summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/old/12105-h
diff options
context:
space:
mode:
authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:38:58 -0700
committerRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:38:58 -0700
commitfebfaa91844dad281fd0ea63bfeeebf05ef7245b (patch)
tree4a94c0361c3d0236fae018d68f173e8193b5ee9c /old/12105-h
initial commit of ebook 12105HEADmain
Diffstat (limited to 'old/12105-h')
-rw-r--r--old/12105-h/12105-h.htm10209
1 files changed, 10209 insertions, 0 deletions
diff --git a/old/12105-h/12105-h.htm b/old/12105-h/12105-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..abdd3e4
--- /dev/null
+++ b/old/12105-h/12105-h.htm
@@ -0,0 +1,10209 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1">
+ <title>The book</title>
+ <meta name="author" content=" ">
+
+<style type=text/css>
+
+body {margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+
+h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;}
+p {text-align: justify}
+blockquote {text-align: justify}
+
+hr {width: 50%; text-align: center}
+hr.full {width: 100%}
+hr.short {width: 20%; text-align: center}
+
+.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.footnote {font-size: 0.8em; font-weight: bold; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%;
+ float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed;
+ width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left}
+
+span.pagenum {font-size: 8pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute}
+
+.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%;
+ text-align: left}
+.poem .stanza {margin: 1em 0em}
+.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;}
+.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em}
+.poem p.i2 {margin-left: 1em}
+.poem p.i4 {margin-left: 2em}
+.poem p.i6 {margin-left: 3em}
+.poem p.i8 {margin-left: 4em}
+.poem p.i10 {margin-left: 5em}
+
+
+
+a:link {color: blue; text-decoration: none}
+link {color: blue; text-decoration: none}
+a:visited {color: blue; text-decoration: none}
+a:hover {color: red}
+
+
+</style>
+
+</head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of La lutte pour la santé, by Dr. Burlureaux
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: La lutte pour la santé
+
+Author: Dr. Burlureaux
+
+Release Date: April 21, 2004 [EBook #12105]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA LUTTE POUR LA SANTÉ ***
+
+
+
+
+Produced by Joris Van Dael, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team.
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+<H1>LA LUTTE<br>
+POUR LA SANTÉ</h1>
+
+<h4>DU MÊME AUTEUR</h4>
+
+<p><b>Considérations sur la folie paralytique</b> Paris, J.-B. Baillière,
+1874.</p>
+
+<p>Article <b>Épilepsie du Dictionnaire encyclopédique des Sciences
+médicales</b> (1886).</p>
+
+<p><b>Pratique de l'antisepsie dans les «maladies» contagieuses</b> (Prix
+Stansky, de l'Académie de médecine). J.-B Baillière, éditeur
+(1892).</p>
+
+<p><b>Traitement de la Tuberculose par la créosote</b> (Couronné par
+l'Institut, Prix Bréant). 1 vol. in-8°, Rueff, éditeur, 1894.</p>
+
+<p><i>En préparation</i>:<br>
+
+<b>Psychothérapie et Morale religieuse.</b></p>
+<br><br><br>
+
+<h2>Dr. BURLUREAUX</h2>
+
+<h4>PROFESSEUR AGRÉGÉ LIBRE DU VAL-DE-GRACE</h4>
+
+
+
+<h1>LA LUTTE POUR LA SANTÉ</h1>
+
+
+
+<h3>ESSAI DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE</h3><br><br>
+
+<p>PARIS<br>
+
+1908</p><br>
+
+A MON CHER LUCIEN CLAUDE<br>
+
+EN TÉMOIGNAGE DE MA VIVE AFFECTION<br>
+
+ET EN SOUVENIR<br>
+
+DE NOS CAUSERIES MÉDICO-PHILOSOPHIQUES<br><br><br>
+
+<h3>PRÉFACE</h3>
+
+
+<p>La «lutte pour la santé» qui fait le sujet de
+ce livre n'est pas celle qu'ont entreprise, et que
+poursuivent avec un succès toujours plus marqué,
+nombre de ligues et sociétés philanthropiques.
+Certes, personne n'admire plus que moi l'effort
+généreux de ces sociétés. Qu'il s'agisse de combattre
+la mortalité infantile, ou de répandre et
+de faire appliquer les règles de l'hygiène, ou
+encore d'enrayer l'extension de ces trois plaies
+sociales, la tuberculose, l'alcoolisme, et la
+syphilis, ce sont là des campagnes infiniment
+bienfaisantes; et je considère comme un honneur
+d'avoir pu, modestement, prendre ma part
+de quelques-unes d'entre elles.</p>
+
+<p>Mais à côté de cette grande lutte collective,
+il y a une autre «lutte pour la santé», tout
+individuelle, qui se livre tous les jours dans la
+vie de chacun de nous. Celle-là est une forme
+de la loi universelle de la lutte pour l'existence.
+Sans cesse, depuis l'instant où nous naissons,
+notre organisme tend à maintenir ou à rétablir
+cet équilibre de ses forces que l'on appelle «la
+santé»; et sans cesse une foule d'influences,
+intérieures ou venues du dehors, tendent à
+détruire cet équilibre, éminemment instable.</p>
+
+<p>Ces influences varient à l'infini, suivant l'âge,
+le sexe, l'hérédité, les conditions de la vie:
+mais toutes travaillent, en nous, à la même fin;
+et l'on peut dire que l'histoire entière de notre
+vie physique n'est que l'histoire des péripéties
+de la «lutte» incessante qui se déroule entre
+elles et la tendance naturelle de l'être à persévérer
+dans son être. Et si, parmi ces influences
+hostiles à notre santé, beaucoup ont un caractère
+fatal et inévitable, s'il y a malheureusement
+beaucoup de causes de «maladie» contre
+lesquelles nous sommes désarmés, il y en a
+aussi un très grand nombre qui peuvent être
+évitées, ou combattues victorieusement. Toute
+la médecine, en fait, ne consiste qu'à aider la
+nature dans sa lutte contre elles.</p>
+
+
+
+<p>Mais la médecine est moins une science qu'un
+art. De la multiplicité des circonstances, de la
+diversité des esprits, il résulte que chaque
+médecin, quand il est parvenu à un certain
+point de sa carrière, s'aperçoit que l'ensemble
+de ses observations et de ses réflexions l'a amené
+à se faire une expérience propre, personnelle,
+des conditions générales de la «lutte pour la
+santé» et des moyens d'aider l'organisme à la
+bien conduire. C'est le fruit de mon expérience
+particulière que j'ai essayé de recueillir et de
+présenter, dans le livre que voici.</p>
+
+<p>De longues années de pratique médicale m'ont
+donné l'occasion de voir, sous des aspects très
+variés, la naissance et l'évolution de la «maladie».
+J'ai aussi vu à l'oeuvre bien des méthodes de
+traitement, anciennes et nouvelles. Pénétré,
+dès le début, de l'importance de la tâche qui
+m'était confiée, je me suis efforcé de ne subir
+aucun parti pris d'école ni de doctrine, de ne
+rien rejeter ni de ne rien admettre sans l'avoir
+contrôlé, de borner toujours mon ambition à
+empêcher ou à soulager la souffrance par tous
+les moyens,&mdash;que l'idée de ces moyens me
+vînt de moi-même ou d'autrui, qu'ils fussent ou
+non approuvés par les autorités du moment,
+qu'ils appartinssent à la thérapeutique d'hier
+ou à celle de demain. Et maintenant, ayant parcouru
+déjà une grande partie de ma route, il
+m'a semblé que j'avais le devoir de faire profiter
+les autres de tout ce que mon expérience,
+ainsi acquise, pouvait contenir d'intéressant et
+d'utile pour eux.</p>
+
+<p>C'est dire que ce petit livre s'adresse à tout
+le monde. Je n'ai pas voulu en faire une thèse
+scientifique, mais plutôt quelque chose comme
+ces <i>Conseillers de la Santé</i> que l'on était assuré
+de trouver, autrefois, au chevet du lit de nos
+grands-parents. Laissant aux ouvrages spéciaux
+l'étude des «maladies» accidentelles, de ces chocs
+extérieurs où notre organisme est sans cesse
+exposé, je m'en suis tenu aux différentes manifestations
+de ce que j'appellerai, d'un terme
+général, la «maladie», en entendant par là
+cette rupture de l'équilibre normal de nos forces,
+cette dépréciation plus ou moins complète de
+notre capital biologique, qui se produit, tôt ou
+tard, dans l'existence de chaque créature
+humaine, et s'exprime par une variété infinie
+de symptômes morbides. J'ai essayé d'indiquer
+les principales causes qui, aux différents âges,
+depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, risquent
+de compromettre ou de détruire la santé; et
+surtout j'ai essayé de montrer, au fur et à
+mesure, par quels moyens ces causes peuvent
+être évitées, ou leurs mauvais effets heureusement
+réparés.</p>
+
+<p>Plusieurs de ces moyens étonneront peut-être
+le lecteur, accoutumé aux complications savantes
+de la médecine d'aujourd'hui; et leur simplicité
+même lui semblera peut-être avoir quelque chose
+de révolutionnaire. C'est un danger que j'ai
+prévu, et que, certes, je n'affronte pas de gaîté
+de coeur. Mais il n'y a pas une ligne de mon
+livre qui ne dérive, à la fois, d'une expérimentation
+méthodique et de réflexions patiemment
+mûries. Si jamais l'on peut être sûr de quelque
+chose, en une matière aussi variable et aussi
+délicate, je suis sûr de l'efficacité des
+avertissements et des conseils qu'on trouvera ici.
+Puissent-ils seulement être entendus, et porter
+leur fruit!</p>
+
+
+
+<p>Ce livre était déjà sous presse lorsque j'ai reçu l'intéressant
+ouvrage de mon confrère et ami le Dr. Sigaud sur <i>Les Origines
+de la «maladie»</i> (1 vol. Maloine, 1906). Je regrette de
+n'avoir pas pu en citer certaines pages qui s'accordent avec
+les idées que j'ai moi-même exprimées sur plusieurs points,
+et, notamment, sur le danger qu'il y a à attacher trop
+d'importance aux symptômes en pathologie.</p>
+
+
+<br><br><br>
+<h2>LA LUTTE
+POUR LA SANTÉ</h2>
+
+
+
+<h3>PREMIÈRE PARTIE</h3>
+
+
+
+<h4>CHAPITRE I</h4>
+
+<h4>LE CAPITAL BIOLOGIQUE</h4>
+
+
+<p>L'hypothèse joue, dans les progrès do toutes les
+connaissances humaines, un rôle considérable; ce
+n'est une nouveauté pour personne, mais cette
+vérité nous a été récemment rappelée, et exposée
+avec une clarté nouvelle, par le remarquable travail
+de M. Poincaré, intitulé: <i>La Science et l'Hypothèse.</i>
+Il y est démontré que ni les mathématiques,
+ni les sciences physiques ou chimiques, ne pourraient
+exister si elles n'avaient pour point de départ
+des hypothèses. «Il y a, dit M. Poincaré, plusieurs
+sortes d'hypothèses: les unes sont vérifiables,
+et, une fois confirmées par l'expérience,
+deviennent des vérités fécondes; les autres, sans
+pouvoir nous induire en erreur, peuvent nous
+être utiles en fixant notre pensée; d'autres enfin
+(comme le <i>postulatum</i> d'Euclide) ne sont des hypothèses
+qu'en apparence, et se réduisent à des définitions
+et à des conventions déguisées». Plus
+encore que les sciences dites exactes, les études
+biologiques ont besoin du secours de l'hypothèse,
+car c'est d'elles que l'on peut surtout dire que
+«nous n'y savons le tout de rien.»</p>
+
+<p>Sans avoir aucunement la prétention de bouleverser
+les sciences biologiques, mais simplement
+pour m'aider à fixer ma pensée, je demanderai, à
+mon tour, qu'on m'accorde une sorte de <i>postulatum</i>,
+qui nous aidera à nous rendre compte de la plupart
+des phénomènes de la biologie et de la pathologie.</p>
+
+<p>Voici ce <i>postulatum</i>:</p>
+
+<p>Je supposerai que chaque être, en naissant,
+reçoit un certain capital d'énergie vitale, de la
+valeur et de l'emploi duquel dépendront et sa
+santé, et sa longévité: un capital donnant des intérêts
+variables suivant chaque individu et suivant
+chaque période de la vie. J'ajouterai que ce capital
+peut être, à toute période de la vie, amoindri par
+une cause accidentelle, et que les intérêts qu'il produit
+sont également variables aux diverses périodes
+de la vie.</p>
+
+<p>Or, cette hypothèse étant accordée, l'objet du présent
+travail sera d'étudier, d'un bout à l'autre de la
+vie, la meilleure manière de faire valoir ce capital, et
+de le défendre contre les influences qui ne cessent
+pas de le menacer. Ces influences sont ce qu'on
+appelle les «causes morbigènes», et leurs assauts
+sont ce qu'on appelle les «maladies».</p>
+
+<p>L'homme malade est donc, dans notre hypothèse,
+celui qui vient de subir une de ces diminutions de
+son capital biologique: d'où il résulte que, avant
+d'étudier le malade, et les causes morbigènes, nous
+devons d'abord envisager le capital initial, et les
+causes qui en font varier la valeur.</p>
+
+<p>Considéré au point de vue théorique, c'est-à-dire
+en négligeant les influences qui peuvent le faire
+accidentellement diminuer, le capital initial est
+comparable à la force qui lance un projectile dans
+l'espace. Or, les mathématiciens savent exactement
+quelle doit être la courbe parcourue par le projectile,
+du moment qu'ils connaissent la vitesse initiale et la
+masse. Et pareillement nous pourrions, nous aussi,
+prévoir la courbe que suivra la santé d'un sujet, si
+nous pouvions connaître exactement le capital de
+vie qu'il apporte en naissant. Mais le fait est que,
+chez les différents êtres humains, le capital initial
+varie dans des proportions si énormes que nous
+ne pouvons guère nous flatter d'en avoir une notion
+précise.</p>
+
+<p>Pour des causes que nous chercherons à analyser,
+il y a des êtres chez qui le capital initial est
+nul: ce sont eux qui meurent en naissant, ou un
+ou deux jours après leur naissance, sans «maladies»
+ni lésions appréciables; tels certains enfants de
+syphilitiques, qui meurent parce qu'il n'ont pas la
+force de vivre.</p>
+
+<p>A l'autre extrémité de l'échelle se placent les
+aristocrates de la santé, doués d'un capital énorme,
+et qu'on voit atteindre à des âges avancés sans avoir
+jamais été malades, sans avoir jamais pris de précautions
+spéciales pour conserver leur santé.
+Ainsi, j'ai connu, non comme médecin, mais
+comme ami, un général mort à quatre-vingt-douze
+ans, et qui n'avait jamais été arrêté par la moindre
+indisposition. On peut même dire qu'il est mort
+sans «maladie»; il a tout simplement cessé de vivre,
+comme le boulet, arrivé à la fin de sa course, cesse
+de progresser et rentre dans l'immobilité.</p>
+
+<p>Entre ces deux extrêmes se trouve une variété
+infinie d'intermédiaires; et l'on peut dire qu'il n'y
+a pas deux personnes ayant le même capital biologique
+initial.</p>
+
+<p>Cependant les différences dans le capital initial
+ne sont pas si grandes qu'on ne puisse, tout au
+moins, en déterminer les causes principales, dont
+l'étude se trouve être, ainsi, d'une importance
+majeure. Ces causes peuvent être groupées sous
+trois chefs:</p>
+
+<p>1° Les influences héréditaires;</p>
+
+<p>2° La valeur actuelle des générateurs au moment
+de la conception;</p>
+
+<p>3° Les influences qui ont pu atteindre le produit
+pendant la gestation.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h4>CHAPITRE II</h4>
+
+
+<h4>HÉRÉDITÉ</h4>
+
+<p>L'hérédité tient une place considérable dans tous
+les problèmes de la vie; et, comme l'indique bien
+l'étymologie du mot <i>hoerere</i>, (être attaché), tout être
+vivant est relié à un long passé ancestral. Les végétaux
+eux-mêmes n'échappent point à cette loi: le
+souci des horticulteurs n'est-il pas de créer, par de
+savants procédés de culture et d'habiles sélections,
+des types capables de transmettre par hérédité certaines
+qualités développées? Ils y arrivent jusqu'au
+jour où, quand ils ont voulu trop profondément ou
+trop vite forcer la nature, la plante revient à son
+état sauvage, ou demeure stérile pour avoir été
+trop surmenée. Et les mêmes observations sont
+familières aux éleveurs qui cherchent à perfectionner
+les races d'animaux domestiques.</p>
+
+<p>Hérédité est donc un terme de physiologie signifiant
+que la constitution organique, la manière
+d'être physique ou mentale, se transmet des parents
+aux enfants ou aux descendants.</p>
+
+<p>L'hérédité se rencontre partout; c'est elle qui
+constitue les grands traits de caractère si différents
+de chaque race; c'est elle qui fait que les vertus,
+les vices, les passions, les haines, se transmettent
+dans le sein des familles aussi bien que la beauté,
+la couleur des yeux, la taille, etc. Souvent elle est
+directe, c'est-à-dire qu'elle provient du père ou de
+la mère; parfois elle saute une ou deux générations;
+d'autres fois, enfin, elle est indirecte: c'est le
+type d'un parent de la ligne collatérale qui prend
+la place. Mais il est rare que, dans le cours de la
+vie, elle ne se manifeste pas d'une manière quelconque.</p>
+
+<p>Le rôle de l'hérédité a été reconnu de tout
+temps. Dans son langage imagé, la Bible nous dit
+qu'«il a encore les dents agacées, celui dont l'ancêtre
+de la septième génération a mangé des raisins
+verts.» Si cette parole était l'expression exacte de
+la vérité, elle serait bien décevante, car elle paralyserait
+tous les efforts destinés à lutter contre les
+tares ancestrales. Mais déjà Ezechiel avait énergiquement
+protesté (chap. XVIII) contre la fatalité des
+tares héréditaires; et la vérité est que l'influence
+de l'hérédité est modifiée grandement par la tendance
+qu'a tout être vivant à retourner à son type
+primitif, comme aussi par les influences du croisement,
+en vertu desquelles l'un des générateurs
+peut rectifier la tare transmise par son partenaire.
+Ce n'est que quand les deux générateurs ont les
+mêmes tares que l'hérédité sévit avec son maximum
+d'intensité; et alors non seulement les tares s'ajoutent,
+mais elles semblent se multiplier l'une par
+l'autre, au point de rendre l'enfant incapable de soutenir
+la lutte pour l'existence; ou bien, s'il vit, il n'a
+pas la force de transmettre la vie. Ainsi s'éteignent
+les familles par les «maladies» héréditaires, à moins
+qu'un des membres de la race déchue, revenant
+pour ainsi dire au type primitif, ne porte en lui une
+force de réaction insoupçonnée,&mdash;héritage peut-être
+d'un passé plus lointain,&mdash;qui lui permette de
+reconstituer la famille.</p>
+
+<p>Telles sont les considérations générales qu'il
+m'a semblé utile d'indiquer, parce qu'il en pourrait
+sortir un grand nombre de conclusions pratiques
+pour qui sait réfléchir. Mais il faut à présent que
+j'insiste sur quelques détails plus particuliers.</p>
+
+<p>D'abord, l'hérédité de la longévité.</p>
+
+<p>Il est des familles où l'on meurt vieux, de père
+en fils. On dirait des horloges remontées pour
+sonner à peu près le même nombre d'heures. Il
+est d'autres familles où tout le monde meurt jeune,
+sans cependant qu'on puisse incriminer des «maladies»
+spéciales. Pourquoi? Force est bien de le
+dire, nous ne le savons pas.</p>
+
+<p>Notons, en passant, combien sont erronées les
+théories qui attribuent à l'homme moyen une longévité
+moyenne, calculée d'après l'époque de la
+soudure des épiphyses, ou d'après la durée de la
+croissance: suivant les calculs de Flourens, cette
+moyenne devrait être de cent ans. Mais c'est là une
+simple vue de l'esprit, qui ne repose sur aucune
+observation sérieuse.</p>
+
+<p>Certes, on peut établir des moyennes. C'est sur
+des moyennes de ce genre, et sur le calcul des probabilités,
+que sont basés les statuts des compagnies
+d'assurance. De même, il n'est pas déraisonnable
+de supputer la longévité probable d'un individu
+donné, quand on est en mesure d'apprécier
+son capital biologique et la façon dont il sait s'en
+servir. Mais dire que l'homme est bâti pour vivre
+cent ans, parce que, dans les espèces animales, la
+longévité a cinq fois la durée de la croissance, et
+que, chez l'homme, la durée de la croissance est
+de vingt ans, c'est établir une théorie sur des
+bases absolument fragiles.</p>
+
+<p>Plus importantes encore que la plus ou moins
+grande longévité des parents, sont, pour nous, certaines
+particularités de leur état pathologique, qui
+retentissent d'une façon souvent très profonde sur
+la valeur de leurs enfants.</p>
+
+<p>On sait, par exemple, les influences néfastes de
+l'alcoolisme héréditaire, qui non seulement restreint
+la natalité, mais condamne ceux qui naissent
+à une mort rapide.</p>
+
+<p>La syphilis ne réduit pas la natalité; au contraire,
+elle semble la favoriser, et tout le monde
+connaît, en effet, de ces nombreuses familles fauchées
+par la syphilis héréditaire. En vain les générateurs
+s'obstinent à mettre au monde de nouvelles
+victimes: aucune ne survit, à moins qu'un
+traitement médical bien compris ne vienne mettre
+fin à cette lamentable situation <a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> Je ne puis m'empêcher de reconnaître, dans cette polynatalité
+des hérédo-syphilitiques, une affirmation de ce qu'on serait tenté
+d'appeler la loi de protection des faibles.<br>
+
+<p>N'est-il pas remarquable, en effet, que, dans la nature, les êtres
+sans défense luttent par leur polynatalité contre les causes de destruction
+auxquelles les expose leur faiblesse? Voyez dans le monde
+animal. Les animaux puissants, armés pour la défense ou pour
+la lutte, sont toujours de médiocres générateurs; l'éléphant, par
+exemple, ne donne naissance qu'à un nombre très restreint d'individus,
+la femelle porte longtemps; même remarque pour le
+lion. Au contraire, les animaux sans défense, se multiplient avec
+une rapidité qui les rend parfois redoutables: tels les lapins
+d'Australie. Il a suffi d'un couple importé par hasard dans cette
+colonie pour que ces animaux se soient multipliés au delà de
+toute mesure. A l'heure qu'il est, ils constituent encore un fléau
+pour l'agriculture. C'est que le lapin est un être faible, qui n'a de
+moyens ni d'attaque, ni de défense, ne sachant que fuir et se
+cacher. Dans l'espèce humaine, combien ne voit-on pas de ces couples
+admirablement bien assortis, de santé parfaite, et qui n'ont pas
+d'enfants? Nous ne parlons pas de ceux qui n'ont qu'un ou deux,
+enfants; car ici intervient un autre facteur, la restriction
+volontaire; mais de ces ménages exemplaires, où la venue d'un enfant
+serait une joie, et qui restent stériles, sans que rien dans l'état
+des conjoints explique cette stérilité.</p>
+
+<p>Au contraire, des générateurs de médiocre valeur, au point
+de vue de la santé, mettent au monde de nombreux enfants,
+qui bien souvent constituent pour eux une richesse négative.
+Ces malheureux portent le beau nom de prolétaires <i>(proles,
+race)</i>.</p>
+
+<p>Mais que dis-je? la loi de protection des faibles s'étend à l'infini.
+Pourquoi naît-il plus de femmes que d'hommes? Pourquoi
+tel couple ne donne-t-il naissance qu'à des filles, tel autre qu'à
+des garçons? C'est que, dans le premier cas, la valeur biologique
+de la mère était sensiblement inférieure à celle du père. Quand il
+y a une disproportion marquée entre les deux générateurs, l'enfant
+qui naît a le sexe du générateur qui vaut le moins.</p>
+
+<p>Quand un homme vieux et usé épouse une jeune femme pleine
+de vie et de santé, l'enfant qui naîtra de leur union sera presque
+toujours un garçon.</p>
+
+<p>Dans le monde végétal, la même loi de protection des faibles
+s'observe pour qui sait ouvrir les yeux. Voyez les plantes sans
+défense: elles pullulent partout, on les trouve sous toutes les
+latitudes, à toutes les altitudes; au contraire, celles qui se
+défendent, ont ce qu'on appelle en botanique des «aires» très
+limitées.</p>
+
+<p>Dans le monde minéral lui-même, on observe la même loi:
+les métaux qui se défendent sont des métaux rares, et c'est précisément
+parce qu'ils sont rares et incorruptibles (mais non
+incorrupteurs) que l'homme les a pris comme représentant la
+valeur du travail. L'or, par exemple, que rien n'attaque, est plus
+rare que les métaux qui s'oxydent facilement, tels que le fer, le
+cuivre.</p>
+
+<p>Le diamant inaltérable, qui défie l'injure du temps, est d'une
+rareté qui lui donne tout son prix.</p>
+
+<p>C'est de cette loi de protection des faibles, faisant contrepoids
+aux lois darwiniennes (sélection, adaptation aux milieux, etc.)
+que résulte un équilibre presque stable dans le monde des êtres
+créés.</blockquote>
+
+<p>La syphilis est un des principaux facteurs de
+dégénérescence. On commence seulement à connaître
+l'étendue de ses ravages. On sait aujourd'hui
+qu'elle se transmet aux enfants; qu'elle les
+fait mourir avant leur naissance, ou le jour même de
+leur naissance; qu'elle se traduit plus souvent
+encore, dans les deux premiers mois qui suivent la
+naissance, par des accidents contagieux; que, dans
+les premières années de la vie, elle entraîne la
+mort par méningite (méningite spéciale que l'on
+prend trop souvent pour une méningite tuberculeuse,
+et qui serait justiciable d'un énergique traitement
+anti-syphilitique).</p>
+
+<p>On sait aussi que, dans les cas exceptionnels, la
+syphilis des générateurs provoque, à l'âge de huit,
+dix, quinze ans, des dystrophies, parfois des accidents
+tertiaires (épilepsie, gommes, etc.): mais ce
+sont là des curiosités scientifiques.</p>
+
+<p>Ce qu'on ne sait pas encore, c'est dans quelle
+proportion la syphilis des parents diminue la
+valeur biologique des enfants en apparence bien
+nés, c'est son influence sur les produits de la
+deuxième et même de la troisième génération.
+C'est là la science de l'avenir<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>.</p>
+
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Nous ne voulons pas insister davantage sur les méfaits de la
+syphilis, envisagée en tant que péril social, mais nous ne pouvons
+laisser passer l'occasion d'appeler l'attention du lecteur sur les
+efforts tentés pour faire connaître au grand public ces tristes
+vérités.<br>
+
+<p>Il existe une <i>Société internationale de prophylaxie sanitaire et
+morale</i> contre les «maladies» vénériennes, siégeant à Bruxelles,
+et ayant comme filiales des sociétés françaises, allemandes, etc.,
+qui toutes poursuivent un but commun: faire connaître les
+méfaits des «maladies» vénériennes, les éteindre dans la mesure du
+possible et par tous les moyens possibles.</p>
+
+<p>La société française est certainement l'une des plus actives:
+sous la vigoureuse impulsion de son président, M. le professeur
+Fournier, elle a déjà fait beaucoup depuis cinq ans qu'elle est
+fondée.</p>
+
+<p>Elle a étudié la syphilis dans l'armée, dans la marine, les colonies,
+dans les populations ouvrières; la syphilis des nourrices et
+des nourrissons; la syphilis et le mariage, etc. Grâce à elle,
+l'opinion publique commence à s'intéresser au redoutable problème,
+on ose envisager en face la syphilis, on ose prononcer
+son nom, et tout fait espérer que l'action de la Société de prophylaxie
+sera au moins aussi utile que celle des ligues contre l'alcoolisme
+et la tuberculose.</p>
+
+<p>Car, en réalité, que peut-on contre l'alcoolisme? Rien tant qu'on
+ne modifiera pas nos lois et nos moeurs. Que peut-on contre la
+tuberculose? Presque rien, tant qu'on ne changera pas notre
+état social, tant qu'il y aura l'affreuse misère et la promiscuité.
+Tandis qu'on peut beaucoup contre la syphilis, «maladie» évitable
+s'il en fut, «maladie» essentiellement curable. Mais il faut la faire
+connaître dans tous les milieux, son danger provenant de l'ignorance.
+C'est surtout contre cette ignorance que lutte la Société
+française de prophylaxie sanitaire et morale à laquelle devraient
+être affiliés tous les gens de bien, toutes les personne soucieuses
+de l'avenir de la nation.</blockquote>
+
+<p>L'hérédité tuberculeuse est-elle aussi redoutable
+qu'on se plaisait à le dire? Non. Voilà, du moins,
+ce qu'affirment la science expérimentale et l'observation
+des jeunes animaux issus de générateurs tuberculeux.
+Mais, dans la pratique, il serait sage de se
+conduire comme si la tuberculose était héréditaire:
+1° parce que les enfants de tuberculeux sont, par cela
+même qu'ils vivent dans un milieu contaminé,
+exposés à la contagion<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>; 2° parce que l'enfant, s'il
+n'hérite pas do la tuberculose, hérite incontestablement
+de la prédisposition à devenir tuberculeux. Il
+ne naît pas tuberculeux, mais il naît tuberculisable:
+de sorte que, au point de vue scientifique, l'appréhension
+qu'avaient nos pères au sujet de l'hérédité
+de la tuberculose était parfaitement légitime.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> Le souci de soustraire au milieu contaminé les enfants de tuberculeux
+a inspiré au professeur Grancher une idée géniale: c'est
+de prendre, dans les familles de tuberculeux, les enfants encore
+sains, pour les faire élever à la campagne dans des familles saines.
+C'est ce que réalise «l'Oeuvre de préservation de l'enfance contre
+la tuberculose». (Siège social, 4 rue de Lille.) C'est une oeuvre
+scientifique, puisque, suivant le précepte de Pasteur, elle cherche à
+sauver la race en sauvant la graine. C'est une oeuvre pratique;
+elle a fait ses preuves, et elle ne peut pas satisfaire au dixième des
+demandes des parents tuberculeux, qui commencent à comprendre
+la nécessité de se séparer de leurs enfants encore sains pour les
+confier à des familles de braves gens désignées par l'oeuvre, surveillés
+par ses médecins, et offrant toutes garanties de moralité. Cette
+Oeuvre, bienfaisante à plusieurs titres, est en outre <i>économique:</i>
+chaque pupille ne coûte en effet qu'un franc par jour, parce que
+tous les dévouements sont gratuits. Cette faible somme d'un
+franc, bien employée, sans aucune fuite, sert ainsi les intérêts de
+deux familles et sauve la vie d'un enfant.</blockquote>
+
+<p>L'hérédité du cancer est loin d'être démontrée.
+Tout est obscur dans la question du cancer: son
+étiologie, ses modes de transmission, ses variétés
+d'évolution; et la thérapeutique se ressent de toutes
+ces incertitudes, malgré les belles promesses de la
+sérothérapie, de la vaccination anti-cancéreuse, et
+de la radiothérapie.</p>
+
+<p>En résumé, l'hérédité est le principal facteur de
+la valeur biologique des individus. Chacun, de par
+son hérédité, naît avec une valeur différente: l'inévitable
+inégalité sociale existe non seulement le
+jour de la naissance, mais le jour même de la conception.</p>
+
+<p>C'est encore à l'hérédité qu'il faut attribuer la
+différente valeur des différents organes. Beaucoup
+naissent avec un organe plus faible que les autres,
+de par la tare ancestrale; et le clinicien doit tenir
+compte de l'existence de ces points faibles, lorsqu'il
+se trouve en face d'un malade quelconque.</p>
+
+<p>Les organes qui subissent le plus notablement
+la tare héréditaire sont: le système nerveux, le
+coeur, et les reins.</p>
+
+<p><i>A</i>) Les tares nerveuses se transmettent avec une
+constance redoutable; et c'est à juste titre qu'on
+craint les alliances avec des sujets dont les parents
+sont entachés d'aliénation mentale, ou de nervosisme
+exagéré.</p>
+
+<p>Il ne faut pas, cependant, pousser cette terreur de
+l'hérédité nerveuse à des limites excessives: car,
+ainsi que je l'ai dit, nous devons compter avec une
+sorte de tendance naturelle en vertu de laquelle
+l'être naissant est débarrassé de sa tare ancestrale;
+l'hérédité n'est jamais absolument fatale. Et nous
+devons prévoir aussi les atténuations que peuvent
+amener les croisements. Ainsi l'hérédité nerveuse
+du père peut très bien être atténuée par le bon
+équilibre nerveux de la mère, le croisement bien
+compris entraînant une sorte de régénération.
+Enfin, il est certaines «maladies» nerveuses qui ne
+se transmettent jamais par hérédité: telle la
+paralysie générale des aliénés. De ce qu'un homme
+est mort dans un asile, par le fait de la paralysie
+générale, il ne faut pas conclure que ses descendants
+soient menacés de folie, ou même de tares nerveuses.
+Le paralytique général a pris la «maladie»
+uniquement pour son compte, et il ne la transmet
+pas plus que ne transmettrait sa tare nerveuse
+un homme qui serait, accidentellement, empoisonné
+par le plomb. Tout ce qu'on peut dire du paralytique
+général, c'est que, neuf fois sur dix, c'est
+un syphilitique, et que sa descendance peut être
+entachée de syphilis au même titre que la descendance
+d'un syphilitique quelconque.</p>
+
+<p><i>B</i>) L'hérédité des cardiopathies est également
+très intéressante à étudier: elle n'est pas assez
+connue.</p>
+
+<p>Il y a des familles dans lesquelles tous les membres
+succombent aux affections cardiaques. C'est
+donc que, là, les enfants apportent, en naissant, un
+point de plus faible résistance du côté du coeur. Chose
+curieuse: dans ces familles, la lésion cardiaque ne
+devient perceptible, chez ses divers membres, qu'à
+des âges plus ou moins avancés. Vers trente ans,
+l'un d'eux éprouvera de l'arythmie, suivie, six ou
+sept ans plus tard, de myocardite scléreuse. Un autre,
+tout en ayant le coeur sain à l'auscultation, succombera
+par le coeur, dans le cours d'une pneumonie.
+«La «maladie» était au poumon, et le danger au
+coeur» (Huchard). Un troisième membre mourra à
+cinquante ans, à son quatrième accès d'angine de
+poitrine, sans qu'aucun des trois ait jamais eu la
+moindre attaque de rhumatisme articulaire, ou autre
+affection capable de déterminer des lésions cardiaques.
+Enfin un quatrième aura de la tachycardie
+paroxystique. Et tout cela parce que la mère des
+quatre enfants aura eu, avant la naissance du premier,
+le coeur touché accidentellement par le rhumatisme;
+je connais même une famille où l'hérédité
+remonte à deux générations: presque tous les
+membres de cette famille sont des cardiopathes.</p>
+
+<p>C) Le rôle de l'hérédité pathologique rénale
+mérite d'être signalé au même titre. On connaît l'albuminurie
+héréditaire et familiale: mais les récents
+travaux de MM. Castaigne et Rathery (1904) ont
+démontré, en outre, qu'une mère atteinte de
+néphrite donne naissance à des enfants dont les reins
+sont moins résistants aux infections et aux intoxications,
+ou même sont altérés au point d'entraîner
+la mort dès les premiers jours de la vie.
+De plus, chacun naît avec une prédominance de
+tel ou tel système organique. Chez les uns, c'est le
+système nerveux qui présente un développement
+hors de proportion avec les autres systèmes organiques;
+chez d'autres, c'est le système musculaire.</p>
+
+<p>Ni les uns ni les autres ne sont, à proprement
+parler, des malades, ni même des candidats à la
+«maladie»; ils peuvent avoir un excellent capital
+biologique. Mais, pour le faire valoir, il ne faut pas
+commettre de fautes dans la direction à leur conseiller.
+Et nous retrouverons cette importante
+donnée quand nous parlerons des grands problèmes
+de l'éducation.</p>
+
+<p>Est-ce encore à l'hérédité qu'il faut attribuer cette
+singulière prédominance d'un des côtés du corps
+sur l'autre que l'on observe chez la plupart des
+malades? En général, c'est le côté gauche qui est le
+plus faible; c'est lui qui est le siège des névralgies,
+des pneumonies, des misères variées que les
+malades accusent; c'est lui qui est le plus faible
+au dynamomètre; et tout le monde sait que la main
+gauche est, en général, moins habile que la main
+droite; le langage courant traduit cette infériorité,
+en faisant de «gauche» le synonyme de malhabile.
+Chez d'autres, au contraire, c'est le côté droit du
+corps qui est le siège de toutes les douleurs névralgiques,
+rhumatismales, sans pour cela que ces
+malades soient gauchers. J'avoue ne pas avoir
+recherché la part de l'hérédité dans cette répartition
+inégale de l'influx nerveux, que je ne fais
+que signaler en passant.</p>
+
+<p>Mais ce qui résulte de tout ce que nous venons de
+voir, et qui doit en former pour nous la conclusion
+pratique, c'est que, pour difficile que soit la connaissance
+précise de l'hérédité d'un sujet, peut-être
+n'y a-t-il pas de point sur lequel l'attention
+du clinicien doive se porter plus soigneusement!
+En présence d'un malade, notre premier effort doit
+être de déterminer ce qu'il a pu recevoir de ses
+parents; et les résultats de cette première enquête
+doivent toujours nous être présents à l'esprit, tout
+dans le cours de la vie pathologique du sujet, mais
+surtout quand nous aurons à diriger sa santé.</p>
+
+<br><br><br>
+<h4>CHAPITRE III</h4>
+
+<h4>CONCEPTION</h4>
+
+<p>L'influence de la valeur actuelle des générateurs,
+au moment de la conception, est à peine soupçonnée,
+et le fait est qu'il serait bien difficile de la
+démontrer; elle doit être, cependant, considérable,
+et il y a tout lieu de croire que la valeur d'un
+individu à naître varie du tout au tout selon qu'il a
+été conçu dans de bonnes ou de mauvaises conditions.</p>
+
+<p>Depuis longtemps, les médecins protestent contre
+les voyages de noces. On ne saurait trop faire
+campagne contre cette coutume, tout au moins antihygiénique.
+Considérez, en effet combien s'accumulent
+les conditions déplorables pour la procréation,
+chez deux conjoints dont le système nerveux
+a été mis à l'épreuve par les préoccupations prémonitoires
+du mariage, par la fatigue des journées
+consacrées à sa célébration, par les émotions inséparables
+de cet acte important de la vie! Et voilà
+ces jeunes gens qui, aussitôt après, se pressent pour
+un voyage lointain, qui s'exposent à des fatigues
+de toute sorte, à la déplorable alimentation de
+l'hôtel, qui s'infligent le souci de changer de résidence
+tous les jours, etc.! C'est dans ces conditions
+que, sans recueillement, à la légère, ils accomplissent
+l'acte qui doit donner <i>la vie</i>.</p>
+
+<p>Dans d'autres milieux moins favorisés, l'acte
+conjugal s'opère à la suite de repas copieux, dans
+des conditions non moins déplorables.</p>
+
+<p>Pour combien ne faut-il pas compter aussi l'émotion
+de la jeune femme, trop souvent surprise par
+les conditions nouvelles de l'existence qu'elle a
+adoptée, ou qui lui a été imposée? Comme le disait
+le professeur Pinard: « En plein XXe siècle, nous
+procréons comme les hommes des cavernes. »</p>
+
+<p>Que faire à tout cela? C'est déjà quelque chose
+que d'appeler l'attention sur un mal dont presque
+personne ne soupçonne l'importance, en dehors du
+monde médical. Les remèdes viendront, pour ainsi
+dire, d'eux-mêmes, à partir du jour où l'on connaîtra
+le danger.</p>
+
+<p>Appelons aussi l'attention sur un point délicat:
+sur la nécessité de faire l'éducation de la jeune
+fille, pour qu'elle sache ce qu'est le grand acte de
+la procréation.</p>
+
+<p>Je vois d'ici les mères françaises frémir, et
+s'armer en guerre les bataillons de ceux qui confondent
+la pudeur avec la pudibonderie. Nul doute,
+cependant, qu'il y ait une réforme à opérer dans
+nos moeurs, à cet égard, et dans tous les milieux
+sociaux. Et pourquoi ne pas rappeler ce que dit la
+Bible, dans le livre de <i>Tobie</i>, chapitre VII? Le fils
+du vieux Tobie, sur le conseil de l'ange Raphaël,
+allait épouser Sara, fille de Raquel, laquelle avait
+vu mourir subitement ses sept premiers maris,
+aussitôt qu'ils s'étaient approchés d'elle; et, pour
+lui éviter pareil sort, l'ange donnait au jeune
+homme les conseils suivants: « Lorsque des personnes
+s'engagent tellement dans le mariage
+qu'elles bannissent Dieu de leur coeur et de leur
+esprit et qu'elles ne pensent qu'à satisfaire leur
+brutalité, comme les chevaux et les mulets qui
+sont sans raison, le démon a pouvoir sur elles.
+Mais pour toi, après que tu auras épousé cette fille,
+étant entré dans la chambre, vis avec elle en continence
+pendant trois jours, et ne pense à autre
+chose qu'à prier Dieu avec elle! La troisième nuit
+étant passée, tu prendras cette fille, dans la crainte
+du Seigneur, et dans le désir d'avoir des enfants
+plutôt que par un mouvement de passion, afin que
+vous ayez part à la bénédiction de Dieu. »</p>
+
+<p>Dans le cours de la vie conjugale, on ne prend
+pas, pour procréer, plus de précautions qu'à l'époque
+des premières ardeurs; c'est également une faute
+dont se ressent le produit de la conception.</p>
+
+<p>Il y aurait à faire tout un traité sur l'hygiène de
+la procréation. Ce traité, conçu dans un esprit
+large, libéral, scientifique, qui tiendrait compte de
+tous les éléments du problème, c'est-à-dire non
+seulement du point de vue médical, mais aussi de
+l'élément passionnel, répondrait à un véritable
+besoin.</p>
+
+<p>Et un chapitre, et l'un des plus importants,
+devrait y être consacré au traitement préventif de
+la syphilis héréditaire. Combien d'hommes atteints
+de syphilis huit ans, dix ans avant leur mariage,
+ignorent les bienfaits d'un traitement spécifique,
+qu'ils suivraient deux ou trois mois avant de se
+marier, pour préserver leurs enfants de la terrible
+«maladie»! Combien peu de médecins pensent à instituer
+ce traitement préventif, alors même qu'ils
+savent que le générateur a eu la syphilis! Mais
+je ne sauvais m'étendre ici davantage sur ce sujet.</p>
+
+<br><br><br>
+<h4>CHAPITRE IV</h4>
+
+<h4>GESTATION</h4>
+
+<p>Sur les influences qui atteignent l'enfant pendant
+la gestation, nous n'avons aucune donnée précise
+à fournir. Nous n'avons pas remarqué, par
+exemple, qu'une mère ayant eu une grossesse
+pénible, voire même des vomissements incoercibles,
+donnât naissance à un enfant plus spécialement
+faible; inversement même, bien des femmes
+d'une santé médiocre ont des grossesses superbes.
+J'étonnai fort une malade, un jour, en lui disant
+qu'elle ne devait aller bien que pendant ses grossesses.
+C'est qu'elle avait de la ptose abdominale,
+et que la grossesse devait lui produire l'effet d'une
+sangle, en soutenant les organes. Mais il n'est
+guère vraisemblable qu'un état de santé aussi artificiel,
+et aussi transitoire, soit, pour le produit de
+la conception, un brevet de santé future.</p>
+
+<p>Par contre, les «maladies» de la mère pendant la
+grossesse ont une influence bien connue sur la
+valeur de l'enfant à naître. Quand elles ne provoquent
+pas l'avortement, elles impriment à l'enfant
+une tare.</p>
+
+<p>J'ai observé, à cet égard, un fait bien suggestif.
+Une jeune femme, au quatrième mois de sa première
+grossesse, avait eu une appendicite si nettement
+caractérisée que le confrère qui devait l'accoucher,
+et moi-même, avions été sur le point de
+provoquer l'intervention d'un chirurgien. La malade
+avait pu, cependant, être traitée médicalement: mais
+l'enfant, né à terme, a présenté dès sa naissance
+une intolérance intestinale véritablement anormale.
+Une première nourrice, choisie par l'accoucheur,
+lui a donné un lait qui a semblé trop fort,
+car l'enfant a eu, dès le deuxième jour, de la
+diarrhée verte et des vomissements. Dans l'espace
+de quatre semaines, trois autres nourrices, toujours
+choisies avec le plus grand soin, n'ont pas eu
+plus de succès: à chaque nouvelle nourrice, vomissements,
+fièvre ardente, diminution rapide du
+poids. Mais, pendant qu'on cherchait à grand prix
+des nourrices idéales, on était bien obligé de donner
+à l'enfant du simple lait de vache coupé; alors il
+allait mieux, la fièvre tombait, le poids augmentait
+très vite, la vie revenait: de telle sorte que,
+après ces quatre tentatives d'allaitement par le lait
+de femme, l'accoucheur me dit: «Mais enfin,
+pourquoi s'obstiner à trouver une nourrice? Cet
+enfant a probablement un intestin extrêmement délicat,
+à cause de l'appendicite de sa mère pendant la
+gestation; donnons-lui simplement du lait stérilisé
+coupé!» Et il eut raison; grâce à d'infinies
+précautions, à une surveillance méthodique, l'enfant
+put être élevé.</p>
+
+<p>Il est bien clair qu'en rapportant ce fait je n'entends
+pas faire le panégyrique de l'allaitement
+artificiel: je ne le cite que pour prouver comment
+la «maladie» d'un organe de la mère pourrait
+bien avoir une répercussion sur le fonctionnement
+du même organe, chez l'enfant qu'elle porte en son
+sein.</p>
+
+<p>Ce que l'on sait encore, c'est que les émotions
+de la mère, pendant la grossesse, peuvent avoir un
+retentissement sur la qualité du produit. Et de là
+dérive le devoir strict, pour la société, de protéger
+la femme enceinte. Quelques philanthropes l'ont
+bien compris; mais cette notion n'a pas assez
+pénétré dans nos moeurs, et l'on peut dire que c'est
+un scandale, pour une nation civilisée, de voir le
+peu qui est fait pour assister la femme enceinte,
+pour lui épargner les soucis de l'avenir prochain et
+les fatigues des derniers jours de la gestation.</p>
+
+<p>Un mot, enfin, sur les enfants nés avant terme.
+S'ils naissent avant terme par le fait de la «maladie»
+des générateurs, de la syphilis par exemple, leur
+valeur biologique est sensiblement réduite, et peut
+même être réduite à zéro. Mais s'ils naissent avant
+terme accidentellement, par exemple à la suite
+d'une chute de leur mère, ou d'une intervention
+obstétricale raisonnée, leur sort est beaucoup
+moins compromis qu'on ne le croit dans le public
+non médical. Le tout est de leur assurer une température
+qui se rapproche de celle qu'ils avaient
+dans le sein maternel.</p>
+
+<p>Pour ce faire, les inventeurs ont multiplié les
+modèles de couveuses artificielles. Ces appareils,
+certes, peuvent rendre des services; mais il ne
+faut pas oublier qu'on peut très bien s'en passer,
+en préservant l'enfant du froid, ce qui s'obtient:
+1° en chauffant convenablement sa chambre, et
+en l'entourant de boules d'eau chaude; et 2° en
+sachant l'alimenter dès sa naissance. Ce second
+problème est difficile; pour le résoudre, il faut se
+rappeler une grande loi que nous retrouverons
+plusieurs fois dans le cours de cette étude, et
+qui consiste à proportionner la valeur nutritive
+de l'aliment, et le nombre de prises alimentaires,
+à la puissance de l'estomac. Chez l'enfant né avant
+terme, on donnera donc, toutes les demi-heures,
+une cuillerée à café de lait, coupé de 2/3 d'eau
+bouillie sucrée.</p>
+
+<p>L'enfant va naître; quel préjudice lui cause
+l'accouchement au forceps? Nous ne pouvons pas
+nous défendre de redouter, pour notre part, la
+compression colossale qu'impose l'application du
+forceps à la masse cérébrale de l'enfant. Mais
+l'étude approfondie de cette question, qui aurait
+pourtant de quoi intéresser les neurologistes, n'a
+pas encore été faite, à notre connaissance du
+moins, d'une façon suffisante. En tout cas, on est
+en droit de considérer comme coupable une intervention
+au forceps faite pour gagner du temps,
+ou pour faire valoir l'importance des soins obstétricaux.</p>
+
+
+<br><br><br>
+<h4>CHAPITRE V</h4>
+
+
+<h4>LES INFLUENCES MORBIGÈNES
+ET LES SYMPTOMES MORBIDES</h4>
+
+<p>L'enfant est né; il vaut ce qu'il vaut. Personne
+ne le sait, sauf dans les cas extrêmes où il vient
+au monde avec des apparences tellement misérables
+que, dès son premier vagissement, son
+infériorité saute aux yeux; c'est ce qui arrive chez
+les hérédo-syphilitiques, et rien n'est aussi navrant
+que l'apparition du petit monstre aux lieu et
+place d'un enfant bien vivant, attendu avec une
+légitime impatience. Il faut avoir assisté à ce
+spectacle pour en comprendre la poignante horreur.
+Tout le monde, sauf la mère, s'accorde alors à
+penser qu'il vaudrait mieux que l'enfant ne fût pas
+né. Mais, en dehors de ces cas, il est impossible de
+savoir le capital de vie que l'enfant apporte avec
+lui; c'est son secret, qu'il gardera pendant toute la
+durée de son existence, mais que le médecin parviendra
+cependant à deviner en partie, s'il sait
+fouiller l'hérédité de son malade et s'inspirer des
+quelques principes que nous avons esquissés à grands
+traits dans le chapitre précédent.</p>
+
+<p>L'enfant est né: toute sa vie, désormais, va être
+une «lutte pour la santé», une suite d'efforts,
+volontaires ou instinctifs, pour défendre son capital
+naturel de santé contre les «influences morbigènes»
+qui vont le guetter à chaque pas.</p>
+
+<p>Ces influences morbigènes, que l'être vivant va
+rencontrer sur sa route, depuis le jour de sa naissance
+jusqu'à la fin de sa carrière, nous allons
+tout de suite les esquisser à grands traits.</p>
+
+<p>Au début, nous avions assimilé, pour les besoins
+de la théorie, l'être humain à un projectile lancé
+dans l'espace avec une vitesse initiale déterminée;
+mais, tandis que le projectile parcourt une courbe
+mathématique, qu'on appelle une parabole, la
+courbe évolutive de l'être humain est une courbe
+irrégulière qui fléchit chaque fois qu'une influence
+morbigène survient, puis remonte pour osciller de
+nouveau, puis fléchir définitivement à partir d'un
+certain moment de la vie que nous appellerons le
+début de la période de déclin, et toujours avec des
+oscillations à amplitude de moins en moins considérable,
+jusqu'au moment où toutes les réserves se
+trouvent épuisées.</p>
+
+<p>La mort peut encore interrompre brusquement la
+courbe évolutive; c'est ce qui arrive quand la brèche
+faite au capital est irréparable, soit à cause de l'importance
+de l'assaut perturbateur, soit à cause de
+l'insuffisance des réserves, ou bien quand ces deux
+influences se combinent; et le nombre de leurs combinaisons
+est incalculable.</p>
+
+<p>La variété des causes morbigènes est elle-même
+infinie; mais la nature n'a qu'un nombre limité de
+moyens pour exprimer ses plaintes, de sorte que
+les causes les plus variées peuvent se traduire par
+les mêmes symptômes. Aussi accordons-nous relativement
+peu de valeur à l'étude du symptôme. Les
+symptômes s'associent de mille et une façons, pour
+constituer autant déformes morbides différentes. Que
+dis-je? Il n'est pas deux malades qui se ressemblent,
+Ce n'est que pour la facilité de l'étude que les
+pathologistes ont créé des cadres posologiques;
+mais on comprend assez que ces cadres devraient
+être aussi élastiques que possible. Le vrai médecin,
+après s'en être servi pour faire d'excellentes études,
+ne craindra pas, dans la pratique, d'en faire abstraction,
+de penser et d'agir comme si les cadres
+n'existaient pas. Et un moment viendra même,
+quand son expérience clinique sera suffisante, où
+il aura tout intérêt à faire table rase des notions
+qu'il a péniblement accumulées par un travail assidu
+et prolongé; tout comme l'architecte, qui, une fois
+la construction terminée, fait enlever les énormes
+échafaudages qui avaient été nécessaires à la construction
+de l'édifice.</p>
+
+<p>Certes, l'étude approfondie des symptômes morbides
+est indispensable au clinicien, et l'on ne
+saurait apporter trop de soins à connaître, dans tous
+leurs détails, les divers troubles de la santé. Mais
+il y a un écueil: c'est que, la théorie du moindre
+effort s'appliquant naturellement à l'esprit humain,
+on a une tendance involontaire à attribuer aux
+symptômes une influence pathologique qu'ils n'ont
+pas; en d'autres termes, ce qui n'est en réalité qu'une
+manifestation morbide devient, trop aisément, dans
+l'esprit du médecin, la cause de la «maladie».</p>
+
+<p>Prenons comme exemple la constipation: ce n'est
+en réalité qu'un symptôme, et qui peut se trouver
+chez une foule de malades différents. Nous ne parlons
+pas, bien entendu, de ceux chez qui elle est
+d'origine mécanique (cancer du rectum, de l'iliaque,
+etc.). Un mot cependant, en passant, pour dire que
+le médecin a le tort de ne pas assez penser à ces
+causes mécaniques, et de traiter par des moyens
+médicaux des malades dont une intervention chirurgicale
+aurait pu prolonger la vie ou atténuer les
+souffrances.</p>
+
+<p>Mais chez les malades qui ne sont pas tributaires
+de la chirurgie, n'est-il pas vrai que la constipation
+est un symptôme banal, pouvant être attribué à
+une foule de causes? Parfois, elle est due à des
+lésions d'organes lointains, par un mécanisme
+réflexe à long circuit, suivant l'ingénieuse expression
+de M. Mathieu (appendicite chronique, lésions
+utérines, etc.). D'autres fois, et plus souvent encore,
+elle est due à un trouble profond du système nerveux,
+qui, avant l'apparition de la constipation,
+avait traduit son malaise par des plaintes variées.
+D'autres fois, elle apparaît brusquement, en même
+temps que l'entéro-colite sa compagne, à la suite
+d'un choc brutal, moral ou traumatique.</p>
+
+<p>De plus, tout le monde sait qu'elle peut être due
+tantôt à un manque, tantôt à un excès d'exercice
+musculaire. Les hommes qui ont besoin de beaucoup
+d'exercice, s'ils n'en ont pas assez, deviennent, suivant
+les prédispositions héréditaires, ou des cérébraux,
+ou des goutteux, ou des lithiasiques, mais
+toujours des constipés: et leur constipation disparaît
+a partir du jour où l'on a trouvé le dosage précis
+de l'exercice qui leur convient. Inversement, les
+hommes qui prennent trop d'exercice deviennent
+dyspeptiques et constipés, et le lit est leur meilleur
+laxatif.</p>
+
+<p>Enfin la constipation peut tenir à une erreur de
+régime, soit à l'abus du lait (le cas est fréquent),
+soit à l'usage abusif de la viande: alors le régime
+semi-végétarien serait indiqué, et il suffit de changer
+de régime pour voir disparaître la constipation.</p>
+
+<p>La constipation n'est donc qu'un symptôme.</p>
+
+<p>Certes, en vertu de la synergie des fonctions,
+des répercussions à distance, en vertu de ce principe
+que le système nerveux abdominal a des relations
+intimes avec le système nerveux central, que,
+d'une façon plus générale, le trouble d'un département
+quelconque du système nerveux retentit sur
+les autres départements, la constipation, bien que
+symptomatique, contribue dans une certaine
+mesure à entretenir la «maladie», ne fût-ce que par la
+préoccupation qu'elle cause au malade, et qui peut
+dégénérer quelquefois en véritable obsession.
+Mais ce qu'il faut se rappeler, quand on aborde le
+problème thérapeutique, c'est que le système nerveux
+est une chaîne sans fin. Or, si l'on veut bien
+nous accorder que la solidité d'une chaîne est égale
+à celle du plus faible de ses anneaux, on comprendra
+l'importance qu'il y a à rechercher quel
+est l'anneau le plus faible; en d'autres termes,
+quelle est la partie du système nerveux qu'il faut
+viser et consolider, pour guérir le constipé médical.</p>
+
+<p>Il n'y a donc pas de remède contre la constipation,
+et, pour l'atteindre, il faut atteindre la «maladie»,
+dont elle constitue une des manifestations les moins
+importantes et, disons-le tout de suite, les plus
+faciles à faire disparaître. Oui, dussé-je sembler
+paradoxal, j'affirme que la constipation est, de tous
+les symptômes observés chez le constipé médical,
+celui qui disparaît le plus vite. Prenez un malade
+qui souffre, depuis des années, de ces misères variées
+qu'on est convenu de désigner sous le nom un
+peu vague de neurasthénie, et parmi lesquelles
+la constipation joue un rôle capital; après enquête
+minutieuse, trouvez la formule exacte de son
+régime, et par régime je n'entends pas seulement
+le régime alimentaire, mais la réglementation
+minutieuse de sa vie, le dosage de son exercice et
+de son travail cérébral, etc.; supprimez les agents
+thérapeutiques qui entretiennent la «maladie» (douches
+froides, exercice forcé, médicaments variés,
+diète lactée); supprimez surtout les influences qui
+entretiennent le trouble nerveux de son intestin, à
+savoir les purgatifs, lavages à grande eau, etc.: et
+vous serez étonné de voir la constipation disparaître,
+avant même toutes les autres misères. Le malade
+vous dira, au bout de huit jours: «Chose curieuse,
+docteur, je souffre encore de la tête, de l'estomac,
+du dos, d'une faiblesse extrême, mais je commence
+à retrouver le sommeil, et surtout je vous
+suis bien reconnaissant parce que ma constipation,
+si rebelle, est presque entièrement vaincue. Je
+n'ai presque plus de peaux dans les selles, et je
+commence à reprendre confiance.» A partir de ce
+moment précis vous tenez le malade, il a en vous
+une foi aveugle, et, si vous continuez à le soigner
+méthodiquement, si surtout des influences étrangères
+ne viennent pas contrecarrer la vôtre, si le
+malade est assez intelligent pour s'abandonner
+entièrement à votre direction, vous lui rendrez, peu
+à peu, la santé. Il aura des rechutes inévitables:
+mais lui annoncer à l'avance ces rechutes, c'est consolider
+sa foi. Il aura aussi des rechutes, plus ou moins
+importantes, chaque fois qu'il s'écartera de la ligne
+tracée par vous: s'il commet un écart de régime,
+un excès d'exercice, ou s'il a une commotion morale,
+l'odieuse constipation reparaîtra, accompagnée
+d'état gastrique, de douleurs abdominales, de glaires
+sanguinolentes, de fièvre quelquefois; mais ce sera
+pour le bien du malade, si vous parvenez à lui faire
+toucher du doigt la cause de cette rechute, et à lui
+faire comprendre que cette rechute était évitable.</p>
+
+<p>Si nous prenions une autre manifestation morbide
+quelconque, nous verrions qu'elle appartient, de
+même, à une foule d'affections. Le mal de tête, par
+exemple, ne se rencontre-t-il pas dans les cas les plus
+variés, n'est-il pas produit par les influences les
+plus diverses? Heureusement pour les malades, il
+n'est encore venu à l'idée de personne de trouver
+un remède applicable à tous les cas de mal de tête.
