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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 11132 ***
+
+ANNALES DE L'HISTOIRE DE FRANCE À L'ÉPOQUE CAROLINGIENNE
+
+ROBERT Ier
+
+ET
+
+RAOUL DE BOURGOGNE
+
+ROIS DE FRANCE
+
+(923-936)
+
+PAR
+
+PH. LAUER
+
+
+1910
+
+Cet ouvrage forme le 188e fascicule de la Bibliothèque des Hautes
+Études
+
+
+
+
+AVANT-PROPOS
+
+
+Cet opuscule est destiné à combler la lacune qui existait entre les
+ouvrages sur les règnes de Charles le Simple et de Louis d'Outre-Mer,
+parus dans la série des _Annales de l'histoire de France à l'époque
+carolingienne_ entreprises sur l'initiative d'Arthur Giry[1]. L'étude
+que M.W. Lippert a consacrée à Raoul, dans une thèse écrite et publiée
+en Allemagne[2], n'était pas accessible à tous, et, malgré sa très
+réelle valeur, devait être rectifiée, modifiée ou complétée sur plus
+d'un point, principalement en ce qui concerne la topographie, la
+diplomatique et les affaires de Lorraine.
+
+Les identifications des noms de lieux, comme par exemple celles de
+_Donincum_ avec Doullens (Somme) et de _Calaus mons_ avec
+Chaumont-le-Bois (Côte-d'Or), étaient évidemment à réformer, ainsi que
+je l'ai montré dans mes notes des _Annales de Flodoard_. Les
+cartulaires n'avaient pas été tous connus, ainsi ceux de Stavelot, de
+Saint-Étienne de Limoges; et les chartes de Saint-Hilaire de Poitiers
+publiées par Rédet n'avaient pas été utilisées. Plusieurs des
+dépouillements relatifs aux éditions des diplômes royaux étaient ou
+incomplets ou devenus insuffisants par suite des publications
+postérieures. Divers passages d'annales ou de chroniques n'étaient pas
+analysés ou commentés d'une manière satisfaisante; enfin certains
+textes avaient été omis, comme les _Annales Nivernenses_. Mais ce qui
+rendait surtout désirable un nouveau travail, c'était la conception
+même du rôle politique de Raoul à l'extérieur, que ni Kalckstein ni
+Lippert n'avaient bien nettement dégagé. En Lorraine et dans le
+royaume de Provence, ce souverain a visiblement fait des efforts pour
+étendre l'influence française et il s'est servi de son frère Boson,
+possessionné à la fois dans les vallées de la Meuse et du Rhône, pour
+parvenir à ses fins. C'est sous son règne que se pose nettement la
+question de savoir si le roi de France succédera ou non aux rois de
+Lorraine et de Provence. Les droits incontestables de Raoul sur ce
+dernier royaume et sa puissante position en Bourgogne, à proximité de
+la Lorraine, semblaient le désigner pour recueillir ces héritages,
+mais sa situation même d'adversaire de Charles le Simple, le
+descendant direct des Carolingiens, lui fit visiblement un tort
+immense à en juger par les résultats obtenus. Ajoutez à cela la lutte
+acharnée contre les Normands et l'hostilité de ses propres vassaux.
+Tel est le point de vue que nous nous sommes efforcé de mettre
+davantage en lumière.
+
+Nous n'avons pas non plus négligé de souligner certains détails de
+nature à éclairer un peu des faits enveloppés d'obscurité, ainsi
+l'antagonisme entre la famille comtale de Dijon et les Robertiens ou
+les causes d'union et de rupture entre Herbert de Vermandois et Hugues
+le Grand. On ne s'est occupé des antécédents de Robert Ier ou de la
+personnalité et des actes de Charles le Simple que dans la mesure où
+cela était nécessaire au récit des événements, M. Eckel ayant déjà
+traité à fond ces questions.
+
+Il n'y avait pas ici place pour une bibliographie du genre de celles
+qui sont en tête des volumes relatifs à Louis d'Outre-Mer et à Charles
+le Simple; elle eût trop ressemblé à ces dernières. Nous avons préféré
+mettre à la suite des livres nouveaux, cités en note, les indications
+bibliographiques indispensables. Du reste, on s'est efforcé de ne pas
+abuser des citations. Ainsi on ne trouvera guère mentionnées les
+oeuvres de K. von Kalckstein[3], Lippert, Waitz[4], Eckel[5] et mon
+édition des _Annales de Flodoard_[6], auxquelles il eût été facile de
+multiplier les renvois. Mais les sources sont toujours indiquées, avec
+leurs éditions quand il y a lieu. Je me permettrai de renvoyer, en ce
+qui les concerne, à ma bibliographie du _Règne de Louis
+d'Outre-Mer_[7], pour tout ce qui pourrait paraître insuffisant[8].
+
+On n'est pas entré non plus dans l'étude diplomatique des actes, qui
+trouvera sa place avec l'édition des diplômes royaux dans la
+collection des _Chartes et diplômes_ publiée par l'Académie des
+Inscriptions et Belles-Lettres, mais on en a naturellement tiré parti
+au point de vue historique.
+
+Nous espérons que, malgré ses imperfections, le présent travail pourra
+contribuer à faire mieux connaître un moment intéressant dans cette
+période mouvementée de la décadence carolingienne et de
+l'établissement du régime féodal.
+
+FOOTNOTES:
+
+[Footnote 1: M. Labande qui s'était d'abord chargé de la rédaction des
+Annales du règne de Raoul a bien voulu y renoncer en ma faveur. Je
+tiens à le remercier ici en même temps que MM. Pfister et L. Halphen
+qui ont lu ce travail, l'un en manuscrit, l'autre en épreuves, et
+m'ont très obligeamment communiqué leurs critiques.]
+
+[Footnote 2: _Geschichte des westfränkisch en Reiches unter König
+Rudolf (Inaugural-Dissertation der Universität Leipzig)_. Leipzig,
+1885, in-8, 126 pp. et sous le titre: _König Rudolf von Frankreich_.
+Leipzig, 1886.]
+
+[Footnote 3: _Geschichte des Französichen Königthums unter den ersten
+Capelingern_. I. _Der Kampf der Robertiner und Karolinger_. Leipzig,
+1877, in-8.]
+
+[Footnote 4: _Jahrbücher des deutschen Reiches unter König Heinrich
+I_. 3e éd. Leipzig, 1885, in-8.]
+
+[Footnote 5: _Charles le Simple_. Paris, 1899, in-8 (_Bibliothèque de
+l'École des hautes études_, fasc. 124).]
+
+[Footnote 6: _Les Annales de Flodoard_. Paris, 1906, in-8 (_Collection
+de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire_).]
+
+[Footnote 7: _Le règne de Louis IV d'Outre-Mer_ (_Bibliothèque de
+l'École des hautes études_, fasc. 127, p. xxi et suiv.)]
+
+[Footnote 8: Il faudra cependant y ajouter, pour mémoire, l'étrange
+dissertation d'Aimé Guillon de Montléon, _Raoul ou Rodolphe, devenu
+roi de France l'an 923, ne serait-il pas le même personnage que
+Rodolphe II, roi de Bourgogne Transjurane, et d'où vient que le
+cinquième de nos rois, du nom de Charles, n'est pas appelé Charles V?
+Dissertation historique_. Paris, 1827, in-8, 124 pp., tabl., 3 pl. Cf.
+la critique de Daunou dans _Journal des savants_, année 1828, p.
+93-102.--Et on peut mettre au même rang la «Vie de Rodolphe, roi de
+France, tirée de tous les bons auteurs par Jean Munier, avocat du roi
+ès cours royales d'Autun» (n° 16487 du P. Lelong) conservée dans le
+manuscrit de la Bibliothèque nationale fr. 4629, p. 89. C'est un
+chapitre des _Recherches sur les anciens comtes d'Autun_ de Jean
+Munier (m. 1635), où l'auteur se préoccupe surtout de réfuter les
+«calomnies» mises en circulation par Jean de Serres sur Raoul, dans le
+célèbre _Inventaire général de l'histoire de France depuis Pharamond
+jusques à présent, illustré par la conférence de l'Église et de
+l'Empire_ (Paris, 1600, 3 vol. in-8) qui eut quatorze éditions (la
+dernière en 1660).]
+
+
+
+
+ROBERT Ier
+
+ET
+
+RAOUL DE BOURGOGNE
+
+ROIS DE FRANCE
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER
+
+
+ROBERT DUC DE FRANCE ET RAOUL DUC DE BOURGOGNE.
+
+
+Robert, fils de Robert le Fort, est en réalité un personnage un peu
+effacé, tant la puissante figure de son frère, le roi Eudes, lui a
+fait ombrage. Pendant tout le règne de celui-ci, il le seconda
+fidèlement[9], et à sa mort, en 898, il recueillit sa succession comme
+«duc et marquis» de France. A ce titre, il prêta l'hommage à Charles
+le Simple[10] qui le traita d'abord avec beaucoup d'égards, ainsi
+qu'il apparaît par les diplômes royaux des années 904, 915 et 918[11].
+Mais dès l'an 900, un premier froissement avait eu lieu entre eux.
+Manassès, vassal du duc de Bourgogne, Richard le Justicier, s'était
+permis, dans une conversation avec le roi, de tenir sur Robert des
+propos jugés injurieux par ce dernier. Robert quitta la cour pendant
+quelque temps[12]. Il semble cependant qu'il rentra en faveur vers
+903, époque à laquelle il sollicita et obtint des diplômes pour ses
+abbayes de Saint-Germain-des-Prés, Saint-Martin de Tours et
+Saint-Denis[13]. Il accompagna même, cette année, le roi en Alsace, ce
+qui l'empêcha de secourir la ville de Tours assiégée par les
+Normands[14]. Bientôt il prit sa revanche à la bataille de Chartres
+(20 juillet 911)[15], et, selon la légende, c'est lui qui servit de
+parrain à Rollon[16]. Dix ans plus tard, après une campagne contre les
+Normands de la Loire, il imita l'exemple de son suzerain en cédant aux
+pirates une partie de la Bretagne et le pays de Nantes[17]. Quand on
+se rappelle la formidable puissance matérielle dont il disposait[18],
+on est étonné qu'il n'ait pas essayé de s'emparer de la couronne
+aussitôt après le décès de son frère. S'il ne l'a pas fait, c'est
+uniquement à cause de l'accord qui venait d'intervenir l'année
+précédente entre Eudes et Charles[19], car ses bons rapports avec la
+maison de Flandre et ses alliances avec les familles de Vermandois et
+de Bourgogne lui auraient singulièrement facilité l'accès au trône.
+
+Raoul était fils de Richard le Justicier, comte d'Autun devenu duc de
+Bourgogne sous le règne d'Eudes, qui avait écrasé les Normands à la
+bataille d'Argenteuil en Tonnerrois (28 décembre 898). Il se trouvait
+être, du chef de son père, neveu de Boson, roi de Provence, par
+l'impératrice Richilde, soeur de Richard, neveu de Charles le Chauve,
+et, par sa mère Adélaïde, neveu du roi de Bourgogne jurane Rodolphe
+1er[20].
+
+Suivant une légende accréditée postérieurement, il aurait été tenu sur
+les fonts baptismaux par le roi Charles le Simple lui-même[21]; mais
+Charles, étant né en 879, ne devait pas être beaucoup plus âgé que son
+prétendu filleul. Ce dernier est, en effet, déjà témoin dans un acte
+de 901, et l'on sait que les exemples de témoins au-dessous de douze
+ans sont exceptionnels[22].
+
+Raoul avait une soeur, Ermenjart, qui épousa Gilbert de Dijon[23], et
+deux frères cadets, Hugues le Noir et Boson qui, comme lui, ne
+jouèrent aucun rôle politique actif du vivant de leur père[24]. Leur
+trace ne se retrouve que dans les souscriptions de chartes. C'est,
+semble-t-il, Raoul qui souscrit un arrêt de Richard relatif à
+Saint-Bénigne de Dijon, datant des dix dernières années du IXe siècle;
+en tout cas c'est bien lui qui figure dans un acte de Richard en
+faveur de l'abbaye de Montiéramey, du 21 décembre 901, où il est
+qualifié de «fils de Richard»[25]. Peut-être aussi est-ce lui et son
+frère Boson qui signent une donation de l'impératrice Richilde à
+l'abbaye de Gorze[26]. Les trois frères sont témoins dans une charte
+de concession octroyée par Richard à l'abbaye de Saint-Bénigne de
+Dijon[27] et paraissent remplir un rôle moins effacé au tribunal
+comtal d'après une charte en faveur de l'église d'Autun rédigée et
+scellée au nom de Raoul, agissant comme mandataire de son père
+(Pouilly, 5 septembre 916)[28]. Raoul intervient aussi dans un acte
+délivré en 918 par l'évêque d'Autun, Walon, avec l'assentiment du duc
+de Bourgogne[29].
+
+Les fils de Richard portèrent simultanément le titre de comte. Après
+la mort de son père, Raoul continue à s'intituler de même, ainsi qu'on
+le voit dans une charte de donation de sa mère Adélaïde, relative à
+des biens sis en Varais (Autun, 24 avril 922)[30]
+
+Des premiers actes de Raoul comme duc de Bourgogne, on ne connaît
+guère que la prise de Bourges[31]. Mais il règne beaucoup d'obscurité
+sur les circonstances qui accompagnèrent cet événement. On trouve
+mentionné: en 916 un incendie de Bourges, en 918 une prise de
+possession éphémère de la ville par Guillaume, neveu de Guillaume Ier
+d'Aquitaine, et en 924 une cession de la ville et du Berry par Raoul,
+devenu roi, à Guillaume, moyennant l'hommage[32]. Le duc de France
+Robert avait, paraît-il, aidé Raoul à s'emparer de Bourges, mais on ne
+saurait décider si ce fut en 916 ou entre 916 et 918, ou encore plus
+tard. Raoul s'était en effet allié à la puissante famille des ducs de
+France, suzeraine de tout le pays au nord de la Loire, en épousant la
+propre fille de Robert, Emma, princesse douée d'une rare intelligence
+et d'une mâle énergie[33].
+
+Charles le Simple témoignait aussi des égards à Raoul en souvenir de
+son père, dont il avait â maintes reprises éprouvé le loyalisme. Il
+semble même qu'en prescrivant à l'abbé de Saint-Martial de Limoges,
+Étienne (élu en 920), d'élever deux fortes tours pour résister à
+Guillaume d'Aquitaine, il prenait ouvertement le parti de Raoul[34].
+
+Robert l'emporta néanmoins, car dans sa lutte contre Charles, nous
+voyons Hugues le Noir, frère du roi Raoul, lui amener des recrues
+bourguignonnes pour coopérer avec les forces des grands vassaux à la
+lutte contre les troupes royales. Toutefois, après l'armistice
+intervenu à la fin de l'année 922, les Bourguignons s'étaient
+définitivement retirés[35].
+
+Pour bien comprendre leur rentrée en scène et finalement l'élection de
+Raoul comme roi, il est nécessaire de jeter un coup d'oeil rapide en
+arrière et de se rappeler l'état politique de la France à cette
+époque, ainsi que les principaux événements qui venaient de marquer le
+règne de Charles le Simple.
+
+
+
+FOOTNOTES:
+
+[Footnote 9: Favre, _Eudes_, p. 78, 95-96, 147, 156, 161, 165, 192.]
+
+[Footnote 10: _Ann. Vedast._, a. 898.]
+
+[Footnote 11: Il l'appelle son «très cher» (_admodum dilectus_), son
+«très fidèle», le «conseil et l'auxiliaire de son royaume» (_regni et
+consilium et juvamen_). Pélicier, _Cartul. du chapitre de l'église
+cathédrale de Châlons-sur-Marne_, p. 31; _Recueil des historiens de
+France_, IX, 523, 536.]
+
+[Footnote 12: _Ann. Vedast._, a. 900.]
+
+[Footnote 13: _Recueil des historiens de France_, IX, p. 495-499.]
+
+[Footnote 14: Ibid., p. 499. Eckel, p.68.]
+
+[Footnote 15: _Cartul. de Saint-Père de Chartres_, éd. B. Guérard
+(Paris, 1840), I, p. 46-47.]
+
+[Footnote 16: Dudon de Saint-Quentin, _De moribus_, I. II, c. 30.]
+
+[Footnote 17: Flod., _Ann_., a. 921: «... Britanniam ipsis
+[Normannis], quam vastaverant, cum Namnetico pago concessit
+[Rotbertus].» Cf. Dudon de Saint-Quentin, éd. Lair, p. 69, n. 4.]
+
+[Footnote 18: Voy. Favre, _Eudes_, p. 12; Eckel, _Charles le Simple_,
+p. 34; F. Lot, _Études sur le règne de Hugues Capet_ (Paris, 1903,
+in-8), p. 187.]
+
+[Footnote 19: _Ann. Vedast._, a. 897; Favre, _Eudes_, p. 191; Eckel,
+_Charles le Simple_, p. 26.]
+
+[Footnote 20: On sait toute l'importance attachée à ce titre de neveu
+dans les traditions de famille franques. Pour saisir plus clairement
+ces parentés il suffit de parcourir la généalogie suivante:
+
+
+Conrad, comte d'Auxerre Thierry, comte d'Autun
+ | |
+--------------------- -------------------------------
+ | | | | |
+Rodolphe Ier Adélaïde ép. Richard Boson Richilde ép. Charles
+ roi de le Justicier roi de Provence le Chauve
+Bourgogne (m. 921) (879-887)
+(888-911)
+ | | | |
+Rodolphe II RAOUL. Louis l'Aveugle Louis II le Bègue
+roi d'Arles en 933 ép. Emma, | fils d'Ermentrude
+ (m. 937) fille de Robert Charles-Constantin ép. 1° Ansgarde
+ | duc de France comte de Vienne 2° Adélaïde
+Conrad le Pacifique en 931
+ ép. Mathilde, |
+fille de Louis d'Outre-Mer ----------------------------
+ | |
+ 1° Louis III Carloman 2° Charles
+ (880-882) (880-881) le simple
+ (893-922)]
+
+[Footnote 21: _Hist. Francor. Senon. (M.G.h., Scr._, IX, 366); Richard
+le Poitevin, _Chron. (Recueil des historiens de France_, IX, 23).]
+
+[Footnote 22: La majorité était de 12 ans chez les Saliens et de 15
+ans chez les Ripuaires. Cf. Glasson, _Hist. du droit et des instit. de
+la France_, II, p. 291.]
+
+[Footnote 23: Eckel, p. 40.]
+
+[Footnote 24: _Chron. S. Benigni Div. (Rec. des historiens de France_,
+VIII, 241; éd. Bougaud et Garnier, p. 115).]
+
+[Footnote 25: D'Arbois de Jubainville, _Hist. des comtes de
+Champagne_, I, p. 450, pr. n° 17; _Cartulaire de Montiéramey_, éd. Ch.
+Lalore (Troyes, 1890, in-8), p. 18, n° 12.]
+
+[Footnote 26: _Recueil des historiens de France_, IX, 665; _Cartulaire
+de l'abbaye de Gorze_, publ. p. A. d'Herbomez (_Mettensia_, II), p.
+159, n° 87.]
+
+[Footnote 27: _Chron. S. Benigni Divion. (Rec. des historiens de
+France_, VIII, 242; éd. Bougaud et Garnier, p. 119).]
+
+[Footnote 28: _Cartulaire de l'église d'Autun_, publ. par A. de
+Charmasse (Autun, 1865) n° 22. Il ne faut pas, semble-t-il, vouloir le
+reconnaître dans un _Rodolphus comes_ qui figure avec beaucoup
+d'autres comtes lorrains dans un diplôme de Charles le Simple en
+faveur de l'abbaye de Prüm, daté de la même année (_Recueil des
+historiens de France_, IX, 526).]
+
+[Footnote 29: _Cartulaire de l'église d'Autun, n° 23._]
+
+[Footnote 30: Ibid., n° 9, 10.]
+
+[Footnote 31: Flodoard, _Annales_, a. 924; _Ann. Masciac._, a. 919
+(_M.G.h., Scr._, III, 169); _Histoire de Languedoc_, nouv. éd., II,
+251; III, 95. Voy. aussi F. Lot, _Hugues Capet_, p. 190, n. 3.]
+
+[Footnote 32: _Hist. de Languedoc, loc. cit._]
+
+[Footnote 33: A. de Barthélemy, _Les origines de la maison de France
+(Revue des questions historiques_, VII p. 123). On prétend aussi
+qu'une autre fille de Robert, dont on ignore le nom, aurait épousé son
+oncle Herbert II. Cf. Eckel, p. 35, qui la désigne à tort comme,
+«cousine» d'Herbert II.]
+
+[Footnote 34: Adémar de Chabannes, _Commemoratio_, éd. Duplès-Agier,
+p. 3; Ch. de Lasteyrie, _L'abbaye de Saint-Martial de Limoges_ (Paris,
+1901, gr. in-8), P. 58-59.]
+
+[Footnote 35: Flod., _Ann._, a. 922.]
+
+
+
+
+CHAPITRE II
+
+
+LES ÉLECTIONS DE ROBERT ET DE RAOUL.
+
+
+Peu après la mort de Louis III, le vainqueur de Saucourt, et celle de
+Carloman, son frère, le royaume franc de l'ouest, la France, comme on
+l'appelle désormais dans nos histoires, et les divers pays qui en
+dépendaient, ne tardèrent pas à se morceler sous l'influence du
+développement de la féodalité et la menace perpétuelle des invasions
+normandes. La Bretagne devint en fait indépendante avec les ducs Alain
+et Juhel-Bérenger, la Provence avec Boson et la Bourgogne avec
+Rodolphe Ier. Le reste de la France, démembré en une infinité de
+fiefs, répartis dans les trois duchés de «France»[36], de Bourgogne et
+d'Aquitaine, fut enfin divisé en deux camps ennemis par la question de
+dévolution de la couronne.
+
+A la suite de la tentative malheureuse de restauration de l'empire
+carolingien, qui échoua piteusement à cause de l'incapacité de Charles
+le Gros, une partie des grands feudataires français, ressuscitant leur
+droit d'élection tombé en désuétude depuis longtemps, choisit pour roi
+le comte Eudes, fils de Robert le Fort, tandis que d'autres restaient
+fidèles au représentant de la dynastie carolingienne, un enfant en bas
+âge, Charles, fils posthume du roi Louis le Bègue, issu de son mariage
+avec Adélaïde[37]. Des années de luttes suivirent. Eudes régna, mais à
+sa mort, Charles, auquel le surnom de Simple a été attribué par ses
+contemporains, fut reconnu dans toute la France, à l'exception des
+pays qui s'étaient constitués en états indépendants.
+
+La cession d'une partie des rives de la basse Seine, aux pirates
+normands, compagnons de Rollon, ne peut être considérée comme un
+affaiblissement de la puissance royale, quoi qu'en aient dit la
+plupart des historiens, qui ont coutume de flétrir la mémoire de
+Charles le Simple principalement pour ce motif. On ne saurait non plus
+suivre d'autres critiques qui, se plaçant à un point de vue
+diamétralement opposé, ont voulu l'envisager comme un acte d'habile
+politique. En réalité, Charles ne pouvait agir autrement devant
+l'indifférence profonde des grands vassaux, qui lui refusaient toute
+aide effective pour combattre l'invasion; et sa puissance n'en fut
+nullement amoindrie, puisque le territoire concédé était un
+démembrement du «duché de France», qu'il en conserva la suzeraineté et
+trouva même par la suite un concours inattendu auprès de ses nouveaux
+vassaux[38].
+
+Presque en même temps que cette cession eut lieu l'acquisition de la
+suzeraineté sur la Lorraine, précieuse à bien des points de vue. Elle
+reconstituait un tout brisé par le singulier partage de Verdun et
+fournissait à la dynastie austrasienne un solide point d'appui en son
+pays d'origine.
+
+L'autonomie féodale s'était à tel point développée que pour trouver un
+soutien effectif, le roi Charles en était réduit à rechercher
+l'alliance des grands dignitaires de l'Église, comme l'archevêque de
+Reims, ou d'hommes de naissance obscure, d'origine lorraine, comme
+Haganon[39].
+
+La première rébellion contre le pouvoir royal éclata en 920. Charles
+fit preuve au cours de ces difficiles circonstances d'une fermeté
+remarquable. L'archevêque de Reims, Hervé, réussit à sauver le
+monarque et le seconda si bien qu'il se trouva bientôt affermi au
+point de pouvoir remplacer l'évêque élu de Liège, Hilduin, son ennemi,
+par Richer, abbé de Prüm, son partisan. Le traité de Bonn, signé le
+1er novembre avec Henri l'Oiseleur, auquel Charles avait eu affaire
+près de Pfeddersheim, dans le pays de Worms, mit fin à cette première
+période de troubles[40].
+
+Bientôt de nouvelles difficultés surgirent. Le 31 août 921 mourut le
+duc de Bourgogne Richard le Justicier, qui était, avec le marquis
+Robert, le plus puissant des grands vassaux, mais aussi l'un des
+hommes les plus capables du royaume[41]. Il avait lutté
+victorieusement contre les Normands, et avait toujours su gouverner
+avec autorité ses vastes domaines, ne craignant pas de résister aux
+empiétements des puissances ecclésiastiques, séculières ou régulières,
+et allant même jusqu'à s'emparer par la force des biens d'Église,
+comme du reste presque tous les princes laïques de son temps, quand la
+nécessité s'en présentait. Charles perdit en lui un fidèle partisan:
+s'il n'en avait reçu aucun secours dans le dernier conflit avec les
+grands, il avait du moins rencontré de son côté une bienveillante
+neutralité, et il semblait même que celle-ci dût un jour ou l'autre se
+changer en coopération effective. La mort de Richard bouleversa la
+face des choses. Son fils Raoul qui avait épousé Emma, fille du
+marquis Robert, fut attiré dans le parti des mécontents par son
+beau-père qui en était le chef. Pour comble de malheur, Charles vit
+encore l'archevêque de Reims, d'abord condamné à l'inaction par une
+grave maladie pendant les troubles de 922, abandonner ensuite
+totalement sa cause, sans que nous puissions démêler la raison
+véritable de cette défection.
+
+La concession de l'abbaye de Chelles[42] faite par le roi à Haganon
+détermina un nouveau soulèvement. Charles avait enlevé l'abbaye à sa
+tante Rohaut qui était devenue belle-mère de Hugues, fils de
+Robert[43]. Cet acte revêtait le double caractère d'une spoliation et
+d'une menace. C'était une dépendance arrachée au coeur même des
+domaines patrimoniaux de Robert et donnée comme poste d'observation et
+de combat à un ennemi haï et méprisé. Une nouvelle période
+d'hostilités s'ensuivit. Les opérations eurent lieu en Rémois,
+Laonnais et Soissonnais, et se réduisirent à des incursions de part et
+d'autre, à des pillages et à des incendies. A plusieurs reprises,
+Charles s'enfuit, avec Haganon, jusqu'en Lorraine, et en revint avec
+des troupes fraîches levées parmi les éléments hostiles au duc ou les
+vassaux ecclésiastiques. Le duc de Lorraine, Gilbert, le duc de
+Bourgogne Raoul, enfin l'archevêque de Reims Hervé s'étaient rangés du
+côté du marquis Robert[44].
+
+Après la défaite de Laon, Charles fut contraint, par suite de la
+dispersion totale de son armée, de chercher à nouveau un refuge au
+delà de la Meuse. Les rebelles profitèrent de l'absence du Carolingien
+pour secouer définitivement sa suzeraineté en se choisissant un roi
+parmi eux. Le 29 juin 922, le marquis Robert fut élu roi à Reims par
+les grands vassaux laïques et ecclésiastiques, puis couronné le
+lendemain, un dimanche, à Saint-Remy, par l'archevêque de Sens
+Gautier, le même qui avait déjà couronné le roi Eudes[45].
+L'archevêque de Reims, Hervé, alors gravement malade, mourut trois
+jours après, et son successeur Séulf, choisi sous l'influence des
+révoltés, prit aussitôt une attitude nettement opposée à Charles[46].
+
+La lutte reprit de plus belle. Robert la transporta en Lorraine. Son
+fils Hugues marcha sur Chièvremont, que Charles assiégeait, et le
+contraignit à lever le siège[47]. Au début de 923, Robert eut
+l'habileté de se ménager une entrevue, sur les bords de la Roer, avec
+le roi de Germanie Henri Ier qui, au mépris du traité de Bonn, noua
+des relations amicales avec l'usurpateur. Robert parvint à obtenir
+d'une fraction des Lorrains un armistice qui devait se prolonger
+jusqu'en octobre[48]. Puis il rentra en France, où il congédia les
+contingents bourguignons, ne gardant que peu d'hommes sous les armes.
+
+Charles ne perdit point de temps. Mettant à profit l'instant de répit
+que lui laissait la trêve, il s'occupa hâtivement de lever en Lorraine
+de nouvelles recrues, et aussitôt qu'il eut réussi à constituer une
+armée assez puissante, rompant l'armistice, il traversa la Meuse,
+marcha rapidement sur Attigny et de là contre Robert qui séjournait à
+Soissons. Il arriva sur l'Aisne le 14 juin. Le lendemain, un dimanche,
+vers la sixième heure, au moment où les hommes de Robert ne
+s'attendant plus à être attaqués prenaient tranquillement leur repas,
+les Lorrains passèrent la rivière et une bataille décisive eut lieu
+dans la plaine voisine de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons. Les
+troupes de Robert ralliées à la hâte se battirent avec l'énergie du
+désespoir. Le combat fut si violent que de part et d'autre les pertes
+furent considérables. Robert qui luttait vaillamment au plus fort de
+la mêlée, tomba frappé à mort par le comte Foubert, porte-enseigne
+royal, qui le reconnut à sa longue barbe, et il fut achevé par les
+lances de ses adversaires. Cette fin inattendue de «l'usurpateur» jeta
+le désordre dans les rangs de ses partisans, et la victoire du roi
+légitime semblait dès lors assurée quand parut, tout à coup, une armée
+conduite par Hugues le Grand et Herbert de Vermandois. Un changement
+complet s'opéra; les Lorrains lâchèrent pied et se retirèrent en
+désordre[49].
+
+Charles était vaincu par les grands vassaux qui restaient unis dans
+leur rébellion, malgré la mort inopinée de leur chef. Il essaya
+cependant de se créer des intelligences parmi ses adversaires,
+espérant que leur obstination se trouverait peut-être brisée par la
+difficulté de remplacer Robert. Il envoya des messagers à Herbert, à
+Séulf et à quelques autres seigneurs pour les engager à le reconnaître
+de nouveau comme suzerain. Peine perdue. Les rebelles inébranlables
+persévérèrent dans leur ligue contre le Carolingien. Ils appelèrent à
+leur aide le duc de Bourgogne, Raoul, qui se décida à revenir en
+«France» à la tête d'une puissante armée (fin juillet).
+
+Charles abandonné de ses plus puissants vassaux du nord, se tourna
+vers ses nouveaux sujets, les seuls qui parussent lui demeurer
+fidèles, les Normands. Il envoya des messages jusqu'à Rögnvald, qui
+dominait sur l'estuaire de la Loire. Les pirates se montrèrent
+immédiatement prêts à saisir un si beau prétexte pour recommencer
+leurs incursions et piller tout le plat pays.
+
+Afin de les arrêter dès le début et de les empêcher d'opérer leur
+jonction avec Charles et les Lorrains, les grands vassaux vinrent
+s'établir sur les bords de l'Oise. Charles n'eut plus qu'à se retirer
+au delà de la Meuse[50]. Les rebelles profitèrent de cette nouvelle
+absence, comme l'année précédente, pour élire un roi de leur choix. On
+pouvait hésiter entre Hugues, fils du roi Robert et neveu du roi
+Eudes, Herbert de Vermandois, descendant du Carolingien Bernard
+d'Italie, et Raoul de Bourgogne, gendre de Robert, allié aux rois de
+Bourgogne et de Provence. Le chroniqueur Aimoin a donné plus tard des
+explications évidemment inadmissibles sur les causes qui amenèrent à
+écarter les deux premiers candidats, mais elles aident néanmoins à
+discerner des raisons plus plausibles[51]. Hugues avait été jusque-là
+un peu éclipsé par son père et son élection eût été un retour à
+l'hérédité en faveur d'une nouvelle famille royale. Herbert s'était
+toujours montré perfide, rapace, sans aucun respect pour les principes
+féodaux ou religieux de son temps; enfin il était en hostilité avec
+Baudoin de Flandre qui avait fait assassiner son père. Raoul se
+recommandait à la fois par la droiture de son caractère et par la
+puissance matérielle dont il disposait. Il était en excellents termes
+avec le clergé; récemment encore les moines fugitifs de Montiérender
+avaient trouvé un asile auprès de lui, en Bourgogne[52]. D'autre part
+les grands vassaux avaient absolument besoin de s'assurer son
+concours, sans lequel--on l'avait vu sous Richard le Justicier--ils ne
+pouvaient rien entreprendre contre le Carolingien; et ses domaines
+étaient suffisamment éloignés pour que Hugues et Herbert n'eussent pas
+à en prendre ombrage ni à craindre pour leur propre sécurité. Du récit
+de l'historien Raoul le Chauve (_Glaber_), postérieur de près d'un
+siècle, on peut inférer, avec une certaine apparence de vérité, que le
+choix fut hésitant, surtout entre Hugues et Raoul, et que
+l'intervention d'Emma, femme de Raoul et soeur de Hugues, finit par
+amener un accord[53].
