diff options
| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:38:58 -0700 |
|---|---|---|
| committer | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:38:58 -0700 |
| commit | febfaa91844dad281fd0ea63bfeeebf05ef7245b (patch) | |
| tree | 4a94c0361c3d0236fae018d68f173e8193b5ee9c /old/12105-h | |
Diffstat (limited to 'old/12105-h')
| -rw-r--r-- | old/12105-h/12105-h.htm | 10209 |
1 files changed, 10209 insertions, 0 deletions
diff --git a/old/12105-h/12105-h.htm b/old/12105-h/12105-h.htm new file mode 100644 index 0000000..abdd3e4 --- /dev/null +++ b/old/12105-h/12105-h.htm @@ -0,0 +1,10209 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> + <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1"> + <title>The book</title> + <meta name="author" content=" "> + +<style type=text/css> + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} + +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 20%; text-align: center} + +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; font-weight: bold; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; + width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} + +span.pagenum {font-size: 8pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute} + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} + + + +a:link {color: blue; text-decoration: none} +link {color: blue; text-decoration: none} +a:visited {color: blue; text-decoration: none} +a:hover {color: red} + + +</style> + +</head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of La lutte pour la santé, by Dr. Burlureaux + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: La lutte pour la santé + +Author: Dr. Burlureaux + +Release Date: April 21, 2004 [EBook #12105] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA LUTTE POUR LA SANTÉ *** + + + + +Produced by Joris Van Dael, Renald Levesque and the Online Distributed +Proofreading Team. + + + + + + +</pre> + + + +<H1>LA LUTTE<br> +POUR LA SANTÉ</h1> + +<h4>DU MÊME AUTEUR</h4> + +<p><b>Considérations sur la folie paralytique</b> Paris, J.-B. Baillière, +1874.</p> + +<p>Article <b>Épilepsie du Dictionnaire encyclopédique des Sciences +médicales</b> (1886).</p> + +<p><b>Pratique de l'antisepsie dans les «maladies» contagieuses</b> (Prix +Stansky, de l'Académie de médecine). J.-B Baillière, éditeur +(1892).</p> + +<p><b>Traitement de la Tuberculose par la créosote</b> (Couronné par +l'Institut, Prix Bréant). 1 vol. in-8°, Rueff, éditeur, 1894.</p> + +<p><i>En préparation</i>:<br> + +<b>Psychothérapie et Morale religieuse.</b></p> +<br><br><br> + +<h2>Dr. BURLUREAUX</h2> + +<h4>PROFESSEUR AGRÉGÉ LIBRE DU VAL-DE-GRACE</h4> + + + +<h1>LA LUTTE POUR LA SANTÉ</h1> + + + +<h3>ESSAI DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE</h3><br><br> + +<p>PARIS<br> + +1908</p><br> + +A MON CHER LUCIEN CLAUDE<br> + +EN TÉMOIGNAGE DE MA VIVE AFFECTION<br> + +ET EN SOUVENIR<br> + +DE NOS CAUSERIES MÉDICO-PHILOSOPHIQUES<br><br><br> + +<h3>PRÉFACE</h3> + + +<p>La «lutte pour la santé» qui fait le sujet de +ce livre n'est pas celle qu'ont entreprise, et que +poursuivent avec un succès toujours plus marqué, +nombre de ligues et sociétés philanthropiques. +Certes, personne n'admire plus que moi l'effort +généreux de ces sociétés. Qu'il s'agisse de combattre +la mortalité infantile, ou de répandre et +de faire appliquer les règles de l'hygiène, ou +encore d'enrayer l'extension de ces trois plaies +sociales, la tuberculose, l'alcoolisme, et la +syphilis, ce sont là des campagnes infiniment +bienfaisantes; et je considère comme un honneur +d'avoir pu, modestement, prendre ma part +de quelques-unes d'entre elles.</p> + +<p>Mais à côté de cette grande lutte collective, +il y a une autre «lutte pour la santé», tout +individuelle, qui se livre tous les jours dans la +vie de chacun de nous. Celle-là est une forme +de la loi universelle de la lutte pour l'existence. +Sans cesse, depuis l'instant où nous naissons, +notre organisme tend à maintenir ou à rétablir +cet équilibre de ses forces que l'on appelle «la +santé»; et sans cesse une foule d'influences, +intérieures ou venues du dehors, tendent à +détruire cet équilibre, éminemment instable.</p> + +<p>Ces influences varient à l'infini, suivant l'âge, +le sexe, l'hérédité, les conditions de la vie: +mais toutes travaillent, en nous, à la même fin; +et l'on peut dire que l'histoire entière de notre +vie physique n'est que l'histoire des péripéties +de la «lutte» incessante qui se déroule entre +elles et la tendance naturelle de l'être à persévérer +dans son être. Et si, parmi ces influences +hostiles à notre santé, beaucoup ont un caractère +fatal et inévitable, s'il y a malheureusement +beaucoup de causes de «maladie» contre +lesquelles nous sommes désarmés, il y en a +aussi un très grand nombre qui peuvent être +évitées, ou combattues victorieusement. Toute +la médecine, en fait, ne consiste qu'à aider la +nature dans sa lutte contre elles.</p> + + + +<p>Mais la médecine est moins une science qu'un +art. De la multiplicité des circonstances, de la +diversité des esprits, il résulte que chaque +médecin, quand il est parvenu à un certain +point de sa carrière, s'aperçoit que l'ensemble +de ses observations et de ses réflexions l'a amené +à se faire une expérience propre, personnelle, +des conditions générales de la «lutte pour la +santé» et des moyens d'aider l'organisme à la +bien conduire. C'est le fruit de mon expérience +particulière que j'ai essayé de recueillir et de +présenter, dans le livre que voici.</p> + +<p>De longues années de pratique médicale m'ont +donné l'occasion de voir, sous des aspects très +variés, la naissance et l'évolution de la «maladie». +J'ai aussi vu à l'oeuvre bien des méthodes de +traitement, anciennes et nouvelles. Pénétré, +dès le début, de l'importance de la tâche qui +m'était confiée, je me suis efforcé de ne subir +aucun parti pris d'école ni de doctrine, de ne +rien rejeter ni de ne rien admettre sans l'avoir +contrôlé, de borner toujours mon ambition à +empêcher ou à soulager la souffrance par tous +les moyens,—que l'idée de ces moyens me +vînt de moi-même ou d'autrui, qu'ils fussent ou +non approuvés par les autorités du moment, +qu'ils appartinssent à la thérapeutique d'hier +ou à celle de demain. Et maintenant, ayant parcouru +déjà une grande partie de ma route, il +m'a semblé que j'avais le devoir de faire profiter +les autres de tout ce que mon expérience, +ainsi acquise, pouvait contenir d'intéressant et +d'utile pour eux.</p> + +<p>C'est dire que ce petit livre s'adresse à tout +le monde. Je n'ai pas voulu en faire une thèse +scientifique, mais plutôt quelque chose comme +ces <i>Conseillers de la Santé</i> que l'on était assuré +de trouver, autrefois, au chevet du lit de nos +grands-parents. Laissant aux ouvrages spéciaux +l'étude des «maladies» accidentelles, de ces chocs +extérieurs où notre organisme est sans cesse +exposé, je m'en suis tenu aux différentes manifestations +de ce que j'appellerai, d'un terme +général, la «maladie», en entendant par là +cette rupture de l'équilibre normal de nos forces, +cette dépréciation plus ou moins complète de +notre capital biologique, qui se produit, tôt ou +tard, dans l'existence de chaque créature +humaine, et s'exprime par une variété infinie +de symptômes morbides. J'ai essayé d'indiquer +les principales causes qui, aux différents âges, +depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, risquent +de compromettre ou de détruire la santé; et +surtout j'ai essayé de montrer, au fur et à +mesure, par quels moyens ces causes peuvent +être évitées, ou leurs mauvais effets heureusement +réparés.</p> + +<p>Plusieurs de ces moyens étonneront peut-être +le lecteur, accoutumé aux complications savantes +de la médecine d'aujourd'hui; et leur simplicité +même lui semblera peut-être avoir quelque chose +de révolutionnaire. C'est un danger que j'ai +prévu, et que, certes, je n'affronte pas de gaîté +de coeur. Mais il n'y a pas une ligne de mon +livre qui ne dérive, à la fois, d'une expérimentation +méthodique et de réflexions patiemment +mûries. Si jamais l'on peut être sûr de quelque +chose, en une matière aussi variable et aussi +délicate, je suis sûr de l'efficacité des +avertissements et des conseils qu'on trouvera ici. +Puissent-ils seulement être entendus, et porter +leur fruit!</p> + + + +<p>Ce livre était déjà sous presse lorsque j'ai reçu l'intéressant +ouvrage de mon confrère et ami le Dr. Sigaud sur <i>Les Origines +de la «maladie»</i> (1 vol. Maloine, 1906). Je regrette de +n'avoir pas pu en citer certaines pages qui s'accordent avec +les idées que j'ai moi-même exprimées sur plusieurs points, +et, notamment, sur le danger qu'il y a à attacher trop +d'importance aux symptômes en pathologie.</p> + + +<br><br><br> +<h2>LA LUTTE +POUR LA SANTÉ</h2> + + + +<h3>PREMIÈRE PARTIE</h3> + + + +<h4>CHAPITRE I</h4> + +<h4>LE CAPITAL BIOLOGIQUE</h4> + + +<p>L'hypothèse joue, dans les progrès do toutes les +connaissances humaines, un rôle considérable; ce +n'est une nouveauté pour personne, mais cette +vérité nous a été récemment rappelée, et exposée +avec une clarté nouvelle, par le remarquable travail +de M. Poincaré, intitulé: <i>La Science et l'Hypothèse.</i> +Il y est démontré que ni les mathématiques, +ni les sciences physiques ou chimiques, ne pourraient +exister si elles n'avaient pour point de départ +des hypothèses. «Il y a, dit M. Poincaré, plusieurs +sortes d'hypothèses: les unes sont vérifiables, +et, une fois confirmées par l'expérience, +deviennent des vérités fécondes; les autres, sans +pouvoir nous induire en erreur, peuvent nous +être utiles en fixant notre pensée; d'autres enfin +(comme le <i>postulatum</i> d'Euclide) ne sont des hypothèses +qu'en apparence, et se réduisent à des définitions +et à des conventions déguisées». Plus +encore que les sciences dites exactes, les études +biologiques ont besoin du secours de l'hypothèse, +car c'est d'elles que l'on peut surtout dire que +«nous n'y savons le tout de rien.»</p> + +<p>Sans avoir aucunement la prétention de bouleverser +les sciences biologiques, mais simplement +pour m'aider à fixer ma pensée, je demanderai, à +mon tour, qu'on m'accorde une sorte de <i>postulatum</i>, +qui nous aidera à nous rendre compte de la plupart +des phénomènes de la biologie et de la pathologie.</p> + +<p>Voici ce <i>postulatum</i>:</p> + +<p>Je supposerai que chaque être, en naissant, +reçoit un certain capital d'énergie vitale, de la +valeur et de l'emploi duquel dépendront et sa +santé, et sa longévité: un capital donnant des intérêts +variables suivant chaque individu et suivant +chaque période de la vie. J'ajouterai que ce capital +peut être, à toute période de la vie, amoindri par +une cause accidentelle, et que les intérêts qu'il produit +sont également variables aux diverses périodes +de la vie.</p> + +<p>Or, cette hypothèse étant accordée, l'objet du présent +travail sera d'étudier, d'un bout à l'autre de la +vie, la meilleure manière de faire valoir ce capital, et +de le défendre contre les influences qui ne cessent +pas de le menacer. Ces influences sont ce qu'on +appelle les «causes morbigènes», et leurs assauts +sont ce qu'on appelle les «maladies».</p> + +<p>L'homme malade est donc, dans notre hypothèse, +celui qui vient de subir une de ces diminutions de +son capital biologique: d'où il résulte que, avant +d'étudier le malade, et les causes morbigènes, nous +devons d'abord envisager le capital initial, et les +causes qui en font varier la valeur.</p> + +<p>Considéré au point de vue théorique, c'est-à-dire +en négligeant les influences qui peuvent le faire +accidentellement diminuer, le capital initial est +comparable à la force qui lance un projectile dans +l'espace. Or, les mathématiciens savent exactement +quelle doit être la courbe parcourue par le projectile, +du moment qu'ils connaissent la vitesse initiale et la +masse. Et pareillement nous pourrions, nous aussi, +prévoir la courbe que suivra la santé d'un sujet, si +nous pouvions connaître exactement le capital de +vie qu'il apporte en naissant. Mais le fait est que, +chez les différents êtres humains, le capital initial +varie dans des proportions si énormes que nous +ne pouvons guère nous flatter d'en avoir une notion +précise.</p> + +<p>Pour des causes que nous chercherons à analyser, +il y a des êtres chez qui le capital initial est +nul: ce sont eux qui meurent en naissant, ou un +ou deux jours après leur naissance, sans «maladies» +ni lésions appréciables; tels certains enfants de +syphilitiques, qui meurent parce qu'il n'ont pas la +force de vivre.</p> + +<p>A l'autre extrémité de l'échelle se placent les +aristocrates de la santé, doués d'un capital énorme, +et qu'on voit atteindre à des âges avancés sans avoir +jamais été malades, sans avoir jamais pris de précautions +spéciales pour conserver leur santé. +Ainsi, j'ai connu, non comme médecin, mais +comme ami, un général mort à quatre-vingt-douze +ans, et qui n'avait jamais été arrêté par la moindre +indisposition. On peut même dire qu'il est mort +sans «maladie»; il a tout simplement cessé de vivre, +comme le boulet, arrivé à la fin de sa course, cesse +de progresser et rentre dans l'immobilité.</p> + +<p>Entre ces deux extrêmes se trouve une variété +infinie d'intermédiaires; et l'on peut dire qu'il n'y +a pas deux personnes ayant le même capital biologique +initial.</p> + +<p>Cependant les différences dans le capital initial +ne sont pas si grandes qu'on ne puisse, tout au +moins, en déterminer les causes principales, dont +l'étude se trouve être, ainsi, d'une importance +majeure. Ces causes peuvent être groupées sous +trois chefs:</p> + +<p>1° Les influences héréditaires;</p> + +<p>2° La valeur actuelle des générateurs au moment +de la conception;</p> + +<p>3° Les influences qui ont pu atteindre le produit +pendant la gestation.</p> +<br><br><br> + + +<h4>CHAPITRE II</h4> + + +<h4>HÉRÉDITÉ</h4> + +<p>L'hérédité tient une place considérable dans tous +les problèmes de la vie; et, comme l'indique bien +l'étymologie du mot <i>hoerere</i>, (être attaché), tout être +vivant est relié à un long passé ancestral. Les végétaux +eux-mêmes n'échappent point à cette loi: le +souci des horticulteurs n'est-il pas de créer, par de +savants procédés de culture et d'habiles sélections, +des types capables de transmettre par hérédité certaines +qualités développées? Ils y arrivent jusqu'au +jour où, quand ils ont voulu trop profondément ou +trop vite forcer la nature, la plante revient à son +état sauvage, ou demeure stérile pour avoir été +trop surmenée. Et les mêmes observations sont +familières aux éleveurs qui cherchent à perfectionner +les races d'animaux domestiques.</p> + +<p>Hérédité est donc un terme de physiologie signifiant +que la constitution organique, la manière +d'être physique ou mentale, se transmet des parents +aux enfants ou aux descendants.</p> + +<p>L'hérédité se rencontre partout; c'est elle qui +constitue les grands traits de caractère si différents +de chaque race; c'est elle qui fait que les vertus, +les vices, les passions, les haines, se transmettent +dans le sein des familles aussi bien que la beauté, +la couleur des yeux, la taille, etc. Souvent elle est +directe, c'est-à-dire qu'elle provient du père ou de +la mère; parfois elle saute une ou deux générations; +d'autres fois, enfin, elle est indirecte: c'est le +type d'un parent de la ligne collatérale qui prend +la place. Mais il est rare que, dans le cours de la +vie, elle ne se manifeste pas d'une manière quelconque.</p> + +<p>Le rôle de l'hérédité a été reconnu de tout +temps. Dans son langage imagé, la Bible nous dit +qu'«il a encore les dents agacées, celui dont l'ancêtre +de la septième génération a mangé des raisins +verts.» Si cette parole était l'expression exacte de +la vérité, elle serait bien décevante, car elle paralyserait +tous les efforts destinés à lutter contre les +tares ancestrales. Mais déjà Ezechiel avait énergiquement +protesté (chap. XVIII) contre la fatalité des +tares héréditaires; et la vérité est que l'influence +de l'hérédité est modifiée grandement par la tendance +qu'a tout être vivant à retourner à son type +primitif, comme aussi par les influences du croisement, +en vertu desquelles l'un des générateurs +peut rectifier la tare transmise par son partenaire. +Ce n'est que quand les deux générateurs ont les +mêmes tares que l'hérédité sévit avec son maximum +d'intensité; et alors non seulement les tares s'ajoutent, +mais elles semblent se multiplier l'une par +l'autre, au point de rendre l'enfant incapable de soutenir +la lutte pour l'existence; ou bien, s'il vit, il n'a +pas la force de transmettre la vie. Ainsi s'éteignent +les familles par les «maladies» héréditaires, à moins +qu'un des membres de la race déchue, revenant +pour ainsi dire au type primitif, ne porte en lui une +force de réaction insoupçonnée,—héritage peut-être +d'un passé plus lointain,—qui lui permette de +reconstituer la famille.</p> + +<p>Telles sont les considérations générales qu'il +m'a semblé utile d'indiquer, parce qu'il en pourrait +sortir un grand nombre de conclusions pratiques +pour qui sait réfléchir. Mais il faut à présent que +j'insiste sur quelques détails plus particuliers.</p> + +<p>D'abord, l'hérédité de la longévité.</p> + +<p>Il est des familles où l'on meurt vieux, de père +en fils. On dirait des horloges remontées pour +sonner à peu près le même nombre d'heures. Il +est d'autres familles où tout le monde meurt jeune, +sans cependant qu'on puisse incriminer des «maladies» +spéciales. Pourquoi? Force est bien de le +dire, nous ne le savons pas.</p> + +<p>Notons, en passant, combien sont erronées les +théories qui attribuent à l'homme moyen une longévité +moyenne, calculée d'après l'époque de la +soudure des épiphyses, ou d'après la durée de la +croissance: suivant les calculs de Flourens, cette +moyenne devrait être de cent ans. Mais c'est là une +simple vue de l'esprit, qui ne repose sur aucune +observation sérieuse.</p> + +<p>Certes, on peut établir des moyennes. C'est sur +des moyennes de ce genre, et sur le calcul des probabilités, +que sont basés les statuts des compagnies +d'assurance. De même, il n'est pas déraisonnable +de supputer la longévité probable d'un individu +donné, quand on est en mesure d'apprécier +son capital biologique et la façon dont il sait s'en +servir. Mais dire que l'homme est bâti pour vivre +cent ans, parce que, dans les espèces animales, la +longévité a cinq fois la durée de la croissance, et +que, chez l'homme, la durée de la croissance est +de vingt ans, c'est établir une théorie sur des +bases absolument fragiles.</p> + +<p>Plus importantes encore que la plus ou moins +grande longévité des parents, sont, pour nous, certaines +particularités de leur état pathologique, qui +retentissent d'une façon souvent très profonde sur +la valeur de leurs enfants.</p> + +<p>On sait, par exemple, les influences néfastes de +l'alcoolisme héréditaire, qui non seulement restreint +la natalité, mais condamne ceux qui naissent +à une mort rapide.</p> + +<p>La syphilis ne réduit pas la natalité; au contraire, +elle semble la favoriser, et tout le monde +connaît, en effet, de ces nombreuses familles fauchées +par la syphilis héréditaire. En vain les générateurs +s'obstinent à mettre au monde de nouvelles +victimes: aucune ne survit, à moins qu'un +traitement médical bien compris ne vienne mettre +fin à cette lamentable situation <a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> Je ne puis m'empêcher de reconnaître, dans cette polynatalité +des hérédo-syphilitiques, une affirmation de ce qu'on serait tenté +d'appeler la loi de protection des faibles.<br> + +<p>N'est-il pas remarquable, en effet, que, dans la nature, les êtres +sans défense luttent par leur polynatalité contre les causes de destruction +auxquelles les expose leur faiblesse? Voyez dans le monde +animal. Les animaux puissants, armés pour la défense ou pour +la lutte, sont toujours de médiocres générateurs; l'éléphant, par +exemple, ne donne naissance qu'à un nombre très restreint d'individus, +la femelle porte longtemps; même remarque pour le +lion. Au contraire, les animaux sans défense, se multiplient avec +une rapidité qui les rend parfois redoutables: tels les lapins +d'Australie. Il a suffi d'un couple importé par hasard dans cette +colonie pour que ces animaux se soient multipliés au delà de +toute mesure. A l'heure qu'il est, ils constituent encore un fléau +pour l'agriculture. C'est que le lapin est un être faible, qui n'a de +moyens ni d'attaque, ni de défense, ne sachant que fuir et se +cacher. Dans l'espèce humaine, combien ne voit-on pas de ces couples +admirablement bien assortis, de santé parfaite, et qui n'ont pas +d'enfants? Nous ne parlons pas de ceux qui n'ont qu'un ou deux, +enfants; car ici intervient un autre facteur, la restriction +volontaire; mais de ces ménages exemplaires, où la venue d'un enfant +serait une joie, et qui restent stériles, sans que rien dans l'état +des conjoints explique cette stérilité.</p> + +<p>Au contraire, des générateurs de médiocre valeur, au point +de vue de la santé, mettent au monde de nombreux enfants, +qui bien souvent constituent pour eux une richesse négative. +Ces malheureux portent le beau nom de prolétaires <i>(proles, +race)</i>.</p> + +<p>Mais que dis-je? la loi de protection des faibles s'étend à l'infini. +Pourquoi naît-il plus de femmes que d'hommes? Pourquoi +tel couple ne donne-t-il naissance qu'à des filles, tel autre qu'à +des garçons? C'est que, dans le premier cas, la valeur biologique +de la mère était sensiblement inférieure à celle du père. Quand il +y a une disproportion marquée entre les deux générateurs, l'enfant +qui naît a le sexe du générateur qui vaut le moins.</p> + +<p>Quand un homme vieux et usé épouse une jeune femme pleine +de vie et de santé, l'enfant qui naîtra de leur union sera presque +toujours un garçon.</p> + +<p>Dans le monde végétal, la même loi de protection des faibles +s'observe pour qui sait ouvrir les yeux. Voyez les plantes sans +défense: elles pullulent partout, on les trouve sous toutes les +latitudes, à toutes les altitudes; au contraire, celles qui se +défendent, ont ce qu'on appelle en botanique des «aires» très +limitées.</p> + +<p>Dans le monde minéral lui-même, on observe la même loi: +les métaux qui se défendent sont des métaux rares, et c'est précisément +parce qu'ils sont rares et incorruptibles (mais non +incorrupteurs) que l'homme les a pris comme représentant la +valeur du travail. L'or, par exemple, que rien n'attaque, est plus +rare que les métaux qui s'oxydent facilement, tels que le fer, le +cuivre.</p> + +<p>Le diamant inaltérable, qui défie l'injure du temps, est d'une +rareté qui lui donne tout son prix.</p> + +<p>C'est de cette loi de protection des faibles, faisant contrepoids +aux lois darwiniennes (sélection, adaptation aux milieux, etc.) +que résulte un équilibre presque stable dans le monde des êtres +créés.</blockquote> + +<p>La syphilis est un des principaux facteurs de +dégénérescence. On commence seulement à connaître +l'étendue de ses ravages. On sait aujourd'hui +qu'elle se transmet aux enfants; qu'elle les +fait mourir avant leur naissance, ou le jour même de +leur naissance; qu'elle se traduit plus souvent +encore, dans les deux premiers mois qui suivent la +naissance, par des accidents contagieux; que, dans +les premières années de la vie, elle entraîne la +mort par méningite (méningite spéciale que l'on +prend trop souvent pour une méningite tuberculeuse, +et qui serait justiciable d'un énergique traitement +anti-syphilitique).</p> + +<p>On sait aussi que, dans les cas exceptionnels, la +syphilis des générateurs provoque, à l'âge de huit, +dix, quinze ans, des dystrophies, parfois des accidents +tertiaires (épilepsie, gommes, etc.): mais ce +sont là des curiosités scientifiques.</p> + +<p>Ce qu'on ne sait pas encore, c'est dans quelle +proportion la syphilis des parents diminue la +valeur biologique des enfants en apparence bien +nés, c'est son influence sur les produits de la +deuxième et même de la troisième génération. +C'est là la science de l'avenir<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>.</p> + + + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Nous ne voulons pas insister davantage sur les méfaits de la +syphilis, envisagée en tant que péril social, mais nous ne pouvons +laisser passer l'occasion d'appeler l'attention du lecteur sur les +efforts tentés pour faire connaître au grand public ces tristes +vérités.<br> + +<p>Il existe une <i>Société internationale de prophylaxie sanitaire et +morale</i> contre les «maladies» vénériennes, siégeant à Bruxelles, +et ayant comme filiales des sociétés françaises, allemandes, etc., +qui toutes poursuivent un but commun: faire connaître les +méfaits des «maladies» vénériennes, les éteindre dans la mesure du +possible et par tous les moyens possibles.</p> + +<p>La société française est certainement l'une des plus actives: +sous la vigoureuse impulsion de son président, M. le professeur +Fournier, elle a déjà fait beaucoup depuis cinq ans qu'elle est +fondée.</p> + +<p>Elle a étudié la syphilis dans l'armée, dans la marine, les colonies, +dans les populations ouvrières; la syphilis des nourrices et +des nourrissons; la syphilis et le mariage, etc. Grâce à elle, +l'opinion publique commence à s'intéresser au redoutable problème, +on ose envisager en face la syphilis, on ose prononcer +son nom, et tout fait espérer que l'action de la Société de prophylaxie +sera au moins aussi utile que celle des ligues contre l'alcoolisme +et la tuberculose.</p> + +<p>Car, en réalité, que peut-on contre l'alcoolisme? Rien tant qu'on +ne modifiera pas nos lois et nos moeurs. Que peut-on contre la +tuberculose? Presque rien, tant qu'on ne changera pas notre +état social, tant qu'il y aura l'affreuse misère et la promiscuité. +Tandis qu'on peut beaucoup contre la syphilis, «maladie» évitable +s'il en fut, «maladie» essentiellement curable. Mais il faut la faire +connaître dans tous les milieux, son danger provenant de l'ignorance. +C'est surtout contre cette ignorance que lutte la Société +française de prophylaxie sanitaire et morale à laquelle devraient +être affiliés tous les gens de bien, toutes les personne soucieuses +de l'avenir de la nation.</blockquote> + +<p>L'hérédité tuberculeuse est-elle aussi redoutable +qu'on se plaisait à le dire? Non. Voilà, du moins, +ce qu'affirment la science expérimentale et l'observation +des jeunes animaux issus de générateurs tuberculeux. +Mais, dans la pratique, il serait sage de se +conduire comme si la tuberculose était héréditaire: +1° parce que les enfants de tuberculeux sont, par cela +même qu'ils vivent dans un milieu contaminé, +exposés à la contagion<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>; 2° parce que l'enfant, s'il +n'hérite pas do la tuberculose, hérite incontestablement +de la prédisposition à devenir tuberculeux. Il +ne naît pas tuberculeux, mais il naît tuberculisable: +de sorte que, au point de vue scientifique, l'appréhension +qu'avaient nos pères au sujet de l'hérédité +de la tuberculose était parfaitement légitime.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> Le souci de soustraire au milieu contaminé les enfants de tuberculeux +a inspiré au professeur Grancher une idée géniale: c'est +de prendre, dans les familles de tuberculeux, les enfants encore +sains, pour les faire élever à la campagne dans des familles saines. +C'est ce que réalise «l'Oeuvre de préservation de l'enfance contre +la tuberculose». (Siège social, 4 rue de Lille.) C'est une oeuvre +scientifique, puisque, suivant le précepte de Pasteur, elle cherche à +sauver la race en sauvant la graine. C'est une oeuvre pratique; +elle a fait ses preuves, et elle ne peut pas satisfaire au dixième des +demandes des parents tuberculeux, qui commencent à comprendre +la nécessité de se séparer de leurs enfants encore sains pour les +confier à des familles de braves gens désignées par l'oeuvre, surveillés +par ses médecins, et offrant toutes garanties de moralité. Cette +Oeuvre, bienfaisante à plusieurs titres, est en outre <i>économique:</i> +chaque pupille ne coûte en effet qu'un franc par jour, parce que +tous les dévouements sont gratuits. Cette faible somme d'un +franc, bien employée, sans aucune fuite, sert ainsi les intérêts de +deux familles et sauve la vie d'un enfant.</blockquote> + +<p>L'hérédité du cancer est loin d'être démontrée. +Tout est obscur dans la question du cancer: son +étiologie, ses modes de transmission, ses variétés +d'évolution; et la thérapeutique se ressent de toutes +ces incertitudes, malgré les belles promesses de la +sérothérapie, de la vaccination anti-cancéreuse, et +de la radiothérapie.</p> + +<p>En résumé, l'hérédité est le principal facteur de +la valeur biologique des individus. Chacun, de par +son hérédité, naît avec une valeur différente: l'inévitable +inégalité sociale existe non seulement le +jour de la naissance, mais le jour même de la conception.</p> + +<p>C'est encore à l'hérédité qu'il faut attribuer la +différente valeur des différents organes. Beaucoup +naissent avec un organe plus faible que les autres, +de par la tare ancestrale; et le clinicien doit tenir +compte de l'existence de ces points faibles, lorsqu'il +se trouve en face d'un malade quelconque.</p> + +<p>Les organes qui subissent le plus notablement +la tare héréditaire sont: le système nerveux, le +coeur, et les reins.</p> + +<p><i>A</i>) Les tares nerveuses se transmettent avec une +constance redoutable; et c'est à juste titre qu'on +craint les alliances avec des sujets dont les parents +sont entachés d'aliénation mentale, ou de nervosisme +exagéré.</p> + +<p>Il ne faut pas, cependant, pousser cette terreur de +l'hérédité nerveuse à des limites excessives: car, +ainsi que je l'ai dit, nous devons compter avec une +sorte de tendance naturelle en vertu de laquelle +l'être naissant est débarrassé de sa tare ancestrale; +l'hérédité n'est jamais absolument fatale. Et nous +devons prévoir aussi les atténuations que peuvent +amener les croisements. Ainsi l'hérédité nerveuse +du père peut très bien être atténuée par le bon +équilibre nerveux de la mère, le croisement bien +compris entraînant une sorte de régénération. +Enfin, il est certaines «maladies» nerveuses qui ne +se transmettent jamais par hérédité: telle la +paralysie générale des aliénés. De ce qu'un homme +est mort dans un asile, par le fait de la paralysie +générale, il ne faut pas conclure que ses descendants +soient menacés de folie, ou même de tares nerveuses. +Le paralytique général a pris la «maladie» +uniquement pour son compte, et il ne la transmet +pas plus que ne transmettrait sa tare nerveuse +un homme qui serait, accidentellement, empoisonné +par le plomb. Tout ce qu'on peut dire du paralytique +général, c'est que, neuf fois sur dix, c'est +un syphilitique, et que sa descendance peut être +entachée de syphilis au même titre que la descendance +d'un syphilitique quelconque.</p> + +<p><i>B</i>) L'hérédité des cardiopathies est également +très intéressante à étudier: elle n'est pas assez +connue.</p> + +<p>Il y a des familles dans lesquelles tous les membres +succombent aux affections cardiaques. C'est +donc que, là, les enfants apportent, en naissant, un +point de plus faible résistance du côté du coeur. Chose +curieuse: dans ces familles, la lésion cardiaque ne +devient perceptible, chez ses divers membres, qu'à +des âges plus ou moins avancés. Vers trente ans, +l'un d'eux éprouvera de l'arythmie, suivie, six ou +sept ans plus tard, de myocardite scléreuse. Un autre, +tout en ayant le coeur sain à l'auscultation, succombera +par le coeur, dans le cours d'une pneumonie. +«La «maladie» était au poumon, et le danger au +coeur» (Huchard). Un troisième membre mourra à +cinquante ans, à son quatrième accès d'angine de +poitrine, sans qu'aucun des trois ait jamais eu la +moindre attaque de rhumatisme articulaire, ou autre +affection capable de déterminer des lésions cardiaques. +Enfin un quatrième aura de la tachycardie +paroxystique. Et tout cela parce que la mère des +quatre enfants aura eu, avant la naissance du premier, +le coeur touché accidentellement par le rhumatisme; +je connais même une famille où l'hérédité +remonte à deux générations: presque tous les +membres de cette famille sont des cardiopathes.</p> + +<p>C) Le rôle de l'hérédité pathologique rénale +mérite d'être signalé au même titre. On connaît l'albuminurie +héréditaire et familiale: mais les récents +travaux de MM. Castaigne et Rathery (1904) ont +démontré, en outre, qu'une mère atteinte de +néphrite donne naissance à des enfants dont les reins +sont moins résistants aux infections et aux intoxications, +ou même sont altérés au point d'entraîner +la mort dès les premiers jours de la vie. +De plus, chacun naît avec une prédominance de +tel ou tel système organique. Chez les uns, c'est le +système nerveux qui présente un développement +hors de proportion avec les autres systèmes organiques; +chez d'autres, c'est le système musculaire.</p> + +<p>Ni les uns ni les autres ne sont, à proprement +parler, des malades, ni même des candidats à la +«maladie»; ils peuvent avoir un excellent capital +biologique. Mais, pour le faire valoir, il ne faut pas +commettre de fautes dans la direction à leur conseiller. +Et nous retrouverons cette importante +donnée quand nous parlerons des grands problèmes +de l'éducation.</p> + +<p>Est-ce encore à l'hérédité qu'il faut attribuer cette +singulière prédominance d'un des côtés du corps +sur l'autre que l'on observe chez la plupart des +malades? En général, c'est le côté gauche qui est le +plus faible; c'est lui qui est le siège des névralgies, +des pneumonies, des misères variées que les +malades accusent; c'est lui qui est le plus faible +au dynamomètre; et tout le monde sait que la main +gauche est, en général, moins habile que la main +droite; le langage courant traduit cette infériorité, +en faisant de «gauche» le synonyme de malhabile. +Chez d'autres, au contraire, c'est le côté droit du +corps qui est le siège de toutes les douleurs névralgiques, +rhumatismales, sans pour cela que ces +malades soient gauchers. J'avoue ne pas avoir +recherché la part de l'hérédité dans cette répartition +inégale de l'influx nerveux, que je ne fais +que signaler en passant.</p> + +<p>Mais ce qui résulte de tout ce que nous venons de +voir, et qui doit en former pour nous la conclusion +pratique, c'est que, pour difficile que soit la connaissance +précise de l'hérédité d'un sujet, peut-être +n'y a-t-il pas de point sur lequel l'attention +du clinicien doive se porter plus soigneusement! +En présence d'un malade, notre premier effort doit +être de déterminer ce qu'il a pu recevoir de ses +parents; et les résultats de cette première enquête +doivent toujours nous être présents à l'esprit, tout +dans le cours de la vie pathologique du sujet, mais +surtout quand nous aurons à diriger sa santé.</p> + +<br><br><br> +<h4>CHAPITRE III</h4> + +<h4>CONCEPTION</h4> + +<p>L'influence de la valeur actuelle des générateurs, +au moment de la conception, est à peine soupçonnée, +et le fait est qu'il serait bien difficile de la +démontrer; elle doit être, cependant, considérable, +et il y a tout lieu de croire que la valeur d'un +individu à naître varie du tout au tout selon qu'il a +été conçu dans de bonnes ou de mauvaises conditions.</p> + +<p>Depuis longtemps, les médecins protestent contre +les voyages de noces. On ne saurait trop faire +campagne contre cette coutume, tout au moins antihygiénique. +Considérez, en effet combien s'accumulent +les conditions déplorables pour la procréation, +chez deux conjoints dont le système nerveux +a été mis à l'épreuve par les préoccupations prémonitoires +du mariage, par la fatigue des journées +consacrées à sa célébration, par les émotions inséparables +de cet acte important de la vie! Et voilà +ces jeunes gens qui, aussitôt après, se pressent pour +un voyage lointain, qui s'exposent à des fatigues +de toute sorte, à la déplorable alimentation de +l'hôtel, qui s'infligent le souci de changer de résidence +tous les jours, etc.! C'est dans ces conditions +que, sans recueillement, à la légère, ils accomplissent +l'acte qui doit donner <i>la vie</i>.</p> + +<p>Dans d'autres milieux moins favorisés, l'acte +conjugal s'opère à la suite de repas copieux, dans +des conditions non moins déplorables.</p> + +<p>Pour combien ne faut-il pas compter aussi l'émotion +de la jeune femme, trop souvent surprise par +les conditions nouvelles de l'existence qu'elle a +adoptée, ou qui lui a été imposée? Comme le disait +le professeur Pinard: « En plein XXe siècle, nous +procréons comme les hommes des cavernes. »</p> + +<p>Que faire à tout cela? C'est déjà quelque chose +que d'appeler l'attention sur un mal dont presque +personne ne soupçonne l'importance, en dehors du +monde médical. Les remèdes viendront, pour ainsi +dire, d'eux-mêmes, à partir du jour où l'on connaîtra +le danger.</p> + +<p>Appelons aussi l'attention sur un point délicat: +sur la nécessité de faire l'éducation de la jeune +fille, pour qu'elle sache ce qu'est le grand acte de +la procréation.</p> + +<p>Je vois d'ici les mères françaises frémir, et +s'armer en guerre les bataillons de ceux qui confondent +la pudeur avec la pudibonderie. Nul doute, +cependant, qu'il y ait une réforme à opérer dans +nos moeurs, à cet égard, et dans tous les milieux +sociaux. Et pourquoi ne pas rappeler ce que dit la +Bible, dans le livre de <i>Tobie</i>, chapitre VII? Le fils +du vieux Tobie, sur le conseil de l'ange Raphaël, +allait épouser Sara, fille de Raquel, laquelle avait +vu mourir subitement ses sept premiers maris, +aussitôt qu'ils s'étaient approchés d'elle; et, pour +lui éviter pareil sort, l'ange donnait au jeune +homme les conseils suivants: « Lorsque des personnes +s'engagent tellement dans le mariage +qu'elles bannissent Dieu de leur coeur et de leur +esprit et qu'elles ne pensent qu'à satisfaire leur +brutalité, comme les chevaux et les mulets qui +sont sans raison, le démon a pouvoir sur elles. +Mais pour toi, après que tu auras épousé cette fille, +étant entré dans la chambre, vis avec elle en continence +pendant trois jours, et ne pense à autre +chose qu'à prier Dieu avec elle! La troisième nuit +étant passée, tu prendras cette fille, dans la crainte +du Seigneur, et dans le désir d'avoir des enfants +plutôt que par un mouvement de passion, afin que +vous ayez part à la bénédiction de Dieu. »</p> + +<p>Dans le cours de la vie conjugale, on ne prend +pas, pour procréer, plus de précautions qu'à l'époque +des premières ardeurs; c'est également une faute +dont se ressent le produit de la conception.</p> + +<p>Il y aurait à faire tout un traité sur l'hygiène de +la procréation. Ce traité, conçu dans un esprit +large, libéral, scientifique, qui tiendrait compte de +tous les éléments du problème, c'est-à-dire non +seulement du point de vue médical, mais aussi de +l'élément passionnel, répondrait à un véritable +besoin.</p> + +<p>Et un chapitre, et l'un des plus importants, +devrait y être consacré au traitement préventif de +la syphilis héréditaire. Combien d'hommes atteints +de syphilis huit ans, dix ans avant leur mariage, +ignorent les bienfaits d'un traitement spécifique, +qu'ils suivraient deux ou trois mois avant de se +marier, pour préserver leurs enfants de la terrible +«maladie»! Combien peu de médecins pensent à instituer +ce traitement préventif, alors même qu'ils +savent que le générateur a eu la syphilis! Mais +je ne sauvais m'étendre ici davantage sur ce sujet.</p> + +<br><br><br> +<h4>CHAPITRE IV</h4> + +<h4>GESTATION</h4> + +<p>Sur les influences qui atteignent l'enfant pendant +la gestation, nous n'avons aucune donnée précise +à fournir. Nous n'avons pas remarqué, par +exemple, qu'une mère ayant eu une grossesse +pénible, voire même des vomissements incoercibles, +donnât naissance à un enfant plus spécialement +faible; inversement même, bien des femmes +d'une santé médiocre ont des grossesses superbes. +J'étonnai fort une malade, un jour, en lui disant +qu'elle ne devait aller bien que pendant ses grossesses. +C'est qu'elle avait de la ptose abdominale, +et que la grossesse devait lui produire l'effet d'une +sangle, en soutenant les organes. Mais il n'est +guère vraisemblable qu'un état de santé aussi artificiel, +et aussi transitoire, soit, pour le produit de +la conception, un brevet de santé future.</p> + +<p>Par contre, les «maladies» de la mère pendant la +grossesse ont une influence bien connue sur la +valeur de l'enfant à naître. Quand elles ne provoquent +pas l'avortement, elles impriment à l'enfant +une tare.</p> + +<p>J'ai observé, à cet égard, un fait bien suggestif. +Une jeune femme, au quatrième mois de sa première +grossesse, avait eu une appendicite si nettement +caractérisée que le confrère qui devait l'accoucher, +et moi-même, avions été sur le point de +provoquer l'intervention d'un chirurgien. La malade +avait pu, cependant, être traitée médicalement: mais +l'enfant, né à terme, a présenté dès sa naissance +une intolérance intestinale véritablement anormale. +Une première nourrice, choisie par l'accoucheur, +lui a donné un lait qui a semblé trop fort, +car l'enfant a eu, dès le deuxième jour, de la +diarrhée verte et des vomissements. Dans l'espace +de quatre semaines, trois autres nourrices, toujours +choisies avec le plus grand soin, n'ont pas eu +plus de succès: à chaque nouvelle nourrice, vomissements, +fièvre ardente, diminution rapide du +poids. Mais, pendant qu'on cherchait à grand prix +des nourrices idéales, on était bien obligé de donner +à l'enfant du simple lait de vache coupé; alors il +allait mieux, la fièvre tombait, le poids augmentait +très vite, la vie revenait: de telle sorte que, +après ces quatre tentatives d'allaitement par le lait +de femme, l'accoucheur me dit: «Mais enfin, +pourquoi s'obstiner à trouver une nourrice? Cet +enfant a probablement un intestin extrêmement délicat, +à cause de l'appendicite de sa mère pendant la +gestation; donnons-lui simplement du lait stérilisé +coupé!» Et il eut raison; grâce à d'infinies +précautions, à une surveillance méthodique, l'enfant +put être élevé.</p> + +<p>Il est bien clair qu'en rapportant ce fait je n'entends +pas faire le panégyrique de l'allaitement +artificiel: je ne le cite que pour prouver comment +la «maladie» d'un organe de la mère pourrait +bien avoir une répercussion sur le fonctionnement +du même organe, chez l'enfant qu'elle porte en son +sein.</p> + +<p>Ce que l'on sait encore, c'est que les émotions +de la mère, pendant la grossesse, peuvent avoir un +retentissement sur la qualité du produit. Et de là +dérive le devoir strict, pour la société, de protéger +la femme enceinte. Quelques philanthropes l'ont +bien compris; mais cette notion n'a pas assez +pénétré dans nos moeurs, et l'on peut dire que c'est +un scandale, pour une nation civilisée, de voir le +peu qui est fait pour assister la femme enceinte, +pour lui épargner les soucis de l'avenir prochain et +les fatigues des derniers jours de la gestation.</p> + +<p>Un mot, enfin, sur les enfants nés avant terme. +S'ils naissent avant terme par le fait de la «maladie» +des générateurs, de la syphilis par exemple, leur +valeur biologique est sensiblement réduite, et peut +même être réduite à zéro. Mais s'ils naissent avant +terme accidentellement, par exemple à la suite +d'une chute de leur mère, ou d'une intervention +obstétricale raisonnée, leur sort est beaucoup +moins compromis qu'on ne le croit dans le public +non médical. Le tout est de leur assurer une température +qui se rapproche de celle qu'ils avaient +dans le sein maternel.</p> + +<p>Pour ce faire, les inventeurs ont multiplié les +modèles de couveuses artificielles. Ces appareils, +certes, peuvent rendre des services; mais il ne +faut pas oublier qu'on peut très bien s'en passer, +en préservant l'enfant du froid, ce qui s'obtient: +1° en chauffant convenablement sa chambre, et +en l'entourant de boules d'eau chaude; et 2° en +sachant l'alimenter dès sa naissance. Ce second +problème est difficile; pour le résoudre, il faut se +rappeler une grande loi que nous retrouverons +plusieurs fois dans le cours de cette étude, et +qui consiste à proportionner la valeur nutritive +de l'aliment, et le nombre de prises alimentaires, +à la puissance de l'estomac. Chez l'enfant né avant +terme, on donnera donc, toutes les demi-heures, +une cuillerée à café de lait, coupé de 2/3 d'eau +bouillie sucrée.</p> + +<p>L'enfant va naître; quel préjudice lui cause +l'accouchement au forceps? Nous ne pouvons pas +nous défendre de redouter, pour notre part, la +compression colossale qu'impose l'application du +forceps à la masse cérébrale de l'enfant. Mais +l'étude approfondie de cette question, qui aurait +pourtant de quoi intéresser les neurologistes, n'a +pas encore été faite, à notre connaissance du +moins, d'une façon suffisante. En tout cas, on est +en droit de considérer comme coupable une intervention +au forceps faite pour gagner du temps, +ou pour faire valoir l'importance des soins obstétricaux.</p> + + +<br><br><br> +<h4>CHAPITRE V</h4> + + +<h4>LES INFLUENCES MORBIGÈNES +ET LES SYMPTOMES MORBIDES</h4> + +<p>L'enfant est né; il vaut ce qu'il vaut. Personne +ne le sait, sauf dans les cas extrêmes où il vient +au monde avec des apparences tellement misérables +que, dès son premier vagissement, son +infériorité saute aux yeux; c'est ce qui arrive chez +les hérédo-syphilitiques, et rien n'est aussi navrant +que l'apparition du petit monstre aux lieu et +place d'un enfant bien vivant, attendu avec une +légitime impatience. Il faut avoir assisté à ce +spectacle pour en comprendre la poignante horreur. +Tout le monde, sauf la mère, s'accorde alors à +penser qu'il vaudrait mieux que l'enfant ne fût pas +né. Mais, en dehors de ces cas, il est impossible de +savoir le capital de vie que l'enfant apporte avec +lui; c'est son secret, qu'il gardera pendant toute la +durée de son existence, mais que le médecin parviendra +cependant à deviner en partie, s'il sait +fouiller l'hérédité de son malade et s'inspirer des +quelques principes que nous avons esquissés à grands +traits dans le chapitre précédent.</p> + +<p>L'enfant est né: toute sa vie, désormais, va être +une «lutte pour la santé», une suite d'efforts, +volontaires ou instinctifs, pour défendre son capital +naturel de santé contre les «influences morbigènes» +qui vont le guetter à chaque pas.</p> + +<p>Ces influences morbigènes, que l'être vivant va +rencontrer sur sa route, depuis le jour de sa naissance +jusqu'à la fin de sa carrière, nous allons +tout de suite les esquisser à grands traits.</p> + +<p>Au début, nous avions assimilé, pour les besoins +de la théorie, l'être humain à un projectile lancé +dans l'espace avec une vitesse initiale déterminée; +mais, tandis que le projectile parcourt une courbe +mathématique, qu'on appelle une parabole, la +courbe évolutive de l'être humain est une courbe +irrégulière qui fléchit chaque fois qu'une influence +morbigène survient, puis remonte pour osciller de +nouveau, puis fléchir définitivement à partir d'un +certain moment de la vie que nous appellerons le +début de la période de déclin, et toujours avec des +oscillations à amplitude de moins en moins considérable, +jusqu'au moment où toutes les réserves se +trouvent épuisées.</p> + +<p>La mort peut encore interrompre brusquement la +courbe évolutive; c'est ce qui arrive quand la brèche +faite au capital est irréparable, soit à cause de l'importance +de l'assaut perturbateur, soit à cause de +l'insuffisance des réserves, ou bien quand ces deux +influences se combinent; et le nombre de leurs combinaisons +est incalculable.</p> + +<p>La variété des causes morbigènes est elle-même +infinie; mais la nature n'a qu'un nombre limité de +moyens pour exprimer ses plaintes, de sorte que +les causes les plus variées peuvent se traduire par +les mêmes symptômes. Aussi accordons-nous relativement +peu de valeur à l'étude du symptôme. Les +symptômes s'associent de mille et une façons, pour +constituer autant déformes morbides différentes. Que +dis-je? Il n'est pas deux malades qui se ressemblent, +Ce n'est que pour la facilité de l'étude que les +pathologistes ont créé des cadres posologiques; +mais on comprend assez que ces cadres devraient +être aussi élastiques que possible. Le vrai médecin, +après s'en être servi pour faire d'excellentes études, +ne craindra pas, dans la pratique, d'en faire abstraction, +de penser et d'agir comme si les cadres +n'existaient pas. Et un moment viendra même, +quand son expérience clinique sera suffisante, où +il aura tout intérêt à faire table rase des notions +qu'il a péniblement accumulées par un travail assidu +et prolongé; tout comme l'architecte, qui, une fois +la construction terminée, fait enlever les énormes +échafaudages qui avaient été nécessaires à la construction +de l'édifice.</p> + +<p>Certes, l'étude approfondie des symptômes morbides +est indispensable au clinicien, et l'on ne +saurait apporter trop de soins à connaître, dans tous +leurs détails, les divers troubles de la santé. Mais +il y a un écueil: c'est que, la théorie du moindre +effort s'appliquant naturellement à l'esprit humain, +on a une tendance involontaire à attribuer aux +symptômes une influence pathologique qu'ils n'ont +pas; en d'autres termes, ce qui n'est en réalité qu'une +manifestation morbide devient, trop aisément, dans +l'esprit du médecin, la cause de la «maladie».</p> + +<p>Prenons comme exemple la constipation: ce n'est +en réalité qu'un symptôme, et qui peut se trouver +chez une foule de malades différents. Nous ne parlons +pas, bien entendu, de ceux chez qui elle est +d'origine mécanique (cancer du rectum, de l'iliaque, +etc.). Un mot cependant, en passant, pour dire que +le médecin a le tort de ne pas assez penser à ces +causes mécaniques, et de traiter par des moyens +médicaux des malades dont une intervention chirurgicale +aurait pu prolonger la vie ou atténuer les +souffrances.</p> + +<p>Mais chez les malades qui ne sont pas tributaires +de la chirurgie, n'est-il pas vrai que la constipation +est un symptôme banal, pouvant être attribué à +une foule de causes? Parfois, elle est due à des +lésions d'organes lointains, par un mécanisme +réflexe à long circuit, suivant l'ingénieuse expression +de M. Mathieu (appendicite chronique, lésions +utérines, etc.). D'autres fois, et plus souvent encore, +elle est due à un trouble profond du système nerveux, +qui, avant l'apparition de la constipation, +avait traduit son malaise par des plaintes variées. +D'autres fois, elle apparaît brusquement, en même +temps que l'entéro-colite sa compagne, à la suite +d'un choc brutal, moral ou traumatique.</p> + +<p>De plus, tout le monde sait qu'elle peut être due +tantôt à un manque, tantôt à un excès d'exercice +musculaire. Les hommes qui ont besoin de beaucoup +d'exercice, s'ils n'en ont pas assez, deviennent, suivant +les prédispositions héréditaires, ou des cérébraux, +ou des goutteux, ou des lithiasiques, mais +toujours des constipés: et leur constipation disparaît +a partir du jour où l'on a trouvé le dosage précis +de l'exercice qui leur convient. Inversement, les +hommes qui prennent trop d'exercice deviennent +dyspeptiques et constipés, et le lit est leur meilleur +laxatif.</p> + +<p>Enfin la constipation peut tenir à une erreur de +régime, soit à l'abus du lait (le cas est fréquent), +soit à l'usage abusif de la viande: alors le régime +semi-végétarien serait indiqué, et il suffit de changer +de régime pour voir disparaître la constipation.</p> + +<p>La constipation n'est donc qu'un symptôme.</p> + +<p>Certes, en vertu de la synergie des fonctions, +des répercussions à distance, en vertu de ce principe +que le système nerveux abdominal a des relations +intimes avec le système nerveux central, que, +d'une façon plus générale, le trouble d'un département +quelconque du système nerveux retentit sur +les autres départements, la constipation, bien que +symptomatique, contribue dans une certaine +mesure à entretenir la «maladie», ne fût-ce que par la +préoccupation qu'elle cause au malade, et qui peut +dégénérer quelquefois en véritable obsession. +Mais ce qu'il faut se rappeler, quand on aborde le +problème thérapeutique, c'est que le système nerveux +est une chaîne sans fin. Or, si l'on veut bien +nous accorder que la solidité d'une chaîne est égale +à celle du plus faible de ses anneaux, on comprendra +l'importance qu'il y a à rechercher quel +est l'anneau le plus faible; en d'autres termes, +quelle est la partie du système nerveux qu'il faut +viser et consolider, pour guérir le constipé médical.</p> + +<p>Il n'y a donc pas de remède contre la constipation, +et, pour l'atteindre, il faut atteindre la «maladie», +dont elle constitue une des manifestations les moins +importantes et, disons-le tout de suite, les plus +faciles à faire disparaître. Oui, dussé-je sembler +paradoxal, j'affirme que la constipation est, de tous +les symptômes observés chez le constipé médical, +celui qui disparaît le plus vite. Prenez un malade +qui souffre, depuis des années, de ces misères variées +qu'on est convenu de désigner sous le nom un +peu vague de neurasthénie, et parmi lesquelles +la constipation joue un rôle capital; après enquête +minutieuse, trouvez la formule exacte de son +régime, et par régime je n'entends pas seulement +le régime alimentaire, mais la réglementation +minutieuse de sa vie, le dosage de son exercice et +de son travail cérébral, etc.; supprimez les agents +thérapeutiques qui entretiennent la «maladie» (douches +froides, exercice forcé, médicaments variés, +diète lactée); supprimez surtout les influences qui +entretiennent le trouble nerveux de son intestin, à +savoir les purgatifs, lavages à grande eau, etc.: et +vous serez étonné de voir la constipation disparaître, +avant même toutes les autres misères. Le malade +vous dira, au bout de huit jours: «Chose curieuse, +docteur, je souffre encore de la tête, de l'estomac, +du dos, d'une faiblesse extrême, mais je commence +à retrouver le sommeil, et surtout je vous +suis bien reconnaissant parce que ma constipation, +si rebelle, est presque entièrement vaincue. Je +n'ai presque plus de peaux dans les selles, et je +commence à reprendre confiance.» A partir de ce +moment précis vous tenez le malade, il a en vous +une foi aveugle, et, si vous continuez à le soigner +méthodiquement, si surtout des influences étrangères +ne viennent pas contrecarrer la vôtre, si le +malade est assez intelligent pour s'abandonner +entièrement à votre direction, vous lui rendrez, peu +à peu, la santé. Il aura des rechutes inévitables: +mais lui annoncer à l'avance ces rechutes, c'est consolider +sa foi. Il aura aussi des rechutes, plus ou moins +importantes, chaque fois qu'il s'écartera de la ligne +tracée par vous: s'il commet un écart de régime, +un excès d'exercice, ou s'il a une commotion morale, +l'odieuse constipation reparaîtra, accompagnée +d'état gastrique, de douleurs abdominales, de glaires +sanguinolentes, de fièvre quelquefois; mais ce sera +pour le bien du malade, si vous parvenez à lui faire +toucher du doigt la cause de cette rechute, et à lui +faire comprendre que cette rechute était évitable.