+Nous en connaîtrions un, par hasard, que nous
+nous garderions bien de le divulguer: car, si la
+médecine «du symptôme» est détestable au point
+de vue de l'étude nosographique, elle l'est encore
+plus au point de vue thérapeutique.</p>
+
+<p>Mais qu'on lise une monographie quelconque
+sur un symptôme, ou un ensemble de symptômes
+(ce qu'on appelle un <i>syndrome</i>): on y trouve toujours
+en germe la pathologie tout entière. Ainsi dans
+mon article <i>Epilepsie</i> du <i>Dictionnaire Encyclopédique</i>,
+j'ai essayé de montrer combien il faut se
+méfier des cadres trop rigides, si l'on veut avoir
+une conception nette de l'épilepsie, et une thérapeutique
+utile des épileptiques. De même, en lisant
+ces jours-ci une intéressante étude du Dr Baraduc
+sur l'entéro-colite et son traitement à Chatel-Guyon,
+j'y voyais une conception qui se rapproche grandement
+de la mienne. Qu'on en juge par les quelques
+lignes que voici: «L'entéro-colite muco-membraneuse
+est un syndrome clinique dépendant
+d'un trouble fonctionnel du grand sympathique
+abdominal, des causes nombreuses et variées étant
+capables de retentir sur les plexus intestinaux et de
+troubler leur dynamisme. Mais aucune de ces
+causes n'est suffisante, à elle seule, pour produire
+l'entéro-colite. Il faut de toute nécessité une prédisposition
+spéciale du système nerveux, et plus
+particulièrement du sympathique abdominal, à se
+troubler aux chocs qu'il reçoit. Cette prédisposition
+nécessaire spéciale, le plus souvent héréditaire,
+est l'apanage des neuro-arthritiques.» Si
+l'auteur voulait bien avouer seulement que cette
+expression de «neuro-arthritiques» ne fait que
+dissimuler notre ignorance, nous serions tout à
+fait d'accord avec lui.</p>
+
+<p>En résumé, si le médecin doit bien connaître
+dans tous leurs détails, sous tous leurs aspects,
+dans leurs moindres nuances, les manifestations
+morbides, il doit surtout chercher leur pathogénie,
+et ne pas s'hypnotiser sur tel ou tel symptôme. En
+un mot, il doit voir de haut pour voir loin, à condition
+toutefois de ne pas se perdre dans les
+nuages.</p>
+
+<p>Quelquefois, tous les systèmes organiques sont
+troublés à la fois sous l'influence d'une cause morbigène.
+C'est ce qui arrive, par exemple, à la suite
+d'un choc traumatique violent, On voit, du jour
+au lendemain, le blessé devenir à la fois dyspeptique,
+déséquilibré abdominal, constipé avec entérite
+muco-membraneuse, déséquilibré cérébral; et
+il peut rester longtemps dans ce misérable état
+qu'on désigne sous le nom d'<i>hystéro-neurasthénie
+traumatique.</i></p>
+
+<p>La fièvre typhoïde, la grippe infectieuse, impressionnent
+également à la fois, tous les appareils
+de l'organisme, à des degrés divers. Tantôt la
+sidération peut être telle que le capital vital initial
+et les réserves antérieures se trouvent tout à coup
+épuisés: c'est la banqueroute totale, c'est la mort.
+D'autres fois, le capital et les réserves ne sont
+que profondément entamés. C'est la «maladie» grave,
+aggravée encore par des médications et des pratiques
+intempestives; à un moment donné, le capital
+peut être réduit à si peu de chose, que la moindre
+dépense suffit pour l'anéantir. Le malade est une
+flamme vacillante que le moindre souffle peut
+éteindre, mais à laquelle un savant dosage d'oxygène
+rendra, peu à peu, la vie.</p>
+
+<p>Quand le capital est moins profondément atteint,
+ou quand la cause morbigène est moins importante,
+les troubles fonctionnels, au lieu d'être généralisés,
+atteignent plus spécialement tel ou tel
+organe: l'organe le plus faible, qu'il soit plus
+faible par le fait de l'hérédité ou par le fait d'une
+atteinte antérieure. Mais, en vertu de la synergie
+qui existe entre tous les organes, le trouble fonctionnel
+ne reste pas longtemps limité à un organe
+ou à un système organique. Voyez le grand neurasthénique:
+il est à la fois dyspeptique, entéralgique,
+cérébral, médullaire. Quel est l'organe qui, chez lui,
+a été le premier atteint? Impossible de le dire, après
+deux ou trois ans de «maladie». Cependant une
+enquête bien conduite peut permettre souvent de
+reconstituer son histoire pathologique, de voir par
+où la «maladie» a commencé, quel était le point initial.
+Et c'est de la connaissance de ce point faible
+initial que dérivera, en grande partie, la thérapeutique.
+Le médecin portera la plupart de ses efforts
+sur le point faible qu'il aura découvert, sans
+négliger, cependant, les perturbations secondaires
+attribuables à la synergie des fonctions de tout être
+vivant.</p>
+
+<p>Il arrive même, quand l'influence morbide est
+peu intense, ou quand les réserves sont bonnes,
+que le trouble de la santé ne se traduit que par un
+nombre très limité de symptômes, parfois même
+par un seul. Ainsi il y a des migraineux qui n'ont
+que de la migraine, des malades qui n'ont, comme
+manifestation morbide que le symptôme constipation,
+d'autres qui n'ont que de la sciatique; mais
+ces cas sont exceptionnels, et, en bonne clinique,
+et surtout pour faire de la bonne thérapeutique, il
+faut, presque de parti pris, les éliminer, et chercher
+au delà de la manifestation monosymptomatique.
+Presque toujours, alors, ou trouvera que la
+«maladie» n'est monosymptomatique qu'en apparence.</p>
+
+<p>De même que, dans une compagnie de chemins
+de fer, une irrégularité dans le service, minime en
+apparence, dénonce, si elle se renouvelle fréquemment,
+une mauvaise direction générale, de même, en
+biologie, il n'est pas d'indispositions insignifiantes,
+si limitées soient-elles à tel ou tel organe. L'apparition
+d'une douleur à l'épaule, par exemple, qui
+paraît une affection bien locale, est l'indice d'une
+perturbation plus profonde qu'on ne le croit du système
+nerveux central.</p>
+
+<p>Nous venons de prononcer un grand mot, et c'est
+toute une doctrine qui est contenue dans cette affirmation;
+c'est que en effet c'est le système nerveux
+central qui à notre avis est le grand réservoir de
+l'énergie. C'est par lui que nous vivons, que nous nous
+mouvons, et que nous sommes. C'est lui qui dirige
+le fonctionnement de tous les organes, de sorte
+que quand il est perturbé, il n'engendre pas seulement,
+la névrose, la neurasthénie, l'hystérie, l'irritation
+spinale, la folie, la névropathie généralisée, etc.,
+mais encore les troubles de circulation vaso-motrice
+des différents organes. En dernière analyse,
+il est la clef de voûte de la pathologie. Ses perturbations
+se traduisent par les symptômes les
+plus variés, au point d'égarer presque fatalement
+le diagnostic qu'on voudrait fonder sur eux seuls.
+Quelles que soient donc la forme, la gravité, l'apparence
+de la manifestation morbide, c'est toujours
+le système nerveux central qu'il faudra étudier,
+c'est sur lui que devra porter le grand effort thérapeutique.</p>
+
+<p>Ce qu'il faut toujours voir, c'est l'ensemble du
+malade et surtout la cause ou la série de causes
+qui ont fait fléchir momentanément son système
+nerveux, qui ont, en d'autres termes, diminué sa
+valeur biologique.</p>
+
+<p>Or, comme nous l'avons dit, ces causes sont
+multiples. Il en est qui appartiennent à tous les
+âges, mais d'autres qui appartiennent plus spécialement
+à un âge déterminé.</p>
+
+<p>Pour mettre un peu d'ordre dans cette étude,
+c'est d'après ce plan que nous passerons en revue
+les principales de ces causes morbigènes. Nous
+les étudierons donc suivant l'âge de l'être humain:
+1° depuis le jour de la naissance jusqu'au sevrage;
+2° du sevrage à la puberté; 3° de la puberté à l'âge
+adulte; 4° pendant l'âge adulte; 5° aux différentes
+phases du déclin; 6° pendant la vieillesse.</p>
+
+<p>Nous introduirons, en outre, des subdivisions,
+suivant que les influences pathogènes atteignent
+plus spécialement: 1° le système nerveux digestif;
+2° le système nerveux musculaire; 3° le système
+nerveux central. Enfin, pour chaque âge de la vie,
+nous mentionnerons les affections accidentelles qui
+portent atteinte à la fois à tous les systèmes organiques:
+nous voulons parler des «maladies» aiguës
+(rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde, etc.), des
+intoxications (syphilis, intoxications alimentaires,
+etc.), toutes affections qui, par la brutalité de
+leurs assauts, ont surtout attiré l'attention des gens
+du monde et de beaucoup de médecins, mais qui,
+en réalité, ne constituent que la partie la moins
+importante de la pathologie, surtout au point de
+vue thérapeutique. La suite de ce travail démontrera,
+j'espère, que cette formule n'est paradoxale
+qu'en apparence<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> Certes, quelques-unes de ces influences morbigènes sont inévitables
+et la prudence la plus vigilante n'en préserve pas l'être
+vivant. Mais beaucoup seraient évitables: ce sont celles qui
+constituent le domaine de l'hygiène, de sorte que notre travail,
+en même temps qu'il dessinera à grands traits toute la pathologie,
+effleurera forcément les problèmes afférents à l'hygiène et
+a la thérapeutique, en d'autres termes, à la gestion du capital.<br>
+
+<p>L'hygiène publique est la gestion de la fortune de la communauté,
+l'hygiène privée est la gestion de la fortune de chacun,
+constituée essentiellement par le capital initial, et par les intérêts
+qu'il rapporte.</blockquote>
+
+<br><br><br>
+<h4>CHAPITRE VI</h4>
+
+
+<h4>DE LA NAISSANCE AU SEVRAGE
+(PUÉRICULTURE)</h4>
+
+<p>Ainsi donc, suivant que le capital sera fort ou
+faible et qu'il sera bien ou mal géré, l'être vivant
+sera sain ou malade, donnera ou ne donnera pas
+son maximum de rendement, fournira ou ne fournira
+pas la carrière qui lui était originairement
+dévolue.</p>
+
+<p>Dans les premières années de la vie, la gestion
+du capital appartient tout entière aux parents. Bien
+peu savent élever leurs enfants; et s'il est des
+connaissances qu'on devrait répandre à profusion
+dans tous les milieux sociaux, ce sont celles relatives
+à la «puériculture», d'autant que les règles
+en sont simples et peu nombreuses, ainsi que le
+démontre le <i>Traité de Puériculture</i> du professeur
+Pinard, qui devrait être entre les mains de toutes
+les mères de famille.</p>
+
+<p>Rien de plus simple, d'ailleurs, que cette science
+de la puériculture.</p>
+
+<p>Surveiller le repos de l'enfant, ne pas l'exciter à
+tout propos et hors de propos, l'alimenter intelligemment,
+lui épargner toute médicamentation
+meurtrière, le préserver du froid et des changements
+brusques de température: et c'est tout.</p>
+
+<p>Si seulement on savait la manière d'économiser
+les vies d'enfants, on pourrait le faire dans les
+milieux en apparence les plus défectueux; c'est
+ainsi qu'au Creusot, grâce aux incessants efforts de
+MM. Schneider, la mortalité des enfants au-dessous
+d'un an n'est que de 110 p. 1000, alors que, dans
+le canton de Vaud, renommé pour l'excellence de
+ses conditions hygiéniques, elle atteint 155 p. 1000.
+Ce magnifique résultat est dû surtout à l'élévation
+des salaires, qui permet aux mères de se consacrer
+librement à leur mission maternelle. Près de
+80 p. 100 des mères allaitent leurs enfants, toutes
+font de la puériculture avant la naissance. (<i>Rapport</i>
+de M. le professeur Pinard, à l'Académie de médecine,
+25 juillet 1905.)</p>
+
+<p>Il est bien évident que le capital initial ne suffit
+pour entretenir la vie que pendant quelques jours;
+il a besoin d'être sans cesse renouvelé et augmenté,
+pour permettre de faire des réserves, de donner à
+l'individu les moyens de vivre, et, plus tard, de
+transmettre la vie à son tour. C'est l'aliment qui
+pourvoit à ce besoin incessant; et par aliment nous
+entendons non seulement ce qui entre dans le tube
+digestif, mais aussi l'air, que les anciens définissaient
+très justement le <i>pabulum vitae</i>.</p>
+
+<p>Quand l'aliment pèche par sa qualité, par sa
+quantité, par une répartition vicieuse, la «maladie»
+ne tarde pas à naître; c'est là la cause essentielle
+de toute la pathologie infantile. Et l'on ne saurait
+croire, en vérité, dans quelle mesure une mauvaise
+alimentation du premier âge retentit sur toute la vie
+pathologique de l'individu. Quelques médecins le
+disent, le crient même, mais c'est dans le désert;
+la plupart le nient, ou passent indifférents à côté
+de cette vérité profonde. Quant aux gens du monde,
+ils en soupçonnent à peine l'importance.</p>
+
+<p>La vérité est que, quand un enfant a été mal
+nourri loin de sa famille, quand il revient de nourrice
+avec un gros ventre, on peut affirmer que,
+toute sa vie, il sera un valétudinaire.</p>
+
+<p>Quand, pour obéir aux injonctions d'un cénacle
+de gens incompétents, ou quand, poussée par son
+médecin, qui veut mettre à l'abri sa responsabilité,
+une mère consent à abandonner les doux devoirs
+de la maternité et à confier à une nourrice l'enfant
+qu'elle aurait dû allaiter, quand à cette nourrice en
+succèdent deux ou trois autres, sous des prétextes
+quelconques, on doit tout craindre pour l'avenir de
+l'enfant. Il sera, dans sa prime jeunesse, un être
+insupportable, puis un écolier de quatrième ordre,
+dans son adolescence un raté, incapable de payer
+sa dette au pays; toute sa vie, un malheureux.
+Ces considérations doivent être présentes à l'esprit
+du clinicien qui, se trouvant en face d'un
+malade quelconque, arrivé à un âge quelconque,
+doit chercher à connaître ce que vaut ce malade.</p>
+
+<p>On comprend donc l'importance du problème de
+l'alimentation dans la première enfance. En principe,
+comme l'a bien dit M. Pinard, «le lait de
+la mère appartient à l'enfant»; et «si l'on veut
+faire quelque chose qui soit puissamment efficace
+et fructueux, il est nécessaire, il est indispensable
+de faire tout d'abord ce que demandait la Convention,
+et ce qu'ont réalisé MM. Schneider au Creusot,
+il faut permettre à la mère de donner ce qu'elle
+possède.» (<i>Rapport</i> du professeur Pinard à l'Académie,
+juillet 1905.)</p>
+
+<p>Mais si la mère ne peut absolument pas nourrir,
+il faut recourir immédiatement à l'alimentation
+artificielle, soit avec le lait stérilisé du commerce,&mdash;dont l'innocuité est quotidiennement démontrée
+par les résultats obtenus, à la Goutte de lait de Belleville,
+au dispensaire très habilement dirigé par
+M. le Dr Variot,&mdash;soit encore avec le lait de vache
+bien surveillé, fraîchement et proprement trait,
+sucré, plus ou moins étendu d'eau, puis stérilisé
+dans la famille, avec des appareils Sosclet, ou
+mieux encore avec l'appareil «la Tutélaire».</p>
+
+<p>C'est ce dernier appareil qui est utilisé à cette
+«Goutte de lait» de Saint-Pol-sur-Mer, qui pourrait
+servir de modèle à toutes les institutions du même
+genre, à cause de la simplicité de son organisation.</p>
+
+<p>Fondée, en 1902, par M. Georges Vancauwenberghe,
+maire de Saint-Pol-sur-Mer, à l'aide d'un
+subside de trente mille francs mis à sa disposition
+par un autre philanthrope, cette «Goutte de lait»
+a déjà rendu d'importants services: elle a fait
+tomber la «maladie» des enfants de 0 à 1 an de
+288 p. 1000 (c'était le chiffre de mortalité infantile
+le plus élevé de toute la France) à 51 p. 1000.</p>
+
+<p>La consultation des nourrissons a lieu tous les
+dimanches matin, dans un local mis à la disposition
+de l'Oeuvre par la municipalité de Saint-Pol-sur-Mer:
+120 enfants, en moyenne, sont présentés
+tous les dimanches.</p>
+
+<p>Les mères arrivent par séries, et se réunissent
+dans une grande salle chauffée où elles déshabillent
+leurs enfants. Elles pénètrent successivement
+dans la salle de consultation. Chaque enfant est
+pesé, puis examiné par le médecin, qui compare
+le poids actuel à celui du dimanche précédent,
+l'inscrit sur la fiche individuelle du nourrisson, et
+fixe le régime pour la semaine qui va commencer.
+Toute mère reçoit, soit un important secours <i>en
+nature,</i> si l'enfant est nourri au sein,&mdash;car on fait
+tout ce qu'on peut pour favoriser l'allaitement
+maternel,&mdash;soit des biberons de lait <i>pasteurisé</i>, si
+l'enfant est à l'allaitement mixte ou artificiel.</p>
+
+<p>Le lait est distribué tous les jours au local de
+l'Oeuvre. Chaque enfant à l'allaitement artificiel a
+un double jeu de biberons et de paniers, qui lui
+sont personnels. En venant chercher les biberons
+prescrits, la mère remet ceux que l'enfant a vidés
+la veille. Un seul homme suffit pour assurer tout le
+service.</p>
+
+<p>Le lait est distribué gratuitement à tous les
+enfants indigents. Fourni à l'Oeuvre à son prix
+coûtant, il provient des étables du Sanatorium de
+Saint-Pol-sur-Mer, où aucune vache n'entre sans
+avoir été préalablement soumise à l'épreuve de la
+tuberculine.</p>
+
+<p>Aussitôt reçu, il est pasteurisé suivant le procédé
+Coutant: c'est-à-dire que, dans le biberon même
+où la mère devra l'utiliser pour son enfant, le lait
+est porté à 75°, puis les flacons sont brusquement
+refroidis par immersion dans l'eau. Ce refroidissement
+brusque a été rendu possible par la contexture
+même du verre des flacons.</p>
+
+<p>Le lait ainsi traité a perdu tous ses microbes
+pathogènes, et, à l'inverse du lait stérilisé à 110°, a
+conservé toutes ses propriétés digestives et nutritives.</p>
+
+<p>Après la pasteurisation, les biberons restent
+plongés dans des bacs remplis d'eau froide, jusqu'à
+la livraison aux mères.</p>
+
+<p>La pathologie infantile est relativement simple.
+Faut-il donc, comme on le propose de divers côtés,
+faire faire à tous les étudiants en médecine un
+stage dans les hôpitaux d'enfants, pour les initier
+aux mystères de cette pathologie? Remarquez que
+d'autres médecins demandent un stage spécial
+pour l'étude des «maladies» vénériennes et cutanées;
+d'autres encore un stage pour l'étude des «maladies»
+nerveuses, sans parler de ceux qui voudraient un
+stage pour les «maladies» des yeux, des organes
+génito-urinaires. Pourquoi pas un stage, aussi,
+pour celles des oreilles et du nez? et, à ce compte,
+combien de temps dureraient les études médicales?
+Tous ces stages successifs seraient excellents s'ils
+étaient praticables; mais ils auraient pour effet de
+restreindre plus que de raison le nombre des futurs
+médecins, et de remplacer la pléthore médicale
+actuelle par une anémie encore plus regrettable.</p>
+
+<p>Non, ce qu'il faut apprendre à l'étudiant, c'est
+qu'il lui reste beaucoup <i>à apprendre</i>, c'est que
+toute sa vie de praticien ne sera pas trop longue
+pour savoir lire dans le grand livre de la nature.
+Mais il nous semble que, pour ce qui concerne en
+particulier la pathologie des enfants, un peu de
+bon sens, beaucoup de prudence, pas de médicaments,
+de la patience, suffisent pour faire de bonne
+thérapeutique infantile, quand, par ailleurs, on
+connaît les lois générales de la pathologie.</p>
+
+<p>Sans être spécialiste pour les «maladies» d'enfants,
+je me rappelle avoir été appelé en consultation,
+en province, pour un enfant de six mois soigné
+par deux distingués confrères. Il avait, depuis
+cinq jours, une entérite aiguë avec fièvre, amaigrissement
+rapide. Pendant les trois quarts d'heure
+que dura mon enquête, je vis cet enfant passer
+successivement des bras de sa mère dans ceux de
+la nourrice <i>sèche</i>, puis dans ceux d'une tante
+affolée, le tout pour calmer les faibles cris qu'il
+avait encore la force de pousser. J'appris que ce
+manège durait depuis deux jours, que l'enfant
+avait pris du calomel, trois fois de grands lavages
+intestinaux, et qu'on l'alimentait toutes les heures,
+à grand'peine, avec du lait stérilisé! Je proposai
+simplement de mettre cet enfant dans son berceau
+et de l'y laisser, de lui appliquer sur le ventre un
+large cataplasme, de le laisser à la diète absolue
+pendant quatre heures puis de lui donner de l'eau
+panée, et de le laisser dormir si le sommeil pouvait
+venir. Le lendemain, la fièvre avait cessé, l'enfant
+avait dormi; j'autorisai alors, toutes les heures, le lait
+naturel, écrémé et coupé avec parties égales d'eau
+de riz; je conseillai de ne pas trop déranger l'enfant,
+de ne plus explorer son ventre. Le surlendemain,
+il prenait du lait écrémé pur, et j'appris
+qu'il avait retrouvé sa gaîté. Un sommeil prolongé
+mit fin à la grave alerte, et aussi à la «maladie»,
+qui avait failli rendre Je pauvre enfant victime de
+soins trop empressés.</p>
+
+<p>Dans d'autres cas d'entérite cholériforme, le
+grand secret de la thérapeutique consiste à savoir
+réchauffer les enfants, tout en les tenant à la diète
+absolue pendant six ou douze heures, puis au
+régime «avec restriction des liquides» pendant deux
+ou trois jours.</p>
+
+<p>Avouons cependant que, parfois, les problèmes
+de pathologie infantile sont très difficiles à
+résoudre. J'ai parlé plus haut de cet enfant qui ne
+supportait aucun lait de femme, pris en n'importe
+quelle quantité. D'autres fois, les enfants s'empoisonnent
+avec le lait même de leur mère. C'est, tout
+simplement, parce qu'ils en prennent trop à la fois;
+mais il faut quelquefois chercher longtemps pour
+trouver cette cause si simple. On ne se figure pas
+le nombre d'enfants qui ont des indigestions chroniques,
+parce qu'ils ne sont pas rationnés, surtout
+quand ils sont nourris par de plantureuses mercenaires
+qu'on ne sait comment tonifier, dans la
+pensée de donner plus de forces au précieux rejeton.</p>
+
+<p>Dans certains cas, même, le diagnostic des «maladies»
+des enfants est tellement difficile que les spécialistes
+se déclarent incompétents. Que d'erreurs
+de diagnostic commises à propos des méningites!
+Et comment aussi interpréter le cas suivant? Sans
+cause connue, un enfant d'un an, bien élevé au
+sein maternel, éprouve un malaise insolite, devient
+grognon, refuse de prendre le sein, a de la fièvre.
+Les jours suivants, la fièvre augmente, une pâleur
+inquiétante s'étend sur la face, un amaigrissement
+rapide préoccupe à juste titre tout l'entourage;
+puis, au bout de quelques jours, sans qu'on ait rien
+fait que de laisser l'enfant bien tranquille, l'appétit
+revient peu à peu, la fièvre diminue, et tout
+rentre dans l'ordre. Divers confrères appelés en
+consultation n'ont pas pu étiqueter cette «maladie»,
+ni se prononcer sur son issue; mais, tous ayant eu
+le bon esprit de ne pas aggraver la situation par
+une médication intempestive, tout s'est terminé
+pour le mieux, et l'enfant a gardé son secret.</p>
+
+<p>La faute de ces insuffisances et de ces erreurs de
+diagnostic n'est pas aux médecins, mais aux difficultés
+des problèmes cliniques. En les dénonçant,
+nous ne voulons nullement dénoncer la faillite de
+la science: bien au contraire, ce que nous voulons
+dire, c'est qu'en thérapeutique infantile il faut avant
+tout de la sagacité, et que, dans certains cas, il faut
+que le médecin sache reconnaître son incompétence.</p>
+
+<p>Dans d'autres cas, d'ailleurs, la science prend une
+revanche éclatante, et c'est alors que le médecin
+est en droit de se féliciter d'avoir fait de bonnes
+études de pathologie générale.</p>
+
+<p>Voyez, par exemple, cet enfant né à terme, et qui
+vient bien pendant les six premières semaines;
+puis voici que, tout en continuant à prendre ardemment
+le sein, sans avoir ni diarrhée, ni vomissements,
+son poids cesse d'augmenter; il diminue
+de 200, de 300 grammes en quelques jours. Qu'est-ce
+à dire? Mais c'est que l'enfant est un hérédo-syphilitique.
+Le traitement mercuriel, sous forme
+de liqueur de Van Swieten, de frictions mercurielles,
+ou mieux encore d'injections de sublimé à la dose
+de 3 à 5 milligrammes par jour, fait merveille et
+rétablit entièrement cet enfant.</p>
+
+<p>Nous avons dit plus haut combien souvent la
+méningite, qu'on croit tuberculeuse, et qui survient
+de deux à cinq ans, est d'origine syphilitique. Déjà
+en 1872, quand nous faisions nos études à Montpellier,
+le regretté professeur Fonsagrives nous
+disait qu'il avait sauvé beaucoup d'enfants, atteints
+de méningite tuberculeuse, en leur donnant de
+l'iodure de potassium. C'est, sans doute, qu'il
+s'agissait de méningites syphilitiques. Mais pour
+formuler un diagnostic de méningite syphilitique,
+pour dépister l'hérédo-syphilis, soit par l'examen
+de l'enfant, soit par une enquête sur les parents,
+ne faut-il pas que le médecin ait beaucoup travaillé,
+beaucoup vu et beaucoup retenu? Son rôle
+n'est donc pas inutile, et si, le plus souvent, il doit
+se contenter de faire de l'expectation armée, il peut,
+dans beaucoup de cas, rendre aux enfants malades
+des services inappréciables.</p>
+
+<p>Que dire d'un bain chaud donné, en temps utile,
+à un enfant atteint de pneumonie; de l'immersion
+alternative dans l'eau chaude et dans l'eau froide
+d'un enfant nouveau-né atteint de congestion pulmonaire,
+sinon que, dans certaines circonstances,
+le médecin opère ainsi de véritables résurrections?</p>
+
+<p>Encore une fois, nous ne voulons ni rabaisser le
+rôle social du médecin, bien au contraire, ni introduire
+dans l'esprit des jeunes confrères un scepticisme
+infécond: ce que nous voulons, c'est leur
+dire qu'il ne faut pas se spécialiser dans l'étude de
+la pathologie infantile, et que, pour bien soigner
+un enfant, il faut savoir beaucoup, mais surtout
+qu'il faut souvent savoir s'abstenir.</p>
+
+<p>En résumé, la pathologie de l'enfance, tout en
+étant compliquée, comme tout ce qui touche au problème
+de la vie, nous semble être relativement
+simple, l'enfant n'étant, pour ainsi dire, «qu'un
+tube digestif percé aux deux bouts».</p>
+
+<p>Plus nous allons voir l'être humain avancer dans
+sa carrière, plus vont devenir nombreux et compliqués
+les problèmes de la vie. Le système nerveux
+ne va pas tarder à entrer en scène, les mille et une
+conditions défavorables qu'impose à l'homme le
+milieu cosmique vont imprimer à son capital biologique
+des dépenses qu'on ne peut certainement pas
+évaluer mathématiquement, mais qui se traduiront
+par une diminution de sa valeur. La vie ne va être
+de plus en plus qu'une série d'oscillations, de luttes
+entre la tendance à «persévérer dans l'être» et les
+causes de destruction de l'être vivant; bref, un état
+d'équilibre instable, la santé n'étant qu'un bel accident
+passager.</p>
+
+<br><br><br>
+<h4>CHAPITRE VII</h4>
+
+<h4>DU SEVRAGE A LA PUBERTÉ</h4>
+
+<p>Il est logique d'introduire une subdivision dans
+ce chapitre, et d'étudier d'abord l'enfant de deux à
+sept ans, d'autant que, à cette période de la vie, il
+n'y a pas à tenir compte de la différence des sexes.</p>
+
+<h4>I</h4>
+
+<p>Pendant cette période, la nutrition a son activité
+maximum, l'enfant améliore son capital, accumule
+les réserves; mais il faut bien savoir qu'il a aussi
+des dépenses colossales. Combien d'influx nerveux
+doit être dépensé pour faire connaissance avec le
+monde extérieur, pour apprendre le sens des mots, la
+notion des distances, etc.! On est effrayé en pensant
+au travail cérébral que supposent ces acquisitions.</p>
+
+<p>De là ce grand principe, qu'il faut éviter à l'enfant
+toute fuite nerveuse inutile. Il faut presque se
+borner à le faire «boire, manger, dormir; manger,
+dormir et boire». Il faut avant tout, que l'enfant
+de cet âge dorme beaucoup. En aucun cas, on ne
+devrait le réveiller. Pour démontrer combien peu
+d'enfants ont leur dose <i>optima</i> de sommeil, prenez
+au hasard un enfant de cinq ans, laissez-le, un premier
+jour, dormir à volonté; il s'octroiera douze
+heures de sommeil. Le lendemain, il se réveillera
+après onze heures, le surlendemain et les jours suivants
+après dix heures. C'est donc que, au moment
+précis où l'expérience a commencé, il avait un
+arriéré de besoin de sommeil.</p>
+
+<p>Quant au problème de l'alimentation, il est relativement
+simple, et l'expérience des mères de famille
+répond à la plupart des indications. L'enfant doit
+manger quatre fois par jour; mais, en général,
+il mange trop vite. Les parents devraient, pour leur
+usage personnel et pour le bien de leurs enfants, se
+rappeler qu'il existe des glandes salivaires sécrétant,
+chez l'homme adulte, 1 500 grammes de salive par
+jour, et que, si une bonne digestion commence dans
+la cuisine, elle se continue dans la bouche.</p>
+
+<p>En réalité, cet âge de la vie est celui où il y a le
+moins d'influences nocives; et un peu de surveillance
+suffit pour que l'enfant se porte bien.</p>
+
+<p>Les «maladies» accidentelles elles-mêmes évoluent,
+en général, d'une façon bénigne, quand elles ne
+sont pas troublées par une thérapeutique incendiaire.
+De là la faible mortalité afférente à l'âge que
+nous étudions, dénoncée par les tables qui servent
+de base aux calculs des Compagnies d'assurances
+sur la vie.</p>
+
+<p>Quand l'enfant subit un choc accidentel quelconque,
+scarlatine, rougeole, angine, il se rétablit
+avec une rapidité contrastant avec la lenteur de la
+convalescence chez l'adulte, et encore bien plus
+chez le vieillard. Voyez, par exemple, une angine
+herpétique! Elle occasionne chez l'enfant de tumultueux
+symptômes: de la fièvre, du délire; mais, au
+bout de quatre jours, tout rentre dans l'ordre, et,
+quatre jours après, l'enfant paraît aussi bien portant
+qu'avant. Chez l'adulte, au contraire, le même
+nombre de points d'herpès sur la gorge provoque
+un état maladif moins tumultueux, mais qui se
+termine par une convalescence de quinze jours à
+un mois, pendant laquelle il a besoin de soins, ou
+tout au moins d'un repos, qui ne sont nullement
+nécessaires à l'enfant convalescent, doué de plus
+d'élasticité.</p>
+
+<p>A partir de sept ans s'esquisse, chez certains
+enfants, une différenciation qui ira s'accusant d'année
+en année. Un oeil attentif va percevoir si l'enfant
+appartient au type <i>musculaire</i> ou au type <i>cérébral</i>.
+Le <i>musculaire</i> est cet enfant actif, aimant à jouer,
+turbulent, ne parvenant pas à fixer son intention
+pour un quart d'heure de suite, n'ayant, par conséquent,
+aucun goût pour l'étude telle qu'elle lui
+est imposée. Le <i>cérébral</i> est l'enfant réfléchi, n'aimant
+pas les jeux bruyants, et dont l'esprit est en
+avance notable sur celui des enfants de son âge.
+A chacun de ces deux enfants conviendrait une
+éducation différente; malheureusement, les nécessités
+sociales les soumettent, l'un et l'autre, à la même
+discipline pédagogique,&mdash;bien comprise, il faut
+l'avouer, pour les individus moyens. Mais si, pour
+ces enfants moyens, le système pédagogique actuellement
+en vigueur s'approche autant que possible de
+la perfection, il faut bien dire qu'il convient moins
+aux types extrêmes que nous venons de mentionner.
+Le petit <i>musculaire</i>, condamné à de longues heures
+d'étude, s'agite, s'inquiète, devient de plus en plus
+dissipé, et ne tarde pas à entrer dans la catégorie
+des enfants dits «paresseux». Sa santé physique
+peut ne pas souffrir outre mesure du régime compressif
+auquel il est soumis; il grandit, se porte
+bien en apparence; mais son cerveau est, pour
+ainsi dire, faussé, et ne donnera qu'un rendement
+inférieur. Chez le petit <i>cérébral</i>, au contraire, l'éducation
+moyenne peut amener des troubles de la
+santé physique: les récréations bruyantes et agitées,
+imposées après les repas, les longues promenades
+hebdomadaires, l'insuffisance du sommeil,
+une alimentation mal adaptée à son tube digestif,
+très vulnérable le plus souvent, le fatiguent à la
+longue; et, d'un enfant qui aurait pu donner les
+plus belles espérances, la pédagogie officielle fait
+un être malingre, nerveux, à terreurs nocturnes, en
+un mot un malade.</p>
+
+<p>Faut-il donc préconiser l'éducation individuelle?
+Oui, dans les cas extrêmes et dans des circonstances
+exceptionnelles.</p>
+
+<p>Une autre classe d'enfants chez lesquels l'éducation
+collective et le surmenage cérébral imposé
+par nos programmes amènent les plus fâcheuses
+conséquences, pour le présent et pour l'avenir,
+c'est celle des enfants que l'hérédité n'a pas préparés
+au travail cérébral. Tels ces fils de cultivateurs
+qui ont une longue hérédité terrienne, et que
+leur intelligence hâtive semble désigner comme
+particulièrement aptes aux études supérieures. Ce
+sont, quelquefois, de très brillants élèves; ils arrivent
+aux écoles supérieures: mais ils y arrivent
+malades, et seront malades toute leur vie.</p>
+
+<p>De l'âge de sept ans à celui de la puberté, les
+«maladies» accidentelles sont presque inévitables, à
+cause de la promiscuité des enfants dans les
+écoles; mais elles sont, en général, de peu de gravité.
+Ce ne sont pas elles qui diminuent sensiblement
+le capital biologique individuel. Les fautes
+commises contre l'hygiène alimentaire sont d'une
+bien plus grande importance.</p>
+
+<p>Combien on voit, notamment, de «maladies» aiguës
+qui ressemblent plus ou moins à la fièvre typhoïde,
+et qui sont dues à des indigestions! En général, l'hygiène
+alimentaire de l'enfant n'est pas assez surveillée.
+Les enfants mangent trop vite, comme nous
+l'avons dit plus haut; et, très souvent, ils mangent
+trop, précisément parce qu'ils mangent trop vite, la
+sensation de faim n'étant pas calmée par l'introduction
+brusque, dans l'estomac, d'une masse alimentaire
+mal élaborée. D'autre part, de trop nombreux
+parents, oubliant que ce n'est pas ce qu'on
+mange qui profite, mais ce qu'on assimile, se
+figurent qu'il faut que l'enfant mange beaucoup
+pour se donner des forces; et ce préjugé amène
+chez l'enfant des intoxications chroniques qui
+retentissent sur son système nerveux, sur sa croissance,
+jusqu'au moment où l'estomac surmené
+commence à protester. A partir de ce moment, le
+cercle vicieux est établi, et, si un régime alimentaire
+bien compris n'est pas institué, l'enfant
+devient un malade, et restera malade indéfiniment.
+C'est ce que M. le Dr Laumonier a très bien
+exposé dans un article du <i>Correspondant médical</i>
+de 1905:</p>
+
+<p>Voici des enfants qui sont, en apparence, bien portants; ils
+mangent beaucoup, sont gros et gras, et bien que leur sommeil
+ne soit pas toujours aussi calme qu'il faudrait, pourtant
+on ne peut, à première vue, les accuser d'aucun trouble évident.
+Cependant, certains soirs principalement, ils se montrent
+tantôt plus énervés que d'habitude, tantôt plus abattus
+au contraire, et si, à ce moment, on prend leur température
+rectale, on constate 38° C, 38°5, parfois même 39° et au delà.
+Cet accès fébrile est d'ailleurs passager; le lendemain, il n'y
+paraît plus. On ne lui attribue généralement aucune importance,
+et les parents se gardent bien, pour si peu de chose,
+de faire appeler le médecin; ils ont tort, car cette fièvre
+digestive est le symptôme de troubles fonctionnels d'assez
+grande importance, et qu'il est en conséquence nécessaire de
+soigner dès le début.</p>
+
+<p>Ces enfants, en effet, ne restent pas toujours gras et de
+belle apparence: peu à peu leur appétit, qui faisait l'admiration
+de leurs parents, fléchit; et aussitôt l'embonpoint et
+les belles couleurs disparaissent. Ils finissent ainsi par se
+transformer en enfants chétifs, maigres, pâles, ayant mauvaise
+haleine, présentant des alternatives de constipation
+et de diarrhée, souffrant parfois de douleurs stomacales
+vives; en un mot ce sont maintenant de véritables dyspeptiques.</p>
+
+<p>Or, cette dyspepsie n'est que l'aboutissant fonctionnel
+extrême, pour ainsi dire, de troubles longtemps existants et
+dont les accès légers de fièvre digestive ont été l'un des premiers
+et des plus caractéristiques symptômes. Il suffit, pour
+s'en convaincre, de suivre avec quelque attention l'évolution
+progressive des phénomènes.</p>
+
+<p>Très souvent, les enfants qui manifestent ces accès fébriles
+ont été, pendant leur première enfance, mal nourris, sinon
+comme qualité du lait, au moins comme quantité; en
+d'autres termes, leur ration a été trop copieuse. Puis, après
+le sevrage, ils ont été mis rapidement à la nourriture commune
+de la famille; ils ont mangé de tout, et trop; parfois
+aussi on leur a laissé prendre l'habitude de boire du vin, du
+café. Peu à peu, ainsi, ils sont devenus polyphages et polydipsiques.</p>
+
+<p>C'est une grosse erreur de croire que l'enfant,&mdash;pas plus
+que l'homme, du reste&mdash;ne mange qu'à sa faim; toujours,
+ou presque toujours, à ce point de vue, la limite est dépassée.
+La quantité d'aliments ingérés est beaucoup plus une affaire
+d'habitude que de besoin réel, comme le prouvent manifestement
+les résultats du traitement imposé à ces petits malades.
+Quoi qu'il en soit, le fait est qu'ils mangent trop, dépassent
+ainsi les limites du pouvoir digestif de l'estomac, dans lequel
+les aliments, étant insuffisamment élaborés par les sécrétions
+digestives, stagnent et donnent lieu à des fermentations anormales.
+D'où, d'une part, l'insuffisance et l'épuisement des
+glandes gastriques, la dilatation et l'atonie stomacales, et,
+d'autre part, la production des substances toxiques qui, résorbées,
+entraînent l'auto-intoxication et l'élévation thermique
+qui en est la conséquence. Notons d'ailleurs,&mdash;et c'est là un
+point essentiel,&mdash;que la fièvre digestive peut se produire et
+se produit ordinairement avant que l'épuisement glandulaire
+et l'atonie ou l'ectasie gastriques soient complètement réalisés;
+elle coexiste plutôt à la phase de polyphagie et constitue
+un signe prodromique, avertissant que la limite digestive
+est dépassée, que l'estomac commence à se fatiguer,
+que l'auto-intoxication d'origine digestive est déjà manifeste.</p>
+
+<p>Il est inutile d'insister ici sur les signes physiques divers
+de cet état, gros ventre, clapotage ou ectasie gastrique, gros
+foie... etc., ils sont bien connus et faciles à mettre en évidence;
+d'autres signes, plus incertains, dyspnée, terreurs
+nocturnes, manifestations cutanées, peuvent exister aussi,
+qui complètent la signification des premiers. Passons donc
+et arrivons au traitement.</p>
+
+<p>La première indication est de réduire la ration alimentaire
+à ce qui est strictement nécessaire à l'enfant, suivant l'âge,
+le sexe, le poids, la taille, et de composer cette ration d'aliments
+faciles à digérer, fournissant le minimum de fermentation,
+tels que lait, oeufs, pain grillé, viande crue, purée de
+légumes. Sans en arriver au régime sec, qui a beaucoup
+d'inconvénients, on réduira cependant le plus possible la
+quantité de la boisson, constituée par de l'eau pure de bonne
+qualité ou des tisanes chaudes. Enfin, en outre des mesures
+hygiéniques générales, on assurera la liberté du ventre par
+des habitudes régulières ou à l'aide de quelques lavements
+tièdes, mais sans en abuser.</p>
+
+
+
+<h4>DE LA PUBERTÉ A L'AGE ADULTE</h4>
+
+<p>I.&mdash;CHEZ LA FILLE</p>
+
+<p>Chez la petite fille, l'apparition des règles constitue
+un moment solennel dans l'existence. La
+plupart des mères de famille le savent, s'en inquiètent,
+mais ne connaissent pas les précautions à
+prendre. Ces précautions consistent à supprimer
+plus que jamais les fuites nerveuses. Ainsi, il convient
+alors de diminuer le travail cérébral, le travail
+musculaire, d'éviter à l'enfant les émotions, de la
+mettre à l'abri de toutes les influences qui, par
+action réflexe, retentissent sur son système nerveux
+(indigestions, coups de froid).</p>
+
+<p>Pendant les premières périodes menstruelles, le
+repos presque absolu au lit s'imposerait, si les
+règles étaient douloureuses ou trop abondantes;
+et un repos relatif s'impose même quand elles sont
+correctes. Ce qu'il faut bien savoir, c'est que l'anémie
+qui accompagne, en général, cette période
+de la vie n'est justiciable ni du fer, ni du quinquina,
+ni de la suralimentation; ce qu'il faut pour la combattre,
+ce sont les précautions citées plus haut, et,
+par intervalles, quelques injections de cacodylate
+de soude, ou mieux, de cacodylate de magnésie.
+C'est là un des rares médicaments capables de
+rendre des services, à la condition formelle qu'il ne
+soit pris ni par l'estomac ni par l'intestin.</p>
+
+<p>Une fois la menstruation établie, il ne faut pas
+s'inquiéter outre mesure si, pendant les premières
+années, les règles ne viennent pas à époques fixes,
+et il faut se déclarer satisfait si elles ne sont ni
+douloureuses, ni trop abondantes.</p>
+
+<p>Plus tard, vers l'âge de dix-huit ans, il est fréquent
+de voir la santé des jeunes filles subir un assaut
+considérable, qui se traduit par de la chloro-anémie,
+avec état nerveux, suppression des règles, troubles
+dyspeptiques, constipation, etc.</p>
+
+<p>Les causes en sont multiples. Chez la jeune
+ouvrière, c'est, le plus souvent, le surmenage physique,
+la vie anti-hygiénique des ateliers, l'accumulation
+des privations. Dans d'autre milieux,
+c'est le fait du surmenage intellectuel pour l'obtention
+des brevets. Mais, plus souvent encore, ce
+sont les causes morales qui portent atteinte au
+système nerveux. C'est une vocation contrariée,
+une suite continue de petits malentendus avec la
+famille, avec la mère en particulier. La mère, ne
+se décidant pas à s'apercevoir que sa fille
+grandit, continue à vouloir exercer sur elle une
+autorité despotique, contre laquelle l'enfant se
+cabre en vain pendant de long mois, et dont elle
+souffre de jour en jour davantage.</p>
+
+<p>Dans d'autres cas, enfin, c'est une passion contrariée,
+un mariage désiré qui se trouve rendu
+impossible par la volonté intransigeante des parents,
+ou par des circonstances indépendantes de toute
+volonté ou même c'est un vague et obscur besoin
+du mariage: pour suivre, en somme, les lois de la
+nature, et donner satisfaction à cette sorte d'instinct
+de la maternité qui se rencontre chez la femme
+depuis son plus jeune âge, et se traduit, dans la première
+enfance, par le besoin de la poupée.</p>
+
+<p>Quelle que soit la cause, le mal se prépare sourdement;
+puis, un jour, la «maladie» éclate, souvent
+à la suite d'une affection aiguë qui contribue à
+faire tomber brusquement la force de résistance du
+système nerveux.</p>
+
+<p>Si variés que soient les symptômes par lesquels
+le mal se traduit, la thérapeutique doit être la
+même. Elle consiste à ne pas aggraver la «maladie»
+par une médicamentation intempestive; ce ne sont
+ni les pilules de fer, ni le drap mouillé, ni la
+douche froide qui pourront faire du bien à une
+jeune fille ainsi atteinte, ni même la suralimentation,
+malgré l'anémie évidente. Non: ce qu'il faut,
+c'est chercher la cause de la «maladie», et la supprimer
+ou l'amoindrir autant que possible.</p>
+
+<p>Quand c'est le surmenage physique, le repos
+absolu s'impose, et la jeune malade arrive très
+vite à la guérison. Quand le surmenage physique
+n'est pas la seule cause à invoquer, rien n'est plus
+difficile que de doser le repos et l'exercice. Le
+plus souvent, le repos relatif est de rigueur. Dans
+d'autres cas, au contraire, chez les musculaires en
+particulier, un exercice modéré, et même poussé
+assez loin, peut produire d'excellents effets. Le
+médecin, appelé à se prononcer sur l'opportunité
+de ce moyen thérapeutique, basera son jugement
+sur les résultats de l'enquête qu'il fera au sujet du
+passé de la malade, et il aura le droit de procéder
+par tâtonnements. J'ajouterai que, dans les cas
+graves où le repos absolu s'impose d'abord, rien
+n'est plus difficile que de doser l'exercice dès que
+la malade est capable de le supporter, mais le principe
+est de rester en deçà de ce que la malade peut
+donner.</p>
+
+<p>Quand la «maladie» de la jeune fille est due au
+milieu familial, le remède essentiel est de le lui
+faire quitter. Malheureusement, on attend souvent
+trop longtemps pour prendre ce parti radical; on
+attend que la vie soit devenue impossible, que la
+jeune fille ait perdu le sommeil, les forces, l'appétit,
+et soit dans un état d'excitation inquiétant.
+On l'isole alors dans une maison de santé ou d'hydrothérapie,
+où on lui impose le plus souvent, à
+notre avis, une séquestration trop radicale. Car la
+priver de toute visite, de toute correspondance,
+la soumettre à une discipline d'une sévérité exagérée,
+nous semble vraiment excessif. L'enfant se
+révolte, et ne tire de la cure d'isolement qu'un bénéfice
+relativement restreint. Elle prend sur elle pour
+simuler la guérison, et pour échapper à la tutelle
+des médecins; elle sort avec les apparences de la
+santé; mais elle n'est pas guérie, et, comme elle
+retombe dans le milieu familial hostile, la «maladie»
+ne tarde pas à renaître de ses cendres, jusqu'au
+jour où une circonstance quelconque amène enfin
+un changement de vie radical, qui la guérit.</p>
+
+<p>Le mieux ne serait-il pas, quand c'est possible,
+d'éloigner l'enfant, de temps à autre, du milieu
+familial, dès qu'on s'aperçoit que c'est lui qui est
+l'ennemi, en la confiant soit à une parente intelligente,
+soit même à une garde bien choisie, jusqu'au
+moment où on trouvera à la marier, chose qu'il
+ne faudra faire qu'après mûre réflexion, mais qui,
+dans bien des cas, est le remède par excellence?
+Pendant les absences de la jeune fille, l'état nerveux
+du milieu familial lui-même se calme, ce qui
+rend la vie commune acceptable par intermittences.
+Loin de nous, cependant, l'idée de porter
+atteinte à l'esprit de famille en proposant pareille
+mesure; nous ne la considérons que comme exceptionnelle
+et comme un pis-aller, préférable souvent
+à la maison de santé, et, en définitive, moins
+onéreuse.</p>
+
+<p>Chez les gens peu fortunés, on n'a pas la ressource
+de la séparation, même momentanée. Heureusement,
+chez eux, les contacts entre parents et
+enfants ne sont pas incessants. La jeune fille a
+toujours une certaine indépendance; elle n'est pas
+soumise à une tyrannie de tous les instants. En
+outre, son système nerveux est moins vulnérable,
+de sorte que l'influence néfaste du milieu familial
+est rarement une cause de «maladie». Nous connaissons
+cependant de jeunes ouvrières dont la santé
+a fini par sombrer, du fait du milieu dans lequel
+elles étaient condamnées à vivre: père alcoolique,
+qui les battait au retour de l'atelier, mère ou belle-mère
+acariâtre, frère débauché, etc. La pauvre victime résiste tant
+qu'elle peut, jusqu'au jour où
+elle quitte avec éclat la maison paternelle, à moins
+que, victime résignée, elle ne voie peu à peu
+s'effriter son capital nerveux. Elle devient ainsi
+une proie toute désignée pour la tuberculose, qui
+met fin à ses misères; souvent aussi sa déchéance
+se traduit par l'apparition de la folie, et l'asile
+d'aliénés lui ouvre ses portes.</p>
+
+<p>D'autres fois, avons-nous dit, c'est une vocation
+contrariée qui met la jeune fille en état de «maladie».
+Il n'y a pas à se le dissimuler, quelle que soit
+l'opinion que l'on puisse avoir sur la légitimité
+des vocations religieuses, lorsqu'une vocation est
+sincère, toutes les entraves qu'on lui apportera ne
+serviront de rien. La jeune fille souffrira, deviendra
+de plus en plus malade, et force sera un jour de
+céder. Nous avons suivi plusieurs de ces drames
+intimes et ignorés, qui torturent même les familles
+chrétiennes; et le résultat final a toujours été le
+même: la jeune fille a retrouvé la santé dès qu'elle
+a eu gain de cause.</p>
+
+<p>Exemple. Une jeune fille de vingt-deux ans luttait
+respectueusement, depuis trois ans, contre
+sa famille, pour obtenir l'autorisation d'entrer au
+Carmel. Elle en était arrivée à un degré avancé
+de «maladie», restant des huit et quinze jours sans
+garde-robe, malgré l'hygiène intestinale la plus
+soignée, ne pouvant plus lire ni supporter une conversation;
+elle maigrissait à vue d'oeil, et ne pouvait
+plus quitter son lit, tant les forces physiques
+étaient diminuées. Gravement préoccupé de l'issue
+de cette «maladie», dont je connaissais la cause, je
+crus remplir mon rôle de médecin en m'instituant
+l'avocat de la malade. Or, dès qu'elle eut
+obtenu l'autorisation sollicitée depuis si longtemps,&mdash;et
+que, par parenthèse, elle avait cessé de
+demander depuis un an, pour ne pas torturer sa
+famille,&mdash;nous vîmes la santé revenir avec une
+rapidité prodigieuse. Tous les organes inhibés se
+remirent à fonctionner, et, un mois après, la jeune
+fille entrait au Carmel. Quelle ne fut pas notre stupéfaction
+d'apprendre que, le troisième jour, elle
+lavait les escaliers à grande eau, pleine d'énergie
+et de bonne humeur!</p>
+
+<p>Quelque respectueux que l'on doive être de l'autorité
+des parents, il faut que cette autorité sache
+s'effacer devant la volonté ferme, réfléchie, bien
+arrêtée d'une jeune fille; la justice le demande, et
+ajoutons que l'intérêt l'exige.</p>
+
+<p>Les mêmes considérations s'appliquent au cas
+où une jeune fille veut, envers et contre tous,
+épouser le jeune homme de son choix. Certes, neuf
+fois sur dix, elle ferait mieux de suivre l'avis de
+ses parents, qui ont l'expérience de la vie. Mais
+l'expérience est semblable à un habit fait sur mesure,
+et qui ne va bien qu'à celui pour lequel il est fait.
+Aussi, lorsque, malgré les sages raisonnements, la
+jeune fille s'obstine et s'entête, estimons-nous qu'il
+faut lui céder après un délai raisonnable. On doit
+haïr la persécution, de quelque part qu'elle vienne.</p>
+
+<p>Dans d'autres cas, avons-nous dit encore, la
+jeune fille est victime de son tempérament, qui ne
+trouve pas dans les joies de la famille une satisfaction
+suffisante: elle éprouve le <i>besoin</i> de se marier.
+C'est alors aux parents à l'aider dans son choix,
+car cet état d'âme peut amener la «maladie».</p>
+
+<p>Mais, dans tous les cas, la jeune fille malade doit,
+avant de se marier, subir un traitement médical;
+car elle n'a pas le droit de se marier en état de
+«maladie». Le mariage, le plus souvent, ne la guérirait
+pas. Or il faut bien savoir que, au début de la
+vie conjugale surtout, elle n'a pas le droit d'être
+malade. C'est donc une raison de plus pour la soigner
+avant le mariage. En général, d'ailleurs, cette
+cure est des plus simples: la cause de la «maladie»
+ayant disparu, et le capital biologique n'étant pas
+encore gravement entamé, le rôle de la thérapeutique
+se réduit à peu de chose.</p>
+
+<p>II.&mdash;CHEZ LE GARÇON</p>
+
+<p>Chez le jeune garçon, de la puberté à l'âge adulte,
+les influences capables d'amener la «maladie» sont
+également multiples. Signalons, parmi les principales
+:</p>
+
+<p>I. Le surmenage scolaire;</p>
+
+<p>II. L'abus des sports;</p>
+
+<p>III. Les déviations de l'hygiène sexuelle (habitudes
+solitaires et prématuration).</p>
+
+<p>I. Que faut-il penser du surmenage scolaire,
+dont on a fait si grand bruit il y a quelques années?
+Les brillantes discussions de l'Académie de médecine
+n'ont pas empêché les programmes de se surcharger
+d'année en année; et ils se surchargeront
+encore davantage, cela est inévitable, c'est la loi
+même du progrès; vouloir aller contre, c'est vouloir
+remonter le courant. Mais, à la vérité, ce soi-disant
+surmenage ne nous effraie pas outre mesure,
+car il faut compter: 1° avec les nouvelles méthodes
+d'enseignement, supérieures à celles d'autrefois;
+2° avec une adaptation du cerveau des générations
+actuelles et futures à un travail cérébral plus considérable.
+N'est-ce pas ce manque d'adaptation qui
+rend si dangereux le travail cérébral chez les
+«déracinés» dont nous avons dit un mot au chapitre
+précédent?</p>
+
+<p>Est-ce à dire que tout soit pour le mieux dans le
+meilleur des systèmes pédagogiques? Non. Le
+jeune homme ne travaille pas trop, mais il travaille
+mal, il n'a pas le respect du temps. En outre, il ne
+dort pas assez, et on n'a pas assez le respect de
+son sommeil: du sommeil qui dompte tout, suivant
+la forte expression d'Homère.</p>
+
+<p>Un groupe de médecins anglais vient de commencer
+une campagne de presse pour obtenir que
+l'élève des collèges anglais puisse dormir plus longtemps.
+Ils avaient été précédés dans cette voie par
+le Dr Chaillou<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>, directeur de l'hygiène d'un grand
+établissement d'instruction, qui dès 1903, a eu
+l'idée excellente d'installer, dans le pensionnat, ce
+qu'il appelle une «chambre des dormeurs». Là, les
+jeunes gens fatigués momentanément vont, tout
+simplement, se reposer suivant leurs besoins; et
+jamais ils n'abusent de la permission. Il est vrai de
+dire que ce sont de grands jeunes gens, candidats
+aux écoles, et que l'intelligente discipline générale
+de la maison est de nature à prévenir tout abus.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> (retour) </a> <i>Hygiène, exercices physiques, et services médicaux dans un
+grand collège moderne</i>, par le Dr Chaillou, attaché à l'Institut
+Pasteur. Paris 1903.</blockquote>
+
+<p>II. <i>Abus des sports</i>.&mdash;Si pour l'homme sain l'exercice
+est nécessaire à la santé, cet exercice, lorsqu'il
+est poussé à un degré excessif, devient un facteur
+important de «maladie».</p>
+
+<p>L'exercice, quand il est méthodique, bien gradué,
+peut être poussé très loin sans provoquer d'accidents;
+c'est ainsi que, chez les professionnels des
+cirques, la santé se maintient excellente, comme
+j'ai pu m'en rendre compte par une enquête faite
+chez Barnum. Le médecin attaché à la troupe
+de Barnum jouirait d'une véritable sinécure, s'il
+n'avait pas à compter avec les accidents d'ordre
+chirurgical.</p>
+
+<p>Mais, remarquons-le, les hommes du cirque sont
+<i>sélectionnés</i>, ce sont des professionnels: ils ne font
+pas autre chose que des tours de force; toute leur
+activité, physique, intellectuelle, est concentrée sur
+ces questions d'exercice musculaire.</p>
+
+<p>Ajoutons que l'exercice est savamment gradué
+par des gens du métier, qui savent par expérience
+ce que c'est que l'entraînement; disons enfin que
+les gens des cirques observent une sage hygiène;
+ils savent que tous les écarts se payent, et ils sont,
+à tous égards, d'une sobriété exemplaire.</p>
+
+<p>Tout autres sont les conditions dans lesquelles
+se trouve l'homme du monde qui fait du sport.
+Parfois il a une profession; c'est donc sur les
+loisirs qu'elle lui laisse, et souvent sur son sommeil,
+qu'il prend le temps de faire les exercices qui
+le passionnent; quand il n'a pas de profession, il
+est rare qu'il ait la modération exemplaire signalée
+plus haut, et, alors, il ne dépense pas son influx nerveux
+qu'en exercice physique.</p>
+
+<p>Mais, dans tous les cas, le principal ennemi du
+sportsman, c'est le <i>sport</i>, c'est-à-dire l'émulation
+qui existe presque fatalement entre ceux qui s'occupent
+avec passion d'exercices physiques, et qui
+fait que chacun d'eux veut devancer son voisin.</p>
+
+<p>Le bicycliste isolé risquerait rarement d'arriver
+au surmenage; ce qui le fatigue, c'est de voyager
+en compagnie d'autres camarades, à cause de
+l'excitation qui se communique des uns aux autres,
+et qui les porte tous à donner plus qu'ils ne peuvent.
+L'escrime, souvent, n'aurait pas sa raison d'être, sans
+le désir de l'emporter sur ses partenaires; de là le
+danger spécial de cet exercice. Si l'on veut bien se
+rappeler qu'il est pris, en général, dans un air confiné,
+qu'il exige une dépense considérable d'influx
+nerveux, une tension permanente de l'esprit, un
+excès de rapidité dans les mouvements, on comprendra
+que c'est plus un exercice cérébral qu'un
+exercice musculaire, et que les gens qui croient se
+reposer du travail cérébral en faisant de l'escrime
+sont bien vite détrompés. Le sage est celui qui,
+désirant se reposer du travail cérébral par l'exercice,
+s'attache aux exercices qui ne demandent
+pas d'attention, aux exercices automatiques dans
+lesquels la moelle seule intervient; marcher, ou
+mieux encore courir suivant les bons principes,
+scier du bois, tourner une roue de pompe, labourer,
+ramer, etc.</p>
+
+<p>L'automobilisme «tient le record» parmi les
+exercices qui épuisent le système nerveux; nous ne
+parlons pas, bien entendu, des hommes qui se servent
+de l'automobile comme d'un moyen de locomotion,
+mais de ceux qui en font un moyen de distraction.