+
+Le dimanche 13 juillet 923, Raoul fut proclamé roi à l'unanimité par
+les grands réunis à Soissons, et couronné aussitôt à Saint-Médard par
+l'archevêque de Sens, Gautier, ce «faiseur de rois», qui avait déjà
+consacré successivement Eudes et Robert[54].
+
+Cependant les esprits superstitieux vivement impressionnés par la mort
+imprévue du «puissant marquis» Robert, sur le champ de bataille de
+Soissons, envisageaient cette catastrophe comme une sorte de «jugement
+de Dieu»[55]. L'archevêque Séulf réunit à Reims un synode des évêques
+de sa province, vers la fin du mois suivant (après le 27 août), pour
+examiner la situation. Les évêques de Cambrai, Laon, Noyon, Senlis et
+Soissons y assistèrent en personne. Il fut décidé qu'une pénitence
+générale serait imposée à tous ceux qui avaient pris part au combat
+impie où les deux rois s'étaient trouvés en présence. La pénitence
+devait durer trois ans. Pendant le premier carême, ils devaient
+s'abstenir d'entrer à l'église. Les vendredis, toute l'année, et, en
+outre, pendant le carême et les semaines précédant la Saint-Jean et la
+Noël, les lundis et mercredis, un jeûne très rigoureux (au pain, à
+l'eau et au sel) leur fut imposé[56]. Que ces prescriptions sévères
+n'aient pas été observées à la lettre, surtout par les seigneurs qui,
+sous prétexte de maladie ou de service d'ost, pouvaient s'en faire
+dispenser moyennant des aumônes, cela n'est point douteux; mais il
+n'en est pas moins vrai que ces mesures prises par le haut clergé du
+nord, pour fragiles qu'elles nous paraissent, sont curieuses à
+enregistrer, parce qu'elles décèlent la préoccupation bien nette
+d'empêcher une nouvelle guerre civile et le désir d'assurer pour
+l'instant le pouvoir à l'usurpateur Raoul, tout en laissant régner en
+paix le roi Charles sur ses provinces demeurées fidèles.
+
+Une telle solution était bien difficile a obtenir avec le caractère du
+Carolingien et la turbulence des grands vassaux, sans cesse prêts à
+saisir la moindre occasion pour augmenter leur puissance aux dépens de
+leurs voisins.
+
+L'élection de Raoul était l'oeuvre d'un parti peu nombreux. Les grands
+vassaux ecclésiastiques de France et même de Bourgogne suivaient à
+contre-coeur la détermination de leurs suzerains immédiats. La
+Normandie, la Bretagne et surtout l'Aquitaine restèrent théoriquement
+soumises à Charles, sans toutefois prendre les armes pour défendre sa
+cause. En Lorraine, le duc Gilbert se tenait sur la plus grande
+réserve: seul le comte Boson osa se déclarer pour Raoul, son frère.
+Quelques-uns des diplômes délivrés par Charles sont accordés à Guy de
+Girone qui se trouvait auprès de lui, en Rémois, au moment le plus
+critique de la guerre civile[57]. Ainsi la Marche d'Espagne restait
+fermement attachée au descendant de Charlemagne[58].
+
+En réalité, sous le dévoûment apparent des grands vassaux du midi au
+roi Charles se cachait un profond sentiment d'égoïsme: tout en se
+donnant les allures de défenseurs de la légitimité dynastique
+méconnue,--en faveur de laquelle, du reste, ils se gardaient bien
+d'intervenir effectivement,--ils saisissaient l'occasion favorable
+pour fortifier et développer leur autonomie naissante. C'était la
+tactique habituelle des seigneurs méridionaux, dont plusieurs auraient
+été cependant de force à se mesurer avec un Herbert ou un Raoul. En
+dépit de leur prétendu loyalisme, ils avaient longtemps refusé de
+reconnaître Charles après la mort d'Eudes; ils agirent encore de même,
+plus tard, vis-à-vis de Louis d'Outre-Mer et de Lothaire, sans souci
+de la question de légitimité.
+
+Les documents diplomatiques conservés permettent, par leurs dates, de
+donner un peu de précision à l'époque où Raoul fut reconnu dans les
+différentes régions de la France.
+
+En Bourgogne, la reconnaissance eut lieu immédiatement. Dès le mois de
+novembre, l'évêque d'Autun Anselme fait une donation à son église
+«pour l'âme du roi Raoul», et le roi intervient dans l'acte afin de
+l'approuver et d'en fortifier l'autorité[59]. Il existe bien des
+lacunes dans la série des chartes de l'abbaye de Cluny qui concernent
+surtout les comtés de Mâcon, Châlon et Autun: ce n'est qu'en 924 que
+commence la série des actes datés de l'an du règne de Raoul. Cette
+série s'étend de la 2e à la 13e année[60]. Sens, dont l'archevêque
+Gautier avait couronné Raoul, dut être une des cités les plus
+favorables au nouveau roi. Il en fut probablement de même pour Dijon
+et Auxerre, leurs vicomtes étant en relations étroites avec la famille
+ducale[61].
+
+Beaucoup de Lorrains prêtèrent, comme Boson, l'hommage à Raoul, dans
+l'automne de l'année 923. On le sait expressément pour Metz et Verdun.
+Toutefois le duc Gilbert et l'archevêque de Trèves Roger refusèrent de
+faire leur soumission[62].
+
+L'archevêché de Reims était entièrement tombé sous la domination
+d'Herbert de Vermandois, qui empêcha Séulf de répondre aux démarches
+que Charles essaya de faire auprès de lui[63]. La province de Reims,
+le Vermandois, Amiens, Troyes, les comtés de Brie et de Provins
+reconnurent donc Raoul; le comte de Laon, Roger, et l'évêque de
+Soissons, Abbon, l'ancien chancelier de Robert, se rallièrent aussi à
+lui[64].
+
+Les habitants des vastes domaines du «marquis» Hugues furent
+assurément des premiers à accepter le nouveau souverain. A Tours, par
+exemple, dès le 18 décembre 923, on datait des années du règne de
+Raoul[65]. Pour Chartres, il existe un acte de la 8e année de
+Raoul[66]; pour Saint-Benoît-sur-Loire, des chartes de la 2e et de la
+10e année de Raoul[67]; pour Angers une charte privée de la 2e année
+et une donation du comte Foulques, de la 7e année[68]; pour Blois,
+nous possédons un diplôme de Raoul lui-même de l'année 924, délivré à
+Laon, sur la requête du comte «palatin» Thibaud[69]; enfin pour Paris
+une charte du vicomte Thion datée de la 3e année[70].
+
+Les Normands demeurèrent fidèles au Carolingien: nous le savons par
+l'hostilité qu'ils déployèrent contre Raoul. Mais il ne subsiste
+aucune charte qui nous le confirme. La Bretagne en pleine anarchie
+subissait leur influence. Le cartulaire de Redon, si riche en actes du
+IXe siècle, ne fournit malheureusement aucune date intéressante pour
+le début du Xe siècle.
+
+En Berry, nous avons déjà eu l'occasion d'en toucher un mot à propos
+de la prise de Bourges, Raoul dut être reconnu presque aussitôt, et
+Guillaume d'Aquitaine qui fit défection au début finit, on le verra,
+par se soumettre.
+
+Le Poitou paraît être resté fidèle à Charles, d'après certains
+documents[71]; il y existe cependant des actes datés des années du
+règne de Raoul depuis la 1ère et la 3e jusqu'à la 11e[72] et l'évêque
+de Poitiers, Frotier II, s'assura de l'assentiment de Raoul en même
+temps que de celui de Guillaume Tête d'Étoupe, pour donner tous ses
+biens à l'abbaye de Saint-Cyprien[73]. Le Limousin hésite comme le
+Poitou dont il dépendait[74]. Vers 930 le vicomte de Turenne Adémar
+fit approuver son testament par le roi Raoul[75].
+
+A Tulle, au contraire, on reconnut immédiatement le roi Raoul qui fut
+appelé, plusieurs fois à intervenir dans les réformes de l'abbaye
+Saint-Martin[76]. Les chartes sont échelonnées entre la 6e et la 13e
+année: elles ont donc bien 923 comme point de départ[77]. Dans le
+cartulaire de Beaulieu, les derniers actes de l'époque de Raoul sont
+datés de sa 10e année de règne[78]. Une charte de 932 (indiction 5)
+porte la 7e année du règne, ce qui nous ramène pour le début à l'année
+925 ou 926. Il en est de même en Quercy, où une charte du vicomte de
+Cahors, Frotard, pour Aurillac, datée de 930, porte la 7e année du
+règne. Mais les chartes de l'abbaye de Moissac, allant jusqu'à la 11e
+année du règne, amènent à supposer un point de départ antérieur à
+926[79]. Cela nous prouve qu'il y eut bien des erreurs dans ces
+calculs d'années, et on peut se demander si parfois on ne prenait pas
+l'an réel du règne, compté depuis l'élection ou le couronnement, sans
+tenir compte de la date de reconnaissance dans la région. Le duc
+d'Aquitaine Guillaume portait aussi le titre de comte d'Auvergne, et
+son frère Affré ou Effroi (_Acfredus_) était avoué de la célèbre
+abbaye de Brioude: tous deux furent des adversaires acharnés de Raoul.
+Quelques chartes gardent de curieuses traces de cet état d'esprit: le
+nom de Charles y est cité comme celui du roi légitime, tandis que
+Raoul est flétri comme usurpateur. Les actes de Brioude montrent que
+Raoul ne fut reconnu partout dans la région qu'entre décembre 926 et
+octobre 927[80].
+
+A côté des pièces où Raoul est si malmené, la plupart des autres
+portent les dates de son règne et la série s'étend depuis juillet de
+la 1re année jusqu'en octobre de la 13e[81].
+
+Les comtés de Velay et de Gévaudan dépendant de l'Auvergne suivirent
+la politique du duc d'Aquitaine.
+
+Tels sont les pays où l'on ne fit pas une opposition systématique à
+Raoul, et où, sauf exceptions, on le reconnut avant même la mort du
+roi Charles. Dans le reste du royaume on persista à considérer le
+règne de Charles comme se poursuivant, et on continua même après sa
+mort, à compter les années de son règne: ainsi dans la Marche
+d'Espagne[82].
+
+En Languedoc, le comte de Toulouse, Raimond-Pons, son frère Ermengaud,
+comte de Rouergue, et en Gascogne Loup Aznar ne firent leur soumission
+qu'en 932. De nombreuses chartes de Narbonne, Elne, Béziers, Nîmes,
+Rodez, Vabres et Conques constatent l'interrègne[83].
+
+L'attitude des petits vassaux dont les fiefs secondaires n'ont pas été
+cités, faute de textes, dut se régler sur celle de leurs suzerains
+immédiats ou de leurs voisins puissants, autour desquels ils
+gravitaient.
+
+Raoul devenu roi n'investit personne des fonctions de duc en
+Bourgogne. Il s'occupa toujours lui-même de ses domaines personnels,
+de son duché et de ses comtés d'Autun, d'Avallon et de Lassois[84].
+C'était là qu'il trouvait le plus solide point d'appui de son pouvoir,
+car la royauté n'était plus guère qu'une ombre de souveraineté. Le
+domaine royal que Raoul avait recueilli était extrêmement restreint:
+quelques résidences dans le nord, comme Compiègne et Attigny, avec les
+palais de Laon et de Reims. Des biens du fisc il semble qu'il ne
+restait presque plus rien[85]. Aussi les ressources de Raoul
+furent-elles principalement dans son duché, et ses sujets bourguignons
+formèrent-ils toujours le noyau de son armée, que les contingents des
+grands vassaux venaient très irrégulièrement encadrer. Enfin c'est en
+Bourgogne qu'il séjourna de préférence quand la tâche compliquée et
+astreignante qui lui incombait le lui permit, et c'est là
+naturellement qu'il se rendit tout d'abord de Soissons, aussitôt après
+son sacre[86].
+
+
+
+
+
+FOOTNOTES:
+
+[Footnote 36: Nous employons ici ce terme dans son sens territorial
+restreint. Ainsi entendu, il désigne la _Francia_, au nord de la
+Seine, plus les domaines propres du _dux Francorum_ compris entre
+Seine et Loire. Cf. Favre, _Eudes_, p. 228, et surtout Pfister,
+_Études sur le règne de Robert le Pieux (Bibl. de l'École des
+hautes-études_, fasc. 64, 1885), p. 131 et suiv.; P. Viollet, _Hist.
+des instit. polit. et admin. de la France_, I, p. 456.]
+
+[Footnote 37: _Ann. Bertin._, a. 862; Réginon, _Chron._ a. 878;
+Flodoard, _Hist. eccl. Rem._, III, 19; Eckel, P. 1-2.]
+
+[Footnote 38: Eckel, p. 85.]
+
+[Footnote 39: Flod., _Ann_., a. 920: «quem de mediocribus potentem
+fecerat [Karolus]»; _Hist. eccl. Rem_., IV, 15; Richer, 1, 15.]
+
+[Footnote 40: Flod., _Ann_., a. 920.]
+
+[Footnote 41: Il fut inhumé le 1er septembre à Sainte-Colombe de Sens,
+en la chapelle de Saint-Symphorien. _Ann. S. Benigni Divion. (M.G.h.,
+Scr._, V, 40); _Hist. Francor. Senon._ (ibid., IX, 366); _Ann. S.
+Columbae Senon._ (ibid., I, 104); _Chron. S. Petri Vivi Senon._ (Duru,
+_Bibl. hist. de l'Yonne_, II, 481); _Chron. S. Maxentii_, éd.
+Marchegay et Mabille, _Chron. des églises d'Anjou_, p. 375; Flod.,
+_Ann._, a. 921.]
+
+[Footnote 42: Seine-et-Marne, arr. de Meaux, cant. de Lagny.]
+
+[Footnote 43: Flod., _Ann._, a. 922. Rohaut ne mourut que le 22 mars
+925. Cf. _Obituaires de la province de Sens_, éd. A. Molinier et
+Longnon (_Recueil des historiens de France_, in-4), t. I, pp. xx, 254,
+312 et 345.]
+
+[Footnote 44: Flod., _loc. cit._]
+
+[Footnote 45: Flod., _Ann._, a. 922; _Hist. Francor. Senon., Ann. S.
+Columbae Senon., Ann. S. Germani Parisiens., Ann. Lobienses, Ann.
+Masciacenses (M.G.h., Scr._, IX, 366; I, 104; III, 167; XIII, 233;
+III, 170); Adémar de Chabannes (_Chron._, III, 22, texte du ms. C²,
+éd. Chavanon, p. 142) décrit la scène d'abandon du roi selon la forme
+«par jet de fétu». Richer (_Hist._, I, 40-41) prête un rôle important
+en cette circonstance à Gilbert. Cf. A. Luchaire, _Hist. des instit.
+monarchiques_, 2e éd., I, p. 8; Fustel de Coulanges, _Hist. des
+instit. polit. de la France. Les transformations de la royauté pendant
+l'époque carolingienne_, p. 700.]
+
+[Footnote 46: Flod., ibid. et _Hist. eccl. Rem._, IV, 17,]
+
+[Footnote 47: Flod., _loc. cit._]
+
+[Footnote 48: Flod., _Ann._, a. 923]
+
+[Footnote 49: Flodoard (_Ann._, a. 923), Richer (_Hist._, I, 45 et 46)
+et Folcuin (_Gesta abbat. Sith._, c. 109, _M.G.h., Scr._, XIII, 625)
+fournissent les détails du récit. La date est donnée par les sources
+suivantes: _Ann. S. Columbae Senon.; Hist. Francor. Senon.; Ann. S.
+Benigni Divion._, a. 922 (_M.G.h., Scr._, I, 104; IX,: 366; V, 40);
+_Necrol. Autissiodor_. (_Mém. concernant l'hist. d'Auxerre_, II, pr.,
+p. 252); _Necrolog. beati Martini Turon_. (éd. Nobilleau, Tours, 1875,
+p. 25).--Hugues de Flavigny, _Chron. Virdun._, a. 923, et Hugues de
+Fleury, _Modernorum Francor. reg. actus_, c. 3 (_M.G.h., Scr._, VIII,
+358, IX, 381), dérivent de Flodoard. Voy. aussi par ordre d'intérêt:
+_Miracula S. Benedicti_, I. II, c. 3; _Genealogiae Fasniacenses; Ann.
+S. Quintini Verom.; Ann. Lobienses_ («Dei juditio Rothbertus
+Occubuit»); _Ann. Prum._ (id.); _Ann. S. Maximi Treverensis_, a. 923;
+_Ann. Virdun._, a. 1001; _Ann. Laubienses et Leodienses_, a. 921;
+_Ann. Musciacenses_, a. 922 («rebellavit Rotbertus»); _Ann. S. Medardi
+Suession._, a. 922; _Ann. Floriac._, a. 917 (_M.G.h., Scr._, IX, 375,
+XIII, 253, XVI, 507, XIII, 233, XV, 1292, IV, 6-8, 16, III, 170, XXVI,
+320, 11, 254) et Widukind, I, 30 (éd. Waitz, p. 23) qui n'apportent
+aucun détail; Adémar de Chabannes (texte du ms. C), III, 22 (éd.
+Chavanon, p. 142) mentionne l'anecdote du comte Foubert, _signifier_
+royal; le _Conlin. Reginon._, a. 922 (éd. Kurze, p. 156), fait périr
+Robert de la main de Charles; Odoran, _Chron._, a. 922 (_Recueil des
+historiens de France_, VIII, 237), n'ajoute rien aux autres sources
+sénonaises citées; Rodulf. Glab., 1, c. 2. §6 et III, c. 9, §39 (éd.
+Prou, p. 8 et 88), fait mourir Robert dans une bataille livrée aux
+Saxons. Richer, avec son exagération habituelle, prétend que plus de
+18.000 combattants restèrent sur le champ de bataille. Sur le
+caractère légendaire des récits de la bataille de Soissons, voy.
+Kalckstein, _op. cit._, p. 482 (Excurs IV) et _Louis d'Outre-Mer_, p.
+295.]
+
+[Footnote 50: Flod., _Ann._, a. 923.]
+
+[Footnote 51: Aimoin, _Miracula S. Rened._, II, 3 (éd. de Certain, P.
+99).]
+
+[Footnote 52: _Liber de diversis casibus coenobii Dervensis_ (_Acta
+sanctor. ord. S. Bened._, saec. II, p. 846).]
+
+[Footnote 53: Rodulf. Glab., _Hist._, I, 2 (éd. M. Prou, p. 7-8).]
+
+[Footnote 54: Flod., _Ann._, a. 923; _Ann. S. Medardi Suession._, a.
+922; _Ann. S. Columb. Senon._, a. 923; _Hist. Francor. Senon._, a.
+922; Folcuin, _Gesta abbat. Sith._, c. 101 (_M.G.h., Scr._, XIII,
+623); _Ann. Blandin._, a. 925; _Ann. Floriac._, a. 917 (_M.G.h.,
+Scr._, II, 24, II, 254). Cf. les sources angevines: _Ann. Vindocia._,
+a. 921; Rainald. Andegav. _Ann._, a. 921; _Ann. S. Florentii_, a. 920
+(éd. Halphen, _Recueil d'annales angevines_, pp. 57, 84, 115). _Ann.
+Nivernenses_, a. 924 (_M.G.h., Scr._, XIII, 89). Voy. aussi Godefroy,
+_Cérémonial_ (2e éd.), t. 1, p. 413, et A. Luchaire, _Hist. des
+instit. monarchiques_, I, p.11.]
+
+[Footnote 55: Même dans les _Miracles de saint Benoît_, écrits au
+coeur des possessions patrimoniales de Robert, on voit sa conduite à
+l'égard de Charles qualifiée de «nefaria temeritas» et même de
+«perfidia» (Lib. II, c. 3, éd. de Certain, p. 99). Le Continuateur de
+Réginon (_Chron._, a. 922, éd. Kurze, p. 457) s'exprime aussi en ces
+termes: «Karolus tamen ori _sacrilego_ Ruodberti ita lancea infixit,
+ut diffissa lingua cervicis posteriora penetraret.»]
+
+[Footnote 56: _Concil. Rem._ (_Recueil des historiens de France_, IX,
+324).]
+
+[Footnote 57: _Recueil des historiens de France_, IX, 554-556, n°
+87-89; _Marca Hispanica_, append., col, 842 et 843; _Hist. de
+Languedoc_, nouv. éd., V, p. 143, n° 46.]
+
+[Footnote 58: Nous n'avons pas ici à retracer les tableaux de
+géographie historique féodale qu'on trouvera dans Eckel, p. 32 et
+suiv., Poster, _Robert le Pieux_, p. 130, Lot, _Fidèles ou vassaux_,
+passim, et, du même, _Études sur le règne de Hugues Capet_, p. 187 et
+suiv.]
+
+[Footnote 59: _Gallia christiana_, XII, _instr._, col. 485: «praedicto
+rege Rodulpho laudante et omni sua auctoritate corroborante».]
+
+[Footnote 60: _Recueil des chartes de Cluny_, I (Paris, 1876), nos
+231, 233 à 236, etc. Le n° 232 mentionne Robert comme roi, et le no
+243 (juin 924) Charles le Simple. cf. aussi _Cartulaire de
+Saint-Vincent de Mâcon_ (Mâcon, 1864), I, no, 8, 38, 310, 314, 480,
+496, 501, et les diplômes de Raoul pour Autun, Châlon et Langres
+(_Recueil des historiens de France_, IX, 562-565, 569).]
+
+[Footnote 61: _Vita S. Vicentii_ (_Recueil des historiens de France_,
+IX, 131; _Acta Sanctor. Boll., Januar. 1_, P. 813); Duchesne, _Hist.
+généal. de la maison de Vergy_, I, P. 40.]
+
+[Footnote 62: Flod., _Ann._, a. 923.]
+
+[Footnote 63: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 64: Flod., _Ann._, a. 927.]
+
+[Footnote 65: Mabille, _La pancarte noire de Saint-Martin de Tours_
+(Paris, 1866), n° 129.]
+
+[Footnote 66: _Cartulaire de Saint-Père de Chartres_, I, n° 3.]
+
+[Footnote 67: _Recueil des chartes de Saint-Benoît-sur-Loire_, publ.
+par M. Prou et Vidier (Paris, 1900) n° XL, XLI et XLII.]
+
+[Footnote 68: _Cartulaire de Saint-Aubin d'Angers_ publ. par Bertrand
+de Broussillon (_Doc. hist. sur l'Anjou_, I, 1903), n° XXXVI et
+CLXXVII; _Cartulaire noir de la cathédrale d'Angers_, publ. par le
+chanoine Urseau (ibid., V, 1908), n° 33.]
+
+[Footnote 69: _Recueil des historiens de France_, IX, 566; _Gall.
+christ._, VIII, _instr._, 412; D. Noël Mars, _Hist. du royal monastère
+de Saint-Lomer de Blois_, publ. p. A. Dupré (Blois, 1869, in-8), p.
+99. Ce diplôme concerne la cession de l'église Saint-Lubin au
+monastère et la translation des reliques de saint Calais. Sa forme est
+insolite; s'il n'est pas faux, il a été certainement refait. Cf. J.
+Depoin, _Études préparatoires à l'histoire des familles palatines_,
+dans _Revue des Études historiques_, année 1908, p. 578.]
+
+[Footnote 70: R. de Lasteyrie, _Cartulaire général de Paris_, n°63.]
+
+[Footnote 71: Besly, _Hist. des comtes de Poitou_ (Paris, 1647), pr.,
+p. 221 (charte d'Èbles pour l'abbaye de Noaillé, datée de la 26e année
+de Charles), 225 (charte d'Adelelmus pour Sainte-Radegonde avec la
+curieuse date suivante: «a, III regni Radulfi regis, Karolo cum suis
+infidelibus merite captus (sic)», orig., Bibl. nat., nouv. acq. lat.
+2306, fol. 2); R. de Listeyrie, _Étude sur les comtes et vicomtes de
+Limoges antérieurs à l'an mil_, p. 114 et A. Richard, _Chartes de
+l'abbaye de Saint-Maixent (Arch. hist. du Poitou_, XVI, 1886), n° XI
+(charte ainsi datée: «Data in mense aprilis, anno XXX, quando fuit
+Karolus detentus cum suis infidelibus»); _Cartul. de l'abbaye de
+Saint-Cyprien de Poitiers_; (ibid., III, 1874), nos 236, 237, 240;
+_Documents de Saint-Hilaire de Poitiers_ publ. p. L. Rédet (_Mém. de
+la Soc. des Antiquaires de l'Ouest_, XIV, 1847, n° XIV, année 26 de
+Charles).]
+
+[Footnote 72: Besly, _op. cit._, p. 237; _Chartes de Saint-Maixent_,
+nos X et XII; _Cartul. de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers_, nos
+92, 124, 301, 337, 528. Une curieuse charte de l'abbaye de Noaillé (au
+diocèse de Poitiers) porte la date: «anno III Radulfi regis quando
+Karolus in custodia tenebatur». Baluze, _Capitular. reg. Francor_. II,
+append., col. 1532. La même formule se lit encore dans une charte de
+Saint-Hilaire de Poitiers (_Doc. de Saint-Hilaire de Poitiers_, loc.
+cit.), n° XV. Voy. aussi A. Richard, _Hist. des comtes de Poitou_, t.
+I (Paris 1903), p. 63-65.]
+
+[Footnote 73: _Gall. christ._, II, instr., col. 328; _Cartul. de
+l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers_, nos 3 et 4.]
+
+[Footnote 74: _Cartul. de Saint-Étienne de Limoges_ (Bibl. nat. ms.
+lat. 9193), p. 125 154, 158 et 269.]
+
+[Footnote 75: Baluze, _Hist. Tutelensis_, col. 338.]
+
+[Footnote 76: Diplôme du 13 décembre 933 (_Recueil des historiens de
+France_, IX, 578)]
+
+[Footnote 77: Baluze, _Hist. Tutelensis_, append., col. 323-365.]
+
+[Footnote 78: _Cartulaire de l'abbaye de Beaulieu_ (Paris, 1859), nos
+38, 44, 48, 66, 72, 108, 144, 167; Justel, _Hist. généal. de la maison
+de Turenne_ (Paris, 1645), pr., p. 9.]
+
+[Footnote 79: Moulenq, _Doc. historiques sur le Tarn-et-Garonne_
+(Montauban, 1879), I, 291.]
+
+[Footnote 80: _Cartulaire de Saint-Julien de Brioude_, éd. Doniol
+(Clermont-Ferrand, 1863), nos 39, 315, 327; _Cartul. de Sauxillanges_,
+éd. Doniol (ibid., 1864), no 13; Baluze, _Hist. généal. de la maison
+d'Auvergne_, pr., p. 19-21; _Capitular. reg. Francor._, II, col. 1531,
+1534. Cf. A. Bruel, _Essai sur la chronologie du cartulaire de
+Brioude_ (_Bibl. de l'École des Chartes_, 6e série, t. II, 1866, p.
+477.) Voici le texte de trois de ces dates: «VI. id. dec. anno IIII
+quo infideles Franci principem suum Karolum propria sede exturbaverunt
+et Rodulfum elegerunt, Rotberto interfecto.» (éd. Doniol, p. 330)--«v.
+id. oct. anno v. quando Franci deinhonestaverunt regem suum Karolum et
+contra legem sibi Radulfum elegerunt in regem.» (Bruel, _loc. cit._,
+p. 495)--«mense octobrio, anno v regnante Rodulfo rege Francorum et
+Aquitanorum.» (éd. Doniol, p. 79),--Cf. J. Depoin, _Une expertise de
+Mabillon_ dans _Mélanges et doc. publ. à l'occasion du 2e centenaire
+de la mort de Mabillon_, P. 138.]
+
+[Footnote 81: _Cartul. de Brioude_, nos 2, 16, 104, 112, 153, 169,
+186; _Cartul. de Sauxillanges_, nos 218, 774.]
+
+[Footnote 82: _Marca Hispanica_, append., nos 70, 71; _Le règne de
+Louis IV d'Outre-Mer_, p. 306. Quelques chartes de cette région sont
+datées «après la mort du roi Eudes»]
+
+[Footnote 83: _Hist. de Languedoc_, nouv. éd., V, nos 50 à 52, 55 a,
+55b, 57 a 63; _Cartulaire de l'abbaye de Conques_, éd. G. Desjardins
+(Paris, 1879), nos 5, 92, 121, 143, 231, 291; Ménard, _Hist. de
+Nîmes_, I, pr., p. 19 (charte datée de l'année 30 de Charles, après la
+mort du roi Eudes). L'évêque d'Elne, Wadaldus, date une charte de 931:
+«Facta scriptura donationis sub die IIII. id. april. anno II. quod
+obiit Karolus filius Ludovici regis, Xpisto regnante et regem
+expectante» (Baluze, _Capitul._, t. II, col. 1536).]
+
+[Footnote 84: Sur le caractère et la nature du pouvoir ducal en
+Bourgogne, voy. Ch. Seignobos, _Le régime féodal en Bourgogne jusqu'en
+1360_ (Paris, 1882, in-8°), p. 156 et suiv.]
+
+[Footnote 85: Sur les domaines possédés par Charles le Simple, voy.
+Eckel, p. 42.]
+
+[Footnote 86: Flod., _Ann._, a. 923.]
+
+
+
+
+CHAPITRE III
+
+LA CAPTIVITÉ DE CHARLES LE SIMPLE,
+LA GUERRE NORMANDE ET LA PERTE DE LA LORRAINE.
+
+
+Le roi Charles ayant vu échouer ses démarches auprès de ses vassaux
+rebelles, se tournait du côté du roi de Germanie, Henri Ier, avec
+lequel il avait entamé, dès 921, des négociations bientôt interrompues
+par la révolte des grands. Il espérait que la nouvelle de la mort de
+son dangereux adversaire, Robert, déciderait peut-être Henri à traiter
+avec lui et même à lui procurer un secours effectif. Il envoya des
+députés en Germanie avec des présents, au nombre desquels se
+trouvaient des reliques de saint Denis considérées comme ayant une
+valeur inestimable. Henri accueillit bien les envoyés de Charles, mais
+ne promit nullement d'intervenir en sa faveur: il se borna à ne pas
+nouer de relations avec Raoul[87].
+
+Là-dessus Charles reçut inopinément une députation d'Herbert de
+Vermandois, conduite par le propre cousin de celui-ci, le comte
+Bernard[88]. D'après Richer,[89] qui donne évidemment l'esprit du
+discours des envoyés, Herbert faisait déclarer à Charles qu'il ne
+s'était uni à ses ennemis que bien malgré lui, et que voyant à présent
+une occasion favorable pour tout réparer, il lui demandait de venir le
+joindre sans grande escorte, afin de n'éveiller aucun soupçon.
+
+Charles, à bout de ressources, fut enchanté de ce revirement soudain
+d'un vassal puissant, qui l'avait aidé jadis. Il accueillit avec
+empressement la proposition inespérée des députés. Qu'on ne l'accuse
+point à la légère de faiblesse ou de simplicité. Il était très
+possible qu'Herbert, d'origine carolingienne et par là d'autant plus
+sujet à un retour de loyalisme, devenu mécontent ou jaloux de Raoul,
+voulût profiter du séjour de celui-ci en Bourgogne pour faire échec à
+un rival bien autrement dangereux qu'un suzerain affaibli. Au surplus,
+Bernard et ses acolytes étaient, dit-on, de bonne foi. S'ils
+trompèrent Charles c'est qu'ils avaient été trompés eux-mêmes par
+Herbert. Celui-ci aurait, dit-on, jugé préférable de laisser ignorer
+ses vrais desseins à ses propres créatures.
+
+Charles prit donc le chemin de Saint-Quentin avec les députés du comte
+de Vermandois. A peine mis en présence d'Herbert, il fut appréhendé et
+conduit sous bonne garde au donjon de Château-Thierry. Quant aux gens
+de sa suite, trop peu nombreux pour résister, ils furent renvoyés sans
+être inquiétés[90].
