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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:39:20 -0700 |
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PANCKOUCKE, Éditeur</h2> + +<h4>MDCCCXXI.</h4> +<br><br><br> + + + +<p>NAPOLÉON BONAPARTE n'existe plus, sa vie +appartient à l'histoire; peut-être ne convient-il +pas de l'écrire encore, bien des faits doivent +être appréciés, bien des passions calmées, bien +des intérêts satisfaits, beaucoup d'affections et +beaucoup d'inimitiés éteintes avant que l'on +puisse parler avec impartialité et raison d'un +homme aussi remarquable dans une période +d'événemens si extraordinaires.</p> + +<p>Beaucoup de faits sont connus, sans doute, +mais leur origine est loin d'être éclaircie, et ces +faits ne peuvent être jugés qu'en appréciant sa +position, qui l'a toujours commandé, la nature +de son génie, qui lui a fait produire de grandes +choses et commettre des fautes.</p> + +<p>Ce qu'il a écrit, ce qu'il a dit dans les diverses +circonstances de son existence militaire +et politique, servira mieux à le faire connaître +que les discours de ses amis ou de ses ennemis.</p> + +<p>Son génie est empreint tout entier dans ses +lettres écrites durant les campagnes d'Italie et +d'Égypte: les lettres se succédaient chaque jour, +sa pensée était partout. Sa correspondance durant +le consulat n'a pas été moins active; nous +y avons réuni les notes qu'il faisait alors insérer +dans les journaux, et que plusieurs guides sûrs +nous ont fait connaître.</p> + +<p>Nous publierons ensuite ses messages durant +le gouvernement impérial, ses ordres du jour, +ses proclamations, ses réponses aux députations, +ses lettres aux divers souverains, et ces +bulletins écrits, sous sa dictée, sur le champ +même de bataille, un moment après la victoire.</p> + +<p>Nous y joindrons quelques actes émanés de +sa seule volonté, et qui ont été comme les +bases de son gouvernement et de sa politique +intérieure, soit pour récompenser ceux qu'il +aimait, soit pour punir ceux qu'il craignait.</p> + +<p>Nous ferons connaître, dans la dernière partie, +les détails de ses entretiens familiers lors +de sa plus grande élévation, ou dans son exil, +et nous terminerons par plusieurs morceaux +qu'il écrivit à Sainte-Hélène, et par des lettres +confidentielles qui lui furent adressées à diverses +époques.</p> + +<p>Le premier volume, qui paraîtra plus tard, +fera connaître sa généalogie; cette pièce assez +étendue a été extraite des registres de San-Miniato; +elle se compose de vingt pièces, remonte +jusqu'à 1268, et contient l'histoire de +tous ses ascendans, elle n'avait jamais été publiée; +nous y placerons une histoire chronologique +très-détaillée de Bonaparte, et présentant +tous les faits qui lui sont personnels, sans +aucune observation critique. On pourra ainsi +faire concorder les faits avec ses lettres, ses +messages et ses discours<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Footnote 1:</b><a href="#footnotetag1"> (return) </a> Nous espérons aussi placer dans ce premier volume un +discours que Bonaparte envoya fort jeune pour concourir à +un prix proposé par l'Académie de Besançon. On nous a +donné l'assurance de nous le faire connaître. Ce retard nous +a forcé à différer la publication du tome premier.</blockquote> + +<p>Ce Recueil pourra être placé à côté des Commentaires +de César, et des oeuvres de plusieurs +illustres souverains. Il rappellera aux militaires +les ordres qui ont dicté la victoire; à beaucoup +d'autres personnes, les lettres qui leur ont envoyé +des faveurs et qui les ont élevées à un rang +dont elles jouissent aujourd'hui.</p> + +<p>Sans doute sa carrière si brillante a été ternie +par des actions blâmables; mais que ceux qui +seront les moins indulgens se rappellent cette +captivité si longue supportée avec dignité, et +cette mort reçue avec calme au milieu de la +solitude de l'Océan; cette mort de celui dont +tous les rois et leurs cours devaient porter le +deuil; qu'ils se rappellent ces paroles du souverain +qui fera plus par sa sagesse et par le +temps pour le bonheur de la France, que Napoléon +ne fit par sa rapidité et par ses armes, +qui eut réellement le plus à s'en plaindre, et +qui, parlant au fils adoptif de Bonaparte, lui +dit: <i>J'ai souvent admiré celui que vous +aimez</i>.</p> +<br><br><br> + +<h4>OEUVRES</h4> +<h2>DE NAPOLÉON</h2> +<h3>BONAPARTE</h3> + +<hr class="short"> + +<h4>LETTRE</h4> +<h3>DE M. BUONAPARTE</h3> + +<h4>A M. MATTEO BUTTAFOCO,</h4> + +<h5>DÉPUTÉ DE LA CORSE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE.</h5> + +<p>MONSIEUR,</p> + +<p>Depuis Bonifacio au cap Corse, depuis +Ajaccio à Bastia, ce n'est qu'un chorus +d'imprécations contre vous. Vos amis se +cachent, vos parens vous désavouent, et le +sage même, qui ne se laisse jamais maîtriser +par l'opinion populaire, est entraîné +cette fois par l'effervescence générale.</p> + +<p>Qu'avez-vous donc fait? Quels sont donc +les délits qui puissent justifier une indignation +si universelle, un abandon si complet? +C'est, monsieur, ce que je me plais à rechercher, +en m'éclairant avec vous.</p> + +<p>L'histoire de votre vie, depuis au moins +que vous vous êtes lancé sur le théâtre des +affaires, est connue. Ses principaux traits +en sont tracés ici en lettres de sang. Cependant, +il est des détails plus ignorés: je +pourrais alors me tromper; mais je compte +sur votre indulgence et espère dans vos renseignemens.</p> + +<p>Entré au service de France, vous revîntes +voir vos parens: vous trouvâtes les +tyrans battus, le gouvernement national +établi, et les Corses, maîtrisés par les grands +sentimens, concourir à l'envi, par des sacrifices +journaliers, à la prospérité de la +chose publique. Vous ne vous laissâtes pas +séduire par la fermentation générale: bien +loin de là, vous ne vîtes qu'avec pitié ce +bavardage de patrie, de liberté, d'indépendance, +de constitution, dont l'on avait +boursouflé jusqu'à nos derniers paysans. +Une profonde méditation vous avait dès +lors appris à apprécier ces sentimens factices, +qui ne se soutiennent qu'au détriment +commun. Dans le fait, le paysan doit travailler, +et non pas faire le héros, si l'on +veut qu'il ne meure pas de faim, qu'il élève +sa famille, qu'il respecte l'autorité. Quant +aux personnes appelées par leur rang et leur +fortune au commandement, il n'est pas +possible qu'elles soient long-temps dupes, +pour sacrifier à une chimère leurs commodités, +leur considération; et qu'elles s'abaissent +à courtoiser un savetier, pour finale +de faire les Brutus. Cependant, comme +il entrait dans vos projets de vous captiver +M. Paoli, vous dûtes dissimuler: M. Paoli +était le centre de tous les mouvemens du +corps politique. Nous ne lui refuserons pas +du talent, même un certain génie: il avait +en peu de temps mis les affaires de l'île +dans un bon système: il avait fondé une +université où, la première fois peut-être +depuis la création, l'on enseignait dans +nos montagnes les sciences utiles au développement +de notre raison. Il avait établi +une fonderie, des moulins à poudre, des +fortifications qui augmentaient les moyens +de défense: il avait ouvert des ports qui, +encourageant le commerce, perfectionnaient +l'agriculture: il avait créé une marine +qui protégeait nos communications, +en nuisant extrêmement aux ennemis. Tous +ces établissemens, dans leur naissance, n'étaient +que le présage de ce qu'il eût fait un +jour. L'union, la paix, la liberté étaient +les avant-coureurs de la prospérité nationale, +si toutefois un gouvernement mal +organisé, fondé sur de fausses bases, n'eût +été un préjugé encore plus certain des malheurs, +de l'anéantissement total où tout +serait tombé.</p> + +<p>M. Paoli avait rêvé de faire le Solon; +mais il avait mal copié son original: il +avait tout mis entre les mains du peuple +ou de ses représentans, de sorte qu'on ne +pouvait exister qu'en lui plaisant. Étrange +erreur! qui soumet à un brutal, à un mercenaire, +l'homme qui, par son éducation, +l'illustration de sa naissance, sa fortune, +est seul fait pour gouverner. À la longue, +un bouleversement de raison si palpable +ne peut manquer d'entraîner la ruine et la +dissolution du corps politique, après l'avoir +tourmenté par tous les genres de maux.</p> + +<p>Vous réussîtes à souhait. M. Paoli, +sans cesse entouré d'enthousiastes ou de +têtes exaltées, ne s'imagine pas que l'on +pût avoir une autre passion que le fanatisme +de la liberté et de l'indépendance.</p> + +<p>Vous trouvant de certaines connaissances +de la France, il ne daigna pas observer de +plus près que vos paroles, les principes de +votre morale: il vous fit nommer pour +traiter à Versailles de l'accommodement +qui s'entamait sous la médiation de ce cabinet. +M. de Choiseul vous vit et vous connut: +les âmes d'une certaine trempe sont +d'abord appréciées. Bientôt, au lieu du +représentant d'un peuple libre, vous vous +transformâtes en commis d'un satrape: +vous lui communiquâtes les instructions, +les projets, les secrets du cabinet de Corse.</p> + +<p>Cette conduite, qu'ici l'on trouve basse +et atroce, me paraît à moi toute simple; +mais c'est qu'en toute espèce d'affaire, il +s'agit de s'entendre et de raisonner avec +flegme.</p> + +<p>La prude juge la coquette et en est persiflée; +c'est en peu de mots votre histoire.</p> + +<p>L'homme à principes vous juge au pire; +mais vous ne croyez pas à l'homme à principes. +Le vulgaire, toujours séduit par de +vertueux démagogues, ne peut être apprécié +par vous, qui ne croyez pas à la vertu. +Il n'est permis de vous condamner que par +vos principes, comme un criminel par les +lois; mais ceux qui en connaissent le raffinement, +ne trouvent dans votre conduite +rien que de très-simple. Cela revient donc +à ce que nous avons dit, que, dans toute +espèce d'affaires, il faut d'abord s'entendre, +et puis raisonner avec flegme. Vous avez +d'ailleurs par devers vous une sous-défense +non moins victorieuse, cas vous n'aspirez +pas à la réputation de Caton ou de Catinat: +il vous suffit d'être comme un certain +monde; et, dans ce certain monde, il est +convenu que celui qui peut avoir de l'argent +sans, en profiter est un nigaud; car +l'argent procure tous les plaisirs des sens, +et les plaisirs des sens sont les seuls. Or, +M. de Choiseul, qui était très libéral, ne +vous permettait pas de lui résister, lorsque +surtout votre ridicule patrie vous payait de +vos services, selon sa plaisante coutume, +de l'honneur de la servir.</p> + +<p>Le traité de Compiègne conclu, M. de +Chauvelin et vingt-quatre bataillons débarquèrent +sur nos bords. M. de Choiseul, à +qui la célérité de l'expédition importait majeurement, +avait des inquiétudes que, dans +ses épanchemens, il ne pouvait vous dissimuler. +Vous lui suggérâtes de vous y envoyer +avec quelques millions. Comme Philippe +prenait les villes avec sa mule, vous +lui promîtes de tout soumettre sans obstacle... +Aussitôt dit, aussitôt fait, et vous +voici repassant la mer, jetant le masque, +l'or et le brevet à la main, entamant des +négociations avec ceux que vous jugeâtes +les plus faciles.</p> + +<p>N'imaginant pas qu'un Corse pût se préférer +à la patrie, le cabinet de Corse vous +avait chargé de ses intérêts. N'imaginant +pas, de votre côté, qu'un homme pût ne +pas préférer l'argent et soi à la patrie, vous +vous vendîtes, et espérâtes les acheter tous. +Moraliste profond, vous saviez ce que le +fanatisme d'un chacun valait; quelques livres +d'or de plus ou de moins nuançant à +vos yeux la disparité des caractères.</p> + +<p>Vous vous trompâtes cependant: le faible +fut bien ébranlé, mais fut épouvanté par +l'horrible idée de déchirer le sein de la patrie. +Il s'imagina voir le père, le frère, l'ami, +qui périt en la défendant, lever la tête de +la tombe sépulcrale, pour l'accabler de malédictions. +Ces ridicules préjugés furent assez +puissans pour vous arrêter dans votre +course: vous gémîtes d'avoir à faire à un +peuple enfant. Mais, monsieur, ce raffinement +de sentiment n'est pas donné à la +multitude; aussi vit-elle dans la pauvreté +et la misère; au lieu que l'homme bien +appris, pour peu que les circonstances le +favorisent, sait bien vite s'élever. C'est à +peu près la morale de votre histoire.</p> + +<p>En rendant compte des obstacles qui +s'opposaient à la réalisation de vos promesses, +vous proposâtes de faire venir le +régiment Royal-Corse. Vous espériez que +son exemple désabuserait nos trop simples +et trop bons paysans; les accoutumerait à +une chose où ils trouvaient tant de répugnance: +vous fûtes encore trompé dans +cette espérance. Les Rossi, Marengo, et +quelques autres fous, ne vont-ils pas enthousiasmer +ce régiment, au point que les +officiers unis protestent, par un acte authentique, +de renvoyer leurs brevets, plutôt +que de violer leurs sermens, ou des +devoirs plus sacrés encore?</p> + +<p>Vous vous trouvâtes réduit à votre seul +exemple. Sans vous déconcerter, à la tête +de quelques amis et d'un détachement français, +vous vous jetâtes dans Vescovato; +mais le terrible Clémente <a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a> vous en dénicha. +Vous vous repliâtes sur Bastia avec vos +compagnons d'aventure et leur famille. +Cette petite affaire vous fit peu d'honneur: +votre maison et celle de vos associés furent +brûlées. En lieu de sûreté, vous vous moquâtes +de ces efforts impuissans.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Footnote 2:</b><a href="#footnotetag2"> (return) </a> Clément Paoli, +frère aîné du général Paoli, bon +guerrier, excellent citoyen, vrai philosophe. Au commencement +d'une action, il ne pouvait jamais se résoudre +à se battre personnellement: il donnait ses ordres +avec ce sang-froid qui caractérise le capitaine. +Mais dès qu'il avait vu tomber quelqu'un des siens, +il saisissait ses armes, avec cette convulsion d'un +homme indigné, en faisait usage, en s'écriant: «hommes +injustes! pourquoi franchissez-vous les barrières +de la nature? pourquoi faut-il que vous soyez les +ennemis de la patrie?»<br><br> + +Austère dans ses moeurs, simple dans sa vie privée, +il a toujours vécu retiré. Ce n'était que dans les grands +besoins qu'il venait aussi donner son avis, dont on +s'écartait rarement.</blockquote> + +<p>L'on veut ici vous imputer à défi, d'avoir +voulu armer Royal-Corse contre ses frères. +L'on veut également entacher votre courage, +du peu de résistance de Vescovato. +Ces accusations sont très-peu fondées; car +la première est une conséquence immédiate, +c'est un moyen d'exécution de vos +projets; et comme nous avons prouvé que +votre conduite était toute simple, il s'ensuit +que cette inculpation incidente est détruite. +Quant au défaut de courage, je ne vois pas +que l'action de Vescovato puisse l'arrêter: +vous n'allâtes pas là pour faire sérieusement +la guerre, mais pour encourager, +par votre exemple, ceux qui vacillaient +dans le parti opposé. Et puis, quel +droit a-t-on d'exiger que vous eussiez risqué +le fruit de deux ans de bonne conduite, +pour vous faire tuer comme un soldat!</p> + +<p>Mais vous deviez être ému, de voir votre +maison et celles de vos amis en proie aux +flammes... Bon Dieu! quand sera-ce que +les gens bornés cesseront de vouloir tout +apprécier? Laissant brûler votre maison, +vous mettiez M. de Choiseul dans la nécessité +de vous indemniser. L'expérience a +prouvé la justesse de vos calculs: on vous +remit bien au-delà de l'évalué des pertes. +Il est vrai que l'on se plaint que vous gardâtes +tout pour vous, ne donnant qu'une +bagatelle aux misérables que vous aviez +séduits. Pour justifier si vous l'avez dû +faire, il ne s'agit que de savoir si vous l'avez +pu faire avec sûreté. Or, de pauvres gens, +qui avaient si besoin de votre protection, +n'étaient ni dans le cas de réclamer, ni +même dans celui de connaître bien clairement +le tort qu'on leur faisait. Ils ne pouvaient +pas faire les mécontens, et se révolter +contre votre autorité: en horreur à +leurs compatriotes, leur retour n'eût pas +été plus sincère. Il est donc bien naturel +qu'ayant ainsi trouvé quelques milliers d'écus, +vous ne les ayez pas laissé échapper: +c'eût été une duperie.</p> + +<p>Les Français, battus malgré leur or, +leurs brevets, la discipline de leurs nombreux +bataillons, la légèreté de leurs escadrons, +l'adresse de leurs artilleurs; défaits +à la Penta, à Vescovato, à Loretto, à San-Nicolao, +à Borgo, à Barbaggio, à Oletta, +se retranchèrent excessivement découragés. +L'hiver, le moment de leur repos, fut pour +vous, monsieur, celui du plus grand travail; +et si vous ne pûtes triompher de +l'obstination des préjugés profondément +enracinés dans l'esprit du peuple, vous +parvîntes à en séduire quelques chefs, auxquels +vous réussîtes, quoique avec peine, +à inculquer les bons sentimens; ce qui, +joint aux trente bataillons qu'au printemps +suivant M. de Vaux conduisît avec lui, +soumit la Corse au joug, obligea Paoli et +les plus fanatiques à la retraite.</p> + +<p>Une partie des patriotes étaient morts en +défendant leur indépendance; l'autre avait +fui une terre proscrite, désormais hideux +nid des tyrans. Mais un grand nombre n'avaient +dû ni mourir ni fuir: ils furent l'objet +des persécutions. Des âmes que l'on +n'avait pu corrompre étaient d'une autre +trempe: l'on ne pouvait asseoir l'empire +français que sur leur anéantissement absolu. +Hélas! ce plan ne fut que trop ponctuellement +exécuté. Les uns périrent victimes +des crimes qu'on leur supposa; les +autres, trahis par l'hospitalité, par la confiance, +expièrent sur l'échafaud les soupirs, +les larmes surprises à leur dissimulation; +un grand nombre, entassés par Narbonne-Fridzelar +dans la tour de Toulon; empoisonnés +par les alimens, tourmentés par +leurs chaînes; accablés par les plus indignes +traitemens; ils ne vécurent quelque +temps dans leurs soupirs, que pour voir la +mort s'avancer à pas lents... Dieu, témoin +de leur innocence, comment ne te rendis-tu +pas leur vengeur!</p> + +<p>Au milieu de ce désastre général, au sein +des cris et des gémissemens de cet infortuné +peuple, vous, cependant, commençâtes +à jouir du fruit de vos peines: honneurs, +dignités, pensions, tout vous fut +prodigué. Vos prospérités se seraient encore +plus rapidement accrues, lorsque la +Dubarri culbuta M. de Choiseul, vous priva +d'un protecteur, d'un appréciateur de vos +services. Ce coup ne vous découragea pas: +vous vous tournâtes du côté des bureaux; +vous sentîtes seulement la nécessité d'être +plus assidu. Ils en furent flattés: vos services +étaient si notoires! Tout vous fut accordé. +Non content de l'étang de Biguglia, +vous demandâtes une partie des terres de +plusieurs communautés. Pourquoi les en +vouliez-vous dépouiller, dit-on? Je demande, +à mon tour, quels égards deviez-vous +avoir pour une nation que vous saviez +vous détester?</p> + +<p>Votre projet favori était de partager l'île +entre dix barons. Comment! non content +d'avoir aidé à forger les chaînes où votre +patrie était retenue, vous vouliez encore +l'asujétir à l'absurde régime féodal! Mais +je vous loue d'avoir fait aux Corses le plus +de mal que vous pouviez: vous étiez dans +un état de guerre avec eux; et, dans l'état +de guerre, faire le mal pour son profit est +un axiôme.</p> + +<p>Mais passons sur toutes ces misères-là: +arrivons au moment actuel, et finissons une +lettre qui, par son épouvantable longueur, +ne peut manquer de vous fatiguer.</p> + +<p>L'état des affaires de France présageait des +événemens extraordinaires. Vous en craignîtes +le contre-coup en Corse. Le même +délire dont nous étions possédés avant la +guerre, à votre grand scandale, commença +à <i>ématir</i> cet aimable peuple. Vous en +comprîtes les conséquences; car, si les +grands sentimens maîtrisaient l'opinion, +vous ne deveniez plus qu'un traître, au +lieu d'un homme de bon sens. Pis encore; +si les grands sentimens revenaient à agiter +le sang de nos chauds compatriotes; si jamais +un gouvernement national s'ensuivait; +que deveniez-vous? Votre conscience alors +commença à vous épouvanter: inquiet, +affligé, vous ne vous y abandonnâtes pas; +vous résolûtes de jouer le tout pour le tout, +mais vous le fîtes en homme de tête. Vous +vous mariâtes, pour accroître vos appuis. +Un honnête homme qui avait, sur votre +parole, donné sa soeur à votre neveu, se +trouva abusé. Votre neveu, dont vous aviez +englouti le patrimoine pour accroître un +héritage qui devait être le sien, s'est trouvé +réduit dans la misère avec une nombreuse +famille.</p> + +<p>Vos affaires domestiques arrangées, vous +jetâtes un coup d'oeil sur le pays: vous le +vîtes fumant du sang de ses martyrs, jonché +de victimes multipliées, n'inspirer à +tous pas, que des idées de vengeance. Mais +vous y vîtes l'atroce militaire, l'impertinent +robin, l'avide publicain, y régner sans contradictions, +et le Corse accablé sous ses triples +chaînes, n'oser ni penser à ce qu'il fut, +ni réfléchir sur ce qu'il pouvait être encore. +Vous vous dîtes, dans la joie de votre coeur: +les choses vont bien, il ne s'agit que de les +maintenir; et aussitôt vous vous liguâtes +avec le militaire, le robin et le publicain. +Il ne fut plus question que de s'occuper à +avoir des députés qui fussent animés par ces +sentimens; car pour vous, vous ne pouviez +pas soupçonner qu'une nation, votre ennemie, +vous choisît pour la représenter. Mais +vous dûtes changer d'opinion, lorsque les +lettres de convocation, par une absurdité +peut-être faite à dessein, déterminèrent que +le député de la noblesse serait nommé dans +une assemblée composée seulement de vingt-deux +personnes: il ne s'agissait que d'obtenir +douze suffrages, Vos co-associés du +conseil supérieur travaillèrent avec activité: +menaces, promesses, caresses, argent, tout +fut mis en jeu: vous réussîtes. Les vôtres +ne furent pas si heureux dans les communes: +le premier président échoua; et deux +hommes exaltés dans leurs idées, l'un fils, +frère, neveu des plus zélés défenseurs de +la cause commune; l'autre avait vu Sionville +et Narbonne; en gémissant sur son +impuissance, son esprit était plein des horreurs +qu'il avait vu commettre: ces deux +hommes furent proclamés, et rencontrèrent +le voeu de la nation, dont ils devinrent l'espoir. +Le dépit secret, la rage que votre +nomination fit dévorer à tous, fait l'éloge +de vos manoeuvres et du crédit de votre +ligue.</p> + +<p>Arrivé Versailles, vous fûtes zélé royaliste: +arrivé à Paris, vous dûtes voir avec +un sensible chagrin que le gouvernement +que l'on voulait organiser sur tant de débris, +était le même que celui que l'on avait +chez nous noyé dans tant de sang.</p> + +<p>Les efforts des méchans furent impuissans: +la nouvelle constitution, admirée de +l'Europe, et devenue la sollicitude de tout +être pensant; il ne vous resta plus qu'une +ressource; ce fut de faire croire que cette +constitution ne convenait pas à notre île, +quand elle était exactement la même que +celle qui opéra de si bons effets, et qu'il +fallut tant de sang pour nous l'arracher.</p> + +<p>Tous les délégués de l'ancienne administration, +qui entraient naturellement dans +votre cabale, vous servirent avec toute la +chaleur de l'intérêt personnel: l'on dressa +des mémoires où l'on prétendit prouver +l'avantage dont était pour nous le gouvernement +actuel, et où l'on établissait que +tout changement contrarierait le voeu de la +nation. Dans ce même temps, la ville d'Ajaccio +eut indice de ce qui se tramait: elle +leva le front, forma sa garde nationale, organisa +son comité. Cet incident inattendu +vous alarma: la fermentation se communiquait +partout. Vous persuadâtes aux ministres, +sur qui vous aviez pris de l'ascendant +pour les affaires de Corse, qu'il était +éminent d'y envoyer votre beau-père, M. +Gaffory, avec un commandement; et voici +M. Gaffory, digne précurseur de M. Narbonne, +qui prétend, à la tête de ses troupes, +maintenir par la force, la tyrannie que feu +son père, de glorieuse mémoire, avait combattue +et confondue par son génie. Des bévues +sans nombre ne permirent pas de dissimuler +la médiocrité des talens de votre +beau-père: il n'avait que l'art de se faire +des ennemis. L'on se ralliait de tous côtés +contre lui. Dans ce pressant danger, vous +levâtes vos regards, et vîtes Narbonne! +Narbonne, mettant à profit un moment de +faveur, avait projeté de fixer dans une île +qu'il avait dévastée par des cruautés inouies, +le despotisme qui le rongeait. Vous vous +concertâtes: le projet est arrêté; cinq mille +hommes ont reçu les ordres; les brevets +pour accroître d'un bataillon le régiment +provincial, sont expédiés; Narbonne est +parti. Cette pauvre nation, sans armes, +sans courage, est livrée, sans espoir et sans +ressource, aux mains de celui qui en fut +le bourreau.</p> + +<p>O infortunés compatriotes! de quelle +trame odieuse alliez-vous être victimes? +Vous vous en seriez aperçu, lorsqu'il n'eût +plus été temps. Quel moyen de résister, +sans armes, à dix mille hommes? Vous +eussiez vous-mêmes signé l'acte de votre +avilissement: l'espoir se serait enfui, l'espérance +éteinte; et des jours de malheur se seraient +succédés sans interruption. La France +libre vous eût regardée avec mépris; l'Italie +affligée, avec indignation; et l'Europe étonnée +de ce degré sans exemple d'avilissement, +eût effacé de ses annales, les traits +qui font honneur à votre vertu. Mais vos +députés des communes pénétrèrent le projet, +et vous avertirent à temps. Un roi qui +ne désira jamais que le bonheur de ses compatriotes, +éclairé par M. Lafayette, ce constant +ami de la liberté, sut dissiper les intrigues +d'un ministre perfide, que la vengeance +inspira toujours à vous nuire. Ajaccio +montra de la résolution dans son adresse, +où était peint, avec tant d'énergie, l'état +misérable auquel vous avait réduit le plus +oppressif des gouvernemens. Bastia, engourdie +jusqu'alors, se réveilla au bruit du +danger, et prit les armes avec cette résolution +qui l'a toujours distinguée. Arena vint +de Paris en Balagne, plein de ces sentimens +qui portent à tout entreprendre, à n'estimer +aucun danger. Les armes d'une main, les +décrets de l'assemblée nationale de l'autre, +il fit pâlir les ennemis publics. Achille +Meurati, le conquérant de Caprara, qui +porta la désolation jusque dans Gênes, à +qui il ne manqua, pour être un Turenne, +que des circonstances et un théâtre plus +vaste, fit ressouvenir aux compagnons de +sa gloire, qu'il était temps d'en acquérir +encore; que la patrie en danger avait besoin, +non d'intrigues où il ne s'entendit jamais, +mais du fer et du feu. Au bruit d'une +secousse si générale, Gaffory rentra dans +le néant, d'où, mal à propos, l'intrigue l'avait +fait sortir: il trembla dans la forteresse +de Corte. Narbonne, de Lyon, courut ensevelir +dans Rome, sa honte et ses projets +infernaux. Peu de jours après, la Corse est +intégrée à la France, Paoli rappelé, et dans +un instant la perspective change, et vous +offre une carrière que vous n'eussiez jamais +osé espérer.</p> + +<p>Pardonnez, monsieur, pardonnez: j'ai +pris la plume pour vous défendre; mais mon +coeur s'est violemment révolté contre un système +si suivi de trahison et d'horreur. Eh +quoi! fils de cette même patrie, ne sentîtes-vous +jamais rien pour elle? Eh quoi! votre +coeur fut-il donc sans mouvement à la vue +des rochers, des arbres, des maisons, des +sites, théâtres des jeux de votre enfance? +Arrivé au monde, elle vous porta sur son +sein, elle vous nourrit de ses fruits: arrivé +à l'âge de raison, elle mit en vous son espoir; +elle vous honora de sa confiance, elle +vous dit: «Mon fils, vous voyez l'état de +misère où m'a réduite l'injustice des hommes: +concentrée dans ma chaleur, je reprends +des forces qui me promettent un +prompt et infaillible rétablissement: mais +l'on me menace encore? Volez, mon fils, +volez à Versailles, éclairez le grand roi, +dissipez ses soupçons, demandez-lui son +amitié.»</p> + +<p>Hé bien! un peu d'or vous fit trahir sa +confiance; et bientôt, pour un peu d'or, +l'on vous vit, le fer parricide à la main, +entre-déchirer ses entrailles. Ah! monsieur, +je suis loin de vous désirer du mal; mais +craignez...; il est des remords vengeurs! +Vos compatriotes, à qui vous êtes en horreur, +éclaireront la France. Les biens, les +pensions, fruit de vos trahisons, vous seront +ôtés. Dans la décrépitude de la vieillesse +et de la misère, dans l'affreuse solitude +du crime, vous vivrez assez longtemps +pour être tourmenté par votre conscience. +Le père vous montrera à son fils, +le précepteur à son élève, en leur disant: +«Jeunes gens, apprenez à respecter la patrie, +la vertu, la foi, l'humanité.»</p> + +<p>Et vous, de qui l'on prostitua la jeunesse, +les grâces et l'innocence, votre coeur pur +et chaste palpite donc sous une main criminelle? +femme respectable et infortunée! +Dans ces momens que la nature commande +à l'amour, lorsqu'arrachés aux chimères de +la vie, des plaisirs sans mélange se succèdent +rapidement; lorsque l'âme, agrandie +par le feu du sentiment, ne jouit que de +faire jouir, ne sent que de faire sentir; +vous pressez contre votre coeur, vous vous +identifiez à l'homme froid, à l'égoïste qui +ne se démentit jamais, et qui, dans le cours +de soixante ans, ne connut que les calculs +de son intérêt, l'instinct de la destruction, +l'avidité la plus infâme, les plaisirs, les +vils plaisirs des sens! Bientôt la cohue des +honneurs, les lambris de l'opulence, vont +disparaître; le mépris des hommes vous +accablera. Chercherez-vous dans le sein de +celui qui en est l'auteur, une consolation +indispensable à votre âme douce et aimante? +Chercherez-vous sur ses yeux, des larmes +pour mélanger aux vôtres? Votre main +défaillante, placée sur son sein, cherchera-t-elle +à se retracer l'agitation du vôtre? +Hélas! si vous lui surprenez des larmes, +ce seront celles du remords: si son sein +s'agite, ce sera des convulsions du méchant +qui meurt en abhorrant la nature, lui et la +main qui le guide.</p> + +<p>0 Lameth! ô Robespierre! ô Peithyon! +ô Volney! ô Mirabeau! ô Barnave! ô +Bailly! ô Lafayette! voilà l'homme qui +ose s'asseoir à côté de vous! tout dégouttant +du sang de ses frères, souillé par des crimes +de toute espèce, il se présente avec confiance +sous une veste de général, inique récompense +de ses forfaits! il ose se dire représentant +de la nation, lui qui la vendit, et +vous le souffrez! il ose lever les yeux, prêter +les oreilles à vos discours, et vous le +souffrez! Si c'est la voix du peuple, il +n'eut jamais que celle de douze nobles; si +c'est la voix du peuple, Ajaccio, Bastia, et la +plupart des cantons ont fait à son effigie, +ce qu'ils eussent voulu faire à sa personne.</p> + +<p>Mais vous, que l'erreur du moment, +peut-être les abus de l'instant, portent à +vous opposer aux nouveaux changemens; +pourrez-vous souffrir un traître? celui qui, +sous l'extérieur froid d'un homme sensé, +renferme, cache une avidité de valet? je +ne saurais l'imaginer. Vous serez les premiers +à le chasser ignominieusement, dès +que l'on vous aura instruits du tissu d'horreurs +dont il a été l'artisan.</p> + +<p>J'ai l'honneur, etc.</p> + +<p>BUONAPARTE.</p> +<br><br><br> + + +<p>De mon cabinet de Millelli, le 23 janvier, l'an II.</p> + +<h3>TRADUCTION</h3> + +<h4><i>De la lettre du Président du Club +patriotique d'Ajaccio.</i></h4> + +<p>MONSIEUR,</p> + +<p>Le club patriotique ayant pris connaissance +de l'écrit où vous dévoilez avec autant +de finesse que de force et de vérité, +les menées obscures de l'infâme Buttafoco<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>, +en a voté l'impression. Il m'a chargé, par +une délibération dont je vous envoie copie, +de vous prier d'y donner votre assentiment: +il juge l'impression de cet écrit utile au +bien public. C'est une raison qui ne vous +permet point d'excuse.</p> + +<p>Je suis, etc.<br> +MASSÉRIA,</p> + +<p><i>Président du club patriotique.</i></p> + + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Footnote 3:</b><a href="#footnotetag3"> (return) </a> Le club patriotique, profondément indigné de la +conduite criminelle et scandaleuse, de l'impudence +sans exemple, de la calomnie la plus atroce, que ce +député de la défunte noblesse a osé afficher, même +dans la tribune de l'Assemblée nationale; considérant +que journellement, dans des brochures, il ne cesse de +déchirer son pays et tout ce qu'il a de plus précieux; +a arrêté, que désormais il ne serait plus appelé que +<i>l'infâme Buttafoco</i>.<br> +<br>(<i>Extrait des procès-verbaux des séances de +la Société patriotique.</i>)</blockquote> + +<br><br><br> + + +<h4>LE SOUPER</h4> + +<h3>DE BEAUCAIRE</h3> +<hr class="short"> + +<p>Je me trouvais à Beaucaire le dernier +jour de la foire; le hasard me fit avoir pour +convives à souper, deux négocians marseillais, +un Nimois et un fabricant de Mont-Sellier. +Après plusieurs momens employés +à nous reconnaître, l'on sut que je venais +d'Avignon, et que j'étais militaire. Les esprits +de mes convives, qui avaient été toute +la semaine fixés sur le cours du négoce qui +accroît les fortunes, l'étaient dans ce moment +sur l'issue des événemens présens, d'où +en dépend la conservation; ils cherchaient +à connaître mon opinion, pour, en la comparant +à la leur, pouvoir se rectifier et acquérir +des probabilités sur l'avenir, qui +nous affectait différemment; les Marseillais +surtout paraissaient être moins pétulans: +l'évacuation d'Avignon leur avait appris à +douter de tout; il ne leur restait qu'une +grande sollicitude sur leur sort: la confiance +nous eut bientôt rendu babillards, +et nous commençâmes un entretien à peu +près en ces termes.</p> + +<p>LE NIMOIS.</p> + +<p>L'armée de Cartaux est-elle forte? L'on +dit qu'elle a perdu bien du monde à l'attaque; +mais s'il est vrai qu'elle ait été repoussée, +pourquoi les Marseillais ont-ils +évacué Avignon?</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>L'armée était forte de 4,000 hommes +lorsqu'elle a attaqué Avignon, elle est aujourd'hui +à 6,000 hommes, elle sera avant +quatre jours à 10,000 hommes; elle a perdu +cinq hommes et quatre blessés; elle n'a +point été repoussée, puisqu'elle n'a fait +aucune attaque en forme: elle a voltigé +autour de la place, a cherché à forcer les +portes, en y attachant des pétards; elle a +tiré quelques coups de canon pour essayer +la contenance de la garnison; elle a dû +ensuite se retirer dans son camp pour combiner +son attaque pour la nuit suivante. +Les Marseillais étaient 3,600 hommes; ils +avaient une artillerie plus nombreuse et de +plus fort calibre, et cependant ils ont été +contraints à repasser la Durance; cela vous +étonne beaucoup: mais c'est qu'il n'appartient +qu'à de vieilles troupes de résister +aux incertitudes d'un siège; nous étions +maîtres du Rhône, de Villeneuve et de la +campagne, nous eussions intercepté toutes +leurs communications. Ils ont dû évacuer +la ville; la cavalerie les a poursuivis dans +leur retraite; ils ont eu beaucoup de prisonniers +et ont perdu deux pièces de canon.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Ce n'est pas là la relation que l'on nous +a donnée; je ne veux pas vous le contester, +puisque vous étiez présent; mais avouez +que cela ne vous conduira à rien: notre +armée est à Aix, trois bons généraux sont +venus remplacer les premiers; on lève à +Marseille de nouveaux bataillons, nous +avons un nouveau train d'artillerie, plusieurs +pièces de 24; sous peu de jours nous +serons dans le cas de reprendre Avignon, +ou du moins nous resterons maîtres de la +Durance.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Voilà ce que l'on vous dit pour vous +entraîner dans le précipice qui s'approfondit +à chaque instant, et qui peut-être engloutira +la plus belle ville de la France, +celle qui a le plus mérité des patriotes; +mais l'on vous a dit aussi que vous traverseriez +la France, que vous donneriez le ton +à la république, et vos premiers pas ont +été des échecs; l'on vous a dit qu'Avignon +pouvait résister long-temps à 20,000 hommes, +et une seule colonne de l'armée, sans +artillerie de siège, dans vingt-quatre heures, +en a été maîtresse; l'on vous a dit que le +Midi était levé, et vous vous êtes trouvés +seuls; l'on vous a dit que la cavalerie nimoise +allait écraser les Allobroges, et ceux-ci +étaient déjà au Saint-Esprit et à Villeneuve; +l'on vous a dit que 4,000 Lyonnais +étaient en marche pour vous secourir, et +les Lyonnais négociaient leur accommodement; +reconnaissez donc que l'on vous +trompe, concevez l'impéritie de vos meneurs, +et méfiez-vous de leurs calculs; le +plus dangereux conseiller, c'est l'amour-propre: +vous êtes naturellement vifs, l'on +vous conduit à votre perte par le même +moyeu qui a ruiné tant de peuples, en +exaltant votre vanité, vous avez des richesses +et une population considérables, +l'on vous les exagère; vous avez rendu des +services éclatans à la liberté, l'on vous les +rappelle, sans faire attention que le génie de +la république était avec vous alors, au lieu +qu'il vous abandonne aujourd'hui; votre +armée, dites-vous, est à Aix avec un grand +train d'artillerie et de bons généraux; eh +bien, quoi qu'elle fasse, je vous assure +qu'elle sera battue; vous aviez 3,600 hommes, +une bonne moitié s'est dispersée; +Marseille et quelques réfugiés du département +peuvent vous offrir 4,000 hommes: +cela est beaucoup; vous aurez donc 5 à 6,000 +hommes sans ensemble, sans unité, sans être +aguerris; vous avez de bons généraux; je ne +les connais pas; je ne puis donc leur contester +leur habileté, mais ils seront absorbés +par les détails, ne seront pas secondés +par les subalternes, ils ne pourront rien +faire qui soutienne la réputation qu'ils +pourraient s'être acquise, car il leur faudrait +deux mois pour organiser passablement +leur armée, et dans quatre jours Carteaux +sera au-delà de la Durance, et avec +quels soldats! avec l'excellente troupe légère +des Allobroges, le vieux régiment de +Bourgogne, un bon régiment de cavalerie, +le Brave bataillon de la Côte-d'Or, qui a +vu cent fois la victoire le précéder dans les +combats, et six ou sept autres corps, tous +de vieilles milices, encouragés par leurs +succès aux frontières, et sur votre armée; +vous avez des pièces de 24, et de 18, et +vous vous croyez inexpugnables, vous suivez +l'opinion vulgaire; mais, les gens du +métier vous diront, et une fatale expérience +va vous le démontrer, que de bonnes pièces +de 4 et de 8 font autant d'effet, pour +la guerre de campagne, et sont préférables +sous bien des points de vue aux gros calibres; +vous avez des canonniers de nouvelle +levée, et vos adversaires ont des artilleurs +des régimens de ligne, qui sont, dans leur +art, les maîtres de l'Europe. Que fera votre +armée si elle se concentre à Aix? Elle est +perdue: c'est un axiome dans l'art militaire, +que celui qui reste dans ses retranchemens +est battu: l'expérience et la théorie +sont d'accord sur ce point, et les murailles +d'Aix ne valent pas le plus mauvais +retranchement de campagne, surtout si +l'on fait attention à leur étendue, aux maisons +qui les environnent extérieurement à +la portée du pistolet. Soyez donc bien sûrs +que ce parti, qui vous semble le meilleur, +est le plus mauvais; comment pourrez-vous +d'ailleurs approvisionner la ville en +si peu de temps de tout ce qu'elle aurait +besoin? Votre armée ira-t-elle à la rencontre +des ennemis, mais elle est moins nombreuse, +mais son artillerie est moins propre +pour la campagne, elle serait rompue, dès +lors défaite sans ressource, car la cavalerie +l'empêchera de se rallier; attendez-vous +donc à avoir la guerre dans le territoire de +Marseille: un parti assez nombreux y tient +pour la république; ce sera le moment de +l'effort; la jonction se fera; et cette ville, +le centre du commerce du Levant, l'entrepôt +du midi de l'Europe, est perdue. +Souvenez-vous de l'exemple récent de +Lisle<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>, et des lois barbares de la guerre. +Mais quel esprit de vertige s'est tout-à-coup +emparé de votre peuple? quel aveuglement +fatal le conduit à sa perte? comment peut-il +prétendre résister à la république entière? +Quand il obligerait cette armée à se +replier sur Avignon, peut-il douter que +sous peu de jours de nouveaux combattans +ne viennent remplacer les premiers: +la république, qui donne la loi à l'Europe, +la recevra-t-elle de Marseille?</p> + + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Footnote 4:</b><a href="#footnotetag4"> (return) </a> Lisle, petite ville du département de Vaucluse, à 4 lieues à +l'<i>est</i> Avignon, avant résisté à l'armée de Cartaux, fut emportée +de force le 26 juillet 1793.</blockquote> + +<p>Unis avec Bordeaux, Lyon, Montpellier, +Nîmes, Grenoble, le Jura, l'Eure, +le Calvados, vous avez entrepris une révolution, +vous aviez une probabilité de succès, +vos instigateurs pouvaient être mal intentionnés, +mais vous aviez une masse imposante de forces; +au contraire, aujourd'hui +que Lyon, Nîmes, Montpellier, Bordeaux, +le Jura, l'Eure, Grenoble, Caen, ont reçu +la constitution, aujourd'hui qu'Avignon, +Tarascon, Arles ont plié, avouez qu'il y a +dans votre opiniâtreté de la folie; c'est que +vous êtes influencés par des personnes, qui +n'ayant plus rien à ménager, vous entraînent +dans leur ruine.</p> + +<p>Votre armée sera composée de tout ce +qu'il y aura de plus aisés, des riches de +votre ville, car les sans-culottes pourraient +trop facilement tourner contre vous. Vous +allez donc compromettre l'élite de votre +jeunesse accoutumée à tenir la balance commerciale +de la Méditerranée, et à vous enrichir +par leur économie et leurs spéculations, +contre de vieux soldats, cent fois +teints du sang du furibond aristocrate ou +du féroce Prussien.</p> + +<p>Laissez les pays pauvres se battre jusqu'à +la dernière extrémité: l'habitant du Vivarais, +des Cévènes, de la Corse, s'expose +sans crainte à l'issue d'un combat: s'il gagne, +il a rempli son but; s'il perd, il se +trouve comme auparavant dans le cas de +faire la paix et dans la même position... +Mais vous!!... perdez une bataille, et le +fruit de mille ans de fatigues, de peines, +d'économies, de bonheur, devient la proie +du soldat.</p> + +<p>Voilà cependant les risques que l'on vous +fait courir avec autant d'inconsidération.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Vous allez vite et vous m'effrayez; je +conviens avec vous que la circonstance est +critique, peut-être vraiment ne songe-t-on +pas assez à la position où nous nous +trouvons; mais avouez que nous avons +encore des ressources immenses à vous +opposer.</p> + +<p>Vous m'avez persuadé que nous ne pourrions +pas résister à Aix, votre observation +du défaut de subsistance pour un siège de +longue durée, est peut-être sans réplique; +mais pensez vous que toute la Provence +peut voir long-temps de sang-froid, le +blocus d'Aix; elle se lèvera spontanément, +et votre armée, cernée de tout côté, se +trouvera heureuse de repasser la Durance.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Que c'est mal connaître l'esprit des hommes +et celui du moment; partout il y a +deux partis; dès le moment que vous serez +assiégés, le parti sectionnaire aura le dessous +dans toutes les campagnes; l'exemple +de Tarascon, d'Orgon, d'Arles, doit +vous en convaincre: vingt dragons ont +suffi pour rétablir les anciens administrateurs +et mettre les autres en déroute.</p> + +<p>Désormais, tout grand mouvement en +votre faveur est impossible dans votre département, +il pouvait avoir lieu lorsque +l'armée était au-delà de la Durance et que +vous étiez entiers; à Toulon, les esprits sont +très-divisés, et les sectionnaires n'y ont +pas la même supériorité qu'à Marseille, il +faut donc qu'ils restent dans leur ville, pour +contenir leurs adversaires... Quant au +département des Basses-Alpes, vous savez +que presque la totalité a accepté la constitution.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Nous attaquerons Carteaux dans nos montagnes +où sa cavalerie ne lui sera d'aucun +secours.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Comme si une armée qui protège une +ville était maîtresse du point d'attaque; +d'ailleurs il est faux qu'il existe des montagnes +assez difficiles auprès de Marseille +pour rendre nul l'effet de la cavalerie; seulement, +vos oliviers sont assez rapides pour +rendre plus embarrassant le service de l'artillerie +et donner un grand avantage à vos +ennemis. Car, c'est dans les pays coupés, +que par la vivacité des mouvemens, l'exactitude +du service et la justesse de l'élévation +des distances, que le bon artilleur a +de la supériorité.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Vous nous croyez donc sans ressources: +serait-il possible qu'il fût dans la destinée +de cette ville qui résista aux Romains, conserva +une partie de ses lois sous les despotes +qui les ont suivis, qu'elle devînt la proie +de quelques brigands? Quoi! l'Allobroge +chargé des dépouilles de Lisle, ferait la loi +dans Marseille! quoi! Dubois de Crancé, +Albitte, seraient sans contradicteurs! ces +hommes altérés de sang, que les malheurs +des circonstances ont placés au timon des +affaires, seraient les maîtres absolus! Quelle +triste perspective vous m'offrez. Nos propriétés, +sous différens prétextes, seraient +envahies; à chaque instant nous serions victimes +d'une soldatesque que le pillage réunit +sous les mêmes drapeaux. Nos meilleurs +citoyens seraient emprisonnés et périraient +par le crime. Le club relèverait sa +tête monstrueuse pour exécuter ses projets +infernaux! rien de pis que cette horrible +idée; mieux vaut-il s'exposer à vaincre que +d'être victime sans alternative.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Voilà ce que c'est que la guerre civile, +l'on se déchire, l'on s'abhorre, l'on se tue +sans se connaître... Les Allobroges... Que +croyez-vous que ce soit? des Africains, des +habitans de la Sibérie: eh! point du tout, +ce sont vos compatriotes, des Provençaux, +des Dauphinois, des Savoyards: on les croit +barbares parce que leur nom est étranger. +Si l'on appelait votre phalange, la phalange +phocéenne, l'on pourrait accréditer sur +son compte toute espèce de fable.</p> + +<p>Il est vrai que vous m'avez rappelé un +fait, c'est celui de Lisle, je ne le justifie +pas, mais je l'explique.</p> + +<p>Les Lislois ont tué le trompette qu'on +leur avait envoyé, ils ont résisté sans espérance +de succès, ils ont été pris d'assaut, le +soldat est entré au milieu du feu et des +morts, il n'a plus été possible de le contenir, +l'indignation a fait le reste.</p> + +<p>Ces soldats que vous appelez brigands, +sont nos meilleures troupes et nos bataillons +les plus disciplinés, leur réputation est au-dessus +de la calomnie.</p> + +<p>Dubois-Crancé et Albitte, constans amis +du peuple, ils n'ont jamais dévié de la +ligne droite.... Ils sont scélérats aux yeux +des mauvais. Mais Condorcet, Brissot, +Barbaroux aussi étaient scélérats lorsqu'ils +étaient purs; l'apanage des bons, sera d'être +toujours mal famés chez le méchant. Il +vous semble qu'ils ne gardent aucune mesure +avec vous; et au contraire, ils vous +traitent en enfans égarés........ Pensez-vous +que, s'ils eussent voulu, Marseille eût retiré +les marchandises qu'elle avait à Beaucaire? +ils pouvaient les séquestrer jusqu'à l'issue +de la guerre? ils ne l'ont pas voulu faire, +et, grâce à eux, vous pouvez retourner +tranquillement chez vous.</p> + +<p>Vous appelez Carteaux un assassin: eh +bien! sachez que ce général se donne les +plus grandes sollicitudes pour l'ordre et la +discipline, témoin sa conduite au Saint-Esprit +et à Avignon: l'on n'a pas pris une +épingle. Il a fait emprisonner un sergent +qui s'était permis d'arrêter un Marseillais +de votre armée qui était resté dans une +maison, parce qu'il avait violé l'asile du +citoyen sans un ordre exprès. L'on a puni +des Avignonnais qui s'étaient permis de désigner +une maison comme aristocrate. L'on +instruit le procès d'un soldat accusé de +vol..... Votre armée, au contraire, a tué, +assassiné plus de trente personnes, a violé +l'asile des familles, a rempli les prisons de +citoyens, sous le prétexte vague qu'ils +étaient des brigands.</p> + +<p>Ne vous effrayez point de l'armée, elle +estime Marseille, parce qu'elle sait qu'aucune +ville n'a tant fait de sacrifices à la chose +publique; vous avez dix-huit mille hommes +à la frontière et vous ne vous êtes point +ménagés dans toutes les circonstances. Secouez +le joug du petit nombre d'aristocrates +qui vous conduisent, reprenez des principes +plus sains, et vous n'aurez pas de +plus vrais amis que le soldat.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Ah! vos soldats ont bien dégénéré de +l'armée de 1789; elle ne voulut pas, cette +armée, prendre les armes contre la nation, +les vôtres devaient imiter un si bel exemple, +et ne pas tourner leurs armes contre +leurs concitoyens.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Avec ces principes, la Vendée aurait +aujourd'hui planté le drapeau blanc sur +les murs de la Bastille relevée, et le camp +de Jalès dominerait à Marseille.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>La Vendée veut un roi, veut une contre-révolution; +la guerre de la Vendée, du +camp de Jalès est celle du fanatisme; la +nôtre, au contraire, est celle des vrais républicains, +amis des lois, de l'ordre, ennemis +de l'anarchie et des scélérats. N'avons-nous +pas le drapeau tricolore? Et quel intérêt +aurions-nous à vouloir l'esclavage?</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Je sais bien que le peuple de Marseille +est bien loin de celui de la Vendée, en fait de +contre-révolution. Le peuple de la Vendée +est robuste et sain, celui de Marseille est +faible et malade, il a besoin de miel pour +avaler la pilule; pour y établir la nouvelle +doctrine, l'on a besoin de le tromper; mais +depuis quatre ans de révolution, après tant +de trames, de complots, de conspiration, +toute la perversité humaine s'est développée +sous différens aspects, les hommes ont +perfectionné leur tact naturel; cela est si +vrai, que, malgré la coalition départementale, +malgré l'habileté des chefs, le grand +nombre des ressorts de tous les ennemis de +la révolution, le peuple partout s'est réveillé +au moment où on le croyait ensorcelé.</p> + +<p>Vous avez, dites-vous, le drapeau +tricolore?</p> + +<p>Paoli aussi l'arbora en Corse pour avoir +le temps de tromper le peuple, d'écraser +les vrais amis de la liberté, pour pouvoir +entraîner ses compatriotes dans ses projets +ambitieux et criminels; il arbora le drapeau +tricolore, et il fit tirer contre les bâtimens +de la république, et il fit chasser +nos troupes des forteresses, et il désarma +celles qui y étaient, et il fit des rassemblemens +pour chasser celles qui étaient dans +l'île, et il pilla les magasins, en vendant +à bas prix tout ce qu'il y avait, afin d'avoir +de l'argent pour soutenir sa révolte, et il +ravagea et confisqua les biens des familles +les plus aisées, parce qu'elles étaient attachées +à l'unité de la république, et il se +fit nommer généralissime, et il déclara ennemis +de la patrie, tous ceux qui resteraient +dans nos armées: il avait fait précédemment +échouer l'expédition de Sardaigne; et cependant, +il avait l'impudeur de se dire l'ami +de la France et bon républicain, et cependant, +il trompa la convention qui rapporta +son décret de destitution; il fit si bien enfin, +que lorsqu'il a été démasqué, par ses +propres lettres, trouvées à Calvi, il n'était +plus temps, les flottes ennemies interceptaient +toutes les communications.</p> + +<p>Ce n'est plus aux paroles qu'il faut s'en, +tenir, il faut analyser les actions; et avouez +qu'en appréciant les vôtres, il est facile de +vous démontrer contre-révolutionnaires.</p> + +<p>Quel effet a produit dans la république +le mouvement que vous avez fait? Vous +l'avez conduite près de sa ruine; vous avez +retardé les opérations de nos armées; je ne +sais pas si vous êtes payés par l'Espagnol +et l'Autrichien; mais certes, ils ne pouvaient +pas désirer de plus fortes diversions: +que feriez,-vous de plus, si vous l'étiez? +Vos succès sont l'objet des sollicitudes de +tous les aristocrates reconnus; vous avez +placé à la tête de vos sections et de vos armées, +des aristocrates avoués, un Latcurette, +ci-devant colonel, un Soumise, ci-devant +lieutenant-colonel du génie., qui +ont abandonné leurs corps, au moment +de la guerre, pour ne pas se battre pour +la liberté des peuples.</p> + +<p>Vos bataillons sont pleins de pareilles +gens, et votre cause ne serait pas la leur, +si elle était celle de la république.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Mais, Brissot, Barbaroux, Condorcet, +Buzot, Vergniaux, sont-ils aussi aristocrates? +Qui a fondé la république? qui a +renversé le tyran? qui a enfin soutenu la +patrie à l'époque périlleuse de la dernière +campagne?</p> + +<p>LE MILITAIRE</p> + +<p>Je ne cherche pas si vraiment ces hommes +qui avaient bien mérité du peuple dans +tant d'occasions, ont conspiré contre lui: +ce qu'il me suffit de savoir, c'est que la +montagne, par esprit public ou par esprit +de parti, s'étant portée aux dernières extrémités +contre eux, les ayant décrétés, emprisonnés, +je veux même vous le passer, +les ayant calomniés, les Brissotins étaient +perdus, sans une guerre civile qui les mît +dans le cas de faire la loi à leurs ennemis. +C'est donc pour eux vraiment que votre +guerre était utile: s'ils avaient mérité leur +réputation première, ils auraient jeté leurs +armes à l'aspect de la constitution, ils auraient +sacrifié leurs intérêts au bien public; +mais il est plus facile de citer Decius +que de l'imiter; ils se sont aujourd'hui rendus +coupables du plus grand de tous les +crimes, ils ont par leur conduite justifié +leur décret... Le sang qu'ils ont fait +répandre a effacé les vrais services qu'ils +avaient rendus.</p> + +<p>LE FABRICANT DE MONTPELLIER.</p> + +<p>Vous avez envisagé la question sous le +point de vue le plus favorable à ces messieurs; +car il paraît prouvé que les Brissotins +étaient vraiment coupables; mais +coupables ou non, nous ne sommes plus +dans des siècles où l'on se battait pour les +personnes.</p> + +<p>L'Angleterre a versé des torrens de sang +pour les familles de Lancastre et d'Yorck, +la France pour les Lorrains et les Bourbons; +serions-nous encore à ces temps de +barbarie!!!</p> + +<p>LE NIMOIS.</p> + +<p>Aussi, avons-nous abandonné les Marseillais, +dès que nous nous sommes aperçus +qu'ils voulaient la contre-révolution, et +qu'ils se battaient pour des querelles particulières. +Le masque est tombé dès qu'ils ont +refusé de publier la constitution, nous avons +alors pardonné quelques irrégularités à la +montagne. Nous avons oublié Rabaud et +ses jérémiades, pour ne voir que la république +naissante, environnée de la plus +monstrueuse des coalitions qui menace de +l'étouffer à son berceau, pour ne voir que +la joie des aristocrates et l'Europe à vaincre.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Vous nous avez lâchement abandonnés +après nous avoir excités par des députations +éphémères.</p> + +<p>LE NIMOIS.</p> + +<p>Nous étions de bonne foi, et vous aviez +le renard sous les aisselles; nous voulions +la république, nous avons dû accepter une +constitution républicaine. Vous étiez mécontens +de la montagne et de la journée +du 31 mai, vous deviez donc encore accepter +la constitution pour la renvoyer, et +faire terminer sa mission.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Nous voulons aussi la république, mais +nous voulons que notre constitution soit +formée par des représentans libres dans +leurs opérations; nous voulons la liberté, +mais nous voulons que ce soit des représentans +que nous estimons, qui nous la +donnent; nous ne voulons pas que notre +constitution protège le pillage et l'anarchie. +Notre première condition est: point de +club, point d'assemblées primaires si fréquentes, +respect aux propriétés.</p> + +<p>LE FABRICANT DE MONTPELLIER.</p> + +<p>Il est palpable, pour qui veut réfléchir, +qu'une partie de Marseille veut la contre-révolution, +l'on avoue vouloir la république, +mais c'est un rideau que l'on rendrait +tous les jours plus transparent; l'on +vous accoutumerait à voir la contre-révolution +toute nue; déjà le voile qui la couvrait +n'était plus que de gaze, votre peuple +était bon, mais avec le temps on aurait +perverti la masse, sans le génie de la révolution +qui veille sur elle.</p> + +<p>Nos troupes ont bien mérité de la patrie +pour avoir pris les armes contre vous avec +autant d'énergie, elles n'ont pas dû imiter +l'armée de 1789, puisque vous n'êtes pas +la nation. Le centre d'unité est la convention, +c'est le vrai souverain, surtout lorsque +le peuple se trouve partagé.</p> + +<p>Vous avez renversé toutes les lois, toutes +les convenances. De quel droit destituiez-vous +votre département? Était-ce à Marseille +qu'on l'avait formé. De quel droit le +bataillon de votre ville parcourt-il les districts? +De quel droit vos gardes nationales +prétendaient-elles entrer dans Avignon? Le +district de cette ville était le premier corps +constitué, puisque le département était +dissous? De quel droit prétendiez-vous entrer +sur le territoire de la Drôme? et pourquoi +croyez-vous que ce département n'ait +pas le droit de requérir la force publique +pour le défendre? Vous avez donc confondu +tous les droits, vous avez établi l'anarchie, +et puisque vous prétendez justifier +vos opérations par le droit de la force, vous +êtes donc des brigands, des anarchistes.</p> + +<p>Vous aviez établi un gouvernement populaire, +Marseille seul l'a nommé; il est +contraire à toutes les lois, ce ne peut être +qu'un tribunal de sang, puisque c'est le +tribunal d'une faction; vous avez soumis +par la force, à ce tribunal, tout votre département. +De quel droit? Vous usurpez +donc cette autorité, que vous reprochez injustement +à Paris? Votre comité des sections +a reconnu des affiliations. Voilà donc +une coalition pareille à celle des clubs contre +qui vous vous récriez; votre comité a +exercé des actes d'administration sur des +communes du Var; voilà donc la division +territoriale méconnue.</p> + +<p>Vous avez, à Avignon, emprisonné sans +mandat, sans décret, sans réquisition des +corps administratifs; vous avez violé l'asyle +des familles, méconnu la liberté individuelle; +vous avez, de sang-froid, assassiné +sur les places publiques; vous avez renouvelé +les scènes dont vous avez exagéré +l'horreur, et qui ont affligé l'origine de la +révolution, sans informations, sans procès, +sans connaître les victimes, seulement sur +la désignation de leurs ennemis; vous les +avez prises, arrachées à leurs enfans, traînées +dans les rues, et les avez fait périr +sous les coups de sabre; l'on en compte +jusqu'à trente que vous avez ainsi sacrifiées; +vous avez traîné la statue de la liberté dans la +boue; vous l'avez exécutée publiquement; +elle a été l'objet des avanies de toute espèce +d'une jeunesse effrénée; vous l'avez lacérée +à coups de sabre, vous ne sauriez le nier; il +était midi, plus de deux cents personnes +des vôtres assistaient à cette profanation criminelle; +le cortège a traversé plusieurs rues, +est arrivé à la place de l'horloge, etc., etc. +J'arrête mes réflexions et mon indignation. +Est-ce donc ainsi que vous voulez la république? +Vous avez retardé la marche de nos +armées, en arrêtant les convois; comment +pouvoir se refuser à l'évidence de tant de +faits, et comment vous épargner le titre des +ennemis de la patrie?</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Il est de la dernière évidence que les +Marseillais ont nui aux opérations de nos +armées, et voulaient détruire la liberté; +mais ce n'est pas ce dont il s'agit; la question +est de savoir s'ils peuvent espérer, et +quel parti il leur reste à prendre?</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Nous avons moins de ressources que je ne +pensais; mais l'on est bien fort lorsqu'on +est résolu à mourir, et nous le sommes plutôt +que de reprendre le joug des hommes +qui gouvernent l'état; vous savez qu'un +homme qui se noie s'accroche à toutes les +branches, aussi plutôt que de nous laisser +égorger, nous... Oui, nous avons tous pris +part à cette nouvelle révolution; nous nous +ferions sacrifier par la vengeance. Il y a +deux mois que l'on avait conspiré pour +égorger 4.000 de nos meilleurs citoyens; +jugez à quels excès on se porterait aujourd'hui... +On se ressouvient toujours de ce +monstre qui était cependant un des principaux +du club; il fit lanterner un citoyen, +pilla sa maison, et viola sa femme, après +lui avoir fait boire un verre du sang de son +époux.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Quelle horreur! mais ce fait est-il vrai? +Je m'en méfie, car vous savez que l'on ne +croit plus au viol aujourd'hui...</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Oui, plutôt que de nous soumettre à de +pareilles gens, nous nous porterons à la +dernière extrémité, nous nous donnerons +aux ennemis, nous appellerons les Espagnols; +il n'y a point de peuple dont le caractère +soit moins compatible avec le nôtre; +il n'y en a point de plus haïssable. Jugez +donc, par le sacrifice que nous ferons, de +la méchanceté des hommes que nous craignons.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Vous donner aux Espagnols!!... Nous ne +vous en donnerons pas le temps.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>On les signale tous les jours devant nos +ports.</p> + +<p>LE NIMOIS.</p> + +<p>Pour voir lequel des fédérés ou de la +montagne tient pour la république, cette +menace seule me suffit; la montagne a été +un moment la plus faible, la commotion +paraissait générale. A-t-elle cependant jamais +parlé d'appeler les ennemis? Ne savez-vous +pas que c'est un combat à mort +que celui des patriotes et des despotes de +l'Europe? Si donc vous espérez des secours +de leur part, c'est que vos meneurs +ont de bonnes raisons pour en être accueillis, +mais j'ai encore trop bonne opinion de +votre peuple, pour croire que vous soyez +les plus forts à Marseille dans l'exécution +d'un si lâche projet.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Pensez-vous que vous feriez un grand +tort à la république, et que votre menace +soit bien effrayante? Évaluons-la.</p> + +<p>Les Espagnols n'ont point de troupes +de débarquement, leurs vaisseaux ne peuvent +pas entrer dans votre port: si vous +appeliez les Espagnols, ça pourrait être +utile à vos meneurs pour se sauver avec +une partie de leur fortune; mais l'indignation +serait générale dans toute la république; +vous auriez 60,000 hommes sur les bras +avant huit jours, les Espagnols emporteraient +de Marseille ce qu'ils pourraient, et +il en resterait encore assez pour enrichir +les vainqueurs.</p> + +<p>Si les Espagnols avaient 30 ou 40,000 +hommes sur leur flotte, tout prêts à pouvoir +débarquer, votre menace serait effrayante; +mais, aujourd'hui, elle n'est que +ridicule, elle ne ferait que hâter votre +ruine.</p> + +<p>LE FABRICANT DE MONTPELLIER.</p> + +<p>Si vous étiez capables d'une telle bassesse, +il ne faudrait pas laisser pierre sur +pierre dans votre superbe cité, il faudrait +que d'ici à un mois le voyageur, passant +sur vos ruines, vous crût détruits depuis +cent ans.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Croyez-moi, Marseillais, secouez le joug +du petit nombre de scélérats qui vous conduisent +à la contre-révolution; rétablissez +vos autorités constituées; acceptez la constitution; +rendez la liberté aux représentans; +qu'ils aillent à Paris intercéder pour vous; +vous avez été égarés, il n'est pas nouveau +que le peuple le soit par un petit nombre +de conspirateurs et d'intrigans; de tout +temps la facilité et l'ignorance de la multitude +ont été la cause de la plupart des +guerres civiles.</p> + +<p>LE MARSEILLAIS.</p> + +<p>Eh! monsieur, qui peut faire le bien à +Marseille? Seront-ce les réfugiés qui nous +arrivent de tous les côtés du département? +Ils sont intéressés à agir en désespérés. Seront-ce +ceux qui nous gouvernent? Ne sont-ils pas +dans le même cas? Sera-ce le peuple? Une +partie ne connaît pas sa position, elle est +aveuglée et fanatisée; l'autre partie est désarmée, +suspectée, humiliée; je vois donc, +avec une profonde affliction, des malheurs +sans remède.</p> + +<p>LE MILITAIRE.</p> + +<p>Vous voilà enfin raisonnable; pourquoi +une pareille révolution ne s'opérerait-elle +pas sur un grand nombre de vos concitoyens +qui sont trompés et de bonne foi? +Alors Albitte, qui ne peut que vouloir +épargner le sang français, vous enverra +quelque homme loyal et habile; l'on sera +d'accord; et, sans s'arrêter un seul moment, +l'armée ira sous les murs de Perpignan +faire danser la carmagnole à l'Espagnol +enorgueilli de quelques succès, et Marseille +sera toujours le centre de gravité de la liberté, +ce sera seulement quelques feuillets +qu'il faudra arracher à son histoire.</p> + +<p>Cet heureux pronostic nous remit en humeur, +le Marseillais nous paya de bon +coeur plusieurs bouteilles de vin de Champagne, +qui dissipèrent entièrement les soucis +et les sollicitudes. Nous allâmes nous +coucher à deux heures du matin, nous +donnant rendez-vous au déjeuner du lendemain, +où le Marseillais avait encore bien +des doutes à proposer, et moi bien des vérités +intéressantes à lui apprendre.</p> + +<p>29 juillet 1793.</p> +<br><br><br> +<h4>GÉNÉALOGIE</h4> +<h3>DE NAPOLÉON</h3> +<H4>BONAPARTE.</h4> + +<p>En 1752, le grand-duc de Toscane ayant voulu réformer +les abus qui se glissaient dans l'usurpation des titres de noblesse, +établit une commission chargée de la vérification de +ces titres et de leur enregistrement.</p> + +<p>La famille des Buonaparte, ou Bonaparte<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a> déchue de son +ancienne splendeur, exilée de Florence à la suite des troubles +qui agitèrent l'Italie dans le douzième siècle, présenta une +requête au chapitre de l'ordre de Saint-Étienne, pour obtenir +son classement parmi les grands de Florence.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Footnote 5:</b><a href="#footnotetag5"> (return) </a> Dans les + pièces généalogiques que l'on nous a communiquées, et qui +comprenaient quarante pages in-folio, ce nom était écrit tantôt Bonaparte, tantôt +Buonaparte, quoique tout le texte fût en italien.</blockquote> + +<p>C'est cette requête, accompagnée de pièces authentiques à +l'appui, qui nous a fourni les renseignemens dont nous offrons +aujourd'hui un extrait succinct.</p> + +<p>Le premier des membres de cette famille, dont le souvenir +se soit conservé, Nicolas Bonaparte, attaché au parti des +gibellins, fut compris dans la proscription qui les frappa, et +banni de Florence en 1268, après avoir vu confisquer tous +ses biens. Il se réfugia avec ses enfans à San-Miniato.</p> + +<p>En 1441, un descendant du même Bonaparte, Leonardo +Antonio Mocci, également gibellin, fut arrêté a Florence, +accusé de haute trahison et décapité. Un registre déposé dans +les archives de San-Miniato, et contenant l'état des biens +confisqués aux rebelles, renferme le détail de ceux appartenant +à Leonardo, et dont le tiers fut déclaré appartenir à son +fils.</p> + +<p>Depuis cette époque, plusieurs Bonaparte ont rempli +avec distinction des fonctions élevées dans l'état militaire, +la magistrature, et l'église, à Pisé, à Lucques, à +Florence. L'enquête faite en août 1752, et présentée par le +capitaine Nicolas Bonaparte, tant en son nom qu'en celui de +ses enfans et de ses autres parens, nous a paru devoir occuper +une place dans ce recueil; elle renferme une analyse historique +des documens sur lesquels cette famille établissait ses +prétentions. Nous en donnerons une traduction littérale.</p> + +<p><i>Enquête pour le capitaine Bonaparte, fils et consorts.</i></p> + +<p>«Illustrissimes seigneurs,</p> + +<p>«Plusieurs raisons concluantes tendent à établir que la famille +des exposans était placée dans un rang élevé et distingué +de la ville de Florence; elle est regardée comme descendant +de Buonaparte gibellin, porté, ainsi que ses fils, (<i>al libro +del chiodo</i>), avec l'emploi de capitaine. La même famille était +regardée comme jouissant du rang de grand de Florence, et +fut reconnue judiciairement pour appartenir aux ordres +nobles.</p> + +<p>«Pour prouver qu'elle tire son origine du susdit Buonaparte, +exilé avec ses fils en 1268, comme gibellin, du territoire +de notre ville, nous employerons les raisons détaillées +ci-après:</p> + +<p>«1°. Notre premier raisonnement est que, Buonaparte gibellin, +exilé en 1268 du territoire florentin, s'est réfugié avec +quelques-uns de ses fils à San-Miniato, où dominait le parti +gibellin, et que de lui sont descendus messire Jacopo, fils +de messire Georgio di Jacopo de Buonaparti, résidant à +San-Miniato, quartier de Poggighiti; qu'ils furent faits +nobles, ainsi qu'il appert de l'admission des preuves par les +seigneurs illustrissimes, et considérés comme descendans dudit +messire Jacopo, fils de Giorgio, et aussi comme provenant +dudit Buonaparte gibellin.</p> + +<p>«En admettant cette première vérité, qu'ils descendent de +messire Jacopo, fils de Giorgio, il en résulte deux conséquences: +l'une, que ladite famille descendante de Buonaparte +était noble à San-Miniato; l'autre, que cette ville était devenue +sa véritable patrie. Si donc l'on reconnaît ces deux titres +dans la famille des exposans, on ne peut se refuser à croire +qu'elle était noble dès ce temps-là. Judiciairement considérée +comme la vraie famille Buonaparte, elle en tirera l'invincible +argument que les exposans proviennent de la même souche +que messire Jacopo, lequel en provient lui-même par les fils +de Buonaparte gibellin.</p> + +<p>«L'argument ci-dessus se consolide de plus en plus en applicant +au cas présent les doctrines légales: le séjour de la famille +dans un même lieu, le même grade de noblesse et au même +temps, forment un faisceau de preuves qui servent à établir +la descendance d'une même souche; vérité qui devient plus +évidente encore lorsque l'on voit Buonaparte, reconnu comme +chef, donner son nom aux descendans.</p> + +<p>«Ajoutons que l'article <i>de</i> qui, dans d'autres familles, +précède le nom, suivant l'opinion des antiquaires les plus érudits, +ne peut indiquer qu'une famille ordinaire devenue noble. +Ainsi, devant les noms de médecins, de bourgeois et de riches, +on joint l'article <i>de</i> à leurs noms, à moins qu'ils ne soient +de haute lignée.</p> + +<p>«On n'a jamais mis l'article <i>de</i> devant le nom de Achin +Salviati, peintre excellent, et d'une si grande réputation; on +n'en doit pas mettre devant le nom de notre famille, pas plus +sans doute que devant le nom de nos anciens souverains <i>les +Médicis</i>.</p> + +<p>«Pour appuyer encore ce qui vient d'être dit, nous offrons +les preuves suivantes, qui semblent sans réplique: non seulement +Pierre di Gio di Jacopo di Moccio, l'un des informans, +lors de la première description des décimes de l'année 1427, +est cité <i>comme citoyen de Florence</i>, mais son père et son +aïeul sont nommés comme alliés aux trois gentilshommes +florentins Grandoni, Federighi et Ricci; de plus, ils résidèrent +constamment dans le quartier du Saint-Esprit, où ils avaient +leur habitation, et ils avaient établi leur sépulture dans +l'église principale; nous citerons la mention de leur résidence +au <i>gonfalonier scala</i> (<i>gonfalone scala</i>) où avaient passé +Buonaparte gibellin et ses fils; ce qui prouve manifestement +que Pierre, dont il vient d'être parlé, a continué d'occuper +cette même habitation, comme descendant légitime du même +nom, et le rapport du magistrat atteste qu'il était de Florence, +habitait le même gonfalonier, et la même maison que le fondateur, +M. Niccolo. Mais plus tard, au lieu d'y retourner, +les Buonaparte occupèrent San-Miniato; ce qu'il est facile de +reconnaître par la réticence que fit Pierre de son surnom dans +le premier état de division qui eut lieu de sa part, ainsi que +de ses descendans après lui. Cette omission, à laquelle on mit +du mystère, donne à penser, ou plutôt à faire connaître, que +ce même rejeton descendait de Buonaparte gibellin, dont la +mémoire alors devait être odieuse à Florence, et ce moyen +était plus facile à employer que de changer d'habitation, dans le +dessein de laisser ignorer ces circonstances dans la ville. Il n'en +était pas de même à San-Miniato, où dominait le parti gibellin. +L'on voit même les auteurs, descendans et collatéraux du même +Pierre, ne pas avoir recours au même moyen, et, dans toutes +les occasions, tirer leur noblesse de Buonaparte. On voit aussi +le sieur Nicolo lui-même taire tour à tour son surnom à +San-Miniato, comme les autres l'avaient fait dans la ville de +Florence, et, sans doute suivant les circonstances, le répéter +ensuite deux fois dans la même inscription. On ne peut, dans +le fait, imputer la réticence de ce nom qu'au désir de se tenir +à l'abri de la haine que le peuple avait conçue pour lui, et il +n'était certainement odieux au peuple que comme l'étaient +les noms des autres grands et des gibellins: c'est le jugement +qu'en portent tous les hommes éclairés. Il est peu de familles +illustres qui n'aient été exposées aux mêmes inconvéniens à +l'époque dont nous rappelons le triste souvenir.</p> + +<p>«En quatrième lieu, lorsque, d'après l'inspection seule +de l'arbre généalogique, nous voyons un membre de la +famille parvenir aux premières dignités de l'église de Florence, +dignités qui n'ont jamais été conférées qu'avec beaucoup de +circonspection, nous pouvons en tirer l'induction de la haute +considération qu'inspirait messire Jacopo, à cause de messire +Pierre, chanoine et doyen florentin, avant le prince successeur +de Francisco Bucellaï (c'est-à-dire en 1500.)</p> + +<p>«On voit en outre les auteurs des informans alliés aux maisons +Ricci, Federighi, Grandoni, Albizzi, Visdmnini, Alberti, +Masi, Tornabuoni, parens des Tornaquiuci de Pauzano, +parens de Ricasoli, Buonacorsi, Gaetani, Pamialichi, +Attavanti, Squarcialupi et Borronaci, dont est né un des +informans.</p> + +<p>«De là on peut, avec beaucoup de raison, conclure que +l'origine de la famille est noble, venant directement du même +Buonaparte.</p> + +<p>«Enfin, de ce que notre famille a été exclue des honneurs +populaires dont elle était en possession, on doit en tirer la +conséquence qu'elle était dévouée au parti gibellin.</p> + +<p>«On la voit ensuite transférée à San-Miniato, et y posséder +un château, et, fidèle au parti qu'elle avait embrassé, offrir +une nouvelle victime dans la personne de Leonardo Antonio +<i>del nostro moccio</i>, décapité pour cette raison en 1441.</p> + +<p>«Toutes ces circonstances réunies établissent d'une manière +péremptoire le dévouement de cette famille aux gibellins. Nous +prouverons plus tard qu'elle jouissait d'une grande fortune, +et que, si les honneurs et les dignités qui semblent devoir être +l'apanage de ce rang, lui ont été refusés, il ne faut en accuser +que les dissensions civiles qui la réduisirent enfin à cacher son +nom.</p> + +<p>«On ne peut tirer d'aucune archive des preuves plus fortes +pour constater l'origine des informans quant à leur auteur +Buonaparte. Bien qu'elles soient très concluantes, nous espérons +que vos grandeurs voudront bien, dans leurs principes +d'équité, prendre en considération la force de ces mêmes +preuves, par l'impossibilité où se trouvent les informans de +les compléter d'une manière plus satisfaisante.</p> + +<p>«Indépendamment de la réunion des conjectures, qui +vient d'être établie par ce qui précède, nous croyons être +encore à même de prouver que Touquin d'Oddo et ses +descendans remontent sans nul doute à Buonaparte gibellin, +ainsi que nous l'avons déjà avancé plusieurs fois. Nos conjectures +sont d'autant plus fondées, que nous trouvons dans un +ancien registre de la famille des exposans, du commencement +de l'année 1518, avant l'érection de la principauté, à la +page 20, une note dont copie authentique se trouvera à la +suite de la présente instruction. La vérité qui jaillit de cette +note émane d'une personne respectable; elle a eu lieu également +dans un temps non suspect; il faut donc en conclure +que ce document mérite la plus grande confiance, quoiqu'il +ne soit an surplus qu'un complément des preuves de noblesse +que nous sommes en état de donner. Il faut en conclure également +que cette même noblesse est établie et confirmée par +probabilités ou vraisemblances qui peuvent être rangées au +nombre des choses légales et authentiques. Ces probabilités, +outre les raisons précédemment alléguées, dérivent incontestablement +de trouver réunis, à la même époque et dans le +même grade, d'une part, le colonel messire Jacopo di Giorgio, +jusqu'à Buonaparte gibellin, et de l'autre, notre colonel +Giovanni di Jaccopo jusqu'au même Buonaparte: En +suivant même la proportion des temps, il ne paraîtrait pas +impossible que lesdits Jacopo et Gio soyent tous les deux +descendans du même Buonaparte, et cette probabilité, disons +plus, cette vérité, se fortifie par l'apparition seule des personnes, +qui, ayant lieu dans le même temps, leur fait assigner +avec beaucoup de vraisemblance une origine commune. +«Mais quand même cette noble origine ne serait pas établie, +comme elle l'est, n'y a-t-il pas lieu de reconnaître, en passant +a l'examen de la seconde proposition, que la famille Buonaparte +se trouve liée aux familles les plus considérées de Florence, +en ligne directe. Son séjour ancien et habituel dans +cette dernière ville, ses armoiries, en un mot, c'est-à-dire le +râteau rouge avec la fleur de lys d'or, armoiries données aux +familles nobles par le roi Charles Ier, ainsi que la croix du +peuple florentin, dont elle est depuis long-temps en possession, +sont des preuves de sa noblesse qui attestent même +qu'elle remonte au temps des gibellins. +«A la vérité, les marques de noblesse données par le peuple +ne s'accordèrent qu'aux familles d'un rang élevé, et le plus +souvent, comme chacun le sait, à celles des mêmes familles +qui s'empressèrent d'abjurer le parti des gibellins pour acquérir +de la popularité. Quelques-uns des nôtres ont fait cette +abjuration au moment même où ils recevaient les armoiries,. +d'autres, depuis la décapitation du susdit Leonardi. +«Privée des honneurs populaires, cette famille s'est considérée +comme déchue de sa grandeur, et fut en butte à +toutes sortes de mauvais traitemens, jusqu'à l'érection de la +principauté. Alors seulement, voulant ne pas laisser perdre +une illustration justement acquise, elle a relevé pour elle-même +des faits qui avaient été tenus secrets, non pas tant, peut-être, +pour en dissiper l'odieux que pour prouver qu'elle ne +renonçait pas à ses droits, comme l'ont fait nombre d'autres +familles, en refusant les armoiries et les alliances qui les +auraient rendues agréables au peuple, en suivant l'impulsion +du pays.</p> + +<p>«Venons à l'autre point de notre exposé. Il est fondé sur +ce que nous venons de dire, qu'en 1571, le chevalier Fausto +Beltramini de Siena, voulant prendre la croix de St.-Étienne, +non par grâce, mais d'après justice, établit le quartier de +noblesse de Buonaparte par Catherina sa mère, fille de Gio, +fils de notre Benedetto Buonaparte. Il prouva de même la noblesse +d'Attavanti par la mère de Catherina, et en remontant +jusqu'au premier grade de noblesse de Buonaparte à +Florence, dans le temps même de la république, preuves +qui émanent des documens des magistrats de San-Miniato +depuis 1570 jusqu'à 1571, où ils s'expriment ainsi qu'il suit, +au sujet des auteurs des exposans: «<i>c'est bien volontairement +qu'ils s'en sont abstenus, à cause de leur droit de cité +à Florence</i>,» et comme l'atteste plus clairement encore le +témoignage de messire Antonio de Gucci de San-Miniato.</p> + +<p>«<i>Premier témoin</i>. Il se rappelle avoir vu ledit Gio-Buonaparte, +père de ladite Catherina, icelle mère dudit Fausto, +en qualité de gentilhomme et homme d'armes de M.Valerio +Orsini, aux appointemens de la république de Florence. +Sur ces documens généraux, a été accordé le quartier de noblesse +à Buonaparte par le conseil de Pise, avec une mention +honorable sur le rapport qui en a été fait au sérénissime grand-maître.</p> + +<p>«Les motifs de ce rapport ont été, que la famille de +Buonaparte a joui du droit de cité à Florence et à Lucques; +que plusieurs membres de cette famille avaient rempli l'emploi +de <i>vedut</i> du collège, que d'autres ont eu des emplois +au dehors; mais comme dans le temps San-Miniato +n'avait pas de siège épiscopal, et que par conséquent ces +familles ne pouvaient, en vertu des statuts de l'ordre, être +admises aux preuves judiciaires, à l'effet de prendre l'habit, +d'après le chapitre 3 du même statut, «<i>le candidat doit +être de la nation et né dans la ville</i>,» malgré l'application de +ce principe aux autres quartiers de noblesse, la justice ne +put les étendre jusqu'au quartier de Buonaparte, c'est-à-dire +à l'ancienne et noble origine de Buonaparte gibellin et à ses +auteurs, quoiqu'ils fussent dès lors considérés comme grands.</p> + +<p>«On voit en second lieu que la jouissance des emplois +des collèges mentionnée au susdit rapport, avec l'approbation +du saint ordre militaire, qui l'admettait même comme preuve +judiciaire, concession semblable à celle faite a la famille Jeppi, +ne peut s'expliquer autrement que par les preuves fournies +par la famille Buonaparte et par Beltramini, de la possession +des prérogatives du grade noble de Florence. Or, suivant les +lois réglementaires de ce corps de noblesse, elle doit être placée +au rang des patriciens.</p> + +<p>«Mais pour éclaircir davantage ce qui vient d'être exposé, +nous donnerons l'assurance que les preuves des titres des Buonaparte, +faites par Beltramini dans la personne de Catherina +di Gio di Benedetto Buonaparte, l'auteur commun, furent +faites comme de famille florentine, sanctionnées par le saint +ordre militaire. Ceci fit reconnaître judiciairement le quartier +de Buonaparte à Ridolfi, soixante-dix ans après les preuves +de Beltramini. Si tel a été l'effet des preuves de Beltramini, +à plus forte raison les Buonaparte ont le droit de demander à +être, comme les Ridolphi, reconnus nobles et de famille florentine.</p> + +<p>«En résumant aux yeux de leurs seigneuries illustrissimes +ce qui vient d'être examiné et discuté, la famille Buonaparte +a le droit d'être classée parmi les grands ou gibellins, d'après +le §10 de l'instruction de la loi sur la noblesse, ou d'être reconnue +judiciairement pour famille florentine aux ordres nobles, +suivant le §5 de la même loi. Mais dans l'un comme +dans l'autre cas, leurs seigneuries illustrissimes ne peuvent +manquer de reconnaître le droit de cette même famille au patriciat +florentin, ce qu'elle attend de leur bienveillance et de +leur justice, se faisant du reste un honneur de les avoir +pour juges.»</p> + + +<p>À la suite de cette pièce, s'en trouvait une autre contenant +le dessin et la description des armoiries de Bonaparte.</p> + +<p>«Les armes de la famille de Bonaparte sont un champ rouge +avec deux raies blanches en bandes, et deux étoiles également +blanches, l'une dessous, l'autre au-dessus des bandes. Au +chef de l'écu, dans un champ d'azur, est un rateau rouge et +deux fleurs de lys d'or. Au milieu du rateau, un champ blanc +avec croix rouge.</p> + +<p>«On voit de ces armes en beaucoup d'endroits à Florence, +dans le cloître du St.-Esprit, au lieu de leur sépulture, et +dans divers endroits de la ville de San-Miniato. Elles se trouvent +aussi parmi les procédures faites au sujet de la profession +de religion de St.-Etienne, par le chancelier Fausto +Beltraroini, chevalier judiciaire de cet ordre militaire et sacré +en l'année 1671, lesquelles procédures prouvent le quartier +maternel de la famille Buonaparte.</p> + +<p>«Les armes de la branche des Franchini de San-Miniato +sont un champ d'or, et un pin au milieu. Au chef de l'ecu, +est un rateau rouge dans un champ d'azur, avec trois fleurs +de lys d'or.»</p> + +<p>L'Arbre généalogique de la famille Buonaparte, dressé +d'après les pièces produites, venait ensuite et était suivi:</p> + +<p>1°. De renseignemens concernant la personne de Buonaparte +gibellin et de ses fils exilés.</p> + +<p>2°. D'autres documens concernant Leonardo d'Antonio, +décapité comme gibellin.</p> + +<p>3°. D'un Mémoire de Jules, fils de Jean Buonaparte, extrait +d'un ancien livre de la famille des exposans.</p> + +<p>4°. D'un document qui établit que Moccio Buonaparte est +fils d'Oddo.</p> + +<p>5°. D'un arbre des décimes de la famille.</p> + +<p>6°. D'une attestation des gabelles et autres documens concernant +les mariages et lignées de l'une et l'autre branche des Buonaparte. +7°. D'une attestation de l'office des traites, comme dépendance +du collège et d'autres bureaux également pour les deux susdites branches.</p> + +<p>8°. De preuves que leurs parens, depuis 1738, se sont +surnommés Buonaparte, avec la jouissance du priorat.</p> + +<p>9°. D'extraits de baptême des auteurs de la requête.</p> + +<p>10°. D'un document sur le patrimoine ancien et actuel de +la famille;</p> + +<p>Sur les personnes constituées en dignités dans ladite famille;</p> + +<p>Sur les nobles et anciens tombeaux de cette même famille +dans San-Miniato et a Florence.</p> + +<p>11°. D'un acte de notoriété de San-Miniato pour la famille +de Buonaparte en 1571.</p> + +<p>12°. D'une enquête sur leur famille, pour prouver judiciairement +leur quartier, à l'ordre de Saint-Etienne, comme famille florentine.</p> + +<p>13°. Des motifs des chevaliers rapporteurs pour accorder +ledit quartier.</p> + +<p>14°. Des motifs d'autres chevaliers rapporteurs auprès des +grands-maîtres dudit ordre, pour octroyer judiciairement ledit +quartier à d'autres Buonaparte.</p> + +<p>15°. De preuves de l'établissement dans San-Miniato de +l'ancienneté de la famille de messire Jacopo, fils de messire +Giorgio Buonaparte.</p> + +<p>Ces pièces, d'un intérêt secondaire, établissent cependant +d'une manière authentique l'ancienneté de l'origine de cet +homme extraordinaire, dont la naissance fut sans doute le +moindre mérite. Il appartient tout entier au domaine de +l'histoire: l'équitable postérité établira d'une manière +invariable le rang qu'il mérite, et que ne peuvent aujourd'hui +lui assigner ni l'enthousiasme ni la haine.</p> + +<hr> +<h4>PRÉCIS</h4> +<h4>CHRONOLOGIQUE ET HISTORIQUE</h4> +<h5>DE LA VIE</h5> +<h3>DE NAPOLÉON</h3> +<h4>BONAPARTE</h4> +<hr class="short"> + + +<h4>1769</h4> + +<p>15 <i>août</i>.—Naissance de Napoléon Bonaparte à Ajaccio, +dans l'île de Corse: son père, Charles Bonaparte; sa mère, +Letitia Ramolini; son parrain, le célèbre Paoli, dont l'exemple +contribua puissamment au développement des facultés de +Napoléon.</p> + + +<h4>1777.</h4> + +<p><i>Septembre</i>.—Elevé d'abord au collège d'Autun, le jeune +Bonaparte est reçu par la protection de M. de Marboeuf, +gouverneur de l'Ile de Corse, à l'école royale militaire de +Brienne en Champagne.</p> + + +<h4>1784.</h4> + +<p>Bonaparte est compris dans la promotion d'élèves qui passent +de Brienne à l'école de Paris.</p> + +<h4>1787.</h4> + +<p>Après des examens brillans, il est nommé sous-lieutenant +d'artillerie au régiment de Lafère.</p> + + +<h4>1788.</h4> + +<p>Il part de Paris avec Paoli pour se rendre en Corse.</p> + + +<h4>1789.</h4> + +<p>Nommé lieutenant-colonel de la garde nationale d'Ajaccio, +il seconde le général Paoli et perfectionne sous lui ses études +de l'art militaire.</p> + + +<h4>1792.</h4> + +<p>Banni de l'île de Corse par les factieux qui se disputaient +l'autorité, Bonaparte revient en France, débarque à Marseille, +et reprend presque aussitôt un service actif dans les +armées de la république.</p> + + +<h4>1793 (an 1er de la république.)</h4> + +<p>26 <i>juillet</i> (8 thermidor.)—Commandant en sa qualité +de lieutenant l'artillerie du corps d'armée du général Carteaux, +qui faisait la guerre aux Marseillais insurgés contre la +convention, il reprend Avignon, dont ceux-ci s'étaient emparés.</p> + +<p>28 <i>juillet</i> (10 thermidor.)—Il s'empare de Beaucaire, +aussi occupée par les Marseillais.</p> + +<p>Employé ensuite au siège de Toulon, dans l'armée du +brave général Dugommier, Bonaparte est nommé chef de bataillon, +commande l'artillerie pendant l'absence du général Dommartin, +il y est blessé; se fait distinguer par les représentans du +peuple dans toutes les affaires qui eurent lieu durant ce siège +mémorable, contribue puissamment à la reprise de cette ville +livrée aux Anglais, et jette d'une manière solide les premiers +fondemens de cette gloire militaire qui devait avoir tant +d'éclat.</p> + +<h4>1794 (an II.)</h4> + +<p>29 <i>avril</i>. (10 floréal.)—-Bonaparte, envoyé après le +siège de Toulon à l'armée d'Italie, commandée par le général +Dumerbion, se distingue de nouveau à la prise de Saorgio, +dans le comté de Nice. Il est nommé général de brigade par +les représentans du peuple. Devenu suspect peu de temps +après, il est le premier officier de l'armée d'Italie contre +lequel le comité de sûreté générale décerna un mandat d'arrêt. +Arrêté aux avant-postes de l'armée, il est conduit au fort +carré d'Antibes.</p> + +<h4>1795(an III.)</h4> + +<p>En butte à la haine du représentant Aubry, qui dirigeait +la partie militaire dans le comité de salut public, Bonaparte +est destitué, réintégré, destitué de nouveau, puis emprisonné; +ayant enfin obtenu sa liberté et recouvré des protecteurs, il +est nommé commandant de l'artillerie en Hollande; mais retenu +par Barras, il ne se rend point à sa destination.</p> + +<p>3 <i>octobre</i> (11 vendémiaire an IV.)—-Barras le fait +nommer commandant de l'artillerie à Paris.</p> + +<p>5 <i>octobre</i> (13 vendémiaire.)—-Bonaparte réduit les +sections insurgées contre la convention.</p> + +<p>10 <i>octobre</i> (18 vendémiaire.)—-Il est récompensé du +service qu'il a rendu à la convention par sa nomination au +commandement en second de l'armée de l'intérieur et de +Paris.</p> + +<p>30 <i>octobre</i> (8 brumaire.)—-Commandant en chef de la +même armée en remplacement de Barras, démissionnaire, il +reçoit en outre la fonction de veiller à la police de Paris.</p> + +<h4>1796 (an IV.)</h4> + +<p>23 <i>février</i> (4 ventose.)—Nommé par le directoire commandant +en chef de l'armée d'Italie, en remplacement du général +Schérer.</p> + +<p>8 <i>mars</i> (18 ventose.)—Bonaparte épouse Joséphine +Tascher de la Pagerie, veuve du vicomte de Beauharnais.</p> + +<p>11 <i>mars</i> (21 ventose.)—Il part de Paris pour se rendre +en Italie, et passe par Marseille pour y visiter sa famille.</p> + +<p>20 <i>mars</i> (30 ventose.)—Il prend à Nice le commandement +de l'armée d'Italie, qu'il trouve dans le dénuement le +plus complet; en peu de jours, elle fut par ses soins pourvue +d'habillemens et de subsistances. Bonaparte n'avait alors que +26 ans.</p> + +<p>10 <i>avril</i> (21 germinal.)—Il commence les hostilités +contre l'armée autrichienne, commandée par le général +Beaulieu.</p> + +<p>11 <i>avril</i> (22 germinal.)—Bataille et victoire de Montenotte.</p> + +<p>14 <i>avril</i> (25 germinal.)—Bataille et victoire de Millesimo. +Dans ces deux batailles, qui avaient pour but de séparer +les deux armées piémontaise et autrichienne, le jeune +général français bat complètement deux vieux guerriers consommés, +les généraux Colli et Beaulieu.</p> + +<p>16 <i>avril</i>. (27 germinal.)—Combat de Dego.</p> + +<p>17 <i>avril</i>. (28 germinal.)—Prise du camp retranché de +Ceva.</p> + +<p>22 <i>avril</i> (3 floréal.)—Bataille de Mondovi. Le général +Beaulieu est défait de nouveau.</p> + +<p>25 <i>avril</i> (6 floréal.)—Prise de Cherasco.</p> + +<p>28 <i>avril</i> (9 floréal.)—Bonaparte conclut un armistice +avec le général piémontais Colli, et se fait céder les forteresses +de Coni, Tortone et Ceva.</p> + +<p>6 <i>mai</i> (17 floréal.) Le général Bonaparte demande au directoire +des artistes pour recueillir les monumens des arts +que ses conquêtes mettent à la disposition du gouvernement +français.</p> + +<p>7 <i>mai</i> (18 floréal.)—Passage du Pô par l'armée française, +et combat de Fombio.</p> + +<p>9 <i>mai</i> (20 floréal.)—Armistice conclu entre Bonaparte +et le duc de Parme.</p> + +<p>11 <i>mai</i> (22 floréal.)—Passage du pont de Lodi, et déroute +de l'armée de Beaulieu.</p> + +<p>12 <i>mai</i> (23 floréal.)—Prise de Pizzighitone.</p> + +<p>15 <i>mai</i> (25 floréal.)—Entrée triomphale du général +Bonaparte à Milan, capitale de la Lombardie.</p> + +<p>22 <i>mai</i> (3 prairial.)—Prise de Pavie.</p> + +<p>29 <i>mai</i> (10 prairial.)—Passage du Mincio et victoire +de Borghetto.</p> + +<p>3 <i>juin</i> (15 prairial.)—Prise de Vérone, où Louis XVIII +se trouvait quinze jours auparavant.</p> + +<p>4 <i>juin</i> (16 prairial)—Arrivée de Bonaparte devant Mantoue, +et premier investissement de cette place fameuse.</p> + +<p>15 <i>juin</i> (27 prairial.)—Armistice conclu par Bonaparte +entre la France et le roi de Naples.</p> + +<p>19 <i>juin</i> (1er messidor.)—Prise de Bologne et de Modène.</p> + +<p>23 juin (5 messidor.)—Armistice accordé au pape par +Bonaparte.</p> + +<p>29 <i>juin</i> (11 messidor.)—Prise de Livourne.</p> + +<p>7 <i>juillet</i> (19 messidor.)—Combat de la Bocchetta di +Campion.</p> + +<p>18 <i>juillet</i> (30 messidor.)—Combat de Migliaretto.</p> + +<p>20 <i>juillet</i> (2 thermidor.)—Première sommation faite à +Mantoue; siège régulier de cette place.</p> + +<p>29 <i>juillet</i> (11 thermidor.)—Combat de Salo; le général +Bonaparte apprenant qu'une armée autrichienne, commandée +par le maréchal Wurmser, est en marche pour lui faire lever +le siège de Mantoue, se porte lui-même avec toutes ses forces +à la rencontre de son nouvel ennemi.</p> + +<p>3 <i>août</i> (16 thermidor.)—Bataille de Castiglione et +combat de Lonato; l'armée du général Wurmser est mise en +déroute.</p> + +<p>6 <i>août</i> (19 thermidor.)—-Combat de Peschiera.</p> + +<p>11 <i>août</i> (24 thermidor.)—-Combat de la Corona, reprise +de toutes les lignes sur le Mincio, et continuation du siège +de Mantoue.</p> + +<p>24 <i>août</i> (7 fructidor.)—-Combat de Borgoforte et de +Goveruolo.</p> + +<p>3 <i>septembre</i> (17 fructidor.)—-Combat de Serravalle.</p> + +<p>4 <i>septembre</i> (18 fructidor.)—-Combat de Roveredo.</p> + +<p>5 <i>septembre</i> (19 fructidor.)—-Prise de Trente.</p> + +<p>7 <i>septembre</i> (21 fructidor.)—-Combat de Covolo.</p> + +<p>8 <i>septembre</i> (22 fructidor.)—-Combat de Bassano.</p> + +<p>12 <i>septembre</i> (26 fructidor.)—-Combat de Cerca.</p> + +<p>13 <i>septembre</i> (27 fructidor.)—-Prise de Legnago; le +même jour, le général Wurmser ne pouvant plus se maintenir +en campagne, se jette dans Mantoue pour y chercher un +refuge.</p> + +<p>14 <i>septembre</i>. (28 fructidor.)—-Combat de Due-Castelli.</p> + +<p>15 <i>septembre</i> (29 fructidor.)—-Combat de St.-Georges.</p> + +<p>1796 (an V.)</p> + +<p>8 <i>octobre</i> (17 vendémiaire.)—-Bonaparte se fait livrer la +ville de Modène.</p> + +<p>19 <i>octobre</i> (28 vendémiaire.)—-Une division française +commandée par le général Gentili, et envoyée par Bonaparte, +descend dans l'île de Corse, alors occupée par les Anglais.</p> + +<p>22 <i>octobre</i> (1er brumaire.)—-L'île de Corse, conquise +par les soldats de Bonaparte, redevient partie intégrante de +la république française.</p> + +<p>27 <i>octobre</i>(6 brumaire.)—-Prise de Bergame.</p> + +<p>6 <i>novembre</i> (16 brumaire)—-Combat sur la Brenta.</p> + +<p>11 <i>novembre</i> (21 brumaire.)—-Combat de Caldiero.</p> + +<p>15, 16, 17 <i>novembre</i> (25, 26, 27 brumaire.)—-Bataille +d'Arcole; une troisième armée autrichienne, envoyée par la +cour de Vienne, et commandée par le général Alvinzi, est +mise en fuite.</p> + +<p>18 <i>novembre</i> (28 brumaire.)—-Bonaparte donne son approbation +à la constitution rédigée par le sénat de Bologne +pour la république cisalpine.</p> + +<h4>1797 (an V.)</h4> + +<p>14 <i>janvier</i> (20 nivose.)—-Bataille de Rivoli; les Autrichiens +sont mis en pleine déroute, et le général Alvinzi qui +les commandait parvient à peine à se sauver.</p> + +<p>15 <i>janvier</i> (26 nivose.)—-Combat d'Anghiari.</p> + +<p>16 <i>janvier</i> (27 nivose.)—-Combat de St.-Georges.</p> + +<p>26 <i>janvier</i> (6 pluviose.)—-Bonaparte stipule avec le +marquis de Manfredini l'évacuation de la Toscane. Décret +qui accorde, à titre de récompense, aux généraux Bonaparte +et Augereau, les drapeaux pris par eux à la bataille d'Arcole +sur les bataillons ennemis.</p> + +<p>26 <i>janvier</i> (7 pluviose.)—-Combat de Carpenedolo.</p> + +<p>27 <i>janvier</i> (8 pluviose.)—-Combat de Derumbano.</p> + +<p>30 <i>janvier</i> (11 pluviose.)—-Les gorges du Tyrol sont +forcées et les Français font leur entrée dans Trente.</p> + +<p>1er <i>février</i> (13 pluviose.)—-Bonaparte rompt l'armistice +accordé au pape, et fait envahir la Romagne par ses troupes.</p> + +<p>3 <i>février</i> (15 pluviose.)—-Capitulation du général +Wurmser, et reddition de Mantoue. Bonaparte, blâmé par +ses généraux d'avoir accordé à Wurmser des conditions trop +avantageuses, leur fait cette réponse mémorable: <i>J'ai voulu +honorer en lui la vieillesse et la valeur guerrière malheureuse</i>. +Les rivaux de Napoléon ont mal suivi cet exemple +donné par Bonaparte.</p> + +<p>4 <i>février</i> (16 pluviose.)—Défaite des troupes du pape +sur le Sinio.</p> + +<p>9 <i>février</i> (21 pluviose.)—Prise d'Ancône.</p> + +<p>10 <i>février</i> (22 pluviose.)—Prise de Lorette; Bonaparte +s'empare de la fameuse statue de la vierge qui y était adorée +depuis des siècles, et l'envoie au directoire.</p> + +<p>12 <i>février</i> (24 pluviose.)—Le pape Pie VI écrit à Bonaparte, +pour lui demander la paix; le même jour, les Français +parviennent jusqu'à Macerotte, à quarante lieues de +Rome.</p> + +<p>19 <i>février</i> (1er ventose.)—Traité de paix conclu par +Bonaparte, entre la république française et le pape Pie VI; +celui-ci renonce à toutes ses prétentions sur Avignon et sur +le comtat venaissin, cède à perpétuité à la république française +Bologne, Ferrare et la Romagne; il cède en outre tous les +objets d'art demandés par Bonaparte, tels que l'Apollon du +Belvédère, la Transfiguration de Raphaël, etc., etc., rétablit +l'école française à Rome, et paye à titre de contribution militaire +treize millions en argent ou en effets précieux.</p> + +<p>22 <i>février</i> (4 ventose.)—Bref du pape Pie VI au général +Bonaparte, dans lequel, entr'autres titres, il lui donne celui +de <i>son cher fils</i>.</p> + +<p>26 <i>février</i> (2 ventose.)—Bonaparte envoie au corps législatif +les trophées de Mantoue.</p> + +<p>2 <i>mars</i> (12 ventose.)—Combat de Monte-di-Sover.</p> + +<p>10 <i>mars</i>. (20 ventose.)—Combat de Bellune.</p> + +<p>12 <i>mars</i> (22 ventose.)—Combat de San-Salvador.</p> + +<p>13 <i>mars</i> (23 ventose.)—Combat de Sacile.</p> + +<p>16 <i>mars</i> (26 ventôse.)—-Bataille du Tagliamento, entre +les Autrichiens commandés par le prince Charles, et les Français +aux ordres de Bonaparte; l'armée autrichienne est mise +en déroute.</p> + +<p>19 <i>mars</i> (29 ventôse.)—-Combat de Gradisca.</p> + +<p>22 <i>mars</i> (2 germinal.)—-Combat et prise de Bolzen.</p> + +<p>23 <i>mars</i> (3 germinal.)—-Prise de Trieste.</p> + +<p>31 <i>mars</i> (11 germinal.)—-Lettre de Bonaparte à l'archi duc +Charles, dans laquelle il invite le prince autrichien à +s'unir à lui pour arrêter le fléau de la guerre.</p> + +<p>2 <i>avril</i> (i3 germinal.)—-Combat de Neumarck.</p> + +<p>7 <i>avril</i>(18 germinal.)—-Armistice conclu à Indinbourg, +entre le général Bonaparte et le prince Charles; l'armée française +n'était qu'à trente lieues de Vienne.</p> + +<p>13 <i>avril</i> (24 germinal.)—-Jour où expirait l'armistice, +Bonaparte enveloppe l'armée autrichienne.</p> + +<p>15 <i>avril</i> (26 germinal.)—-Le général en chef Bonaparte, +au nom de la république française, et les généraux Belgarda +et Nubbewed, au nom de l'empereur, signent à Léoben les +préliminaires de la paix.</p> + +<p>24 <i>avril</i> (5 floréal.)—-Prise de Vérone, qui, à l'instigation +des Vénitiens, s'était révoltée contre les Français. +Bonaparte fait envahir tous les états de terre-ferme de la république de Venise.</p> + +<p>3 <i>mai</i> (14 floréal.)—-Manifeste du général Bonaparte, +dans lequel il expose la conduite du gouvernement vénitien, +et lui déclare la guerre.</p> + +<p>11 <i>mai</i> (22 floréal.)—-L'armée française étant campée +sous les murs de Venise, la noblesse prend la fuite, le doge +abdique, une horrible anarchie s'établit dans la ville; les +meilleurs citoyens appellent les Français pour la faire cesser.</p> + +<p>16 <i>mai</i> (27 floréal.)—-Les Français prennent possession +de la ville et des forts de Venise.</p> + +<p>3 <i>juin</i> (15 prairial.)—-Bonaparte envoie au directoire +les drapeaux pris sur les Vénitiens.</p> + +<p>6 <i>juin</i> (18 prairial.)—-Convention de Montebello entre +le général Bonaparte et les députés de Gènes.</p> + +<p>9 <i>juillet</i> (21 messidor.)—-La république cisalpine est +instituée sous l'influence du général Bonaparte.</p> + +<p>26 <i>juillet</i> (7 thermidor,)—-Bonaparte réunit la Romagne +à la république cisalpine.</p> + +<p>22 <i>août</i> (5 fructidor.)—-Bonaparte part de Milan pour +se rendre au congrès d'Udine.</p> + +<h4>1797 (an VI.)</h4> + +<p>17 <i>octobre</i> (26 vendémiaire.)—-Traité de paix conclu et +signé a Campo-Formio par le général Bonaparte, au nom de +la république française, et les plénipotentiaires de l'empereur +d'Allemagne. Par ce traité, la république française est formellement +reconnue, l'empereur renonce à toutes ses prétentions +sur les Pays-Bas et sur le territoire de la république cisalpine, +dont il reconnaît l'indépendance, etc., etc.</p> + +<p>26 <i>octobre</i> (5 brumaire.)—-Bonaparte est nommé général +en chef de l'armée dite d'Angleterre, formée par ordre du +directoire sur les côtes de l'Océan.</p> + +<p>31 <i>octobre</i> (10 brumaire.)—-Bonaparte envoie à Paris le général +Berthier et le savant Monge, pour présenter au directoire +le traité de paix qu'il a fait avec l'empereur.</p> + +<p>15 <i>novembre</i> (25 brumaire.)—-Bonaparte part de Milan +pour se rendre au congrès de Rastadt et y présider la légation française.</p> + +<p>17 <i>novembre</i> (27 brumaire.)—-Bonaparte divise la république +cisalpine eu vingt départemens.</p> + +<p>26 <i>novembre</i> (6 frimaire.)—-Arrivée de Bonaparte à +Rastadt.</p> + +<p>1er <i>décembre</i> (11 frimaire.)—-Convention militaire signée +à Rastadt entre le général Bonaparte et le comte de Cobentzel.</p> + +<p>5 <i>décembre</i> (15 frimaire.)—-Arrivée du général Bonaparte +à Paris. La reconnaissance et l'admiration éclatent partout +où se montre le vainqueur de l'Italie.</p> + +<p>9 <i>décembre</i> (19 frimaire.)—-Bonaparte est de nouveau +appelé au commandement en chef de l'armée d'Angleterre.</p> + +<p>10 <i>décembre</i> (20 frimaire.)—-Il présente au directoire, +dans une audience solennelle, le traité de Campo-Formio, +ratifié par l'empereur d'Allemagne. À cette occasion, il prononce +un discours où il rappelle en peu de mots les exploits +de l'armée d'Italie, et présente un drapeau sur lequel sont +inscrites les victoires de cette même armée. Bonaparte devient +l'idole des Parisiens; on frappe des médailles en l'honneur +de ses victoires, etc., etc.</p> + +<p>22 <i>décembre</i> (2 nivose.)—-Fête solennelle et brillante +donnée à Bonaparte par le corps-législatif.</p> + +<p>23 <i>décembre</i> (5 nivose.)—-Bonaparte est nommé membre +de l'Institut.</p> + +<h4>1798 (an VI.)</h4> + +<p>3 <i>janvier</i> (14 nivose.)—-Fête donnée à Bonaparte par le +ministre des relations extérieures, dans l'église de Saint-Sulpice.</p> + +<p>28 février (4 ventose.)—-Retour à Paris de Bonaparte +d'une visite qu'il venait de faire sur les côtes de l'Océan à +l'armée d'Angleterre.</p> + +<p>5 <i>mars</i> (15 ventose.)—-Arrêté du directoire qui charge +Bonaparte du soin de diriger le grand armement formé sur +les côtes de la Méditerranée.</p> + +<p>2 <i>avril</i> (13 germinal.)—-Le directoire arrête que Bonaparte +se rendra sur-le-champ à Brest, pour y prendre le +commandement des forces navales qui y sont rassemblées.</p> + +<p>12 <i>avril</i> (23 germinal.)—-Arrêté du directoire qui +nomme Bonaparte général en chef de l'armée d'Orient.</p> + +<p>3 <i>mai</i> (i4 floréal.)—Bonaparte se rend de Paris à +Toulon.</p> + +<p>8 <i>mai</i> (19 floréal.)—Arrivée de Bonaparte à Toulon, et +proclamation adressée par lui à l'armée.</p> + +<p>19 <i>mai</i> (30 floréal.)—Départ de Bonaparte pour l'Égypte +avec l'armée qui doit en assurer la conquête.</p> + +<p>10 <i>juin</i> (21 prairial.)—Apparition de la flotte française +devant Malte.</p> + +<p>9 <i>juin</i> (22 prairial.)—Débarquement des Français dans +l'île.</p> + +<p>12 <i>juin</i> (24 prairial.)—Capitulation de l'île de Malte; +Bonaparte s'occupe avec activité d'établir une bonne administration +dans l'île.</p> + +<p>19 <i>juin</i> (1er messidor.)—Bonaparte quitte Malte pour se +rendre à sa destination; il emmène avec lui les bâtimens de +guerre trouvés dans le port.</p> + +<p>1er juillet (13 messidor.)—Arrivée de la flotte française +en vue d'Alexandrie, et débarquement de l'armée.</p> + +<p>2 juillet (14 messidor.)—Attaque et prise d'Alexandrie.</p> + +<p>11 juillet (23 messidor.)—Combat de Damanhour.</p> + +<p>12 juilet (24 messidor.)—Combat de Rhamanieh.</p> + +<p>14 juillet (26 messidor.)—Combat de Chebreiss.</p> + +<p>23 juillet (5 thermidor.)—Bataille des Pyramides. «Soldats, +dit Bonaparte, vous allez combattre aujourd'hui les +dominateurs de l'Égypte (les mameloucks); songez que du +haut de ces monumens quarante siècles vous contemplent.» Le +soir de cette même journée, Bonaparte fait son entrée solennelle +au Caire, abandonné par Ibrahim-Bey.</p> + +<p>1er <i>août</i> (14 thermidor.)—Bataille navale d'Aboukir; +Bonaparte, en recevant la nouvelle de la destruction de sa +flotte, répond avec une apparente impassibilité: «Nous n'avons +plus de flotte! hé bien, il faut rester en ces contrées, +ou en sortir grands comme les anciens.»</p> + +<p><i>5 août</i> (18 thermidor.)—Combat d'El-Khanka.</p> + +<p><i>10 août</i> (23 thermidor.)—Combat de Salahieb.</p> + +<p><i>12 août</i> (25 thermidor.)—Combat de Remerieh.</p> + +<p><i>18 août</i> (1er fructidor.)—Bonaparte préside en grande +pompe à la cérémonie de la rupture de la digue qui retient +les eaux du Nil au Caire.</p> + +<p><i>20 août</i> (3 fructidor.)—Le général Bonaparte voulant +se rendre favorables les habitans du pays, fait célébrer avec +tout le faste oriental la fête du législateur d'Orient, Mahomet.</p> + +<p><i>21 août</i> (4 fructidor.)—Il arrête la formation d'un institut +destiné à s'occuper des progrès et de la propagation des +lumières en Égypte, de la recherche, de l'étude et de la publication +des faits naturels, industriels, historiques de ce +pays, etc., etc.</p> + +<p><i>15 septembre</i> (29 fructidor.)—Combat de Caf'Schabbas-Amer.</p> + + + + +<h4>1798 (an VII.)</h4> + + +<p><i>22 septembre</i> (1er vendémiaire.)—Bonaparte fait célébrer +au Caire l'anniversaire de la fondation de la république +française.</p> + +<p><i>29 septembre</i> (8 vendémiaire.)—Combat de Mit-El-Haroun.</p> + +<p><i>4 octobre</i> (13 vendémiaire.)—Combat de Matarieh.</p> + +<p><i>8 octobre</i> (17 vendémiaire.)—Bataille de Sédiman.</p> + +<p><i>21 et 22 octobre</i> (30 vendémiaire et 1er frimaire.)—Violente +insurrection dans la ville du Caire; les dispositions +rapides et l'énergie du général en chef rétablissent +promptement l'ordre et le calme. Cette insurrection avait +pour prétexte la religion, et pour motif réel le refus de payer +les contributions.</p> + +<p>9 <i>novembre</i> (19 brumaire.)—Combat de Faioum. +Prise de Suez.</p> + +<p>21 <i>décembre</i> (1er nivôse.)—Bonaparte rétablit au Caire +le divan, qu'il avait destitué après la grande insurrection.</p> + +<p>25 <i>décembre</i> (5 nivôse.)—Il quitte la capitale de l'Égypte +pour faire une reconnaissance à Suez, où il arrive le 27.</p> + + + + +<h4>1799 (an VII.)</h4> + + +<p>6 <i>février</i> (18 pluviôse.)—Ouverture de la campagne de +Syrie; arrivée de l'armée expéditionnaire à Katieh.</p> + +<p>9 <i>février</i> (21 pluviôse.)—Prise d'El-Arich.</p> + +<p>7 <i>mars</i> (17 ventôse.)—Prise de Jaffa.</p> + +<p>15 <i>mars</i> (25 ventôse.)—Combat de Qâ'quoum.</p> + +<p>18 <i>mars</i> (28 ventôse.)—Commencement du siège de +Saint-Jean d'Acre.</p> + +<p>28 <i>mars</i> (8 germinal.)—Premier assaut livré à Saint-Jean +d'Acre.</p> + +<p>3 <i>avril</i>(14 germinal.)—Combat de Sour.</p> + +<p>6 <i>avril</i> (17 germinal.)—Combat de Nazareth.</p> + +<p>8 <i>avril</i> (19 germinal.)—Combat de Loubi.</p> + +<p>9 <i>avril</i> (20 germinal.)—Combat de Cana.</p> + +<p>11 <i>avril</i>(22 germinal.)—Combat de Seid-Jarra.</p> + +<p>16 <i>avril</i> (27 germinal.)—Bataille du Mont-Thabor, +gagnée sur les Musulmans par les généraux Bonaparte et +Kléber.</p> + +<p>4 <i>mai</i> (15 floréal.)—Second assaut livré à Saint-Jean +d'Acre.</p> + +<p>8 <i>mai</i> (19 floréal.)—Troisième assaut.</p> + +<p>10 <i>mai</i> (21 floréal.)—Quatrième assaut.</p> + +<p>17 <i>mai</i> (28 floréal.)—Levée du siège de Saint-Jean +d'Acre.</p> + +<p>29 <i>mai</i> (10 prairial.)—Prise de Kosseir.</p> + +<p><i>14 juin</i> (26 prairial.)—Retour de Bonaparte au Caire.</p> + +<p><i>14 juillet</i> (26 messidor.)—Il quitte le Caire pour se +porter à la rencontre de l'armée turque, commandée par le +grand-vizir, et débarquée à Aboukir.</p> + +<p><i>19 juillet</i> (1er thermidor.)—Il arrive à Rhamanieh.</p> + +<p><i>25 juillet</i> (7 thermidor.)—Bataille d'Aboukir; l'armée +musulmane est totalement détruite.</p> + +<p><i>2 août</i> (15 thermidor.)—Le petit nombre de Turcs +échappés à la bataille, et qui s'étaient réfugiés dans le fort +d'Aboukir, implorent la clémence de Bonaparte, qui les +reçoit à quartier.</p> + +<p><i>18 août</i> (1er fructidor.)—Bonaparte quitte le Caire pour +se rendre à Alexandrie, où il arrive le 21.</p> + +<p><i>23 août</i> (5 fructidor.)—Le général en chef de l'armée +d'Orient s'embarque sur la frégate <i>la Muiron</i>, qui doit le +porter en France.</p> + + + + +<h4>1799 (an VIII.)</h4> + + +<p><i>1er octobre</i> (10 vendémiaire.)—Il arrive à Ajaccio.</p> + +<p><i>9 octobre</i> (18 vendémiaire.)—Bonaparte débarque à +Fréjus; il est reçu comme un libérateur par la population +entière des départemens qu'il traverse.</p> + +<p><i>16 octobre</i> (25 vendémiaire.)—Il arrive à Paris.</p> + +<p><i>6 novembre</i> (15 brumaire.)—Fête superbe donnée par +le gouvernement dans l'église Saint-Sulpice aux généraux +Bonaparte et Moreau.</p> + +<p><i>9 novembre</i> (18 brumaire.)—Décret du conseil des Anciens, +qui met à la disposition du général Bonaparte la garde +ou corps législatif et toutes les troupes de la dix-septième +division militaire, dont Paris était le chef-lieu.</p> + +<p><i>10 novembre</i> (19 brumaire.)—Décret rendu par le conseil +des Anciens, portant l'abolition du directoire, l'expulsion +de soixante membres du conseil des Cinq-Cents, la création +provisoire d'une nouvelle magistrature destinée à exercer +le pouvoir exécutif jusqu'à la confection d'une nouvelle constitution, +et la désignation de Sieyes, Roger-Ducos et Bonaparte, +pour exercer provisoirement cette nouvelle magistrature +sous le nom de consuls de la république.</p> + +<p><i>13 décembre</i> (22 frimaire.)—Promulgation de la constitution +de l'an 8. Le pouvoir exécutif est confié, pour dix +ans, à trois consuls; Bonaparte, premier consul; Cambacérès, +deuxième, et Lebrun troisième.—Quatre-vingts sénateurs, +trente conseillers-d'état, trois cents députés au corps-législatif +et cent députés au tribunal, tels sont les rouages de la +constitution qui devait porter Bonaparte à la puissance absolue.</p> + +<p><i>25 décembre</i>—(4 nivose.)—Loi qui règle le mode et +la nature des récompenses à accorder aux militaires qui se +sont distingués ou se distingueront par des actions d'éclat.</p> + +<p><i>26 décembre</i> (5 nivose.)—Lettre du premier consul Bonaparte +au roi d'Angleterre, dans laquelle il lui fait part de +sa nomination à la première magistrature de la république, et +de son désir de voir la France et l'Angleterre s'unir pour +amener une paix générale.</p> + +<p><i>29 décembre</i> (8 nivose.)—Le premier consul Bonaparte +accorde une amnistie générale aux habitans insurgés +des départemens de l'Ouest.</p> + + + + +<h4>1800 (an VIII.)</h4> + + +<p><i>1er janvier</i> (11 nivose.)—Installation du corps législatif +et du tribunal.</p> + +<p><i>5 janvier</i> (15 nivose.)—Création d'un premier inspecteur +général du génie.</p> + +<p><i>19 janvier</i> (29 nivose.)—Installation du gouvernement +consulaire aux Tuileries.</p> + +<p>13 <i>janvier</i> (3 pluviose.)—Établissement de la banque +de France.</p> + +<p>12 <i>février</i> (23 pluviose,)—Soumission des chouans du +département du Morbihan.</p> + +<p>18 <i>février</i> (29 pluviose.)—Établissement d'un préfet +pour chaque département.</p> + +<p>3 <i>mars</i> (12 ventose.)—Décret ordonnant la clôture de +la liste des émigrés.</p> + +<p>8 <i>mars</i> (17 ventose.)—Le premier consul arrête qu'il +sera formé à Dijon une armée de réserve de soixante mille +hommes.</p> + +<p>22 <i>mars</i> (1er germinal.)—Création de la république des +sept îles vénitiennes.</p> + +<p>27 <i>mars</i> (6 germinal.)—Décret pour la création d'un +conseil des prises.</p> + +<p>2 <i>avril</i> (12 germinal.)—Le 1er consul nomme le général +Carnot pour remplacer au ministère de la guerre le général +Berthier, appelé par lui au commandement en chef de l'armée de réserve.</p> + +<p>18 <i>avril</i> (28 germinal.)—Il nomme Bernadotte général +en chef de l'armée de l'Ouest.</p> + +<p>6 <i>mai</i> (16 floréal.)—Le premier consul quitte Paris +pour aller prendre en personne le commandement de l'armée +de réserve, devenue l'armée d'Italie.</p> + +<p>15 <i>mai</i> (25 floréal.)—Il nomme premier grenadier des +armées de la république le brave Latour-d'Auvergne, qui se +refuse à tout avancement.</p> + +<p>16, 17, 18 <i>mai</i> (26, 27, 28 floréal.)—Passage du mont +Saint-Bernard par l'armée d'Italie, ayant le premier consul à +sa tête.</p> + +<p>22 <i>mai</i> (2 prairial.)—-Prise de Suze et de Verceil.</p> + +<p>25 <i>mai</i> (5 prairial.)—-Prise de la citadelle d'Ivrée.</p> + +<p>29 <i>mai</i> (9 prairial.)—-Reprise de Nice et passage du +Tesin.</p> + +<p>2 <i>juin</i> (13 prairial.)—-Prise de Milan. Le premier consul +rétablit la république cisalpine.</p> + +<p>7 <i>juin</i> (18 prairial.)—-Prise de Pavie.</p> + +<p>8 <i>juin</i> (19 prairial.)—-Combat et prise de Plaisance.</p> + +<p>9 <i>juin</i> (20 prairial.)—-Passage du Pô et bataille de Montebello.</p> + +<p>14 <i>juin</i> (25 prairial.)—-Bataille de Marengo; elle coûte +aux Autrichiens vingt mille hommes, quarante pièces de canon, +douze drapeaux; à la France, le général Desaix, qui +avait puissamment contribué à cette glorieuse victoire.</p> + +<p>15 <i>juin</i> (26 prairial.)—-Convention d'Alexandrie entre +le premier consul et Mélas, commandant en chef l'armée autrichienne. +Cette convention, ou plutôt cette capitulation +du général autrichien restitue à la France toutes ses conquêtes +en Italie.</p> + +<p>18 <i>juin</i> (29 prairial.)—-Le premier consul établit à Milan +<i>une consulte</i> chargée de réorganiser la république cisalpine.</p> + +<p>23 <i>juin</i>. (4 messidor.)—-Il rétablit l'université de Pavie.</p> + +<p>26 <i>juin</i> (7 messidor.)—-Le premier consul fait transporter +le corps de Desaix au mont Saint-Bernard, et ordonne +qu'il sera érigé en ce lieu un monument à la mémoire de ce +jeune héros.</p> + +<p>30 <i>juin</i> (11 messidor.)—-Bonaparte ordonne la reconstruction +de la place de Bellecour à Lyon et en pose lui-même +la première pierre.</p> + +<p>3 juillet (14 messidor.)—-Retour du premier consul à +Paris.</p> + +<p>28 juillet (9 thermidor.)—-Il signe les préliminaires de +la paix entre la France et l'Autriche.</p> + +<p>13 <i>août</i> (25 thermidor.)—Il nomme le général Brune +commandant en chef de l'armée d'Italie.</p> + +<p>25 <i>août</i> (7 fructidor.)—Il organise le conseil-d'état et +nomme les conseillers.</p> + +<p>3 <i>septembre</i> (16 fructidor.)—Convention d'amitié et de +commerce entre les États-Unis et la république française.</p> + +<p>20 <i>septembre</i> (troisième jour complémentaire.)—Nouvel +armistice entre l'Autriche et la France. L'empereur ayant +refusé de signer les préliminaires de paix, un autre congrès +est indiqué à Lunéville, et le premier consul nomme le général +Clark commandant extraordinaire de cette place.</p> + +<p><i>Même jour</i>. Inauguration du prytanée de Saint-Cyr, +et translation solennelle des cendres de Turenne au temple +de Mars (l'église des Invalides).</p> + +<p>30 <i>septembre</i> (8 vendémiaire.)—Traité de paix entre la +France et le dey d'Alger.</p> + +<p>6 <i>octobre</i> (14 vendémiaire.)—Le premier consul ordonne +au général Brune de faire occuper le grand-duché de Toscane.</p> + +<p>8 <i>octobre</i> (16 vendémiaire.)—Il nomme le général Berthier +ministre de la guerre.</p> + +<p>10 <i>octobre</i> (18 vendémiaire.)—Arrestation dans les couloirs +de l'Opéra, de Demerville, Caracchi et autres, prévenus +d'avoir voulu assassiner le premier consul.</p> + +<p>11 <i>octobre</i> (19 vendémiaire.)—Bonaparte nomme son +frère Joseph plénipotentiaire de la république au congrès de +Lunéville.</p> + +<p>24 <i>décembre</i> (3 nivose.)—Explosion d'une machine infernale +dirigée contre la personne du premier consul au moment +où, se rendant à l'Opéra, il passait dans la rue Saint-Nicaise; +Bonaparte ne doit son salut qu'à l'adresse de son cocher, +qui tourna la charrette sur laquelle était la machine, au +lieu de faire débarrasser le passage.</p> + +<h4>1801 (an IX.)</h4> + +<p>11 <i>janvier</i> (21 nivose.)—Création de tribunaux spéciaux: +le gouvernement pourra en créer autant que bon lui +semblera.</p> + +<p>17 <i>janvier</i> (27 nivose.)—Rétablissement de la compagnie +d'Afrique. Le premier consul charge le général Turreau +de présider au confectionnement de la belle route d'Italie par +le Simplon.</p> + +<p>9 <i>février</i> (20 pluviose.)—Traité de paix entre la France +et l'empereur d'Allemagne, signé à Lunéville par le comte de +Cobentzel et Joseph Bonaparte.</p> + +<p>10 <i>février</i> (21 pluviose.)—Arrêté des consuls qui ordonne +la poursuite judiciaire des auteurs de la machine infernale.</p> + +<p>18 <i>février</i> (27 pluviose.)—Armistice entre la république +française et le roi des Deux-Siciles.</p> + +<p>4 <i>mars</i> (13 ventose.)—Arrêté des consuls qui ordonne qu'il +sera fait chaque année, du 17 au 22 septembre, une exposition +publique des produits de l'industrie française. On peut +regarder cet arrêté comme l'une des causes qui contribuèrent +le plus puissamment aux développemens prodigieux de cette +même industrie pendant tout le règne de Napoléon.</p> + +<p>9 <i>mars</i> (18 ventose.)—Décret portant réunion des départemens +de la Roër, de la Sarre, de Rhin et Moselle et du +Mont-Tonnerre à la république française.</p> + +<p>19 <i>mars</i> (28 ventose.)—Le gouvernement est autorisé +par une loi à établir des bourses de commerce.</p> + +<p><i>Même jour</i>—Traité entre la république française et le +roi d'Espagne, par lequel le duché de Parme est cédé à la +France et la Toscane au prince de Parme, avec le titre de roi +d'Étrurie.</p> + +<p>25 <i>mars</i> (4 germinal.)—Le premier consul ordonne la +construction de trois nouveaux ponts sur la Seine: un devant +le jardin des Plantes, l'autre dans la Cité, le troisième devant +le Louvre.</p> + +<p>28 <i>mars</i> (7 germinal.)—Traité de paix entre la république +française et le roi de Naples. Porto-Longone, l'île +d'Elbe et la principauté de Plombino sont cédées à la France. +Ferdinand s'engage en outre à fermer tous ses ports aux Anglais.</p> + +<p>1er <i>avril</i> (11 germinal.)—Le premier consul nomme le +général Macdonald ministre plénipotentiaire de la république +près le roi de Danemarck.</p> + +<p>6 <i>avril</i> (16 germinal.)—Le Régent et Carbon, convaincus +d'avoir contribué à la confection de la machine infernale, +sont décapités à Paris.</p> + +<p>1er <i>mai</i> (11 floréal,)—Occupation de l'île d'Elbe par les +Français.</p> + +<p>8 <i>mai</i> (18 floréal,)—Organisation définitive da la société +de la Charité maternelle.</p> + +<p>21 <i>mai</i> (1er prairial.)—L'Institut présente au premier +consul son projet de travail pour la continuation de son Dictionaire +de la langue française.</p> + +<p>4 <i>juin</i> (14 messidor.)—Le premier consul nomme le +nègre Toussaint-Louverture gouverneur à vie de Saint-Domingue.</p> + +<p>15 juillet (26 messidor.)—Concordat entre le premier +consul et le pape Pie VII. Les évèques et archevèques nommés +par le premier consul recevront du pape l'institution canonique. +Par ce concordat, Bonaparte devenait réellement le +restaurateur de la religion en France. Les prêtres ne lui en +ont pas gardé plus de reconnaissance.</p> + +<p>24 <i>juillet</i> (6 thermidor.)—Traité de paix et d'alliance +entre la république française et l'électeur de Bavière.</p> + +<p>31 <i>juillet</i> (12 thermidor.)—Organisation de la gendarmerie +en France.</p> + +<p>27 <i>août</i> (9 fructidor.)—Création d'un ministère du trésor +public. Bonaparte donne le portefeuille à Barbé-Marbois.</p> + +<p>29 <i>septembre</i> (7 vendémiaire.)—Traité de paix signé à +Madrid entre la république française et le roi de Portugal.</p> + +<p>1er <i>octobre</i> (9 vendémiaire.)—Préliminaires de paix +signés à Londres entre la France et l'Angleterre.</p> + +<p>8 <i>octobre</i> (16 vendémiaire.)—Traité de paix signé à +Paris entre la France et la Russie.</p> + +<p>9 <i>octobre</i> (17 vendémiaire.)—Préliminaires de paix +signés à Paris entre la France et la Sublime-Porte.</p> + +<p>12 <i>novembre</i> (21 brumaire.)—Consulte législative de la +république cisalpine, indiquée à Lyon. Le premier consul est +invité à assister à ses séances.</p> + +<p>16 <i>novembre</i> (25 brumaire.)—Célébration à Paris de +fêtes solennelles à l'occasion de la paix.</p> + +<p>21 <i>novembre</i> (30 brumaire.)—Départ de Brest de l'expédition +de Saint-Domingue sous les ordres du général Leclerc, +beau-frère de Bonaparte.</p> + +<h4>1802 (an X.)</h4> + +<p>8 <i>janvier</i> (18 nivose.)—-Arrivée du premier consul à +Lyon.</p> + +<p>25 <i>janvier</i> (5 pluviose.)—-Cédant au voeu de la consulte, +le premier consul accepte le titre de président de la république italienne.</p> + +<p>4 <i>mars</i> (13 ventose,)—Arrêté des consuls ordonnant +qu'il leur soit présenté un tableau général des progrès et de +l'état des sciences, des lettres et des arts depuis 1789 jusqu'au +23 septembre 1802. Cet arrêté a pour objet d'encourager +par toutes sortes de secours ces trois grandes branches de +la prospérité publique et de perfectionner les méthodes employées +pour l'enseignement en France.</p> + +<p>8 <i>mars</i> (17 ventose.)—Traité de paix entre la France et +la régence d'Alger.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Création d'un directeur de l'administration +de la guerre, ayant rang et fonction de ministre.—Dejean +est nommé directeur.</p> + +<p>25 <i>mars</i> (4 germinal.)—Traité de paix définitif entre la +république française, le roi d'Espagne, la république batave, +d'une part, et la Grande-Bretagne de l'autre, signé à Amiens.</p> + +<p>3 <i>avril</i> (13 germinal.)—Bonaparte, président de la république +italienne, convoque à Milan le corps législatif pour +le 24 juin 1804.</p> + +<p>8 <i>avril</i> (18 germinal.)—Adoption par le corps législatif +du concordat arrêté entre le premier consul et Pie VII, pour +l'organisation du culte en France.—Le cardinal Caprara +est autorisé par Bonaparte à exercer les fonctions de légat +<i>à latere</i>.—Suppression des décades.</p> + +<p>18 <i>avril</i> (28 germinal.)—Bonaparte et toutes les autorités +constituées de la république assistent en grande pompe +au <i>Te Deum</i> chanté à Notre-Dame, à l'occasion du traité de +paix signé à Amiens et du rétablissement du culte catholique +en France.</p> + +<p>26 <i>avril</i> (6 floréal.)—Loi d'amnistie en faveur de tout +prévenu d'émigration non radié; permission accordée à tout +émigré de rentrer en France, sous la condition de prêter serment +de fidélité au gouvernement et à la constitution de +l'an VIII.</p> + +<p>1er <i>mai</i> (11 floréal.)—Création des écoles primaires, +secondaires et spéciales, autrement dites lycées, aux frais du +trésor public.</p> + +<p>8 <i>mai</i> (18 floréal.)—Le sénat conservateur nomme Bonaparte +consul pour les dix années qui suivront celles pour +lesquelles il a été nommé par la constitution.</p> + +<p>10 <i>mai</i> (20 floréal.)—Arrêté des consuls portant que le +peuple français sera consulté sur cette question: Napoléon +Bonaparte sera-t-il consul à vie?</p> + +<p>19 <i>mai</i> (29 floréal.)—Loi portant création d'une légion-d'honneur +en France; elle a pour objet de récompenser les +services civils et militaires, comme également utiles à l'état.</p> + +<p>20 <i>mai</i> (30 floréal.)—Traité particulier entre la république +française et le duc de Wurtemberg.</p> + +<p>24 <i>mai</i> (4 prairial.)—Traité par lequel le prince d'Orange +renonce à la dignité de stathouder des Provinces-Unies.</p> + +<p>15 <i>juin</i> (26 prairial.)—Le premier consul fonde un prix +(une médaille d'or de 3,000 fr.) pour encourager les savans +à des expériences sur l'électricité et le galvanisme; l'Institut +sera juge des découvertes faites dans ces deux parties essentielles +de la physique.</p> + +<p>25 <i>juin</i> (6 messidor.)—Traité de paix entre la république +française et la Porte-Ottomane, qui confirme tous les traités +antérieurs.</p> + +<p>2 <i>juillet</i> (13 messidor.)—Lucien Bonaparte, Joseph +Bonaparte et le général Kellermann, sénateurs, sont nommés +membres du grand conseil de la légion-d'honneur.</p> + +<p>2 <i>août</i> (14 thermidor.)—Un sénatus-consulte interprétant +le voeu du peuple français, proclame Napoléon Bonaparte +premier consul à vie, et lui donne le droit de se nommer +un successeur.</p> + +<p>4 <i>août</i> (16 thermidor.)—Autre sénatus-consulte organique +qui accorde aux autres consuls cette même prorogation +de pouvoir, et la présidence du sénat, dont ils seront membres +de droit.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Création d'un grand-juge, ministre de la +justice.—Regnier est nommé grand-juge.</p> + +<p>21 <i>août</i> (3 fructidor.)—Le premier consul préside pour +la première fois le sénat conservateur.</p> + +<p>26 <i>août</i> (8 fructidor.)—Réunion de l'île d'Elbe à la +France.</p> + +<p>2 <i>septembre</i> (15 fructidor,)—Le sénat helvétique réclame +la médiation du premier consul.</p> + +<p>3 <i>septembre</i> (16 fructidor.)—Installation de la république +valaisane.</p> + +<p>11 <i>septembre</i> (24 fructidor.)—Réunion du Piémont à +la France. Il est divisé en six départemens: le Pô, la Doire, +la Sesia, la Stura, le Tanaro et Marengo.</p> + +<p>14 <i>septembre</i> (27 fructidor,)—Décret qui supprime le +ministère de la police de la république, et réunit ses attributions +à celles de grand-juge.</p> + +<h4>1802 (an XI.)</h4> + +<p>4 <i>octobre</i> (12 vendémiaire.)—Décret qui crée une garde +municipale soldée pour le service de la ville de Paris; elle consiste en deux mille cent cinquante-quatre hommes a pied +et cent quatre-vingts à cheval.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Les diverses écoles d'artillerie et de génie +sont réunies à Metz.</p> + +<p>18 <i>octobre</i> (26 vendémiaire.)—Un sénatus-consulte invite +les étrangers à former en France des établissemens utiles; +un an de domicile suffira pour acquérir le titre de citoyen +français, mesure éminemment libérale et bien faite pout accroître +la prospérité nationale.</p> + +<p>12 <i>décembre</i> (21 frimaire.)—Bonaparte, premier consul, +est proclamé restaurateur de l'indépendance du Valais.</p> + +<p>24 <i>décembre</i> (3 nivose.)—Formation de chambres de +commerce dans les principales villes de la république, en +vertu d'un arrêté des consuls.</p> + +<h4>1803 (an XI.)</h4> + +<p>3 <i>janvier</i> (13 nivose.)—Le premier consul nomme le +général Rochambeau commandant en chef de l'armée de St.-Domingue, +et capitaine-général de cette colonie, en remplacement +de son beau-frère, le général Leclerc, mort dans +cette île.</p> + +<p>4 <i>janvier</i> (14 nivose.)—Sénatus-consulte qui crée trente +sénatoreries, avec une dotation de 25,000 fr. en domaines +nationaux.</p> + +<p>17 <i>janvier</i> (21 nivose.)—Promotion au cardinalat, sur +la demande du premier consul, de MM. de Belloy, archevêque +de Paris; Fesch, oncle de Bonaparte, archevêque de +Lyon; Cambacérès, frère du consul du même nom, archevêque +de Rouen; et Boisgelin, archevêque de Tours.</p> + +<p>23 <i>janvier</i> (3 pluviose,)—Nouvelle organisation de l'Institut +de France; il est divisé en quatre classes: première, des +sciences; deuxième, de la langue et de la littérature; troisième, +d'histoire et de littérature ancienne; quatrième, des +beaux-arts.</p> + +<p>28 <i>janvier</i> (8 pluviose.)—Organisation d'une école spéciale +militaire établie à Fontainebleau.</p> + +<p>19 <i>février</i> (30 pluviose.)—Le premier consul, en sa +qualité de médiateur de la confédération helvétique, termine +les différens qui se sont élevés entre les cantons suisses. L'Helvétie +est divisée en dix-neuf cantons ayant chacun leur propre +constitution.</p> + +<p>25 <i>février</i> (6 ventose.)—Établissement à Compiègne +d'une école spéciale des arts et métiers.</p> + +<p>10 <i>mars</i> (19 ventose.)—Loi sur l'exercice de la médecine. +—Rétablissement du doctorat pour les médecins et +chirurgiens.</p> + +<p>18 <i>avril</i> (28 germinal.)—Arrêté des consuls qui fixe le +diamètre des nouvelles pièces d'or, d'argent et de cuivre.</p> + +<p>30 <i>avril</i> (10 floréal.)—La république française cède aux +États-Unis la Louisiane.</p> + +<p>14 <i>mai</i> (24 floréal.)—Communication au sénat, au corps +législatif et au tribunal, de l'ultimatum du roi d'Angleterre. +Par cet ultimatum, entièrement contraire au traité d'Amiens, +le roi de la Grande-Bretagne exigeait impérieusement la possession +de l'île de Lampedosa et de Malte pour dix ans, en +outre, l'évacuation de la Hollande.</p> + +<p>22 <i>mai</i> (2 prairial.)—La république française déclare +la guerre à l'Angleterre.—Ordre donné d'arrêter tous les +Anglais qui se trouvent en France.</p> + +<p>30 <i>mai</i> (10 prairial.)—Décret portant organisation de +l'administration des monnaies.</p> + +<p>3 <i>juin</i> (14 prairial.)—Occupation du Hanovre par les +Français; l'armée anglaise est faite prisonnière de guerre; +fuite honteuse du duc de Cambridge, qui la commandait.</p> + +<p>7 <i>juin</i> (18 prairial.)—La ville de Rouen, et d'autres à +son exemple, votent la construction à ses frais d'un vaisseau +de guerre, pour être employé dans la lutte contre les Anglais.</p> + +<p>20 <i>juin</i> (1er messidor.)—Arrêté des consuls, portant +qu'il ne sera plus reçu dans les ports de France aucune denrée +provenant des colonies anglaises.</p> + +<p>23 <i>juin</i> (4 messidor.)—Le premier consul Bonaparte +part de Paris pour visiter des départemens de la ci-devant +Belgique.</p> + +<p>2 <i>juillet</i> (13 messidor.)—Il visite Dunkerque, Anvers, etc.</p> + +<p>22 <i>juillet</i> (3 thermidor.)—Il arrive à Bruxelles, et y +est reçu en triomphateur.</p> + +<p>28 <i>juillet</i> (9 thermidor.)—Il ordonne la réunion du +Rhin, de la Meuse et de l'Escaut par un grand canal de +communication.</p> + +<p><i>Même jour</i>. Il nomme l'amiral Truguet commandant +en chef des forces navales rassemblées à Brest.</p> + +<p>11 <i>août</i> (25 thermidor.)—Retour du premier consul à +Paris.</p> + +<p>19 <i>août</i> (1er fructidor.)—L'Angleterre refuse la médiation +de la Russie, proposée par le premier consul.</p> + +<p>21 <i>août</i> (5 fructidor.)—Bonaparte nomme le sénateur +Lacépède grand-chancelier de la légion-d'honneur.</p> + +<p>27 <i>août</i>(9 fructidor.)—Le vice-amiral Brueys est nommé +commandant de la flottille nationale, avec le titre d'amiral.</p> + +<h4>1803 (au XII.)</h4> + +<p>24 <i>septembre</i> (1er vendémiaire.)—Le pont des arts, remarquable +par son élégante construction en fer, est ouvert +pour la première fois au public.—Le prytannée de Paris +est converti en lycée.</p> + +<p>27 <i>septembre</i> (4 vendémiaire.)—Traité d'alliance entre +la France et la Suisse.</p> + +<p>9 <i>octobre</i> (16 vendémiaire.)—Le premier consul donne +une audience extraordinaire à l'ambassadeur de la Porte-Ottomane.</p> + +<p>27 <i>octobre</i> (4 brumaire.)—Publication du traité par lequel +la république française cède aux États-Unis la Louisiane, +moyennant la somme de soixante millions de francs.</p> + +<p>3 <i>novembre</i> (11 brumaire.)—Le premier consul part +de Paris pour faire une tournée sur les côtes et visiter les +immenses travaux qu'il a ordonnés pour une descente en Angleterre.</p> + +<p>5 <i>novembre</i> (13 brumaire.)—Il assiste à un combat qui +a lieu à Boulogne entre une division anglaise et la flottille +française.</p> + +<p>18 <i>novembre</i> (26 brumaire.)—Retour de Bonaparte à +Paris.</p> + +<p>20 <i>décembre</i> (28 frimaire.)—Sénatus-consulte qui donne +une nouvelle organisation au corps législatif. Le premier consul +fera l'ouverture de la session.</p> + +<h4>1804 (an XII.)</h4> + +<p>6 <i>janvier</i> (15 nivose.)—Ouverture du corps législatif +par Bonaparte pour la session de l'an XII.</p> + +<p>11 <i>janvier</i> (20 nivose.)—Le premier consul nomme le +littérateur Fontanes président annuel du corps législatif, avec +100,000 fr. d'émolumens.</p> + +<p>16 <i>janvier</i> (25 nivose.)—Il nomme le général Murat +gouverneur de Paris.</p> + +<p>31 <i>janvier</i> (10 pluviose.)—Le général Jourdan commande +en chef l'armée d'Italie.</p> + +<p>15 <i>février</i> (25 pluviose.)—Arrestation du général Moreau, +accusé d'avoir conspiré avec Pichegru et Georges Cadoudal, +contre la vie du premier consul, et pour le rétablissement +des Bourbons sur le trône.</p> + +<p>17 <i>février</i> (27 pluviose.)—Rapport du grand-juge relativement +à cette conspiration.</p> + +<p>28 <i>février</i> (8 ventose.)—Arrestation de Pichegru dans +la rue Chabanais.</p> + +<p>9 <i>mars</i> (18 ventose.)—Arrestation de Georges Cadoudal +au carrefour de l'Odéon.</p> + +<p>10 <i>mars</i> (19 ventose.)—Ouverture du jubilé accordé à +la France par le pape à l'occasion du concordat.</p> + +<p>13 <i>mars</i> (22 ventose.)—Décret des consuls qui institue +des écoles de droit dans toutes les grandes villes de la république.</p> + +<p>17 <i>mars</i> (26 ventose.)—Arrestation du duc d'Enghien +à Ettenheim, dans le margraviat de Bade.</p> + +<p>21 <i>mars</i> (30 ventose.)—Ce jeune prince est jugé, condamné +à mort par une commission militaire, et fusillé dans +les fossés du château de Vincennes; il avait alors trente-deux +ans.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Le corps législatif adopte le projet de loi +concernant la réunion des lois civiles en un seul corps de lois, +sous le nom de <i>Code Civil des Français</i>, appelé depuis <i>Code +Napoléon</i>.</p> + +<p>26 <i>mars</i> (5 germinal.)—Loi qui organise la régie des +droits-réunis et la place dans les attributions du ministre des +finances. Français de Nantes est nommé directeur général.</p> + +<p>4 <i>avril</i> (14 germinal.)—Formation d'une société pour +la propagation de la vaccine.</p> + +<p>30 <i>avril</i> (10 floréal.)—Séance extraordinaire du tribunal, +pour entendre la motion d'un membre nommé Curée, tendant: +1° à ce que le premier consul Bonaparte soit déclaré +empereur; 2° que l'hérédité soit dans sa famille; 3° que +celles des institutions de la république qui ne sont que tracées +soient définitivement arrêtées.</p> + +<p>2 <i>mai</i> (12 floréal.)—Les membres du corps législatif +réunis dans la salle de la questure, émettent le voeu que Napoléon +Bonaparte soit déclaré empereur, que la dignité impériale +soit héréditaire dans sa famille, que le système représentatif +soit affermi sur des bases inébranlables. Carnot, +membre du tribunal, se montre seul d'un avis contraire; dans +un discours plein de beaux traits d'éloquence et brûlant de +patriotisme, il déclare que cette dignité causera des guerres +continuelles avec toute l'Europe, amènera inévitablement la +ruine de la liberté, etc., etc.</p> + +<p>18 <i>mai</i> (28 floréal.)—Sénatus-consulte organique, qui +défère au premier consul Bonaparte le titre d'empereur des +Français, et qui établit l'hérédité impériale dans sa descendance +directe, naturelle et légitime, de mâles en mâles, par +ordre de primogéniture, à l'exclusion des femmes. Les collèges +électoraux, la haute-cour impériale, les grandes dignités de +l'empire, sont établis par le même acte. Le même jour, l'empereur +nomme les grands officiers de la couronne: Joseph Bonaparte, +grand électeur; Louis Bonaparte, connétable; le +consul Cambacérès, archi-chancelier de l'empire; le consul +Lebrun, archi-trésorier.</p> + +<p>19 <i>mai</i> (29 floréal.)—L'empereur crée maréchaux de +l'empire les généraux, ses compagnons d'armes: Berthier, +Murat, Moncey, Jourdan, Masséna, Augereau, Bernadotte, +Soult, Brune, Lannes, Mortier, Ney, Davoust, Bessières, +Kellermann, Lefebvre, Pérignon et Serrurier.</p> + +<p>10 <i>juin</i> (21 prairial.)—Arrêt de la cour de justice criminelle +qui condamne à la peine de mort Georges Cadoudal, +Bouvet de Lozier, Russillon, Rochelle, Armand Polignac, +Charles d'Hozier, de Rivière, Louis du Corps, Picot, Lajolais, +Roger dit Loiseau, Coster-St.-Victor, Deville, Armand-Gaillard, +Joyaux-Barban, Lemercier, P. J. Cadoudal +et Mirelle; à deux ans de réclusion le général Moreau, Jules +de Polignac, la fille Hezaï et Rollan: les autres prévenus sont +acquittés. Napoléon accorde la grâce à Armand de Polignac, +de Rivière, Bouvet de Lozier, Lajolais, Rochelle, Gaillard, +Russillion et Charles d'Hozier; il commue la peine du général +Moreau en un exil perpétuel.</p> + +<p>12 <i>juin</i> (23 prairial.)—Règlement sur les inhumations.</p> + +<p>10 <i>juillet</i> (21 messidor.)—Décret impérial qui rétablit +le ministre de la police générale dans ses premières attributions—Autre décret qui règle la forme de la décoration de +la légion-d'honneur.—Autre qui crée un ministère des cultes, +et nomme M. Portalis pour l'exercer.</p> + +<p>15 <i>juillet</i> (26 messidor.)—Napoléon se rend en grande +cérémonie à l'Hôtel militaire des Invalides, pour la première +distribution de croix de la légion-d'honneur.</p> + +<p>16 <i>juillet</i> (27 messidor.)—Organisation de l'école impériale +polytechnique.</p> + +<p>18 <i>juillet</i> (29 messidor.)—Napoléon part de Paris pour +aller visiter les côtes et inspecter les camps qu'il y a ordonnés.</p> + +<p>1er <i>août</i> (13 thermidor.)—Il visite celui d'Ambleteuse. +Le 5 il arrive à Calais, dont il visite le port et les fortifications. +Le 9, il visite la rade de Dunkerque, et part pour Ostende; +le 15 il retourne à Boulogne, après avoir visité Ostende, +Furnes, Nieuport, etc., etc. Le 16, grande fête militaire au +camp de la Tour-d'Ordre. Il reçoit le serment des troupes, +et distribue les étoiles de la légion-d'honneur.</p> + +<p>6 <i>août</i> (18 thermidor.)—-Décret impérial qui rétablit les +missions étrangères.</p> + +<p>25 <i>août</i> (7 fructidor.)—-Autre décret qui organise sur +de nouvelles bases le corps des ingénieurs des ponts et chaussées.</p> + +<p>10 <i>septembre</i>(23 fructidor.)—-Institution de grands +prix décennaux qui doivent être distribués de la main de +Napoléon; toutes les sciences sont admises à y concourir.</p> + +<p>12 <i>octobre</i> (20 vendémiaire.)—-Retour de l'empereur à +St.-Cloud.</p> + +<p>17 <i>octobre</i> (25 vendémiaire.)—-Décret impérial qui convoque +le corps législatif à l'occasion du couronnement de Napoléon.</p> + +<p>6 <i>novembre</i> (15 brumaire.)—-Sénatus-consulte qui déclare +qu'après vérification des votes, le peuple français veut +l'hérédité de la dignité impériale dans la famille de Napoléon Ier.</p> + +<p>25 <i>novembre</i> (4 frimaire.)—-Le pape Pie VII part le 2 +de Rome, arrive à Fontainebleau où l'empereur s'était rendu +au devant lui.</p> + +<p>28 <i>novembre</i> (7 frimaire.)—-Il arrive à Paris avec Napoléon +dans la même voiture.</p> + +<p>2 <i>décembre</i> (11 frimaire.)—-L'empereur Napoléon Ier +et l'impératrice Joséphine sont sacrés et couronnés dans l'église +métropolitaine de Paris par le pape Pie VII.</p> + +<p>3 <i>décembre</i> (12 frimaire.)—Distribution des aigles impériales +au Champ-de-Mars; les troupes, en les recevant, +prêtent serment de fidélité à l'empereur.</p> + +<p>13 <i>décembre</i> (22 frimaire.)—Le sénat conservateur +donne une grande fête, à l'occasion du couronnement.</p> + +<p>16 <i>décembre</i> (25 frimaire.)—Autre fête brillante et +banquet superbe donné à l'empereur et à l'impératrice par la +ville de Paris.</p> + +<p>27 <i>décembre</i> (6 nivose.)—Napoléon fait l'ouverture du +corps législatif pour la session de l'an XIII.</p> + +<h4>1805 (an XIII.)</h4> + +<p>1er <i>janvier</i> (11 nivose.)—Lettre de l'empereur Napoléon +au roi d'Angleterre, dans laquelle il invite ce monarque à se +réunir à lui pour procurer au monde la paix générale.</p> + +<p>14 <i>janvier</i> (24 nivose.)—Inauguration de la statue de +Napoléon dans la salle du corps législatif.</p> + +<p>29 <i>janvier</i> (9 pluviose.)—Décret qui ordonne la construction +d'une ville dans la Vendée, sous le nom de <i>Napoléon-Ville</i>.</p> + +<p>1er <i>février</i> (12 pluviose.)—Création de la charge de +grand-amiral et d'archi-chancelier de l'état et de l'empire; la +première est conférée au maréchal Murat, la deuxième à +Eugène Beauharnais, adopté par l'empereur.</p> + +<p>13 <i>mars</i> (22 ventose.)—Solennelle députation des collèges +électoraux et corps constitués de la république italienne. +Ils portent aux pieds du trône de Napoléon le voeu +de leur nation, et le proclament roi d'Italie.</p> + +<p>18 <i>mars</i> (27 ventose.)—L'empereur accepte la couronne +de fer en présence du sénat de France. Dans cette même +séance, il cède à sa soeur Elisa, en toute propriété, le duché +de Piombino, et confère au mari de cette princesse le titre de +prince de l'empire.</p> + +<p>24 <i>mars</i> (3 germinal.)—Le fils du prince Louis-Napoléon, +est baptisé par le pape Pie VII au château de Saint-Cloud.</p> + +<p>31 <i>mars</i> (10 germinal.)—-L'empereur et l'impératrice +partent de Paris pour se rendre en Italie, et le pape pour se +rendre à Rome.</p> + +<p>24 <i>avril</i> (4 floréal.)—-Visite faite à Turin, à Napoléon +et à Joséphine, par le pape Pie VII.</p> + +<p>8 <i>mai</i> (18 floréal.)—-L'empereur pose sur le champ de +bataille de Marengo la première pierre du monument consacré +aux braves qui y sont morts.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Il fait son entrée à Milan.</p> + +<p>26 <i>mai</i> (6 prairial.)—-Napoléon et Joséphine sont couronnés +roi et reine d'Italie par le cardinal Caprara, archevêque.</p> + +<p>6 <i>juin</i> (19 prairial.)—-D'après le voeu émis par la république +ligurienne (Gênes), elle est réunie à l'empire français.</p> + +<p>7 <i>juin</i> (18 prairial.)—-Le prince Eugène Beauharnais +est nommé par Napoléon vice-roi du royaume d'Italie.</p> + +<p>10 <i>juin</i> (21 prairial.)—-Napoléon part de Milan pour +visiter quelques départemens du royaume d'Italie.</p> + +<p>17 <i>juin</i> (28 prairial.)—-Il fonde l'ordre de la couronne +de fer, et organise le même jour l'Université de Turin.</p> + +<p>23 <i>juin</i> (4 messidor.)—-Réunion de la république de +Lucques à la principauté de Piombino. Bacciochi, beau-frère +de Napoléon, prend le titre de prince de Lucques et de +Piombino.</p> + +<p>30 <i>juin</i> (11 messidor.)—-Arrivée de Napoléon et de Joséphine +à Gênes, qui leur donne une fête superbe le 2 juillet.</p> + +<p>11 <i>juillet</i> (22 messidor.)—-Retour de l'empereur et de +l'impératrice à Fontainebleau.</p> + +<p>21 <i>juillet</i> (2 thermidor.)—-Réunion de Parme, Plaisance +et Guastalla à la France.</p> + +<p>2 <i>août</i> (14 thermidor.)