+Quelques-uns arrivent à une mentalité
+toute spéciale, à un état de folie qui n'a pas encore
+reçu de nom, et qu'on pourrait appeler la folie de la
+vitesse: quand ils sont sur leur machine, ils ne
+voient que le ruban de route qui se déroule devant
+eux, le reste de la terre a cessé d'exister. Ils ne
+voient point, ils n'entendent point: ce sont des
+mangeurs de kilomètres, ce ne sont plus des
+hommes. Et, chose curieuse, l'automobiliste n'a
+pas besoin d'émulation, il se suggestionne lui-même,
+et devient le propre artisan de son délire.</p>
+
+<p>Mais les dangers des sports deviennent encore plus
+considérables quand ils sont pratiqués par des organismes
+en voie de formation, par des jeunes gens,
+par des écoliers. Or, il y a quelques années, avait
+soufflé un vent, venu d'Angleterre, qui avait
+véritablement tourné la tête à certains hommes
+s'occupant des problèmes de pédagogie,&mdash;ou plutôt
+qui avait affolé l'opinion publique, et les pédagogues
+subissaient le courant. Ce qu'il y a de certain,
+c'est qu'on ne parlait plus, dans les établissements
+scolaires, que de sports et de gymnastique. La
+culture intellectuelle paraissait devoir être mise au
+second plan. Mais on n'a pas tardé à voir qu'il y
+avait abus. Les excellents travaux du Dr Lagrange
+et du Dr Legendre, l'intervention des médecins dans
+la <i>Ligue des Pères de Famille</i>, ont mis un frein à
+cet engouement, qu'on ne rencontre plus que dans
+quelques institutions où l'on s'obstine à imiter
+l'éducation anglaise, sans se rappeler que nos
+petits Français ne sont pas des Anglo-Saxons. Je
+me demande d'ailleurs si les petits Anglo-Saxons
+eux-mêmes de l'âge de douze et treize ans se trouveraient
+bien de faire des courses de 4 et 5 kilomètres
+au pas gymnastique, sans progression et
+sans entraînement préalable, comme je sais qu'on
+en impose aux enfants dans les institutions dont je
+parle.</p>
+
+<p>III. <i>Déviations de l'hygiène sexuelle</i>.&mdash;Tous les
+pédagogues et tous les pères de famille soucieux de
+l'avenir de leurs enfants sont, à juste titre, préoccupés
+de l'important problème de l'éducation
+sexuelle; mais tous sont loin de le résoudre dans le
+même sens. Les uns estiment qu'il ne faut rien
+dire aux enfants, ni même aux jeunes gens; les
+autres, qu'il faut au contraire aborder le redoutable
+problème en face, et le plus tôt possible. La
+vérité, comme en bien d'autres circonstances, se
+trouve entre ces deux extrêmes.</p>
+
+<p>Il est bien certain qu'il faut que, à un moment
+donné, le jeune homme soit averti des dangers qu'il
+court en s'abandonnant à des aberrations de l'instinct
+génésique, ou encore à l'usage prématuré des
+fonctions sexuelles, et qu'il faut aussi qu'il connaisse
+de bonne heure le péril vénérien. Mais quels
+moyens employer pour l'instruire? Est-ce au père
+de famille que revient ce rôle éducateur? Oui, s'il
+a suffisamment gagné la confiance de ses enfants,
+et s'il se sent capable de cette mission délicate;
+dans d'autres cas, c'est au médecin de la famille
+que doit être dévolu ce soin; et, dans les pensions,
+lycées, institutions, c'est encore au médecin de la
+maison, et, dans une certaine mesure, à ceux des
+professeurs qui vivent le plus avec les élèves.</p>
+
+<p>Convient-il de donner à ceux-ci un enseignement
+collectif? La tentative a été faite, récemment, dans
+plusieurs lycées de Paris. Il faut avouer qu'elle
+est ardue, mais les bons résultats ont dépassé toute
+attente. Cependant je suis avec M. l'abbé Fonsagrives
+partisan plutôt de l'enseignement individuel,
+compris dans un sens libéral, sous forme de causerie
+du professeur avec un petit nombre d'élèves.</p>
+
+<p>Jusqu'au moment où il est raisonnable d'aborder
+devant les enfants ces délicats problèmes, le rôle
+de l'éducateur doit se borner à exercer autour d'eux
+une surveillance assidue, et à retarder le plus possible
+l'éclosion de l'instinct sexuel. Pour ce faire,
+il faut imposer à l'enfant de la fatigue physique,
+la pousser au maximum de la <i>tolérance</i>, dussent
+les études en souffrir momentanément. C'est de la
+bonne économie, sans cependant qu'on doive
+verser dans cet abus des sports que nous avons
+dénoncé plus haut. Ici se retrouve, comme dans
+tous les problèmes de l'hygiène, cette question de
+dosage, de mesure, qui comporte un nombre indéfini
+de solutions, d'après la variété des cas individuels.</p>
+
+<p>Les dangers que court l'enfant en s'abandonnant
+à des aberrations de l'instinct sexuel sont moins
+grands que ne l'a dit Tissot, mais ils sont néanmoins
+considérables, et le capital nerveux de l'enfant
+est vite entamé par les habitudes vicieuses. De
+là ces formes vagues de neurasthénie avec difficulté
+pour le travail, timidité maladive, manque de
+confiance en soi, céphalée, traits tirés, yeux cernés,
+amaigrissement, amoindrissement de la valeur du
+sujet. Un médecin éclairé ne s'y trompe pas. Il
+doit alors trouver moyen de prendre l'enfant à part,
+à la fin de la consultation, et lui dire à brûle-pourpoint,
+en le regardant fixement: «Mon ami,
+je sais la cause de votre mal!» Il faut ensuite
+provoquer quelques aveux <i>discrets</i>, et la consultation
+doit se terminer par une promesse formelle
+de l'enfant de se corriger. La psychothérapie, en
+ce cas, vaut mieux que les médications pharmaceutiques
+les plus savantes: elle manque bien
+rarement son effet et elle peut être grandement
+aidée, dans certains cas, par la psychothérapie
+hypnotique, dont nous parlerons plus loin.</p>
+
+<p>Quant au danger que fait courir la prématuration
+des fonctions sexuelles, c'est chose certaine que
+tout usage de ces fonctions devient un abus, tant
+que l'organisme n'a pas atteint son complet développement.
+L'être humain ne devrait aborder l'acte
+destiné à perpétuer la vie qu'à partir du moment
+où il est, lui-même, en pleine possession de toute
+sa vigueur physique. Jusqu'à ce moment, la continence
+n'est pas préjudiciable. La question a été
+étudiée à fond, et résolue dans le même sens par
+les moralistes et par les hygiénistes. La continence
+n'est presque pas pénible, elle ne le devient que
+si des excitations factices ont éveillé de trop bonne
+heure l'instinct sexuel. Elle est recommandable au
+point de vue moral; elle entretient, chez le jeune
+homme, ce sentiment qu'on ne saurait trop développer,
+«le respect de la femme»; et, à vrai dire,
+c'est elle seule qui le met sûrement à l'abri des
+contaminations vénériennes.</p>
+
+<p>Le grand public commence à connaître le péril
+vénérien, et, surtout, à oser en parler. On ne saurait
+croire combien l'ingénieuse trouvaille de
+M. Brieux, qui a désigné sous le nom d'<i>avarie</i> la
+plus redoutable des «maladies» vénériennes, la
+syphilis, a fait faire de progrès à l'opinion publique.
+Le mot, d'ailleurs, méritait de faire fortune; et
+nous aimerions aussi voir employer le terme de
+«petite avarie» pour désigner la blennorragie,
+dont les méfaits sont plus considérables que ne le
+croit le public, et même que ne le croient beaucoup
+de médecins.</p>
+
+<p>Ce que le public ignore encore, c'est l'âge auquel
+les jeunes gens sont le plus souvent contaminés.
+Ainsi que l'a démontré le Dr Ed Fournier, c'est beaucoup
+plus tôt qu'on ne se le figure généralement;
+et non seulement à Paris, mais partout, ainsi que
+le démontrent les statistiques de <i>toutes</i> les armées,
+qui enregistrent beaucoup plus de «maladies» vénériennes
+à la première année de service qu'aux
+années ultérieures, parce que, parmi les malades
+enregistrés à la première année, figurent tous ceux
+qui étaient contaminés avant leur entrée au régiment.</p>
+
+<p>Nous ne saurions trop recommander à ce sujet
+la lecture et la méditation de l'excellente brochure
+du professeur A. Fournier: <i>Pour nos fils quand ils
+auront dix-huit ans</i>. En quelques pages s'y trouvent
+nettement indiquées, et sans aucune exagération,
+la gravité du péril vénérien, la conduite à
+tenir pour l'atténuer quand on est atteint, et pour
+l'éviter. Cette brochure est bonne à lire, elle est
+nécessaire et suffisante aux conférenciers qui veulent
+répandre la vérité.</p>
+
+<p>Nous n'avons pas à insister ici sur les méfaits de
+la syphilis. C'est toujours une «maladie» grave, quelquefois
+elle est très grave, et cela dès les premiers
+mois qui suivent son apparition. Elle se traduit
+alors par les plus importants symptômes de la
+déchéance organique, céphalée violente, anémie
+aiguë, perte des forces, albuminurie, etc.; inutile
+de dire que, dans ce cas, elle fait subir au capital
+biologique un déchet énorme. Heureusement le
+traitement mercuriel intensif est là pour réparer,
+dans une certaine mesure, le désastre.</p>
+
+<p>D'autres fois, la syphilis amène chez le malade
+de telles préoccupations morales qu'elle devient un
+danger imminent. L'angoisse peut même conduire
+au suicide. Il faut que le médecin et le père de
+famille connaissent cette syphilophobie, pour rasséréner
+la victime, dans la mesure nécessaire. Mais
+dans tous les cas la syphilis, cause d'amoindrissement
+énorme de la valeur du sujet, devra être
+traitée énergiquement, dès le début et pendant un
+temps prolongé,&mdash;au moins quatre ans,&mdash;par des
+traitements successifs.</p>
+
+<p>Chez la jeune fille, la syphilis est également à
+redouter. Nombre de jeunes filles de la classe
+ouvrière connaissent tout ce qui est relatif aux
+questions vénériennes; elles n'en ignorent que le
+danger. C'est à leur usage que j'ai écrit naguère
+une petite brochure intitulée: <i>Pour nos filles</i>. Les
+services qu'elle est appelée à rendre ne sont pas
+comparables à ceux que rendra sa soeur aînée, l'excellente
+brochure du professeur Fournier; et si je la
+mentionne, ce n'est certes point par une enfantine
+vanité d'auteur: c'est que, de divers côtés, on m'a
+affirmé qu'il était bon de la faire connaître.</p>
+
+
+
+
+
+<p>III&mdash;CAUSES MORBIGÈNES COMMUNES AUX DEUX SEXES.&mdash;
+«MALADIES» ACCIDENTELLES</p>
+
+<p>C'est à dessein que nous plaçons ces observations
+à la suite de l'étude consacrée aux jeunes
+garçons, car les jeunes filles, entourées de soins à
+l'âge qui nous occupe, ont relativement peu de
+«maladies» accidentelles. Chez le jeune homme, au
+contraire, plus ou moins mal surveillé, plus ou
+moins surmené par un travail cérébral auquel son
+cerveau n'est pas encore complètement adapté, ou
+par le travail musculaire, pour lequel ses muscles,
+encore en état de développement, ne sont pas suffisamment
+préparés, la flore microbienne trouve un
+excellent terrain de culture. Nous ne pouvons pas
+passer en revue la pathologie de cet âge; faisons
+seulement remarquer que la «maladie» accidentelle
+ou bien tue l'individu, ou bien laisse un reliquat
+définitif sur un organe quelconque (endocardite
+du rhumatisme, etc.): mais il est très rare que,
+à cette période de la vie, elle amène l'amoindrissement
+prolongé ou définitif de la valeur
+du sujet. En d'autres termes, souvent, chez les
+jeunes gens, l'affection aiguë aboutit à une
+convalescence franche, sans ébranler l'organisme;
+à cet âge, comme dans l'enfance, l'organisme
+est doué d'une grande élasticité, et rebondit facilement.</p>
+
+<p>Exception doit être faite pour la tuberculose;
+c'est, par excellence, la «maladie» de l'âge adulte.
+Contractée, le plus souvent, dans la plus tendre
+enfance, elle sommeille jusqu'au moment où les
+mauvaises conditions de milieu, la misère physiologique,
+le surmenage, mettent le terrain en état
+de moindre résistance. De là son maximum de
+fréquence de dix-huit à trente-cinq ans.</p>
+
+<p>De cette conception, qui n'est pas encore classique,
+mais qui commence à pénétrer dans les
+esprits, grâce aux travaux du professeur Grancher,
+et à ceux de M. le médecin inspecteur Kelsch, sur la
+tuberculose dans l'armée, découle la véritable prophylaxie
+de la tuberculose. C'est en vain que l'on
+dépenserait beaucoup d'argent pour fonder des
+sanatoria; le sanatorium ne convient qu'aux riches.
+C'est peut-être un bon instrument de cure: sûrement
+ce n'est pas le meilleur, et, en tout cas «ce
+n'est pas le meilleur instrument de la lutte contre
+la tuberculose en tant que «maladie» sociale» (Grancher).
+Voyez, en effet, ce qu'il faudrait pour qu'un
+sanatorium populaire donnât un rendement social
+appréciable! Il faudrait: 1° à l'entrée du sanatorium,
+un dispensaire de dépistage pour ouvrir la porte
+aux seuls malades légèrement atteints; 2° pendant
+le séjour du malade au sanatorium, une oeuvre de
+secours pour sa femme et ses enfants; 3° à la
+sortie du sanatorium, la double ration de repos et
+la demi-ration de travail pendant un temps presque
+illimité! Le Congrès de la tuberculose de 1905
+a d'ailleurs sonné le glas sur les sanatoria
+populaires, et les médecins de tous les pays, dans
+une heure de sens commun et de clarté, ont voté
+la même formule: «En fait de tuberculose, la
+préservation domine l'assistance.» Nous serons
+moins sévères dans notre appréciation des dispensaires:
+ils peuvent rendre quelques services pour
+l'éducation populaire; mais les véritables oeuvres
+de l'avenir, on ne saurait trop le répéter, sont les
+oeuvres de préservation, celles qui arrachent un
+enfant sain d'un milieu contaminé; ce sont les
+oeuvres d'hôpitaux marins, pour les enfants atteints
+de tuberculose locale et non contagieuse; ce sont
+les colonies de vacances, etc. Ce sont, surtout, les
+diverses oeuvres sociales luttant contre la misère:
+car la misère est le grand, le plus grand facteur
+de la tuberculose.</p>
+
+<br><br><br>
+
+<h3>DEUXIÈME PARTIE</h3>
+
+<br><br>
+
+
+<h4>CHAPITRE I</h4>
+
+
+<h4>MATURITÉ</h4>
+
+<p>Voici l'homme arrivé à l'âge adulte; il est en pleine
+possession de tous ses moyens, son capital a été
+progressivement amélioré et lui rapporte de gros
+intérêts; il s'agit maintenant de l'utiliser, de le
+faire valoir, d'obtenir de lui son rendement
+maximum.</p>
+
+<p>L'ère des ménagements est passée, il faut à tout
+prix que l'homme travaille et produise. On l'alimentera
+en conséquence: la dépense étant considérable,
+il faudra que l'aliment soit réparateur. Le
+point essentiel est de ne pas dépasser la dose des
+dépenses, d'utiliser le capital, mais non de l'amoindrir,
+de chauffer la machine, sinon à blanc, du
+moins à la température maxima tolérée, pour ne
+pas l'user trop vite, et surtout pour ne pas la faire
+éclater. Il faut, en somme, que l'homme produise;
+et, à s'écouter vivre avec trop de prudence, il ne
+ferait que s'empêcher de mourir. Bien plus; de
+même qu'un capitaliste avisé, quand il possède
+beaucoup de fonds disponibles, quand il a ce
+qu'on appelle de la «surface», n'a pas peur, de temps
+à autre, de risquer une somme raisonnable dans
+une affaire qui n'est pas de tout repos; de même
+l'homme bien portant, à capital solide, ne doit pas
+craindre, à certains moments, de se dépenser un
+peu plus que ne l'exigerait la sage hygiène, à la
+condition que l'effort ne soit ni trop excessif, ni
+trop prolongé, et qu'une période de repos succède
+à cette période de travail intensif. (De là la
+nécessité des vacances et du repos hebdomadaire).</p>
+
+<p>Soit, dira-t-on, nous acceptons le principe, nous
+croyons qu'il est bon que l'homme actif, intelligent,
+bien portant, donne de temps à autre ce
+qu'on appelle un «coup de collier», quitte à
+réparer sa dépense excessive par un repos plus ou
+moins prolongé, mais quel est le critérium? à
+quel signe reconnaîtrez-vous que l'homme n'a pas
+dépassé la mesure de ses forces, et qu'il ne court
+pas à la banqueroute?</p>
+
+<p>Le principe général est qu'il faut arriver aux confins
+de la fatigue, mais ne jamais atteindre la
+fatigue douloureuse. Quand il s'agit de travail
+musculaire, le critérium est relativement facile à
+trouver. On est averti qu'on a dépassé la mesure
+de ses forces par deux symptômes caractéristiques:
+la diminution d'appétit et la diminution de
+sommeil.</p>
+
+<p>Cette donnée pourrait même rendre de grands
+services aux chefs militaires, dont l'idéal, très
+légitime, est de faire produire à la machine
+humaine son maximum de rendement, sans épuiser
+cependant les forces des soldats. Malheureusement,
+quelques-uns d'entre eux confondent l'entraînement
+et l'épuisement; ils arrivent à avoir
+des troupes qui n'ont pas de valeur réelle, tout en
+ayant les apparences de la force. Ces troupes, qui
+se sont présentées sous le plus bel aspect à des
+manoeuvres de quelques jours, seraient incapables
+d'entrer en campagne et de supporter des fatigues
+prolongées. Si les chefs de corps avaient eu la
+précaution de s'enquérir de la façon dont les
+soldats mangent, ou de <i>voir</i>, après une marche
+prolongée, comment ils mangent, de surveiller de
+temps à autre le tonneau des eaux grasses, qui
+recueille tous les restes des repas, ils auraient vu
+que le travail excessif se traduit par une baisse
+dans l'appétit. S'ils passaient, le soir, dans les
+chambrées, d'une façon inopinée, ils verraient qu'à
+la suite de fatigues excessives les hommes ne
+dorment pas bien. Et rien ne les empêcherait, d'ailleurs,
+de prendre parfois l'avis de leurs médecins.</p>
+
+<p>Nous ne dissimulons pas la difficulté du problème,
+d'autant que, chez l'homme qui a subi un
+entraînement méthodique, la sensation de <i>fatigue</i>
+disparaît; l'homme entraîné ne connaît pas la
+fatigue. L'épuisement, chez lui, se traduit exclusivement
+par la diminution du poids, de l'appétit
+et du sommeil, comme aussi, dans le milieu militaire
+en particulier, par l'apparition des «maladies»
+dites accidentelles.</p>
+
+<p>Et si le problème est difficile tant qu'il ne s'agit
+que de dépenses musculaires, il devient plus complexe
+encore quand il s'agit de dépenses cérébrales.
+Voici un commerçant obligé de brasser de grosses
+affaires. Il est réveillé, le matin, par le téléphone
+voisin de son lit; pendant toute la journée, il n'a pas
+un quart d'heure de tranquillité; il sent peser sur lui
+des responsabilités écrasantes; sa vie n'est qu'une
+série d'inquiétudes. Qu'à ce surmenage incessant
+viennent s'ajouter des chagrins de famille, etc.,
+voici notre homme qui, tout d'un coup, tombe dans la
+«maladie». Le moindre prétexte suffit pour amener
+le déclanchement: c'est une émotion un peu violente,
+c'est une perte d'argent, c'est une «maladie»
+infectieuse plus ou moins légère, qui ouvre la
+brèche, et voilà la «maladie» installée!</p>
+
+<p>Cet homme aurait-il pu éviter le cataclysme?
+A-t-il eu, depuis dix ans qu'il surmène son cerveau,
+un avertissement quelconque lui indiquant qu'il
+dépasse les limites de son élasticité, et qu'il puise à
+pleines mains dans un capital insuffisamment réparé
+chaque jour? Oui, le plus souvent! C'est, par
+exemple, un vertige qui est apparu, à un moment
+donné. Si cet homme avait tenu compte de ce qu'on
+pourrait appeler «un avertissement sans frais»,
+il aurait immédiatement diminué le travail, ou
+même l'aurait suspendu pendant quelques jours.
+Mais il n'en a pas tenu compte, il a pensé que <i>ça
+passerait</i>. D'autres fois, c'est une sorte d'endolorissement
+de la tête, non pas passager, mais permanent,
+qui constitue l'avertissement, avec bourdonnements
+de l'oreille gauche. (Cette prédominance
+des bourdonnements à gauche, de la diminution de
+l'acuité auditive à gauche, se rencontre à toutes les
+phases de la «maladie».) D'autres fois encore, c'est
+une sorte de sensation de fatigue permanente,
+exagérée surtout le matin, avec diminution d'appétit,
+constipation, autrement dit avec les petits
+symptômes de la grande «maladie». Il est tout à fait
+exceptionnel que le krach se produise sans de tels
+phénomènes prémonitoires. Cela arrive, cependant,
+et c'est chez les natures les plus admirablement
+douées en apparence.</p>
+
+<p>Quand le sujet est soumis à un surmenage intellectuel
+et musculaire à la fois, il réalise les conditions
+les plus parfaites pour arriver à l'épuisement
+rapide; aussi ne saurait-on protester trop énergiquement
+contre le préjugé des gens du monde, qui
+se figurent que l'exercice musculaire repose du travail
+cérébral, et que le surmené cérébral doit, pour
+bien se porter, faire de l'exercice, de la bicyclette,
+de la marche forcée, à ses moments disponibles. C'est
+là une erreur énorme dont la pédagogie commence
+à faire justice. Certes il est des hommes, admirablement
+doués, qui peuvent supporter une dépense
+considérable à la fois au point de vue musculaire
+et au point de vue cérébral: mais ce qu'il faut bien
+se rappeler, c'est que, dès que surviennent les premiers
+symptômes du surmenage, on doit aussitôt
+réduire la dépense totale, et la dépense musculaire
+en particulier; à ce prix seulement on aura chance
+d'échapper aux griffes, toujours prêtes à s'abattre
+sur nous, de la «maladie».</p>
+
+<h4>CHAPITRE II</h4>
+
+
+<h4>CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA «MALADIE»</h4>
+
+<p>Plusieurs fois déjà, dans le cours de ce travail,
+j'ai eu l'occasion de parler de la «maladie», sans
+préciser le sens exact que je donnais à ce mot. Mais
+le moment est venu de tenter, sinon une définition
+scientifique de la «maladie»,&mdash;définition aussi
+impossible que celles, par exemple, de la richesse,
+de la vertu, ou de la beauté,&mdash;tout au moins une
+explication sommaire de ce qu'est, à mes yeux, cette
+chose indéfinissable; des principaux caractères qui
+lui sont propres; et des traits qui la distinguent de
+ces manifestations pathologiques bien déterminées
+que l'on appelle communément les «maladies», et
+que j'appellerais volontiers des «accidents», par
+opposition à la nature plus générale, plus profonde,
+et infiniment plus complexe, de la «maladie».</p>
+
+<p>Voici quatre personnes qui, dans une même
+après-midi, se présentent à ma consultation. Ce
+sont quatre malades: il ne faut pas être grand clerc
+pour l'affirmer <i>a priori</i>. Mais voyons ce que nous
+enseignera l'étude détaillée, et surtout réfléchie, de
+chacune de ces quatre personnes, qui paraissent se
+ressembler aussi peu que possible, et n'avoir l'une
+avec l'autre absolument rien de commun. L'une
+est grande et forte, l'autre petite et malingre; l'une
+est obèse, l'autre d'une maigreur inquiétante. Les
+souffrances que chacune accuse sont tout à fait différentes,
+de l'une à l'autre; les causes qui ont paru
+engendrer ces souffrances semblent opposées: chez
+l'une l'excès de fatigue, chez une autre l'excès d'oisiveté,
+etc.</p>
+
+<p>Essayons à présent d'approfondir un peu notre
+investigation. Ah! ce n'est pas un mince travail
+que d'étudier un malade, de fouiller son hérédité,
+de le suivre depuis le jour de sa naissance, voire
+même de sa conception, de noter tous les incidents
+pathologiques de son enfance, de sa jeunesse, de
+son adolescence, d'apprécier son degré de santé
+pendant les périodes qui ont séparé ces divers incidents,
+de se reconnaître au milieu du luxe de
+détails avec lequel il décrit ses misères, en un
+mot de reconstituer à la fois le bilan complet de
+son état présent et le tableau du chemin qu'il a suivi
+pour y parvenir. Mais cette étude méticuleuse est
+nécessaire; sans elle, pas de diagnostic possible,
+pas de traitement rationnel; d'elle seule pourra
+résulter la connaissance véritable du malade, c'est-à-dire
+l'appréciation de ce qu'il vaut, du point
+précis où il en est dans son évolution. Et j'ajoute
+que ce n'est que lorsqu'on a étudié ainsi des centaines
+et des centaines de malades que l'on commence
+à avoir une idée nette de ce que c'est que
+la «maladie».</p>
+
+<p>Voici donc une première malade, que je connais
+depuis cinq ans. C'est une femme de trente-deux
+ans, dont on devine dès le premier abord la vivacité
+d'intelligence, et avec laquelle le médecin
+comprend tout de suite,&mdash;à sa grande satisfaction,&mdash;qu'il
+va pouvoir causer utilement.</p>
+
+<p>L'enquête m'apprend qu'elle a eu un capital
+initial excellent: un grand-père paternel mort à
+soixante-quinze ans, asthmatique, la grand'mère
+paternelle morte à quatre-vingt-quatre ans. Du côté
+de l'hérédité maternelle, il n'y a pas non plus de
+tares transmissibles: le grand-père mort à soixante-quinze
+ans, la grand'mère vivant encore à quatre-vingt-deux
+ans. Il est vrai que l'hérédité directe est
+peut-être un peu moins parfaite. Le père de
+Mme X... est mort à cinquante-deux ans, d'une affection
+cérébrale, après avoir toujours été très nerveux.
+La mère, d'autre part, un peu délicate, continue à
+se bien porter, à la condition de s'écouter vivre.</p>
+
+<p>Ce capital initial a été bien géré pendant les
+premières années de la vie. Nourrie au sein,
+Mme X... a pu supporter sans dommage appréciable
+divers assauts, tels que la coqueluche, la rougeole,
+la varicelle. A huit ans, cependant, s'est produit un
+épisode plus important: une jaunisse, qui a duré
+un mois, et qui semble indiquer que le système
+digestif était, chez cette malade, le point faible. Un
+médecin avisé, qui l'aurait suivie de près depuis
+lors, n'aurait pas manqué de remarquer qu'elle
+était, si l'on peut dire, une candidate à la dyspepsie.</p>
+
+<p>Toutefois, jusqu'à l'âge de vingt-six ans, Mme X...
+n'eut aucun phénomène grave, d'origine stomacale
+ou intestinale: mais elle avait de petits symptômes,
+un manque d'appétit entremêlé de fringales, de la
+constipation, etc... Et, malheureusement pour elle,
+ces petits symptômes ont passé inaperçus. L'enfant
+a été soumise, dans un couvent, à l'alimentation
+des autres pensionnaires; elle a mangé vite, par
+conséquent mangé mal; bref, rien n'a été fait pour
+mettre en bon état son système nerveux abdominal,
+qui, sans protestations graves, fonctionnait
+déjà d'une façon défectueuse.</p>
+
+<p>De onze à vingt-six ans, c'était le système nerveux
+cérébral qui, seul, paraissait défectueux. Dès
+l'âge de onze ans, elle avait des tristesses vagues,
+des idées de mort, qui ne firent que s'accentuer.</p>
+
+<p>A dix-sept ans surtout, son entourage remarquait
+cet état de mélancolie. D'un caractère inégal,
+la jeune fille ne travaillait qu'à sa guise, acceptant
+péniblement toute discipline.</p>
+
+<p>A dix-huit ans, la mort de son père lui causa un
+violent chagrin; et cet assaut ébranla si fortement
+son système nerveux que, six semaines après, sans
+cause connue, sans refroidissement préalable, elle
+dut garder le lit pendant un mois, pour une «maladie»
+qualifiée «rhumatisme mono-articulaire», mais
+avec prédominance de symptômes nerveux graves
+(angoisses cardiaques, insomnies). Elle ne se
+remit vraiment de cette crise qu'un an après,
+lorsque des projets de mariage opérèrent en elle
+une sorte de dérivation.</p>
+
+<p>Mariée à dix-neuf ans, elle ne tarda pas à
+retomber dans le même état nerveux, auquel se
+joignirent des phénomènes névralgiques (névralgie
+lombo-abdominale gauche), apparaissant subitement,
+et l'immobilisant pendant quelques heures.
+Puis vinrent des crises de nerfs, le plus souvent
+nocturnes, avec angoisses précordiales terribles,
+peur de toutes les «maladies», etc...</p>
+
+<p>C'est dans ces conditions qu'elle devint enceinte;
+et, pendant la grossesse, elle se porta admirablement.
+Mais, aussitôt après sa délivrance, l'estomac,
+qui n'avait jusqu'alors traduit son malaise que par
+des phénomènes insignifiants, entra définitivement
+en scène: perte absolue d'appétit, crampes, gastralgie.
+Puis, l'année suivante, ce fut le tour de
+l'intestin: diarrhées fréquentes, incoercibles, bientôt
+apparition de selles noires, survenant trois à quatre
+fois par jour avec fortes coliques, et qui durèrent
+quatre mois. A la fin de cette période, l'état général
+était des plus mauvais, et la vie semblait vraiment
+compromise.</p>
+
+<p>Heureusement une année passée dans l'isolement,
+et suivie d'une cure dans un sanatorium de
+Suisse, enraya relativement le mal. Lorsque je vis
+la malade pour la première fois, un an après son
+retour de Suisse, voici les principales constatations
+que je pus faire:</p>
+
+<p>Céphalée permanente,&mdash;picotement des yeux,&mdash;sciatique
+gauche survenant au moment des
+règles,&mdash;inquiétudes vagues,&mdash;peur de mourir
+subitement,&mdash;trois heures à peine de sommeil
+dans les meilleures nuits. L'estomac et l'intestin
+laissaient également à désirer: appétit nul, alternatives
+de diarrhée et de constipation.</p>
+
+<p>L'examen des organes me démontra qu'il n'y
+avait rien à la poitrine, mais qu'au coeur existait
+un souffle, au premier temps, à la base, perceptible
+seulement dans la position horizontale; ventre
+plat, peu élastique, sonorité basse et égale. La
+malade, qui pesait 50 kilogrammes à dix-huit ans,
+n'en pesait plus que 46.</p>
+
+<p>Voilà donc une jeune femme qui a toutes les
+apparences extérieures d'une personne très souffrante,
+et dont la vie est empoisonnée par une
+série ininterrompue de misères variées. Et cependant
+l'histoire même de ces misères prouve qu'il
+n'y a point chez elle d'organe particulièrement
+atteint, et que le capital biologique est, au fond,
+moins mauvais qu'il ne paraît l'être. Mon premier
+soin fut de la rassurer, notamment sur l'état de son
+coeur, sur lequel un confrère un peu imprudent l'avait
+fort inquiétée. Je m'efforçai ensuite de lui refaire
+un estomac, par un régime sévère, puis de plus
+en plus large. Je dirigeai son hygiène musculaire,
+intellectuelle et morale. Et ainsi, après deux ans
+où je m'étais borné, en somme, à faciliter le retour
+à l'équilibre du système nerveux, Mme X... se vit
+délivrée de la plupart de ses maux, et ramenée
+enfin à une vie des plus supportables.</p>
+
+<p>Qu'avait-elle donc au juste? me demandera-t-on
+Elle avait, sous une forme spéciale, ou plutôt sous
+plusieurs formes, ce que j'appelle la «maladie».
+Sous toutes ces misères, c'était le système nerveux
+qui, chez elle, fléchissait. Tout son système nerveux
+était malade, et chacun de ses centres, tour
+à tour, avait accusé le contre-coup de la dépréciation
+de l'ensemble. Au moment où j'ai vu la malade,
+le centre le plus atteint était celui qui préside aux
+fonctions digestives; mais, si je m'étais limité à ne
+soigner que celui-là, toute ma peine aurait risqué
+d'être perdue. Il fallait, derrière les symptômes
+locaux, atteindre le trouble général; il fallait
+dépasser les incidents pour parer à la «maladie».</p>
+
+<p>Voici maintenant une autre malade, Mlle T..., chez
+qui les manifestations morbides n'ont certainement
+rien de commun avec celles que je viens de
+signaler chez Mme X... C'est une jeune fille qui,
+lorsque je l'ai vue d'abord, en janvier 1901, avait
+progressivement maigri, en six mois, de 50 à 41 kilogrammes,
+sans autre cause connaissable que certaines
+influences morales. Elle ne se plaignait de
+rien, ne se sentait pas malade; et cependant elle
+l'était, puisqu'elle maigrissait sans cesse, puisqu'elle
+avait le teint terreux et la peau rugueuse, puisque
+ses règles étaient supprimées depuis un an. Pas
+de lésions organiques, pas d'albumine, ni de sucre:
+mais toute l'apparence d'une grande malade.</p>
+
+<p>Pourtant, après un examen plus approfondi,
+j'augurai bien de l'avenir, parce que le capital
+initial était assez bon, parce que Mlle T... n'avait
+pas eu de graves assauts dans son enfance,
+enfin parce qu'elle était jeune, et malade depuis
+peu de temps. Et le fait est qu'un traitement très
+simple, mais bien suivi (quinze heures de lit par
+jour, puis douze heures, 5 repas par jour, d'abord
+sans viande, puis avec un plat de viande à midi,
+et 30 injections de cacodylate de magnésie), amena
+un résultat extraordinaire: réapparition des règles,
+augmentation du poids, disparition de la rugosité
+cutanée, relèvement de l'appétit, etc.</p>
+
+<p>C'est que cette malade, qui ne présentait aucun
+trouble nerveux, n'en était pas moins une «nerveuse».
+Toutes ses misères ne venaient, comme
+chez Mme X..., que d'un ébranlement du système
+nerveux; quand ce système se trouva modifié, par
+le repos, le régime et la psychothérapie, la malade
+guérit.</p>
+
+<p>Elle revint alors dans son pays; six mois après,
+elle allait très bien, mangeant de tout, pesant
+58 kilogrammes. Mais voici que, dix-huit mois
+plus tard, elle perd sa mère. De nouveau le chagrin
+la mine sourdement; elle redevient «malade»,
+maigrit jusqu'à 37 kilogrammes, toujours sans
+accuser la moindre douleur, et sans ressentir
+aucune souffrance. Un jour, le 25 décembre 1903,
+elle est tellement épuisée qu'elle a une syncope
+grave, et que son entourage est convaincu qu'elle
+va mourir. J'avoue que moi-même, quand je la vis
+alors avec le Dr C..., je fus épouvanté, malgré la
+bonne opinion que j'avais de sa valeur biologique.
+C'était littéralement un squelette (34 kil.), elle
+n'avait plus qu'un souffle de vie.</p>
+
+<p>Eh bien! elle se ressaisit encore. Que dis-je?
+En juin 1904, elle fit une pleuro-pneumonie. Deux
+mois après, dès qu'elle fut transportable, elle
+voulut venir à Paris, et se soumit, pendant trois
+mois, aux injections d'huile créosotée. En octobre
+1904, elle avait définitivement retrouvé sa santé.</p>
+
+<p>Comment douter que toutes les souffrances de
+cette jeune fille aient été surtout d'origine nerveuse?
+Et cependant voilà un cas où la perturbation
+du système nerveux central s'est traduite par
+des phénomènes qui n'avaient rien de ce que les
+neurologistes constatent d'ordinaire. Et c'est bien
+le système nerveux cérébral qui était en cause,
+chez cette malade: car ses deux grandes crises
+morbides n'ont absolument pas eu d'autre cause
+que le chagrin. Mlle T... était une névrosée sans
+manifestations nerveuses. Tout à fait comme
+Mme X..., malgré la dissemblance des symptômes,
+c'était une «malade», c'est-à-dire une personne
+dont le capital nerveux s'était trouvé entamé.</p>
+
+<p>Dans l'exemple suivant, la «maladie» s'est traduite
+par des phénomènes cardiaques. Chaque fois
+qu'il y a eu chez le malade une défaillance du système
+nerveux, c'est le coeur qui a cessé de fonctionner
+normalement, à tel point que tous les
+médecins qui ne connaissaient pas M. Z... le traitaient
+infailliblement par la digitale et la caféine.</p>
+
+<p>En réalité, M. Z... n'est ni un cardiaque, ni même
+un faux cardiaque: c'est simplement un «malade»
+chez qui le système nerveux qui préside aux mouvements
+du coeur est plus spécialement impressionnable.</p>
+
+<p>Depuis l'âge de vingt et un ans, à la suite d'un
+rhumatisme (sans endocardite), chaque fois qu'il y
+a eu un assaut quelconque dans la santé du malade,
+le coeur a aussitôt protesté. En 1886, à la suite
+d'une bronchite grippale, je constatai, pour la
+première fois, de l'arythmie, et un souffle au
+2e temps, à la base du coeur. Depuis lors, ce souffle
+persiste, mais avec une telle inégalité que, parfois,
+il est imperceptible, tandis que, d'autres fois, il est
+d'une netteté extrême: si bien que plusieurs médecins
+ont affirmé une lésion de la valvule de l'aorte.</p>
+
+<p>Or, je le répète, il n'y a pas de lésions: M. Z.
+n'a jamais de pouls bondissant, et de nombreux
+tracés de pouls, pris par le Dr Lagrange, démontrent
+qu'il n'y a pas d'insuffisance aortique. Quand
+M. Z... va bien, son coeur va bien: quand il va
+mal, quand il se surmène, ou éprouve une émotion
+vive, son coeur se fâche, et traduit son malaise
+par les manifestations les plus variées: syncopes,
+arythmie, fausses angines de poitrine.</p>
+
+<p>M. Z... est un de ces hommes qui sont faits
+pour le travail intensif: chez lui, quelle que
+soit l'énormité du travail, il n'y a jamais de
+surmenage cérébral; mais c'est un <i>sensitif</i>, que
+le surmenage émotionnel guette à tout instant.
+En 1898, à la suite d'émotions vives, tout son
+système nerveux entre en révolte: le système
+digestif (dyspepsie, constipation, etc.), le système
+nerveux central (insomnie absolue, tristesse, pâleur
+insolite, épuisement des forces). En même temps
+la glycosurie fait son apparition (10 grammes de
+sucre par litre). Enfin les troubles du coeur atteignent
+une intensité extrême et défient tous les
+traitements classiques (digitale, spartéine, bromures,
+etc.).</p>
+
+<p>Désirant me voir avant de mourir, le malade me
+fit appeler le 28 avril 1898, et me raconta les soucis
+qui l'avaient accablé. Ces soucis étaient, sans
+aucun doute, l'unique cause de la «maladie»: une
+psychothérapie prolongée, et accompagnée d'un
+régime alimentaire très modéré, réussit parfaitement
+à remettre le malade sur pied. Les deux
+années qui suivirent furent même excellentes.</p>
+
+<p>En 1901, une petite grippe suffit pour ramener le
+trouble cardiaque, avec même, cette fois, un pouls
+bi-géminé. Mais une saison à Vichy, sous la direction
+du Dr Lagrange, produit un très bon résultat.
+En 1903, ni le Dr Lagrange, ni moi, ne percevons
+plus le souffle coutumier.</p>
+
+<p>Mais voici qu'en 1904, à la suite d'une nouvelle
+émotion, reparaissent l'arythmie, le souffle, la glycosurie:
+de nouveau, une saison à Vichy supprime
+tout cela.</p>
+
+<p>En avril 1905, enfin, à la suite de nouvelles
+contrariétés, l'ébranlement du système nerveux se
+traduit par un lumbago, mais surtout par une
+anesthésie de la main et de la joue droites, qui
+effraie beaucoup le malade. Je le rassure encore,
+je le renvoie à Vichy, d'où il revient en parfait
+état, toujours jeune, malgré ses cinquante-deux ans,
+toujours avec une activité dévorante.</p>
+
+<p>C'est que ce prétendu cardiaque, comme les deux
+malades précédents, est simplement un «malade»,
+avec cette particularité que c'est sur le coeur que
+se portent de préférence, chez lui, les plus importantes
+manifestations de la «maladie».</p>
+
+<p>Dans les trois observations que je viens de citer,
+c'était tel ou tel département du système nerveux
+qui manifestait plus spécialement les souffrances de
+l'être entier, et les périodes de malaise étaient séparées
+par des périodes de santé, tout au moins relative.
+Voici maintenant un cas où tous les éléments
+du système nerveux sont tellement excités que la
+«maladie» revêt les formes les plus diverses, et sans
+qu'il y ait eu, pour ainsi dire, un seul jour de rémission,
+depuis l'époque où le système nerveux a été
+ébranlé,&mdash;c'est-à-dire depuis l'âge de huit ans,&mdash;jusqu'à
+l'âge de la cessation des règles. La malade
+dont je vais parler a été vraiment, pendant plus de
+trente ans, un parfait musée pathologique. Mais,
+malgré mille misères qui se succédaient chez elle
+comme les figures d'un kaléidoscope, je n'ai jamais
+désespéré de sa survie, ni de sa guérison, à cause
+même de la mobilité et de la variété des manifestations
+morbides, étant donné, d'autre part, l'intégrité
+des organes.</p>
+
+<p>La «maladie» de cette personne a commencé à
+huit ans, à la suite d'une fièvre typhoïde grave.
+Pendant cinq ans, elle ne s'est traduite que par des
+migraines très intenses et très fréquentes; mais
+dès l'apparition des règles, aux migraines se sont
+jointes des douleurs d'estomac et de la constipation.
+Vers l'âge de trente ans, le système nerveux cérébral
+a manifesté son trouble par des vertiges, bourdonnements
+d'oreilles, etc. Deux ans après, c'est le
+tour de la moelle: douleurs rhumatismales et
+névralgies erratiques. Vers l'âge de trente-trois
+ans, le système nerveux cardiaque donne sa note
+dans le concert: syncopes qui durent de dix
+minutes à une demi-heure, avec perte complète de
+connaissance.</p>
+
+<p>En octobre 1889, une crise gastralgique survient,
+qui se prolonge pendant trois jours consécutifs.
+L'année suivante, c'est une douleur intercostale
+gauche qui immobilise la malade pendant plusieurs
+jours; mais, par contre, la tête est redevenue parfaitement
+libre, les vertiges, la céphalée, ont disparu.
+En 1893, apparaît une dermalgie qui occupe
+les deux bras. Puis voici que la fièvre survient:
+la malade a jusqu'à 40°, sans cause connue, à
+l'époque de ses règles. En 1895, se produit un état
+de péritonisme,&mdash;avec douleurs très vives dans
+l'estomac et le foie, urines acajou chargées d'urobiline,&mdash;qui
+semble mettre la vie en danger.
+Mais la malade sort de cette épreuve; et, pendant
+les dix mois qui suivent, elle maigrit, très heureusement,
+de 93 à 87 kilogrammes.</p>
+
+<p>L'année suivante fut très bonne. Le sommeil
+revint, l'estomac rentra dans l'ordre, la malade
+put croire que ses misères allaient prendre fin.
+Mais voici que, en 1897, à la suite d'un coup de
+froid l'intestin à son tour se met de la partie:
+fausses membranes dans les selles, coliques, diarrhée
+et faux besoins d'exonération extrêmement
+pénibles. L'appendice même paraît touché: il y a
+une douleur très nette au point de Mac Burney. Un
+autre jour, en 1899, le foie se trouble: urines foncées,
+selles décolorées, fièvre; mais la menace ne
+persiste que quatre jours. En 1900, ulcère de l'estomac,
+vomissements noirs. La même année, je note
+une sorte d'inhibition du fonctionnement de la
+jambe droite, qui, à un moment donné, deux ou
+trois fois par mois, refuse tout service, au point
+que la malade tombe brusquement. Enfin, cette
+même année, se déclare un oedème des jambes, disparaissant
+après la marche;&mdash;c'est là un phénomène
+que j'ai souvent observé chez les «malades»
+dits <i>arthritiques</i>.</p>
+
+<p>Cet état lamentable s'est prolongé jusqu'en 1904;
+la malade était, suivant son expression, un «faisceau
+de douleurs», mais elle avait un excellent
+moral, et restait sûre qu'un jour ou l'autre elle
+reviendrait à la santé. Or, le fait est que, depuis la
+fin de 1904, en même temps que disparaissaient
+ses règles, l'état général s'améliorait d'une façon
+surprenante. Aujourd'hui Mlle X..., absolument guérie,
+définitivement délivrée de toutes ses misères,
+promène joyeusement ses 105 kilogrammes et se
+déclare enchantée de vivre.</p>
+
+<p>C'est que, même dans ses épreuves les plus douloureuses,
+même quand elle présentait les symptômes
+les plus inquiétants, cette personne n'était
+ni une hépatique, ni une médullaire, ni une cérébrale,
+ni une gastrique, ni une cardiaque, mais simplement
+une «malade» à manifestations cérébrales,
+médullaires, gastriques, intestinales, etc. Pendant
+les longues années où je lui ai donné des soins,
+toute ma thérapeutique n'a consisté qu'à essayer
+de dynamiser son système nerveux, et de le
+dynamiser tout entier, sans presque chercher à
+atteindre, en particulier, tel ou tel de ses centres
+qui semblait, provisoirement, le plus ébranlé. J'ai
+eu le bonheur de deviner que cette personne
+avait les apparences de trop de «maladies» pour en
+avoir la réalité; et, de fait, quand son système
+nerveux a retrouvé l'équilibre, la guérison de la
+véritable «maladie» a aussitôt amené la guérison
+de toutes les pseudo-affections qui n'en étaient que
+le contre-coup.</p>
+
+<p>Le trouble du système nerveux central peut
+encore se traduire par les symptômes qui caractérisent,
+de la façon la plus formelle, des «maladies»
+organiques. J'ai parlé déjà, plus haut, de ce
+malade qui avait toutes les apparences d'une lésion
+du coeur, sans avoir le coeur lésé. On sait que,
+par ailleurs, ce qu'on appelle l'hystérie simule les
+«maladies» organiques les plus variées. Les hystériques
+peuvent présenter les symptômes de la
+méningite, de la grossesse, voire même des «maladies»
+les plus graves de la moelle épinière. Ainsi j'ai vu
+un jeune soldat qui offrait tous les signes de la sclérose
+en plaques. Après trois mois d'examen, on a
+fini par le réformer; or, ce n'était qu'un hystérique.
+Non pas que ce jeune homme ait été un simulateur:
+car on ne simule pas les symptômes de la sclérose
+en plaques!</p>
+
+<p>Et quand je dis que ce n'était qu'un hystérique,
+j'exprime mal ma pensée. En réalité, c'était un
+«malade». Je l'ai suivi pendant longtemps, après
+son départ du régiment. Une fois réformé, il n'eut
+plus le moindre phénomène médullaire; mais il
+eut de la dyspepsie, et j'ai su que, dans son enfance,
+il avait eu d'autres manifestations de ce que j'appelle
+la «maladie». Ce n'est qu'à une phase déterminée
+de sa vie, quand il s'est agi pour lui de faire
+son service militaire, que la «maladie» s'est traduite,
+pendant quelques mois, par ces troubles de
+l'axe cérébro-spinal qu'on est convenu d'appeler
+hystérie.</p>
+
+<p>Je pourrais multiplier les exemples: mais ceux
+que j'ai cités suffiront, je crois, à donner une
+idée de ce que j'entends, à proprement parler, par la
+«maladie». D'une façon générale, je veux dire
+que la «maladie» embrasse tout le domaine pathologique
+qui n'appartient pas à ce qu'on pourrait
+appeler les «accidents»&mdash;accidents qui vont
+depuis les fractures et les intoxications jusqu'à
+des lésions d'organes (cancer, hémorragies cérébrales,
+etc.), en passant par toute la série des
+affections à microbes, connus et inconnus.&mdash;Au-dessous
+de ces «accidents» s'étend une série indéfinie
+de troubles pouvant revêtir toutes les formes
+et donner même l'illusion de toutes les «maladies»
+organiques, mais qui, en réalité, ne sont tous que
+d'origine nerveuse (en donnant à ce mot toute
+l'extension qu'il comporte), ainsi que cela apparaît
+clairement pour peu que l'on considère leurs causes,
+leur marche et leur terminaison. Dans la «maladie»
+rentrent donc toutes les névroses; la folie quand
+elle n'est pas produite par des lésions du cerveau,
+l'hystérie, l'épilepsie dite idiopathique, la neurasthénie,
+les algies, tous les troubles fonctionnels des
+divers organes, <i>tant que ces troubles fonctionnels
+n'ont pas amené de lésion des organes</i>.</p>
+
+<p>Les médecins voient quotidiennement la «maladie»
+sous une de ses formes préférées. C'est la
+forme gastrique, qu'on désigne vulgairement sous le
+nom d'«embarras gastrique», synonyme d'embarras
+de diagnostic. Dans cette affection, il ne
+faut pas croire que le système nerveux soit indemne;
+les malades éprouvent de la céphalée, des vertiges,
+souvent des bourdonnements d'oreille, un état de
+fatigue générale du système musculaire, de l'insomnie,
+de la difficulté pour lire, pour supporter une
+conversation; ils ne souhaitent que le repos et
+la tranquillité. Si on les leur accordait, si une
+médication perturbatrice n'intervenait pas, si on
+graduait sagement leur alimentation, il ne surviendrait,
+en général, aucune complication; et après
+quinze jours, un mois, ils reviendraient peu à peu
+à la santé<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> (retour) </a> La guérison, souvent, s'annonce chez eux par une crise urinaire.
+Les urines, qui avaient été très uraliques, quelquefois
+même urobilinuriques, et rares, deviennent, d'un jour à l'autre,
+claires et abondantes. En même temps la température tombe,
+pendant deux ou trois jours, au-dessous de la normale, le sommeil
+reparaît, l'appétit également, et tout rentre dans l'ordre.</blockquote>
+
+<p>Dans d'autres cas, la «maladie» évolue sur le
+mode chronique; et c'est pendant des mois et des
+années que l'on voit tout le système organique
+compromis dans son fonctionnement. Le système
+nerveux, l'estomac, l'intestin, laissent à désirer
+d'une façon à peu près égale. C'est chez ces grands
+malades qu'on est en droit de se demander si c'est
+le cerveau qui tient sous sa dépendance les troubles
+nerveux de l'estomac ou de l'intestin, ou si c'est
+l'inverse. Selon qu'on adopte telle ou telle manière
+de voir, on adopte telle ou telle thérapeutique
+exclusive: on s'acharne à remédier aux troubles
+du système nerveux, en négligeant les troubles
+digestifs, ou inversement. Dans les deux cas on a
+tort. Pour faire de la bonne thérapeutique, il faut
+<i>à la fois</i> soigner le cerveau, l'estomac, l'intestin,
+la moelle, le malade entier, en un mot, tout en
+recherchant, si possible, quel est le système le
+plus compromis et dont le fonctionnement laisse le
+plus à désirer.</p>
+
+<p>C'est de la «maladie» ainsi comprise que je voudrais,
+maintenant, rechercher les causes les plus
+habituelles, avant d'en indiquer, dans ses grandes
+lignes, le mode de traitement: traitement qui doit
+être toujours <i>général</i>, puisque toujours la «maladie»,
+même quand elle ne se traduit que par des
+troubles locaux, est, par son essence, d'ordre
+général.</p>
+
+<p>Quant au traitement particulier des «maladies»
+accidentelles, il va sans dire que je n'aurai pas à
+m'en préoccuper dans ce travail.</p>
+
+<h4>CHAPITRE III</h4>
+
+
+<h4>LES CAUSES DE LA «MALADIE»</h4>
+
+<p>I.&mdash;CAUSES PHYSIQUES</p>
+
+<p>Je ne saurais songer à suivre l'homme à travers
+toutes les circonstances de sa vie qui compromettent
+sa valeur, soit momentanément, soit d'une
+façon définitive et irrémédiable. Elles varient à
+l'infini; l'homme heureux seul n'a pas d'histoire, et
+l'homme heureux est un être de raison, qui n'existe
+pas dans la réalité.</p>
+
+<p>Mais, d'une façon générale, je puis faire remarquer
+que ce n'est pas le surmenage cérébral, ni le
+surmenage musculaire, ni même les vices d'alimentation,
+le défaut de confort, l'aération insuffisante,
+etc., qui constituent les grands facteurs de
+la «maladie»: c'est le surmenage émotionnel, c'est le
+chagrin,&mdash;l'influence psychique, en un mot.</p>
+
+<p>Cependant les autres influences morbigènes
+méritent une mention détaillée. Je les rapporterai
+aux trois chefs suivants:</p>
+
+<p>I. Surmenage cérébral.</p>
+
+<p>II. Surmenage musculaire.</p>
+
+<p>III. Alimentation défectueuse ou insuffisante.</p>
+
+<p>1° <i>Surmenage cérébral</i>.&mdash;Le cerveau est fait
+pour fonctionner, comme le coeur est fait pour
+battre; et il est bien rare que le travail cérébral, à
+lui seul, si excessif qu'il puisse paraître, soit une
+cause de détérioration profonde, et surtout de
+déchéance définitive. C'est bien plutôt un élément
+de survie prolongée.&mdash;Voyez cet écrivain qui, à
+l'âge de soixante-dix-huit ans, continue à étonner
+le monde par les productions de son génie; il n'a
+jamais cessé de travailler, et il a pu faire les frais,
+à soixante-quinze ans, d'une pneumonie qui, à cet
+âge, est presque toujours fatale. Quel est donc son
+secret? Son secret, c'est de n'avoir aucune préoccupation
+étrangère à son travail; c'est d'avoir une
+femme qui pense pour lui à tous les détails de la
+vie; c'est d'avoir une excellente hygiène morale,
+la paix du coeur et de l'esprit.</p>
+
+<p>Bien plus nombreuses sont les victimes d'un travail
+cérébral insuffisant, et tout le monde sait que
+les désoeuvrés sont bien à plaindre. Ce sont des
+coupables, puisqu'ils n'apportent pas à l'oeuvre
+sociale le contingent d'efforts et de travail qu'ils
+lui doivent; mais ce sont aussi des malheureux,
+car la «maladie» les guette. Le désoeuvré accidentel
+lui-même, habitué à un travail cérébral considérable,
+s'il est condamné trop longtemps au repos
+de l'esprit, sent qu'il lui manque quelque chose: il
+perd son bon sommeil coutumier, et a hâte de
+reprendre le travail cérébral, qui lui est aussi nécessaire
+que l'air respirable.</p>
+
+<p>Quand, cependant, le travail cérébral est poussé
+à une limite véritablement excessive, il amène aussi
+ce que nous avons appelé la «maladie», c'est-à-dire
+la détérioration, quelquefois définitive ou prolongée
+pendant des années. On en voit des exemples
+chez les candidats aux écoles, à l'internat, à
+l'agrégation, etc. On serait porté à croire, <i>a priori</i>,
+que, dans ces cas, la «maladie» atteint l'organe
+surmené; c'est vrai quelquefois, mais pas toujours,
+même quand elle est de cause cérébrale, elle peut très
+bien revêtir les symptômes de la dyspepsie, de l'entérite,
+tout comme si elle avait été produite par une
+intoxication. Il faut toujours en revenir aux notions
+que nous avons développées au chapitre précédent:
+à la notion des points faibles, et à la variété
+des manifestations par lesquelles l'organisme traduit
+le malaise causé par une influence déterminée.</p>
+
+<p>2° <i>Surmenage musculaire</i>.&mdash;Il n'amène qu'exceptionnellement
+la «maladie». Chez le surmené
+musculaire, quelques jours ou quelques semaines
+de repos suffisent pour remettre toutes les fonctions
+d'aplomb; et l'on ne saurait se figurer le rendement
+dont est capable la machine, quand, par
+ailleurs, il n'y a pas de fuites occasionnées par la
+dépense cérébrale. Ainsi nous avons vu des ouvriers
+italiens produire un travail musculaire véritablement
+colossal, tout en ayant une alimentation très
+restreinte (polenta, macaroni, gruyère, viande une
+fois par semaine, eau claire), et ce, sans le moindre
+préjudice pour leur santé. Ils se contentaient du
+salaire dit «de famine», salaire qu'on serait mal
+venu de proposer à nos ouvriers français.</p>
+
+<p>Il est cependant incontestable que le travail musculaire,
+poussé à de trop grands excès, peut devenir
+une cause de «maladie» momentanée, et préparer le
+terrain à l'éclosion des affections accidentelles. Nous
+en avons déjà dit un mot à propos de l'entraînement
+dans l'armée, et des sports chez les jeunes gens.</p>
+
+<p>3° <i>Vices d'alimentation</i>.&mdash;Ils jouent un rôle
+important dans la pathogénie de la «maladie», d'autant
+que, en dehors des cas d'intoxication aiguë,
+ils n'agissent qu'à la longue, traîtreusement, insidieusement.
+Le plus souvent, en effet, l'estomac et
+l'intestin ne se révoltent qu'après de longues années
+de protestations presque silencieuses. Mais, à partir
+du jour de cette révolte, la «maladie» est constituée. Les
+symptômes d'ordre dyspeptique y tiendront le plus
+souvent la première place, ce qui n'est pas fait pour
+surprendre, puisque c'est l'estomac qui a été, dans
+ces cas, le plus spécialement molesté. Cependant,
+dans certains cas, les troubles dyspeptiques passeront
+à l'arrière-plan, au point d'égarer complètement
+le diagnostic. Voyez cet hystéro-épileptique
+qui n'a, pour un examinateur superficiel, que des
+troubles cérébraux; il peut très bien se faire qu'il
+ait de l'épilepsie gastrique, qu'on fera disparaître
+par un bon régime. Dans ce cas, les phénomènes
+gastriques étaient au second plan pour le clinicien,
+alors que, pour le thérapeute, ils doivent être au
+premier plan. Si donc le clinicien veut être bon
+thérapeute, il doit se rappeler les grandes lois que
+nous avons déjà formulées: s'il traite comme cérébral
+un sujet dont la «maladie» a été provoquée par
+des troubles alimentaires, il fait fausse route; de
+même qu'il ferait fausse route en traitant comme
+dyspeptique un sujet ayant des misères gastriques,
+intestinales, hépatiques, mais dont l'état pathologique
+aurait été occasionné par du surmenage cérébral,
+médullaire, émotionnel.</p>
+
+<p>Maintenant, essayons d'expliquer comment l'alimentation
+défectueuse retentit sur l'ensemble de
+l'organisme.</p>
+
+<p>On a fait grand bruit, ces derniers temps, de
+l'auto-intoxication d'origine alimentaire; et beaucoup
+de médecins s'obstinent à ne voir dans la
+«maladie», quelle qu'en soit la forme, et surtout
+quand elle revêt la forme nerveuse, qu'une sorte
+d'empoisonnement de la cellule cérébrale par les
+toxines alimentaires.</p>
+
+<p>C'est là une hypothèse assez commode, et qui
+rend compte d'un nombre considérable de faits:
+mais ce n'est, en somme, qu'une hypothèse, et ne
+pouvant pas être démontrée par des observations
+véritablement scientifiques. On pourrait tout aussi
+bien expliquer les phénomènes rapportés à l'auto-intoxication
+par l'irritation que provoque, sur le
+plexus solaire, un aliment défectueux, ou encore
+par l'irritation des extrémités nerveuses du pneumo-gastrique.