+
+Ce lâche guet-apens préparé par Herbert à son suzerain légitime, le
+descendant de Charlemagne, produisit une pénible impression sur les
+contemporains. L'écho s'en retrouve dans les textes relativement
+nombreux qui y font allusion. Les versions diffèrent sur la date de la
+capture (placée parfois avant l'élection de Raoul), sur l'ordre des
+séjours du roi dans ses prisons de Saint-Quentin, Château-Thierry et
+Péronne, mais elles sont toutes unanimes, même les plus brèves, pour
+flétrir en termes énergiques l'acte d'Herbert[91]. Il y avait là un
+abus trop injustifié de ruse perfide et de force brutale pour que,
+même en ce siècle de fer, l'opinion générale n'en fût point émue. On
+voyait recommencer pour Charles les humiliations de son aïeul Louis le
+Pieux. Aussi trouve-t-on appliquées à Herbert, dans les textes, les
+épithètes suivantes: «traître plein de perfidie, menteur le plus
+fourbe, le dernier des infidèles et des indignes, le plus mauvais des
+seigneurs français, l'instigateur de tous les maux»; la note
+dramatique ne manque pas dans plusieurs récits de sa mort, où l'on
+voit poindre l'idée d'un châtiment céleste exprimée par les
+circonstances légendaires dont ils sont agrémentés[92].
+
+Les historiens modernes n'ont jamais essayé sinon de justifier la
+conduite d'Herbert, du moins de la concilier avec les pratiques
+tolérées alors par les usages entre belligérants. Il est clair, en
+effet, que si l'acte sans précédent du comte de Vermandois révoltait
+l'opinion--et on en relève la trace certaine--c'est qu'il était
+considéré comme un attentat brutal au droit de légitimité dès lors
+établi, un crime de lèse-majesté envers la personne sacrée du suzerain
+à qui fidélité avait été jurée. Comment se fait-il que des seigneurs
+puissants et indépendants comme Hugues le Grand et surtout Raoul de
+Bourgogne ne s'y soient pas opposés et n'aient pas contraint Herbert à
+se dessaisir de la personne de ce fantôme de roi, qui était plus
+redoutable pour eux entre les mains de l'intrigant comte de Vermandois
+qu'en liberté? Il y a là un de ces faits historiques difficiles à
+expliquer parce qu'ils résultent d'un concours extraordinairement
+complexe de circonstances et d'influences morales déterminant, dans
+les rapports politiques, une tension anormale qui aboutit presque
+fatalement à des mesures extrêmes. Il ne faut pas, toutefois, oublier
+qu'Herbert était arrière-petit-fils de l'infortuné Bernard d'Italie,
+la victime du bisaïeul de Charles le Simple, Louis le Pieux, entre
+les mains duquel il était tombé à la faveur d'un guet-apens analogue à
+celui qui nous occupe[93].
+
+On peut se demander si Herbert II, imbu des traditions de famille si
+vivaces à cette époque, ne saisit point cette occasion pour la maison
+de Vermandois d'exercer son «droit de vengeance» sur la branche
+carolingienne régnante. Celle-ci l'avait évincée, en effet, de la
+succession à l'empire et ensuite frappée par un acte de sauvagerie
+inouï. Or le droit de vengeance privée est parmi les vieilles coutumes
+germaniques une de celles qui étaient les plus ancrées dans les moeurs
+au moyen âge, puisqu'on en trouve encore des traces jusqu'au XVe
+siècle[94]. Charlemagne en s'associant son second fils Louis le Pieux,
+au détriment de sa descendance aînée, avait causé de funestes
+rivalités dans sa famille[95].
+
+On pouvait donc, dans l'entourage de Raoul, considérer l'attitude
+d'Herbert comme moins inique et on le faisait d'autant plus volontiers
+qu'on était fort satisfait d'avoir vu le comte de Vermandois accepter
+un suzerain bourguignon. Et Hugues le Grand, en outre, dont le père
+avait succombé en luttant contre Charles, ne pouvait être mécontent du
+sort d'un suzerain contre lequel il devait nécessairement nourrir des
+idées de revanche.
+
+A côté de l'attentat commis sur la personne de Charles, il y a lieu de
+signaler la tentative qu'aurait faite Herbert pour s'emparer du jeune
+Louis, son fils, si l'on admet le témoignage de Richer. Dans un
+passage de la chronique de cet historien, le roi Louis rapporte
+lui-même, au concile d'Ingelheim (en 948), qu'il a été soustrait aux
+mains d'Herbert, caché dans une botte de foin par des serviteurs, et
+qu'ainsi il a pu gagner l'Angleterre avec sa mère Ogive, fille du roi
+anglo-saxon Édouard Ier l'Ancien[96]. Le récit de Richer ne mérite
+toutefois qu'une confiance très limitée. On y remarque une singulière
+confusion entre Hugues et Herbert, et on ne s'explique pas comment
+Ogive restée en Lorraine avec son fils aurait eu besoin de le cacher
+pour l'emmener en Angleterre, puisqu'elle n'avait pas à traverser les
+domaines du comte de Vermandois. Il faudrait supposer que celui-ci eût
+machiné quelque complot pour obtenir de se faire livrer l'enfant.
+
+La famille de Charles comprenait encore, outre ce fils, quatre filles
+de sa seconde femme Frérone et quatre enfants naturels[97]. Leurs
+prétentions n'étaient nullement redoutables; ils ne furent pas
+inquiétés.
+
+Herbert se rendit immédiatement après la capture de Charles, en
+Bourgogne, auprès de Raoul[98]. Il sentait la nécessité de se
+justifier aux yeux de celui-ci et de le gagner à sa politique.
+Bientôt, en effet, le pape Jean X intervint en faveur du roi déchu,
+probablement sous l'influence de l'empereur Bérenger qui s'était déjà
+montré favorable à Charles, en 921, lors de l'occupation de l'évêché
+de Liège. Jean X réclamait, sous menace d'excommunication, la
+réintégration de Charles sur le trône[99]. La mort de Bérenger,
+survenue le 7 avril 921[100], atténua sans doute le zèle du souverain
+pontife qui finit par s'incliner devant le fait accompli, lorsque
+plusieurs années de règne eurent affermi la souveraineté de Raoul.
+
+Les Normands avaient pris les armes à l'appel de Charles. Ils
+entrèrent enfin en campagne. Le roi-de-mer Rögnvald, chef de la
+colonie scandinave qui depuis des années dominait sur l'estuaire de la
+Loire, mécontent sans doute des concessions illusoires que lui avait
+faites Robert[101] et obéissant d'ailleurs aux messages antérieurs de
+Charles, avait pris le commandement des Normands de Rollon établis sur
+les bords de la basse Seine, et fait irruption en «France», en passant
+l'Oise. Un premier échec que lui infligèrent les vassaux du comte de
+Vermandois, aidés de plusieurs seigneurs du nord de la France, les
+comtes Raoul de Gouy et Enjorren de Leuze[102], n'eut d'autre effet
+que de le pousser à de plus graves dévastations. Une nouvelle défaite
+qu'il essuya en luttant contre le comte d'Arras, Alleaume, le
+contraignit cependant à reculer. Les pillages n'en continuèrent pas
+moins. Hugues se décida enfin à demander assistance à son beau-frère
+le roi Raoul.
+
+Celui-ci accourut à Compiègne, en plein pays envahi, avec ses troupes.
+Les contingents fournis par l'archévêque Séulf, par Herbert et les
+autres vassaux étant venus le joindre, il se sentit assez fort pour
+passer de la défensive à l'offensive. Il pénétra en Normandie, au delà
+de l'Epte, et par représailles ravagea tout le pays, en chassant
+devant lui les bandes pillardes[103]. Cette pointe hardie en avant
+démontrait à la fois la valeur militaire du nouveau roi et son désir
+bien arrêté de régner autrement que de nom. La lutte contre les
+Normands était assurément le meilleur moyen de s'attacher les
+populations qui avaient eu tant à souffrir des incursions des pirates,
+par suite de l'indifférence ou de l'impuissance apathique de certains
+rois carolingiens. Cependant Raoul ne pouvait s'attarder à
+pourchasser une poignée de brigands, quand la plupart des seigneurs
+lorrains, qui jusqu'alors avaient sans cesse lutté pour Charles,
+désespérant de sa cause, depuis sa captivité, envoyaient un message
+pour offrir de faire leur soumission. Il était urgent de répondre à
+leurs propositions conciliantes et avantageuses, si l'on ne voulait
+pas en perdre le bénéfice et voir ce pays échapper de nouveau à la
+France. Raoul réunit donc les grands vassaux qui l'entouraient pour
+prendre conseil, et il fut décidé que ceux-ci continueraient seuls la
+poursuite des fuyards tandis que lui-même se rendrait immédiatement en
+Lorraine[104].
+
+Raoul s'arrêta d'abord sur la frontière, à Monzon. L'évêque de Metz
+Guerri vint l'y trouver et le décida à marcher avec lui sur
+Saverne[105], où le roi de Germanie Henri Ier avait laissé une
+garnison. Le siège dura une bonne partie de l'automne et se termina
+par la capitulation des gens d'Henri Ier qui, ne se voyant pas
+secourus par leur suzerain, comme ils y avaient compté, se résolurent
+à livrer des otages.[106]
+
+En revenant à Laon, Raoul trouva la reine Emma qui, de sa propre
+autorité, venait de se faire consacrer reine par l'archevêque de Reims
+Séulf. Ce fait décèle à la fois l'ambition et l'esprit d'initiative de
+la fille du roi Robert[107]: sachant la vie de son mari en danger dans
+le voyage sur territoire lorrain, elle avait pris ses précautions pour
+être assurée de jouer un rôle en cas de malheur.
+
+Un certain nombre de seigneurs lorrains, et non des moindres, avaient
+préféré se tourner du côté du roi de Germanie plutôt que de
+reconnaître celui qu'ils considéraient comme un usurpateur. Le duc
+Gilbert et l'archevêque de Trèves appelèrent Henri Ier en Lorraine:
+celui-ci accourut aussitôt et, passant le Rhin, commença le pillage du
+pays, comptant sur de nouvelles défections. L'effet produit fut tout
+le contraire: malgré la réputation d'inconstance des Lorrains, il n'y
+eut guère d'autre défection que celle d'Otton, fils de Ricoin, ennemi
+personnel de Raoul[108]. La nouvelle que le roi de France se
+disposait à marcher contre l'envahisseur avec une puissante armée,
+recrutée tant en France qu'en Bourgogne, décida Henri à mettre son
+butin en sûreté sur l'autre rive du Rhin. Il se hâta de conclure avec
+les Lorrains un armistice jusqu'au Ier octobre de l'année suivante,
+emmenant avec lui de nombreux otages et des troupeaux entiers capturés
+entre Rhin et Moselle.[109]
+
+L'influence française était prépondérante dans le pays, surtout vers
+la partie méridionale. Guerri de Metz s'empara de Saverne dont il fit
+raser le château-fort, et à la mort de l'évêque de Verdun, Dadon,
+Raoul donna l'évêché à un certain Hugues auquel Séulf conféra la
+prêtrise[110]. Les Lorrains paraissaient accepter avec un certain
+enthousiasme la souveraineté bourguignonne, qui pouvait leur sembler
+un acheminement vers l'autonomie et un retour à leur prépondérance
+éphémère de jadis, au temps du «royaume de Lothaire Ier».
+
+Cependant Hugues et Herbert, secondés par l'archevêque de Reims Séulf,
+avaient protégé contre les Normands leurs domaines de la rive gauche
+de l'Oise au moyen d'une armée de couverture. Il n'y eut pas de
+rencontre décisive, mais des irruptions suivies de pillages, de chaque
+côté. On finit par entamer des pourparlers où les conditions d'une
+paix définitive furent discutées: on parla d'étendre à l'ouest le long
+de la mer, jusque vers le Cotentin, les limites du territoire concédé
+à Rollon, sur les deux rives de la Seine inférieure. Enfin un
+armistice fut conclu jusqu'au milieu de mai 924. Les Normands
+donnaient des otages, et en retour on achetait encore honteusement,
+comme par le passé, leur inaction, moyennant un lourd tribut. L'argent
+nécessaire devait être fourni à l'aide d'une sorte de taxe personnelle
+extraordinaire (_pecunia collaticia_)[111].
+
+Pourquoi ce retour aux anciennes humiliations, après une campagne de
+début si brillante? Ce changement subit et un peu déconcertant au
+premier abord paraît dû à la nécessité où était Raoul d'en finir au
+plus vite avec la question normande pour se trouver complètement libre
+d'agir en Aquitaine.
+
+Tout le Midi, à peu d'exceptions près, persistait dans son attitude
+hostile à l'égard du nouveau roi et refusait absolument de le
+reconnaître. Raoul n'entendait pas renoncer à ses droits de
+suzeraineté et il voulait profiter, dès le début, de son succès sur
+les Normands ainsi que du prestige que lui donnait la soumission
+inespérée de la Lorraine, pour entrer en contact avec les opposants et
+les contraindre par l'intimidation, ou au besoin par la force, à
+l'obéissance.
+
+L'armée royale entra si soudainement en campagne que le duc
+d'Aquitaine, Guillaume II, eut à peine le temps d'organiser la
+résistance. Le roi était déjà en Autunois, suivi d'innombrables
+vassaux, et son avant-garde atteignait la Loire, quand Guillaume parut
+sur la rive opposée. Ainsi les deux adversaires étaient en présence,
+séparés seulement par le cours du fleuve. Une telle situation était
+celle qu'à cette époque on recherchait surtout pour les entrevues, par
+mesure de sécurité: des négociations commencèrent aussitôt. Les
+émissaires faisaient la navette d'une rive à l'autre. Le soir venu,
+Guillaume se décida enfin, à la faveur de la nuit, à faire le premier
+pas pour hâter une solution. Muni d'un sauf-conduit, il passa le
+fleuve et se rendit à cheval au camp de Raoul. Celui-ci l'attendait
+également à cheval. Dès que Guillaume fut en présence du roi, il sauta
+en bas de sa monture, pour le saluer comme son suzerain, et Raoul lui
+répondit en lui donnant l'accolade. Ce cérémonial symbolique ratifiait
+l'échange préalable de promesses, et la conclusion définitive de la
+paix fut remise à une seconde entrevue qui eut lieu le lendemain. La
+condition mise par Guillaume à sa soumission était la restitution du
+Berry que Raoul avait occupé. Une suspension d'armes de huit jours fut
+décidée pour permettre aux Aquitains d'approuver cet accord, et au
+bout du délai, la paix fut conclue formellement et
+définitivement[112].
+
+Raoul paraît alors avoir tenu à Autun, puis à Châlon, une véritable
+cour plénière, dont le rôle politique est certain, encore que nous
+n'en ayons point de preuves matérielles. La reine Emma était venu le
+joindre[113], avec un grand nombre de puissants feudataires français,
+l'archevêque de Reims, Séulf, les évêques de Troyes, Anseïs[114], de
+Soissons, Abbon (qui remplissait les fonctions de chancelier avec
+Rainard pour notaire), le marquis Hugues, le comte Herbert de
+Vermandois. Les vassaux bourguignons étaient naturellement au complet:
+le frère du roi, Hugues, les comtes Walon et Gilbert, fils du comte
+Manassès, les abbés de Saint-Martin d'Autun, Eimon[115], et de
+Tournus, Hervé[116], le prévôt de Saint-Symphorien d'Autun,
+Hermoud[117]. Plusieurs hauts personnages aquitains avaient en outre
+accompagné le duc Guillaume, par exemple l'évêque du Puy Allard[118].
+Enfin on vit venir le régent du royaume de Provence pour l'empereur
+Louis l'Aveugle, Hugues, qui prit part aux discussions de cette sorte
+de plaid[119].
+
+Tous ceux qui s'étaient montrés les premiers fidèles à Raoul reçurent
+des libéralités. Herbert eut Péronne, qui devint sa principale
+forteresse[120], Hugues reçut le Mans, Séulf obtint de Hugues de
+Provence, grâce à l'intercession royale, la restitution des domaines
+épiscopaux situés en Lyonnais, dont Hervé s'était vu dépouiller[121].
+
+La présence de Hugues de Provence s'explique probablement par le désir
+de conjurer au moyen d'une bonne entente toute cause de conflit
+ultérieur avec le roi de France, à raison des prétentions possibles de
+ce dernier à la suzeraineté sur le royaume du sud-est: le mariage de
+Boson, frère de Raoul, avec la propre nièce de Hugues, Berthe, future
+comtesse d'Arles et d'Avignon, scella cet accord. La confirmation par
+Raoul des biens d'un monastère sis en Viennois et en Provence, à
+Vaison et Fréjus, ne prouve pas nécessairement qu'il ait revendiqué
+des droits sur ces pays, car souvent il arrivait qu'un abbé sollicitât
+de plusieurs souverains la confirmation de ses titres, afin d'en
+augmenter la force probante en cas de contestation[122].
+
+Raoul ne distribuait pas seulement ses faveurs aux grands vassaux.
+Toute une série de diplômes de cette année 924, donnés en Bourgogne en
+faveur d'abbayes ou d'églises, nous sont parvenus. Le premier, pour
+Saint-Symphorien, est daté d'Autun même, le 29 février[123]; les
+suivants ont été donnés à Châlon-sur-Saône. Le 6 avril, Saint-Martin
+d'Autun obtenait la confirmation de ses privilèges, avec de nouvelles
+libéralités[124]. Le 8, l'évêque du Puy se faisait concéder, sur
+l'intervention de Guillaume d'Aquitaine, comte de Velay, les droits
+attachés au comté de la ville du Puy, notamment celui de battre
+monnaie[125]. Le 9 enfin, le monastère de Tournus obtenait
+confirmation de ses dépendances situées en Chalonnais[126].
+
+Si Raoul était généreux envers ses vassaux fidèles, il se montrait par
+contre impitoyable à l'égard de ceux qui, par leur turbulence,
+suscitaient des querelles intestines. Le vicomte d'Auxerre,
+Rainard,--frère de l'ennemi du roi Robert, Manassès de Dijon,--qui
+avait si souvent molesté les évêques de sa cité, s'était permis, sans
+motif apparent, d'occuper la forteresse de Mont-Saint-Jean[127], et
+refusait de la rendre malgré toutes les sommations. Raoul intervint et
+confia le siège de la place à un groupe de seigneurs bourguignons au
+nombre desquels se trouvaient, avec son frère Hugues, les propres
+neveux du rebelle: Walon et Gilbert de Dijon. Ces derniers, au bout de
+quelque temps, purent décider leur oncle à envoyer son fils en otage
+au roi. Ils intervinrent ensuite auprès de Raoul, pour que celui-ci
+voulût bien recevoir Rainard et lui accorder un armistice. Le roi y
+consentit et s'éloigna, laissant pour surveiller la place ceux qui
+avaient échangé les serments d'usage avec Rainard. Puis un peu plus
+tard, dans le courant de l'année, il revint et força Rainard à
+abandonner Mont-Saint-Jean, dont il reprit possession[128].
+
+En Lorraine aussi, des luttes féodales avaient éclaté. Gilbert se
+brouilla avec son beau-frère Bérenger, comte du _pagus Lommensis_, et
+son propre frère Renier; il ouvrit ensuite la lutte contre eux et le
+comte de Cambrai, Isaac, leur allié. Des pillages réciproques
+s'ensuivirent. Comme le roi de Germanie était retenu en Saxe par une
+invasion hongroise, Gilbert chercha à se rapprocher de Raoul pour en
+obtenir l'appui et envoya des députés lui annoncer sa soumission. Mais
+le caractère inconstant de Gilbert le rendait, au dire de l'historien
+Flodoard, si suspect et si odieux à Raoul, que celui-ci ne voulut
+tenir aucun compte de ces nouvelles propositions d'hommage. Un plaid
+réuni à Attigny décida même qu'une expédition serait faite en Lorraine
+pour soumettre les seigneurs qui n'avaient pas encore reconnu la
+suzeraineté du nouveau roi[129].Malheureusement, sur ces entrefaites,
+Raoul tomba gravement malade. Une amélioration passagère de son état
+fut suivie d'une rechute tellement violente qu'il se fit transporter
+dans un état presque désespéré à Saint-Remy, pour implorer
+l'assistance de l'apôtre des Francs. L'idée de ce pèlerinage est fort
+intéressante à examiner au point de vue psychologique: il est clair
+que Raoul doutait un peu de la légitimité de sa royauté et qu'il
+voulait calmer ses scrupules de conscience, en se mettant sous la
+protection du saint dont il considérait l'archevêque de Reims comme le
+mandataire, dans la cérémonie du sacre. Il est probable que l'exemple
+récent de la mort de Robert le hantait. Aussi disposa-t-il par
+testament de presque tous ses biens en faveur du monastère de
+Saint-Remy et de diverses abbayes de France et de Bourgogne, n'en
+réservant qu'une bien faible part à la reine Emma[130].
+
+Au bout de quatre semaines, sa guérison était complète, mais il
+n'était pas encore suffisamment rétabli pour entreprendre une campagne
+en Lorraine. Henri l'Oiseleur était aussi, à son tour, tombé malade
+sur les frontières slaves, dans le courant de l'été. L'occasion eût
+été extrêmement favorable, mais Raoul avait encore besoin de repos. De
+Reims il se rendit d'abord à Soissons, puis en Bourgogne[131].
+
+Avant son départ, il avait chargé Hugues, Herbert et Séulf de conclure
+la paix projetée avec les Normands. Ceux-ci profitèrent de
+l'incapacité de rien entreprendre, où se trouvait alors le roi, pour
+se montrer exigeants. Ils demandèrent à nouveau l'extension de leur
+fief «outre Seine» et Hugues dut se résigner à leur abandonner le
+Maine qu'il venait de recouvrer et le Bessin[132]. A ce prix ils
+consentirent à conclure une paix définitive ... au moins en
+apparence[133].
+
+Vers ce temps-là, en octobre 924, un synode fut réuni à Trosly[134]
+pour juger le différend survenu entre le comte de Cambrai, Isaac, et
+son évêque Étienne. Isaac était allé jusqu'à prendre et incendier un
+château épiscopal. Le clergé rémois s'en émut, et le synode où furent
+admis plusieurs pairs laïques du comte de Cambrai, notamment le comte
+de Vermandois, contraignit Isaac à s'amender et à faire publiquement
+pénitence[135]. Quand les fonctions civiles et ecclésiastiques
+n'étaient pas réunies entre les mêmes mains, le clergé avait le plus
+souvent, grâce à sa discipline, le dernier mot dans la lutte contre
+les seigneurs, toujours rivaux entre eux.
+
+Cette même année, une horde de Hongrois passa les Alpes, après avoir
+pillé l'Italie et brûlé Pavie (le 12 mars). Le roi de Bourgogne
+Rodolphe II et Hugues de Provence ne purent arrêter les envahisseurs,
+mais ils les harcelèrent en les suivant à distance et réussirent à les
+cerner un instant dans les défilés alpestres. Parvenus à s'échapper,
+les Hongrois passèrent le Rhône et se rendirent en Gothie. Une
+épidémie de dysenterie se déclara fort à propos dans leurs rangs, et
+le comte de Toulouse, Raimond-Pons III n'eut pas de peine à disperser
+et à achever les débris de leurs bandes[136].
+
+Rögnvald, chef des Normands de la Loire, avait pris part aux
+expéditions conduites en France par les Normands de la Seine. La
+raison de cette hostilité persistante ne ressort pas clairement des
+textes, mais il semble bien que ce soit la non-exécution des promesses
+de cession du comté de Nantes et de la Bretagne faites par Robert en
+921[137]. Celui-ci avait effectivement cédé ces pays à Rögnvald: or
+cette apparente libéralité n'avait pas eu de résultat. Il est évident
+qu'en abandonnant la Bretagne ou l'une de ses parties, Robert n'avait
+renoncé qu'à des droits théoriques contestables, puisqu'il ne
+possédait point ce pays, et sa mort survenue sur ces entrefaites avait
+achevé de réduire à néant la valeur problématique de ses promesses. La
+comparaison avec les Normands de la Seine qui, eux, avaient su non
+seulement obtenir mais accroître la donation de Charles le Simple,
+décida vraisemblablement la reprise des hostilités. Exclu des
+négociations grâce à l'habileté des seigneurs français, Rögnvald,
+mécontent de ses échecs successifs, voulut une revanche éclatante.
+
+A la tête d'une nombreuse armée, il remonta le cours de la Loire en
+pillant la rive gauche du fleuve. Les deux seigneurs riverains, Hugues
+et Guillaume, craignant pour leurs possessions, entrèrent, chacun
+séparément, en pourparlers avec lui. Ces négociations sont obscures.
+Il semble que le viking se soit contenté d'exiger le libre passage à
+travers des pays déjà épuisés pour se rendre dans la riche Bourgogne,
+encore intacte, dont le duc-roi s'était montré naguère un ardent
+antagoniste des Normands de la Seine et avait porté la guerre sur leur
+territoire. Son but paraît avoir été de montrer à l'«usurpateur» Raoul
+que si les Normands de la Seine avaient accepté de déposer les armes,
+lui, Rögnvald, n'ayant point reçu satisfaction, n'était nullement
+disposé à imiter leur exemple, qu'il entendait faire chèrement payer
+sa retraite et que l'éloignement de la Bourgogne ne suffisait pas pour
+la mettre à l'abri des représailles normandes.
+
+La témérité d'une pareille tentative explique peut-être la facilité
+avec laquelle Hugues et Guillaume laissèrent l'ennemi se diriger, sans
+l'inquiéter, sur la Bourgogne, en l'absence de Raoul, alors retenu
+dans la France du nord. Il est surprenant que ces deux puissants
+vassaux se soient résolus par égoïsme et indifférence, à laisser
+piller les domaines de leur suzerain. Il faut peut-être supposer une
+tactique de leur part pour tendre un piège aux Normands; sinon on ne
+pourrait y voir qu'une lâcheté contraire à leurs devoirs féodaux. On
+en jugera d'ailleurs par ce qui suivit.
+
+Tandis que Rögnvald pénétrait dans la Bourgogne, pillant tout sur son
+passage, les comtes Garnier de Sens, Manassès de Dijon, avec les
+évêques Josselin de Langres et Anseïs de Troyes, prévenus peut-être
+sous main par le marquis Hugues, avaient rassemblé leurs vassaux. Ces
+seigneurs se portèrent à la rencontre des Normands qui se retiraient
+vers la France du nord, chargés de butin. Le choc eut lieu sur les
+confins du Gâtinais, à Chalmont, le 6 décembre. La lutte fut acharnée.
+Il s'agissait pour les Normands d'assurer leur retraite, et les
+Bourguignons étaient décidés à leur faire expier les ravages qu'ils
+avaient faits chez eux. Huit cents Normands restèrent, dit-on, sur la
+place. Du côté bourguignon, le comte Garnier ayant eu son cheval tué
+sous lui fut pris et mis à mort. Enfin l'évêque Anseïs, qui se battait
+vaillamment à la tête de ses gens, fut grièvement blessé. Le reste de
+l'armée normande continua vers le nord jusqu'aux rives de la Seine,
+puis s'arrêta pour camper, probablement dans la région voisine du
+confluent de l'École[138].
+
+Dans l'intervalle, le roi Raoul complètement rétabli, mis au courant
+de ce qui se passait, n'avait pas perdu un instant. Ayant réuni à la
+hâte les vassaux de l'église de Reims, il les entraîna à sa suite avec
+l'évêque de Soissons, Abbon, quelques autres amis dévoués et même
+Herbert de Vermandois, qui resta prudemment à l'arrière-garde,
+toujours prêt à tirer parti des événements. Dès qu'il s'approcha de la
+Bourgogne, de nombreux hommes d'armes vinrent du duché remplir auprès
+de lui leur service d'ost. Il marcha avec ces forces directement vers
+le camp ennemi et un combat s'engagea aussitôt entre les fantassins
+des contingents français et les Normands, qui s'étaient avancés à
+leur rencontre. Pendant l'action, l'avant-garde française, la première
+ardeur passée, s'aperçut que le gros de l'armée qui entourait le roi
+ne bougeait pas et que personne n'y mettait pied à terre pour
+combattre. Les Normands, d'autre part, faiblissaient, après quelques
+pertes, et se trouvaient contraints de regagner leurs retranchements.
+L'avant-garde française se retira alors jusqu'à environ deux ou trois
+milles des lignes ennemies et s'établit en cercle d'investissement
+tout autour. D'autre part, Hugues était sur la rive opposée de la
+Seine et y avait pris position juste en face des Normands. La
+situation de ceux-ci semblait désespérée. On attendait seulement les
+bateaux qui devaient venir de Paris pour les attaquer de toutes parts
+et donner l'assaut à leur camp, même du côté du fleuve. La lutte
+promettait d'être décisive Rögnvald était pris au piège où sa témérité
+l'avait conduit. Mais les assiégeants perdirent trop de temps à
+attendre les navires parisiens qui ne venaient pas. Tout à coup le
+rusé Normand sortit de son camp sans être aperçu, parvint à traverser
+par surprise les lignes ennemies, où il avait pu pratiquer des
+intelligences, et gagnant une forêt voisine, réussit à s'évader avec
+tous les siens[139].
+
+Ainsi Rögnvald sut éviter par un coup d'audace, que la lenteur des
+opérations des coalisés rendit possible, la sanglante défaite ou la
+honteuse capitulation à l'une ou à l'autre desquelles il paraissait
+irrémédiablement acculé. Et maintenant l'aventureux et habile viking
+gagnait rapidement les bords de la Loire, à travers la forêt
+d'Orléans, avec les survivants de ses intrépides guerriers, échappés
+comme par miracle du cercle de fer dont ils avaient été un instant
+entourés.
+
+Les coalisés stupéfaits de la soudaineté de cette fuite ne se
+hasardèrent pas à poursuivre dans les bois un ennemi brave jusqu'à la
+témérité, satisfaits de lui avoir infligé de très sérieuses pertes et
+une terrible leçon.
+
+Peut-être est-ce au cours de cette retraite mémorable que les
+sectateurs d'Odin pénétrèrent dans l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire.
+Le continuateur d'Aimoin raconte, en effet, sans donner de date, que
+les moines s'enfuirent lors du passage de Rögnvald, emportant leurs
+précieuses reliques. Le récit des scènes de sauvagerie qui se
+déroulèrent dans le monastère pendant le séjour qu'y fit Rögnvald,
+celui de sa vision et du châtiment final qui l'atteignit à son retour,
+ont été consignés en termes émus dans les écrits monastiques[140]. On
+conserva longtemps, à Saint-Benoît, le souvenir de l'étrange abbatial
+du célèbre viking: on donna même son nom à une tête d'homme, en
+marbre, encastrée dans la muraille septentrionale de l'église[141].
+
+La dislocation de l'armée des coalisés eut lieu rapidement. Elle était
+complète dès le mois de février. En mars, Gilbert de Lorraine entama
+des pourparlers avec les seigneurs français malgré son échec de
+l'année précédente[142]. Il eut une entrevue avec Herbert qui était
+l'âme de ces négociations, et celui-ci réussit à gagner de nouveau le
+marquis Hugues. Sur les instances de ces puissants vassaux, le roi
+Raoul consentit enfin à recevoir l'hommage de Gilbert. Il en fixa le
+lieu à Cambrai, au cours d'un plaid qu'il y devait tenir.
+
+Pour des motifs inconnus,--peut-être des raisons de méfiance ou
+d'amour-propre,--les Lorrains ne parurent pas à Cambrai, et il fallut
+que Raoul s'avançât à leur rencontre jusqu'à la Meuse La cérémonie de
+l'hommage eut lieu sur les rives du fleuve, et Otton, fils de Ricoin,
+lui-même, l'ennemi de Boson, jura fidélité au frère de son adversaire.
+Seuls les archevêques de Trèves et de la cité lointaine de Cologne
+continuèrent de s'abstenir[143]. C'était la seconde fois depuis le
+commencement du siècle, qu'un roi de France recevait la soumission
+effective du duché de Lorraine.
+
+Raoul dut presque aussitôt quitter précipitamment le pays. Les
+Normands de la Seine rompirent le traité conclu en 924, soit excités
+par Rögnvald lui-même, soit simplement désireux de venger une défaite
+normande par laquelle ils pouvaient se considérer comme moralement
+atteints, et ils profitèrent de l'absence momentanée de Raoul. Ils
+envahirent tout à coup l'Amiénois et le Beauvaisis. Amiens fut menacé,
+et bientôt un terrible incendie s'y déclara par suite de l'imprudence
+des habitants, trop pressés de fuir. Arras subit le même sort. A Noyon
+se produisit une véritable résistance: les bourgeois, avec l'aide des
+habitants du faubourg incendié, entreprirent une sortie qui leur valut
+la reprise d'une partie du faubourg[144].
+
+Mais durant ces brigandages, le territoire des Normands, situé sur les
+rives de la Seine, fut tout à coup envahi, des deux côtés à la fois,
+par les habitants du Bessin et ceux du Parisis, vassaux de Hugues le
+Grand. Le Vexin et une partie du Roumois furent pillés et incendiés.
+Cette heureuse diversion produisit le résultat attendu. Les Normands
+retournèrent en hâte à la défense de leurs foyers. Herbert venait
+d'ailleurs d'apparaître sur les bords de l'Oise avec quelques
+cavaliers réunis à grand'peine, à cause de la rareté du fourrage, et
+il occupait une position fortement retranchée de manière à barrer à
+l'ennemi l'entrée de ses domaines.