—-Napoléon part de St.-Cloud +pour Boulogne et visite les camps qui bordent la côte.</p> + +<p>16 <i>août</i> (28 thermidor.)—-D'après l'ordre de l'empereur, +quatre-vingt mille hommes se réunissent sur les frontières de +l'Autriche.</p> + +<p>31 <i>août</i> (13 fructidor.)—-Le prytannée de St.-Cyr est +érigé en prytannée militaire français.</p> + +<p>2 <i>septembre</i> (15 fructidor.)—-Retour de Napoléon à +Paris.</p> + +<p>9 <i>septembre</i> (22 fructidor.)—-Sénatus-consulte qui remet +en usage le calendrier grégorien pour le 1er <i>janvier</i> 1806.</p> + +<p>23 <i>septembre</i> (1er vendémiaire.)—-Séance extraordinaire +du sénat; l'empereur y expose la conduite hostile de +l'Autriche, et annonce qu'il va commander ses armées en +personne. Le sénat décrète une levée de quatre-vingt mille +conscrits. Un second décret ordonne la réorganisation de la +garde nationale pour la défense des côtes.</p> + +<p>24 <i>septembre</i> (2 vendémiaire.)—-L'empereur et l'impératrice +partent pour Strasbourg.</p> + +<p>1er <i>octobre</i> (9 vendémiaire.)—-Napoléon passe le Rhin +et harangue l'armée.</p> + +<p>3 <i>octobre</i> (11 vendémiaire.)—-La Suède s'engage à faire +la guerre avec la France.</p> + +<p>7 <i>octobre</i> (15 vendémiaire.)—Combat sur le Lech.</p> + +<p>8 <i>octobre</i> (16 vendémiaire.)—-Combat de Wertbingen.</p> + +<p>9 <i>octobre</i> (17 vendémiaire.)—Combat de Guntzbourg.</p> + +<p>10 <i>octobre</i> (18 vendémiaire.)—L'empereur établit son +quartier-général à Augsbourg.</p> + +<p>14 <i>octobre</i> (22 vendémiaire.)—Combat d'Elchingen.</p> + +<p>17 <i>octobre</i> (25 vendémiaire.)—Capitulation du général +Mack dans la ville d'Ulm. Toute l'armée autrichienne est faite +prisonnière de guerre.</p> + +<p>21 <i>octobre</i> (29 vendémiaire.)—Prise de Munich. Décret +impérial qui ordonne que le mois écoulé depuis le 23 +septembre jusqu'au 22 octobre, soit compté pour une campagne +à toute l'armée.</p> + +<p>24 <i>octobre</i> (2 brumaire.)—L'empereur fait son entrée +dans Munich.</p> + +<p>26 <i>octobre</i> (4 brumaire.)—Passage de l'Inn sur plusieurs +points.</p> + +<p>29 <i>octobre</i> (7 brumaire.)—Combat de Marienzel; l'empereur +établit son quartier-général à Braunau.</p> + +<p>30 <i>octobre</i> (8 brumaire.)—Combat de Mehrenbach, +Prise de Salzbourg; le même jour l'armée d'Italie bat les Autrichiens.</p> + +<p>31 <i>octobre</i> (8 brumaire.)—Combat de Lambach.</p> + +<p>5 <i>novembre</i> (13 brumaire.)—Passage de la Traun par +l'armée française.</p> + +<p>9 <i>novembre</i> (18 brumaire.)—L'empereur établit son +quartier-général à Molck, à seize lieues de Vienne.</p> + +<p>11 <i>novembre</i> (20 brumaire.)—Combat de Diernstein.</p> + +<p>13 <i>novembre</i> (22 brumaire.)—L'armée française fait +son entrée dans Vienne; Napoléon ne veut point y pénétrer, +il établit son quartier-général à Schoenbrun.</p> + +<p>15 <i>novembre</i> (24 brumaire.)—Le général Clarke est +nommé gouverneur de la Haute et Basse-Autriche; le conseiller-d'état +Daru intendant général.—Combat d'Hollabrun +entre les Français et l'avant-garde de l'armée russe.</p> + +<p>16 <i>novembre</i> (25 brumaire.)—Défaite des Russes à Guntersdorf.</p> + +<p>17 <i>novembre</i> (26 brumaire.)—Invasion du Tyrol par le +maréchal Ney; combats de Clauzen et de Bautzen.</p> + +<p>18 <i>novembre</i> (27 brumaire.)—Entrée du prince Murat +dans Brünn, capitale de la Moravie; quartier-général de Napoléon +à Porlitz; l'empereur d'Autriche se retire à Olmutz.</p> + +<p>22 <i>novembre</i> (1er frimaire.)—Combat naval de Trafalgar. +Les flottes française et espagnole y sont détruites. L'amiral +anglais est tué.</p> + +<p>28 <i>novembre</i> (7 frimaire.)—L'empereur Napoléon envoie +le général Savary complimenter l'empereur Alexandre, dont +le quartier-général est à Vischau. En même temps il donne +l'ordre d'une retraite simulée pour tromper l'ennemi.</p> + +<p>1er <i>décembre</i> (10 frimaire.)—Napoléon, à la vue des +Russes manoeuvrant pour le tourner, s'écrie: <i>demain toute +cette belle armée sera à nous</i>. Le soir il visite les bivouacs, +et reçoit de toutes parts les preuves de l'attachement et de +l'enthousiasme qu'il communique à ses soldats.</p> + +<p>2 <i>décembre</i> (11 frimaire.)—Grande et mémorable bataille +d'Austerlitz. L'armée austro-russe est anéantie. Cette +belle victoire met deux empereurs à la discrétion de Napoléon, +et plus généreux qu'ils ne devaient l'être un jour à son +égard, il s'abstient d'en abuser.</p> + +<p>3 <i>décembre</i> (12 frimaire.)—Napoléon accorde à l'empereur +d'Autriche une entrevue que celui-ci lui fait demander +par le prince de Liechtenstein.</p> + +<p>4 <i>décembre</i> (13 frimaire.)—Cette entrevue a lieu au bivouac +de Napoléon, auprès du village de Nasedlowitz. «<i>Je +vous reçois dans le seul palais que j'habite depuis deux +mois</i>, dit l'empereur des Français à celui d'Allemagne.»—«<i>Vous +tirez si bon parti de votre habitation qu'elle doit +vous plaire</i>», répond François avec un sourire qui devait +être un peu forcé.</p> + +<p>5 <i>décembre</i> (14 frimaire.)—Napoléon fait arrêter la +marche de ses troupes, qui déjà environnaient les débris de +l'armée russe, et étaient sur le point de prendre l'empereur +Alexandre.</p> + +<p>6 <i>décembre</i> (15 frimaire.)—Armistice conclu entre Napoléon +et l'empereur d'Autriche. Alexandre retourne précipitamment +à St.-Pétersbourg.</p> + +<p>7 <i>décembre</i> (16 frimaire.)—Décret impérial en faveur +des veuves et des enfans des militaires de tout grade morts à +la bataille d'Austerlitz.—Autre décret qui ordonne que les +canons russes et autrichiens pris sur le champ de bataille +d'Austerlitz seront fondus, et serviront à l'érection sur la +place Vendôme à Paris, d'une grande colonne consacrée à la +gloire de l'armée victorieuse.</p> + +<p>13 <i>décembre</i> (22 frimaire.)—Napoléon reçoit à Schoenbrunn +la députation des maires de Paris; il lui remet les +drapeaux pris à Austerlitz, pour être déposés dans l'église +Notre-Dame.</p> + +<p>26 <i>décembre</i> (5 nivose.)—Traité de paix signé à Presbourg +entre la France et l'Autriche; les électeurs de Bavière +et de Wurtemberg sont élevés à la dignité de rois.—Les +états vénitiens sont réunis au royaume d'Italie.</p> + +<p>27 <i>décembre</i> (6 nivose.)—Entrevue à Schoenbrunn de +Napoléon et du prince Charles, frère de l'empereur d'Autriche. +<i>Même jour</i>.—Napoléon publie à Schoenbrunn une proclamation +dans laquelle il déclare à l'Europe que la dynastie +de Naples a cessé de régner.</p> + + +<h4>1806.<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a></h4> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Footnote 6:</b><a href="#footnotetag6"> (return) </a> Par un sénatus-consulte en date du 9 septembre, le calendrier grégorien +ayant été substitué au calendrier républicain pour le 1er janvier 1806, +nous cessons de faire mention de celui-ci.</blockquote> + +<p>1er <i>janvier</i>.—Maximilien Joseph est proclamé roi de +Bavière, en présence de l'empereur et de l'impératrice.—Le +tribunal, en corps, porte au sénat quarante-cinq drapeaux +pris à la bataille d'Austerlitz.—Le pont d'Austerlitz, construit +en fer vis à vis le jardin des Plantes, est ouvert pour +la première fois au public.</p> + +<p>14 <i>janvier</i>.—Le roi de Bavière donne sa fille en mariage +au prince Eugène de Beauharnais; l'empereur et l'impératrice +assistent à la cérémonie.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—La communication en est faite au sénat par +l'archi-chancelier, qui l'informe en même temps que l'empereur +a adopté pour son fils le prince Eugène, et l'appelle à lui +succéder comme roi d'Italie, à défaut de descendans naturels +et légitimes de Napoléon.</p> + +<p>19 <i>janvier</i>.—Les drapeaux pris à la bataille d'Austerlitz +sont reçus par le clergé de Notre-Dame et appendus aux +voûtes de la cathédrale.</p> + +<p>26 <i>janvier</i>.—Retour de l'empereur et de l'impératrice à +Paris; ils reçoivent les complimens des différens corps de +l'état.</p> + +<p>6 <i>février</i>.—Le sultan Sélim III reconnaît Napoléon Ier empereur des Français.</p> + +<p><i>8 février</i>.—Entrée des troupes françaises dans le royaume +de Naples.</p> + +<p><i>15 février</i>.—Le prince Joseph, frère de l'empereur, prend +possession de Naples.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Le roi de Prusse reçoit de Napoléon le +Hanovre, en échange des propriétés qu'il a cédées à la France.</p> + +<p><i>20 février</i>.—L'église de Sainte-Geneviève (le Panthéon) +est rendue au culte catholique; elle conservera néanmoins la +destination qu'elle avait reçue de l'assemblée constituante, +d'être le lieu de sépulture des grands hommes.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Décret de l'empereur qui ordonne la restauration +de l'église de Saint-Denis, et la consacre à la sépulture +des princes de la dynastie de Napoléon.</p> + +<p><i>28 février</i>.—Institution d'une chaire de belles-lettres à +l'école polytechnique. M. Andrieux est nommé professeur.</p> + +<p><i>2 mars</i>.—Ouverture du corps législatif par Napoléon +pour la session de 1806.</p> + +<p><i>4 mars</i>.—Adoption par l'empereur de la princesse Stéphanie, +nièce de l'impératrice, et mariage de cette princesse +avec le prince héréditaire de Bade.</p> + +<p><i>12 mars</i>.—Décrets pour le rétablissement et l'ouverture +de canaux et de grandes routes.</p> + +<p><i>15 mars</i>.—Napoléon cède en toute propriété les duchés +de Clèves et de Berg, à son beau-frère le prince Murat, qui +en prend possession, sous le titre de duc de Berg et de +Clèves.</p> + +<p><i>30 mars</i>.—Joseph Bonaparte est proclamé par son frère +Napoléon, roi des Deux-Siciles.—La principauté de Guastalla +est transférée a la princesse Pauline, soeur de Napoléon, +sous le litre de duchesse de Guastalla; et celle de Neufchâtel +au maréchal Berthier, sous le titre de prince de Neufchâtel.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Décret ou statut en forme de loi, qui fixe +l'état des princes et princesses de la famille impériale.</p> + +<p><i>4 avril</i>.—Décret de Napoléon qui ordonne que le catéchisme +approuvé par le cardinal légat, sera en usage dans +toutes les églises françaises.</p> + +<p><i>7 avril</i>.—Cérémonies du mariage de la princesse Stéphanie +Napoléon avec le prince héréditaire de Bade.</p> + +<p><i>22 avril</i>.—Loi qui donne à la banque de France une organisation +définitive, et proroge à vingt-cinq ans le privilège +de quinze années qui lui avait été accordé.</p> + +<p><i>27 avril</i>.—Le général Lauriston prend possession de la +ville et du territoire de Raguse au nom de l'empereur des +Français.</p> + +<p><i>2 mai</i>.—Décret qui ordonne la construction de quinze +nouvelles fontaines à Paris.</p> + +<p><i>10 mai</i>.—Loi qui institue l'université impériale.</p> + +<p><i>12 mai</i>.—Clôture du corps législatif; il adopte dans cette +session le Code de procédure civile.</p> + +<p><i>28 mai</i>.—L'électeur archi-chancelier d'Allemagne, le +prince-primat, nomme pour son coadjuteur et son successeur +le cardinal Fesch, oncle de Napoléon.</p> + +<p><i>30 mai</i>.—Décret qui invite tous les sujets de l'empire +professant la religion juive d'envoyer des députés à Paris.</p> + +<p><i>5 juin</i>.—Une députation solennelle des états de Hollande +demande à l'empereur son frère Louis Napoléon pour roi; +l'empereur adhère au voeu des états.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Décret impérial qui transfère à M. Talleyrand`, +grand chambellan, la principauté de Bénévent, sous le +titre de prince de Bénévent; et au maréchal d'empire Bernadotte, +le titre de prince de Ponte-Corvo.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Napoléon donne une première audience à +Moubed-Effendi, ambassadeur extraordinaire de la Porte-Ottomane.</p> + +<p>11 <i>juin</i>,—-Décret portant organisation du conseil-d'état +et fixant ses attributions.</p> + +<p>16 <i>juin</i>.—-Institution à l'école d'Alfort d'une chaire d'économie +rurale.</p> + +<p>24 <i>juin</i>.—-Suppression des maisons de jeu dans tout +l'empire.</p> + +<p>4 <i>juillet</i>.—-Loi qui organise les haras dans tous les départemens, +et nomme les chefs de ces établissemens.</p> + +<p>6 <i>juillet</i>.—-Combats contre les Russes et les Monténégrins +par les Français commandés par les généraux Lauriston et +Molitor.</p> + +<p>17 <i>juillet</i>.—-Un traité solennel établit la confédération du +Rhin: les rois de Bavière, de Wurtemberg, les électeurs +archi-chancelier de Bade, le duc de Berg et de Clèves, et +plusieurs autres princes d'Allemagne, composent cette confédération +et se séparent à perpétuité de l'empire germanique. +L'empereur Napoléon est proclamé protecteur de cette confédération, +qui change entièrement l'état politique de l'Europe +et tend à une pacification plus durable.</p> + +<p>20 <i>juillet</i>.—-Traité de paix signé à Paris entre la France +et la Russie; mais l'empereur Alexandre, influencé par l'Angleterre, +refuse de le ratifier au terme convenu.</p> + +<p>26 <i>juillet</i>.—-Première assemblée des Juifs, convoqués à +Paris par Napoléon, d'après son décret du 30 mai, sous le +nom de <i>Grand-Sanhédrin</i> juif, et dont le but est de fixer le +sort de cette nation errante et malheureuse.</p> + +<p>5 <i>août</i>.—-Lord Lauderdale arrive à Paris en qualité +d'ambassadeur, pour remplacer M. Fox dans les négociations +ouvertes entre la France et l'Angleterre.</p> + +<p>20 <i>septembre</i>.—L'empereur Napoléon réclame contre la +Prusse, des princes liés par la confédération du Rhin, le +contingent auquel chacun d'eux s'est obligé, dans le cas de +guerre.</p> + +<p>25 <i>septembre</i>.—L'empereur part de Saint-Cloud pour se +mettre à la tête de ses armées, et combattre la quatrième coalition +formée contre la France par la Prusse, la Russie, la +Suède et l'Angleterre.</p> + +<p>28 <i>septembre</i>.—Arrivée de Napoléon à Mayence, avec +l'impératrice son épouse.</p> + +<p>30 <i>septembre</i>.—L'électeur de Wurtzbourg accède à la +confédération du Rhin, et prend le titre de grand-duc.</p> + +<p>1er <i>octobre</i>.—Napoléon passe le Rhin avec son état-major.</p> + +<p>7 <i>octobre</i>.—Message de l'empereur au sénat, dans lequel +il annonce la nécessité de recommencer la guerre, et les dispositions +qu'il vient de faire pour lui donner une issue favorable.</p> + +<p>8 <i>octobre</i>.—L'empereur quitte Bamberg pour se porter à +la tête de son armée.</p> + +<p>9 <i>octobre</i>.—Combat de Saalbourg, et enlèvement des +magasins de l'ennemi à Hoff.</p> + +<p>10 <i>octobre</i>.—Combat de Saalfeldt; le prince Ferdinand +de Prusse y est tué.</p> + +<p>14 <i>octobre</i>.—Bataille d'Iéna. L'armée prussienne essuie +une déroute complète, ou plutôt elle est anéantie, tant en +hommes que sous le rapport du matériel. Le duc de Brunswick +et le prince Henri de Prusse sont grièvement blessés; +la reine n'échappe qu'avec peine à la poursuite des vainqueurs.</p> + +<p>16 <i>octobre</i>.—-Capitulation de la place d'Erfurt. Le prince +d'Orange et le feld-maréchal Mollendorf sont faits prisonniers.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Le roi de Prusse demande un armistice, qui +est refusé par Napoléon.</p> + +<p>17 <i>octobre</i>.—-Combat de Halle. Le prince Eugène de +Wurtemberg, général de l'armée de réserve prussienne, a son +corps d'année presque entièrement détruit.</p> + +<p>18 <i>octobre</i>.—-Prise de Leipsick par le maréchal Davoust.</p> + +<p>21 <i>octobre</i>.—-Après une série de succès non interrompus, +les Français interceptent la route de Magdebourg, où +les Prussiens comptaient se rallier. Le duc de Brunswick met +ses états sous la protection de l'empereur.</p> + +<p>24 <i>octobre</i>.—-Prise de Potsdam; l'empereur y établit son +quartier-général le lendemain, visite le tombeau du grand +Frédéric, et envoie à l'Hôtel des Invalides de Paris l'épée de +ce fondateur de la monarchie prussienne.</p> + +<p>25 <i>octobre</i>.—-Capitulation de Spandau.</p> + +<p>26 <i>octobre</i>.—-Blocus de Magdebourg.</p> + +<p>27 <i>octobre</i>.—-Napoléon fait son entrée solennelle dans +Berlin, Acte de clémence de l'empereur envers la femme du +prince d'Haztfeld, gouverneur de cette capitale.</p> + +<p>28 <i>octobre</i>.—-Prise de Prentzlow. Le grand-duc de Berg +fait capituler le corps d'armée commandé par le prince de +Hohenlohe.</p> + +<p>29 <i>octobre</i>.—-Prise de la forteresse de Stettin.</p> + +<p>1er <i>novembre</i>.—-Capitulation de la forteresse de Custrin.</p> + +<p>Le maréchal Mortier s'empare de la Hesse au nom de l'empereur +des Français.</p> + +<p>6 et 7 novembre,—-Bataille de Lubeck. Après des faits +d'armes inouïs, onze généraux prussiens, à la tête desquels se +trouvaient Blücher, devenu depuis si fameux, et le prince de +Brunswick-Oels, cinq cents dix-huit officiers, quatre mille +chevaux, plus de vingt mille hommes et soixante drapeaux, +sont les trophées de cette victoire. Lubeck, pris d'assaut, devient +un horrible champ de carnage.</p> + +<p>10 <i>novembre</i>.—Suspension d'arme entre l'empereur et le +roi de Prusse, elle reste sans effet. Prise de la ville de Posen.</p> + +<p>11 <i>novembre</i>,—Prise de la ville et forteresse de Magdebourg.</p> + +<p>19 <i>novembre</i>.—L'empereur reçoit à Berlin une députation +du sénat d'Hambourg.—Obligation imposée à toutes +les villes occupées par les Français, de déclarer les marchandises +et propriétés anglaises.</p> + +<p>20 <i>novembre</i>.—Capitulation de la place d'Hameln.</p> + +<p>25 <i>novembre</i>.—Capitulation de celle de Niembourg.—L'empereur +rend à Berlin le fameux décret qui déclare les îles +britanniques en état de blocus, et interdit avec elles tout +commerce et toute communication.</p> + +<p>27 <i>novembre</i>.—Napoléon, résolu de pousser avec vigueur +la guerre contre la Russie qui venait d'accourir, quoique tardivement, +au secours de la Prusse, établit son quartier-général +à Posen.</p> + +<p>28 <i>novembre</i>,—Combat de Lowiez, où le général russe +Benigsen est battu.</p> + +<p>29 <i>novembre</i>.—Occupation de Varsovie par les Français.</p> + +<p>2 <i>décembre</i>.—-Décret impérial qui ordonne l'érection sur +l'emplacement de l'église de la Magdelaine, d'un monument +à la gloire de l'armée, sous le nom de <i>Temple de la gloire</i>, +et devant porter cette inscription: <i>L'empereur Napoléon +aux soldats de la grande armée</i>.</p> + +<p>3 <i>décembre</i>.—Capitulation de la forteresse le Glogau.</p> + +<p>4 <i>décembre</i>.—Une levée de quatre-vingt mille conscrits +est mise à la disposition de l'empereur par le sénat conservateur.</p> + +<p>6 <i>décembre</i>.—Passage de la Vistule par les Français, +à Thorn.</p> + +<p>11 <i>décembre</i>.—Passage du Bug à Ockecmin. Traité de +paix et d'alliance entre l'empereur Napoléon et l'électeur de +Saxe, qui accède à la confédération du Rhin, et prend le +titre de roi de Saxe. Son contingent, en cas de guerre, est de +vingt mille hommes.</p> + +<p>16 <i>décembre</i>.—L'empereur part de Posen.</p> + +<p>19 <i>décembre</i>.—Il arrive à Varsovie, et visite les retranchemens +élevés dans le faubourg de Praga pour protéger cette +ville.</p> + +<p>23 <i>décembre</i>.—Il passe le Bug, fait jeter à l'embouchure +de l'Akra, dans cette rivière, un pont qui est achevé +en deux heures, y fait passer une division du corps d'armée +du maréchal Davoust, qui met en déroute quinze mille Russes +à Czarnowo.</p> + +<p>24 <i>décembre</i>.—-Combat de Nazietzk; le général russe +Kamenskoi est défait.</p> + +<p>25 et 26 <i>décembre</i>.—-Bataille de Pulstuck, retraite de +l'armée russe après avoir perdu quatre-vingt pièces d'artillerie, +tous ses caissons, douze cents voitures, et dix à douze +mille hommes.</p> + +<h4>1807.</h4> + +<p>5 <i>janvier</i>.—Capitulation de Breslau.</p> + +<p>7 <i>février</i>.—Bataille de Preusch-Eylau; l'armée russe est +de nouveau obligée de battre en retraite.</p> + +<p>9 <i>février</i>.—Première séance de l'Institut au palais +des sciences et des arts (le Louvre).</p> + +<p>15 <i>février</i>.—Combat d'Ostrolenka. Le général Soworow, +fils du célèbre maréchal de ce nom, perd la vie dans cette affaire.</p> + +<p>16 <i>février</i>.—L'empereur envoie à Paris les drapeaux +pris à Eylau; il ordonne que les canons conquis à cette bataille +seront fondus pour dresser une statue au général +d'Hautpoult, commandant des cuirassiers, qui avait été tué +dans cette journée.</p> + +<p>24 <i>février</i>.—Combat de Peterswalde.</p> + +<p>25 <i>février</i>.—Passage de la Passarge à Liebstadt.</p> + +<p>5 <i>mars</i>.—Le pont d'Austerlitz est ouvert au passage +des voitures.</p> + +<p>6 <i>mars</i>.—Décret impérial qui met en état de siège les +ports de Brest et d'Anvers; le premier sous les ordres du +général sénateur Aboville, et le deuxième sous ceux du général +sénateur Ferino.</p> + +<p>7 <i>mars</i>.—Combat de Guttstadt et de Willemberg.</p> + +<p>12 <i>mars</i>.—Combat de Lignau.</p> + +<p>7 <i>avril</i>.—Sénatus-consulte qui appelle la conscription de +1808.</p> + +<p>18 <i>avril</i>.—Suspension d'armes signée à Schlatkow entre +l'empereur et le roi de Suède.</p> + +<p>25 <i>avril</i>.—L'empereur établit son quartier-général à +Finkenstein.—Décret impérial concernant les théâtres de +Paris: ils sont divisés en grands théâtres et théâtres secondaires.</p> + +<p>1er <i>mai</i>.—Capitulation de la place de Neiss, assiégée par +le général Vandamme.</p> + +<p><i>15 mai</i>.—Combat livré devant les murs de Dantzick, +assiégé par le maréchal Lefebvre, entre les troupes assiégeantes +et le corps d'armée russe du général Kaminski, accouru +pour secourir cette place. Les Russes sont repoussés +avec perte.</p> + +<p><i>14 mai</i>.—Dantzick se rend au maréchal Lefebvre après +cinquante-un jours de tranchée ouverte.</p> + +<p><i>28 mai</i>.—Décret impérial qui confère au maréchal Lefebvre +le titre de duc de Dantzick pour le récompenser de l'activité +qu'il avait déployée pendant le siège de cette ville.</p> + +<p><i>1er juin</i>.—L'empereur vient visiter Dantzick.</p> + +<p><i>4 juin</i>.—Les négociations de paix qui avaient été entamées +entre la Russie et la France pendant que les deux armées +prenaient quelque repos dans leurs quartiers, ayant été +rompues, les hostilités recommencent, et les Russes sont +battus à Spandenn, au moment où ils voulaient traverser la +Passarge.</p> + +<p><i>5 juin</i>.—Nouveau combat de Spandenn; les Français +franchissent la Passarge et se mettent à la poursuite des +Russes.</p> + +<p><i>6 juin</i>.—Combat de Deppen, où les Russes sont culbutés +de nouveau.</p> + +<p><i>8 juin</i>.—L'empereur établit son quartier-général à +Deppen.</p> + +<p><i>11 juin</i>.—Bataille d'Heilsberg; elle reste presque sans +résultat. Seulement le lendemain l'armée russe quitte les forts +tranchemens qu'elle occupait en avant de cette ville.</p> + +<p><i>14 juin</i>.—Mémorable bataille de Friedland; cette fois, +l'armée russe est entièrement anéantie, et les résultats obtenus +par les Français placent cette journée a côté de celles de +Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna. Elle décidait de la campagne, +et la précipitation des Russes à se retirer était telle, +qu'ils rompaient derrière eux tous les ponts, pour se soustraire +à la vive poursuite de leurs vainqueurs.</p> + +<p>16 <i>juin</i>.—-Occupation de Koenigsberg par les Français.</p> + +<p>19 <i>juin</i>.—-L'empereur Napoléon établit son quartier-général +dans Tilsit, où, quelques jours auparavant, l'empereur +de Russie et le roi de Prusse avaient établi le leur.</p> + +<p>21 <i>juin</i>.—-Armistice conclu entre les deux empereurs et +le roi de Prusse.</p> + +<p>25 <i>juin</i>.—-Entrevue de ces trois monarques dans un bateau +sur le Niémen; Alexandre, Napoléon et le roi de Prusse +passent deux heures dans cette conférence. La moitié de la +ville est déclarée neutre pour la facilité des communications. +Du 25 juin au 9 juillet, les trois souverains se voient amicalement, +et se donnent mutuellement des fêtes, pendant que +leurs ministres s'occupaient des négociations relatives à la +paix.</p> + +<p>7 <i>juillet</i>.—-Traité de paix entre les deux empereurs, déclaré +commun aux rois de Naples et de Hollande, frères de +Napoléon, et par lequel Alexandre reconnaît la confédération +du Rhin, et promet sa médiation pour engager l'Angleterre +à ne plus mettre d'obstacles à une paix générale.</p> + +<p>9 <i>juillet</i>.—-Traité de paix entre le roi de Prusse et l'empereur +des Français, basé sur les clauses du précédent. Le +roi de Prusse recouvre, de la générosité de Napoléon, toutes +ses provinces, excepté celles de Pologne, spécifiées dans le +traité, et qui seront possédées en toute souveraineté par le +roi de Saxe.</p> + +<p>13 <i>juillet</i>.—-Les hostilités recommencent entre la France +et la Suède.</p> + +<p>17 <i>juillet</i>.—-Napoléon rend une visite au roi de Saxe à +Dresde.</p> + +<p>24 <i>juillet</i>.—Son arrivée a Francfort.</p> + +<p>27 <i>juillet</i>.—Son retour à Saint-Cloud.</p> + +<p>28 <i>juillet</i>.—Il reçoit en audience solennelle et successivement +les félicitations du sénat, du tribunal, du corps législatif, +de la cour de cassation, de la cour d'appel, du clergé, +de la cour de justice criminelle, du corps municipal, etc.</p> + +<p>9 <i>août</i>.—Berthier, prince de Neufchâtel, est élevé à la +dignité de vice-connétable, et Talleyrand, prince de Bénévent, +à celle de vice grand-électeur.</p> + +<p>15 <i>août</i>.—Napoléon se rend en grand cortège à Notre-Dame +pour y entendre le <i>Te Deum</i> en action de grâce, pour +la paix de Tilsit.</p> + +<p>16 <i>août</i>.—Ouverture du corps législatif par Napoléon; +session de 1807.</p> + +<p>19 <i>août</i>,—Sénatus-consulte qui supprime le tribunat, +et donne au corps législatif une nouvelle organisation plus +conforme aux vues de Napoléon.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Les Français s'emparent de la ville de +Stralsund.</p> + +<p>22 <i>août</i>.—Célébration du mariage de Jérôme-Napoléon +Bonaparte avec la princesse Catherine, fille du roi de Wurtemberg.</p> + +<p>3 <i>septembre</i>,—Décret ordonnant que le <i>Code civil des +Français</i> portera désormais le titre de <i>Code Napoléon</i>.</p> + +<p>3 <i>septembre</i>.—Capitulation de l'île de Rugen; cette conquête +complète celle de toute la Poméranie suédoise.</p> + +<p>8 <i>septembre</i>.—Décret qui établit la constitution du +royaume de Westphalie, et proclame Jérôme Napoléon roi de +ce pays.</p> + +<p>18 <i>septembre</i>.—Clôture du corps législatif; il adopte +dans cette session le Code de commerce.</p> + +<p>28 <i>septembre</i>.—-Décret qui institue et organise une cour +des comptes.</p> + +<p>1er <i>octobre</i>.—-Décret qui réunit les diocèses de Parme et +de Plaisance à l'église gallicane.</p> + +<p>12 <i>octobre</i>—-Sénatus-consulte portant que les provisions +ne seront expédiées aux juges qu'après cinq ans d'exercice.</p> + +<p>14 <i>octobre</i>.—-Exposition au Musée des objets d'art conquis +par les armées.</p> + +<p>27 <i>octobre</i>.—-Traité signé à Fontainebleau entre la +France et l'Espagne, par lequel les deux parties contractantes +résolvent de se partager le Portugal, et le roi d'Espagne +s'engage à donner le passage, à cet effet, à vingt-cinq +mille hommes d'infanterie et à trois mille hommes de cavalerie +de Napoléon.</p> + +<p>29 <i>octobre</i>.—-Décret impérial qui admet gratuitement +dans les lycées deux cents nouveaux élèves, fils de militaires +et de fonctionnaires publics.</p> + +<p>6 <i>novembre</i>.—-Le comte Tolstoï, ambassadeur de Russie, +présente ses lettres de créance à l'empereur.</p> + +<p>8 <i>novembre</i>.—-Arrivée de l'ambassadeur de Perse à Paris; +il est porteur de magnifiques présens pour l'empereur; +les plus remarquables sont les sabres de Tamerlan et de Thamas +Konli-Kan.</p> + +<p>10 <i>novembre</i>.—-Dispositions relatives aux halles, marchés, +et rues de Paris.</p> + +<p>11 <i>novembre</i>—-Traité de la France et de la Hollande; la +ville de Flessingue est cédée aux Français.</p> + +<p>16 <i>novembre</i>.—-L'empereur part de Paris pour visiter ses +états d'Italie.</p> + +<p>21 <i>novembre</i>.—-Il arrive à Milan.</p> + +<p>25 <i>novembre</i>.—-Entrée triomphale à Paris des corps de +la garde impériale. Fête superbe donnée par la ville à cette +élite de l'armée.</p> + +<p>28 <i>novembre</i>,—Seconde fête donnée à la même garde +par le sénat dans son palais même.</p> + +<p>29 <i>novembre</i>.—Napoléon arrive à Venise. Le <i>même +jour</i>, le général Junot, après avoir traversé toute l'Espagne, +s'empare d'Abrantès, première ville de Portugal.</p> + +<p>30 <i>novembre</i>.—L'armée française prend possession de +Lisbonne.</p> + +<p>17 <i>décembre</i>,—Décret qui déclare <i>dénationalisé</i> tout +bâtiment qui se soumettra aux dispositions de l'ordonnance +rendue le 11 novembre par le roi d'Angleterre. (Cette ordonnance +mettait tous les ports de France et ceux de ses alliés +en état de blocus, et ordonnait la visite sur mer de tous les +bâtimens européens qui y seraient rencontrés par les croisières +britanniques).</p> + +<p>20 <i>décembre</i>.—Napoléon proclame le fils du prince Eugène, +prince de Venise, et sa fille Joséphine princesse de Bologne.</p> + +<p>26 <i>décembre</i>.—Le ministre de l'intérieur pose la première +pierre d'un grenier d'abondance à Paris, situé sur les +terrains dépendans de l'ancien arsenal.</p> + +<h4>1808.</h4> + +<p>1er <i>janvier</i>.—Retour de l'empereur dans sa capitale.</p> + +<p>4 <i>janvier</i>.—Napoléon et Joséphine vont dans l'atelier du +peintre David voir le tableau de leur couronnement.</p> + +<p>16 <i>janvier</i>.—Statuts définitifs de la banque de France.</p> + +<p>27 <i>janvier</i>.—-Le port de Flessingue et ses dépendances +sont réunis à l'empire français.</p> + +<p>1er <i>février</i>.—-Organisation du gouvernement provisoire +du Portugal. Le général Junot est nommé gouverneur-général.</p> + +<p>2 <i>février</i>.—-Sénatus-consulte portant création d'une nouvelle +grande dignité sous le titre de gouverneur-général des +départemens au-delà des Alpes; le prince Camille Borghèse, +beau-frère de Napoléon, est nommé gouverneur-général.</p> + +<p>6 <i>février</i>.—-Rapport fait à l'empereur par la classe des +sciences physiques et mathématiques, sur les progrès de ces +sciences depuis 1789.</p> + +<p>17 <i>février</i>.—-Napoléon ordonne que les Algériens soient +arrêtés dans ses états tant que ses sujets génois seront prisonniers +à Alger.</p> + +<p>19 <i>février</i>.—-Rapport de la classe d'histoire et de littérature +ancienne sur les progrès des sciences et des arts depuis +1789.</p> + +<p>22 <i>février</i>.—-Rapport de la classe de la langue et de la +littérature française, présenté à l'empereur par Chénier, sur +les progrès des lettres depuis 1789.</p> + +<p>11 <i>mars</i>.—-Sénatus-consulte qui institue des titres impériaux +et héréditaires, tels que ceux de <i>ducs</i>, <i>comtes</i>, +<i>barons</i>, etc.</p> + +<p>16 <i>mars</i>.—-Création des juges auditeurs auprès des cours +d'appel.</p> + +<p>17 <i>mars</i>.—-Organisation définitive donnée a l'Université, +et création d'une académie dans chaque ville où siège une +cour d'appel. M. de Fontanes est nommé grand-maître de +l'Université impériale.</p> + +<p>26 <i>mars</i>.—-Lettre du roi d'Espagne, Chartes IV, à Napoléon, +dans laquelle il lui fait part de sa résolution de commander +lui-même ses forces de terre et de mer.</p> + +<p>27 <i>mars</i>.—-Bref du pape à Napoléon, où Pie VII se plaint +des vexations que lui font éprouver les agens français.</p> + +<p>2 <i>avril</i>.—-L'empereur part de Paris pour se rendre à +Baïonne.</p> + +<p>3 <i>avril</i>.—-Note du ministre des relations extérieures au +légat du pape, en réponse au bref de Pie VII, et dans laquelle +il déclare au cardinal Caprara que l'empereur ne saurait reconnaître +le principe que les prélats ne sont point sujets du +souverain, etc.</p> + +<p>4 <i>avril</i>.—-Napoléon fait son entrée à Bordeaux.</p> + +<p>10 <i>avril</i>.—-Arrivée de l'impératrice dans cette même +ville.</p> + +<p>15 <i>avril</i>.—-L'empereur arrive a Baïonne.</p> + +<p>18 <i>avril</i>.—-Il écrit au prince des Asturies (Ferdinand VII.)</p> + +<p>20 <i>avril</i>;—-Il reçoit dans le château de Marrac le prince +des Asturies et Dom Carlos son frère.</p> + +<p>22 <i>avril</i>.—-Le général Miollis fait arrêter le gouverneur +de Rome et l'envoie à Fenestrelle.</p> + +<p>23 <i>avril</i>.—-Le grand-duc de Berg entre dans Madrid à +la tête d'une division française.</p> + +<p>28 <i>avril</i>.—-L'empereur Napoléon rend une visite au roi +d'Espagne, à la reine et au prince de la Paix, qui viennent +d'arriver à Baïonne.</p> + +<p>2 <i>mai</i>.—-Insurrection à Madrid; Murat, de concert avec +la junte suprême du gouvernement espagnol, parvient à la +calmer.</p> + +<p>7 <i>mai</i>.—-Il est nommé par le roi Charles IV lieutenant-général +du royaume.</p> + +<p>8 <i>mai</i>—-Traité signé à Baïonne par le roi Charles IV, dans +lequel il cède a son allié et ami, l'empereur Napoléon, tous +ses droits sur les Espagnes; adhésion de tous les enfans du +roi à cet acte, qui est officiellement annoncé au conseil suprême +de Castille et à celui de l'inquisition.</p> + +<p>13 <i>mai</i>.—-La junte du gouvernement espagnol, présidée +par Murat, demande pour roi Joseph Napoléon, frère de +l'empereur.</p> + +<p>22 <i>mai</i>.—-Le roi et la reine d'Espagne se retirent en +France; Compiègne est désigné pour leur séjour; les princes +sont envoyés au château de Valençay, propriété du diplomate +Talleyrand dans le département d'Indre-et-Loire.</p> + +<p>24 <i>mai</i>.—-Sénatus-consulte qui réunit à l'empire français +les duchés de Parme et de Plaisance et le duché de Toscane.</p> + +<p>25 <i>mai</i>.—-Napoléon convoque à Baïonne une junte générale +espagnole pour le 15 juin.</p> + +<p>6 <i>juin</i>.—-L'empereur proclame son frère, Joseph Napoléon, +roi des Espagnes et des Indes, et lui garantit l'intégrité +de ses états.</p> + +<p>7 <i>juin</i>.—-Le nouveau roi reçoit les hommages des grands +d'Espagne, des conseils et des diverses autorités existantes.</p> + +<p>15 <i>juin</i>.—-La junte espagnole tient sa première séance à +Baïonne.</p> + +<p>23 <i>juin</i>.—-Insurrection générale en Espagne. Le maréchal +Bessières défait une armée espagnole à San-Ander.</p> + +<p>28 <i>juin</i>.—-Combat et prise de Valence par le maréchal +Moncey.</p> + +<p>3 <i>juillet</i>.—-Décrets impériaux relatifs à l'institution des +majorats.</p> + +<p>5 <i>juillet</i>.—-Décret de Napoléon qui défend la mendicité +dans tout l'empire français.</p> + +<p>7 <i>juillet</i>,—-L'acte constitutionnel est rédigé par la junte +espagnole. Le roi prête serment à la nation, représentée par +le président.</p> + +<p>13 <i>juillet</i>,—-L'empereur approuve et adopte la constitution +espagnole. (Elle était, dans presque toutes ses dispositions, +conforme à celle des Français, dite de l'an VIII: c'était +beaucoup pour les Espagnols, encore sujets aux moines, à +l'inquisition, etc.)</p> + +<p>15 <i>juillet</i>.—-Le grand-duc de Berg est proclamé par Napoléon, +roi de Naples et de Sicile.</p> + +<p>19 <i>juillet</i>.—-L'archi-chancelier de l'empire, Cambacérès, +est nommé duc de Parme, et l'archi-trésorier, Lebrun, duc +de Plaisance.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Bataille de Baylen. Le général Dupont +donne tête baissée dans une embuscade, voit détruire une +partie de son armée, et est obligé de capituler pour sauver le +Reste.</p> + +<p>20 <i>juillet</i>.—-Arrivée à Paris de l'ambassadeur perse +Asker-Kan, avec une suite nombreuse.</p> + +<p>21 <i>juillet</i>.—-Honteuse capitulation de Baylen. L'armée +française toute entière est prisonnière de guerre des Espagnols.</p> + +<p>22 <i>juillet</i>.—-Napoléon quitte le château de Marrac, pour retourner +dans sa capitale.</p> + +<p>30 <i>juillet</i>.—-Décret qui adjoint un très-grand nombre +d'officiers de tous grades et de soldats légionnaires aux collèges +électoraux de départemens et d'arrondissemens.</p> + +<p>31 <i>juillet</i>.—-M. Beugnot, conseiller-d'état, prend possession, +au nom de l'empereur Napoléon, du grand-duché de Berg, +resté vacant par la nomination de Murat pour occuper +le trône des Deux-Siciles à la place de Joseph, nommé +roi d'Espagne.</p> + +<p>12 <i>août</i>.—-Combat de Rorissa en Portugal, entre les +troupes françaises d'occupation et l'armée anglaise, commandée +par le général Wellesley. Les Anglais sont repoussés avec +perte.</p> + +<p>13 <i>août</i>.—-Décrets impériaux qui ordonnent l'ouverture d'une +grande route de Paris à Madrid, et de grands travaux publics +dans plusieurs départemens.</p> + +<p>16 <i>août</i>.—-Retour de l'empereur à St.-Cloud.</p> + +<p>21 <i>août</i>.—-Bataille de Vimeyra, entre l'armée de lord +Wellesley et celle des Français, commandés par le général +Junot; les mauvaises dispositions de celui-ci donnent la victoire +aux Anglais.</p> + +<p>20 <i>août</i>.—-L'empereur reçoit en grande cérémonie le +comte Tolstoï, ambassadeur de Russie.—-Exposition aux +Tuileries des magnifiques présens envoyés par l'empereur +Alexandre à l'empereur Napoléon.</p> + +<p>30 <i>août</i>.—-Convention pour l'évacuation du Portugal par +l'armée française. Elle doit être reconduite en France sur des +vaisseaux anglais; juste et honteux résultat d'une entreprise +injuste.</p> + +<p>1er <i>septembre</i>.—-Décrets par lesquels l'empereur ordonne +des établissemens publics en tous genres dans les départemens +qui ont été le théâtre des guerres civiles.</p> + +<p>6 et 7 <i>septembre</i>.—-Communication au sénat du rapport +du ministre des relations extérieures, Champagny, à l'empereur, +et des traités qui mettent à sa disposition la couronne +d'Espagne.</p> + +<p>8 <i>septembre</i>.—-Traité signé a Paris par le prince Guillaume +de Prusse et le ministre des relations extérieures. Ce +traité termine toutes les difficultés existantes entre le gouvernement +français et celui de Prusse.</p> + +<p>10 <i>septembre</i>.—-Sénatus-consulte qui ordonne la levée +de 80,000 conscrits destinés à compléter les armées d'Espagne.</p> + +<p>11 <i>septembre</i>.—-Grande revue passée aux Tuileries par +l'empereur en personne; il annonce à ses soldats qu'il va marcher +avec eux en Espagne, <i>où</i>, dit-il, <i>nous avons aussi des +outrages à venger</i>.</p> + +<p>12 <i>septembre</i>.—-Séance du sénat, dans laquelle le ministre +des relations extérieures cherche à justifier les mesures prises +par l'empereur contre l'Espagne.—-Compte rendu par la société +d'industrie nationale sur ses progrès en inventions et +perfectionnemens.</p> + +<p>13 <i>septembre</i>.—-Décret qui convoque le corps législatif +pour le 25 octobre suivant.</p> + +<p>17 <i>septembre</i>.—-Décret d'organisation de l'université impériale.</p> + +<p>22 <i>septembre</i>.—-Napoléon part de Paris pour se rendre +dans les états de la confédération du Rhin.</p> + +<p>23 <i>septembre</i>.—-Le corps municipal et le préfet de la Seine +reçoivent à la barrière le premier corps de la grande armée, +commandé par le maréchal Victor, et se rendant en Espagne.</p> + +<p>24 <i>septembre</i>.—-Décret impérial relatif au culte grec professé +dans la Dalmatie.</p> + +<p>28 <i>septembre</i>.—-Passage du sixième corps de la grande +année à Paris.</p> + +<p>1er <i>octobre</i>.—-Dernier jour du passage des troupes par +Paris pour se rendre en Espagne.</p> + +<p>6 <i>octobre</i>.—-Les empereurs Napoléon et Alexandre ont +une entrevue à Erfurt. Réunion dans cette ville de presque +tous les princes membres de la confédération du Rhin. L'empereur +Alexandre promet à Napoléon de ne point apporter +d'obstacle à ses projets sur l'Espagne.</p> + +<p>14 <i>octobre</i>.—-Départ d'Erfurt de LL. MM. l'empereur de +Russie et l'empereur des Français pour se rendre dans leurs +états respectifs.</p> + +<p>18 <i>octobre</i>.—-Arrivée à Saint-Cloud de l'empereur Napoléon.</p> + +<p>22 <i>octobre</i>.—-L'empereur et l'impératrice visitent le musée +Napoléon; ils s'entretiennent long-temps avec les artistes +français, tous présens à cette visite.</p> + +<p>25 <i>octobre</i>.—-Ouverture du corps législatif par l'empereur +Napoléon, session de 1808.</p> + +<p>27 <i>octobre</i>.—-M. de Fontanes est nommé président du +corps législatif.</p> + +<p>29 <i>octobre</i>.—-Départ de l'empereur pour se rendre à +Baïonne.</p> + +<p>2 <i>novembre</i>.—-Décret portant création d'un nouveau département +portant le nom de Tarn-et-Garonne.</p> + +<p>3 <i>novembre</i>.—-Arrivée de Napoléon au château de Marrac.</p> + +<p>5 <i>novembre</i>.—-Quartier-général de l'empereur à Vittoria.</p> + +<p>9 <i>novembre</i>.—-Combat de Gamonal. Le maréchal Soult +dissipe l'avant-garde de l'armée d'Estramadure.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Quartier-général de Napoléon à Burgos.</p> + +<p>11 <i>novembre</i>.—-Bataille d'Espinosa-de-los-Monteros. +L'armée du général Blacke est entièrement détruite.</p> + +<p>22 <i>novembre</i>.—-Bataille de Tudela. L'armée du général +Castanos, la même qui avait fait capituler le général Dupont +à Baylen, est mise en déroute après avoir perdu tout son matériel +et presque tous ses drapeaux.</p> + +<p>29 <i>novembre</i>,—L'empereur fait attaquer le défilé de Somo-Sierra, +défendu par un corps de vingt mille Espagnols, +et seul passage pour pénétrer à Madrid. L'ennemi est culbuté +avec une perte immense.</p> + +<p>1er <i>décembre</i>.—Quartier impérial de Napoléon à San-Augustino, +à quelque distance de Madrid.</p> + +<p>3 <i>décembre</i>.—Prise de Ségovie par le maréchal Lefebvre.</p> + +<p>4 <i>décembre</i>.—Capitulation de Madrid; l'empereur refuse +d'y entrer, et s'établit avec sa garde sur les hauteurs de +Chamartin, à une lieue de la ville.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Décret impérial qui abolit l'inquisition en +Espagne, et réduit considérablement le nombre des couvens +d'hommes de ce royaume.</p> + +<p>5 <i>décembre</i>.—Prise de la forteresse de Roses par le général +Gouvion-St.-Cyr.</p> + +<p>7 <i>décembre</i>.—Grande promotion dans la légion-d'honneur.</p> + +<p>15 <i>décembre</i>,—Combat de Cardadeu; le marquis de Vivès, +général en chef de l'armée espagnole de Catalogne, perd +toutes ses troupes dans cette journée, et est destitué par la +junte insurrectionnelle.</p> + +<p>23 <i>décembre</i>.—L'empereur quitte son quartier-général +de Chamartin, pour se porter à la poursuite de l'année anglaise +qui était entrée en Espagne, sous la conduite du général +Moore.</p> + +<p>25 <i>décembre</i>.—Décret impérial qui abolit tout reste de +servage dans les duchés de Clèves et de Berg.</p> + +<p>26 <i>décembre</i>,—Combat de Benavente entre l'avant-garde +de l'armée française et l'arrière-garde de l'armée anglaise; +retraite précipitée du général Moore.</p> + +<p>31 <i>décembre</i>.—Clôture de la session du corps législatif.</p> + +<h4>1809.</h4> + +<p>1er <i>janvier</i>,—Quartier-général de Napoléon à Astorga.</p> + +<p>3 <i>janvier</i>.—Défaite de l'arrière-garde anglaise au défilé +de Cacabellos.</p> + +<p>6 <i>janvier</i>.—Napoléon, instruit que l'Autriche arme +contre la France, quitte précipitamment l'armée pour se +rendre à Paris.</p> + +<p>16 <i>janvier</i>.—Bataille de la Corogne; défaite de l'armée +anglaise; le général en chef, sir John Moore, est tué.</p> + +<p>18 <i>janvier</i>.—Prise de la Corogne par le maréchal Soult; +les débris de l'armée anglaise venaient de s'embarquer dans +le port de cette ville.</p> + +<p>23 <i>janvier</i>.—Retour de Napoléon à Paris; il reçoit successivement +les félicitations du sénat et des autres corps de +l'empire.</p> + +<p>27 <i>janvier</i>.—Prise de la place et du port du Ferrol.</p> + +<p>1er <i>février</i>.—Décret qui nomme le cardinal Fesch archevêque +de Paris.</p> + +<p>7 <i>février</i>.—L'empereur reçoit l'Institut au château des +Tuileries.</p> + +<p>20 <i>février</i>.—Prise de Sarragosse. Cette ville est obligée +de se rendre à discrétion, après avoir donné pendant deux +mois l'exemple d'une défense héroïque et désespérée.</p> + +<p>2 <i>mars</i>.—Le gouvernement général des départemens de +la Toscane est érigé en grand-duché par Napoléon.</p> + +<p>4 <i>mars</i>.—Combat de Monterey; le maréchal Soult bat le +général espagnol, marquis de la Romana.</p> + +<p>11 <i>mars</i>.—Décret et sénatus-consulte qui transfère le +grand-duché de Berg et de Clèves au jeune prince Napoléon +Louis, fils du roi de Hollande, et neveu de l'empereur. +Autre décret qui confère à la soeur de l'empereur, Elisa, le +gouvernement de la Toscane.</p> + +<p>20 <i>mars</i>.—Bataillé de Carvalko-Daeste; l'armée portugaise +est mise en déroute par le maréchal Soult.</p> + +<p>27 <i>mars</i>.—Bataille de Ciudad-Réal; défaite du général +duc de l'Infantado par le général Sébastiani.</p> + +<p>28 <i>mars</i>.—Bataille de Medellin; défaite du général espagnol +Lacuesta.</p> + +<p>29 <i>mars</i>.—Prise d'Oporto, seconde ville du Portugal.</p> + +<p>2 <i>avril</i>.—Décret impérial qui institue des maisons d'éducation +pour les filles des membres de la légion-d'honneur.</p> + +<p>8 <i>avril</i>.—Autre décret, qui établit une école de cavalerie +à St.-Germain.</p> + +<p>9 <i>avril</i>.—Commencement des hostilités entre l'Autriche +et la France.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Combat d'Amarante; défaite du général +portugais Silveyra.</p> + +<p>12 <i>avril</i>.—Napoléon part de Paris pour se rendre à son +armée d'Allemagne.</p> + +<p>16 <i>avril</i>.—Bataille de Sacile, entre les troupes françaises +commandées par le prince Eugène, et l'armée autrichienne +aux ordres de l'archiduc Jean; celle-ci est mise en fuite.</p> + +<p>17 <i>avril</i>.—Quartier-général de l'empereur à Donawerth.</p> + +<p>19 <i>avril</i>.—Bataille de Tann; défaite d'une partie de l'armée +autrichienne aux ordres du prince Charles.</p> + +<p>20 <i>avril</i>.—Bataille d'Abensberg; les Autrichiens perdent +sept mille hommes, huit drapeaux et douze pièces de +canon. Dans cette bataille, Napoléon n'avait presque que des +Bavarois à ses ordres.</p> + +<p>21 <i>avril</i>.—-Combat et prise de Landshut; les Autrichiens +continuent leur retraite.</p> + +<p>22 <i>avril</i>.—-Bataille d'Eckmühl; quinze mille prisonniers, +douze drapeaux, seize pièces de canon, sont les fruits de cette +victoire, qui vaut au maréchal Davoust le titre de prince +d'Eckmühl.</p> + +<p>23 <i>avril</i>,—-Bataille et prise de Ratisbonne; l'archiduc +Charles opère précipitamment sa retraite en Autriche. Napoléon +fut atteint d'une halle morte pendant cette bataille. +On en reconnut la cicatrice lors de l'ouverture de son corps +à l'île de Sainte-Hélène.</p> + +<p>24 <i>avril</i>.—-Combat de Neumarck.</p> + +<p>25 <i>avril</i>.—-Le roi de Bavière rentre dans sa capitale.</p> + +<p>3 <i>mai</i>.—-Combat d'Ebersberg.</p> + +<p>6 <i>mai</i>.—-Quartier-général de l'empereur a l'abbaye de +Molck. Retraite du prince Charles en Bohème.</p> + +<p>8 <i>mai</i>.—-Bataille de la Piave, entre le prince Eugène et +l'archiduc Jean; retraite précipitée de ce dernier.</p> + +<p>10 <i>mai</i>.—-Évacuation d'Oporto par le maréchal Soult, +à l'approche d'une nombreuse armée anglaise.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-La diète de Suède dépose le roi Gustave +Adolphe.</p> + +<p>11 et 12 <i>mai</i>,—-Bombardement et capitulation de Vienne.</p> + +<p>15 <i>mai</i>.—-Retraite du maréchal Soult sur la Galice.</p> + +<p>17 <i>mai</i>.—-Passage du Danube par l'armée française.</p> + +<p>19 <i>mai</i>.—-Occupation du Tyrol par le maréchal Lefebvre.</p> + +<p>20 <i>mai</i>.—-Arrivée du maréchal Soult a Orenzé, première +ville de Galice.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—L'empereur fait établir un pont dans l'île +d'Inder-Lobau.</p> + +<p>21 et 22 <i>mai</i>.—Bataille d'Esling; elle reste indécise, et +coûte à l'armée la perte de l'un de ses plus braves guerriers, +le maréchal Lannes, duc de Montebello.</p> + +<p>25 <i>mai</i>.—Combat de San-Michel entre les troupes de +l'armée d'Italie et celles de l'archiduc Jean. Déroute du général +Jellachich.</p> + +<p>31 <i>mai</i>.—Jonction de l'armée d'Italie avec la grande armée +française sur les hauteurs du Sommering.</p> + +<p>12 <i>juin</i>.—Décret ordonnant l'institution de plusieurs +écoles d'équitation.</p> + +<p>14 <i>juin</i>.—Bataille de Raab entre l'armée d'Italie et celle +de l'archiduc Jean; nouvelle défaite de celui-ci.</p> + +<p>17 <i>juin</i>.—Décret daté du camp impérial de Schoenbrunn, +sur l'établissement des octrois.</p> + +<p>19 <i>juin</i>.—Prise de la forteresse de Gérone, après onze +jours de tranchée ouverte.</p> + +<p>5 <i>juillet</i>.—Réunion de l'armée d'Italie à la grande armée +dans l'île de Lobau.</p> + +<p>6 <i>juillet</i>.—Grande Bataille de Wagram; la disparition +de l'armée ennemie, dix-huit mille prisonniers, neuf mille +blessés, quatre mille morts, quarante pièces de canon et dix +drapeaux, sont les fruits de cette brillante victoire, qui met +une troisième fois l'empereur d'Autriche à la discrétion de +l'empereur Napoléon.</p> + +<p>11 <i>juillet</i>.—Quartier-général de l'empereur à Znaïm; +armistice accordé par Napoléon à l'armée autrichienne.</p> + +<p>21 <i>juillet</i>.—L'empereur nomme maréchaux d'empire, les +généraux Oudinot, Marmont et Macdonald, qui s'étaient +particulièrement distingués à la bataille de Wagram.</p> + +<p>27 <i>juillet</i>.—Bataille de Talavera de la Reyna, en Espagne, +entre l'armée française, commandée par le roi Joseph, +et l'armée anglo-espagnole aux ordres de sir Arthur +Wellesley; elle reste indécise.</p> + +<p>30 <i>juillet</i>.—Débarquement de dix-huit mille Anglais +dans l'île de Walcheren.</p> + +<p>3 <i>août</i>.—Les Anglais investissent la ville de Flessingue.</p> + +<p>7 <i>août</i>.—Décret concernant l'Université impériale.</p> + +<p>8 <i>août</i>.—Combat d'Arzobispo; les Espagnols sont mis +en fuite par le maréchal Mortier.</p> + +<p>9 <i>août</i>.—Bataille d'Almonacid; le général Sébastiani met +en fuite l'armée espagnole du général Vénégas.</p> + +<p>11 <i>août</i>.—Combat de Dambroca en Espagne. L'ennemi +perd trente-cinq bouches à feu et cent caissons.</p> + +<p>12 <i>août</i>.—Combat du col de Banos. Le général Robert +Wilson est battu par le général français Lorsay.</p> + +<p>13 <i>août</i>.—Les Anglais jettent dans Flessingue des bombes +et des fusées incendiaires dites à la Congrève.</p> + +<p>16 <i>août</i>.—Le général Monet, gouverneur de Flessingue, +livre aux Anglais, par capitulation, cette place importante. +La garnison est prisonnière de guerre et emmenée +comme telle en Angleterre.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Le prince de Ponte-Corvo (Bernadotte) +et le ministre de l'administration de la guerre (Daru), sont +chargés par l'empereur de la défense d'Anvers, et arrivent +dans cette ville.</p> + +<p>18 <i>août</i>.—Suppression de tous les ordres réguliers, +mendians, monastiques, et même ceux astreints à des voeux, +qui existent en Espagne.</p> + +<p>21 <i>août</i>.—Ouverture des négociations pour la paix +entre la France et l'Autriche.</p> + +<p>22 <i>septembre</i>.—-Décret qui nomme le maréchal Serrurier +commandant général de la garde nationale de Paris.</p> + +<p>14 <i>septembre</i>.—-Lettre de l'empereur au ministre de la +guerre, ordonnant de poursuivre le commandant de la +place de Flessingue, le général Monet.</p> + +<p>15 <i>septembre</i>.—-Décret pour l'établissement des dépôts +de mendicité.</p> + +<p>24 <i>septembre</i>.—-Les Anglais, après avoir fait de vaines +tentatives contre Anvers, et avoir perdu les trois-quarts de +leur monde par les fièvres dites des <i>Polders</i>, se rembarquent +pour retourner en Angleterre.</p> + +<p>1er <i>octobre</i>.—-Décret qui crée un ordre des trois-loisons.</p> + +<p>4 <i>octobre</i>.—-Message de l'empereur au sénat, ayant +pour objet d'ériger, en faveur du prince de Neufchâtel, le +château de Chambord en principauté, sous le titre de principauté +de Wagram.</p> + +<p>12 <i>octobre</i>.—-Tentative d'assassinat, faite à Schoenbrunn, +sur la personne de Napoléon, par un jeune fanatique d'Erfurt.</p> + +<p>14 <i>octobre</i>.—-Traité de paix entre la France et l'Autriche, +signé à Vienne par le prince Jean de Liechtenstein et le +ministre des relations extérieures Champagny.—-Napoléon +quitte Schoenbrunn pour retourner en France.</p> + +<p>19 <i>octobre</i>.—-Décret impérial et sénatus-consulte qui +met à la disposition du gouvernement trente-six mille conscrits +pris sur les classes antérieures.</p> + +<p>24 <i>octobre</i>.—-Arrivée de l'empereur à Strasbourg.</p> + +<p>26 <i>octobre</i>.—-Son retour à Fontainebleau.</p> + +<p>29 <i>octobre</i>.—-Publication solennelle à Paris du traité de +paix conclu entre l'Autriche et la France.</p> + +<p>1er <i>novembre</i>.—Députation du sénat de Milan, reçue +par l'empereur à Fontainebleau.—Décret qui fixe l'ouverture +du corps législatif pour l'année 1809, au 1er décembre +prochain.</p> + +<p>10 <i>novembre</i>.—Décret qui confirme l'Institut et les réglemens +des soeurs hospitalières.—Autre décret ordonnant +la convocation des collèges électoraux.</p> + +<p>13 <i>novembre</i>.—Arrivée du roi de Saxe à Paris.</p> + +<p>17 <i>novembre</i>.—Le sénat et toutes les autorités constituées +sont admis à complimenter l'empereur sur la paix glorieuse +qu'il vient de conclure; il reçoit aussi une députation +de Rome et de Florence.</p> + +<p>18 <i>novembre</i>.—Bataille d'Ocana entre le général espagnol +Arizaga et le général français Sébastiani. Les Espagnols +complètement défaits.</p> + +<p>20 <i>novembre</i>,—Présentation à l'empereur d'une députation +du synode grec de Dalmatie.</p> + +<p>1er <i>décembre</i>.—Arrivée à Paris des rois de Naples, de +Hollande et de Wurtemberg.</p> + +<p>2 <i>décembre</i>.—Célébration de l'anniversaire du couronnement +de Napoléon.—<i>Te Deum</i> chanté en action de grâce +de la paix, en présence de LL. MM. les rois de Naples, de +Hollande, de Westphalie, de Saxe et de Wurtemberg, du +sénat, et de tous les autres corps de l'état, dans l'église Notre-Dame.</p> + +<p>10 <i>décembre</i>.—Arrivée à Paris du prince vice-roi d'Italie.</p> + +<p>13 <i>décembre</i>.—Décret présenté au corps législatif, et relatif +à son organisation.</p> + +<p>16 <i>décembre</i>.—Décrets et sénatus-consultes relatifs à la +dissolution du mariage de l'empereur avec l'impératrice Joséphine; +l'impératrice conserve le titre <i>d'impératrice-reine</i>.</p> + +<p>22 <i>décembre</i>.—Le roi et la reine de Bavière arrivent à +Paris.</p> + +<p>29 <i>décembre</i>.—Décret impérial qui établit les capacités +et conditions des aspirans aux collèges des auditeurs.</p> + +<p>31 <i>décembre</i>.—Adresse du sénat du royaume d'Italie à +l'empereur.—Décret impérial qui proroge pour l'an 1810 +l'exercice de leurs fonctions aux députés de la cinquième série +du corps législatif.</p> + +<h4>1810.</h4> + +<p>6 <i>janvier</i>.—Traité de paix entre la France et la Suède.</p> + +<p>9 <i>janvier</i>.—L'officialité de Paris déclare par une sentence +la nullité quant aux liens spirituels du mariage de l'empereur +Napoléon et de l'impératrice Joséphine.</p> + +<p>13 <i>janvier</i>.—Loi sur l'importation et l'exportation des +marchandises.</p> + +<p>20 <i>janvier</i>.—L'armée française, aux ordres du général +Sébastiani, franchit la Sierra-Morena, et envahit l'Andalousie.</p> + +<p>30 <i>janvier</i>,—Fixation de la dotation de la couronne de +France, du domaine extraordinaire, du domaine privé de +Napoléon, du douaire des impératrices et des apanages des +princes français.</p> + +<p>3 <i>février</i>.—Session du corps législatif pour 1810. M. de +Montesquiou est nommé président.</p> + +<p>5 <i>février</i>.—Décret impérial sur la direction de la librairie +et de l'imprimerie. Le nombre des imprimeurs, à Paris, +est réduit à quatre-vingts.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Occupation de Malaga en Espagne par +le général Sébastiani.</p> + +<p>17 <i>février</i>.—Sénatus-consulte qui réunit Rome et l'État +romain à l'empire français, et divise ce pays en deux départemens.</p> + +<p>20 <i>février</i>.—Le projet du code pénal est adopté par le +corps législatif.</p> + +<p>27 <i>février</i>.—Le prince archi-chancelier de l'empire, dans +une assemblée du sénat, donne lecture d'un message de l'empereur, +qui annonce le départ du prince de Neufchâtel pour +faire la demande de la main de l'archiduchesse Marie-Louise, +fille de l'empereur d'Autriche.</p> + +<p>28 <i>février</i>.—Décret par lequel l'empereur déclare loi +générale de l'empire, la déclaration faite par le clergé de +France, en 1682, sur la puissance ecclésiastique.</p> + +<p>29 <i>février</i>.—Prise de Séville par le roi d'Espagne Joseph.</p> + +<p>1er <i>mars</i>,—Le prince Eugène Beauharnais est nommé +prince de Venise; l'héritage du grand-duché de Francfort lui +est assuré.</p> + +<p>4 <i>mars</i>.—Décret impérial sur l'institution des majorats.</p> + +<p>5 <i>mars</i>.—Le prince de Neufchâtel, ambassadeur de +l'empereur, fait son entrée solennelle à Vienne.</p> + +<p>9 <i>mars</i>.—L'impératrice Joséphine signe sa renonciation +solennelle au titre et à ses droits d'épouse de l'empereur.</p> + +<p>10 <i>mars</i>.—Décret sur les prisons et les prisonniers d'état.</p> + +<p>11 <i>mars</i>.—Le prince de Neufchâtel épouse à Vienne, au +nom de l'empereur, l'archiduchesse Marie-Louise.</p> + +<p>13 <i>mars</i>.—L'impératrice Marie-Louise part de Vienne +pour venir en France.</p> + +<p>19 <i>mars</i>.—Décret portant que les juges de la cour de +cassation prendront le titre de conseillers, et les substituts +du procureur impérial près la cour prendront le titre d'avocats +généraux.</p> + +<p>20 <i>mars</i>.—-L'empereur part de Paris pour Compiègne.</p> + +<p>22 <i>mars</i>.—-Arrivée de l'impératrice Marie-Louise à Strasbourg.</p> + +<p>25 <i>mars</i>.—-Décret impérial portant, qu'à l'occasion du +mariage de Napoléon, et pour célébrer cette époque mémorable, +les prisonniers pour dettes seront mis en liberté; six +mille filles seront dotées et épouseront des militaires; qu'il +sera accordé une amnistie générale aux déserteurs, etc.</p> + +<p>28 <i>mars</i>.—-L'impératrice Marie-Louise arrive à Compiègne.</p> + +<p>30 <i>mars</i>.—-Napoléon et Marie-Louise partent de Compiègne +pour se rendre à St.-Cloud.</p> + +<p>1er <i>avril</i>.—-Célébration du mariage civil de l'empereur et +de l'impératrice, à St.-Cloud, par le prince archi-chancelier +Cambacérès.</p> + +<p>2 <i>avril</i>.—-L'empereur et l'impératrice font leur entrée +dans Paris.—-Mariage religieux et solennel de LL. MM. dans +une chapelle pratiquée exprès dans le Louvre, et richement +décorée; le cardinal Fesch, grand-aumônier, donne la bénédiction +nuptiale en présence de toute la famille impériale, des +cardinaux, archevêques, évêques, des grands dignitaires de +l'empire et d'une députation de tous les corps de l'état.—- +Grande fête dans Paris; emploi de tous les arts, de tous les +talens, pour célébrer ce grand jour.</p> + +<p>3 <i>avril</i>.—-Le sénat de France, le sénat d'Italie, le conseil-d'état, +le corps législatif, les ministres, les cardinaux, +la cour de cassation, etc., etc., vont féliciter l'empereur et +l'impératrice, qui les reçoivent assis sur leur trône, entourés +des princes et princesses de la famille impériale, des princes +grands dignitaires de l'empire et des grands officiers des couronnes +de France et d'Italie.</p> + +<p>5 <i>avril</i>.—L'empereur et l'impératrice partent pour Compiègne.</p> + +<p>6 <i>avril</i>.—Le gouverneur du château de Valencay, M. Berthenay, +annonce à Foucher, ministre de la police générale, +l'arrestation et l'envoi à Paris du baron de Kolli, envoyé +d'Angleterre pour enlever le prince des Asturies.</p> + +<p>8 <i>avril</i>.—-Le prince des Asturies informe le gouverneur +de Valencay de toutes les démarches faites par le baron de +Kolli, et écrit à l'empereur qu'elles ont été faites toutes contre +son gré.</p> + +<p>10 <i>avril</i>.—Siège et prise d'Astorga en Espagne, par le +duc d'Abrantès, Junot.</p> + +<p>21 <i>avril</i>.—Loi sur les mines.</p> + +<p>24 <i>avril</i>.—Décret impérial et sénatus-consulte qui réunissent +à la France tous les pays situés sur la rive gauche du +Rhin; une partie forme le département des Bouches-du-Rhin, +l'autre partie est réunie à d'autres départemens.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Prise du fort de Matagordo, en Espagne.</p> + +<p>27 <i>avril</i>.—Départ de Napoléon et de Marie-Louise du +château de Compiègne.</p> + +<p>30 <i>avril</i>.—L'empereur et l'impératrice arrivent au palais +de Laaken, en Belgique.—Décrets impériaux pour la continuation +des travaux publics.</p> + +<p>1er <i>mai</i>.—Napoléon et l'impératrice arrivent à Anvers.</p> + +<p>5 <i>mai</i>.—Formation d'une société maternelle sous la protection +de Marie-Louise, pour le soulagement des mères indigentes.</p> + +<p>6 <i>mai</i>.—L'empereur et l'impératrice partent d'Anvers.</p> + +<p>8 <i>mai</i>.—Décrets relatifs à la ville d'Anvers, et ordonnant +des travaux de navigation intérieure.</p> + +<p>9 <i>mai</i>.—L'empereur et l'impératrice arrivent à Middelbourg.</p> + +<p>10 <i>mai</i>.—Napoléon va à Flessingue visiter le port et la ville.</p> + +<p>12 <i>mai</i>.—Prise du fort d'Hostalrich en Espagne, par le +maréchal duc de Castiglione.—Plusieurs décrets impériaux +relatifs à des mesures d'administration extérieure.</p> + +<p>13 <i>mai</i>.—Les îles de Walcheren, Sud-Beveland, Nord-Beveland, +Schouwen et Tholen, forment un département +de France, sous le nom de département des Bouches-de-l'Escaut.</p> + +<p>14 <i>mai</i>.—Prise de Lérida en Espagne, par le général +Suchet.—Napoléon et Marie-Louise arrivent à Bruxelles.</p> + +<p>19 <i>mai</i>.—Décret relatif à la liberté des cultes dans le département +du Haut-Rhin.</p> + +<p>23 <i>mai</i>.—Plusieurs décrets pour les travaux des routes à +terminer ou à ouvrir.</p> + +<p>25 <i>mai</i>.—Décret qui autorise le libre exercice du culte +catholique dans le département des Bouches-du-Rhin.</p> + +<p>30 <i>mai</i>.—Napoléon et Marie-Louise arrivent à Rouen, +après avoir visité Dunkerque, Lille et le Hâvre.</p> + +<p>1er <i>juin</i>.—Retour de l'empereur et de l'impératrice à Paris.</p> + +<p>3 <i>juin</i>.—Napoléon nomme gouverneur de Rome son ancien +ministre de la police générale, Foucher. Le duc de Rovigo, +Savary, est nommé pour remplacer le premier au ministère +de la police.</p> + +<p>7 <i>juin</i>.—Décret et sénatus-consulte qui déterminent le +nombre des députés des départemens des Bouches-de-l'Escaut +et des Deux-Nèthes.</p> + +<p>8 <i>juin</i>.—Prise de la ville et du fort de Mequinenza en +Espagne, par le général Suchet.</p> + +<p>10 <i>juin</i>.—-Le général Sarrazin, officier d'état-major, déserte +et passe à l'ennemi.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-La ville de Paris donne une fête brillante +pour célébrer le mariage de Napoléon et de Marie-Louise; +ceux-ci honorent de leur présence le banquet et le bal donnés +à l'Hôtel-de-Ville.</p> + +<p>14 <i>juin</i>.—-La garde impériale donne au Champ-de-Mars, +en son nom et au nom de l'armée, une fête, à l'occasion du +mariage de Napoléon et de Marie-Louise.</p> + +<p>27 <i>juin</i>.—-Décret portant création d'un conseil de commerce +et des manufactures près le ministère de l'intérieur.</p> + +<p>28 <i>juin</i>.—-Décret qui ordonne la construction d'un pont +devant Bordeaux.</p> + +<p>1er <i>juillet</i>,—-L'ambassadeur d'Autriche donne une fête +à l'occasion du mariage de Marie-Louise et de Napoléon; le +feu prend dans la salle de bal; la femme de l'ambassadeur et +plusieurs autres personnes périssent dans cet incendie; l'empereur +emporte lui-même l'impératrice hors de la salle où le +feu venait de se manifester.</p> + +<p>3 <i>juillet</i>.—-Louis Napoléon abdique la couronne de Hollande.</p> + +<p>4 <i>juillet</i>.—-Décret qui accorde des récompenses aux personnes +qui découvriront des plantes indigènes propres à remplacer l'indigo.</p> + +<p>6 <i>juillet</i>,—-Service solennel, et obsèques magnifiques aux +Invalides, du duc de Montebello, maréchal de l'empire; les +cendres du brave Lannes sont portées en grand cortège au +Panthéon, où elles sont déposées.</p> + +<p>9 <i>juillet</i>.—-Décret portant réunion de la Hollande à l'empire +français; Amsterdam est nommée la troisième ville de +l'empire.</p> + +<p>10 <i>juillet</i>,—-Prise de Ciudad-Rodrigo par le maréchal +Ney.</p> + +<p>11 <i>juillet</i>,—-Décret portant la formation et l'organisation +des cours impériales.</p> + +<p>20 <i>juillet</i>.—-Décret impérial portant création de six maisons +d'éducation, dites des Orphelines, pour des filles de +militaires morts au champ d'honneur.</p> + +<p>21 <i>juillet</i>.—-Destruction du fort de la Conception par le +général Loison.</p> + +<p>3 <i>août</i>.—-Décret qui réduit le nombre des journaux à un +par chaque département autre que celui de la Seine.</p> + +<p>5 <i>août</i>.—-État des militaires mutilés qui ont reçu des dotations, +en vertu du décret impérial du 15 août 1809.</p> + +<p>15 <i>août</i>.—-Fête de l'empereur célébrée avec une grande +pompe dans Paris et dans tout l'empire.—-Réception des +députations du royaume de Hollande et autres états réunis à +la France.</p> + +<p>18 <i>août</i>.—-Décret impérial qui interdit aux inventeurs la +vente des remèdes secrets.—-Autre décret qui fixe la valeur +des pièces dites de 24, de 12 et de 6 sous, et celle des monnaies +du Brabant, de Liège et de Maëstricht, du royaume de +Prusse et de Hollande.</p> + +<p>19 <i>août</i>.—-Décrets impériaux qui créent un conseil de +marine et organisent les tribunaux de première instance.</p> + +<p>20 <i>août</i>.—-Décret impérial qui règle le service des ponts +et chaussées au-delà des Alpes.</p> + +<p>21 <i>août</i>.—-Le maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, +est élu par la diète prince royal et héritier de la couronne +de Suède.</p> + +<p>22 <i>août</i>.—-Décret impérial accordant une somme de +200,000 fr. pour être répartie entre les douze établissemens +qui auront fabriqué la plus grande quantité de sucre de raisin; +pour avoir droit à cette récompense, il faudra avoir fabriqué +au moins dix mille kilogrammes de sucre.</p> + +<p>28 <i>août</i>.—-Siège et prise d'Almeida par le maréchal Masséna, +prince d'Esling.</p> + +<p>30 <i>août</i>.—-L'impératrice Marie-Louise, protectrice de la +société maternelle, reçoit les dames qui composent cette pieuse +société.</p> + +<p>13 <i>septembre</i>,—-Décret relatif à la réduction en francs +des monnaies évaluées précédemment en livres tournois.</p> + +<p>17 <i>septembre</i>.—-Formation d'une compagnie d'assurance +contre l'incendie.</p> + +<p>27 <i>septembre</i>.—-Formation d'écoles spéciales de marine +dans les ports de Brest et de Toulon.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Bataille de Busace en Portugal, entre l'armée +anglo-portugaise et l'armée française aux ordres du prince +d'Esling. Lord Wellington est forcé d'abandonner toutes ses +positions.</p> + +<p>30 <i>septembre</i>.—-Prise de Combre par l'armée française +du Portugal.</p> + +<p>10 <i>octobre</i>.—-Retraite de l'armée anglo-portugaise; lord +Wellington se retranche dans ses lignes, en avant de Lisbonne.</p> + +<p>14 <i>octobre</i>.—-L'abbé Maury, cardinal, est nommé par +l'empereur archevêque de Paris.</p> + +<p>15 <i>octobre</i>.—-Défaite des Anglais sur la côte du royaume +de Grenade, par le général Sébastiani.</p> + +<p>18 <i>octobre</i>,—-Décret qui ordonne l'établissement des +cours prévôtales des douanes.—-Autre décret contenant un +règlement général pour l'organisation des départemens de la +Hollande.</p> + +<p>1er <i>novembre</i>.—Entrée solennelle à Stockholm du prince +royal héréditaire de Suède, Bernadotte, prince de Ponte-Corvo.</p> + +<p>2 <i>novembre</i>,—Défaite des Espagnols dans le royaume de +Murcie par le général Sébastiani.</p> + +<p>11 <i>novembre</i>.—Lettre du prince royal de Suède à Napoléon.</p> + +<p>12 <i>novembre</i>.—Réunion de la république du Valais à +l'empire français.</p> + +<p>19 <i>novembre</i>.—Lettre du prince royal de Suède à Napoléon.</p> + +<p>8 <i>décembre</i>.—Lettre du prince royal de Suède à Napoléon, +dans laquelle il annonce que son père adoptif, le roi +Charles XIII, a déclaré la guerre à l'Angleterre.</p> + +<p>10 <i>décembre</i>.—Décret relatif à la réunion de la Hollande +à l'empire français.—Autre décret contenant la nomination +de la cour impériale de Paris.</p> + +<p>11 <i>décembre</i>.—Décret qui établit une maison centrale de +détention à Limoges.—Autre pour l'établissement d'un dépôt +de mendicité dans le département de la Charente.—Autre, +relatif à la fabrication et à la vente des draps de Carcassonne.</p> + +<p>14 <i>décembre</i>.—Message de l'empereur au sénat, relatif +au motif qui nécessite la réunion de la Hollande à l'empire +français.</p> + +<p>16 <i>décembre</i>.—Sénatus-consulte ordonnant la levée de +quarante mille conscrits pour la marine, et de douze mille +pour les armées de terre.</p> + +<p>17 <i>décembre</i>.—Lettre du prince royal de Suède à Napoléon.</p> + +<p>18 <i>décembre</i>.—Adresse du sénat à l'empereur, en réponse +au message du 14.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Décret impérial qui établit une commission +de gouvernement dans les départemens de l'Ems-Supérieur, +des Bouches-du-Weser et des Bouches-de-l'Elbe.</p> + +<p>19 <i>décembre</i>.—-Décret qui nomme des censeurs impériaux, +et fixe leur traitement.—-Autre décret qui étend dans +tout l'empire le bienfaisant établissement de la société maternelle.</p> + +<p>25 <i>décembre</i>,—-Révocation en faveur des États-Unis des +décrets de Berlin et de Milan, concernant les neutres.</p> + +<p>26 <i>décembre</i>.—-Décret impérial sur l'administration générale +de l'empire.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Demande par le ministre de la marine au +roi de Suède, de deux mille marins pour compléter les équipages +de la flotte de Brest.</p> + +<h4>1811.</h4> + +<p>1er <i>janvier</i>.—-Siège et prise de Tortose en Espagne par le +général Suchet.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Décret concernant les débiteurs des rentes +constituées en argent, des rentes foncières et autres redevances, +dans les départemens de Rome et du Trasimène.—-Autre +décret concernant les grades de docteurs en droit et en médecine, +des ci-devant universités de Pise et de Siène.—- +Autre, concernant un règlement sur la compétence et le mode +de procéder dans les affaires relatives aux contributions dans +les départemens de la Hollande.—-Autre, concernant l'imprimerie +et la librairie dans les mêmes départemens.</p> + +<p>2 <i>janvier</i>.—-Décrets relatifs aux rentes viagères sur l'état +dont la préjouissance est dévolue au trésor public, comme +subrogé aux droits d'un émigré.—-Autre, qui crée un dépôt +de mendicité pour le département de la Haute-Loire.</p> + +<p>3 <i>janvier</i>.—-Décret augmentant de 600,000 fr, les dotations du +sénat, à raison de la nomination des sénateurs pour +les départemens de l'Escaut et des Alpes.</p> + +<p>4 <i>janvier</i>.—-Décret concernant la nomination des présidens +des collèges électoraux de plusieurs départemens.</p> + +<p>7 <i>janvier</i>.—-Adresse d'adhésion du chapitre métropolitain +de Paris aux quatre propositions de 1682.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Décret qui soumet à la régie des droits +réunis l'exploitation des tabacs dans l'empire français.</p> + +<p>8 <i>janvier</i>.—-Prise du fort Saint Philippe-de-Balaguer, +en Espagne, par le général Suchet.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Décret portant organisation du tribunal +de première instance du département de la Seine,—-Autre +concernant les costumes des cours et tribunaux, des députations +admises devant l'empereur, etc.</p> + +<p>14 <i>janvier</i>.—-Décret relatif à l'administration spéciale des +Tabacs.</p> + +<p>20 <i>janvier</i>.—-Décret concernant les enfans dont l'éducation +est confiée à la charité publique.</p> + +<p>22 <i>janvier</i>.—-Prise d'Olivenca, en Portugal, par le général +Gérard.</p> + +<p>23 <i>janvier</i>,—-Décret relatif à l'établissement d'une taxe, +pour l'entretien de la route du Mont-Cenis.</p> + +<p>28 <i>janvier</i>,—Décret impérial qui ordonne que le bref +du pape, donné à Savonne le 30 novembre, soit rejeté +comme contraire aux lois de l'empire et à la discipline ecclésiastique.</p> + +<p>30 <i>janvier</i>.—-Décret concernant les impositions des travaux +de ponts et chaussées.</p> + +<p>4 <i>février</i>.—-Décret qui met à la disposition du ministre +de la guerre les quatre-vingt mille conscrits dont l'appel est +autorisé par le sénatus-consulte du 13 décembre 1810.</p> + +<p>19 <i>février</i>.—-Bataille de la Gébora entre l'armée française +commandée par le duc de Trévise, et l'armée espagnole aux +ordres des généraux Mendizabal, La Carrerra, et dom Caulos +d'Espanna. L'ennemi est mis en pleine déroute.</p> + +<p>21 <i>février</i>.—-Sénatus-consulte concernant les conscrits +des arrondissemens maritimes.</p> + +<p>22 <i>février</i>.—-M. de Chateaubriand est élu membre de +l'Institut à la place vacante par la mort de Chénier.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Décret concernant l'établissement des +maisons des orphelins.</p> + +<p>4 <i>mars</i>.—-Le prince d'Esling, après avoir tenu bloquée +l'armée du lord Wellington pendant près de deux mois, +n'ayant pu l'engager à recevoir bataille, est obligé de battre +en retraite par la rareté des subsistances.</p> + +<p>5 <i>mars</i>.—-Bataille de Chiclana entre l'armée anglo-espagnole +du général anglais Graham, et l'armée française aux +ordres du duc de Bellune. Cette bataille, qui avait lieu sous +les murs de Cadix, alors assiégée par les Français, délivra +ceux-ci pour un temps du dangereux voisinage des Anglais, +qui, ayant beaucoup souffert dans cette journée, furent obligés +de se retrancher dans l'île de Léon.</p> + +<p>9 <i>mars</i>.—-Décret impérial concernant les emplois dans +les administrations civiles, auxquels peuvent être appelés les +militaires admis à la retraite, ou réformés par suite d'infirmités +et de blessures.</p> + +<p>11 <i>mars</i>.—-Prise de Badajoz par le maréchal Mortier.</p> + +<p>15 <i>mars</i>.—-Prise de la forteresse d'Albuquerque par le +duc de Trévise, Mortier.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Décret impérial ordonnant des mesures +pour obtenir l'amélioration des races de bêtes à laines.</p> + +<p>20 <i>mars</i>.—Naissance aux Tuileries, à neuf heures vingt +minutes du matin, de Napoléon-François-Charles-Joseph, +prince impérial, roi de Rome.</p> + +<p>24 <i>mars</i>.—Décret impérial créant deux nouvelles places +d'officiers de l'empire; l'une sous le titre d'inspecteur-général +des côtes de la Ligunie, et l'autre sous celui d'inspecteur-général +des côtes de la mer du Nord.</p> + +<p>25 <i>mars</i>.—Décret qui établit trois écoles pratiques de +marine.</p> + +<p>28 <i>mars</i>.—Autre décret relatif à la dotation des invalides.</p> + +<p>12 <i>avril</i>.—Le prince d'Haztfeld complimente l'empereur +sur la naissance du roi de Rome, de la part du roi de Prusse.</p> + +<p>22 <i>avril</i>.—La naissance du roi de Rome est célébrée à +Naples et à Milan.</p> + +<p>25 <i>avril</i>.—Lettre de l'empereur aux évêques de l'empire, +qui les appelle à Paris pour la tenue d'un concile national, +dans le but principal de pourvoir au remplacement des évêques, +notamment d'Allemagne, et de maintenir les principes +et les libertés de l'église gallicane.</p> + +<p>28 <i>avril</i>.—Décret concernant la formation du département +de la Lippe.</p> + +<p>5 <i>mai</i>.—Bataille de Fuentes-de-Onoro, entre l'armée +anglo-portugaise de lord Wellington, et celle du maréchal +prince d'Esling. Le succès de cette journée reste indécis.</p> + +<p>10 <i>mai</i>.—Décret concernant le commerce de la France +avec le Levant par les provinces illyriennes.</p> + +<p>16 <i>mai</i>.—Bataille d'Albuhera entre les troupes anglo-portugo-espagnoles, +aux ordres du maréchal Béresford, et +l'armée du duc de Dalmatie. Les deux partis font des pertes +énormes, et cette bataille reste encore indécise.</p> + +<p>19 <i>mai</i>.—Emprunt de douze millions de francs, par +le roi de Saxe, ouvert à Paris par MM. Pérégaux, Lafitte et +compagnie, avec autorisation de l'empereur.</p> + +<p>25 <i>mai</i>.—Décret ordonnant l'ouverture d'un canal de +communication entre la ville de Caen et la mer.</p> + +<p>9 <i>juin</i>.—Baptême à Notre-Dame du roi de Rome, fils +de l'empereur. Grande réjouissance dans Paris.</p> + +<p>14 <i>juin</i>.—Défaite du général espagnol Espoz-y-Mina, à +Sanguesa, en Navarre, par le général Reille.</p> + +<p>17 <i>juin</i>.—Ouverture du corps législatif par l'empereur.</p> + +<p>18 <i>juin</i>.—Fête donnée par le préfet et les membres du +conseil municipal de Paris, aux maires des bonnes villes de +l'empire et du royaume d'Italie, à l'occasion du baptême du +roi de Rome.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—L'empereur nomme son oncle, le cardinal +Fesch, président du concile national convoqué à Paris.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Levée du siège de Badajoz par les Anglo-Portugais +et les Espagnols.</p> + +<p>20 <i>juin</i>.—Première assemblée générale du concile national.—Banquet donné le même jour par les maires et députés +des bonnes villes de l'empire, au ministre de l'intérieur, +au préfet de Paris, etc.</p> + +<p>23 <i>juin</i>.—Fête donnée à Saint-Cloud par l'empereur +aux principales autorités constituées de l'empire.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Défaite d'une division anglaise par le général +Latour-Maubourg au combat d'Elvas.</p> + +<p>28 <i>juin</i>.—Prise d'assaut de la ville de Tarragone, après +un siège de six semaines, par le corps d'armée aux ordres +du général Suchet.</p> + +<p>10 <i>juillet</i>.—L'empereur, pour récompenser le général +Suchet de sa belle conduite en Espagne, lui confère la dignité +de maréchal d'empire.</p> + +<p>14 <i>juillet</i>—-Prise du Mont-Serrat par le maréchal Suchet.</p> + +<p>26 <i>juillet</i>.—-Décret concernant la société de la charité +maternelle.</p> + +<p>29 <i>juillet</i>.—-Décret qui ordonne le prélèvement d'un +million, sous le titre de fonds spécial des embellissemens de +Rome.</p> + +<p>23 <i>août</i>.—-L'empereur reçoit à St.-Cloud les dames formant +le comité central de la charité maternelle.</p> + +<p>25 <i>août</i>.—-Défaite de l'armée espagnole de Galice, sur +l'Esla, par le général Dorsenne.</p> + +<p>28 <i>août</i>.—-Décret impérial portant règlement sur l'entreprise +des convois funèbres.</p> + +<p>3 <i>septembre</i>.—-Décret qui proroge l'amnistie en faveur +des Français qui ont porté les armes contre leur patrie.</p> + +<p>7 <i>octobre</i>.—-Arrivée de l'empereur et de l'impératrice à +Anvers.</p> + +<p>13 <i>octobre</i>.—-Décret sur les feuilles périodiques, journaux, +annonces qui pourront circuler dans les départemens, +et désignation des villes où ces papiers pourront être imprimés.</p> + +<p>14 <i>octobre</i>.—-Arrivée de Napoléon et de Marie-Louise à +Amsterdam.</p> + +<p>25 <i>octobre</i>.—-Bataille de Sagonte entre les troupes espagnoles +du général Blake et l'armée française aux ordres du +maréchal Suchet, qui tenait assiégée la ville de Sagonte. Le +général espagnol est mis en déroute, et obligé de renoncer à +l'espoir de secourir la place.</p> + +<p>26 <i>octobre</i>.—-Reddition de Sagonte au maréchal Suchet.</p> + +<p>2 <i>novembre</i>.—-Décret qui crée dans les départemens de +la Hollande deux académies impériales.—-Autre qui élève +la ville de La Haye au rang des bonnes villes, dont les +maires ont le droit d'assister au couronnement.</p> + +<p>7 <i>novembre</i>.—Décret concernant les mesures relatives +aux Français qui se réfugient en France après avoir commis +un crime sur le territoire d'une puissance étrangère.—Autre +sur les attributions respectives du conseil du sceau des titres +et de l'intendance générale du domaine extraordinaire, +relativement aux majorats et dotations.</p> + +<p>28 <i>novembre</i>.—Défaite des Espagnols au camp de St.-Roch +par le général Rey.</p> + +<p>30 <i>novembre</i>.—Décret relatif aux bains et sources minérales +d'Aix-la-Chapelle.</p> + +<p>17 <i>décembre</i>.—Décret portant abolition de la féodalité +dans les départemens des Bouches-de-l'Elbe, des Bouches-du-Weser +et de l'Ems-supérieur.</p> + +<p>21 <i>décembre</i>.—Sénatus-consulte qui met à la disposition +du ministre de la guerre cent vingt mille hommes de la conscription +de 1812, pour le recrutement de l'armée.</p> + +<p>29 <i>décembre</i>.—Occupation de la ville de San-Philippe +en Aragon, par le général Delort.</p> + +<h4>1812.</h4> + +<p>2 <i>janvier</i>.—Décret impérial portant organisation du service +des états-majors des places.</p> + +<p>4 <i>janvier</i>.—Prise de la place de Tarifa en Espagne, par +le général Leval.</p> + +<p>10 <i>janvier</i>.—Prise de la ville de Valence, capitale du +royaume du même nom, par le maréchal Suchet.</p> + +<p>17 <i>janvier</i>.—Décret qui établit des écoles pour la fabrication +du sucre.</p> + +<p>22 <i>janvier</i>.—Défaite des Espagnols au combat d'Altafulla +en Espagne, par le général Decaen.</p> + +<p>24 <i>janvier</i>.—Décret qui établit dans le royaume de Valence, +conquis par le maréchal Suchet, un capital en biens +fonds de la valeur de deux cent millions destinés à récompenser +les services rendus par les officiers-généraux, officiers et +soldats de l'armée d'Aragon. Par le même décret, Napoléon +nomme le maréchal Suchet duc d'Albuhera, avec abandon +des titres et revenus attachés audit duché.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Traité d'alliance offensive et défensive, signé +entre l'empereur Napoléon et le roi de Prusse.</p> + +<p>1er <i>février</i>.—Siège et prise du fort de Peniscola en Espagne, +par le maréchal Suchet.</p> + +<p>1er <i>mars</i>.—Une armée française, commandée par le maréchal +Davoust, entre dans la Poméranie prussienne.</p> + +<p>11 <i>mars</i>.—Ordre du jour du maréchal Davoust, daté du +quartier-général de Stettin, pour rappeler à tous les généraux +et soldats que les Prussiens sont les amis des Français, +et que, pendant le séjour de l'armée en Prusse, les troupes +doivent observer la plus stricte discipline, etc., etc.</p> + +<p>13 <i>mars</i>.—Sénatus-consulte relatif à l'organisation de la +garde nationale divisée en trois bans.</p> + +<p>14 <i>mars</i>.—Traité d'alliance entre Napoléon et l'Autriche, +signé à Paris, avec des articles séparés, par lesquels Napoléon +consent éventuellement à l'échange des provinces illyriennes +contre une partie de la Gallicie, destinée à être réunie +au futur royaume de Pologne.</p> + +<p>17 <i>mars</i>.—Sénatus-consulte qui met à la disposition du +ministre de la guerre 60.000 hommes du 1er ban de la garde +nationale, et ordonne la levée ordinaire de la conscription.</p> + +<p>27 <i>mars</i>.—Décret impérial portant qu'il sera élevé sur la +rive gauche de la Seine, entre le pont d'Iéna et celui de la +Concorde, un édifice destiné à recevoir les archives de l'empire.</p> + +<p>28 <i>mars</i>.—-Capitulation militaire entre la France et la +confédération helvétique.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-L'un des corps de l'armée française, commandé +par le duc de Regio, fait son entrée à Berlin. Le roi +de Prusse, le prince royal et autres princes de la cour passent +en revue cette troupe et en font l'éloge.</p> + +<p>5 <i>mai</i>.—-Décret relatif à la circulation des grains et farines.</p> + +<p>8 <i>mai</i>.—-Le roi de Westphalie, Jérôme, frère de Napoléon, +établit son quartier-général a Varsovie.</p> + +<p>9 <i>mai</i>.—-L'empereur, accompagné de l'impératrice, part +de Paris pour aller inspecter la grande armée réunie sur la +Vistule.</p> + +<p>11 <i>mai</i>.—-Arrivée de Napoléon et de Marie-Louise à +Metz.</p> + +<p>12 <i>mai</i>.—-À Mayence.</p> + +<p>13 <i>mai</i>.—-À Francfort.</p> + +<p>17 <i>mai</i>.—-À Dresde. L'empereur et l'impératrice dînent +chez le roi de Saxe. Cour de l'empereur à Dresde. Grand +spectacle donné à l'Europe. Napoléon, entouré de princes, +de souverains, de rois, semble le monarque du monde.</p> + +<p>24 <i>mai</i>.—-Napoléon nomme M. de Pradt, ancien archevêque +de Malines, ministre en Pologne.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Lettre du prince royal de Suède, Bernadotte, +à Napoléon.</p> + +<p>25 <i>mai</i>.—-L'empereur permet au vieux roi d'Espagne, +Charles IV, de quitter Marseille avec sa famille, et de partir +pour l'Italie, où le climat est plus convenable à sa santé.</p> + +<p>2 <i>juin</i>.—Napoléon fait son entrée à Posen, dans le grand-duché +de Varsovie.</p> + +<p>5 <i>juin</i>.—Arrivée à Prague de Napoléon et de Marie-Louise.</p> + +<p>14 <i>juin</i>.—Napoléon passe la revue du septième corps +de la grande armée à Koenigsberg.</p> + +<p>17 <i>juin</i>.—Le roi de Westphalie établit son quartier-général +à Pulstuck, dans le grand-duché de Varsovie.</p> + +<p>19 <i>juin</i>.—Quartier-impérial de Napoléon à Gumbinen.</p> + +<p>22 <i>juin</i>.—Quartier-général a Wilkowiski. Proclamation +de Napoléon à la grande armée.—Ouverture de la campagne +contre la Russie.</p> + +<p>23 <i>juin</i>.—Arrivée de l'empereur à Kowno.—Passage +du Niémen par l'armée française.</p> + +<p>28 <i>juin</i>.—Prise de Wilna; Napoléon y établit son quartier-impérial. +Il crée un gouvernement provisoire du royaume +de Pologne.</p> + +<p>30 <i>juin</i>.—Le roi de Westphalie fait son entrée à Grodno.</p> + +<p>1er <i>juillet</i>.—Napoléon établit un gouvernement provisoire +dans la Lithuanie.</p> + +<p>12 <i>juillet</i>.—Le roi de Saxe, grand-duc de Varsovie, +adhère à la confédération générale du royaume de Pologne.</p> + +<p>13 <i>juillet</i>.—Passage de la Dwina par le maréchal Oudinot, +près de Dunabourg.</p> + +<p>16 <i>juillet</i>.—L'empereur Alexandre et le général Barclay +de Tolly évacuent le camp retranché de la Drissa, menacé +d'être tourné par les corps de l'armée française.</p> + +<p>18 <i>juillet</i>.—Combat de Sibesch entre le maréchal Oudinot +et le général russe comte de Witgenstein.—Quartier-général +de l'empereur à Glubokoë.</p> + +<p>19 <i>juillet</i>.—Retour de l'impératrice à Paris.</p> + +<p>21 <i>juillet</i>.—Bataille de Castalla. Le général Delort taille +en pièces les troupes espagnoles du général O'Donnell.</p> + +<p>22 <i>juillet</i>.—Bataille de Salamanque ou des Arapiles, entre +l'armée anglo-espagnole de lord Wellington et l'armée française +du maréchal duc de Raguse.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Le général de division Loison, nommé +gouverneur-général de la Prusse par l'empereur Napoléon, +s'établit à Koenigsberg.</p> + +<p>23 <i>juillet</i>.—Bataille de Mohilow, où le prince Bagration, +commandant la seconde armée russe, est battu par le maréchal +Davoust.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Passage de la Dwina à Byszczykowice par +le corps d'armée aux ordres du prince vice-roi d'Italie, Eugène +Beauharnais.</p> + +<p>25 <i>juillet</i>.—Défaite à Ostrowno du corps d'armée russe +aux ordres du général Ostermann, par le général Nansouty.</p> + +<p>27 <i>juillet</i>.—Second combat d'Ostrowno, où les Russes +sont battus par le prince vice-roi.—Retraite précipitée du +général russe Barclay de Tolly.—Entrée des Français à +Witepsk.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Quartier-général du corps d'armée autrichien, +allié de la France, aux ordres du prince de Schwartzenberg, +à Nieuzwiez.</p> + +<p>30 <i>juillet</i>.—Combat de Jakubowo, où le général russe +Koulniew est battu par le général Legrand.</p> + +<p>1er <i>août</i>.—Bataille d'Oboiarzina, entre le duc de Reggio +et le général comte de Witgenstein; la victoire, vivement +disputée, reste au premier.</p> + +<p>12 <i>août</i>.—Bataille de Gorodeczna, où le prince de +Schwartzenberg, commandant l'aile droite de la grande armée +française, défait complètement l'armée aux ordres du général +Tormasow.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Prise de Madrid par l'armée anglo-portugaise.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Défaite d'un corps russe de l'armée du général +Barclay de Tolly par le maréchal Ney, à Krasnoi.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Défaite du général Witgenstein à Polotsk, +par le maréchal Oudinot.</p> + +<p>14 <i>août</i>.—-Quartier-général de l'empereur à Basasna.</p> + +<p>16 <i>août</i>.—-Défaite de l'armée du général russe Tormasow +au combat de Kobryn, par les généraux prince de Schwartzenberg +et Régnier.</p> + +<p>17 <i>août</i>.—-Grande bataille de Smolensk, entre l'armée +française commandée par Napoléon en personne, et les deux +armées russes aux ordres des généraux Barclay de Tolly et +prince Bagration. L'ennemi, battu sur tous les points, est +obligé encore une fois de précipiter sa retraite.</p> + +<p>18 <i>août</i>.—-Bataille de Polotsk, où le général Gouvion +St.-Cyr défait le général russe Witgenstein. La belle conduite +du général Gouvion St.-Cyr lui vaut peu de temps +après le bâton de maréchal d'empire.</p> + +<p>19 <i>août</i>.—-Bataille de Valontina-Gora, entre les troupes +du maréchal Ney et le corps d'arrière-garde aux ordres du +général russe Korfl, que le général Barclay laissait en arrière +pour protéger sa retraite. Les Russes sont encore battus.</p> + +<p>22 <i>août</i>.—-Pose à Paris, par le ministre de l'intérieur, des +premières pierres du palais de l'université, des beaux-arts et +de celui des archives.</p> + +<p>30 <i>août</i>.—-Quartier-général de Napoléon à Wiasma.</p> + +<p>7 <i>septembre</i>.—-Grande et mémorable bataille de la Moskowa, +livrée par l'empereur en personne. Le général russe +Kutusow, qui venait de prendre le commandement de tous +les débris des armées précédemment aux ordres des généraux +Barclay de Tolly, Bagration, Witgenstein, est battu de même +que ses prédécesseurs. Les Russes perdent soixante pièces de +canon, trente mille hommes tués ou blessés, cinq mille prisonniers, +un grand nombre de drapeaux, trente-cinq généraux +mis hors de combat, deux tués, etc., etc.</p> + +<p>14 <i>septembre</i>.—Entrée de l'armée française à Moscow. +L'empereur s'établit au Kremlin, antique palais des czars de +Russie.</p> + +<p>16 <i>septembre</i>.—Incendie général de Moscow, attribué +par les uns à l'ambition de son gouverneur, le prince Rostopschin; +par d'autres aux conseils et à l'influence des Anglais.</p> + +<p>5 <i>octobre</i>.—L'empereur Napoléon envoie le général Lauriston +proposer la paix à l'empereur Alexandre; mais le général +Kutusow, qui voulait la continuation de la guerre, le +retient à son quartier-général, et l'empêche de communiquer +avec Alexandre.</p> + +<p>17 <i>octobre</i>.—Combat de Wenkowo entre les troupes du +roi de Naples, Murat, et celles du général Orlow-Denisow; +celles-ci sont obligées de se retirer.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Bataille de Polotsk, entre le maréchal Gouvion-St.-Cyr +et le général Witgenstein; elle dure trois jours; +les Français éprouvent de grandes pertes.</p> + +<p>18 <i>octobre</i>.—Défaite du général russe Tbitchagow par +le général Reynier, au combat d'Esen.</p> + +<p>19 <i>octobre</i>.—L'empereur Napoléon voyant qu'il n'est +plus d'espoir pour la paix, se détermine à la retraite et sort +de Moscow avec sa garde.</p> + +<p>21 <i>octobre</i>.—Arrivée de Napoléon à Fomenskoi.</p> + +<p>22 <i>octobre</i>.—-Jonction des trois armées françaises en Espagne, +sous le commandement du maréchal Soult.—Levée +du siège de Burgos par lord Wellington.</p> + +<p>23 <i>octobre</i>.—Conspiration du général Mallet pour renverser +le gouvernement impérial. Après avoir arrêté et conduit +en prison le ministre de la police Savary et le préfet de +police Pasquier, il est lui-même arrêté avec ses complices.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Le maréchal Mortier, avant de quitter +Moscow, fait sauter le Kremlin.</p> + +<p>24 <i>octobre</i>.—Bataille de Maloiaroslawetz, entre le corps +aux ordres du prince vice-roi et celui du général Doctorow. +Défaite des Russes.</p> + +<p>3 <i>novembre</i>.—Le prince vice-roi repousse encore une fois +les Russes au combat de Wiasma. La retraite de l'armée devient +très-difficile.</p> + +<p>14 <i>novembre</i>.—L'empereur Napoléon évacue la ville de +Smolensk.</p> + +<p>16 <i>novembre</i>.—Le prince vice-roi passe sur le ventre à +une partie de l'armée de Kutusow à Korytnea, et rejoint +l'empereur à Krasnoi.</p> + +<p>17 <i>novembre</i>.—Prise par le général russe Tchitchagow +de la ville de Minsk, où se trouvaient en magasin des subsistances +pour cent mille hommes, pendant six mois.</p> + +<p>18 <i>novembre</i>.—Combat de Krasnoi. Beau mouvement +rétrograde du maréchal Ney.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Reprise de Madrid par le maréchal Soult. +L'armée anglo-portugaise de lord Wellington est poursuivie +l'épée dans les reins jusqu'à Ciudad-Rodrigo, en Portugal.</p> + +<p>21 <i>novembre</i>.—L'empereur arrive à Trocha.</p> + +<p>22 <i>novembre</i>.—À Tolotchin.</p> + +<p>24 <i>novembre</i>.—L'armée française se concentre sur les +bords de la Bérézina.</p> + +<p>26 et 28 <i>novembre</i>.—Passage et bataille de la Bérézina. +Une plume française se refuse à retracer les désastres de ces +deux terribles journées.</p> + +<p>29 <i>novembre</i>.—Quartier-impérial de Napoléon à Kamen.</p> + +<p>5 <i>décembre</i>.—Napoléon arrive à Smorgori; il remet le +commandement de l'armée au roi de Naples. Jusque-là il avait +partagé toutes les privations de ses malheureux soldats.</p> + +<p>9 <i>décembre</i>.—Arrivée de l'armée française à Wilna.</p> + +<p>10 <i>décembre</i>.—Arrivée de l'empereur Napoléon à Varsovie.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—L'armée évacue Wilna, laissant dans cette +ville les malades, qui furent presque tous massacrés par la populace +russe.</p> + +<p>14 <i>décembre</i>.—Le maréchal Ney, qui commandait l'arrière-garde, +bat les troupes de l'hetmann Platow à Kowno.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—L'empereur Napoléon arrive à Dresde.</p> + +<p>18 <i>décembre</i>.—Retour de l'empereur à Paris.</p> + +<p>20 <i>décembre</i>.—Napoléon reçoit les félicitations de tous +les corps constitués de l'empire.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—Les débris de l'armée française prennent +position sur le Niémen.</p> + +<p>21 <i>décembre</i>.—Message de l'empereur au sénat, pour +demander une levée extraordinaire de trois cent cinquante +mille hommes.</p> + +<p>30 <i>décembre</i>.—Capitulation du général Yorcke, commandant +les troupes prussiennes auxiliaires en Russie, avec le général +russe Diebitch. Le roi de Prusse paraît d'abord désapprouver +son lieutenant, mais sa conduite subséquente prouve +bientôt que Yorcke avait agi de concert avec lui.</p> + +<h4>1813.</h4> + +<p>1er <i>janvier</i>.—-Le roi de Naples, lieutenant-général de +l'empereur, fait évacuer Koenigsberg.</p> + +<p>3 <i>janvier</i>.—-Quartier-général à Elbing.</p> + +<p>7 <i>janvier</i>.—-À Marienbourg.—-Proclamation du gouvernement +provisoire, établi en Pologne par Napoléon, qui appelle +aux armes tous les Polonais en état de les porter.</p> + +<p>11 <i>janvier</i>.—-Sénatus-consulte qui met à la disposition +du gouvernement une levée de trois cent cinquante mille +hommes.</p> + +<p>13 <i>janvier</i>.—-Évacuation de Marienverder par les Français.</p> + +<p>18 <i>janvier</i>.—-Le roi de Naples déserte le poste qui lui +avait été confié par l'empereur, force le prince Eugène à se +charger du commandement, et quitte l'armée pour se rendre +dans ses états.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Adresses du corps municipal de Paris et +des cohortes de la garde nationale à l'empereur; expression +d'un dévouement qui ne fut que trop mis à l'épreuve.</p> + +<p>20 <i>janvier</i>.—-Investissement de la place importante de +Dantzick par les armées alliées contre la France.</p> + +<p>21 <i>janvier</i>.—-Arrivée à Berlin des premières colonnes +envoyées de l'intérieur de la France pour reformer la grande +armée.</p> + +<p>23 <i>janvier</i>.—-Le roi de Saxe abandonne sa capitale, en +déclarant par une proclamation, que, quels que soient les +événemens, il restera fidèle à l'alliance de l'empereur Napoléon.</p> + +<p>24 <i>janvier</i>:—-Concordat signé à Fontainebleau entre le +pape et Napoléon.</p> + +<p>30 <i>janvier</i>.—-Le roi de Saxe appelle aux armes tous les +Polonais du grand-duché de Varsovie.</p> + +<p>2 <i>février</i>.—-Sénatus-consulte rendu d'après la demande +de Napoléon sur les cas prévus par la constitution, tels que +la régence de l'empire, le couronnement de l'impératrice et +celui du prince impérial, roi de Rome.</p> + +<p>7 <i>février</i>.—-L'armée française évacue la ligne de la Vistule.</p> + +<p>12 <i>février</i>.—-Le prince vice-roi fait évacuer Posen.</p> + +<p>13 <i>février</i>.—-Combat de Kalisch entre le général Reynier +et le général Wintzingerode; celui-ci est repoussé avec +perte.</p> + +<p>14 <i>février</i>.—-L'empereur Napoléon fait l'ouverture du +corps législatif.</p> + +<p>15 <i>février</i>.—-Napoléon fait don à la ville d'Erfurt de son +buste en bronze.</p> + +<p>16 <i>février</i>.—-Commencement du blocus de Stettin et +des autres forteresses prussiennes occupées par les garnisons +françaises.</p> + +<p>18 <i>février</i>.—-Quartier-général du prince vice-roi a +Francfort; l'armée française prend ses lignes sur l'Oder.</p> + +<p>21 <i>février</i>.—-Message de l'empereur au sénat pour lui +annoncer qu'il a érigé en principauté, sous le titre de principauté +de la Moskowa, le château de Rivoli, département du +Pô, et les terres qui en dépendent, en faveur du maréchal +Ney, duc d'Elchingen, et ses descendans.</p> + +<p>22 <i>février</i>.—-Quartier-général du prince vice-roi à Koepenick.</p> + +<p>24 <i>février</i>,—-Convention signée à Paris entre la Prusse +et le gouvernement impérial sur la restitution des gages précédemment +donnés par la première puissance.</p> + +<p>27 <i>février</i>.—-Quartier-général du prince vice-roi a +Schoenenberg, près Berlin.</p> + +<p>4 <i>mars</i>.—-Évacuation de Berlin par l'armée française.</p> + +<p>6 <i>mars</i>.—-L'empereur Napoléon ordonne la levée de la +conscription de 1814 en Italie.</p> + +<p>9 <i>mars</i>,—-Quartier-général du prince vice-roi à Leipzick.</p> + +<p>10 <i>mars</i>,—-Évacuation de Stralsund.</p> + +<p>12 <i>mars</i>.—-Les autorités françaises quittent Hambourg.—-Schwerin donne aux autres princes allemands l'exemple +de renoncer à la confédération du Rhin.</p> + +<p>19 <i>mars</i>.—-Le maréchal Davoust fait sauter le pont de +Dresde, et se retire sur Leipzick, laissant le général Durutte +avec le septième corps pour garder cette capitale de la +Saxe.</p> + +<p>21 <i>mars</i>,—-Quartier-général du prince vice-roi à Magdebourg. +—-Arrivée à Vienne du comte de Narbonne, ambassadeur +de Napoléon.</p> + +<p>22 <i>mars</i>.—-Entrée des Russes et du général Blucher à +Dresde.</p> + +<p>23 <i>mars</i>,—-Lettre du prince royal de Suède à Napoléon; +il déclare à celui-ci l'intention de la Suède, de faire cause +commune contre la France.</p> + +<p>24 <i>mars</i>.—-L'empereur reçoit une députation du corps +législatif.</p> + +<p>26 <i>mars</i>.—-Évacuation de la nouvelle ville de Dresde par +le général Durutte.</p> + +<p>30 <i>mars</i>.—-Lettre-patente de Napoléon, qui confère la +régence à l'impératrice Marie-Louise.</p> + +<p>1er <i>avril</i>,—-Déclaration de guerre de Napoléon contre la +Prusse.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-L'armée française du prince vice-roi se +met en ligne derrière la Saale.</p> + +<p>2 <i>avril</i>,—-Combat de Lunebourg; le général Morand est +blessé à mort, et sa troupe, environnée de toutes parts, +obligée de capituler.</p> + +<p>3 <i>avril</i>.—-Sénatus-consulte qui met à la disposition du +ministre de la guerre cent quatre-vingt mille hommes, dont +dix mille gardes d'honneur, quatre-vingt mille par un nouvel +appel sur le premier ban de la garde nationale, et quatre-vingt +dix mille conscrits de 1814 destinés d'abord à la défense +des côtes.—-Autre sénatus-consulte qui suspend le régime +constitutionnel dans la trente-deuxième division militaire +(les villes anséatiques).</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Grande reconnaissance ordonnée par le +prince vice-roi en avant de Mockern; les troupes alliées sont +culbutées sur tous les points, et l'épouvante se répand jusqu'à +Berlin, où l'on crut que les Français ne tarderaient pas +a entrer.</p> + +<p>4 <i>avril</i>.—-Nouvel engagement entre les Français et les +troupes des généraux russe et prussien Witgenstein et Bulow; +les premiers sont repoussés à leur tour.</p> + +<p>6 <i>avril</i>.—-Reprise de Lunebourg par le maréchal Davoust.</p> + +<p>8 <i>avril</i>.—-Décret impérial qui ordonne la réunion en société +des donataires auxquels ont été affectés des portions du +revenu des provinces illyriennes, et la création de cent vingt +actions de deux mille francs.</p> + +<p>10 <i>avril</i>.—-Quartier-général du prince vice-roi à Aschersleben, +au confluent de la Saale et de l'Elbe.</p> + +<p>12 <i>avril</i>.—-Prise de Villena en Espagne, par le maréchal +Suchet.</p> + +<p>13 <i>avril</i>.—-Combat de Castella, où le maréchal Suchet +bat les Anglais.</p> + +<p>15 <i>avril</i>.—-Napoléon quitte Saint-Cloud pour se mettre +à la tête de ses armées.</p> + +<p>16 <i>avril</i>.—-Arrivée de l'empereur à Mayence.</p> + +<p>17 <i>avril</i>,—-Défaite à Sprakensbel du général russe Doernberg +par le général Sébastiani.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Capitulation de la forteresse de Thorn.</p> + +<p>19 <i>avril</i>.—-Arrivée de la grande armée russe à Dresde.</p> + +<p>24 <i>avril</i>.—-Capitulation de la forteresse de Spandau.</p> + +<p>26 <i>avril</i>.—-Capitulation de la forteresse de Czentoschau.</p> + +<p>25 <i>avril</i>.—-Arrivée de l'empereur Napoléon à Erfurt. +Quartier-général du prince vice-roi à Naumbourg.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Combat de Weissenfels entre le maréchal +Ney et le général Lanskoi; les Français s'emparent de Weissenfels.</p> + +<p>27 <i>avril</i>.—-Jonction des armées françaises de l'Elbe et +du Mein près de Naumbourg.</p> + +<p>29 <i>avril</i>.—-Quartier-général du prince vice-roi à Mersebourg, +après avoir chassé les troupes qui défendaient cette +ville.</p> + +<p>1er <i>mai</i>.—-Quartier impérial de Napoléon à Lutzen.—- +Deuxième combat de Weissenfels entre le maréchal Ney et +le général Wintzingerode; les Russes sont taillés en pièces +et obligés de se retirer derrière le Flossgraben, pour couvrir +les défilés de Pagau et de Zwenkau; les Français eurent à +regretter le maréchal Bessières, duc d'Istrie, tué par un +boulet.</p> + +<p>2 <i>mai</i>.—-Bataille de Lutzen, livrée par Napoléon en personne; +l'armée alliée est mise an déroute et obligée de battre +en retraite. Les Russes et les Prussiens avaient perdu plus de +vingt mille hommes, et les vainqueurs douze mille.</p> + +<p>3 <i>mai</i>.—-L'armée victorieuse poursuit l'ennemi sur la +route de Dresde.</p> + +<p>4 <i>mai</i>.—-Elle passe la Pleiss.</p> + +<p>5 <i>mai</i>.—-La Mulda.</p> + +<p>8 <i>mai</i>.—-Elle arrive devant Dresde.</p> + +<p>9 <i>mai</i>.—-L'empereur fait jeter un pont de bateaux à +Priesnitz.</p> + +<p>11 <i>mai</i>.—-Reprise de Dresde par l'armée française. +L'empereur écrit à la maréchale Bessières, duchesse d'Istrie, +pour l'informer de la mort glorieuse de son mari.</p> + +<p>12 <i>mai</i>.—-Le roi de Saxe fait sa rentrée solennelle dans la +capitale de ses états; l'empereur, qui avait été à sa rencontre, +se tint à cheval à ses côtés, et le conduisit jusqu'au palais au +bruit du canon, au son des cloches et aux acclamations du +peuple et des troupes.</p> + +<p>14 <i>mai</i>.—-Décret de l'empereur daté de Dresde. «Voulant +donner une preuve éclatante et signalée de notre satisfaction +à notre bien-aimé fils le prince Eugène-Napoléon, +vice-roi de notre royaume d'Italie, pour les constantes preuves +d'attachement qu'il nous a données, et les services qu'il +nous a rendus, notre palais de Bologne et la terre de Galliera, +appartenant à notre domaine privé, sont érigés en duché, +et ledit duché de Galliera est donné en toute propriété à +la princesse de Bologne Joséphine-Maximilienne-Eugène-Napoléonne, +fille aînée du prince vice-roi, etc.»</p> + +<p>16 <i>mai</i>.—-L'empereur Napoléon, vainqueur à Lutzen, +offre la réunion d'un congrès à Prague pour la paix générale; +son offre est refusée par les souverains alliés.</p> + +<p>17 <i>mai</i>.—-<i>Te Deum</i> chanté à Paris par ordre de l'impératrice +régente, en actions de grâce, pour la victoire remportée +à Lutzen.</p> + +<p>18 <i>mai</i>.—-Napoléon part de Dresde pour se mettre à la +tête de son armée en Lusace.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Retour du prince vice-roi en Italie. L'empereur, +qui prévoyait la prochaine défection de l'empereur +d'Autriche, avait chargé son fils adoptif d'organiser une armée +défensive en Italie.</p> + +<p>20 <i>mai</i>.—-Bataille de Bautzen, perdue par les alliés.</p> + +<p>21 <i>mai</i>.—-Bataille de Wurtchen, perdue par les alliés; +l'empereur Napoléon et l'empereur Alexandre commandaient +en personne dans ces deux journées.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Par un décret daté du champ de bataille +de Wurtchen, Napoléon ordonne l'érection d'un monument +sur le Mont-Cenis, destiné à transmettre à la postérité la plus +reculée le généreux dévouement du peuple français, dont +douze cent mille enfans s'étaient levés en 1813 pour défendre +les frontières de la patrie menacées par l'ennemi. Vingt-cinq +millions de francs étaient consacrés a l'érection de ce monument.</p> + +<p>22 <i>mai</i>.—-Combat de Reichenbach, entre l'arrière-garde +de l'armée russe commandée par le général Miloradowitch, et +le septième corps de l'armée française, aux ordres du général +Reynier. Les Russes sont culbutés; mais les Français perdent +le grand-maréchal du palais, Duroc, ami fidèle et sujet dévoué +de l'empereur.</p> + +<p>23 <i>mai</i>.—-Le général Reynier culbute de nouveau les +Russes au combat de Gorlitz.</p> + +<p>26 <i>mai</i>.—-Le général Maison est repoussé avec perte dans +une attaque contre la ville d'Hanau.</p> + +<p>28 <i>mai</i>.—-Combat de Sprottau, où le général Sébastiani +s'empare d'un nombreux convoi ennemi.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Le maréchal Oudinot fait fuir devant lui +les alliés, au combat de Heyerswerda.</p> + +<p>29 <i>mai</i>.—-Le comte de Schouvalow, aide-de-camp de +l'empereur de Russie, et le général prussien Kleist se rendent +auprès de l'empereur pour lui demander un armistice +au nom de leurs souverains.</p> + +<p>4 <i>juin</i>.—-L'armistice demandé par l'empereur Alexandre +et le roi de Prusse est accordé jusqu'au 20 juillet par Napoléon, +Il réitère son offre d'un congrès à Prague pour une +pacification générale, et propose de s'en rapporter a la médiation +de son beau-père, l'empereur d'Autriche.</p> + +<p>7 <i>juin</i>.—-Le maréchal Davoust impose une contribution +extraordinaire de quarante-huit millions à la ville de Hambourg.</p> + +<p>10 <i>juin</i>.—-Retour de Napoléon à Dresde.</p> + +<p>12 <i>juin</i>.—-Le maréchal Suchet bat les Anglais sous les +murs de Tarragone, et les force de lever le siège de cette +place.</p> + +<p>13 <i>juin</i>.—-L'impératrice-régente assiste au <i>Te Deum</i> +chanté dans l'église Notre-Dame, à l'occasion de la victoire +remportée par l'armée française à Wurtchen.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Défaite de l'armée anglo-espagnole commandée +par le général Elio, par le maréchal Suchet, au combat +de Xucar.</p> + +<p>14 <i>juin</i>.—-L'armée française en Espagne, dont le roi Joseph +venait de prendre le commandement, se retire sur +l'Ebre.</p> + +<p>18 <i>juin</i>. Décret de Napoléon qui ordonne de former +une liste des absents dans la trente-deuxième division militaire.</p> + +<p>21 <i>juin</i>.—-Bataille de Vittoria entre l'armée anglo-espagnole +de lord Wellington et celle des Français du roi Joseph, +commandée par le maréchal Jourdan; elle est perdue par la +faute des généraux français, et bientôt, par ses résultats, va +ouvrir le chemin de la France aux Anglais.</p> + +<p>23 <i>juin</i>.—-Retraite de l'armée française d'Espagne sur la +France.</p> + +<p>26 <i>juin</i>.—-L'empereur ordonne au maréchal Davoust +d'imposer a la ville de Lubeck une contribution extraordinaire +de six millions.</p> + +<p>27 <i>juin</i>.—-L'armée française d'Espagne, après avoir passé +sans être inquiétée les gorges de Roncevaux et la vallée de +Bastan, rentre sur le territoire français.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Prise du fort de Requena en Espagne, par +le général Harispe, sur le général Elio.</p> + +<p>30 <i>juin</i>.—-Convention signée entre l'empereur Napoléon +et l'empereur d'Autriche, par laquelle celui-ci s'engage à faire +prolonger l'armistice accordé a l'empereur de Russie et au +roi de Prusse jusqu'au 10 août.</p> + +<p>1er <i>juillet</i>.—-Sénatus-consulte qui ordonne que celui du +3 avril 1813, portant suspension pendant trois mois du régime +constitutionnel dans les départemens de l'Ems-Supérieur, +des Bouches du Weser et des Bouches-de-l'Elbe, composant +la trente-deuxième division militaire, est prorogé +pendant trois mois, à compter du 15 juillet courant.</p> + +<p>12 <i>juillet</i>.—-Arrivée à Baïonne du maréchal Soult, duc +de Dalmatie, avec le titre de lieutenant-général de l'empereur +en Espagne.</p> + +<p>20 <i>juillet</i>.—-L'armée française d'Espagne reprend l'offensive.</p> + +<p>25 <i>juillet</i>. Combat très-vif sous les murs de St.-Sébastien, +entre les Anglais qui assiégeaient cette ville sous les +ordres du général Graham, et la garnison commandée par le +général Ney. Les Anglais sont repoussés avec une grande perte.</p> + +<p>26 <i>juillet</i>.—-Napoléon part de Dresde pour se rendre à +Mayence.</p> + +<p>27 <i>juillet</i>,—-Bataille de Cubéry, entre le duc de Dalmatie +et Wellington; le premier est obligé de battre en retraite.</p> + +<p>28 <i>juillet</i>.—-Arrivée de Napoléon à Mayence et du général +Caulincourt, duc de Vicence, ministre plénipotentiaire +à Prague.</p> + +<p>29 <i>juillet</i>.—-Note présentée par les plénipotentiaires de +France, le duc de Vicence et le comte de Narbonne, tendante +à ce que le congrès pour la paix fût immédiatement ouvert à +Prague pour la réunion effective des ministres et la vérification +réciproque des pouvoirs.</p> + +<p>31 <i>juillet</i>.—-Combat d'Irun entre Wellington et le duc de +Dalmatie; il reste sans résultat.</p> + +<p>6 <i>août</i>.—-Retour de Napoléon à Dresde.</p> + +<p>10 <i>août</i>.—-Le comte de Metternich, après avoir gagné +du temps en trompant par de fausses promesses les plénipotentiaires +français, déclare enfin au duc de Bassano que l'armistice +étant expiré, on ne peut plus ouvrir de congrès.</p> + +<p>12 <i>août</i>.—-Le duc de Bassano reçoit du comte de Metternich +la déclaration de guerre de l'empereur d'Autriche +contre son gendre.</p> + +<p>13 <i>août</i>.—-Le prince Eugène, vice-roi d'Italie, prend le +commandement de l'armée française en Italie.</p> + +<p>14 <i>août</i>.—-Arrivée du roi de Naples, Joachim Murat.</p> + +<p>15 <i>août</i>.—-Napoléon part de Dresde pour se mettre à la +tête de son armée, en Silésie.</p> + +<p>17 <i>août</i>.—-Reprise des hostilités en Allemagne et en +Italie.</p> + +<p>18 <i>août</i>.—-Quartier-général de l'empereur à Gorlitz..</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Le maréchal Suchet fait sauter les fortifications +de Tarragone en Espagne.</p> + +<p>19 <i>août</i>.—-L'armée française pénètre dans la Bohême.</p> + +<p>21 <i>août</i>.—-Quartier-général de l'empereur à Lowender.—-Combat +de Trébine, où le duc de Reggio culbute tous les +avant-postes de l'armée du prince royal de Suède (Bernadotte).</p> + +<p>22 <i>août</i>.—-Plusieurs combats livrés par les divers corps +de l'armée de Silésie, presque tous au désavantage des Français.—-L'empereur retourne avec sa garde à Dresde, menacé +par la grande armée alliée.</p> + +<p>23 <i>août</i>.—-Combat de Golberg, où le général Lauriston +repousse avec une grande perte les troupes du général Blucher.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Combat de Gross-Beeren, entre le corps +d'armée du duc de Reggio et les troupes de Bernadotte; celui-ci +reste vainqueur, et met par cette victoire Berlin à l'abri de +toute attaque.</p> + +<p>24 <i>août</i>.—-Sénatus-consulte qui met à la disposition du +ministre de la guerre trente mille hommes pris dans les classes +de 1814, 1813, 1812 et antérieures, dans vingt-quatre départemens +du Midi.</p> + +<p>25 <i>août</i>,—-Quartier-général de l'empereur à Stolpen. +Napoléon laisse le commandement de son armée de Lusace +au maréchal Macdonald et se rend à Dresde.</p> + +<p>26 <i>août</i>.—-Combat livré sous les murs de Dresde, et sous +les jeux de Napoléon, entre les troupes alliées aux ordres du +prince autrichien Schwartzenberg, et celles commandées par +le maréchal Gouvion St.-Cyr; l'ennemi est repoussé avec une +grande perte.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Bataille de la Katzbach, entre le maréchal +Blucher, commandant les troupes prussiennes, et l'armée de +Silésie, que Napoléon avait laissée aux ordres du maréchal +Macdonald; celui-ci est complément battu par le premier.</p> + +<p>27 <i>août</i>.—-Bataille de Dresde, livrée par l'empereur à la +grande armée alliée, commandée par l'empereur Alexandre et +le prince de Schwartzenberg. L'ennemi est battu sur tous les +points; il perd quarante mille hommes, dont dix-huit mille +prisonniers, presque tous Autrichiens, vingt-six pièces de +canons, cent trente caissons et dix-huit drapeaux. C'est +dans cette journée que le général Moreau, honteusement arrivé +d'Amérique au secours des ennemis de sa patrie, fut frappé +d'un boulet qui le fit mourir quelques jours après.</p> + +<p>30 <i>août</i>.—-Bataille de Kulm; l'armée du prince de +Schwartzenberg, dans sa retraite après la bataille de Dresde, +rencontre à Kulm le corps d'armée du général Vandamme, +l'environne avec des forces quadruples et lui fait abandonner +toute son artillerie, le général Vandamme ayant été obligé de +se faire jour les armes à la main, après une perte de plus de +dix mille hommes.</p> + +<p>31 <i>août</i>.—-Évacuation de la ville de St.-Sébastien en Espagne +par les Français. Les Anglais, après être entrés dans +cette malheureuse cité, y commettent des horreurs dont les +annales de la guerre offrent peu d'exemples, et dont cette +nation barbare était seule capable dans un siècle de civilisation.</p> + +<p>1er <i>septembre</i>,—-Retraite de l'armée française du maréchal +Soult sur la Bidassoa.</p> + +<p>3 <i>septembre</i>.—-L'empereur part de Dresde pour se rendre +en Lusace.</p> + +<p>6 <i>septembre</i>.—-Bataille de Jutterbogk entre le prince +royal de Suède et le maréchal Ney, qui venait de remplacer +le duc de Reggio. Encore moins heureux que celui-ci, Ney +se laisse battre complètement, perd dix mille hommes, vingt-cinq +pièces de canon, et est obligé de réorganiser entièrement +son corps d'armée.</p> + +<p>9 <i>septembre</i>.—-Napoléon retourne à Dresde.</p> + +<p>14 <i>septembre</i>.—-L'empereur bat les alliés au combat de +Geyersberg.</p> + +<p>15 <i>septembre</i>.—-Napoléon force le général Wittgenstein +à se replier sur Kulm.</p> + +<p>21 <i>septembre</i>.—-Retour de l'empereur à Dresde.</p> + +<p>4 <i>octobre</i>.—-Message de l'empereur Napoléon au sénat, +annonçant qu'il est en guerre avec l'Autriche.</p> + +<p>7 <i>octobre</i>.—-Séance solennelle du sénat, présidée par +l'impératrice-régente; elle y prononce un discours, dont le +but est d'encourager la nation à défendre son territoire contre +les ennemis dont, dit-elle, elle connaît mieux que personne +toutes les mauvaises intentions, et finit par demander une +levée de deux cent quatre-vingt mille conscrits.</p> + +<p>7 <i>octobre</i>.—-Napoléon se porte de Dresde à la rencontre +des deux armées commandées par Blucher et le prince de +Suède.</p> + +<p>8 <i>octobre</i>.—-L'armée française du maréchal Soult passe +la Bidassoa.</p> + +<p>9 <i>octobre</i>.—-Capitulation de la citadelle de Saint-Sébastien.</p> + +<p>12 <i>octobre</i>.—-L'ennemi, qui s'était replié a l'approche de +Napoléon, est battu à Dessau par le prince de la Moskowa.</p> + +<p>14 <i>octobre</i>.—-Combat de Wachau, où l'empereur fait replier +tous les postes du prince de Schwartzenberg.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Sénatus-consulte qui déclare que la France +ne conclura aucun traité de paix avec la Suède, sans qu'au +préalable celle-ci n'ait renoncé à la possession de l'île française +de la Guadeloupe.</p> + +<p>16 <i>octobre</i>.—-Bataille de Wachau, gagnée par Napoléon +sur les troupes alliées, commandées par le prince de Schwartzenberg, +général en chef de toutes les troupes armées contre +la France.</p> + +<p>17 et 18 <i>octobre</i>.—-Bataille de Leipsick. Napoléon, environné +par des forces plus que doubles, épuise en vain toutes +les ressources de son génie pour retenir la victoire; pour la +première fois, depuis qu'il commandait les armées, elle lui +échappe dans une bataille rangée. Il faut dire cependant, à +la gloire de Napoléon, et surtout des soldats français, que, +sans l'infâme trahison des troupes saxonnes, il est plus que +probable que la bataille de Leipsick eût été le complément +de la renommée militaire de l'empereur, au lieu d'être le +commencement de tous les désastres qui ont amené sa chute.</p> + +<p>19 <i>octobre</i>.—-Retraite de l'armée française.</p> + +<p>20 <i>octobre</i>.—-L'armée française arrive à Weissenfels.</p> + +<p>21 <i>octobre</i>.—-À Freybourg.</p> + +<p>22 <i>octobre</i>.—-A Ollendorff, où elle culbute les cosaques +de Platow.</p> + +<p>23 <i>octobre</i>.—-Quartier-général de l'empereur à Erfurt.</p> + +<p>25 <i>octobre</i>.—-Décret de Napoléon au quartier-impérial +de Goeta, qui convoque le corps législatif pour le 2 décembre +prochain.</p> + +<p>30 <i>octobre</i>.—-Bataille de Hanau. L'armée française, poursuivie +par les alliés, et arrêtée dans sa marche par l'armée de +Bavière, qui venait aussi de se déclarer contre la France, est +encore obligée de livrer bataille. Elle passe sur le ventre du +général de Wrede, qui commandait les Bavarois, lui tue six +mille hommes, lui fait quatre mille prisonniers, et continue +sa retraite en bon ordre.</p> + +<p>31 <i>octobre</i>.—-Le duc de Raguse, qui formait l'arrière-garde, +attaque lui-même le général de Wrede à Hanau, le culbute +encore, et l'oblige à rétrograder.</p> + +<p>1er <i>novembre</i>.—-Le prince vice-roi, après s'être défendu +avec honneur contre les forces supérieures qui l'attaquaient +en Italie, est obligé de repasser la Brenta et l'Adige.</p> + +<p>2 <i>novembre</i>.—-L'empereur et l'armée française passent le +Rhin à Francfort.</p> + +<p>9 <i>novembre</i>.—-Arrivée de l'empereur à Paris.</p> + +<p>11 <i>novembre</i>.—-Le maréchal Gouvion Saint-Cyr capitule +dans Dresde. Les alliés ont l'infamie de rompre la capitulation, +et rendent ainsi inutile pour la France une armée +de près de trente mille hommes.</p> + +<p>15 <i>novembre</i>.—-L'armée d'Italie met en fuite la gauche +des Autrichiens an combat de Caldiero.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Sénatus-consulte qui proroge les pouvoirs +de la série des députés au corps législatif qui devaient en +sortir.—-Autre qui donne à Napoléon le droit de nommer le +président du corps législatif.</p> + +<p>16 <i>novembre</i>.—-Sénatus-consulte qui met à la disposition +du gouvernement les trois cent mille conscrits demandés +par l'impératrice, et qui devront être pris sur les classes +de 1802, 1803 et années suivantes jusques et compris 1814.</p> + +<p>18 <i>novembre</i>,—-Les Autrichiens sont de nouveau battus +au combat de San-Michele en Italie.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Le maréchal Soult est repoussé dans ses +lignes au camp de Sarre.</p> + +<p>27 <i>novembre</i>.—-Reprise de Ferrare par le prince vice-roi +sur les Autrichiens.</p> + +<p>5 <i>décembre</i>.—-Capitulation de Stettin.</p> + +<p>8 <i>décembre</i>.—-Combat de Rovigo en Italie, où les Autrichiens +sont battus par le général Marcognet.</p> + +<p>11 <i>décembre</i>.—-Traité signé à Valençay entre Napoléon +et Ferdinand VII, par lequel celui-ci s'engage à faire évacuer +l'Espagne par l'armée britannique, et à ne persécuter aucun +des Espagnols qui ont pris parti pour le roi Joseph.</p> + +<p>13 <i>décembre</i>.—-Bataille de Saint-Pierre d'Irube perdue +par le maréchal Soult.</p> + +<p>16 <i>décembre</i>.—-Décret de Napoléon ordonnant la formation +de trente cohortes de la garde nationale pour la garde des +places fortes.</p> + +<p>19 <i>décembre</i>.—-Ouverture du corps législatif par l'empereur.</p> + +<p>21 <i>décembre</i>.—-Décret communiqué au sénat et au corps +législatif, par lequel une commission extraordinaire est nommée +pour prendre communication de la négociation qui a eu +lieu avec les puissances alliées.</p> + +<p>25 <i>décembre</i>.—-Commencement du siège d'Huningue par +les alliés.</p> + +<p>26 <i>décembre</i>.—-Capitulation de Torgau.</p> + +<p>27 <i>décembre</i>.—-Décret impérial qui nomme vingt sénateurs +commissaires extraordinaires dans les départemens.</p> + +<p>29 <i>décembre</i>.—-Capitulation de la ville de Dantzick après deux +mois de siège.</p> + +<p>30 <i>décembre</i>.—-L'empereur reçoit dans la salle du trône +une députation du sénat, qui lui présente une adresse de remerciement +pour la communication faite le 22.</p> + +<p>31 <i>décembre</i>.—-Napoléon, irrité du rapport fait par la +commission du corps législatif, apostrophe vivement les +membres de celte commission, et dissout le corps législatif +lui-même.</p> + +<h4>1814.</h4> + +<p>1er <i>janvier</i>.—-Décret impérial qui ajourne la session législative.</p> + +<p>2 <i>janvier</i>.—-Réception solennelle, dans la salle du trône, +du sénat, du corps législatif, et de toutes les autorités supérieures +de l'état.</p> + +<p>3 <i>janvier</i>.—-Décret impérial en faveur des juifs de Paris.</p> + +<p>6 <i>janvier</i>.—-Les alliés, après avoir violé la neutralité de +la Suisse, commencent à pénétrer en France.</p> + +<p>9 <i>janvier</i>.—-Décret de Napoléon, qui appelle à un service +actif la garde nationale de Paris, et s'en déclare le commandant +en chef.</p> + +<p>11 <i>janvier</i>.—-Joachim Murat, mu par la plus lâche ingratitude, +signe à Naples un traite d'alliance avec l'Autriche +contre son bienfaiteur Napoléon.</p> + +<p>14 <i>janvier</i>,—-Quartier-général à Lyon du maréchal +Augereau, commandant du corps d'armée française sur le +Rhône.</p> + +<p>21 <i>janvier</i>.——Décret impérial pour la formation de douze +régimens de voltigeurs et de tirailleurs de la jeune garde.</p> + +<p>22 <i>janvier</i>.—-Arrivée à Châtillon du duc de Vicence en +qualité de ministre plénipotentiaire de Napoléon.</p> + +<p>24 <i>janvier</i>.—-Lettre-patente de Napoléon, et sénatus-consulte +qui confèrent à l'impératrice Marie-Louise la régence +de l'empire pendant l'absence de son mari.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Napoléon fait ses adieux a la garde nationale +de Paris dans la personne de ses officiers, convoqués à +cet effet au château des Tuileries, et recommande avec chaleur +et dignité son épouse et son fils au courage et au dévouement +des défenseurs de la capitale.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Le général Carnot écrit à l'empereur pour +lui demander du service.</p> + +<p>25 <i>janvier</i>,—-Napoléon part de Paris pour se mettre à la +tète de ses armées.</p> + +<p>26 <i>janvier</i>.—-Quartier-général de l'empereur à Vitry.</p> + +<p>29 <i>janvier</i>.—-Combat de Brienne entre l'armée française +et celle des alliés aux ordres du prince de Schwartzenberg; +Napoléon remporte l'avantage.</p> + +<p>1er <i>février</i>.—-Bataille de la Rothière entre Napoléon et +les deux armées alliées du prince de Schwartzenberg et du +général Blucher; elle est perdue par Napoléon.</p> + +<p>3 <i>février</i>.—-Retraite de l'armée française sur Troyes.</p> + +<p>7 <i>février</i>.—-Retraite de l'armée française sur Nogent.</p> + +<p>8 <i>février</i>.—-Bataille du Mincio en Italie, gagnée par le +prince vice-roi sur le général autrichien Bellegarde.</p> + +<p>9 <i>février</i>.—-Organisation de la garde nationale sédentaire +de Paris.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Napoléon concentre ses forces à Sézanne.</p> + +<p>10 <i>février</i>:—-Combat de Champ-Aubert entre deux divisions +de l'armée française et le corps d'armée alliée aux ordres +du général russe Alsusiew; celui-ci est battu et fait +prisonnier.</p> + +<p>11 <i>février</i>,—-Bataille de Montmirail; le général Blochet +est battu à son tour.</p> + +<p>12 <i>février</i>.—-Combat de Château-Thierry a l'avantage +des Français.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Autre combat de Vaux-Champ; le général +Blucher est encore battu et obligé d'abandonner une partie de +ses équipages pour s'échapper. L'armée de Silésie, qu'il commandait, +est obligé de repasser la Marne.</p> + +<p>14 <i>février</i>.—-Combat de Soissons. Le général russe +Wintzingerode s'empare de cette ville.</p> + +<p>15 <i>février</i>.—-Les maréchaux Macdonald, Victor et Oudinot +concentrent leurs corps d'armée sur l'Hières, à cinq +lieues de Paris.</p> + +<p>16 <i>février</i>.—-Napoléon, instruit des dangers que court la +capitale, arrive à marche forcée sur Guignes; au secours des +maréchaux menacés par le prince de Schwartzenberg.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Combats de Mormant et de Valzouan, +perdus, le premier par les alliés, le second par le duc de Bellune.</p> + +<p>18 <i>février</i>.—-Bataille de Montereau, gagnée par l'empereur +sur la grande armée alliée.</p> + +<p>22 <i>février</i>.—-Combat de Méry-sur-Seine, gagné par le +duc de Reggio.</p> + +<p>23 <i>février</i>.—-Reprise de Troyes par l'armée française.</p> + +<p>24 <i>février</i>.—-Les souverains alliés font à Napoléon la +demande d'un armistice, et consentent enfin à nommer des +plénipotentiaires pour négocier de la paix au congrès de Châtillon.</p> + +<p>26 <i>février</i>,—-L'armée de Silésie du maréchal Blucher +s'avance vers Paris par la vallée de la Marne.</p> + +<p>27 <i>février</i>.—-Combat de Meaux, gagné par le maréchal +duc de Raguse.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Combats de Bar et de la Ferté, perdus +par le maréchal Macdonald contre le prince de Schwartzenberg.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Bataille d'Orthez, perdue par le maréchal +Soult.</p> + +<p>28 <i>février</i>.—-Combat de Gué-à-Trème, gagné contre +le général Blucher par les maréchaux duc de Trévise et de +Raguse. Blucher est obligé de suspendre sa marche sur +Paris.</p> + +<p>1er <i>mars</i>.—-Combat de Lizy, gagné par les maréchaux +Mortier et Marmont. Blucher est obligé de battre en retraite.</p> + +<p>2 <i>mars</i>.—-Napoléon marche sur les derrières de l'armée +du général Blucher.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Combat de Bar-sur-Seine, perdu par le +maréchal Macdonald.</p> + +<p>3 <i>mars</i>.—-Combat de Neuilly-Saint-Front; le maréchal +Blucher, vaincu de nouveau, précipite sa retraite.</p> + +<p>4 <i>mars</i>.—-Combat de Saint-Parre, perdu par le maréchal +Macdonald.</p> + +<p>5 <i>mars</i>.—-Reprise de Reims sur les alliés par le général +Corbineau.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Secret qui appelle à l'armée six mille gardes +nationaux de l'Aisne, et trois mille de la Marne.</p> + +<p>6 et 7 <i>mars</i>.—-Bataille de Craone, gagnée par l'empereur +sur le maréchal Blucher.</p> + +<p>9 et 10 <i>mars</i>.—-Bataille de Laon livrée par Napoléon +avec trente mille hommes contre cent mille; elle est perdue +par lui.</p> + +<p>11 <i>mars</i>.—-Retraite de l'armée française sur Soissons.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Rupture des conférences tenues à Lusigny +pour traiter d'un armistice.</p> + +<p>12 <i>mars</i>.—-Combat de Reims; le général comte de +Saint-Priest, français qui servait dans les rangs ennemis +contre sa patrie, y est tué.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Occupation de Bordeaux par les Anglo-Espagnols.</p> + +<p>14 <i>mars</i>.—-Poursuite des alliés sur Béry-au-Bac.</p> + +<p>16 <i>mars</i>.—-Retraite du maréchal Soult sur Tarbes.</p> + +<p>17 <i>mars</i>.—-L'empereur part de Reims, et fait avancer +son armée sur l'Aube.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Retraite du maréchal Macdonald sur Provins.</p> + +<p>19 <i>mars</i>.—-Combat de Fère-Champenoise, gagné par +l'empereur.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Rupture du congrès de Châtillon.</p> + +<p>20 <i>mars</i>.—-Bataille d'Arcis-sur-Aube, gagnée par Napoléon.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Bataille de Limonest entre le maréchal +Augereau et le prince de Hesse-Hombourg; elle reste indécise.</p> + +<p>21 <i>mars</i>.—-Le maréchal Augereau évacue Lyon et se retire +sur l'Isère.</p> + +<p>23 <i>mars</i>.—-L'empereur, avec ses principales forces, +marche sur Saint-Dizier.</p> + +<p>25 <i>mars</i>.—-Double combat de Fère-Champenoise; les +maréchaux ducs de Trévise et de Raguse sont battus.</p> + +<p>26 <i>mars</i>.—-Combat de Saint-Dizier; le général Wintzingerode +est battu par Napoléon.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Combats de Sézanne et de Chailly, perdus +par les maréchaux Mortier et Marmont.</p> + +<p>28 <i>mars</i>.—-L'impératrice Marie-Louise et le roi de Rome, +suivis des ministres, etc., quittent Paris et se retirent à +Blois.</p> + +<p>29 <i>mars</i>.—-Passage de la Marne par les deux armées réunies +du maréchal Blucher et du prince de Schwartzenberg.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-L'empereur part de Troyes et court en +poste sur Paris.</p> + +<p>30 <i>mars</i>.—-Bataille de Paris, perdue par le duc de Raguse.</p> + +<p>31 <i>mars</i>.—-Capitulation signée par le duc de Raguse; +par ce seul fait il livre Paris et détruit le gouvernement impérial.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-L'empereur apprend à la Cour-de-France +la capitulation qui livrait sa capitale à l'ennemi.</p> + +<p>1er <i>avril</i>.—-Occupation de Paris par les alliés.</p> + +<p>3 <i>avril</i>.—-Le sénat décrète la déchéance de Napoléon Bonaparte.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-L'empereur fait à Fontainebleau une première +abdication en faveur de son fils sous la régence de l'impératrice +Marie-Louise.</p> + +<p>4 <i>avril</i>.—-Sénatus-consulte qui délie le peuple français de +son serment de fidélité envers Napoléon.</p> + +<p>7 <i>avril</i>.—-Ridicule constitution improvisée par le sénat.</p> + +<p>10 <i>avril</i>.—-Bataille de Toulouse entre le maréchal Soult +et lord Wellington; elle reste indécise.</p> + +<p>11 <i>avril</i>.—-Traité conclu à Paris entre les puissances alliées +et l'empereur Napoléon. Celui-ci obtient la souveraineté +de l'île d'Elbe et deux millions de revenus payables par la +France.</p> + +<p>19 <i>avril</i>.—-Entrevue de l'impératrice Marie-Louise et de +l'empereur d'Autriche, son père, au château du Petit-Trianon, +à Versailles.</p> + +<p>20 <i>avril</i>.—-Napoléon part de Fontainebleau pour se rendre +à l'île d'Elbe.</p> + +<p>23 <i>avril</i>.—-Il arrive à Beaune.</p> + +<p>24 <i>avril</i>.—-Il rencontre près de Valence le maréchal Augereau; +celui-ci insulte grossièrement son ancien bienfaiteur.</p> + +<p>25 <i>avril</i>.—-Napoléon arrive à Orange.</p> + +<p>26 <i>avril</i>.—-Il couche près de Luc dans la campagne de sa +soeur Pauline Borghèse.</p> + +<p>27 <i>avril</i>.—-Il arrive à Fréjus.</p> + +<p>28 <i>avril</i>.—-Il s'embarque sur la frégate anglaise +l'<i>Indomptée</i>.</p> + +<p>3 <i>mai</i>.—-Napoléon débarque à Porto-Ferrajo, prend possession +de l'île d'Elbe, dernier débris de sa vaste domination.</p> + +<h4>1815.</h4> + +<p>26 <i>février</i>.—-Napoléon donne à sa garde l'ordre de se tenir +prête à quitter l'île d'Elbe. À huit heures du soir il s'embarque +lui-même sur le brick l'<i>Inconstant</i>, et s'écrie: <i>le sort +en est jeté</i>! L'ordre est donné de voguer vers la France.</p> + +<p>27 <i>février</i>.—-Napoléon communique à sa garde le secret +de l'expédition: <i>grenadiers</i>, leur dit-il, <i>nous allons en +France, nous allons à Paris</i>.</p> + +<p>1er <i>mars</i>.—-Napoléon et sa petite troupe débarquent au +golfe Juan à cinq heures du soir. C'est de là qu'il adresse +à l'armée et au peuple français ces deux fameuses adresses +qui firent voler le drapeau tricolore de clochers en clochers +jusqu'à Notre-Dame; Napoléon y prenait le titre d'empereur, +qui lui avait été conservé par le traité de Paris.</p> + +<p>3 <i>mars</i>.—-L'empereur couche au village de Cerenon, après +avoir traversé sans obstacle Cannes et Grasse. Il avait fait, +ainsi que sa garde, vingt lieues dans cette première journée.</p> + +<p>3 <i>mars</i>.—-Il arrive à Barème.</p> + +<p>4 <i>mars</i>.—-À Digne.</p> + +<p>5 <i>mars</i>.—-À Gap. Le général Cambronne, commandant +l'avant-garde, s'empare de la forteresse de Sisteron.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-La nouvelle du débarquement de Napoléon, +transmise par le télégraphe, arrive à Paris et répand +la terreur et l'effroi.</p> + +<p>6 <i>mars</i>.—-L'empereur couche à Gap.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Ordonnance du roi, qui met à prix la tête +de Napoléon, et ordonne à tout Français de lui courir sus. +Autre ordonnance qui convoque extraordinairement la Chambre +des pairs et celle des députés.—-Monsieur, comte d'Artois +et le duc d'Orléans partent pour Lyon.</p> + +<p>8 <i>mars</i>.—-Napoléon est reçu dans la ville de Grenoble. +Un détachement de soldats, qui gardait les approches de +cette ville, avait refusé de laisser passer son avant-garde; +Napoléon marche droit au détachement, suivi de sa garde, +arme baissée: <i>Eh! quoi mes amis</i>, leur dit-il, <i>vous ne me +reconnaissez pas. Je suis votre empereur; s'il est parmi vous +un soldat qui veuille tuer son général, son empereur, il le +peut; me voilà</i> (en effaçant sa poitrine).</p> + +<p>9 <i>mars</i>.—-Napoléon couche à Bourgoin.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Ordonnance du roi qui remet en activité +tous les militaires en semestre, etc.</p> + +<p>10 <i>mars</i>.—-L'empereur est reçu à Lyon comme il l'avait +été à Grenoble.</p> + +<p>11 et 12 <i>mars</i>.—-Napoléon séjourne à Lyon, et y rend +plusieurs décrets par lesquels il dissolvait les chambres du +roi et sa maison militaire, ordonnait aux émigrés rentrés +à la suite du roi, de sortir de France dans un délai donné, +abolissait la noblesse et les titres féodaux, convoquait les +collèges électoraux en assemblée extraordinaire du Champ-de-Mai, +etc., etc.</p> + +<p>13 <i>mars</i>.—-Napoléon couche à Mâcon.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Le prince de la Moscowa, maréchal Ney, +prend le parti de l'empereur à Lons-le-Saulnier.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Déclaration des souverains alliés sur le retour +de Napoléon en France.</p> + +<p>14 <i>mars</i>.—-Napoléon couche à Châlons.</p> + +<p>15 <i>mars</i>.—-À Autun.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Le roi et toute la famille royale prêtent +serment de fidélité à la Charte au milieu des deux chambres +convoquées extraordinairement.</p> + +<p>16 <i>mars</i>.—-L'empereur couche à Avalon.</p> + +<p>17 <i>mars</i>.—-Il arrive à Auxerre.</p> + +<p>19 <i>mars</i>.—-Il quitte Auxerre pour se rendre a Fontainebleau.</p> + +<p><i>Même jour</i>,—-Le roi et toute la famille royale quittent +Paris au milieu de la nuit.</p> + +<p>20 <i>mars</i>.—-L'empereur arrive le matin à Fontainebleau; +le soir, à neuf heures, il fait son entrée dans la capitale.</p> + +<p>21 <i>mars</i>.—-Napoléon passe en revue les troupes présentes +à Paris, et dans la harangue qu'il prononce dans cette circonstance, +il s'attache à flatter également le peuple et le soldat.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Il nomme les différens ministres.</p> + +<p>21 <i>mars</i>.—-L'empereur reçoit les diverses autorités: par +l'effet de cette versatilité de l'esprit, qui ne justifie que trop +le mépris de Napoléon pour les hommes, la plupart de ceux +qui l'avant-veille avaient encore juré de rester fidèles au roi, +venaient féliciter l'empereur sur son heureux retour.</p> + +<p>24 <i>mars</i>.—-Décret qui supprime la censure, les censeurs +et la direction de la librairie.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Arrivée à Paris de Joseph Bonaparte, frère +de l'empereur.</p> + +<p>25 <i>mars</i>.—-Traité de Vienne, par lequel les puissances alliées +s'engagent à ne point déposer les armes tant que Napoléon +serait sur le trône de France.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Décret de Napoléon, qui ordonne aux ministres +et officiers civils et militaires de la maison du roi et de +celles des princes, ainsi qu'aux chefs des Chouans, des Vendéens +et des volontaires royaux, de s'éloigner à trente lieues +de Paris.</p> + +<p>26 <i>mars</i>.—-Grande réception aux Tuileries. L'empereur +prononce un discours où l'on remarque ce passage. <i>Tout a la +nation, et tout pour la France; voilà ma devise</i>.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Déclaration du conseil-d'état, tendant à +prouver la nullité de l'abdication de Fontainebleau.</p> + +<p>27 <i>mars</i>.—-Grande revue aux Tuileries. L'empereur annonce +lui-même aux troupes que le roi et toute la famille +royale ont quitté le territoire français.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Adresse des ministres à l'empereur.</p> + +<p>29 <i>mars</i>.—-Déclaration du conseil d'état en réponse à +celle des puissances alliées du 13.</p> + +<p>30 <i>mars</i>,—-Circulaire du ministre des relations extérieures, +Caulaincourt, duc de Vicence, aux ambassadeurs, +ministres, et autres agens de France à l'extérieur.</p> + +<p>31 <i>mars</i>.—-Joachim Murat, roi de Naples, se déclare +pour son beau-frère Napoléon, et appelle les Italiens à l'indépendance.</p> + +<p>1er <i>avril</i>.—-Décrets qui annulent les ordonnances du roi, +relatives aux théâtres, au Conservatoire, à l'Hôtel des Invalides, +etc.</p> + +<p>2 <i>avril</i>.—-Décret portant abolition de la traite des Nègres, +—-Napoléon reçoit l'Institut aux Tuileries.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-La duchesse d'Angoulême est contrainte de +quitter Bordeaux.</p> + +<p>3 <i>avril</i>.—-Le général Clausel prend possession de Bordeaux +au nom de l'empereur, et fait arborer la cocarde tricolore +dans cette ville.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Lettre de l'empereur aux divers souverains +d'Europe.</p> + +<p>4 <i>avril</i>.—-Lettre du ministre de la police générale à tous +les préfets de l'Empire.</p> + +<p>7 <i>avril</i>.—-Décret impérial concernant la garde nationale,—-Autre, sur une nouvelle organisation de la police générale.</p> + +<p>8 <i>avril</i>.—-Convention signée au Pont St.-Esprit, entre le +duc d'Angoulême et le général Grouchy. Le prince consent +à être conduit à Cette, pour s'y embarquer.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Décret impérial relatif à la famille des +Bourbons.</p> + +<p>10 <i>avril</i>.—-Décret impérial qui élève à la dignité de maréchal +d'empire les généraux Grouchy, Bertrand, Drouot, +d'Erlon, Belliard et Gérard.</p> + +<p>11 <i>avril</i>.—-Décret qui ordonne que tout fonctionnaire +civil et militaire renouvellera le serment de fidélité à l'empereur.</p> + +<p>15 <i>avril</i>.—-Rapport du ministre des relations extérieures +à l'empereur sur les dispositions hostiles des puissances, sur +la rupture des communications entre elles et l'empire français.</p> + +<p>16 <i>avril</i>.—-Autre rapport du ministre de la police générale +à l'empereur, sur la situation intérieure de la France, et +circulaire du même aux préfets.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Décret portant que l'assemblée du Champ-de-Mai, +convoquée pour le 26 du mois suivant, sera composée +des membres de tous tes collèges électoraux des départemens +et d'arrondissemens de l'empire, et des députations +nommées par tous les corps d'armée de terre et de mer. +Autre décret pour l'organisation d'un ou plusieurs corps +francs par département.—-Autre, qui augmente de douze +membres la classe des beaux-arts (4° de l'Institut.)</p> + +<p>22 <i>avril</i>.—-Promulgation de l'acte additionnel aux constitutions +de l'empire.</p> + +<p>30 <i>avril</i>.—-Décret sur le renouvellement des autorités +municipales.</p> + +<p>6 <i>mai</i>,—-Lettre du ministre de la guerre aux préfets.</p> + +<p>7 <i>mai</i>.—-Nouveau rapport du ministre de la policé générale +sur la situation de l'empire.</p> + +<p>9 <i>mai</i>.—-Décret de Napoléon sur le rapport ci-dessus.</p> + +<p>10 <i>mai</i>.—-Arrivée a Paris du prince Lucien Bonaparte, +frère de l'empereur.</p> + +<p>24 <i>mai</i>.—-Présentation des confédérés de Paris à l'empereur.</p> + +<p>28 <i>mai</i>.—-Pacte fédératif des Parisiens.</p> + +<p>1er <i>juin</i>.—-Solennité du Champ-de-Mai au Champ-de-Mars. +L'empereur y fait un discours et distribue les aigles +impériales à l'armée et à la garde nationale. D'après le recensement +des votes émis a Paris et dans les départemens, l'acte +additionnel du 22 avril est proclamé <i>constitution de l'état</i>.</p> + +<p>3 <i>juin</i>.—-Ouverture des deux chambres (des pairs et des +représentans). M. Lanjuinais est nommé par l'empereur président +de la chambre des représentans.</p> + +<p>4 <i>juin</i>.—-Grandes fêtes et réjouissances publiques à Paris +pour célébrer l'acceptation de l'acte additionnel aux constitutions +de l'empire.</p> + +<p>5 <i>juin</i>.—-Le président de la chambre des pairs, Cambacérès, +donne communication à la chambre des représentans +du décret de l'empereur contenant la nomination des pairs de +France.</p> + +<p>7 <i>juin</i>.—-Ouverture solennelle de la session législative +par l'empereur.</p> + +<p>10 <i>juin</i>.—-Déclaration par laquelle la Suisse annonce qu'elle +accède au système de confédération des puissances contre Napoléon.</p> + +<p>11 <i>juin</i>.—-L'empereur reçoit les adresses des deux chambres +des pairs et des représentans. Dans sa réponse, il annonce +son départ pour l'armée dans la nuit suivante.</p> + +<p>12 <i>juin</i>.—-Napoléon quitte Paris à trois heures du matin.</p> + +<p>13 <i>juin</i>.—-Il arrive à Avesnes.</p> + +<p>14 <i>juin</i>.—-Proclamation de l'empereur à l'armée.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Rapport des deux chambres sur la situation +de l'empire, présenté par le ministre de l'intérieur Carnot.</p> + +<p>15 <i>juin</i>.—-Combat de Fleurus, gagné par l'armée française.</p> + +<p>16 <i>juin</i>.—-Bataille de Ligny ou des Quatre-Bras, gagnée +par l'armée française. Les Prussiens perdent 20,000 hommes.</p> + +<p>17 <i>juin</i>.—-Quartier-général de l'empereur à la ferme du +Caillou, près Planchenois.</p> + +<p>18 <i>juin</i>.—-Bataille de Mont-Saint-Jean ou de Waterloo, +perdue par l'armée française.</p> + +<p>21 <i>juin</i>.—-Retour de l'empereur à Paris. La chambre des +représentans se déclare en permanence, et exprime des sentimens +hostiles contre l'empereur.</p> + +<p>22 <i>juin</i>.—-Seconde abdication de l'empereur en faveur de +son fils, Napoléon II.</p> + +<p>23 <i>juin</i>.—-Les deux chambres nomment une commission +de gouvernement, composée de Fouché, duc d'Otrante, président; +Carnot, Caulaincourt, Quinette et le général Grenier.</p> + +<p>25 <i>juin</i>.—-Napoléon se retire a la Malmaison, ancienne +résidence de sa première épouse, Joséphine. Il adresse de là +une proclamation à l'armée devant Paris.</p> + +<p>26 <i>juin</i>.—-Fouché, président de la commission de gouvernement, +sous prétexte de protéger la sûreté de Napoléon, +mais réellement pour rester maître de sa personne, envoie à +la Malmaison une garde commandée par le général Becker.</p> + +<p>27 <i>juin</i>.—-Napoléon, apprenant l'approche des armées +prussienne et anglaise, écrit à la commission de gouvernement, +et demande à servir en sa qualité de général contre les +ennemis de la patrie.</p> + +<p>29 <i>juin</i>.—-Napoléon quitte la Malmaison pour se rendre +à Rochefort.</p> + +<p>3 <i>juillet</i>.