions du
+blocus; mais, avant de vous rendre compte de la bataille de
+la Favorite, qui a eu lieu le 27, je dois vous parler des deux
+combats d'Anghiari.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Premier combat d'Anghiari.</i></p>
+
+
+<p>La division du général Provera, forte de dix mille hommes,
+avait forcé le passage d'Anghiari; le général de division
+Guieux avait aussitôt réuni toutes les forces qu'il avait trouvées,
+et avait marché à l'ennemi: n'ayant que quinze cents
+hommes, il ne put parvenir à faire repasser la rivière à l'ennemi;
+mais il l'arrêta une partie de la journée et lui fit trois
+cents prisonniers.</p>
+
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Deuxième combat d'Anghiari.</i></p>
+
+
+<p>Le général Provera ne perdit pas un instant et fila sur-le-champ
+sur Castellara. Le général Augereau tomba sur l'arrière-garde
+de sa division, et après un combat assez vif, enleva
+toute l'arrière-garde de l'ennemi, lui prit seize pièces
+de canon, et lui fit deux mille prisonniers. L'adjudant-général
+Duphot s'y est particulièrement distingué par son courage.
+Les neuvième et dix-huitième régimens de dragons et
+le vingt-cinquième régiment de chasseurs s'y sont parfaitement
+conduits. Le commandant des hulans se présente
+devant un escadron du neuvième régiment de dragons, et,
+par une de ces fanfaronnades communes aux Autrichiens: Rendez-vous!
+crie-t-il au régiment. Le citoyen Duvivier fait arrêter
+son escadron: Si tu es brave, viens me prendre, crie-t-il
+au commandant ennemi. Les deux corps s'arrêtent, et les
+deux chefs donnèrent un exemple de ces combats que nous
+décrit avec tant d'agrément Le Tasse. Le commandant des
+hulans fut blessé de deux coups de sabre: ces troupes alors
+se chargèrent, et les hulans furent faits prisonniers.</p>
+
+<p>Le général Provera fila toute la nuit, arriva, comme j'ai
+eu l'honneur de vous le dire, à Saint-George, et l'attaqua
+le 26; n'ayant pas pu y entrer, il projeta de forcer la Favorite,
+de percer les lignes du blocus, et, secondé par une
+sortie que devait faire Wurmser, de se jeter dans Mantoue.</p>
+
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Bataille de la Favorite.</i></p>
+
+
+<p>Le 27, à une heure avant le jour, les ennemis attaquèrent
+la Favorite, dans le temps que Wurmser fit une sortie, et
+attaqua les lignes du blocus par Saint-Antoine; le général
+Victor, à la tête de la cinquante-septième demi-brigade, culbuta
+tout ce qui se trouva devant lui. Wurmser fut obligé
+de rentrer dans Mantoue presque aussitôt qu'il en était sorti,
+et laissa le champ de bataille couvert de morts et de prisonniers
+de guerre. Serrurier fit avancer alors le général Victor
+avec la cinquante-septième demi-brigade, afin d'acculer Provera
+au faubourg de Saint-George, et par là le tenir bloqué.
+Effectivement la confusion et le désordre étaient dans les rangs
+ennemis; cavalerie, infanterie, artillerie, tout était pêle-mêle;
+la terrible cinquante-septième demi-brigade n'était arrêtée
+par rien; d'un côté elle prenait trois pièces de canon,
+d'un autre elle mettait à pied le régiment des hussards de
+Herdendy. Dans ce moment le respectable général Provera
+demanda à capituler; il compta sur notre générosité, et ne se
+trompa pas. Nous lui accordâmes le capitulation dont je vous
+enverrai les articles: six mille prisonniers, parmi lesquels
+tous les volontaires de Vienne, vingt pièces de canon, furent
+le fruit de cette journée mémorable.</p>
+
+<p>L'armée de la république a donc, en quatre jours, gagné
+deux batailles rangées et six combats, fait près de vingt-cinq
+mille prisonniers, parmi lesquels un lieutenant-général et
+deux généraux, douze à quinze colonels, etc.; pris vingt
+drapeaux, soixante pièces de canon, et tué ou blessé au moins
+six mille hommes.</p>
+
+<p>Je vous demande le grade de général de division pour le
+général Victor, celui de général de brigade pour l'adjudant-général
+Vaux; toutes les demi-brigades se sont couvertes de
+gloire, et spécialement les trente-deuxième, cinquante-septième
+et dix-huitième de ligne, que commandait le général
+Masséna, et qui, en trois jours, ont battu l'ennemi à Saint-Michel,
+à Rivoli et à Roverbello. Les légions romaines faisaient,
+dit-on, vingt-quatre milles par jour; nos brigades en
+font trente, et se battent dans l'intervalle.</p>
+
+<p>Les citoyens Desaix, chef de la quatrième demi-brigade
+d'infanterie légère; Marquis, chef de la dix-neuvième; Fournesy,
+chef de la dix-septième, ont été blessés. Les généraux
+de brigade Vial, Brune, Bon, et l'adjudant-général Argod
+se sont particulièrement distingués.</p>
+
+<p>Les traits particuliers de bravoure sont trop nombreux
+pour être tous cités ici.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 1er pluviose an 5
+(20 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous envoie onze drapeaux pris sur l'ennemi aux batailles
+de Rivoli et de la Favorite. Le citoyen Bessières, commandant
+des guides, qui les porte, est un officier distingué
+par sa valeur et sa bravoure, et par l'honneur qu'il a de commander
+une compagnie de braves gens qui ont toujours vu fuir
+la cavalerie ennemie devant eux, et qui, par leur intrépidité,
+nous ont rendu, dans la campagne, des services très-essentiels.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 1er pluviose an 5
+(20 janvier 1797)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ferai passer, citoyens directeurs, des lettres interceptées,
+qui sont extrêmement intéressantes, en ce que
+vous y verrez l'opiniâtre mauvaise foi de la cour de Rome, et
+le refus que paraît faire le cabinet de Vienne d'accepter l'alliance
+de Rome; ce qui ne peut provenir que du désir qu'il
+peut avoir de ne pas mettre d'entraves à la paix générale.</p>
+
+<p>J'ai fait imprimer ces lettres dans les gazettes de Bologne
+et de Milan, afin de convaincre toute l'Italie de l'imbécile
+radotage de ces vieux cardinaux.</p>
+
+<p>Je fais demain passer le Pô, près de Ferrare, à cinq mille
+hommes, qui marcheront droit sur Rome.</p>
+
+<p>On entend beaucoup de bruit dans Mantoue, ce qui fait
+penser que les assiégés, conformément aux instructions de
+l'empereur, brisent les affûts et les trains d'artillerie: cela
+n'est qu'une conjecture; mais ce qui n'en est pas une, c'est
+qu'ils sont depuis long-temps à la demi-ration de pain, à la
+viande de cheval, sans vin ni eau-de-vie.</p>
+
+<p>Nous sommes aujourd'hui en mouvement pour occuper
+Vicence et Padoue, où nous aurons de meilleurs cantonnemens.
+Si les renforts que vous m'annoncez de l'armée du
+Rhin arrivent, nous ne tarderons pas à avoir ici de grands
+événemens; mais j'ai vu un état que l'on m'a envoyé, où l'on
+calcule les demi-brigades à deux mille quatre cents hommes.
+Je tiens pour impossible que les demi-brigades, après une
+campagne comme l'a faite l'armée du Rhin, puissent être de
+ce nombre. Je crois que c'est beaucoup que de les évaluer à
+deux mille; il y en aura encore tant qui s'échapperont en
+route!</p>
+
+<p>Le neuvième régiment de dragons n'a ici qu'un escadron,
+ainsi que le cinquième de cavalerie et le dix-huitième de dragons;
+je vous prie de vouloir bien ordonner que ces régimens
+soient en entier réunis à l'armée d'Italie, sans quoi vous perdrez
+de très-bons corps; ce sera d'ailleurs un bon renfort de
+cavalerie que vous nous donnerez; spécifiez dans votre ordre
+que les hommes qui composent ces régimens doivent rejoindre
+leurs corps à Milan, soit à pied, soit à cheval. Le dépôt du
+premier régiment de cavalerie est à Lille, je vous prie d'ordonner
+qu'il se mette en marche pour se rendre à Milan.</p>
+
+<p>Nous avons besoin ici d'un renfort de cavalerie, le quinzième
+régiment de chasseurs ne suffit pas. On dit qu'aux
+autres armées l'on ne se sert pas de la grosse cavalerie, moi
+je l'estime et m'en sers beaucoup; je désirerais que vous
+pussiez m'en envoyer un millier d'hommes, ce qui, joint
+à un autre régiment de dragons, ferait à peu près deux
+à trois mille hommes de cavalerie de renfort, qui nous suffiraient.</p>
+
+<p>Nous n'avons que deux bataillons de pionniers réduits à
+rien, je vous prie de nous en envoyer deux autres.</p>
+
+<p>Je vous prie surtout d'ordonner que tous les régimens de
+cavalerie que l'on m'enverra aient leurs armes, sabres et
+mousquetons, et les dragons leurs fusils.</p>
+
+<p>Il nous faudrait encore trois ou quatre compagnies d'artillerie
+légère, et cinq à six cents hommes d'artillerie à pied, et
+quelques bons officiers de cette arme; car, excepté les citoyens
+Chasseloup et Samson, les autres ne sont pas en état de tracer
+une flèche, et ne font que des bêtises. Tous ceux que
+vous annoncez ne viennent pas: il ne manque cependant pas
+d'officiers de génie et d'artillerie; mais ce sont des officiers
+de paix et de bureau, qui ne voient jamais le feu, de sorte
+qu'excepté les deux que je vous ai nommés, le reste est sans
+expérience: aussi se plaint-on généralement dans l'armée des
+ouvrages que fait le génie.</p>
+
+<p>Le commissaire ordonnateur Denniée a peu de santé;
+Villemansy ne vient pas, ni Naudin, ni Eyssautier: tous ces
+messieurs font ce qui leur convient; cependant, il est de plus
+en plus urgent que la partie administrative soit organisée.</p>
+
+<p>Je vous enverrai la liste des officiers-généraux qui, par
+leur peu de talens, sont incapables de commander, et que je
+vous prie de retirer de l'armée.</p>
+
+<p>Si vous m'envoyez des généraux, ou des adjudans-généraux,
+je vous prie de ne pas m'envoyer de ceux qui ont
+servi dans la Vendée, parce qu'ils n'entendent rien à la
+guerre. Si Chasset n'était plus utile à Paris, ainsi que les adjudans-généraux
+Sherlock, Doulcet et Beauvais, je vous
+prie de me les envoyer. Je désirerais aussi avoir l'adjudant-général
+Espagne et Camin: je crois que ce dernier n'est plus
+employé; mais c'est un officier de la plus grande distinction.</p>
+
+<p>Quant à des généraux de division, à moins que ce ne soient
+des officiers distingués, je vous prie de ne m'en pas envoyer;
+car notre manière de faire la guerre ici est si différente des
+autres, que je ne peux pas confier une division sans avoir
+éprouvé, par deux ou trois affaires, le général qui doit la
+commander.</p>
+
+<p>Je vous prie d'envoyer ici l'adjudant-général Saint-Martin,
+le chef de brigade d'artillerie Gueriau, actuellement directeur
+du parc de l'armée des Alpes, le chef de bataillon d'artillerie
+Allix, le chef de bataillon du génie Laroche. Il est très-essentiel
+pour l'armée et pour la république de m'envoyer ici
+des jeunes gens qui apprennent à faire la guerre de mouvement
+et de manoeuvres; c'est celle qui nous a fait obtenir de
+grands succès dans cette armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 3 pluviose an 5
+(22 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault.</i></p>
+
+<p>Vous aurez la complaisance, citoyen ministre, de partir
+de Rome six heures après la réception de cette lettre, et vous
+viendrez à Bologne. On vous a abreuvé d'humiliations à
+Rome, et on a mis tout en usage pour vous en faire sortir;
+aujourd'hui, résistez à toutes les instances, partez.</p>
+
+<p>Je serai charmé de vous voir et de vous assurer des sentimens
+d'estime et de considération avec lesquels je suis.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Lettre au cardinal Mathei incluse dans la précédente.</i></p>
+
+<p>Les étrangers qui influencent la cour de Rome ont voulu et
+veulent encore perdre ce beau pays; les paroles de paix que
+je vous avais chargé de porter au Saint-Père, ont été étouffées
+par ces hommes pour qui la gloire de Rome n'est rien,
+mais qui sont entièrement vendus aux cours qui les emploient;
+nous touchons au dénouement de cette ridicule comédie.
+Vous êtes témoin du prix que j'attachais à la paix, et du
+désir que j'avais de vous épargner les horreurs de la guerre.
+Les lettres que je vous fais passer, et dont j'ai les originaux
+entre les mains, vous convaincront de la perfidie, de l'aveuglement
+et de l'étourderie de ceux qui dirigent actuellement
+la cour de Rome. Quelque chose qui puisse arriver, je vous
+prie, monsieur le cardinal, d'assurer Sa Sainteté qu'elle peut
+rester à Rome sans aucune espèce d'inquiétude. Premier ministre
+de la religion, il trouvera, à ce titre, protection pour
+lui et pour l'église. Assurez également tous les habitans de
+Rome qu'ils trouveront dans l'armée française des amis qui ne
+se féliciteront de la victoire, qu'autant qu'elle pourra améliorer
+le sort du peuple, et affranchir l'Italie de la domination des
+étrangers; mon soin particulier sera de ne point souffrir qu'on
+apporte aucun changement à la religion de nos pères.</p>
+
+<p>Je vous prie, monsieur le cardinal, d'être assuré que, dans
+mon particulier, je me ferai un devoir de vous donner, dans
+toutes les circonstances, la marque de l'estime et de l'attachement
+avec lesquels je suis.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 9 pluviose an 5
+(28 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>La division du général Augereau s'est rendue à Padoue,
+de là elle a passé la Brenta, et s'est rendue à Citadella, où
+elle a rencontré l'ennemi, qui a fui à son approche.</p>
+
+<p>Le général Masséna s'est rendu a Vicence, de là à Bassano,
+et a poursuivi l'ennemi qui s'est retiré au-delà de la Piave
+et dans les gorges de la Brenta: il a envoyé le brave général
+Mesnard à sa poursuite, celui-ci l'a atteint à Carpenedolo,
+et lui a fait huit cents prisonniers après un combat assez vif.
+Les grenadiers de la vingt-cinquième demi-brigade ont passé
+le pont de la Brenta à la baïonnette, et ont fait une boucherie
+horrible de ce qui s'est opposé à leur passage.</p>
+
+<p>La division du général Joubert est en marche pour suivre
+l'ennemi dans les gorges du Tyrol, que la mauvaise saison
+rend difficiles; il a rencontré hier à Avio l'arrière-garde de
+l'ennemi, et lui a fait trois cents prisonniers après un léger
+combat.</p>
+
+<p>La division Rey a accompagné les prisonniers. Rien de
+nouveau au blocus de Mantoue.</p>
+
+<p>J'ai écrit au citoyen Cacault de sortir de Rome trois heures
+après la réception du courrier que je lui ai expédié à cet
+effet.</p>
+
+<p>Le temps est horrible, il pleut à seaux depuis quarante-huit
+heures.</p>
+
+<p>Je donne ordre au citoyen Leroux de prendre les fonctions
+d'ordonnateur en chef; j'engage le citoyen Denniée à rester à
+l'armée comme ordonnateur de division, nous n'en avons pas
+trop. Le commissaire Naudin est arrivé.</p>
+
+<p>Si le citoyen Villemansy doit venir en Italie, qu'il se dépêche,
+parce qu'une fois la campagne commencée, il ne pourra
+plus reprendre le fil de nos opérations.</p>
+
+<p>Il n'est encore arrivé aucune des troupes des dix mille
+hommes de l'Océan, que les dix-huit cents hommes de la
+soixante-quatrième demi-brigade.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 9 pluviose an 5
+(28 janvier 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot, membre du directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre, mon cher directeur, sur le champ
+de bataille de Rivoli. J'ai vu dans le temps avec pitié tout ce
+que l'on débite sur mon compte. L'on me fait parler chacun
+suivant sa passion. Je crois que vous me connaissez trop pour
+imaginer que je puisse être influencé par qui que ce soit. J'ai
+toujours eu à me louer des marques d'amitié que vous m'avez
+données à moi et aux miens, et je vous en conserverai toujours
+une vraie reconnaissance; il est des hommes pour qui la
+haine est un besoin, et qui, ne pouvant pas bouleverser la république,
+s'en consolent en semant la dissension et la discorde
+partout où ils peuvent arriver. Quant à moi, quelque chose
+qu'ils disent, ils ne m'atteignent plus: l'estime d'un petit
+nombre de personnes comme vous, celle de mes camarades et
+du soldat, quelquefois aussi l'opinion de la postérité, et par-dessus
+tout le sentiment de ma conscience et la prospérité de
+ma patrie, m'intéressent uniquement.</p>
+
+<p>Deux divisions de l'armée sont aujourd'hui à Bassano; l'ennemi,
+à ce qu'on m'assure, évacue Trente; Mantoue est
+toujours strictement bloqué. Le baron de Saint-Vincent est
+parti le 4 de Trente pour Vienne. Le 15, nous bombardons
+Mantoue. Colli, celui qui commandait l'armée autrichienne
+en Piémont, est débarqué à Ancône avec quelques officiers
+et sous-officiers autrichiens; il a déjà passé en revue l'armée
+papale. Quand vous aurez reçu cette lettre, une de nos divisions
+aura déjà attaqué cette armée. J'ai écrit au citoyen Cacault
+pour qu'il eût sur-le-champ à évacuer Rome: on n'a
+pas d'idée des mauvais traitemens que cette prêtraille lui a fait
+essuyer.</p>
+
+<p>J'attends toujours avec impatience Villemansi; Denniée
+ne va plus, Leroux va exercer ses fonctions en attendant.</p>
+
+<p>Tous les officiers autrichiens, généraux et autres, auxquels
+j'ai fait part de la bêtise de la cour de Vienne, qui,
+dans les entrevues avec le général Clarke, a paru ne pas reconnaître
+la république, ont beaucoup crié. L'opinion publique,
+à Vienne, est très-contraire à Thugut. J'ai dit à Manfredini,
+la dernière fois que je l'ai vu, que si l'empereur voulait
+avoir la preuve que Thugut s'était vendu à la France
+dans le temps de son ambassade à Constantinople, il serait
+facile de la lui procurer. Je vous prie de presser Truguet
+pour l'envoi de quelques frégates dans l'Adriatique.</p>
+
+<p>La tête des troupes que vous annoncez venant du Rhin,
+n'est pas encore arrivée à Lyon; de Lyon à Verone il y a
+vingt-huit jours de marche; nous sommes aujourd'hui au 9
+pluviose: ainsi il n'y a pas d'espoir qu'avant le 9 ventose
+nous puissions avoir ici un seul bataillon des colonnes venant
+du Rhin. Des dix mille hommes de l'Océan annoncés depuis
+tant de temps, il n'y a encore que dix-huit cents hommes,
+formant la soixante-quatrième demi-brigade, qui soient
+arrivés. De Vienne à Trente, il n'y a que trente jours de
+marche; de Vienne à la Piave, c'est-à-dire, près de Bassano,
+il y a encore moins. J'ai écrit à la trésorerie relativement
+à son indécente conduite avec la compagnie Flachat. Ces
+gens-là nous ont infiniment nui en emportant cinq millions,
+et par là nous ont mis dans la situation la plus critique. Quant
+à moi, s'ils viennent dans l'arrondissement de l'armée, je les
+ferai mettre en prison, jusqu'à ce qu'ils aient rendu à l'armée
+les cinq millions qu'ils lui ont enlevés. Non-seulement la
+trésorerie ne pense pas à faire payer le prêt à l'armée et à lui
+fournir ce dont elle a besoin, mais encore elle protège les fripons
+qui viennent à l'armée pour s'engraisser. Je crains bien
+que ces gens-là ne soient plus ennemis de la république
+que les cours de Vienne et de Londres.</p>
+
+<p>Vous verrez, par la lettre que j'ai écrite au directoire, que
+nous venons encore de faire onze cents prisonniers aux deux
+combats de Carpenedolo et d'Avio. Nous serons sous peu à
+Trente. Je compte garder cette partie du Tyrol et la Piave
+jusqu'à l'arrivée des forces que vous m'annoncez. Dès l'instant
+qu'elles seront arrivées, je serai bientôt à Trieste, à
+Clagenfurth et à Brixen; mais il faut pour ces opérations que
+les trente mille hommes que vous m'annoncez arrivent.</p>
+
+<p>Je vous serai obligé, par le premier courrier, de me donner
+des nouvelles de l'expédition d'Irlande, surtout s'il y en
+a de mauvaises: car, pour peu que nous ayons quelque désavantage,
+on ne manquera pas d'exagérer au centuple.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 13 pluviose an 5
+(1er février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, la lettre que m'a
+écrite M. le maréchal Wurmser: je lui ai répondu que je ne
+pouvais accorder la capitulation qu'il me demandait, et que
+par égard pour lui, je lui permettrais de sortir avec cinq
+cents hommes à son choix, à condition qu'ils ne serviraient
+pas pendant trois mois contre la république, mais que tout
+le reste devait être prisonnier. J'ai laissé mes instructions au
+général Serrurier, et je suis parti pour Bologne.</p>
+
+<p>Le général Serrurier vient de m'instruire qu'il vient de
+recevoir un nouveau parlementaire, par lequel il lui offre sa
+place, à condition qu'il sortira avec sa garnison, et qu'il s'engagera
+à ne pas servir pendant un an contre la république
+française. Je vais répondre au général Serrurier que je m'en
+tiens à ma première proposition, et que si le général Wurmser
+n'y a pas accédé avant le 15, je me rétracte, et ne lui accorde
+pas d'autre capitulation que d'être prisonnier de guerre
+avec sa garnison.</p>
+
+<p>J'ai fait partir ce matin la division du général Victor, qui
+s'est portée à Imola, première ville des États du pape. Je
+vous enverrai ma proclamation et d'autres pièces imprimées
+à cette occasion.</p>
+
+<p>Ne pourrait-on pas, si nous allions jusqu'à Rome, réunir
+le Modénois, le Ferrarois et la Romagne, et en faire une république,
+qui serait assez puissante? Ne pourrait-on pas
+donner Rome à l'Espagne, à condition qu'elle garantirait
+l'indépendance de la nouvelle république? Alors nous pourrions
+restituer à l'empereur le Milanez, le Mantouan, et lui
+donner le duché de Parme, en cas que nous fussions obligés
+de passer par là, afin d'accélérer la paix, dont nous avons besoin.
+L'empereur n'y perdrait rien, l'Espagne y gagnerait
+beaucoup, et nous y gagnerions plus encore; nous aurions
+un allié naturel en Italie, qui deviendrait puissant, et avec
+lequel nous correspondrions par Massa-Carrara et l'Adriatique.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 13 pluviose an 5
+(1er février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, des
+combats d'Avio et de Carpenedolo. Les ennemis se retirent sur
+Morri et Torbole, appuyant leur droite au lac, et la gauche
+à l'Adige; le général Murat s'embarqua avec deux cents
+hommes, et vint débarquer à Torbole.</p>
+
+<p>Le général de brigade Vial, à la tête de l'infanterie légère,
+après avoir fait une marche très-longue dans les neiges
+et dans les montagnes les plus escarpées, tourna la position
+des ennemis, et obligea un corps de quatre cent cinquante
+hommes et douze officiers à se rendre prisonniers. On ne saurait
+donner trop d'éloges aux quatrième et dix-septième demi-brigades
+d'infanterie légère que conduisait ce brave général:
+rien ne les arrêtait; la nature semblait être d'accord avec
+nos ennemis; le temps était horrible, mais l'infanterie légère
+de l'armée d'Italie n'a pas encore rencontré d'obstacle qu'elle
+n'ait vaincu.</p>
+
+<p>Le général Joubert entra à Roveredo; l'ennemi, qui avait
+retranché avec le plus grand soin la gorge de Calliane,
+célèbre par la victoire que nous y avons remportée lors de notre
+première entrée dans le Tyrol, parut vouloir lui disputer
+l'entrée de Trente.</p>
+
+<p>Le général Belliard chercha à tourner l'ennemi par la
+droite, dans le temps que le général de brigade Vial, continuant
+à marcher sur la rive droite de l'Adige, le culbuta,
+lui fit trois cents prisonniers, et arriva à Trente, où il
+trouva dans les hôpitaux de l'ennemi deux mille malades ou
+blessés, qu'il a recommandés à notre humanité en fuyant:
+nous y avons pris quelques magasins.</p>
+
+<p>Dans le même temps, le général Masséna avait fait marcher
+deux demi-brigades pour attaquer l'ennemi qui occupait
+le château de Scala, entre Feltro et Primolazo. L'ennemi a fui
+à son approche, et s'est retiré au-delà de la Prado, en laissant
+une partie de ses bagages.</p>
+
+<p>Le général Augereau s'est approché de Treviso; le chef
+d'escadron Duvivier a culbuté la cavalerie ennemie, après
+lui avoir enlevé plusieurs postes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Mantoue, le 14 pluviose an 5
+(2 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p>
+
+<p>Je réponds, citoyen ministre, à votre lettre relative à la
+demande que vous me faites sur la situation militaire actuelle
+de l'île de Corse.</p>
+
+<p>Le général de brigade Casalta, que j'envoyai en Corse,
+débarqua à la tête de la gendarmerie de ce département et
+de plusieurs autres réfugiés, et acheva de chasser les Anglais
+de cette île.</p>
+
+<p>Le général Gentili ne tarda pas à y passer avec tous les
+réfugiés corses qui se trouvaient à l'armée d'Italie, et qui,
+par leurs liaisons dans le pays, achèveront de consolider notre
+établissement. Je fis passer également cent canonniers avec
+plusieurs officiers d'artillerie et du génie, pour armer les
+différens forts. Le général Gentili a, par mon ordre, créé,
+dans les départemens du Golo et du Liamone, un bon corps
+de gendarmerie, et cinq colonnes mobiles composées de trois
+cents hommes, tant pour veiller à la défense de la côte, que
+pour comprimer nos ennemis intérieurs.</p>
+
+<p>La garde des forts d'Ajaccio, Bonifaccio et Bastia est confiée
+à des corps de gardes nationales d'une fidélité et d'un patriotisme
+reconnus.</p>
+
+<p>Le commissaire ordonnateur de l'armée a passé des marchés
+et fait approvisionner les différentes places de l'île de
+tout ce qui leur était nécessaire, en même temps qu'il a
+pourvu à la solde de tous ces différens corps.</p>
+
+<p>Depuis que les deux départemens qui composent l'île de
+Corse sont rentrés sous la domination de la république, il
+n'y a eu aucun assassinat ni attentat aux propriétés; jamais
+pays n'a été plus tranquille, et jamais révolution ne s'est faite
+avec aussi peu de commotion.</p>
+
+<p>Je n'ai pas fait passer de troupes en Corse: nous avons
+l'habitude d'y tenir cinq mille hommes de garnison, et mes
+troupes m'étaient trop nécessaires en Italie pour pouvoir en
+distraire la moindre partie pour la Corse, dont la tranquillité
+d'ailleurs a été mieux assurée par les mesures de police intérieure
+que j'ai prises, et par l'argent que j'ai fait passer,
+que par un corps de quatre mille hommes. Cependant, lorsque
+les affaires de Rome seront terminées, et que les Anglais
+auront évacué Porto-Ferrajo, je ferai passer six cents hommes
+dans le fort de Bastia, et quatre cents dans celui d'Ajaccio.</p>
+
+<p>Vous pouvez être, citoyen ministre, sans aucune inquiétude
+sur la tranquillité intérieure et extérieure de l'île de
+Corse. Il n'y a, je crois, qu'un ennemi de la patrie qui puisse
+exiger que l'on ait affaibli les corps de l'armée d'Italie pour
+envoyer en Corse des troupes à peu près inutiles. Si le directoire
+continue à me laisser le maître de faire ce qu'il conviendra,
+j'enverrai des troupes en Corse dès que la situation
+de l'armée me le permettra, ou que les circonstances l'exigeront.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Faenza, le 15 pluviose an 5
+(3 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte hier de l'arrivée de nos troupes
+à Trente: le général Joubert, arrivé dans cette ville, envoya
+aussitôt à la poursuite de l'ennemi.</p>
+
+<p>Le général Vial, à la tête de l'infanterie légère, occupa la
+ligne du Lawis; les débris de l'armée autrichienne étaient de
+l'autre côté. Le général Vial passa le Lawis à pied, à la tête
+de la vingt-neuvième demi-brigade, poussa l'ennemi jusqu'à
+Saint-Michel, lui fit huit cents prisonniers, et joncha la terre
+de morts. La jonction des généraux Masséna et Joubert est
+faite, et ce dernier général occupe la ligne du Lawis qui
+couvre Trente.</p>
+
+<p>L'aide-de-camp Lambert, l'adjudant Cansillon se sont particulièrement
+distingués.</p>
+
+<p>Je me suis attaché à montrer la générosité française vis-à-vis
+de Wurmser, général âgé de soixante-dix ans, envers
+qui la fortune a été, cette campagne-ci, très-cruelle, mais
+qui n'a pas cessé de montrer une connaissance et un courage
+que l'histoire remarquera. Enveloppé de tous côtés après la
+bataille de Bassano, perdant d'un seul coup une partie du
+Tyrol et son armée, il ose espérer de pouvoir se réfugier
+dans Mantoue, dont il est éloigné de quatre à cinq journées,
+passe l'Adige, culbute une de nos avant-gardes à Cerca, traverse
+la Molinella et arrive dans Mantoue. Enfermé dans cette
+ville, il a fait deux ou trois sorties, toutes lui ont été malheureuses,
+et à toutes il était à la tête. Mais, outre les obstacles
+très-considérables que lui présentaient nos lignes de
+circonvallation, hérissées de pièces de campagne, qu'il était
+obligé de surmonter, il ne pouvait agir qu'avec des soldats
+découragés par tant de défaites, et affaiblis par les maladies
+pestilentielles de Mantoue. Ce grand nombre d'hommes qui
+s'attachent toujours à calomnier le malheur, ne manqueront
+pas de chercher à persécuter Wurmser.</p>
+
+<p>Le général Serrurier et le général Wurmser ont dû avoir
+hier une conférence pour fixer le jour de l'exécution de la
+capitulation, et s'accorder sur les différens qu'il y a entre
+l'accordé et le proposé.</p>
+
+<p>La division du général Victor a couché le 13 à Imola, première
+ville de l'état papal. L'armée de Sa Sainteté avait
+coupé les ponts, et s'était retranchée avec le plus grand soin
+sur la rivière de Senio, qu'elle avait bordée de canons. Le
+général Lannes, commandant l'avant-garde, aperçut les ennemis
+qui commençaient à le canonner: il ordonna aussitôt
+aux éclaireurs de la légion lombarde d'attaquer les tirailleurs
+papistes; le chef de brigade Lahoz, commandant cette légion,
+réunit ses grenadiers, qu'il fit former en colonne serrée, pour
+enlever, la baïonnette au bout du fusil, les batteries ennemies.
+Cette légion, qui voit le feu pour la première fois, s'est
+couverte de gloire; elle a enlevé quatorze pièces de canon
+sous le feu de trois à quatre mille hommes retranchés. Pendant
+que le feu durait, plusieurs prêtres, un crucifix à la
+main, prêchaient ces malheureuses troupes. Nous avons pris
+à l'ennemi quatorze pièces de canon, huit drapeaux, quatre
+mille prisonniers, et tué quatre ou cinq cents hommes. Le
+chef de brigade Lahoz a été légèrement blessé. Nous avons
+eu quarante hommes tués ou blessés.</p>
+
+<p>Nos troupes se portèrent aussitôt sur Faenza, elles en
+trouvèrent les portes fermées; toutes les cloches sonnaient le
+tocsin, et une populace égarée prétendait en défendre l'issue.
+Tous les chefs, notamment l'évêque, s'étaient sauvés: deux
+ou trois coups de canon enfoncèrent les portes, et nos gens
+entrèrent au pas de charge. Les lois de la guerre m'autorisaient
+à mettre cette ville infortunée au pillage; mais comment
+se résoudre à punir aussi sévèrement toute une ville
+pour le crime de quelques prêtres? J'ai envoyé chez eux cinquante
+officiers que j'avais faits prisonniers, pour qu'ils allassent
+éclairer leurs compatriotes, et leur faire sentir les
+dangers qu'une extravagance pareille à celle-ci leur ferait
+courir. J'ai fait, ce matin, venir tous les moines, tous les
+prêtres; je les ai rappelés aux principes de l'Évangile, et j'ai
+employé toute l'influence que peuvent avoir la raison et la
+nécessité, pour les engager à se bien conduire: ils m'ont paru
+animés de bons principes; j'ai envoyé à Ravennes le général
+des camaldules, pour éclairer cette ville, et éviter les malheurs
+qu'un plus long aveuglement pourrait produire; j'ai
+envoyé à Cézène, patrie du pape actuel, le P. don Ignacio,
+prieur des bénédictins.</p>
+
+<p>Le général Victor continua hier sa route, et se rendit maître
+de Forti; je lui ai donné l'ordre de se porter aujourd'hui à
+Cézène. Je vous ai envoyé différentes pièces qui convaincront
+l'Europe entière de la folie de ceux qui conduisent la cour
+de Rome. Je vous enverrai aussi deux autres affiches, qui
+vous convaincront de la démence de ces gens-ci; il est déplorable
+de penser que cet aveuglement coûte le sang des pauvres
+peuples, innocens instrumens et de tout temps victimes des
+théologiens. Plusieurs prêtres, et entre autres un capucin, qui
+prêchaient l'armée des catholiques, ont été tués sur le champ
+de bataille.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Forti, le 15 pluviose an 5
+(3 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, le mémoire que
+m'envoie le citoyen Faypoult; vous frémirez d'indignation,
+lorsque vous y verrez avec quelle impudence on vole la république.
+Je donne les ordres pour que l'on arrête le citoyen
+Legros, contrôleur de la trésorerie, et le commissaire des
+guerres Lequeue; j'engage le citoyen Faypoult à faire arrêter
+à Gênes les citoyens Paillaud et Peregaldo. Vous ne souffrirez
+pas, sans doute, que les voleurs de l'armée d'Italie trouvent
+leur refuge à Paris. Pendant que je me battais et que j'étais
+éloigné de Milan, le citoyen Flachat s'en est allé, emportant
+cinq à six millions à l'armée, et nous a laissés dans le plus
+grand embarras. Si l'on ne trouve pas de moyens d'atteindre
+la friponnerie manifestement reconnue de ces gens-là, il faut
+renoncer au règne de l'ordre, à l'amélioration de nos finances
+et à maintenir une armée aussi considérable en Italie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 18 pluviose an 5
+(6 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Proclamation.</i></p>
+
+<p>L'armée française va entrer sur le territoire du pape; elle
+protégera la religion et le peuple.</p>
+
+<p>Le soldat français porte d'une main la baïonnette, sûr
+garant de la victoire, et offre, de l'autre, aux différentes villes
+et villages paix, protection et sûreté... Malheur à ceux
+qui la dédaigneraient, et qui, de gaîté de coeur, séduits par
+des hommes profondément hypocrites et scélérats, attireraient
+dans leurs maisons la guerre et ses horreurs, et la vengeance
+d'une armée qui a, dans six mois, fait cent mille prisonniers
+des meilleures troupes de l'empereur, pris quatre cents pièces
+de canon, cent dix drapeaux, et détruit cinq armées.</p>
+
+<p>ART. 1er. Tout village ou ville, où, à l'approche de l'armée
+française, on sonnera le tocsin, sera sur-le-champ brûlé,
+et les municipaux seront fusillés.</p>
+
+<p>II. La commune sur le territoire de laquelle sera assassiné
+un Français sera sur-le-champ déclarée en état de guerre;
+une colonne mobile y sera envoyée; il y sera pris des otages,
+et il y sera levé une contribution extraordinaire.</p>
+
+<p>III. Tous les prêtres, religieux et ministres de la religion,
+sous quelques noms que ce soit, seront protégés et maintenus
+dans leur état actuel, s'ils se conduisent selon les principes
+de l'Évangile, et, s'ils sont les premiers à le transgresser, ils
+seront traités militairement, et plus sévèrement que les autres
+citoyens.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Pezaro, le 19 pluviose an 5
+(7 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général Bernadotte m'écrit de Metz pour m'annoncer
+que les six demi-brigades venant de l'armée de Sambre-et-Meuse,
+qui, au compte du général Moreau, devaient être de
+deux mille quatre cents hommes chacune, ce qui devrait faire
+quatorze mille quatre cents hommes, n'en font que douze mille
+huit cents. En supposant que les six demi-brigades envoyées
+par le général Moreau soient d'égale force, cela ferait vingt-cinq
+mille hommes: pour avoir trente mille hommes, il faudrait
+donc encore ordonner le départ de deux demi-brigades;
+vous pourriez nous en envoyer deux de l'armée de l'Océan.</p>
+
+<p>Ces corps perdront nécessairement en route du monde; le
+moins qu'ils puissent perdre, c'est cinq cents hommes chacun,
+ce qui réduirait le secours de trente mille hommes annoncés
+pour l'armée à dix-neuf mille hommes; je crois donc qu'il
+serait nécessaire que vous nous envoyassiez encore trois
+demi-brigades, en les tirant, soit de l'armée des départemens
+de l'intérieur, soit des deux armées du Rhin. Avec ces cinq
+demi-brigades de renfort, le secours extraordinaire envoyé
+serait de dix-sept demi-brigades: c'est beaucoup les calculer,
+si on les porte, arrivées à Milan, à quinze cents hommes,
+surtout les demi-brigades d'infanterie légère, qui ne sont
+guère, dans toutes les armées, que la moitié des autres; ces
+demi-brigades feraient donc vingt-cinq mille cinq cents hommes.
+Le secours serait donc encore inférieur de cinq mille
+hommes aux trente mille que votre intention est d'envoyer à
+l'armée d'Italie.</p>
+
+<p>Le général Kellermann vous fait un double emploi quand
+il compte la quarantième, qui nous a été envoyée il y a deux
+mois, et qui a été portée sur un autre envoi. Nous n'avons
+donc véritablement reçu, des dix mille hommes annoncés,
+que la soixante-quatrième et la treizième, formant en tout
+moins de quatre mille hommes.</p>
+
+<p>Il m'est annoncé quatre régimens de troupes à cheval des
+deux armées, et le quinzième de chasseurs venant de Bourges.
+Je vous ai demandé deux escadrons, restés à Bordeaux et à
+Marseille, du dix-huitième de dragons; deux escadrons du
+cinquième de cavalerie et du neuvième de dragons restés à
+Lyon, et les différens petits détachemens de la cavalerie de
+l'armée qui sont restés dans la huitième division, et qu'il est
+instant de rallier à leurs corps. Si vous pouvez m'envoyer six
+cents hommes de grosse cavalerie, six cents dragons et sept à
+huit cents hommes des différentes armes de la cavalerie, à
+pied et armés, et que nous chercherons à monter avec les
+chevaux que nous pourrons trouver, je me trouverai suffisamment
+fort en cavalerie.</p>
+
+<p>De l'annonce faite, au commencement de la campagne, par
+le ministre, de l'artillerie légère, il nous manque quatre
+compagnies, qui ne sont jamais venues; nous en avons le plus
+grand besoin.</p>
+
+<p>Je compte mettre en ligne contre les Allemands la légion
+lombarde, qui se bat assez bien; mais elle n'est pas à quinze
+cents hommes. La légion polonaise qu'on lève fournira à peu
+près quinze cents hommes, qui, avec la légion cispadane,
+serviront à garder l'Italie inférieure.</p>
+
+<p>Je vous prie d'envoyer à l'armée le citoyen Champeaux,
+ci-devant chef de brigade du dixième de chasseurs, et que
+j'ai nommé chef de brigade du septième de hussards, qui est
+très-pillard, mais que Champeaux remettra à l'ordre.</p>
+
+<p>Je vous recommande de nous envoyer deux mille charretiers
+pour l'artillerie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 22 pluviose an 5
+(10 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Nous avons beaucoup à nous plaindre, citoyens directeurs,
+de la conduite des baillis suisses. Je n'ai fait mettre les barques
+canonnières sur le lac de Lugano que pour empêcher la
+contrebande qui se faisait, et arrêter la désertion des prisonniers
+autrichiens, protégés par les Suisses. Nous avions droit
+de mettre ces barques sur le lac, puisqu'une bonne partie du
+rivage nous appartient; d'ailleurs, si les baillis suisses continuent
+à se mal conduire, je ne leur accorderai plus de blé,
+et s'ils se permettent des voies de fait, je ferai brûler les villages
+qui se seront mal comportés. Les Suisses d'aujourd'hui
+ne sont plus les hommes du quatorzième siècle: ils ne sont
+fiers que lorsqu'on les cajole trop; ils sont humbles et bas
+lorsqu'on leur fait sentir qu'on n'a pas besoin d'eux: si nous
+ne les secourions pas du côté du Milanez, ils mourraient de
+faim; nous avons donc le droit d'exiger qu'ils se conduisent
+avec égard.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 22 pluviose an 5
+(10 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Nous avons conquis en peu de jours la Romagne, le duché
+d'Urbin et la marche d'Ancône. Nous avons fait à Ancône
+douze cents prisonniers de l'armée du pape; ils s'étaient
+postés habilement sur des hauteurs en avant d'Ancône. Le
+général Victor les a enveloppés, et les a tous pris sans tirer
+un coup de fusil. L'empereur venait d'envoyer au pape trois
+mille beaux fusils, que nous avons trouvés dans la forteresse
+d'Ancône avec près de cent vingt pièces de canon de gros calibre;
+une cinquantaine d'officiers que nous avons faits prisonniers
+ont été renvoyés, avec le serment de ne plus servir
+le pape. La ville d'Ancône est le seul port qui existe, depuis
+Venise, sur l'Adriatique; il est, sous tous les points de vue,
+très-essentiel pour notre correspondance de Constantinople:
+en vingt-quatre heures on va d'ici en Macédoine. Aucun
+gouvernement n'était aussi méprisé par les peuples mêmes
+qui lui obéissent, que celui-ci. Au premier sentiment de
+frayeur que cause l'entrée d'une armée ennemie, a succédé
+la joie d'être délivré du plus ridicule des gouvernemens.</p>
+
+<p>Le 22, à six heures du soir.</p>
+
+<p><i>P.S.</i> Nous sommes maîtres de Notre-Dame-de-Lorette.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 23 pluviose an 5
+(11 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous ferai passer la capitulation de Mantoue; nos
+troupes ont occupé la citadelle le 15 et, aujourd'hui, la
+ville est entièrement évacuée par les Autrichiens. Je vous enverrai
+les inventaires de l'artillerie et du génie et la revue
+de la garnison, dès l'instant qu'ils me seront parvenus. C'est
+le général Serrurier qui a assiégé la première fois Mantoue;
+le général Kilmaine, qui a établi le deuxième blocus, a rendu
+de grands services; c'est lui qui a ordonné que l'on fortifiât
+Saint-George, qui nous a si bien servis depuis. La garnison de
+Mantoue a mangé cinq mille chevaux, ce qui fait que nous
+en avons fort peu trouvé. Je vous demande le grade de général
+de brigade pour le citoyen Chasseloup, commandant du
+génie de l'armée. Il a assiégé le château de Milan, la ville de
+Mantoue, et on en était déjà aux batteries de brèche, lorsque
+j'ordonnai qu'on levât le siège; il a, dans cette campagne,
+fait fortifier Peschiera, Legnago et Pizzighitone. Je vous
+demande le grade de chef de brigade pour les citoyens Samson
+et Maubert; ils l'ont mérité, en rendant des services
+dans plus de quarante combats, et en faisant des reconnaissances
+dangereuses et utiles. Je vous ai demandé le grade de général
+de division d'artillerie pour le général Lespinasse. Je
+vous prie aussi d'employer le général Dommartin dans l'armée
+d'Italie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 25 pluviose an 5
+(13 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Monsieur le cardinal Mattei.</i></p>
+
+<p>J'ai reconnu, dans la lettre que vous vous êtes donné la
+peine de m'écrire, monsieur le cardinal, cette simplicité de
+moeurs qui vous caractérise. Vous verrez, par l'imprimé que
+je vous envoie, les raisons qui m'ont engagé à rompre
+l'armistice conclu entre la république française et Sa Sainteté.</p>
+
+<p>Personne n'est plus convaincu du désir que la république
+française avait de faire la paix, que le cardinal Busca, comme
+il l'avoue dans sa lettre à M. Albani, qui a été imprimée et
+dont j'ai l'original dans les mains.</p>
+
+<p>On s'est rallié aux ennemis de la France lorsque les premières
+puissances de l'Europe s'empressaient de reconnaître
+la république et de désirer la paix avec elle; on s'est longtemps
+bercé de vaines chimères et on n'a rien oublié pour
+consommer la destruction de ce beau pays. Je n'entendrai
+jamais à aucune proposition qui tendrait à terminer les hostilités
+entre la république française et Sa Sainteté, qu'au
+préalable on n'ait ordonné le licenciement des régimens créés
+après l'armistice; secondement, que l'on n'ait ôté par notification
+publique le commandant de l'armée de Sa Sainteté aux
+officiers-généraux envoyés par l'empereur. Ces clauses remplies,
+il reste encore à Sa Sainteté un espoir de sauver ses
+états en prenant plus de confiance dans la générosité de la république
+française, et en se livrant toute entière et promptement
+à des négociations pacifiques.</p>
+
+<p>Je sais que Sa Sainteté a été trompée: je veux bien encore
+prouver à l'Europe entière la modération du directoire exécutif
+de la république française, en lui accordant cinq jours
+pour envoyer un négociateur muni de pleins pouvoirs, qui se
+rendra à Foligno, où je me trouverai et où je désire de pouvoir
+contribuer en mon particulier à donner une preuve éclatante
+de la considération que j'ai pour le Saint-Siège.</p>
+
+<p>Quelque chose qu'il arrive, monsieur le cardinal, je vous
+prie d'être persuadé de l'estime distinguée avec laquelle je
+suis, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Macereta, le 27 pluviose an 5
+(15 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, 1°. la copie d'une
+lettre que m'a écrite le cardinal Mattei.</p>
+
+<p>2°. La copie d'une note qui m'a été remise par le prince
+de Belmonte Pignatelli, envoyé près de moi par sa cour.</p>
+
+<p>Il m'a dit confidentiellement et m'a montré des articles de
+son instruction, aussi très-confidentiellement et non officiellement,
+où le roi son maître prenait un tel intérêt aux affaires
+de Rome, qu'il faisait marcher un corps de troupes
+pour appuyer ses représentations sur Rome.</p>
+
+<p>Je lui ai répondu très-confidentiellement que, si je n'avais
+point abattu l'orgueil du pape, il y a trois mois, c'est que je
+ne doutais pas que le roi de Naples voulait se mêler, contre le
+droit des gens et la teneur du traité, de cette affaire-là, et
+que véritablement alors je n'avais pas le moyen de lui répondre;
+mais qu'aujourd'hui j'avais de disponibles les trente
+mille hommes qui étaient devant Mantoue, et les quarante
+mille hommes qui me venaient de l'intérieur; que si le roi
+son maître me jetait le gant, je le ramasserais; que la république
+donnerait au roi de Naples toutes les satisfactions
+compatibles avec sa dignité et son intérêt: il a, en reprenant
+le ton officiel, désavoué ce qui avait été dit en confidence.</p>
+
+<p>J'ai répondu au cardinal Mattei la lettre que je vous envoie,
+au prince Belmonte Pignatelli la note que je vous envoie
+également.</p>
+
+<p>Je vous fais tenir la mesure que j'ai adoptée à Ancône
+pour l'organisation de l'administration, le parti que j'ai pris
+ici relativement à l'organisation de la province, ainsi qu'un
+ordre que j'ai donné en faveur des prêtres réfractaires. Cet
+ordre n'est pas contraire à la loi; il est conforme à nos intérêts
+et à la bonne politique: car ces prêtres nous sont fort attachés
+et beaucoup moins fanatiques que les Romains. Ils
+sont accoutumés à ce que les prêtres ne gouvernent pas, et
+c'est déjà beaucoup: ils sont très-misérables; les trois quarts
+pleurent quand ils voient un Français: d'ailleurs, à force
+d'en faire des battues, ou les oblige à se réfugier en France.
+Comme ici nous ne touchons en aucune manière à la religion,
+il vaut beaucoup mieux qu'ils y restent; si vous approuvez
+cette mesure et qu'elle ne contrarie pas les principes
+généraux, je tirerai de ces gens-là un grand parti en
+Italie.</p>
+
+<p>Ancône est un très-bon port, on va delà en vingt-quatre
+heures en Macédoine, et en dix jours à Constantinople. Mon
+projet est d'y ramasser tous les juifs possible; je fais mettre
+dans le meilleur état de défense la forteresse; il faut que nous
+conservions le port d'Ancône à la paix générale, et qu'il
+reste toujours français: cela nous donnera une grande influence
+sur la Porte Ottomane et nous rendra maîtres de la
+mer Adriatique, comme nous le sommes, par Marseille, l'île
+de Corse et Saint-Pierre, de la Méditerranée. Quinze cents
+hommes de garnison, et 2 à 300,000 liv. pour fortifier un
+monticule voisin, et cette ville sera susceptible de soutenir
+un très-long siège.</p>
+
+<p>Loretto contenait un trésor à peu près de 3,000,000 liv.