+On sait que ce nerf étend ses ramifications
+sur le coeur, l'estomac, le poumon; et on
+s'expliquerait ainsi les irradiations à distance provoquées
+par l'irritation stomacale: la dyspnée,
+l'asthme, les fausses cardiopathies, etc.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, les vices d'alimentation
+peuvent incontestablement provoquer, à eux seuls,
+la «maladie». Mais, le plus souvent, ils s'associent
+à d'autres causes: aux chagrins, au surmenage,
+à la débauche, etc.</p>
+
+<p>Les vices d'alimentation peuvent, à leur tour, se
+classer en quatre catégories distinctes:</p>
+
+<p>I. Alimentation excessive en quantité.</p>
+
+<p>II. Alimentation insuffisante en quantité.</p>
+
+<p>III. Alimentation insuffisante en qualité.</p>
+
+<p>IV. Abus de l'alcool.</p>
+
+<p>I. <i>Alimentation excessive</i>.&mdash;Nous ne voulons
+pas nous étendre ici sur les inconvénients, vraiment
+assez connus, de l'alimentation excessive. Disons
+seulement que l'alimentation excessive empoisonne
+peut-être la cellule nerveuse par les toxines alimentaires,
+mais que sûrement elle impose aux organes
+chargés de l'élimination (foie, reins, peau), un travail
+exagéré, inutile, et par conséquent nuisible; de
+là, à la longue, le surmenage et les protestations
+de ces divers organes, se traduisant de mille et une
+façons (eczéma, urticaire, gravelle, etc.). Cette
+manière de voir donne satisfaction aux partisans
+de l'auto-intoxication; ou bien si l'on admet la
+théorie de l'irritation du pneumo-gastrique, ou
+du plexus solaire, on peut également comprendre
+comment cette irritation, presque permanente,
+des nerfs de l'estomac par une alimentation incendiaire,
+amène, par action réflexe, des troubles de
+coeur (palpitations, arythmie, etc.) et du poumon
+(asthme, dyspnée), du cerveau et de la moelle,
+voire même des troubles cutanés, etc. Pourquoi,
+d'ailleurs, ne pas adopter les deux théories à la
+fois? ce ne serait, en tout cas, pas déraisonnable.</p>
+
+<p>Mais, dira-t-on, quelle est donc la dose <i>optima</i>
+d'aliments qui convient pour entretenir la vie et
+pour réparer les dépenses incessantes de l'organisme?
+Elle doit varier, évidemment, suivant le
+travail produit, et suivant les individus. Tous n'ont
+pas le même besoin d'alimentation, pas plus que,
+dans un régiment de cavalerie, tous les chevaux
+n'ont pas les mêmes besoins, bien qu'ils soient
+obligés aux mêmes dépenses musculaires. On a
+essayé de fixer mathématiquement ce qu'on appelle
+la «ration d'entretien» et la «ration de travail»;
+et les différents chimistes qui se sont livrés à ce
+calcul sont arrivés à des chiffres qui variaient du
+simple au quadruple: mais tous s'accordent pour
+démontrer qu'il faut <i>très peu d'aliments</i> pour subvenir
+à la «ration d'entretien», et même à la «ration
+de travail», de l'homme. La vérité est que nous
+mangeons, presque tous, trop, et qu'il faut que la
+machine humaine soit bien admirablement construite
+pour qu'elle résiste aux assauts quotidiens
+que nous lui imposons.</p>
+
+<p>Comme ce problème de la ration physiologique
+m'a toujours intéressé, je me suis livré à une
+enquête sur le régime des Chartreux; et j'affirme
+que l'insuffisance apparente d'alimentation n'est
+pour rien dans leur morbidité. Ils ont beaucoup
+moins de jours d'indisponibilité que la plupart des
+autres hommes du même âge, meurent plus vieux,
+et s'éteignent sans «maladie». Pareillement, chez les
+Trappistes, le régime fort sévère n'est pas une
+cause de morbidité; j'ai même été étonné, à leur
+propos, de voir la flexibilité de l'organisme humain,
+et de constater qu'un homme habitué à manger
+comme tout le monde pouvait, d'un jour à l'autre,
+sans troubler sa santé, passer au régime ultra-restreint
+d'une Trappe.</p>
+
+<p>Mais, dira-t-on, avez-vous étudié le régime restreint
+chez les individus qui dépensent beaucoup?
+Oui, je l'ai étudié dans l'armée<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>, et j'affirme, au nom
+d'une expérience de deux années, pendant lesquelles
+je me suis occupé de l'alimentation du soldat avec
+un colonel qui avait, de ce grave problème, tout le
+souci qu'il mérite, que, si le soldat français, le seul
+que je connaisse, avait la quantité et la qualité des
+aliments auxquels il a droit de par les règlements,
+et si ces aliments étaient préparés comme ils devraient
+et comme ils pourraient l'être dans toutes les garnisons,
+sa nourriture serait tout à fait suffisante.
+Elle n'est un peu au-dessous des besoins que pour
+les jeunes soldats, pendant les trois premiers mois
+de la nouvelle existence qui leur est imposée; aussi
+les officiers soucieux de la santé de leurs soldats
+réservent-ils pour les nouveaux arrivants les <i>boni</i>
+qu'ils ont pu réaliser sur les hommes dits «de la
+classe».</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> (retour) </a> <i>La vie du soldat en temps de paix (Ann. d'hyg. et de médecine
+légale</i>, février 1890).</blockquote>
+
+<p>Tout le monde, du reste, connaît la sobriété des
+guides alpins, qui, non seulement, les jours d'excursion,
+se contentent d'une alimentation extrêmement
+réduite (quelques morceaux de sucre et des fruits
+secs), mais, en temps ordinaire, mangent très peu,
+pour conserver leurs forces. Les professionnels du
+sport, également, savent que la sobriété est la condition
+de leur succès.</p>
+
+<p>Autre exemple: j'ai donné, pendant plusieurs
+années, des soins à une dame qui, avec toutes les
+apparences de la santé, était constamment souffrante:
+migraines, eczéma, urticaire, affections
+cutanées polymorphes, palpitations, dyspnée,
+insomnies, caractère inquiet, émotivité exagérée,
+sensation de fatigue permanente, tendance à l'obésité,&mdash;et
+j'en passe, pour ne pas faire le tableau
+complet de ce qu'on est convenu d'appeler la
+«grande neurasthénie». Chose curieuse, elle avait
+peu de phénomènes digestifs, seulement de la constipation
+et des hémorroïdes. Elle avait même un
+vigoureux appétit, bien qu'elle prît fort peu d'exercice.
+En vain, je m'acharnai à diminuer son alimentation:
+précisément à cause de cet appétit de premier
+ordre, elle ne voulait pas entendre parler de
+régime restreint. Mais voici que l'adversité s'abattit
+sur elle, sous la forme de la ruine absolue; elle en
+fut réduite à ne plus manger que des pommes de
+terre cuites dans le four d'un petit poêle en
+faïence, et des haricots; un demi-litre de lait
+était pour elle un grand extra. Or, à partir de ce
+jour, elle alla bien. Toutes ses misères disparurent
+successivement, en trois ou quatre mois,
+y compris les misères nerveuses et les migraines;
+et force me fut d'attribuer au seul changement de
+régime la surprenante modification de sa santé.
+Car on croira peut-être que, pressée par le besoin,
+elle s'est mise à marcher davantage, pour chercher
+du travail, ou pour se créer des relations? Non,
+elle savait trop bien ce qu'il faut espérer des
+relations quand on est dans l'extrême détresse; et
+je lui procurai un travail sédentaire, qui consistait
+à faire des adresses sur des bandes, pour un grand
+magasin de nouveautés. On avouera que ce n'est
+pas, non plus, l'intérêt palpitant de ce travail qui a
+pu modifier avantageusement sa mentalité. En
+dehors de ses douze heures de travail quotidien,
+elle avait des préoccupations angoissantes, qui
+auraient suffi pour ébranler un système nerveux
+moins équilibré. C'est donc bien uniquement, toute
+analyse faite, à la restriction du régime, et à cet élément
+seul, qu'elle a dû son retour à la santé. Et je
+pourrais, là encore, multiplier les exemples: mais
+aucun ne peut être plus typique que celui que je
+viens de relater à grands traits.</p>
+
+<p>Ceci étant, j'aurai peu de choses à dire de l'alimentation
+insuffisante.</p>
+
+<p>II. <i>Alimentation insuffisante en quantité</i>.&mdash;Tout
+le monde connaît les désastres occasionnés par les
+famines qui sont encore, hélas! trop fréquentes en
+Russie, aux Indes, en Algérie. En France, nous
+estimons que personne ne doit avoir une alimentation
+insuffisante, et que c'est une honte pour une
+société civilisée d'avoir un seul de ses membres
+manquant du nécessaire. Nous n'hésitons pas à
+proclamer que ce déshérité aurait, dans ce cas, le
+droit absolu de prendre ce qui est indispensable à
+sa vie, et cela sans être même tenu de le rendre
+si un jour la capricieuse fortune venait à lui sourire.
+C'est d'ailleurs la doctrine de l'Église, nettement
+formulée par saint Thomas, et très bien
+expliquée dans un livre récent (<i>Socialisme et Christianisme</i>)
+de l'abbé Sertillanges, professeur de
+philosophie à l'Institut catholique. Mais laissons
+là ces considérations d'ordre social, renonçons au
+délicat plaisir qu'il y aurait à errer dans les sentiers
+adjacents, et reprenons notre grande route! Ce
+qui est sûr, c'est que le problème de l'insuffisance
+d'alimentation n'a pas souvent à être résolu, chez
+les gens bien portants; notre état social n'étant pas
+aussi détestable que se plaisent à le dire quelques
+pessimistes, ou encore quelques jouisseurs, qui
+semblent n'avoir pour but que de semer la haine
+par leurs discours et par leurs écrits. En France,
+personne ne meurt de faim, et bien peu de gens
+sont menacés d'insuffisance alimentaire, étant donné
+le peu qu'il faut pour vivre et se bien porter.</p>
+
+<p>Là où le problème de l'insuffisance alimentaire
+devient, pour le médecin, d'une douloureuse perplexité,
+c'est quand il s'agit de malades ne pouvant
+ou ne voulant pas manger, ne pouvant en apparence
+rien digérer, vomissant tout ce qu'ils
+prennent, arrivés au dernier degré de la consomption,
+n'urinant presque plus, restant des semaines
+entières sans aller à la garde-robe, ne dormant
+plus, ne pouvant plus ni lire, ni supporter une
+conversation, ni penser. Tous les médecins ont vu
+de ces grands malades sans lésions organiques,
+auxquels il est très difficile de faire du bien, et
+auxquels on fait trop facilement du mal par une
+intervention intempestive. Est-il admissible que la
+vie persiste dans ces conditions déplorables, et
+faut-il, oui ou non, forcer ces malades à manger?</p>
+
+<p>Il est certain que, parfois, en brusquant la résistance
+du système nerveux, en domptant sa révolte,
+on arrive à des résultats remarquables. Chez de
+grands névropathes, on est tout étonné de voir qu'une
+seule application de la sonde oesophagienne suffit
+pour faire renaître l'appétit, et rendre à l'estomac la
+tolérance qu'il avait perdue depuis longtemps. Le
+plus bel exemple dont j'aie souvenance, à cet égard,
+est celui d'une jeune femme mariée à un capitaine
+au long cours. Dès le lendemain du mariage, il l'emmenait
+en voyage de noces à San Francisco, en
+passant par le détroit de Magellan, sur un navire
+à voiles. Pendant ce voyage, qui dura six mois, la
+jeune femme commença à éprouver divers symptômes
+morbides. Elle en arriva à être gravement
+atteinte, et on dut la faire revenir, par les voies les
+plus rapides, de San Francisco à Paris, où elle
+désirait se confier à mes soins. A son arrivée, je
+trouvai une véritable loque humaine, ayant toutes
+les apparences d'une tuberculeuse avancée; l'auscultation
+ne révélait cependant rien. Pendant les
+trois premières semaines de son séjour à Paris,
+elle avait une inappétence absolue, ne tolérait aucun
+aliment, pas même le lait coupé, et était dévorée
+par une fièvre qui atteignait, le soir, 44°. La température
+s'abaissait à 40° le matin. Bien que la
+chaleur de la peau fût mordicante, bien que la
+malade n'eût aucun intérêt à me tromper puisque
+c'est de son plein gré qu'elle m'avait appelé, je
+me refusai à croire à la possibilité d'une fièvre
+aussi ardente et aussi continue. Je m'attachai à
+vérifier et à faire vérifier avec le plus grand soin
+les indications thermométriques; elles étaient parfaitement
+exactes. C'est alors que, en désespoir de
+cause, voyant que ni la quinine en injections ni
+les lotions fraîches ne modifiaient cette température,
+je me décidai à recourir aux lumières du
+Dr Babinski, qui, après examen, me dit: «Je ne
+trouve pas, non plus, de tuberculose, il n'y a certainement
+pas d'impaludisme; nous sommes donc
+en présence d'une de ces hyperthermies comme on
+en rencontre chez les grandes hystériques. Mais le
+plus pressé est d'empêcher cette femme de mourir
+de faim, et, puisqu'elle ne peut pas manger, il faut
+la suralimenter par la sonde.» Ainsi fut fait; et,
+après cinq repas assez copieux donnés à la sonde,
+la malade retrouva l'appétit, la fièvre tomba, le
+sommeil revint. Deux mois après, elle pouvait
+quitter Paris, et, vingt-huit mois après, je recevais
+une lettre m'annonçant la naissance d'un enfant.
+Suivant la formule traditionnelle, la mère et l'enfant
+se portaient bien.</p>
+
+<p>Autre exemple. Quand j'étais au Val-de-Grâce,
+le professeur Delorme m'invita à voir l'un de ses
+malades, opéré depuis dix jours, et qui, depuis, ne
+voulait pas manger. Il était guéri de son opération,
+n'avait aucune fièvre, aucune lésion organique,
+mais il se refusait obstinément à avaler quoi que ce
+fût. C'était probablement le choc opératoire qui
+avait produit une folie passagère. Ce qu'il y a de
+certain, c'est qu'il maigrissait à vue d'oeil. Je n'hésitai
+pas, alors, à lui donner du premier coup, par
+la sonde, avec le plus de douceur et de bienveillance
+possible, un repas complet; dès le même
+soir, il demandait à manger, et, s'étant mis à digérer,
+il était guéri. Huit jours après, il sortait de
+l'hôpital en très bon état. Nul doute encore que,
+chez les aliénés, il ne soit du devoir strict du
+médecin de prolonger l'alimentation à la sonde
+aussi longtemps qu'elle est nécessaire, après
+s'être toutefois bien enquis du fonctionnement du
+système digestif. Il y a là de grosses difficultés
+cliniques.</p>
+
+<p>D'une façon générale, cependant, nous hésitons
+toujours à employer ce moyen brutal qu'est la
+sonde oesophagienne; le plus souvent, quand l'alimentation
+est indiquée pour une grande neurasthénique
+qui ne veut ou ne peut pas manger, nous
+la lui imposons par suggestion à l'état de veille.
+Mais là n'est pas encore la difficulté véritable. La
+vraie difficulté est de savoir à quel moment il faut
+alimenter. La responsabilité du médecin est, quelquefois,
+bien gravement engagée dans ce problème.
+S'il alimente à tort, soit à la sonde, ou même
+par suggestion ou par persuasion, il risque de
+donner à sa malade une indigestion formidable,
+avec fièvre ardente et quelquefois collapsus; il
+risque, en d'autres termes, d'épuiser les lueurs de
+vie qui soutiennent l'existence de la malade. Étant
+donné ce que nous avons dit du peu d'aliments
+qu'il faut pour entretenir la vie, et les risques à
+redouter d'une alimentation intempestive, nous
+croyons qu'il faut patienter le plus possible, et ne
+donner à ces malades que le régime ultra-restreint,
+sans se laisser émouvoir par la tyrannie de l'entourage,
+toujours prêt à se figurer que la malade
+va mourir de faim. Et puis, peu à peu, quand, par
+une alimentation restreinte mais bien conduite, on
+a été assez heureux pour vaincre l'intolérance gastrique,&mdash;et
+on y arrive toujours,&mdash;alors seulement
+on alimente plus généreusement.</p>
+
+<p>Nous savons que ce n'est pas la manière de procéder
+habituelle de nos confrères renommés pour
+le traitement des grandes névroses; mais nous ne
+pouvons pas admettre que tous les malades, quel
+que soit le degré de leur «maladie», soient justiciables
+d'un même procédé thérapeutique, et que, après six
+jours de repos au lit et de régime lacté, il suffise
+de leur dire: «Mangez, je l'ordonne!» pour qu'ils
+mangent et qu'ils digèrent n'importe quoi. Ils mangeront
+peut-être, mais tous ne digéreront pas.</p>
+
+<p>III. <i>Alimentation insuffisante en qualité</i>.&mdash;Si
+l'insuffisance alimentaire quantitative joue, dans
+la pathogénie de la «maladie», un rôle relativement
+minime, il n'en est pas de même de l'insuffisance
+qualitative; et la défectueuse qualité des
+aliments est un ennemi de tous les jours, d'autant
+plus dangereux qu'on ne le soupçonne point. On ne
+saurait croire combien les aliments les plus usuels
+sont frelatés. Si une chimie bienfaisante permet,
+par-ci par-là, de découvrir quelques fraudes, il est
+une chimie malfaisante qui fait tous les jours des
+progrès, et qui nous empoisonne sans que nous nous
+en doutions. Bientôt le dictionnaire des falsifications
+alimentaires atteindra le volume du Bottin.
+Mais ce n'est pas tout: les sciences physiques se
+mettent aussi de la partie, et, par les procédés de
+congélation, en particulier, on arrive à jeter sur
+les marchés des aliments de belle apparence, mais
+qui deviennent toxiques avec une rapidité surprenante.
+Prenons, à titre d'exemple, les poissons de
+mer. Je me souviens d'avoir été frappé, dans un
+port de mer, par la vue de gros blocs de glace que
+des pêcheurs emportaient avec eux. Ces blocs ne
+me disaient rien qui vaille; et j'appris, en effet, que
+ces pêcheurs partaient pour huit ou dix jours, et
+que, au fur et à mesure qu'ils prenaient du poisson,
+ils le mettaient dans la glace: de telle sorte que ce
+poisson congelé arrive sur nos marchés avec bel
+aspect, mais, passant par cinq ou six intermédiaires
+avant de parvenir à notre table, il y parvient à l'état
+d'aliment toxique.</p>
+
+<p>Certains procédés de stérilisation sont également
+vus d'un mauvais oeil par l'hygiéniste. Pour
+les conserves de viande, notamment, on sait les
+préoccupations bien légitimes de l'autorité militaire;
+et le problème vient seulement d'être résolu,
+grâce au zèle d'une commission composée de nos
+plus distingués maîtres, en hygiène, en chimie, en
+bactériologie qui ont travaillé pendant de longs
+mois.</p>
+
+<p>Le lait subit aussi mille et une tortures; c'est
+pourquoi il est si souvent un breuvage meurtrier,
+non seulement pour les enfants, mais même pour
+les adultes; et c'est quelquefois parce qu'il est falsifié,
+ou adultéré spontanément, qu'il est, chez les
+malades, d'un emploi si délicat. Remarquez que
+nous disons: quelquefois, car le plus souvent, si le
+lait n'est pas supporté par les malades, ce n'est pas
+parce qu'il est altéré, c'est parce qu'il est trop riche
+en crème, ou pris en trop grande quantité, c'est
+aussi sans que nous sachions pourquoi. Le simple
+bon sens indique alors qu'il faut soit l'écrémer, ou
+s'en abstenir, sans poursuivre le projet insensé de
+vaincre l'intolérance des malades. A cela on y
+arrive parfois, quand le malade est complaisant,
+mais le plus souvent on échoue.</p>
+
+<p>Les aliments adultérés, quels qu'ils soient, poissons,
+mollusques, viandes, provoquent des empoisonnements
+dont on néglige souvent de chercher
+la cause. Ils revêtent parfois les apparences de la
+fièvre typhoïde grave, ou de la typhoïdette, et, entre
+ces deux extrêmes, toutes les variétés cliniques se
+rencontrent. D'autres fois, ils empruntent le masque
+du choléra ou de la cholérine. Il va de soi que
+le traitement consiste à attendre que l'économie soit
+débarrassée de ces poisons (diète absolue d'abord,
+puis tisanes et repos); quant à chercher à favoriser
+l'élimination des poisons par des purgatifs ou des
+vomitifs, c'est très légitime en théorie, mais, en
+fait, très dangereux, car on ajoute ainsi un élément
+de perturbation qui aggrave parfois grandement
+l'état morbide.</p>
+
+<p>Ajoutons enfin que, le plus souvent, l'intoxication
+alimentaire n'occasionne qu'à la longue la perturbation
+du système digestif; et c'est alors qu'il est si
+difficile de rapporter les effets directs et éloignés
+de cette perturbation à leur cause véritable.</p>
+
+<p>IV. <i>Alcool</i>.&mdash;Certes, l'alcool et toutes les boissons
+distillées, quelque pompeuse que soit l'étiquette
+de leur flacon récepteur, constituent un aliment
+meurtrier; et nous leur faisons grand honneur en
+leur conservant le nom d'aliment. C'est par déférence
+pour la mémoire de Duclaux, qui a excité de
+si vives polémiques en écrivant que l'alcool était
+un aliment. Les ravages produits par l'alcoolisme
+sont de ceux que déplorent tout hygiéniste et tout
+bon citoyen; aussi ne saurait-on encourager trop
+les ligues contre l'alcoolisme, les sociétés de tempérance,
+etc. Mais que peuvent tous ces petits efforts
+contre les vraies causes de l'alcoolisme, qui se rattache
+aux conditions économiques de la société?
+L'alcoolisme durera aussi longtemps que l'impôt sur
+l'alcool, qui, au dernier exercice, avait rapporté
+à l'État 358 392 000 francs (et dans ce chiffre
+ne sont pas compris les droits sur les vins, cidres,
+bières, etc.); aussi longtemps que la puissance
+électorale du marchand de vin; aussi longtemps
+que le malaise de l'ouvrier, poussé au cabaret par
+la destruction du foyer et l'insalubrité du logis...</p>
+
+<p>Et l'on ne peut même s'empêcher, tout en souhaitant
+sincèrement le succès des généreux efforts des
+ligues anti-alcooliques, de conserver un reste de
+pitié pour les malheureux qui trouvent dans l'alcool
+un oubli momentané aux misères humaines. C'est
+souvent leur malheur, et non leur faute, s'ils tombent
+dans la dégradation progressive qu'on déplore
+à trop juste titre.</p>
+
+<p>Mais autant est légitime la campagne contre les
+boissons distillées, autant, à notre avis, les boissons
+fermentées devraient trouver grâce devant la
+rigueur des hygiénistes; et nous pensons que la
+ligue anti-alcoolique française, pour ne parler que
+d'elle, compromet d'une façon irrémédiable le
+résultat qu'elle poursuit, si elle continue à proscrire
+les boissons <i>fermentées</i>. Qu'un intellectuel
+dyspeptique ne tolère pas une goutte de vin à ses
+repas, c'est chose possible, et il fera bien de s'en
+abstenir; mais proscrire le vin, la bière, le cidre,
+c'est commettre une faute contre le bon sens. Il y a
+quelques années, on pouvait dire qu'un litre de vin
+représentait 100 grammes de mauvais alcool; mais
+depuis la surproduction des vignes françaises, et
+depuis qu'on a diminué les droits d'octroi, le vin
+est devenu une boisson hygiénique, quand elle est
+prise à petite dose par des gens dont l'estomac n'est
+pas délabré. Certes, l'ouvrier chargé de famille ferait
+mieux, comme le lui conseillent les hygiénistes en
+chambre, de dépenser à l'achat d'aliments azotés,
+ou hydro-carbonés, le franc qu'il dépense à acheter
+du vin; mais que deviendrait la vie si elle était
+soumise aux tyrannies des théoriciens hygiénistes?</p>
+
+<p>Pour les soldats, en particulier, il serait à souhaiter
+que le vin entrât dans la ration réglementaire.
+Presque tous apprécient énormément le vin,
+et rien ne leur va plus au coeur que l'attention du
+chef qui leur octroie aimablement un quart de litre
+de vin. Malheureusement, il ne faut pas songer
+avant longtemps à introduire l'usage régulier du
+vin dans l'armée, à cause de la dépense: si l'on
+voulait se rappeler que, chaque fois qu'on augmente
+d'un centime par jour la dépense du soldat français,
+le budget se trouve grevé d'un million par an, on
+mettrait fin du coup à toutes les discussions, plus
+ou moins intéressées, qui font perdre à nos législateurs
+un temps précieux.</p>
+
+<p>Un esprit chagrin pourrait nous répondre que
+l'eau stérilisée que l'on donne aux soldats coûte
+plus cher que le vin, si l'on tient compte du prix
+d'achat des appareils stérilisateurs, du prix du
+combustible, et surtout de la répugnance invincible
+qu'ont les soldats à boire cette eau cuite, presque
+toujours tiède malgré les soins qu'on met à la
+refroidir après la stérilisation; mais nous aurions
+mauvaise grâce à nous associer à ces critiques. Il
+ne faut décourager les efforts de personne.</p>
+
+<p>Je m'empresse d'ajouter que, si le vin est une
+boisson recommandable pour l'adulte valide, chez le
+malade le vin et les autres boissons fermentées
+sont, en général, de véritables toxiques; et c'est
+par la suspension du vin qu'il faut commencer le
+traitement de tous les dyspeptiques. Mais quand
+l'estomac a cessé de protester, quand il s'agit d'aider
+à la reconstitution du système nerveux, le vin
+devient un adjuvant utile; et non pas sous une forme
+pharmaceutique quelconque, mais sous la forme de
+bon vin naturel peu acide (bordeaux, vin d'Algérie,
+du Midi, etc.).</p>
+
+<p>En résumé, les erreurs de l'alimentation sont
+essentiellement regrettables, comme le sont toutes
+les erreurs contre la véritable hygiène; elles entrent
+pour une bonne part dans la genèse de la «maladie»;
+mais elles ont été dénoncées de toutes parts, étudiées
+à fond, tandis que les influences qui nous restent
+à passer en revue agissent plus profondément
+encore, d'une manière plus insidieuse et plus malfaisante;
+et leur rôle pathogénique n'est, en général,
+pas apprécié à sa juste valeur. Nous voulons
+parler des influences morales.</p>
+
+<p>II.&mdash;CAUSES MORALES</p>
+
+<p>Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on admet l'influence
+du moral sur le physique; mais, malgré les
+travaux de divers philosophes, les médecins en général
+ne connaissent pas encore assez cette influence
+du moral, et ne lui attribuent pas assez d'importance.
+En réalité, elle joue un rôle énorme, et dans
+presque tous les cas elle se rencontre, pour qui
+sait la chercher. Malheureusement, pour faire de
+semblables enquêtes, il faut beaucoup de temps,
+il faut que le médecin devienne le confident, l'ami
+de son malade, et qu'une regrettable suspicion de
+l'entourage ne l'empêche pas d'accomplir son
+oeuvre. Il faut, en outre, que le médecin ait des
+qualités de psychologue. Il doit savoir lire dans la
+pensée du sujet, deviner ce qu'on lui laisse entendre
+à mots couverts.</p>
+
+<p>Chez l'adulte des deux sexes, les causes morales
+de «maladie» sont multiples, et peuvent être rapportées
+aux quatre grands chefs suivants, que nous
+classons par ordre d'importance effective, sans
+aucune prétention psychologique:</p>
+
+<p>1° Pertes matérielles, pertes de fortune, pertes au
+jeu, etc., ambitions déçues.</p>
+
+<p>2° Influences qui compromettent, par une action
+lente et continue, la quiétude de l'âme (passions
+contrariées, chagrins d'amour).</p>
+
+<p>3° Inquiétudes d'origine altruiste (chagrins occasionnés
+par l'éloignement ou la perte d'êtres
+aimés).</p>
+
+<p>4° Choc moral et choc traumatique.</p>
+
+<p>1° <i>Pertes matérielles</i>.&mdash;Les pertes de fortune,
+les changements de situation, sont des facteurs
+moins importants qu'on ne se le figure d'ordinaire,
+relativement à l'éclosion de la «maladie». Une fois
+le premier choc reçu, les victimes s'adaptent assez
+vite aux nouvelles conditions d'existence qui leur
+sont faites, si elles n'ont pas, par ailleurs, à s'alarmer
+pour leurs enfants, et si elles sont préalablement
+bien portantes. On pourrait paraphraser la
+pensée d'Horace, en disant: <i>Sanum et tenacem
+impavidum feriunt ruinae</i>. C'est ainsi qu'on a pu
+définir l'homme: «Un être qui s'habitue à tout»;
+et c'est peut-être la meilleure définition qu'on en
+ait donnée.</p>
+
+<p>Mais il n'en est pas moins vrai que, dans certains
+cas, les perturbations dans la situation sociale,
+les pertes d'argent, provoquent des assauts considérables,&mdash;que
+le médecin doit savoir deviner,&mdash;
+capables de produire la «maladie», et surtout de
+l'aggraver quand elle existe déjà à un degré quelconque.
+Voyez ce diabétique qui, d'un jour à
+l'autre, rend une quantité triple de sucre, et cherchez
+bien: c'est souvent parce qu'il a eu, la veille,
+une perte d'argent.</p>
+
+<p>Les pertes au jeu sont encore plus pathogènes
+qu'une perte survenue accidentellement ou par
+imprudence; c'est que le jeu, en lui-même, a une
+influence morbide considérable. Le joueur, en
+effet, vit dans un milieu anti-hygiénique; il joue,
+le plus souvent, la nuit, et se prive de sommeil;
+en outre, son surmenage émotionnel est doublé de
+surmenage cérébral; bref, la funeste habitude du
+jeu mérite une place d'honneur parmi les causes
+morales pathogènes.</p>
+
+<p>Les ambitions déçues ont beaucoup d'analogie
+avec les pertes au jeu. Ici l'enjeu, au lieu d'être
+une somme d'argent, est un grade, une décoration,
+un hochet quelconque, auquel l'intéressé attribue
+quelquefois une importance qui nous fait sourire,
+mais qui, cependant, lui tient grandement au coeur:
+car tout est relatif dans la vie, et l'ambition déçue
+après de longs efforts, après des tentatives souvent
+répétées, se traduit par l'apparition de la «maladie».
+Qui ne connaît, dans son entourage, un officier
+navré d'avoir à prendre sa retraite sans avoir
+obtenu le grade ou la distinction rêvés, et qui fait
+le malheur d'une famille, et son propre malheur,
+au point d'en perdre la santé, ou quelquefois la
+vie? «Vanité des vanités», disait le sage; mais
+c'est de cette nourriture que vivent les hommes.</p>
+
+<p>2° <i>Influences qui compromettent la quiétude de
+l'âme</i>&mdash;Les unes agissent par leur continuité: ce
+sont les coups d'épingles incessants dans un ménage
+où il y a incompatibilité d'humeur, les petites querelles
+de famille quotidiennes, l'impossibilité de
+fuir un milieu où l'on ne se sent pas à l'aise. C'est
+le fait d'être souvent en butte aux taquineries ou
+aux caprices d'un chef avec lequel on ne s'entend
+pas, d'avoir à subir l'autorité malveillante d'un
+parent, d'une mère. La victime se trouve tiraillée
+à tout instant, retenue, d'un côté, par la notion
+plus ou moins forte du devoir, et, d'un autre,
+poussée à la révolte par les vexations, réelles ou
+imaginaires, qu'elle subit. Ce supplice incessant
+finit par «énerver»,&mdash;c'est le mot qu'on emploie
+journellement,&mdash;autrement dit, finit par amener
+la «maladie», à un degré variable: et l'une de ses
+formes les plus connues s'appelle le délire de la
+persécution, quand le trouble mental domine la scène
+morbide. Mais, si l'on étudie de près un «persécuté»,
+on verra bien vite qu'il n'est pas malade
+que de la tête; il digère mal, il est constipé, il
+maigrit, il a souvent des battements de coeur, de la
+dyspnée, la peau sèche, etc., etc.; toutes ses fonctions
+sont en délire. Tout est fou chez l'aliéné,
+parce que l'aliéné n'est pas autre chose qu'un «grand
+malade».</p>
+
+<p>D'autres fois, c'est une passion vive, intense,
+qui compromet l'équilibre de la santé. La passion
+amoureuse mérite, à ce titre, d'être signalée au
+premier rang; nous en avons dit un mot déjà, à
+propos de la jeune fille: mais ici nous l'étudions
+dans sa forme ardente, fougueuse, la forme
+qu'elle revêt chez l'être adulte. Alors elle met le
+système nerveux dans un état d'éréthisme, d'hyperesthésie,
+qui peut se traduire par la production
+de chefs-d'oeuvre, comme le second acte de
+<i>Tristan et Yseult</i>, ou comme la <i>Nuit d'Octobre</i>,
+mais qui amène souvent, chez celui qui en est
+victime, une perturbation générale de la santé,
+quand un obstacle d'ordre moral ou matériel
+empêche cette passion de se satisfaire. La victime
+perd alors le sommeil, s'agite dans le vide,
+est dans un état d'inquiétude mentale qui compromet
+les fonctions digestives; l'estomac entre en
+scène, le cercle vicieux s'établit; la «maladie» est
+constituée. Elle durera tant que durera sa cause,
+ou qu'une savante hygiène morale n'aura pas porté
+le remède efficace. Bien souvent, d'ailleurs, le
+temps seul est le remède; et il faut savoir attendre,
+sans imposer au malade une médication perturbatrice,
+qui aggraverait son état.</p>
+
+<p>Lorsque la victime est obligée de garder pour
+elle son secret, sans pouvoir le communiquer à un
+confident, sa situation est encore plus lamentable.
+Souffrir en silence, c'est deux fois souffrir; de là
+l'importance que prend le médecin, lorsqu'il parvient à inspirer confiance à son malade et à provoquer
+chez lui des confidences, qui le soulagent
+plus que ne le feraient l'hydrothérapie ou l'électricité.</p>
+
+<p>Combien de femmes sont malheureuses en
+ménage sans que personne s'en doute! Elles dissimulent
+avec un soin jaloux à leur famille, à leurs
+amis les plus intimes, les tortures quotidiennes. Et
+combien leur misère n'est-elle pas atténuée quand
+elles peuvent confier leur chagrin à un homme de
+bon conseil?</p>
+
+<p>3° <i>Inquiétudes d'origine altruiste</i>.&mdash;Les inquiétudes
+relatives à la santé d'un être cher sont souvent
+aussi une cause de neurasthénie, et il n'est
+pas rare de voir les divers membres d'une famille
+devenir, tour à tour, malades, par le fait des
+préoccupations et des fatigues qu'a causées l'atteinte
+d'un premier membre. Une mère qui,
+comme je l'ai vu, passe vingt jours et vingt
+nuits sans quitter le chevet de son enfant atteint
+de fièvre typhoïde, sera une malade lorsque l'enfant
+sera guéri. Elle pourra peut-être devenir, à
+son tour, une typhoïdique; mais, même si elle ne
+prend pas la fièvre typhoïde, sa santé sera ébranlée
+pour longtemps. De même encore le fait d'avoir
+un enfant infirme, qu'on voit du matin au soir,
+empoisonne assez l'existence pour entraîner, quelquefois,
+la «maladie».</p>
+
+<p>Dans une famille bien unie, la névrose de l'un
+des membres ébranle tellement le système nerveux
+des autres, que la nécessité de la séparation s'impose.
+La contagion de la névrose n'est cependant
+pas une «contagion» au sens propre du mot;
+mais, en pratique, on est souvent appelé à traiter
+le malade comme s'il était contagieux, dans son
+propre intérêt et dans celui de son entourage.</p>
+
+<p>Le départ des êtres qui nous sont chers est un
+autre facteur important de «maladie»:&mdash;même la
+séparation momentanée, (femmes de marins ou de
+militaires partant en campagne),&mdash;sans compter
+que le chagrin de la séparation se double, en ce cas,
+d'inquiétude pour les dangers que va courir l'être
+aimé. On voit alors la «maladie» survenir au
+bout de quelque temps, revêtir une forme quelconque,
+avec des manifestations variant à l'infini
+(insomnie, gastralgie, phobies, etc.), tous symptômes
+traduisant le malaise du système nerveux
+central, qui ne s'atténuera que quand la cause disparaîtra.
+Et même, une fois la cause disparue, il
+pourra persister encore des mois et des années,
+parce que l'habitude morbide est prise, parce que
+le système nerveux a reçu le choc. La cellule continuera
+à vibrer de travers, comme la surface d'un
+lac continue à être agitée bien longtemps après la
+chute de la pierre qui a troublé son repos.</p>
+
+<p>Quand la séparation est définitive, le mal est plus
+profond encore, et l'expression de «vie brisée» est
+absolument juste. La perte d'un être cher atteint la
+vie dans ses sources profondes, amoindrit, d'un
+seul coup, le capital biologique. Le malade traînera
+une existence plus ou moins lamentable, et plus ou
+moins prolongée; mais les moyens thérapeutiques
+les plus actifs ne le guériront pas. Seule une saine
+philosophie atténuera ses maux, et le médecin a
+surtout à lui offrir une bonne psychothérapie. Le
+temps, aussi, devient un remède avec lequel il faut
+compter; le rôle principal du médecin, dans les cas
+de ce genre, doit être d'empêcher l'organisme de
+s'effondrer, pour permettre au temps d'accomplir
+son oeuvre réparatrice.</p>
+
+<p>4° <i>Choc moral et choc traumatique</i>.&mdash;Une
+émotion violente, quelle qu'en soit la cause, peut
+également amener la «maladie» sous une forme quelconque,
+et parfois lui faire revêtir immédiatement,
+sans transition, les formes les plus graves. Je
+connais un officier très distingué, et bien portant
+jusqu'alors, qui, étant à l'École de guerre, fit une
+chute de cheval sur la tête. Après deux jours de
+perte presque complète de connaissance, il recouvra
+successivement la parole, la mémoire, le mouvement,
+les forces; mais il était devenu un malade.
+Depuis douze ans, il traîne une existence pitoyable.
+Ce ne sont pas seulement les fonctions cérébrales
+qui sont atteintes, chez lui; elles sont même relativement
+respectées, il n'a que des vertiges, des
+bourdonnements de l'oreille gauche, des picotements
+dans les yeux, de la difficulté à lire et à
+causer. Au demeurant, son intelligence est restée
+intacte: mais toutes ses autres fonctions ont été
+perturbées. Il a des névralgies erratiques,&mdash;plusieurs
+médecins ont cru que c'était un candidat
+à l'ataxie locomotrice,&mdash;et surtout il a les
+troubles digestifs les plus variés (gastralgie, pesanteurs,
+gaz, ainsi que de l'entérite membraneuse
+avec alternative de constipation opiniâtre et d'une
+diarrhée qu'il est difficile d'arrêter). Les forces
+sont tellement réduites qu'il peut à peine faire
+deux ou trois kilomètres, bien qu'il ait conservé
+les muscles d'un homme vigoureux. Chez ce type
+de malade, atteint de ce qu'on appelle la «neurasthénie
+hystéro-traumatique», ce sont les troubles
+digestifs qui sont au premier plan, bien que
+le choc ait porté sur la tête.</p>
+
+<p>De même une frayeur, sans qu'il y ait eu de
+<i>trauma</i> véritable de la boîte crânienne, suffit pour
+amener le choc déterminant la «maladie». J'ai vu à
+la Salpêtrière, autrefois, une malade qui, dès le
+début du siège de Paris, devint folle pour avoir vu
+éclater un obus à ses pieds. On comprend donc
+qu'une série d'émotions et de frayeurs arrive au
+même résultat. De là l'énorme proportion d'aliénés
+observée après le siège de Paris; de là, la multiplicité
+des cas de psychonévrose, d'aliénation mentale,
+signalés dans l'armée russe pendant le cours
+de la guerre russo-japonaise. Jamais, depuis que
+les hommes s'entre-tuent, le système nerveux des
+belligérants n'avait été soumis à d'aussi dures
+épreuves. Tous les facteurs morbides s'accumulaient,
+chez les Russes, pour produire le désarroi
+du système nerveux. Éloignement de la patrie,
+voyage prolongé en chemin de fer, alimentation
+insuffisante, manque de confiance dans les chefs,
+menace incessante de surprise, surmenage physique
+s'ajoutant au surmenage émotionnel; c'est
+plus qu'il n'en faut pour rendre malade le malheureux
+soldat ou officier russe, pour peu qu'il soit prédisposé
+par l'alcoolisme ou par l'hérédité nerveuse.
+Mais que faire contre un semblable état de
+choses? L'homme sensé ne peut que déplorer l'inanité
+des efforts de tous les pacifistes.</p>
+
+<p>Ces «maladies», consécutives au fléau qu'on appelle
+la guerre, ne sont pas assez connues du monde
+extra-scientifique. On se figure volontiers que,
+quand la guerre a pris fin, tout est fini. Il n'en est
+rien; c'est pendant quinze et vingt ans que les
+néfastes effets d'une guerre se font sentir. Pendant
+vingt ans, nous avons eu à soigner des officiers qui
+avaient pris le germe de leurs «maladies» pendant la
+campagne de 1870, et surtout pendant la captivité.</p>
+
+<p>Dans un cadre plus restreint, nous voyons tous
+les jours l'influence du choc chirurgical sur la
+genèse de la névrose. On commence à connaître
+les psycho-névroses consécutives aux grandes opérations:
+mais c'est un point sur lequel il convient
+d'attirer l'attention, pour modérer le zèle chirurgical
+des opérateurs. Ils doivent savoir que, quand
+l'opération est finie et bien finie, tout n'est pas terminé,
+et que le patient, sorti guéri de leurs mains,
+est quelquefois «un malade» qui restera tel pendant
+plusieurs années. Le choc traumatique produit
+par l'intervention chirurgicale suffit pour expliquer
+ces accidents tardifs.</p>
+
+<p>J'ai, pendant longtemps, donné des soins à une
+dame qui, d'une très belle santé jusqu'à trente-huit
+ans, est devenue grande nerveuse, avec anorexie,
+amaigrissement, etc., immédiatement après une
+opération de tumeur bénigne du sein. Depuis lors,
+elle est sans cesse préoccupée de la récidive possible
+d'une tumeur du sein, et sa vie est empoisonnée
+par des malaises de tout genre qu'elle
+n'avait pas avant l'opération.</p>
+
+<p>Il faut aussi savoir qu'une intervention chirurgicale,
+même de moindre importance encore, d'importance
+ultra-minime, peut mettre le système nerveux
+dans un état d'ébranlement durable: c'est
+quand elle occasionne une violente douleur. La
+douleur provoque une fuite nerveuse énorme.
+Ainsi je connais une jeune fille, de bonne santé
+antérieure, qui est devenue neurasthénique immédiatement
+après des opérations sur les dents.</p>
+
+<p>Inutile de dire que, quand les interventions chirurgicales
+sont pratiquées sur des personnes dont
+le système nerveux est déjà ébranlé plus ou moins,
+elles deviennent une cause d'aggravation notable.
+La seule crainte de l'opération possible suffit pour
+provoquer une aggravation de la névrose. Est-il
+un médecin qui n'ait pas vu accourir chez lui,
+forçant sa porte, une cliente, affolée parce qu'elle a
+constaté sur elle, ou cru constater, une tumeur du
+sein? Et c'est bien autre chose encore quand le
+diagnostic est douteux, quand la malade va de
+chirurgien en chirurgien pour obtenir un avis
+ferme; jusqu'à ce qu'elle soit fixée sur son sort, elle
+est dans un état d'anxiété que ne connaissent peut-être
+pas assez les chirurgiens, et qui devrait leur
+dicter leur conduite non pas seulement au point de
+vue opératoire, mais au point de vue psychique.</p>
+
+<p>Personne plus que moi n'admire les chirurgiens.
+Leur sang-froid, leur maîtrise d'eux-mêmes, leur
+habileté manuelle m'étonnent; les merveilleux
+résultats qu'ils obtiennent le plus souvent me font
+les considérer, au total, comme de vrais bienfaiteurs
+de l'humanité. Aussi ai-je l'espoir qu'ils ne
+m'en voudront pas si je me permets de faire remarquer
+que, à côté de beaucoup de bien, ils font un
+peu de mal, et un mal qu'ils pourraient ne pas
+faire s'ils connaissaient mieux les répercussions
+qu'ont, sur le système nerveux, leur intervention,
+et aussi les soins qu'ils donnent à leur malade après
+l'opération. Je voudrais ne les voir intervenir qu'en
+cas d'absolue nécessité, se défendre énergiquement
+contre les opérations qu'on pourrait appeler de
+complaisance:&mdash;comme celle qui a été pratiquée,
+contre mon avis, sur une malade qui se croyait
+atteinte d'appendicite chronique, et qui n'était que
+grande nerveuse. Cette malade avait déjà appelé,
+malgré moi, quatre chirurgiens qui n'avaient pas
+voulu opérer; un cinquième se décida à le faire,
+sans avoir de conviction absolue, au sujet de
+l'existence d'une appendicite, mais avec la persuasion
+que la malade, débarrassée de son obsession
+en même temps que de son appendice, recouvrerait
+la santé. Or il n'en fut rien: l'appendice
+était sain, et la malade, légèrement améliorée
+pendant un mois, par le fait du repos au lit, du
+régime sévère, de l'espoir qu'elle avait, et que je
+fus le premier à entretenir, vit bientôt son état
+devenir pire qu'avant l'intervention.</p>
+
+<p>Je demanderai aussi à nos confrères les chirurgiens
+de tenir le moins possible les malades en
+suspens pour savoir si l'on opérera, et quel sera
+le jour de l'opération. Cette attente, cette perplexité,
+sont angoissantes au premier chef pour les
+personnes déjà nerveuses. Et je leur demanderai,
+enfin, de ne pas, si possible, faire oeuvre médicale
+après l'opération... Je sais bien que, dans certains
+cas, le chirurgien doit suralimenter et même médicamenter
+son opéré, au risque de lui fatiguer l'estomac,
+et de compromettre les résultats qu'une
+savante hygiène alimentaire avait difficilement
+obtenus, pendant les mois ou les années qui ont
+précédé l'intervention. Là, il y a force majeure; et,
+dans un cas semblable, M. Campenon me disait qu'il
+savait bien faire de la mauvaise besogne, mais il
+se comparait aux pompiers que n'arrête pas la
+considération de dégâts limités, quand il s'agit de
+sauver un immeuble. Mais, le plus souvent, l'opéré
+guérirait sans intervention médicale et sans champagne,
+sans suralimentation, sans médicaments,
+sans morphine, sans purgatifs, sans lavements, et,
+au sortir de la maison d'opérations, son système
+nerveux serait moins ébranlé qu'il ne l'est. Il serait
+plus vite remis du choc traumatique inévitable,
+qui, à lui seul, est un important facteur de dépréciation
+de la valeur biologique.</p>
+
+<p>Pourquoi, par exemple, ce besoin de donner de
+la morphine aux malades, et à des doses effrayantes?
+Je sais bien qu'en général ces doses invraisemblables,&mdash;de
+1 à 2 centigrammes répétés deux fois
+par jour,&mdash;sont tolérées, pendant les premiers jours
+qui suivent l'opération, parce que l'opéré a une
+telle sidération du système nerveux qu'il ne réagit
+pas au poison<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>. Mais combien, aussi, ont des vomissements
+et des symptômes d'intoxication grave?
+Et plus fâcheux encore est le résultat quand le
+malade se met à aimer l'odieux poison, et devient
+morphinomane,&mdash;ce qui arrive quelquefois. De
+grâce, réservez donc la morphine pour les cas
+exceptionnels de souffrance, et n'en confiez pas
+l'administration à une garde, si bien intentionnée
+et si intelligente que vous la supposiez; vos malades
+n'en seront que plus vite guéris!</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> (retour) </a> J'ai traité plus longuement ce sujet dans le <i>Bulletin de la
+Société Thérapeutique</i>, novembre 1905.</blockquote>
+
+<p>Ou bien encore cette habitude de purger les
+malades, deux ou trois jours après l'opération, de
+leur donner des lavements, alors qu'ils auraient
+tant besoin de repos! La constipation n'est-elle
+donc pas un symptôme, une manifestation, presque
+inévitable, de l'ébranlement du système nerveux
+provoqué par le choc opératoire? Laissez le système
+nerveux reprendre son équilibre, et la constipation
+disparaîtra d'elle-même, quand l'opéré,
+sollicité par son appétit spontanément renaissant,
+recommencera à manger.</p>
+
+<p>Et ne croyez pas que ce soit là de la théorie,
+une simple vue de l'esprit d'un rêveur qui n'a pas
+vu d'opérés! La démonstration a été faite pour
+moi, d'une façon décisive, comme dans une expérience
+de laboratoire. Quand j'étais au Val-de-Grâce,
+le professeur Delorme a bien voulu m'associer
+aux longues recherches qu'il a faites pour
+provoquer la constipation chez ses opérés. Or, de
+tâtonnements en tâtonnements, il en était arrivé à
+constiper tous les hommes ayant à subir des opérations
+dans les régions abdominales, inguinales et
+crurales; il évitait ainsi la souillure, et, par conséquent,
+le renouvellement des pansements. Et ce
+n'était pas une constipation de deux ou trois jours
+qu'il provoquait, mais bien de douze ou quinze
+jours. Chez un malade de mon service, opéré par
+lui pour une cure radicale d'hémorroïdes, la constipation
+a été entretenue pendant dix-huit jours.
+J'ai demandé récemment à M. Delorme s'il était
+toujours fidèle à cette pratique; il m'a répondu
+affirmativement, et il a bien voulu dresser pour moi
+une statistique de laquelle il résulte que, depuis le
+jour où il m'avait convié à assister à ses premiers
+essais, en 1889, il avait opéré, après constipation
+provoquée, tant au Val-de-Grâce qu'à l'hôpital de
+Vincennes, 1600 cures radicales de hernies,
+50 cures radicales d'hémorroïdes, 500 varicocèles,
+30 castrations, 500 opérations variées de la sphère
+inguino-génito-périnéo-fessière, enfin qu'il avait
+constipé méthodiquement 15 hommes atteints de
+fractures de la cuisse, pour que leurs appareils
+contentifs ne fussent pas souillés.</p>
+
+<p>C'est une partie de ces faits que M. Delorme a
+brillamment exposés à la Société de Chirurgie,
+en 1892. Il y a présenté une série de 160 courbes
+thermiques, démontrant que la température n'a
+pas monté au-dessus de la normale, pendant toute
+la durée de la constipation, et que, même, elle a souvent
+été abaissée un peu au-dessous de la normale
+(90 fois sur ces 160 observations). Dans quatre
+cas seulement, elle a dépassé la normale, mais
+c'était par le fait de «maladies» accidentelles: intoxication
+iodoformée, rhumatisme aigu, congestion
+pulmonaire (deux fois). Chez 110 opérés de cures
+radicales, il y eut parfois des coliques, mais sans
+la moindre importance. Elles disparaissaient après
+l'émission spontanée de gaz. La langue, saburrale
+les premiers jours, reprenait bientôt l'aspect normal;
+l'appétit était conservé chez la majeure
+partie des constipés. Dès le troisième jour, on leur
+donnait à manger des potages, des oeufs, de la
+viande blanche, du vin, en évitant que les aliments
+capables de donner des déchets. Le sommeil
+restait bon, le caractère ne laissait voir aucune
+modification, la soif n'était pas excessive, et les
+analyses d'urines, faites par le professeur Burcker,
+ont démontré que l'économie ne subissait, du fait
+de la constipation provoquée, aucune influence
+néfaste. La première selle était, parfois, facile et
+spontanée; d'autres fois elle était pénible; c'est
+ainsi qu'un malade ne put aller à la garde-robe que
+le vingt-deuxième jour. En vain avait-on essayé sur
+lui les purgatifs, les lavements, depuis quatre jours;
+ce n'est que quand on le fit marcher qu'il parvint
+à aller à la selle. Les selles suivantes étaient habituellement
+aisées, et les fonctions de l'intestin reprenaient
+leur régularité. «Ma communication, ajoutait
+M. Delorme, pourrait avoir plus qu'un intérêt
+clinique, étant donnée les théories qui ont cours sur
+l'importance et la fréquence des intoxications intestinales.
+Mais je désire rester exclusivement sur le
+terrain de la pratique, et je conclurai en disant
+que, chez les hommes adultes et sains surpris par
+un traumatisme chirurgical qui doit guérir par
+première intention, la constipation, provoquée pendant
+huit à quinze jours, n'a pas les inconvénients
+qu'on lui attribue généralement.»</p>
+
+<p>Je ne dirai pas par quels procédés M. Delorme
+est arrivé à obtenir ces constipations prolongées,
+si peu nuisibles aux opérés: car ce serait sortir de
+mon sujet; mais ce qui résulte de cette trop longue
+digression, c'est que la constipation de quelques
+jours, survenant d'elle-même et presque fatalement
+chez les opérés, quels qu'ils soient, ne doit pas
+préoccuper les chirurgiens, ni les entraîner à
+imposer à leurs opérés des purgations qui, fatiguant
+leur système nerveux abdominal, ont forcément un
+retentissement sur leur système nerveux central, et
+contribuent à en faire des malades, alors qu'au
+début ils n'étaient que des blessés, ou bien à
+aggraver leur «maladie», quand ils étaient déjà des
+malades avant l'opération.</p>
+
+<p>Je n'ignore pas que, d'autre part, les accoucheurs
+affirment que la constipation est l'ennemi des
+femmes qui viennent d'accoucher. Je n'ose pas
+m'inscrire en faux contre cette opinion générale:
+mais peut-être serait-elle, comme tant d'autres affirmations,
+passible d'un procès en révision.</p>
+
+<p>III.&mdash;CAUSES ACCIDENTELLES</p>
+
+
+<p>Nous venons d'énumérer les principales causes
+d'ordre psychique qui amènent la déchéance, totale
+ou progressive, du capital vital de l'homme ou de
+la femme adultes. Ce sont elles qui, combinées
+ou non aux autres influences néfastes (surmenage
+cérébral, surmenage musculaire, alimentation défectueuse,
+etc.), provoquent le plus souvent la «maladie».</p>
+
+<p>Mais, d'autres fois, comme chez l'enfant du premier
+âge, comme chez l'adolescent, la «maladie»,
+chez l'adulte, est provoquée par une affection aiguë
+qui le frappe en pleine santé: telle la fièvre
+typhoïde, qui, véritable intoxication, surprend
+l'adulte dans le cours d'un état d'équilibre irréprochable,
+et qui, chose curieuse, paraît être d'autant
+plus grave que le sujet était plus robuste.</p>
+
+<p>La fièvre typhoïde, dis-je, peut parfois provoquer
+la «maladie». Ainsi, je connais un homme
+de quarante-huit ans, qui a vu sa santé irrémédiablement
+ébranlée à la suite d'une fièvre typhoïde
+survenue à l'âge de vingt ans. Mais le cas est
+rare; souvent, au contraire, on observe qu'une
+fièvre typhoïde, survenant chez un individu
+malingre, lui donne une santé, pour la suite, qu'il
+ne se connaissait pas jusqu'alors. Est-ce parce
+que, jusqu'alors, il surmenait son estomac, et que
+la diète imposée par la fièvre typhoïde a remis
+l'organe en état? Est-ce parce que, jusqu'alors, il
+se soumettait à un exercice trop vigoureux pour
+ses forces, et que la fièvre typhoïde, en lui imposant
+le repos, a rectifié ses erreurs d'hygiène musculaire?
+Est-ce enfin parce que la fièvre, en brûlant
+ce que les anciens appelaient ses «humeurs
+peccantes», l'a débarrassé de ses produits d'auto-intoxication
+antérieurs à l'affection aiguë? A vrai
+dire, nous ne pouvons rien affirmer, nous ne
+pouvons que constater le fait. Trop heureux serait
+celui qui pourrait connaître les causes de tous les
+phénomènes de la vie!</p>
+
+<p>Quant aux autres affections accidentelles: rhumatismes,
+pneumonies, etc., dans quelle mesure
+créent-elles, de toutes pièces, la «maladie»? Nous
+pensons qu'elles ne la créent jamais, et qu'elles
+ne font que l'aggraver: car, toujours la «maladie»
+préexistait. Pour contracter un rhumatisme, une
+pneumonie, une angine, il faut déjà que le système
+nerveux se trouve dans un état d'infériorité, soit
+définitif, soit momentané. La première condition
+pour ne pas prendre les «maladies», c'est de se bien
+porter.</p>
+
+<p>Mais il n'en est pas moins certain que l'affection
+accidentelle, en intervenant, imprime à la «maladie»
+un essor plus ou moins vigoureux, suivant l'importance
+de la cause pathogène accidentelle, et aussi
+suivant la valeur préalable du sujet.</p>
+
+<p>De toutes les affections accidentelles, celle qui est
+le plus remarquable, à cet égard, est la grippe. La
+déchéance post grippale est très fréquente, et parfois
+d'une longueur invraisemblable. On met des
+années, souvent, à se remettre d'une mauvaise
+grippe. Et cet ennemi est d'autant plus dangereux
+que, loin de créer l'immunité, il a une tendance à
+revenir à la charge; or, dans le cours de la
+«maladie», chaque atteinte de grippe fait faire
+un pas en arrière, et compromet les résultats péniblement
+acquis. La grippe est l'ennemie personnelle
+des sujets à capital défectueux, quelle que soit, bien
+entendu, la forme symptomatique de leur «maladie».</p>
+
+<p>C'est aussi dans la période que nous étudions
+que se manifeste dangereusement la syphilis contractée
+à vingt ans, et insuffisamment soignée; elle
+se traduit, maintenant, par de l'anévrisme de l'aorte,
+des lésions du muscle cardiaque, de la néphrite dont
+personne ne soupçonne la cause, des ictus cérébraux,
+et toutes les manifestations de la syphilis tertiaire.
+Elle crée de toutes pièces l'ataxie locomotrice et
+la paralysie générale, ou du moins elle prédispose
+singulièrement le terrain à l'apparition de ces
+cruelles «maladies», d'évolution fatalement progressive.
+On commence à connaître ses méfaits, dans le
+monde des assurances, et à savoir que la syphilis
+n'est pas un brevet de longue vie! D'un travail
+statistique fait par le Dr Rungberg pour une Compagnie
+d'assurances, il résulte que l'âge moyen de
+la mort des syphilitiques assurés à cette Compagnie
+a été de quarante-trois ans et quatre mois, et que,
+au point de vue des causes de mort, la syphilis vient
+immédiatement après la tuberculose.</p>
+
+
+
+
+<p>IV.&mdash;INFLUENCES MORBIGÈNES SPÉCIALES A LA FEMME</p>
+
+
+<p>Toutes les considérations que nous venons d'exposer
+peuvent s'appliquer également à l'un et à
+l'autre sexe: mais la femme a, en outre, le triste
+privilège de pouvoir être frappée par des influences
+morbigènes qui n'atteignent pas le sexe masculin,
+et qui méritent d'être étudiées à part.</p>
+
+<p>La menstruation joue, dans la vie de la femme,
+un rôle de premier ordre. Chez la femme très bien
+portante, son influence est à peine perceptible,
+mais chez la femme déjà malade son influence
+est des plus nettes; chez l'aliénée, en particulier,
+on observe d'une façon constante, quelques jours
+avant les règles, une aggravation du délire; et,
+chez l'aliénée qui semble guérie, on ne doit prononcer
+le mot de guérison que quand deux périodes
+menstruelles se sont passées sans accident. Nous
+disons à dessein <i>deux</i> périodes: car si, chez les
+grandes névrosées, les troubles menstruels sont
+mensuels, chez les malades moins atteintes ils nous
+ont semblé souvent ne survenir que tous les deux
+mois<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> (retour) </a> Il y a de grandes nerveuses chez qui la menstruation s'accompagne
+toujours d'une fièvre ardente, se prolongeant deux ou trois
+jours, et bien capable d'égarer le diagnostic.</blockquote>
+
+<p>Chez la grande neurasthénique qui a encore ses
+règles correctes, on peut affirmer que, douze jours
+avant l'apparition des règles, les misères nerveuses,
+abdominales, etc., s'accentuent considérablement,
+au grand désespoir des familles qui, ayant espéré
+la guérison, croient que tout est à refaire. Mais il
+n'en est rien: bientôt tout rentre dans l'ordre,
+quelquefois même pendant les règles, à partir du
+deuxième jour, et, le plus souvent, immédiatement
+après la cessation de l'écoulement. Les malades
+entrent alors dans ce qu'elles appellent leur «bonne
+semaine».</p>
+
+<p>Le médecin doit connaître ce détail, et avertir
+les malades et leurs familles de la rechute, qui
+est inévitable tant que la «maladie» bat son plein.