—-Capitulation de Paris.</p> + +<p>8 <i>juillet</i>.—-Arrivée de Napoléon à Rochefort.</p> + +<p><i>Même jour</i>.—-Rentrée de S. M, Louis XVIII à Paris.</p> + +<p>13 <i>juillet</i>.—-Napoléon écrit de Rochefort au prince-régent +d'Angleterre, pour le prévenir que: «<i>comme Thémistocle, +il vient s'asseoir aux foyers du peuple britannique</i>.»</p> + +<p>15 <i>juillet</i>.—-Napoléon s'embarque sur le brick l'<i>Épervier</i>, +dans le dessein de se rendre sur le vaisseau anglais le <i>Bellerophon</i>. +Au moment d'aborder, il s'aperçoit que le général +Becker le suivait: «<i>Retirez-vous, général</i>, lui dit-il, <i>je +ne veux pas qu'on puisse croire qu'un Français est venu +me livrer à mes ennemis</i>.»</p> + +<p><i>16 juillet</i>.—Il fait voile vers l'Angleterre.</p> + +<p><i>4 août</i>.—Protestation de Napoléon contre la conduite de +l'Angleterre à son égard.</p> + +<p><i>8 août</i>.—Lord Keith apporte à Napoléon l'ordre du gouvernement +anglais de le transférer à Sainte-Hélène.</p> + +<p><i>10 août</i>. Napoléon est embarqué sur <i>le Northumberland</i>.</p> + +<p><i>11 août</i>.—Il quitte le canal de la Manche. En passant à +la hauteur du cap de la Hogue, Napoléon reconnut les côtes +de France; il les salua aussitôt, et étendant ses mains vers le +rivage, il s'écria d'une voix profondément émue: <i>Adieu, +terre des braves! Adieu, chère France! Quelques traîtres de +moins, et tu serais encore la grande nation et la maîtresse +du monde!</i> Ces adieux de Napoléon à la terre qu'il avait illustrée +devaient être les derniers.</p> + +<p><i>18 octobre</i>.—Napoléon débarque à l'île Sainte-Hélène<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Footnote 7:</b><a href="#footnotetag7"> (return) </a> Avec le comte Bertrand, le général Gourgaud, les comtes Montholon et +Las-Cases, la comtesse Montholon, la comtesse Bertrand et les enfans de ces +deux dernières.</blockquote> + +<h4>1816.</h4> + +<p><i>11 décembre</i>.—Lettre de Napoléon au comte de Las-Cases, +au moment où celui-ci était forcé de quitter l'île Sainte-Hélène.</p> + + +<h4>1818.</h4> + +<p><i>25 juillet</i>.—On le prive de M. Barry E. O'Méara, médecin +anglais qui avait mérité son affection.</p> + + +<h4>1821.</h4> + +<p><i>15 mars</i>.—Napoléon tombe dangereusement malade.</p> + +<p><i>31 mars</i>.—Il est obligé, par sa maladie, de rester au lit.</p> + + + +<p>15 <i>avril</i>.—-Il fait mettre au pied de son lit le buste de +son fils.</p> + +<p>5 <i>mai</i>.—-À sept heures du matin l'homme du siècle +expire....... Ses derniers mots furent: «<i>Mon fils! Dieu +protège la France!</i>»</p> + +<p>6 <i>mai</i>.—-Les médecins anglais font l'ouverture du corps +de Napoléon, et déclarent que Napoléon est mort d'un cancer +à l'estomac. On remarque que le procès-verbal d'ouverture +n'est pas signé du docteur Antommarchi, médecin particulier +de Napoléon.</p> + +<p>8 <i>mai</i>.—-Funérailles de Napoléon. Ses restes sont déposés +dans une petite vallée de Sainte-Hélène, au pied d'un saule +et auprès d'une source où cet illustre proscrit venait souvent +se désaltérer, et sans doute méditer sur ses grandes destinées.</p> + +<p>26 <i>juillet</i>.—-Les habitans du village de Kostheim, à une +demi-lieue de Mayence, que Napoléon avait exemptés d'impositions +pendant quinze ans, dans le temps de ses prospérités, +font célébrer par leur curé un service funèbre en l'honneur +de leur bienfaiteur.</p> +<br><br><br> +<h4>OEUVRES</h4> + +<h3>DE NAPOLÉON</h3> + +<h4>BONAPARTE.</h4> +<hr> + + + +<br><br> + +<h4>PREMIÈRE CAMPAGNE D'ITALIE.</h4> + + +<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 8 germinal an 4 (28 mars 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je suis, depuis plusieurs jours, dans l'enceinte de l'armée +dont j'ai pris depuis hier le commandement.</p> + +<p>Je dois vous rendre compte de trois choses essentielles: +1°. des départemens de Vaucluse, des Bouches du-Rhône, +du Var et des Basses-Alpes; 2°. de la situation de l'armée, +de ce que j'ai fait et de ce que j'espère; 3°. de notre position +politique avec Gênes.</p> + +<p>Les quatre départemens de l'arrondissement de l'armée +n'ont payé ni emprunt forcé, ni contributions en grains, ni +effectué le versement des fourrages exigé par la loi du 7 vendémiaire, +ni commencé à fournir le troisième cheval. Il y a +beaucoup de lenteur dans la marche de ces administrations; +je leur ai écrit, je les ai vues, et l'on m'a fait espérer quelque +activité sur des objets aussi essentiels à l'armée.</p> + +<p>La situation administrative de l'armée est fâcheuse, mais +elle n'est pas désespérante. L'année mangera dorénavant du +bon pain et aura de la viande, et déjà elle a touché quelques +avances sur son prêt arriéré.</p> + +<p>Les étapes pour la route du Rhône et du Var sont approvisionnées, +et, depuis cinq jours, ma cavalerie, mes charrois +et mon artillerie sont en mouvement. Je marcherai sous peu +de temps. Un bataillon s'est mutiné; il n'a pas voulu partir +de Nice, sous prétexte qu'il n'avait ni souliers, ni argent; +j'ai fait arrêter tous les grenadiers, j'ai fait partir le bataillon, +et, quand il a été au milieu de Nice, je lui ai envoyé +contre-ordre et je l'ai fait passer sur les derrières. Mon intention est +de congédier ce corps, et d'incorporer les soldats dans les +autres bataillons, les officiers n'ayant pas montré assez de +zèle. Ce bataillon n'est que de deux cents hommes; il est +connu par son esprit de mutinerie.</p> + +<p>J'ai été reçu à cette armée avec confiance; j'ai particulièrement +été satisfait de l'accueil du général Schérer; il a +acquis, par sa conduite loyale et son empressement à me +donner tous les renseignemens qui peuvent m'être utiles, des +droits à ma reconnaissance. Sa santé paraît effectivement un +peu délabrée. Il joint à une grande facilité de parler des +connaissances morales et militaires, qui peut-être le rendront +utile dans quelque emploi essentiel.</p> + +<p>Notre position avec Gênes est très-critique; on se conduit +très-mal, on a trop fait ou pas assez, mais heureusement cela +n'aura pas d'autre suite.</p> + +<p>Le gouvernement de Gênes a plus de génie et plus de force +que l'on ne croit; il n'y a que deux partis avec lui: prendre +Gênes par un coup de main prompt, mais cela est contraire +à vos intentions et au droit des gens; ou bien vivre en bonne +amitié, et ne pas chercher à leur tirer leur argent, qui est la +seule chose qu'ils estiment.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Nice; le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Le troisième bataillon de la vingt-neuvième demi-brigade +s'est rendu coupable de désobéissance; il s'est déshonoré par +son esprit de mutinerie en refusant de marcher aux divisions +actives; les officiers se sont mal conduits; le commandant, +capitaine Duverney, a montré de mauvaises intentions. Vous +voudrez bien faire arrêter le citoyen Duverney, et le faire +traduire devant un conseil militaire à Toulon, où vous adresserez +la plainte qui sera portée par le commandant de la +place.</p> + +<p>Vous ferez traduire devant un conseil militaire, à Nice, +les grenadiers accusés d'être les auteurs de la mutinerie. Vous +ferez sortir les autres grenadiers, que vous distribuerez, cinq +hommes par cinq hommes, dans les bataillons de l'armée.</p> + +<p>Les officiers et sous-officiers n'ayant pas donné l'exemple +de partir, et étant restés dans les rangs sans parler, sont tous +coupables; ils seront sur-le-champ licenciés et renvoyés chez +eux.</p> + +<p>Les soldats du bataillon seront incorporés à Marseille, +avec la quatre-vingt-troisième demi-brigade. La présente +lettre sera mise à l'ordre de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Je vous ai écrit ce matin relativement aux officiers du troisième +bataillon de la vingt-neuvième demi-brigade. Les officiers +des grenadiers de ce corps se sont bien conduits; je vous +prie d'en faire mention à l'ordre, de prendre, de votre côté, +des renseignemens sur la conduite générale de tous les officiers +et sous-officiers de ce corps, de vouloir me faire part +du résultat de vos recherches, et de me proposer un mode +pour pouvoir placer ceux qui n'ont pris aucune part à la +mutinerie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Le général Mouret commandera depuis la rivière d'Argent +à Bandole, ensuite les limites des départemens des Basses-Alpes +et du Var. Les cantons de Colmar et d'Entrevaux, +seuls, ne seront pas de sa division. Le général Barbantane +commandera depuis Bandole jusqu'au Rhône; son commandement +s'étendra dans les départemens des Bouches-du-Rhône +et de Vaucluse.</p> + +<p>Le général Mouret aura sous ses ordres le général de brigade Gardanne.</p> + +<p>Le général Barbantane aura sous ses ordres les généraux +Serviez et Verne.</p> + +<p>Le général Despinois se rendra au quartier-général.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>La cavalerie sera partagée en deux divisions.</p> + +<p>La première sera composée du premier régiment d'hussards, +du dixième de chasseurs, du vingt-deuxième de chasseurs, +du vingt-cinquième de chasseurs, du cinquième de +dragons, du vingtième de dragons.</p> + +<p>Le premier régiment d'hussards ira par Menton, Saint-Remo, +Oneille, Albenga, et se rendra à Toirano. Le dixième +de chasseurs ira à Allenga; le vingt-deuxième de chasseurs +suivra les mêmes étapes; deux escadrons se rendront à la +Pietra et les deux autres iront à Loano.</p> + +<p>Le vingt-cinquième de chasseurs prendra aussi la même +route; deux escadrons iront à Borghe et deux autres à Cariale; +le cinquième de dragons restera à Albenga; le vingtième +de dragons ira à Alesio. La seconde division sera composée +du septième régiment d'hussards, qui se rendra à la +Pietra; il partira de Nice le 10 germinal; du treizième de +hussards, qui se rendra à Loano; du vingt-quatrième de +chasseurs, qui ira à Oneille; du huitième de dragons, qui +ira au port Maurice; du quinzième de dragons, qui se rendra +à Ormea.</p> + +<p>Vous ordonnerez au général de brigade Saint-Hilaire de +parcourir les villes destinées à la première division de la cavalerie, +et de vous rendre compte s'il y a des écuries en assez +grand nombre pour loger les chevaux.</p> + +<p>Vous ordonnerez au général Serrurier d'envoyer un général +de brigade faire la visite des villages où doit loger la +seconde division. Vous recommanderez à ces généraux de +mettre de la discrétion dans cette visite, et de ne rien faire +qui puisse déclarer notre projet.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 10 germinal an 4 (30 mars 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>On donnera de la viande fraîche cinq fois par décade; les +bataillons qui ont pris aujourd'hui de la viande salée auront +demain de la viande fraîche, et ceux qui ont eu de la viande +fraîche auront du salé.</p> + +<p>Les administrations de l'armée et les ateliers d'ouvriers +prendront la viande tous ensemble.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 21 germinal an 4 (31 mars 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major</i></p> + +<p>Le général en chef est instruit que plusieurs commissaires +des guerres et officiers ont, dans des caisses, des sommes +provenant de différentes ventes, des contributions et des +revenus des pays conquis. Cela étant contraire au bien du service, +à l'ordre et à la constitution, il ordonne que ces différentes +sommes soient remises, sans délai, dans la caisse du +payeur de l'armée ou de ses préposés, afin qu'il en soit disposé, +sur des ordonnances de l'ordonnateur en chef, pour le +bien du service et pour procurer au soldat ce qui lui est dû.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Nice, le 12 germinal an 4 (1er avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Il y aura trois divisions de la côte: la première division, +comprendra depuis le Rhône à Bandole, et les départemens +de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône; elle sera commandée +par le général Barbantane.</p> + +<p>La deuxième division sera commandée par le général +Mouret, et comprendra depuis Bandole à la rivière d'Argent.</p> + +<p>La troisième division comprendra depuis la rivière d'Argent +jusqu'à Vintimiglia, et sera commandée par le général +Casabianca.</p> + +<p>Le général Stengel commandera la cavalerie de l'armée.</p> + +<p>Le général Kilmaine commandera une des divisions de +l'armée.</p> + +<p>Le général Dujar commandera l'artillerie.</p> + +<p>Le citoyen Sugny, chef de brigade d'artillerie, sera chef +de l'état-major de cette arme.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Albenga, le 16 germinal an 4 (5 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien faire réunir une commission militaire +pour y juger l'émigré Moulin, pris à Ormea, et transféré à +Nice par ordre du général Serrurier.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Albenga, le 17 germinal an 4 (6 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai transporté le quartier-général à Albenga. Le mouvement +que j'ai trouvé commencé contre Gênes a tiré l'ennemi +de ses quartiers d'hiver; il a passé le Pô, et a avancé des +avant-postes à Dey, en suivant la Bormida et la Bocchetta, +laissant Gavi derrière lui. Beaulieu a publié un manifeste, +que je vous envoie, et auquel je répondrai le lendemain de +la bataille. J'ai été très-fâché et extrêmement mécontent de +ce mouvement sur Gênes, d'autant plus déplacé, qu'il a +obligé cette république à prendre une attitude hostile, et a +réveillé l'ennemi que j'aurais pris tranquille: ce sont des +hommes de plus qu'il nous en coûtera.</p> + +<p>Le roi de Sardaigne se donne de son côté le plus grand +mouvement; il a fait une réquisition de jeunes gens depuis +quinze ans.</p> + +<p>J'ai trouvé à Oneille des marbres, qui sont évalués quelque +argent; j'ai ordonné qu'on en fit l'estimation, et qu'on les +mît à l'enchère dans la rivière de Gênes: cela pourra nous +donner une somme de trente à quarante mille livres.</p> + +<p>La maison Flachat qui a l'entreprise des grains, et la +maison Collot, qui a la viande, se conduisent bien: ils nous +donnent de très-bons grains, et le soldat commence à avoir +de la viande fraîche.</p> + +<p>L'armée est dans un dénuement à faire peur; j'ai encore +de grands obstacles à surmonter, mais ils sont surmontables: +la misère y a autorisé l'indiscipline, et sans discipline point +de victoire. J'espère que cela s'arrangera promptement, déjà +tout change de face; sous peu de jours nous en serons aux +mains.</p> + +<p>J'ai fait faire avant-hier une reconnaissance vers Cairo; +les avant-postes des ennemis ont été culbutés, nous avons +fait quelques prisonniers.</p> + +<p>L'armée piémontaise est forte de cinquante mille hommes +d'infanterie et de cinq mille de cavalerie; je n'ai de disponible +que quarante-cinq mille hommes, tout compris. On m'a retenu +beaucoup de troupes sur les derrières, et au-delà du +Rhône.</p> + +<p>Chauvet, ordonnateur en chef, est mort à Gênes: c'est +une perte réelle pour l'armée; il était actif, entreprenant. +L'armée a donné une larme à sa mémoire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Albenga, le 19 germinal an 4 (8 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai reçu une lettre que m'a écrite le général Colli, qui +commande l'armée du roi de Sardaigne, j'espère que la réponse +que je lui ai faite (<i>Voy</i>. pag. 13) sera conforme à vos +intentions. La trésorerie nous envoie souvent des lettres de +change, qui sont protestées: une de 162,800 liv., qui était +sur Cadix, vient de l'être; ce qui augmente nos embarras.</p> + +<p>J'ai trouvé cette armée, non-seulement dénuée de tout, +mais sans discipline, dans une insubordination perpétuelle. +Le mécontentement était tel, que les malveillans s'en étaient +emparés: l'on avait formé une compagnie du <i>Dauphin</i>, et +l'on chantait des chansons contre-révolutionnaires. J'ai fait +traduire à un conseil militaire deux officiers prévenus d'avoir +crié <i>Vive le roi</i>. Je suppose que la mission du citoyen Moulin, +comme parlementaire, était relative à des trames de cette +nature, dont je cherche le fil avec opiniâtreté. Soyez sûr que +la paix et l'ordre s'y rétabliront; tout se prépare ici. Je viens +de faire occuper la position importante de....</p> + +<p>Lorsque vous lirez cette lettre, nous nous serons déjà battus. +La trésorerie n'a pas tenu parole: au lieu de 500,000 liv., +elle n'en a envoyé que 300,000, et nous n'avons pas entendu +parler d'une somme de 600,000, qui nous était annoncée; +mais, malgré tout cela, nous irons.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Lascar, le 26 germinal an 4 (15 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>Je vous ai rendu compte que la campagne avait été ouverte +le 20 mars, et de la victoire signalée que l'armée d'Italie a +remportée aux champs de Montenotte:<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a> j'ai aujourd'hui à +vous rendre compte de la bataille de Millesime.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Footnote 8:</b><a href="#footnotetag8"> (return) </a> Cette lettre, où Bonaparte rendait compte de la +bataille de Montennote, ne s'est pas retrouvée.</blockquote> + +<p>Après la bataille de Montenotte, je transportai mon +quartier-général à Lascar; j'ordonnai au général divisionnaire de +se porter sur Santa-Zello, pour menacer d'enlever les huit +bataillons que l'ennemi avait dans cette ville, et de se porter +le lendemain, par une marche cachée et rapide, dans la ville +de Cairo. Le général Masséna se porta, avec sa division, sur +les hauteurs de Dego; le général divisionnaire Augereau, +qui était en marche depuis deux jours, attaqua, avec les +soixante-neuvième et trente-neuvième demi-brigades, dans +la plaine de Lascar; le général de brigade Ménard occupa +les hauteurs de Biestros; le général de brigade Joubert, avec +la première brigade d'infanterie légère, occupa la position +intéressante de Sainte-Marguerite.</p> + +<p>Le 21, à la pointe du jour, le général Augereau, avec sa +division, force les gorges de Millésimo, tandis que les généraux +Ménard et Joubert chassent l'ennemi de toutes les positions +environnantes, enveloppent, par une manoeuvre +prompte et hardie, un corps de quinze cents grenadiers autrichiens, +à la tête desquels se trouvait le général Provera, +chevalier de l'ordre de Marie-Thérèse, qui, loin de poser +les armes et de se rendre prisonnier de guerre, se retira sur le +sommet de la montagne de Cossaria, et se retrancha dans les +ruines d'un vieux château, extrêmement fort par sa position.</p> + +<p>Le général Augereau fit avancer son artillerie, on, se canonna +pendant plusieurs heures, A onze heures du matin, +ennuyé de voir ma marche arrêtée par une poignée d'hommes, +je fis sommer le général Provera de se rendre: le général +Provera demanda à me parler; mais une canonnade vive +qui s'engageait vers ma droite m'engagea à m'y transporter, +Il parlementa avec le général Augereau pendant plusieurs +heures; mais les conditions qu'il voulait n'étant pas raisonnables, +le général Augereau fit former quatre colonnes, et +marcha sur le château de Cossaria, Déjà l'intrépide général +Joubert, grenadier pour le courage, et bon général par ses +connaissances et ses talens militaires, avait passé avec sept +hommes dans les retranchemens ennemis; mais, blessé à la +tête, il fut renversé par terre; ses soldats le crurent mort, +et le mouvement de sa colonne se ralentit. Sa blessure n'est +pas dangereuse.</p> + +<p>La seconde colonne, commandée par le général Bonel, +marchait avec un silence morne et l'arme au bras, lorsque ce +brave général fut tué au pied des retranchemens ennemis.</p> + +<p>La troisième colonne, commandée par l'adjudant-général +Guérin, fut également déconcertée dans sa marche, une balle +ayant tué cet officier général. Toute l'armée a vivement regretté +la perte de ces deux braves officiers.</p> + +<p>La nuit, qui arriva sur ces entrefaites, me fit craindre que +l'ennemi ne cherchât à se faire jour l'épée à la main. Je fis +réunir tous les bataillons, et je fis faire des épaulemens en +tonneaux, et des barrures d'obusiers, à demi-portée de fusil.</p> + +<p>Le 25, à la pointe du jour, l'armée sarde et autrichienne +et l'armée française se trouvèrent en présence; ma gauche, +commandée par le général Augereau, tenait bloqué le général +Provera. Plusieurs régimens ennemis, où se trouvait entre +autres le régiment Beljioso, essayèrent de percer mon +centre. Le général de brigade Ménard les repoussa vivement, +je lui ordonnai aussitôt de se replier sur ma droite; +et, avant une heure après midi, le général Masséna déborda +la gauche de l'ennemi, qui occupait, avec de forts retranchemens +et de vigoureuses batteries, le village de Dego. Nous +poussâmes nos troupes légères jusqu'au chemin de Dego a +Spino. Le général Laharpe marcha avec sa division sur trois +colonnes serrées en masse; celle de gauche, commandée par +le général Causse, passa la Bormida sous le feu de l'ennemi, +ayant de l'eau jusqu'au milieu du corps, et attaqua l'aile +gauche de l'ennemi, par la droite. Le général Servoni, à la +tête de la deuxième colonne, traversa aussi la Bormida sous +la protection d'une de nos batteries, et marcha droit à l'ennemi. +La troisième colonne, commandée par l'adjudant-général +Boyer, tourna un ravin, et coupa la retraite à l'ennemi.</p> + +<p>Tous ces travaux, secondés par l'intrépidité des troupes +et les talens des différens généraux, remplirent le but qu'on +en attendait. Le sang-froid est le résultat du courage, et le +courage est l'apanage des Français.</p> + +<p>L'ennemi, enveloppé de tous les côtés, n'eut pas le temps +de capituler; nos colonnes y semèrent la mort, l'épouvante +et la fuite.</p> + +<p>Pendant que, sur notre droite, nous faisions les dispositions +pour l'attaque de la gauche de l'ennemi, le général +Provera, avec le corps de troupes qu'il commandait à Cossaria, +se rendit prisonnier de guerre.</p> + +<p>Nos troupes s'acharnèrent de tous les côtés a la poursuite +de l'ennemi. Le général Laharpe se mit à la tète de quatre +escadrons de cavalerie, et le poursuivit vivement.</p> + +<p>Nous avons, dans cette journée, fait de sept à neuf mille +prisonniers, parmi lesquels un lieutenant-général, vingt ou +trente colonels ou lieutenans-colonels, et, presque entiers, +les régimens suivans:</p> + +<p>Corps francs: trois compagnies de Croates; les bataillons +de Peregrine, Stein, Vilhelm, Schroeder, Teutesch;</p> + +<p>Quatre compagnies d'artillerie; plusieurs officiers supérieurs +du génie, au service de l'empereur; les régimens de +Montferrat, de la Marine, de Suze, et quatre compagnies de +grenadiers au service du roi de Sardaigne;</p> + +<p>Vingt-deux pièces de canon, avec les caissons et tous les +attelages, et quinze drapeaux.</p> + +<p>L'ennemi a eu de deux mille à deux mille cinq cents hommes +tués, parmi lesquels un colonel, aide-de-camp du roi de +Sardaigne.</p> + +<p>Le citoyen Riez, aide-de-camp du général Masséna, a eu +son cheval tué sous lui, et le fils du général Laharpe a eu +son cheval blessé.</p> + +<p>Je vous ferai part, le plus tôt qu'il me sera possible, et +lorsque j'aurai reçu les rapports, des détails de cette affaire +glorieuse, et des hommes qui s'y sont particulièrement distingués.</p> + +<p>Je vous demande le grade de général de brigade pour le +citoyen Rampon, chef de la vingt-unième demi-brigade.</p> + +<p>Le chef de la vingt-neuvième ayant été tué, j'ai nommé +pour le remplacer le citoyen Lannes, chef de brigade à la suite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Carru, le 5 floréal an 4 (24 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Le général en chef de l'armée d'Italie au général Colli, +commandant en chef l'armée du roi de Sardaigne.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif, monsieur, s'est réservé le droit de +traiter de la paix: il faut donc que les plénipotentiaires du roi +votre maître se rendent à Paris, ou attendent à Gènes les +plénipotentiaires que le gouvernement français pourrait y +envoyer.</p> + +<p>La position militaire et morale des deux armées rend toute +suspension pure et simple impossible. Quoique je sois en +particulier convaincu que le gouvernement accordera des +conditions de paix honorables à votre roi, je ne puis, sur +des présomptions vagues, arrêter ma marche; il est cependant +un moyen de parvenir à votre but, conforme aux vrais +intérêts de votre cour, et qui épargnerait une effusion de +sang inutile et dès lors contraire à la raison et aux lois de la +guerre, c'est de mettre en mon pouvoir deux des trois forteresses +de Coni, d'Alexandrie, de Tortone, à votre choix: +nous pourrons alors attendre, sans hostilités, la fin des négociations +qui pourraient s'entamer. Cette proposition est très-modérée; +les intérêts mutuels qui doivent exister entre le +Piémont et la république française me portent à désirer vivement +de voir s'éloigner de votre pays les malheurs de toute +espèce qui le menacent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 7 floréal an 4 (26 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Latour.</i></p> + +<p>J'ai reçu, monsieur, l'ordre du roi, adressé au commandant +de Coni, que vous vous êtes donné la peine de me faire +passer. A l'heure qu'il est, il sera déjà parvenu. Je serai demain +ici pour attendre l'ordre pour une des forteresses de +Tortone ou d'Alexandrie. Vous savez, monsieur, que la distance +qu'il y a d'ici à une de ces deux places, fait qu'il est +nécessaire que l'ordre du roi soit expédié demain, afin, qu'il +puisse parvenir le 16 floréal (30 avril).</p> + +<p>Une division de mon armée est déjà de ce côté-là. L'on +m'assure aujourd'hui que Beaulieu évacue votre territoire: +je suis charmé, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 8 floréal an 4 (27 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Latour.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant, monsieur, avec votre lettre, les deux +ordres du roi pour Ceva et Tortone.</p> + +<p>Il n'y a, dans ce moment-ci, qu'un petit détachement à +Fossano, qui se retirera incessamment. Après demain, il n'y +aura plus personne à Bra, et j'aurai l'honneur de vous en +prévenir.</p> + +<p>Je ne garderai au-delà de la Stura qu'un corps-de-garde +pour le pont de Cherasco.</p> + +<p>Je me fais rendre compte par le général qui commande à +Coni, de la situation du magasin de Notre-Dame de Loculo. +J'aurai l'honneur de vous écrire dès que j'aurai la réponse.</p> + +<p>Mon aide-de-camp part pour Paris. Vous avez bien voulu +vous charger de lui livrer un passe-port, et de lui faire fournir des chevaux de poste.</p> + +<p>J'aurai besoin de mille chevaux de trait. Je désirerais en +acheter dans le Piémont; je vous serai obligé d'accepter ce +que vous proposera là-dessus le citoyen Thévenin, agent en +chef des transports militaires.</p> + +<p>Votre aide-de camp vous remettra une note des officiers +prisonniers de guerre; dès l'instant que vous m'aurez fait +connaître ceux que vous désirez avoir, j'ordonnerai qu'on +les envoie, soit à Coni, soit à Cherasco: vous me rendrez +service de faire passer les nôtres à Tortone ou à Cherasco.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 9 floréal an 4 (28 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs, Ceva, Coni et Alexandrie sont au +pouvoir de votre armée, ainsi que tous les postes du Piémont +au-delà de la Stura et du Tanaro.</p> + +<p>Si vous ne vous accordez pas avec le roi de Sardaigne, je +garderai ces places, et je marcherai sur Turin; mon équipage +de siège va filer sur Coni, pour se rendre à Cherasco.</p> + +<p>En attendant, je marche demain sur Beaulieu, je l'oblige +à repasser le Pô, je le passe immédiatement après; je m'empare +de toute la Lombardie, et, avant un mois, j'espère être +sur les montagnes du Tyrol, trouver l'armée du Rhin, et +porter de concert la guerre dans la Bavière. Ce projet est +digne de vous, de l'armée et des destinées de la France.</p> + +<p>Si vous n'accordez pas la paix au roi de Sardaigne, alors +vous m'en préviendrez d'avance, afin que, si je suis dans la +Lombardie, je puisse me replier et prendre des mesures.</p> + +<p>Quant aux conditions de la paix avec la Sardaigne, vous +pouvez dicter ce qui vous convient, puisque j'ai en mon pouvoir +les principales places.</p> + +<p>Ordonnez que quinze mille hommes de l'armée des Alpes +soient à mes ordres et viennent me joindre, cela me fera alors +une armée de quarante-cinq mille hommes, dont il sera possible +que j'envoie une partie à Rome. Si vous me continuez +votre confiance, et que vous approuviez ces projets, je suis +sûr de la réussite: l'Italie est à vous.</p> + +<p>Vous ne devez pas compter sur une révolution en Piémont, +cela viendra; mais il s'en faut que l'esprit de ces peuples soit +mûr à cet effet.</p> + +<p>J'ai justifié votre confiance et l'opinion avantageuse que +vous avez conçue de moi; je chercherai constamment à vous +donner des preuves du zèle et de la bonne volonté où je suis +de mériter votre estime et celle de la patrie.</p> + +<p>Envoyez-moi, 1°. douze compagnies d'artillerie légère, je +n'en ai pas une; 2°. de la cavalerie et un commissaire ordonnateur +en chef, habile et distingué et de génie. Je n'ai que +des pygmées, qui me font mourir de faim dans l'abondance, +car je suis dans le pays le plus riche de l'univers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 10 floréal an 4 (29 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>La ville de Coni vient d'être occupée par nos troupes: il +y avait dedans cinq mille hommes de garnison.</p> + +<p>Je ne puis pas mettre en doute que vous n'approuviez ma +conduite, puisque c'est une aile d'une armée qui accorde +une suspension d'armes, pour me donner le temps de battre +l'autre; c'est un roi qui se met absolument à ma discrétion, +en me donnant trois de ses plus fortes places et la moitié la +plus riche de ses états.</p> + +<p>Vous pouvez dicter en maître la paix au roi de Sardaigne; +je vous prie de ne pas oublier la petite île de Saint-Pierre, +qui nous sera plus utile, par la suite, que la Corse et la Sardaigne +réunies.</p> + +<p>Si vous lui accordez la portion du Milanais que je vais +conquérir, il faut que ce soit à condition qu'il enverra quinze +mille hommes pour nous seconder et garder ce pays après que +nous nous en serons rendus maîtres. Pendant ce temps-là, +avec votre armée, je passerai l'Adige, et j'entrerai en Allemagne +par le Tyrol. Dans cette hypothèse, il faut que nous +gardions en dépôt, jusqu'à la paix générale, les places et les pays que nous occupons; il faut y joindre que, le jour que +quinze mille hommes piémontais passeront le Pô, il nous remettra +la ville de Valence.</p> + +<p>Mes colonnes sont en marche; Beaulieu fuit, j'espère l'attraper; +j'imposerai quelques millions de contributions au +duc de Parme: il vous fera faire des propositions de paix; ne +vous pressez pas, afin que j'aie le temps de lui faire payer +les frais de la campagne, approvisionner nos magasins, et +remonter nos chariots à ses dépens.</p> + +<p>Si vous n'acceptez pas la paix avec le roi de Sardaigne, si +votre projet est de le détrôner, il faut que vous l'amusiez +quelques décades, et que vous me préveniez de suite; je +m'empare de Valence et je marche sur Turin.</p> + +<p>J'enverrai douze mille hommes sur Rome lorsque j'aurai +battu Beaulieu, et l'aurai obligé de repasser l'Adige, lorsque +je serai sûr que vous accorderez la paix au roi de Sardaigne, +et que vous m'enverrez une partie de l'armée des Alpes.</p> + +<p>Quant à Gênes, je crois que vous devez lui demander +quinze millions en indemnités des frégates et bâtimens pris +dans ses ports; 2°. demander que ceux qui ont fait brûler <i>la +Modeste</i> et appelé les Autrichiens, soient jugés comme +traîtres à la patrie.</p> + +<p>Si vous me chargez de ces objets, que vous gardiez surtout +le plus grand secret, je parviendrai à faire tout ce que +vous voudrez.</p> + +<p>Si j'ai quelques chances à courir en Lombardie, c'est à +cause de la cavalerie ennemie. Il m'arrive quarante artilleurs +à cheval, qui n'ont pas fait la guerre, et qui sont démontés. +Envoyez-m'en donc douze compagnies, et ne confiez pas l'exécution +de cette mesure aux hommes des bureaux, car il leur +faut dix jours pour expédier un ordre, et ils auront l'ineptie +d'en tirer peut-être de la Hollande, afin que cela arrive au +mois d'octobre.</p> + +<p>Nos troupes viennent à l'instant d'entrer dans la citadelle +de Ceva, et je viens de recevoir du roi de Sardaigne l'ordre +de nous livrer la ville et la citadelle de Tortone.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Cherasco, le 10 floréal an 4 (29 avril 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot</i>.</p> + +<p>La suspension d'armes conclue entre le roi de Sardaigne +et nous me permet de communiquer par Turin, c'est-à-dire +d'épargner la moitié de la route: je pourrais donc recevoir +vos ordres et connaître vos intentions pour la direction à +donner à l'armée.</p> + +<p>Je suis maître de Coni, de Ceva, de Tortone; je vais +passer le Pô et entrer dans le Milanais: en passant, je compte +rançonner le duc de Parme, et lui faire payer cher son entêtement.</p> + +<p>Mon projet serait d'atteindre les Autrichiens, et de les +battre avant votre réponse, afin de me trouver à même de +marcher sur Turin, sur Naples, ou sur l'Autriche en passant +par le Tyrol.</p> + +<p>Si le roi de Sardaigne se doutait, avant que je ne le sache, +que vous ne voulussiez pas faire la paix, il me jouerait un +mauvais tour. Si vous ne voulez pas la paix avec la Sardaigne, +faites en sorte que ce soit moi qui le lui apprenne, afin que +je sois maître de prendre mon temps, et que ses plénipotentiaires +à Paris ne s'en doutent pas.</p> + +<p>Si vous faites la paix avec le roi de Sardaigne, ordonnez +ce que l'on doit faire vis-à-vis de Gênes, de Parme et de +Rome.</p> + +<p>Beaulieu a encore avec lui vingt-six mille hommes bien +équipés; il avait trente-huit mille hommes au commencement +de la campagne. Je marche avec vingt-huit mille hommes; +il a quatre mille hommes de cavalerie, je n'en ai que trois +mille six cents, et en mauvais état.</p> + +<p>La cour de Turin et celle de Vienne s'attendaient à des +succès sûrs, cette campagne: les armées combinées étaient de +soixante-quinze mille hommes, je les ai battues avec trente-cinq +mille hommes; j'ai besoin de secours, l'armée des Alpes +peut me fournir quinze mille hommes.</p> + +<p>Le général Châteauneuf-Randon devait me rendre les trois +mille hommes qu'il a retenus à Nîmes, destinés pour ici; +avec ce renfort l'Italie est à vous, et je puis en même temps +marcher sur Naples et Mantoue, surtout si je parviens à +battre les ennemis avant peu.</p> + +<p>Il vient d'arriver un officier du génie, je vous prie de +m'envoyer de l'artillerie légère.</p> + +<p>Je désirerais avoir le général Baraguay-d'Hilliers, pour +servir dans son grade dans l'armée; il me l'a demandé +lui-même.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général d'Acqui, le 12 floréal an 4 (1er mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p> + +<p>Mon cher ministre, en vertu de la suspension d'armes que +j'ai faite avec le roi de Sardaigne, nos troupes sont entrées +dans Coni et dans Ceva, elles entrent demain dans Tortone. +Nous avons trouvé à Coni, outre les munitions de ville, tous +les magasins de l'armée sarde.</p> + +<p>Beaulieu passe le Pô, et va chercher au fond de la Lombardie +refuge contre l'armée française; il disait au roi de Sardaigne +qu'il voulait ne se débotter qu'à Lyon, il n'en prend +pas le chemin.</p> + +<p>Il n'y a pas en Piémont la première idée d'une révolution, +et la France ne voudrait pas, je pense, en faire une à ses +Frais.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général d'Acqui, le 12 floréal an 4 (1er mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult</i>.</p> + +<p>Nous sommes arrivés à Acqui depuis hier; Beaulieu fuit si +vite que nous ne pouvons l'attraper.</p> + +<p>Demain Laharpe sera dans Tortone, où je désire beaucoup +avoir une conférence avec vous sur des objets essentiels.</p> + +<p>Envoyez-moi une note géographique, historique, politique +et topographique sur les fiefs impériaux qui avoisinent +Gênes, afin que j'en tire tout le parti possible.</p> + +<p>Envoyez-moi une note sur les ducs de Parme, de Plaisance +et de Modène, les forces qu'ils ont sur pied, les places +fortes qu'ils ont, et en quoi consiste la richesse de ces pays-là; +surtout envoyez-moi une note des tableaux, statues, cabinets +et curiosités qui se trouvent à Milan, Parme, Plaisance, +Modène et Bologne. Lorsque nous fîmes la paix avec l'Espagne, +le duc de Parme devait y concourir: pourquoi ne le fit-il +pas?</p> + +<p>Faites partir de suite six mille souliers pour Tortone.</p> + +<p>Quant au citoyen Giacomoni, laissons-le, couvert d'opprobre +et d'ignominie, voguer où il voudra. J'ai instruit le +gouvernement de sa conduite, afin qu'il ne soit plus admis à +servir avec les Français.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Bosco, le 13 floréal an 4 (2 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée piémontaise</i>.</p> + +<p>J'apprends, monsieur, que les Napolitains se sont emparés +de Valence: l'intérêt du roi, celui de la république, +sont également d'accord et exigent que vous chassiez promptement +ces troupes de Valence.</p> + +<p>Le courage qui anime votre année, que j'ai été à même +d'apprécier, ne me laisse pas de doute que vous ne réoccupiez +promptement Valence; vous savez d'ailleurs que c'est +une des clauses de la suspension que nous avons conclue.</p> + +<p>Si vous êtes dans le cas d'en avoir besoin, je vous offre +le secours d'une division de l'armée que je commande.</p> + +<p>Le général-chef de l'état-major aura l'honneur de vous +faire passer demain l'état des prisonniers piémontais que nous +avons faits depuis que nous sommes en campagne.</p> + +<p>Je m'empresserai de vous faire passer le plus tôt possible +ceux que vous désirez avoir de préférence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Bosco, le 14 floréal an 4 (3 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chevalier Solar, gouverneur d'Alexandrie</i>.</p> + +<p>J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous vous êtes donné la +peine de m'écrire; je vous suis très-obligé des renseignemens +que vous avez eu la complaisance de me donner. Je vous fais +mon compliment sur l'évacuation de votre territoire par l'armée +autrichienne. Je désire sincèrement pouvoir bientôt +vous apprendre qu'ils ont également évacué les états de Sa +Majesté au-delà du Pô. Incessamment une division de l'armée +va se présenter a Valence pour y passer le Pô; je vous +prie de me faire procurer les bateaux qui sont nécessaires; +vous sentez qu'il est de l'intérêt du roi que les Autrichiens +fassent un court séjour sur votre territoire.</p> + +<p>J'aurai besoin aussi de quelques entrepreneurs pour nous +procurer des moyens de charrois. Je vous prie d'autoriser +les différens sujets du roi à passer des marchés avec l'armée.</p> + +<p>Je suis, monsieur, avec estime, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le l5 floréal an 4 (4 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du Piémont</i>.</p> + +<p>Sous peu de jours, monsieur, je serai maître des états du +roi au-delà du Pô, si le sort des armes continue d'être favorable +à l'armée que je commande. J'obligerai M. Beaulieu à +évacuer ces pays, qui seront conquis sur l'armée autrichienne +et qui appartiendront de droit à la république. Cependant, +je sens combien il est dur pour le roi de voir presque tous ses +états envahis par nos troupes. Je vous propose en conséquence +de réunir une division de six mille hommes d'infanterie +et quinze cents chevaux à l'armée que je commande, +pour m'aider à chasser les Autrichiens; je les mettrai en +garnison dans les états du roi au-delà du Pô.</p> + +<p>Cela est si urgent, monsieur, qu'il serait nécessaire que +j'eusse la réponse le plus tôt possible. L'envie que j'ai de +concilier les intérêts du roi avec ceux de la république et de +l'armée me porte, monsieur, à vous faire ces ouvertures, que +vous jugerez sans doute très-raisonnables.</p> + +<p>Je suis avec considération, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le 15 floréal an 4 (4 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du roi de Sardaigne</i>.</p> + +<p>Les troupes de la république ont occupé ce matin le fort +de Tortone: en conséquence, à dater d'aujourd'hui, il y a +suspension d'armes entre les deux armées; je le mets à l'ordre, +et j'espère que vous trouverez les officiers français disposés +à vous donner les preuves de l'estime qu'ils ont pour votre +armée.</p> + +<p>Je donne des ordres pour que vous occupiez les villes de +Fossano et de Bra.</p> + +<p>J'adapterai à la ligne de démarcation tous les changemens +que vous croirez nécessaires, en suivant cependant l'esprit +de la suspension que nous avons conclue.</p> + +<p>J'ai ordonné que l'on fasse venir quatre cents prisonniers +pour échange des quatre cents que vous avez eu la bonté de +faire passer à Cherasco.</p> + +<p>Le chef de l'état-major vous fait passer l'état des officiers +de votre armée que le sort des armes a rendus prisonniers. Je +m'empresse de vous faire passer ceux à qui vous vous intéressez.</p> + +<p>Je suis avec la considération la plus distinguée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le 15 floréal an 4 (4 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au, général en chef de l'armée piémontaise</i>.</p> + +<p>Le marquis de Saint-Marsan, que j'ai eu l'honneur de +voir ce matin, m'a fait part, monsieur, des inquiétudes et +des plaintes que vous avez contre différens habitans d'Albe: +je vais m'en faire rendre compte, et je vous instruirai de ce +que j'aurai fait.</p> + +<p>Je dois, à cette occasion, vous remercier de m'avoir fait +connaître M. de Saint-Marsan; il joint à des talens distingués +un air prévenant qui lui captive l'estime de ceux qui +ont affaire à lui.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le 16 floréal an 4 (5 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du Piémont</i>.</p> + +<p>Monsieur le marquis de Saint-Marsan, que j'ai eu l'honneur +de voir hier, monsieur, vous aura remis plusieurs lettres +par lesquelles vous aurez vu que tout ce que vous désirez +relativement à plusieurs objets concernant la suspension d'armes +a été exécuté. J'ai ordonné que l'on donne des sauvegardes +à tous ceux qui pourraient en avoir besoin. +J'autorise les différens généraux à donner des passe-ports +aux officiers de votre armée qui désireraient se rendre dans +le pays occupé par l'armée. +Je me trouverai trop heureux, dans toutes les circonstances, +de pouvoir vous donner des marques de l'estime et +de la considération distinguées avec lesquelles je suis, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Tortone, le 17 floréal an 4 (6 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du roi de Sardaigne.</i></p> + +<p>En conséquence de la suspension d'armes que le roi à +conclue avec les deux armées des Alpes et d'Italie, et des +probabilités de paix dont j'ai de nouvelles assurances, je fais +filer de l'armée des Alpes dix-sept mille hommes à l'armée +d'Italie, +Neuf mille passeront par le col d'Argentières et se rendront +à Coni, où ils passeront derrière la Stura pour venir +me rejoindre. +Huit mille passeront le Saint-Bernard par la vallée d'Aoste, +et viendront passer le Tanaro à Alexandrie, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 17 floréal an 4 (6 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, au directoire exécutif.</i></p> + +<p>L'armée d'Italie a pris hier possession de Tortone, où nous +avons trouvé une très-belle forteresse, qui a coûté plus de +quinze millions au roi de Sardaigne. +Je vous ai annoncé, par mon aide-de-camp Murat, que +nous avions occupé Coni et Ceva, que nous avons trouvées +dans un état de défense respectable et approvisionnées de +tout. Le lendemain de la signature de la suspension d'armes, +le général Laharpe marcha avec sa division par la route de +Bossogno à Acqui, le général Augereau par Stefano, et le +général Masséna par Nizza de la Paglia. Beaulieu évacua ce +pays et se réfugia dans Valence, où il passa le Pô avec toute +son armée. Le général Masséna est arrivé, avec toute sa division, +à Alexandrie, assez à temps pour s'emparer des magasins, +que les Autrichiens, ne pouvant les emporter, avaient +vendus à la ville. Le 13, l'armée allemande a repassé le Pô, +a coupé les bateaux, et a brûlé ceux qu'elle a trouvés sur le +rivage.</p> + +<p>Les Napolitains, qui ordinairement ne sont pas entreprenans, +se sont emparés de Valence.</p> + +<p><i>N.B.</i> Cette lettre n'a point été achevée.</p> +<br><br> +<p class="droite">Au grand quartier-général à San-Giovani, le 17 floréal an 4 +(6 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Du même au gouverneur du duché de Parme, à Plaisance.</i></p> + +<p>Ayant à conférer avec vous, monsieur, sur des objets de +la plus grande importance, vous voudrez bien vous rendre de +suite à Castel-San-Giovani. +Il serait nécessaire que vous fussiez rendu ici avant deux +heures après minuit, devant monter à cheval a cette +heure-là.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au grand quartier-général à Plaisance, le 17 floréal an 4 +(6 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Du même au ministre d'Espagne à Parme.</i></p> + +<p>J'ai reçu, monsieur, votre lettre. Comme il n'est pas dans +mon coeur, ni dans l'intention du peuple français, de faire +mal sans but et de nuire en rien aux peuples, je consens à +suspendre toute hostilité contre le duc de Parme et la +marche de mes troupes sur Parme; mais il faut que, dans la +nuit, le duc envoie des plénipotentiaires pour conclure la +suspension.</p> + +<p>Je fais marcher quelques régimens de cavalerie, avec une +brigade, à trois lieues de Plaisance: cela ne doit donner +aucune inquiétude au duc de Parme, dès l'instant qu'il accepte +les conditions dont nous sommes convenus. +Je suis charmé que cette occasion me mette à même de vous +prouver les sentimens d'estime et de considération avec lesquels, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Plaisance, le 20 floréal an 4 (9 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Du même au citoyen Carnot.</i></p> + +<p>Nous avons enfin passé le Pô. La seconde campagne est +commencée, Beaulieu est déconcerté; il calcule assez mal, +et il donne constamment dans les pièges qu'on lui tend: peut-être +voudra-t-il donner une bataille, car cet homme-là a l'audace +de la fureur et non celle du génie; mais les six mille +hommes que l'on a obligés hier de passer l'Adda, et qui ont +été défaits, l'affaiblissent beaucoup; encore une victoire, et +nous sommes maîtres de l'Italie. +J'ai accordé une suspension d'armes au duc de Parme; le +duc de Modène m'envoie des plénipotentiaires. +Si nous avions un ordonnateur habile, nous serions aussi +bien qu'il est possible de l'imaginer. Nous allons faire établir +des magasins considérables de blé, des parcs de six cents +boeufs sur le derrière. Dès l'instant que nous arrêterons nos +mouvemens, nous ferons habiller l'armée a neuf; elle est +toujours à faire peur, mais tout engraisse; le soldat ne mange +que du pain de Gonesse, bonne viande et en quantité, bon +vin, etc. La discipline se rétablit tous les jours; mais il faut +souvent fusiller, car il est des hommes intraitables qui ne +peuvent se commander.</p> + +<p>Ce que nous avons pris a l'ennemi est incalculable. Nous +avons des effets d'hôpitaux pour quinze mille malades, +plusieurs magasins de blé, farine, etc. Plus vous m'enverrez +d'hommes, plus je les nourrirai facilement.</p> + +<p>Je vous fais passer vingt tableaux des premiers maîtres, +du Corrége et de Michel-Ange.</p> + +<p>Je vous dois des remercîmens particuliers pour les attentions +que vous voulez bien avoir pour ma femme, je vous la +recommande; elle est patriote sincère, et je l'aime à la folie.</p> + +<p>J'espère que les choses vont bien, pouvant vous envoyer +une douzaine de millions à Paris; cela ne vous fera pas de +mal pour l'armée du Rhin.</p> + +<p>Envoyez-moi quatre mille cavaliers démontés, je chercherai +ici à les remonter.</p> + +<p>Je ne vous cache pas que, depuis la mort de Stengel, je +n'ai plus un officier supérieur de cavalerie qui se batte. Je +désirerais que vous me pussiez envoyer deux ou trois +adjudans-généraux sortant de la cavalerie, qui aient du feu, et +une ferme résolution de ne jamais faire de savantes retraites.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Plaisance, le 20 floréal an 4 (9 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyen président, le brave Stengel est mort de la suite de +ses blessures. J'ai envoyé à sa famille la lettre que vous lui +aviez adressée. +Vous recevrez incessamment les articles de la suspension +d'armes que j'ai accordée au duc de Parme. Je vous enverrai +le plus tôt possible les plus beaux tableaux du Corrége, entre +autres un Saint Jérôme, que l'on dit être son chef-d'oeuvre, +J'avoue que ce saint prend un mauvais temps pour arriver à +Paris: j'espère que vous lui accorderez les honneurs du Muséum. +Je vous réitère la demande de quelques artistes connus, +qui se chargeront du choix et des détails de transport des +choses rares que nous jugerons devoir envoyer à Paris.</p> + +<p>Tous les arrangemens sont pris pour les renforts qui doivent +venir de l'armée des Alpes; il n'y aura aucune difficulté pour +les passages.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 22 floréal an 4 (11 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot.</i></p> + +<p>La bataille de Lodi, mon cher directeur, donne à la république +toute la Lombardie. Les ennemis ont laissé deux mille hommes +dans le château de Milan, que je vais nécessairement investir. +Vous pouvez compter dans vos calculs comme si j'étais à Milan; +je n'y vais pas demain, parce que je veux poursuivre Beaulieu et +chercher à profiter de son délire pour le battre encore une fois.</p> + +<p>Bientôt il est possible que j'attaque Mantoue. Si j'enlève +cette place, rien ne m'arrête plus pour pénétrer dans la Bavière: +dans deux décades je puis être dans le coeur de l'Allemagne. +Ne pourriez-vous pas combiner mes mouvemens avec +l'opération de ces deux armées? Je m'imagine qu'à l'heure +qu'il est, on se bat sur le Rhin; si l'armistice continuait, +l'armée d'Italie serait écrasée. Si les deux armées du Rhin +entrent en campagne, je vous prie de me faire part de leur +position et ce que vous espérez qu'elles puissent faire, afin +que cela puisse me servir de règle pour entrer dans le Tyrol, +ou me borner a l'Adige. Il serait digne de la république d'aller +signer le traité de paix, les trois armées réunies, dans le +coeur de la Bavière, ou de l'Autriche étonnée. Quant à moi, +s'il entre dans vos projets que les deux armées du Rhin fassent +des mouvemens en avant, je franchirai le Tyrol avant +que l'empereur ne s'en soit sérieusement douté. +S'il était possible d'avoir un bon commissaire ordonnateur? +celui qui est ici serait bon en second, mais il n'a pas assez de +feu et de tête pour être en chef.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 24 floréal an 4 (13 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>A M. Ferdinandi, ministre des affaires étrangères du duc +de Parme.</i></p> + +<p>J'ai reçu, monsieur, la ratification de la suspension d'armes +que vous avez acceptée de la part du duc de Parme. Je +vous envoie le général Cervoni, afin que vous puissiez régler +avec lui tous les détails de l'exécution de ladite suspension. +Vous lui ferez remettre, dans la journée de demain, les +500.000 fr. qui, aux termes de la suspension, doivent être +payés dans les cinq jours; il recevra également les chevaux, +et il prendra les mesures nécessaires pour l'exécution de ladite +suspension. +Je suis charmé, monsieur, que cette circonstance me mette +à même de vous exprimer la considération, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 24 floréal an 4 (13 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre de la république, à Gênes.</i></p> + +<p>Je vous suis très obligé des gravures que vous m'avez envoyées, +et qui feront le plus grand plaisir à l'armée. Je vous +prie d'envoyer, de ma part, vingt-cinq louis au jeune homme +qui les a faites; engagez-le à faire graver le passage étonnant +du pont de Lodi. +Puisque le fief de Montogio n'est point fief impérial, il +n'est pas compris dans l'ordre que j'ai donné pour l'imposition +desdits fiefs.</p> + +<p>Nous avons pris hier la ville de Pizzigithone, nous avons +fait trois cents prisonniers et pris trois pièces de canon. Beaulieu +se sauve à toutes jambes; Crémone est à la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 25 floréal an 4 (14 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Après le combat de Fiombio, nous poursuivîmes l'ennemi +jusqu'à Pizzigithone, mais nous ne pûmes passer l'Adda. Après +la bataille de Lodi, Beaulieu se retira par Pizzigithone; nous +nous y rendîmes le 22; mais il s'était déjà retiré au-delà de +Crémone. Nous avons aussitôt investi et attaqué la ville de +Pizzigithone, qui, après une vive canonnade, a été obligée de +nous ouvrir ses portes; nous y avons fait trois cents prisonniers +et pris cinq pièces de canon de bronze.</p> + +<p>Notre cavalerie s'est mise à la poursuite de l'ennemi. La +ville de Crémone a ouvert ses portes; toute la Lombardie appartient +à la république.</p> + +<p>On dit que la suspension d'armes, au Rhin, continue toujours. +J'imagine qu'à l'heure qu'il est, vous avez porté vos +regards sur un objet aussi essentiel; il paraît même que les +ennemis ont publié avec emphase, dans leur camp, que cette +suspension était pour trois mois, et qu'ils allaient en conséquence +recevoir de grands renforts.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 25 floréal an 4 (14 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot.</i></p> + +<p>A la réception de la lettre du directoire, du 18, vos intentions +étaient remplies, et le Milanais est à nous. Je marcherai +bientôt, pour exécuter vos vues, sur Livourne et sur Rome; +tout cela se fera dans peu de temps.</p> + +<p>J'écris au directoire relativement à l'idée de diviser l'armée; +je vous jure que je n'ai vu en cela que la patrie. Au reste, +vous me trouverez toujours dans la ligne droite. Je dois à la +république le sacrifice de toutes mes idées. Si l'on cherche à +me mettre mal dans votre esprit, ma réponse est dans mon +coeur et dans ma conscience.</p> + +<p>Comme il serait possible que cette lettre, au directoire, ne +fût pas bien interprétée, et que vous m'avez témoigné de l'amitié, +je prends le parti de vous l'adresser, en vous priant +d'en faire l'usage que vous suggéreront votre prudence et +votre attachement pour moi.</p> + +<p>Kellermann commandera l'armée aussi bien que moi; car +personne n'est plus convaincu, que je ne le suis, que les victoires +sont dues au courage et à l'audace de l'armée; mais je +crois que, réunir Kellermann et moi en Italie, c'est vouloir +tout perdre. Je ne puis pas servir volontiers avec un homme +qui se croit le premier général de l'Europe; et, d'ailleurs, +je crois qu'il faut plutôt un mauvais général que deux bons. +La guerre est comme le gouvernement, c'est une affaire de +tact.</p> + +<p>Je ne puis vous être utile qu'investi de la même estime que +vous me témoigniez à Paris. Que je fasse la guerre ici ou +ailleurs, cela m'est indifférent: servir la patrie, mériter de +la postérité une feuille de notre histoire, donner au gouvernement +des preuves de mon attachement et de mon dévouement, +voilà toute mon ambition. Mais j'ai fort à coeur de ne +pas perdre, dans huit jours, deux mois de fatigues, de peines +et de dangers, et de ne pas me trouver entravé. J'ai commencé +avec quelque gloire, je désire continuer d'être digne de vous. +Croyez, d'ailleurs, que rien n'altérera l'estime que vous inspirez +à ceux qui vous connaissent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Lodi, le 25 floréal an 4 (14 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant le courrier parti, le 18, de Paris. Vos +espérances sont réalisées, puisqu'à l'heure qu'il est, toute la +Lombardie est à la république. Hier, j'ai fait partir une division +pour cerner le château de Milan. Beaulieu est à Mantoue +avec son armée; il a inondé tout le pays environnant; +il y trouvera la mort, car c'est le plus malsain de l'Italie.</p> + +<p>Beaulieu a encore une armée nombreuse: il a commencé la +campagne avec des forces supérieures; l'empereur lui envoie +dix mille hommes de renfort, qui sont en marche. Je crois +très-impolitique de diviser en deux l'armée d'Italie; il est +également contraire aux intérêts de la république d'y mettre +deux généraux différens.</p> + +<p>L'expédition sur Livourne, Rome et Naples est très-peu +de chose: elle doit être faite par des divisions en échelons, +de sorte que l'on puisse, par une marche rétrograde, se trouver +en force contre les Autrichiens, et menacer de les envelopper +au moindre mouvement qu'ils feraient. Il faudra pour +cela non-seulement un seul général, mais encore que rien ne +le gêne dans sa marche et dans ses opérations. J'ai fait la campagne +sans consulter personne, je n'eusse rien fait de bon s'il +eût fallu me concilier avec la manière de voir d'un autre. J'ai +remporté quelques avantages sur des forces supérieures, et +dans un dénuement absolu de tout, parce que, persuadé que +votre confiance se reposait sur moi, ma marche a été aussi +prompte que ma pensée.</p> + +<p>Si vous m'imposez des entraves de toutes espèces; s'il faut +que je réfère de tous mes pas aux commissaires du gouvernement; +s'ils ont droit de changer mes mouvemens, de m'ôter +ou de m'envoyer des troupes, n'attendez plus rien de bon.</p> + +<p>Si vous affaiblissez vos moyens en partageant vos forces; si +vous rompez en Italie l'unité de la pensée militaire, je vous +le dis avec douleur, vous aurez perdu la plus belle occasion +d'imposer des lois à l'Italie.</p> + +<p>Dans la position des affaires de la république en Italie, il +est indispensable que vous ayez un général qui ait entièrement +votre confiance: si ce n'était pas moi, je ne m'en plaindrais +pas; mais je m'emploierais à redoubler de zèle pour +mériter votre estime dans le poste que vous me confieriez. +Chacun a sa manière de faire la guerre. Le général Kellermann +a plus d'expérience et la fera mieux que moi; mais tous +les deux ensemble nous la ferons fort mal.</p> + +<p>Je ne puis rendre à la patrie des services essentiels qu'investi +entièrement et absolument de votre confiance. Je sens +qu'il faut beaucoup de courage pour vous écrire cette lettre, +il serait si facile de m'accuser d'ambition et d'orgueil! mais +je vous dois l'expression de tous mes sentimens, à vous qui +m'avez donné dans tous les temps des témoignages d'estime +que je ne dois pas oublier.</p> + +<p>Les différentes divisions d'Italie prennent possession de la +Lombardie. Lorsque vous recevrez cette lettre, nous serons +déjà en route, et votre réponse nous trouvera probablement +près de Livourne. Le parti que vous prendrez dans cette circonstance +est plus décisif pour les opérations de la campagne, +que quinze mille hommes de renfort que l'empereur enverrait +à Beaulieu.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 28 floréal an 4 (17 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallement, ministre à Venise.</i></p> + +<p>Je vous remercie infiniment, citoyen ministre, des détails +intéressans que vous me donnez sur la position des ennemis. +Je vous envoie 6,000 liv. pour servir aux dépenses des espions +à Trente, à Mantoue, et sur la route du Tyrol, et faites-moi +savoir le jour où les bâtimens de Trieste sont partis pour +Mantoue.</p> + +<p>N'épargnez ni l'argent ni les peines, l'intérêt de la patrie +le veut. Je vous ferai exactement toucher tout ce que vous +dépenserez.</p> + +<p>Envoyez-moi une carte exacte des états de Venise, et très-détaillée.</p> + +<p>Il y a à Milan beaucoup de dispositions pour y créer une +révolution.</p> + +<p>Si les citoyens Jacob et Alliod ne sont pas indispensables +à Venise, envoyez-les ici, je les emploierai dans le Milanais +pour l'administration de ce pays.</p> + +<p>Vous avez dû recevoir une lettre, de Lodi, du commissaire +du gouvernement. Faites en sorte que vos lettres soient fréquentes +et instructives: c'est sur vous que je compte pour +avoir des nouvelles; établissez un prix pour les courriers, +de sorte que, lorsqu'ils arriveront avant telle heure, ils aient +une gratification.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 floréal an 4 (18 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du roi de Sardaigne.</i></p> + +<p>Je viens d'ordonner, monsieur, que les deux bateaux de +sel arrêtés à Plaisance continuent leur route sur Valence.</p> + +<p>Peut-être jugerez-vous à propos d'envoyer à Plaisance un +officier ou un préposé, qui veillera à ce que tous les bateaux +et autres convois appartenant au roi ne soient pas interceptés +par l'armée. Du moment que vous m'aurez fait connaître là-dessus vos intentions, je m'empresserai de donner à cet officier +les facilités nécessaires pour pouvoir remplir sa mission; +il pourrait également être chargé de parcourir les différentes +rives du Pô, pour vous faire restituer les effets appartenans +au roi, que nous aurions pu arrêter.</p> + +<p>Le chef de l'état-major expédie les ordres aux troupes qui +arriveront à Casale, de partir sur-le-champ pour Milan.</p> + +<p>Je me suis occupé des différentes réclamations relatives à +la province d'Alba. Je désire, monsieur, que vous soyez convaincu +de l'empressement que j'aurai à faire quelque chose +qui vous soit agréable.</p> + +<p>Je vous prie de m'envoyer l'état des officiers que vous désirez +que je vous renvoie en échange de ceux que vous avez +eu la complaisance de relâcher sur parole.</p> + +<p>J'envoie à Valence un officier du génie pour choisir un +emplacement pour la construction du pont de Valence; mais +comme je laisse au roi la jouissance de ses états en deçà du +Pô, que M. Beaulieu n'a évacués que par mon passage du Pô +à Plaisance, je crois qu'il serait convenable que vous donnassiez +vous-même des ordres pour la construction dudit pont, +qu'il me serait utile d'avoir avant huit jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 floréal an 4 (18 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le duc de Parme paye sa contribution; il a déjà versé +500.000 liv., et il s'exécute pour le reste. Faypoult aurait +voulu que l'on ne fît rien payer à ce prince; mais l'ambassadeur +d'Espagne à Turin, qui est venu me voir, est convenu +que nous avions été modérés. Je ne doute pas, cependant, +que le duc de Parme ne porte plainte; mais pourquoi n'a-t-il +pas accepté la médiation de l'Espagne?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 floréal an 4 (18 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général en chef de l'armée du roi de Sardaigne.</i></p> + +<p>Je viens d'être informé, monsieur, que les différens agens +militaires, dans le pays conquis, avaient séquestré les biens +des seigneurs attachés à la cour.</p> + +<p>Je viens de donner des ordres pour que les séquestres soient +sur-le-champ levés, et qu'il n'y ait aucune espèce de différence +entre les sujets du roi, soit qu'ils demeurent à Turin, +ou dans les différentes villes soumises à la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 1er prairial an 4 (20 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Barthelemi, ambassadeur de la république, à +Bâle.</i></p> + +<p>Nous sommes maîtres de la Lombardie, Les troupes de la +république, quoiqu'en petit nombre et dénuées de tout, ont +surmonté tous les obstacles; les ennemis se sont retirés à +Mantoue; demain notre corps de troupes sera ici. Je me presse +de courir, et vous prie de me faire part des mouvemens de +l'armée impériale dans la Bavière et dans la Souabe.</p> + +<p>L'empereur peut-il affaiblir son armée du Rhin pour renforcer +celle d'Italie? Quelles troupes pourrait-il encore envoyer dans +le Tyrol? Je vous prie, citoyen ministre, de me +faire part, là-dessus, des renseignemens que vous avez, et +d'envoyer de tous côtés des agens, afin que vous puissiez +m'instruire, avec précision, des forces que l'on ferait filer en +Italie.</p> + +<p>Je suis très-flatté, citoyen ministre, que cette circonstance +m'ait procuré le plaisir de vous assurer, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 prairial an 4 (21 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p> + +<p>L'armée d'Italie éprouve les plus grands besoins; elle est +dans la plus grande pénurie et le dénuement le plus affligeant +des objets les plus essentiels; elle se renforce tous les jours +en hommes, et ses besoins s'accroissent en proportion. +Le directoire exécutif, qui m'a nommé au commandement +de cette armée, a arrêté un plan de guerre offensif qui exige +des mesures promptes et des ressources extraordinaires.</p> + +<p>Le prêt de 2 sous en argent pour le soldat, et de 8 liv. +pour les officiers, a manqué; ce qui a mécontenté et découragé +l'armée. Je vous prie de vous faire rendre compte, et +d'avoir la bonté de m'instruire si je dois compter que la +trésorerie seule subviendra à ce que le prêt ne manque pas. De +toutes les dépenses, c'est la plus sacrée: l'armée d'Italie est +la seule où le prêt ait manqué. +Le ministre de la guerre a ordonnancé, pour le service de +pluviôse et d'une partie de celui de ventôse, à différentes +fois, selon le bordereau ci-joint, la somme de....., et pour +le service de l'artillerie, le 23 du mois, de 10,000 liv. en +numéraire, et 500,000 liv. en assignats, et le 19 ventôse, +30,000 liv. en numéraire, et 1,500,000 liv. en assignats. +On se plaint à l'armée de n'avoir reçu qu'une très-faible +portion de cette somme. Je vous prie de vous faire rendre +compte de celle qu'il reste à envoyer d'après les ordres +ci-dessus, et de m'instruire de ce que vous espérez faire pour +effectuer l'entier paiement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Bonelli, chef de bataillon.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez en Corse avec dix-huit hommes de votre +choix. Le citoyen Sapey est chargé de vous faire passer en +Corse et de vous faire porter des secours en poudre et en +armes.</p> + +<p>Il vous sera remis, à votre départ, 24,000 liv. en argent, +dont vous vous servirez pour encourager les patriotes. Le citoyen +Brassini restera à Gênes, et vous fera passer les secours +dont vous pourrez avoir besoin, et vous remettra cent fusils, +trois cents paires de pistolets, six cents livres de poudre et +dix mille livres de plomb.</p> + +<p>Dès l'instant que l'on aura des nouvelles plus sûres, on +enverra davantage, et des brevets d'officiers, pour lever des +bataillons au compte de la république française.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux citoyens Braccini et Paraviccini.</i></p> + +<p>Vous resterez à Gênes pour correspondre avec les patriotes +corses, et me tenir informé de tout ce qui se passe dans ce +département, et lui envoyer des secours.</p> + +<p>Le citoyen Balbi, banquier de la république, vous remettra +15,000 liv. Vous achèterez, avec cette somme, cent fusils, +trois cents paires de pistolets, trois mille pierres à fusil, +cinq à six mille livres de poudre, et huit à dix mille livres +de plomb, que vous remettrez au citoyen Bonelli. Je donne +des ordres pour qu'on vous fasse passer de Nice six cents fusils +de chasse, que vous ferez passer successivement.</p> + +<p>Le ministre de la république à Gènes est instruit de votre +mission. Vous vous présenterez à lui, afin qu'il vous donne +tout ce dont vous pourriez avoir besoin.</p> + +<p>Vous jouirez de 300 fr. d'appointemens par mois tant que +durera votre mission.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Sapey.</i></p> + +<p>Je fais partir le citoyen Bonelli avec trente hommes et cent +fusils, trois cents paires de pistolets, six mille livres de poudre +et dix mille livres de plomb, pour secourir les patriotes de +Corse.</p> + +<p>Je charge les citoyens Braccini et Paraviccini de rester à +Gênes, et de se ménager une correspondance avec les patriotes +corses.</p> + +<p>Votre zèle m'étant connu, je vous charge de procurer au +citoyen Bonelli tous les moyens nécessaires pour passer en +Corse; je vous ferai rembourser les frais que vous ferez a ce +sujet.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><I>Au citoyen Faypoult.</i></p> + +<p>Je vous envoie ci-joint une lettre interceptée, vous y verrez +que vous avez des espions autour de vous.</p> + +<p>La paix avec le roi de Sardaigne est faite à des conditions +très-avantageuses; elle a été signée le 26 de ce mois.</p> + +<p>Tout est tranquille à Paris, et les révolutionnaires de 93 +sont encore mis à l'ordre et déjoués.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint une proclamation à l'armée. Je +préfère cette tournure à celle d'écrire aux peuples. L'armistice +avec le duc de Parme a été approuvé; le directoire ne +l'a pas trouvé assez honteux pour ce duc.</p> + +<p>Nous avons imposé le Milanais à 20,000,000 fr. Je vous +choisirai deux beaux chevaux parmi ceux que nous requerrons +à Milan; ils serviront à vous dissiper des ennuis et des +étiquettes du pays où vous êtes. Je veux aussi vous faite +présent d'une épée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 3 prairial an 4 (22 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je viens de recevoir, citoyens directeurs, le courrier qui +est parti le 26 de Paris. Il nous a apporté les articles de la +paix glorieuse que vous avez conclue avec le roi de Sardaigne. +Je vous prie d'en recevoir mes complimens.</p> + +<p>Le commissaire Salicetti vous fera passer l'état des +contributions que nous avons imposées. Vous pouvez, à cette heure, +compter sur 6 à 8,000,000 argent en or ou argent, lingots +ou bijoux, qui sont à votre disposition à Gênes, chez un des +premiers banquiers. Vous pouvez disposer de cette somme, +étant superflue aux besoins de l'armée. Si vous le désirez, je +ferai passer 1,000,000 à Bâle pour l'armée du Rhin.</p> + +<p>J'ai fait passer au général Kellermann 10,000 liv. en argent, +je lui ferai passer demain 200,000 liv.</p> + +<p>Les troupes sont satisfaites; elles touchent la moitié de +leurs appointemens en argent; le pillage est réprimé, et la +discipline avec l'abondance renaissent dans cette glorieuse +armée.</p> + +<p>Neuf mille hommes de l'armée des Alpes arriveront dans +dix jours; je ne les attendrai pas, et déjà les troupes sont en +mouvement pour marcher sur les gorges du Tyrol.</p> + +<p>L'armée autrichienne reçoit tous les jours des renforts; +mais j'imagine que notre armée du Rhin ne permettra pas à +l'empereur de trop s'affaiblir de ce côté-là.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint des lettres de la plus grande importance, +entre autres celle où il est question de l'entretien +de Louis XVIII avec plusieurs de nos postes à l'armée du +Rhin.</p> + +<p>La nouvelle de ces pourparlers se répète dans toutes les +lettres d'émigrés; je crois qu'il est urgent d'y mettre ordre.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint l'état de ce que nous avons pris à +Pavie: cela est très-considérable. Nous avons des magasins +à Tortone, à Coni, à Ceva et à Mondovi.</p> + +<p>Le duc de Parme n'ayant ni fusils, ni canons, ni places +fortes, on n'a rien pu lui demander en ce genre.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint une adresse à l'armée.</p> + +<p>Vous trouverez aussi ci-joint la suspension que j'ai accordée +au duc de Modène; vous y verrez que c'est 10,000,000 +de plus pour la république. Comme il n'a ni forteresses, ni +fusils, il n'a pas été possible de lui en demander.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + + +<p><i>P.S.</i> Parmi les lettres d'émigrés ci-jointes, vous en +trouverez une d'un prêtre qui écrit de Paris au cardinal de +Zelada: quoiqu'il ne signe pas, il sera facile de le connaître, +puisqu'il dit avoir soupé avec le général Dumuy la veille du +départ de celui-ci. Une fois que le ministre de la police connaîtra +ce correspondant de monseigneur le cardinal, il lui +sera facile, en le faisant suivre pendant plusieurs jours, de +parvenir à en connaître d'autres. Vous y trouverez aussi le +nom d'un négociant de Lyon, qui fait passer des fonds aux +émigrés.</p> +<br><br><br> + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 prairial an 4 (24 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Oriani.</i></p> + +<p>Les sciences qui honorent l'esprit humain, les arts qui +embellissent la vie et transmettent les grandes actions à la +postérité, doivent être spécialement honorés dans les gouvernemens +libres. Tous les hommes de génie, et tous ceux qui +ont obtenu un rang dans la république des lettres, sont frères, +quel que soit le pays qui les ait vus naître.</p> + +<p>Les savans dans Milan n'y jouissaient pas de la considération +qu'ils devaient avoir. Retirés dans le fond de leurs +laboratoires, ils s'estimaient heureux que les rois et les prêtres +voulussent bien ne pas leur faire de mal. Il n'en est pas +ainsi aujourd'hui, la pensée est devenue libre dans l'Italie: +il n'y a plus ni inquisition, ni intolérance, ni despotes. J'invite +les savans à se réunir et a me proposer leurs vues sur les +moyens qu'il y aurait à prendre, ou les besoins qu'ils auraient +pour donner aux sciences et aux beaux-arts une nouvelle +vie et une nouvelle existence. Tous ceux qui voudront +aller en France seront accueillis avec distinction par le +gouvernement. Le peuple français ajoute plus de prix à l'acquisition +d'un savant mathématicien, d'un peintre en réputation, +d'un homme distingué, quel que soit l'état qu'il +professe, que de la ville la plus riche et la plus abondante.</p> + +<p>Soyez donc, citoyen, l'organe de ces sentimens auprès +des savans distingués qui se trouvent dans le Milanais.</p> +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<p class="droite">Brescia, le 10 prairial an 4 (29 mai 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>A la république de Venise.</i></p> + +<p>C'est pour délivrer la plus belle contrée de l'Europe du +joug de fer de l'orgueilleuse maison d'Autriche, que l'armée +française a bravé les obstacles les plus difficiles à surmonter.</p> + +<p>La victoire, d'accord avec la justice, a couronné ses efforts; +les débris de l'armée ennemie se sont retirés au-delà du Mincio. +L'armée française passe, pour les poursuivre, sur le territoire +de la république de Venise; mais elle n'oubliera pas +qu'une longue amitié unit les deux républiques.</p> + +<p>La religion, le gouvernement, les usages seront respectés; +la plus sévère discipline sera maintenue; tout ce qui sera +fourni à l'armée sera exactement payé en argent.</p> + +<p>Le général en chef engage les officiers de la république de +Venise, les magistrats et les prêtres à faire connaître ses +sentimens au peuple, afin que la confiance cimente l'amitié qui +depuis long-temps unit les deux nations.</p> + +<p>Fidèle dans le chemin de l'honneur comme dans celui de la +victoire, le soldat français n'est terrible que pour les ennemis +de la liberté et de son gouvernement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + +<p class="droite">Au quartier-général de Peschiera, le 13 prairial an 4 +(1er juin 1796).</p> + +<p class="milieu">Au directoire exécutif.</p> + +<p>Citoyens directeurs,<br><br> +Après la bataille de Lodi, Beaulieu passa l'Adige et le +Mincio. Il appuya sa droite au lac Garda, sa gauche sur la +ville de Mantoue, et plaça des batteries sur tous les points +de cette ligne, afin de défendre le passage du Mincio.</p> + +<p>Le quartier-général arriva, le 9, à Brescia; j'ordonnai au +général de division Kilmaine de se rendre, avec quinze cents +hommes de cavalerie et huit bataillons de grenadiers, à +Dezinzano. J'ordonnai au général Rosca de se rendre, avec +une demi-brigade d'infanterie légère, à Salo. Il s'agissait de +faire croire au général Beaulieu que je voulais le tourner par +le haut du lac, pour lui couper le chemin du Tyrol, en passant +par Riva. Je tins toutes les divisions de l'armée en +arrière, en sorte que la droite, par laquelle je voulais effectivement +attaquer, se trouvait à une journée et demie de +marche de l'ennemi. Je la plaçai derrière la rivière de Chenisa, +où elle avait l'air d'être sur la défensive, tandis que le +général Kilmaine allait aux portes de Peschiera, et avait tous +les jours des escarmouches avec les avant-postes ennemis, +dans une desquelles fut tué le général autrichien Liptay.</p> + +<p>Le 10, la division du général Augereau remplaça à Dezinzano +celle du général Kilmaine, qui rétrograda à Lonado, +et arriva, la nuit, à Castiglione. Le général Masséna se +trouvait à Monte-Chiaro, et le général Serrurier à Montze. +A deux heures après minuit, toutes les divisions se mirent +en mouvement, toutes dirigeant leur marche sur Borgetto, +où j'avais résolu de passer le Mincio.</p> + +<p>L'avant-garde ennemie, forte de trois à quatre mille hommes +et de dix-huit cents chevaux, défendait l'approche de +Borgetto. Notre cavalerie, flanquée par nos carabiniers et +nos grenadiers, qui, rangés en bataille, la suivaient au petit +trot, chargea avec beaucoup de bravoure, mit en déroute +la cavalerie ennemie, et lui enleva une pièce de canon. L'ennemi +s'empressa de passer le pont et d'en couper une arche: +l'artillerie légère engagea aussitôt la canonnade. L'on raccommodait +avec peine le pont sous le feu de l'ennemi, lorsqu'une +cinquantaine de grenadiers, impatiens, se jettent à l'eau, +tenant leurs fusils sur leur tête, ayant de l'eau jusqu'au +menton: le général Gardanne, grenadier pour la taille et le +courage, était à la tête. Les soldats ennemis croient revoir la +fameuse colonne du pont de Lodi: les plus avancés lâchent +pied; on raccommode alors le pont avec facilité, et nos grenadiers, +en un instant, passent le Mincio, et s'emparent de +Valeggio, quartier-général de Beaulieu, qui venait seulement +d'en sortir.</p> + +<p>Cependant les ennemis, en partie en déroute, étaient rangés +en bataille entre Valeggio et Villa-Franca. Nous nous +gardons bien de les suivre; ils paraissent se rallier et prendre +confiance, et déjà leurs batteries se multiplient et se rapprochent +de nous: c'était justement ce que je voulais; j'avais +peine à contenir l'impatience ou, pour mieux dire, la fureur +des grenadiers.</p> + +<p>Le général Augereau passa, sur ces entrefaites, avec sa +division; il avait ordre de se porter, en suivant le Mincio, +droit sur Peschiera, d'envelopper cette place, et de couper +les gorges du Tyrol: Beaulieu et les débris de son armée se +seraient trouvés sans retraite.</p> + +<p>Pour empêcher les ennemis de s'apercevoir du mouvement +du général Augereau, je les fis vivement-canonner du village +de Valeggio; mais l'ennemi, instruit par ses patrouilles de +cavalerie du mouvement du général Augereau, se mit aussitôt +en route pour gagner le chemin de Castel-Nuovo: un renfort +de cavalerie qui leur arriva les mit à même de protéger leur +retraite. Notre cavalerie, commandée par le général Murat, +fit des prodiges de valeur; ce général dégagea lui-même +plusieurs chasseurs que l'ennemi était sur le point de faire +prisonniers. Le chef de brigade du dixième régiment de chasseurs, +Leclerc, s'est également distingué. Le général Augereau, +arrivé à Peschiera, trouva la place évacuée par l'ennemi.</p> + +<p>Le 12, à la pointe du jour, nous nous portâmes à Rivoli; +mais déjà l'ennemi avait passé l'Adige et enlevé presque tous +les ponts, dont nous ne pûmes prendre qu'une partie. On +évalue la perte de l'ennemi, dans cette journée, à quinze +cents hommes et cinq cents chevaux, tant tués que prisonniers. +Parmi les prisonniers se trouve le prince de Couffla, +lieutenant-général des armées du roi de Naples, commandant +en chef la cavalerie napolitaine. Nous avons pris également +cinq pièces de canon, dont deux de 12, et trois de 6, avec +sept ou huit caissons chargés de munitions de guerre. Nous +avons trouvé à Castel-Nuovo des magasins, dont une partie +était déjà consumée par les flammes. Le général de division +Kilmaine a eu son cheval blessé sous lui.</p> + +<p>Voilà donc les Autrichiens entièrement expulsés de l'Italie. +Nos avant-postes sont sur les montagnes de l'Allemagne. +Je ne vous citerai pas tous les hommes qui se sont signalés +par des traits de bravoure, il faudrait nommer tous les grenadiers +et carabiniers de l'avant-garde; ils jouent et rient +avec la mort. Ils sont aujourd'hui parfaitement accoutumés +avec la cavalerie, dont ils se moquent. Rien n'égale leur intrépidité, +si ce n'est la gaieté avec laquelle ils font les marches +les plus forcées. Ils servent tour à tour la patrie et l'amour.</p> + +<p>Vous croiriez qu'arrivés au bivouac ils doivent au moins +dormir? Point du tout: chacun fait son conte ou son plan +d'opérations du lendemain, et souvent on en voit qui rencontrent +très-juste. L'autre jour, je voyais défiler une demi-brigade, +un chasseur s'approcha de mon cheval: «Général, +me dit-il, il faut faire cela! Malheureux! lui dis-je, veux-tu +bien te taire.» Il disparaît à l'instant. Je l'ai fait en vain +chercher; c'était justement ce que j'avais ordonné que l'on +fît.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Peschiera, le 13 prairial an 4 +(1er juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>La république de Venise a laissé occuper par les Impériaux +Peschiera, qui est une place forte; mais, grâce à la +victoire de Borgetto, nous nous en sommes emparés, et je +vous écris aujourd'hui de cette ville.</p> + +<p>Le général Masséna occupe, avec sa division, Vérone, +belle et grande ville qui a deux ponts sur l'Adige.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Roverbello, le 15 prairial an 4 +(3 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>A monsieur le duc d'Aoste.</i></p> + +<p>J'ai reçu, monsieur, votre courrier; la conduite du roi à +l'occasion de M. Bounnafier est digne de lui.</p> + +<p>Je vais prendre des mesures pour que, pendant le peu de +temps que la police de la ville d'Alba appartiendra à l'armée, +il ne se commette aucun trouble; mais j'espère que nous hâterons, +le plus que possible, le moment de l'exécution du +traité, afin de voir consolidée la paix qui doit désormais unir +les deux puissances.</p> + +<p>J'ai ordonné au commandant de la place d'Alba de faire +relâcher différens particuliers, sujets du roi, qui avaient été +arrêtés, pour je ne sais pas trop quelle espèce de représailles.</p> + +<p>Je me flatte que vous êtes persuadé que je n'oublierai rien +de ce qui pourra vous être agréable, me mériter votre estime, +et vous convaincre des sentimens de considération, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Roverbello, le 16 prairial an 4 +(4 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la république à Venise.</i></p> + +<p>Le sénat m'a envoyé deux sages du conseil; il est nécessaire +que vous lui témoigniez le mécontentement de la république +de ce que Peschiera a été livrée aux Autrichiens. Le +sang français a coulé pour la reprendre. Il ne faut pas cependant +nous brouiller avec une république dont l'alliance nous +est utile.</p> + +<p>J'ai parlé aux sages de la cocarde nationale; je crois que +vous devez fortement tenir pour que les Français la portent, +et que l'injure qui a été faite soit réparée.</p> + +<p>Tenez-moi instruit de tout en détail. Je pars à l'instant +pour Milan, adressez-moi là vos nouvelles; ne me laissez pas +ignorer ce que fait Beaulieu et le mouvement des troupes +en Bavière.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Par l'armistice conclu entre les deux armées française et +napolitaine, nous obtenons les résultats suivans: +1°. Nous ôtons deux mille quatre cents hommes de cavalerie +à l'armée autrichienne, et nous les plaçons dans un lieu +où ils sont à notre disposition. +2°. Nous ôtons aux Anglais cinq vaisseaux de guerre et +plusieurs frégates. +3°. Nous continuons à mettre les coalitions en déroute.</p> + +<p>Si vous faites la paix avec Naples, la suspension aura été +utile, en ce qu'elle aura affaibli de suite l'armée allemande. +Si, au contraire, vous ne faites pas la paix avec Naples, la +suspension aura encore été utile, en ce qu'elle me mettra à +même de prendre prisonniers les deux mille quatre cents +hommes de cavalerie napolitaine, et que le roi de Naples aura +fait une démarche qui n'aura pas plu à la coalition. Cela me +porte à traiter la question militaire: pouvons-nous et devons-nous aller à Naples?</p> + +<p>Le siège du château de Milan, la garde du Milanais et +la garnison des places conquises, demandent quinze mille +hommes.</p> + +<p>La garde de l'Adige et des positions du Tyrol, vingt mille +hommes.</p> + +<p>Il ne reste, compris les secours qui arrivent de l'armée des +Alpes, que six mille hommes.</p> + +<p>Mais, eussions-nous vingt mille hommes, il ne nous conviendrait +pas de faire vingt-cinq jours de marche, dans les +mois de juillet et d'août, pour chercher la maladie et la +mort. Pendant ce temps-là, Beaulieu repose son armée dans +le Tyrol, la recrute, la renforce de secours qui lui arrivent +tous les jours, et nous reprendra dans l'automne ce que nous +lui avons pris dans le printemps. Moyennant cet armistice +avec Naples, nous sommes à même de dicter à Rome toutes +les conditions qu'il nous plaira; déjà, dans ce moment-ci, +la cour de Rome est occupée à faire une bulle contre ceux +qui prêchent en France la guerre civile, sous prétexte de religion.</p> + +<p>Par la conversation que j'ai eue ce matin avec M. Azara, +ministre d'Espagne, envoyé par le pape, il m'a paru qu'il +avait ordre de nous offrir des contributions. Je serai bientôt +à Bologne. Voulez-vous que j'accepte alors, pour accorder +un armistice au pape, vingt-cinq millions de contributions +en argent, cinq millions en denrées, trois cents cadres, des +statues et des manuscrits en proportion, et que je fasse +mettre en liberté tous les patriotes arrêtés pour faits de la révolution? +J'aurai au reste le temps de recevoir vos ordres là-dessus, puisque je ne crois pas être à Bologne avant dix ou +quinze jours. Alors, si les six mille hommes que commande +le général Châteauneuf-Randon arrivent, il n'y aura pas +d'inconvénient de se porter de Bologne jusqu'à Rome. Au +reste, je vous prie de rester persuadé que lorsqu'une fois +vous m'avez fait connaître positivement vos intentions, il +faudrait qu'elles fussent bien difficiles, pour que je ne puisse +pas les exécuter.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Lorsque M. Beaulieu sut que nous marchions pour passer +le Mincio, il s'empara de la forteresse de Peschiera, qui appartient +aux Vénitiens. Cette forteresse, située sur le lac de +Garda, à la naissance du Mincio, a une enceinte bastionnée +en très-bon état, et quatre-vingt pièces de canon, qui, à la +vérité, n'étaient pas montées.</p> + +<p>M. le provéditeur général, qui était à Vérone avec deux +mille hommes, aurait donc bien pu faire en sorte que cette +place ne fût pas occupée par les Autrichiens, qui y sont entrés +sans aucune espèce de résistance, lorsque j'étais arrivé à +Brescia, c'est-à-dire à une journée de-là.</p> + +<p>Dès que j'appris que les Autrichiens étaient à Peschiera, +je sentis qu'il ne fallait pas perdre un instant à investir cette +place, afin d'ôter à l'ennemi les moyens de l'approvisionner. +Quelques jours de retard m'auraient obligé à un siège de trois +mois.</p> + +<p>Le combat de Borghetto et le passage du Mincio nous rendirent +cette place deux jours après. Le provéditeur vint à +grande hâte se justifier, je le reçus fort mal. Je lui déclarai +que je marchais sur Venise porter moi-même plainte au sénat +d'une trahison aussi manifeste. Pendant le temps que nous +nous entretenions, Masséna avait ordre d'entrer à Vérone, à +quelque prix que ce fût. L'alarme à Venise a été extrême. +L'archiduc de Milan, qui y était, s'est sauvé sur-le-champ en +Allemagne.</p> + +<p>Le sénat de Venise vient de m'envoyer deux sages du conseil, +pour s'assurer définitivement où en étaient les choses. Je leur +ai renouvelé mes griefs, je leur ai parlé aussi de l'accueil +fait à Monsieur; je leur ai dit que, du reste, je vous avais +rendu compte de tout, et que j'ignorais la manière dont vous +prendriez cela: que, lorsque je suis parti de Paris, vous +croyiez trouver dans la république de Venise une alliée fidèle +aux principes; que ce n'était qu'avec regret que leur conduite +à l'égard de Peschiera m'avait obligé de penser autrement; +que, du reste, je croyais que ce serait un orage qu'il serait +possible à l'envoyé du sénat de conjurer. En attendant, ils +se prêtent de la meilleure façon à nous fournir ce qui peut +être nécessaire à l'armée.</p> + +<p>Si votre projet est de tirer cinq ou six millions de Venise, +je vous ai ménagé exprès cette espèce de rupture. Vous +pourriez les demander en indemnité du combat de Borghetto, +que j'ai été obligé de livrer pour prendre cette place. Si vous +avez des intentions plus prononcées, je crois qu'il faudrait +continuer ce sujet de brouillerie, m'instruire de ce que vous +voulez faire, et attendre le moment favorable, que je saisirai +suivant les circonstances: car il ne faut pas avoir affaire à +tout le monde à la fois.</p> + +<p>La vérité de l'affaire de Peschiera est que Beaulieu les a +lâchement trompés; il leur a demandé le passage pour cinquante +hommes, et il s'est emparé de la ville. Je fais dans ce +moment-ci mettre Peschiera en état de défense, et, avant +quinze jours, il faudra de l'artillerie de siège et un siège en +règle pour la prendre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>A M. le prince de Belmonte-Pignatelli.</i></p> + +<p>L'armistice que nous avons conclu hier sera, je l'espère, +le préambule de la paix. Les négociations doivent commencer +le plus tôt possible, et dès-lors, quoique les troupes +tardent à arriver à leurs cantonnemens, je ne crois pas que +ce puisse être une raison de guerre, dès l'instant que l'ordre +de S. M. le roi de Naples serait parvenu, et que le corps de +troupes serait en marche pour se rendre à sa destination.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, à Gênes.</i></p> + +<p>Je ne vous écris pas aussi souvent que je le voudrais.</p> + +<p>Je vous ai envoyé la relation de l'affaire de Borghetto; +aujourd'hui je vous annonce la prise du faubourg Saint-Georges +de Mantoue et le cernement de cette ville.</p> + +<p>Je suis venu à Milan pour mettre à exécution le traité de +paix avec le roi de Sardaigne.</p> + +<p>Je vous prie de m'instruire des affaires de Corse; je compte +faire passer à Gênes quinze cents fusils de chasse pour les y +envoyer pour soutenir l'insurrection des patriotes.</p> + +<p>Je suis instruit que le ministre de l'empereur à Gênes +excite les paysans à la révolte, et leur fait passer de la poudre +et de l'argent. Si cela est, mon intention est de le faire +arrêter dans Gênes même.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallement, à Venise.</i></p> + +<p>Je vois avec plaisir que vos discussions avec le sénat se +sont terminées comme elles le devaient.</p> + +<p>Tenez-moi instruit du mouvement de Beaulieu; ne négligez +rien et envoyez de tous côtés des espions pour connaître +ses opérations et les renforts qu'il reçoit.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 prairial an 4 (8 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot..</i></p> + +<p>Je vous dois des remercîmens pour les choses honnêtes +que vous me dites. La récompense la plus douce des fatigues, +des dangers, des chances de ce métier-ci se trouve dans l'estime +du petit nombre d'hommes qu'on apprécie.</p> + +<p>Par ma lettre au directoire, vous verrez notre position. Si +les bataillons annoncés nous joignent à temps, il nous sera +facile d'aller jusqu'à Rome. Cependant, comme les opérations +d'Allemagne peuvent changer notre position d'un moment +à l'autre, je crois qu'il serait bon qu'on me laissât la +faculté de conclure l'armistice avec Rome, ou d'y aller: dans +le premier cas, me prescrire les conditions de l'armistice; +dans le second, me dire ce que je dois y faire, car nos troupes +ne pourraient pas s'y maintenir long-temps. L'espace est +immense, le fanatisme très-grand, et la grande disproportion +des distances rend les hommes hardis.</p> + +<p>Je serai, dès l'instant que les inondations seront finies, à +Livourne et à Bologne. Je recevrai là vos ordres, et si vous +acceptez l'armistice avec Rome, je le conclurai là.</p> + +<p>Nous sommes bientôt en juillet, où toutes les marches +nous vaudront deux cents malades.</p> + +<p>Il est arrivé un commissaire du directoire pour les contributions. +Un million est parti pour Bâle pour l'armée du Rhin.</p> + +<p>Vous avez à Gênes huit millions, vous pouvez compter +là-dessus.</p> + +<p>Deux millions encore partaient pour Paris; mais le commissaire +m'a assuré que votre intention est que tout aille à +Gênes.</p> + +<p>Je mériterai votre estime; je vous prie de me continuer +votre amitié, et de me croire pour la vie, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 prairial an 4 (8 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p> + +<p>Votre jeune cousin m'est arrivé hier: il m'a l'air actif, +quoique encore un peu jeune. Je le tiendrai avec moi: il sera +bientôt à même d'affronter le péril et de se distinguer. J'espère +qu'il sera digne de vous, et que j'aurai un bon compte +à vous en rendre.</p> + +<p>Je suis bien aise de faire quelque chose qui vous soit +agréable.</p> + +<p>Ici, tout va assez bien; mais la canicule arrive au galop, +et il n'existe aucun remède contre son influence dangereuse. +Misérables humains que nous sommes, nous ne pouvons +qu'observer la nature, mais non la surmonter.</p> + +<p>La campagne d'Italie a commencé deux mois trop tard; +nous nous trouvons obligés de rester dans le pays le plus malsain +de l'Italie. Je ne vois qu'un moyen pour ne pas être +battus à l'automne, c'est de s'arranger de manière à ne pas +être obligés de s'avancer dans le sud de l'Italie.</p> + +<p>Selon tous les renseignemens que l'on nous donne, l'empereur +envoie beaucoup de troupes à son armée d'Italie. Nous +attendons ici avec impatience des nouvelles du Rhin. Si notre +armée a des succès, comme je l'espère, il faut que l'on fasse +payer à l'empereur son entêtement: en attendant, je vous prie +de croire aux sentimens de fraternité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 prairial an 4 (9 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kellermann.</i></p> + +<p>J'ai vu, avec le plus grand plaisir, les demi-brigades que +vous nous envoyez: elles sont en bon état et bien disciplinées. +Je ne crains pas d'abuser de votre bonté; je vous envoie +un officier d'artillerie pour pourvoir, avec les fonds nécessaires, +au transport de cinq mille fusils, que je vous prie +instamment de nous faire passer, ainsi que douze obusiers de +6 pouces, et douze de 8.</p> + +<p>J'attends avec empressement votre réponse pour les dix-huit +cents hommes que je vous ai prié de faire mettre à Coni, +afin d'en pouvoir retirer la garnison.</p> + +<p>Vous devez avoir reçu cent mille francs; je donnerai des +ordres pour que l'on vous en envoie cent mille autres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Comeiras.</i></p> + +<p>Je ferai fournir trois mille quintaux de blé aux Grisons, à +condition qu'ils nous donneront des chevaux en paiement. +J'ai, à votre demande, fait détruire le fort de........ Je vous +enverrai tout ce que vous demandez. Il est nécessaire que +vous ayez la plus grande surveillance du côté de la Valteline, +pour connaître les mouvemens que Beaulieu pourrait +faire, et m'en prévenir à temps.</p> + +<p>Il me serait facile de vous faire passer quelques milliers de +fusils de chasse; mais cela serait-il bien employé dans les +mains de nos amis, et s'il est vrai que les chefs des ligues +sont vendus à la maison d'Autriche, ne serait-il pas dangereux +d'accroître leurs moyens de nuire?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Laharpe était du canton de Berne: les autorités +de ce canton lui ont confisqué ses biens au commencement +de la révolution. Je vous prie de vous intéresser pour les +faire rendre à ses enfans.</p> + +<p>Les Suisses nous ont fait demander la circulation de quelques +milliers de riz, nous ne leur avons accordé qu'à condition +que le canton de Berne restituerait au jeune Laharpe les +biens de son père. J'espère que vous approuverez cette mesure.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Barthélémy, ambassadeur à Bâle.</i></p> + +<p>Le canton de Berne a confisqué, au commencement de la +révolution, les biens de feu le général Laharpe; je vous prie +de vous intéresser pour les faire rendre à son fils.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Moreau.</i></p> + +<p>Je vous fais passer un million que vous tirerez sur Bâle, +des mains du citoyen Barthélémy, ambassadeur de la république +à Gênes, à qui je donne ordre de l'adresser.</p> + +<p>L'armée d'Italie a demandé au directoire la permission de +vous faire passer cet argent, provenant des contributions de +guerre, afin de soulager nos frères d'armes de l'armée du +Rhin. +Je suis flatté que cette occasion, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Pavie, le 24 prairial an 4 (12 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous donnerez les ordres pour que l'on établisse dans le +château de Pavie deux mille lits, avec des fournitures complètes. +Le commissaire des guerres requerra, à cet effet, de +la ville, les matelas, couvertures et draps nécessaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 25 prairial an 4 (13 juin 1796).</p> + +<p>Le général en chef porte plainte à la commission militaire, +contre le seigneur d'Arcquata, M. Augustin Spinola, +comme étant le chef de la rébellion qui a eu lieu à Arcquata, +où il a été assassiné plusieurs soldats, déchiré la cocarde +tricolore, pillé les effets de la république, et arboré l'étendard impérial.</p> + +<p>Le seigneur d'Arcquata et sa femme se sont toujours livrés +à leurs instigations perfides.</p> + +<p>Je demande que la commission militaire le juge conformément +aux lois militaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 25 prairial an 4 (13 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au gouverneur d'Alexandrie.</i></p> + +<p>Les officiers et soldats de la garnison de Serravalle ont pris +part à la dernière rébellion des fiefs impériaux; ils ont encouragé +les paysans, en leur fournissant des munitions de guerre.</p> + +<p>Cette conduite est très-éloignée d'être conforme aux intentions +du roi et de M. le duc d'Aoste.</p> + +<p>Je vous demande de faire punir sévèrement la conduite indigne +de ces militaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 26 prairial an 4 (14 Juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous donnerez l'ordre au vingt-deuxième régiment de chasseurs +à cheval de se rendre à Vérone, au quartier-général +du général Masséna, où il sera à sa disposition.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre à toutes les compagnies de grenadiers +ou détachemens de demi-brigades qui composent la +division du général Masséna, de les rejoindre de suite.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre au troisième bataillon de la deuxième +demi-brigade de rejoindre sa demi-brigade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 26 prairial an 4 (14 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au sénat de la république de Gênes.</i></p> + +<p>La ville de Gênes est le foyer d'où partent les scélérats qui +infestent les grandes routes, assassinant les Français et interceptant +nos convois, autant qu'il est en eux.</p> + +<p>C'est de Gênes que l'on a soufflé l'esprit de rébellion dans +les fiefs impériaux. M. Girola, qui demeure dans cette ville, +leur a publiquement envoyé des munitions de guerre; il accueille +tous les jours les chefs des assassins, encore dégoûttans +du sang français.</p> + +<p>C'est sur le territoire de la république de Gênes que se +commettent une partie de ces horreurs, sans que le gouvernement prenne aucune mesure; il paraît au contraire, par +son silence et l'asile qu'il accorde, sourire aux assassins.</p> + +<p>Malheur aux communes qui voient avec joie et même avec +indifférence ces crimes qui se commettent sur leur territoire, +et le sang français répandu par des assassins!</p> + +<p>Il est indispensable que ce mal ait un terme, et que les +hommes qui, par leur conduite, protègent les brigands, soient +très-sévèrement punis.</p> + +<p>Le gouverneur de Novi les protège, je demande que le +gouvernement en fasse un exemple sévère.</p> + +<p>M. Girola, qui a fait de Gênes une place d'armes contre +les Français, doit être arrêté, ou au moins chassé de la ville +de Gênes.</p> + +<p>Ces satisfactions préalables sont dues aux mânes de mes +frères d'armes, égorgés sur votre territoire.</p> + +<p>Pour l'avenir, je vous demande une explication catégorique. +Pouvez-vous ou non purger le territoire de la république +des assassins qui le remplissent? Si vous ne prenez pas +des mesures, j'en prendrai: je ferai brûler les villes et les +villages sur lesquels il sera commis l'assassinat d'un seul +Français.</p> + +<p>Je ferai brûler les maisons qui donneront refuge aux assassins. +Je punirai les magistrats négligens qui auraient transgressé +le premier principe de la neutralité, en accordant asile +aux brigands.</p> + +<p>L'assassinat d'un Français doit porter malheur aux communes +entières qui ne l'auraient pas protégé.</p> + +<p>La république française sera inviolablement attachée aux +principes de la neutralité; mais que la république de Gênes +ne soit pas le refuge de tous les brigands.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 27 prairial an 4 (15 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre à Gênes.</i></p> + +<p>Je vous envoie le général Murat, mon aide-de-camp. Je +désire que vous le présentiez de suite au sénat pour lui remettre +lui-même la note qu'il vous communiquera. Si vous +la présentiez, il faudrait quinze jours pour avoir la réponse, +et il est nécessaire d'établir une communication plus prompte, +qui électrise ces messieurs.</p> + +<p>L'armée du Rhin a battu les ennemis. Le général Berthier +doit vous avoir envoyé le bulletin de Bâle.</p> + +<p>Tout va bien; je vous embrasse. Les nouvelles de Paris +sont du 19: rien de nouveau.</p> + +<p>J'ai fait arrêter une quinzaine de chefs de brigands qui assassinaient +nos soldats: ils seront impitoyablement fusillés. +Dans ce moment-ci, une division fait justice d'Arcquata et +des fiefs impériaux.</p> + +<p>Faites placer à Novi un gouverneur meilleur que celui qui +y est. Je n'entends pas que le sénat laisse assassiner nos soldats +en détail. Je lui tiendrai parole.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 27 prairial an 4 (15 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Nous avons établi beaucoup de batteries sur la rivière de +Gênes; il faudrait en vendre aujourd'hui les canons et les +munitions aux Génois, afin de ne pas avoir à les garder, et +de pouvoir cependant les trouver en cas de besoin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 28 prairial on 4 (16 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au gouverneur de Novi.</i></p> + +<p>Vous donnez refuge aux brigands, les assassins sont protégés +dans votre territoire; il y en a aujourd'hui dans tous +les villages. Je vous requiers de faire arrêter tous les habitans +des fiefs impériaux qui se trouvent aujourd'hui sur votre territoire; +vous me répondrez de l'exécution de la présente réquisition; +je ferai brûler les villes et les maisons qui donneront +refuge aux assassins ou qui ne les arrêteront pas.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tortone, le 28 prairial an 4 (16 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Tous les détachemens de troupes qui sont dans les villes +différentes des états du roi de Sardaigne rejoindront leurs +corps, excepté les garnisons de Coni, Ceva, Cherasco, Tortone, +Alexandrie, Oneille et Loano.</p> + +<p>Il est défendu aux troupes et convois de l'armée de prendre +d'autre route que par Nice, Coni, Fossano, Asti, Alexandrie, +Tortone, Pavie, Milan, Cassano, Brescia, Peschiera, +ou bien Pavie, Pizzigithone, Crémone, Casal-Major, Borgoforte, +ou bien par Gênes, Novi, Tortone; ou bien par la +vallée d'Aoste.</p> + +<p>Les troupes du roi de Sardaigne s'étant chargées d'escorter +les convois, on n'enverra qu'un ou deux hommes d'escorte.</p> + +<p>Il ne sera plus fait de réquisitions dans les pays du roi de +Sardaigne; on évacuera tous les magasins que l'on pourrait +avoir dans ces pays, sur les places qui nous restent.</p> + +<p>Il est expressément défendu aux commissaires des guerres +d'accorder aucune route aux soldats isolés de leurs bataillons, +jusqu'à ce qu'ils soient au nombre de vingt-cinq. A cet effet, +les soldats qui se présenteront pour rejoindre leurs corps, +resteront en subsistance dans la place jusqu'à ce qu'ils soient +à ce nombre. Alors, le commissaire des guerres fera une feuille +de route jusqu'à l'endroit où ils devront se séparer pour +rejoindre chacun leurs corps.</p> + +<p>Les commandans de place auront soin de faire armer les +soldats, et de donner le commandement de ces détachemens +à un sous-officier de garnison, s'il ne s'en trouve pas parmi +ceux qui rejoignent; ce sous-officier accompagnera le détachement +jusqu'à la garnison la plus prochaine.</p> + +<p>Le général de division qui commande à Nice aura sous ses +ordres tout le département des Alpes maritimes; il nommera +des commandans dans toutes les étapes, afin de surveiller les +soldats passagers et les étapiers.</p> + +<p>Le général de division qui commande à Coni, aura sous sa +surveillance tout le pays compris entre le département des +Alpes maritimes, la Stura, le Tanaro, jusqu'aux états de +Gênes: dès lors il commandera à Ceva et à Cherasco; il mettra, +à chaque étape, un officier, auquel s'adresseront tous les +militaires qui auront des feuilles de route, et sur le visa duquel +les commandans piémontais feront délivrer l'étape à nos +soldats.</p> + +<p>Le général de division qui commandera à Tortone, aura +sous sa surveillance tous les pays compris entre le Tanaro, +la mer de Gênes, le Pô et les états du duc de Parme; il commandera +dès-lors à Alexandrie: il nommera des officiers pour +surveiller les soldats de passage dans chaque étape. Ce ne sera +que sur son visa que les agens du roi de Sardaigne délivreront +l'étape à nos soldats.</p> + +<p>Le général commandant la Lombardie commandera; on +nommera des officiers dans chaque étape pour surveiller les +étapiers, et maintenir une bonne discipline chez les soldats +de passage.</p> + +<p>Le chef de l'état-major enverra à ces différens généraux +la liste des officiers blessés, surnuméraires ou sans emploi, +qui pourraient être employés à cet effet.</p> + +<p>Le chef de l'état-major nommera deux officiers supérieurs +pour surveiller les routes de Cassano à Peschiera, et de +Pizzigithone à Goito: ces deux officiers se tiendront, le premier, +à Chiaro, et le deuxième, à Casale-Major; ils nommeront +des officiers à chaque étape pour surveiller les soldats +et tenir la main à ce que les employés de Venise délivrent +exactement, et en bonne fourniture, les étapes aux +soldats et aux chevaux.</p> + +<p>Chacun des officiers supérieurs aura avec lui quinze hommes +de gendarmerie à cheval et un détachement de cent cinquante +hommes, qui lui serviront à escorter les prisonniers et à +se porter partout où il serait nécessaire pour la sûreté de +la route.</p> + +<p>Le général commandant le Mantouan établira des officiers +dans toutes les étapes de son arrondissement, les généraux +de division en feront autant, chacun dans son arrondissement, +et jusqu'à l'étape qui joint la grande route.</p> + +<p>La route de Plaisance joindra la grande communication +de l'armée à Saint-Colombar.</p> + +<p>L'officier supérieur qui commande la place de Plaisance +aura la surveillance sur toute la route, depuis Saint-Colombar +à Parme.</p> + +<p>On mettra neuf jours pour aller de Coni à Pavie, sept +de Pavie à Peschiera, et six de Pavie à Goito.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 3 messidor an 4 (21 juin 1796).</p> + + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>La division du général Augereau, citoyens directeurs, a +passé le Pô à Borgoforte, le 28 prairial; il est arrivé à Bologne +le 1er messidor; il y a trouvé quatre cents soldats +qui y ont été faits prisonniers.</p> + +<p>Je suis parti de Tortone le 29 prairial; je suis arrivé le +1er messidor à Modène, d'où j'ai envoyé l'ordre, par l'adjudant-général Vegnat, à la garnison du château d'Urbin d'ouvrir +ses portes, de poser les armes, et de se rendre prisonnière de +guerre. J'ai continué ma route pour Bologne; je suis arrivé +à minuit. Nous avons trouvé, dans le fort Urbin, cinquante +pièces de canon bien approvisionnées, cinq cents fusils de +calibre, de très-beau modèle, et des munitions de bouche +pour nourrir six mille hommes pendant deux mois. Le fort +Urbin est dans un bon état de défense; il a une enceinte bastionnée, +revêtue et entourée de fossés pleins d'eau, avec un +chemin couvert nouvellement réparé. Il était commandé par +un chevalier de Malte, et trois cents hommes que nous avons +faits prisonniers.</p> + +<p>Nous avons fait prisonniers, à Bologne, le cardinal légat, +avec tous les officiers de l'état-major, et pris quatre drapeaux. +Nous avons également fait prisonnier le cardinal légat de Ferrare +avec le commandant de ce fort, qui est un chevalier de +Malte. Il y a dans le château de Ferrare cent quatorze pièces +de canon.</p> + +<p>L'artillerie que nous avons trouvée à Modène, au fort +Urbin et au château de Ferrare, forme un équipage de siège +qui nous mettra à même d'assiéger Mantoue.</p> + +<p>Les vingt tableaux que doit nous fournir Parme sont partis. +Le célèbre tableau de saint Jérôme est tellement estimé +dans ce pays, qu'on offrait 1,000,000 pour le racheter.</p> + +<p>Les tableaux de Modène sont également partis: le citoyen +Barthelemy s'occupe, dans ce moment-ci, à choisir les tableaux +de Bologne; il compte en prendre une cinquantaine, +parmi lesquels se trouve la sainte Cécile, qu'on dit être le +chef-d'oeuvre de Michel-Ange.</p> + +<p>Monge, Berthollet, Thouin, naturaliste, sont à Pavie, où +ils s'occupent à enrichir notre Jardin des Plantes et notre Cabinet +d'histoire naturelle. J'imagine qu'ils n'oublieront pas +une collection complète de serpens, qui m'a paru bien mériter +la peine de faire le voyage. Je pense qu'ils seront après-demain +à Bologne, où ils auront aussi une abondante récolte +à faire.</p> + +<p>J'ai vu, à Milan, le célèbre Oriani: la première fois qu'il +vînt me voir, il se trouva interdit, et ne pouvait pas répondre +aux questions que je lui faisais. Il revint enfin de son étonnement: +«Pardonnez, me dit-il, mais c'est la première fois que +j'entre dans ces superbes appartemens; mes yeux ne sont pas +accoutumés....» Il ne se doutait pas qu'il faisait, par ce +peu de paroles, une critique bien amère du gouvernement de +l'archiduc. Je me suis empressé de lui faire payer ses appointemens +et de lui donner tous les encouragemens nécessaires.</p> + +<p>Au premier courrier, je vous enverrai une copie des lettres +que je lui ai écrites, dès l'instant que j'ai reçu la +recommandation que vous m'avez envoyée pour lui.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 3 messidor an 4 (21 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, aux commissaires du gouvernement +près l'armée d'Italie.</i></p> + +<p>Les mouvemens actuels d'une partie de l'armée de Wurmser sur la +frontière des Grisons, et les renforts que Beaulieu +reçoit tous les jours, ceux plus considérables encore qui sont +en marche; l'opération sur Livourne, que le gouvernement +m'a ordonné d'entreprendre, et à laquelle je n'ai vu aucun +inconvénient militaire, comptant sur l'arrivée de six mille +hommes, que devait conduire le général Châteauneuf-Randon, +lesquels ont reçu contre-ordre et sont toujours à Nîmes; +la garnison que je serai obligé de laisser dans la place de +Livourne; tout nous fait une nécessité de faire venir, le +plus promptement possible, deux demi-brigades de l'armée +des Alpes. Il serait possible d'en tirer une des deux qui +sont à Lyon, et une existante dans le département de la +Drôme. Il sera facile au général de l'armée des Alpes de +remplacer les deux demi-brigades par des colonnes mobiles, +composées de garde nationale sédentaire mise en réquisition, +et je lui fais passer, à cet effet, 150,000 liv. en +numéraire, pour subvenir à leur solde.</p> + +<p>Je vous requiers donc de prendre les mesures les plus +efficaces et les plus promptes pour que ces deux demi-brigades +se rendent de suite à Milan: le besoin que nous en +avons est tellement pressant, que je crois que l'on doit faire +venir les plus près, et user de tous les moyens pour activer +leur marche et leur arrivée à Milan.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 4 messidor an 4 (22 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p> + +<p>Je viens de recevoir votre courrier; je connais trop bien +l'esprit du perfide gouvernement génois, pour ne pas avoir +prévu la réponse qu'il aurait faite.</p> + +<p>Je viens de recevoir, par un courrier extraordinaire du +directoire, la copie de la note que vous avez présentée lors +de la prise de cinq bâtimens.</p> + +<p>Voilà donc deux sujets de plainte; tenez querelle ouverte +sur l'un et l'autre objet. Je vous charge spécialement de +prendre les moyens les plus efficaces pour que l'argent, les +bijoux et autres objets précieux appartenans à la république, +et qui se trouvent à Gênes, soient bientôt évacués de cette +place.</p> + +<p>Faites appeler chez vous le citoyen Suci, et envoyez-moi, par +un courrier extraordinaire, l'inventaire des effets, quels qu'ils +soient, qui se trouvent à Gênes.</p> + +<p>Je vous prie de me tenir instruit, dans le plus grand détail, +de ce qui concerne notre position avec le sénat de +Gênes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 4 messidor au 4 (22 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>A l'adjudant-général Leclerc.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez à Coire, capitale du pays des Grisons; +vous y verrez le citoyen Comeyras, ministre de la +république; vous parcourrez le pays jusqu'au débouché de +Souabe; vous enverrez des espions prendre des renseignemens +sur la position et les mouvemens de l'ennemi, de l'autre +côté des montagnes. Vous m'instruirez de ce qui pourrait en +mériter la peine, par un courrier extraordinaire, que vous +adresserez au général Despinois à Milan.</p> + +<p>Vous choisirez les positions que l'ennemi pourrait prendre +pour descendre des montagnes dans le Milanais, en supposant +qu'il voulût le tenter.</p> + +<p>Vous resterez le temps nécessaire dans ce pays pour le +parcourir, le connaître et acquérir les connaissances sur l'esprit +qui anime les habitans.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Bologne, le 4 messidor an 4 (22 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général-chef des ligues grises.</i></p> + +<p>Je vous adresse le citoyen Leclerc, adjudant-général, +pour vous donner une marque de l'amitié de la république +française et du désir que j'ai de vous être utile, comptant +sur une parfaite réciprocité de votre part.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 5 messidor an 4 (23 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la république à Venise.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen ministre, de mettre plus d'activité +dans votre correspondance secrète, et de pouvoir me faire +passer tous les jours un bulletin des forces et des mouvemens +de l'ennemi. Vous devriez avoir des espions à Trente, +à Roveredo, à Inspruck, et avoir tous les jours des bulletins +de ces endroits: c'est ainsi que fait le citoyen Barthélémy +à Bâle, et qui, par là, rend des services majeurs +à la république. Je suis instruit, par une voie indirecte, +que Venise arme, et vous ne m'instruisez pas de quelle nature +et de quelle force sont ces armemens. Vous sentez combien +il importe que je sois instruit à temps sur des objets +pareils.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 5 messidor an 4 (23 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot, ministre à Florence.</i></p> + +<p>Je vous envoie le citoyen Marmont, mon aide-de-camp, +chef de bataillon, pour remettre une lettre au grand-duc +de Toscane; elle est sous cachet volant, afin que vous puissiez +en voir le contenu. Je désirerais que vous le présentassiez +à son Altesse Royale. Si vous voulez me parler, écrivez +ici avant demain matin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 8 messidor an 4 (26 juin 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot.</i></p> + +<p>J'apprends à l'instant qu'en conséquence d'un ordre général +qui a été donné de ne rien laisser passer de ce qui +se rendrait à Bologne, à Florence, il pourrait se faire que +M. Manfredini n'eût pas pu passer, et qu'il fût encore à +Bologne. Si cela était, je serais désespéré de ce contre-temps. +Je vous prie de faire mes excuses au grand-duc, et de faire +partir de suite un courrier pour Bologne avec l'ordre ci-joint.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Livourne, le 9 messidor an 4 +(27 juin 1796).</p> + +<p>Le général chef de l'état-major donnera sur-le-champ les +ordres les plus précis au chef de bataillon Hulin, commandant +la place de Livourne, de faire arrêter le gouverneur +de la ville aussitôt qu'il sera informé que la soixante-quinzième +demi-brigade arrivera; que ce gouverneur soit mis +sous bonne garde dans une maison près du camp, pour +le faire partir de là pour Florence, dans une voiture qui +sera escortée, lorsque le général en chef aura déterminé +l'heure du départ de cet officier, pour lequel on aura d'ailleurs +tous les égards convenables.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Livourne, le 11 messidor an 4 +(29 juin 1796).</p> + +<p>Le général Vaubois tiendra garnison à Livourne avec la +soixante-quinzième demi-brigade, une compagnie d'artillerie +et un escadron du premier régiment de hussards; il fera +mettre les batteries qui défendent l'entrée du port dans un +bon état de défense, les fera arranger de manière qu'il n'y ait +que des pièces d'un ou de plus deux calibres à chaque batterie; +il fera monter des grils à boulets rouges, et aura soin +que les pièces soient approvisionnées à cent coups; il choisira +un fort de la ville, celui le plus dans le cas de se défendre, +et qui a des communications avec l'intérieur; il fera +mettre ce fort en état de défense; fera, à cet effet, les déplacemens +d'artillerie qu'il jugera nécessaires; établira un +magasin où il y ait de quoi nourrir deux mille hommes pendant +quarante jours avec tous les accessoires pour soutenir +le siège.</p> + +<p>Il n'épargnera aucun moyen pour maintenir Livourne dans +une parfaite tranquillité; il fera en sorte de s'attacher les +troupes du grand-duc de Toscane, sur lesquelles il aura +toujours l'oeil; il se maintiendra en bonne harmonie avec le +gouverneur; il lui renverra toutes les affaires de détail; lui +montrera de grands égards, surtout en particulier; mais conservera +sur lui, surtout en public, une grande supériorité. +S'il y avait à Livourne des complots ou toute autre chose qui +intéressât l'existence des troupes françaises, il prendra alors +toutes les mesures nécessaires pour rétablir le calme et punir +les malintentionnés. Il n'épargnera ni les personnes, ni les +propriétés, ni les maisons.</p> + +<p>Dans toutes les affaires difficiles qui pourraient lui survenir, +il consultera le citoyen Miot, ministre de la république +française à Florence, qui sera à même de lui donner de bons +renseignemens.</p> + +<p>Il protégera le consul dans l'opération intéressante dont il +est chargé: se trouvant le premier agent de la république à +Livourne, il surveillera tous les intérêts de la république, +et me rendra compte de tous les abus qu'il ne dépendrait pas +de lui de réprimer.</p> + +<p>Il vivra d'une manière convenable; il aura souvent à sa +table les officiers du grand-duc et les consuls des puissances +étrangères: il lui sera accordé à cet effet des dépenses extra-ordinaires. +Il nommera un officier pour surveiller le port; il nommera +un commandant de chaque fort; il maintiendra les corsaires +dans une sévère discipline, et veillera à ce qu'ils respectent +le pavillon neutre, et spécialement le pavillon espagnol. Il +se fera, tous les jours, rendre compte des rapports des vigies; +il me tiendra informé de tout ce qui se passe dans le pays où +il se trouve, et m'enverra le rapport de toutes les nouvelles +de Corse qui lui arriveront. Il écrira aux fiefs impériaux qui +environnent la ville, afin qu'ils reconnaissent la république, +et il me fera part du nombre de ces fiefs, et de leur population, +de leur richesse, et de l'esprit qui les anime. Il maintiendra +une sévère discipline vis-à-vis ses troupes; il tiendra la +main à ce que tous les soldats soient casernés, et que personne, +depuis le général, jusqu'au dernier employé, ne soit logé +chez l'habitant. +Il aura avec lui un adjudant-général, un commissaire des +guerres, un employé de chaque partie de l'administration.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Livourne, le 12 messidor an 4 (30 juin 1796).</p> +<p class="milieu"><i>Au consul de la république à Livourne.</i></p> + + +<p>Le consul de la république à Livourne fera lever les scellés +et dresser les inventaires de tous les magasins appartenans à +l'Angleterre et aux négocians anglais, à l'empereur, à la czarine +de Russie, et enfin aux princes ou particuliers des états +avec lesquels nous sommes en guerre. Il fera faire toutes les +démarches, et prendra toutes les mesures nécessaires pour +découvrir, faire restituer et saisir toutes les marchandises +qui auraient été mises en dépôt par les différens particuliers +chez des négocians livournais; il fera même solder à cet effet +tout ce qu'il croira nécessaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 14 messidor an 4 +(2 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Dès l'instant, citoyens directeurs, que l'armée impériale +fut battue sur le Mincio, l'on vit avancer l'artillerie de siège, +et, du 29 au 30 prairial, on ouvrit la tranchée devant le +château de Milan. Le 9 messidor, nos batteries se dégagèrent +à la fois, et, pendant quarante-huit heures, obtinrent une +telle supériorité de feu, que le gouverneur battit la chamade, +et capitula le 11 à trois heures du matin.</p> + +<p>Nous avons trouvé dans ce fort cinq mille fusils, deux +cent milliers de poudre, cent cinquante bouches à feu, et +des approvisionnemens assez considérables. +Le général Despinois a commandé ce siège. Il a reçu, le +jour de l'ouverture de la tranchée, le brevet de général de +division que vous lui avez envoyé <a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>. +Le citoyen Lekain, chef de bataillon, a commandé le génie, +et le citoyen Verrière, l'artillerie. Je suis bien aise de +saisir cette occasion pour témoigner la satisfaction que j'ai +de l'activité et du zèle du citoyen Chasseloup, chef de brigade, +commandant le génie de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Footnote 9:</b><a href="#footnotetag9"> (return) </a> Ce général Despinois est le même qui commandait Paris en 1816.</blockquote> + +<br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Roveredo, le 17 messidor an 4 +(5 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu">Au directoire exécutif.</p> + +<p>Après le combat de Borghetto, citoyens directeurs, les +ennemis se sont retirés sur les hautes montagnes pour nous +défendre les issues du Tyrol; ils ont tiré des lignes, qu'ils ont +fortifiées avec beaucoup de soins, entre la tête du lac de Garda +et l'Adige. Masséna ordonna au général Joubert d'attaquer +les ennemis par la Bochetta de Campion. Le chef de bataillon +Marchand se mit en marche, tourna l'ennemi par la droite: +ce fut le signal de l'attaque. Les armes sur le bras et sans +tirer un coup de fusil, nos soldats gravirent les rochers escarpés, +tuèrent cent hommes, firent deux cents prisonniers, +avec quatre cents tentes et tous les bagages. +Pendant ce temps-là, le chef de bataillon Recco, officier +de la plus grande bravoure, tourna l'ennemi par la gauche, +s'empara de l'excellente position de Belone, tua trois cents +hommes, et fit soixante-dix prisonniers. +L'ennemi a abandonné des retranchemens que nous n'aurions +pas construits en six mois, tout a été culbuté; et un +mois de fatigues, de peines, est perdu en un instant.</p> + +<p>Voilà le premier combat qui a eu lieu entre les deux armées, +depuis que le nouveau général la commande.</p> + +<p>J'irai bientôt attaquer l'escadre autrichienne qui tient le +lac de Garda.</p> + +<p>Voici les traits de bravoure qui ont honoré les républicains +dans cette affaire:</p> + +<p>Claude Roche, carabinier de la deuxième compagnie de la +onzième demi-brigade d'infanterie légère, sauta le premier +dans les retranchemens ennemis, tua l'officier; et, sans s'arrêter +à sa montre qui paraissait, ni à ses dépouilles, il se saisit +de son sabre nu, en tua un Autrichien, et en fit trois prisonniers.</p> + +<p>Jean Gerrin, de la même compagnie, tombe sur douze Autrichiens, +les met en joue: son fusil ratte, il se jette sur eux +le sabre à la main, coupe le bras au premier; les autres tombent +à ses genoux et se rendent.</p> + +<p>Ardionne, sous-lieutenant de la même compagnie, le même +qui, avec une vingtaine d'hommes, s'empara de la pièce de +13 à Borghetto, s'est toujours présenté dans les retranchemens, +à la tête des carabiniers, auxquels son exemple fait affronter +tous les dangers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Roveredo, le 17 messidor an 4 +(5 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre de la république à Gênes.</i></p> + +<p>Je préfère que les déserteurs allemands prennent plutôt du +service dans l'armée espagnole que dans l'armée vénitienne, +c'est pourquoi je vous prie de prévenir le recruteur espagnol +que je l'autorise à se rendre à Brescia, où je lui ferai passer +tous les déserteurs allemands.</p> + +<p>Je suis ici depuis hier. Le général Masséna a été chercher +l'ennemi, lui a tué quatre cents hommes, et lui a fait trois +cent cinquante prisonniers.</p> + +<p>Je m'approcherai à mesure de vos murs.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Roveredo, le 17 messidor an 4 +(5 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>A l'ordonnateur de la marine à Toulon,</i></p> + +<p>Il va partir de Bologne quatre-vingt voitures chargées de +chanvre pour Nice, où elles seront à votre disposition.</p> + +<p>J'ai écrit au ministre de la marine, pour le prévenir qu'il +pourrait envoyer des commissaires à Rome pour toucher jusqu'à +concurrence de 4,000,000 liv. numéraire.</p> + +<p>Je serai toujours empressé de faire quelque chose qui +puisse contribuer à la restauration de notre marine, quoiqu'au +fond il faille un ordre du gouvernement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Roveredo, le 18 messidor an 4 +(6 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot, membre du directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Berthier est furieux de la victoire imaginaire +que les gazetiers allemands font remporter à Beaulieu sur +nous. Quant à moi, je trouve que ces messieurs ont raison de +chercher à se consoler par le seul moyen qui leur reste: les +rêves ont toujours été la consolation des malheureux!</p> + +<p>Toutes nos affaires diplomatiques en Italie, hormis Gênes +et Venise, sont terminées.</p> + +<p>Venise, le moment n'est pas favorable; il faut auparavant +prendre Mantoue et bien battre Wurmser.</p> + +<p>Quant à Gênes, le juste moment est arrivé. J'écris là-dessus +longuement au directoire: je suis de l'avis du citoyen +Faypoult, qui est de chasser du gouvernement une vingtaine +de familles qui nous ont trahis dans tous les temps, et de +faire rappeler au contraire celles exilées qui ont montré de +l'amitié pour nous. Dès l'instant que je connaîtrai vos intentions +là-dessus, je me mettrai en devoir de les exécuter: en +attendant, je vais commencer les négociations pour les dix +millions.</p> + +<p>Tout va assez bien; l'ennemi se renforce; nous ne le chercherons +pas, à moins qu'il ne s'approche trop de l'Adige, et +nous allons concentrer tous nos moyens pour enlever Mantoue.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Roveredo, le 18 messidor an 4 +(6 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Le général en chef Bonaparte au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'apprends à l'instant, citoyens directeurs, que la garnison +de Mantoue a fait une sortie; elle est rentrée plus vite qu'elle +n'était sortie, en laissant une cinquantaine de morts.</p> + +<p>Je ferai ce soir une dernière reconnaissance pour fixer les +dernières opérations du siège; dans quatre ou cinq jours, la +tranchée sera ouverte.</p> + +<p>Les divisions de l'armée qui sont sur les montagnes du Tyrol +se portent parfaitement bien. La division du général Serrurier, +qui assiège Mantoue, et qui est forte de sept mille +hommes, commence à avoir cinquante malades tous les jours. +Il m'est impossible de tenir moins de monde autour de Mantoue, +où il y a au moins huit ou dix mille hommes de garnison. +Il y a un mois que je tiens cette place bloquée de cette +manière. L'ennemi, instruit probablement de la faiblesse des +assiégeans, a voulu souvent faire des sorties, et a été toujours +battu.</p> + +<p>Mais actuellement je suis obligé de renforcer cette division, +puisque l'ouverture de la tranchée va commencer. J'espère +que nous aurons bientôt la ville, sans quoi nous aurions +bien des malades.</p> + +<p>Wurmser commence à faire des mouvemens pour chercher +à débloquer Mantoue. J'attends avec quelque impatience les +dix bataillons de l'armée de l'Océan, que vous m'avez annoncés +depuis long-temps, et dont je n'ai pas encore eu de +nouvelles.</p> + +<p>Je ne m'occuperai des demandes à faire à Venise que lorsque +l'affaire de Gênes sera finie, Mantoue pris, et les affaires +qui vont s'entamer terminées.</p> + +<p>On porte les renforts arrivés à l'ennemi à trente-un mille +hommes, dont dix mille Tyroliens; dix-huit mille, reste de +l'armée de Beaulieu; huit mille, garnison de Mantoue: en +tout, soixante-sept mille hommes.</p> + +<p>Voici la force de notre armée: Division de Masséna, treize +mille hommes; de Sauret, huit mille; d'Augereau, huit +mille; Serrurier, sept mille; Despinois, cinq mille; cavalerie, +trois mille: en tout, quarante mille hommes.</p> + +<p>Vous voyez la grande supériorité qu'a sur nous l'ennemi.</p> + +<p>Dans les quarante mille hommes dont il est question, les +garnisons de Livourne, de Milan, de Pavie, de Tortone, etc., +ne sont pas comprises.</p> + +<p>Je vous ai annoncé, dans ma dernière lettre, que j'avais +demandé six mille fusils à la république de Lucques: ils +étaient déjà en chemin; mais, n'étant pas de calibre, je les +ai renvoyés.</p> + +<p>J'ai fait séquestrer à Livourne tous les biens appartenans +aux Napolitains, vu que, par l'armistice, la suspension d'armes +n'est censée devoir commencer qu'au moment où la cavalerie +napolitaine sera rendue dans les positions qui lui sont +indiquées. Je crois cependant que vous pourrez ordonner la +restitution des biens appartenans aux Napolitains, par un +article du traité de paix. J'ai ordonné que tous les inventaires +des effets appartenans aux Napolitains fussent faits devant +leur consul.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Roveredo, le 18 messidor an 4 +(6 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai fait passer, citoyens directeurs, par mon dernier +courrier, la demande que j'avais faite au sénat de Gênes, +pour qu'il chassât le ministre de l'empereur, qui ne cessait +de fomenter la rébellion dans les fiefs impériaux, et de +faire commettre des assassinats. Vous recevrez la note que +le secrétaire d'état a communiquée au citoyen Faypoult, +et qu'il m'a envoyée. Vous recevrez également une lettre +du ministre Faypoult, relativement aux affaires de Gênes; +je vous prie de la prendre en considération, et de me +donner vos ordres là-dessus. Quant à moi, je pense, comme +le ministre Faypoult, qu'il faudrait chasser du gouvernement +de Gênes une vingtaine de familles qui, par la constitution +même du pays, n'ont pas le droit d'y être, vu qu'elles sont +feudataires de l'empereur ou du roi de Naples; obliger le +sénat à rapporter le décret qui bannit de Gênes huit ou dix +familles nobles: ce sont celles qui sont attachées à la France, +et qui ont, il y a trois ans, empêché la république de Gênes +de se coaliser. Par ce moyen-là, le gouvernement de Gênes +se trouverait composé de nos amis, et nous pourrions d'autant +plus y compter, que les nouvelles familles bannies se +retireraient chez les coalisés, et dès-lors les nouveaux gouvernans +de Gênes les craindraient, comme nous craignons le +retour des émigrés. Si vous approuvez ce projet-là, vous +n'avez qu'à m'en donner l'ordre, et je me charge des moyens +pour en assurer l'exécution.</p> + +<p>J'attends la réponse à cette lettre dans la première décade +de thermidor.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite"><i>Au quartier-général à Roveredo, le 18 messidor an 4 +(6 juillet 1796).</i></p> + +<p>Le général en chef est instruit qu'il s'est commis des abus +de toute espèce, et que les bons habitans du duché de +Mantoue sont foulés par des réquisitions abusives: il ordonne +en conséquence:</p> + +<p>1°. Qu'il y aura trois assemblées dans le duché de Mantoue, +composées d'un député par commune, qui s'assembleront +le 24 du mois.</p> + +<p>La première assemblée se tiendra à Roverbello, et comprendra +les députés de tous les pays entre le Mincio, le Pô +et les états de Venise.</p> + +<p>La seconde assemblée se tiendra à Couraque, et comprendra +les députés de tous les pays compris au-delà du Pô.</p> + +<p>La troisième se tiendra à Castiglione de Scrivia, et comprendra +les députés de tous les pays compris entre le Mincio, +le Pô, le Bressan et la Lombardie.</p> + +<p>2°. Chaque député portera avec lui: 1° son acte de députation +par sa municipalité; 2° un cahier des plaintes que +les habitans ont à porter contre les différens individus de +l'armée; 3° un état des contributions en argent que le pays +a fournies, et entre les mains de qui; 4° un état des contributions +en nature qui ont été fournies, et à qui données; +5° un état de ce qui a été trouvé dans les caisses publiques; +6° un état des impositions directes et indirectes, et ce qui +est dû.</p> + +<p>3°. Chaque assemblée sera présidée par le plus ancien +d'âge; elle s'assemblera dans un local qui sera désigné par +les municipalités où elles se réuniront.</p> + +<p>4°. Chaque assemblée nommera trois députés pour se rendre +avec tous les cahiers de plaintes et les états ci-dessus annoncés, +auprès du général en chef. Immédiatement après, l'assemblée +sera dissoute; elle ne pourra durer plus de douze +Heures.</p> + +<p>5°. Le général en chef défend, sous les peines les plus +sévères, aux agens de services, aux commissaires des guerres, +aux officiers, de faire aucune réquisition, à moins qu'elle +ne soit signée de l'ordonnateur en chef.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite"><i>Au quartier-général à Roveredo, le 19 messidor an 4 +(7 juillet 1796).</i></p> + +<p class="milieu"><i>À M. le provéditeur-général.</i></p> + +<p>Je reçois plusieurs rapports des assassinats qui ont été +commis par les habitans du Pont de Saint-Marc contre les +Français.</p> + +<p>Je ne doute pas que vous n'y mettiez ordre le plus tôt +possible, sans quoi les villages se trouveront exposés au juste +ressentiment de l'armée, et je ferai sur eux un exemple terrible.</p> + +<p>Je me flatte que vous ferez arrêter les coupables, et que +vous placerez de nouveaux détachemens dans cette ville pour +assurer les communications.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite"><i>Au quartier-général à Vérone, le 20 messidor an 4 (8 juillet 1796).</i></p> + +<p class="milieu"><i>À M. le provéditeur-général.</i></p> + +<p>Il y a entre les troupes françaises et les Esclavons une +animosité que des malveillans se plaisent sans doute à cimenter. +Il est indispensable, monsieur, pour éviter de plus +grands malheurs, aussi fâcheux que contraires aux intérêts +des deux républiques, que vous fassiez sortir, demain, de +Vérone, sous les prétextes les plus spécieux, les bataillons +d'Esclavons que vous avez dans cette ville.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite"><i>Au quartier-général à Vérone, le 21 messidor an 4 (9 juillet 1796).</i></p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Les circonstances actuelles de la guerre et la nécessité de +défendre Vérone, m'obligent, monsieur, à placer de l'artillerie +sur les remparts de cette ville. J'ai l'honneur de vous +prévenir que j'ai donné, à cet effet, des instructions au +général d'artillerie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite"><i>Au quartier-général à Vérone, le 34 messidor an 4 (12 juillet 1796).</i></p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Sauret, avec trois mille hommes, défend depuis +Salo, situé sur le lac de Garda, jusqu'au lac d'Iseo.</p> + +<p>Le général Masséna, avec douze mille hommes, défend +depuis Torre jusqu'à Rivalta sur l'Adige, et de là il défend +le passage de l'Adige jusqu'à San-Giovanni, trois milles plus +bas que Vérone. La ville de Vérone a été mise en état de +défense, en se servant de l'artillerie trouvée dans cette place.</p> + +<p>Le général Despinois défend, avec cinq mille hommes, +depuis San-Giovanni jusqu'à Runco.</p> + +<p>Le général Augereau, avec huit mille hommes, défend +depuis Runco jusqu'à Gastaniara; il y a des écluses par le +moyen desquelles on peut inonder tout le pays inférieur.</p> + +<p>Le général Kilmaine, avec deux mille hommes de cavalerie +et douze pièces d'artillerie légère, est à Valeze, pour +se porter partout où l'ennemi voudrait tenter un passage.</p> + +<p>Porto-Legnago, où il y a un pont sur l'Adige, est mis en +état de défense, en se servant de l'artillerie vénitienne trouvée +dans cette place.</p> + +<p>Indépendamment des ponts que nous avons à Porto-Legnago +et à Vérone, je fais établir, vis-à-vis la Chiusa, un +pont de bateaux, défendu par de bonnes batteries de position.</p> + +<p>Par le moyen de ces trois passages, l'armée passera rapidement, +au premier mouvement de l'ennemi, de la défensive +à l'offensive.</p> + +<p>L'ennemi a ses avant-postes à Alta, à Malsesena, et il +pousse maintenant des colonnes assez considérables derrière +la Brenta; il a à peu près huit mille hommes à Bassano.</p> + +<p>Nous sommes, depuis plusieurs jours, en observation +dans cette position.</p> + +<p>Malheur à celui qui calculera mal!...</p> + +<p>Quant à nous, nous sommes uniquement occupés au siège +de Mantoue. Je médite un coup hardi: les bateaux, les +habits autrichiens, les batteries incendiaires, tout sera prêt +le 28. Les opérations ultérieures dépendront entièrement de +la réussite de ce coup de main, qui, comme ceux de cette +nature, dépend absolument du bonheur, d'un chien ou d'une +oie.</p> + +<p>Cette position de choses m'a fait penser qu'il fallait différer +de dix à douze jours l'opération de Gênes, d'autant +plus que j'aurai reçu réponse d'une lettre que je vous ai +écrite.</p> + +<p>Vous trouverez, ci-joint, copie d'une lettre que j'ai en +conséquence écrite au ministre de la république, Faypoult. +M. Cattaneo, que le sénat de Gênes a envoyé près de moi, +m'a joint ce matin, il a été, comme vous pensez, extrêmement +satisfait de ce que je lui ai dit. Les démarches que +fera Faypoult, et d'autres opérations accessoires, achèveront +de nous faire parvenir à notre but, qui est de gagner une +quinzaine de jours, au bout duquel temps notre situation +en Italie sera tellement décidée, que je suivrai, sans +obstacle, de point en point, les ordres que vous me donnerez +sur Gênes et sur Venise.</p> + +<p>Cette dernière république arme à force. Le citoyen Lallement +ne m'a point prévenu, comme il aurait dû le faire, +de la nature et de l'activité des armemens. Je vous fais +passer copie de la note qu'il a écrite au sénat, et de la +réponse du sénat. Au reste, je suis maître de toutes les places +fortes de la république de Venise sur l'Adige. Peut-être jugerez-vous +à propos de commencer dès à présent une petite +querelle au ministre de Venise à Paris, pour que, après la +prise de Mantoue et que j'aurai chassé les Autrichiens de +la Brenta, je puisse trouver plus de facilité pour la demande +que vous avez intention que je leur fasse de quelques millions.</p> + +<p>Nous commençons à avoir beaucoup de malades devant +Mantoue; mais pas un n'est encore mort. Les chaleurs sont +excessives, et l'air de Mantoue extrêmement pestilentiel.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 messidor an 4 (13 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre à Gênes.</i></p> + +<p>Je n'ai pas encore vu M. Cattaneo, citoyen ministre: lorsque +je le verrai, il sera content de moi, et je n'oublierai rien +de tout ce qui peut l'endormir, et donner au sénat un peu +plus de confiance.</p> + +<p>Le temps de Gênes n'est pas encore venu, pour deux +raisons:</p> + +<p>1°. Parce que les Autrichiens se renforcent, et que bientôt +j'aurai une bataille. Vainqueur, j'aurai Mantoue, et +alors une simple estafette à Gênes vaudra la présence d'une +armée;</p> + +<p>2°. Les idées du directoire exécutif sur Gênes ne me paraissent +pas encore fixées.</p> + +<p>Il m'a bien ordonné d'exiger la contribution; mais il ne +m'a permis aucune opération politique. Je lui ai expédié un +courrier extraordinaire avec votre lettre, et je lui ai demandé +des ordres, que j'aurai à la première décade du mois prochain. +D'ici à ce temps-là, oubliez tous les sujets de plainte +que nous avons contre Gênes.</p> + +<p>Faites-leur entendre que vous et moi nous ne nous en +mêlons plus, puisqu'ils ont envoyé M. Spinola à Paris. Faites-leur +entendre que nous sommes très-contens du choix, et +que cela nous est garant de leurs bonnes intentions. Dites-leur +positivement que j'ai été très-satisfait des mesures qu'ils +ont prises relativement a M. Girola; enfin, n'oubliez aucune +circonstance pour faire renaître l'espérance dans le coeur +du sénat de Gênes, et l'endormir jusqu'au moment du réveil.</p> + +<p>J'ai reçu toutes vos notes. Votre correspondance me devient +extrêmement intéressante.</p> + +<p>Vous trouverez, ci-joint, une lettre que m'écrit M. Vincent +Spinola. Il me semble qu'il y a un territoire qui se +trouve en discussion entre Gênes et le Piémont. Donnez-moi, +là-dessus, des explications. Faites-moi savoir quel intérêt +ils y mettent, et, sur la demande du sénat, dites-leur +qu'il serait possible qu'on les mît de suite en possession; +enfin, citoyen ministre, faites en sorte que nous gagnions +quinze jours, et que l'espoir renaisse, ainsi que la +confiance entre vous et le gouvernement génois, afin que, +si nous étions battus, nous le trouvions ami.</p> + +<p>Faites passer promptement à Tortone tout ce qui se trouve +chez M. Balbi. L'intention du directoire est de réunir tout +à Paris, pour faire une grande opération de finance. J'y ferai +passer trente millions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 26 messidor an 4 (14 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Toutes les troupes des divisions qui ont été employées à +l'expédition de Livourne et de Bologne ont repassé le Pô, +j'ai seulement ordonné qu'on laissât dans la citadelle de Ferrare +quatre cents hommes.</p> + +<p>La légation de Ferrare, par le traité, doit rester unie à la +république française.