+
+Dans leur retraite, les Normands furent poursuivis et harcelés par le
+comte de Ponthieu Helgaud et d'autres seigneurs des régions côtières
+septentrionales[145].
+
+En quittant la Lorraine, Raoul s'était rendu à Laon, où le 6 avril,
+sur la demande du comte Roger, il confirma à l'abbaye de Saint-Amand
+les donations de ses prédécesseurs[146], puis il avait gagné la
+Bourgogne: le 30 mai il s'arrêtait à Arciat, sur la Saône, avec
+Josselin, évêque de Langres, et le comte Manassès, pour renouveler les
+concessions de ses prédécesseurs à Saint-Bénigne de Dijon[147], et au
+mois de juillet, à Autun, où il concéda par la tradition du couteau,
+sur la demande de sa mère Adélaïde et de son vassal Unizon, le fief de
+son fidèle Adon aux chanoines de Saint-Symphorien d'Autun, pour le
+donner en précaire à son fidèle Aldric[148].
+
+Il se hâta de réunir ses vassaux bourguignons, que l'idée d'une
+revanche contre les Normands devait nécessairement séduire, et il
+proclama le ban et l'arrière-ban, c'est-à-dire la levée en masse, par
+toute la France, de manière à porter un coup décisif aux anciens
+pirates, voisins turbulents, encore peu accoutumés à la vie
+sédentaire. Cette fois de nombreuses recrues vinrent des pays
+maritimes du nord: les comtes Helgaud de Ponthieu, Allou de Boulogne
+et à leur tête Arnoul, marquis de Flandre. Herbert amena les vassaux
+de l'église de Reims qu'il commandait[149]
+
+Cependant Rollon avait pris des mesures pour résister à l'invasion de
+ses domaines, en renforçant de mille hommes envoyés de Rouen la place
+d'Eu, située près de la mer, aux extrêmes confins septentrionaux.
+C'est en effet sur ce point que se concentrèrent les premiers efforts
+de l'attaque. D'après Richer, le roi Raoul dirigeait en personne les
+combattants[150]. Les ouvrages avancés furent vite enlevés et les murs
+d'enceinte pris d'assaut. Enfin le château fort lui-même tomba au
+pouvoir des Français. Ceux-ci avides de vengeance et décidés à mettre
+fin, par un exemple, aux entreprises de leurs infatigables
+adversaires, incendièrent la place et passèrent au fil de l'épée toute
+la population mâle. Quelques Normands parvinrent toutefois à
+s'échapper et se réfugièrent dans une petite île de la Brêle, voisine
+du rivage. Les Français les y poursuivirent, s'emparèrent de l'île
+avec plus de peine encore que de la place d'Eu et commencèrent un
+nouveau massacre. Les derniers survivants, perdant tout espoir, après
+avoir défendu vaillamment leur vie, se jetèrent à l'eau: plusieurs
+furent engloutis par les flots et ceux qui nagèrent jusqu'à la terre
+ferme furent tués en abordant au rivage. Plusieurs enfin voyant qu'on
+ne leur faisait point quartier se donnèrent eux-mêmes la mort, selon
+la coutume scandinave, pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi[151].
+L'extrême férocité de cette guerre s'explique par l'état
+d'exaspération où en étaient arrivées des populations si longtemps
+éprouvées par les fureurs dévastatrices d'un ennemi rapace, cruel et
+insaisissable. La conquête de Rollon était sérieusement menacée. Les
+Français à leur tour s'emparèrent d'un énorme butin, mais ils ne
+poussèrent pas plus avant. Raoul établit son camp en Beauvaisis avec
+les Bourguignons et le marquis Hugues, de manière à protéger le pays
+contre tout essai de revanche[152].
+
+
+À quelque temps de là, vers la fin d'août, Hugues, de retour à Paris,
+conclut avec les Normands un accord, dans le genre de celui de 924,
+afin d'assurer l'intégrité de ses domaines: il avait à craindre des
+représailles contre les habitants du Bessin et du Parisis. Personne ne
+devait être bien sincère dans ces négociations. Hugues ne pouvait se
+méprendre sur les intentions des Normands: ils voulaient s'assurer le
+calme dans leurs foyers pour exercer leur vengeance contre Arnoul de
+Flandre, Helgaud et les Français du nord dont ils avaient eu tout
+particulièrement à souffrir dans la dernière affaire. Ils stipulèrent
+donc que les domaines des fils de Baudoin II le Chauve, Arnoul de
+Flandre et Allou, comte de Boulogne-Térouanne, de Raoul de Gouy et
+d'Helgaud de Ponthieu, resteraient en dehors de l'arrangement. Ils
+n'avaient pas eu de peine à ranimer la rivalité latente entre Hugues
+de France et les puissants feudataires flamands, arrière-petits-fils
+de Charles le Chauve par leur grand'mère paternelle Judith, mais il
+était évident qu'aussitôt après l'expédition projetée contre ces
+derniers, viendrait le tour des vassaux du duc de France[153].
+
+La défaite des Normands à Eu, suivant de près l'échec de Rögnvald à
+Chalmont, fit renaître un peu de confiance parmi les populations. Les
+communautés monastiques, qui s'étaient enfuies devant les
+envahisseurs, reprirent avec leurs reliques, le chemin de leurs
+monastères abandonnés: ainsi les moines de Saint-Maur-des-Fossés[154]
+et de Saint-Berchaire ou Montiérender[155]. Les premiers étaient déjà
+revenus du Lyonnais vers le 23 août. Raoul avait témoigné une
+bienveillance toute spéciale à l'égard des moines de Montiérender, en
+leur accordant asile et protection dans son duché. Il s'était assuré
+ainsi leur appui, qui lui avait déjà servi lors de son élévation au
+trône; et en les rapatriant, il acquit de nouveaux titres à leur
+reconnaissance.
+
+Tandis que la lutte contre les Normands était poussée avec vigueur, le
+roi de Germanie, Henri, franchissant le Rhin, avait enlevé de vive
+force aux hommes de Gilbert la forteresse de Zülpich et s'était
+bientôt retiré après s'être fait livrer des otages par le duc[156]. De
+retour en Lorraine, vers la fin de l'année, il parvint à décider tous
+les feudataires à lui prêter l'hommage[157]. Seul l'évêque de Metz,
+Witger, fit quelque résistance, mais il fut contraint par la force à
+se soumettre[158].
+
+Le propre frère de Raoul, Boson, fut obligé de faire comme les autres
+et de reconnaître la suzeraineté du roi de Germanie. À Verdun l'évêque
+Hugues, installé par Raoul, dut céder son poste à Bernoin, neveu de
+l'évêque Dadon: ce remplacement ne pouvait être qu'agréable aux
+Lorrains, puisque Bernoin appartenait à une famille indigène[159].
+
+Le changement si subit survenu en Lorraine, à la suite de la prise de
+Zülpich, un an à peine après une soumission en apparence définitive,
+doit s'expliquer par l'absence trop prolongée du roi et son
+incapacité, en face du péril normand, d'affermir son pouvoir en un
+pays où le régime féodal, déjà fortement implanté, rendait toute
+souveraineté presque illusoire, où toute menace un peu sérieuse devait
+nécessairement amener des défections.
+
+Ces événements arrivés avec une rapidité prodigieuse décidèrent pour
+un certain temps du sort de la Lorraine. Désormais le nom du roi de
+Germanie apparaîtra d'une façon constante dans les dates des actes
+passés en la région. Il ne faudrait pas, cependant, aller jusqu'à
+dire, comme on l'a fait[160], que la Lorraine est dès lors, sous
+Gilbert, fils de Renier Ier et gendre d'Henri Ier, un «duché allemand»
+rattaché pour de «longs siècles» à la Germanie. Les événements du
+règne de Louis d'Outre-Mer et de Lothaire donnent un démenti à ces
+généralisations un peu trop absolues.
+
+Au moment où Raoul aurait eu besoin de toute sa liberté pour agir au
+dehors, son attention fut retenue par l'affaire de l'archevêché de
+Reims, qui devait être par la suite grosse de conséquences au point de
+vue de la situation intérieure du royaume. Séulf vint à mourir
+subitement le 1er septembre 925, et le bruit courut qu'il était
+victime du poison du comte de Vermandois[161]. Il avait, en effet,
+commis l'imprudence de promettre sa succession au plus jeune des fils
+d'Herbert, Hugues, un enfant en bas âge. Séulf laissait le souvenir
+d'un homme de haute valeur intellectuelle: disciple du célèbre Remy
+d'Auxerre, il était versé dans toutes les connaissances de son
+temps[162]. Il avait reçu du pape confirmation de ses prérogatives
+métropolitaines, et s'était montré fort apte à remplir les multiples
+devoirs de prélat féodal, tout ensemble ecclésiastiques et laïques:
+ainsi il avait fortifié Saint-Remy en même temps qu'embelli la
+cathédrale de Reims[163], et plus d'une fois, quittant l'office,
+s'était mis à la tête des vassaux de l'église pour les conduire à
+l'ost du roi. Quoique tombé sous la dépendance d'Herbert, dès la
+première année de son pontificat, il avait toujours fait montre d'un
+loyalisme à toute épreuve envers Raoul.
+
+Aussitôt la nouvelle connue, Herbert parut à Reims, où il avait des
+intelligences parmi les vassaux et les clercs du diocèse. Grâce à
+l'appui de l'évêque de Soissons, Abbon, et à celui de l'évêque de
+Châlons, Beuves, il fit élire comme successeur désigné de Séulf,
+Hugues, son fils, âgé de cinq ans à peine, puis il alla trouver Raoul,
+en Bourgogne, et se fit charger par lui de l'administration
+intérimaire du temporel de l'archevêché[164]. Le roi avait mis comme
+première condition à son assentiment le respect des personnes et des
+biens de l'évêché, et s'était refusé à reconnaître Hugues comme
+régulièrement intronisé, tant qu'il n'aurait pas atteint l'âge
+nécessaire pour recevoir l'ordination canonique. Abbon se rendit à
+Rome, afin de solliciter du pape Jean X son approbation générale pour
+les actes d'Herbert, et pour lui-même l'investiture provisoire des
+fonctions archiépiscopales, en qualité de vicaire. Il l'obtint[165].
+Tout cédait devant l'habileté puissante du comte de Vermandois. Il y
+eut cependant quelques mécontents. L'historien Flodoard fut de leur
+nombre et cela lui coûta la prébende qu'il avait reçue de l'archevêque
+Hervé. D'autres récalcitrants furent traités encore plus mal. Herbert
+n'hésita pas à user de violence, même vis-à-vis du clergé, et deux
+ecclésiastiques furent tués par ses gens au cours des troubles, dans
+le cloître des chanoines[166].
+
+D'autre part, les Normands ne tardèrent pas à vouloir tirer vengeance
+de l'effroyable massacre d'Eu. Ils ravagèrent avec leur flotte le
+littoral du Boulonnais, concentrèrent une nouvelle armée et envahirent
+l'Artois. Raoul se tenait encore sur ses gardes. Il opéra sa jonction
+avec Herbert et les seigneurs des régions côtières du nord, et réussit
+à cerner l'ennemi non loin, semble-t-il, de Fauquembergue[167].
+Malheureusement l'armée française avait été obligée de se diviser. Une
+nuit les Normands, à la faveur de l'obscurité, sortirent soudain du
+défilé boisé, où ils se trouvaient enfermés, et vinrent fondre à
+l'improviste sur le camp royal. Plusieurs tentes furent brûlées et le
+roi faillit être pris. Herbert, qui campait à quelque distance, sut
+accourir juste à point pour témoigner un dévoûment intéressé à son
+suzerain, et les agresseurs furent repoussés après une lutte acharnée,
+où ils laissèrent onze cents morts sur la place. Les Français de leur
+côté furent grandement éprouvés: le vaillant comte de Ponthieu,
+Helgaud, périt dans la mêlée, et le roi Raoul lui-même grièvement
+blessé fut contraint de regagner Laon. Malgré leur échec, les Normands
+purent ainsi pousser leurs dévastations jusqu'aux confins de la
+Lorraine, en Porcien[168].
+
+Vers le même temps, aux environs de Pâques, les Hongrois rôdaient près
+de là, dans le pays de Voncq[169], où ils auraient pu se rencontrer
+avec les Normands. A leur approche, les habitants et le clergé
+désertaient les campagnes, les moines cherchaient avec leurs reliques
+un refuge à l'abri des murailles romaines des cités épiscopales de
+Metz, Toul et Reims, ou encore dans des lieux inaccessibles, fortifiés
+par la nature. Ainsi furent portées à Reims les reliques de saint Remy
+et de sainte Vaubourg d'Attigny. Les Hongrois jetèrent dans l'est la
+même terreur que les Sarrasins dans le midi ou les Normands dans
+l'ouest: le pillage des riches monastères et des campagnes
+florissantes, jusque-là épargnés, fut considéré par les populations
+comme un châtiment céleste [170].
+
+Les difficultés s'étaient accumulées autour de Raoul avec une
+incroyable rapidité. Lui blessé, et par conséquent condamné pour un
+temps assez long au repos, les Normands et les Hongrois livraient au
+pillage les environs de Laon et de Reims. Enhardi par les embarras
+d'un suzerain qu'il n'avait reconnu que contraint et forcé, le duc
+d'Aquitaine fit défection. Un de ses frères, probablement Affré, se
+jeta sur Nevers et y prit une attitude telle que Raoul, craignant pour
+son duché de Bourgogne [171], se hâta de transiger avec les Normands:
+il leur acheta la paix moyennant une forte indemnité réunie à l'aide
+d'un impôt spécial (_exactio pecuniae collaticiae_) levé sur la
+France septentrionale et la Bourgogne. Les Hongrois disparurent
+heureusement, aussi vite qu'ils étaient venus.
+
+A peine remis de sa blessure, Raoul prit le commandement d'une armée
+franco-bourguignonne, et, accompagné d'Herbert de Vermandois, se
+dirigea sur Nevers. Il ne s'y attarda pas, se bornant à se faire
+livrer des otages [172], car son objectif était avant tout la
+soumission de Guillaume d'Aquitaine. Il pénétra sur les domaines de ce
+dernier et le harcela sans trêve, jusqu'à ce que la nouvelle d'un
+retour offensif des Hongrois vint le contraindre à se replier sur son
+duché. Ces envahisseurs passaient avec la rapidité d'un ouragan. Il
+était presque impossible de les atteindre pour les combattre: pendant
+deux années consécutives ils reparaissent, sans qu'il soit question
+d'une seule rencontre dans les textes [4].
+
+Raoul séjourna le 10 décembre à Sens, où à la prière du comte de
+Troyes, Richard, et de l'évêque Anseïs, il confirma les privilèges et
+possessions de l'abbaye de Montiéramey[174].
+
+Il traversait une période d'échecs. Un mariage de son beau-frère
+Hugues lui profita plus que ses expéditions indécises: le duc de
+France épousa Eadhild, fille d'Édouard Ier l'Ancien, roi des
+Anglo-Saxons, la propre soeur d'Ogive, femme de Charles le
+Simple[175]. Cette alliance avait certainement un caractère politique:
+Hugues, par cette union princière, se posait nettement en rival
+d'Herbert pour recueillir la succession éventuelle de Raoul. L'appui
+des Anglo-Saxons lui était désormais assuré et par suite, à Raoul,
+contre Herbert, le geôlier de Charles le Simple. Dans une curieuse
+précaire du chapitre de Saint-Martin de Tours, où l'on voit paraître à
+la fois l'abbé Hugues et sa soeur la reine Emma, la date donnée
+d'après le calcul des années du règne de Raoul porte la mention de la
+captivité de Charles[176]. Il semble que ce soit là l'indice d'une
+détente et d'un revirement en faveur du Carolingien.
+
+
+
+
+
+
+FOOTNOTES:
+
+[Footnote 87: Widukind, _Rev. gestar. saxonicar._, 1. I, c. 33 (éd.
+Waitz, p. 26). On peut se demander si les reliques de saint Denis,
+dont il est ici question, ne sont pas à identifier avec celles qui ont
+été conservées à Saint-Erameran de Ratisbonne au XIe siècle. Cf.
+Lauer, _Le trésor du Sancta Sanctorum_ (_Monuments Piol_ publ. par
+l'Acad. des Inscr., t. XV, 1906, p. 126).]
+
+[Footnote 88: Il s'agit peut-être du comte de Senlis de ce nom, qu'on
+voit figurer dans le _De Moribus_ de Dudon de Saint-Quentin,
+précisément avec un rôle de diplomate. Voy. _Le règne de Louis IV
+d'Outre-Mer_, p. 5, n. 2.]
+
+[Footnote 89: Richer, _Hist._, 1, 47.]
+
+[Footnote 90: Les rares détails que nous ayons sont fournis par les
+sources suivantes: Flod., _Ann._, a. 923; Richer, I, 47; Rodulf.
+Glaber, I, 1, § 5 (éd. Prou, p. 6-7); Folcuin, _Gesta abbat. Sith._,
+c. 101 (_M.G.h., Scr._, XIII, 625-626). La légende apparaît dans
+l'_Hist. Walciodor. mon._, c. 5 (ibid., XIV, 507), et Jocundus,
+_Translatio S. Serratii_, c. 14 (ibid., XII, 99). Les autres textes
+mentionnent le fait en l'appréciant parfois sévèrement. Ce sont, dans
+l'ordre de publication des _Monumenta Germaniae historica: Domus
+carolingicae genealogia; Ann. S. Maximi Trerer._, a. 923; _Ann.
+Laubiens._, a. 922; _Ann. Leod._, a. 922; _Ann. Elnon. min._, a. 922;
+_Ann. Blandin._, a. 922; Hugues de Flavigny, _Chron.; Genealogia
+comitum Buloniensium; Hist. Francor. Senon.; Miracula S. Benedicti_;
+Hugues de Fleury, _Modernor. reg. actus_, c. 3; _Ann. Lobienses_, a.
+924; _Genealogiae Karolorum; Ann. Prum._, a. 923; _Ann. S. Quintini
+Verom._, a. 923; Aubry de Trois-Fontaines, Chron. (_M.G.h., Scr._, II,
+312, IV, 6, 16; V, 19 et 25; VIII, 358; IX, 300, 366, 375, 381; XIII,
+232, 247, 251, 252; XV, 1292; XVI, 507; XXIII, 757). Citons encore
+pour mémoire: Odoran, Chron. (_Recueil des histor. de France_, VIII,
+237); _Magnum_ et _Breve Chron. Turon._, a. 922 (éd. Salmon, p. 110 et
+184). Widukind (I, 29) fait une confusion en attribuant à Hugues la
+prise de Charles. Cf. Thietmar, I, 13 (_M.G.h., Scr._, III, 741).]
+
+[Footnote 91: _Ann. Einsidlenses_ (_M.G.h., Scr._, III, 141); _Ann.
+Floriac. breves_ (ibid., XIII, 87); _Breve Chron. Tornacense (Recueil
+des historiens de France_, VIII, 285), etc. Voy. la note précédente.]
+
+[Footnote 92: Voy. _Appendice_ et _Le règne de Louis IV d'Outre-Mer_,
+p. 94.]
+
+[Footnote 93: Rappelons brièvement les circonstances: Pépin d'Italie,
+fils aîné de Charlemagne, laissa un fils, Bernard, qui revendiqua
+l'empire contre son oncle Louis le Pieux. Au moment où ce dernier
+marchait sur l'Italie pour le châtier, des émissaires envoyés par
+l'impératrice Ermenjart persuadèrent à Bernard de passer en France en
+lui promettant sous serment toute sûreté pour sa personne. Bernard,
+suivi de ses complices, alla trouver l'empereur à Châlon-sur-Saône et
+implora à genoux son pardon. On le conduisit à Aix-la-Chapelle, où son
+procès fut instruit et jugé. Bernard fut condamné à mort, mais Louis
+commua la peine en privation de la vue. Ce terrible arrêt fut exécuté
+si brutalement que trois jours après Bernard expira (le 17 avril 818)
+à 19 ans, laissant un fils, Pépin, qui fut père d'Herbert Ier, comte
+de Vermandois.]
+
+[Footnote 94: G. Valat, _Poursuite privée et composition pécuniaire
+dans l'ancienne Bourgogne_ (Dijon, 1907, in-8°); Ch. Petit-Dutaillis,
+_Les moeurs populaires et le droit de vengeance dans les Pays-Bas au
+XVe siècle_ (Paris, 1909, in-8°).]
+
+[Footnote 95: Ce sont peut-être aussi ces droits éventuels de la
+maison de Vermandois à l'empire qui ont empêché le roi de Germanie de
+soutenir la candidature d'Herbert II au trône.]
+
+[Footnote 96: Richer, _Hist._, II, 73 (éd. Waitz, p. 75): «Me vero
+parvum in fasciculo farraginis a meis dissimulatum in partes
+transmarinas et prope in Rifeos fugere compulit.»]
+
+[Footnote 97: Witger, _Geneal. Arnalfi_ (_M.G.h., Scr._, IX, 303).
+Voy. _Le règne de Louis IV d'Outre-Mer_, p. 10.]
+
+[Footnote 98: Flod., _Ann._, a. 923.]
+
+[Footnote 99: Flod., _Ann._, a. 928; _Hist. eccl. Rem._, IV, 21;
+Richer, I, 54.]
+
+[Footnote 100: Flod., _Ann._, a. 924; _Necrolog. Modiciense_;
+Liudprand, _Antapodosis_, II, 71 (éd. Dümmler, p. 52, n. 2).]
+
+[Footnote 101: Voy. plus haut, p. 2.]
+
+[Footnote 102: Voy. Flod., _Ann._, a. 923, éd. Lauer, p. 15, n. 4 et
+p. 46, n. 1.]
+
+[Footnote 103: Flod., _Ann._, a. 923.]
+
+[Footnote 104: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 105: L'Alsace faisait encore partie du royaume de Lorraine.
+Cf. Parisot, _Le royaume de Lorraine_, p. 592-593.]
+
+[Footnote 106: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 107: Flod., ibid.; Hugues de Flavigny, _Chron._, a. 923
+(d'après Flodoard).]
+
+[Footnote 108: C'est le propre frère de Raoul, Boson, qui avait tué
+Ricoin malade dans son lit, le 14 mars 923, pour s'emparer de Verdun.
+Parisot, _Le royaume de Lorraine_ (Paris, 1899), pp. 663 et 667. Le 19
+septembre 923, Raoul était encore reconnu comme roi à Toul, ainsi que
+le prouve une charte de l'évêque Josselin (_Mém. de la Soc. d'archéol.
+lorr._, XII, 133; Parisot, _op. cit._, p. 662, n. 5); mais il résulte
+d'une autre charte du même qu'Henri Ier, y fut reconnu entre le 16
+octobre 923 et le 14 octobre 924 (Bibl. de Nancy, ms. 77, fol. 42;
+Calmet., _Hist. de Lorraine_, 1re éd., I, pr., col. CCCXIV). Cf. J.
+Depoin, _Études sur le Luxembourg à l'époque carolingienne_ (extr. de
+_Ons Hemecht_, année 1909).]
+
+[Footnote 109: Flod., _Ann._, a. 923.]
+
+[Footnote 110: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 111: Flod., _Ann._, a. 923.]
+
+[Footnote 112: Flod., _Ann._, a. 924.]
+
+[Footnote 113: Elle intervient dans un diplôme du 6 avril 924 en
+faveur de Saint-Martin d'Autun. Bulliot, _Essai hist. sur l'abbaye de
+Saint-Martin d'Autun_ (Autun, 1849), I, p. 164; 11, p. 24, no 10.]
+
+[Footnote 114: Il figure comme impétrant avec Adson dans un diplôme du
+29 février 924, en faveur de Saint-Symphorien d'Autun. Thiroux, _Hist.
+des comtes d'Autun_, p. 118.]
+
+[Footnote 115: Cf. Bulliot, _loc. cit._]
+
+[Footnote 116: Chifflet, _Hist. de l'abbaye de Tournus_, p. 275;
+Poupardin, _Monuments de l'histoire des abbayes de Saint-Philibert_
+(Paris, 1905, in-8), p. 120, no 27.]
+
+[Footnote 117: Cf. Thiroux, _loc. cit._]
+
+[Footnote 118: _Hist. de Languedoc_, nouv. éd., V, p. 146, n° 49.]
+
+[Footnote 119: Flod., _Ann._, a. 924. Diplômes de Raoul datés d'Autun,
+le 29 février, et de Châlon, les 6, 8 et 9 avril 924. _Recueil des
+historiens de France_, IX, 562-565.]
+
+[Footnote 120: Flod., _loc. cit._; Em. Coët, _Hist. de la ville de
+Roye_, t. I, p. 32.]
+
+[Footnote 121: Flod., _Ann._, a. 924.]
+
+[Footnote 122: Diplôme du 6 avril 924. _Recueil des historiens de
+France_, IX, 563; Bulliot, _Essai sur l'abbaye de Saint-Martin
+d'Autun_, I, 164; II, 24. Sur le mariage de Boson, voy. G. de
+Manteyer, _La Provence du premier au douzième siècle_ (Paris, 1908,
+in-8), p. 158-159; Poupardin, _Le royaume de Bourgogne_, p. 59, 69 et
+282, n. 5; du même, _Le royaume de Provence_, p. 232, 240, 338 et
+394.]
+
+[Footnote 123: _Recueil des historiens de France_, IX, 562; _Gall.
+christ._, IV, instr., 372; Thiroux, _loc. cit._]
+
+[Footnote 124: _Rec. des histor. de Fr._, IX, 563, et Bulliot, _loc.
+cit._]
+
+[Footnote 125: _Recueil des historiens de France_, XI, p. 564, et
+_Hist. de Languedoc_, nouv. éd., V, p. 146, n° 49; VIII, 387, 416
+(_Numismatique de la province de Languedoc_). Les monnaies épiscopales
+portèrent le nom de Raoul.--Cf. M. Prou, _Catal. des monnaies
+françaises de la Bibliothèque nationale. Les monnaies carolingiennes_
+(Paris, 1896), p. Lvi, Lxx, 107 (n° 772).]
+
+[Footnote 126: Ibid., p. 565, et Chifflet, _Hist. de Tournus, loc.
+cit._]
+
+[Footnote 127: Côte-d'Or, arr. de Beaune, cant. de Pouilly-en-Auxois.]
+
+[Footnote 128: Flod., _Ann._, a. 924, passim.]
+
+[Footnote 129: Flod., _Ann._]
+
+[Footnote 130: Flod., ibid., a. 924.]
+
+[Footnote 131: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 132: Le comté du Maine semble avoir fait partie autrefois
+des domaines de Robert. Cf. Eckel, p. 36-37.]
+
+[Footnote 133: Flod., _Ann._, a. 924; Dudon de Saint-Quentin, _De
+moribus_, éd. Lair, introd., p. 66. Cette cession du Maine ne fut sans
+doute pas complètement exécutée ou bien elle fut rendue impossible,
+car on voit, dans la suite, ce pays disputé entre l'Anjou et la
+Normandie. Cf. Lot, _Hugues Capet_, p. 197-198.]
+
+[Footnote 134: Trosly-Loire, Aisne, arr. de Laon, cant. de
+Coucy-le-Château.]
+
+[Footnote 135: Flod., _Ann._, a. 924.]
+
+[Footnote 136: Flod., _Ann._, a. 924; _Chron. Nemaus._, a. 925
+(_M.G.h., Scr._, III, 219); _Hist. de Languedoc_, III, 99, 100.]
+
+[Footnote 137: Voy. plus haut, p. 2.]
+
+[Footnote 138: Flod., _Ann._, a. 925; Richer, I, c. 49.--Pour
+l'identification de _Mons Calaus_ avec Chalmont (Seine-et-Marne, arr.
+de Melun, comm. de Fleury-en-Bière), voy. _Les Annales de Flodoard_,
+éd. Lauer, p. 26, n. 6.]
+
+[Footnote 139: Flod., _Ann._, a. 925.]
+
+[Footnote 140: _Miracul. S. Bened._, II, 2 (éd. de Certain, p. 96-98):
+«Igitur innumerae Nortmannorum phalanges, super quas Rainaldus regnum
+obtinuerat, quampluribus longis usae navibus, usque ad superiora
+Ligeris percursantes, cuncta devastant. Tandem ad coenobium ter beati
+Deoque dilecti Benedicti, quod Floriacum dicitur, Rainaldus cum suis
+attingens, vacuum habitatoribus cunctisque necessariis offendit rebus,
+domibus duntaxat exceptis; siquidem monachi cum corpore semper
+nominandi patris nostri Benedicti ad tutiora se contulerant loca,
+Lamberto tune abbate piae sollicitudinis erga eos curam gerente.
+Perveniens ergo inibi rex memoratus, et ex captivis resciscens quorum
+hominum foret talis habitatio, dormitorium fratrum suae metationis
+delegit sedem; in quo varia, utpote paganus, dum patraret flagitia,
+una noctium, quiescenti ei sanctus astitit Benedictus duobus comitatus
+monachis, unus, ut ipsi Rainaldo videbatur, medie artatis robore
+praeditus, alteri puerilis inerat habitudo. Beatissimus autem pater,
+niveam capite canitiem praeferens, baculum vero manu, ita jacentem
+allocutus est adversarium: «Quid, inquiens, te, Rainalde, offendi,
+quod me meosque a propriis perturbas sedibus? sed mihi deinceps curae
+erit, et te ab incoeptis inhibere, et famulis Christi, ossibus quoque
+una meis, optatam quietem reformare.» His dictis, ligno, quod manu
+gerebat, incurvo caput jam expergefacti regis contingens,
+praenuntiavit terminum ejus vitae in proximo adfuturum, sicque
+recessit. Turbatus hac visione Rainaldus, satellites magna ad
+auxiliandum sibi voce inclamat. Quibus accurrentibus et quid pateretur
+percunctantibus: «Quidam, inquit, monachus, non alter, ut aestimo,
+quam ille hujus tutor loci senex Benedictus, baculo verticem tangens
+meum, mortem minitando, dolorem mihi ingessit ingentem.» Jubet
+confestim cunctos pervasa domicilia deserere, nativumque solum
+repetere, cum quibus ipse profectus, ut patriam attigit, crebro
+debilitatus cruciatu vita discessit; tantaque, subito moriente eo,
+ventorum procella inhorruit, ut non solum culmina tectorum, verum
+etiam eminentium subrueret moles arborum; captivorum vincula soluta;
+equi seu reliqua jumenta infra duodecim et eo amplius milliaria a
+Rothomagensi urbe ad pastum deducta, disruptis compedibus, in diversa
+fugerunt. Corporis ejus tumulo pyramidem superaedificatam validissimo
+accepimus terrae motu subversam, ac ejus cadaver tellurem a suo
+rejecisse sinu; quod culeo cum lapidum mole insutum in Sequanam est
+demersum, quandoquidem humo non poterat contineri tectum. Hoc interitu
+memoria nefandi abolita fuisset hominis, ni vetustas Floriacensium
+incolarum, curiosa futurorum, marmoream ejus capitis fingere
+curavisset effigiem, quae nunc in ultima parte parietis ecclesiae
+sanctae Dei genitricis Mariae ac famuli ejus Benedicti, septentrionem
+versus, inserta perspicitur, quatenus et praesentes et secuturi omnes
+agnoscerent, interventu eorumdem sanctorum, omnipotens Deus qualem
+quantamque exercuerit in suis adversariis vindictae severitatem. Adeo
+denique haec ultio Nortmannicam in posterum perterrefecit temeritatem,
+ut prae caeteris Galliae sanctis beatissimum revereantur patrem
+nostrum Benedictum.»]
+
+[Footnote 141: Voy. la note précédente, _in fine_, et Rocher, _Hist.
+de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire_ (Orléans, 1865, in-8), p. 108
+et 499.]
+
+[Footnote 142: Flod., _Ann._, a. 925.]
+
+[Footnote 143: Flod., _Ann._, a. 925.]
+
+[Footnote 144: Flod., ibid.; A. Lefranc, _Hist. de la ville de Noyon
+et de ses institutions_ (_Bibl. de l'École des hautes études_, fasc.
+75, 1887), p. 18; Peigné-Delacourt, _Les Normands dans le Noyonnais_
+(Noyon, 1868, in-8, p. 36.)]
+
+[Footnote 145: Flod., _Ann._, a. 925.]
+
+[Footnote 146: _Recueil des historiens de France_, IX, 566. La
+rédaction de ce diplôme présente des particularités qui ont été
+relevées par N. de Wailly, _Élém. de paléographie_, I, 358.]
+
+[Footnote 147: Diplôme du 30 mai 925 dans _Recueil des historiens de
+France_, IX, 569 (à l'année 926), d'après Pérard, _Recueil de pièces
+servant à l'hist. de Bourgogne_, p. 162. On ne peut identifier
+_Artiaco villa supra fluvium Ararim_ avec Arcy (Saône-et-Loire, arr.