</p> + +<p>Si nous prenions une autre manifestation morbide +quelconque, nous verrions qu'elle appartient, de +même, à une foule d'affections. Le mal de tête, par +exemple, ne se rencontre-t-il pas dans les cas les plus +variés, n'est-il pas produit par les influences les +plus diverses? Heureusement pour les malades, il +n'est encore venu à l'idée de personne de trouver +un remède applicable à tous les cas de mal de tête. +Nous en connaîtrions un, par hasard, que nous +nous garderions bien de le divulguer: car, si la +médecine «du symptôme» est détestable au point +de vue de l'étude nosographique, elle l'est encore +plus au point de vue thérapeutique.</p> + +<p>Mais qu'on lise une monographie quelconque +sur un symptôme, ou un ensemble de symptômes +(ce qu'on appelle un <i>syndrome</i>): on y trouve toujours +en germe la pathologie tout entière. Ainsi dans +mon article <i>Epilepsie</i> du <i>Dictionnaire Encyclopédique</i>, +j'ai essayé de montrer combien il faut se +méfier des cadres trop rigides, si l'on veut avoir +une conception nette de l'épilepsie, et une thérapeutique +utile des épileptiques. De même, en lisant +ces jours-ci une intéressante étude du Dr Baraduc +sur l'entéro-colite et son traitement à Chatel-Guyon, +j'y voyais une conception qui se rapproche grandement +de la mienne. Qu'on en juge par les quelques +lignes que voici: «L'entéro-colite muco-membraneuse +est un syndrome clinique dépendant +d'un trouble fonctionnel du grand sympathique +abdominal, des causes nombreuses et variées étant +capables de retentir sur les plexus intestinaux et de +troubler leur dynamisme. Mais aucune de ces +causes n'est suffisante, à elle seule, pour produire +l'entéro-colite. Il faut de toute nécessité une prédisposition +spéciale du système nerveux, et plus +particulièrement du sympathique abdominal, à se +troubler aux chocs qu'il reçoit. Cette prédisposition +nécessaire spéciale, le plus souvent héréditaire, +est l'apanage des neuro-arthritiques.» Si +l'auteur voulait bien avouer seulement que cette +expression de «neuro-arthritiques» ne fait que +dissimuler notre ignorance, nous serions tout à +fait d'accord avec lui.</p> + +<p>En résumé, si le médecin doit bien connaître +dans tous leurs détails, sous tous leurs aspects, +dans leurs moindres nuances, les manifestations +morbides, il doit surtout chercher leur pathogénie, +et ne pas s'hypnotiser sur tel ou tel symptôme. En +un mot, il doit voir de haut pour voir loin, à condition +toutefois de ne pas se perdre dans les +nuages.</p> + +<p>Quelquefois, tous les systèmes organiques sont +troublés à la fois sous l'influence d'une cause morbigène. +C'est ce qui arrive, par exemple, à la suite +d'un choc traumatique violent, On voit, du jour +au lendemain, le blessé devenir à la fois dyspeptique, +déséquilibré abdominal, constipé avec entérite +muco-membraneuse, déséquilibré cérébral; et +il peut rester longtemps dans ce misérable état +qu'on désigne sous le nom d'<i>hystéro-neurasthénie +traumatique.</i></p> + +<p>La fièvre typhoïde, la grippe infectieuse, impressionnent +également à la fois, tous les appareils +de l'organisme, à des degrés divers. Tantôt la +sidération peut être telle que le capital vital initial +et les réserves antérieures se trouvent tout à coup +épuisés: c'est la banqueroute totale, c'est la mort. +D'autres fois, le capital et les réserves ne sont +que profondément entamés. C'est la «maladie» grave, +aggravée encore par des médications et des pratiques +intempestives; à un moment donné, le capital +peut être réduit à si peu de chose, que la moindre +dépense suffit pour l'anéantir. Le malade est une +flamme vacillante que le moindre souffle peut +éteindre, mais à laquelle un savant dosage d'oxygène +rendra, peu à peu, la vie.</p> + +<p>Quand le capital est moins profondément atteint, +ou quand la cause morbigène est moins importante, +les troubles fonctionnels, au lieu d'être généralisés, +atteignent plus spécialement tel ou tel +organe: l'organe le plus faible, qu'il soit plus +faible par le fait de l'hérédité ou par le fait d'une +atteinte antérieure. Mais, en vertu de la synergie +qui existe entre tous les organes, le trouble fonctionnel +ne reste pas longtemps limité à un organe +ou à un système organique. Voyez le grand neurasthénique: +il est à la fois dyspeptique, entéralgique, +cérébral, médullaire. Quel est l'organe qui, chez lui, +a été le premier atteint? Impossible de le dire, après +deux ou trois ans de «maladie». Cependant une +enquête bien conduite peut permettre souvent de +reconstituer son histoire pathologique, de voir par +où la «maladie» a commencé, quel était le point initial. +Et c'est de la connaissance de ce point faible +initial que dérivera, en grande partie, la thérapeutique. +Le médecin portera la plupart de ses efforts +sur le point faible qu'il aura découvert, sans +négliger, cependant, les perturbations secondaires +attribuables à la synergie des fonctions de tout être +vivant.</p> + +<p>Il arrive même, quand l'influence morbide est +peu intense, ou quand les réserves sont bonnes, +que le trouble de la santé ne se traduit que par un +nombre très limité de symptômes, parfois même +par un seul. Ainsi il y a des migraineux qui n'ont +que de la migraine, des malades qui n'ont, comme +manifestation morbide que le symptôme constipation, +d'autres qui n'ont que de la sciatique; mais +ces cas sont exceptionnels, et, en bonne clinique, +et surtout pour faire de la bonne thérapeutique, il +faut, presque de parti pris, les éliminer, et chercher +au delà de la manifestation monosymptomatique. +Presque toujours, alors, ou trouvera que la +«maladie» n'est monosymptomatique qu'en apparence.</p> + +<p>De même que, dans une compagnie de chemins +de fer, une irrégularité dans le service, minime en +apparence, dénonce, si elle se renouvelle fréquemment, +une mauvaise direction générale, de même, en +biologie, il n'est pas d'indispositions insignifiantes, +si limitées soient-elles à tel ou tel organe. L'apparition +d'une douleur à l'épaule, par exemple, qui +paraît une affection bien locale, est l'indice d'une +perturbation plus profonde qu'on ne le croit du système +nerveux central.</p> + +<p>Nous venons de prononcer un grand mot, et c'est +toute une doctrine qui est contenue dans cette affirmation; +c'est que en effet c'est le système nerveux +central qui à notre avis est le grand réservoir de +l'énergie. C'est par lui que nous vivons, que nous nous +mouvons, et que nous sommes. C'est lui qui dirige +le fonctionnement de tous les organes, de sorte +que quand il est perturbé, il n'engendre pas seulement, +la névrose, la neurasthénie, l'hystérie, l'irritation +spinale, la folie, la névropathie généralisée, etc., +mais encore les troubles de circulation vaso-motrice +des différents organes. En dernière analyse, +il est la clef de voûte de la pathologie. Ses perturbations +se traduisent par les symptômes les +plus variés, au point d'égarer presque fatalement +le diagnostic qu'on voudrait fonder sur eux seuls. +Quelles que soient donc la forme, la gravité, l'apparence +de la manifestation morbide, c'est toujours +le système nerveux central qu'il faudra étudier, +c'est sur lui que devra porter le grand effort thérapeutique.</p> + +<p>Ce qu'il faut toujours voir, c'est l'ensemble du +malade et surtout la cause ou la série de causes +qui ont fait fléchir momentanément son système +nerveux, qui ont, en d'autres termes, diminué sa +valeur biologique.</p> + +<p>Or, comme nous l'avons dit, ces causes sont +multiples. Il en est qui appartiennent à tous les +âges, mais d'autres qui appartiennent plus spécialement +à un âge déterminé.</p> + +<p>Pour mettre un peu d'ordre dans cette étude, +c'est d'après ce plan que nous passerons en revue +les principales de ces causes morbigènes. Nous +les étudierons donc suivant l'âge de l'être humain: +1° depuis le jour de la naissance jusqu'au sevrage; +2° du sevrage à la puberté; 3° de la puberté à l'âge +adulte; 4° pendant l'âge adulte; 5° aux différentes +phases du déclin; 6° pendant la vieillesse.</p> + +<p>Nous introduirons, en outre, des subdivisions, +suivant que les influences pathogènes atteignent +plus spécialement: 1° le système nerveux digestif; +2° le système nerveux musculaire; 3° le système +nerveux central. Enfin, pour chaque âge de la vie, +nous mentionnerons les affections accidentelles qui +portent atteinte à la fois à tous les systèmes organiques: +nous voulons parler des «maladies» aiguës +(rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde, etc.), des +intoxications (syphilis, intoxications alimentaires, +etc.), toutes affections qui, par la brutalité de +leurs assauts, ont surtout attiré l'attention des gens +du monde et de beaucoup de médecins, mais qui, +en réalité, ne constituent que la partie la moins +importante de la pathologie, surtout au point de +vue thérapeutique. La suite de ce travail démontrera, +j'espère, que cette formule n'est paradoxale +qu'en apparence<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> Certes, quelques-unes de ces influences morbigènes sont inévitables +et la prudence la plus vigilante n'en préserve pas l'être +vivant. Mais beaucoup seraient évitables: ce sont celles qui +constituent le domaine de l'hygiène, de sorte que notre travail, +en même temps qu'il dessinera à grands traits toute la pathologie, +effleurera forcément les problèmes afférents à l'hygiène et +a la thérapeutique, en d'autres termes, à la gestion du capital.<br> + +<p>L'hygiène publique est la gestion de la fortune de la communauté, +l'hygiène privée est la gestion de la fortune de chacun, +constituée essentiellement par le capital initial, et par les intérêts +qu'il rapporte.</blockquote> + +<br><br><br> +<h4>CHAPITRE VI</h4> + + +<h4>DE LA NAISSANCE AU SEVRAGE +(PUÉRICULTURE)</h4> + +<p>Ainsi donc, suivant que le capital sera fort ou +faible et qu'il sera bien ou mal géré, l'être vivant +sera sain ou malade, donnera ou ne donnera pas +son maximum de rendement, fournira ou ne fournira +pas la carrière qui lui était originairement +dévolue.</p> + +<p>Dans les premières années de la vie, la gestion +du capital appartient tout entière aux parents. Bien +peu savent élever leurs enfants; et s'il est des +connaissances qu'on devrait répandre à profusion +dans tous les milieux sociaux, ce sont celles relatives +à la «puériculture», d'autant que les règles +en sont simples et peu nombreuses, ainsi que le +démontre le <i>Traité de Puériculture</i> du professeur +Pinard, qui devrait être entre les mains de toutes +les mères de famille.</p> + +<p>Rien de plus simple, d'ailleurs, que cette science +de la puériculture.</p> + +<p>Surveiller le repos de l'enfant, ne pas l'exciter à +tout propos et hors de propos, l'alimenter intelligemment, +lui épargner toute médicamentation +meurtrière, le préserver du froid et des changements +brusques de température: et c'est tout.</p> + +<p>Si seulement on savait la manière d'économiser +les vies d'enfants, on pourrait le faire dans les +milieux en apparence les plus défectueux; c'est +ainsi qu'au Creusot, grâce aux incessants efforts de +MM. Schneider, la mortalité des enfants au-dessous +d'un an n'est que de 110 p. 1000, alors que, dans +le canton de Vaud, renommé pour l'excellence de +ses conditions hygiéniques, elle atteint 155 p. 1000. +Ce magnifique résultat est dû surtout à l'élévation +des salaires, qui permet aux mères de se consacrer +librement à leur mission maternelle. Près de +80 p. 100 des mères allaitent leurs enfants, toutes +font de la puériculture avant la naissance. (<i>Rapport</i> +de M. le professeur Pinard, à l'Académie de médecine, +25 juillet 1905.)</p> + +<p>Il est bien évident que le capital initial ne suffit +pour entretenir la vie que pendant quelques jours; +il a besoin d'être sans cesse renouvelé et augmenté, +pour permettre de faire des réserves, de donner à +l'individu les moyens de vivre, et, plus tard, de +transmettre la vie à son tour. C'est l'aliment qui +pourvoit à ce besoin incessant; et par aliment nous +entendons non seulement ce qui entre dans le tube +digestif, mais aussi l'air, que les anciens définissaient +très justement le <i>pabulum vitae</i>.</p> + +<p>Quand l'aliment pèche par sa qualité, par sa +quantité, par une répartition vicieuse, la «maladie» +ne tarde pas à naître; c'est là la cause essentielle +de toute la pathologie infantile. Et l'on ne saurait +croire, en vérité, dans quelle mesure une mauvaise +alimentation du premier âge retentit sur toute la vie +pathologique de l'individu. Quelques médecins le +disent, le crient même, mais c'est dans le désert; +la plupart le nient, ou passent indifférents à côté +de cette vérité profonde. Quant aux gens du monde, +ils en soupçonnent à peine l'importance.</p> + +<p>La vérité est que, quand un enfant a été mal +nourri loin de sa famille, quand il revient de nourrice +avec un gros ventre, on peut affirmer que, +toute sa vie, il sera un valétudinaire.</p> + +<p>Quand, pour obéir aux injonctions d'un cénacle +de gens incompétents, ou quand, poussée par son +médecin, qui veut mettre à l'abri sa responsabilité, +une mère consent à abandonner les doux devoirs +de la maternité et à confier à une nourrice l'enfant +qu'elle aurait dû allaiter, quand à cette nourrice en +succèdent deux ou trois autres, sous des prétextes +quelconques, on doit tout craindre pour l'avenir de +l'enfant. Il sera, dans sa prime jeunesse, un être +insupportable, puis un écolier de quatrième ordre, +dans son adolescence un raté, incapable de payer +sa dette au pays; toute sa vie, un malheureux. +Ces considérations doivent être présentes à l'esprit +du clinicien qui, se trouvant en face d'un +malade quelconque, arrivé à un âge quelconque, +doit chercher à connaître ce que vaut ce malade.</p> + +<p>On comprend donc l'importance du problème de +l'alimentation dans la première enfance. En principe, +comme l'a bien dit M. Pinard, «le lait de +la mère appartient à l'enfant»; et «si l'on veut +faire quelque chose qui soit puissamment efficace +et fructueux, il est nécessaire, il est indispensable +de faire tout d'abord ce que demandait la Convention, +et ce qu'ont réalisé MM. Schneider au Creusot, +il faut permettre à la mère de donner ce qu'elle +possède.» (<i>Rapport</i> du professeur Pinard à l'Académie, +juillet 1905.)</p> + +<p>Mais si la mère ne peut absolument pas nourrir, +il faut recourir immédiatement à l'alimentation +artificielle, soit avec le lait stérilisé du commerce,—dont l'innocuité est quotidiennement démontrée +par les résultats obtenus, à la Goutte de lait de Belleville, +au dispensaire très habilement dirigé par +M. le Dr Variot,—soit encore avec le lait de vache +bien surveillé, fraîchement et proprement trait, +sucré, plus ou moins étendu d'eau, puis stérilisé +dans la famille, avec des appareils Sosclet, ou +mieux encore avec l'appareil «la Tutélaire».</p> + +<p>C'est ce dernier appareil qui est utilisé à cette +«Goutte de lait» de Saint-Pol-sur-Mer, qui pourrait +servir de modèle à toutes les institutions du même +genre, à cause de la simplicité de son organisation.</p> + +<p>Fondée, en 1902, par M. Georges Vancauwenberghe, +maire de Saint-Pol-sur-Mer, à l'aide d'un +subside de trente mille francs mis à sa disposition +par un autre philanthrope, cette «Goutte de lait» +a déjà rendu d'importants services: elle a fait +tomber la «maladie» des enfants de 0 à 1 an de +288 p. 1000 (c'était le chiffre de mortalité infantile +le plus élevé de toute la France) à 51 p. 1000.</p> + +<p>La consultation des nourrissons a lieu tous les +dimanches matin, dans un local mis à la disposition +de l'Oeuvre par la municipalité de Saint-Pol-sur-Mer: +120 enfants, en moyenne, sont présentés +tous les dimanches.</p> + +<p>Les mères arrivent par séries, et se réunissent +dans une grande salle chauffée où elles déshabillent +leurs enfants. Elles pénètrent successivement +dans la salle de consultation. Chaque enfant est +pesé, puis examiné par le médecin, qui compare +le poids actuel à celui du dimanche précédent, +l'inscrit sur la fiche individuelle du nourrisson, et +fixe le régime pour la semaine qui va commencer. +Toute mère reçoit, soit un important secours <i>en +nature,</i> si l'enfant est nourri au sein,—car on fait +tout ce qu'on peut pour favoriser l'allaitement +maternel,—soit des biberons de lait <i>pasteurisé</i>, si +l'enfant est à l'allaitement mixte ou artificiel.</p> + +<p>Le lait est distribué tous les jours au local de +l'Oeuvre. Chaque enfant à l'allaitement artificiel a +un double jeu de biberons et de paniers, qui lui +sont personnels. En venant chercher les biberons +prescrits, la mère remet ceux que l'enfant a vidés +la veille. Un seul homme suffit pour assurer tout le +service.</p> + +<p>Le lait est distribué gratuitement à tous les +enfants indigents. Fourni à l'Oeuvre à son prix +coûtant, il provient des étables du Sanatorium de +Saint-Pol-sur-Mer, où aucune vache n'entre sans +avoir été préalablement soumise à l'épreuve de la +tuberculine.</p> + +<p>Aussitôt reçu, il est pasteurisé suivant le procédé +Coutant: c'est-à-dire que, dans le biberon même +où la mère devra l'utiliser pour son enfant, le lait +est porté à 75°, puis les flacons sont brusquement +refroidis par immersion dans l'eau. Ce refroidissement +brusque a été rendu possible par la contexture +même du verre des flacons.</p> + +<p>Le lait ainsi traité a perdu tous ses microbes +pathogènes, et, à l'inverse du lait stérilisé à 110°, a +conservé toutes ses propriétés digestives et nutritives.</p> + +<p>Après la pasteurisation, les biberons restent +plongés dans des bacs remplis d'eau froide, jusqu'à +la livraison aux mères.</p> + +<p>La pathologie infantile est relativement simple. +Faut-il donc, comme on le propose de divers côtés, +faire faire à tous les étudiants en médecine un +stage dans les hôpitaux d'enfants, pour les initier +aux mystères de cette pathologie? Remarquez que +d'autres médecins demandent un stage spécial +pour l'étude des «maladies» vénériennes et cutanées; +d'autres encore un stage pour l'étude des «maladies» +nerveuses, sans parler de ceux qui voudraient un +stage pour les «maladies» des yeux, des organes +génito-urinaires. Pourquoi pas un stage, aussi, +pour celles des oreilles et du nez? et, à ce compte, +combien de temps dureraient les études médicales? +Tous ces stages successifs seraient excellents s'ils +étaient praticables; mais ils auraient pour effet de +restreindre plus que de raison le nombre des futurs +médecins, et de remplacer la pléthore médicale +actuelle par une anémie encore plus regrettable.</p> + +<p>Non, ce qu'il faut apprendre à l'étudiant, c'est +qu'il lui reste beaucoup <i>à apprendre</i>, c'est que +toute sa vie de praticien ne sera pas trop longue +pour savoir lire dans le grand livre de la nature. +Mais il nous semble que, pour ce qui concerne en +particulier la pathologie des enfants, un peu de +bon sens, beaucoup de prudence, pas de médicaments, +de la patience, suffisent pour faire de bonne +thérapeutique infantile, quand, par ailleurs, on +connaît les lois générales de la pathologie.</p> + +<p>Sans être spécialiste pour les «maladies» d'enfants, +je me rappelle avoir été appelé en consultation, +en province, pour un enfant de six mois soigné +par deux distingués confrères. Il avait, depuis +cinq jours, une entérite aiguë avec fièvre, amaigrissement +rapide. Pendant les trois quarts d'heure +que dura mon enquête, je vis cet enfant passer +successivement des bras de sa mère dans ceux de +la nourrice <i>sèche</i>, puis dans ceux d'une tante +affolée, le tout pour calmer les faibles cris qu'il +avait encore la force de pousser. J'appris que ce +manège durait depuis deux jours, que l'enfant +avait pris du calomel, trois fois de grands lavages +intestinaux, et qu'on l'alimentait toutes les heures, +à grand'peine, avec du lait stérilisé! Je proposai +simplement de mettre cet enfant dans son berceau +et de l'y laisser, de lui appliquer sur le ventre un +large cataplasme, de le laisser à la diète absolue +pendant quatre heures puis de lui donner de l'eau +panée, et de le laisser dormir si le sommeil pouvait +venir. Le lendemain, la fièvre avait cessé, l'enfant +avait dormi; j'autorisai alors, toutes les heures, le lait +naturel, écrémé et coupé avec parties égales d'eau +de riz; je conseillai de ne pas trop déranger l'enfant, +de ne plus explorer son ventre. Le surlendemain, +il prenait du lait écrémé pur, et j'appris +qu'il avait retrouvé sa gaîté. Un sommeil prolongé +mit fin à la grave alerte, et aussi à la «maladie», +qui avait failli rendre Je pauvre enfant victime de +soins trop empressés.</p> + +<p>Dans d'autres cas d'entérite cholériforme, le +grand secret de la thérapeutique consiste à savoir +réchauffer les enfants, tout en les tenant à la diète +absolue pendant six ou douze heures, puis au +régime «avec restriction des liquides» pendant deux +ou trois jours.</p> + +<p>Avouons cependant que, parfois, les problèmes +de pathologie infantile sont très difficiles à +résoudre. J'ai parlé plus haut de cet enfant qui ne +supportait aucun lait de femme, pris en n'importe +quelle quantité. D'autres fois, les enfants s'empoisonnent +avec le lait même de leur mère. C'est, tout +simplement, parce qu'ils en prennent trop à la fois; +mais il faut quelquefois chercher longtemps pour +trouver cette cause si simple. On ne se figure pas +le nombre d'enfants qui ont des indigestions chroniques, +parce qu'ils ne sont pas rationnés, surtout +quand ils sont nourris par de plantureuses mercenaires +qu'on ne sait comment tonifier, dans la +pensée de donner plus de forces au précieux rejeton.</p> + +<p>Dans certains cas, même, le diagnostic des «maladies» +des enfants est tellement difficile que les spécialistes +se déclarent incompétents. Que d'erreurs +de diagnostic commises à propos des méningites! +Et comment aussi interpréter le cas suivant? Sans +cause connue, un enfant d'un an, bien élevé au +sein maternel, éprouve un malaise insolite, devient +grognon, refuse de prendre le sein, a de la fièvre. +Les jours suivants, la fièvre augmente, une pâleur +inquiétante s'étend sur la face, un amaigrissement +rapide préoccupe à juste titre tout l'entourage; +puis, au bout de quelques jours, sans qu'on ait rien +fait que de laisser l'enfant bien tranquille, l'appétit +revient peu à peu, la fièvre diminue, et tout +rentre dans l'ordre. Divers confrères appelés en +consultation n'ont pas pu étiqueter cette «maladie», +ni se prononcer sur son issue; mais, tous ayant eu +le bon esprit de ne pas aggraver la situation par +une médication intempestive, tout s'est terminé +pour le mieux, et l'enfant a gardé son secret.</p> + +<p>La faute de ces insuffisances et de ces erreurs de +diagnostic n'est pas aux médecins, mais aux difficultés +des problèmes cliniques. En les dénonçant, +nous ne voulons nullement dénoncer la faillite de +la science: bien au contraire, ce que nous voulons +dire, c'est qu'en thérapeutique infantile il faut avant +tout de la sagacité, et que, dans certains cas, il faut +que le médecin sache reconnaître son incompétence.</p> + +<p>Dans d'autres cas, d'ailleurs, la science prend une +revanche éclatante, et c'est alors que le médecin +est en droit de se féliciter d'avoir fait de bonnes +études de pathologie générale.</p> + +<p>Voyez, par exemple, cet enfant né à terme, et qui +vient bien pendant les six premières semaines; +puis voici que, tout en continuant à prendre ardemment +le sein, sans avoir ni diarrhée, ni vomissements, +son poids cesse d'augmenter; il diminue +de 200, de 300 grammes en quelques jours. Qu'est-ce +à dire? Mais c'est que l'enfant est un hérédo-syphilitique. +Le traitement mercuriel, sous forme +de liqueur de Van Swieten, de frictions mercurielles, +ou mieux encore d'injections de sublimé à la dose +de 3 à 5 milligrammes par jour, fait merveille et +rétablit entièrement cet enfant.</p> + +<p>Nous avons dit plus haut combien souvent la +méningite, qu'on croit tuberculeuse, et qui survient +de deux à cinq ans, est d'origine syphilitique. Déjà +en 1872, quand nous faisions nos études à Montpellier, +le regretté professeur Fonsagrives nous +disait qu'il avait sauvé beaucoup d'enfants, atteints +de méningite tuberculeuse, en leur donnant de +l'iodure de potassium. C'est, sans doute, qu'il +s'agissait de méningites syphilitiques. Mais pour +formuler un diagnostic de méningite syphilitique, +pour dépister l'hérédo-syphilis, soit par l'examen +de l'enfant, soit par une enquête sur les parents, +ne faut-il pas que le médecin ait beaucoup travaillé, +beaucoup vu et beaucoup retenu? Son rôle +n'est donc pas inutile, et si, le plus souvent, il doit +se contenter de faire de l'expectation armée, il peut, +dans beaucoup de cas, rendre aux enfants malades +des services inappréciables.</p> + +<p>Que dire d'un bain chaud donné, en temps utile, +à un enfant atteint de pneumonie; de l'immersion +alternative dans l'eau chaude et dans l'eau froide +d'un enfant nouveau-né atteint de congestion pulmonaire, +sinon que, dans certaines circonstances, +le médecin opère ainsi de véritables résurrections?</p> + +<p>Encore une fois, nous ne voulons ni rabaisser le +rôle social du médecin, bien au contraire, ni introduire +dans l'esprit des jeunes confrères un scepticisme +infécond: ce que nous voulons, c'est leur +dire qu'il ne faut pas se spécialiser dans l'étude de +la pathologie infantile, et que, pour bien soigner +un enfant, il faut savoir beaucoup, mais surtout +qu'il faut souvent savoir s'abstenir.</p> + +<p>En résumé, la pathologie de l'enfance, tout en +étant compliquée, comme tout ce qui touche au problème +de la vie, nous semble être relativement +simple, l'enfant n'étant, pour ainsi dire, «qu'un +tube digestif percé aux deux bouts».</p> + +<p>Plus nous allons voir l'être humain avancer dans +sa carrière, plus vont devenir nombreux et compliqués +les problèmes de la vie. Le système nerveux +ne va pas tarder à entrer en scène, les mille et une +conditions défavorables qu'impose à l'homme le +milieu cosmique vont imprimer à son capital biologique +des dépenses qu'on ne peut certainement pas +évaluer mathématiquement, mais qui se traduiront +par une diminution de sa valeur. La vie ne va être +de plus en plus qu'une série d'oscillations, de luttes +entre la tendance à «persévérer dans l'être» et les +causes de destruction de l'être vivant; bref, un état +d'équilibre instable, la santé n'étant qu'un bel accident +passager.</p> + +<br><br><br> +<h4>CHAPITRE VII</h4> + +<h4>DU SEVRAGE A LA PUBERTÉ</h4> + +<p>Il est logique d'introduire une subdivision dans +ce chapitre, et d'étudier d'abord l'enfant de deux à +sept ans, d'autant que, à cette période de la vie, il +n'y a pas à tenir compte de la différence des sexes.</p> + +<h4>I</h4> + +<p>Pendant cette période, la nutrition a son activité +maximum, l'enfant améliore son capital, accumule +les réserves; mais il faut bien savoir qu'il a aussi +des dépenses colossales. Combien d'influx nerveux +doit être dépensé pour faire connaissance avec le +monde extérieur, pour apprendre le sens des mots, la +notion des distances, etc.! On est effrayé en pensant +au travail cérébral que supposent ces acquisitions.</p> + +<p>De là ce grand principe, qu'il faut éviter à l'enfant +toute fuite nerveuse inutile. Il faut presque se +borner à le faire «boire, manger, dormir; manger, +dormir et boire». Il faut avant tout, que l'enfant +de cet âge dorme beaucoup. En aucun cas, on ne +devrait le réveiller. Pour démontrer combien peu +d'enfants ont leur dose <i>optima</i> de sommeil, prenez +au hasard un enfant de cinq ans, laissez-le, un premier +jour, dormir à volonté; il s'octroiera douze +heures de sommeil. Le lendemain, il se réveillera +après onze heures, le surlendemain et les jours suivants +après dix heures. C'est donc que, au moment +précis où l'expérience a commencé, il avait un +arriéré de besoin de sommeil.</p> + +<p>Quant au problème de l'alimentation, il est relativement +simple, et l'expérience des mères de famille +répond à la plupart des indications. L'enfant doit +manger quatre fois par jour; mais, en général, +il mange trop vite. Les parents devraient, pour leur +usage personnel et pour le bien de leurs enfants, se +rappeler qu'il existe des glandes salivaires sécrétant, +chez l'homme adulte, 1 500 grammes de salive par +jour, et que, si une bonne digestion commence dans +la cuisine, elle se continue dans la bouche.</p> + +<p>En réalité, cet âge de la vie est celui où il y a le +moins d'influences nocives; et un peu de surveillance +suffit pour que l'enfant se porte bien.</p> + +<p>Les «maladies» accidentelles elles-mêmes évoluent, +en général, d'une façon bénigne, quand elles ne +sont pas troublées par une thérapeutique incendiaire. +De là la faible mortalité afférente à l'âge que +nous étudions, dénoncée par les tables qui servent +de base aux calculs des Compagnies d'assurances +sur la vie.</p> + +<p>Quand l'enfant subit un choc accidentel quelconque, +scarlatine, rougeole, angine, il se rétablit +avec une rapidité contrastant avec la lenteur de la +convalescence chez l'adulte, et encore bien plus +chez le vieillard. Voyez, par exemple, une angine +herpétique! Elle occasionne chez l'enfant de tumultueux +symptômes: de la fièvre, du délire; mais, au +bout de quatre jours, tout rentre dans l'ordre, et, +quatre jours après, l'enfant paraît aussi bien portant +qu'avant. Chez l'adulte, au contraire, le même +nombre de points d'herpès sur la gorge provoque +un état maladif moins tumultueux, mais qui se +termine par une convalescence de quinze jours à +un mois, pendant laquelle il a besoin de soins, ou +tout au moins d'un repos, qui ne sont nullement +nécessaires à l'enfant convalescent, doué de plus +d'élasticité.</p> + +<p>A partir de sept ans s'esquisse, chez certains +enfants, une différenciation qui ira s'accusant d'année +en année. Un oeil attentif va percevoir si l'enfant +appartient au type <i>musculaire</i> ou au type <i>cérébral</i>. +Le <i>musculaire</i> est cet enfant actif, aimant à jouer, +turbulent, ne parvenant pas à fixer son intention +pour un quart d'heure de suite, n'ayant, par conséquent, +aucun goût pour l'étude telle qu'elle lui +est imposée. Le <i>cérébral</i> est l'enfant réfléchi, n'aimant +pas les jeux bruyants, et dont l'esprit est en +avance notable sur celui des enfants de son âge. +A chacun de ces deux enfants conviendrait une +éducation différente; malheureusement, les nécessités +sociales les soumettent, l'un et l'autre, à la même +discipline pédagogique,—bien comprise, il faut +l'avouer, pour les individus moyens. Mais si, pour +ces enfants moyens, le système pédagogique actuellement +en vigueur s'approche autant que possible de +la perfection, il faut bien dire qu'il convient moins +aux types extrêmes que nous venons de mentionner. +Le petit <i>musculaire</i>, condamné à de longues heures +d'étude, s'agite, s'inquiète, devient de plus en plus +dissipé, et ne tarde pas à entrer dans la catégorie +des enfants dits «paresseux». Sa santé physique +peut ne pas souffrir outre mesure du régime compressif +auquel il est soumis; il grandit, se porte +bien en apparence; mais son cerveau est, pour +ainsi dire, faussé, et ne donnera qu'un rendement +inférieur. Chez le petit <i>cérébral</i>, au contraire, l'éducation +moyenne peut amener des troubles de la +santé physique: les récréations bruyantes et agitées, +imposées après les repas, les longues promenades +hebdomadaires, l'insuffisance du sommeil, +une alimentation mal adaptée à son tube digestif, +très vulnérable le plus souvent, le fatiguent à la +longue; et, d'un enfant qui aurait pu donner les +plus belles espérances, la pédagogie officielle fait +un être malingre, nerveux, à terreurs nocturnes, en +un mot un malade.</p> + +<p>Faut-il donc préconiser l'éducation individuelle? +Oui, dans les cas extrêmes et dans des circonstances +exceptionnelles.</p> + +<p>Une autre classe d'enfants chez lesquels l'éducation +collective et le surmenage cérébral imposé +par nos programmes amènent les plus fâcheuses +conséquences, pour le présent et pour l'avenir, +c'est celle des enfants que l'hérédité n'a pas préparés +au travail cérébral. Tels ces fils de cultivateurs +qui ont une longue hérédité terrienne, et que +leur intelligence hâtive semble désigner comme +particulièrement aptes aux études supérieures. Ce +sont, quelquefois, de très brillants élèves; ils arrivent +aux écoles supérieures: mais ils y arrivent +malades, et seront malades toute leur vie.</p> + +<p>De l'âge de sept ans à celui de la puberté, les +«maladies» accidentelles sont presque inévitables, à +cause de la promiscuité des enfants dans les +écoles; mais elles sont, en général, de peu de gravité. +Ce ne sont pas elles qui diminuent sensiblement +le capital biologique individuel. Les fautes +commises contre l'hygiène alimentaire sont d'une +bien plus grande importance.</p> + +<p>Combien on voit, notamment, de «maladies» aiguës +qui ressemblent plus ou moins à la fièvre typhoïde, +et qui sont dues à des indigestions! En général, l'hygiène +alimentaire de l'enfant n'est pas assez surveillée. +Les enfants mangent trop vite, comme nous +l'avons dit plus haut; et, très souvent, ils mangent +trop, précisément parce qu'ils mangent trop vite, la +sensation de faim n'étant pas calmée par l'introduction +brusque, dans l'estomac, d'une masse alimentaire +mal élaborée. D'autre part, de trop nombreux +parents, oubliant que ce n'est pas ce qu'on +mange qui profite, mais ce qu'on assimile, se +figurent qu'il faut que l'enfant mange beaucoup +pour se donner des forces; et ce préjugé amène +chez l'enfant des intoxications chroniques qui +retentissent sur son système nerveux, sur sa croissance, +jusqu'au moment où l'estomac surmené +commence à protester. A partir de ce moment, le +cercle vicieux est établi, et, si un régime alimentaire +bien compris n'est pas institué, l'enfant +devient un malade, et restera malade indéfiniment. +C'est ce que M. le Dr Laumonier a très bien +exposé dans un article du <i>Correspondant médical</i> +de 1905:</p> + +<p>Voici des enfants qui sont, en apparence, bien portants; ils +mangent beaucoup, sont gros et gras, et bien que leur sommeil +ne soit pas toujours aussi calme qu'il faudrait, pourtant +on ne peut, à première vue, les accuser d'aucun trouble évident. +Cependant, certains soirs principalement, ils se montrent +tantôt plus énervés que d'habitude, tantôt plus abattus +au contraire, et si, à ce moment, on prend leur température +rectale, on constate 38° C, 38°5, parfois même 39° et au delà. +Cet accès fébrile est d'ailleurs passager; le lendemain, il n'y +paraît plus. On ne lui attribue généralement aucune importance, +et les parents se gardent bien, pour si peu de chose, +de faire appeler le médecin; ils ont tort, car cette fièvre +digestive est le symptôme de troubles fonctionnels d'assez +grande importance, et qu'il est en conséquence nécessaire de +soigner dès le début.</p> + +<p>Ces enfants, en effet, ne restent pas toujours gras et de +belle apparence: peu à peu leur appétit, qui faisait l'admiration +de leurs parents, fléchit; et aussitôt l'embonpoint et +les belles couleurs disparaissent. Ils finissent ainsi par se +transformer en enfants chétifs, maigres, pâles, ayant mauvaise +haleine, présentant des alternatives de constipation +et de diarrhée, souffrant parfois de douleurs stomacales +vives; en un mot ce sont maintenant de véritables dyspeptiques.</p> + +<p>Or, cette dyspepsie n'est que l'aboutissant fonctionnel +extrême, pour ainsi dire, de troubles longtemps existants et +dont les accès légers de fièvre digestive ont été l'un des premiers +et des plus caractéristiques symptômes. Il suffit, pour +s'en convaincre, de suivre avec quelque attention l'évolution +progressive des phénomènes.</p> + +<p>Très souvent, les enfants qui manifestent ces accès fébriles +ont été, pendant leur première enfance, mal nourris, sinon +comme qualité du lait, au moins comme quantité; en +d'autres termes, leur ration a été trop copieuse. Puis, après +le sevrage, ils ont été mis rapidement à la nourriture commune +de la famille; ils ont mangé de tout, et trop; parfois +aussi on leur a laissé prendre l'habitude de boire du vin, du +café. Peu à peu, ainsi, ils sont devenus polyphages et polydipsiques.</p> + +<p>C'est une grosse erreur de croire que l'enfant,—pas plus +que l'homme, du reste—ne mange qu'à sa faim; toujours, +ou presque toujours, à ce point de vue, la limite est dépassée. +La quantité d'aliments ingérés est beaucoup plus une affaire +d'habitude que de besoin réel, comme le prouvent manifestement +les résultats du traitement imposé à ces petits malades. +Quoi qu'il en soit, le fait est qu'ils mangent trop, dépassent +ainsi les limites du pouvoir digestif de l'estomac, dans lequel +les aliments, étant insuffisamment élaborés par les sécrétions +digestives, stagnent et donnent lieu à des fermentations anormales. +D'où, d'une part, l'insuffisance et l'épuisement des +glandes gastriques, la dilatation et l'atonie stomacales, et, +d'autre part, la production des substances toxiques qui, résorbées, +entraînent l'auto-intoxication et l'élévation thermique +qui en est la conséquence. Notons d'ailleurs,—et c'est là un +point essentiel,—que la fièvre digestive peut se produire et +se produit ordinairement avant que l'épuisement glandulaire +et l'atonie ou l'ectasie gastriques soient complètement réalisés; +elle coexiste plutôt à la phase de polyphagie et constitue +un signe prodromique, avertissant que la limite digestive +est dépassée, que l'estomac commence à se fatiguer, +que l'auto-intoxication d'origine digestive est déjà manifeste.</p> + +<p>Il est inutile d'insister ici sur les signes physiques divers +de cet état, gros ventre, clapotage ou ectasie gastrique, gros +foie... etc., ils sont bien connus et faciles à mettre en évidence; +d'autres signes, plus incertains, dyspnée, terreurs +nocturnes, manifestations cutanées, peuvent exister aussi, +qui complètent la signification des premiers. Passons donc +et arrivons au traitement.</p> + +<p>La première indication est de réduire la ration alimentaire +à ce qui est strictement nécessaire à l'enfant, suivant l'âge, +le sexe, le poids, la taille, et de composer cette ration d'aliments +faciles à digérer, fournissant le minimum de fermentation, +tels que lait, oeufs, pain grillé, viande crue, purée de +légumes. Sans en arriver au régime sec, qui a beaucoup +d'inconvénients, on réduira cependant le plus possible la +quantité de la boisson, constituée par de l'eau pure de bonne +qualité ou des tisanes chaudes. Enfin, en outre des mesures +hygiéniques générales, on assurera la liberté du ventre par +des habitudes régulières ou à l'aide de quelques lavements +tièdes, mais sans en abuser.</p> + + + +<h4>DE LA PUBERTÉ A L'AGE ADULTE</h4> + +<p>I.—CHEZ LA FILLE</p> + +<p>Chez la petite fille, l'apparition des règles constitue +un moment solennel dans l'existence. La +plupart des mères de famille le savent, s'en inquiètent, +mais ne connaissent pas les précautions à +prendre. Ces précautions consistent à supprimer +plus que jamais les fuites nerveuses. Ainsi, il convient +alors de diminuer le travail cérébral, le travail +musculaire, d'éviter à l'enfant les émotions, de la +mettre à l'abri de toutes les influences qui, par +action réflexe, retentissent sur son système nerveux +(indigestions, coups de froid).</p> + +<p>Pendant les premières périodes menstruelles, le +repos presque absolu au lit s'imposerait, si les +règles étaient douloureuses ou trop abondantes; +et un repos relatif s'impose même quand elles sont +correctes. Ce qu'il faut bien savoir, c'est que l'anémie +qui accompagne, en général, cette période +de la vie n'est justiciable ni du fer, ni du quinquina, +ni de la suralimentation; ce qu'il faut pour la combattre, +ce sont les précautions citées plus haut, et, +par intervalles, quelques injections de cacodylate +de soude, ou mieux, de cacodylate de magnésie. +C'est là un des rares médicaments capables de +rendre des services, à la condition formelle qu'il ne +soit pris ni par l'estomac ni par l'intestin.</p> + +<p>Une fois la menstruation établie, il ne faut pas +s'inquiéter outre mesure si, pendant les premières +années, les règles ne viennent pas à époques fixes, +et il faut se déclarer satisfait si elles ne sont ni +douloureuses, ni trop abondantes.</p> + +<p>Plus tard, vers l'âge de dix-huit ans, il est fréquent +de voir la santé des jeunes filles subir un assaut +considérable, qui se traduit par de la chloro-anémie, +avec état nerveux, suppression des règles, troubles +dyspeptiques, constipation, etc.</p> + +<p>Les causes en sont multiples. Chez la jeune +ouvrière, c'est, le plus souvent, le surmenage physique, +la vie anti-hygiénique des ateliers, l'accumulation +des privations. Dans d'autre milieux, +c'est le fait du surmenage intellectuel pour l'obtention +des brevets. Mais, plus souvent encore, ce +sont les causes morales qui portent atteinte au +système nerveux. C'est une vocation contrariée, +une suite continue de petits malentendus avec la +famille, avec la mère en particulier. La mère, ne +se décidant pas à s'apercevoir que sa fille +grandit, continue à vouloir exercer sur elle une +autorité despotique, contre laquelle l'enfant se +cabre en vain pendant de long mois, et dont elle +souffre de jour en jour davantage.</p> + +<p>Dans d'autres cas, enfin, c'est une passion contrariée, +un mariage désiré qui se trouve rendu +impossible par la volonté intransigeante des parents, +ou par des circonstances indépendantes de toute +volonté ou même c'est un vague et obscur besoin +du mariage: pour suivre, en somme, les lois de la +nature, et donner satisfaction à cette sorte d'instinct +de la maternité qui se rencontre chez la femme +depuis son plus jeune âge, et se traduit, dans la première +enfance, par le besoin de la poupée.</p> + +<p>Quelle que soit la cause, le mal se prépare sourdement; +puis, un jour, la «maladie» éclate, souvent +à la suite d'une affection aiguë qui contribue à +faire tomber brusquement la force de résistance du +système nerveux.</p> + +<p>Si variés que soient les symptômes par lesquels +le mal se traduit, la thérapeutique doit être la +même. Elle consiste à ne pas aggraver la «maladie» +par une médicamentation intempestive; ce ne sont +ni les pilules de fer, ni le drap mouillé, ni la +douche froide qui pourront faire du bien à une +jeune fille ainsi atteinte, ni même la suralimentation, +malgré l'anémie évidente. Non: ce qu'il faut, +c'est chercher la cause de la «maladie», et la supprimer +ou l'amoindrir autant que possible.</p> + +<p>Quand c'est le surmenage physique, le repos +absolu s'impose, et la jeune malade arrive très +vite à la guérison. Quand le surmenage physique +n'est pas la seule cause à invoquer, rien n'est plus +difficile que de doser le repos et l'exercice. Le +plus souvent, le repos relatif est de rigueur. Dans +d'autres cas, au contraire, chez les musculaires en +particulier, un exercice modéré, et même poussé +assez loin, peut produire d'excellents effets. Le +médecin, appelé à se prononcer sur l'opportunité +de ce moyen thérapeutique, basera son jugement +sur les résultats de l'enquête qu'il fera au sujet du +passé de la malade, et il aura le droit de procéder +par tâtonnements. J'ajouterai que, dans les cas +graves où le repos absolu s'impose d'abord, rien +n'est plus difficile que de doser l'exercice dès que +la malade est capable de le supporter, mais le principe +est de rester en deçà de ce que la malade peut +donner.</p> + +<p>Quand la «maladie» de la jeune fille est due au +milieu familial, le remède essentiel est de le lui +faire quitter. Malheureusement, on attend souvent +trop longtemps pour prendre ce parti radical; on +attend que la vie soit devenue impossible, que la +jeune fille ait perdu le sommeil, les forces, l'appétit, +et soit dans un état d'excitation inquiétant. +On l'isole alors dans une maison de santé ou d'hydrothérapie, +où on lui impose le plus souvent, à +notre avis, une séquestration trop radicale. Car la +priver de toute visite, de toute correspondance, +la soumettre à une discipline d'une sévérité exagérée, +nous semble vraiment excessif. L'enfant se +révolte, et ne tire de la cure d'isolement qu'un bénéfice +relativement restreint. Elle prend sur elle pour +simuler la guérison, et pour échapper à la tutelle +des médecins; elle sort avec les apparences de la +santé; mais elle n'est pas guérie, et, comme elle +retombe dans le milieu familial hostile, la «maladie» +ne tarde pas à renaître de ses cendres, jusqu'au +jour où une circonstance quelconque amène enfin +un changement de vie radical, qui la guérit.</p> + +<p>Le mieux ne serait-il pas, quand c'est possible, +d'éloigner l'enfant, de temps à autre, du milieu +familial, dès qu'on s'aperçoit que c'est lui qui est +l'ennemi, en la confiant soit à une parente intelligente, +soit même à une garde bien choisie, jusqu'au +moment où on trouvera à la marier, chose qu'il +ne faudra faire qu'après mûre réflexion, mais qui, +dans bien des cas, est le remède par excellence? +Pendant les absences de la jeune fille, l'état nerveux +du milieu familial lui-même se calme, ce qui +rend la vie commune acceptable par intermittences. +Loin de nous, cependant, l'idée de porter +atteinte à l'esprit de famille en proposant pareille +mesure; nous ne la considérons que comme exceptionnelle +et comme un pis-aller, préférable souvent +à la maison de santé, et, en définitive, moins +onéreuse.</p> + +<p>Chez les gens peu fortunés, on n'a pas la ressource +de la séparation, même momentanée. Heureusement, +chez eux, les contacts entre parents et +enfants ne sont pas incessants. La jeune fille a +toujours une certaine indépendance; elle n'est pas +soumise à une tyrannie de tous les instants. En +outre, son système nerveux est moins vulnérable, +de sorte que l'influence néfaste du milieu familial +est rarement une cause de «maladie». Nous connaissons +cependant de jeunes ouvrières dont la santé +a fini par sombrer, du fait du milieu dans lequel +elles étaient condamnées à vivre: père alcoolique, +qui les battait au retour de l'atelier, mère ou belle-mère +acariâtre, frère débauché, etc. La pauvre victime résiste tant +qu'elle peut, jusqu'au jour où +elle quitte avec éclat la maison paternelle, à moins +que, victime résignée, elle ne voie peu à peu +s'effriter son capital nerveux. Elle devient ainsi +une proie toute désignée pour la tuberculose, qui +met fin à ses misères; souvent aussi sa déchéance +se traduit par l'apparition de la folie, et l'asile +d'aliénés lui ouvre ses portes.</p> + +<p>D'autres fois, avons-nous dit, c'est une vocation +contrariée qui met la jeune fille en état de «maladie». +Il n'y a pas à se le dissimuler, quelle que soit +l'opinion que l'on puisse avoir sur la légitimité +des vocations religieuses, lorsqu'une vocation est +sincère, toutes les entraves qu'on lui apportera ne +serviront de rien. La jeune fille souffrira, deviendra +de plus en plus malade, et force sera un jour de +céder. Nous avons suivi plusieurs de ces drames +intimes et ignorés, qui torturent même les familles +chrétiennes; et le résultat final a toujours été le +même: la jeune fille a retrouvé la santé dès qu'elle +a eu gain de cause.</p> + +<p>Exemple. Une jeune fille de vingt-deux ans luttait +respectueusement, depuis trois ans, contre +sa famille, pour obtenir l'autorisation d'entrer au +Carmel. Elle en était arrivée à un degré avancé +de «maladie», restant des huit et quinze jours sans +garde-robe, malgré l'hygiène intestinale la plus +soignée, ne pouvant plus lire ni supporter une conversation; +elle maigrissait à vue d'oeil, et ne pouvait +plus quitter son lit, tant les forces physiques +étaient diminuées. Gravement préoccupé de l'issue +de cette «maladie», dont je connaissais la cause, je +crus remplir mon rôle de médecin en m'instituant +l'avocat de la malade. Or, dès qu'elle eut +obtenu l'autorisation sollicitée depuis si longtemps,—et +que, par parenthèse, elle avait cessé de +demander depuis un an, pour ne pas torturer sa +famille,—nous vîmes la santé revenir avec une +rapidité prodigieuse. Tous les organes inhibés se +remirent à fonctionner, et, un mois après, la jeune +fille entrait au Carmel. Quelle ne fut pas notre stupéfaction +d'apprendre que, le troisième jour, elle +lavait les escaliers à grande eau, pleine d'énergie +et de bonne humeur!</p> + +<p>Quelque respectueux que l'on doive être de l'autorité +des parents, il faut que cette autorité sache +s'effacer devant la volonté ferme, réfléchie, bien +arrêtée d'une jeune fille; la justice le demande, et +ajoutons que l'intérêt l'exige.</p> + +<p>Les mêmes considérations s'appliquent au cas +où une jeune fille veut, envers et contre tous, +épouser le jeune homme de son choix. Certes, neuf +fois sur dix, elle ferait mieux de suivre l'avis de +ses parents, qui ont l'expérience de la vie. Mais +l'expérience est semblable à un habit fait sur mesure, +et qui ne va bien qu'à celui pour lequel il est fait. +Aussi, lorsque, malgré les sages raisonnements, la +jeune fille s'obstine et s'entête, estimons-nous qu'il +faut lui céder après un délai raisonnable. On doit +haïr la persécution, de quelque part qu'elle vienne.</p> + +<p>Dans d'autres cas, avons-nous dit encore, la +jeune fille est victime de son tempérament, qui ne +trouve pas dans les joies de la famille une satisfaction +suffisante: elle éprouve le <i>besoin</i> de se marier. +C'est alors aux parents à l'aider dans son choix, +car cet état d'âme peut amener la «maladie».</p> + +<p>Mais, dans tous les cas, la jeune fille malade doit, +avant de se marier, subir un traitement médical; +car elle n'a pas le droit de se marier en état de +«maladie». Le mariage, le plus souvent, ne la guérirait +pas. Or il faut bien savoir que, au début de la +vie conjugale surtout, elle n'a pas le droit d'être +malade. C'est donc une raison de plus pour la soigner +avant le mariage. En général, d'ailleurs, cette +cure est des plus simples: la cause de la «maladie» +ayant disparu, et le capital biologique n'étant pas +encore gravement entamé, le rôle de la thérapeutique +se réduit à peu de chose.</p> + +<p>II.—CHEZ LE GARÇON</p> + +<p>Chez le jeune garçon, de la puberté à l'âge adulte, +les influences capables d'amener la «maladie» sont +également multiples. Signalons, parmi les principales +:</p> + +<p>I. Le surmenage scolaire;</p> + +<p>II. L'abus des sports;</p> + +<p>III. Les déviations de l'hygiène sexuelle (habitudes +solitaires et prématuration).</p> + +<p>I. Que faut-il penser du surmenage scolaire, +dont on a fait si grand bruit il y a quelques années? +Les brillantes discussions de l'Académie de médecine +n'ont pas empêché les programmes de se surcharger +d'année en année; et ils se surchargeront +encore davantage, cela est inévitable, c'est la loi +même du progrès; vouloir aller contre, c'est vouloir +remonter le courant. Mais, à la vérité, ce soi-disant +surmenage ne nous effraie pas outre mesure, +car il faut compter: 1° avec les nouvelles méthodes +d'enseignement, supérieures à celles d'autrefois; +2° avec une adaptation du cerveau des générations +actuelles et futures à un travail cérébral plus considérable. +N'est-ce pas ce manque d'adaptation qui +rend si dangereux le travail cérébral chez les +«déracinés» dont nous avons dit un mot au chapitre +précédent?</p> + +<p>Est-ce à dire que tout soit pour le mieux dans le +meilleur des systèmes pédagogiques? Non. Le +jeune homme ne travaille pas trop, mais il travaille +mal, il n'a pas le respect du temps. En outre, il ne +dort pas assez, et on n'a pas assez le respect de +son sommeil: du sommeil qui dompte tout, suivant +la forte expression d'Homère.</p> + +<p>Un groupe de médecins anglais vient de commencer +une campagne de presse pour obtenir que +l'élève des collèges anglais puisse dormir plus longtemps. +Ils avaient été précédés dans cette voie par +le Dr Chaillou<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>, directeur de l'hygiène d'un grand +établissement d'instruction, qui dès 1903, a eu +l'idée excellente d'installer, dans le pensionnat, ce +qu'il appelle une «chambre des dormeurs». Là, les +jeunes gens fatigués momentanément vont, tout +simplement, se reposer suivant leurs besoins; et +jamais ils n'abusent de la permission. Il est vrai de +dire que ce sont de grands jeunes gens, candidats +aux écoles, et que l'intelligente discipline générale +de la maison est de nature à prévenir tout abus.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> (retour) </a> <i>Hygiène, exercices physiques, et services médicaux dans un +grand collège moderne</i>, par le Dr Chaillou, attaché à l'Institut +Pasteur. Paris 1903.</blockquote> + +<p>II. <i>Abus des sports</i>.—Si pour l'homme sain l'exercice +est nécessaire à la santé, cet exercice, lorsqu'il +est poussé à un degré excessif, devient un facteur +important de «maladie».</p> + +<p>L'exercice, quand il est méthodique, bien gradué, +peut être poussé très loin sans provoquer d'accidents; +c'est ainsi que, chez les professionnels des +cirques, la santé se maintient excellente, comme +j'ai pu m'en rendre compte par une enquête faite +chez Barnum. Le médecin attaché à la troupe +de Barnum jouirait d'une véritable sinécure, s'il +n'avait pas à compter avec les accidents d'ordre +chirurgical.</p> + +<p>Mais, remarquons-le, les hommes du cirque sont +<i>sélectionnés</i>, ce sont des professionnels: ils ne font +pas autre chose que des tours de force; toute leur +activité, physique, intellectuelle, est concentrée sur +ces questions d'exercice musculaire.</p> + +<p>Ajoutons que l'exercice est savamment gradué +par des gens du métier, qui savent par expérience +ce que c'est que l'entraînement; disons enfin que +les gens des cirques observent une sage hygiène; +ils savent que tous les écarts se payent, et ils sont, +à tous égards, d'une sobriété exemplaire.</p> + +<p>Tout autres sont les conditions dans lesquelles +se trouve l'homme du monde qui fait du sport. +Parfois il a une profession; c'est donc sur les +loisirs qu'elle lui laisse, et souvent sur son sommeil, +qu'il prend le temps de faire les exercices qui +le passionnent; quand il n'a pas de profession, il +est rare qu'il ait la modération exemplaire signalée +plus haut, et, alors, il ne dépense pas son influx nerveux +qu'en exercice physique.</p> + +<p>Mais, dans tous les cas, le principal ennemi du +sportsman, c'est le <i>sport</i>, c'est-à-dire l'émulation +qui existe presque fatalement entre ceux qui s'occupent +avec passion d'exercices physiques, et qui +fait que chacun d'eux veut devancer son voisin.