</p> + +<p>Un moine, arrivé de Trente, a apporté la nouvelle dans +la Romagne que les Autrichiens avaient passé l'Adige, débloqué +Mantoue, et marchaient à grandes journées dans la +Romagne. Des imprimés séditieux, des prédicateurs fanatiques +prêchèrent partout l'insurrection; ils organisèrent en +peu de jours ce qu'ils appelèrent l'armée catholique et papale; +ils établirent leur quartier-général à Lugo, gros bourg de +la légation de Ferrare, quoique enclavé dans la Romagne.</p> + +<p>Le général Augereau donna ordre au chef de brigade +Pouraillier d'aller soumettre Lugo. Cet officier, à la tête +d'un bataillon, arriva devant cette bourgade, où le tocsin +sonnait depuis plusieurs heures; il y trouva quelques milliers +de paysans. Un officier de grenadiers se porta en avant +en parlementaire: on lui fit signe d'avancer, et, un instant +après, il fut assailli d'une grêle de coups de fusil. Ces misérables, +aussi lâches que traîtres, se sauvèrent: quelques +centaines sont restées sur la place.</p> + +<p>Depuis cet événement, qui a eu lieu le 18, tout est rentré +dans l'ordre et est parfaitement tranquille.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 +(31 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai à vous parler, citoyens directeurs, de notre position +militaire, administrative et politique à Livourne.</p> + +<p>Les batteries contre la mer sont en bon état; nous avons +réparé une citadelle où la garnison peut se mettre à l'abri +contre une insurrection. Nous y avons deux mille huit cents +hommes de garnison de très-bonnes troupes, deux compagnies +d'artillerie, et un bon officier de génie. Si l'armée était +obligée d'abandonner le nord de l'Italie, cette garnison se +retirerait par Massa et la rivière de Gênes. Le général Vaubois, +qui y commande, est un homme sage, ferme, et bon +militaire.</p> + +<p>Lors de notre entrée à Livourne, j'ai chargé le citoyen +Belleville, consul de la république dans cette place, de +mettre les scellés sur tous les magasins appartenans aux Anglais, +Portugais, Russes, et à toutes les autres puissances +avec qui nous sommes en guerre, ainsi qu'aux négocians +de ces différentes nations. Je préviens le citoyen Belleville +qu'il serait personnellement responsable des dilapidations +qui pourraient avoir lieu. Cet homme est généralement estimé +par sa probité. Après mon départ, une nuée d'agioteurs +génois sont venus pour s'emparer de toutes ces richesses. +Toutes les mesures que j'avais prises ont été dérangées, et +l'on a substitué à un seul responsable, des commissions, où +tout le monde dilapide en amusant son voisin. Vous trouverez +ci-joint l'extrait de deux lettres du général Vaubois: +on se conduit d'une manière dure envers les négocians livournais, +on les traite avec plus de rigueur que vous n'avez intention +que l'on se conduise envers les négocians anglais +mêmes: cela alarme le commerce de toute l'Italie, et nous +fait passer à ses yeux pour des Vandales, et cela a entièrement +indisposé les négocians de la ville de Gênes; la +masse du peuple de cette ville, qui nous a toujours été favorable, +est actuellement très-prononcée contre nous.</p> + +<p>Si notre conduite administrative à Livourne est détestable, +notre conduite politique envers la Toscane n'est pas +meilleure. Je me suis toujours gardé de faire aucune espèce +de proclamation, et j'ai expressément ordonné qu'on ne +fît en apparence aucun acte de gouvernement. La proclamation +qui a été publiée vous prouvera combien l'on fait peu de cas +de ma manière de voir et des ordres que j'ai donnés. La mesure +de chasser les émigrés de Livourne et de vingt lieues +à la ronde, par une proclamation, est aussi inutile qu'impolitique. +Il y a très-peu d'émigrés dans Livourne, le grand-duc +même a donné des ordres pour les chasser. Il était bien +plus simple d'en faire arrêter trois ou quatre par les autorités +même du pays: alors le peu qui reste se serait bientôt sauvé. +Cette proclamation, où l'on s'attribue une juridiction sur +vingt lieues de pays, est d'un très-mauvais effet, à moins +que (ce qui est extrêmement contraire à vos instructions), +nous ne voulions prendre le ton et la politique de l'ancienne +Rome.</p> + +<p>Les Anglais se sont emparés de Porto-Ferrajo. Maîtres de +la mer comme ils le sont, il était difficile de s'opposer à +cette entreprise. Quand nous serons maîtres de la Corse, ce +qui ne doit pas tarder, il nous deviendra possible de les chasser +de cette île. Je vous envoie copie de la lettre que m'a +écrite le grand-duc de Toscane, de celle de notre ministre à +Florence, et la copie de la réponse.</p> + +<p>Dans la position actuelle de l'Italie, il ne faut nous faire +aucun nouvel ennemi, et attendre la décision de la campagne +pour prendre un parti conforme aux vrais intérêts de la +république. Vous sentirez sans doute alors qu'il ne nous convient +pas de laisser le duché de Toscane au frère de l'empereur. +Je désirerais que jusqu'alors l'on ne se permît aucune +menace, ni aucun propos à Livourne, contre la cour de +Toscane. Les moindres de mes paroles et de celles de vos +commissaires sont épiées et rapprochées avec une grande importance; +mais l'on croit toujours être ici dans les couloirs +de la convention.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 +(20 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le citoyen Comeyras, ministre de la république près les +Grisons, s'est rendu ces jours derniers au quartier-général: +il aurait désiré qu'en conséquence des capitulats qui existaient +entre l'archiduc de Milan et les ligues grises, j'eusse +fait fournir du blé à ces dernières. Nous avons même eu une +petite discussion, parce qu'il prétendait que vous aviez ordonné +cette fourniture; mais, par la lecture de la lettre que +le ministre Lacroix m'a écrite, il a été convaincu que ce n'était +qu'une simple autorisation pour le faire si je le jugeais +convenable. Je lui ai dès-lors fait observer qu'il m'était impossible +de fournir la quantité de blé qu'il désirait, à moins +que les ligues ne demandassent l'exécution de cet article des +capitulats; ce qui nous mettrait en droit d'exiger le passage +qui est accordé à l'archiduc de Milan, en indemnisation de +ladite fourniture.</p> + +<p>Nous avons arrêté en conséquence qu'arrivé à Coire, il +écrirait aux chefs des ligues qu'il avait éprouvé quelques +obstacles à obtenir l'exécution de l'ordre du directoire pour +la fourniture des blés, qui ne pouvait avoir lieu qu'en me +faisant connaître officiellement les capitulats. Le commissaire +Comeyras m'a demandé de l'argent pour payer les pensions +des Grisons; il croit qu'avec 60,000 francs notre parti dans +ce pays serait considérablement accru.</p> + +<p>Si les circonstances de la guerre nous conduisaient dans +le pays des Grisons, ou si nous avions besoin d'y avoir une +force pour s'opposer aux incursions des ennemis, y aurait-il +de l'inconvénient à faire un corps de tous les Suisses qui +ont été au service de France et qui sont pensionnés: ce qui +formerait un corps d'élite de 800 hommes, connaissant parfaitement +les chemins, et qui nous seraient d'un grand secours?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 +(20 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Messieurs du sénat de Venise voulaient nous faire comme +ils firent à Charles VIII. Ils calculaient que comme lui nous +nous enfoncerions dans le fond de l'Italie, et nous attendaient +probablement au retour.</p> + +<p>Je me suis sur-le-champ emparé de la citadelle de Vérone, +que j'ai armée avec leurs canons, et en même temps j'ai envoyé +un courrier au citoyen Lallement, notre ministre à Venise, +pour lui dire d'enjoindre au sénat de cesser ses armemens. +Vous avez vu les notes que je vous ai envoyées là-dessus +par mon dernier courrier, déjà l'armement a discontinué.</p> + +<p>La république de Venise nous a déjà fourni 3,000,000 +pour la nourriture de l'armée; ce n'est pas elle qui fournit, +mais un entrepreneur qu'elle paye secrètement. J'en étais +ainsi convenu avec le provéditeur-général, en convenant cependant +qu'un jour la république française paierait.</p> + +<p>Cet entrepreneur est venu plusieurs fois me trouver pour +avoir de l'argent: je l'ai renvoyé avec des promesses, et +ordre positif de continuer à fournir: il a été trouver les +commissaires du gouvernement, qui lui ont donné une lettre +de change de 300,000 liv. à prendre sur les contributions du +pape. De toutes les mesures, c'était la plus mauvaise; aussi +aujourd'hui ne veut-on plus fournir. Par cette lettre de +change de 300,000 liv., payables dans un temps où l'on +sait qu'il nous revient 21,000,000, on a ôté tout espoir +d'être payé, et en même temps l'on a laissé sentir que, par +l'importunité et en laissant manquer le service, l'on tirerait +de nous de l'argent; de sorte qu'aujourd'hui je suis obligé +de me fâcher contre le provéditeur, d'exagérer les assassinats +qui se commettent contre nos troupes, de me plaindre +amèrement de l'armement qu'on n'a pas fait du temps que +les Impériaux étaient les plus forts, et, par là, je les obligerai +à nous fournir, pour m'apaiser, tout ce qu'on voudra. +Voilà comme il faut traiter avec ces gens-ci; ils continueront +à me fournir, moitié gré, moitié force, jusqu'à la prise de +Mantoue, et alors je leur déclarerai ouvertement qu'il faut +qu'ils me payent la contribution portée dans votre instruction, +ce qui sera facilement exécuté. Je crois qu'il serait utile que +vous témoignassiez à M. Quirini votre étonnement de l'armement +des Vénitiens, qui était, sans aucun doute, dirigé +contre nous. Il n'y a pas de gouvernement plus traître et +plus lâche que celui-ci.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 +(20 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot, ministre de la république à Florence.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, vos différentes lettres relatives +à l'occupation de Porto-Ferrajo par les Anglais. Tant qu'il +y avait espoir de pouvoir résoudre le grand-duc à mettre +cette place en état de résister, vous avez bien fait de lui parler +ferme; aujourd'hui je crois comme vous que les menaces +seraient impuissantes et inutiles. Je crois qu'il faut qu'il n'en +soit plus question, ne laisser transpirer aucune marque de +ressentiment, et attendre que les circonstances et les ordres +du gouvernement nous mettent à même d'agir, non pas de +parler.</p> + +<p>Je vous prie de surveiller ce qui se fait à Livourne, et de +m'en donner souvent des nouvelles. Si les circonstances s'opposent +à ce que vous vous rendiez de suite à Rome, faites-le +moi savoir, afin que je prenne d'autres mesures.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 +(20 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Sapey.</i></p> + +<p>Tous les Corses ont ordre de se rendre à Livourne, pour +de là passer dans l'île. Le général Gentili va s'y rendre lui-même. +Préparez tous les moyens possibles d'embarquement +et de passage. J'ordonne au général Vaubois de tenir huit +milliers de poudre, quatre mille fusils de chasse, mille paires +de souliers et une certaine quantité de balles à votre disposition, +pour pouvoir en fournir aux insurgés de ce département.</p> + +<p>Je vous autorise à prendre les mesures que vous me proposez +par votre lettre du 19 messidor. N'épargnez aucun +moyen pour faire passer des secours et avoir des nouvelles des +départemens de Corse.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 +(20 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Bonelli.</i></p> + +<p>J'ai reçu votre lettre de Bocognano, en date du 23 juin. +Je vous félicite de votre arrivée en Corse. J'ai donné l'ordre +à tous les réfugiés de se préparer à partir pour se mettre à la +tête des braves patriotes de Corse, secouer le joug anglais, +et reconquérir la liberté, objet perpétuel des sollicitudes de +nos compatriotes.</p> + +<p>Quelle gloire pour eux, s'ils peuvent seuls chasser de la +patrie ces orgueilleux Anglais! Gloire et bonheur pour ceux +qui se prononceront les premiers! Je vous recommande de ne +vous livrer à aucun esprit de parti; que tout le passé soit +oublié, hormis pour le petit nombre d'hommes perfides qui +ont égaré ce brave peuple.</p> + +<p>Les armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin sont dans le +coeur de l'Allemagne; tout sourit à la république. Faites en +sorte de faire parler bientôt de vous; embrassez nos bons +amis, et assurez-les qu'avant peu ils seront délivrés de la tyrannie +qui les opprime.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 +(20 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Vous mettrez 100,000 francs à la disposition du citoyen +Sucy, commissaire des guerres à Gênes, pour subvenir aux +besoins des hôpitaux, des transports d'artillerie et de l'équipage +de siège qui est à Savone, et à toutes les autres dépenses +relatives aux troupes qui restent encore dans la rivière de +Gênes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 +(20 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Garrau, commissaire du gouvernement.</i></p> + +<p>La réquisition que vous avez faite, citoyen commissaire, +au général Vaubois, est contraire à l'instruction que m'a +donnée le gouvernement. Je vous prie de vous restreindre +désormais dans les bornes des fonctions qui vous sont prescrites +par le gouvernement du directoire exécutif; sans quoi, +je me trouverais obligé de défendre, à l'ordre de l'armée, +d'obtempérer à vos réquisitions. Nous ne sommes tous que +par la loi: celui qui veut commander et usurper des fonctions +qu'elle ne lui accorde pas, n'est pas républicain.</p> + +<p>Quand vous étiez représentant du peuple, vous aviez des +pouvoirs illimités, tout le monde se faisait un devoir de vous +obéir: aujourd'hui vous êtes commissaire du gouvernement, +investi d'un très-grand caractère; une instruction positive a +réglé vos fonctions, tenez-vous y. Je sais bien que vous répéterez +le propos que je ferai comme Dumouriez: il est clair +qu'un général qui a la présomption de commander l'armée +que le gouvernement lui a confiée, et de donner des ordres +sans un arrêté des commissaires, ne peut être qu'un conspirateur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 +(20 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p> + +<p>Je suis très-peu satisfait, général, de votre proclamation. +Le commissaire du gouvernement n'a pas le droit de vous +requérir, et dans la place importante que vous commandez, +l'on est aussi coupable d'obéir à ceux qui n'ont pas le droit +de commander, que de désobéir à ses chefs légitimes. Par +l'esprit de l'instruction que je vous avais donnée, et par tout +ce que je vous avais dit de vive voix pendant mon séjour à +Livourne, il devait vous être facile de sentir que cette proclamation +n'aurait pas mon approbation.</p> + +<p>Le citoyen Belleville a été uniquement chargé des opérations +relatives au séquestre des biens appartenans dans Livourne +à nos ennemis. J'ai appris avec étonnement le gaspillage +et le désordre qui y existent.</p> + +<p>Vous devez accorder au citoyen Belleville toute la force +dont il peut avoir besoin, et vous devez le revêtir et lui donner +toute la confiance nécessaire pour qu'il dénonce les abus, +et fasse tourner au profit de la république les marchandises +que nous avons séquestrées à nos ennemis.</p> + +<p>Pressez l'armement et l'équipement de la soixante-quinzième +demi-brigade, parce que, dès l'instant que ces braves +gens seront reposés, mon intention est de les rappeler a l'armée.</p> + +<p>L'intention du gouvernement n'est pas qu'on fasse aucun +tort aux négocians livournais, ni aux sujets du grand-duc +de Toscane. Tout en cherchant les intérêts de la nation, on +doit être généreux et juste. J'ai été aussi affligé qu'étonné +des vexations que l'on commet contre le commerce de Livourne.</p> + +<p>Vous voudrez bien me rendre un compte détaillé de tout +ce qui a été fait à ce sujet; vous aurez soin surtout de m'instruire +par quelle autorité le citoyen Lachaise a quitté son +consulat de Gênes pour s'ingérer dans les affaires de Livourne. +Une grande quantité de réfugiés corses se rendent à +Livourne, pour de là passer dans cette île. Tenez quatre +mille fusils de chasse, un millier de paires de pistolets, six +milliers de poudre et des balles en proportion à la disposition +du citoyen Sapey, qui sera chargé de les faire passer aux +patriotes insurgés de ce département.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 3 thermidor an 4 +(21 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>À son éminence le cardinal secrétaire d'état à Rome.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur, monseigneur, d'envoyer auprès de Sa Sainteté +le citoyen Cacault, agent de la république française en +Italie, pour qu'il puisse s'occuper de l'exécution de l'armistice +qui a été conclu entre la république française et Sa Sainteté, +sous la médiation de la cour d'Espagne. Je vous prie +de vouloir bien le reconnaître en cette qualité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 3 thermidor an 4 +(21 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, en conséquence d'une lettre adressée +au cardinal secrétaire d'état des affaires étrangères de Sa +Sainteté, exiger un ordre du pape pour le commandant d'Ancône, +afin qu'il reçoive la garnison que j'y enverrai.</p> + +<p>Vous ferez partir les 5,000,000 qui doivent former le premier +paiement; savoir, 2,000,000 au quartier-général, dont +reçu sera donné par le payeur de l'armée, et le reste à Tortone. +Il faudra que le premier convoi se mette en marche de +Rome vingt-quatre heures après votre arrivée.</p> + +<p>Les 500,000 qui doivent former le second paiement devront +partir de Rome peu de jours après les premiers, puisque, +selon l'armistice, ils doivent partir le 5 thermidor.</p> + +<p>Les 5,500,000 liv. qui forment le dernier paiement, doivent +partir de Rome le 5 vendémiaire.</p> + +<p>Les savans et artistes qui doivent faire le choix des tableaux, +manuscrits et statues, s'adresseront à vous, et vous leur donnerez +la protection nécessaire en faisant les démarches qu'il +conviendra. S'il était utile, pour les frais de transport, de +donner des fonds aux artistes, vous les feriez prendre sur les +fonds provenant des contributions du pape.</p> + +<p>Sur 5,500,000 liv. que le pape doit nous fournir en dernier +paiement, 4,000,000 sont destinés pour la marine. Le +ministre de la marine doit envoyer, à cet effet, des commissaires.</p> + +<p>Vous préviendrez, en attendant, pour que l'on prépare +des chanvres, des bois et autres objets de construction de +cette nature.</p> + +<p>Les 1,500,000 liv. restant seront fournis en chevaux et +draps pour habiller les troupes. Vous demanderez en conséquence +quatre cents chevaux, taille de hussards; quatre +cents, taille de dragons, et six cents de charrois, qui seront +transférés à Milan, où l'estimation en sera faite entre le général +Baurevoir, chargé des dépôts de l'armée, et les experts +envoyés par le pape; pour le reste, des draps bleus et blancs +pour habiller nos troupes.</p> + +<p>Vous demanderez la liberté de tous les hommes qui sont +arrêtés à Rome pour leurs opinions, et notamment pour les +personnes dénommées dans la liste ci-jointe, ainsi que pour +le citoyen Labrousse de Bordeaux.</p> + +<p>En conséquence de la décision du directoire et de la commission, +arrêtée à Florence par M. d'Azara, le pape se trouve +tenu de payer les contributions qui avaient été imposées sur +la légation de Ravenne, montant à 1,200,000 francs en denrées +et 1,200,000 francs en argent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 4 thermidor an 4 +(22 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>Je vous ai instruit, citoyens directeurs, que j'ai fait passer +en Corse une vingtaine de réfugiés.</p> + +<p>J'ai ordonné au général de division Gentili et aux généraux +de Casalta et Cervoni de se rendre à Livourne, d'où +ils partiront pour se mettre à la tête des insurgés. Le général +Gentili qui se trouve avoir ce commandement, est un homme +sage, prudent, ayant l'estime des personnes du pays et la +confiance des montagnards.</p> + +<p>J'ordonne à la gendarmerie du département de Corse, de +cent quatre-vingts hommes, tous du pays, de se rendre à +Livourne, d'où je les ferai également passer: cela joint à +quatre mille fusils de chasse, à six milliers de poudre, nous +donnera tout l'intérieur du pays; dès l'instant que tout cela +sera organisé, j'y ferai passer une compagnie de canonniers +avec cinq à six pièces de montagnes, avec quoi il est facile +que l'on puisse s'emparer de Saint-Florent qui n'a aucune +fortification permanente. Ce port pris, les Anglais n'ont plus +d'intérêt à tenir les autres; d'ailleurs, les habitans d'Ajaccio +et de Bastia sont très-impatiens du joug anglais.</p> + +<p>Je vous prie de vouloir bien me faire connaître si vous +trouverez de l'inconvénient à accorder une amnistie générale +au peuple de ce département, hormis aux principaux chefs.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 4 thermidor an 4 +(22 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>La ville de Reggio se soulève contre le duc de Modène; +des députés de cette ville sont venus me demander protection +et assistance: comme nous avons conclu un armistice avec +le duc de Modène, j'ai cru devoir les exhorter à la tranquillité. +Je ne vous rends compte de ceci que pour que vous sachiez +que les sujets du duc de Parme et de Modène sont très-peu +attachés à leur prince.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 4 thermidor an 4 +(22 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Salicetti.</i></p> + +<p>La fortune a paru nous être contraire un moment: il s'est +passé tant d'événemens depuis cinq ou six jours, et j'ai encore +tant d'occupations, qu'il m'est impossible de vous en +faire une relation exacte; mais enfin, grâce à la victoire de +Lonado et aux mesures rigoureuses que j'ai prises, les choses +prendront une tournure satisfaisante. J'ai levé le siège de +Mantoue; je suis ici presque avec toute mon armée.</p> + +<p>Je saisirai la première occasion de présenter bataille à +l'ennemi: elle décidera du sort de l'Italie; battu, je me retirerai +de l'Adda; battant, je ne m'arrêterai pas aux marais +de Mantoue. Louis<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a> vous dira de bouche les détails de nos +deux victoires de Lonado et de Salo.</p> + +<p>Louis vous parlera de ma force actuelle et de celle des ennemis. +Écrivez au général Kellermann de me faire passer à +doubles journées toutes les troupes disponibles; assurez-vous +que les châteaux de Milan, Tortone, Alexandrie et Pavie +sont approvisionnés. Nous sommes ici extrêmement fatigués; +cinq de mes chevaux sont crevés de fatigue. Je ne puis écrire +au directoire, je vous charge de lui annoncer en peu de mots +ce que je vous marque et ce que Louis vous dira de bouche.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Footnote 10:</b><a href="#footnotetag10"> (return) </a> Louis Bonaparte, son frère.</blockquote> +<br><br> + + +<p class="droite">Au quartier-général de Brescia, le 15 thermidor an 4 +(2 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Nous avons essuyé des revers, citoyens directeurs, mais +déjà la victoire commence à revenir sous nos drapeaux. Si +l'ennemi nous a surpris le poste de Salo et a eu le bonheur +de nous enlever celui de la Corona, nous venons de le battre +à Lonado, et de lui reprendre Salo. Je vous envoie un de mes +aides-de-camp, qui pourra vous donner de bouche des renseignemens +plus détaillés. Je vous enverrai demain une relation +de tout ce qui s'est passé pendant ces six jours.</p> + +<p>Vous pouvez compter sur le courage et la confiance de la +brave armée d'Italie, et sur notre ferme résolution de vaincre. +C'est dans cette circonstance difficile et critique que j'ai eu +lieu d'admirer le courage et l'entier dévouement de l'armée à +la gloire nationale.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 16 thermidor an 4 +(3 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Guillaume.</i></p> + +<p>Vous devez avoir été témoin des batailles données à l'ennemi +aujourd'hui et ces jours derniers: nous lui avons pris +20,000 hommes, et tué un grand nombre. L'armée ennemie +est en pleine déroute, et demain ou après nous serons dans +vos murs. En attendant, quelles que soient les circonstances, +ne vous rendez qu'à la dernière extrémité. La brèche faite, +montrez la plus grande fermeté.</p> + +<p>Salut, estime et gloire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Castiglione, le 19 thermidor an 4 +(6 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Les événemens militaires se sont succédés avec une telle +rapidité depuis le 11, qu'il m'a été impossible de vous en +rendre compte plus tôt.</p> + +<p>Depuis plusieurs jours, les vingt mille hommes de renfort +que l'armée autrichienne du Rhin avait envoyés à l'armée +d'Italie étaient arrivés; ce qui, joint à un nombre considérable +de recrues et à un grand nombre de bataillons venus +de l'intérieur de l'Autriche, rendait cette armée extrêmement +redoutable: l'opinion générale était que bientôt les Autrichiens +seraient dans Milan.</p> + +<p>Le 11, à trois heures du matin, la division du général +Masséna est attaquée par des forces nombreuses; elle est +obligée de céder l'intéressant poste de la Corona, au même +instant une division de quinze mille Autrichiens surprend la +division du général Soret à Salo, et s'empare de ce poste important.</p> + +<p>Le général de brigade Guieux, avec six cents hommes de +la quinzième demi-brigade d'infanterie légère, se renferme +dans une grande maison de Salo, et là brave tous les efforts +de l'ennemi qui le cernait de tous côtés. Le général de brigade +Rusca a été blessé.</p> + +<p>Tandis qu'une partie de cette division cernait le général +Guieux à Salo, une autre partie descendit sur Brescia, surprit +les factionnaires qui s'y trouvaient, fit prisonnières quatre +compagnies que j'y avais laissées, quatre-vingts hommes du +vingt-cinquième régiment de chasseurs, deux généraux et +quelques officiers supérieurs qui étaient restés malades.</p> + +<p>La division du général Soret, qui aurait dû couvrir Brescia, +fit sa retraite sur Dezenzano. Dans cette circonstance +difficile, percé par une armée nombreuse que ces avantages +devaient nécessairement enhardir, je sentis qu'il fallait adopter +un plan vaste.</p> + +<p>L'ennemi, en descendant du Tyrol par Brescia et l'Adige, +me mettait au milieu. Si l'armée républicaine était trop faible +pour faire face aux divisions de l'ennemi, elle pouvait battre +chacune d'elles séparément, et par ma position je me trouvais entre elles. Il m'était donc possible, en rétrogradant rapidement, +d'envelopper la division ennemie descendue de Brescia, +la prendre prisonnière et la battre complètement, et de là +revenir sur le Mincio attaquer Wurmser et l'obliger à repasser +dans le Tyrol; mais pour exécuter ce projet, il fallait +dans vingt-quatre heures lever le siège de Mantoue, qui était +sur le point d'être pris, car il n'y avait pas moyen de retarder +six heures. Il fallait, pour l'exécution de ce projet, repasser +sur-le-champ le Mincio, et ne pas donner le temps aux divisions +ennemies de m'envelopper. La fortune a souri à ce projet, +et le combat de Dezenzano, les deux combats de Salo, +la bataille de Lonado, celle de Castiglione en sont les résultats.</p> + +<p>Le 12 au soir, toutes les divisions se mirent en marche +sur Brescia; cependant la division autrichienne qui s'était +emparée de Brescia était déjà arrivée à Lonado.</p> + +<p>Le 13, j'ordonnai au général Soret de se rendre à Salo +pour délivrer le général Guieux, et au général Dallemagne, +d'attaquer et de reprendre Lonado, à quelque prix que ce +fût. Soret réussit complètement à délivrer le général Guieux, +à Salo, après avoir battu l'ennemi, lui avoir pris deux drapeaux, +deux pièces de canon et deux cents prisonniers.</p> + +<p>Le général Guieux et les troupes sous ses ordres sont restés +quarante-huit heures sans pain et se battant toujours +contre les ennemis.</p> + +<p>Le général Dallemagne n'eut pas le temps d'attaquer les +ennemis, il fut attaqué lui-même. Un combat opiniâtre, longtemps +indécis, s'engagea; mais j'étais tranquille, la brave +trente-deuxième demi-brigade était là. En effet, l'ennemi +fut complètement battu; il laissa six cents morts sur le champ +de bataille et six cents prisonniers.</p> + +<p>Le 14 à midi, Augereau entra dans Brescia: nous y trouvâmes +tous nos magasins, que l'ennemi n'avait pas encore eu le temps de prendre, et les malades qu'il n'avait pas eu le +temps d'évacuer.</p> + +<p>Le 15, la division du général Augereau retourna à Monte-Chiaro, +Masséna prit position à Lonado et à Ponte-San-Marco. +J'avais laissé à Castiglione le général Valette avec +dix-huit cents hommes; il devait défendre cette position importante, +et par là tenir toujours la division du général +Wurmser loin de moi. Cependant le 15 au soir, le général +Valette abandonna ce village avec la moitié de ses troupes, +et vint à Monte-Chiaro porter l'alarme, en annonçant que le +reste de sa troupe était prisonnière; mais abandonnés de leur +général, ces braves gens trouvèrent des ressources dans leur +courage, et opérèrent leur retraite sur Ponte-San-Marco. +J'ai sur-le-champ, et devant sa troupe, suspendu de ses fonctions +ce général, qui déjà avait montré très-peu de courage +à l'attaque de la Corona.</p> + +<p>Le général Soret avait abandonné Salo; j'ordonnai au +brave général Guieux d'aller reprendre ce poste essentiel.</p> + +<p>Le 16, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en présence: +le général Guieux, qui était à notre gauche, devait +attaquer Salo; le général Masséna était au centre et devait +attaquer Lonado; le général Augereau, qui était à la droite, +devait attaquer par Castiglione. L'ennemi, au lieu d'être attaqué, +attaqua l'avant-garde de Masséna, qui était à Lonado; +déjà elle était enveloppée, et le général Pigeon prisonnier: +l'ennemi nous avait enlevé trois pièces d'artillerie à cheval. +Je fis aussitôt former la dix-huitième demi-brigade et la +trente-deuxième en colonne serrée, par bataillon; et pendant +le temps qu'au pas de charge, nous cherchions à percer +l'ennemi, celui-ci s'étendait davantage pour chercher à nous +envelopper: sa manoeuvre me parut un sûr garant de la victoire. +Masséna envoya seulement quelques tirailleurs sur les +ailes des ennemis, pour retarder leur marche; la première +colonne arrivée à Lonado força les ennemis. Le quinzième +régiment de dragons chargea les houlans et reprit nos pièces.</p> + +<p>Dans un instant l'ennemi se trouva éparpillé et disséminé. +Il voulait opérer sa retraite sur le Mincio; j'ordonnai à mon +aide-de-camp, chef de brigade, Junot, de se mettre à la tête +de ma compagnie des guides, de poursuivre l'ennemi, de le +gagner de vitesse à Dezenzano, et de l'obliger par là de se retirer +sur Salo. Arrivé à Dezenzano, il rencontra le colonel +Bender avec une partie de son régiment de houlans, qu'il +chargea; mais Junot ne voulant pas s'amuser à charger la +queue, fit un détour par la droite, prit en front le régiment, +blessa le colonel qu'il voulait prendre prisonnier, lorsqu'il +fut lui-même entouré; et après en avoir tué six de sa propre +main, il fut culbuté, renversé dans un fossé, et blessé de six +coups de sabre, dont on me fait espérer qu'aucun ne sera +mortel.</p> + +<p>L'ennemi opérait sa retraite sur Salo: Salo se trouvant à +nous, cette division errante dans les montagnes a été presque +toute prisonnière. Pendant ce temps Augereau marchait sur +Castiglione, s'emparait de ce village; toute la journée il livra +et soutint des combats opiniâtres contre des forces doubles +des siennes: artillerie, infanterie, cavalerie, tout a fait parfaitement +son devoir; et l'ennemi, dans cette journée mémorable, +a été complètement battu de tous les côtés.</p> + +<p>Il a perdu dans cette journée vingt pièces de canon, deux +à trois mille hommes tués ou blessés et quatre mille prisonniers, +parmi lesquels trois généraux.</p> + +<p>Nous avons perdu le général Beyrand. Cette perte, très-sensible +à l'armée, l'a été plus particulièrement pour moi: +je faisais le plus grand cas des qualités guerrières et morales +de ce brave homme.</p> + +<p>Le chef de la quatrième demi-brigade, Pouraillier; le chef +de brigade du premier régiment d'hussards, Bourgon; le chef +de brigade du vingt-deuxième régiment de chasseurs, Marmet, +ont également été tués.</p> + +<p>La quatrième demi-brigade, à la tête de laquelle a chargé +l'adjudant-général Verdier, s'est comblée de gloire.</p> + +<p>Le général Dommartin, commandant l'artillerie, a montré +autant de courage que de talent.</p> + +<p>Le 17, j'avais ordonné au général Despinois de pénétrer +dans le Tyrol par le chemin de Chieso, il devait auparavant +culbuter cinq à six mille ennemis qui se trouvaient à Gavardo. +L'adjudant-général Herbin eut de grands succès, +culbuta les ennemis, en fit un grand nombre prisonniers; +mais n'ayant pas été soutenu par le reste de la division, il +fut entouré, et ne put opérer sa retraite qu'en se faisant jour au +des ennemis.</p> + +<p>J'envoyai le général Saint-Hilaire à Salo pour se concerter +avec le général Guieux, et attaquer la colonne ennemie +qui était à Gavardo, pour avoir le chemin du Tyrol libre. +Après une fusillade assez vive, nous défîmes les ennemis, et +nous leur fîmes dix-huit cents prisonniers.</p> + +<p>Pendant toute la journée du 17, Wurmser s'occupa à rassembler +les débris de son armée, à faire arriver sa réserve, à +tirer de Mantoue tout ce qui était possible, à les ranger en +bataille dans la plaine, entre le village de Scanello, où il +appuya sa droite, et la Chiesa, où il appuya sa gauche.</p> + +<p>Le sort de l'Italie n'était pas encore décidé. Il réunit un +corps de vingt-cinq mille hommes, une cavalerie nombreuse, +et sentit pouvoir encore balancer le destin. De mon côté, je +donnai des ordres pour réunir toutes les colonnes de l'armée.</p> + +<p>Je me rendis moi-même à Lonado, pour voir les troupes +que je pouvais en tirer; mais quelle fut ma surprise, en entrant +dans cette place, d'y recevoir un parlementaire, qui +sommait le commandant de Lonado de se rendre, parce que, +disait-il, il était cerné de tous côtés. Effectivement, les différentes +vedettes de cavalerie m'annonçaient que plusieurs +colonnes touchaient nos grand'gardes; et que déjà la route +de Brescia à Lonado était interceptée au pont San-Marco. +Je sentis alors que ce ne pouvait être que les débris de la +division coupée qui, après avoir erré et s'être réunis, cherchaient +à se faire passage.</p> + +<p>La circonstance était assez embarrassante: je n'avais à Lonado +qu'à peu près douze cents hommes; je fis venir le parlementaire, +je lui fis débander les yeux; je lui dis que si son +général avait la présomption de prendre le général en chef de +l'armée d'Italie, il n'avait qu'à avancer; qu'il devait savoir +que j'étais à Lonado, puisque tout le monde savait que l'armée +républicaine y était; que tous les officiers-généraux et +officiers supérieurs de la division seraient responsables de +l'insulte personnelle qu'il m'avait faite: je lui déclarai que +si sous huit minutes, toute sa division n'avait pas posé les +armes, je ne ferais grâce à aucun.</p> + +<p>Le parlementaire parut fort étonné de me voir là, et un +instant après toute cette colonne posa les armes. Elle était +forte de quatre mille hommes, deux pièces de canon, et cinquante +hommes de cavalerie; elle venait de Gavardo, et cherchait +une issue pour se sauver: n'ayant pas pu se faire jour +le matin par Salo, elle cherchait à le faire par Lonado.</p> + +<p>Le 18, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en présence; +cependant il était six heures du matin et rien ne bougeait +encore. Je fis faire un mouvement rétrograde à toute +l'armée pour attirer l'ennemi à nous, du temps que le général +Serrurier, que j'attendais à chaque instant, venait de Marcario, +et dès-lors tournait toute la gauche de Wurmser. Ce +mouvement eut en partie l'effet qu'on en attendait. Wurmser +se prolongeait sur sa droite pour observer nos derrières.</p> + +<p>Dès l'instant que nous aperçûmes la division du général +Serrurier, commandée par le général Fiorella, qui attaquait +la gauche, j'ordonnai à l'adjudant-général Verdière d'attaquer +une redoute qu'avaient faite les ennemis dans le milieu +de la plaine pour soutenir leur gauche. Je chargeai mon aide-de-camp, +chef de bataillon, Marmont, de diriger vingt pièces +d'artillerie légère, et d'obliger par ce seul feu l'ennemi à nous +abandonner ce poste intéressant. Après une vive canonnade, +la gauche de l'ennemi se mit en pleine retraite.</p> + +<p>Augereau attaqua le centre de l'ennemi, appuyé à la tour +de Solférino; Masséna attaqua la droite, l'adjudant-général +Leclerc, à la tête de la cinquième demi-brigade, marcha au +secours de la quatrième demi-brigade.</p> + +<p>Toute la cavalerie aux ordres du général Beaumont marcha +sur la droite, pour soutenir l'artillerie légère et l'infanterie. +Nous fûmes partout victorieux, partout nous obtînmes les +succès les plus complets.</p> + +<p>Nous avons pris à l'ennemi dix-huit pièces de canon, cent +vingt caissons de munitions. Sa perte va à deux mille hommes, +tant tués que prisonniers. Il a été dans une déroute complète; +mais nos troupes, harassées de fatigue, n'ont pu les +poursuivre que l'espace de trois lieues. L'adjudant-général +Frontin a été tué: ce brave homme est mort en face de l'ennemi.</p> + +<p>Voilà donc en cinq jours une autre campagne finie. Wurmser +a perdu dans ces cinq jours soixante-dix pièces de canon +de campagne, tous ses caissons d'infanterie, douze à quinze +mille prisonniers, six mille hommes tués ou blessés, et presque +toutes les troupes venant du Rhin. Indépendamment de +cela, une grande partie est encore éparpillée, et nous les ramassons +en poursuivant l'ennemi. Tous les officiers, soldats +et généraux ont déployé dans cette circonstance difficile un +grand caractère de bravoure. Je vous demande le grade de +général de brigade pour les adjudans Verdier et Vignolles: +le premier a contribué aux succès d'une manière distinguée; +le second, qui est le plus ancien adjudant-général de toute +l'armée, joint à un courage sûr des talens et une activité rares. +Je vous demande le grade de chef de bataillon pour l'adjoint +Ballet, celui de général de division pour le général de brigade +Dallemagne; celui de chef de brigade d'artillerie pour +le citoyen Songis, chef de bataillon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 21 thermidor an 4 +(8 août 1796).</p> + +<p class="droite"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> +<p>Le 19 au matin l'ennemi tenait la +ligne du Mincio, sa droite appuyée à son camp retranché à +Peschiera, sa gauche à Mantoue, et son centre à Valeggio. +Augereau se posta à Borghetto, et engagea une vive canonnade +avec l'ennemi. Pendant ce temps-là, Masséna se porta +à Peschiera, attaqua l'ennemi dans le camp retranché qu'il +avait fait devant cette place, le mit en déroute, lui prit +douze pièces de canon, et lui fit sept cents prisonniers.</p> + +<p>Le résultat de ce combat a été d'obliger l'ennemi à lever +le siège de Peschiera, et à quitter la ligne du Mincio.</p> + +<p>Dans la journée du 20, Augereau passa le Mincio à Peschiera. +La division du général Serrurier se porta sur Vérone, +où elle arriva à dix heures du soir, dans le temps que la division +du général Masséna avait repris ses anciennes positions, +fait quatre cents prisonniers, pris sept pièces de canon. +L'arrière-garde ennemie était encore dans Verone; les +portes étaient fermées et les ponts-levis levés. Le provéditeur +de Venise, sommé de les ouvrir, déclara qu'il ne le pouvait +pas de deux heures. J'ordonnai aussitôt qu'on les ouvrît à +coups de canon, ce que le général Dommartin fit exécuter +sur-le-champ, et en moins d'un quart d'heure. Nous y avons +trouvé différens bagages et fait quelques centaines de prisonniers.</p> + +<p>Nous voilà donc retournés dans nos anciennes positions: +l'ennemi fuit au loin dans le Tyrol; les secours que vous +m'avez annoncés venant des côtes de l'Océan commencent à +arriver, et tout est ici dans la situation la plus satisfaisante.</p> + +<p>L'armée autrichienne, qui depuis six semaines menaçait +d'invasion en Italie, a disparu comme un songe, et l'Italie +qu'elle menaçait est aujourd'hui tranquille.</p> + +<p>Les peuples de Bologne, de Ferrare, mais surtout celui de +Milan, ont, pendant notre retraite, montré le plus grand +courage et le plus grand attachement à la liberté. À Milan, +tandis que l'on disait que les ennemis étaient à Cassano, et +que nous étions en déroute, le peuple demandait des armes, +et l'on entendait dans les rues, sur les places, dans les spectacles, +l'air martial: «Allons, enfans de la patrie.»</p> + +<p>Le général Victor, à la tête de la dix-huitième demi-brigade, +a montré la plus grande bravoure au combat de Peschiera.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 22 thermidor an 4 +(9 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>À la municipalité de Milan.</i></p> + +<p>Lorsque l'armée battait en retraite, que les partisans de +l'Autriche et les ennemis de la liberté la croyaient perdue +sans ressource; lorsqu'il était impossible à vous-mêmes de +soupçonner que cette retraite n'était qu'une ruse, vous avez +montré de l'attachement pour la France, de l'amour pour la +liberté; vous avez déployé un zèle et un caractère qui vous +ont mérité l'estime de l'armée, et vous mériteront celle de +la république française.</p> + +<p>Chaque jour votre peuple se rend davantage digne de la +liberté; il acquiert chaque jour de l'énergie: il paraîtra sans +doute un jour avec gloire sur la scène du monde. Recevez le +témoignage de ma satisfaction, et du voeu sincère que fait +le peuple français pour vous voir libres et heureux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 24 thermidor an 4 +(11 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot.</i></p> + +<p>J'ai reçu vos différentes lettres, mon cher ministre; vous +recevrez plusieurs exemplaires de la relation que vous désirez. +On dit l'empereur sur le point de mourir: cherchez à voir +quelqu'un qui puisse vous instruire du moment où cela +pourrait arriver.</p> + +<p>Vous sentez combien cela est important, et combien il est +essentiel que je sois instruit du moment où le grand-duc se +mettra en chemin pour Vienne.</p> + +<p>Faites passer par un courrier les pièces que j'adresse au général +Vaubois et au citoyen Cacault. Instruisez-moi avec votre +exactitude ordinaire. L'intérêt du gouvernement est que l'on +ne fasse rien dans la Toscane qui puisse indisposer le grand-duc, +maintenez donc la neutralité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 25 thermidor an 4 +(12 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le chevalier d'Azara, à Rome.</i></p> + +<p>J'ai reçu, monsieur, plusieurs lettres de vous, auxquelles +les circonstances et mes occupations ne m'ont pas permis de +répondre aussi promptement que j'aurais voulu.</p> + +<p>Cacault vous remettra les deux pièces authentiques que +vous m'avez envoyées, avec une lettre de la municipalité de +Ferrare: vous y verrez que c'est une affaire arrangée.</p> + +<p>On m'assure que la cour de Rome vous a demandé de lui +prouver que la France était érigée en république. On m'assure +qu'à Rome on ne veut plus accorder de bénédictions +aux Ferrarais et aux Bolonais, mais bien à ceux de Lugo. +Joignez à cela le légat envoyé à Ferrare et le retard de l'exécution +de l'armistice, et le roi votre maître se convaincra de +la mauvaise foi d'un gouvernement dont l'imbécillité égale la +faiblesse.</p> + +<p>M. Capelletti se conduit fort mal à Bologne: c'est à vous, +monsieur, à y mettre ordre; je serais fâché de le chasser de +la ville. Aussi bien, j'ignore ce qu'il est, ce qu'il fait, et ce qu'il +prétend.</p> + +<p>S.A.R. l'archiduc de Parme s'est conduit envers l'armée +française avec la plus grande franchise et les sentimens d'amitié +les plus sincères.</p> + +<p>Je vous prie, monsieur, de croire aux sentimens, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 25 thermidor an 4 +(12 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault, à Rome.</i></p> + +<p>Le pape a envoyé un cardinal légat à Ferrare, dans le +temps qu'il croyait sans doute les Français perdus. Cela est-il +conforme au traité d'armistice que nous avons signé? Les +bourgeois de Ferrare ont refusé de le recevoir. Je viens de +donner l'ordre à ce cardinal de se rendre sur-le-champ au +quartier-général.</p> + +<p>Vous recevrez une lettre de la municipalité de Ferrare +qui paraît être d'accord avec M. d'Azara; c'est donc une affaire +finie. Je vous envoie en conséquence les deux pièces authentiques +que le ministre m'avait envoyées.</p> + +<p>Le premier convoi d'argent n'est pas encore arrivé: tout +va bien lentement. Il paraît qu'il y a beaucoup de mauvaise +foi. Surveillez, et instruisez-moi; envoyez des hommes affidés +pour savoir ce qui se fait à Naples et ce qui s'y est fait pendant +nos opérations militaires. Je vous enverrai des relations +et des adresses qui vous feront plaisir, et vous mettront au +fait de ce qui s'est passé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 25 thermidor an 4 +(12 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>À S.A.R. le grand-duc de Toscane.</i></p> + +<p>J'ai reçu la lettre dont V.A.R. m'a honoré, en date +du 13 juillet. Elle ne m'est arrivée que fort tard, ce qui, +joint aux nombreux événemens qui viennent de se passer, a +mis quelque retard dans ma réponse.</p> + +<p>Le gouvernement a appris, avec la plus grande douleur, +l'occupation de Porto-Ferrajo par les Anglais. Il aurait été +si facile à votre altesse de défendre cette place; il lui aurait +été si avantageux de se conserver la possession de cette partie +essentielle de ses états, qu'on est obligé de penser que la +trahison de votre gouverneur, pareille à celle de Spannochi, +est la cause de cet événement aussi désagréable pour la +France que pour vos sujets.</p> + +<p>Le directoire exécutif serait autorisé, sans doute, à s'emparer, +par représailles, des états de votre altesse royale qui +sont sur le continent; mais, fidèle aux sentimens de modération, +le gouvernement français ne changera en rien et n'altérera +d'aucune manière la neutralité et la bonne harmonie +qui règnent entre lui et votre altesse royale.</p> + +<p>Je suis avec les sentimens d'estime, etc., de votre altesse +royale le très, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4 +(12 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au sénat de Bologne</i>.</p> + +<p>J'apprends, messieurs, que les ex-jésuites, les prêtres et +les religieux troublent la tranquillité publique.</p> + +<p>Faites-leur connaître que dans le même temps que la république +française protège la religion et ses ministres, elle +est inexorable envers ceux qui, oubliant leur état, se mêlent +des affaires publiques ou civiles. Prévenez les chefs des différentes +religions que la première plainte qui me sera portée +contre les religieux, j'en rendrai tout le couvent responsable, +je les chasserai de la ville, et je confisquerai leurs biens au +profit des pauvres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4 +(13 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef, au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>L'ennemi, après sa retraite, occupait en force la Corona +et Monte-Baldo; il paraissait vouloir s'y soutenir. Masséna +y a marché le 24 thermidor, s'est emparé de Monte-Baldo, +de la Corona, de Preaboco, a pris sept pièces de canon et fait +quatre cents prisonniers. Il se loue beaucoup de la trente-huitième +demi-brigade d'infanterie légère, de son aide-de-camp +Rey, et de son adjudant-général Chabran.</p> + +<p>Le 25, j'ai ordonné au général Sauret et au général de +brigade Saint-Hilaire de se rendre à la Rocca d'Anfo, où +l'ennemi paraissait vouloir tenir. Cette opération a réussi; +nous avons forcé la Rocca d'Anfo, rencontré l'ennemi à Lodrone: +après un léger combat, nous avons pris ses bagages, +six pièces de canon et onze cents prisonniers.</p> + +<p>Augereau a passé l'Adige, a poussé l'ennemi sur Roveredo, +et a fait quelques centaines de prisonniers. L'ennemi a +dans Mantoue quatre mille malades; dans ce mois, les environs +de cette place sont pestilentiels, et je me borne à y placer +des camps d'observation qui tiennent la garnison dans les +limites.</p> + +<p>Si une division de l'armée du Rhin peut venir prendre +position à Inspruck et jeter l'ennemi sur la droite, je me porterai +à Trieste, je ferai sauter son port et saccager la ville.</p> + +<p>Si l'armée de Sambre-et-Meuse arrive au Danube, que +celle du Rhin puisse être en forces à Inspruck, je marcherai +sur Vienne par le chemin de Trieste, et alors nous aurons +le temps de retirer les immenses ressources que contient cette +place.</p> + +<p>Le premier projet peut s'exécuter de suite; pour le second, +il faudrait une bonne bataille qui éparpillât le prince +Charles, comme j'ai éparpillé Wurmser, et de suite marcher +tous sur Vienne.</p> + +<p>La chaleur est excessive. J'ai quinze mille malades, peu, +très-peu de mortalités.</p> + +<p>J'attends les secours que vous m'annoncez; il n'est encore +arrivé que très-peu de choses.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4 +(13 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Du même au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai reçu avec reconnaissance, citoyens directeurs, le nouveau +témoignage d'estime que vous m'avez donné par votre +lettre du 13 thermidor. Je ne sais pas ce que MM. les journalistes +veulent de moi: ils m'ont attaqué dans le même temps +que les Autrichiens. Vous les avez écrasés par la publication +de votre lettre; j'ai complètement battu les Autrichiens: +ainsi, jusqu'à cette heure, ces doubles tentatives de nos ennemis +ne sont pas heureuses.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4 +(13 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Du même au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les bijoux et diamans que l'armée a envoyés à Gênes, et +qui, depuis, étaient en route pour Paris, et que l'on a fait +rétrograder à Gênes, doivent valoir au moins deux ou trois +millions; cependant on n'en a offert à Gênes que 400,000 fr. +Je crois qu'il est de l'intérêt de la république que ces objets +précieux soient transportés à Paris. Le grand nombre +d'étrangers qui sont dans cette capitale rendront la vente de +ces objets plus fructueuse; d'ailleurs, j'apprends que la compagnie +Flachat doit les prendre pour 400,000 fr. Ce serait +une affaire ruineuse pour le gouvernement.</p> + +<p>J'avais fait mettre en séquestre les biens des Napolitains à +Livourne. Le commissaire du gouvernement, à ce que m'écrit +le consul, a fait lever ce séquestre; cependant cela aurait +été un bon article du traité de paix. Cette cour de Naples se +conduit mal: les Napolitains qui sont ici se sont très-mal conduits +pendant nos événemens militaires, et je pense qu'il serait +dangereux qu'ils continuassent à y rester. M. Pignatelli +est-il à Paris? Les négociations de paix sont-elles commencées? +Si cela n'est pas, je crois que nous avons le droit de +séquestrer cette cavalerie. Il y a deux mille chevaux.</p> + +<p>On dit que le roi de Naples s'avance sur le territoire du +pape. Je lui ai fait signifier que s'il s'avançait sur le terrain +de Sa Sainteté, l'armistice serait nul, et que je marcherais +pour couvrir Rome.</p> + +<p>La cour de Rome a cru l'armée perdue, et déjà elle avait +envoyé un légat à Ferrare. La municipalité et la garde de +cette ville se sont bien conduites et ont refusé de le recevoir. +Je viens d'ordonner au cardinal de se rendre à mon quartier-général.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 26 thermidor an 4 +(13 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Du même au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je crois utile, citoyens directeurs, de vous donner mon +opinion sur les généraux employés à cette armée. Vous verrez +qu'il en est fort peu qui peuvent me servir.</p> + +<p>BERTHIER: talens, activité, courage, caractère, tout pour +lui.</p> + +<p>AUGEREAU: beaucoup de caractère, de courage, de fermeté, +d'activité; a l'habitude de la guerre, est aimé du soldat, +heureux dans ses opérations.</p> + +<p>MASSÉNA: actif, infatigable, a de l'audace, du coup d'oeil +et de la promptitude à se décider.</p> + +<p>SERRURIER: se bat en soldat, ne prend rien sur lui, +ferme, n'a pas assez bonne opinion de ses troupes; est malade.</p> + +<p>DESPINOIS: mou, sans activité, sans audace, n'a pas l'état +de la guerre, n'est pas aimé du soldat, ne se bat pas à sa +tête; a d'ailleurs de la hauteur, de l'esprit et des principes +politiques sains: bon à commander dans l'intérieur.</p> + +<p>SAURET: bon, très-bon soldat, pas assez éclairé pour être +général, peu heureux.</p> + +<p>ABATTUCCI<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a>: pas bon à commander cinquante hommes.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Footnote 11:</b><a href="#footnotetag11"> (return) </a> Vieux général de division, oncle du brave général Abattucci, mort +au siège d'Huningue, en 1797.</blockquote> + +<p>GARNIER, MEUNIER, CASABIANCA: incapables, pas bons +à commander un bataillon dans une guerre aussi active et +aussi sérieuse que celle-ci.</p> + +<p>MACQUART: brave homme, pas de talens, vif.</p> + +<p>GAUTHIER: bon pour un bureau, n'a jamais fait la guerre.</p> + +<p>Vaubois et Sahuguet étaient employés dans les places, je +viens de les faire venir à l'année: j'apprendrai à les apprécier; +ils se sont très-bien acquittés de ce que je leur ai confié jusqu'ici; +mais l'exemple du général Despinois, qui était très-bien +à Milan et très-mal à la tête de sa division, m'ordonne +de juger les hommes d'après leurs actions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 1er fructidor an 4 +(18 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous ordonnerez au général de brigade Murat de partir +pour Casal-Maggior, où il commandera une colonne mobile +destinée à faire exécuter les différens articles de la réquisition +relative à Casal-Maggior.</p> + +<p>Vous lui nommerez une commission militaire qui l'accompagnera +pour faire juger ceux qui auraient assassiné les Français, +ceux qui seraient auteurs ou qui auraient excité à la +révolte.</p> + +<p>Il aura avec lui un commissaire des guerres et l'agent militaire +pour percevoir la contribution d'un million.</p> + +<p>Il effectuera en entier le désarmement; il aura soin d'effectuer +en trois ou quatre jours les différentes dispositions de +la proclamation.</p> + +<p>Sa colonne mobile sera composée de cent hommes du vingt-unième +régiment de chasseurs, de deux pièces d'artillerie +légère et de la cinquante-unième demi-brigade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 1er fructidor an 4 +(18 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Les chefs de corps remettront aux généraux de division +sous qui ils se trouvent, la note des officiers absens, et spécialement +de ceux qui se trouveraient à Milan, Brescia et +Plaisance.</p> + +<p>2°. Ceux qui seraient à Brescia, à Milan et à Plaisance +sans permission et qui se trouvent absens depuis plus de +quarante-huit heures, seront sur-le-champ destitués par le +général de division, qui en enverra à cet effet la note au chef +de l'état-major.</p> + +<p>3°. Le général de division se fera rendre compte de ceux +qui sont absens par permission, révoquera les permissions +qui ne seraient pas indispensables au service. Il fixera dans +cette révocation le jour où l'officier doit rejoindre son corps, +sous peine de destitution.</p> + +<p>4°. Les commandans de Milan, de Brescia et de Plaisance +feront publier dans la ville et consigner aux portes, que tout +militaire, quel qu'il soit, même blessé, ait à se faire inscrire +à l'état-major de la place.</p> + +<p>5º. La municipalité n'accordera aucun billet de logement +que sur le visa du commandant de la place.</p> + +<p>6°. La municipalité remettra, tous les cinq jours, la liste +des officiers logés dans la ville, avec le jour de leur arrivée. +Les commandans des places enverront un double de cet état +à l'état-major général.</p> + +<p>7°. Ils feront arrêter tous les officiers qui se trouveraient +dans leur ville sans une permission des chefs de corps, visée +par le général de division.</p> + +<p>8°. Ceux qui auraient des raisons réelles de service qui autorisassent +leur séjour dans une de ces places, auront de l'état-major +de la place un billet qui les autorisera à rester tant de +jours.</p> + +<p>9º. Tout officier qui sera surpris dans une de ces places +six heures après l'expiration de sa permission sera arrêté, et +il en sera rendu compte au général de division sous lequel se +trouve son corps.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 1er fructidor an 4 +(18 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kellermann.</i></p> + +<p>Nous sommes dans des circonstances, mon cher général, +où nous avons le besoin le plus urgent de troupes.</p> + +<p>Les maladies nous mettent tous les jours beaucoup de +monde aux hôpitaux, je vous prie donc de ne pas perdre un +seul moment, et d'activer la marche des troupes le plus qu'il +vous sera possible. Le moindre retard peut être dangereux et +produire le plus mauvais effet.</p> + +<p>Wurmser reçoit à chaque instant de nouveaux renforts. +Je compte, mon cher général, sur votre zèle ordinaire, et je +vous prie de recevoir mes complimens pour les peines que +vous n'avez cessé de vous donner.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 1er fructidor an 4 +(18 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le 28, à deux heures du matin, quinze cents hommes de +la garnison de Mantoue sortaient par la porte de Cerese, dans +le même moment que trois mille hommes sortaient par la +porte de Pradella: tous nos avant-postes se retirèrent. L'ennemi +était à une portée de fusil de nos batteries, qu'il espérait +déjà enlever; mais le brave cinquième bataillon de grenadiers +était là. Les généraux Fevrilla et Dallemagne placent +leurs troupes, saisissent le moment favorable, attaquent l'ennemi, +le mettent en désordre après deux heures de combat, +et le conduisent jusqu'aux palissades de la ville. La perte de +l'ennemi est de cinq à six cents hommes.</p> + +<p>Le 29, je comptais faire embarquer cent grenadiers, et +j'espérais pouvoir m'emparer d'une des portes de la ville; +mais les eaux ayant diminué de plus de trois pieds, il n'a pas +été possible de tenter ce coup de main.</p> + +<p>Le 30, à onze heures du soir, le général Serrurier ordonna +au général Murat et à l'adjudant-général Vignolles, +avec deux cents hommes, d'attaquer la droite du camp retranché +des ennemis, dans le temps que le général Dallemagne, +à la tête d'une bonne colonne, attaquait la gauche. +Le chef de bataillon d'artillerie Andréossy, officier du plus +grand mérite, avec cinq chaloupes canonnières qu'il avait +armées, alla donner à l'ennemi une fausse alerte; et dans le +temps qu'il attirait sur lui tous les feux de la place, les généraux +Dallemagne et Murat remplissaient leur mission, et +portaient dans les rangs ennemis le désordre et l'épouvante. +Le chef de brigade du génie traça pendant ce temps à quatre-vingts +toises l'ouverture de la tranchée sous le feu et la mitraille +de l'ennemi. Au même instant les batteries de Saint-Georges, +de Pradella et de la Favorite, les deux premières composées +de six pièces de gros calibre, et à boulets rouges, de +six gros mortiers; la dernière, de huit pièces, destinée à +rompre la communication de la citadelle avec la ville, commencèrent +à jouer contre la place. Dix minutes après, le feu +se communiqua de tous côtés dans la ville. La douane, le +Collorado et plusieurs couvens ont été consumés. À la pointe +du jour, la tranchée n'était que faiblement tracée; l'ennemi +réunissait une partie de ses forces et cherchait à sortir sous +le feu terrible des remparts; mais nos intrépides soldats, cachés +dans des ravins, derrière des digues, postés dans toutes +les sinuosités qui pouvaient un peu les abriter de la mitraille, +les attendaient de pied ferme sans tirer. Cette morne constance +seule déconcerta l'ennemi, qui rentra dans ses murs.</p> + +<p>La nuit suivante, on a perfectionné la tranchée, et dans +la nuit de demain, j'espère que nos batteries seront armées et +prêtes à tirer.</p> + +<p>Je ne vous parlerai pas de la conduite de l'intrépide général +Serrurier, dont la réputation militaire est établie, et à +qui nous devons, entre autres choses, le gain de la bataille de +Mondovi. Le chef de brigade Chasseloup, le chef de bataillon +Samson, et le chef de bataillon Meuron donnent tous les +jours des preuves de talens, d'activité, de courage, qui leur +acquièrent des titres à la reconnaissance de l'armée et de la +patrie.</p> + +<p>Toutes les troupes montrent une patience, une constance +et un courage qui donnent l'audace de concevoir les entreprises +les plus hardies.</p> + +<p>Le chef de bataillon Dussot, qui commande le brave cinquième +bataillon de grenadiers, est le même qui a passé, le +premier, le pont de Lodi.</p> + +<p>Je vous enverrai incessamment la sommation que j'ai faite +au gouverneur, et la réponse qu'il m'a faite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 fructidor an 4 +(25 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Du même au directoire exécutif.</i></p> + +<p>1°. La division du général Sahuguet bloque Mantoue.</p> + +<p>Le 7, à trois heures du matin, nous avons à la fois attaqué +le pont de Governolo et Borgo-Forte, pour faire rentrer +la garnison dans ses murs. Après une vive canonnade, le général +Sahuguet, en personne, s'est emparé du pont de Governolo, +dans le temps que le général Dallemagne s'emparait +de Borgo-Forte. L'ennemi a perdu cinq cents hommes tués, +blessés ou prisonniers. La douzième demi-brigade et le citoyen +Lahoz se sont distingués.</p> + +<p>2°. La division du général Augereau est à Verone.</p> + +<p>3°. Celle du général Masséna est à Rivoli. Celle du général +Sauret, dont je viens de donner le commandement au +général Vaubois, est à Storo, le général Sauret étant malade.</p> + +<p>Il a été indispensable de donner quelques jours de repos +aux troupes, de rallier les corps disséminés après un choc si +violent, et de réorganiser le service des administrations absolument +en déroute: il y a de ces messieurs qui ont fait leur +retraite tout d'une traite sur le golfe de la Spezzia.</p> + +<p>Le commissaire des guerres Salva abandonne l'armée; +l'esprit frappé, il voit partout des ennemis; il passe le Pô et +communique à tout ce qu'il rencontre la frayeur qui l'égare, +il croit les houlans à ses trousses: c'est en vain qu'il court en +poste deux jours et deux nuits, rien ne le rassure; criant +de tous côtés: <i>sauve qui peut</i>, il arrive à deux lieues de +Gênes: il meurt après vingt-quatre heures d'une fièvre violente, +dans les transports de laquelle il se croit blessé de cent +coups de sabre, et toujours par les terribles houlans. Rien +n'égale cette lâcheté que la bravoure des soldats. Beaucoup +de commissaires des guerres n'ont pas été plus braves. Tel +est, citoyens directeurs, l'inconvénient de la loi qui veut +que les commissaires des guerres ne soient que des agens civils, +tandis qu'il leur faut plus de courage et d'habitudes +militaires qu'aux officiers mêmes: le courage qui leur est nécessaire +doit être tout moral; il n'est jamais le fruit que de +l'habitude des dangers, J'ai donc senti dans cette circonstance +combien il est essentiel de n'admettre à remplir les +fonctions de commissaire des guerres, que des hommes qui +auraient servi dans la ligne plusieurs campagnes, et qui auraient +donné des preuves de courage. Tout homme qui estime +la vie plus que la gloire nationale et l'estime de ses camarades, +ne doit pas faire partie de l'armée française. L'on +est révolté lorsqu'on entend journellement les individus des +différentes administrations avouer et se faire presque gloire +d'avoir eu peur.</p> + +<p>Nous avons à l'armée quinze mille malades, il n'en meurt +par jour que quinze ou vingt; mais on dit que le mois de +septembre est le moment où les maladies sont plus dangereuses. +Jusqu'à cette heure ce ne sont que des fièvres légères. +Je viens de visiter les hôpitaux de Milan: j'ai été très-satisfait, +ce qui est dû en partie au zèle et à l'activité du citoyen +Burisse, agent principal de cette partie.</p> + +<p>Je n'ai encore reçu aucune troupe venant de l'Océan; l'on +nous a annoncé seulement trois mille hommes composant la +sixième demi-brigade, qui arrivent à Milan le 15.</p> + +<p>On ne m'a annoncé aucune troupe de la division du général +Chateauneuf-Randon, seulement la dixième demi-brigade +de ligne, forte de six cents hommes, est arrivée à +Nice.</p> + +<p>Si les six mille hommes que vous m'avez annoncés du +général Chateauneuf-Randon et les treize mille hommes que +l'on m'a annoncés depuis longtemps de l'armée de l'Océan +étaient arrivés, mon armée se trouverait presque doublée, et +j'aurais balayé devant moi l'armée autrichienne. Si ces renforts +arrivent dans le courant du mois, nous continuerons à +nous trouver dans une position respectable, et dans le cas +même de mettre fin à l'extravagance de Naples; mais je crains +que vos ordres sur le mouvement de ces troupes ne soient mal +exécutés.</p> + +<p>Nos demi-galères sont sorties de Peschiera, où elles ont +pris dix grosses barques et deux pièces de canon appartenants +aux ennemis.</p> + +<p>Tout est ici dans une position satisfaisante. Nous attendons +la première nouvelle du général Moreau pour nous +avancer dans le Tyrol; cependant, si cela tarde encore quelques +jours, nous nous avancerons provisoirement jusqu'à +Trente. On m'assure que le général Wurmser est rappelé et +remplacé par le général Dewins.</p> + +<p>Le roi de Sardaigne ayant licencié ses régimens provinciaux, +les barbets se sont accrus. Un chariot portant de l'argent +a été pillé. Le général Dugard allant à Nice a été tué. +J'ai organisé une colonne mobile avec un tribunal contre les +barbets, pour en faire justice.</p> + +<p>Je ne puis influer d'aucune manière sur les départemens +du Var et du Rhône; mon éloignement est tel, que je reçois +les lettres beaucoup plus tard que le ministre de la guerre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 fructidor an 4 +(18 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien envoyer les ordres pour qu'il soit réuni, +au village de Tende, une colonne mobile composée de cinquante +gendarmes du département des Alpes-Maritimes; +cinquante gendarmes du département du Var; trois mille +deux cents hommes pris dans la division du général Casabianca; +deux cents hommes pris à Antibes et aux îles Marguerite; +cent cinquante hommes de la garde nationale des +Alpes-Maritimes; deux cents hommes de la garde nationale +du district de Grasse; deux pièces de canon.</p> + +<p>Cette colonne mobile sera commandée par le général Casabianca. +La commission militaire que j'ai ordonnée pour juger +les barbets, tiendra ses séances au village de Tende. Le +département des Alpes-Maritimes enverra une commission, +qui restera à Tende; elle sera chargée de recueillir tous les +renseignemens que pourront lui donner les municipalités et +les habitans pour détruire ces rassemblemens et purger le +département des brigands qui l'infestent.</p> + +<p>Les généraux, officiers supérieurs, soldats et commission, +réunis à Tende, seront payés moitié en argent et moitié en +mandats, comme l'armée active.</p> + +<p>Le payeur de l'armée fera payer cette colonne mobile par +le payeur de Coni; elle sera nourrie de vivres de la ville de +Coni, et aura une ration de viande comme le reste de l'armée.</p> + +<p>Les villages seront responsables des secours qu'ils donneraient +aux scélérats.</p> + +<p>Le général Macquart et le général piémontais seront prévenus +de la formation de cette colonne mobile.</p> + +<p>Le général Macquart aura ordre de se concerter avec le +général Casabianca, pour envoyer de son côté de gros piquets, +afin de détruire rapidement les brigands.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 fructidor an 4 +(25 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, ordonner au général +Gentili d'organiser en compagnies tous les Corses réfugiés qui +se trouvent à Livourne, officiers, sous-officiers et soldats. +Les généraux corses, les chefs de brigade ou de bataillon réfugiés +commanderont chacun une de ces compagnies. Il leur +sera distribué des fusils de ceux existans dans la place.</p> + +<p>Ces compagnies ne feront aucun service autre que celui +relatif à l'embarquement pour la Corse. En cas de générale +ou d'alerte, le général Gentili prendra les ordres du général +de division commandant la place, pour les postes que devront +occuper lesdites compagnies. Les capitaines, lieutenans ou +sous-lieutenans faisant partie de ces compagnies devront être +armés d'un fusil.</p> + +<p>Je vous laisse le maître de faire un règlement pour déterminer +tout ce que je n'aurais pas prévu, afin que tous les +Corses réfugiés, faisant partie desdites compagnies, puissent +toucher sans confusion les rations dues à leur grade, et qu'ils +puissent, en cas d'événement, remplacer à Livourne le bataillon +de la soixante-quinzième demi-brigade que j'en ai retiré.</p> + +<p>Vous préviendrez le général Gentili que je lui enverrai incessamment +des instructions sur l'expédition de la Corse.</p> + +<p>La gendarmerie de la vingt-huitième division, étant organisée, +devra concourir au service de la place. Vous autoriserez +ses chefs à se recruter parmi les réfugiés corses existans +à Livourne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p>Donnez l'ordre à deux cents hommes du bataillon de la +douzième demi-brigade, qui est à Milan, de partir demain +matin pour se rendre, par le chemin le plus court, à Casal-Maggior, +pour être aux ordres du général Murat, et remplacer +la cinquante-unième demi-brigade.</p> + +<p>Donnez ordre à la cinquante-unième demi-brigade de partir +aussitôt que ces deux cents hommes seront arrivés, pour +se rendre à Livourne par le chemin le plus court.</p> + +<p>Donnez l'ordre d'établir, sous trois fois vingt-quatre heures, +dans le château de Pavie, un hôpital de vénériens. On +tiendra, dans le magasin du château, cinq cents fusils avec +pierres, cartouches, etc., afin de pouvoir armer, en cas d'événement, +les vénériens.</p> + +<p>Donnez l'ordre au bataillon de la sixième demi-brigade, +le premier arrivé, de laisser deux cents hommes dans le château +de Pavie. Aussitôt que ces deux cents hommes seront +arrivés à Pavie, donnez ordre à la quatorzième demi-brigade +de partir pour Livourne par le chemin le plus court. Faites +passer en revue la cinquante-unième demi-brigade et la quatorzième, +au moment de leur départ.</p> + +<p>Ordonnez l'établissement d'un hôpital de cinq cents malades +dans le château de Milan. Mon intention est que l'on +choisisse les hommes les moins malades. Ordonnez qu'il y ait +toujours dans le château de Milan cinq cents fusils, avec ce +qui est nécessaire, pour, en cas d'événement, armer lesdits +malades.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 fructidor an 4 +(25 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général de division Sauret.</i></p> + +<p>La considération de votre santé m'a seule engagé à vous +donner le commandement de la réserve, et à vous remplacer +dans celui de la division actuellement sous vos ordres: cette +division est encore destinée à des mouvemens dont la vivacité +est incompatible avec votre état actuel; mais vous saurez encore +vous rendre utile dans le poste où je vous place, et qui +n'est pas moins essentiel; le service qu'il doit faire est moins +rude et plus adapté à votre situation.</p> + +<p>La réserve doit voir l'ennemi; mais elle est destinée à le +joindre par des chemins moins difficiles. Les services que vous +avez rendus doivent vous assurer que ce changement n'a rien +qui doive vous affecter; il est absolument étranger à aucune +diminution dans la confiance que je dois à votre bravoure et +à votre patriotisme.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 fructidor an 4 +(26 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous enverrai incessamment, citoyens directeurs, deux +lettres que je reçois de Corse. Les Anglais embarquent toutes +les munitions de guerre sur des barques pour les transporter +à l'île d'Elbe. Où donc est le projet qu'ils avaient pu avoir +dans le temps qu'ils nous croyaient battus, de se porter sur +Livourne, comme le pourrait faire croire une proclamation +qu'ils ont publiée.</p> + +<p>Tous les réfugiés corses sont déjà rendus à Livourne: le +commissaire Salicetti compte partir demain.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 fructidor an 4 +(26 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai commencé à entamer les négociations à Venise, je leur +ai demandé les vivres pour le besoin de l'armée. Je vous envoie +la copie de la lettre au citoyen Lallement. Dès l'instant +que j'aurai balayé le Tyrol, on entamera des négociations +conformes à vos instructions; dans ce moment-ci, cela ne +réussirait pas: ces gens-ci ont une marine puissante, et sont +à l'abri de toute insulte dans leur capitale; il sera peut-être +bien difficile de leur faire mettre les séquestres sur les biens +des Anglais et sur ceux de l'empereur.</p> + +<p>J'ai fait appeler à Milan le citoyen Faypoult. Nous sommes +convenus des mesures préparatoires à prendre pour l'exécution +de vos instructions sur Gènes.</p> + +<p>Dès l'instant que nous serons à Trente, que l'armée du +Rhin sera à Inspruck, et qu'une partie du corps de troupes +qui m'arrive de la Vendée sera à Tortone, je me porterai à +Gênes de ma personne, et votre arrêté sera exécuté dans toute +sa teneur.</p> + +<p>Quant au grand-duc de Toscane, il faut encore dissimuler. +J'ai fait un changement de troupes dans la place de Livourne, +pour détourner les calculateurs sur le nombre, et +faire un mouvement dans l'intérieur de l'Italie, pour accroître +les bruits que je fais courir pour contenir la populace +de Rome et les Napolitains.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 fructidor an 4 +(26 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le roi de Naples, à la tête de vingt-quatre mille hommes +(ce qui pourrait bien n'aller qu'à quinze mille), s'est avancé +sur les terres du pape, menaçant de se porter sur Rome, et +de là venir se joindre à Wurmser, ou se porter sur Livourne +pour, de concert avec les Anglais, nous chasser de cette +place. L'alarme était dans Rome, et le cabinet de Sa Sainteté +était dans la plus grande consternation.</p> + +<p>J'ai écrit au citoyen Cacault de rassurer la cour de Rome, +et de signifier à celle de Naples que si le roi des Deux-Siciles +s'avançait sur les terres de Rome, je regarderais l'armistice +comme nul, et que je ferais marcher une division de mon +armée pour couvrir Rome. Le citoyen Cacault m'assure, sans +en être certain, que le roi de Naples s'est désisté de son entreprise, +et qu'il est retourné de sa personne à Naples. Cette +cour est perfide et bête. Je crois que si M. Pignatelli n'est +pas encore arrivé à Paris, il convient de séquestrer les deux +mille hommes de cavalerie que nous avons en dépôt, arrêter +toutes les marchandises qui sont à Livourne, faire un manifeste +bien frappé, pour faire sentir la mauvaise foi de la cour +de Naples, principalement d'Acton; dès l'instant qu'elle sera +menacée, elle deviendra humble et soumise. Les Anglais ont +fait croire au roi de Naples qu'il était quelque chose. J'ai +écrit à M. d'Azarria, à Rome; je lui ai dit que si la cour de +Naples, au mépris de l'armistice, cherche encore à se mettre +sur les rangs, je prends l'engagement, à la face de l'Europe, +de marcher contre les prétendus soixante-dix mille hommes +avec six mille grenadiers, quatre mille hommes de cavalerie +et cinquante pièces de canon. La bonne saison s'avance: d'ici +à six semaines, j'espère que la plus grande partie de nos malades +seront guéris. Les secours que vous m'annoncez arrivés, +je pourrai à la fois faire le siège de Mantoue, et tenir en respect +Naples et les Autrichiens.</p> + +<p>La cour de Rome, pendant le temps de nos désastres, ne +s'est pas mieux conduite que les autres; elle avait envoyé un +légat à Ferrare, je l'ai fait arrêter, et je le tiens en otage à +Brescia: c'est le cardinal Mattei. Le vice-légat, nommé +Grena, s'était sauvé, et n'était plus qu'à deux heures de +Rome; je lui ai envoyé l'ordre de venir à Milan; il est venu. +Comme il est moins coupable, je le renverrai après l'avoir +retenu quelques jours ici.</p> + +<p>On fait courir beaucoup de bruits sur le roi de Sardaigne; +mais je crois que tout cela est dénué de fondement. Il a vendu +son équipage d'artillerie, licencié ses régimens provinciaux; +et s'il cherche à recruter, c'est qu'il aime mieux avoir des +troupes étrangères que des régimens nationaux, dont il est +peu sûr. Il serait bon que les journalistes voulussent bien ne +pas publier sur son compte des absurdités comme celles qu'on +publie tous les jours. Il est des coups de plume écrits sur des +ouï-dire, et sans mauvaise intention, qui nous font plus de +mal, plus d'ennemis, qu'une contribution dont nous tirerions +avantage. Peut-être serait-il utile qu'un journal officiel insérât +un article qui démentît ces bruits absurdes et ridicules.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 fructidor an 4 +(26 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot, ministre de la république à Florence.</i></p> + +<p>J'ai reçu toutes vos lettres. Il y a à Livourne deux mille +deux cents hommes de la soixante-quinzième demi-brigade, +et six cents Corses réfugiés que j'organise en compagnies. J'y +envoie les quinzième et quatorzième demi-brigades, soyez +tranquille.</p> + +<p>Dissimulez avec le grand-duc; s'il se conduit mal, il +paiera tout à la fois: ces gens-ci sont peu à craindre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 13 fructidor an 4 +(30 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Il arrive quelquefois que le défaut de transport empêche le +soldat de toucher sa ration de pain de vingt-quatre onces et +qu'il n'en touche que douze: il est juste, lorsque cela arrive, +de l'indemniser en lui donnant l'équivalent en argent. En +conséquence, le général en chef ordonne qu'il sera, dans ce +cas, donné un sou et demi par douze onces. L'inspecteur des +vivres de la division devra donner un certificat, qui sera visé +par le commissaire des guerres, par le chef d'état-major de +la division, et par le général commandant le camp. Le quartier-maître, +à la fin de la décade, présentera le certificat à +l'ordonnateur en chef, qui le fera solder.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Brescia, le 13 fructidor an 4 +(30 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux habitans du Tyrol.</i></p> + +<p>Vous sollicitez la protection de l'armée française, il faut +vous en rendre dignes: puisque la majorité d'entre vous est +bien intentionnée, contraignez ce petit nombre d'hommes +opiniâtres à se soumettre, leur conduite insensée tend à attirer +sur leur patrie les fureurs de la guerre.</p> + +<p>La supériorité des armes françaises est aujourd'hui constatée: +les ministres de l'empereur, achetés par l'or des Anglais, +le trahissent; ce malheureux prince ne fait pas un pas +qui ne soit une faute.</p> + +<p>Vous voulez la paix, les Français combattent pour elle: +nous ne passons sur votre territoire que pour obliger la cour +de Vienne de se rendre au voeu de l'Europe désolée, et d'entendre +les cris de ses peuples. Nous ne venons pas ici pour +nous agrandir, la nature a tracé nos limites au Rhin et aux +Alpes, dans le même temps qu'elle a posé au Tyrol les limites +de la maison d'Autriche.</p> + +<p>Tyroliens, quelle qu'ait été votre conduite, rentrez dans +vos foyers; quittez des drapeaux tant de fois battus, et impuissans +pour se défendre. Ce n'est pas quelques ennemis de +plus que peuvent redouter les vainqueurs des Alpes et d'Italie, +mais c'est quelques victimes de moins que la générosité +de ma nation m'ordonne de chercher à épargner.</p> + +<p>Nous nous sommes montrés redoutables dans les combats, +mais nous sommes les amis de ceux qui nous reçoivent avec +hospitalité.</p> + +<p>La religion, les habitudes, les propriétés des communes +qui se soumettront seront respectées.</p> + +<p>Les communes dont les compagnies de Tyroliens ne seraient +pas rentrées à notre arrivée seront incendiées, les habitans +seront pris en otages et envoyés en France.</p> + +<p>Lorsqu'une commune sera soumise, les syndics seront tenus +de donner à l'heure même la note des habitans qui seraient +à la solde de l'empereur, et s'ils font partie des compagnies +tyroliennes, on incendiera sur-le-champ leurs maisons et on +arrêtera leurs parens jusqu'au dernier degré, lesquels seront +envoyés en ôtage en France.</p> + +<p>Tout Tyrolien faisant partie des compagnies franches, pris +les armes à la main, sera sur-le-champ fusillé.</p> + +<p>Les généraux de division seront chargés de la stricte exécution +du présent arrêté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Due-Castelli, le 13 fructidor an 4 +(30 août 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai rendu compte, citoyens directeurs, dans ma +dernière dépêche, que le général Wurmser, obligé d'abandonner +Bassano, s'était porté de sa personne avec les débris +de deux bataillons de grenadiers à Montebello, entre Vicence +et Verone, où il avait rejoint la division qu'il avait fait marcher +sur Verone, forte de quatre mille cinq cents hommes de +cavalerie et cinq mille d'infanterie, au premier instant qu'il +avait su que je me portais sur Trente.</p> + +<p>Le 23, la division du général Augereau se porta sur Padoue; +elle ramassa les débris de l'armée autrichienne et +quatre cents hommes qui les escortaient: celle de Masséna se +rendit à Vicence. Wurmser se trouvait entre l'Adige et la +Brenta: il lui était impossible de franchir la Brenta, puisque +deux divisions de l'armée lui en fermaient le passage; il ne +lui restait d'autre ressource que de se jeter dans Mantoue; +mais ayant prévu, à mon départ pour Trente, le mouvement +que ferait le général Wurmser, j'avais laissé dans Verone le +général de division Kilmaine, et fait garnir d'artillerie les +remparts de cette place. Le général Kilmaine, avec sa sagacité +ordinaire, a su imposer à l'ennemi et le tenir pendant +quarante-huit heures en respect, le repoussant par le feu de +son artillerie toutes les fois qu'il a essayé de pénétrer. Je n'avais +pu lui laisser que des forces trop peu considérables pour +contenir une ville très-populeuse, et pour repousser un corps +d'armée qui avait autant de raisons de ne rien épargner pour +se rendre maître de cette place importante. Il se loue beaucoup +du chef de bataillon Muirond, qui y commandait l'artillerie.</p> + +<p>Le 28 au soir, le général Wurmser apprit l'arrivée du général +Masséna à Vicence, il sentit qu'il n'avait plus un moment +à perdre; il fila toute la nuit le long de l'Adige, qu'il +passa à Porto-Legnago.</p> + +<p>Le 24 au soir, la division du général Masséna passa l'Adige +à Ronco, dans le temps que la division du général Augereau +marchait de Padoue sur Porto-Legnago, ayant bien +soin d'éclairer sa gauche pour que l'ennemi ne cherchât pas à +se sauver par Castel-Basilo.</p> + +<p>Le 25, à la pointe du jour, je donnai ordre à la division +du général Masséna de se porter à Sanguinetto, afin de barrer +le passage à Wurmser; le général Sahuguet, avec une brigade, +se porta à Castellaro, et eut ordre de couper tous les +ponts sur la Molinella.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Combat de Cerea.</i></p> + + +<p>Pour se rendre de Ronco à Sanguinetto, il y a deux chemins: +l'un, qui part de Ronco, passe par la gauche, en suivant +l'Adige, et rencontre le chemin de Porto-Legnago à +Mantoue; le second conduit directement de Ronco à Sanguinetto: +c'était celui qu'il fallait prendre, au contraire on prit +le premier. Le général Murat, à la tête de quelques centaines +de chasseurs, arrivé à Cerea, rencontra la tête de la division +de Wurmser; il culbuta plusieurs escadrons de cavalerie. Le +général Pigeon, commandant l'avant-garde du général Masséna, +sentant la cavalerie engagée, se précipite avec son infanterie +légère pour la soutenir; il passe le village et s'empare +du pont sur lequel l'ennemi devait passer: la division +du général Masséna était encore éloignée. Après un moment +d'étonnement et d'alarme donnée à la division du général +Wurmser, ce général fit ses dispositions, culbuta notre +avant-garde, reprit le pont et le village de Cerea. Je m'y étais +porté au premier coup de canon que j'avais entendu, il n'était +plus temps. Il faut faire à l'ennemi un pont d'or ou lui +opposer une barrière d'acier. Il fallut se résoudre à laisser +échapper l'ennemi, qui, selon tous les calculs et toutes les +probabilités, devait être, ce jour-là, obligé de poser les armes +et de se rendre prisonnier. Nous nous contentâmes de rallier +notre avant-garde et de retourner à demi-chemin de Ronco +à Cerea. Nous avons trouvé le lendemain sur le champ de bataille +plus de cent hommes tués de l'ennemi, et nous lui +avons fait deux cent cinquante prisonniers. Nous sommes redevables +au courage du huitième bataillon de grenadiers et +au sang-froid du général de brigade Victor, d'être sortis à si +bon marché d'une lutte aussi inégale.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Combat de Castellaro</i>.</p> + + +<p>Wurmser fila toute la nuit du 25 au 26 sur Mantoue +avec une telle rapidité, qu'il arriva le lendemain de bonne +heure à Nogara. Il apprit que les ponts de la Molinella étaient +coupés, et qu'une division française l'attendait à Castellaro. +Il sentit qu'il ne fallait pas essayer de forcer Castellaro, puisque, +dès la pointe du jour, nous nous étions mis à sa poursuite: +j'espérais encore le trouver se battant avec le général +Sahuguet; mais malheureusement celui-ci n'avait pas coupé +le pont de Villa-Impenta sur la Molinella, à une lieue de sa +droite: Wurmser avait filé par là. Dès l'instant que le général +Sahuguet avait su son passage, il avait envoyé quelques +chasseurs pour le harceler et retarder sa marche; mais il avait +trop peu de monde pour pouvoir y réussir. Le général Charton, +avec trois cents hommes, fut enveloppé par un régiment +de cuirassiers. Au lieu de se poster dans les fossés, ces braves +soldats voulurent payer d'audace et charger les cuirassiers; +mais après une vigoureuse résistance ils furent enveloppés. +Le général Charton a été tué dans ce combat, et les trois +cents hommes ont été faits prisonniers, parmi lesquels le chef +de brigade Dugoulot, chef de la douzième demi-brigade d'infanterie +légère.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Prise de Porto-Legnago</i>.</p> + + +<p>Le général Augereau, arrivé le 21 devant Porto-Legnago, +investit la place; le général Masséna y envoya la brigade du +général Victor pour l'investir du côté de l'Adige: après +quelques pourparlers, la garnison, forte de seize cent soixante-treize +hommes, se rendit prisonnière de guerre le 27. Nous +y trouvâmes vingt-deux pièces de canon de campagne, tout +attelées, ainsi que leurs caissons et les cinq cents hommes que +Wurmser nous avait fait prisonniers au combat de Cerea, et +qui, par ce moyen, furent délivrés.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Combat de Due-Castelli</i>.</p> + + +<p>Le 28, la division du général Masséna partit à la pointe +du jour de Castellero, se porta sur Mantoue par la route de +Due-Castelli, afin d'engager l'ennemi à rentrer dans la place, +en s'emparant du faubourg Saint-George; le combat s'engagea +à midi, il fut encore engagé trop promptement: la cinquième +demi-brigade se trompa de chemin et n'arriva pas à +temps. La nombreuse cavalerie ennemie étonna notre infanterie +légère; mais la brave trente-deuxième soutint le combat +jusqu'au soir, et nous restâmes maîtres du champ de bataille, +éloignés de deux milles du faubourg Saint-George. Le général +Sahuguet, après avoir investi la citadelle, s'est porté sur la +Favorite: déjà il avait obtenu les plus grands succès, il avait +pris à l'ennemi trois pièces de canon; mais il fut obligé de +prendre une position en arrière, et d'abandonner l'artillerie +qu'il venait de prendre à l'ennemi.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Bataille de Saint-George</i>.</p> + + +<p>Cependant les hulans, les hussards et les cuirassiers ennemis, +fiers de ces petits succès, inondaient la campagne; le +général Masséna leur fit tendre des embuscades, qui obtinrent +un succès d'autant plus heureux, qu'elles mirent aux prises +notre infanterie légère avec eux. Nous en tuâmes ou prîmes +environ cent cinquante. Les cuirassiers ne sont pas à l'abri +de nos coups de fusil. L'ennemi a eu au moins trois cents +blessés.</p> + +<p>C'est dans ces petits chocs que le général Masséna a montré +beaucoup de fermeté à rallier sa troupe et à la conduire +au combat. Le général Kilmaine, à la tête du vingtième de +dragons, a contenu l'ennemi, et a par là rendu un grand service. +Ces combats, qui n'étaient dans la réalité que des +échauffourées, donneront beaucoup de confiance à nos ennemis. +Il fallait l'accroître par tous les moyens possibles, car +nous ne pouvions pas avoir de plus grand bonheur que de +porter l'ennemi à engager une affaire sérieuse hors de ses remparts.</p> + +<p>Le général Masséna prit, la nuit du 28 au 29, une position +en arrière. Le lendemain, à la pointe du jour, nous apprîmes +que les ennemis avaient fait sortir presque toute leur +garnison pour défendre la Favorite et Saint-George, et par +là se conserver les moyens d'avoir des fourrages pour nourrir +leur nombreuse cavalerie.</p> + +<p>À deux heures après midi, le général Bon, commandant +provisoirement la division du général Augereau, qui est malade, +arriva de Governolo, longeant le Mincio, et attaqua +l'ennemi placé en avant de Saint-George, sur notre gauche; +le général la Salcette se porta pour couper les communications +de la Favorite à la citadelle; le général Pigeon, passant +par Villa-Nova, alla pour tourner une plaine où la cavalerie +ennemie pouvait manoeuvrer, et pour couper les communications +de la Favorite à Saint-George.</p> + +<p>Lorsque ces différentes attaques furent commencées, le +général Victor, avec la dix-huitième demi-brigade de bataille, +en colonne serrée par bataillon, et à la hauteur de division, +marcha droit à l'ennemi; la trente-deuxième demi-brigade, +soutenue par le général Kilmaine à la tête de deux régimens +de cavalerie, marcha par la droite pour acculer les ennemis, +et les pousser du côté où était le général Pigeon. Le combat +s'engagea de tous côtés avec beaucoup de vivacité; le huitième +bataillon de grenadiers, placé à l'avant-garde, et conduit +par l'adjudant-général Leclerc et mon aide-de-camp +Marmont, fit des prodiges de valeur.</p> + +<p>La quatrième demi-brigade de bataille, qui avait sur la +gauche commencé le combat, avait attiré la principale attention +de l'ennemi, qui se trouvait percé par le centre: nous +enlevâmes Saint-George. Un escadron de cuirassiers chargea +un bataillon de la dix-huitième, qui le reçut baïonnette en +avant, et fit prisonniers tous ceux qui survécurent à cette +charge.</p> + +<p>Nous avons fait dans cette bataille deux mille prisonniers, +parmi lesquels un régiment entier de cuirassiers et une division +de hulans. L'ennemi doit avoir au moins deux mille +cinq cents hommes tués ou blessés; nous avons pris vingt-cinq +pièces de canon avec leurs caissons tout attelés.</p> + +<p>Parmi nos blessés dans les journées du 28 et du 29, sont: le +général Victor, le général Berlin, le général Saint-Hilaire, +le général Mayer, blessé en allant au secours d'un soldat +chargé par un cuirassier ennemi; le général Murat, blessé +légèrement; le chef de brigade Lannes; le chef de bataillon +Rolland; le chef de brigade du dixième régiment de chasseurs +à cheval, Leclerc, a été blessé en chargeant à la tête +de son régiment. À l'affaire du 28, le chef de brigade de la +dix-huitième, qui a eu son cheval tué sous lui à l'affaire de +Bassano, s'est particulièrement distingué. Suchet, chef de +bataillon de la dix-huitième, a été blessé à la journée du 25, +en combattant courageusement à la tête de son bataillon. Aucun +des officiers généraux n'est blessé grièvement, et j'espère +que nous ne serons pas longtemps privés de leurs services.</p> + +<p>L'adjudant-général Belliard, officier de distinction, qui a +eu un cheval tué sous lui dans l'une des précédentes affaires, +s'est parfaitement bien conduit. Les adjoints aux adjudans-généraux +Charles et Salkoski se sont parfaitement conduits.</p> + +<p>Je vous demande le grade de général de brigade pour le +citoyen Leclerc, chef de brigade du dixième régiment de +chasseurs à cheval, et de l'avancement pour les adjoints +d'Amour et Ducos qui ont été blessés.</p> + +<p>Je demande le grade de chef d'escadron d'artillerie légère +pour les citoyens Rozet et Coindet, tous deux capitaines d'artillerie +légère.</p> + +<p>J'ai nommé adjudant-général l'ex-adjudant provisoire +Roche, officier très-distingué, qui s'est conduit parfaitement +dans différentes affaires. J'ai nommé chef de brigade au premier +régiment de hussards l'adjudant-général Picard, officier +de la plus grande distinction. Le chef de brigade du septième +régiment de hussards, le citoyen Paym, a été blessé à +la tête de son régiment. Le quinzième de dragons s'est conduit, +dans toutes ces circonstances, avec le plus grand courage.</p> + +<p>Ainsi, si la garnison de Mantoue a été renforcée à peu près +par cinq mille hommes d'infanterie, je calcule que la bataille +de Saint-George doit à peu près les lui avoir fait perdre. +Quant à la cavalerie, c'est un surcroît d'embarras et de consommation. +Je ne doute plus que Wurmser ne tente toute +espèce de moyens pour sortir de Mantoue avec elle.</p> + +<p>Depuis le 16 de ce mois nous sommes toujours nous battant, +et toujours les mêmes hommes contre des troupes nouvelles. +L'armée que nous venons presque de détruire était +encore formidable; aussi il paraît qu'elle avait des projets +hostiles, nous l'avons surprise et prévenue dans le temps +qu'elle faisait son mouvement.</p> + +<p>Je vous envoie mon aide-de-camp Marmont, porteur de +vingt-deux drapeaux pris sur les Autrichiens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Trente, le 20 fructidor an 4 +(6 septembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Nous n'avons pas d'autre chose à faire, citoyens directeurs, +si nous voulons profiter de notre position actuelle, que de +marcher sur Trieste. Nous serons à Botzen dès l'instant que +l'armée du Rhin se sera avancée sur Inspruck; mais ce plan, +que nous adoptons, et qui était bon au mois de juin, ne vaut +plus rien à la fin de septembre. Les neiges vont bientôt rétablir +les barrières de la nature, le froid commence déjà à +être vif; l'ennemi, qui l'a senti, s'est jeté sur la Brenta pour +couvrir Trieste. Je marche aujourd'hui le long de la Brenta, +pour attaquer l'ennemi à Bassano, ou pour couper ses derrières +s'il fait un mouvement sur Verone. Vous sentez qu'il +est impossible que je m'engage dans les montagnes du Tyrol, +lorsque toute l'armée ennemie est à Bassano et menace mon +flanc et mes derrières. Arrivé à Bassano, je bats l'ennemi: +comment voulez-vous qu'alors je le pousse par devant et que +je cherche à lui enlever Trieste? Le jour où j'aurais battu +l'ennemi à Bassano, et où l'armée du Rhin serait à Inspruck, +les quatre mille hommes, débris de la division qui gardait +Trente, se retireraient, par Brixen et Lientz, sur le Frioul: +alors la communication sera vraiment établie avec l'armée du +Rhin, et j'aurai acculé l'ennemi au-delà de Trieste, point +essentiel où se nourrit l'armée ennemie. Ensuite, selon la nature +des circonstances, je me tiendrai à Trieste ou je retournerai +sur l'Adige. Après avoir détruit ce port, et selon la nature +des événemens, je dicterai aux Vénitiens les lois que +vous m'avez envoyées par vos ultérieures instructions. De là +encore il sera facile, si les renforts du général Châteauneuf-Randon +arrivent, et si vous me faites fournir dix mille hommes +de l'armée des Alpes, d'envoyer une bonne armée jusqu'à +Naples. Enfin, citoyens directeurs, voulez-vous cet +hiver ne pas avoir la guerre au coeur de l'Italie? Portons-la +dans le Frioul.</p> + +<p>L'armée du Rhin, occupant Inspruck, garde mon flanc +gauche; d'ici à un mois, les neiges et les glaces le feront pour +elle, et elle pourra retourner sur le Danube. Vous sentez +mieux que moi, sans doute, l'effet que fera la prise de Trieste +sur Constantinople, sur la Hongrie et sur toute l'Italie. Au +reste, citoyens directeurs, le 22 je serai à Bassano. Si l'ennemi +m'y attend, il y aura une bataille qui décidera du sort +de tout ce pays-ci; si l'ennemi se recule encore sur Trieste, +je ferai ce que les circonstances militaires me feront paraître +le plus convenable; mais j'attendrai vos ordres pour savoir +si je dois, ou non, me transporter sur Trieste.</p> + +<p>Je crois qu'il serait nécessaire de former à Milan trois bataillons +de Milanais, qui serviraient à renforcer l'armée qui +bloque Mantoue. Si vous adoptez le projet de se porter sur +Trieste, je vous prie de me faire connaître de quelle manière +vous entendez que je me conduise avec cette ville, dans le cas +où l'on jugerait à propos de l'évacuer quelque temps après.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Trente, le 20 fructidor an 4 +(6 septembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>La division du général Masséna passa l'Adige, le 26, au +pont de Golo, suivant le grand chemin du Tyrol: elle est +arrivée à Ala, le 17; le même jour, à deux heures après +midi, notre cavalerie a sabré les avant-postes ennemis, et +leur a pris six chevaux.</p> + +<p>La division du général Augereau est partie de Verone +dans le même temps, et s'est postée sur les hauteurs qui +séparent les états de Venise du Tyrol.</p> + +<p>La division du général Vaubois est partie en même temps +de Storo, à la gauche du lac de Garda; son avant-garde est +arrivée à Torbole, où elle a été jointe par la brigade du général +Guieux, qui s'était embarquée à Salo sur le lac de +Garda; son avant-garde, commandée par le général de brigade +Saint-Hilaire, a culbuté l'ennemi, qu'il a rencontré au +pont de la Sarca, et lui a fait cinquante prisonniers.</p> + +<p>Le 17, au soir, le général Pigeon, commandant l'infanterie +légère de la division du général Masséna, me donne +avis que l'ennemi tient en force le village de Serravalle: il +reçoit et exécute l'ordre d'attaquer, il force l'ennemi, et lui +fait trois cents prisonniers.</p> + +<p>Le 18, à la pointe du jour, nous nous trouvons en présence. +Une division de l'ennemi gardait les défilés inexpugnables +de Marco, une autre division au-delà de l'Adige +gardait le camp retranché de Mori. Le général Pigeon, +avec une partie de l'infanterie légère, gagne les hauteurs à +la gauche de Marco; l'adjudant Sornet, à la tête de la dix-huitième +demi-brigade d'infanterie légère, attaque l'ennemi +en tirailleurs; le général de brigade Victor, à la tête de la +dix-huitième demi-brigade d'infanterie de bataille en colonne +serrée par bataillon, perce par le grand chemin; la +résistance de l'ennemi est long-temps opiniâtre: au même +instant, le général Vaubois attaque le camp retranché de +Mori; après deux heures de combat très-vif, l'ennemi plie +partout. Le citoyen Marois, mon aide-de-camp, capitaine, +porte l'ordre au général Dubois de faire avancer le premier +régiment de hussards, et de poursuivre vivement l'ennemi. +Ce même général se met lui-même à la tête, et décide de +l'affaire; mais il reçoit trois balles, qui le blessent mortellement. +Un de ses aides-de-camp venait d'être tué à ses côtés. +Je trouve un instant après ce général expirant. «Je meurs +pour la république, faites que j'aie le temps de savoir si la +victoire est complette.» Il est mort.</p> + +<p>L'ennemi se retire à Roveredo: j'ordonne au général de +brigade Rampon de passer avec la trente-deuxième entre +cette ville et l'Adige; le général Victor, pendant ce temps-là, +entre au pas de charge dans la grande rue; l'ennemi se +replie encore en laissant une grande quantité de morts et +de prisonniers. Pendant ce temps-là, le général Vaubois a +forcé le camp retranché de Mori, et poursuivi l'ennemi sur +l'autre rive de l'Adige; il était une heure après-midi; l'ennemi, +battu partout, profitait des difficultés du pays, nous +tenait tête à tous les défilés, et exécutait sa retraite sur +Trente. Nous n'avions encore pris que trois pièces de canon +et fait mille prisonniers.</p> + +<p>Le général Masséna fait rallier toutes les demi-brigades, +et donne un moment de repos à sa division: pendant ce temps, +nous allons, avec deux escadrons de cavalerie, reconnaître +les mouvemens de retraite de l'ennemi; il s'est rallié en +avant de Caliano, pour couvrir Trente, et donner le temps +à son quartier-général d'évacuer cette ville. S'il a été battu +pendant toute la journée devant Caliano, nulle position +n'est inexpugnable. L'Adige touche presque à des montagnes à +pic, et forme une gorge qui n'a pas quarante toises de +largeur, fermée par un village, un château élevé, une bonne +muraille qui joint l'Adige à la montagne, et où il a placé +toute son artillerie. Il faut de nouvelles dispositions: le général +Dommartin fait avancer huit pièces d'artillerie légère pour +commencer la canonnade. Il trouve une bonne position, d'où +il prend la gorge en écharpe.</p> + +<p>Le général Pigeon passe avec l'infanterie légère sur la +droite; trois cents tirailleurs se jettent sur les bords de l'Adige +pour commencer la fusillade, et trois demi-brigades en colonne +serrée et par bataillon, l'arme au bras, passent le +défilé. L'ennemi, ébranlé par le feu de l'artillerie, par la +hardiesse des tirailleurs, ne résiste pas à la masse de nos +colonnes; il abandonne l'entrée de la gorge; la terreur se communique +dans toute sa ligne, notre cavalerie le poursuit.</p> + +<p>Le citoyen Marois, mon aide-de-camp, capitaine, suivi +de cinquante hussards, veut gagner la tête et arrêter +toute la colonne ennemie: il la traverse, et est lui-même +jeté par terre et blessé de plusieurs coups; une partie de l'armée +ennemie lui a marché sur le corps; il a plusieurs blessures +dont aucune n'est mortelle. Le chef de brigade du +premier régiment de hussards est tué. Le citoyen Bessières, +capitaine de ma compagnie des guides, voit deux pièces de canon +sur le point de s'échapper; il s'élance avec cinq ou six +guides, et, malgré les efforts des ennemis, arrête les pièces.</p> + +<p>Six ou sept mille prisonniers, vingt-cinq pièces de canon, +cinquante caissons, sept drapeaux, tel est le fruit de la +bataille de Roveredo, une des plus heureuses de la campagne. +La perte de l'ennemi doit avoir été considérable.</p> + +<p>Le 19, à huit heures du matin, le général Masséna est +entré dans Trente. Wurmser a quitté cette ville la veille, +pour se réfugier du côté de Bassano.</p> + +<p>Le général Vaubois, avec sa division, marcha aussitôt à la +poursuite des ennemis. Son arrière-garde s'était retranchée +à Lavis, derrière la rivière de Laviso, et gardait le débouché +du pont, qu'il fallait cependant passer. Le général Dallemagne, +à la tête de la vingt-cinquième demi-brigade, passe, +non sans beaucoup de peine, sous le feu de l'ennemi, retranché +dans le village, et le général Murat passe au gué +à la tête d'un détachement du dixième de chasseurs, portant +un nombre égal de fantassins pour poursuivre l'ennemi. +L'adjudant-général Leclerc, avec trois chasseurs et +le citoyen Desaix, chef de brigade des Allobroges, accompagné +de douze carabiniers ou grenadiers, étaient parvenus +à tourner l'ennemi, et s'étaient embusqués à une demi-lieue +en avant; la cavalerie, se sauvant au galop, se trouve +tout d'un coup arrêtée; l'adjudant-général Leclerc est légèrement +blessé de quelques coups de sabre. Ses ennemis +cherchent à s'ouvrir un passage; mais les douze carabiniers, +secondés des trois chasseurs, croisent leurs baïonnettes et +forment un rempart inexpugnable.</p> + +<p>La nuit était déjà obscure: cent hussards ennemis sont +pris, ainsi qu'un étendard du régiment de Wurmser.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Cismone, le 22 fructidor an 4 +(8 septembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous ai rendu compte du combat de Serravalle, de la +bataille de Roveredo: j'ai à vous rendre compte du passage +des gorges de la Brenta.</p> + +<p>La division du général Augereau s'est rendue le 20 à Borgo +du val de Lugana par Martillo et Val-Laiva; la division du +général Masséna s'y est également rendue par Trente et +Levico.</p> + +<p>Le 21 au matin, l'infanterie légère faisant l'avant-garde +du général Augereau, commandée par le général Lannes, +rencontra l'ennemi, qui s'est retranché dans le village de Primolo, +la gauche appuyée à la Brenta, et la droite à des gorges +à pic. Le général Augereau fait sur-le-champ ses dispositions; +la brave cinquième demi-brigade d'infanterie légère attaque +l'ennemi en tirailleurs; la quatrième demi-brigade d'infanterie +de bataille, en colonne serrée et par bataillon, marche +droit à l'ennemi, protégée par le feu de l'artillerie légère: +le village est emporté.</p> + +<p>Mais l'ennemi se rallie dans le petit fort de Cavivo, qui +barrait le chemin, et au milieu duquel il fallait passer; la +cinquième demi-brigade légère gagne la gauche du fort et +établit une vive fusillade dans le temps où deux ou trois cents +hommes passent la Brenta, gagnent les hauteurs de droite, +et menacent de tomber sur les derrières de la colonne. Après +une résistance assez vive, l'ennemi évacue ce poste; le cinquième +régiment de dragons, auquel j'ai fait restituer +ses fusils, soutenu par un détachement du dixième régiment +de chasseurs, se met à sa poursuite, atteint la tête +de la colonne, qui, par ce moyen, se trouve toute prisonnière.</p> + +<p>Nous avons pris dix pièces de canon, quinze caissons, +huit drapeaux et fait quatre mille prisonniers. La nuit et les +fatigues des marches forcées et des combats continuels que +nos troupes ont soutenus, m'ont décidé à passer la nuit à Cismone; +demain matin, nous traverserons le reste des gorges +de la Brenta.</p> + +<p>Les citoyens Stock, capitaine au premier bataillon de la +cinquième demi-brigade d'infanterie légère; Milhaud, chef +de brigade du cinquième régiment de dragons; Lauvin, adjudant, +sous-lieutenant du même régiment; Duroc, capitaine +d'artillerie, qui a eu son cheval tué sous lui; Julien, aide-de-camp +du général Saint-Hilaire; le frère du général Augereau +et son aide-de-camp, se sont particulièrement distingués. +L'ardeur du soldat est égale à celle des généraux et des +officiers; il est cependant des traits de courage qui méritent +d'être recueillis par l'historien, et que je vous ferai connaître.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bassano, le 22 fructidor an 4 +(8 septembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous ai rendu compte de la marche de l'armée d'Italie +sur Trente et du passage des gorges de la Brenta. Cette marche +rapide et inattendue de vingt lieues en deux jours, a déconcerté +entièrement l'ennemi, qui croyait que nous nous +rendrions droit sur Inspruck; et avait en conséquence envoyé +une colonne sur Verone pour menacer cette place, et +nous faire craindre pour nos derrières. Wurmser voulait nous +couper, et il l'était lui-même.</p> + +<p>Je vous ai rendu compte de notre marche et des événemens +qui l'ont accompagnée jusqu'au 21 au soir, où nous avons +couché au village de Cismone, près du débouché des gorges +de la Brenta. Il ne me reste plus qu'à vous rendre compte +de la bataille de Bassano.</p> + +<p>Le 22, à deux heures du matin, nous nous mîmes en marche: +arrivés aux débouchés des gorges, près du village de +Salaqua, nous rencontrâmes l'ennemi. Le général Augereau +se porta avec sa division sur la gauche, et envoya à sa droite +la quatrième demi-brigade; j'y fis passer également toute la +division du général Masséna. Il était à peine sept heures du +matin, et le combat avait commencé. Forts de leur bonne +position, et encouragés par la présence de leurs généraux, +les ennemis tinrent quelque temps; mais grâce à l'impétuosité +de nos soldats, à la bravoure de la cinquième demi-brigade +légère, de la quatrième demi-brigade de ligne, l'ennemi +fut partout mis en déroute. Le général Murat envoya des +détachemens de cavalerie à la poursuite de l'ennemi. Nous +marchâmes aussitôt sur Bassano: Wurmser et son quartier-général +y étaient encore. Le général Augereau y entrait par sa +gauche, dans le même temps que le général Masséna y entrait +par sa droite, à la tête de la quatrième demi-brigade, dont +une partie à la course, une partie en colonnes serrées, fonce +sur les pièces qui défendent le pont de la Brenta, enlève ces +pièces, passe le pont et pénètre dans la ville malgré les efforts +des grenadiers, élite de l'armée autrichienne, chargés +de protéger la retraite du quartier-général.</p> + +<p>Nous avons, dans cette journée, fait cinq mille prisonniers, +pris trente-cinq pièces de canon tout attelées, avec leurs caissons; +deux équipages de pont de trente-deux bateaux, tout attelés; +plus de deux cents fourgons également tout attelés, portant +une partie des bagages de l'armée. Nous avons pris cinq +drapeaux; le chef de brigade Lannes en a pris deux de sa main. +Le général Wurmser et le trésor de l'armée n'ont été manqués +que d'un instant. Une escouade de ma compagnie des +guides, qui était à ses trousses, l'ayant poursuivi vivement, +a eu deux hommes tués; et le citoyen Guérin, lieutenant de +la compagnie, blessé.</p> + +<p>Le général Verdier, le général Saint-Hilaire; le chef de +bataillon de la quatrième demi-brigade, Frère, qui a été +blessé; les citoyens Cassau et Gros, capitaines des grenadiers +de la même brigade; le citoyen Stock, capitaine de la cinquième +demi-brigade d'infanterie légère; le citoyen Pelard, +carabinier de la cinquième demi-brigade (ce brave homme +traversa trois pelotons ennemis, et arrêta l'officier général +qui les commandait; il lui a seul tué treize hommes), se sont +couverts de gloire.</p> + +<p>Nous sommes dans ce moment à la poursuite d'une division +de huit mille hommes que Wurmser avait fait marcher sur +Vicence, et qui est le seul reste de cette armée formidable qui +menaçait, il y a un mois, de nous enlever l'Italie.</p> + +<p>En six jours, nous avons livré deux batailles et quatre +combats; nous avons pris à l'ennemi vingt-un drapeaux; +nous lui avons fait seize mille prisonniers, parmi lesquels +plusieurs généraux; le reste a été tué, blessé ou éparpillé. +Nous avons, dans les six jours, toujours nous battant dans +des gorges inexpugnables, fait quarante-cinq lieues, pris +soixante-dix pièces de canon avec leurs caissons, leurs attelages, +une grande partie du grand parc de l'armée, et des +magasins considérables répandus sur toute la ligne que nous +avons parcourue.</p> + +<p>Je vous prie d'accorder le grade de général de brigade au +chef de brigade Lannes: il est le premier qui ait mis l'ennemi +en déroute à Dego, qui ait passé le Pô, le pont de Lodi, et +qui soit entré dans Bassano; à l'adjudant-général Chabran, +qui s'est particulièrement distingué à la bataille de Roveredo, +comme il l'avait précédemment fait à celle de Lonado et à la +retraite de Rivoli.</p> + +<p>Je vous demande de nommer à la place de chef de brigade +de la quatrième demi-brigade le chef de bataillon Frère, et de +l'avancement pour les officiers qui se sont distingués dans les +affaires différentes dont je vous ai rendu compte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">De Montebello, le 24 fructidor an 4 (10 septembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Wurmser, avec quinze cents hommes de cavalerie, trois +mille d'infanterie, et tout le quartier-général, est serré entre +la division de Masséna, qui est partie ce matin de Vicence et +file sur Villa-Nova, et la division du général Augereau, qui +est partie de Padoue et va sur Porte-Legnago.</p> + +<p>Wurmser, échappé de Bassano, s'est rendu à Citadella, +de là à Vicence et à Montebello rejoindre ses troupes, et a essayé +de forcer Verone; mais Kilmaine que j'y avais laissé, +prévoyant son projet, l'a repoussé. J'apprends à cette heure +qu'il longe l'Adige et tâche de gagner Mantoue. Il est possible +que ce projet lui réussisse: alors, moyennant deux demi-brigades +de plus que je donnerai à Sahuguet, je suis maître de +l'Italie, du Tyrol et du Frioul.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5e jour complémentaire an 4 +(21 septembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>À sa majesté le roi de Sardaigne.</i></p> + +<p>Les officiers préposés par votre majesté pour commander +en la partie de ses états qui lui a été restituée par le traité de +paix, voient, sinon avec plaisir, au moins avec indifférence, +les assassinats et les brigandages qui se commettent contre les +Français.</p> + +<p>Par le traité de paix conclu entre votre majesté et la république +française, la république devait continuer à occuper +la partie de ces états qui avait été laissée à l'armée par le +traité d'armistice: croyant faire quelque chose d'agréable à +votre majesté, je lui ai rendu non-seulement le gouvernement +civil, mais encore le gouvernement militaire, avec la clause +spéciale que les routes seraient gardées, et que même nos convois +seraient escortés par ses troupes.</p> + +<p>Je prie donc votre majesté de vouloir bien ordonner que +l'on tienne un corps de troupes respectable aux villages +de Limon et de Limonais, lequel ferait des patrouilles +jusqu'à Lacas, escortant les convois, et prenant toutes les +mesures nécessaires pour maintenir cette route sûre, ainsi +que Vadier, et généralement dans tous les pays voisins de +Demont, formant la communication de Coni à Barcelonnette.</p> + +<p>Je demande également à votre majesté que les cinq individus +qui ont été arrêtés à Borgo-San-Dalmazzo par les Français, +soient remis entre les mains du commandant militaire +à Coni.</p> + +<p>Je la prie également de donner les ordres à ses différens +gouverneurs, pour qu'ils s'emploient avec loyauté à faire +arrêter les brigands, dans quelques endroits qu'ils soient +trouvés.</p> + +<p>Indépendamment de l'intérêt de l'humanité et de la justice, +votre majesté donnera, par cette conduite, une preuve +de sa loyauté, et contribuera à éteindre ces germes de discorde, +qui finiraient par se propager dans l'intérieur de ses +états.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5e jour complémentaire an 4 +(21 septembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des affaires étrangères du roi de Sardaigne.</i></p> + +<p>Je ne suis point diplomate, Monsieur, je suis militaire: +vous pardonnerez ma franchise. Sur différens points des états +de sa majesté, les Français sont assassinés, volés. Par le +traité de paix, le roi qui est tenu de nous accorder le passage +sur ses états, doit nous le donner sûr, et ce n'est même que +pour cet effet que, contre la teneur du traité de paix, j'ai +pris sur moi de restituer à sa majesté non-seulement le gouvernement +civil, mais même le gouvernement militaire dans +la partie de ses états qui lui a été restituée par la république. +À Viné, à Limon, sous les yeux de la garnison de Demont, +sous ceux des corps de troupes que M. Franchar commande +à Borgo-San-Dalmazzo, l'on se porte tous les jours à des excès +qui paraissent non-seulement tolérés, mais même encouragés +par le gouvernement.</p> + +<p>Je vous demanderai donc une explication simple:</p> + +<p>1°. Le roi ne doit-il pas être tenu d'indemniser et de réparer +les pertes faites en conséquence des délits qui se commettent +sur son territoire contre les Français, lorsque ces délits +se commettent en plein jour et par des corps soldés de deux +ou trois cents personnes?</p> + +<p>2°. Le roi a-t-il, avec vingt-cinq mille hommes qu'il a sous +les armes, assez de forces pour contenir dans ses états des +brigands, et faire respecter les lois de la justice, de l'humanité +et des traités?</p> + +<p>On ne juge les hommes, monsieur, que par leurs actions: +la loyauté du roi est généralement connue; cependant on se +trouve bien forcé de penser qu'il est des raisons de politique +qui portent à encourager, ou du moins à tolérer des atrocités +aussi révoltantes.</p> + +<p>J'ai écrit à sa majesté elle-même, je vous prie de lui présenter +ma lettre. Le gouvernement français ne fera rien ouvertement +ni secrètement, qui tendrait à détruire ou à affaiblir +l'effet du gouvernement du roi sur ses peuples; vous +n'ignorez pas, cependant, combien cela serait facile. Le jour +où vous voudrez sincèrement détruire les brigands qui infestent +notre communication de Coni à Barcelonnette, ils n'existeront +plus.</p> + +<p>Je vous prie de me croire, etc.</p> +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 vendémiaire an 5 +(1er octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous donnerez des ordres au générai Kilmaine pour le désarmement +du Mantouan, et pour qu'on restitue tous les +chevaux qui ont été achetés aux soldats. Vous ferez payer +chaque cheval le prix qu'il aura coûté, sans que cela puisse +excéder cent vingt francs par cheval. Vous formerez trois colonnes +mobiles, commandées par des hommes sages et probes, +qui parcourront, la première, la partie du Mantouan +comprise entre le Pô, le Mincio et l'Oglio; la seconde, la +partie comprise entre le Mincio, le Pô et l'Adige; la troisième, +tout ce qui se trouve en deçà du Pô. Je crois que cent cinquante +hommes d'infanterie et la moitié en cavalerie seront +plus que suffisans pour chacune de ces colonnes.</p> + +<p>Chacune des colonnes se rendra aux trois chefs-lieux, Castiglione, +Roverbello et Conzague, pour procéder au désarmement, +à la recherche de tout ce qui appartiendrait aux Autrichiens, +à l'arrestation des hommes turbulens qui auraient +excité les peuples à prendre les armes contre l'armée, à la +restitution des chevaux vendus par les soldats.</p> + +<p>Je vous recommande surtout de vous faire rendre compte +de la conduite des moines de San-Benedetto; dans ce village +il s'est commis des horreurs: j'y avais ordonné une +imposition extraordinaire, qu'il faudra payer sur-le-champ. +Vous demanderez au commissaire ordonnateur copie de mon +ordre.</p> + +<p>Je vous recommande aussi de mettre un terme à ces perpétuelles +réquisitions qui désolent les pays conquis, sans +presque aucun profit pour la république.</p> + +<p>Concertez-vous avec le commissaire ordonnateur Aubernon, +pour qu'un tas de fripons, sous prétexte de l'approvisionnement +de l'armée, ne dépouillent pas les villages à leur +profit. Vous êtes dans le Mantouan le premier agent de la république, +vous devez donc porter votre surveillance sur tout +ce qui peut intéresser l'ordre public. Il y a à Castiglione une +commission administrative chargée de la levée des impositions, +prêtez-lui main-forte et tous les secours qui dépendront +de vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 vendémiaire an 5 +(1er octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Après la bataille de Saint-George, nous cherchâmes à +attirer Wurmser à une seconde action, afin d'affaiblir la +garnison dans une affaire <i>extra muros</i>: nous nous gardâmes +donc bien d'occuper le Sarraglio, j'espérais qu'il s'y +rendrait; nous continuâmes seulement à occuper le pont de +Governolo, afin de nous faciliter le passage du Mincio.</p> + +<p>Le quatrième jour complémentaire, l'ennemi se porta avec +quinze cents hommes de cavalerie à Castellucio; nos grand'gardes +se replièrent, comme elles en avaient l'ordre; l'ennemi ne +passa pas outre. Le 3 vendémiaire, il se porta sur Governolo, +en suivant la ligne droite du Mincio: après une canonnade +très-vive et plusieurs charges de notre infanterie, il fut mis en +déroute; il eut cent hommes faits prisonniers et cinq caissons +pris, tout attelés.</p> + +<p>Le général Kilmaine, auquel j'ai donné le commandement +des deux divisions qui assiègent Mantoue, resta dans ses +mêmes positions jusqu'au 8, espérant toujours que l'ennemi, +porté par l'envie de faire entrer des fourrages, chercherait à +sortir; mais l'ennemi s'était campé à la Chartreuse, devant +la porte Pradella et la chapelle, et devant la porte Cerese. +Le général Kilmaine fit ses dispositions d'attaque, se porta +par plusieurs points sur ces deux camps, que l'ennemi évacua +à son approche, après une légère fusillade d'arrière-garde.</p> + +<p>Nous occupons la porte Pradella et celle de Cerese, et nous +bloquons la citadelle.</p> + +<p>Il est impossible, dans ce moment-ci, de penser au siège +de Mantoue, à cause des pluies; il ne sera faisable qu'en janvier. +À cette époque, l'empereur aura une puissante armée +dans le Tyrol et dans le Frioul: déjà il a réuni un corps de +six mille hommes dans ce dernier pays, et il a fait venir huit +mille hommes à Botzen.</p> + +<p>Rien n'égale l'activité qu'il y a dans l'Empire pour recruter +l'armée d'Italie.</p> + +<p>Voici la force de notre armée:</p> + +<p>J'ai dix-huit mille neuf cents hommes à l'armée d'observation, +neuf mille hommes à l'armée de siège.</p> + +<p>Je vous laisse à penser, si je ne reçois point de secours, +s'il est possible que je résiste cet hiver à l'empereur, qui aura +cinquante mille hommes dans six semaines.</p> + +<p>J'ai demandé au commissaire du gouvernement de me +faire passer la quarantième demi-brigade qui est à Lyon; +j'ai ordonné que l'on me fasse passer la quatre-vingt-troisième, +qui est à Marseille, et le dixième bataillon de l'Ain, +qui est à Toulon, et qui doit être incorporé dans nos cadres. +Ces deux demi-brigades, si elles arrivent, forment quatre +mille cinq cents hommes.</p> + +<p>Le général Willot a mal à propos retenu la onzième demi-brigade, +forte de quatre cents hommes, et que le général +Châteauneuf-Randon envoyait ici. Ajoutez à ce nombre le +dixième bataillon de l'Ain, fort de cinq cents hommes, qui +est à Nice, cela fait neuf cents hommes des six mille que ce +général devait envoyer.</p> + +<p>Renouvelez les ordres au général Châteauneuf-Randon; ordonnez +le départ de la quarantième, qui est à Lyon, et de la +quatre-vingt-septième, qui est à Marseille; faites-nous passer +quinze mille hommes de ceux qui sont à portée; mais +calculez que, sur quatre mille hommes que vous envoyez, il +n'en arrivera que la moitié.</p> + +<p>Songez qu'il faut que vous ayez en Italie, pour pouvoir +vous soutenir pendant l'hiver, trente-cinq mille hommes +d'infanterie à l'armée d'observation et dix-huit mille hommes +d'infanterie à l'armée de siège, pour faire face à l'empereur. +Ces deux forces réunies font cinquante-trois mille hommes, +il en existe dans ce moment vingt-sept. Supposez que la saison +étant meilleure, il nous rentre trois mille malades, quoique +les pluies d'automne nous en donnent beaucoup, il resterait +vingt-trois mille hommes à nous envoyer.</p> + +<p>J'espère avoir, avant un mois, si par des courriers extraordinaires +vous confirmez mes ordres et mes réquisitions, huit +mille hommes, tirés des garnisons du midi.</p> + +<p>Il faut donc encore quinze mille hommes. Si vous les +faites partir de Paris ou des environs, ils pourront arriver +dans le courant de décembre; mais il faut qu'ils aient les ordres +de suite. Si vous avez des dépôts, envoyez-nous-en de +même pour encadrer dans nos corps.</p> + +<p>Il nous faudrait encore quinze cents hommes de cavalerie +légère ou des dragons: par exemple, le quatorzième régiment +de chasseurs. Il faudrait huit cents canonniers pour +le siège de Mantoue, dix officiers du génie, et quelques officiers +supérieurs d'artillerie pour le même siège.</p> + +<p>Il nous faudrait de plus quinze cents charretiers, organisés +en brigades, ayant leurs chefs; je n'ai que des Italiens +qui nous volent: deux bataillons de sapeurs et sept compagnies +de mineurs.</p> + +<p>Si la conservation de l'Italie vous est chère, citoyens directeurs, +envoyez-moi tous ces secours. Il me faudrait également +vingt mille fusils; mais il faudrait que ces envois arrivassent, +et qu'il n'en soit pas comme de tout ce que l'on annonce à +cette armée, où rien n'arrive. Nous avons une grande quantité +de fusils, mais ils sont autrichiens; ils pèsent trop, et nos +soldats ne peuvent s'en servir.</p> + +<p>Nous avons ici des fabriques de poudre, dont nous nous +servons, et qui nous rendent trente milliers par mois: cela +pourra nous suffire.</p> + +<p>Je vous recommande de donner des ordres pour que les +huit mille hommes que j'attends à la fin d'octobre arrivent: +cela seul peut me mettre à même de porter encore de grands +coups aux Impériaux. Pour que les trois mille hommes du +général Châteauneuf-Randon arrivent, il faut qu'ils partent +six à sept mille.</p> + +<p>J'essaye de faire lever ici une légion armée de fusils autrichiens, +et habillée avec l'uniforme de la garde nationale +du pays: cette légion sera composée de trois mille cinq cents +hommes au complet; il est possible que cela réussisse.</p> + +<p>Les avant-postes du général Vaubois ont rencontré la division +autrichienne qui défend le Tyrol; il a fait à l'ennemi +cent dix prisonniers.</p> + +<p>Quelles que soient les circonstances qui se présenteront, je +vous prie de ne pas douter un seul instant du zèle et du dévouement +de l'armée d'Italie à soutenir l'honneur des armes +de la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 vendémiaire an 5 +(2 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le peuple de la Lombardie se prononce chaque jour davantage; +mais il est une classe très-considérable qui désirerait, +avant de jeter le gant à l'empereur, d'y être invitée +par une proclamation du gouvernement, qui fût une espèce +de garant de l'intérêt que la France prendra à ce pays-ci à +la paix générale.</p> + +<p>Cette résolution du gouvernement, et l'arrêté qui établirait +un gouvernement régulateur, et qui reconnaîtrait dès aujourd'hui +l'indépendance de la Lombardie, avec quelques modifications +pour la durée de la guerre, vaudrait à l'armée autant +qu'un secours de trois à quatre mille hommes.</p> + +<p>Les friponneries qui se commettent sont innombrables: +au milieu de la guerre, il ne m'a pas été possible d'y porter un +coup d'oeil sévère; mais aujourd'hui, pendant le séjour à Milan +que les circonstances me permettent, je vous promets de leur +faire une guerre vive: je vous annoncerai bientôt que le conseil +en aura fait justice d'une douzaine.</p> + +<p>Désormais le peuple de la Lombardie, plus heureux, sentira +moins le poids de l'armée, et sera moins sujet aux vexations. +Il n'en est pas de même du malheureux Mantouan: la +nature frémit en pensant à la nuée de coquins qui désolent +ce pays. J'ai fait quelques dispositions pour atténuer le mal.</p> + +<p>Bologne et Ferrare, n'ayant pas de troupes, sont les plus +heureux de tous: on vient d'y établir des surveillans; s'ils +font comme les anciens agens militaires de la Lombardie, qui +se sont pour la plupart sauvés avec une caisse, ils porteront +la désolation dans ce beau pays. Je vais avoir soin de m'en +faire rendre compte.</p> + +<p>Reggio a fait sa révolution et a secoué le joug du duc de +Modène. C'est peut-être le pays d'Italie qui est le plus prononcé +pour la liberté.</p> + +<p>Modène avait essayé d'en faire autant; mais les quinze cents +hommes de troupes que le duc y tient en garnison ont fait feu +sur le peuple et dissipé l'attroupement. Je crois que le plus +court de tout ceci serait de déclarer l'armistice rompu, vu +qu'il est encore dû cinq à six cent mille liv., et de mettre cette +place à l'instar de Bologne et de Reggio. Ce seraient des ennemis +de moins que nous aurions, car la régence ne dissimule pas +la crainte que nous lui inspirons, et la joie qu'elle ressent des +succès des ennemis. Je vous prie de vouloir bien me prescrire +vos ordres là-dessus.</p> + +<p>Je crois qu'il ne faut pas laisser cet état dans la situation de +déchirement où il se trouve, mais déclarer au plénipotentiaire +que vous avez à Paris les négociations rompues. Au lieu d'avoir +un nouvel ennemi, nous aurions au contraire des secours +et des alliés, les peuples de Modène et de Reggio réunis. Cependant, +comme la face des affaires change tous les quinze +jours dans ce pays, puisque cela suit les opérations militaires, +et qu'il ne faudrait pas que votre rupture avec Modène arrivât +dans un instant où je ne pourrais pas disposer de quinze +cents hommes pendant quelques jours, pour établir un nouvel +ordre de chose dans ce pays, vous pourriez déclarer à l'envoyé +de Modène que vous m'avez fait connaître vos intentions, +et que vous me chargez de la conclusion de la paix +avec son prince. Il viendrait alors au quartier-général, ayant +soin de lui signifier qu'il y soit rendu avant douze jours. Je +lui déclarerais alors que toutes négociations sont rompues, +dans le même instant que nos troupes entreront dans Modène, +feront poser les armes à la garnison, prendront pour +otages les plus enragés aristocrates, et mettront en place les +amis de la liberté de Modène.</p> + +<p>Vous aurez alors Modène, Reggio, Bologne et Ferrare, où +la masse du peuple se forme tous les jours pour la liberté, et +où la majorité nous regarde comme libérateurs, et notre +cause comme la leur.</p> + +<p>Les états de Modène arrivent jusqu'au Mantouan: vous +sentez combien il nous est intéressant d'y avoir, au lieu d'un +gouvernement ennemi, un gouvernement dans le genre de +celui de Bologne, qui nous serait entièrement dévoué. Nous +pourrions, à la paix générale, donner le Mantouan au duc de +Parme, ce qui serait politique sous tous les rapports; mais +il serait utile que vous fissiez connaître cela à l'ambassadeur +d'Espagne, pour que cela revienne au duc de Parme; ce +qui l'engagerait à nous rendre beaucoup de services. Puisque +nous sommes alliés avec l'Espagne, il ne serait point indifférent +que le duc de Parme réunît à notre armée un de ses régimens +de sept à huit cents hommes: cela me rendrait disponible un +pareil nombre de nos troupes, et ferait que tous les habitans +du duché de Parme regarderaient notre cause comme la leur; +ce qui est toujours beaucoup. J'emploierai ce corps devant +Mantoue, ou pour l'escorte des prisonniers et des convois, ce +que nos gens font très-mal: sur quatre mille prisonniers, il +s'en sauve ordinairement mille; ce qui est produit par le petit +nombre d'escortes que je peux y mettre. J'ai essayé, pour les escortes, +de quatre cents hommes Milanais, ce qui m'a parfaitement +réussi; il faudrait aussi que le duc fût obligé de nous +fournir un bataillon de pionniers fort de huit cents hommes, +avec les outils.</p> + +<p>Éloignés, comme nous sommes de la France, ce sera pour +nous un bon secours que l'alliance de ce prince, puisque ses +états sont sur le théâtre de la guerre.</p> + +<p>Les barbets désolent nos communications: ce ne sont plus +des voleurs isolés, ce sont des corps organisés de quatre à +cinq cents hommes. Le général Garnier, à la tête d'une colonne +mobile que j'ai organisée, occupe dans ce moment-ci +Tende; il en a arrêté et fait fusiller une douzaine.</p> + +<p>L'administration du département du Var s'est refusée à +fournir deux cents hommes que j'ai mis en réquisition pour +la formation de cette colonne mobile. Le général Willot non-seulement +a refusé d'obéir à un ordre que j'ai donné pour le +départ du dixième bataillon de l'Ain, mais encore il a retenu +la onzième demi-brigade, que le général Châteauneuf-Randon +envoyait à l'armée, et un escadron du dix-huitième régiment +de dragons. Ce général a cependant huit mille hommes +dans sa division, troupes suffisantes pour conquérir le midi +de la France, s'il était en révolte.</p> + +<p>Je tiens en respect et je fais la police dans un pays ennemi +plus étendu que toute sa division, avec huit ou neuf +cents hommes. Ce général a des idées trop exagérées, et +embrasse trop les différentes opinions des partis qui déchirent +la France, pour pouvoir maintenir l'ordre dans le Midi +sans une armée puissante.</p> + +<p>Le général Willot a servi, au commencement de la révolution, +à l'armée d'Italie; il jouit de la réputation d'un brave +homme et d'un bon militaire, mais d'un royaliste enragé. Ne +le connaissant pas, et n'ayant pas eu le temps de peser ses +opérations, je suis bien loin de confirmer ce jugement; mais, +ce qui me paraît bien avéré, c'est qu'il agit dans le Midi +comme dans la Vendée, ce qui est un bon moyen pour la +faire naître.</p> + +<p>Quand on n'a égard à aucune autorité constituée, que l'on +déclare en masse tous les habitans de plusieurs départemens +indignes du nom de citoyen, on veut ou se former une armée +considérable, ou faire naître la guerre civile: je ne vois pas de +parti mitoyen. Si vous laissez le général Willot à Marseille, il +faut lui donner une armée de vingt mille hommes, ou vous attendre +aux scènes les plus affligeantes.</p> + +<p>Quand une ville est en état de siège, il me semble qu'un +militaire devient une espèce de magistrat, et doit se conduire +avec la modération et la décence qu'exigent les circonstances, +et il ne doit pas être un instrument de factions, +un officier d'avant-garde. Je vous soumets toutes ces réflexions, +spécialement par la nécessité que j'ai d'avoir des troupes.</p> + +<p>Je vous prie aussi d'ôter de dessous mes ordres la huitième +division, parce que les principes et la conduite du +général Willot ne sont pas ceux qu'il doit avoir dans sa place, +et que je me croirais déshonoré de voir, dans un endroit où je +commande, se former un ferment de trouble, et de souffrir +qu'un général sous mes ordres ne soit qu'un instrument de +factions.</p> + +<p>Par sa désobéissance et par son insubordination, il est la +cause des horreurs qui se commettent dans ce moment dans le +département des Alpes-Maritimes. Le convoi des tableaux +chefs-d'oeuvre d'Italie a été obligé de rentrer à Coni; il eût +été pris par les barbets. Si le général Willot n'obéit pas sur-le-champ +à l'ordre que je lui ai donné de faire partir la quatre-vingt-troisième +demi-brigade, mon projet est de le suspendre +de ses fonctions. Nice même, dans ce moment-ci, n'est pas +en sûreté.</p> + +<p>Les barbets tirent leurs forces du régiment provincial de +Nice, que le roi de Sardaigne a licencié; peut-être serait-il +utile de faire un corps particulier de tous les habitans des +Alpes maritimes qui se sont trouvés engagés dans le régiment +provincial et le corps franc au moment de la guerre. On pourrait, +dans ce cas, déclarer qu'ils ne reprendront leurs droits +de citoyens qu'après avoir servi deux ans sous les drapeaux +de la république.</p> + +<p>J'ai écrit au ministre des affaires étrangères et au roi de +Sardaigne lui-même des lettres très-fortes. J'espère que tous +les jours le nombre de ces brigands sera moins redoutable.</p> + +<p>J'ai envoyé à Turin le citoyen Poussielgue, secrétaire de +la légation à Gênes, sonder les dispositions de ce cabinet +pour un traité d'alliance; il nous faut ce prince ou la république +de Gênes. J'avais même désiré une entrevue avec le +ministre des affaires étrangères du roi de Sardaigne, mais +cela n'a pu s'arranger.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 vendémiaire an 5 +(2 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>La république de Venise a peur: elle trame avec le roi de +Naples et le pape; elle se fortifie et se retranche dans Venise. +De tous les peuples de l'Italie, le Vénitien est celui qui nous +hait le plus: ils sont tous armés, et il est des cantons dont +les habitans sont braves. Leur ministre à Paris leur écrit que +l'on s'arme, sans quoi tout est perdu: on ne fera rien de +tous ces gens-là si Mantoue n'est pas pris.</p> + +<p>Le roi de Naples a soixante mille hommes sur pied, il ne +peut être attaqué et détrôné que par dix-huit mille hommes +d'infanterie et trois mille de cavalerie. Il serait possible que, +de concert avec l'Autriche et Rome, il portât un corps sur +Rome et ensuite sur Bologne et Livourne: ce corps pourrait +être de quinze mille hommes, et inquiéterait beaucoup l'armée +française.</p> + +<p>Le grand-duc de Toscane est absolument nul sous tous +les rapports.</p> + +<p>Le duc de Parme se conduit assez bien; il est nul aussi +sous tous les rapports.</p> + +<p>Rome est forte par son fanatisme: si elle se montre +contre nous, elle peut accroître de beaucoup la force du roi +de Naples, m'obliger à tenir trois mille hommes de plus sur +mes derrières, par l'inquiétude qu'elle mettrait dans l'esprit +de ces peuples: seule, sans Naples, il faudrait deux mille +hommes d'infanterie et quinze cents de cavalerie pour la soumettre. +Si elle arme, le fanatisme lui donne quelque force; +il y aurait du sang de répandu: réunie avec Naples, l'on +ne peut marcher à Rome avec moins de vingt mille hommes +d'infanterie et deux mille hommes de cavalerie; et si l'on +voulait aller à Naples après avoir été à Rome, il faudrait une +armée de vingt-quatre mille hommes d'infanterie et de trois +mille cinq cents de cavalerie. Je pense que six mille hommes +d'infanterie et cinq cents de cavalerie suffiraient pour tenir +les états du pape en respect, en s'y conduisant avec adresse +et caractère, une fois que l'on s'en serait rendu maître.</p> + +<p>Le roi de Sardaigne fomente la rébellion des barbets. Si +Naples et Rome agissent contre nous, il faudra trois mille +hommes de plus dans les places du Piémont.</p> + +<p>Gênes. Le 16 de ce mois, le ministre Faypoult présentera +une note au sénat, et nous ferons notre opération, conformément +à vos ordres; si elle réussit, nous pourrons compter +sur le gouvernement.</p> + +<p>Si vous persistez à faire la guerre à Rome et à Naples, il +faut vingt-cinq mille hommes de renfort, qui, joints aux +vingt mille, nécessaires pour tenir tête à l'empereur, font un +renfort de quarante-cinq mille hommes qu'il faudrait. Si vous +faites la paix avec Naples, et qu'il n'y ait que Rome, il serait +possible, avec les seules forces destinées à tenir tête à +l'empereur, de profiter d'un moment favorable pour l'écraser; +il faudrait compter cependant sur un surcroît de trois mille +hommes.</p> + +<p>Je crois que vous ne pouvez faire à la fois, dans la position +actuelle de la république, la guerre à Naples et à l'empereur. +La paix avec Naples est de toute nécessité: restez avec +Rome en état de négociations ou d'armistice jusqu'au moment +de marcher sur cette ville superbe.</p> + +<p>Rome deviendrait très-forte de sa réunion avec Naples. +Si nous sommes battus sur le Rhin, il nous convient de faire +la paix avec Rome et avec Naples.</p> + +<p>Il est une autre négociation qui devient indispensable, c'est +un traité d'alliance avec le Piémont et Gênes. Je voudrais +donner Massa et Carrara, les fiefs impériaux à Gênes, et la +faire déclarer contre la coalition.</p> + +<p>Si vous continuez la guerre avec Naples, il me paraît nécessaire +de prendre Lucques et d'y mettre garnison: cette +place est forte et bien armée; elle couvre les états de Gênes +et offre une retraite à la garnison de Livourne.</p> + +<p>Par cette lettre et celles que je vous enverrai incessamment, +vous connaîtrez parfaitement notre position. Je n'avais jamais +compté qu'après avoir détruit en une campagne deux armées +à l'empereur, il en aurait une plus puissante, et que les deux +armées de la république hiverneraient bien loin du Danube: +le projet de Trieste et de Naples était fondé sur des suppositions.</p> + +<p>J'ai écrit à Vienne, et ce soir le courrier part dans le même +temps que l'armée se porte sur la Brenta.</p> + +<p>Je fais fortifier l'Adda; mais c'est une faible barrière. Je +vous le répète, des secours prompts, car l'empereur fait déjà +filer ses troupes.</p> + +<p>La négociation avec Rome a été mal conduite: il fallait, +avant de l'entamer, qu'elle eût rempli les conditions de l'armistice; +l'on pouvait au moins attendre quelques jours, et +l'on aurait facilement eu les cinq millions du second paiement, +dont une partie était déjà arrivée à Rimini. On a montré au +pape tout le traité à la fois, il fallait au contraire préalablement +l'obliger à se prononcer sur le premier article; mais +surtout on ne devait pas choisir l'instant où l'armée était dans +le Tyrol, et l'on devait avoir à l'appui un corps de troupes +à Bologne, qui se serait accru par la renommée. Cela nous +coûte dix millions, cinq de denrées, et tous les chefs-d'oeuvre +d'Italie, qu'un retard de quelques jours nous aurait +donnés.</p> + +<p>Tous ces pays-ci sont si peuplés, la situation de nos forces +est si connue, tout cela est tellement travaillé par l'empereur +et par l'Angleterre, que la scène change tous les quinze +jours.</p> + +<p>Si nous ne réussissons pas dans tout ce que nous entreprendrons, +je vous prie de croire que ce ne sera pas faute de +zèle et d'assiduité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 vendémiaire an 5 +(2 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>À Sa Majesté l'empereur d'Allemagne, roi de Hongrie et +de Bohême, archiduc d'Autriche, etc.</i></p> + +<p>Sire, l'Europe veut la paix. Cette guerre désastreuse dure +depuis trop long-temps.</p> + +<p>J'ai l'honneur de prévenir votre majesté que si elle n'envoie +pas des plénipotentiaires à Paris pour entamer les négociations +de paix, le directoire exécutif m'ordonne de combler +le port de Trieste et de ruiner tous les établissemens de votre +majesté sur l'Adriatique. Jusqu'ici j'ai été retenu dans l'exécution +de ce plan, par l'espérance de ne pas accroître le nombre +des victimes innocentes de cette guerre.</p> + +<p>Je désire que votre majesté soit sensible aux malheurs qui +menacent ses sujets, et rende le repos et la tranquillité au +monde.</p> + +<p>Je suis avec respect, de votre majesté,</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 vendémiaire an 5 +(2 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>J'apprends, citoyen général, que plusieurs négocians génois, +en conséquence d'une intrigue, sont sortis avec grand +fracas de Gênes, et se sont réfugiés à Milan, laissant entrevoir +qu'ils sont instruits que les Français doivent bombarder +Gênes. Vous voudrez bien leur donner ordre de sortir sur-le-champ +de la Lombardie, et de retourner à Gênes, ayant +à coeur d'ôter aux malveillans les moyens d'inquiéter le brave +peuple de Gênes, auquel l'armée d'Italie a des obligations +essentielles, tant pour les blés qu'il nous a procurés dans les +momens de détresse, que par l'amitié que, de tout temps, +il a témoignée pour la république.</p> + +<p>Dans ce moment, où ils viennent de fermer leur port aux +Anglais et de chasser le ministre de l'empereur qui avait fomenté +la rébellion des fiefs impériaux, ils ont des droits plus +particuliers à la protection de la république française.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 13 vendémiaire an 5 +(4 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Garreau, commissaire du gouvernement.</i></p> + +<p>Nous avons le plus grand besoin d'argent, soit à l'armée, +soit en France: je crois donc qu'il faudrait que vous prissiez +ce soir des mesures pour faire ramasser le plus qu'il sera +possible des sommes sur les créances de la chambre, les capitaux +de l'archiduc et les créances connues sous le nom de +Rivellet: ces trois objets pourront nous être d'une grande +ressource, et vous savez que nous avons besoin de ne rien +épargner.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 vendémiaire an 5 +(5 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au cardinal Mattei.