+de Charolles, canton de Marcigny, comm. de Vindecy), cette localité
+n'étant pas sur la Saône. M.-P. Gautier qui vient de rééditer le
+diplôme d'après l'original (_Étude sur un diplôme de Robert le Pieux_
+dans le _Moyen Age_, t. XXII, 1909, p. 281) identifie _Artiaco villa_
+avec Arsoncourt. C'est plutôt Arciat, Saône-et-Loire, arr. de Mâcon,
+cant. de La Chapelle-de-Guinchay, comm. de Crèches-sur-Saône.]
+
+[Footnote 148: Il avait visité l'église Saint-Symphorien, suivi d'une
+pompeuse escorte. Les chanoines profitèrent de l'occasion pour se
+faire accorder diverses concessions. Le diplôme fut souscrit par
+Adélaïde, mère de Raoul, et par un certain nombre de seigneurs
+bourguignons présents, appartenant à la famille comtale de Dijon.
+Thiroux, _Hist. des comtes d'Autun_, p. 119.]
+
+[Footnote 149: Flod., _Ann._, a. 925.]
+
+[Footnote 150: Richer, _Hist_., I, c. 50.]
+
+[Footnote 151: Flod., _Ann_., a. 925. Richer (I, 50) prétend que
+Rollon périt au cours de ces combats. Cf. Dudon de Saint-Quentin, _De
+moribus_, éd. Lair, introd., p. 77.]
+
+[Footnote 152: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 153: Flod., _Ann_., a. 925.]
+
+[Footnote 154: Charte de Thion, vicomte de Paris (23 août 925) dans
+Mabillon, _Ann_. _Bened_., III, 384.]
+
+[Footnote 155: _Liber de diversis casibus coenobii Dervensis_
+(Mabillon, _Acta SS. ord. S. Bened._, saec. II, col. 846-847).]
+
+[Footnote 156: Flod., _Ann_., a. 925; Waitz, _Heinrich I_, p. 81.]
+
+[Footnote 157: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 158: _Contin. Reginon._, a. 923.]
+
+[Footnote 159: Flod., _Ann._, a. 926; _Ann. Virdun._ (_M.G.h., Scr._,
+IV, 8); _Hist. episcopor. Virdun. cont._ (_Scr._, IV, 45); _Ann. S.
+Benigni Divion._ (_Scr._, IV, 8); Hugues de Flavigny, _Chron._
+(_Scr._, VIII, 358).]
+
+[Footnote 160: Parisot, _Le royaume de Lorraine_, p. 675; K. Wittich,
+_Die Enlstehung des Herzogthums Lothringen_ (Göttingen, 1862, in-8),
+p. 114; _Recueil des chartes de l'abbaye de Stavelot-Malmédy_, éd.
+Halkin et Roland (_Acad. roy. de Belgique_, Bruxelles, 1909), n° 56
+(charte de 926, datée de l'an 4 du règne d'Henri Ier); _Cartulaire de
+Gorze_, éd. d'Herbomez, n° 92 (charte de 933, datée de l'an 8 du règne
+d'Henri Ier, en Lorraine); Wauters, _Table chronologique des chartes
+et diplômes impr. concernant l'hist. de Belgique_, t. I, p. 340
+(charte du duc Gilbert, datée de DCCCCXXVIII, _anno vero V domini
+Henrici serenissimi regis super regnum quondam Lotharii, indictione
+I_). Dès 924 on datait des années d'Henri Ier à Trèves et à Stavelot
+(Wauters, _op. cit._, t. I, p. 338).]
+
+[Footnote 161: Flod., _Ann._, a. 925; _Hist. eccl. Rem._, IV, 19 et
+35.]
+
+[Footnote 162: Flod., _Hist. eccl. Rem_., IV, 18.]
+
+[Footnote 163: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 164: Flod., _Hist. eccl. Rem_., IV, 19.]
+
+[Footnote 165: Jaffé-Löwenfeld, _Regesta pontif. roman_., no 3570 (17
+février 926).]
+
+[Footnote 166: Flod., _Hist. eccl. Rom._, IV, 20 et 35; Richer, I,
+55.]
+
+[Footnote 167: Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer. Il semble, en effet,
+qu'il faille identifier la bataille livrée par Raoul aux Normands, en
+Artois, d'après Flodoard, avec le combat de Fauquembergue, mentionné
+par Folcuin dans les _Gesta abbatum Sithiensium_, c. 101 (M.G.h.,
+_Scr._, XIII, 626).]
+
+[Footnote 168: Flod., _Ann._, a. 926.]
+
+[Footnote 169: Ardennes, arr. de Vouziers, cant. d'Attigny.]
+
+[Footnote 170: Flod., _Hist. eccl. Rom._, IV, 21; _Miracula S. Apri_,
+c. 22; _Miracula S. Basoli_, c. 7 (M.G.h., _Scr._, IV, 517); _Ann. S.
+Vincentii Mett._. (Scr., III 157); _Gesta episcopor. Mettens_. (Scr.,
+X, 541); _Miracula S. Deicoli_ (Duchesne, Scr., III, 422); _Polypl.
+Virdunense_ (Scr., IV, 38); charte de Saint-Maximin de Trèves (926)
+dans Reyer, _Millelrhein. Urkandenbach_ (Coblentz, 1860), t. I, n°
+167: «... depopulantibus Agarenis pene totum regnum Belgicae
+Galliae».--Voy. aussi Dussieux, _Invasions des Hongrois_, p. 11.]
+
+[Footnote 171: Flod., _Ann._, a. 920; _Hist. de Languedoc_, nouv. éd.
+III, 101.]
+
+[Footnote 172: R. de Lespinasse, _Le Nivernais et les comtes de
+Nevers_, t l. I (Paris, 1909, in-8), p. 173. Il existe une monnaie de
+Nevers à l'effigie de Raoul. Soultrail. _Essai sur la numismatique
+nivernaise_ (Paris, 1854, in 4), p. 20]
+
+[173][Footnote 173: 4. Flod., _Ann._, a. 926; _Ann. Augienses_ (M.G.
+h., Scr., II, 68); Ekkehard, _Casas S. Galli_ (Scr., II, 110). Voy.
+Waitz, Heinrich I, p. 88.]
+
+[Footnote 174: A. Giry, _Études carolingiennes_, dans les _Études
+d'histoire du moyen âge dédiées à Gabriel Monod_ (Paris, 1896, in-8),
+p. 134, n° 26; Nicolas Vignier, _Bibl. historiale_, t. II (1588,
+in-fol.), p. 551.]
+
+[Footnote 175: Flod., _Ann._, a. 926, _in fine._ Voy. W.G. Searle,
+_Anglo-saxon bishops, kings and nobles_ (Cambridge, 1899, in-8), p.
+346.]
+
+[Footnote 176: Mabille, _La pancarte noire de Saint-Martin de Tours_,
+n° CIII (130).]
+
+
+
+
+CHAPITRE IV
+
+LA LUTTE CONTRE HERBERT DE VERMANDOIS.
+
+PREMIÈRE PÉRIODE.
+
+Dès la fin de l'année 926, éclata la rupture prévue depuis longtemps
+entre Raoul et Herbert, dont le rôle, même lorsqu'il était en
+apparence dévoué au roi, était en réalité fort équivoque. Le comté de
+Laon devint vacant par suite du décès de Roger, partisan dévoué de
+Raoul[177]. Herbert avait déjà mis la main sur Péronne en 924, et sur
+Reims, depuis la mort de Séulf (925): il voulut profiter de la mort de
+Roger pour s'installer à Laon. Fidèle à ses plans ambitieux, il
+continuait l'extension méthodique de ses domaines à l'aide d'intrigues
+incessantes. Il eut l'audace de revendiquer le comté de Laon pour son
+fils Eudes. Cette fois, Raoul se montra moins conciliant qu'à
+l'ordinaire. Laon était la place forte par excellence et comme la
+capitale du roi de France qui, même après l'avoir inféodé, y gardait
+toujours la haute main sur les affaires[178]. La perdre c'eût été
+renoncer à tout point d'appui dans le nord, et se résigner à n'être
+qu'un duc-roi de Bourgogne. D'ailleurs la tendance à l'hérédité des
+bénéfices avait été déjà officiellement constatée dans le capitulaire
+de Quiersy-sur-Oise, et ce principe féodal était désormais admis et
+appliqué partout. Or Roger de Laon laissait un fils, du même nom que
+lui, qui devait recueillir sa succession: Raoul ne fit que sanctionner
+le droit établi, en favorisant la transmission héréditaire, sans égard
+pour les prétentions adverses. Herbert fut ainsi cruellement déçu dans
+sa rapacité, parce qu'il avait demandé trop, c'est-à-dire le peu qui
+restait à la royauté affaiblie. Dès lors on put voir que sa fidélité
+envers Raoul n'était que le résultat d'un calcul intéressé: elle
+disparut comme par enchantement, en même temps que les largesses
+royales. Heureusement pour Raoul, son beau-frère Hugues, depuis son
+mariage avec Eadhild, s'était quelque peu éloigné d'Herbert.
+
+L'attitude de Hugues, neveu d'Herbert II par sa mère Béatrice de
+Vermandois[179], n'avait pas toujours été empreinte d'une égale
+cordialité à l'égard du roi. Il semble qu'il ait jusque-là voulu se
+soustraire à son ascendant. Malgré la grande part qu'il avait prise à
+son élection, il s'était tenu, dans certaines circonstances, sur une
+réserve qui pouvait presque passer pour de l'hostilité. C'est ainsi
+qu'il avait traité avec les Normands aux moments les moins opportuns
+pour Raoul. Il avait, par son attitude, grandement favorisé les
+projets ambitieux d'Herbert. Jamais il ne figure dans les diplômes
+royaux comme impétrant, et son nom ne se voit pas au bas des actes, à
+côté de ceux des conseillers habituels du souverain. Mais depuis que,
+par l'occupation de Reims et la revendication de Laon, la tactique
+d'Herbert apparaît plus nettement, Hugues se rapproche visiblement de
+Raoul, comme si un sentiment de jalousie ou de crainte s'était éveillé
+en lui. Il commence à se départir du rôle de simple spectateur des
+événements, qu'il avait joué jusqu'alors. Néanmoins il eut l'habileté
+de ne point rompre brusquement avec le comte de Vermandois, qui dut
+tout mettre en oeuvre pour le retenir dans son parti, et même il se
+laissa conduire à une entrevue qu'Herbert sollicita du roi de
+Germanie[180]. Cette démarche, à la suite de la perte de la Lorraine,
+était un acte peu amical vis-à-vis de Raoul. C'était en même temps un
+acte contraire au patriotisme tel que nous l'entendons aujourd'hui.
+Quoique nous ne puissions nous flatter le moins du monde de découvrir
+les sentiments véritables des hommes de cette époque, il est clair
+cependant que la démarche des deux plus puissants vassaux de la France
+septentrionale auprès de l'ennemi de leur suzerain était, au moins au
+point de vue féodal, un acte de félonie caractérisé[181].
+
+Henri se montra naturellement fort bien disposé envers ses hôtes
+insolites, dont il pouvait beaucoup attendre. Des présents furent
+échangés, et pour bien affirmer sa suzeraineté en Lorraine devant les
+Français, le roi de Germanie disposa de l'évêché de Metz, devenu
+vacant par la mort de Guerri, en le donnant à un clerc appelé Bennon,
+au mépris du droit d'élection des Messins[182].
+
+Au retour de cette visite inconvenante, qui décèle l'extraordinaire
+besoin d'intrigue de son esprit inquiet, Herbert sentit qu'il avait
+besoin de relever son prestige. La lutte contre les Normands était le
+plus sûr moyen de gagner un peu de popularité. Comme Raoul venait de
+traiter avec les Normands de la Seine, Herbert et Hugues firent une
+expédition contre ceux de la Loire: mais cette entreprise se termina
+sans action d'éclat. L'ennemi fut assiégé pendant cinq semaines; après
+quoi il y eut échange d'otages et nouvel abandon du comté de Nantes
+aux Normands[183]. C'est au cours de cette campagne qu'on a voulu
+placer sans aucune raison sérieuse la mort d'Enjeuger, fils de
+Foulques d'Anjou[184]. Herbert chercha ensuite à gagner le clergé.
+Comme administrateur du temporel de l'archevêché de Reims, il réunit à
+Trosly un synode composé de six évêques, malgré la défense formelle de
+Raoul qui l'avait prié de différer et de venir le trouver à Compiègne.
+Le fils d'Helgaud de Ponthieu, Héloin, le vaillant adversaire des
+Normands, y fut convoqué et condamné à une pénitence publique «pour
+crime de bigamie». Cette sentence était faite pour plaire aux
+Normands[185]. Il est probable qu'Herbert profita de cette réunion
+pour intriguer contre Raoul, car nous le voyons, après avoir refusé de
+se rendre à Compiègne, tenter un coup de main sur Laon. L'entreprise
+échoua, parce que Raoul avait eu le temps d'y envoyer en hâte une
+garnison qu'il suivit lui-même peu de temps après.
+
+Herbert jeta alors complètement le masque. Voyant l'impossibilité de
+se faire reconnaître comme roi à la place du duc de Bourgogne, depuis
+que Hugues avait épousé la belle-soeur du roi Charles, il imagina
+d'opposer au roi Raoul le malheureux Carolingien, qu'il tira de
+prison, pour forcer Hugues à garder la neutralité entre ses deux
+beaux-frères. Il comptait sans doute, une fois qu'il serait débarrassé
+de Raoul ainsi isolé, en finir ensuite promptement avec Charles.
+
+Depuis sa captivité, l'infortuné souverain avait été gardé prisonnier
+au donjon de Château-Thierry, jusque vers la fin de 924. A cette
+époque, sa prison devint inopinément la proie des flammes, sans qu'il
+y ait lieu de supposer aucun acte de malveillance, ni aucune tentative
+d'évasion; il fut sauvé: de l'incendie et transféré alors,
+semble-t-il, à Péronne[186]. En 927, Herbert l'installa dans la
+capitale du Vermandois, à Saint-Quentin, et déclara qu'il le
+considérait de nouveau comme roi.
+
+Raoul se mit immédiatement sur la défensive, et pour prendre les
+dernières mesures se rendit en Bourgogne. Le 9 septembre il était à
+Briare, où il confirma les privilèges de l'abbaye de Cluny[187]. La
+mort de Guillaume II d'Aquitaine, survenue dans l'été de 927[188],
+l'avait sans doute déterminé à se rendre sur la Loire. Le duc Affré
+succéda à son frère dont il adopta la politique abstentionniste. Le
+seigneur de Déols, Ebbon, puissant feudataire du Berry, n'en vint pas
+moins solliciter du roi l'immunité pour le monastère qu'il venait de
+fonder[189], et les chartes du Puy, de Brioude, de Cahors, de Beaulieu
+et de Tulle furent encore datées des années du règne de Raoul.
+
+Les fils de Roger de Laon faisaient bonne garde dans la cité, où leur
+attitude justifiait pleinement la confiance du roi. La reine Emma,
+femme d'un esprit supérieur et d'un courage viril, veillait en
+personne à la défense de la forteresse royale. La vaillante garnison
+se hasarda même, au cours d'une sortie, à pousser jusqu'à Coucy,
+dépendance de l'église de Reims, dont elle ravagea les environs[190].
+
+De son côté, Herbert ne perdait pas de temps. Il s'occupait activement
+de fortifier ses alliances. Devenu le champion du roi Charles, il
+s'adressa aux fidèles alliés de celui-ci, les Normands. Ces derniers
+oublièrent bien vite tous les traités conclus avec le roi Raoul dont
+ils étaient avides de tirer vengeance. Déjà même ils avaient réussi à
+rentrer dans Eu. En cette ville, précisément, Rollon et son fils
+Guillaume, qu'il s'était déjà associé selon Dudon de Saint-Quentin,
+conclurent une alliance avec Herbert, et Rollon prêta l'hommage à
+Charles[191]. Rollon ne consentit toutefois à ce nouveau rapprochement
+qu'après s'être fait donner des sûretés: il exigea comme otage Eudes,
+le propre fils du comte de Vermandois, dont il avait de justes motifs
+pour redouter l'inconstance. Enfin Raoul parut à la tête d'une armée
+bourguignonne, au moment de la Noël, dans la France du nord, et il s'y
+conduisit comme en pays ennemi, portant en tous lieux sur son passage
+la ruine et l'incendie[192]. Hugues comprit immédiatement que le rôle
+de médiateur lui incombait. Il accourut au-devant de Raoul et
+l'accompagna jusque sur les rives de l'Oise, où l'attendait Herbert.
+Sur son intervention, un arrangement fut ménagé entre le roi et son
+vassal: Herbert fournit des otages et s'engagea à se présenter à un
+plaid dont la date fut fixée avant Pâques[193].
+
+Raoul retourna en Bourgogne après avoir en vain tenté d'obtenir de sa
+femme l'évacuation de Laon. Peut-être était-ce là une des conditions
+de l'accord conclu, ou bien craignait-il une surprise de la ville par
+Herbert et les Normands. Mais la courageuse reine refusa obstinément
+d'abandonner cette forte place, dont la possession était devenue comme
+le signe de la royauté. Elle comptait sans doute sur l'appui de son
+frère Hugues en cas de danger imminent.
+
+Herbert se rendit à Reims et y rédigea une lettre adressée au pape
+Jean X, dans laquelle il se posait en défenseur de la légitimité et en
+exécuteur des prescriptions pontificales venues naguère de Rome en
+faveur du roi Charles[194]. Il est piquant de constater à quel point
+il avait modifié son attitude à l'égard du pape, depuis que ses
+intérêts avaient changé. Mais il était trop tard. Jean X avait été
+fait lui aussi prisonnier par Guy de Spolète, et son successeur Léon
+VI paraît s'être désintéressé complètement du sort de Charles le
+Simple. Les démarches d'Herbert restèrent sans résultat.
+
+Certains historiens, comme Mabille, ont voulu mettre en rapport avec
+la restauration de Charles le transfert du comté d'Auvergne avec le
+duché d'Aquitaine, à la maison de Poitiers, après la mort de
+Guillaume. Les deux événements eurent lieu, en effet, la même année.
+Mais il n'est pas démontré qu'Èbles Manzer, comte de Poitiers, ait
+fait valoir ses droits à cette succession, à laquelle il pouvait
+prétendre comme fils du duc d'Aquitaine Renoul II, et l'appui de
+Charles ne lui aurait été de nul profit en ces conjonctures. Affré
+succéda à son frère Guillaume, dans ses fiefs et honneurs, et, à la
+mort de celui-ci, survenue un an après celle de Guillaume,
+Raimond-Pons de Toulouse apparaît comme duc. C'est seulement le fils
+d'Èbles, Guillaume Tête-d'Étoupe, qui a porté les titres de duc
+d'Aquitaine et comte d'Auvergne. Èbles ne s'est jamais intitulé dans
+ses diplômes que comte de Poitiers: _misericordia Dei Pictavorum
+[h]umilis comes_[195].
+
+Le roi Raoul eut avec Herbert, pendant le carême, l'entrevue qui avait
+été antérieurement fixée[196]. Il dut y être question de la possession
+de Laon, car peu après la reine Emma abandonnant la ville se retirait
+en Bourgogne. Herbert entra immédiatement en possession de l'objet de
+ses convoitises, et cette circonstance semble avoir décidé Hugues à se
+rapprocher du parti vermandois. Herbert se rendant auprès de Rollon
+tint à se faire accompagner par Hugues, dont il espérait bien se
+servir auprès du chef des Normands pour obtenir la restitution de son
+fils. Hugues céda, et l'on eut le curieux spectacle du petit-fils de
+Robert le Fort, le glorieux adversaire des Normands, assistant à une
+conférence réclamée par ceux-ci, où leur chef Rollon jouait le rôle
+capital et lui enjoignait ainsi qu'aux autres comtes et évêques
+français présents, d'avoir à reconnaître solennellement le roi Charles
+pour leur suzerain légitime. Et le propre fils de Rollon, Guillaume
+Longue-Épée leur donna l'exemple, en prêtant le premier l'hommage au
+Carolingien. A la suite de ce prodigieux succès de la diplomatie
+normande, Rollon consentit à rendre au comte de Vermandois son fils
+Eudes, et une alliance fut conclue entre Français et Normands[197].
+
+L'hégémonie du Vermandois n'était pas admise par tout le monde sans
+contestation. La famille des comtes de Laon composée de Roger et de
+ses frères, lésée par la cession de la ville à Herbert, resta
+naturellement attachée au roi Raoul. Leurs domaines confinaient à la
+partie nord du Vermandois. Il n'en fallut pas davantage pour que le
+comte de Vermandois allât assiéger et détruire leur château-fort de
+Mortagne, au confluent de l'Escaut et de la Scarpe[198].
+
+
+L'évêque de Soissons Abbon, auparavant partisan d Herbert, devenu
+archichancelier royal, perdit le vicariat du diocèse de Reims, où il
+fut remplacé par l'évêque fugitif d'Aix-en-Provence, Odalric, chassé
+de son siège par les Sarrasins. Pour prix de ses bons offices, le
+nouveau vicaire ne reçut d'Herbert que l'abbaye de Saint-Timothée avec
+une prébende de chanoine[199].
+
+Le frère du roi Raoul, Boson, qui s'accommodait avec peine de la
+suzeraineté saxonne imposée aux Lorrains, souleva sur ces entrefaites
+de nouvelles difficultés, en se querellant avec ses voisins, en
+s'emparant par force de possessions ecclésiastiques (abbayes et
+domaines des évêchés de Verdun et de Metz) et enfin en refusant de
+tenir compte des injonctions du roi Henri. Celui-ci entra en campagne
+contre le récalcitrant, passa le Rhin «avec une multitude de Germains»
+et vint sur la Meuse assiéger son château de _Durofostum_[200]. En
+même temps il entra en pourparlers avec lui par la voie d'une
+ambassade, promettant la paix, à condition qu'il vînt le trouver en
+personne. On le voit, Henri n'osait traiter le frère de Raoul comme un
+vassal ordinaire. Il alla jusqu'à lui donner des otages pour lui
+garantir la sécurité au cours de la démarche qu'il en sollicitait.
+Boson consentit alors à se présenter devant le roi, lui promit sous
+serment «fidélité et paix au royaume[201]», restitua à leurs
+possesseurs les biens qu'il avait usurpés et en obtint d'autres en
+échange; enfin il se réconcilia, de même que Renier II, avec Gilbert
+et tous les autres seigneurs lorrains. Cette rapide solution eut dans
+la suite une conséquence heureuse pour Raoul: Herbert et Hugues étant
+venus faire, après leur entrevue avec Rollon, une nouvelle démarche
+auprès d'Henri, pour le décider à intervenir en faveur du Carolingien,
+ils n'obtinrent aucun succès[202]. Henri, satisfait de la pacification
+de la Lorraine, ne pouvait prendre les armes contre le frère d'un
+vassal avec lequel il venait de se remettre. Il lui suffisait du reste
+que Raoul fût empêché par des difficultés d'ordre intérieur de
+revendiquer la Lorraine, et il avait plutôt à redouter un réveil de
+loyalisme envers le Carolingien, si jamais Charles parvenait à
+ressaisir effectivement le pouvoir suprême.
+
+Cette attitude du roi de Germanie jointe à l'abstention forcée du pape
+Jean X[203] et à l'inaction des Normands et des Aquitains, partisans
+français de la dynastie carolingienne, amena un revirement complet
+défavorable à Herbert. L'habile plan du rusé seigneur avait en somme
+assez piteusement échoué. Il n'avait pas réussi à créer en faveur de
+son malheureux jouet le courant de sympathie qu'il avait espéré
+exploiter à son profit. Tout ce qu'il avait pu faire avait été de
+condamner Raoul à l'impuissance politique, en assurant ainsi la
+Lorraine au roi de Germanie. Mécontent de voir rester sourd à son
+appel ce prince dont il avait escompté l'appui, il se décida à se
+rapprocher de Raoul, et il sut encore se faire payer fort cher cette
+apparente soumission. Il se rendit auprès du roi, et moyennant un
+nouvel hommage solennel, qui lui coûtait peu, il obtint la cession
+définitive de Laon, et peut-être la promesse d'avantages pour ses
+fils, si l'on en juge par ce qui suivit. Herbert était ainsi parvenu à
+persuader Raoul, après Hugues, de la prétendue nécessité qu'il y avait
+pour lui de posséder Laon. Il avait fait valoir le besoin d'assurer
+des apanages à ses enfants, mais cet apparent souci de père de famille
+besogneux masquait mal son évidente ambition personnelle. La victime
+de la paix fut encore l'infortuné Charles, trahi pour la seconde fois:
+son semblant de souveraineté passagère se transforma en une nouvelle
+et trop réelle captivité[204]. Cette même année, le 5 juin, mourait
+l'empereur Louis l'Aveugle. Le roi d'Italie Hugues accourut aussitôt
+en Provence, pour y fortifier son autorité déjà existante de fait. Le
+seul héritier du trône, le bâtard Charles-Constantin, avait possédé le
+comté de Vienne depuis 926, pendant les dernières années de son père:
+il en fut, semble-t-il, dépouillé en même temps que du pouvoir suprême
+qu'il aurait dû recueillir. En novembre 928, le roi Hugues paraît à
+Vienne, où il se rencontre avec le roi Raoul qui était le propre
+cousin germain de Louis l'Aveugle. Les négociations entre les deux
+prétendants sont malheureusement inconnues. Nous ne pouvons en juger
+que d'après les résultats. Le comte de Vermandois, réconcilié depuis
+peu avec son suzerain, sut encore négocier assez habilement afin de se
+faire concéder «la province de Viennoise» pour son fils Eudes[205].
+Ainsi cet ambitieux seigneur s'efforçait de fonder pour sa maison un
+centre d'influence situé au midi, dans un pays dépendant de l'ancien
+royaume de Boson. Ces domaines devaient venir s'ajouter aux
+dépendances bourguignonnes de l'archevêché de Reims, dont Herbert
+était administrateur[206]. Cette combinaison, fort bien imaginée,
+n'eut pas néanmoins la suite qu'espérait le comte de Vermandois.
+Vienne demeura d'abord temporairement sous la domination de son
+archevêque faisant fonctions de vicomte, et, bientôt après,
+Charles-Constantin dut rentrer en possession de ses droits, car au
+commencement de 931 on le voit maître de la cité où jamais Eudes de
+Vermandois ne semble avoir exercé la moindre autorité. Raoul eut
+néanmoins dès lors la suzeraineté effective sur le Viennois.
+
+Après avoir ainsi satisfait, autant qu'il était en mesure de le faire,
+les appétits d'Herbert, Raoul, peut-être sous l'influence de Hugues,
+beau-frère du Carolingien, s'enquit du sort de l'infortuné Charles.
+Il se rendit à Reims où Herbert le tenait sous bonne garde. Raoul
+aborda respectueusement son ancien souverain, lui offrit des présents
+de valeur, et lui fit remise du fisc royal d'Attigny, peut-être aussi
+de celui de Ponthion-sur-l'Ornain[207]. Aucun arrangement, aucun
+compromis ne paraît être intervenu entre eux. Il est toutefois certain
+que l'acceptation par Charles des dons de Raoul constituait une
+véritable abdication tacite. On ne saurait admettre, en effet, avec
+Leibniz[208], que Raoul eût reçu de Charles l'investiture du royaume à
+titre de vassal: c'est tout à fait contraire aux termes précis et
+formels qu'emploie l'historien Flodoard pour relater le fait dans ses
+_Annales_[209], et une telle hypothèse est bien hardie, en l'absence
+de tout précédent du même genre. On ne peut non plus souscrire à
+l'opinion de ceux qui ont qualifié d'outrageante la démarche de Raoul:
+c'était à la fois un acte chevaleresque envers un adversaire
+malheureux, auquel il témoignait des égards, et une mesure de bonne
+politique, propre à lui concilier les partisans du Carolingien. Les
+fidèles obstinés qui persévérèrent à refuser de reconnaître Raoul
+après l'entrevue de Reims, n'étaient en réalité que des vassaux
+indisciplinés s'accommodant mieux d'un fantôme de roi que d'un
+véritable souverain.
+
+Nous ignorons si Charles put jouir d'une liberté relative à partir de
+ce moment. Il est plutôt croyable qu'Herbert ne tint nul compte de la
+démarche de Raoul, et il est même probable qu'il en prit ombrage et y
+trouva prétexte pour redoubler de vigilance auprès de sa misérable
+victime: il n'avait pas encore renoncé à s'en servir, le cas échéant!
+Flodoard rapporte, en effet, que Charles mourut à Péronne,
+c'est-à-dire au pouvoir du comte de Vermandois. Divers chroniqueurs le
+qualifient de martyr et le font expirer en prison, donnant de ses
+derniers moments une description émouvante, qui, vraie ou fausse, nous
+révèle en tout cas, très nettement, la pénible impression produite par
+cet événement sur les contemporains. La date du décès est le 7 octobre
+929: Charles fut enseveli en l'église Saint-Fursy de Péronne[210].
+
+Les vassaux aquitains et méridionaux voyaient ainsi disparaître le
+dernier obstacle qui les empêchât de faire le pas décisif vers la
+réconciliation avec Raoul. Cependant ils s'abstinrent d'entrer dans
+cette voie, tant était grand chez eux le désir de conserver leur
+indépendance. On le constate par les formules de datation employées
+dans leurs actes: ils calculent les années à partir de la mort de
+Charles, en ajoutant que «Dieu ou le Christ règne». Certains vont même
+jusqu'à désigner fictivement comme successeur de Charles son fils
+Louis, réfugié en Angleterre à la cour de son oncle Athelstan[211].
+Toutefois en Rouergue, à Conques, on finit par abandonner cette
+manière de démonstration platonique, et on se décida à reconnaître
+Raoul comme roi[212].
+
+
+
+
+
+FOOTNOTES:
+
+[Footnote 177: Flod., _Ann._, a. 926. La mort de Roger avait suivi de
+peu celle de son prédécesseur Raoul de Gouy, fils d'Héluis. Roger
+était son beau-frère. La succession si rapide de ces décès, dont
+Herbert chercha à profiter, fait nécessairement songer aux accusations
+d'empoisonneur lancées contre Herbert, au dire de Flodoard.]
+
+[Footnote 178: Ainsi lorsque, vers 925, l'évêque de Laon Alleaume
+voulut établir des chanoines à Saint-Vincent, c'est à Raoul qu'il
+s'adressa pour obtenir confirmation. _Recueil des historiens de
+France_, IX, 568 (acte incomplet de la fin).]
+
+[Footnote 179: A. de Barthélemy, _Les origines de la maison de
+France_, dans la _Revue des questions hist._, t. VII, année 1873, p.
+123; Lot, _Les derniers Carolingiens_, p. 359 et 377.]
+
+[Footnote 180: Flod., _Ann._, a. 927.]
+
+[Footnote 181: Sur cette question de la naissance des sentiments de
+nationalité au Xe siècle, cf. G. Monod, _Du rôle de l'opposition des
+races et des nationalités dans la dissolution de l'empire carolingien
+(Annuaire de l'École pratique des hautes études_, section des sciences
+hist. et phil., 1896, p. 5).]
+
+[Footnote 182: Flod., ibid.--Cf. Waitz, _Heinrich I_, p. 119.]
+
+[Footnote 183: Flod., _Ann._, a. 927; _Chronique de Nantes_, éd. R.
+Merlet, p. 87-88.]
+
+[Footnote 184: Lippert, p. 60. Tout ce que l'on sait d'Enjeuger, c'est
+qu'il était mort en combattant les Normands, avant 929. _Gesta consul.
+Andegavor. (Chron. d'Anjou_, éd. Marchegay et Salmon, p. 66); _Cartul.
+de Saint-Aubin d'Angers_, éd. Bertrand de Broussillon, n° 177; I.
+Halphen, _Le comté d'Anjou au XIe siècle_, p. 2.]
+
+[Footnote 185: Il est probable qu'Herbert avait eu aussi en vue la
+confiscation du fief d'Héloin, soit à son profit personnel, soit au
+profit de Hugues le Grand, suzerain d'Héloin. Mais il semble avoir
+échoué sur ce point. Cf. Flod., _Ann._, a. 927; _Hist. eccl. Rem._,
+IV, 21; Richer, I, 52.]
+
+[Footnote 186: Flod., _Ann._, a. 924; Aimoin, _Miracula S. Benedicti_,
+II, 3 (éd. de Certain, p. 99); Eckel, _Charles le Simple_, pp. 127 et
+130.]
+
+[Footnote 187: _Recueil des chartes de Cluny_, I, 281, n° 285.]
+
+[Footnote 188: Il mourut entre avril et septembre, probablement avant
+le 3 juin. Cf. _Ann. Masciacenses_, a. 927 (_M.G.h., Scr._, III,
+169-170); Adémar de Chabannes, _Chron._, éd. Chavanon, p. 143. Voy.