+tournois, ils nous ont laissé à peu près pour un million sur
+les sept; je vous envoie de plus la madone avec toutes les reliques.
+Cette caisse vous sera directement adressée, et vous
+en ferez l'usage que vous jugerez convenable; la madone est
+de bois.</p>
+
+<p>La province de Macereta, connue plus communément sous
+le nom de Marche d'Ancône, est une des plus belles et sans
+contredit la plus riche des états du pape. Nos troupes seront,
+j'espère, ce soir à Foligno, et passeront la journée de demain
+à se réunir au deuxième bataillon de la soixante-troisième
+qui était à Livourne, et que j'ai fait venir. Voici ce que
+je compte faire:</p>
+
+<p>J'accorderai la paix au pape, moyennant qu'il cédera en
+toute propriété à la république la légation de Bologne, la légation
+de Ferrare, la légation de Romagne, le duché d'Urbin
+et la Marche d'Ancône, et qu'il nous paiera, 1°. les
+3,000,000 valeur du trésor de Loretto; 2°. les 15,000,000
+valeur de ce qui reste dû pour l'armistice; il donnera tous
+les chevaux de cavalerie, tous les chevaux de son artillerie;
+qu'il chassera Colli et tous les Autrichiens, et nous donnera
+les armes de tous les nouveaux régimens créés depuis l'armistice.
+Si cela n'est pas accepté, j'irai à Rome.</p>
+
+<p>Je préfère l'accommodement à aller à Rome, 1°. parce que
+cela m'évitera une discussion qui peut être très-sérieuse avec
+le roi de Naples; 2°. parce que le pape et tous les princes se
+sauvant de Rome, je ne pourrai jamais en tirer ce que je demande;
+3°. parce que Rome ne peut pas exister long-temps dépouillée
+de ses belles provinces: une révolution s'y fera toute
+seule. 4°. Enfin la cour de Rome nous cédant tous ses droits
+sur ce pays, on ne pourra pas, à la paix générale, regarder
+cela comme un succès momentané, puisque ce sera une chose
+très-finie; et enfin cela nous donnera la division qui est ici,
+disponible tout de suite pour les opérations du Frioul, et me
+donnera le temps, avant d'être entré en lutte avec les Autrichiens,
+de conclure quelque article secret avec le sénat de
+Venise.</p>
+
+<p>Je vous enverrai incessamment la seconde lettre que vient
+de m'écrire le cardinal Mattei.</p>
+
+<p>Rien de nouveau, de bien intéressant dans le Tyrol, ni sur
+la Piave, si ce n'est des escarmouches, dont l'état-major vous
+fait passer le bulletin.</p>
+
+<p>Je vous enverrai l'inventaire de l'artillerie trouvée à
+Mantoue, Ancône et autres places.</p>
+
+<p>J'attends toujours Villemansy avec la plus grande impatience.
+Nous avons besoin d'un homme qui ait le sens commun
+dans cette place: tous ceux que j'ai vus depuis le commencement
+de la campagne, sont à peine bons pour être
+commissaires dans une place.</p>
+
+<p>Verninac est arrivé à Naples, je lui répondrai du moment
+que le chemin sera libre, pour lui indiquer la route qu'il
+doit tenir.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tolentino, le 29 pluviose an 5
+(17 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p>
+
+<p>Vous avez dû recevoir, citoyen général, la onzième demi-brigade
+et la cinquième: la vingt-sixième d'infanterie légère
+doit être, à l'heure qu'il est, à Verone; elle a ordre de suivre
+la cinquième, devant être de la même division avec ces dernières
+brigades. J'avais pensé que le quartier-général de cette
+division devait être à Borgo de Val-Sugano; cependant, si
+vous croyez qu'il serait mieux placé à Levico ou à Pergine,
+je vous autorise à donner des ordres en conséquence.</p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre du 21 pluviose, je vous engage à
+réfléchir et à observer davantage les localités; car je ne conçois
+pas que, votre ligne du Lawis forcée, et votre mouvement
+de retraite exécuté pendant la nuit, vous n'ayez pas
+une position intermédiaire la plus rapprochée possible de cette
+première, où vous puissiez vous tenir toute la journée,
+remettre ensemble vos troupes, et recevoir les hommes éparpillés
+ou les corps qui n'auraient pas pu rejoindre dans la
+nuit; la nuit suivante, vous remettre en marche, s'il le faut,
+et reprendre la ligne de Mori et de Torbole, et là tenir en
+échec l'ennemi plusieurs jours; enfin, arriver à la Corona,
+au camp retranché de Castel-Novo, et enfin sous les murs
+de Mantoue ou de Verone: agir autrement, ce ne serait pas
+faire la guerre, dont l'art ne consiste qu'à gagner du temps
+lorsqu'on a des forces inférieures. Pour empêcher l'ennemi
+d'attaquer d'abord Torbole et Mori, le moyen qui m'a paru
+le plus clair était de faire construire un pont sur l'Adige et
+d'en retrancher la tête: ce pont devrait être situé entre Roveredo
+et Trente. Par ce moyen, l'ennemi ne peut rien tenter
+sur Mori et Torbole, même après avoir forcé le général Rey,
+qui doit toujours exécuter sa retraite sur Torbole.</p>
+
+<p>Je vous prie de me répondre positivement à cette question:
+Y a-t-il, de Torbole à Mori, une bonne ligne? Elle servirait
+par le lac et par l'Adige, et j'avais ordonné: 1°. que l'on
+ferait à cette ligne tous les travaux nécessaires; 2°. qu'on y
+construirait dans l'endroit le plus favorable une redoute avec
+des coupures de chemins, de manière que cela fît la même
+position que la Chiusa et Rivoli, à l'exception que l'ennemi
+n'étant pas sur la rive du côté de Mori, on n'a pas besoin
+d'autant de forces pour défendre ce point, que pour le plateau
+de Rivoli.</p>
+
+<p>Je vous prie de relire l'instruction que je vous ai fait passer
+au moment de votre entrée à Trente, et d'en faire strictement
+les préparatifs, cela tenant à un système général de
+guerre pour la campagne dans laquelle nous allons entrer,
+me reposant entièrement sur vous et sur le commandant du
+génie, auquel j'ai donné ordre de se rendre à Trente; sur les
+positions à tenir et sur l'application des idées générales contenues
+dans mon instruction.</p>
+
+<p>Mon principe pour la défense du Tyrol est, dès l'instant
+que vous êtes obligé d'évacuer Trente, de vous rallier en
+avant de Roveredo, occupant, avec toute la division Rey,
+les hauteurs de Mori: rallié là pendant toute une journée,
+passer l'Adige et placer les trois divisions entre l'Adige,
+Mori et Torbole, plaçant seulement quelques pièces de canon
+et quelques détachemens dans les endroits les plus
+étroits entre Mori et Rivoli, pour empêcher l'ennemi de
+pouvoir se porter sur Ala, et même y construire, dans l'endroit
+le plus favorable, une bonne redoute, ayant soin de
+pratiquer des coupures de tous les côtés, et vis-à-vis de laquelle
+on doit avoir un pont avec une tête très-bien retranchée.
+Qui est maître d'une rive de l'Adige et a un pont, est
+maître des deux rives. Lorsqu'ensuite l'occupation de la ligne
+de Torbole et Mori par suite des événemens qui peuvent
+arriver aux autres divisions de l'armée, deviendrait inutile,
+alors Mantoue, Peschiera, ou une place quelconque, offrent
+une protection à la division.</p>
+
+<p>La ligne de Rivoli ne peut donc plus me servir de rien, à
+moins que ce ne soit comme ligne de passage pour gagner
+quelques jours de temps: cette ligue est trop éloignée des
+gorges de la Brenta, pour que le corps d'armée puisse jamais
+être secouru par un mouvement de flanc sur Trente: au lieu
+que celle de Mori, avec un pont qui permet de passer de
+l'autre côté, aide aux divisions, qui, par un mouvement rétrograde,
+enfileraient les gorges de la Brenta, pour se porter
+sur les flancs de l'ennemi à Trente. En voilà assez, je crois,
+pour vous faire sentir l'importance de la position de Mori;
+il faut que l'art y seconde la nature. S'il arrivait une circonstance
+où vous puissiez être forcé dans la ligne de Torbole,
+plus tôt que dix jours après l'avoir été au Lawis, la campagne
+serait manquée.</p>
+
+<p>Sous peu de jours, je serai de retour à l'armée, où je sens
+que ma présence devient nécessaire. L'armée est à trois jours
+de Rome, je suis en traité avec cette prêtraille, et, pour
+cette fois-ci, le Saint-Père sauvera encore sa capitale, en
+nous cédant ses plus beaux états et de l'argent, et, par ce
+moyen, nous sommes en mesure pour exécuter la grande tâche
+de la campagne prochaine.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tolentino, le 30 pluviose an 5
+(18 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Nos troupes se sont emparées de l'Ombrie et du pays de
+Perrugia; nous sommes maîtres aussi de la petite province de
+Camerino.</p>
+
+<p>Je rencontre ici le cardinal Mattei, le neveu du pape, le
+marquis Massimo, et monsieur Galeppi, qui viennent avec
+des pleins pouvoirs du pape pour traiter.</p>
+
+<p>On m'a écrit de Venise que le prince Charles est arrivé à
+Trieste, et que, de tous côtés, les troupes autrichiennes
+sont en marche pour renforcer l'armée ennemie.</p>
+
+<p>Je vous ai instruit, par ma dernière dépêche, que les douze
+demi-brigades que vous m'envoyez, ne faisaient pas dix-neuf
+mille hommes. Le ministre de la guerre vient d'écrire au général
+Kellermann de garder deux mille hommes et de faire
+retourner un régiment de cavalerie à l'armée du Rhin. Voilà
+donc les trente mille hommes que vous m'annonciez rendus à
+dix-sept mille hommes: c'est un très-beau renfort pour l'armée
+d'Italie! mais cela me rend trop faible pour pouvoir me
+diviser en deux corps d'armée, et exécuter le plan de campagne
+que je m'étais proposé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tolentino, le 1er ventose an 5
+(19 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, le rapport du citoyen
+Monge, que j'ai envoyé à Saint-Marin, avec le discours
+qu'il a prononcé lorsque les douze drapeaux pris sur le pape
+et cinq drapeaux autrichiens, reste de ceux pris aux dernières
+affaires, ont été apportés.</p>
+
+<p>Le général Bernadotte est arrivé, et sa division se réunit
+à Padoue; le calcul que j'avais fait, de porter les demi-brigades
+à quinze cents hommes, l'une portant l'autre, se
+vérifie.</p>
+
+<p>Je vous demande le grade de général de brigade pour l'adjudant-général
+Duphot, qui a eu, dans ces différentes affaires,
+cinq chevaux tués sous lui: c'est un de nos plus braves
+officiers.</p>
+
+<p>Le pape a ratifié le traité de paix conclu à Tolentino; dès
+que j'en aurai l'original, je vous l'expédierai.</p>
+
+<p>Le roi de Sardaigne a approuvé le traité d'alliance offensive
+et défensive conclu par le général Clarke, qui, dans des
+lettres très-détaillées, vous expose les différentes démarches
+qu'il a faites pour arriver à des négociations de paix. Il nous
+a paru que l'on ne pouvait pas à la fois entamer une négociation
+de paix séparée avec Vienne, et prêter l'oreille à la proposition
+qui serait faite à l'ouverture d'un congrès: tant que
+la cour de Vienne aura l'espoir d'obtenir de nous l'ouverture
+d'un congrès, elle n'entendra jamais des propositions de paix
+séparée.</p>
+
+<p>Nous ne porterons jamais la cour de Vienne à entrer en
+négociation avec nous, qu'en nous prononçant décidément
+contre l'ouverture d'un congrès, qui, par la lenteur des formes,
+ne pourrait pas éviter la campagne qui va s'ouvrir, et
+qu'un esprit d'humanité et de philosophie, qui, malheureusement,
+n'est pas partagé par l'empereur, vous fait désirer
+d'éviter.</p>
+
+<p>Je fais travailler à l'armement et aux approvisionnemens
+de Mantoue, dans le même temps que je fais travailler aux
+mines pour la détruire. Notre position en Italie me paraît
+fort satisfaisante.</p>
+
+<p>Je n'ai pas été à Milan depuis la prise de Mantoue, parce
+que les habitans de la Lombardie attendent mon arrivée, et
+espèrent que je vais leur permettre la réunion de leurs assemblées
+primaires.</p>
+
+<p>Le moment d'exécuter vos ordres pour Venise n'est pas
+encore arrivé; il faut, avant, ôter toute incertitude sur le
+sort des combats que les deux armées vont avoir à se livrer;
+je désirerais même que la flottille que le ministre de la marine
+me promet, fût arrivée dans l'Adriatique.</p>
+
+<p>J'ai nommé le citoyen Meuron, qui nous a rendu des services
+sur le lac de Garda, consul de la république à Ancône:
+je vous prie de le confirmer.</p>
+
+<p>J'espère, avant quinze jours, indépendamment de la corvette
+<i>la Brune</i>, qui est arrivée dans l'Adriatique, avoir une
+vingtaine de corsaires à Ancône; ce qui nous rendra maîtres
+du commerce de l'Adriatique.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Tolentino, le 1er ventôse an 5
+(19 février 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Sa Sainteté le Pape Pie VI.</i></p>
+
+<p>Je dois remercier Votre Sainteté des choses obligeantes
+contenues dans la lettre qu'elle s'est donné la peine de m'écrire.</p>
+
+<p>La paix entre la république française et Votre Sainteté
+vient d'être signée, je me félicite d'avoir pu contribuer à son
+repos particulier.</p>
+
+<p>J'engage Votre Sainteté à se méfier des personnes qui sont
+à Rome, vendues aux cours ennemies de la France, ou qui
+se laissent exclusivement guider par les passions haineuses,
+qui entraînent toujours la perte des états.</p>
+
+<p>Toute l'Europe connaît les inclinations pacifiques et les
+vertus conciliatrices de Votre Sainteté. La république française
+sera, j'espère, une des amies les plus vraies de Rome.</p>
+
+<p>J'envoie mon aide-de-camp, chef de brigade, pour exprimer
+à Votre Sainteté l'estime et la vénération parfaites que
+j'ai pour sa personne, et je la prie de croire au désir que j'ai
+de lui donner, dans toutes les occasions, les preuves de respect
+et de vénération avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bassano, le 20 ventose an 5
+(10 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux soldats de l'armée d'Italie.</i></p>
+
+<p>La prise de Mantoue vient de finir une campagne qui
+vous a donné des titres éternels à la reconnaissance de la
+patrie.</p>
+
+<p>Vous avez remporté la victoire dans quatorze batailles rangées
+et soixante-dix combats; vous avez fait plus de cent
+mille prisonniers, pris à l'ennemi cinq cents pièces de canon
+de campagne, deux mille de gros calibre, quatre équipages
+de pont.</p>
+
+<p>Les contributions mises sur les pays que vous avez conquis
+ont nourri, entretenu, soldé l'armée pendant toute la
+campagne; vous avez en outre envoyé trente millions au ministre
+des finances pour le soulagement du trésor public.</p>
+
+<p>Vous avez enrichi le Muséum de Paris de plus de trois
+cents objets, chefs-d'oeuvre de l'ancienne et nouvelle Italie,
+et qu'il a fallu trente siècles pour produire.</p>
+
+<p>Vous avez conquis à la république les plus belles contrées
+de l'Europe; les républiques Lombarde et Cispadane vous
+doivent leur liberté; les couleurs françaises flottent pour la
+première fois sur les bords de l'Adriatique, en face et à
+vingt-quatre heures de navigation de l'ancienne Macédoine;
+les rois de Sardaigne, de Naples, le pape, le duc de Parme
+se sont détachés de la coalition de nos ennemis, et ont brigué
+notre amitié; vous avez chassé les Anglais de Livourne,
+de Gênes, de la Corse...; mais vous n'avez pas encore tout
+achevé, une grande destinée vous est réservée: c'est en vous
+que la patrie met ses plus chères espérances, vous continuerez
+à en être dignes.</p>
+
+<p>De tant d'ennemis qui se coalisèrent pour étouffer la république,
+à sa naissance, l'empereur seul reste devant nous.
+Se dégradant lui-même du rang d'une grande puissance, ce
+prince s'est mis à la solde des marchands de Londres; il n'a
+plus de politique, de volonté que celle de ces insulaires
+perfides, qui, étrangers aux malheurs de la guerre, sourient
+avec plaisir aux maux du continent.</p>
+
+<p>Le directoire exécutif n'a rien épargné pour donner la
+paix à l'Europe; la modération de ses propositions ne se
+ressentait pas de la force de ses armées: il n'avait pas consulté
+votre courage, mais l'humanité et l'envie de vous faire
+rentrer dans vos familles; il n'a pas été écouté à Vienne; il
+n'est donc plus d'espérances pour la paix, qu'en allant la
+chercher dans le coeur des états héréditaires de la maison
+d'Autriche. Vous y trouverez un brave peuple accablé par la
+guerre qu'il a eue contre les Turcs, et par la guerre actuelle.
+Les habitans de Vienne et des États de l'Autriche gémissent
+sur l'aveuglement et l'arbitraire de leur gouvernement; il
+n'en est pas un qui ne soit convaincu que l'or de l'Angleterre
+a corrompu les ministres de l'empereur. Vous respecterez
+leur religion et leurs moeurs, vous protégerez leurs propriétés;
+c'est la liberté que vous apporterez à la brave nation
+hongroise.</p>
+
+<p>La maison d'Autriche, qui, depuis trois siècles, va perdant
+à chaque guerre une partie de sa puissance, qui mécontente
+ses peuples, en les dépouillant de leurs privilèges, se
+trouvera réduite, à la fin de cette sixième campagne (puisqu'elle
+nous contraint à la faire) à accepter la paix que nous
+lui accorderons, et à descendre, dans la réalité, au rang
+des puissances secondaires, où elle s'est déjà placée en se
+mettant aux gages et à la disposition de l'Angleterre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Bassano, le 20 ventose an 5
+(10 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. Bataglia, provéditeur-général de la république de
+Venise à Verone.</i></p>
+
+
+<p>J'ai été douloureusement affecté en apprenant que la
+tranquillité publique est troublée à Brescia. J'espère que,
+moyennant la sagesse des mesures que vous prendrez, il n'y
+aura pas de sang de répandu. Vous savez que, dans la position
+actuelle des esprits en Europe, les persécutions ne feraient
+qu'autoriser les mécontens contre le gouvernement.</p>
+
+<p>Dans la plupart des villes de l'état vénitien, il y a des
+personnes qui montrent à chaque instant leur partialité pour
+les Autrichiens, qui ne cessent de maudire et de se montrer
+très-indisposées contre les Français. Quelques-unes, mais
+en petit nombre, paraissent préférer les moeurs et l'affabilité
+des Français à la rudesse des Allemands. Il serait injuste de
+punir ces derniers et de leur faire un crime de la partialité
+que l'on ne trouve pas mauvaise en faveur des Allemands.</p>
+
+<p>Le sénat de Venise ne peut avoir aucune espèce d'inquiétude,
+devant être bien persuadé de la loyauté du gouvernement
+français, et du désir que nous avons de vivre en bonne
+amitié avec votre république; mais je ne voudrais pas que,
+sous prétexte de conspiration, l'on jetât sous les plombs du
+palais de Saint-Marc tous ceux qui ne sont pas ennemis déclarés
+de l'armée française, et qui nous auront, dans le cours
+de cette campagne, rendu quelques services.</p>
+
+<p>Désirant pouvoir contribuer à rétablir la tranquillité et
+ôter toute espèce de méfiance entre les deux républiques, je
+vous prie, monsieur, de me faire connaître le lieu où je pourrai
+avoir l'honneur de vous voir, ainsi que de croire aux
+sentimens d'estime et de considération, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Sacile, le 25 ventose an 5 (15 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Instruction pour la conduite à tenir dans le Tyrol.</i></p>
+
+<p>ART. 1er. Confirmer par une proclamation toutes les lois et
+tous les magistrats existans.</p>
+
+<p>2. Ordonner, par une proclamation, que l'on continue,
+comme à l'ordinaire, l'exercice public du culte de la religion.</p>
+
+<p>3. Beaucoup cajoler les prêtres, et chercher à se faire un
+parti parmi les moines, en ayant soin de bien distinguer
+les théologiens et les autres savans qui peuvent exister parmi
+eux.</p>
+
+<p>4. Parler en bien de l'empereur, dire beaucoup de mal de
+ses ministres et de ceux qui le conseillent.</p>
+
+<p>5. Donner un ordre pour que tous les Tyroliens qui ont
+été au service de l'empereur rentrent chez eux, et leur assurer
+la protection et la sauve-garde de la république.</p>
+
+<p>6. Dès l'instant qu'on serait maître de Brixen et de tous
+les pays en deçà des hautes montagnes, y établir une commission
+de gouvernement, à laquelle vous donnerez le nom et
+l'organisation consacrés dans le pays, que vous chargerez de
+percevoir toutes les impositions qui se percevaient pour le
+compte de l'empereur, et qu'elle versera, sous sa responsabilité,
+dans la caisse de l'armée.</p>
+
+<p>7. Ne prendre ni les monts-de-piété, ni les caisses qui appartiendront
+aux villes, mais seulement les caisses et magasins
+appartenant à l'empereur; enfin, avoir beaucoup d'aménité
+et chercher à se concilier les habitans.</p>
+
+<p>8. À ces mesures on joindra celle d'exécuter avec rigueur
+le désarmement, de prendre des otages dans les endroits où
+on le croirait nécessaire, et de mettre des impositions en
+forme de contributions sur les villages qui se conduiraient
+mal, et où il y aurait eu de nos soldats assassinés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Valdasone, le 27 ventose an 5
+(17 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Depuis la bataille de Rivoli, l'armée d'Italie occupait les
+bords de la Piave et du Lawis; l'armée de l'empereur, commandée
+par le prince Charles, occupait l'autre rive de la
+Piave, avait son centre placé derrière le Cordevole, et appuyait
+sa droite à l'Adige du côté de Bellune.</p>
+
+<p>Le 20, au matin, la division du général Masséna se rend
+à Feltre: l'ennemi, à son approche, évacue la ligne de Cordevole
+et se porte sur Bellune.</p>
+
+<p>La division du général Serrurier se porte à Asolo, elle est
+assaillie par un temps horrible; mais le vent et la pluie, à
+la veille d'une bataille, ont toujours été pour l'armée d'Italie
+un présage de bonheur.</p>
+
+<p>Le 23, à la pointe du jour, la division passe la Piave vis-à-vis
+le village de Vidor: malgré la rapidité et la profondeur
+de l'eau, nous ne perdons qu'un jeune tambour. Le chef
+d'escadron Lasalle, à la tête d'un détachement de cavalerie,
+et l'adjudant général Leclerc, à la tête de la vingt-unième
+demi-brigade d'infanterie légère, culbutent le corps ennemi,
+qui voulait s'opposer à notre passage, et se portent rapidement
+à San-Salvador. Mais l'ennemi, au premier avis du
+passage, a craint d'être cerné, et a évacué son camp de Capanna.</p>
+
+<p>Le général Guieux, à deux heures après midi, passe la
+Piave à Ospedalleto, et arrive le soir à Conegliano: un soldat
+entraîné par le courant est sur le point de se noyer; une femme
+attachée à la cinquante-unième se jette à la nage et le sauve;
+je lui ai fait présent d'un collier d'or, auquel sera suspendue
+une couronne civique avec le nom du soldat qu'elle a sauvé.</p>
+
+<p>Notre cavalerie, dans cette journée, rencontre plusieurs
+fois celle de l'ennemi, et a toujours l'avantage; nous prenons
+quatre-vingts hussards.</p>
+
+<p>Le 23, le général Guieux, avec sa division, arrive à Sacile,
+tombe sur l'arrière-garde ennemie, et, malgré l'obscurité
+de la nuit, lui fait cent prisonniers. Un corps de hulans
+demande à capituler; le citoyen Sciebeck, chef d'escadron,
+s'avance et reste mort; le général Dugua, commandant la
+réserve, est légèrement blessé.</p>
+
+<p>Cependant, la division du général Masséna arrive à Bellune,
+poursuit l'ennemi qui s'est retiré du côté de Cadore,
+enveloppe son arrière-garde, fait sept cents prisonniers,
+parmi lesquels cent hussards, un colonel, et le général Lusignan,
+qui commandait tout le centre. Le dixième de chasseurs
+se distingue comme à son ordinaire. M. de Lusignan
+s'est couvert d'opprobre par la conduite qu'il tint à Brescia
+envers nos malades; j'ordonne qu'il soit conduit en France
+sans pouvoir être échangé.</p>
+
+<p>Le 26, la division du général Guieux part de Pardenone,
+à cinq heures du matin; celle du général Bernadotte part de
+Sacile, à trois heures du matin; celle du général Serrurier
+part de Sassiano, à quatre heures du matin: tous se dirigent
+sur Valvasone.</p>
+
+<p>La division du général Guieux dépasse Valvasone et arrive
+sur le bord du Tagliamento, à onze heures du matin. L'armée
+ennemie est retranchée de l'autre côté de la rivière, dont
+elle prétend nous disputer le passage. Mon aide-de-camp,
+chef d'escadron Croisier, va, à la tête de vingt-cinq guides,
+à la reconnaissance jusqu'aux retranchemens; il est accueilli
+par la mitraille.</p>
+
+<p>La division du général Bernadotte arrive à midi: j'ordonne
+sur-le-champ au général Guieux de se porter sur la gauche
+pour passer la rivière à la droite des retranchemens ennemis,
+sous la protection de douze pièces d'artillerie. Le général
+Bernadotte doit la passer sur la droite; l'une et l'autre de ces
+divisions forment leurs bataillons de grenadiers, se rangent en
+bataille, ayant chacune une demi-brigade d'infanterie légère
+en avant, soutenue par deux bataillons de grenadiers, et flanquée
+par la cavalerie. L'infanterie légère se met en tirailleurs;
+le général Dommartin, à la gauche, et le général Lespinasse à
+la droite, font avancer leur artillerie, et la canonnade s'engage
+avec la plus grande vivacité; j'ordonne que chaque demi-brigade
+ploie, en colonne serrée sur les ailes de son second bataillon,
+ses premier et troisième bataillons.</p>
+
+<p>Le général Duphot, à la tête de la vingt-septième d'infanterie
+légère, se jette dans la rivière; il est bientôt de l'autre
+côté. Le général Bon le soutient avec les grenadiers de la division
+du général Guieux. Le général Murat fait le même mouvement
+sur la droite, et est également soutenu par les grenadiers
+de la division Bernadotte. Toute la ligne se met en
+mouvement, chaque demi-brigade par échelon, des escadrons de
+cavalerie en arrière des intervalles. La cavalerie ennemie
+veut, plusieurs fois, charger notre infanterie, mais sans
+succès; la rivière est passée et l'ennemi est partout en déroute.
+Il cherche à déborder notre droite avec sa cavalerie, et
+notre gauche avec son infanterie, j'envoie le général Dugua
+et l'adjudant-général Kellermann à la tête de la cavalerie de
+réserve: aidés par notre infanterie, commandée par l'adjudant-général
+Mireur, ils culbutent la cavalerie ennemie, et
+font prisonnier le général qui la commande.</p>
+
+<p>Le général Guieux fait attaquer le village de Gradisca, et
+malgré les ombres de la nuit, s'en empare, et met l'ennemi
+dans une déroute complète; le prince Charles n'a que le
+temps de se sauver.</p>
+
+<p>La division du général Serrurier, à mesure qu'elle arrive,
+passe la rivière, et se met en bataille pour servir de réserve.</p>
+
+<p>Nous avons pris à l'ennemi, dans cette journée, six pièces
+de canon, un général, plusieurs officiers supérieurs, et fait
+quatre ou cinq cents prisonniers.</p>
+
+<p>La promptitude de notre déploiement et de notre manoeuvre,
+la supériorité de notre artillerie épouvantèrent tellement
+l'armée ennemie, qu'elle ne tint pas et profita de la
+auit pour fuir.</p>
+
+<p>L'adjudant-général Kellermann a reçu plusieurs coups de
+sabre en chargeant, à la tête de la cavalerie, avec son courage
+ordinaire.</p>
+
+<p>Je vais m'occuper de récompenser les officiers qui se sont
+distingués dans ces différentes affaires.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Gradisca, le 30 ventose an 5
+(20 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte du passage de la Piave, des
+combats de Longara, de Sacile, et de la journée du Tagliamento.</p>
+
+<p>Le 28, la division du général Bernadotte part à trois heures
+du matin, dépasse Palma-Nova, et prend position sur le torrent
+de la Torre, où les hussards se rencontrent.</p>
+
+<p>La division du général Serrurier prend position sur la
+droite, celle du général Guieux sur la gauche; j'envoie le
+citoyen Lasalle, avec le vingt-quatrième de chasseurs, à
+Voine.</p>
+
+<p>L'ennemi, à notre approche, évacue Palma-Nova, où nous
+trouvons trente mille rations de pain et mille quintaux de
+farine en magasin: il y avait dix jours que le prince Charles
+s'était emparé de cette place, appartenant aux Vénitiens; il
+voulait l'occuper, mais il n'avait pas eu le temps de s'y établir.</p>
+
+<p>Le général Masséna arrive à Saint-Daniel, à Osopo, à
+Gemona, et pousse son avant-garde dans les gorges.</p>
+
+<p>Le 29, le général Bernadotte s'avance et bloque Gradisca;
+le général Serrurier se porte vis-à-vis San-Pietro pour passer
+l'Isonzo; l'ennemi a plusieurs pièces de canon et quelques
+bataillons de l'autre côté pour en défendre le passage.</p>
+
+<p>J'ordonne différentes manoeuvres, qui épouvantent l'ennemi,
+et le passage s'exécute sans opposition. Je ne dois pas
+oublier le trait de courage du citoyen Andréossy, chef de brigade
+d'artillerie, que je charge de reconnaître si la rivière est
+guéable; il se précipite lui-même dans l'eau, et la passe et la
+repasse à pied. Cet officier est d'ailleurs distingué par ses talens
+et ses connaissances étendues.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Passage de l'Isonzo et prise de Gradisca.</i></p>
+
+<p>Le général Serrurier se porte sur Gradisca en suivant les
+crêtes supérieures qui dominent cette ville.</p>
+
+<p>Pour amuser pendant ce temps-là l'ennemi et l'empêcher
+de s'apercevoir de sa manoeuvre, le général Bernadotte fait
+attaquer, par des tirailleurs, les retranchemens ennemis;
+mais nos soldats, emportés par leur ardeur naturelle, s'avancent,
+la baïonnette en avant, jusque sous les murs de Gradisca.
+Ils sont reçus par une forte fusillade et de la mitraille. Le
+général Bernadotte, obligé de les soutenir, fait avancer quatre
+pièces de canon pour enfoncer les portes; mais elles sont
+couvertes par une flèche bien retranchée.</p>
+
+<p>Cependant le général Serrurier arrive sur les hauteurs qui
+maîtrisent Gradisca, rend toute retraite impossible à la
+garnison; l'ennemi n'a donc plus ni probabilité de se défendre,
+ni espoir de s'échapper; le général Bernadotte lui
+fait la sommation que je vous envoie, et il capitule.</p>
+
+<p>Trois mille prisonniers, l'élite de l'armée du prince
+Charles, dix pièces de canon, huit drapeaux sont le fruit
+de cette manoeuvre. Nous avons en même temps passé l'Isonzo
+et pris Gradisca.</p>
+
+<p>La division du général Bernadotte s'est conduite avec un
+courage qui nous est un garant de nos succès à venir. Le général
+Bernadotte, ses aides-de-camp, ses généraux ont
+bravé tous les dangers. Je vous demande le grade de général
+de brigade pour l'adjudant-général Mireur.</p>
+
+<p>Le général Bernadotte se loue beaucoup du général Murat,
+commandant son avant-garde, du général Friand, de
+l'adjudant-général Mireur, du citoyen Campredon, commandant
+du génie; du citoyen Zaillot, commandant l'artillerie;
+du citoyen Lahure, chef de la quinzième demi-brigade d'infanterie
+légère; du citoyen Marin, et des deux frères Conroux.
+Le citoyen Duroc, mon aide-de-camp, capitaine, s'est
+conduit avec la bravoure qui caractérise l'état major de l'armée
+d'Italie.</p>
+
+<p>Le citoyen Miquet, chef de la quatre-vingt-huitième
+demi-brigade, a été blessé.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Casasola.</i></p>
+
+<p>La division du général Masséna s'empare du fort de la
+Chiusa, rencontre l'ennemi, qui veut lui disputer le passage
+du pont de Casasola. Ses tirailleurs font replier ceux de l'ennemi,
+et un instant après les grenadiers des trente-deuxième
+et cinquante-septième demi-brigades, en colonne serrée,
+forcent ce pont, culbutent l'ennemi malgré ses retranchemens
+et ses chevaux de frise, le poursuivent jusqu'à la Ponteba,
+et lui font six cents prisonniers, tous des régimens nouvellement
+venus du Rhin; tous les magasins que l'ennemi avait
+de ce côté tombent en notre pouvoir.</p>
+
+<p>Les chasseurs du dixième régiment, le sabre à la main,
+foncent dans les retranchemens ennemis, et acquièrent un
+nouveau titre à l'estime de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 2 germinal an 5
+(22 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Nous sommes entrés hier dans Goritz: l'armée ennemie a
+effectué sa retraite avec tant de précipitation, qu'elle a laissé
+dans nos mains quatre hôpitaux contenant quinze cents malades,
+et tous les magasins de vivres et de munitions de
+guerre, dont je vous ferai passer l'état par le premier
+courrier.</p>
+
+<p>La division du général Bernadotte s'est rendue hier à
+Camiza,
+son avant-garde et l'arrière-garde ennemie se sont rencontrées
+à Caminia; le dix-neuvième régiment de chasseurs à
+cheval a chargé l'ennemi avec une telle impétuosité, qu'il
+lui a fait cinquante hussards prisonniers, avec leurs chevaux.
+Le général Masséna a poursuivi l'ennemi jusqu'à la Ponteba.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 4 germinal an 5
+(24 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous fais passer l'état des objets que nous avons trouvés
+à Goritz. Je vous enverrai par le prochain courrier l'état de ce
+que nous avons trouvé à Trieste.</p>
+
+<p>Nous sommes maîtres des célèbres mines d'Idria; nous y
+avons trouvé des matières préparées pour deux millions, on
+va s'occuper à les charroyer. Si cette opération se fait sans
+accident, elle sera fort utile à nos finances.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 4 germinal an 5
+(24 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Le général Guieux, avec sa division, se rendit, le 2, de
+Cividal à Caporeto; il rencontra l'ennemi retranché à Pufero,
+l'attaqua, lui prit deux pièces de canon, et lui fit une
+centaine de prisonniers, et le poursuivit dans les gorges de
+Caporeto à la Chiusa autrichienne, en laissant le champ de
+bataille couvert d'Autrichiens.</p>
+
+<p>Cependant le général Masséna, avec sa division, est à
+Tarwis; j'ai donc lieu d'espérer que les deux mille hommes
+que le général Guieux a poussés devant lui tomberont dans
+les mains de la division Masséna.</p>
+
+<p>Le général de division Dugua est entré hier soir dans
+Trieste.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 4 germinal an 5
+(24 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>M. Pezar, sage grand de la république de Venise, a été
+envoyé ici, accompagné d'un sage de terre-ferme; il est revenu
+relativement aux événemens de Brescia et de Bergame.
+Les peuples de ces deux villes ont désarmé la garnison vénitienne,
+et chassé les provéditeurs de la république de Venise.
+Un germe d'insurrection gagne toutes les têtes de cette
+république. Je vous envoie une lettre que m'avait écrite précédemment
+M. Battaglia, provéditeur de la république de
+Venise, et la réponse que je lui ai faite. Ma conduite avec
+M. Pezaro était assez délicate: ce n'est pas dans un moment
+où Palma-Nova n'est pas encore approvisionné et armé, où
+nous avons besoin de tous les secours du Frioul, et de toute
+la bonne volonté des gouvernemens vénitiens pour nous approvisionner
+dans les défilés de l'Allemagne, qu'il fallait nous
+brouiller. Il ne fallait pas non plus qu'ils pussent envoyer
+quatre ou cinq mille hommes, et écraser les personnes qui,
+à Brescia et à Bergame, nous sont attachées, quoique je
+n'approuve pas leur conduite, et que je croie que leur insurrection
+nous est, dans le moment, très-nuisible; mais le parti
+ennemi de la France est, dans ces différentes villes, si acharné
+contre nous, que, s'il prenait le dessus, il faudrait être en
+guerre ouverte avec toute la population. J'ai dit à M. Pezaro
+que le directoire exécutif n'oubliait pas que la république de
+Venise était l'ancienne alliée de la France; que nous avions
+un désir bien formé de la protéger de tout notre pouvoir.
+J'ai demandé seulement d'épargner l'effusion du sang, et de
+ne pas faire un crime aux citoyens vénitiens qui avaient plus
+d'inclination pour l'armée française que pour l'armée impériale;
+que nous ne soutenions pas les insurgés, qu'au contraire
+je favoriserais les démarches que ferait le gouvernement;
+mais que je croyais que, comme ils avaient envoyé
+un courrier au directoire exécutif, il serait bon peut-être
+d'en attendre le retour, parce que je croyais que la seule intervention
+de la France dans ces affaires pourrait ramener les
+esprits sans avoir besoin de recourir aux armes. Nous nous
+sommes quittés bons amis, il m'a paru fort content. Le grand
+point, dans tout ceci, est de gagner du temps. Je vous prie,
+pour ma règle, de me donner une instruction détaillée.</p>
+
+<p>Les villes d'Ancone, du duché d'Urbin, de la province de
+Macerata, m'accablent de députations pour me demander à
+ne pas retourner sous l'autorité papale. La révolution gagne
+véritablement toutes les têtes en Italie; mais il faudrait encore
+bien du temps pour que les peuples de ces pays pussent
+devenir guerriers et offrir un spectacle sérieux.</p>
+
+<p>Je vous envoie un exemplaire de la constitution de la république
+cispadane.</p>
+
+<p>Les Lombards sont très-impatiens; ils voudraient qu'on
+déclarât leur liberté, et qu'on leur permît également de se
+faire une constitution; ils soudoient, dans ce moment, quinze
+cents Polonais et deux mille hommes de la légion lombarde.
+L'un et l'autre de ces corps commencent à s'organiser assez
+Bien.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 5 germinal an 5
+(25 mars 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, qu'une
+colonne de l'armée du prince Charles était cernée entre la
+division du général Masséna, qui était à Tarwis, et celle du
+général Guieux, qui, arrivé à Caporeto, le poussait devant
+lui dans les gorges.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Tarwis.</i></p>
+
+<p>Le général Masséna, arrivé à Tarwis, fut attaqué par une
+division ennemie, partie de Clagenfurth, et qui venait au
+secours de la division qui était cernée. Après un combat extrêmement
+opiniâtre, il la mit en déroute, lui fit une grande
+quantité de prisonniers, parmi lesquels trois généraux. Les
+cuirassiers de l'empereur, arrivant du Rhin, ont extrêmement
+souffert.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Affaire de la Chiusa.&mdash;Prise de ce poste.</i></p>
+
+<p>Cependant le général Guieux poussa la colonne qu'il avait
+battue à Pufero, jusqu'à la Chiusa autrichienne, poste extrêmement
+retranché, mais qui fut enlevé de vive force,
+après un combat très-opiniâtre, où se sont particulièrement
+distingués les généraux Bon, Verdier, et la quatrième demi-brigade,
+ainsi que la quarante-troisième. Le général Kablès
+défendait lui-même la Chiusa avec cinq cents grenadiers: par
+le droit de la guerre, les cinq cents hommes devaient être
+passés au fil de l'épée; mais ce droit barbare a toujours été
+méconnu et jamais pratiqué par l'armée française.</p>
+
+<p>La colonne ennemie, voyant la Chiusa prise, activa sa
+marche, et tomba au milieu de la division du général Masséna,
+qui, après un léger combat, la fit toute prisonnière:
+trente pièces de canon, quatre cents chariots portant les bagages
+de l'armée, cinq mille hommes, quatre généraux, sont
+tombés en notre pouvoir.</p>
+
+<p>Je m'empresse de vous faire part de cet événement,
+parce que, dans les circonstances actuelles, il est indispensable
+que vous soyez prévenu de tout sans retard. Je me réserve
+de vous rendre un compte plus détaillé de tous ces événemens
+dès l'instant que j'aurai recueilli tous les rapports, et
+que les momens seront moins pressans.</p>
+
+<p>La chaîne des Alpes qui sépare la France et la Suisse de
+l'Italie, sépare le Tyrol italien du Tyrol allemand, les états
+de Venise des états de l'empereur, et la Carinthie du comté
+de Goritz et de Gradisca. La division Masséna a traversé les
+Alpes italiques, et est venue occuper le débouché des Alpes
+nordiques. Nos ennemis ont eu la maladresse d'engager tous
+leurs bagages et une partie de leur armée par les Alpes nordiques,
+qui dès lors se sont trouvés pris.</p>
+
+<p>Le combat de Tarwis s'est donné au-dessus des nuages,
+sur une sommité qui domine l'Allemagne et la Dalmatie; dans
+plusieurs endroits où notre ligne s'étendait, il y avait trois
+pieds de neige, et la cavalerie, chargeant sur la glace, a essuyé
+des accidens dont les résultats ont été extrêmement funestes
+à la cavalerie ennemie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Clagenfurth, le 12 germinal an 5
+(1er avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte, dans ma dernière dépêche, des
+combats de Trévise et de la Chiusa. Le 8, trois divisions
+de l'armée se trouvaient avoir traversé les gorges qui, de
+l'état vénitien, conduisent en Allemagne, et campaient à
+Villach, sur les Lords de la Drave.</p>
+
+<p>Le 9, le général Masséna se mit en marche avec sa division;
+il rencontra, à une lieue de Clagenfurth, l'armée ennemie,
+et il s'engagea un combat, où l'ennemi perdit deux
+pièces de canon et deux cents prisonniers. Nous entrâmes le
+même soir à Clagenfurth, qui est la capitale de la Haute et
+Basse-Carinthie. Le prince Charles, avec les débris de son
+armée extrêmement découragée, fuit devant nous.</p>
+
+<p>Notre avant-garde est aujourd'hui entre Saint-Veit et Freisach.
+La division du général Bernadotte est à Laubach, capitale
+de la Carniole. J'ai envoyé le général polonais Zajonseck,
+à la tête d'un corps de cavalerie, pour suivre la vallée de la
+Drave, arriver à Lintz et opérer ma jonction avec le général
+Joubert, qui est à Brixen; elle doit être faite à l'heure qu'il est.</p>
+
+<p>Depuis le commencement de cette campagne, le prince
+Charles a perdu près de vingt mille hommes de ses troupes,
+qui sont nos prisonniers. Les habitans de la Carniole et de la
+Carinthie ont pour le ministère de Vienne et d'Angleterre
+un mépris qui ne se conçoit pas; la nation anglaise accapare
+tellement la haine et l'exécration du continent, que je crois
+que, si la guerre dure encore quelque temps, les Anglais seront
+réellement exécrés, qu'ils ne seront plus reçus nulle part.</p>
+
+<p>Voilà donc les ennemis entièrement chassés des états de
+Venise; la Haute et Basse-Carniole, la Carinthie, le district
+de Trieste, et tout le Tyrol, soumis aux armes de la république.</p>
+
+<p>Nous avons trouvé, près de Villach, un magasin de fer
+coulé, de cartouches et de poudre, de mine de plomb, d'acier,
+de fer et de cuivre. Nous avons trouvé, près de Clagenfurth,
+des manufactures d'armes et de drap.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Clagenfurth, le 12 germinal an 5
+(1er avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat du Lavis.</i></p>
+
+<p>Les divisions des généraux Joubert, Baraguey d'Hilliers
+et Delmas se sont mises en mouvement le 30 ventose; elles
+ont enveloppé les corps ennemis qui se trouvaient sur le Lavis.
+Après un combat extrêmement opiniâtre, nous avons fait
+quatre mille prisonniers, pris trois pièces de canon, deux
+drapeaux, et tué près de deux mille hommes, dont une
+grande partie de chasseurs tyroliens.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Tramin.</i></p>
+
+<p>Cependant l'ennemi s'était retiré sur la rive droite de l'Adige,
+et paraissait vouloir tenir encore. Le 2 germinal, le général
+Joubert, commandant les trois divisions, se porta à
+Salurn; le général Vial s'empara du pont de Neumark, et
+passa la rivière pour empêcher l'ennemi de se retirer sur
+Botzen. La fusillade s'engagea avec la plus grande force. Le
+combat paraissait incertain, lorsque le général de division
+Dumas, commandant la cavalerie, se précipita dans le village
+de Tramin, fit six cents prisonniers, et prit deux pièces
+de canon: par ce moyen, les débris de la colonne ennemie,
+commandée par le général Laudon, n'ont pas pu arriver à
+Botzen, et errent dans les montagnes.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Clausen.</i></p>
+
+<p>Nous sommes entrés dans la ville de Botzen: le général
+Joubert ne s'y arrêta pas; il y laissa une force suffisante pour
+suivre le général Laudon, et marcha droit à Clausen. L'ennemi,
+profitant de la défense qu'offrait le pays, avait fait les
+meilleures dispositions. L'attaque fut vive et bien concertée,
+et le succès long-temps incertain. L'infanterie légère grimpa
+des rochers inaccessibles; les onzième et trente-troisième
+demi-brigades d'infanterie de bataille, en colonne serrée, et
+commandées par le général Joubert, en personne, surmontèrent
+tous les obstacles; l'ennemi, percé par le centre, a été
+obligé de céder, et la déroute est devenue générale. Nous
+avons fait à l'ennemi quinze cents prisonniers.</p>
+
+<p>Le général Joubert arriva à Brixen, toujours poursuivant
+l'ennemi; le général Dumas, à la tête de la cavalerie, a tué,
+de sa propre main plusieurs cavaliers ennemis; il à été blessé
+légèrement de deux coups de sabre; son aide-de-camp Dermoncourt
+a été blessé dangereusement; ce général a, pendant
+plusieurs minutes, arrêté seul, sur un pont, un escadron de
+cavalerie ennemie qui voulait passer, et a donné le temps aux
+siens de le rejoindre.</p>
+
+<p>Nous avons trouvé à Brixen, Botzen et dans divers autres
+endroits, des magasins de toutes espèces, entr'autres trente
+mille quintaux de farine.</p>
+
+<p>Partout l'ennemi, tant dans le Tyrol que dans la Carinthie
+et la Carniole, nous a laissé des hôpitaux; je laisse au
+chef de l'état-major et au commissaire ordonnateur eu chef le
+soin d'envoyer au ministre de la guerre les états des effets
+qu'on y a trouvés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Clagenfurth, le 12 germinal an 5
+(1er avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au peuple de la Carinthie.</i></p>
+
+<p>L'armée française ne vient pas dans votre pays pour le
+conquérir, ni pour porter aucun changement à votre religion,
+à vos moeurs, à vos coutumes; elle est l'amie de toutes les
+nations, et particulièrement des braves peuples de Germanie.</p>
+
+<p>Le directoire exécutif de la république française n'a rien
+épargné pour terminer les calamités qui désolent le continent.
+Il s'était décidé à faire le premier pas et à envoyer le général
+Clarke à Vienne, comme plénipotentiaire, pour entamer des
+négociations de paix; mais la cour de Vienne a refusé de
+l'entendre; elle a même déclaré à Vicence, par l'organe de
+M. de Saint Vincent, qu'elle ne reconnaissait pas de république
+française. Le général Clarke a demandé un passeport
+pour aller lui-même parler à l'empereur; mais les ministres
+de la cour de Vienne ont craint, avec raison, que la
+modération des propositions qu'il était chargé de faire, ne
+décidât l'empereur à la paix. Ces ministres, corrompus par
+l'or de l'Angleterre, trahissent l'Allemagne et leur prince, et
+n'ont plus de volonté que celle de ces insulaires perfides,
+l'horreur de l'Europe entière.</p>
+
+<p>Habitans de la Carinthie, je le sais, vous détestez autant
+que nous, et les Anglais, qui seuls gagnent à la guerre actuelle,
+et votre ministère, qui lui est vendu. Si nous sommes
+en guerre depuis six ans, c'est contre le voeu des braves Hongrois
+et des citoyens éclairés de Vienne, et des simples et
+bons habitans de la Carinthie.</p>
+
+<p>Eh bien! malgré l'Angleterre et les ministres de la cour de
+Vienne, soyons amis; la république française a sur vous les
+droits de conquête, qu'ils disparaissent devant un contrat
+qui nous lie réciproquement, Vous ne vous mêlerez pas d'une
+guerre qui n'a pas votre aveu. Vous fournirez les vivres dont
+nous pouvons avoir besoin. De mon côté, je protégerai votre
+religion, vos moeurs et vos propriétés; je ne tirerai de vous
+aucune contribution. La guerre n'est-elle pas par elle-même
+assez horrible? Ne souffrez vous pas, déjà trop, vous, innocentes
+victimes des sottises des autres? Toutes les impositions
+que vous avez coutume de payer à l'empereur serviront à
+indemniser des dégâts inséparables de la marche d'une armée,
+et à payer les vivres que vous nous aurez fournis.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Clagenfurth, le 12 germinal an 6
+(1er avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous fais tenir la copie de la lettre que j'ai envoyée,
+par mon aide-de-camp, au prince Charles.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Copie de la lettre écrite par le général en chef de l'armée
+d'Italie, à son altesse royale M le prince Charles.</i></p>
+
+<p class="droite">Du 11 germinal an 5 (31 mars 1797).</p>
+
+<p>M. le général en chef,</p>
+
+<p>Les braves militaires font la guerre et désirent la paix!