</i></p> + +<p>Les circonstances dans lesquelles vous vous êtes trouvé, +Monsieur, étaient difficiles et nouvelles pour vous; c'est à +cela que je veux bien attribuer les fautes essentielles que +vous avez commises. Les vertus morales et chrétiennes que +tout le monde s'accorde à vous donner, me font désirer vivement +que vous vous rendiez dans votre diocèse. Assurez tous +les ministres du culte et les religieux des différentes congrégations, +de la protection spéciale que je leur accorderai, +toutes les fois cependant qu'ils ne se mêleront pas des affaires +politiques des nations.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 15 vendémiaire an 5 +(6 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au souverain pontife.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur de communiquer à votre sainteté un manifeste +qui circule dans la Romagne, afin de connaître s'il est +officiel, ou s'il est publié par les ennemis de la religion et de +votre sainteté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 15 vendémiaire an 5 +(6 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre de la république française +à Gênes.</i></p> + +<p>J'apprends, citoyen ministre, que le citoyen Gosselin, +commissaire ordonnateur de l'armée, se trouve à Gênes: je +vous prie de le faire arrêter et conduire à Milan.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 15 vendémiaire an 5 +(6 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous ferez arrêter et conduire à Milan le commissaire des +guerres Flague, partout où il se trouvera. Il est accusé d'avoir +vendu un tonneau de quinquina. On présume qu'il est à +Livourne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 vendémiaire an 5 +(8 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Mantoue ne pourra pas être pris avant le mois de février, +je dois déjà vous l'avoir annoncé: vous verrez par là que notre +position en Italie est incertaine, et notre système politique +très-mauvais.</p> + +<p>Nous avons entamé des négociations avec Rome lorsque +l'armistice n'était pas rempli, lorsque dix millions en tableaux +et cinq millions en denrées étaient sur le point de +nous être livrés. Rome arme, fanatise les peuples; l'on se +coalise de tous côtés contre nous, l'on attend le moment pour +agir, l'on agira avec succès si l'armée de l'empereur est un +peu renforcée.</p> + +<p>Trieste est aussi près de Vienne que Lyon l'est de Paris: +en quinze jours les troupes y arrivent. L'empereur a déjà, +de ce côté-là, une armée.</p> + +<p>Je vous ferai passer toutes les pièces qui vous mettront à +même de juger de notre position et de la situation des esprits.</p> + +<p>Je crois la paix avec Naples très-essentielle, et l'alliance +avec Gênes, ou la cour de Turin, nécessaire.</p> + +<p>Faites la paix avec Parme et une déclaration qui prenne sous +la protection de la France les peuples de la Lombardie, Modène, +Reggio, Bologne et Ferrare, et par-dessus tout, envoyez +des troupes. Il est de nécessité, à la fin d'une campagne +comme celle-ci, d'envoyer quinze mille hommes de recrues. +L'empereur en a envoyé trois fois pendant la campagne.</p> + +<p>On gâte tout en Italie, le prestige de nos forces se dissipe: +l'on nous compte. Je crois imminent, et très-imminent, que +vous preniez en considération la situation de votre armée en +Italie, que vous adoptiez un système qui puisse vous donner +des amis, tant du côté des princes que du côté des peuples. +Diminuez vos ennemis. L'influence de Rome est incalculable. +On a très-mal fait de rompre avec cette puissance; tout cela +sert à son avantage. Si j'eusse été consulté sur tout cela, +j'eusse retardé la négociation de Rome comme celle de Gênes +et de Venise. Toutes les fois que votre général en Italie ne +sera pas le centre de tout, vous courrez de grands risques. +On n'attribuera pas ce langage à l'ambition; je n'ai que trop +d'honneur, et ma santé est tellement délabrée, que je crois +être obligé de vous demander un successeur. Je ne peux plus +monter à cheval, il ne me reste que du courage, ce qui est +insuffisant dans un poste comme celui-ci.</p> + +<p>Tout était prêt pour l'affaire de Gênes; mais le citoyen +Faypoult a pensé qu'il fallait retarder. Environné de peuples +qui fermentent, la prudence veut que l'on se concilie celui +de Gênes jusqu'à nouvel ordre. J'ai fait sonder par le citoyen +Poussielgue la cour de Turin, elle est décidée à une alliance. +Je continue cette négociation. Des troupes, des troupes, si +vous voulez conserver l'Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 vendémiaire an 5 +(8 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>Cent cinquante hommes de la garnison de Mantoue étaient +sortis le 8, à dix heures du matin, de la place, avaient passé +le Pô à Borgoforte pour chercher des fourrages; cependant, +à cinq heures après midi, nous achevâmes le blocus de Mantoue +en nous emparant de la porte Pradella et de celle de +Cerese, comme j'ai eu l'honneur de vous en instruire par +mon dernier courrier.</p> + +<p>Ce détachement, se trouvant par là séparé de Mantoue, +chercha à se retirer à Florence. Arrivé à Reggio, les habitans +en furent instruits, coururent aux armes et les empêchèrent +de passer, ce qui les obligea à se retirer dans le château +de Monte-Chiragolo, sur les états du duc de Parme. Les +braves habitans de Reggio les poursuivirent, les investirent +et les firent prisonniers par capitulation. Dans la fusillade +qui a eu lieu, les gardes nationales de Reggio ont eu deux +hommes tués. Ce sont les premiers qui aient versé leur sang +pour la liberté de leur pays.</p> + +<p>Les braves habitans de Reggio ont secoué le joug de la +tyrannie de leur propre mouvement, et sans même être assurés +qu'ils seraient soutenus par nous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 vendémiaire an 5 +(8 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>Je vous ferai passer, citoyens directeurs, une proclamation +sur Modène. Ces petits régentaux s'avisent de conspirer, +je les ai prévenus. Pourquoi faut-il que je n'aie pas deux brigades +pour en faire autant à Rome? Mais je n'ai pas de troupes +disponibles, et Naples est là qui nous obligerait à rétrograder. +L'affaire de Modène améliore un peu notre position.</p> + +<p>Je suis ici environné de voleurs; j'ai déjà trois commissaires +des guerres, deux administrateurs et des officiers au +conseil militaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 vendémiaire an 5 +(9 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement.</i></p> + +<p>Il faudrait, je crois, réunir un congrès à Modène et à Bologne, +et le composer des députés des états de Ferrare, Bologne, +Modène et Reggio; les députés seront nommés par les différens +gouvernemens, de manière que l'assemblée soit composée +d'une centaine de personnes. Vous pourriez faire la distribution +proportionnée à la population en favorisant un +peu Reggio. Il faudra avoir soin qu'il y ait parmi ces députés +des nobles, des prêtres, des cardinaux, des négocians et de +tous les états, généralement estimés patriotes. On y arrêterait, +1°. l'organisation de la légion italienne; 2°. l'on ferait +une espèce de fédération pour la défense des communes; 3°. +ils pourraient envoyer des députés à Paris pour demander +leur liberté et leur indépendance. Ce congrès ne devrait pas +être convoqué par nous, mais seulement par des lettres +particulières: cela produirait un grand effet, et serait une +base de méfiance et d'alarme pour les potentats de l'Europe, +et il est indispensable que nous ne négligions aucun moyen +pour répondre au fanatisme de Rome, pour nous faire des +amis et pour assurer nos derrières et nos flancs. Je désirerais +que ce congrès fût tenu le 23 de ce mois. Je vous prie de prendre +en grande considération cet objet, je ferai en sorte de m'y +trouver pour cette époque. Nous sommes ici sans un sou, et +tout coûte. Procurez-nous de l'argent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 vendémiaire an 5 +(10 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major</i>.</p> + +<p>Vous voudrez bien, général, donner l'ordre de faire arrêter +l'officier qui commandait le poste de la Chiuza lors de +l'affaire du 11 thermidor, et le faire traduire au conseil militaire +comme traître ou lâche, ayant rendu ce poste sans +raison et sans y être forcé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 vendémiaire an 5 +(11 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>L'affaire de Modène, citoyens directeurs, a parfaitement +réussi: ce pays est content et heureux de se voir délivré du +joug qui pesait sur lui. Les patriotes sont nombreux et en +place. Je vous enverrai différens imprimés qui vous mettront +au fait de la tournure que je donne à l'esprit pour opposer +fanatisme à fanatisme, et nous faire des amis des peuples qui, +autrement, deviendraient nos ennemis acharnés. Vous y trouverez +l'organisation de la légion lombarde. Les couleurs nationales +qu'ils ont adoptées sont le vert, le blanc et le rouge.</p> + +<p>Parmi les officiers, il y a beaucoup de Français; les autres +sont des officiers italiens, qui, depuis plusieurs années, se +battent avec nous à l'armée d'Italie. Le chef de brigade est +un nommé Lahoz, milanais: il était aide-de-camp du général +Laharpe. Je l'avais pris avec moi; il est connu des représentans +qui ont été à l'armée d'Italie, et spécialement du citoyen +Ritter.</p> + +<p>Je vous enverrai un manuscrit de l'organisation que je +compte donner à la première légion italienne. À cet effet, +j'ai écrit aux commissaires du gouvernement pour que les +gouvernans de Bologne, de Modène, de Reggio et de +Ferrare aient à se réunir en congrès: cela se fera le 23. Je +n'oublie rien de ce qui peut donner de l'énergie à cette immense +population, et tourner les esprits en notre faveur. La +légion lombarde sera soldée, habillée, équipée par les Milanais. +Pour subvenir à cette dépense, il faudra les autoriser +à prendre l'argenterie des églises, ce qui vient à peu près à +1,000,000.</p> + +<p>Je vous enverrai différentes lettres avec différentes notes du +citoyen Cacault. Tout annonce que, d'ici à un mois, de +grands coups se porteront en Italie. D'ici à ce temps, il faudra +avoir conclu une alliance avec Gênes ou avec le roi de +Sardaigne. Vous ferez peut-être aussi très-bien de faire la +paix avec le roi de Naples.</p> + +<p>J'ai renvoyé le citoyen Poussielgue à Turin pour continuer +sa négociation; je lui ai dit de vous instruire directement de +Turin, de l'issue de cette seconde entrevue.</p> + +<p>Faites surtout que je sois instruit de notre position actuelle +avec Naples; vous savez que j'ai deux mille quatre cents +hommes de cavalerie napolitaine, que je fais surveiller, et +qu'il faudrait prévenir, si nous avions de plus fortes raisons +de nous méfier de Naples: s'ils agissent de leur côté en même +temps que les Autrichiens et les autres puissances, cela ne +laisserait pas d'être un surcroît d'embarras. Au mois de thermidor, +lorsque je me repliais sur Brescia, je pensais à les +faire arrêter, et je ne l'osai pas.</p> + +<p>Le général Serrurier m'écrit de Livourne que le grand-duc +arme aussi.</p> + +<p>Pour peu que ma santé me le permette, croyez que je n'épargnerai +rien de ce qui sera en mon pouvoir pour conserver +l'Italie.</p> + +<p>Je vous ferai tenir une lettre du citoyen Faypoult: il me +paraît, d'après cela, qu'on négocie l'affaire de Gênes à +Paris, et que nous avons bien fait de ne pas nous en mêler. +Cette conduite inspire au gouvernement génois de la méfiance. +Je reviens à mon principe, en vous engageant à traiter +avant un mois avec Gênes et Turin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 vendémiaire an 5 +(11 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>Des corps nombreux de l'empereur filent dans le Tyrol. +Les pluies d'automne continuent toujours à nous donner +beaucoup de malades. Il n'y a pas grand'chose à espérer du +renfort des hommes aux hôpitaux, puisqu'il y a à présumer que +c'est dans un mois que l'on frappera ici les grands coups.</p> + +<p>Je vous enverrai incessamment la réponse que le général +Châteauneuf m'a faite par un courrier extraordinaire que je +lui avais expédié: il s'ensuit donc que je ne puis rien espérer +au-delà de deux mille hommes, et votre ordre en portait +six mille. Vous m'avez prévenu, par le dernier courrier, qu'il +allait m'arriver dix mille hommes, indépendamment de ces +deux mille hommes. Vous devez me faire connaître le jour et +le lieu de leur départ, avec leur état de situation: s'il part +dix mille hommes, vous devez calculer qu'il n'en arrivera +que cinq mille.</p> + +<p>Je ne sais pas encore si le général Kellermann fait venir la +quarantième de Lyon, et si le général Willot obéit à l'ordre +que je lui ai donné de faire partir la quatre-vingt-troisième. +De ces deux demi-brigades, si elles arrivent à temps, dépend +peut-être le destin de l'Italie.</p> + +<p>Je fais fortifier Pizzighitone, Reggio, et tous les bords de +l'Adda. J'ai fait fortifier également les bords de l'Adige; enfin, +dans l'incertitude du genre de guerre que je ferai et des +ennemis qui pourront m'attaquer, je n'oublie aucune hypothèse, +et je fais dès aujourd'hui tout ce qui peut me favoriser. +Je fais mettre en même temps les châteaux de Ferrare et +d'Urbin près Bologne en état de défense.</p> + +<p>Nous avons beaucoup d'officiers d'artillerie et du génie +malades. Faites-nous partir une dizaine d'officiers de chacune +de ces armes, des hommes actifs et braves: Mantoue nous +a ruiné ces deux armes. Je vous prie de laisser le commandement +de ces armes au citoyen Chasseloup et au général +Lespinasse: ce sont deux très-bons officiers. J'ai tant +de généraux de brigade blessés et malades que, malgré +ceux que vous faites tous les jours, il m'en manque encore: +il est vrai qu'on m'en a envoyé de si ineptes, que je ne puis +les employer à l'armée active.</p> + +<p>Je vous prie de nous envoyer le général Duvigneau et +quelques autres de cette trempe. Envoyez-nous plutôt des +généraux de brigade que des généraux de division. Tout +ce qui nous vient de la Vendée n'est pas accoutumé à la +grande guerre; nous faisons le même reproche aux troupes, +mais elles s'aguerrissent.</p> + +<p>Mantoue est hermétiquement bloqué, et cela avec sept +mille hommes d'infanterie, et mille cinq cents hommes de +cavalerie.</p> + +<p>Envoyez-nous des hommes qui aient servi dans la cavalerie, +pour recruter nos régimens; nous leur procurerons des +chevaux: qu'ils viennent avec leur uniforme de dragons, +chasseurs ou hussards, leurs sabres et carabines, hormis les +dragons qui doivent avoir des fusils comme l'infanterie. Il y a +tant de ces anciens gendarmes qui infestent les rues de Paris: +moyennant quelques recruteurs qui courraient les rues, en +faisant ressouvenir qu'ici on paye en argent, je crois qu'il +serait possible de vous en procurer un bon nombre. Nous +avons plus de mille deux cents hommes de cavalerie malades +ou blessés, et leurs chevaux sont à ne rien faire aux dépôts. +Envoyez-nous des officiers de cavalerie, chefs de brigade, +capitaines, nous trouverons ici à les placer: que ce soit des +hommes qui se battent.</p> + +<p>Je vous prie de donner la retraite aux chefs de brigade +Goudran du vingtième de dragons, et au citoyen Sérilhac du +vingt-cinquième de chasseurs: ce sont des hommes qui sont +malades la veille d'une affaire; ces gens-là n'aiment pas le +sabre. Je vous prie aussi de faire donner la retraite au citoyen +Gourgonier, chef d'escadron au premier de hussards.</p> + +<p>Le chef du septième régiment de hussards, qui a été +blessé, est un brave homme, mais il est trop vieux, et il faut +lui accorder sa retraite. Moyennant que ces officiers supérieurs +manquent, les affaires écrasent un petit nombre de +braves qui finissent par être blessés, prisonniers ou tués; et +les corps se trouvent sans chef.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 vendémiaire an 5 +(12 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous enverrai l'état de ce que l'armée a dépensé. Vous y +verrez que les calomnies que l'on s'est plu mal à propos à accumuler +sur l'ordonnateur Denniée ne peuvent pas l'atteindre. +C'est un bon travailleur et un homme d'ordre, sans avoir cependant +des talens transcendans.</p> + +<p>Vous remarquerez qu'il y a une grande différence entre le +compte du payeur de l'armée et celui des commissaires du +gouvernement: cela roule sur quatre ou cinq millions. Les +commissaires du gouvernement prétendent avoir donné cinq +millions de plus au payeur, qui, de son côté, est en règle, +puisqu'il dit: présentez-moi mes bons; d'ailleurs il connaît +sa dépense. Je crois que cette différence vient de ce que les +commissaires du gouvernement ont eux-mêmes ordonnancé +des fonds et fait payer des dépenses arriérées, sans que cet +argent ait été versé dans la caisse du payeur et que l'ordonnateur +l'ait ordonnancé; ce qui est subversif de toute comptabilité +et de tout ordre. Il est à ma connaissance que trois +ou quatre adjudans-généraux, ayant été faits prisonniers, +ont eu, à leur retour, 3,000 liv. de gratification accordées +par les commissaires: vous sentez bien que l'ordonnateur +n'aurait pas fait solder ces gratifications. Elles ont été accordées +à de braves officiers qui les méritaient; mais cela a produit +le mauvais effet de faire naître des prétentions chez +tous les officiers supérieurs qui ont été faits prisonniers, et +malheureusement il n'y a que trop d'argent de dépensé en indemnités +pour pertes. Au moindre petit échec, chacun a +perdu son porte-manteau; les conseils d'administration signent +tout ce que l'on veut, cela m'a fait prendre le parti de +ne plus faire accorder, même gratification de campagne, sans +signature du ministre; ce qui nous économisera beaucoup.</p> + +<p>Vous voyez donc que, depuis six mois que nous sommes +en campagne, on n'a dépensé que onze millions: il reste +donc à vous expliquer pourquoi on a dépensé si peu, c'est +que, 1°. on a long-temps vécu de réquisitions; 2°, nous avons +eu des denrées en nature de Modène, Parme, Ferrare et +Bologne; 3°. la république nous a fourni et nous fournit encore +beaucoup de denrées; enfin nous vivons souvent avec +les magasins de l'ennemi.</p> + +<p>Je vous prie de nous envoyer le commissaire ordonnateur +Naudin; il est un peu vieux, mais je le connais pour un +homme probe et sévère, il pourra être chargé utilement pour +la république d'un des services de cette armée; je crois même +que vous feriez bien de le faire ordonnateur des contributions, +chargé de correspondre avec le ministre des finances +et la trésorerie: vos commissaires pourraient alors en avoir +simplement la surveillance comme des autres parties, ce qui +les rendrait au rôle passif qu'ils doivent avoir par vos instructions, +et remédierait aux abus sans nombre qui existent.</p> + +<p>Je ne puis pas d'ailleurs vous dissimuler qu'il n'y a presque +aucun ordre dans les contributions. Vos commissaires ne sont +pas assez habitués aux détails de la comptabilité; il faut de +plus un esprit de suite, que leurs occupations ou le grand caractère +dont ils sont revêtus ne leur permet pas d'avoir.</p> + +<p>Je crois donc qu'un commissaire ordonnateur, chargé en +chef des contributions, indépendant du commissaire ordonnateur +en chef, qui aurait un payeur nommé par la trésorerie, +surveillerait d'une manière efficace la compagnie Flachat, +en ce qu'il aurait un détail exact, une comptabilité +sûre de tout ce qu'il aurait remis et des lettres de change qui +sont tirées.</p> + +<p>Enfin, vos commissaires font de beaux tableaux, qui ne +s'accordent ni avec ceux du payeur, ni avec ceux de la compagnie +Flachat: pourquoi? C'est que la comptabilité est une +science à part; elle exige un travail à part et une attention +réfléchie: d'ailleurs, peut-être penserez-vous qu'il convient +de ne pas donner une comptabilité de détails à des hommes +qui ont une responsabilité morale et politique. Si, suivant +l'esprit de vos instructions, vos commissaires ne doivent que +surveiller, il faut que jamais ils n'agissent; et il y a, en général, +une présomption défavorable contre ceux qui manient +de l'argent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 vendémiaire an 5 +(12 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Depuis que je suis à Milan, citoyens directeurs, je m'occupe +à faire la guerre aux fripons; j'en ai fait juger et punir +plusieurs: je dois vous en dénoncer d'autres. En leur faisant +une guerre ouverte, il est clair que j'intéresse contre moi +mille voix, qui vont chercher à pervertir l'opinion. Je comprends +que, s'il y a deux mois, je voulais être duc de Milan, +aujourd'hui je voudrai être roi d'Italie; mais, tant que mes +forces et votre confiance dureront, je ferai une guerre impitoyable +aux fripons et aux Autrichiens.</p> + +<p>La compagnie Flachat n'est qu'un ramassis de fripons sans +crédit réel, sans argent et sans moralité: je ne serai pas suspect +pour eux, car je les croyais actifs, honnêtes et bien intentionnés; +mais il faut se rendre à l'évidence.</p> + +<p>1°. Ils ont reçu quatorze millions, ils n'en ont payé que +six, et ils refusent d'acquitter les mandats donnés par la trésorerie, +à moins de quinze ou vingt pour cent. Ces honteuses +négociations se font publiquement à Gênes. La compagnie +prétend qu'elle n'a pas de fonds; mais, moyennant cet honnête +profit, elle consent à solder le mandat.</p> + +<p>2°. Ils ne fournissent aucune bonne marchandise à l'armée; +les plaintes me viennent de tous côtés; ils sont même +fortement soupçonnés d'avoir fait pour plus de quatre-vingt +mille quintaux de blé en versemens factices, en corrompant +les garde-magasins.</p> + +<p>3°. Leur marché est onéreux à la république, puisqu'un +million, qui pèse, en argent, dix mille livres, serait transporté +par cinq ou six voitures, et en poste, pour cinq à six +mille francs, tandis qu'il en coûte près de cinquante mille, +la trésorerie leur ayant accordé dans son marché cinq pour +cent. Flachat et Laporte ont peu de fortune et aucun crédit; +Peregaldo et Payen sont des maisons ruinées et sans crédit; +cependant, c'est à la réunion de ces quatre noms que l'on a +confié tous les intérêts de la république en Italie. Ce ne sont +pas des négocians, mais des agioteurs, comme ceux du Palais-Royal.</p> + +<p>4°. Peregaldo, né à Marseille, s'est désavoué d'être Français; +il a renié sa patrie et s'est fait Génois: il ne porte pas +la cocarde, il est sorti de Gênes avec sa famille, répandant +l'alarme en disant que nous allions bombarder Gênes. Je l'ai +fait arrêter et chasser de la Lombardie. Devons-nous souffrir +que de pareilles gens, plus mal intentionnées et plus aristocrates +que les émigrés mêmes, viennent nous servir d'espions, +soient toujours avec le ministre de Russie à Gênes, et s'enrichissent +encore avec nous?</p> + +<p>Le citoyen Lacheze, consul à Gênes, est un fripon: sa +conduite à Livourne, en faisant vendre des blés à Gênes à +vil prix, en est la preuve.</p> + +<p>Les marchandises ne se vendent pas à Livourne. Je viens +de donner des ordres à Flachat de les faire vendre; mais je +parie que, grâce à tous ces fripons réunis, cela ne rendra +pas deux millions: ce qui devrait en rendre sept au moins.</p> + +<p>Quant aux commissaires des guerres, hormis Denniée, ordonnateur +en chef, Boinod, Mazad et deux ou trois autres, +le reste n'est que des fripons: il y en a trois en jugement; +ils doivent surveiller, et ils donnent les moyens de voler, +en signant tout. Il faut nous en purger, et nous en renvoyer +de probes, s'il y en a; il faudrait en trouver qui eussent déjà +de quoi vivre.</p> + +<p>Le commissaire ordonnateur Gosselin est un fripon: il a +fait des marchés de bottes à trente-six livres, qui ont été renouvelés +depuis à dix-huit livres.</p> + +<p>Enfin, vous dirai-je qu'un commissaire des guerres, Flack, +est accusé d'avoir vendu une caisse de quinquina que le roi +d'Espagne nous envoyait? D'autres ont vendu des matelas; +mais je m'arrête, tant d'horreurs font rougir d'être Français. +La ville de Crémone a fourni plus de cinquante mille aunes +de toile fine pour les hôpitaux, que ces fripons ont vendue: +ils vendent tout.</p> + +<p>Vous avez calculé sans doute que vos administrateurs voleraient, +mais qu'ils feraient le service et auraient un peu de +pudeur: ils volent d'une manière si ridicule et si impudente, +que, si j'avais un mois de temps, il n'y en a pas un qui ne +pût être fusillé. Je ne cesse d'en faire arrêter et d'en faire +mettre au conseil de guerre; mais on achète les juges: c'est +ici une foire, tout se vend. Un employé accusé d'avoir mis +une contribution de 18,000 fr. sur Salo, n'a été condamné +qu'à deux mois de fers. Et puis comment voulez-vous prouver? +ils s'étayent tous.</p> + +<p>Destituez ou faites arrêter le commissaire ordonnateur +Gosselin; destituez les commissaires dont je vous envoie la +note. Il est vrai qu'ils ne demandent peut-être pas mieux.</p> + +<p>Venons aux agens de l'administration.</p> + +<p>Thevenin est un voleur, il affecte un luxe insultant: il +m'a fait présent de plusieurs très-beaux chevaux dont j'ai +besoin, que j'ai pris, et dont il n'y a pas eu moyen de lui +faire accepter le prix. Faites-le arrêter et retenir six mois en +prison; il peut payer 500,000 fr. de taxe de guerre en argent: +cet homme ne fait pas son service. Les charrois sont +pleins d'émigrés, ils s'appellent <i>royal charrois</i>, et portent +le collet vert sous mes yeux; vous pensez bien que j'en fais +arrêter souvent, mais ils ne sont pas ordinairement où je me +trouve.</p> + +<p>Sonolet, agent des vivres jusqu'aujourd'hui, est un fripon: +l'agence des vivres avait raison.</p> + +<p>Ozou est un fripon et ne fait jamais son service.</p> + +<p>Collot fait son service avec exactitude, il a du zèle et plus +d'honneur que ces coquins-là.</p> + +<p>Le nouvel agent qui a été envoyé par Cerf-Beer paraît +meilleur que Thevenin. Je ne vous parle ici que des grands +voleurs. Diriez-vous que l'on cherche à séduire mes secrétaires +jusque dans mon antichambre? Les agens militaires +sont tous des fripons. Un nommé Valeri est en jugement à +Milan, les autres se sont sauvés.</p> + +<p>Le citoyen Faypoult, votre ministre; Poussielgue, secrétaire; +et Sucy, commissaire ordonnateur, honnêtes hommes, +sont témoins des friponneries que commet la compagnie Flachat +à Gênes; mais je suis obligé de partir demain pour l'armée; +grande joie pour tous les fripons qu'un coup d'oeil sur +l'administration m'a fait connaître.</p> + +<p>Le payeur de l'armée est un honnête homme, un peu +borné; le contrôleur est un fripon, témoin sa conduite à Bologne.</p> + +<p>Les dénonciations que je fais, sont des dénonciations en +âme et conscience comme jury. Vous sentez que ce n'est pas +dans ma place et avec mon caractère que je vous les dénoncerais, +si j'avais le temps de ramasser des preuves matérielles +contre chacun d'eux: ils se couvrent tous.</p> + +<p>Desgranges, agent des vivres, est intelligent; mais il nous +faudrait ici Saint-Maime, homme de mérite et de considération: +le service se ferait, et vous épargneriez plusieurs +millions: je vous prie de nous l'envoyer. Enfin il faudrait +pour agens non pas des tripoteurs d'agiotage, mais des hommes +qui eussent une grande fortune et un certain caractère. +Je n'ai que des espions. Il n'y a pas un agent de l'armée qui +ne désire notre défaite, pas un qui ne corresponde avec nos +ennemis; presque tous ont émigré sous des prétextes quelconques; +ce sont eux qui disent notre nombre et qui détruisent +le prestige: aussi je me garde plus d'eux que de Wurmser; +je n'en ai jamais avec moi; je nourris pendant les expéditions +mon armée sans eux, mais cela ne les empêche pas de faire +des comptes à leur manière.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5 +(17 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai rendu compte, citoyens directeurs, que j'avais +formé une colonne mobile à Tende contre les barbets; elle +remplit parfaitement sa tâche. Les barbets sont mis de tous +côtés en déroute, plusieurs de leurs chefs ont été fusillés. +Le général Garnier, qui commande cette colonne mobile, +montre beaucoup de zèle et se donne beaucoup de mouvement.</p> + +<p>Les maladies continuent toujours, mais jusqu'à cette +heure elles n'ont pas fait de grands ravages.</p> + +<p>Je vous avais demandé dans ma dernière lettre vingt-cinq +mille fusils; mais en ayant trouvé soixante-quatre mille à +Livourne, appartenant au roi d'Espagne, j'en ai fait prendre +vingt mille que j'ai fait conduire à l'armée. M. Azara, à qui +j'en ai demandé la permission, m'a écrit que cela ne le regardait +pas, mais qu'il n'y voyait pas un grand inconvénient, +dès l'instant qu'on les ferait remplacer.</p> + +<p>Je vous prie de prendre avec la cour d'Espagne les arrangemens +que vous croirez bons. Si vous lui faites rendre ces +fusils aux Pyrénées, elle y gagnera, puisqu'ils auraient pu +être pris par les Anglais.</p> + +<p>Les Autrichiens ont dans ce moment-ci quatorze mille +hommes dans le Tyrol et quinze mille sur la Piave: ils attendent +de nouveaux renforts. L'attaque tardera encore probablement +quelques décades. Si la quatre-vingt-troisième +est partie de Marseille comme je l'ai ordonné, et la quarantième +de Lyon, comme le général Kellermann me l'a promis, +il n'y a rien à craindre, et nous battrons encore cette fois-ci +les Autrichiens. Si la circonstance de l'évacuation de la Méditerranée +par les Anglais vous portait à ne pas vouloir faire +la paix avec Naples, il faudrait chercher à l'amuser encore +quelque temps. Je ne pense pas, si nous sommes maîtres de +la mer, qu'il ose faire avancer des troupes par ici.</p> + +<p>Si nous devenons maîtres de la Méditerranée, je crois qu'on +doit exiger du commerce de Livourne 5 ou 6,000,000 fr. au +lieu de 2 qu'il offre pour indemniser des marchandises qu'il +a aux Anglais.</p> + +<p>Enfin, citoyens directeurs, plus vous nous enverrez +d'hommes, plus non-seulement nous les nourrirons facilement, +mais encore plus nous lèverons de contributions au +profit de la république. L'armée d'Italie a produit dans la +campagne d'été 20,000,000 fr. à la république, indépendamment +de sa solde et de sa nourriture: elle peut en produire le +double pendant la campagne d'hiver, si vous nous envoyez +en recrues et en nouveaux corps une trentaine de mille +hommes.</p> + +<p>Rome et toutes ses provinces, Trieste et le Frioul, même +une partie du royaume de Naples deviendront notre proie; +mais, pour se soutenir, il faut des hommes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5 +(17 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ferai passer, citoyens directeurs, la lettre que je +viens de recevoir du général Gentili: il paraît, d'après cela, +que la Méditerranée va devenir libre. La Corse, restituée à +la république, offrira des ressources à notre marine, et +même un moyen de recrutement à notre infanterie légère.</p> + +<p>Le commissaire du gouvernement, Salicetti, part ce soir +pour Livourne pour se rendre en Corse. Je vais ordonner à +la huitième division de tenir un bataillon prêt à embarquer à +Toulon; je ferai également partir un bataillon de Livourne, +lesquels, joints à deux corps de gendarmerie, suffiront pour +y établir le bon ordre.</p> + +<p>Le général Gentili va commander provisoirement cette division: +je lui donne les instructions nécessaires pour l'organisation +de deux corps de gendarmerie. Je l'autorise provisoirement +à mettre en réquisition plusieurs colonnes mobiles, +pour pouvoir donner force au commissaire du gouvernement +de pouvoir occuper les forteresses jusqu'à l'arrivée des troupes +françaises. Lorsque ces troupes seront arrivées dans l'île, +mon projet est d'y envoyer le général Berruyer pour y commander: +j'y envoie un officier d'artillerie et un du génie +pour y organiser la direction; mais comme cette île contient +cinq à six forteresses aussi faibles qu'inutiles, je leur prescris +de ne faire aucune dépense, mais seulement de faire des +projets pour la défense du golfe Saint-Florent: il n'y a que +ce point qui soit bien essentiel à la république, et où dès-lors +il conviendrait de concentrer toute la défense de l'île, en +y établissant une place, une fortification permanente, et en +y employant pour la construire les sommes que coûteraient +la réparation et l'entretien des forteresses inutiles de Bastia, +Corte, Calvi, Ajaccio et Bonifaccio, où il suffit d'entretenir +simplement des batteries de côtes. Si nous eussions eu une +place à Saint-Florent et que nous y eussions concentré toutes +nos forces, les Anglais ne se seraient pas emparés de +cette île.</p> + +<p>Comme l'établissement de Saint-Florent est encore en l'air, +je crois que vous devriez concentrer toute l'administration +militaire à Ajaccio, qui, jusqu'à ce que Saint-Florent soit +devenu quelque chose, est le point le plus intéressant de l'île. +Ce serait une grande faute que de placer à Bastia, comme +l'avait fait l'ancienne administration, le point central de l'administration, +vu que Bastia étant situé du côté de l'Italie, +communique très-difficilement avec la France. L'expulsion +des Anglais de la Méditerranée a une grande influence sur le +succès de nos opérations militaires en Italie. L'on doit exiger +de Naples des conditions plus sévères, cela fait le plus grand +effet moral sur l'esprit des Italiens, assure nos communications, +et fera trembler Naples jusque dans la Sicile.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5 +(17 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Bologne, Modène, Reggio et Ferrare se sont réunis en +congrès, en envoyant à Modène une centaine de députés: l'enthousiasme +le plus vif et le patriotisme le plus pur les animent; +déjà ils voient revivre l'ancienne Italie: leur imagination +s'enflamme, leur patriotisme se remue, et les citoyens de +toutes les classes se serrent. Je ne serais pas étonné que ce +pays-ci et la Lombardie, qui forment une population de +deux à trois millions d'hommes, ne produisissent vraiment une +grande secousse dans toute l'Italie. La révolution n'a pas ici le +même caractère qu'elle a eu chez nous: d'abord, parce qu'elle +n'a pas les mêmes obstacles à vaincre et que l'expérience a +éclairé les habitans; nous sommes bien sûrs au moins que le +fanatisme ne nous fera pas de mal dans ce pays-ci, et que +Rome aura beau déclarer une guerre de religion, elle ne fera +aucun effet dans ce pays conquis.</p> + +<p>Une légion de deux mille cinq cents hommes s'organise, +habillée, soldée et équipée aux frais de ce pays-ci et sans que +nous nous en mêlions. Voilà un commencement de force militaire, +qui, réunie aux trois mille cinq cents que fournit la +Lombardie, fait à peu près six mille hommes. Il est bien évident +que si ces troupes, composées de jeunes gens qui ont le +désir de la liberté, commencent à se distinguer, cela aura +pour l'empereur et pour l'Italie des suites très-importantes. Je +vous enverrai par le prochain courrier les actes et les manifestes +publiés à cette occasion par le congrès.</p> + +<p>J'attends avec quelque impatience les troupes que vous +m'annoncez. J'ai fait sommer Wurmser dans Mantoue, je +vous ferai passer la sommation; je n'ai pas jugé à propos de +me servir de l'arrêté que vous m'envoyez, puisque vous m'en +laissez le maître: par la réponse qu'il me fera, je verrai le ton +qu'il prend. Le courrier que vous m'avez ordonné d'envoyer +à Vienne est parti il y a long-temps: il doit être arrivé à cette +heure, et j'en attends la réponse.</p> + +<p>Dès l'instant que je saurai bien positivement que les Anglais +ont passé le détroit, et que je saurai quelles sont vos intentions +sur Naples et où en sont vos négociations, je prendrai +avec Rome le ton qu'il convient: j'espère que j'obligerai +ces gaillards-là à restituer l'argent qu'ils envoyaient pour la +contribution et qu'ils ont fait retourner de Ravenne à Rome.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5 +(17 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Gentili.</i></p> + +<p>Vous passerez en Corse, citoyen général, pour y commander +cette division. Arrivé dans cette île, vous donnerez le +commandement temporaire de Bastia au citoyen Ristori, chef +de brigade; celui d'Ajaccio au citoyen Regi, chef de brigade; +celui de Saint-Florent au citoyen Jean-Charles Cotoni, capitaine; +celui de Corte au citoyen Collé, chef de brigade; celui +de Bonifaccio au citoyen Sabrini, capitaine, et celui de Calvi +au citoyen Mamobli, capitaine.</p> + +<p>Vous lèverez trois compagnies dans la garde nationale de +Bastia, qui feront le service de la forteresse; vous choisirez +trois capitaines patriotes, entre autres, le citoyen Girasco.</p> + +<p>Vous lèverez deux compagnies dans la garde nationale +d'Ajaccio, qui feront le service de la garde de la forteresse; +vous nommerez capitaines les citoyens Tornano et +Levio.</p> + +<p>Vous lèverez de même une compagnie, prise dans la +garde de Bonifaccio, de Calvi, de Saint-Florent et de Corte, +pour la garde des forteresses et des magasins de la place.</p> + +<p>Vous ferez extraire des compagnies de gendarmerie de la +vingt-huitième division tous les officiers et soldats qui sont +des départemens du Liamone et du Golo. Vous laisserez +le commandement de la gendarmerie du département du +Liamone au citoyen Gentili, avec le grade de chef de bataillon.</p> + +<p>Vous vous concerterez avec le commissaire du gouvernement +Salicetti pour le choix des autres emplois; vous +prendrez des hommes attachés à la république et à la liberté.</p> + +<p>Vous organiserez trois colonnes mobiles dans le département +du Golo, fortes chacune de trois cents hommes. Vous +en organiserez deux dans le département du Liamone. Vous +donnerez le commandement de l'une au citoyen Grimaldi; vous +choisirez pour les deux autres des patriotes braves et républicains: +en Balagne et dans les terres des communes, vous +choisirez, pour commander l'une des colonnes mobiles du +département du Liamone, le citoyen Bouchi, et un patriote +reconnu pour le côté de la Rogue.</p> + +<p>Vous accorderez un pardon général à tous ceux qui n'ont +été qu'égarés; vous ferez arrêter et juger par une commission +militaire les quatre députés qui ont porté la couronne au roi +d'Angleterre, les membres du gouvernement et les meneurs +de cette infâme trahison, entre autres les citoyens Pozzo di +Borgo; Bertholani, Piraldi, Stefanopoli, Tartarolo, Filipi et +l'un des chefs de bataillon qui seront convaincus d'avoir +porté les armes contre les troupes de la république.</p> + +<p>Ainsi, la vengeance nationale n'aura à peser que sur une +trentaine d'individus, qui se seront peut-être sauvés avec les +Anglais.</p> + +<p>Vous ferez également arrêter tous les émigrés, s'il y en +avait qui eussent l'audace de continuer leur séjour dans les +terres occupées par les troupes républicaines.</p> + +<p>Mais je vous recommande surtout de faire une prompte +justice de quiconque, par un ressentiment contraire à la loi, +se serait porté à assassiner son ennemi; enfin, citoyen général, +faites ce qui dépend de vous pour rétablir la tranquillité +dans l'île, étouffer toutes les haines, et réunir à la république +ce pays si longtemps agité.</p> + +<p>Le payeur de l'armée aura soin de fournir aux dépenses +de la solde des différens corps de troupes françaises, qui partiront +de Toulon au moment où la liberté des passages sera +constatée, et qui se rendront en Corse pour occuper les forteresses.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre au général Lavoni et à l'adjudant-général +Galliazzini de se rendre à Modène, ainsi qu'à tous +les officiers supérieurs qui seraient en activité dans les demi-brigades +de cette armée, hormis ceux qui auraient été désignés +comme devant remplir des commandemens temporaires, +et qui dès-lors seront remplacés à leurs corps.</p> + +<p>L'ordre est donné pour qu'il ne soit payé aucun traitement +à un officier hors de sa demi-brigade; engagez tous ceux qui +sont avec vous à rejoindre leurs corps, où leur présence est +nécessaire, tandis qu'elle devient inutile en Corse. Cependant, +si vous croyez qu'il y en ait quelques-uns que vous +dussiez garder, vous m'en enverrez la note, afin qu'il leur +soit accordé de deux à trois décades, pour ensuite rejoindre +leurs corps; vous aurez soin aussi de n'oublier aucun moyen +pour faire passer à Livourne et de là à l'armée le plus de +Corses qu'il sera possible. À cet effet, il sera nécessaire d'établir +à Livourne un dépôt pour les habiller, les armer et +leur donner leur route, à mesure qu'ils arriveront. Le seul +moyen de faire sortir de Corse tous les hommes inquiets, +ceux mêmes qui ont combattu pour les Anglais, c'est de les +envoyer à l'armée. Si vous pouvez vous emparer de l'île +d'Elbe avec le général Serrurier, auquel je donne l'ordre de +vous aider dans le cas où cette expédition serait possible, je +vous autorise à en prendre possession.</p> + +<p>Tenez-moi souvent instruit de tout ce que vous ferez. +Donnez l'ordre à deux des députés les plus intelligens de se +rendre au quartier-général, qui sera à Bologne ou à Ferrare.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Modène, le 26 vendémiaire an 5 (17 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault, agent de la république à Rome.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant la nouvelle que les Anglais évacuent la +Méditerranée: ils ont déjà évacué la Corse, qui a arboré l'étendard +tricolor, et m'a envoyé des députés pour prêter serment +d'obéissance.</p> + +<p>Un courrier arrivé de Toulon m'apporte la nouvelle que +notre escadre, composée de dix-huit vaisseaux de guerre et +de dix frégates, est sur le point de mettre à la voile; qu'elle +est déjà dans la grande rade, et qu'elle a à sa suite un convoi +de soixante voiles chargé de troupes de débarquement.</p> + +<p>Le délire étrange du pays où vous êtes ne sera pas long, +il y sera bientôt porté un prompt remède. Cette folie passera +comme un rêve; ce qui restera, ce sera la liberté de Rome +et le bonheur de l'Italie.</p> + +<p>Cent députés de Bologne, Modène, Reggio et Ferrare ont +été réunis ici: il règne dans tous ces pays un enthousiasme +auquel on n'avait pas le droit de s'attendre. La première légion +de la Lombardie est déjà organisée, la première légion +italienne s'organise: c'est le général Rusca qui commande +cette légion. Vous sentez bien que j'ai mis un bon nombre +de vieux officiers accoutumés à vaincre et à commander.</p> + +<p>Restez, toutefois, encore à Rome. L'intention du gouvernement +est qu'on mette ces gens dans leur tort.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 28 vendémiaire an 5 +(19 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au peuple de Modène.</i></p> + +<p>J'ai vu avec plaisir en entrant dans votre ville l'enthousiasme +qui anime les citoyens, et la ferme résolution où ils +sont de conserver leur liberté. La constitution et votre garde +nationale seront promptement organisées; mais j'ai été affligé +de voir les excès auxquels se sont portés quelques mauvais +sujets indignes d'être Bolonais.</p> + +<p>Un peuple qui se livre à des excès est indigne de la liberté; +un peuple libre est celui qui respecte les personnes et +les propriétés. L'anarchie produit la guerre intestine et les +calamités publiques. Je suis l'ennemi des tyrans; mais avant +tout je suis l'ennemi des scélérats, des brigands qui les commandent +lorsqu'ils pillent; je ferai fusiller ceux qui, renversant +l'ordre social, sont nés pour l'opprobre et le malheur du +monde.</p> + +<p>Peuple de Bologne, voulez-vous que la république française +vous protège? voulez-vous que l'armée française vous +estime et s'honore de faire votre bonheur? voulez-vous que +je me vante quelquefois de l'amitié que vous me témoignez? +Réprimez ce petit nombre de scélérats, faites que personne +ne soit opprimé: quelles que soient ses opinions, nul ne peut +être opprimé qu'en vertu de la loi...; faites surtout que les +propriétés soient respectées.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Ferrare, le 50 vendémiaire an 5 +(21 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>À Monsieur le cardinal Mattei.</i></p> + +<p>La cour de Rome a refusé d'adopter les conditions de +paix que lui a offertes le directoire; elle a rompu l'armistice; +et en suspendant l'exécution des conditions, elle arme: elle +veut la guerre, elle l'aura; mais, avant de pouvoir de sang-froid +prévoir la ruine et la mort des insensés qui voudront +faire obstacle aux phalanges républicaines, je dois à ma nation, +à l'humanité, à moi-même, de tenter un dernier effort +pour ramener le pape à des sentimens plus modérés, conformes +à ses vrais intérêts, à son caractère et à la raison. Vous +connaissez, monsieur le cardinal, les forces et la puissance +de l'armée que je commande: pour détruire la puissance +temporelle du pape, il ne me faudrait que le vouloir. Allez +à Rome; voyez le Saint-Père, éclairez-le sur ses vrais intérêts; +arrachez-le aux intrigans qui l'environnent, qui veulent +sa perte et celle de la cour de Rome. Le gouvernement français +permet encore que j'écoute des négociations de paix; +tout pourrait s'arranger. La guerre, si cruelle pour les peuples, +a des résultats terribles pour les vaincus; évitez de +grands malheurs au pape: vous savez combien je désire finir +par la paix une lutte que la guerre terminerait pour moi sans +gloire comme sans périls.</p> + +<p>Je vous souhaite, monsieur le cardinal, dans votre mission, +le succès que la pureté de vos intentions mérite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Vérone, le 3 brumaire an 5 (24 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault.</i></p> + +<p>Je vous ferai passer une lettre du ministre Delacroix. +Le directoire me prévient que vous êtes chargé de continuer +les négociations avec Rome. Vous me tiendrez exactement +instruit de ce que vous ferez, afin que je saisisse le moment +favorable pour exécuter les intentions du directoire +exécutif. Vous sentez bien qu'après la paix avec Naples et +avec Gênes, la bonne harmonie qui règne avec le roi de Sardaigne, +la reprise de la Corse et notre supériorité décidée +dans la Méditerranée, je n'attendrai que le moment pour +m'élancer sur Rome et y venger l'honneur national: la +grande affaire actuellement est de gagner du temps. Mon intention +est, lorsque j'entrerai sur les terres du pape, ce qui +encore est éloigné, de le faire, en conséquence de l'armistice, +pour prendre possession d'Ancône; de là, je serai plus à +même d'aller plus loin, après avoir mis en ordre mes derrières.</p> + +<p>Enfin, le grand art actuellement est de jeter réciproquement +la balle pour tromper le vieux renard. Si vous pouviez +obtenir un commencement d'exécution de l'armistice, je crois +que cela serait bon, mais difficile, à ce que je crois.</p> + +<p>Nos affaires reprennent aujourd'hui, et la victoire paraît +revenir sous nos drapeaux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 5 brumaire an 5 +(24 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je suis fâché, citoyens directeurs, que votre lettre du 20 +vendémiaire me soit arrivée trop tard. Je vous prie de vous +reporter aux circonstances où je me trouvais: Rome imprimant +des manifestes fanatiques; Naples faisant marcher des +forces; la régence de Modène manifestant ses mauvaises intentions +et rompant l'armistice en faisant passer des convois +à Mantoue. La république française se trouvait avilie, menacée: +ce coup de vigueur, de rompre l'armistice de Modène, +a rétabli l'opinion et a réuni Bologne, Ferrare, Modène +et Reggio sous un même bonnet. Le fanatisme s'est +trouvé déjoué, et les peuples, accoutumés à trembler, ont +senti que nous étions encore là: la république avait le droit +de casser un armistice qui n'était pas exécuté. La régence +même ne désavoue pas d'avoir envoyé des secours dans Mantoue.</p> + +<p>Modène, Reggio, Ferrare et Bologne, réunis en congrès, +ont arrêté une levée de deux mille huit cents hommes, sous +le titre de <i>Première légion italienne</i>: l'enthousiasme est +très-grand; les paysans qui portaient des vivres dans Mantoue +sont venus eux-mêmes nous apprendre les routes cachées +qu'ils tenaient. La plus parfaite harmonie règne entre nous +et les peuples.</p> + +<p>A Bologne, ville de soixante-quinze mille âmes, l'enthousiasme +est extrême: déjà même la dernière classe du peuple +s'est portée à des excès; ils ne voulaient pas reconnaître le +sénat: il a fallu les laisser organiser leur constitution et me +prononcer fortement pour le sénat, afin de rétablir l'ordre.</p> + +<p>A Ferrare, un évêque cardinal, prince romain qui jouit +de 150,000 liv., donne tout au peuple et est toujours dans +l'église. Je l'ai envoyé à Rome sous le prétexte de négocier, +mais dans la réalité pour m'en débarrasser: il a été content +de sa mission.</p> + +<p>La folie du pape est sans égale; mais la nouvelle de Naples +et de la Méditerranée le fera changer. Mon projet, lorsque +je le pourrai, est de me rendre à Ancône au moyen de l'armistice, +et de n'être ennemi que là.</p> + +<p>Je vous ferai passer une proclamation que j'ai faite à Bologne, +et la lettre que j'ai écrite au cardinal archevêque de +Ferrare.</p> + +<p>Je vous fais mon compliment du traité souscrit avec Gênes: +il est utile sous tous les rapports.</p> + +<p>La vente de Livourne se fait actuellement. J'occupe, +avec une petite garnison, Ferrare. Les barbets sont battus, +défaits et fusillés. Vos ordres pour mettre les licenciés à la +solde du congrès de la Lombardie sont exécutés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 4 brumaire an 5 + +(25 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Nous sommes en mouvement: l'ennemi paraît vouloir passer +la Piave pour s'établir sur la Brenta; je le laisse s'engager: +les pluies, les mauvais chemins, les torrens m'en rendront +bon compte.</p> + +<p>Nous verrons comme cela s'engagera. Je vous prie de me +dire la conduite que je dois tenir à Trieste, si jamais, après +la saison des pluies et une bonne victoire, j'étais obligé de +porter la guerre dans le Frioul. Si vous pouviez envoyer trois +frégates dans l'Adriatique, elles seraient utiles dans toutes +les hypothèses.</p> + +<p>La paix avec Naples et Gênes, notre situation avec les +peuples, et les troupes que vous annoncez, vous assurent +l'Italie, si elles arrivent. La vingt-neuvième demi-brigade, +partie de Paris, forte de 4,000 hommes, est arrivée ici à +1100. Si Willot ne retient que 2,000 hommes, la quatre-vingt-troisième +devrait déjà être en marche. Cette très-bonne +demi-brigade est forte de 2,500 hommes: elle se repose depuis +un an; elle devrait, selon mes ordres, être déjà à Nice. +Si je l'ai avant les grands coups, comme il paraît que j'aurai +la quarantième, j'espère non-seulement battre les Autrichiens, +prendre Mantoue, mais encore prendre Trieste, obliger +Venise à faire ce que l'on voudra, et planter nos drapeaux +au Capitole.</p> + +<p>Il sera nécessaire d'envoyer en Corse au moins 1200 hommes; +il serait bon que quelques frégates se rendissent à Ajaccio +et à Saint-Florent, pour se faire voir.</p> + +<p>Si vous envoyez quelques frégates dans l'Adriatique, il serait +bon qu'un officier de l'équipage vînt se concerter avec +moi pour choisir un point pour les protéger et de correspondance. +Il serait bon qu'une grosse gabarre vînt à l'embouchure +du Pô, je la chargerais de chanvre et de bois de construction: +elle pourrait en place nous apporter trois mille fusils, +dix mille baïonnettes, deux mille sabres de chasseurs et de +hussards, quatre mille obus de six pouces, mille boulets de +12, et six mille boulets de 18: ce sont des choses dont nous +avons toujours besoin. Je ne vois que ce moyen pour que la +marine ait bientôt des approvisionnemens, qui sont abondans +dans le Ferrarais et la Romagne. Si l'on craint de manquer +de blé au printemps, l'on peut envoyer des bateaux à l'embouchure du +Pô, je ferai filer tout le blé que l'on voudra.</p> + +<p>Les neiges tombent, cela n'empêche pas de se battre dans +le Tyrol. Il ne sera pas impossible que j'évacue Trente: j'en +serais fâché, les habitans nous sont très-affectionnés; je ne +le ferai qu'au moment où cela sera utile: je n'y pense pas +encore.</p> + +<p>Wurmser est à la dernière extrémité; il manque de vin, de +viande et de fourrage; il mange ses chevaux et a quinze mille +malades. Il a trouvé le moyen de faire passer à Vienne la +proposition que je lui ai faite. Je crois que nous serons bientôt +aux mains ici: dans cinq décades, Mantoue sera pris ou +délivré. S'il m'arrive seulement la quatre-vingt-troisième et +la quarantième, c'est-à-dire, cinq mille hommes, je réponds +de tout; mais, une heure trop tard, ces forces ne seront plus +à temps. Si j'étais forcé de me replier, Mantoue serait secouru.</p> + +<p>Je fais travailler à force à fortifier Pizzighitone et le château +de Tresso, sur l'Adda, ainsi que nos deux ponts sur +le Pô.</p> + +<p>Six cents matelots ou soldats faits prisonniers par les Anglais +sont arrivés de Bastia à Livourne. Lorsque vous enverrez +des troupes en Corse, je crois que vous ferez bien de ne +choisir, pour y commander, aucun général ni commandant +de place, de ce pays.</p> + +<p>On a le projet, à ce que j'apprends, de donner une amnistie +générale en Corse: il faut, à ce que je crois, en excepter: +1°. les quatre députés qui ont porté la couronne à Londres; +2°. les membres du conseil d'état du vice-roi, composé +de six personnes; enfin les émigrés, qui étaient portés comme +tels sur les registres du département. Je crois que c'est la +seule mesure de rendre l'amnistie sûre, cela n'en exceptera +que douze ou quinze; sur tant de coupables, c'est être indulgent.</p> + +<p>J'ai fait arrêter à Livourne le citoyen Panalieri, secrétaire +de Paoli, arrivant de Londres, et venant de nouveau intriguer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 4 brumaire an 5 + +(25 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Il paraît, citoyens directeurs, par votre lettre de vendémiaire, +que les savans et artistes se sont plaints d'avoir manqué +de quelque chose: il serait très-ingrat de notre part de +ne pas leur donner tout ce qui leur est nécessaire, car ils servent +la république avec autant de zèle que de succès, et je +vous prie de croire que, de mon côté, j'apprécie plus que +personne les secours réels que rendent à l'état les arts et les +sciences, et que je serai toujours empressé de seconder de +tout mon zèle vos intentions sur cet objet.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 4 brumaire an 5 + +(25 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>J'ai reçu votre lettre du 30. Les propositions ne sont pas +acceptables. Donner toute la Lombardie pour un secours de +huit mille hommes, c'est-à-dire pour 5,000, car il n'y en aura +jamais davantage, c'est trop demander aujourd'hui, que la +paix avec Naples et Gênes est faite. Le Piémont gagne beaucoup +à faire une alliance avec nous; il est sûr par là d'effacer +de l'esprit de ses sujets le mépris que leur donne le dernier +traité. Ajoutez à cela: 1°. des espérances vagues d'être favorisé +dans le traité de paix; 2°. les fiefs impériaux, ou un équivalent +de masse du côté de la rivière de Gênes: cela devrait +être bien suffisant.</p> + +<p>L'article II est inadmissible; jamais la France ne garantirait +rien qu'autant que le succès permettrait de l'obtenir. Continuez +toujours vos négociations.</p> + +<p>Tout ici va bien.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 4 brumaire an 5 + +(25 octobre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux membres du congrès d'état.</i></p> + +<p>Je vous autorise, messieurs, à prendre toutes les mesures +que vous croyez utiles, en les communiquant au général commandant +la Lombardie, et obtenant son approbation.</p> + +<p>Vous pouvez, en conséquence, accorder aux étrangers la +faculté d'acheter des biens stables dans la Lombardie, rappeler +tous les absens et surtout ceux demeurant en pays ennemi, +sous peine de séquestrer leurs biens; saisir les rentes +de ceux qui servent chez des puissances ennemies; chasser +tous les prêtres et les moines qui ne sont pas natifs de la +Lombardie; accroître l'imposition directe au point de pouvoir +suffire à la solde journalière de la légion lombarde; +changer les municipalités, les préteurs et les professeurs des +écoles; et pour chacune de ces mesures il vous faudra, à +chaque acte, le conseil du général commandant la Lombardie.</p> + +<p>Quant à la saisie de toute l'argenterie des églises, je la +crois nécessaire; mais je pense que la moitié vous suffit pour +la légion lombarde; l'autre moitié sera versée dans la caisse +de l'armée, qui éprouve des besoins réels.</p> + +<p>J'ai renvoyé l'exécution de cette mesure essentielle aux +commissaires du gouvernement, qui nommeront un agent +pour se concerter avec vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 7 brumaire an 5 + +(28 octobre 1796).</p> + +<p class="droite"><i>Au citoyen Cacault.</i></p> + +<p>Je vous fais passer un paragraphe que je reçois en ce moment +du directoire. Je vous prie, en conséquence, de commencer +des ouvertures avec le cardinal secrétaire d'état, ou +de vous servir du cardinal Mattei, qui pourra parler directement +au pape. Dès l'instant que la cour de Rome sera décidée +à ouvrir une nouvelle négociation avec nous, vous m'en +ferez part, et vous pourriez venir avec le ministre qu'elle +aura nommé, dans une ville que je vous indiquerai, comme +par exemple, Crémone.</p> + +<p>Vous pouvez donc signifier au pape que la réponse de Paris +m'est arrivée, que, par une suite des sentimens de modération +qu'a adoptés le gouvernement français, il m'a chargé de +terminer avec Rome toute espèce de différent, soit par les +armes, soit par une nouvelle négociation. Désirant donner +au pape une marque du désir que j'ai de voir cette guerre si +longue se terminer, et les malheurs qui affligent la nature +humaine avoir un terme, je lui offre une manière honorable +de sauver encore son honneur et le chef de la religion. Vous +pouvez l'assurer de vive voix que j'ai toujours été contraire +au traité qu'on lui a proposé, et surtout à la manière de négocier; +que c'est en conséquence de mes instances particulières +et réitérées, que le directoire m'a chargé d'ouvrir la +route d'une nouvelle négociation. J'ambitionne bien plus +d'être le sauveur du Saint-Siège, que d'en être le destructeur. +Vous savez vous-même que nous avons toujours eu des +principes conformes, et moyennant la faculté illimitée que +m'a donnée le directoire, si l'on veut être sage à Rome, nous +en profiterons pour donner la paix à cette belle partie du +monde, et tranquilliser les consciences timorées de beaucoup +de peuples.</p> + +<p>J'attends votre réponse par le retour du courrier.</p> + +<p>Rien de nouveau des armées. L'armée de Sambre-et-Meuse +s'avance sur le Mein, et l'armée du Rhin a délivré Kelh et +est absolument hors de tout danger.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5 + +(1er novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>A son altesse royale le duc de Parme et de Plaisance.</i></p> + +<p>J'ai reçu la lettre de votre altesse royale, le 24 octobre; je +me suis empressé de satisfaire à ce qu'elle désire. L'intention +du gouvernement français est de faire tout ce qui pourra être +agréable à votre altesse royale: elle me trouvera, dans toutes +les circonstances, prêt à lui donner les secours et les forces +dont elle pourrait avoir besoin.</p> + +<p>Si des employés de l'armée se conduisaient mal, j'invite +votre altesse royale à les faire arrêter: lorsqu'ils sont dans ses +états, ils doivent s'y comporter avec la décence et le respect +qui est dû à l'autorité du prince. Lorsque votre altesse +royale voudra m'en tenir instruit, je les ferai sévèrement +punir.</p> + +<p>La bonne intelligence qui règne entre les deux états, la +bonne conduite que votre altesse royale a tenue dans toutes +les circonstances, doivent l'assurer de l'amitié et de la protection +de la république française contre ceux qui voudraient +méconnaître son autorité et transgresser les lois établies dans +ses états. Je serai toujours charmé de trouver les occasions +de témoigner à votre altesse royale les sentimens d'estime et +de considération, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5 + +(1er novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de Plaisance.</i></p> + +<p>L'intention du gouvernement français, citoyen, est que +non-seulement la neutralité qui existe entre la république +française et les états de Parme soit respectée, mais encore +que le prince soit protégé par l'armée française toutes les fois +qu'il en aurait besoin.</p> + +<p>Vous voudrez bien vous conduire en conséquence, et punir +sévèrement tout Français qui s'écarterait de cette conduite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5 + +(1er novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Serrurier.</i></p> + +<p>Je ne reconnais pas au commissaire du gouvernement le +droit de faire des arrêtés pour requérir des généraux de division. +Je vous renvoie, en conséquence, l'arrêté des commissaires.</p> + +<p>Quand le général Gentili, chargé de l'expédition, vous demandera +quelque chose, vous serez maître de le lui accorder +lorsque vous penserez qu'il ne pourra en résulter aucun +inconvénient; mais ne m'alléguez jamais un arrêté des commissaires, +qui pour moi est absolument insignifiant: et cette +méthode est sujette à trop d'abus pour que vous ne sentiez +pas vous-même la conséquence de ne pas y donner lieu. +Quand les commissaires vous envoient un arrêté, renvoyez-le, +en disant que vous ne connaissez d'ordres que ceux de +l'état-major.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5 + +(1er novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Gentili.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite. +J'ai vu avec plaisir que vous ne perdiez pas de vue l'occasion +de vous emparer de l'île d'Elbe. Je n'ai pas encore sur la Corse +des nouvelles assez précises; mais du moment que nous serons +maîtres de la mer, des frégates françaises se rendront à Ajaccio, +et ce ne sera qu'à leur retour que je ferai passer des +troupes en Corse. Vous devez vivre en bonne intelligence +avec le commissaire du gouvernement, sans vous croire obligé +pourtant d'obéir à tous les arrêtés qu'il pourrait prendre +pour le service militaire, qui vous regarde seul. Vous devez +surtout ne permettre aucun acte législatif, ni qu'on s'éloigne +en rien des lois constitutionnelles de la république. Il faut que +la Corse soit une bonne fois française, et il ne faut plus y +entretenir ce petit tripotage de connivences particulières, +qui tendent à éloigner les amis de la France. Je ne crois pas +que l'intention du gouvernement soit d'accorder une amnistie +aux quatre citoyens qui ont eu assez de bassesse pour +porter la couronne au roi d'Angleterre, et à ceux qui étaient +membres du conseil d'état.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 11 brumaire an 5 + +(1er novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Le sénat de Bologne a fourni au citoyen Arena plus de +soixante mille aunes de toiles, estimées trois à quatre cent mille +liv. Comme cet entrepreneur n'avait point d'ordre pour fournir +des chemises, que le peu qu'il en a présenté au magasin +était défectueux, impropre au service, et de toile grossière, +vous voudrez bien ordonner à cet entrepreneur de ne +faire aucune fourniture, mais le prévenir que la valeur de ladite +toile sera portée en compte de la valeur de ses fournitures +de souliers: on m'assure qu'il lui est dû à peu près le +montant de ladite toile, surtout en faisant prendre les quarante +mille paires de souliers qu'il a dans ce moment à +Milan.</p> + +<p>Je vous prie de ne pas perdre un instant pour vous rendre +à Vérone avec le payeur, parce qu'il est instant que nous prenions +des mesures pour le service de l'armée et des opérations +qui doivent avoir lieu. Quoique vous puissiez être incommodé, +votre seule présence à Vérone vous mettra à même +de diriger le commissaire qui vous remplace, et de donner de +l'unité au service. Je vous prie, avant de partir, de voir le +citoyen Flachat, pour savoir si toutes les soies et marchandises +qui existaient à Milan sont vendues, et quels sont les +fonds qu'il peut fournir à l'armée.</p> + +<p>Voyez aussi le congrès d'état et la municipalité de Milan, +pour savoir où en sont les contributions; voyez également +sur cet objet les bureaux des commissaires du gouvernement, +et qu'ils vous disent enfin clairement les ressources qu'ils ont +pour l'armée: tous ces gens-là ne pensent qu'à voler. S'il +arrivait que vous ne pussiez pas absolument venir, voyez à +charger quelqu'un de votre opération; envoyez-lui, à cet effet, +les instructions dont il aura besoin.</p> + +<p>J'apprends avec indignation que le citoyen Auzon se retire +avec les quinze ou seize cent mille liv. qu'il a à l'armée; +cette conduite est celle d'un escroc.</p> + +<p>Le service des charrois de l'artillerie, celui des fourrages, +celui de la viande, enfin tous les services exigent que l'on +prenne un parti.</p> + +<p>Rendez-vous donc sur-le-champ ici.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 13 brumaire an 5 + +(3 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement.</i></p> + +<p>Nous manquons entièrement d'argent; toutes nos caisses sont +vides et tous nos services entravés: le service même du prêt +du soldat n'est pas assuré. Vos bureaux, citoyen commissaire, +font de très-beaux états qui ne sont jamais d'accord avec le +payeur, et, depuis trois mois que l'on cherche à concilier +vos comptes, il n'y a jamais moyen de trouver l'emploi de +trois ou quatre millions qui existent de différence.</p> + +<p>L'ordonnateur, depuis deux mois, n'a reçu que deux millions: +tout souffre, et nous sommes en présence de l'ennemi. +Vous m'aviez dit que vous faisiez passer les vingt-mille +livres de Modène à Milan, et on n'en a fait passer que +la moitié. Des trois cent mille livres qui devaient être soldées +à Ferrare, il n'a été soldé que la moitié. Quant à Livourne, +bien loin de nous présenter de l'argent, on nous offre de cinq +à six cent mille liv., portées sans aucune forme légale. La +compagnie Flachat, qui a toutes les ressources de l'armée, +qui a tous les fonds, qui fait tous ses services en promesses, +est la seule qui ait les moyens de pourvoir aux besoins urgens +du moment. Faites qu'elle verse dans la caisse du payeur général +de l'armée quinze cent mille liv. Vous devez fournir +à nos besoins, et depuis deux mois, l'ordonnateur crie que +tous les services manquent.</p> + +<p>Je vous prie donc, citoyen commissaire, de songer que +toute l'armée est en mouvement, que nous sommes en présence +de l'ennemi, que le moindre retard peut nous être funeste; +occupez-vous donc à faire fournir à l'ordonnateur +l'argent qui est nécessaire: nous sommes ici à la veille des +plus grands événemens. Si la quatre-vingt-troisième demi-brigade, +aujourd'hui soixante-quinzième, était partie de +Marseille, conformément à l'ordre que j'ai donné, nous n'aurions +rien à craindre, mais trois mille hommes de bonne troupe +de moins, dans des circonstances comme celles-ci, sont pour +nous un terrible malheur. La quarantième même arrive bien +tard: il paraît que tout au plus le premier bataillon arrivera à +temps; cependant, comme nous avons quelques bataillons en +route, je vous prie d'expédier un courrier au général Kellermann, +pour le requérir et le prier de faire filer ce qu'il y a +de disponible. Toutes les troupes de l'Empire sont arrivées en +poste avec une célérité surprenante; ils paraissent vraiment +décidés à faire de grands sacrifices, et nous, on nous a livrés à +nous-mêmes: de belles promesses et quelques petits corps de +troupe sont tout ce qu'on nous a donné.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vérone, le 15 brumaire an 5 +(5 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p> + +<p>Nous sommes en présence de l'ennemi, qui a passé la Piave. +Vous sentez combien nous avons besoin de troupes; activez +donc la marche de tous les dépôts et de tous les bataillons +qui nous arrivent, bien entendu que vous prendrez des mesures +pour que les fusils qui sont à Crémone soient répartis +aux dépôts de Lodi et de Cassano, et que tous les soldats qui +nous viendront soient armés. Vous dirigerez les dépôts des divisions +d'Augereau et de Masséna sur Verone, où ils prendront +de nouveaux ordres à l'état-major; les dépôts de Mantoue +à l'ordinaire, et les dépôts de la division du général Vaubois, +à Peschiera, où ils recevront de nouveaux ordres. Envoyez-nous +promptement les quatre-vingts hommes du cinquième +régiment de dragons que vous avez gardés à Milan; +faites partir le premier bataillon de la légion lombarde pour +Verone. Vous ne nous écrivez plus assez. Nous ne savons plus +exactement ce qui arrive à Milan: il faut que vous ayez une +correspondance suivie avec le général qui commande à Tortone, +pour être instruit du jour où partent les différens bataillons +de Tortone, des jours où ils arrivent à Milan, et l'annoncer +aussitôt.</p> + +<p>L'ennemi paraît en force: il est nécessaire d'avoir à la fois +de l'activité, de la vigilance, et de seconder de votre mieux +les opérations de l'armée, spécialement les approvisionnemens +de l'artillerie. Ayez l'oeil sur ce qui pourrait se passer +du côté de Bergame et dans les vallées de Trompir et Dider: +quoique ce soit loin de vous, cela vous intéresse trop, pour +que vous ne soyez pas prévenu avant tous les autres de +ce qui pourrait arriver de ce côté-là, qui méritât votre attention.</p> + +<p>L'armée manque totalement de fonds, le service même du +prêt est exposé. Je vous prie de remettre la lettre que je vous +fais passer au commissaire du gouvernement, s'il y est, ou +au citoyen Flachat. Voyez également le congrès d'état et la +municipalité de Milan, pour que tout ce qui est dû soit +promptement payé.</p> + +<p>Si nous faisons des prisonniers, peut-être les ferai-je passer +de l'autre côté du Pô, pour les dépayser. J'espère que la +deuxième cohorte de la légion lombarde sera promptement organisée, +ce qui vous fournira les moyens d'escorte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 14 brumaire an 5 + +(4 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Le général Masséna a évacué aujourd'hui Bassano, à cinq +heures du matin, l'ennemi se trouvant en force à Castel Franco. +La soixante-quinzième doit être arrivée, à cette heure, à +Vicence. Le général Augereau est déjà à Montebello: indépendamment +des hussards du premier régiment, ce général +aura encore le vingtième de dragons, fort de trois cent cinquante +hommes. J'ai donné au général Meynier le commandement +de Verone, au général Kilmaine le commandement +depuis le fort de la Chiuza jusqu'à Rovigo, ainsi que celui +de Mantoue; il se tiendra à Verone. Picot, qui est parti à +minuit de Padoue, et qui a été jusque dans les postes ennemis, +m'assure qu'ils ne sont pas plus de 8 à 9,000 hommes. +Aucune de leurs patrouilles n'a encore paru à Padoue. Arrangez-vous +bien avec le général Vaubois pour qu'il exécute +comme il faut les dispositions du plan. J'espère que cette fois +nous pourrons, d'un seul coup, donner du fil à retordre. Si +cette lettre vous rencontre en chemin, faites-en part au général +Vaubois, et par Dieu recommandez-lui de ne pas ménager +les courriers. Cet adjoint peut continuer jusque chez le +général Vaubois et me renvoyer Louis. Je ne serai pas fâché +que le citoyen Junot reste jusqu'à l'attaque de demain. S'il +est convenu qu'on doive attaquer demain, qu'il fasse en sorte +que j'aie des nouvelles trois fois dans la journée.</p> + +<p>En passant la Chiuza, donnez un petit coup d'oeil, et assurez-vous +qu'il n'y manque pas de munitions de bouche; +assurez-vous aussi de la situation du pont et de l'espèce de +garde qu'on y fait, cela toutefois autant que la nuit vous le +permettra.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Vicence, le 15 brumaire an 5 + +(5 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Nous sommes arrivés avec la division Augereau à Vicence: +celle de Masséna était à huit milles d'ici, où elle s'est arrêtée +lorsqu'elle a su notre arrivée. L'ennemi est entré hier au soir +à Bassano, où l'on dit qu'il n'a que deux ou trois mille +hommes. Le reste de ses troupes, que l'on porte à sept ou +huit mille hommes, est à Citadella, un corps léger a même +passé la Brenta à Ospidaletta da Brenta. Masséna va aller les +chasser.</p> + +<p>Pressez par tous les moyens possibles l'arrivée des cinq +pontons; il faudrait les faire venir en poste, vous avez dû les +rencontrer entre Villa-Nova et Montebello. Si ces pontons +m'arrivent, je passerai la Brenta cette nuit; j'ai fait préparer +ici trente-six chevaux pour les conduire où j'en aurai besoin. +J'avais ordonné qu'on en préparât un égal nombre à Montebello; +jusqu'à cette heure, tout se dispose très-bien ici: si +nous avons nos pontons ce soir, la journée de demain sera +décisive. Masséna n'a perdu autre chose qu'un seul homme +qui avait eu la cuisse cassée, qu'il a déposé à l'hôpital de +Bassano. J'imagine que le bataillon des grenadiers arrivera +aujourd'hui à Vicence. Je vous attends avec impatience. Je +n'ai pas de nouvelles du général Lespinasse, du général +Dommartin, ni d'aucun officier du génie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 brumaire an 5 + +(8 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Rusca.</i></p> + +<p>J'apprends par la lettre qui m'est apportée par le citoyen....., +que les affaires de la Grafagniana sont un peu arrangées.</p> + +<p>Trois compagnies de grenadiers et cent cinquante hommes +de piquet de la dix-neuvième sont partis pour se rendre à +Modène. Le citoyen Lahoz, chef de brigade, est parti avec +deux cohortes de sa légion et deux pièces de canon pour se +rendre également à Modène. J'ai envoyé l'ordre que vous +avez dû faire passer au général commandant à Livourne, +pour qu'il envoie trois cents hommes par Massa et Carrara. +Je désire qu'avec ces forces, et les deux cohortes de Modène +et de Reggio, vous vous rendiez à Castel-Novo, que vous +fassiez arrêter et fusiller six chefs, que vous fassiez brûler la +maison d'une famille de ce pays, très-connue pour être à la +tête de la rébellion, et que vous fassiez arrêter douze otages +et désarmer tous ceux qui auront pris part à cette rébellion, +après quoi vous publierez un pardon général pour le passé. +Vous mettrez dans le château de Monte-Alfonso une garnison +de cinquante hommes de la cohorte de Modène; après quoi, +vous donnerez l'ordre au citoyen Lahoz de se rendre, avec +ses deux cohortes et celles de Modène et de Reggio, six pièces +de canon et quatre-vingts hommes de cavalerie, à Livourne, +pour y tenir garnison sous les ordres du général commandant.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre sur-le-champ à la cohorte de Bologne +et à celle de Ferrare de se rendre à Crémone. Je donne +ordre au général Ménard, qui y commande, de compléter +leur armement.</p> + +<p>Quant aux grenadiers et au piquet de la dix-neuvième, si +vous croyez ne pas en avoir besoin pour la Grafagniana, +vous les retiendrez à Modène jusqu'à ce que vos opérations +soient finies, et immédiatement après vous les renverrez à +Milan.</p> + +<p>J'oubliais de vous dire qu'il faudra faire prêter au gouvernement +de Modène, à la petite ville de Castel-Novo, et à +tous les villages qui ont pris part à la révolte, un nouveau +serment d'obéissance à la république française.</p> + +<p>Mettez de l'éclat, dépêchez-vous, et punissez sévèrement +les coupables, afin que l'envie ne leur prenne pas de se révolter +lorsque nous pourrions être occupés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 24 brumaire an 5 + +(14 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous dois compte des opérations qui se sont passées depuis +le 21 de ce mois: s'il n'est pas satisfaisant, vous n'en +attribuerez pas la faute à l'armée: son infériorité, et l'épuisement +où elle est des hommes les plus braves me font tout +craindre pour elle. Peut-être sommes-nous à la veille de perdre +l'Italie. Aucun des secours attendus n'est arrivé; la quatre-vingt-troisième +demi-brigade ne part pas; tous les secours +venant des départemens sont arrêtés à Lyon et surtout à Marseille. +On croit qu'il est indifférent de les arrêter huit ou dix +jours, on ne songe pas que les destinées de l'Italie et de l'Europe +se décident ici pendant ce temps-là. Tout l'empire a été +en mouvement et y est encore. L'activité de notre gouvernement, +au commencement de la guerre, peut seule donner une +idée de la manière dont on se conduit à Vienne. Il n'est pas +de jour où il n'arrive cinq mille hommes; et, depuis deux +mois qu'il est évident qu'il faut des secours ici, il n'est encore +arrivé qu'un bataillon de la quarantième, mauvaise troupe +et non accoutumée au feu, tandis que toutes nos vieilles milices +de l'armée d'Italie languissent en repos dans la huitième +division. Je fais mon devoir, l'armée fait le sien: mon âme +est déchirée, mais ma conscience est en repos. Des secours, +envoyez-moi des secours; mais il ne faut plus s'en faire un +jeu: il faut, non de l'effectif, mais du présent sous les armes. +Annoncez-vous six mille hommes, le ministre de la guerre +annonce six mille hommes effectifs et trois mille hommes +présens sous les armes; arrivés à Milan, ils sont réduits à +quinze cents hommes: ce n'est donc que quinze cents hommes +que reçoit l'armée.</p> + +<p>Je fus informé, le 10, qu'un corps de deux mille cinq +cents Autrichiens s'avançait de la Goricie, et déjà était +campé sur la Piave; j'envoyai aussitôt le général Masséna, +avec un corps d'observation, à Bassano sur la Brenta, avec +ordre de se retirer à Vicence du moment que l'ennemi aurait +passé la Piave. J'ordonnai au général Vaubois d'attaquer les +postes ennemis dans le Trentin, et surtout de le chasser de +ses positions entre le Lawis et la Brenta. L'attaque eut lieu +le 12, la résistance fut vive. Le général Guieux emporta +Saint-Michel et brûla les ponts des ennemis; mais ceux-ci +rendirent notre attaque nulle sur Segonzano, et la quatre-vingt-cinquième +demi-brigade y fut maltraitée malgré sa valeur. +Nous avons eu trois cents blessés, cent hommes tués et +deux cent cinquante prisonniers; nous avons fait cinq cents +prisonniers, et tué beaucoup de monde à l'ennemi.</p> + +<p>Le 13, j'ordonnai que l'on recommençât l'attaque sur Segonzano, +qu'il fallait avoir; et en même temps instruit que +l'ennemi a passé la Piave, je pars avec la division du général +Augereau. Nous nous joignons à Vicence avec la division +Masséna, et nous marchons, le 15, au-devant de l'ennemi, +qui avait passé la Brenta. Il fallait étonner comme la +foudre, et balayer, dès son premier pas, l'ennemi. La journée fut +vive, chaude et sanglante: l'avantage fut à nous, +l'ennemi repassa la Brenta, et le champ de bataille nous +resta. Nous fîmes cinq cent dix-huit prisonniers, et tuâmes +considérablement de monde; nous enlevâmes une pièce de +canon. Le général Lanusse a été blessé d'un coup de sabre. +Toutes les troupes se sont couvertes de gloire.</p> + +<p>Cependant le 13, l'ennemi avait attaqué le général Vaubois sur +plusieurs points et menaçait de le tourner, ce qui +obligea ce général à faire sa retraite sur la Pietra, sa droite +adossée à des montagnes, sa gauche à Mori. Le 16, l'ennemi +ne se présenta point; mais, le 17, le combat fut des plus +opiniâtres. Déjà nous avions enlevé deux pièces de canon et +fait treize cents prisonniers, lorsque, à l'entrée de la nuit, +une terreur panique s'empara de nos troupes; la déroute devint +complète: nous abandonnâmes six pièces de canon.</p> + +<p>La division prit, le 18, sa position à Rivoli et à la Corona par un pont que j'avais fait jeter exprès. Nous avons +perdu, dans cette retraite, outre six pièces de canon, trois +mille hommes tués, blessés ou prisonniers. La perte de l'ennemi +doit avoir été considérable.</p> + +<p>Ayant appris une partie de ce qui se passait dans le Tyrol, +je m'empressai de partir le 17, à la pointe du jour, et nous +arrivâmes le 18, à la pointe du jour, à Verone.</p> + +<p>Le 21, à trois heures après midi, ayant appris que l'ennemi +était parti de Montebello et avait campé à Villa-Nova, +nous partîmes de Verone. Nous rencontrâmes son avant-garde +à Saint-Martin. Augereau l'attaqua, la mit en déroute, +et la poursuivit trois milles: la nuit la sauva.</p> + +<p>Le 22, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en présence. +Il fallait battre l'ennemi de suite; nous l'attaquâmes +avec intelligence et bravoure. La division Masséna attaqua +la gauche, le général Augereau la droite. Le succès était complet; +le général Augereau s'était emparé du village de Caldero, +et avait fait deux cents prisonniers; Masséna s'était +emparé de la hauteur qui tournait l'ennemi, et avait pris cinq +pièces de canon; mais la pluie, qui tombait à seaux, se +change brusquement en une petite grelasse froide, qu'un +vent violent portait au visage de nos soldats, et favorise l'ennemi; +ce qui, joint à un corps de réserve qui ne s'était pas +encore battu, lui fait reprendre la hauteur. J'envoie la +soixante-quinzième demi-brigade, qui était restée en réserve, +et tout se maintint jusqu'à la nuit; mais l'ennemi reste maître +de la position. Nous avons eu six cents blessés, deux cents +morts et cent cinquante prisonniers, parmi lesquels le général +de brigade Launai, le chef de brigade Dupuis, qui a été +blessé pour la seconde fois. L'ennemi doit avoir perdu davantage.</p> + +<p>Le temps continue à être mauvais. Toute l'armée est excédée +de fatigue et sans souliers: je l'ai reconduite à Verone, +où elle vient d'arriver.</p> + +<p>Une colonne ennemie, commandée par Laudon, s'avance +sur Brescia, une autre sur Chiuza, pour faire sa jonction +avec le corps d'armée. Pour résister à tout cela, je n'ai que +dix-huit mille hommes.</p> + +<p>L'ennemi a au moins cinquante mille hommes, composés: +1°. d'un corps autrichien venant du Rhin; 2°. de toutes les +garnisons de la Pologne et des frontières de la Turquie; +3°. du reste de son armée d'Italie, recrutée de dix mille +hommes.</p> + +<p>Aujourd'hui, 24 brumaire, repos aux troupes; demain, +selon les mouvemens de l'ennemi, nous agirons. Je désespère +d'empêcher la levée du blocus de Mantoue, qui dans huit +jours était à nous. Si ce malheur arrive, nous serons bientôt +derrière l'Adda, et plus loin s'il n'arrive pas de troupes.</p> + +<p>Les blessés sont l'élite de l'armée: tous nos officiers sapeurs, +tous nos généraux d'élite sont hors de combat; tout +ce qui m'arrive est si inepte! et ils n'ont pas la confiance du +soldat. L'armée d'Italie, réduite à une poignée de monde, +est épuisée. Les héros de Lodi, de Millesimo, de Castiglione +et de Bassano sont morts pour leur patrie ou sont à l'hôpital; +il ne reste plus aux corps que leur réputation et leur orgueil. +Joubert, Lannes, Lanusse, Victor, Murat, Charlot, +Dupuis, Rampon, Pigeon, Menard, Chabran, sont blessés; +nous sommes abandonnés au fond de l'Italie. La présomption +de mes forces nous était utile; on publie à Paris, dans des +discours officiels, que nous ne sommes que trente mille +hommes.</p> + +<p>J'ai perdu dans cette guerre peu de monde, mais tous des +hommes d'élite qu'il est impossible de remplacer. Ce qui me +reste de braves voit la mort infaillible, au milieu de chances +si continuelles et avec des forces si inférieures. Peut-être +l'heure du brave Augereau, de l'intrépide Masséna, de Berthier, +de..... est près de sonner: alors! alors! que deviendront +ces braves gens? Cette idée me rend réservé; je n'ose +plus affronter la mort, qui serait un sujet de découragement +et de malheur pour qui est l'objet de mes sollicitudes.</p> + +<p>Sous peu de jours, nous essaierons un dernier effort: si la +fortune nous sourit, Mantoue sera pris, et avec lui l'Italie. +Renforcé par mon armée de siège, il n'est rien que je ne +puisse tenter. Si j'avais reçu la quatre-vingt-troisième, forte +de trois mille cinq cents hommes connus à l'armée, j'eusse +répondu de tout! Peut-être, sous peu de jours, ne sera-ce +pas assez de quarante mille hommes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Modène, le 25 brumaire an 5 +(15 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement.</i></p> + +<p>La compagnie Flachat n'a fait encore aucune vente; cependant +elle a des soies et autres marchandises assez importantes +dans la Lombardie et à Tortone. Les rentes qu'elle +fait à Livourne se font par devant elle, il est indispensable +d'y faire intervenir le consul de la république. Cette compagnie, +qui a reçu quatorze à quinze millions, ne paye pas +les mandats, sous le prétexte qu'elle n'a pas d'argent, mais +effectivement pour les faire négocier par main tierce, à quinze +ou vingt pour cent de perte. Faites-vous remettre l'état des +mandats qu'elle a aujourd'hui acquittés; ordonnez-lui: 1°. +d'afficher, sous vingt-quatre heures, la vente de toutes les +marchandises qu'elle a, pour être faite ensuite conformément +à votre arrêté; 2°. que tout l'argent provenant des marchandises +soit, vingt-quatre heures après, versé dans la caisse +centrale, sans que, sous quelque prétexte que ce soit, cette +compagnie puisse retenir cet argent; 3°. qu'elle vous remette +l'état des versemens en grains qu'elle a faits à l'armée depuis +le commencement de la campagne; car elle est fortement prévenue +d'avoir fait des versemens factices pour quatre-vingt +mille quintaux.</p> + +<p>Je vous engage à porter sur cette compagnie un oeil sévère. +De tous côtés, on réclame contre elle; tous ses agens sont d'un +incivisme si marqué, que je suis fondé à croire qu'une grande +partie sert d'espions à l'ennemi. Je vous prie de prévenir +cette compagnie que, si M. Paragallo, Français assez indigne +pour avoir désavoué le caractère national, vient en Lombardie, +je le ferai mettre en prison. J'ai de fortes raisons pour +croire que cet homme a des liaisons avec le ministre de Russie +à Gênes, et je suis instruit d'ailleurs que je suis environné +d'espions; les employés qu'elle a à Livourne sont en grande +partie des émigrés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 brumaire an 5 +(19 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement</i>.</p> + +<p>L'armée est sans souliers, sans prêt, sans habits; les hôpitaux +manquent de tout; nos blessés sont sur le carreau et +dans le dénûment le plus horrible; tout cela provient du défaut +d'argent, et c'est au moment où nous venons d'acquérir +4,000,000 à Livourne, et où les marchandises que nous avons +à Tortone et à Milan nous offrent encore une ressource réelle. +Modène devait aussi nous donner 1,800,000 fr., et Ferrare +des contributions assez fortes; mais il n'y a ni ordre ni +ensemble dans la partie des contributions dont vous êtes +spécialement chargé. Le mal est si grand, qu'il faut un remède. +Je vous prie de me répondre dans la journée si vous +pouvez pourvoir aux besoins de l'armée; dans le cas contraire, +je vous prie d'ordonner au citoyen Haller, fripon qui +n'est venu dans ce pays-ci que pour voler, et qui s'est érigé +intendant des finances des pays conquis, qu'il rende ses +comptes à l'ordonnateur en chef qui est à Milan, et en même +temps de leur laisser prendre les mesures pour procurer à +l'armée ce qui lui manque. L'intention du gouvernement est +que ses commissaires s'occupent spécialement des besoins de +l'armée, et je vois avec peine que vous ne vous en occupez +pas, et que vous laissez ce soin à un étranger dont le caractère +et les intentions sont très-suspectes.</p> + +<p>Le citoyen Salicetti fait des arrêtés d'un côté, vous de +l'autre; et le résultat de tout cela est que l'on ne s'entend pas +et que l'on n'a pas d'argent. Les quinze cents hommes que +nous tenons à Livourne nous coûtent plus qu'une armée; +enfin nous sommes, grâce à tous ces inconvéniens-là, sur le +point de manquer des choses indispensables. Nos soldats manquent +déjà de ce qu'ils ne devraient pas manquer dans un +pays aussi riche, et après les succès qu'ils obtiennent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 brumaire an 5 +(19 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je suis si harassé de fatigue, citoyens directeurs, qu'il ne +m'est pas possible de vous faire connaître tous les mouvemens +militaires qui ont précédé la bataille d'Arcole, qui +vient de décider du sort de l'Italie.</p> + +<p>Informé que le feld-maréchal Alvinzi, commandant l'armée +de l'empereur, s'approchait de Verone, afin d'opérer sa +jonction avec les divisions de son armée qui sont dans le Tyrol, +je filai le long de l'Adige avec les divisions Augereau et +Masséna; je fis jeter, dans la nuit du 24 au 25, un pont de +bateaux à Ronco, où nous passâmes cette rivière: j'espérais +arriver dans la matinée à Villa-Nova, et par là enlever les +parcs d'artillerie de l'ennemi, ses bagages, et attaquer l'armée +ennemie par le flanc et ses derrières. Le quartier-général +du général Alvinzi était à Caldero; cependant, l'ennemi, +qui avait eu avis de quelques mouvemens, avait envoyé un +régiment de Croates et quelques régimens hongrois dans le +village d'Arcole, extrêmement fort par sa position, au milieu +de marais et de canaux.</p> + +<p>Ce village arrêta l'avant-garde de l'armée pendant toute +la journée. Ce fut en vain que les généraux, sentant toute +l'importance du temps, se jetèrent à la tête pour obliger +nos colonnes de passer le petit pont d'Arcole: trop de courage +nuisit; ils furent presque tous blessés: les généraux +Verdier, Bon, Verne, Lannes furent mis hors de combat, +Augereau, saisissant un drapeau, le porta au-delà du pont; +il resta là plusieurs minutes sans produire aucun effet. Cependant, +il fallait passer ce pont, ou faire un détour de +plusieurs lieues, qui nous aurait fait manquer toute notre +opération: je m'y portai moi-même, je demandai aux soldats +s'ils étaient encore les vainqueurs de Lodi; ma présence +produisit sur les troupes un mouvement qui me décida encore +à tenter le passage. Le général Lannes, blessé déjà de deux +coups de feu, retourna et reçut une troisième blessure plus +dangereuse; le général Vignolle fut également blessé. Il fallut +renoncer à forcer de front ce village, et attendre qu'une colonne +commandée par le général Guieux, que j'avais envoyée par +Albaretto, fût arrivée. Elle n'arriva qu'à la nuit, s'empara +du village, prit quatre pièces de canon et fit quelques centaines +de prisonniers. Pendant ce temps-là, le général Masséna +attaquait une division que l'ennemi faisait filer sur notre +gauche; il la culbuta et la mit dans une déroute complète.</p> + +<p>On avait jugé à propos d'évacuer le village d'Arcole, et +nous nous attendions, à la pointe du jour, à être attaqués +par toute l'armée ennemie, qui se trouvait avoir eu le temps +de faire filer ses bagages et ses parcs d'artillerie, et de se porter +en arrière pour nous recevoir.</p> + +<p>À la petite pointe du jour, le combat s'engagea partout +avec la plus grande vivacité. Masséna, qui était sur la gauche, +mit en déroute l'ennemi et le poursuivit jusqu'aux postes de +Caldero. Le général Robert, qui était sur la chaussée du centre, +avec la soixante-cinquième, culbuta l'ennemi à la baïonnette +et couvrit le champ de bataille de cadavres. J'ordonnai +à l'adjudant Vial de longer l'Adige avec une demi-brigade, +pour tourner toute la gauche de l'ennemi; mais ce +pays offre des obstacles invincibles; c'est en vain que ce +brave adjudant-général se précipite dans l'eau jusqu'au cou, +il ne peut pas faire une diversion suffisante. Je fis, pendant +la nuit du 26 au 27, jeter des ponts sur les canaux et les marais, +le général Augereau y passa avec sa division. À dix +heures du matin, nous fûmes en présence: le général Masséna +à la gauche, le général Robert au centre, le général Augereau +à la droite. L'ennemi attaqua vigoureusement le centre, +qu'il fit plier. Je retirai alors la trente-deuxième de la gauche, +je la plaçai en embuscade dans les bois, et au moment où l'ennemi, +poussant vigoureusement le centre, était sur le point +de tourner notre droite, le général Gardanne sortit de son +embuscade, prit l'ennemi en flanc et en fit un carnage horrible. +La gauche de l'ennemi, étant appuyée à des marais et par la +supériorité du nombre, imposait à notre droite: j'ordonnai +au citoyen Hercule, officier de mes guides, de choisir +25 hommes dans sa compagnie, de longer l'Adige d'une demi-lieue, +de tourner tous les marais qui appuyaient la gauche +des ennemis, et de tomber ensuite au grand galop sur le dos de +l'ennemi en faisant sonner plusieurs trompettes. Cette manoeuvre +réussit parfaitement; l'infanterie ennemie se trouva +ébranlée, le général Augereau sut profiter du moment. Cependant, +elle résiste encore quoiqu'en battant en retraite, +lorsqu'une petite colonne de huit à neuf cents hommes, avec +quatre pièces de canon que j'avais fait filer par Porto-Legnago +pour prendre une position en arrière de l'ennemi et lui tomber +sur le dos, acheva de la mettre en déroute. Le général +Masséna, qui s'est reporté au centre, marcha droit au village +d'Arcole, dont il s'empara, et poursuivit l'ennemi jusqu'au +village de San-Bonifacio; mais la nuit nous empêcha d'aller +plus avant.</p> + +<p>Le fruit de la bataille d'Arcole est: quatre à cinq mille prisonniers, +quatre drapeaux, dix-huit pièces de canon. L'ennemi +a perdu au moins quatre mille morts et autant de blessés.</p> + +<p>Outre les généraux que j'ai nommés, les généraux Robert et +Gardanne ont été blessés. L'adjudant-général Vaudelin a été +tué. J'ai eu deux de mes aides-de-camp tués, les citoyens +Elliot et Muiron, officiers de la plus grande distinction; +jeunes encore, ils promettaient d'arriver un jour avec gloire +aux premiers postes militaires. Notre perte, quoique très peu +considérable, a été très-sensible, en ce que ce sont presque +tous nos officiers de distinction.</p> + +<p>Cependant le général Vaubois a été attaqué et forcé à Rivoli, +position importante gui mettait à découvert le blocus de +Mantoue. Nous partîmes, à la pointe du jour, d'Arcole. J'envoyai +la cavalerie sur Vicence à la poursuite des ennemis, et +je me rendis à Verone, où j'avais laissé le général Kilmaine +avec trois mille hommes.</p> + +<p>Dans ce moment-ci, j'ai rallié la division Vaubois, je l'ai +renforcée, et elle est à Castel-Novo. Augereau est à Verone, +Masséna sur Villa-Nova.</p> + +<p>Demain, j'attaque la division qui a battu Vaubois, je la +poursuis jusque dans le Tyrol, et j'attendrai alors la reddition +de Mantoue, qui ne doit pas tarder quinze jours. L'artillerie +s'est comblée de gloire.</p> + +<p>Les généraux et officiers de l'état-major ont montré une +activité et une bravoure sans exemple, douze ou quinze ont +été tués; c'était véritablement un combat à mort: pas un +d'eux qui n'ait ses habits criblés de balles.</p> + +<p>Je vous enverrai les drapeaux pris sur l'ennemi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 brumaire an 5 +(19 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot, membre du directoire.</i></p> + +<p>Les destinées de l'Italie commencent à s'éclaircir; encore +une victoire demain, qui ne me semble pas douteuse, et j'espère, +avant dix jours, vous écrire du quartier-général de Mantoue. +Jamais champ de bataille n'a été aussi disputé que celui +d'Arcole; je n'ai presque plus de généraux, leur dévouement +et leur courage sont sans exemple. Le général de brigade +Lannes est venu au champ de bataille, n'étant pas encore +guéri de la blessure qu'il a reçue à Governolo. Il fut blessé +deux fois pendant la première journée de la bataille; il était, +à trois heures après-midi, étendu sur son lit, souffrant, lorsqu'il +apprend que je me porte moi-même à la tête de la colonne; +il se jette à bas de son lit, monte à cheval et revient +me trouver. Comme il ne pouvait pas être à pied, il +fut obligé de rester; il reçut; à la tête du pont d'Arcole, un +coup qui l'étendit sans connaissance. Je vous assure qu'il +fallait tout cela pour vaincre; les ennemis étaient nombreux +et acharnés, les généraux à leur tête: nous en avons tué plusieurs.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 brumaire an 5 +(19 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p> + +<p>Votre neveu Elliot a été tué sur le champ de bataille +d'Arcole. Ce jeune homme s'était familiarisé avec les armes, +il a plusieurs fois marché à la tête des colonnes; il aurait été +un officier estimable; il est mort avec gloire et en face de +l'ennemi, il n'a pas souffert un instant. Quel est l'homme +raisonnable qui n'envierait pas une telle mort? Quel est celui +qui, dans les vicissitudes de la vie, ne s'estimerait point heureux +de sortir de cette manière d'un monde si souvent méprisable? +Quel est celui d'entre nous qui n'a pas regretté cent fois de +ne pas être ainsi soustrait aux effets puissans de la calomnie, +de l'envie, et de toutes les passions haineuses qui semblent +presque exclusivement diriger la conduite des hommes?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 5 frimaire an 5 + +(23 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez écrite +avant de partir pour la Corse. La mission que vous avez à +remplir est extrêmement difficile; ce ne sera que lorsque +toutes les affaires seront arrangées, qu'il sera permis de faire +passer des troupes en Corse. Vous y trouverez le général +Gentili, qui commande cette division. C'est un honnête +homme, généralement estimé dans ce pays.</p> + +<p>Le Corse est un peuple extrêmement difficile à connaître; +ayant l'imagination très-vive, il a les passions extrêmement +actives.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 3 brumaire an 5 + +(24 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>A monsieur Paul Greppi.</i></p> + +<p>J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous vous êtes donné +la peine de m'écrire de Milan, en date du 6 brumaire dernier.</p> + +<p>J'y ai vu avec indignation le détail de la scène anarchique et +licencieuse dont vous avez failli être la victime. Tant que les +armées françaises seront à Milan, je ne souffrirai jamais que +les propriétés soient insultées, non plus que les personnes. +Je désire qu'après avoir fait votre tournée en Toscane, vous +retourniez dans votre patrie à Milan; et soyez sûr qu'on réprimera +cette poignée de brigands, presque tous étrangers à +Milan, qui croient que la liberté est le droit d'assassiner, +qui ne pensent pas à imiter le peuple français dans ses momens +de courage et dans les élans de vertus qui ont étonné +l'Europe, mais qui chercheraient à renouveler ces scènes +horribles produites par le crime, et dont les auteurs seront +l'objet éternel de la haine et du mépris du peuple français, +même de l'Europe et de la postérité. Soyez donc sans inquiétude; +et persuadez-vous que le peuple français et l'armée que +je commande, ne laisseront jamais asseoir sur les ruines de la +liberté la hideuse et dégoûtante anarchie: nous avons des +baïonnettes pour exterminer les tyrans, mais avant tout le +crime.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 4 frimaire an 5 +(24 novembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai instruit, citoyens directeurs, par ma dernière +lettre, que le général Vaubois avait été obligé d'abandonner +la position de Rivoli, et que l'ennemi était déjà arrivé à Castel-Novo: +je profitai de la déroute de l'ennemi à Arcole +pour faire repasser sur-le-champ l'Adige à la division du +général Masséna, qui opéra sa jonction à Villa-Franca avec +celle du général Vaubois, et, réunies, elles marchèrent à +Castel-Novo, le 1er frimaire, tandis que la division du général +Augereau se portait sur les hauteurs de Sainte-Anne, +afin de couper la vallée de l'Adige à Dolce, et par ce moyen +couper la retraite de l'ennemi.</p> + +<p>Le général Joubert, commandant l'avant-garde des divisions +Masséna et Vaubois réunies, atteignit l'ennemi sur les +hauteurs de Campora; après un combat assez léger, nous +parvînmes à entourer un corps de l'arrière-garde ennemie, +lui faire douze cents prisonniers, parmi lesquels le colonel du +régiment de Berberek. Un corps de trois à quatre cents hommes +ennemi, voulant se sauver, se noya dans l'Adige.</p> + +<p>Nous ne nous contentâmes pas d'avoir repris la position de +Rivoli et de la Corona, nous poursuivîmes l'ennemi à Preabano. +Augereau, pendant ce temps-là, avait rencontré un corps ennemi +sur les hauteurs de Sainte-Anne, et l'avait dispersé, +lui avait fait trois cents prisonniers, était arrivé à Dolce, +avait brûlé deux équipages de pontons, leurs haquets, et enlevé +quelques bagages.</p> + +<p>Le général Wurmser a fait une sortie sur Mantoue hier, 3, +à sept heures du matin; la canonnade a duré toute la journée. +Le général Kilmaine l'a fait rentrer comme à l'ordinaire, +plus vite qu'il n'était sorti, et lui a fait deux cents prisonniers, +pris un obusier et deux pièces de canon. Wurmser +était en personne à cette sortie. Voilà la troisième fois, m'écrit +le général Kilmaine, que Wurmser tente de faire des +sorties, toutes les fois avec aussi peu de succès. Wurmser +n'est heureux que dans les journaux que les ennemis de la +république soldent à Paris.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 frimaire an 5 + +(4 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Rusca.</i></p> + +<p>Il est essentiel, citoyen général, d'occuper le fort de Grafagniana +et de faire terminer les troubles qui altèrent la tranquillité +de ce pays-là; je n'ai pas de renseignemens assez positifs +pour déterminer le parti qu'il convient de prendre, je vous +prie de me faire un détail de ce que je dois penser à ce sujet.</p> + +<p>Je vous autorise à ordonner aux otages qui ont été la cause du +trouble, de se rendre à Milan, si vous le jugez nécessaire.</p> + +<p>Faites arrêter et conduire à Milan le général du pape, qui +est à Modène.</p> + +<p>Ayez la plus grande surveillance, et instruisez-moi de ce +qui se trame; faites courir le bruit que je fais passer six mille +hommes à Modène, cela imposera.</p> + +<p>Ordonnez sur-le-champ qu'il y ait deux députés de la Grafagniana +au congrès de Modène, je vous autorise à les nommer.</p> + +<p>J'attends, par le retour de l'ordonnance, des renseignemens +précis, qui me mettent à même de prendre un parti.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 frimaire an 5 + +(4 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p> + +<p>La compagnie Flachat était à la fois receveur de l'argent +provenant des contributions et fournisseur de l'armée. La +compagnie Flachat devait naturellement entrer dans les dépenses +de l'armée, et dès lors soldées par le payeur; cependant +la maison Flachat à Gênes, dans les comptes qu'elle +vous a présentés, porte cinq millions en compensation. Il est +indispensable d'exiger, par tous les moyens possibles, la +prompte rentrée des cinq millions, dont une partie pourra +servir à solder le reste des mandats, spécialement celui de la +marine et de l'armée des Alpes. Les besoins de l'armée sont +si urgens, que nous avons besoin de compter sur la ressource +de l'autre partie, pour pouvoir fournir au service. Je vous +engage donc à prendre les moyens que vous croirez les plus +expéditifs pour faire rentrer promptement lesdits cinq millions +dans la caisse de la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 16 frimaire an 5 + +(6 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le citoyen Denniée est un brave homme, bon comme ordonnateur +ordinaire, mais n'ayant point assez de caractère ni +de talens pour être en chef. Je désirerais que vous m'envoyassiez +le commissaire ordonnateur Wilmanzi, dont tout le +monde dit beaucoup de bien.</p> + +<p>J'ai fait arrêter le citoyen Auzou, agent en chef des fourrages +de l'armée; il a reçu 1,700,000 fr. depuis la campagne, +et il laisse manquer son service partout: je vais le faire juger +par un conseil militaire. Il faudrait quelque grand exemple; +malheureusement il y a beaucoup de tripotage dans ces conseils, +qui ne sont pas assez sévères.</p> + +<p>Un nommé Lemosse, que l'opinion publique dénonce et +qui me l'a été plus spécialement par les moines d'un couvent, +où il a proposé de recevoir deux cents sequins pour ne pas y +établir un hôpital, a été élargi par le conseil militaire pendant +mon absence: je viens d'ordonner qu'il serait destitué et +chassé de l'armée, mais cette punition est bien faible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 16 frimaire an 5 + +(6 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Clarke est arrivé depuis quelques jours; j'ai +écrit le même soir à M. le maréchal Alvinzi. Le général +Clarke a pensé, avec raison, devoir écrire une lettre à l'empereur +même, laquelle est partie avec une lettre pour +M. Alvinzi.</p> + +<p>Le général Clarke m'a communiqué l'objet de sa mission.</p> + +<p>Si l'on n'eût considéré que la situation de cette armée, il eût +été à désirer que l'on eût attendu la prise de Mantoue, car je +crains qu'un armistice sans Mantoue ne soit pas un acheminement +à la paix, et soit tout à l'avantage de Vienne et de +Rome.</p> + +<p>Je vous ferai passer trois notes relatives à l'objet important +dont est chargé le général Clarke. J'espère qu'avant peu de +jours nous recevrons la réponse de Vienne, et que ce général +se rendra à sa destination pour y remplir vos intentions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 16 frimaire an 5 + +(6 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le gouvernement de Venise a très-bien traité l'armée autrichienne; +il y avait auprès de M. d'Alvinzi des provéditeurs +et des approvisionnemens.</p> + +<p>Les Allemands, en s'en allant, ont commis toutes espèces +d'horreurs, coupé les arbres fruitiers, brûlé les maisons et +pillé les villages. Dans ce moment-ci, les ennemis sont à +Trente et sur la Brenta. Nous sommes sur l'Adige, et nous +occupons la ligne de Montebaldo; il paraît qu'ils se renforcent +considérablement dans le Tyrol, où est dans ce moment-ci +M. Alvinzi.</p> + +<p>Il ne nous est encore rien arrivé, et il ne nous est rien annoncé +des dix mille hommes du Rhin, ni des dix mille +hommes de l'Océan: ces deux renforts nous sont bien nécessaires.</p> + +<p>Si la campagne prochaine a lieu, il faut tourner tous nos +efforts du côté du Frioul, et pour cela avoir deux armées en +Italie: une dans le Tyrol, qui occupera Trente et qui attaquerait +les ennemis; l'autre, dans le Frioul, se porterait à +Trieste, et s'emparerait de tous les établissemens des ennemis +dans cette mer-là.</p> + +<p>Si vous pouviez faire passer trente mille hommes ici, l'on +pourrait les nourrir et les payer, et envahir tout le Frioul; +l'empereur serait obligé: 1°. de retirer trente mille hommes +du côté du Rhin; 2°, de retenir au moins vingt mille hommes +pour seconde ligne, puisque, sans cela, une bataille +heureuse compromettrait Vienne: alors on ne ferait presque +pas de guerre sur le Rhin, et le théâtre se trouverait très éloigné +de chez nous.</p> + +<p>Il n'y a à ce projet qu'une objection, ce sont les maladies +que nos troupes gagnent en été en Italie; mais cette assertion est +fausse: nous avons eu à cette armée vingt mille malades, +sur lesquels quatre mille blessés; des seize mille autres, quatorze +mille sont de Mantoue, et deux mille sont du reste de +l'armée: ce n'est pas la proportion ordinaire.</p> + +<p>Envoyez-nous donc dix mille hommes du Rhin et dix mille +de l'Océan, joignez-y quinze cents hommes de cavalerie, +quelques compagnies d'artillerie, et je vous promets, avant +le mois de mai, de dégager le Rhin, de forcer l'empereur à +une guerre d'autant plus désastreuse, qu'elle sera à ses dépens +sur son territoire.</p> + +<p>Mon armée actuelle, renforcée par les dix mille hommes du +Rhin et les dix mille de l'Océan que vous m'avez annoncés, +est suffisante pour le Tyrol et l'Italie.</p> + +<p>Les dix mille hommes qui assiègent Mantoue, qui seront +bientôt douze mille, avec les vingt mille hommes que je vous +demande, formeront l'armée du Frioul: avec ces deux armées +j'irai à Vienne, ou du moins je me maintiendrai toute la campagne +prochaine dans les états de l'empereur, vivant à ses +dépens, ruinant ses sujets, en portant la guerre de l'insurrection +en Hongrie.</p> + +<p>Enfin, citoyens directeurs, je crois que du prompt départ +des dix mille hommes du Rhin peut dépendre le sort de l'Italie; +mais que si vous en tirez dix mille autres, et que vous +y joigniez dix à quinze mille hommes de l'Océan, vous aurez +le droit d'attendre des millions, des succès et une bonne paix. +De Trieste à Vienne il y a cent lieues sans places fortes, sans +plan de défense arrêté: ce pays-là n'a jamais été le théâtre +de la guerre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 frimaire an 5 + +(8 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Auzou.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, les deux lettres que vous m'avez écrites. +Si je ne vous ai pas encore fait dire la raison pour laquelle +je vous ai fait arrêter, c'est que j'attendais les installations +des nouveaux conseils militaires, qui, étant composés d'officiers, +vous donneront des juges plus éclairés et plus dans le +cas de vous entendre.</p> + +<p>Je me plains de vous, parce que votre service n'a jamais +été organisé dans l'armée et ne s'y est jamais fait; parce que +Peschiera n'a jamais été approvisionné; parce que vous n'avez +jamais fourni les moyens nécessaires à vos sous-traitans; +parce qu'enfin vous avez laissé tomber le service à plat dans +un moment critique pour l'armée; enfin parce que vous ne +vous êtes jamais trouvé au quartier-général, toutes les fois +que votre présence y était nécessaire, c'est-à-dire lorsque +l'ennemi était sur le point de nous attaquer.</p> + +<p>C'est par votre coupable négligence que nous avons perdu +plusieurs centaines de chevaux, que le service de l'artillerie +a considérablement souffert, et que la cavalerie, obligée de +courir les champs et de fouiller les fermes pour assurer sa +subsistance, s'est souvent portée à des excès propres à nous +aliéner l'esprit des habitans; tout cela cependant lorsque +votre service a reçu depuis le commencement de la campagne +dix-sept à dix-huit cent mille liv., dont vous n'avez certainement +pas dépensé le tiers.</p> + +<p>Je vous prie de m'envoyer: 1°. un état des consommations +journalières des fourrages dans l'armée, ou un relevé des +bons pour un des mois passés; 2°. un état de l'emploi que +vous avez fait de l'argent qui vous a été remis; 3°. un état +exact de ce que vous avez remis à chacun de vos sous-traitans; +4°. enfin s'il arrivait qu'il y en eût parmi eux qui, par +leur conduite ou leur incapacité, et quoique ayant reçu des +fonds, eussent fait manquer le service, de me les dénoncer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 frimaire an 5 +(8 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au provéditeur-général de la république de Venise.</i></p> + +<p>Je n'ai pas reconnu, monsieur, dans la note que vous +m'ayez fait passer, la conduite des troupes françaises sur le +territoire de la république de Venise, mais bien celle des +troupes de sa majesté l'empereur, qui partout où elles ont +passé, se sont portées à des horreurs qui font frémir.</p> + +<p>Le style de cinq pages, sur les six que contient la note +qu'on vous a envoyée de Verone, est d'un mauvais écolier de +rhétorique, auquel on a donné pour thèse de faire une amplification. +Eh! bon Dieu, monsieur le provéditeur, les maux +inséparables d'un pays qui est le théâtre de la guerre, produits +par le choc des passions et des intérêts, sont déjà si +grands et si affligeans pour l'humanité, que ce n'est pas, je +vous assure, la peine de les augmenter au centuple, et d'y +broder des contes de fées, sinon rédigés avec motifs, au moins +extrêmement ridicules.</p> + +<p>Je donne un démenti formel à celui qui oserait dire qu'il +y a eu dans les états de Venise une seule femme violée par +les troupes françaises. Ne dirait-on pas, à la lecture de la +note ridicule qui m'a été envoyée, que toutes les propriétés +sont perdues, qu'il n'existe plus une église et une femme +respectées dans le Véronais et le Brescian? La ville de Verone, +celle de Brescia, celle de Vicence, de Bassano, en un +mot toute la terre ferme de l'état de Venise, souffrent beaucoup +de cette longue lutte; mais à qui la faute? C'est celle +d'un gouvernement égoïste, qui concentre dans les îles de +Venise toute sa sollicitude et ses soins, sacrifie ses intérêts à +ses préjugés et à sa passion, et le bien de la nation vénitienne +entière à quelques caquetages de coteries. Certes, si le sénat +eût été mu par l'intérêt du bien public, il eût senti que le +moment était venu de fermer à jamais son territoire aux armées +indisciplinées de l'Autriche, et par là de protéger ses +sujets et de les garantir à jamais du théâtre de la guerre.</p> + +<p>On me menace de faire naître des troubles et de faire soulever +les villes contre l'armée française: les peuples de Vicenzia +et de Bassano savent à qui ils doivent s'en prendre des +malheurs de la guerre, et savent distinguer notre conduite +de celle des armées autrichiennes.</p> + +<p>Il me paraît qu'on nous jette le gant. Êtes-vous, dans cette +démarche, autorisé par votre gouvernement? La république +de Venise veut-elle aussi se déclarer contre nous? Déjà je +sais que la plus tendre sollicitude l'a animée pour l'armée +du général Alvinzi: vivres, secours, argent, tout lui a été +prodigué; mais, grâce au courage de mes soldats et à la +prévoyance du gouvernement français, je suis en mesure, et +contre la perfidie, et contre les ennemis déclarés de la république +française.</p> + +<p>L'armée française respectera les propriétés, les moeurs et +la religion; mais malheur aux hommes perfides qui voudraient +lui susciter de nouveaux ennemis! C'est sans doute +par leur influence qu'on assassine tous les jours sur le territoire +de Bergame et de Brescia. Mais puisqu'il est des hommes +que les malheurs que leur inconduite pourrait attirer +sur la terre-ferme ne touchent pas, qu'ils apprennent que +nous avons des escadres: certes, ce ne sera pas au moment +où le gouvernement français a généreusement accordé la paix +au roi de Naples, où il vient de resserrer les liens qui l'unissaient +à la république de Gênes et au roi sarde, qu'on pourra +l'accuser de chercher de nouveaux ennemis; mais ceux qui +voudraient méconnaître sa puissance, assassiner ses citoyens +et menacer ses armées, seront dupes de leurs perfidies et +confondus par la même armée qui, jusqu'à cette heure, +et non encore renforcée, a triomphé de ses plus grands ennemis.</p> + +<p>Je vous prie du reste, monsieur le provéditeur, de croire, +pour ce qui vous concerne personnellement, aux sentimens +d'estime, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 frimaire an 5 +(8 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallemant, à Venise</i>.</p> + +<p>Des mouvemens insurrectionnels qui sont entièrement apaisés +ont eu lieu dans la partie du ci-devant duché de Modène +appelé la Grafagniana; ils sont attribués en grande partie au +nommé Frater-Zoccolente Magesi, cordelier du couvent de +Castel-Nuovo, à la Grafagniana. On m'assure que ce scélérat +s'est retiré à Venise: il pourrait se trouver, soit auprès du +duc, soit dans le couvent des cordeliers de cette ville.</p> + +<p>Je vous prie d'adresser au gouvernement de Venise une +note pour demander son arrestation, et de me faire part du +fruit de vos démarches.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 frimaire an 5 +(10 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>À monsieur le provéditeur-général de la république de +Venise, à Brescia</i>.</p> + +<p>Si j'ai été surpris, monsieur, du ton de la dernière note +que l'on m'a envoyée à Verone, c'est que, comme son extrême +exagération est évidente à tous les yeux, j'ai pensé +qu'elle pouvait être le fait d'un commencement de système: +la conduite tenue envers l'armée de M. Alvinzi m'en fournissait +une preuve assez naturelle. Quoi qu'il en soit, monsieur, +l'armée française suivra la ligne qu'elle a tenue depuis +le principe de la campagne, et l'on n'oubliera jamais de punir +exemplairement les soldats qui pourraient s'éloigner des +règles d'une sévère discipline.</p> + +<p>Je vous demande seulement, monsieur, que vous vouliez +bien engager les gouverneurs qui sont sous vos ordres, lorsqu'ils +auront des plaintes à me faire, à m'indiquer simplement +ce qu'ils voudraient que l'on fît, sans les noyer dans +un tas de fables. Vous me trouverez au reste toujours disposé +à vous donner des preuves des sentimens, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 frimaire an 5 +(10 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au congrès d'état</i>.</p> + +<p>Je ne vois aucun inconvénient, citoyens, à ce que vous +envoyiez des députés à la fédération de Reggio: l'union des +patriotes fait leur force. Je suis bien aise de saisir ces circonstances +pour détruire des bruits répandus par la malveillance. +Si l'Italie veut être libre, qui pourrait désormais l'en +empêcher? Ce n'est pas assez que les différens états se réunissent, +il faut, avant tout, resserrer les liens de fraternité +entre les différentes classes de l'état; réprimer surtout le petit +nombre d'hommes qui n'aiment la liberté que pour arriver +à une révolution: ils sont ses plus grands ennemis, et ils +prennent toute espèce de figures pour remplir leurs desseins +perfides.</p> + +<p>L'armée française ne souffrira jamais que la liberté en Italie +soit couverte de crimes. Vous pouvez, vous devez être +libres sans révolution, sans courir les chances et sans éprouver +les malheurs qu'a éprouvés le peuple français. Protégez +les propriétés et les personnes, et inspirez à vos compatriotes +l'amour et le respect des lois et des vertus guerrières, qui défendent +et protégent les républiques et la liberté. La scène +que plusieurs mauvais sujets se sont permise envers le citoyen +Greppi, a jeté des craintes et inspiré une terreur que vous devez +vous efforcer de dissiper. Comprimez les malveillans, +mais n'accoutumez pas un petit nombre de personnes à +s'intituler +le peuple et à commettre des crimes en son nom.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5 + +(11 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Lavalette, aide-de-camp du général en chef.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez à Plaisance, vous y passerez toute la +journée de demain; vous me rendrez compte de la situation +des deux têtes de pont, de celle de l'artillerie qui les défend, +et vous m'en enverrez l'inventaire, ainsi que l'état de situation +de la garnison de Plaisance. Vous m'enverrez l'état nominatif +de tous les Français qui sont à Plaisance, avec des notes sur +ce qu'ils font, et depuis quel temps ils y sont; vous visiterez +les hôpitaux, vous m'en enverrez l'état de situation avec +des observations sur la tenue, et un résumé de quelles demi brigades +sont les malades, avec l'état nominatif des officiers +qui y seraient; vous visiterez tous les magasins et vous m'enverrez +les inventaires; vous partirez demain, dans la nuit, +de Plaisance, vous arriverez le 3 au matin à Parme; vous +vous rendrez chez son Altesse Royale, vous la complimenterez +de ma part sur le traité de paix qui vient d'unir les deux +états.</p> + +<p>Vous vous ferez remettre l'état de tous les Français qui +sont à Parme, vous ferez arrêter ceux qui y sont sans raison, +surtout, si vous pouvez le rencontrer, un aventurier +qui s'est dit long-temps mon aide-de-camp, s'appelant +Lemarais, et de me l'envoyer sous bonne escorte à Milan, +ainsi qu'un commissaire nommé Fleuri.</p> + +<p>Je vous ferai passer une lettre pour le premier ministre +du duc. Je le prie de faire confectionner deux mille paires de bottes, +dont il faudra que vous emportiez un échantillon, +que vous demanderez au général Beaurevoir, et, au défaut +d'échantillon, un modèle, et vingt-cinq mille paires de souliers.</p> + +<p>Vous m'écrirez de Parme sur tous ces objets; vous partirez +dans la nuit du 3 au 4, pour vous rendre à Reggio et a +Modène. Vous m'enverrez de chacune de ces deux villes la +liste des Français qui s'y trouvent, soit officiers, ou soldats, +ou employés; vous me ferez connaître tout ce qui pourrait +vous frapper, qui pourrait caractériser l'esprit des habitans +de ces deux villes, surtout pour ce qui regarde leur légion.</p> + +<p>De Modène vous irez joindre le général Rusca; vous m'écrirez +sur la situation actuelle de la Grafagniana, sur la manière +dont se sont comportées les légions italiennes, sur les +exemples que l'on a faits, ainsi qu'à Carrara; de là vous vous +rendrez à Livourne.</p> + +<p>Vous m'enverrez l'état nominatif de tous les Français qui +sont dans cette place, ne faisant pas partie de la garnison.</p> + +<p>Vous m'écrirez le plus souvent possible pour m'instruire +de l'état des choses, et vous ne reviendrez que lorsque je vous +en aurai donné l'ordre, à moins qu'il n'y ait quelque chose +de fort intéressant qui nécessitât votre retour.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5 + +(11 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Rusca.</i></p> + +<p>Le général Vaubois me rend compte, citoyen général, +que, le 16 de ce mois, il y a eu une révolte dans la ville de +Carrara: mon intention est qu'après avoir exécuté mes ordres +à la lettre à Castel-Novo, vous vous transportiez à Carrara, +et que vous fassiez fusiller trois des chefs, brûler la maison +du plus apparent de ceux qui ont pris part à la rébellion, et +que vous preniez six otages, que vous enverrez au château de +Milan; ils ont fait couper le bois de Levinzo: mon intention +est que mon ordre, tant pour Castel-Novo que pour Carrara, +soit promptement exécuté. Il faut ôter au peuple l'envie de +se révolter et de se laisser égarer par les malveillans.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5 +(11 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, me faire rendre +compte de l'ordre qui portait de couper le bois de Levinzo. +C'est toujours par des exactions faites par le commissaire du +gouvernement, qu'on excite le peuple à se révolter; il faut +que la punition des chefs principaux de la révolte soit éclatante. +Je donne l'ordre au général Rusca de s'y transporter +de Castel-Novo, d'en faire fusiller trois et d'en arrêter six en +otage, et de brûler dans la ville de Carrara la maison la plus +apparente d'un de ceux qui ont pris part à la rébellion. Vous +voudrez bien organiser les trois demi-brigades que vous avez +à Livourne, et en former deux bataillons de la soixante-neuvième, +et le troisième bataillon sera formé par les troupes qui +arrivent de l'Océan. Les quatre-vingts hommes de cavalerie, +les sept cents hommes de la légion italienne et les neuf cents +de la légion lombarde, avec six pièces de canon qui doivent +vous arriver, vous mettront à même de chasser les Anglais +de la côte et d'imposer aux malveillans.</p> + +<p>Rendez-moi compte de la conduite qu'ont tenue les agens +militaires du côté de Massa et de Carrara.</p> + +<p>Sous quelque prétexte que ce soit et sur quelque ordre que +ce puisse être, ne laissez rien sortir de Livourne. Toutes les +ressources qui peuvent y être, sont absolument nécessaires +pour l'armée, qui manque de tout, et dont les finances sont +dans le plus mauvais état. Le commissaire ordonnateur a dû +donner les ordres pour la vente de tous les objets que vous demandez. +Quant aux habillemens pour les demi-brigades que +vous avez sous vos ordres à Livourne, l'essai qu'on en a +fait sur la soixante-quinzième a si mal réussi, qu'il est impossible +de penser à leur en faire fournir dans cette ville; +mais on en fera faire à Milan.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général 4 Milan, le 21 frimaire an 5 + +(11 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au sénat de Bologne.</i></p> + +<p>L'imposition appelée <i>imposta</i> pèse sur le peuple des campagnes +de Bologne.</p> + +<p>L'impôt appelé <i>casuel</i>, que retirent les curés des paroisses +a un but d'utilité réelle, puisqu'il doit suppléer à l'entretien +des ministres du culte; mais il n'est pas moins onéreux pour +le peuple, qui est obligé de payer pour recevoir les sacremens: +vous avez bien des moyens pour abolir ces deux impositions +et améliorer le sort de vos concitoyens.</p> + +<p>Moyennant l'ordre que vous avez donné pour expulser les +moines qui ne sont pas Bolonais, vous avez économisé l'entretien +de trois ou quatre cents personnes; il faut que ce soit le +peuple qui jouisse de l'avantage que la sagesse de vos mesures +a procuré à votre république.</p> + +<p>Ordonnez qu'il n'y ait dans l'état de Bologne qu'un seul +couvent du même ordre, supprimez tous ceux qui auraient +moins de quinze religieux; resserrez les couvens de religieux, +et servez-vous des ressources considérables que cela +vous donnera, pour remplacer dans votre trésor public le déficit +qu'y produirait la suppression de la taxe dite <i>imposta</i>, +et indemniser les curés et vicaires du déficit que leur procurera +la suppression du <i>casuel</i>.</p> + +<p>Je vous prie de faire exécuter l'ordre que je vous envoie +sur les commandeurs de Malte. Je n'ai pas voulu l'étendre +aux moines, parce que j'ai pensé que vous en profiteriez pour +soulager le peuple.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5 + +(11 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au sénat de Bologne et au gouvernement provisoire de +Modène et de Ferrare.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien commander à tous les commandeurs +et autres bénéficiers ou fermiers de l'ordre de Malte de verser +dans la caisse du sénat, dans le courant de nivose, une année +de leurs revenus, sous peine d'être déchus de leurs bénéfices +ou fermes. Les receveurs du sénat et des gouvernemens de +Ferrare et de Modène en tiendront compte à la caisse du +payeur de l'armée, et, pour cet effet, correspondront avec +l'ordonnateur en chef.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5 + +(11 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Fréville, secrétaire d'ambassade à Florence.</i></p> + +<p>J'avais déjà reçu, citoyen, par le général commandant à +Livourne le procès-verbal fait par l'officier commandant le +détachement français qui a passé à Sienne. J'y ai vu avec la +plus vive satisfaction que la conduite du gouverneur, commandant +pour son altesse royale le grand-duc de Toscane, +avait été conforme aux principes de neutralité de ce prince +avec la république française. De mauvais sujets de la ville de +Sienne se sont portés à quelques excès injurieux pour l'armée +française, le temps n'est pas éloigné où nous verrons si les habitans +de Sienne soutiendront ce caractère de mépris qu'ils +paraissent manifester chez eux contre l'armée française; ils +ont insulté un détachement de deux cents hommes; ils sont +les seuls du brave peuple toscan qui se soient éloignés des +sentimens d'estime qu'on professe assez généralement pour la +république française.</p> + +<p>N'entretenez pas la cour de Toscane de ces vétilles, dès +l'instant qu'il est prouvé que le gouverneur a fait ce qui dépendait +de lui pour réprimer ces malintentionnés.</p> + +<p>Lorsque le moment sera venu, j'ordonnerai à un général +français d'apprendre aux habitans de Sienne qu'on n'insulte +pas en vain l'armée française, et que tôt ou tard on la trouve +dans son sein, en bon nombre et lorsque l'on s'y attend le +moins. Il ne sera plus temps alors de se repentir.</p> + + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5 + +(11 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Rusca.</i></p> + +<p>Je vous prie, général, de témoigner ma satisfaction aux +municipalités de la Mirandole et de Saint-Felsa sur la conduite +qu'elles ont tenue. Vous voudrez bien sur-le-champ +faire constater que les cinq rebelles arrêtés à Concordia ont +continué à frapper ceux qui avaient la cocarde nationale et à +détruire l'arbre de la liberté: après quoi, vous les ferez fusiller +tous les cinq, au milieu de la place publique de Modène, +par la légion modénaise. Vous ferez partir les deux otages +pour le château de Milan, où ils seront sévèrement gardés. +J'approuve fort la conduite que vous avez tenue dans cette +affaire délicate: c'est à votre promptitude qu'est due la bonne +issue de votre opération.</p> + +<p>J'attends avec quelque intérêt les nouvelles que vous allez +me donner de votre expédition sur Castel-Novo et Carrara; +j'espère que vous aurez ponctuellement exécuté les ordres que +je vous ai donnés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 frimaire an 5 + +(11 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Rusca.</i></p> + +<p>Je vous ferai tenir, citoyen général, le procès-verbal de +ce qui s'est passé à Carrara. Mon intention est que vous fassiez +arrêter tous ceux qui sont dénoncés comme ayant participé +à la révolte; s'ils étaient sauvés, vous feriez brûler leurs +maisons, sans cependant qu'il y en ait plus d'une de brûlée +par village qui s'est mal comporté: tous les otages que vous +croirez pouvoir assurer la tranquillité seront arrêtés et envoyés +à Milan. Ce n'est pas qu'il y ait quelque chose à craindre +tant que nous serons vainqueurs; mais, à la moindre vicissitude, +ils pourraient remuer, ce qui serait un mauvais +exemple pour les fiefs impériaux et pour les habitans des +montagnes de l'Apennin.</p> + +<p>Faites transporter à Livourne les pièces de canon qui se +trouvent du côté de Carrara, lorsque la tranquillité y sera +parfaitement rétablie; lorsque vous aurez mis les patriotes +en place, faites tout ce qui pourrait être nécessaire pour effrayer +les malveillans et contenter les peuples; jetez un coup +d'oeil sur les fiefs impériaux, et faites-moi connaître ce que +l'on pourrait faire pour nous attacher les habitans.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 frimaire an 5 + +(13 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux citoyens Peregallo, Flachat et compagnie.</i></p> + +<p>Vous avez, messieurs, reçu l'argent destiné à l'entretien +de l'armée, et elle éprouve les besoins les plus pressans: le +prêt manque depuis deux décades; ce service doit être fait +sous la responsabilité de la trésorerie, avec laquelle vous +avez un marché qui y affecte spécialement le produit de toutes +les contributions et des marchandises provenant des conquêtes +de l'armée d'Italie. Il est notoire que vous avez reçu +5,000,000 dont vous n'avez rendu aucun compte. J'aime à +croire que vous solderez sur-le-champ 600,000 liv. nécessaires +au payeur de l'armée, et je vous préviens qu'il a +en conséquence tiré sur vous des lettres de change pour +600,000 fr.</p> + +<p>Si, par une mauvaise foi inconcevable, vous aviez l'imprudence +d'éluder l'escompte de ladite lettre de change, vous +seriez responsable des événemens qui pourraient survenir, du +tort que cela ferait à l'armée, et je requiers le citoyen Faypoult +de vous considérer comme des banqueroutiers et de +vous traiter comme tels.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 24 frimaire an 5 + +(14 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p> + +<p>Le citoyen Regnier vous communiquera un arrêté des +commissaires du gouvernement, qui tire 600,000 liv. sur +la maison Flachat et Peregallo, sur les 5,000,000 qu'ils ont, +provenant des contributions de l'armée, et qu'ils auraient dû +verser dans la caisse du payeur. Cette somme est destinée à +solder le prêt, qui manque à l'armée depuis deux décades. +S'ils n'acceptent pas les lettres de change, je vous requiers de +faire mettre le scellé sur la maison Flachat, Castelli, Peregallo +et compagnie, et de chercher à procurer cet argent au +payeur de l'armée. Des opérations de la plus grande conséquence +peuvent tenir à l'exécution de cette mesure.</p> + +<p>J'ai ordonné au général Baraguay d'Hilliers de faire mettre +les scellés sur les papiers du correspondant de cette maison +à Milan.</p> + +<p>L'armée manque de tout, le prêt est arriéré de deux décades; +nous n'avons plus de ressources que dans les 5,000,000 +et les 2,000,000 qui doivent nous rentrer d'après la convention, +les ratifications ayant été échangées à Paris. Le payeur +va tirer pour 2,000,000 pour ce dernier objet.</p> + +<p>Vous devez avoir, outre les sept caisses venant de Bologne, +quatre ou cinq caisses venant de Milan, qui ont été estimées, +je crois, 8 à 9,000,000 fr. Gardez-les bien précieusement, +car il viendra un temps où nous pourrons avoir besoin de nous +en servir pour nourrir l'armée, en empruntant dessus.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 24 frimaire an 5 + +(14 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, faire venir chez vous +le citoyen Rouillet, agent en chef de la compagnie Flachat, +le sommer de verser dans la caisse du payeur les 4 ou 5,000,000 +qu'il a, provenant des contributions, et, sur son refus, le +faire mettre en état d'arrestation et les scellés sur ses papiers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Verone, le 1er nivose an 5 + +(20 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie onze drapeaux pris sur l'ennemi aux batailles +de Rivoli et de la Favorite. Le citoyen Bessières, commandant +des guides, qui les porte, est un officier distingué +par sa valeur et sa bravoure, et par l'honneur mérité qu'il a +de commander une compagnie de braves gens qui ont toujours +vu fuir l'ennemi devant eux, et qui, par leur intrépidité, +nous ont rendu, dans la campagne, des services très essentiels.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 6 nivose an 5 + +(28 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Il y a dans ce moment-ci en Lombardie trois partis: 1°. +celui qui se laisse conduire par les Français; 2°. celui qui +voudrait la liberté, et montre même son désir avec quelque +impatience; 3°. le parti ami des Autrichiens, et ennemi des +Français. Je soutiens et j'encourage le premier, je contiens le +second, et je réprime le troisième.</p> + +<p>Il est faux que j'aie augmenté la contribution de la Lombardie +de huit millions, et le parti qui vous a remis un mémoire basé +sur ce fait, ferait beaucoup mieux de payer les +cinq millions que lui et ses associés doivent à la république, et +ont volé à l'armée, que de parler d'un pays où sa compagnie +s'est fait universellement mépriser par les coquineries de toutes +espèces qu'elle a commises.</p> + +<p>Les républiques cispadanes sont divisées en trois partis: +1°. les amis de leur ancien gouvernement; 2°. les partisans +d'une constitution indépendante, mais un peu aristocratique; +3°. les partisans de la constitution française ou de la pure démocratie. +Je comprime le premier, je soutiens le second et je +modère le troisième.</p> + +<p>Je soutiens le second et je modère le troisième, parce que +le parti des seconds est celui des riches propriétaires et des +prêtres, qui en dernière analyse finiraient par gagner la masse +du peuple, qu'il est essentiel de rallier autour du parti français.</p> + +<p>Le dernier parti est composé de jeunes gens, d'écrivains, +et d'hommes qui, comme en France et dans tous les pays, ne +changent de gouvernement, n'aiment la liberté que pour +faire une révolution.</p> + +<p>Les Allemands et le pape réunissent leur crédit pour insurger +les Apennins; leurs efforts sont inutiles: une partie de la +Grafagniana s'était cependant révoltée, ainsi que la petite ville +de Carrara. J'ai envoyé une petite colonne mobile pour mettre +ces gens-là à la raison, et faire des exemples terribles, qui +apprennent à ces montagnards à ne pas jouer avec nous. La +révolte des Apennins, si elle se faisait au moment où nous aurions +affaire à l'ennemi, nous donnerait beaucoup d'embarras. +Ces montagnes arrivant jusqu'à Tortone, leurs habitans pourraient +gêner les communications: aussi j'y ai perpétuellement +les yeux.</p> + +<p>Dans ce moment-ci, les républiques cispadanes sont réunies +dans un congrès qu'elles tiennent à Reggio.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 8 nivose an 5 + +(28 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous enverrai la lettre écrite par le général Alvinzi et la +réponse du général Berthier: en conséquence le baron Vincent +et le général Clarke se réunissent à Vicence, le 13 de +ce mois. Mon opinion est que, quelque chose que l'on puisse +stipuler pour le <i>statu quo</i> de Mantoue, l'exécution en sera +toujours impossible. Si l'empereur consent à conclure l'armistice +sans le pape, l'avantage de pouvoir retirer trente +millions, cet hiver, d'Italie, et de pouvoir en donner quinze +aux armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin, est une considération +telle, qu'elle nous permet d'ouvrir la campagne prochaine +avec avantage.</p> + +<p>Mais si l'empereur veut y comprendre le pape, l'armistice +nous fera perdre Mantoue, l'argent de Rome, et donnera le +le temps au pape d'organiser une force militaire avec des officiers +autrichiens: cela mettrait toutes les chances contre nous +pour la campagne prochaine.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 nivose an 5 + +(28 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les Vénitiens ayant accablé de soins l'armée du général +Alvinzi, j'ai cru devoir prendre une nouvelle précaution, en +m'emparant du château de Bergame, qui domine la ville de +ce nom et empêcherait les partisans ennemis de venir gêner +notre communication entre l'Adda et l'Adige.</p> + +<p>De toutes les provinces de l'État de Venise, celle de Bergame +est la plus mal intentionnée à notre égard. Il y avait +dans la ville de ce nom un comité chargé de répandre les +nouvelles les plus ridicules sur le compte de l'armée; c'est +sur le territoire de cette province que l'on a le plus assassiné +de nos soldats, et c'est de là que l'on favorisait la désertion +des prisonniers autrichiens. Quoique la prise de la citadelle +de Bergame ne soit pas une opération militaire, il n'en a pas +moins fallu de la dextérité et de la fermeté: le général Baraguay +d'Hilliers, que j'en avais chargé, s'est dans cette occasion +parfaitement conduit; je vais lui donner le commandement +d'une brigade, et j'espère qu'aux premières affaires il +méritera sur le champ de bataille le grade de général de division.</p> + +<p>Je vous ferai passer plusieurs pièces de ma correspondance +avec le duc de Parme, bonnes à communiquer à notre ambassadeur +en Espagne, pour s'en faire un mérite près la cour +de Madrid.</p> + +<p>J'ai eu une entrevue avec M. Manfredini, qui, comme +vous le savez, a été gouverneur de l'empereur, du prince +Charles et du grand duc de Toscane; je suis convenu avec +lui, après deux heures de pourparlers et de finesses diplomatiques, +que, moyennant deux millions, j'évacuerais Livourne: +il a beaucoup pleuré misère. J'attends la réponse du +grand duc sous quelques jours.</p> + +<p>Les Napolitains m'ont fait signifier la paix et m'ont demandé +la permission de s'en retourner à Naples, je leur ai +répondu que le gouvernement ne m'avait pas encore signifié +la paix, que j'allais vous expédier un courrier, que +j'attendrais des ordres. Je vous prie de me faire connaître +vos intentions à ce sujet. Je désirerais cependant, auparavant +de les laisser s'en aller, avoir terminé quelque chose avec +Rome: car cette cavalerie m'est un gage que le roi de Naples +s'en tiendra à la paix et se conduira comme il faut.</p> + +<p>Quant à Rome, le pape a dans ce moment réuni toutes ses +forces à Faïenza et dans les autres villes de la Romagne, où +il a près de six mille hommes. Comme cela fait très peur aux +Bolonais et pourrait servir à favoriser l'évasion de Wurmser +de la place de Mantoue, conformément à un article de l'armistice, +je ferai arrêter des otages dans les différens pays, +conformément à l'usage de toutes les nations, et ces otages +seront les citoyens les plus attachés au pape et les plus +grands ennemis du parti français: par ce moyen, le pays +s'organisera de lui-même comme Bologne. Je séquestrerai tous +les revenus de la Romagne et de la Marche, pour me tenir +lieu de paiement des quinze millions, conformément à l'armistice. +Je mettrai à Ancône les quinze cents hommes que je +tiens à Livourne, et par ce moyen j'éloignerai ce corps d'ennemis +qui paraît se combiner avec la position d'Alvinzi à +Padoue et l'ordre que l'empereur vient de donner à Wurmser; +et je trouverai de l'argent pour l'année.</p> + +<p>Si je tarde quelques jours dans l'exécution de ce projet, +c'est 1°. qu'il faut laisser passer quelques jours pour que +l'impression faite sur les Vénitiens par l'occupation de Bergame +soit entièrement détruite; 2°. qu'il faut que je m'assure +que les secours que vous m'annoncez sont en route et +arrivent véritablement. Vous sentez bien qu'il me faut au +moins trois mille hommes pour aller jusqu'à Ancône, qui est +à quarante lieues de Bologne. Si les dix mille hommes de secours +de l'Océan et les dix mille du Rhin que vous m'annoncez +depuis longtemps arrivent enfin, je prendrai six mille +hommes pour aller à Rome. Vous sentez combien, dans +toutes ces hypothèses, il est essentiel d'avoir toujours en +otages les trois mille Napolitains, qui tiendront en respect la +cour de Naples, qui d'ailleurs, à ce qu'on m'assure, commence +déjà à désarmer. Cela aussi est une raison pour laquelle +je retarde de quelques jours mon opération.</p> + +<p>Le citoyen Poussielgue vous a rendu compte en détail de +l'issue de la négociation avec Turin. Il paraît que ces gens-là +ne peuvent pas s'accoutumer au nouvel état de choses. Le +nouveau roi met de l'ordre dans ses finances, se captive ses +sujets, et je ne doute pas qu'il n'espère, par la continuation +de la guerre, pouvoir jouer de nouveau un rôle. Je crois que +notre politique à l'égard de ce prince doit consister à maintenir +toujours chez lui un ferment de mécontentement, et surtout +à bien s'assurer de la destruction des places du côté des +Alpes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 8 nivose an 5 +(28 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le citoyen Muiron a servi, depuis les premiers jours de +la révolution, dans le corps de l'artillerie; il s'est spécialement +distingué au siège de Toulon, où il fut blessé en entrant +par une embrasure dans la célèbre redoute anglaise.</p> + +<p>Son père était alors arrêté comme fermier-général: le jeune +Muiron se présente à la convention nationale, au comité révolutionnaire +de sa section, couvert du sang qu'il venait de +répandre pour la patrie; il obtint la libération de son père.</p> + +<p>Au 13 vendémiaire, il commandait une des divisions d'artillerie +qui défendaient la convention; il fut sourd aux séductions +d'un grand nombre de ses connaissances et des personnes +de sa société. Je lui demandai si le gouvernement pouvait +compter sur lui: «Oui, me dit il, j'ai fait serment de soutenir +la république, je fais partie de la force armée, j'obéirai +en obéissant à mes chefs; je suis d'ailleurs, par ma manière +de voir, ennemi de tous les révolutionnaires, et tout autant +de ceux qui n'en adoptent les maximes et la marche que pour +rétablir un trône, que de ceux qui voudraient rétablir ce régime +cruel où mon père et mes parens ont si longtemps souffert.» +Il s'y comporta effectivement en brave homme, et +fut très utile dans cette journée, qui a sauvé la liberté.</p> + +<p>Depuis le commencement de la campagne d'Italie, j'avais +pris le citoyen Muiron pour mon aide de-camp: il a rendu +dans presque toutes les affaires des services essentiels; enfin +il est mort glorieusement sur le champ de bataille d'Arcole, +laissant une jeune veuve enceinte de huit mois.</p> + +<p>Je vous demande, en considération des services rendus +dans les différentes campagnes de cette guerre par le citoyen +Muiron, que la citoyenne veuve Berault Courville, sa belle-mère, +soit rayée de la liste des émigrés, sur laquelle elle a été +inscrite, quoiqu'elle n'ait jamais émigré, ainsi que le citoyen +Charles Marie Berault Courville, son beau frère. Ce jeune +homme avait quatorze ans lorsqu'il a été mis sur la liste des +émigrés, étant en pays étranger pour son éducation.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 8 nivose an 5 +(28 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>L'armée du général Alvinzi est sur la Brenta et dans le +Tyrol; l'armée de la république est le long de l'Adige, et +occupe la ligne de Montebaldo, Corona, Rivoli. Nous avons +une avant-garde en avant de Porto-Legnago.