</p> + +<p>Le bicycliste isolé risquerait rarement d'arriver +au surmenage; ce qui le fatigue, c'est de voyager +en compagnie d'autres camarades, à cause de +l'excitation qui se communique des uns aux autres, +et qui les porte tous à donner plus qu'ils ne peuvent. +L'escrime, souvent, n'aurait pas sa raison d'être, sans +le désir de l'emporter sur ses partenaires; de là le +danger spécial de cet exercice. Si l'on veut bien se +rappeler qu'il est pris, en général, dans un air confiné, +qu'il exige une dépense considérable d'influx +nerveux, une tension permanente de l'esprit, un +excès de rapidité dans les mouvements, on comprendra +que c'est plus un exercice cérébral qu'un +exercice musculaire, et que les gens qui croient se +reposer du travail cérébral en faisant de l'escrime +sont bien vite détrompés. Le sage est celui qui, +désirant se reposer du travail cérébral par l'exercice, +s'attache aux exercices qui ne demandent +pas d'attention, aux exercices automatiques dans +lesquels la moelle seule intervient; marcher, ou +mieux encore courir suivant les bons principes, +scier du bois, tourner une roue de pompe, labourer, +ramer, etc.</p> + +<p>L'automobilisme «tient le record» parmi les +exercices qui épuisent le système nerveux; nous ne +parlons pas, bien entendu, des hommes qui se servent +de l'automobile comme d'un moyen de locomotion, +mais de ceux qui en font un moyen de distraction. +Quelques-uns arrivent à une mentalité +toute spéciale, à un état de folie qui n'a pas encore +reçu de nom, et qu'on pourrait appeler la folie de la +vitesse: quand ils sont sur leur machine, ils ne +voient que le ruban de route qui se déroule devant +eux, le reste de la terre a cessé d'exister. Ils ne +voient point, ils n'entendent point: ce sont des +mangeurs de kilomètres, ce ne sont plus des +hommes. Et, chose curieuse, l'automobiliste n'a +pas besoin d'émulation, il se suggestionne lui-même, +et devient le propre artisan de son délire.</p> + +<p>Mais les dangers des sports deviennent encore plus +considérables quand ils sont pratiqués par des organismes +en voie de formation, par des jeunes gens, +par des écoliers. Or, il y a quelques années, avait +soufflé un vent, venu d'Angleterre, qui avait +véritablement tourné la tête à certains hommes +s'occupant des problèmes de pédagogie,—ou plutôt +qui avait affolé l'opinion publique, et les pédagogues +subissaient le courant. Ce qu'il y a de certain, +c'est qu'on ne parlait plus, dans les établissements +scolaires, que de sports et de gymnastique. La +culture intellectuelle paraissait devoir être mise au +second plan. Mais on n'a pas tardé à voir qu'il y +avait abus. Les excellents travaux du Dr Lagrange +et du Dr Legendre, l'intervention des médecins dans +la <i>Ligue des Pères de Famille</i>, ont mis un frein à +cet engouement, qu'on ne rencontre plus que dans +quelques institutions où l'on s'obstine à imiter +l'éducation anglaise, sans se rappeler que nos +petits Français ne sont pas des Anglo-Saxons. Je +me demande d'ailleurs si les petits Anglo-Saxons +eux-mêmes de l'âge de douze et treize ans se trouveraient +bien de faire des courses de 4 et 5 kilomètres +au pas gymnastique, sans progression et +sans entraînement préalable, comme je sais qu'on +en impose aux enfants dans les institutions dont je +parle.</p> + +<p>III. <i>Déviations de l'hygiène sexuelle</i>.—Tous les +pédagogues et tous les pères de famille soucieux de +l'avenir de leurs enfants sont, à juste titre, préoccupés +de l'important problème de l'éducation +sexuelle; mais tous sont loin de le résoudre dans le +même sens. Les uns estiment qu'il ne faut rien +dire aux enfants, ni même aux jeunes gens; les +autres, qu'il faut au contraire aborder le redoutable +problème en face, et le plus tôt possible. La +vérité, comme en bien d'autres circonstances, se +trouve entre ces deux extrêmes.</p> + +<p>Il est bien certain qu'il faut que, à un moment +donné, le jeune homme soit averti des dangers qu'il +court en s'abandonnant à des aberrations de l'instinct +génésique, ou encore à l'usage prématuré des +fonctions sexuelles, et qu'il faut aussi qu'il connaisse +de bonne heure le péril vénérien. Mais quels +moyens employer pour l'instruire? Est-ce au père +de famille que revient ce rôle éducateur? Oui, s'il +a suffisamment gagné la confiance de ses enfants, +et s'il se sent capable de cette mission délicate; +dans d'autres cas, c'est au médecin de la famille +que doit être dévolu ce soin; et, dans les pensions, +lycées, institutions, c'est encore au médecin de la +maison, et, dans une certaine mesure, à ceux des +professeurs qui vivent le plus avec les élèves.</p> + +<p>Convient-il de donner à ceux-ci un enseignement +collectif? La tentative a été faite, récemment, dans +plusieurs lycées de Paris. Il faut avouer qu'elle +est ardue, mais les bons résultats ont dépassé toute +attente. Cependant je suis avec M. l'abbé Fonsagrives +partisan plutôt de l'enseignement individuel, +compris dans un sens libéral, sous forme de causerie +du professeur avec un petit nombre d'élèves.</p> + +<p>Jusqu'au moment où il est raisonnable d'aborder +devant les enfants ces délicats problèmes, le rôle +de l'éducateur doit se borner à exercer autour d'eux +une surveillance assidue, et à retarder le plus possible +l'éclosion de l'instinct sexuel. Pour ce faire, +il faut imposer à l'enfant de la fatigue physique, +la pousser au maximum de la <i>tolérance</i>, dussent +les études en souffrir momentanément. C'est de la +bonne économie, sans cependant qu'on doive +verser dans cet abus des sports que nous avons +dénoncé plus haut. Ici se retrouve, comme dans +tous les problèmes de l'hygiène, cette question de +dosage, de mesure, qui comporte un nombre indéfini +de solutions, d'après la variété des cas individuels.</p> + +<p>Les dangers que court l'enfant en s'abandonnant +à des aberrations de l'instinct sexuel sont moins +grands que ne l'a dit Tissot, mais ils sont néanmoins +considérables, et le capital nerveux de l'enfant +est vite entamé par les habitudes vicieuses. De +là ces formes vagues de neurasthénie avec difficulté +pour le travail, timidité maladive, manque de +confiance en soi, céphalée, traits tirés, yeux cernés, +amaigrissement, amoindrissement de la valeur du +sujet. Un médecin éclairé ne s'y trompe pas. Il +doit alors trouver moyen de prendre l'enfant à part, +à la fin de la consultation, et lui dire à brûle-pourpoint, +en le regardant fixement: «Mon ami, +je sais la cause de votre mal!» Il faut ensuite +provoquer quelques aveux <i>discrets</i>, et la consultation +doit se terminer par une promesse formelle +de l'enfant de se corriger. La psychothérapie, en +ce cas, vaut mieux que les médications pharmaceutiques +les plus savantes: elle manque bien +rarement son effet et elle peut être grandement +aidée, dans certains cas, par la psychothérapie +hypnotique, dont nous parlerons plus loin.</p> + +<p>Quant au danger que fait courir la prématuration +des fonctions sexuelles, c'est chose certaine que +tout usage de ces fonctions devient un abus, tant +que l'organisme n'a pas atteint son complet développement. +L'être humain ne devrait aborder l'acte +destiné à perpétuer la vie qu'à partir du moment +où il est, lui-même, en pleine possession de toute +sa vigueur physique. Jusqu'à ce moment, la continence +n'est pas préjudiciable. La question a été +étudiée à fond, et résolue dans le même sens par +les moralistes et par les hygiénistes. La continence +n'est presque pas pénible, elle ne le devient que +si des excitations factices ont éveillé de trop bonne +heure l'instinct sexuel. Elle est recommandable au +point de vue moral; elle entretient, chez le jeune +homme, ce sentiment qu'on ne saurait trop développer, +«le respect de la femme»; et, à vrai dire, +c'est elle seule qui le met sûrement à l'abri des +contaminations vénériennes.</p> + +<p>Le grand public commence à connaître le péril +vénérien, et, surtout, à oser en parler. On ne saurait +croire combien l'ingénieuse trouvaille de +M. Brieux, qui a désigné sous le nom d'<i>avarie</i> la +plus redoutable des «maladies» vénériennes, la +syphilis, a fait faire de progrès à l'opinion publique. +Le mot, d'ailleurs, méritait de faire fortune; et +nous aimerions aussi voir employer le terme de +«petite avarie» pour désigner la blennorragie, +dont les méfaits sont plus considérables que ne le +croit le public, et même que ne le croient beaucoup +de médecins.</p> + +<p>Ce que le public ignore encore, c'est l'âge auquel +les jeunes gens sont le plus souvent contaminés. +Ainsi que l'a démontré le Dr Ed Fournier, c'est beaucoup +plus tôt qu'on ne se le figure généralement; +et non seulement à Paris, mais partout, ainsi que +le démontrent les statistiques de <i>toutes</i> les armées, +qui enregistrent beaucoup plus de «maladies» vénériennes +à la première année de service qu'aux +années ultérieures, parce que, parmi les malades +enregistrés à la première année, figurent tous ceux +qui étaient contaminés avant leur entrée au régiment.</p> + +<p>Nous ne saurions trop recommander à ce sujet +la lecture et la méditation de l'excellente brochure +du professeur A. Fournier: <i>Pour nos fils quand ils +auront dix-huit ans</i>. En quelques pages s'y trouvent +nettement indiquées, et sans aucune exagération, +la gravité du péril vénérien, la conduite à +tenir pour l'atténuer quand on est atteint, et pour +l'éviter. Cette brochure est bonne à lire, elle est +nécessaire et suffisante aux conférenciers qui veulent +répandre la vérité.</p> + +<p>Nous n'avons pas à insister ici sur les méfaits de +la syphilis. C'est toujours une «maladie» grave, quelquefois +elle est très grave, et cela dès les premiers +mois qui suivent son apparition. Elle se traduit +alors par les plus importants symptômes de la +déchéance organique, céphalée violente, anémie +aiguë, perte des forces, albuminurie, etc.; inutile +de dire que, dans ce cas, elle fait subir au capital +biologique un déchet énorme. Heureusement le +traitement mercuriel intensif est là pour réparer, +dans une certaine mesure, le désastre.</p> + +<p>D'autres fois, la syphilis amène chez le malade +de telles préoccupations morales qu'elle devient un +danger imminent. L'angoisse peut même conduire +au suicide. Il faut que le médecin et le père de +famille connaissent cette syphilophobie, pour rasséréner +la victime, dans la mesure nécessaire. Mais +dans tous les cas la syphilis, cause d'amoindrissement +énorme de la valeur du sujet, devra être +traitée énergiquement, dès le début et pendant un +temps prolongé,—au moins quatre ans,—par des +traitements successifs.</p> + +<p>Chez la jeune fille, la syphilis est également à +redouter. Nombre de jeunes filles de la classe +ouvrière connaissent tout ce qui est relatif aux +questions vénériennes; elles n'en ignorent que le +danger. C'est à leur usage que j'ai écrit naguère +une petite brochure intitulée: <i>Pour nos filles</i>. Les +services qu'elle est appelée à rendre ne sont pas +comparables à ceux que rendra sa soeur aînée, l'excellente +brochure du professeur Fournier; et si je la +mentionne, ce n'est certes point par une enfantine +vanité d'auteur: c'est que, de divers côtés, on m'a +affirmé qu'il était bon de la faire connaître.</p> + + + + + +<p>III—CAUSES MORBIGÈNES COMMUNES AUX DEUX SEXES.— +«MALADIES» ACCIDENTELLES</p> + +<p>C'est à dessein que nous plaçons ces observations +à la suite de l'étude consacrée aux jeunes +garçons, car les jeunes filles, entourées de soins à +l'âge qui nous occupe, ont relativement peu de +«maladies» accidentelles. Chez le jeune homme, au +contraire, plus ou moins mal surveillé, plus ou +moins surmené par un travail cérébral auquel son +cerveau n'est pas encore complètement adapté, ou +par le travail musculaire, pour lequel ses muscles, +encore en état de développement, ne sont pas suffisamment +préparés, la flore microbienne trouve un +excellent terrain de culture. Nous ne pouvons pas +passer en revue la pathologie de cet âge; faisons +seulement remarquer que la «maladie» accidentelle +ou bien tue l'individu, ou bien laisse un reliquat +définitif sur un organe quelconque (endocardite +du rhumatisme, etc.): mais il est très rare que, +à cette période de la vie, elle amène l'amoindrissement +prolongé ou définitif de la valeur +du sujet. En d'autres termes, souvent, chez les +jeunes gens, l'affection aiguë aboutit à une +convalescence franche, sans ébranler l'organisme; +à cet âge, comme dans l'enfance, l'organisme +est doué d'une grande élasticité, et rebondit facilement.</p> + +<p>Exception doit être faite pour la tuberculose; +c'est, par excellence, la «maladie» de l'âge adulte. +Contractée, le plus souvent, dans la plus tendre +enfance, elle sommeille jusqu'au moment où les +mauvaises conditions de milieu, la misère physiologique, +le surmenage, mettent le terrain en état +de moindre résistance. De là son maximum de +fréquence de dix-huit à trente-cinq ans.</p> + +<p>De cette conception, qui n'est pas encore classique, +mais qui commence à pénétrer dans les +esprits, grâce aux travaux du professeur Grancher, +et à ceux de M. le médecin inspecteur Kelsch, sur la +tuberculose dans l'armée, découle la véritable prophylaxie +de la tuberculose. C'est en vain que l'on +dépenserait beaucoup d'argent pour fonder des +sanatoria; le sanatorium ne convient qu'aux riches. +C'est peut-être un bon instrument de cure: sûrement +ce n'est pas le meilleur, et, en tout cas «ce +n'est pas le meilleur instrument de la lutte contre +la tuberculose en tant que «maladie» sociale» (Grancher). +Voyez, en effet, ce qu'il faudrait pour qu'un +sanatorium populaire donnât un rendement social +appréciable! Il faudrait: 1° à l'entrée du sanatorium, +un dispensaire de dépistage pour ouvrir la porte +aux seuls malades légèrement atteints; 2° pendant +le séjour du malade au sanatorium, une oeuvre de +secours pour sa femme et ses enfants; 3° à la +sortie du sanatorium, la double ration de repos et +la demi-ration de travail pendant un temps presque +illimité! Le Congrès de la tuberculose de 1905 +a d'ailleurs sonné le glas sur les sanatoria +populaires, et les médecins de tous les pays, dans +une heure de sens commun et de clarté, ont voté +la même formule: «En fait de tuberculose, la +préservation domine l'assistance.» Nous serons +moins sévères dans notre appréciation des dispensaires: +ils peuvent rendre quelques services pour +l'éducation populaire; mais les véritables oeuvres +de l'avenir, on ne saurait trop le répéter, sont les +oeuvres de préservation, celles qui arrachent un +enfant sain d'un milieu contaminé; ce sont les +oeuvres d'hôpitaux marins, pour les enfants atteints +de tuberculose locale et non contagieuse; ce sont +les colonies de vacances, etc. Ce sont, surtout, les +diverses oeuvres sociales luttant contre la misère: +car la misère est le grand, le plus grand facteur +de la tuberculose.</p> + +<br><br><br> + +<h3>DEUXIÈME PARTIE</h3> + +<br><br> + + +<h4>CHAPITRE I</h4> + + +<h4>MATURITÉ</h4> + +<p>Voici l'homme arrivé à l'âge adulte; il est en pleine +possession de tous ses moyens, son capital a été +progressivement amélioré et lui rapporte de gros +intérêts; il s'agit maintenant de l'utiliser, de le +faire valoir, d'obtenir de lui son rendement +maximum.</p> + +<p>L'ère des ménagements est passée, il faut à tout +prix que l'homme travaille et produise. On l'alimentera +en conséquence: la dépense étant considérable, +il faudra que l'aliment soit réparateur. Le +point essentiel est de ne pas dépasser la dose des +dépenses, d'utiliser le capital, mais non de l'amoindrir, +de chauffer la machine, sinon à blanc, du +moins à la température maxima tolérée, pour ne +pas l'user trop vite, et surtout pour ne pas la faire +éclater. Il faut, en somme, que l'homme produise; +et, à s'écouter vivre avec trop de prudence, il ne +ferait que s'empêcher de mourir. Bien plus; de +même qu'un capitaliste avisé, quand il possède +beaucoup de fonds disponibles, quand il a ce +qu'on appelle de la «surface», n'a pas peur, de temps +à autre, de risquer une somme raisonnable dans +une affaire qui n'est pas de tout repos; de même +l'homme bien portant, à capital solide, ne doit pas +craindre, à certains moments, de se dépenser un +peu plus que ne l'exigerait la sage hygiène, à la +condition que l'effort ne soit ni trop excessif, ni +trop prolongé, et qu'une période de repos succède +à cette période de travail intensif. (De là la +nécessité des vacances et du repos hebdomadaire).</p> + +<p>Soit, dira-t-on, nous acceptons le principe, nous +croyons qu'il est bon que l'homme actif, intelligent, +bien portant, donne de temps à autre ce +qu'on appelle un «coup de collier», quitte à +réparer sa dépense excessive par un repos plus ou +moins prolongé, mais quel est le critérium? à +quel signe reconnaîtrez-vous que l'homme n'a pas +dépassé la mesure de ses forces, et qu'il ne court +pas à la banqueroute?</p> + +<p>Le principe général est qu'il faut arriver aux confins +de la fatigue, mais ne jamais atteindre la +fatigue douloureuse. Quand il s'agit de travail +musculaire, le critérium est relativement facile à +trouver. On est averti qu'on a dépassé la mesure +de ses forces par deux symptômes caractéristiques: +la diminution d'appétit et la diminution de +sommeil.</p> + +<p>Cette donnée pourrait même rendre de grands +services aux chefs militaires, dont l'idéal, très +légitime, est de faire produire à la machine +humaine son maximum de rendement, sans épuiser +cependant les forces des soldats. Malheureusement, +quelques-uns d'entre eux confondent l'entraînement +et l'épuisement; ils arrivent à avoir +des troupes qui n'ont pas de valeur réelle, tout en +ayant les apparences de la force. Ces troupes, qui +se sont présentées sous le plus bel aspect à des +manoeuvres de quelques jours, seraient incapables +d'entrer en campagne et de supporter des fatigues +prolongées. Si les chefs de corps avaient eu la +précaution de s'enquérir de la façon dont les +soldats mangent, ou de <i>voir</i>, après une marche +prolongée, comment ils mangent, de surveiller de +temps à autre le tonneau des eaux grasses, qui +recueille tous les restes des repas, ils auraient vu +que le travail excessif se traduit par une baisse +dans l'appétit. S'ils passaient, le soir, dans les +chambrées, d'une façon inopinée, ils verraient qu'à +la suite de fatigues excessives les hommes ne +dorment pas bien. Et rien ne les empêcherait, d'ailleurs, +de prendre parfois l'avis de leurs médecins.</p> + +<p>Nous ne dissimulons pas la difficulté du problème, +d'autant que, chez l'homme qui a subi un +entraînement méthodique, la sensation de <i>fatigue</i> +disparaît; l'homme entraîné ne connaît pas la +fatigue. L'épuisement, chez lui, se traduit exclusivement +par la diminution du poids, de l'appétit +et du sommeil, comme aussi, dans le milieu militaire +en particulier, par l'apparition des «maladies» +dites accidentelles.</p> + +<p>Et si le problème est difficile tant qu'il ne s'agit +que de dépenses musculaires, il devient plus complexe +encore quand il s'agit de dépenses cérébrales. +Voici un commerçant obligé de brasser de grosses +affaires. Il est réveillé, le matin, par le téléphone +voisin de son lit; pendant toute la journée, il n'a pas +un quart d'heure de tranquillité; il sent peser sur lui +des responsabilités écrasantes; sa vie n'est qu'une +série d'inquiétudes. Qu'à ce surmenage incessant +viennent s'ajouter des chagrins de famille, etc., +voici notre homme qui, tout d'un coup, tombe dans la +«maladie». Le moindre prétexte suffit pour amener +le déclanchement: c'est une émotion un peu violente, +c'est une perte d'argent, c'est une «maladie» +infectieuse plus ou moins légère, qui ouvre la +brèche, et voilà la «maladie» installée!</p> + +<p>Cet homme aurait-il pu éviter le cataclysme? +A-t-il eu, depuis dix ans qu'il surmène son cerveau, +un avertissement quelconque lui indiquant qu'il +dépasse les limites de son élasticité, et qu'il puise à +pleines mains dans un capital insuffisamment réparé +chaque jour? Oui, le plus souvent! C'est, par +exemple, un vertige qui est apparu, à un moment +donné. Si cet homme avait tenu compte de ce qu'on +pourrait appeler «un avertissement sans frais», +il aurait immédiatement diminué le travail, ou +même l'aurait suspendu pendant quelques jours. +Mais il n'en a pas tenu compte, il a pensé que <i>ça +passerait</i>. D'autres fois, c'est une sorte d'endolorissement +de la tête, non pas passager, mais permanent, +qui constitue l'avertissement, avec bourdonnements +de l'oreille gauche. (Cette prédominance +des bourdonnements à gauche, de la diminution de +l'acuité auditive à gauche, se rencontre à toutes les +phases de la «maladie».) D'autres fois encore, c'est +une sorte de sensation de fatigue permanente, +exagérée surtout le matin, avec diminution d'appétit, +constipation, autrement dit avec les petits +symptômes de la grande «maladie». Il est tout à fait +exceptionnel que le krach se produise sans de tels +phénomènes prémonitoires. Cela arrive, cependant, +et c'est chez les natures les plus admirablement +douées en apparence.</p> + +<p>Quand le sujet est soumis à un surmenage intellectuel +et musculaire à la fois, il réalise les conditions +les plus parfaites pour arriver à l'épuisement +rapide; aussi ne saurait-on protester trop énergiquement +contre le préjugé des gens du monde, qui +se figurent que l'exercice musculaire repose du travail +cérébral, et que le surmené cérébral doit, pour +bien se porter, faire de l'exercice, de la bicyclette, +de la marche forcée, à ses moments disponibles. C'est +là une erreur énorme dont la pédagogie commence +à faire justice. Certes il est des hommes, admirablement +doués, qui peuvent supporter une dépense +considérable à la fois au point de vue musculaire +et au point de vue cérébral: mais ce qu'il faut bien +se rappeler, c'est que, dès que surviennent les premiers +symptômes du surmenage, on doit aussitôt +réduire la dépense totale, et la dépense musculaire +en particulier; à ce prix seulement on aura chance +d'échapper aux griffes, toujours prêtes à s'abattre +sur nous, de la «maladie».</p> + +<h4>CHAPITRE II</h4> + + +<h4>CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA «MALADIE»</h4> + +<p>Plusieurs fois déjà, dans le cours de ce travail, +j'ai eu l'occasion de parler de la «maladie», sans +préciser le sens exact que je donnais à ce mot. Mais +le moment est venu de tenter, sinon une définition +scientifique de la «maladie»,—définition aussi +impossible que celles, par exemple, de la richesse, +de la vertu, ou de la beauté,—tout au moins une +explication sommaire de ce qu'est, à mes yeux, cette +chose indéfinissable; des principaux caractères qui +lui sont propres; et des traits qui la distinguent de +ces manifestations pathologiques bien déterminées +que l'on appelle communément les «maladies», et +que j'appellerais volontiers des «accidents», par +opposition à la nature plus générale, plus profonde, +et infiniment plus complexe, de la «maladie».</p> + +<p>Voici quatre personnes qui, dans une même +après-midi, se présentent à ma consultation. Ce +sont quatre malades: il ne faut pas être grand clerc +pour l'affirmer <i>a priori</i>. Mais voyons ce que nous +enseignera l'étude détaillée, et surtout réfléchie, de +chacune de ces quatre personnes, qui paraissent se +ressembler aussi peu que possible, et n'avoir l'une +avec l'autre absolument rien de commun. L'une +est grande et forte, l'autre petite et malingre; l'une +est obèse, l'autre d'une maigreur inquiétante. Les +souffrances que chacune accuse sont tout à fait différentes, +de l'une à l'autre; les causes qui ont paru +engendrer ces souffrances semblent opposées: chez +l'une l'excès de fatigue, chez une autre l'excès d'oisiveté, +etc.</p> + +<p>Essayons à présent d'approfondir un peu notre +investigation. Ah! ce n'est pas un mince travail +que d'étudier un malade, de fouiller son hérédité, +de le suivre depuis le jour de sa naissance, voire +même de sa conception, de noter tous les incidents +pathologiques de son enfance, de sa jeunesse, de +son adolescence, d'apprécier son degré de santé +pendant les périodes qui ont séparé ces divers incidents, +de se reconnaître au milieu du luxe de +détails avec lequel il décrit ses misères, en un +mot de reconstituer à la fois le bilan complet de +son état présent et le tableau du chemin qu'il a suivi +pour y parvenir. Mais cette étude méticuleuse est +nécessaire; sans elle, pas de diagnostic possible, +pas de traitement rationnel; d'elle seule pourra +résulter la connaissance véritable du malade, c'est-à-dire +l'appréciation de ce qu'il vaut, du point +précis où il en est dans son évolution. Et j'ajoute +que ce n'est que lorsqu'on a étudié ainsi des centaines +et des centaines de malades que l'on commence +à avoir une idée nette de ce que c'est que +la «maladie».</p> + +<p>Voici donc une première malade, que je connais +depuis cinq ans. C'est une femme de trente-deux +ans, dont on devine dès le premier abord la vivacité +d'intelligence, et avec laquelle le médecin +comprend tout de suite,—à sa grande satisfaction,—qu'il +va pouvoir causer utilement.</p> + +<p>L'enquête m'apprend qu'elle a eu un capital +initial excellent: un grand-père paternel mort à +soixante-quinze ans, asthmatique, la grand'mère +paternelle morte à quatre-vingt-quatre ans. Du côté +de l'hérédité maternelle, il n'y a pas non plus de +tares transmissibles: le grand-père mort à soixante-quinze +ans, la grand'mère vivant encore à quatre-vingt-deux +ans. Il est vrai que l'hérédité directe est +peut-être un peu moins parfaite. Le père de +Mme X... est mort à cinquante-deux ans, d'une affection +cérébrale, après avoir toujours été très nerveux. +La mère, d'autre part, un peu délicate, continue à +se bien porter, à la condition de s'écouter vivre.</p> + +<p>Ce capital initial a été bien géré pendant les +premières années de la vie. Nourrie au sein, +Mme X... a pu supporter sans dommage appréciable +divers assauts, tels que la coqueluche, la rougeole, +la varicelle. A huit ans, cependant, s'est produit un +épisode plus important: une jaunisse, qui a duré +un mois, et qui semble indiquer que le système +digestif était, chez cette malade, le point faible. Un +médecin avisé, qui l'aurait suivie de près depuis +lors, n'aurait pas manqué de remarquer qu'elle +était, si l'on peut dire, une candidate à la dyspepsie.</p> + +<p>Toutefois, jusqu'à l'âge de vingt-six ans, Mme X... +n'eut aucun phénomène grave, d'origine stomacale +ou intestinale: mais elle avait de petits symptômes, +un manque d'appétit entremêlé de fringales, de la +constipation, etc... Et, malheureusement pour elle, +ces petits symptômes ont passé inaperçus. L'enfant +a été soumise, dans un couvent, à l'alimentation +des autres pensionnaires; elle a mangé vite, par +conséquent mangé mal; bref, rien n'a été fait pour +mettre en bon état son système nerveux abdominal, +qui, sans protestations graves, fonctionnait +déjà d'une façon défectueuse.</p> + +<p>De onze à vingt-six ans, c'était le système nerveux +cérébral qui, seul, paraissait défectueux. Dès +l'âge de onze ans, elle avait des tristesses vagues, +des idées de mort, qui ne firent que s'accentuer.</p> + +<p>A dix-sept ans surtout, son entourage remarquait +cet état de mélancolie. D'un caractère inégal, +la jeune fille ne travaillait qu'à sa guise, acceptant +péniblement toute discipline.</p> + +<p>A dix-huit ans, la mort de son père lui causa un +violent chagrin; et cet assaut ébranla si fortement +son système nerveux que, six semaines après, sans +cause connue, sans refroidissement préalable, elle +dut garder le lit pendant un mois, pour une «maladie» +qualifiée «rhumatisme mono-articulaire», mais +avec prédominance de symptômes nerveux graves +(angoisses cardiaques, insomnies). Elle ne se +remit vraiment de cette crise qu'un an après, +lorsque des projets de mariage opérèrent en elle +une sorte de dérivation.</p> + +<p>Mariée à dix-neuf ans, elle ne tarda pas à +retomber dans le même état nerveux, auquel se +joignirent des phénomènes névralgiques (névralgie +lombo-abdominale gauche), apparaissant subitement, +et l'immobilisant pendant quelques heures. +Puis vinrent des crises de nerfs, le plus souvent +nocturnes, avec angoisses précordiales terribles, +peur de toutes les «maladies», etc...</p> + +<p>C'est dans ces conditions qu'elle devint enceinte; +et, pendant la grossesse, elle se porta admirablement. +Mais, aussitôt après sa délivrance, l'estomac, +qui n'avait jusqu'alors traduit son malaise que par +des phénomènes insignifiants, entra définitivement +en scène: perte absolue d'appétit, crampes, gastralgie. +Puis, l'année suivante, ce fut le tour de +l'intestin: diarrhées fréquentes, incoercibles, bientôt +apparition de selles noires, survenant trois à quatre +fois par jour avec fortes coliques, et qui durèrent +quatre mois. A la fin de cette période, l'état général +était des plus mauvais, et la vie semblait vraiment +compromise.</p> + +<p>Heureusement une année passée dans l'isolement, +et suivie d'une cure dans un sanatorium de +Suisse, enraya relativement le mal. Lorsque je vis +la malade pour la première fois, un an après son +retour de Suisse, voici les principales constatations +que je pus faire:</p> + +<p>Céphalée permanente,—picotement des yeux,—sciatique +gauche survenant au moment des +règles,—inquiétudes vagues,—peur de mourir +subitement,—trois heures à peine de sommeil +dans les meilleures nuits. L'estomac et l'intestin +laissaient également à désirer: appétit nul, alternatives +de diarrhée et de constipation.</p> + +<p>L'examen des organes me démontra qu'il n'y +avait rien à la poitrine, mais qu'au coeur existait +un souffle, au premier temps, à la base, perceptible +seulement dans la position horizontale; ventre +plat, peu élastique, sonorité basse et égale. La +malade, qui pesait 50 kilogrammes à dix-huit ans, +n'en pesait plus que 46.</p> + +<p>Voilà donc une jeune femme qui a toutes les +apparences extérieures d'une personne très souffrante, +et dont la vie est empoisonnée par une +série ininterrompue de misères variées. Et cependant +l'histoire même de ces misères prouve qu'il +n'y a point chez elle d'organe particulièrement +atteint, et que le capital biologique est, au fond, +moins mauvais qu'il ne paraît l'être. Mon premier +soin fut de la rassurer, notamment sur l'état de son +coeur, sur lequel un confrère un peu imprudent l'avait +fort inquiétée. Je m'efforçai ensuite de lui refaire +un estomac, par un régime sévère, puis de plus +en plus large. Je dirigeai son hygiène musculaire, +intellectuelle et morale. Et ainsi, après deux ans +où je m'étais borné, en somme, à faciliter le retour +à l'équilibre du système nerveux, Mme X... se vit +délivrée de la plupart de ses maux, et ramenée +enfin à une vie des plus supportables.</p> + +<p>Qu'avait-elle donc au juste? me demandera-t-on +Elle avait, sous une forme spéciale, ou plutôt sous +plusieurs formes, ce que j'appelle la «maladie». +Sous toutes ces misères, c'était le système nerveux +qui, chez elle, fléchissait. Tout son système nerveux +était malade, et chacun de ses centres, tour +à tour, avait accusé le contre-coup de la dépréciation +de l'ensemble. Au moment où j'ai vu la malade, +le centre le plus atteint était celui qui préside aux +fonctions digestives; mais, si je m'étais limité à ne +soigner que celui-là, toute ma peine aurait risqué +d'être perdue. Il fallait, derrière les symptômes +locaux, atteindre le trouble général; il fallait +dépasser les incidents pour parer à la «maladie».</p> + +<p>Voici maintenant une autre malade, Mlle T..., chez +qui les manifestations morbides n'ont certainement +rien de commun avec celles que je viens de +signaler chez Mme X... C'est une jeune fille qui, +lorsque je l'ai vue d'abord, en janvier 1901, avait +progressivement maigri, en six mois, de 50 à 41 kilogrammes, +sans autre cause connaissable que certaines +influences morales. Elle ne se plaignait de +rien, ne se sentait pas malade; et cependant elle +l'était, puisqu'elle maigrissait sans cesse, puisqu'elle +avait le teint terreux et la peau rugueuse, puisque +ses règles étaient supprimées depuis un an. Pas +de lésions organiques, pas d'albumine, ni de sucre: +mais toute l'apparence d'une grande malade.</p> + +<p>Pourtant, après un examen plus approfondi, +j'augurai bien de l'avenir, parce que le capital +initial était assez bon, parce que Mlle T... n'avait +pas eu de graves assauts dans son enfance, +enfin parce qu'elle était jeune, et malade depuis +peu de temps. Et le fait est qu'un traitement très +simple, mais bien suivi (quinze heures de lit par +jour, puis douze heures, 5 repas par jour, d'abord +sans viande, puis avec un plat de viande à midi, +et 30 injections de cacodylate de magnésie), amena +un résultat extraordinaire: réapparition des règles, +augmentation du poids, disparition de la rugosité +cutanée, relèvement de l'appétit, etc.</p> + +<p>C'est que cette malade, qui ne présentait aucun +trouble nerveux, n'en était pas moins une «nerveuse». +Toutes ses misères ne venaient, comme +chez Mme X..., que d'un ébranlement du système +nerveux; quand ce système se trouva modifié, par +le repos, le régime et la psychothérapie, la malade +guérit.</p> + +<p>Elle revint alors dans son pays; six mois après, +elle allait très bien, mangeant de tout, pesant +58 kilogrammes. Mais voici que, dix-huit mois +plus tard, elle perd sa mère. De nouveau le chagrin +la mine sourdement; elle redevient «malade», +maigrit jusqu'à 37 kilogrammes, toujours sans +accuser la moindre douleur, et sans ressentir +aucune souffrance. Un jour, le 25 décembre 1903, +elle est tellement épuisée qu'elle a une syncope +grave, et que son entourage est convaincu qu'elle +va mourir. J'avoue que moi-même, quand je la vis +alors avec le Dr C..., je fus épouvanté, malgré la +bonne opinion que j'avais de sa valeur biologique. +C'était littéralement un squelette (34 kil.), elle +n'avait plus qu'un souffle de vie.</p> + +<p>Eh bien! elle se ressaisit encore. Que dis-je? +En juin 1904, elle fit une pleuro-pneumonie. Deux +mois après, dès qu'elle fut transportable, elle +voulut venir à Paris, et se soumit, pendant trois +mois, aux injections d'huile créosotée. En octobre +1904, elle avait définitivement retrouvé sa santé.</p> + +<p>Comment douter que toutes les souffrances de +cette jeune fille aient été surtout d'origine nerveuse? +Et cependant voilà un cas où la perturbation +du système nerveux central s'est traduite par +des phénomènes qui n'avaient rien de ce que les +neurologistes constatent d'ordinaire. Et c'est bien +le système nerveux cérébral qui était en cause, +chez cette malade: car ses deux grandes crises +morbides n'ont absolument pas eu d'autre cause +que le chagrin. Mlle T... était une névrosée sans +manifestations nerveuses. Tout à fait comme +Mme X..., malgré la dissemblance des symptômes, +c'était une «malade», c'est-à-dire une personne +dont le capital nerveux s'était trouvé entamé.</p> + +<p>Dans l'exemple suivant, la «maladie» s'est traduite +par des phénomènes cardiaques. Chaque fois +qu'il y a eu chez le malade une défaillance du système +nerveux, c'est le coeur qui a cessé de fonctionner +normalement, à tel point que tous les +médecins qui ne connaissaient pas M. Z... le traitaient +infailliblement par la digitale et la caféine.</p> + +<p>En réalité, M. Z... n'est ni un cardiaque, ni même +un faux cardiaque: c'est simplement un «malade» +chez qui le système nerveux qui préside aux mouvements +du coeur est plus spécialement impressionnable.</p> + +<p>Depuis l'âge de vingt et un ans, à la suite d'un +rhumatisme (sans endocardite), chaque fois qu'il y +a eu un assaut quelconque dans la santé du malade, +le coeur a aussitôt protesté. En 1886, à la suite +d'une bronchite grippale, je constatai, pour la +première fois, de l'arythmie, et un souffle au +2e temps, à la base du coeur. Depuis lors, ce souffle +persiste, mais avec une telle inégalité que, parfois, +il est imperceptible, tandis que, d'autres fois, il est +d'une netteté extrême: si bien que plusieurs médecins +ont affirmé une lésion de la valvule de l'aorte.</p> + +<p>Or, je le répète, il n'y a pas de lésions: M. Z. +n'a jamais de pouls bondissant, et de nombreux +tracés de pouls, pris par le Dr Lagrange, démontrent +qu'il n'y a pas d'insuffisance aortique. Quand +M. Z... va bien, son coeur va bien: quand il va +mal, quand il se surmène, ou éprouve une émotion +vive, son coeur se fâche, et traduit son malaise +par les manifestations les plus variées: syncopes, +arythmie, fausses angines de poitrine.</p> + +<p>M. Z... est un de ces hommes qui sont faits +pour le travail intensif: chez lui, quelle que +soit l'énormité du travail, il n'y a jamais de +surmenage cérébral; mais c'est un <i>sensitif</i>, que +le surmenage émotionnel guette à tout instant. +En 1898, à la suite d'émotions vives, tout son +système nerveux entre en révolte: le système +digestif (dyspepsie, constipation, etc.), le système +nerveux central (insomnie absolue, tristesse, pâleur +insolite, épuisement des forces). En même temps +la glycosurie fait son apparition (10 grammes de +sucre par litre). Enfin les troubles du coeur atteignent +une intensité extrême et défient tous les +traitements classiques (digitale, spartéine, bromures, +etc.).</p> + +<p>Désirant me voir avant de mourir, le malade me +fit appeler le 28 avril 1898, et me raconta les soucis +qui l'avaient accablé. Ces soucis étaient, sans +aucun doute, l'unique cause de la «maladie»: une +psychothérapie prolongée, et accompagnée d'un +régime alimentaire très modéré, réussit parfaitement +à remettre le malade sur pied. Les deux +années qui suivirent furent même excellentes.</p> + +<p>En 1901, une petite grippe suffit pour ramener le +trouble cardiaque, avec même, cette fois, un pouls +bi-géminé. Mais une saison à Vichy, sous la direction +du Dr Lagrange, produit un très bon résultat. +En 1903, ni le Dr Lagrange, ni moi, ne percevons +plus le souffle coutumier.</p> + +<p>Mais voici qu'en 1904, à la suite d'une nouvelle +émotion, reparaissent l'arythmie, le souffle, la glycosurie: +de nouveau, une saison à Vichy supprime +tout cela.</p> + +<p>En avril 1905, enfin, à la suite de nouvelles +contrariétés, l'ébranlement du système nerveux se +traduit par un lumbago, mais surtout par une +anesthésie de la main et de la joue droites, qui +effraie beaucoup le malade. Je le rassure encore, +je le renvoie à Vichy, d'où il revient en parfait +état, toujours jeune, malgré ses cinquante-deux ans, +toujours avec une activité dévorante.</p> + +<p>C'est que ce prétendu cardiaque, comme les deux +malades précédents, est simplement un «malade», +avec cette particularité que c'est sur le coeur que +se portent de préférence, chez lui, les plus importantes +manifestations de la «maladie».</p> + +<p>Dans les trois observations que je viens de citer, +c'était tel ou tel département du système nerveux +qui manifestait plus spécialement les souffrances de +l'être entier, et les périodes de malaise étaient séparées +par des périodes de santé, tout au moins relative. +Voici maintenant un cas où tous les éléments +du système nerveux sont tellement excités que la +«maladie» revêt les formes les plus diverses, et sans +qu'il y ait eu, pour ainsi dire, un seul jour de rémission, +depuis l'époque où le système nerveux a été +ébranlé,—c'est-à-dire depuis l'âge de huit ans,—jusqu'à +l'âge de la cessation des règles. La malade +dont je vais parler a été vraiment, pendant plus de +trente ans, un parfait musée pathologique. Mais, +malgré mille misères qui se succédaient chez elle +comme les figures d'un kaléidoscope, je n'ai jamais +désespéré de sa survie, ni de sa guérison, à cause +même de la mobilité et de la variété des manifestations +morbides, étant donné, d'autre part, l'intégrité +des organes.</p> + +<p>La «maladie» de cette personne a commencé à +huit ans, à la suite d'une fièvre typhoïde grave. +Pendant cinq ans, elle ne s'est traduite que par des +migraines très intenses et très fréquentes; mais +dès l'apparition des règles, aux migraines se sont +jointes des douleurs d'estomac et de la constipation. +Vers l'âge de trente ans, le système nerveux cérébral +a manifesté son trouble par des vertiges, bourdonnements +d'oreilles, etc. Deux ans après, c'est le +tour de la moelle: douleurs rhumatismales et +névralgies erratiques. Vers l'âge de trente-trois +ans, le système nerveux cardiaque donne sa note +dans le concert: syncopes qui durent de dix +minutes à une demi-heure, avec perte complète de +connaissance.</p> + +<p>En octobre 1889, une crise gastralgique survient, +qui se prolonge pendant trois jours consécutifs. +L'année suivante, c'est une douleur intercostale +gauche qui immobilise la malade pendant plusieurs +jours; mais, par contre, la tête est redevenue parfaitement +libre, les vertiges, la céphalée, ont disparu. +En 1893, apparaît une dermalgie qui occupe +les deux bras. Puis voici que la fièvre survient: +la malade a jusqu'à 40°, sans cause connue, à +l'époque de ses règles. En 1895, se produit un état +de péritonisme,—avec douleurs très vives dans +l'estomac et le foie, urines acajou chargées d'urobiline,—qui +semble mettre la vie en danger. +Mais la malade sort de cette épreuve; et, pendant +les dix mois qui suivent, elle maigrit, très heureusement, +de 93 à 87 kilogrammes.</p> + +<p>L'année suivante fut très bonne. Le sommeil +revint, l'estomac rentra dans l'ordre, la malade +put croire que ses misères allaient prendre fin. +Mais voici que, en 1897, à la suite d'un coup de +froid l'intestin à son tour se met de la partie: +fausses membranes dans les selles, coliques, diarrhée +et faux besoins d'exonération extrêmement +pénibles. L'appendice même paraît touché: il y a +une douleur très nette au point de Mac Burney. Un +autre jour, en 1899, le foie se trouble: urines foncées, +selles décolorées, fièvre; mais la menace ne +persiste que quatre jours. En 1900, ulcère de l'estomac, +vomissements noirs. La même année, je note +une sorte d'inhibition du fonctionnement de la +jambe droite, qui, à un moment donné, deux ou +trois fois par mois, refuse tout service, au point +que la malade tombe brusquement. Enfin, cette +même année, se déclare un oedème des jambes, disparaissant +après la marche;—c'est là un phénomène +que j'ai souvent observé chez les «malades» +dits <i>arthritiques</i>.</p> + +<p>Cet état lamentable s'est prolongé jusqu'en 1904; +la malade était, suivant son expression, un «faisceau +de douleurs», mais elle avait un excellent +moral, et restait sûre qu'un jour ou l'autre elle +reviendrait à la santé. Or, le fait est que, depuis la +fin de 1904, en même temps que disparaissaient +ses règles, l'état général s'améliorait d'une façon +surprenante. Aujourd'hui Mlle X..., absolument guérie, +définitivement délivrée de toutes ses misères, +promène joyeusement ses 105 kilogrammes et se +déclare enchantée de vivre.</p> + +<p>C'est que, même dans ses épreuves les plus douloureuses, +même quand elle présentait les symptômes +les plus inquiétants, cette personne n'était +ni une hépatique, ni une médullaire, ni une cérébrale, +ni une gastrique, ni une cardiaque, mais simplement +une «malade» à manifestations cérébrales, +médullaires, gastriques, intestinales, etc. Pendant +les longues années où je lui ai donné des soins, +toute ma thérapeutique n'a consisté qu'à essayer +de dynamiser son système nerveux, et de le +dynamiser tout entier, sans presque chercher à +atteindre, en particulier, tel ou tel de ses centres +qui semblait, provisoirement, le plus ébranlé. J'ai +eu le bonheur de deviner que cette personne +avait les apparences de trop de «maladies» pour en +avoir la réalité; et, de fait, quand son système +nerveux a retrouvé l'équilibre, la guérison de la +véritable «maladie» a aussitôt amené la guérison +de toutes les pseudo-affections qui n'en étaient que +le contre-coup.</p> + +<p>Le trouble du système nerveux central peut +encore se traduire par les symptômes qui caractérisent, +de la façon la plus formelle, des «maladies» +organiques. J'ai parlé déjà, plus haut, de ce +malade qui avait toutes les apparences d'une lésion +du coeur, sans avoir le coeur lésé. On sait que, +par ailleurs, ce qu'on appelle l'hystérie simule les +«maladies» organiques les plus variées. Les hystériques +peuvent présenter les symptômes de la +méningite, de la grossesse, voire même des «maladies» +les plus graves de la moelle épinière. Ainsi j'ai vu +un jeune soldat qui offrait tous les signes de la sclérose +en plaques. Après trois mois d'examen, on a +fini par le réformer; or, ce n'était qu'un hystérique. +Non pas que ce jeune homme ait été un simulateur: +car on ne simule pas les symptômes de la sclérose +en plaques!</p> + +<p>Et quand je dis que ce n'était qu'un hystérique, +j'exprime mal ma pensée. En réalité, c'était un +«malade». Je l'ai suivi pendant longtemps, après +son départ du régiment. Une fois réformé, il n'eut +plus le moindre phénomène médullaire; mais il +eut de la dyspepsie, et j'ai su que, dans son enfance, +il avait eu d'autres manifestations de ce que j'appelle +la «maladie». Ce n'est qu'à une phase déterminée +de sa vie, quand il s'est agi pour lui de faire +son service militaire, que la «maladie» s'est traduite, +pendant quelques mois, par ces troubles de +l'axe cérébro-spinal qu'on est convenu d'appeler +hystérie.</p> + +<p>Je pourrais multiplier les exemples: mais ceux +que j'ai cités suffiront, je crois, à donner une +idée de ce que j'entends, à proprement parler, par la +«maladie». D'une façon générale, je veux dire +que la «maladie» embrasse tout le domaine pathologique +qui n'appartient pas à ce qu'on pourrait +appeler les «accidents»—accidents qui vont +depuis les fractures et les intoxications jusqu'à +des lésions d'organes (cancer, hémorragies cérébrales, +etc.), en passant par toute la série des +affections à microbes, connus et inconnus.—Au-dessous +de ces «accidents» s'étend une série indéfinie +de troubles pouvant revêtir toutes les formes +et donner même l'illusion de toutes les «maladies» +organiques, mais qui, en réalité, ne sont tous que +d'origine nerveuse (en donnant à ce mot toute +l'extension qu'il comporte), ainsi que cela apparaît +clairement pour peu que l'on considère leurs causes, +leur marche et leur terminaison. Dans la «maladie» +rentrent donc toutes les névroses; la folie quand +elle n'est pas produite par des lésions du cerveau, +l'hystérie, l'épilepsie dite idiopathique, la neurasthénie, +les algies, tous les troubles fonctionnels des +divers organes, <i>tant que ces troubles fonctionnels +n'ont pas amené de lésion des organes</i>.</p> + +<p>Les médecins voient quotidiennement la «maladie» +sous une de ses formes préférées. C'est la +forme gastrique, qu'on désigne vulgairement sous le +nom d'«embarras gastrique», synonyme d'embarras +de diagnostic. Dans cette affection, il ne +faut pas croire que le système nerveux soit indemne; +les malades éprouvent de la céphalée, des vertiges, +souvent des bourdonnements d'oreille, un état de +fatigue générale du système musculaire, de l'insomnie, +de la difficulté pour lire, pour supporter une +conversation; ils ne souhaitent que le repos et +la tranquillité. Si on les leur accordait, si une +médication perturbatrice n'intervenait pas, si on +graduait sagement leur alimentation, il ne surviendrait, +en général, aucune complication; et après +quinze jours, un mois, ils reviendraient peu à peu +à la santé<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> (retour) </a> La guérison, souvent, s'annonce chez eux par une crise urinaire. +Les urines, qui avaient été très uraliques, quelquefois +même urobilinuriques, et rares, deviennent, d'un jour à l'autre, +claires et abondantes. En même temps la température tombe, +pendant deux ou trois jours, au-dessous de la normale, le sommeil +reparaît, l'appétit également, et tout rentre dans l'ordre.</blockquote> + +<p>Dans d'autres cas, la «maladie» évolue sur le +mode chronique; et c'est pendant des mois et des +années que l'on voit tout le système organique +compromis dans son fonctionnement. Le système +nerveux, l'estomac, l'intestin, laissent à désirer +d'une façon à peu près égale. C'est chez ces grands +malades qu'on est en droit de se demander si c'est +le cerveau qui tient sous sa dépendance les troubles +nerveux de l'estomac ou de l'intestin, ou si c'est +l'inverse. Selon qu'on adopte telle ou telle manière +de voir, on adopte telle ou telle thérapeutique +exclusive: on s'acharne à remédier aux troubles +du système nerveux, en négligeant les troubles +digestifs, ou inversement. Dans les deux cas on a +tort. Pour faire de la bonne thérapeutique, il faut +<i>à la fois</i> soigner le cerveau, l'estomac, l'intestin, +la moelle, le malade entier, en un mot, tout en +recherchant, si possible, quel est le système le +plus compromis et dont le fonctionnement laisse le +plus à désirer.</p> + +<p>C'est de la «maladie» ainsi comprise que je voudrais, +maintenant, rechercher les causes les plus +habituelles, avant d'en indiquer, dans ses grandes +lignes, le mode de traitement: traitement qui doit +être toujours <i>général</i>, puisque toujours la «maladie», +même quand elle ne se traduit que par des +troubles locaux, est, par son essence, d'ordre +général.</p> + +<p>Quant au traitement particulier des «maladies» +accidentelles, il va sans dire que je n'aurai pas à +m'en préoccuper dans ce travail.</p> + +<h4>CHAPITRE III</h4> + + +<h4>LES CAUSES DE LA «MALADIE»</h4> + +<p>I.—CAUSES PHYSIQUES</p> + +<p>Je ne saurais songer à suivre l'homme à travers +toutes les circonstances de sa vie qui compromettent +sa valeur, soit momentanément, soit d'une +façon définitive et irrémédiable. Elles varient à +l'infini; l'homme heureux seul n'a pas d'histoire, et +l'homme heureux est un être de raison, qui n'existe +pas dans la réalité.</p> + +<p>Mais, d'une façon générale, je puis faire remarquer +que ce n'est pas le surmenage cérébral, ni le +surmenage musculaire, ni même les vices d'alimentation, +le défaut de confort, l'aération insuffisante, +etc., qui constituent les grands facteurs de +la «maladie»: c'est le surmenage émotionnel, c'est le +chagrin,—l'influence psychique, en un mot.</p> + +<p>Cependant les autres influences morbigènes +méritent une mention détaillée. Je les rapporterai +aux trois chefs suivants:</p> + +<p>I. Surmenage cérébral.</p> + +<p>II. Surmenage musculaire.</p> + +<p>III. Alimentation défectueuse ou insuffisante.</p> + +<p>1° <i>Surmenage cérébral</i>.—Le cerveau est fait +pour fonctionner, comme le coeur est fait pour +battre; et il est bien rare que le travail cérébral, à +lui seul, si excessif qu'il puisse paraître, soit une +cause de détérioration profonde, et surtout de +déchéance définitive. C'est bien plutôt un élément +de survie prolongée.—Voyez cet écrivain qui, à +l'âge de soixante-dix-huit ans, continue à étonner +le monde par les productions de son génie; il n'a +jamais cessé de travailler, et il a pu faire les frais, +à soixante-quinze ans, d'une pneumonie qui, à cet +âge, est presque toujours fatale. Quel est donc son +secret? Son secret, c'est de n'avoir aucune préoccupation +étrangère à son travail; c'est d'avoir une +femme qui pense pour lui à tous les détails de la +vie; c'est d'avoir une excellente hygiène morale, +la paix du coeur et de l'esprit.</p> + +<p>Bien plus nombreuses sont les victimes d'un travail +cérébral insuffisant, et tout le monde sait que +les désoeuvrés sont bien à plaindre. Ce sont des +coupables, puisqu'ils n'apportent pas à l'oeuvre +sociale le contingent d'efforts et de travail qu'ils +lui doivent; mais ce sont aussi des malheureux, +car la «maladie» les guette. Le désoeuvré accidentel +lui-même, habitué à un travail cérébral considérable, +s'il est condamné trop longtemps au repos +de l'esprit, sent qu'il lui manque quelque chose: il +perd son bon sommeil coutumier, et a hâte de +reprendre le travail cérébral, qui lui est aussi nécessaire +que l'air respirable.</p> + +<p>Quand, cependant, le travail cérébral est poussé +à une limite véritablement excessive, il amène aussi +ce que nous avons appelé la «maladie», c'est-à-dire +la détérioration, quelquefois définitive ou prolongée +pendant des années. On en voit des exemples +chez les candidats aux écoles, à l'internat, à +l'agrégation, etc. On serait porté à croire, <i>a priori</i>, +que, dans ces cas, la «maladie» atteint l'organe +surmené; c'est vrai quelquefois, mais pas toujours, +même quand elle est de cause cérébrale, elle peut très +bien revêtir les symptômes de la dyspepsie, de l'entérite, +tout comme si elle avait été produite par une +intoxication. Il faut toujours en revenir aux notions +que nous avons développées au chapitre précédent: +à la notion des points faibles, et à la variété +des manifestations par lesquelles l'organisme traduit +le malaise causé par une influence déterminée.</p> + +<p>2° <i>Surmenage musculaire</i>.—Il n'amène qu'exceptionnellement +la «maladie». Chez le surmené +musculaire, quelques jours ou quelques semaines +de repos suffisent pour remettre toutes les fonctions +d'aplomb; et l'on ne saurait se figurer le rendement +dont est capable la machine, quand, par +ailleurs, il n'y a pas de fuites occasionnées par la +dépense cérébrale. Ainsi nous avons vu des ouvriers +italiens produire un travail musculaire véritablement +colossal, tout en ayant une alimentation très +restreinte (polenta, macaroni, gruyère, viande une +fois par semaine, eau claire), et ce, sans le moindre +préjudice pour leur santé. Ils se contentaient du +salaire dit «de famine», salaire qu'on serait mal +venu de proposer à nos ouvriers français.</p> + +<p>Il est cependant incontestable que le travail musculaire, +poussé à de trop grands excès, peut devenir +une cause de «maladie» momentanée, et préparer le +terrain à l'éclosion des affections accidentelles. Nous +en avons déjà dit un mot à propos de l'entraînement +dans l'armée, et des sports chez les jeunes gens.</p> + +<p>3° <i>Vices d'alimentation</i>.—Ils jouent un rôle +important dans la pathogénie de la «maladie», d'autant +que, en dehors des cas d'intoxication aiguë, +ils n'agissent qu'à la longue, traîtreusement, insidieusement. +Le plus souvent, en effet, l'estomac et +l'intestin ne se révoltent qu'après de longues années +de protestations presque silencieuses. Mais, à partir +du jour de cette révolte, la «maladie» est constituée. Les +symptômes d'ordre dyspeptique y tiendront le plus +souvent la première place, ce qui n'est pas fait pour +surprendre, puisque c'est l'estomac qui a été, dans +ces cas, le plus spécialement molesté. Cependant, +dans certains cas, les troubles dyspeptiques passeront +à l'arrière-plan, au point d'égarer complètement +le diagnostic. Voyez cet hystéro-épileptique +qui n'a, pour un examinateur superficiel, que des +troubles cérébraux; il peut très bien se faire qu'il +ait de l'épilepsie gastrique, qu'on fera disparaître +par un bon régime. Dans ce cas, les phénomènes +gastriques étaient au second plan pour le clinicien, +alors que, pour le thérapeute, ils doivent être au +premier plan. Si donc le clinicien veut être bon +thérapeute, il doit se rappeler les grandes lois que +nous avons déjà formulées: s'il traite comme cérébral +un sujet dont la «maladie» a été provoquée par +des troubles alimentaires, il fait fausse route; de +même qu'il ferait fausse route en traitant comme +dyspeptique un sujet ayant des misères gastriques, +intestinales, hépatiques, mais dont l'état pathologique +aurait été occasionné par du surmenage cérébral, +médullaire, émotionnel.</p> + +<p>Maintenant, essayons d'expliquer comment l'alimentation +défectueuse retentit sur l'ensemble de +l'organisme.