+celle-ci ne dure-t-elle pas depuis six ans? Avons-nous assez
+tué de monde et commis assez de maux à la triste humanité?
+Elle réclame de tous côtés. L'Europe, qui avait pris les armes
+contre la république française, les a posées; votre nation
+reste seule, et cependant le sang va couler encore plus que
+jamais. Cette sixième campagne s'annonce par des présages
+sinistres; quelle qu'en soit l'issue, nous tuerons de part et
+d'autre quelques milliers d'hommes de plus, et il faudra
+bien que l'on finisse par s'entendre, puisque tout a un terme,
+même les passions haineuses.</p>
+
+<p>Le directoire exécutif de la république française avait fait
+connaître à sa majesté l'empereur le dessein de mettre fin à la
+guerre qui désole les deux peuples, l'intervention de la cour
+de Londres s'y est opposée: n'y a-t-il donc aucun espoir de
+nous entendre? Et faut-il, pour les intérêts ou les passions
+d'une nation étrangère aux maux de la guerre, que nous
+continuions à nous entr'égorger? Vous, M. le général en
+chef, qui, par votre naissance, approchez si près du trône et
+êtes au-dessus de toutes les petites passions qui animent souvent
+les ministres et les gouvernemens, êtes-vous décidé à
+mériter le titre de bienfaiteur de l'humanité entière, et de
+vrai sauveur de l'Allemagne? Ne croyez pas, M. le général
+en chef, que j'entende par là qu'il ne soit pas possible de la
+sauver par la force des armes; mais, dans la supposition que
+les chances de la guerre nous deviennent favorables, l'Allemagne
+n'en sera pas moins ravagée. Quant à moi, M. le général
+en chef, si l'ouverture que j'ai l'honneur de vous faire
+peut sauver la vie à un seul homme, je m'estimerai plus fier
+de la couronne civique que je me trouverai avoir méritée,
+que de la triste gloire qui peut revenir des succès militaires.</p>
+
+<p>Je vous prie de croire, M. le général en chef, aux sentimens
+d'estime et de considération distingués avec lesquels je
+suis, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Scheifling, le 16 germinal an 5
+(5 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Burk.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Le général Joubert a attaqué, le 8, la gorge d'Inspruck:
+les bataillons fraîchement arrivés du Rhin voulaient la défendre;
+après une canonnade de quelques instans, le général
+Joubert a décidé l'affaire en marchant droit à la tête de la
+quatre-vingt-cinquième demi-brigade, en colonne serrée par
+bataillon: l'ennemi a été culbuté en laissant cent morts, six
+cents prisonniers, deux pièces de canon, tous les équipages
+et vingt dragons.</p>
+
+<p>Le général Dumas, qui a chargé, à la tête de la cavalerie,
+dès l'instant que l'infanterie eut percé, a eu son
+cheval tué sous lui. Le général de brigade Belliard, qui commandait
+la quatre-vingt-cinquième; le brave Gaspard Lavisé,
+chef de cette demi-brigade, et l'aide-de-camp Lambert, se
+sont particulièrement distingués. Je vous demande, pour le
+général Dumas, qui, avec son cheval, a perdu une paire de
+pistolets, une paire de pistolets de la manufacture de Versailles.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Scheifling, le 16 germinal an 5
+(5 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat des gorges de Neumarck.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>L'armée s'est mise en marche le 12. La division du général
+Masséna, formant l'avant-garde, a rencontré l'ennemi
+dans les gorges qui se trouvent entre Freisach et Neumarck.
+L'arrière-garde ennemie a été culbutée dans toutes les positions
+qu'elle a voulu disputer, et nos troupes s'acharnèrent à
+la poursuivre avec une telle vitesse, que le prince Charles
+fut obligé de faire revenir, de son corps de bataille, les huit
+bataillons de grenadiers, les mêmes qui ont pris Kelh et qui
+sont en ce moment l'espoir de l'armée autrichienne; mais la
+deuxième d'infanterie légère, qui s'est distinguée depuis son
+arrivée par son courage, ne ralentit pas son courage un seul
+instant, se jeta sur les flancs de droite et de gauche, dans
+le temps que le général Masséna, pour fouler la gorge, faisait
+mettre en colonne les grenadiers de la dix-huitième et de
+la trente-deuxième. Le combat s'engagea avec fureur: c'était
+l'élite de l'armée autrichienne qui venait lutter contre nos
+vieux soldats d'Italie. L'ennemi avait une position superbe,
+qu'il avait hérissée de canons; mais elle ne fit que retarder
+de peu de temps la défaite de l'arrière-garde ennemie. Les
+grenadiers ennemis furent mis dans une complète déroute,
+laissèrent le champ de bataille couvert de morts, et cinq à six
+cents prisonniers.</p>
+
+<p>L'ennemi profita de toute la nuit pour filer. À la pointe du
+jour, nous entrâmes dans Neumark. Le quartier-général fut,
+ce jour-là, à Freisack.</p>
+
+<p>Nous avons trouvé à Freisack quatre mille quintaux de farine,
+une grande quantité d'eau-de-vie et d'avoine. Ce n'était
+qu'une faible partie des magasins qui y existaient, l'ennemi
+avait brûlé le reste: nous en avons trouvé autant à Neumarck.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Hundelmarck.</i></p>
+
+<p>Le 14, le quartier-général se porta à Scheifling. L'avant-garde,
+sur le point d'arriver à Hundelmarck, rencontra l'arrière-garde
+de l'ennemi, qui voulait lui disputer sa couchée.</p>
+
+<p>La deuxième d'infanterie légère était encore d'avant-garde.
+Après une heure de combat, l'arrière-garde ennemie, qui,
+ce jour-là, était composée de quatre régimens venant du
+Rhin, fut encore mise en déroute, et nous laissa six cents prisonniers,
+et au moins trois cents morts sur le champ de
+bataille. Notre avant-garde mangea encore, ce jour-là, le
+pain et but l'eau-de-vie préparés pour l'armée autrichienne.</p>
+
+<p>Notre perte, dans ces deux combats, a été de fort peu de
+chose: le chef de brigade Carere, officier du plus grand courage,
+et qui nous a rendu, dans la campagne les plus grands
+services, a été tué d'un boulet. C'est le seul officier que nous
+ayons perdu: il est vivement regretté.</p>
+
+<p>Aujourd'hui nous occupons Kintenfeld, Murau et Jundenburg.
+L'ennemi paraît s'être décidé à une retraite plus précipitée,
+et à ne plus engager de combat partiel.</p>
+
+<p>J'ai fait poursuivre, par la division du général Guieux, la division du général autrichien Spork, qui voulait faire sa
+jonction par la vallée de la Marche, et dont l'avant-garde
+était déjà arrivée à Murau. Notre arrivée prompte à Scheifling
+a rendu cette jonction impossible: désormais elle ne
+peut plus se faire qu'au de-là des montagnes qui avoisinent
+Vienne.</p>
+
+<p>Je vous envoie la réponse que m'a faite le prince Charles
+à ma lettre du 10, avant le combat du 13; deux heures après
+avoir envoyé cette réponse, comme nous marchions sur Freisack,
+il a fait demander, par un de ses aides-de-camp, une
+suspension de quatre heures, proposition entièrement inadmissible.
+Il voulait, en gagnant quatre heures, gagner la
+journée, et par là avoir le temps de faire sa jonction avec
+le général Spork: c'était précisément la raison qui me faisait
+marcher jour et nuit.</p>
+
+<p>Depuis le commencement de la campagne, le citoyen Ordonner,
+chef de brigade du dixième régiment de chasseurs,
+montre un courage qui lui captive l'estime de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Scheifling, le 16 germinal an 5
+(5 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. Pesaro, sage grand de la république de Venise.</i></p>
+
+<p>Les affaires militaires, monsieur, qui se sont succédé avec
+la plus grande rapidité, m'ont empêché de répondre à la lettre
+que vous vous êtes donné la peine de m'écrire.</p>
+
+<p>De tous les points du territoire de la république de Venise, il me vient des plaintes sur la conduite des agens de
+cette république à l'égard de l'armée française. À Verone, on
+affiche tous les jours des placards pour exciter la haine du
+peuple contre nous, et effectivement les assassinats commencent
+et deviennent fréquens sur la route de Verone à la
+Piave.</p>
+
+<p>Un vaisseau de guerre vénitien a tiré des coups de canon
+sur la frégate <i>la Brune</i>, et l'a empêchée de mouiller dans
+le golfe, tandis qu'un convoi autrichien y mouillait.</p>
+
+<p>La maison du consul de Zante a été pillée et brûlée, et
+votre gouvernement l'a laissé faire.</p>
+
+<p>Toutes les personnes qui sont soupçonnées d'avoir prêté
+secours à l'armée française sont ouvertement persécutées,
+dans le temps qu'on encourage de nombreux agens que la
+maison d'Autriche a dans Verone et autres lieux des états de
+Venise.</p>
+
+<p>La république française, ne se mêle pas, monsieur, des
+affaires intérieures de la république de Venise; mais la nécessité
+de veiller à la sûreté de l'armée me fait un devoir de prévenir
+les entreprises que l'on pourrait faire contre elle.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Scheifling, le 16 germinal an 5
+(5 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la municipalité de Brescia et à celle de Bergame.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyens, la lettre que vous vous êtes donné la
+peine de m'écrire: il ne m'appartient pas d'être juge entre le
+peuple de votre province et le sénat de Venise; mon intention
+cependant est qu'il n'y ait aucune espèce de trouble ni de
+mouvement de guerre, et je prendrai toutes les mesures
+pour maintenir la tranquillité sur les derrières de l'armée.</p>
+
+<p>Les troupes françaises continueront de vivre avec le peuple
+de Brescia dans le même esprit de neutralité et de bonne intelligence,
+et je désire, dans toutes les occasions, pouvoir vous
+donner des preuves de l'estime que j'ai pour vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Ay quartier général à Scheifling, le 16 germinal an 5
+(5 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. Pesaro, sage grand de la république de Venise.</i></p>
+
+<p>Le duc de Modène, monsieur, doit plus de 30,000,000 à
+l'état de Modène: en conséquence, je vous requiers de faire
+mettre en séquestre, soit l'argent qu'il a dans la banque de
+Venise, soit le trésor qui se trouve dans le palais où il demeure,
+et dès aujourd'hui je regarde le gouvernement vénitien
+comme répondant de ladite somme.</p>
+
+<p>Je vous prie de croire aux sentimens d'estime, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 19 germinal an 5
+(8 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai eu l'honneur de vous envoyer la lettre que j'avais
+écrite au prince Charles, et sa réponse.</p>
+
+<p>Je vous fais passer:</p>
+
+<p>1°. Copie de la lettre qu'il m'a écrite de nouveau, en date
+du 6 avril;</p>
+
+<p>2°. La note qui m'a été remise par MM. les généraux Bellegarde
+et Meerveldt;</p>
+
+<p>3°. La réponse que je leur ai faite;</p>
+
+<p>4°. Une seconde lettre du prince Charles, et enfin les conditions
+de la suspension d'armes de cinq jours, que nous
+avons conclue. Vous y remarquerez, par la ligne de démarcation,
+que nous nous trouvons avoir occupé Gratz, Bruck,
+et Rotenmann, que nous n'occupions pas encore.</p>
+
+<p>D'ailleurs, mon intention était de faire reposer deux ou
+trois jours l'armée; cette suspension dérange donc fort peu
+les opérations militaires.</p>
+
+<p>Ces généraux sont sur-le-champ repartis pour Vienne, et
+le plénipotentiaire de S. M. l'empereur doit être arrivé au
+quartier-général avec des pleins pouvoirs pour une paix séparée,
+avant l'expiration de la suspension d'armes, que j'ai
+fait grande difficulté de leur accorder, mais qu'ils ont jugée
+indispensable.</p>
+
+<p>Je leur ai dit que toute clause préliminaire à la négociation
+de paix devait être la cession jusqu'au Rhin; ils m'ont
+demandé une explication sur l'Italie, à laquelle je me suis
+refusé: ils m'ont, de leur côté, déclaré que, si S. M. l'empereur
+devait tout perdre, elle sortirait de Vienne, et s'exposerait
+à toutes les chances; je leur ai observé que, lorsque
+je m'expliquais d'une manière définitive sur les limites du
+Rhin, et que je me taisais sur l'Italie, c'était faire entendre
+qu'on admettait la discussion sur cette clause essentielle.</p>
+
+<p>On m'a paru ne pas approuver les principes de Thugut, et
+que même l'empereur commençait à s'en apercevoir.</p>
+
+<p>Nos armées n'ont pas encore passé le Rhin, et nous sommes
+déjà à vingt lieues de Vienne. L'armée d'Italie est donc
+seule exposée aux efforts d'une des premières puissances de
+l'Europe.</p>
+
+<p>Les Vénitiens arment tous leurs paysans, mettent en campagne
+tous leurs prêtres, et secouent avec fureur tons les
+ressorts de leur vieux gouvernement, pour écraser Bergame
+et Brescia. Le gouvernement vénitien a en ce moment vingt
+mille hommes armés sur mes derrières.</p>
+
+<p>Dans les états du pape même, des rassemblemens considérables
+de paysans descendent des montagnes, et menacent
+d'envahir toute la Romagne.</p>
+
+<p>Les différens peuples d'Italie, réunis par l'esprit de liberté,
+et agités en différens sens par les passions les plus actives,
+ont besoin d'être contenus et surveillés.</p>
+
+<p>Je vous enverrai la situation des troupes que j'ai avec moi,
+et de celles que j'ai en Italie.</p>
+
+<p>Tout me porte à penser que le moment de la paix est arrivé,
+et que nous devons la faire dans un moment où nous
+pouvons dicter les conditions, pourvu qu'elles soient raisonnables.</p>
+
+<p>Si l'empereur nous cède ce qui lui appartient du côté de
+la rive gauche du Rhin, comme prince de la maison d'Autriche,
+et si, comme chef de l'empire, il reconnaît les limites
+de la république au Rhin; s'il cède à la république cispadane
+le duché de Modène et Carrare; s'il nous donne Mayence,
+dans l'état où elle se trouve, en échange contre Mantoue,
+je crois que nous aurons fait une paix beaucoup plus avantageuse
+que ne le portent les instructions du général Clarke.
+Nous restituerons, il est vrai, toute la Lombardie et tous les
+pays que nous occupons dans ce moment-ci; mais n'aurons-nous
+pas tiré de nos succès tout le parti possible, lorsque
+nous aurons le Rhin pour limite, et que nous aurons institué
+dans le coeur de l'Italie une république de deux millions
+d'habitans, qui, par Carrare, se trouvera près de nous, nous
+donnera le commerce du Pô, de l'Adriatique, et s'agrandira
+à mesure que le pape se détruira.</p>
+
+<p>Je viens d'expédier un courrier au général Clarke pour
+que, de Turin, il se rende en toute diligence ici: il est porteur
+de vos instructions, et a des pleins pouvoirs pour finir
+cette négociation; j'espère qu'il arrivera à temps, pour ne
+pas faire perdre le moment, qui est tout dans les négociations
+de cette nature.</p>
+
+<p>Si, contre mon attente, la négociation ne réussissait pas,
+je me trouverais embarrassé sur le parti que j'aurais à
+prendre; je chercherais néanmoins à attirer l'ennemi dans
+une affaire, à le battre, à obliger l'empereur à abandonner
+Vienne: après quoi je serais obligé de rentrer en Italie, si
+les armées du Rhin restaient dans l'inaction où elles se trouvent
+encore.</p>
+
+<p>J'espère, quelque parti que je me trouve obligé de prendre,
+mériter votre approbation. Je me suis trouvé, depuis le
+commencement de la campagne, passer, à chaque pas, dans
+une position neuve, et j'ai toujours eu le bonheur de voir la
+conduite que j'ai tenue répondre à vos intentions.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 20 germinal an 5
+(9 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kilmaine.</i></p>
+
+<p>Dès l'instant que votre aide-de-camp est arrivé, j'ai pris
+en grande considération la dépêche dont il était porteur. Je
+vous envoie:</p>
+
+<p>1'o. Une lettre au doge de Venise, et une à Lallemant,
+qu'il doit présenter en forme de note. Vous verrez, par ces
+deux lettres, que Junot porte à Venise et dont il doit avoir
+réponse sous vingt-quatre heures, quel est le remède qu'il
+faut porter à tout ce tripotage.</p>
+
+<p>Si Junot reçoit une réponse satisfaisante, il vous en préviendra
+à son départ de Venise; s'il ne reçoit pas de réponse
+satisfaisante, il se rendra près de vous à Mantoue.</p>
+
+<p>La division du général Victor doit être arrivée a Padoue:
+vous ferez sur-le-champ désarmer la division de Padoue,
+prendre les officiers et le gouverneur, que vous enverrez
+prisonniers à Milan; vous en ferez autant à Treviso, Bassano
+et Verone, et si le sénat avait remis garnison à Brescia et à
+Bergame, vous en feriez autant. Vous ferez imprimer et répandre
+la proclamation que je vous envoie, et vous en feriez
+d'autres, conformes aux circonstances. Vous ferez marcher la
+colonne mobile, que vous avez réunie avec votre prudence
+ordinaire, à Crema, pour punir les montagnards qui ont assassiné
+nos gens et pour les désarmer.</p>
+
+<p>Pour faire la guerre aux différentes vallées, il faut dissoudre
+le rassemblement en menaçant leurs villages, et tomber
+inopinément sur un village où ils ne sont pas en force et
+le brûler.</p>
+
+<p>À Bergame, à Brescia, à Verone, à Padoue, à Treviso, à
+Bassano, vous organiserez une municipalité choisie parmi les
+principaux citoyens, avec une garde qu'ils seront autorisés à
+se composer parmi les meilleurs patriotes, pour leur police:
+après quoi, vous me renverrez le plus tôt possible la division
+du général Victor. Je crois qu'il est essentiel que vous veilliez
+à ce que votre communication du Frioul ne soit pas interrompue.</p>
+
+<p>Je vous envoie des ordres de l'état-major qui vous donnent
+le commandement de tout le Mantouan, de la division Victor
+et de tous les états vénitiens.</p>
+
+<p>J'imagine que vous avez une carte du Frioul.</p>
+
+<p>Vous aurez soin de faire arrêter tous les nobles vénitiens
+et tous les hommes les plus attachés au sénat, pour que leur
+tête réponde de ce qui sera fait à Venise aux personnes qui
+nous étaient attachées et qu'on a arrêtées.</p>
+
+<p>Vous aurez bien soin de ne vous laisser arrêter par aucune
+espèce de considération. Si dans vingt-quatre heures la réponse
+n'est pas faite, que tout se mette en marche à la fois,
+et que sous vingt-quatre heures il n'existe pas un soldat vénitien
+sur le continent. Vous préviendrez sur-le-champ le commandant
+d'Ancône et celui de Trieste de faire courir nos
+corsaires sur les bannières vénitiennes.</p>
+
+<p>Vous sentez combien il serait dangereux de laisser aux
+troupes vénitiennes le temps de se réunir. Quant aux soldats
+vénitiens que vous ferez prisonniers, vous les ferez escorter
+par les soldats lombards, et vous les enverrez à Bologne et à
+Milan pour être gardés par les gardes nationales de ces deux
+villes. Ayez soin de vous emparer de la cavalerie vénitienne
+pour monter vos dépôts.</p>
+
+<p>Tout va ici fort bien, et si l'affaire de Venise est bien menée,
+comme tout ce que vous faites, ces gaillards-là se repentiront,
+mais trop tard, de leur perfidie. Le gouvernement
+de Venise, concentré dans sa petite île, ne serait pas, comme
+vous pensez bien, de longue durée.</p>
+
+<p>Je pense donc qu'il faut que vous partiez sur-le-champ
+pour Mantoue, et même pour Porto-Legnago et Peschiera.
+Entrer dans toutes les places, désarmer toutes leurs garnisons,
+faire prisonniers tous les nobles de terre-ferme: cela
+ne doit être qu'une seule opération et qui, au plus tard, doit
+être faite vingt-quatre heures après que Junot sera parti de
+Venise.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 20 germinal au 5
+(9 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au peuple de la terre-ferme de la république de Venise.</i></p>
+
+<p>Le sénat de Venise a, depuis le commencement de cette
+guerre, concentré toutes ses sollicitudes dans les lagunes; indifférent
+aux maux de la terre-ferme, il l'a livrée aux armées
+ennemies qui guerroyaient dans vos contrées. Le gouvernement
+du sénat de Venise n'offre protection ni pour vos personnes
+ni pour vos propriétés; il vient, par suite de ce système qui
+le rend indifférent à votre sort, de s'attirer l'indignation de la
+république française.</p>
+
+<p>Je sais que, n'ayant aucune part à son gouvernement, je
+dois vous distinguer dans les différens châtimens que je dois
+infliger aux coupables. L'armée française protégera votre religion,
+vos personnes et vos propriétés; vous avez été vexés
+par ce petit nombre d'hommes qui se sont, depuis les temps
+de barbarie, emparés du gouvernement. Si le sénat de Venise
+a sur vous le droit de conquête, je vous en affranchirai; s'il
+a sur vous le droit d'usurpation, je vous restituerai vos droits.
+Quant aux insensés qui, conseillés par des hommes perfides,
+voudraient prendre part, et attirer sur leurs villes les maux
+de la guerre, je les plaindrai, et les punirai de manière a servir
+d'exemple aux autres, et à les faire repentir de leur folie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Indenburg, le 20 germinal an 5
+(9 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au sérénissime Doge de la république de Venise.</i></p>
+
+<p>Toute la terre ferme de la sérénissime république de Venise
+est en armes. De tous les côtés, le cri de ralliement des
+paysans que vous avez armés est: <i>Mort aux Français</i>! Plusieurs
+centaines de soldats de l'armée d'Italie en ont déjà été
+les victimes. Vous désavouez vainement des rassemblemens
+que vous avez organisés: croiriez-vous que dans un moment
+où je suis au coeur de l'Allemagne, je sois impuissant pour
+faire respecter le premier peuple de l'univers? Croyez-vous
+que les légions d'Italie souffriront le massacre que vous excitez?
+Le sang de mes frères d'armes sera vengé, et il n'est aucun
+des bataillons français qui, chargé d'un si noble ministère,
+ne sente redoubler son courage et tripler ses moyens.
+Le sénat de Venise a répondu par la perfidie la plus noire
+aux procédés généreux que nous avons toujours eus avec lui.
+Je vous envoie mon premier aide-de-camp, pour être porteur
+de la présente lettre. La guerre ou la paix. Si vous ne
+prenez pas sur-le-champ les moyens de dissiper les rassemblemens;
+si vous ne faites pas arrêter et livrer en mes mains
+les auteurs des assassinats qui viennent de se commettre, la
+guerre est déclarée. Le Turc n'est pas sur vos frontières, aucun
+ennemi ne vous menace; vous avez fait à dessein naître
+des prétextes, pour avoir l'air de justifier un rassemblement
+dirigé contre l'armée: il sera dissous dans vingt-quatre heures.
+Nous ne sommes plus au temps de Charles VIII. Si, contre le
+voeu bien manifesté du gouvernement français, vous me réduisez
+au parti de faire la guerre, ne pensez pas cependant,
+qu'à l'exemple des soldats que vous avez armés, les soldats
+français ravagent les campagnes du peuple innocent et infortuné
+de la terre-ferme; je le protégerai, et il bénira un jour
+jusqu'aux crimes qui auront obligé l'armée française à le soustraire
+à votre gouvernement tyrannique.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 20 germinal an 5
+(9 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallemant, ministre de la république française
+à Venise</i>.</p>
+
+<p>Enfin, nous n'en pouvons plus douter, citoyen ministre,
+le but de l'armement des Vénitiens est de couper les derrières
+de l'armée française. Certes, il m'était difficile de concevoir
+comment Bergame, qui, de toutes les villes de l'état de Venise,
+est celle qui était le plus aveuglément dévouée au sénat,
+ait été la première à s'ameuter contre lui; il est encore plus
+difficile de concevoir comment, pour apaiser cette légère
+émeute, on a besoin de vingt-cinq mille hommes, et pourquoi
+M. Pesaro, lors de notre conférence à Goritzia, a refusé
+l'offre que je lui faisais de la médiation de la république
+pour faire rentrer ces places dans l'ordre.</p>
+
+<p>Tous les procès-verbaux qui ont été faits par les différens
+provéditeurs de Brescia, de Bergame et de Crema, où ils
+attribuent l'insurrection de ces pays aux Français, sont une
+série d'impostures dont le but serait inexplicable, si ce n'était
+de justifier aux yeux de l'Europe la perfidie du sénat de
+Venise.</p>
+
+<p>On a habilement profité du temps où l'on pensait que j'étais
+embarrassé dans les gorges de la Carinthie, ayant en tête
+l'armée du prince Charles, pour faire cette perfidie sans
+exemple, si l'histoire ne nous avait transmis celle contre
+Charles VIII et les Vêpres siciliennes. On a été plus habile
+que Rome, en saisissant un moment où l'armée était plus occupée;
+mais sera-t-on plus heureux? Le génie de la république
+française, qui a lutté contre l'Europe entière, serait-il
+venu échouer dans les lagunes de Venise?</p>
+
+<p>1°. Un vaisseau de guerre vénitien a attaqué et maltraité
+la frégate <i>la Brune</i>, en prenant sous sa protection un convoi
+autrichien.</p>
+
+<p>2°. La maison du consul de Zante a été brûlée; le gouvernement
+a vu avec plaisir insulter l'agent de la république
+française.</p>
+
+<p>3°. Dix mille paysans armés et soudoyés par le sénat ont
+assassiné plus de cinquante Français sur la route de Milan à
+Bergame.</p>
+
+<p>4°. La ville de Verone, celles de Venise et de Padoue
+sont pleines de troupes; on s'arme de tous côtés, contre ce
+que m'avait promis M. Pesaro, sage grand de la république
+de Venise.</p>
+
+<p>5°. Tout homme qui a prêté assistance à la France est arrêté
+et emprisonné. Les agens de l'empereur sont fêtés et sont à
+la tête des assassinats.</p>
+
+<p>6°. Le cri de ralliement de tous côtés est: <i>mort aux Français</i>;
+de tous côtés, les prédicateurs, qui ne prêchent que ce
+que le sénat veut, font retentir des cris de fureur contre la
+république française.</p>
+
+<p>7°. Nous sommes donc dans le fait en état de guerre avec
+la république de Venise, qui le sait si bien, qu'elle n'a
+trouvé d'autre moyen pour masquer son mouvement, que de
+désavouer en apparence des paysans qu'elle arme et solde
+réellement.</p>
+
+<p>En conséquence, vous demanderez au sénat de Venise:</p>
+
+<p>1°. Une explication catégorique, sous douze heures; savoir,
+si nous sommes en paix ou en guerre; et dans le dernier
+cas, vous quitterez sur-le-champ Venise; dans le second, vous exigerez:</p>
+
+<p>1°. Que tous les hommes arrêtés pour opinions, et qui ne
+sont nullement coupables que d'avoir montré de l'attachement
+pour la France, soient sur-le-champ mis en liberté;</p>
+
+<p>2°. Que toutes les troupes, hormis les garnisons ordinaires
+qui existaient il y a cinq mois dans les places de la terre-ferme,
+évacuent la terre-ferme;</p>
+
+<p>3°. Que tous les paysans soient désarmés comme ils l'étaient
+il y a un mois.</p>
+
+<p>4°. Que le sénat prenne des mesures pour maintenir la tranquillité
+dans la terre-ferme, et ne pas concentrer toute sa
+sollicitude dans les lagunes;</p>
+
+<p>5°. Quant aux troubles de Bergame et de Brescia, j'offre,
+comme je l'ai déjà fait à M. Pesaro, la médiation de la république
+française, pour tout faire rentrer dans l'état habituel;</p>
+
+<p>6°. Que les auteurs de l'incendie de la maison du consul
+de Zante soient punis, et sa maison rétablie aux frais de la
+république;</p>
+
+<p>7°. Que le capitaine de vaisseau qui a tiré sur la frégate
+<i>la Brune</i> soit puni, et que la valeur du convoi que, contre
+la neutralité, il a protégé, soit remboursée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 20 germinal an 5
+(9 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>Mon courrier partait lorsqu'un aide-de-camp du général
+Kilmaine m'apporte la nouvelle de l'insurrection presque générale
+des paysans vénitiens contre nous.</p>
+
+<p>J'ai sur-le-champ expédié mon aide-de-camp Junot, avec
+ordre de porter lui-même: 1°. au doge de Venise une lettre
+dont je vous envoie la copie;</p>
+
+<p>2°. Au citoyen Lallemant, notre ministre à Venise, deux
+lettres dont je vous envoie également les copies.</p>
+
+<p>3°. Au général Kilmaine un ordre dont je vous envoie
+aussi copie.</p>
+
+<p>Enfin, j'ai donné à ce général le commandement de tous
+les états vénitiens et d'une partie de la division du général
+Victor, qui était de retour de Rome.</p>
+
+<p>Quand vous lirez cette lettre, nous serons maîtres de tous
+les états de terre-ferme, ou bien tout sera rentré dans l'ordre,
+et vos instructions exécutées. Si je n'avais pas pris une
+mesure aussi prompte, et que j'eusse donné à tout cela le
+temps de se consolider, cela aurait pu être de la plus grande
+conséquence.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Léoben, le 27 germinal an 5
+(16 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>En conséquence de la suspension d'armes que je vous ai
+envoyée par mon dernier courrier, la division du général
+Serrurier a occupé Gratz, ville contenant quarante mille habitans,
+et estimée une des plus considérables de l'état de l'empereur.</p>
+
+<p>Les généraux Joubert, Delmas et Baraguay d'Hilliers ont
+eu, à Balzano et à Milback, différens combats, desquels ils
+sont toujours sortis vainqueurs. Ils sont parvenus à traverser
+le Tyrol, à faire, dans les différens combats, huit mille
+prisonniers, et à se joindre avec la grande armée par la vallée
+de la Drave. Par ce moyen, toute l'armée est réunie.
+Notre ligne s'étend depuis la vallée de la Drave, du côté de
+Spital à Rotenmann, le long de la Muhr, Brutz, Gratz, et
+jusqu'auprès de Fiume.</p>
+
+<p>Je vous envoie une note des officiers qui se sont particulièrement
+distingués dans les affaires du Tyrol, et auxquels
+j'ai accordé de l'avancement.</p>
+
+<p>Vous trouverez aussi l'organisation que j'ai donnée à la
+Styrie et à la Carniole.</p>
+
+<p>Vous trouverez également une proclamation du général
+Bernadotte, ainsi qu'un mandement de l'évêque de Liebach.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Léoben le 27 germinal an 5
+(16 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>Je vous envoie, par l'adjudant-général Leclerc, des dépêches
+très-intéressantes sur la situation de l'armée et sur les
+négociations entamées; il vous donnera de vive voix tous les
+détails que je pourrais avoir oubliés. En traversant l'Allemagne,
+il sera à même de voir les différens mouvemens des
+troupes ennemies, et d'en instruire les généraux Hoche et
+Moreau, à son arrivée sur le Rhin. Je vous prie de me le
+renvoyer de suite. Tous les officiers que j'envoie à Paris y
+restent trop long-temps: ils dépensent leur argent et se perdent
+dans les plaisirs.</p>
+
+<p>Je vous envoie, par un capitaine de hussards, qui a quatre-vingts
+ans de service, plusieurs drapeaux pris sur l'ennemi.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Léoben, le 27 germinal an 5
+(16 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p>
+
+<p>Le général Meerveldt est venu me trouver à Léoben, le
+24, à neuf heures du matin: après avoir pris connaissance
+de son plein pouvoir pour traiter de la paix, nous sommes
+convenus d'une prolongation de suspension d'armes jusqu'au
+20 avril soir (8 floréal prochain). Ces pleins pouvoirs étaient
+pour lui et pour M. le marquis de Gallo, ministre de Naples
+à Vienne; j'ai refusé d'abord de l'admettre comme plénipotentiaire
+de l'empereur, étant, à mes yeux, revêtu de la qualité
+d'ambassadeur d'une puissance amie, qui se trouve incompatible
+avec l'autre. M. Gallo est arrivé lui-même le 25. Je
+n'ai pas cru devoir insister dans cette opposition, parce que
+cela aurait apporté beaucoup de lenteurs, et parce qu'il paraît
+revêtu d'une grande confiance de l'empereur; enfin,
+parce que les Autrichiens et les Hongrois sont très-irrités de
+voir les étrangers jouer le principal rôle dans une affaire aussi
+importante, et que, si nous rompons, ce sera un moyen
+très-considérable d'exciter le mécontentement contre le gouvernement
+de Vienne. La première opération dont il a été
+question, a été une promesse réciproque de ne rien divulguer
+de ce qui serait dit: on l'avait rédigée, mais ces messieurs
+tiennent beaucoup à l'étiquette, ils voulaient toujours
+mettre l'empereur avant la république, et j'ai refusé net.</p>
+
+<p>Nous sommes à l'article de la reconnaissance. Je leur ai dit
+que la république française ne voulait point être reconnue;
+elle est en Europe ce qu'est le soleil sur l'horizon: tant pis
+pour qui ne veut pas la voir et ne veut pas en profiter.</p>
+
+<p>Ils m'ont dit que, quand même les négociations se rompraient,
+l'empereur, dès aujourd'hui, reconnaissait la république
+française, à condition que celle-ci conserverait avec
+S.M. l'empereur la même étiquette que ci-devant le roi de
+France. Je leur ai répondu que, comme nous étions fort indifférens
+sur tout ce qui est étiquette, nous ne serions pas
+éloignés d'adopter cet article. Nous avons, après cela, beaucoup
+parlé dans tous les sens et de toutes les manières.</p>
+
+<p>Le 26, M. Gallo est venu chez moi à huit heures du matin;
+il m'a dit qu'il désirait neutraliser un endroit où nous
+pussions continuer nos conférences en règle. On a choisi un
+jardin, au milieu duquel est un pavillon; nous l'avons déclaré
+neutre, farce à laquelle j'ai bien voulu me prêter pour
+ménager la puérile vanité de ces gens-ci. Ce prétendu point
+neutre est environné de tous côtés par l'armée française; et
+au milieu des bivouacs de nos divisions: cela eût été fort juste
+et fort bon s'il se fût trouvé au milieu des deux armées. Arrivés
+dans la campagne neutre, l'on a entamé les négociations.
+Voici ce qui en est résulté:</p>
+
+<p>1°. La cession de la Belgique, et la reconnaissance des limites
+de la république française conformément au décret de
+la convention; mais ils demandent des compensations qu'ils
+veulent nécessairement en Italie.</p>
+
+<p>2°. Ils demandent la restitution du Milanez; de sorte qu'ils
+auraient voulu, en conséquence de ce premier article, le Milanez
+et une portion quelconque des états de Venise ou des
+légations: si j'eusse voulu consentir à cette proposition, ils
+avaient le pouvoir de signer sur-le-champ. Cet arrangement
+ne m'a pas paru possible.</p>
+
+<p>S.M. l'empereur a déclaré ne vouloir aucune compensation
+en Allemagne. Je leur ai offert, pour le premier article,
+la restitution du Milanez et de la Lombardie, ils n'ont pas
+voulu: de sorte que nous avons fini par trois projets qu'ils
+ont expédiés, par un courrier extraordinaire, à Vienne, et
+dont ils auront la réponse dans deux ou trois jours.</p>
+
+<p class="milieu">PREMIER PROJET.</p>
+
+<p>Art 1er. La cession de la Belgique, les limites constitutionnelles
+de la France.</p>
+
+<p>2. À la paix avec l'empire, l'on fixera tout ce qui est relatif
+an pays qu'occupe la France jusqu'au Rhin.</p>
+
+<p>3. Les deux puissances s'arrangeront ensemble pour donner
+à l'empereur tous les pays du territoire vénitien, compris
+entre le Mincio, le Pô et les états d'Autriche.</p>
+
+<p>4. On donnera au duc de Modène les pays de Brescia
+compris entre l'Oglio et le Mincio.</p>
+
+<p>5. Le Bergamasque et tous les pays des états de Venise
+compris entre l'Oglio et le Milanez, ainsi que le Milanez,
+formeraient une république; Modène, Bologne, Ferrare, la
+Romagne formeraient une république.</p>
+
+<p>6. La ville de Venise continuerait à rester indépendante,
+ainsi que l'Archipel.</p>
+
+<p class="milieu">DEUXIÈME PROJET.</p>
+
+<p>Les articles 1 et 2 sont les mêmes que les précédens.</p>
+
+<p>3. L'évacuation du Milanez et de la Lombardie.</p>
+
+<p class="milieu">TROISIÈME PROJET.</p>
+
+<p>Les deux premiers articles comme dans les précédens.</p>
+
+<p>3. La renonciation par S. M. l'empereur de tous ses droits
+an Milanez et à la Lombardie.</p>
+
+<p>4. La France s'engagerait à donner à S. M. l'empereur des
+compensations proportionnées au Milanez et au duché de Modène,
+qui seront l'objet d'une négociation, et dont il devrait
+être en possession au plus tard dans trois mois.</p>
+
+<p>Si l'un de ces trois projets est accepté à Vienne, les préliminaires
+de la paix se trouveraient signés le 20 avril (8 floréal),
+sans quoi, vu que les armées du Rhin n'ont fait encore
+aucun mouvement, je leur proposerais un armistice pur et
+simple pour les trois armées, et pour trois mois, pendant
+lesquels on ouvrira des négociations de paix. Pendant ce
+temps, on fortifierait Clagenfurth et Gratz, on ferait venir
+toutes les munitions de guerre de ce côté-ci, l'armée s'organiserait
+parfaitement, et vous auriez le temps d'y faire passer
+quarante mille hommes de l'armée du Rhin: moyennant
+quoi vous auriez une armée extrêmement considérable, dont
+la seule vue obligerait l'empereur à faire de plus grands sacrifices.</p>
+
+<p>Si rien de tout cela n'est accepté, nous nous battrons, et
+si l'armée de Sambre-et-Meuse s'est mise en marche le 20,
+elle pourrait, dans les premiers jours du mois prochain,
+avoir frappé de grands coups et se trouver sur la Reidnitz.
+Les meilleurs généraux et les meilleures troupes sont devant
+moi. Quand on a bonne volonté d'entrer en campagne, il n'y
+a rien qui arrête, et jamais, depuis que l'histoire nous retraça
+des opérations militaires, une rivière n'a pu être un obstacle
+réel. Si Moreau veut passer le Rhin, il le passera; et s'il l'avait
+déjà passé, nous serions dans un état à pouvoir dicter
+les conditions de la paix d'une manière impérieuse et sans
+courir aucune chance; mais qui craint de perdre sa gloire est
+sûr de la perdre. J'ai passé les Alpes juliennes et les Alpes
+nordiques sur trois pieds de glace; j'ai fait passer mon artillerie
+par des chemins où jamais chariots n'avaient passé, et tout
+le monde croyait la chose impossible. Si je n'eusse vu que la
+tranquillité de l'armée et mon intérêt particulier, je me serais
+arrêté au-delà de l'Isonzo. Je me suis précipité dans l'Allemagne
+pour dégager les armées du Rhin et empêcher l'ennemi
+d'y prendre l'offensive. Je suis aux portes de Vienne, et cette
+cour insolente et orgueilleuse a ses plénipotentiaires à mon
+quartier-général. Il faut que les armées du Rhin n'aient point
+de sang dans les veines: si elles me laissent seul, alors je
+m'en retournerai en Italie. L'Europe entière jugera la différence
+de conduite des deux armées: elles auront ensuite sur
+le corps toutes les forces de l'empereur, elles en seront
+accablées, et ce sera leur faute.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Léoben, le 30 germinal an 5
+(19 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai envoyé, par l'adjudant-général Leclerc, plusieurs
+projets d'arrangement qui avaient été envoyés à Vienne,
+et sur lesquels les plénipotentiaires attendaient des instructions.
+M. de Vincent, aide-de-camp de S. M. l'empereur,
+est arrivé sur ces entrefaites, les plénipotentiaires sont revenus
+chez moi pour reprendre le cours de la négociation; après
+deux jours, nous sommes convenus et nous avons signé les
+préliminaires de la paix, dont je vous envoie les articles.</p>
+
+<p>Tout ce qui a été déclaré département par la loi de la convention
+restera à la république.</p>
+
+<p>La république lombarde se trouve non-seulement confirmée,
+mais encore accrue de tout le Bergamasque et de tout le
+Crémasque, qui lui sont déjà réunis dans ce moment par
+l'insurrection de ces deux pays. La partie du Mantouan qui
+est sur la rive droite de l'Oglio et du Pô s'y trouve également
+incorporée; le duché de Modène et de Reggio, qui,
+par la principauté de Massa et de Carrara, touche à la Méditerranée,
+et par la partie du Mantouan touche au Pô et au
+Milanez, s'y trouve également compris. Nous aurons donc
+dans le coeur de l'Italie une république avec laquelle nous
+communiquerons par les états de Gênes et par la mer; ce qui
+nous donnera, dans toutes les guerres futures en Italie, une
+correspondance assurée. Le roi de Sardaigne se trouve désormais
+être entièrement à notre disposition.</p>
+
+<p>La place de Pizzighitone, qui est aujourd'hui véritablement
+plus forte que Mantoue; la place de Bergame et celle de
+Crema, que l'on rétablira, garantiront la nouvelle république
+contre les incursions de l'empereur, et nous donneront
+toujours le temps d'y arriver. Du côté de Modène, il y a également
+plusieurs positions faciles à fortifier, et pour lesquelles
+on emploiera une partie de l'immense artillerie que nous
+avons dans ce moment en Italie. Quant à la renonciation
+de nos droits sur les provinces de Bologne, Ferrare et
+sur la Romagne, en échange des états de Venise, elles restent
+toujours en notre pouvoir. Lorsque l'empereur et nous, de
+concert, nous aurons réussi à faire consentir le sénat à cet
+échange, il est évident que la république de Venise se trouvera
+influencée par la république lombarde et à notre disposition.
+Si cet échange ne s'effectue pas, et que l'empereur
+entre en possession d'une partie des états de Venise sans
+que le sénat veuille reprendre une compensation qui est inconvenante
+et insuffisante, les trois légations restent toujours
+en notre pouvoir, et nous réunirons Bologne et Ferrare à
+la république lombarde. Le gouvernement de Venise est le
+plus absurde et le plus tyrannique des gouvernemens; il est
+d'ailleurs hors de doute qu'il voulait profiter du moment où
+nous étions dans le coeur de l'Allemagne pour nous assassiner.
+Notre république n'a pas d'ennemi plus acharné; Son influence
+se trouve considérablement diminuée, et cela est tout
+à notre avantage: cela d'ailleurs lie l'empereur et la France et
+obligera ce prince, pendant les premiers temps de notre
+paix, à faire tout ce qui pourra nous être agréable. Cet intérêt
+commun que nous avons avec l'empereur nous remet la
+balance dans la main; nous nous trouvons par là placés entre
+la Prusse et la maison d'Autriche, ayant des intérêts majeurs
+à arranger avec l'une et l'autre. D'ailleurs, nous ne devons
+pas nous dissimuler que, quoique notre position militaire soit
+brillante, nous n'avons point dicté les conditions. La cour
+avait évacué Vienne; le prince Charles et son armée se repliaient
+sur celle du Rhin; le peuple de la Hongrie et de
+toutes les parties des états héréditaires se levait en masse, et
+même, dans ce moment-ci, leur tête est déjà sur nos flancs.
+Le Rhin n'était pas passé, l'empereur n'attendait que ce
+moment pour quitter Vienne et se porter à la tête de son armée.
+S'ils eussent fait la bêtise de m'attendre, je les aurais
+battus; mais ils se seraient toujours repliés devant nous, se
+seraient réunis à une partie de leurs forces du Rhin et m'auraient
+accablé. Alors la retraite devenait difficile, et la perte
+de l'armée d'Italie pouvait entraîner celle de la république;
+aussi étais-je bien résolu à essayer de lever une contribution
+dans les faubourgs de Vienne et à ne plus faire un pas. Je
+me trouve ne pas avoir quatre mille hommes de cavalerie, et,
+au lieu de quarante mille hommes que je vous avais demandés,
+il n'en est pas arrivé vingt mille.</p>
+
+<p>Si je me fusse, au commencement de la campagne, obstiné
+à aller à Turin, je n'aurais jamais passé le Pô; si je m'étais
+obstiné à aller à Rome, j'aurais perdu Milan; si je m'étais
+obstiné à aller à Vienne, peut-être aurais je perdu la république.
+Le vrai plan de campagne pour détruire l'empereur
+était celui que j'ai fait, mais avec six mille hommes de cavalerie
+et vingt mille hommes de plus d'infanterie; ou bien
+si, avec les forces que j'avais, on eût passé le Rhin dans le
+temps que je passais le Tagliamento, comme je l'avais pensé,
+puisque deux courriers de suite m'ont ordonné d'ouvrir la
+campagne. Dès l'instant que j'ai prévu que les négociations
+s'ouvraient sérieusement, j'ai expédié un courrier au général
+Clarke qui, chargé plus spécialement de vos instructions
+dans un objet aussi essentiel, s'en serait mieux acquitté que
+moi; mais lorsque, après dix jours, j'ai vu qu'il n'était pas
+arrivé, et que le moment commençait à presser, j'ai dû laisser
+tout scrupule et j'ai signé. Vous m'avez donné plein pouvoir
+sur toutes les opérations diplomatiques; et, dans la position
+des choses, les préliminaires de la paix même avec l'empereur,
+sont devenus une opération militaire. Cela sera un
+monument de la gloire de la république française, et un présage
+infaillible, qu'elle peut, en deux campagnes, soumettre
+le continent de l'Europe, si elle organise ses armées avec
+force, et surtout l'arme de la cavalerie.</p>
+
+<p>Je n'ai pas, en Allemagne, levé une seule contribution;
+il n'y a pas eu une seule plainte contre nous. J'agirai de
+même en évacuant, et, sans être prophète, je sens que le
+temps viendra où nous tirerons parti de cette sage conduite;
+elle germera dans toute la Hongrie, et sera plus fatale au
+trône de Vienne que les victoires qui ont illustré la guerre
+de la liberté.</p>
+
+<p>D'ici à trois jours, je vous enverrai la ratification de l'empereur;
+je placerai alors mon armée dans tout le pays vénitien,
+où je la nourrirai et entretiendrai jusqu'à ce que vous
+m'ayez fait passer vos ordres. Quant à moi, je vous demande
+du repos. J'ai justifié la confiance dont vous m'avez investi;
+je ne me suis jamais considéré pour rien dans toutes mes opérations,
+et je me suis lancé aujourd'hui sur Vienne, ayant
+acquis plus de gloire qu'il n'en faut pour être heureux, et
+ayant derrière moi les superbes plaines de l'Italie, comme
+j'avais fait au commencement de la campagne dernière, en
+cherchant du pain pour l'armée que la république ne pouvait
+plus nourrir.</p>
+
+<p>La calomnie s'efforcera en vain de me prêter des intentions
+perfides: ma carrière civile sera comme ma carrière militaire,
+une et simple. Cependant vous devez sentir que je
+dois sortir de l'Italie, et je vous demande avec instance de
+renvoyer, avec la ratification des préliminaires de paix, des
+ordres sur la première direction à donner aux affaires d'Italie,
+et un congé pour me rendre en France.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Trieste, le 11 floréal an 5
+(30 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je suis parti, il y a deux jours, de Gratz, après avoir conféré
+avec M. de Gallo, qui, étant de retour de Vienne, m'a
+montré les préliminaires de paix que nous avons faits, ratifiés
+par l'empereur dans la forme ordinaire.</p>
+
+<p>Il m'a dit: 1°. que l'empereur éloignerait les émigrés et
+le corps de Condé, qui ne seraient plus à sa solde.</p>
+
+<p>2°. Que l'empereur désirait traiter sa paix particulière, le
+plus tôt possible, et en Italie. Nous avons choisi Brescia pour
+le lieu des conférences.</p>
+
+<p>3°. Que la paix de l'empire pouvait se traiter à Constance
+ou dans quelque autre ville de ce genre.</p>
+
+<p>4°. Qu'à la seule paix de l'empire on appellerait les alliés,
+qui ne seront point appelés à la paix particulière.</p>
+
+<p>5°. Que l'empereur avait déjà donné des pouvoirs pour
+traiter de la paix définitive, et M. Gallo m'a sur ce interpellé
+pour savoir si le général Clarke avait des pouvoirs. J'ai dit
+qu'il fallait, avant tout, attendre vos ordres.</p>
+
+<p>6°. Enfin que la cour de Vienne est de bonne foi et désire
+serrer de toutes les manières son système politique avec
+celui de la France, et que le directoire exécutif trouverait
+avec l'empereur un cabinet de bonne foi et qui marche droit.
+Le ministre d'Angleterre à Vienne s'est fortement fâché avec
+M. Thugut, il paraît que les Anglais le prennent fort haut,
+et taxent l'empereur de mauvaise foi.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 11 floréal an 5
+(30 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallemant, ministre de la république française
+à Venise.</i></p>
+
+<p>Le sang français a coulé dans Venise, et vous y êtes encore!