+Quand les grandes malades n'ont plus leurs règles,
+ce qui est fréquent, c'est d'un pronostic assez
+important; et la réapparition des menstrues après
+deux, trois, ou six ans, comme j'en ai vu plusieurs
+cas, indique que la malade entre enfin dans la voie
+de l'amélioration, alors même qu'elle continue à
+souffrir.</p>
+
+<p>L'influence de la grossesse est non moins évidente.
+Nous avons dit qu'elle était quelquefois
+salutaire, parce que l'utérus développé remplaçait
+la sangle abdominale défectueuse; mais, une fois
+l'utérus revenu à son volume normal, la paroi
+abdominale se trouve encore un peu plus flasque
+qu'avant; et, quand les grossesses sont répétées,
+la ptose abdominale devient un des principaux éléments
+de la «maladie». C'est alors qu'une ceinture
+bien faite, avec ou sans pelote à air suivant la forme
+du ventre, peut rendre à la malade d'inappréciables
+services.</p>
+
+<p>Mais, entendons-nous bien: la ptose n'est pas
+tout, chez les ptosiques. Car enfin, pourquoi les
+malades ont-elles de la ptose? C'est parce qu'elles
+étaient déjà déséquilibrées antérieurement, c'est
+parce que la sangle que forment les muscles du
+ventre n'avait pas la tonicité normale. Si on avait
+soigné la future ptosique en temps utile, alors
+qu'elle n'avait encore que des troubles vagues du
+système nerveux, de l'estomac, de l'intestin, elle
+ne serait pas devenue ptosique, elle n'aurait pas eu
+besoin de ceinture, elle aurait pu avoir des grossesses
+multiples sans avoir de ptose. De sorte que
+la ceinture, cet instrument si merveilleux, ne doit,
+à notre avis, être considéré que comme un moyen
+thérapeutique d'attente. Ce qu'il faut, c'est régénérer
+la malade et lui permettre de se passer de ceinture.</p>
+
+<p>On y parvient, sauf quand la déchéance est trop
+avancée, par une bonne hygiène générale, s'adaptant
+aux indications fournies par chaque individu.
+Chez les unes, la ptose guérira par l'exercice, chez
+les autres par le repos, chez les unes par une saison
+à Vichy, chez les autres par un régime restreint,
+chez toutes par la reconstitution du système
+nerveux, qui toujours laisse à désirer.</p>
+
+<p>La ceinture abdominale, pour en revenir à elle,
+ne sera employée que le moins de temps possible.
+Chez les femmes non surmenées musculairement,
+on se trouvera bien de tonifier la sangle abdominale
+naturelle, soit par les exercices de plancher de
+la gymnastique suédoise, soit par la pratique du
+chant, intelligemment comprise, telle que l'enseignent
+les Italiens. Nul doute que, en utilisant la
+pression abdominale pour la pulsion de l'air, on ne
+fasse à la fois de la bonne thérapeutique abdominale
+et de l'excellent travail au point de vue du
+chant. Tous les chanteurs et même toutes les chanteuses
+dignes de ce nom ont une force extraordinaire
+des muscles droits antérieurs; en se contractant,
+ils repoussent la main qui les comprime<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Note 10:</b><a href="#footnotetag10"> (retour) </a> Il serait intéressant d'inventer un dynamomètre spécial pour
+mesurer la force de ces muscles chez tous les malades. Ce dynamomètre
+donnerait des indications très intéressantes sur la valeur
+biologique, car on peut dire que, tant vaut la pression abdominale,
+tant vaut l'individu.</blockquote>
+
+<p>On voit combien nous sommes éloignés de l'opinion
+qui attribue à la ptose abdominale toutes les
+misères des dyspeptiques, des neurasthéniques, des
+malades qui souffrent de l'intestin, etc. Une femme
+a de la ptose et mille misères variées: une ceinture
+fait disparaître presque toutes ces misères,
+c'est donc, conclut-on que la ptose était l'unique
+cause? Mais non; c'est toujours la théorie du
+moindre effort appliquée au raisonnement humain.
+La vérité est que la ptose est symptomatique, que
+la ceinture ne guérit pas la malade, ne fait que la
+soulager d'une partie de ses misères, et qu'il faut
+déjà être malade pour devenir ptosique,&mdash;en
+dehors, bien entendu, des cas où la contention abdominale
+insuffisante serait due à une éventration.</p>
+
+<p>La ptose peut d'ailleurs n'être que passagère. Il
+existe même des ptoses qu'on pourrait appeler
+aiguës, si l'on nous permettait cette expression.
+Nous voulons parler de celles qui surviennent brusquement,
+dans le cours d'une bonne santé, à la
+suite d'un coup de froid, d'une émotion violente,
+d'une indigestion, d'un empoisonnement, d'une
+purgation. D'un jour à l'autre, on voit le ventre
+s'effondrer, se vider, perdre son élasticité, sa souplesse,
+donner la sensation d'un amas pâteux, d'un
+chiffon mouillé: et l'exploration ne permet plus
+alors de noter ni le caecum, ni le côlon. On perçoit,
+dans la fosse iliaque, un gargouillement dont
+l'on enseigne à tort qu'il appartient en propre à la
+fièvre typhoïde: on ne le rencontre dans la fièvre
+typhoïde que parce qu'on l'y cherche.</p>
+
+<p>Cet effondrement abdominal s'observe en outre,
+dans presque toutes les «maladies» aiguës. Il est toujours
+l'indice d'une sidération du système nerveux
+abdominal; et, comme le système nerveux abdominal
+n'est pas sans avoir des relations intimes avec le
+système nerveux central, l'effondrement en question
+est toujours l'indice d'un état de «maladie» assez
+grave. Mais il peut n'être que passager, durer
+quinze jours, trois semaines; d'autres fois, il dure
+deux à trois mois, dans certains états subaigus;
+puis, peu à peu, on voit le ventre se ressaisir,
+reprendre sa forme, son élasticité, renaître: c'est le
+commencement de la guérison.</p>
+
+<p>En même temps que le ventre s'effondre et que
+survient la ptose aiguë, la sonorité abdominale
+subit des modifications extrêmement intéressantes.
+Le son devient uniforme, tandis que, à l'état normal,
+ou dès que le ventre se ressaisit, la percussion
+donne des notes différentes dans les deux
+fosses iliaques et sur la ligne médiane. Le plus souvent,
+c'est l'octave qu'on observe entre le côté droit
+et le gauche (octave supérieure au côté droit).<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Note 11:</b><a href="#footnotetag11"> (retour) </a> Cette exploration abdominale par la vue, le toucher, et la percussion,
+donne les renseignements les plus précieux sur la valeur
+digestive de chacun, et des indications très nettes sur le régime
+alimentaire qu'il convient d'imposer: régime qui doit varier,
+évidemment, d'un jour à l'autre, comme varient l'aspect du
+ventre et les sensations que donnent la palpation et la percussion.
+Ce sera la gloire du Dr Sigaud d'avoir su lire dans l'abdomen,
+et d'avoir essayé d'apprendre cette lecture à ses contemporains.
+Mais, il ne faut pas se le dissimuler, l'exploration abdominale
+est chose très difficile; je la pratique depuis dix ans que j'ai la
+bonne fortune d'être en relations scientifiques avec le Dr Sigaud,
+et je vois mieux, de jour en jour, la difficulté de cette étude, en
+même temps que j'en apprécie mieux toute l'importance.<br>
+
+<p>Laissons d'ailleurs la parole à MM. Sigaud et Vincent, qui
+résument ainsi les données de l'exploration abdominale: «Nous
+ne saurions trop affirmer que l'exploration méthodique de l'appareil
+digestif est, pour le biologiste, une source de faits inépuisable.
+Quelle variété de renseignements, quelle précision dans
+l'observation, ne devons-nous pas attendre d'un procédé à la perfection
+duquel nous voyons concourir les données fournies,
+presque simultanément, par l'ouïe, la vue, le toucher? Ajouterons-nous
+que, en raison de la nature spéciale cavitaire de son
+tissu, le tube digestif se modifie dans sa forme, dans sa densité,
+dans sa consistance, sous les influences les plus légères et les
+plus fugitives? Alors que, chez un malade, nous ne trouvons
+aucune modification du côté des appareils circulatoire, pulmonaire,
+nerveux ou rénal, nous constatons toujours des signes
+positifs du côté de la sphère gastro-intestinale. Les oscillations
+vitales que les autres appareils organiques sont impuissants à
+objectiver, le tube digestif les enregistre avec une fidélité remarquable
+et une variété de nuances que l'on n'a point soupçonnée
+jusqu'ici. Et toutes les modifications de forme et de volume,
+d'élasticité et de résistance du tissu abdominal, toutes les variations
+de sonorité des membranes digestives, ne sauraient être
+considérées comme des faits de valeur médiocre inutilisable. Elles
+portent en elles-mêmes un double enseignement: elles traduisent,
+d'une part, les diverses modalités fonctionnelles du tube digestif,
+d'autre part, en vertu d'une loi sur laquelle nous allons revenir,
+l'orientation générale des réactions de l'organisme correspond à
+ces modalités digestives.» (<i>Mémoire</i> lu à la Société de Médecine
+de Gand, 4 avril 1905.)</p>
+
+<p>Les intéressantes études de MM. Sigaud et Vincent auraient
+encore à être complétées par l'étude de l'auscultation abdominale;
+c'est là un chapitre de séméiologie qui est tout entier à
+faire, et que je ne puis qu'indiquer aux travailleurs de l'avenir.
+Munis d'un bon stéthoscope, ils trouveront dans l'auscultation
+abdominale des renseignements d'une valeur insoupçonnée jusqu'à
+ce jour.</blockquote>
+
+<p>Pour en revenir aux ptosiques, une bonne sangle
+leur rend un service momentané qui n'est pas à
+dédaigner. Elle les soulage: mais ce qui les guérit,
+quand il leur reste encore assez d'énergie vitale,
+c'est un régime approprié, et du repos ou un exercice
+gradué, suivant les cas. Le régime devra être celui
+qui donne le moins à travailler à l'estomac et à
+l'intestin sidérés; il devra donc être liquide ou
+semi-liquide. Les prises alimentaires devront être
+fréquentes,&mdash;très fréquentes, dans l'état aigu.
+Quant au repos, il s'impose; les malades, d'ailleurs,
+en éprouvent le besoin, et c'est dans ce cas qu'on
+peut dire que le lit est le meilleur des agents thérapeutiques.
+Quand le ventre commence à se ressaisir,
+le régime devra être plus substantiel:
+potages épais, purées légères prises toutes les
+trois heures en moyenne. Puis, quand il a fait un
+nouveau progrès, alimentation plus dense et moins
+fréquente (six repas en vingt-quatre heures, dont un
+dans le courant de la nuit: purées épaisses, macaroni,
+riz, poisson, oeufs). Quand il est redevenu
+presque normal, quatre repas par jour, assez copieux,
+presque égaux, dont un avec viande non saignante.
+Enfin, quand l'orage est passé, quand le ventre a
+retrouvé sa souplesse, son élasticité et sa tension,
+alors seulement il faut arriver aux trois repas: celui
+du matin, qui doit être assez copieux (café noir, oeuf
+ou viande froide); celui de midi, composé en général
+de trois articles: 1° macaroni, ou purée, ou pommes
+de terre en robe de chambre; 2° viande non saignante;
+3° fromage, peu de pain, pas encore de vin, un
+verre de liquide à la fin du repas; enfin le repas
+du soir, plus léger, comprenant aussi trois articles:
+1° potage épais; 2° oeufs ou poisson; 3° fruits cuits.</p>
+
+<p>Telles sont les grandes lignes de la diététique des
+états aigus ou subaigus. En même temps, avons-nous
+dit, le repos s'impose: dans l'état aigu un
+repos absolu au lit; plus tard, deux heures de
+lever sur une chaise longue, entre les repas. Il
+faut faire longtemps manger les malades au lit;
+puis, jusqu'à guérison complète, repos horizontal
+après les repas; et toujours beaucoup de sommeil,
+même diurne, le sommeil diurne étant le meilleur
+agent provocateur du sommeil nocturne, à l'inverse
+de ce que l'on croit ordinairement.</p>
+
+<p>On comprend combien, dans cet état d'équilibre
+instable, une violente perturbation, produite soit
+par une purgation, soit par un vomitif, soit par une
+alimentation trop hâtive, peut être défavorable au
+malade.</p>
+
+<h4>CHAPITRE IV</h4>
+
+
+<h4>PSYCHOTHÉRAPIE</h4>
+
+<p>Nous avons, maintenant, suffisamment indiqué,
+les causes diverses qui produisent la «maladie». Mais
+cette étude même n'a fait encore que mieux nous
+montrer le rôle prépondérant que joue, dans l'origine
+comme dans l'évolution de la «maladie», l'ébranlement
+du système nerveux. Et de là résulte
+l'importance, également prépondérante, d'une médication
+destinée à remonter le système nerveux:
+médication dont un des éléments essentiels est cette
+«psychothérapie» qui, depuis quelque temps, a
+commencé à préoccuper vivement le monde médical,
+sans qu'on soit encore parvenu à en fixer exactement
+le domaine et l'application.</p>
+
+<p>A en croire un certain nombre de nos confrères,
+français et surtout étrangers, le psychothérapie
+serait simplement destinée à remplacer toute thérapeutique.
+L'imagination, d'après ces savants,
+jouerait dans la production et le développement
+des «maladies» un rôle si énorme, qu'il suffirait de
+découvrir, dans chaque cas, le moyen de persuader
+aux malades qu'ils se portent bien, pour leur
+rendre aussitôt la santé. La psychothérapie consisterait
+donc à étudier, à ce point de vue, l'état
+d'esprit de chaque malade, de façon à pouvoir suffisamment
+s'emparer de sa confiance pour lui
+ordonner de se croire guéri. Mais les plus récents
+défenseurs de cette doctrine avouent eux-mêmes
+que les moyens de persuasion sont, jusqu'ici, très
+difficiles à trouver; et je dois dire, quant à moi,
+qu'une conception aussi simpliste de la thérapeutique
+me paraît, jusqu'à nouvel ordre, quelque
+peu fantaisiste.</p>
+
+<p>Oui certes, la préoccupation de l'état d'esprit
+des malades, et de ce qu'on pourrait appeler la
+cure morale, doit tenir plus de place qu'elle n'en
+tenait, hier encore, dans la médecine officielle.
+Mais j'estime que la psychothérapie peut faire
+mieux que d'imposer aux malades l'illusion,&mdash;toujours
+bien brève et bien fragile,&mdash;de se bien
+porter: elle peut devenir un des agents les plus
+actifs et les plus précieux de la guérison.</p>
+
+<p>Étant donnée l'idée que nous nous faisons de
+l'origine nerveuse de la «maladie», voici, à notre
+avis, la meilleure définition de la psychothérapie:
+«C'est l'ensemble des moyens d'ordre psychique
+par lesquels on améliore ou on reconstitue le
+capital nerveux.» Son action s'étend: 1° à toutes
+les déviations mentales; 2° à un grand nombre de
+troubles somatiques, tels que la constipation, l'insomnie,
+l'anorexie, etc., l'incontinence d'urine, etc.</p>
+
+<p>Quant à ses moyens d'action, ils peuvent, pour la
+facilité de l'étude, être divisés en deux grandes
+catégories:</p>
+
+<p>1° Moyens par lesquels on diminue les dépenses;</p>
+
+<p>2° Moyens par lesquels on augmente les recettes.</p>
+
+
+
+
+<p><b>I</b></p>
+
+
+<p>MOYENS PAR LESQUELS ON DIMINUE LES DÉPENSES</p>
+
+<p>Il est une foule de malades qui gaspillent leur
+influx nerveux sans le savoir; il faut leur apprendre
+à l'économiser, leur démontrer combien est fatigante,
+pour le système nerveux, l'hésitation perpétuelle,
+leur enseigner l'utilité qu'il y a à savoir
+prendre un parti dans les moindres circonstances
+de la vie. Il vaut mieux prendre un parti médiocre
+immédiat qu'un parti plus sage après hésitation.
+Or, pour savoir vite prendre parti et s'épargner la
+peine de remettre en discussion tous les motifs et
+mobiles qui doivent déterminer l'acte à accomplir,
+il y a un procédé très recommandable, qui consiste
+simplement à adopter des principes, et à se dire:
+«Dans telle circonstance, je ferai ceci, dans telle
+autre je ferai cela»; et puis, une fois le principe
+adopté, à y rester fidèle,&mdash;sans cependant en
+devenir esclave. Car il ne faut pas que l'entêtement
+remplace l'hésitation, que l'océan devienne terre
+ferme. Un petit moyen pratique à recommander
+aux hésitants, c'est de fixer, sur un agenda, tout
+ce qu'ils doivent faire dans la journée et les jours
+suivants, puis, une fois la chose écrite, d'exécuter
+ponctuellement ce qui aura été arrêté. La volonté
+parvient ainsi, peu à peu, à se discipliner, en même
+temps qu'on s'évite des pertes considérables d'influx
+nerveux.</p>
+
+<p>D'une façon générale, il faut inspirer aux malades
+le respect du temps, leur faire comprendre que le
+temps, c'est l'étoffe dont la vie est faite, et qu'il
+n'est pas permis d'en gaspiller une parcelle: que
+c'est par le respect du temps qu'on trouve le
+moyen de faire une foule de choses utiles avec un
+minimum de dépense. S'ils parviennent à comprendre
+cette vérité, ils trouveront eux-mêmes,
+peu à peu, un <i>modus vivendi</i>, qui, sans qu'ils s'en
+doutent, leur fera faire des économies de dépense
+nerveuse. Recommander aux malades de prendre
+des habitudes <i>d'ordre</i>, de tout régler dans leur vie,&mdash;les
+heures du lever, du coucher, des repas, etc.,&mdash;de donner à
+chaque chose, à chaque préoccupation,
+la place et l'importance qui lui conviennent,
+est encore un moyen de leur épargner les dépenses
+nerveuses inutiles, et de faire de l'excellente psychothérapie.</p>
+
+<p>Appliquons ces idées générales à un cas particulier.
+Voici une jeune fille atteinte de ce qu'on
+appelle la «folie du doute»; dès son lever, elle ne
+saura quelle robe mettre, elle en essaiera trois ou
+quatre, et finira par reprendre la première; elle
+passera deux heures à faire sa toilette, ne sachant
+si elle doit commencer par se coiffer ou par se laver
+les mains; et toute sa journée se passera ainsi
+dans un état vague d'anxiété. Le soir, la situation
+est plus pénible encore: la malade ne parvient pas
+à se coucher, elle met deux heures pour se déshabiller,
+s'interrompant à tout instant pour confier à
+un petit cahier une foule d'idées qui ont torturé son
+cerveau et qui n'ont pas pu prendre corps. On
+dirait qu'elle cherche à les fixer en les écrivant.
+J'ai chez moi plusieurs collections de petits registres
+qui sont tous inspirés par ce même esprit. Or,
+cette agitation stérile, continue, occasionne une
+dépense cérébrale énorme. Si l'on veut bien étudier
+une malade de ce genre, on verra qu'elle n'est
+pas malade que de la tête, mais que tout est malade
+chez elle. Elle digère mal, elle est amaigrie, elle a
+des urines rares et chargées alternant avec des
+urines claires et abondantes. Elle est mal réglée, etc.</p>
+
+<p>Il lui faut donc, avant tout, un traitement général;
+dont nous indiquerons plus tard les grandes lignes,
+mais il lui faut aussi un traitement psychothérapique.&mdash;Et
+lequel? La première chose est de lui
+dire combien cette manière de faire est ridicule:
+cela, on n'aura pas de peine à le lui faire admettre,
+elle le sait très bien; le preuve, c'est qu'elle cache
+son infirmité avec le plus grand soin à tout son
+entourage. Puis il faut lui expliquer comment cette
+dépense nerveuse, si stérile, la fatigue, et entretient
+ou cause sa «maladie» physique. Enfin, d'accord
+avec elle, il faut lui tracer un plan de vie tel qu'au
+lieu de gaspiller ses forces elle les concentre, pour
+les diriger dans un sens déterminé. A l'une, on
+fera apprendre une langue étrangère, à l'autre on
+proposera une autre occupation, non moins précise.
+Le médecin s'inspirera d'une foule de considérations
+d'ordre secondaire; l'essentiel est qu'il
+atteigne son but, qui est de discipliner la volonté
+et d'éviter à la malade les pertes nerveuses, par
+une bonne orientation de son activité. Nous avons
+pris là, à dessein, un cas des plus difficiles à guérir:
+et cependant nous affirmons que la guérison y est
+possible, quand, à la psychothérapie, on joint un
+traitement somatique convenable et suffisamment
+prolongé.</p>
+
+<p>Dans la manie aiguë, ou certaines phases de la
+paralysie générale, dans tous les cas de délire aigu
+occasionnés par les «maladies» infectieuses, l'influx
+nerveux subit des dépenses colossales; les fuites se
+font de toutes parts. La pensée est si rapide, chez
+le maniaque, que l'aliéniste expérimenté ne parvient
+pas à la suivre. Les associations d'idées se
+font avec une telle rapidité que le malade n'a pas
+le temps de les exprimer, et, quelle que soit sa
+volubilité, sa langue n'a pas un débit égal à celui
+de son cerveau. La psychothérapie peut-elle être
+utile à des malades de ce genre? Oui, mais, à vrai
+dire, son rôle est alors négatif; il faut savoir ce qu'il
+ne faut pas faire; il faut ne pas s'acharner à discuter
+avec le malade, à rectifier ses appréciations; il faut,
+en un mot, laisser passer l'orage, et se borner
+à éviter au malade toute cause d'excitation prochaine
+ou éloignée. Il faut se rappeler, surtout,
+qu'une fois l'orage passé, on aura longtemps encore
+à user d'extrêmes précautions, et à ménager le
+cerveau fragile.</p>
+
+<p>Lorsque la fuite nerveuse, au lieu d'être disséminée,
+est limitée à un point fixe, la psychothérapie
+intervient d'une façon plus active. Voici un
+homme en proie à une obsession: une idée a
+envahi son cerveau, il y pense nuit et jour, en perd
+le boire et le manger. Toutes ses pensées ont pour
+pivot l'idée maîtresse, il en parle à tous ceux
+qu'il estime pouvoir le comprendre, il demande
+conseil, s'agite en vain, et, ne trouvant pas de
+solution, il s'épuise. Faut-il, dans ce cas, essayer
+de boucher la fuite, dire au malade qu'il ne doit
+pas penser à ce qui le préoccupe? Mais c'est lui
+demander l'impossible, et le torturer inutilement. Il
+faut, au moins une fois, lui laisser exposer, avec
+les plus amples détails, les causes de sa souffrance
+morale; mais, ceci fait, pour acquérir sa confiance,
+il ne faut presque plus lui permettre d'en parler,
+et, en échange, il faut lui trouver des dérivatifs.
+De même que, dans une hémorragie pulmonaire,
+le médecin bien avisé fait une saignée générale,
+qui arrête l'hémorragie, de même le psychothérapeute
+ne doit, pour ainsi dire, pas lutter contre
+l'idée obsédante, mais faire naître des courants
+d'idées dérivatifs; en d'autres termes, remplacer une
+idée morbide par une série d'idées saines. C'est la
+psychothérapie <i>dérivative</i>.</p>
+
+<p>Un autre moyen d'économiser les fuites nerveuses,
+moyen à employer dans les cas exceptionnels,
+c'est de conseiller au malade l'acceptation
+du fait acquis, en d'autres termes la résignation;
+c'est la psychothérapie <i>sédative</i>. Que le
+malade accepte le fait accompli, qu'il cesse de se
+cabrer contre les circonstances qui ont produit ou
+qui entretiennent la «maladie», de se nourrir de son
+chagrin, de se remémorer les causes morales qui
+l'ont amené; et il s'évitera une fatigue nerveuse
+énorme. Cette passivité produira sur lui l'effet sédatif
+d'une sorte de sommeil de la cellule nerveuse.</p>
+
+<p>Quand la résignation, au lieu d'être pour ainsi
+dire passive, est un acte volontaire en vertu duquel
+le patient accepte, en toute liberté, sans restrictions,
+sans protestations, ses misères, pour les offrir dans
+une intention quelconque, elle devient tout le contraire
+de la passivité, et déjà elle rentre dans la
+deuxième catégorie des moyens psychothérapiques.
+L'étude de cette résignation active va donc nous
+servir de transition toute naturelle.</p>
+
+<p>La résignation ainsi comprise est un acte. Répéter
+plusieurs fois par jour qu'on se résigne, c'est faire,
+plusieurs fois par jour, acte de volonté; et encourager
+le malade à accomplir cet acte de volonté,
+c'est faire de l'excellente psychothérapie <i>reconstituante</i>.
+Malheureusement, cette résignation active
+est à la portée de peu d'initiés. Elle suppose toute
+une doctrine philosophique: la doctrine de la solidarité
+humaine, de la réversibilité des mérites et
+des souffrances, en un mot la doctrine du renoncement;
+et peu de malades la connaissent. Aussi
+est-ce à titre exceptionnel que les ressources de la
+résignation active peuvent être employées.</p>
+
+<p>Mais, dira-t-on, quel peut être le rôle du médecin
+en face d'un malade qui va jusqu'à voir dans la
+souffrance un bienfait? On croirait, <i>a priori</i>, que le
+médecin n'a qu'à disparaître; en fait, il n'en est
+rien. Le médecin doit rester à son poste; et tout en
+encourageant le malade dans cette voie, en fortifiant
+sa volonté, il doit l'exhorter à ne pas négliger les
+moyens thérapeutiques que réclame son état. Car
+enfin le résigné actif ne commet pas une erreur de
+logique en désirant guérir et en acceptant les
+soins médicaux. S'il fait bien de se résigner à la
+souffrance lorsque celle-ci est inévitable, il est tenu,
+au contraire, de se résigner aussi à ce que veut
+pour lui la nature, c'est-à-dire à ne rien omettre
+pour reconquérir, avec la santé, la possibilité d'une
+vie plus active et plus utile. Ajoutons d'ailleurs
+que, en fait, le résigné actif est d'ordinaire le
+plus obéissant, le plus stable des malades, le plus
+reconnaissant pour les soins médicaux qui lui sont
+donnés; c'est le malade de choix.</p>
+
+
+
+
+
+<p><b>II</b></p>
+
+
+<p>MOYENS PAR LESQUELS ON AUGMENTE LES RECETTES</p>
+
+<p>La deuxième catégorie des moyens psychothérapiques
+comprend, comme nous l'avons dit, ceux
+qui ont pour but d'améliorer la part subsistante du
+capital nerveux. On peut parvenir à ce résultat de
+deux façons:</p>
+
+<p>1° En dynamisant ce qui reste du capital nerveux
+par une savante gymnastique de la volonté.
+(L'homme ne vaut que par sa volonté: donc discipliner,
+fortifier, renforcer sa volonté, c'est lui rendre
+le plus grand des services.)</p>
+
+<p>2° En insufflant, pour ainsi dire, au malade un
+fluide nerveux étranger.</p>
+
+<p>Dans le premier cas, on fait appel au libre arbitre
+du malade. Celui-ci devient le collaborateur du
+médecin, dont le rôle se borne à indiquer les procédés
+de gymnastique de la volonté et à surveiller
+l'application.</p>
+
+<p>Dans le deuxième cas, une volonté étrangère
+vient en aide à la volonté défaillante, ou insuffisante,
+du patient.</p>
+
+<p>1° <i>Gymnastique de la volonté</i>.&mdash;Il y a des procédés
+d'éducation de la volonté,&mdash;cette faculté,
+comme la mémoire, comme l'attention, étant susceptible
+d'être améliorée par une bonne gymnastique.
+Le principe général, dans cette éducation,
+c'est de procéder lentement, de ne pas demander
+au malade un effort qu'il serait incapable de fournir,
+mais de lui demander, au début, un tout petit
+effort, qui sera augmenté tous les jours. Ainsi nous
+invitons nos malades à faire trois fois, tous les
+matins, trois mouvements déterminés des bras, puis
+six, puis douze, puis d'en faire autant avec les
+membres inférieurs. En ordonnant ces exercices,
+nous comptons bien moins sur l'action utile de la
+gymnastique musculaire elle-même que sur l'effort
+de volonté que nous obtenons du malade, avec son
+libre consentement. Dans le même esprit, nous
+envoyons certains de nos malades faire une gymnastique
+spéciale, tous les jours, par tous les temps,
+à l'extrémité de Paris, aussitôt qu'ils peuvent supporter
+la fatigue d'un déplacement quotidien. Là,
+nous leur faisons faire la course en flexion, exercice
+musculaire excellent, qui, bien gradué d'après
+des règles précises, régularise la circulation du
+sang, les battements du coeur, augmente la vigueur
+de tous les muscles, en particulier des muscles inspirateurs,
+et favorise, par conséquent, l'acte respiratoire.
+Grâce à cette gymnastique, on arrive, au
+bout d'un mois, à faire courir pendant vingt
+minutes des malades qui ne marchaient pas, ou qui
+ne croyaient pas pouvoir marcher<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Note 12:</b><a href="#footnotetag12"> (retour) </a> Ajoutons que cette course ne provoque jamais d'essoufflement
+le principe de la méthode étant, avant tout, d'éviter l'essoufflement
+par une progression sage et bien réglée dans la longueur
+et la rapidité du pas. La méthode dont nous parlons a été instituée
+par notre regretté ami, le commandant de Raoul, qui avait fait
+des études très sérieuses, théoriques au laboratoire de Marey et
+pratiques pendant toute la durée de sa carrière militaire. Ce n'est
+pas le lieu de parler avec détail de cette méthode d'entraînement;
+disons seulement qu'on ne se fait pas une idée, dans le monde
+des gymnasiarques, de la lenteur dans la progression à imposer
+au coureur. Ainsi la vitesse du pas gymnastique de l'armée ne
+doit être atteinte, chez l'homme même bien portant, qu'après quinze
+minutes de course progressivement plus rapide. C'est comme cela
+que l'on arrive à obtenir le rendement maximum, et que le pas
+gymnastique peut être prolongé très longtemps sans fatigue. De
+même, avant d'arriver à la vitesse de six kilomètres à l'heure,
+c'est-à-dire au pas d'un homme qui marche vite, il faut cinq
+minutes de course en progression. Si, à cette prudence dans la
+progression, on joint le soin de faire respirer le malade en temps
+utile, et de lui apprendre à respirer, on lui évite l'essoufflement.
+Mais si le coureur n'est pas essoufflé, par contre il est envahi, au
+bout de vingt à trente minutes, d'une transpiration énorme,
+telle que la course en flexion a pour complément indispensable,
+soit une friction sèche avec changement de linge, soit, mieux
+encore, une douche tiède. Cette nécessité de la douche finale
+limite beaucoup l'emploi de la course en flexion, et, par parenthèse,
+l'interdit à l'armée, pour laquelle, dans l'esprit du commandant
+de Raoul, elle semblait surtout indiquée. Nos malades, au
+contraire, trouvent toute facilité pour prendre la douche terminale,
+puisque la course a lieu dans le jardin attenant à la maison d'hydrothérapie
+d'Auteuil, qui est gracieusement mis à notre disposition
+par le Dr Oberthur, directeur de l'établissement.<br>
+
+<p>Nul doute que cet exercice musculaire très gradué, sous la direction
+de moniteurs compétents, que l'exercice pris au grand air,
+dans la matinée, ne soient des facteurs importants dans l'excellent
+résultat total que j'obtiens de ce que j'ai appelé la <i>dromothérapie</i>;
+mais j'estime qu'une grande part du résultat utile revient
+à cette gymnastique de la volonté que le malade fait, pour ainsi
+dire, sans s'en douter. Il assiste tous les jours à ses progrès, il
+éprouve un vague sentiment de contentement à la pensée qu'il a
+vaincu, tous les jours, une difficulté nouvelle. Dût-on m'accuser
+de paradoxe, je dirai que, en imposant à un malade la course
+en flexion, fait-on surtout de la psychothérapie: psychothérapie
+par exercice de la volonté, et aussi psychothérapie dérivative,
+puisqu'on les distrait en leur procurant un exercice qui
+devient vraiment une récréation, après les trois ou quatre premiers
+jours.</blockquote>
+
+<p>Le Dr Lagrange a très justement insisté sur l'utilité
+de l'attrait dans l'exercice physique. Or cet attrait
+manque absolument dans l'exercice de la <i>gymnastique
+respiratoire</i>. Cet exercice est souverainement
+ennuyeux, et c'est chose rare que nos malades les
+plus obéissants le continuent régulièrement plus de
+deux mois; mais c'est précisément pourquoi il est,
+pour le psychothérapeute, un agent de premier
+ordre, puisqu'il exige un effort énorme de volonté.
+Aussi, à ce titre même, ne saurions-nous trop le
+recommander. En outre, il produit les effets les
+plus favorables sur la circulation et la nutrition;
+c'est le seul moyen que je connaisse de faire disparaître
+ces rougeurs émotives, si désagréables à
+certains neurasthéniques des deux sexes, et qui
+ne s'observent pas seulement chez les timides, car
+les personnes hardies et décidées leur payent aussi
+leur tribut. Quand cette infirmité arrive à provoquer
+l'obsession de la rougeur, la peur de rougir rend
+la vie sociale insupportable, et mérite l'attention du
+clinicien, d'ailleurs désarmé s'il n'emploie que les
+moyens classiques. Or, si l'on étudie de près ce
+symptôme, on voit qu'il s'accompagne, presque
+toujours, d'une perturbation respiratoire, et quelquefois
+de sensations précordiales; et c'est, sans
+doute, parce que l'exercice en question régularise
+la respiration, qu'il est le meilleur traitement de la
+rougeur émotive. En tout cas, le fait est certain, je
+l'ai plusieurs fois observé. Mais comme ces exercices
+sont, je le répète, extrêmement désagréables,
+il faut savoir les graduer de façon à ce que
+le patient ait au moins le plaisir d'assister à ses
+propres progrès. On arrive ainsi, peu à peu, à
+faire faire au malade des mouvements de respiration
+profonde pendant dix minutes, matin et soir.
+On ne saurait croire l'effet utile, à divers titres, de
+cette gymnastique méthodique, telle que les Suédois
+l'enseignent, c'est-à-dire faite d'après les vrais
+principes de la physiologie; tandis que, quand elle
+est enseignée, ce qui arrive trop souvent, par des
+instructeurs mal instruits, elle trouble les phénomènes
+de la circulation, et peut même amener du
+vertige et de la syncope. C'est donc un moyen
+puissant, mais qu'il faut savoir manier, comme
+toutes les autres armes de la thérapeutique. Il existe,
+dans tous les Instituts Zander, un appareil qui fait
+faire automatiquement d'excellente gymnastique
+respiratoire. Aux malades qui n'ont pas l'énergie
+de la faire simplement dans leur chambre sans le
+moindre appareil, nous conseillerons les instituts
+mécanothérapiques.</p>
+
+<p>On peut exercer la volonté du malade, et, par
+conséquent, la fortifier, par mille autres moyens, qui
+seront inspirés par les diverses conditions de
+milieu, d'aptitudes, etc. Mais, autant que possible,
+il faut faire faire au malade un travail utile, et dont
+il puisse facilement mesurer les progrès, et surtout
+un travail qui ne demande pas une dépense, soit
+cérébrale ou musculaire, excessive: car alors on
+perdrait d'un côté ce qu'on gagne d'un autre. Il
+faut, enfin, se rappeler que le rôle du psychothérapeute
+doit prendre fin à un moment donné, quand
+le malade a reconquis une puissance suffisante pour
+pouvoir voler de ses propres ailes. On doit alors
+l'abandonner à lui-même, mais non pas brusquement:
+il faut, si l'on nous permet cette comparaison,
+que le médecin imite le professeur de bicyclette,
+qui soutient pendant un certain temps son
+élève, puis l'abandonne momentanément, sans
+qu'il s'en doute; l'élève confiant continue à pédaler,
+se croyant soutenu, jusqu'au moment où il est assez
+sûr de lui-même pour aller tout seul. Si le professeur
+le soutenait indéfiniment, l'élève ne ferait pas
+de progrès.</p>
+
+<p>2° <i>Moyens d'augmenter artificiellement le capital
+nerveux insuffisant</i>.&mdash;Dans les cas où la volonté
+est tellement défaillante que l'on ne saurait faire
+aucun fonds sur elle, le médecin peut essayer de
+fournir à son malade un apport étranger d'influx
+nerveux: il y arrive par le procédé de l'hypnose.
+Rien ne m'ôtera la conviction que, dans l'hypnose,
+il y a une «influence» de l'hypnotiseur sur son
+sujet, «influence» étant compris dans son sens étymologique
+(<i>fluere</i>, couler). L'hypnotiseur envoie de
+l'influx nerveux, il donne quelque chose de lui-même;
+il a une action personnelle; et les médecins
+qui prétendent le contraire, qui disent que les passes
+peuvent être remplacées par le braidisme, par la
+fixation d'un objet brillant, immobile comme une
+boule ou mobile comme un miroir à alouettes, ne
+me paraissent pas être dans la vérité.</p>
+
+<p>L'hypnotisme peut rendre de grands services
+dans les cas les plus variés; non seulement il peut
+rectifier des idées erronées, faire disparaître les
+mauvaises habitudes, les crises nerveuses, etc.: il
+agit encore pour ramener chez le malade la quiétude
+de l'esprit, la confiance en soi-même.</p>
+
+<p>Il modifie aussi les fonctions organiques. Rien
+n'est, en effet, plus facile, chez un sujet hypnotisable,
+et qui est bien en main, que de faire disparaître des
+troubles dyspeptiques, névralgiques, d'arrêter des
+vomissements, des métrorragies, de faire revenir
+les règles, le sommeil naturel, de régulariser les
+selles, etc.</p>
+
+<p>Le malheur est que tous les sujets ne sont pas
+susceptibles de subir l'influence hypnotique, et que,
+précisément, ceux qui en auraient le plus besoin se
+trouvent être réfractaires; ainsi les aliénés, les
+hallucinés, les grandes hystériques, les malades
+atteints de délire systématisé, ne sont presque
+jamais hypnotisables. L'hypnose est d'autant plus
+difficile à obtenir qu'elle serait plus utile. Ainsi,
+chez les aliénés, nous avons vu notre excellent
+maître le Dr A. Voisin s'acharner pendant des
+heures entières sans obtenir le moindre effet; mais
+aussi quel triomphe quand, d'aventure, il réussissait!
+Nous connaissons pour notre part de grands
+nerveux qui, très désireux de pouvoir être endormis,
+sont allés, sur notre conseil, consulter tels ou tels
+confrères renommés pour leur habileté ou leur connaissance
+spéciale de l'hypnotisme, et toujours avec
+un insuccès complet.</p>
+
+<p>C'est là une première raison qui restreint grandement
+l'emploi de l'hypnose. Une deuxième raison
+qui doit le limiter, c'est que, quand on emploie
+l'hypnotisme, on risque de se discréditer, dans
+l'esprit du malade, si on ne réussit pas du premier
+coup, et alors on le prive du secours qu'on aurait
+pu lui donner si on n'avait pas, par une fausse
+manoeuvre, perdu irrémédiablement sa confiance.
+Mais il existe des procédés permettant de savoir si
+oui ou non le malade est hypnotisable, de façon
+qu'on puisse ne marcher qu'à coup sûr, et laisser
+de côté, sans en avoir l'air, les sujets non facilement
+hypnotisables.</p>
+
+<p>Un autre motif encore restreint l'emploi de l'hypnose:
+c'est que celle-ci, quand elle réussit, risque de
+devenir un moyen thérapeutique trop actif. Même
+avec la plus grande prudence, on ne parvient pas
+toujours à en graduer les effets, et le médecin s'empare
+souvent par trop de l'esprit du malade, au point
+que ce dernier ne peut plus rien faire sans son
+conseil.</p>
+
+<p>J'ai connu un ingénieur des chemins de fer,
+renommé pour sa sévérité à l'égard des inférieurs,
+et névropathe de grande marque. Son médecin
+crut bien faire en le traitant par l'hypnose; et il se
+trouva, par hasard, que c'était un sujet de premier
+ordre. Un jour, pendant le sommeil hypnotique, le
+médecin lui intima l'ordre d'avoir, à l'égard de ses
+inférieurs, plus de bienveillance; et voici que, dès
+le lendemain, les procédés de cet homme à l'égard
+de ces inférieurs se firent tellement bienveillants,
+affables, affectueux, qu'il devint la risée de ses subordonnés
+eux-mêmes, et un sujet d'étonnement pour
+ses chefs. Il ne parlait plus que de devoir social,
+d'altruisme, de solidarité humaine. On le crut fou; il
+ne l'était pas, mais il était devenu tellement différent
+de lui-même qu'il fallait aviser. Le médecin,
+averti de ce changement à vue, s'efforça, en plusieurs
+conversations, de modérer le zèle charitable du
+néophyte; il n'y parvint pas. Le malade discutait
+avec lui les théories socialistes, et serait devenu
+le pire des utopistes. Il fallut une nouvelle séance
+d'hypnose pour atténuer, au point voulu, les effets
+de la suggestion première.</p>
+
+<p>Pourquoi employer un moyen aussi actif quand
+on peut s'en passer? Autant demander pourquoi
+l'ingénieur ne se sert pas de dynamite pour faire
+sauter une motte de terre. Pourquoi mettre un mors
+arabe à un cheval qui ne demande qu'à se laisser
+conduire? Réservons donc le mors arabe pour les
+cas où l'animal est indocile, indomptable, et rétif!</p>
+
+<p>Ajoutons que, une fois produit l'effet à obtenir, le
+médecin doit cesser de recourir à l'hypnose, sous
+peine de compromettre le résultat final. Une fois
+le blessé remis en selle, on doit lui rendre la direction
+de sa monture. Pour bien faire comprendre
+ma pensée, je prendrai la comparaison suivante:
+l'hypnose est à la défaillance du système nerveux
+ce que l'opothérapie thyroïdienne est à l'insuffisance
+fonctionnelle du corps thyroïde, ce que l'opothérapie
+hépatique est à l'insuffisance fonctionnelle
+du foie. Or, de même que le médecin qui s'est
+servi de foie de porc pour remettre en état un hépatique,
+ne continue pas indéfiniment l'emploi du foie
+de porc, de même le psychothérapeute doit cesser
+l'emploi de l'hypnose dès qu'il a obtenu le résultat
+voulu, c'est-à-dire dès qu'il a remis le malade en
+assez bon état pour pouvoir compter sur sa collaboration
+consciente, et lui demander un effort personnel
+de gymnastique psychique; de sorte que
+quatre ou cinq séances suffisent, dans la majorité
+des cas.</p>
+
+<p>Toutes ces considérations expliquent la rareté
+des cas où l'hypnotisme est à conseiller. Mais quant
+à dire, comme le font les adversaires irréconciliables
+de la thérapeutique par l'hypnose, que
+quelques séances amènent, chez le malade, une
+perturbation d'esprit incurable, que l'hypnotisme
+«dissocie la personnalité normale du sujet»
+(Grasset), «aboutit à la ruine déplus en plus complète
+de ce moi qu'on voudrait sauver» (Duprat),
+c'est tout simplement énoncer une erreur. L'hypnotisme
+bien manié n'est pas si dangereux. Je n'ai
+vu qu'une fois, dans le service de Charcot, l'hypnose
+amener chez un homme une violente attaque
+d'hystérie. Et dire, avec certains scrupuleux, que
+les pratiques de l'hypnotisme ont quelque chose de
+dégradant pour la dignité humaine, parce que le
+médecin qui impose sa volonté au malade porte
+atteinte au dogme de la liberté, c'est énoncer une
+erreur non moins absolue, la suggestion hypnotique
+n'étant pas autre chose que la suggestion à l'état de
+veille poussée à sa deuxième puissance; à ce compte,
+on n'aurait plus le droit de donner un conseil. Enfin,
+dire que les pratiques de l'hypnose sont mal vues
+dans le monde, et discréditent le médecin, c'est
+affirmer une vérité, mais qui ne nous toucherait
+en rien, car le médecin n'est responsable que devant
+sa conscience. Or, nous le répétons, sa conscience
+peut lui permettre, accidentellement, l'emploi des
+procédés hypnotiques, surtout s'il prend le soin de
+n'endormir les malades qu'avec leur assentiment
+formel, et en présence d'un tiers représentant la
+famille.</p>
+
+<p>Ajoutons enfin que le médecin <i>seul</i> doit avoir
+recours à ce procédé thérapeutique; et que ce
+médecin doit agir uniquement pour le bien du
+malade, sans la moindre préoccupation étrangère,
+voire même sans aucune préoccupation scientifique.</p>
+
+<p><i>Conseils pratiques pour l'application des procédés
+psychothérapiques.</i>&mdash;Nous venons de passer en
+revue les moyens psychothérapiques par lesquels
+on peut améliorer le capital nerveux d'un malade.
+Mais un aperçu théorique ne suffirait pas au praticien
+voulant employer la psychothérapie; il semble
+donc utile de le compléter par des considérations
+d'ordre tout à fait pratique, clinique, suggérées
+par une expérience personnelle.</p>
+
+<p>1° Il est un principe qui domine tous les autres;
+c'est que, pour faire de la bonne psychothérapie,
+il faut soigner le malade non seulement avec toute
+son intelligence, mais surtout avec tout son coeur.
+Le médecin qui ne ferait que de la psychologie,
+démontant curieusement pièce à pièce tous les
+rouages du cerveau de son malade, pour chercher
+celui qui est défectueux, sans se préoccuper avant
+tout d'être utile, ne ferait pas de bonne psychothérapie.
+Il lui faut être bon mécanicien, bon
+psychologue, c'est entendu; mais surtout il lui
+faut être un homme charitable. Je sais que le mot
+«charité» sonne mal aux oreilles, depuis qu'on
+ne parle plus que d'altruisme, de solidarité, etc.
+Le mot «charité» pourra disparaître du dictionnaire,
+bien qu'il exprime autre chose que ses soi-disant
+synonymes; mais la charité restera toujours
+au fond du coeur de l'homme, et sera, comme par
+le passé, l'inspiratrice des actions généreuses et
+véritablement utiles.</p>
+
+<p>2° Encore n'est-ce pas assez que le médecin aime
+son malade. S'il veut avoir sur lui une autorité
+morale effective, il faut en outre qu'il ne soit pas
+pressé: non seulement qu'il ne le paraisse pas,
+mais qu'il ne le soit pas en réalité. Savoir se
+donner tout entier à l'affaire présente est la première
+condition du succès, en psychothérapie. Il
+faut que, dès la première entrevue, s'établisse entre
+le malade et le médecin un courant de sympathie;
+or ce courant ne peut s'établir que si le malade
+sent que le médecin s'intéresse profondément à lui,
+et ne lui ménage pas son temps. La première consultation,
+surtout, doit pouvoir durer tout le temps
+nécessaire: mieux vaudrait la remettre à huitaine
+que de l'ébaucher si le temps matériel fait défaut.</p>
+
+<p>3° Il faut encore que le médecin sache écouter,
+c'est-à-dire laisser parler le malade aussi longtemps
+qu'il le désire, surtout pendant les premières
+consultations. Quelle que soit la prolixité, la volubilité
+d'un malade, il y a toujours intérêt à l'écouter,
+parce qu'on apprend toujours quelque détail dont
+on pourra tirer profit: si l'on agit de cette façon,
+le malade, par une sorte de discrétion inconsciente,
+arrive, après quelques entrevues, à ne plus abuser
+de la patience de son auditeur, et se contente de
+répondre aux quelques questions bien précises
+qu'il lui pose.</p>
+
+<p>Une fois que le médecin aura ainsi pris position,
+les conseils qu'il donnera, non seulement sur l'hygiène
+mentale, mais sur l'hygiène alimentaire, musculaire,
+auront toutes chances d'être suivis; et ainsi
+tout concourra à la guérison ou à l'amélioration
+cherchée.</p>
+
+<p>4° Un autre principe, c'est de dire au malade la
+vérité dans la mesure du possible. Évidemment,
+s'il y a une lésion organique incurable, le médecin
+doit avoir la discrétion de se taire, sauf dans les
+cas exceptionnels où le malade a des motifs sérieux
+pour savoir la vérité entière. Mais le plus souvent
+il faut dire la vérité au malade, lui dire très
+franchement l'idée que l'on se fait de son état, la
+durée probable du traitement, etc. Si, cependant,
+le traitement doit demander des années, comme il
+arrive trop souvent chez les malades à capital restreint,
+mieux vaut rester dans le vague, et dire:
+«Le traitement sera long, un peu pénible, mais la
+guérison est assurée.» Il faut encore, dès les premières
+entrevues, avertir le malade des rechutes
+possibles, probables, ou certaines: si c'est une
+femme, la prévenir que, dans les douze jours qui précéderont
+l'époque menstruelle, elle aura fatalement,
+durant quelques mois, une réapparition de toutes
+ses misères, mais à un degré de moins en moins
+marqué; dans tous les cas, avertir le patient, s'il
+s'agit d'un état grave, que, tous les deux jours, il
+risque d'avoir une légère aggravation, puis, quand
+son état s'améliorera, tous les trois jours, puis tous
+les huit jours, et ce, en dehors de toute cause appréciable,
+par le seul fait de cette tendance qu'a le
+système nerveux à protester d'une façon intermittente.
+Mais il faut, en outre, l'avertir que toute
+émotion violente, et surtout que toute infraction au
+régime alimentaire, musculaire, cérébral, qui lui a
+été ou qui va lui être prescrit, se soldera inévitablement
+par une rechute plus ou moins grave, suivant
+la gravité de l'infraction,&mdash;une rechute qui,
+chose curieuse, ne se manifestera que le lendemain
+ou le surlendemain de l'écart commis;&mdash;l'avertir
+enfin qu'une affection accidentelle, la grippe en
+particulier, fera faire un pas en arrière d'autant
+plus grand qu'elle aura été plus grave, et soignée
+plus tardivement; donner, par conséquent, au
+malade des conseils préventifs, pour qu'il se mette,
+dans la mesure du possible, à l'abri des affections
+intercurrentes, et lui recommander de demander
+ou de prendre des soins immédiats, en lui faisant
+bien remarquer que les affections accidentelles ne
+sont graves, en général, que lorsqu'elles ne sont
+pas bien soignées dès leur début.</p>
+
+<p>5° Le médecin doit éviter d'imposer au malade
+des prescriptions qui lui seraient plus pénibles que
+les malaises dont il se plaint. Il doit même éviter,
+en général, de multiplier ses prescriptions, sans
+quoi il risque de décourager le patient, ou, ce qui
+est pire encore, de le rendre égoïste et hypocondriaque,
+et d'entretenir sa «maladie» par le soin
+même apporté à la combattre. Aussi bien la
+thérapeutique est-elle, en général, plus simple
+qu'on ne croit, et les questions de régime, en particulier,
+sont presque toujours faciles à résoudre.</p>
+
+<p>Ce dont il faut surtout tenir compte, avant de
+formuler une prescription, c'est de la mesure où il
+sera possible et facile, au malade, de l'appliquer.
+Pour ma part, je n'arrête jamais un programme
+de vie sans l'avoir discuté, point par point, avec
+le malade, et, si possible, avec l'un des membres
+de sa famille. Je donne alors au malade une feuille
+où est marquée la ligne de conduite à suivre depuis
+l'heure du réveil jusqu'à l'heure du coucher, et où,
+aux heures prescrites, sont indiqués les menus des
+repas, voire même les livres à lire. J'ai soin, en
+outre, d'indiquer que «tout ce qui n'est pas permis
+est défendu», en laissant entendre au patient que,
+dans un avenir plus ou moins rapproché «tout
+ce qui ne sera pas défendu sera permis». Le
+malade, pourvu de cette feuille directrice, est averti
+qu'il doit s'en rapprocher le plus possible, mais
+sans en devenir l'esclave.</p>
+
+<p>On peut dire, en principe, qu'un traitement efficace
+de la «maladie», si grave qu'elle soit, est toujours
+praticable, quelles que soient les conditions
+de la vie sociale du malade. Mais il est des cas où
+ce traitement doit être simplifié au maximum: par
+exemple, chez une mère de famille ayant des occupations
+multiples de toutes sortes. Il serait souverainement
+absurde de proposer à cette malade un
+régime ou des soins personnels qui l'empêcheraient
+d'accomplir ses devoirs de tous les instants; on
+doit se borner, alors, aux prescriptions les plus
+importantes, en faisant comprendre à la malade
+que l'on ferait mieux si les circonstances de sa
+vie n'étaient pas un obstacle, mais que, en définitive,
+le peu qu'on va faire sera déjà très utile, et
+qu'on en sera quitte pour prolonger le traitement
+plus longtemps.</p>
+
+<p>En fait, les seuls vrais obstacles qui s'opposent
+à un traitement méthodique proviennent de deux
+sources: 1° De l'absence de foi du malade, 2° de
+la mauvaise volonté de son entourage.</p>
+
+<p>1° Il est des malades qui viennent nous consulter
+malgré eux, sous la pression de leur famille, avec
+l'idée bien arrêtée qu'ils vont prendre une consultation
+de plus, tout aussi dérisoire et inutile que les
+précédentes. Il faut que le médecin, du premier coup,
+comprenne la mentalité des sujets de ce genre;
+avec l'habitude, il peut être fixé dès les premières
+paroles échangées, voire dès le premier abord. A
+lui, alors, de déployer toute sa puissance de suggestion.
+S'il sait s'y prendre, il peut arriver à
+faire, d'un malade irréductible en apparence, l'être
+le plus doux, le plus confiant, le plus obéissant, et
+il parvient alors à des résultats inespérés. Les
+choses se passent ainsi huit fois sur dix.</p>
+
+<p>Plus difficiles à convaincre sont les malades qui
+n'ont pas d'énergie, qui, loin de se cabrer, semblent
+des victimes soumises à l'avance, ou encore ceux
+qui, désabusés, désespérant de tout, ne souhaitent
+que la mort. En face de tous ces malheureux, le
+médecin ne doit pas se dérober, quelque souci que
+lui réservent les patients de cette sorte.</p>
+
+<p>Enfin, plus difficiles encore sont les malades à
+théories, qui ont leur siège fait, après avoir vu des
+médecins de tous les pays, suivi, dans les sanatoria
+les plus variés, les traitements les plus dissemblables;
+qui connaissent toutes les dernières
+nouveautés sur les choses médicales, le discours
+de la veille à l'Académie de médecine, les livres
+qui vont paraître. Avec ceux-là, rien à faire. Le
+mieux, pour ne pas perdre un temps précieux, est
+de leur déclarer de suite qu'on ne parviendrait pas
+à s'entendre avec eux. Fort heureusement, d'ailleurs,
+ces cas sont assez rares.</p>
+
+<p>Ajoutons qu'il est des malades à mentalité spéciale
+qui commencent par dire toujours non, ou à
+le penser, ce qui est encore plus grave. La psychothérapie,
+comme tous les agents thérapeutiques,
+a à compter avec ce que, dans notre langage
+barbare, nous appelons les «idiosyncrasies».</p>
+
+<p>2° L'autre obstacle, beaucoup plus fréquent, provient
+de l'hostilité de l'entourage du malade.</p>
+
+<p>On ne peut se faire une idée de l'influence
+néfaste qu'exerce cet entourage; quelquefois il contrecarre
+ouvertement les opinions du médecin, discute
+sa manière de penser, ses prescriptions; le
+malade, alors, ne sait plus s'il doit donner sa confiance
+au médecin ou à l'entourage.</p>
+
+<p>Le plus souvent, l'hostilité n'est pas franchement
+déclarée. Mais c'est pis encore: c'est alors une
+lutte sourde, de tous les instants, à propos des
+moindres prescriptions. Le malade sent très bien
+que le médecin est dans le vrai, qu'il a <i>compris</i> sa
+«maladie»; il voudrait de tout son coeur suivre ponctuellement
+ses conseils: mais l'entourage est là
+qui, sans dire un mot, proteste intérieurement et
+exécute à contre-coeur tout ce qui a été prescrit.
+La position est des plus difficiles. Cette contre-suggestion,
+qui s'exerce à tout instant, finit par diminuer
+la confiance, si nécessaire, que le malade
+avait tout d'abord; les prescriptions ne sont qu'à
+moitié observées. Ces tiraillements continus sont
+véritablement lamentables.</p>
+
+<p>Et que faut-il entendre par entourage? C'est
+rarement le mari ou la femme, c'est souvent la
+mère ou la belle-mère, plus souvent encore des
+personnes qui touchent de moins près au malade.
+Les plus dangereux ennemis sont ceux qui ont à
+donner des soins immédiats; ce sont les gardes,
+qui protestent par un silence éloquent, ce sont surtout
+les domestiques. De là la dure nécessité pour
+le médecin d'être bien avec tout le monde, dans la
+maison. Quelquefois il s'en tire en expliquant
+avec bienveillance, en un langage clair, pourquoi
+il prescrit telle ou telle chose qui semble inutile ou
+dangereuse: le repos, alors que tout le monde voudrait
+que le malade fît de l'exercice; le régime
+restreint, alors que, pour rendre du sang au
+patient, tout le monde voudrait qu'il prît du jus
+de viande ou des vins fortifiants. Mais, le plus
+souvent, la partie est perdue d'avance; et c'est alors
+que le médecin doit user de toute son autorité pour
+imposer l'isolement, tandis qu'il eût été quelquefois
+très simple de guérir à peu de frais le malade,
+en le laissant chez lui.</p>
+
+<p>Quand on a la bonne fortune de s'être gagné la
+confiance d'un malade, et d'avoir conquis, non la
+neutralité,&mdash;elle n'existe nulle part,&mdash;mais l'assentiment
+de l'entourage, on a fait la moitié de la besogne;
+il ne reste plus qu'à surveiller l'application du traitement,
+et surtout à entretenir la foi du malade en
+sa guérison à échéance plus ou moins éloignée.
+Pour remplir ce double but, il faut que le médecin
+ait avec le malade de fréquents entretiens, au cours
+desquels il doit lui expliquer, dans la mesure du
+possible, la raison de toutes ses prescriptions, lui
+démontrer ses erreurs d'interprétation, et lui affirmer
+instamment, quelles que soient ses doléances,
+que la guérison est assurée.</p>
+
+<p>Le rôle du médecin, au début, est souvent difficile.
+Il l'est, par exemple, chez les malades qui ont
+besoin du lit, pendant les premiers temps, pour
+calmer leur système nerveux. Ne dormant presque
+jamais, ces malheureux ont toutes les peines du
+monde à rester au lit; il faut leur faire bien comprendre
+que cette agitation, ce malaise inexprimable
+qu'ils éprouvent, proviennent non du séjour
+au lit, mais de l'excitation du système nerveux; que
+cette excitation disparaîtra dans huit ou quinze
+jours, pour faire place à une détente de bon aloi,
+avec sensation de fatigue énorme, mais non plus douloureuse,
+avec sommeil réparateur, retour de l'appétit,
+disparition <i>spontanée</i> de la constipation, etc.