+Baluze, _Hist. généal. de la maison d'Auvergne_, I, 21, II, pr., p.
+18; _Hist. de Languedoc_, nouv. éd., III, 104.]
+
+[Footnote 189: Diplôme de Raoul, de 927, dans _Recueil des historiens
+de France_, IX, 570, d'après Besly, _Hist. des comtes de Poitou_, pr.,
+p. 239. Deux chartes d'Ebbon qui nous sont conservées en copie par les
+mss. de la Bibl. nat. lat. 12777 (p. 214 et 224), 12820 (fol. 2 et 11)
+et 6007 (fol. 117) sont datées, l'une de la 20e année du règne de
+Charles le Simple et l'autre de la 5e année du règne de Raoul. Les
+documents que nous venons de mentionner (diplôme et chartes) ont été
+publiés en dernier lieu par Eug. Hubert (_Recueil général des chartes
+intéressant le département de l'Indre, VIe-XIe siècle_, extr. de la
+_Revue archéol. du Berry_ de 1899, p. 106, 112 et 115) qui n'a pas
+connu tous les manuscrits cités.--Voy. aussi Raynal, _Hist. du Berry_,
+t. I, p. 336.]
+
+[Footnote 190: Flod., _Ann._, a. 927.]
+
+[Footnote 191: Flod., ibid.; Dudon de Saint-Quentin, _De moribus_, éd.
+Lair, pp. 77 et 170-181; _Ann. anglo-saxon_ (_M.G.h., Scr._, XIII,
+108).]
+
+[Footnote 192: Flod., _Ann._, a. 928.]
+
+[Footnote 193: Flod., _Ann_., a. 928.]
+
+[Footnote 194: Richer, I, c. 54.]
+
+[Footnote 195: _Cartulaire de Saint-Cyprien de Poitiers_ (_Arch. hist.
+du Poitou_, III), p. 318, n. 1; Mabille, _Le royaume d'Aquitaine et
+ses marches sous les Carolingiens_ (Toulouse, 1870, in-4), p. 44 et
+47; A. Richard, _Hist. des comtes de Poitou_, I, p. 62, n. 1 et 67;
+Lot, _Fidèles ou vassaux?_, p. 54.]
+
+[Footnote 196: Flod., _Ann._, a. 928. Pâques tombait, en 928, le 13
+avril. Le carême commençait donc le 2 mars.]
+
+[Footnote 197: Flod., _Ann._, a. 928; _Hist. eccl. Rem._, IV, 21;
+Richer, I, c. 53.--Le texte des Annales de Flodoard suppose que Rollon
+vivait encore, et nous l'avons admis malgré l'assertion contraire de
+Richer (I, 50) qui le fait périr à la prise d'Eu, en 925. Cf. Dudon de
+Saint-Quentin, _De moribus_, éd. Lair, p. 77, M. Marion (_De
+Normannorum ducum cum Capetianis pacta ruptaque societate_, Paris,
+1892, in-8, p. 10) le fait vivre jusqu'en 931. Deville (_Dissertation
+sur la mort de Rollon_, Rouen, 1841) place avec plus de raison la mort
+de Rollon entre les années 928 et 932, sans préciser.]
+
+[Footnote 198: Flod., _Ann._, a. 928.--Mortagne-Nord, Nord. arr. de
+Valenciennes, cant. de Saint-Amand-les-Eaux.]
+
+[Footnote 199: Flod., ibid., et _Hist. eccl. Rem_., IV, 21; Richer, I,
+53 et 35. Cf. Albanès, _Gall. christ. noviss_., t. I, col. 41-42.]
+
+[Footnote 200: Flod., _Ann_., a. 928, éd. Lauer, p. 42, n. 5.]
+
+[Footnote 201: Il convient d'observer que Flodoard se sert des termes
+suivants: «[Boso] venit ad cum eique fidelitatem et pacem regno
+juramento promittit ...», au lieu d'employer le terme qu'il prend
+généralement pour indiquer l'hommage ou la recommandation féodale: «se
+committit illi».]
+
+[Footnote 202: Flod., _loc. cit._]
+
+[Footnote 203: Une ambassade d'Herbert était revenue de Rome sans
+succès, apportant la nouvelle de l'emprisonnement du pape Jean X par
+le marquis de Toscane, Guy, frère utérin de Hugues d'Arles, roi
+d'Italie. Cf. Flod., _loc. cit.; Hist. eccl. Rem_., IV, 21; Richer, I,
+54; Liudprand, _Antap_., III, 18, 43 (éd. Dümmler, pp. 61 et 73).]
+
+[Footnote 204: Flod., _Ann., a. 928; Hist. eccl. Rem_., IV, 22;
+Richer, I, 54.]
+
+[Footnote 205: Flod., _Ann_., a. 928; Poupardin, _Le royaume de
+Provence_, p. 225-227; _Le royaume de Bourgogne_, p. 59-60; G. de
+Manteyer, _La Provence du premier au douzième siècle_ (Paris, 1908,
+in-8), pp. 127 et suiv., 158-159.]
+
+[Footnote 206: En 924, l'archevêché de Reims avait obtenu la
+restitution de toutes ses possessions légitimes.]
+
+[Footnote 207: Flod., _Ann., a. 928; Hist. eccl. Rem_., IV, 22;
+Richer, I, 55.]
+
+[Footnote 208: Leibniz, _Annales imperii_, éd. Pertz, II, 388.]
+
+[Footnote 209: «Rodulfus rex ... pacem facit cum Karolo ...» _Ann., a.
+928, in fine_.]
+
+[Footnote 210: Flod., _Ann._, a. 929; _Hist. Francor. Senon._ (_M.G.
+h., Scr._, IX, 366) dont dérivent Richard le Poitevin et Orderic
+Vital; Hugues de Flavigny, _Necrol._ (ibid., VIII, 287); Folcuin,
+_Gesta abbat. Sith._, c. 102 (ibid., XIII, 626), donne la date du 16
+septembre. Richer (I, 56): «Karolus post haec tedio et angore
+deficiens, in machronosiam decidit, humoribusque noxiis vexatus, post
+multum languorem vita privatus est»; _Confin. Regin._, a. 925 (_Scr._,
+I, 616); _Ann. Blandin., Lohiens., Elnon. min._, a. 924 (_Scr._, V,
+24, II, 210, V, 19); Aimoin, _Miracula S. Bened._, II, 5 (éd. de
+Certain, p. 104), dont dérivent Hugues de Fleury et la _Chronique de
+Saint-Bénigne de Dijon_; _Chron. Turonense_ (éd. Salmon, _Recueil des
+chroniques de Touraine_, p. 110); Sigebert de Gembloux, _Chrori._, a.
+926 (_Scr._, VI, 347). Cf. J. Dournel, _Hist. gén. de Péronne_ (1879,
+in-8), p. 35; Eustache de Sachy, _Essais sur l'hist. de Péronne_
+(Paris, 1866, in-8), p. 39-40, et Eckel, p. 134.]
+
+[Footnote 211: _Cartulaire du monastère de Gerri_, fol. 37, n° 516
+(Bibl. nat., _Coll. Moreau_, vol. V, fol. 75-77). _Chron. Nemausense_
+(_M.G.h., Scr._, III, 219): «Post cujus [Karoli] obitum fuerunt anni
+septem sine legitimo rege, in quibus regnavit Rodulfus.»]
+
+[Footnote 212: _Cartulaire de l'abbaye de Conques_, éd. G. Desjardins,
+nos 6, 91, 200, 208,291.]
+
+
+
+
+CHAPITRE V
+
+LA LUTTE CONTRE HERBERT DE VERMANDOIS APRÈS LA MORT DE CHARLES LE
+SIMPLE.
+
+Boson venait à peine de se remettre avec Henri Ier que déjà il était
+mêlé à de nouvelles intrigues. L'abbesse de Chelles, Rohaut, tante de
+Charles le Simple et belle-mère de Hugues le Grand, mourut le 22 mars
+925[213]. C'était déjà à l'occasion de son abbaye, on s'en souvient,
+que Robert et Hugues s'étaient soulevés contre Haganon en 922. Boson,
+sans doute d'accord avec son frère Raoul, s'empara tout à coup de ce
+riche monastère tant convoité, avec toutes ses dépendances, pour faire
+pièce à Hugues. Il était assez naturel que Raoul pût donner un fief à
+son frère alors que Hugues le contraignait à en céder un à Herbert.
+Mais Hugues ne transigeait pas aussi facilement sur ses droits que sur
+ceux des autres: immédiatement il réclama la restitution de Chelles,
+et Herbert, son allié, en prit prétexte pour mettre la main sur la
+principale place forte de Boson, le château de Vitry-en-Perthois. Un
+armistice fut conclu jusqu'à la fin de mai, puis transformé en paix
+définitive sur l'intervention du roi de Germanie. L'entreprise de
+Boson aboutissait, en dernière analyse, à une nouvelle ingérence
+étrangère en France, défavorable au prestige de Raoul[214].
+
+Hugues et Herbert, de retour d'une conférence avec le roi Henri,
+allèrent assiéger Montreuil, afin de soumettre le comte Héloin qui
+affectait des allures d'indépendance. Ils le contraignirent à livrer
+des otages. Mais bientôt leur union se trouva compromise par le
+passage d'Héloin au parti de Hugues. Herbert s'en dédommagea en
+attirant dans son camp Heudoin, vassal de Hugues[215].
+
+Les Normands de la Loire étaient demeurés dans un calme relatif depuis
+925. Au commencement de l'année 930, ils envahirent de nouveau
+l'Aquitaine, pillèrent la Saintonge, l'Angoumois, le Périgord, et
+pénétrèrent jusqu'en Limousin[216]. Raoul se porta au secours de
+sujets qui lui étaient fidèles depuis le début de son règne. Il
+atteignit les pillards au lieu dit _Ad Destricios_ et les anéantit
+presque totalement[217]. La victoire eut un aussi grand retentissement
+que jadis celle de Louis III à Saucourt, et, comme il arrive souvent,
+ce succès en engendra un autre: une partie des Aquitains (les comtes
+d'Auvergne, de Toulouse et de Rouergue) qui avaient pu juger de
+l'efficacité de l'intervention royale, firent leur soumission. Cette
+bataille devint légendaire dans le pays. C'est à elle qu'on rattache
+les exploits du comte d'Angoulême Guillaume Taillefer[218], et Aimoin
+y fait allusion lorsqu'il félicite Raoul d'avoir rendu la paix au pays
+par son triomphe sur les Normands[219].
+
+La défaite normande fut suivie du retour des moines dans leurs
+couvents. Ceux de Charroux revinrent d'Angoulême où ils avaient
+cherché refuge. Les reliques de saint Genoul furent rapportées à
+Estrées, celles de saint Benoît à Saint-Benoît-sur-Loire, qui avait
+échappé à Rögnvald[220].
+
+Dans le nord, la mésintelligence entre Hugues et Herbert allait
+croissant. Ernaut de Douai, vassal de Hugues, venait de passer au
+parti d'Herbert, et des hostilités accompagnées de dévastations en
+étaient résultées. Raoul quittant la Bourgogne où il était encore, le
+23 mars, à Autun[221], s'interposa comme médiateur, réunit plusieurs
+plaids et parvint à conclure un arrangement. Son frère Boson y fut
+aussi compris. Herbert devait lui rendre Vitry[222]. On aperçoit ainsi
+la raison intéressée de l'intervention de Raoul en faveur de Hugues.
+Herbert le sentait bien et pour s'en venger, il provoqua la défection
+d'Anseau, vassal de Boson, qui gardait Vitry, lui donnant Coucy comme
+prix de sa trahison. Les représailles ne se firent pas attendre.
+Boson, Gilbert et les Lorrains s'entendirent avec Hugues qui leur
+faisait des avances, et tandis que Raoul retournait en Bourgogne, les
+alliés ayant opéré leur jonction assiégeaient et prenaient Douai, dont
+Roger de Laon fut investi par Hugues. Quant à Ernaut, réfugié auprès
+d'Herbert, il fut dédommagé par la cession de Saint-Quentin. Boson
+parvint à rentrer dans Vitry. Il enleva même Mouzon par ruse à
+Herbert, mais celui-ci profita de la première absence de Boson, vers
+la Noël, pour passer la Meuse à l'improviste et pénétrer dans la
+place, dont les portes lui furent ouvertes par des amis: la garnison
+lorraine fut faite prisonnière[223].
+
+Herbert faisait face à tout par des prodiges d'adresse et d'activité,
+mais sa situation était des plus mauvaises depuis sa rupture avec
+Hugues. Raoul, au contraire, gagnait tous les jours en autorité. En
+930, sa souveraineté s'était étendue en Aquitaine; l'année suivante il
+affirma à nouveau sa suzeraineté sur l'importante partie du royaume de
+Provence occupée par lui depuis 928. S'étant rendu avec une escorte en
+Viennois, il reçut la soumission formelle de son neveu
+Charles-Constantin, devenu comte de Vienne, au mépris des droits
+consentis à Eudes de Vermandois[224]. C'était la preuve évidente de sa
+rupture définitive avec Herbert. De là il se rendit «en pèlerinage» à
+Saint-Martin de Tours, en réalité auprès de Hugues, dont il se
+rapprochait de jour en jour davantage. Sa présence nous y est révélée
+en mars par un diplôme qu'il délivra le 24 de ce mois, en faveur des
+chanoines de Saint-Martin[225].
+
+Bientôt après, il fut rappelé en Bourgogne par la nécessité de régler
+de petites difficultés d'ordre intérieur, presque domestique. La reine
+Emma, dont nous avons eu l'occasion de signaler à maintes reprises les
+hautes capacités, apportait parfois dans ses actes d'administration la
+hâte et l'acharnement irréfléchi qui déprécient le mérite de
+l'énergie.
+
+Pour une raison inconnue, elle enleva le château d'Avallon au comte
+Gilbert, fils de Manassès, l'ennemi de son père Robert 1er[226]. Elle
+en fit autant à l'égard du monastère de Saint-Germain d'Auxerre
+auquel, sous un prétexte futile, elle prit la _villa Quinciacum_ (en
+Nivernais) pour en gratifier quelqu'un de ses gens. La légende ajoute
+que saint Germain la punit de sa témérité en lui paralysant la langue,
+châtiment qui lui fut tout particulièrement pénible. Elle se rendit au
+monastère avec une escorte nombreuse et, suivant la chronique, obtint
+la guérison à la suite du don de deux agrafes[227].
+
+Gilbert de Dijon s'allia au comte Richard, fils de Garnier de Sens, et
+opposa à Raoul une résistance si vive que celui-ci dut renoncer
+momentanément à la briser, d'autant plus que de nouvelles
+complications l'appelaient dans le nord[228].
+
+Depuis la dernière expédition contre Herbert, Boson avait eu de
+nouvelles difficultés avec le duc Gilbert. Pour la seconde fois il y
+perdit son château de _Durofostum_, et Herbert en profita pour se
+rapprocher de Gilbert. Boson quittant alors la suzeraineté du roi
+Henri, beau-père de Gilbert, appela son frère Raoul, puis il se
+dédommagea en tournant ses armes contre son voisin, l'évêque de
+Châlons, Beuves, qui avait exercé des cruautés sur plusieurs de ses
+gens et se trouvait en relations suivies avec le comte de Vermandois.
+Châlons fut pris et incendié[229].
+
+A la faveur de l'anarchie générale, le marquis de Flandre Arnoul
+s'empara de Mortagne, place forte avantageusement située, au préjudice
+des fils de Roger de Laon qui étaient parvenus à y rentrer. Raoul
+parut alors dans la France septentrionale, se déclarant ouvertement
+l'allié de Hugues et l'ennemi d'Herbert. Il enleva à ce dernier sa
+forteresse de Denain et assiégea ensuite Arras. Herbert accourut avec
+des renforts lorrains commandés par le duc Gilbert en personne. Raoul
+et Hugues, d'une part, Herbert et Gilbert, de l'autre, étaient en
+présence, à la tête de forces considérables. Une grande bataille
+semblait imminente. Mais avec cet esprit à la fois politique, un peu
+indécis et humanitaire qui caractérisait les acteurs de ces guerres
+civiles, on entra en pourparlers pour éviter une effusion de sang
+inutile, on discuta et on s'entendit pour conclure un armistice
+jusqu'au 1er octobre[230]. Peut-être aussi Gilbert avait-il été retenu
+par le scrupule de combattre son ancien suzerain, au moment où il
+n'existait aucun trouble dans les relations entre celui-ci et Henri de
+Germanie, son nouveau maître.
+
+A quelque temps de là, la garnison rémoise d'Herbert viola la trêve en
+allant attaquer et détruire la forteresse de Braisne-sur-la-Vesle[231],
+que Hugues avait enlevée naguère à l'archevêque de Rouen, Gonthard.
+Raoul se décida alors à tenter un effort énergique contre la grande
+cité métropolitaine, véritable centre de la résistance du parti
+vermandois. Il essaya sans résultat d'entamer des négociations avec
+le clergé et les habitants de Reims, afin d'obtenir, par leur
+initiative, la nomination d'un véritable archevêque à la place du
+jeune expectant Hugues. Ses démarches échouèrent parce qu'Herbert
+avait réussi à s'attacher les Rémois par d'habiles largesses. Raoul
+n'hésita plus à se porter en avant, avec toute son armée jointe à
+celle de Hugues, sur Laon et Reims[232].
+
+A son approche se manifestèrent les défections. Artaud, moine de
+Saint-Remy, alla trouver Hugues, et par son attitude nettement hostile
+à Herbert sut gagner ses bonnes grâces, dont il devait un peu plus
+tard apprécier toute la valeur[233].
+
+Herbert, réduit aux abois, ne trouva d'autre moyen d'échapper à une
+capitulation désastreuse que de se réclamer de la suzeraineté
+germanique. Il retourna près du roi Henri, en Lorraine, et lui prêta
+de nouveau l'hommage. Mais Raoul le surveillait, sachant bien ce dont
+il était capable. Il se rendit jusqu'à Attigny, d'où il envoya Hugues
+en ambassade au roi Henri. Le roi de Germanie fut naturellement plus
+sensible à cette démarche de conciliation d'un rival puissant qu'à
+celle d'un seigneur discrédité et sans ressources[234]. Il n'était pas
+disposé à profiter des avances d'un allié douteux, pour tenter une
+intervention hasardeuse dans les querelles intestines d'un pays dont
+le souverain ne lui témoignait aucune hostilité. Henri et Raoul se
+considéraient tous les deux comme «rois des Francs» (_reges
+Francorum_) quoique dans leurs diplômes ils ne prissent chacun que le
+titre de _rex_[235]. Chacun avait été mis légitimement--selon la
+conception germanique--à la tête d'une fraction de l'ancien «empire
+franc» (_regnum Francorum_) divisé depuis la bataille de Fontenoy. La
+Lorraine, l'ancien royaume intermédiaire (_media Francia_) entre la
+France et la Germanie, n'avait pas réussi à préserver son
+individualité contre les ambitions des deux nations voisines, ses
+soeurs, et maintenant on la voyait passer de l'une à l'autre selon les
+caprices de la politique. Henri et Raoul avaient pu éprouver, l'un et
+l'autre, qu'ils devaient se borner à enregistrer la volonté de la
+majorité des grands vassaux lorrains, les interventions à main armée,
+pour peser sur leurs volontés, amenant le plus souvent des réactions
+en sens contraire. La Lorraine reconnaissait à ce moment la
+suzeraineté d'Henri: celui-ci sentait combien sa domination au delà du
+Rhin était précaire, et c'eût été pour lui se jeter dans une aventure
+dangereuse que d'ouvrir des hostilités injustifiées contre le roi des
+«Francs de l'ouest». En 928 déjà, dans une circonstance analogue, il
+avait refusé à Herbert et à Hugues, alors réunis contre leur suzerain,
+de les aider effectivement: à plus forte raison devait-il agir de même
+vis-à-vis d'Herbert seul. On ne voit donc guère pourquoi certains
+auteurs ont trouvé étrange qu'Henri n'eût pas secouru Herbert devenu
+son «vassal», et se sont laissé entraîner à supposer une
+reconnaissance officielle, par le roi de France, de la suzeraineté
+saxonne en Lorraine, pour expliquer l'attitude amicale d'Henri à
+l'égard de Raoul dans ces conjonctures[236]. Les chroniqueurs
+allemands n'eussent pas manqué de rapporter une telle clause. Or, ils
+sont absolument muets et pour comprendre le cours des événements, il
+suffit d'observer que la mobilité d'esprit d'Herbert et le mauvais
+état de ses affaires n'étaient pas de nature à donner confiance à un
+allié même entreprenant. D'autre part, en fait, la simple abstention
+de toute intrigue en Lorraine pouvait être acceptée de la part de
+Raoul, comme une concession précieuse. Il y avait enfin un intérêt
+supérieur pour les deux rois à ne pas encourager les rébellions de
+leurs vassaux respectifs.
+
+S'étant assuré de la neutralité du roi Henri, Raoul se concerta avec
+le duc de France, auprès duquel nous le voyons le 21 mars 931, à
+Tours, confirmant les possessions de Saint-Martin[237]. A la suite de
+cet entretien, il marcha sur Reims, accompagné de Hugues, de Boson et
+d'un grand nombre de comtes et d'évêques[238]. Le quartier général des
+troupes royales était à Cormicy: les hommes d'armes pillaient le pays
+environnant, et leurs lignes de campement s'étendaient jusqu'à
+Bouffignereux, près de Laon[239].
+
+Les évêques qui entouraient le roi insistèrent pour mettre fin à cette
+interminable vacance du siège de Reims. Raoul s'y prêta d'autant plus
+volontiers qu'il y voyait subordonné l'intérêt de sa politique, et il
+envoya un message aux Rémois pour les y inviter.
+
+Les membres du clergé et les notables de Reims venus au camp
+procédèrent à l'élection, après s'être assurés du consentement des
+assiégés, qui ne fut pas obtenu sans difficulté. Le protégé de Hugues,
+le moine fugitif de Saint-Remy, Artaud, fut élu. Ce choix d'un humble
+ecclésiastique s'opposait à celui du seigneur féodal imposé par
+Herbert: on pouvait être assuré que le nouvel archevêque ne subirait
+aucune influence dictée par des intérêts de famille. L'élection,
+approuvée par le pape, était canonique autant que le permettaient les
+circonstances. Les dissensions entre les habitants et le découragement
+de la garnison, livrée à ses seules ressources, décidèrent, au bout de
+trois semaines, de la reddition de Reims. Le nouvel archevêque fit son
+entrée dans la cité, où il fut consacré solennellement en présence de
+dix-huit évêques[240].
+
+On procéda ensuite au jugement d'un partisan d'Herbert, Beuves, évêque
+de Châlons, qui était tombé entre les mains du roi (peut-être au cours
+d'une sortie): il fut condamné à la destitution. Hugues se chargea de
+le tenir sous bonne garde, et un religieux appelé Milon le remplaça
+sur son siège. Le fils d'Herbert fut déclaré déchu de tout droit sur
+l'archevêché de Reims.
+
+Raoul et ses alliés ne se tinrent pas pour satisfaits de leur rentrée
+dans la grande cité métropolitaine du nord. Ils se portèrent sur Laon,
+où s'était enfermé le comte de Vermandois. Se voyant dans
+l'impossibilité de résister, Herbert sollicita et obtint libre passage
+pour se retirer; mais à l'exemple de ce qu'avait fait naguère le roi,
+il laissa sa femme dans la forteresse récemment édifiée par ses soins.
+Celle-ci, après une belle défense, fut obligée de capituler[241]. La
+royauté rentrée en possession de ses deux boulevards du nord, Reims et
+Laon, était assurée par là même d'une nouvelle période de domination
+effective et incontestée.
+
+Après cet important succès, Raoul se rendit au palais de Compiègne, et
+le 7 octobre, il y délivra, à la prière de son précieux auxiliaire
+Hugues, «marquis du royaume», le «très cher abbé», dans la chapelle
+royale de Saint-Corneille, un diplôme renouvelant les privilèges
+concédés à l'abbaye de Marmoutier par Charlemagne, Louis le Pieux,
+Charles le Chauve et Eudes[242]. Il alla ensuite passer l'hiver en
+Bourgogne, à surveiller les divisions intestines de l'Aquitaine et à
+guerroyer contre ses vassaux révoltés Gilbert et Richard. Il enleva à
+ces derniers plusieurs places fortes et les contraignit finalement à
+se soumettre[243]. Le 28 décembre, étant à Auxerre, il concéda à son
+fidèle Allard, à la femme et au neveu de celui-ci, Plectrude et
+Geilon, sur la requête d'Anseïs, évêque de Troyes, et du comte de
+Nevers, Geoffroy, l'abbaye de Saint-Paul en Sénonais avec des
+dépendances en Gâtinais[244]. C'est alors pour la première fois
+qu'Anseïs de Troyes paraît comme archichancelier, à la place d'Abbon
+de Soissons devenu suspect à cause de ses complaisances pour le fils
+d'Herbert II, Hugues, qu'il avait protégé a Reims[245]. Bientôt
+l'affaire de l'évêché de Noyon rappela le roi dans le nord. Au décès
+de l'évêque Airard, l'abbé de Corbie, Gaubert, avait d'abord été
+choisi; mais un clerc ambitieux combattit cette élection, et avec
+l'appui du comte d'Arras, Alleaume, qu'il introduisit traîtreusement
+dans la cité, il s'appropria la dignité épiscopale[246].
+
+Quelques hommes d'armes chassés brutalement de Noyon incitèrent les
+habitants des faubourgs a expulser le nouveau prélat. Ils pénétrèrent
+en ville, les uns en escaladant une fenêtre de la cathédrale, les
+autres en mettant le feu à la porte. Le comte Alleaume, cherchant un
+refuge dans la basilique, y fut massacré au pied même de l'autel.
+Gaubert fut alors consacré par Artaud[247].
+
+À la nouvelle de ces luttes, Raoul craignant de nouvelles
+complications, avait regagné le nord. Herbert venait d'enlever Ham au
+frère d'Héloin de Montreuil, Ébrard, qu'il avait fait prisonnier.
+Raoul commença par se concerter avec Hugues. D'accord avec lui, il
+rendit à Beuves de Châlons son évêché, puis, mécontent de l'attitude
+d'Herbert à Noyon et Ham, il se jeta à l'improviste sur l'abbaye de
+Saint-Médard de Soissons et en prit possession. Le comte de Vermandois
+sentait à tel point son impuissance qu'il ne fit rien pour essayer d'y
+pénétrer, une fois Raoul parti[248]. Les préoccupations royales
+étaient depuis quelque temps dirigées d'un tout autre côté par suite
+de l'entrée en scène inattendue des seigneurs méridionaux. Trois
+d'entre eux, parmi les plus considérables, de ceux qui s'étaient
+toujours tenus à l'écart de Raoul du vivant de Charles le Simple,
+favorablement impressionnés par la prise de Reims sur le geôlier de
+l'infortuné souverain, se décidèrent à prêter l'hommage: ce sont le
+comte de Toulouse, Raimond-Pons III, son oncle le comte de Rouergue,
+Ermengaud, et enfin le seigneur gascon Loup Aznar[249]. Certains
+historiens ont cru nécessaire de supposer une expédition de Raoul en
+Aquitaine, pour expliquer ce revirement si complet, surprenant au
+premier abord par sa spontanéité[250]. En réalité, la prépondérance
+politique, que Raoul avait réussi à gagner par son inlassable activité
+depuis la mort de Charles, suffit à donner la clef de ce brusque
+changement dans l'attitude des grands vassaux du midi. Ceux-ci
+devaient, en effet, commencer à redouter de voir se tourner contre eux
+les armes royales, victorieuses d'Herbert de Vermandois.
+
+A partir de cet acte solennel de soumission, les documents publics et
+privés de l'Aquitaine et du Languedoc furent datés des années du règne
+de Raoul, comptées depuis la mort de Charles le Simple. On revenait
+ainsi implicitement sur le calcul d'un prétendu interrègne qu'on avait
+fait pendant trois années: c'était la reconnaissance formelle de
+l'irrégularité du procédé. Seule la Marche d'Espagne, où les comtes
+avaient usurpé tous les droits régaliens, échappa à la suzeraineté de
+Raoul; mais elle était située si loin, au delà des Pyrénées, qu'on ne
+pouvait guère être tenté d'y faire une expédition pour s'assurer une
+domination illusoire[251].
+
+Il semble que Raimond de Toulouse ait reçu à l'occasion de sa
+soumission la dignité de duc d'Aquitaine, dont on le voit revêtu par
+la suite. On ne saurait dire cependant pourquoi cette dignité ne resta
+pas attachée au comté de Poitiers, car Èbles de Poitiers, fils du duc
+d'Aquitaine Renoul II, avait toujours été fidèle à Raoul. Il est à
+supposer que ce changement fut nécessité par des circonstances d'ordre
+politique, et peut-être même est-ce sur cette base que la soumission
+de l'Aquitaine avait été négociée[252].
+
+En juin 932, Raoul était en Lyonnais, à Anse, où le 19 de ce mois, il
+confirmait, à la requête de Dalmace, les possessions de l'abbaye de
+Montolieu sises dans le pays de Carcassonne, en Narbonnais et en
+Razès, preuve manifeste de sa domination incontestée dans ces
+régions[253]. Le 21 juin et le 1er juillet, à la demande de la reine
+Emma et de son frère Hugues, il fit diverses libéralités au monastère
+de Cluny, auquel il concéda même le droit de battre monnaie[254].
+Plusieurs chartes lyonnaises datées de son règne, en cette même année,
+prouvent qu'il peut avoir été reconnu dans ce pays avant le traité
+conclu entre Rodolphe II et Hugues d'Italie[255].
+
+Pendant l'éloignement du roi, Hugues avait poursuivi les hostilités
+contre Herbert. Avec le secours de plusieurs évêques, il avait assiégé
+Amiens, occupé par les gens de ce dernier, et il réussit à se faire
+livrer des otages; puis il marcha droit sur la capitale du Vermandois,
+Saint-Quentin, et s'en empara au bout de deux mois de siège. Ces
+succès déterminèrent le duc de Lorraine, Gilbert, à répondre aux
+ouvertures de Hugues qui lui demandait son aide pour assiéger Péronne.
+Malheureusement tous les assauts des Lorrains furent repoussés avec
+pertes, et Gilbert découragé prit le parti de se retirer. Hugues sut
+lui faire accepter avant son départ une entrevue avec Raoul[256].
+
+Le roi avait coopéré à l'attaque infructueuse de Péronne. Il revint
+encore en Vermandois, vers la fin de l'année, accompagné de Hugues,
+pour assiéger Ham, et il força les habitants à livrer des otages.
+D'autre part le marquis de Flandre, Arnoul, venait de mettre la main
+sur Arras, en profitant du désarroi causé par la mort du comte
+Alleaume, à Noyon[257]. Il ne restait plus à Herbert comme derniers
+réduits que Péronne et Château-Thierry. On prit les mesures
+nécessaires afin d'empêcher toute tentative de sa part pour rentrer à
+Laon, à la suite du décès de l'évêque Gosbert (932): Engrand, doyen de
+Saint-Médard de Soissons, qui dépendait à présent du roi, fut élu
+immédiatement[258].
+
+La situation du comte de Vermandois était si précaire qu'il essaya de
+nouveau, comme en 931, d'obtenir l'appui d'Henri de Germanie; mais il
+n'eut pas plus de succès qu'auparavant, ce souverain étant aux prises
+avec des difficultés intérieures et engagé dans une guerre contre les
+Hongrois.
+
+Au milieu de ces circonstances adverses, Herbert eut du moins la
+satisfaction de voir son ancien partisan, l'évêque de Châlons, Beuves,
+rétabli sur son siège par la faveur de Hugues, qu'il avait su se
+concilier pendant sa captivité. Artaud réunit même un synode pour
+excommunier son remplaçant éphémère, Milon, qui menaçait de troubler
+la paix du diocèse[259].
+
+L'archevêque de Reims reçut à quelque temps de là, au début de l'année
+933, la récompense de cet acte de haute impartialité. Les députés
+qu'il avait envoyés auprès du pape Jean XI, Gison et Amaury, revinrent
+de Home, lui rapportant le _pallium_, l'insigne réservé aux seuls
+archevêques[260]. Cette reconnaissance formelle par le Saint-Siège lui
+était infiniment précieuse, car l'intronisation de Hugues se
+Vermandois avait obtenu jadis l'assentiment du pape Jean X, et au
+point de vue du droit canon, seule une décision pontificale pouvait en
+réformer une autre.