+attendez-vous donc qu'on vous en chasse? Les Français
+ne peuvent plus se promener dans les rues, ils sont accablés
+d'injures et de mauvais traitemens; et vous restez simple
+spectateur! Depuis que l'armée est en Allemagne, on a, en
+terre-ferme, assassiné plus de quatre cents Français; on a
+assiégé la forteresse de Verone, qui n'a été dégagée qu'après
+un combat sanglant, et, malgré tout cela, vous restez à Venise!
+Quant à moi, j'ai refusé d'entendre les députés du sénat,
+parce qu'ils sont tout dégoûtans du sang de Laugier,
+et je ne les verrai jamais qu'au préalable ils n'aient fait arrêter
+l'amiral et les inquisiteurs qui ont ordonné ce massacre,
+et ne les aient remis entre mes mains. Je sais bien qu'ils
+chercheront à faire tomber la vengeance de la république sur
+quelques misérables exécuteurs de leurs atrocités; mais nous
+ne prendrons pas le change.</p>
+
+<p>Faites une note concise et digne de la grandeur de la
+nation que vous représentez, et des outrages qu'elle a reçus:
+après quoi, partez de Venise, et venez me joindre à Mantoue.</p>
+
+<p>Ils n'ont rien exécuté de ce que je leur ai demandé: ce
+sont tous les prisonniers qu'ils ont faits depuis que l'armée
+française est en Italie, qu'ils devaient relâcher, et non pas un
+seulement, ainsi qu'ils l'ont fait.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 11 floréal an 5
+(30 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À messieurs les envoyés du sénat de Venise.</i></p>
+
+<p>Je n'ai lu qu'avec indignation, messieurs, la lettre que
+vous m'avez écrite relativement à l'assassinat de Laugier.
+Vous avez aggravé l'atrocité de cet événement sans exemple
+dans les annales des nations modernes, par le tissu de mensonges
+que votre gouvernement a fabriqués pour chercher à
+se justifier.</p>
+
+<p>Je ne puis point, messieurs, vous recevoir. Vous et votre
+sénat êtes dégoûtans du sang français. Lorsque vous aurez
+fait remettre entre mes mains l'amiral qui a donné l'ordre de
+faire feu, le commandant de la tour, et les inquisiteurs qui
+dirigent la police de Venise, j'écouterai vos justifications.
+Vous voudrez bien évacuer dans le plus court délai le continent
+de l'Italie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Trieste, 11 floréal an 5
+(30 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Les Vénitiens se conduisent tous les jours de plus mal en
+plus mal; la guerre est ici déclarée de fait: le massacre qu'ils
+viennent de faire du citoyen Laugier, commandant l'aviso <i>le
+Libérateur de l'Italie</i>, est la chose la plus atroce du siècle.</p>
+
+<p>Le citoyen Laugier sortait de Trieste; il fut rencontré par
+la flottille de l'empereur, composée de huit à dix chaloupes
+canonnières: il se battit une partie de la journée avec elles,
+après quoi il chercha à se réfugier sous le canon de Venise; il
+y fut reçu par la mitraille du fort. Il ordonna à son équipage
+de se mettre à fond de cale, et lui, avec sa troupe, demanda
+pourquoi on le traitait en ennemi; mais au même instant il
+reçoit une balle qui le jette sur le tillac, roide mort. Un matelot
+qui se sauvait à la nage fut poursuivi par les Esclavons,
+et tué à coups de rames. Cet événement n'est qu'un échantillon
+de tout ce qui se passe tous les jours dans la terre-ferme.
+Lorsque vous lirez cette lettre, la terre-ferme sera à nous, et
+j'y ferai des exemples dont on se souviendra. Quant à Venise,
+j'ai ordonné que tous les bâtimens de Venise qui se trouvent
+à Trieste et à Ancône soient sur-le-champ séquestrés: il y en
+a ici plusieurs frétés, pour l'Amérique, qu'on évalue fort haut,
+indépendamment d'une cinquantaine d'ordinaires. Je ne crois
+pas que Lallemant trouve de sa dignité de rester à Venise,
+tout comme M. Quirini a Paris.</p>
+
+<p>Si le sang français doit être respecté en Europe; si vous
+voulez qu'on ne s'en joue pas, il faut que l'exemple sur Venise
+soit terrible; il nous faut du sang; il faut que le noble
+amiral vénitien qui a présidé à cet assassinat soit publiquement
+justicié.</p>
+
+<p>M. Quirini cherchera à intriguer à Paris; mais les faits et
+la trahison infâme des Vénitiens, qui voulaient assassiner les
+derrières de l'armée pendant que nous étions en Allemagne,
+sont trop notoires.</p>
+
+<p>Je compte qu'ils ont en ce moment-ci assassiné plus de
+quatre cents de nos soldats; et cependant il n'y a jamais eu
+en terre-ferme plus de troupes vénitiennes, et cependant ils
+l'ont inondée de leurs Esclavons. Ils ont essayé de s'emparer
+de la citadelle de Verone, qui encore dans ce moment-ci se
+canonne avec la ville.</p>
+
+<p>Le sénat m'a envoyé à Gratz une députation, je l'ai traitée
+comme elle le méritait. Ils m'ont demandé ce que je voulais,
+je leur ai dit de mettre en liberté tous ceux qu'ils avaient arrêtés:
+ce sont les plus riches de la terre-ferme, qu'ils suspectent
+être nos amis, parce qu'ils nous ont bien accueillis;
+de désarmer tous les paysans, de congédier une partie de
+leurs Esclavons, puisqu'un armement extraordinaire est inutile;
+de chasser le ministre de l'Angleterre, qui a fomenté tous
+les troubles, et qui est le premier à se promener, le lion de
+Saint-Marc sur sa gondole, et la cocarde vénitienne qu'il
+porte depuis qu'ils nous assassinent; de remettre dans nos
+mains la succession de Thiéry, qui est évaluée à vingt millions;
+de nous remettre toutes les marchandises appartenant
+aux Anglais: leur port en est plein; de faire arrêter ceux
+qui ont assassiné les Français ou du moins les plus marquans
+des nobles vénitiens.</p>
+
+<p>Tout à l'heure je pars pour Palma-Nova, de là pour Trévise,
+et de là pour Padoue. J'aurai tous les renseignemens de
+tout ce qui a été commis pendant que nous étions en Allemagne;
+je recevrai également les rapports de Lallemant sur
+l'assassinat de Laugier.</p>
+
+<p>Je prendrai des mesures générales pour toute la terre-ferme,
+et je ferai punir d'une manière si éclatante, qu'on
+s'en souviendra une autre fois.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Trieste, le 11 floréal an 5
+(30 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Il m'aurait fallu trois mois pour dégrader les moles du port
+de Trieste, encore ne l'aurais-je pas détruit, car ce port n'est
+simplement qu'une rade.</p>
+
+<p>Mantoue n'est pas fort par l'art, mais seulement par sa
+position; il n'y a rien ou peu de chose à détruire, et que les
+ennemis auraient rétabli en peu de temps et avec très-peu de
+travail.</p>
+
+<p>Ayant un équipage de siège en Italie, nous prendrons
+Mantoue, tant que nous voudrons, dans vingt jours de tranchée.
+Lorsque Wurmser m'obligea à en lever le siège, nous
+étions aux batteries de brèche et sur le point d'y entrer.
+Pendant le blocus, nous avons, avec sept mille hommes,
+bloqué vingt mille hommes: vous voyez donc que cette
+place n'est pas aussi essentielle qu'on se l'imagine; mais j'avais
+un seul avantage, c'est que l'équipage de siège de l'ennemi
+était fort loin, et que je comptais mettre dedans la
+ville deux ou trois mille Français, et le reste des Italiens:
+ce qui, avec les nouveaux ouvrages que j'avais fait faire, me
+faisait espérer de tenir en échec une armée autrichienne.</p>
+
+<p>D'après le nouvel ordre de choses, nous aurions donc pour
+frontières l'Oglio et un rang de places fortes, telles que Pizzighitone,
+Crema et Bergame.</p>
+
+<p>Pizzighitone vaut mieux que Mantoue.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Trieste, le 11 floréal an 5
+(30 avril 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je ne suis pas étonné que l'on ait fait courir le bruit que
+nous avons été battus dans le Tyrol: il n'a jamais entré dans
+mon projet de percer par deux endroits à la fois, ce qui
+m'aurait obligé de garder deux communications au lieu d'une.</p>
+
+<p>J'ai dû percer par le Tyrol et par la Carinthie, parce
+qu'il fallait que, jusqu'à ce que l'offensive fût décidément à
+notre avantage, être en état de la soutenir; parce qu'il fallait
+empêcher l'ennemi de nous couper: mais lorsque j'ai été
+à Clagenfurth et à Freysach, que l'offensive a été déterminée,
+j'ai voulu sur-le-champ porter toutes mes forces à ma
+droite et refuser constamment ma gauche, qui était suffisamment
+assurée par le camp retranché de Castel-Novo, de Peschiera
+et de Mantoue. Pendant ce temps-là, toutes mes forces
+étant concentrées sur ma droite, j'aurais marché à Salzbourg;
+l'ennemi eût été obligé d'évacuer Inspruck; de là j'aurais
+traversé les gorges de l'Inn et marché dans la Bavière. J'aurais
+auparavant levé des contributions sur le faubourg de
+Vienne.</p>
+
+<p>Ce plan a totalement manqué par l'inaction de l'armée du
+Rhin. Si Moreau avait voulu marcher, nous eussions fait la
+campagne la plus étonnante, et bouleversé la situation de
+l'Europe. Au lieu de cela, il s'est rendu à Paris, n'a voulu
+rien faire; et quand j'ai vu par vos lettres mêmes que vous
+n'aviez d'autre espérance qu'en faisant mouvoir Hoche seul,
+j'ai cru la campagne perdue, et je n'ai pas douté que nous ne
+fussions battus les uns après les autres.</p>
+
+<p>Quant à moi, je me suis jeté sans aucune espèce de considération
+au milieu de l'Allemagne; j'ai fait plus de vingt-quatre
+mille prisonniers, obligé l'empereur d'évacuer Vienne,
+et j'ai fait conclure la paix à mon quartier-général. Les conditions
+de cette paix sans doute sont avantageuses à la France
+et a l'empereur: c'est ce qui fait sa bonté. Elle nous ôte l'influence
+de la Prusse, et nous met à même de tenir la balance
+dans l'Europe.</p>
+
+<p>Il est vrai que cette paix n'a pas été comme celle du Pape
+et du roi de Sardaigne; mais c'est que l'empereur est aussi
+puissant que nous, qu'on se levait de tous côtés en masse, et
+que partout, en Hongrie et dans le Tyrol, on était sous les
+armes, qu'il ne restait rien à faire, puisque Vienne était
+évacuée par la maison impériale, et qu'en portant la guerre
+dans la Bavière, j'aurais été tout seul. C'était améliorer la
+situation de l'empereur, que de rester sans rien faire dans
+les positions que j'occupais, puisque cela mettait ses états
+dans une tension énergique, qui lui aurait donné, dans
+vingt jours, une foule de combattans. Nous nous sommes bien
+conduits en Allemagne, mais l'armée du Rhin s'était mal
+conduite l'année dernière; l'impression qu'elle avait faite durait
+encore, de sorte que la manière dont nous nous conduisions
+n'avait pas le temps d'arriver jusqu'aux différens peuples
+prévenus.</p>
+
+<p>La paix, au contraire, a remis tout en Allemagne dans
+l'état naturel. En évacuant ce pays, je garde véritablement
+tout ce que j'avais pris, en conservant la Ponteba et les hauteurs
+de la Carinthie, qui, dans une marche, me mettent en
+Allemagne, et j'ôte aux peuples de la Hongrie, de l'Autriche
+et de Venise les raisons de s'armer et de se croire en danger.
+Si les hostilités doivent recommencer, il faut, avant tout,
+prendre un parti pour Venise: sans quoi, il me faudrait une
+armée pour les contenir. Je sais que le seul parti qu'on puisse
+prendre, c'est de détruire ce gouvernement atroce et sanguinaire:
+par ce moyen nous tirerons des secours de toute espèce
+d'un pays que, sans cela, il faudra garder plus que le
+pays ennemi.</p>
+
+<p>Il est impossible de prendre plus de précautions que je
+n'en ai pris contre les Vénitiens, dont je connais la profonde
+duplicité. Je suis maître de toutes leurs forteresses, et à
+l'heure où vous lirez cette lettre, je le serai tellement de
+toute la terre-ferme, qu'il n'y aura d'autre chose à faire que
+de prendre un parti.</p>
+
+<p>Pendant l'armistice, il y a eu une escarmouche fort vive
+entre le chef de brigade Dagobert et la levée en masse de la
+Croatie.</p>
+
+<p>Les ennemis étaient parvenus à Trente, que je n'ai jamais
+gardé sérieusement, parce que, par sa position, il est hors
+du système de la guerre; mais tout a été rétabli dans l'état
+ordinaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 12 floréal an 5
+(1er mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je reçois à l'instant des nouvelles de la république cispadane.
+Les choix ont été fort mauvais. Les prêtres ont influencé
+toutes les élections, des cardinaux et des évêques
+sont venus exprès de Rome pour diriger les choix du peuple;
+ils voient bien que leur salut ne dépend plus que de leur influence
+dans le corps législatif.</p>
+
+<p>La république cispadane, comme la Lombardie, a besoin
+d'un gouvernement provisoire pendant trois ou quatre ans,
+pendant lesquels on cherchera à diminuer l'influence des
+prêtres: sans quoi, vous n'auriez rien fait en leur donnant la
+liberté. Dans les villages, ils dictent des listes et influencent
+toutes les élections; mais, conformément à vos ordres et aux
+traités, je vais commencer par réunir sous un même gouvernement
+provisoire la Lombardie et la Cispadane: après quoi,
+je prendrai les mesures qui se concilient avec leurs moeurs,
+pour y diminuer l'influence des prêtres et éclairer l'opinion.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 13 floréal an 5
+(2 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyen général, un manifeste relatif
+aux Vénitiens; vous voudrez bien faire en sorte qu'il y en
+ait mille exemplaires imprimés dans la nuit: vous en enverrez
+une copie à la congrégation de Milan, pour qu'elle le fasse
+traduire en italien et qu'elle le fasse imprimer et répandre
+partout.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 15 floréal an 5
+(2 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie.</i></p>
+
+<p class="milieu">MANIFESTE.</p>
+
+<p>Pendant que l'armée française est engagée dans les gorges
+de la Styrie et laisse loin derrière elle l'Italie et les principaux
+établissemens de l'armée, où il ne reste qu'un petit
+nombre de bataillons, voici la conduite que tient le gouvernement
+de Venise:</p>
+
+<p>1°. Il profite de la semaine sainte pour armer quarante
+mille paysans, y joint dix régimens d'Esclavons, les organise
+en différens corps d'armée et les poste aux différens points,
+pour intercepter toute communication entre l'armée et ses
+derrières.</p>
+
+<p>2°. Des commissaires extraordinaires, des fusils, des munitions
+de toute espèce, une grande quantité de canons sortent
+de Venise même pour achever l'organisation des différens
+corps d'armée.</p>
+
+<p>3°. On fait arrêter en terre-ferme ceux qui nous ont accueillis;
+on comble de bienfaits et de toute la confiance du
+gouvernement tous ceux en qui on connaît une haine furibonde
+contre le nom français, et spécialement les quatorze
+conspirateurs de Verone que le provéditeur Prioli avait fait
+arrêter il y a trois mois, comme ayant médité l'égorgement
+des Français.</p>
+
+<p>4°. Sur les places, dans les cafés et autres lieux publics de
+Venise, on insulte et on accable de mauvais traitemens tous
+les Français, les dénommant du nom injurieux de jacobins,
+de régicides, d'athées: les Français doivent sortir de Venise,
+et peu après il leur est même défendu d'y entrer.</p>
+
+<p>5°. On ordonne au peuple de Padoue, de Vicence, de Verone,
+de courir aux armes, de seconder les différens corps
+d'armée et de commencer enfin ces nouvelles Vêpres siciliennes.
+Il appartient au Lion de Saint-Marc, disent les officiers
+vénitiens, de vérifier le proverbe, que l'<i>Italie est le
+tombeau des Français</i>.</p>
+
+<p>6°. Les prêtres en chaire prêchent la croisade, et les prêtres,
+dans l'état de Venise, ne disent jamais que ce que veut
+le gouvernement. Des pamphlets, des proclamations perfides,
+des lettres anonymes sont imprimés dans les différentes villes
+et commencent à faire fermenter toutes les têtes; et dans
+un état où la liberté de la presse n'est pas permise, dans
+un gouvernement aussi craint que secrètement abhorré, les
+imprimeurs n'impriment, les auteurs ne composent que ce
+que veut le sénat.</p>
+
+<p>7°. Tout sourit d'abord aux projets perfides du gouvernement;
+le sang français coule de toutes parts; sur toutes les
+routes on intercepte nos convois, nos courriers et tout ce qui
+tient à l'armée.</p>
+
+<p>8°. À Padoue, un chef de bataillon et deux autres Français
+sont assassinés. À Castiglione de Mori, nos soldats sont
+désarmés et assassinés. Sur toutes les grandes routes de Mantoue
+à Legnago, de Cassano à Verone, nous avons plus
+de deux cents hommes assassinés.</p>
+
+<p>9°. Deux bataillons français, voulant rejoindre l'armée,
+rencontrent à Chiari une division de l'armée vénitienne, qui
+veut s'opposer à leur passage; un combat s'engage et nos
+braves soldats se font passage en mettant en déroute ces perfides
+ennemis.</p>
+
+<p>10°. À Valeggio il y a un autre combat; à Dezenzano, il
+faut encore se battre: les Français sont partout peu nombreux;
+mais ils savent bien qu'on ne compte pas le nombre des bataillons
+ennemis lorsqu'ils ne sont composés que d'assassins.</p>
+
+<p>11°. La seconde fête de Pâques, au son de la cloche, tous
+les Français sont assassinés dans Verone. On ne respecte ni
+les malades dans les hôpitaux, ni ceux qui, en convalescence,
+se promènent dans les rues, et qui sont jetés dans l'Adige,
+ou meurent percés de mille coups de stylet: plus de
+quatre cents Français sont assassinés.</p>
+
+<p>12°. Pendant huit jours, l'armée vénitienne assiège les
+trois châteaux de Verone: les canons qu'ils mettent en batterie
+leur sont enlevés à la baïonnette; le feu est mis dans la
+ville, et la colonne mobile qui arrive sur ces entrefaites, met
+ces lâches dans une déroute complète, en faisant trois mille
+hommes de troupe de ligne prisonniers, parmi lesquels plusieurs
+généraux vénitiens.</p>
+
+<p>13°. La maison du consul français de Zante est brûlée
+dans la Dalmatie.</p>
+
+<p>14°. Un vaisseau de guerre vénitien prend sous sa protection
+un convoi autrichien, et tire plusieurs boulets contre la
+corvette <i>la Brune</i>.</p>
+
+<p>15° <i>Le Libérateur de l'Italie</i>, bâtiment de la république,
+ne portant que trois à quatre petites pièces de canon, et
+n'ayant que quarante hommes d'équipage, est coulé à fond
+dans le port même de Venise et par les ordres du sénat. Le
+jeune et intéressant Laugier, lieutenant de vaisseau, commandant
+ce bâtiment, dès qu'il se voit attaqué par le feu du
+fort et de la galère amirale, n'étant éloigné de l'un et de l'autre
+que d'une portée de pistolet, ordonne à son équipage de
+se mettre à fond de cale: lui seul, il monte sur le tillac au
+milieu d'une grêle de mitraille, et cherche, par ses discours,
+à désarmer la fureur de ces assassins, mais il tombe roide
+mort; son équipage se jette à la nage et est poursuivi par six
+chaloupes montées par des troupes soldées par la république
+de Venise, qui tuent à coups de hache plusieurs de ceux qui
+cherchaient leur salut dans la haute-mer. Un contre-maître,
+blessé de plusieurs coups, affaibli, faisant sang de tous côtés,
+a le bonheur de prendre terre à un morceau de bois touchant
+au château du port; mais le commandant lui-même lui
+coupe le poignet d'un coup de hache.</p>
+
+<p>Vu les griefs ci-dessus, et autorisé par le titre 12, art. 328
+de la constitution de la république, et vu l'urgence des circonstances:</p>
+
+<p>Le général en chef requiert le ministre de France près la
+république de Venise de sortir de ladite ville; ordonne aux
+différens agens de la république de Venise dans la Lombardie
+et dans la terre-ferme vénitienne de l'évacuer sous vingt-quatre
+heures.</p>
+
+<p>Ordonne aux différens généraux de division de traiter en
+ennemi les troupes de la république de Venise, de faire
+abattre dans toutes les villes de la terre-ferme le Lion de
+Saint-Marc. Chacun recevra, à l'ordre du jour de demain,
+une instruction particulière pour les opérations militaires
+ultérieures.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 14 floréal an 5
+(3 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je reçois dans l'instant des nouvelles de Verone. Je vous
+envoie les rapports du général de division Balland, du général
+Kilmaine et du chef de brigade Beaupoil. Dès l'instant que
+j'eus passé les gorges de la Carinthie, les Vénitiens crurent
+que j'étais enfourné en Allemagne, et ce lâche gouvernement
+médita des Vêpres siciliennes. Dans la ville de Venise et dans
+toute la terre-ferme on courut aux armes. Le sénat exhorta
+les prédicateurs, déjà assez portés par eux-mêmes à prêcher
+la croisade contre nous. Une nuée d'Esclavons, une grande
+quantité de canons, et plus de cent cinquante mille fusils furent
+envoyés dans la terre-ferme; des commissaires extraordinaires,
+avec de l'argent, furent envoyés de tous côtés pour
+enrégimenter les paysans. Cependant M. Pezaro, sage grand,
+me fut envoyé à Goritzia, afin de chercher à me donner le
+change sur tous ces armemens. J'avais des raisons de me méfier
+de leur atroce politique, que j'avais assez appris à connaître;
+je déclarai que si cet armement n'avait pour but que
+de faire rentrer des villes dans l'ordre, il pouvait cesser,
+parce que je me chargeais de faire rentrer les villes dans
+l'ordre, moyennant qu'ils me demanderaient la médiation de
+la république: il me promit tout, et ne tint rien. Il resta à
+Goritzia et à Udine assez de temps pour être persuadé par
+lui-même que j'étais passé en Allemagne, et que les marches
+rapides que je faisais tous les jours donneraient le temps
+d'exécuter les projets qu'on avait en vue.</p>
+
+<p>Le 30 germinal, des corps de troupes vénitiennes considérables,
+augmentés par une grande quantité de paysans, interceptèrent
+les communications de Verone à Porto-Legnago.
+Plusieurs de mes courriers furent sur-le-champ égorgés et
+les dépêches portées à Venise. Plus de deux mille hommes
+furent arrêtés dans différentes villes de la terre-ferme et précipités
+sous les plombs de Saint-Marc: c'étaient tous ceux
+que la farouche jalousie des inquisiteurs soupçonnait de nous
+être favorables. Ils défendirent à Venise que le canal où ils
+ont coutume de noyer les criminels fût nettoyé. Eh! qui peut
+calculer le nombre des Vénitiens que ces monstres ont sacrifiés?</p>
+
+<p>Cependant, au premier vent que j'eus de ce qui se tramait,
+j'en sentis la conséquence; je donnai au général Kilmaine le
+commandement de toute l'Italie. J'ordonnai au général Victor
+de se porter avec sa division, à marches forcées, dans le
+pays vénitien. Les divisions du Tyrol s'étant portées sur l'armée
+active, cette partie devenait plus découverte; j'y envoyai
+sur-le-champ le général Baraguey d'Hilliers. Cependant
+le général Kilmaine réunit des colonnes mobiles de Polonais,
+de Lombards et de Français qu'il avait à ses ordres, et qu'il
+avait remis sous ceux des généraux Chabran et Lahoz. À
+Padoue, à Vicence et sur toute la route, les Français étaient
+impitoyablement assassinés. J'ai plus de cent procès-verbaux,
+qui tous démontrent la scélératesse du gouvernement
+vénitien.</p>
+
+<p>J'ai envoyé à Venise mon aide-de-camp Junot, et j'ai écrit
+au sénat la lettre dont je vous ai envoyé copie.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, ils étaient parvenus à rassembler à Verone
+quarante mille Esclavons, paysans, ou compagnies de
+citadins, qu'ils avaient armés, et au signal de plusieurs coups
+de la grosse cloche de Verone et de sifflets, on court sur tous
+les Français, qu'on assassine: les uns furent jetés dans l'Adige;
+les autres, blessés et tout sanglans, se sauvèrent dans
+les forteresses, que j'avais depuis long-temps eu soin de réparer
+et de munir d'une nombreuse artillerie.</p>
+
+<p>Je vous envoie le rapport du général Balland; vous y verrez
+que les soldats de l'armée d'Italie, toujours dignes d'eux,
+se sont, dans cette circonstance comme dans toutes les autres,
+couverts de gloire. Enfin, après six jours de siège, ils furent
+dégagés par les mesures que prit le général Kilmaine
+après les combats de Dezenzano, de Valeggio et de Verone.
+Nous avons fait trois mille cinq cents prisonniers et avons
+enlevé tous leurs canons. À Venise, pendant ce temps, on
+assassinait Laugier, on maltraitait tous les Français, et on
+les obligeait à quitter la ville. Tant d'outrages, tant d'assassinats
+ne resteront pas impunis: mais c'est à vous surtout et
+au corps législatif qu'il appartient de venger le nom français
+d'une manière éclatante. Après une trahison aussi horrible,
+je ne vois plus d'autre parti que celui d'effacer le nom vénitien
+de dessus la surface du globe. Il faut le sang de tous les
+nobles vénitiens pour apaiser les mânes des Français qu'ils
+ont fait égorger.</p>
+
+<p>J'ai écrit à des députés que m'a envoyés le sénat la lettre
+que je vous fais passer; j'ai écrit au citoyen Lallemant la
+lettre que je vous envoie également. Dès l'instant où je serai
+arrivé à Trévise, j'empêcherai qu'aucun Vénitien ne vienne
+en terre-ferme, et je ferai travailler à des radeaux, afin de
+pouvoir forcer les lagunes, et chasser de Venise même ces
+nobles, nos ennemis irréconciliables et les plus vils de tous
+les hommes. Je vous écris à la hâte; mais dès l'instant que
+j'aurai recueilli tous les matériaux, je ne manquerai pas de
+vous faire passer dans le plus grand détail l'histoire de ces
+conspirations aussi perfides que les Vêpres siciliennes.</p>
+
+<p>L'évêque de Verone a prêché, la Semaine Sainte et le jour
+de Pâques, que c'était une chose méritoire et agréable à Dieu,
+que de tuer les Français. Si je l'attrape, je le punirai
+exemplairement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5
+(6 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Il y a eu des troubles dans la division de la Corse, occasionnés
+par l'insurrection de la gendarmerie, qui n'était pas
+payée.</p>
+
+<p>Ce défaut de fonds est produit par la dilapidation qui a été
+faite des fonds envoyés. Depuis que la Corse est restituée à la
+France, nous y avons fait passer 700,000 fr., outre une grande
+quantité de blé et d'autres approvisionnemens.</p>
+
+<p>Je vous envoie les lettres que j'ai écrites au général Gentili
+et à l'ordonnateur en chef. Je crois que l'on doit tenir à
+faire un exemple sur le commissaire des guerres et le commissaire
+faisant les fonctions de payeur, qui devaient, avant
+tout, solder la troupe.</p>
+
+<p>Le général Vaubois et le général Lafont, qui y vont commander,
+mettront, j'espère, plus d'économie, et j'engage
+l'ordonnateur en chef à y faire passer promptement un autre
+commissaire. La dix-neuvième demi-brigade, forte de douze
+cents hommes, et qui était à Livourne, va s'embarquer pour
+se rendre en Corse.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5
+(6 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Gentili.</i></p>
+
+<p>Je ne puis vous dissimuler mon mécontentement sur le
+mauvais emploi des sommes qui ont été envoyées en Corse
+pour le service de la division. Plus de la moitié a été dilapidée
+ou dépensée à des choses inutiles, tandis que tout devait être
+uniquement consacré au service de la force armée.</p>
+
+<p>1°. Il est inutile que vous envoyiez des adjoints à Paris.</p>
+
+<p>2°. Les commissaires du gouvernement ne devaient pas
+être payés sur les fonds des soldats.</p>
+
+<p>3°. Vous n'aviez pas le droit de faire donner 1000 francs à
+l'adjudant-général Franceschi.</p>
+
+<p>4°. Vous ne deviez rien faire donner aux officiers isolés, à
+qui, il y a trois mois, j'avais ordonné de rejoindre.</p>
+
+<p>De plus grands abus ont eu lieu encore dans la distribution
+de 4 à 500,000 fr. que vous avez précédemment reçus:
+aucun article ne sera porté au compte à l'ordonnateur et au
+payeur, ils s'arrangeront ensemble pour les faire rembourser
+à la république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5
+(6 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>Des troubles sont nés en Corse par le défaut d'argent, cela
+pourrait même devenir extrêmement sérieux; il est donc indispensable
+que vous fassiez passer le plus promptement possible
+100,000 fr. à Ajaccio, uniquement destinés pour payer
+la gendarmerie de ces deux départemens. Il est aussi nécessaire
+que vous vous fassiez rendre un compte exact de l'emploi des
+sommes que vous y avez envoyées; que vous rappeliez sur-le-champ
+l'ordonnateur, et que vous y envoyiez un homme
+probe et intelligent, que vous rendrez responsable de l'emploi
+des fonds.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5
+(6 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. l'évêque de Côme.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, monsieur l'évêque, la lettre que vous vous êtes
+donné la peine de m'écrire, avec les deux imprimés; j'ai vu
+avec déplaisir la devise qu'un zèle malentendu de patriotisme
+a fait mettre au-dessus d'un de vos imprimés. Les ministres
+de la religion ne doivent, comme vous l'observez fort bien,
+jamais s'émanciper dans les affaires civiles; ils doivent porter
+la teinte de leur caractère, qui, selon l'esprit de l'Évangile,
+doit être pacifique, tolérant et conciliant. Vous pouvez
+être persuadé qu'en continuant à professer ces principes, la
+république française ne souffrira pas qu'il soit porté aucun
+trouble au culte de la religion et à la paix de ses ministres.</p>
+
+<p>Jetez de l'eau et jamais de l'huile sur les passions des
+hommes; dissipez les préjugés et combattez avec ardeur les
+faux prêtres, qui ont dégradé la religion en en faisant l'instrument
+de l'ambition des puissans et des rois. La morale de
+l'Évangile est celle de l'égalité, et dès-lors elle est la plus
+favorable au gouvernement républicain, que va désormais
+avoir votre patrie.</p>
+
+<p>Je vous prie, monsieur l'évêque, de croire aux sentimens,
+etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5
+(6 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous donnerez ordre, citoyen général, que tous les soldats
+vénitiens qui ont été faits prisonniers soient transférés
+en France, et que tous les officiers soient mis; savoir, les
+généraux, colonels, lieutenans-colonels et capitaines au château
+de Milan, et les lieutenans et sous-lieutenans, cadets, etc.,
+au château de Pavie.</p>
+
+<p>Vous chargerez un officier supérieur de les interroger; ils
+doivent être considérés comme assassins, et non comme avoués
+par leur prince. Vous me rendrez compte de leur interrogatoire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal en 5
+(6 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu">Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie, arrête:</p>
+
+<p>ART. 1er. La ville de Verone paiera une imposition de cent
+vingt mille sequins, qui sera affectée aux dépenses de l'armée.</p>
+
+<p>2. Elle paiera, en outre, une contribution de cinquante
+mille sequins, qui sera distribuée entre tous les soldats et
+officiers qui se sont trouvés assiégés dans les châteaux, et
+ceux qui formaient la colonne mobile qui s'est emparée de la
+ville.</p>
+
+<p>3. Tous les effets qui sont au mont-de-piété et qui ont une
+valeur moindre de 50 fr. seront rendus au peuple. Tous les
+effets d'une valeur supérieure seront séquestrés au profit de
+la république.</p>
+
+<p>4. Verone n'étant point la route de l'armée, ni le séjour
+d'aucun dépôt, il est expressément défendu de rien payer
+sous prétexte d'effets perdus, soit aux administrateurs, soit
+aux militaires; il ne sera admis, soit dans la comptabilité en
+argent, soit dans celle en matières, aucun déficit justifié par
+des pertes faites à Verone.</p>
+
+<p>5. Le commissaire ordonnateur en chef fera dresser un état
+des pertes qui auront été faites par les personnes formant la
+garnison des forts qui se trouvaient aux hôpitaux, et il sera
+frappé une troisième contribution sur la seule ville et territoire
+de Verone, du montant de ladite indemnité.</p>
+
+<p>6. Tous les chevaux de voiture et de selle qui se trouveront
+à Verone seront affectés aux charrois d'artillerie ou à la
+cavalerie.</p>
+
+<p>7. La ville de Verone fournira, dans le plus court délai, des
+cuirs pour faire quarante mille paires de souliers et deux
+mille paires de bottes; du drap pour faire douze mille paires
+de culottes, douze mille vestes et quatre mille habits; des
+toiles pour faire douze mille chemises et douze mille paires de
+guêtres; douze mille chapeaux et douze mille paires de bas;
+une partie desdits effets sera destinée pour l'habillement de la
+division du général Joubert.</p>
+
+<p>8. Toute l'argenterie existante dans les églises ou autres
+bâtimens publics, ainsi que tout ce qui appartiendrait au
+gouvernement, sera confisqué au profit de la république.</p>
+
+<p>9. Il sera réuni sur-le-champ une commission militaire qui,
+quarante-huit heures après la réception du présent ordre,
+déclarera ennemis de l'humanité et assassins les cinquante
+principaux coupables auteurs de l'assassinat qui a eu lieu le
+jour de la seconde fête de Pâques; lesdits coupables seront
+arrêtés et envoyés garottés à Toulon pour être de là transférés
+à la Guiane: si cependant parmi ces cinquante il s'en
+trouvait de nobles Vénitiens, ou de ceux qui furent arrêtés
+il y a plusieurs mois, envoyés à Venise comme coupables de
+conspiration contre la république française, et qui depuis ont
+été relâchés, ils seront condamnés à être fusillés; les séquestres
+seront mis sur-le-champ sur tous les biens, meubles et
+immeubles desdits condamnés, et leurs biens fonds seront
+confisqués et affectés à faire rebâtir les maisons du peuple
+qui ont été brûlées pendant le siège, et à indemniser les
+autres personnes de la ville qui se trouveraient avoir perdu.</p>
+
+<p>10. On fera un désarmement général dans tout le Véronais,
+et quiconque sera trouvé avoir désobéi à l'ordre du
+désarmement, sera condamné à être envoyé pour six ans de
+fers à Toulon.</p>
+
+<p>11. Tous les tableaux, collections de plantes, de coquillages,
+etc., qui appartiendraient, soit à la ville, soit aux particuliers,
+seront confisqués au profit de la république; les
+particuliers qui seront dans le cas d'être indemnisés, le seront
+sur les biens des condamnés.</p>
+
+<p>12. Le général chef de l'état-major, le général divisionnaire
+Augereau, et le commissaire ordonnateur en chef prendront
+toutes les mesures pour l'exécution du présent ordre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 floréal an 5
+(8 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, la ratification du
+grand-duc de Toscane, que j'ai oublié de vous envoyer. Les
+Anglais ayant évacué Porto-Ferrajo, j'ordonne que l'on
+évacue également Livourne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<p><i>P. S.</i> Je vous fais tenir également une note explicative,
+remise par les plénipotentiaires de l'empereur.</p>
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 floréal an 5
+(8 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je suis parti, le 12 floréal, de Palma-Nova, et je me suis
+rendu à Mestre. J'ai fait occuper par les divisions des généraux
+Victor et Baraguay d'Hilliers toutes les extrémités des
+lagunes. Je ne suis éloigné actuellement que d'une petite
+lieue de Venise, et je fais les préparatifs pour pouvoir y entrer
+de force, si les choses ne s'arrangent pas. J'ai chassé de
+la terre-ferme tous les Vénitiens, et nous en sommes en ce
+moment exclusivement les maîtres. Le peuple montre une
+grande joie d'être délivré de l'aristocratie vénitienne: il
+n'existe plus de Lion de Saint-Marc.</p>
+
+<p>Comme j'étais sur les bords des lagunes, sont arrivés trois
+députés du grand conseil, qui me croyaient encore en Allemagne
+et qui venaient avec des pleins pouvoirs du même
+conseil, pour finir tous les différens. Ils m'ont remis la note
+que je vous envoie. En conséquence, je leur ai fait répondre
+par le général Berthier la lettre que je vous fais tenir; je viens
+de recevoir une nouvelle députation, qui m'a remis la note
+que je vous envoie.</p>
+
+<p>Les inquisiteurs sont arrêtés; le commandant du fort de
+Lido, qui a tué Laugier, est arrêté; tout le corps du gouvernement
+a été destitué par le grand conseil; et celui-ci lui-même
+a déclaré qu'il allait abdiquer sa souveraineté et établir
+la forme du gouvernement qui me paraîtrait la plus convenable.
+Je compte d'après cela y faire établir une démocratie,
+et même faire entrer dans Venise trois ou quatre mille hommes
+de troupes. Je crois qu'il devient indispensable que vous
+renvoyiez M. Quirini.</p>
+
+<p>Depuis que j'ai appris le passage du Rhin par Hoche et
+Moreau, je regrette bien qu'il n'ait pas eu lieu quinze jours
+plus tôt, on que du moins Moreau n'ait pas dit qu'il était
+dans le cas de l'effectuer. Notre position militaire est tout
+aussi bonne aujourd'hui qu'il y a quinze jours; j'occupe encore
+Clagenfurth, Goritzia et Trieste. Tous les paysans vénitiens
+sont désarmés; dans toutes les villes, ceux qui nous
+étaient opposés sont arrêtés; nos amis sont partout en place,
+et toute la terre-ferme est municipalisée. On travaille tous les
+jours sans relâche aux fortifications de Palma-Nova.</p>
+
+<p>Je vous prie de désigner le Frioul pour le lieu où les Autrichiens
+doivent nous faire passer les prisonniers français.
+Nous ne leur en restituerons qu'à mesure qu'ils nous restitueront
+les nôtres.</p>
+
+<p>Le choix des membres qui composent le directoire de la
+Cisalpine est assez mauvais; il s'est fait pendant mon absence,
+et a été absolument influencé par les prêtres; mais comme
+Modène et Bologne ne doivent faire qu'une seule république
+avec Milan, je suspens l'activité du gouvernement, et je fais
+rédiger ici par quatre comités différens toutes les lois militaires,
+civiles, financières et administratives qui doivent accompagner
+la constitution. Je ferai, pour la première fois, tous les
+choix, et j'espère que d'ici à vingt jours toute la nouvelle république
+italienne sera parfaitement organisée et pourra marcher
+toute seule.</p>
+
+<p>Mon premier acte a été de rappeler tous les hommes qui
+s'étaient éloignés, craignant les suites de la guerre. J'ai engagé
+l'administration à concilier tous les citoyens et à détruire
+toute espèce de haine qui pourrait exister. Je refroidis les
+têtes chaudes et j'échauffe les froides. J'espère que le bien
+inestimable de la liberté donnera à ce peuple une énergie
+nouvelle et le mettra dans le cas d'aider puissamment la république
+française dans les guerres futures que nous pourrions
+avoir.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu">Milan, le 20 floréal an 5 (9 mai 1797).</p>
+
+<p>Le général en chef voit avec indignation les vols que commettent
+plusieurs agens français, qui, sous différens prétextes,
+s'introduisent dans les monts-de-piété des villes vénitiennes,
+y mettent les scellés pour y voler tout ce qui est à
+leur convenance.</p>
+
+<p class="milieu">En conséquence, il ordonne:</p>
+
+<p>1°. Aux généraux de division de faire lever tous les scellés
+des monts-de-piété et de les restituer à leurs administrateurs,
+et, en attendant, qu'il ne soit porté aucun changement
+auxdites administrations (hormis celui de la ville de
+Verone).</p>
+
+<p>2°. De faire vérifier par les administrateurs et les membres
+des municipalités ce qui manque aux monts-de-piété et autres
+établissemens publics, depuis l'apposition des scellés,
+et de faire arrêter sur-le-champ les agens ou commissaires qui
+auraient mis les scellés ou qui seraient coupables de dilapidations,
+et de les faire traduire devant le conseil militaire de
+sa division.</p>
+
+<p>3°. Les municipalités de la terre-ferme vénitienne enverront
+sur-le-champ au général en chef une note de tout ce qui
+aurait été pris et qui serait à leur connaissance.</p>
+
+<p>4°. La propriété des villes et des habitans de la terre-ferme
+vénitienne est sous la responsabilité des généraux de division
+qui y commandent: ils prendront toutes les mesures possibles
+pour faire arrêter les coupables, réprimer les abus, et garantir
+ce pays des ravages de cette nuée de voleurs qui semble
+s'y être donné rendez-vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 floréal an 5
+(9 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, conformément au
+traité d'alliance qui existe entre la république française et
+sa majesté le roi de Sardaigne, ordonner que tous les déserteurs
+des troupes sardes soient sur-le-champ rendus, et défendre
+aux différens chefs de corps, soit français, soit milanais,
+de recevoir aucun déserteur sarde.</p>
+
+<p>Vous voudrez bien donner l'ordre aux commandans de la
+Lombardie pour qu'ils prennent les mesures afin qu'il existe
+une sévère discipline sur les frontières du Piémont, et s'opposent
+à tout ce qui pourrait troubler la tranquillité des
+états du roi de Sardaigne.</p>
+
+<p>Vous voudrez bien également ordonner au commandant de
+Tortone de faire tout ce qui dépendra de lui pour maintenir la
+tranquillité dans les états du roi de Sardaigne, s'opposer à
+la contrebande du blé et des bestiaux, et enfin avoir pour
+sa majesté le roi de Sardaigne les sentimens que notre position
+actuelle doit lui assurer.</p>
+
+<p>Vous le préviendrez également que l'évêque de Tortone va
+prendre possession de son évêché, et qu'il ait pour lui tous
+les égards qui sont dus à son caractère.</p>
+
+<p>Vous voudrez bien ordonner au général Casabianca de faire
+ôter l'arbre de la liberté de la ville de Ceva, et de faire tout
+son possible pour maintenir le bon ordre dans les états de sa
+majesté le roi de Sardaigne.</p>
+
+<p>Vous donnerez les ordres pour que les nommés Viniatteri,
+Rozetti et Strovengo, chefs de la conspiration qui a eu lieu
+pour assassiner le roi de Sardaigne, soient arrêtés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 floréal an 5
+(13 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le dernier courrier que j'ai reçu de vous est du 3 floréal,
+et je ne connais pas encore vos intentions relativement aux
+préliminaires de la paix: cela ne laisse pas que de m'embarrasser
+dans la direction à donner aux différentes affaires
+actuelles.</p>
+
+<p>Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, du
+terme où en était la négociation de Venise. Les négociateurs
+et le citoyen Lallemant sont ici; mais, pendant ce temps-là,
+les affaires marchent à grands pas dans Venise même, où
+l'emprisonnement des inquisiteurs et l'effervescence populaire
+rendent les propriétés incertaines, sans la présence
+d'une force française.</p>
+
+<p>Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, secrétaire
+de la légation française à Venise.</p>
+
+<p>J'ai donné ordre au général Baraguay d'Hilliers d'y entrer
+avec cinq mille hommes.</p>
+
+<p>J'ai envoyé ordre au citoyen Bourdé, commandant la flottille
+de l'Adriatique, de s'y rendre également.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez au général Lahoz d'éloigner de Milan les
+citoyens Lerese, Anisette et Barnabitte, et de les employer
+hors de cette ville, les engageant à ne rien faire qui trouble la
+tranquillité des états du roi de Sardaigne.</p>
+
+<p>Il est probable, quoiqu'il ne soit cependant pas sûr, que
+lorsque vous lirez cette lettre, vous serez maîtres de Venise
+et de son arsenal.</p>
+
+<p>La république cispadane paraît vouloir se réunir avec Venise,
+si cette ville accepte le gouvernement représentatif,
+plutôt que de se réunir avec le Milanez.</p>
+
+<p>La république lombarde serait alors composée des pays
+compris entre le Tesin, le Pô, l'Oglio et le Modénais; ce
+qui ferait deux millions de population.</p>
+
+<p>La république de Venise démocrate serait composée, 1°. du
+Trévisan, deux cent mille habitans; 2°. du Dogodo, cent
+mille; 3°. de la Polésine, de Rovigo et d'Adria, quatre-vingt
+mille; 4° de la ville de Venise, cent cinquante mille; 5°. des
+îles du Levant, deux cent mille; 6°. de la Cispadane, six
+cent mille; 7°. de la Romagne, trois cent mille: en tout,
+un million six cent mille habitans.</p>
+
+<p>Les deux républiques concluraient une alliance offensive
+et défensive avec la France contre les Anglais.</p>
+
+<p>Nous trouverons dans l'arsenal de Venise quelques ressources
+pour notre marine, et quelques vaisseaux de guerre,
+s'ils sont d'une bonne construction.</p>
+
+<p>J'ai fait partir de Trieste pour Toulon six bâtimens chargés
+de blé et d'acier.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 floréal an 5
+(14 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Extrait d'une lettre au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, une autre
+du général Baraguay d'Hilliers, et enfin la délibération du
+grand-conseil, qui a abdiqué. Je crains fort que cette pauvre
+ville de Venise ne soit en partie pillée par les Esclavons, à
+l'heure où je vous écris.</p>
+
+<p>J'ai envoyé, par un courrier extraordinaire, au doge la
+proclamation que je vous fais passer, afin de chercher à y
+rétablir la tranquillité.</p>
+
+<p>Demain, je conclurai un traité avec les députés vénitiens:
+j'espère que cette affaire s'achèvera heureusement, et que,
+si nous ne sommes pas, à l'heure qu'il est, dans Venise, nous
+ne tarderons pas à y être.</p>
+
+<p>La marine pourra y gagner quatre ou cinq vaisseaux de
+guerre, trois ou quatre frégates, pour 3 ou 4,000,000 de
+cordages, de bois et d'autres objets qui lui sont nécessaires.</p>
+
+<p>J'ai envoyé des courriers a Gênes et à Livourne, pour
+qu'on me fasse passer en toute diligence tous les matelots français
+ou corses qui s'y trouveraient; je prendrai ceux des lacs
+de Mantoue et de Garda, et je diminuerai le nombre de ceux
+que j'ai sur la flottille.</p>
+
+<p>Je vous prie de m'envoyer en poste un contre-amiral, un
+major d'escadre, etc.</p>
+
+<p>J'aurais aussi besoin de quatre ou cinq cents matelots, qui
+pourraient se rendre à Gênes, d'où ils viendraient à Tortoue,
+où ils recevront, du commandant de la place, les ordres, et
+trouveront les moyens de s'embarquer sur le Pô jusqu'à
+Venise.</p>
+
+<p>J'espère, si tout réussit conformément à mes espérances,
+avoir:</p>
+
+<p>Quatre bâtimens de guerre, tout équipés et approvisionnés
+pour six mois; trois frégates françaises, compris <i>la Brune</i>;
+deux corvettes françaises et quinze chaloupes canonnières.</p>
+
+<p>Ces vingt-quatre bâtimens seront prêts, j'espère, à mettre
+à la voile avant l'arrivée du contre-amiral.</p>
+
+<p>Je trouverai les bâtimens et les frégates vénitiennes prêtes
+à mettre à la voile, parce qu'elles viennent de croiser dans
+l'Archipel.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Traité de paix entre la république française et la république
+de Venise.</i></p>
+
+<p>Le directoire exécutif de la république française et le grand-conseil
+de la république de Venise, voulant rétablir sans
+délai l'harmonie et la bonne intelligence qui régnaient ci-devant
+entre elles, conviennent des articles suivans:</p>
+
+<p>ART 1. Il y aura paix et amitié entre la république française
+et la république de Venise; toutes les hostilités cesseront
+dès à présent.</p>
+
+<p>2. Le grand-conseil de Venise, ayant à coeur le bien de sa
+patrie et le bonheur de ses concitoyens, et voulant que les
+scènes qui ont eu lieu contre les Français ne puissent plus se
+renouveler, renonce à ses droits de souveraineté; ordonne
+l'abdication de l'aristocratie héréditaire, et reconnaît la souveraineté
+de l'état dans la réunion de tous les citoyens, sous
+la condition cependant que le gouvernement garantira la dette
+publique nationale, l'entretien des pauvres gentilshommes
+qui ne possèdent aucun bien fonds, et les pensions viagères
+accordées sous le titre de provisions.</p>
+
+<p>3. La république française, sur la demande qui lui en a
+été faite, voulant contribuer, autant qu'il est en elle, à la
+tranquillité de la ville de Venise et au bonheur de ses habitans
+accorde une division de troupes françaises pour y maintenir
+l'ordre et la sûreté des personnes et des propriétés, et
+seconder les premiers pas du gouvernement dans toutes les
+parties de son administration.</p>
+
+<p>4. La station des troupes françaises à Venise n'ayant pour
+but que la protection des citoyens, elles se retireront aussitôt
+que le nouveau gouvernement sera établi, ou qu'il déclarera
+n'avoir plus besoin de leur assistance. Les autres divisions de
+l'armée française évacueront également toutes les parties du
+territoire vénitien qu'elles occuperont dans la terre ferme,
+lors de la conclusion de la paix continentale.</p>
+
+<p>5. Le premier soin du gouvernement provisoire sera de
+faire terminer le procès des inquisiteurs et du commandant
+du fort de Lido, prévenus d'être les auteurs et instigateurs
+des Pâques vénitiennes et de l'assassinat commis dans le port
+de Venise; il désavouera d'ailleurs ces faits de la manière la
+plus convenable et la plus satisfaisante pour le gouvernement
+français.</p>
+
+<p>6. Le directoire exécutif, de son côté, par l'organe du général
+en chef de l'armée, accorde pardon et amnistie générale pour
+tous les autres Vénitiens qui seraient accusés d'avoir pris part
+à toute conspiration contre l'armée française; et tous les prisonniers
+seront mis en liberté après la ratification.</p>
+
+<p>Ainsi a été arrêté et convenu, savoir: au nom de la république
+française, par les citoyens Bonaparte, général en chef
+de l'armée d'Italie; et Lallemant, ministre plénipotentiaire
+de la république française près celle de Venise; et, au nom
+du grand conseil vénitien, par MM. François Dona, Léonard
+Justiani et Louis Moncenigo, députés munis de pleins
+pouvoirs, dont l'original est annexé aux présentes, lesquelles
+devront être ratifiées par les hautes puissances contractantes,
+dans le plus court délai possible, pour sortir leur entière
+exécution.</p>
+
+<p>Fait à Milan, le 27 floréal an 5 de la république française
+(16 mai 1797).</p>
+
+<p class="droite"><i>Signé</i> BONAPARTE, etc.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Articles secrets faisant suite et partie du traité de paix
+conclu cejourd'hui 27 floréal an 5 de la république française
+(16 mai 1797), entre la république française et
+telle de Venise.</i></p>
+
+<p>ART Ier. La république française et la république de Venise
+s'entendront entre elles pour l'échange des différens territoires.</p>
+
+<p>2. La république de Venise versera dans la caisse du payeur
+de l'armée d'Italie trois millions tournois en numéraire; savoir,
+un million dans le mois de prairial prochain, un second
+million dans le mois de messidor, et le troisième million
+lorsque le gouvernement provisoire sera entièrement organisé.</p>
+
+<p>3. La république de Venise fournira pour la valeur de trois
+autres millions tournois en chanvres, cordages, agrès et autres
+objets nécessaires à la marine, sur la réquisition des commissaires
+qui seront nommés par le général en chef de l'armée,
+et en tant que ces objets existeront réellement dans les
+magasins ou dépôts de l'arsenal.</p>
+
+<p>4. La république de Venise fournira en outre trois vaisseaux
+de ligne et deux frégates en bon état, armés et équipés de
+tout le nécessaire, sans comprendre l'équipage, et au choix
+du général en chef, qui, de son côté, promet au gouvernement
+vénitien la médiation de la république française pour
+terminer promptement les différens survenus entre celle de
+Venise et la régence d'Alger.</p>
+
+<p>5. La république de Venise remettra enfin aux commissaires
+à ce destinés vingt tableaux et cinq cents manuscrits
+au choix du général en chef.</p>
+
+<p>Les cinq articles ci-dessus, quoique convenus et transcrits
+séparément, sont néanmoins essentiellement inhérens au traité
+ostensible conclu cejourd'hui entre les deux républiques, et
+n'en sont de fait que la continuation: en sorte que la non
+exécution d'un seul desdits articles secrets rendrait le traité
+en entier nul et non stipulé.</p>
+
+<p>Ainsi a été arrêté et convenu; savoir, au nom de la république
+française, par le citoyen Bonaparte, général en chef
+de l'armée d'Italie, et par le citoyen Lallemant, ministre
+plénipotentiaire de la république française près celle de Venise,
+et au nom du directoire exécutif.</p>
+
+<p>Et au nom du grand conseil vénitien, par MM. François
+Dona, Léonard Justiniani et Louis Moncenigo, députés munis
+de pleins pouvoirs, dont l'original est annexé au traité
+ostensible de ce jour.</p>
+
+<p>Fait et signé à Milan, le 27 floréal an 5 de la république
+française (16 mai 1797).</p>
+
+<p class="droite"><i>Signé</i> BONAPARTE, etc.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Milan, le 25 floréal an 5 (14 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux citoyens de Venise.</i></p>
+
+<p>Les citoyens de la ville de Venise sont sous la protection
+de la république française: en conséquence, je déclare que
+je traiterai en ennemi de la république française tout homme
+qui porterait la moindre atteinte aux personnes et aux propriétés
+des habitans de Venise.</p>
+
+<p>Si, vingt-quatre heures après la publication du présent
+ordre, les Esclavons n'ont pas, conformément à l'ordre qui
+leur a été donné par les magistrats de Venise, quitté cette ville
+pour se rendre en Dalmatie, les officiers et les aumôniers
+des différentes compagnies d'Esclavons seront arrêtés, traités
+comme rebelles, et leurs biens, en Dalmatie, confisqués. Le
+général en chef fera, à cet effet, marcher une division de l'armée
+en Dalmatie, et ils seront la cause de ce que la guerre
+et ses horreurs seront transplantés au milieu de leurs foyers.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 floréal an 5.