+Bref, il faut les faire patienter; cette phase exige, le
+plus souvent, des visites quotidiennes. Plus tard, les
+visites pourront être espacées: il faut savoir se
+faire désirer.</p>
+
+<p>Dans les cas graves, il faut donner aux familles
+l'habitude de laisser le malade en tête-à-tête avec
+le médecin. L'influence de celui-ci est, alors, beaucoup
+plus active, et les malades, pouvant s'épancher
+en toute liberté, tirent un grand bénéfice de la visite
+du médecin, qui ne tarde pas à devenir leur ami.</p>
+
+<p>C'est dans ces tête-à-tête que le médecin doit
+insister pour faire de la suggestion optimiste et de
+la véritable psychothérapie, d'après les principes
+que nous avons étudiés antérieurement.</p>
+
+<p>Nous avons parlé déjà, à propos de la névrose
+provoquée par les causes morales chez les jeunes
+femmes, du rôle que le médecin pouvait acquérir,
+à titre de confident de leurs misères: ce rôle est
+toujours difficile, et quelquefois dangereux. Le
+besoin qu'éprouve l'être humain de pouvoir confier
+sa pensée à autrui est bien connu de tous les psychologues;
+c'est lui qui pousse les criminels à
+venir s'accuser d'un acte dont l'auteur aurait pu
+rester inconnu; c'est lui qui, chose invraisemblable,
+a excité un de mes malades à prendre sa
+femme, en tant que sa meilleure amie, comme confidente
+d'une passion amoureuse qui le rongeait.
+On comprend donc combien un confident sûr et
+discret peut rendre de services, chez les malades
+de tout âge atteints de psycho-névrose. Comme l'a
+dit le poète:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>En se plaignant on se console,</p>
+<p>Et quelquefois une parole</p>
+<p>Nous a délivrés d'un remords.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Mais il est des cas où la douleur humaine ne
+peut être atténuée par une confidence, si intime
+qu'on la suppose. Alors, la psychothérapie perd tous
+ses droits.</p>
+
+<p>Il est d'autres cas où elle est également impuissante.
+C'est quand le malade ne <i>veut</i> pas guérir,&mdash;s'il
+se complaît dans son chagrin, par exemple.&mdash;Ou
+bien encore on voit des malades qui ont pris
+l'habitude de se faire plaindre, et qui, inconsciemment,
+ne veulent pas guérir; dans leur égoïsme
+morbide, ils mettent sur les dents tout leur entourage,
+véritables vampires qui épuisent jusqu'au
+bout la patience, les forces, les ressources pécuniaires
+de leurs proches, sans avoir un éclair de
+reconnaissance pour ceux qui se sacrifient ainsi,
+ni pour le médecin qui se dépense en pure perte.
+Rappelons-nous bien que ces malades terribles sont,
+avant tout, des malades, et ont droit à toute notre
+indulgence; leur égoïsme féroce n'est qu'un symptôme
+morbide. Ainsi j'ai soigné une dame qui,
+avant d'être malade, était exquise de bonté, de
+bienveillance, de politesse. Or, quelques mois après
+le début de sa «maladie», en même temps qu'elle
+devenait dyspeptique, constipée, obèse, tout en
+ne mangeant presque pas, grande malade en un
+mot, son caractère se modifia et la fit devenir le
+tyran dont j'esquisse à grand traits l'image. Aujourd'hui,
+elle fait le désespoir de tout le monde. Inutile
+d'ajouter qu'elle n'est pas hypnotisable. Chez ces
+malades, la psychothérapie est impuissante. Si
+habilement maniée qu'on le suppose, elle échoue
+quelquefois; elle a cela de commun avec tous les
+autres agents thérapeutiques.</p>
+
+
+<p>PSYCHOTHÉRAPIE ET PROBLÈME RELIGIEUX</p>
+
+<p>Dans quelle mesure le médecin peut-il utiliser,
+comme moyen psychothérapeutique, les ressources
+que peut fournir la foi religieuse? Grave question
+qui ne saurait être traitée avec trop de discrétion.</p>
+
+<p>En principe, le médecin ferait mieux de laisser
+ce soin au prêtre, ou au pasteur, ou au rabbin,
+à des manieurs d'âmes plus habitués que lui à ces
+délicats problèmes; mais il est des circonstances où
+il ne peut pas se dérober, et il nous faut en dire quelques
+mots.</p>
+
+<p>Il est certain, en tout cas, que le médecin ne
+doit jamais aborder, le premier, ces questions d'ordre
+philosophique et religieux; ce n'est pas son rôle,
+et un zèle immodéré, de sa part, pour la défense
+d'une doctrine philosophique quelconque, pourrait
+être, et serait à juste titre, sévèrement jugée. Mais,
+d'autre part, il doit s'attendre à ce que, poussé par
+un besoin presque inconscient, le malade l'oblige à
+entrer avec lui dans ce domaine.</p>
+
+<p>Cela arrive bien plus souvent qu'on ne se le
+figure: le malade qui, pendant ses douloureux
+loisirs, a eu tout le temps d'apprécier l'inanité de
+toutes les ressources morales qu'on lui offre, et la
+banalité des consolations habituelles, qu'il n'accepte
+d'ailleurs qu'à son corps défendant, se sent, à un
+moment donné, préoccupé d'une façon insolite
+par les grands problèmes de l'au-delà, de la destinée
+humaine. Sans compter qu'il est envahi d'une
+crainte angoissante. Combien de fois n'ai-je pas
+entendu des malades me dire: «J'ai peur!» Peur
+de quoi? Ils n'en savent rien; ce n'est pas, en
+général, d'avoir à quitter cette lamentable existence,
+qui ne leur offre rien de bon;&mdash;encore que parfois,
+sans qu'ils s'en doutent, la voix sourde de l'instinct
+de conservation parle là en eux: mais, quoi qu'il
+en soit, ils ressentent une peur vague, animale; et,
+dans cette détresse morale, ils s'accrochent désespérément
+à tout ce qui peut leur donner du réconfort.</p>
+
+<p>Ces deux motifs expliquent le besoin qu'éprouve
+souvent le malade d'aborder des problèmes qui,
+en état de santé, lui étaient complètement indifférents.
+Or, avec qui les abordera-t-il? Est-ce avec
+la bonne religieuse, qui répondra à toutes les questions
+par de petites dévotionnettes ou des pratiques
+tout à fait en dehors des habitudes du malade, des
+pratiques qui n'ont de raison d'être que pour les
+fervents, et qui risquent de révolter l'esprit de
+ceux qui n'en comprennent pas le sens caché? Est-ce
+avec le visiteur plus ou moins pressé qui, entrant
+en coup de vent prendre des nouvelles du malade,
+et ne pensant qu'à ses affaires pendant qu'il lui
+détaille ses misères, se borne à lui répondre:
+«Patience! si vous souffrez ainsi, c'est qu'il pleut,
+ou qu'il fait chaud, etc.»? Trop heureux encore le
+malade, quand ces visiteurs ne l'assassinent pas en
+lui parlant de leurs affaires personnelles, alors que
+la victime n'a qu'une affaire qui l'intéresse au monde!
+Vraiment, tous ces consolateurs de passage feraient
+mieux de rester chez eux; non seulement ils ne sont
+d'aucune utilité, mais ils contribuent à entretenir
+la «maladie», surtout quand ils se succèdent près du
+lit des patients. Chose curieuse, les amis les plus
+intimes, ceux qui dans le cours ordinaire de la vie
+recevaient les confidences les plus secrètes, n'ont
+plus, près du malade, le crédit antérieur. Cela tient
+en partie à ce que l'amitié d'autrefois était entretenue
+par des confidences réciproques; or, à partir
+du jour où le malade a été sérieusement touché,
+il n'y a plus de réciprocité possible, car les affaires
+de ses meilleurs amis ne l'intéressent plus, il ne
+s'intéresse qu'aux siennes, c'est-à-dire à sa «maladie».</p>
+
+<p>Le malade prendra-t-il, comme confidents de
+ses graves préoccupations, les personnes de son
+entourage immédiat, père, mère, mari, femme, etc.?</p>
+
+<p>Quelle médiocre ressource!&mdash;Certes, ce n'est ni
+le dévouement, ni la bienveillance, ni la tendre
+affection qui font défaut aux membres de la famille;
+mais le malade se garde bien de leur confier ses
+chagrins intimes, d'abord par crainte de les alarmer,
+et ensuite parce qu'il sait d'avance ce que
+pourront lui dire ces personnes, qu'il connaît de
+tout temps. Qui alors? Le prêtre? Mais, bien souvent,
+le prêtre n'a pas ses entrées dans la maison;
+et même, s'il s'agit d'un malade dont l'état soit un
+peu inquiétant, la famille de celui-ci fait tout ce
+qu'elle peut pour retarder une visite qui risque de
+l'effrayer. Il sera bien temps d'appeler le prêtre
+quand le malade sera sans connaissance!</p>
+
+<p>Que reste-il donc?&mdash;Le médecin.</p>
+
+<p>Le besoin qu'a de lui le malade, pour la santé
+de son corps, lui donne une influence et une
+autorité morales supérieures à celles mêmes des
+parents ou des amis les plus respectés. C'est à lui
+surtout que le malade est tenté de confier ses
+doutes, ses préoccupations d'au-delà, ses vagues
+espoirs, tout ce monde d'idées qui s'agitent en lui
+avec une abondance et une intensité inaccoutumées.</p>
+
+<p>Au médecin, donc, d'être à la hauteur de sa
+tâche, sur ce domaine particulier de la psychothérapie,
+dont l'importance est souvent capitale.</p>
+
+<p>Mais que doit-il faire? En présence d'un malade
+qu'il voit partagé entre des restes de foi plus ou
+moins effacés, et cet état d'incrédulité, active ou
+passive, qui est aujourd'hui si commun; en présence
+d'un malade qui, sans croire qu'il va mourir,
+craint cependant de mourir, et se demande avec
+angoisse si cette mort signifiera vraiment pour lui
+l'anéantissement éternel, ou bien s'il y a quelques
+chances qu'il retrouve ailleurs, avec une vie nouvelle,
+la société de ceux qu'il a le plus aimés sur
+cette terre; en présence d'un tel malade, que doit
+faire le médecin? Il faut que, dans ces graves circonstances,
+il ne perde jamais de vue que le malade
+est semblable à un noyé qui cherche à se raccrocher
+à la moindre branche de salut; si donc il n'a
+à lui offrir que de froides théories philosophiques,
+aboutissant à la désespérance finale, s'il est lui-même
+bien convaincu que la mort signifie, pour le
+malade, la fin absolue, et la séparation à jamais
+d'avec ce qui lui est cher, alors il fera mieux de se
+taire et de garder pour lui des doctrines qui, en
+admettant même qu'elles fussent exactes, ne pourraient
+être, ici, d'aucun réconfort. Ce dont le malade
+a besoin, c'est de soutien moral, c'est de foi, c'est
+surtout d'espérance. Or, où trouvera-t-il tout cela
+en dehors de la doctrine de celui qui a dit: «Venez
+à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai?»</p>
+
+<p>L'influence utile de la religion est, d'ailleurs,
+reconnue par tous les médecins qui se sont occupés
+des «maladies» nerveuses; et c'est avec plaisir que
+nous avons lu les lignes suivantes, dans le livre
+du Dr Dubois<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>, de Berne, qui cependant, dans
+le reste de son ouvrage, développe avec complaisance
+des théories philosophiques fort éloignées de
+l'orthodoxie chrétienne:</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Note 13:</b><a href="#footnotetag13"> (retour) </a> Dr Dubois. <i>Les Psychonévroses et leur traitement moral</i>, 1904.</blockquote>
+
+<p>«La foi religieuse pourrait être le meilleur préservatif
+contre ces «maladies» de l'âme, et le plus
+puissant moyen pour les guérir, si elle était assez
+vivante pour créer, chez ses adeptes, un vrai stoïcisme
+chrétien. Dans cet état d'âme, hélas! si rare,
+dans les milieux bien pensants, l'homme devient
+invulnérable; se sentant soutenu par son Dieu, il
+ne craint ni la «maladie» ni la mort. Il peut succomber
+sous les coups d'une «maladie» physique, mais,
+moralement, il reste debout au milieu de sa souffrance,
+il est inaccessible aux émotions pusillanimes
+des névrosés.» Et, plus loin, à la leçon, XXXV:
+«Ceux à qui leur tournure d'esprit permet encore
+la foi naïve trouveront un appui dans leurs convictions
+religieuses, à condition qu'elles soient sincères
+et vécues.»</p>
+
+<p>Mais, s'il en est ainsi, est-ce que le devoir n'en
+résulte pas, pour le médecin psychothérapeute,
+d'encourager son malade dans ces convictions
+religieuses qui peuvent le rendre «inaccessible aux
+émotions pusillanimes des névrosés»?</p>
+
+<p>Dans les cas où la foi religieuse, sans être assez,
+vivante «pour créer un vrai stoïcisme chrétien»,
+subsiste encore, et cherche vaguement à se raviver
+sous l'enveloppe de l'indifférence ou du scepticisme
+mondains, est-ce que ce n'est pas une obligation
+pour le médecin de l'y aider, autant qu'il le
+peut?</p>
+
+<p>Voici donc le médecin transformé, malgré lui,
+en apôtre. Mais nous ne craignons pas de le redire:
+pour soutenir ce rôle, auquel il n'est pas préparé, il
+a toujours besoin d'une discrétion extrême, et il ne
+doit s'avancer qu'à pas mesurés sur un terrain
+aussi dangereux.</p>
+
+<h4>CHAPITRE V</h4>
+
+
+<h4>AUTRES AGENTS THÉRAPEUTIQUES</h4>
+
+<p>La psychothérapie est la base du traitement, pour
+les malades chez qui les troubles nerveux et mentaux
+prédominent. Dans les autres formes de la
+déchéance du capital nerveux, elle joue aussi un
+rôle important; de là les résultats remarquables
+obtenus, même dans les «maladies» à forme gastrique,
+abdominale, etc., par quelques-uns de nos
+confrères, qui arrivent, en effet, à soulager et guérir
+un certain nombre de dyspeptiques et abdominaux,
+tout en excluant systématiquement toute préoccupation
+de régime alimentaire. Mais, à mon avis, ces
+confrères tombent dans l'exagération; même s'il n'y
+a pas de troubles gastriques, le régime du malade
+doit être surveillé; et à plus forte raison quand
+l'estomac ou l'intestin protestent. Le régime, en
+réalité, joue, dans la thérapeutique des malades à
+phénomènes intestinaux et gastriques, un rôle au
+moins égal à celui de la psychothérapie.</p>
+
+<p>Erreur, répondent les psychothérapeutes outranciers:
+lorsque vous faites du régime, lorsque vous
+imposez à vos malades telle ou telle alimentation,
+qui varie d'ailleurs d'une latitude à l'autre, d'une
+maison de santé à l'autre, les bons résultats que
+vous obtenez sont dus, exclusivement, à la psychothérapie
+que vous faites sans le savoir. Si le
+docteur un tel guérit beaucoup de dyspeptiques en
+leur donnant du macaroni sous toutes les formes,
+ce n'est pas parce qu'il remet leur estomac en état,
+c'est simplement parce qu'il leur inspire confiance;
+en fait, il les guérit par suggestion, et malgré le
+régime. Car le régime, ajoutent-ils, entretient plutôt
+l'idée de «maladie»: le malade s'auto-suggestionne
+à chaque prise alimentaire, et ce qui peut
+arriver de plus malheureux à un névropathe, c'est
+de trouver un médecin qui le soumette à un régime
+alimentaire, quel qu'il soit.</p>
+
+<p>Cette opinion me semble absolument excessive.
+Je voudrais bien voir traiter, par la psychothérapie
+seule, telle ou telle jeune fille qui vomit tout ce
+qu'elle prend, qui a des constipations de plusieurs
+semaines, qui, outre les troubles nerveux, a des
+troubles digestifs mettant sa vie en danger. Qu'on
+réussisse souvent à guérir les «malades» sans
+régime, ou avec un régime qui n'a rien de méthodique,
+qui n'est en somme que la suralimentation,
+dans une maison de santé, c'est possible: le changement
+de milieu, l'éloignement des causes qui
+avaient produit et entretenu la «maladie», l'influence
+salutaire indiscutable du médecin, expliquent ces
+miracles. Mais c'est une exception qu'on doit se
+garder de généraliser; et mon avis est qu'il faut
+toujours, en même temps qu'on fait de la suggestion,
+instituer un régime alimentaire approprié au
+fonctionnement de l'estomac et de l'intestin malades.</p>
+
+
+
+<h4>I</h4>
+
+<h4>RÉGIME</h4>
+
+
+<p>Nous avons déjà mentionné des cas où l'estomac
+et l'intestin, atteints d'une sorte d'inertie,
+se refusent à tout travail, et indiqué les symptômes
+physiques qui permettent d'affirmer cet état d'inertie.
+Il est évident qu'alors il faut fournir à cet estomac
+et à cet intestin un travail fréquent, mais peu
+actif; de là, nécessité de la diète liquide dans
+les cas très graves, parfois même de la diète absolue
+pendant vingt-quatre ou trente-six heures, et
+de la diète semi-liquide dans les cas moins graves,
+avec prises alimentaires toutes les heures, ou
+toutes les deux heures, suivant le degré d'inertie
+constaté.</p>
+
+<p>Il n'est point nécessaire de varier à l'infini le
+nombre des aliments. Je me rappelle un malade
+qui avait tout à fait l'aspect d'un cancéreux, qui
+depuis deux mois maigrissait à vue d'oeil, ne digérait
+plus rien, avait une constipation invraisemblable,
+ne pouvait plus se traîner, ne dormait
+plus, etc. Or, il s'est admirablement trouvé d'un
+régime consistant à s'alimenter exclusivement de
+Revalescière. Je lui ai donné, toutes les demi-heures,
+pendant trois jours, puis toutes les heures,
+jour et nuit, pendant trois autres jours, puis toutes
+les trois heures pendant huit jours, uniquement de
+la Revalescière, cuite dans du bouillon de légumes
+et de poulet. Après ces deux semaines, son estomac
+lui permit de tolérer d'autres potages, puis
+des purées, puis des oeufs et du poisson, et enfin
+de la viande trois fois par semaine; et il partit
+guéri, ayant augmenté de 20 kilogrammes en trois
+mois. C'est que je faisais, en même temps, de la
+psychothérapie! me dira-t-on encore? Sans doute,
+j'en faisais, et j'ai même dû me dépenser beaucoup
+pour faire accepter ce régime à mon malade, pour
+lui persuader qu'il n'avait pas une «maladie» incurable,
+pour le faire rester à Paris, dans les conditions
+d'installation médiocre où il se trouvait, etc.;
+mais j'affirme que ce n'est pas la psychothérapie qui
+l'a guéri, et que, malgré la confiance qu'il avait en
+moi, malgré toute l'autorité que j'exerçais sur lui,
+malgré le repos au lit, si je lui avais donné à
+manger ce qu'il mangeait auparavant, si je l'avais
+mis au lait, si surtout j'avais fait de la suralimentation,
+ce malade n'aurait pas guéri; et la preuve
+en est que, à partir du premier mois, sitôt que je
+m'écartais du régime méthodique, et que, pour
+essayer de gagner du temps, je faisais un essai d'alimentation
+un peu substantielle, cet essai, si timide
+qu'il pût être, amenait invariablement un petit
+recul. Si cet essai avait été prolongé, il aurait sûrement
+amené une rechute.</p>
+
+<p>Inutile de dire, après cela, que la Revalescière
+n'est nullement un spécifique. Tout autre aliment
+semi-liquide aurait amené le même résultat (panade
+bien cuite et bien passée, tapioca, arrow-root,
+phosphatine, avénose, aristose, crème d'orge, de
+riz, etc)</p>
+
+<p>Dans d'autres cas d'inertie intestinale, c'est au
+contraire le régime ultra-sec qui convient mais
+pendant quelques jours seulement: Le régime sec
+est d'un maniement difficile et doit être très vite
+remplacé par le régime «à restriction des boissons».
+Ces cas sont ceux où, à l'inertie, se joint
+un élément spasmodique. Il faut alors donner au
+malade, toutes les demi-heures d'abord, puis toutes
+les heures, pendant deux ou trois jours, des aliments
+secs à grignoter; et ce régime est spécialement
+indiqué chez les malades chroniques dont le
+capital est gravement atteint. Il est bien certain que
+la psychothérapie intervient assez peu dans ces cas,
+et que, si l'on fait fausse route, si l'on donne à
+un malade qui aurait besoin d'un régime sec le
+régime liquide, ou même semi-liquide, il n'y a point
+de suggestion qui puisse empêcher les fâcheux
+résultats d'une pareille erreur thérapeutique.</p>
+
+<p>Dans certains autres cas graves, le malade maigrit,
+semble ne pas pouvoir digérer, et ne digère
+pas, en effet, simplement parce qu'il a peur de
+manger; il s'auto-suggestionne lui-même. Oh!
+alors la psychothérapie fait merveille. On doit donc
+forcer le malade à manger, et à manger n'importe
+quoi, pour lui bien démontrer qu'il peut tout digérer.
+Mais je ne conseillerai jamais à un médecin
+d'essayer ce système, de prime abord, chez un
+malade dont il n'aurait pas étudié de très près le
+fonctionnement gastro-abdominal; il risquerait de
+compromettre gravement la situation du malade, et
+la sienne propre.</p>
+
+<p>D'une façon générale, dans le doute, mieux vaut
+procéder avec une sage lenteur, et se rappeler ce
+que nous avons dit du peu d'aliments nécessaire
+à la conservation de la vie.</p>
+
+<p>Il nous est impossible de tracer, même à grands
+traits, les indications de régime qui conviennent
+aux divers malades. Théoriquement, le régime doit
+varier d'un individu à l'autre, et même d'un jour
+à l'autre, pendant toute la durée de la «maladie».
+Mais, en pratique, les choses se passent plus simplement.
+Le principe général, c'est qu'il faut faire
+manger souvent les malades, sans attendre qu'ils
+aient des phénomènes spasmodiques (tiraillements
+d'estomac, bâillements, etc.), et qu'il faut les faire
+manger dès le réveil, et même pendant la nuit pour
+assurer le sommeil. La moitié d'un oeuf dur pris
+vers minuit, après le premier réveil, dans les cas
+où le régime doit être plutôt sec, une tasse de cacao
+dans les cas où le régime doit être plus liquide,
+font mieux, pour procurer le sommeil, que la meilleure
+des préparations opiacées.</p>
+
+<p>Une seconde recommandation, c'est de faire
+reposer les malades après avoir mangé. Nous
+avons déjà dit que, dans les cas graves, il faut qu'ils
+se couchent pour manger; dans les cas moins
+graves, la position horizontale après les repas
+s'impose, et n'est pas moins nécessaire après le
+goûter. L'homme tout à fait valide se trouve bien
+de faire, après les repas, un exercice modéré; et
+il y a aussi quelques dyspeptiques auxquels cet
+exercice est profitable: mais c'est la grande exception.</p>
+
+<p>Et enfin, il y a un précepte que ni le dyspeptique
+ni l'homme bien portant ne doivent oublier: c'est
+qu'il n'est pas bon de se mettre à table immédiatement
+après un travail musculaire. C'est ce qu'a
+parfaitement expliqué le Dr Lagrange, dans ses
+remarquables travaux sur les exercices physiques;
+et je ne puis mieux faire que d'y renvoyer mes
+lecteurs, s'ils désirent être renseignés en détail sur
+toutes les questions de l'alimentation dans ses
+rapports avec l'exercice.</p>
+
+
+
+
+
+<h4>II</h4>
+
+<h4>MOYENS ACCESSOIRES</h4>
+
+
+<p>Outre le régime, il est encore un grand nombre
+de petits moyens thérapeutiques que la psychothérapie
+ne remplacera certainement pas. Il est très
+simple, en vérité, de dire que, si l'électricité, le
+massage, la douche tiède, paraissent faire du bien
+aux malades, c'est parce que ces agents provoquent
+des suggestions favorables. Mais c'est une
+conception par trop facile, et qui se trouve démentie
+par l'expérience. Tous ces moyens accessoires ont
+leur action propre, indépendante de toute suggestion,
+action quelquefois très puissante; aussi doivent-ils,
+tout comme l'hygiène alimentaire, être
+soumis à un contrôle sérieux, et ne pas être employés
+à tort et à travers: mais, quand ils sont bien maniés,
+ils jouent un rôle incontestable dans la thérapeutique.
+Le principe général, c'est qu'il faut en user
+avec une extrême prudence, et que, dans le doute,
+il vaut mieux s'en abstenir.</p>
+
+<p><i>Hydrothérapie</i>.&mdash;L'hydrothérapie froide est
+rarement indiquée; on commence à le savoir! Dans
+tous les cas graves, alors que le capital nerveux
+est vraiment compromis, elle peut occasionner des
+désastres.</p>
+
+<p>Les médecins aliénistes qui, autrefois, faisaient
+de la douche froide la base du traitement de la
+folie, y on tous entièrement renoncé: la douche
+froide ne convient que dans les cas exceptionnels,
+chez les malades ayant encore un excellent capital,
+et auxquels on peut impunément soutirer une
+dose considérable d'influx nerveux. Je comparerais
+la douche froide à la saignée faite chez les malades
+qui n'ont plus de pouls, qui sont moribonds, et
+auxquels une saignée peut parfois rendre le pouls
+et la vie. C'est ce que nos pères appelaient «la saignée
+dans les cas d'oppression des forces». Or,
+pour pratiquer à coup sûr la saignée, dans ces
+cas, il fallait être un virtuose; et, de même, il faut
+être doué d'un doigté exceptionnel pour appliquer
+convenablement l'hydrothérapie froide, chez les
+malades graves.</p>
+
+<p>Que dirai-je de la méthode Kneipp? Les affusions,
+les lotions, le manteau espagnol, etc., ont une
+action moins brutale que la douche. Bien appliquées,
+ces pratiques peuvent rendre de grands services.
+Elles le peuvent surtout si le malade, plein
+d'une foi aveugle, et suggestionné par avance,
+quitte son milieu pour aller les suivre, s'il va,
+comme les fervents de Woerishoffen, dans un
+endroit tranquille, bien aéré, où son cerveau reste
+en jachère par le fait de l'horrible tristesse du
+milieu, et s'il s'y soumet à une alimentation plus
+raisonnable que celle qu'il avait chez lui. Tous ces
+éléments entrent pour une part indéniable, dans les
+remarquables succès qu'à obtenus Mgr Kneipp, et
+qu'obtiennent encore, à un moindre degré, ses successeurs
+et ses élèves, à Altkirch, en particulier.</p>
+
+<p>Pour en revenir à l'eau froide, il ne faut pas, de
+parti pris, se priver de ses services, mais se rappeler
+qu'elle ne doit être employée que chez les
+malades qui ont encore beaucoup de ressort. Chez
+les malades de ce genre, le maillot humide, notamment,
+constitué par un drap mouillé et tordu
+étendu sur un lit et dans lequel le malade se jette,
+est un procédé souvent très utile et à la portée de
+toutes les bourses. On entoure, avec le drap, le
+malade comme une momie, en l'enveloppant ensuite
+de trois couvertures préalablement étendues,
+sous le drap. Nous avons vu des malades, qui ne
+parvenaient pas à dormir, trouver, vingt minutes
+après qu'ils étaient dans ce maillot, un sommeil
+réparateur. La durée des applications ne doit pas
+dépasser trois quarts d'heure; et leur nombre peut
+sans inconvénients atteindre 80, employées quotidiennement,
+même pendant les règles.</p>
+
+<p>L'hydrothérapie tiède trouve plus souvent ses
+indications. Le <i>tub</i> tiède, pratiqué dans la matinée,
+avec une infusion de tilleul et l'enveloppement dans
+une couverture, est essentiellement sédatif, si le
+malade prend soin de se recoucher sans s'essuyer.</p>
+
+<p>Le bain répond aussi à de nombreuses indications;
+mais c'est un moyen beaucoup plus actif
+qu'on ne se le figure dans le monde. Il est des
+malades qui ne le supportent pas, que le bain,
+même de cinq minutes, énerve, empêche de dormir;
+on doit tenir compte de cette susceptibilité, et ne
+pas insister si le malade affirme que le bain lui est
+contraire. Les médecins aliénistes se trouvent quelquefois
+amenés à donner des bains de douze et de
+vingt-quatre heures: c'est là une médication très
+active, et difficile à manier. Il arrive, en effet, que
+les malades ont des syncopes dans le bain; c'est
+dire la surveillance qu'il faut exercer autour d'eux.
+Les bains de six heures consécutives sont journellement
+employés à Louéche, et avec grand
+profit, pour les malades atteints de certaines formes
+d'eczéma. Les eaux de Louéche ont peut-être une
+qualité particulière, qui rend tolérables ces bains
+prolongés; ce qu'il y a de certain, c'est que les
+bains de la même durée avec de l'eau de Paris,
+comme on les employait autrefois à l'hôpital Saint-Louis,
+ne sont, en général, pas tolérés, et qu'on a
+dû réserver ce traitement pour les cas exceptionnels.</p>
+
+<p>C'est également une qualité particulière de l'eau
+qu'il faut invoquer pour expliquer la tolérance de
+certaines eaux minérales. A Badenweiller, en particulier,
+à Gastein, à Néris, les nerveux supportent
+des bains très prolongés (pendant une et
+deux heures), alors que, chez eux, un bain d'un
+quart d'heure les mettrait dans un état pitoyable.</p>
+
+<p>Il est cependant des malades qui ne supportent
+pas le contact de l'eau, même aux stations minérales
+que je viens d'indiquer; les médecins de ces
+stations auraient tort d'insister si, après les deux
+ou trois premiers bains, ils observaient une aggravation
+de l'état maladif.</p>
+
+<p>Il faut bien savoir qu'il y a des malades dont on
+ne doit pas mouiller la peau. L'application d'un
+cataplasme leur est odieuse, un bain de pieds les
+révolutionne, ils éprouvent le besoin de se laver la
+figure avec très peu d'eau tiède, ou même avec du
+cold-cream. Dira-t-on que ce sont là des phobiques?
+Il n'en est rien. La vérité, c'est que nous ne connaissons
+pas tous les degrés de susceptibilité du
+système nerveux, réactif d'une sensibilité invraisemblable;
+et cette intolérance de la peau pour
+l'eau est symptomatique. La preuve, c'est qu'elle
+disparaît en même temps que les vertiges, gastralgie,
+constipation, maux de tête, et autres
+misères dont l'ensemble constitue la «maladie».
+Mais, aussi longtemps qu'existe cette intolérance,
+le médecin doit savoir la respecter, et ne pas s'obstiner
+à faire faire au malade l'hydrothérapie même
+la plus mitigée.</p>
+
+<p>C'est dans ces cas que convient souvent l'application
+de la chaleur sèche. Un sac en caoutchouc,
+à moitié rempli d'eau chaude, appliqué sur l'estomac
+après les repas, et, le soir, au lit, pour
+chauffer les pieds, est très apprécié de beaucoup
+de malades. Ce procédé, très simple, facilite la
+digestion, surtout chez les malades spasmodiques.
+Cependant, on ne doit pas le recommander dans
+les cas d'inertie. Dans ces cas, c'est la compresse
+froide, étendue sur le ventre, recouverte de taffetas
+chiffon, d'ouate, et d'une ceinture de flanelle, qui
+rend service au patient.</p>
+
+<p>Le sac d'eau chaude dont je viens de parler peut
+encore être remplacé par un sac en caoutchouc
+contenant un produit solide, qui se dissout par la
+chaleur et abandonne, en redevenant solide, sa
+chaleur de fusion. Ces petits appareils, connus
+sous le nom de <i>dermothermes</i> ou de <i>dermophores</i>,
+ont l'avantage de garder pendant cinq ou six heures
+une chaleur égale. Ils ont, par contre, l'inconvénient
+d'être un peu lourds; aussi, quand l'installation
+le permet, leur préférons-nous un tissu métallique
+très léger, recouvert d'une enveloppe de soie,
+et chauffé par un courant électrique à 70 volts.</p>
+
+<p><i>Massage</i>.&mdash;Ce que nous disons de l'hydrothérapie
+s'applique, de point en point, au massage. Le
+massage est un moyen violent qui ne devrait jamais
+être pratiqué en dehors du médecin. Employé
+même légèrement, il fatigue beaucoup certains
+malades. Le massage abdominal, en particulier,
+qui a été fort en honneur il y a quelques années,
+constitue un procédé thérapeutique dangereux
+dans bien des cas; il faut qu'il soit toujours
+pratiqué par une main expérimentée, c'est-à-dire
+avec la plus grande douceur. Il peut rendre alors
+quelques services, lutter contre la paresse de l'estomac
+et de l'intestin; mais il faut bien se rappeler
+que, même alors, ce n'est jamais qu'un moyen tout
+à fait accessoire. Les médecins qui auraient la
+prétention de guérir la constipation par le massage
+abdominal exclusivement s'exposeraient à un
+échec certain, parce que la constipation n'est pas
+causée seulement par une inertie des muscles de
+l'intestin, mais n'est que le symptôme d'un état
+général, ainsi que nous l'avons déjà expliqué.</p>
+
+<p>Les frictions de la peau rendent, d'ordinaire, au
+moins autant de services que le massage, et sont
+d'une application plus facile, puisqu'elles peuvent
+être confiées à toutes les mains. Elles sont faites
+avec un gant de molleton, jamais ou très rarement
+avec le gant de crin; seules les personnes
+bien portantes, ou les malades ayant encore une
+grande somme de résistance, supportent la friction
+violente au gant de crin. Une bonne manière de
+faire la friction humide est la suivante:</p>
+
+<p>Mettre le malade tout nu dans une couverture de
+flanelle; en extraire un des bras, le frotter de bas
+en haut avec le gant imbibé d'une solution alcoolique
+tiédie; ôter ce gant, le remplacer par un
+gant sec, frictionner de bas en haut, remettre le
+bras du malade dans la couverture; s'emparer
+ensuite de l'autre bras, et agir de même. Frictionner
+successivement les deux jambes, toujours de bas
+en haut, puis faire asseoir le malade sur son lit,
+lui frictionner le dos, n'importe en quel sens, l'étendre
+de nouveau, travailler légèrement le devant
+de la poitrine sans toucher à l'estomac ni au ventre.
+L'opération doit durer dix minutes. Elle est à
+recommander chez presque tous les malades, même
+chez ceux qui sont très gravement touchés. Bien
+faite, et comme nous venons de le dire, elle n'est
+jamais dangereuse.</p>
+
+<p>Les bains de vapeur sont en général bien supportés;
+mais les prendre dans des établissements
+spéciaux expose à une grande perte de temps, et à
+un refroidissement terminal. Mieux vaut les prendre
+à domicile, soit dans des boîtes portatives,
+soit, mieux encore, au lit. On peut, dans ce cas,
+utiliser la vapeur et l'air chaud émanant d'une
+forte lampe à alcool, et conduites sous les couvertures
+du lit par un tuyau en tôle. Mais un procédé
+qui nous semble meilleur encore est le suivant:
+dans des boites disposées <i>ad hoc</i>, mettre
+deux briques bien chauffées,&mdash;appliquer une de
+ces boîtes aux pieds du malade couché, une autre
+boîte à chacun de ses côtés, et attendre que la
+transpiration survienne. Elle arrive infailliblement,
+avec une douce lenteur, et ce système permet: 1° de
+graduer la transpiration; 2° de ne pas mouiller les
+draps et les couvertures, comme le fait l'air saturé
+de vapeur qui sort d'une lampe à alcool. Nous préconisons
+ces bains d'air sec chez les malades obèses,
+rhumatisants, atteints d'algies, de sciatique, etc.</p>
+
+<p>En thérapeutique, il n'y a pas de menus détails:
+tout ce qui peut être utile au malade doit être
+l'objet de nos recherches; et c'est le soin des
+détails qui fait la force, et, disons-le franchement,
+le légitime succès de quelques-uns de nos confrères
+étrangers.</p>
+
+<p><i>Électricité</i>.&mdash;L'électricité n'est pas, non plus,
+à négliger. Il est certain que les courants de haute
+fréquence ont, sur la nutrition en général, et sur
+le système nerveux en particulier, une action très
+puissante, notamment chez les nerveux atteints
+de prurit anal (Dr Leredde), et chez les malades
+envahis par une sensation permanente de froid.
+Mais c'est là un procédé forcément limité, à
+cause des difficultés d'installation et du prix de
+revient. Les applications faradiques ou galvaniques
+sur l'abdomen peuvent également avoir
+leur efficacité; mais c'est là un procédé très actif,
+et qui, fort heureusement, n'est pas, non plus,
+d'un emploi facile.</p>
+
+<p>Le tabouret électrique est souvent recommandable,
+à condition qu'on ne tire pas d'étincelles.
+Les machines statiques à domicile sont des jouets
+qu'on peut concéder aux malades; qui sait cependant
+si le peu d'ozone qu'elles dégagent n'a pas une
+influence utile?</p>
+
+<p>Les bains électriques constituent aussi un moyen
+puissant, et, par conséquent, difficile à manier. Ce
+que nous avons dit des contre-indications du bain ne
+s'applique pas aux bains électriques; il est des
+cas où le bain électrique, bien appliqué, rend
+d'excellents services: tant vaut l'application, tant
+vaut le moyen. D'une façon générale, on peut dire
+que le bain électrique occasionne une courbature
+notable qui, à l'inverse de la courbature produite
+par l'excès d'exercice musculaire, amène le sommeil.
+Ces bains ne devraient être donnés que tous
+les deux ou trois jours, et sous surveillance médicale
+très exacte pendant toute la durée du bain.
+Dire qu'un pareil moyen agit par suggestion, c'est
+énoncer une affirmation qui n'a rien de scientifique.</p>
+
+<p><i>Injections hypodermiques</i>.&mdash;Les injections
+hypodermiques constituent un des agents les plus
+utiles de la thérapeutique. On peut rapporter aux
+trois chefs suivants leur action bienfaisante:
+1° toute injection, en tant qu'injection, a une
+influence utile; 2° le médicament injecté a son
+action propre; 3° une part de suggestion s'attache
+à l'emploi des injections.</p>
+
+<p>I. On sait, depuis les remarquables études du
+Dr Chéron, que toute injection hypodermique, quelle
+qu'elle soit, pourvu que le liquide injecté ne soit
+pas toxique, produit un relèvement momentané de
+la tension vasculaire, se traduisant par une sensation
+de bien-être, de vigueur; produit, en un mot,
+un effet dynamogénique plus ou moins prolongé,
+Suivant la dose injectée, et suivant une foule d'autres
+conditions.</p>
+
+<p>Ainsi, qu'on injecte de l'eau salée, du liquide de
+Brown-Séquard, de l'océanine, etc.; il y a toujours
+à compter avec cette action particulière de l'injection
+en tant qu'injection sous-cutanée ou intramusculaire,
+en tant qu'agent modificateur de la
+pression sanguine. De là l'utilité des doses massives
+de liquide, comme aussi la vogue qu'ont eue,
+pendant un certain temps, les injections de sérum
+artificiel, dont la formule habituelle est à 7 grammes
+de sel marin pour un litre d'eau stérilisée.
+Malheureusement on sait, depuis quelques années,
+que le sel n'est pas un agent indifférent, et qu'il
+peut devenir toxique chez les malades dont les reins
+ne fonctionnent pas très bien. Il faut donc en user
+avec grande prudence.</p>
+
+<p>Depuis un an, on fait beaucoup d'injections
+d'eau de mer stérilisée (océanine). On donne de
+300 à 500 grammes de liquide, et les promoteurs
+de ce nouveau médicament en disent merveille: il
+est possible que l'eau de mer soit un heureux
+mélange de substances utiles à l'organisme. Je n'ai
+pas fait d'études sur ce sujet; je dirai seulement
+que j'ai essayé l'océanine chez trois malades, vus
+en consultation avec le Dr Marie, sans résultats
+appréciables. Il est vrai que nous ne leur donnions
+que des doses de 30 grammes par jour. D'une
+communication sur ce sujet faite à la Société
+de Thérapeutique, le 11 octobre 1905, par le
+Dr Marie, il résulte que ces injections, pratiquées
+à des doses plus fortes, ont des effets vraiment
+importants chez les nerveux, les aliénés, et qu'elles
+n'ont pas les inconvénients graves des injections
+salées ordinaires, si bien mis en lumière par M. le
+Dr Hallion à la même séance de la Société. L'eau de
+mer n'a donc pas dit son dernier mot, et c'est
+probablement un des précieux médicaments de
+l'avenir, comme le dit le Dr R. Simon; d'autant que
+les injections massives qu'on en fait agissent également
+en tant qu'injections de liquide non toxique.</p>
+
+<p>II. Il faut tenir compte de la nature du produit
+injecté. Il existe, certainement, des médicaments
+doués d'une action reconstituante sur le système
+nerveux: les glycérophosphates, le cacodylate de
+soude et surtout de magnésie, le sérum de Brown-Séquard,
+peut-être la lécithine, les phosphates, etc.
+Loin de nous l'idée d'étudier l'action de tous ces
+médicaments: disons seulement un mot des principaux.</p>
+
+<p>Le cacodylate de soude est incontestablement un
+reconstituant de premier ordre; on peut l'employer
+sans danger à des doses beaucoup plus élevées
+qu'on ne l'indique généralement, et j'ai publié, à
+la Société de Dermatologie, des observations prouvant
+la non-toxicité du produit, ainsi que l'utilité
+des hautes doses longtemps continuées, dans certains
+cas exceptionnels<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>. Le plus souvent, la dose
+indiquée par le professeur Gautier, de 10 centigrammes
+par injection, est suffisante, et il n'est
+pas nécessaire de renouveler plus d'une fois par
+semaine cette injection, à la condition de continuer
+le traitement pendant deux ou trois mois
+dans les cas moyens.</p>
+
+<p>J'ai, d'ailleurs, fait une étude clinique détaillée
+de l'action des cacodylates de soude et de magnésie,
+à la Société de Thérapeutique, en 1902, en indiquant
+les très rares contre-indications, et en précisant,
+dans la mesure du possible, les indications<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>.
+Le cacodylate de fer en injections rend aussi des
+services, dans les cas exceptionnels où le fer est
+indiqué (chez certaines jeunes filles anémiques,
+chloro-anémiques): mais quatre ou cinq injections
+de 5 centigrammes, faites à raison de deux par
+semaine, nous ont toujours semblé suffisantes.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Note 14:</b><a href="#footnotetag14"> (retour) </a> Considérations sur la médication cacodylique, <i>in Ann. de
+dermatologie et Syphiliographie</i>, 6 mars 1902.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Note 15:</b><a href="#footnotetag15"> (retour) </a> <i>Bull de la Soc. de Thérapeutique</i>, 27 mars 1901.</blockquote>
+
+<p>Les injections orchitiques de Brown-Séquard,
+après avoir eu un moment la faveur que l'on sait,
+sont tombées dans un injuste oubli. Ayant eu la
+bonne fortune d'être en relations personnelles et
+suivies avec le vénéré maître, de recueillir de sa
+bouche des aperçus thérapeutiques de grande
+envergure, que la mort ne lui a pas laissé le temps
+de vérifier et d'enseigner, je reste convaincu qu'il
+faudra reprendre l'étude de l'action dynamogénique
+du liquide de Brown-Séquard, préciser les
+doses, le nombre des injections, etc. Ce travail n'a
+été qu'ébauché par le grand initiateur.</p>
+
+<p>D'ailleurs l'opothérapie, en général, nous semble
+une méthode pleine de promesses; j'ai cité notamment,
+à la Société de Thérapeutique, en 1904,
+le cas d'une malade à foie défectueux arrivée au
+dernier degré du marasme, avec muguet dans la
+bouche, qui a été comme ressuscitée par l'emploi
+de trois lavements quotidiens préparés avec une
+macération de 200 grammes de foie de porc, fraîchement
+tué, dans 300 grammes d'eau bouillie.
+Cette dame, une grande malade avec phénomènes
+nerveux et dyspeptiques anciens, avait eu, à un
+moment donné, une insuffisance hépatique; son
+foie ne fonctionnait pour ainsi dire plus (fièvre
+intermittente hépatique, urobiline dans l'urine, etc.);
+au deuxième mois de cette complication, elle était
+arrivée à l'état lamentable que j'ai indiqué, quand
+nous eûmes l'idée de lui rendre ce qui manquait à
+son foie. Le résultat a dépassé toute espérance;
+trois heures après le premier lavement, la malade
+avait des urines claires et abondantes; huit jours
+après, elle avait retrouvé le sommeil et l'appétit, les
+selles régulières, etc. Une fois l'orage passé, le danger
+immédiat conjuré, il m'a encore fallu continuer
+à soigner l'estomac, le cerveau, l'intestin, la peau
+de ma malade: mais, trois mois après, elle put
+aller achever sa convalescence dans le Midi, et,
+depuis deux ans, elle va presque bien. La complication
+hépatique n'avait été qu'un épisode dans
+le cours de la «maladie», qui évoluait depuis
+vingt années.</p>
+
+<p>D'une façon générale, les préparations opothérapiques,
+auxquelles un immense avenir semble
+réservé, ne rendront tous les services qu'elles peuvent
+rendre que quand on trouvera le moyen de
+les donner par voie sous-cutanée, comme le faisait
+Brown-Séquard avec son liquide orchitique.</p>
+
+<p>Chez certains malades, les préparations de strychnine
+par injections hypodermiques ont un effet
+très utile: mais il ne faut pas dépasser en général
+la dose d'un milligramme de sulfate, ou mieux
+encore d'arséniate de strychnine, ni faire plus
+de huit ou dix injections, réparties sur trente
+jours.</p>
+
+<p>Nous avons dit combien la grippe est dangereuse
+pour les malades, quels qu'ils soient. C'est l'ennemie
+personnelle des neurasthéniques. De là, la
+préoccupation constante que nous avons de faire la
+guerre à cette affection accidentelle, de la couper
+dès ses débuts. Or, il m'a bien semblé trouver, dans
+le <i>cacodylate de gaïacol</i>, un agent antigrippal spécifique,
+sur lequel j'ai cru devoir appeler l'attention
+de mes confrères, à la Société de Thérapeutique,
+en janvier 1906.</p>
+
+<p>Il est certain qu'une injection de cinq centigrammes
+de cacodylate de gaïacol, dans un gramme
+d'eau stérilisée, et préalablement saturée de gaïacol,
+fait merveille chez les grippés au début: elle les
+guérit en quelques heures. Deux ou trois injections
+consécutives suffisent toujours pour couper la
+grippe, même quand elle n'est pas prise au début,
+à moins qu'il n'y ait de graves complications pulmonaires,
+et, même alors, le cacodylate de gaïacol
+me semble très recommandable. Il l'est aussi
+dans ces convalescences interminables de grippe
+qui résistent à tous les traitements.</p>
+
+<p>Dans les cas de grippe avec fièvre, voire même
+avec pneumonie, nous nous sommes très bien
+trouvés de donner, pendant trois ou quatre jours
+de suite, des injections de quinine. Une seringue
+de Pravaz de la solution suivante, introduite profondement
+dans le muscle, est très bien tolérée
+et n'occasionne jamais d'abcès:</p>
+
+<table width="80%" align="center" summary="">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td valign="top" align="left" width="70%">
+ Chlorhydrate neutre de quinine<br>
+ Antipyrine<br>
+ Eau distillée<br>
+ </td>
+
+ <td valign="top" align="left" width="30%">
+ 3 grammes.<br>
+ 2 &nbsp;&nbsp;&nbsp; &mdash;<br>
+ 6 &nbsp;&nbsp;&nbsp; &mdash;<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+<p>Ces injections de quinine ont aussi un effet merveilleux
+dans les névralgies postgrippales, qui
+sont quelquefois si tenaces, et qui résistent même
+aux opiacés (névralgies sous-orbitaires, sciatiques,
+névralgies intercostales).</p>
+
+<p>Je n'ai pas essayé la quinine en dehors de ces
+suites éloignées de la grippe, cas de grippe aiguë et
+de névralgies postgrippales,&mdash;on ne peut pas tout
+faire,&mdash;mais je crois bien que la quinine à petites
+doses, donnée en injections à tous les malades à
+dépréciation nerveuse momentanée, aurait un effet
+dynamogénique précieux.</p>
+
+<p>Dans certains cas de douleurs névralgiques trop
+pénibles, les injections d'héroïne sont indiquées;
+mais il faut savoir que l'héroïne doit se manier à
+doses trois fois moindres que la morphine; en
+d'autres termes, on ne doit jamais dépasser un
+milligramme d'héroïne, surtout chez les malades
+dont on ne connaît pas la tolérance. L'action antinévralgique
+de l'héroïne nous a semblé supérieure
+à celle de la morphine; mais il faut bien se rappeler
+que l'héroïne est un médicament aussi dangereux
+que la morphine, auquel les malades s'habituent,
+et réserver son emploi pour les cas exceptionnels.
+J'ai souvenir d'un malade chez lequel je me disposais,
+à contre-coeur, à employer l'héroïne, lorsque,
+me ravisant, je me demandai si la névralgie crurale
+qui le torturait ne serait pas, par hasard, d'origine
+syphilitique. Or, en reconstituant son histoire,
+j'acquis la conviction que la syphilis était vraiment
+en cause; et une seule piqûre de calomel eut raison
+à tout jamais de cette névralgie si pénible; tant
+il est vrai que le médecin doit toujours penser à la
+syphilis, quel que soit le malade qu'il a devant lui.</p>
+
+<p>Chez les adultes, le traitement de choix de la
+syphilis tertiaire, quelle que soit la manifestation
+syphilitique (aortite, gommes), nous semble être
+les injections mercurielles; celles au benzoate sont
+douloureuses, et donnent des nodosités désagréables;
+celles de biiodure en solution aqueuse sont
+très douloureuses. Nous préférons l'huile grise
+pour les cas moyens, le calomel pour les grandes
+circonstances, et l'huile au sublimé,&mdash;dont nous
+avons donné la formule en 1881 à la Société de
+Dermatologie,&mdash;chez les syphilitiques épuisés,
+auxquels l'huile sert d'aliment.</p>
+
+<p>Et puisque nous parlons d'injections huileuses,
+le moment est venu de dire un mot de nos travaux
+antérieurs sur l'action dynamogénique de l'huile
+créosotée, en injections sous-cutanées <i>à dose
+maxima tolérée</i>. Nous les avons surtout employées
+et les employons encore chez les tuberculeux;
+mais nous étions guidé par une fausse conception
+théorique; et si la créosote <i>bien maniée</i> reste,&mdash;et
+restera longtemps,&mdash;le médicament de choix
+chez les tuberculeux, ce n'est pas parce qu'elle agit
+contre le bacille de Koch, comme antiseptique,
+c'est parce qu'elle a une action non douteuse, extraordinairement
+puissante, sur le système nerveux.</p>
+
+<p>La créosote est, en effet, un agent dynamogénique
+de premier ordre. Aussi les tuberculeux sont-ils
+loin d'être les seuls malades qui puissent tirer
+parti de ce précieux médicament; et si je ne craignais
+d'être accusé de paradoxe, je dirais que ce
+sont eux qui en tirent le moindre bénéfice, à cause
+de la difficulté que présente le maniement de la
+créosote chez ces malades, toujours prêts à avoir la
+fièvre. Là où les injections d'huile créosotée font
+merveille, c'est chez les pseudo-tuberculeux, qui
+sont tellement démolis par les troubles gastriques,
+nerveux, etc., qu'ils ont l'aspect de phtisiques tout
+en ne l'étant pas. Chez eux, la créosote bien maniée
+rend, en quelques jours, l'appétit, la force, en un
+mot la vie.</p>
+
+<p>Le seul inconvénient de la créosote, et qui restreindra
+longtemps son emploi, c'est l'extrême difficulté
+qu'il y a à la manier. Pour ma part, je
+me suis attaché à surprendre les moindres manifestations
+de l'intolérance, et à les décrire minutieusement
+afin de permettre aux praticiens de
+ne jamais dépasser la dose utile; à appeler l'attention
+sur les intolérances accidentelles, qui doivent
+faire immédiatement suspendre le traitement, ou
+baisser la dose acceptée les jours précédents. J'ai
+même tellement insisté sur les dangers de la créosote
+que quelques confrères m'ont accusé d'avoir
+fait son procès; mais la dynamite aussi est une
+arme redoutable, ce qui n'empêche pas que, bien
+maniée, elle rende des services<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Note 16:</b><a href="#footnotetag16"> (retour) </a> Dans les injections d'huile créosotée, il n'y a pas seulement que
+la créosote qui soit utile. L'huile absorbée, digérée par la peau, est
+un aliment de premier ordre, et j'ai pu nourrir pendant un mois,
+avec des injections sous-cutanées d'huile et des lavements aqueux,
+un malade atteint d'ulcère de l'estomac. Un mois durant, ce malade
+est resté à la diète <i>absolue</i>, ce qui a donné à l'ulcère le temps de
+se cicatriser. Je lui faisais faire, tous les jours, une injection de
+150 grammes d'huile convenablement préparée. Le danger des
+injections huileuses est la pénétration de l'huile dans un vaisseau
+sanguin, d'où peut résulter une embolie qui peut être mortelle;
+mais j'ai indiqué le moyen de se mettre <i>sûrement</i> à l'abri de tout
+accident grave. Le secret consiste à bien connaître les moindres
+symptômes d'introduction de l'huile dans le torrent circulatoire,
+et à arrêter l'injection dès l'apparition de ces symptômes.
+Rien n'est plus facile que d'arrêter à temps cette injection, si on la
+fait avec la lenteur voulue; mais cette lenteur n'est possible
+qu'avec l'emploi d'un appareil spécial, à fonctionnement automatique.
+Au reste tous ces points sont étudiés dans mon livre
+sur le <i>Traitement de la tuberculose par la créosote</i>.</blockquote>
+
+<p>III. Les injections hypodermiques, quelles qu'elles
+soient, agissent encore d'une autre façon. En dehors
+des propriétés particulières à chaque médicament,
+et de l'action dynamogénique reconnue à
+toute injection sous-cutanée et même intra-musculaire,
+elles agissent encore par suggestion. Elles
+font prendre patience au malade, en attendant que
+les autres agents thérapeutiques, qui visent l'hygiène
+cérébrale, médullaire, gastrique, intestinale, cutanée,
+etc., aient eu le temps de produire leurs effets.
+Car, comme ces agents n'ont qu'une action lente,
+comme ils ne procurent pas de résultat immédiat, le
+malade serait vite découragé, si on ne lui donnait
+pas du premier coup, un remontant, factice peut-être,
+mais certainement utile, et ayant une action
+évidente, rapide, qui le fait patienter et lui inspire
+confiance.</p>
+
+<p>La pratique des injections hypodermiques est
+également utile au médecin à un autre point de vue:
+elle lui permet d'apprécier très vite le degré de
+confiance que lui accordent le malade et son entourage.
+Or, de ce degré de confiance dérive, dans une
+notable mesure, le résultat thérapeutique final. Si
+le médecin sent que son malade a foi en lui, il
+déploiera, pour lui venir en aide, toutes les ressources
+de son intelligence et de son coeur; dans
+le cas contraire, il se sentira à tout instant, gêné,
+paralysé, inhibé, et il risquera de n'avoir pas toute
+la clairvoyance nécessaire. De là l'importance qu'il
+y a, pour lui, à évaluer le degré de confiance qui
+lui est octroyé. Eh bien! pour l'apprécier, il n'y a
+pas de meilleure pierre de touche que l'injection
+hypodermique. Car si le malade et son entourage
+acceptent celle-ci aveuglément, du premier coup,
+sans même demander la formule du liquide injecté,
+c'est toujours signe que le terrain est bon, et que
+le malade acceptera avec la même obéissance les
+diverses prescriptions qui lui seront faites. Dans
+certains cas, il est vrai, le malade accepte, non
+parce qu'il a confiance, mais par une sorte d'inertie;
+peu importe, il acceptera avec la même passivité
+les prescriptions qui lui seront faites, et c'est
+là l'essentiel. Quand, au contraire, le malade, ou
+surtout son entourage, manifestent une curiosité
+inquiète, qu'on ne parvient pas à satisfaire par une
+réponse banale, quand ils expriment des appréhensions
+sur la nature et les effets du liquide
+injecté, on peut dire que le cas est mauvais, ou tout
+au moins médiocre; et le médecin aura beaucoup à
+faire pour conquérir la confiance.</p>
+
+<p>Certes, cette curiosité et ces appréhensions sont
+légitimes, et ce que nous disons ici ce n'est pas pour
+les empêcher: mais il n'en est pas moins vrai
+qu'elles constituent une sorte de suspicion, que le
+médecin a intérêt à connaître afin de travailler à la
+faire cesser et d'établir ainsi, entre son malade et
+lui, cette confiance réciproque qui est la condition
+indispensable d'un traitement efficace.&mdash;Or l'attitude
+des malades en face des injections qu'on leur
+propose constitue, à ce point de vue, un excellent
+moyen de diagnostic moral.</p>
+
+<p>Parmi les autres moyens accessoires, il nous faut
+dire un mot des applications locales, révulsives ou
+dérivatives, qui étaient autrefois si en honneur,
+et qui sont tombées dans un discrédit bien injuste.</p>
+
+<p><i>Vésicatoires</i>.&mdash;Autant nous protestons contre
+les larges vésicatoires employés autrefois, et qui,
+chez quelques malades, produisaient de la cystite,
+chez presque tous une douleur pire que le mal
+qu'on voulait guérir; autant nous continuons à
+penser que le petit vésicatoire, sous forme de
+mouche de Milan, ne doit pas être dédaigné. Chez
+les grands malades qui ont le système nerveux
+sens dessus dessous, une mouche, appliquée derrière
+l'oreille, peut faire un mal extrême et produit
+un état d'agitation inconcevable, non pas à cause
+de la douleur insignifiante qu'elle provoque, mais
+par le fait du trouble de circulation qu'elle produit à
+distance. Ce seul fait suffirait à prouver que l'application
+d'une mouche n'est pas indifférente; rien, d'ailleurs,
+n'est indifférent en thérapeutique. Mais chez
+certains malades qui ont encore un bon capital nerveux,
+la mouche, appliquée derrière l'oreille droite,
+de préférence, produit une sédation des plus remarquables,
+amène le sommeil, dissipe le malaise mental
+et les divers troubles innommables qui constituent
+l'état nerveux; c'est sans doute à cause de l'infériorité
+fonctionnelle de la partie gauche du corps,&mdash;habituelle
+chez les malades, ainsi que nous
+l'avons dit,&mdash;que la mouche appliquée derrière
+l'oreille droite produit ces effets favorables, qu'elle
+produirait moins si elle était appliquée à gauche;
+en tout cas, c'est un fait d'observation. De même,
+la mouche sur le creux de l'estomac peut amener,
+si elle est appliquée trop tôt, ou dans les cas trop
+aigus, une aggravation notable des troubles gastriques;
+mais si elle vient à son heure, elle provoque
+un apaisement notable des troubles digestifs. La
+mouche lombaire, d'autre part, est souvent l'un
+des meilleurs remèdes à apporter à la constipation.
+Cette affirmation peut sembler singulière, mais elle
+s'explique pour qui comprend l'origine, presque
+toujours nerveuse, de la constipation.</p>
+
+<p><i>Emplâtres</i>.&mdash;Les applications d'emplâtres
+d'opium ne sont jamais dangereuses, et font souvent
+le plus grand bien. Étant donnée l'extrême
+susceptibilité d'un système nerveux malade, qui se
+laisse impressionner par les moindres influences,
+ce fait n'a rien d'extraordinaire. En tout cas, j'affirme,
+au nom d'une expérience prolongée, qu'une
+mouche d'opium appliquée à la tempe est souvent
+très appréciée par les malades céphalalgiques, qu'un
+emplâtre d'opium, ou de ciguë et de belladone,
+laissé sur l'estomac pendant huit jours, calme mieux,
+ou du moins d'une façon plus continue, les douleurs
+gastralgiques, que ne le ferait une série d'injections
+de morphine.</p>
+
+<p>De même, l'emplâtre à l'oxyde de zinc, appliqué
+sur la colonne vertébrale, immédiatement au-dessous
+de la première vertèbre dorsale, sur une longueur
+de dix centimètres, atténue singulièrement certains
+phénomènes médullaires dont se plaignent les
+malades, en particulier les inquiétudes dans les
+jambes qui sont si fréquentes chez les grands neurasthéniques.</p>
+
+<p>Tous ces moyens si simples ne sont donc pas à
+dédaigner. A eux seuls, ils seraient insuffisants;
+mais, ajoutés au régime alimentaire, au repos méthodiquement
+dosé, aux applications hydrothérapiques
+raisonnables, et à la psychothérapie, ils amènent
+sûrement la guérison, lorsqu'il reste assez de capital
+biologique pour que la lutte ne soit pas impossible.</p>
+
+<p><i>Purgatifs</i>.&mdash;Nous usons très peu des médicaments
+fournis par la pharmacopée, pour ce motif bien
+simple que nous n'en avons pas besoin, et que nous
+avons une crainte presque instinctive de tous ces
+agents thérapeutiques à action violente et perturbatrice.