</p> + +<p>Mantoue est cerné avec le plus grand soin, Le 2 de ce +mois, le général Dumas surprit un espion qui entrait dans la +ville; c'est un cadet autrichien qui avait été expédié de +Trente par Alvinzi. Après de grandes façons, il avoua qu'il +était porteur de dépêches, et, effectivement, il rendit, vingt-quatre +heures après (allant à la garde-robe), un petit cylindre +où était renfermée la lettre de l'empereur que je vous ferai +passer. Si cette méthode de faire avaler les dépêches n'était +pas parfaitement connue, je vous enverrais les détails, afin +que cela soit envoyé à nos généraux, parce que les Autrichiens +se servent souvent de cette méthode. Ordinairement +les espions gardent cela dans le corps pendant plusieurs jours; +s'ils ont l'estomac dérangé, ils ont soin de reprendre le petit +cylindre, de le tremper dans de l'élixir et de le réavaler. Ce +cylindre est trempé dans de la cire d'Espagne, déliée dans du +vinaigre.</p> + +<p>Vous verrez, par la lettre de l'empereur, que Wurmser +doit effectivement être à toute extrémité; la garnison ne se +nourrit que de <i>poulenta</i> et de viande de cheval; cependant +il est possible que sa réduction tarde encore: les Autrichiens +mettent tant d'espérance dans cette place, qu'il n'est pas +étonnant qu'ils souffrent toutes les extrémités avant de la +rendre.</p> + +<p>Le parti qu'ordonne l'empereur n'est pas bien dangereux.</p> + +<p>Le corps franc des volontaires de Vienne, fort de quatre +mille hommes, est arrivé à Trente; il y a un caporal qui est +chambellan: c'est une garde nationale. Trois mille hommes +sont déjà arrivés à Trente, venant du Rhin, et quatre mille +recrues de Hongrie. Les chemins sont chargés de troupes. +Nous, au contraire, nous en sommes toujours au premier +des renforts annoncés au commencement de la campagne, qui +n'arrivent pas encore.</p> + +<p>L'état de situation que vous m'avez envoyé est plein de +doubles emplois et de fautes. Je suis entré en campagne avec +un corps d'armée de vingt-quatre mille hommes d'infanterie, +une division du col de Tende et de Fenestre, et les garnisons +des Alpes-Maritimes de huit mille hommes, dont six mille +m'ont rejoint après la bataille de Mondovi, en descendant le +col de Tende. J'ai donc eu trente mille hommes de la ci-devant +armée d'Italie dans les plaines du Piémont.</p> + +<p>L'armée des Alpes m'a fourni huit mille cinq cents hommes, +qui ne doivent pas être considérés comme renfort, puisque +l'armée des Alpes défendait les frontières d'Italie.</p> + +<p>On peut donc considérer l'armée d'Italie proprement dite +comme ayant été primitivement de trente-huit mille cinq cents +hommes d'infanterie.</p> + +<p>Le gouvernement l'a renforcée de deux mille six cents +hommes venant du général Châteauneuf-Randon, et des +trente-troisième, sixième, quarantième et cinquante-huitième +demi-brigades, venant de la Vendée, et de la quatorzième, +venant de Paris, faisant en tout dix mille hommes.</p> + +<p>Si donc l'armée n'avait perdu personne, elle aurait cinquante-un +mille cent hommes d'infanterie, mais sur lesquels +quatre mille hommes ont été tués sur le champ de bataille, +comme vous le verrez par l'état que je vous ferai passer; +mille blessés hors de service; deux mille morts aux hôpitaux: +en tout sept mille.</p> + +<p>On a donc perdu sept mille hommes, dont mille cavaliers, +pionniers ou artilleurs: reste ainsi quarante-cinq mille cent +hommes d'infanterie, dont elle est composée.</p> + +<p>Vous voyez donc, citoyens directeurs, que votre armée a +reçu, non pas cinquante-sept mille hommes de renfort, mais +seulement douze mille six cents hommes, dans une campagne +où il y a eu tant de batailles, et où les mêmes hommes +ont détruit l'armée sarde et l'armée de Beaulieu, fortes de +soixante-treize mille hommes: l'armée de Beaulieu, renforcée +de vingt mille hommes du Rhin, commandés par Wurmser; +l'armée de Wurmser, renforcée de dix-huit mille hommes +tirés de la Pologne, six mille du Rhin et douze mille recrues, +commandés par Alvinzi; et nous sommes à la veille d'avoir +affaire aux débris de toutes ces armées, renforcés par quatre +mille volontaires de Vienne, trois mille hommes du Rhin, +trois mille recrues déjà arrivées, quinze cents que l'on m'assure +que les ennemis attendent dans le courant de janvier, +plus, les recrues qui arrivent de tous les côtés.</p> + +<p>Il a fallu du bonheur et du bien joué pour vaincre Alvinzi. +Comment espérer vaincre, avec les mêmes troupes, Alvinzi, +renforcé de trente à trente-cinq mille hommes, tandis que +nous n'avons encore reçu que trois mille hommes?</p> + +<p>La guérison de nos malades est sûrement un avantage; +mais les malades de Wurmser se guérissent aussi dans +Mantoue.</p> + +<p>Vous m'annoncez dix mille hommes de l'Océan et dix mille +du Rhin, mais rien de cela n'arrive; il y a cependant six décades +de votre annonce. On dit même que la tête de cette +colonne de l'Océan a rétrogradé.</p> + +<p>Il paraît, d'après la lettre de l'empereur, qu'une lutte se +prépare pour janvier; faites au moins que les secours qui devaient +arriver contre Alvinzi, et dont la victoire d'Arcole +nous a mis à même de nous passer, arrivent actuellement: +sans quoi, vous sacrifiez l'armée la plus attachée à la constitution, +et qui, quels que soient les mouvemens que se donnent +les ennemis de la patrie, sera attachée au gouvernement et +à la liberté avec le même zèle et la même intrépidité qu'elle +a mis à conserver l'Italie à la république.</p> + +<p>Je le dis avec une vraie satisfaction, il n'est point d'armée +qui désire davantage la conservation de la constitution sacrée, +seul refuge de la liberté et du peuple français. L'on hait ici +et l'on est prêt à combattre les nouveaux révolutionnaires, +quel que soit leur but. Plus de révolution, c'est l'espoir le +plus cher du soldat: il ne demande pas la paix, qu'il désire +intérieurement, parce qu'il sait que c'est le seul moyen de ne +la pas obtenir, et que ceux qui ne la désirent pas l'appellent +bien haut pour qu'elle n'arrive pas. Le soldat se prépare à +de nouvelles batailles, et s'il jette quelquefois un coup d'oeil +sur l'esprit qui anime plusieurs villes dans l'intérieur, son +regret est de voir les déserteurs accueillis, protégés, et les +lois sans force dans un moment où il s'agit de décider du sort +du peuple français.</p> + +<p>Enfin, citoyens directeurs, l'ennemi retire ses troupes du +Rhin pour les envoyer en Italie; faites de même, secourez-nous: +il n'y aura jamais que la disproportion trop marquée +des ennemis, qui pourra nous vaincre. Nous ne vous demandons +que des hommes, nous nous procurerons le reste avec +d'autant plus de facilité, que nous serons plus nombreux.</p> + +<p>Je vous envoie une pétition des officiers de la cinquante-septième, +qui réclament le citoyen Maçon, leur chef de brigade, +arrêté par ordre du général Willot.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 nivose an 5 +(28 décembre 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Il se fait un très-grand abus, citoyen ordonnateur: il n'y a +aucune espèce d'ordre dans la dépense du payeur, il n'y en a +pas non plus dans la livraison de vos ordonnances. Mes intentions +sont que vous donniez les instructions nécessaires au +payeur, pour qu'il y ait un mode de comptabilité qui nous +mette à même de connaître, chaque jour, la situation où +nous nous trouvons.</p> + +<p>Le payeur de l'armée ne paiera, sur les fonds qui sont +mis dans sa caisse pour la solde des troupes, que le prêt des +demi-brigades, de l'artillerie, des sapeurs, des mineurs et +de la cavalerie, ainsi que les appointemens des officiers de +l'armée et des commissaires des guerres.</p> + +<p>Il y aura chaque mois 150,000 fr. à votre disposition, sur +lesquels, conformément à l'ordre du ministre, du 11 nivose an +4, vous sera remboursé ce qui est nécessaire au pansement, +aux médicamens et ferrage des chevaux, c'est-à-dire, trois +francs par mois par cheval: il faudra donc que vous envoyiez +une ordonnance à chaque conseil d'administration en prévenant +le payeur que vous y affecterez une somme sur les +150,000 liv.</p> + +<p>Vous ferez également solder, sur cette somme, la gratification +d'entrée en campagne, les indemnités de pertes d'équipages; +les frais de bureaux pour toute l'armée seront +compris dans un état général que vous présentera le chef de +l'état-major.</p> + +<p>Les frais de poste pour toute l'armée et les dépenses extraordinaires +seront soldés par le chef de l'état-major. Vous lui +remettrez, à cet effet, au commencement de chaque mois, +50,000 liv. sur les 160,000 qui sont à votre disposition, et +il devra, à la fin de chaque mois, vous présenter l'état des +frais de bureaux de toute l'armée et des frais de poste.</p> + +<p>Sous quelque prétexte que ce soit, vous ne pourrez jamais +dépenser plus de 100,000 fr. par mois pour les objets +dont il est ci-dessus question, et 50,000 pour les deux articles +dont est chargé le chef de l'état-major.</p> + +<p>Lorsque des circonstances extraordinaires nécessiteront +une augmentation de fonds, il faudra, auparavant, que +vous donniez une ordonnance au payeur, afin que les fonds +mis à votre disposition soient approuvés.</p> + +<p>Les appointemens des médecins et autres administrateurs +des hôpitaux seront payés sur les fonds mis à votre disposition, +et vous vous arrangerez avec le payeur; mais il faut que, +sous quelque prétexte que ce soit, l'on ne détourne point pour +une autre destination les fonds destinés à la solde des troupes.</p> + +<p>Pour le mois de nivose, l'on a fait des fonds pour le prêt, +et l'on a mis 100,000 liv. à votre disposition; je vais ordonner +qu'on en remette 50,000 en exécution du présent ordre. +Je vous prie de me faire connaître les sommes qui vous sont +nécessaires pour la solde des officiers de santé.</p> + +<p>Je vous prie d'envoyer copie de la présente lettre au payeur +de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note donnée par le général Bonaparte au général divisionnaire +Clarke<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>.</i></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Footnote 12:</b><a href="#footnotetag12"> (return) </a> Cette note, sans date, nous a paru appartenir à la même époque +que la lettre précédente.</blockquote> + +<p>Mantoue est bloqué depuis plusieurs mois: il y a au +moins dix mille malades qui sont sans viande et sans médicamens; +il y a six à sept mille hommes de garnison qui sont +à la demi-ration de pain, à la viande de cheval et sans vin; +le bois même est rare. Il y avait dans Mantoue six mille +chevaux de cavalerie et trois mille d'artillerie: ils en tuent +cinquante par jour, ils en ont salé six cents; beaucoup sont +morts faute de fourrage; il en reste encore dix-huit cents de +cavalerie, qui se détruisent tous les jours: il est probable +que dans un mois Mantoue sera à nous. Pour accélérer cette +reddition, je fais préparer de quoi servir trois batteries incendiaires, +qui commenceront à jouer le 25 de ce mois.</p> + +<p>L'armée, qui était venue avec tant de forces au secours de +Mantoue, est battue: elle pourra être renforcée dans quinze +jours, mais il nous arrive des secours; d'ailleurs le général +Clarke ne peut pas entamer ses négociations avant douze +jours, et à cette époque, si la cour de Vienne conclut l'armistice, +c'est que l'on ne serait pas dans le cas de se présenter +avec quelque espoir de succès. Dans le cas contraire, la +cour de Vienne attendrait l'issue de ses derniers efforts avant +de rien conclure.</p> + +<p>Maîtres de Mantoue, l'on sera trop heureux de nous accorder +les limites du Rhin.</p> + +<p>Rome n'est point en armistice avec la république française, +elle est en guerre; elle ne veut payer aucune contribution, +la prise de Mantoue seule peut lui faire changer de +conduite.</p> + +<p>Nous perdrions donc par l'armistice:</p> + +<p>1°. Mantoue jusqu'en mai, et, à cette époque, nous le +trouverions parfaitement approvisionné, quelque arrangement +que l'on fasse; et les chaleurs le rendraient imprenable à la fin +de l'armistice.</p> + +<p>2°. Nous perdrions l'argent de Rome, que nous ne pouvons +avoir sans Mantoue: l'État de l'église est inabordable +en été.</p> + +<p>3°. L'empereur, étant plus près, ayant plus de moyens de +recruter, aura en mai une armée plus nombreuse que la nôtre; +car, quelque chose que l'on fasse, dès que l'on ne se +battra plus, tout le monde s'en ira. Dix à quinze jours de +repos feront du bien à l'armée d'Italie, trois mois la perdront.</p> + +<p>4°. La Lombardie est épuisée: nous ne pouvons nourrir +l'armée d'Italie qu'avec l'argent du pape ou de Trieste. Nous +nous trouverions très-embarrassés à l'ouverture de la campagne +qui suivrait l'armistice.</p> + +<p>5°. Maîtres de Mantoue, l'on sera dans le cas de ne pas +comprendre le pape dans l'armistice; l'armée d'Italie aura +une telle prépondérance, que l'on se trouvera heureux à +Vienne de pouvoir la paralyser pendant quelques mois.</p> + +<p>6°. Si, après l'armistice, on doit recommencer une nouvelle +campagne, l'armistice nous sera très-préjudiciable; si +l'armistice doit être le préliminaire de la paix, il ne faut le +faire qu'après la prise de Mantoue: il y aura le double de +chances pour qu'il soit bon et profitable.</p> + +<p>7°. Conclure l'armistice actuellement, c'est s'ôter les moyens +et les probabilités de faire une bonne paix dans un mois.</p> + +<p>Tout se résume à attendre la prise de Mantoue, à renforcer +cette armée de tous les moyens possibles, afin d'avoir de l'argent +pour la campagne prochaine, non-seulement pour l'Italie, +mais même pour le Rhin, et afin de pouvoir prendre une +offensive si déterminée et si alarmante pour l'empereur, que +la paix se conclue sans difficulté et avec gloire, honneur et +profit.</p> + +<p>Si l'on veut renforcer l'armée d'Italie de vingt mille hommes, +y compris les dix mille que l'on nous annonce du Rhin, et de +quinze cents hommes de cavalerie, l'on peut promettre, avant +le mois d'avril, 30,000,000 fr. aux armées du Rhin et de +Sambre et Meuse, et obliger l'empereur à tourner tous ses +efforts du côté du Frioul.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note remise au général Clarke par le général Bonaparte<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>.</i></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Footnote 13:</b><a href="#footnotetag13"> (return) </a> Cette deuxième note, aussi sans date, appartient encore à l'époque +précitée.</blockquote> + +<p>Après y avoir songé long-temps, je ne vois pas de condition +raisonnable que l'on puisse établir pour le <i>statu quo</i> de +Mantoue.</p> + +<p>Il y a trois choses:</p> + +<p>1°. Les fourrages pour la cavalerie;</p> + +<p>2°. Les vivres pour la garnison et les habitans;</p> + +<p>3°. Les remèdes pour les malades.</p> + +<p>Quelque chose que l'on fasse et que l'on établisse, nous +verrons nous échapper Mantoue, si l'on conclut l'armistice +avant la prise de cette place, et, sans cette place, nous +n'obtiendrons pas de paix raisonnable.</p> + +<p>Je le répète, l'armistice, soit qu'on le considère comme les +préliminaires de la paix, soit comme devant nous servir pour +les préparatifs de la campagne prochaine, sera utile et conforme +aux intérêts de la république lorsque nous aurons Mantoue. +Je crois qu'il n'y a qu'un moyen de retarder la paix de +l'Europe, c'est de conclure un armistice sans avoir Mantoue; +c'est un sûr moyen de faire une nouvelle campagne, pour le +succès de laquelle on aura rendu nuls tous les succès obtenus +dans celle-ci. Que l'on n'oublie pas qu'une démarche prématurée +en ce genre peut tout perdre.</p> + +<p>Les limites que l'on devrait désigner sont:</p> + +<p>Les troupes impériales ne pourraient pas passer la Brenta;</p> + +<p>Les troupes françaises, l'Adige.</p> + +<p>Du côté du nord, les troupes impériales ne pourront passer +Alla, Mori, Torbole, Thion jusqu'à Lodrone, sans +pouvoir de ce côté entrer dans les états vénitiens;</p> + +<p>Les troupes françaises, la Chiuza, Rivoli, Torri, Salo, +Brescia, Bergame.</p> + +<p>Le reste de l'Italie, soit qu'il ait appartenu à l'empereur, +soit au duc de Modène ou à l'archiduchesse de Milan, demeurerait +<i>in statu quo</i>.</p> + +<p>Bologne, Ferrare, Ancône <i>in statu quo</i>, conformément à +l'exécution de l'armistice avec le pape; mais comme l'armistice +doit être exécuté en thermidor et en brumaire, et que +cette époque est passée, on pourra lui accorder un mois, au +plus, à compter du jour où se signera le traité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 nivose an 5 +(1er janvier 1797)</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien faire traduire devant le conseil militaire +de la Lombardie les citoyens Bockty, Chevilly et Descriveur, +employés à différentes administrations de l'armée, +pour avoir volé et compromis l'armée et les opérations les +plus importantes de la guerre. C'est par cette dilapidation +infâme, le rachat des bons et les versemens factices, qu'ils +ont compromis mon opération et ont été la cause de la perte +d'un grand nombre de nos camarades; enfin ce sont de pareilles +friponneries qu'il faut réprimer par des exemples sévères, +pour empêcher qu'au milieu de l'Italie, c'est-à-dire la +contrée la plus fertile de l'Europe, le soldat ne manque du +nécessaire, comme cela est arrivé plusieurs fois.</p> + +<p>J'accuse M. Bockty d'avoir porté la corruption parmi nos +agens, et de n'être venu à l'armée que pour faire manquer +mon opération en faisant des versemens factices.</p> + +<p>J'accuse le citoyen Chevilly d'être un des points d'appui +de tout ce manège, et d'avoir gagné des sommes considérables +au détriment du soldat.</p> + +<p>Le citoyen Descriveur, garde-magasin à Crémone, a offert +à M. Bockty dix mille pintes de vin de versement factice: +il est connu depuis longtemps pour faire cet infâme commerce.</p> + +<p>Je demande en conséquence que ces trois employés soient +condamnés à la peine de mort, ne devant pas être considérés +comme de simples voleurs, mais comme des hommes qui +tous les jours atténuent les moyens de l'armée et font manquer +les opérations les mieux concertées, ou du moins n'en +permettent la réussite qu'après une expansion de sang français, +qui est trop précieux pour qu'on ne prenne pas toutes +les mesures capables d'épouvanter leurs complices, trop +nombreux dans l'armée d'Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 nivose an 5 +(1er janvier 1797)</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen président du congrès cispadan.</i></p> + +<p>J'ai appris avec le plus vif intérêt, par votre lettre du 30 +décembre, que les républiques cispadanes s'étaient réunies +en une seule, et que, prenant pour symbole un carquois, +elles étaient convaincues que leur force est dans l'unité et +l'indivisibilité. La misérable Italie est depuis longtemps effacée +du tableau des puissances de l'Europe. Si les Italiens +d'aujourd'hui sont dignes de recouvrer leurs droits et de se +donner un gouvernement libre, l'on verra un jour leur patrie +figurer glorieusement parmi les puissances du globe; mais +n'oubliez pas que les lois ne sont rien sans la force. Votre premier +regard doit se porter sur votre organisation militaire. +La nature vous a tout donné, et, après l'unité et la sagesse +que l'on remarque dans vos différentes délibérations, il ne +vous manque plus, pour atteindre au but, que d'avoir des +bataillons aguerris et animés du feu sacré de la patrie.</p> + +<p>Vous êtes dans une position plus heureuse que le peuple +français, vous pouvez arriver à la liberté sans la révolution +et ses crimes. Les malheurs qui ont affligé la France avant +l'établissement de la constitution ne se verront jamais au milieu +de vous. L'unité qui lie les diverses parties de la république +cispadane, sera le modèle constamment suivi de l'union +qui régnera entre toutes les classes de ses citoyens; et le +fruit de la correspondance de vos principes et de vos sentimens +soutenus par le courage, sera la liberté, la république +et la prospérité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 nivose an 5 +(1er janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. Bataglia, provéditeur de la république de Venise à +Brescia.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant, monsieur, la lettre que vous vous +êtes donné la peine de m'écrire. Les troupes françaises ont +occupé Bergame pour prévenir l'ennemi, qui avait l'intention +d'occuper ce poste essentiel. Je vous avouerai franchement +que j'ai été bien aise de saisir cette circonstance pour chasser +de cette ville la grande quantité d'émigrés qui s'y étaient réfugiés, +et châtier un peu les libellistes, qui y sont en grand +nombre, et qui, depuis le commencement de la campagne, +ne cessent de prêcher l'assassinat contre les troupes françaises, +et qui ont, jusqu'à un certain point, produit cet effet, puisqu'il +est constant que les Bergamasques ont plus assassiné de +Français, que le reste de l'Italie ensemble.</p> + +<p>La conduite de M. le provéditeur de Bergame a toujours +été très partiale en faveur des Autrichiens, et il ne s'est jamais +donné la peine de dissimuler, tant par sa correspondance +que par ses propos et par ses actions, la haine qui +l'anime contre l'armée française. Je ne suis point son juge, +ni celui d'aucun sujet de la sérénissime république de Venise; +cependant, lorsque, contre les intentions bien connues +de leur gouvernement, il est des personnes qui transgressent +les principes de la neutralité et se conduisent en ennemis, +le droit naturel m'autoriserait aussi à me servir de représailles.</p> + +<p>Engagez, je vous prie, M. le provéditeur de Bergame, +qui est votre subordonné, à être un peu plus modeste, plus +réservé et un peu moins fanfaron lorsque les troupes françaises +sont éloignées de lui. Engagez-le à être un peu moins +pusillanime, à se laisser moins dominer par la peur à la vue +des premiers pelotons français. Si ce sentiment, qui est celui +peut-être d'un châtiment qu'il savait avoir mérité par sa conduite +passée à l'égard des Français, ne l'avait prédominé, le +château de Bergame n'aurait point été évacué par les troupes +vénitiennes, mais on s'y serait conduit comme à Brescia et à +Verone.</p> + +<p>Immédiatement après le reçu de votre lettre, j'ai pris en +considération la position de la ville de Bergame, que j'ai fait +évacuer par une partie des troupes qui y étaient. J'ai donné +l'ordre au général Baraguay d'Hilliers de restituer le château +à la garnison vénitienne et de faire le service ensemble. Quant +à la tranquillité de Bergame, vos intentions, celle du gouvernement +de Venise et la bonté de ce peuple m'en sont un +sûr garant. Je connais le petit nombre d'hommes mal intentionnés, +qui, depuis six mois, ne cessent de prêcher la croisade +contre les Français. Malheur à eux, s'ils s'écartent des +sentimens de modération et d'amitié qui unissent les deux +gouvernemens!</p> + +<p>C'est avec plaisir que je saisis cette occasion, monsieur, +pour rendre justice au désir de la tranquillité publique que +montrent M. l'évêque de Bergame et son respectable clergé. +Je me convaincs tous les jours d'une vérité bien démontrée à +mes yeux, c'est que si le clergé de France eût été aussi sage, +aussi modéré, aussi attaché aux principes de l'Évangile, la +religion romaine n'aurait subi aucun changement en France; +mais la corruption de la monarchie avait infecté jusqu'à la +classe des ministres de la religion: l'on n'y voyait plus des +hommes d'une vie exemplaire et d'une morale pure, tels que +le cardinal Mattei, le cardinal archevêque de Bologne, +l'évêque de Modène, l'évêque de Pavie, l'archevêque de +Pise; il m'a paru quelquefois, discourant avec ces personnages +respectables, me retrouver aux premiers siècles de +l'Église.</p> + +<p>Je vous prie de croire, monsieur, aux sentimens d'estime, +etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 nivose an 5 +(6 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Plus j'approfondis, dans mes momens de loisir, les plaies +incurables des administrations de l'armée d'Italie, plus je me +convaincs de la nécessité d'y porter un remède prompt et infaillible.</p> + +<p>La comptabilité de l'armée est, chez le payeur, dans un +désordre frappant; on ne peut avoir compte de rien, et à la +réputation de friponner bien constatée du contrôleur se joint +l'ineptie des autres employés. Tout se vend. L'armée consomme +cinq fois ce qui lui est nécessaire, parce que les +gardes-magasins font de faux bons, et sont de moitié avec les +commissaires des guerres.</p> + +<p>Les principales actrices de l'Italie sont entretenues par les +employés de l'armée française; le luxe, la dépravation et la +malversation sont à leur comble. Les lois sont insuffisantes: +il n'y a qu'un seul remède; il est à la fois analogue à l'expérience, +à l'histoire et à la nature du gouvernement républicain: +c'est une syndicature, magistrature qui serait composée +d'une ou de trois personnes, dont l'autorité durerait seulement +trois ou cinq jours, et qui, pendant ce court espace, +aurait le droit de faire fusiller un administrateur quelconque +de l'armée. Cette magistrature, envoyée tous les ans aux armées, +ferait que tout le monde ménagerait l'opinion publique, +et garderait une certaine décence, non-seulement dans +les moeurs et dans la dépense, mais encore dans le service +journalier.</p> + +<p>Le maréchal de Herwick fit pendre l'intendant de l'armée, +parce qu'il manqua de vivres; et nous, au milieu de l'Italie, +ayant tout en abondance, dépensant dans un mois cinq fois +ce qu'il nous faudrait, nous manquons souvent. Ne croyez pas +cependant que je sois mou, et que je trahisse la patrie dans +cette portion essentielle de mes fonctions. Je fais arrêter tous +les jours des employés, je fais examiner leurs papiers, visiter +les caisses; mais je ne suis secondé par personne, et les lois +n'accordent pas une assez grande autorité au général pour +pouvoir imprimer une terreur salutaire à cette nuée de fripons. +Cependant le mal diminue, et, à force de gronder, de +punir et de me fâcher, les choses, je l'espère, se feront avec +un peu plus de décence; mais songez, je vous le répète, à +l'idée que je vous donne d'une syndicature.</p> + +<p>Je vous ferai passer incessamment le procès-verbal qu'on +m'apporte de l'interrogatoire d'un fournisseur arrêté par mes +ordres: par ce procès-verbal, vous verrez combien le mal est +porté à son comble et a besoin d'un remède puissant.</p> + +<p>La compagnie Flachat a donné à l'Italie l'exemple des rachats. +Le commissaire ordonnateur Sucy, qui avait connaissance +de tous ces tripotages, m'en a parlé avec quelques détails +lors de son dernier voyage à Milan.</p> + +<p>Ces gens-là ont peut-être gagné trois millions par des versemens +factices. Cette compagnie doit cinq millions à l'armée, +provenant des contributions; le payeur de l'armée a tiré, sur +sa maison à Gênes, pour six cent mille livres de traites pour +le prêt, elle a eu l'impudeur de les laisser protester. J'ai regardé +la compagnie comme banqueroutière, et j'ai fait mettre +les scellés sur ses maisons de Livourne et de Gênes. Je vous +prie de donner des ordres pour faire arrêter à Paris les agens +de cette compagnie: ce sont les plus grands escrocs de l'Europe; +ils nous ont mis ici dans une situation bien embarrassante. +J'ai voulu faire arrêter Flachat et son beau-frère, agent +de la compagnie à Milan, jusqu'à ce qu'ils eussent payé; mais +ces fripons s'étaient sauvés.</p> + +<p>En vous parlant des friponneries qui se commettent, je ne +dois pas manquer de rendre justice aux employés qui se conduisent +bien et avec décence.</p> + +<p>Je suis très-content du citoyen Pesillicot, agent de la +compagnie Cerfbeer. Si cette compagnie nous avait envoyé +un homme comme celui-là au commencement de la campagne, +elle eût gagné plusieurs millions, et l'armée encore +davantage.</p> + +<p>Je suis également content de l'agent des vivres-viandes, +Collot: c'est un administrateur, il soutient son service.</p> + +<p>Parmi les commissaires des guerres, la probité du citoyen +Boinot est particulièrement distinguée et reconnue par toute +l'armée. S'il y avait à l'armée une quinzaine de commissaires +des guerres comme celui-là, vous pourriez leur faire présent +de cent mille écus à chaque, et nous aurions encore gagné +une quinzaine de millions. Je vous prie de donner à ces différens +administrateurs des marques de votre satisfaction.</p> + +<p>Je vous enverrai une dénonciation du commissaire des +guerres Boinot contre l'ancien agent de la compagnie Cerfbeer, +Thévenin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 24 nivose an 5 +(12 février 1797)</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le prince Belmonte Pignatelli, ministre de S-M. le +roi des Deux-Siciles.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif m'a envoyé dans le temps, monsieur, +les notes que vous lui avez remises, exprimant le désir que le +roi votre maître avait que l'armistice conclu entre la république +française et le pape continuât à avoir lieu et pût servir à +un accommodement définitif.</p> + +<p>J'ai en conséquence réitéré dès-lors auprès de la cour de +Rome mes instances pour l'exécution des conditions de l'armistice, +et pour y ouvrir des négociations de paix, comme +vous le verrez par les pièces que je vous ferai passer. Mais la +cour de Rome, livrée à l'esprit de vertige, a préféré le hasard +des armes: la guerre est devenue dès-lors inévitable; mais, +fidèle au système de modération qui dirige exclusivement les +opérations du directoire exécutif, et envieux de donner à sa +majesté le roi des Deux-Siciles une preuve de la considération +qu'a pour lui la république française, après la première +conférence que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous, j'ai écrit +la lettre que je vous ai communiquée à M. le cardinal Mattei. +Je ne doute point que le directoire exécutif de la république +française ne soit charmé, dans toutes les circonstances, de +saisir les occasions d'affermir la paix qui l'unit à sa majesté le +roi des Deux-Siciles, et de montrer sa modération au milieu +des succès éclatans que vient d'obtenir l'armée d'Italie, par +les défaites de l'armée autrichienne et la prise de Mantoue, +comme elle a montré à l'Europe sa fermeté dans tout ce qui +tendait à soutenir la dignité de la république et la gloire des +armes françaises.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 24 nivose an 5 +(13 janvier 1797)</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p> + +<p>Je vous prie de me faire connaître le plus tôt possible si vous +croyez que l'ennemi a devant vous plus de neuf mille hommes. +Il est très-nécessaire que je sache si l'attaque que l'on vous +fait est une attaque réelle, égale ou supérieure à vos forces, ou +si c'est une attaque secondaire et pour donner le change.</p> + +<p>L'ennemi nous présente sur Verone à peu près six mille +hommes, que je donne ordre d'attaquer dans le moment. Si +vous avez neuf ou dix mille hommes devant vous, ce +qui doit réellement être pour oser faire une attaque véritable, +il s'ensuivrait qu'il n'aurait pas du côté de Legnago +plus de neuf à dix mille hommes; si cela était, et que votre +attaque et celle que je fais faire ici réussissent ce soir comme +il faut, je serai bien loin d'avoir à craindre qu'ils ne passent +l'Adige.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Villa-Franca, le 26 nivose an 5 +(15 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p> + +<p>Je vous apprends avec plaisir, mon cher général, que le +général Augereau a attaqué hier l'ennemi, lui a pris quelques +hommes, douze pièces de canon, lui a brûlé ses ponts, etc.</p> + +<p>Vous avez bien fait de garder la soixante-quinzième; la +victoire ne sera pas douteuse, et le succès de ce matin est +d'un bon augure. Mantoue fait dans ce moment-ci une sortie +qui ne paraît pas lui réussir.</p> + +<p>J'envoie la dix-huitième demi-brigade, qui arrive à son +secours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Roverbello, le 26 nivose an 5 +(15 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p> + +<p>La dix-huitième et la cinquante-septième sont ici. L'ennemi, +après avoir passé l'Adige, s'est divisé en deux corps: +le premier s'est mis en marche vers Mantoue, le second est +resté à Anghuiara pour défendre le pont de l'Adige. Les généraux +de division Guieux et Augereau ont attaqué ce corps, +auquel ils ont fait deux mille prisonniers, pris plusieurs +pièces de canon, et brûlé tous ses ponts sur l'Adige.</p> + +<p>Le premier corps s'est présenté à midi à Saint-George: le +général Miollis, qu'il a sommé de se rendre, lui a répondu +à coups de canon. Après une fusillade très-opiniâtre, l'ennemi +n'a point pu forcer ce poste essentiel; il est dans ce moment-ci +entre Saint-George et le Mincio, au village de Valdagno, +où il cherche à communiquer par le lac avec la garnison +de Mantoue. Je fais reconnaître dans ce moment sa position; +j'attends quelques rapports sur les reconnaissances +que j'ai fait faire de la Molinella, après quoi je chercherai à +le battre. Si le général Augereau, comme je pense, se porte +sur Castellara à la suite de cette colonne qui lui a échappé, +vous sentez que nous vaincrons facilement. La trente-deuxième +vient d'arriver à Franca, cela nous mettra à même de finir +bientôt cette lutte sanglante et vive, qui est, je crois, une des +plus actives de la campagne. J'attends avant minuit un +petit billet de votre part, de la Corona.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 28 nivose an 5 +(17 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p> + +<p>Nous voilà donc aux mêmes positions où nous étions, +M. Alvinzi ne peut pas en dire autant: il s'agit actuellement +de savoir en profiter. Je vous prie de me faire passer votre +état de situation, et de veiller à ce qu'il soit exact. Je viens +d'ordonner qu'on vous envoie le vingt-quatrième régiment de +chasseurs en place du vingt-deuxième: si cet arrangement ne +vous convenait pas, il faut que vous m'en préveniez sur-le-champ.</p> + +<p>Je viens d'ordonner au général d'artillerie de fournir à +votre division douze pièces d'artillerie prêtes à marcher, +et trois pièces d'artillerie de montagne. Il ne peut vous +manquer pour marcher que des souliers et des vivres. Faites +vérifier dans vos magasins, et faites transporter à Rivoli +trente mille rations de biscuit, et assurez-vous qu'il existe +dans vos magasins tout ce qui est nécessaire pour avoir, le 30 +au soir, trente mille rations de pain: cela fait des vivres pour +votre division pendant quatre jours.</p> + +<p>Il paraît encore vous manquer de souliers: faites-moi +connaître dans la nuit, au juste et sans exagération, combien +il vous en faut. Renvoyez-moi la carte que j'ai laissée chez +vous, de la ligne entre Rivoli et l'Adige.</p> + +<p>Je vous préviens que vous vous mettrez en mouvement +dans la nuit du 30 nivose au 1er pluviose.</p> + +<p>Faites-moi passer le plus tôt possible une relation des deux +journées de la Corona, du combat de Rivoli, le nom des +hommes qui se sont distingués et l'avancement qu'on pourrait +leur donner.</p> + +<p>Vous voilà avec deux seuls généraux de brigade, Baraguay +d'Hilliers et Vial; je viens de donner les ordres pour +que le général Dugoulot se rende sous vos ordres; je ferai +demain donner des ordres à un quatrième.</p> + +<p>Je n'ai point vu le chef de brigade de la quatorzième de ligne +à la bataille de Rivoli: mon intention est que les chefs +de brigade commandant restent toujours à leurs corps, et +que les membres du conseil militaire, quel que soit leur +grade, se trouvent à leurs drapeaux à toutes les affaires générales.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Roverbello, le 28 nivose an 5 +(17 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Il s'est passé depuis le 23 des opérations d'une importance +telle, et qui ont si fort multiplié les actions militaires, +qu'il m'est impossible, avant demain, de vous en faire un +détail circonstancié. Je me contente aujourd'hui de vous les +annoncer.</p> + +<p>Le 23 nivose, l'ennemi est venu attaquer la division du +général Masséna devant Verone, ce qui a donné lieu au +combat de Saint-Michel, où nous l'avons battu complètement. +Nous lui avons fait six cents prisonniers et pris trois +pièces de canon. Le même jour, il attaqua la tête de notre +ligne de Montebello, et donna lieu au combat de la Corona, +où il a été repoussé. Nous lui avons fait cent dix prisonniers.</p> + +<p>Le 24, à minuit, la division de l'armée ennemie, qui depuis +le 19 était établie à Bevilaqua, où elle avait fait replier +l'avant-garde du général Augereau, jeta rapidement un +pont sur l'Adige, à une lieue de Porto-Legnago, vis-à-vis +Anghiari.</p> + +<p>Le 24, au matin, l'ennemi fit filer une colonne très-forte +par Montagna et Caprino, et par là obligea la division du +général Joubert à évacuer la Corona et à se concentrer à Rivoli. +J'avais prévu le mouvement, je m'y portai dans la nuit, +et cela donna lieu à la bataille de Rivoli, que nous avons +gagnée le 25 et le 26, après une résistance opiniâtre, et où +nous avons fait à l'ennemi treize mille prisonniers, pris plusieurs +drapeaux et plusieurs pièces de canon. Le général Alvinzi, +presque seul, a eu beaucoup de peine à se sauver.</p> + +<p>Le 25, le général Guieux attaqua l'ennemi à Anghiari, +pour chercher à le culbuter avant qu'il eût entièrement effectué +son passage. Il ne réussit pas dans son objet, mais il fit +trois cents prisonniers.</p> + +<p>Le 26, le général Augereau attaqua l'ennemi à Anghiari, +ce qui donna lieu au second combat d'Anghiari. Il lui fit +deux mille prisonniers, s'empara de seize pièces de canon, et +brûla tous les ponts sur l'Adige; mais l'ennemi, profitant de +la nuit, défila sur Mantoue. Il était déjà arrivé à une portée +de canon de cette place; il attaqua Saint-George, faubourg +que nous avions retranché avec soin, et ne put l'emporter. +J'arrivai dans la nuit avec des renforts, ce qui donna lieu à la +bataille de la Favorite, sur le champ de bataille de laquelle +je vous écris. Le fruit de cette bataille est sept mille prisonniers, +des drapeaux, des canons, tous les bagages de l'armée, +un régiment de hussards, et un convoi considérable de grains +et de boeufs que l'ennemi prétendait faire entrer dans Mantoue. +Wurmser a voulu faire une sortie pour attaquer l'aile +gauche de notre armée; mais il a été reçu comme d'ordinaire +et obligé de rentrer. Voilà donc, en trois ou quatre jours, la +cinquième armée de l'empereur entièrement détruite.</p> + +<p>Nous avons fait vingt-trois mille prisonniers, parmi lesquels +un lieutenant-général, deux généraux, six mille hommes +tués ou blessés, soixante pièces de canon, et environ +vingt-quatre drapeaux. Tous les bataillons de volontaires de +Vienne ont été faits prisonniers: leurs drapeaux sont brodés +des mains de l'impératrice.</p> + +<p>L'armée du général Alvinzi était de près de cinquante mille +hommes, dont une partie était arrivée en poste de l'intérieur +de l'Autriche.</p> + +<p>Du moment que je serai de retour au quartier-général, je +vous ferai passer une relation détaillée, pour vous faire connaître +les mouvemens militaires qui ont eu lieu, ainsi que les +corps et les individus qui se sont distingués. Nous n'avons +eu dans toutes ces affaires que sept cents hommes tués et environ +douze cents blessés. L'armée est animée du meilleur esprit +et dans les meilleures dispositions.</p> + +<p>Vous m'avez annoncé, depuis plus de trois mois, dix mille +hommes venant de l'Océan; il n'est encore arrivé que la +soixante-quatrième demi-brigade, forte de dix-huit cents +hommes.</p> + +<p>L'empereur aura réorganisé une nouvelle armée en Italie, +avant que je n'aie reçu ces dix mille hommes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 29 nivose an 5 +(18 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je m'étais rendu à Bologne avec deux mille hommes, afin +de chercher, par ma proximité, à en imposer à la cour de +Rome, et lui faire adopter un système pacifique, dont cette +cour parait s'éloigner de plus en plus depuis quelque temps.</p> + +<p>J'avais aussi une négociation entamée avec le grand-duc de +Toscane, relativement à la garnison de Livourne, que ma +présence à Bologne terminerait infailliblement.</p> + +<p>Mais, le 18 nivose, la division ennemie qui était à Padoue +se mit en mouvement; le 19, elle attaqua l'avant-garde +du général Augereau qui était à Bevilaqua, en avant de +Porto-Legnago; après une escarmouche assez vive, l'adjudant-général +Dufour qui commandait cette avant-garde, se +retira à San-Zeno, et le lendemain à Porto-Legnago, après +avoir eu le temps, par sa résistance, de prévenir toute la +ligne de la marche de l'ennemi.</p> + +<p>Je fis passer aussitôt sur l'Adige les deux mille hommes +que j'avais avec moi à Bologne, et je partis immédiatement +après pour Verone.</p> + +<p>Le 23, à six heures du matin, les ennemis se présentèrent +devant Verone, et attaquèrent l'avant-garde du général Masséna, +placée au village de Saint-Michel: ce général sortit de +Verone, rangea sa division en bataille, et marcha droit à +l'ennemi, qu'il mit en déroute, lui enleva trois pièces de canon, +et lui fit six cents prisonniers. Les grenadiers de la +soixante-quinzième enlevèrent les pièces à la baïonnette; ils +avaient à leur tête le général Brune, qui a eu ses habits percés +de sept balles.</p> + +<p>Le même jour et à la même heure, l'ennemi attaquait la +tête de notre ligne de Montebaldo, défendue par l'infanterie +légère du général Joubert: le combat fut vif et opiniâtre, +l'ennemi s'était emparé de la première redoute; mais Joubert +se précipita à la tête de ses carabiniers, chassa l'ennemi, qu'il +mit en déroute complète, et lui fit cent dix prisonniers.</p> + +<p>Le 24, l'ennemi jeta brusquement un pont à Anghiari, et +y fit passer son avant-garde, à une lieue de Porto-Legnago; +en même temps le général Joubert m'instruisit qu'une colonne +assez considérable filait par Montagna, et menaçait de tourner +son avant-garde à la Corona. Différens indices me firent +connaître le véritable projet de l'ennemi, et je ne doutai plus +qu'il n'eût envie d'attaquer, avec ses principales forces, ma +ligne de Rivoli, et par là arriver à Mantoue: je fis partir +dans la nuit la plus grande partie de la division du général +Masséna, et je me rendis moi-même à Rivoli, où j'arrivai à +deux heures après minuit.</p> + +<p>Je fis aussitôt reprendre au général Joubert la position intéressante +de San-Marco; je fis garnir le plateau de Rivoli +d'artillerie, et je disposai le tout, afin de prendre, à la pointe +du jour, une offensive redoutable, et de marcher moi-même à +l'ennemi.</p> + +<p>À la pointe du jour, notre aile droite et l'aile gauche de +l'ennemi se rencontrèrent sur les hauteurs de San-Marco: le +combat fut terrible et opiniâtre.</p> + +<p>Le général Joubert, à la tête de la trente-troisième, soutenait +son infanterie légère que commandait le général Vial.</p> + +<p>Cependant, M. Alvinzi, qui avait fait ses dispositions, le +24, pour enfermer toute la division du général Joubert, continuait +d'exécuter son même projet; il ne se doutait pas que +pendant la nuit j'y étais arrivé avec des renforts assez considérables +pour rendre son opération non-seulement impossible, +mais encore désastreuse pour lui. Notre gauche fut vivement +attaquée; elle plia, et l'ennemi se porta sur le centre.</p> + +<p>La quatorzième demi-brigade soutint le choc avec la plus +grande bravoure. Le général Berthier, chef de l'état-major, +que j'y avais laissé, déploya dans cette occasion la bravoure +dont il a fait si souvent preuve dans cette campagne.</p> + +<p>Les Autrichiens, encouragés par leur nombre, redoublaient +d'efforts pour enlever les canons placés devant cette demi-brigade: +un capitaine s'élance au devant de l'ennemi, en +criant: quatorzième, laisserez-vous prendre vos pièces? En +même temps la trente-unième, que j'avais envoyée pour rallier +la gauche, paraît, reprend toutes les positions perdues, +et, conduite par son général de division Masséna, rétablit +entièrement les affaires.</p> + +<p>Cependant, il y avait déjà trois heures que l'on se battait, +et l'ennemi ne nous avait pas encore présenté toutes ses forces; +une colonne ennemie qui avait longé l'Adige, sous la protection +d'un grand nombre de pièces, marche droit au plateau +de Rivoli pour l'enlever, et par là menace de tourner la +droite et le centre. J'ordonnai au général de cavalerie Leclerc +de se porter pour charger l'ennemi, s'il parvenait à s'emparer +du plateau de Rivoli, et j'envoyai le chef d'escadron Lasalle, +avec cinquante dragons, prendre en flanc l'infanterie +ennemie qui attaquait le centre, et la charger vigoureusement. +Au même instant, le général Joubert avait fait descendre des +hauteurs de San-Marco quelques bataillons qui plongeaient +le plateau de Rivoli. L'ennemi, qui avait déjà pénétré sur le +plateau, attaqué vivement et de tous côtés, laisse un grand +nombre de morts, une partie de son artillerie, et rentre dans +la vallée de l'Adige. À peu près au même moment, la colonne +ennemie qui était déjà depuis long-temps en marche pour +nous tourner et nous couper toute retraite, se rangea en bataille +sur des pitons derrière nous. J'avais laissé la soixante-quinzième +en réserve, qui non-seulement tint cette colonne +en respect, mais encore en attaqua la gauche qui, s'était +avancée, et la mit sur-le-champ en déroute. La dix-huitième +demi-brigade arriva sur ces entrefaites, dans le temps que le +général Rey avait pris position derrière la colonne qui nous +tournait; je fis aussitôt canonner l'ennemi avec quelques +pièces de 12; j'ordonnai l'attaque, et, en moins d'un quart +d'heure, toute cette colonne, composée de plus de quatre +mille hommes, fut faite prisonnière.</p> + +<p>L'ennemi, partout en déroute, fut partout poursuivi, et +pendant toute la nuit on nous amena des prisonniers. Quinze +cents hommes qui se sauvaient par Guarda furent arrêtés +par cinquante hommes de la dix-huitième, qui, du +moment qu'ils les eurent reconnus, marchèrent sur eux avec +confiance et leur ordonnèrent de poser les armes.</p> + +<p>L'ennemi était encore maître de la Corona, mais ne pouvait +plus être dangereux. Il fallait s'empresser de marcher +contre la division de M. le général Provera, qui avait passé +l'Adige, le 24, à Anghiari; je fis filer le général Victor avec la +brave cinquante-septième, et rétrograder le général Masséna, +qui, avec une partie de sa division, arriva à Roverbello, +le 25.</p> + +<p>Je laissai l'ordre, en partant, au général Joubert d'attaquer, +à la pointe du jour, l'ennemi s'il était assez téméraire +pour rester encore à la Corona.</p> + +<p>Le général Murat avait marché toute la nuit avec une demi-brigade +d'infanterie légère et devait paraître, dans la matinée, +sur les hauteurs de Montebaldo, qui dominent la Corona: +effectivement, après une résistance assez vive, l'ennemi +fut mis en déroute, et ce qui était échappé à la journée +de la veille fut fait prisonnier: la cavalerie ne put se sauver +qu'en traversant l'Adige à la nage et il s'en noya beaucoup.</p> + +<p>Nous avons fait, dans les deux journées de Rivoli, treize +mille prisonniers, et pris neuf pièces de canon: les généraux +Sandos et Meyer ont été blessés en combattant vaillamment à +la tête des troupes.</p> + + + + +<p class="milieu"><i>Combat de Saint-George.</i></p> + + +<p>M. le général Provera, à la tête de six mille hommes, arriva +le 26, à midi, au faubourg de Saint-George; il l'attaqua +pendant toute la journée, mais inutilement: le général de +brigade Miollis défendait ce faubourg; le chef de bataillon du +génie Samson, l'avait fait retrancher avec soin; le général +Miollis, aussi actif qu'intrépide, loin d'être intimidé des menaces +de l'ennemi, lui répondit avec du canon, et gagna +ainsi la nuit du 26 au 27, pendant laquelle j'ordonnai au +général Serrurier d'occuper la Favorite avec la cinquante-septième +et la dix-huitième demi-brigade de ligne et toutes +les forces disponibles que l'on put tirer des divisions du +blocus; mais, avant de vous rendre compte de la bataille de +la Favorite, qui a eu lieu le 27, je dois vous parler des deux +combats d'Anghiari.</p> + +<p class="milieu"><i>Premier combat d'Anghiari.</i></p> + + +<p>La division du général Provera, forte de dix mille hommes, +avait forcé le passage d'Anghiari; le général de division +Guieux avait aussitôt réuni toutes les forces qu'il avait trouvées, +et avait marché à l'ennemi: n'ayant que quinze cents +hommes, il ne put parvenir à faire repasser la rivière à l'ennemi; +mais il l'arrêta une partie de la journée et lui fit trois +cents prisonniers.</p> + + + + +<p class="milieu"><i>Deuxième combat d'Anghiari.</i></p> + + +<p>Le général Provera ne perdit pas un instant et fila sur-le-champ +sur Castellara. Le général Augereau tomba sur l'arrière-garde +de sa division, et après un combat assez vif, enleva +toute l'arrière-garde de l'ennemi, lui prit seize pièces +de canon, et lui fit deux mille prisonniers. L'adjudant-général +Duphot s'y est particulièrement distingué par son courage. +Les neuvième et dix-huitième régimens de dragons et +le vingt-cinquième régiment de chasseurs s'y sont parfaitement +conduits. Le commandant des hulans se présente +devant un escadron du neuvième régiment de dragons, et, +par une de ces fanfaronnades communes aux Autrichiens: Rendez-vous! +crie-t-il au régiment. Le citoyen Duvivier fait arrêter +son escadron: Si tu es brave, viens me prendre, crie-t-il +au commandant ennemi. Les deux corps s'arrêtent, et les +deux chefs donnèrent un exemple de ces combats que nous +décrit avec tant d'agrément Le Tasse. Le commandant des +hulans fut blessé de deux coups de sabre: ces troupes alors +se chargèrent, et les hulans furent faits prisonniers.</p> + +<p>Le général Provera fila toute la nuit, arriva, comme j'ai +eu l'honneur de vous le dire, à Saint-George, et l'attaqua +le 26; n'ayant pas pu y entrer, il projeta de forcer la Favorite, +de percer les lignes du blocus, et, secondé par une +sortie que devait faire Wurmser, de se jeter dans Mantoue.</p> + + + + +<p class="milieu"><i>Bataille de la Favorite.</i></p> + + +<p>Le 27, à une heure avant le jour, les ennemis attaquèrent +la Favorite, dans le temps que Wurmser fit une sortie, et +attaqua les lignes du blocus par Saint-Antoine; le général +Victor, à la tête de la cinquante-septième demi-brigade, culbuta +tout ce qui se trouva devant lui. Wurmser fut obligé +de rentrer dans Mantoue presque aussitôt qu'il en était sorti, +et laissa le champ de bataille couvert de morts et de prisonniers +de guerre. Serrurier fit avancer alors le général Victor +avec la cinquante-septième demi-brigade, afin d'acculer Provera +au faubourg de Saint-George, et par là le tenir bloqué. +Effectivement la confusion et le désordre étaient dans les rangs +ennemis; cavalerie, infanterie, artillerie, tout était pêle-mêle; +la terrible cinquante-septième demi-brigade n'était arrêtée +par rien; d'un côté elle prenait trois pièces de canon, +d'un autre elle mettait à pied le régiment des hussards de +Herdendy. Dans ce moment le respectable général Provera +demanda à capituler; il compta sur notre générosité, et ne se +trompa pas. Nous lui accordâmes le capitulation dont je vous +enverrai les articles: six mille prisonniers, parmi lesquels +tous les volontaires de Vienne, vingt pièces de canon, furent +le fruit de cette journée mémorable.</p> + +<p>L'armée de la république a donc, en quatre jours, gagné +deux batailles rangées et six combats, fait près de vingt-cinq +mille prisonniers, parmi lesquels un lieutenant-général et +deux généraux, douze à quinze colonels, etc.; pris vingt +drapeaux, soixante pièces de canon, et tué ou blessé au moins +six mille hommes.</p> + +<p>Je vous demande le grade de général de division pour le +général Victor, celui de général de brigade pour l'adjudant-général +Vaux; toutes les demi-brigades se sont couvertes de +gloire, et spécialement les trente-deuxième, cinquante-septième +et dix-huitième de ligne, que commandait le général +Masséna, et qui, en trois jours, ont battu l'ennemi à Saint-Michel, +à Rivoli et à Roverbello. Les légions romaines faisaient, +dit-on, vingt-quatre milles par jour; nos brigades en +font trente, et se battent dans l'intervalle.</p> + +<p>Les citoyens Desaix, chef de la quatrième demi-brigade +d'infanterie légère; Marquis, chef de la dix-neuvième; Fournesy, +chef de la dix-septième, ont été blessés. Les généraux +de brigade Vial, Brune, Bon, et l'adjudant-général Argod +se sont particulièrement distingués.</p> + +<p>Les traits particuliers de bravoure sont trop nombreux +pour être tous cités ici.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 1er pluviose an 5 +(20 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous envoie onze drapeaux pris sur l'ennemi aux batailles +de Rivoli et de la Favorite. Le citoyen Bessières, commandant +des guides, qui les porte, est un officier distingué +par sa valeur et sa bravoure, et par l'honneur qu'il a de commander +une compagnie de braves gens qui ont toujours vu fuir +la cavalerie ennemie devant eux, et qui, par leur intrépidité, +nous ont rendu, dans la campagne, des services très-essentiels.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 1er pluviose an 5 +(20 janvier 1797)</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ferai passer, citoyens directeurs, des lettres interceptées, +qui sont extrêmement intéressantes, en ce que +vous y verrez l'opiniâtre mauvaise foi de la cour de Rome, et +le refus que paraît faire le cabinet de Vienne d'accepter l'alliance +de Rome; ce qui ne peut provenir que du désir qu'il +peut avoir de ne pas mettre d'entraves à la paix générale.</p> + +<p>J'ai fait imprimer ces lettres dans les gazettes de Bologne +et de Milan, afin de convaincre toute l'Italie de l'imbécile +radotage de ces vieux cardinaux.</p> + +<p>Je fais demain passer le Pô, près de Ferrare, à cinq mille +hommes, qui marcheront droit sur Rome.</p> + +<p>On entend beaucoup de bruit dans Mantoue, ce qui fait +penser que les assiégés, conformément aux instructions de +l'empereur, brisent les affûts et les trains d'artillerie: cela +n'est qu'une conjecture; mais ce qui n'en est pas une, c'est +qu'ils sont depuis long-temps à la demi-ration de pain, à la +viande de cheval, sans vin ni eau-de-vie.</p> + +<p>Nous sommes aujourd'hui en mouvement pour occuper +Vicence et Padoue, où nous aurons de meilleurs cantonnemens. +Si les renforts que vous m'annoncez de l'armée du +Rhin arrivent, nous ne tarderons pas à avoir ici de grands +événemens; mais j'ai vu un état que l'on m'a envoyé, où l'on +calcule les demi-brigades à deux mille quatre cents hommes. +Je tiens pour impossible que les demi-brigades, après une +campagne comme l'a faite l'armée du Rhin, puissent être de +ce nombre. Je crois que c'est beaucoup que de les évaluer à +deux mille; il y en aura encore tant qui s'échapperont en +route!</p> + +<p>Le neuvième régiment de dragons n'a ici qu'un escadron, +ainsi que le cinquième de cavalerie et le dix-huitième de dragons; +je vous prie de vouloir bien ordonner que ces régimens +soient en entier réunis à l'armée d'Italie, sans quoi vous perdrez +de très-bons corps; ce sera d'ailleurs un bon renfort de +cavalerie que vous nous donnerez; spécifiez dans votre ordre +que les hommes qui composent ces régimens doivent rejoindre +leurs corps à Milan, soit à pied, soit à cheval. Le dépôt du +premier régiment de cavalerie est à Lille, je vous prie d'ordonner +qu'il se mette en marche pour se rendre à Milan.</p> + +<p>Nous avons besoin ici d'un renfort de cavalerie, le quinzième +régiment de chasseurs ne suffit pas. On dit qu'aux +autres armées l'on ne se sert pas de la grosse cavalerie, moi +je l'estime et m'en sers beaucoup; je désirerais que vous +pussiez m'en envoyer un millier d'hommes, ce qui, joint +à un autre régiment de dragons, ferait à peu près deux +à trois mille hommes de cavalerie de renfort, qui nous suffiraient.</p> + +<p>Nous n'avons que deux bataillons de pionniers réduits à +rien, je vous prie de nous en envoyer deux autres.</p> + +<p>Je vous prie surtout d'ordonner que tous les régimens de +cavalerie que l'on m'enverra aient leurs armes, sabres et +mousquetons, et les dragons leurs fusils.</p> + +<p>Il nous faudrait encore trois ou quatre compagnies d'artillerie +légère, et cinq à six cents hommes d'artillerie à pied, et +quelques bons officiers de cette arme; car, excepté les citoyens +Chasseloup et Samson, les autres ne sont pas en état de tracer +une flèche, et ne font que des bêtises. Tous ceux que +vous annoncez ne viennent pas: il ne manque cependant pas +d'officiers de génie et d'artillerie; mais ce sont des officiers +de paix et de bureau, qui ne voient jamais le feu, de sorte +qu'excepté les deux que je vous ai nommés, le reste est sans +expérience: aussi se plaint-on généralement dans l'armée des +ouvrages que fait le génie.</p> + +<p>Le commissaire ordonnateur Denniée a peu de santé; +Villemansy ne vient pas, ni Naudin, ni Eyssautier: tous ces +messieurs font ce qui leur convient; cependant, il est de plus +en plus urgent que la partie administrative soit organisée.</p> + +<p>Je vous enverrai la liste des officiers-généraux qui, par +leur peu de talens, sont incapables de commander, et que je +vous prie de retirer de l'armée.</p> + +<p>Si vous m'envoyez des généraux, ou des adjudans-généraux, +je vous prie de ne pas m'envoyer de ceux qui ont +servi dans la Vendée, parce qu'ils n'entendent rien à la +guerre. Si Chasset n'était plus utile à Paris, ainsi que les adjudans-généraux +Sherlock, Doulcet et Beauvais, je vous +prie de me les envoyer. Je désirerais aussi avoir l'adjudant-général +Espagne et Camin: je crois que ce dernier n'est plus +employé; mais c'est un officier de la plus grande distinction.</p> + +<p>Quant à des généraux de division, à moins que ce ne soient +des officiers distingués, je vous prie de ne m'en pas envoyer; +car notre manière de faire la guerre ici est si différente des +autres, que je ne peux pas confier une division sans avoir +éprouvé, par deux ou trois affaires, le général qui doit la +commander.</p> + +<p>Je vous prie d'envoyer ici l'adjudant-général Saint-Martin, +le chef de brigade d'artillerie Gueriau, actuellement directeur +du parc de l'armée des Alpes, le chef de bataillon d'artillerie +Allix, le chef de bataillon du génie Laroche. Il est très-essentiel +pour l'armée et pour la république de m'envoyer ici +des jeunes gens qui apprennent à faire la guerre de mouvement +et de manoeuvres; c'est celle qui nous a fait obtenir de +grands succès dans cette armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 3 pluviose an 5 +(22 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Cacault.</i></p> + +<p>Vous aurez la complaisance, citoyen ministre, de partir +de Rome six heures après la réception de cette lettre, et vous +viendrez à Bologne. On vous a abreuvé d'humiliations à +Rome, et on a mis tout en usage pour vous en faire sortir; +aujourd'hui, résistez à toutes les instances, partez.</p> + +<p>Je serai charmé de vous voir et de vous assurer des sentimens +d'estime et de considération avec lesquels je suis.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Lettre au cardinal Mathei incluse dans la précédente.</i></p> + +<p>Les étrangers qui influencent la cour de Rome ont voulu et +veulent encore perdre ce beau pays; les paroles de paix que +je vous avais chargé de porter au Saint-Père, ont été étouffées +par ces hommes pour qui la gloire de Rome n'est rien, +mais qui sont entièrement vendus aux cours qui les emploient; +nous touchons au dénouement de cette ridicule comédie. +Vous êtes témoin du prix que j'attachais à la paix, et du +désir que j'avais de vous épargner les horreurs de la guerre. +Les lettres que je vous fais passer, et dont j'ai les originaux +entre les mains, vous convaincront de la perfidie, de l'aveuglement +et de l'étourderie de ceux qui dirigent actuellement +la cour de Rome. Quelque chose qui puisse arriver, je vous +prie, monsieur le cardinal, d'assurer Sa Sainteté qu'elle peut +rester à Rome sans aucune espèce d'inquiétude. Premier ministre +de la religion, il trouvera, à ce titre, protection pour +lui et pour l'église. Assurez également tous les habitans de +Rome qu'ils trouveront dans l'armée française des amis qui ne +se féliciteront de la victoire, qu'autant qu'elle pourra améliorer +le sort du peuple, et affranchir l'Italie de la domination des +étrangers; mon soin particulier sera de ne point souffrir qu'on +apporte aucun changement à la religion de nos pères.</p> + +<p>Je vous prie, monsieur le cardinal, d'être assuré que, dans +mon particulier, je me ferai un devoir de vous donner, dans +toutes les circonstances, la marque de l'estime et de l'attachement +avec lesquels je suis.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 9 pluviose an 5 +(28 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>La division du général Augereau s'est rendue à Padoue, +de là elle a passé la Brenta, et s'est rendue à Citadella, où +elle a rencontré l'ennemi, qui a fui à son approche.</p> + +<p>Le général Masséna s'est rendu a Vicence, de là à Bassano, +et a poursuivi l'ennemi qui s'est retiré au-delà de la Piave +et dans les gorges de la Brenta: il a envoyé le brave général +Mesnard à sa poursuite, celui-ci l'a atteint à Carpenedolo, +et lui a fait huit cents prisonniers après un combat assez vif. +Les grenadiers de la vingt-cinquième demi-brigade ont passé +le pont de la Brenta à la baïonnette, et ont fait une boucherie +horrible de ce qui s'est opposé à leur passage.</p> + +<p>La division du général Joubert est en marche pour suivre +l'ennemi dans les gorges du Tyrol, que la mauvaise saison +rend difficiles; il a rencontré hier à Avio l'arrière-garde de +l'ennemi, et lui a fait trois cents prisonniers après un léger +combat.</p> + +<p>La division Rey a accompagné les prisonniers. Rien de +nouveau au blocus de Mantoue.</p> + +<p>J'ai écrit au citoyen Cacault de sortir de Rome trois heures +après la réception du courrier que je lui ai expédié à cet +effet.</p> + +<p>Le temps est horrible, il pleut à seaux depuis quarante-huit +heures.</p> + +<p>Je donne ordre au citoyen Leroux de prendre les fonctions +d'ordonnateur en chef; j'engage le citoyen Denniée à rester à +l'armée comme ordonnateur de division, nous n'en avons pas +trop. Le commissaire Naudin est arrivé.</p> + +<p>Si le citoyen Villemansy doit venir en Italie, qu'il se dépêche, +parce qu'une fois la campagne commencée, il ne pourra +plus reprendre le fil de nos opérations.</p> + +<p>Il n'est encore arrivé aucune des troupes des dix mille +hommes de l'Océan, que les dix-huit cents hommes de la +soixante-quatrième demi-brigade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Verone, le 9 pluviose an 5 +(28 janvier 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot, membre du directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai reçu votre lettre, mon cher directeur, sur le champ +de bataille de Rivoli. J'ai vu dans le temps avec pitié tout ce +que l'on débite sur mon compte. L'on me fait parler chacun +suivant sa passion. Je crois que vous me connaissez trop pour +imaginer que je puisse être influencé par qui que ce soit. J'ai +toujours eu à me louer des marques d'amitié que vous m'avez +données à moi et aux miens, et je vous en conserverai toujours +une vraie reconnaissance; il est des hommes pour qui la +haine est un besoin, et qui, ne pouvant pas bouleverser la république, +s'en consolent en semant la dissension et la discorde +partout où ils peuvent arriver. Quant à moi, quelque chose +qu'ils disent, ils ne m'atteignent plus: l'estime d'un petit +nombre de personnes comme vous, celle de mes camarades et +du soldat, quelquefois aussi l'opinion de la postérité, et par-dessus +tout le sentiment de ma conscience et la prospérité de +ma patrie, m'intéressent uniquement.</p> + +<p>Deux divisions de l'armée sont aujourd'hui à Bassano; l'ennemi, +à ce qu'on m'assure, évacue Trente; Mantoue est +toujours strictement bloqué. Le baron de Saint-Vincent est +parti le 4 de Trente pour Vienne. Le 15, nous bombardons +Mantoue. Colli, celui qui commandait l'armée autrichienne +en Piémont, est débarqué à Ancône avec quelques officiers +et sous-officiers autrichiens; il a déjà passé en revue l'armée +papale. Quand vous aurez reçu cette lettre, une de nos divisions +aura déjà attaqué cette armée. J'ai écrit au citoyen Cacault +pour qu'il eût sur-le-champ à évacuer Rome: on n'a +pas d'idée des mauvais traitemens que cette prêtraille lui a fait +essuyer.</p> + +<p>J'attends toujours avec impatience Villemansi; Denniée +ne va plus, Leroux va exercer ses fonctions en attendant.</p> + +<p>Tous les officiers autrichiens, généraux et autres, auxquels +j'ai fait part de la bêtise de la cour de Vienne, qui, +dans les entrevues avec le général Clarke, a paru ne pas reconnaître +la république, ont beaucoup crié. L'opinion publique, +à Vienne, est très-contraire à Thugut. J'ai dit à Manfredini, +la dernière fois que je l'ai vu, que si l'empereur voulait +avoir la preuve que Thugut s'était vendu à la France +dans le temps de son ambassade à Constantinople, il serait +facile de la lui procurer. Je vous prie de presser Truguet +pour l'envoi de quelques frégates dans l'Adriatique.</p> + +<p>La tête des troupes que vous annoncez venant du Rhin, +n'est pas encore arrivée à Lyon; de Lyon à Verone il y a +vingt-huit jours de marche; nous sommes aujourd'hui au 9 +pluviose: ainsi il n'y a pas d'espoir qu'avant le 9 ventose +nous puissions avoir ici un seul bataillon des colonnes venant +du Rhin. Des dix mille hommes de l'Océan annoncés depuis +tant de temps, il n'y a encore que dix-huit cents hommes, +formant la soixante-quatrième demi-brigade, qui soient +arrivés. De Vienne à Trente, il n'y a que trente jours de +marche; de Vienne à la Piave, c'est-à-dire, près de Bassano, +il y a encore moins. J'ai écrit à la trésorerie relativement +à son indécente conduite avec la compagnie Flachat. Ces +gens-là nous ont infiniment nui en emportant cinq millions, +et par là nous ont mis dans la situation la plus critique. Quant +à moi, s'ils viennent dans l'arrondissement de l'armée, je les +ferai mettre en prison, jusqu'à ce qu'ils aient rendu à l'armée +les cinq millions qu'ils lui ont enlevés. Non-seulement la +trésorerie ne pense pas à faire payer le prêt à l'armée et à lui +fournir ce dont elle a besoin, mais encore elle protège les fripons +qui viennent à l'armée pour s'engraisser. Je crains bien +que ces gens-là ne soient plus ennemis de la république +que les cours de Vienne et de Londres.</p> + +<p>Vous verrez, par la lettre que j'ai écrite au directoire, que +nous venons encore de faire onze cents prisonniers aux deux +combats de Carpenedolo et d'Avio. Nous serons sous peu à +Trente. Je compte garder cette partie du Tyrol et la Piave +jusqu'à l'arrivée des forces que vous m'annoncez. Dès l'instant +qu'elles seront arrivées, je serai bientôt à Trieste, à +Clagenfurth et à Brixen; mais il faut pour ces opérations que +les trente mille hommes que vous m'annoncez arrivent.</p> + +<p>Je vous serai obligé, par le premier courrier, de me donner +des nouvelles de l'expédition d'Irlande, surtout s'il y en +a de mauvaises: car, pour peu que nous ayons quelque désavantage, +on ne manquera pas d'exagérer au centuple.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 13 pluviose an 5 +(1er février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, la lettre que m'a +écrite M. le maréchal Wurmser: je lui ai répondu que je ne +pouvais accorder la capitulation qu'il me demandait, et que +par égard pour lui, je lui permettrais de sortir avec cinq +cents hommes à son choix, à condition qu'ils ne serviraient +pas pendant trois mois contre la république, mais que tout +le reste devait être prisonnier. J'ai laissé mes instructions au +général Serrurier, et je suis parti pour Bologne.</p> + +<p>Le général Serrurier vient de m'instruire qu'il vient de +recevoir un nouveau parlementaire, par lequel il lui offre sa +place, à condition qu'il sortira avec sa garnison, et qu'il s'engagera +à ne pas servir pendant un an contre la république +française. Je vais répondre au général Serrurier que je m'en +tiens à ma première proposition, et que si le général Wurmser +n'y a pas accédé avant le 15, je me rétracte, et ne lui accorde +pas d'autre capitulation que d'être prisonnier de guerre +avec sa garnison.</p> + +<p>J'ai fait partir ce matin la division du général Victor, qui +s'est portée à Imola, première ville des États du pape. Je +vous enverrai ma proclamation et d'autres pièces imprimées +à cette occasion.</p> + +<p>Ne pourrait-on pas, si nous allions jusqu'à Rome, réunir +le Modénois, le Ferrarois et la Romagne, et en faire une république, +qui serait assez puissante? Ne pourrait-on pas +donner Rome à l'Espagne, à condition qu'elle garantirait +l'indépendance de la nouvelle république? Alors nous pourrions +restituer à l'empereur le Milanez, le Mantouan, et lui +donner le duché de Parme, en cas que nous fussions obligés +de passer par là, afin d'accélérer la paix, dont nous avons besoin. +L'empereur n'y perdrait rien, l'Espagne y gagnerait +beaucoup, et nous y gagnerions plus encore; nous aurions +un allié naturel en Italie, qui deviendrait puissant, et avec +lequel nous correspondrions par Massa-Carrara et l'Adriatique.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 13 pluviose an 5 +(1er février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, des +combats d'Avio et de Carpenedolo. Les ennemis se retirent sur +Morri et Torbole, appuyant leur droite au lac, et la gauche +à l'Adige; le général Murat s'embarqua avec deux cents +hommes, et vint débarquer à Torbole.</p> + +<p>Le général de brigade Vial, à la tête de l'infanterie légère, +après avoir fait une marche très-longue dans les neiges +et dans les montagnes les plus escarpées, tourna la position +des ennemis, et obligea un corps de quatre cent cinquante +hommes et douze officiers à se rendre prisonniers. On ne saurait +donner trop d'éloges aux quatrième et dix-septième demi-brigades +d'infanterie légère que conduisait ce brave général: +rien ne les arrêtait; la nature semblait être d'accord avec +nos ennemis; le temps était horrible, mais l'infanterie légère +de l'armée d'Italie n'a pas encore rencontré d'obstacle qu'elle +n'ait vaincu.</p> + +<p>Le général Joubert entra à Roveredo; l'ennemi, qui avait +retranché avec le plus grand soin la gorge de Calliane, +célèbre par la victoire que nous y avons remportée lors de notre +première entrée dans le Tyrol, parut vouloir lui disputer +l'entrée de Trente.</p> + +<p>Le général Belliard chercha à tourner l'ennemi par la +droite, dans le temps que le général de brigade Vial, continuant +à marcher sur la rive droite de l'Adige, le culbuta, +lui fit trois cents prisonniers, et arriva à Trente, où il +trouva dans les hôpitaux de l'ennemi deux mille malades ou +blessés, qu'il a recommandés à notre humanité en fuyant: +nous y avons pris quelques magasins.</p> + +<p>Dans le même temps, le général Masséna avait fait marcher +deux demi-brigades pour attaquer l'ennemi qui occupait +le château de Scala, entre Feltro et Primolazo. L'ennemi a fui +à son approche, et s'est retiré au-delà de la Prado, en laissant +une partie de ses bagages.</p> + +<p>Le général Augereau s'est approché de Treviso; le chef +d'escadron Duvivier a culbuté la cavalerie ennemie, après +lui avoir enlevé plusieurs postes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Mantoue, le 14 pluviose an 5 +(2 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p> + +<p>Je réponds, citoyen ministre, à votre lettre relative à la +demande que vous me faites sur la situation militaire actuelle +de l'île de Corse.</p> + +<p>Le général de brigade Casalta, que j'envoyai en Corse, +débarqua à la tête de la gendarmerie de ce département et +de plusieurs autres réfugiés, et acheva de chasser les Anglais +de cette île.</p> + +<p>Le général Gentili ne tarda pas à y passer avec tous les +réfugiés corses qui se trouvaient à l'armée d'Italie, et qui, +par leurs liaisons dans le pays, achèveront de consolider notre +établissement. Je fis passer également cent canonniers avec +plusieurs officiers d'artillerie et du génie, pour armer les +différens forts. Le général Gentili a, par mon ordre, créé, +dans les départemens du Golo et du Liamone, un bon corps +de gendarmerie, et cinq colonnes mobiles composées de trois +cents hommes, tant pour veiller à la défense de la côte, que +pour comprimer nos ennemis intérieurs.</p> + +<p>La garde des forts d'Ajaccio, Bonifaccio et Bastia est confiée +à des corps de gardes nationales d'une fidélité et d'un patriotisme +reconnus.</p> + +<p>Le commissaire ordonnateur de l'armée a passé des marchés +et fait approvisionner les différentes places de l'île de +tout ce qui leur était nécessaire, en même temps qu'il a +pourvu à la solde de tous ces différens corps.</p> + +<p>Depuis que les deux départemens qui composent l'île de +Corse sont rentrés sous la domination de la république, il +n'y a eu aucun assassinat ni attentat aux propriétés; jamais +pays n'a été plus tranquille, et jamais révolution ne s'est faite +avec aussi peu de commotion.</p> + +<p>Je n'ai pas fait passer de troupes en Corse: nous avons +l'habitude d'y tenir cinq mille hommes de garnison, et mes +troupes m'étaient trop nécessaires en Italie pour pouvoir en +distraire la moindre partie pour la Corse, dont la tranquillité +d'ailleurs a été mieux assurée par les mesures de police intérieure +que j'ai prises, et par l'argent que j'ai fait passer, +que par un corps de quatre mille hommes. Cependant, lorsque +les affaires de Rome seront terminées, et que les Anglais +auront évacué Porto-Ferrajo, je ferai passer six cents hommes +dans le fort de Bastia, et quatre cents dans celui d'Ajaccio.</p> + +<p>Vous pouvez être, citoyen ministre, sans aucune inquiétude +sur la tranquillité intérieure et extérieure de l'île de +Corse. Il n'y a, je crois, qu'un ennemi de la patrie qui puisse +exiger que l'on ait affaibli les corps de l'armée d'Italie pour +envoyer en Corse des troupes à peu près inutiles. Si le directoire +continue à me laisser le maître de faire ce qu'il conviendra, +j'enverrai des troupes en Corse dès que la situation +de l'armée me le permettra, ou que les circonstances l'exigeront.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Faenza, le 15 pluviose an 5 +(3 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous ai rendu compte hier de l'arrivée de nos troupes +à Trente: le général Joubert, arrivé dans cette ville, envoya +aussitôt à la poursuite de l'ennemi.</p> + +<p>Le général Vial, à la tête de l'infanterie légère, occupa la +ligne du Lawis; les débris de l'armée autrichienne étaient de +l'autre côté. Le général Vial passa le Lawis à pied, à la tête +de la vingt-neuvième demi-brigade, poussa l'ennemi jusqu'à +Saint-Michel, lui fit huit cents prisonniers, et joncha la terre +de morts. La jonction des généraux Masséna et Joubert est +faite, et ce dernier général occupe la ligne du Lawis qui +couvre Trente.</p> + +<p>L'aide-de-camp Lambert, l'adjudant Cansillon se sont particulièrement +distingués.</p> + +<p>Je me suis attaché à montrer la générosité française vis-à-vis +de Wurmser, général âgé de soixante-dix ans, envers +qui la fortune a été, cette campagne-ci, très-cruelle, mais +qui n'a pas cessé de montrer une connaissance et un courage +que l'histoire remarquera. Enveloppé de tous côtés après la +bataille de Bassano, perdant d'un seul coup une partie du +Tyrol et son armée, il ose espérer de pouvoir se réfugier +dans Mantoue, dont il est éloigné de quatre à cinq journées, +passe l'Adige, culbute une de nos avant-gardes à Cerca, traverse +la Molinella et arrive dans Mantoue. Enfermé dans cette +ville, il a fait deux ou trois sorties, toutes lui ont été malheureuses, +et à toutes il était à la tête. Mais, outre les obstacles +très-considérables que lui présentaient nos lignes de +circonvallation, hérissées de pièces de campagne, qu'il était +obligé de surmonter, il ne pouvait agir qu'avec des soldats +découragés par tant de défaites, et affaiblis par les maladies +pestilentielles de Mantoue. Ce grand nombre d'hommes qui +s'attachent toujours à calomnier le malheur, ne manqueront +pas de chercher à persécuter Wurmser.</p> + +<p>Le général Serrurier et le général Wurmser ont dû avoir +hier une conférence pour fixer le jour de l'exécution de la +capitulation, et s'accorder sur les différens qu'il y a entre +l'accordé et le proposé.</p> + +<p>La division du général Victor a couché le 13 à Imola, première +ville de l'état papal. L'armée de Sa Sainteté avait +coupé les ponts, et s'était retranchée avec le plus grand soin +sur la rivière de Senio, qu'elle avait bordée de canons. Le +général Lannes, commandant l'avant-garde, aperçut les ennemis +qui commençaient à le canonner: il ordonna aussitôt +aux éclaireurs de la légion lombarde d'attaquer les tirailleurs +papistes; le chef de brigade Lahoz, commandant cette légion, +réunit ses grenadiers, qu'il fit former en colonne serrée, pour +enlever, la baïonnette au bout du fusil, les batteries ennemies. +Cette légion, qui voit le feu pour la première fois, s'est +couverte de gloire; elle a enlevé quatorze pièces de canon +sous le feu de trois à quatre mille hommes retranchés. Pendant +que le feu durait, plusieurs prêtres, un crucifix à la +main, prêchaient ces malheureuses troupes. Nous avons pris +à l'ennemi quatorze pièces de canon, huit drapeaux, quatre +mille prisonniers, et tué quatre ou cinq cents hommes. Le +chef de brigade Lahoz a été légèrement blessé. Nous avons +eu quarante hommes tués ou blessés.</p> + +<p>Nos troupes se portèrent aussitôt sur Faenza, elles en +trouvèrent les portes fermées; toutes les cloches sonnaient le +tocsin, et une populace égarée prétendait en défendre l'issue. +Tous les chefs, notamment l'évêque, s'étaient sauvés: deux +ou trois coups de canon enfoncèrent les portes, et nos gens +entrèrent au pas de charge. Les lois de la guerre m'autorisaient +à mettre cette ville infortunée au pillage; mais comment +se résoudre à punir aussi sévèrement toute une ville +pour le crime de quelques prêtres? J'ai envoyé chez eux cinquante +officiers que j'avais faits prisonniers, pour qu'ils allassent +éclairer leurs compatriotes, et leur faire sentir les +dangers qu'une extravagance pareille à celle-ci leur ferait +courir. J'ai fait, ce matin, venir tous les moines, tous les +prêtres; je les ai rappelés aux principes de l'Évangile, et j'ai +employé toute l'influence que peuvent avoir la raison et la +nécessité, pour les engager à se bien conduire: ils m'ont paru +animés de bons principes; j'ai envoyé à Ravennes le général +des camaldules, pour éclairer cette ville, et éviter les malheurs +qu'un plus long aveuglement pourrait produire; j'ai +envoyé à Cézène, patrie du pape actuel, le P. don Ignacio, +prieur des bénédictins.</p> + +<p>Le général Victor continua hier sa route, et se rendit maître +de Forti; je lui ai donné l'ordre de se porter aujourd'hui à +Cézène. Je vous ai envoyé différentes pièces qui convaincront +l'Europe entière de la folie de ceux qui conduisent la cour +de Rome. Je vous enverrai aussi deux autres affiches, qui +vous convaincront de la démence de ces gens-ci; il est déplorable +de penser que cet aveuglement coûte le sang des pauvres +peuples, innocens instrumens et de tout temps victimes des +théologiens. Plusieurs prêtres, et entre autres un capucin, qui +prêchaient l'armée des catholiques, ont été tués sur le champ +de bataille.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Forti, le 15 pluviose an 5 +(3 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, le mémoire que +m'envoie le citoyen Faypoult; vous frémirez d'indignation, +lorsque vous y verrez avec quelle impudence on vole la république. +Je donne les ordres pour que l'on arrête le citoyen +Legros, contrôleur de la trésorerie, et le commissaire des +guerres Lequeue; j'engage le citoyen Faypoult à faire arrêter +à Gênes les citoyens Paillaud et Peregaldo. Vous ne souffrirez +pas, sans doute, que les voleurs de l'armée d'Italie trouvent +leur refuge à Paris. Pendant que je me battais et que j'étais +éloigné de Milan, le citoyen Flachat s'en est allé, emportant +cinq à six millions à l'armée, et nous a laissés dans le plus +grand embarras. Si l'on ne trouve pas de moyens d'atteindre +la friponnerie manifestement reconnue de ces gens-là, il faut +renoncer au règne de l'ordre, à l'amélioration de nos finances +et à maintenir une armée aussi considérable en Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bologne, le 18 pluviose an 5 +(6 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation.</i></p> + +<p>L'armée française va entrer sur le territoire du pape; elle +protégera la religion et le peuple.</p> + +<p>Le soldat français porte d'une main la baïonnette, sûr +garant de la victoire, et offre, de l'autre, aux différentes villes +et villages paix, protection et sûreté... Malheur à ceux +qui la dédaigneraient, et qui, de gaîté de coeur, séduits par +des hommes profondément hypocrites et scélérats, attireraient +dans leurs maisons la guerre et ses horreurs, et la vengeance +d'une armée qui a, dans six mois, fait cent mille prisonniers +des meilleures troupes de l'empereur, pris quatre cents pièces +de canon, cent dix drapeaux, et détruit cinq armées.</p> + +<p>ART. 1er. Tout village ou ville, où, à l'approche de l'armée +française, on sonnera le tocsin, sera sur-le-champ brûlé, +et les municipaux seront fusillés.</p> + +<p>II. La commune sur le territoire de laquelle sera assassiné +un Français sera sur-le-champ déclarée en état de guerre; +une colonne mobile y sera envoyée; il y sera pris des otages, +et il y sera levé une contribution extraordinaire.</p> + +<p>III. Tous les prêtres, religieux et ministres de la religion, +sous quelques noms que ce soit, seront protégés et maintenus +dans leur état actuel, s'ils se conduisent selon les principes +de l'Évangile, et, s'ils sont les premiers à le transgresser, ils +seront traités militairement, et plus sévèrement que les autres +citoyens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Pezaro, le 19 pluviose an 5 +(7 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Bernadotte m'écrit de Metz pour m'annoncer +que les six demi-brigades venant de l'armée de Sambre-et-Meuse, +qui, au compte du général Moreau, devaient être de +deux mille quatre cents hommes chacune, ce qui devrait faire +quatorze mille quatre cents hommes, n'en font que douze mille +huit cents. En supposant que les six demi-brigades envoyées +par le général Moreau soient d'égale force, cela ferait vingt-cinq +mille hommes: pour avoir trente mille hommes, il faudrait +donc encore ordonner le départ de deux demi-brigades; +vous pourriez nous en envoyer deux de l'armée de l'Océan.</p> + +<p>Ces corps perdront nécessairement en route du monde; le +moins qu'ils puissent perdre, c'est cinq cents hommes chacun, +ce qui réduirait le secours de trente mille hommes annoncés +pour l'armée à dix-neuf mille hommes; je crois donc qu'il +serait nécessaire que vous nous envoyassiez encore trois +demi-brigades, en les tirant, soit de l'armée des départemens +de l'intérieur, soit des deux armées du Rhin. Avec ces cinq +demi-brigades de renfort, le secours extraordinaire envoyé +serait de dix-sept demi-brigades: c'est beaucoup les calculer, +si on les porte, arrivées à Milan, à quinze cents hommes, +surtout les demi-brigades d'infanterie légère, qui ne sont +guère, dans toutes les armées, que la moitié des autres; ces +demi-brigades feraient donc vingt-cinq mille cinq cents hommes. +Le secours serait donc encore inférieur de cinq mille +hommes aux trente mille que votre intention est d'envoyer à +l'armée d'Italie.</p> + +<p>Le général Kellermann vous fait un double emploi quand +il compte la quarantième, qui nous a été envoyée il y a deux +mois, et qui a été portée sur un autre envoi. Nous n'avons +donc véritablement reçu, des dix mille hommes annoncés, +que la soixante-quatrième et la treizième, formant en tout +moins de quatre mille hommes.</p> + +<p>Il m'est annoncé quatre régimens de troupes à cheval des +deux armées, et le quinzième de chasseurs venant de Bourges. +Je vous ai demandé deux escadrons, restés à Bordeaux et à +Marseille, du dix-huitième de dragons; deux escadrons du +cinquième de cavalerie et du neuvième de dragons restés à +Lyon, et les différens petits détachemens de la cavalerie de +l'armée qui sont restés dans la huitième division, et qu'il est +instant de rallier à leurs corps. Si vous pouvez m'envoyer six +cents hommes de grosse cavalerie, six cents dragons et sept à +huit cents hommes des différentes armes de la cavalerie, à +pied et armés, et que nous chercherons à monter avec les +chevaux que nous pourrons trouver, je me trouverai suffisamment +fort en cavalerie.</p> + +<p>De l'annonce faite, au commencement de la campagne, par +le ministre, de l'artillerie légère, il nous manque quatre +compagnies, qui ne sont jamais venues; nous en avons le plus +grand besoin.</p> + +<p>Je compte mettre en ligne contre les Allemands la légion +lombarde, qui se bat assez bien; mais elle n'est pas à quinze +cents hommes. La légion polonaise qu'on lève fournira à peu +près quinze cents hommes, qui, avec la légion cispadane, +serviront à garder l'Italie inférieure.</p> + +<p>Je vous prie d'envoyer à l'armée le citoyen Champeaux, +ci-devant chef de brigade du dixième de chasseurs, et que +j'ai nommé chef de brigade du septième de hussards, qui est +très-pillard, mais que Champeaux remettra à l'ordre.</p> + +<p>Je vous recommande de nous envoyer deux mille charretiers +pour l'artillerie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 22 pluviose an 5 +(10 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Nous avons beaucoup à nous plaindre, citoyens directeurs, +de la conduite des baillis suisses. Je n'ai fait mettre les barques +canonnières sur le lac de Lugano que pour empêcher la +contrebande qui se faisait, et arrêter la désertion des prisonniers +autrichiens, protégés par les Suisses. Nous avions droit +de mettre ces barques sur le lac, puisqu'une bonne partie du +rivage nous appartient; d'ailleurs, si les baillis suisses continuent +à se mal conduire, je ne leur accorderai plus de blé, +et s'ils se permettent des voies de fait, je ferai brûler les villages +qui se seront mal comportés. Les Suisses d'aujourd'hui +ne sont plus les hommes du quatorzième siècle: ils ne sont +fiers que lorsqu'on les cajole trop; ils sont humbles et bas +lorsqu'on leur fait sentir qu'on n'a pas besoin d'eux: si nous +ne les secourions pas du côté du Milanez, ils mourraient de +faim; nous avons donc le droit d'exiger qu'ils se conduisent +avec égard.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 22 pluviose an 5 +(10 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Nous avons conquis en peu de jours la Romagne, le duché +d'Urbin et la marche d'Ancône. Nous avons fait à Ancône +douze cents prisonniers de l'armée du pape; ils s'étaient +postés habilement sur des hauteurs en avant d'Ancône. Le +général Victor les a enveloppés, et les a tous pris sans tirer +un coup de fusil. L'empereur venait d'envoyer au pape trois +mille beaux fusils, que nous avons trouvés dans la forteresse +d'Ancône avec près de cent vingt pièces de canon de gros calibre; +une cinquantaine d'officiers que nous avons faits prisonniers +ont été renvoyés, avec le serment de ne plus servir +le pape. La ville d'Ancône est le seul port qui existe, depuis +Venise, sur l'Adriatique; il est, sous tous les points de vue, +très-essentiel pour notre correspondance de Constantinople: +en vingt-quatre heures on va d'ici en Macédoine. Aucun +gouvernement n'était aussi méprisé par les peuples mêmes +qui lui obéissent, que celui-ci. Au premier sentiment de +frayeur que cause l'entrée d'une armée ennemie, a succédé +la joie d'être délivré du plus ridicule des gouvernemens.</p> + +<p>Le 22, à six heures du soir.</p> + +<p><i>P.S.</i> Nous sommes maîtres de Notre-Dame-de-Lorette.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 23 pluviose an 5 +(11 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous ferai passer la capitulation de Mantoue; nos +troupes ont occupé la citadelle le 15 et, aujourd'hui, la +ville est entièrement évacuée par les Autrichiens. Je vous enverrai +les inventaires de l'artillerie et du génie et la revue +de la garnison, dès l'instant qu'ils me seront parvenus. C'est +le général Serrurier qui a assiégé la première fois Mantoue; +le général Kilmaine, qui a établi le deuxième blocus, a rendu +de grands services; c'est lui qui a ordonné que l'on fortifiât +Saint-George, qui nous a si bien servis depuis. La garnison de +Mantoue a mangé cinq mille chevaux, ce qui fait que nous +en avons fort peu trouvé. Je vous demande le grade de général +de brigade pour le citoyen Chasseloup, commandant du +génie de l'armée. Il a assiégé le château de Milan, la ville de +Mantoue, et on en était déjà aux batteries de brèche, lorsque +j'ordonnai qu'on levât le siège; il a, dans cette campagne, +fait fortifier Peschiera, Legnago et Pizzighitone. Je vous +demande le grade de chef de brigade pour les citoyens Samson +et Maubert; ils l'ont mérité, en rendant des services +dans plus de quarante combats, et en faisant des reconnaissances +dangereuses et utiles. Je vous ai demandé le grade de général +de division d'artillerie pour le général Lespinasse. Je +vous prie aussi d'employer le général Dommartin dans l'armée +d'Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Ancône, le 25 pluviose an 5 +(13 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À Monsieur le cardinal Mattei.</i></p> + +<p>J'ai reconnu, dans la lettre que vous vous êtes donné la +peine de m'écrire, monsieur le cardinal, cette simplicité de +moeurs qui vous caractérise. Vous verrez, par l'imprimé que +je vous envoie, les raisons qui m'ont engagé à rompre +l'armistice conclu entre la république française et Sa Sainteté.</p> + +<p>Personne n'est plus convaincu du désir que la république +française avait de faire la paix, que le cardinal Busca, comme +il l'avoue dans sa lettre à M. Albani, qui a été imprimée et +dont j'ai l'original dans les mains.</p> + +<p>On s'est rallié aux ennemis de la France lorsque les premières +puissances de l'Europe s'empressaient de reconnaître +la république et de désirer la paix avec elle; on s'est longtemps +bercé de vaines chimères et on n'a rien oublié pour +consommer la destruction de ce beau pays. Je n'entendrai +jamais à aucune proposition qui tendrait à terminer les hostilités +entre la république française et Sa Sainteté, qu'au +préalable on n'ait ordonné le licenciement des régimens créés +après l'armistice; secondement, que l'on n'ait ôté par notification +publique le commandant de l'armée de Sa Sainteté aux +officiers-généraux envoyés par l'empereur. Ces clauses remplies, +il reste encore à Sa Sainteté un espoir de sauver ses +états en prenant plus de confiance dans la générosité de la république +française, et en se livrant toute entière et promptement +à des négociations pacifiques.</p> + +<p>Je sais que Sa Sainteté a été trompée: je veux bien encore +prouver à l'Europe entière la modération du directoire exécutif +de la république française, en lui accordant cinq jours +pour envoyer un négociateur muni de pleins pouvoirs, qui se +rendra à Foligno, où je me trouverai et où je désire de pouvoir +contribuer en mon particulier à donner une preuve éclatante +de la considération que j'ai pour le Saint-Siège.</p> + +<p>Quelque chose qu'il arrive, monsieur le cardinal, je vous +prie d'être persuadé de l'estime distinguée avec laquelle je +suis, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Macereta, le 27 pluviose an 5 +(15 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, 1°. la copie d'une +lettre que m'a écrite le cardinal Mattei.</p> + +<p>2°. La copie d'une note qui m'a été remise par le prince +de Belmonte Pignatelli, envoyé près de moi par sa cour.</p> + +<p>Il m'a dit confidentiellement et m'a montré des articles de +son instruction, aussi très-confidentiellement et non officiellement, +où le roi son maître prenait un tel intérêt aux affaires +de Rome, qu'il faisait marcher un corps de troupes +pour appuyer ses représentations sur Rome.</p> + +<p>Je lui ai répondu très-confidentiellement que, si je n'avais +point abattu l'orgueil du pape, il y a trois mois, c'est que je +ne doutais pas que le roi de Naples voulait se mêler, contre le +droit des gens et la teneur du traité, de cette affaire-là, et +que véritablement alors je n'avais pas le moyen de lui répondre; +mais qu'aujourd'hui j'avais de disponibles les trente +mille hommes qui étaient devant Mantoue, et les quarante +mille hommes qui me venaient de l'intérieur; que si le roi +son maître me jetait le gant, je le ramasserais; que la république +donnerait au roi de Naples toutes les satisfactions +compatibles avec sa dignité et son intérêt: il a, en reprenant +le ton officiel, désavoué ce qui avait été dit en confidence.</p> + +<p>J'ai répondu au cardinal Mattei la lettre que je vous envoie, +au prince Belmonte Pignatelli la note que je vous envoie +également.</p> + +<p>Je vous fais tenir la mesure que j'ai adoptée à Ancône +pour l'organisation de l'administration, le parti que j'ai pris +ici relativement à l'organisation de la province, ainsi qu'un +ordre que j'ai donné en faveur des prêtres réfractaires. Cet +ordre n'est pas contraire à la loi; il est conforme à nos intérêts +et à la bonne politique: car ces prêtres nous sont fort attachés +et beaucoup moins fanatiques que les Romains. Ils +sont accoutumés à ce que les prêtres ne gouvernent pas, et +c'est déjà beaucoup: ils sont très-misérables; les trois quarts +pleurent quand ils voient un Français: d'ailleurs, à force +d'en faire des battues, ou les oblige à se réfugier en France. +Comme ici nous ne touchons en aucune manière à la religion, +il vaut beaucoup mieux qu'ils y restent; si vous approuvez +cette mesure et qu'elle ne contrarie pas les principes +généraux, je tirerai de ces gens-là un grand parti en +Italie.</p> + +<p>Ancône est un très-bon port, on va delà en vingt-quatre +heures en Macédoine, et en dix jours à Constantinople. Mon +projet est d'y ramasser tous les juifs possible; je fais mettre +dans le meilleur état de défense la forteresse; il faut que nous +conservions le port d'Ancône à la paix générale, et qu'il +reste toujours français: cela nous donnera une grande influence +sur la Porte Ottomane et nous rendra maîtres de la +mer Adriatique, comme nous le sommes, par Marseille, l'île +de Corse et Saint-Pierre, de la Méditerranée. Quinze cents +hommes de garnison, et 2 à 300,000 liv. pour fortifier un +monticule voisin, et cette ville sera susceptible de soutenir +un très-long siège.</p> + +<p>Loretto contenait un trésor à peu près de 3,000,000 liv. +tournois, ils nous ont laissé à peu près pour un million sur +les sept; je vous envoie de plus la madone avec toutes les reliques. +Cette caisse vous sera directement adressée, et vous +en ferez l'usage que vous jugerez convenable; la madone est +de bois.</p> + +<p>La province de Macereta, connue plus communément sous +le nom de Marche d'Ancône, est une des plus belles et sans +contredit la plus riche des états du pape. Nos troupes seront, +j'espère, ce soir à Foligno, et passeront la journée de demain +à se réunir au deuxième bataillon de la soixante-troisième +qui était à Livourne, et que j'ai fait venir. Voici ce que +je compte faire:</p> + +<p>J'accorderai la paix au pape, moyennant qu'il cédera en +toute propriété à la république la légation de Bologne, la légation +de Ferrare, la légation de Romagne, le duché d'Urbin +et la Marche d'Ancône, et qu'il nous paiera, 1°. les +3,000,000 valeur du trésor de Loretto; 2°. les 15,000,000 +valeur de ce qui reste dû pour l'armistice; il donnera tous +les chevaux de cavalerie, tous les chevaux de son artillerie; +qu'il chassera Colli et tous les Autrichiens, et nous donnera +les armes de tous les nouveaux régimens créés depuis l'armistice. +Si cela n'est pas accepté, j'irai à Rome.</p> + +<p>Je préfère l'accommodement à aller à Rome, 1°. parce que +cela m'évitera une discussion qui peut être très-sérieuse avec +le roi de Naples; 2°. parce que le pape et tous les princes se +sauvant de Rome, je ne pourrai jamais en tirer ce que je demande; +3°. parce que Rome ne peut pas exister long-temps dépouillée +de ses belles provinces: une révolution s'y fera toute +seule. 4°. Enfin la cour de Rome nous cédant tous ses droits +sur ce pays, on ne pourra pas, à la paix générale, regarder +cela comme un succès momentané, puisque ce sera une chose +très-finie; et enfin cela nous donnera la division qui est ici, +disponible tout de suite pour les opérations du Frioul, et me +donnera le temps, avant d'être entré en lutte avec les Autrichiens, +de conclure quelque article secret avec le sénat de +Venise.</p> + +<p>Je vous enverrai incessamment la seconde lettre que vient +de m'écrire le cardinal Mattei.</p> + +<p>Rien de nouveau, de bien intéressant dans le Tyrol, ni sur +la Piave, si ce n'est des escarmouches, dont l'état-major vous +fait passer le bulletin.</p> + +<p>Je vous enverrai l'inventaire de l'artillerie trouvée à +Mantoue, Ancône et autres places.</p> + +<p>J'attends toujours Villemansy avec la plus grande impatience. +Nous avons besoin d'un homme qui ait le sens commun +dans cette place: tous ceux que j'ai vus depuis le commencement +de la campagne, sont à peine bons pour être +commissaires dans une place.</p> + +<p>Verninac est arrivé à Naples, je lui répondrai du moment +que le chemin sera libre, pour lui indiquer la route qu'il +doit tenir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tolentino, le 29 pluviose an 5 +(17 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p> + +<p>Vous avez dû recevoir, citoyen général, la onzième demi-brigade +et la cinquième: la vingt-sixième d'infanterie légère +doit être, à l'heure qu'il est, à Verone; elle a ordre de suivre +la cinquième, devant être de la même division avec ces dernières +brigades. J'avais pensé que le quartier-général de cette +division devait être à Borgo de Val-Sugano; cependant, si +vous croyez qu'il serait mieux placé à Levico ou à Pergine, +je vous autorise à donner des ordres en conséquence.</p> + +<p>J'ai reçu votre lettre du 21 pluviose, je vous engage à +réfléchir et à observer davantage les localités; car je ne conçois +pas que, votre ligne du Lawis forcée, et votre mouvement +de retraite exécuté pendant la nuit, vous n'ayez pas +une position intermédiaire la plus rapprochée possible de cette +première, où vous puissiez vous tenir toute la journée, +remettre ensemble vos troupes, et recevoir les hommes éparpillés +ou les corps qui n'auraient pas pu rejoindre dans la +nuit; la nuit suivante, vous remettre en marche, s'il le faut, +et reprendre la ligne de Mori et de Torbole, et là tenir en +échec l'ennemi plusieurs jours; enfin, arriver à la Corona, +au camp retranché de Castel-Novo, et enfin sous les murs +de Mantoue ou de Verone: agir autrement, ce ne serait pas +faire la guerre, dont l'art ne consiste qu'à gagner du temps +lorsqu'on a des forces inférieures. Pour empêcher l'ennemi +d'attaquer d'abord Torbole et Mori, le moyen qui m'a paru +le plus clair était de faire construire un pont sur l'Adige et +d'en retrancher la tête: ce pont devrait être situé entre Roveredo +et Trente. Par ce moyen, l'ennemi ne peut rien tenter +sur Mori et Torbole, même après avoir forcé le général Rey, +qui doit toujours exécuter sa retraite sur Torbole.</p> + +<p>Je vous prie de me répondre positivement à cette question: +Y a-t-il, de Torbole à Mori, une bonne ligne? Elle servirait +par le lac et par l'Adige, et j'avais ordonné: 1°. que l'on +ferait à cette ligne tous les travaux nécessaires; 2°. qu'on y +construirait dans l'endroit le plus favorable une redoute avec +des coupures de chemins, de manière que cela fît la même +position que la Chiusa et Rivoli, à l'exception que l'ennemi +n'étant pas sur la rive du côté de Mori, on n'a pas besoin +d'autant de forces pour défendre ce point, que pour le plateau +de Rivoli.</p> + +<p>Je vous prie de relire l'instruction que je vous ai fait passer +au moment de votre entrée à Trente, et d'en faire strictement +les préparatifs, cela tenant à un système général de +guerre pour la campagne dans laquelle nous allons entrer, +me reposant entièrement sur vous et sur le commandant du +génie, auquel j'ai donné ordre de se rendre à Trente; sur les +positions à tenir et sur l'application des idées générales contenues +dans mon instruction.</p> + +<p>Mon principe pour la défense du Tyrol est, dès l'instant +que vous êtes obligé d'évacuer Trente, de vous rallier en +avant de Roveredo, occupant, avec toute la division Rey, +les hauteurs de Mori: rallié là pendant toute une journée, +passer l'Adige et placer les trois divisions entre l'Adige, +Mori et Torbole, plaçant seulement quelques pièces de canon +et quelques détachemens dans les endroits les plus +étroits entre Mori et Rivoli, pour empêcher l'ennemi de +pouvoir se porter sur Ala, et même y construire, dans l'endroit +le plus favorable, une bonne redoute, ayant soin de +pratiquer des coupures de tous les côtés, et vis-à-vis de laquelle +on doit avoir un pont avec une tête très-bien retranchée. +Qui est maître d'une rive de l'Adige et a un pont, est +maître des deux rives. Lorsqu'ensuite l'occupation de la ligne +de Torbole et Mori par suite des événemens qui peuvent +arriver aux autres divisions de l'armée, deviendrait inutile, +alors Mantoue, Peschiera, ou une place quelconque, offrent +une protection à la division.</p> + +<p>La ligne de Rivoli ne peut donc plus me servir de rien, à +moins que ce ne soit comme ligne de passage pour gagner +quelques jours de temps: cette ligue est trop éloignée des +gorges de la Brenta, pour que le corps d'armée puisse jamais +être secouru par un mouvement de flanc sur Trente: au lieu +que celle de Mori, avec un pont qui permet de passer de +l'autre côté, aide aux divisions, qui, par un mouvement rétrograde, +enfileraient les gorges de la Brenta, pour se porter +sur les flancs de l'ennemi à Trente. En voilà assez, je crois, +pour vous faire sentir l'importance de la position de Mori; +il faut que l'art y seconde la nature. S'il arrivait une circonstance +où vous puissiez être forcé dans la ligne de Torbole, +plus tôt que dix jours après l'avoir été au Lawis, la campagne +serait manquée.</p> + +<p>Sous peu de jours, je serai de retour à l'armée, où je sens +que ma présence devient nécessaire. L'armée est à trois jours +de Rome, je suis en traité avec cette prêtraille, et, pour +cette fois-ci, le Saint-Père sauvera encore sa capitale, en +nous cédant ses plus beaux états et de l'argent, et, par ce +moyen, nous sommes en mesure pour exécuter la grande tâche +de la campagne prochaine.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tolentino, le 30 pluviose an 5 +(18 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Nos troupes se sont emparées de l'Ombrie et du pays de +Perrugia; nous sommes maîtres aussi de la petite province de +Camerino.</p> + +<p>Je rencontre ici le cardinal Mattei, le neveu du pape, le +marquis Massimo, et monsieur Galeppi, qui viennent avec +des pleins pouvoirs du pape pour traiter.</p> + +<p>On m'a écrit de Venise que le prince Charles est arrivé à +Trieste, et que, de tous côtés, les troupes autrichiennes +sont en marche pour renforcer l'armée ennemie.</p> + +<p>Je vous ai instruit, par ma dernière dépêche, que les douze +demi-brigades que vous m'envoyez, ne faisaient pas dix-neuf +mille hommes. Le ministre de la guerre vient d'écrire au général +Kellermann de garder deux mille hommes et de faire +retourner un régiment de cavalerie à l'armée du Rhin. Voilà +donc les trente mille hommes que vous m'annonciez rendus à +dix-sept mille hommes: c'est un très-beau renfort pour l'armée +d'Italie! mais cela me rend trop faible pour pouvoir me +diviser en deux corps d'armée, et exécuter le plan de campagne +que je m'étais proposé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tolentino, le 1er ventose an 5 +(19 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, le rapport du citoyen +Monge, que j'ai envoyé à Saint-Marin, avec le discours +qu'il a prononcé lorsque les douze drapeaux pris sur le pape +et cinq drapeaux autrichiens, reste de ceux pris aux dernières +affaires, ont été apportés.</p> + +<p>Le général Bernadotte est arrivé, et sa division se réunit +à Padoue; le calcul que j'avais fait, de porter les demi-brigades +à quinze cents hommes, l'une portant l'autre, se +vérifie.</p> + +<p>Je vous demande le grade de général de brigade pour l'adjudant-général +Duphot, qui a eu, dans ces différentes affaires, +cinq chevaux tués sous lui: c'est un de nos plus braves +officiers.</p> + +<p>Le pape a ratifié le traité de paix conclu à Tolentino; dès +que j'en aurai l'original, je vous l'expédierai.</p> + +<p>Le roi de Sardaigne a approuvé le traité d'alliance offensive +et défensive conclu par le général Clarke, qui, dans des +lettres très-détaillées, vous expose les différentes démarches +qu'il a faites pour arriver à des négociations de paix. Il nous +a paru que l'on ne pouvait pas à la fois entamer une négociation +de paix séparée avec Vienne, et prêter l'oreille à la proposition +qui serait faite à l'ouverture d'un congrès: tant que +la cour de Vienne aura l'espoir d'obtenir de nous l'ouverture +d'un congrès, elle n'entendra jamais des propositions de paix +séparée.</p> + +<p>Nous ne porterons jamais la cour de Vienne à entrer en +négociation avec nous, qu'en nous prononçant décidément +contre l'ouverture d'un congrès, qui, par la lenteur des formes, +ne pourrait pas éviter la campagne qui va s'ouvrir, et +qu'un esprit d'humanité et de philosophie, qui, malheureusement, +n'est pas partagé par l'empereur, vous fait désirer +d'éviter.</p> + +<p>Je fais travailler à l'armement et aux approvisionnemens +de Mantoue, dans le même temps que je fais travailler aux +mines pour la détruire. Notre position en Italie me paraît +fort satisfaisante.</p> + +<p>Je n'ai pas été à Milan depuis la prise de Mantoue, parce +que les habitans de la Lombardie attendent mon arrivée, et +espèrent que je vais leur permettre la réunion de leurs assemblées +primaires.</p> + +<p>Le moment d'exécuter vos ordres pour Venise n'est pas +encore arrivé; il faut, avant, ôter toute incertitude sur le +sort des combats que les deux armées vont avoir à se livrer; +je désirerais même que la flottille que le ministre de la marine +me promet, fût arrivée dans l'Adriatique.</p> + +<p>J'ai nommé le citoyen Meuron, qui nous a rendu des services +sur le lac de Garda, consul de la république à Ancône: +je vous prie de le confirmer.</p> + +<p>J'espère, avant quinze jours, indépendamment de la corvette +<i>la Brune</i>, qui est arrivée dans l'Adriatique, avoir une +vingtaine de corsaires à Ancône; ce qui nous rendra maîtres +du commerce de l'Adriatique.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Tolentino, le 1er ventôse an 5 +(19 février 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À Sa Sainteté le Pape Pie VI.</i></p> + +<p>Je dois remercier Votre Sainteté des choses obligeantes +contenues dans la lettre qu'elle s'est donné la peine de m'écrire.</p> + +<p>La paix entre la république française et Votre Sainteté +vient d'être signée, je me félicite d'avoir pu contribuer à son +repos particulier.</p> + +<p>J'engage Votre Sainteté à se méfier des personnes qui sont +à Rome, vendues aux cours ennemies de la France, ou qui +se laissent exclusivement guider par les passions haineuses, +qui entraînent toujours la perte des états.</p> + +<p>Toute l'Europe connaît les inclinations pacifiques et les +vertus conciliatrices de Votre Sainteté. La république française +sera, j'espère, une des amies les plus vraies de Rome.</p> + +<p>J'envoie mon aide-de-camp, chef de brigade, pour exprimer +à Votre Sainteté l'estime et la vénération parfaites que +j'ai pour sa personne, et je la prie de croire au désir que j'ai +de lui donner, dans toutes les occasions, les preuves de respect +et de vénération avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bassano, le 20 ventose an 5 +(10 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux soldats de l'armée d'Italie.</i></p> + +<p>La prise de Mantoue vient de finir une campagne qui +vous a donné des titres éternels à la reconnaissance de la +patrie.</p> + +<p>Vous avez remporté la victoire dans quatorze batailles rangées +et soixante-dix combats; vous avez fait plus de cent +mille prisonniers, pris à l'ennemi cinq cents pièces de canon +de campagne, deux mille de gros calibre, quatre équipages +de pont.</p> + +<p>Les contributions mises sur les pays que vous avez conquis +ont nourri, entretenu, soldé l'armée pendant toute la +campagne; vous avez en outre envoyé trente millions au ministre +des finances pour le soulagement du trésor public.</p> + +<p>Vous avez enrichi le Muséum de Paris de plus de trois +cents objets, chefs-d'oeuvre de l'ancienne et nouvelle Italie, +et qu'il a fallu trente siècles pour produire.</p> + +<p>Vous avez conquis à la république les plus belles contrées +de l'Europe; les républiques Lombarde et Cispadane vous +doivent leur liberté; les couleurs françaises flottent pour la +première fois sur les bords de l'Adriatique, en face et à +vingt-quatre heures de navigation de l'ancienne Macédoine; +les rois de Sardaigne, de Naples, le pape, le duc de Parme +se sont détachés de la coalition de nos ennemis, et ont brigué +notre amitié; vous avez chassé les Anglais de Livourne, +de Gênes, de la Corse...; mais vous n'avez pas encore tout +achevé, une grande destinée vous est réservée: c'est en vous +que la patrie met ses plus chères espérances, vous continuerez +à en être dignes.</p> + +<p>De tant d'ennemis qui se coalisèrent pour étouffer la république, +à sa naissance, l'empereur seul reste devant nous. +Se dégradant lui-même du rang d'une grande puissance, ce +prince s'est mis à la solde des marchands de Londres; il n'a +plus de politique, de volonté que celle de ces insulaires +perfides, qui, étrangers aux malheurs de la guerre, sourient +avec plaisir aux maux du continent.</p> + +<p>Le directoire exécutif n'a rien épargné pour donner la +paix à l'Europe; la modération de ses propositions ne se +ressentait pas de la force de ses armées: il n'avait pas consulté +votre courage, mais l'humanité et l'envie de vous faire +rentrer dans vos familles; il n'a pas été écouté à Vienne; il +n'est donc plus d'espérances pour la paix, qu'en allant la +chercher dans le coeur des états héréditaires de la maison +d'Autriche. Vous y trouverez un brave peuple accablé par la +guerre qu'il a eue contre les Turcs, et par la guerre actuelle. +Les habitans de Vienne et des États de l'Autriche gémissent +sur l'aveuglement et l'arbitraire de leur gouvernement; il +n'en est pas un qui ne soit convaincu que l'or de l'Angleterre +a corrompu les ministres de l'empereur. Vous respecterez +leur religion et leurs moeurs, vous protégerez leurs propriétés; +c'est la liberté que vous apporterez à la brave nation +hongroise.</p> + +<p>La maison d'Autriche, qui, depuis trois siècles, va perdant +à chaque guerre une partie de sa puissance, qui mécontente +ses peuples, en les dépouillant de leurs privilèges, se +trouvera réduite, à la fin de cette sixième campagne (puisqu'elle +nous contraint à la faire) à accepter la paix que nous +lui accorderons, et à descendre, dans la réalité, au rang +des puissances secondaires, où elle s'est déjà placée en se +mettant aux gages et à la disposition de l'Angleterre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Bassano, le 20 ventose an 5 +(10 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. Bataglia, provéditeur-général de la république de +Venise à Verone.</i></p> + + +<p>J'ai été douloureusement affecté en apprenant que la +tranquillité publique est troublée à Brescia. J'espère que, +moyennant la sagesse des mesures que vous prendrez, il n'y +aura pas de sang de répandu. Vous savez que, dans la position +actuelle des esprits en Europe, les persécutions ne feraient +qu'autoriser les mécontens contre le gouvernement.</p> + +<p>Dans la plupart des villes de l'état vénitien, il y a des +personnes qui montrent à chaque instant leur partialité pour +les Autrichiens, qui ne cessent de maudire et de se montrer +très-indisposées contre les Français. Quelques-unes, mais +en petit nombre, paraissent préférer les moeurs et l'affabilité +des Français à la rudesse des Allemands. Il serait injuste de +punir ces derniers et de leur faire un crime de la partialité +que l'on ne trouve pas mauvaise en faveur des Allemands.</p> + +<p>Le sénat de Venise ne peut avoir aucune espèce d'inquiétude, +devant être bien persuadé de la loyauté du gouvernement +français, et du désir que nous avons de vivre en bonne +amitié avec votre république; mais je ne voudrais pas que, +sous prétexte de conspiration, l'on jetât sous les plombs du +palais de Saint-Marc tous ceux qui ne sont pas ennemis déclarés +de l'armée française, et qui nous auront, dans le cours +de cette campagne, rendu quelques services.</p> + +<p>Désirant pouvoir contribuer à rétablir la tranquillité et +ôter toute espèce de méfiance entre les deux républiques, je +vous prie, monsieur, de me faire connaître le lieu où je pourrai +avoir l'honneur de vous voir, ainsi que de croire aux +sentimens d'estime et de considération, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Sacile, le 25 ventose an 5 (15 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction pour la conduite à tenir dans le Tyrol.</i></p> + +<p>ART. 1er. Confirmer par une proclamation toutes les lois et +tous les magistrats existans.</p> + +<p>2. Ordonner, par une proclamation, que l'on continue, +comme à l'ordinaire, l'exercice public du culte de la religion.</p> + +<p>3. Beaucoup cajoler les prêtres, et chercher à se faire un +parti parmi les moines, en ayant soin de bien distinguer +les théologiens et les autres savans qui peuvent exister parmi +eux.</p> + +<p>4. Parler en bien de l'empereur, dire beaucoup de mal de +ses ministres et de ceux qui le conseillent.</p> + +<p>5. Donner un ordre pour que tous les Tyroliens qui ont +été au service de l'empereur rentrent chez eux, et leur assurer +la protection et la sauve-garde de la république.</p> + +<p>6. Dès l'instant qu'on serait maître de Brixen et de tous +les pays en deçà des hautes montagnes, y établir une commission +de gouvernement, à laquelle vous donnerez le nom et +l'organisation consacrés dans le pays, que vous chargerez de +percevoir toutes les impositions qui se percevaient pour le +compte de l'empereur, et qu'elle versera, sous sa responsabilité, +dans la caisse de l'armée.</p> + +<p>7. Ne prendre ni les monts-de-piété, ni les caisses qui appartiendront +aux villes, mais seulement les caisses et magasins +appartenant à l'empereur; enfin, avoir beaucoup d'aménité +et chercher à se concilier les habitans.</p> + +<p>8. À ces mesures on joindra celle d'exécuter avec rigueur +le désarmement, de prendre des otages dans les endroits où +on le croirait nécessaire, et de mettre des impositions en +forme de contributions sur les villages qui se conduiraient +mal, et où il y aurait eu de nos soldats assassinés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Valdasone, le 27 ventose an 5 +(17 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Depuis la bataille de Rivoli, l'armée d'Italie occupait les +bords de la Piave et du Lawis; l'armée de l'empereur, commandée +par le prince Charles, occupait l'autre rive de la +Piave, avait son centre placé derrière le Cordevole, et appuyait +sa droite à l'Adige du côté de Bellune.</p> + +<p>Le 20, au matin, la division du général Masséna se rend +à Feltre: l'ennemi, à son approche, évacue la ligne de Cordevole +et se porte sur Bellune.</p> + +<p>La division du général Serrurier se porte à Asolo, elle est +assaillie par un temps horrible; mais le vent et la pluie, à +la veille d'une bataille, ont toujours été pour l'armée d'Italie +un présage de bonheur.</p> + +<p>Le 23, à la pointe du jour, la division passe la Piave vis-à-vis +le village de Vidor: malgré la rapidité et la profondeur +de l'eau, nous ne perdons qu'un jeune tambour. Le chef +d'escadron Lasalle, à la tête d'un détachement de cavalerie, +et l'adjudant général Leclerc, à la tête de la vingt-unième +demi-brigade d'infanterie légère, culbutent le corps ennemi, +qui voulait s'opposer à notre passage, et se portent rapidement +à San-Salvador. Mais l'ennemi, au premier avis du +passage, a craint d'être cerné, et a évacué son camp de Capanna.</p> + +<p>Le général Guieux, à deux heures après midi, passe la +Piave à Ospedalleto, et arrive le soir à Conegliano: un soldat +entraîné par le courant est sur le point de se noyer; une femme +attachée à la cinquante-unième se jette à la nage et le sauve; +je lui ai fait présent d'un collier d'or, auquel sera suspendue +une couronne civique avec le nom du soldat qu'elle a sauvé.</p> + +<p>Notre cavalerie, dans cette journée, rencontre plusieurs +fois celle de l'ennemi, et a toujours l'avantage; nous prenons +quatre-vingts hussards.</p> + +<p>Le 23, le général Guieux, avec sa division, arrive à Sacile, +tombe sur l'arrière-garde ennemie, et, malgré l'obscurité +de la nuit, lui fait cent prisonniers. Un corps de hulans +demande à capituler; le citoyen Sciebeck, chef d'escadron, +s'avance et reste mort; le général Dugua, commandant la +réserve, est légèrement blessé.</p> + +<p>Cependant, la division du général Masséna arrive à Bellune, +poursuit l'ennemi qui s'est retiré du côté de Cadore, +enveloppe son arrière-garde, fait sept cents prisonniers, +parmi lesquels cent hussards, un colonel, et le général Lusignan, +qui commandait tout le centre. Le dixième de chasseurs +se distingue comme à son ordinaire. M. de Lusignan +s'est couvert d'opprobre par la conduite qu'il tint à Brescia +envers nos malades; j'ordonne qu'il soit conduit en France +sans pouvoir être échangé.</p> + +<p>Le 26, la division du général Guieux part de Pardenone, +à cinq heures du matin; celle du général Bernadotte part de +Sacile, à trois heures du matin; celle du général Serrurier +part de Sassiano, à quatre heures du matin: tous se dirigent +sur Valvasone.</p> + +<p>La division du général Guieux dépasse Valvasone et arrive +sur le bord du Tagliamento, à onze heures du matin. L'armée +ennemie est retranchée de l'autre côté de la rivière, dont +elle prétend nous disputer le passage. Mon aide-de-camp, +chef d'escadron Croisier, va, à la tête de vingt-cinq guides, +à la reconnaissance jusqu'aux retranchemens; il est accueilli +par la mitraille.</p> + +<p>La division du général Bernadotte arrive à midi: j'ordonne +sur-le-champ au général Guieux de se porter sur la gauche +pour passer la rivière à la droite des retranchemens ennemis, +sous la protection de douze pièces d'artillerie. Le général +Bernadotte doit la passer sur la droite; l'une et l'autre de ces +divisions forment leurs bataillons de grenadiers, se rangent en +bataille, ayant chacune une demi-brigade d'infanterie légère +en avant, soutenue par deux bataillons de grenadiers, et flanquée +par la cavalerie. L'infanterie légère se met en tirailleurs; +le général Dommartin, à la gauche, et le général Lespinasse à +la droite, font avancer leur artillerie, et la canonnade s'engage +avec la plus grande vivacité; j'ordonne que chaque demi-brigade +ploie, en colonne serrée sur les ailes de son second bataillon, +ses premier et troisième bataillons.</p> + +<p>Le général Duphot, à la tête de la vingt-septième d'infanterie +légère, se jette dans la rivière; il est bientôt de l'autre +côté. Le général Bon le soutient avec les grenadiers de la division +du général Guieux. Le général Murat fait le même mouvement +sur la droite, et est également soutenu par les grenadiers +de la division Bernadotte. Toute la ligne se met en +mouvement, chaque demi-brigade par échelon, des escadrons de +cavalerie en arrière des intervalles. La cavalerie ennemie +veut, plusieurs fois, charger notre infanterie, mais sans +succès; la rivière est passée et l'ennemi est partout en déroute. +Il cherche à déborder notre droite avec sa cavalerie, et +notre gauche avec son infanterie, j'envoie le général Dugua +et l'adjudant-général Kellermann à la tête de la cavalerie de +réserve: aidés par notre infanterie, commandée par l'adjudant-général +Mireur, ils culbutent la cavalerie ennemie, et +font prisonnier le général qui la commande.</p> + +<p>Le général Guieux fait attaquer le village de Gradisca, et +malgré les ombres de la nuit, s'en empare, et met l'ennemi +dans une déroute complète; le prince Charles n'a que le +temps de se sauver.</p> + +<p>La division du général Serrurier, à mesure qu'elle arrive, +passe la rivière, et se met en bataille pour servir de réserve.</p> + +<p>Nous avons pris à l'ennemi, dans cette journée, six pièces +de canon, un général, plusieurs officiers supérieurs, et fait +quatre ou cinq cents prisonniers.</p> + +<p>La promptitude de notre déploiement et de notre manoeuvre, +la supériorité de notre artillerie épouvantèrent tellement +l'armée ennemie, qu'elle ne tint pas et profita de la +auit pour fuir.</p> + +<p>L'adjudant-général Kellermann a reçu plusieurs coups de +sabre en chargeant, à la tête de la cavalerie, avec son courage +ordinaire.</p> + +<p>Je vais m'occuper de récompenser les officiers qui se sont +distingués dans ces différentes affaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Gradisca, le 30 ventose an 5 +(20 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous ai rendu compte du passage de la Piave, des +combats de Longara, de Sacile, et de la journée du Tagliamento.</p> + +<p>Le 28, la division du général Bernadotte part à trois heures +du matin, dépasse Palma-Nova, et prend position sur le torrent +de la Torre, où les hussards se rencontrent.</p> + +<p>La division du général Serrurier prend position sur la +droite, celle du général Guieux sur la gauche; j'envoie le +citoyen Lasalle, avec le vingt-quatrième de chasseurs, à +Voine.</p> + +<p>L'ennemi, à notre approche, évacue Palma-Nova, où nous +trouvons trente mille rations de pain et mille quintaux de +farine en magasin: il y avait dix jours que le prince Charles +s'était emparé de cette place, appartenant aux Vénitiens; il +voulait l'occuper, mais il n'avait pas eu le temps de s'y établir.</p> + +<p>Le général Masséna arrive à Saint-Daniel, à Osopo, à +Gemona, et pousse son avant-garde dans les gorges.</p> + +<p>Le 29, le général Bernadotte s'avance et bloque Gradisca; +le général Serrurier se porte vis-à-vis San-Pietro pour passer +l'Isonzo; l'ennemi a plusieurs pièces de canon et quelques +bataillons de l'autre côté pour en défendre le passage.</p> + +<p>J'ordonne différentes manoeuvres, qui épouvantent l'ennemi, +et le passage s'exécute sans opposition. Je ne dois pas +oublier le trait de courage du citoyen Andréossy, chef de brigade +d'artillerie, que je charge de reconnaître si la rivière est +guéable; il se précipite lui-même dans l'eau, et la passe et la +repasse à pied. Cet officier est d'ailleurs distingué par ses talens +et ses connaissances étendues.</p> + +<p class="milieu"><i>Passage de l'Isonzo et prise de Gradisca.</i></p> + +<p>Le général Serrurier se porte sur Gradisca en suivant les +crêtes supérieures qui dominent cette ville.</p> + +<p>Pour amuser pendant ce temps-là l'ennemi et l'empêcher +de s'apercevoir de sa manoeuvre, le général Bernadotte fait +attaquer, par des tirailleurs, les retranchemens ennemis; +mais nos soldats, emportés par leur ardeur naturelle, s'avancent, +la baïonnette en avant, jusque sous les murs de Gradisca. +Ils sont reçus par une forte fusillade et de la mitraille. Le +général Bernadotte, obligé de les soutenir, fait avancer quatre +pièces de canon pour enfoncer les portes; mais elles sont +couvertes par une flèche bien retranchée.</p> + +<p>Cependant le général Serrurier arrive sur les hauteurs qui +maîtrisent Gradisca, rend toute retraite impossible à la +garnison; l'ennemi n'a donc plus ni probabilité de se défendre, +ni espoir de s'échapper; le général Bernadotte lui +fait la sommation que je vous envoie, et il capitule.</p> + +<p>Trois mille prisonniers, l'élite de l'armée du prince +Charles, dix pièces de canon, huit drapeaux sont le fruit +de cette manoeuvre. Nous avons en même temps passé l'Isonzo +et pris Gradisca.</p> + +<p>La division du général Bernadotte s'est conduite avec un +courage qui nous est un garant de nos succès à venir. Le général +Bernadotte, ses aides-de-camp, ses généraux ont +bravé tous les dangers. Je vous demande le grade de général +de brigade pour l'adjudant-général Mireur.</p> + +<p>Le général Bernadotte se loue beaucoup du général Murat, +commandant son avant-garde, du général Friand, de +l'adjudant-général Mireur, du citoyen Campredon, commandant +du génie; du citoyen Zaillot, commandant l'artillerie; +du citoyen Lahure, chef de la quinzième demi-brigade d'infanterie +légère; du citoyen Marin, et des deux frères Conroux. +Le citoyen Duroc, mon aide-de-camp, capitaine, s'est +conduit avec la bravoure qui caractérise l'état major de l'armée +d'Italie.</p> + +<p>Le citoyen Miquet, chef de la quatre-vingt-huitième +demi-brigade, a été blessé.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Casasola.</i></p> + +<p>La division du général Masséna s'empare du fort de la +Chiusa, rencontre l'ennemi, qui veut lui disputer le passage +du pont de Casasola. Ses tirailleurs font replier ceux de l'ennemi, +et un instant après les grenadiers des trente-deuxième +et cinquante-septième demi-brigades, en colonne serrée, +forcent ce pont, culbutent l'ennemi malgré ses retranchemens +et ses chevaux de frise, le poursuivent jusqu'à la Ponteba, +et lui font six cents prisonniers, tous des régimens nouvellement +venus du Rhin; tous les magasins que l'ennemi avait +de ce côté tombent en notre pouvoir.</p> + +<p>Les chasseurs du dixième régiment, le sabre à la main, +foncent dans les retranchemens ennemis, et acquièrent un +nouveau titre à l'estime de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 2 germinal an 5 +(22 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Nous sommes entrés hier dans Goritz: l'armée ennemie a +effectué sa retraite avec tant de précipitation, qu'elle a laissé +dans nos mains quatre hôpitaux contenant quinze cents malades, +et tous les magasins de vivres et de munitions de +guerre, dont je vous ferai passer l'état par le premier +courrier.</p> + +<p>La division du général Bernadotte s'est rendue hier à +Camiza, +son avant-garde et l'arrière-garde ennemie se sont rencontrées +à Caminia; le dix-neuvième régiment de chasseurs à +cheval a chargé l'ennemi avec une telle impétuosité, qu'il +lui a fait cinquante hussards prisonniers, avec leurs chevaux. +Le général Masséna a poursuivi l'ennemi jusqu'à la Ponteba.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 4 germinal an 5 +(24 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous fais passer l'état des objets que nous avons trouvés +à Goritz. Je vous enverrai par le prochain courrier l'état de ce +que nous avons trouvé à Trieste.</p> + +<p>Nous sommes maîtres des célèbres mines d'Idria; nous y +avons trouvé des matières préparées pour deux millions, on +va s'occuper à les charroyer. Si cette opération se fait sans +accident, elle sera fort utile à nos finances.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 4 germinal an 5 +(24 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Le général Guieux, avec sa division, se rendit, le 2, de +Cividal à Caporeto; il rencontra l'ennemi retranché à Pufero, +l'attaqua, lui prit deux pièces de canon, et lui fit une +centaine de prisonniers, et le poursuivit dans les gorges de +Caporeto à la Chiusa autrichienne, en laissant le champ de +bataille couvert d'Autrichiens.</p> + +<p>Cependant le général Masséna, avec sa division, est à +Tarwis; j'ai donc lieu d'espérer que les deux mille hommes +que le général Guieux a poussés devant lui tomberont dans +les mains de la division Masséna.</p> + +<p>Le général de division Dugua est entré hier soir dans +Trieste.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 4 germinal an 5 +(24 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>M. Pezar, sage grand de la république de Venise, a été +envoyé ici, accompagné d'un sage de terre-ferme; il est revenu +relativement aux événemens de Brescia et de Bergame. +Les peuples de ces deux villes ont désarmé la garnison vénitienne, +et chassé les provéditeurs de la république de Venise. +Un germe d'insurrection gagne toutes les têtes de cette +république. Je vous envoie une lettre que m'avait écrite précédemment +M. Battaglia, provéditeur de la république de +Venise, et la réponse que je lui ai faite. Ma conduite avec +M. Pezaro était assez délicate: ce n'est pas dans un moment +où Palma-Nova n'est pas encore approvisionné et armé, où +nous avons besoin de tous les secours du Frioul, et de toute +la bonne volonté des gouvernemens vénitiens pour nous approvisionner +dans les défilés de l'Allemagne, qu'il fallait nous +brouiller. Il ne fallait pas non plus qu'ils pussent envoyer +quatre ou cinq mille hommes, et écraser les personnes qui, +à Brescia et à Bergame, nous sont attachées, quoique je +n'approuve pas leur conduite, et que je croie que leur insurrection +nous est, dans le moment, très-nuisible; mais le parti +ennemi de la France est, dans ces différentes villes, si acharné +contre nous, que, s'il prenait le dessus, il faudrait être en +guerre ouverte avec toute la population. J'ai dit à M. Pezaro +que le directoire exécutif n'oubliait pas que la république de +Venise était l'ancienne alliée de la France; que nous avions +un désir bien formé de la protéger de tout notre pouvoir. +J'ai demandé seulement d'épargner l'effusion du sang, et de +ne pas faire un crime aux citoyens vénitiens qui avaient plus +d'inclination pour l'armée française que pour l'armée impériale; +que nous ne soutenions pas les insurgés, qu'au contraire +je favoriserais les démarches que ferait le gouvernement; +mais que je croyais que, comme ils avaient envoyé +un courrier au directoire exécutif, il serait bon peut-être +d'en attendre le retour, parce que je croyais que la seule intervention +de la France dans ces affaires pourrait ramener les +esprits sans avoir besoin de recourir aux armes. Nous nous +sommes quittés bons amis, il m'a paru fort content. Le grand +point, dans tout ceci, est de gagner du temps. Je vous prie, +pour ma règle, de me donner une instruction détaillée.</p> + +<p>Les villes d'Ancone, du duché d'Urbin, de la province de +Macerata, m'accablent de députations pour me demander à +ne pas retourner sous l'autorité papale. La révolution gagne +véritablement toutes les têtes en Italie; mais il faudrait encore +bien du temps pour que les peuples de ces pays pussent +devenir guerriers et offrir un spectacle sérieux.</p> + +<p>Je vous envoie un exemplaire de la constitution de la république +cispadane.</p> + +<p>Les Lombards sont très-impatiens; ils voudraient qu'on +déclarât leur liberté, et qu'on leur permît également de se +faire une constitution; ils soudoient, dans ce moment, quinze +cents Polonais et deux mille hommes de la légion lombarde. +L'un et l'autre de ces corps commencent à s'organiser assez +Bien.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Goritz, le 5 germinal an 5 +(25 mars 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, qu'une +colonne de l'armée du prince Charles était cernée entre la +division du général Masséna, qui était à Tarwis, et celle du +général Guieux, qui, arrivé à Caporeto, le poussait devant +lui dans les gorges.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Tarwis.</i></p> + +<p>Le général Masséna, arrivé à Tarwis, fut attaqué par une +division ennemie, partie de Clagenfurth, et qui venait au +secours de la division qui était cernée. Après un combat extrêmement +opiniâtre, il la mit en déroute, lui fit une grande +quantité de prisonniers, parmi lesquels trois généraux. Les +cuirassiers de l'empereur, arrivant du Rhin, ont extrêmement +souffert.</p> + +<p class="milieu"><i>Affaire de la Chiusa.—Prise de ce poste.</i></p> + +<p>Cependant le général Guieux poussa la colonne qu'il avait +battue à Pufero, jusqu'à la Chiusa autrichienne, poste extrêmement +retranché, mais qui fut enlevé de vive force, +après un combat très-opiniâtre, où se sont particulièrement +distingués les généraux Bon, Verdier, et la quatrième demi-brigade, +ainsi que la quarante-troisième. Le général Kablès +défendait lui-même la Chiusa avec cinq cents grenadiers: par +le droit de la guerre, les cinq cents hommes devaient être +passés au fil de l'épée; mais ce droit barbare a toujours été +méconnu et jamais pratiqué par l'armée française.</p> + +<p>La colonne ennemie, voyant la Chiusa prise, activa sa +marche, et tomba au milieu de la division du général Masséna, +qui, après un léger combat, la fit toute prisonnière: +trente pièces de canon, quatre cents chariots portant les bagages +de l'armée, cinq mille hommes, quatre généraux, sont +tombés en notre pouvoir.</p> + +<p>Je m'empresse de vous faire part de cet événement, +parce que, dans les circonstances actuelles, il est indispensable +que vous soyez prévenu de tout sans retard. Je me réserve +de vous rendre un compte plus détaillé de tous ces événemens +dès l'instant que j'aurai recueilli tous les rapports, et +que les momens seront moins pressans.</p> + +<p>La chaîne des Alpes qui sépare la France et la Suisse de +l'Italie, sépare le Tyrol italien du Tyrol allemand, les états +de Venise des états de l'empereur, et la Carinthie du comté +de Goritz et de Gradisca. La division Masséna a traversé les +Alpes italiques, et est venue occuper le débouché des Alpes +nordiques. Nos ennemis ont eu la maladresse d'engager tous +leurs bagages et une partie de leur armée par les Alpes nordiques, +qui dès lors se sont trouvés pris.</p> + +<p>Le combat de Tarwis s'est donné au-dessus des nuages, +sur une sommité qui domine l'Allemagne et la Dalmatie; dans +plusieurs endroits où notre ligne s'étendait, il y avait trois +pieds de neige, et la cavalerie, chargeant sur la glace, a essuyé +des accidens dont les résultats ont été extrêmement funestes +à la cavalerie ennemie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Clagenfurth, le 12 germinal an 5 +(1er avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai rendu compte, dans ma dernière dépêche, des +combats de Trévise et de la Chiusa. Le 8, trois divisions +de l'armée se trouvaient avoir traversé les gorges qui, de +l'état vénitien, conduisent en Allemagne, et campaient à +Villach, sur les Lords de la Drave.</p> + +<p>Le 9, le général Masséna se mit en marche avec sa division; +il rencontra, à une lieue de Clagenfurth, l'armée ennemie, +et il s'engagea un combat, où l'ennemi perdit deux +pièces de canon et deux cents prisonniers. Nous entrâmes le +même soir à Clagenfurth, qui est la capitale de la Haute et +Basse-Carinthie. Le prince Charles, avec les débris de son +armée extrêmement découragée, fuit devant nous.</p> + +<p>Notre avant-garde est aujourd'hui entre Saint-Veit et Freisach. +La division du général Bernadotte est à Laubach, capitale +de la Carniole. J'ai envoyé le général polonais Zajonseck, +à la tête d'un corps de cavalerie, pour suivre la vallée de la +Drave, arriver à Lintz et opérer ma jonction avec le général +Joubert, qui est à Brixen; elle doit être faite à l'heure qu'il est.</p> + +<p>Depuis le commencement de cette campagne, le prince +Charles a perdu près de vingt mille hommes de ses troupes, +qui sont nos prisonniers. Les habitans de la Carniole et de la +Carinthie ont pour le ministère de Vienne et d'Angleterre +un mépris qui ne se conçoit pas; la nation anglaise accapare +tellement la haine et l'exécration du continent, que je crois +que, si la guerre dure encore quelque temps, les Anglais seront +réellement exécrés, qu'ils ne seront plus reçus nulle part.</p> + +<p>Voilà donc les ennemis entièrement chassés des états de +Venise; la Haute et Basse-Carniole, la Carinthie, le district +de Trieste, et tout le Tyrol, soumis aux armes de la république.</p> + +<p>Nous avons trouvé, près de Villach, un magasin de fer +coulé, de cartouches et de poudre, de mine de plomb, d'acier, +de fer et de cuivre. Nous avons trouvé, près de Clagenfurth, +des manufactures d'armes et de drap.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Clagenfurth, le 12 germinal an 5 +(1er avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p class="milieu"><i>Combat du Lavis.</i></p> + +<p>Les divisions des généraux Joubert, Baraguey d'Hilliers +et Delmas se sont mises en mouvement le 30 ventose; elles +ont enveloppé les corps ennemis qui se trouvaient sur le Lavis. +Après un combat extrêmement opiniâtre, nous avons fait +quatre mille prisonniers, pris trois pièces de canon, deux +drapeaux, et tué près de deux mille hommes, dont une +grande partie de chasseurs tyroliens.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Tramin.</i></p> + +<p>Cependant l'ennemi s'était retiré sur la rive droite de l'Adige, +et paraissait vouloir tenir encore. Le 2 germinal, le général +Joubert, commandant les trois divisions, se porta à +Salurn; le général Vial s'empara du pont de Neumark, et +passa la rivière pour empêcher l'ennemi de se retirer sur +Botzen. La fusillade s'engagea avec la plus grande force. Le +combat paraissait incertain, lorsque le général de division +Dumas, commandant la cavalerie, se précipita dans le village +de Tramin, fit six cents prisonniers, et prit deux pièces +de canon: par ce moyen, les débris de la colonne ennemie, +commandée par le général Laudon, n'ont pas pu arriver à +Botzen, et errent dans les montagnes.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Clausen.</i></p> + +<p>Nous sommes entrés dans la ville de Botzen: le général +Joubert ne s'y arrêta pas; il y laissa une force suffisante pour +suivre le général Laudon, et marcha droit à Clausen. L'ennemi, +profitant de la défense qu'offrait le pays, avait fait les +meilleures dispositions. L'attaque fut vive et bien concertée, +et le succès long-temps incertain. L'infanterie légère grimpa +des rochers inaccessibles; les onzième et trente-troisième +demi-brigades d'infanterie de bataille, en colonne serrée, et +commandées par le général Joubert, en personne, surmontèrent +tous les obstacles; l'ennemi, percé par le centre, a été +obligé de céder, et la déroute est devenue générale. Nous +avons fait à l'ennemi quinze cents prisonniers.</p> + +<p>Le général Joubert arriva à Brixen, toujours poursuivant +l'ennemi; le général Dumas, à la tête de la cavalerie, a tué, +de sa propre main plusieurs cavaliers ennemis; il à été blessé +légèrement de deux coups de sabre; son aide-de-camp Dermoncourt +a été blessé dangereusement; ce général a, pendant +plusieurs minutes, arrêté seul, sur un pont, un escadron de +cavalerie ennemie qui voulait passer, et a donné le temps aux +siens de le rejoindre.</p> + +<p>Nous avons trouvé à Brixen, Botzen et dans divers autres +endroits, des magasins de toutes espèces, entr'autres trente +mille quintaux de farine.</p> + +<p>Partout l'ennemi, tant dans le Tyrol que dans la Carinthie +et la Carniole, nous a laissé des hôpitaux; je laisse au +chef de l'état-major et au commissaire ordonnateur eu chef le +soin d'envoyer au ministre de la guerre les états des effets +qu'on y a trouvés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Clagenfurth, le 12 germinal an 5 +(1er avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au peuple de la Carinthie.</i></p> + +<p>L'armée française ne vient pas dans votre pays pour le +conquérir, ni pour porter aucun changement à votre religion, +à vos moeurs, à vos coutumes; elle est l'amie de toutes les +nations, et particulièrement des braves peuples de Germanie.</p> + +<p>Le directoire exécutif de la république française n'a rien +épargné pour terminer les calamités qui désolent le continent. +Il s'était décidé à faire le premier pas et à envoyer le général +Clarke à Vienne, comme plénipotentiaire, pour entamer des +négociations de paix; mais la cour de Vienne a refusé de +l'entendre; elle a même déclaré à Vicence, par l'organe de +M. de Saint Vincent, qu'elle ne reconnaissait pas de république +française. Le général Clarke a demandé un passeport +pour aller lui-même parler à l'empereur; mais les ministres +de la cour de Vienne ont craint, avec raison, que la +modération des propositions qu'il était chargé de faire, ne +décidât l'empereur à la paix. Ces ministres, corrompus par +l'or de l'Angleterre, trahissent l'Allemagne et leur prince, et +n'ont plus de volonté que celle de ces insulaires perfides, +l'horreur de l'Europe entière.</p> + +<p>Habitans de la Carinthie, je le sais, vous détestez autant +que nous, et les Anglais, qui seuls gagnent à la guerre actuelle, +et votre ministère, qui lui est vendu. Si nous sommes +en guerre depuis six ans, c'est contre le voeu des braves Hongrois +et des citoyens éclairés de Vienne, et des simples et +bons habitans de la Carinthie.</p> + +<p>Eh bien! malgré l'Angleterre et les ministres de la cour de +Vienne, soyons amis; la république française a sur vous les +droits de conquête, qu'ils disparaissent devant un contrat +qui nous lie réciproquement, Vous ne vous mêlerez pas d'une +guerre qui n'a pas votre aveu. Vous fournirez les vivres dont +nous pouvons avoir besoin. De mon côté, je protégerai votre +religion, vos moeurs et vos propriétés; je ne tirerai de vous +aucune contribution. La guerre n'est-elle pas par elle-même +assez horrible? Ne souffrez vous pas, déjà trop, vous, innocentes +victimes des sottises des autres? Toutes les impositions +que vous avez coutume de payer à l'empereur serviront à +indemniser des dégâts inséparables de la marche d'une armée, +et à payer les vivres que vous nous aurez fournis.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Clagenfurth, le 12 germinal an 6 +(1er avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous fais tenir la copie de la lettre que j'ai envoyée, +par mon aide-de-camp, au prince Charles.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Copie de la lettre écrite par le général en chef de l'armée +d'Italie, à son altesse royale M le prince Charles.</i></p> + +<p class="droite">Du 11 germinal an 5 (31 mars 1797).</p> + +<p>M. le général en chef,</p> + +<p>Les braves militaires font la guerre et désirent la paix! +celle-ci ne dure-t-elle pas depuis six ans? Avons-nous assez +tué de monde et commis assez de maux à la triste humanité? +Elle réclame de tous côtés. L'Europe, qui avait pris les armes +contre la république française, les a posées; votre nation +reste seule, et cependant le sang va couler encore plus que +jamais. Cette sixième campagne s'annonce par des présages +sinistres; quelle qu'en soit l'issue, nous tuerons de part et +d'autre quelques milliers d'hommes de plus, et il faudra +bien que l'on finisse par s'entendre, puisque tout a un terme, +même les passions haineuses.</p> + +<p>Le directoire exécutif de la république française avait fait +connaître à sa majesté l'empereur le dessein de mettre fin à la +guerre qui désole les deux peuples, l'intervention de la cour +de Londres s'y est opposée: n'y a-t-il donc aucun espoir de +nous entendre? Et faut-il, pour les intérêts ou les passions +d'une nation étrangère aux maux de la guerre, que nous +continuions à nous entr'égorger? Vous, M. le général en +chef, qui, par votre naissance, approchez si près du trône et +êtes au-dessus de toutes les petites passions qui animent souvent +les ministres et les gouvernemens, êtes-vous décidé à +mériter le titre de bienfaiteur de l'humanité entière, et de +vrai sauveur de l'Allemagne? Ne croyez pas, M. le général +en chef, que j'entende par là qu'il ne soit pas possible de la +sauver par la force des armes; mais, dans la supposition que +les chances de la guerre nous deviennent favorables, l'Allemagne +n'en sera pas moins ravagée. Quant à moi, M. le général +en chef, si l'ouverture que j'ai l'honneur de vous faire +peut sauver la vie à un seul homme, je m'estimerai plus fier +de la couronne civique que je me trouverai avoir méritée, +que de la triste gloire qui peut revenir des succès militaires.