+(14 mai 1797).</p>
+
+<p class="droite"><i>Au directoire exécutif<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>.</i></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Footnote 14:</b><a href="#footnotetag14"> (return) </a> Cette lettre, relatée déjà en partie par extrait, se trouve complète ici.</blockquote>
+
+<p>J'organise la république cisalpine: j'ai à cet effet quatre
+comités qui travaillent sans relâche à la confection des lois
+organiques qui doivent accompagner la publication de la
+constitution.</p>
+
+<p>Le citoyen Serbelloni, par la réputation dont il jouit dans
+ce pays-ci, et par l'ascendant que donne la fortune, est propre
+à remplir avec succès une place de membre du directoire
+exécutif; il est d'ailleurs tellement compromis avec les Autrichiens,
+que c'est une des personnes de l'opinion de laquelle
+nous devons être les plus sûrs: je l'ai donc fait prévenir par
+l'administration de la Lombardie qu'il était nommé à la place
+de directeur; je vous prie de faire en sorte qu'il parte de suite
+pour Milan.</p>
+
+<p>Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, une autre
+du général Baraguay d'Hilliers, et enfin la délibération du
+grand conseil, qui a abdiqué; je crains fort que cette pauvre
+ville de Venise ne soit en partie pillée par les Esclavons
+à l'heure où je vous écris.</p>
+
+<p>J'ai envoyé, par un courrier extraordinaire, au doge la
+proclamation que je vous fais passer, afin de chercher à y
+rétablir la tranquillité.</p>
+
+<p>Demain, je conclurai un traité avec les députés vénitiens;
+j'espère que cette affaire s'achèvera heureusement, et que si
+nous ne sommes pas à l'heure qu'il est dans Venise, nous ne
+tarderons pas à y être.</p>
+
+<p>La marine pourra y gagner quatre ou cinq vaisseaux de
+guerre, trois ou quatre frégates, pour trois ou quatre millions
+de cordages, de bois et d'autres objets nécessaires à la marine.</p>
+
+
+
+<p>J'ai envoyé des courriers à Gênes et à Livourne, pour
+qu'on me fasse passer en toute diligence tous les matelots
+français ou corses qui s'y trouveraient; je prendrai ceux des
+lacs de Mantoue et de Garda, et je diminuerai le nombre de
+ceux que j'ai sur la flottille.</p>
+
+<p>Je vous prie de m'envoyer en poste un contre-amiral, un
+major d'escadre, etc.</p>
+
+<p>J'aurais aussi besoin de quatre ou cinq cents matelots, qui
+pourraient se rendre à Gênes, d'où ils viendraient à Tortone,
+où ils recevront, du commandant de la place, les ordres et
+trouveront les moyens de s'embarquer sur le Pô jusqu'à
+Venise.</p>
+
+<p>J'espère, si tout réussit conformément à mes espérances,
+avoir quatre bâtimens de guerre tout équipés et approvisionnés
+pour six mois; trois frégates françaises, compris <i>la
+Brune</i>; deux corvettes françaises et quinze chaloupes canonnières.</p>
+
+<p>Ces vingt-quatre bâtimens seront prêts, j'espère, à mettre
+à la voile avant l'arrivée du contre-amiral.</p>
+
+<p>Je trouverai les bâtimens et frégates prêtes à mettre à la
+voile, parce qu'elles viennent de croiser dans l'Archipel.</p>
+
+<p>Le million pour Toulon, que je vous ai annoncé, part demain;
+un autre million, dont cinq cent mille francs en or et
+autant en argent, part après demain 27 pour Paris; il pourra
+servir à vivifier notre marine à Brest.</p>
+
+<p>Les deux millions que le ministre des finances a tirés sur
+le citoyen André, négociant, seront acquittés en marchandises
+ou en terres; ce qui, joint à un million pour l'armée
+de Sambre-et-Meuse, autant pour celle du Rhin, et cinq
+cent mille francs pour celle des Alpes, cinq cent mille francs
+que nous coûte la Corse, formera la somme de cinq millions
+que l'armée d'Italie aura fournis depuis la nouvelle campagne.</p>
+
+<p>Vingt-cinq mille quintaux de blé, et pour cent mille francs
+de chanvre avec de l'acier, sont partis de Trieste pour Toulon.</p>
+
+<p>Le pape nous a donné huit millions de diamans, qui, à
+l'évaluation de Modène, ne valent pas davantage que quatre
+millions cinq cent mille francs.</p>
+
+<p>Le service de l'armée est assuré pour prairial, messidor,
+thermidor et fructidor.</p>
+
+<p>Treize ou quatorze millions d'arriéré, que nous avions à
+l'armée, vont être payés en biens nationaux du pays.</p>
+
+<p>Les objets de Rome se réunissent tous à Livourne: il serait
+urgent que le ministre de la marine envoyât le prendre par
+trois ou quatre frégates, afin de les mettre à l'abri de tous
+risques.</p>
+
+<p>Une soixantaine de citoyens de différentes villes du midi
+se sont présentés à moi pour avoir des secours; je les ai distribués
+dans toute l'Italie pour y être employés chacun son
+métier. Le chef de l'état-major enverra au ministre de la police
+générale les noms, âge, demeure, profession de ces citoyens.</p>
+
+<p>J'ai chargé Comeyras de se rendre à Sion, peur chercher à ouvrir
+une négociation avec le Valais, afin de conclure un
+traité au nom de la France et de la république cisalpine, qui
+nous accorde le passage depuis le lac de Genève au lac Majeur,
+en suivant la vallée du Rhône. J'ai envoyé un excellent
+ingénieur des ponts et chaussées pour savoir ce que coûterait
+cette route à établir: elle irait de Versois à Bouveret par le
+lac, quinze lieues; de Bouveret à Sion, dix lieues; de Sion à
+Brigge, huit lieues; de Brigge à Dossola, huit lieues; de
+Dossola au lac Majeur, huit lieues; du lac Majeur à Milan,
+douze lieues: ce qui ferait soixante et une lieues de Versois
+à Milan, ou cent soixante de Milan à Paris: sur ces soixante
+et une lieues, les quinze du lac et les vingt de Dossola à
+Milan, c'est-à-dire trente-cinq, sont en grande route; il
+reste donc vingt-six lieues à faire, dont se chargerait le Milanez.</p>
+
+<p>J'ai chargé le même ingénieur d'aller jusqu'au pont de...
+et de voir ce qu'il faudrait pour faire sauter le rocher dans
+lequel s'enfuit le Rhône, et par-là rendre possible l'exploitation
+des bois du Valais et de la Savoie, bois immenses et
+qui peuvent seuls relever notre marine. On m'assure qu'il ne
+faut pas plus de 2 ou 300,000 fr. pour cette opération.</p>
+
+<p>La Toscane et les Grisons vont conclure un traité d'alliance
+avec la nouvelle république cisalpine: il faudrait obtenir
+des Suisses les bailliages italiens, qui n'ont qu'une population
+de quarante mille âmes; nous pourrions leur donner
+le Freythal, et, s'il était nécessaire, la nouvelle république
+s'obligerait à fournir tous les ans une certaine quantité de riz
+et de blé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 floréal an 5
+(14 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. le général-major comte de Meerveldt, ministre de
+S. M. l'empereur.</i></p>
+
+<p>J'ai l'honneur de vous prévenir, Monsieur le général, que je
+viens de recevoir à l'instant du directoire exécutif de la république
+française la ratification des préliminaires que nous
+avons signés à Léoben.</p>
+
+<p>Je me rendrai dans la ville que vous voudrez bien indiquer,
+afin de procéder aux échanges.</p>
+
+<p>Je vous prie de faire passer le courrier que vous m'enverrez,
+par Trévise, où il s'adressera au général Gauthier, qui
+lui indiquera l'endroit où je pourrai me trouver.</p>
+
+<p>J'ai également l'honneur de vous faire part, comme j'ai
+eu l'honneur d'en prévenir M. le marquis de Gallo par l'envoi
+de mon aide-de-camp, que le directoire exécutif de la république
+française a bien voulu munir de ses pleins pouvoirs
+pour traiter de la paix définitive, le général Clarke et moi;
+je vous prie de le faire connaître à S. M. l'empereur, afin que
+les plénipotentiaires qu'elle voudra envoyer se réunissent le
+plus promptement possible dans la ville de Brescia, comme
+nous en étions convenus, ou dans toute autre qui paraîtra plus
+convenable.</p>
+
+<p>Je vous prie de vouloir bien donner des ordres pour qu'à
+Trieste on se hâte de payer le reste de la contribution, afin
+de me mettre dans le cas, comme nous en étions convenus,
+de l'évacuer.</p>
+
+<p>L'évacuation de Clagenfurth a souffert quelque retard par
+celui qu'a mis l'administration de cette ville à fournir les chariots
+nécessaires au transport des effets militaires.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner aussi des ordres à cet égard, et
+de croire aux sentimens d'estime et de considération avec
+lesquels, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 26 floréal an 5
+(15 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre de la république française,
+à Gênes.</i></p>
+
+<p>Je réponds à votre lettre du 21 floréal, citoyen ministre.
+Je pense, comme vous, que la chute entière de Venise amène
+celle de l'aristocratie de Gênes; mais il faut pour cela encore
+quinze jours pour que les affaires de Venise soient bien complètement
+terminées.</p>
+
+<p>Il est hors de doute qu'il faut laisser Gênes république
+indépendante; mais il n'est pas moins vrai qu'en réunissant
+à Gênes tous les fiefs impériaux, il faudrait chercher à avoir
+le golfe de la Spezzia pour la nouvelle république. Cette seconde
+pensée s'exécuterait naturellement lorsque le gouvernement
+aristocratique serait dissous, et le corps de l'état en
+fusion: alors nous serions toujours sûrs d'avoir avec nous
+Gênes ou la Spezzia.</p>
+
+<p>Je vous salue et vous prie de m'écrire un peu plus souvent
+relativement à l'idée que vous avez:</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 30 floréal an 5
+(19 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai envoyé le traité que j'ai conclu avec Venise, en
+conséquence duquel cinq à six mille hommes sous les ordres du
+général Baraguay d'Hilliers ont dû prendre, le 27, possession
+de la ville. J'ai eu plusieurs buts en concluant ce traité.</p>
+
+<p>1°. D'entrer dans la ville sans difficultés: avoir l'arsenal et
+tout en notre possession, et pouvoir en tirer ce qui nous
+convient, sous le prétexte de l'exécution des articles secrets.</p>
+
+<p>2°. De nous trouver à même, si le traité de paix avec
+l'empereur ne s'exécutait pas, de rallier à nous et de faire
+tourner à notre avantage tous les efforts du territoire vénitien.</p>
+
+<p>3°. De ne pas attirer sur nous l'espèce d'odieux de la violation
+des préliminaires relatifs au territoire vénitien, et en
+même temps de donner des prétextes et de faciliter leur exécution.</p>
+
+<p>4°. Et enfin de calmer tout ce qu'on pourrait dire en Europe,
+puisqu'il est constaté que notre garnison de Venise
+n'est qu'une opération momentanée, et un acte de protection
+sollicité par Venise même.</p>
+
+<p>Le pape est très-malade et a quatre-vingt-trois ans. Sur
+la première nouvelle que j'en ai eue, j'ai fait réunir tous mes
+Polonais à Bologne, d'où je les pousserai jusqu'à Ancône.
+Quelle conduite dois-je tenir si le pape meurt?</p>
+
+<p>Gênes demande à grands cris la démocratie, le sénat m'envoie
+des députés pour sonder là-dessus mes intentions. Il est
+très possible qu'avant dix ou douze jours l'aristocratie de
+Gênes subisse le même sort que celle de Venise.</p>
+
+<p>Il y aurait alors en Italie trois républiques démocratiques,
+qui, pour le moment, ne pourraient être que difficilement
+réunies, vu les coupures qu'y produisent les états intermédiaires
+de Parme et de l'empereur, et vu d'ailleurs l'enfance
+dans laquelle sont encore les Italiens; mais, et la liberté de
+la presse, et les événemens futurs ne manqueront pas de
+réunir ces trois républiques en une seule.</p>
+
+<p>1°. La république cisalpine comprenant la Lombardie, le
+Bergamasque, le Crémasque, le Modénois, Massa-Carara,
+la Graffiniana, le golfe de la Spezzia, forme une population
+de dix-huit à dix-neuf cent mille habitans.</p>
+
+<p>2°. La république cispadane, comprenant le Bolonais, le
+Ferrarois, la Romagne, Venise, Rovigo, et une partie du
+Trévisan et les îles de l'Archipel, forme une population de
+seize à dix-huit cent mille habitans.</p>
+
+<p>3°. La république ligurienne, comprenant les fiefs impériaux,
+Gênes et les états de Gênes, hormis le golfe de la
+Spezzia.</p>
+
+<p>Les états du duc de Parme et ceux du roi de Sardaigne
+ne tarderont pas à s'insurger; je fais cependant ce qui est
+possible pour soutenir le duc de Parme et le roi de Sardaigne.</p>
+
+<p>La république cisalpine et cispadane se réuniront difficilement,
+de sorte que si l'empereur s'arrange à laisser la
+Marche trévisane et la Polésine de Rovigo, il sera possible
+de laisser Venise avec la république cispadane.</p>
+
+<p>Si, au contraire, il ne voulait pas, l'on réunirait ces deux
+républiques en une, parce qu'alors il est bien prouvé que la
+république cispadane ne serait pas assez forte pour maintenir
+la ville de Venise, comme ville de province.</p>
+
+<p>En attendant, je laisse subsister la Cispadane organisée séparément,
+puisque sa réunion avec la Lombardie mécontenterait
+beaucoup de monde, et pourrait être regardée par
+l'empereur comme une violation des préliminaires, et que
+d'ailleurs la capitale à Bologne nous permettra d'avoir une
+grande influence sur toutes les affaires de Rome.</p>
+
+<p>Je vous envoie donc l'ordre que je donne aujourd'hui pour
+la réunion de la Romagne à la république cispadane. Je
+profiterai de cette circonstance pour leur faire renommer
+un autre directoire, celui qu'ils ont nommé étant assez mal
+composé.</p>
+
+<p>Quand ensuite la paix définitive avec l'empereur sera faite,
+je prendrai des mesures pour réunir ces deux républiques;
+mais en attendant il faut que je profile des momens de repos
+pour organiser parfaitement l'une et l'autre, afin que si les
+choses se brouillent avec l'empereur, nous puissions être
+sûrs que nos derrières soient tranquilles, et que si les affaires
+de Rome viennent à se brouiller par la mort du pape, l'on
+puisse partir de là pour faire toutes les opérations qui deviendraient
+nécessaires.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 floréal an 5
+(19 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyens directeurs, plusieurs lettres relatives
+à la conduite des Vénitiens:</p>
+
+<p>1°. Plusieurs lettres du général de division Kilmaine.</p>
+
+<p>2°. Un échantillon des manifestes, et autres lettres anonymes
+que l'on fait imprimer dans l'état de Venise pour exciter
+le peuple contre les Français.</p>
+
+<p>3°. Plusieurs lettres du général commandant à Verone, et
+du général commandant à Mantoue.</p>
+
+<p>4°. Une lettre du citoyen Lallemant.</p>
+
+<p>Vous y verrez que toutes sont extrêmement alarmantes sur
+les intentions des Vénitiens, et ont dû m'obliger à prendre un
+parti.</p>
+
+<p>Je vous envoie également quelques lettres interceptées sur
+un courrier de Naples, qui vous donneront quelques renseignemens
+sur les mouvemens extraordinaires qui se passaient
+à Vienne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 floréal an 5
+(19 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyens directeurs, une convention militaire
+faite avec un officier de l'état-major du roi de Sardaigne,
+pour régler différens objets de police relativement à ses
+troupes. Je ne vous l'ai pas envoyée, parce que j'ai attaché
+fort peu d'importance à cette transaction, qui n'est qu'une
+opération purement militaire. Les troupes sont toujours restées
+à Novare; elles ne sont jamais sorties des états du roi, et
+tout est encore, jusqu'à cette heure, <i>in statu quo</i>. Il est cependant
+nécessaire de ménager le roi de Sardaigne, afin que si
+jamais la négociation traîne en longueur, on puisse se servir
+de ses troupes pour donner une inquiétude de plus à l'empereur.
+Ce roi est au reste fort peu de chose, et, dès l'instant
+que Gênes, la France et le Milanez seront gouvernés par les
+mêmes principes, il sera très-difficile que ce trône puisse
+continuer à subsister; mais il s'écroulera sans nous, et par le
+seul poids des événemens et des choses.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 1er prairial an 5
+(20 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général Baraguay d'Hilliers a pris possession de la ville
+de Venise, de tous les forts, de toutes les îles qui en dépendent.</p>
+
+<p>Cette malheureuse ville était en proie à l'anarchie et à la
+guerre civile. Les Français y ont été reçus aux acclamations
+de tout le peuple, et chacun, depuis l'instant qu'ils sont
+entrés, tient sa personne et sa propriété comme sûres.</p>
+
+<p>La confiance que les différens peuples qui ont vu de près
+l'armée d'Italie, ont dans sa bonne discipline et l'esprit de
+justice qui anime les officiers et les soldats, est un des fruits
+les plus doux d'une bonne conduite, qui leur assure un titre
+plus sûr à la reconnaissance de l'humanité, que les victoires
+qu'ils ont remportées.</p>
+
+<p>Je vous fais passer deux proclamations du gouvernement
+provisoire de Venise.</p>
+
+<p>Je vous ferai tenir deux lettres du secrétaire de légation
+à Venise, qui vous donneront quelques détails sur les
+derniers événemens qui ont précédé l'entrée des Français.</p>
+
+<p>Les ministres d'Angleterre, de Russie et M. d'Entraigues
+s'étaient sauvés de la ville.</p>
+
+<p>J'attends avec impatience un contre-amiral, des matelots
+et quelques capitaines de vaisseaux, pour pouvoir promptement
+équiper une escadre à Venise.</p>
+
+<p>J'attends, sous deux ou trois jours, M. de Gallo, pour
+l'échange des ratifications.</p>
+
+<p>Je vous prie de ne pas perdre un instant à me donner et à
+m'envoyer des instructions sur la conduite à tenir envers
+Rome; le Pape a une mauvaise santé, il peut mourir d'un
+instant à l'autre: il y a d'ailleurs beaucoup de fermentation à Rome.</p>
+
+<p>Je vous ai déjà rendu compte que l'aristocratie est agonisante
+à Gênes.</p>
+
+<p>Toutes les marchandises appartenant aux Anglais, aux
+Russes et aux Portugais, à Venise, sont confisquées.</p>
+
+<p>Je vous enverrai, par le prochain courrier, un recueil de
+toutes les pièces que j'ai fait imprimer, relatives aux affaires
+de Venise.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Montebello, le 2 prairial an 5
+(21 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Haller vous aura remis une lettre, dans laquelle
+je vous parlais de la nécessité de ne pas mécontenter
+le commerce de Venise, et de ne faire aucune démarche ostensible
+qui pût servir de prétexte aux puissances étrangères
+de réclamer contre vous. Il faut maintenir la police dans la
+ville, veiller à la sûreté de vos troupes et des positions que
+vous occupez, et ne vous mêler en aucune manière du gouvernement
+de la ville. La position actuelle de Venise est extrêmement
+critique. Je préfère que le gouvernement provisoire
+ou le citoyen Lallemant fassent les démarches ostensibles.
+Il est extrêmement nécessaire que vous paraissiez le
+moins possible. Procurez à la ville toutes les facilités qui seront
+en votre pouvoir, soit pour les subsistances, soit pour
+ce qui pourrait dépendre de vous; ne laissez cependant rien
+sortir, et ne souffrez pas qu'on touche à ce qui est dans l'arsenal
+ou dans les magasins d'armes.</p>
+
+<p>Exigez que l'on rappelle le plus promptement possible l'escadre
+qui est à Corfou, et faites qu'on envoie les troupes italiennes
+qui sont à Venise, pour remplacer les Esclavons dans
+Corfou et les îles de l'Adriatique.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu">NOTE DES PLÉNIPOTENTIAIRES.</p>
+
+<p><i>Articles convenus dans la séance du 24 mai 1797 (5 prairial
+an 5 de la république française), entre les plénipotentiaires
+de S. M. l'empereur et roi, et ceux de la république
+française.</i></p>
+
+<p>ART. 1er. Les négociations pour la paix définitive entre
+S. M. l'empereur et roi et la république française seront ouvertes
+demain 15 mai 1797 (6 prairial an 5 de la république
+française), à Montebello, entre S. Exc. monsieur le marquis
+de Gallo, plénipotentiaire de S. M. l'empereur et roi; les citoyens
+Bonaparte, général en chef de l'armée française en
+Italie, et Clarke, général de division des armées de la république
+française, plénipotentiaires de ladite république.</p>
+
+<p>2. Le traité de cette paix définitive devra être conclu et notifié
+par S. M. l'empereur et roi et par le directoire exécutif
+de la république française, avant l'ouverture des négociations
+pour la paix de l'empire. Il sera tenu secret, et ne sera
+soumis à la ratification du corps législatif de France qu'au
+moment dont les deux puissances contractantes conviendront.</p>
+
+<p>3. Les négociations pour la paix définitive entre l'empire
+germanique et la république française auront lieu a Rastadt;
+elles commenceront le 1er juillet 1797 (3 messidor an 5 de la
+république).</p>
+
+<p>3. Aucune puissance étrangère ne sera admise à ces négociations;
+mais S. M, l'empereur et roi offrira par un des articles
+du traité définitif entre elle et la république française,
+sa médiation pour la paix à conclure entre ladite république
+et les alliés de S. M. impériale et royale. Cette médiation sera
+acceptée dans le même article, pour la république française.</p>
+
+<p>4. Si dans quinze jours le plénipotentiaire de S. M. impériale
+préfère, au lieu de la condition stipulée dans les articles
+précédens, que les puissances alliées soient appelées au congrès
+de Rastadt, S. M. l'empereur et roi et le directoire de
+la république française se chargeront, chacun de son côté,
+d'y inviter leurs alliés respectifs; et il sera donné des passeports
+de part et d'autre pour les plénipotentiaires des alliés
+invités.</p>
+
+<p>Fait à Montebello, le 24 mai 1797 (5 prairial an 5 de la
+république française une et indivisible).</p>
+
+<p class="droite"><i>Signé</i> DE GALLO, BONAPARTE, etc.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 6 prairial an 5
+(25 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, prendre les mesures
+et donner les ordres pour la réunion d'une colonne mobile,
+qui sera sous le commandement du général de brigade Lasnes,
+et qui sera composée de la treizième demi-brigade de
+ligne, de six pièces d'artillerie, savoir: deux pièces de 3,
+deux pièces de 12, deux obusiers et cinq caissons d'infanterie;
+un caisson d'outils tranchans, douze cents haches, avec
+une compagnie de pionniers.</p>
+
+<p>Vous donnerez les ordres sur-le-champ, par un courrier
+extraordinaire, pour faire partir demain de Mantoue la
+quarante-neuvième demi-brigade.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre à la onzième et à la neuvième demi-brigade
+d'infanterie légère de se rendre sur-le-champ à
+Mantoue pour y tenir garnison.</p>
+
+<p>Le général de brigade Lasnes passera demain la revue, à
+huit heures du matin, de la treizième demi-brigade, de la
+partie de la vingt-deuxième qui est à Milan, de l'artillerie et
+des caissons. L'escadron du vingt-deuxième régiment de
+chasseurs qui est à Mantoue, et le neuvième, qui est aussi
+dans cette ville, auront ordre de se rendre à Pizzighitone, où
+ils recevront de nouveaux ordres. Demain, après la revue,
+le général Lasnes viendra me rendre compte de la situation
+dans laquelle se trouve sa troupe.</p>
+
+<p>Le huitième de dragons recevra l'ordre de se rendre à Milan,
+et laissera, en passant, vingt-cinq hommes de ceux qui
+sont le plus en état à Mantoue.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 6 prairial an 5
+(25 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je profite, citoyens directeurs, du retour d'un courrier,
+pour vous faire part de l'ouverture des négociations pour la
+paix définitive.</p>
+
+<p>Je vous envoie copie des articles que nous avons arrêtés
+hier; je vous enverrai, par un courrier extraordinaire que
+j'expédierai demain matin, l'échange des ratifications.</p>
+
+<p>Je vous envoie aussi copie d'une lettre que je reçois du citoyen
+Faypoult. Il parait que le parti qui se disait patriote
+s'est extrêmement mal conduit, et qu'il a, par ses sottises
+et par son imprudence, donné gain de cause aux aristocrates.</p>
+
+<p>Si les patriotes avaient voulu être quinze jours tranquilles,
+l'aristocratie était perdue, et mourait d'elle-même.</p>
+
+<p>J'attends des renseignemens ultérieurs pour connaître le
+parti à prendre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5
+(26 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, le traité préliminaire
+et la ratification de l'empereur. Le plénipotentiaire
+de l'empereur aurait désiré que ce traité eût été transcrit sur
+du parchemin, et que les sceaux eussent été plus volumineux.
+Je crois effectivement que la première observation est
+juste, et peut-être trouverez-vous utile de l'appliquer désormais
+à des transactions dont le souvenir doit se conserver
+long-temps.</p>
+
+<p>Je vous envoie l'espèce de protestation qu'il a faite à ce
+sujet: je l'ai reçue purement et simplement sans même lui en
+accuser la réception.</p>
+
+<p>Il paraît qu'en traitant avec le Roi de France, l'empereur
+ne donnait point l'initiative: cela est pour ce prince d'une
+importance singulière; ses plénipotentiaires allèguent que le
+roi de Prusse agirait comme agira la France, et que l'empereur
+serait dégradé de son rang et déshonoré.</p>
+
+<p>Comme l'empereur met à cela autant d'importance qu'au
+traité du Rhin, je vous prie de me marquer l'importance que
+vous y mettrez vous-mêmes.</p>
+
+<p>Peut-être serait-ce une sottise de notre part d'insister sur
+une pure formalité qui nous maintiendrait en Europe au rang
+où nous étions, contre des avantages réels.</p>
+
+<p>J'aimerais beaucoup mieux que l'on continuât à agir dans
+toutes les transactions comme a agi le roi de France, et ensuite,
+d'ici à deux ou trois ans, lorsque la circonstance se
+présentera de passer une transaction nécessaire à l'empereur,
+déclarer, au nom du corps législatif, que les peuples sont indépendans
+et égaux en droits; que la France reconnaît pour
+ses égaux tous les souverains qu'elle a conquis, et qu'elle n'en
+reconnaît point de supérieur. Cette manière de faire tomber
+une étiquette qui s'écroule d'elle-même par sa vétusté, me
+paraît plus digne de nous et surtout plus conforme à nos intérêts
+dans le moment actuel: car, s'il est prouvé que l'empereur
+veut plutôt persister dans cette étiquette, que de nous
+empêcher d'avoir deux ou trois villages, ce serait un mauvais
+calcul que de s'y refuser.</p>
+
+<p>Je vous ai expédié hier, par un courrier d'occasion, la
+tournure que nous prétendions donner à la négociation: vous
+avez dû recevoir l'original, je vous en envoie une copie.</p>
+
+<p>M. de Gallo est à la fois le favori de l'impératrice, de l'empereur
+et de Thugut, dont il est le vieil ami: il paraît jouir
+d'un grand crédit à Vienne.</p>
+
+<p>Nous avons eu aujourd'hui la première conférence sur le
+traité définitif. Nous nous sommes résumés et nous sommes
+convenus d'écrire réciproquement pour présenter les projets
+suivans:</p>
+
+<p>1°. La ligne du Rhin à la France; 2°. Salzbourg, Passau,
+à l'empereur; 3°. au roi de Prusse, l'équivalent du duché de
+Clèves en Allemagne, et, en cas qu'il ne voulût pas de cet
+arrangement, la restitution du duché de Clèves; 4°. le maintien
+du corps germanique, aux changemens ci-dessus près;
+5°. la garantie réciproque desdits articles.</p>
+
+<p><i>Pour l'Italie</i>: 1°. Venise à l'empereur; 2°. Mantoue,
+Brescia, jusqu'à l'Adige, à la nouvelle république.</p>
+
+<p>L'empereur paraît désirer des indemnités pour le duc de
+Modène: cela n'est pas facile à arranger, à moins qu'on ne
+lui donne et qu'il ne se contente de l'île de Zante.</p>
+
+<p>Aucun de ces articles n'est convenu, et c'est seulement ce
+qui m'a paru le plus raisonnable de part et d'autre: c'est
+d'ailleurs dans ce sens que M. de Gallo a écrit à Vienne.</p>
+
+<p>Dans quinze jours, la négociation prendra véritablement
+une tournure sérieuse; car jusqu'à cette heure le cabinet de
+Vienne a été conduit par un seul homme, qui paraît être fort
+peu habile, pas du tout prévoyant, et divaguant sur tout; il est
+même sans système, flottant au milieu des intrigues de toute
+l'Europe, et n'ayant, en dernière analyse, qu'une idée,
+que je crois de bonne foi, c'est de ne plus renouveler la
+guerre.</p>
+
+<p>Il m'a paru aussi que c'était moins à nous accorder les
+limites du Rhin que l'on avait répugnance, qu'à faire aucun
+changement qui accrût la puissance du roi de Prusse, ou qui
+culbuterait entièrement le corps germanique.</p>
+
+<p>Nous avons besoin: 1°. des articles secrets faits avec le roi
+de Prusse; 2°. de connaître si vous adoptez le système posé
+pour la limite du Rhin, c'est-à-dire le faire garantir par
+l'empereur; garantir le corps germanique, en lui accordant
+Salzbourg et Passau; offrir au roi de Prusse une compensation à
+ce qu'il a sur la rive gauche du Rhin, et même, s'il veut
+s'en servir de prétexte pour se fâcher, le lui restituer.
+Culbuter le corps d'Allemagne, c'est perdre l'avantage de la
+Belgique, de la limite du Rhin: car c'est mettre dix ou douze
+millions d'habitans dans la main de deux puissances dont
+nous nous soucions également.</p>
+
+<p>Si le corps germanique n'existait pas, il faudrait le créer
+tout exprès pour nos convenances.</p>
+
+<p>Approuvez-vous notre système pour l'Italie?</p>
+
+<p>Venise, qui va en décadence depuis la découverte du cap
+de Bonne-Espérance et la naissance de Trieste et d'Ancône,
+peut difficilement survivre aux coups que nous venons de lui
+porter. Population inepte, lâche et nullement faite pour la
+liberté; sans terre, sans eau, il paraît naturel qu'elle soit
+laissée à ceux à qui nous donnons le continent.</p>
+
+<p>Nous prendrons les vaisseaux, nous dépouillerons l'arsenal,
+nous enlèverons tous les canons, nous détruirons la
+banque, et nous garderons Corfou et Ancône. Le premier
+sera stipulé dans le traité; le second, que nous avons, devient
+tous les jours plus redoutable, et nous le conserverons
+jusqu'à ce que les nouvelles affaires de Rome nous le donnent
+sans retour.</p>
+
+<p>On dira que l'empereur va devenir puissance maritime;
+mais il lui faudra bien des années, il dépensera beaucoup
+d'argent, ne sera jamais que du troisième ordre, et il aura
+effectivement diminué sa puissance.</p>
+
+<p>Si l'on persiste, à Vienne, à s'en tenir aux préliminaires,
+alors nous réunirons tout en une seule république; en cas de
+guerre, nous filerons derrière le Pô par les états de Modène
+et de Ferrare; nous nous porterons à Venise, et nous attaquerons
+le Frioul et la Carinthie sans nous embarrasser ni
+de Mantoue, ni de l'Adige, ni de la Brenta.</p>
+
+<p>Il me faudrait tous les décrets de la convention relatifs aux
+pays réunis. Je désirerais encore que vous m'envoyassiez en
+poste quelqu'un qui connût jusqu'aux villages et aux
+moindres circonstances des nouvelles frontières que nous
+accepterions, si l'on en adoptait d'autres que celle du Rhin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 7 prairial an 5
+(26 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen ministre, toutes les lettres que vous
+m'avez écrites; comme j'écris aujourd'hui au directoire sur
+l'objet qui regarde les négociations, je me dispense de vous
+répéter les mêmes détails. Je crois qu'il est très-essentiel
+que vous m'envoyiez les descriptions que vous avez fait faire
+du pays entre Meuse et Rhin; je demande aussi que vous
+m'envoyiez les traités secrets conclus avec le roi de Prusse.</p>
+
+<p>Je crois qu'il faut que nous gardions l'île de Corfou, nous
+trouverons à avoir l'île d'Elbe, lors de l'héritage du pape,
+qui est moribond. Le Roi de Naples m'a même déjà fait faire
+des propositions d'arrangement: sa majesté ne voudrait avoir
+rien moins que la Marche d'Ancône; mais il faut bien se
+garder de donner un aussi bel accroissement à un prince
+aussi mal intentionné et si évidemment notre ennemi le plus
+acharné.</p>
+
+<p>Je vous remercie, citoyen ministre, de la promotion de
+mon frère au ministère, à Rome.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5
+(26 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général de division Gentili.</i></p>
+
+<p>L'état-major a dû vous donner, citoyen général, des
+ordres pour vous rendre à Venise.</p>
+
+<p>Le général Baraguay d'Hilliers mettra à votre disposition
+deux bataillons de la soixante-dix-neuvième demi-brigade,
+cinquante canonniers, quatre pièces de campagne, un
+officier du génie et cent cinquante mille cartouches.</p>
+
+<p>Vous trouverez à Venise cinq frégates commandées par le
+citoyen Bourdet; vous vous embarquerez avec votre troupe
+sur ces frégates et sur quelques autres bâtimens de transport,
+s'il est nécessaire; et vous partirez le plus promptement et
+le plus secrètement possible, pour vous rendre à Corfou et
+vous emparer de tous les établissemens vénitiens au Levant.</p>
+
+<p>Vous aurez soin de n'agir que comme auxiliaire de la
+république de Venise, et de concert avec les commissaires que
+le nouveau gouvernement aurait envoyés; enfin, de faire
+l'impossible pour nous captiver les peuples, ayant besoin de
+vous maintenir le maître, afin que, quel que soit le parti
+que vous preniez pour ces îles, nous soyons dans le cas de
+l'exécuter.</p>
+
+<p>Mon intention est également que l'on fasse partir de
+Venise avec vous deux ou trois frégates vénitiennes ou corvettes,
+avec six cents soldats italiens vénitiens: par ce moyen, votre
+petite escadre sera renforcée, et vous vous trouverez
+commander plus de deux mille hommes.</p>
+
+<p>À Corfou ou en mer, vous vous emparerez, si cela est
+possible, de tous les vaisseaux de guerre vénitiens qui
+seraient encore incertains du parti qu'ils veulent prendre.</p>
+
+<p>Vous écrirez, dès l'instant que vous serez arrivé à Corfou,
+à notre ambassadeur à Constantinople, Aubert-Dubayet;
+vous lui ferez part de la situation des affaires en Italie avec
+Venise, et si vous vous trouviez avoir besoin de secours,
+n'importe de quelle espèce, vous vous adresseriez à lui. Si
+les habitans du pays étaient portés à l'indépendance, vous
+flatteriez leur goût, et vous ne manqueriez pas, dans les
+différentes proclamations que vous ferez, de parler de la Grèce,
+d'Athènes et de Sparte.</p>
+
+<p>Vous m'instruirez de tout ce que vous ferez et de la situation
+des choses. Je tiens, à Ancône, mille hommes prêts à
+partir dès l'instant que vous le croirez nécessaire et que les
+circonstances exigeront que vous soyez secondé. Vous
+correspondrez avec moi par Ancône, en adressant vos lettres au
+général commandant à Ancône, et par Venise.</p>
+
+<p>Dès l'instant que l'escadre ne vous sera pas d'une
+indispensable nécessité, vous la renverrez à Venise.</p>
+
+<p>Le citoyen Darbois, officier distingué, vous accompagnera
+dans cette mission; vous vous ferez accompagner
+également par cinq ou six officiers du département de Corse,
+qui sont accoutumés au manège des insulaires et à la langue
+du pays, et que vous pourrez même, dans l'occasion,
+mettre à la tête des colonnes mobiles du pays, que vous jugerez
+à propos d'organiser, ou des troupes vénitiennes, que je
+suppose commandées par des officiers pusillanimes et peu
+accoutumés à la guerre.</p>
+
+<p>Le citoyen Arnault, homme de lettres distingué, suivra
+l'expédition, avec les rations et le traitement de chef de
+brigade; il observera ces îles, tiendra avec moi une
+correspondance suivie de tout ce qu'il verra, vous aidera dans la
+confection des manifestes, et vous pourrez même, s'il est
+nécessaire, le mettre à la tête de l'administration du pays.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5.
+(26 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la municipalité de Venise.</i></p>
+
+<p>Conformément à vos désirs, citoyen, j'ai ordonné aux
+municipalités de Padoue et de Trévise de laisser passer les
+vivres nécessaires à l'approvisionnement de la ville de Venise.</p>
+
+<p>J'ai également ordonné l'expédition de différentes troupes,
+de Venise et d'Ancône, pour vos îles du Levant, afin de
+seconder les commissaires que vous y avez envoyés, et empêcher
+que les ennemis de leur patrie et de la liberté ne profitent
+des circonstances pour s'emparer des îles et les soumettre
+à l'esclavage de quelque puissance étrangère.</p>
+
+<p>Je vous engage également à réunir tous vos efforts et à
+envoyer dans lesdites îles, indépendamment des troupes que
+vous y avez déjà, sept ou huit cents hommes avec quelques
+bâtimens armés.</p>
+
+<p>Si vous avez besoin d'officiers français pour l'organisation
+de vos troupes, j'autorise le général Baraguay d'Hilliers
+à vous accorder tous ceux qui voudront prendre du service
+dans vos troupes.</p>
+
+<p>Le traité qui a été conclu à Milan avec les députés du
+grand-conseil, peut être, en attendant, ratifié par la
+municipalité, et les articles secrets par un comité de trois membres.
+Dans toutes les circonstances, je ferai tout ce qui sera en mon
+pouvoir pour vous donner des preuves du désir que j'ai de
+voir se consolider votre liberté, et de voir la misérable Italie
+se placer enfin avec gloire, libre et indépendante des étrangers,
+sur la scène du monde, et reprendre parmi les grandes
+nations le rang auquel l'appellent la nature, sa position et
+le destin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5
+(26 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>Mon intention, citoyen général, est, conformément à ce
+que vous aura mandé l'état-major, que les deux bataillons
+de la soixante-dix-neuvième, cinquante canonniers, quatre
+pièces d'artillerie de campagne que vous prendrez dans
+l'arsenal de Venise, et un officier du génie, se rendent à Corfou
+le plus tôt possible, sous les ordres du général Gentili. Vous
+vous concerterez avec le citoyen Lallemant pour faire sentir
+à la municipalité, que ce n'est qu'en conséquence de sa demande
+que je me suis déterminé à leur offrir les secours qui
+leur seraient nécessaires pour que les îles du Levant ne se
+détachent pas de la mère-patrie.</p>
+
+<p>Vous ferez sentir au gouvernement qu'il est indispensable
+qu'il fasse partir sur-le-champ les bâtimens armés qui
+peuvent être disponibles, avec des commissaires énergiques, et
+au moins sept ou huit cents hommes de leurs troupes
+vénitiennes italiennes.</p>
+
+<p>Le général Gentili commandera le tout et agira de concert
+avec leurs commissaires.</p>
+
+<p>Le citoyen Bourdet, qui doit être actuellement à Venise
+avec toute son escadre, commandera également la marine
+des deux républiques réunies; il amènera avec lui toutes les
+frégates qu'il a sous ses ordres, s'il le juge nécessaire; je
+serais cependant fort aise qu'il laissât une des nôtres à Venise.</p>
+
+<p>J'espère que, moyennant la promptitude que vous mettrez
+dans cette affaire, toute l'expédition sera partie trois
+jours au plus tard après la réception du présent ordre.</p>
+
+<p>Si, par un cas imprévu, la flottille n'était pas encore
+arrivée à Venise, vous enverriez un courrier extraordinaire à
+Trieste et à Ancône, pour qu'elle s'y rendît sur-le-champ,
+et en attendant vous prépareriez toujours le tout.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5.
+(26 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le pape, citoyens directeurs, continue à se mal porter.
+Je vous prie de m'envoyer, pour faire passer dans l'occasion
+au ministre de France à Rome, de nouveaux pouvoirs auprès
+du conclave, et de tracer la conduite à tenir dans une
+circonstance aussi délicate. Nous avons le droit d'exclure un
+cardinal: cette exclusion doit tomber sur le cardinal Albani,
+s'il était sur les rangs.</p>
+
+<p>Le marquis de Gallo désirerait fort la Marche d'Ancône
+pour Naples. Comme vous voyez, cela n'est pas maladroit,
+mais c'est la chose du monde à laquelle nous devons le moins
+consentir.</p>
+
+<p>Dans la position actuelle des choses, je crois qu'il serait
+bien essentiel que le roi d'Espagne voulût bien envoyer quatre
+ou cinq mille Espagnols à Parme, de sorte qu'aux moindres
+circonstances à Rome, je mêlerais ces Espagnols avec
+nos troupes; ce qui ne laisserait pas d'en imposer singulièrement
+au roi de Naples, et nous mettrait à même de placer le
+duc de Parme du côté de Rome, et de joindre Parme aux
+nouvelles républiques. Cinq mille hommes d'infanterie et
+douze cents hommes de cavalerie feraient un très-bon effet
+pour cet objet. Dans la position actuelle du duc de Parme,
+ses troupes serviraient même à maintenir la tranquillité dans
+ses états.</p>
+
+<p>L'Espagne ayant, par sa marine, une prépondérance
+décidée sur Naples, il est indispensable de les entremêler un
+peu dans les affaires d'Italie. L'empereur et le roi de Naples
+visent évidemment à l'héritage du pape. Je crois donc qu'il
+serait préférable qu'on fût obligé de donner à l'Espagne
+contre le Portugal cinq mille hommes de plus, et d'avoir cinq
+mille Espagnols à Parme.</p>
+
+<p>J'envoie le général Gentili avec quinze cents hommes,
+cinq ou six cents Vénitiens, et une partie de nos flottilles,
+pour s'emparer de Corfou, de Zante et de Céphalonie.