+Faut-il l'avouer? c'est aussi parce que nous
+ne les connaissons pas.</p>
+
+<p>Rien n'est, en effet, difficile comme l'étude d'un
+médicament. J'ai mis, quant à moi, des années à
+étudier l'action du bromure, quand je m'occupais
+plus spécialement des «maladies» nerveuses et mentales;
+et quand, en octobre 1898, le professeur
+Gautier a bien voulu me confier l'étude du cacodylate
+de soude, la première chose que je lui ai
+dite, c'est qu'il me fallait au moins deux ans pour
+pouvoir lui donner sur cet agent thérapeutique une
+appréciation ayant quelque valeur. Enfin, pour ce
+qui est de la créosote et du gaïacol, j'ai mis cinq ans
+à en connaître l'effet.</p>
+
+<p>Comment, alors, avoir confiance dans des publications
+hâtives sur des médicaments découverts de
+la veille? Et, en ce qui est des médicaments anciens,
+ayant fait leurs preuves, je répète que, en général,
+je les redoute, à cause de l'extrême sensibilité des
+malades, qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer.</p>
+
+<p>Les purgatifs, en particulier, quels qu'ils soient,
+m'inspirent une véritable terreur. Mais, dira-t-on,
+tous les jours nous les voyons employer sans
+dommage, et même avec une apparence de succès
+qui saute aux yeux! Leur emploi répond d'ailleurs
+à une indication bien rationnelle, puisqu'il faut évacuer
+les résidus de la digestion qui empoisonneraient
+l'économie! Il nous faut réfuter ces objections
+en passant: qu'on donne un purgatif à un
+homme solide qui a un léger embarras gastrique,
+il le tolérera, et paraîtra même s'en trouver bien;
+mais c'est une erreur d'interprétation, et si le
+purgatif ne lui a pas fait de mal appréciable, c'est
+que tout est sain chez les hommes sains. Mais
+donner un purgatif à un malade grave dont le
+système nerveux est profondément atteint, c'est
+provoquer chez lui des réflexes dont personne ne
+connaît l'importance, c'est quelquefois sidérer son
+système nerveux abdominal. C'est alors qu'on voit
+le ventre, qui avait jusqu'alors une certaine tonicité,
+devenir flasque, inerte, perdre toute réaction; l'intestin
+est alors inhibé dans son fonctionnement, et
+il faut quinze jours, un mois, pour qu'il se ressaisisse,
+quand il se ressaisit. Mais, dira-t-on, que faut-il
+donc faire chez les malades constipés? La réponse
+est bien simple: il ne faut pas s'occuper de leur
+constipation, qui n'est qu'un symptôme, et il faut
+les soigner en tant que malades; la constipation disparaîtra
+d'elle-même. Le moment nous semble venu
+de protester une dernière fois contre les idées des
+gens du monde, et des médecins, relatives à la constipation.</p>
+
+<p>Nombreux sont les gens soi-disant bien portants
+qui sont atteints de constipation chronique. Quand
+nous disons bien portants, c'est une façon de parler:
+car, en réalité, les constipés ne sont pas absolument
+bien portants. Mais il en est beaucoup qui vont et
+viennent, vivent de la vie commune, tout en ayant
+une constipation opiniâtre; de plus il y a beaucoup
+de vrais malades qui vont moins mal quand ils sont
+constipés. Une dame nous disait plaisamment, à ce
+sujet, que son intestin avait «horreur du vide».
+Tant que ces personnes ne sont pas atteintes de cette
+obsession spéciale qui empoisonne la vie des constipés,
+elles tolèrent leur infirmité sans se douter
+qu'elle existe. Mais malheur à elles quand elles
+commencent à se préoccuper de leur constipation!
+C'est à partir de ce moment qu'elles rapportent à la
+constipation les mille et une misères qui sont
+l'apanage des neurasthéniques. Malheur à elles,
+surtout, quand elles entrent dans la voie des soi-disant
+traitements de la constipation! Elles commencent
+par user du lavement simple, tiède d'abord,
+puis très chaud, puis très froid; puis elles ont recours
+aux purgatifs doux, aux purgatifs plus violents,
+elles en arrivent aux grands lavages. Elles font
+tant et si bien qu'elles irritent leur intestin, et qu'à
+leur constipation anodine succède l'entéro-colite
+membraneuse.</p>
+
+<p>A partir de ce moment, la vie leur devient insupportable
+et le cercle vicieux est établi. Plus elles
+irritent leur intestin, plus la constipation devient
+opiniâtre, et, pour lutter contre cette constipation
+opiniâtre, elles irritent de plus en plus leur intestin.
+L'obsession entre alors en scène, elles ne pensent
+plus qu'à leurs fonctions alvines, à la liberté
+du ventre, qu'elles disent être la plus nécessaire
+des libertés. Elles donneraient la vie du genre
+humain pour obtenir une selle; elles se présentent
+à la garde-robe plusieurs fois dans la journée, sans
+succès ou avec des résultats insignifiants, et, cette
+impuissance les affolant, elles ont recours aux
+moyens les plus extraordinaires pour lutter contre
+l'odieuse constipation. Cet état mental des constipés
+mérite d'être étudié de très près; et toute thérapeutique
+qui ne cherche pas à le modifier est, par
+avance, condamnée à l'impuissance.</p>
+
+<p>La première chose à faire, quand on se trouve en
+présence d'un de ces constipés à obsession, est de
+lui persuader que la constipation n'est pas l'ennemie,
+n'est pas la cause immédiate de toutes les
+misères qu'il ressent, qu'elle n'est au contraire qu'un
+symptôme d'importance secondaire, prouvant simplement
+qu'il y a quelque chose de défectueux dans
+le fonctionnement du système nerveux abdominal.</p>
+
+<p>Persuadez à vos malades qu'il leur suffit d'aller
+à la garde-robe tous les deux ou trois jours pour commencer,
+que, lorsqu'ils iront mieux, ils iront quotidiennement;
+invitez-les à ne s'y présenter qu'une
+fois par jour, à heure fixe, en leur interdisant, dans
+la mesure du possible d'y aller en dehors de l'heure
+réglementaire. Recommandez-leur de ne pas lutter
+contre la constipation, mais bien contre le trouble
+nerveux dont la constipation n'est qu'un symptôme,
+et, s'ils vous écoutent, si vous avez le don de les convaincre,
+ils seront par cela seul à moitié guéris.</p>
+
+<p>Cependant, comme il faut tenir compte de leur
+état mental, et un peu aussi de la mentalité de
+l'entourage, on peut autoriser un petit lavement
+d'eau bouillie à prendre le matin du troisième jour
+de présentation inefficace, à l'heure réglementaire
+de la présentation, lavement qui sera gardé cinq
+minutes seulement. On peut encore, si l'on croit
+devoir faire de grandes concessions, permettre au
+malade, le soir du troisième jour de présentation
+inefficace, un lavement d'huile, non pas avec
+200 ou 300 grammes d'huile, mais avec quatre ou
+cinq cuillerées à bouche d'huile pure, lavement
+destiné à être gardé toute la nuit; si l'on y ajoute
+une forte dose de suggestion, ce lavement aura,
+pour le lendemain, un effet magique.</p>
+
+<p>Les pilules de belladone d'après la formule de
+Trousseau sont également recommandables; elles
+ont tout au moins l'avantage de ne pas être nuisibles.</p>
+
+<p>Mais un agent véritablement utile, c'est le liquide
+orchitique de Brown-Séquard; c'est de la bouche
+même du savant professeur que je tiens ce renseignement,
+et je me rappelle encore, comme si c'était
+hier, le jour où il me disait ces paroles: «De tous
+les services que m'ont rendus à moi-même mes
+injections de suc orchitique, celui que je place en
+première ligne, bien avant tous les autres, c'est
+qu'elles m'ont guéri d'une constipation opiniâtre».
+Et, ajoutait l'illustre maître, «il faut avoir été,
+comme moi, torturé par la constipation pour savoir
+toutes les angoisses qu'elle occasionne».</p>
+
+<p>Or il faut remarquer que l'auto-suggestion n'a
+joué aucun rôle dans la circonstance, car M. Brown-Séquard
+ne s'attendait pas le moins du monde à cet
+effet des injections do liquide orchitique.</p>
+
+<p>Pour moi, utilisant ce précieux renseignement,
+j'ai traité et je traite encore par les injections de
+liquide orchitique les grands neurasthéniques
+atteints de constipation opiniâtre avec entéro-colite.</p>
+
+<p><i>Eaux minérales</i>.&mdash;Si nous donnons peu de
+créance aux médicaments de la pharmacopée, nous
+croyons, par contre, que les eaux minérales constituent
+des agents thérapeutiques très actifs. Voltaire,
+qui ne respectait rien, disait que les voyages
+aux eaux ont été inventés par des femmes qui s'ennuyaient
+chez elles, et Diderot affirmait que, en
+général, les eaux sont le dernier conseil de la
+médecine poussée à bout. «On compte plus, ajoutait-il,
+sur le voyage que sur le remède.»</p>
+
+<p>Tous les deux étaient, certes, des hommes d'esprit,
+mais ils parlaient là de choses qu'ils ne connaissaient
+point. Si incommensurable que soit la
+sottise humaine, les eaux n'auraient pas joui,
+depuis la plus haute antiquité, et ne jouiraient pas
+du renom qu'elles ont encore, si elles n'avaient pas
+vraiment une certaine efficacité.</p>
+
+<p>Certes, dans les bons effets des cures minérales,
+il faut compter, pour une certaine mesure, avec le
+changement de milieu, l'influence agréable du
+voyage; mais il ne faut pas oublier que cette
+influence, utile quelquefois, est quelquefois fâcheuse.
+Aussi faut-il n'envoyer aux eaux que les malades
+qui ont encore beaucoup de ressort, et dont le
+capital n'est pas sérieusement compromis.</p>
+
+<p>Le changement de régime alimentaire qui est
+imposé aux malades, dans les stations thermales,
+leur est parfois favorable, et peut avoir une part
+d'influence dans les bons résultats obtenus. Nous
+savons, en effet, que, à un moment donné, il est
+utile de ne pas se confiner dans un régime alimentaire
+suivi depuis trop longtemps, et aussi que,
+dans certains cas, il faut savoir brusquer l'estomac.
+Mais ce changement brusque, qui souvent est utile,
+peut être dangereux, au contraire, quand le système
+nerveux n'est pas de taille à supporter le
+soudain assaut imposé.</p>
+
+<p>C'est ce qui arrive souvent aux stations minérales,
+où le bon effet des eaux est, en grande
+partie, contre-balancé par la mauvaise hygiène
+alimentaire. De là l'utilité qu'il y aurait à instituer,
+dans toutes les villes d'eaux, des «tables de
+régime» comme il en existe dans toutes les maisons
+de santé bien tenues, où chaque malade, pour
+ainsi dire, a le régime alimentaire qui lui convient,
+dosé et surveillé par le médecin de l'établissement.
+Rien de semblable n'existe, malheureusement, dans
+nos stations minérales, parce que les médecins n'y
+sont pas libres de tous leurs actes, et ont à compter
+avec les hôteliers qui, eux-mêmes, ont à compter
+avec leurs chefs de cuisine.</p>
+
+<p>A Carlsbad, on a bien essayé de faire des «tables
+de régime»; et j'y ai vu moi-même des menus
+imprimés; mais un bon nombre des mets qu'ils
+annonçaient se sont trouvés n'exister que sur le
+papier. A Vichy, par contre, plusieurs médecins
+sont arrivés à imposer à des tenanciers de pensions
+de famille l'obligation de donner aux malades
+des régimes variés, suivant les prescriptions médicales.</p>
+
+<p>Quant aux indications des eaux minérales, elles
+varient à l'infini.</p>
+
+<p>Certaines eaux ont certainement une action prédominante
+sur tel on tel syndrome. Ainsi, ce n'est
+pas du tout en vertu d'une erreur d'observation, ou
+d'un engouement irréfléchi, qu'on attribue aux eaux
+de Bagnoles de l'Orne une action presque spécifique
+sur les troubles périphériques de la circulation
+(varices, hémorroïdes, phlébites). Les malades
+atteints d'hémorroïdes, par exemple, voient sûrement,
+à Bagnoles, diminuer l'ensemble de leurs
+misères (troubles nerveux, dyspeptiques), mais plus
+particulièrement les misères locales causées par
+leurs hémorroïdes. De même Châtel-Guyon a une
+action non douteuse sur le symptôme constipation,
+action que n'a pas Vichy, qui, au contraire,
+favorise la constipation pendant la durée du traitement.</p>
+
+<p>De même, les eaux de Brides-les-Bains ont, chez
+certains entéralgiques, convalescents d'appendicite,
+etc., une action véritablement spéciale. De même
+encore, dans l'obésité, qui, comme nous le verrons,
+n'est qu'un des symptômes de la «maladie», elles
+ont une bienfaisance incontestable, surtout si, à
+leur action, on ajoute celle d'une gymnastique en
+montagne bien comprise et bien réglée. Les eaux
+de Bagnères-de-Bigorre n'ont pas d'action spéciale,
+mais elles rendent de précieux services aux nerveux
+fatigués. Celles de Vichy sont absolument indiquées
+chez les malades dont le système nerveux digestif
+est en détresse, et la Grande Grille, en particulier,
+a une action d'une puissance extrême, qui ne s'explique
+pas plus par la théorie des <i>ions</i> que par les
+théories chimiques, mais qui est indiscutable. Et il
+ne s'agit pas là de psychothérapie ni de suggestion;
+la Grande Grille a des effets qui lui sont
+propres, et Vichy est souvent un adjuvant dont on
+ne peut se passer. Mais il faut se rappeler que c'est
+une arme difficile à manier, comme toutes les armes
+puissantes, et qu'à Vichy il ne faut envoyer que
+les malades ayant encore une grande force de résistance
+vitale.</p>
+
+<p>Par contre, il ne faut pas croire qu'on ne doive
+y envoyer que des dyspeptiques. Parmi les 30
+ou 35 malades que j'y envoie, chaque année,
+il y en a au moins une dizaine chez lesquels les
+symptômes cérébraux prédominent, à condition,
+bien entendu, que ces symptômes ne soient pas en
+rapport avec des lésions organiques; et ces malades
+se trouvent au moins aussi bien de Vichy que ceux
+qui n'ont que des symptômes gastriques ou hépatiques.</p>
+
+<p>Autrefois, on ne craignait pas d'envoyer à Bourbon-l'Archambault
+les malades atteints de lésions
+organiques du cerveau ou de la moelle, hémiplégiques,
+congestifs, etc. Depuis quelques années, la
+physionomie de cette station a changé. Il y a eu des
+accidents provoqués par l'eau chaude sur les
+malades à artères friables; et l'on se borne actuellement
+à y envoyer les malades à troubles médullaires
+superficiels, connus vulgairement sous les
+vocables de rhumatismes chroniques ou articulaires,
+sciatiques, névralgies, etc. Marienbad, avec
+ses bains de boue, Franzenbad avec ses bains
+d'acide carbonique, rendent aussi de grands services
+aux rhumatisants et aux obèses sans lésions
+organiques appréciables.</p>
+
+<p>Seule, la station de Lamalou a gardé le privilège
+de recevoir des malades à lésions organiques nettement
+définies, et dont nous ne nous occupons pas
+dans ce travail.</p>
+
+<p>Vittel et Contrexéville conviennent aux malades
+chez lesquels le trouble de la nutrition, qui n'est,
+en général, qu'un trouble du système nerveux, se
+traduit, sans que nous sachions pourquoi, par la
+formation de calculs, soit dans le foie, soit dans
+les reins<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Note 17:</b><a href="#footnotetag17"> (retour) </a> Pour supporter le traitement de Vittel, il faut avoir bon estomac,
+à cause de la quantité d'eau qu'on est obligé de boire. De
+là le nombre relativement limité de malades qu'on peut envoyer
+à Vittel. Mais fouillez le passé de ces malades, et vous verrez
+que, longtemps avant d'avoir la gravelle, ils ont eu de petits
+troubles cérébraux, ne fût-ce que des migraines, de petits troubles
+cutanés, de l'obésité. Un beau jour, une colique néphrétique les
+surprend, et l'on se figure que c'est à partir de ce jour qu'ils sont
+devenus malades. Il n'en est rien. La colique néphrétique n'a été
+chez eux, qu'un accident; bien avant de l'avoir, ils avaient, même
+du côté du rein, de petites misères qui passaient inaperçues: du
+lumbago, des urines chargées de sable. Et si, au moment où l'on
+s'est aperçu de ces petits symptômes, on les avait soignés méthodiquement,
+par le repos ou l'exercice suivant les cas, par telle ou
+telle hygiène alimentaire, telle ou telle pratique hydrothérapique,
+telle ou telle hygiène cérébrale, ils n'auraient pas eu de coliques
+néphrétiques, et n'auraient pas eu besoin d'aller à Vittel. Mais,
+ne cessons pas de le dire, ils sont bien heureux de recourir au
+traitement bienfaisant de Vittel pour se débarrasser d'une des
+manifestations importantes de leur «maladie», au moins d'une
+façon temporaire. Ils doivent seulement se rappeler que Vittel seul
+ne les guérira pas, quand même ils y retourneraient tous les ans.</blockquote>
+
+<p>Les eaux arsenicales conviennent souvent à nos
+malades; la Bourboule en particulier, Saint-Nectaire
+chez les enfants et les jeunes gens.</p>
+
+<p>Mais nous ne voulons pas faire une revue des
+eaux minérales françaises et étrangères. Tout ce
+que nous voulons prouver, c'est que les eaux minérales
+sont un agent thérapeutique de premier ordre,
+un agent que tous les médecins doivent connaître,
+non seulement parce qu'ils voient dans les livres, non
+seulement par ouï-dire, mais en se donnant la peine
+d'aller les visiter. Il n'est même pas mauvais qu'ils
+goûtent, par eux-mêmes, aux diverses sources, et
+qu'ils tâtent parfois des bains. Ils ne tarderont pas
+à voir que ce ne sont pas des agents indifférents:
+je leur recommande, en particulier, un bain à Salies-de-Béarn,
+à forte dose d'eau salée. Aussi le monde
+médical doit-il être très reconnaissant à celui de
+nos maîtres, le professeur Landouzy, qui a organisé,
+tous les ans, des caravanes scientifiques pour
+visiter les eaux françaises; quinze jours de voyage
+sous une bonne direction médicale sont plus utiles
+que six mois de travail dans les livres. On apprend
+ainsi à connaître non seulement les eaux, mais
+aussi les médecins des stations, parmi lesquels il
+en est beaucoup qui ont des idées générales très
+intéressantes sur la pathologie. Ces médecins des
+villes d'eaux sont, d'ailleurs, pour les praticiens,
+de précieux collaborateurs, quand ils veulent bien
+ne pas se borner à prescrire les eaux en boisson,
+les bains, les douches, etc., et consentir à faire,
+en même temps, oeuvre médicale véritable, c'est-à-dire
+surveiller le régime, doser avec soin le repos
+et l'exercice, et se souvenir que la psychothérapie
+ne perd jamais ses droits.</p>
+
+<p><i>Voyages</i>.&mdash;Les gens du monde se figurent que
+les voyages font le plus grand bien aux malades en
+général, qu'à la suite d'un état aigu, par exemple,
+dès que le malade est transportable, il faut l'envoyer
+bien loin de chez lui, et que, dans les états
+chroniques, ce déplacement lointain est la condition
+<i>sine qua non</i> d'une guérison. Cette opinion
+est basée sur une erreur d'interprétation. Il est certain
+qu'un homme bien portant se trouve très bien
+d'un déplacement annuel, et les vacances sont
+chose indispensable pour cet homme, quels que
+soient son âge et sa situation. Il faut que, au moins
+une fois par an, l'homme bien portant mette, pendant
+quelques jours, son cerveau en jachère,
+prenne l'exercice dont il a été en partie privé pendant
+le reste de l'année. Ce temps consacré au
+repos cérébral n'est pas du temps perdu, c'est du
+temps bien employé.</p>
+
+<p>Les vacances sont également nécessaires à l'enfant
+qui travaille: et par vacances nous entendons
+non seulement le repos cérébral, qui doit être
+presque absolu,&mdash;ce qui, par parenthèse, contre-indique
+l'usage des devoirs de vacances,&mdash;mais
+aussi, autant que possible, le changement de milieu,
+ne fût-ce que pendant une trentaine de jours. De
+là l'utilité des colonies de vacances, que le professeur
+Landouzy appelle «des croisades de paix et
+de rédemption». Elles sont, dit-il très justement,
+la «première ligne de défense contre la tuberculose».
+M. Plantet a fait sur ce sujet, à la demande
+de l'Office central du travail, un rapport des plus
+intéressants et des plus complets, publié dans la
+<i>Réforme sociale</i>, (16 juin et 1er juillet 1905). Il
+résulte de ce rapport que la France est en retard
+sur les autres pays, sur le Danemark, l'Angleterre,
+la Suisse, l'Allemagne, la Belgique; que
+nous n'occupons, en somme, que le sixième rang
+dans la lutte des sociétés contre le dépérissement
+de leur race. Cependant, depuis 1882, la France
+est entrée dans le mouvement, et les colonies scolaires
+françaises sont déjà en nombre considérable:
+il y a les colonies de la ville de Paris, 26 institutions
+privées parisiennes, 40 comités de patronage
+s'occupant de procurer des vacances aux enfants
+pauvres de la capitale; et des colonies semblables
+fonctionnant dans cinquante-six villes de France.
+Au total, en 1902, 14000 petits Français ont bénéficié
+de ces institutions philanthropiques<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name="footnote18"></a><b>Note 18:</b><a href="#footnotetag18"> (retour) </a> Dans l'intéressant rapport de M. Plantet, chacune de ces
+colonies est étudiée avec des détails suffisants pour qu'on puisse
+se rendre compte de son fonctionnement, du prix de revient, des
+résultats obtenus. Dans un premier type, les enfants sont logés
+en commun dans un même local (villas scolaires, écoles communales
+vacantes pendant l'été, propriétés privées, louées,
+acquises, spécialement aménagées pour abriter une collectivité à
+la campagne ou à la mer). C'est la colonie d'internat.<br>
+
+<p>Dans un second type, les enfants sont confiés par petits groupes
+de deux à quatre au plus, à des familles de cultivateurs recommandables,
+moyennant un prix débattu, dans les régions réputées
+les plus saines. C'est le placement familial.&mdash;Les deux systèmes
+présentent des avantages et des inconvénients qui sont
+analysés de très près dans le travail que nous signalons.&mdash;En
+ce qui concerne la santé, tous les rapports constatent la plus-value
+dans toutes les régions, en montagne, en plaine, à la mer,
+aussi bien dans les colonies collectives que dans les colonies
+familiales.</p>
+
+<p>Quant aux résultats moraux, tout dépend de la colonie et de
+l'esprit qui l'anime. Beaucoup pensent qu'il ne suffit pas de faire
+gagner à de pauvres enfants une livre de graisse par semaine. Il
+y a mieux à faire, on peut réaliser un bien plus durable: il faut
+viser à ce qu'ils rentrent meilleurs à leur foyer. Dans certaines
+colonies, un tel soin ne se devine guère. Dans d'autres, au contraire,
+c'est la pensée dominante et le rêve du directeur. Le tout
+est de savoir choisir.</blockquote>
+
+<p>Non seulement l'homme bien portant, mais celui
+qui n'est qu'un peu fatigué par le surmenage cérébral,
+et par les petites émotions quotidiennes, se
+trouve très bien de changer d'air, de milieu, non
+seulement une fois par an, mais même chaque fois
+qu'il sent, chez lui, cette sorte de malaise cérébral
+prémonitoire de la neurasthénie, ou certains
+troubles digestifs mal définis qui prouvent que son
+système nerveux abdominal n'est plus en fonctionnement
+parfait. Pour lui, un déplacement de
+quelques jours est extrêmement favorable. Où qu'il
+aille, il verra son appétit renaître, sa constipation
+disparaître, la santé lui revenir. Que dis-je? chez
+certaines femmes nerveuses, mais au demeurant
+ayant encore un capital sérieux, l'unique fait de
+monter en chemin de fer produit des effets appréciables,
+et, le jour même du départ, on les voit
+transformées. Elles laissent à la première station
+leurs phobies, leurs inquiétudes; c'est un changement
+à vue, un véritable coup de théâtre.</p>
+
+<p>Mais autre chose est l'hygiène de l'homme bien
+portant, ou du candidat à la «maladie» dont le capital
+est encore presque intact, et autre l'hygiène du
+vrai malade. Voilà ce que, d'une façon générale,
+les gens du monde ignorent. Ils s'obstinent, malgré
+eux, par le fait d'un faux raisonnement, à croire
+que ce qui fait du bien à l'homme valide doit en
+faire encore plus à l'homme malade. «Un bon bifteck
+saignant est certainement utile à un travailleur
+bien portant; combien il doit être plus utile à
+un malade affaibli! Il va certainement lui rendre
+des forces. Donnons-lui donc de la viande saignante;
+plus il en prendra, plus vite il sera guéri!»
+Le malade proteste, il affirme que la viande saignante
+lui fait du mal: c'est égal, qu'on lui en
+donne au moins autant que son estomac pourra en
+digérer, ce sera toujours pour son bien! On disait
+la même chose, autrefois, pour le vin; les gens
+intelligents commencent à comprendre que le vin,
+si utile à un travailleur bien portant, n'est pas un
+aliment héroïque quand il est donné à des malades,
+même sous forme de vins médicamenteux.</p>
+
+<p>De même l'on raisonne pour l'exercice. Un exercice
+modéré est utile aux gens bien portants; il
+faut donc l'imposer au malade. Ce dernier a beau
+dire que la moindre marche le fatigue, lui ôte le
+peu d'appétit et de sommeil qu'il avait encore; c'est
+égal, il faut qu'il marche! On ne conçoit pas qu'il
+doive rester à la chambre, du moment qu'il peut
+se tenir sur ses jambes. Le pauvre malade voudrait
+rester couché, il sent que le lit lui est utile; c'est
+encore là, dit-il, qu'il souffre le moins. Mais non,
+il faut qu'il se lève! Le lit ôte les forces, le lit constipe!
+Et plus le patient est soi-disant bien soigné,
+plus il a à lutter contre ces préjugés, qu'on parvient
+difficilement à déraciner même dans les
+milieux intelligents. Il ne faut pas non plus, dit-on,
+laisser le malade dormir le jour, sans quoi il ne
+dormira pas la nuit! Malheureux, qui ne voulez
+pas comprendre que l'insomnie de votre cher
+malade «tient à une excitation de ses cellules cérébrales,
+et que le sommeil est le meilleur remède à
+apporter à cette excitation, et que, par conséquent,
+le sommeil du jour prédispose au sommeil nocturne!
+Quand donc aurez-vous une notion un peu
+précise et raisonnée sur la pathogénie de tous ces
+troubles dont l'ensemble constitue la «maladie»?</p>
+
+<p>C'est aussi par une faute grossière de raisonnement
+qu'on considère les voyages comme utiles
+aux malades. Encore une fois, ils sont utiles aux
+gens bien portants, et d'autant plus utiles qu'on se
+porte mieux, parce qu'ils permettent à l'homme
+doué d'un beau capital biologique de faire de ces
+petites avances dont nous avons parlé déjà, de ces
+placements à gros intérêts qui augmentent sa fortune.
+Accidentellement, il est vrai, il peut se faire
+que le placement soit malheureux: c'est ce qui
+arrive chez l'alpiniste qui aventure une trop grosse
+somme d'énergie, et met quelquefois quinze jours
+à se refaire d'une excursion par trop fatigante.
+Mais enfin, en général, on peut dire que, chez les
+gens bien portants, ces risques de dépenses exagérées
+sont réduits à très peu de chose. Le malade,
+au contraire, est un indigent. Non seulement il ne
+doit pas dépenser à tort et à travers, mais il doit
+parcimonieusement, et avec un soin jaloux, garder
+le peu qu'il possède encore, et chercher à faire des
+économies. Si son indigence est momentanée, il se
+remettra assez vite à flot. Si elle est définitive, <i>a
+fortiori</i> devra-t-il chercher à ne pas faire de fausses
+dépenses.</p>
+
+<p>Or, il ne faut pas se le dissimuler, pour le malade
+tout voyage est une dépense; le changement d'habitudes,
+le surcroît de fatigue inévitable, à eux
+seuls, occasionnent de la dépense nerveuse. Si c'est
+un grand malade, le voyage peut même le tuer,
+comme il tue ces malheureux typhoïdiques qu'on
+est quelquefois obligé, en campagne, ou qu'on se
+croit obligé d'évacuer à de longues distances, sur
+des cacolets qui les secouent d'une façon lamentable.
+Ils arrivent quelquefois morts à l'ambulance
+lointaine, d'autres fois demi-morts; mais toujours
+leur état est extrêmement aggravé. Si on avait pu
+les soigner sur place, ou les évacuer à très petites
+journées, dût-on les tenir privés des ressources de
+la thérapeutique, et se borner à leur faire deux
+lotions fraîches par jour, ils auraient eu bien plus
+de chances de guérir. Je l'affirme au nom d'une
+expérience personnelle, faite pendant la campagne
+de Tunisie. Mais, sans parler des états aigus
+qui contre-indiquent absolument tout long déplacement,
+ne voyons-nous pas, tous les jours, des
+états chroniques aggravés à vue d'oeil par les longs
+trajets? Cet illustre malade qui traverse toute la
+Russie pour aller au Caucase, dans le vain espoir
+de retrouver la santé, et qui voit son état s'aggraver
+sensiblement en route; tous ces cardiaques, ces
+albuminuriques qui vont aux eaux lointaines chercher
+la guérison promise, et en reviennent bien
+plus fatigués que s'ils étaient restés chez eux? Et les
+tuberculeux avancés! ces tristes victimes des théories
+régnantes et de la crainte de la contagion.</p>
+
+<p>Vous prenez là, dira-t-on, les cas extrêmes, et
+on commence à comprendre que les grands déplacements
+ne sont pas favorables aux grands malades.</p>
+
+<p>Oui, mais j'ajoute qu'ils ne sont pas, non plus,
+favorables aux malades <i>moyens</i>.</p>
+
+<p>Pour me faire comprendre, voyez cette jeune
+femme nerveuse qui ne digère plus, qui dort mal,
+qui est constipée, qui n'a pas ses règles depuis six
+mois; on se figure encore que, en lui faisant quitter
+le climat brumeux du Nord pour l'envoyer sur la
+côte d'Azur, on va lui faire le plus grand bien; c'est
+une profonde erreur. L'insolent ciel bleu du Midi
+lui paraîtra odieux, et, après quelques jours, elle
+souhaitera, dans son for intérieur, de quitter le
+délicieux pays. Elle ne le dira pas, pour ne pas
+torturer son entourage, elle souffrira en silence;
+et il peut même se faire qu'à la longue son état
+s'améliore; mais, sûrement, ce ne sera pas l'effet
+du changement de milieu. Et il peut bien se faire
+aussi que son état s'aggrave assez pour que l'entourage
+se rende à l'évidence, et ramène à grands
+frais, et avec d'infinies précautions, la pauvre victime
+dans le milieu qu'elle n'aurait pas dû quitter.</p>
+
+<p>En réalité, le voyage n'est utile que chez les gens
+qui paraissent n'en avoir pas besoin. C'est pour
+bien faire comprendre notre manière de voir que
+nous exagérons, à dessein, la formule de notre
+pensée.</p>
+
+<p>Il est bien certain qu'entre le malade grave,
+qu'on ne doit pour rien au monde déplacer, et
+l'homme qu'on est convenu d'appeler bien portant,
+et qui a tout intérêt à faire des voyages d'agrément,
+il existe toute une série d'intermédiaires auxquels
+les voyages peuvent rendre des services. Le changement
+radical de milieu, si dangereux pour le
+malade grave, peut être utile à l'individu qui n'est
+que sur la frontière de la «maladie». Quitte à avoir
+dans un hôtel une nourriture moins bonne, moins
+hygiénique, moins adaptée à l'état de son estomac,
+un dyspeptique pourra se trouver bien de cette
+nourriture, si, en arrivant à l'hôtel, il laisse ses
+préoccupations incessantes, énervantes, de Paris.
+Comme toute chose humaine, le déplacement peut
+avoir du bon et du mauvais, et on ne peut formuler
+de règles absolues pour les cas moyens; c'est au
+médecin, s'il est consulté, à peser le pour et le
+contre, et à donner les indications générales.</p>
+
+<p>Mais il y a quelques conseils qu'il devra donner
+toujours au malade. C'est:</p>
+
+<p>1° De ne pas voyager de nuit.</p>
+
+<p>2° De s'interdire les changements journaliers de
+stations, sauf dans les cas où, pour une raison
+quelconque, on est obligé de gagner les altitudes.
+Dans ce dernier cas, il faut, au contraire, imposer
+au malade des stations intermédiaires, car l'expérience
+démontre que rien n'est préjudiciable à une
+grande nerveuse, par exemple, comme le voyage
+en une seule traite de Paris en Engadine. Elle peut
+être sûre que, en arrivant à destination, il lui
+faudra plusieurs jours pour s'adapter au nouveau
+milieu d'altitude, pour faire son acclimatation;
+pendant ces quelques jours, elle aura un malaise
+extrême, et, en particulier, de l'insomnie, tandis
+que, si elle s'était arrêtée deux fois en route, elle
+n'aurait pas eu à payer ce tribut à la dépression
+barométrique.</p>
+
+<p>3° De s'interdire le voyage matinal; de ne pas
+croire que, parce que le lever à l'aube est favorable
+à l'alpiniste bien portant, il soit également favorable
+aux neurasthéniques qui ont besoin de leur
+sommeil matinal.</p>
+
+<p>4° Une prescription importante, c'est encore de
+se reposer, à l'arrivée à destination, pendant deux,
+quatre jours, suivant la valeur de l'individu, pour
+réparer la dépense occasionnée par le voyage. Ce
+repos sera plus ou moins complet, suivant la gravité
+des cas. En principe, il vaut mieux pécher par
+excès que par défaut de prudence.</p>
+
+<p>5° Pendant ces villégiatures, le malade ne devra
+pas faire de sorties quotidiennes, sous le fallacieux
+prétexte de s'entraîner; l'entraînement convient
+aux gens bien portants, mais le mot «entraînement»
+doit disparaître du vocabulaire du malade.
+Certes, le rôle du médecin est d'entraîner le malade;
+mais cet entraînement, que j'appellerai médical,
+doit être tellement progressif et mesuré qu'il n'a,
+pour ainsi dire, rien de commun avec l'entraînement
+de l'homme bien portant et de l'homme de
+sport.</p>
+
+<p>Le malade ne devra faire un effort que tous les
+deux ou trois jours, et profiter des jours intermédiaires
+pour se reposer. Ainsi il parviendra à reconquérir
+des forces, tandis que, s'il espère s'entraîner
+en dépensant tous les jours un peu plus de son
+misérable capital, il ira droit à la ruine.</p>
+
+<p>On comprend aisément qu'un des facteurs importants
+du voyage est sa longueur. Le voyage autour
+du monde ne convient à aucun malade; on peut
+dire que, en général, il n'est pas nécessaire d'aller
+très loin. Le malade parisien, par exemple, se
+trouvera mieux d'une villégiature à Montmorency
+que d'une lointaine expatriation. On ignore trop
+l'extrême susceptibilité du malade au changement
+de milieu. Une simple promenade <i>extra muros</i>
+impressionne le malade parisien, quelquefois en
+bien, mais le plus souvent en mal. Combien connaissons-nous
+de personnes qui ne peuvent pas
+aller jusqu'à Versailles sans avoir, au retour, une
+véritable courbature, une nuit de moins bon sommeil,
+et, les deux ou trois jours suivants, une
+aggravation de tous leurs symptômes morbides?</p>
+
+<p>Leurs parents, qui n'y comprennent rien, prétendent
+que c'est affaire d'imagination. Mais non, c'est
+un fait parfaitement explicable, et le médecin, qui
+connaît cette susceptibilité invraisemblable, devrait
+se constituer l'avocat des patients, au lieu de faire
+chorus avec la famille et d'accabler le malade de
+conseils intempestifs. Certes, dans certains cas, par
+une suggestion puissante, en réveillant ce qui reste
+d'énergie latente au malade, en faisant, en d'autres
+termes, de la psychothérapie réconfortante, il
+pourra, pour ainsi dire, dynamiser le malade et
+lui donner la force de supporter non seulement le
+voyage de Versailles, mais un voyage relativement
+lointain, et ce, pour le plus grand bien, car le
+malade reprend alors confiance en lui-même. Mais,
+avant de donner cette suggestion, le médecin doit
+bien étudier son sujet, et savoir au juste ce qu'il
+vaut, sous peine de lui nuire en lui demandant un
+effort au-dessus de ses forces.</p>
+
+<p>Nous ne nous dissimulons pas que rien n'est plus
+difficile que de connaître la valeur exacte d'un système
+nerveux; c'est presque impossible pour le
+médecin qui voit le malade pour la première fois.
+Dans le doute, il vaut mieux ne pas imposer une
+fatigue qui risquerait d'être préjudiciable; on se
+repent rarement d'avoir été trop prudent. Un élément
+d'appréciation qui est d'un grand secours pour
+le médecin, en pareille occurrence, c'est le désir du
+malade lui-même.</p>
+
+<p>S'il ne désire pas voyager, s'il se dit fatigué, il y
+a gros à parier qu'il l'est en réalité. Le malade
+a toujours, en effet, une vague conscience de sa
+valeur, et il faut tenir compte de son appréciation.
+Si, au contraire, il manifeste vivement le désir de
+changer de milieu, c'est qu'il sent vaguement qu'il
+a des réserves de force nerveuse ayant besoin d'être
+utilisées; il a un sourd instinct qui, en général, le
+guide bien. Mais alors, direz-vous, le rôle du
+médecin est singulièrement restreint; il consiste à
+s'enquérir plus ou moins discrètement des désirs
+du malade, et à les transformer habilement en
+prescriptions médicales? A vrai dire, ce serait
+encore de la psychothérapie; mais nous ne concevons
+pas les choses de cette façon. Quelquefois, il
+arrive que l'instinct du malade le guide mal; il est
+dévoyé par des auto-suggestions, des préjugés
+ataviques, dos théories plus ou moins scientifiques;
+et le rôle du médecin est, en ce cas, de remettre
+tout au point, de démontrer à son malade que
+son instinct, dans telle ou telle circonstance, le
+guide de travers; que, bien qu'il n'en ait pas envie,
+il doit aller de l'avant; et le médecin mérite alors
+le beau titre de directeur de la santé.</p>
+
+<p><i>La mer</i>.&mdash;Les voyages à la mer auraient dû,
+en bonne logique, être étudiés à la suite des cures
+thermales, parce que, en somme, le bain de mer
+est un agent thérapeutique comparable aux bains
+d'eau salée qu'on va prendre à Rheinfelden, Salies,
+Arcachon, Mouthiers-Salins, etc. Mais nous les
+plaçons à dessein à la suite de l'étude des voyages,
+parce que, dans la pratique, le bain de mer est
+plutôt considéré comme voyage d'agrément que
+comme traitement médical. Cela est si vrai que le
+médecin est rarement consulté sur l'opportunité
+du traitement marin, sur le choix de la plage: et
+c'est à tort. D'autre part, aux bains de mer, le traitement
+n'est pas surveillé comme il l'est dans les
+stations d'eau salée, et c'est également regrettable;
+car la médication par l'eau de mer est active, et
+son emploi n'est pas indifférent, surtout lorsqu'il
+s'agit de malades impressionnables, auxquels la
+moindre intervention fait du bien ou du mal.</p>
+
+<p>Les principaux conseils que nous ayons à donner
+aux malades livrés à eux-mêmes, à la mer, sont les
+suivants:</p>
+
+<p>1° Ne pas prendre de bains dès l'arrivée, et se
+reposer des fatigues du voyage, comme nous avons
+dit qu'il fallait toujours le faire;</p>
+
+<p>2° Se rappeler que l'air marin a, par lui-même,
+une action appréciable, et qu'il n'est pas toujours
+utile de prendre des bains; qu'on peut, dans certains
+cas, se contenter de stationner pendant plusieurs
+heures par jour au bord de la mer;</p>
+
+<p>3° Se rappeler aussi qu'une saison au bord de la
+mer constitue un véritable traitement minéral. Il
+faut donc au moins un mois pour obtenir des effets
+sérieux; et, par conséquent, il n'est pas raisonnable
+d'aller à la mer pour huit jours; c'est s'exposer à
+la fatigue du voyage et de l'acclimatation sans aucun
+profit. <i>A fortiori</i>, ne doit-on pas prendre un bain
+de mer accidentel, comme le font les maris qui,
+par train spécial, arrivent toutes les semaines aux
+plages voisines de Paris, et se croient obligés de
+prendre le bain traditionnel du dimanche. Ils ont
+contre eux la fatigue du voyage, fait dans des conditions
+plutôt fâcheuses, l'influence du changement
+brusque de milieu, les trop douces émotions du
+revoir conjugal, et le bain de mer achève de leur
+soutirer une réserve d'influx nerveux. Le tout se
+solde, parfois, par un état subaigu, au retour, qui
+reçoit le nom d'embarras gastrique, et auquel se
+joignent souvent des douleurs rhumatismales.</p>
+
+<p>Nous ne pouvons pas indiquer, dans cette étude
+rapide, les indications et contre-indications des
+bains de mer. Le principe général est qu'il ne faut
+pas en donner aux malades à capital restreint, et
+que, en réalité, ils conviennent surtout aux gens
+bien portants. Plus le capital est entamé, plus aussi
+il faudra de prudence dans l'administration du
+bain, au point de vue de sa fréquence et de sa
+durée. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il faut, en
+général, le prendre très court, cinq minutes en
+moyenne.</p>
+
+<p>Enfin, il faut tenir compte des effets produits par
+les deux ou trois premiers bains. S'ils amènent de
+l'insomnie, c'est qu'ils sont trop prolongés, ou trop
+fréquents, ou tout à fait contre-indiqués. Il ne faut
+pas croire qu'on puisse s'y habituer, et que, si les
+premiers font du mal, les suivants feront du bien.
+D'une façon générale, d'ailleurs, l'organisme ne
+s'habitue pas à ce qui lui est nuisible; et les médications,
+quelles qu'elles soient, ne doivent jamais
+faire de mal, même momentanément. Mais c'est là un
+point de doctrine dont la démonstration nous entraînerait
+trop loin, et en dehors de notre plan.</p>
+
+<br><br><br>
+<h3>TROISIÈME PARTIE</h3>
+<br><br>
+
+
+
+
+
+<h4>CHAPITRE I</h4>
+
+<h4>LA PÉRIODE DE DÉCLIN</h4>
+
+
+<p>Nous avons à dessein placé dans l'étude de
+l'homme adulte la plus grosse part de nos considérations
+thérapeutiques, parce que, à vrai dire, c'est
+l'âge adulte qui est le plus intéressant au point de
+vue médical comme au point de vue social, et que
+c'est pendant cette période de la vie que le médecin
+peut faire le plus de bien au malade.</p>
+
+<p>Au contraire, à partir du moment où l'être
+humain est arrivé au sommet de sa courbe évolutive,
+et, par conséquent, où il va décliner, l'importance
+des agents thérapeutiques se limite de plus
+en plus, jusqu'à aboutir à zéro quand l'homme arrive
+à la fin de sa carrière.</p>
+
+<p>Dans les phases de la vie qui nous restent à
+étudier, la thérapeutique doit viser, avant tout, à
+éviter les dépenses de capital: mais son rôle pratique
+n'en reste pas moins très appréciable; et l'on
+ne sait pas assez combien une bonne direction
+médicale pourrait prolonger l'existence de l'homme
+arrivé à la période de déclin, voire même à une
+étape avancée de cette période.</p>
+
+<p>Théoriquement, la période de déclin peut commencer
+le jour de la naissance. C'est ce qu'on
+observe chez les enfants qui n'ont pas la force de
+vivre, et qui meurent après deux ou trois jours. A
+l'extrême opposé, on voit des individus qui ne
+commencent à décliner qu'à un âge très avancé, ou
+encore dont la vie est brutalement interrompue, à
+un âge relativement avancé, par un accident, avant
+que ne soit survenu le commencement de la période
+de déclin. C'est que ces hommes à prodigieuse
+santé sont venus au monde avec un excellent capital
+initial, que leurs parents ont su améliorer pendant
+la première enfance, et qu'ils ont ensuite amélioré
+eux-mêmes en s'interdisant toute dépense excessive,
+ou en ne risquant qu'à bon escient une certaine
+partie du capital, pour lui faire rapporter davantage.</p>
+
+<p>Chez ces individus fortunés, les affections intercurrentes
+ont, comme nous l'avons dit, peu de
+prise. Ces privilégiés sont semblables à l'homme
+qui a reçu les dix talents et qui, sachant les faire
+fructifier, en rapporte dix autres, et reçoit encore,
+en surplus, une récompense. Chez ces individus,
+le déclin n'arrive que très tardivement, et ils peuvent
+atteindre soixante ans tout en restant jeunes
+de coeur, de corps, et d'esprit.</p>
+
+<p>Entre ces deux extrêmes, tous les intermédiaires
+sont possibles; et nombreux sont les hommes qui
+commencent à décliner à trente ans, qui sont des
+vieillards à quarante ans. La plupart, cependant,
+commencent à décliner vers cinquante ans, et se
+maintiennent tant bien que mal pendant quelques
+années, puis déclinent à vue d'oeil à partir de soixante
+ans. Malheur à eux quand, à cet âge, ils prennent
+une pneumonie! D'ailleurs la moindre «maladie»
+accidentelle les détériore pour plusieurs mois, et
+l'on est tout étonné de la lenteur de leur convalescence.
+C'est à partir de ce moment que les tares
+organiques, latentes jusque-là, se révèlent, que
+l'homme qui avait une endocardite avec laquelle il
+vivait en bonne intelligence, et dont parfois même
+il ne se savait pas atteint, voit tout d'un coup son
+coeur devenir au-dessous de sa tâche. A la suite
+d'un coup de froid insignifiant, d'une indigestion,
+d'un excès alimentaire, d'une émotion violente,
+d'une grippe qui paraissait bénigne, il a de la dyspepsie,
+des palpitations, des intermittences du
+pouls, puis un peu d'enflure des jambes; toutes
+choses dont, au reste, le repos au lit suffit pour le
+débarrasser cette première fois, parce qu'il n'est
+pas encore complètement usé. Mais, six mois
+après, sous l'influence d'une cause semblable, il a
+une nouvelle atteinte, un peu plus de dyspnée, un
+peu de congestion de la base gauche du poumon,
+ou quelquefois des deux bases, un peu plus d'enflure
+des jambes; et, cette fois, le repos au lit, la
+diète lactée, ne suffisent pas à le remettre en état.</p>
+
+<p>La digitale est alors indiquée, à la dose de 10 centigrammes
+par jour en infusion dans 200 grammes
+d'eau, que le malade prendra de deux heures en
+deux heures, jusqu'au moment où il aura une salutaire
+crise urinaire. Grâce à ce précieux médicament
+ainsi administré, il fera encore les frais de
+cet assaut; mais, la fois suivante, les mêmes
+influences insignifiantes amèneront l'affolement du
+coeur avec albuminurie, et alors la déchéance pourra
+être irrémédiable.</p>
+
+<p>Il est certain que si, dans l'intervalle de ces
+assauts, notre homme s'était écouté vivre, s'il n'avait
+rien laissé au hasard, si une sage direction
+médicale avait dosé son alimentation, son travail,
+son sommeil, s'il n'avait pas eu d'émotions, si,
+pour conserver sa vie, il avait, en quelque sorte,
+cessé de vivre, il aurait survécu plus longtemps et
+n'aurait pas eu sa deuxième atteinte; mais ce qu'il
+faut bien se rappeler, c'est que, dès sa première
+atteinte, ses jours étaient comptés. Cette première
+atteinte dénonçait déjà l'insuffisance de son système
+nerveux, incapable de donner au muscle cardiaque
+la force voulue pour faire son office de
+pompe aspirante et foulante; le déclin, qui avait
+peut-être commencé quelques années avant, s'était
+traduit dès le jour de ce premier accroc.</p>
+
+<p>Le déclin peut n'être qu'apparent; et les symptômes
+revêtent parfois une gravité qui fait croire,
+à tort, à l'entourage qu'il existe une brèche sérieuse
+ou irrémédiable dans le capital vital du malade,
+alors qu'il n'est touché que superficiellement. C'est
+au médecin qu'il appartient de faire un bon diagnostic,
+d'où découlent et le pronostic et le traitement.
+Certes, le problème est souvent difficile à résoudre,
+et, pour y arriver, le médecin n'a pas trop de toute
+sa finesse d'observation, de toute son expérience,
+de toute sa pénétration. C'est dans ces cas que la
+médecine est véritablement un art, et le médecin
+un artiste, appelé à utiliser de son mieux les données
+scientifiques que ses études antérieures lui
+ont fournies.</p>
+
+<p>Il aura naturellement, pour l'aider dans cette
+tâche, l'examen physique du malade, et, en particulier,
+l'exploration abdominale, le ventre étant, de
+tous les organes, celui qu'on peut le plus facilement
+explorer, par la vue, le palper, la percussion; il
+aura, pour l'aider, l'analyse des urines, trop souvent
+négligée. Il sera également secondé par
+l'étude du passé: il ne manquera pas de fouiller
+l'hérédité, l'évolution antérieure de la vie, chez le
+sujet qu'il examine. Celui-ci a-t-il eu de grands
+assauts, et s'est-il ressaisi complètement? En ce
+cas, c'est une présomption en sa faveur: ce passé
+prouve qu'il a une grande élasticité, un capital
+sérieux, et qu'il est possible que, dans la crise
+actuelle, il rebondisse encore une fois.&mdash;Au
+contraire n'a-t-il jamais eu d'assaut important?
+le problème devient alors plus difficile, car le
+médecin manque d'une base pour apprécier la
+valeur réelle du capital. Aussi fera-t-il bien de rester
+dans une prudente réserve, et si, dans le cas précédent,
+il a été en droit de rassurer la famille malgré
+la gravité apparente de l'état du malade, dans le
+second cas, au contraire, il ne doit dire qu'une
+chose: «Je ne sais pas.»</p>
+
+<p>Pour ma part, je me méfie beaucoup des hommes
+à santé insolente, n'ayant jamais eu besoin de
+soins, que je vois brusquement atteints par une
+«maladie» accidentelle, par la grippe en particulier.
+Me trouvant sur un terrain inconnu, je me demande,
+tout d'abord, si leur capital était aussi bon qu'il le
+paraissait, et si la grippe ne va pas provoquer la
+faillite, la débâcle.</p>
+
+<p>Ce sont là, je le répète, des problèmes cliniques
+extrêmement difficiles à résoudre; mais ils ont un
+grand intérêt au point de vue du pronostic à porter,
+et du traitement à instituer. Et cet intérêt est immédiat:
+car si le médecin soupçonne, chez son malade,
+une altération profonde que ne traduit pas l'ensemble
+symptomatique, il doit redoubler de précautions,
+sa surveillance doit être incessante, son zèle
+doit prévoir les moindres incidents, ne rien laisser
+au hasard. Il a alors à lutter non seulement contre
+la «maladie», mais aussi contre le malade, souvent
+indocile, et contre les familles, qui trouvent qu'on
+en fait trop, qu'on prend trop de soins, que le
+malade devrait se lever pour regagner des forces,
+sortir pour se distraire, reprendre une partie de
+ses occupations pour ne pas nuire à sa carrière;
+estimant, <i>in petto</i>, que le médecin userait de discrétion
+en espaçant davantage ses visites, etc. Quoi
+qu'il arrive, ce sont de mauvais cas pour le médecin.
+Il est accusé, si le malade guérit, d'avoir
+retardé sa convalescence, et, s'il succombe, de ne
+l'avoir pas bien soigné. Car enfin, un homme si
+bien portant! et qui succombe à la suite d'une grippe,
+presque sans fièvre! Sûrement, c'est le médecin
+qui est coupable! Il n'a, pour se consoler, que la
+conscience du devoir accompli. Et d'ailleurs il peut
+aussi se dire que, dans d'autres cas, on a attribué
+exclusivement à ses bons soins ce qui était
+dû, en grande partie, à la valeur du sujet; il y a
+donc compensation.</p>
+
+<p>En somme, le médecin qui se trouve en face d'un
+malade quelconque est appelé à résoudre le problème
+suivant: Étant donnés la valeur antérieure
+du malade A, et le déchet que lui fait perdre la
+«maladie» B, quelle est la valeur du capital restant
+A&mdash;B? Le simple bon sens indique que cette équation
+ne peut pas se résoudre par l'algèbre, puisque
+nous ne connaissons au juste ni A ni B. Aussi le
+médecin ne doit-il jamais quitter le terrain, relativement
+solide, que lui fournit la science, pour se
+perdre dans les abstractions. Il doit seulement se
+rappeler la parole d'Hippocrate: <i>Judicium difficile</i>,
+et faire de son mieux pour approcher le plus
+possible de la solution du problème, qui, sans être
+d'ordre mathématique, a cependant une solution.</p>
+
+<p>«Quand on fait ce qu'on peut, on rend Dieu responsable.»
+[V. HUGO]</p>
+
+<p>Existe-t-il, du moins, des symptômes permettant
+d'affirmer que l'homme a atteint l'apogée de son
+évolution, et est sur la pente du déclin? Eh! non,
+tant qu'il est bien portant Il est évidemment moins
+fort, moins actif, que pendant la période de croissance,
+il supporte moins les petits écarts de régime,
+les fatigues, il est plus vulnérable, en un mot,
+mais ce n'est pas un malade par cela seul qu'il est
+en période de déclin. S'il veut éviter la «maladie», il
+le peut, dans une, certaine mesure, en s'écoutant
+vivre, en surveillent son hygiène quotidienne, en
+ne faisant pas de fausses dépenses ou de dépenses
+exagérées, ou, s'il est obligé d'en faire par hasard,
+en les compensant aussitôt par une exagération
+momentanée de prudence. Bref, la période de déclin
+est la période des précautions. L'homme en déclin
+devrait se rappeler qu'il faut «être de sa santé»
+comme il faut «être de sa condition», comme il
+faut être «de son temps». En usant de ces précautions,
+il peut prolonger très longtemps la durée
+de sa phase évolutive, et atteindre ainsi sans
+transition la vieillesse, qui pourra, si elle est également
+bien surveillée, le conduire, sans transition
+brusque, à la mort.</p>
+
+<p>Mais, quelques précautions qu'il prenne, les circonstances
+de la vie sont telles que, fatalement, il
+rencontre sur son chemin des influences qui font
+baisser brusquement sa valeur. Quelles sont ces
+influences inévitables? Ce sont toutes celles que
+nous avons déjà étudiées dans l'enfance, dans
+l'adolescence, et dans l'âge adulte: erreurs d'alimentation,
+causes morales surtout, etc.</p>
+
+<p>Y en a-t-il cependant, parmi ces influences, qui
+soient plus spéciales à la période de la vie que nous
+étudions, la période comprise entre cinquante et
+soixante-cinq ans?</p>
+
+<p>Chez la femme, tout le monde admet que la
+ménopause produit des perturbations considérables;
+la preuve, c'est qu'on s'accorde à appeler «âge
+critique» l'âge de la cessation des règles. La ménopause
+ramène souvent des troubles de santé qui
+avaient disparu depuis longtemps, et amène quelquefois
+des troubles nouveaux, tels que ces sueurs
+profuses dont se plaignent amèrement les malades.
+Nous avons en vain essayé contre elles l'emploi de
+l'opothérapie ovarienne, et nous croyons que c'est
+un moyen non seulement inutile, mais dangereux,
+et que le mieux est de savoir attendre, en mettant
+la malade à un régime restreint.</p>
+
+<p>Dans les deux sexes, les émotions morales jouent
+encore, à cet âge, un rôle considérable. C'est une
+fille mal mariée, un fils qui fait le chagrin de sa
+famille, c'est l'isolement au milieu d'indifférents, la
+perte des amis de la première heure, l'âge des
+désillusions, l'automne de la vie, en un mot. Dans
+tous les cas, les pratiques de la psychothérapie sont
+d'un incontestable utilité: seules, elles ne suffisent
+pas à guérir un homme rendu malade par des influences
+morales; mais, associées aux autres agents
+thérapeutiques, elles sont toujours d'une grande
+utilité et souvent d'une nécessité absolue. J'ai plus
+fait en réconciliant avec son fils un père que le
+chagrin avait terrassé, en lui démontrant la nécessité
+et la légitimité du pardon, qu'en le traitant,
+comme on le faisait depuis longtemps, avec toutes
+les ressources de la pharmacopée et des agents
+physiques.&mdash;Le fonctionnaire qui prend sa retraite,
+et se voit brusquement condamné à une oisiveté
+forcée, ne sait pas que faire de son temps. En vain
+cherche-t-il, dans la société des hommes de son
+âge, un remède à son désoeuvrement; et quant à
+espérer trouver chez les gens jeunes de sa famille
+un réconfort quelconque, il n'y doit pas songer. Les
+plus jeunes ont leurs affaires, et les affaires sont
+les affaires; c'est tout au plus si la fille vient faire
+ses couches à la maison.</p>
+
+<p>Bref, une série de chagrins multiples, auxquels
+on est encore sensible, sont l'apanage ordinaire de
+cette période de la vie. C'est à cet âge, aussi, que
+se soldent,&mdash;car tout se paie,&mdash;les erreurs du
+passé, les fautes contre l'hygiène. Alors arrivent les
+traites imprévues, et, quand le capitaliste veut
+mettre de l'ordre à ses affaires, il s'aperçoit trop
+tard que, depuis plusieurs années, il ne s'est pas
+contenté de ses revenus et qu'il a écorné son capital.
+Mais, dira-t-on, pouvait-il s'apercevoir de la
+mauvaise gestion de sa fortune? C'est l'éternel
+problème du «Connais-toi, toi-même!» de la sagesse
+antique. C'était à lui de voir que, de temps à
+autre, il avait de ces petites défaillances de santé
+qu'il traitait à la légère, en leur attribuant des causes
+banales et qui auraient dû être, pour lui, des avertissements
+(l'avertissement sans frais du percepteur).
+Il aurait dû, en homme bien avisé, rester
+toujours en deçà de ce qu'il pouvait donner.</p>
+
+<p>Mais enfin le mal est fait; et il est encore temps,
+sinon de le réparer complètement, au moins de
+l'atténuer dans une notable mesure, en se surveillant
+de près, et en ne laissant rien au hasard de ce
+qu'on peut lui enlever par prudence et par calcul.</p>
+
+<p>Certaines natures ultra-généreuses ne s'aperçoivent
+pas qu'elles dépensent plus qu'elles ne
+devraient le faire; elles n'ont pas la bonne fortune
+de recevoir les petits avertissements que nous
+venons de signaler. Leur débordante santé fait
+l'envie de tout le monde; mais ces privilégiés sont
+souvent des déshérités. Nous avons dit déjà ce qu'il
+fallait en penser, quand ils se trouvent aux prises,
+brusquement, avec une affection accidentelle.</p>
+
+<p>Malheur aussi à l'homme qui, à cet âge, se
+laisse entraîner par un renouveau de passion
+sexuelle! Il s'impose des dépenses trop fortes pour
+sa réserve de santé, surtout s'il en arrive à forcer
+ses talents. Il faut aussi compter avec les aberrations
+de l'instinct sexuel, assez fréquentes à cet
+âge; et alors la neurasthénie vengeresse ne tarde
+pas à s'installer, sous une forme qui rappelle, par
+sa brutalité d'apparition et la gravité des symptômes,
+l'hystéro-neurasthénie traumatique.</p>
+
+<p>En effet, du jour au lendemain, cet homme,
+vaillant jusqu'alors, subit un véritable effondrement.