</p> + +<p>On a fait grand bruit, ces derniers temps, de +l'auto-intoxication d'origine alimentaire; et beaucoup +de médecins s'obstinent à ne voir dans la +«maladie», quelle qu'en soit la forme, et surtout +quand elle revêt la forme nerveuse, qu'une sorte +d'empoisonnement de la cellule cérébrale par les +toxines alimentaires.</p> + +<p>C'est là une hypothèse assez commode, et qui +rend compte d'un nombre considérable de faits: +mais ce n'est, en somme, qu'une hypothèse, et ne +pouvant pas être démontrée par des observations +véritablement scientifiques. On pourrait tout aussi +bien expliquer les phénomènes rapportés à l'auto-intoxication +par l'irritation que provoque, sur le +plexus solaire, un aliment défectueux, ou encore +par l'irritation des extrémités nerveuses du pneumo-gastrique. +On sait que ce nerf étend ses ramifications +sur le coeur, l'estomac, le poumon; et on +s'expliquerait ainsi les irradiations à distance provoquées +par l'irritation stomacale: la dyspnée, +l'asthme, les fausses cardiopathies, etc.</p> + +<p>Quoi qu'il en soit, les vices d'alimentation +peuvent incontestablement provoquer, à eux seuls, +la «maladie». Mais, le plus souvent, ils s'associent +à d'autres causes: aux chagrins, au surmenage, +à la débauche, etc.</p> + +<p>Les vices d'alimentation peuvent, à leur tour, se +classer en quatre catégories distinctes:</p> + +<p>I. Alimentation excessive en quantité.</p> + +<p>II. Alimentation insuffisante en quantité.</p> + +<p>III. Alimentation insuffisante en qualité.</p> + +<p>IV. Abus de l'alcool.</p> + +<p>I. <i>Alimentation excessive</i>.—Nous ne voulons +pas nous étendre ici sur les inconvénients, vraiment +assez connus, de l'alimentation excessive. Disons +seulement que l'alimentation excessive empoisonne +peut-être la cellule nerveuse par les toxines alimentaires, +mais que sûrement elle impose aux organes +chargés de l'élimination (foie, reins, peau), un travail +exagéré, inutile, et par conséquent nuisible; de +là, à la longue, le surmenage et les protestations +de ces divers organes, se traduisant de mille et une +façons (eczéma, urticaire, gravelle, etc.). Cette +manière de voir donne satisfaction aux partisans +de l'auto-intoxication; ou bien si l'on admet la +théorie de l'irritation du pneumo-gastrique, ou +du plexus solaire, on peut également comprendre +comment cette irritation, presque permanente, +des nerfs de l'estomac par une alimentation incendiaire, +amène, par action réflexe, des troubles de +coeur (palpitations, arythmie, etc.) et du poumon +(asthme, dyspnée), du cerveau et de la moelle, +voire même des troubles cutanés, etc. Pourquoi, +d'ailleurs, ne pas adopter les deux théories à la +fois? ce ne serait, en tout cas, pas déraisonnable.</p> + +<p>Mais, dira-t-on, quelle est donc la dose <i>optima</i> +d'aliments qui convient pour entretenir la vie et +pour réparer les dépenses incessantes de l'organisme? +Elle doit varier, évidemment, suivant le +travail produit, et suivant les individus. Tous n'ont +pas le même besoin d'alimentation, pas plus que, +dans un régiment de cavalerie, tous les chevaux +n'ont pas les mêmes besoins, bien qu'ils soient +obligés aux mêmes dépenses musculaires. On a +essayé de fixer mathématiquement ce qu'on appelle +la «ration d'entretien» et la «ration de travail»; +et les différents chimistes qui se sont livrés à ce +calcul sont arrivés à des chiffres qui variaient du +simple au quadruple: mais tous s'accordent pour +démontrer qu'il faut <i>très peu d'aliments</i> pour subvenir +à la «ration d'entretien», et même à la «ration +de travail», de l'homme. La vérité est que nous +mangeons, presque tous, trop, et qu'il faut que la +machine humaine soit bien admirablement construite +pour qu'elle résiste aux assauts quotidiens +que nous lui imposons.</p> + +<p>Comme ce problème de la ration physiologique +m'a toujours intéressé, je me suis livré à une +enquête sur le régime des Chartreux; et j'affirme +que l'insuffisance apparente d'alimentation n'est +pour rien dans leur morbidité. Ils ont beaucoup +moins de jours d'indisponibilité que la plupart des +autres hommes du même âge, meurent plus vieux, +et s'éteignent sans «maladie». Pareillement, chez les +Trappistes, le régime fort sévère n'est pas une +cause de morbidité; j'ai même été étonné, à leur +propos, de voir la flexibilité de l'organisme humain, +et de constater qu'un homme habitué à manger +comme tout le monde pouvait, d'un jour à l'autre, +sans troubler sa santé, passer au régime ultra-restreint +d'une Trappe.</p> + +<p>Mais, dira-t-on, avez-vous étudié le régime restreint +chez les individus qui dépensent beaucoup? +Oui, je l'ai étudié dans l'armée<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>, et j'affirme, au nom +d'une expérience de deux années, pendant lesquelles +je me suis occupé de l'alimentation du soldat avec +un colonel qui avait, de ce grave problème, tout le +souci qu'il mérite, que, si le soldat français, le seul +que je connaisse, avait la quantité et la qualité des +aliments auxquels il a droit de par les règlements, +et si ces aliments étaient préparés comme ils devraient +et comme ils pourraient l'être dans toutes les garnisons, +sa nourriture serait tout à fait suffisante. +Elle n'est un peu au-dessous des besoins que pour +les jeunes soldats, pendant les trois premiers mois +de la nouvelle existence qui leur est imposée; aussi +les officiers soucieux de la santé de leurs soldats +réservent-ils pour les nouveaux arrivants les <i>boni</i> +qu'ils ont pu réaliser sur les hommes dits «de la +classe».</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> (retour) </a> <i>La vie du soldat en temps de paix (Ann. d'hyg. et de médecine +légale</i>, février 1890).</blockquote> + +<p>Tout le monde, du reste, connaît la sobriété des +guides alpins, qui, non seulement, les jours d'excursion, +se contentent d'une alimentation extrêmement +réduite (quelques morceaux de sucre et des fruits +secs), mais, en temps ordinaire, mangent très peu, +pour conserver leurs forces. Les professionnels du +sport, également, savent que la sobriété est la condition +de leur succès.</p> + +<p>Autre exemple: j'ai donné, pendant plusieurs +années, des soins à une dame qui, avec toutes les +apparences de la santé, était constamment souffrante: +migraines, eczéma, urticaire, affections +cutanées polymorphes, palpitations, dyspnée, +insomnies, caractère inquiet, émotivité exagérée, +sensation de fatigue permanente, tendance à l'obésité,—et +j'en passe, pour ne pas faire le tableau +complet de ce qu'on est convenu d'appeler la +«grande neurasthénie». Chose curieuse, elle avait +peu de phénomènes digestifs, seulement de la constipation +et des hémorroïdes. Elle avait même un +vigoureux appétit, bien qu'elle prît fort peu d'exercice. +En vain, je m'acharnai à diminuer son alimentation: +précisément à cause de cet appétit de premier +ordre, elle ne voulait pas entendre parler de +régime restreint. Mais voici que l'adversité s'abattit +sur elle, sous la forme de la ruine absolue; elle en +fut réduite à ne plus manger que des pommes de +terre cuites dans le four d'un petit poêle en +faïence, et des haricots; un demi-litre de lait +était pour elle un grand extra. Or, à partir de ce +jour, elle alla bien. Toutes ses misères disparurent +successivement, en trois ou quatre mois, +y compris les misères nerveuses et les migraines; +et force me fut d'attribuer au seul changement de +régime la surprenante modification de sa santé. +Car on croira peut-être que, pressée par le besoin, +elle s'est mise à marcher davantage, pour chercher +du travail, ou pour se créer des relations? Non, +elle savait trop bien ce qu'il faut espérer des +relations quand on est dans l'extrême détresse; et +je lui procurai un travail sédentaire, qui consistait +à faire des adresses sur des bandes, pour un grand +magasin de nouveautés. On avouera que ce n'est +pas, non plus, l'intérêt palpitant de ce travail qui a +pu modifier avantageusement sa mentalité. En +dehors de ses douze heures de travail quotidien, +elle avait des préoccupations angoissantes, qui +auraient suffi pour ébranler un système nerveux +moins équilibré. C'est donc bien uniquement, toute +analyse faite, à la restriction du régime, et à cet élément +seul, qu'elle a dû son retour à la santé. Et je +pourrais, là encore, multiplier les exemples: mais +aucun ne peut être plus typique que celui que je +viens de relater à grands traits.</p> + +<p>Ceci étant, j'aurai peu de choses à dire de l'alimentation +insuffisante.</p> + +<p>II. <i>Alimentation insuffisante en quantité</i>.—Tout +le monde connaît les désastres occasionnés par les +famines qui sont encore, hélas! trop fréquentes en +Russie, aux Indes, en Algérie. En France, nous +estimons que personne ne doit avoir une alimentation +insuffisante, et que c'est une honte pour une +société civilisée d'avoir un seul de ses membres +manquant du nécessaire. Nous n'hésitons pas à +proclamer que ce déshérité aurait, dans ce cas, le +droit absolu de prendre ce qui est indispensable à +sa vie, et cela sans être même tenu de le rendre +si un jour la capricieuse fortune venait à lui sourire. +C'est d'ailleurs la doctrine de l'Église, nettement +formulée par saint Thomas, et très bien +expliquée dans un livre récent (<i>Socialisme et Christianisme</i>) +de l'abbé Sertillanges, professeur de +philosophie à l'Institut catholique. Mais laissons +là ces considérations d'ordre social, renonçons au +délicat plaisir qu'il y aurait à errer dans les sentiers +adjacents, et reprenons notre grande route! Ce +qui est sûr, c'est que le problème de l'insuffisance +d'alimentation n'a pas souvent à être résolu, chez +les gens bien portants; notre état social n'étant pas +aussi détestable que se plaisent à le dire quelques +pessimistes, ou encore quelques jouisseurs, qui +semblent n'avoir pour but que de semer la haine +par leurs discours et par leurs écrits. En France, +personne ne meurt de faim, et bien peu de gens +sont menacés d'insuffisance alimentaire, étant donné +le peu qu'il faut pour vivre et se bien porter.</p> + +<p>Là où le problème de l'insuffisance alimentaire +devient, pour le médecin, d'une douloureuse perplexité, +c'est quand il s'agit de malades ne pouvant +ou ne voulant pas manger, ne pouvant en apparence +rien digérer, vomissant tout ce qu'ils +prennent, arrivés au dernier degré de la consomption, +n'urinant presque plus, restant des semaines +entières sans aller à la garde-robe, ne dormant +plus, ne pouvant plus ni lire, ni supporter une +conversation, ni penser. Tous les médecins ont vu +de ces grands malades sans lésions organiques, +auxquels il est très difficile de faire du bien, et +auxquels on fait trop facilement du mal par une +intervention intempestive. Est-il admissible que la +vie persiste dans ces conditions déplorables, et +faut-il, oui ou non, forcer ces malades à manger?</p> + +<p>Il est certain que, parfois, en brusquant la résistance +du système nerveux, en domptant sa révolte, +on arrive à des résultats remarquables. Chez de +grands névropathes, on est tout étonné de voir qu'une +seule application de la sonde oesophagienne suffit +pour faire renaître l'appétit, et rendre à l'estomac la +tolérance qu'il avait perdue depuis longtemps. Le +plus bel exemple dont j'aie souvenance, à cet égard, +est celui d'une jeune femme mariée à un capitaine +au long cours. Dès le lendemain du mariage, il l'emmenait +en voyage de noces à San Francisco, en +passant par le détroit de Magellan, sur un navire +à voiles. Pendant ce voyage, qui dura six mois, la +jeune femme commença à éprouver divers symptômes +morbides. Elle en arriva à être gravement +atteinte, et on dut la faire revenir, par les voies les +plus rapides, de San Francisco à Paris, où elle +désirait se confier à mes soins. A son arrivée, je +trouvai une véritable loque humaine, ayant toutes +les apparences d'une tuberculeuse avancée; l'auscultation +ne révélait cependant rien. Pendant les +trois premières semaines de son séjour à Paris, +elle avait une inappétence absolue, ne tolérait aucun +aliment, pas même le lait coupé, et était dévorée +par une fièvre qui atteignait, le soir, 44°. La température +s'abaissait à 40° le matin. Bien que la +chaleur de la peau fût mordicante, bien que la +malade n'eût aucun intérêt à me tromper puisque +c'est de son plein gré qu'elle m'avait appelé, je +me refusai à croire à la possibilité d'une fièvre +aussi ardente et aussi continue. Je m'attachai à +vérifier et à faire vérifier avec le plus grand soin +les indications thermométriques; elles étaient parfaitement +exactes. C'est alors que, en désespoir de +cause, voyant que ni la quinine en injections ni +les lotions fraîches ne modifiaient cette température, +je me décidai à recourir aux lumières du +Dr Babinski, qui, après examen, me dit: «Je ne +trouve pas, non plus, de tuberculose, il n'y a certainement +pas d'impaludisme; nous sommes donc +en présence d'une de ces hyperthermies comme on +en rencontre chez les grandes hystériques. Mais le +plus pressé est d'empêcher cette femme de mourir +de faim, et, puisqu'elle ne peut pas manger, il faut +la suralimenter par la sonde.» Ainsi fut fait; et, +après cinq repas assez copieux donnés à la sonde, +la malade retrouva l'appétit, la fièvre tomba, le +sommeil revint. Deux mois après, elle pouvait +quitter Paris, et, vingt-huit mois après, je recevais +une lettre m'annonçant la naissance d'un enfant. +Suivant la formule traditionnelle, la mère et l'enfant +se portaient bien.</p> + +<p>Autre exemple. Quand j'étais au Val-de-Grâce, +le professeur Delorme m'invita à voir l'un de ses +malades, opéré depuis dix jours, et qui, depuis, ne +voulait pas manger. Il était guéri de son opération, +n'avait aucune fièvre, aucune lésion organique, +mais il se refusait obstinément à avaler quoi que ce +fût. C'était probablement le choc opératoire qui +avait produit une folie passagère. Ce qu'il y a de +certain, c'est qu'il maigrissait à vue d'oeil. Je n'hésitai +pas, alors, à lui donner du premier coup, par +la sonde, avec le plus de douceur et de bienveillance +possible, un repas complet; dès le même +soir, il demandait à manger, et, s'étant mis à digérer, +il était guéri. Huit jours après, il sortait de +l'hôpital en très bon état. Nul doute encore que, +chez les aliénés, il ne soit du devoir strict du +médecin de prolonger l'alimentation à la sonde +aussi longtemps qu'elle est nécessaire, après +s'être toutefois bien enquis du fonctionnement du +système digestif. Il y a là de grosses difficultés +cliniques.</p> + +<p>D'une façon générale, cependant, nous hésitons +toujours à employer ce moyen brutal qu'est la +sonde oesophagienne; le plus souvent, quand l'alimentation +est indiquée pour une grande neurasthénique +qui ne veut ou ne peut pas manger, nous +la lui imposons par suggestion à l'état de veille. +Mais là n'est pas encore la difficulté véritable. La +vraie difficulté est de savoir à quel moment il faut +alimenter. La responsabilité du médecin est, quelquefois, +bien gravement engagée dans ce problème. +S'il alimente à tort, soit à la sonde, ou même +par suggestion ou par persuasion, il risque de +donner à sa malade une indigestion formidable, +avec fièvre ardente et quelquefois collapsus; il +risque, en d'autres termes, d'épuiser les lueurs de +vie qui soutiennent l'existence de la malade. Étant +donné ce que nous avons dit du peu d'aliments +qu'il faut pour entretenir la vie, et les risques à +redouter d'une alimentation intempestive, nous +croyons qu'il faut patienter le plus possible, et ne +donner à ces malades que le régime ultra-restreint, +sans se laisser émouvoir par la tyrannie de l'entourage, +toujours prêt à se figurer que la malade +va mourir de faim. Et puis, peu à peu, quand, par +une alimentation restreinte mais bien conduite, on +a été assez heureux pour vaincre l'intolérance gastrique,—et +on y arrive toujours,—alors seulement +on alimente plus généreusement.</p> + +<p>Nous savons que ce n'est pas la manière de procéder +habituelle de nos confrères renommés pour +le traitement des grandes névroses; mais nous ne +pouvons pas admettre que tous les malades, quel +que soit le degré de leur «maladie», soient justiciables +d'un même procédé thérapeutique, et que, après six +jours de repos au lit et de régime lacté, il suffise +de leur dire: «Mangez, je l'ordonne!» pour qu'ils +mangent et qu'ils digèrent n'importe quoi. Ils mangeront +peut-être, mais tous ne digéreront pas.</p> + +<p>III. <i>Alimentation insuffisante en qualité</i>.—Si +l'insuffisance alimentaire quantitative joue, dans +la pathogénie de la «maladie», un rôle relativement +minime, il n'en est pas de même de l'insuffisance +qualitative; et la défectueuse qualité des +aliments est un ennemi de tous les jours, d'autant +plus dangereux qu'on ne le soupçonne point. On ne +saurait croire combien les aliments les plus usuels +sont frelatés. Si une chimie bienfaisante permet, +par-ci par-là, de découvrir quelques fraudes, il est +une chimie malfaisante qui fait tous les jours des +progrès, et qui nous empoisonne sans que nous nous +en doutions. Bientôt le dictionnaire des falsifications +alimentaires atteindra le volume du Bottin. +Mais ce n'est pas tout: les sciences physiques se +mettent aussi de la partie, et, par les procédés de +congélation, en particulier, on arrive à jeter sur +les marchés des aliments de belle apparence, mais +qui deviennent toxiques avec une rapidité surprenante. +Prenons, à titre d'exemple, les poissons de +mer. Je me souviens d'avoir été frappé, dans un +port de mer, par la vue de gros blocs de glace que +des pêcheurs emportaient avec eux. Ces blocs ne +me disaient rien qui vaille; et j'appris, en effet, que +ces pêcheurs partaient pour huit ou dix jours, et +que, au fur et à mesure qu'ils prenaient du poisson, +ils le mettaient dans la glace: de telle sorte que ce +poisson congelé arrive sur nos marchés avec bel +aspect, mais, passant par cinq ou six intermédiaires +avant de parvenir à notre table, il y parvient à l'état +d'aliment toxique.</p> + +<p>Certains procédés de stérilisation sont également +vus d'un mauvais oeil par l'hygiéniste. Pour +les conserves de viande, notamment, on sait les +préoccupations bien légitimes de l'autorité militaire; +et le problème vient seulement d'être résolu, +grâce au zèle d'une commission composée de nos +plus distingués maîtres, en hygiène, en chimie, en +bactériologie qui ont travaillé pendant de longs +mois.</p> + +<p>Le lait subit aussi mille et une tortures; c'est +pourquoi il est si souvent un breuvage meurtrier, +non seulement pour les enfants, mais même pour +les adultes; et c'est quelquefois parce qu'il est falsifié, +ou adultéré spontanément, qu'il est, chez les +malades, d'un emploi si délicat. Remarquez que +nous disons: quelquefois, car le plus souvent, si le +lait n'est pas supporté par les malades, ce n'est pas +parce qu'il est altéré, c'est parce qu'il est trop riche +en crème, ou pris en trop grande quantité, c'est +aussi sans que nous sachions pourquoi. Le simple +bon sens indique alors qu'il faut soit l'écrémer, ou +s'en abstenir, sans poursuivre le projet insensé de +vaincre l'intolérance des malades. A cela on y +arrive parfois, quand le malade est complaisant, +mais le plus souvent on échoue.</p> + +<p>Les aliments adultérés, quels qu'ils soient, poissons, +mollusques, viandes, provoquent des empoisonnements +dont on néglige souvent de chercher +la cause. Ils revêtent parfois les apparences de la +fièvre typhoïde grave, ou de la typhoïdette, et, entre +ces deux extrêmes, toutes les variétés cliniques se +rencontrent. D'autres fois, ils empruntent le masque +du choléra ou de la cholérine. Il va de soi que +le traitement consiste à attendre que l'économie soit +débarrassée de ces poisons (diète absolue d'abord, +puis tisanes et repos); quant à chercher à favoriser +l'élimination des poisons par des purgatifs ou des +vomitifs, c'est très légitime en théorie, mais, en +fait, très dangereux, car on ajoute ainsi un élément +de perturbation qui aggrave parfois grandement +l'état morbide.</p> + +<p>Ajoutons enfin que, le plus souvent, l'intoxication +alimentaire n'occasionne qu'à la longue la perturbation +du système digestif; et c'est alors qu'il est si +difficile de rapporter les effets directs et éloignés +de cette perturbation à leur cause véritable.</p> + +<p>IV. <i>Alcool</i>.—Certes, l'alcool et toutes les boissons +distillées, quelque pompeuse que soit l'étiquette +de leur flacon récepteur, constituent un aliment +meurtrier; et nous leur faisons grand honneur en +leur conservant le nom d'aliment. C'est par déférence +pour la mémoire de Duclaux, qui a excité de +si vives polémiques en écrivant que l'alcool était +un aliment. Les ravages produits par l'alcoolisme +sont de ceux que déplorent tout hygiéniste et tout +bon citoyen; aussi ne saurait-on encourager trop +les ligues contre l'alcoolisme, les sociétés de tempérance, +etc. Mais que peuvent tous ces petits efforts +contre les vraies causes de l'alcoolisme, qui se rattache +aux conditions économiques de la société? +L'alcoolisme durera aussi longtemps que l'impôt sur +l'alcool, qui, au dernier exercice, avait rapporté +à l'État 358 392 000 francs (et dans ce chiffre +ne sont pas compris les droits sur les vins, cidres, +bières, etc.); aussi longtemps que la puissance +électorale du marchand de vin; aussi longtemps +que le malaise de l'ouvrier, poussé au cabaret par +la destruction du foyer et l'insalubrité du logis...</p> + +<p>Et l'on ne peut même s'empêcher, tout en souhaitant +sincèrement le succès des généreux efforts des +ligues anti-alcooliques, de conserver un reste de +pitié pour les malheureux qui trouvent dans l'alcool +un oubli momentané aux misères humaines. C'est +souvent leur malheur, et non leur faute, s'ils tombent +dans la dégradation progressive qu'on déplore +à trop juste titre.</p> + +<p>Mais autant est légitime la campagne contre les +boissons distillées, autant, à notre avis, les boissons +fermentées devraient trouver grâce devant la +rigueur des hygiénistes; et nous pensons que la +ligue anti-alcoolique française, pour ne parler que +d'elle, compromet d'une façon irrémédiable le +résultat qu'elle poursuit, si elle continue à proscrire +les boissons <i>fermentées</i>. Qu'un intellectuel +dyspeptique ne tolère pas une goutte de vin à ses +repas, c'est chose possible, et il fera bien de s'en +abstenir; mais proscrire le vin, la bière, le cidre, +c'est commettre une faute contre le bon sens. Il y a +quelques années, on pouvait dire qu'un litre de vin +représentait 100 grammes de mauvais alcool; mais +depuis la surproduction des vignes françaises, et +depuis qu'on a diminué les droits d'octroi, le vin +est devenu une boisson hygiénique, quand elle est +prise à petite dose par des gens dont l'estomac n'est +pas délabré. Certes, l'ouvrier chargé de famille ferait +mieux, comme le lui conseillent les hygiénistes en +chambre, de dépenser à l'achat d'aliments azotés, +ou hydro-carbonés, le franc qu'il dépense à acheter +du vin; mais que deviendrait la vie si elle était +soumise aux tyrannies des théoriciens hygiénistes?</p> + +<p>Pour les soldats, en particulier, il serait à souhaiter +que le vin entrât dans la ration réglementaire. +Presque tous apprécient énormément le vin, +et rien ne leur va plus au coeur que l'attention du +chef qui leur octroie aimablement un quart de litre +de vin. Malheureusement, il ne faut pas songer +avant longtemps à introduire l'usage régulier du +vin dans l'armée, à cause de la dépense: si l'on +voulait se rappeler que, chaque fois qu'on augmente +d'un centime par jour la dépense du soldat français, +le budget se trouve grevé d'un million par an, on +mettrait fin du coup à toutes les discussions, plus +ou moins intéressées, qui font perdre à nos législateurs +un temps précieux.</p> + +<p>Un esprit chagrin pourrait nous répondre que +l'eau stérilisée que l'on donne aux soldats coûte +plus cher que le vin, si l'on tient compte du prix +d'achat des appareils stérilisateurs, du prix du +combustible, et surtout de la répugnance invincible +qu'ont les soldats à boire cette eau cuite, presque +toujours tiède malgré les soins qu'on met à la +refroidir après la stérilisation; mais nous aurions +mauvaise grâce à nous associer à ces critiques. Il +ne faut décourager les efforts de personne.</p> + +<p>Je m'empresse d'ajouter que, si le vin est une +boisson recommandable pour l'adulte valide, chez le +malade le vin et les autres boissons fermentées +sont, en général, de véritables toxiques; et c'est +par la suspension du vin qu'il faut commencer le +traitement de tous les dyspeptiques. Mais quand +l'estomac a cessé de protester, quand il s'agit d'aider +à la reconstitution du système nerveux, le vin +devient un adjuvant utile; et non pas sous une forme +pharmaceutique quelconque, mais sous la forme de +bon vin naturel peu acide (bordeaux, vin d'Algérie, +du Midi, etc.).</p> + +<p>En résumé, les erreurs de l'alimentation sont +essentiellement regrettables, comme le sont toutes +les erreurs contre la véritable hygiène; elles entrent +pour une bonne part dans la genèse de la «maladie»; +mais elles ont été dénoncées de toutes parts, étudiées +à fond, tandis que les influences qui nous restent +à passer en revue agissent plus profondément +encore, d'une manière plus insidieuse et plus malfaisante; +et leur rôle pathogénique n'est, en général, +pas apprécié à sa juste valeur. Nous voulons +parler des influences morales.</p> + +<p>II.—CAUSES MORALES</p> + +<p>Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on admet l'influence +du moral sur le physique; mais, malgré les +travaux de divers philosophes, les médecins en général +ne connaissent pas encore assez cette influence +du moral, et ne lui attribuent pas assez d'importance. +En réalité, elle joue un rôle énorme, et dans +presque tous les cas elle se rencontre, pour qui +sait la chercher. Malheureusement, pour faire de +semblables enquêtes, il faut beaucoup de temps, +il faut que le médecin devienne le confident, l'ami +de son malade, et qu'une regrettable suspicion de +l'entourage ne l'empêche pas d'accomplir son +oeuvre. Il faut, en outre, que le médecin ait des +qualités de psychologue. Il doit savoir lire dans la +pensée du sujet, deviner ce qu'on lui laisse entendre +à mots couverts.</p> + +<p>Chez l'adulte des deux sexes, les causes morales +de «maladie» sont multiples, et peuvent être rapportées +aux quatre grands chefs suivants, que nous +classons par ordre d'importance effective, sans +aucune prétention psychologique:</p> + +<p>1° Pertes matérielles, pertes de fortune, pertes au +jeu, etc., ambitions déçues.</p> + +<p>2° Influences qui compromettent, par une action +lente et continue, la quiétude de l'âme (passions +contrariées, chagrins d'amour).</p> + +<p>3° Inquiétudes d'origine altruiste (chagrins occasionnés +par l'éloignement ou la perte d'êtres +aimés).</p> + +<p>4° Choc moral et choc traumatique.</p> + +<p>1° <i>Pertes matérielles</i>.—Les pertes de fortune, +les changements de situation, sont des facteurs +moins importants qu'on ne se le figure d'ordinaire, +relativement à l'éclosion de la «maladie». Une fois +le premier choc reçu, les victimes s'adaptent assez +vite aux nouvelles conditions d'existence qui leur +sont faites, si elles n'ont pas, par ailleurs, à s'alarmer +pour leurs enfants, et si elles sont préalablement +bien portantes. On pourrait paraphraser la +pensée d'Horace, en disant: <i>Sanum et tenacem +impavidum feriunt ruinae</i>. C'est ainsi qu'on a pu +définir l'homme: «Un être qui s'habitue à tout»; +et c'est peut-être la meilleure définition qu'on en +ait donnée.</p> + +<p>Mais il n'en est pas moins vrai que, dans certains +cas, les perturbations dans la situation sociale, +les pertes d'argent, provoquent des assauts considérables,—que +le médecin doit savoir deviner,— +capables de produire la «maladie», et surtout de +l'aggraver quand elle existe déjà à un degré quelconque. +Voyez ce diabétique qui, d'un jour à +l'autre, rend une quantité triple de sucre, et cherchez +bien: c'est souvent parce qu'il a eu, la veille, +une perte d'argent.</p> + +<p>Les pertes au jeu sont encore plus pathogènes +qu'une perte survenue accidentellement ou par +imprudence; c'est que le jeu, en lui-même, a une +influence morbide considérable. Le joueur, en +effet, vit dans un milieu anti-hygiénique; il joue, +le plus souvent, la nuit, et se prive de sommeil; +en outre, son surmenage émotionnel est doublé de +surmenage cérébral; bref, la funeste habitude du +jeu mérite une place d'honneur parmi les causes +morales pathogènes.</p> + +<p>Les ambitions déçues ont beaucoup d'analogie +avec les pertes au jeu. Ici l'enjeu, au lieu d'être +une somme d'argent, est un grade, une décoration, +un hochet quelconque, auquel l'intéressé attribue +quelquefois une importance qui nous fait sourire, +mais qui, cependant, lui tient grandement au coeur: +car tout est relatif dans la vie, et l'ambition déçue +après de longs efforts, après des tentatives souvent +répétées, se traduit par l'apparition de la «maladie». +Qui ne connaît, dans son entourage, un officier +navré d'avoir à prendre sa retraite sans avoir +obtenu le grade ou la distinction rêvés, et qui fait +le malheur d'une famille, et son propre malheur, +au point d'en perdre la santé, ou quelquefois la +vie? «Vanité des vanités», disait le sage; mais +c'est de cette nourriture que vivent les hommes.</p> + +<p>2° <i>Influences qui compromettent la quiétude de +l'âme</i>—Les unes agissent par leur continuité: ce +sont les coups d'épingles incessants dans un ménage +où il y a incompatibilité d'humeur, les petites querelles +de famille quotidiennes, l'impossibilité de +fuir un milieu où l'on ne se sent pas à l'aise. C'est +le fait d'être souvent en butte aux taquineries ou +aux caprices d'un chef avec lequel on ne s'entend +pas, d'avoir à subir l'autorité malveillante d'un +parent, d'une mère. La victime se trouve tiraillée +à tout instant, retenue, d'un côté, par la notion +plus ou moins forte du devoir, et, d'un autre, +poussée à la révolte par les vexations, réelles ou +imaginaires, qu'elle subit. Ce supplice incessant +finit par «énerver»,—c'est le mot qu'on emploie +journellement,—autrement dit, finit par amener +la «maladie», à un degré variable: et l'une de ses +formes les plus connues s'appelle le délire de la +persécution, quand le trouble mental domine la scène +morbide. Mais, si l'on étudie de près un «persécuté», +on verra bien vite qu'il n'est pas malade +que de la tête; il digère mal, il est constipé, il +maigrit, il a souvent des battements de coeur, de la +dyspnée, la peau sèche, etc., etc.; toutes ses fonctions +sont en délire. Tout est fou chez l'aliéné, +parce que l'aliéné n'est pas autre chose qu'un «grand +malade».</p> + +<p>D'autres fois, c'est une passion vive, intense, +qui compromet l'équilibre de la santé. La passion +amoureuse mérite, à ce titre, d'être signalée au +premier rang; nous en avons dit un mot déjà, à +propos de la jeune fille: mais ici nous l'étudions +dans sa forme ardente, fougueuse, la forme +qu'elle revêt chez l'être adulte. Alors elle met le +système nerveux dans un état d'éréthisme, d'hyperesthésie, +qui peut se traduire par la production +de chefs-d'oeuvre, comme le second acte de +<i>Tristan et Yseult</i>, ou comme la <i>Nuit d'Octobre</i>, +mais qui amène souvent, chez celui qui en est +victime, une perturbation générale de la santé, +quand un obstacle d'ordre moral ou matériel +empêche cette passion de se satisfaire. La victime +perd alors le sommeil, s'agite dans le vide, +est dans un état d'inquiétude mentale qui compromet +les fonctions digestives; l'estomac entre en +scène, le cercle vicieux s'établit; la «maladie» est +constituée. Elle durera tant que durera sa cause, +ou qu'une savante hygiène morale n'aura pas porté +le remède efficace. Bien souvent, d'ailleurs, le +temps seul est le remède; et il faut savoir attendre, +sans imposer au malade une médication perturbatrice, +qui aggraverait son état.</p> + +<p>Lorsque la victime est obligée de garder pour +elle son secret, sans pouvoir le communiquer à un +confident, sa situation est encore plus lamentable. +Souffrir en silence, c'est deux fois souffrir; de là +l'importance que prend le médecin, lorsqu'il parvient à inspirer confiance à son malade et à provoquer +chez lui des confidences, qui le soulagent +plus que ne le feraient l'hydrothérapie ou l'électricité.</p> + +<p>Combien de femmes sont malheureuses en +ménage sans que personne s'en doute! Elles dissimulent +avec un soin jaloux à leur famille, à leurs +amis les plus intimes, les tortures quotidiennes. Et +combien leur misère n'est-elle pas atténuée quand +elles peuvent confier leur chagrin à un homme de +bon conseil?</p> + +<p>3° <i>Inquiétudes d'origine altruiste</i>.—Les inquiétudes +relatives à la santé d'un être cher sont souvent +aussi une cause de neurasthénie, et il n'est +pas rare de voir les divers membres d'une famille +devenir, tour à tour, malades, par le fait des +préoccupations et des fatigues qu'a causées l'atteinte +d'un premier membre. Une mère qui, +comme je l'ai vu, passe vingt jours et vingt +nuits sans quitter le chevet de son enfant atteint +de fièvre typhoïde, sera une malade lorsque l'enfant +sera guéri. Elle pourra peut-être devenir, à +son tour, une typhoïdique; mais, même si elle ne +prend pas la fièvre typhoïde, sa santé sera ébranlée +pour longtemps. De même encore le fait d'avoir +un enfant infirme, qu'on voit du matin au soir, +empoisonne assez l'existence pour entraîner, quelquefois, +la «maladie».</p> + +<p>Dans une famille bien unie, la névrose de l'un +des membres ébranle tellement le système nerveux +des autres, que la nécessité de la séparation s'impose. +La contagion de la névrose n'est cependant +pas une «contagion» au sens propre du mot; +mais, en pratique, on est souvent appelé à traiter +le malade comme s'il était contagieux, dans son +propre intérêt et dans celui de son entourage.</p> + +<p>Le départ des êtres qui nous sont chers est un +autre facteur important de «maladie»:—même la +séparation momentanée, (femmes de marins ou de +militaires partant en campagne),—sans compter +que le chagrin de la séparation se double, en ce cas, +d'inquiétude pour les dangers que va courir l'être +aimé. On voit alors la «maladie» survenir au +bout de quelque temps, revêtir une forme quelconque, +avec des manifestations variant à l'infini +(insomnie, gastralgie, phobies, etc.), tous symptômes +traduisant le malaise du système nerveux +central, qui ne s'atténuera que quand la cause disparaîtra. +Et même, une fois la cause disparue, il +pourra persister encore des mois et des années, +parce que l'habitude morbide est prise, parce que +le système nerveux a reçu le choc. La cellule continuera +à vibrer de travers, comme la surface d'un +lac continue à être agitée bien longtemps après la +chute de la pierre qui a troublé son repos.</p> + +<p>Quand la séparation est définitive, le mal est plus +profond encore, et l'expression de «vie brisée» est +absolument juste. La perte d'un être cher atteint la +vie dans ses sources profondes, amoindrit, d'un +seul coup, le capital biologique. Le malade traînera +une existence plus ou moins lamentable, et plus ou +moins prolongée; mais les moyens thérapeutiques +les plus actifs ne le guériront pas. Seule une saine +philosophie atténuera ses maux, et le médecin a +surtout à lui offrir une bonne psychothérapie. Le +temps, aussi, devient un remède avec lequel il faut +compter; le rôle principal du médecin, dans les cas +de ce genre, doit être d'empêcher l'organisme de +s'effondrer, pour permettre au temps d'accomplir +son oeuvre réparatrice.</p> + +<p>4° <i>Choc moral et choc traumatique</i>.—Une +émotion violente, quelle qu'en soit la cause, peut +également amener la «maladie» sous une forme quelconque, +et parfois lui faire revêtir immédiatement, +sans transition, les formes les plus graves. Je +connais un officier très distingué, et bien portant +jusqu'alors, qui, étant à l'École de guerre, fit une +chute de cheval sur la tête. Après deux jours de +perte presque complète de connaissance, il recouvra +successivement la parole, la mémoire, le mouvement, +les forces; mais il était devenu un malade. +Depuis douze ans, il traîne une existence pitoyable. +Ce ne sont pas seulement les fonctions cérébrales +qui sont atteintes, chez lui; elles sont même relativement +respectées, il n'a que des vertiges, des +bourdonnements de l'oreille gauche, des picotements +dans les yeux, de la difficulté à lire et à +causer. Au demeurant, son intelligence est restée +intacte: mais toutes ses autres fonctions ont été +perturbées. Il a des névralgies erratiques,—plusieurs +médecins ont cru que c'était un candidat +à l'ataxie locomotrice,—et surtout il a les +troubles digestifs les plus variés (gastralgie, pesanteurs, +gaz, ainsi que de l'entérite membraneuse +avec alternative de constipation opiniâtre et d'une +diarrhée qu'il est difficile d'arrêter). Les forces +sont tellement réduites qu'il peut à peine faire +deux ou trois kilomètres, bien qu'il ait conservé +les muscles d'un homme vigoureux. Chez ce type +de malade, atteint de ce qu'on appelle la «neurasthénie +hystéro-traumatique», ce sont les troubles +digestifs qui sont au premier plan, bien que +le choc ait porté sur la tête.</p> + +<p>De même une frayeur, sans qu'il y ait eu de +<i>trauma</i> véritable de la boîte crânienne, suffit pour +amener le choc déterminant la «maladie». J'ai vu à +la Salpêtrière, autrefois, une malade qui, dès le +début du siège de Paris, devint folle pour avoir vu +éclater un obus à ses pieds. On comprend donc +qu'une série d'émotions et de frayeurs arrive au +même résultat. De là l'énorme proportion d'aliénés +observée après le siège de Paris; de là, la multiplicité +des cas de psychonévrose, d'aliénation mentale, +signalés dans l'armée russe pendant le cours +de la guerre russo-japonaise. Jamais, depuis que +les hommes s'entre-tuent, le système nerveux des +belligérants n'avait été soumis à d'aussi dures +épreuves. Tous les facteurs morbides s'accumulaient, +chez les Russes, pour produire le désarroi +du système nerveux. Éloignement de la patrie, +voyage prolongé en chemin de fer, alimentation +insuffisante, manque de confiance dans les chefs, +menace incessante de surprise, surmenage physique +s'ajoutant au surmenage émotionnel; c'est +plus qu'il n'en faut pour rendre malade le malheureux +soldat ou officier russe, pour peu qu'il soit prédisposé +par l'alcoolisme ou par l'hérédité nerveuse. +Mais que faire contre un semblable état de +choses? L'homme sensé ne peut que déplorer l'inanité +des efforts de tous les pacifistes.</p> + +<p>Ces «maladies», consécutives au fléau qu'on appelle +la guerre, ne sont pas assez connues du monde +extra-scientifique. On se figure volontiers que, +quand la guerre a pris fin, tout est fini. Il n'en est +rien; c'est pendant quinze et vingt ans que les +néfastes effets d'une guerre se font sentir. Pendant +vingt ans, nous avons eu à soigner des officiers qui +avaient pris le germe de leurs «maladies» pendant la +campagne de 1870, et surtout pendant la captivité.</p> + +<p>Dans un cadre plus restreint, nous voyons tous +les jours l'influence du choc chirurgical sur la +genèse de la névrose. On commence à connaître +les psycho-névroses consécutives aux grandes opérations: +mais c'est un point sur lequel il convient +d'attirer l'attention, pour modérer le zèle chirurgical +des opérateurs. Ils doivent savoir que, quand +l'opération est finie et bien finie, tout n'est pas terminé, +et que le patient, sorti guéri de leurs mains, +est quelquefois «un malade» qui restera tel pendant +plusieurs années. Le choc traumatique produit +par l'intervention chirurgicale suffit pour expliquer +ces accidents tardifs.</p> + +<p>J'ai, pendant longtemps, donné des soins à une +dame qui, d'une très belle santé jusqu'à trente-huit +ans, est devenue grande nerveuse, avec anorexie, +amaigrissement, etc., immédiatement après une +opération de tumeur bénigne du sein. Depuis lors, +elle est sans cesse préoccupée de la récidive possible +d'une tumeur du sein, et sa vie est empoisonnée +par des malaises de tout genre qu'elle +n'avait pas avant l'opération.</p> + +<p>Il faut aussi savoir qu'une intervention chirurgicale, +même de moindre importance encore, d'importance +ultra-minime, peut mettre le système nerveux +dans un état d'ébranlement durable: c'est +quand elle occasionne une violente douleur. La +douleur provoque une fuite nerveuse énorme. +Ainsi je connais une jeune fille, de bonne santé +antérieure, qui est devenue neurasthénique immédiatement +après des opérations sur les dents.</p> + +<p>Inutile de dire que, quand les interventions chirurgicales +sont pratiquées sur des personnes dont +le système nerveux est déjà ébranlé plus ou moins, +elles deviennent une cause d'aggravation notable. +La seule crainte de l'opération possible suffit pour +provoquer une aggravation de la névrose. Est-il +un médecin qui n'ait pas vu accourir chez lui, +forçant sa porte, une cliente, affolée parce qu'elle a +constaté sur elle, ou cru constater, une tumeur du +sein? Et c'est bien autre chose encore quand le +diagnostic est douteux, quand la malade va de +chirurgien en chirurgien pour obtenir un avis +ferme; jusqu'à ce qu'elle soit fixée sur son sort, elle +est dans un état d'anxiété que ne connaissent peut-être +pas assez les chirurgiens, et qui devrait leur +dicter leur conduite non pas seulement au point de +vue opératoire, mais au point de vue psychique.</p> + +<p>Personne plus que moi n'admire les chirurgiens. +Leur sang-froid, leur maîtrise d'eux-mêmes, leur +habileté manuelle m'étonnent; les merveilleux +résultats qu'ils obtiennent le plus souvent me font +les considérer, au total, comme de vrais bienfaiteurs +de l'humanité. Aussi ai-je l'espoir qu'ils ne +m'en voudront pas si je me permets de faire remarquer +que, à côté de beaucoup de bien, ils font un +peu de mal, et un mal qu'ils pourraient ne pas +faire s'ils connaissaient mieux les répercussions +qu'ont, sur le système nerveux, leur intervention, +et aussi les soins qu'ils donnent à leur malade après +l'opération. Je voudrais ne les voir intervenir qu'en +cas d'absolue nécessité, se défendre énergiquement +contre les opérations qu'on pourrait appeler de +complaisance:—comme celle qui a été pratiquée, +contre mon avis, sur une malade qui se croyait +atteinte d'appendicite chronique, et qui n'était que +grande nerveuse. Cette malade avait déjà appelé, +malgré moi, quatre chirurgiens qui n'avaient pas +voulu opérer; un cinquième se décida à le faire, +sans avoir de conviction absolue, au sujet de +l'existence d'une appendicite, mais avec la persuasion +que la malade, débarrassée de son obsession +en même temps que de son appendice, recouvrerait +la santé. Or il n'en fut rien: l'appendice +était sain, et la malade, légèrement améliorée +pendant un mois, par le fait du repos au lit, du +régime sévère, de l'espoir qu'elle avait, et que je +fus le premier à entretenir, vit bientôt son état +devenir pire qu'avant l'intervention.</p> + +<p>Je demanderai aussi à nos confrères les chirurgiens +de tenir le moins possible les malades en +suspens pour savoir si l'on opérera, et quel sera +le jour de l'opération. Cette attente, cette perplexité, +sont angoissantes au premier chef pour les +personnes déjà nerveuses. Et je leur demanderai, +enfin, de ne pas, si possible, faire oeuvre médicale +après l'opération... Je sais bien que, dans certains +cas, le chirurgien doit suralimenter et même médicamenter +son opéré, au risque de lui fatiguer l'estomac, +et de compromettre les résultats qu'une +savante hygiène alimentaire avait difficilement +obtenus, pendant les mois ou les années qui ont +précédé l'intervention. Là, il y a force majeure; et, +dans un cas semblable, M. Campenon me disait qu'il +savait bien faire de la mauvaise besogne, mais il +se comparait aux pompiers que n'arrête pas la +considération de dégâts limités, quand il s'agit de +sauver un immeuble. Mais, le plus souvent, l'opéré +guérirait sans intervention médicale et sans champagne, +sans suralimentation, sans médicaments, +sans morphine, sans purgatifs, sans lavements, et, +au sortir de la maison d'opérations, son système +nerveux serait moins ébranlé qu'il ne l'est. Il serait +plus vite remis du choc traumatique inévitable, +qui, à lui seul, est un important facteur de dépréciation +de la valeur biologique.</p> + +<p>Pourquoi, par exemple, ce besoin de donner de +la morphine aux malades, et à des doses effrayantes? +Je sais bien qu'en général ces doses invraisemblables,—de +1 à 2 centigrammes répétés deux fois +par jour,—sont tolérées, pendant les premiers jours +qui suivent l'opération, parce que l'opéré a une +telle sidération du système nerveux qu'il ne réagit +pas au poison<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>. Mais combien, aussi, ont des vomissements +et des symptômes d'intoxication grave? +Et plus fâcheux encore est le résultat quand le +malade se met à aimer l'odieux poison, et devient +morphinomane,—ce qui arrive quelquefois. De +grâce, réservez donc la morphine pour les cas +exceptionnels de souffrance, et n'en confiez pas +l'administration à une garde, si bien intentionnée +et si intelligente que vous la supposiez; vos malades +n'en seront que plus vite guéris!</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> (retour) </a> J'ai traité plus longuement ce sujet dans le <i>Bulletin de la +Société Thérapeutique</i>, novembre 1905.</blockquote> + +<p>Ou bien encore cette habitude de purger les +malades, deux ou trois jours après l'opération, de +leur donner des lavements, alors qu'ils auraient +tant besoin de repos! La constipation n'est-elle +donc pas un symptôme, une manifestation, presque +inévitable, de l'ébranlement du système nerveux +provoqué par le choc opératoire? Laissez le système +nerveux reprendre son équilibre, et la constipation +disparaîtra d'elle-même, quand l'opéré, +sollicité par son appétit spontanément renaissant, +recommencera à manger.</p> + +<p>Et ne croyez pas que ce soit là de la théorie, +une simple vue de l'esprit d'un rêveur qui n'a pas +vu d'opérés! La démonstration a été faite pour +moi, d'une façon décisive, comme dans une expérience +de laboratoire. Quand j'étais au Val-de-Grâce, +le professeur Delorme a bien voulu m'associer +aux longues recherches qu'il a faites pour +provoquer la constipation chez ses opérés. Or, de +tâtonnements en tâtonnements, il en était arrivé à +constiper tous les hommes ayant à subir des opérations +dans les régions abdominales, inguinales et +crurales; il évitait ainsi la souillure, et, par conséquent, +le renouvellement des pansements. Et ce +n'était pas une constipation de deux ou trois jours +qu'il provoquait, mais bien de douze ou quinze +jours. Chez un malade de mon service, opéré par +lui pour une cure radicale d'hémorroïdes, la constipation +a été entretenue pendant dix-huit jours. +J'ai demandé récemment à M. Delorme s'il était +toujours fidèle à cette pratique; il m'a répondu +affirmativement, et il a bien voulu dresser pour moi +une statistique de laquelle il résulte que, depuis le +jour où il m'avait convié à assister à ses premiers +essais, en 1889, il avait opéré, après constipation +provoquée, tant au Val-de-Grâce qu'à l'hôpital de +Vincennes, 1600 cures radicales de hernies, +50 cures radicales d'hémorroïdes, 500 varicocèles, +30 castrations, 500 opérations variées de la sphère +inguino-génito-périnéo-fessière, enfin qu'il avait +constipé méthodiquement 15 hommes atteints de +fractures de la cuisse, pour que leurs appareils +contentifs ne fussent pas souillés.</p> + +<p>C'est une partie de ces faits que M. Delorme a +brillamment exposés à la Société de Chirurgie, +en 1892. Il y a présenté une série de 160 courbes +thermiques, démontrant que la température n'a +pas monté au-dessus de la normale, pendant toute +la durée de la constipation, et que, même, elle a souvent +été abaissée un peu au-dessous de la normale +(90 fois sur ces 160 observations). Dans quatre +cas seulement, elle a dépassé la normale, mais +c'était par le fait de «maladies» accidentelles: intoxication +iodoformée, rhumatisme aigu, congestion +pulmonaire (deux fois). Chez 110 opérés de cures +radicales, il y eut parfois des coliques, mais sans +la moindre importance. Elles disparaissaient après +l'émission spontanée de gaz. La langue, saburrale +les premiers jours, reprenait bientôt l'aspect normal; +l'appétit était conservé chez la majeure +partie des constipés. Dès le troisième jour, on leur +donnait à manger des potages, des oeufs, de la +viande blanche, du vin, en évitant que les aliments +capables de donner des déchets. Le sommeil +restait bon, le caractère ne laissait voir aucune +modification, la soif n'était pas excessive, et les +analyses d'urines, faites par le professeur Burcker, +ont démontré que l'économie ne subissait, du fait +de la constipation provoquée, aucune influence +néfaste. La première selle était, parfois, facile et +spontanée; d'autres fois elle était pénible; c'est +ainsi qu'un malade ne put aller à la garde-robe que +le vingt-deuxième jour. En vain avait-on essayé sur +lui les purgatifs, les lavements, depuis quatre jours; +ce n'est que quand on le fit marcher qu'il parvint +à aller à la selle. Les selles suivantes étaient habituellement +aisées, et les fonctions de l'intestin reprenaient +leur régularité. «Ma communication, ajoutait +M. Delorme, pourrait avoir plus qu'un intérêt +clinique, étant donnée les théories qui ont cours sur +l'importance et la fréquence des intoxications intestinales. +Mais je désire rester exclusivement sur le +terrain de la pratique, et je conclurai en disant +que, chez les hommes adultes et sains surpris par +un traumatisme chirurgical qui doit guérir par +première intention, la constipation, provoquée pendant +huit à quinze jours, n'a pas les inconvénients +qu'on lui attribue généralement.»</p> + +<p>Je ne dirai pas par quels procédés M. Delorme +est arrivé à obtenir ces constipations prolongées, +si peu nuisibles aux opérés: car ce serait sortir de +mon sujet; mais ce qui résulte de cette trop longue +digression, c'est que la constipation de quelques +jours, survenant d'elle-même et presque fatalement +chez les opérés, quels qu'ils soient, ne doit pas +préoccuper les chirurgiens, ni les entraîner à +imposer à leurs opérés des purgations qui, fatiguant +leur système nerveux abdominal, ont forcément un +retentissement sur leur système nerveux central, et +contribuent à en faire des malades, alors qu'au +début ils n'étaient que des blessés, ou bien à +aggraver leur «maladie», quand ils étaient déjà des +malades avant l'opération.</p> + +<p>Je n'ignore pas que, d'autre part, les accoucheurs +affirment que la constipation est l'ennemi des +femmes qui viennent d'accoucher. Je n'ose pas +m'inscrire en faux contre cette opinion générale: +mais peut-être serait-elle, comme tant d'autres affirmations, +passible d'un procès en révision.</p> + +<p>III.—CAUSES ACCIDENTELLES</p> + + +<p>Nous venons d'énumérer les principales causes +d'ordre psychique qui amènent la déchéance, totale +ou progressive, du capital vital de l'homme ou de +la femme adultes. Ce sont elles qui, combinées +ou non aux autres influences néfastes (surmenage +cérébral, surmenage musculaire, alimentation défectueuse, +etc.), provoquent le plus souvent la «maladie».</p> + +<p>Mais, d'autres fois, comme chez l'enfant du premier +âge, comme chez l'adolescent, la «maladie», +chez l'adulte, est provoquée par une affection aiguë +qui le frappe en pleine santé: telle la fièvre +typhoïde, qui, véritable intoxication, surprend +l'adulte dans le cours d'un état d'équilibre irréprochable, +et qui, chose curieuse, paraît être d'autant +plus grave que le sujet était plus robuste.</p> + +<p>La fièvre typhoïde, dis-je, peut parfois provoquer +la «maladie». Ainsi, je connais un homme +de quarante-huit ans, qui a vu sa santé irrémédiablement +ébranlée à la suite d'une fièvre typhoïde +survenue à l'âge de vingt ans. Mais le cas est +rare; souvent, au contraire, on observe qu'une +fièvre typhoïde, survenant chez un individu +malingre, lui donne une santé, pour la suite, qu'il +ne se connaissait pas jusqu'alors. Est-ce parce +que, jusqu'alors, il surmenait son estomac, et que +la diète imposée par la fièvre typhoïde a remis +l'organe en état? Est-ce parce que, jusqu'alors, il +se soumettait à un exercice trop vigoureux pour +ses forces, et que la fièvre typhoïde, en lui imposant +le repos, a rectifié ses erreurs d'hygiène musculaire? +Est-ce enfin parce que la fièvre, en brûlant +ce que les anciens appelaient ses «humeurs +peccantes», l'a débarrassé de ses produits d'auto-intoxication +antérieurs à l'affection aiguë? A vrai +dire, nous ne pouvons rien affirmer, nous ne +pouvons que constater le fait. Trop heureux serait +celui qui pourrait connaître les causes de tous les +phénomènes de la vie!</p> + +<p>Quant aux autres affections accidentelles: rhumatismes, +pneumonies, etc., dans quelle mesure +créent-elles, de toutes pièces, la «maladie»? Nous +pensons qu'elles ne la créent jamais, et qu'elles +ne font que l'aggraver: car, toujours la «maladie» +préexistait. Pour contracter un rhumatisme, une +pneumonie, une angine, il faut déjà que le système +nerveux se trouve dans un état d'infériorité, soit +définitif, soit momentané. La première condition +pour ne pas prendre les «maladies», c'est de se bien +porter.</p> + +<p>Mais il n'en est pas moins certain que l'affection +accidentelle, en intervenant, imprime à la «maladie» +un essor plus ou moins vigoureux, suivant l'importance +de la cause pathogène accidentelle, et aussi +suivant la valeur préalable du sujet.</p> + +<p>De toutes les affections accidentelles, celle qui est +le plus remarquable, à cet égard, est la grippe. La +déchéance post grippale est très fréquente, et parfois +d'une longueur invraisemblable. On met des +années, souvent, à se remettre d'une mauvaise +grippe. Et cet ennemi est d'autant plus dangereux +que, loin de créer l'immunité, il a une tendance à +revenir à la charge; or, dans le cours de la +«maladie», chaque atteinte de grippe fait faire +un pas en arrière, et compromet les résultats péniblement +acquis. La grippe est l'ennemie personnelle +des sujets à capital défectueux, quelle que soit, bien +entendu, la forme symptomatique de leur «maladie».</p> + +<p>C'est aussi dans la période que nous étudions +que se manifeste dangereusement la syphilis contractée +à vingt ans, et insuffisamment soignée; elle +se traduit, maintenant, par de l'anévrisme de l'aorte, +des lésions du muscle cardiaque, de la néphrite dont +personne ne soupçonne la cause, des ictus cérébraux, +et toutes les manifestations de la syphilis tertiaire. +Elle crée de toutes pièces l'ataxie locomotrice et +la paralysie générale, ou du moins elle prédispose +singulièrement le terrain à l'apparition de ces +cruelles «maladies», d'évolution fatalement progressive. +On commence à connaître ses méfaits, dans le +monde des assurances, et à savoir que la syphilis +n'est pas un brevet de longue vie! D'un travail +statistique fait par le Dr Rungberg pour une Compagnie +d'assurances, il résulte que l'âge moyen de +la mort des syphilitiques assurés à cette Compagnie +a été de quarante-trois ans et quatre mois, et que, +au point de vue des causes de mort, la syphilis vient +immédiatement après la tuberculose.