+Pour Corfou, je crois que nous devons irrévocablement le
+garder.</p>
+
+<p>Le général Vaubois, avec quinze cents hommes, est
+arrivé en Corse, où tout paraît être parfaitement tranquille
+aujourd'hui.</p>
+
+<p>L'île de Malte est pour nous d'un intérêt majeur. Le
+grand-maître est mourant, il paraît que ce sera un Allemand
+qui sera son successeur. Il faudrait 5 ou 600,000 fr. pour
+faire faire grand-maître un Espagnol.</p>
+
+<p>(Note: <i>N.B.</i> Cette lettre n'est point terminée dans le manuscrit.)</p>
+<br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 8 prairial an 5
+(27 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, envoyé de la république à Gênes.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen ministre, la lettre que j'écris au
+sénat. Je ne puis pas vous dissimuler que vous avez eu tort
+d'empêcher notre escadre d'entrer dans Gênes, et votre conduite
+a une faiblesse qui ne sied pas à l'intérêt de la république,
+ni à sa dignité. Les puissances d'Italie se joueront-elles
+donc toujours de notre sang? Je vous requiers si, vingt-quatre
+heures après que mon aide-de-camp aura lu la présente
+lettre au doge, les conditions n'en sont point remplies
+dans tous les détails, de sortir sur-le-champ de Gênes et de
+vous rendre à Tortone. Je crois qu'il est nécessaire de
+prévenir les Français établis à Gênes, qui auraient des craintes,
+de chercher à se mettre en sûreté. Puisque l'aristocratie veut
+nous faire la guerre, il vaut mieux qu'elle la déclare
+actuellement que dans toute autre circonstance; elle ne vivra pas
+dix jours.</p>
+
+<p>Si le sénat a à coeur de maintenir l'amitié entre les deux
+républiques après qu'il aura rempli les préliminaires ci-dessus,
+vous vous rendrez à Milan avec les députés du sénat,
+pour aviser à prendre les moyens nécessaires pour établir pour
+toujours la tranquillité dans Gênes, et pourvoir aux réparations
+dues à la république pour les crimes commis envers les
+citoyens français.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 8 prairial an 5
+(27 mai 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au doge de la république de Gênes.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu la lettre que votre sérénité s'est donné la peine de
+m'écrire. J'ai tardé à y répondre jusqu'à ce que j'aie reçu des
+renseignemens sur ce qui s'était passé à Gênes, dont votre
+sérénité m'a donné les premières nouvelles.</p>
+
+<p>Je suis sensiblement affecté des malheurs qui ont menacé
+et menacent encore la république de Gênes. Indifférente à
+vos discussions intérieures, la république française ne peut
+pas l'être aux assassinats, aux voies de fait de toutes espèces
+qui viennent de se commettre dans vos murs contre les
+Français.</p>
+
+<p>La république de Gênes intéresse sous tant de rapports la
+république française et l'armée d'Italie, que je me trouve
+obligé de prendre des mesures promptes et efficaces pour y
+maintenir la tranquillité, y protéger les propriétés, y conserver
+les communications et assurer les nombreux magasins
+qu'elle contient.</p>
+
+<p>Une populace effrénée et suscitée par les mêmes hommes
+qui ont fait brûler <i>la Modeste</i>, aveuglée par un délire qui
+serait inconcevable, si l'on ne savait que l'orgueil et les
+préjugés ne raisonnent pas, après s'être assouvie du sang français,
+continue encore à maltraiter les citoyens français qui portent
+la cocarde nationale.</p>
+
+<p>Si, vingt-quatre heures après la réception de la présente
+lettre que je vous envoie par un de mes aides-de-camp, vous
+n'avez pas mis à la disposition de la France tous les Français
+qui sont dans vos prisons; si vous n'avez pas fait arrêter les
+hommes qui excitent le peuple de Gênes contre les Français;
+si enfin vous ne désarmez pas cette populace, qui sera la première
+à se tourner contre vous lorsqu'elle connaîtra les
+conséquences terribles qui en résulteront pour elle, l'égarement
+où vous l'avez entraînée, le ministre de la république
+française sortira de Gênes, et l'aristocratie aura existé.</p>
+
+<p>Les têtes des sénateurs me répondront de la sûreté de tous
+les Français qui sont à Gênes, comme les états entiers de la
+république me répondront de leurs propriétés.</p>
+
+<p>Je vous prie, du reste, de croire aux sentimens d'estime et
+de considération distinguée que j'ai pour la personne de votre
+sérénité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 13 prairial an 5
+(1er juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, copie de la note
+que nous vous avons présentée relativement à M. de la
+Fayette. Vous y trouverez également copie d'une note que
+m'a présentée M. de Gallo pour le duc de Modène.</p>
+
+<p>M. le marquis de Gallo m'a montré ses pleins pouvoirs de
+S.M. le roi des Deux-Siciles, et m'a fait la proposition
+officielle de l'échange de l'île d'Elbe contre la province de
+terre-ferme et la Marche d'Ancône, y compris la ville et le port. Je
+lui ai répondu que nous ne pouvions pas disposer de ce qui
+n'était pas à nous; il répliqua que le roi des Deux-Siciles
+s'arrangerait avec le pape pour en obtenir le consentement.</p>
+
+<p>La cour de Naples arme toujours, quoiqu'elle soit aux
+expédiens pour vivre.</p>
+
+<p>Il n'y a pas de cour plus furibonde et plus profondément
+décidée contre la république; il faut donc bien nous garder
+de jamais consentir à ce qu'elle obtienne aucune espèce d'accroissement.</p>
+
+<p>Ceux qui possèdent la Sicile et le port de Naples, s'ils
+devenaient une grande puissance, seraient les ennemis nés et
+redoutables de notre commerce.</p>
+
+<p>Si le pape meurt, ou s'il y a quelque révolution à Rome,
+je ne doute pas que le roi de Naples ne fasse marcher dix
+mille hommes à Rome.</p>
+
+<p>Les deux républiques italiennes réunies n'ont aucune
+puissance militaire, puisqu'elles n'ont, à elles deux, qu'à peu
+près deux cents hommes de très-mauvais chasseurs, cinq
+mille Polonais, et quatre mille Italiens. Je pense donc qu'il
+serait fort bien, comme je vous l'ai déjà demandé, de chercher
+à avoir encore de quatre à cinq mille Espagnols à Parme,
+afin de tenir en respect la cour de Naples.</p>
+
+<p>Les Polonais inquiètent beaucoup l'empereur: effectivement,
+il vient du fond de la Pologne beaucoup d'officiers,
+et les soldats voient leur uniforme polonais avec un plaisir
+qui redouble leurs moyens.</p>
+
+<p>M. de Gallo m'a communiqué que S.M. l'empereur, en
+même temps qu'elle donnerait une preuve de son désir de
+procurer et de contribuer à la tranquillité intérieure de la
+république, en licenciant le corps d'émigrés français, s'attendait
+à la réciprocité, de notre part, à l'égard des Polonais,
+sinon à un entier licenciement, du moins à des modifications
+pour son exécution.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 13 prairial an 5
+(1er juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p>
+
+<p>Il existe, citoyen ministre, dans les chantiers de Venise
+cinq vaisseaux de 74, trois de 70 et un de 64.</p>
+
+<p>Selon le rapport qu'on m'a fait, il faudrait deux ou trois
+mois de travaux pour terminer ces bâtimens.</p>
+
+<p>Il y a, outre cela, trois vaisseaux de 74 armés et équipés,
+qui étaient en mer lors de la révolution, et que j'ai eu
+beaucoup de peine à faire rentrer. J'ai ordonné qu'on mît à bord
+des troupes françaises, et qu'on y répartît le peu d'officiers de
+marine que nous avions sur les lacs et dans les différentes
+petites embarcations; je leur ai fait donner les noms suivans:
+<i>le Stengel</i>, <i>le Laharpe</i>, <i>le Beraud</i> et <i>le Robert</i>. J'ai fait
+nommer les deux frégates: <i>la Muiron</i>, <i>la Carrère</i>.</p>
+
+<p>J'ai fait ramasser tous les bois, chanvres et cordages: cela
+sera embarqué pour être, sous l'escorte des frégates et de différens
+vaisseaux de guerre, conduit à Toulon.</p>
+
+<p>Je suis très-fâché de ne pas avoir ici le contre-amiral que
+je vous ai demandé, il y a plus de quinze jours. Si vous
+voulez que cette escadre puisse arriver à Toulon, et si vous
+voulez tirer profit des événemens de Venise, dépêchez-vous de
+nous envoyer en poste au moins une soixantaine d'hommes;
+savoir, un contre-amiral pour Venise, un commandant d'armes
+pour Venise, un contre-amiral pour commander l'escadre,
+cinq ou six capitaines de vaisseau, dix-huit ou vingt
+officiers, soixante ou quatre-vingts contre-maîtres, chefs
+d'artillerie des vaisseaux, et autres officiers qui puissent
+surveiller, diriger les équipages italiens, et nous assurer qu'au
+moins, au lieu d'aller à Toulon, l'équipage ne conduise pas
+l'escadre à Londres.</p>
+
+<p>Cela, joint aux matelots, aux troupes que j'y mettrai, pourra
+nous assurer de cette escadre. Si vous pouvez m'envoyer un
+millier de matelots, faites-le.</p>
+
+<p>J'ai peur que les Anglais ne viennent nous bloquer, c'est
+pourquoi je désirerais que cinq ou six vaisseaux de ligne de
+Toulon vinssent à Venise: en répartissant alors également
+les équipages étrangers sur tous les vaisseaux, cette escadre
+pourrait monter à dix ou douze vaisseaux, et partir de
+Venise pour la destination que vous lui donneriez, sans être
+obligée d'aller à Toulon.</p>
+
+<p>Je ferai donner ici à votre escadre des vivres, des objets
+de rechange et de l'argent pour autant de mois que vous
+voudrez.</p>
+
+<p>Je le répète, je vous recommande surtout de m'envoyer
+en poste (je ferai payer ici les frais) la centaine d'hommes
+que je vous ai demandée, et qui, s'ils n'arrivent dans huit ou
+dix jours, me feront tout perdre. Envoyez aussi le chef des
+constructeurs de Toulon, et des constructeurs entendus, afin
+qu'ils voient ce qu'ils veulent faire des vaisseaux qui sont sur
+les chantiers.</p>
+
+<p>Je n'ai pas avec moi un seul officier de marine qui soit entendu;
+tous les hommes qui sont sur les frégates ou sur les
+chaloupes canonnières sont incapables de faire un rapport.</p>
+
+<p>J'ai nommé à la place d'ordonnateur de la marine de Venise
+le citoyen Ricard, ancien ordonnateur de Toulon, et je lui
+ai ordonné de correspondre avec vous.</p>
+
+<p>L'ordonnateur de la marine à Toulon doit, à l'heure qu'il
+est, avoir touché le million que je vous ai annoncé: je vous
+en ai envoyé un autre à Paris en or et en argent, qui doit
+être arrivé. Envoyez-nous promptement des hommes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 15 prairial an 5
+(3 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs,</p>
+
+<p>Je vous envoie, par le général de division Serrurier, vingt-deux
+drapeaux pris dans les dernières affaires qui ont eu lieu
+en Allemagne, ou sur les Vénitiens.</p>
+
+<p>Le général Serrurier a, dans les deux dernières campagnes,
+déployé autant de talens que de bravoure et de civisme.
+C'est sa division qui a remporté la bataille de Mondovi; qui
+a si puissamment contribué à celle de Castiglione, a pris
+Mantoue, et s'est distinguée au passage du Tagliamento,
+de l'Isonzo, et spécialement à la prise de Gradisca.</p>
+
+<p>Le général Serrurier est extrêmement sévère pour lui-même,
+il l'est quelquefois pour les autres. Ami rigide de la
+discipline, de l'ordre et des vertus les plus nécessaires au
+maintien de la société, il dédaigne l'intrigue et les intrigans;
+ce qui lui a quelquefois fait des ennemis parmi ces hommes
+qui sont toujours prêts à accuser d'incivisme ceux qui veulent
+que l'on soit soumis aux lois et aux ordres de ses supérieurs.</p>
+
+<p>Je crois qu'il serait très-propre à commander les troupes
+de la république cisalpine; je vous prie donc de le renvoyer
+le plus tôt possible à son poste.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 prairial an 5
+(4 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous ordonnerez, citoyen général, que M. d'Entraigues
+soit logé dans le château d'une manière à ce qu'il puisse avoir
+avec lui sa femme et qu'il ait les commodités que paraît nécessiter
+sa santé. Si le château n'offre point ces commodités,
+il pourra choisir un logement en ville, où il sera mis sous
+bonne garde.</p>
+
+<p>Vous lui enverrez tous ses papiers, hormis les trois ou
+quatre pièces qui seront relatives aux objets politiques.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez au médecin Moucati de lui donner ses
+soins.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 17 prairial an 5
+(5 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>D'après les explications que vous m'avez données, citoyen
+général, j'approuve le départ de deux vaisseaux de 64 pour
+l'expédition de Corfou; mais j'exige absolument à bord de
+l'un, pour commander, le citoyen Lallemant, et à bord de
+l'autre le citoyen Bourdet, qui fera les fonctions de contre-amiral.</p>
+
+<p>Faites que sur ces deux vaisseaux la moitié des matelots
+soient français, et que la garnison soit française. Je ne vois
+aucune espèce de nécessité à faire marcher avec ces deux
+vaisseaux, comme vous vous le proposez, quatre ou cinq bâtimens
+armés par des Français; je préférerais de bien s'assurer
+des deux vaisseaux de guerre, et de laisser monter les
+autres par des Vénitiens, en leur laissant arborer dessus leur
+pavillon.</p>
+
+<p>Il doit y avoir un troisième bâtiment dans le port de Venise
+prêt à partir. Si vous pouviez y mettre la moitié de l'équipage,
+en Français, un bon commandant, et garnison française,
+il n'y aurait point d'inconvénient que ce bâtiment
+partît.</p>
+
+<p>Ces deux, ou même trois bâtimens, si cela est possible,
+avec deux frégates, un des deux bricks que commande Bourdet,
+et plusieurs bricks vénitiens montés par des Vénitiens,
+seraient suffisans; de sorte qu'il resterait à Venise la corvette
+<i>la Brune</i> et un des deux bricks. Ces trois vaisseaux de
+guerre s'appelleront, le premier <i>le Laharpe</i>, le deuxième, <i>le
+Stengel</i>, le troisième, <i>le Beraud</i>.</p>
+
+<p>Ils pourront dès aujourd'hui être considérés comme faisant
+partie de la marine française. Faites-moi connaître dans
+quelle année les vaisseaux ont été construits, s'ils sont bons.</p>
+
+<p>Comme je ne veux mettre aucun retard dans le départ
+du courrier, vous communiquerez cette lettre au citoyen
+Bourdet et au général Gentili.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 17 prairial an 5
+(3 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, donner les ordres au
+général Brune, qui commande le Padouan, de faire arrêter
+et traduire devant un conseil militaire, le citoyen Arnoult,
+commandant de la place de Padoue, comme accusé:</p>
+
+<p>1°. De s'être emparé des sels de la Chiuza, et d'en avoir
+vendu à différens particuliers.</p>
+
+<p>2°. D'avoir refusé de les remettre à la disposition des autorités
+du pays, conformément à mon ordre et à la réquisition
+qui lui en a été faite par des agens administratifs de
+l'armée.</p>
+
+<p>3°. D'avoir manqué à l'ordonnateur en chef.</p>
+
+<p>4°. D'avoir, sans ordre supérieur, ordonné la vente desdits
+sels, et par là déconcerté l'administration du pays, et
+fait le plus grand tort à la république.</p>
+
+<p>Je vous envoie les pièces relatives à ces faits.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 19 prairial an 5
+(5 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au sérénissime Doge de la république de Gênes.</i></p>
+
+<p>Les députés que le petit conseil de la république de Gênes
+a bien voulu envoyer près de moi, ont été satisfaits des sentimens
+de bienveillance que la république française conserve
+pour la république de Gênes.</p>
+
+<p>Bien loin de vouloir démembrer votre territoire, la république
+française aidera de toute son influence à l'accroissement
+et à la prospérité de la république de Gênes, désormais
+libre et gouvernée par ces principes sacrés, fondemens de la
+grandeur et du bonheur des peuples.</p>
+
+<p>Votre sérénité trouvera ci-dessous la note des personnes
+que, conformément à la convention que nous avons faite,
+j'ai cru convenable de choisir comme les plus propres à former
+le gouvernement provisoire.</p>
+
+<p>Je me servirai de tous les moyens et de toute la force que
+la république française a mis dans mes mains pour le faire
+respecter, et protéger la sûreté des personnes et des propriétés
+des différens citoyens de la république de Gênes.</p>
+
+<p>J'ai pensé qu'il était utile de choisir des personnes de différens
+rangs, des citoyens connus des différentes villes des
+états de la république, qui, désormais, ne formera qu'une
+même famille, afin d'étouffer les haines et de réunir tous les
+citoyens.</p>
+
+<p>Le vif intérêt que la république française prend au peuple
+de Gênes, est encore augmenté par la nécessité où je me
+trouve d'exiger que les derrières de l'armée et les principaux
+dépôts soient tranquilles et exempts de troubles.</p>
+
+<p>(<i>Ici se trouve la liste des membres qui doivent composer le
+gouvernement provisoire de la république de Gênes</i>).</p>
+
+<p>Je prie votre sérénité de vouloir bien faire réunir lesdits
+citoyens, les faire installer comme gouvernement provisoire,
+le 14 du présent mois de juin, leur faire prêter serment d'obéissance
+par tous les corps militaires, et rétablir promptement
+la tranquillité dans la ville de Gênes. La république
+française et l'armée d'Italie, qui prend tant d'intérêt à ladite
+tranquillité, aura une reconnaissance particulière pour votre
+sérénité.</p>
+
+<p>Je la prie de croire aux sentimens d'estime et de considération
+distinguée avec lesquels je suis, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 prairial an 5
+(6 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de l'intérieur.</i></p>
+
+<p>On m'assure que le célèbre manuscrit de Joseph de la Bibliothèque
+ambroisienne, qui a été envoyé de Milan à Paris,
+n'y est pas parvenu. Comme ce manuscrit est peut-être le seul
+sur papier papyrus, et qu'il est très-intéressant qu'il ne se
+perde pas, je vous prie de m'apprendre s'il est arrivé a la Bibliothèque
+nationale.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 19 prairial an 5
+(7 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien faire interroger le comte d'Entraigues,
+et lui faire demander de qui est un mémoire intitulé: <i>Des
+intérêts de la Prusse dans la guerre actuelle</i>?</p>
+
+<p>Où étaient tous les papiers sur la guerre de la Vendée?</p>
+
+<p>Comment un ministre de l'empereur de Russie se trouvait
+chargé de fomenter la guerre de la Vendée, et de faire des
+instructions pour les agens de Louis XVIII?</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 22 prairial an 5
+(10 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre, général, que le citoyen Liotaud,
+entrepreneur des transports militaires, casa Coalli à Milan,
+soit arrêté; que le général Vignolles lui-même mette les scellés
+sur ses papiers, et qu'après il l'interroge pour savoir
+pourquoi des soldats français, débauchés de leurs corps et enrégimentés
+pour faire les brigands, s'adressent à lui, lui écrivent,
+et comment il les connaît.</p>
+
+<p>Vous ferez également arrêter et mettre les scellés sur les
+papiers des personnes auxquelles les trois lettres que je vous
+envoie étaient adressées: après quoi, et dans la journée de
+demain, le général Vignolles me fera un rapport sur cette
+affaire; il appellera, pour interroger, le général Lahoz et le
+comité militaire de Milan, si cela est nécessaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 22 prairial an 5
+(10 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À son altesse royale le duc de Parme.</i></p>
+
+<p>Son altesse royale verra par l'ordre dont je lui envoie une
+copie, que j'ai pris en considération les objets sur lesquels
+elle m'a écrit.</p>
+
+<p>J'ai fait part à M. le comte de Politi de l'arrangement qu'il
+y aurait à faire pour déterminer ce que doivent devenir les
+biens des moines supprimés.</p>
+
+<p>Je prendrai en considération la recommandation que V.A.R.
+me fait au sujet de la ville de Casalmaggiore.</p>
+
+<p>Je la prie de croire aux sentimens d'estime et à la considération,
+etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 23 prairial an 5
+(11 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>M. le marquis de Gallo, immédiatement après avoir signé
+les quatre articles que je vous ai envoyés, les expédia par un
+courrier à Vienne: il en a reçu la réponse. Son gouvernement
+tient pour la réunion d'un congrès; il attend une réponse au
+second courrier, qui portait 1°. l'échange des ratifications;
+2°. les bases de l'arrangement général de la paix particulière,
+tant pour l'Italie que pour l'Allemagne: il attend sans doute
+ce second courrier, pour nous faire une note officielle sur
+ces deux objets.</p>
+
+<p>Nous persistons dans l'idée de conclure la paix sans congrès:
+il faudra bien qu'ils en passent par là.</p>
+
+<p>Nous attendons avec impatience les détails relatifs à l'expulsion
+de Pitt du ministère de Saint-James.</p>
+
+<p>Vous ne devez pas calculer que la paix puisse être signée
+avec l'empereur, si elle l'est, avant deux mois. Ces gens-ci
+sont longs, et il faut sept jours pour aller à Vienne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 25 prairial an 5
+(13 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de division commandant la marine française dans
+le golfe Adriatique.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez, citoyen général, dans le plus court
+délai, à Venise, avec tous les officiers sous vos ordres.</p>
+
+<p>L'ordonnateur Aubernon fera solder à vous et à chacun de
+vos officiers les frais de poste de Milan à Venise, conformément
+à ce qui est pratiqué pour les troupes de terre.</p>
+
+<p>La marine de l'Adriatique se divise: 1°. dans les forces navales
+qui sont parties pour l'expédition du Levant; 2°. dans
+les forces navales vénitiennes qui se trouvent à Corfou; 3°.
+dans ce qui se trouve au port d'Ancône; 4°. dans ce qui se
+trouve sur les chantiers ou dans la rade de Venise.</p>
+
+<p>Vous ferez partir un chef de division avec douze ou quinze
+officiers pour aller rejoindre les vaisseaux qui doivent être
+partis depuis plusieurs jours pour le Levant, et vous donnerez
+pour instructions à ce chef de division, dès l'instant qu'il
+aura rejoint notre escadre, qui va au Levant, de prendre le
+commandement du tout, et, dès l'instant qu'il aura rencontré
+les autres vaisseaux vénitiens qui sont à Corfou, de se concerter
+avec le général Gentili, pour s'assurer desdits vaisseaux,
+y mettre des officiers et une garnison française, et
+faire en sorte que ces vaisseaux ne puissent pas nous échapper.</p>
+
+<p>Vous enverrez également un commissaire de la marine à
+Corfou pour être attaché à l'arsenal de cette place.</p>
+
+<p>Vous resterez à Venise, afin d'y organiser la marine, et,
+dès l'instant que les matelots et autres officiers que j'attends
+seront arrivés, pouvoir, s'il est nécessaire, vous rendre avec
+tous les vaisseaux qui seront prêts à Venise, et tous les
+moyens nécessaires, à Corfou, prendre le commandement de
+toute l'escadre.</p>
+
+<p>Vous trouverez, dans l'instruction que je vous envoie,
+la conduite que vous avez à tenir à Venise.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 25 prairial an 5
+(13 juin 1797).</p>
+
+<p class="droite"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Arrivé à Venise, citoyen général, vous vous concerterez
+avec le général de division Baraguay d'Hilliers pour toutes
+les opérations que vous aurez à faire.</p>
+
+<p>Le citoyen Ricard fait les fonctions d'ordonnateur; il connaît
+déjà les ressources qu'offre l'arsenal.</p>
+
+<p>Vous vous présenterez, avec le général Baraguay d'Hilliers
+et le ministre de la république, au gouvernement provisoire
+de la république de Venise: vous lui direz que la conformité
+de principes qui existe aujourd'hui entre la république française
+et celle de Venise, et la protection immédiate que la république
+française accorde à celle de Venise, rendent nécessaire
+de mettre promptement les forces maritimes de la république
+de Venise sur un pied respectable, afin de pouvoir de
+concert se maintenir maîtres dans l'Adriatique et des îles du
+Levant; protéger le commerce des deux républiques, et que
+déjà, à cet effet, j'avais fait partir des troupes pour assurer
+la possession de Corfou à la république vénitienne; que désormais
+il était indispensable de travailler avec activité à
+mettre en bon état la marine vénitienne.</p>
+
+<p>Vous vous emparerez, sous ce prétexte et dans cet esprit,
+de tout, tâchant cependant de vivre en bonne intelligence,
+et de faire passer à notre service tous les marins et employés
+de la marine de la république de Venise, en vous servant
+toujours du nom de marine vénitienne.</p>
+
+<p>Les opérations que vous avez à faire, consistent: 1°. à armer
+le plus promptement possible tous les petits et les gros
+batimens qui en seront susceptibles, afin que, quand nous
+serons sûrs d'avoir Corfou, nous puissions les joindre avec
+la grande escadre.</p>
+
+<p>2°. À prendre toutes les mesures pour faire passer à Toulon
+tous les approvisionnemens qui peuvent être nécessaires
+à ce port.</p>
+
+<p>Par un article secret, les Vénitiens doivent fournir à la
+république trois millions d'approvisionnemens pour la marine
+de Toulon; mais mon intention est de m'emparer, pour la
+république, de tous les vaisseaux vénitiens et de tous les
+approvisionnemens
+possibles pour Toulon.</p>
+
+<p>Il restera à savoir le parti que l'on devra prendre pour les
+vaisseaux qui sont sur le chantier.</p>
+
+<p>Il est très-essentiel que les dépenses qui se feront à l'escadre
+qui est à Corfou, que celles qui se font à Ancône, forment
+une même comptabilité avec celles qui se font à Venise.</p>
+
+<p>Vous jouirez du même traitement qu'un contre-amiral, et
+vous correspondrez avec moi le plus souvent possible sur
+tous les objets de service qui regardent l'armement de l'Adriatique.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 25 prairial an 5
+(13 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>Dix-huit officiers de marine se rendent en poste, demain,
+à Venise. J'ai donné au citoyen Perrée, chef de division, qui
+les commande, les ordres pour la destination de ces officiers:
+mon intention est qu'une partie parte de suite sur un bâtiment
+léger, et cherche à rejoindre notre escadre, afin de pouvoir
+concourir au succès, et de pouvoir se mettre sur les quatre
+bâtimens qui sont à Corfou, dès l'instant qu'ils seront en
+notre pouvoir.</p>
+
+<p>Je vous prie de présenter le citoyen Roubaud, commissaire
+ordonnateur, et le citoyen Perrée, qui fait les fonctions de
+contre-amiral, au gouvernement provisoire; vous lui direz
+que, dans la position actuelle des deux républiques, nos intérêts
+sont tellement liés, que nous devons désirer que notre
+marine prenne promptement une tournure redoutable, afin
+de se maintenir dans l'Adriatique, et pouvoir rester maîtres
+des îles et du continent de la Dalmatie, si l'empereur ou
+quelque autre puissance voulaient s'en emparer. Comme il
+faut que le grand provéditeur fasse les fonds, entretienne tous
+les hommes et fournisse les matelots, il faut dire et avoir
+toujours l'air de faire tout de concert avec et pour eux; il faut
+les ménager et faire tout ce qui est possible pour qu'ils soient
+contens de nous.</p>
+
+<p>Le général d'artillerie Sugny doit demander à son chef la
+poudre et les munitions dont il pourrait avoir besoin pour
+l'armement des îles.</p>
+
+<p>Je ne tarderai point à me rendre moi-même à Venise.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 25 prairial an 5
+(13 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien ordonner, citoyen général, au général
+Brune de faire écrire sur le drapeau de la dix-huitième demi-brigade
+de ligne l'inscription suivante:</p>
+
+<p><i>Brave dix-huitième! je vous connais; l'ennemi ne tiendra
+pas devant vous</i>, et sur celui de la vingt-cinquième:
+<i>La vingt-cinquième s'est couverte de gloire</i>.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 26 prairial an 5
+(14 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, mettre à l'ordre les
+dispositions suivantes.</p>
+
+<p>Le général en chef voit avec indignation que le prêt des
+soldats et la paye des officiers sont arriérés de deux mois.</p>
+
+<p>ART. 1er. Il ordonne, en conséquence, aux généraux de
+division de prévenir les payeurs de leur division d'expédier
+sur-le-champ un exprès au payeur central Estève, à Trévise,
+avec la demande des fonds qui sont nécessaires pour faire le
+prêt jusqu'au 10 messidor;</p>
+
+<p>La solde des chirurgiens de l'ambulance jusqu'au 10 messidor;</p>
+
+<p>La solde des charretiers jusqu'au 10 messidor;</p>
+
+<p>La solde de ce qui est dû aux régimens de cavalerie pour
+le fourrage des chevaux.</p>
+
+<p>Chacune de ces sommes sera portée sur une colonne séparée.</p>
+
+<p>2. Le général de division enverra une copie de cet état au
+général en chef.</p>
+
+<p>3, Le citoyen Estève, ou celui qui le remplace à Trévise,
+soldera ce que demandent les différens payeurs de division,
+vingt-quatre heures après la réception de la demande.</p>
+
+<p>4. Le citoyen Haller, administrateur général des finances,
+fera passer sur-le-champ à Trévise tout l'argent nécessaire
+pour que tous les officiers, chirurgiens, soldats et charretiers
+soient soldés jusqu'au 10 messidor. Il prendra des mesures
+telles que ladite somme soit entre les mains du payeur central
+à Trévise avant le 2 messidor, afin qu'avant le 5 les
+payeurs de division aient dans leurs caisses l'argent nécessaire
+pour solder ce qui est dû aux différentes divisions.</p>
+
+<p>5. Les payeurs particuliers m'enverront directement une
+note de ce qu'ils ont donné à chaque demi-brigade, afin de
+m'assurer par moi-même qu'il n'y a aucune espèce d'abus.</p>
+
+<p>6. L'administrateur général des finances, les payeurs des
+divisions, et le payeur de l'armée sont, chacun en ce qui le
+concerne, responsables de la stricte exécution du présent
+ordre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 26 prairial an 5
+(14 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, donner ordre au général
+Dallemagne de se rendre à Ancône pour remplacer le
+général Rey.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez au général Dallemagne de maintenir la
+tranquillité à Ancône, de ne se mêler d'aucune affaire politique,
+et de ne pas souffrir qu'il soit fait aucune injure ou
+outrage aux statues du pape, et aux ministres de ce prince,
+avec lequel nous sommes en paix.</p>
+
+<p>Vous rappellerez le général Rey, qui se rendra au quartier-général
+dès l'instant que le général Dallemagne l'aura
+remplacé.</p>
+
+<p>Vous motiverez le rappel du général Rey sur ce qu'en se
+mêlant des affaires politiques, il a contrarié les dispositions
+générales, et sur ce que la cour de Rome a, en conséquence,
+porté des plaintes sur sa conduite.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 27 prairial an 5
+
+(15 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au comité central de Boulogne.</i></p>
+
+<p>J'apprends avec peine, citoyens, qu'il y a des troubles
+dans la ville de Boulogne, la garde nationale y est cependant
+organisée: pourquoi ne vous en servez-vous pas pour dissiper
+tous les rassemblemens, pour protéger les citoyens tranquilles,
+et faire respecter les lois que vous-mêmes vous vous
+êtes données?</p>
+
+<p>Je donne des ordres au général Balland pour qu'il vous
+aide à maintenir le calme et à faire respecter les propriétés et
+les lois.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 28 prairial an 5
+(16 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Les rapports que vous m'avez faits, citoyen général, sur
+les désordres, les assassinats et l'anarchie qui règnent dans
+la terre-ferme vénitienne, me déterminent à prendre une
+mesure générale et à donner sur-le-champ une organisation
+à ces pays, qui régularise l'administration, assure le cours
+de la justice, et aux habitans la jouissance de leurs propriétés
+et la sûreté de leurs personnes.</p>
+
+<p>En conséquence, vous voudrez bien ordonner:</p>
+
+<p>ART 1er. Le Brescian s'étendra jusqu'au Mincio.</p>
+
+<p>2. Le Véronais commencera au Mincio et comprendra le
+pays de Cologne.</p>
+
+<p>3. Le Vicentin et le Bassanèse seront réunis dans un seul
+arrondissement.</p>
+
+<p>4. Le Padouan et la Polésine de Rovigo, d'Adria jusqu'au
+Pô, non compris ce qui appartient au Fermais, formeront
+un seul arrondissement.</p>
+
+<p>5. Le Feltrin, le pays de Cadore, le Bellunèse formeront
+un seul arrondissement.</p>
+
+<p>6. Le Trévisan, hormis le district de Mestre, formera un
+arrondissement avec le Coneglianèse.</p>
+
+<p>7. Le Frioul, y compris Monte-Falcone, formera un arrondissement.</p>
+
+<p>8. Chaque arrondissement sera administré par un gouvernement
+central, composé de vingt-trois membres; chaque
+commune aura une municipalité plus ou moins nombreuse
+selon sa population.</p>
+
+<p>9. Le gouvernement central sera composé de personnes
+choisies dans tout l'arrondissement par le général de division
+qui y commande.</p>
+
+<p>10. Chaque gouvernement central fera un règlement sur la
+manière dont la justice doit être administrée, désignera le
+nombre des tribunaux, et choisira les juges qui doivent les
+composer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 28 prairial an 5
+
+(16 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au gouvernement provisoire de Gênes.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre par le citoyen Emmanuel Balleti. Les
+premiers pas de votre gouvernement justifient la confiance
+dont la nation génoise vous a investi.</p>
+
+<p>Les gouvernemens provisoires, placés dans des circonstances
+difficiles, doivent exclusivement prendre conseil du salut
+public et de l'intérêt de la patrie.</p>
+
+<p>La république de Gênes n'existe que par le commerce,
+le commerce n'existe que par la confiance; il n'y a pas de
+confiance sous un gouvernement faible, il n'y a pas de confiance
+dans un pays où il y a des factions.</p>
+
+<p>Un état est faible, est déchiré par les factions lorsque plusieurs
+centaines de citoyens s'organisent en assemblée exclusive,
+prennent part dans toutes les discussions, jouent la
+popularité, sont sans cesse armés par l'exagération, et n'ont
+jamais en but que la distinction.</p>
+
+<p>Pendant votre gouvernement provisoire, une commission
+choisie doit former votre constitution et les lois organiques
+de votre république. Votre principal devoir est d'imposer silence
+aux passions, d'empêcher que la commission législative
+puisse être influencée, et, par là, éviter qu'on vous
+donne une constitution et des lois de circonstances.</p>
+
+<p>La sagesse et la modération sont de tous les pays et de
+tous les siècles, parce que l'une et l'autre sont fondées sur
+notre organisation physique; mais elles sont absolument nécessaires
+aux petits états et aux villes de commerce.</p>
+
+<p>Pendant tout le temps de votre gouvernement provisoire
+et jusqu'à ce que vous ayez des lois et une constitution stables,
+agissez-en comme dans un vaisseau battu par les flots;
+exigez que chaque citoyen soit à ses fonctions, et que personne
+ne rivalise avec le gouvernement.</p>
+
+<p>Comme vous ne savez pas ce que votre constitution permettra
+ou défendra, empêchez provisoirement toute espèce
+de coalition de citoyens.</p>
+
+<p>Votre garde nationale est nombreuse et bien intentionnée.</p>
+
+<p>Si sous votre gouvernement la république perd quelque
+chose de son commerce ou de son bonheur, la responsabilité
+pèsera toute entière sur vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Note de MM. les plénipotentiaires français.</i></p>
+
+<p>Le général en chef Bonaparte et le général de division
+Clarke, ministres plénipotentiaires de la république française,
+ont reçu la note que M. le marquis de Gallo, ambassadeur
+du roi des Deux-Siciles près S. M. l'empereur et roi, et
+M. le comte Meerveldt, général-major au service de S. M.
+impériale, leur ont adressée, sous la date du 19 juin.</p>
+
+<p>M. le marquis de Gallo avait annoncé verbalement aux
+plénipotentiaires français, lors de son armée, que S. M.
+l'empereur et roi ne lui avait pas remis de pouvoirs pour sa
+paix séparée, parce que son ministre, M. le baron de Thugut,
+désirait connaître la forme de ceux que le directoire exécutif
+donnerait aux plénipotentiaires de la république française,
+et dont copie a été remise à M. de Gallo, pour lui en
+envoyer de semblables, qu'il attendait par le retour du courrier
+expédié alors par lui à Vienne.</p>
+
+<p>En conséquence, les plénipotentiaires français n'ont point
+hésité à entrer en conférence avec le marquis de Gallo sur tout
+ce qui était relatif à la paix définitive avec l'empereur; mais
+près d'un mois s'étant écoulé depuis son arrivée, et plus de
+deux depuis la signature des préliminaires de Léoben, et
+MM. le marquis de Gallo et le comte de Meerveldt ayant annoncé,
+l'un et l'autre verbalement, n'avoir d'autres pouvoirs
+que ceux qui leur avaient été remis pour les préliminaires,
+lesquels, à cause de l'échange des ratifications desdits préliminaires,
+se trouvent surannés, sans objet, et conséquemment
+inadmissibles, les plénipotentiaires français croient devoir
+demander à MM. de Gallo et Meerveldt de déclarer par
+écrit s'ils ont d'autres pouvoirs que ceux qui leur ont servi
+pour les préliminaires de Léoben, et de vouloir bien leur
+faire part de ceux en vertu desquels ils ont écrit la note du
+19 juin, dont les soussignés leur assurent la réception par la
+présente.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires français attendront que ces derniers
+pouvoirs leur soient communiqués, pour répondre définitivement
+à la note de MM. le marquis de Gallo et le comte de
+Meerveldt.</p>
+
+<p>Cependant, comme l'intention du directoire exécutif de la
+république française est de terminer sur-le-champ la paix définitive
+et séparée avec S. M. l'empereur et roi, et pour ne
+point ajouter aux délais désastreux qui ont été et sont encore
+apportés par la cour de Vienne à la conclusion de cette paix,
+quoiqu'il soit évident que ces délais lui sont infiniment plus
+préjudiciables qu'à la France, les plénipotentiaires français,
+qui ont communiqué leurs pouvoirs depuis très-long-temps,
+et qui sont restés en Italie pour y achever cette paix, ainsi
+qu'on en était convenu verbalement à Gratz, déclarent que
+l'intention de la république française est de s'en tenir à la
+clause des préliminaires, qui stipule que la paix définitive
+entre les deux puissances sera traitée et conclue dans l'espace
+de trois mois, à compter de la date des préliminaires, ou
+plus tôt, si faire se peut.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires français ne doutent nullement de la
+loyauté personnelle de S. M. impériale et royale, ni de celle
+de MM. le marquis de Gallo et le comte de Meerveldt, pour
+lesquels ils ont la plus haute considération; mais ils font observer
+que les intérêts de la France, leur patrie, leur sont
+trop chers pour pouvoir se permettre d'en exposer le sort à des
+protestations de désir de la paix, qui ne seraient point appuyées
+par des faits, et ils ont vu avec une profonde affliction les
+délais qu'a mis et que met encore le cabinet de Vienne à
+terminer sa paix définitive, dans les trois mois fixés par les
+préliminaires, ces délais n'ayant pu que produire le mauvais
+effet de donner un libre cours à toutes les intrigues publiques
+et secrètes des états intéressés à la continuation de la
+guerre entre les deux puissances.</p>
+
+<p>L'évacuation de cinq provinces autrichiennes par les troupes
+françaises, et l'entrée en Istrie et en Dalmatie de celles
+de l'empereur, à laquelle la France ne s'est point opposée,
+sont des preuves inattaquables de la loyauté de la république
+française, contre laquelle l'être le plus confiant et le moins
+bien intentionné ne pourrait rien articuler qui put soutenir
+un examen impartial.</p>
+
+<p>Si des défiances mal fondées; si le dessein formel de sacrifier
+les intérêts mutuels de deux puissances à des formalités
+et à des lenteurs préjudiciables à l'une et à l'autre devaient
+prévaloir, les plénipotentiaires français verraient avec la plus
+extrême douleur rallumer de nouveau les torches de la
+guerre, qu'ils désirent si ardemment d'éteindre pour jamais.</p>
+
+<p>Ils ont l'honneur de saluer MM. le marquis de Gallo et le
+comte de Meerveldt, les priant de communiquer la présente
+note à S. M. impériale et royale elle-même.</p>
+
+<p>A Montebello, près Milan, le 2 messidor an 5 de la république
+française (20 juin 1797).</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE ET CLARKE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 3 messidor an 5
+
+(21 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A M. le marquis de Gallo.</i></p>
+
+<p>Je reçois, M. le marquis, votre lettre: je suis très fâché
+de votre incommodité, quoique j'espère que cela ne nous
+empêchera pas de vous voir à dîner.</p>
+
+<p>Il est vrai que j'ai fait embarquer à Venise, sur des bâtimens
+vénitiens, quelques troupes pour Corfou et pour Zante;
+mais il n'existe aucune espèce de rassemblement du côté du
+midi de l'Italie. Je ne peux pas concevoir d'où peuvent
+venir des bruits aussi absurdes qu'injurieux pour la république.</p>
+
+<p>La plus grande union existe entre les deux cabinets, et il
+serait difficile de concevoir l'intérêt que pourrait avoir la république
+française à troubler le paix existante et dont l'un et
+l'autre peuple se trouvent, je crois, fort bien.</p>
+
+<p>Croyez, je vous prie, M. le marquis, que je saisirai toutes
+les circonstances, et que je ferai tout ce que vous désirerez,
+pour vous prouver l'attachement qu'a la république française
+pour S. M. le roi des Deux-Siciles.</p>
+
+<p>En mon particulier, je désire de faire quelque chose qui
+soit agréable à S. M. le roi des Deux-Siciles.</p>
+
+<p>Je vous prie de croire aux sentimens d'estime, et à la
+haute considération avec laquelle je suis, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 4 messidor an 5
+
+(22 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai annoncé, par ma dernière, que la réponse du
+cabinet de Vienne paraissait être contre les articles qui ont
+été arrêtés le 24 mai.</p>
+
+<p>M. le comte de Meerveldt est arrivé il y a trois jours. Nous
+avons eu plusieurs conférences, après lesquelles les plénipotentiaires
+de sa majesté impériale nous ont remis une note,
+à laquelle nous avons répondu par une autre que je vous
+envoie.</p>
+
+<p>Vous voyez la tournure longue et indéterminée que prend
+la négociation. Je pense qu'il n'y a qu'un moyen, c'est d'envoyer
+le général Clarke à Vienne.</p>
+
+<p>M. Thugut a toujours la confiance du cabinet de Vienne:
+il est d'un caractère difficile et malintentionné; mais je ne
+pense pas que l'on ait tacitement idée d'une rupture. Ces
+messieurs ne font rien que longuement et pesamment; ils paraissent
+se méfier beaucoup de l'intérieur: quoiqu'ils aient été attrapés
+cent fois, ils sont incorrigibles.</p>
+
+<p>J'imagine que, par le premier courrier, c'est-à-dire, dans
+quinze jours, nous aurons des réponses plus favorables, et
+que l'on consentira enfin à une négociation séparée.</p>
+
+<p>On craint à Vienne beaucoup les Russes; leur système politique
+est très-vacillant. L'empereur est paresseux et inexpérimenté;
+Thugut, de mauvaise humeur, vieux, tracassé
+par les grands, offre à tout bout de champ sa démission,
+que l'on n'ose pas accepter, mais qui, l'on croit, le sera enfin
+lorsque tout sera arrangé, pour mettre à sa place M. de Cobentzel.</p>
+
+<p>Thugut paraît très-mécontent de M. de Gallo; M. de Meerveldt
+a peu de moyens et n'est nullement diplomate. Je ne
+vous cacherai pas que je crois que tout ceci sera encore long.
+Ce moment est embarrassant pour la cour de Vienne; elle ne
+sait sur qui reposer sa confiance, tout lui fait ombrage.</p>
+
+<p>Ils voudraient en Italie avoir Venise, Mantoue et le
+Brescian.</p>
+
+<p>Il voudraient avoir Venise pour l'équivalent du Brisgaw,
+qu'ils destineraient au duc de Modène: dans ce système,
+ils nous céderaient peut-être en dédommagement la rive du
+Rhin.</p>
+
+<p>Je vous prie de nous faire connaître ce que nous devons
+répondre:</p>
+
+<p>1°. S'ils persistent dans l'opinion de vouloir un congrès;</p>
+
+<p>2°. Si vous céderiez Venise pour le Rhin: dès lors l'empereur
+aurait une influence immense en Italie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 4 messidor an 5
+
+(22 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys en rade à Toulon.</i></p>
+
+<p>Vous devez avoir reçu à cette heure, citoyen général, les
+ordres du ministre de la marine pour vous rendre dans l'Adriatique.</p>
+
+<p>Je pense qu'il est nécessaire que vous touchiez à Corfou,
+où vous trouverez six vaisseaux de guerre vénitiens, montés
+par les officiers que vous nous avez envoyés. Je vous prie
+de me faire connaître le moment de votre départ, et de m'envoyer
+des courriers de tous les endroits où vous vous trouverez
+à portée, et qui pourraient faire connaître le temps à
+peu près où vous vous trouverez dans l'Adriatique.</p>
+
+<p>Dès l'instant où vous serez arrivé a Corfou, je vous prie
+de m'en faire prévenir par un aviso, qui pourrait aborder à
+Ancône, et le général qui y commande m'enverrait un courrier.</p>
+
+<p>Si vous aviez nouvelle que l'escadre anglaise eût l'intention
+de venir en force dans l'Adriatique, il serait nécessaire que
+j'en fusse instruit, afin de fortifier la garnison de Corfou,
+qui est dans ce moment-ci de quinze cents hommes. Vous
+pourriez alors envoyer à Ancône quelques bâtimens légers
+d'escorte, avec un bon officier pour commander tout le convoi
+portant les nouvelles troupes que j'enverrais à Corfou.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 4 messidor an 5
+
+(22 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, traduire devant le conseil
+militaire de sa division le citoyen Hibert, capitaine de la
+quatre-vingt-cinquième demi-brigade, pour avoir marché à
+la tête d'un rassemblement armé, composé partie de Français
+tirés des dépôts, partie d'Italiens, à l'instigation de plusieurs
+étrangers soi-disant patriotes, ayant à cet effet surpris un
+ordre à l'adjudant-général de la division de la Lombardie: le
+but de ce rassemblement étant de troubler l'harmonie existante
+entre la république française et celle de Gênes, et
+comme tel, étant coupable d'un délit d'autant plus grand,
+que les conséquences pouvaient en être plus funestes:</p>
+
+<p>L'effet de ce rassemblement ayant été de faire périr trois
+ou quatre soldats français qui croyaient servir leur patrie en
+marchant sous les ordres du citoyen Hibert;</p>
+
+<p>L'effet de ce rassemblement ayant encore été 1°. de troubler
+la tranquillité du peuple de Piève; 2°. d'accoutumer les
+Italiens à verser le sang français sans scrupule et sans crainte:
+ce qui, par la suite, pourrait avoir des conséquences plus
+considérables encore.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Note.</i></p>
+
+<p>Les soussignés plénipotentiaires de la république française
+ont transmis à leur gouvernement la note remise par M. le marquis
+de Gallo lors de l'échange des ratifications des préliminaires
+de Léoben: ils ont l'honneur de faire part à leurs excellences,
+MM. les plénipotentiaires de S. M. l'empereur et
+roi, de la réponse qui leur a été faite par le directoire exécutif
+de la république française.</p>
+
+<p>Elle autorise les plénipotentiaires français à déclarer que
+l'intention du directoire exécutif est de se conformer exactement,
+dans toutes les circonstances, à la teneur de l'article
+second des préliminaires de Léoben, relatif au cérémonial,
+auquel il n'a point été porté atteinte dans l'acte de ratification
+des préliminaires remis par le général en chef Bonaparte,
+puisque ces préliminaires établissent seulement les bases préparatoires
+des négociations relatives à la paix séparée de
+S. M. impériale, en sa qualité de roi de Hongrie et de Bohême.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires de la république française prient
+leurs excellences MM. les plénipotentiaires de S. M. l'empereur
+et roi d'agréer l'assurance de leur haute considération.</p>
+
+<p>A Montebello, le 3 messidor an 5 de la république française
+(23 juin 1797).</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE et H. CLARKE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Note de MM. les plénipotentiaires français</i></p>
+
+<p>Le gouvernement de la république batave ayant réclamé,
+par l'entremise de son ministre à Paris, l'intervention du directoire
+exécutif de la république française auprès de S. M. l'empereur et roi, en faveur du citoyen Pernet, secrétaire
+du ministre batave près M. le duc de Wurtemberg, retenu
+prisonnier, et pour lequel le ministre batave van Haestein a
+reçu l'ordre de faire des démarches à Vienne, les soussignés
+plénipotentiaires de la république française sont chargés, de
+la part du directoire exécutif, de demander à leurs excellences
+MM. les plénipotentiaires de S. M. impériale et royale,
+que le citoyen Pernet soit remis en liberté le plus promptement
+possible.</p>
+
+<p>Les soussignés s'estiment heureux d'avoir à présenter à
+S. M. l'empereur et roi cette occasion de satisfaire son inclination
+à faire le bien, et ils ne doutent point du succès d'une
+demande dont l'accomplissement intéresse particulièrement
+le directoire exécutif de la république française.</p>
+
+<p>Ils ont l'honneur de saluer leurs excellences MM. les plénipotentiaires
+de S. M. l'empereur et roi.</p>
+
+<p>Montebello, le 3 messidor an 5 de la république française
+(23 juin 1797).</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE et H. CLARKE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 8 messidor an 5
+
+(26 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, vous faire remettre,
+par le chef de brigade Landrieux, les lettres interceptées
+sur un courrier que M. d'Entraigues envoyait, dont une
+était adressée au représentant du peuple Boissy d'Anglas,
+et que lui a remise l'administration de la police de la Lombardie.</p>
+
+<p>Vous voudrez bien lui donner en outre l'ordre de se rendre
+en prison pour ne m'avoir pas fait passer sur-le-champ ces
+papiers qu'il a depuis deux jours.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Du 11 messidor an 5 (29 juin 1797).</p>
+
+<p class="milieu">PROCLAMATION.</p>
+
+<p class="milieu"><i>A la république cisalpine.</i></p>
+
+<p>La république cisalpine était depuis long-temps sous la
+domination de la maison d'Autriche: la république française
+a succédé à celle-ci par droit de conquête, elle y renonce
+dès ce jour, et la république cisalpine est libre et indépendante.