</p> + +<p>Je vous prie de croire, M. le général en chef, aux sentimens +d'estime et de considération distingués avec lesquels je +suis, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Scheifling, le 16 germinal an 5 +(5 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Burk.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Le général Joubert a attaqué, le 8, la gorge d'Inspruck: +les bataillons fraîchement arrivés du Rhin voulaient la défendre; +après une canonnade de quelques instans, le général +Joubert a décidé l'affaire en marchant droit à la tête de la +quatre-vingt-cinquième demi-brigade, en colonne serrée par +bataillon: l'ennemi a été culbuté en laissant cent morts, six +cents prisonniers, deux pièces de canon, tous les équipages +et vingt dragons.</p> + +<p>Le général Dumas, qui a chargé, à la tête de la cavalerie, +dès l'instant que l'infanterie eut percé, a eu son +cheval tué sous lui. Le général de brigade Belliard, qui commandait +la quatre-vingt-cinquième; le brave Gaspard Lavisé, +chef de cette demi-brigade, et l'aide-de-camp Lambert, se +sont particulièrement distingués. Je vous demande, pour le +général Dumas, qui, avec son cheval, a perdu une paire de +pistolets, une paire de pistolets de la manufacture de Versailles.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Scheifling, le 16 germinal an 5 +(5 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p class="milieu"><i>Combat des gorges de Neumarck.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>L'armée s'est mise en marche le 12. La division du général +Masséna, formant l'avant-garde, a rencontré l'ennemi +dans les gorges qui se trouvent entre Freisach et Neumarck. +L'arrière-garde ennemie a été culbutée dans toutes les positions +qu'elle a voulu disputer, et nos troupes s'acharnèrent à +la poursuivre avec une telle vitesse, que le prince Charles +fut obligé de faire revenir, de son corps de bataille, les huit +bataillons de grenadiers, les mêmes qui ont pris Kelh et qui +sont en ce moment l'espoir de l'armée autrichienne; mais la +deuxième d'infanterie légère, qui s'est distinguée depuis son +arrivée par son courage, ne ralentit pas son courage un seul +instant, se jeta sur les flancs de droite et de gauche, dans +le temps que le général Masséna, pour fouler la gorge, faisait +mettre en colonne les grenadiers de la dix-huitième et de +la trente-deuxième. Le combat s'engagea avec fureur: c'était +l'élite de l'armée autrichienne qui venait lutter contre nos +vieux soldats d'Italie. L'ennemi avait une position superbe, +qu'il avait hérissée de canons; mais elle ne fit que retarder +de peu de temps la défaite de l'arrière-garde ennemie. Les +grenadiers ennemis furent mis dans une complète déroute, +laissèrent le champ de bataille couvert de morts, et cinq à six +cents prisonniers.</p> + +<p>L'ennemi profita de toute la nuit pour filer. À la pointe du +jour, nous entrâmes dans Neumark. Le quartier-général fut, +ce jour-là, à Freisack.</p> + +<p>Nous avons trouvé à Freisack quatre mille quintaux de farine, +une grande quantité d'eau-de-vie et d'avoine. Ce n'était +qu'une faible partie des magasins qui y existaient, l'ennemi +avait brûlé le reste: nous en avons trouvé autant à Neumarck.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Hundelmarck.</i></p> + +<p>Le 14, le quartier-général se porta à Scheifling. L'avant-garde, +sur le point d'arriver à Hundelmarck, rencontra l'arrière-garde +de l'ennemi, qui voulait lui disputer sa couchée.</p> + +<p>La deuxième d'infanterie légère était encore d'avant-garde. +Après une heure de combat, l'arrière-garde ennemie, qui, +ce jour-là, était composée de quatre régimens venant du +Rhin, fut encore mise en déroute, et nous laissa six cents prisonniers, +et au moins trois cents morts sur le champ de +bataille. Notre avant-garde mangea encore, ce jour-là, le +pain et but l'eau-de-vie préparés pour l'armée autrichienne.</p> + +<p>Notre perte, dans ces deux combats, a été de fort peu de +chose: le chef de brigade Carere, officier du plus grand courage, +et qui nous a rendu, dans la campagne les plus grands +services, a été tué d'un boulet. C'est le seul officier que nous +ayons perdu: il est vivement regretté.</p> + +<p>Aujourd'hui nous occupons Kintenfeld, Murau et Jundenburg. +L'ennemi paraît s'être décidé à une retraite plus précipitée, +et à ne plus engager de combat partiel.</p> + +<p>J'ai fait poursuivre, par la division du général Guieux, la division du général autrichien Spork, qui voulait faire sa +jonction par la vallée de la Marche, et dont l'avant-garde +était déjà arrivée à Murau. Notre arrivée prompte à Scheifling +a rendu cette jonction impossible: désormais elle ne +peut plus se faire qu'au de-là des montagnes qui avoisinent +Vienne.</p> + +<p>Je vous envoie la réponse que m'a faite le prince Charles +à ma lettre du 10, avant le combat du 13; deux heures après +avoir envoyé cette réponse, comme nous marchions sur Freisack, +il a fait demander, par un de ses aides-de-camp, une +suspension de quatre heures, proposition entièrement inadmissible. +Il voulait, en gagnant quatre heures, gagner la +journée, et par là avoir le temps de faire sa jonction avec +le général Spork: c'était précisément la raison qui me faisait +marcher jour et nuit.</p> + +<p>Depuis le commencement de la campagne, le citoyen Ordonner, +chef de brigade du dixième régiment de chasseurs, +montre un courage qui lui captive l'estime de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Scheifling, le 16 germinal an 5 +(5 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. Pesaro, sage grand de la république de Venise.</i></p> + +<p>Les affaires militaires, monsieur, qui se sont succédé avec +la plus grande rapidité, m'ont empêché de répondre à la lettre +que vous vous êtes donné la peine de m'écrire.</p> + +<p>De tous les points du territoire de la république de Venise, il me vient des plaintes sur la conduite des agens de +cette république à l'égard de l'armée française. À Verone, on +affiche tous les jours des placards pour exciter la haine du +peuple contre nous, et effectivement les assassinats commencent +et deviennent fréquens sur la route de Verone à la +Piave.</p> + +<p>Un vaisseau de guerre vénitien a tiré des coups de canon +sur la frégate <i>la Brune</i>, et l'a empêchée de mouiller dans +le golfe, tandis qu'un convoi autrichien y mouillait.</p> + +<p>La maison du consul de Zante a été pillée et brûlée, et +votre gouvernement l'a laissé faire.</p> + +<p>Toutes les personnes qui sont soupçonnées d'avoir prêté +secours à l'armée française sont ouvertement persécutées, +dans le temps qu'on encourage de nombreux agens que la +maison d'Autriche a dans Verone et autres lieux des états de +Venise.</p> + +<p>La république française, ne se mêle pas, monsieur, des +affaires intérieures de la république de Venise; mais la nécessité +de veiller à la sûreté de l'armée me fait un devoir de prévenir +les entreprises que l'on pourrait faire contre elle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Scheifling, le 16 germinal an 5 +(5 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À la municipalité de Brescia et à celle de Bergame.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens, la lettre que vous vous êtes donné la +peine de m'écrire: il ne m'appartient pas d'être juge entre le +peuple de votre province et le sénat de Venise; mon intention +cependant est qu'il n'y ait aucune espèce de trouble ni de +mouvement de guerre, et je prendrai toutes les mesures +pour maintenir la tranquillité sur les derrières de l'armée.</p> + +<p>Les troupes françaises continueront de vivre avec le peuple +de Brescia dans le même esprit de neutralité et de bonne intelligence, +et je désire, dans toutes les occasions, pouvoir vous +donner des preuves de l'estime que j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Ay quartier général à Scheifling, le 16 germinal an 5 +(5 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. Pesaro, sage grand de la république de Venise.</i></p> + +<p>Le duc de Modène, monsieur, doit plus de 30,000,000 à +l'état de Modène: en conséquence, je vous requiers de faire +mettre en séquestre, soit l'argent qu'il a dans la banque de +Venise, soit le trésor qui se trouve dans le palais où il demeure, +et dès aujourd'hui je regarde le gouvernement vénitien +comme répondant de ladite somme.</p> + +<p>Je vous prie de croire aux sentimens d'estime, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 19 germinal an 5 +(8 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai eu l'honneur de vous envoyer la lettre que j'avais +écrite au prince Charles, et sa réponse.</p> + +<p>Je vous fais passer:</p> + +<p>1°. Copie de la lettre qu'il m'a écrite de nouveau, en date +du 6 avril;</p> + +<p>2°. La note qui m'a été remise par MM. les généraux Bellegarde +et Meerveldt;</p> + +<p>3°. La réponse que je leur ai faite;</p> + +<p>4°. Une seconde lettre du prince Charles, et enfin les conditions +de la suspension d'armes de cinq jours, que nous +avons conclue. Vous y remarquerez, par la ligne de démarcation, +que nous nous trouvons avoir occupé Gratz, Bruck, +et Rotenmann, que nous n'occupions pas encore.</p> + +<p>D'ailleurs, mon intention était de faire reposer deux ou +trois jours l'armée; cette suspension dérange donc fort peu +les opérations militaires.</p> + +<p>Ces généraux sont sur-le-champ repartis pour Vienne, et +le plénipotentiaire de S. M. l'empereur doit être arrivé au +quartier-général avec des pleins pouvoirs pour une paix séparée, +avant l'expiration de la suspension d'armes, que j'ai +fait grande difficulté de leur accorder, mais qu'ils ont jugée +indispensable.</p> + +<p>Je leur ai dit que toute clause préliminaire à la négociation +de paix devait être la cession jusqu'au Rhin; ils m'ont +demandé une explication sur l'Italie, à laquelle je me suis +refusé: ils m'ont, de leur côté, déclaré que, si S. M. l'empereur +devait tout perdre, elle sortirait de Vienne, et s'exposerait +à toutes les chances; je leur ai observé que, lorsque +je m'expliquais d'une manière définitive sur les limites du +Rhin, et que je me taisais sur l'Italie, c'était faire entendre +qu'on admettait la discussion sur cette clause essentielle.</p> + +<p>On m'a paru ne pas approuver les principes de Thugut, et +que même l'empereur commençait à s'en apercevoir.</p> + +<p>Nos armées n'ont pas encore passé le Rhin, et nous sommes +déjà à vingt lieues de Vienne. L'armée d'Italie est donc +seule exposée aux efforts d'une des premières puissances de +l'Europe.</p> + +<p>Les Vénitiens arment tous leurs paysans, mettent en campagne +tous leurs prêtres, et secouent avec fureur tons les +ressorts de leur vieux gouvernement, pour écraser Bergame +et Brescia. Le gouvernement vénitien a en ce moment vingt +mille hommes armés sur mes derrières.</p> + +<p>Dans les états du pape même, des rassemblemens considérables +de paysans descendent des montagnes, et menacent +d'envahir toute la Romagne.</p> + +<p>Les différens peuples d'Italie, réunis par l'esprit de liberté, +et agités en différens sens par les passions les plus actives, +ont besoin d'être contenus et surveillés.</p> + +<p>Je vous enverrai la situation des troupes que j'ai avec moi, +et de celles que j'ai en Italie.</p> + +<p>Tout me porte à penser que le moment de la paix est arrivé, +et que nous devons la faire dans un moment où nous +pouvons dicter les conditions, pourvu qu'elles soient raisonnables.</p> + +<p>Si l'empereur nous cède ce qui lui appartient du côté de +la rive gauche du Rhin, comme prince de la maison d'Autriche, +et si, comme chef de l'empire, il reconnaît les limites +de la république au Rhin; s'il cède à la république cispadane +le duché de Modène et Carrare; s'il nous donne Mayence, +dans l'état où elle se trouve, en échange contre Mantoue, +je crois que nous aurons fait une paix beaucoup plus avantageuse +que ne le portent les instructions du général Clarke. +Nous restituerons, il est vrai, toute la Lombardie et tous les +pays que nous occupons dans ce moment-ci; mais n'aurons-nous +pas tiré de nos succès tout le parti possible, lorsque +nous aurons le Rhin pour limite, et que nous aurons institué +dans le coeur de l'Italie une république de deux millions +d'habitans, qui, par Carrare, se trouvera près de nous, nous +donnera le commerce du Pô, de l'Adriatique, et s'agrandira +à mesure que le pape se détruira.</p> + +<p>Je viens d'expédier un courrier au général Clarke pour +que, de Turin, il se rende en toute diligence ici: il est porteur +de vos instructions, et a des pleins pouvoirs pour finir +cette négociation; j'espère qu'il arrivera à temps, pour ne +pas faire perdre le moment, qui est tout dans les négociations +de cette nature.</p> + +<p>Si, contre mon attente, la négociation ne réussissait pas, +je me trouverais embarrassé sur le parti que j'aurais à +prendre; je chercherais néanmoins à attirer l'ennemi dans +une affaire, à le battre, à obliger l'empereur à abandonner +Vienne: après quoi je serais obligé de rentrer en Italie, si +les armées du Rhin restaient dans l'inaction où elles se trouvent +encore.</p> + +<p>J'espère, quelque parti que je me trouve obligé de prendre, +mériter votre approbation. Je me suis trouvé, depuis le +commencement de la campagne, passer, à chaque pas, dans +une position neuve, et j'ai toujours eu le bonheur de voir la +conduite que j'ai tenue répondre à vos intentions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 20 germinal an 5 +(9 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kilmaine.</i></p> + +<p>Dès l'instant que votre aide-de-camp est arrivé, j'ai pris +en grande considération la dépêche dont il était porteur. Je +vous envoie:</p> + +<p>1'o. Une lettre au doge de Venise, et une à Lallemant, +qu'il doit présenter en forme de note. Vous verrez, par ces +deux lettres, que Junot porte à Venise et dont il doit avoir +réponse sous vingt-quatre heures, quel est le remède qu'il +faut porter à tout ce tripotage.</p> + +<p>Si Junot reçoit une réponse satisfaisante, il vous en préviendra +à son départ de Venise; s'il ne reçoit pas de réponse +satisfaisante, il se rendra près de vous à Mantoue.</p> + +<p>La division du général Victor doit être arrivée a Padoue: +vous ferez sur-le-champ désarmer la division de Padoue, +prendre les officiers et le gouverneur, que vous enverrez +prisonniers à Milan; vous en ferez autant à Treviso, Bassano +et Verone, et si le sénat avait remis garnison à Brescia et à +Bergame, vous en feriez autant. Vous ferez imprimer et répandre +la proclamation que je vous envoie, et vous en feriez +d'autres, conformes aux circonstances. Vous ferez marcher la +colonne mobile, que vous avez réunie avec votre prudence +ordinaire, à Crema, pour punir les montagnards qui ont assassiné +nos gens et pour les désarmer.</p> + +<p>Pour faire la guerre aux différentes vallées, il faut dissoudre +le rassemblement en menaçant leurs villages, et tomber +inopinément sur un village où ils ne sont pas en force et +le brûler.</p> + +<p>À Bergame, à Brescia, à Verone, à Padoue, à Treviso, à +Bassano, vous organiserez une municipalité choisie parmi les +principaux citoyens, avec une garde qu'ils seront autorisés à +se composer parmi les meilleurs patriotes, pour leur police: +après quoi, vous me renverrez le plus tôt possible la division +du général Victor. Je crois qu'il est essentiel que vous veilliez +à ce que votre communication du Frioul ne soit pas interrompue.</p> + +<p>Je vous envoie des ordres de l'état-major qui vous donnent +le commandement de tout le Mantouan, de la division Victor +et de tous les états vénitiens.</p> + +<p>J'imagine que vous avez une carte du Frioul.</p> + +<p>Vous aurez soin de faire arrêter tous les nobles vénitiens +et tous les hommes les plus attachés au sénat, pour que leur +tête réponde de ce qui sera fait à Venise aux personnes qui +nous étaient attachées et qu'on a arrêtées.</p> + +<p>Vous aurez bien soin de ne vous laisser arrêter par aucune +espèce de considération. Si dans vingt-quatre heures la réponse +n'est pas faite, que tout se mette en marche à la fois, +et que sous vingt-quatre heures il n'existe pas un soldat vénitien +sur le continent. Vous préviendrez sur-le-champ le commandant +d'Ancône et celui de Trieste de faire courir nos +corsaires sur les bannières vénitiennes.</p> + +<p>Vous sentez combien il serait dangereux de laisser aux +troupes vénitiennes le temps de se réunir. Quant aux soldats +vénitiens que vous ferez prisonniers, vous les ferez escorter +par les soldats lombards, et vous les enverrez à Bologne et à +Milan pour être gardés par les gardes nationales de ces deux +villes. Ayez soin de vous emparer de la cavalerie vénitienne +pour monter vos dépôts.</p> + +<p>Tout va ici fort bien, et si l'affaire de Venise est bien menée, +comme tout ce que vous faites, ces gaillards-là se repentiront, +mais trop tard, de leur perfidie. Le gouvernement +de Venise, concentré dans sa petite île, ne serait pas, comme +vous pensez bien, de longue durée.</p> + +<p>Je pense donc qu'il faut que vous partiez sur-le-champ +pour Mantoue, et même pour Porto-Legnago et Peschiera. +Entrer dans toutes les places, désarmer toutes leurs garnisons, +faire prisonniers tous les nobles de terre-ferme: cela +ne doit être qu'une seule opération et qui, au plus tard, doit +être faite vingt-quatre heures après que Junot sera parti de +Venise.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 20 germinal au 5 +(9 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au peuple de la terre-ferme de la république de Venise.</i></p> + +<p>Le sénat de Venise a, depuis le commencement de cette +guerre, concentré toutes ses sollicitudes dans les lagunes; indifférent +aux maux de la terre-ferme, il l'a livrée aux armées +ennemies qui guerroyaient dans vos contrées. Le gouvernement +du sénat de Venise n'offre protection ni pour vos personnes +ni pour vos propriétés; il vient, par suite de ce système qui +le rend indifférent à votre sort, de s'attirer l'indignation de la +république française.</p> + +<p>Je sais que, n'ayant aucune part à son gouvernement, je +dois vous distinguer dans les différens châtimens que je dois +infliger aux coupables. L'armée française protégera votre religion, +vos personnes et vos propriétés; vous avez été vexés +par ce petit nombre d'hommes qui se sont, depuis les temps +de barbarie, emparés du gouvernement. Si le sénat de Venise +a sur vous le droit de conquête, je vous en affranchirai; s'il +a sur vous le droit d'usurpation, je vous restituerai vos droits. +Quant aux insensés qui, conseillés par des hommes perfides, +voudraient prendre part, et attirer sur leurs villes les maux +de la guerre, je les plaindrai, et les punirai de manière a servir +d'exemple aux autres, et à les faire repentir de leur folie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Indenburg, le 20 germinal an 5 +(9 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au sérénissime Doge de la république de Venise.</i></p> + +<p>Toute la terre ferme de la sérénissime république de Venise +est en armes. De tous les côtés, le cri de ralliement des +paysans que vous avez armés est: <i>Mort aux Français</i>! Plusieurs +centaines de soldats de l'armée d'Italie en ont déjà été +les victimes. Vous désavouez vainement des rassemblemens +que vous avez organisés: croiriez-vous que dans un moment +où je suis au coeur de l'Allemagne, je sois impuissant pour +faire respecter le premier peuple de l'univers? Croyez-vous +que les légions d'Italie souffriront le massacre que vous excitez? +Le sang de mes frères d'armes sera vengé, et il n'est aucun +des bataillons français qui, chargé d'un si noble ministère, +ne sente redoubler son courage et tripler ses moyens. +Le sénat de Venise a répondu par la perfidie la plus noire +aux procédés généreux que nous avons toujours eus avec lui. +Je vous envoie mon premier aide-de-camp, pour être porteur +de la présente lettre. La guerre ou la paix. Si vous ne +prenez pas sur-le-champ les moyens de dissiper les rassemblemens; +si vous ne faites pas arrêter et livrer en mes mains +les auteurs des assassinats qui viennent de se commettre, la +guerre est déclarée. Le Turc n'est pas sur vos frontières, aucun +ennemi ne vous menace; vous avez fait à dessein naître +des prétextes, pour avoir l'air de justifier un rassemblement +dirigé contre l'armée: il sera dissous dans vingt-quatre heures. +Nous ne sommes plus au temps de Charles VIII. Si, contre le +voeu bien manifesté du gouvernement français, vous me réduisez +au parti de faire la guerre, ne pensez pas cependant, +qu'à l'exemple des soldats que vous avez armés, les soldats +français ravagent les campagnes du peuple innocent et infortuné +de la terre-ferme; je le protégerai, et il bénira un jour +jusqu'aux crimes qui auront obligé l'armée française à le soustraire +à votre gouvernement tyrannique.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 20 germinal an 5 +(9 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallemant, ministre de la république française +à Venise</i>.</p> + +<p>Enfin, nous n'en pouvons plus douter, citoyen ministre, +le but de l'armement des Vénitiens est de couper les derrières +de l'armée française. Certes, il m'était difficile de concevoir +comment Bergame, qui, de toutes les villes de l'état de Venise, +est celle qui était le plus aveuglément dévouée au sénat, +ait été la première à s'ameuter contre lui; il est encore plus +difficile de concevoir comment, pour apaiser cette légère +émeute, on a besoin de vingt-cinq mille hommes, et pourquoi +M. Pesaro, lors de notre conférence à Goritzia, a refusé +l'offre que je lui faisais de la médiation de la république +pour faire rentrer ces places dans l'ordre.</p> + +<p>Tous les procès-verbaux qui ont été faits par les différens +provéditeurs de Brescia, de Bergame et de Crema, où ils +attribuent l'insurrection de ces pays aux Français, sont une +série d'impostures dont le but serait inexplicable, si ce n'était +de justifier aux yeux de l'Europe la perfidie du sénat de +Venise.</p> + +<p>On a habilement profité du temps où l'on pensait que j'étais +embarrassé dans les gorges de la Carinthie, ayant en tête +l'armée du prince Charles, pour faire cette perfidie sans +exemple, si l'histoire ne nous avait transmis celle contre +Charles VIII et les Vêpres siciliennes. On a été plus habile +que Rome, en saisissant un moment où l'armée était plus occupée; +mais sera-t-on plus heureux? Le génie de la république +française, qui a lutté contre l'Europe entière, serait-il +venu échouer dans les lagunes de Venise?</p> + +<p>1°. Un vaisseau de guerre vénitien a attaqué et maltraité +la frégate <i>la Brune</i>, en prenant sous sa protection un convoi +autrichien.</p> + +<p>2°. La maison du consul de Zante a été brûlée; le gouvernement +a vu avec plaisir insulter l'agent de la république +française.</p> + +<p>3°. Dix mille paysans armés et soudoyés par le sénat ont +assassiné plus de cinquante Français sur la route de Milan à +Bergame.</p> + +<p>4°. La ville de Verone, celles de Venise et de Padoue +sont pleines de troupes; on s'arme de tous côtés, contre ce +que m'avait promis M. Pesaro, sage grand de la république +de Venise.</p> + +<p>5°. Tout homme qui a prêté assistance à la France est arrêté +et emprisonné. Les agens de l'empereur sont fêtés et sont à +la tête des assassinats.</p> + +<p>6°. Le cri de ralliement de tous côtés est: <i>mort aux Français</i>; +de tous côtés, les prédicateurs, qui ne prêchent que ce +que le sénat veut, font retentir des cris de fureur contre la +république française.</p> + +<p>7°. Nous sommes donc dans le fait en état de guerre avec +la république de Venise, qui le sait si bien, qu'elle n'a +trouvé d'autre moyen pour masquer son mouvement, que de +désavouer en apparence des paysans qu'elle arme et solde +réellement.</p> + +<p>En conséquence, vous demanderez au sénat de Venise:</p> + +<p>1°. Une explication catégorique, sous douze heures; savoir, +si nous sommes en paix ou en guerre; et dans le dernier +cas, vous quitterez sur-le-champ Venise; dans le second, vous exigerez:</p> + +<p>1°. Que tous les hommes arrêtés pour opinions, et qui ne +sont nullement coupables que d'avoir montré de l'attachement +pour la France, soient sur-le-champ mis en liberté;</p> + +<p>2°. Que toutes les troupes, hormis les garnisons ordinaires +qui existaient il y a cinq mois dans les places de la terre-ferme, +évacuent la terre-ferme;</p> + +<p>3°. Que tous les paysans soient désarmés comme ils l'étaient +il y a un mois.</p> + +<p>4°. Que le sénat prenne des mesures pour maintenir la tranquillité +dans la terre-ferme, et ne pas concentrer toute sa +sollicitude dans les lagunes;</p> + +<p>5°. Quant aux troubles de Bergame et de Brescia, j'offre, +comme je l'ai déjà fait à M. Pesaro, la médiation de la république +française, pour tout faire rentrer dans l'état habituel;</p> + +<p>6°. Que les auteurs de l'incendie de la maison du consul +de Zante soient punis, et sa maison rétablie aux frais de la +république;</p> + +<p>7°. Que le capitaine de vaisseau qui a tiré sur la frégate +<i>la Brune</i> soit puni, et que la valeur du convoi que, contre +la neutralité, il a protégé, soit remboursée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Indenburg, le 20 germinal an 5 +(9 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>Mon courrier partait lorsqu'un aide-de-camp du général +Kilmaine m'apporte la nouvelle de l'insurrection presque générale +des paysans vénitiens contre nous.</p> + +<p>J'ai sur-le-champ expédié mon aide-de-camp Junot, avec +ordre de porter lui-même: 1°. au doge de Venise une lettre +dont je vous envoie la copie;</p> + +<p>2°. Au citoyen Lallemant, notre ministre à Venise, deux +lettres dont je vous envoie également les copies.</p> + +<p>3°. Au général Kilmaine un ordre dont je vous envoie +aussi copie.</p> + +<p>Enfin, j'ai donné à ce général le commandement de tous +les états vénitiens et d'une partie de la division du général +Victor, qui était de retour de Rome.</p> + +<p>Quand vous lirez cette lettre, nous serons maîtres de tous +les états de terre-ferme, ou bien tout sera rentré dans l'ordre, +et vos instructions exécutées. Si je n'avais pas pris une +mesure aussi prompte, et que j'eusse donné à tout cela le +temps de se consolider, cela aurait pu être de la plus grande +conséquence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Léoben, le 27 germinal an 5 +(16 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>En conséquence de la suspension d'armes que je vous ai +envoyée par mon dernier courrier, la division du général +Serrurier a occupé Gratz, ville contenant quarante mille habitans, +et estimée une des plus considérables de l'état de l'empereur.</p> + +<p>Les généraux Joubert, Delmas et Baraguay d'Hilliers ont +eu, à Balzano et à Milback, différens combats, desquels ils +sont toujours sortis vainqueurs. Ils sont parvenus à traverser +le Tyrol, à faire, dans les différens combats, huit mille +prisonniers, et à se joindre avec la grande armée par la vallée +de la Drave. Par ce moyen, toute l'armée est réunie. +Notre ligne s'étend depuis la vallée de la Drave, du côté de +Spital à Rotenmann, le long de la Muhr, Brutz, Gratz, et +jusqu'auprès de Fiume.</p> + +<p>Je vous envoie une note des officiers qui se sont particulièrement +distingués dans les affaires du Tyrol, et auxquels +j'ai accordé de l'avancement.</p> + +<p>Vous trouverez aussi l'organisation que j'ai donnée à la +Styrie et à la Carniole.</p> + +<p>Vous trouverez également une proclamation du général +Bernadotte, ainsi qu'un mandement de l'évêque de Liebach.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Léoben le 27 germinal an 5 +(16 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>Je vous envoie, par l'adjudant-général Leclerc, des dépêches +très-intéressantes sur la situation de l'armée et sur les +négociations entamées; il vous donnera de vive voix tous les +détails que je pourrais avoir oubliés. En traversant l'Allemagne, +il sera à même de voir les différens mouvemens des +troupes ennemies, et d'en instruire les généraux Hoche et +Moreau, à son arrivée sur le Rhin. Je vous prie de me le +renvoyer de suite. Tous les officiers que j'envoie à Paris y +restent trop long-temps: ils dépensent leur argent et se perdent +dans les plaisirs.</p> + +<p>Je vous envoie, par un capitaine de hussards, qui a quatre-vingts +ans de service, plusieurs drapeaux pris sur l'ennemi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Léoben, le 27 germinal an 5 +(16 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif</i>.</p> + +<p>Le général Meerveldt est venu me trouver à Léoben, le +24, à neuf heures du matin: après avoir pris connaissance +de son plein pouvoir pour traiter de la paix, nous sommes +convenus d'une prolongation de suspension d'armes jusqu'au +20 avril soir (8 floréal prochain). Ces pleins pouvoirs étaient +pour lui et pour M. le marquis de Gallo, ministre de Naples +à Vienne; j'ai refusé d'abord de l'admettre comme plénipotentiaire +de l'empereur, étant, à mes yeux, revêtu de la qualité +d'ambassadeur d'une puissance amie, qui se trouve incompatible +avec l'autre. M. Gallo est arrivé lui-même le 25. Je +n'ai pas cru devoir insister dans cette opposition, parce que +cela aurait apporté beaucoup de lenteurs, et parce qu'il paraît +revêtu d'une grande confiance de l'empereur; enfin, +parce que les Autrichiens et les Hongrois sont très-irrités de +voir les étrangers jouer le principal rôle dans une affaire aussi +importante, et que, si nous rompons, ce sera un moyen +très-considérable d'exciter le mécontentement contre le gouvernement +de Vienne. La première opération dont il a été +question, a été une promesse réciproque de ne rien divulguer +de ce qui serait dit: on l'avait rédigée, mais ces messieurs +tiennent beaucoup à l'étiquette, ils voulaient toujours +mettre l'empereur avant la république, et j'ai refusé net.</p> + +<p>Nous sommes à l'article de la reconnaissance. Je leur ai dit +que la république française ne voulait point être reconnue; +elle est en Europe ce qu'est le soleil sur l'horizon: tant pis +pour qui ne veut pas la voir et ne veut pas en profiter.</p> + +<p>Ils m'ont dit que, quand même les négociations se rompraient, +l'empereur, dès aujourd'hui, reconnaissait la république +française, à condition que celle-ci conserverait avec +S.M. l'empereur la même étiquette que ci-devant le roi de +France. Je leur ai répondu que, comme nous étions fort indifférens +sur tout ce qui est étiquette, nous ne serions pas +éloignés d'adopter cet article. Nous avons, après cela, beaucoup +parlé dans tous les sens et de toutes les manières.</p> + +<p>Le 26, M. Gallo est venu chez moi à huit heures du matin; +il m'a dit qu'il désirait neutraliser un endroit où nous +pussions continuer nos conférences en règle. On a choisi un +jardin, au milieu duquel est un pavillon; nous l'avons déclaré +neutre, farce à laquelle j'ai bien voulu me prêter pour +ménager la puérile vanité de ces gens-ci. Ce prétendu point +neutre est environné de tous côtés par l'armée française; et +au milieu des bivouacs de nos divisions: cela eût été fort juste +et fort bon s'il se fût trouvé au milieu des deux armées. Arrivés +dans la campagne neutre, l'on a entamé les négociations. +Voici ce qui en est résulté:</p> + +<p>1°. La cession de la Belgique, et la reconnaissance des limites +de la république française conformément au décret de +la convention; mais ils demandent des compensations qu'ils +veulent nécessairement en Italie.</p> + +<p>2°. Ils demandent la restitution du Milanez; de sorte qu'ils +auraient voulu, en conséquence de ce premier article, le Milanez +et une portion quelconque des états de Venise ou des +légations: si j'eusse voulu consentir à cette proposition, ils +avaient le pouvoir de signer sur-le-champ. Cet arrangement +ne m'a pas paru possible.</p> + +<p>S.M. l'empereur a déclaré ne vouloir aucune compensation +en Allemagne. Je leur ai offert, pour le premier article, +la restitution du Milanez et de la Lombardie, ils n'ont pas +voulu: de sorte que nous avons fini par trois projets qu'ils +ont expédiés, par un courrier extraordinaire, à Vienne, et +dont ils auront la réponse dans deux ou trois jours.</p> + +<p class="milieu">PREMIER PROJET.</p> + +<p>Art 1er. La cession de la Belgique, les limites constitutionnelles +de la France.</p> + +<p>2. À la paix avec l'empire, l'on fixera tout ce qui est relatif +an pays qu'occupe la France jusqu'au Rhin.</p> + +<p>3. Les deux puissances s'arrangeront ensemble pour donner +à l'empereur tous les pays du territoire vénitien, compris +entre le Mincio, le Pô et les états d'Autriche.</p> + +<p>4. On donnera au duc de Modène les pays de Brescia +compris entre l'Oglio et le Mincio.</p> + +<p>5. Le Bergamasque et tous les pays des états de Venise +compris entre l'Oglio et le Milanez, ainsi que le Milanez, +formeraient une république; Modène, Bologne, Ferrare, la +Romagne formeraient une république.</p> + +<p>6. La ville de Venise continuerait à rester indépendante, +ainsi que l'Archipel.</p> + +<p class="milieu">DEUXIÈME PROJET.</p> + +<p>Les articles 1 et 2 sont les mêmes que les précédens.</p> + +<p>3. L'évacuation du Milanez et de la Lombardie.</p> + +<p class="milieu">TROISIÈME PROJET.</p> + +<p>Les deux premiers articles comme dans les précédens.</p> + +<p>3. La renonciation par S. M. l'empereur de tous ses droits +an Milanez et à la Lombardie.</p> + +<p>4. La France s'engagerait à donner à S. M. l'empereur des +compensations proportionnées au Milanez et au duché de Modène, +qui seront l'objet d'une négociation, et dont il devrait +être en possession au plus tard dans trois mois.</p> + +<p>Si l'un de ces trois projets est accepté à Vienne, les préliminaires +de la paix se trouveraient signés le 20 avril (8 floréal), +sans quoi, vu que les armées du Rhin n'ont fait encore +aucun mouvement, je leur proposerais un armistice pur et +simple pour les trois armées, et pour trois mois, pendant +lesquels on ouvrira des négociations de paix. Pendant ce +temps, on fortifierait Clagenfurth et Gratz, on ferait venir +toutes les munitions de guerre de ce côté-ci, l'armée s'organiserait +parfaitement, et vous auriez le temps d'y faire passer +quarante mille hommes de l'armée du Rhin: moyennant +quoi vous auriez une armée extrêmement considérable, dont +la seule vue obligerait l'empereur à faire de plus grands sacrifices.</p> + +<p>Si rien de tout cela n'est accepté, nous nous battrons, et +si l'armée de Sambre-et-Meuse s'est mise en marche le 20, +elle pourrait, dans les premiers jours du mois prochain, +avoir frappé de grands coups et se trouver sur la Reidnitz. +Les meilleurs généraux et les meilleures troupes sont devant +moi. Quand on a bonne volonté d'entrer en campagne, il n'y +a rien qui arrête, et jamais, depuis que l'histoire nous retraça +des opérations militaires, une rivière n'a pu être un obstacle +réel. Si Moreau veut passer le Rhin, il le passera; et s'il l'avait +déjà passé, nous serions dans un état à pouvoir dicter +les conditions de la paix d'une manière impérieuse et sans +courir aucune chance; mais qui craint de perdre sa gloire est +sûr de la perdre. J'ai passé les Alpes juliennes et les Alpes +nordiques sur trois pieds de glace; j'ai fait passer mon artillerie +par des chemins où jamais chariots n'avaient passé, et tout +le monde croyait la chose impossible. Si je n'eusse vu que la +tranquillité de l'armée et mon intérêt particulier, je me serais +arrêté au-delà de l'Isonzo. Je me suis précipité dans l'Allemagne +pour dégager les armées du Rhin et empêcher l'ennemi +d'y prendre l'offensive. Je suis aux portes de Vienne, et cette +cour insolente et orgueilleuse a ses plénipotentiaires à mon +quartier-général. Il faut que les armées du Rhin n'aient point +de sang dans les veines: si elles me laissent seul, alors je +m'en retournerai en Italie. L'Europe entière jugera la différence +de conduite des deux armées: elles auront ensuite sur +le corps toutes les forces de l'empereur, elles en seront +accablées, et ce sera leur faute.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Léoben, le 30 germinal an 5 +(19 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai envoyé, par l'adjudant-général Leclerc, plusieurs +projets d'arrangement qui avaient été envoyés à Vienne, +et sur lesquels les plénipotentiaires attendaient des instructions. +M. de Vincent, aide-de-camp de S. M. l'empereur, +est arrivé sur ces entrefaites, les plénipotentiaires sont revenus +chez moi pour reprendre le cours de la négociation; après +deux jours, nous sommes convenus et nous avons signé les +préliminaires de la paix, dont je vous envoie les articles.</p> + +<p>Tout ce qui a été déclaré département par la loi de la convention +restera à la république.</p> + +<p>La république lombarde se trouve non-seulement confirmée, +mais encore accrue de tout le Bergamasque et de tout le +Crémasque, qui lui sont déjà réunis dans ce moment par +l'insurrection de ces deux pays. La partie du Mantouan qui +est sur la rive droite de l'Oglio et du Pô s'y trouve également +incorporée; le duché de Modène et de Reggio, qui, +par la principauté de Massa et de Carrara, touche à la Méditerranée, +et par la partie du Mantouan touche au Pô et au +Milanez, s'y trouve également compris. Nous aurons donc +dans le coeur de l'Italie une république avec laquelle nous +communiquerons par les états de Gênes et par la mer; ce qui +nous donnera, dans toutes les guerres futures en Italie, une +correspondance assurée. Le roi de Sardaigne se trouve désormais +être entièrement à notre disposition.</p> + +<p>La place de Pizzighitone, qui est aujourd'hui véritablement +plus forte que Mantoue; la place de Bergame et celle de +Crema, que l'on rétablira, garantiront la nouvelle république +contre les incursions de l'empereur, et nous donneront +toujours le temps d'y arriver. Du côté de Modène, il y a également +plusieurs positions faciles à fortifier, et pour lesquelles +on emploiera une partie de l'immense artillerie que nous +avons dans ce moment en Italie. Quant à la renonciation +de nos droits sur les provinces de Bologne, Ferrare et +sur la Romagne, en échange des états de Venise, elles restent +toujours en notre pouvoir. Lorsque l'empereur et nous, de +concert, nous aurons réussi à faire consentir le sénat à cet +échange, il est évident que la république de Venise se trouvera +influencée par la république lombarde et à notre disposition. +Si cet échange ne s'effectue pas, et que l'empereur +entre en possession d'une partie des états de Venise sans +que le sénat veuille reprendre une compensation qui est inconvenante +et insuffisante, les trois légations restent toujours +en notre pouvoir, et nous réunirons Bologne et Ferrare à +la république lombarde. Le gouvernement de Venise est le +plus absurde et le plus tyrannique des gouvernemens; il est +d'ailleurs hors de doute qu'il voulait profiter du moment où +nous étions dans le coeur de l'Allemagne pour nous assassiner. +Notre république n'a pas d'ennemi plus acharné; Son influence +se trouve considérablement diminuée, et cela est tout +à notre avantage: cela d'ailleurs lie l'empereur et la France et +obligera ce prince, pendant les premiers temps de notre +paix, à faire tout ce qui pourra nous être agréable. Cet intérêt +commun que nous avons avec l'empereur nous remet la +balance dans la main; nous nous trouvons par là placés entre +la Prusse et la maison d'Autriche, ayant des intérêts majeurs +à arranger avec l'une et l'autre. D'ailleurs, nous ne devons +pas nous dissimuler que, quoique notre position militaire soit +brillante, nous n'avons point dicté les conditions. La cour +avait évacué Vienne; le prince Charles et son armée se repliaient +sur celle du Rhin; le peuple de la Hongrie et de +toutes les parties des états héréditaires se levait en masse, et +même, dans ce moment-ci, leur tête est déjà sur nos flancs. +Le Rhin n'était pas passé, l'empereur n'attendait que ce +moment pour quitter Vienne et se porter à la tête de son armée. +S'ils eussent fait la bêtise de m'attendre, je les aurais +battus; mais ils se seraient toujours repliés devant nous, se +seraient réunis à une partie de leurs forces du Rhin et m'auraient +accablé. Alors la retraite devenait difficile, et la perte +de l'armée d'Italie pouvait entraîner celle de la république; +aussi étais-je bien résolu à essayer de lever une contribution +dans les faubourgs de Vienne et à ne plus faire un pas. Je +me trouve ne pas avoir quatre mille hommes de cavalerie, et, +au lieu de quarante mille hommes que je vous avais demandés, +il n'en est pas arrivé vingt mille.</p> + +<p>Si je me fusse, au commencement de la campagne, obstiné +à aller à Turin, je n'aurais jamais passé le Pô; si je m'étais +obstiné à aller à Rome, j'aurais perdu Milan; si je m'étais +obstiné à aller à Vienne, peut-être aurais je perdu la république. +Le vrai plan de campagne pour détruire l'empereur +était celui que j'ai fait, mais avec six mille hommes de cavalerie +et vingt mille hommes de plus d'infanterie; ou bien +si, avec les forces que j'avais, on eût passé le Rhin dans le +temps que je passais le Tagliamento, comme je l'avais pensé, +puisque deux courriers de suite m'ont ordonné d'ouvrir la +campagne. Dès l'instant que j'ai prévu que les négociations +s'ouvraient sérieusement, j'ai expédié un courrier au général +Clarke qui, chargé plus spécialement de vos instructions +dans un objet aussi essentiel, s'en serait mieux acquitté que +moi; mais lorsque, après dix jours, j'ai vu qu'il n'était pas +arrivé, et que le moment commençait à presser, j'ai dû laisser +tout scrupule et j'ai signé. Vous m'avez donné plein pouvoir +sur toutes les opérations diplomatiques; et, dans la position +des choses, les préliminaires de la paix même avec l'empereur, +sont devenus une opération militaire. Cela sera un +monument de la gloire de la république française, et un présage +infaillible, qu'elle peut, en deux campagnes, soumettre +le continent de l'Europe, si elle organise ses armées avec +force, et surtout l'arme de la cavalerie.</p> + +<p>Je n'ai pas, en Allemagne, levé une seule contribution; +il n'y a pas eu une seule plainte contre nous. J'agirai de +même en évacuant, et, sans être prophète, je sens que le +temps viendra où nous tirerons parti de cette sage conduite; +elle germera dans toute la Hongrie, et sera plus fatale au +trône de Vienne que les victoires qui ont illustré la guerre +de la liberté.</p> + +<p>D'ici à trois jours, je vous enverrai la ratification de l'empereur; +je placerai alors mon armée dans tout le pays vénitien, +où je la nourrirai et entretiendrai jusqu'à ce que vous +m'ayez fait passer vos ordres. Quant à moi, je vous demande +du repos. J'ai justifié la confiance dont vous m'avez investi; +je ne me suis jamais considéré pour rien dans toutes mes opérations, +et je me suis lancé aujourd'hui sur Vienne, ayant +acquis plus de gloire qu'il n'en faut pour être heureux, et +ayant derrière moi les superbes plaines de l'Italie, comme +j'avais fait au commencement de la campagne dernière, en +cherchant du pain pour l'armée que la république ne pouvait +plus nourrir.</p> + +<p>La calomnie s'efforcera en vain de me prêter des intentions +perfides: ma carrière civile sera comme ma carrière militaire, +une et simple. Cependant vous devez sentir que je +dois sortir de l'Italie, et je vous demande avec instance de +renvoyer, avec la ratification des préliminaires de paix, des +ordres sur la première direction à donner aux affaires d'Italie, +et un congé pour me rendre en France.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Trieste, le 11 floréal an 5 +(30 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je suis parti, il y a deux jours, de Gratz, après avoir conféré +avec M. de Gallo, qui, étant de retour de Vienne, m'a +montré les préliminaires de paix que nous avons faits, ratifiés +par l'empereur dans la forme ordinaire.</p> + +<p>Il m'a dit: 1°. que l'empereur éloignerait les émigrés et +le corps de Condé, qui ne seraient plus à sa solde.</p> + +<p>2°. Que l'empereur désirait traiter sa paix particulière, le +plus tôt possible, et en Italie. Nous avons choisi Brescia pour +le lieu des conférences.</p> + +<p>3°. Que la paix de l'empire pouvait se traiter à Constance +ou dans quelque autre ville de ce genre.</p> + +<p>4°. Qu'à la seule paix de l'empire on appellerait les alliés, +qui ne seront point appelés à la paix particulière.</p> + +<p>5°. Que l'empereur avait déjà donné des pouvoirs pour +traiter de la paix définitive, et M. Gallo m'a sur ce interpellé +pour savoir si le général Clarke avait des pouvoirs. J'ai dit +qu'il fallait, avant tout, attendre vos ordres.</p> + +<p>6°. Enfin que la cour de Vienne est de bonne foi et désire +serrer de toutes les manières son système politique avec +celui de la France, et que le directoire exécutif trouverait +avec l'empereur un cabinet de bonne foi et qui marche droit. +Le ministre d'Angleterre à Vienne s'est fortement fâché avec +M. Thugut, il paraît que les Anglais le prennent fort haut, +et taxent l'empereur de mauvaise foi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 11 floréal an 5 +(30 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Lallemant, ministre de la république française +à Venise.</i></p> + +<p>Le sang français a coulé dans Venise, et vous y êtes encore! +attendez-vous donc qu'on vous en chasse? Les Français +ne peuvent plus se promener dans les rues, ils sont accablés +d'injures et de mauvais traitemens; et vous restez simple +spectateur! Depuis que l'armée est en Allemagne, on a, en +terre-ferme, assassiné plus de quatre cents Français; on a +assiégé la forteresse de Verone, qui n'a été dégagée qu'après +un combat sanglant, et, malgré tout cela, vous restez à Venise! +Quant à moi, j'ai refusé d'entendre les députés du sénat, +parce qu'ils sont tout dégoûtans du sang de Laugier, +et je ne les verrai jamais qu'au préalable ils n'aient fait arrêter +l'amiral et les inquisiteurs qui ont ordonné ce massacre, +et ne les aient remis entre mes mains. Je sais bien qu'ils +chercheront à faire tomber la vengeance de la république sur +quelques misérables exécuteurs de leurs atrocités; mais nous +ne prendrons pas le change.</p> + +<p>Faites une note concise et digne de la grandeur de la +nation que vous représentez, et des outrages qu'elle a reçus: +après quoi, partez de Venise, et venez me joindre à Mantoue.</p> + +<p>Ils n'ont rien exécuté de ce que je leur ai demandé: ce +sont tous les prisonniers qu'ils ont faits depuis que l'armée +française est en Italie, qu'ils devaient relâcher, et non pas un +seulement, ainsi qu'ils l'ont fait.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 11 floréal an 5 +(30 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À messieurs les envoyés du sénat de Venise.</i></p> + +<p>Je n'ai lu qu'avec indignation, messieurs, la lettre que +vous m'avez écrite relativement à l'assassinat de Laugier. +Vous avez aggravé l'atrocité de cet événement sans exemple +dans les annales des nations modernes, par le tissu de mensonges +que votre gouvernement a fabriqués pour chercher à +se justifier.</p> + +<p>Je ne puis point, messieurs, vous recevoir. Vous et votre +sénat êtes dégoûtans du sang français. Lorsque vous aurez +fait remettre entre mes mains l'amiral qui a donné l'ordre de +faire feu, le commandant de la tour, et les inquisiteurs qui +dirigent la police de Venise, j'écouterai vos justifications. +Vous voudrez bien évacuer dans le plus court délai le continent +de l'Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Trieste, 11 floréal an 5 +(30 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les Vénitiens se conduisent tous les jours de plus mal en +plus mal; la guerre est ici déclarée de fait: le massacre qu'ils +viennent de faire du citoyen Laugier, commandant l'aviso <i>le +Libérateur de l'Italie</i>, est la chose la plus atroce du siècle.</p> + +<p>Le citoyen Laugier sortait de Trieste; il fut rencontré par +la flottille de l'empereur, composée de huit à dix chaloupes +canonnières: il se battit une partie de la journée avec elles, +après quoi il chercha à se réfugier sous le canon de Venise; il +y fut reçu par la mitraille du fort. Il ordonna à son équipage +de se mettre à fond de cale, et lui, avec sa troupe, demanda +pourquoi on le traitait en ennemi; mais au même instant il +reçoit une balle qui le jette sur le tillac, roide mort. Un matelot +qui se sauvait à la nage fut poursuivi par les Esclavons, +et tué à coups de rames. Cet événement n'est qu'un échantillon +de tout ce qui se passe tous les jours dans la terre-ferme. +Lorsque vous lirez cette lettre, la terre-ferme sera à nous, et +j'y ferai des exemples dont on se souviendra. Quant à Venise, +j'ai ordonné que tous les bâtimens de Venise qui se trouvent +à Trieste et à Ancône soient sur-le-champ séquestrés: il y en +a ici plusieurs frétés, pour l'Amérique, qu'on évalue fort haut, +indépendamment d'une cinquantaine d'ordinaires. Je ne crois +pas que Lallemant trouve de sa dignité de rester à Venise, +tout comme M. Quirini a Paris.</p> + +<p>Si le sang français doit être respecté en Europe; si vous +voulez qu'on ne s'en joue pas, il faut que l'exemple sur Venise +soit terrible; il nous faut du sang; il faut que le noble +amiral vénitien qui a présidé à cet assassinat soit publiquement +justicié.</p> + +<p>M. Quirini cherchera à intriguer à Paris; mais les faits et +la trahison infâme des Vénitiens, qui voulaient assassiner les +derrières de l'armée pendant que nous étions en Allemagne, +sont trop notoires.</p> + +<p>Je compte qu'ils ont en ce moment-ci assassiné plus de +quatre cents de nos soldats; et cependant il n'y a jamais eu +en terre-ferme plus de troupes vénitiennes, et cependant ils +l'ont inondée de leurs Esclavons. Ils ont essayé de s'emparer +de la citadelle de Verone, qui encore dans ce moment-ci se +canonne avec la ville.</p> + +<p>Le sénat m'a envoyé à Gratz une députation, je l'ai traitée +comme elle le méritait. Ils m'ont demandé ce que je voulais, +je leur ai dit de mettre en liberté tous ceux qu'ils avaient arrêtés: +ce sont les plus riches de la terre-ferme, qu'ils suspectent +être nos amis, parce qu'ils nous ont bien accueillis; +de désarmer tous les paysans, de congédier une partie de +leurs Esclavons, puisqu'un armement extraordinaire est inutile; +de chasser le ministre de l'Angleterre, qui a fomenté tous +les troubles, et qui est le premier à se promener, le lion de +Saint-Marc sur sa gondole, et la cocarde vénitienne qu'il +porte depuis qu'ils nous assassinent; de remettre dans nos +mains la succession de Thiéry, qui est évaluée à vingt millions; +de nous remettre toutes les marchandises appartenant +aux Anglais: leur port en est plein; de faire arrêter ceux +qui ont assassiné les Français ou du moins les plus marquans +des nobles vénitiens.</p> + +<p>Tout à l'heure je pars pour Palma-Nova, de là pour Trévise, +et de là pour Padoue. J'aurai tous les renseignemens de +tout ce qui a été commis pendant que nous étions en Allemagne; +je recevrai également les rapports de Lallemant sur +l'assassinat de Laugier.</p> + +<p>Je prendrai des mesures générales pour toute la terre-ferme, +et je ferai punir d'une manière si éclatante, qu'on +s'en souviendra une autre fois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Trieste, le 11 floréal an 5 +(30 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Il m'aurait fallu trois mois pour dégrader les moles du port +de Trieste, encore ne l'aurais-je pas détruit, car ce port n'est +simplement qu'une rade.</p> + +<p>Mantoue n'est pas fort par l'art, mais seulement par sa +position; il n'y a rien ou peu de chose à détruire, et que les +ennemis auraient rétabli en peu de temps et avec très-peu de +travail.</p> + +<p>Ayant un équipage de siège en Italie, nous prendrons +Mantoue, tant que nous voudrons, dans vingt jours de tranchée. +Lorsque Wurmser m'obligea à en lever le siège, nous +étions aux batteries de brèche et sur le point d'y entrer. +Pendant le blocus, nous avons, avec sept mille hommes, +bloqué vingt mille hommes: vous voyez donc que cette +place n'est pas aussi essentielle qu'on se l'imagine; mais j'avais +un seul avantage, c'est que l'équipage de siège de l'ennemi +était fort loin, et que je comptais mettre dedans la +ville deux ou trois mille Français, et le reste des Italiens: +ce qui, avec les nouveaux ouvrages que j'avais fait faire, me +faisait espérer de tenir en échec une armée autrichienne.</p> + +<p>D'après le nouvel ordre de choses, nous aurions donc pour +frontières l'Oglio et un rang de places fortes, telles que Pizzighitone, +Crema et Bergame.</p> + +<p>Pizzighitone vaut mieux que Mantoue.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Trieste, le 11 floréal an 5 +(30 avril 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je ne suis pas étonné que l'on ait fait courir le bruit que +nous avons été battus dans le Tyrol: il n'a jamais entré dans +mon projet de percer par deux endroits à la fois, ce qui +m'aurait obligé de garder deux communications au lieu d'une.</p> + +<p>J'ai dû percer par le Tyrol et par la Carinthie, parce +qu'il fallait que, jusqu'à ce que l'offensive fût décidément à +notre avantage, être en état de la soutenir; parce qu'il fallait +empêcher l'ennemi de nous couper: mais lorsque j'ai été +à Clagenfurth et à Freysach, que l'offensive a été déterminée, +j'ai voulu sur-le-champ porter toutes mes forces à ma +droite et refuser constamment ma gauche, qui était suffisamment +assurée par le camp retranché de Castel-Novo, de Peschiera +et de Mantoue. Pendant ce temps-là, toutes mes forces +étant concentrées sur ma droite, j'aurais marché à Salzbourg; +l'ennemi eût été obligé d'évacuer Inspruck; de là j'aurais +traversé les gorges de l'Inn et marché dans la Bavière. J'aurais +auparavant levé des contributions sur le faubourg de +Vienne.</p> + +<p>Ce plan a totalement manqué par l'inaction de l'armée du +Rhin. Si Moreau avait voulu marcher, nous eussions fait la +campagne la plus étonnante, et bouleversé la situation de +l'Europe. Au lieu de cela, il s'est rendu à Paris, n'a voulu +rien faire; et quand j'ai vu par vos lettres mêmes que vous +n'aviez d'autre espérance qu'en faisant mouvoir Hoche seul, +j'ai cru la campagne perdue, et je n'ai pas douté que nous ne +fussions battus les uns après les autres.</p> + +<p>Quant à moi, je me suis jeté sans aucune espèce de considération +au milieu de l'Allemagne; j'ai fait plus de vingt-quatre +mille prisonniers, obligé l'empereur d'évacuer Vienne, +et j'ai fait conclure la paix à mon quartier-général. Les conditions +de cette paix sans doute sont avantageuses à la France +et a l'empereur: c'est ce qui fait sa bonté. Elle nous ôte l'influence +de la Prusse, et nous met à même de tenir la balance +dans l'Europe.</p> + +<p>Il est vrai que cette paix n'a pas été comme celle du Pape +et du roi de Sardaigne; mais c'est que l'empereur est aussi +puissant que nous, qu'on se levait de tous côtés en masse, et +que partout, en Hongrie et dans le Tyrol, on était sous les +armes, qu'il ne restait rien à faire, puisque Vienne était +évacuée par la maison impériale, et qu'en portant la guerre +dans la Bavière, j'aurais été tout seul. C'était améliorer la +situation de l'empereur, que de rester sans rien faire dans +les positions que j'occupais, puisque cela mettait ses états +dans une tension énergique, qui lui aurait donné, dans +vingt jours, une foule de combattans. Nous nous sommes bien +conduits en Allemagne, mais l'armée du Rhin s'était mal +conduite l'année dernière; l'impression qu'elle avait faite durait +encore, de sorte que la manière dont nous nous conduisions +n'avait pas le temps d'arriver jusqu'aux différens peuples +prévenus.</p> + +<p>La paix, au contraire, a remis tout en Allemagne dans +l'état naturel. En évacuant ce pays, je garde véritablement +tout ce que j'avais pris, en conservant la Ponteba et les hauteurs +de la Carinthie, qui, dans une marche, me mettent en +Allemagne, et j'ôte aux peuples de la Hongrie, de l'Autriche +et de Venise les raisons de s'armer et de se croire en danger. +Si les hostilités doivent recommencer, il faut, avant tout, +prendre un parti pour Venise: sans quoi, il me faudrait une +armée pour les contenir. Je sais que le seul parti qu'on puisse +prendre, c'est de détruire ce gouvernement atroce et sanguinaire: +par ce moyen nous tirerons des secours de toute espèce +d'un pays que, sans cela, il faudra garder plus que le +pays ennemi.</p> + +<p>Il est impossible de prendre plus de précautions que je +n'en ai pris contre les Vénitiens, dont je connais la profonde +duplicité. Je suis maître de toutes leurs forteresses, et à +l'heure où vous lirez cette lettre, je le serai tellement de +toute la terre-ferme, qu'il n'y aura d'autre chose à faire que +de prendre un parti.</p> + +<p>Pendant l'armistice, il y a eu une escarmouche fort vive +entre le chef de brigade Dagobert et la levée en masse de la +Croatie.</p> + +<p>Les ennemis étaient parvenus à Trente, que je n'ai jamais +gardé sérieusement, parce que, par sa position, il est hors +du système de la guerre; mais tout a été rétabli dans l'état +ordinaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 12 floréal an 5 +(1er mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant des nouvelles de la république cispadane. +Les choix ont été fort mauvais. Les prêtres ont influencé +toutes les élections, des cardinaux et des évêques +sont venus exprès de Rome pour diriger les choix du peuple; +ils voient bien que leur salut ne dépend plus que de leur influence +dans le corps législatif.</p> + +<p>La république cispadane, comme la Lombardie, a besoin +d'un gouvernement provisoire pendant trois ou quatre ans, +pendant lesquels on cherchera à diminuer l'influence des +prêtres: sans quoi, vous n'auriez rien fait en leur donnant la +liberté. Dans les villages, ils dictent des listes et influencent +toutes les élections; mais, conformément à vos ordres et aux +traités, je vais commencer par réunir sous un même gouvernement +provisoire la Lombardie et la Cispadane: après quoi, +je prendrai les mesures qui se concilient avec leurs moeurs, +pour y diminuer l'influence des prêtres et éclairer l'opinion.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 13 floréal an 5 +(2 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, un manifeste relatif +aux Vénitiens; vous voudrez bien faire en sorte qu'il y en +ait mille exemplaires imprimés dans la nuit: vous en enverrez +une copie à la congrégation de Milan, pour qu'elle le fasse +traduire en italien et qu'elle le fasse imprimer et répandre +partout.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 15 floréal an 5 +(2 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie.</i></p> + +<p class="milieu">MANIFESTE.</p> + +<p>Pendant que l'armée française est engagée dans les gorges +de la Styrie et laisse loin derrière elle l'Italie et les principaux +établissemens de l'armée, où il ne reste qu'un petit +nombre de bataillons, voici la conduite que tient le gouvernement +de Venise:</p> + +<p>1°. Il profite de la semaine sainte pour armer quarante +mille paysans, y joint dix régimens d'Esclavons, les organise +en différens corps d'armée et les poste aux différens points, +pour intercepter toute communication entre l'armée et ses +derrières.</p> + +<p>2°. Des commissaires extraordinaires, des fusils, des munitions +de toute espèce, une grande quantité de canons sortent +de Venise même pour achever l'organisation des différens +corps d'armée.</p> + +<p>3°. On fait arrêter en terre-ferme ceux qui nous ont accueillis; +on comble de bienfaits et de toute la confiance du +gouvernement tous ceux en qui on connaît une haine furibonde +contre le nom français, et spécialement les quatorze +conspirateurs de Verone que le provéditeur Prioli avait fait +arrêter il y a trois mois, comme ayant médité l'égorgement +des Français.</p> + +<p>4°. Sur les places, dans les cafés et autres lieux publics de +Venise, on insulte et on accable de mauvais traitemens tous +les Français, les dénommant du nom injurieux de jacobins, +de régicides, d'athées: les Français doivent sortir de Venise, +et peu après il leur est même défendu d'y entrer.</p> + +<p>5°. On ordonne au peuple de Padoue, de Vicence, de Verone, +de courir aux armes, de seconder les différens corps +d'armée et de commencer enfin ces nouvelles Vêpres siciliennes. +Il appartient au Lion de Saint-Marc, disent les officiers +vénitiens, de vérifier le proverbe, que l'<i>Italie est le +tombeau des Français</i>.</p> + +<p>6°. Les prêtres en chaire prêchent la croisade, et les prêtres, +dans l'état de Venise, ne disent jamais que ce que veut +le gouvernement. Des pamphlets, des proclamations perfides, +des lettres anonymes sont imprimés dans les différentes villes +et commencent à faire fermenter toutes les têtes; et dans +un état où la liberté de la presse n'est pas permise, dans +un gouvernement aussi craint que secrètement abhorré, les +imprimeurs n'impriment, les auteurs ne composent que ce +que veut le sénat.</p> + +<p>7°. Tout sourit d'abord aux projets perfides du gouvernement; +le sang français coule de toutes parts; sur toutes les +routes on intercepte nos convois, nos courriers et tout ce qui +tient à l'armée.</p> + +<p>8°. À Padoue, un chef de bataillon et deux autres Français +sont assassinés. À Castiglione de Mori, nos soldats sont +désarmés et assassinés. Sur toutes les grandes routes de Mantoue +à Legnago, de Cassano à Verone, nous avons plus +de deux cents hommes assassinés.</p> + +<p>9°. Deux bataillons français, voulant rejoindre l'armée, +rencontrent à Chiari une division de l'armée vénitienne, qui +veut s'opposer à leur passage; un combat s'engage et nos +braves soldats se font passage en mettant en déroute ces perfides +ennemis.</p> + +<p>10°. À Valeggio il y a un autre combat; à Dezenzano, il +faut encore se battre: les Français sont partout peu nombreux; +mais ils savent bien qu'on ne compte pas le nombre des bataillons +ennemis lorsqu'ils ne sont composés que d'assassins.</p> + +<p>11°. La seconde fête de Pâques, au son de la cloche, tous +les Français sont assassinés dans Verone. On ne respecte ni +les malades dans les hôpitaux, ni ceux qui, en convalescence, +se promènent dans les rues, et qui sont jetés dans l'Adige, +ou meurent percés de mille coups de stylet: plus de +quatre cents Français sont assassinés.</p> + +<p>12°. Pendant huit jours, l'armée vénitienne assiège les +trois châteaux de Verone: les canons qu'ils mettent en batterie +leur sont enlevés à la baïonnette; le feu est mis dans la +ville, et la colonne mobile qui arrive sur ces entrefaites, met +ces lâches dans une déroute complète, en faisant trois mille +hommes de troupe de ligne prisonniers, parmi lesquels plusieurs +généraux vénitiens.</p> + +<p>13°. La maison du consul français de Zante est brûlée +dans la Dalmatie.</p> + +<p>14°. Un vaisseau de guerre vénitien prend sous sa protection +un convoi autrichien, et tire plusieurs boulets contre la +corvette <i>la Brune</i>.</p> + +<p>15° <i>Le Libérateur de l'Italie</i>, bâtiment de la république, +ne portant que trois à quatre petites pièces de canon, et +n'ayant que quarante hommes d'équipage, est coulé à fond +dans le port même de Venise et par les ordres du sénat. Le +jeune et intéressant Laugier, lieutenant de vaisseau, commandant +ce bâtiment, dès qu'il se voit attaqué par le feu du +fort et de la galère amirale, n'étant éloigné de l'un et de l'autre +que d'une portée de pistolet, ordonne à son équipage de +se mettre à fond de cale: lui seul, il monte sur le tillac au +milieu d'une grêle de mitraille, et cherche, par ses discours, +à désarmer la fureur de ces assassins, mais il tombe roide +mort; son équipage se jette à la nage et est poursuivi par six +chaloupes montées par des troupes soldées par la république +de Venise, qui tuent à coups de hache plusieurs de ceux qui +cherchaient leur salut dans la haute-mer. Un contre-maître, +blessé de plusieurs coups, affaibli, faisant sang de tous côtés, +a le bonheur de prendre terre à un morceau de bois touchant +au château du port; mais le commandant lui-même lui +coupe le poignet d'un coup de hache.</p> + +<p>Vu les griefs ci-dessus, et autorisé par le titre 12, art. 328 +de la constitution de la république, et vu l'urgence des circonstances:</p> + +<p>Le général en chef requiert le ministre de France près la +république de Venise de sortir de ladite ville; ordonne aux +différens agens de la république de Venise dans la Lombardie +et dans la terre-ferme vénitienne de l'évacuer sous vingt-quatre +heures.</p> + +<p>Ordonne aux différens généraux de division de traiter en +ennemi les troupes de la république de Venise, de faire +abattre dans toutes les villes de la terre-ferme le Lion de +Saint-Marc. Chacun recevra, à l'ordre du jour de demain, +une instruction particulière pour les opérations militaires +ultérieures.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Palma-Nova, le 14 floréal an 5 +(3 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je reçois dans l'instant des nouvelles de Verone. Je vous +envoie les rapports du général de division Balland, du général +Kilmaine et du chef de brigade Beaupoil. Dès l'instant que +j'eus passé les gorges de la Carinthie, les Vénitiens crurent +que j'étais enfourné en Allemagne, et ce lâche gouvernement +médita des Vêpres siciliennes. Dans la ville de Venise et dans +toute la terre-ferme on courut aux armes. Le sénat exhorta +les prédicateurs, déjà assez portés par eux-mêmes à prêcher +la croisade contre nous. Une nuée d'Esclavons, une grande +quantité de canons, et plus de cent cinquante mille fusils furent +envoyés dans la terre-ferme; des commissaires extraordinaires, +avec de l'argent, furent envoyés de tous côtés pour +enrégimenter les paysans. Cependant M. Pezaro, sage grand, +me fut envoyé à Goritzia, afin de chercher à me donner le +change sur tous ces armemens. J'avais des raisons de me méfier +de leur atroce politique, que j'avais assez appris à connaître; +je déclarai que si cet armement n'avait pour but que +de faire rentrer des villes dans l'ordre, il pouvait cesser, +parce que je me chargeais de faire rentrer les villes dans +l'ordre, moyennant qu'ils me demanderaient la médiation de +la république: il me promit tout, et ne tint rien. Il resta à +Goritzia et à Udine assez de temps pour être persuadé par +lui-même que j'étais passé en Allemagne, et que les marches +rapides que je faisais tous les jours donneraient le temps +d'exécuter les projets qu'on avait en vue.</p> + +<p>Le 30 germinal, des corps de troupes vénitiennes considérables, +augmentés par une grande quantité de paysans, interceptèrent +les communications de Verone à Porto-Legnago. +Plusieurs de mes courriers furent sur-le-champ égorgés et +les dépêches portées à Venise. Plus de deux mille hommes +furent arrêtés dans différentes villes de la terre-ferme et précipités +sous les plombs de Saint-Marc: c'étaient tous ceux +que la farouche jalousie des inquisiteurs soupçonnait de nous +être favorables. Ils défendirent à Venise que le canal où ils +ont coutume de noyer les criminels fût nettoyé. Eh! qui peut +calculer le nombre des Vénitiens que ces monstres ont sacrifiés?</p> + +<p>Cependant, au premier vent que j'eus de ce qui se tramait, +j'en sentis la conséquence; je donnai au général Kilmaine le +commandement de toute l'Italie. J'ordonnai au général Victor +de se porter avec sa division, à marches forcées, dans le +pays vénitien. Les divisions du Tyrol s'étant portées sur l'armée +active, cette partie devenait plus découverte; j'y envoyai +sur-le-champ le général Baraguey d'Hilliers. Cependant +le général Kilmaine réunit des colonnes mobiles de Polonais, +de Lombards et de Français qu'il avait à ses ordres, et qu'il +avait remis sous ceux des généraux Chabran et Lahoz. À +Padoue, à Vicence et sur toute la route, les Français étaient +impitoyablement assassinés. J'ai plus de cent procès-verbaux, +qui tous démontrent la scélératesse du gouvernement +vénitien.</p> + +<p>J'ai envoyé à Venise mon aide-de-camp Junot, et j'ai écrit +au sénat la lettre dont je vous ai envoyé copie.</p> + +<p>Pendant ce temps, ils étaient parvenus à rassembler à Verone +quarante mille Esclavons, paysans, ou compagnies de +citadins, qu'ils avaient armés, et au signal de plusieurs coups +de la grosse cloche de Verone et de sifflets, on court sur tous +les Français, qu'on assassine: les uns furent jetés dans l'Adige; +les autres, blessés et tout sanglans, se sauvèrent dans +les forteresses, que j'avais depuis long-temps eu soin de réparer +et de munir d'une nombreuse artillerie.</p> + +<p>Je vous envoie le rapport du général Balland; vous y verrez +que les soldats de l'armée d'Italie, toujours dignes d'eux, +se sont, dans cette circonstance comme dans toutes les autres, +couverts de gloire. Enfin, après six jours de siège, ils furent +dégagés par les mesures que prit le général Kilmaine +après les combats de Dezenzano, de Valeggio et de Verone. +Nous avons fait trois mille cinq cents prisonniers et avons +enlevé tous leurs canons. À Venise, pendant ce temps, on +assassinait Laugier, on maltraitait tous les Français, et on +les obligeait à quitter la ville. Tant d'outrages, tant d'assassinats +ne resteront pas impunis: mais c'est à vous surtout et +au corps législatif qu'il appartient de venger le nom français +d'une manière éclatante. Après une trahison aussi horrible, +je ne vois plus d'autre parti que celui d'effacer le nom vénitien +de dessus la surface du globe. Il faut le sang de tous les +nobles vénitiens pour apaiser les mânes des Français qu'ils +ont fait égorger.</p> + +<p>J'ai écrit à des députés que m'a envoyés le sénat la lettre +que je vous fais passer; j'ai écrit au citoyen Lallemant la +lettre que je vous envoie également. Dès l'instant où je serai +arrivé à Trévise, j'empêcherai qu'aucun Vénitien ne vienne +en terre-ferme, et je ferai travailler à des radeaux, afin de +pouvoir forcer les lagunes, et chasser de Venise même ces +nobles, nos ennemis irréconciliables et les plus vils de tous +les hommes. Je vous écris à la hâte; mais dès l'instant que +j'aurai recueilli tous les matériaux, je ne manquerai pas de +vous faire passer dans le plus grand détail l'histoire de ces +conspirations aussi perfides que les Vêpres siciliennes.</p> + +<p>L'évêque de Verone a prêché, la Semaine Sainte et le jour +de Pâques, que c'était une chose méritoire et agréable à Dieu, +que de tuer les Français. Si je l'attrape, je le punirai +exemplairement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5 +(6 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Il y a eu des troubles dans la division de la Corse, occasionnés +par l'insurrection de la gendarmerie, qui n'était pas +payée.</p> + +<p>Ce défaut de fonds est produit par la dilapidation qui a été +faite des fonds envoyés. Depuis que la Corse est restituée à la +France, nous y avons fait passer 700,000 fr., outre une grande +quantité de blé et d'autres approvisionnemens.</p> + +<p>Je vous envoie les lettres que j'ai écrites au général Gentili +et à l'ordonnateur en chef. Je crois que l'on doit tenir à +faire un exemple sur le commissaire des guerres et le commissaire +faisant les fonctions de payeur, qui devaient, avant +tout, solder la troupe.</p> + +<p>Le général Vaubois et le général Lafont, qui y vont commander, +mettront, j'espère, plus d'économie, et j'engage +l'ordonnateur en chef à y faire passer promptement un autre +commissaire. La dix-neuvième demi-brigade, forte de douze +cents hommes, et qui était à Livourne, va s'embarquer pour +se rendre en Corse.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5 +(6 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Gentili.</i></p> + +<p>Je ne puis vous dissimuler mon mécontentement sur le +mauvais emploi des sommes qui ont été envoyées en Corse +pour le service de la division. Plus de la moitié a été dilapidée +ou dépensée à des choses inutiles, tandis que tout devait être +uniquement consacré au service de la force armée.</p> + +<p>1°. Il est inutile que vous envoyiez des adjoints à Paris.</p> + +<p>2°. Les commissaires du gouvernement ne devaient pas +être payés sur les fonds des soldats.</p> + +<p>3°. Vous n'aviez pas le droit de faire donner 1000 francs à +l'adjudant-général Franceschi.</p> + +<p>4°. Vous ne deviez rien faire donner aux officiers isolés, à +qui, il y a trois mois, j'avais ordonné de rejoindre.</p> + +<p>De plus grands abus ont eu lieu encore dans la distribution +de 4 à 500,000 fr. que vous avez précédemment reçus: +aucun article ne sera porté au compte à l'ordonnateur et au +payeur, ils s'arrangeront ensemble pour les faire rembourser +à la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5 +(6 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Des troubles sont nés en Corse par le défaut d'argent, cela +pourrait même devenir extrêmement sérieux; il est donc indispensable +que vous fassiez passer le plus promptement possible +100,000 fr. à Ajaccio, uniquement destinés pour payer +la gendarmerie de ces deux départemens. Il est aussi nécessaire +que vous vous fassiez rendre un compte exact de l'emploi des +sommes que vous y avez envoyées; que vous rappeliez sur-le-champ +l'ordonnateur, et que vous y envoyiez un homme +probe et intelligent, que vous rendrez responsable de l'emploi +des fonds.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5 +(6 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. l'évêque de Côme.</i></p> + +<p>J'ai reçu, monsieur l'évêque, la lettre que vous vous êtes +donné la peine de m'écrire, avec les deux imprimés; j'ai vu +avec déplaisir la devise qu'un zèle malentendu de patriotisme +a fait mettre au-dessus d'un de vos imprimés. Les ministres +de la religion ne doivent, comme vous l'observez fort bien, +jamais s'émanciper dans les affaires civiles; ils doivent porter +la teinte de leur caractère, qui, selon l'esprit de l'Évangile, +doit être pacifique, tolérant et conciliant. Vous pouvez +être persuadé qu'en continuant à professer ces principes, la +république française ne souffrira pas qu'il soit porté aucun +trouble au culte de la religion et à la paix de ses ministres.</p> + +<p>Jetez de l'eau et jamais de l'huile sur les passions des +hommes; dissipez les préjugés et combattez avec ardeur les +faux prêtres, qui ont dégradé la religion en en faisant l'instrument +de l'ambition des puissans et des rois. La morale de +l'Évangile est celle de l'égalité, et dès-lors elle est la plus +favorable au gouvernement républicain, que va désormais +avoir votre patrie.</p> + +<p>Je vous prie, monsieur l'évêque, de croire aux sentimens, +etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal an 5 +(6 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous donnerez ordre, citoyen général, que tous les soldats +vénitiens qui ont été faits prisonniers soient transférés +en France, et que tous les officiers soient mis; savoir, les +généraux, colonels, lieutenans-colonels et capitaines au château +de Milan, et les lieutenans et sous-lieutenans, cadets, etc., +au château de Pavie.</p> + +<p>Vous chargerez un officier supérieur de les interroger; ils +doivent être considérés comme assassins, et non comme avoués +par leur prince. Vous me rendrez compte de leur interrogatoire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 floréal en 5 +(6 mai 1797).</p> + +<p class="milieu">Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie, arrête:</p> + +<p>ART. 1er. La ville de Verone paiera une imposition de cent +vingt mille sequins, qui sera affectée aux dépenses de l'armée.</p> + +<p>2. Elle paiera, en outre, une contribution de cinquante +mille sequins, qui sera distribuée entre tous les soldats et +officiers qui se sont trouvés assiégés dans les châteaux, et +ceux qui formaient la colonne mobile qui s'est emparée de la +ville.</p> + +<p>3. Tous les effets qui sont au mont-de-piété et qui ont une +valeur moindre de 50 fr. seront rendus au peuple. Tous les +effets d'une valeur supérieure seront séquestrés au profit de +la république.</p> + +<p>4. Verone n'étant point la route de l'armée, ni le séjour +d'aucun dépôt, il est expressément défendu de rien payer +sous prétexte d'effets perdus, soit aux administrateurs, soit +aux militaires; il ne sera admis, soit dans la comptabilité en +argent, soit dans celle en matières, aucun déficit justifié par +des pertes faites à Verone.</p> + +<p>5. Le commissaire ordonnateur en chef fera dresser un état +des pertes qui auront été faites par les personnes formant la +garnison des forts qui se trouvaient aux hôpitaux, et il sera +frappé une troisième contribution sur la seule ville et territoire +de Verone, du montant de ladite indemnité.</p> + +<p>6. Tous les chevaux de voiture et de selle qui se trouveront +à Verone seront affectés aux charrois d'artillerie ou à la +cavalerie.</p> + +<p>7. La ville de Verone fournira, dans le plus court délai, des +cuirs pour faire quarante mille paires de souliers et deux +mille paires de bottes; du drap pour faire douze mille paires +de culottes, douze mille vestes et quatre mille habits; des +toiles pour faire douze mille chemises et douze mille paires de +guêtres; douze mille chapeaux et douze mille paires de bas; +une partie desdits effets sera destinée pour l'habillement de la +division du général Joubert.</p> + +<p>8. Toute l'argenterie existante dans les églises ou autres +bâtimens publics, ainsi que tout ce qui appartiendrait au +gouvernement, sera confisqué au profit de la république.</p> + +<p>9. Il sera réuni sur-le-champ une commission militaire qui, +quarante-huit heures après la réception du présent ordre, +déclarera ennemis de l'humanité et assassins les cinquante +principaux coupables auteurs de l'assassinat qui a eu lieu le +jour de la seconde fête de Pâques; lesdits coupables seront +arrêtés et envoyés garottés à Toulon pour être de là transférés +à la Guiane: si cependant parmi ces cinquante il s'en +trouvait de nobles Vénitiens, ou de ceux qui furent arrêtés +il y a plusieurs mois, envoyés à Venise comme coupables de +conspiration contre la république française, et qui depuis ont +été relâchés, ils seront condamnés à être fusillés; les séquestres +seront mis sur-le-champ sur tous les biens, meubles et +immeubles desdits condamnés, et leurs biens fonds seront +confisqués et affectés à faire rebâtir les maisons du peuple +qui ont été brûlées pendant le siège, et à indemniser les +autres personnes de la ville qui se trouveraient avoir perdu.</p> + +<p>10. On fera un désarmement général dans tout le Véronais, +et quiconque sera trouvé avoir désobéi à l'ordre du +désarmement, sera condamné à être envoyé pour six ans de +fers à Toulon.</p> + +<p>11. Tous les tableaux, collections de plantes, de coquillages, +etc., qui appartiendraient, soit à la ville, soit aux particuliers, +seront confisqués au profit de la république; les +particuliers qui seront dans le cas d'être indemnisés, le seront +sur les biens des condamnés.</p> + +<p>12. Le général chef de l'état-major, le général divisionnaire +Augereau, et le commissaire ordonnateur en chef prendront +toutes les mesures pour l'exécution du présent ordre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 floréal an 5 +(8 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, la ratification du +grand-duc de Toscane, que j'ai oublié de vous envoyer. Les +Anglais ayant évacué Porto-Ferrajo, j'ordonne que l'on +évacue également Livourne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<p><i>P. S.</i> Je vous fais tenir également une note explicative, +remise par les plénipotentiaires de l'empereur.</p> +<br><br> + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 19 floréal an 5 +(8 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je suis parti, le 12 floréal, de Palma-Nova, et je me suis +rendu à Mestre. J'ai fait occuper par les divisions des généraux +Victor et Baraguay d'Hilliers toutes les extrémités des +lagunes. Je ne suis éloigné actuellement que d'une petite +lieue de Venise, et je fais les préparatifs pour pouvoir y entrer +de force, si les choses ne s'arrangent pas. J'ai chassé de +la terre-ferme tous les Vénitiens, et nous en sommes en ce +moment exclusivement les maîtres. Le peuple montre une +grande joie d'être délivré de l'aristocratie vénitienne: il +n'existe plus de Lion de Saint-Marc.</p> + +<p>Comme j'étais sur les bords des lagunes, sont arrivés trois +députés du grand conseil, qui me croyaient encore en Allemagne +et qui venaient avec des pleins pouvoirs du même +conseil, pour finir tous les différens. Ils m'ont remis la note +que je vous envoie. En conséquence, je leur ai fait répondre +par le général Berthier la lettre que je vous fais tenir; je viens +de recevoir une nouvelle députation, qui m'a remis la note +que je vous envoie.</p> + +<p>Les inquisiteurs sont arrêtés; le commandant du fort de +Lido, qui a tué Laugier, est arrêté; tout le corps du gouvernement +a été destitué par le grand conseil; et celui-ci lui-même +a déclaré qu'il allait abdiquer sa souveraineté et établir +la forme du gouvernement qui me paraîtrait la plus convenable. +Je compte d'après cela y faire établir une démocratie, +et même faire entrer dans Venise trois ou quatre mille hommes +de troupes. Je crois qu'il devient indispensable que vous +renvoyiez M. Quirini.</p> + +<p>Depuis que j'ai appris le passage du Rhin par Hoche et +Moreau, je regrette bien qu'il n'ait pas eu lieu quinze jours +plus tôt, on que du moins Moreau n'ait pas dit qu'il était +dans le cas de l'effectuer. Notre position militaire est tout +aussi bonne aujourd'hui qu'il y a quinze jours; j'occupe encore +Clagenfurth, Goritzia et Trieste. Tous les paysans vénitiens +sont désarmés; dans toutes les villes, ceux qui nous +étaient opposés sont arrêtés; nos amis sont partout en place, +et toute la terre-ferme est municipalisée. On travaille tous les +jours sans relâche aux fortifications de Palma-Nova.</p> + +<p>Je vous prie de désigner le Frioul pour le lieu où les Autrichiens +doivent nous faire passer les prisonniers français. +Nous ne leur en restituerons qu'à mesure qu'ils nous restitueront +les nôtres.</p> + +<p>Le choix des membres qui composent le directoire de la +Cisalpine est assez mauvais; il s'est fait pendant mon absence, +et a été absolument influencé par les prêtres; mais comme +Modène et Bologne ne doivent faire qu'une seule république +avec Milan, je suspens l'activité du gouvernement, et je fais +rédiger ici par quatre comités différens toutes les lois militaires, +civiles, financières et administratives qui doivent accompagner +la constitution. Je ferai, pour la première fois, tous les +choix, et j'espère que d'ici à vingt jours toute la nouvelle république +italienne sera parfaitement organisée et pourra marcher +toute seule.</p> + +<p>Mon premier acte a été de rappeler tous les hommes qui +s'étaient éloignés, craignant les suites de la guerre. J'ai engagé +l'administration à concilier tous les citoyens et à détruire +toute espèce de haine qui pourrait exister. Je refroidis les +têtes chaudes et j'échauffe les froides. J'espère que le bien +inestimable de la liberté donnera à ce peuple une énergie +nouvelle et le mettra dans le cas d'aider puissamment la république +française dans les guerres futures que nous pourrions +avoir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu">Milan, le 20 floréal an 5 (9 mai 1797).</p> + +<p>Le général en chef voit avec indignation les vols que commettent +plusieurs agens français, qui, sous différens prétextes, +s'introduisent dans les monts-de-piété des villes vénitiennes, +y mettent les scellés pour y voler tout ce qui est à +leur convenance.</p> + +<p class="milieu">En conséquence, il ordonne:</p> + +<p>1°. Aux généraux de division de faire lever tous les scellés +des monts-de-piété et de les restituer à leurs administrateurs, +et, en attendant, qu'il ne soit porté aucun changement +auxdites administrations (hormis celui de la ville de +Verone).</p> + +<p>2°. De faire vérifier par les administrateurs et les membres +des municipalités ce qui manque aux monts-de-piété et autres +établissemens publics, depuis l'apposition des scellés, +et de faire arrêter sur-le-champ les agens ou commissaires qui +auraient mis les scellés ou qui seraient coupables de dilapidations, +et de les faire traduire devant le conseil militaire de +sa division.</p> + +<p>3°. Les municipalités de la terre-ferme vénitienne enverront +sur-le-champ au général en chef une note de tout ce qui +aurait été pris et qui serait à leur connaissance.</p> + +<p>4°. La propriété des villes et des habitans de la terre-ferme +vénitienne est sous la responsabilité des généraux de division +qui y commandent: ils prendront toutes les mesures possibles +pour faire arrêter les coupables, réprimer les abus, et garantir +ce pays des ravages de cette nuée de voleurs qui semble +s'y être donné rendez-vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 floréal an 5 +(9 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, conformément au +traité d'alliance qui existe entre la république française et +sa majesté le roi de Sardaigne, ordonner que tous les déserteurs +des troupes sardes soient sur-le-champ rendus, et défendre +aux différens chefs de corps, soit français, soit milanais, +de recevoir aucun déserteur sarde.</p> + +<p>Vous voudrez bien donner l'ordre aux commandans de la +Lombardie pour qu'ils prennent les mesures afin qu'il existe +une sévère discipline sur les frontières du Piémont, et s'opposent +à tout ce qui pourrait troubler la tranquillité des +états du roi de Sardaigne.</p> + +<p>Vous voudrez bien également ordonner au commandant de +Tortone de faire tout ce qui dépendra de lui pour maintenir la +tranquillité dans les états du roi de Sardaigne, s'opposer à +la contrebande du blé et des bestiaux, et enfin avoir pour +sa majesté le roi de Sardaigne les sentimens que notre position +actuelle doit lui assurer.</p> + +<p>Vous le préviendrez également que l'évêque de Tortone va +prendre possession de son évêché, et qu'il ait pour lui tous +les égards qui sont dus à son caractère.</p> + +<p>Vous voudrez bien ordonner au général Casabianca de faire +ôter l'arbre de la liberté de la ville de Ceva, et de faire tout +son possible pour maintenir le bon ordre dans les états de sa +majesté le roi de Sardaigne.</p> + +<p>Vous donnerez les ordres pour que les nommés Viniatteri, +Rozetti et Strovengo, chefs de la conspiration qui a eu lieu +pour assassiner le roi de Sardaigne, soient arrêtés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 floréal an 5 +(13 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le dernier courrier que j'ai reçu de vous est du 3 floréal, +et je ne connais pas encore vos intentions relativement aux +préliminaires de la paix: cela ne laisse pas que de m'embarrasser +dans la direction à donner aux différentes affaires +actuelles.</p> + +<p>Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, du +terme où en était la négociation de Venise. Les négociateurs +et le citoyen Lallemant sont ici; mais, pendant ce temps-là, +les affaires marchent à grands pas dans Venise même, où +l'emprisonnement des inquisiteurs et l'effervescence populaire +rendent les propriétés incertaines, sans la présence +d'une force française.</p> + +<p>Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, secrétaire +de la légation française à Venise.</p> + +<p>J'ai donné ordre au général Baraguay d'Hilliers d'y entrer +avec cinq mille hommes.</p> + +<p>J'ai envoyé ordre au citoyen Bourdé, commandant la flottille +de l'Adriatique, de s'y rendre également.</p> + +<p>Vous ordonnerez au général Lahoz d'éloigner de Milan les +citoyens Lerese, Anisette et Barnabitte, et de les employer +hors de cette ville, les engageant à ne rien faire qui trouble la +tranquillité des états du roi de Sardaigne.</p> + +<p>Il est probable, quoiqu'il ne soit cependant pas sûr, que +lorsque vous lirez cette lettre, vous serez maîtres de Venise +et de son arsenal.</p> + +<p>La république cispadane paraît vouloir se réunir avec Venise, +si cette ville accepte le gouvernement représentatif, +plutôt que de se réunir avec le Milanez.</p> + +<p>La république lombarde serait alors composée des pays +compris entre le Tesin, le Pô, l'Oglio et le Modénais; ce +qui ferait deux millions de population.</p> + +<p>La république de Venise démocrate serait composée, 1°. du +Trévisan, deux cent mille habitans; 2°. du Dogodo, cent +mille; 3°. de la Polésine, de Rovigo et d'Adria, quatre-vingt +mille; 4° de la ville de Venise, cent cinquante mille; 5°. des +îles du Levant, deux cent mille; 6°. de la Cispadane, six +cent mille; 7°. de la Romagne, trois cent mille: en tout, +un million six cent mille habitans.</p> + +<p>Les deux républiques concluraient une alliance offensive +et défensive avec la France contre les Anglais.</p> + +<p>Nous trouverons dans l'arsenal de Venise quelques ressources +pour notre marine, et quelques vaisseaux de guerre, +s'ils sont d'une bonne construction.</p> + +<p>J'ai fait partir de Trieste pour Toulon six bâtimens chargés +de blé et d'acier.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 floréal an 5 +(14 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Extrait d'une lettre au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, une autre +du général Baraguay d'Hilliers, et enfin la délibération du +grand-conseil, qui a abdiqué. Je crains fort que cette pauvre +ville de Venise ne soit en partie pillée par les Esclavons, à +l'heure où je vous écris.</p> + +<p>J'ai envoyé, par un courrier extraordinaire, au doge la +proclamation que je vous fais passer, afin de chercher à y +rétablir la tranquillité.</p> + +<p>Demain, je conclurai un traité avec les députés vénitiens: +j'espère que cette affaire s'achèvera heureusement, et que, +si nous ne sommes pas, à l'heure qu'il est, dans Venise, nous +ne tarderons pas à y être.</p> + +<p>La marine pourra y gagner quatre ou cinq vaisseaux de +guerre, trois ou quatre frégates, pour 3 ou 4,000,000 de +cordages, de bois et d'autres objets qui lui sont nécessaires.</p> + +<p>J'ai envoyé des courriers a Gênes et à Livourne, pour +qu'on me fasse passer en toute diligence tous les matelots français +ou corses qui s'y trouveraient; je prendrai ceux des lacs +de Mantoue et de Garda, et je diminuerai le nombre de ceux +que j'ai sur la flottille.</p> + +<p>Je vous prie de m'envoyer en poste un contre-amiral, un +major d'escadre, etc.</p> + +<p>J'aurais aussi besoin de quatre ou cinq cents matelots, qui +pourraient se rendre à Gênes, d'où ils viendraient à Tortoue, +où ils recevront, du commandant de la place, les ordres, et +trouveront les moyens de s'embarquer sur le Pô jusqu'à +Venise.</p> + +<p>J'espère, si tout réussit conformément à mes espérances, +avoir:</p> + +<p>Quatre bâtimens de guerre, tout équipés et approvisionnés +pour six mois; trois frégates françaises, compris <i>la Brune</i>; +deux corvettes françaises et quinze chaloupes canonnières.</p> + +<p>Ces vingt-quatre bâtimens seront prêts, j'espère, à mettre +à la voile avant l'arrivée du contre-amiral.</p> + +<p>Je trouverai les bâtimens et les frégates vénitiennes prêtes +à mettre à la voile, parce qu'elles viennent de croiser dans +l'Archipel.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Traité de paix entre la république française et la république +de Venise.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif de la république française et le grand-conseil +de la république de Venise, voulant rétablir sans +délai l'harmonie et la bonne intelligence qui régnaient ci-devant +entre elles, conviennent des articles suivans:</p> + +<p>ART 1. Il y aura paix et amitié entre la république française +et la république de Venise; toutes les hostilités cesseront +dès à présent.</p> + +<p>2. Le grand-conseil de Venise, ayant à coeur le bien de sa +patrie et le bonheur de ses concitoyens, et voulant que les +scènes qui ont eu lieu contre les Français ne puissent plus se +renouveler, renonce à ses droits de souveraineté; ordonne +l'abdication de l'aristocratie héréditaire, et reconnaît la souveraineté +de l'état dans la réunion de tous les citoyens, sous +la condition cependant que le gouvernement garantira la dette +publique nationale, l'entretien des pauvres gentilshommes +qui ne possèdent aucun bien fonds, et les pensions viagères +accordées sous le titre de provisions.</p> + +<p>3. La république française, sur la demande qui lui en a +été faite, voulant contribuer, autant qu'il est en elle, à la +tranquillité de la ville de Venise et au bonheur de ses habitans +accorde une division de troupes françaises pour y maintenir +l'ordre et la sûreté des personnes et des propriétés, et +seconder les premiers pas du gouvernement dans toutes les +parties de son administration.</p> + +<p>4. La station des troupes françaises à Venise n'ayant pour +but que la protection des citoyens, elles se retireront aussitôt +que le nouveau gouvernement sera établi, ou qu'il déclarera +n'avoir plus besoin de leur assistance. Les autres divisions de +l'armée française évacueront également toutes les parties du +territoire vénitien qu'elles occuperont dans la terre ferme, +lors de la conclusion de la paix continentale.</p> + +<p>5. Le premier soin du gouvernement provisoire sera de +faire terminer le procès des inquisiteurs et du commandant +du fort de Lido, prévenus d'être les auteurs et instigateurs +des Pâques vénitiennes et de l'assassinat commis dans le port +de Venise; il désavouera d'ailleurs ces faits de la manière la +plus convenable et la plus satisfaisante pour le gouvernement +français.</p> + +<p>6. Le directoire exécutif, de son côté, par l'organe du général +en chef de l'armée, accorde pardon et amnistie générale pour +tous les autres Vénitiens qui seraient accusés d'avoir pris part +à toute conspiration contre l'armée française; et tous les prisonniers +seront mis en liberté après la ratification.</p> + +<p>Ainsi a été arrêté et convenu, savoir: au nom de la république +française, par les citoyens Bonaparte, général en chef +de l'armée d'Italie; et Lallemant, ministre plénipotentiaire +de la république française près celle de Venise; et, au nom +du grand conseil vénitien, par MM. François Dona, Léonard +Justiani et Louis Moncenigo, députés munis de pleins +pouvoirs, dont l'original est annexé aux présentes, lesquelles +devront être ratifiées par les hautes puissances contractantes, +dans le plus court délai possible, pour sortir leur entière +exécution.</p> + +<p>Fait à Milan, le 27 floréal an 5 de la république française +(16 mai 1797).</p> + +<p class="droite"><i>Signé</i> BONAPARTE, etc.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Articles secrets faisant suite et partie du traité de paix +conclu cejourd'hui 27 floréal an 5 de la république française +(16 mai 1797), entre la république française et +telle de Venise.</i></p> + +<p>ART Ier. La république française et la république de Venise +s'entendront entre elles pour l'échange des différens territoires.</p> + +<p>2. La république de Venise versera dans la caisse du payeur +de l'armée d'Italie trois millions tournois en numéraire; savoir, +un million dans le mois de prairial prochain, un second +million dans le mois de messidor, et le troisième million +lorsque le gouvernement provisoire sera entièrement organisé.</p> + +<p>3. La république de Venise fournira pour la valeur de trois +autres millions tournois en chanvres, cordages, agrès et autres +objets nécessaires à la marine, sur la réquisition des commissaires +qui seront nommés par le général en chef de l'armée, +et en tant que ces objets existeront réellement dans les +magasins ou dépôts de l'arsenal.</p> + +<p>4. La république de Venise fournira en outre trois vaisseaux +de ligne et deux frégates en bon état, armés et équipés de +tout le nécessaire, sans comprendre l'équipage, et au choix +du général en chef, qui, de son côté, promet au gouvernement +vénitien la médiation de la république française pour +terminer promptement les différens survenus entre celle de +Venise et la régence d'Alger.</p> + +<p>5. La république de Venise remettra enfin aux commissaires +à ce destinés vingt tableaux et cinq cents manuscrits +au choix du général en chef.</p> + +<p>Les cinq articles ci-dessus, quoique convenus et transcrits +séparément, sont néanmoins essentiellement inhérens au traité +ostensible conclu cejourd'hui entre les deux républiques, et +n'en sont de fait que la continuation: en sorte que la non +exécution d'un seul desdits articles secrets rendrait le traité +en entier nul et non stipulé.</p> + +<p>Ainsi a été arrêté et convenu; savoir, au nom de la république +française, par le citoyen Bonaparte, général en chef +de l'armée d'Italie, et par le citoyen Lallemant, ministre +plénipotentiaire de la république française près celle de Venise, +et au nom du directoire exécutif.</p> + +<p>Et au nom du grand conseil vénitien, par MM. François +Dona, Léonard Justiniani et Louis Moncenigo, députés munis +de pleins pouvoirs, dont l'original est annexé au traité +ostensible de ce jour.</p> + +<p>Fait et signé à Milan, le 27 floréal an 5 de la république +française (16 mai 1797).</p> + +<p class="droite"><i>Signé</i> BONAPARTE, etc.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Milan, le 25 floréal an 5 (14 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux citoyens de Venise.</i></p> + +<p>Les citoyens de la ville de Venise sont sous la protection +de la république française: en conséquence, je déclare que +je traiterai en ennemi de la république française tout homme +qui porterait la moindre atteinte aux personnes et aux propriétés +des habitans de Venise.</p> + +<p>Si, vingt-quatre heures après la publication du présent +ordre, les Esclavons n'ont pas, conformément à l'ordre qui +leur a été donné par les magistrats de Venise, quitté cette ville +pour se rendre en Dalmatie, les officiers et les aumôniers +des différentes compagnies d'Esclavons seront arrêtés, traités +comme rebelles, et leurs biens, en Dalmatie, confisqués. Le +général en chef fera, à cet effet, marcher une division de l'armée +en Dalmatie, et ils seront la cause de ce que la guerre +et ses horreurs seront transplantés au milieu de leurs foyers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 floréal an 5. +(14 mai 1797).</p> + +<p class="droite"><i>Au directoire exécutif<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>.</i></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Footnote 14:</b><a href="#footnotetag14"> (return) </a> Cette lettre, relatée déjà en partie par extrait, se trouve complète ici.</blockquote> + +<p>J'organise la république cisalpine: j'ai à cet effet quatre +comités qui travaillent sans relâche à la confection des lois +organiques qui doivent accompagner la publication de la +constitution.</p> + +<p>Le citoyen Serbelloni, par la réputation dont il jouit dans +ce pays-ci, et par l'ascendant que donne la fortune, est propre +à remplir avec succès une place de membre du directoire +exécutif; il est d'ailleurs tellement compromis avec les Autrichiens, +que c'est une des personnes de l'opinion de laquelle +nous devons être les plus sûrs: je l'ai donc fait prévenir par +l'administration de la Lombardie qu'il était nommé à la place +de directeur; je vous prie de faire en sorte qu'il parte de suite +pour Milan.</p> + +<p>Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, une autre +du général Baraguay d'Hilliers, et enfin la délibération du +grand conseil, qui a abdiqué; je crains fort que cette pauvre +ville de Venise ne soit en partie pillée par les Esclavons +à l'heure où je vous écris.</p> + +<p>J'ai envoyé, par un courrier extraordinaire, au doge la +proclamation que je vous fais passer, afin de chercher à y +rétablir la tranquillité.</p> + +<p>Demain, je conclurai un traité avec les députés vénitiens; +j'espère que cette affaire s'achèvera heureusement, et que si +nous ne sommes pas à l'heure qu'il est dans Venise, nous ne +tarderons pas à y être.</p> + +<p>La marine pourra y gagner quatre ou cinq vaisseaux de +guerre, trois ou quatre frégates, pour trois ou quatre millions +de cordages, de bois et d'autres objets nécessaires à la marine.</p> + + + +<p>J'ai envoyé des courriers à Gênes et à Livourne, pour +qu'on me fasse passer en toute diligence tous les matelots +français ou corses qui s'y trouveraient; je prendrai ceux des +lacs de Mantoue et de Garda, et je diminuerai le nombre de +ceux que j'ai sur la flottille.</p> + +<p>Je vous prie de m'envoyer en poste un contre-amiral, un +major d'escadre, etc.</p> + +<p>J'aurais aussi besoin de quatre ou cinq cents matelots, qui +pourraient se rendre à Gênes, d'où ils viendraient à Tortone, +où ils recevront, du commandant de la place, les ordres et +trouveront les moyens de s'embarquer sur le Pô jusqu'à +Venise.</p> + +<p>J'espère, si tout réussit conformément à mes espérances, +avoir quatre bâtimens de guerre tout équipés et approvisionnés +pour six mois; trois frégates françaises, compris <i>la +Brune</i>; deux corvettes françaises et quinze chaloupes canonnières.</p> + +<p>Ces vingt-quatre bâtimens seront prêts, j'espère, à mettre +à la voile avant l'arrivée du contre-amiral.</p> + +<p>Je trouverai les bâtimens et frégates prêtes à mettre à la +voile, parce qu'elles viennent de croiser dans l'Archipel.</p> + +<p>Le million pour Toulon, que je vous ai annoncé, part demain; +un autre million, dont cinq cent mille francs en or et +autant en argent, part après demain 27 pour Paris; il pourra +servir à vivifier notre marine à Brest.</p> + +<p>Les deux millions que le ministre des finances a tirés sur +le citoyen André, négociant, seront acquittés en marchandises +ou en terres; ce qui, joint à un million pour l'armée +de Sambre-et-Meuse, autant pour celle du Rhin, et cinq +cent mille francs pour celle des Alpes, cinq cent mille francs +que nous coûte la Corse, formera la somme de cinq millions +que l'armée d'Italie aura fournis depuis la nouvelle campagne.</p> + +<p>Vingt-cinq mille quintaux de blé, et pour cent mille francs +de chanvre avec de l'acier, sont partis de Trieste pour Toulon.</p> + +<p>Le pape nous a donné huit millions de diamans, qui, à +l'évaluation de Modène, ne valent pas davantage que quatre +millions cinq cent mille francs.</p> + +<p>Le service de l'armée est assuré pour prairial, messidor, +thermidor et fructidor.</p> + +<p>Treize ou quatorze millions d'arriéré, que nous avions à +l'armée, vont être payés en biens nationaux du pays.</p> + +<p>Les objets de Rome se réunissent tous à Livourne: il serait +urgent que le ministre de la marine envoyât le prendre par +trois ou quatre frégates, afin de les mettre à l'abri de tous +risques.</p> + +<p>Une soixantaine de citoyens de différentes villes du midi +se sont présentés à moi pour avoir des secours; je les ai distribués +dans toute l'Italie pour y être employés chacun son +métier. Le chef de l'état-major enverra au ministre de la police +générale les noms, âge, demeure, profession de ces citoyens.</p> + +<p>J'ai chargé Comeyras de se rendre à Sion, peur chercher à ouvrir +une négociation avec le Valais, afin de conclure un +traité au nom de la France et de la république cisalpine, qui +nous accorde le passage depuis le lac de Genève au lac Majeur, +en suivant la vallée du Rhône. J'ai envoyé un excellent +ingénieur des ponts et chaussées pour savoir ce que coûterait +cette route à établir: elle irait de Versois à Bouveret par le +lac, quinze lieues; de Bouveret à Sion, dix lieues; de Sion à +Brigge, huit lieues; de Brigge à Dossola, huit lieues; de +Dossola au lac Majeur, huit lieues; du lac Majeur à Milan, +douze lieues: ce qui ferait soixante et une lieues de Versois +à Milan, ou cent soixante de Milan à Paris: sur ces soixante +et une lieues, les quinze du lac et les vingt de Dossola à +Milan, c'est-à-dire trente-cinq, sont en grande route; il +reste donc vingt-six lieues à faire, dont se chargerait le Milanez.</p> + +<p>J'ai chargé le même ingénieur d'aller jusqu'au pont de... +et de voir ce qu'il faudrait pour faire sauter le rocher dans +lequel s'enfuit le Rhône, et par-là rendre possible l'exploitation +des bois du Valais et de la Savoie, bois immenses et +qui peuvent seuls relever notre marine. On m'assure qu'il ne +faut pas plus de 2 ou 300,000 fr. pour cette opération.</p> + +<p>La Toscane et les Grisons vont conclure un traité d'alliance +avec la nouvelle république cisalpine: il faudrait obtenir +des Suisses les bailliages italiens, qui n'ont qu'une population +de quarante mille âmes; nous pourrions leur donner +le Freythal, et, s'il était nécessaire, la nouvelle république +s'obligerait à fournir tous les ans une certaine quantité de riz +et de blé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 floréal an 5 +(14 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le général-major comte de Meerveldt, ministre de +S. M. l'empereur.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur de vous prévenir, Monsieur le général, que je +viens de recevoir à l'instant du directoire exécutif de la république +française la ratification des préliminaires que nous +avons signés à Léoben.</p> + +<p>Je me rendrai dans la ville que vous voudrez bien indiquer, +afin de procéder aux échanges.</p> + +<p>Je vous prie de faire passer le courrier que vous m'enverrez, +par Trévise, où il s'adressera au général Gauthier, qui +lui indiquera l'endroit où je pourrai me trouver.</p> + +<p>J'ai également l'honneur de vous faire part, comme j'ai +eu l'honneur d'en prévenir M. le marquis de Gallo par l'envoi +de mon aide-de-camp, que le directoire exécutif de la république +française a bien voulu munir de ses pleins pouvoirs +pour traiter de la paix définitive, le général Clarke et moi; +je vous prie de le faire connaître à S. M. l'empereur, afin que +les plénipotentiaires qu'elle voudra envoyer se réunissent le +plus promptement possible dans la ville de Brescia, comme +nous en étions convenus, ou dans toute autre qui paraîtra plus +convenable.</p> + +<p>Je vous prie de vouloir bien donner des ordres pour qu'à +Trieste on se hâte de payer le reste de la contribution, afin +de me mettre dans le cas, comme nous en étions convenus, +de l'évacuer.</p> + +<p>L'évacuation de Clagenfurth a souffert quelque retard par +celui qu'a mis l'administration de cette ville à fournir les chariots +nécessaires au transport des effets militaires.</p> + +<p>Je vous prie de donner aussi des ordres à cet égard, et +de croire aux sentimens d'estime et de considération avec +lesquels, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 26 floréal an 5 +(15 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, ministre de la république française, +à Gênes.</i></p> + +<p>Je réponds à votre lettre du 21 floréal, citoyen ministre. +Je pense, comme vous, que la chute entière de Venise amène +celle de l'aristocratie de Gênes; mais il faut pour cela encore +quinze jours pour que les affaires de Venise soient bien complètement +terminées.</p> + +<p>Il est hors de doute qu'il faut laisser Gênes république +indépendante; mais il n'est pas moins vrai qu'en réunissant +à Gênes tous les fiefs impériaux, il faudrait chercher à avoir +le golfe de la Spezzia pour la nouvelle république. Cette seconde +pensée s'exécuterait naturellement lorsque le gouvernement +aristocratique serait dissous, et le corps de l'état en +fusion: alors nous serions toujours sûrs d'avoir avec nous +Gênes ou la Spezzia.</p> + +<p>Je vous salue et vous prie de m'écrire un peu plus souvent +relativement à l'idée que vous avez:</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 30 floréal an 5 +(19 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai envoyé le traité que j'ai conclu avec Venise, en +conséquence duquel cinq à six mille hommes sous les ordres du +général Baraguay d'Hilliers ont dû prendre, le 27, possession +de la ville. J'ai eu plusieurs buts en concluant ce traité.</p> + +<p>1°. D'entrer dans la ville sans difficultés: avoir l'arsenal et +tout en notre possession, et pouvoir en tirer ce qui nous +convient, sous le prétexte de l'exécution des articles secrets.</p> + +<p>2°. De nous trouver à même, si le traité de paix avec +l'empereur ne s'exécutait pas, de rallier à nous et de faire +tourner à notre avantage tous les efforts du territoire vénitien.</p> + +<p>3°. De ne pas attirer sur nous l'espèce d'odieux de la violation +des préliminaires relatifs au territoire vénitien, et en +même temps de donner des prétextes et de faciliter leur exécution.</p> + +<p>4°. Et enfin de calmer tout ce qu'on pourrait dire en Europe, +puisqu'il est constaté que notre garnison de Venise +n'est qu'une opération momentanée, et un acte de protection +sollicité par Venise même.</p> + +<p>Le pape est très-malade et a quatre-vingt-trois ans. Sur +la première nouvelle que j'en ai eue, j'ai fait réunir tous mes +Polonais à Bologne, d'où je les pousserai jusqu'à Ancône. +Quelle conduite dois-je tenir si le pape meurt?</p> + +<p>Gênes demande à grands cris la démocratie, le sénat m'envoie +des députés pour sonder là-dessus mes intentions. Il est +très possible qu'avant dix ou douze jours l'aristocratie de +Gênes subisse le même sort que celle de Venise.</p> + +<p>Il y aurait alors en Italie trois républiques démocratiques, +qui, pour le moment, ne pourraient être que difficilement +réunies, vu les coupures qu'y produisent les états intermédiaires +de Parme et de l'empereur, et vu d'ailleurs l'enfance +dans laquelle sont encore les Italiens; mais, et la liberté de +la presse, et les événemens futurs ne manqueront pas de +réunir ces trois républiques en une seule.</p> + +<p>1°. La république cisalpine comprenant la Lombardie, le +Bergamasque, le Crémasque, le Modénois, Massa-Carara, +la Graffiniana, le golfe de la Spezzia, forme une population +de dix-huit à dix-neuf cent mille habitans.</p> + +<p>2°. La république cispadane, comprenant le Bolonais, le +Ferrarois, la Romagne, Venise, Rovigo, et une partie du +Trévisan et les îles de l'Archipel, forme une population de +seize à dix-huit cent mille habitans.</p> + +<p>3°. La république ligurienne, comprenant les fiefs impériaux, +Gênes et les états de Gênes, hormis le golfe de la +Spezzia.</p> + +<p>Les états du duc de Parme et ceux du roi de Sardaigne +ne tarderont pas à s'insurger; je fais cependant ce qui est +possible pour soutenir le duc de Parme et le roi de Sardaigne.</p> + +<p>La république cisalpine et cispadane se réuniront difficilement, +de sorte que si l'empereur s'arrange à laisser la +Marche trévisane et la Polésine de Rovigo, il sera possible +de laisser Venise avec la république cispadane.</p> + +<p>Si, au contraire, il ne voulait pas, l'on réunirait ces deux +républiques en une, parce qu'alors il est bien prouvé que la +république cispadane ne serait pas assez forte pour maintenir +la ville de Venise, comme ville de province.</p> + +<p>En attendant, je laisse subsister la Cispadane organisée séparément, +puisque sa réunion avec la Lombardie mécontenterait +beaucoup de monde, et pourrait être regardée par +l'empereur comme une violation des préliminaires, et que +d'ailleurs la capitale à Bologne nous permettra d'avoir une +grande influence sur toutes les affaires de Rome.</p> + +<p>Je vous envoie donc l'ordre que je donne aujourd'hui pour +la réunion de la Romagne à la république cispadane. Je +profiterai de cette circonstance pour leur faire renommer +un autre directoire, celui qu'ils ont nommé étant assez mal +composé.</p> + +<p>Quand ensuite la paix définitive avec l'empereur sera faite, +je prendrai des mesures pour réunir ces deux républiques; +mais en attendant il faut que je profile des momens de repos +pour organiser parfaitement l'une et l'autre, afin que si les +choses se brouillent avec l'empereur, nous puissions être +sûrs que nos derrières soient tranquilles, et que si les affaires +de Rome viennent à se brouiller par la mort du pape, l'on +puisse partir de là pour faire toutes les opérations qui deviendraient +nécessaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 floréal an 5 +(19 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyens directeurs, plusieurs lettres relatives +à la conduite des Vénitiens:</p> + +<p>1°. Plusieurs lettres du général de division Kilmaine.</p> + +<p>2°. Un échantillon des manifestes, et autres lettres anonymes +que l'on fait imprimer dans l'état de Venise pour exciter +le peuple contre les Français.</p> + +<p>3°. Plusieurs lettres du général commandant à Verone, et +du général commandant à Mantoue.</p> + +<p>4°. Une lettre du citoyen Lallemant.</p> + +<p>Vous y verrez que toutes sont extrêmement alarmantes sur +les intentions des Vénitiens, et ont dû m'obliger à prendre un +parti.</p> + +<p>Je vous envoie également quelques lettres interceptées sur +un courrier de Naples, qui vous donneront quelques renseignemens +sur les mouvemens extraordinaires qui se passaient +à Vienne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 floréal an 5 +(19 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyens directeurs, une convention militaire +faite avec un officier de l'état-major du roi de Sardaigne, +pour régler différens objets de police relativement à ses +troupes. Je ne vous l'ai pas envoyée, parce que j'ai attaché +fort peu d'importance à cette transaction, qui n'est qu'une +opération purement militaire. Les troupes sont toujours restées +à Novare; elles ne sont jamais sorties des états du roi, et +tout est encore, jusqu'à cette heure, <i>in statu quo</i>. Il est cependant +nécessaire de ménager le roi de Sardaigne, afin que si +jamais la négociation traîne en longueur, on puisse se servir +de ses troupes pour donner une inquiétude de plus à l'empereur. +Ce roi est au reste fort peu de chose, et, dès l'instant +que Gênes, la France et le Milanez seront gouvernés par les +mêmes principes, il sera très-difficile que ce trône puisse +continuer à subsister; mais il s'écroulera sans nous, et par le +seul poids des événemens et des choses.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 1er prairial an 5 +(20 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Baraguay d'Hilliers a pris possession de la ville +de Venise, de tous les forts, de toutes les îles qui en dépendent.</p> + +<p>Cette malheureuse ville était en proie à l'anarchie et à la +guerre civile. Les Français y ont été reçus aux acclamations +de tout le peuple, et chacun, depuis l'instant qu'ils sont +entrés, tient sa personne et sa propriété comme sûres.</p> + +<p>La confiance que les différens peuples qui ont vu de près +l'armée d'Italie, ont dans sa bonne discipline et l'esprit de +justice qui anime les officiers et les soldats, est un des fruits +les plus doux d'une bonne conduite, qui leur assure un titre +plus sûr à la reconnaissance de l'humanité, que les victoires +qu'ils ont remportées.</p> + +<p>Je vous fais passer deux proclamations du gouvernement +provisoire de Venise.</p> + +<p>Je vous ferai tenir deux lettres du secrétaire de légation +à Venise, qui vous donneront quelques détails sur les +derniers événemens qui ont précédé l'entrée des Français.</p> + +<p>Les ministres d'Angleterre, de Russie et M. d'Entraigues +s'étaient sauvés de la ville.</p> + +<p>J'attends avec impatience un contre-amiral, des matelots +et quelques capitaines de vaisseaux, pour pouvoir promptement +équiper une escadre à Venise.</p> + +<p>J'attends, sous deux ou trois jours, M. de Gallo, pour +l'échange des ratifications.</p> + +<p>Je vous prie de ne pas perdre un instant à me donner et à +m'envoyer des instructions sur la conduite à tenir envers +Rome; le Pape a une mauvaise santé, il peut mourir d'un +instant à l'autre: il y a d'ailleurs beaucoup de fermentation à Rome.</p> + +<p>Je vous ai déjà rendu compte que l'aristocratie est agonisante +à Gênes.</p> + +<p>Toutes les marchandises appartenant aux Anglais, aux +Russes et aux Portugais, à Venise, sont confisquées.</p> + +<p>Je vous enverrai, par le prochain courrier, un recueil de +toutes les pièces que j'ai fait imprimer, relatives aux affaires +de Venise.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Montebello, le 2 prairial an 5 +(21 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p> + +<p>Le citoyen Haller vous aura remis une lettre, dans laquelle +je vous parlais de la nécessité de ne pas mécontenter +le commerce de Venise, et de ne faire aucune démarche ostensible +qui pût servir de prétexte aux puissances étrangères +de réclamer contre vous. Il faut maintenir la police dans la +ville, veiller à la sûreté de vos troupes et des positions que +vous occupez, et ne vous mêler en aucune manière du gouvernement +de la ville. La position actuelle de Venise est extrêmement +critique. Je préfère que le gouvernement provisoire +ou le citoyen Lallemant fassent les démarches ostensibles. +Il est extrêmement nécessaire que vous paraissiez le +moins possible. Procurez à la ville toutes les facilités qui seront +en votre pouvoir, soit pour les subsistances, soit pour +ce qui pourrait dépendre de vous; ne laissez cependant rien +sortir, et ne souffrez pas qu'on touche à ce qui est dans l'arsenal +ou dans les magasins d'armes.</p> + +<p>Exigez que l'on rappelle le plus promptement possible l'escadre +qui est à Corfou, et faites qu'on envoie les troupes italiennes +qui sont à Venise, pour remplacer les Esclavons dans +Corfou et les îles de l'Adriatique.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu">NOTE DES PLÉNIPOTENTIAIRES.</p> + +<p><i>Articles convenus dans la séance du 24 mai 1797 (5 prairial +an 5 de la république française), entre les plénipotentiaires +de S. M. l'empereur et roi, et ceux de la république +française.</i></p> + +<p>ART. 1er. Les négociations pour la paix définitive entre +S. M. l'empereur et roi et la république française seront ouvertes +demain 15 mai 1797 (6 prairial an 5 de la république +française), à Montebello, entre S. Exc. monsieur le marquis +de Gallo, plénipotentiaire de S. M. l'empereur et roi; les citoyens +Bonaparte, général en chef de l'armée française en +Italie, et Clarke, général de division des armées de la république +française, plénipotentiaires de ladite république.</p> + +<p>2. Le traité de cette paix définitive devra être conclu et notifié +par S. M. l'empereur et roi et par le directoire exécutif +de la république française, avant l'ouverture des négociations +pour la paix de l'empire. Il sera tenu secret, et ne sera +soumis à la ratification du corps législatif de France qu'au +moment dont les deux puissances contractantes conviendront.</p> + +<p>3. Les négociations pour la paix définitive entre l'empire +germanique et la république française auront lieu a Rastadt; +elles commenceront le 1er juillet 1797 (3 messidor an 5 de la +république).</p> + +<p>3. Aucune puissance étrangère ne sera admise à ces négociations; +mais S. M, l'empereur et roi offrira par un des articles +du traité définitif entre elle et la république française, +sa médiation pour la paix à conclure entre ladite république +et les alliés de S. M. impériale et royale. Cette médiation sera +acceptée dans le même article, pour la république française.</p> + +<p>4. Si dans quinze jours le plénipotentiaire de S. M. impériale +préfère, au lieu de la condition stipulée dans les articles +précédens, que les puissances alliées soient appelées au congrès +de Rastadt, S. M. l'empereur et roi et le directoire de +la république française se chargeront, chacun de son côté, +d'y inviter leurs alliés respectifs; et il sera donné des passeports +de part et d'autre pour les plénipotentiaires des alliés +invités.</p> + +<p>Fait à Montebello, le 24 mai 1797 (5 prairial an 5 de la +république française une et indivisible).</p> + +<p class="droite"><i>Signé</i> DE GALLO, BONAPARTE, etc.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 6 prairial an 5 +(25 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, prendre les mesures +et donner les ordres pour la réunion d'une colonne mobile, +qui sera sous le commandement du général de brigade Lasnes, +et qui sera composée de la treizième demi-brigade de +ligne, de six pièces d'artillerie, savoir: deux pièces de 3, +deux pièces de 12, deux obusiers et cinq caissons d'infanterie; +un caisson d'outils tranchans, douze cents haches, avec +une compagnie de pionniers.</p> + +<p>Vous donnerez les ordres sur-le-champ, par un courrier +extraordinaire, pour faire partir demain de Mantoue la +quarante-neuvième demi-brigade.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre à la onzième et à la neuvième demi-brigade +d'infanterie légère de se rendre sur-le-champ à +Mantoue pour y tenir garnison.</p> + +<p>Le général de brigade Lasnes passera demain la revue, à +huit heures du matin, de la treizième demi-brigade, de la +partie de la vingt-deuxième qui est à Milan, de l'artillerie et +des caissons. L'escadron du vingt-deuxième régiment de +chasseurs qui est à Mantoue, et le neuvième, qui est aussi +dans cette ville, auront ordre de se rendre à Pizzighitone, où +ils recevront de nouveaux ordres. Demain, après la revue, +le général Lasnes viendra me rendre compte de la situation +dans laquelle se trouve sa troupe.</p> + +<p>Le huitième de dragons recevra l'ordre de se rendre à Milan, +et laissera, en passant, vingt-cinq hommes de ceux qui +sont le plus en état à Mantoue.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 6 prairial an 5 +(25 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je profite, citoyens directeurs, du retour d'un courrier, +pour vous faire part de l'ouverture des négociations pour la +paix définitive.</p> + +<p>Je vous envoie copie des articles que nous avons arrêtés +hier; je vous enverrai, par un courrier extraordinaire que +j'expédierai demain matin, l'échange des ratifications.</p> + +<p>Je vous envoie aussi copie d'une lettre que je reçois du citoyen +Faypoult. Il parait que le parti qui se disait patriote +s'est extrêmement mal conduit, et qu'il a, par ses sottises +et par son imprudence, donné gain de cause aux aristocrates.</p> + +<p>Si les patriotes avaient voulu être quinze jours tranquilles, +l'aristocratie était perdue, et mourait d'elle-même.</p> + +<p>J'attends des renseignemens ultérieurs pour connaître le +parti à prendre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5 +(26 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, le traité préliminaire +et la ratification de l'empereur. Le plénipotentiaire +de l'empereur aurait désiré que ce traité eût été transcrit sur +du parchemin, et que les sceaux eussent été plus volumineux. +Je crois effectivement que la première observation est +juste, et peut-être trouverez-vous utile de l'appliquer désormais +à des transactions dont le souvenir doit se conserver +long-temps.</p> + +<p>Je vous envoie l'espèce de protestation qu'il a faite à ce +sujet: je l'ai reçue purement et simplement sans même lui en +accuser la réception.</p> + +<p>Il paraît qu'en traitant avec le Roi de France, l'empereur +ne donnait point l'initiative: cela est pour ce prince d'une +importance singulière; ses plénipotentiaires allèguent que le +roi de Prusse agirait comme agira la France, et que l'empereur +serait dégradé de son rang et déshonoré.</p> + +<p>Comme l'empereur met à cela autant d'importance qu'au +traité du Rhin, je vous prie de me marquer l'importance que +vous y mettrez vous-mêmes.</p> + +<p>Peut-être serait-ce une sottise de notre part d'insister sur +une pure formalité qui nous maintiendrait en Europe au rang +où nous étions, contre des avantages réels.</p> + +<p>J'aimerais beaucoup mieux que l'on continuât à agir dans +toutes les transactions comme a agi le roi de France, et ensuite, +d'ici à deux ou trois ans, lorsque la circonstance se +présentera de passer une transaction nécessaire à l'empereur, +déclarer, au nom du corps législatif, que les peuples sont indépendans +et égaux en droits; que la France reconnaît pour +ses égaux tous les souverains qu'elle a conquis, et qu'elle n'en +reconnaît point de supérieur. Cette manière de faire tomber +une étiquette qui s'écroule d'elle-même par sa vétusté, me +paraît plus digne de nous et surtout plus conforme à nos intérêts +dans le moment actuel: car, s'il est prouvé que l'empereur +veut plutôt persister dans cette étiquette, que de nous +empêcher d'avoir deux ou trois villages, ce serait un mauvais +calcul que de s'y refuser.</p> + +<p>Je vous ai expédié hier, par un courrier d'occasion, la +tournure que nous prétendions donner à la négociation: vous +avez dû recevoir l'original, je vous en envoie une copie.</p> + +<p>M. de Gallo est à la fois le favori de l'impératrice, de l'empereur +et de Thugut, dont il est le vieil ami: il paraît jouir +d'un grand crédit à Vienne.</p> + +<p>Nous avons eu aujourd'hui la première conférence sur le +traité définitif. Nous nous sommes résumés et nous sommes +convenus d'écrire réciproquement pour présenter les projets +suivans:</p> + +<p>1°. La ligne du Rhin à la France; 2°. Salzbourg, Passau, +à l'empereur; 3°. au roi de Prusse, l'équivalent du duché de +Clèves en Allemagne, et, en cas qu'il ne voulût pas de cet +arrangement, la restitution du duché de Clèves; 4°. le maintien +du corps germanique, aux changemens ci-dessus près; +5°. la garantie réciproque desdits articles.</p> + +<p><i>Pour l'Italie</i>: 1°. Venise à l'empereur; 2°. Mantoue, +Brescia, jusqu'à l'Adige, à la nouvelle république.</p> + +<p>L'empereur paraît désirer des indemnités pour le duc de +Modène: cela n'est pas facile à arranger, à moins qu'on ne +lui donne et qu'il ne se contente de l'île de Zante.</p> + +<p>Aucun de ces articles n'est convenu, et c'est seulement ce +qui m'a paru le plus raisonnable de part et d'autre: c'est +d'ailleurs dans ce sens que M. de Gallo a écrit à Vienne.</p> + +<p>Dans quinze jours, la négociation prendra véritablement +une tournure sérieuse; car jusqu'à cette heure le cabinet de +Vienne a été conduit par un seul homme, qui paraît être fort +peu habile, pas du tout prévoyant, et divaguant sur tout; il est +même sans système, flottant au milieu des intrigues de toute +l'Europe, et n'ayant, en dernière analyse, qu'une idée, +que je crois de bonne foi, c'est de ne plus renouveler la +guerre.</p> + +<p>Il m'a paru aussi que c'était moins à nous accorder les +limites du Rhin que l'on avait répugnance, qu'à faire aucun +changement qui accrût la puissance du roi de Prusse, ou qui +culbuterait entièrement le corps germanique.</p> + +<p>Nous avons besoin: 1°. des articles secrets faits avec le roi +de Prusse; 2°. de connaître si vous adoptez le système posé +pour la limite du Rhin, c'est-à-dire le faire garantir par +l'empereur; garantir le corps germanique, en lui accordant +Salzbourg et Passau; offrir au roi de Prusse une compensation à +ce qu'il a sur la rive gauche du Rhin, et même, s'il veut +s'en servir de prétexte pour se fâcher, le lui restituer. +Culbuter le corps d'Allemagne, c'est perdre l'avantage de la +Belgique, de la limite du Rhin: car c'est mettre dix ou douze +millions d'habitans dans la main de deux puissances dont +nous nous soucions également.</p> + +<p>Si le corps germanique n'existait pas, il faudrait le créer +tout exprès pour nos convenances.</p> + +<p>Approuvez-vous notre système pour l'Italie?</p> + +<p>Venise, qui va en décadence depuis la découverte du cap +de Bonne-Espérance et la naissance de Trieste et d'Ancône, +peut difficilement survivre aux coups que nous venons de lui +porter. Population inepte, lâche et nullement faite pour la +liberté; sans terre, sans eau, il paraît naturel qu'elle soit +laissée à ceux à qui nous donnons le continent.</p> + +<p>Nous prendrons les vaisseaux, nous dépouillerons l'arsenal, +nous enlèverons tous les canons, nous détruirons la +banque, et nous garderons Corfou et Ancône. Le premier +sera stipulé dans le traité; le second, que nous avons, devient +tous les jours plus redoutable, et nous le conserverons +jusqu'à ce que les nouvelles affaires de Rome nous le donnent +sans retour.</p> + +<p>On dira que l'empereur va devenir puissance maritime; +mais il lui faudra bien des années, il dépensera beaucoup +d'argent, ne sera jamais que du troisième ordre, et il aura +effectivement diminué sa puissance.</p> + +<p>Si l'on persiste, à Vienne, à s'en tenir aux préliminaires, +alors nous réunirons tout en une seule république; en cas de +guerre, nous filerons derrière le Pô par les états de Modène +et de Ferrare; nous nous porterons à Venise, et nous attaquerons +le Frioul et la Carinthie sans nous embarrasser ni +de Mantoue, ni de l'Adige, ni de la Brenta.</p> + +<p>Il me faudrait tous les décrets de la convention relatifs aux +pays réunis. Je désirerais encore que vous m'envoyassiez en +poste quelqu'un qui connût jusqu'aux villages et aux +moindres circonstances des nouvelles frontières que nous +accepterions, si l'on en adoptait d'autres que celle du Rhin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 7 prairial an 5 +(26 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, toutes les lettres que vous +m'avez écrites; comme j'écris aujourd'hui au directoire sur +l'objet qui regarde les négociations, je me dispense de vous +répéter les mêmes détails. Je crois qu'il est très-essentiel +que vous m'envoyiez les descriptions que vous avez fait faire +du pays entre Meuse et Rhin; je demande aussi que vous +m'envoyiez les traités secrets conclus avec le roi de Prusse.</p> + +<p>Je crois qu'il faut que nous gardions l'île de Corfou, nous +trouverons à avoir l'île d'Elbe, lors de l'héritage du pape, +qui est moribond. Le Roi de Naples m'a même déjà fait faire +des propositions d'arrangement: sa majesté ne voudrait avoir +rien moins que la Marche d'Ancône; mais il faut bien se +garder de donner un aussi bel accroissement à un prince +aussi mal intentionné et si évidemment notre ennemi le plus +acharné.</p> + +<p>Je vous remercie, citoyen ministre, de la promotion de +mon frère au ministère, à Rome.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5 +(26 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général de division Gentili.</i></p> + +<p>L'état-major a dû vous donner, citoyen général, des +ordres pour vous rendre à Venise.</p> + +<p>Le général Baraguay d'Hilliers mettra à votre disposition +deux bataillons de la soixante-dix-neuvième demi-brigade, +cinquante canonniers, quatre pièces de campagne, un +officier du génie et cent cinquante mille cartouches.</p> + +<p>Vous trouverez à Venise cinq frégates commandées par le +citoyen Bourdet; vous vous embarquerez avec votre troupe +sur ces frégates et sur quelques autres bâtimens de transport, +s'il est nécessaire; et vous partirez le plus promptement et +le plus secrètement possible, pour vous rendre à Corfou et +vous emparer de tous les établissemens vénitiens au Levant.</p> + +<p>Vous aurez soin de n'agir que comme auxiliaire de la +république de Venise, et de concert avec les commissaires que +le nouveau gouvernement aurait envoyés; enfin, de faire +l'impossible pour nous captiver les peuples, ayant besoin de +vous maintenir le maître, afin que, quel que soit le parti +que vous preniez pour ces îles, nous soyons dans le cas de +l'exécuter.</p> + +<p>Mon intention est également que l'on fasse partir de +Venise avec vous deux ou trois frégates vénitiennes ou corvettes, +avec six cents soldats italiens vénitiens: par ce moyen, votre +petite escadre sera renforcée, et vous vous trouverez +commander plus de deux mille hommes.</p> + +<p>À Corfou ou en mer, vous vous emparerez, si cela est +possible, de tous les vaisseaux de guerre vénitiens qui +seraient encore incertains du parti qu'ils veulent prendre.</p> + +<p>Vous écrirez, dès l'instant que vous serez arrivé à Corfou, +à notre ambassadeur à Constantinople, Aubert-Dubayet; +vous lui ferez part de la situation des affaires en Italie avec +Venise, et si vous vous trouviez avoir besoin de secours, +n'importe de quelle espèce, vous vous adresseriez à lui. Si +les habitans du pays étaient portés à l'indépendance, vous +flatteriez leur goût, et vous ne manqueriez pas, dans les +différentes proclamations que vous ferez, de parler de la Grèce, +d'Athènes et de Sparte.</p> + +<p>Vous m'instruirez de tout ce que vous ferez et de la situation +des choses. Je tiens, à Ancône, mille hommes prêts à +partir dès l'instant que vous le croirez nécessaire et que les +circonstances exigeront que vous soyez secondé. Vous +correspondrez avec moi par Ancône, en adressant vos lettres au +général commandant à Ancône, et par Venise.</p> + +<p>Dès l'instant que l'escadre ne vous sera pas d'une +indispensable nécessité, vous la renverrez à Venise.</p> + +<p>Le citoyen Darbois, officier distingué, vous accompagnera +dans cette mission; vous vous ferez accompagner +également par cinq ou six officiers du département de Corse, +qui sont accoutumés au manège des insulaires et à la langue +du pays, et que vous pourrez même, dans l'occasion, +mettre à la tête des colonnes mobiles du pays, que vous jugerez +à propos d'organiser, ou des troupes vénitiennes, que je +suppose commandées par des officiers pusillanimes et peu +accoutumés à la guerre.</p> + +<p>Le citoyen Arnault, homme de lettres distingué, suivra +l'expédition, avec les rations et le traitement de chef de +brigade; il observera ces îles, tiendra avec moi une +correspondance suivie de tout ce qu'il verra, vous aidera dans la +confection des manifestes, et vous pourrez même, s'il est +nécessaire, le mettre à la tête de l'administration du pays.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5. +(26 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À la municipalité de Venise.</i></p> + +<p>Conformément à vos désirs, citoyen, j'ai ordonné aux +municipalités de Padoue et de Trévise de laisser passer les +vivres nécessaires à l'approvisionnement de la ville de Venise.</p> + +<p>J'ai également ordonné l'expédition de différentes troupes, +de Venise et d'Ancône, pour vos îles du Levant, afin de +seconder les commissaires que vous y avez envoyés, et empêcher +que les ennemis de leur patrie et de la liberté ne profitent +des circonstances pour s'emparer des îles et les soumettre +à l'esclavage de quelque puissance étrangère.</p> + +<p>Je vous engage également à réunir tous vos efforts et à +envoyer dans lesdites îles, indépendamment des troupes que +vous y avez déjà, sept ou huit cents hommes avec quelques +bâtimens armés.</p> + +<p>Si vous avez besoin d'officiers français pour l'organisation +de vos troupes, j'autorise le général Baraguay d'Hilliers +à vous accorder tous ceux qui voudront prendre du service +dans vos troupes.</p> + +<p>Le traité qui a été conclu à Milan avec les députés du +grand-conseil, peut être, en attendant, ratifié par la +municipalité, et les articles secrets par un comité de trois membres. +Dans toutes les circonstances, je ferai tout ce qui sera en mon +pouvoir pour vous donner des preuves du désir que j'ai de +voir se consolider votre liberté, et de voir la misérable Italie +se placer enfin avec gloire, libre et indépendante des étrangers, +sur la scène du monde, et reprendre parmi les grandes +nations le rang auquel l'appellent la nature, sa position et +le destin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5 +(26 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p> + +<p>Mon intention, citoyen général, est, conformément à ce +que vous aura mandé l'état-major, que les deux bataillons +de la soixante-dix-neuvième, cinquante canonniers, quatre +pièces d'artillerie de campagne que vous prendrez dans +l'arsenal de Venise, et un officier du génie, se rendent à Corfou +le plus tôt possible, sous les ordres du général Gentili. Vous +vous concerterez avec le citoyen Lallemant pour faire sentir +à la municipalité, que ce n'est qu'en conséquence de sa demande +que je me suis déterminé à leur offrir les secours qui +leur seraient nécessaires pour que les îles du Levant ne se +détachent pas de la mère-patrie.</p> + +<p>Vous ferez sentir au gouvernement qu'il est indispensable +qu'il fasse partir sur-le-champ les bâtimens armés qui +peuvent être disponibles, avec des commissaires énergiques, et +au moins sept ou huit cents hommes de leurs troupes +vénitiennes italiennes.</p> + +<p>Le général Gentili commandera le tout et agira de concert +avec leurs commissaires.</p> + +<p>Le citoyen Bourdet, qui doit être actuellement à Venise +avec toute son escadre, commandera également la marine +des deux républiques réunies; il amènera avec lui toutes les +frégates qu'il a sous ses ordres, s'il le juge nécessaire; je +serais cependant fort aise qu'il laissât une des nôtres à Venise.</p> + +<p>J'espère que, moyennant la promptitude que vous mettrez +dans cette affaire, toute l'expédition sera partie trois +jours au plus tard après la réception du présent ordre.</p> + +<p>Si, par un cas imprévu, la flottille n'était pas encore +arrivée à Venise, vous enverriez un courrier extraordinaire à +Trieste et à Ancône, pour qu'elle s'y rendît sur-le-champ, +et en attendant vous prépareriez toujours le tout.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5. +(26 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le pape, citoyens directeurs, continue à se mal porter. +Je vous prie de m'envoyer, pour faire passer dans l'occasion +au ministre de France à Rome, de nouveaux pouvoirs auprès +du conclave, et de tracer la conduite à tenir dans une +circonstance aussi délicate. Nous avons le droit d'exclure un +cardinal: cette exclusion doit tomber sur le cardinal Albani, +s'il était sur les rangs.</p> + +<p>Le marquis de Gallo désirerait fort la Marche d'Ancône +pour Naples. Comme vous voyez, cela n'est pas maladroit, +mais c'est la chose du monde à laquelle nous devons le moins +consentir.</p> + +<p>Dans la position actuelle des choses, je crois qu'il serait +bien essentiel que le roi d'Espagne voulût bien envoyer quatre +ou cinq mille Espagnols à Parme, de sorte qu'aux moindres +circonstances à Rome, je mêlerais ces Espagnols avec +nos troupes; ce qui ne laisserait pas d'en imposer singulièrement +au roi de Naples, et nous mettrait à même de placer le +duc de Parme du côté de Rome, et de joindre Parme aux +nouvelles républiques. Cinq mille hommes d'infanterie et +douze cents hommes de cavalerie feraient un très-bon effet +pour cet objet. Dans la position actuelle du duc de Parme, +ses troupes serviraient même à maintenir la tranquillité dans +ses états.</p> + +<p>L'Espagne ayant, par sa marine, une prépondérance +décidée sur Naples, il est indispensable de les entremêler un +peu dans les affaires d'Italie. L'empereur et le roi de Naples +visent évidemment à l'héritage du pape. Je crois donc qu'il +serait préférable qu'on fût obligé de donner à l'Espagne +contre le Portugal cinq mille hommes de plus, et d'avoir cinq +mille Espagnols à Parme.</p> + +<p>J'envoie le général Gentili avec quinze cents hommes, +cinq ou six cents Vénitiens, et une partie de nos flottilles, +pour s'emparer de Corfou, de Zante et de Céphalonie. +Pour Corfou, je crois que nous devons irrévocablement le +garder.</p> + +<p>Le général Vaubois, avec quinze cents hommes, est +arrivé en Corse, où tout paraît être parfaitement tranquille +aujourd'hui.</p> + +<p>L'île de Malte est pour nous d'un intérêt majeur. Le +grand-maître est mourant, il paraît que ce sera un Allemand +qui sera son successeur. Il faudrait 5 ou 600,000 fr. pour +faire faire grand-maître un Espagnol.</p> + +<p>(Note: <i>N.B.</i> Cette lettre n'est point terminée dans le manuscrit.)</p> +<br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 8 prairial an 5 +(27 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult, envoyé de la république à Gênes.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ministre, la lettre que j'écris au +sénat. Je ne puis pas vous dissimuler que vous avez eu tort +d'empêcher notre escadre d'entrer dans Gênes, et votre conduite +a une faiblesse qui ne sied pas à l'intérêt de la république, +ni à sa dignité. Les puissances d'Italie se joueront-elles +donc toujours de notre sang? Je vous requiers si, vingt-quatre +heures après que mon aide-de-camp aura lu la présente +lettre au doge, les conditions n'en sont point remplies +dans tous les détails, de sortir sur-le-champ de Gênes et de +vous rendre à Tortone. Je crois qu'il est nécessaire de +prévenir les Français établis à Gênes, qui auraient des craintes, +de chercher à se mettre en sûreté. Puisque l'aristocratie veut +nous faire la guerre, il vaut mieux qu'elle la déclare +actuellement que dans toute autre circonstance; elle ne vivra pas +dix jours.</p> + +<p>Si le sénat a à coeur de maintenir l'amitié entre les deux +républiques après qu'il aura rempli les préliminaires ci-dessus, +vous vous rendrez à Milan avec les députés du sénat, +pour aviser à prendre les moyens nécessaires pour établir pour +toujours la tranquillité dans Gênes, et pourvoir aux réparations +dues à la république pour les crimes commis envers les +citoyens français.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 8 prairial an 5 +(27 mai 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au doge de la république de Gênes.</i></p> + +<p>J'ai reçu la lettre que votre sérénité s'est donné la peine de +m'écrire. J'ai tardé à y répondre jusqu'à ce que j'aie reçu des +renseignemens sur ce qui s'était passé à Gênes, dont votre +sérénité m'a donné les premières nouvelles.</p> + +<p>Je suis sensiblement affecté des malheurs qui ont menacé +et menacent encore la république de Gênes. Indifférente à +vos discussions intérieures, la république française ne peut +pas l'être aux assassinats, aux voies de fait de toutes espèces +qui viennent de se commettre dans vos murs contre les +Français.</p> + +<p>La république de Gênes intéresse sous tant de rapports la +république française et l'armée d'Italie, que je me trouve +obligé de prendre des mesures promptes et efficaces pour y +maintenir la tranquillité, y protéger les propriétés, y conserver +les communications et assurer les nombreux magasins +qu'elle contient.</p> + +<p>Une populace effrénée et suscitée par les mêmes hommes +qui ont fait brûler <i>la Modeste</i>, aveuglée par un délire qui +serait inconcevable, si l'on ne savait que l'orgueil et les +préjugés ne raisonnent pas, après s'être assouvie du sang français, +continue encore à maltraiter les citoyens français qui portent +la cocarde nationale.</p> + +<p>Si, vingt-quatre heures après la réception de la présente +lettre que je vous envoie par un de mes aides-de-camp, vous +n'avez pas mis à la disposition de la France tous les Français +qui sont dans vos prisons; si vous n'avez pas fait arrêter les +hommes qui excitent le peuple de Gênes contre les Français; +si enfin vous ne désarmez pas cette populace, qui sera la première +à se tourner contre vous lorsqu'elle connaîtra les +conséquences terribles qui en résulteront pour elle, l'égarement +où vous l'avez entraînée, le ministre de la république +française sortira de Gênes, et l'aristocratie aura existé.</p> + +<p>Les têtes des sénateurs me répondront de la sûreté de tous +les Français qui sont à Gênes, comme les états entiers de la +république me répondront de leurs propriétés.</p> + +<p>Je vous prie, du reste, de croire aux sentimens d'estime et +de considération distinguée que j'ai pour la personne de votre +sérénité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 13 prairial an 5 +(1er juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyens directeurs, copie de la note +que nous vous avons présentée relativement à M. de la +Fayette. Vous y trouverez également copie d'une note que +m'a présentée M. de Gallo pour le duc de Modène.</p> + +<p>M. le marquis de Gallo m'a montré ses pleins pouvoirs de +S.M. le roi des Deux-Siciles, et m'a fait la proposition +officielle de l'échange de l'île d'Elbe contre la province de +terre-ferme et la Marche d'Ancône, y compris la ville et le port. Je +lui ai répondu que nous ne pouvions pas disposer de ce qui +n'était pas à nous; il répliqua que le roi des Deux-Siciles +s'arrangerait avec le pape pour en obtenir le consentement.