+Non seulement il perd tout d'un coup l'aptitude
+sexuelle, ce qui est pour lui la source d'un
+grand chagrin, mais il perd, en même temps, l'appétit,
+le sommeil, les forces. La constipation entre
+en scène; des douleurs névralgiques variées,&mdash;ou,
+pour mieux dire, des <i>algies</i>, car la douleur ne
+suit pas le trajet des nerfs, le torturent nuit et jour.
+Il a une sensibilité excessive de l'ouïe, un éréthisme
+de tout le système nerveux, qui devient
+comme une lyre à cordes trop tendues que fait
+vibrer douloureusement le moindre souffle. Cet
+état peut n'être que passager, si le malade a le bon
+esprit de s'en avouer à lui-même la cause déterminante
+et de la supprimer. Mais cela même ne
+suffit pas toujours: <i>Sublata causa, non tollitur effectus.</i>
+Le branle est donné à la cellule nerveuse, le
+système nerveux, longtemps patient, s'est tout à
+coup révolté, et il faut des mois et des années de
+soins méthodiques pour lui rendre son équilibre.
+C'est dire que, pendant ces mois et ces années, le
+médecin devra surveiller non seulement l'hygiène
+sexuelle, dont il n'est plus question, mais l'hygiène
+alimentaire, donner les repas fréquents que nécessite
+un estomac toujours sur le point d'entrer soit
+en état paralytique ou en état spasmodique; une
+alimentation non excitante (pâtes, purées), sans
+vin, et sans les toniques qui passent, à tort, pour
+réveiller les forces. Le repos physique est également
+indiqué.</p>
+
+<p>C'est dans ces cas qu'un changement de milieu,
+bien compris, bien dirigé, peut être utile à divers
+titres. D'abord, il éloigne la victime de la cause
+initiale de son mal, ensuite il lui permet d'apprécier
+souvent les soins affectueux et tendres d'une
+femme momentanément négligée.</p>
+
+<p>La psychothérapie joue aussi un rôle énorme dans
+le traitement de ces malades qui, d'un jour à l'autre,
+sont devenus craintifs, scrupuleux à l'excès, ayant
+peur de mourir, tenaillés par des remords d'une
+intensité morbide. Le médecin animé d'un esprit
+large et charitable peut leur être d'un grand
+secours, en mettant toutes choses au point, et en
+rassérénant leur conscience dans la mesure qui
+convient.</p>
+
+<p>Ce tableau de la «maladie» de l'âge critique, chez
+l'homme, n'a rien d'exagéré. Nous avons observé
+plusieurs cas semblables, où des hommes bien
+portants jusqu'alors ont payé cher leurs écarts
+intempestifs.</p>
+
+<p>Le plus souvent, les malheurs de ce genre arrivent
+chez des hommes qui, auparavant, n'étaient
+pas débauchés, offraient même le modèle d'une
+vie exemplaire; maintenus par des principes
+sévères, ils avaient été fidèles à la foi conjugale, et,
+alors même qu'ils étaient veufs, ils étaient restés
+fidèles au delà du tombeau; et puis, un beau jour,
+une occasion se présente et les surprend; c'est
+une Sapho quelconque rencontrée en chemin de
+fer; l'homme se trouve désarmé devant la tentation,
+il succombe, et, une première chute en
+entraînant de nombreuses à sa suite, il devient
+enragé de vice. Aussi ne saurions-nous trop
+engager l'homme mûr, trop confiant en lui-même,
+à veiller toujours, car le péril est insidieux et les
+risques sont grands.</p>
+
+<p>C'est à l'âge que nous étudions que se manifestent
+les troubles prostatiques et urinaires, résultats
+tardifs de blennorragies mal soignées et considérées
+comme une bagatelle par le jeune homme,
+plutôt fier d'avoir pris un brevet de virilité. C'est
+vers cinquante-cinq ans que le rétrécissement du
+canal provoque des misères variées, que nous n'avons
+pas à décrire ici, mais qui finissent par amener
+la mort prématurée si le chirurgien n'intervient pas.</p>
+
+<p>Ainsi s'explique l'absence de tout rétrécissement
+chez les hommes qui ont dépassé soixante-cinq ans:
+ceux qui avaient des rétrécissements sont morts
+avant cet âge.</p>
+
+<p>C'est aussi vers l'âge de soixante ans que la
+prostate entre en scène. Certes, les affections de la
+prostate ne sont pas toujours d'origine blennorragique;
+mais elles sont, plus qu'on ne le croit,
+dues à des erreurs dans l'hygiène sexuelle.</p>
+
+<p>Quant aux autres affections capables de faire
+brusquement baisser le capital, elles ne donnent
+lieu à aucune considération particulière. Nous
+devons pourtant nous arrêter encore, en passant,
+sur trois manifestations morbides spécialement
+fréquentes à l'âge en question: le diabète, l'albuminurie,
+et l'obésité.</p>
+
+<p><i>Diabète</i>.&mdash;L'apparition du diabète est, certes,
+chose fâcheuse; mais le plus grand malheur qui
+puisse arriver à un diabétique impressionnable,
+c'est de trouver un médecin qui lui annonce, sans
+ménagements, la fâcheuse nouvelle. A partir de ce
+moment commence, pour le malade, une incessante
+préoccupation morale, aggravée encore par un
+régime alimentaire qui lui cause plus de dommages
+que le diabète lui-même. Il est vrai de dire que,
+depuis quelques années, les médecins se sont un
+peu départis de la cruelle sévérité qui, autrefois, les
+rendait redoutables aux diabétiques. On veut bien
+admettre, désormais, que le régime des diabétiques
+comporte certains tempéraments, et que les pommes
+de terre en robe de chambre, par exemple, peuvent
+être allouées, voire même en abondance.</p>
+
+<p>Mais il n'en reste pas moins vrai que la situation
+d'un diabétique, traité d'après les principes
+classiques, est encore loin d'être réjouissante. Elle
+sera telle jusqu'au jour où l'on comprendra enfin
+qu'il n'y a pas deux diabétiques devant être soignés
+par le même régime, ou plutôt qu'il n'y a pas de
+régime du diabète, le diabète n'étant qu'un symptôme
+qui ne mérite pas qu'on s'acharne sur lui.</p>
+
+<p>Aux uns il faudra beaucoup de viande et du vin,
+aux autres la diète lactée absolue pendant quelques
+jours, et le régime des potages au lait ensuite.
+Et entre ces deux extrêmes, toutes les combinaisons
+du régime peuvent être indiquées. Le médecin
+doit imposer le repos au lit absolu au diabétique qui
+maigrit et perd ses forces, l'exercice modéré dans
+les autres cas, mais, jamais d'exercice forcé, parce
+que le diabétique a toujours des combustions
+exagérées, comme le professeur A. Robin l'a très
+élégamment démontré. On aura à s'occuper aussi
+de l'état mental du malade, et à ne pas négliger la
+psychothérapie. Le diabète peut être provoqué,
+expérimentalement, en touchant un point précis du
+quatrième ventricule du cerveau; et les diabétiques
+vraiment graves sont ceux qui le deviennent à la
+suite d'une chute sur la tête: ces deux faits prouvent
+assez l'importance des troubles du système
+nerveux dans la pathogénie du diabète, et la nécessité
+de faire une grosse part aux soins moraux
+dans le traitement du diabétique.</p>
+
+<p><i>Albuminurie</i>.&mdash;L'albuminurie donne lieu à
+des considérations de même ordre.</p>
+
+<p>Comme le diabète, elle est un symptôme indiquant
+un état de détérioration générale de l'organisme;
+c'est, le plus souvent, un symptôme grave,
+mais quelquefois aussi un phénomène sans grande
+importance.</p>
+
+<p>Tout le monde connaît l'albuminurie de l'adolescence,
+intermittente, venant après la moindre
+fatigue. On sait encore que le seul fait de se lever
+du lit et de procéder aux soins de la toilette suffit
+pour provoquer l'apparition de l'albumine, qui
+n'existait pas dans l'urine émise pendant que le
+sujet était au lit: c'est ce qu'on appelle l'albuminurie
+<i>orthostatique</i> ou <i>physiologique</i>,&mdash;terme
+détestable, parce qu'il n'y a pas d'albuminurie
+physiologique, pas plus que de glycosurique physiologique.
+Cette albuminurie de peu d'importance
+survient toujours chez des sujets qui ne sont pas en
+bon état de santé, et indique, par conséquent, qu'ils
+doivent être tenus à vue, et soignés suivant les
+principes généraux que nous avons déjà énoncés.</p>
+
+<p>Chez l'homme adulte, la présence de l'albumine
+dans l'urine est toujours d'un pronostic plus sérieux.
+Parfois cependant, là encore, l'albuminurie n'est
+que transitoire, et coïncide avec une décharge
+d'acide urique par les reins. Si l'on ne soumet pas
+le malade ainsi touché au régime lacté absolu, qui
+achèverait de l'épuiser, si on le laisse au repos, si
+on lui donne à prendre un peu de benzoate de soude,
+l'orage passe vite sans laisser de traces.</p>
+
+<p>D'autres fois, l'albuminurie, sans être transitoire,
+est intermittente, même chez l'adulte. Nous
+connaissons un malade qui, depuis quatre ans que
+nous le soignons, a de l'albumine chaque fois qu'il
+monte à cheval. Il peut faire jusqu'à 20 kilomètres
+à pied sans avoir d'albumine; mais une seule promenade
+à cheval fait réapparaître l'albumine et,
+malgré la dose considérable révélée par l'analyse
+après l'exercice du cheval, il est, au demeurant,
+bien portant en apparence, et a une vie des plus
+actives.&mdash;Je connais aussi un médecin qui a,
+depuis des années, de l'albumine en permanence;
+après s'en être beaucoup inquiété, et avoir suivi
+divers traitements et divers régimes, il a fini par ne
+plus faire que de l'hygiène générale, manger raisonnablement,
+éviter le surmenage; et il est, en
+somme, en aussi bon état que possible.</p>
+
+<p>J'ai cité, dans une étude sur le <i>Cacodylate de
+Soude</i> que j'ai publiée en 1901, l'histoire d'une jeune
+malade ayant, depuis 1898, à la suite d'un coup
+de froid, beaucoup d'albumine, et à laquelle j'ai
+donné des doses considérables de cacodylate, en
+injections, pendant un mois. J'ai eu, à ce moment,
+le bon esprit de ne pas attribuer exclusivement au
+remède la survie de la malade. Or, elle s'est
+mariée en 1900: depuis, elle a cessé toute médication,
+pour se borner à prendre de la viande crue
+et beaucoup de repos. Elle a encore, actuellement,
+3 à 4 grammes d'albumine par jour, et va très bien.</p>
+
+<p>On voit que tout est loin d'avoir été dit sur la
+valeur pronostique de l'albuminurie. Mais il n'en
+est pas moins vrai que, le plus souvent, la présence
+de l'albumine chez l'être humain, à l'âge que
+nous étudions, est un symptôme qui doit inspirer au
+médecin des craintes sérieuses, surtout quand, en
+même temps que l'albumine, il y a du sucre. Cette
+combinaison m'a toujours semblé être un arrêt de
+mort à brève échéance.</p>
+
+<p>Je dois ajouter que la situation de l'albuminurique
+sera encore aggravée si le médecin s'obstine
+à lui imposer le régime dit des albuminuriques. Il
+n'y a pas de régime des albuminuriques: il y
+a le régime qui convient à tel ou tel albuminurique.
+Parfois le régime lacté fait merveille, mais
+c'est rare; en tout cas, il ne faut pas le prolonger
+plus de quinze jours. D'autres fois, c'est le régime
+des pâtes, plus souvent encore le régime lacto-végétarien,
+qui, combiné au repos, aide le malade à
+sortir du mauvais pas, au moins momentanément.</p>
+
+<p><i>Obésité</i>.&mdash;Au même titre que le diabète et l'albuminurie,
+l'obésité appartient en propre à la
+période de déclin. Mais, direz-vous, il est des
+enfants et des adultes obèses! Qu'importe? C'est
+qu'ils ont commencé jeunes leur période de déclin.
+Mais, d'habitude, c'est aux environs de la ménopause
+que l'obésité devient, pour les femmes, une
+torture de tous les jours. Nous n'avons pas à en
+indiquer les inconvénients; rappelons seulement
+que l'obésité tend toujours à augmenter, parce
+qu'elle interdit au malade l'exercice, et qu'il s'établit
+immédiatement un cercle vicieux. Dans les cas
+d'obésité où l'exercice serait utile, l'obèse qui est
+condamné à en prendre de moins en moins, devient
+de plus en plus obèse.</p>
+
+<p>Mais il ne faut pas croire que l'exercice soit toujours
+utile aux obèses. L'obésité, étant un symptôme
+de la «maladie», est quelquefois entretenue
+par un excès d'exercice. J'ai connu une jeune fille de
+vingt-huit ans, très obèse, qui, après avoir consulté
+des médecins de diverses nationalités, avait fini
+par suivre les conseils d'un empirique, qui n'avait
+rien trouvé de mieux, pour la faire maigrir, que de
+mettre sa mère en relations avec un commandant
+de chasseurs à pied, de façon que ces deux dames
+pussent suivre tous les exercices du bataillon. Au
+bout d'un mois, la mère était demi-morte, et la
+jeune fille grossissait toujours. Sous l'influence de
+l'exercice, elle mangeait davantage et buvait en
+conséquence. Mais vint un jour où l'estomac,
+fatigué par la suralimentation, se mit à protester;
+c'est alors que je prescrivis le régime ultra-restreint,
+pendant quelques jours, pour remettre l'estomac
+en état, le repos presque absolu pendant cette
+période, puis un régime s'adaptant au fonctionnement
+de l'estomac et de l'intestin, avec un exercice
+modéré; et voici que, sous l'influence de ce
+traitement, la malade vit diminuer son obésité, et
+disparaître, successivement, d'autres troubles variés
+qui, comme l'obésité, étaient symptomatiques!</p>
+
+<p>Il n'y a pas de régime des obèses: il y a le régime
+applicable à tel ou tel malade atteint d'obésité. Le
+plus souvent, le régime restreint est indiqué; d'autres
+fois, il faut alimenter l'obèse, et rien n'est dangereux
+comme de le faire maigrir par insuffisance
+alimentaire. Il ne faut pas, non plus, le faire maigrir
+par l'emploi de la thyroïdine. Je dois dire,
+cependant, que j'ai été surpris des résultats excellents
+obtenus, par la thyroïdine, chez un obèse de
+vingt ans qui, en six mois, a vu son poids baisser
+de 105 à 80 kilogrammes, sans qu'il en soit résulté le
+moindre trouble pour la santé. Mais la thyroïdine
+avait été maniée par le Dr Polin avec une prudence
+extrême (2 milligrammes par jour, et pendant six
+mois consécutifs).</p>
+
+<p>En général, il faut se méfier de ce médicament,
+qui demande une surveillance médicale sinon quotidienne,
+du moins hebdomadaire; il faut enfin se
+rappeler que l'hygiène suffit toujours pour atténuer
+l'obésité au point d'en supprimer les inconvénients,
+et aussi qu'il est toujours dangereux de faire trop
+maigrir un obèse, ou de le faire maigrir trop vite.
+Quand un obèse maigrit trop vite, son ventre tombe,
+il est vrai; mais c'est le commencement de l'effondrement.
+Son système nerveux tombe aussi. En y
+mettant le temps, au contraire, c'est-à-dire en ne
+brusquant pas la manière d'être du sujet, on peut
+toujours arriver à des résultats excellents.</p>
+
+<p>J'ai commencé à donner des soins il y a dix ans,
+à une dame de soixante-sept ans, qui pesait 97 kilogrammes.
+Elle est arrivée en dix-huit mois, à
+baisser, avec une progression continue, à 77 kilogrammes...
+Depuis, elle garde son poids et sa
+santé; son déclin s'opère avec une lenteur telle
+qu'il est à peine perceptible. Inutile de dire que
+l'hygiène seule a fait les frais de la thérapeutique.</p>
+
+<h3>CHAPITRE II</h3>
+
+
+<h3>LA VIEILLESSE</h3>
+
+<p>Quelle que soit l'économie qui ait présidé à
+l'usage du capital biologique, il n'est pas possible
+que quelques mauvais placements n'aient été faits,
+dans le courant de l'existence; que des chocs accidentels,
+et indépendants de la volonté, n'aient, à
+diverses reprises, ébréché le capital. L'homme qui
+se condamnerait à vivre à seule fin de prolonger
+ses jours vivrait certainement très longtemps,
+mais la sentence d'Horace lui serait applicable:
+«Pour vivre, il aurait perdu les raisons de vivre.»
+<i>Et propter vitam vivendi perdere causas</i>.</p>
+
+<p>D'autre part, le capital diminue par le fait même
+de la vie, comme la vitesse initiale d'un projectile
+diminue progressivement par le fait de la résistance
+de l'air. Enfin il vient un moment où le capital,
+après avoir produit des intérêts considérables,
+ne donne plus que des intérêts de moins en moins
+élevés. Ce moment coïncide exactement avec la
+période de déclin, de sorte que, à partir de ce jour,
+quoi qu'il fasse et sans qu'il s'en doute, l'être vivant
+s'appauvrit fatalement et progressivement. Il en
+arrive enfin à n'être plus qu'un médiocre petit rentier;
+et c'est alors la vieillesse.</p>
+
+<p>Vieillesse qui peut, d'ailleurs, survenir à tout âge;
+témoin ces enfants qui ont l'aspect de petits vieillards,
+comme on dit dans le langage courant; ces
+hommes de quarante ans qui sont aussi des vieillards,
+des loques humaines. Mais, le plus souvent,
+la vieillesse survient à un âge plus tardif, que, pour
+le besoins de la cause, nous fixerons, par exemple,
+à soixante-cinq ans.</p>
+
+<p>A partir de cet âge, l'homme ne doit pas se borner,
+comme le lui conseillaient les trois jeunes
+gens du fabuliste, «à songer à ses erreurs passées»
+Il peut même encore avoir «de longs espoirs et de
+vastes pensées», à condition que ce ne soit pas
+pour lui, mais pour ses arrière-neveux. Il peut,
+en d'autres termes, jouir de son expérience et s'efforcer
+d'en faire profiter les autres; mais en se
+rappelant qu'il a atteint l'âge du repos, des ménagements
+et des précautions. Et de même que, dans
+la première période de la vie, il appartient aux
+parents de ménager pieusement et de faire sagement
+fructifier le capital de l'enfant; de même, à cette
+dernière période, il est du devoir des enfants de
+veiller avec zèle sur la frêle existence dont ils ont
+la charge; d'éviter au vieillard toute fuite nerveuse,
+tout chagrin, tout souci, tout écart de régime, et
+de le préserver contre toute intervention thérapeutique
+brutale.</p>
+
+<p>Quelles sont les influences qui compromettent
+d'une façon spéciale le vieillard vivotant?</p>
+
+<p>Les influences psychiques sont beaucoup moins
+importantes que dans l'âge adulte. Quelques vieillards,
+il est vrai, gardent leur sensibilité et leur jeunesse
+de sentiments. L'expérience de la vie ayant
+tempéré la fougue de leurs jeunes années, leur
+ayant appris l'indulgence et la miséricorde, ils
+deviennent des êtres exquis, d'un commerce aussi
+agréable que profitable. Mais, le plus souvent, la
+sensibilité s'émousse, et un égoïsme tranquille préserve
+le vieillard de toute émotion nuisible.
+Apprend-il la mort d'un de ses contemporains, fût-ce
+de son meilleur ami? Il en est bien un peu chagriné,
+mais l'émotion qu'il éprouve est surtout
+égoïste, à cause de la crainte qu'elle lui donne de
+voir son tour arriver; en somme, elle est peu profonde,
+et n'est pas comparable au chagrin poignant
+de l'homme adulte perdant un être aimé. Donc, de
+ce côté, peu de fuites nerveuses. Du côté du système
+musculaire, il n'y en a pas non plus. Le simple
+bon sens fait que le vieillard n'abuse pas, en général,
+de son restant de forces musculaires: exception
+faite cependant pour les cas où des parents ou des
+amis mal avisés, croyant bien faire, forcent le vieillard
+à se déplacer sans relâche, pour passer l'hiver
+dans le Midi, l'été en Suisse, le printemps ailleurs.
+Combien ne serait-il pas plus sage, en général,
+de le laisser tranquillement chez lui, dût-il ne
+pas quitter sa chambre? J'ai longtemps donné
+des soins à une vieille dame que ses enfants
+emmenaient en villégiature, toujours malgré elle,
+dans le centre de la France, et ramenaient à Paris
+en octobre. Or, après chaque voyage, il fallait un
+mois de soins assidus et de précautions pour effacer
+les traces de fatigue occasionnée par le déplacement.</p>
+
+<p>La vérité est que, dans les cas exceptionnels, le
+séjour hivernal dans le Midi peut être recommandable,
+mais que, d'une façon générale, il faudrait
+se rappeler un peu plus le dicton populaire affirmant
+«qu'on ne doit pas transplanter un vieux
+chêne», et qu'on devrait regarder à deux fois avant
+de proposer, et surtout d'imposer à un vieillard,
+soit un lointain changement de pays, soit même un
+changement d'appartement. Il faut, en général,
+tenir plus de compte qu'on ne le fait de son désir,
+qui est dicté par un vague instinct de conservation
+et qui trompe rarement.</p>
+
+<p>Ce qui menace le plus le vieillard, en dehors bien
+entendu des affections accidentelles, ce sont les
+écarts dans l'alimentation. Une indigestion qui,
+chez un homme jeune, se serait traduite par un
+léger état gastrique, amène chez le vieillard un
+effondrement colossal; et, pour peu que la thérapeutique
+intervienne d'une façon inopportune sous
+la forme d'un purgatif qui semble bien anodin, la
+situation peut s'aggraver d'un jour à l'autre. Il faut
+alors des semaines pour remettre en état le système
+nerveux bouleversé. Imaginez un foyer près de
+s'éteindre, où il ne reste plus qu'une petite flamme
+vacillante; irez-vous l'alimenter par un soufflet de
+forge, et charger le foyer de grosses bûches de bois?
+Non, vous mettrez sur la flamme, avec d'infinies
+précautions, des brindilles de bois bien sec, et c'est
+seulement ensuite que vous mettrez des fragments
+un peu plus volumineux, pour arriver enfin à la
+bûche qui entretiendra la vie du foyer. De même
+chez le vieillard malade, surtout quand il a des phénomènes
+gastriques, prudence extrême dans l'alimentation,
+fréquence de l'alimentation, et repos
+absolu: c'est la base du traitement.</p>
+
+<p>Mais combien, pour faire observer ces prescriptions
+si simples, ne faut-il pas au médecin d'énergie
+et de foi? Qu'on veuille donc bien se rappeler que
+le vieillard malade n'a besoin que d'une alimentation
+restreinte, que ce n'est pas ce qu'il prendra qui
+lui sera profitable, mais bien ce qu'il assimilera, et
+que, chez lui, la puissance d'assimilation est extrêmement
+minime! Lui-même, d'ailleurs, il le dit,
+il proteste, plus ou moins énergiquement, contre
+les menus qu'un zèle mal éclairé s'ingénie à lui
+proposer.</p>
+
+<p>En dehors de ces états gastriques passagers, le
+régime du vieillard doit être, en général, peu
+substantiel. Il faut surtout qu'il mange peu le soir,
+s'il tient à avoir quelques heures de sommeil. S'il
+éprouve le besoin de se nourrir, qu'il mange souvent,
+plutôt que beaucoup à la fois. Mais on ne
+saurait croire combien certains vieillards ont peu
+besoin de manger. J'ai eu longtemps pour patiente
+une vieille dame qui avait trop mangé pendant
+toute sa vie, et, de ce chef, avait eu une dyspepsie
+permanente accompagnée de misères variées, en
+tête desquelles venait la constipation. De là obsession
+de tous les instants; tant qu'on ne l'eût pas
+mise exactement au régime convenable, elle fut
+torturée par ce symptôme, restant huit ou quinze
+jours sans parvenir à aller à la garde-robe, malgré
+les lavements, les suppositoires, le massage abdominal,
+etc. On avait dû même, plusieurs fois,
+recourir au curetage. Or je me dis, un jour, que le
+régime relativement restreint que je lui avais
+imposé tout d'abord n'était peut-être pas encore
+assez restreint. Comme elle n'avait jamais d'appétit,
+et qu'elle ne mangeait que pour faire plaisir
+à son entourage, je fis avec elle une sorte de convention,
+qui fut de restreindre, sous ma surveillance,
+son alimentation progressivement, et dans
+la mesure extrême du possible. Après un mois de
+tâtonnements, ma collaboratrice et moi en étions
+arrivés à la formule suivante, que je transcris
+d'après mes notes: «7 heures matin, une tasse à
+thé de café au lait; 10 heures, une tasse à café de
+semoule au lait, ou de panade, ou de farine de Hongrie,
+ou de crème de riz, ou de crème d'orge aux
+mêmes doses, et un peu de confiture avec lait; Midi,
+un quart d'échaudé; 5 heures, café au lait; 7 heures,
+comme à midi; dans la nuit, une tasse à café de
+lait.»</p>
+
+<p>Ce régime, qui d'abord paraissait à l'entourage
+absolument ridicule, finit par être accepté quand
+on vit la malade reprendre, progressivement, du
+sommeil, un peu de force, un peu d'appétit, et surtout
+quand on vit disparaître sa constipation. Ses
+fonctions s'exécutaient, en effet, très régulièrement
+tous les deux ou trois jours, spontanément. Le
+régime fut continué jusqu'à sa mort, qui survint
+trois ans après. Elle s'éteignit sans souffrance à
+l'âge de quatre-vingt-quatre ans.</p>
+
+<p>Je pourrais relater bien d'autres exemples semblables,
+mais ils seraient tous calqués sur ce modèle.</p>
+
+<p>Il est, par contre, des vieillards qui ont conservé
+un gros appétit: il faut savoir le respecter, tout en
+essayant de le modérer un peu, du moment que la
+santé reste bonne.</p>
+
+<p>Pour en finir avec la question de régime, disons
+qu'un peu de vin généreux, étendu d'eau, est, en
+général, une boisson excellente pour le vieillard,
+bien portant ou malade; et que le lait, par contre,
+lui est le plus souvent préjudiciable, sauf dans les
+états aigus ou subaigus prolongés.</p>
+
+<p>Quant aux affections accidentelles qui surviennent
+chez le vieillard, et qui compromettent son
+reste de vie, elles sont peu nombreuses, et font,
+néanmoins, beaucoup de victimes. La plus importante
+de toutes est la pneumonie. C'est, très souvent,
+une pneumonie d'origine grippale: aussi ne
+saurait-on trop soigner la grippe dès son début,
+chez le vieillard plus encore que chez l'adulte. La
+pneumonie est insidieuse chez le vieillard. Elle ne
+se traduit que par un malaise général, avec très
+peu de phénomènes pulmonaires, mais elle s'accompagne
+toujours de fièvre. Si donc les familles
+savaient se servir du thermomètre, on aurait des
+chances de porter secours aux malades en temps
+utile; et alors une injection de cacodylate de
+gaïacol, quelques cachets de quinine, une certaine
+dose de cognac ou de vin très généreux, parviendraient,
+dans bon nombre de cas, à le sauver;
+tandis qu'en général, quand on appelle le médecin,
+il est trop tard, le médecin ne peut plus faire que
+le diagnostic, et prévenir la famille de la gravité
+de la situation.</p>
+
+<p>Les petites hémorragies cérébrales viennent souvent
+compromettre la survie du vieillard. Ordinairement,
+il échappe à la première atteinte, mais
+il en sort tellement amoindri, physiquement et
+intellectuellement, qu'on peut dire qu'il a cessé de
+vivre avant de mourir. Grâce aux soins dont il est
+entouré, à partir de ce moment, il se survit à lui-même
+pendant quelquefois plusieurs années, jusqu'à
+ce qu'il se décide à mourir après une deuxième
+ou troisième attaque.</p>
+
+<p>Quand aucune des causes graves ci-dessus mentionnées
+ne s'observe, le petit rentier qu'est le
+vieillard continue à vivoter plus ou moins longtemps,
+jusqu'au jour où, tout son capital et tous
+ses revenus étant épuisés, il cesse de vivre, tout
+simplement parce qu'il n'a plus la force de vivre.
+Il s'éteint alors et se repose comme le travailleur
+qui a fini sa tâche. C'est ce que traduit d'une façon,
+très profondément philosophique, l'expression courante
+de «défunt», la traduction littérale du mot
+latin <i>defunctus</i> étant: «Celui qui s'est acquitté.»
+Les privilégiés sortent de la vie comme d'un banquet,
+en remerciant leur hôte. Heureux s'ils peuvent
+léguer à une nombreuse postérité «l'exemple
+de leur vie!»</p>
+
+<br><br>
+<h5>FIN</h5>
+<br><br>
+
+<h3>INDEX ALPHABÉTIQUE</h3>
+
+<p>Albuminurie:&mdash;permanente;&mdash;son régime.
+Alcool.
+Alimentation: de l'enfant né avant
+terme;&mdash;du premier âge;&mdash;Gouttes de lait;&mdash;chez
+le petit enfant;&mdash;chez
+l'enfant du deuxième âge;&mdash;défectueuse;
+excessive;&mdash;ration d'entretien;&mdash;observation d'une malade
+guérie par le régime restreint;&mdash;insuffisante en quantité;&mdash;à
+la sonde;&mdash;observation
+d'une malade fébricitante
+guérie par l'alimentation
+forcée;&mdash;insuffisante
+en qualité;&mdash;chez le
+vieillard.</p>
+
+<p>Aliments adultérés par les procédés
+chimiques; physiques.</p>
+
+<p>Auto-intoxication, (Hypothèse de l').</p>
+
+<p>Avarie.</p>
+
+<p>Bains: chauds dans les pneumonies;&mdash;prolongés;&mdash;de
+briques;&mdash;de
+vapeur;&mdash;électriques;&mdash;de mer.</p>
+
+<p>Blennorragie, ses dangers tardifs.</p>
+
+<p>Boissons: fermentées;&mdash;distillées;&mdash;le vin chez
+l'homme bien portant;&mdash;chez
+le malade:&mdash;dans
+la ration du soldat;&mdash;eau
+stérilisée en usage dans
+l'armée.</p>
+
+<p>Cancer, son hérédité.</p>
+
+<p>Capital biologique (hypothèse du).</p>
+
+<p>Causes morbigènes: ambitions
+déçues;&mdash;passion amoureuse;&mdash;inquiétudes;&mdash;vie brisée;&mdash;frayeur.</p>
+
+<p>Causes accidentelles.</p>
+
+<p>Chaleur sèche (dermotherme).</p>
+
+<p>Choc: traumatique;&mdash;chirurgical;&mdash;moral.</p>
+
+<p>Coeur: «maladies» du coeur (leur
+hérédité;&mdash;observation
+d'un faux cardiaque;&mdash;
+la période de déclin.</p>
+
+<p>Constipation;&mdash;et
+entéro-colite;&mdash;provoquée
+chez les opérés;&mdash;son
+innocuité;&mdash;guérison par
+le repos;&mdash;dangers des
+purgatifs;&mdash;obsession de
+la constipation;&mdash;lavements
+d'huile;&mdash;injections
+de Brown-Séquard;&mdash;chez le vieillard;&mdash;Convalescence,
+sa rapidité chez l'enfant.</p>
+
+<p>Course en flexion.</p>
+
+<p>Déclin: âge de déclin;&mdash;pouvant
+n'être qu'apparent;&mdash;problèmes cliniques à
+l'âge du déclin, leur difficulté.</p>
+
+<p>Diabète: régime;&mdash;traumatique,
+sa gravité.</p>
+
+<p>Dyspepsie: observation d'une
+malade avec prédominance de
+troubles dyspeptiques.</p>
+
+<p>Eaux minérales;&mdash;table
+de régime;&mdash;de Carlsbad;&mdash;Chatel-Guyon, Bagnoles,
+Brides, Vichy;&mdash;Vittel.</p>
+
+<p>Education: chez la jeune fille;&mdash;chez le jeune homme;&mdash;de la volonté.</p>
+
+<p>Electricité;&mdash;bains électriques.</p>
+
+<p>Emplâtre.</p>
+
+<p>Enfants: préservation contre la
+tuberculose;&mdash;couveuses
+artificielles;&mdash;alimentation
+de l'enfant né avant terme:&mdash;le capital biologique de
+l'enfant doit être créé par les
+parents;&mdash;puériculture;&mdash;alimentation du premier
+âge, son importance pour toute
+la vie;&mdash;Goutte de lait;&mdash;pathologie infantile;&mdash;sa
+simplicité relative;&mdash;ses
+difficultés;&mdash;nécessité
+du sommeil prolongé;&mdash;mastication;&mdash;convalescence
+rapide;&mdash;enfants du
+type musculaire;&mdash;cérébral;&mdash;du deuxième âge,
+alimentation:&mdash;fièvre digestive.</p>
+
+<p>Epilepsie.</p>
+
+<p>Exploration abdominale.</p>
+
+<p>Exercice: difficulté de le doser
+chez les jeunes filles nerveuses;&mdash;dans un grand collège
+moderne;&mdash;chez les professionnels;&mdash;chez les
+jeunes gens (danger des sports);&mdash;et entraînement;&mdash;et gymnastique respiratoire;&mdash;Institut Zander;&mdash;chez
+les obèses.</p>
+
+<p>Fatigue;&mdash;et épuisement.</p>
+
+<p>Fièvre digestive des enfants;&mdash;typhoïde.</p>
+
+<p>Folie: chez la jeune fille:&mdash;délire
+de la persécution;&mdash;l'aliénation mentale et la
+«maladie»;&mdash;menstruation
+chez l'aliénée;&mdash;du
+doute;&mdash;obsession:&mdash;manie
+aiguë.</p>
+
+<p>Frictions.</p>
+
+<p>Grippe, son influence pathogène.</p>
+
+<p>Grossesse («maladies» de la mère
+pendant la).</p>
+
+<p>Hémorragies cérébrales, chez les
+vieillards.</p>
+
+<p>Hérédité: étymologie;&mdash;généralités;&mdash;protestation contre
+la fatalité des tares héréditaires;&mdash;de la longévité;&mdash;de la tuberculose;&mdash;du
+cancer;&mdash;des tares
+ nerveuses, 15;
+ &mdash;de la paralysie générale, 16;
+ &mdash;des «maladies» de coeur, 16;
+ &mdash;des affections rénales, 17.</p>
+
+<p>Hydrothérapie: froide, 223;
+ &mdash;tiède 225;
+ &mdash;maillot humide, 225.</p>
+
+<p>Hypnose, 189;
+ &mdash;chez les aliénés, 191;
+ &mdash;ses dangers, 194.</p>
+
+<p>Hygiène de la procréation, 21.</p>
+
+<p>Hystérie (simulant une «maladie» organique de la moelle), 114.</p>
+
+<p>Hypothèse (son rôle dans la science), 1.</p>
+
+
+<p>Injections: action dynamogénique de tout liquide injecté, 232;
+ &mdash;hypodermiques d'eau de mer, 234;
+ &mdash;de cacodylate de magnésie, 235;
+ &mdash;de cacodylate de soude, 235;
+ &mdash;de gaïacol, 238;
+ &mdash;de quinine 239;
+ &mdash;d'héroïne, 239;
+ &mdash;de mercure, 240;
+ &mdash;de morphine, 240;
+ &mdash;huileuses, 240;
+ &mdash;d'huile mercurielle, 241;
+ &mdash;d'huile créosotée, 242;
+ &mdash;et suggestion, 244;
+ &mdash;injections de Brown-Séquard, (constipation), 353.</p>
+
+<p>Influences morbigènes, généralités, 30.</p>
+
+<p>Isolement (en maison de santé, ses dangers), 70.</p>
+
+
+<p>Jeune fille: voyage de noces, ses dangers, 20;
+ &mdash;éducation sexuelle&mdash;, 21;
+ &mdash;menstruation&mdash;, 66;
+ despotisme de certaines mères, 68;
+ &mdash;difficulté de doser l'exercice chez les jeunes filles nerveuses, 66;
+ &mdash;aliénation mentale&mdash;, 71;
+ &mdash;vocation contrariée, 72;
+ &mdash;mariage contrarié&mdash;, 73;
+ &mdash;utilité du mariage chez les jeunes filles nerveuses, 74;
+ &mdash;surmenage scolaire&mdash;, 75.</p>
+
+<p>Jeune homme: surmenage scolaire, 75;
+ &mdash;nécessité du sommeil, 76;
+ &mdash;exercice chez les jeunes gens (danger des sports), 78;
+ &mdash;exercice physique chez les jeunes gens, 79;
+ &mdash;éducation sexuelle, 81;
+ &mdash;psychothérapie, 83.</p>
+
+<p>Ligue des pères de famille, 80.</p>
+
+<p>Longévité: hérédité de la, 8;
+ &mdash;humaine, 9.</p>
+
+<p>Malade: son entourage, 204;
+ &mdash;ne voulant pas guérir, 207;
+ &mdash;régime des grands malades, 217;
+ &mdash;n'osant pas manger, 220;
+ &mdash;danger des voyages, 267.</p>
+
+<p>«Maladies»: accidentelles, 42;
+ &mdash;la «maladie», 94-95;
+ &mdash;petits symptômes de la «maladie», 95,
+ &mdash;la «maladie» et les «maladies» accidentelles, 97;
+ &mdash;causes morales, généralités, 142;
+ &mdash;causes accidentelles de la «maladie», 162;
+ &mdash;du coeur à la période du déclin, 279.</p>
+
+<p>Mariage: contrarié chez la jeune fille, 73;
+ &mdash;son utilité pour les jeunes filles nerveuses et ses dangers, 74.</p>
+
+<p>Massage, 228;
+ &mdash;abdominal, 229.</p>
+
+<p>Méningite, 55.</p>
+
+<p>Menstruation: utilité du repos, 66;
+ &mdash;chez l'aliénée, 165;
+ &mdash;chez la grande malade, 166;
+ &mdash;ménopause, 296.</p>
+
+<p>Migraine, 40.</p>
+
+<p>Mort naturelle, 310.</p>
+
+<p>Névrose (sa contagion), 148.</p>
+
+<p>Obésité, 297;&mdash;exercice chez les
+obèses, 298;&mdash;régime chez les
+obèses, 299.</p>
+
+<p>Obsession: de la constipation,
+251;&mdash;de la rougeur, 187.</p>
+
+<p>Observations: d'une malade avec
+prédominance de troubles dyspeptiques,
+99;&mdash;d'une malade
+avec prédominance de troubles
+de nutrition, 105;&mdash;d'un faux
+cardiaque, 107;&mdash;d'une malade
+suivie pendant trente ans, chez
+laquelle presque tous les appareils
+ont été successivement
+atteints, 110;&mdash;d'une grande
+malade guérie par le régime
+restreint, 128;&mdash;d'une malade
+fébricitante guérie par l'alimentation
+forcée. 132.</p>
+
+<p>Opérés: opérations de complaisance,
+155;&mdash;morphine chez
+les&mdash;, 156;&mdash;rôle médical du
+chirurgien, 156;&mdash;purgation
+chez les, 157;&mdash;constipation
+provoquée chez les&mdash;, 158.</p>
+
+<p>Opothérapie: hépatique, 236;&mdash;ovarienne,
+286.</p>
+
+<p>Paralysie générale, hérédité, 16.</p>
+
+<p>Pertes: matérielles, 143;&mdash;au jeu,
+144.</p>
+
+<p>Pneumonie: bains chauds dans
+la;&mdash;chez le vieillard, 308.
+Protection, loi de protection des
+faibles, 10.</p>
+
+<p>Psychonévroses, leur traitement
+moral, 213.</p>
+
+<p>Psychothérapie: chez le jeune
+homme, 83;&mdash;savoir prendre
+un parti, 175;&mdash;respect du
+temps, 176;&mdash;dérivative. 180;
+&mdash;sédative, 181;&mdash;reconstituante,
+182;&mdash;résignation, 182;
+&mdash;foi religieuse, 208;&mdash;et problème
+religieux, 210.</p>
+
+<p>Ptôse: abdominale, 169;&mdash;et ceinture
+hypogastrique, 167;&mdash;passagère,
+169.</p>
+
+<p>Purgatifs et constipation, 249.</p>
+
+<p>Régime: ration d'entretien, 125,
+&mdash;des Chartreux, 125;&mdash;des
+Trappistes, 125;&mdash;des soldats,
+127-140;&mdash;des guides alpins,
+127;&mdash;observation d'une
+grande malade guérie par le
+régime restreint, 128;&mdash;en
+cas d'effondrement abdominal,
+172;&mdash;et suggestion, 215;&mdash;des
+grands malades, 217;&mdash;monotone,
+218;&mdash;sec (ses dangers),
+219;&mdash;à boisson restreinte,
+219;&mdash;et eaux minérales,
+255;&mdash;des diabétiques,
+293;&mdash;des albuminuriques,
+297;&mdash;des obèses, 299;&mdash;lacté
+chez les vieillards, 308.</p>
+
+<p>Repos: dans les états aigus, 173;&mdash;cure
+de&mdash;, 205;&mdash;constipation
+guérie par le&mdash;, 205;&mdash;avant le
+repas, 221;&mdash;après le repas,
+222;&mdash;au lit, 265.</p>
+
+
+<p>Sommeil: nécessité du sommeil
+chez l'enfant, 57;&mdash;nécessité
+du sommeil chez les jeunes
+gens, 76;&mdash;diurne (ses bons
+effets) 173;&mdash;l'aliment favorise
+le&mdash;, 221;&mdash;et repos au lit, 221.</p>
+
+<p>Sports, chez les jeunes gens (leur
+danger) 78.</p>
+
+<p>Suggestion et régime, 215.</p>
+
+<p>Symptômes morbides, 32;&mdash;petits
+symptômes de la «maladie»,
+95.</p>
+
+<p>Syphilis: polynatalité, 10;&mdash;et
+méningite, 12;&mdash;Société de
+prophylaxie sanitaire et morale,
+13;&mdash;nécessité d'un traitement
+pour prévenir la transmission
+héréditaire de la, 23;
+&mdash;âge à laquelle se contracte
+la&mdash;, 84;&mdash;manifestations tertiaires,
+164;&mdash;et assurances sur
+la vie, 164.</p>
+
+
+<p>Travail: cérébral insuffisant, 119;
+&mdash;cérébral excessif, 119;&mdash;musculaire
+excessif, 121;&mdash;ration
+de&mdash;, 125.</p>
+
+<p>Tuberculose hérédité, 13;&mdash;oeuvre
+de préservation de l'enfance
+contre la&mdash;, 14 et 89;&mdash;dans
+l'armée, 87;&mdash;et sanatorium
+populaire, 38;&mdash;et dispensaire, 88.</p>
+
+
+<p>Vacances: leur nécessité, 261;&mdash;colonies
+de&mdash;, 262.</p>
+
+<p>Vésicatoires, 255.</p>
+
+<p>Vieillards: voyages, 304;&mdash;alimentation,
+306;&mdash;constipation,
+307;&mdash;pneumonie, 308;&mdash;régime
+lacté, 308;&mdash;hémorragie
+cérébrale, 309.</p>
+
+<p>Vin: chez l'homme bien portant,
+139;&mdash;chez le malade. 141;</p>
+
+<p>Voyages: de noces (ses dangers),
+20;&mdash;leur utilité chez les gens
+bien portants, 261;&mdash;leur
+danger chez les malades, 267;
+&mdash;chez les vieillards, 304.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>AUTEURS CITÉS</h3>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Dr BARADUC, 37.</p>
+<p>BRIEUX, 83.</p>
+<p>BROWN-SEQUARD, 236.</p>
+<p>Dr CHARCOT, 194</p>
+<p>Dr CAMPENON, 156.</p>
+<p>Dr CHAILLOU, 76.</p>
+<p>Dr DELORME, 158.</p>
+<p>Dr DUBOIS, 213.</p>
+<p>Dr DUPRAT, 194.</p>
+<p>FLOURENS, 9.</p>
+<p>Dr FONSAGRIVES, 55.</p>
+<p>FONSAGRIVES (Abbé), 81.</p>
+<p>Dr A. FOURNIER, 13.</p>
+<p>Dr ED. FOURNIER, 84.</p>
+<p>Dr GRANCHER, 14.</p>
+<p>Dr GRASSET, 194.</p>
+<p>Dr HUCHARD, 17.</p>
+<p>Dr KELSCH, 87.</p>
+<p>KNEIPP, 224.</p>
+<p>Dr LAGRANGE, 79 et 86.</p>
+<p>Dr LAUMONIER, 64.</p>
+<p>Dr LEGENDRE, 80.</p>
+<p>Dr LEREDDE, 231.</p>
+<p>Dr MATHIEU, 33.</p>
+<p>Dr PINARD, 21 et 45.</p>
+<p>PLANTET, 262.</p>
+<p>POINCARE, 1.</p>
+<p>Dr ROBIN, 293.</p>
+<p>Dr RUNGBERG, 164.</p>
+<p>SERTILLANGES (Abbé), 125.</p>
+<p>Dr SIGAUD, 171.</p>
+<p>Dr R. SIMON, 234.</p>
+<p>VANCAUWENBERGHE, 48.</p>
+<p>Dr VARIOT, 47.</p>
+<p>Dr A. VOISIN, 194.</p>
+ </div> </div>
+
+
+<br><br><br>
+<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3>
+
+<p>PRÉFACE</p>
+
+
+<p><b>PREMIÈRE PARTIE</b></p>
+
+
+<p>CHAPITRE I</p>
+
+<p>LE CAPITAL BIOLOGIQUE<br>
+Notre postulatum: le capital biologique. Sa valeur variable
+selon chaque individu et selon chaque période de la vie.
+Capital initial; influences qui le font varier.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE II</p>
+
+<p>HÉRÉDITÉ<br>
+Définition de l'hérédité; son rôle. Hérédité de la longévité.
+Rôle de l'hérédité dans l'alcoolisme; la syphilis; la tuberculose;
+le cancer; les tares nerveuses: les «maladies» de
+coeur; des reins.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE III</p>
+
+<p>CONCEPTION<br>
+La valeur des générateurs au moment de la conception.&mdash;Loi
+de protection des faibles. Hygiène de la procréation:
+éducation sexuelle de la jeune fille.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE IV</p>
+
+<p>GESTATION<br>
+Les influences qui ont pu atteindre le produit pendant la
+gestation.&mdash;Emotions, misères physiologiques, «maladies»
+de la mère pendant la grossesse. Enfants nés avant terme.</p>
+
+<p>CHAPITRE V</p>
+
+<p>INFLUENCES MORBIGÈNES ET SYMPTÔMES MORBIDES<br>
+La vie de l'être humain peut être figurée par une courbe évolutive:
+les influences morbigènes modifient cette courbe. La
+même influence peut se traduire par des symptômes variés;
+et, inversement, des influences variées peuvent se traduire
+par le même symptôme (ex.: constipation) ou par le
+même ensemble de symptômes (ex.: épilepsie). Tous
+les systèmes organiques peuvent être troublés à la fois.
+Le plus souvent, c'est l'organe le plus faible qui traduit
+le malaise. Le système nerveux est la clef de voûte de la
+pathologie, c'est lui qu'atteignent le plus les causes morbigènes.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE VI</p>
+
+<p>DE LA NAISSANCE AU SEVRAGE.&mdash;PUÉRICULTURE<br>
+Importance de l'alimentation du premier âge pour toute la
+durée de la vie. Le lait de la mère appartient à l'enfant.
+Gouttes de lait (de Belleville, de Saint-Pol). La pathologie
+enfantine est, le plus souvent, simple; quelquefois, de la
+plus grande difficulté. Succès thérapeutiques chez les petits
+enfants atteints de syphilis, de pneumonie.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE VII</p>
+
+<p>DU SEVRAGE A LA PUBERTÉ<br>
+
+1° Chez l'enfant du deuxième âge. Nécessité du sommeil
+prolongé, d'une mastication parfaite. Les «maladies» accidentelles
+à cet âge évoluent vite, sans convalescence.&mdash;
+Chez l'enfant de sept ans à la puberté. Enfant du type
+musculaire (hygiène qui lui convient); du type cérébral.
+Les déracinés. «maladies» accidentelles chez l'enfant. «maladies»
+très souvent provoquées par une alimentation défectueuse.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE VIII</p>
+
+<p>DE LA PUBERTÉ A L'AGE ADULTE<br>
+
+I. <i>Chez la fille</i>.&mdash;Précautions à prendre à l'apparition
+des règles. Chloro-anémie. Causes spéciales de «maladie»:<br>
+
+&mdash;A. Surmenage intellectuel.&mdash;B. Causes morales (despotisme
+de la mère, vocation contrariée); brevets: mariage
+rendu impossible; besoin du mariage.&mdash;C. Surmenage
+musculaire. Quelle que soit la cause, les symptômes sont
+les mêmes, mais le traitement varie avec la cause. Facilité
+relative de la guérison.</p>
+
+<p>II <i>Chez le garçon</i>.&mdash;1° Surmenage scolaire (insuffisance
+du sommeil).&mdash;2° Surmenage physique (abus des sports,
+de l'escrime, utilité des exercices automatiques <i>(Ligue des
+pères de famille</i>).&mdash;3° Déviation de l'hygiène sexuelle:
+éducation sexuelle. Par qui elle doit être donnée. Enseignement
+individuel et enseignement collectif. Utilité de
+l'exercice poussé au maximum de la tolérance. Aberrations
+de l'instinct sexuel: psychothérapie.</p>
+
+<p>III. <i>Causes morbigènes communes aux deux sexes</i>.&mdash;«maladies»
+accidentelles: tuberculose (le sanatorium, les
+dispensaires, oeuvres de préservation).</p>
+
+
+<p><b>DEUXIÈME PARTIE</b></p>
+
+
+<p>CHAPITRE I</p>
+
+<p>MATURITÉ<br>
+L'homme doit travailler et produire. Nécessité des périodes
+de repos. Le coup de collier. La fatigue. L'entraînement.
+L'épuisement (ses signes prémonitoires). Surmenage cérébral-musculaire
+(ses signes prémonitoires. La «maladie».</p>
+
+
+<p>CHAPITRE II</p>
+
+<p>CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA «MALADIE»<br>
+Ce que c'est que la «maladie». Manière d'étudier un malade.
+Quatre observations de patients atteints de la «maladie»
+sous ses diverses formes. Troubles fonctionnels pouvant
+simuler les affections avec lésions d'organes. Rôle du
+système nerveux central dans la pathogénie de la «maladie».
+Embarras gastrique.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE III</p>
+
+<p>LES CAUSES DE LA «MALADIE»<br>
+
+I. <i>Causes physiques</i>.&mdash;1° Surmenage cérébral, travail
+cérébral insuffisant. La «maladie» due au surmenage cérébral
+peut revêtir des formes cliniques très diverses.&mdash;
+2° Surmenage musculaire.&mdash;3° Vices d'alimentation.
+Généralités, auto-intoxication, irritation.&mdash;<i>A</i>. Alimentation
+excessive en quantité. Ration d'entretien. Régime des
+Chartreux, des Trappistes, des soldats, des guides alpins.
+Observation d'une grande malade guérie par le régime
+restreint.&mdash;<i>B</i>. Alimentation à la sonde.&mdash;<i>C</i>. Alimentation
+insuffisante en qualité. Adultération des aliments:
+<i>a</i>) par les procédés chimiques, <i>b</i>) par les procédés physiques.
+&mdash;<i>D</i>. Alcool. Boissons fermentées, leur utilité.
+Boissons distillées, leur danger.</p>
+
+<p>II. <i>Causes morales</i>.&mdash;Leur importance prépondérante:</p>
+
+<p><i>A</i>. Pertes d'argent. Jeu. Ambitions déçues.&mdash;
+<i>B</i>. Influences compromettant la quiétude de l'âme. Passions.
+Incompatibilité d'humeur.&mdash;<i>C</i>. Inquiétudes d'origine
+altruiste. Séparation momentanée, définitive.&mdash;
+Choc traumatique: <i>a</i>) Hystéro-neurasthénie traumatique.
+<i>b</i>) Choc chirurgical. Danger de l'intervention médicale
+des chirurgiens. Danger de la morphine aux opérés.
+Des purgations. Constipation provoquée chez les opérés,
+ses avantages.</p>
+
+<p>III. <i>Causes accidentelles</i>.&mdash;Fièvre typhoïde. Grippe:
+son grand rôle pathogénique. Syphilis.</p>
+
+<p>IV. <i>Influences morbigènes spéciales à la femme</i>.&mdash;Menstruation.
+Grossesse. Ptôse abdominale: Exploration abdominale.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE IV</p>
+
+<p>PSYCHOTHÉRAPIE<br>
+Définition. Ne pas s'exagérer l'importance de son rôle
+1° Son action s'étend aux déviations mentales.&mdash;2° A
+un grand nombre de troubles somatiques.&mdash;<i>A. Moyens
+par lesquels on diminue les dépenses d'influx nerveux:</i>
+savoir prendre parti; avoir des principes; le respect du
+temps; des habitudes d'ordre. Application de ces préceptes.
+Un cas de folie du doute. Psychothérapie dans la
+manie aiguë, dans les obsessions. Résignation passive et
+active.&mdash;<i>B. Moyens par lesquels on augmente les recettes.</i>
+1° Gymnastique de la volonté, quelques procédés pratiques
+(gymnastique respiratoire, gymnastique suédoise).&mdash;
+Moyens par lesquels on augmente artificiellement le
+
+capital insuffisant: hypnose. Action personnelle de l'hypnotiseur,
+indications du traitement par l'hypnose. Ce qui
+limite l'emploi de l'hypnose en thérapeutique, c'est que:
+1° ceux qui en auraient le plus besoin sont les plus difficiles
+à hypnotiser.&mdash;2° C'est que c'est un moyen qui
+peut être trop actif. C'est un agent thérapeutique utile,
+non dangereux, s'il est bien manié; le médecin seul
+peut le bien manier.<br>
+
+Conseils pratiques pour l'application des procédés psychothérapiques.
+&mdash;1° Le médecin doit soigner avec son coeur,
+plus qu'avec son intelligence.&mdash;2° Paraître ne jamais
+être pressé.&mdash;3° Ni même être pressé.&mdash;4° Savoir parler
+au malade.&mdash;5° Ne lui imposer que le strict minimum
+de prescriptions. Difficultés du traitement psychothérapique:
+1° Absence de foi chez le malade (malades à théories
+médicales. Malades qui ne veulent pas guérir).&mdash;
+A l'hostilité de l'entourage. Le médecin confident.&mdash;Psychothérapie
+et sentiment religieux.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE V</p>
+
+<p>AUTRES AGENTS THÉRAPEUTIQUES<br>
+
+1° Régime alimentaire (les prescriptions diététiques n'agissent
+pas seulement par suggestion). Diète liquide. Régime
+des potages. Régime à boisson restreinte. De la fréquence
+des repas. Du repos après et avant le repas.<br>
+
+2° Moyens accessoires.&mdash;A. <i>Hydrothérapie</i>: froide, exceptionnellement
+indiquée. Méthode de Kneipp. Drap mouillé.
+Hydrothérapie tiède: tub, bain. Malades dont il ne faut
+pas mouiller la peau. Chaleur sèche. Massage. Frictions.
+Bains de vapeur. Bains électriques. Electricité.&mdash;B. <i>Injections
+hypodermiques.</i>&mdash;1° Influence utile de l'injection en
+tant qu'injection (sérum artificiel, eau de mer).&mdash;2° Action
+propre du liquide injecté. Cacodylate de soude, de
+magnésie, de fer. Injections de Brown-Séquard. Strychnine.
+Cacodylate de gaïacol dans la «maladie» post grippale. Quinine,
+héroïne et morphine, leurs dangers. Injections huileuses:
+<i>a</i>. Mercurielles. <i>b</i>. Créosotées. Rôle alimentaire
+de l'huile injectée.&mdash;3° Des injections hypodermiques
+comme procédé de suggestion.&mdash;C. Vésicatoires. Emplâtres.
+Purgatifs. Etude de la constipation et des constipés.
+&mdash;D. <i>Eaux minérales</i>, leurs indications. Les tables de régime.
+Carlsbad. Vichy. Bagnoles. Brides. Vittel. Châtel-Guyon.
+Bourbon l'Archambault, etc. Les médecins des eaux.&mdash;
+<i>Voyages</i>. Leur utilité chez les gens bien portants. Leur
+danger chez de grands malades. Précautions à prendre
+pour qu'ils soient utiles aux malades moyens. La grande
+malade et le ciel de la Côte d'Azur. Voyage et entraînement.
+Vacances. Colonie de vacances.&mdash;F. <i>La mer</i>.&mdash;La
+cure marine. Le train des maris.</p>
+
+
+<p><b>TROISIÈME PARTIE</b></p>
+
+
+<p>CHAPITRE I</p>
+
+<p>LA PÉRIODE DE DÉCLIN<br>
+Le déclin peut survenir à tout âge. Exemples de limites
+extrêmes. Les tares organiques. Les cardiopathies se révèlent.
+Le déclin peut n'être qu'apparent (difficulté du diagnostic).
+Petits symptômes prémonitoires du déclin.
+Ménopause. Opothérapie ovarienne. Influences morales.
+Aberrations tardives de l'instinct sexuel. Age critique
+de l'homme. Forme que revêt souvent la «maladie» à
+cet âge. Traitement psychothérapique, régime, précautions.
+Le diabète. Rôle du système nerveux dans le
+diabète. Il n'y a pas de régime du diabète, ni même des
+diabétiques. Albuminurie: transitoire, intermittente, permanente.
+Pronostic variable. Il n'y a pas de régime de
+l'albuminurie, ni même des albuminuriques. Obésité.
+Exercice chez les obèses. Thyroïdine. Il n'y a pas de régime
+de l'obésité. Danger de l'amaigrissement rapide.</p>
+
+
+<p>CHAPITRE II</p>
+
+<p>LA VIEILLESSE<br>
+Elle peut survenir à tout âge. Influences spéciales à la
+vieillesse de l'homme âgé. Nécessité du repos et dangers
+des voyages. Alimentation restreinte. Accidents qui font
+mourir le vieillard. De la mort naturelle.</p>
+
+
+<p>INDEX.</p>
+
+<p>AUTEURS CITÉS.</p>
+
+<p>TABLE DES MATIÈRES.</p>
+<br><br><br>
+
+ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La lutte pour la santé, by Dr. Burlureaux
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA LUTTE POUR LA SANTÉ ***
+
+***** This file should be named 12105-h.htm or 12105-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/2/1/0/12105/
+
+Produced by Joris Van Dael, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team.
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
+eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
+compressed (zipped), HTML and others.
+
+Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
+the old filename and etext number. The replaced older file is renamed.
+VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
+new filenames and etext numbers.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
+are filed in directories based on their release date. If you want to
+download any of these eBooks directly, rather than using the regular
+search system you may utilize the following addresses and just
+download by the etext year.
+
+ https://www.gutenberg.org/etext06
+
+ (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99,
+ 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90)
+
+EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are
+filed in a different way. The year of a release date is no longer part
+of the directory path. The path is based on the etext number (which is
+identical to the filename). The path to the file is made up of single
+digits corresponding to all but the last digit in the filename. For
+example an eBook of filename 10234 would be found at:
+
+ https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234
+
+or filename 24689 would be found at:
+ https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689
+
+An alternative method of locating eBooks:
+ https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL
+
+
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>