</p> + + + + +<p>IV.—INFLUENCES MORBIGÈNES SPÉCIALES A LA FEMME</p> + + +<p>Toutes les considérations que nous venons d'exposer +peuvent s'appliquer également à l'un et à +l'autre sexe: mais la femme a, en outre, le triste +privilège de pouvoir être frappée par des influences +morbigènes qui n'atteignent pas le sexe masculin, +et qui méritent d'être étudiées à part.</p> + +<p>La menstruation joue, dans la vie de la femme, +un rôle de premier ordre. Chez la femme très bien +portante, son influence est à peine perceptible, +mais chez la femme déjà malade son influence +est des plus nettes; chez l'aliénée, en particulier, +on observe d'une façon constante, quelques jours +avant les règles, une aggravation du délire; et, +chez l'aliénée qui semble guérie, on ne doit prononcer +le mot de guérison que quand deux périodes +menstruelles se sont passées sans accident. Nous +disons à dessein <i>deux</i> périodes: car si, chez les +grandes névrosées, les troubles menstruels sont +mensuels, chez les malades moins atteintes ils nous +ont semblé souvent ne survenir que tous les deux +mois<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> (retour) </a> Il y a de grandes nerveuses chez qui la menstruation s'accompagne +toujours d'une fièvre ardente, se prolongeant deux ou trois +jours, et bien capable d'égarer le diagnostic.</blockquote> + +<p>Chez la grande neurasthénique qui a encore ses +règles correctes, on peut affirmer que, douze jours +avant l'apparition des règles, les misères nerveuses, +abdominales, etc., s'accentuent considérablement, +au grand désespoir des familles qui, ayant espéré +la guérison, croient que tout est à refaire. Mais il +n'en est rien: bientôt tout rentre dans l'ordre, +quelquefois même pendant les règles, à partir du +deuxième jour, et, le plus souvent, immédiatement +après la cessation de l'écoulement. Les malades +entrent alors dans ce qu'elles appellent leur «bonne +semaine».</p> + +<p>Le médecin doit connaître ce détail, et avertir +les malades et leurs familles de la rechute, qui +est inévitable tant que la «maladie» bat son plein. +Quand les grandes malades n'ont plus leurs règles, +ce qui est fréquent, c'est d'un pronostic assez +important; et la réapparition des menstrues après +deux, trois, ou six ans, comme j'en ai vu plusieurs +cas, indique que la malade entre enfin dans la voie +de l'amélioration, alors même qu'elle continue à +souffrir.</p> + +<p>L'influence de la grossesse est non moins évidente. +Nous avons dit qu'elle était quelquefois +salutaire, parce que l'utérus développé remplaçait +la sangle abdominale défectueuse; mais, une fois +l'utérus revenu à son volume normal, la paroi +abdominale se trouve encore un peu plus flasque +qu'avant; et, quand les grossesses sont répétées, +la ptose abdominale devient un des principaux éléments +de la «maladie». C'est alors qu'une ceinture +bien faite, avec ou sans pelote à air suivant la forme +du ventre, peut rendre à la malade d'inappréciables +services.</p> + +<p>Mais, entendons-nous bien: la ptose n'est pas +tout, chez les ptosiques. Car enfin, pourquoi les +malades ont-elles de la ptose? C'est parce qu'elles +étaient déjà déséquilibrées antérieurement, c'est +parce que la sangle que forment les muscles du +ventre n'avait pas la tonicité normale. Si on avait +soigné la future ptosique en temps utile, alors +qu'elle n'avait encore que des troubles vagues du +système nerveux, de l'estomac, de l'intestin, elle +ne serait pas devenue ptosique, elle n'aurait pas eu +besoin de ceinture, elle aurait pu avoir des grossesses +multiples sans avoir de ptose. De sorte que +la ceinture, cet instrument si merveilleux, ne doit, +à notre avis, être considéré que comme un moyen +thérapeutique d'attente. Ce qu'il faut, c'est régénérer +la malade et lui permettre de se passer de ceinture.</p> + +<p>On y parvient, sauf quand la déchéance est trop +avancée, par une bonne hygiène générale, s'adaptant +aux indications fournies par chaque individu. +Chez les unes, la ptose guérira par l'exercice, chez +les autres par le repos, chez les unes par une saison +à Vichy, chez les autres par un régime restreint, +chez toutes par la reconstitution du système +nerveux, qui toujours laisse à désirer.</p> + +<p>La ceinture abdominale, pour en revenir à elle, +ne sera employée que le moins de temps possible. +Chez les femmes non surmenées musculairement, +on se trouvera bien de tonifier la sangle abdominale +naturelle, soit par les exercices de plancher de +la gymnastique suédoise, soit par la pratique du +chant, intelligemment comprise, telle que l'enseignent +les Italiens. Nul doute que, en utilisant la +pression abdominale pour la pulsion de l'air, on ne +fasse à la fois de la bonne thérapeutique abdominale +et de l'excellent travail au point de vue du +chant. Tous les chanteurs et même toutes les chanteuses +dignes de ce nom ont une force extraordinaire +des muscles droits antérieurs; en se contractant, +ils repoussent la main qui les comprime<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Note 10:</b><a href="#footnotetag10"> (retour) </a> Il serait intéressant d'inventer un dynamomètre spécial pour +mesurer la force de ces muscles chez tous les malades. Ce dynamomètre +donnerait des indications très intéressantes sur la valeur +biologique, car on peut dire que, tant vaut la pression abdominale, +tant vaut l'individu.</blockquote> + +<p>On voit combien nous sommes éloignés de l'opinion +qui attribue à la ptose abdominale toutes les +misères des dyspeptiques, des neurasthéniques, des +malades qui souffrent de l'intestin, etc. Une femme +a de la ptose et mille misères variées: une ceinture +fait disparaître presque toutes ces misères, +c'est donc, conclut-on que la ptose était l'unique +cause? Mais non; c'est toujours la théorie du +moindre effort appliquée au raisonnement humain. +La vérité est que la ptose est symptomatique, que +la ceinture ne guérit pas la malade, ne fait que la +soulager d'une partie de ses misères, et qu'il faut +déjà être malade pour devenir ptosique,—en +dehors, bien entendu, des cas où la contention abdominale +insuffisante serait due à une éventration.</p> + +<p>La ptose peut d'ailleurs n'être que passagère. Il +existe même des ptoses qu'on pourrait appeler +aiguës, si l'on nous permettait cette expression. +Nous voulons parler de celles qui surviennent brusquement, +dans le cours d'une bonne santé, à la +suite d'un coup de froid, d'une émotion violente, +d'une indigestion, d'un empoisonnement, d'une +purgation. D'un jour à l'autre, on voit le ventre +s'effondrer, se vider, perdre son élasticité, sa souplesse, +donner la sensation d'un amas pâteux, d'un +chiffon mouillé: et l'exploration ne permet plus +alors de noter ni le caecum, ni le côlon. On perçoit, +dans la fosse iliaque, un gargouillement dont +l'on enseigne à tort qu'il appartient en propre à la +fièvre typhoïde: on ne le rencontre dans la fièvre +typhoïde que parce qu'on l'y cherche.</p> + +<p>Cet effondrement abdominal s'observe en outre, +dans presque toutes les «maladies» aiguës. Il est toujours +l'indice d'une sidération du système nerveux +abdominal; et, comme le système nerveux abdominal +n'est pas sans avoir des relations intimes avec le +système nerveux central, l'effondrement en question +est toujours l'indice d'un état de «maladie» assez +grave. Mais il peut n'être que passager, durer +quinze jours, trois semaines; d'autres fois, il dure +deux à trois mois, dans certains états subaigus; +puis, peu à peu, on voit le ventre se ressaisir, +reprendre sa forme, son élasticité, renaître: c'est le +commencement de la guérison.</p> + +<p>En même temps que le ventre s'effondre et que +survient la ptose aiguë, la sonorité abdominale +subit des modifications extrêmement intéressantes. +Le son devient uniforme, tandis que, à l'état normal, +ou dès que le ventre se ressaisit, la percussion +donne des notes différentes dans les deux +fosses iliaques et sur la ligne médiane. Le plus souvent, +c'est l'octave qu'on observe entre le côté droit +et le gauche (octave supérieure au côté droit).<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Note 11:</b><a href="#footnotetag11"> (retour) </a> Cette exploration abdominale par la vue, le toucher, et la percussion, +donne les renseignements les plus précieux sur la valeur +digestive de chacun, et des indications très nettes sur le régime +alimentaire qu'il convient d'imposer: régime qui doit varier, +évidemment, d'un jour à l'autre, comme varient l'aspect du +ventre et les sensations que donnent la palpation et la percussion. +Ce sera la gloire du Dr Sigaud d'avoir su lire dans l'abdomen, +et d'avoir essayé d'apprendre cette lecture à ses contemporains. +Mais, il ne faut pas se le dissimuler, l'exploration abdominale +est chose très difficile; je la pratique depuis dix ans que j'ai la +bonne fortune d'être en relations scientifiques avec le Dr Sigaud, +et je vois mieux, de jour en jour, la difficulté de cette étude, en +même temps que j'en apprécie mieux toute l'importance.<br> + +<p>Laissons d'ailleurs la parole à MM. Sigaud et Vincent, qui +résument ainsi les données de l'exploration abdominale: «Nous +ne saurions trop affirmer que l'exploration méthodique de l'appareil +digestif est, pour le biologiste, une source de faits inépuisable. +Quelle variété de renseignements, quelle précision dans +l'observation, ne devons-nous pas attendre d'un procédé à la perfection +duquel nous voyons concourir les données fournies, +presque simultanément, par l'ouïe, la vue, le toucher? Ajouterons-nous +que, en raison de la nature spéciale cavitaire de son +tissu, le tube digestif se modifie dans sa forme, dans sa densité, +dans sa consistance, sous les influences les plus légères et les +plus fugitives? Alors que, chez un malade, nous ne trouvons +aucune modification du côté des appareils circulatoire, pulmonaire, +nerveux ou rénal, nous constatons toujours des signes +positifs du côté de la sphère gastro-intestinale. Les oscillations +vitales que les autres appareils organiques sont impuissants à +objectiver, le tube digestif les enregistre avec une fidélité remarquable +et une variété de nuances que l'on n'a point soupçonnée +jusqu'ici. Et toutes les modifications de forme et de volume, +d'élasticité et de résistance du tissu abdominal, toutes les variations +de sonorité des membranes digestives, ne sauraient être +considérées comme des faits de valeur médiocre inutilisable. Elles +portent en elles-mêmes un double enseignement: elles traduisent, +d'une part, les diverses modalités fonctionnelles du tube digestif, +d'autre part, en vertu d'une loi sur laquelle nous allons revenir, +l'orientation générale des réactions de l'organisme correspond à +ces modalités digestives.» (<i>Mémoire</i> lu à la Société de Médecine +de Gand, 4 avril 1905.)</p> + +<p>Les intéressantes études de MM. Sigaud et Vincent auraient +encore à être complétées par l'étude de l'auscultation abdominale; +c'est là un chapitre de séméiologie qui est tout entier à +faire, et que je ne puis qu'indiquer aux travailleurs de l'avenir. +Munis d'un bon stéthoscope, ils trouveront dans l'auscultation +abdominale des renseignements d'une valeur insoupçonnée jusqu'à +ce jour.</blockquote> + +<p>Pour en revenir aux ptosiques, une bonne sangle +leur rend un service momentané qui n'est pas à +dédaigner. Elle les soulage: mais ce qui les guérit, +quand il leur reste encore assez d'énergie vitale, +c'est un régime approprié, et du repos ou un exercice +gradué, suivant les cas. Le régime devra être celui +qui donne le moins à travailler à l'estomac et à +l'intestin sidérés; il devra donc être liquide ou +semi-liquide. Les prises alimentaires devront être +fréquentes,—très fréquentes, dans l'état aigu. +Quant au repos, il s'impose; les malades, d'ailleurs, +en éprouvent le besoin, et c'est dans ce cas qu'on +peut dire que le lit est le meilleur des agents thérapeutiques. +Quand le ventre commence à se ressaisir, +le régime devra être plus substantiel: +potages épais, purées légères prises toutes les +trois heures en moyenne. Puis, quand il a fait un +nouveau progrès, alimentation plus dense et moins +fréquente (six repas en vingt-quatre heures, dont un +dans le courant de la nuit: purées épaisses, macaroni, +riz, poisson, oeufs). Quand il est redevenu +presque normal, quatre repas par jour, assez copieux, +presque égaux, dont un avec viande non saignante. +Enfin, quand l'orage est passé, quand le ventre a +retrouvé sa souplesse, son élasticité et sa tension, +alors seulement il faut arriver aux trois repas: celui +du matin, qui doit être assez copieux (café noir, oeuf +ou viande froide); celui de midi, composé en général +de trois articles: 1° macaroni, ou purée, ou pommes +de terre en robe de chambre; 2° viande non saignante; +3° fromage, peu de pain, pas encore de vin, un +verre de liquide à la fin du repas; enfin le repas +du soir, plus léger, comprenant aussi trois articles: +1° potage épais; 2° oeufs ou poisson; 3° fruits cuits.</p> + +<p>Telles sont les grandes lignes de la diététique des +états aigus ou subaigus. En même temps, avons-nous +dit, le repos s'impose: dans l'état aigu un +repos absolu au lit; plus tard, deux heures de +lever sur une chaise longue, entre les repas. Il +faut faire longtemps manger les malades au lit; +puis, jusqu'à guérison complète, repos horizontal +après les repas; et toujours beaucoup de sommeil, +même diurne, le sommeil diurne étant le meilleur +agent provocateur du sommeil nocturne, à l'inverse +de ce que l'on croit ordinairement.</p> + +<p>On comprend combien, dans cet état d'équilibre +instable, une violente perturbation, produite soit +par une purgation, soit par un vomitif, soit par une +alimentation trop hâtive, peut être défavorable au +malade.</p> + +<h4>CHAPITRE IV</h4> + + +<h4>PSYCHOTHÉRAPIE</h4> + +<p>Nous avons, maintenant, suffisamment indiqué, +les causes diverses qui produisent la «maladie». Mais +cette étude même n'a fait encore que mieux nous +montrer le rôle prépondérant que joue, dans l'origine +comme dans l'évolution de la «maladie», l'ébranlement +du système nerveux. Et de là résulte +l'importance, également prépondérante, d'une médication +destinée à remonter le système nerveux: +médication dont un des éléments essentiels est cette +«psychothérapie» qui, depuis quelque temps, a +commencé à préoccuper vivement le monde médical, +sans qu'on soit encore parvenu à en fixer exactement +le domaine et l'application.</p> + +<p>A en croire un certain nombre de nos confrères, +français et surtout étrangers, le psychothérapie +serait simplement destinée à remplacer toute thérapeutique. +L'imagination, d'après ces savants, +jouerait dans la production et le développement +des «maladies» un rôle si énorme, qu'il suffirait de +découvrir, dans chaque cas, le moyen de persuader +aux malades qu'ils se portent bien, pour leur +rendre aussitôt la santé. La psychothérapie consisterait +donc à étudier, à ce point de vue, l'état +d'esprit de chaque malade, de façon à pouvoir suffisamment +s'emparer de sa confiance pour lui +ordonner de se croire guéri. Mais les plus récents +défenseurs de cette doctrine avouent eux-mêmes +que les moyens de persuasion sont, jusqu'ici, très +difficiles à trouver; et je dois dire, quant à moi, +qu'une conception aussi simpliste de la thérapeutique +me paraît, jusqu'à nouvel ordre, quelque +peu fantaisiste.</p> + +<p>Oui certes, la préoccupation de l'état d'esprit +des malades, et de ce qu'on pourrait appeler la +cure morale, doit tenir plus de place qu'elle n'en +tenait, hier encore, dans la médecine officielle. +Mais j'estime que la psychothérapie peut faire +mieux que d'imposer aux malades l'illusion,—toujours +bien brève et bien fragile,—de se bien +porter: elle peut devenir un des agents les plus +actifs et les plus précieux de la guérison.</p> + +<p>Étant donnée l'idée que nous nous faisons de +l'origine nerveuse de la «maladie», voici, à notre +avis, la meilleure définition de la psychothérapie: +«C'est l'ensemble des moyens d'ordre psychique +par lesquels on améliore ou on reconstitue le +capital nerveux.» Son action s'étend: 1° à toutes +les déviations mentales; 2° à un grand nombre de +troubles somatiques, tels que la constipation, l'insomnie, +l'anorexie, etc., l'incontinence d'urine, etc.</p> + +<p>Quant à ses moyens d'action, ils peuvent, pour la +facilité de l'étude, être divisés en deux grandes +catégories:</p> + +<p>1° Moyens par lesquels on diminue les dépenses;</p> + +<p>2° Moyens par lesquels on augmente les recettes.</p> + + + + +<p><b>I</b></p> + + +<p>MOYENS PAR LESQUELS ON DIMINUE LES DÉPENSES</p> + +<p>Il est une foule de malades qui gaspillent leur +influx nerveux sans le savoir; il faut leur apprendre +à l'économiser, leur démontrer combien est fatigante, +pour le système nerveux, l'hésitation perpétuelle, +leur enseigner l'utilité qu'il y a à savoir +prendre un parti dans les moindres circonstances +de la vie. Il vaut mieux prendre un parti médiocre +immédiat qu'un parti plus sage après hésitation. +Or, pour savoir vite prendre parti et s'épargner la +peine de remettre en discussion tous les motifs et +mobiles qui doivent déterminer l'acte à accomplir, +il y a un procédé très recommandable, qui consiste +simplement à adopter des principes, et à se dire: +«Dans telle circonstance, je ferai ceci, dans telle +autre je ferai cela»; et puis, une fois le principe +adopté, à y rester fidèle,—sans cependant en +devenir esclave. Car il ne faut pas que l'entêtement +remplace l'hésitation, que l'océan devienne terre +ferme. Un petit moyen pratique à recommander +aux hésitants, c'est de fixer, sur un agenda, tout +ce qu'ils doivent faire dans la journée et les jours +suivants, puis, une fois la chose écrite, d'exécuter +ponctuellement ce qui aura été arrêté. La volonté +parvient ainsi, peu à peu, à se discipliner, en même +temps qu'on s'évite des pertes considérables d'influx +nerveux.</p> + +<p>D'une façon générale, il faut inspirer aux malades +le respect du temps, leur faire comprendre que le +temps, c'est l'étoffe dont la vie est faite, et qu'il +n'est pas permis d'en gaspiller une parcelle: que +c'est par le respect du temps qu'on trouve le +moyen de faire une foule de choses utiles avec un +minimum de dépense. S'ils parviennent à comprendre +cette vérité, ils trouveront eux-mêmes, +peu à peu, un <i>modus vivendi</i>, qui, sans qu'ils s'en +doutent, leur fera faire des économies de dépense +nerveuse. Recommander aux malades de prendre +des habitudes <i>d'ordre</i>, de tout régler dans leur vie,—les +heures du lever, du coucher, des repas, etc.,—de donner à +chaque chose, à chaque préoccupation, +la place et l'importance qui lui conviennent, +est encore un moyen de leur épargner les dépenses +nerveuses inutiles, et de faire de l'excellente psychothérapie.</p> + +<p>Appliquons ces idées générales à un cas particulier. +Voici une jeune fille atteinte de ce qu'on +appelle la «folie du doute»; dès son lever, elle ne +saura quelle robe mettre, elle en essaiera trois ou +quatre, et finira par reprendre la première; elle +passera deux heures à faire sa toilette, ne sachant +si elle doit commencer par se coiffer ou par se laver +les mains; et toute sa journée se passera ainsi +dans un état vague d'anxiété. Le soir, la situation +est plus pénible encore: la malade ne parvient pas +à se coucher, elle met deux heures pour se déshabiller, +s'interrompant à tout instant pour confier à +un petit cahier une foule d'idées qui ont torturé son +cerveau et qui n'ont pas pu prendre corps. On +dirait qu'elle cherche à les fixer en les écrivant. +J'ai chez moi plusieurs collections de petits registres +qui sont tous inspirés par ce même esprit. Or, +cette agitation stérile, continue, occasionne une +dépense cérébrale énorme. Si l'on veut bien étudier +une malade de ce genre, on verra qu'elle n'est +pas malade que de la tête, mais que tout est malade +chez elle. Elle digère mal, elle est amaigrie, elle a +des urines rares et chargées alternant avec des +urines claires et abondantes. Elle est mal réglée, etc.</p> + +<p>Il lui faut donc, avant tout, un traitement général; +dont nous indiquerons plus tard les grandes lignes, +mais il lui faut aussi un traitement psychothérapique.—Et +lequel? La première chose est de lui +dire combien cette manière de faire est ridicule: +cela, on n'aura pas de peine à le lui faire admettre, +elle le sait très bien; le preuve, c'est qu'elle cache +son infirmité avec le plus grand soin à tout son +entourage. Puis il faut lui expliquer comment cette +dépense nerveuse, si stérile, la fatigue, et entretient +ou cause sa «maladie» physique. Enfin, d'accord +avec elle, il faut lui tracer un plan de vie tel qu'au +lieu de gaspiller ses forces elle les concentre, pour +les diriger dans un sens déterminé. A l'une, on +fera apprendre une langue étrangère, à l'autre on +proposera une autre occupation, non moins précise. +Le médecin s'inspirera d'une foule de considérations +d'ordre secondaire; l'essentiel est qu'il +atteigne son but, qui est de discipliner la volonté +et d'éviter à la malade les pertes nerveuses, par +une bonne orientation de son activité. Nous avons +pris là, à dessein, un cas des plus difficiles à guérir: +et cependant nous affirmons que la guérison y est +possible, quand, à la psychothérapie, on joint un +traitement somatique convenable et suffisamment +prolongé.</p> + +<p>Dans la manie aiguë, ou certaines phases de la +paralysie générale, dans tous les cas de délire aigu +occasionnés par les «maladies» infectieuses, l'influx +nerveux subit des dépenses colossales; les fuites se +font de toutes parts. La pensée est si rapide, chez +le maniaque, que l'aliéniste expérimenté ne parvient +pas à la suivre. Les associations d'idées se +font avec une telle rapidité que le malade n'a pas +le temps de les exprimer, et, quelle que soit sa +volubilité, sa langue n'a pas un débit égal à celui +de son cerveau. La psychothérapie peut-elle être +utile à des malades de ce genre? Oui, mais, à vrai +dire, son rôle est alors négatif; il faut savoir ce qu'il +ne faut pas faire; il faut ne pas s'acharner à discuter +avec le malade, à rectifier ses appréciations; il faut, +en un mot, laisser passer l'orage, et se borner +à éviter au malade toute cause d'excitation prochaine +ou éloignée. Il faut se rappeler, surtout, +qu'une fois l'orage passé, on aura longtemps encore +à user d'extrêmes précautions, et à ménager le +cerveau fragile.</p> + +<p>Lorsque la fuite nerveuse, au lieu d'être disséminée, +est limitée à un point fixe, la psychothérapie +intervient d'une façon plus active. Voici un +homme en proie à une obsession: une idée a +envahi son cerveau, il y pense nuit et jour, en perd +le boire et le manger. Toutes ses pensées ont pour +pivot l'idée maîtresse, il en parle à tous ceux +qu'il estime pouvoir le comprendre, il demande +conseil, s'agite en vain, et, ne trouvant pas de +solution, il s'épuise. Faut-il, dans ce cas, essayer +de boucher la fuite, dire au malade qu'il ne doit +pas penser à ce qui le préoccupe? Mais c'est lui +demander l'impossible, et le torturer inutilement. Il +faut, au moins une fois, lui laisser exposer, avec +les plus amples détails, les causes de sa souffrance +morale; mais, ceci fait, pour acquérir sa confiance, +il ne faut presque plus lui permettre d'en parler, +et, en échange, il faut lui trouver des dérivatifs. +De même que, dans une hémorragie pulmonaire, +le médecin bien avisé fait une saignée générale, +qui arrête l'hémorragie, de même le psychothérapeute +ne doit, pour ainsi dire, pas lutter contre +l'idée obsédante, mais faire naître des courants +d'idées dérivatifs; en d'autres termes, remplacer une +idée morbide par une série d'idées saines. C'est la +psychothérapie <i>dérivative</i>.</p> + +<p>Un autre moyen d'économiser les fuites nerveuses, +moyen à employer dans les cas exceptionnels, +c'est de conseiller au malade l'acceptation +du fait acquis, en d'autres termes la résignation; +c'est la psychothérapie <i>sédative</i>. Que le +malade accepte le fait accompli, qu'il cesse de se +cabrer contre les circonstances qui ont produit ou +qui entretiennent la «maladie», de se nourrir de son +chagrin, de se remémorer les causes morales qui +l'ont amené; et il s'évitera une fatigue nerveuse +énorme. Cette passivité produira sur lui l'effet sédatif +d'une sorte de sommeil de la cellule nerveuse.</p> + +<p>Quand la résignation, au lieu d'être pour ainsi +dire passive, est un acte volontaire en vertu duquel +le patient accepte, en toute liberté, sans restrictions, +sans protestations, ses misères, pour les offrir dans +une intention quelconque, elle devient tout le contraire +de la passivité, et déjà elle rentre dans la +deuxième catégorie des moyens psychothérapiques. +L'étude de cette résignation active va donc nous +servir de transition toute naturelle.</p> + +<p>La résignation ainsi comprise est un acte. Répéter +plusieurs fois par jour qu'on se résigne, c'est faire, +plusieurs fois par jour, acte de volonté; et encourager +le malade à accomplir cet acte de volonté, +c'est faire de l'excellente psychothérapie <i>reconstituante</i>. +Malheureusement, cette résignation active +est à la portée de peu d'initiés. Elle suppose toute +une doctrine philosophique: la doctrine de la solidarité +humaine, de la réversibilité des mérites et +des souffrances, en un mot la doctrine du renoncement; +et peu de malades la connaissent. Aussi +est-ce à titre exceptionnel que les ressources de la +résignation active peuvent être employées.</p> + +<p>Mais, dira-t-on, quel peut être le rôle du médecin +en face d'un malade qui va jusqu'à voir dans la +souffrance un bienfait? On croirait, <i>a priori</i>, que le +médecin n'a qu'à disparaître; en fait, il n'en est +rien. Le médecin doit rester à son poste; et tout en +encourageant le malade dans cette voie, en fortifiant +sa volonté, il doit l'exhorter à ne pas négliger les +moyens thérapeutiques que réclame son état. Car +enfin le résigné actif ne commet pas une erreur de +logique en désirant guérir et en acceptant les +soins médicaux. S'il fait bien de se résigner à la +souffrance lorsque celle-ci est inévitable, il est tenu, +au contraire, de se résigner aussi à ce que veut +pour lui la nature, c'est-à-dire à ne rien omettre +pour reconquérir, avec la santé, la possibilité d'une +vie plus active et plus utile. Ajoutons d'ailleurs +que, en fait, le résigné actif est d'ordinaire le +plus obéissant, le plus stable des malades, le plus +reconnaissant pour les soins médicaux qui lui sont +donnés; c'est le malade de choix.</p> + + + + + +<p><b>II</b></p> + + +<p>MOYENS PAR LESQUELS ON AUGMENTE LES RECETTES</p> + +<p>La deuxième catégorie des moyens psychothérapiques +comprend, comme nous l'avons dit, ceux +qui ont pour but d'améliorer la part subsistante du +capital nerveux. On peut parvenir à ce résultat de +deux façons:</p> + +<p>1° En dynamisant ce qui reste du capital nerveux +par une savante gymnastique de la volonté. +(L'homme ne vaut que par sa volonté: donc discipliner, +fortifier, renforcer sa volonté, c'est lui rendre +le plus grand des services.)</p> + +<p>2° En insufflant, pour ainsi dire, au malade un +fluide nerveux étranger.</p> + +<p>Dans le premier cas, on fait appel au libre arbitre +du malade. Celui-ci devient le collaborateur du +médecin, dont le rôle se borne à indiquer les procédés +de gymnastique de la volonté et à surveiller +l'application.</p> + +<p>Dans le deuxième cas, une volonté étrangère +vient en aide à la volonté défaillante, ou insuffisante, +du patient.</p> + +<p>1° <i>Gymnastique de la volonté</i>.—Il y a des procédés +d'éducation de la volonté,—cette faculté, +comme la mémoire, comme l'attention, étant susceptible +d'être améliorée par une bonne gymnastique. +Le principe général, dans cette éducation, +c'est de procéder lentement, de ne pas demander +au malade un effort qu'il serait incapable de fournir, +mais de lui demander, au début, un tout petit +effort, qui sera augmenté tous les jours. Ainsi nous +invitons nos malades à faire trois fois, tous les +matins, trois mouvements déterminés des bras, puis +six, puis douze, puis d'en faire autant avec les +membres inférieurs. En ordonnant ces exercices, +nous comptons bien moins sur l'action utile de la +gymnastique musculaire elle-même que sur l'effort +de volonté que nous obtenons du malade, avec son +libre consentement. Dans le même esprit, nous +envoyons certains de nos malades faire une gymnastique +spéciale, tous les jours, par tous les temps, +à l'extrémité de Paris, aussitôt qu'ils peuvent supporter +la fatigue d'un déplacement quotidien. Là, +nous leur faisons faire la course en flexion, exercice +musculaire excellent, qui, bien gradué d'après +des règles précises, régularise la circulation du +sang, les battements du coeur, augmente la vigueur +de tous les muscles, en particulier des muscles inspirateurs, +et favorise, par conséquent, l'acte respiratoire. +Grâce à cette gymnastique, on arrive, au +bout d'un mois, à faire courir pendant vingt +minutes des malades qui ne marchaient pas, ou qui +ne croyaient pas pouvoir marcher<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Note 12:</b><a href="#footnotetag12"> (retour) </a> Ajoutons que cette course ne provoque jamais d'essoufflement +le principe de la méthode étant, avant tout, d'éviter l'essoufflement +par une progression sage et bien réglée dans la longueur +et la rapidité du pas. La méthode dont nous parlons a été instituée +par notre regretté ami, le commandant de Raoul, qui avait fait +des études très sérieuses, théoriques au laboratoire de Marey et +pratiques pendant toute la durée de sa carrière militaire. Ce n'est +pas le lieu de parler avec détail de cette méthode d'entraînement; +disons seulement qu'on ne se fait pas une idée, dans le monde +des gymnasiarques, de la lenteur dans la progression à imposer +au coureur. Ainsi la vitesse du pas gymnastique de l'armée ne +doit être atteinte, chez l'homme même bien portant, qu'après quinze +minutes de course progressivement plus rapide. C'est comme cela +que l'on arrive à obtenir le rendement maximum, et que le pas +gymnastique peut être prolongé très longtemps sans fatigue. De +même, avant d'arriver à la vitesse de six kilomètres à l'heure, +c'est-à-dire au pas d'un homme qui marche vite, il faut cinq +minutes de course en progression. Si, à cette prudence dans la +progression, on joint le soin de faire respirer le malade en temps +utile, et de lui apprendre à respirer, on lui évite l'essoufflement. +Mais si le coureur n'est pas essoufflé, par contre il est envahi, au +bout de vingt à trente minutes, d'une transpiration énorme, +telle que la course en flexion a pour complément indispensable, +soit une friction sèche avec changement de linge, soit, mieux +encore, une douche tiède. Cette nécessité de la douche finale +limite beaucoup l'emploi de la course en flexion, et, par parenthèse, +l'interdit à l'armée, pour laquelle, dans l'esprit du commandant +de Raoul, elle semblait surtout indiquée. Nos malades, au +contraire, trouvent toute facilité pour prendre la douche terminale, +puisque la course a lieu dans le jardin attenant à la maison d'hydrothérapie +d'Auteuil, qui est gracieusement mis à notre disposition +par le Dr Oberthur, directeur de l'établissement.<br> + +<p>Nul doute que cet exercice musculaire très gradué, sous la direction +de moniteurs compétents, que l'exercice pris au grand air, +dans la matinée, ne soient des facteurs importants dans l'excellent +résultat total que j'obtiens de ce que j'ai appelé la <i>dromothérapie</i>; +mais j'estime qu'une grande part du résultat utile revient +à cette gymnastique de la volonté que le malade fait, pour ainsi +dire, sans s'en douter. Il assiste tous les jours à ses progrès, il +éprouve un vague sentiment de contentement à la pensée qu'il a +vaincu, tous les jours, une difficulté nouvelle. Dût-on m'accuser +de paradoxe, je dirai que, en imposant à un malade la course +en flexion, fait-on surtout de la psychothérapie: psychothérapie +par exercice de la volonté, et aussi psychothérapie dérivative, +puisqu'on les distrait en leur procurant un exercice qui +devient vraiment une récréation, après les trois ou quatre premiers +jours.</blockquote> + +<p>Le Dr Lagrange a très justement insisté sur l'utilité +de l'attrait dans l'exercice physique. Or cet attrait +manque absolument dans l'exercice de la <i>gymnastique +respiratoire</i>. Cet exercice est souverainement +ennuyeux, et c'est chose rare que nos malades les +plus obéissants le continuent régulièrement plus de +deux mois; mais c'est précisément pourquoi il est, +pour le psychothérapeute, un agent de premier +ordre, puisqu'il exige un effort énorme de volonté. +Aussi, à ce titre même, ne saurions-nous trop le +recommander. En outre, il produit les effets les +plus favorables sur la circulation et la nutrition; +c'est le seul moyen que je connaisse de faire disparaître +ces rougeurs émotives, si désagréables à +certains neurasthéniques des deux sexes, et qui +ne s'observent pas seulement chez les timides, car +les personnes hardies et décidées leur payent aussi +leur tribut. Quand cette infirmité arrive à provoquer +l'obsession de la rougeur, la peur de rougir rend +la vie sociale insupportable, et mérite l'attention du +clinicien, d'ailleurs désarmé s'il n'emploie que les +moyens classiques. Or, si l'on étudie de près ce +symptôme, on voit qu'il s'accompagne, presque +toujours, d'une perturbation respiratoire, et quelquefois +de sensations précordiales; et c'est, sans +doute, parce que l'exercice en question régularise +la respiration, qu'il est le meilleur traitement de la +rougeur émotive. En tout cas, le fait est certain, je +l'ai plusieurs fois observé. Mais comme ces exercices +sont, je le répète, extrêmement désagréables, +il faut savoir les graduer de façon à ce que +le patient ait au moins le plaisir d'assister à ses +propres progrès. On arrive ainsi, peu à peu, à +faire faire au malade des mouvements de respiration +profonde pendant dix minutes, matin et soir. +On ne saurait croire l'effet utile, à divers titres, de +cette gymnastique méthodique, telle que les Suédois +l'enseignent, c'est-à-dire faite d'après les vrais +principes de la physiologie; tandis que, quand elle +est enseignée, ce qui arrive trop souvent, par des +instructeurs mal instruits, elle trouble les phénomènes +de la circulation, et peut même amener du +vertige et de la syncope. C'est donc un moyen +puissant, mais qu'il faut savoir manier, comme +toutes les autres armes de la thérapeutique. Il existe, +dans tous les Instituts Zander, un appareil qui fait +faire automatiquement d'excellente gymnastique +respiratoire. Aux malades qui n'ont pas l'énergie +de la faire simplement dans leur chambre sans le +moindre appareil, nous conseillerons les instituts +mécanothérapiques.</p> + +<p>On peut exercer la volonté du malade, et, par +conséquent, la fortifier, par mille autres moyens, qui +seront inspirés par les diverses conditions de +milieu, d'aptitudes, etc. Mais, autant que possible, +il faut faire faire au malade un travail utile, et dont +il puisse facilement mesurer les progrès, et surtout +un travail qui ne demande pas une dépense, soit +cérébrale ou musculaire, excessive: car alors on +perdrait d'un côté ce qu'on gagne d'un autre. Il +faut, enfin, se rappeler que le rôle du psychothérapeute +doit prendre fin à un moment donné, quand +le malade a reconquis une puissance suffisante pour +pouvoir voler de ses propres ailes. On doit alors +l'abandonner à lui-même, mais non pas brusquement: +il faut, si l'on nous permet cette comparaison, +que le médecin imite le professeur de bicyclette, +qui soutient pendant un certain temps son +élève, puis l'abandonne momentanément, sans +qu'il s'en doute; l'élève confiant continue à pédaler, +se croyant soutenu, jusqu'au moment où il est assez +sûr de lui-même pour aller tout seul. Si le professeur +le soutenait indéfiniment, l'élève ne ferait pas +de progrès.</p> + +<p>2° <i>Moyens d'augmenter artificiellement le capital +nerveux insuffisant</i>.—Dans les cas où la volonté +est tellement défaillante que l'on ne saurait faire +aucun fonds sur elle, le médecin peut essayer de +fournir à son malade un apport étranger d'influx +nerveux: il y arrive par le procédé de l'hypnose. +Rien ne m'ôtera la conviction que, dans l'hypnose, +il y a une «influence» de l'hypnotiseur sur son +sujet, «influence» étant compris dans son sens étymologique +(<i>fluere</i>, couler). L'hypnotiseur envoie de +l'influx nerveux, il donne quelque chose de lui-même; +il a une action personnelle; et les médecins +qui prétendent le contraire, qui disent que les passes +peuvent être remplacées par le braidisme, par la +fixation d'un objet brillant, immobile comme une +boule ou mobile comme un miroir à alouettes, ne +me paraissent pas être dans la vérité.</p> + +<p>L'hypnotisme peut rendre de grands services +dans les cas les plus variés; non seulement il peut +rectifier des idées erronées, faire disparaître les +mauvaises habitudes, les crises nerveuses, etc.: il +agit encore pour ramener chez le malade la quiétude +de l'esprit, la confiance en soi-même.</p> + +<p>Il modifie aussi les fonctions organiques. Rien +n'est, en effet, plus facile, chez un sujet hypnotisable, +et qui est bien en main, que de faire disparaître des +troubles dyspeptiques, névralgiques, d'arrêter des +vomissements, des métrorragies, de faire revenir +les règles, le sommeil naturel, de régulariser les +selles, etc.</p> + +<p>Le malheur est que tous les sujets ne sont pas +susceptibles de subir l'influence hypnotique, et que, +précisément, ceux qui en auraient le plus besoin se +trouvent être réfractaires; ainsi les aliénés, les +hallucinés, les grandes hystériques, les malades +atteints de délire systématisé, ne sont presque +jamais hypnotisables. L'hypnose est d'autant plus +difficile à obtenir qu'elle serait plus utile. Ainsi, +chez les aliénés, nous avons vu notre excellent +maître le Dr A. Voisin s'acharner pendant des +heures entières sans obtenir le moindre effet; mais +aussi quel triomphe quand, d'aventure, il réussissait! +Nous connaissons pour notre part de grands +nerveux qui, très désireux de pouvoir être endormis, +sont allés, sur notre conseil, consulter tels ou tels +confrères renommés pour leur habileté ou leur connaissance +spéciale de l'hypnotisme, et toujours avec +un insuccès complet.</p> + +<p>C'est là une première raison qui restreint grandement +l'emploi de l'hypnose. Une deuxième raison +qui doit le limiter, c'est que, quand on emploie +l'hypnotisme, on risque de se discréditer, dans +l'esprit du malade, si on ne réussit pas du premier +coup, et alors on le prive du secours qu'on aurait +pu lui donner si on n'avait pas, par une fausse +manoeuvre, perdu irrémédiablement sa confiance. +Mais il existe des procédés permettant de savoir si +oui ou non le malade est hypnotisable, de façon +qu'on puisse ne marcher qu'à coup sûr, et laisser +de côté, sans en avoir l'air, les sujets non facilement +hypnotisables.</p> + +<p>Un autre motif encore restreint l'emploi de l'hypnose: +c'est que celle-ci, quand elle réussit, risque de +devenir un moyen thérapeutique trop actif. Même +avec la plus grande prudence, on ne parvient pas +toujours à en graduer les effets, et le médecin s'empare +souvent par trop de l'esprit du malade, au point +que ce dernier ne peut plus rien faire sans son +conseil.</p> + +<p>J'ai connu un ingénieur des chemins de fer, +renommé pour sa sévérité à l'égard des inférieurs, +et névropathe de grande marque. Son médecin +crut bien faire en le traitant par l'hypnose; et il se +trouva, par hasard, que c'était un sujet de premier +ordre. Un jour, pendant le sommeil hypnotique, le +médecin lui intima l'ordre d'avoir, à l'égard de ses +inférieurs, plus de bienveillance; et voici que, dès +le lendemain, les procédés de cet homme à l'égard +de ces inférieurs se firent tellement bienveillants, +affables, affectueux, qu'il devint la risée de ses subordonnés +eux-mêmes, et un sujet d'étonnement pour +ses chefs. Il ne parlait plus que de devoir social, +d'altruisme, de solidarité humaine. On le crut fou; il +ne l'était pas, mais il était devenu tellement différent +de lui-même qu'il fallait aviser. Le médecin, +averti de ce changement à vue, s'efforça, en plusieurs +conversations, de modérer le zèle charitable du +néophyte; il n'y parvint pas. Le malade discutait +avec lui les théories socialistes, et serait devenu +le pire des utopistes. Il fallut une nouvelle séance +d'hypnose pour atténuer, au point voulu, les effets +de la suggestion première.</p> + +<p>Pourquoi employer un moyen aussi actif quand +on peut s'en passer? Autant demander pourquoi +l'ingénieur ne se sert pas de dynamite pour faire +sauter une motte de terre. Pourquoi mettre un mors +arabe à un cheval qui ne demande qu'à se laisser +conduire? Réservons donc le mors arabe pour les +cas où l'animal est indocile, indomptable, et rétif!</p> + +<p>Ajoutons que, une fois produit l'effet à obtenir, le +médecin doit cesser de recourir à l'hypnose, sous +peine de compromettre le résultat final. Une fois +le blessé remis en selle, on doit lui rendre la direction +de sa monture. Pour bien faire comprendre +ma pensée, je prendrai la comparaison suivante: +l'hypnose est à la défaillance du système nerveux +ce que l'opothérapie thyroïdienne est à l'insuffisance +fonctionnelle du corps thyroïde, ce que l'opothérapie +hépatique est à l'insuffisance fonctionnelle +du foie. Or, de même que le médecin qui s'est +servi de foie de porc pour remettre en état un hépatique, +ne continue pas indéfiniment l'emploi du foie +de porc, de même le psychothérapeute doit cesser +l'emploi de l'hypnose dès qu'il a obtenu le résultat +voulu, c'est-à-dire dès qu'il a remis le malade en +assez bon état pour pouvoir compter sur sa collaboration +consciente, et lui demander un effort personnel +de gymnastique psychique; de sorte que +quatre ou cinq séances suffisent, dans la majorité +des cas.</p> + +<p>Toutes ces considérations expliquent la rareté +des cas où l'hypnotisme est à conseiller. Mais quant +à dire, comme le font les adversaires irréconciliables +de la thérapeutique par l'hypnose, que +quelques séances amènent, chez le malade, une +perturbation d'esprit incurable, que l'hypnotisme +«dissocie la personnalité normale du sujet» +(Grasset), «aboutit à la ruine déplus en plus complète +de ce moi qu'on voudrait sauver» (Duprat), +c'est tout simplement énoncer une erreur. L'hypnotisme +bien manié n'est pas si dangereux. Je n'ai +vu qu'une fois, dans le service de Charcot, l'hypnose +amener chez un homme une violente attaque +d'hystérie. Et dire, avec certains scrupuleux, que +les pratiques de l'hypnotisme ont quelque chose de +dégradant pour la dignité humaine, parce que le +médecin qui impose sa volonté au malade porte +atteinte au dogme de la liberté, c'est énoncer une +erreur non moins absolue, la suggestion hypnotique +n'étant pas autre chose que la suggestion à l'état de +veille poussée à sa deuxième puissance; à ce compte, +on n'aurait plus le droit de donner un conseil. Enfin, +dire que les pratiques de l'hypnose sont mal vues +dans le monde, et discréditent le médecin, c'est +affirmer une vérité, mais qui ne nous toucherait +en rien, car le médecin n'est responsable que devant +sa conscience. Or, nous le répétons, sa conscience +peut lui permettre, accidentellement, l'emploi des +procédés hypnotiques, surtout s'il prend le soin de +n'endormir les malades qu'avec leur assentiment +formel, et en présence d'un tiers représentant la +famille.</p> + +<p>Ajoutons enfin que le médecin <i>seul</i> doit avoir +recours à ce procédé thérapeutique; et que ce +médecin doit agir uniquement pour le bien du +malade, sans la moindre préoccupation étrangère, +voire même sans aucune préoccupation scientifique.</p> + +<p><i>Conseils pratiques pour l'application des procédés +psychothérapiques.</i>—Nous venons de passer en +revue les moyens psychothérapiques par lesquels +on peut améliorer le capital nerveux d'un malade. +Mais un aperçu théorique ne suffirait pas au praticien +voulant employer la psychothérapie; il semble +donc utile de le compléter par des considérations +d'ordre tout à fait pratique, clinique, suggérées +par une expérience personnelle.</p> + +<p>1° Il est un principe qui domine tous les autres; +c'est que, pour faire de la bonne psychothérapie, +il faut soigner le malade non seulement avec toute +son intelligence, mais surtout avec tout son coeur. +Le médecin qui ne ferait que de la psychologie, +démontant curieusement pièce à pièce tous les +rouages du cerveau de son malade, pour chercher +celui qui est défectueux, sans se préoccuper avant +tout d'être utile, ne ferait pas de bonne psychothérapie. +Il lui faut être bon mécanicien, bon +psychologue, c'est entendu; mais surtout il lui +faut être un homme charitable. Je sais que le mot +«charité» sonne mal aux oreilles, depuis qu'on +ne parle plus que d'altruisme, de solidarité, etc. +Le mot «charité» pourra disparaître du dictionnaire, +bien qu'il exprime autre chose que ses soi-disant +synonymes; mais la charité restera toujours +au fond du coeur de l'homme, et sera, comme par +le passé, l'inspiratrice des actions généreuses et +véritablement utiles.</p> + +<p>2° Encore n'est-ce pas assez que le médecin aime +son malade. S'il veut avoir sur lui une autorité +morale effective, il faut en outre qu'il ne soit pas +pressé: non seulement qu'il ne le paraisse pas, +mais qu'il ne le soit pas en réalité. Savoir se +donner tout entier à l'affaire présente est la première +condition du succès, en psychothérapie. Il +faut que, dès la première entrevue, s'établisse entre +le malade et le médecin un courant de sympathie; +or ce courant ne peut s'établir que si le malade +sent que le médecin s'intéresse profondément à lui, +et ne lui ménage pas son temps. La première consultation, +surtout, doit pouvoir durer tout le temps +nécessaire: mieux vaudrait la remettre à huitaine +que de l'ébaucher si le temps matériel fait défaut.</p> + +<p>3° Il faut encore que le médecin sache écouter, +c'est-à-dire laisser parler le malade aussi longtemps +qu'il le désire, surtout pendant les premières +consultations. Quelle que soit la prolixité, la volubilité +d'un malade, il y a toujours intérêt à l'écouter, +parce qu'on apprend toujours quelque détail dont +on pourra tirer profit: si l'on agit de cette façon, +le malade, par une sorte de discrétion inconsciente, +arrive, après quelques entrevues, à ne plus abuser +de la patience de son auditeur, et se contente de +répondre aux quelques questions bien précises +qu'il lui pose.</p> + +<p>Une fois que le médecin aura ainsi pris position, +les conseils qu'il donnera, non seulement sur l'hygiène +mentale, mais sur l'hygiène alimentaire, musculaire, +auront toutes chances d'être suivis; et ainsi +tout concourra à la guérison ou à l'amélioration +cherchée.</p> + +<p>4° Un autre principe, c'est de dire au malade la +vérité dans la mesure du possible. Évidemment, +s'il y a une lésion organique incurable, le médecin +doit avoir la discrétion de se taire, sauf dans les +cas exceptionnels où le malade a des motifs sérieux +pour savoir la vérité entière. Mais le plus souvent +il faut dire la vérité au malade, lui dire très +franchement l'idée que l'on se fait de son état, la +durée probable du traitement, etc. Si, cependant, +le traitement doit demander des années, comme il +arrive trop souvent chez les malades à capital restreint, +mieux vaut rester dans le vague, et dire: +«Le traitement sera long, un peu pénible, mais la +guérison est assurée.» Il faut encore, dès les premières +entrevues, avertir le malade des rechutes +possibles, probables, ou certaines: si c'est une +femme, la prévenir que, dans les douze jours qui précéderont +l'époque menstruelle, elle aura fatalement, +durant quelques mois, une réapparition de toutes +ses misères, mais à un degré de moins en moins +marqué; dans tous les cas, avertir le patient, s'il +s'agit d'un état grave, que, tous les deux jours, il +risque d'avoir une légère aggravation, puis, quand +son état s'améliorera, tous les trois jours, puis tous +les huit jours, et ce, en dehors de toute cause appréciable, +par le seul fait de cette tendance qu'a le +système nerveux à protester d'une façon intermittente. +Mais il faut, en outre, l'avertir que toute +émotion violente, et surtout que toute infraction au +régime alimentaire, musculaire, cérébral, qui lui a +été ou qui va lui être prescrit, se soldera inévitablement +par une rechute plus ou moins grave, suivant +la gravité de l'infraction,—une rechute qui, +chose curieuse, ne se manifestera que le lendemain +ou le surlendemain de l'écart commis;—l'avertir +enfin qu'une affection accidentelle, la grippe en +particulier, fera faire un pas en arrière d'autant +plus grand qu'elle aura été plus grave, et soignée +plus tardivement; donner, par conséquent, au +malade des conseils préventifs, pour qu'il se mette, +dans la mesure du possible, à l'abri des affections +intercurrentes, et lui recommander de demander +ou de prendre des soins immédiats, en lui faisant +bien remarquer que les affections accidentelles ne +sont graves, en général, que lorsqu'elles ne sont +pas bien soignées dès leur début.</p> + +<p>5° Le médecin doit éviter d'imposer au malade +des prescriptions qui lui seraient plus pénibles que +les malaises dont il se plaint. Il doit même éviter, +en général, de multiplier ses prescriptions, sans +quoi il risque de décourager le patient, ou, ce qui +est pire encore, de le rendre égoïste et hypocondriaque, +et d'entretenir sa «maladie» par le soin +même apporté à la combattre. Aussi bien la +thérapeutique est-elle, en général, plus simple +qu'on ne croit, et les questions de régime, en particulier, +sont presque toujours faciles à résoudre.</p> + +<p>Ce dont il faut surtout tenir compte, avant de +formuler une prescription, c'est de la mesure où il +sera possible et facile, au malade, de l'appliquer. +Pour ma part, je n'arrête jamais un programme +de vie sans l'avoir discuté, point par point, avec +le malade, et, si possible, avec l'un des membres +de sa famille. Je donne alors au malade une feuille +où est marquée la ligne de conduite à suivre depuis +l'heure du réveil jusqu'à l'heure du coucher, et où, +aux heures prescrites, sont indiqués les menus des +repas, voire même les livres à lire. J'ai soin, en +outre, d'indiquer que «tout ce qui n'est pas permis +est défendu», en laissant entendre au patient que, +dans un avenir plus ou moins rapproché «tout +ce qui ne sera pas défendu sera permis». Le +malade, pourvu de cette feuille directrice, est averti +qu'il doit s'en rapprocher le plus possible, mais +sans en devenir l'esclave.</p> + +<p>On peut dire, en principe, qu'un traitement efficace +de la «maladie», si grave qu'elle soit, est toujours +praticable, quelles que soient les conditions +de la vie sociale du malade. Mais il est des cas où +ce traitement doit être simplifié au maximum: par +exemple, chez une mère de famille ayant des occupations +multiples de toutes sortes. Il serait souverainement +absurde de proposer à cette malade un +régime ou des soins personnels qui l'empêcheraient +d'accomplir ses devoirs de tous les instants; on +doit se borner, alors, aux prescriptions les plus +importantes, en faisant comprendre à la malade +que l'on ferait mieux si les circonstances de sa +vie n'étaient pas un obstacle, mais que, en définitive, +le peu qu'on va faire sera déjà très utile, et +qu'on en sera quitte pour prolonger le traitement +plus longtemps.</p> + +<p>En fait, les seuls vrais obstacles qui s'opposent +à un traitement méthodique proviennent de deux +sources: 1° De l'absence de foi du malade, 2° de +la mauvaise volonté de son entourage.</p> + +<p>1° Il est des malades qui viennent nous consulter +malgré eux, sous la pression de leur famille, avec +l'idée bien arrêtée qu'ils vont prendre une consultation +de plus, tout aussi dérisoire et inutile que les +précédentes. Il faut que le médecin, du premier coup, +comprenne la mentalité des sujets de ce genre; +avec l'habitude, il peut être fixé dès les premières +paroles échangées, voire dès le premier abord. A +lui, alors, de déployer toute sa puissance de suggestion. +S'il sait s'y prendre, il peut arriver à +faire, d'un malade irréductible en apparence, l'être +le plus doux, le plus confiant, le plus obéissant, et +il parvient alors à des résultats inespérés. Les +choses se passent ainsi huit fois sur dix.</p> + +<p>Plus difficiles à convaincre sont les malades qui +n'ont pas d'énergie, qui, loin de se cabrer, semblent +des victimes soumises à l'avance, ou encore ceux +qui, désabusés, désespérant de tout, ne souhaitent +que la mort. En face de tous ces malheureux, le +médecin ne doit pas se dérober, quelque souci que +lui réservent les patients de cette sorte.</p> + +<p>Enfin, plus difficiles encore sont les malades à +théories, qui ont leur siège fait, après avoir vu des +médecins de tous les pays, suivi, dans les sanatoria +les plus variés, les traitements les plus dissemblables; +qui connaissent toutes les dernières +nouveautés sur les choses médicales, le discours +de la veille à l'Académie de médecine, les livres +qui vont paraître. Avec ceux-là, rien à faire. Le +mieux, pour ne pas perdre un temps précieux, est +de leur déclarer de suite qu'on ne parviendrait pas +à s'entendre avec eux. Fort heureusement, d'ailleurs, +ces cas sont assez rares.</p> + +<p>Ajoutons qu'il est des malades à mentalité spéciale +qui commencent par dire toujours non, ou à +le penser, ce qui est encore plus grave. La psychothérapie, +comme tous les agents thérapeutiques, +a à compter avec ce que, dans notre langage +barbare, nous appelons les «idiosyncrasies».</p> + +<p>2° L'autre obstacle, beaucoup plus fréquent, provient +de l'hostilité de l'entourage du malade.</p> + +<p>On ne peut se faire une idée de l'influence +néfaste qu'exerce cet entourage; quelquefois il contrecarre +ouvertement les opinions du médecin, discute +sa manière de penser, ses prescriptions; le +malade, alors, ne sait plus s'il doit donner sa confiance +au médecin ou à l'entourage.</p> + +<p>Le plus souvent, l'hostilité n'est pas franchement +déclarée. Mais c'est pis encore: c'est alors une +lutte sourde, de tous les instants, à propos des +moindres prescriptions. Le malade sent très bien +que le médecin est dans le vrai, qu'il a <i>compris</i> sa +«maladie»; il voudrait de tout son coeur suivre ponctuellement +ses conseils: mais l'entourage est là +qui, sans dire un mot, proteste intérieurement et +exécute à contre-coeur tout ce qui a été prescrit. +La position est des plus difficiles. Cette contre-suggestion, +qui s'exerce à tout instant, finit par diminuer +la confiance, si nécessaire, que le malade +avait tout d'abord; les prescriptions ne sont qu'à +moitié observées. Ces tiraillements continus sont +véritablement lamentables.