</p> + +<p>La cour de Naples arme toujours, quoiqu'elle soit aux +expédiens pour vivre.</p> + +<p>Il n'y a pas de cour plus furibonde et plus profondément +décidée contre la république; il faut donc bien nous garder +de jamais consentir à ce qu'elle obtienne aucune espèce d'accroissement.</p> + +<p>Ceux qui possèdent la Sicile et le port de Naples, s'ils +devenaient une grande puissance, seraient les ennemis nés et +redoutables de notre commerce.</p> + +<p>Si le pape meurt, ou s'il y a quelque révolution à Rome, +je ne doute pas que le roi de Naples ne fasse marcher dix +mille hommes à Rome.</p> + +<p>Les deux républiques italiennes réunies n'ont aucune +puissance militaire, puisqu'elles n'ont, à elles deux, qu'à peu +près deux cents hommes de très-mauvais chasseurs, cinq +mille Polonais, et quatre mille Italiens. Je pense donc qu'il +serait fort bien, comme je vous l'ai déjà demandé, de chercher +à avoir encore de quatre à cinq mille Espagnols à Parme, +afin de tenir en respect la cour de Naples.</p> + +<p>Les Polonais inquiètent beaucoup l'empereur: effectivement, +il vient du fond de la Pologne beaucoup d'officiers, +et les soldats voient leur uniforme polonais avec un plaisir +qui redouble leurs moyens.</p> + +<p>M. de Gallo m'a communiqué que S.M. l'empereur, en +même temps qu'elle donnerait une preuve de son désir de +procurer et de contribuer à la tranquillité intérieure de la +république, en licenciant le corps d'émigrés français, s'attendait +à la réciprocité, de notre part, à l'égard des Polonais, +sinon à un entier licenciement, du moins à des modifications +pour son exécution.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 13 prairial an 5 +(1er juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Il existe, citoyen ministre, dans les chantiers de Venise +cinq vaisseaux de 74, trois de 70 et un de 64.</p> + +<p>Selon le rapport qu'on m'a fait, il faudrait deux ou trois +mois de travaux pour terminer ces bâtimens.</p> + +<p>Il y a, outre cela, trois vaisseaux de 74 armés et équipés, +qui étaient en mer lors de la révolution, et que j'ai eu +beaucoup de peine à faire rentrer. J'ai ordonné qu'on mît à bord +des troupes françaises, et qu'on y répartît le peu d'officiers de +marine que nous avions sur les lacs et dans les différentes +petites embarcations; je leur ai fait donner les noms suivans: +<i>le Stengel</i>, <i>le Laharpe</i>, <i>le Beraud</i> et <i>le Robert</i>. J'ai fait +nommer les deux frégates: <i>la Muiron</i>, <i>la Carrère</i>.</p> + +<p>J'ai fait ramasser tous les bois, chanvres et cordages: cela +sera embarqué pour être, sous l'escorte des frégates et de différens +vaisseaux de guerre, conduit à Toulon.</p> + +<p>Je suis très-fâché de ne pas avoir ici le contre-amiral que +je vous ai demandé, il y a plus de quinze jours. Si vous +voulez que cette escadre puisse arriver à Toulon, et si vous +voulez tirer profit des événemens de Venise, dépêchez-vous de +nous envoyer en poste au moins une soixantaine d'hommes; +savoir, un contre-amiral pour Venise, un commandant d'armes +pour Venise, un contre-amiral pour commander l'escadre, +cinq ou six capitaines de vaisseau, dix-huit ou vingt +officiers, soixante ou quatre-vingts contre-maîtres, chefs +d'artillerie des vaisseaux, et autres officiers qui puissent +surveiller, diriger les équipages italiens, et nous assurer qu'au +moins, au lieu d'aller à Toulon, l'équipage ne conduise pas +l'escadre à Londres.</p> + +<p>Cela, joint aux matelots, aux troupes que j'y mettrai, pourra +nous assurer de cette escadre. Si vous pouvez m'envoyer un +millier de matelots, faites-le.</p> + +<p>J'ai peur que les Anglais ne viennent nous bloquer, c'est +pourquoi je désirerais que cinq ou six vaisseaux de ligne de +Toulon vinssent à Venise: en répartissant alors également +les équipages étrangers sur tous les vaisseaux, cette escadre +pourrait monter à dix ou douze vaisseaux, et partir de +Venise pour la destination que vous lui donneriez, sans être +obligée d'aller à Toulon.</p> + +<p>Je ferai donner ici à votre escadre des vivres, des objets +de rechange et de l'argent pour autant de mois que vous +voudrez.</p> + +<p>Je le répète, je vous recommande surtout de m'envoyer +en poste (je ferai payer ici les frais) la centaine d'hommes +que je vous ai demandée, et qui, s'ils n'arrivent dans huit ou +dix jours, me feront tout perdre. Envoyez aussi le chef des +constructeurs de Toulon, et des constructeurs entendus, afin +qu'ils voient ce qu'ils veulent faire des vaisseaux qui sont sur +les chantiers.</p> + +<p>Je n'ai pas avec moi un seul officier de marine qui soit entendu; +tous les hommes qui sont sur les frégates ou sur les +chaloupes canonnières sont incapables de faire un rapport.</p> + +<p>J'ai nommé à la place d'ordonnateur de la marine de Venise +le citoyen Ricard, ancien ordonnateur de Toulon, et je lui +ai ordonné de correspondre avec vous.</p> + +<p>L'ordonnateur de la marine à Toulon doit, à l'heure qu'il +est, avoir touché le million que je vous ai annoncé: je vous +en ai envoyé un autre à Paris en or et en argent, qui doit +être arrivé. Envoyez-nous promptement des hommes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 15 prairial an 5 +(3 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs,</p> + +<p>Je vous envoie, par le général de division Serrurier, vingt-deux +drapeaux pris dans les dernières affaires qui ont eu lieu +en Allemagne, ou sur les Vénitiens.</p> + +<p>Le général Serrurier a, dans les deux dernières campagnes, +déployé autant de talens que de bravoure et de civisme. +C'est sa division qui a remporté la bataille de Mondovi; qui +a si puissamment contribué à celle de Castiglione, a pris +Mantoue, et s'est distinguée au passage du Tagliamento, +de l'Isonzo, et spécialement à la prise de Gradisca.</p> + +<p>Le général Serrurier est extrêmement sévère pour lui-même, +il l'est quelquefois pour les autres. Ami rigide de la +discipline, de l'ordre et des vertus les plus nécessaires au +maintien de la société, il dédaigne l'intrigue et les intrigans; +ce qui lui a quelquefois fait des ennemis parmi ces hommes +qui sont toujours prêts à accuser d'incivisme ceux qui veulent +que l'on soit soumis aux lois et aux ordres de ses supérieurs.</p> + +<p>Je crois qu'il serait très-propre à commander les troupes +de la république cisalpine; je vous prie donc de le renvoyer +le plus tôt possible à son poste.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 prairial an 5 +(4 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous ordonnerez, citoyen général, que M. d'Entraigues +soit logé dans le château d'une manière à ce qu'il puisse avoir +avec lui sa femme et qu'il ait les commodités que paraît nécessiter +sa santé. Si le château n'offre point ces commodités, +il pourra choisir un logement en ville, où il sera mis sous +bonne garde.</p> + +<p>Vous lui enverrez tous ses papiers, hormis les trois ou +quatre pièces qui seront relatives aux objets politiques.</p> + +<p>Vous ordonnerez au médecin Moucati de lui donner ses +soins.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 17 prairial an 5 +(5 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p> + +<p>D'après les explications que vous m'avez données, citoyen +général, j'approuve le départ de deux vaisseaux de 64 pour +l'expédition de Corfou; mais j'exige absolument à bord de +l'un, pour commander, le citoyen Lallemant, et à bord de +l'autre le citoyen Bourdet, qui fera les fonctions de contre-amiral.</p> + +<p>Faites que sur ces deux vaisseaux la moitié des matelots +soient français, et que la garnison soit française. Je ne vois +aucune espèce de nécessité à faire marcher avec ces deux +vaisseaux, comme vous vous le proposez, quatre ou cinq bâtimens +armés par des Français; je préférerais de bien s'assurer +des deux vaisseaux de guerre, et de laisser monter les +autres par des Vénitiens, en leur laissant arborer dessus leur +pavillon.</p> + +<p>Il doit y avoir un troisième bâtiment dans le port de Venise +prêt à partir. Si vous pouviez y mettre la moitié de l'équipage, +en Français, un bon commandant, et garnison française, +il n'y aurait point d'inconvénient que ce bâtiment +partît.</p> + +<p>Ces deux, ou même trois bâtimens, si cela est possible, +avec deux frégates, un des deux bricks que commande Bourdet, +et plusieurs bricks vénitiens montés par des Vénitiens, +seraient suffisans; de sorte qu'il resterait à Venise la corvette +<i>la Brune</i> et un des deux bricks. Ces trois vaisseaux de +guerre s'appelleront, le premier <i>le Laharpe</i>, le deuxième, <i>le +Stengel</i>, le troisième, <i>le Beraud</i>.</p> + +<p>Ils pourront dès aujourd'hui être considérés comme faisant +partie de la marine française. Faites-moi connaître dans +quelle année les vaisseaux ont été construits, s'ils sont bons.</p> + +<p>Comme je ne veux mettre aucun retard dans le départ +du courrier, vous communiquerez cette lettre au citoyen +Bourdet et au général Gentili.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 17 prairial an 5 +(3 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, donner les ordres au +général Brune, qui commande le Padouan, de faire arrêter +et traduire devant un conseil militaire, le citoyen Arnoult, +commandant de la place de Padoue, comme accusé:</p> + +<p>1°. De s'être emparé des sels de la Chiuza, et d'en avoir +vendu à différens particuliers.</p> + +<p>2°. D'avoir refusé de les remettre à la disposition des autorités +du pays, conformément à mon ordre et à la réquisition +qui lui en a été faite par des agens administratifs de +l'armée.</p> + +<p>3°. D'avoir manqué à l'ordonnateur en chef.</p> + +<p>4°. D'avoir, sans ordre supérieur, ordonné la vente desdits +sels, et par là déconcerté l'administration du pays, et +fait le plus grand tort à la république.</p> + +<p>Je vous envoie les pièces relatives à ces faits.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 19 prairial an 5 +(5 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au sérénissime Doge de la république de Gênes.</i></p> + +<p>Les députés que le petit conseil de la république de Gênes +a bien voulu envoyer près de moi, ont été satisfaits des sentimens +de bienveillance que la république française conserve +pour la république de Gênes.</p> + +<p>Bien loin de vouloir démembrer votre territoire, la république +française aidera de toute son influence à l'accroissement +et à la prospérité de la république de Gênes, désormais +libre et gouvernée par ces principes sacrés, fondemens de la +grandeur et du bonheur des peuples.</p> + +<p>Votre sérénité trouvera ci-dessous la note des personnes +que, conformément à la convention que nous avons faite, +j'ai cru convenable de choisir comme les plus propres à former +le gouvernement provisoire.</p> + +<p>Je me servirai de tous les moyens et de toute la force que +la république française a mis dans mes mains pour le faire +respecter, et protéger la sûreté des personnes et des propriétés +des différens citoyens de la république de Gênes.</p> + +<p>J'ai pensé qu'il était utile de choisir des personnes de différens +rangs, des citoyens connus des différentes villes des +états de la république, qui, désormais, ne formera qu'une +même famille, afin d'étouffer les haines et de réunir tous les +citoyens.</p> + +<p>Le vif intérêt que la république française prend au peuple +de Gênes, est encore augmenté par la nécessité où je me +trouve d'exiger que les derrières de l'armée et les principaux +dépôts soient tranquilles et exempts de troubles.</p> + +<p>(<i>Ici se trouve la liste des membres qui doivent composer le +gouvernement provisoire de la république de Gênes</i>).</p> + +<p>Je prie votre sérénité de vouloir bien faire réunir lesdits +citoyens, les faire installer comme gouvernement provisoire, +le 14 du présent mois de juin, leur faire prêter serment d'obéissance +par tous les corps militaires, et rétablir promptement +la tranquillité dans la ville de Gênes. La république +française et l'armée d'Italie, qui prend tant d'intérêt à ladite +tranquillité, aura une reconnaissance particulière pour votre +sérénité.</p> + +<p>Je la prie de croire aux sentimens d'estime et de considération +distinguée avec lesquels je suis, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 prairial an 5 +(6 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de l'intérieur.</i></p> + +<p>On m'assure que le célèbre manuscrit de Joseph de la Bibliothèque +ambroisienne, qui a été envoyé de Milan à Paris, +n'y est pas parvenu. Comme ce manuscrit est peut-être le seul +sur papier papyrus, et qu'il est très-intéressant qu'il ne se +perde pas, je vous prie de m'apprendre s'il est arrivé a la Bibliothèque +nationale.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 19 prairial an 5 +(7 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien faire interroger le comte d'Entraigues, +et lui faire demander de qui est un mémoire intitulé: <i>Des +intérêts de la Prusse dans la guerre actuelle</i>?</p> + +<p>Où étaient tous les papiers sur la guerre de la Vendée?</p> + +<p>Comment un ministre de l'empereur de Russie se trouvait +chargé de fomenter la guerre de la Vendée, et de faire des +instructions pour les agens de Louis XVIII?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 22 prairial an 5 +(10 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous donnerez l'ordre, général, que le citoyen Liotaud, +entrepreneur des transports militaires, casa Coalli à Milan, +soit arrêté; que le général Vignolles lui-même mette les scellés +sur ses papiers, et qu'après il l'interroge pour savoir +pourquoi des soldats français, débauchés de leurs corps et enrégimentés +pour faire les brigands, s'adressent à lui, lui écrivent, +et comment il les connaît.</p> + +<p>Vous ferez également arrêter et mettre les scellés sur les +papiers des personnes auxquelles les trois lettres que je vous +envoie étaient adressées: après quoi, et dans la journée de +demain, le général Vignolles me fera un rapport sur cette +affaire; il appellera, pour interroger, le général Lahoz et le +comité militaire de Milan, si cela est nécessaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 22 prairial an 5 +(10 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À son altesse royale le duc de Parme.</i></p> + +<p>Son altesse royale verra par l'ordre dont je lui envoie une +copie, que j'ai pris en considération les objets sur lesquels +elle m'a écrit.</p> + +<p>J'ai fait part à M. le comte de Politi de l'arrangement qu'il +y aurait à faire pour déterminer ce que doivent devenir les +biens des moines supprimés.</p> + +<p>Je prendrai en considération la recommandation que V.A.R. +me fait au sujet de la ville de Casalmaggiore.</p> + +<p>Je la prie de croire aux sentimens d'estime et à la considération, +etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 23 prairial an 5 +(11 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>M. le marquis de Gallo, immédiatement après avoir signé +les quatre articles que je vous ai envoyés, les expédia par un +courrier à Vienne: il en a reçu la réponse. Son gouvernement +tient pour la réunion d'un congrès; il attend une réponse au +second courrier, qui portait 1°. l'échange des ratifications; +2°. les bases de l'arrangement général de la paix particulière, +tant pour l'Italie que pour l'Allemagne: il attend sans doute +ce second courrier, pour nous faire une note officielle sur +ces deux objets.</p> + +<p>Nous persistons dans l'idée de conclure la paix sans congrès: +il faudra bien qu'ils en passent par là.</p> + +<p>Nous attendons avec impatience les détails relatifs à l'expulsion +de Pitt du ministère de Saint-James.</p> + +<p>Vous ne devez pas calculer que la paix puisse être signée +avec l'empereur, si elle l'est, avant deux mois. Ces gens-ci +sont longs, et il faut sept jours pour aller à Vienne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 25 prairial an 5 +(13 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de division commandant la marine française dans +le golfe Adriatique.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez, citoyen général, dans le plus court +délai, à Venise, avec tous les officiers sous vos ordres.</p> + +<p>L'ordonnateur Aubernon fera solder à vous et à chacun de +vos officiers les frais de poste de Milan à Venise, conformément +à ce qui est pratiqué pour les troupes de terre.</p> + +<p>La marine de l'Adriatique se divise: 1°. dans les forces navales +qui sont parties pour l'expédition du Levant; 2°. dans +les forces navales vénitiennes qui se trouvent à Corfou; 3°. +dans ce qui se trouve au port d'Ancône; 4°. dans ce qui se +trouve sur les chantiers ou dans la rade de Venise.</p> + +<p>Vous ferez partir un chef de division avec douze ou quinze +officiers pour aller rejoindre les vaisseaux qui doivent être +partis depuis plusieurs jours pour le Levant, et vous donnerez +pour instructions à ce chef de division, dès l'instant qu'il +aura rejoint notre escadre, qui va au Levant, de prendre le +commandement du tout, et, dès l'instant qu'il aura rencontré +les autres vaisseaux vénitiens qui sont à Corfou, de se concerter +avec le général Gentili, pour s'assurer desdits vaisseaux, +y mettre des officiers et une garnison française, et +faire en sorte que ces vaisseaux ne puissent pas nous échapper.</p> + +<p>Vous enverrez également un commissaire de la marine à +Corfou pour être attaché à l'arsenal de cette place.</p> + +<p>Vous resterez à Venise, afin d'y organiser la marine, et, +dès l'instant que les matelots et autres officiers que j'attends +seront arrivés, pouvoir, s'il est nécessaire, vous rendre avec +tous les vaisseaux qui seront prêts à Venise, et tous les +moyens nécessaires, à Corfou, prendre le commandement de +toute l'escadre.</p> + +<p>Vous trouverez, dans l'instruction que je vous envoie, +la conduite que vous avez à tenir à Venise.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 25 prairial an 5 +(13 juin 1797).</p> + +<p class="droite"><i>Au même.</i></p> + +<p>Arrivé à Venise, citoyen général, vous vous concerterez +avec le général de division Baraguay d'Hilliers pour toutes +les opérations que vous aurez à faire.</p> + +<p>Le citoyen Ricard fait les fonctions d'ordonnateur; il connaît +déjà les ressources qu'offre l'arsenal.</p> + +<p>Vous vous présenterez, avec le général Baraguay d'Hilliers +et le ministre de la république, au gouvernement provisoire +de la république de Venise: vous lui direz que la conformité +de principes qui existe aujourd'hui entre la république française +et celle de Venise, et la protection immédiate que la république +française accorde à celle de Venise, rendent nécessaire +de mettre promptement les forces maritimes de la république +de Venise sur un pied respectable, afin de pouvoir de +concert se maintenir maîtres dans l'Adriatique et des îles du +Levant; protéger le commerce des deux républiques, et que +déjà, à cet effet, j'avais fait partir des troupes pour assurer +la possession de Corfou à la république vénitienne; que désormais +il était indispensable de travailler avec activité à +mettre en bon état la marine vénitienne.</p> + +<p>Vous vous emparerez, sous ce prétexte et dans cet esprit, +de tout, tâchant cependant de vivre en bonne intelligence, +et de faire passer à notre service tous les marins et employés +de la marine de la république de Venise, en vous servant +toujours du nom de marine vénitienne.</p> + +<p>Les opérations que vous avez à faire, consistent: 1°. à armer +le plus promptement possible tous les petits et les gros +batimens qui en seront susceptibles, afin que, quand nous +serons sûrs d'avoir Corfou, nous puissions les joindre avec +la grande escadre.</p> + +<p>2°. À prendre toutes les mesures pour faire passer à Toulon +tous les approvisionnemens qui peuvent être nécessaires +à ce port.</p> + +<p>Par un article secret, les Vénitiens doivent fournir à la +république trois millions d'approvisionnemens pour la marine +de Toulon; mais mon intention est de m'emparer, pour la +république, de tous les vaisseaux vénitiens et de tous les +approvisionnemens +possibles pour Toulon.</p> + +<p>Il restera à savoir le parti que l'on devra prendre pour les +vaisseaux qui sont sur le chantier.</p> + +<p>Il est très-essentiel que les dépenses qui se feront à l'escadre +qui est à Corfou, que celles qui se font à Ancône, forment +une même comptabilité avec celles qui se font à Venise.</p> + +<p>Vous jouirez du même traitement qu'un contre-amiral, et +vous correspondrez avec moi le plus souvent possible sur +tous les objets de service qui regardent l'armement de l'Adriatique.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 25 prairial an 5 +(13 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguay d'Hilliers.</i></p> + +<p>Dix-huit officiers de marine se rendent en poste, demain, +à Venise. J'ai donné au citoyen Perrée, chef de division, qui +les commande, les ordres pour la destination de ces officiers: +mon intention est qu'une partie parte de suite sur un bâtiment +léger, et cherche à rejoindre notre escadre, afin de pouvoir +concourir au succès, et de pouvoir se mettre sur les quatre +bâtimens qui sont à Corfou, dès l'instant qu'ils seront en +notre pouvoir.</p> + +<p>Je vous prie de présenter le citoyen Roubaud, commissaire +ordonnateur, et le citoyen Perrée, qui fait les fonctions de +contre-amiral, au gouvernement provisoire; vous lui direz +que, dans la position actuelle des deux républiques, nos intérêts +sont tellement liés, que nous devons désirer que notre +marine prenne promptement une tournure redoutable, afin +de se maintenir dans l'Adriatique, et pouvoir rester maîtres +des îles et du continent de la Dalmatie, si l'empereur ou +quelque autre puissance voulaient s'en emparer. Comme il +faut que le grand provéditeur fasse les fonds, entretienne tous +les hommes et fournisse les matelots, il faut dire et avoir +toujours l'air de faire tout de concert avec et pour eux; il faut +les ménager et faire tout ce qui est possible pour qu'ils soient +contens de nous.</p> + +<p>Le général d'artillerie Sugny doit demander à son chef la +poudre et les munitions dont il pourrait avoir besoin pour +l'armement des îles.</p> + +<p>Je ne tarderai point à me rendre moi-même à Venise.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 25 prairial an 5 +(13 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien ordonner, citoyen général, au général +Brune de faire écrire sur le drapeau de la dix-huitième demi-brigade +de ligne l'inscription suivante:</p> + +<p><i>Brave dix-huitième! je vous connais; l'ennemi ne tiendra +pas devant vous</i>, et sur celui de la vingt-cinquième: +<i>La vingt-cinquième s'est couverte de gloire</i>.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 26 prairial an 5 +(14 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, mettre à l'ordre les +dispositions suivantes.</p> + +<p>Le général en chef voit avec indignation que le prêt des +soldats et la paye des officiers sont arriérés de deux mois.</p> + +<p>ART. 1er. Il ordonne, en conséquence, aux généraux de +division de prévenir les payeurs de leur division d'expédier +sur-le-champ un exprès au payeur central Estève, à Trévise, +avec la demande des fonds qui sont nécessaires pour faire le +prêt jusqu'au 10 messidor;</p> + +<p>La solde des chirurgiens de l'ambulance jusqu'au 10 messidor;</p> + +<p>La solde des charretiers jusqu'au 10 messidor;</p> + +<p>La solde de ce qui est dû aux régimens de cavalerie pour +le fourrage des chevaux.</p> + +<p>Chacune de ces sommes sera portée sur une colonne séparée.</p> + +<p>2. Le général de division enverra une copie de cet état au +général en chef.</p> + +<p>3, Le citoyen Estève, ou celui qui le remplace à Trévise, +soldera ce que demandent les différens payeurs de division, +vingt-quatre heures après la réception de la demande.</p> + +<p>4. Le citoyen Haller, administrateur général des finances, +fera passer sur-le-champ à Trévise tout l'argent nécessaire +pour que tous les officiers, chirurgiens, soldats et charretiers +soient soldés jusqu'au 10 messidor. Il prendra des mesures +telles que ladite somme soit entre les mains du payeur central +à Trévise avant le 2 messidor, afin qu'avant le 5 les +payeurs de division aient dans leurs caisses l'argent nécessaire +pour solder ce qui est dû aux différentes divisions.</p> + +<p>5. Les payeurs particuliers m'enverront directement une +note de ce qu'ils ont donné à chaque demi-brigade, afin de +m'assurer par moi-même qu'il n'y a aucune espèce d'abus.</p> + +<p>6. L'administrateur général des finances, les payeurs des +divisions, et le payeur de l'armée sont, chacun en ce qui le +concerne, responsables de la stricte exécution du présent +ordre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 26 prairial an 5 +(14 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, donner ordre au général +Dallemagne de se rendre à Ancône pour remplacer le +général Rey.</p> + +<p>Vous ordonnerez au général Dallemagne de maintenir la +tranquillité à Ancône, de ne se mêler d'aucune affaire politique, +et de ne pas souffrir qu'il soit fait aucune injure ou +outrage aux statues du pape, et aux ministres de ce prince, +avec lequel nous sommes en paix.</p> + +<p>Vous rappellerez le général Rey, qui se rendra au quartier-général +dès l'instant que le général Dallemagne l'aura +remplacé.</p> + +<p>Vous motiverez le rappel du général Rey sur ce qu'en se +mêlant des affaires politiques, il a contrarié les dispositions +générales, et sur ce que la cour de Rome a, en conséquence, +porté des plaintes sur sa conduite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 27 prairial an 5 + +(15 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au comité central de Boulogne.</i></p> + +<p>J'apprends avec peine, citoyens, qu'il y a des troubles +dans la ville de Boulogne, la garde nationale y est cependant +organisée: pourquoi ne vous en servez-vous pas pour dissiper +tous les rassemblemens, pour protéger les citoyens tranquilles, +et faire respecter les lois que vous-mêmes vous vous +êtes données?</p> + +<p>Je donne des ordres au général Balland pour qu'il vous +aide à maintenir le calme et à faire respecter les propriétés et +les lois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 28 prairial an 5 +(16 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Les rapports que vous m'avez faits, citoyen général, sur +les désordres, les assassinats et l'anarchie qui règnent dans +la terre-ferme vénitienne, me déterminent à prendre une +mesure générale et à donner sur-le-champ une organisation +à ces pays, qui régularise l'administration, assure le cours +de la justice, et aux habitans la jouissance de leurs propriétés +et la sûreté de leurs personnes.</p> + +<p>En conséquence, vous voudrez bien ordonner:</p> + +<p>ART 1er. Le Brescian s'étendra jusqu'au Mincio.</p> + +<p>2. Le Véronais commencera au Mincio et comprendra le +pays de Cologne.</p> + +<p>3. Le Vicentin et le Bassanèse seront réunis dans un seul +arrondissement.</p> + +<p>4. Le Padouan et la Polésine de Rovigo, d'Adria jusqu'au +Pô, non compris ce qui appartient au Fermais, formeront +un seul arrondissement.</p> + +<p>5. Le Feltrin, le pays de Cadore, le Bellunèse formeront +un seul arrondissement.</p> + +<p>6. Le Trévisan, hormis le district de Mestre, formera un +arrondissement avec le Coneglianèse.</p> + +<p>7. Le Frioul, y compris Monte-Falcone, formera un arrondissement.</p> + +<p>8. Chaque arrondissement sera administré par un gouvernement +central, composé de vingt-trois membres; chaque +commune aura une municipalité plus ou moins nombreuse +selon sa population.</p> + +<p>9. Le gouvernement central sera composé de personnes +choisies dans tout l'arrondissement par le général de division +qui y commande.</p> + +<p>10. Chaque gouvernement central fera un règlement sur la +manière dont la justice doit être administrée, désignera le +nombre des tribunaux, et choisira les juges qui doivent les +composer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 28 prairial an 5 + +(16 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au gouvernement provisoire de Gênes.</i></p> + +<p>J'ai reçu votre lettre par le citoyen Emmanuel Balleti. Les +premiers pas de votre gouvernement justifient la confiance +dont la nation génoise vous a investi.</p> + +<p>Les gouvernemens provisoires, placés dans des circonstances +difficiles, doivent exclusivement prendre conseil du salut +public et de l'intérêt de la patrie.</p> + +<p>La république de Gênes n'existe que par le commerce, +le commerce n'existe que par la confiance; il n'y a pas de +confiance sous un gouvernement faible, il n'y a pas de confiance +dans un pays où il y a des factions.</p> + +<p>Un état est faible, est déchiré par les factions lorsque plusieurs +centaines de citoyens s'organisent en assemblée exclusive, +prennent part dans toutes les discussions, jouent la +popularité, sont sans cesse armés par l'exagération, et n'ont +jamais en but que la distinction.</p> + +<p>Pendant votre gouvernement provisoire, une commission +choisie doit former votre constitution et les lois organiques +de votre république. Votre principal devoir est d'imposer silence +aux passions, d'empêcher que la commission législative +puisse être influencée, et, par là, éviter qu'on vous +donne une constitution et des lois de circonstances.</p> + +<p>La sagesse et la modération sont de tous les pays et de +tous les siècles, parce que l'une et l'autre sont fondées sur +notre organisation physique; mais elles sont absolument nécessaires +aux petits états et aux villes de commerce.</p> + +<p>Pendant tout le temps de votre gouvernement provisoire +et jusqu'à ce que vous ayez des lois et une constitution stables, +agissez-en comme dans un vaisseau battu par les flots; +exigez que chaque citoyen soit à ses fonctions, et que personne +ne rivalise avec le gouvernement.</p> + +<p>Comme vous ne savez pas ce que votre constitution permettra +ou défendra, empêchez provisoirement toute espèce +de coalition de citoyens.</p> + +<p>Votre garde nationale est nombreuse et bien intentionnée.</p> + +<p>Si sous votre gouvernement la république perd quelque +chose de son commerce ou de son bonheur, la responsabilité +pèsera toute entière sur vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note de MM. les plénipotentiaires français.</i></p> + +<p>Le général en chef Bonaparte et le général de division +Clarke, ministres plénipotentiaires de la république française, +ont reçu la note que M. le marquis de Gallo, ambassadeur +du roi des Deux-Siciles près S. M. l'empereur et roi, et +M. le comte Meerveldt, général-major au service de S. M. +impériale, leur ont adressée, sous la date du 19 juin.</p> + +<p>M. le marquis de Gallo avait annoncé verbalement aux +plénipotentiaires français, lors de son armée, que S. M. +l'empereur et roi ne lui avait pas remis de pouvoirs pour sa +paix séparée, parce que son ministre, M. le baron de Thugut, +désirait connaître la forme de ceux que le directoire exécutif +donnerait aux plénipotentiaires de la république française, +et dont copie a été remise à M. de Gallo, pour lui en +envoyer de semblables, qu'il attendait par le retour du courrier +expédié alors par lui à Vienne.</p> + +<p>En conséquence, les plénipotentiaires français n'ont point +hésité à entrer en conférence avec le marquis de Gallo sur tout +ce qui était relatif à la paix définitive avec l'empereur; mais +près d'un mois s'étant écoulé depuis son arrivée, et plus de +deux depuis la signature des préliminaires de Léoben, et +MM. le marquis de Gallo et le comte de Meerveldt ayant annoncé, +l'un et l'autre verbalement, n'avoir d'autres pouvoirs +que ceux qui leur avaient été remis pour les préliminaires, +lesquels, à cause de l'échange des ratifications desdits préliminaires, +se trouvent surannés, sans objet, et conséquemment +inadmissibles, les plénipotentiaires français croient devoir +demander à MM. de Gallo et Meerveldt de déclarer par +écrit s'ils ont d'autres pouvoirs que ceux qui leur ont servi +pour les préliminaires de Léoben, et de vouloir bien leur +faire part de ceux en vertu desquels ils ont écrit la note du +19 juin, dont les soussignés leur assurent la réception par la +présente.</p> + +<p>Les plénipotentiaires français attendront que ces derniers +pouvoirs leur soient communiqués, pour répondre définitivement +à la note de MM. le marquis de Gallo et le comte de +Meerveldt.</p> + +<p>Cependant, comme l'intention du directoire exécutif de la +république française est de terminer sur-le-champ la paix définitive +et séparée avec S. M. l'empereur et roi, et pour ne +point ajouter aux délais désastreux qui ont été et sont encore +apportés par la cour de Vienne à la conclusion de cette paix, +quoiqu'il soit évident que ces délais lui sont infiniment plus +préjudiciables qu'à la France, les plénipotentiaires français, +qui ont communiqué leurs pouvoirs depuis très-long-temps, +et qui sont restés en Italie pour y achever cette paix, ainsi +qu'on en était convenu verbalement à Gratz, déclarent que +l'intention de la république française est de s'en tenir à la +clause des préliminaires, qui stipule que la paix définitive +entre les deux puissances sera traitée et conclue dans l'espace +de trois mois, à compter de la date des préliminaires, ou +plus tôt, si faire se peut.</p> + +<p>Les plénipotentiaires français ne doutent nullement de la +loyauté personnelle de S. M. impériale et royale, ni de celle +de MM. le marquis de Gallo et le comte de Meerveldt, pour +lesquels ils ont la plus haute considération; mais ils font observer +que les intérêts de la France, leur patrie, leur sont +trop chers pour pouvoir se permettre d'en exposer le sort à des +protestations de désir de la paix, qui ne seraient point appuyées +par des faits, et ils ont vu avec une profonde affliction les +délais qu'a mis et que met encore le cabinet de Vienne à +terminer sa paix définitive, dans les trois mois fixés par les +préliminaires, ces délais n'ayant pu que produire le mauvais +effet de donner un libre cours à toutes les intrigues publiques +et secrètes des états intéressés à la continuation de la +guerre entre les deux puissances.</p> + +<p>L'évacuation de cinq provinces autrichiennes par les troupes +françaises, et l'entrée en Istrie et en Dalmatie de celles +de l'empereur, à laquelle la France ne s'est point opposée, +sont des preuves inattaquables de la loyauté de la république +française, contre laquelle l'être le plus confiant et le moins +bien intentionné ne pourrait rien articuler qui put soutenir +un examen impartial.</p> + +<p>Si des défiances mal fondées; si le dessein formel de sacrifier +les intérêts mutuels de deux puissances à des formalités +et à des lenteurs préjudiciables à l'une et à l'autre devaient +prévaloir, les plénipotentiaires français verraient avec la plus +extrême douleur rallumer de nouveau les torches de la +guerre, qu'ils désirent si ardemment d'éteindre pour jamais.</p> + +<p>Ils ont l'honneur de saluer MM. le marquis de Gallo et le +comte de Meerveldt, les priant de communiquer la présente +note à S. M. impériale et royale elle-même.</p> + +<p>A Montebello, près Milan, le 2 messidor an 5 de la république +française (20 juin 1797).</p> + +<p class="droite">BONAPARTE ET CLARKE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 3 messidor an 5 + +(21 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>A M. le marquis de Gallo.</i></p> + +<p>Je reçois, M. le marquis, votre lettre: je suis très fâché +de votre incommodité, quoique j'espère que cela ne nous +empêchera pas de vous voir à dîner.</p> + +<p>Il est vrai que j'ai fait embarquer à Venise, sur des bâtimens +vénitiens, quelques troupes pour Corfou et pour Zante; +mais il n'existe aucune espèce de rassemblement du côté du +midi de l'Italie. Je ne peux pas concevoir d'où peuvent +venir des bruits aussi absurdes qu'injurieux pour la république.</p> + +<p>La plus grande union existe entre les deux cabinets, et il +serait difficile de concevoir l'intérêt que pourrait avoir la république +française à troubler le paix existante et dont l'un et +l'autre peuple se trouvent, je crois, fort bien.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, M. le marquis, que je saisirai toutes +les circonstances, et que je ferai tout ce que vous désirerez, +pour vous prouver l'attachement qu'a la république française +pour S. M. le roi des Deux-Siciles.</p> + +<p>En mon particulier, je désire de faire quelque chose qui +soit agréable à S. M. le roi des Deux-Siciles.</p> + +<p>Je vous prie de croire aux sentimens d'estime, et à la +haute considération avec laquelle je suis, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 4 messidor an 5 + +(22 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai annoncé, par ma dernière, que la réponse du +cabinet de Vienne paraissait être contre les articles qui ont +été arrêtés le 24 mai.</p> + +<p>M. le comte de Meerveldt est arrivé il y a trois jours. Nous +avons eu plusieurs conférences, après lesquelles les plénipotentiaires +de sa majesté impériale nous ont remis une note, +à laquelle nous avons répondu par une autre que je vous +envoie.</p> + +<p>Vous voyez la tournure longue et indéterminée que prend +la négociation. Je pense qu'il n'y a qu'un moyen, c'est d'envoyer +le général Clarke à Vienne.</p> + +<p>M. Thugut a toujours la confiance du cabinet de Vienne: +il est d'un caractère difficile et malintentionné; mais je ne +pense pas que l'on ait tacitement idée d'une rupture. Ces +messieurs ne font rien que longuement et pesamment; ils paraissent +se méfier beaucoup de l'intérieur: quoiqu'ils aient été attrapés +cent fois, ils sont incorrigibles.</p> + +<p>J'imagine que, par le premier courrier, c'est-à-dire, dans +quinze jours, nous aurons des réponses plus favorables, et +que l'on consentira enfin à une négociation séparée.</p> + +<p>On craint à Vienne beaucoup les Russes; leur système politique +est très-vacillant. L'empereur est paresseux et inexpérimenté; +Thugut, de mauvaise humeur, vieux, tracassé +par les grands, offre à tout bout de champ sa démission, +que l'on n'ose pas accepter, mais qui, l'on croit, le sera enfin +lorsque tout sera arrangé, pour mettre à sa place M. de Cobentzel.</p> + +<p>Thugut paraît très-mécontent de M. de Gallo; M. de Meerveldt +a peu de moyens et n'est nullement diplomate. Je ne +vous cacherai pas que je crois que tout ceci sera encore long. +Ce moment est embarrassant pour la cour de Vienne; elle ne +sait sur qui reposer sa confiance, tout lui fait ombrage.</p> + +<p>Ils voudraient en Italie avoir Venise, Mantoue et le +Brescian.</p> + +<p>Il voudraient avoir Venise pour l'équivalent du Brisgaw, +qu'ils destineraient au duc de Modène: dans ce système, +ils nous céderaient peut-être en dédommagement la rive du +Rhin.</p> + +<p>Je vous prie de nous faire connaître ce que nous devons +répondre:</p> + +<p>1°. S'ils persistent dans l'opinion de vouloir un congrès;</p> + +<p>2°. Si vous céderiez Venise pour le Rhin: dès lors l'empereur +aurait une influence immense en Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 4 messidor an 5 + +(22 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys en rade à Toulon.</i></p> + +<p>Vous devez avoir reçu à cette heure, citoyen général, les +ordres du ministre de la marine pour vous rendre dans l'Adriatique.</p> + +<p>Je pense qu'il est nécessaire que vous touchiez à Corfou, +où vous trouverez six vaisseaux de guerre vénitiens, montés +par les officiers que vous nous avez envoyés. Je vous prie +de me faire connaître le moment de votre départ, et de m'envoyer +des courriers de tous les endroits où vous vous trouverez +à portée, et qui pourraient faire connaître le temps à +peu près où vous vous trouverez dans l'Adriatique.</p> + +<p>Dès l'instant où vous serez arrivé a Corfou, je vous prie +de m'en faire prévenir par un aviso, qui pourrait aborder à +Ancône, et le général qui y commande m'enverrait un courrier.</p> + +<p>Si vous aviez nouvelle que l'escadre anglaise eût l'intention +de venir en force dans l'Adriatique, il serait nécessaire que +j'en fusse instruit, afin de fortifier la garnison de Corfou, +qui est dans ce moment-ci de quinze cents hommes. Vous +pourriez alors envoyer à Ancône quelques bâtimens légers +d'escorte, avec un bon officier pour commander tout le convoi +portant les nouvelles troupes que j'enverrais à Corfou.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 4 messidor an 5 + +(22 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, traduire devant le conseil +militaire de sa division le citoyen Hibert, capitaine de la +quatre-vingt-cinquième demi-brigade, pour avoir marché à +la tête d'un rassemblement armé, composé partie de Français +tirés des dépôts, partie d'Italiens, à l'instigation de plusieurs +étrangers soi-disant patriotes, ayant à cet effet surpris un +ordre à l'adjudant-général de la division de la Lombardie: le +but de ce rassemblement étant de troubler l'harmonie existante +entre la république française et celle de Gênes, et +comme tel, étant coupable d'un délit d'autant plus grand, +que les conséquences pouvaient en être plus funestes:</p> + +<p>L'effet de ce rassemblement ayant été de faire périr trois +ou quatre soldats français qui croyaient servir leur patrie en +marchant sous les ordres du citoyen Hibert;</p> + +<p>L'effet de ce rassemblement ayant encore été 1°. de troubler +la tranquillité du peuple de Piève; 2°. d'accoutumer les +Italiens à verser le sang français sans scrupule et sans crainte: +ce qui, par la suite, pourrait avoir des conséquences plus +considérables encore.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note.</i></p> + +<p>Les soussignés plénipotentiaires de la république française +ont transmis à leur gouvernement la note remise par M. le marquis +de Gallo lors de l'échange des ratifications des préliminaires +de Léoben: ils ont l'honneur de faire part à leurs excellences, +MM. les plénipotentiaires de S. M. l'empereur et +roi, de la réponse qui leur a été faite par le directoire exécutif +de la république française.</p> + +<p>Elle autorise les plénipotentiaires français à déclarer que +l'intention du directoire exécutif est de se conformer exactement, +dans toutes les circonstances, à la teneur de l'article +second des préliminaires de Léoben, relatif au cérémonial, +auquel il n'a point été porté atteinte dans l'acte de ratification +des préliminaires remis par le général en chef Bonaparte, +puisque ces préliminaires établissent seulement les bases préparatoires +des négociations relatives à la paix séparée de +S. M. impériale, en sa qualité de roi de Hongrie et de Bohême.</p> + +<p>Les plénipotentiaires de la république française prient +leurs excellences MM. les plénipotentiaires de S. M. l'empereur +et roi d'agréer l'assurance de leur haute considération.</p> + +<p>A Montebello, le 3 messidor an 5 de la république française +(23 juin 1797).</p> + +<p class="droite">BONAPARTE et H. CLARKE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note de MM. les plénipotentiaires français</i></p> + +<p>Le gouvernement de la république batave ayant réclamé, +par l'entremise de son ministre à Paris, l'intervention du directoire +exécutif de la république française auprès de S. M. l'empereur et roi, en faveur du citoyen Pernet, secrétaire +du ministre batave près M. le duc de Wurtemberg, retenu +prisonnier, et pour lequel le ministre batave van Haestein a +reçu l'ordre de faire des démarches à Vienne, les soussignés +plénipotentiaires de la république française sont chargés, de +la part du directoire exécutif, de demander à leurs excellences +MM. les plénipotentiaires de S. M. impériale et royale, +que le citoyen Pernet soit remis en liberté le plus promptement +possible.</p> + +<p>Les soussignés s'estiment heureux d'avoir à présenter à +S. M. l'empereur et roi cette occasion de satisfaire son inclination +à faire le bien, et ils ne doutent point du succès d'une +demande dont l'accomplissement intéresse particulièrement +le directoire exécutif de la république française.</p> + +<p>Ils ont l'honneur de saluer leurs excellences MM. les plénipotentiaires +de S. M. l'empereur et roi.</p> + +<p>Montebello, le 3 messidor an 5 de la république française +(23 juin 1797).</p> + +<p class="droite">BONAPARTE et H. CLARKE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 8 messidor an 5 + +(26 juin 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, vous faire remettre, +par le chef de brigade Landrieux, les lettres interceptées +sur un courrier que M. d'Entraigues envoyait, dont une +était adressée au représentant du peuple Boissy d'Anglas, +et que lui a remise l'administration de la police de la Lombardie.</p> + +<p>Vous voudrez bien lui donner en outre l'ordre de se rendre +en prison pour ne m'avoir pas fait passer sur-le-champ ces +papiers qu'il a depuis deux jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Du 11 messidor an 5 (29 juin 1797).</p> + +<p class="milieu">PROCLAMATION.</p> + +<p class="milieu"><i>A la république cisalpine.</i></p> + +<p>La république cisalpine était depuis long-temps sous la +domination de la maison d'Autriche: la république française +a succédé à celle-ci par droit de conquête, elle y renonce +dès ce jour, et la république cisalpine est libre et indépendante. +Reconnue par la France et par l'empereur, elle +le sera bientôt par toute l'Europe.</p> + +<p>Le directoire de la république française, non content d'avoir +employé son influence et les victoires des armées républicaines +pour assurer l'existence politique de la république +cisalpine, ne borne pas là ses soins. Convaincu que si la liberté +est le premier des biens, une révolution entraîne à sa +suite le plus terrible des fléaux, il donne au peuple cisalpin +sa propre constitution, le résultat des connaissances de la +nation la plus éclairée.</p> + +<p>Du régime militaire le peuple cisalpin doit donc passer +à un régime constitutionnel.</p> + +<p>Afin que ce passage puisse s'effectuer sans secousse, sans +anarchie, le directoire exécutif a cru devoir, pour cette seule +fois, faire nommer les membres du gouvernement et du corps +législatif, de manière que le peuple ne nommera qu'après +un an aux places vacantes, conformément à la constitution.</p> + +<p>Depuis longtemps il n'existait plus de républiques en +Italie. Le feu sacré de la liberté y était étouffé, et la plus +belle partie de l'Europe était sous le joug des étrangers.</p> + +<p>C'est à la république cisalpine à montrer au monde, par +sa sagesse, par son énergie et par la bonne organisation de +ses armées, que l'Italie moderne n'a pas dégénéré, et qu'elle +est encore digne de la liberté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 14 messidor an 5 + +(2 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie différentes notes qui nous ont été remises +par MM. les plénipotentiaires de l'empereur; ils sont parus +pour Udine, où le général Clarke va se rendre: je m'y rendrai +dès l'instant que les susdits plénipotentiaires auront reçu +les pouvoirs et les instructions pour la paix définitive.</p> + +<p>Je ne sais à quoi attribuer, si ce n'est à la situation intérieure +de la France, les longueurs que l'empereur porte dans +la négociation.</p> + +<p>J'ignore quand ces messieurs se décideront; mais il me +semble que l'on cherche à allonger. L'empereur se comporte +comme s'il ne voulait plus la paix; son état militaire augmente, +et il fait faire des têtes de pont sur toutes les rivières, +telles que la Save et la Drave.</p> + +<p>Je vous envoie aussi copie de la lettre que m'écrit la république +des Grisons, et celle de ma réponse.</p> + +<p>La Valteline est en pleine insurrection, elle veut s'incorporer +avec le Milanez; mais il me semble qu'il serait plus +avantageux et plus juste qu'elle restât avec les Grisons, en +formant une quatrième ligue: cependant on aura de la peine +à faire comprendre cela aux Valtelins.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 15 messidor an 5 + +(3 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>A M. Bataglia, ancien provéditeur de la république de +Venise.</i></p> + +<p>J'ai reçu avec le plus grand plaisir, monsieur, la dernière +lettre que vous vous êtes donné la peine de m'écrire de Venise. +Lorsque j'ai vu votre nom à une infâme proclamation +qui a paru dans le temps, j'ai reconnu que ce ne pouvait être +que l'oeuvre de vos ennemis et des méchans. La loyauté de +votre caractère, la pureté de vos intentions, la véritable philosophie +que j'ai reconnue en vous pendant tout le temps +que vous avez été chargé du pouvoir suprême sur une partie +de vos compatriotes, vous ont captivé mon estime: si elle peut +vous dédommager des maux de toute espèce que vous avez +endurés pendant ce dernier temps, je me trouverai heureux.</p> + +<p>Comptez, monsieur, que, dans toutes les circonstances, je +saisirai l'occasion de pouvoir faire quelque chose qui vous +soit agréable. Pourquoi, au lieu de M. Pezaro, ne me fûtes-vous +pas envoyé à Goritzia? La force des raisons et des choses +que vous auriez entendues, vous eût mis à même de triompher +dès-lors de la ridicule oligarchie qui a voulu se naufrager +jusqu'au port.</p> + +<p>Oui, monsieur, je me plais à le dire, quatre ou cinq cents +Français qui ont été assassinés à Verone vivraient encore, et +l'oligarchie de Venise, désormais trop en dissonance avec les +lumières et le nouveau système de toute l'Europe, aurait dû +céder à un gouvernement plus sage; elle aurait au moins fini +sans se rendre coupable d'un crime dont les historiens français +ne pourront trouver le semblable sans être obligés de remonter +à plusieurs siècles.</p> + +<p>Je vous ai connu dans un temps où je prévoyais peu ce qui +devait arriver, et je vous ai vu dès-lors ennemi de la tyrannie +et désirant la véritable liberté de votre patrie.</p> + +<p>Je vous prie, monsieur, de croire aux sentimens, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 15 messidor an 5 + +(3 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>A l'administration municipale de Marseille.</i> + +<p>J'ai reçu, citoyens, votre lettre du 4 prairial. Votre ville, +si intéressante par l'étendue de son commerce, a besoin de +la tranquillité, de la confiance et d'un bon gouvernement. Je +me flatte que bientôt elle reprendra le même lustre qu'elle +avait dans le temps passé. L'armée d'Italie, qui a contribué, +en quelque chose, à donner de la considération à la république +française en Italie, se trouve par là même avoir rendu +à la ville de Marseille un service tout particulier. J'ai lu avec +intérêt et avec un sentiment de gratitude les choses flatteuses +pour l'armée d'Italie contenues dans l'arrêté que vous m'avez +envoyé. La vraie récompense des armées ne consiste-t-elle pas +dans l'opinion de leurs concitoyens? Croyez, je vous prie, +aux sentimens d'estime, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 messidor an 5 +(4 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au président de l'administration centrale de la Drôme.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, les différentes lettres qu'a bien voulu +m'écrire le département de la Drôme pendant le cours de la +campagne. Je reçois, de tous les côtés de la république, un +si grand nombre de lettres, qu'il ne m'est pas toujours possible +de répondre exactement. L'estime de mes concitoyens +est la seule récompense digne du dévouement et des services +que le soldat a rendus à la république.</p> + +<p>Votre département, qui a fourni à l'armée de très-bons +bataillons et de forts bons officiers, a, sous ce point de vue, +acquis un titre particulier à la reconnaissance de la France.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, que, de mon côté, j'attache le plus +grand prix à votre estime.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 messidor an 5 + +(4 juillet 1796).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Canclaux, ministre de la république à Naples</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, les deux lettres que vous m'avez +écrites. Je vous remercie de ce que vous avez bien voulu +vous donner la peine de remplir la commission qui m'intéressait.</p> + +<p>On assure que le roi de Naples arme toujours, qu'il +y a beaucoup d'alarmes à Naples sur le projet qu'on nous +suppose avoir d'envahir ce pays: cela me paraît si extravagant, +que je ne puis croire que cette crainte affecte la +cour. Je vous prie de me faire connaître de quelle nature +sont les armemens que fait la cour de Naples, l'emploi et +le nombre des troupes que le roi de Naples a aujourd'hui sur +pied.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 16 messidor an 5 + +(4 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>A la municipalité provisoire de Venise.</i></p> + +<p>L'embargo qui a été mis sur les vaisseaux existans dans le +port de Venise, n'a eu d'autre but que de maintenir le plus +possible l'expédition du Levant.</p> + +<p>Vous pourrez donc, à dater du 26 prairial, rouvrir votre +port comme avant la révolution; mais il est indispensable +que vous preniez les mesures nécessaires pour que les vaisseaux +appartenant à une puissance ennemie de la république +soient arrêtés.</p> + +<p>Prenez des mesures pour que toutes les richesses qui, de +tous les points de l'Italie, ont été envoyées à Venise, n'en +sortent pas, afin que vous puissiez, dans toutes les circonstances +de votre révolution, avoir des garans pour subvenir +aux dépenses publiques.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 18 messidor an 5 + +(6 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Antonio Garruchio, astronome à Verone.</i></p> + +<p>J'ai donné l'ordre, citoyen, au citoyen Haller de vous +faire rembourser la somme de 4000 francs, pour vous indemniser +des pertes que vous avez faites pendant les malheureux +événemens de Verone. Je lui ai ordonné de prendre des mesures +pour faire augmenter de 10,000 liv. le fonds de la société +italienne de Verone, légué par le célèbre Loerga. Nous +sommes redevables à cette société de plusieurs mémoires +utiles sur les sciences exactes.</p> + +<p>Vous ne devez avoir aucune espèce d'inquiétude pour la +société italienne, et je vous prie de me faire connaître tout ce +qu'il y aurait moyen de faire pour améliorer son organisation, +et pour la rendre plus utile au progrès des connaissances humaines.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, au désir que j'ai de faire quelque +chose qui soit avantageux à votre société.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Montebello, le 18 messidor an 5 + +(6 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien donner l'ordre au général de brigade +Dufresse, de restituer sur-le-champ tout ce que sa femme a +pris, à Mestre, aux différens propriétaires, et entre autres +les voitures de la maison où l'a logée le citoyen Erizzo.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 messidor an 5 + +(9 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>A M. le marquis de Saint-Marsan.</i></p> + +<p>Je reçois, monsieur le marquis, la lettre que vous avez +bien voulu me remettre, de M. Priocca, ministre de S. M. le +roi de Sardaigne. Je donne ordre au général de division Sauret +et au général qui commande Coni, de laisser entrer dans +les citadelles de Tortone, d'Alexandrie, de Cherasco, Ceva, +Coni, l'officier du génie ou d'artillerie que S. M. voudra bien +nommer, pour visiter lui-même les travaux que M. Priocca +suppose que l'on fait dans ces forts, et qui, à ce qu'il me paraît, +font naître quelques inquiétudes.</p> + +<p>Les officiers que S. M. enverra la convaincront que je n'ai +fait faire à aucun des postes du Piémont aucune espèce de travail, +qu'il est impossible d'être plus satisfait que nous ne le +sommes, de la conduite du cabinet de S. M. envers la république +française; que non-seulement on ne doit avoir aucune +espèce d'inquiétude de notre côté, mais qu'encore je ferai +tout ce que S. M. peut désirer pour la rassurer et pour contribuer +à la tranquillité d'une cour qui, depuis quelques mois, +nous a donné de véritables marques de ses bons sentimens à +notre égard.</p> + +<p>Je n'ai point envoyé de troupes lombardes en Piémont, et +mon intention n'a jamais été d'en envoyer. Il est vrai que mon +projet serait de faire passer un bataillon polonais à Coni, afin +de pouvoir réunir à l'armée la quarante-cinquième demi-brigade; +mais si S. M. témoigne le moindre désir que cela ne +se fasse pas, et même, si elle est mécontente de quelques officiers +généraux employés dans ses états, je m'empresserai de +les changer sur-le-champ.</p> + +<p>Sachant que M. Ranza cherchait, par des écrits incendiaires, +à prêcher l'insurrection dans les états de S. M., je +l'ai fait arrêter et conduire à la citadelle de Milan.</p> + +<p>Je vous prie, M. le marquis, avant de quitter Milan, de +me faire connaître ce qu'il serait possible que je fisse pour témoigner +à S. M. les sentimens d'amitié qu'a pour elle la république +française, et le désir que j'ai de lui être agréable et +de contribuer à sa prospérité et à son bonheur particulier.</p> + +<p>Je vous prie, M. le marquis, de croire à l'estime, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 messidor an 5 + +(11 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>A son altesse royale le duc de Parme.</i></p> + +<p>Depuis que la république française a conclu la paix avec +votre A. R., j'ai saisi tontes les occasions qui se sont offertes +pour prouver à votre A. R. le désir que j'ai de lui être utile. +J'ai donc été très-surpris de voir dans une note qu'a remise +M. d'El Campo au directoire exécutif de la république française, +des plaintes que votre A. R. porte sur je ne sais quel +projet extravagant dont elle pense que le directoire exécutif +de la république française est occupé.</p> + +<p>Il paraît, par la note de M. d'El Campo, que c'est M. le +comte de Paliti qui a imaginé, probablement pour se faire +valoir, ce beau projet. Je prie donc votre A. R de vouloir +bien rappeler M. le comte de Paliti, ne voulant pas avoir +auprès de moi un intrigant qui fait mauvais usage de la confiance +que vous avez en lui.</p> + +<p>Je vous prie, au reste, de croire aux sentimens d'estime +et à la considération distinguée, avec laquelle, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 messidor an 5 + +(13 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, prendre des mesures +pour qu'aucune gazette tendant à porter le découragement +dans l'armée, à exciter les soldats à la désertion et à diminuer +l'énergie pour la cause de la liberté, ne s'introduise dans +l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 messidor an 5 + +(13 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation à l'armée d'Italie.</i></p> + +<p><i>Soldats!</i></p> + +<p>C'est aujourd'hui l'anniversaire du 14 juillet: vous voyez +devant vous les noms de nos compagnons d'armes morts au +champ d'honneur pour la liberté de la patrie. Ils vous ont +donné l'exemple: vous vous devez tout entiers à la république; +vous vous devez tout entiers au bonheur de trente millions +de Français; vous vous devez tout entiers à la gloire de +ce nom qui a reçu un nouvel éclat par vos victoires.</p> + +<p>Soldats! je sais que vous êtes profondément affectés des +malheurs qui menacent la patrie; mais la patrie ne peut courir +de dangers réels. Les mêmes hommes qui l'ont fait triompher +de l'Europe coalisée, sont là. Des montagnes nous séparent +de la France, vous les franchirez avec la rapidité de +l'aigle, s'il le fallait, pour maintenir la constitution, défendre +la liberté, protéger le gouvernement et les républicains.</p> + +<p>Soldats! le gouvernement veille sur le dépôt des lois qui +lui est confié. Les royalistes, dès l'instant qu'ils se montreront, +auront vécu. Soyez sans inquiétude, et jurons, par les +mânes des héros qui sont morts à côté de nous pour la liberté, +jurons sur nos nouveaux drapeaux guerre implacable +aux ennemis de la république et de la constitution de l'an 3.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 27 messidor an 5 +(16 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie la copie d'une lettre que je reçois du général +Clarke: vous y verrez que l'on allonge toujours. Il est hors de +doute que l'empereur veut voir la tournure que prendront les +affaires en France, et que l'étranger est pour plus que l'on +ne croit dans toutes ces machinations.</p> + +<p>L'armée reçoit une grande partie des journaux qu'on imprime +à Paris, surtout les plus mauvais; mais cela produit +un effet tout contraire à celui qu'ils se promettent. L'indignation +est à son comble dans l'armée. Le soldat demande à +grands cris si, pour prix de ses fatigues et de six ans de +guerre, il doit être, à son retour dans ses foyers, assassiné +comme sont menacés de l'être tous les patriotes. Les circonstances +s'aggravent tous les jours, et je crois, citoyens directeurs, +qu'il est imminent que vous preniez un parti. +Je vous fais passer la proclamation que j'ai faite à l'armée, +le 25 de ce mois: elle a produit le meilleur effet.</p> + +<p>Il n'y a pas un seul homme ici qui n'aime mieux périr les +armes à la main, que de se faire assassiner dans un cul-de-sac +de Paris.</p> + +<p>Quant à moi, je suis accoutumé à une abnégation totale de +mes intérêts; cependant je ne puis pas être insensible aux +outrages, aux calomnies que quatre-vingts journaux répandent +tous les jours et à toute occasion, sans qu'il y en ait un +seul qui les démente; je ne puis pas être insensible à la perfidie +et au tas d'atrocités contenues dans cette motion d'ordre +imprimée par l'ordre du conseil des cinq-cents. Je vois que +le club de Clichi veut marcher sur mon cadavre pour arriver +à la destruction de la république. N'est-il donc plus en +France de républicains? Et, après avoir vaincu l'Europe, +serons-nous donc réduits à chercher quelque angle de la terre +pour y terminer nos tristes jours?</p> + +<p>Vous pouvez d'un seul coup sauver la république, deux +cent mille têtes peut-être qui sont attachées à son sort, et +conclure la paix en vingt-quatre heures. Faites arrêter les +émigrés; détruisez l'influence des étrangers; si vous avez besoin +de force, appelez les armées; faites briser les presses +des journaux vendus à l'Angleterre, plus sanguinaires que ne +le fut jamais Marat.</p> + +<p>Quant à moi, citoyens directeurs, il est impossible que je +puisse vivre au milieu des affections les plus opposées: s'il +n'y a point de remède pour faire finir les maux de la patrie, +pour mettre un terme aux assassinats, et à l'influence des +royalistes, je demande ma démission.</p> + +<p>Je vous envoie un stylet pris sur les assassins de Verone.</p> + +<p>Mais, dans toutes les circonstances, le souvenir des marques +constantes que vous m'avez données de la confiance la +plus illimitée, ne sortira jamais de ma mémoire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5 +(17 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie copie de la lettre que m'écrit le général +Clarke.</p> + +<p>M. Baptiste est parti de Montebello le 5 messidor. Quatre +jours avant, MM. les plénipotentiaires avaient fait partir un +courrier, qui portait à peu près la même chose. Voilà donc +près d'un mois que la cour de Vienne laisse ses plénipotentiaires +et ne répond à rien.</p> + +<p>Il est bien évident que la cour de Vienne n'est pas de +bonne foi, et qu'elle traîne en longueur pour attendre la décision +des affaires intérieures, que toute l'Europe croit très-prochaine.</p> + +<p>Voulez-vous épargner cinquante mille hommes de l'élite +de la nation qui vont périr dans cette nouvelle campagne? +Faites briser avec quelque appareil les presses du <i>Thé</i>, du +<i>Mémorial</i>, de la <i>Quotidienne</i><a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>; faites fermer le club de +Clichi, et faites faire cinq ou six bons journaux constitutionnels.</p> + +<p>Cette crise, qui, en réalité, sera extrêmement légère, suffira +pour faire voir à l'étranger qu'il n'a encore rien à espérer: +elle rétablira l'opinion et ôtera aux soldats cette vive +inquiétude qui anime toutes les têtes, et qui finira par des +explosions dont les conséquences ne peuvent pas se prévoir.</p> + +<p>Il est bien malheureux que, lorsque nous commandons +à l'Europe, nous ne puissions pas commander à un journal +de la faction royale qui lui est évidemment vendu!</p> + +<p>À quoi sert que nous remportions des victoires à chaque +instant du jour? Les menées dans l'intérieur annulent tout, +et rendent inutile le sang que nous versons pour la patrie.</p> + +<p>Le gouvernement de ce pays-ci se consolide.</p> + +<p>À Gênes, l'esprit public est comme en 1789 en France.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Footnote 15:</b><a href="#footnotetag15"> (return) </a> Le Thé, le Mémorial et la Quotidienne étaient trois journaux +royalistes qui paraissaient à cette époque.</blockquote> +<br><br> + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5 +(17 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Le commandant de Lombardie doit agir dans la Lombardie +et à Milan, comme s'il n'y avait à Milan que deux ou trois +cents hommes pour garder la citadelle; car il est possible +que, d'un instant à l'autre, il se trouve effectivement réduit +à ces seules troupes pour garder la citadelle: dès lors, toutes +les gardes à Milan, même les gardes de nos établissemens, +même celles des spectacles, doivent être de la garde nationale.</p> + +<p>Il est également inutile que la police envoie tous les jours +un rapport au commandant de la place; elle sera seulement +tenue de lui donner des renseignemens toutes les fois qu'il +lui en demandera.</p> + +<p>La demande qu'a faite l'adjudant-général de la légion lombarde, +des registres du commandant de la place, n'est pas +fondée; il doit faire ses registres à part. J'approuve fort que +le commandant de la Lombardie ait des agens secrets qui +l'instruisent de tout ce qui se passe à Milan et dans les autres +places de la Lombardie; mais cette police doit être secrète +et n'avoir pour but que de connaître ce qui se tramerait.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5 +(17 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Venise, qui fournit de grands avantages à la marine, réclame +de vous, citoyen ministre, douze ou quinze permissions +qui mettent les bâtimens les plus riches à l'abri des Algériens: +ces corsaires lui ont déclaré la guerre depuis environ +trois mois, ce qui ruine entièrement son commerce. Si vous +pouvez prendre en considération cet objet, il sera très-avantageux +pour indemniser ce pays des pertes qu'il fait tous les +jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Milan, le 29 messidor an 5 +(17 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, d'envoyer sur-le-champ +un courrier au général Augereau pour lui dire que, ne pouvant +pas encore de quelques jours me rendre à Verone, je +désire qu'il vienne le plus tôt possible à Milan; vous le préviendrez +que mon appartement d'en bas étant vide, il peut y +descendre.</p> + +<p>Vous accorderez une permission de deux mois au général +Mireur, qui me l'a demandée pour terminer des affaires de +famille.</p> + +<p>Vous écrirez au général Belliard que, dès l'instant que le +général Joubert sera de retour du congé qu'il a demandé, je +lui accorderai la permission d'aller à Rome.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre au général Dessoles de partir demain +pour rejoindre sa division.</p> + +<p>Vous ordonnerez au général de brigade Leclerc de partir +demain pour se rendre à Monza, où il prendra le commandement +de la onzième et de la douzième d'infanterie légère.</p> + +<p>Vous écrirez au général de brigade Dupuy, qu'étant instruit +par le général Brune qu'il a pris connaissance de l'affaire +dont il m'a porté des plaintes, je pense que le général +Brune y aura mis ordre: ou, dans le cas contraire, j'attendrai +le rapport que me fera ce général, pour prendre les mesures +que je croirai nécessaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5 +(17 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p> + +<p>Je reçois dans l'instant votre lettre du 23 messidor: +comme je vois que les choses en sont toujours au même point, +j'attendrai, pour me rendre à Udine, l'arrivée du tant désiré +M. Baptiste.</p> + +<p>Je vous ai fait passer, par un courrier, les dernières nouvelles +de Paris, j'en attends un autre à chaque instant. Les +affaires se brouillent de plus en plus, et on ne peut presque +plus douter que ce ne soit l'effet des machinations de l'étranger +pour entraver les négociations.</p> + +<p>Demain, nous célébrons ici la fête de l'armée. Je vous envoie +l'imprimé que j'ai fait passer à Udine et à toutes les divisions +de l'armée, ne pouvant m'y rendre moi-même.</p> + +<p>Dès que vous m'aurez annoncé l'arrivée du secrétaire de légation, +M. Baptiste, je partirai sur-le-champ pour Udine.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 messidor an 5 +(17 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Il est difficile, je crois, de mettre en doute aujourd'hui +que l'empereur veut gagner du temps: quel en est le motif? +Il est difficile de l'imaginer, à moins que de le voir dans les +journaux royalistes, le club de Clichi et la rentrée des émigrés. +Je l'ai dit positivement au gouvernement; il me semble +qu'il est aisé de fermer le club de Clichi, de briser toutes ses +presses, et de faire arrêter une douzaine d'émigrés: cela seul +peut nous assurer la paix.</p> + +<p>Croyant que je devais partir pour Udine, j'étais revenu à +Milan, où il fait une chaleur affreuse. Je suis bien fâché d'avoir +quitté actuellement Montebello.</p> + +<p>Si M. Baptiste n'est pas arrivé lorsque vous recevrez ce +courrier, je suis d'avis que vous pressentiez ces MM. les plénipotentiaires +par une lettre courte et ferme, que vous leur +déclariez qu'il est notoire qu'on vous joue, que S.M. rompt +les préliminaires, et qu'elle sera responsable, aux yeux de +l'Europe, des suites funestes qu'aura pour l'humanité la +guerre cruelle qui va recommencer.</p> + +<p>Il paraît que les négociations de Lille sont commencées.</p> + +<p>Si jamais il était possible de conclure la paix avec l'Angleterre, +il faudrait que l'empereur se souvînt de sa mauvaise +foi.</p> + +<p>Les choses vont parfaitement ici et à Gênes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 messidor an 5 +(18 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant même, citoyen général, votre lettre +du 28. J'espère en recevoir une demain avec le récit de l'entrevue +que vous aurez eue avec M. de Gallo, cela me décidera +à partir: je passerai par Verone, Vicence, Padoue et Trévise, +où je passerai la revue de ces quatre divisions.</p> + +<p>Tout est ici fort tranquille. J'ai reçu de nouveaux ordres +du directoire pour réunir Bologne et Ferrare avec les Cisalpins; +j'ai pris le <i>mezzo termine</i> de laisser ces pays maîtres +de faire ce qu'ils voudront, puisque nous avons reconnu l'indépendance +des républiques cisalpine et cispadane. S'ils veulent +se réunir, nous ne pouvons pas les en empêcher: j'ai +préféré ce parti, quoiqu'il puisse entraîner quelques inconvéniens, +à celui de donner un ordre de réunion.</p> + +<p>Ce courrier-ci ne partira que lorsque la poste sera arrivée, +afin de vous envoyer vos lettres, si vous en avez, et les principaux +journaux.</p> + +<p>J'ai fait partir hier, par un courrier extraordinaire, copie +de la lettre que vous m'avez écrite; je fais partir à l'instant +même votre dernière.</p> + +<p>Je joins ici copie de la lettre que j'ai écrite au directoire en +envoyant l'une et l'autre.</p> + +<p>Comme vous le verrez, je me suis lancé très-avant et mis +très-volontiers en butte à toutes les factions. Cela serait très-mal +calculé, si je trouvais dans l'ambition et l'occupation de +grandes places ma satisfaction et le bonheur; mais ayant +placé de bonne heure l'une et l'autre dans l'opinion de l'Europe +entière et dans l'estime de la postérité, j'ai pensé que je +ne devais pas être arrêté par tous ces calculs et ce grand tapage +des factions: je vous avoue cependant que je désire +bien de rentrer dans la vie privée; j'ai payé ma part.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Milan, le... messidor an 5 (... juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je vous fais passer les deux notes que vous devez remettre +à MM. les plénipotentiaires, je vous envoie en conséquence +deux morceaux de papier signés en blanc.</p> + +<p>Talleyrand a remplacé Ch. Lacroix; Hoche, Petiet, François +de (Neuchâteau), Benezech, Pléville, Truguet, Lenoir +la Roche, Cochon, Merlin et Ramel restent.</p> + +<p>D'après ce que disent quelques journaux, il paraît qu'il y +a eu quelques divisions entre Carnot et Barthélemi: d'un côté +est Barras; Rewbell et Laréveillère-Lépaux de l'autre.</p> + +<p>Le Piémont est en pleine insurrection, j'attends à chaque +instant un courrier de Paris.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 messidor an 5 +(18 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie copie de la lettre que je reçois du général +Clarke.</p> + +<p>Le célèbre M. Baptiste est arrivé, il n'apporte rien de décisif: +voilà de la mauvaise foi bien caractérisée.</p> + +<p>Je vais partir incessamment pour Udine, quoique je voie +que je n'ai pas grand'chose à y faire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 30 messidor an 5 +(18 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie la copie de deux adresses de la division +Masséna et Joubert; l'une et l'autre sont revêtues de douze +mille signatures.</p> + +<p>La situation des esprits à l'armée est très-prononcée pour +la république et la constitution de l'an 3. Le soldat, qui reçoit +un grand nombre de lettres de l'intérieur, est extrêmement +mécontent de la tournure sinistre que paraissent y prendre +les choses.</p> + +<p>Il paraît aussi que l'on a été affecté du bavardage de ce +Dumolard, imprimé par ordre de l'assemblée et envoyé en +grande profusion à l'armée.</p> + +<p>Le soldat a été indigné de voir que l'on mettait en doute les +assassinats dont il a été la victime. La confiance de l'armée d'Italie +dans le gouvernement est sans borne: je crois que la paix +et la tranquillité dans les armées dépendent du conseil des cinq-cents. +Si cette première magistrature de la république continue +à prêter une oreille complaisante aux meneurs de Clichi, +elle marche droit à la désorganisation du gouvernement; nous +n'aurons point de paix, et cette armée-ci sera presque exclusivement +animée par le désir de marcher au secours de la liberté +et de la constitution de l'an 3. Soyez bien persuadés, +citoyens directeurs, que le directoire exécutif et la patrie +n'ont pas d'armée qui leur soit plus entièrement attachée.</p> + +<p>Quant à moi, j'emploie toute mon influence ici à contenir +dans les bornes le patriotisme brûlant, qui est le caractère +distinctif de tous les soldats de l'armée, et à lui donner une direction +avantageuse au gouvernement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 thermidor an 5 +(22 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je partais pour Udine, citoyens directeurs, lorsque j'ai +reçu la lettre que je vous fais passer, du général Clarke. M. de +Gallo et M. Baptiste étant partis pour Vienne, et ne restant +plus à Udine que M. de Meerveldt, qui ne se trouve revêtu +d'aucune espèce de pouvoir, je n'ai pas cru devoir me rendre +dans cette ville, ma présence étant très-nécessaire dans tous +ces pays-ci pour y prendre des mesures, afin que, dans tout +événement, nos derrières se trouvent parfaitement organisés +et assurés.</p> + +<p>Il n'est plus possible de concevoir le moindre espoir et de +mettre en doute que nous sommes horriblement joués. La cour +de Vienne ne paraît avoir été de bonne foi que jusqu'à l'arrivée +de M. le général de Meerveldt à Montebello.</p> + +<p>Aujourd'hui je ne vois qu'un seul parti à prendre, c'est +que vous déclariez vous-mêmes, afin de donner encore plus +d'importance à la chose, que si, vers la fin du mois d'août, +tout n'est pas fini, les préliminaires se trouveraient d'eux-mêmes +annulés, et la guerre recommencerait. Il faudrait en +même temps donner des ordres à vos différens généraux pour +que tous se tinssent prêts à entrer en campagne.</p> + +<p>La guerre commençant à l'entrée de septembre, nous donnerait +deux mois et demi à trois mois, dans lesquels il serait +possible de forcer l'empereur à conclure une paix plus avantageuse +encore que celle qui devait être conclue en conséquence +des préliminaires.</p> + +<p>Si septembre se passe en négociations, il deviendra difficile, +en octobre, de frapper la maison d'Autriche de ce côté-ci, +et dès-lors l'empereur nous tiendra tout l'hiver dans l'incertitude +où nous sommes aujourd'hui.</p> + +<p>Quant aux opérations de la guerre, si elle doit avoir lieu, +je ne vois pas de difficultés majeures qui m'empêchent de +me trouver à Gratz dans le mois de la reprise des hostilités.</p> + +<p>Je ne suis point assez fort en cavalerie, quoique celle que +j'ai soit dans un très-bon état: elle ne se monte qu'à cinq mille +hommes présens sous les armes, d'où vous voyez qu'après les +premiers combats et quelques marches forcées, je me trouverai +réduit à quatre mille hommes de cavalerie. Je crois nécessaire +que vous envoyiez ici trois à quatre mille hommes +de cavalerie, parmi lesquels je désirerais au moins quinze +cents hommes de grosse cavalerie. Je désirerais aussi trois +nouvelles compagnies d'artillerie à cheval. Si vous donnez actuellement +les ordres nécessaires, tout cela pourra arriver à +Milan à la fin d'août.</p> + +<p>Vous voyez que le temps est extrêmement précieux: vous +seuls, qui êtes au centre de la négociation de Lille, de celle +d'Udine et des affaires intérieures, pouvez prendre un parti +décisif.</p> + +<p>Si vous pensez devoir obliger l'empereur à se décider promptement, +vous pourrez, ce me semble, envoyer à M. Thugut +un courrier avec votre note. Par ce moyen-là, il y aurait une +douzaine de jours de gagnés, ce qui est bien essentiel dans +le moment où nous nous trouvons.</p> + +<p>Il est hors de doute que la cour de Vienne espère tout du +bénéfice du temps, et pense qu'en vous tenant dans l'incertitude +où nous sommes, c'est faire une diversion en faveur +de l'Angleterre, et fomenter d'autant les malveillans, si puissans +et si nombreux dans l'intérieur de la France. Il n'y a +donc qu'une résolution prompte de notre part qui puisse +mettre ordre aux affaires de l'intérieur, et obliger l'empereur +à donner la paix à l'Europe.</p> + +<p>J'écris au général Clarke pour l'engager à faire passer son +secrétaire de légation à Vienne. Je ne sais pas si le sieur +Meerveldt voudra lui donner un passeport sans avoir au préalable +consulté le cabinet de Vienne.</p> + +<p>J'ai proposé à l'envoyé de Gênes de conclure un traité entre +les deux républiques, moyennant lequel Gênes s'engagerait +à nous fournir et à entretenir deux ou trois mille hommes; +ce qui serait extrêmement avantageux.</p> + +<p>Je vous envoie la lettre que vient de m'écrire M. Priocca, +avec la réponse que je lui ai faite. Je crains bien que, malgré +tous nos ménagemens et tous nos soins pour maintenir +dans ce pays la bonne harmonie, il n'y arrive d'un instant à +l'autre de très-grands changemens: les finances sont le mal +de ce pays, son papier-monnaie se discrédite tous les jours +davantage. Ce qui me fâche dans tout cela, c'est que je crains +que la situation actuelle du roi de Sardaigne ne le mette hors +d'état de nous fournir son contingent.</p> + +<p>Les étrangers ne peuvent plus croire à la stabilité de notre +gouvernement, lorsqu'ils savent que tous les émigrés, que +tous les prêtres rentrent, et lorsqu'ils voient dans l'esprit qui +anime les hommes influens dans les conseils l'envie de perdre +le gouvernement et la république.</p> + +<p>Je conjecture que M. de Gallo commence à être disgracié +à la cour de Vienne.</p> + +<p>Du reste, tout va bien en Italie; le nouveau gouvernement +de Milan commence peu à peu à s'organiser.</p> + +<p>Venise, dans l'incertitude de son sort, est sans organisation +et sans force.</p> + +<p>Je vais autoriser la levée de deux ou trois bataillons dans +les états de terre-ferme vénitienne, dont je me servirai, si +les choses se montrent, pour la police de nos derrières.</p> + +<p>Gênes va parfaitement bien: s'il y a quelque chose à craindre, +c'est trop d'enthousiasme.</p> + +<p>Toutes les personnes qui viennent de ce pays, assurent +que, dans aucune époque de notre révolution, nous n'avons +montré autant d'unanimité et d'enthousiasme.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 thermidor an 5 +(22 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>J'ai vu avec la plus grande peine que les Autrichiens se +soient renforcés sur l'Isonzo, et qu'ils aient placé des vedettes +comme si nous étions en guerre.</p> + +<p>Je vous prie d'écrire sur-le-champ au général ennemi qui +vous est opposé, pour lui faire connaître voire surprise sur +ce changement de manière d'être, et si, lorsque votre lettre +arrivera, ce commandant ne fait pas rétablir les choses comme +elles étaient, c'est-à-dire, six hommes à Cervignano, vous +placerez une demi-brigade, deux escadrons de cavalerie et +deux pièces d'artillerie légère à Roncano, que je crois être +du territoire vénitien; mais si Roncano était un village autrichien, +vous placeriez ces troupes dans un village vénitien, +de manière que les troupes qui sont a Cervignano et sur +toute la gauche de l'Isonzo, pussent être coupées au moment +où elles feraient un mouvement, ou quelque chose qui fût +contraire.</p> + +<p>Vous ferez ramasser tous les bateaux que vous pourrez +trouver, pour jeter un pont sur l'Isonzo, du côté de San-Pietro, +de manière cependant que vous vous trouviez toujours +sur le territoire vénitien. Vous ferez faire à ce pont deux +bonnes têtes de pont; vous tiendrez des postes le plus près +possible de Gradisca, en vous tenant cependant sur le territoire +vénitien.</p> + +<p>Vous me ferez connaître les travaux que l'ennemi ferait ou +aurait fait faire au château de Goritzia, à la chiuza di Pluze; +vous ferez reconnaître le chemin depuis la frontière vénitienne +au-delà de Puffero jusqu'à Caporetto, et vous vous +assurerez qu'ils n'ont fait aucune espèce de retranchement +dans toute cette partie.</p> + +<p>J'ai fait passer à la division du général Victor la cinquante-huitième +demi-brigade, qui est forte de deux mille cinq cents +hommes, et au moindre mouvement je vous ferai passer la +division de cavalerie du général Dugua.</p> + +<p>Assurez-vous que votre artillerie est bien approvisionnée +et en état d'entrer en campagne.</p> + +<p>Rendez-vous vous-même à Palma-Nova; visitez avec le +plus grand soin les travaux de la place, les approvisionnemens +d'infanterie; donnez ordre que l'on redouble d'ardeur +aux travaux, et que l'on n'oublie rien pour rendre cette +place respectable. Envoyez des espions dans la Carniole et +dans la Carinthie, et instruisez-moi dans le plus grand détail +des positions qu'occupe l'ennemi, de ses forces, et des points +qu'il fait retrancher.</p> + +<p>Le général Berthier écrira également au général Victor +pour qu'il presse les travaux d'Ozopo; pour qu'il envoie des +espions, afin de s'assurer si les ennemis ont fait des travaux +à Clagenfurth, s'ils en ont fait à Tarvis, et enfin s'ils en ont +fait aux différentes têtes de pont de la Dresse.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre également au citoyen Andréossi +pour qu'il envoie des officiers, afin de construire le pont sur +l'Isonzo d'une manière solide, et qu'il puisse nous servir, +quelque temps qu'il fasse.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre au général Masséna et au général +Miollis, pour que l'un et l'autre prennent des mesures pour +raccommoder les chemins depuis Mantoue jusqu'à Padoue.</p> + +<p>Vous donnerez les ordres pour qu'on recommence les travaux +des places de Porto-Legnago et de Peschiera, et au +commandant du génie pour continuer et redoubler avec la +plus grande activité les travaux de celles d'Ozopo et de Palma-Nova.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 thermidor an 5 +(22 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À monsieur Damian Priocca, ministre de S.M. le roi de +Sardaigne.</i></p> + +<p>Je ne vois aucun inconvénient, monsieur, à ce que vous +fassiez passer sur la ligne de démarcation les troupes que vous +jugerez nécessaires pour maintenir le bon ordre et la tranquillité +dans les états de S.M.</p> + +<p>J'ai donné les ordres les plus positifs pour que nos garnisons +des différentes villes qui sont dans nos mains ne se mêlent +en aucune manière des affaires intérieures.</p> + +<p>Ne doutez pas, monsieur, de la part que je prendrai toujours +à ce qui pourra être agréable à S.M., et du désir que +j'ai de faire quelque chose qui puisse contribuer à la tranquillité +de ses états.</p> + +<p>M. Borghèse m'a parlé du désir qu'avait S.M. de pouvoir +faire quelques achats de blé dans les états occupés par les +troupes françaises, je m'y prêterai avec plaisir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 thermidor an 5 +(22 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p> + +<p>Je suis d'avis de répondre tout simplement à la note des +plénipotentiaires de l'empereur, que la convention signée à +Léoben, le 5 prairial, a tout prévu; que nous nous en rapportons +entièrement à son contenu; que, après deux mois, il +est singulier qu'on vienne remettre en discussion une question +déjà décidée; qu'il est donc évident que l'on ne cherche que +des prétextes pour traîner en longueur et gagner du temps.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 thermidor an 5 +(23 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p> + +<p>Je partais lorsque j'ai reçu votre courrier: Gallo et Baptiste +n'étant plus à Udine, Meerveldt n'ayant aucun pouvoir, +et leur note caractérisant à chaque ligne leur mauvaise +foi, je ne vois aucune utilité dans mon voyage à Udine: tandis +que le nouveau gouvernement de ce pays-ci, les affaires +du Piémont, celles des Grisons, rendent ma présence à Milan +plus utile.</p> + +<p>Je vous fais passer copie de la lettre que j'écris au directoire +exécutif.</p> + +<p>Je pense que nous n'avons rien à répondre à une note qui +n'a point de bon sens: la seule réponse serait de prévenir +S. M. l'empereur que, si, le 18 août, les négociations ne +sont point terminées, nous regarderons les préliminaires +comme nuls; mais, dans la position actuelle de la république, +je né pense pas que ni vous ni moi nous puissions faire cette +opération.</p> + +<p>J'ai ordonné de jeter un pont sur l'Isonzo, et de faire des +têtes de pont; je fais marcher une légion cisalpine à Palma-Nova, +et j'augmente de trois mille hommes la division du général +Victor.</p> + +<p>Si la république se trouvait dans une situation ordinaire, +et que les négociations de Lille ne nous fissent pas une loi +impérieuse de ne rien prendre sur nous, je vous avoue qu'à +la réception de votre lettre j'eusse mis en marche toutes mes +divisions, et que, sous quinze jours, j'eusse été sous Vienne; +mais, dans les circonstances actuelles, c'est au gouvernement +seul à prendre le parti que sa sagesse et la situation des choses +peuvent lui prescrire.</p> + +<p>Je désirerais que vous demandassiez un passe-port pour +votre secrétaire de légation, et que vous le fissiez passer à +Vienne: il pourrait être chargé d'une lettre pour M. de Gallo; +il pourrait voir M. Thugut et revenir avec des renseignemens +certains sur la situation des choses dans ce pays-là. +Vous ne manqueriez pas de lui recommander de tenir note de +tout ce qu'il verra en route, soit de troupes, soit de nouveaux +ouvrages de campagne.</p> + +<p>Je ferai partir mon aide-de-camp Marmont pour Vienne; +il passera par le Tyrol, et, par ce moyen, il n'aura pas +de passe-port de M. de Meerveldt. Le but de sa mission +sera de connaître les espèces d'ouvrages que l'on fait à Vienne, +la situation militaire des esprits, le véritable état de leurs +troupes.</p> + +<p>N'oubliez rien pour que M. de Meerveldt vous accorde le +passe-port pour votre secrétaire.</p> + +<p>Dès l'instant que quelque plénipotentiaire arrivera avec des pleins pouvoirs et une envie sincère de commencer les négociations, +je me transporterai rapidement à Udine.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 thermidor an 5 +(23 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, prévenir les généraux +Masséna, Joubert et Augereau, que mon intention est qu'il +soit levé un bataillon de cinq cents hommes dans chacun +des arrondissemens de Padoue, Vicence et Verone; chaque +bataillon sera commandé par un chef de bataillon et un adjudant-major +français, un major du pays; la moitié des officiers, +français, ainsi que le tiers des sous-officiers.</p> + +<p>Ils seront habillés en vert, en pantalon et veste seulement; +ils auront le collet, les paremens blancs; les officiers +auront les épaulettes d'argent.</p> + +<p>Ces corps seront habillés, équipés, formés, soldés par les +différens gouvernemens centraux: ils porteront le nom de +bataillon italien de Padoue, de Vicence, de Verone.</p> + +<p>Ils seront divisés en cinq compagnies, dont une de grenadiers. +Si les habitans ont des fusils, ils seront armés avec ces +fusils, sans que je donne ordre au général Miollis que sur votre +récépissé il soit délivré un nombre suffisant de fusils autrichiens, +que les gouvernemens centraux feront alléger, +comme l'ont fait les Lombards.</p> + +<p>L'intention du général en chef est d'attacher ces bataillons +à ses différentes divisions, pour servir aux différentes escortes, +pouvoir les opposer aux paysans et avoir avec nous, +en cas que nous allions en Allemagne, des otages qui nous +assurent d'autant de la fidélité des pays vénitiens.</p> + +<p>Vous recommanderez expressément à ces différens généraux +de ne se mêler que secrètement de l'organisation et de la +levée de ces bataillons, mais de laisser faire toutes les démarches +publiques et ostensibles aux gouvernemens centraux.</p> + +<p>Lesdits généraux de division autoriseront les gouvernemens +centraux à faire quelques aliénations de biens nationaux, +afin de pouvoir subvenir à l'organisation et à l'entretien +desdits bataillons.</p> + +<p>D'ici à huit jours, et lorsque ces trois bataillons seront en +organisation, vous donnerez les mêmes ordres aux généraux +Serrurier et Bernadotte; mais, comme les pays qu'ils occupent +sont moins populeux et moins portés, à ce qu'il paraît, +pour la liberté, il faut s'assurer que ces trois premiers bataillons +prendront bien.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 thermidor an 5 +(22 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux inspecteurs du conservatoire de musique, à Paris.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens, votre lettre du 16 messidor, avec le +mémoire qui y était joint. On s'occupe, dans ce moment-ci, +dans les différentes villes d'Italie, à faire copier et mettre en +état toute la musique que vous demandez.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, que je mettrai le plus grand soin à +ce que vos intentions soient remplies et à enrichir le conservatoire +de ce qui pourrait lui manquer.</p> + +<p>De tous les beaux arts, la musique est celui qui a le plus +d'influence sur les passions, celui que le législateur doit le +plus encourager. Un morceau de musique morale, et fait de +main de maître, touche immanquablement le sentiment, et +a beaucoup plus d'influence qu'un bon ouvrage de morale, +qui convainc la raison sans influer sur nos habitudes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 8 thermidor an 5 +(26 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p> + +<p>Dans la position des négociations avec les Autrichiens, ce +serait un très-mauvais effet de faire juger par un conseil militaire +des gens accusés d'avoir eu quelques intelligences avec +eux. Je préfère que vous fassiez passer à Mantoue les trois +hommes que vous avez arrêtés, où le général Miollis les tiendra +en arrestation jusqu'à nouvel ordre.</p> + +<p>Quant aux sept communes, je ne suis point du tout content +de ce que le général Belliard, après y avoir été, s'en est +retourné aussi promptement: la raison des subsistances n'en +peut pas être une: nous avons bien vécu sur le sommet des +Alpes! On pouvait donc laisser dans ces villages, pendant +quelques jours, des troupes pour les contenir et les plier.</p> + +<p>Prenez toutes les mesures nécessaires pour faire désarmer +toutes les sept communes; faites brûler les maisons des quatre +principaux chefs, entre autres celle de ce prêtre dont vous +me parlez; prenez vingt-cinq otages parmi ceux qui ont le +plus de crédit, et faites-les conduire à Mantoue; mettez dans +le gouvernement les patriotes qu'ils ont chassés.</p> + +<p>Après que tout cela sera fait, exigez de l'évêque de Vicence +qu'il envoie des missionnaires dans ce pays-là pour leur +prêcher tranquillité, obéissance, sous peine de l'enfer. À cet +effet, faites venir chez vous les missionnaires, en donnant à +chacun quinze louis pour leurs frais de route, en disant qu'au +retour vous leur en donnerez autant.</p> + +<p>Faites en sorte qu'il ne reste des armes dans aucune ville +du Vicentin, pas même à Vicence. Vous savez que, dans +l'ordre général du désarmement, il avait été dit que vous +enverriez toutes les armes à Porto-Legnago.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 thermidor an 5 +(27 juillet 1797).</p> + +<p class="droite"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Augereau m'a demandé de se rendre à Paris, +où ses affaires l'appellent. Je profite de cette occasion, pour +vous faire passer la pétition originale de l'armée.</p> + +<p>Je vous ferai connaître de vive voix le dévouement absolu +des soldats d'Italie à la constitution de l'an 3 et au directoire +exécutif.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 9 thermidor an 5 +(27 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le cardinal légat de Bologne.</i></p> + +<p>J'ai reçu dans le temps, monsieur le cardinal, la lettre que +vous vous êtes donné la peine de m'écrire. Je n'ai pas ajouté +foi, un seul instant, aux bruits qui peuvent vous être désavantageux. +Je connais trop bien le véritable esprit religieux +qui vous anime, pour penser que vous employiez voire influence +autrement que pour la tranquillité et l'ordre public. +J'apprends avec beaucoup de peine, monsieur le cardinal, +les chagrins domestiques qui troublent, dans ce moment-ci, +votre repos: si je puis contribuer en quelque chose à votre +tranquillité et à votre satisfaction, je vous prie de m'en faire +part, et de croire aux sentimens d'estime et de considération, +etc., etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 thermidor an 5 +(27 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p> + +<p>Il faudra, citoyen général, envoyer une note au duc de +Bavière et aux autres princes qui doivent de l'argent aux armées +du Rhin en conséquence de l'armistice, pour les requérir +d'achever leur paiement.</p> + +<p>Il faudra demander à chacun de ces princes qu'ils aient à +verser, dans le délai de huit jours, une telle somme à Bâle, +entre les mains du chargé d'affaires de France, de manière +qu'il y ait deux millions payés le plus tôt possible.</p> + +<p>Déclarer que, si lesdites sommes ne sont pas payées, les +armées françaises rentreront dans les états desdits princes et +seraient obligées de les traiter en ennemis irréconciliables, +et qui ont déjà manqué à la foi des traités et aux engagemens +les plus sacrés: ces notes devront être envoyées par des +courriers extraordinaires à Munich et ailleurs.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note des citoyens plénipotentiaires de la république française.</i></p> + +<p>Les plénipotentiaires de la république française ont reçu +les cinq notes, datées du 18 juillet 1797, qui leur ont été +adressées par leurs excellences MM. les plénipotentiaires de +S. M. l'empereur et roi, d'après la remise de celle du même +jour, relative à la tenue de deux congrès. Ils continuent à +voir, avec douleur, que le cabinet de Vienne saisit tous les +prétextes pour faire naître des obstacles, et s'opposer à la conclusion +de la paix: ils ne peuvent se dissimuler que les apparences +mêmes ne sont plus gardées. Le ton qui règne dans les notes +remises aux plénipotentiaires français; les nombreuses protestations +qu'elles contiennent; la nature extraordinaire des +demandes qui y sont présentées; les diverses marches des +troupes autrichiennes: tout, en un mot, annonce la guerre. +La reprise des hostilités, de la part de l'Autriche, ne semble +retardée par elle que pour gagner du temps, et se donner +celui de fasciner les yeux de l'Europe par des protestations +de désir de la paix, au moment où le cabinet de Vienne paraît +être dans des intentions absolument contraires à ces protestations.</p> + +<p>Comment croire à la sincérité de ce cabinet, puisque, +lorsqu'il paraît insister si fortement sur l'exécution des préliminaires +de Léoben, il la viole lui-même de la manière la +plus évidente? En effet, quoiqu'on ait cherché à donner à +ces préliminaires une interprétation que les plénipotentiaires +français refusent d'admettre, et qui ne peut avoir d'autre +but que d'éloigner encore davantage de la conclusion de la +paix, il n'en est pas moins certain qu'on était convenu de +conclure la paix définitive dans l'espace de trois mois, à dater +de leur signature; et cet article principal des préliminaires, +dont l'Europe entière désire l'exécution, se trouve manifestement +violé.</p> + +<p>Déjà près de quatre mois se sont écoulés depuis cette époque; +il y en a trois que les soussignés ont fait connaître aux +plénipotentiaires de S. M. l'empereur et roi les pleins pouvoirs +qu'ils avaient reçus du directoire exécutif de la république +française pour conclure et signer la paix définitive: +tandis que le cabinet de Vienne, loin d'imiter cette conduite, +s'est constamment attaché à ne faire porter les discussions +entre les négociateurs respectifs, que sur les objets qui ne se +liaient que par des rapports éloignés au but principal de la +négociation.</p> + +<p>L'article des préliminaires par lequel S. M. consentirait à +une paix séparée ne se trouve-t-il pas encore violé par la manifestation +consignée dans les notes de leurs excellences +MM. les plénipotentiaires autrichiens, de l'envie de S. M. +l'empereur et roi de ne traiter qu'en commun avec ses anciens +alliés?</p> + +<p>Mais ce qu'il est impossible de ne pas considérer comme +une violation manifeste de l'article premier des préliminaires +secrets, c'est la protestation remise par leurs excellences +MM. les plénipotentiaires autrichiens contre l'indépendance +de la Lombardie, puisque cet article porte textuellement:</p> + +<p>«S. M. l'empereur renonce (et non pas renoncera) à la +partie de ses états en Italie qui se trouve au-delà de la rive +droite de l'Oglio et de la rive droite du Pô.»</p> + +<p>S. M. l'empereur ne devait occuper le territoire vénitien +qu'à la paix définitive, et cependant elle s'empare de la Dalmatie +et de l'Istrie, c'est-à-dire des plus belles provinces de +la république de Venise; elle en chasse les garnisons, y établit +son gouvernement, et le cabinet de Vienne se plaint du +changement de gouvernement de Venise!</p> + +<p>S. M. l'empereur ne dissimule pas son impatience d'entrer +en possession des états de cette république, elle les voudrait +tous: elle n'en excepte ni les débouchés de l'Adige et de la +Brenta, ni lu ville de Venise elle-même, et cependant le cabinet +de Vienne se dit animé d'une grande sollicitude pour +cette ancienne république!</p> + +<p>L'armée française occupe, il est vrai, les états de Venise, +comme elle le faisait avant les préliminaires; elle occupe de +plus la ville de Venise; mais elle ne s'y tient que comme auxiliaire; +ses troupes ne s'y mêlent en aucune manière d'affaires politiques, +et si quelques agens subalternes de S. M. l'empereur +ont été insultés, on ne doit sans doute l'attribuer qu'au +ressentiment de la part des Vénitiens de la violence qu'a exercée +l'armée impériale en entrant dans l'Istrie et la Dalmatie: les +plénipotentiaires ne pouvaient qu'interposer leur médiation +entre S. M. l'empereur et roi et la république de Venise; ils +l'ont fait.</p> + +<p>C'est cependant en conséquence des préliminaires, sur lesquels +le cabinet de Vienne n'insiste que lorsqu'il les a expliqués +d'une manière désastreuse pour la France, et quelquefois +pour l'empereur lui-même, que cinq provinces autrichiennes +ont été restituées à S. M., que le port intéressant +de Trieste, et, avec lui, la faculté de reprendre son commerce, +lui ont été rendus.</p> + +<p>Quant au changement de gouvernement à Venise et à +Gênes, la république française n'y a pris aucune part: elle +ne s'en est mêlée qu'à la demande des peuples, et pour éloigner +les excès qui s'attachent ordinairement au berceau des +révolutions.</p> + +<p>C'est donc aux gouvernemens de ces deux peuples que doivent +s'adresser les plénipotentiaires de S. M. impériale, +pour tout ce qui les concerne. Et comment les plénipotentiaires +français ne seraient-ils pas frappés de l'insincérité apparente +du cabinet de Vienne, lorsqu'il paraît affecté d'un +changement arrivé à Venise, qui rend beaucoup plus facile +l'exécution des préliminaires? Cette conduite ne semble-t-elle +pas offrir une preuve d'un dessein formel du cabinet de +Vienne de ne pas les exécuter?</p> + +<p>Pour ce qui est de l'affaire du duc de Modène, elle ne regarde +en aucune manière le gouvernement français: c'est une +affaire de lui à ses peuples.</p> + +<p>S. M. l'empereur, sur la seule promesse de conclure sa paix +séparée, a obtenu la restitution de cinq provinces et l'éloignement +de l'armée française de sa capitale: aujourd'hui, que cette +paix n'est pas encore conclue, nonobstant le texte des préliminaires, +le cabinet de Vienne veut avoir cinq ou six forteresses +et une grande partie de l'Italie, et c'est en faisant +également des promesses qu'il croit les obtenir! Mais, après +avoir vu élever tant d'obstacles qu'il était facile d'écarter; +après que les lenteurs extrêmes du cabinet de Vienne, et ses +refus prolongés d'adopter une marche qui convient aux intérêts +des deux puissances, ont si considérablement ajouté aux +difficultés qui s'opposent à la paix, les soussignés se voient +forcés de recueillir les voeux du cabinet de Vienne pour cette +paix, plutôt dans des faits que dans des protestations qui, +jusqu'ici, n'ont rien produit que d'illusoire, doivent à la +république, qui les a honorés de sa confiance, de ne s'écarter +aucunement, dans le dessein de faire quelque chose d'agréable +à S. M. I., du strict sens des préliminaires, d'après +lesquels S. M. ne doit entrer qu'à la paix définitive dans les +états de Venise.</p> + +<p>Si S. M. croit qu'il est de son intérêt d'occuper sur-le-champ +ces états, qu'elle fasse la paix sans délai; mais si le +cabinet de Vienne veut continuer à en empêcher la conclusion, +l'intérêt de la république française exige que les pays +de Venise et les forteresses soient entre les mains de son +armée.</p> + +<p>Quelque affligeant qu'il serait pour les plénipotentiaires +français de voir des négociations entamées depuis si long-temps +se terminer par la guerre, ils doivent à l'honneur de +leur nation de demander si l'Autriche la veut, et d'annoncer +que la république française est plutôt disposée à la faire, +qu'à se laisser jouer par des subtilités ou des demandes à la +fois défavorables aux deux puissances, et singulièrement +éloignées de la bonne foi que les plénipotentiaires français +n'ont cessé d'apporter dans tout le cours de la première négociation.</p> + +<p>Mais, dans cette situation de choses, les soussignés espèrent +que MM. les plénipotentiaires autrichiens emploieront +tous leurs efforts pour faire adopter, par le cabinet de Vienne, +une marche plus convenable aux intérêts mutuels, et un système +qui rapproche immédiatement de la paix, que les soussignés +ne cessent d'offrir de conclure.</p> + +<p>Les plénipotentiaires français pourraient répondre par des +contre-protestations aux notes qui leur ont été remises par +leurs excellences MM. les plénipotentiaires autrichiens; ils +pourraient retracer, dans des mémoires historiques, les efforts +qu'ils n'ont cessé de faire pour arriver à la conclusion de la +paix définitive; mais ils écartent ces moyens, parce que leur +intention est d'éloigner tout ce qui pourrait troubler encore +davantage l'harmonie, qu'il est si essentiel d'établir dans les +négociations dont ils sont chargés. Ils savent parfaitement +que la paix, qu'il est instant de conclure, doit, pour être solide +et durable, être basée sur les intérêts mutuels; et l'ensemble +des préliminaires de Léoben a dû témoigner à S. M. l'empereur +et roi, que l'intention de la république française +n'avait jamais été de priver la maison d'Autriche d'une puissance +égale à celle qu'elle avait avant la guerre: les compensations +qu'elle doit recevoir en offrent la preuve. Elle se +trouve encore dans la marche que les négociateurs français +n'ont cessé de suivre, et lorsqu'ils ont demandé quelques +avantages pour la république française, ils en ont toujours +proposé d'équivalens pour la maison d'Autriche. Si le cabinet +de Vienne imitait cet exemple, les deux puissances verraient +bientôt succéder aux désastres enfantés par la guerre le repos +si ardemment désiré par les peuples: le directoire exécutif de +la république française a toujours voulu que la paix fût également +avantageuse et à l'Autriche et à la France, et surtout +qu'elle éloignât toute possibilité d'une guerre future entre elles, +tant en Italie qu'en Allemagne, en déterminant les frontières +de telle manière qu'aucune des deux puissances ne fût, en +temps de paix, dans une situation en quelque sorte offensive +ou alarmante vis-à-vis de l'autre. Ne point se renfermer dans +ce cercle raisonnable; faire dépendre la paix de quelques +mille hommes de population de plus, qui n'ajoutent rien à +la puissance d'un grand peuple, c'est oublier tous les maux +dont gémit l'humanité souffrante, c'est demander une guerre +qui ne peut avoir de but utile à aucune des deux nations.</p> + +<p>En finissant, les soussignés ont l'honneur de prier MM. les +plénipotentiaires de S. M. l'empereur et roi de ne pas se servir, +lorsqu'ils parlent des gouvernemens démocratiques et +des peuples, de termes qui seraient injurieux pour le gouvernement +que les plénipotentiaires de la république française +représentent.</p> + +<p>Il n'est jamais arrivé aux soussignés, en parlant des ministres +des rois et de leurs cours, de se servir d'aucune épithète +qui pût leur être injurieuse.</p> + +<p>Les citoyens plénipotentiaires de la république française +demandent à leurs excellences MM. les plénipotentiaires de +S. M. l'empereur et roi de vouloir bien agréer l'assurance +réitérée de leur haute considération.</p> + +<p>A Udine, le 10 thermidor an 5 de la république française, +une et indivisible (28 juillet 1797).</p> + +<p class="droite">BONAPARTE et CLARKE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note des citoyens plénipotentiaires de la république française.</i></p> + +<p>Si les soussignés plénipotentiaires de la république française +ont été surpris de voir les troupes de S. M. impériale +et royale s'emparer, contre la teneur des préliminaires de +Léoben, et avant la conclusion définitive, de l'Istrie et de la +Dalmatie, ils ne peuvent dissimuler que leur étonnement a +été extrême en apprenant que ces mêmes troupes ont pris +possession de la république de Raguse; ils protestent fortement +contre la destruction de ladite république, et espèrent +que S. M. l'empereur, animée par les sentimens de justice qui +la caractérisent, sentira combien il est impossible que les +autres puissances, et particulièrement la république française +et la Porte-Ottomane, voient avec indifférence l'occupation +d'un état neutre et indépendant, qui n'est jamais intervenu +en aucune façon dans la guerre actuelle, et ils ne doutent +pas que leurs excellences MM. les plénipotentiaires autrichiens +ne contribuent de tout leur pouvoir à faire donner par S. M. les ordres les plus prompts, pour que ses troupes se retirent +du territoire de la république de Raguse.</p> + +<p>Les soussignés réitèrent à leurs excellences MM. les plénipotentiaires +de S. M. impériale et royale l'assurance de leur +haute considération.</p> + +<p>Udine, le 10 thermidor an 6 (28 juillet 1797).</p> + +<p class="droite">BONAPARTE et H. CLARKE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note des généraux Bonaparte et Clarke.</i></p> + +<p>Les citoyens plénipotentiaires de la république française +ont pris en considération la note relative à la tenue de deux +congrès, datée d'Udine le 18 juillet 1797, qui a été remise +par leurs excellences MM. les plénipotentiaires de S. M. impériale +et royale, et se sont rappelé les diverses demandes et +allégations relatives à son contenu. Après s'être référés à leur +note du 3 messidor, et particulièrement pour ce qui a rapport +à la demande faite par leurs excellences MM. les plénipotentiaires +autrichiens eux-mêmes, tant à Léoben qu'à Gratz, de +traiter de la paix définitive et séparée de S. M. impériale et +royale dans une ville d'Italie, les soussignés pensent que la +convention signée à Montebello, le 5 prairial dernier, a +tout prévu, et ils ont l'honneur de déclarer à leurs excellences +MM. les plénipotentiaires autrichiens qu'ils s'en rapportent +entièrement à son contenu.</p> + +<p>Les soussignés sont d'autant plus portés à insister à cet +égard, qu'ils ne peuvent voir sans surprise et sans éprouver +un sentiment pénible, reproduire à l'époque actuelle une +question déjà décidée depuis deux mois; et ils avouent, avec +franchise, que cette conduite tend à les confirmer dans la +persuasion que la cour de Vienne ne cherche que des prétextes +pour traîner la négociation en longueur et gagner du +temps.</p> + +<p>Le meilleur moyen de prouver qu'on veut la paix, c'est +de la conclure sur-le-champ, ainsi que les soussignés n'ont +cessé de l'offrir et l'offrent encore, et sans sacrifier les intérêts +des deux puissances à des considérations étrangères.</p> + +<p>Les soussignés assurent leurs excellences MM. les plénipotentiaires +de S. M. impériale de leur parfaite considération.</p> + +<p>Udine, le 10 thermidor an 5 (28 juillet 1797).</p> + +<p class="droite">BONAPARTE et CLARKE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 thermidor an 5 + +(28 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyens directeurs, la lettre que m'écrit +le général Clarke: son secrétaire de légation est parti pour +Vienne.</p> + +<p>Toujours rien de nouveau sur les négociations; il est impossible +de se moquer de nous avec aussi peu de prudence.</p> + +<p>Il y a beaucoup de fermentation dans les états de Piémont, +je ne sais pas trop comment cela finira; nous ne nous mêlons +de rien.</p> + +<p>Je fais jeter un pont sur l'Isonzo, j'en fais fortifier les deux +têtes, et je prends toutes les mesures, afin de faire voir aux +ennemis que nous ne craignons pas la guerre, et que nous +sommes prêts à la recommencer.</p> + +<p>Si la guerre recommence, il faudra faire en sorte que l'armée +du Rhin-et-Moselle et celle de Sambre-et-Meuse n'en +fassent qu'une, afin que l'ennemi se trouve entre l'armée d'Italie +et celle-là.</p> + +<p>L'armée du Rhin, qui a déjà six mille hommes de cavalerie, +se trouverait, avec les douze mille de l'armée de Sambre-et-Meuse, +en avoir dix-huit mille. L'infanterie de l'armée +de Rhin, jointe à celle de Sambre-et-Meuse, ferait une +armée immense. Si vous voulez me faire passer quatre nouvelles +demi-brigades avec trois mille hommes de cavalerie, je +vous promets d'être dans Vienne aux vendanges, de me réunir +sur le Danube avec l'armée du Rhin et de faire boire du +vin de Tockai aux paysans hongrois.</p> + +<p>Nos troupes sont arrivées à Corfou, et y ont été reçues +avec le plus grand plaisir. On se souvient encore en Albanie +et en Grèce, de Sparte et d'Athènes. J'ai déjà quelques correspondances +avec les principaux chefs du pays, et la Grèce +pourrait peut-être renaître de ses cendres.</p> + +<p>Les députés suisses sont venus me trouver, nous nous +sommes quittés fort bons amis.</p> + +<p>Conformément aux ordres que vous m'avez donnés, Bologne, +Ferrare et la Romagne sont réunis à la république cisalpine. +Mais j'ai pris le <i>mezzo termine</i> de ne pas m'en mêler. +Je vous envoie l'arrêté du directoire exécutif de la république +cisalpine.</p> + +<p>Si les choses se rompent, nous pourrions conclure un traité +d'alliance avec la république de Gênes, qui nous fournirait +trois mille hommes d'infanterie, trois cents hommes de cavalerie +et six pièces de canon attelées, ce qui est toujours un +très-bon secours dans l'immense carrière que je puis avoir à +parcourir.</p> + +<p>Je vous envoie la lettre que je voulais écrire à l'empereur, +et que je voulais envoyer par un de mes aides-de-camp.</p> + +<p>Mais tout ce qui arrive à Paris m'a fait craindre que l'on ne +s'amusât à gloser sur cette démarche.</p> + +<p>Le brave général Desaix est venu voir l'armée d'Italie. Ce +qu'il m'a dit de la situation de l'armée du Rhin n'est point +du tout rassurant.</p> + +<p>Quant à l'armée d'Italie, je vous assure qu'elle est digne +de la république, et que, si les choses se rompent, les Autrichiens +le paieront.</p> + +<p>Le général Augereau est parti hier pour Paris, où il m'a +demandé à aller pour des affaires particulières. Je profite de +cette occasion pour vous envoyer les adresses des divisions de +l'armée.</p> + +<p>Ces braves soldats ne reposent leur confiance que dans le +gouvernement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 thermidor an 5 + +(29 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, deux notes que je +crois essentielles et devoir être présentées à S. M. l'empereur: +l'une, relative à Raguse, que l'armée autrichienne a +occupée; l'autre, relative à l'argent qui est dû à l'armée du +Rhin par les princes d'Allemagne.</p> + +<p>Vous y trouverez également une note pour celles que je +crois que nous devons présenter au duo de Bavière et aux autres +princes qui doivent de l'argent aux armées du Rhin et +de Sambre-et-Meuse: si l'on pouvait sur-le-champ tirer +un ou deux millions, ce serait un grand gain.</p> + +<p>Hoche n'ayant pas l'âge, n'a pu être ministre de la guerre; +on m'assure que c'est Schérer qui sera être nommé.</p> + +<p>Il y a beaucoup de division entre le conseil des cinq-cents +et le directoire.</p> + +<p>Lenoir de la Roche, étant d'une santé faible, sera remplacé +par un autre ministre de la police.</p> + +<p>Il paraît que Hoche va s'embarquer pour l'Irlande.</p> + +<p>J'imagine que vous avez un chiffre pour correspondre +avec Perret: n'oubliez pas de lui dire de prendre tous les renseignemens possibles sur la situation militaire de l'empereur +dans ce moment-ci, et sur la valeur de ses levées en +Hongrie et ailleurs, ainsi que sur les fortifications qu'il pourrait +avoir faites à Gratz, Clagenfurth, ainsi que sur les têtes de +pont de la Drave et de la Save, et sur la route de Clagenfurth +à Bruck.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 thermidor an 5 + +(30 juillet 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef des Mainottes.</i></p> + +<p>Le consul de la république française à Trieste m'a instruit +de l'attention qu'avait eue votre seigneurie de m'envoyer +une députation pour me faire connaître le désir qu'elle +avait de voir dans son port des bâtimens français, et d'être +de quelque utilité aux braves soldats français de l'armée +d'Italie.</p> + +<p>Les Français estiment le petit, mais brave peuple Mainotte, +qui, seul de l'ancienne Grèce, a su conserver sa liberté. +Dans toutes les circonstances qui pourront se présenter, ils lui +donneront toujours des marques de leur protection et prendront +un soin particulier de favoriser ses bâtimens et tous ses +citoyens.</p> + +<p>Je prie votre seigneurie d'accueillir favorablement les +porteurs de cette présente, qui ont le plus grand désir de voir +de plus près les dignes descendans de Sparte, auxquels il n'a +manqué, pour être aussi renommés que leurs ancêtres, que de +se trouver sur un plus vaste théâtre.</p> + +<p>La première fois que quelques-uns des parens de votre seigneurie +auront occasion de venir en Italie, je la prie de vouloir +bien me les adresser. J'aurai un vrai plaisir à leur +donner des marques de l'estime que j'ai pour votre personne +et pour vos compatriotes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 thermidor an 5 + +(1er août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Après quinze jours d'une navigation assez heureuse, la +flotte qui était partie de Venise, composée de plusieurs vaisseaux +de ligne et de quelques frégates, sous les ordres du capitaine +Bourdet, ayant à bord quelques troupes de débarquement +commandées par le général Gentili, a mouillé dans +la rade de Corfou. Quatre bâtimens de guerre vénitiens, qui +s'y trouvaient, ont augmenté notre escadre.</p> + +<p>Le 10 messidor, nos troupes ont débarqué et pris possession +des forts de Corfou, où elles ont trouvé six cents pièces +de canon, la plus grande partie en bronze. Un peuple immense +était sur le rivage pour accueillir nos troupes avec les +cris d'allégresse et d'enthousiasme qui animent les peuples +lorsqu'ils recouvrent leur liberté.</p> + +<p>A la tête de tout ce peuple était le papas ou chef de la religion +du pays, homme instruit et d'un âge avancé.</p> + +<p>Il s'approcha du général Gentili et lui dit: «Français, +vous allez trouver dans cette île un peuple ignorant dans les +sciences et les arts qui illustrent les nations; mais ne le méprisez +pas pour cela, il peut devenir encore ce qu'il a été. +Apprenez, en lisant ce livre, à l'estimer».</p> + +<p>Le général Gentili ouvrit avec curiosité le livre que lui +présentait le papas, et il ne fut pas médiocrement surpris en +voyant l'Odyssée d'Homère.</p> + +<p>Les îles de Zante et de Céphalonie, de Saint-Maure ont le +même désir et expriment les mêmes sentimens pour la liberté. +L'arbre de la liberté est dans tous les villages; des municipalités +gouvernent toutes les communes, et les peuples espèrent +qu'avec la protection de la grande nation, ils recouvreront +les sciences, les arts et le commerce qu'ils avaient perdus sous +la tyrannie des olygarques.</p> + +<p>L'île de Corcyre était, selon Homère, la patrie de la princesse +Nausicaa. Le citoyen Arnaut, qui jouit d'une réputation +méritée dans les belles-lettres, me mande qu'il va s'embarquer +pour faire planter le drapeau tricolore sur les débris +du palais d'Ulysse.</p> + +<p>Le chef des Mainottes, peuple vrai descendant des Spartiates +et qui occupe la péninsule où est situé le cap de Matapan, +m'a envoyé un des principaux du pays pour me marquer +le désir qu'il aurait de voir dans son port quelques +vaisseaux français, et d'être utile en quelque chose au grand +peuple.</p> + +<p>Je lui ai répondu la lettre dont je vous envoie la copie.</p> + +<p>Je n'ai pas encore de nouvelles de l'amiral Brueys.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 14 thermidor an 5. + +(1er août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Joubert.</i></p> + +<p>Il y a à Vicence, citoyen général, la veuve Brissac, fille du +respectable Mancini-Nivernois: elle est hors de France depuis +1787. Je ne vois point d'inconvénient à ce que vous lui +donniez un passe-port pour se rendre au quartier-général, +comme je lui en ferai donner un pour se rendre en France; +je vous prie même, si l'occasion s'en présentait naturellement, +de lui faire des honnêtetés. Son père, que vous connaissez +peut-être de réputation, est un littérateur célèbre.</p> + +<p>L'adresse de votre division a été goûtée à Paris.</p> + +<p>Hoche n'ayant pas l'âge, le général Schérer a été nommé +ministre de la guerre.</p> + +<p>On est toujours à Paris aussi agité: les messieurs sont divisés +entre eux.</p> + +<p>L'armée de Sambre-et-Meuse se prononce avec la plus +grande vigueur.</p> + +<p>Le général Desaix est ici depuis plusieurs jours: il m'assure +que l'armée du Rhin partage les mêmes sentimens que +l'armée d'Italie.</p> + +<p>Le général Serrurier vient d'arriver; il est indigné du +royalisme qui agite l'intérieur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 16 thermidor an 5 + +(3 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Note remise au ministre de Sa Sainteté.</i></p> + +<p>Lors du traité de Tolentino, messieurs les plénipotentiaires +de Sa Sainteté et les plénipotentiaires français entrevirent +le moment où il serait possible de rapprocher le Saint-Siège +de la France, et où le pape et le gouvernement français +pourraient employer réciproquement leur prépondérance +pour consolider la tranquillité intérieure des deux états et +concourir à leur satisfaction commune.</p> + +<p>Le moment actuel est l'instant propice pour commencer à +mettre à exécution ce grand oeuvre, où la sagesse, la politique +et la vraie religion doivent jouer un grand rôle.</p> + +<p>Le gouvernement français vient de permettre de r'ouvrir les +églises du culte catholique, apostolique et romain, et d'accorder +à cette religion tolérance et protection.</p> + +<p>Ou les prêtres profiteront de ce premier acte du gouvernement +français dans le véritable esprit de l'Évangile, en concourant +à la tranquillité publique et en prêchant les véritables +maximes de charité, qui sont le fondement de la religion de +l'Évangile: alors je ne mets plus en doute qu'ils n'obtiennent +une protection plus spéciale, et que ce ne soit un heureux +commencement vers le but tant désiré.</p> + +<p>Ou si les prêtres se conduisent d'une manière tout opposée, +ils seront de nouveau persécutés et chassés.</p> + +<p>Le pape, comme chef des fidèles et centre commun de la +foi, peut avoir une grande influence sur la conduite que +tiendront les prêtres. Il pensera peut-être qu'il est digne de +sa sagesse, de la plus sainte des religions, de faire une bulle +ou mandement qui ordonne aux prêtres obéissance au gouvernement, +et de faire tout ce qui sera en leur pouvoir pour +consolider la constitution établie. Si cette bulle est conçue +dans des termes précis et convenables au grand but qu'elle +peut produire, elle sera un grand acheminement vers le bien +et extrêmement avantageuse à la prospérité de la religion.</p> + +<p>Après cette première opération, il serait utile de connaître +les mesures qui pourraient être prises pour réconcilier les +prêtres constitutionnels avec les prêtres non constitutionnels; +enfin les mesures que pourrait proposer la cour de Rome pour +lever tous les obstacles et pour ramener aux principes de religion +la majorité du peuple français. Je prie M. le ministre +de Sa Sainteté de vouloir bien communiquer ces idées au +pape, et de me faire connaître le plus tôt possible sa réponse.</p> + +<p>Le désir d'être utile à la religion est un des principaux motifs +qui m'ont dicté la présente note.</p> + +<p>La théologie simple et pure de l'Évangile; la sagesse, la +politique et l'expérience du pape peuvent, si elles sont exclusivement +écoutées, avoir des résultats heureux pour la chrétienté +et la gloire personnelle de Sa Sainteté, qui connaît les +sentimens particuliers d'affection que je lui ai voués.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 17 thermidor an 5 + +(4 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Je crois essentiel, citoyen général, que vous vous rendiez +le plus tôt possible à Venise, en laissant à Corfou le vaisseau +vénitien que vous y prendrez à votre retour.</p> + +<p>Vous trouverez à Venise des habillemens pour deux mille +matelots et sept cents hommes d'infanterie, vos vivres pour +deux mois, et 500,000 fr. pour payer vos matelots.</p> + +<p>Pendant ce temps-là, vous donnerez une instruction à l'officier +que vous laisserez à Corfou, pour qu'il complète les +équipages des vaisseaux vénitiens, et qu'on les mette dans le +meilleur état pour leur retour.</p> + +<p>Votre présence à Venise vous mettra à même de prendre +vos vivres et les hommes dont vous avez besoin pour armer +les vaisseaux vénitiens.</p> + +<p>Vous vous mettrez à même de pouvoir cacher pendant +près de deux mois l'intention où nous sommes d'enlever tous +les vaisseaux vénitiens, et pendant cet intervalle les cinq +vaisseaux qui sont sur le chantier se trouveront à peu près +terminés.</p> + +<p>La présence de votre escadre à Venise ne fera qu'un bon +effet aux négociations qui sont entamées dans ce moment-ci +avec l'empereur, qui, devant être nécessairement terminées +dans un mois, nous mettront à même de nous être extrêmement +utiles dans les opérations de la campagne, si elle devait +avoir lieu.</p> + +<p>Avant de partir de Corfou, vous devez dire à tous les officiers, +gouverneurs et agens vénitiens, que votre intention +est de réunir les forces vénitiennes avec l'escadre française +pour reconquérir la Dalmatie, et que vous vous rendez en +conséquence à Venise pour y prendre des troupes.</p> + +<p>Quand vous arriverez à Venise, vous y verrez le général +Baraguay d'Hilliers: vous vous présenterez au gouvernement +central de cette république, et, sans prononcer proprement le +nom de Dalmatie, vous leur direz qu'il est important de réunir +les forces navales françaises et vénitiennes, pour vous +mettre à même de remplir une grande mission dont vous devez +recevoir les dernières instructions de moi, et vous laisserez +entrevoir que cette mission est l'expédition de la Dalmatie.</p> + +<p>Lorsque vous serez arrivé à Venise, si mes occupations +me le permettent, je m'y transporterai: nous aurons de +toute manière l'occasion de nous y voir et d'y conférer sur +nos opérations ultérieures.</p> + +<p>Je vous prie de croire au désir que j'ai de renouveler votre +connaissance, et de vous donner des preuves de l'estime et +de la considération que je vous ai vouées.</p> + +<p><i>P.S.</i> On charge, à Venise, deux bâtimens d'objets de +marine de toute espèce, vous pourrez les escorter en France +avec votre escadre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 thermidor an 5 + +(7 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>A son altesse royale le duc de Parme.</i></p> + +<p>On cherche à donner des inquiétudes à V.A.R., on suppose +des sujets de brouillerie entre elle et la république +française.</p> + +<p>Je me fais un devoir d'assurer V.A.R. que le directoire +exécutif de la république française, n'ayant qu'à se louer de +la conduite de V.A.R. pendant toute la guerre d'Italie, +saisira toutes les occasions de témoigner à V.A.R. les sentimens +qu'il doit à ses bons procédés: en mon particulier, +ayant été le témoin de l'accueil et des bons soins que S.A.R. +a toujours eus pour nos frères d'armes, je serai toujours +flatté de pouvoir faire quelque chose qui lui soit agréable. A +ce sentiment de reconnaissance doit se joindre un sentiment +d'estime: j'ai vu les états de V.A.R., et je me suis dit qu'il +faudrait que les princes de l'Europe apprissent en Toscane à +conserver leurs trônes, en les fondant sur la modération et +la félicité de leurs peuples.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 thermidor an 5 + +(7 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p> + +<p>Dès l'instant, citoyen général, que j'aurai des nouvelles +de l'arrivée de M. le marquis de Gallo et de M. de Degelmann, +et qu'ayant pris connaissance de leurs pouvoirs, vous +m'assurerez qu'ils ont la faculté nécessaire pour négocier, je +me rendrai en toute diligence à Udine: je vous prie de +m'envoyer par le courrier les notes de Perret sur la situation +de Vienne et de l'armée impériale de Gratz et de Clagenfurth.</p> + +<p>J'attends à chaque instant un courrier de Paris.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 thermidor an 5 + +(9 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur de vous faire passer, citoyen ministre, copie +d'une lettre que je reçois d'Udine, du général Clarke. Je +me rendrai à Udine dès l'instant que je saurai l'arrivée de +M. de Gallo avec ses pleins pouvoirs.</p> + +<p>J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire +le 14 thermidor. J'attends à chaque instant que vous +me fassiez connaître le parti que prendra le directoire, voulant +la paix promptement; je ne doute pas qu'il ne soit nécessaire +de faire quelques démarches qui en imposent à la +cour de Vienne, sans quoi ils traîneront toujours en longueur, +parce qu'ils attendent tout de leurs menées dans l'intérieur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 thermidor an 5 + +(9 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai annoncé, après la bataille de Rivoli, vingt-un +drapeaux, et je ne vous en ai envoyé que quinze ou seize.</p> + +<p>Je vous envoie, par le général Bernadotte, les autres, qui +avaient été laissés par mégarde à Peschiera.</p> + +<p>Cet excellent général, qui a fait sa réputation sur la rive du +Rhin, est aujourd'hui un des officiers les plus essentiels à la +gloire de l'armée d'Italie. Il commande les trois divisions qui +sont sur les frontières d'Allemagne, je vous prie de vouloir +bien l'envoyer à l'armée d'Italie le plus tôt possible.</p> + +<p>Je ne dois pas laisser passer cette occasion sans donner à +sa brave division et aux troupes qui, l'année dernière, sont +venues du Rhin et de Sambre-et-Meuse pour l'armée d'Italie, +le tribut d'éloges que je dois à leurs services.</p> + +<p>Dans toutes les occasions, elles ont culbuté ce qui était +devant elles. Au passage du Tagliamento, comme à l'attaque +de Gradisca, elles ont montré ce courage et ce zèle ardent +pour la gloire nationale, qui distinguent les armées de la république.</p> + +<p>Vous voyez dans le général Bernadotte un des amis les plus +solides de la république, incapable, par principes comme par +caractère, de capituler avec les ennemis de la liberté pas +plus qu'avec l'honneur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 thermidor an 5 +(9 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien donner ordre que l'on fasse arrêter sur-le-champ +le garde-magasin de vivres de Milan, le faire traduire en prison, et le faire juger par un conseil militaire, +pour avoir donné, depuis huit jours, du pain détestable à +la troupe et capable de faire tomber malades les soldats;</p> + +<p>Comme convaincu, en outre, d'avoir fabriqué du pain +blanc et d'en avoir donné à qui la loi n'en accorde pas, et +d'avoir offert aux soldats une ration de pain blanc pour deux +rations de pain ordinaire, lorsqu'il est évident qu'il ne fait +fabriquer ce pain blanc qu'en faisant celui de la troupe de la +plus mauvaise qualité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 thermidor an 5 + +(9 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de l'état-major.</i></p> + +<p>Le général en chef arrête:</p> + +<p>ART 1er. Le général de brigade Point est nommé inspecteur +des hôpitaux entre la Brenta et le Mincio.</p> + +<p>2. Le général Dessoles est nommé inspecteur des hôpitaux +entre l'Isonzo et la Brenta.</p> + +<p>3. Le général Vignolles est nommé inspecteur des hôpitaux +entre le Tesin et le Mincio.</p> + +<p>4. Ils se mettront sur-le-champ en route pour faire la tournée +de tous les hôpitaux: ils auront soin de s'assurer du nombre +des malades y existans, de la moralité des différens employés; +de prendre note des plaintes qui pourront être portées +par les malades: ils sont autorisés à faire arrêter sur-le-champ +les employés contre lesquels il y aurait des plaintes; +ils prendront note des approvisionnemens de la pharmacie et +de ce qui est dû à chaque employé, soit pour sa solde, soit +pour les différens abonnemens que les entrepreneurs auraient +faits avec eux.</p> + +<p>5. Ils auront soin d'ordonner aux commissaires des guerres +chargés du service des hôpitaux et au contrôleur ambulant, +que l'on ne fasse aucune évacuation, mais que l'on proportionne, +dans chaque ville, le nombre des hôpitaux au +nombre des malades.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 thermidor an 5 + +(11 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien ordonner au général Duphot, qui doit +partir cette nuit pour Verone, de suspendre son départ, +et, au lieu de cela, de partir, dans le plus court délai, pour +se rendre à Gênes, organiser les troupes de cette république, +en conséquence de la demande qui m'a été faite d'un général +français par le gouvernement de Gênes: il s'adressera au citoyen +Faypoult, et viendra chercher demain ici ses lettres de +créance pour le gouvernement provisoire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Milan, le 24 thermidor an 5 + +(11 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>A l'administration centrale du département de Saône-et-Loire.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyens, votre lettre du 15 thermidor. Je vous +remercie des soins que vous avez bien voulu avoir pour les +blessés de l'armée d'Italie: vous en trouverez le prix dans votre +satisfaction, et dans la reconnaissance de tous les défenseurs +de la patrie. Je me suis empressé de faire mettre à l'ordre du +jour de l'armée les obligations que nous nous trouvons avoir +contractées envers vous.</p> + +<p>Je vous prie de croire, citoyens administrateurs, aux sentimens +d'estime que m'inspire votre conduite, et au désir que +j'ai de pouvoir vous témoigner ma gratitude.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 thermidor an 5 + +(12 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Faypoult.</i></p> + +<p>L'ordonnance qui interdit l'entrée du territoire cisalpin aux +Piémontais a eu véritablement pour but d'empêcher beaucoup +d'individus de la cour de Turin qui craignaient la révolution, +de venir à Milan. Il est cependant vrai que, nous +étant maintenus en bonne harmonie avec la cour de Turin +pendant tout le temps qu'a duré son mouvement, il est plus +essentiel que nous continuions ainsi dans les circonstances présentes; +mais le citoyen Miot se plaint déjà de ce que la cour +de Turin abuse de sa victoire et se porte à des excès de toute +espèce. La cour de Turin arme les paysans, quoique je lui +eusse fait sentir combien cette mesure était dangereuse.</p> + +<p>Plusieurs Français ont déjà été assassinés, à ce qu'on assure, +du côté d'Alexandrie. Je crois donc que, jusqu'à ce +qu'on voie le parti que prendra la cour, il ne faut rien faire +qui puisse nous ôter les moyens de la tenir en respect; et +d'ailleurs il serait contre le droit des gens et contre nos principes +de refuser de donner refuge à des hommes persécutés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 thermidor an 5 + +(12 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Miot.</i></p> + +<p>On ne peut voir qu'avec horreur, citoyen ministre, les +excès auxquels se porte la cour de Turin: quoique je lui aie +fait dire par M. Bossi que je m'opposerais à l'armement des +paysans, elle arme de tous côtés, et déjà les assassinats commencent.</p> + +<p>Je vous prie donc de présenter sur-le-champ une note, +pour qu'elle ait à désarmer sans délai les paysans, et à +ramener la tranquillité dans ses états.</p> + +<p>Les paysans qu'elle a armés en masse du côté d'Alexandrie +ont déjà assassiné plusieurs Français: vous voyez combien +il est urgent de faire finir cela le plus tôt possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 thermidor an 5 + +(16 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>L'empereur paraît diriger toutes ses forces vers l'Italie: +les nombreuses recrues qu'il fait, jointes aux prisonniers +qu'on lui a rendus et qu'il a le temps d'exercer, le mettront +dans le cas de m'opposer une armée formidable. Peut-être +jugerez vous essentiel de faire passer à l'armée d'Italie une +augmentation de cavalerie, quelques compagnies d'artillerie +et quelques demi-brigades d'infanterie.</p> + +<p>Vous jugerez également nécessaire d'ordonner au général +Kellermann de renvoyer de l'armée des Alpes tous les détachemens +qu'il a des demi-brigades appartenant à l'armée +d'Italie.</p> + +<p>J'ai envoyé à la citadelle de Corfou les deux premiers bataillons +de la soixante-dix-neuvième, je désirerais que vous +donnassiez l'ordre au général Sabuguet de nous faire passer +le troisième, qui se trouve à Avignon, et que je ferai également +partir pour Corfou.</p> + +<p>Les îles de Corfou, de Zante et de Céphalonie sont plus +intéressantes pour nous que toute l'Italie ensemble.</p> + +<p>Je crois que si nous étions obligés d'opter, il vaudrait +mieux restituer l'Italie à l'empereur, et garder les quatre +îles, qui sont une source de richesses et de prospérité pour +notre commerce. L'empire des Turcs s'écroule tous les jours.</p> + +<p>La possession de ces îles nous mettra à même de le soutenir +autant que cela sera possible, ou d'en prendre notre part.</p> + +<p>Les temps ne sont pas éloignés où nous sentirons que, +pour détruire véritablement l'Angleterre, il faut nous emparer +de l'Égypte. Le vaste empire ottoman, qui périt tous les +jours, nous met dans l'obligation de penser de bonne heure +à prendre des moyens pour conserver notre commerce du +Levant.</p> + +<p>Les citadelles de Corfou, de Zante et de Céphalonie sont +en très-bon état, pourvues d'une nombreuse artillerie: je fais +réparer les affûts et je viens d'y envoyer des vivres et des +munitions pour un an. Je désirerais donc avoir le troisième +bataillon de la soixante-dix-neuvième demi-brigade, que +j'y ferais passer. Je vais y envoyer deux mille Cisalpins.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 thermidor an 5 + +(16 août 1797).</p> + +<p class="milieu">Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie.</p> + +<p>Voulant donner, au nom de la république française, à la +Sublime-Porte une marque de son estime et de son amitié, +ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Aux généraux commandant les différentes places +de commerce occupées par les Français en Italie, d'accorder +une protection spéciale aux sujets ottomans, grecs, et surtout +aux Albanais.</p> + +<p>2. Tout sujet ottoman sera maître de se loger où il lui +plaira, sans que l'on puisse les astreindre à demeurer tous +dans une même maison, et à rentrer à une heure fixe.</p> + +<p>3. Les bâtimens de la république accorderont protection +et secours aux bâtimens portant pavillon ottoman, et spécialement +aux Grecs et aux Albanais.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 29 thermidor an 5 + +(16 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha de Scutari.</i></p> + +<p>J'ai lu avec le plus grand plaisir les choses flatteuses contenues +dans la lettre de votre seigneurie.</p> + +<p>La république française est l'amie vraie de la Sublime-Porte; +elle estime plus particulièrement la brave nation albanaise +qui est sous vos ordres.</p> + +<p>J'ai entendu avec douleur le malheur arrivé à votre illustre +frère: cet intrépide guerrier méritait un sort digne de son +courage; mais il est mort de la mort des braves.</p> + +<p>J'envoie à votre seigneurie l'ordre que j'ai donné pour que +désormais le pavillon ottoman puisse voyager sans inquiétude +dans l'Adriatique. Non seulement les Turcs seront traités +comme les autres nations, mais même avec une espèce de +partialité. J'ai détruit l'usage barbare des..... Dans toutes +les occasions, je protégerai les Albanais, et je me ferai un +plaisir de donner à votre seigneurie une marque de mon estime +et de la haute considération que j'ai pour elle.</p> + +<p>Je prie votre seigneurie de recevoir comme une marque de +mon amitié les quatre caisses de fusils que je lui envoie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 3 fructidor an 5 + +(20 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Grogniard, ordonnateur de la marine, à +Toulon.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 13 thermidor, avec +celle qui y était jointe.</p> + +<p>Pitt n'aurait pas pu se conduire d'une manière plus contraire +à notre marine, que viennent de le faire, à l'égard de +la marine de Toulon, les commissaires de la trésorerie.</p> + +<p>La solde des marins du département de Toulon était arriérée +depuis trois mois; ils refusaient, en conséquence, de +s'enrôler, et empêchaient par-là le contre-amiral Brueys de +partir.</p> + +<p>La même raison vous empêchait de m'envoyer des officiers +marins et des matelots pour l'armement des vaisseaux +vénitiens.</p> + +<p>Je vous envoie un million provenant des contributions de +l'armée d'Italie, afin de vous mettre à même de subvenir à +ces dépenses urgentes, et de remplir le premier devoir qui est +imposé par la loi à la trésorerie: et ses commissaires ont l'impudence +de vous ôter ce million! et vous avez la faiblesse d'y +consentir!</p> + +<p>Je ne suis pas votre juge; mais si vous étiez sous mes ordres, +je vous mettrais aux arrêts pour avoir obtempéré à une +réquisition ridicule et avoir laissé partir ce million pour Paris, +lorsque la trésorerie ne remplit pas son devoir le plus sacré, +qui est la solde de vos marins: peut-être que les commissaires +ne se doutaient pas combien ils entravaient la marche de nos +opérations, et combien ils faisaient de tort aux armes de la +république, en vous ôtant ce million dans ce moment-ci.</p> + +<p>La trésorerie, me dites-vous, donne l'ordre au payeur de +l'armée d'Italie de fournir un autre million à Toulon; les commissaires +savent cependant mieux que personne que l'argent +que la caisse de l'armée d'Italie a fourni, joint aux dépenses +immenses d'une armée aussi nombreuse, nous mettent désormais +dans l'impossibilité de subvenir aux besoins d'autres +services que celui de l'armée.</p> + +<p>L'amiral Brueys me mande de Corfou qu'il arrive à Venise, +et qu'il est arriéré de quatre mois de solde: c'est encore un +surcroît de dépense très-considérable pour la caisse de l'armée; +mais nous chercherons à y subvenir en tout ou en +partie. Le soldat de l'armée d'Italie se fera toujours un plaisir +de partager son pain avec les braves marins.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, aux sentimens, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 4 fructidor an 5 + +(21 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Clarke.</i></p> + +<p>Je pars demain, citoyen général, pour me rendre à la campagne +près de Godroïpo: si l'intention des plénipotentiaires +est de se loger à la campagne, je dirai au général Victor de +se donner les sollicitudes nécessaires pour trouver aux environs +un logement convenable. S'ils préfèrent rester à Udine, +on pourra tenir alors nos conférences alternativement à Udine +et à la campagne.</p> + +<p>La paix avec le Portugal est signée. Je vous prie de me +renvoyer le courrier par Trévise, Padoue, Vicence et Verone, +afin que je sois instruit si le troisième plénipotentiaire +est arrivé; car, comme j'ai beaucoup à faire dans mes divisions, +je ne voudrais pas arriver avant M. Degelmann; je +trouverais fort désagréable de rester cinq ou six jours à la +campagne sans rien faire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 fructidor an 5 + +(23 août 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je n'ai que six mille hommes de grosse cavalerie, le général +Kellermann en a trois cents à Lyon qui y sont très-inutiles, +et cela me compléterait tout le cinquième régiment de +cavalerie; il est indispensable que vous me l'envoyiez à +l'armée.</p> + +<p>Le neuvième de dragons a aussi 300 hommes à Lyon, et +le dix-huitième de dragons, 409 hommes à Marseille et à +Bordeaux.</p> + +<p>Il serait bien utile que vous donnassiez les ordres pour +que ces détachemens rentrassent. L'armée d'Italie est très-faible +en cavalerie. L'arrivée, d'ailleurs, de ces détachemens +fera un très-bon effet dans l'esprit de l'empereur, qui a redoublé +d'activité pour armer et se mettre en défense.</p> + +<p>Si la campagne s'ouvre, il me faudrait un peu de cavalerie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + + + +FIN DU TOME PREMIER + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12230 ***</div> +</body> +</html> |