+Reconnue par la France et par l'empereur, elle
+le sera bientôt par toute l'Europe.</p>
+
+<p>Le directoire de la république française, non content d'avoir
+employé son influence et les victoires des armées républicaines
+pour assurer l'existence politique de la république
+cisalpine, ne borne pas là ses soins. Convaincu que si la liberté
+est le premier des biens, une révolution entraîne à sa
+suite le plus terrible des fléaux, il donne au peuple cisalpin
+sa propre constitution, le résultat des connaissances de la
+nation la plus éclairée.</p>
+
+<p>Du régime militaire le peuple cisalpin doit donc passer
+à un régime constitutionnel.</p>
+
+<p>Afin que ce passage puisse s'effectuer sans secousse, sans
+anarchie, le directoire exécutif a cru devoir, pour cette seule
+fois, faire nommer les membres du gouvernement et du corps
+législatif, de manière que le peuple ne nommera qu'après
+un an aux places vacantes, conformément à la constitution.</p>
+
+<p>Depuis longtemps il n'existait plus de républiques en
+Italie. Le feu sacré de la liberté y était étouffé, et la plus
+belle partie de l'Europe était sous le joug des étrangers.</p>
+
+<p>C'est à la république cisalpine à montrer au monde, par
+sa sagesse, par son énergie et par la bonne organisation de
+ses armées, que l'Italie moderne n'a pas dégénéré, et qu'elle
+est encore digne de la liberté.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 14 messidor an 5
+
+(2 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie différentes notes qui nous ont été remises
+par MM. les plénipotentiaires de l'empereur; ils sont parus
+pour Udine, où le général Clarke va se rendre: je m'y rendrai
+dès l'instant que les susdits plénipotentiaires auront reçu
+les pouvoirs et les instructions pour la paix définitive.</p>
+
+<p>Je ne sais à quoi attribuer, si ce n'est à la situation intérieure
+de la France, les longueurs que l'empereur porte dans
+la négociation.</p>
+
+<p>J'ignore quand ces messieurs se décideront; mais il me
+semble que l'on cherche à allonger. L'empereur se comporte
+comme s'il ne voulait plus la paix; son état militaire augmente,
+et il fait faire des têtes de pont sur toutes les rivières,
+telles que la Save et la Drave.</p>
+
+<p>Je vous envoie aussi copie de la lettre que m'écrit la république
+des Grisons, et celle de ma réponse.</p>
+
+<p>La Valteline est en pleine insurrection, elle veut s'incorporer
+avec le Milanez; mais il me semble qu'il serait plus
+avantageux et plus juste qu'elle restât avec les Grisons, en
+formant une quatrième ligue: cependant on aura de la peine
+à faire comprendre cela aux Valtelins.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 15 messidor an 5
+
+(3 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A M. Bataglia, ancien provéditeur de la république de
+Venise.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu avec le plus grand plaisir, monsieur, la dernière
+lettre que vous vous êtes donné la peine de m'écrire de Venise.
+Lorsque j'ai vu votre nom à une infâme proclamation
+qui a paru dans le temps, j'ai reconnu que ce ne pouvait être
+que l'oeuvre de vos ennemis et des méchans. La loyauté de
+votre caractère, la pureté de vos intentions, la véritable philosophie
+que j'ai reconnue en vous pendant tout le temps
+que vous avez été chargé du pouvoir suprême sur une partie
+de vos compatriotes, vous ont captivé mon estime: si elle peut
+vous dédommager des maux de toute espèce que vous avez
+endurés pendant ce dernier temps, je me trouverai heureux.</p>
+
+<p>Comptez, monsieur, que, dans toutes les circonstances, je
+saisirai l'occasion de pouvoir faire quelque chose qui vous
+soit agréable. Pourquoi, au lieu de M. Pezaro, ne me fûtes-vous
+pas envoyé à Goritzia? La force des raisons et des choses
+que vous auriez entendues, vous eût mis à même de triompher
+dès-lors de la ridicule oligarchie qui a voulu se naufrager
+jusqu'au port.</p>
+
+<p>Oui, monsieur, je me plais à le dire, quatre ou cinq cents
+Français qui ont été assassinés à Verone vivraient encore, et
+l'oligarchie de Venise, désormais trop en dissonance avec les
+lumières et le nouveau système de toute l'Europe, aurait dû
+céder à un gouvernement plus sage; elle aurait au moins fini
+sans se rendre coupable d'un crime dont les historiens français
+ne pourront trouver le semblable sans être obligés de remonter
+à plusieurs siècles.</p>
+
+<p>Je vous ai connu dans un temps où je prévoyais peu ce qui
+devait arriver, et je vous ai vu dès-lors ennemi de la tyrannie
+et désirant la véritable liberté de votre patrie.</p>
+
+<p>Je vous prie, monsieur, de croire aux sentimens, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 15 messidor an 5
+
+(3 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A l'administration municipale de Marseille.</i>
+
+<p>J'ai reçu, citoyens, votre lettre du 4 prairial. Votre ville,
+si intéressante par l'étendue de son commerce, a besoin de
+la tranquillité, de la confiance et d'un bon gouvernement. Je
+me flatte que bientôt elle reprendra le même lustre qu'elle
+avait dans le temps passé. L'armée d'Italie, qui a contribué,
+en quelque chose, à donner de la considération à la république
+française en Italie, se trouve par là même avoir rendu
+à la ville de Marseille un service tout particulier. J'ai lu avec
+intérêt et avec un sentiment de gratitude les choses flatteuses
+pour l'armée d'Italie contenues dans l'arrêté que vous m'avez
+envoyé. La vraie récompense des armées ne consiste-t-elle pas
+dans l'opinion de leurs concitoyens? Croyez, je vous prie,
+aux sentimens d'estime, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 messidor an 5
+(4 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au président de l'administration centrale de la Drôme.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, les différentes lettres qu'a bien voulu
+m'écrire le département de la Drôme pendant le cours de la
+campagne. Je reçois, de tous les côtés de la république, un
+si grand nombre de lettres, qu'il ne m'est pas toujours possible
+de répondre exactement. L'estime de mes concitoyens
+est la seule récompense digne du dévouement et des services
+que le soldat a rendus à la république.</p>
+
+<p>Votre département, qui a fourni à l'armée de très-bons
+bataillons et de forts bons officiers, a, sous ce point de vue,
+acquis un titre particulier à la reconnaissance de la France.</p>
+
+<p>Croyez, je vous prie, que, de mon côté, j'attache le plus
+grand prix à votre estime.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 messidor an 5
+
+(4 juillet 1796).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Canclaux, ministre de la république à Naples</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, les deux lettres que vous m'avez
+écrites. Je vous remercie de ce que vous avez bien voulu
+vous donner la peine de remplir la commission qui m'intéressait.</p>
+
+<p>On assure que le roi de Naples arme toujours, qu'il
+y a beaucoup d'alarmes à Naples sur le projet qu'on nous
+suppose avoir d'envahir ce pays: cela me paraît si extravagant,
+que je ne puis croire que cette crainte affecte la
+cour. Je vous prie de me faire connaître de quelle nature
+sont les armemens que fait la cour de Naples, l'emploi et
+le nombre des troupes que le roi de Naples a aujourd'hui sur
+pied.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 messidor an 5
+
+(4 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A la municipalité provisoire de Venise.</i></p>
+
+<p>L'embargo qui a été mis sur les vaisseaux existans dans le
+port de Venise, n'a eu d'autre but que de maintenir le plus
+possible l'expédition du Levant.</p>
+
+<p>Vous pourrez donc, à dater du 26 prairial, rouvrir votre
+port comme avant la révolution; mais il est indispensable
+que vous preniez les mesures nécessaires pour que les vaisseaux
+appartenant à une puissance ennemie de la république
+soient arrêtés.</p>
+
+<p>Prenez des mesures pour que toutes les richesses qui, de
+tous les points de l'Italie, ont été envoyées à Venise, n'en
+sortent pas, afin que vous puissiez, dans toutes les circonstances
+de votre révolution, avoir des garans pour subvenir
+aux dépenses publiques.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 18 messidor an 5
+
+(6 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Antonio Garruchio, astronome à Verone.</i></p>
+
+<p>J'ai donné l'ordre, citoyen, au citoyen Haller de vous
+faire rembourser la somme de 4000 francs, pour vous indemniser
+des pertes que vous avez faites pendant les malheureux
+événemens de Verone. Je lui ai ordonné de prendre des mesures
+pour faire augmenter de 10,000 liv. le fonds de la société
+italienne de Verone, légué par le célèbre Loerga. Nous
+sommes redevables à cette société de plusieurs mémoires
+utiles sur les sciences exactes.</p>
+
+<p>Vous ne devez avoir aucune espèce d'inquiétude pour la
+société italienne, et je vous prie de me faire connaître tout ce
+qu'il y aurait moyen de faire pour améliorer son organisation,
+et pour la rendre plus utile au progrès des connaissances humaines.</p>
+
+<p>Croyez, je vous prie, au désir que j'ai de faire quelque
+chose qui soit avantageux à votre société.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 18 messidor an 5
+
+(6 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien donner l'ordre au général de brigade
+Dufresse, de restituer sur-le-champ tout ce que sa femme a
+pris, à Mestre, aux différens propriétaires, et entre autres
+les voitures de la maison où l'a logée le citoyen Erizzo.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 messidor an 5
+
+(9 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A M. le marquis de Saint-Marsan.</i></p>
+
+<p>Je reçois, monsieur le marquis, la lettre que vous avez
+bien voulu me remettre, de M. Priocca, ministre de S. M. le
+roi de Sardaigne. Je donne ordre au général de division Sauret
+et au général qui commande Coni, de laisser entrer dans
+les citadelles de Tortone, d'Alexandrie, de Cherasco, Ceva,
+Coni, l'officier du génie ou d'artillerie que S. M. voudra bien
+nommer, pour visiter lui-même les travaux que M. Priocca
+suppose que l'on fait dans ces forts, et qui, à ce qu'il me paraît,
+font naître quelques inquiétudes.</p>
+
+<p>Les officiers que S. M. enverra la convaincront que je n'ai
+fait faire à aucun des postes du Piémont aucune espèce de travail,
+qu'il est impossible d'être plus satisfait que nous ne le
+sommes, de la conduite du cabinet de S. M. envers la république
+française; que non-seulement on ne doit avoir aucune
+espèce d'inquiétude de notre côté, mais qu'encore je ferai
+tout ce que S. M. peut désirer pour la rassurer et pour contribuer
+à la tranquillité d'une cour qui, depuis quelques mois,
+nous a donné de véritables marques de ses bons sentimens à
+notre égard.</p>
+
+<p>Je n'ai point envoyé de troupes lombardes en Piémont, et
+mon intention n'a jamais été d'en envoyer. Il est vrai que mon
+projet serait de faire passer un bataillon polonais à Coni, afin
+de pouvoir réunir à l'armée la quarante-cinquième demi-brigade;
+mais si S. M. témoigne le moindre désir que cela ne
+se fasse pas, et même, si elle est mécontente de quelques officiers
+généraux employés dans ses états, je m'empresserai de
+les changer sur-le-champ.</p>
+
+<p>Sachant que M. Ranza cherchait, par des écrits incendiaires,
+à prêcher l'insurrection dans les états de S. M., je
+l'ai fait arrêter et conduire à la citadelle de Milan.</p>
+
+<p>Je vous prie, M. le marquis, avant de quitter Milan, de
+me faire connaître ce qu'il serait possible que je fisse pour témoigner
+à S. M. les sentimens d'amitié qu'a pour elle la république
+française, et le désir que j'ai de lui être agréable et
+de contribuer à sa prospérité et à son bonheur particulier.</p>
+
+<p>Je vous prie, M. le marquis, de croire à l'estime, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 messidor an 5
+
+(11 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A son altesse royale le duc de Parme.</i></p>
+
+<p>Depuis que la république française a conclu la paix avec
+votre A. R., j'ai saisi tontes les occasions qui se sont offertes
+pour prouver à votre A. R. le désir que j'ai de lui être utile.
+J'ai donc été très-surpris de voir dans une note qu'a remise
+M. d'El Campo au directoire exécutif de la république française,
+des plaintes que votre A. R. porte sur je ne sais quel
+projet extravagant dont elle pense que le directoire exécutif
+de la république française est occupé.</p>
+
+<p>Il paraît, par la note de M. d'El Campo, que c'est M. le
+comte de Paliti qui a imaginé, probablement pour se faire
+valoir, ce beau projet. Je prie donc votre A. R de vouloir
+bien rappeler M. le comte de Paliti, ne voulant pas avoir
+auprès de moi un intrigant qui fait mauvais usage de la confiance
+que vous avez en lui.</p>
+
+<p>Je vous prie, au reste, de croire aux sentimens d'estime
+et à la considération distinguée, avec laquelle, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 messidor an 5
+
+(13 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, prendre des mesures
+pour qu'aucune gazette tendant à porter le découragement
+dans l'armée, à exciter les soldats à la désertion et à diminuer
+l'énergie pour la cause de la liberté, ne s'introduise dans
+l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 messidor an 5
+
+(13 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Proclamation à l'armée d'Italie.</i></p>
+
+<p><i>Soldats!</i></p>
+
+<p>C'est aujourd'hui l'anniversaire du 14 juillet: vous voyez
+devant vous les noms de nos compagnons d'armes morts au
+champ d'honneur pour la liberté de la patrie. Ils vous ont
+donné l'exemple: vous vous devez tout entiers à la république;
+vous vous devez tout entiers au bonheur de trente millions
+de Français; vous vous devez tout entiers à la gloire de
+ce nom qui a reçu un nouvel éclat par vos victoires.</p>
+
+<p>Soldats! je sais que vous êtes profondément affectés des
+malheurs qui menacent la patrie; mais la patrie ne peut courir
+de dangers réels. Les mêmes hommes qui l'ont fait triompher
+de l'Europe coalisée, sont là. Des montagnes nous séparent
+de la France, vous les franchirez avec la rapidité de
+l'aigle, s'il le fallait, pour maintenir la constitution, défendre
+la liberté, protéger le gouvernement et les républicains.</p>
+
+<p>Soldats! le gouvernement veille sur le dépôt des lois qui
+lui est confié. Les royalistes, dès l'instant qu'ils se montreront,
+auront vécu. Soyez sans inquiétude, et jurons, par les
+mânes des héros qui sont morts à côté de nous pour la liberté,
+jurons sur nos nouveaux drapeaux guerre implacable
+aux ennemis de la république et de la constitution de l'an 3.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 27 messidor an 5
+(16 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie la copie d'une lettre que je reçois du général
+Clarke: vous y verrez que l'on allonge toujours. Il est hors de
+doute que l'empereur veut voir la tournure que prendront les
+affaires en France, et que l'étranger est pour plus que l'on
+ne croit dans toutes ces machinations.</p>
+
+<p>L'armée reçoit une grande partie des journaux qu'on imprime
+à Paris, surtout les plus mauvais; mais cela produit
+un effet tout contraire à celui qu'ils se promettent. L'indignation
+est à son comble dans l'armée. Le soldat demande à
+grands cris si, pour prix de ses fatigues et de six ans de
+guerre, il doit être, à son retour dans ses foyers, assassiné
+comme sont menacés de l'être tous les patriotes. Les circonstances
+s'aggravent tous les jours, et je crois, citoyens directeurs,
+qu'il est imminent que vous preniez un parti.
+Je vous fais passer la proclamation que j'ai faite à l'armée,
+le 25 de ce mois: elle a produit le meilleur effet.</p>
+
+<p>Il n'y a pas un seul homme ici qui n'aime mieux périr les
+armes à la main, que de se faire assassiner dans un cul-de-sac
+de Paris.</p>
+
+<p>Quant à moi, je suis accoutumé à une abnégation totale de
+mes intérêts; cependant je ne puis pas être insensible aux
+outrages, aux calomnies que quatre-vingts journaux répandent
+tous les jours et à toute occasion, sans qu'il y en ait un
+seul qui les démente; je ne puis pas être insensible à la perfidie
+et au tas d'atrocités contenues dans cette motion d'ordre
+imprimée par l'ordre du conseil des cinq-cents. Je vois que
+le club de Clichi veut marcher sur mon cadavre pour arriver
+à la destruction de la république. N'est-il donc plus en
+France de républicains? Et, après avoir vaincu l'Europe,
+serons-nous donc réduits à chercher quelque angle de la terre
+pour y terminer nos tristes jours?</p>
+
+<p>Vous pouvez d'un seul coup sauver la république, deux
+cent mille têtes peut-être qui sont attachées à son sort, et
+conclure la paix en vingt-quatre heures. Faites arrêter les
+émigrés; détruisez l'influence des étrangers; si vous avez besoin
+de force, appelez les armées; faites briser les presses
+des journaux vendus à l'Angleterre, plus sanguinaires que ne
+le fut jamais Marat.</p>
+
+<p>Quant à moi, citoyens directeurs, il est impossible que je
+puisse vivre au milieu des affections les plus opposées: s'il
+n'y a point de remède pour faire finir les maux de la patrie,
+pour mettre un terme aux assassinats, et à l'influence des
+royalistes, je demande ma démission.</p>
+
+<p>Je vous envoie un stylet pris sur les assassins de Verone.</p>
+
+<p>Mais, dans toutes les circonstances, le souvenir des marques
+constantes que vous m'avez données de la confiance la
+plus illimitée, ne sortira jamais de ma mémoire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5
+(17 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie copie de la lettre que m'écrit le général
+Clarke.</p>
+
+<p>M. Baptiste est parti de Montebello le 5 messidor. Quatre
+jours avant, MM. les plénipotentiaires avaient fait partir un
+courrier, qui portait à peu près la même chose. Voilà donc
+près d'un mois que la cour de Vienne laisse ses plénipotentiaires
+et ne répond à rien.</p>
+
+<p>Il est bien évident que la cour de Vienne n'est pas de
+bonne foi, et qu'elle traîne en longueur pour attendre la décision
+des affaires intérieures, que toute l'Europe croit très-prochaine.</p>
+
+<p>Voulez-vous épargner cinquante mille hommes de l'élite
+de la nation qui vont périr dans cette nouvelle campagne?
+Faites briser avec quelque appareil les presses du <i>Thé</i>, du
+<i>Mémorial</i>, de la <i>Quotidienne</i><a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>; faites fermer le club de
+Clichi, et faites faire cinq ou six bons journaux constitutionnels.</p>
+
+<p>Cette crise, qui, en réalité, sera extrêmement légère, suffira
+pour faire voir à l'étranger qu'il n'a encore rien à espérer:
+elle rétablira l'opinion et ôtera aux soldats cette vive
+inquiétude qui anime toutes les têtes, et qui finira par des
+explosions dont les conséquences ne peuvent pas se prévoir.</p>
+
+<p>Il est bien malheureux que, lorsque nous commandons
+à l'Europe, nous ne puissions pas commander à un journal
+de la faction royale qui lui est évidemment vendu!</p>
+
+<p>À quoi sert que nous remportions des victoires à chaque
+instant du jour? Les menées dans l'intérieur annulent tout,
+et rendent inutile le sang que nous versons pour la patrie.</p>
+
+<p>Le gouvernement de ce pays-ci se consolide.</p>
+
+<p>À Gênes, l'esprit public est comme en 1789 en France.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Footnote 15:</b><a href="#footnotetag15"> (return) </a> Le Thé, le Mémorial et la Quotidienne étaient trois journaux
+royalistes qui paraissaient à cette époque.</blockquote>
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5
+(17 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Le commandant de Lombardie doit agir dans la Lombardie
+et à Milan, comme s'il n'y avait à Milan que deux ou trois
+cents hommes pour garder la citadelle; car il est possible
+que, d'un instant à l'autre, il se trouve effectivement réduit
+à ces seules troupes pour garder la citadelle: dès lors, toutes
+les gardes à Milan, même les gardes de nos établissemens,
+même celles des spectacles, doivent être de la garde nationale.</p>
+
+<p>Il est également inutile que la police envoie tous les jours
+un rapport au commandant de la place; elle sera seulement
+tenue de lui donner des renseignemens toutes les fois qu'il
+lui en demandera.</p>
+
+<p>La demande qu'a faite l'adjudant-général de la légion lombarde,
+des registres du commandant de la place, n'est pas
+fondée; il doit faire ses registres à part. J'approuve fort que
+le commandant de la Lombardie ait des agens secrets qui
+l'instruisent de tout ce qui se passe à Milan et dans les autres
+places de la Lombardie; mais cette police doit être secrète
+et n'avoir pour but que de connaître ce qui se tramerait.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5
+(17 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p>
+
+<p>Venise, qui fournit de grands avantages à la marine, réclame
+de vous, citoyen ministre, douze ou quinze permissions
+qui mettent les bâtimens les plus riches à l'abri des Algériens:
+ces corsaires lui ont déclaré la guerre depuis environ
+trois mois, ce qui ruine entièrement son commerce. Si vous
+pouvez prendre en considération cet objet, il sera très-avantageux
+pour indemniser ce pays des pertes qu'il fait tous les
+jours.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Milan, le 29 messidor an 5
+(17 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, d'envoyer sur-le-champ
+un courrier au général Augereau pour lui dire que, ne pouvant
+pas encore de quelques jours me rendre à Verone, je
+désire qu'il vienne le plus tôt possible à Milan; vous le préviendrez
+que mon appartement d'en bas étant vide, il peut y
+descendre.</p>
+
+<p>Vous accorderez une permission de deux mois au général
+Mireur, qui me l'a demandée pour terminer des affaires de
+famille.</p>
+
+<p>Vous écrirez au général Belliard que, dès l'instant que le
+général Joubert sera de retour du congé qu'il a demandé, je
+lui accorderai la permission d'aller à Rome.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre au général Dessoles de partir demain
+pour rejoindre sa division.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez au général de brigade Leclerc de partir
+demain pour se rendre à Monza, où il prendra le commandement
+de la onzième et de la douzième d'infanterie légère.</p>
+
+<p>Vous écrirez au général de brigade Dupuy, qu'étant instruit
+par le général Brune qu'il a pris connaissance de l'affaire
+dont il m'a porté des plaintes, je pense que le général
+Brune y aura mis ordre: ou, dans le cas contraire, j'attendrai
+le rapport que me fera ce général, pour prendre les mesures
+que je croirai nécessaires.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5
+(17 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p>
+
+<p>Je reçois dans l'instant votre lettre du 23 messidor:
+comme je vois que les choses en sont toujours au même point,
+j'attendrai, pour me rendre à Udine, l'arrivée du tant désiré
+M. Baptiste.</p>
+
+<p>Je vous ai fait passer, par un courrier, les dernières nouvelles
+de Paris, j'en attends un autre à chaque instant. Les
+affaires se brouillent de plus en plus, et on ne peut presque
+plus douter que ce ne soit l'effet des machinations de l'étranger
+pour entraver les négociations.</p>
+
+<p>Demain, nous célébrons ici la fête de l'armée. Je vous envoie
+l'imprimé que j'ai fait passer à Udine et à toutes les divisions
+de l'armée, ne pouvant m'y rendre moi-même.</p>
+
+<p>Dès que vous m'aurez annoncé l'arrivée du secrétaire de légation,
+M. Baptiste, je partirai sur-le-champ pour Udine.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5
+(17 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Il est difficile, je crois, de mettre en doute aujourd'hui
+que l'empereur veut gagner du temps: quel en est le motif?
+Il est difficile de l'imaginer, à moins que de le voir dans les
+journaux royalistes, le club de Clichi et la rentrée des émigrés.
+Je l'ai dit positivement au gouvernement; il me semble
+qu'il est aisé de fermer le club de Clichi, de briser toutes ses
+presses, et de faire arrêter une douzaine d'émigrés: cela seul
+peut nous assurer la paix.</p>
+
+<p>Croyant que je devais partir pour Udine, j'étais revenu à
+Milan, où il fait une chaleur affreuse. Je suis bien fâché d'avoir
+quitté actuellement Montebello.</p>
+
+<p>Si M. Baptiste n'est pas arrivé lorsque vous recevrez ce
+courrier, je suis d'avis que vous pressentiez ces MM. les plénipotentiaires
+par une lettre courte et ferme, que vous leur
+déclariez qu'il est notoire qu'on vous joue, que S.M. rompt
+les préliminaires, et qu'elle sera responsable, aux yeux de
+l'Europe, des suites funestes qu'aura pour l'humanité la
+guerre cruelle qui va recommencer.</p>
+
+<p>Il paraît que les négociations de Lille sont commencées.</p>
+
+<p>Si jamais il était possible de conclure la paix avec l'Angleterre,
+il faudrait que l'empereur se souvînt de sa mauvaise
+foi.</p>
+
+<p>Les choses vont parfaitement ici et à Gênes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 messidor an 5
+(18 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Je reçois à l'instant même, citoyen général, votre lettre
+du 28. J'espère en recevoir une demain avec le récit de l'entrevue
+que vous aurez eue avec M. de Gallo, cela me décidera
+à partir: je passerai par Verone, Vicence, Padoue et Trévise,
+où je passerai la revue de ces quatre divisions.</p>
+
+<p>Tout est ici fort tranquille. J'ai reçu de nouveaux ordres
+du directoire pour réunir Bologne et Ferrare avec les Cisalpins;
+j'ai pris le <i>mezzo termine</i> de laisser ces pays maîtres
+de faire ce qu'ils voudront, puisque nous avons reconnu l'indépendance
+des républiques cisalpine et cispadane. S'ils veulent
+se réunir, nous ne pouvons pas les en empêcher: j'ai
+préféré ce parti, quoiqu'il puisse entraîner quelques inconvéniens,
+à celui de donner un ordre de réunion.</p>
+
+<p>Ce courrier-ci ne partira que lorsque la poste sera arrivée,
+afin de vous envoyer vos lettres, si vous en avez, et les principaux
+journaux.</p>
+
+<p>J'ai fait partir hier, par un courrier extraordinaire, copie
+de la lettre que vous m'avez écrite; je fais partir à l'instant
+même votre dernière.</p>
+
+<p>Je joins ici copie de la lettre que j'ai écrite au directoire en
+envoyant l'une et l'autre.</p>
+
+<p>Comme vous le verrez, je me suis lancé très-avant et mis
+très-volontiers en butte à toutes les factions. Cela serait très-mal
+calculé, si je trouvais dans l'ambition et l'occupation de
+grandes places ma satisfaction et le bonheur; mais ayant
+placé de bonne heure l'une et l'autre dans l'opinion de l'Europe
+entière et dans l'estime de la postérité, j'ai pensé que je
+ne devais pas être arrêté par tous ces calculs et ce grand tapage
+des factions: je vous avoue cependant que je désire
+bien de rentrer dans la vie privée; j'ai payé ma part.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Milan, le... messidor an 5 (... juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer les deux notes que vous devez remettre
+à MM. les plénipotentiaires, je vous envoie en conséquence
+deux morceaux de papier signés en blanc.</p>
+
+<p>Talleyrand a remplacé Ch. Lacroix; Hoche, Petiet, François
+de (Neuchâteau), Benezech, Pléville, Truguet, Lenoir
+la Roche, Cochon, Merlin et Ramel restent.</p>
+
+<p>D'après ce que disent quelques journaux, il paraît qu'il y
+a eu quelques divisions entre Carnot et Barthélemi: d'un côté
+est Barras; Rewbell et Laréveillère-Lépaux de l'autre.</p>
+
+<p>Le Piémont est en pleine insurrection, j'attends à chaque
+instant un courrier de Paris.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 messidor an 5
+(18 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie copie de la lettre que je reçois du général
+Clarke.</p>
+
+<p>Le célèbre M. Baptiste est arrivé, il n'apporte rien de décisif:
+voilà de la mauvaise foi bien caractérisée.</p>
+
+<p>Je vais partir incessamment pour Udine, quoique je voie
+que je n'ai pas grand'chose à y faire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 messidor an 5
+(18 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie la copie de deux adresses de la division
+Masséna et Joubert; l'une et l'autre sont revêtues de douze
+mille signatures.</p>
+
+<p>La situation des esprits à l'armée est très-prononcée pour
+la république et la constitution de l'an 3. Le soldat, qui reçoit
+un grand nombre de lettres de l'intérieur, est extrêmement
+mécontent de la tournure sinistre que paraissent y prendre
+les choses.</p>
+
+<p>Il paraît aussi que l'on a été affecté du bavardage de ce
+Dumolard, imprimé par ordre de l'assemblée et envoyé en
+grande profusion à l'armée.</p>
+
+<p>Le soldat a été indigné de voir que l'on mettait en doute les
+assassinats dont il a été la victime. La confiance de l'armée d'Italie
+dans le gouvernement est sans borne: je crois que la paix
+et la tranquillité dans les armées dépendent du conseil des cinq-cents.
+Si cette première magistrature de la république continue
+à prêter une oreille complaisante aux meneurs de Clichi,
+elle marche droit à la désorganisation du gouvernement; nous
+n'aurons point de paix, et cette armée-ci sera presque exclusivement
+animée par le désir de marcher au secours de la liberté
+et de la constitution de l'an 3. Soyez bien persuadés,
+citoyens directeurs, que le directoire exécutif et la patrie
+n'ont pas d'armée qui leur soit plus entièrement attachée.</p>
+
+<p>Quant à moi, j'emploie toute mon influence ici à contenir
+dans les bornes le patriotisme brûlant, qui est le caractère
+distinctif de tous les soldats de l'armée, et à lui donner une direction
+avantageuse au gouvernement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 thermidor an 5
+(22 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je partais pour Udine, citoyens directeurs, lorsque j'ai
+reçu la lettre que je vous fais passer, du général Clarke. M. de
+Gallo et M. Baptiste étant partis pour Vienne, et ne restant
+plus à Udine que M. de Meerveldt, qui ne se trouve revêtu
+d'aucune espèce de pouvoir, je n'ai pas cru devoir me rendre
+dans cette ville, ma présence étant très-nécessaire dans tous
+ces pays-ci pour y prendre des mesures, afin que, dans tout
+événement, nos derrières se trouvent parfaitement organisés
+et assurés.</p>
+
+<p>Il n'est plus possible de concevoir le moindre espoir et de
+mettre en doute que nous sommes horriblement joués. La cour
+de Vienne ne paraît avoir été de bonne foi que jusqu'à l'arrivée
+de M. le général de Meerveldt à Montebello.</p>
+
+<p>Aujourd'hui je ne vois qu'un seul parti à prendre, c'est
+que vous déclariez vous-mêmes, afin de donner encore plus
+d'importance à la chose, que si, vers la fin du mois d'août,
+tout n'est pas fini, les préliminaires se trouveraient d'eux-mêmes
+annulés, et la guerre recommencerait. Il faudrait en
+même temps donner des ordres à vos différens généraux pour
+que tous se tinssent prêts à entrer en campagne.</p>
+
+<p>La guerre commençant à l'entrée de septembre, nous donnerait
+deux mois et demi à trois mois, dans lesquels il serait
+possible de forcer l'empereur à conclure une paix plus avantageuse
+encore que celle qui devait être conclue en conséquence
+des préliminaires.</p>
+
+<p>Si septembre se passe en négociations, il deviendra difficile,
+en octobre, de frapper la maison d'Autriche de ce côté-ci,
+et dès-lors l'empereur nous tiendra tout l'hiver dans l'incertitude
+où nous sommes aujourd'hui.</p>
+
+<p>Quant aux opérations de la guerre, si elle doit avoir lieu,
+je ne vois pas de difficultés majeures qui m'empêchent de
+me trouver à Gratz dans le mois de la reprise des hostilités.</p>
+
+<p>Je ne suis point assez fort en cavalerie, quoique celle que
+j'ai soit dans un très-bon état: elle ne se monte qu'à cinq mille
+hommes présens sous les armes, d'où vous voyez qu'après les
+premiers combats et quelques marches forcées, je me trouverai
+réduit à quatre mille hommes de cavalerie. Je crois nécessaire
+que vous envoyiez ici trois à quatre mille hommes
+de cavalerie, parmi lesquels je désirerais au moins quinze
+cents hommes de grosse cavalerie. Je désirerais aussi trois
+nouvelles compagnies d'artillerie à cheval. Si vous donnez actuellement
+les ordres nécessaires, tout cela pourra arriver à
+Milan à la fin d'août.</p>
+
+<p>Vous voyez que le temps est extrêmement précieux: vous
+seuls, qui êtes au centre de la négociation de Lille, de celle
+d'Udine et des affaires intérieures, pouvez prendre un parti
+décisif.</p>
+
+<p>Si vous pensez devoir obliger l'empereur à se décider promptement,
+vous pourrez, ce me semble, envoyer à M. Thugut
+un courrier avec votre note. Par ce moyen-là, il y aurait une
+douzaine de jours de gagnés, ce qui est bien essentiel dans
+le moment où nous nous trouvons.</p>
+
+<p>Il est hors de doute que la cour de Vienne espère tout du
+bénéfice du temps, et pense qu'en vous tenant dans l'incertitude
+où nous sommes, c'est faire une diversion en faveur
+de l'Angleterre, et fomenter d'autant les malveillans, si puissans
+et si nombreux dans l'intérieur de la France. Il n'y a
+donc qu'une résolution prompte de notre part qui puisse
+mettre ordre aux affaires de l'intérieur, et obliger l'empereur
+à donner la paix à l'Europe.</p>
+
+<p>J'écris au général Clarke pour l'engager à faire passer son
+secrétaire de légation à Vienne. Je ne sais pas si le sieur
+Meerveldt voudra lui donner un passeport sans avoir au préalable
+consulté le cabinet de Vienne.</p>
+
+<p>J'ai proposé à l'envoyé de Gênes de conclure un traité entre
+les deux républiques, moyennant lequel Gênes s'engagerait
+à nous fournir et à entretenir deux ou trois mille hommes;
+ce qui serait extrêmement avantageux.</p>
+
+<p>Je vous envoie la lettre que vient de m'écrire M. Priocca,
+avec la réponse que je lui ai faite. Je crains bien que, malgré
+tous nos ménagemens et tous nos soins pour maintenir
+dans ce pays la bonne harmonie, il n'y arrive d'un instant à
+l'autre de très-grands changemens: les finances sont le mal
+de ce pays, son papier-monnaie se discrédite tous les jours
+davantage. Ce qui me fâche dans tout cela, c'est que je crains
+que la situation actuelle du roi de Sardaigne ne le mette hors
+d'état de nous fournir son contingent.</p>
+
+<p>Les étrangers ne peuvent plus croire à la stabilité de notre
+gouvernement, lorsqu'ils savent que tous les émigrés, que
+tous les prêtres rentrent, et lorsqu'ils voient dans l'esprit qui
+anime les hommes influens dans les conseils l'envie de perdre
+le gouvernement et la république.</p>
+
+<p>Je conjecture que M. de Gallo commence à être disgracié
+à la cour de Vienne.</p>
+
+<p>Du reste, tout va bien en Italie; le nouveau gouvernement
+de Milan commence peu à peu à s'organiser.</p>
+
+<p>Venise, dans l'incertitude de son sort, est sans organisation
+et sans force.</p>
+
+<p>Je vais autoriser la levée de deux ou trois bataillons dans
+les états de terre-ferme vénitienne, dont je me servirai, si
+les choses se montrent, pour la police de nos derrières.</p>
+
+<p>Gênes va parfaitement bien: s'il y a quelque chose à craindre,
+c'est trop d'enthousiasme.</p>
+
+<p>Toutes les personnes qui viennent de ce pays, assurent
+que, dans aucune époque de notre révolution, nous n'avons
+montré autant d'unanimité et d'enthousiasme.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 thermidor an 5
+(22 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>J'ai vu avec la plus grande peine que les Autrichiens se
+soient renforcés sur l'Isonzo, et qu'ils aient placé des vedettes
+comme si nous étions en guerre.</p>
+
+<p>Je vous prie d'écrire sur-le-champ au général ennemi qui
+vous est opposé, pour lui faire connaître voire surprise sur
+ce changement de manière d'être, et si, lorsque votre lettre
+arrivera, ce commandant ne fait pas rétablir les choses comme
+elles étaient, c'est-à-dire, six hommes à Cervignano, vous
+placerez une demi-brigade, deux escadrons de cavalerie et
+deux pièces d'artillerie légère à Roncano, que je crois être
+du territoire vénitien; mais si Roncano était un village autrichien,
+vous placeriez ces troupes dans un village vénitien,
+de manière que les troupes qui sont a Cervignano et sur
+toute la gauche de l'Isonzo, pussent être coupées au moment
+où elles feraient un mouvement, ou quelque chose qui fût
+contraire.</p>
+
+<p>Vous ferez ramasser tous les bateaux que vous pourrez
+trouver, pour jeter un pont sur l'Isonzo, du côté de San-Pietro,
+de manière cependant que vous vous trouviez toujours
+sur le territoire vénitien. Vous ferez faire à ce pont deux
+bonnes têtes de pont; vous tiendrez des postes le plus près
+possible de Gradisca, en vous tenant cependant sur le territoire
+vénitien.</p>
+
+<p>Vous me ferez connaître les travaux que l'ennemi ferait ou
+aurait fait faire au château de Goritzia, à la chiuza di Pluze;
+vous ferez reconnaître le chemin depuis la frontière vénitienne
+au-delà de Puffero jusqu'à Caporetto, et vous vous
+assurerez qu'ils n'ont fait aucune espèce de retranchement
+dans toute cette partie.</p>
+
+<p>J'ai fait passer à la division du général Victor la cinquante-huitième
+demi-brigade, qui est forte de deux mille cinq cents
+hommes, et au moindre mouvement je vous ferai passer la
+division de cavalerie du général Dugua.</p>
+
+<p>Assurez-vous que votre artillerie est bien approvisionnée
+et en état d'entrer en campagne.</p>
+
+<p>Rendez-vous vous-même à Palma-Nova; visitez avec le
+plus grand soin les travaux de la place, les approvisionnemens
+d'infanterie; donnez ordre que l'on redouble d'ardeur
+aux travaux, et que l'on n'oublie rien pour rendre cette
+place respectable. Envoyez des espions dans la Carniole et
+dans la Carinthie, et instruisez-moi dans le plus grand détail
+des positions qu'occupe l'ennemi, de ses forces, et des points
+qu'il fait retrancher.</p>
+
+<p>Le général Berthier écrira également au général Victor
+pour qu'il presse les travaux d'Ozopo; pour qu'il envoie des
+espions, afin de s'assurer si les ennemis ont fait des travaux
+à Clagenfurth, s'ils en ont fait à Tarvis, et enfin s'ils en ont
+fait aux différentes têtes de pont de la Dresse.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre également au citoyen Andréossi
+pour qu'il envoie des officiers, afin de construire le pont sur
+l'Isonzo d'une manière solide, et qu'il puisse nous servir,
+quelque temps qu'il fasse.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre au général Masséna et au général
+Miollis, pour que l'un et l'autre prennent des mesures pour
+raccommoder les chemins depuis Mantoue jusqu'à Padoue.</p>
+
+<p>Vous donnerez les ordres pour qu'on recommence les travaux
+des places de Porto-Legnago et de Peschiera, et au
+commandant du génie pour continuer et redoubler avec la
+plus grande activité les travaux de celles d'Ozopo et de Palma-Nova.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 thermidor an 5
+(22 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À monsieur Damian Priocca, ministre de S.M. le roi de
+Sardaigne.</i></p>
+
+<p>Je ne vois aucun inconvénient, monsieur, à ce que vous
+fassiez passer sur la ligne de démarcation les troupes que vous
+jugerez nécessaires pour maintenir le bon ordre et la tranquillité
+dans les états de S.M.</p>
+
+<p>J'ai donné les ordres les plus positifs pour que nos garnisons
+des différentes villes qui sont dans nos mains ne se mêlent
+en aucune manière des affaires intérieures.</p>
+
+<p>Ne doutez pas, monsieur, de la part que je prendrai toujours
+à ce qui pourra être agréable à S.M., et du désir que
+j'ai de faire quelque chose qui puisse contribuer à la tranquillité
+de ses états.</p>
+
+<p>M. Borghèse m'a parlé du désir qu'avait S.M. de pouvoir
+faire quelques achats de blé dans les états occupés par les
+troupes françaises, je m'y prêterai avec plaisir.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 thermidor an 5
+(22 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p>
+
+<p>Je suis d'avis de répondre tout simplement à la note des
+plénipotentiaires de l'empereur, que la convention signée à
+Léoben, le 5 prairial, a tout prévu; que nous nous en rapportons
+entièrement à son contenu; que, après deux mois, il
+est singulier qu'on vienne remettre en discussion une question
+déjà décidée; qu'il est donc évident que l'on ne cherche que
+des prétextes pour traîner en longueur et gagner du temps.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 thermidor an 5
+(23 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p>
+
+<p>Je partais lorsque j'ai reçu votre courrier: Gallo et Baptiste
+n'étant plus à Udine, Meerveldt n'ayant aucun pouvoir,
+et leur note caractérisant à chaque ligne leur mauvaise
+foi, je ne vois aucune utilité dans mon voyage à Udine: tandis
+que le nouveau gouvernement de ce pays-ci, les affaires
+du Piémont, celles des Grisons, rendent ma présence à Milan
+plus utile.</p>
+
+<p>Je vous fais passer copie de la lettre que j'écris au directoire
+exécutif.</p>
+
+<p>Je pense que nous n'avons rien à répondre à une note qui
+n'a point de bon sens: la seule réponse serait de prévenir
+S. M. l'empereur que, si, le 18 août, les négociations ne
+sont point terminées, nous regarderons les préliminaires
+comme nuls; mais, dans la position actuelle de la république,
+je né pense pas que ni vous ni moi nous puissions faire cette
+opération.</p>
+
+<p>J'ai ordonné de jeter un pont sur l'Isonzo, et de faire des
+têtes de pont; je fais marcher une légion cisalpine à Palma-Nova,
+et j'augmente de trois mille hommes la division du général
+Victor.</p>
+
+<p>Si la république se trouvait dans une situation ordinaire,
+et que les négociations de Lille ne nous fissent pas une loi
+impérieuse de ne rien prendre sur nous, je vous avoue qu'à
+la réception de votre lettre j'eusse mis en marche toutes mes
+divisions, et que, sous quinze jours, j'eusse été sous Vienne;
+mais, dans les circonstances actuelles, c'est au gouvernement
+seul à prendre le parti que sa sagesse et la situation des choses
+peuvent lui prescrire.</p>
+
+<p>Je désirerais que vous demandassiez un passe-port pour
+votre secrétaire de légation, et que vous le fissiez passer à
+Vienne: il pourrait être chargé d'une lettre pour M. de Gallo;
+il pourrait voir M. Thugut et revenir avec des renseignemens
+certains sur la situation des choses dans ce pays-là.
+Vous ne manqueriez pas de lui recommander de tenir note de
+tout ce qu'il verra en route, soit de troupes, soit de nouveaux
+ouvrages de campagne.</p>
+
+<p>Je ferai partir mon aide-de-camp Marmont pour Vienne;
+il passera par le Tyrol, et, par ce moyen, il n'aura pas
+de passe-port de M. de Meerveldt. Le but de sa mission
+sera de connaître les espèces d'ouvrages que l'on fait à Vienne,
+la situation militaire des esprits, le véritable état de leurs
+troupes.</p>
+
+<p>N'oubliez rien pour que M. de Meerveldt vous accorde le
+passe-port pour votre secrétaire.</p>
+
+<p>Dès l'instant que quelque plénipotentiaire arrivera avec des pleins pouvoirs et une envie sincère de commencer les négociations,
+je me transporterai rapidement à Udine.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 thermidor an 5
+(23 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, prévenir les généraux
+Masséna, Joubert et Augereau, que mon intention est qu'il
+soit levé un bataillon de cinq cents hommes dans chacun
+des arrondissemens de Padoue, Vicence et Verone; chaque
+bataillon sera commandé par un chef de bataillon et un adjudant-major
+français, un major du pays; la moitié des officiers,
+français, ainsi que le tiers des sous-officiers.</p>
+
+<p>Ils seront habillés en vert, en pantalon et veste seulement;
+ils auront le collet, les paremens blancs; les officiers
+auront les épaulettes d'argent.</p>
+
+<p>Ces corps seront habillés, équipés, formés, soldés par les
+différens gouvernemens centraux: ils porteront le nom de
+bataillon italien de Padoue, de Vicence, de Verone.</p>
+
+<p>Ils seront divisés en cinq compagnies, dont une de grenadiers.
+Si les habitans ont des fusils, ils seront armés avec ces
+fusils, sans que je donne ordre au général Miollis que sur votre
+récépissé il soit délivré un nombre suffisant de fusils autrichiens,
+que les gouvernemens centraux feront alléger,
+comme l'ont fait les Lombards.</p>
+
+<p>L'intention du général en chef est d'attacher ces bataillons
+à ses différentes divisions, pour servir aux différentes escortes,
+pouvoir les opposer aux paysans et avoir avec nous,
+en cas que nous allions en Allemagne, des otages qui nous
+assurent d'autant de la fidélité des pays vénitiens.</p>
+
+<p>Vous recommanderez expressément à ces différens généraux
+de ne se mêler que secrètement de l'organisation et de la
+levée de ces bataillons, mais de laisser faire toutes les démarches
+publiques et ostensibles aux gouvernemens centraux.</p>
+
+<p>Lesdits généraux de division autoriseront les gouvernemens
+centraux à faire quelques aliénations de biens nationaux,
+afin de pouvoir subvenir à l'organisation et à l'entretien
+desdits bataillons.</p>
+
+<p>D'ici à huit jours, et lorsque ces trois bataillons seront en
+organisation, vous donnerez les mêmes ordres aux généraux
+Serrurier et Bernadotte; mais, comme les pays qu'ils occupent
+sont moins populeux et moins portés, à ce qu'il paraît,
+pour la liberté, il faut s'assurer que ces trois premiers bataillons
+prendront bien.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 thermidor an 5
+(22 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux inspecteurs du conservatoire de musique, à Paris.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyens, votre lettre du 16 messidor, avec le
+mémoire qui y était joint. On s'occupe, dans ce moment-ci,
+dans les différentes villes d'Italie, à faire copier et mettre en
+état toute la musique que vous demandez.</p>
+
+<p>Croyez, je vous prie, que je mettrai le plus grand soin à
+ce que vos intentions soient remplies et à enrichir le conservatoire
+de ce qui pourrait lui manquer.</p>
+
+<p>De tous les beaux arts, la musique est celui qui a le plus
+d'influence sur les passions, celui que le législateur doit le
+plus encourager. Un morceau de musique morale, et fait de
+main de maître, touche immanquablement le sentiment, et
+a beaucoup plus d'influence qu'un bon ouvrage de morale,
+qui convainc la raison sans influer sur nos habitudes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 thermidor an 5
+(26 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p>
+
+<p>Dans la position des négociations avec les Autrichiens, ce
+serait un très-mauvais effet de faire juger par un conseil militaire
+des gens accusés d'avoir eu quelques intelligences avec
+eux. Je préfère que vous fassiez passer à Mantoue les trois
+hommes que vous avez arrêtés, où le général Miollis les tiendra
+en arrestation jusqu'à nouvel ordre.</p>
+
+<p>Quant aux sept communes, je ne suis point du tout content
+de ce que le général Belliard, après y avoir été, s'en est
+retourné aussi promptement: la raison des subsistances n'en
+peut pas être une: nous avons bien vécu sur le sommet des
+Alpes! On pouvait donc laisser dans ces villages, pendant
+quelques jours, des troupes pour les contenir et les plier.</p>
+
+<p>Prenez toutes les mesures nécessaires pour faire désarmer
+toutes les sept communes; faites brûler les maisons des quatre
+principaux chefs, entre autres celle de ce prêtre dont vous
+me parlez; prenez vingt-cinq otages parmi ceux qui ont le
+plus de crédit, et faites-les conduire à Mantoue; mettez dans
+le gouvernement les patriotes qu'ils ont chassés.</p>
+
+<p>Après que tout cela sera fait, exigez de l'évêque de Vicence
+qu'il envoie des missionnaires dans ce pays-là pour leur
+prêcher tranquillité, obéissance, sous peine de l'enfer. À cet
+effet, faites venir chez vous les missionnaires, en donnant à
+chacun quinze louis pour leurs frais de route, en disant qu'au
+retour vous leur en donnerez autant.</p>
+
+<p>Faites en sorte qu'il ne reste des armes dans aucune ville
+du Vicentin, pas même à Vicence. Vous savez que, dans
+l'ordre général du désarmement, il avait été dit que vous
+enverriez toutes les armes à Porto-Legnago.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 thermidor an 5
+(27 juillet 1797).</p>
+
+<p class="droite"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général Augereau m'a demandé de se rendre à Paris,
+où ses affaires l'appellent. Je profite de cette occasion, pour
+vous faire passer la pétition originale de l'armée.</p>
+
+<p>Je vous ferai connaître de vive voix le dévouement absolu
+des soldats d'Italie à la constitution de l'an 3 et au directoire
+exécutif.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 thermidor an 5
+(27 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. le cardinal légat de Bologne.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu dans le temps, monsieur le cardinal, la lettre que
+vous vous êtes donné la peine de m'écrire. Je n'ai pas ajouté
+foi, un seul instant, aux bruits qui peuvent vous être désavantageux.
+Je connais trop bien le véritable esprit religieux
+qui vous anime, pour penser que vous employiez voire influence
+autrement que pour la tranquillité et l'ordre public.