</p> + +<p>Et que faut-il entendre par entourage? C'est +rarement le mari ou la femme, c'est souvent la +mère ou la belle-mère, plus souvent encore des +personnes qui touchent de moins près au malade. +Les plus dangereux ennemis sont ceux qui ont à +donner des soins immédiats; ce sont les gardes, +qui protestent par un silence éloquent, ce sont surtout +les domestiques. De là la dure nécessité pour +le médecin d'être bien avec tout le monde, dans la +maison. Quelquefois il s'en tire en expliquant +avec bienveillance, en un langage clair, pourquoi +il prescrit telle ou telle chose qui semble inutile ou +dangereuse: le repos, alors que tout le monde voudrait +que le malade fît de l'exercice; le régime +restreint, alors que, pour rendre du sang au +patient, tout le monde voudrait qu'il prît du jus +de viande ou des vins fortifiants. Mais, le plus +souvent, la partie est perdue d'avance; et c'est alors +que le médecin doit user de toute son autorité pour +imposer l'isolement, tandis qu'il eût été quelquefois +très simple de guérir à peu de frais le malade, +en le laissant chez lui.</p> + +<p>Quand on a la bonne fortune de s'être gagné la +confiance d'un malade, et d'avoir conquis, non la +neutralité,—elle n'existe nulle part,—mais l'assentiment +de l'entourage, on a fait la moitié de la besogne; +il ne reste plus qu'à surveiller l'application du traitement, +et surtout à entretenir la foi du malade en +sa guérison à échéance plus ou moins éloignée. +Pour remplir ce double but, il faut que le médecin +ait avec le malade de fréquents entretiens, au cours +desquels il doit lui expliquer, dans la mesure du +possible, la raison de toutes ses prescriptions, lui +démontrer ses erreurs d'interprétation, et lui affirmer +instamment, quelles que soient ses doléances, +que la guérison est assurée.</p> + +<p>Le rôle du médecin, au début, est souvent difficile. +Il l'est, par exemple, chez les malades qui ont +besoin du lit, pendant les premiers temps, pour +calmer leur système nerveux. Ne dormant presque +jamais, ces malheureux ont toutes les peines du +monde à rester au lit; il faut leur faire bien comprendre +que cette agitation, ce malaise inexprimable +qu'ils éprouvent, proviennent non du séjour +au lit, mais de l'excitation du système nerveux; que +cette excitation disparaîtra dans huit ou quinze +jours, pour faire place à une détente de bon aloi, +avec sensation de fatigue énorme, mais non plus douloureuse, +avec sommeil réparateur, retour de l'appétit, +disparition <i>spontanée</i> de la constipation, etc. +Bref, il faut les faire patienter; cette phase exige, le +plus souvent, des visites quotidiennes. Plus tard, les +visites pourront être espacées: il faut savoir se +faire désirer.</p> + +<p>Dans les cas graves, il faut donner aux familles +l'habitude de laisser le malade en tête-à-tête avec +le médecin. L'influence de celui-ci est, alors, beaucoup +plus active, et les malades, pouvant s'épancher +en toute liberté, tirent un grand bénéfice de la visite +du médecin, qui ne tarde pas à devenir leur ami.</p> + +<p>C'est dans ces tête-à-tête que le médecin doit +insister pour faire de la suggestion optimiste et de +la véritable psychothérapie, d'après les principes +que nous avons étudiés antérieurement.</p> + +<p>Nous avons parlé déjà, à propos de la névrose +provoquée par les causes morales chez les jeunes +femmes, du rôle que le médecin pouvait acquérir, +à titre de confident de leurs misères: ce rôle est +toujours difficile, et quelquefois dangereux. Le +besoin qu'éprouve l'être humain de pouvoir confier +sa pensée à autrui est bien connu de tous les psychologues; +c'est lui qui pousse les criminels à +venir s'accuser d'un acte dont l'auteur aurait pu +rester inconnu; c'est lui qui, chose invraisemblable, +a excité un de mes malades à prendre sa +femme, en tant que sa meilleure amie, comme confidente +d'une passion amoureuse qui le rongeait. +On comprend donc combien un confident sûr et +discret peut rendre de services, chez les malades +de tout âge atteints de psycho-névrose. Comme l'a +dit le poète:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>En se plaignant on se console,</p> +<p>Et quelquefois une parole</p> +<p>Nous a délivrés d'un remords.</p> + </div> </div> + +<p>Mais il est des cas où la douleur humaine ne +peut être atténuée par une confidence, si intime +qu'on la suppose. Alors, la psychothérapie perd tous +ses droits.</p> + +<p>Il est d'autres cas où elle est également impuissante. +C'est quand le malade ne <i>veut</i> pas guérir,—s'il +se complaît dans son chagrin, par exemple.—Ou +bien encore on voit des malades qui ont pris +l'habitude de se faire plaindre, et qui, inconsciemment, +ne veulent pas guérir; dans leur égoïsme +morbide, ils mettent sur les dents tout leur entourage, +véritables vampires qui épuisent jusqu'au +bout la patience, les forces, les ressources pécuniaires +de leurs proches, sans avoir un éclair de +reconnaissance pour ceux qui se sacrifient ainsi, +ni pour le médecin qui se dépense en pure perte. +Rappelons-nous bien que ces malades terribles sont, +avant tout, des malades, et ont droit à toute notre +indulgence; leur égoïsme féroce n'est qu'un symptôme +morbide. Ainsi j'ai soigné une dame qui, +avant d'être malade, était exquise de bonté, de +bienveillance, de politesse. Or, quelques mois après +le début de sa «maladie», en même temps qu'elle +devenait dyspeptique, constipée, obèse, tout en +ne mangeant presque pas, grande malade en un +mot, son caractère se modifia et la fit devenir le +tyran dont j'esquisse à grand traits l'image. Aujourd'hui, +elle fait le désespoir de tout le monde. Inutile +d'ajouter qu'elle n'est pas hypnotisable. Chez ces +malades, la psychothérapie est impuissante. Si +habilement maniée qu'on le suppose, elle échoue +quelquefois; elle a cela de commun avec tous les +autres agents thérapeutiques.</p> + + +<p>PSYCHOTHÉRAPIE ET PROBLÈME RELIGIEUX</p> + +<p>Dans quelle mesure le médecin peut-il utiliser, +comme moyen psychothérapeutique, les ressources +que peut fournir la foi religieuse? Grave question +qui ne saurait être traitée avec trop de discrétion.</p> + +<p>En principe, le médecin ferait mieux de laisser +ce soin au prêtre, ou au pasteur, ou au rabbin, +à des manieurs d'âmes plus habitués que lui à ces +délicats problèmes; mais il est des circonstances où +il ne peut pas se dérober, et il nous faut en dire quelques +mots.</p> + +<p>Il est certain, en tout cas, que le médecin ne +doit jamais aborder, le premier, ces questions d'ordre +philosophique et religieux; ce n'est pas son rôle, +et un zèle immodéré, de sa part, pour la défense +d'une doctrine philosophique quelconque, pourrait +être, et serait à juste titre, sévèrement jugée. Mais, +d'autre part, il doit s'attendre à ce que, poussé par +un besoin presque inconscient, le malade l'oblige à +entrer avec lui dans ce domaine.</p> + +<p>Cela arrive bien plus souvent qu'on ne se le +figure: le malade qui, pendant ses douloureux +loisirs, a eu tout le temps d'apprécier l'inanité de +toutes les ressources morales qu'on lui offre, et la +banalité des consolations habituelles, qu'il n'accepte +d'ailleurs qu'à son corps défendant, se sent, à un +moment donné, préoccupé d'une façon insolite +par les grands problèmes de l'au-delà, de la destinée +humaine. Sans compter qu'il est envahi d'une +crainte angoissante. Combien de fois n'ai-je pas +entendu des malades me dire: «J'ai peur!» Peur +de quoi? Ils n'en savent rien; ce n'est pas, en +général, d'avoir à quitter cette lamentable existence, +qui ne leur offre rien de bon;—encore que parfois, +sans qu'ils s'en doutent, la voix sourde de l'instinct +de conservation parle là en eux: mais, quoi qu'il +en soit, ils ressentent une peur vague, animale; et, +dans cette détresse morale, ils s'accrochent désespérément +à tout ce qui peut leur donner du réconfort.</p> + +<p>Ces deux motifs expliquent le besoin qu'éprouve +souvent le malade d'aborder des problèmes qui, +en état de santé, lui étaient complètement indifférents. +Or, avec qui les abordera-t-il? Est-ce avec +la bonne religieuse, qui répondra à toutes les questions +par de petites dévotionnettes ou des pratiques +tout à fait en dehors des habitudes du malade, des +pratiques qui n'ont de raison d'être que pour les +fervents, et qui risquent de révolter l'esprit de +ceux qui n'en comprennent pas le sens caché? Est-ce +avec le visiteur plus ou moins pressé qui, entrant +en coup de vent prendre des nouvelles du malade, +et ne pensant qu'à ses affaires pendant qu'il lui +détaille ses misères, se borne à lui répondre: +«Patience! si vous souffrez ainsi, c'est qu'il pleut, +ou qu'il fait chaud, etc.»? Trop heureux encore le +malade, quand ces visiteurs ne l'assassinent pas en +lui parlant de leurs affaires personnelles, alors que +la victime n'a qu'une affaire qui l'intéresse au monde! +Vraiment, tous ces consolateurs de passage feraient +mieux de rester chez eux; non seulement ils ne sont +d'aucune utilité, mais ils contribuent à entretenir +la «maladie», surtout quand ils se succèdent près du +lit des patients. Chose curieuse, les amis les plus +intimes, ceux qui dans le cours ordinaire de la vie +recevaient les confidences les plus secrètes, n'ont +plus, près du malade, le crédit antérieur. Cela tient +en partie à ce que l'amitié d'autrefois était entretenue +par des confidences réciproques; or, à partir +du jour où le malade a été sérieusement touché, +il n'y a plus de réciprocité possible, car les affaires +de ses meilleurs amis ne l'intéressent plus, il ne +s'intéresse qu'aux siennes, c'est-à-dire à sa «maladie».</p> + +<p>Le malade prendra-t-il, comme confidents de +ses graves préoccupations, les personnes de son +entourage immédiat, père, mère, mari, femme, etc.?</p> + +<p>Quelle médiocre ressource!—Certes, ce n'est ni +le dévouement, ni la bienveillance, ni la tendre +affection qui font défaut aux membres de la famille; +mais le malade se garde bien de leur confier ses +chagrins intimes, d'abord par crainte de les alarmer, +et ensuite parce qu'il sait d'avance ce que +pourront lui dire ces personnes, qu'il connaît de +tout temps. Qui alors? Le prêtre? Mais, bien souvent, +le prêtre n'a pas ses entrées dans la maison; +et même, s'il s'agit d'un malade dont l'état soit un +peu inquiétant, la famille de celui-ci fait tout ce +qu'elle peut pour retarder une visite qui risque de +l'effrayer. Il sera bien temps d'appeler le prêtre +quand le malade sera sans connaissance!</p> + +<p>Que reste-il donc?—Le médecin.</p> + +<p>Le besoin qu'a de lui le malade, pour la santé +de son corps, lui donne une influence et une +autorité morales supérieures à celles mêmes des +parents ou des amis les plus respectés. C'est à lui +surtout que le malade est tenté de confier ses +doutes, ses préoccupations d'au-delà, ses vagues +espoirs, tout ce monde d'idées qui s'agitent en lui +avec une abondance et une intensité inaccoutumées.</p> + +<p>Au médecin, donc, d'être à la hauteur de sa +tâche, sur ce domaine particulier de la psychothérapie, +dont l'importance est souvent capitale.</p> + +<p>Mais que doit-il faire? En présence d'un malade +qu'il voit partagé entre des restes de foi plus ou +moins effacés, et cet état d'incrédulité, active ou +passive, qui est aujourd'hui si commun; en présence +d'un malade qui, sans croire qu'il va mourir, +craint cependant de mourir, et se demande avec +angoisse si cette mort signifiera vraiment pour lui +l'anéantissement éternel, ou bien s'il y a quelques +chances qu'il retrouve ailleurs, avec une vie nouvelle, +la société de ceux qu'il a le plus aimés sur +cette terre; en présence d'un tel malade, que doit +faire le médecin? Il faut que, dans ces graves circonstances, +il ne perde jamais de vue que le malade +est semblable à un noyé qui cherche à se raccrocher +à la moindre branche de salut; si donc il n'a +à lui offrir que de froides théories philosophiques, +aboutissant à la désespérance finale, s'il est lui-même +bien convaincu que la mort signifie, pour le +malade, la fin absolue, et la séparation à jamais +d'avec ce qui lui est cher, alors il fera mieux de se +taire et de garder pour lui des doctrines qui, en +admettant même qu'elles fussent exactes, ne pourraient +être, ici, d'aucun réconfort. Ce dont le malade +a besoin, c'est de soutien moral, c'est de foi, c'est +surtout d'espérance. Or, où trouvera-t-il tout cela +en dehors de la doctrine de celui qui a dit: «Venez +à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai?»</p> + +<p>L'influence utile de la religion est, d'ailleurs, +reconnue par tous les médecins qui se sont occupés +des «maladies» nerveuses; et c'est avec plaisir que +nous avons lu les lignes suivantes, dans le livre +du Dr Dubois<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>, de Berne, qui cependant, dans +le reste de son ouvrage, développe avec complaisance +des théories philosophiques fort éloignées de +l'orthodoxie chrétienne:</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Note 13:</b><a href="#footnotetag13"> (retour) </a> Dr Dubois. <i>Les Psychonévroses et leur traitement moral</i>, 1904.</blockquote> + +<p>«La foi religieuse pourrait être le meilleur préservatif +contre ces «maladies» de l'âme, et le plus +puissant moyen pour les guérir, si elle était assez +vivante pour créer, chez ses adeptes, un vrai stoïcisme +chrétien. Dans cet état d'âme, hélas! si rare, +dans les milieux bien pensants, l'homme devient +invulnérable; se sentant soutenu par son Dieu, il +ne craint ni la «maladie» ni la mort. Il peut succomber +sous les coups d'une «maladie» physique, mais, +moralement, il reste debout au milieu de sa souffrance, +il est inaccessible aux émotions pusillanimes +des névrosés.» Et, plus loin, à la leçon, XXXV: +«Ceux à qui leur tournure d'esprit permet encore +la foi naïve trouveront un appui dans leurs convictions +religieuses, à condition qu'elles soient sincères +et vécues.»</p> + +<p>Mais, s'il en est ainsi, est-ce que le devoir n'en +résulte pas, pour le médecin psychothérapeute, +d'encourager son malade dans ces convictions +religieuses qui peuvent le rendre «inaccessible aux +émotions pusillanimes des névrosés»?</p> + +<p>Dans les cas où la foi religieuse, sans être assez, +vivante «pour créer un vrai stoïcisme chrétien», +subsiste encore, et cherche vaguement à se raviver +sous l'enveloppe de l'indifférence ou du scepticisme +mondains, est-ce que ce n'est pas une obligation +pour le médecin de l'y aider, autant qu'il le +peut?</p> + +<p>Voici donc le médecin transformé, malgré lui, +en apôtre. Mais nous ne craignons pas de le redire: +pour soutenir ce rôle, auquel il n'est pas préparé, il +a toujours besoin d'une discrétion extrême, et il ne +doit s'avancer qu'à pas mesurés sur un terrain +aussi dangereux.</p> + +<h4>CHAPITRE V</h4> + + +<h4>AUTRES AGENTS THÉRAPEUTIQUES</h4> + +<p>La psychothérapie est la base du traitement, pour +les malades chez qui les troubles nerveux et mentaux +prédominent. Dans les autres formes de la +déchéance du capital nerveux, elle joue aussi un +rôle important; de là les résultats remarquables +obtenus, même dans les «maladies» à forme gastrique, +abdominale, etc., par quelques-uns de nos +confrères, qui arrivent, en effet, à soulager et guérir +un certain nombre de dyspeptiques et abdominaux, +tout en excluant systématiquement toute préoccupation +de régime alimentaire. Mais, à mon avis, ces +confrères tombent dans l'exagération; même s'il n'y +a pas de troubles gastriques, le régime du malade +doit être surveillé; et à plus forte raison quand +l'estomac ou l'intestin protestent. Le régime, en +réalité, joue, dans la thérapeutique des malades à +phénomènes intestinaux et gastriques, un rôle au +moins égal à celui de la psychothérapie.</p> + +<p>Erreur, répondent les psychothérapeutes outranciers: +lorsque vous faites du régime, lorsque vous +imposez à vos malades telle ou telle alimentation, +qui varie d'ailleurs d'une latitude à l'autre, d'une +maison de santé à l'autre, les bons résultats que +vous obtenez sont dus, exclusivement, à la psychothérapie +que vous faites sans le savoir. Si le +docteur un tel guérit beaucoup de dyspeptiques en +leur donnant du macaroni sous toutes les formes, +ce n'est pas parce qu'il remet leur estomac en état, +c'est simplement parce qu'il leur inspire confiance; +en fait, il les guérit par suggestion, et malgré le +régime. Car le régime, ajoutent-ils, entretient plutôt +l'idée de «maladie»: le malade s'auto-suggestionne +à chaque prise alimentaire, et ce qui peut +arriver de plus malheureux à un névropathe, c'est +de trouver un médecin qui le soumette à un régime +alimentaire, quel qu'il soit.</p> + +<p>Cette opinion me semble absolument excessive. +Je voudrais bien voir traiter, par la psychothérapie +seule, telle ou telle jeune fille qui vomit tout ce +qu'elle prend, qui a des constipations de plusieurs +semaines, qui, outre les troubles nerveux, a des +troubles digestifs mettant sa vie en danger. Qu'on +réussisse souvent à guérir les «malades» sans +régime, ou avec un régime qui n'a rien de méthodique, +qui n'est en somme que la suralimentation, +dans une maison de santé, c'est possible: le changement +de milieu, l'éloignement des causes qui +avaient produit et entretenu la «maladie», l'influence +salutaire indiscutable du médecin, expliquent ces +miracles. Mais c'est une exception qu'on doit se +garder de généraliser; et mon avis est qu'il faut +toujours, en même temps qu'on fait de la suggestion, +instituer un régime alimentaire approprié au +fonctionnement de l'estomac et de l'intestin malades.</p> + + + +<h4>I</h4> + +<h4>RÉGIME</h4> + + +<p>Nous avons déjà mentionné des cas où l'estomac +et l'intestin, atteints d'une sorte d'inertie, +se refusent à tout travail, et indiqué les symptômes +physiques qui permettent d'affirmer cet état d'inertie. +Il est évident qu'alors il faut fournir à cet estomac +et à cet intestin un travail fréquent, mais peu +actif; de là, nécessité de la diète liquide dans +les cas très graves, parfois même de la diète absolue +pendant vingt-quatre ou trente-six heures, et +de la diète semi-liquide dans les cas moins graves, +avec prises alimentaires toutes les heures, ou +toutes les deux heures, suivant le degré d'inertie +constaté.</p> + +<p>Il n'est point nécessaire de varier à l'infini le +nombre des aliments. Je me rappelle un malade +qui avait tout à fait l'aspect d'un cancéreux, qui +depuis deux mois maigrissait à vue d'oeil, ne digérait +plus rien, avait une constipation invraisemblable, +ne pouvait plus se traîner, ne dormait +plus, etc. Or, il s'est admirablement trouvé d'un +régime consistant à s'alimenter exclusivement de +Revalescière. Je lui ai donné, toutes les demi-heures, +pendant trois jours, puis toutes les heures, +jour et nuit, pendant trois autres jours, puis toutes +les trois heures pendant huit jours, uniquement de +la Revalescière, cuite dans du bouillon de légumes +et de poulet. Après ces deux semaines, son estomac +lui permit de tolérer d'autres potages, puis +des purées, puis des oeufs et du poisson, et enfin +de la viande trois fois par semaine; et il partit +guéri, ayant augmenté de 20 kilogrammes en trois +mois. C'est que je faisais, en même temps, de la +psychothérapie! me dira-t-on encore? Sans doute, +j'en faisais, et j'ai même dû me dépenser beaucoup +pour faire accepter ce régime à mon malade, pour +lui persuader qu'il n'avait pas une «maladie» incurable, +pour le faire rester à Paris, dans les conditions +d'installation médiocre où il se trouvait, etc.; +mais j'affirme que ce n'est pas la psychothérapie qui +l'a guéri, et que, malgré la confiance qu'il avait en +moi, malgré toute l'autorité que j'exerçais sur lui, +malgré le repos au lit, si je lui avais donné à +manger ce qu'il mangeait auparavant, si je l'avais +mis au lait, si surtout j'avais fait de la suralimentation, +ce malade n'aurait pas guéri; et la preuve +en est que, à partir du premier mois, sitôt que je +m'écartais du régime méthodique, et que, pour +essayer de gagner du temps, je faisais un essai d'alimentation +un peu substantielle, cet essai, si timide +qu'il pût être, amenait invariablement un petit +recul. Si cet essai avait été prolongé, il aurait sûrement +amené une rechute.</p> + +<p>Inutile de dire, après cela, que la Revalescière +n'est nullement un spécifique. Tout autre aliment +semi-liquide aurait amené le même résultat (panade +bien cuite et bien passée, tapioca, arrow-root, +phosphatine, avénose, aristose, crème d'orge, de +riz, etc)</p> + +<p>Dans d'autres cas d'inertie intestinale, c'est au +contraire le régime ultra-sec qui convient mais +pendant quelques jours seulement: Le régime sec +est d'un maniement difficile et doit être très vite +remplacé par le régime «à restriction des boissons». +Ces cas sont ceux où, à l'inertie, se joint +un élément spasmodique. Il faut alors donner au +malade, toutes les demi-heures d'abord, puis toutes +les heures, pendant deux ou trois jours, des aliments +secs à grignoter; et ce régime est spécialement +indiqué chez les malades chroniques dont le +capital est gravement atteint. Il est bien certain que +la psychothérapie intervient assez peu dans ces cas, +et que, si l'on fait fausse route, si l'on donne à +un malade qui aurait besoin d'un régime sec le +régime liquide, ou même semi-liquide, il n'y a point +de suggestion qui puisse empêcher les fâcheux +résultats d'une pareille erreur thérapeutique.</p> + +<p>Dans certains autres cas graves, le malade maigrit, +semble ne pas pouvoir digérer, et ne digère +pas, en effet, simplement parce qu'il a peur de +manger; il s'auto-suggestionne lui-même. Oh! +alors la psychothérapie fait merveille. On doit donc +forcer le malade à manger, et à manger n'importe +quoi, pour lui bien démontrer qu'il peut tout digérer. +Mais je ne conseillerai jamais à un médecin +d'essayer ce système, de prime abord, chez un +malade dont il n'aurait pas étudié de très près le +fonctionnement gastro-abdominal; il risquerait de +compromettre gravement la situation du malade, et +la sienne propre.</p> + +<p>D'une façon générale, dans le doute, mieux vaut +procéder avec une sage lenteur, et se rappeler ce +que nous avons dit du peu d'aliments nécessaire +à la conservation de la vie.</p> + +<p>Il nous est impossible de tracer, même à grands +traits, les indications de régime qui conviennent +aux divers malades. Théoriquement, le régime doit +varier d'un individu à l'autre, et même d'un jour +à l'autre, pendant toute la durée de la «maladie». +Mais, en pratique, les choses se passent plus simplement. +Le principe général, c'est qu'il faut faire +manger souvent les malades, sans attendre qu'ils +aient des phénomènes spasmodiques (tiraillements +d'estomac, bâillements, etc.), et qu'il faut les faire +manger dès le réveil, et même pendant la nuit pour +assurer le sommeil. La moitié d'un oeuf dur pris +vers minuit, après le premier réveil, dans les cas +où le régime doit être plutôt sec, une tasse de cacao +dans les cas où le régime doit être plus liquide, +font mieux, pour procurer le sommeil, que la meilleure +des préparations opiacées.</p> + +<p>Une seconde recommandation, c'est de faire +reposer les malades après avoir mangé. Nous +avons déjà dit que, dans les cas graves, il faut qu'ils +se couchent pour manger; dans les cas moins +graves, la position horizontale après les repas +s'impose, et n'est pas moins nécessaire après le +goûter. L'homme tout à fait valide se trouve bien +de faire, après les repas, un exercice modéré; et +il y a aussi quelques dyspeptiques auxquels cet +exercice est profitable: mais c'est la grande exception.</p> + +<p>Et enfin, il y a un précepte que ni le dyspeptique +ni l'homme bien portant ne doivent oublier: c'est +qu'il n'est pas bon de se mettre à table immédiatement +après un travail musculaire. C'est ce qu'a +parfaitement expliqué le Dr Lagrange, dans ses +remarquables travaux sur les exercices physiques; +et je ne puis mieux faire que d'y renvoyer mes +lecteurs, s'ils désirent être renseignés en détail sur +toutes les questions de l'alimentation dans ses +rapports avec l'exercice.</p> + + + + + +<h4>II</h4> + +<h4>MOYENS ACCESSOIRES</h4> + + +<p>Outre le régime, il est encore un grand nombre +de petits moyens thérapeutiques que la psychothérapie +ne remplacera certainement pas. Il est très +simple, en vérité, de dire que, si l'électricité, le +massage, la douche tiède, paraissent faire du bien +aux malades, c'est parce que ces agents provoquent +des suggestions favorables. Mais c'est une +conception par trop facile, et qui se trouve démentie +par l'expérience. Tous ces moyens accessoires ont +leur action propre, indépendante de toute suggestion, +action quelquefois très puissante; aussi doivent-ils, +tout comme l'hygiène alimentaire, être +soumis à un contrôle sérieux, et ne pas être employés +à tort et à travers: mais, quand ils sont bien maniés, +ils jouent un rôle incontestable dans la thérapeutique. +Le principe général, c'est qu'il faut en user +avec une extrême prudence, et que, dans le doute, +il vaut mieux s'en abstenir.</p> + +<p><i>Hydrothérapie</i>.—L'hydrothérapie froide est +rarement indiquée; on commence à le savoir! Dans +tous les cas graves, alors que le capital nerveux +est vraiment compromis, elle peut occasionner des +désastres.</p> + +<p>Les médecins aliénistes qui, autrefois, faisaient +de la douche froide la base du traitement de la +folie, y on tous entièrement renoncé: la douche +froide ne convient que dans les cas exceptionnels, +chez les malades ayant encore un excellent capital, +et auxquels on peut impunément soutirer une +dose considérable d'influx nerveux. Je comparerais +la douche froide à la saignée faite chez les malades +qui n'ont plus de pouls, qui sont moribonds, et +auxquels une saignée peut parfois rendre le pouls +et la vie. C'est ce que nos pères appelaient «la saignée +dans les cas d'oppression des forces». Or, +pour pratiquer à coup sûr la saignée, dans ces +cas, il fallait être un virtuose; et, de même, il faut +être doué d'un doigté exceptionnel pour appliquer +convenablement l'hydrothérapie froide, chez les +malades graves.</p> + +<p>Que dirai-je de la méthode Kneipp? Les affusions, +les lotions, le manteau espagnol, etc., ont une +action moins brutale que la douche. Bien appliquées, +ces pratiques peuvent rendre de grands services. +Elles le peuvent surtout si le malade, plein +d'une foi aveugle, et suggestionné par avance, +quitte son milieu pour aller les suivre, s'il va, +comme les fervents de Woerishoffen, dans un +endroit tranquille, bien aéré, où son cerveau reste +en jachère par le fait de l'horrible tristesse du +milieu, et s'il s'y soumet à une alimentation plus +raisonnable que celle qu'il avait chez lui. Tous ces +éléments entrent pour une part indéniable, dans les +remarquables succès qu'à obtenus Mgr Kneipp, et +qu'obtiennent encore, à un moindre degré, ses successeurs +et ses élèves, à Altkirch, en particulier.</p> + +<p>Pour en revenir à l'eau froide, il ne faut pas, de +parti pris, se priver de ses services, mais se rappeler +qu'elle ne doit être employée que chez les +malades qui ont encore beaucoup de ressort. Chez +les malades de ce genre, le maillot humide, notamment, +constitué par un drap mouillé et tordu +étendu sur un lit et dans lequel le malade se jette, +est un procédé souvent très utile et à la portée de +toutes les bourses. On entoure, avec le drap, le +malade comme une momie, en l'enveloppant ensuite +de trois couvertures préalablement étendues, +sous le drap. Nous avons vu des malades, qui ne +parvenaient pas à dormir, trouver, vingt minutes +après qu'ils étaient dans ce maillot, un sommeil +réparateur. La durée des applications ne doit pas +dépasser trois quarts d'heure; et leur nombre peut +sans inconvénients atteindre 80, employées quotidiennement, +même pendant les règles.</p> + +<p>L'hydrothérapie tiède trouve plus souvent ses +indications. Le <i>tub</i> tiède, pratiqué dans la matinée, +avec une infusion de tilleul et l'enveloppement dans +une couverture, est essentiellement sédatif, si le +malade prend soin de se recoucher sans s'essuyer.</p> + +<p>Le bain répond aussi à de nombreuses indications; +mais c'est un moyen beaucoup plus actif +qu'on ne se le figure dans le monde. Il est des +malades qui ne le supportent pas, que le bain, +même de cinq minutes, énerve, empêche de dormir; +on doit tenir compte de cette susceptibilité, et ne +pas insister si le malade affirme que le bain lui est +contraire. Les médecins aliénistes se trouvent quelquefois +amenés à donner des bains de douze et de +vingt-quatre heures: c'est là une médication très +active, et difficile à manier. Il arrive, en effet, que +les malades ont des syncopes dans le bain; c'est +dire la surveillance qu'il faut exercer autour d'eux. +Les bains de six heures consécutives sont journellement +employés à Louéche, et avec grand +profit, pour les malades atteints de certaines formes +d'eczéma. Les eaux de Louéche ont peut-être une +qualité particulière, qui rend tolérables ces bains +prolongés; ce qu'il y a de certain, c'est que les +bains de la même durée avec de l'eau de Paris, +comme on les employait autrefois à l'hôpital Saint-Louis, +ne sont, en général, pas tolérés, et qu'on a +dû réserver ce traitement pour les cas exceptionnels.</p> + +<p>C'est également une qualité particulière de l'eau +qu'il faut invoquer pour expliquer la tolérance de +certaines eaux minérales. A Badenweiller, en particulier, +à Gastein, à Néris, les nerveux supportent +des bains très prolongés (pendant une et +deux heures), alors que, chez eux, un bain d'un +quart d'heure les mettrait dans un état pitoyable.</p> + +<p>Il est cependant des malades qui ne supportent +pas le contact de l'eau, même aux stations minérales +que je viens d'indiquer; les médecins de ces +stations auraient tort d'insister si, après les deux +ou trois premiers bains, ils observaient une aggravation +de l'état maladif.</p> + +<p>Il faut bien savoir qu'il y a des malades dont on +ne doit pas mouiller la peau. L'application d'un +cataplasme leur est odieuse, un bain de pieds les +révolutionne, ils éprouvent le besoin de se laver la +figure avec très peu d'eau tiède, ou même avec du +cold-cream. Dira-t-on que ce sont là des phobiques? +Il n'en est rien. La vérité, c'est que nous ne connaissons +pas tous les degrés de susceptibilité du +système nerveux, réactif d'une sensibilité invraisemblable; +et cette intolérance de la peau pour +l'eau est symptomatique. La preuve, c'est qu'elle +disparaît en même temps que les vertiges, gastralgie, +constipation, maux de tête, et autres +misères dont l'ensemble constitue la «maladie». +Mais, aussi longtemps qu'existe cette intolérance, +le médecin doit savoir la respecter, et ne pas s'obstiner +à faire faire au malade l'hydrothérapie même +la plus mitigée.</p> + +<p>C'est dans ces cas que convient souvent l'application +de la chaleur sèche. Un sac en caoutchouc, +à moitié rempli d'eau chaude, appliqué sur l'estomac +après les repas, et, le soir, au lit, pour +chauffer les pieds, est très apprécié de beaucoup +de malades. Ce procédé, très simple, facilite la +digestion, surtout chez les malades spasmodiques. +Cependant, on ne doit pas le recommander dans +les cas d'inertie. Dans ces cas, c'est la compresse +froide, étendue sur le ventre, recouverte de taffetas +chiffon, d'ouate, et d'une ceinture de flanelle, qui +rend service au patient.</p> + +<p>Le sac d'eau chaude dont je viens de parler peut +encore être remplacé par un sac en caoutchouc +contenant un produit solide, qui se dissout par la +chaleur et abandonne, en redevenant solide, sa +chaleur de fusion. Ces petits appareils, connus +sous le nom de <i>dermothermes</i> ou de <i>dermophores</i>, +ont l'avantage de garder pendant cinq ou six heures +une chaleur égale. Ils ont, par contre, l'inconvénient +d'être un peu lourds; aussi, quand l'installation +le permet, leur préférons-nous un tissu métallique +très léger, recouvert d'une enveloppe de soie, +et chauffé par un courant électrique à 70 volts.</p> + +<p><i>Massage</i>.—Ce que nous disons de l'hydrothérapie +s'applique, de point en point, au massage. Le +massage est un moyen violent qui ne devrait jamais +être pratiqué en dehors du médecin. Employé +même légèrement, il fatigue beaucoup certains +malades. Le massage abdominal, en particulier, +qui a été fort en honneur il y a quelques années, +constitue un procédé thérapeutique dangereux +dans bien des cas; il faut qu'il soit toujours +pratiqué par une main expérimentée, c'est-à-dire +avec la plus grande douceur. Il peut rendre alors +quelques services, lutter contre la paresse de l'estomac +et de l'intestin; mais il faut bien se rappeler +que, même alors, ce n'est jamais qu'un moyen tout +à fait accessoire. Les médecins qui auraient la +prétention de guérir la constipation par le massage +abdominal exclusivement s'exposeraient à un +échec certain, parce que la constipation n'est pas +causée seulement par une inertie des muscles de +l'intestin, mais n'est que le symptôme d'un état +général, ainsi que nous l'avons déjà expliqué.</p> + +<p>Les frictions de la peau rendent, d'ordinaire, au +moins autant de services que le massage, et sont +d'une application plus facile, puisqu'elles peuvent +être confiées à toutes les mains. Elles sont faites +avec un gant de molleton, jamais ou très rarement +avec le gant de crin; seules les personnes +bien portantes, ou les malades ayant encore une +grande somme de résistance, supportent la friction +violente au gant de crin. Une bonne manière de +faire la friction humide est la suivante:</p> + +<p>Mettre le malade tout nu dans une couverture de +flanelle; en extraire un des bras, le frotter de bas +en haut avec le gant imbibé d'une solution alcoolique +tiédie; ôter ce gant, le remplacer par un +gant sec, frictionner de bas en haut, remettre le +bras du malade dans la couverture; s'emparer +ensuite de l'autre bras, et agir de même. Frictionner +successivement les deux jambes, toujours de bas +en haut, puis faire asseoir le malade sur son lit, +lui frictionner le dos, n'importe en quel sens, l'étendre +de nouveau, travailler légèrement le devant +de la poitrine sans toucher à l'estomac ni au ventre. +L'opération doit durer dix minutes. Elle est à +recommander chez presque tous les malades, même +chez ceux qui sont très gravement touchés. Bien +faite, et comme nous venons de le dire, elle n'est +jamais dangereuse.</p> + +<p>Les bains de vapeur sont en général bien supportés; +mais les prendre dans des établissements +spéciaux expose à une grande perte de temps, et à +un refroidissement terminal. Mieux vaut les prendre +à domicile, soit dans des boîtes portatives, +soit, mieux encore, au lit. On peut, dans ce cas, +utiliser la vapeur et l'air chaud émanant d'une +forte lampe à alcool, et conduites sous les couvertures +du lit par un tuyau en tôle. Mais un procédé +qui nous semble meilleur encore est le suivant: +dans des boites disposées <i>ad hoc</i>, mettre +deux briques bien chauffées,—appliquer une de +ces boîtes aux pieds du malade couché, une autre +boîte à chacun de ses côtés, et attendre que la +transpiration survienne. Elle arrive infailliblement, +avec une douce lenteur, et ce système permet: 1° de +graduer la transpiration; 2° de ne pas mouiller les +draps et les couvertures, comme le fait l'air saturé +de vapeur qui sort d'une lampe à alcool. Nous préconisons +ces bains d'air sec chez les malades obèses, +rhumatisants, atteints d'algies, de sciatique, etc.</p> + +<p>En thérapeutique, il n'y a pas de menus détails: +tout ce qui peut être utile au malade doit être +l'objet de nos recherches; et c'est le soin des +détails qui fait la force, et, disons-le franchement, +le légitime succès de quelques-uns de nos confrères +étrangers.</p> + +<p><i>Électricité</i>.—L'électricité n'est pas, non plus, +à négliger. Il est certain que les courants de haute +fréquence ont, sur la nutrition en général, et sur +le système nerveux en particulier, une action très +puissante, notamment chez les nerveux atteints +de prurit anal (Dr Leredde), et chez les malades +envahis par une sensation permanente de froid. +Mais c'est là un procédé forcément limité, à +cause des difficultés d'installation et du prix de +revient. Les applications faradiques ou galvaniques +sur l'abdomen peuvent également avoir +leur efficacité; mais c'est là un procédé très actif, +et qui, fort heureusement, n'est pas, non plus, +d'un emploi facile.</p> + +<p>Le tabouret électrique est souvent recommandable, +à condition qu'on ne tire pas d'étincelles. +Les machines statiques à domicile sont des jouets +qu'on peut concéder aux malades; qui sait cependant +si le peu d'ozone qu'elles dégagent n'a pas une +influence utile?</p> + +<p>Les bains électriques constituent aussi un moyen +puissant, et, par conséquent, difficile à manier. Ce +que nous avons dit des contre-indications du bain ne +s'applique pas aux bains électriques; il est des +cas où le bain électrique, bien appliqué, rend +d'excellents services: tant vaut l'application, tant +vaut le moyen. D'une façon générale, on peut dire +que le bain électrique occasionne une courbature +notable qui, à l'inverse de la courbature produite +par l'excès d'exercice musculaire, amène le sommeil. +Ces bains ne devraient être donnés que tous +les deux ou trois jours, et sous surveillance médicale +très exacte pendant toute la durée du bain. +Dire qu'un pareil moyen agit par suggestion, c'est +énoncer une affirmation qui n'a rien de scientifique.</p> + +<p><i>Injections hypodermiques</i>.—Les injections +hypodermiques constituent un des agents les plus +utiles de la thérapeutique. On peut rapporter aux +trois chefs suivants leur action bienfaisante: +1° toute injection, en tant qu'injection, a une +influence utile; 2° le médicament injecté a son +action propre; 3° une part de suggestion s'attache +à l'emploi des injections.</p> + +<p>I. On sait, depuis les remarquables études du +Dr Chéron, que toute injection hypodermique, quelle +qu'elle soit, pourvu que le liquide injecté ne soit +pas toxique, produit un relèvement momentané de +la tension vasculaire, se traduisant par une sensation +de bien-être, de vigueur; produit, en un mot, +un effet dynamogénique plus ou moins prolongé, +Suivant la dose injectée, et suivant une foule d'autres +conditions.</p> + +<p>Ainsi, qu'on injecte de l'eau salée, du liquide de +Brown-Séquard, de l'océanine, etc.; il y a toujours +à compter avec cette action particulière de l'injection +en tant qu'injection sous-cutanée ou intramusculaire, +en tant qu'agent modificateur de la +pression sanguine. De là l'utilité des doses massives +de liquide, comme aussi la vogue qu'ont eue, +pendant un certain temps, les injections de sérum +artificiel, dont la formule habituelle est à 7 grammes +de sel marin pour un litre d'eau stérilisée. +Malheureusement on sait, depuis quelques années, +que le sel n'est pas un agent indifférent, et qu'il +peut devenir toxique chez les malades dont les reins +ne fonctionnent pas très bien. Il faut donc en user +avec grande prudence.</p> + +<p>Depuis un an, on fait beaucoup d'injections +d'eau de mer stérilisée (océanine). On donne de +300 à 500 grammes de liquide, et les promoteurs +de ce nouveau médicament en disent merveille: il +est possible que l'eau de mer soit un heureux +mélange de substances utiles à l'organisme. Je n'ai +pas fait d'études sur ce sujet; je dirai seulement +que j'ai essayé l'océanine chez trois malades, vus +en consultation avec le Dr Marie, sans résultats +appréciables. Il est vrai que nous ne leur donnions +que des doses de 30 grammes par jour. D'une +communication sur ce sujet faite à la Société +de Thérapeutique, le 11 octobre 1905, par le +Dr Marie, il résulte que ces injections, pratiquées +à des doses plus fortes, ont des effets vraiment +importants chez les nerveux, les aliénés, et qu'elles +n'ont pas les inconvénients graves des injections +salées ordinaires, si bien mis en lumière par M. le +Dr Hallion à la même séance de la Société. L'eau de +mer n'a donc pas dit son dernier mot, et c'est +probablement un des précieux médicaments de +l'avenir, comme le dit le Dr R. Simon; d'autant que +les injections massives qu'on en fait agissent également +en tant qu'injections de liquide non toxique.</p> + +<p>II. Il faut tenir compte de la nature du produit +injecté. Il existe, certainement, des médicaments +doués d'une action reconstituante sur le système +nerveux: les glycérophosphates, le cacodylate de +soude et surtout de magnésie, le sérum de Brown-Séquard, +peut-être la lécithine, les phosphates, etc. +Loin de nous l'idée d'étudier l'action de tous ces +médicaments: disons seulement un mot des principaux.</p> + +<p>Le cacodylate de soude est incontestablement un +reconstituant de premier ordre; on peut l'employer +sans danger à des doses beaucoup plus élevées +qu'on ne l'indique généralement, et j'ai publié, à +la Société de Dermatologie, des observations prouvant +la non-toxicité du produit, ainsi que l'utilité +des hautes doses longtemps continuées, dans certains +cas exceptionnels<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>. Le plus souvent, la dose +indiquée par le professeur Gautier, de 10 centigrammes +par injection, est suffisante, et il n'est +pas nécessaire de renouveler plus d'une fois par +semaine cette injection, à la condition de continuer +le traitement pendant deux ou trois mois +dans les cas moyens.</p> + +<p>J'ai, d'ailleurs, fait une étude clinique détaillée +de l'action des cacodylates de soude et de magnésie, +à la Société de Thérapeutique, en 1902, en indiquant +les très rares contre-indications, et en précisant, +dans la mesure du possible, les indications<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>. +Le cacodylate de fer en injections rend aussi des +services, dans les cas exceptionnels où le fer est +indiqué (chez certaines jeunes filles anémiques, +chloro-anémiques): mais quatre ou cinq injections +de 5 centigrammes, faites à raison de deux par +semaine, nous ont toujours semblé suffisantes.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Note 14:</b><a href="#footnotetag14"> (retour) </a> Considérations sur la médication cacodylique, <i>in Ann. de +dermatologie et Syphiliographie</i>, 6 mars 1902.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Note 15:</b><a href="#footnotetag15"> (retour) </a> <i>Bull de la Soc. de Thérapeutique</i>, 27 mars 1901.</blockquote> + +<p>Les injections orchitiques de Brown-Séquard, +après avoir eu un moment la faveur que l'on sait, +sont tombées dans un injuste oubli. Ayant eu la +bonne fortune d'être en relations personnelles et +suivies avec le vénéré maître, de recueillir de sa +bouche des aperçus thérapeutiques de grande +envergure, que la mort ne lui a pas laissé le temps +de vérifier et d'enseigner, je reste convaincu qu'il +faudra reprendre l'étude de l'action dynamogénique +du liquide de Brown-Séquard, préciser les +doses, le nombre des injections, etc. Ce travail n'a +été qu'ébauché par le grand initiateur.</p> + +<p>D'ailleurs l'opothérapie, en général, nous semble +une méthode pleine de promesses; j'ai cité notamment, +à la Société de Thérapeutique, en 1904, +le cas d'une malade à foie défectueux arrivée au +dernier degré du marasme, avec muguet dans la +bouche, qui a été comme ressuscitée par l'emploi +de trois lavements quotidiens préparés avec une +macération de 200 grammes de foie de porc, fraîchement +tué, dans 300 grammes d'eau bouillie. +Cette dame, une grande malade avec phénomènes +nerveux et dyspeptiques anciens, avait eu, à un +moment donné, une insuffisance hépatique; son +foie ne fonctionnait pour ainsi dire plus (fièvre +intermittente hépatique, urobiline dans l'urine, etc.); +au deuxième mois de cette complication, elle était +arrivée à l'état lamentable que j'ai indiqué, quand +nous eûmes l'idée de lui rendre ce qui manquait à +son foie. Le résultat a dépassé toute espérance; +trois heures après le premier lavement, la malade +avait des urines claires et abondantes; huit jours +après, elle avait retrouvé le sommeil et l'appétit, les +selles régulières, etc. Une fois l'orage passé, le danger +immédiat conjuré, il m'a encore fallu continuer +à soigner l'estomac, le cerveau, l'intestin, la peau +de ma malade: mais, trois mois après, elle put +aller achever sa convalescence dans le Midi, et, +depuis deux ans, elle va presque bien. La complication +hépatique n'avait été qu'un épisode dans +le cours de la «maladie», qui évoluait depuis +vingt années.</p> + +<p>D'une façon générale, les préparations opothérapiques, +auxquelles un immense avenir semble +réservé, ne rendront tous les services qu'elles peuvent +rendre que quand on trouvera le moyen de +les donner par voie sous-cutanée, comme le faisait +Brown-Séquard avec son liquide orchitique.</p> + +<p>Chez certains malades, les préparations de strychnine +par injections hypodermiques ont un effet +très utile: mais il ne faut pas dépasser en général +la dose d'un milligramme de sulfate, ou mieux +encore d'arséniate de strychnine, ni faire plus +de huit ou dix injections, réparties sur trente +jours.</p> + +<p>Nous avons dit combien la grippe est dangereuse +pour les malades, quels qu'ils soient. C'est l'ennemie +personnelle des neurasthéniques. De là, la +préoccupation constante que nous avons de faire la +guerre à cette affection accidentelle, de la couper +dès ses débuts. Or, il m'a bien semblé trouver, dans +le <i>cacodylate de gaïacol</i>, un agent antigrippal spécifique, +sur lequel j'ai cru devoir appeler l'attention +de mes confrères, à la Société de Thérapeutique, +en janvier 1906.</p> + +<p>Il est certain qu'une injection de cinq centigrammes +de cacodylate de gaïacol, dans un gramme +d'eau stérilisée, et préalablement saturée de gaïacol, +fait merveille chez les grippés au début: elle les +guérit en quelques heures. Deux ou trois injections +consécutives suffisent toujours pour couper la +grippe, même quand elle n'est pas prise au début, +à moins qu'il n'y ait de graves complications pulmonaires, +et, même alors, le cacodylate de gaïacol +me semble très recommandable. Il l'est aussi +dans ces convalescences interminables de grippe +qui résistent à tous les traitements.</p> + +<p>Dans les cas de grippe avec fièvre, voire même +avec pneumonie, nous nous sommes très bien +trouvés de donner, pendant trois ou quatre jours +de suite, des injections de quinine. Une seringue +de Pravaz de la solution suivante, introduite profondement +dans le muscle, est très bien tolérée +et n'occasionne jamais d'abcès:</p> + +<table width="80%" align="center" summary=""> + <tbody> + <tr> + <td valign="top" align="left" width="70%"> + Chlorhydrate neutre de quinine<br> + Antipyrine<br> + Eau distillée<br> + </td> + + <td valign="top" align="left" width="30%"> + 3 grammes.<br> + 2 —<br> + 6 —<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + + +<p>Ces injections de quinine ont aussi un effet merveilleux +dans les névralgies postgrippales, qui +sont quelquefois si tenaces, et qui résistent même +aux opiacés (névralgies sous-orbitaires, sciatiques, +névralgies intercostales).</p> + +<p>Je n'ai pas essayé la quinine en dehors de ces +suites éloignées de la grippe, cas de grippe aiguë et +de névralgies postgrippales,—on ne peut pas tout +faire,—mais je crois bien que la quinine à petites +doses, donnée en injections à tous les malades à +dépréciation nerveuse momentanée, aurait un effet +dynamogénique précieux.</p> + +<p>Dans certains cas de douleurs névralgiques trop +pénibles, les injections d'héroïne sont indiquées; +mais il faut savoir que l'héroïne doit se manier à +doses trois fois moindres que la morphine; en +d'autres termes, on ne doit jamais dépasser un +milligramme d'héroïne, surtout chez les malades +dont on ne connaît pas la tolérance. L'action antinévralgique +de l'héroïne nous a semblé supérieure +à celle de la morphine; mais il faut bien se rappeler +que l'héroïne est un médicament aussi dangereux +que la morphine, auquel les malades s'habituent, +et réserver son emploi pour les cas exceptionnels. +J'ai souvenir d'un malade chez lequel je me disposais, +à contre-coeur, à employer l'héroïne, lorsque, +me ravisant, je me demandai si la névralgie crurale +qui le torturait ne serait pas, par hasard, d'origine +syphilitique. Or, en reconstituant son histoire, +j'acquis la conviction que la syphilis était vraiment +en cause; et une seule piqûre de calomel eut raison +à tout jamais de cette névralgie si pénible; tant +il est vrai que le médecin doit toujours penser à la +syphilis, quel que soit le malade qu'il a devant lui.</p> + +<p>Chez les adultes, le traitement de choix de la +syphilis tertiaire, quelle que soit la manifestation +syphilitique (aortite, gommes), nous semble être +les injections mercurielles; celles au benzoate sont +douloureuses, et donnent des nodosités désagréables; +celles de biiodure en solution aqueuse sont +très douloureuses. Nous préférons l'huile grise +pour les cas moyens, le calomel pour les grandes +circonstances, et l'huile au sublimé,—dont nous +avons donné la formule en 1881 à la Société de +Dermatologie,—chez les syphilitiques épuisés, +auxquels l'huile sert d'aliment.</p> + +<p>Et puisque nous parlons d'injections huileuses, +le moment est venu de dire un mot de nos travaux +antérieurs sur l'action dynamogénique de l'huile +créosotée, en injections sous-cutanées <i>à dose +maxima tolérée</i>. Nous les avons surtout employées +et les employons encore chez les tuberculeux; +mais nous étions guidé par une fausse conception +théorique; et si la créosote <i>bien maniée</i> reste,—et +restera longtemps,—le médicament de choix +chez les tuberculeux, ce n'est pas parce qu'elle agit +contre le bacille de Koch, comme antiseptique, +c'est parce qu'elle a une action non douteuse, extraordinairement +puissante, sur le système nerveux.</p> + +<p>La créosote est, en effet, un agent dynamogénique +de premier ordre. Aussi les tuberculeux sont-ils +loin d'être les seuls malades qui puissent tirer +parti de ce précieux médicament; et si je ne craignais +d'être accusé de paradoxe, je dirais que ce +sont eux qui en tirent le moindre bénéfice, à cause +de la difficulté que présente le maniement de la +créosote chez ces malades, toujours prêts à avoir la +fièvre. Là où les injections d'huile créosotée font +merveille, c'est chez les pseudo-tuberculeux, qui +sont tellement démolis par les troubles gastriques, +nerveux, etc., qu'ils ont l'aspect de phtisiques tout +en ne l'étant pas. Chez eux, la créosote bien maniée +rend, en quelques jours, l'appétit, la force, en un +mot la vie.</p> + +<p>Le seul inconvénient de la créosote, et qui restreindra +longtemps son emploi, c'est l'extrême difficulté +qu'il y a à la manier. Pour ma part, je +me suis attaché à surprendre les moindres manifestations +de l'intolérance, et à les décrire minutieusement +afin de permettre aux praticiens de +ne jamais dépasser la dose utile; à appeler l'attention +sur les intolérances accidentelles, qui doivent +faire immédiatement suspendre le traitement, ou +baisser la dose acceptée les jours précédents. J'ai +même tellement insisté sur les dangers de la créosote +que quelques confrères m'ont accusé d'avoir +fait son procès; mais la dynamite aussi est une +arme redoutable, ce qui n'empêche pas que, bien +maniée, elle rende des services<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Note 16:</b><a href="#footnotetag16"> (retour) </a> Dans les injections d'huile créosotée, il n'y a pas seulement que +la créosote qui soit utile. L'huile absorbée, digérée par la peau, est +un aliment de premier ordre, et j'ai pu nourrir pendant un mois, +avec des injections sous-cutanées d'huile et des lavements aqueux, +un malade atteint d'ulcère de l'estomac. Un mois durant, ce malade +est resté à la diète <i>absolue</i>, ce qui a donné à l'ulcère le temps de +se cicatriser. Je lui faisais faire, tous les jours, une injection de +150 grammes d'huile convenablement préparée. Le danger des +injections huileuses est la pénétration de l'huile dans un vaisseau +sanguin, d'où peut résulter une embolie qui peut être mortelle; +mais j'ai indiqué le moyen de se mettre <i>sûrement</i> à l'abri de tout +accident grave. Le secret consiste à bien connaître les moindres +symptômes d'introduction de l'huile dans le torrent circulatoire, +et à arrêter l'injection dès l'apparition de ces symptômes. +Rien n'est plus facile que d'arrêter à temps cette injection, si on la +fait avec la lenteur voulue; mais cette lenteur n'est possible +qu'avec l'emploi d'un appareil spécial, à fonctionnement automatique. +Au reste tous ces points sont étudiés dans mon livre +sur le <i>Traitement de la tuberculose par la créosote</i>.</blockquote> + +<p>III. Les injections hypodermiques, quelles qu'elles +soient, agissent encore d'une autre façon. En dehors +des propriétés particulières à chaque médicament, +et de l'action dynamogénique reconnue à +toute injection sous-cutanée et même intra-musculaire, +elles agissent encore par suggestion. Elles +font prendre patience au malade, en attendant que +les autres agents thérapeutiques, qui visent l'hygiène +cérébrale, médullaire, gastrique, intestinale, cutanée, +etc., aient eu le temps de produire leurs effets. +Car, comme ces agents n'ont qu'une action lente, +comme ils ne procurent pas de résultat immédiat, le +malade serait vite découragé, si on ne lui donnait +pas du premier coup, un remontant, factice peut-être, +mais certainement utile, et ayant une action +évidente, rapide, qui le fait patienter et lui inspire +confiance.</p> + +<p>La pratique des injections hypodermiques est +également utile au médecin à un autre point de vue: +elle lui permet d'apprécier très vite le degré de +confiance que lui accordent le malade et son entourage. +Or, de ce degré de confiance dérive, dans une +notable mesure, le résultat thérapeutique final. Si +le médecin sent que son malade a foi en lui, il +déploiera, pour lui venir en aide, toutes les ressources +de son intelligence et de son coeur; dans +le cas contraire, il se sentira à tout instant, gêné, +paralysé, inhibé, et il risquera de n'avoir pas toute +la clairvoyance nécessaire. De là l'importance qu'il +y a, pour lui, à évaluer le degré de confiance qui +lui est octroyé. Eh bien! pour l'apprécier, il n'y a +pas de meilleure pierre de touche que l'injection +hypodermique. Car si le malade et son entourage +acceptent celle-ci aveuglément, du premier coup, +sans même demander la formule du liquide injecté, +c'est toujours signe que le terrain est bon, et que +le malade acceptera avec la même obéissance les +diverses prescriptions qui lui seront faites. Dans +certains cas, il est vrai, le malade accepte, non +parce qu'il a confiance, mais par une sorte d'inertie; +peu importe, il acceptera avec la même passivité +les prescriptions qui lui seront faites, et c'est +là l'essentiel. Quand, au contraire, le malade, ou +surtout son entourage, manifestent une curiosité +inquiète, qu'on ne parvient pas à satisfaire par une +réponse banale, quand ils expriment des appréhensions +sur la nature et les effets du liquide +injecté, on peut dire que le cas est mauvais, ou tout +au moins médiocre; et le médecin aura beaucoup à +faire pour conquérir la confiance.