+
+Vers 933 Rodolphe II, roi de Bourgogne, obtint de Hugues d'Italie
+l'abandon de ses droits à la souveraineté sur la Provence, et
+constitua ainsi le «royaume d'Arles»[261]. Raoul qui prétendait à la
+suzeraineté sur Vienne, l'ancienne capitale des rois de Provence,
+Boson et Louis, craignit de se trouver évincé par Rodolphe à la suite
+de cet accord passé en dehors de lui. Il descendit avec une armée la
+vallée du Rhône et se fit recevoir comme suzerain dans la cité, où
+commandait Charles-Constantin[262]. D'autre part son frère Boson,
+époux de Berthe, nièce de Hugues, en possession des comtés d'Arles et
+d'Avignon, dominait en Provence depuis que son beau-père était parti
+chercher fortune en Toscane[263]. Vers cette époque Raoul put
+s'intituler avec raison, dans ses diplômes, _rex Francorum,
+Aquitanorum et Burgundionum_[264]. Le roi de Germanie, Henri 1er,
+occupé à combattre les Hongrois qu'il finit par écraser cette année
+même sur les bords de l'Unstrutt (le 15 mars) n'avait pas pu
+intervenir.
+
+Revenu dans le nord, Raoul obtint enfin la soumission de la Normandie:
+le jeune «marquis» Guillaume, fils de Rollon, n'étant plus retenu par
+ses obligations à l'égard de Charles le Simple, se décida à lui prêter
+hommage. Il reçut en récompense une partie du littoral contigu à la
+Bretagne, probablement l'Avranchin et le Cotentin[265]. Depuis
+plusieurs années, déjà, la lutte la plus vive était engagée entre
+Normands et Bretons. Un soulèvement général, suivi d'un massacre des
+Normands de Félécan, avait eu lieu en 931[266]. Pris entre les deux
+colonies scandinaves de la Seine et de la Loire, les Bretons avaient à
+combattre sans cesse, sur leurs frontières, des envahisseurs obstinés
+et intrépides, conduits par des chefs comme Ingon, qui paraît avoir
+succédé à Rögnvald, ou Guillaume Longue-Épée. Ce dernier réussit à
+avoir le dessus dans les combats livrés aux confins de la Bretagne,
+mais il ne put jamais étendre sa suzeraineté sur la péninsule
+elle-même où un peu plus tard le comte Alain Barbe-Torte, aidé par des
+secours anglo-saxons, parvint à former une unité féodale solidement
+constituée[267]. Guillaume avait néanmoins intérêt à faire confirmer
+les droits concédés sur ce pays par Charles le Simple à son père et à
+faire reconnaître la légitimité de ses dernières conquêtes. Ces
+raisons se présentent naturellement à l'esprit, quand on cherche à
+comprendre la cause du changement si considérable et si gros de
+conséquences qui se produisit dans l'attitude de Guillaume.
+
+Encouragé par ce magnifique succès qui affermissait son pouvoir
+souverain, Raoul reprit la lutte contre le Vermandois avec une
+nouvelle ardeur. Accompagné de la reine Emma et d'une armée puissante,
+composée en partie de milices ecclésiastiques, il alla camper devant
+Château-Thierry. Les archevêques de Tours et de Reims, Téotolon et
+Artaud, qui étaient avec lui, profitèrent de la présence de plusieurs
+de leurs suffragants et de quelques évêques bourguignons pour réunir
+un synode, où Heudegier fut consacré évêque de Beauvais. Le siège dura
+six semaines, et la place ne fut prise que grâce à la trahison de son
+chef Walon, qui consentit à prêter l'hommage à la reine Emma à
+condition de garder son poste[268].
+
+Ham qui s'était rendu au roi l'année précédente, était retourné au
+parti d'Herbert. Le fils de ce dernier, Eudes, l'occupa et s'en servit
+comme base pour aller piller les environs de Soissons et de Noyon.
+L'abbesse de Notre-Dame de Soissons fut obligée de solliciter la
+générosité royale, pour trouver un abri aux chanoines de Saint-Pierre
+dont les habitations et le cloître avaient été détruits par
+l'incendie[269].
+
+Une tentative hardie d'Herbert sur Saint-Quentin put réussir, mais ce
+ne fut qu'un succès passager. Les habitants de la ville avaient une
+certaine répugnance à combattre pour Hugues, leur nouveau maître: ils
+facilitèrent l'assaut au comte de Vermandois qui y rentra dès le
+troisième jour du siège. La faible garnison laissée par Hugues obtint
+de se retirer, en promettant une neutralité absolue pendant la suite
+des hostilités. Herbert s'éloigna, confiant la garde de la ville, dont
+il s'exagérait l'attachement, à un très petit nombre des siens. Hugues
+accourut presque aussitôt, s'empara pour la seconde fois de
+Saint-Quentin et punit sévèrement la tiédeur des habitants: plusieurs
+furent mutilés et un clerc noble appelé Treduin, qu'Herbert avait
+récemment amené, fut pendu[270].
+
+En quittant Saint-Quentin, Hugues, accompagné de l'archevêque Artaud,
+obtint la reddition de la forteresse de Roye, en Vermandois[271].
+
+Herbert, devant la supériorité numérique de ses ennemis, fit preuve
+d'une opiniâtreté et d'une activité véritablement prodigieuses. Il
+parvint à rentrer en possession de Château-Thierry, en gagnant à sa
+cause quelques-uns de ses anciens partisans préposés par Walon à la
+garde de la place; mais il se borna à y mettre une garnison, ne
+voulant pas s'y enfermer lui-même afin de garder toute sa liberté pour
+agir[272].
+
+A cette nouvelle, Hugues accourut assiéger la ville, malgré la
+mauvaise saison. Raoul, de retour en France depuis peu[273], vint le
+rejoindre au début de l'année 934. Ce second siège de Château-Thierry
+fut encore plus difficile que le premier. Enfin, au bout de quatre
+mois[274]. Walon le vassal de la reine, qui était avec les
+assiégeants, trouva moyen, grâce à sa parfaite connaissance des lieux,
+d'escalader pendant la nuit les murs du faubourg inférieur, au bord de
+la Marne. La forteresse située sur la hauteur continua néanmoins à
+résister. De nouveaux assauts réitérés décidèrent enfin les vaillants
+défenseurs à entamer des pourparlers: ils obtinrent de rester en
+possession du château moyennant la remise d'otages.
+
+Le comte de Vermandois affecta de n'attacher aucun prix aux garanties
+données par ses gens. Raoul et Hugues se décidèrent alors à revenir,
+dès qu'ils le purent, continuer le siège de la citadelle de
+Château-Thierry. L'intervention du roi de Germanie vint fort à propos
+apporter le règlement au moins provisoire de cette question. Les
+victoires d'Henri sur les Hongrois, les Slaves et les Danois lui
+permettaient de répondre maintenant aux avances jadis faites en vain
+par Herbert.
+
+Il envoya à son secours Gilbert de Lorraine et Éberhard de Franconie,
+avec plusieurs évêques lorrains; et ceux-ci réussirent négocier en
+faveur de leur protégé, un armistice jusqu'au 1er octobre. Mais Raoul
+ne consentit que moyennant l'abandon de Château-Thierry, à laisser
+Herbert jouir paisiblement de la possession de Péronne et de Ham
+pendant la trêve[275].
+
+Cependant, d'une façon très inattendue, Herbert fut en partie
+dédommagé de ses revers par l'acquisition d'un puissant allié. Le
+comte ou marquis de Flandre, Arnoul, se décida enfin à épouser Adèle
+de Vermandois, à laquelle il avait été fiancé antérieurement[276].
+Herbert avait déjà apprécié la puissance d'Arnoul lorsque celui-ci
+avait occupé Arras, en 932. Depuis lors, le même comte était devenu
+maître de Boulogne et Térouanne et abbé de Saint-Bertin à la mort de
+son frère Allou. L'alliance d'un tel voisin, si longtemps hostile,
+était tout à fait inespérée.
+
+Pendant l'armistice, Herbert se hâta d'approvisionner Péronne, et il
+se vengea en même temps de ses vassaux, partisans de Hugues, en
+confisquant leurs récoltes. Gilbert, de son côté, s'était préparé à
+aider de nouveau le comte de Vermandois. La trêve expirée, les
+Lorrains entrèrent en France, avec l'intention d'enlever
+Saint-Quentin; Hugues conjura le danger en envoyant des députés à
+Gilbert, afin de négocier un nouvel armistice. On tomba d'accord pour
+prolonger la paix jusqu'au 1er mai 935[277].
+
+Vers la fin de l'année, Raoul perdit un précieux auxiliaire en la
+personne de sa femme, la reine Emma[278]. Quelque blâme que la légende
+monacale ait pu émettre sur le caractère violent et usurpateur de
+certains de ses actes, conformes du reste aux moeurs de l'époque, la
+vaillance et l'activité de cette princesse n'en méritent pas moins
+l'admiration. Elle avait pris personnellement part aux pénibles luttes
+soutenues par son mari contre les grands vassaux, et son influence
+politique méritée nous est encore révélée par les diplômes royaux où
+on la voit souvent intervenir.
+
+Au printemps de 935, Raoul fit une courte démonstration contre un
+parti d'Aquitains qui avait pris _Viriliacum_[279] à Geoffroi de
+Nevers, son fidèle vassal. Ayant chassé les usurpateurs, il regagna le
+nord et profita de ses bons rapports avec Geoffroi pour le charger
+d'une mission délicate auprès du roi de Germanie, Henri Ier. Il
+s'agissait de négocier les bases d'un accord et de préparer une
+entrevue[280].
+
+Pendant le séjour du roi à Laon, vers Pâques, une rixe sanglante,
+heureusement sans conséquences, éclata entre ses gens et ceux de
+l'évêque. De là, Raoul se transporta à Soissons, où il réunit les
+grands vassaux (_primates regni_) en un plaid: une ambassade d'Henri
+Ier vint l'y trouver. La rencontre des deux souverains fut fixée au
+mois de juin, et elle eut lieu, en effet, vers le 8, sur les bords de
+la Chiers[281], aux confins de la Lorraine. Outre les suites
+nombreuses des deux princes, on vit encore paraître, à la conférence,
+le roi de Bourgogne Rodolphe II, sans qu'on sache au juste la cause de
+sa venue; peut-être était-ce en vue de régler la question du Viennois.
+Herbert de Vermandois se présenta devant Raoul, et, selon
+l'arrangement intervenu, fit sa soumission. Le roi lui rendit
+solennellement plusieurs des domaines occupés par Hugues, et il
+réconcilia les deux adversaires. Henri obtint aussi, de son côté, la
+soumission de Boson, auquel il rendit à peu prés la totalité de ses
+domaines Lorrains[282]. Ainsi Raoul avait négocié une paix définitive
+avec Herbert moyennant quelques concessions, dont Hugues faisait les
+frais, et il avait assuré la restitution à son frère Boson de ses
+domaines perdus. Sauf cette dernière clause, onéreuse théoriquement
+puisqu'elle pouvait engager la question de suzeraineté de la Lorraine,
+l'arrangement était fort avantageux pour Raoul.
+
+A peine l'eut-il conclu qu'il fut rappelé en Bourgogne par une
+invasion hongroise. Les barbares pillèrent et brûlèrent divers
+monastères, notamment celui de Bèze, et à l'approche du roi, gagnèrent
+en hâte le midi, puis l'Italie[283]. Raoul profita du moins de sa
+venue pour assiéger Dijon, dont le comte Boson s'était naguère emparé
+et que ses gens occupaient encore[284].
+
+
+
+
+ FOOTNOTES:
+
+[Footnote 213: Obituaires de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Denis et
+d'Argenteuil, dans _Obituaires de la province de Sens, éd._ A.
+Molinier (_Recueil des historiens de France_, in-4), t. I, p. xx, 254,
+312 et 345.]
+
+[Footnote 214: Flod., _Ann._, a. 929.]
+
+[Footnote 215: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 216: Flod., _Ann._, a. 930; Adrevald, _De miraculis S.
+Benedicti_, I, C. XXXIII-IV, éd. de Certain, pp. 70-75.]
+
+[Footnote 217: Adémar de Chabannes, III, 20 (éd. Chavanon, p. 139);
+Richer, I, 57; _Chron. Vezeliac._, a. 929 (_Rec. des historiens de
+France_, IX, 89). Marvaud (_Hist. des vicomtes de Limoges_, 1873, I,
+p. 67) a identifié le lieu dit «Ad Destricios» cité par Adémar avec
+Estresse, près Beaulieu, dép. de la Corrèze, arr. de Brives.]
+
+[Footnote 218: Adémar, III, 28 (éd. Chavanon, p. 149): «Willelmus ...
+Sector ferri, qui hoc cognomen indeptus est quia, commisso praelio cum
+Normannis et neutro cadenti, postera die pacti causa cum rege eorum
+Storm solito conflictu deluctans, ense corto durissimo per media
+pectoris secuit simul cum torace una modo percussione ...» Cf. J.
+Depoin, _Les comtes héréditaires d'Angoulême de Vougrin Ier à Audoin
+II_ (extr. du _Bulletin de la soc. archéol. et hist. de la Charente_,
+année 1904), p. 14.]
+
+[Footnote 219: Aimoin, _De miraculis S. Benedicti_, lib. II, c. III
+et V (éd. de Certain, p.100). En fait, il n'est plus question, à
+partir de ce moment, que d'une simple incursion de pillards en Berry
+(voy. plus loin, p. 75).]
+
+[Footnote 220: Adémar, III, 23, éd. Chavanon, p. 144; _Translatio S.
+Genulfi_ (_Acta SS. ord. S. Benedicti_, saec. IV. 2, p. 230). Le
+monastère de Saint-Benoît eut beaucoup de mal à reprendre sa
+prospérité antérieure. La discorde se mit chez les moines, et pour
+mettre fin à cet état de choses lamentable, il fallut que le comte
+Elisiard, à la mort de l'abbé Lambert, appelât à sa direction le
+célèbre réformateur Eudes de Cluny. Cf. E. Sackur, _Die Cluniacenser_,
+p. 88-89.]
+
+[Footnote 221: Il y donnait un diplôme confirmatif de tous les biens
+du monastère de Saint-Andoche. _Recueil des historiens de France_, IX,
+573 (à l'année 928); Thiroux, _Hist. des comtes d'Autun_, p. 121 (à
+l'année 927); L. Lex _Documents originaux antérieurs à l'an mil des
+archives de Saône-et-Loire, (Mém. de la Soc. d'hist. et d'archéol. de
+Châlon-sur-Saône_, t. VII, 4e partie, 1888, p. 266), n° XIV (au 1er
+avril 928, d'après une copie). Nous rétablissons ici la date de 930 en
+supposant une erreur d'indiction et en admettant l'année du règne
+(VII) comme correcte.]
+
+[Footnote 222: Vitry-en-Perthois ou le Brûlé, dép. de la Marne, arr.
+de Vitry-le-François.]
+
+[Footnote 223: Flod., _Ann._, a. 930 et 931; _Hist. eccl. Rem._, IV,
+23.]
+
+[Footnote 224: Flod., _Ann_., a. 931. Cf. A. Steyert, _Hist. de Lyon_,
+t. II (1897), p. 192-194. Voy. plus haut, p. 54-55.]
+
+[Footnote 225: Flod., _Ann_., a. 931; _Recueil des historiens de
+France_, IX, 573; Mabille, _La pancarte noire de Saint-Martin de
+Tours_, no VI (136).]
+
+[Footnote 226: Flod., ibid. Sur le différend entre Manassès et Robert,
+voy. plus haut, p. 1.]
+
+[Footnote 227: _Appendix Miracul. S. Germani Autissiod. (Bibl. hist.
+de l'Yonne_, II, p. 197-198).]
+
+[Footnote 228: Flod., _Ann_., a, 931]
+
+[Footnote 229: Flod., _Ann_., a. 931.]
+
+[Footnote 230: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 231: Aisne, arr. de Soissons.]
+
+[Footnote 232: Flod., ibid.; _Hist. eccl. Rem_., IV, 24; Richer, 1,
+59.]
+
+[Footnote 233: Flod., _Anna_., a. 931; _Hist. eccl. Rem_., IV, 24, 35;
+Richer, I, 61.]
+
+[Footnote 234: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 235: Charles le Simple s'était intitulé _rex Francorum_,
+après l'acquisition de la Lorraine (_largiore hereditate indepta_),
+comme s'il avait été alors réellement à la tête de tout l'ancien
+_regnum Francorum_.]
+
+[Footnote 236: Kalckstein, p. 185; Lippert, p. 76-77; cf. Waitz,
+_Heinrich I_, 2e éd., p. 141-142. Henri Ier revint encore en Lorraine
+à la fin de cette année. Il était à Yvoix (Ardennes) le 24 octobre
+931, avec le comte Gilbert, observant sans doute les événements de
+France (_M.G.h., Dipl. reg. et imp. Germ._, I, p. 65, n° 30).]
+
+[Footnote 237: Mabille, _La pancarte noire de Saint-Martin de Tours_,
+n° VI (136); _Recueil des historiens de France_, IX, p. 573.]
+
+[Footnote 238: Flod., _Ann._, a. 931; _Hist. eccl. Rem._, IV, 24 et
+35; Richer, I, 59-61.]
+
+[Footnote 239: Flod., _Hist. eccl. Rem._, I, 20, _in fine_: «In
+Vulfiniaco-Rivo, pago Laudunensi, habetur oratorium in honore sancti
+Remigii dedicatum. In quo, dum Rodulfus rex Heribertum comitem
+persequeretur, qui episcopatum Remensem a rege sibi commendatum
+tenebat, homines ipsius villae res suas prepter hostiles incursus
+recondere studuerunt. At dum rex prefatus ad obsidendam Remensem
+venisset urbem et in Culmissiaco metatus esset, exercitus ejus vicinas
+occupavit villas. Quidam vero illorum, qui in prenotata villa,
+scilicet Vulfiniaco-Rivo, metatum habebant, vinum, quod in ecclesia
+timoris causa reconditum fuerat, invadit, et quasi tabernam
+constituens in eadem ecclesia, paribus suis illud vendere coepit. Haec
+dum ageret, pereussus morbo, repente sensum amisit, ore sibi ad aurem
+usque pene retorto, vitam finivit. Quod cernentes ceteri, ab hujusmodi
+sese cohibuere presumptione.»]
+
+[Footnote 240: Flod., _Ann._, a. 934; _Hist. eccl. Rem._, IV, 24 et
+35; Richer, I, 61.]
+
+[Footnote 241: Flod., ibid.; Richer, I, 62. On a identifié, sans
+preuve, la forteresse construite à Laon par Herbert avec le
+Château-Gaillot, actuellement détruit. Cf. _Le règne de Louis IV
+d'Outre-Mer_, p. 32, n. 6.]
+
+[Footnote 242: A. Giry, _Un diplôme royal interpolé pour l'abbaye de
+Marmoutier (Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et
+Belles-Lettres_, 1898, p. 197).]
+
+[Footnote 243: Flod., _Ann._, a. 932.]
+
+[Footnote 244: _Recueil des historiens de France_, IX, 579; Quantin,
+_Cartul. général de l'Yonne_, I, 137, n° LXXI.]
+
+[Footnote 245: On peut même se demander si cet «Herbert», dont il
+avait fait son «notaire» et puis un «chancelier royal» (_Recueil des
+historiens de France_, IX, pp. 570, 571 et 573) n'est pas à identifier
+avec le propre fils d'Herbert II.]
+
+[Footnote 246: Flod., ibid.; Richer, I, 63.]
+
+[Footnote 247: Flod., _Ann._, a. 932; Richer, _loc. cit._]
+
+[Footnote 248: Flod., _loc. cit._]
+
+[Footnote 249: Flod., _Ann._, a. 932; Bicher (I, 64) place l'entrevue
+sur les bords de la Loire. Cf. _Le règne de Louis d'Outre-Mer_, p.
+219; J. de Jaurgain, _La Vasconie_ (Pau, 1898, in-8), pp. 195 et
+suiv.; Lot, _Hugues Capet_, p. 204, n° 2; A. Richard, _Hist. des
+comtes de Poitou_, I, p. 68-69. D'après A. Degert, (_Le pouvoir royal
+en Gascogne sous les derniers Carolingiens et les premiers Capétiens_,
+dans _Revue des Questions historiques_, t. LXXII, année 1902, p. 427).
+Aznar aurait été un seigneur de Comminges. On peut hésiter pour la
+date de cette entrevue entre les années 931 et 932; (voy. _Les Annales
+de Flodoard_, éd. Lauer, p. 53, n. 9). Nous penchons cependant pour
+admettre la seconde de ces dates, à cause de la place des _Annales_ où
+se trouvent rapportés les détails de l'entrevue.--Flodoard a recueilli
+une anecdote plaisante: le seigneur gascon Loup Aznar avait,
+paraît-il, raconté aux Bourguignons que son cheval était âgé de plus
+de cent ans. On ne crut pas cependant le Gascon sur parole, ainsi
+qu'il ressort du ton même des Annales. Aznar montait probablement l'un
+de ces petits chevaux tarbes, de race arabe, très efflanqués,
+l'ancêtre de Rossinante.]
+
+[Footnote 250: Kalckstein, p. 186; _Hist. de Languedoc_, nouv. éd.,
+III, p. 110 et suiv.]
+
+[Footnote 251: _Hist. de Languedoc_, loc. cit.]
+
+[Footnote 252: Lot, _Fidèles ou vassaux?_, p. 55.]
+
+[Footnote 253: _Hist. de Languedoc_, nouv. éd., V, n° 56, Anse est
+dans le Rhône, arr. de Villefranche.]
+
+[Footnote 254: _Recueil des chartes de Cluny_, I, nos 396 à 398; bulle
+de Jean XI faisait allusion à un diplôme perdu de Raoul.
+Jaffé-Löwenfeld, _Regesta pontif. roman._, no. 3584.]
+
+[Footnote 255: Recueil des chartes de Cluny, I, nos 239, 255, 258,
+411, 442. Cf. Poupardin, _Le royaume de Provence_, p. 235.]
+
+[Footnote 256: Flod., _Ann._, a. 932; E. Lemaire, _Essai sur l'hist.
+de la ville de Saint-Quentin_ (_Mém. de la Soc. acad. de
+Saint-Quentin_, 4e série, t. VIII, 1886-7) P. 280-281.]
+
+[Footnote 257: _Ann. Elnon. min.; Chron. Tornac._, a. 932 (_M.G.h.,
+Scr._, V, 19, et XV, 2, 1296). Cf. Vanderkindere, _Formation
+territoriale des principautés belges au moyen âge_, 2e éd., I, 325.]
+
+[Footnote 258: Flod., _loc. cit._]
+
+[Footnote 259: Flod., _Ann._, a. 933.]
+
+[Footnote 260: Flod., _Ann._, a. 933. Jaffé-Löwenfeld, _Regesta
+pontif. roman._, n° 3591.]
+
+[Footnote 261: Liudprand, _Antapodosis_, III, 48 (éd. Dümmler, p.76),
+Poupardin, _Le royaume de Provence_, p. 230 et suiv.; _Le royaume de
+Bourgogne_, p. 39-60.]
+
+[Footnote 262: Flod., _Ann._ 933. _Recueil des chartes de Cluny_, I,
+n° 437, 439. Cf. G. de Manteyer, _La Provence du premier au douzième
+siècle_, p. 131.]
+
+[Footnote 263: Liudprand, _Antapodosis_, III, 47, _loc. cit._; _Hist.
+de Languedoc_, nouv. éd., V, no XCII; Poupardin, _Le royaume de
+Bourgogne_, p. 69.]
+
+[Footnote 264: _Recueil des historiens de France_, IX, 578 et 580. Le
+titre de _rex Aquitanorum_ est attribué à Raoul dans plusieurs actes
+de Brioude postérieurs à 926 (Cf. Bruel, _Essai sur la chronologie du
+cartulaire de Brioude_, dans _Bibl. de l'École des chartes_, année
+1866, pp. 479-480).]
+
+[Footnote 265: Flod., _Ann._, a. 933. Cf. Dudon de Saint-Quentin, éd.
+Lair, préface, p. 71; Longnon, _Atlas hist._, texte, p. 86; Dümmler,
+_Zur Kritik Dudos von S. Quentin_ (_Forschungen zur Deutschen
+Geschichte_, VI, 375); A. de La Borderie, _Hist. de Bretagne_, II, p.
+378; F. Lot, _Fidèles ou vassaux?_, p. 184, n. 3.]
+
+[Footnote 266: Flod., _Ann._, a. 931; _Chron. de Nantes_, éd. Merlet,
+introd., pp. XLIII-XLIV; Dudon de Saint-Quentin, éd. Lair, préface, p.
+71.]
+
+[Footnote 267: Flod., _Ann._, a. 933 et 936; _Chron. de Nantes_, éd.
+Merlet, c. XXIX-XXX, pp. 82-83-89; A. de La Borderie, _Hist. de
+Bretagne_, II, 409-410.]
+
+[Footnote 268: Flod., _Ann._, a. 933.]
+
+[Footnote 269: Diplôme de Raoul du 5 mars 934 (_Recueil des historiens
+de France_, IX, 579, d'après Mabillon, _De re diplomatica_, p. 566).]
+
+[Footnote 270: Flod., _Ann._, a. 933; E. Lemaire, _Essai sur l'hist.
+de Saint-Quentin, loc. cit._, p. 280-281.]
+
+[Footnote 271: Flod., ibid.]
+
+[Footnote 272: Flod., _Ann._, a. 933.]
+
+[Footnote 273: Il était à Attigny le 13 décembre 933. Mabillon, _Ann.
+Bened._, III, 404; _Recueil des historiens de France_, IX, 578.]
+
+[Footnote 274: Raoul était à Château-Thierry le 3 mars. Mabillon, _De
+re diplomatica_, n°133, p. 566; _Recueil des historiens de France_,
+IX, 579 (diplôme en faveur des chanoines de Saint-Pierre de
+Soissons).]
+
+[Footnote 275: Flod., _Ann._, a. 934.]
+
+[Footnote 276: Flod., _Ann._, a. 934; _Ann. Elnon. min. (M.G.h.,
+Scr._, V, 19); Witger, _Geneal. comit. Flandriae (ibid._, IX,
+303-304); lettre d'Aethelwerd (ibid., X, 439).]
+
+[Footnote 277: Flod., _Ann._, a. 934.]
+
+[Footnote 278: Flod., _Ann._, a. 934, _in fine._]
+
+[Footnote 279: Sur les difficultés d'identification de cette localité,
+voy. _Les Annales de Flodoard_, éd. Lauer, p. 60, n. 6.]
+
+[Footnote 280: Flod., _Ann._, a. 935.]
+
+[Footnote 281: Flod., ibid.; Widukind, I, 39; diplôme d'Henri
+l'Oiseleur, du 8 juin 934 (_M.G.h., Diplom._, I, 73, n° 40); Stumpf,
+n° 44-47; Waitz, _Heinrich I_, p. 470.]
+
+[Footnote 282: Flod., _Ann._, a. 935.]
+
+[Footnote 283: Flod., _ibid.; Ann. Floriacenses_, a. 936; _Ann.
+Mettenses_, a. 934 (_M.G.h., Scr._, II, 225, III, 133); _Chron.
+Vezetiae.; Chron. Dolense (Rec. des histor. de France_, IX, 90); _Ann.
+Besuenses_, a. 933 (_M.G.h. Scr._, II, 246). Cf. Waitz, _op. cit._, p.
+134. _Le Chron. Dolense_ place à cette date de 935 une invasion
+hongroise en Berry, au cours de laquelle Ebbon de Déols périt. Nous
+avons expliqué ailleurs (_Le règne de Louis d'Outre-Mer_, p. 24, II.
+1) les raisons pour lesquelles nous considérons ce témoignage comme
+peu digne de foi et croyons devoir reporter l'épisode de la mort
+d'Ebbon en l'année 937, où la présence des Hongrois en Berry est
+attestée par Flodoard. Le système inverse, qui consiste à accorder
+plus de valeur au _Chron. Dolense_ qu'à Flodoard, a été suivi par
+Raynal (_Hist. du Berry_, t. I, p. 336) et par M.E. Chénon dans _Un
+monastère breton à Châteauroux_ (extr. du I. XVII des _Mém. de la
+Société archéol. d'Ille-et-Vilaine_), p. 7.]
+
+[Footnote 284: Flod., ibid. Peut-être faut-il distinguer de Boson,
+frère du roi, ce comte homonyme qui s'empare de Dijon, bien que
+Flodoard ne précise pas.]
+
+
+
+
+CHAPITRE VI
+
+
+LA FIN DU RÈGNE.
+
+
+Les conditions de l'entente des bords de la Chiers n'étaient pas
+faciles à réaliser. Hugues refusa, on ne sait pour quelle raison, de
+restituer Saint-Quentin au comte de Vermandois. Ce dernier en appela à
+Henri de Germanie. Plusieurs comtes lorrains et saxons vinrent, sous
+prétexte de médiation, rejoindre Herbert avec une forte armée, et au
+lieu d'entrer en pourparlers avec Hugues, ils se jetèrent sur
+Saint-Quentin qu'il retenait, d'après eux, indûment. La ville fut
+obligée de se rendre. Herbert, craignant de n'être pas en mesure de
+conserver une si difficile conquête, son ancienne capitale, dont il
+avait éprouvé à deux reprises l'attachement douteux, n'hésita pas à
+laisser des étrangers raser la forteresse. Ce succès avait à ce point
+mis en haleine ses alliés (_amici_) qu'ils parlaient maintenant
+d'attaquer Laon. Il fallut l'intervention royale pour les en
+détourner[285].
+
+Après sa femme, Raoul perdit son frère. Boson avait pris part à
+l'expédition lorraine contre Hugues. Le 13 septembre, selon un
+diplôme, il s'était rencontré avec le roi à Attigny[286]. Peu après il
+mourut et fut enseveli en l'abbaye royale de Saint-Remy de Reims, à
+laquelle il avait jadis concédé Domrémy[287]. C'était un précieux
+auxiliaire de Raoul et un utile représentant des intérêts français en
+Lorraine qui disparaissait.
+
+La paix intérieure, rétablie à grand'peine, faillit être troublée par
+une nouvelle invasion des Normands de la Loire. Les habitants du Berry
+et de la Touraine parvinrent heureusement à les arrêter[288]. Vers le
+même temps, Artaud réunissait un synode de sept évêques à Fismes, en
+l'église Sainte-Macre, pour aviser aux moyens de faire cesser
+définitivement les brigandages[289]. L'ère des luttes féodales
+semblait enfin close. Maintenant le rôle du roi devait être différent.
+Après douze années d'efforts, Raoul déclare dans un diplôme délivré le
+13 septembre 935, à Attigny, qu'il entend désormais se vouer à
+l'administration paisible de son royaume et qu'il compte maintenir ses
+sujets dans le devoir par la confiance et non par la force des armes.
+Ce curieux document renferme en outre une concession du donjon royal
+d'_Uxellodunum_, en Quercy, au monastère de Tulle: la forteresse
+édifiée jadis pour résister aux Normands devait être rasée, afin
+qu'elle ne pût dorénavant servir à des entreprises hostiles, après la
+pacification définitive du midi[290].
+
+Il ne fut pas donné à Raoul de gouverner en paix ni de jouir bien
+longtemps du fruit de ses efforts. Il tomba malade en automne, et
+retourna souffrant dans son duché[291]. Le 12 décembre, il était à
+Auxerre où il confirmait diverses concessions du comte Geoffroi de
+Nevers à son évêque Tedalgrinus[292]: il y expira le 14 ou le 15
+janvier suivant[293]. On ignore son âge, mais il devait être encore
+jeune, quoique épuisé par treize années de luttes presque sans trêve.
+Conformément à son désir, il fut inhumé à Sainte-Colombe de Sens.
+Comme l'église venait d'être incendiée au cours de troubles récents,
+ce ne fut que le 11 juillet que ses restes furent ensevelis au milieu
+du choeur, auprès de ceux de son père, qui reposaient dans la crypte
+de Saint-Symphorien, et de ceux du roi Robert, à droite de
+l'autel[294]. Le roi Louis d'Outre-Mer, couronné le 19 juin, ayant
+séjourné à Auxerre le 25 et le 26 juillet, semble avoir dû assister
+avec Hugues le Grand aux funérailles de son prédécesseur. Raoul avait
+légué au monastère de Sainte-Colombe une partie de sa fortune privée,
+sa couronne d'or enrichie de pierres précieuses et le superbe mobilier
+de sa chapelle comprenant des ornements d'autel, des calices, des
+reliquaires et des manuscrits. Ce trésor fut longtemps l'orgueil de
+l'abbaye. Malheureusement, en 1147, l'abbé Thibaud emporta la couronne
+de Raoul à la seconde Croisade, et comme il mourut en Orient, cette
+magnifique pièce d'orfèvrerie fut irrémédiablement perdue[295].
+
+D'après l'auteur de la Chronique de Saint-Bénigne de Dijon et Aubry de
+Trois-Fontaines, Raoul aurait eu un fils appelé Louis[296]. Un diplôme
+de sa mère Adélaïde, daté de 929, où il est question d'un Louis «son
+petit-fils» (?), _Ludovicas repos_, paraît bien venir confirmer ces
+assertions[297]. En tout cas, cet enfant était mort avant son père,
+puisque le décès de Raoul amena une restauration carolingienne, le
+rappel d'outre mer du fils de Charles le Simple, nommé lui aussi
+Louis.