+J'apprends avec beaucoup de peine, monsieur le cardinal,
+les chagrins domestiques qui troublent, dans ce moment-ci,
+votre repos: si je puis contribuer en quelque chose à votre
+tranquillité et à votre satisfaction, je vous prie de m'en faire
+part, et de croire aux sentimens d'estime et de considération,
+etc., etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 thermidor an 5
+(27 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p>
+
+<p>Il faudra, citoyen général, envoyer une note au duc de
+Bavière et aux autres princes qui doivent de l'argent aux armées
+du Rhin en conséquence de l'armistice, pour les requérir
+d'achever leur paiement.</p>
+
+<p>Il faudra demander à chacun de ces princes qu'ils aient à
+verser, dans le délai de huit jours, une telle somme à Bâle,
+entre les mains du chargé d'affaires de France, de manière
+qu'il y ait deux millions payés le plus tôt possible.</p>
+
+<p>Déclarer que, si lesdites sommes ne sont pas payées, les
+armées françaises rentreront dans les états desdits princes et
+seraient obligées de les traiter en ennemis irréconciliables,
+et qui ont déjà manqué à la foi des traités et aux engagemens
+les plus sacrés: ces notes devront être envoyées par des
+courriers extraordinaires à Munich et ailleurs.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Note des citoyens plénipotentiaires de la république française.</i></p>
+
+<p>Les plénipotentiaires de la république française ont reçu
+les cinq notes, datées du 18 juillet 1797, qui leur ont été
+adressées par leurs excellences MM. les plénipotentiaires de
+S. M. l'empereur et roi, d'après la remise de celle du même
+jour, relative à la tenue de deux congrès. Ils continuent à
+voir, avec douleur, que le cabinet de Vienne saisit tous les
+prétextes pour faire naître des obstacles, et s'opposer à la conclusion
+de la paix: ils ne peuvent se dissimuler que les apparences
+mêmes ne sont plus gardées. Le ton qui règne dans les notes
+remises aux plénipotentiaires français; les nombreuses protestations
+qu'elles contiennent; la nature extraordinaire des
+demandes qui y sont présentées; les diverses marches des
+troupes autrichiennes: tout, en un mot, annonce la guerre.
+La reprise des hostilités, de la part de l'Autriche, ne semble
+retardée par elle que pour gagner du temps, et se donner
+celui de fasciner les yeux de l'Europe par des protestations
+de désir de la paix, au moment où le cabinet de Vienne paraît
+être dans des intentions absolument contraires à ces protestations.</p>
+
+<p>Comment croire à la sincérité de ce cabinet, puisque,
+lorsqu'il paraît insister si fortement sur l'exécution des préliminaires
+de Léoben, il la viole lui-même de la manière la
+plus évidente? En effet, quoiqu'on ait cherché à donner à
+ces préliminaires une interprétation que les plénipotentiaires
+français refusent d'admettre, et qui ne peut avoir d'autre
+but que d'éloigner encore davantage de la conclusion de la
+paix, il n'en est pas moins certain qu'on était convenu de
+conclure la paix définitive dans l'espace de trois mois, à dater
+de leur signature; et cet article principal des préliminaires,
+dont l'Europe entière désire l'exécution, se trouve manifestement
+violé.</p>
+
+<p>Déjà près de quatre mois se sont écoulés depuis cette époque;
+il y en a trois que les soussignés ont fait connaître aux
+plénipotentiaires de S. M. l'empereur et roi les pleins pouvoirs
+qu'ils avaient reçus du directoire exécutif de la république
+française pour conclure et signer la paix définitive:
+tandis que le cabinet de Vienne, loin d'imiter cette conduite,
+s'est constamment attaché à ne faire porter les discussions
+entre les négociateurs respectifs, que sur les objets qui ne se
+liaient que par des rapports éloignés au but principal de la
+négociation.</p>
+
+<p>L'article des préliminaires par lequel S. M. consentirait à
+une paix séparée ne se trouve-t-il pas encore violé par la manifestation
+consignée dans les notes de leurs excellences
+MM. les plénipotentiaires autrichiens, de l'envie de S. M.
+l'empereur et roi de ne traiter qu'en commun avec ses anciens
+alliés?</p>
+
+<p>Mais ce qu'il est impossible de ne pas considérer comme
+une violation manifeste de l'article premier des préliminaires
+secrets, c'est la protestation remise par leurs excellences
+MM. les plénipotentiaires autrichiens contre l'indépendance
+de la Lombardie, puisque cet article porte textuellement:</p>
+
+<p>«S. M. l'empereur renonce (et non pas renoncera) à la
+partie de ses états en Italie qui se trouve au-delà de la rive
+droite de l'Oglio et de la rive droite du Pô.»</p>
+
+<p>S. M. l'empereur ne devait occuper le territoire vénitien
+qu'à la paix définitive, et cependant elle s'empare de la Dalmatie
+et de l'Istrie, c'est-à-dire des plus belles provinces de
+la république de Venise; elle en chasse les garnisons, y établit
+son gouvernement, et le cabinet de Vienne se plaint du
+changement de gouvernement de Venise!</p>
+
+<p>S. M. l'empereur ne dissimule pas son impatience d'entrer
+en possession des états de cette république, elle les voudrait
+tous: elle n'en excepte ni les débouchés de l'Adige et de la
+Brenta, ni lu ville de Venise elle-même, et cependant le cabinet
+de Vienne se dit animé d'une grande sollicitude pour
+cette ancienne république!</p>
+
+<p>L'armée française occupe, il est vrai, les états de Venise,
+comme elle le faisait avant les préliminaires; elle occupe de
+plus la ville de Venise; mais elle ne s'y tient que comme auxiliaire;
+ses troupes ne s'y mêlent en aucune manière d'affaires politiques,
+et si quelques agens subalternes de S. M. l'empereur
+ont été insultés, on ne doit sans doute l'attribuer qu'au
+ressentiment de la part des Vénitiens de la violence qu'a exercée
+l'armée impériale en entrant dans l'Istrie et la Dalmatie: les
+plénipotentiaires ne pouvaient qu'interposer leur médiation
+entre S. M. l'empereur et roi et la république de Venise; ils
+l'ont fait.</p>
+
+<p>C'est cependant en conséquence des préliminaires, sur lesquels
+le cabinet de Vienne n'insiste que lorsqu'il les a expliqués
+d'une manière désastreuse pour la France, et quelquefois
+pour l'empereur lui-même, que cinq provinces autrichiennes
+ont été restituées à S. M., que le port intéressant
+de Trieste, et, avec lui, la faculté de reprendre son commerce,
+lui ont été rendus.</p>
+
+<p>Quant au changement de gouvernement à Venise et à
+Gênes, la république française n'y a pris aucune part: elle
+ne s'en est mêlée qu'à la demande des peuples, et pour éloigner
+les excès qui s'attachent ordinairement au berceau des
+révolutions.</p>
+
+<p>C'est donc aux gouvernemens de ces deux peuples que doivent
+s'adresser les plénipotentiaires de S. M. impériale,
+pour tout ce qui les concerne. Et comment les plénipotentiaires
+français ne seraient-ils pas frappés de l'insincérité apparente
+du cabinet de Vienne, lorsqu'il paraît affecté d'un
+changement arrivé à Venise, qui rend beaucoup plus facile
+l'exécution des préliminaires? Cette conduite ne semble-t-elle
+pas offrir une preuve d'un dessein formel du cabinet de
+Vienne de ne pas les exécuter?</p>
+
+<p>Pour ce qui est de l'affaire du duc de Modène, elle ne regarde
+en aucune manière le gouvernement français: c'est une
+affaire de lui à ses peuples.</p>
+
+<p>S. M. l'empereur, sur la seule promesse de conclure sa paix
+séparée, a obtenu la restitution de cinq provinces et l'éloignement
+de l'armée française de sa capitale: aujourd'hui, que cette
+paix n'est pas encore conclue, nonobstant le texte des préliminaires,
+le cabinet de Vienne veut avoir cinq ou six forteresses
+et une grande partie de l'Italie, et c'est en faisant
+également des promesses qu'il croit les obtenir! Mais, après
+avoir vu élever tant d'obstacles qu'il était facile d'écarter;
+après que les lenteurs extrêmes du cabinet de Vienne, et ses
+refus prolongés d'adopter une marche qui convient aux intérêts
+des deux puissances, ont si considérablement ajouté aux
+difficultés qui s'opposent à la paix, les soussignés se voient
+forcés de recueillir les voeux du cabinet de Vienne pour cette
+paix, plutôt dans des faits que dans des protestations qui,
+jusqu'ici, n'ont rien produit que d'illusoire, doivent à la
+république, qui les a honorés de sa confiance, de ne s'écarter
+aucunement, dans le dessein de faire quelque chose d'agréable
+à S. M. I., du strict sens des préliminaires, d'après
+lesquels S. M. ne doit entrer qu'à la paix définitive dans les
+états de Venise.</p>
+
+<p>Si S. M. croit qu'il est de son intérêt d'occuper sur-le-champ
+ces états, qu'elle fasse la paix sans délai; mais si le
+cabinet de Vienne veut continuer à en empêcher la conclusion,
+l'intérêt de la république française exige que les pays
+de Venise et les forteresses soient entre les mains de son
+armée.</p>
+
+<p>Quelque affligeant qu'il serait pour les plénipotentiaires
+français de voir des négociations entamées depuis si long-temps
+se terminer par la guerre, ils doivent à l'honneur de
+leur nation de demander si l'Autriche la veut, et d'annoncer
+que la république française est plutôt disposée à la faire,
+qu'à se laisser jouer par des subtilités ou des demandes à la
+fois défavorables aux deux puissances, et singulièrement
+éloignées de la bonne foi que les plénipotentiaires français
+n'ont cessé d'apporter dans tout le cours de la première négociation.</p>
+
+<p>Mais, dans cette situation de choses, les soussignés espèrent
+que MM. les plénipotentiaires autrichiens emploieront
+tous leurs efforts pour faire adopter, par le cabinet de Vienne,
+une marche plus convenable aux intérêts mutuels, et un système
+qui rapproche immédiatement de la paix, que les soussignés
+ne cessent d'offrir de conclure.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires français pourraient répondre par des
+contre-protestations aux notes qui leur ont été remises par
+leurs excellences MM. les plénipotentiaires autrichiens; ils
+pourraient retracer, dans des mémoires historiques, les efforts
+qu'ils n'ont cessé de faire pour arriver à la conclusion de la
+paix définitive; mais ils écartent ces moyens, parce que leur
+intention est d'éloigner tout ce qui pourrait troubler encore
+davantage l'harmonie, qu'il est si essentiel d'établir dans les
+négociations dont ils sont chargés. Ils savent parfaitement
+que la paix, qu'il est instant de conclure, doit, pour être solide
+et durable, être basée sur les intérêts mutuels; et l'ensemble
+des préliminaires de Léoben a dû témoigner à S. M. l'empereur
+et roi, que l'intention de la république française
+n'avait jamais été de priver la maison d'Autriche d'une puissance
+égale à celle qu'elle avait avant la guerre: les compensations
+qu'elle doit recevoir en offrent la preuve. Elle se
+trouve encore dans la marche que les négociateurs français
+n'ont cessé de suivre, et lorsqu'ils ont demandé quelques
+avantages pour la république française, ils en ont toujours
+proposé d'équivalens pour la maison d'Autriche. Si le cabinet
+de Vienne imitait cet exemple, les deux puissances verraient
+bientôt succéder aux désastres enfantés par la guerre le repos
+si ardemment désiré par les peuples: le directoire exécutif de
+la république française a toujours voulu que la paix fût également
+avantageuse et à l'Autriche et à la France, et surtout
+qu'elle éloignât toute possibilité d'une guerre future entre elles,
+tant en Italie qu'en Allemagne, en déterminant les frontières
+de telle manière qu'aucune des deux puissances ne fût, en
+temps de paix, dans une situation en quelque sorte offensive
+ou alarmante vis-à-vis de l'autre. Ne point se renfermer dans
+ce cercle raisonnable; faire dépendre la paix de quelques
+mille hommes de population de plus, qui n'ajoutent rien à
+la puissance d'un grand peuple, c'est oublier tous les maux
+dont gémit l'humanité souffrante, c'est demander une guerre
+qui ne peut avoir de but utile à aucune des deux nations.</p>
+
+<p>En finissant, les soussignés ont l'honneur de prier MM. les
+plénipotentiaires de S. M. l'empereur et roi de ne pas se servir,
+lorsqu'ils parlent des gouvernemens démocratiques et
+des peuples, de termes qui seraient injurieux pour le gouvernement
+que les plénipotentiaires de la république française
+représentent.</p>
+
+<p>Il n'est jamais arrivé aux soussignés, en parlant des ministres
+des rois et de leurs cours, de se servir d'aucune épithète
+qui pût leur être injurieuse.</p>
+
+<p>Les citoyens plénipotentiaires de la république française
+demandent à leurs excellences MM. les plénipotentiaires de
+S. M. l'empereur et roi de vouloir bien agréer l'assurance
+réitérée de leur haute considération.</p>
+
+<p>A Udine, le 10 thermidor an 5 de la république française,
+une et indivisible (28 juillet 1797).</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE et CLARKE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Note des citoyens plénipotentiaires de la république française.</i></p>
+
+<p>Si les soussignés plénipotentiaires de la république française
+ont été surpris de voir les troupes de S. M. impériale
+et royale s'emparer, contre la teneur des préliminaires de
+Léoben, et avant la conclusion définitive, de l'Istrie et de la
+Dalmatie, ils ne peuvent dissimuler que leur étonnement a
+été extrême en apprenant que ces mêmes troupes ont pris
+possession de la république de Raguse; ils protestent fortement
+contre la destruction de ladite république, et espèrent
+que S. M. l'empereur, animée par les sentimens de justice qui
+la caractérisent, sentira combien il est impossible que les
+autres puissances, et particulièrement la république française
+et la Porte-Ottomane, voient avec indifférence l'occupation
+d'un état neutre et indépendant, qui n'est jamais intervenu
+en aucune façon dans la guerre actuelle, et ils ne doutent
+pas que leurs excellences MM. les plénipotentiaires autrichiens
+ne contribuent de tout leur pouvoir à faire donner par S. M. les ordres les plus prompts, pour que ses troupes se retirent
+du territoire de la république de Raguse.</p>
+
+<p>Les soussignés réitèrent à leurs excellences MM. les plénipotentiaires
+de S. M. impériale et royale l'assurance de leur
+haute considération.</p>
+
+<p>Udine, le 10 thermidor an 6 (28 juillet 1797).</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE et H. CLARKE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Note des généraux Bonaparte et Clarke.</i></p>
+
+<p>Les citoyens plénipotentiaires de la république française
+ont pris en considération la note relative à la tenue de deux
+congrès, datée d'Udine le 18 juillet 1797, qui a été remise
+par leurs excellences MM. les plénipotentiaires de S. M. impériale
+et royale, et se sont rappelé les diverses demandes et
+allégations relatives à son contenu. Après s'être référés à leur
+note du 3 messidor, et particulièrement pour ce qui a rapport
+à la demande faite par leurs excellences MM. les plénipotentiaires
+autrichiens eux-mêmes, tant à Léoben qu'à Gratz, de
+traiter de la paix définitive et séparée de S. M. impériale et
+royale dans une ville d'Italie, les soussignés pensent que la
+convention signée à Montebello, le 5 prairial dernier, a
+tout prévu, et ils ont l'honneur de déclarer à leurs excellences
+MM. les plénipotentiaires autrichiens qu'ils s'en rapportent
+entièrement à son contenu.</p>
+
+<p>Les soussignés sont d'autant plus portés à insister à cet
+égard, qu'ils ne peuvent voir sans surprise et sans éprouver
+un sentiment pénible, reproduire à l'époque actuelle une
+question déjà décidée depuis deux mois; et ils avouent, avec
+franchise, que cette conduite tend à les confirmer dans la
+persuasion que la cour de Vienne ne cherche que des prétextes
+pour traîner la négociation en longueur et gagner du
+temps.</p>
+
+<p>Le meilleur moyen de prouver qu'on veut la paix, c'est
+de la conclure sur-le-champ, ainsi que les soussignés n'ont
+cessé de l'offrir et l'offrent encore, et sans sacrifier les intérêts
+des deux puissances à des considérations étrangères.</p>
+
+<p>Les soussignés assurent leurs excellences MM. les plénipotentiaires
+de S. M. impériale de leur parfaite considération.</p>
+
+<p>Udine, le 10 thermidor an 5 (28 juillet 1797).</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE et CLARKE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 thermidor an 5
+
+(28 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyens directeurs, la lettre que m'écrit
+le général Clarke: son secrétaire de légation est parti pour
+Vienne.</p>
+
+<p>Toujours rien de nouveau sur les négociations; il est impossible
+de se moquer de nous avec aussi peu de prudence.</p>
+
+<p>Il y a beaucoup de fermentation dans les états de Piémont,
+je ne sais pas trop comment cela finira; nous ne nous mêlons
+de rien.</p>
+
+<p>Je fais jeter un pont sur l'Isonzo, j'en fais fortifier les deux
+têtes, et je prends toutes les mesures, afin de faire voir aux
+ennemis que nous ne craignons pas la guerre, et que nous
+sommes prêts à la recommencer.</p>
+
+<p>Si la guerre recommence, il faudra faire en sorte que l'armée
+du Rhin-et-Moselle et celle de Sambre-et-Meuse n'en
+fassent qu'une, afin que l'ennemi se trouve entre l'armée d'Italie
+et celle-là.</p>
+
+<p>L'armée du Rhin, qui a déjà six mille hommes de cavalerie,
+se trouverait, avec les douze mille de l'armée de Sambre-et-Meuse,
+en avoir dix-huit mille. L'infanterie de l'armée
+de Rhin, jointe à celle de Sambre-et-Meuse, ferait une
+armée immense. Si vous voulez me faire passer quatre nouvelles
+demi-brigades avec trois mille hommes de cavalerie, je
+vous promets d'être dans Vienne aux vendanges, de me réunir
+sur le Danube avec l'armée du Rhin et de faire boire du
+vin de Tockai aux paysans hongrois.</p>
+
+<p>Nos troupes sont arrivées à Corfou, et y ont été reçues
+avec le plus grand plaisir. On se souvient encore en Albanie
+et en Grèce, de Sparte et d'Athènes. J'ai déjà quelques correspondances
+avec les principaux chefs du pays, et la Grèce
+pourrait peut-être renaître de ses cendres.</p>
+
+<p>Les députés suisses sont venus me trouver, nous nous
+sommes quittés fort bons amis.</p>
+
+<p>Conformément aux ordres que vous m'avez donnés, Bologne,
+Ferrare et la Romagne sont réunis à la république cisalpine.
+Mais j'ai pris le <i>mezzo termine</i> de ne pas m'en mêler.
+Je vous envoie l'arrêté du directoire exécutif de la république
+cisalpine.</p>
+
+<p>Si les choses se rompent, nous pourrions conclure un traité
+d'alliance avec la république de Gênes, qui nous fournirait
+trois mille hommes d'infanterie, trois cents hommes de cavalerie
+et six pièces de canon attelées, ce qui est toujours un
+très-bon secours dans l'immense carrière que je puis avoir à
+parcourir.</p>
+
+<p>Je vous envoie la lettre que je voulais écrire à l'empereur,
+et que je voulais envoyer par un de mes aides-de-camp.</p>
+
+<p>Mais tout ce qui arrive à Paris m'a fait craindre que l'on ne
+s'amusât à gloser sur cette démarche.</p>
+
+<p>Le brave général Desaix est venu voir l'armée d'Italie. Ce
+qu'il m'a dit de la situation de l'armée du Rhin n'est point
+du tout rassurant.</p>
+
+<p>Quant à l'armée d'Italie, je vous assure qu'elle est digne
+de la république, et que, si les choses se rompent, les Autrichiens
+le paieront.</p>
+
+<p>Le général Augereau est parti hier pour Paris, où il m'a
+demandé à aller pour des affaires particulières. Je profite de
+cette occasion pour vous envoyer les adresses des divisions de
+l'armée.</p>
+
+<p>Ces braves soldats ne reposent leur confiance que dans le
+gouvernement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 thermidor an 5
+
+(29 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyen général, deux notes que je
+crois essentielles et devoir être présentées à S. M. l'empereur:
+l'une, relative à Raguse, que l'armée autrichienne a
+occupée; l'autre, relative à l'argent qui est dû à l'armée du
+Rhin par les princes d'Allemagne.</p>
+
+<p>Vous y trouverez également une note pour celles que je
+crois que nous devons présenter au duo de Bavière et aux autres
+princes qui doivent de l'argent aux armées du Rhin et
+de Sambre-et-Meuse: si l'on pouvait sur-le-champ tirer
+un ou deux millions, ce serait un grand gain.</p>
+
+<p>Hoche n'ayant pas l'âge, n'a pu être ministre de la guerre;
+on m'assure que c'est Schérer qui sera être nommé.</p>
+
+<p>Il y a beaucoup de division entre le conseil des cinq-cents
+et le directoire.</p>
+
+<p>Lenoir de la Roche, étant d'une santé faible, sera remplacé
+par un autre ministre de la police.</p>
+
+<p>Il paraît que Hoche va s'embarquer pour l'Irlande.</p>
+
+<p>J'imagine que vous avez un chiffre pour correspondre
+avec Perret: n'oubliez pas de lui dire de prendre tous les renseignemens possibles sur la situation militaire de l'empereur
+dans ce moment-ci, et sur la valeur de ses levées en
+Hongrie et ailleurs, ainsi que sur les fortifications qu'il pourrait
+avoir faites à Gratz, Clagenfurth, ainsi que sur les têtes de
+pont de la Drave et de la Save, et sur la route de Clagenfurth
+à Bruck.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 thermidor an 5
+
+(30 juillet 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef des Mainottes.</i></p>
+
+<p>Le consul de la république française à Trieste m'a instruit
+de l'attention qu'avait eue votre seigneurie de m'envoyer
+une députation pour me faire connaître le désir qu'elle
+avait de voir dans son port des bâtimens français, et d'être
+de quelque utilité aux braves soldats français de l'armée
+d'Italie.</p>
+
+<p>Les Français estiment le petit, mais brave peuple Mainotte,
+qui, seul de l'ancienne Grèce, a su conserver sa liberté.
+Dans toutes les circonstances qui pourront se présenter, ils lui
+donneront toujours des marques de leur protection et prendront
+un soin particulier de favoriser ses bâtimens et tous ses
+citoyens.</p>
+
+<p>Je prie votre seigneurie d'accueillir favorablement les
+porteurs de cette présente, qui ont le plus grand désir de voir
+de plus près les dignes descendans de Sparte, auxquels il n'a
+manqué, pour être aussi renommés que leurs ancêtres, que de
+se trouver sur un plus vaste théâtre.</p>
+
+<p>La première fois que quelques-uns des parens de votre seigneurie
+auront occasion de venir en Italie, je la prie de vouloir
+bien me les adresser. J'aurai un vrai plaisir à leur
+donner des marques de l'estime que j'ai pour votre personne
+et pour vos compatriotes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 thermidor an 5
+
+(1er août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Après quinze jours d'une navigation assez heureuse, la
+flotte qui était partie de Venise, composée de plusieurs vaisseaux
+de ligne et de quelques frégates, sous les ordres du capitaine
+Bourdet, ayant à bord quelques troupes de débarquement
+commandées par le général Gentili, a mouillé dans
+la rade de Corfou. Quatre bâtimens de guerre vénitiens, qui
+s'y trouvaient, ont augmenté notre escadre.</p>
+
+<p>Le 10 messidor, nos troupes ont débarqué et pris possession
+des forts de Corfou, où elles ont trouvé six cents pièces
+de canon, la plus grande partie en bronze. Un peuple immense
+était sur le rivage pour accueillir nos troupes avec les
+cris d'allégresse et d'enthousiasme qui animent les peuples
+lorsqu'ils recouvrent leur liberté.</p>
+
+<p>A la tête de tout ce peuple était le papas ou chef de la religion
+du pays, homme instruit et d'un âge avancé.</p>
+
+<p>Il s'approcha du général Gentili et lui dit: «Français,
+vous allez trouver dans cette île un peuple ignorant dans les
+sciences et les arts qui illustrent les nations; mais ne le méprisez
+pas pour cela, il peut devenir encore ce qu'il a été.
+Apprenez, en lisant ce livre, à l'estimer».</p>
+
+<p>Le général Gentili ouvrit avec curiosité le livre que lui
+présentait le papas, et il ne fut pas médiocrement surpris en
+voyant l'Odyssée d'Homère.</p>
+
+<p>Les îles de Zante et de Céphalonie, de Saint-Maure ont le
+même désir et expriment les mêmes sentimens pour la liberté.
+L'arbre de la liberté est dans tous les villages; des municipalités
+gouvernent toutes les communes, et les peuples espèrent
+qu'avec la protection de la grande nation, ils recouvreront
+les sciences, les arts et le commerce qu'ils avaient perdus sous
+la tyrannie des olygarques.</p>
+
+<p>L'île de Corcyre était, selon Homère, la patrie de la princesse
+Nausicaa. Le citoyen Arnaut, qui jouit d'une réputation
+méritée dans les belles-lettres, me mande qu'il va s'embarquer
+pour faire planter le drapeau tricolore sur les débris
+du palais d'Ulysse.</p>
+
+<p>Le chef des Mainottes, peuple vrai descendant des Spartiates
+et qui occupe la péninsule où est situé le cap de Matapan,
+m'a envoyé un des principaux du pays pour me marquer
+le désir qu'il aurait de voir dans son port quelques
+vaisseaux français, et d'être utile en quelque chose au grand
+peuple.</p>
+
+<p>Je lui ai répondu la lettre dont je vous envoie la copie.</p>
+
+<p>Je n'ai pas encore de nouvelles de l'amiral Brueys.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 thermidor an 5.
+
+(1er août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p>
+
+<p>Il y a à Vicence, citoyen général, la veuve Brissac, fille du
+respectable Mancini-Nivernois: elle est hors de France depuis
+1787. Je ne vois point d'inconvénient à ce que vous lui
+donniez un passe-port pour se rendre au quartier-général,
+comme je lui en ferai donner un pour se rendre en France;
+je vous prie même, si l'occasion s'en présentait naturellement,
+de lui faire des honnêtetés. Son père, que vous connaissez
+peut-être de réputation, est un littérateur célèbre.</p>
+
+<p>L'adresse de votre division a été goûtée à Paris.</p>
+
+<p>Hoche n'ayant pas l'âge, le général Schérer a été nommé
+ministre de la guerre.</p>
+
+<p>On est toujours à Paris aussi agité: les messieurs sont divisés
+entre eux.</p>
+
+<p>L'armée de Sambre-et-Meuse se prononce avec la plus
+grande vigueur.</p>
+
+<p>Le général Desaix est ici depuis plusieurs jours: il m'assure
+que l'armée du Rhin partage les mêmes sentimens que
+l'armée d'Italie.</p>
+
+<p>Le général Serrurier vient d'arriver; il est indigné du
+royalisme qui agite l'intérieur.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 16 thermidor an 5
+
+(3 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Note remise au ministre de Sa Sainteté.</i></p>
+
+<p>Lors du traité de Tolentino, messieurs les plénipotentiaires
+de Sa Sainteté et les plénipotentiaires français entrevirent
+le moment où il serait possible de rapprocher le Saint-Siège
+de la France, et où le pape et le gouvernement français
+pourraient employer réciproquement leur prépondérance
+pour consolider la tranquillité intérieure des deux états et
+concourir à leur satisfaction commune.</p>
+
+<p>Le moment actuel est l'instant propice pour commencer à
+mettre à exécution ce grand oeuvre, où la sagesse, la politique
+et la vraie religion doivent jouer un grand rôle.</p>
+
+<p>Le gouvernement français vient de permettre de r'ouvrir les
+églises du culte catholique, apostolique et romain, et d'accorder
+à cette religion tolérance et protection.</p>
+
+<p>Ou les prêtres profiteront de ce premier acte du gouvernement
+français dans le véritable esprit de l'Évangile, en concourant
+à la tranquillité publique et en prêchant les véritables
+maximes de charité, qui sont le fondement de la religion de
+l'Évangile: alors je ne mets plus en doute qu'ils n'obtiennent
+une protection plus spéciale, et que ce ne soit un heureux
+commencement vers le but tant désiré.</p>
+
+<p>Ou si les prêtres se conduisent d'une manière tout opposée,
+ils seront de nouveau persécutés et chassés.</p>
+
+<p>Le pape, comme chef des fidèles et centre commun de la
+foi, peut avoir une grande influence sur la conduite que
+tiendront les prêtres. Il pensera peut-être qu'il est digne de
+sa sagesse, de la plus sainte des religions, de faire une bulle
+ou mandement qui ordonne aux prêtres obéissance au gouvernement,
+et de faire tout ce qui sera en leur pouvoir pour
+consolider la constitution établie. Si cette bulle est conçue
+dans des termes précis et convenables au grand but qu'elle
+peut produire, elle sera un grand acheminement vers le bien
+et extrêmement avantageuse à la prospérité de la religion.</p>
+
+<p>Après cette première opération, il serait utile de connaître
+les mesures qui pourraient être prises pour réconcilier les
+prêtres constitutionnels avec les prêtres non constitutionnels;
+enfin les mesures que pourrait proposer la cour de Rome pour
+lever tous les obstacles et pour ramener aux principes de religion
+la majorité du peuple français. Je prie M. le ministre
+de Sa Sainteté de vouloir bien communiquer ces idées au
+pape, et de me faire connaître le plus tôt possible sa réponse.</p>
+
+<p>Le désir d'être utile à la religion est un des principaux motifs
+qui m'ont dicté la présente note.</p>
+
+<p>La théologie simple et pure de l'Évangile; la sagesse, la
+politique et l'expérience du pape peuvent, si elles sont exclusivement
+écoutées, avoir des résultats heureux pour la chrétienté
+et la gloire personnelle de Sa Sainteté, qui connaît les
+sentimens particuliers d'affection que je lui ai voués.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 17 thermidor an 5
+
+(4 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Je crois essentiel, citoyen général, que vous vous rendiez
+le plus tôt possible à Venise, en laissant à Corfou le vaisseau
+vénitien que vous y prendrez à votre retour.</p>
+
+<p>Vous trouverez à Venise des habillemens pour deux mille
+matelots et sept cents hommes d'infanterie, vos vivres pour
+deux mois, et 500,000 fr. pour payer vos matelots.</p>
+
+<p>Pendant ce temps-là, vous donnerez une instruction à l'officier
+que vous laisserez à Corfou, pour qu'il complète les
+équipages des vaisseaux vénitiens, et qu'on les mette dans le
+meilleur état pour leur retour.</p>
+
+<p>Votre présence à Venise vous mettra à même de prendre
+vos vivres et les hommes dont vous avez besoin pour armer
+les vaisseaux vénitiens.</p>
+
+<p>Vous vous mettrez à même de pouvoir cacher pendant
+près de deux mois l'intention où nous sommes d'enlever tous
+les vaisseaux vénitiens, et pendant cet intervalle les cinq
+vaisseaux qui sont sur le chantier se trouveront à peu près
+terminés.</p>
+
+<p>La présence de votre escadre à Venise ne fera qu'un bon
+effet aux négociations qui sont entamées dans ce moment-ci
+avec l'empereur, qui, devant être nécessairement terminées
+dans un mois, nous mettront à même de nous être extrêmement
+utiles dans les opérations de la campagne, si elle devait
+avoir lieu.</p>
+
+<p>Avant de partir de Corfou, vous devez dire à tous les officiers,
+gouverneurs et agens vénitiens, que votre intention
+est de réunir les forces vénitiennes avec l'escadre française
+pour reconquérir la Dalmatie, et que vous vous rendez en
+conséquence à Venise pour y prendre des troupes.</p>
+
+<p>Quand vous arriverez à Venise, vous y verrez le général
+Baraguay d'Hilliers: vous vous présenterez au gouvernement
+central de cette république, et, sans prononcer proprement le
+nom de Dalmatie, vous leur direz qu'il est important de réunir
+les forces navales françaises et vénitiennes, pour vous
+mettre à même de remplir une grande mission dont vous devez
+recevoir les dernières instructions de moi, et vous laisserez
+entrevoir que cette mission est l'expédition de la Dalmatie.</p>
+
+<p>Lorsque vous serez arrivé à Venise, si mes occupations
+me le permettent, je m'y transporterai: nous aurons de
+toute manière l'occasion de nous y voir et d'y conférer sur
+nos opérations ultérieures.</p>
+
+<p>Je vous prie de croire au désir que j'ai de renouveler votre
+connaissance, et de vous donner des preuves de l'estime et
+de la considération que je vous ai vouées.</p>
+
+<p><i>P.S.</i> On charge, à Venise, deux bâtimens d'objets de
+marine de toute espèce, vous pourrez les escorter en France
+avec votre escadre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 thermidor an 5
+
+(7 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A son altesse royale le duc de Parme.</i></p>
+
+<p>On cherche à donner des inquiétudes à V.A.R., on suppose
+des sujets de brouillerie entre elle et la république
+française.</p>
+
+<p>Je me fais un devoir d'assurer V.A.R. que le directoire
+exécutif de la république française, n'ayant qu'à se louer de
+la conduite de V.A.R. pendant toute la guerre d'Italie,
+saisira toutes les occasions de témoigner à V.A.R. les sentimens
+qu'il doit à ses bons procédés: en mon particulier,
+ayant été le témoin de l'accueil et des bons soins que S.A.R.
+a toujours eus pour nos frères d'armes, je serai toujours
+flatté de pouvoir faire quelque chose qui lui soit agréable. A
+ce sentiment de reconnaissance doit se joindre un sentiment
+d'estime: j'ai vu les états de V.A.R., et je me suis dit qu'il
+faudrait que les princes de l'Europe apprissent en Toscane à
+conserver leurs trônes, en les fondant sur la modération et
+la félicité de leurs peuples.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 thermidor an 5
+
+(7 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p>
+
+<p>Dès l'instant, citoyen général, que j'aurai des nouvelles
+de l'arrivée de M. le marquis de Gallo et de M. de Degelmann,
+et qu'ayant pris connaissance de leurs pouvoirs, vous
+m'assurerez qu'ils ont la faculté nécessaire pour négocier, je
+me rendrai en toute diligence à Udine: je vous prie de
+m'envoyer par le courrier les notes de Perret sur la situation
+de Vienne et de l'armée impériale de Gratz et de Clagenfurth.</p>
+
+<p>J'attends à chaque instant un courrier de Paris.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 thermidor an 5
+
+(9 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>J'ai l'honneur de vous faire passer, citoyen ministre, copie
+d'une lettre que je reçois d'Udine, du général Clarke. Je
+me rendrai à Udine dès l'instant que je saurai l'arrivée de
+M. de Gallo avec ses pleins pouvoirs.</p>
+
+<p>J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
+le 14 thermidor. J'attends à chaque instant que vous
+me fassiez connaître le parti que prendra le directoire, voulant
+la paix promptement; je ne doute pas qu'il ne soit nécessaire
+de faire quelques démarches qui en imposent à la
+cour de Vienne, sans quoi ils traîneront toujours en longueur,
+parce qu'ils attendent tout de leurs menées dans l'intérieur.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 thermidor an 5
+
+(9 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai annoncé, après la bataille de Rivoli, vingt-un
+drapeaux, et je ne vous en ai envoyé que quinze ou seize.</p>
+
+<p>Je vous envoie, par le général Bernadotte, les autres, qui
+avaient été laissés par mégarde à Peschiera.</p>
+
+<p>Cet excellent général, qui a fait sa réputation sur la rive du
+Rhin, est aujourd'hui un des officiers les plus essentiels à la
+gloire de l'armée d'Italie. Il commande les trois divisions qui
+sont sur les frontières d'Allemagne, je vous prie de vouloir
+bien l'envoyer à l'armée d'Italie le plus tôt possible.</p>
+
+<p>Je ne dois pas laisser passer cette occasion sans donner à
+sa brave division et aux troupes qui, l'année dernière, sont
+venues du Rhin et de Sambre-et-Meuse pour l'armée d'Italie,
+le tribut d'éloges que je dois à leurs services.</p>
+
+<p>Dans toutes les occasions, elles ont culbuté ce qui était
+devant elles. Au passage du Tagliamento, comme à l'attaque
+de Gradisca, elles ont montré ce courage et ce zèle ardent
+pour la gloire nationale, qui distinguent les armées de la république.</p>
+
+<p>Vous voyez dans le général Bernadotte un des amis les plus
+solides de la république, incapable, par principes comme par
+caractère, de capituler avec les ennemis de la liberté pas
+plus qu'avec l'honneur.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 thermidor an 5
+(9 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien donner ordre que l'on fasse arrêter sur-le-champ
+le garde-magasin de vivres de Milan, le faire traduire en prison, et le faire juger par un conseil militaire,
+pour avoir donné, depuis huit jours, du pain détestable à
+la troupe et capable de faire tomber malades les soldats;</p>
+
+<p>Comme convaincu, en outre, d'avoir fabriqué du pain
+blanc et d'en avoir donné à qui la loi n'en accorde pas, et
+d'avoir offert aux soldats une ration de pain blanc pour deux
+rations de pain ordinaire, lorsqu'il est évident qu'il ne fait
+fabriquer ce pain blanc qu'en faisant celui de la troupe de la
+plus mauvaise qualité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 thermidor an 5
+
+(9 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p>
+
+<p>Le général en chef arrête:</p>
+
+<p>ART 1er. Le général de brigade Point est nommé inspecteur
+des hôpitaux entre la Brenta et le Mincio.</p>
+
+<p>2. Le général Dessoles est nommé inspecteur des hôpitaux
+entre l'Isonzo et la Brenta.</p>
+
+<p>3. Le général Vignolles est nommé inspecteur des hôpitaux
+entre le Tesin et le Mincio.</p>
+
+<p>4. Ils se mettront sur-le-champ en route pour faire la tournée
+de tous les hôpitaux: ils auront soin de s'assurer du nombre
+des malades y existans, de la moralité des différens employés;
+de prendre note des plaintes qui pourront être portées
+par les malades: ils sont autorisés à faire arrêter sur-le-champ
+les employés contre lesquels il y aurait des plaintes;
+ils prendront note des approvisionnemens de la pharmacie et
+de ce qui est dû à chaque employé, soit pour sa solde, soit
+pour les différens abonnemens que les entrepreneurs auraient
+faits avec eux.</p>
+
+<p>5. Ils auront soin d'ordonner aux commissaires des guerres
+chargés du service des hôpitaux et au contrôleur ambulant,
+que l'on ne fasse aucune évacuation, mais que l'on proportionne,
+dans chaque ville, le nombre des hôpitaux au
+nombre des malades.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 thermidor an 5
+
+(11 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien ordonner au général Duphot, qui doit
+partir cette nuit pour Verone, de suspendre son départ,
+et, au lieu de cela, de partir, dans le plus court délai, pour
+se rendre à Gênes, organiser les troupes de cette république,
+en conséquence de la demande qui m'a été faite d'un général
+français par le gouvernement de Gênes: il s'adressera au citoyen
+Faypoult, et viendra chercher demain ici ses lettres de
+créance pour le gouvernement provisoire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 24 thermidor an 5
+
+(11 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>A l'administration centrale du département de Saône-et-Loire.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyens, votre lettre du 15 thermidor. Je vous
+remercie des soins que vous avez bien voulu avoir pour les
+blessés de l'armée d'Italie: vous en trouverez le prix dans votre
+satisfaction, et dans la reconnaissance de tous les défenseurs
+de la patrie. Je me suis empressé de faire mettre à l'ordre du
+jour de l'armée les obligations que nous nous trouvons avoir
+contractées envers vous.</p>
+
+<p>Je vous prie de croire, citoyens administrateurs, aux sentimens
+d'estime que m'inspire votre conduite, et au désir que
+j'ai de pouvoir vous témoigner ma gratitude.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 thermidor an 5
+
+(12 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p>
+
+<p>L'ordonnance qui interdit l'entrée du territoire cisalpin aux
+Piémontais a eu véritablement pour but d'empêcher beaucoup
+d'individus de la cour de Turin qui craignaient la révolution,
+de venir à Milan. Il est cependant vrai que, nous
+étant maintenus en bonne harmonie avec la cour de Turin
+pendant tout le temps qu'a duré son mouvement, il est plus
+essentiel que nous continuions ainsi dans les circonstances présentes;
+mais le citoyen Miot se plaint déjà de ce que la cour
+de Turin abuse de sa victoire et se porte à des excès de toute
+espèce. La cour de Turin arme les paysans, quoique je lui
+eusse fait sentir combien cette mesure était dangereuse.</p>
+
+<p>Plusieurs Français ont déjà été assassinés, à ce qu'on assure,
+du côté d'Alexandrie. Je crois donc que, jusqu'à ce
+qu'on voie le parti que prendra la cour, il ne faut rien faire
+qui puisse nous ôter les moyens de la tenir en respect; et
+d'ailleurs il serait contre le droit des gens et contre nos principes
+de refuser de donner refuge à des hommes persécutés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 thermidor an 5
+
+(12 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot.</i></p>
+
+<p>On ne peut voir qu'avec horreur, citoyen ministre, les
+excès auxquels se porte la cour de Turin: quoique je lui aie
+fait dire par M. Bossi que je m'opposerais à l'armement des
+paysans, elle arme de tous côtés, et déjà les assassinats commencent.</p>
+
+<p>Je vous prie donc de présenter sur-le-champ une note,
+pour qu'elle ait à désarmer sans délai les paysans, et à
+ramener la tranquillité dans ses états.</p>
+
+<p>Les paysans qu'elle a armés en masse du côté d'Alexandrie
+ont déjà assassiné plusieurs Français: vous voyez combien
+il est urgent de faire finir cela le plus tôt possible.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 thermidor an 5
+
+(16 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>L'empereur paraît diriger toutes ses forces vers l'Italie:
+les nombreuses recrues qu'il fait, jointes aux prisonniers
+qu'on lui a rendus et qu'il a le temps d'exercer, le mettront
+dans le cas de m'opposer une armée formidable. Peut-être
+jugerez vous essentiel de faire passer à l'armée d'Italie une
+augmentation de cavalerie, quelques compagnies d'artillerie
+et quelques demi-brigades d'infanterie.</p>
+
+<p>Vous jugerez également nécessaire d'ordonner au général
+Kellermann de renvoyer de l'armée des Alpes tous les détachemens
+qu'il a des demi-brigades appartenant à l'armée
+d'Italie.</p>
+
+<p>J'ai envoyé à la citadelle de Corfou les deux premiers bataillons
+de la soixante-dix-neuvième, je désirerais que vous
+donnassiez l'ordre au général Sabuguet de nous faire passer
+le troisième, qui se trouve à Avignon, et que je ferai également
+partir pour Corfou.</p>
+
+<p>Les îles de Corfou, de Zante et de Céphalonie sont plus
+intéressantes pour nous que toute l'Italie ensemble.</p>
+
+<p>Je crois que si nous étions obligés d'opter, il vaudrait
+mieux restituer l'Italie à l'empereur, et garder les quatre
+îles, qui sont une source de richesses et de prospérité pour
+notre commerce. L'empire des Turcs s'écroule tous les jours.</p>
+
+<p>La possession de ces îles nous mettra à même de le soutenir
+autant que cela sera possible, ou d'en prendre notre part.</p>
+
+<p>Les temps ne sont pas éloignés où nous sentirons que,
+pour détruire véritablement l'Angleterre, il faut nous emparer
+de l'Égypte. Le vaste empire ottoman, qui périt tous les
+jours, nous met dans l'obligation de penser de bonne heure
+à prendre des moyens pour conserver notre commerce du
+Levant.</p>
+
+<p>Les citadelles de Corfou, de Zante et de Céphalonie sont
+en très-bon état, pourvues d'une nombreuse artillerie: je fais
+réparer les affûts et je viens d'y envoyer des vivres et des
+munitions pour un an. Je désirerais donc avoir le troisième
+bataillon de la soixante-dix-neuvième demi-brigade, que
+j'y ferais passer. Je vais y envoyer deux mille Cisalpins.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 thermidor an 5
+
+(16 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu">Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie.</p>
+
+<p>Voulant donner, au nom de la république française, à la
+Sublime-Porte une marque de son estime et de son amitié,
+ordonne:</p>
+
+<p>ART 1er. Aux généraux commandant les différentes places
+de commerce occupées par les Français en Italie, d'accorder
+une protection spéciale aux sujets ottomans, grecs, et surtout
+aux Albanais.</p>
+
+<p>2. Tout sujet ottoman sera maître de se loger où il lui
+plaira, sans que l'on puisse les astreindre à demeurer tous
+dans une même maison, et à rentrer à une heure fixe.</p>
+
+<p>3. Les bâtimens de la république accorderont protection
+et secours aux bâtimens portant pavillon ottoman, et spécialement
+aux Grecs et aux Albanais.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 thermidor an 5
+
+(16 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au pacha de Scutari.</i></p>
+
+<p>J'ai lu avec le plus grand plaisir les choses flatteuses contenues
+dans la lettre de votre seigneurie.</p>
+
+<p>La république française est l'amie vraie de la Sublime-Porte;
+elle estime plus particulièrement la brave nation albanaise
+qui est sous vos ordres.</p>
+
+<p>J'ai entendu avec douleur le malheur arrivé à votre illustre
+frère: cet intrépide guerrier méritait un sort digne de son
+courage; mais il est mort de la mort des braves.</p>
+
+<p>J'envoie à votre seigneurie l'ordre que j'ai donné pour que
+désormais le pavillon ottoman puisse voyager sans inquiétude
+dans l'Adriatique. Non seulement les Turcs seront traités
+comme les autres nations, mais même avec une espèce de
+partialité. J'ai détruit l'usage barbare des..... Dans toutes
+les occasions, je protégerai les Albanais, et je me ferai un
+plaisir de donner à votre seigneurie une marque de mon estime
+et de la haute considération que j'ai pour elle.</p>
+
+<p>Je prie votre seigneurie de recevoir comme une marque de
+mon amitié les quatre caisses de fusils que je lui envoie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 3 fructidor an 5
+
+(20 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Grogniard, ordonnateur de la marine, à
+Toulon.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 13 thermidor, avec
+celle qui y était jointe.</p>
+
+<p>Pitt n'aurait pas pu se conduire d'une manière plus contraire
+à notre marine, que viennent de le faire, à l'égard de
+la marine de Toulon, les commissaires de la trésorerie.</p>
+
+<p>La solde des marins du département de Toulon était arriérée
+depuis trois mois; ils refusaient, en conséquence, de
+s'enrôler, et empêchaient par-là le contre-amiral Brueys de
+partir.</p>
+
+<p>La même raison vous empêchait de m'envoyer des officiers
+marins et des matelots pour l'armement des vaisseaux
+vénitiens.</p>
+
+<p>Je vous envoie un million provenant des contributions de
+l'armée d'Italie, afin de vous mettre à même de subvenir à
+ces dépenses urgentes, et de remplir le premier devoir qui est
+imposé par la loi à la trésorerie: et ses commissaires ont l'impudence
+de vous ôter ce million! et vous avez la faiblesse d'y
+consentir!</p>
+
+<p>Je ne suis pas votre juge; mais si vous étiez sous mes ordres,
+je vous mettrais aux arrêts pour avoir obtempéré à une
+réquisition ridicule et avoir laissé partir ce million pour Paris,
+lorsque la trésorerie ne remplit pas son devoir le plus sacré,
+qui est la solde de vos marins: peut-être que les commissaires
+ne se doutaient pas combien ils entravaient la marche de nos
+opérations, et combien ils faisaient de tort aux armes de la
+république, en vous ôtant ce million dans ce moment-ci.</p>
+
+<p>La trésorerie, me dites-vous, donne l'ordre au payeur de
+l'armée d'Italie de fournir un autre million à Toulon; les commissaires
+savent cependant mieux que personne que l'argent
+que la caisse de l'armée d'Italie a fourni, joint aux dépenses
+immenses d'une armée aussi nombreuse, nous mettent désormais
+dans l'impossibilité de subvenir aux besoins d'autres
+services que celui de l'armée.</p>
+
+<p>L'amiral Brueys me mande de Corfou qu'il arrive à Venise,
+et qu'il est arriéré de quatre mois de solde: c'est encore un
+surcroît de dépense très-considérable pour la caisse de l'armée;
+mais nous chercherons à y subvenir en tout ou en
+partie. Le soldat de l'armée d'Italie se fera toujours un plaisir
+de partager son pain avec les braves marins.</p>
+
+<p>Croyez, je vous prie, aux sentimens, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 fructidor an 5
+
+(21 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p>
+
+<p>Je pars demain, citoyen général, pour me rendre à la campagne
+près de Godroïpo: si l'intention des plénipotentiaires
+est de se loger à la campagne, je dirai au général Victor de
+se donner les sollicitudes nécessaires pour trouver aux environs
+un logement convenable. S'ils préfèrent rester à Udine,
+on pourra tenir alors nos conférences alternativement à Udine
+et à la campagne.</p>
+
+<p>La paix avec le Portugal est signée. Je vous prie de me
+renvoyer le courrier par Trévise, Padoue, Vicence et Verone,
+afin que je sois instruit si le troisième plénipotentiaire
+est arrivé; car, comme j'ai beaucoup à faire dans mes divisions,
+je ne voudrais pas arriver avant M. Degelmann; je
+trouverais fort désagréable de rester cinq ou six jours à la
+campagne sans rien faire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 fructidor an 5
+
+(23 août 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je n'ai que six mille hommes de grosse cavalerie, le général
+Kellermann en a trois cents à Lyon qui y sont très-inutiles,
+et cela me compléterait tout le cinquième régiment de
+cavalerie; il est indispensable que vous me l'envoyiez à
+l'armée.</p>
+
+<p>Le neuvième de dragons a aussi 300 hommes à Lyon, et
+le dix-huitième de dragons, 409 hommes à Marseille et à
+Bordeaux.</p>
+
+<p>Il serait bien utile que vous donnassiez les ordres pour
+que ces détachemens rentrassent. L'armée d'Italie est très-faible
+en cavalerie. L'arrivée, d'ailleurs, de ces détachemens
+fera un très-bon effet dans l'esprit de l'empereur, qui a redoublé
+d'activité pour armer et se mettre en défense.</p>
+
+<p>Si la campagne s'ouvre, il me faudrait un peu de cavalerie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+
+
+
+FIN DU TOME PREMIER
+
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12230 ***</div>
+</body>
+</html>