</p> + +<p>Certes, cette curiosité et ces appréhensions sont +légitimes, et ce que nous disons ici ce n'est pas pour +les empêcher: mais il n'en est pas moins vrai +qu'elles constituent une sorte de suspicion, que le +médecin a intérêt à connaître afin de travailler à la +faire cesser et d'établir ainsi, entre son malade et +lui, cette confiance réciproque qui est la condition +indispensable d'un traitement efficace.—Or l'attitude +des malades en face des injections qu'on leur +propose constitue, à ce point de vue, un excellent +moyen de diagnostic moral.</p> + +<p>Parmi les autres moyens accessoires, il nous faut +dire un mot des applications locales, révulsives ou +dérivatives, qui étaient autrefois si en honneur, +et qui sont tombées dans un discrédit bien injuste.</p> + +<p><i>Vésicatoires</i>.—Autant nous protestons contre +les larges vésicatoires employés autrefois, et qui, +chez quelques malades, produisaient de la cystite, +chez presque tous une douleur pire que le mal +qu'on voulait guérir; autant nous continuons à +penser que le petit vésicatoire, sous forme de +mouche de Milan, ne doit pas être dédaigné. Chez +les grands malades qui ont le système nerveux +sens dessus dessous, une mouche, appliquée derrière +l'oreille, peut faire un mal extrême et produit +un état d'agitation inconcevable, non pas à cause +de la douleur insignifiante qu'elle provoque, mais +par le fait du trouble de circulation qu'elle produit à +distance. Ce seul fait suffirait à prouver que l'application +d'une mouche n'est pas indifférente; rien, d'ailleurs, +n'est indifférent en thérapeutique. Mais chez +certains malades qui ont encore un bon capital nerveux, +la mouche, appliquée derrière l'oreille droite, +de préférence, produit une sédation des plus remarquables, +amène le sommeil, dissipe le malaise mental +et les divers troubles innommables qui constituent +l'état nerveux; c'est sans doute à cause de l'infériorité +fonctionnelle de la partie gauche du corps,—habituelle +chez les malades, ainsi que nous +l'avons dit,—que la mouche appliquée derrière +l'oreille droite produit ces effets favorables, qu'elle +produirait moins si elle était appliquée à gauche; +en tout cas, c'est un fait d'observation. De même, +la mouche sur le creux de l'estomac peut amener, +si elle est appliquée trop tôt, ou dans les cas trop +aigus, une aggravation notable des troubles gastriques; +mais si elle vient à son heure, elle provoque +un apaisement notable des troubles digestifs. La +mouche lombaire, d'autre part, est souvent l'un +des meilleurs remèdes à apporter à la constipation. +Cette affirmation peut sembler singulière, mais elle +s'explique pour qui comprend l'origine, presque +toujours nerveuse, de la constipation.</p> + +<p><i>Emplâtres</i>.—Les applications d'emplâtres +d'opium ne sont jamais dangereuses, et font souvent +le plus grand bien. Étant donnée l'extrême +susceptibilité d'un système nerveux malade, qui se +laisse impressionner par les moindres influences, +ce fait n'a rien d'extraordinaire. En tout cas, j'affirme, +au nom d'une expérience prolongée, qu'une +mouche d'opium appliquée à la tempe est souvent +très appréciée par les malades céphalalgiques, qu'un +emplâtre d'opium, ou de ciguë et de belladone, +laissé sur l'estomac pendant huit jours, calme mieux, +ou du moins d'une façon plus continue, les douleurs +gastralgiques, que ne le ferait une série d'injections +de morphine.</p> + +<p>De même, l'emplâtre à l'oxyde de zinc, appliqué +sur la colonne vertébrale, immédiatement au-dessous +de la première vertèbre dorsale, sur une longueur +de dix centimètres, atténue singulièrement certains +phénomènes médullaires dont se plaignent les +malades, en particulier les inquiétudes dans les +jambes qui sont si fréquentes chez les grands neurasthéniques.</p> + +<p>Tous ces moyens si simples ne sont donc pas à +dédaigner. A eux seuls, ils seraient insuffisants; +mais, ajoutés au régime alimentaire, au repos méthodiquement +dosé, aux applications hydrothérapiques +raisonnables, et à la psychothérapie, ils amènent +sûrement la guérison, lorsqu'il reste assez de capital +biologique pour que la lutte ne soit pas impossible.</p> + +<p><i>Purgatifs</i>.—Nous usons très peu des médicaments +fournis par la pharmacopée, pour ce motif bien +simple que nous n'en avons pas besoin, et que nous +avons une crainte presque instinctive de tous ces +agents thérapeutiques à action violente et perturbatrice. +Faut-il l'avouer? c'est aussi parce que nous +ne les connaissons pas.</p> + +<p>Rien n'est, en effet, difficile comme l'étude d'un +médicament. J'ai mis, quant à moi, des années à +étudier l'action du bromure, quand je m'occupais +plus spécialement des «maladies» nerveuses et mentales; +et quand, en octobre 1898, le professeur +Gautier a bien voulu me confier l'étude du cacodylate +de soude, la première chose que je lui ai +dite, c'est qu'il me fallait au moins deux ans pour +pouvoir lui donner sur cet agent thérapeutique une +appréciation ayant quelque valeur. Enfin, pour ce +qui est de la créosote et du gaïacol, j'ai mis cinq ans +à en connaître l'effet.</p> + +<p>Comment, alors, avoir confiance dans des publications +hâtives sur des médicaments découverts de +la veille? Et, en ce qui est des médicaments anciens, +ayant fait leurs preuves, je répète que, en général, +je les redoute, à cause de l'extrême sensibilité des +malades, qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer.</p> + +<p>Les purgatifs, en particulier, quels qu'ils soient, +m'inspirent une véritable terreur. Mais, dira-t-on, +tous les jours nous les voyons employer sans +dommage, et même avec une apparence de succès +qui saute aux yeux! Leur emploi répond d'ailleurs +à une indication bien rationnelle, puisqu'il faut évacuer +les résidus de la digestion qui empoisonneraient +l'économie! Il nous faut réfuter ces objections +en passant: qu'on donne un purgatif à un +homme solide qui a un léger embarras gastrique, +il le tolérera, et paraîtra même s'en trouver bien; +mais c'est une erreur d'interprétation, et si le +purgatif ne lui a pas fait de mal appréciable, c'est +que tout est sain chez les hommes sains. Mais +donner un purgatif à un malade grave dont le +système nerveux est profondément atteint, c'est +provoquer chez lui des réflexes dont personne ne +connaît l'importance, c'est quelquefois sidérer son +système nerveux abdominal. C'est alors qu'on voit +le ventre, qui avait jusqu'alors une certaine tonicité, +devenir flasque, inerte, perdre toute réaction; l'intestin +est alors inhibé dans son fonctionnement, et +il faut quinze jours, un mois, pour qu'il se ressaisisse, +quand il se ressaisit. Mais, dira-t-on, que faut-il +donc faire chez les malades constipés? La réponse +est bien simple: il ne faut pas s'occuper de leur +constipation, qui n'est qu'un symptôme, et il faut +les soigner en tant que malades; la constipation disparaîtra +d'elle-même. Le moment nous semble venu +de protester une dernière fois contre les idées des +gens du monde, et des médecins, relatives à la constipation.</p> + +<p>Nombreux sont les gens soi-disant bien portants +qui sont atteints de constipation chronique. Quand +nous disons bien portants, c'est une façon de parler: +car, en réalité, les constipés ne sont pas absolument +bien portants. Mais il en est beaucoup qui vont et +viennent, vivent de la vie commune, tout en ayant +une constipation opiniâtre; de plus il y a beaucoup +de vrais malades qui vont moins mal quand ils sont +constipés. Une dame nous disait plaisamment, à ce +sujet, que son intestin avait «horreur du vide». +Tant que ces personnes ne sont pas atteintes de cette +obsession spéciale qui empoisonne la vie des constipés, +elles tolèrent leur infirmité sans se douter +qu'elle existe. Mais malheur à elles quand elles +commencent à se préoccuper de leur constipation! +C'est à partir de ce moment qu'elles rapportent à la +constipation les mille et une misères qui sont +l'apanage des neurasthéniques. Malheur à elles, +surtout, quand elles entrent dans la voie des soi-disant +traitements de la constipation! Elles commencent +par user du lavement simple, tiède d'abord, +puis très chaud, puis très froid; puis elles ont recours +aux purgatifs doux, aux purgatifs plus violents, +elles en arrivent aux grands lavages. Elles font +tant et si bien qu'elles irritent leur intestin, et qu'à +leur constipation anodine succède l'entéro-colite +membraneuse.</p> + +<p>A partir de ce moment, la vie leur devient insupportable +et le cercle vicieux est établi. Plus elles +irritent leur intestin, plus la constipation devient +opiniâtre, et, pour lutter contre cette constipation +opiniâtre, elles irritent de plus en plus leur intestin. +L'obsession entre alors en scène, elles ne pensent +plus qu'à leurs fonctions alvines, à la liberté +du ventre, qu'elles disent être la plus nécessaire +des libertés. Elles donneraient la vie du genre +humain pour obtenir une selle; elles se présentent +à la garde-robe plusieurs fois dans la journée, sans +succès ou avec des résultats insignifiants, et, cette +impuissance les affolant, elles ont recours aux +moyens les plus extraordinaires pour lutter contre +l'odieuse constipation. Cet état mental des constipés +mérite d'être étudié de très près; et toute thérapeutique +qui ne cherche pas à le modifier est, par +avance, condamnée à l'impuissance.</p> + +<p>La première chose à faire, quand on se trouve en +présence d'un de ces constipés à obsession, est de +lui persuader que la constipation n'est pas l'ennemie, +n'est pas la cause immédiate de toutes les +misères qu'il ressent, qu'elle n'est au contraire qu'un +symptôme d'importance secondaire, prouvant simplement +qu'il y a quelque chose de défectueux dans +le fonctionnement du système nerveux abdominal.</p> + +<p>Persuadez à vos malades qu'il leur suffit d'aller +à la garde-robe tous les deux ou trois jours pour commencer, +que, lorsqu'ils iront mieux, ils iront quotidiennement; +invitez-les à ne s'y présenter qu'une +fois par jour, à heure fixe, en leur interdisant, dans +la mesure du possible d'y aller en dehors de l'heure +réglementaire. Recommandez-leur de ne pas lutter +contre la constipation, mais bien contre le trouble +nerveux dont la constipation n'est qu'un symptôme, +et, s'ils vous écoutent, si vous avez le don de les convaincre, +ils seront par cela seul à moitié guéris.</p> + +<p>Cependant, comme il faut tenir compte de leur +état mental, et un peu aussi de la mentalité de +l'entourage, on peut autoriser un petit lavement +d'eau bouillie à prendre le matin du troisième jour +de présentation inefficace, à l'heure réglementaire +de la présentation, lavement qui sera gardé cinq +minutes seulement. On peut encore, si l'on croit +devoir faire de grandes concessions, permettre au +malade, le soir du troisième jour de présentation +inefficace, un lavement d'huile, non pas avec +200 ou 300 grammes d'huile, mais avec quatre ou +cinq cuillerées à bouche d'huile pure, lavement +destiné à être gardé toute la nuit; si l'on y ajoute +une forte dose de suggestion, ce lavement aura, +pour le lendemain, un effet magique.</p> + +<p>Les pilules de belladone d'après la formule de +Trousseau sont également recommandables; elles +ont tout au moins l'avantage de ne pas être nuisibles.</p> + +<p>Mais un agent véritablement utile, c'est le liquide +orchitique de Brown-Séquard; c'est de la bouche +même du savant professeur que je tiens ce renseignement, +et je me rappelle encore, comme si c'était +hier, le jour où il me disait ces paroles: «De tous +les services que m'ont rendus à moi-même mes +injections de suc orchitique, celui que je place en +première ligne, bien avant tous les autres, c'est +qu'elles m'ont guéri d'une constipation opiniâtre». +Et, ajoutait l'illustre maître, «il faut avoir été, +comme moi, torturé par la constipation pour savoir +toutes les angoisses qu'elle occasionne».</p> + +<p>Or il faut remarquer que l'auto-suggestion n'a +joué aucun rôle dans la circonstance, car M. Brown-Séquard +ne s'attendait pas le moins du monde à cet +effet des injections do liquide orchitique.</p> + +<p>Pour moi, utilisant ce précieux renseignement, +j'ai traité et je traite encore par les injections de +liquide orchitique les grands neurasthéniques +atteints de constipation opiniâtre avec entéro-colite.</p> + +<p><i>Eaux minérales</i>.—Si nous donnons peu de +créance aux médicaments de la pharmacopée, nous +croyons, par contre, que les eaux minérales constituent +des agents thérapeutiques très actifs. Voltaire, +qui ne respectait rien, disait que les voyages +aux eaux ont été inventés par des femmes qui s'ennuyaient +chez elles, et Diderot affirmait que, en +général, les eaux sont le dernier conseil de la +médecine poussée à bout. «On compte plus, ajoutait-il, +sur le voyage que sur le remède.»</p> + +<p>Tous les deux étaient, certes, des hommes d'esprit, +mais ils parlaient là de choses qu'ils ne connaissaient +point. Si incommensurable que soit la +sottise humaine, les eaux n'auraient pas joui, +depuis la plus haute antiquité, et ne jouiraient pas +du renom qu'elles ont encore, si elles n'avaient pas +vraiment une certaine efficacité.</p> + +<p>Certes, dans les bons effets des cures minérales, +il faut compter, pour une certaine mesure, avec le +changement de milieu, l'influence agréable du +voyage; mais il ne faut pas oublier que cette +influence, utile quelquefois, est quelquefois fâcheuse. +Aussi faut-il n'envoyer aux eaux que les malades +qui ont encore beaucoup de ressort, et dont le +capital n'est pas sérieusement compromis.</p> + +<p>Le changement de régime alimentaire qui est +imposé aux malades, dans les stations thermales, +leur est parfois favorable, et peut avoir une part +d'influence dans les bons résultats obtenus. Nous +savons, en effet, que, à un moment donné, il est +utile de ne pas se confiner dans un régime alimentaire +suivi depuis trop longtemps, et aussi que, +dans certains cas, il faut savoir brusquer l'estomac. +Mais ce changement brusque, qui souvent est utile, +peut être dangereux, au contraire, quand le système +nerveux n'est pas de taille à supporter le +soudain assaut imposé.</p> + +<p>C'est ce qui arrive souvent aux stations minérales, +où le bon effet des eaux est, en grande +partie, contre-balancé par la mauvaise hygiène +alimentaire. De là l'utilité qu'il y aurait à instituer, +dans toutes les villes d'eaux, des «tables de +régime» comme il en existe dans toutes les maisons +de santé bien tenues, où chaque malade, pour +ainsi dire, a le régime alimentaire qui lui convient, +dosé et surveillé par le médecin de l'établissement. +Rien de semblable n'existe, malheureusement, dans +nos stations minérales, parce que les médecins n'y +sont pas libres de tous leurs actes, et ont à compter +avec les hôteliers qui, eux-mêmes, ont à compter +avec leurs chefs de cuisine.</p> + +<p>A Carlsbad, on a bien essayé de faire des «tables +de régime»; et j'y ai vu moi-même des menus +imprimés; mais un bon nombre des mets qu'ils +annonçaient se sont trouvés n'exister que sur le +papier. A Vichy, par contre, plusieurs médecins +sont arrivés à imposer à des tenanciers de pensions +de famille l'obligation de donner aux malades +des régimes variés, suivant les prescriptions médicales.</p> + +<p>Quant aux indications des eaux minérales, elles +varient à l'infini.</p> + +<p>Certaines eaux ont certainement une action prédominante +sur tel on tel syndrome. Ainsi, ce n'est +pas du tout en vertu d'une erreur d'observation, ou +d'un engouement irréfléchi, qu'on attribue aux eaux +de Bagnoles de l'Orne une action presque spécifique +sur les troubles périphériques de la circulation +(varices, hémorroïdes, phlébites). Les malades +atteints d'hémorroïdes, par exemple, voient sûrement, +à Bagnoles, diminuer l'ensemble de leurs +misères (troubles nerveux, dyspeptiques), mais plus +particulièrement les misères locales causées par +leurs hémorroïdes. De même Châtel-Guyon a une +action non douteuse sur le symptôme constipation, +action que n'a pas Vichy, qui, au contraire, +favorise la constipation pendant la durée du traitement.</p> + +<p>De même, les eaux de Brides-les-Bains ont, chez +certains entéralgiques, convalescents d'appendicite, +etc., une action véritablement spéciale. De même +encore, dans l'obésité, qui, comme nous le verrons, +n'est qu'un des symptômes de la «maladie», elles +ont une bienfaisance incontestable, surtout si, à +leur action, on ajoute celle d'une gymnastique en +montagne bien comprise et bien réglée. Les eaux +de Bagnères-de-Bigorre n'ont pas d'action spéciale, +mais elles rendent de précieux services aux nerveux +fatigués. Celles de Vichy sont absolument indiquées +chez les malades dont le système nerveux digestif +est en détresse, et la Grande Grille, en particulier, +a une action d'une puissance extrême, qui ne s'explique +pas plus par la théorie des <i>ions</i> que par les +théories chimiques, mais qui est indiscutable. Et il +ne s'agit pas là de psychothérapie ni de suggestion; +la Grande Grille a des effets qui lui sont +propres, et Vichy est souvent un adjuvant dont on +ne peut se passer. Mais il faut se rappeler que c'est +une arme difficile à manier, comme toutes les armes +puissantes, et qu'à Vichy il ne faut envoyer que +les malades ayant encore une grande force de résistance +vitale.</p> + +<p>Par contre, il ne faut pas croire qu'on ne doive +y envoyer que des dyspeptiques. Parmi les 30 +ou 35 malades que j'y envoie, chaque année, +il y en a au moins une dizaine chez lesquels les +symptômes cérébraux prédominent, à condition, +bien entendu, que ces symptômes ne soient pas en +rapport avec des lésions organiques; et ces malades +se trouvent au moins aussi bien de Vichy que ceux +qui n'ont que des symptômes gastriques ou hépatiques.</p> + +<p>Autrefois, on ne craignait pas d'envoyer à Bourbon-l'Archambault +les malades atteints de lésions +organiques du cerveau ou de la moelle, hémiplégiques, +congestifs, etc. Depuis quelques années, la +physionomie de cette station a changé. Il y a eu des +accidents provoqués par l'eau chaude sur les +malades à artères friables; et l'on se borne actuellement +à y envoyer les malades à troubles médullaires +superficiels, connus vulgairement sous les +vocables de rhumatismes chroniques ou articulaires, +sciatiques, névralgies, etc. Marienbad, avec +ses bains de boue, Franzenbad avec ses bains +d'acide carbonique, rendent aussi de grands services +aux rhumatisants et aux obèses sans lésions +organiques appréciables.</p> + +<p>Seule, la station de Lamalou a gardé le privilège +de recevoir des malades à lésions organiques nettement +définies, et dont nous ne nous occupons pas +dans ce travail.</p> + +<p>Vittel et Contrexéville conviennent aux malades +chez lesquels le trouble de la nutrition, qui n'est, +en général, qu'un trouble du système nerveux, se +traduit, sans que nous sachions pourquoi, par la +formation de calculs, soit dans le foie, soit dans +les reins<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Note 17:</b><a href="#footnotetag17"> (retour) </a> Pour supporter le traitement de Vittel, il faut avoir bon estomac, +à cause de la quantité d'eau qu'on est obligé de boire. De +là le nombre relativement limité de malades qu'on peut envoyer +à Vittel. Mais fouillez le passé de ces malades, et vous verrez +que, longtemps avant d'avoir la gravelle, ils ont eu de petits +troubles cérébraux, ne fût-ce que des migraines, de petits troubles +cutanés, de l'obésité. Un beau jour, une colique néphrétique les +surprend, et l'on se figure que c'est à partir de ce jour qu'ils sont +devenus malades. Il n'en est rien. La colique néphrétique n'a été +chez eux, qu'un accident; bien avant de l'avoir, ils avaient, même +du côté du rein, de petites misères qui passaient inaperçues: du +lumbago, des urines chargées de sable. Et si, au moment où l'on +s'est aperçu de ces petits symptômes, on les avait soignés méthodiquement, +par le repos ou l'exercice suivant les cas, par telle ou +telle hygiène alimentaire, telle ou telle pratique hydrothérapique, +telle ou telle hygiène cérébrale, ils n'auraient pas eu de coliques +néphrétiques, et n'auraient pas eu besoin d'aller à Vittel. Mais, +ne cessons pas de le dire, ils sont bien heureux de recourir au +traitement bienfaisant de Vittel pour se débarrasser d'une des +manifestations importantes de leur «maladie», au moins d'une +façon temporaire. Ils doivent seulement se rappeler que Vittel seul +ne les guérira pas, quand même ils y retourneraient tous les ans.</blockquote> + +<p>Les eaux arsenicales conviennent souvent à nos +malades; la Bourboule en particulier, Saint-Nectaire +chez les enfants et les jeunes gens.</p> + +<p>Mais nous ne voulons pas faire une revue des +eaux minérales françaises et étrangères. Tout ce +que nous voulons prouver, c'est que les eaux minérales +sont un agent thérapeutique de premier ordre, +un agent que tous les médecins doivent connaître, +non seulement parce qu'ils voient dans les livres, non +seulement par ouï-dire, mais en se donnant la peine +d'aller les visiter. Il n'est même pas mauvais qu'ils +goûtent, par eux-mêmes, aux diverses sources, et +qu'ils tâtent parfois des bains. Ils ne tarderont pas +à voir que ce ne sont pas des agents indifférents: +je leur recommande, en particulier, un bain à Salies-de-Béarn, +à forte dose d'eau salée. Aussi le monde +médical doit-il être très reconnaissant à celui de +nos maîtres, le professeur Landouzy, qui a organisé, +tous les ans, des caravanes scientifiques pour +visiter les eaux françaises; quinze jours de voyage +sous une bonne direction médicale sont plus utiles +que six mois de travail dans les livres. On apprend +ainsi à connaître non seulement les eaux, mais +aussi les médecins des stations, parmi lesquels il +en est beaucoup qui ont des idées générales très +intéressantes sur la pathologie. Ces médecins des +villes d'eaux sont, d'ailleurs, pour les praticiens, +de précieux collaborateurs, quand ils veulent bien +ne pas se borner à prescrire les eaux en boisson, +les bains, les douches, etc., et consentir à faire, +en même temps, oeuvre médicale véritable, c'est-à-dire +surveiller le régime, doser avec soin le repos +et l'exercice, et se souvenir que la psychothérapie +ne perd jamais ses droits.</p> + +<p><i>Voyages</i>.—Les gens du monde se figurent que +les voyages font le plus grand bien aux malades en +général, qu'à la suite d'un état aigu, par exemple, +dès que le malade est transportable, il faut l'envoyer +bien loin de chez lui, et que, dans les états +chroniques, ce déplacement lointain est la condition +<i>sine qua non</i> d'une guérison. Cette opinion +est basée sur une erreur d'interprétation. Il est certain +qu'un homme bien portant se trouve très bien +d'un déplacement annuel, et les vacances sont +chose indispensable pour cet homme, quels que +soient son âge et sa situation. Il faut que, au moins +une fois par an, l'homme bien portant mette, pendant +quelques jours, son cerveau en jachère, +prenne l'exercice dont il a été en partie privé pendant +le reste de l'année. Ce temps consacré au +repos cérébral n'est pas du temps perdu, c'est du +temps bien employé.</p> + +<p>Les vacances sont également nécessaires à l'enfant +qui travaille: et par vacances nous entendons +non seulement le repos cérébral, qui doit être +presque absolu,—ce qui, par parenthèse, contre-indique +l'usage des devoirs de vacances,—mais +aussi, autant que possible, le changement de milieu, +ne fût-ce que pendant une trentaine de jours. De +là l'utilité des colonies de vacances, que le professeur +Landouzy appelle «des croisades de paix et +de rédemption». Elles sont, dit-il très justement, +la «première ligne de défense contre la tuberculose». +M. Plantet a fait sur ce sujet, à la demande +de l'Office central du travail, un rapport des plus +intéressants et des plus complets, publié dans la +<i>Réforme sociale</i>, (16 juin et 1er juillet 1905). Il +résulte de ce rapport que la France est en retard +sur les autres pays, sur le Danemark, l'Angleterre, +la Suisse, l'Allemagne, la Belgique; que +nous n'occupons, en somme, que le sixième rang +dans la lutte des sociétés contre le dépérissement +de leur race. Cependant, depuis 1882, la France +est entrée dans le mouvement, et les colonies scolaires +françaises sont déjà en nombre considérable: +il y a les colonies de la ville de Paris, 26 institutions +privées parisiennes, 40 comités de patronage +s'occupant de procurer des vacances aux enfants +pauvres de la capitale; et des colonies semblables +fonctionnant dans cinquante-six villes de France. +Au total, en 1902, 14000 petits Français ont bénéficié +de ces institutions philanthropiques<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name="footnote18"></a><b>Note 18:</b><a href="#footnotetag18"> (retour) </a> Dans l'intéressant rapport de M. Plantet, chacune de ces +colonies est étudiée avec des détails suffisants pour qu'on puisse +se rendre compte de son fonctionnement, du prix de revient, des +résultats obtenus. Dans un premier type, les enfants sont logés +en commun dans un même local (villas scolaires, écoles communales +vacantes pendant l'été, propriétés privées, louées, +acquises, spécialement aménagées pour abriter une collectivité à +la campagne ou à la mer). C'est la colonie d'internat.<br> + +<p>Dans un second type, les enfants sont confiés par petits groupes +de deux à quatre au plus, à des familles de cultivateurs recommandables, +moyennant un prix débattu, dans les régions réputées +les plus saines. C'est le placement familial.—Les deux systèmes +présentent des avantages et des inconvénients qui sont +analysés de très près dans le travail que nous signalons.—En +ce qui concerne la santé, tous les rapports constatent la plus-value +dans toutes les régions, en montagne, en plaine, à la mer, +aussi bien dans les colonies collectives que dans les colonies +familiales.</p> + +<p>Quant aux résultats moraux, tout dépend de la colonie et de +l'esprit qui l'anime. Beaucoup pensent qu'il ne suffit pas de faire +gagner à de pauvres enfants une livre de graisse par semaine. Il +y a mieux à faire, on peut réaliser un bien plus durable: il faut +viser à ce qu'ils rentrent meilleurs à leur foyer. Dans certaines +colonies, un tel soin ne se devine guère. Dans d'autres, au contraire, +c'est la pensée dominante et le rêve du directeur. Le tout +est de savoir choisir.</blockquote> + +<p>Non seulement l'homme bien portant, mais celui +qui n'est qu'un peu fatigué par le surmenage cérébral, +et par les petites émotions quotidiennes, se +trouve très bien de changer d'air, de milieu, non +seulement une fois par an, mais même chaque fois +qu'il sent, chez lui, cette sorte de malaise cérébral +prémonitoire de la neurasthénie, ou certains +troubles digestifs mal définis qui prouvent que son +système nerveux abdominal n'est plus en fonctionnement +parfait. Pour lui, un déplacement de +quelques jours est extrêmement favorable. Où qu'il +aille, il verra son appétit renaître, sa constipation +disparaître, la santé lui revenir. Que dis-je? chez +certaines femmes nerveuses, mais au demeurant +ayant encore un capital sérieux, l'unique fait de +monter en chemin de fer produit des effets appréciables, +et, le jour même du départ, on les voit +transformées. Elles laissent à la première station +leurs phobies, leurs inquiétudes; c'est un changement +à vue, un véritable coup de théâtre.</p> + +<p>Mais autre chose est l'hygiène de l'homme bien +portant, ou du candidat à la «maladie» dont le capital +est encore presque intact, et autre l'hygiène du +vrai malade. Voilà ce que, d'une façon générale, +les gens du monde ignorent. Ils s'obstinent, malgré +eux, par le fait d'un faux raisonnement, à croire +que ce qui fait du bien à l'homme valide doit en +faire encore plus à l'homme malade. «Un bon bifteck +saignant est certainement utile à un travailleur +bien portant; combien il doit être plus utile à +un malade affaibli! Il va certainement lui rendre +des forces. Donnons-lui donc de la viande saignante; +plus il en prendra, plus vite il sera guéri!» +Le malade proteste, il affirme que la viande saignante +lui fait du mal: c'est égal, qu'on lui en +donne au moins autant que son estomac pourra en +digérer, ce sera toujours pour son bien! On disait +la même chose, autrefois, pour le vin; les gens +intelligents commencent à comprendre que le vin, +si utile à un travailleur bien portant, n'est pas un +aliment héroïque quand il est donné à des malades, +même sous forme de vins médicamenteux.</p> + +<p>De même l'on raisonne pour l'exercice. Un exercice +modéré est utile aux gens bien portants; il +faut donc l'imposer au malade. Ce dernier a beau +dire que la moindre marche le fatigue, lui ôte le +peu d'appétit et de sommeil qu'il avait encore; c'est +égal, il faut qu'il marche! On ne conçoit pas qu'il +doive rester à la chambre, du moment qu'il peut +se tenir sur ses jambes. Le pauvre malade voudrait +rester couché, il sent que le lit lui est utile; c'est +encore là, dit-il, qu'il souffre le moins. Mais non, +il faut qu'il se lève! Le lit ôte les forces, le lit constipe! +Et plus le patient est soi-disant bien soigné, +plus il a à lutter contre ces préjugés, qu'on parvient +difficilement à déraciner même dans les +milieux intelligents. Il ne faut pas non plus, dit-on, +laisser le malade dormir le jour, sans quoi il ne +dormira pas la nuit! Malheureux, qui ne voulez +pas comprendre que l'insomnie de votre cher +malade «tient à une excitation de ses cellules cérébrales, +et que le sommeil est le meilleur remède à +apporter à cette excitation, et que, par conséquent, +le sommeil du jour prédispose au sommeil nocturne! +Quand donc aurez-vous une notion un peu +précise et raisonnée sur la pathogénie de tous ces +troubles dont l'ensemble constitue la «maladie»?</p> + +<p>C'est aussi par une faute grossière de raisonnement +qu'on considère les voyages comme utiles +aux malades. Encore une fois, ils sont utiles aux +gens bien portants, et d'autant plus utiles qu'on se +porte mieux, parce qu'ils permettent à l'homme +doué d'un beau capital biologique de faire de ces +petites avances dont nous avons parlé déjà, de ces +placements à gros intérêts qui augmentent sa fortune. +Accidentellement, il est vrai, il peut se faire +que le placement soit malheureux: c'est ce qui +arrive chez l'alpiniste qui aventure une trop grosse +somme d'énergie, et met quelquefois quinze jours +à se refaire d'une excursion par trop fatigante. +Mais enfin, en général, on peut dire que, chez les +gens bien portants, ces risques de dépenses exagérées +sont réduits à très peu de chose. Le malade, +au contraire, est un indigent. Non seulement il ne +doit pas dépenser à tort et à travers, mais il doit +parcimonieusement, et avec un soin jaloux, garder +le peu qu'il possède encore, et chercher à faire des +économies. Si son indigence est momentanée, il se +remettra assez vite à flot. Si elle est définitive, <i>a +fortiori</i> devra-t-il chercher à ne pas faire de fausses +dépenses.</p> + +<p>Or, il ne faut pas se le dissimuler, pour le malade +tout voyage est une dépense; le changement d'habitudes, +le surcroît de fatigue inévitable, à eux +seuls, occasionnent de la dépense nerveuse. Si c'est +un grand malade, le voyage peut même le tuer, +comme il tue ces malheureux typhoïdiques qu'on +est quelquefois obligé, en campagne, ou qu'on se +croit obligé d'évacuer à de longues distances, sur +des cacolets qui les secouent d'une façon lamentable. +Ils arrivent quelquefois morts à l'ambulance +lointaine, d'autres fois demi-morts; mais toujours +leur état est extrêmement aggravé. Si on avait pu +les soigner sur place, ou les évacuer à très petites +journées, dût-on les tenir privés des ressources de +la thérapeutique, et se borner à leur faire deux +lotions fraîches par jour, ils auraient eu bien plus +de chances de guérir. Je l'affirme au nom d'une +expérience personnelle, faite pendant la campagne +de Tunisie. Mais, sans parler des états aigus +qui contre-indiquent absolument tout long déplacement, +ne voyons-nous pas, tous les jours, des +états chroniques aggravés à vue d'oeil par les longs +trajets? Cet illustre malade qui traverse toute la +Russie pour aller au Caucase, dans le vain espoir +de retrouver la santé, et qui voit son état s'aggraver +sensiblement en route; tous ces cardiaques, ces +albuminuriques qui vont aux eaux lointaines chercher +la guérison promise, et en reviennent bien +plus fatigués que s'ils étaient restés chez eux? Et les +tuberculeux avancés! ces tristes victimes des théories +régnantes et de la crainte de la contagion.</p> + +<p>Vous prenez là, dira-t-on, les cas extrêmes, et +on commence à comprendre que les grands déplacements +ne sont pas favorables aux grands malades.</p> + +<p>Oui, mais j'ajoute qu'ils ne sont pas, non plus, +favorables aux malades <i>moyens</i>.</p> + +<p>Pour me faire comprendre, voyez cette jeune +femme nerveuse qui ne digère plus, qui dort mal, +qui est constipée, qui n'a pas ses règles depuis six +mois; on se figure encore que, en lui faisant quitter +le climat brumeux du Nord pour l'envoyer sur la +côte d'Azur, on va lui faire le plus grand bien; c'est +une profonde erreur. L'insolent ciel bleu du Midi +lui paraîtra odieux, et, après quelques jours, elle +souhaitera, dans son for intérieur, de quitter le +délicieux pays. Elle ne le dira pas, pour ne pas +torturer son entourage, elle souffrira en silence; +et il peut même se faire qu'à la longue son état +s'améliore; mais, sûrement, ce ne sera pas l'effet +du changement de milieu. Et il peut bien se faire +aussi que son état s'aggrave assez pour que l'entourage +se rende à l'évidence, et ramène à grands +frais, et avec d'infinies précautions, la pauvre victime +dans le milieu qu'elle n'aurait pas dû quitter.</p> + +<p>En réalité, le voyage n'est utile que chez les gens +qui paraissent n'en avoir pas besoin. C'est pour +bien faire comprendre notre manière de voir que +nous exagérons, à dessein, la formule de notre +pensée.</p> + +<p>Il est bien certain qu'entre le malade grave, +qu'on ne doit pour rien au monde déplacer, et +l'homme qu'on est convenu d'appeler bien portant, +et qui a tout intérêt à faire des voyages d'agrément, +il existe toute une série d'intermédiaires auxquels +les voyages peuvent rendre des services. Le changement +radical de milieu, si dangereux pour le +malade grave, peut être utile à l'individu qui n'est +que sur la frontière de la «maladie». Quitte à avoir +dans un hôtel une nourriture moins bonne, moins +hygiénique, moins adaptée à l'état de son estomac, +un dyspeptique pourra se trouver bien de cette +nourriture, si, en arrivant à l'hôtel, il laisse ses +préoccupations incessantes, énervantes, de Paris. +Comme toute chose humaine, le déplacement peut +avoir du bon et du mauvais, et on ne peut formuler +de règles absolues pour les cas moyens; c'est au +médecin, s'il est consulté, à peser le pour et le +contre, et à donner les indications générales.</p> + +<p>Mais il y a quelques conseils qu'il devra donner +toujours au malade. C'est:</p> + +<p>1° De ne pas voyager de nuit.</p> + +<p>2° De s'interdire les changements journaliers de +stations, sauf dans les cas où, pour une raison +quelconque, on est obligé de gagner les altitudes. +Dans ce dernier cas, il faut, au contraire, imposer +au malade des stations intermédiaires, car l'expérience +démontre que rien n'est préjudiciable à une +grande nerveuse, par exemple, comme le voyage +en une seule traite de Paris en Engadine. Elle peut +être sûre que, en arrivant à destination, il lui +faudra plusieurs jours pour s'adapter au nouveau +milieu d'altitude, pour faire son acclimatation; +pendant ces quelques jours, elle aura un malaise +extrême, et, en particulier, de l'insomnie, tandis +que, si elle s'était arrêtée deux fois en route, elle +n'aurait pas eu à payer ce tribut à la dépression +barométrique.</p> + +<p>3° De s'interdire le voyage matinal; de ne pas +croire que, parce que le lever à l'aube est favorable +à l'alpiniste bien portant, il soit également favorable +aux neurasthéniques qui ont besoin de leur +sommeil matinal.</p> + +<p>4° Une prescription importante, c'est encore de +se reposer, à l'arrivée à destination, pendant deux, +quatre jours, suivant la valeur de l'individu, pour +réparer la dépense occasionnée par le voyage. Ce +repos sera plus ou moins complet, suivant la gravité +des cas. En principe, il vaut mieux pécher par +excès que par défaut de prudence.</p> + +<p>5° Pendant ces villégiatures, le malade ne devra +pas faire de sorties quotidiennes, sous le fallacieux +prétexte de s'entraîner; l'entraînement convient +aux gens bien portants, mais le mot «entraînement» +doit disparaître du vocabulaire du malade. +Certes, le rôle du médecin est d'entraîner le malade; +mais cet entraînement, que j'appellerai médical, +doit être tellement progressif et mesuré qu'il n'a, +pour ainsi dire, rien de commun avec l'entraînement +de l'homme bien portant et de l'homme de +sport.</p> + +<p>Le malade ne devra faire un effort que tous les +deux ou trois jours, et profiter des jours intermédiaires +pour se reposer. Ainsi il parviendra à reconquérir +des forces, tandis que, s'il espère s'entraîner +en dépensant tous les jours un peu plus de son +misérable capital, il ira droit à la ruine.</p> + +<p>On comprend aisément qu'un des facteurs importants +du voyage est sa longueur. Le voyage autour +du monde ne convient à aucun malade; on peut +dire que, en général, il n'est pas nécessaire d'aller +très loin. Le malade parisien, par exemple, se +trouvera mieux d'une villégiature à Montmorency +que d'une lointaine expatriation. On ignore trop +l'extrême susceptibilité du malade au changement +de milieu. Une simple promenade <i>extra muros</i> +impressionne le malade parisien, quelquefois en +bien, mais le plus souvent en mal. Combien connaissons-nous +de personnes qui ne peuvent pas +aller jusqu'à Versailles sans avoir, au retour, une +véritable courbature, une nuit de moins bon sommeil, +et, les deux ou trois jours suivants, une +aggravation de tous leurs symptômes morbides?</p> + +<p>Leurs parents, qui n'y comprennent rien, prétendent +que c'est affaire d'imagination. Mais non, c'est +un fait parfaitement explicable, et le médecin, qui +connaît cette susceptibilité invraisemblable, devrait +se constituer l'avocat des patients, au lieu de faire +chorus avec la famille et d'accabler le malade de +conseils intempestifs. Certes, dans certains cas, par +une suggestion puissante, en réveillant ce qui reste +d'énergie latente au malade, en faisant, en d'autres +termes, de la psychothérapie réconfortante, il +pourra, pour ainsi dire, dynamiser le malade et +lui donner la force de supporter non seulement le +voyage de Versailles, mais un voyage relativement +lointain, et ce, pour le plus grand bien, car le +malade reprend alors confiance en lui-même. Mais, +avant de donner cette suggestion, le médecin doit +bien étudier son sujet, et savoir au juste ce qu'il +vaut, sous peine de lui nuire en lui demandant un +effort au-dessus de ses forces.</p> + +<p>Nous ne nous dissimulons pas que rien n'est plus +difficile que de connaître la valeur exacte d'un système +nerveux; c'est presque impossible pour le +médecin qui voit le malade pour la première fois. +Dans le doute, il vaut mieux ne pas imposer une +fatigue qui risquerait d'être préjudiciable; on se +repent rarement d'avoir été trop prudent. Un élément +d'appréciation qui est d'un grand secours pour +le médecin, en pareille occurrence, c'est le désir du +malade lui-même.</p> + +<p>S'il ne désire pas voyager, s'il se dit fatigué, il y +a gros à parier qu'il l'est en réalité. Le malade +a toujours, en effet, une vague conscience de sa +valeur, et il faut tenir compte de son appréciation. +Si, au contraire, il manifeste vivement le désir de +changer de milieu, c'est qu'il sent vaguement qu'il +a des réserves de force nerveuse ayant besoin d'être +utilisées; il a un sourd instinct qui, en général, le +guide bien. Mais alors, direz-vous, le rôle du +médecin est singulièrement restreint; il consiste à +s'enquérir plus ou moins discrètement des désirs +du malade, et à les transformer habilement en +prescriptions médicales? A vrai dire, ce serait +encore de la psychothérapie; mais nous ne concevons +pas les choses de cette façon. Quelquefois, il +arrive que l'instinct du malade le guide mal; il est +dévoyé par des auto-suggestions, des préjugés +ataviques, dos théories plus ou moins scientifiques; +et le rôle du médecin est, en ce cas, de remettre +tout au point, de démontrer à son malade que +son instinct, dans telle ou telle circonstance, le +guide de travers; que, bien qu'il n'en ait pas envie, +il doit aller de l'avant; et le médecin mérite alors +le beau titre de directeur de la santé.</p> + +<p><i>La mer</i>.—Les voyages à la mer auraient dû, +en bonne logique, être étudiés à la suite des cures +thermales, parce que, en somme, le bain de mer +est un agent thérapeutique comparable aux bains +d'eau salée qu'on va prendre à Rheinfelden, Salies, +Arcachon, Mouthiers-Salins, etc. Mais nous les +plaçons à dessein à la suite de l'étude des voyages, +parce que, dans la pratique, le bain de mer est +plutôt considéré comme voyage d'agrément que +comme traitement médical. Cela est si vrai que le +médecin est rarement consulté sur l'opportunité +du traitement marin, sur le choix de la plage: et +c'est à tort. D'autre part, aux bains de mer, le traitement +n'est pas surveillé comme il l'est dans les +stations d'eau salée, et c'est également regrettable; +car la médication par l'eau de mer est active, et +son emploi n'est pas indifférent, surtout lorsqu'il +s'agit de malades impressionnables, auxquels la +moindre intervention fait du bien ou du mal.</p> + +<p>Les principaux conseils que nous ayons à donner +aux malades livrés à eux-mêmes, à la mer, sont les +suivants:</p> + +<p>1° Ne pas prendre de bains dès l'arrivée, et se +reposer des fatigues du voyage, comme nous avons +dit qu'il fallait toujours le faire;</p> + +<p>2° Se rappeler que l'air marin a, par lui-même, +une action appréciable, et qu'il n'est pas toujours +utile de prendre des bains; qu'on peut, dans certains +cas, se contenter de stationner pendant plusieurs +heures par jour au bord de la mer;</p> + +<p>3° Se rappeler aussi qu'une saison au bord de la +mer constitue un véritable traitement minéral. Il +faut donc au moins un mois pour obtenir des effets +sérieux; et, par conséquent, il n'est pas raisonnable +d'aller à la mer pour huit jours; c'est s'exposer à +la fatigue du voyage et de l'acclimatation sans aucun +profit. <i>A fortiori</i>, ne doit-on pas prendre un bain +de mer accidentel, comme le font les maris qui, +par train spécial, arrivent toutes les semaines aux +plages voisines de Paris, et se croient obligés de +prendre le bain traditionnel du dimanche. Ils ont +contre eux la fatigue du voyage, fait dans des conditions +plutôt fâcheuses, l'influence du changement +brusque de milieu, les trop douces émotions du +revoir conjugal, et le bain de mer achève de leur +soutirer une réserve d'influx nerveux. Le tout se +solde, parfois, par un état subaigu, au retour, qui +reçoit le nom d'embarras gastrique, et auquel se +joignent souvent des douleurs rhumatismales.</p> + +<p>Nous ne pouvons pas indiquer, dans cette étude +rapide, les indications et contre-indications des +bains de mer. Le principe général est qu'il ne faut +pas en donner aux malades à capital restreint, et +que, en réalité, ils conviennent surtout aux gens +bien portants. Plus le capital est entamé, plus aussi +il faudra de prudence dans l'administration du +bain, au point de vue de sa fréquence et de sa +durée. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il faut, en +général, le prendre très court, cinq minutes en +moyenne.</p> + +<p>Enfin, il faut tenir compte des effets produits par +les deux ou trois premiers bains. S'ils amènent de +l'insomnie, c'est qu'ils sont trop prolongés, ou trop +fréquents, ou tout à fait contre-indiqués. Il ne faut +pas croire qu'on puisse s'y habituer, et que, si les +premiers font du mal, les suivants feront du bien. +D'une façon générale, d'ailleurs, l'organisme ne +s'habitue pas à ce qui lui est nuisible; et les médications, +quelles qu'elles soient, ne doivent jamais +faire de mal, même momentanément. Mais c'est là un +point de doctrine dont la démonstration nous entraînerait +trop loin, et en dehors de notre plan.</p> + +<br><br><br> +<h3>TROISIÈME PARTIE</h3> +<br><br> + + + + + +<h4>CHAPITRE I</h4> + +<h4>LA PÉRIODE DE DÉCLIN</h4> + + +<p>Nous avons à dessein placé dans l'étude de +l'homme adulte la plus grosse part de nos considérations +thérapeutiques, parce que, à vrai dire, c'est +l'âge adulte qui est le plus intéressant au point de +vue médical comme au point de vue social, et que +c'est pendant cette période de la vie que le médecin +peut faire le plus de bien au malade.</p> + +<p>Au contraire, à partir du moment où l'être +humain est arrivé au sommet de sa courbe évolutive, +et, par conséquent, où il va décliner, l'importance +des agents thérapeutiques se limite de plus +en plus, jusqu'à aboutir à zéro quand l'homme arrive +à la fin de sa carrière.</p> + +<p>Dans les phases de la vie qui nous restent à +étudier, la thérapeutique doit viser, avant tout, à +éviter les dépenses de capital: mais son rôle pratique +n'en reste pas moins très appréciable; et l'on +ne sait pas assez combien une bonne direction +médicale pourrait prolonger l'existence de l'homme +arrivé à la période de déclin, voire même à une +étape avancée de cette période.</p> + +<p>Théoriquement, la période de déclin peut commencer +le jour de la naissance. C'est ce qu'on +observe chez les enfants qui n'ont pas la force de +vivre, et qui meurent après deux ou trois jours. A +l'extrême opposé, on voit des individus qui ne +commencent à décliner qu'à un âge très avancé, ou +encore dont la vie est brutalement interrompue, à +un âge relativement avancé, par un accident, avant +que ne soit survenu le commencement de la période +de déclin. C'est que ces hommes à prodigieuse +santé sont venus au monde avec un excellent capital +initial, que leurs parents ont su améliorer pendant +la première enfance, et qu'ils ont ensuite amélioré +eux-mêmes en s'interdisant toute dépense excessive, +ou en ne risquant qu'à bon escient une certaine +partie du capital, pour lui faire rapporter davantage.</p> + +<p>Chez ces individus fortunés, les affections intercurrentes +ont, comme nous l'avons dit, peu de +prise. Ces privilégiés sont semblables à l'homme +qui a reçu les dix talents et qui, sachant les faire +fructifier, en rapporte dix autres, et reçoit encore, +en surplus, une récompense. Chez ces individus, +le déclin n'arrive que très tardivement, et ils peuvent +atteindre soixante ans tout en restant jeunes +de coeur, de corps, et d'esprit.</p> + +<p>Entre ces deux extrêmes, tous les intermédiaires +sont possibles; et nombreux sont les hommes qui +commencent à décliner à trente ans, qui sont des +vieillards à quarante ans. La plupart, cependant, +commencent à décliner vers cinquante ans, et se +maintiennent tant bien que mal pendant quelques +années, puis déclinent à vue d'oeil à partir de soixante +ans. Malheur à eux quand, à cet âge, ils prennent +une pneumonie! D'ailleurs la moindre «maladie» +accidentelle les détériore pour plusieurs mois, et +l'on est tout étonné de la lenteur de leur convalescence. +C'est à partir de ce moment que les tares +organiques, latentes jusque-là, se révèlent, que +l'homme qui avait une endocardite avec laquelle il +vivait en bonne intelligence, et dont parfois même +il ne se savait pas atteint, voit tout d'un coup son +coeur devenir au-dessous de sa tâche. A la suite +d'un coup de froid insignifiant, d'une indigestion, +d'un excès alimentaire, d'une émotion violente, +d'une grippe qui paraissait bénigne, il a de la dyspepsie, +des palpitations, des intermittences du +pouls, puis un peu d'enflure des jambes; toutes +choses dont, au reste, le repos au lit suffit pour le +débarrasser cette première fois, parce qu'il n'est +pas encore complètement usé. Mais, six mois +après, sous l'influence d'une cause semblable, il a +une nouvelle atteinte, un peu plus de dyspnée, un +peu de congestion de la base gauche du poumon, +ou quelquefois des deux bases, un peu plus d'enflure +des jambes; et, cette fois, le repos au lit, la +diète lactée, ne suffisent pas à le remettre en état.</p> + +<p>La digitale est alors indiquée, à la dose de 10 centigrammes +par jour en infusion dans 200 grammes +d'eau, que le malade prendra de deux heures en +deux heures, jusqu'au moment où il aura une salutaire +crise urinaire. Grâce à ce précieux médicament +ainsi administré, il fera encore les frais de +cet assaut; mais, la fois suivante, les mêmes +influences insignifiantes amèneront l'affolement du +coeur avec albuminurie, et alors la déchéance pourra +être irrémédiable.</p> + +<p>Il est certain que si, dans l'intervalle de ces +assauts, notre homme s'était écouté vivre, s'il n'avait +rien laissé au hasard, si une sage direction +médicale avait dosé son alimentation, son travail, +son sommeil, s'il n'avait pas eu d'émotions, si, +pour conserver sa vie, il avait, en quelque sorte, +cessé de vivre, il aurait survécu plus longtemps et +n'aurait pas eu sa deuxième atteinte; mais ce qu'il +faut bien se rappeler, c'est que, dès sa première +atteinte, ses jours étaient comptés. Cette première +atteinte dénonçait déjà l'insuffisance de son système +nerveux, incapable de donner au muscle cardiaque +la force voulue pour faire son office de +pompe aspirante et foulante; le déclin, qui avait +peut-être commencé quelques années avant, s'était +traduit dès le jour de ce premier accroc.</p> + +<p>Le déclin peut n'être qu'apparent; et les symptômes +revêtent parfois une gravité qui fait croire, +à tort, à l'entourage qu'il existe une brèche sérieuse +ou irrémédiable dans le capital vital du malade, +alors qu'il n'est touché que superficiellement. C'est +au médecin qu'il appartient de faire un bon diagnostic, +d'où découlent et le pronostic et le traitement. +Certes, le problème est souvent difficile à résoudre, +et, pour y arriver, le médecin n'a pas trop de toute +sa finesse d'observation, de toute son expérience, +de toute sa pénétration. C'est dans ces cas que la +médecine est véritablement un art, et le médecin +un artiste, appelé à utiliser de son mieux les données +scientifiques que ses études antérieures lui +ont fournies.</p> + +<p>Il aura naturellement, pour l'aider dans cette +tâche, l'examen physique du malade, et, en particulier, +l'exploration abdominale, le ventre étant, de +tous les organes, celui qu'on peut le plus facilement +explorer, par la vue, le palper, la percussion; il +aura, pour l'aider, l'analyse des urines, trop souvent +négligée. Il sera également secondé par +l'étude du passé: il ne manquera pas de fouiller +l'hérédité, l'évolution antérieure de la vie, chez le +sujet qu'il examine. Celui-ci a-t-il eu de grands +assauts, et s'est-il ressaisi complètement? En ce +cas, c'est une présomption en sa faveur: ce passé +prouve qu'il a une grande élasticité, un capital +sérieux, et qu'il est possible que, dans la crise +actuelle, il rebondisse encore une fois.—Au +contraire n'a-t-il jamais eu d'assaut important? +le problème devient alors plus difficile, car le +médecin manque d'une base pour apprécier la +valeur réelle du capital. Aussi fera-t-il bien de rester +dans une prudente réserve, et si, dans le cas précédent, +il a été en droit de rassurer la famille malgré +la gravité apparente de l'état du malade, dans le +second cas, au contraire, il ne doit dire qu'une +chose: «Je ne sais pas.»</p> + +<p>Pour ma part, je me méfie beaucoup des hommes +à santé insolente, n'ayant jamais eu besoin de +soins, que je vois brusquement atteints par une +«maladie» accidentelle, par la grippe en particulier. +Me trouvant sur un terrain inconnu, je me demande, +tout d'abord, si leur capital était aussi bon qu'il le +paraissait, et si la grippe ne va pas provoquer la +faillite, la débâcle.</p> + +<p>Ce sont là, je le répète, des problèmes cliniques +extrêmement difficiles à résoudre; mais ils ont un +grand intérêt au point de vue du pronostic à porter, +et du traitement à instituer. Et cet intérêt est immédiat: +car si le médecin soupçonne, chez son malade, +une altération profonde que ne traduit pas l'ensemble +symptomatique, il doit redoubler de précautions, +sa surveillance doit être incessante, son zèle +doit prévoir les moindres incidents, ne rien laisser +au hasard. Il a alors à lutter non seulement contre +la «maladie», mais aussi contre le malade, souvent +indocile, et contre les familles, qui trouvent qu'on +en fait trop, qu'on prend trop de soins, que le +malade devrait se lever pour regagner des forces, +sortir pour se distraire, reprendre une partie de +ses occupations pour ne pas nuire à sa carrière; +estimant, <i>in petto</i>, que le médecin userait de discrétion +en espaçant davantage ses visites, etc. Quoi +qu'il arrive, ce sont de mauvais cas pour le médecin. +Il est accusé, si le malade guérit, d'avoir +retardé sa convalescence, et, s'il succombe, de ne +l'avoir pas bien soigné. Car enfin, un homme si +bien portant! et qui succombe à la suite d'une grippe, +presque sans fièvre! Sûrement, c'est le médecin +qui est coupable! Il n'a, pour se consoler, que la +conscience du devoir accompli. Et d'ailleurs il peut +aussi se dire que, dans d'autres cas, on a attribué +exclusivement à ses bons soins ce qui était +dû, en grande partie, à la valeur du sujet; il y a +donc compensation.</p> + +<p>En somme, le médecin qui se trouve en face d'un +malade quelconque est appelé à résoudre le problème +suivant: Étant donnés la valeur antérieure +du malade A, et le déchet que lui fait perdre la +«maladie» B, quelle est la valeur du capital restant +A—B? Le simple bon sens indique que cette équation +ne peut pas se résoudre par l'algèbre, puisque +nous ne connaissons au juste ni A ni B. Aussi le +médecin ne doit-il jamais quitter le terrain, relativement +solide, que lui fournit la science, pour se +perdre dans les abstractions. Il doit seulement se +rappeler la parole d'Hippocrate: <i>Judicium difficile</i>, +et faire de son mieux pour approcher le plus +possible de la solution du problème, qui, sans être +d'ordre mathématique, a cependant une solution.</p> + +<p>«Quand on fait ce qu'on peut, on rend Dieu responsable.» +[V. HUGO]</p> + +<p>Existe-t-il, du moins, des symptômes permettant +d'affirmer que l'homme a atteint l'apogée de son +évolution, et est sur la pente du déclin? Eh! non, +tant qu'il est bien portant Il est évidemment moins +fort, moins actif, que pendant la période de croissance, +il supporte moins les petits écarts de régime, +les fatigues, il est plus vulnérable, en un mot, +mais ce n'est pas un malade par cela seul qu'il est +en période de déclin. S'il veut éviter la «maladie», il +le peut, dans une, certaine mesure, en s'écoutant +vivre, en surveillent son hygiène quotidienne, en +ne faisant pas de fausses dépenses ou de dépenses +exagérées, ou, s'il est obligé d'en faire par hasard, +en les compensant aussitôt par une exagération +momentanée de prudence. Bref, la période de déclin +est la période des précautions. L'homme en déclin +devrait se rappeler qu'il faut «être de sa santé» +comme il faut «être de sa condition», comme il +faut être «de son temps». En usant de ces précautions, +il peut prolonger très longtemps la durée +de sa phase évolutive, et atteindre ainsi sans +transition la vieillesse, qui pourra, si elle est également +bien surveillée, le conduire, sans transition +brusque, à la mort.</p> + +<p>Mais, quelques précautions qu'il prenne, les circonstances +de la vie sont telles que, fatalement, il +rencontre sur son chemin des influences qui font +baisser brusquement sa valeur. Quelles sont ces +influences inévitables? Ce sont toutes celles que +nous avons déjà étudiées dans l'enfance, dans +l'adolescence, et dans l'âge adulte: erreurs d'alimentation, +causes morales surtout, etc.</p> + +<p>Y en a-t-il cependant, parmi ces influences, qui +soient plus spéciales à la période de la vie que nous +étudions, la période comprise entre cinquante et +soixante-cinq ans?</p> + +<p>Chez la femme, tout le monde admet que la +ménopause produit des perturbations considérables; +la preuve, c'est qu'on s'accorde à appeler «âge +critique» l'âge de la cessation des règles. La ménopause +ramène souvent des troubles de santé qui +avaient disparu depuis longtemps, et amène quelquefois +des troubles nouveaux, tels que ces sueurs +profuses dont se plaignent amèrement les malades. +Nous avons en vain essayé contre elles l'emploi de +l'opothérapie ovarienne, et nous croyons que c'est +un moyen non seulement inutile, mais dangereux, +et que le mieux est de savoir attendre, en mettant +la malade à un régime restreint.</p> + +<p>Dans les deux sexes, les émotions morales jouent +encore, à cet âge, un rôle considérable. C'est une +fille mal mariée, un fils qui fait le chagrin de sa +famille, c'est l'isolement au milieu d'indifférents, la +perte des amis de la première heure, l'âge des +désillusions, l'automne de la vie, en un mot. Dans +tous les cas, les pratiques de la psychothérapie sont +d'un incontestable utilité: seules, elles ne suffisent +pas à guérir un homme rendu malade par des influences +morales; mais, associées aux autres agents +thérapeutiques, elles sont toujours d'une grande +utilité et souvent d'une nécessité absolue. J'ai plus +fait en réconciliant avec son fils un père que le +chagrin avait terrassé, en lui démontrant la nécessité +et la légitimité du pardon, qu'en le traitant, +comme on le faisait depuis longtemps, avec toutes +les ressources de la pharmacopée et des agents +physiques.—Le fonctionnaire qui prend sa retraite, +et se voit brusquement condamné à une oisiveté +forcée, ne sait pas que faire de son temps. En vain +cherche-t-il, dans la société des hommes de son +âge, un remède à son désoeuvrement; et quant à +espérer trouver chez les gens jeunes de sa famille +un réconfort quelconque, il n'y doit pas songer. Les +plus jeunes ont leurs affaires, et les affaires sont +les affaires; c'est tout au plus si la fille vient faire +ses couches à la maison.</p> + +<p>Bref, une série de chagrins multiples, auxquels +on est encore sensible, sont l'apanage ordinaire de +cette période de la vie. C'est à cet âge, aussi, que +se soldent,—car tout se paie,—les erreurs du +passé, les fautes contre l'hygiène. Alors arrivent les +traites imprévues, et, quand le capitaliste veut +mettre de l'ordre à ses affaires, il s'aperçoit trop +tard que, depuis plusieurs années, il ne s'est pas +contenté de ses revenus et qu'il a écorné son capital. +Mais, dira-t-on, pouvait-il s'apercevoir de la +mauvaise gestion de sa fortune? C'est l'éternel +problème du «Connais-toi, toi-même!» de la sagesse +antique. C'était à lui de voir que, de temps à +autre, il avait de ces petites défaillances de santé +qu'il traitait à la légère, en leur attribuant des causes +banales et qui auraient dû être, pour lui, des avertissements +(l'avertissement sans frais du percepteur). +Il aurait dû, en homme bien avisé, rester +toujours en deçà de ce qu'il pouvait donner.</p> + +<p>Mais enfin le mal est fait; et il est encore temps, +sinon de le réparer complètement, au moins de +l'atténuer dans une notable mesure, en se surveillant +de près, et en ne laissant rien au hasard de ce +qu'on peut lui enlever par prudence et par calcul.</p> + +<p>Certaines natures ultra-généreuses ne s'aperçoivent +pas qu'elles dépensent plus qu'elles ne +devraient le faire; elles n'ont pas la bonne fortune +de recevoir les petits avertissements que nous +venons de signaler. Leur débordante santé fait +l'envie de tout le monde; mais ces privilégiés sont +souvent des déshérités. Nous avons dit déjà ce qu'il +fallait en penser, quand ils se trouvent aux prises, +brusquement, avec une affection accidentelle.</p> + +<p>Malheur aussi à l'homme qui, à cet âge, se +laisse entraîner par un renouveau de passion +sexuelle! Il s'impose des dépenses trop fortes pour +sa réserve de santé, surtout s'il en arrive à forcer +ses talents. Il faut aussi compter avec les aberrations +de l'instinct sexuel, assez fréquentes à cet +âge; et alors la neurasthénie vengeresse ne tarde +pas à s'installer, sous une forme qui rappelle, par +sa brutalité d'apparition et la gravité des symptômes, +l'hystéro-neurasthénie traumatique.</p> + +<p>En effet, du jour au lendemain, cet homme, +vaillant jusqu'alors, subit un véritable effondrement. +Non seulement il perd tout d'un coup l'aptitude +sexuelle, ce qui est pour lui la source d'un +grand chagrin, mais il perd, en même temps, l'appétit, +le sommeil, les forces. La constipation entre +en scène; des douleurs névralgiques variées,—ou, +pour mieux dire, des <i>algies</i>, car la douleur ne +suit pas le trajet des nerfs, le torturent nuit et jour. +Il a une sensibilité excessive de l'ouïe, un éréthisme +de tout le système nerveux, qui devient +comme une lyre à cordes trop tendues que fait +vibrer douloureusement le moindre souffle. Cet +état peut n'être que passager, si le malade a le bon +esprit de s'en avouer à lui-même la cause déterminante +et de la supprimer. Mais cela même ne +suffit pas toujours: <i>Sublata causa, non tollitur effectus.</i> +Le branle est donné à la cellule nerveuse, le +système nerveux, longtemps patient, s'est tout à +coup révolté, et il faut des mois et des années de +soins méthodiques pour lui rendre son équilibre. +C'est dire que, pendant ces mois et ces années, le +médecin devra surveiller non seulement l'hygiène +sexuelle, dont il n'est plus question, mais l'hygiène +alimentaire, donner les repas fréquents que nécessite +un estomac toujours sur le point d'entrer soit +en état paralytique ou en état spasmodique; une +alimentation non excitante (pâtes, purées), sans +vin, et sans les toniques qui passent, à tort, pour +réveiller les forces. Le repos physique est également +indiqué.</p> + +<p>C'est dans ces cas qu'un changement de milieu, +bien compris, bien dirigé, peut être utile à divers +titres. D'abord, il éloigne la victime de la cause +initiale de son mal, ensuite il lui permet d'apprécier +souvent les soins affectueux et tendres d'une +femme momentanément négligée.</p> + +<p>La psychothérapie joue aussi un rôle énorme dans +le traitement de ces malades qui, d'un jour à l'autre, +sont devenus craintifs, scrupuleux à l'excès, ayant +peur de mourir, tenaillés par des remords d'une +intensité morbide. Le médecin animé d'un esprit +large et charitable peut leur être d'un grand +secours, en mettant toutes choses au point, et en +rassérénant leur conscience dans la mesure qui +convient.</p> + +<p>Ce tableau de la «maladie» de l'âge critique, chez +l'homme, n'a rien d'exagéré. Nous avons observé +plusieurs cas semblables, où des hommes bien +portants jusqu'alors ont payé cher leurs écarts +intempestifs.</p> + +<p>Le plus souvent, les malheurs de ce genre arrivent +chez des hommes qui, auparavant, n'étaient +pas débauchés, offraient même le modèle d'une +vie exemplaire; maintenus par des principes +sévères, ils avaient été fidèles à la foi conjugale, et, +alors même qu'ils étaient veufs, ils étaient restés +fidèles au delà du tombeau; et puis, un beau jour, +une occasion se présente et les surprend; c'est +une Sapho quelconque rencontrée en chemin de +fer; l'homme se trouve désarmé devant la tentation, +il succombe, et, une première chute en +entraînant de nombreuses à sa suite, il devient +enragé de vice. Aussi ne saurions-nous trop +engager l'homme mûr, trop confiant en lui-même, +à veiller toujours, car le péril est insidieux et les +risques sont grands.</p> + +<p>C'est à l'âge que nous étudions que se manifestent +les troubles prostatiques et urinaires, résultats +tardifs de blennorragies mal soignées et considérées +comme une bagatelle par le jeune homme, +plutôt fier d'avoir pris un brevet de virilité. C'est +vers cinquante-cinq ans que le rétrécissement du +canal provoque des misères variées, que nous n'avons +pas à décrire ici, mais qui finissent par amener +la mort prématurée si le chirurgien n'intervient pas.</p> + +<p>Ainsi s'explique l'absence de tout rétrécissement +chez les hommes qui ont dépassé soixante-cinq ans: +ceux qui avaient des rétrécissements sont morts +avant cet âge.</p> + +<p>C'est aussi vers l'âge de soixante ans que la +prostate entre en scène. Certes, les affections de la +prostate ne sont pas toujours d'origine blennorragique; +mais elles sont, plus qu'on ne le croit, +dues à des erreurs dans l'hygiène sexuelle.</p> + +<p>Quant aux autres affections capables de faire +brusquement baisser le capital, elles ne donnent +lieu à aucune considération particulière. Nous +devons pourtant nous arrêter encore, en passant, +sur trois manifestations morbides spécialement +fréquentes à l'âge en question: le diabète, l'albuminurie, +et l'obésité.</p> + +<p><i>Diabète</i>.—L'apparition du diabète est, certes, +chose fâcheuse; mais le plus grand malheur qui +puisse arriver à un diabétique impressionnable, +c'est de trouver un médecin qui lui annonce, sans +ménagements, la fâcheuse nouvelle. A partir de ce +moment commence, pour le malade, une incessante +préoccupation morale, aggravée encore par un +régime alimentaire qui lui cause plus de dommages +que le diabète lui-même. Il est vrai de dire que, +depuis quelques années, les médecins se sont un +peu départis de la cruelle sévérité qui, autrefois, les +rendait redoutables aux diabétiques. On veut bien +admettre, désormais, que le régime des diabétiques +comporte certains tempéraments, et que les pommes +de terre en robe de chambre, par exemple, peuvent +être allouées, voire même en abondance.</p> + +<p>Mais il n'en reste pas moins vrai que la situation +d'un diabétique, traité d'après les principes +classiques, est encore loin d'être réjouissante. Elle +sera telle jusqu'au jour où l'on comprendra enfin +qu'il n'y a pas deux diabétiques devant être soignés +par le même régime, ou plutôt qu'il n'y a pas de +régime du diabète, le diabète n'étant qu'un symptôme +qui ne mérite pas qu'on s'acharne sur lui.</p> + +<p>Aux uns il faudra beaucoup de viande et du vin, +aux autres la diète lactée absolue pendant quelques +jours, et le régime des potages au lait ensuite. +Et entre ces deux extrêmes, toutes les combinaisons +du régime peuvent être indiquées. Le médecin +doit imposer le repos au lit absolu au diabétique qui +maigrit et perd ses forces, l'exercice modéré dans +les autres cas, mais, jamais d'exercice forcé, parce +que le diabétique a toujours des combustions +exagérées, comme le professeur A. Robin l'a très +élégamment démontré. On aura à s'occuper aussi +de l'état mental du malade, et à ne pas négliger la +psychothérapie. Le diabète peut être provoqué, +expérimentalement, en touchant un point précis du +quatrième ventricule du cerveau; et les diabétiques +vraiment graves sont ceux qui le deviennent à la +suite d'une chute sur la tête: ces deux faits prouvent +assez l'importance des troubles du système +nerveux dans la pathogénie du diabète, et la nécessité +de faire une grosse part aux soins moraux +dans le traitement du diabétique.</p> + +<p><i>Albuminurie</i>.—L'albuminurie donne lieu à +des considérations de même ordre.</p> + +<p>Comme le diabète, elle est un symptôme indiquant +un état de détérioration générale de l'organisme; +c'est, le plus souvent, un symptôme grave, +mais quelquefois aussi un phénomène sans grande +importance.</p> + +<p>Tout le monde connaît l'albuminurie de l'adolescence, +intermittente, venant après la moindre +fatigue. On sait encore que le seul fait de se lever +du lit et de procéder aux soins de la toilette suffit +pour provoquer l'apparition de l'albumine, qui +n'existait pas dans l'urine émise pendant que le +sujet était au lit: c'est ce qu'on appelle l'albuminurie +<i>orthostatique</i> ou <i>physiologique</i>,—terme +détestable, parce qu'il n'y a pas d'albuminurie +physiologique, pas plus que de glycosurique physiologique. +Cette albuminurie de peu d'importance +survient toujours chez des sujets qui ne sont pas en +bon état de santé, et indique, par conséquent, qu'ils +doivent être tenus à vue, et soignés suivant les +principes généraux que nous avons déjà énoncés.</p> + +<p>Chez l'homme adulte, la présence de l'albumine +dans l'urine est toujours d'un pronostic plus sérieux. +Parfois cependant, là encore, l'albuminurie n'est +que transitoire, et coïncide avec une décharge +d'acide urique par les reins. Si l'on ne soumet pas +le malade ainsi touché au régime lacté absolu, qui +achèverait de l'épuiser, si on le laisse au repos, si +on lui donne à prendre un peu de benzoate de soude, +l'orage passe vite sans laisser de traces.</p> + +<p>D'autres fois, l'albuminurie, sans être transitoire, +est intermittente, même chez l'adulte. Nous +connaissons un malade qui, depuis quatre ans que +nous le soignons, a de l'albumine chaque fois qu'il +monte à cheval. Il peut faire jusqu'à 20 kilomètres +à pied sans avoir d'albumine; mais une seule promenade +à cheval fait réapparaître l'albumine et, +malgré la dose considérable révélée par l'analyse +après l'exercice du cheval, il est, au demeurant, +bien portant en apparence, et a une vie des plus +actives.—Je connais aussi un médecin qui a, +depuis des années, de l'albumine en permanence; +après s'en être beaucoup inquiété, et avoir suivi +divers traitements et divers régimes, il a fini par ne +plus faire que de l'hygiène générale, manger raisonnablement, +éviter le surmenage; et il est, en +somme, en aussi bon état que possible.</p> + +<p>J'ai cité, dans une étude sur le <i>Cacodylate de +Soude</i> que j'ai publiée en 1901, l'histoire d'une jeune +malade ayant, depuis 1898, à la suite d'un coup +de froid, beaucoup d'albumine, et à laquelle j'ai +donné des doses considérables de cacodylate, en +injections, pendant un mois. J'ai eu, à ce moment, +le bon esprit de ne pas attribuer exclusivement au +remède la survie de la malade. Or, elle s'est +mariée en 1900: depuis, elle a cessé toute médication, +pour se borner à prendre de la viande crue +et beaucoup de repos. Elle a encore, actuellement, +3 à 4 grammes d'albumine par jour, et va très bien.</p> + +<p>On voit que tout est loin d'avoir été dit sur la +valeur pronostique de l'albuminurie. Mais il n'en +est pas moins vrai que, le plus souvent, la présence +de l'albumine chez l'être humain, à l'âge que +nous étudions, est un symptôme qui doit inspirer au +médecin des craintes sérieuses, surtout quand, en +même temps que l'albumine, il y a du sucre. Cette +combinaison m'a toujours semblé être un arrêt de +mort à brève échéance.</p> + +<p>Je dois ajouter que la situation de l'albuminurique +sera encore aggravée si le médecin s'obstine +à lui imposer le régime dit des albuminuriques. Il +n'y a pas de régime des albuminuriques: il y +a le régime qui convient à tel ou tel albuminurique. +Parfois le régime lacté fait merveille, mais +c'est rare; en tout cas, il ne faut pas le prolonger +plus de quinze jours. D'autres fois, c'est le régime +des pâtes, plus souvent encore le régime lacto-végétarien, +qui, combiné au repos, aide le malade à +sortir du mauvais pas, au moins momentanément.</p> + +<p><i>Obésité</i>.—Au même titre que le diabète et l'albuminurie, +l'obésité appartient en propre à la +période de déclin. Mais, direz-vous, il est des +enfants et des adultes obèses! Qu'importe? C'est +qu'ils ont commencé jeunes leur période de déclin. +Mais, d'habitude, c'est aux environs de la ménopause +que l'obésité devient, pour les femmes, une +torture de tous les jours. Nous n'avons pas à en +indiquer les inconvénients; rappelons seulement +que l'obésité tend toujours à augmenter, parce +qu'elle interdit au malade l'exercice, et qu'il s'établit +immédiatement un cercle vicieux. Dans les cas +d'obésité où l'exercice serait utile, l'obèse qui est +condamné à en prendre de moins en moins, devient +de plus en plus obèse.</p> + +<p>Mais il ne faut pas croire que l'exercice soit toujours +utile aux obèses. L'obésité, étant un symptôme +de la «maladie», est quelquefois entretenue +par un excès d'exercice. J'ai connu une jeune fille de +vingt-huit ans, très obèse, qui, après avoir consulté +des médecins de diverses nationalités, avait fini +par suivre les conseils d'un empirique, qui n'avait +rien trouvé de mieux, pour la faire maigrir, que de +mettre sa mère en relations avec un commandant +de chasseurs à pied, de façon que ces deux dames +pussent suivre tous les exercices du bataillon. Au +bout d'un mois, la mère était demi-morte, et la +jeune fille grossissait toujours. Sous l'influence de +l'exercice, elle mangeait davantage et buvait en +conséquence. Mais vint un jour où l'estomac, +fatigué par la suralimentation, se mit à protester; +c'est alors que je prescrivis le régime ultra-restreint, +pendant quelques jours, pour remettre l'estomac +en état, le repos presque absolu pendant cette +période, puis un régime s'adaptant au fonctionnement +de l'estomac et de l'intestin, avec un exercice +modéré; et voici que, sous l'influence de ce +traitement, la malade vit diminuer son obésité, et +disparaître, successivement, d'autres troubles variés +qui, comme l'obésité, étaient symptomatiques!</p> + +<p>Il n'y a pas de régime des obèses: il y a le régime +applicable à tel ou tel malade atteint d'obésité. Le +plus souvent, le régime restreint est indiqué; d'autres +fois, il faut alimenter l'obèse, et rien n'est dangereux +comme de le faire maigrir par insuffisance +alimentaire. Il ne faut pas, non plus, le faire maigrir +par l'emploi de la thyroïdine. Je dois dire, +cependant, que j'ai été surpris des résultats excellents +obtenus, par la thyroïdine, chez un obèse de +vingt ans qui, en six mois, a vu son poids baisser +de 105 à 80 kilogrammes, sans qu'il en soit résulté le +moindre trouble pour la santé. Mais la thyroïdine +avait été maniée par le Dr Polin avec une prudence +extrême (2 milligrammes par jour, et pendant six +mois consécutifs).</p> + +<p>En général, il faut se méfier de ce médicament, +qui demande une surveillance médicale sinon quotidienne, +du moins hebdomadaire; il faut enfin se +rappeler que l'hygiène suffit toujours pour atténuer +l'obésité au point d'en supprimer les inconvénients, +et aussi qu'il est toujours dangereux de faire trop +maigrir un obèse, ou de le faire maigrir trop vite. +Quand un obèse maigrit trop vite, son ventre tombe, +il est vrai; mais c'est le commencement de l'effondrement. +Son système nerveux tombe aussi. En y +mettant le temps, au contraire, c'est-à-dire en ne +brusquant pas la manière d'être du sujet, on peut +toujours arriver à des résultats excellents.</p> + +<p>J'ai commencé à donner des soins il y a dix ans, +à une dame de soixante-sept ans, qui pesait 97 kilogrammes. +Elle est arrivée en dix-huit mois, à +baisser, avec une progression continue, à 77 kilogrammes... +Depuis, elle garde son poids et sa +santé; son déclin s'opère avec une lenteur telle +qu'il est à peine perceptible. Inutile de dire que +l'hygiène seule a fait les frais de la thérapeutique.</p> + +<h3>CHAPITRE II</h3> + + +<h3>LA VIEILLESSE</h3> + +<p>Quelle que soit l'économie qui ait présidé à +l'usage du capital biologique, il n'est pas possible +que quelques mauvais placements n'aient été faits, +dans le courant de l'existence; que des chocs accidentels, +et indépendants de la volonté, n'aient, à +diverses reprises, ébréché le capital. L'homme qui +se condamnerait à vivre à seule fin de prolonger +ses jours vivrait certainement très longtemps, +mais la sentence d'Horace lui serait applicable: +«Pour vivre, il aurait perdu les raisons de vivre.» +<i>Et propter vitam vivendi perdere causas</i>.</p> + +<p>D'autre part, le capital diminue par le fait même +de la vie, comme la vitesse initiale d'un projectile +diminue progressivement par le fait de la résistance +de l'air. Enfin il vient un moment où le capital, +après avoir produit des intérêts considérables, +ne donne plus que des intérêts de moins en moins +élevés. Ce moment coïncide exactement avec la +période de déclin, de sorte que, à partir de ce jour, +quoi qu'il fasse et sans qu'il s'en doute, l'être vivant +s'appauvrit fatalement et progressivement. Il en +arrive enfin à n'être plus qu'un médiocre petit rentier; +et c'est alors la vieillesse.</p> + +<p>Vieillesse qui peut, d'ailleurs, survenir à tout âge; +témoin ces enfants qui ont l'aspect de petits vieillards, +comme on dit dans le langage courant; ces +hommes de quarante ans qui sont aussi des vieillards, +des loques humaines. Mais, le plus souvent, +la vieillesse survient à un âge plus tardif, que, pour +le besoins de la cause, nous fixerons, par exemple, +à soixante-cinq ans.</p> + +<p>A partir de cet âge, l'homme ne doit pas se borner, +comme le lui conseillaient les trois jeunes +gens du fabuliste, «à songer à ses erreurs passées» +Il peut même encore avoir «de longs espoirs et de +vastes pensées», à condition que ce ne soit pas +pour lui, mais pour ses arrière-neveux. Il peut, +en d'autres termes, jouir de son expérience et s'efforcer +d'en faire profiter les autres; mais en se +rappelant qu'il a atteint l'âge du repos, des ménagements +et des précautions. Et de même que, dans +la première période de la vie, il appartient aux +parents de ménager pieusement et de faire sagement +fructifier le capital de l'enfant; de même, à cette +dernière période, il est du devoir des enfants de +veiller avec zèle sur la frêle existence dont ils ont +la charge; d'éviter au vieillard toute fuite nerveuse, +tout chagrin, tout souci, tout écart de régime, et +de le préserver contre toute intervention thérapeutique +brutale.</p> + +<p>Quelles sont les influences qui compromettent +d'une façon spéciale le vieillard vivotant?</p> + +<p>Les influences psychiques sont beaucoup moins +importantes que dans l'âge adulte. Quelques vieillards, +il est vrai, gardent leur sensibilité et leur jeunesse +de sentiments. L'expérience de la vie ayant +tempéré la fougue de leurs jeunes années, leur +ayant appris l'indulgence et la miséricorde, ils +deviennent des êtres exquis, d'un commerce aussi +agréable que profitable. Mais, le plus souvent, la +sensibilité s'émousse, et un égoïsme tranquille préserve +le vieillard de toute émotion nuisible. +Apprend-il la mort d'un de ses contemporains, fût-ce +de son meilleur ami? Il en est bien un peu chagriné, +mais l'émotion qu'il éprouve est surtout +égoïste, à cause de la crainte qu'elle lui donne de +voir son tour arriver; en somme, elle est peu profonde, +et n'est pas comparable au chagrin poignant +de l'homme adulte perdant un être aimé. Donc, de +ce côté, peu de fuites nerveuses. Du côté du système +musculaire, il n'y en a pas non plus. Le simple +bon sens fait que le vieillard n'abuse pas, en général, +de son restant de forces musculaires: exception +faite cependant pour les cas où des parents ou des +amis mal avisés, croyant bien faire, forcent le vieillard +à se déplacer sans relâche, pour passer l'hiver +dans le Midi, l'été en Suisse, le printemps ailleurs. +Combien ne serait-il pas plus sage, en général, +de le laisser tranquillement chez lui, dût-il ne +pas quitter sa chambre? J'ai longtemps donné +des soins à une vieille dame que ses enfants +emmenaient en villégiature, toujours malgré elle, +dans le centre de la France, et ramenaient à Paris +en octobre. Or, après chaque voyage, il fallait un +mois de soins assidus et de précautions pour effacer +les traces de fatigue occasionnée par le déplacement.</p> + +<p>La vérité est que, dans les cas exceptionnels, le +séjour hivernal dans le Midi peut être recommandable, +mais que, d'une façon générale, il faudrait +se rappeler un peu plus le dicton populaire affirmant +«qu'on ne doit pas transplanter un vieux +chêne», et qu'on devrait regarder à deux fois avant +de proposer, et surtout d'imposer à un vieillard, +soit un lointain changement de pays, soit même un +changement d'appartement. Il faut, en général, +tenir plus de compte qu'on ne le fait de son désir, +qui est dicté par un vague instinct de conservation +et qui trompe rarement.</p> + +<p>Ce qui menace le plus le vieillard, en dehors bien +entendu des affections accidentelles, ce sont les +écarts dans l'alimentation. Une indigestion qui, +chez un homme jeune, se serait traduite par un +léger état gastrique, amène chez le vieillard un +effondrement colossal; et, pour peu que la thérapeutique +intervienne d'une façon inopportune sous +la forme d'un purgatif qui semble bien anodin, la +situation peut s'aggraver d'un jour à l'autre. Il faut +alors des semaines pour remettre en état le système +nerveux bouleversé. Imaginez un foyer près de +s'éteindre, où il ne reste plus qu'une petite flamme +vacillante; irez-vous l'alimenter par un soufflet de +forge, et charger le foyer de grosses bûches de bois? +Non, vous mettrez sur la flamme, avec d'infinies +précautions, des brindilles de bois bien sec, et c'est +seulement ensuite que vous mettrez des fragments +un peu plus volumineux, pour arriver enfin à la +bûche qui entretiendra la vie du foyer. De même +chez le vieillard malade, surtout quand il a des phénomènes +gastriques, prudence extrême dans l'alimentation, +fréquence de l'alimentation, et repos +absolu: c'est la base du traitement.</p> + +<p>Mais combien, pour faire observer ces prescriptions +si simples, ne faut-il pas au médecin d'énergie +et de foi? Qu'on veuille donc bien se rappeler que +le vieillard malade n'a besoin que d'une alimentation +restreinte, que ce n'est pas ce qu'il prendra qui +lui sera profitable, mais bien ce qu'il assimilera, et +que, chez lui, la puissance d'assimilation est extrêmement +minime! Lui-même, d'ailleurs, il le dit, +il proteste, plus ou moins énergiquement, contre +les menus qu'un zèle mal éclairé s'ingénie à lui +proposer.</p> + +<p>En dehors de ces états gastriques passagers, le +régime du vieillard doit être, en général, peu +substantiel. Il faut surtout qu'il mange peu le soir, +s'il tient à avoir quelques heures de sommeil. S'il +éprouve le besoin de se nourrir, qu'il mange souvent, +plutôt que beaucoup à la fois. Mais on ne +saurait croire combien certains vieillards ont peu +besoin de manger. J'ai eu longtemps pour patiente +une vieille dame qui avait trop mangé pendant +toute sa vie, et, de ce chef, avait eu une dyspepsie +permanente accompagnée de misères variées, en +tête desquelles venait la constipation. De là obsession +de tous les instants; tant qu'on ne l'eût pas +mise exactement au régime convenable, elle fut +torturée par ce symptôme, restant huit ou quinze +jours sans parvenir à aller à la garde-robe, malgré +les lavements, les suppositoires, le massage abdominal, +etc. On avait dû même, plusieurs fois, +recourir au curetage. Or je me dis, un jour, que le +régime relativement restreint que je lui avais +imposé tout d'abord n'était peut-être pas encore +assez restreint. Comme elle n'avait jamais d'appétit, +et qu'elle ne mangeait que pour faire plaisir +à son entourage, je fis avec elle une sorte de convention, +qui fut de restreindre, sous ma surveillance, +son alimentation progressivement, et dans +la mesure extrême du possible. Après un mois de +tâtonnements, ma collaboratrice et moi en étions +arrivés à la formule suivante, que je transcris +d'après mes notes: «7 heures matin, une tasse à +thé de café au lait; 10 heures, une tasse à café de +semoule au lait, ou de panade, ou de farine de Hongrie, +ou de crème de riz, ou de crème d'orge aux +mêmes doses, et un peu de confiture avec lait; Midi, +un quart d'échaudé; 5 heures, café au lait; 7 heures, +comme à midi; dans la nuit, une tasse à café de +lait.»</p> + +<p>Ce régime, qui d'abord paraissait à l'entourage +absolument ridicule, finit par être accepté quand +on vit la malade reprendre, progressivement, du +sommeil, un peu de force, un peu d'appétit, et surtout +quand on vit disparaître sa constipation. Ses +fonctions s'exécutaient, en effet, très régulièrement +tous les deux ou trois jours, spontanément. Le +régime fut continué jusqu'à sa mort, qui survint +trois ans après. Elle s'éteignit sans souffrance à +l'âge de quatre-vingt-quatre ans.</p> + +<p>Je pourrais relater bien d'autres exemples semblables, +mais ils seraient tous calqués sur ce modèle.</p> + +<p>Il est, par contre, des vieillards qui ont conservé +un gros appétit: il faut savoir le respecter, tout en +essayant de le modérer un peu, du moment que la +santé reste bonne.</p> + +<p>Pour en finir avec la question de régime, disons +qu'un peu de vin généreux, étendu d'eau, est, en +général, une boisson excellente pour le vieillard, +bien portant ou malade; et que le lait, par contre, +lui est le plus souvent préjudiciable, sauf dans les +états aigus ou subaigus prolongés.</p> + +<p>Quant aux affections accidentelles qui surviennent +chez le vieillard, et qui compromettent son +reste de vie, elles sont peu nombreuses, et font, +néanmoins, beaucoup de victimes. La plus importante +de toutes est la pneumonie. C'est, très souvent, +une pneumonie d'origine grippale: aussi ne +saurait-on trop soigner la grippe dès son début, +chez le vieillard plus encore que chez l'adulte. La +pneumonie est insidieuse chez le vieillard. Elle ne +se traduit que par un malaise général, avec très +peu de phénomènes pulmonaires, mais elle s'accompagne +toujours de fièvre. Si donc les familles +savaient se servir du thermomètre, on aurait des +chances de porter secours aux malades en temps +utile; et alors une injection de cacodylate de +gaïacol, quelques cachets de quinine, une certaine +dose de cognac ou de vin très généreux, parviendraient, +dans bon nombre de cas, à le sauver; +tandis qu'en général, quand on appelle le médecin, +il est trop tard, le médecin ne peut plus faire que +le diagnostic, et prévenir la famille de la gravité +de la situation.</p> + +<p>Les petites hémorragies cérébrales viennent souvent +compromettre la survie du vieillard. Ordinairement, +il échappe à la première atteinte, mais +il en sort tellement amoindri, physiquement et +intellectuellement, qu'on peut dire qu'il a cessé de +vivre avant de mourir. Grâce aux soins dont il est +entouré, à partir de ce moment, il se survit à lui-même +pendant quelquefois plusieurs années, jusqu'à +ce qu'il se décide à mourir après une deuxième +ou troisième attaque.</p> + +<p>Quand aucune des causes graves ci-dessus mentionnées +ne s'observe, le petit rentier qu'est le +vieillard continue à vivoter plus ou moins longtemps, +jusqu'au jour où, tout son capital et tous +ses revenus étant épuisés, il cesse de vivre, tout +simplement parce qu'il n'a plus la force de vivre. +Il s'éteint alors et se repose comme le travailleur +qui a fini sa tâche. C'est ce que traduit d'une façon, +très profondément philosophique, l'expression courante +de «défunt», la traduction littérale du mot +latin <i>defunctus</i> étant: «Celui qui s'est acquitté.» +Les privilégiés sortent de la vie comme d'un banquet, +en remerciant leur hôte. Heureux s'ils peuvent +léguer à une nombreuse postérité «l'exemple +de leur vie!»</p> + +<br><br> +<h5>FIN</h5> +<br><br> + +<h3>INDEX ALPHABÉTIQUE</h3> + +<p>Albuminurie:—permanente;—son régime. +Alcool. +Alimentation: de l'enfant né avant +terme;—du premier âge;—Gouttes de lait;—chez +le petit enfant;—chez +l'enfant du deuxième âge;—défectueuse; +excessive;—ration d'entretien;—observation d'une malade +guérie par le régime restreint;—insuffisante en quantité;—à +la sonde;—observation +d'une malade fébricitante +guérie par l'alimentation +forcée;—insuffisante +en qualité;—chez le +vieillard.</p> + +<p>Aliments adultérés par les procédés +chimiques; physiques.</p> + +<p>Auto-intoxication, (Hypothèse de l').</p> + +<p>Avarie.</p> + +<p>Bains: chauds dans les pneumonies;—prolongés;—de +briques;—de +vapeur;—électriques;—de mer.</p> + +<p>Blennorragie, ses dangers tardifs.</p> + +<p>Boissons: fermentées;—distillées;—le vin chez +l'homme bien portant;—chez +le malade:—dans +la ration du soldat;—eau +stérilisée en usage dans +l'armée.</p> + +<p>Cancer, son hérédité.</p> + +<p>Capital biologique (hypothèse du).</p> + +<p>Causes morbigènes: ambitions +déçues;—passion amoureuse;—inquiétudes;—vie brisée;—frayeur.</p> + +<p>Causes accidentelles.</p> + +<p>Chaleur sèche (dermotherme).</p> + +<p>Choc: traumatique;—chirurgical;—moral.</p> + +<p>Coeur: «maladies» du coeur (leur +hérédité;—observation +d'un faux cardiaque;— +la période de déclin.</p> + +<p>Constipation;—et +entéro-colite;—provoquée +chez les opérés;—son +innocuité;—guérison par +le repos;—dangers des +purgatifs;—obsession de +la constipation;—lavements +d'huile;—injections +de Brown-Séquard;—chez le vieillard;—Convalescence, +sa rapidité chez l'enfant.</p> + +<p>Course en flexion.</p> + +<p>Déclin: âge de déclin;—pouvant +n'être qu'apparent;—problèmes cliniques à +l'âge du déclin, leur difficulté.</p> + +<p>Diabète: régime;—traumatique, +sa gravité.</p> + +<p>Dyspepsie: observation d'une +malade avec prédominance de +troubles dyspeptiques.</p> + +<p>Eaux minérales;—table +de régime;—de Carlsbad;—Chatel-Guyon, Bagnoles, +Brides, Vichy;—Vittel.</p> + +<p>Education: chez la jeune fille;—chez le jeune homme;—de la volonté.</p> + +<p>Electricité;—bains électriques.</p> + +<p>Emplâtre.</p> + +<p>Enfants: préservation contre la +tuberculose;—couveuses +artificielles;—alimentation +de l'enfant né avant terme:—le capital biologique de +l'enfant doit être créé par les +parents;—puériculture;—alimentation du premier +âge, son importance pour toute +la vie;—Goutte de lait;—pathologie infantile;—sa +simplicité relative;—ses +difficultés;—nécessité +du sommeil prolongé;—mastication;—convalescence +rapide;—enfants du +type musculaire;—cérébral;—du deuxième âge, +alimentation:—fièvre digestive.</p> + +<p>Epilepsie.</p> + +<p>Exploration abdominale.</p> + +<p>Exercice: difficulté de le doser +chez les jeunes filles nerveuses;—dans un grand collège +moderne;—chez les professionnels;—chez les +jeunes gens (danger des sports);—et entraînement;—et gymnastique respiratoire;—Institut Zander;—chez +les obèses.</p> + +<p>Fatigue;—et épuisement.</p> + +<p>Fièvre digestive des enfants;—typhoïde.</p> + +<p>Folie: chez la jeune fille:—délire +de la persécution;—l'aliénation mentale et la +«maladie»;—menstruation +chez l'aliénée;—du +doute;—obsession:—manie +aiguë.</p> + +<p>Frictions.</p> + +<p>Grippe, son influence pathogène.</p> + +<p>Grossesse («maladies» de la mère +pendant la).</p> + +<p>Hémorragies cérébrales, chez les +vieillards.</p> + +<p>Hérédité: étymologie;—généralités;—protestation contre +la fatalité des tares héréditaires;—de la longévité;—de la tuberculose;—du +cancer;—des tares + nerveuses, 15; + —de la paralysie générale, 16; + —des «maladies» de coeur, 16; + —des affections rénales, 17.</p> + +<p>Hydrothérapie: froide, 223; + —tiède 225; + —maillot humide, 225.</p> + +<p>Hypnose, 189; + —chez les aliénés, 191; + —ses dangers, 194.</p> + +<p>Hygiène de la procréation, 21.</p> + +<p>Hystérie (simulant une «maladie» organique de la moelle), 114.</p> + +<p>Hypothèse (son rôle dans la science), 1.</p> + + +<p>Injections: action dynamogénique de tout liquide injecté, 232; + —hypodermiques d'eau de mer, 234; + —de cacodylate de magnésie, 235; + —de cacodylate de soude, 235; + —de gaïacol, 238; + —de quinine 239; + —d'héroïne, 239; + —de mercure, 240; + —de morphine, 240; + —huileuses, 240; + —d'huile mercurielle, 241; + —d'huile créosotée, 242; + —et suggestion, 244; + —injections de Brown-Séquard, (constipation), 353.</p> + +<p>Influences morbigènes, généralités, 30.</p> + +<p>Isolement (en maison de santé, ses dangers), 70.</p> + + +<p>Jeune fille: voyage de noces, ses dangers, 20; + —éducation sexuelle—, 21; + —menstruation—, 66; + despotisme de certaines mères, 68; + —difficulté de doser l'exercice chez les jeunes filles nerveuses, 66; + —aliénation mentale—, 71; + —vocation contrariée, 72; + —mariage contrarié—, 73; + —utilité du mariage chez les jeunes filles nerveuses, 74; + —surmenage scolaire—, 75.</p> + +<p>Jeune homme: surmenage scolaire, 75; + —nécessité du sommeil, 76; + —exercice chez les jeunes gens (danger des sports), 78; + —exercice physique chez les jeunes gens, 79; + —éducation sexuelle, 81; + —psychothérapie, 83.</p> + +<p>Ligue des pères de famille, 80.</p> + +<p>Longévité: hérédité de la, 8; + —humaine, 9.</p> + +<p>Malade: son entourage, 204; + —ne voulant pas guérir, 207; + —régime des grands malades, 217; + —n'osant pas manger, 220; + —danger des voyages, 267.</p> + +<p>«Maladies»: accidentelles, 42; + —la «maladie», 94-95; + —petits symptômes de la «maladie», 95, + —la «maladie» et les «maladies» accidentelles, 97; + —causes morales, généralités, 142; + —causes accidentelles de la «maladie», 162; + —du coeur à la période du déclin, 279.</p> + +<p>Mariage: contrarié chez la jeune fille, 73; + —son utilité pour les jeunes filles nerveuses et ses dangers, 74.</p> + +<p>Massage, 228; + —abdominal, 229.</p> + +<p>Méningite, 55.</p> + +<p>Menstruation: utilité du repos, 66; + —chez l'aliénée, 165; + —chez la grande malade, 166; + —ménopause, 296.</p> + +<p>Migraine, 40.</p> + +<p>Mort naturelle, 310.</p> + +<p>Névrose (sa contagion), 148.</p> + +<p>Obésité, 297;—exercice chez les +obèses, 298;—régime chez les +obèses, 299.</p> + +<p>Obsession: de la constipation, +251;—de la rougeur, 187.</p> + +<p>Observations: d'une malade avec +prédominance de troubles dyspeptiques, +99;—d'une malade +avec prédominance de troubles +de nutrition, 105;—d'un faux +cardiaque, 107;—d'une malade +suivie pendant trente ans, chez +laquelle presque tous les appareils +ont été successivement +atteints, 110;—d'une grande +malade guérie par le régime +restreint, 128;—d'une malade +fébricitante guérie par l'alimentation +forcée. 132.</p> + +<p>Opérés: opérations de complaisance, +155;—morphine chez +les—, 156;—rôle médical du +chirurgien, 156;—purgation +chez les, 157;—constipation +provoquée chez les—, 158.</p> + +<p>Opothérapie: hépatique, 236;—ovarienne, +286.</p> + +<p>Paralysie générale, hérédité, 16.</p> + +<p>Pertes: matérielles, 143;—au jeu, +144.</p> + +<p>Pneumonie: bains chauds dans +la;—chez le vieillard, 308. +Protection, loi de protection des +faibles, 10.</p> + +<p>Psychonévroses, leur traitement +moral, 213.</p> + +<p>Psychothérapie: chez le jeune +homme, 83;—savoir prendre +un parti, 175;—respect du +temps, 176;—dérivative. 180; +—sédative, 181;—reconstituante, +182;—résignation, 182; +—foi religieuse, 208;—et problème +religieux, 210.</p> + +<p>Ptôse: abdominale, 169;—et ceinture +hypogastrique, 167;—passagère, +169.</p> + +<p>Purgatifs et constipation, 249.</p> + +<p>Régime: ration d'entretien, 125, +—des Chartreux, 125;—des +Trappistes, 125;—des soldats, +127-140;—des guides alpins, +127;—observation d'une +grande malade guérie par le +régime restreint, 128;—en +cas d'effondrement abdominal, +172;—et suggestion, 215;—des +grands malades, 217;—monotone, +218;—sec (ses dangers), +219;—à boisson restreinte, +219;—et eaux minérales, +255;—des diabétiques, +293;—des albuminuriques, +297;—des obèses, 299;—lacté +chez les vieillards, 308.</p> + +<p>Repos: dans les états aigus, 173;—cure +de—, 205;—constipation +guérie par le—, 205;—avant le +repas, 221;—après le repas, +222;—au lit, 265.</p> + + +<p>Sommeil: nécessité du sommeil +chez l'enfant, 57;—nécessité +du sommeil chez les jeunes +gens, 76;—diurne (ses bons +effets) 173;—l'aliment favorise +le—, 221;—et repos au lit, 221.</p> + +<p>Sports, chez les jeunes gens (leur +danger) 78.</p> + +<p>Suggestion et régime, 215.</p> + +<p>Symptômes morbides, 32;—petits +symptômes de la «maladie», +95.</p> + +<p>Syphilis: polynatalité, 10;—et +méningite, 12;—Société de +prophylaxie sanitaire et morale, +13;—nécessité d'un traitement +pour prévenir la transmission +héréditaire de la, 23; +—âge à laquelle se contracte +la—, 84;—manifestations tertiaires, +164;—et assurances sur +la vie, 164.</p> + + +<p>Travail: cérébral insuffisant, 119; +—cérébral excessif, 119;—musculaire +excessif, 121;—ration +de—, 125.</p> + +<p>Tuberculose hérédité, 13;—oeuvre +de préservation de l'enfance +contre la—, 14 et 89;—dans +l'armée, 87;—et sanatorium +populaire, 38;—et dispensaire, 88.</p> + + +<p>Vacances: leur nécessité, 261;—colonies +de—, 262.</p> + +<p>Vésicatoires, 255.</p> + +<p>Vieillards: voyages, 304;—alimentation, +306;—constipation, +307;—pneumonie, 308;—régime +lacté, 308;—hémorragie +cérébrale, 309.</p> + +<p>Vin: chez l'homme bien portant, +139;—chez le malade. 141;</p> + +<p>Voyages: de noces (ses dangers), +20;—leur utilité chez les gens +bien portants, 261;—leur +danger chez les malades, 267; +—chez les vieillards, 304.</p> +<br><br><br> + + +<h3>AUTEURS CITÉS</h3> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Dr BARADUC, 37.</p> +<p>BRIEUX, 83.</p> +<p>BROWN-SEQUARD, 236.</p> +<p>Dr CHARCOT, 194</p> +<p>Dr CAMPENON, 156.</p> +<p>Dr CHAILLOU, 76.</p> +<p>Dr DELORME, 158.</p> +<p>Dr DUBOIS, 213.</p> +<p>Dr DUPRAT, 194.</p> +<p>FLOURENS, 9.</p> +<p>Dr FONSAGRIVES, 55.</p> +<p>FONSAGRIVES (Abbé), 81.</p> +<p>Dr A. FOURNIER, 13.</p> +<p>Dr ED. FOURNIER, 84.</p> +<p>Dr GRANCHER, 14.</p> +<p>Dr GRASSET, 194.</p> +<p>Dr HUCHARD, 17.</p> +<p>Dr KELSCH, 87.</p> +<p>KNEIPP, 224.</p> +<p>Dr LAGRANGE, 79 et 86.</p> +<p>Dr LAUMONIER, 64.</p> +<p>Dr LEGENDRE, 80.</p> +<p>Dr LEREDDE, 231.</p> +<p>Dr MATHIEU, 33.</p> +<p>Dr PINARD, 21 et 45.</p> +<p>PLANTET, 262.</p> +<p>POINCARE, 1.</p> +<p>Dr ROBIN, 293.</p> +<p>Dr RUNGBERG, 164.</p> +<p>SERTILLANGES (Abbé), 125.</p> +<p>Dr SIGAUD, 171.</p> +<p>Dr R. SIMON, 234.</p> +<p>VANCAUWENBERGHE, 48.</p> +<p>Dr VARIOT, 47.</p> +<p>Dr A. VOISIN, 194.</p> + </div> </div> + + +<br><br><br> +<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3> + +<p>PRÉFACE</p> + + +<p><b>PREMIÈRE PARTIE</b></p> + + +<p>CHAPITRE I</p> + +<p>LE CAPITAL BIOLOGIQUE<br> +Notre postulatum: le capital biologique. Sa valeur variable +selon chaque individu et selon chaque période de la vie. +Capital initial; influences qui le font varier.</p> + + +<p>CHAPITRE II</p> + +<p>HÉRÉDITÉ<br> +Définition de l'hérédité; son rôle. Hérédité de la longévité. +Rôle de l'hérédité dans l'alcoolisme; la syphilis; la tuberculose; +le cancer; les tares nerveuses: les «maladies» de +coeur; des reins.</p> + + +<p>CHAPITRE III</p> + +<p>CONCEPTION<br> +La valeur des générateurs au moment de la conception.—Loi +de protection des faibles. Hygiène de la procréation: +éducation sexuelle de la jeune fille.</p> + + +<p>CHAPITRE IV</p> + +<p>GESTATION<br> +Les influences qui ont pu atteindre le produit pendant la +gestation.—Emotions, misères physiologiques, «maladies» +de la mère pendant la grossesse. Enfants nés avant terme.</p> + +<p>CHAPITRE V</p> + +<p>INFLUENCES MORBIGÈNES ET SYMPTÔMES MORBIDES<br> +La vie de l'être humain peut être figurée par une courbe évolutive: +les influences morbigènes modifient cette courbe. La +même influence peut se traduire par des symptômes variés; +et, inversement, des influences variées peuvent se traduire +par le même symptôme (ex.: constipation) ou par le +même ensemble de symptômes (ex.: épilepsie). Tous +les systèmes organiques peuvent être troublés à la fois. +Le plus souvent, c'est l'organe le plus faible qui traduit +le malaise. Le système nerveux est la clef de voûte de la +pathologie, c'est lui qu'atteignent le plus les causes morbigènes.</p> + + +<p>CHAPITRE VI</p> + +<p>DE LA NAISSANCE AU SEVRAGE.—PUÉRICULTURE<br> +Importance de l'alimentation du premier âge pour toute la +durée de la vie. Le lait de la mère appartient à l'enfant. +Gouttes de lait (de Belleville, de Saint-Pol). La pathologie +enfantine est, le plus souvent, simple; quelquefois, de la +plus grande difficulté. Succès thérapeutiques chez les petits +enfants atteints de syphilis, de pneumonie.</p> + + +<p>CHAPITRE VII</p> + +<p>DU SEVRAGE A LA PUBERTÉ<br> + +1° Chez l'enfant du deuxième âge. Nécessité du sommeil +prolongé, d'une mastication parfaite. Les «maladies» accidentelles +à cet âge évoluent vite, sans convalescence.— +Chez l'enfant de sept ans à la puberté. Enfant du type +musculaire (hygiène qui lui convient); du type cérébral. +Les déracinés. «maladies» accidentelles chez l'enfant. «maladies» +très souvent provoquées par une alimentation défectueuse.</p> + + +<p>CHAPITRE VIII</p> + +<p>DE LA PUBERTÉ A L'AGE ADULTE<br> + +I. <i>Chez la fille</i>.—Précautions à prendre à l'apparition +des règles. Chloro-anémie. Causes spéciales de «maladie»:<br> + +—A. Surmenage intellectuel.—B. Causes morales (despotisme +de la mère, vocation contrariée); brevets: mariage +rendu impossible; besoin du mariage.—C. Surmenage +musculaire. Quelle que soit la cause, les symptômes sont +les mêmes, mais le traitement varie avec la cause. Facilité +relative de la guérison.</p> + +<p>II <i>Chez le garçon</i>.—1° Surmenage scolaire (insuffisance +du sommeil).—2° Surmenage physique (abus des sports, +de l'escrime, utilité des exercices automatiques <i>(Ligue des +pères de famille</i>).—3° Déviation de l'hygiène sexuelle: +éducation sexuelle. Par qui elle doit être donnée. Enseignement +individuel et enseignement collectif. Utilité de +l'exercice poussé au maximum de la tolérance. Aberrations +de l'instinct sexuel: psychothérapie.</p> + +<p>III. <i>Causes morbigènes communes aux deux sexes</i>.—«maladies» +accidentelles: tuberculose (le sanatorium, les +dispensaires, oeuvres de préservation).</p> + + +<p><b>DEUXIÈME PARTIE</b></p> + + +<p>CHAPITRE I</p> + +<p>MATURITÉ<br> +L'homme doit travailler et produire. Nécessité des périodes +de repos. Le coup de collier. La fatigue. L'entraînement. +L'épuisement (ses signes prémonitoires). Surmenage cérébral-musculaire +(ses signes prémonitoires. La «maladie».</p> + + +<p>CHAPITRE II</p> + +<p>CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA «MALADIE»<br> +Ce que c'est que la «maladie». Manière d'étudier un malade. +Quatre observations de patients atteints de la «maladie» +sous ses diverses formes. Troubles fonctionnels pouvant +simuler les affections avec lésions d'organes. Rôle du +système nerveux central dans la pathogénie de la «maladie». +Embarras gastrique.</p> + + +<p>CHAPITRE III</p> + +<p>LES CAUSES DE LA «MALADIE»<br> + +I. <i>Causes physiques</i>.—1° Surmenage cérébral, travail +cérébral insuffisant. La «maladie» due au surmenage cérébral +peut revêtir des formes cliniques très diverses.— +2° Surmenage musculaire.—3° Vices d'alimentation. +Généralités, auto-intoxication, irritation.—<i>A</i>. Alimentation +excessive en quantité. Ration d'entretien. Régime des +Chartreux, des Trappistes, des soldats, des guides alpins. +Observation d'une grande malade guérie par le régime +restreint.—<i>B</i>. Alimentation à la sonde.—<i>C</i>. Alimentation +insuffisante en qualité. Adultération des aliments: +<i>a</i>) par les procédés chimiques, <i>b</i>) par les procédés physiques. +—<i>D</i>. Alcool. Boissons fermentées, leur utilité. +Boissons distillées, leur danger.</p> + +<p>II. <i>Causes morales</i>.—Leur importance prépondérante:</p> + +<p><i>A</i>. Pertes d'argent. Jeu. Ambitions déçues.— +<i>B</i>. Influences compromettant la quiétude de l'âme. Passions. +Incompatibilité d'humeur.—<i>C</i>. Inquiétudes d'origine +altruiste. Séparation momentanée, définitive.— +Choc traumatique: <i>a</i>) Hystéro-neurasthénie traumatique. +<i>b</i>) Choc chirurgical. Danger de l'intervention médicale +des chirurgiens. Danger de la morphine aux opérés. +Des purgations. Constipation provoquée chez les opérés, +ses avantages.</p> + +<p>III. <i>Causes accidentelles</i>.—Fièvre typhoïde. Grippe: +son grand rôle pathogénique. Syphilis.</p> + +<p>IV. <i>Influences morbigènes spéciales à la femme</i>.—Menstruation. +Grossesse. Ptôse abdominale: Exploration abdominale.</p> + + +<p>CHAPITRE IV</p> + +<p>PSYCHOTHÉRAPIE<br> +Définition. Ne pas s'exagérer l'importance de son rôle +1° Son action s'étend aux déviations mentales.—2° A +un grand nombre de troubles somatiques.—<i>A. Moyens +par lesquels on diminue les dépenses d'influx nerveux:</i> +savoir prendre parti; avoir des principes; le respect du +temps; des habitudes d'ordre. Application de ces préceptes. +Un cas de folie du doute. Psychothérapie dans la +manie aiguë, dans les obsessions. Résignation passive et +active.—<i>B. Moyens par lesquels on augmente les recettes.</i> +1° Gymnastique de la volonté, quelques procédés pratiques +(gymnastique respiratoire, gymnastique suédoise).— +Moyens par lesquels on augmente artificiellement le + +capital insuffisant: hypnose. Action personnelle de l'hypnotiseur, +indications du traitement par l'hypnose. Ce qui +limite l'emploi de l'hypnose en thérapeutique, c'est que: +1° ceux qui en auraient le plus besoin sont les plus difficiles +à hypnotiser.—2° C'est que c'est un moyen qui +peut être trop actif. C'est un agent thérapeutique utile, +non dangereux, s'il est bien manié; le médecin seul +peut le bien manier.<br> + +Conseils pratiques pour l'application des procédés psychothérapiques. +—1° Le médecin doit soigner avec son coeur, +plus qu'avec son intelligence.—2° Paraître ne jamais +être pressé.—3° Ni même être pressé.—4° Savoir parler +au malade.—5° Ne lui imposer que le strict minimum +de prescriptions. Difficultés du traitement psychothérapique: +1° Absence de foi chez le malade (malades à théories +médicales. Malades qui ne veulent pas guérir).— +A l'hostilité de l'entourage. Le médecin confident.—Psychothérapie +et sentiment religieux.</p> + + +<p>CHAPITRE V</p> + +<p>AUTRES AGENTS THÉRAPEUTIQUES<br> + +1° Régime alimentaire (les prescriptions diététiques n'agissent +pas seulement par suggestion). Diète liquide. Régime +des potages. Régime à boisson restreinte. De la fréquence +des repas. Du repos après et avant le repas.<br> + +2° Moyens accessoires.—A. <i>Hydrothérapie</i>: froide, exceptionnellement +indiquée. Méthode de Kneipp. Drap mouillé. +Hydrothérapie tiède: tub, bain. Malades dont il ne faut +pas mouiller la peau. Chaleur sèche. Massage. Frictions. +Bains de vapeur. Bains électriques. Electricité.—B. <i>Injections +hypodermiques.</i>—1° Influence utile de l'injection en +tant qu'injection (sérum artificiel, eau de mer).—2° Action +propre du liquide injecté. Cacodylate de soude, de +magnésie, de fer. Injections de Brown-Séquard. Strychnine. +Cacodylate de gaïacol dans la «maladie» post grippale. Quinine, +héroïne et morphine, leurs dangers. Injections huileuses: +<i>a</i>. Mercurielles. <i>b</i>. Créosotées. Rôle alimentaire +de l'huile injectée.—3° Des injections hypodermiques +comme procédé de suggestion.—C. Vésicatoires. Emplâtres. +Purgatifs. Etude de la constipation et des constipés. +—D. <i>Eaux minérales</i>, leurs indications. Les tables de régime. +Carlsbad. Vichy. Bagnoles. Brides. Vittel. Châtel-Guyon. +Bourbon l'Archambault, etc. Les médecins des eaux.— +<i>Voyages</i>. Leur utilité chez les gens bien portants. Leur +danger chez de grands malades. Précautions à prendre +pour qu'ils soient utiles aux malades moyens. La grande +malade et le ciel de la Côte d'Azur. Voyage et entraînement. +Vacances. Colonie de vacances.—F. <i>La mer</i>.—La +cure marine. Le train des maris.</p> + + +<p><b>TROISIÈME PARTIE</b></p> + + +<p>CHAPITRE I</p> + +<p>LA PÉRIODE DE DÉCLIN<br> +Le déclin peut survenir à tout âge. Exemples de limites +extrêmes. Les tares organiques. Les cardiopathies se révèlent. +Le déclin peut n'être qu'apparent (difficulté du diagnostic). +Petits symptômes prémonitoires du déclin. +Ménopause. Opothérapie ovarienne. Influences morales. +Aberrations tardives de l'instinct sexuel. Age critique +de l'homme. Forme que revêt souvent la «maladie» à +cet âge. Traitement psychothérapique, régime, précautions. +Le diabète. Rôle du système nerveux dans le +diabète. Il n'y a pas de régime du diabète, ni même des +diabétiques. Albuminurie: transitoire, intermittente, permanente. +Pronostic variable. Il n'y a pas de régime de +l'albuminurie, ni même des albuminuriques. Obésité. +Exercice chez les obèses. Thyroïdine. Il n'y a pas de régime +de l'obésité. Danger de l'amaigrissement rapide.</p> + + +<p>CHAPITRE II</p> + +<p>LA VIEILLESSE<br> +Elle peut survenir à tout âge. Influences spéciales à la +vieillesse de l'homme âgé. Nécessité du repos et dangers +des voyages. Alimentation restreinte. Accidents qui font +mourir le vieillard. De la mort naturelle.</p> + + +<p>INDEX.</p> + +<p>AUTEURS CITÉS.</p> + +<p>TABLE DES MATIÈRES.</p> +<br><br><br> + +ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of La lutte pour la santé, by Dr. Burlureaux + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA LUTTE POUR LA SANTÉ *** + +***** This file should be named 12105-h.htm or 12105-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/2/1/0/12105/ + +Produced by Joris Van Dael, Renald Levesque and the Online Distributed +Proofreading Team. + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit https://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's +eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII, +compressed (zipped), HTML and others. + +Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over +the old filename and etext number. The replaced older file is renamed. +VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving +new filenames and etext numbers. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000, +are filed in directories based on their release date. If you want to +download any of these eBooks directly, rather than using the regular +search system you may utilize the following addresses and just +download by the etext year. + + https://www.gutenberg.org/etext06 + + (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99, + 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90) + +EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are +filed in a different way. The year of a release date is no longer part +of the directory path. The path is based on the etext number (which is +identical to the filename). The path to the file is made up of single +digits corresponding to all but the last digit in the filename. For +example an eBook of filename 10234 would be found at: + + https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234 + +or filename 24689 would be found at: + https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689 + +An alternative method of locating eBooks: + https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL + + + + +</pre> + +</body> +</html> |