+
+Un trait psychologique est intéressant à relever: c'est la persistance
+avec laquelle, même dans les régions où l'on avait le plus longtemps
+refusé de reconnaître la suzeraineté de Raoul, on continua pendant
+plusieurs mois à dater les actes en prenant pour point de départ le
+jour de sa mort. On ignora ainsi volontairement la restauration du
+jeune rejeton de cette dynastie carolingienne, à l'égard de laquelle
+on avait affecté jadis une si inébranlable fidélité, parce que la
+fiction d'un interrègne semblait à présent le meilleur prétexte aux
+revendications d'indépendance. On conçoit qu'en face d'un tel état
+d'esprit, conséquence directe du mouvement féodal, et après avoir eu
+sous les yeux l'exemple des extraordinaires difficultés du règne de
+Raoul, Hugues le Grand n'ait pas osé briguer la succession du roi
+défunt et qu'il ait préféré se mettre à la tête du parti qui rappela
+le jeune Louis, son propre neveu par alliance.
+
+
+
+
+CONCLUSION
+
+Sur Robert il est impossible de formuler aucune opinion, tant sa
+carrière a été promptement brisée. Nous nous bornerons à enregistrer
+qu'après avoir été très sévèrement jugé par ses contemporains, il est
+devenu un héros épique sous le nom de Robert de Montdidier[298]. Les
+appréciations qu'on a formulées au sujet de Raoul ne sont pas toutes
+concordantes. Pour les uns c'est un usurpateur, et par suite
+l'universalité de ses actes est comprise dans la même réprobation
+générale. Pour les autres, au contraire, ses qualités personnelles en
+font une figure sympathique à tous les égards. Il est incontestable
+que sa valeur militaire suffit à le mettre hors de pair. Dans les
+nombreuses luttes qu'il eut à soutenir, il paya toujours de sa
+personne, et il fut grièvement blessé en combattant les Normands. Il
+semble même, à dire vrai, que son audace soit allée souvent jusqu'à la
+témérité, et que son instinct guerrier une fois déchaîné ne fût pas
+exempt d'une certaine cruauté.
+
+S'il se montra d'une bravoure accomplie en un siècle où la vaillance
+était la première des vertus, il n'en posséda pas moins à un haut
+degré les qualités nécessaires pour gouverner. Il était versé dans les
+lettres[299]. Les chroniqueurs contemporains ont loué sa dévotion et
+sa générosité envers les églises, ce qui, sous la plume d'écrivains
+ecclésiastiques, signifie qu'il sut faire des largesses utiles à son
+influence et comprit les nécessités matérielles de son temps. Les
+abbayes de Sainte-Colombe de Sens et de Saint-Germain d'Auxerre, dont
+il était avoué, les églises d'Autun, d'Auxerre[300] et d'Orléans[301],
+les abbayes de Saint-Martin de Tours[302], de Saint-Benoît-sur-Loire[303],
+de Tulle[304] et de Cluny[305] furent comblées de ses dons. Il se montra
+toujours protecteur de la justice et de l'ordre, suivant les traditions
+de son père Richard, qu'on a précisément surnommé le «Justicier»[306].
+Aussi est-ce à lui que s'adressa le pape Jean X pour faire restituer à
+l'abbaye de Cluny les domaines occupés par Guy, abbé de Gigny, en
+violation du testament de Bernon[307].
+
+Toujours prêt à combattre contre des difficultés sans cesse
+renaissantes, il déploya une admirable activité, pendant les douze
+années que dura son règne. Sa fermeté, sa constance et aussi son
+savoir-faire se trouvent amplement décelés par les circonstances de sa
+vie. Il est loin d'égaler le politique sans scrupule qu'est Herbert de
+Vermandois; mais il sait se tracer une ligne de conduite et exécuter,
+malgré les obstacles, un plan arrêté à l'avance. La manière dont il se
+servit de son frère Boson, en Lorraine et en Provence, et les phases
+diverses de sa lutte contre Herbert, admirablement menée après
+quelques hésitations au début, en apportent la démonstration la plus
+limpide.
+
+On a très justement mis en parallèle Raoul avec ses contemporains, les
+souverains allemands Conrad de Franconie et Henri de Saxe, et on a
+observé que la comparaison ne lui était en rien défavorable[308]. S'il
+fut moins heureux que le second, dont le fils Otton le Grand put
+recueillir l'héritage et l'accroître, du moins arriva-t-il à faire
+reconnaître partout sa souveraineté, ce à quoi le premier ne put
+jamais parvenir.
+
+L'oeuvre de Raoul fut difficile principalement à cause du régime
+social de son royaume, où la féodalité en se constituant avait
+déterminé l'anarchie. Les intérêts particularistes des seigneurs,
+opposés les uns aux autres, rendaient extrêmement ingrate la tâche
+d'un roi féodal, dont l'autorité dépendait du concours des grands
+vassaux. La soif d'accroissement d'Herbert de Vermandois amena sa
+rupture avec Raoul. Le fils de Robert Ier, Hugues, fut d'abord
+entraîné par lui contre un suzerain trop peu docile qu'il regretta
+naturellement très vite de s'être donné; il ne se rapprocha de Raoul
+que lorsqu'il le vit suffisamment affaibli et qu'Herbert devint
+dangereux pour lui-même. Les grands avaient espéré, en créant roi le
+duc de Bourgogne, régner à sa place et s'en servir comme d'auxiliaire
+contre les Normands, et ils se heurtèrent à la volonté d'un homme
+autoritaire et actif qui entendait gouverner autrement que de nom. Ils
+s'aperçurent qu'ils s'étaient donné un maître et ils éprouvèrent bien
+vite que le pouvoir royal entre les mains d'un roi élu par eux était
+devenu plus fort qu'entre celles d'un dynaste affaibli. Toutefois à un
+point de vue plus élevé, le choix de Raoul avait été excellent au
+moment où s'ouvraient les successions de Lorraine et de Provence,
+puisqu'il était allié aux familles royales de ces pays, que son frère
+Boson y était possessionné et épousa même la petite-fille de Lothaire
+II de Lorraine, nièce de Hugues de Provence.
+
+La difficulté de la tâche de Raoul était encore accrue par la rivalité
+du roi de Germanie en Lorraine. Celui-ci avait affaire à une féodalité
+moins développée et, partant, plus aisée à dominer. En dehors des
+grands feudataires laïques et ecclésiastiques, il ne semble pas qu'il
+y ait eu alors en Germanie le même esprit d'indépendance dans cette
+classe turbulente des comtes et vicomtes désireux de s'accroître, qui
+empêcha même un moment Raoul d'être assuré de la soumission de son
+propre duché. Il est vrai que pour satisfaire les goûts belliqueux et
+les appétits insatiables de tous ces féodaux, Raoul ne disposait pas,
+comme Henri l'Oiseleur, de nouveaux territoires conquis sur les
+Slaves. Il n'avait que les rares débris d'un domaine royal tellement
+ébréché par ses prédécesseurs qu'il comprit la nécessité de le
+sauvegarder à tout prix.
+
+C'était la troisième fois qu'un roi désigné par une élection véritable
+parvenait au trône de France. Cette royauté féodale naissante nous est
+en somme très mal connue, faute de documents. Il semble qu'elle
+puisse être ainsi définie: un suzerain choisi par l'élection des
+grands et consacré par l'onction religieuse, qui est le seigneur des
+seigneurs et dont tous les sujets sont considérés comme les vassaux.
+Elle paraît dépouillée de presque toutes les prérogatives de la
+souveraineté. Les mesures générales prises par le roi, levées d'hommes
+ou d'argent, ont un caractère exceptionnel et transitoire. Il n'y a
+plus d'armée royale, plus d'impôts, plus de dîmes, plus de justice
+royale. Nous assistons à l'abandon successif du droit régalien de
+battre monnaie en faveur des grands feudataires laïques et
+ecclésiastiques. Enfin il n'existe plus de législation royale édictée
+par des capitulaires: depuis Carloman, on trouve trace uniquement de
+mesures d'ordre privé, prises par de simples diplômes. Néanmoins telle
+était la force des souvenirs récents de la puissance d'un Charlemagne
+ou d'un Charles le Chauve, que le principe de l'unité monarchique,
+contre-poids nécessaire au morcellement féodal, prévalut sur le
+système des anciens partages germaniques, dont Louis le Bègue avait
+encore fait l'application. Cette royauté apparaissait comme un élément
+stable, dans l'anarchie issue de la décomposition d'un ancien
+organisme en ruines et conséquence naturelle des nouveaux phénomènes
+sociaux[309].
+
+Des bords de l'Escaut jusqu'en Navarre, Raoul parvint à faire
+reconnaître sa suzeraineté, grâce â son habile politique et à son
+ascendant moral, fruit de ses victoires sur les Normands qu'il tailla
+en pièces en de rudes batailles, à Chalmont, Estresse, Eu et
+Fauquembergue. Il donnait des actes relatifs au comté de Tournai[310],
+et le seigneur gascon Loup Aznar qui vint lui prêter hommage, du fond
+de la Gascogne, sur sa «rossinante» était, semble-t-il, le propre
+beau-père de Sanche-Garcie[311]. Enfin des monnaies au nom de Raoul
+étaient frappées notamment à Angoulême, Beauvais, Bourges,
+Château-Gaillard, Château-Landon, Châteaubleau, Châteaudun, Chartres,
+Compiègne, Dreux, Etampes, Langres, Laon, au Mans, au Puy, à Meaux,
+Nogent, Nevers, Orléans, Paris, Poissy, Saint-Denis, Sens, Soissons,
+peut-être à Lyon[312].
+
+Le passage de Raoul au pouvoir eut cependant, on ne peut le nier, deux
+résultats fâcheux: la perte de la Lorraine et la reprise des
+hostilités par les Normands. S'il réussit à forcer ces derniers à la
+paix, et s'il parvint à étendre sa suzeraineté sur le Viennois, Raoul
+ne rentra néanmoins en possession de la Lorraine que temporairement
+et ne fut jamais reconnu dans la Marche d'Espagne[313]. Ainsi la
+France se trouva amoindrie, en passant des mains du Carolingien réputé
+«simple», en celles d'un roi féodal choisi par les grands à cause de
+ses brillantes qualités et de sa redoutable puissance matérielle. La
+cause en remonte principalement, il convient de le reconnaître, aux
+perpétuelles intrigues des grands eux-mêmes, surtout à celles
+d'Herbert de Vermandois, homme néfaste qui, toute sa vie, fut le
+mauvais génie de son pays et qui assume, en grande partie, devant
+l'histoire, la responsabilité d'avoir rendu impossible une domination
+française durable en Lorraine ou en Provence[314].
+
+
+APPENDICE
+
+FRAGMENTS INEDITS DE L'ANONYME DE LAON, CONCERNANT HERBERT II, CONTE
+DE VERMANDOIS.
+
+MM. Alexandre Cartellieri et Wolf Stechele viennent de publier une
+excellente édition du texte de la partie de la _Chronique universelle_
+de l'Anonyme de Laon, concernant les années 1151 à 1219[315]. Bien que
+ce soit là le morceau capital et vraiment original de l'ouvrage, il ne
+faudrait pas dédaigner systématiquement tout ce qui précède. Divers
+passages peuvent présenter de l'intérêt sinon au point de vue purement
+historique, du moins au point de vue légendaire. En voici un exemple.
+Ce sont deux extraits relatifs à Herbert II, comte de Vermandois,
+renfermant une quantité de détails précis qu'on ne trouve pas
+ailleurs. On y relève déjà la fameuse anecdote de la pendaison
+d'Herbert, que j'ai signalée ailleurs[316] dans la partie inédite de
+la Chronique de Guillaume de Nangis, dont il est à présumer que
+l'Anonyme est la source. Il est impossible, en l'état des choses, de
+formuler une hypothèse motivée sur la façon dont l'Anonyme a pu réunir
+les renseignements qu'il fournit: en tout cas il paraît bien difficile
+d'admettre qu'il n'ait puisé qu'à la tradition orale.
+
+BIBL. NAT., MS. LAT. 5011, FOL. 104[317]:
+
+«Karolus rex Francorum Robertum, fratrem Odonis, sibi congressum juxta
+Suessionem cum multis suorum interfecit auxilio Lotharingorum.--Anno
+II [regni Henrici]. Hic est annus XXI Karoli qui dictus est Simplex,
+quod (sic) omnes proceres regni regem habent exosum propter quemdam
+Haganonem obscure natum, quem rex habuit consiliarium; qui cum
+injuriatus fuisset Herberto comiti Viromandensium, cui suberat omnis
+terra ab Alhamarla usque Namucum[318], nec rex eidem justiciam
+fecisset, conquestus est cunctis baronibus repli. Postea cum
+interfuisset idem comes curie Aquisgrani, inperator volens ei addere
+terram a Namuco usque Renum, insuper fecit eum prothospatarium inperii
+ut laboraret id perficere, quod rex inperatori faceret hominium. Tunc
+fertur Herbertum respondisse se ista lion debere, presertim cum ipsum
+regem licet sibi exosum non efesticaverat[319]. Inducias querit, regem
+adit, conqueritur nec ei emendatur, set magis ei conviciis injuriatur,
+unde magis contra regem exasperatur. Rediit comes ad imperatorem.
+Congregatur exercitus; non latuit regem neque barones regni. Comes
+vero Tiebaldus Blesensis non odiosi regis amore set regni affuit regi;
+et cunctis tocius regni navibus et naviculis Parisius adductis, ne
+transitus fluviorum hostibus pateret[320], et tradito sibi sigillo
+regio, scripsit comes memoratus cunctis regni proceribus sigillatim ne
+in tali articulo deessent corone, quod fieret eis et eorum posteris
+obprobrium sempiternum. Quid multa? Aderant[321] omnes, sed interim
+inperator Parisius venit. Fit colloquium inter comites Herbertum et
+Theobaldum, et dato Herberto signo utrum Francorum excercitus venturus
+esset necne, quisque ad suum regem revertitur. Statuto vero die et
+hora fuit uterque in loco sibi ante prefixo, Secane fluvio
+interfluente. Tunc comes Theobaldus, secundum signum quod inter se
+fecerant, erecta virga, quam manu portabat in altum, deinde submissam
+viriliter fregit et frustra in Secanam projecit. Tunc cogito exercitus
+et baronum adventu, Herbertus sucgesit inperatori ut recederet.
+Inperatore reverso, obsedit rex Herbertum infra Peronam, qui locus
+_Cignorum Mons_ vocabatur[322], quem pro tutiori loco tocius terre sue
+habebat, obi proceres suos cum rebus sibi caris adesse fecerat.
+Obsidione per aliquot dies perdurante, diffidunt obsessi de viribus
+suis et ciborum penuria. Rex vero, procerum [fol. 104, v°] consilio
+cummunicato, Herbertum nec salvo ejus honore nec ad misericordiam,
+sicut se obtulerat, recipere volens, obtulit se ad regis voluntatem,
+quod rex cura suis principibus annuit gratanter. Tunc Herbertus, quia
+res promta ei erat, subtili et versuto dolo usus est: «Mi, inquit, rex
+pro meis baronibus, qui in nullo tuam offenderunt majestatem, rogo ne
+vulgi manibus tradantur. Est enim servorum condicio semper nobilitati
+contraria. Benefaciens principibus tuis donativa hec tam grata, pro
+inpensa libi gratia et eorum laboribus recompensa.» Tunc principes,
+hac pollicitatione cecati, collaudant viri consilium. Eliguntur de
+primoribus usque ad quinquaginta qui cum rege municionem ad dividenda
+inter se spolia intraverunt. Set Herbertus, non immemor doli a se
+excogitati, armatorum manum de abditis exire jussit et regem cum
+omnibus castrum ingressis cepit et custodire mancipavit. Que res cum
+innotuisset exercitui qui foris regressum suorum precelabatur, velut
+grex bestiarum sine pastore collectis sarcinulis suis nimio neglectis
+discedunt. Fuerunt cum rege sublimes principes [Willelmus][323] dux
+Normannie, [Conanus][324] dux Britannie, [Willelmus][325] dux
+Aquitanie, [Amphusus][326] dux Narbonensis provincie, [Odo][327] dux
+Burgundie, comites [Fulco][328] Cenomannensis, [Galfridus][329]
+Andegavensis, [Arnaldus][330] Engolismensis, Hugo[331] Campanensis,
+Richardus[332] Pontuensis, Hugo[333] Parisiensis, Theobaldus[334]
+Blesensis. Barones vero erant cum rege quamplurimi. Hos omnes
+allocutus est Herbertus, cum esset sub ejus custodia, dicens se nullum
+rancorem ad eos tenere, set tamen adversus regem, et, si vellent se ei
+prestare caucionem juratoriam quod super hoc facto de cetero contra
+eum arma non producerent nec ferri facerent, muneratos eos ad propria
+remitteret. Juraverunt omnes arma contra eum nunquam conrepturos, ad
+propria sunt restituti.
+
+Solus vero sub custodia tenebatur rex simplex. Argrina[335] vero, cum
+Ludovico filio vix quinquenni, ad patrem suum reversa est in Angliam.
+Radulfus quidam, assencientibus sibi quibusdam de primoribus regni,
+coronatur. Interca rex de custodia elapsus, ad lapidem qui usque hodie
+extra Peronam erectus servatur ob memoriam[336] veniens, cepit
+deliberare quo se verteret, sciens se nullum fidum habere amicum.
+Tandem cogitante illo quod per neminem alium tam de facili posset
+regnum recuperare quam per Herbertum, [fol. 105] si vellet ejus
+misereri, reversus est ad custodes a quibus evaserat. Illi recognito,
+de vita sua timentes si forte iterato evaderet, mandaverunt ut alios
+regi provideret custodes. Comes autem adveniens, de evasione regis
+furens, ipsum enervavit. Rex autem pre dolore nimio infra breve tempus
+mortuus est Perone exul et martir.»
+
+FOL. 105, v°-106.
+
+«Ludovicus, rex Francorum, omnibus modis laboravit gratiam principum
+regni Francorum obtinere et maxime Hereberti, comitis Viromandorum.
+Hic, primo anno Ottonis imperatoris, curiam quam sollempnem apud
+Laudunum tenuit. Cui ad mandatum et ad preces regis omnes proceres
+regni interfuerunt, exceptis paucis qui se litteris suis excusaverunt.
+Cumque omnes cum rege una essent in loco, ecce quidam brevigerulus in
+modum cursoris apte aptatus, sicut rex ipse elam aliis ordinaverat. Is
+ingeniculatus ad pedes regis, palam omnibus, quasi de Anglia tunc
+advenisset, regem ex parte avi sui regis Anglorum[337] salutavit. Rex
+vero ex nomine nuncium resalutavit. Erat ei nomen Galopinus[338], et
+data regi epistola et a cancellario lecta subrisit rex, dicens:
+«Revera dubium non est Anglos sensu esse pueriles et fatuo, nec id
+mirum cum extra mundum conversentur[339]!» Tunc principibus de re
+querentibus, ait rex: «Avus meus rex hec mandat: Quidam rurestris homo
+dominum suum invitavit ad epulas et eum infra domum suam morte
+ignobili jugulavit. Querit igitur per vos, o proceres Francie, quod
+sit mortis genus ceteris magis probrosum, quo moriatur qui hoc fecit.»
+Comes vero Theobaldus Blesensis, ceteris sensu et in dandis consiliis
+clarior, rogatus sic ait: «Non est, meo judicio, inter mortes, que
+magis heredibus et amicis in obprobrium vertatur sempiternum, quam
+interire suspendio.» Hanc vero comitis sentenciam cum omnes et ipse
+comes Herebertus approbassent, prosilientes armati qui aderant a rege
+ordinati, arreptum eum in monte quodam, jubente rege, suspenderunt,
+sic dicente rege ad eum: «Tu dominum tuum patrem meum rege[m]
+invitasti, et infra domum tuam ignominiose occidisti, nunc recipe quod
+meruisti.» Mons vero, in quo suspensus interiit, usque in hodiernum
+diem _Mons Herberti_ appellatur.»
+
+
+
+
+
+FOOTNOTES:
+
+[Footnote 285: Flod., _Ann._, a. 935; E. Lemaire, _Essai sur l'hist.
+de Saint-Quentin_, _loc. cit._, p. 281.]
+
+[Footnote 286: _Recueil des historiens de France_, IX, 580.]
+
+[Footnote 287: Flod., _loc. cit._; Varin, _Archives législatives de
+Reims_, II, 1, p. 169, note.]
+
+[Footnote 288: Flod., _Ann._, a. 935. Cette invasion normande en Berry
+a pu être confondue par l'auteur du _Chron. Dolense_ avec l'invasion
+hongroise qui eut lieu deux ans après dans la même région. Voy.
+ci-dessus, p. 75, n. 4.]
+
+[Footnote 289: Flod., ibid. et _Hist. eccl. Rem._, IV, 25.]
+
+[Footnote 290: _Recueil des historiens de France_, IX, 580; Justel,
+_Hist. de la maison de Turenne_, pr., P. 16, Ce document d'une forme
+assez insolite n'est connu que par une copie.]
+
+[Footnote 291: Flod. _Ann._, a. 935.]
+
+[Footnote 292: _Recueil des historiens de France_, IX, 581; R. de
+Lespinasse, _Le Nirvernois et les comtes de Nevers_, t. I, p. 174.]
+
+[Footnote 293: Flod., _Ann._, a. 936; _Hist. eccl. Rem._, IV, 24;
+Richer, I, 65; Adon, _Contin. altera_, au 14 Janvier; _Ann. Floriae._,
+a. 936; _Hist. Francor. Senon._, au 15 janvier; _Ann. S. Germani
+Paris._, a. 942, _S. Medardi Suession. S. Quintin. Veromand._, a. 936
+(_M.G.h., Scr._, II, 326, 255; IX, 366; III, 168; XXVI, 520; XVI,
+507); _Ann. S. Columbae Senon._, au 14 janvier (Duru, _Bibl. hist. de
+l'Yonne_, I, 205); nécrologe de Nevers, au 15 janvier et nécrologe
+d'Auxerre au 14 janvier (Lebeuf, _Mém. concernant l'hist. d Auxerre_,
+II, p. 48 et pr., p. 274; nouv. éd., III, 48 et IV, 9); Clarius,
+_Chron. S. Petri Viri Senon._, au 13 janvier (_Rec. des histor. de
+France_, IX, 34); L'obituaire de Sainte-Colombe de Sens fournit la
+date du 12 janvier qui est moins vraisemblable (_Obituaires de la
+province de Sens_, éd. A. Molinier, P. 15): «11 id. jan. Depositio
+domni Rodulfi regis. Hic debet thesaurarius pitantiam sollempnem
+conventui».]
+
+[Footnote 294:_Append. Miracut. S. Germ. Autiss. (Bibl. hist. de
+l'Yonne_, II, 198). Le Psautier de la reine Emma (Mabillon, _De re
+dipl._, p. 200) donne le 11 juillet: «Depositio Rodulfi ineliti regis
+v. idus julii.»--Sur le lieu de sépulture, voy. Quesvers et Stein,
+_Inscriptions de l'ancien diocèse de Sens_, t. II (Paris, 1900, in-4),
+p. 46-47, et Bibl. nat., _Coll. de Champagne_, vol. 43, fol. 114
+verso.]
+
+[Footnote 295: _Ann. S. Columbae, Senon._, a. 1148; _Contin. Adon.
+alt. (M.G.h., Scr._, I, 107; II, 326).]
+
+[Footnote 296: _Chron. S. Benigni Dirion. (Rec. des histor. de
+France_, VIII, 243); Hugues de Flavigny, _Chron._; Aubry de
+Trois-Fontaines, _Chron., (M.G.h., Scr._, VIII, 359; XXIII, 757).]
+
+[Footnote 297: _Recueil des chartes de Cluny_, I, p. 358, n° 379
+(donation de Romainmoutier à Cluny, en 929): «... pro annua germani et
+dulcissimi mei domini Rodulfi regis, harum videlicet rerum largiloris,
+tum vero pro requie domini mei piae memoriae principis Richardi ac pro
+Vuella regina, dehinc pro me et domino Rodulfo rege, filio meo, iitem
+_(sic)_ Rodulfo rege nepote meo, pro aliis quoque filiis meis Hugone,
+Bosone, et _Ludovico nepote_ scilicet et pro coeteris consanguineis
+nostris atque his qui nostro servitio adherent, pro genitore etiam ac
+genitrice mea et domino Hugone, insigni abbate, seu ceteris nostris
+utriusque sexus propinquis ... »]
+
+[Footnote 298: F. Lot, _Études sur le règne de Hugues Capet_, p. 305,
+307 et 327.]
+
+[Footnote 299: Richer (I, 47): «virum strenuum et litteris liberalibus
+non mediocriter instructum».]
+
+[Footnote 300: _Gesta pontificum Autissiodor._, c. 41 et 43 (_Bibl.
+hist. de l'Yonne_, I, p. 362, 378 et 379).]
+
+[Footnote 301: Diplôme royal perdu mentionné dans une bulle de Léon
+VII du 9 janvier 938. Jaffé-Löwenfeld, _Regesta pontif. roman._, n°
+3607.]
+
+[Footnote 302: Bibl. nat., Coll. Baluze, vol. 390, n° 508. Cf.
+Mabille, _La pancarte noire de Saint-Martin de Tours_, n° VI (136).]
+
+[Footnote 303: _Vila S. Odonis_, I. III, c. 8: «Per illud tempus vir
+Elisiardus, qui tune erat comes illustris nunc vero in monastico degit
+habitu, audiens infamiam horum monachorum, proedictam abbatiam a
+Rodulfo rege petiit et accepit, acceptamque patri nostro tradidit»
+(Mabillon, _Acta SS. ord. S. Bened._, saec. V, p. 182). D'après
+Aimoin, _De miraculis S. Benedicti_, II, c. III (éd. de Certain, p.
+100), Raoul tua même de sa main l'usurpateur d'un domaine (Dyé, dans
+l'Yonne, arr. de Tonnerre) dépendant de l'abbaye de
+Saint-Benoît-sur-Loire.]
+
+[Footnote 304: _Recueil des historiens de France_, IX, 578 (diplôme de
+Raoul faisant allusion à un autre diplôme aujourd'hui perdu).]
+
+[Footnote 305: Bruel, _Recueil des chartes de Cluny_, I, _loc. cit._,
+et n° 408 (charte des moines de Cluny faisant allusion à un diplôme de
+Raoul qui semble perdu).]
+
+[Footnote 306: _Chron. S. Benigni Divion._: «Et hoc post mortem
+Richardi ducis qui ab executione justitiae cognomen accepit» (éd.
+Bougaud et Garnier, p. 280).]
+
+[Footnote 307: Jaffé-Löwenfeld, _Regesta_, n° 3578; _Recueil des
+historiens de France_, IX, 217 et 718; cf. E. Sackur, _Die
+Cluniacenser_, p. 67.]
+
+[Footnote 308: Lippert, p. 99.]
+
+[Footnote 309: C. Rayel, C. Plister et A. Kleinclausz, _Le
+christianisme, Les Barbares, Mérovingiens et Carolingiens_ (t. III de
+Lavisse, _Hist. de France_, Paris, 1903, in-8), p. 121 et 437-438; P.
+Viollet, _Hist. des instit. polit. et admin. de la France_, II, p. 22;
+Fustel de Coulanges, _Hist. des instit. pol. de l'anc. France. Les
+transformations de la royauté pendant l'époque carolingienne_, pp.
+697-698. Sur la royauté féodale constituée, voy. Plister, _Robert le
+Pieux_, p. 86-179, et A. Luchaire, _Hist. des instit. monarchiques_,
+2e éd., 1, p. 84, 43 et suiv., _Manuel des instit. franç._, p. 457;
+Glasson, _Hist. du droit et des instit. de la France IV_, p. 487 et
+suiv., V, p. 282; Esmein, _Cours élém. d'hist. du droit français_, p.
+484.]
+
+[Footnote 310: Wauters, _Tabl. chronol. des chartes et diplômes impr.
+concernant l'hist. de la Belgique_, I. 1, p. 338.]
+
+[Footnote 311: J.-F. Bladé, _Origine du duché de Gascogne_ (Agen,
+1897, in-8), p. 37.]
+
+[Footnote 312: Gariel, _Les monnaies royales de France sous la race
+carlovingienne_ (Strasbourg, 1883, in-4.) p. 299 et suiv.]
+
+[Footnote 313: _Marca Hispanica_, col. 386, et Append., col. 846-847.
+Le seul acte où le nom de Raoul apparaisse, concerne le Roussillon: il
+est tiré du cartulaire d'Elne (loc. cit., no LXXII). _Chron.
+Barcinonense (Marca Hisp._, Append., col. 738): «Karolus rex post
+obitum Odonis XXIII annos, III menses. Post cujus obitum non habuerunt
+regem per annos octo.» (Voy. aussi _Espana sagrada_, t. XXIX, p. 199,
+et XLIII, p. 125 et 400, no XVII: Charte du comte d'Urgel Suniaire,
+datée de 934, sixième année après la mort du roi Charles); Bofarull y
+Mascaro, _Los condes de Barcelona rindicados_, t. 1 (Barcelone, 1836,
+in-8) p. 49. Eckel (p. 147) a montré par les dates du Cartulaire
+d'Elne que Raoul ne fut reconnu en Roussillon qu'en 932 et que l'on
+comptait ses années de règne à partir de la mort de Charles le Simple
+(929).]
+
+[Footnote 314: M. Flach, dans _Les origines de l'ancienne France_, t.
+III (Paris, 1904), p. 397, a très exactement caractérisé la politique
+d'Herbert II.]
+
+[Footnote 315: _Chronicon universale Anonymi Landunensis, von 1154 bis
+zum Schluss_ (1219), éd. Alexander Cartellieri et Wolf Slechele.
+Leipzig-Paris, 1909, in-8, 87 pages.]
+
+[Footnote 316: _Le règne de Louis IV d'Outre-Mer_, pp. 296-298. M.
+Longuon vient de fournir tout dernièrement une date de jour pour la
+mort d'Herbert II, le 23 février 943, d'après les obituaires de Reims
+(_Nouvelles recherches sur Raoul de Cambrai_, dans _Romania_, XXXVIII,
+p. 229).]
+
+[Footnote 317: Le même passage se retrouve dans le ms. de Berlin
+Phillipps 144, fol. 99 et suiv.]
+
+[Footnote 318: Il s'agit d'Aumale (Seine-Inférieure, arr. de
+Neufchâtel-en-Bray) et de Namur (Belgique).]
+
+[Footnote 319: Pour _effestucaverat_, abandonner selon la forme
+juridique de la _festuca._ Cf. le passage fourni par le ms. C² de la
+_Chronique_ d'Adémar de Chabannes, 1. III, c. 22(éd. Chavanon, p.
+142), déjà cité plus haut, p. 9, n. 2.]
+
+[Footnote 320: Ce trait est un souvenir de ce que fit Hugues le Grand
+lors de l'expédition d'Otton Ier, en France, en 946. Richer, II, c.
+57; Cf. _Louis d'Outre-Mer_, p. 151. Il y a là une confusion bizarre
+entre l'expédition d'Otton Ier de 946 et l'aide prêtée par les
+Lorrains à Charles le Simple.]
+
+[Footnote 321: Ou _accesserant._ Le manuscrit porte «acerant»
+_(sic)._]
+
+[Footnote 322: Il n'existe pas de lieu dit «Mont-des-Cygnes», à
+Péronne, mais dans les _Virtutes Furesei abbatis Latiniacensis_
+(M.G.h., Scr. _rer. Merov._, IV, pp. 444 et 447) on trouve les
+passages suivants: «praeparabo montem Cygnopum qui Perrona noncupatur»
+et «deduxerunt sanctum corpus ad montent Cygnophum». Sur cette
+dénomination de la colline de Péronne, voy. F.-J. Martel, _Essai hist.
+et chronol. sur la ville de Péronne_ (Péronne, 1860), pp. 3-4 et 9-10;
+Eustache de Sachy, _Essais sur l'hist. de Péronne_, p. 1-2; J.
+Dournel, _Hist. gén. de Péronne_, p. 1. Ce siège de Péronne est un
+souvenir de la lutte entre Raoul et Herbert, de 932 à 935, au cours de
+laquelle Péronne fut assiégée par Hugues le Grand et Gilbert de
+Lorraine.]
+
+[Footnote 323: Il s'agit ici probablement de Guillaume Ier
+Longue-Épée. Les noms propres mis entre crochets ont été biffés sur le
+manuscrit à une date qui semble de peu postérieure à l'époque de la
+transcription. On y remarquera de nombreux anachronismes.]
+
+[Footnote 324: Conan Ier le Tort, comte de Rennes (m. 992).]
+
+[Footnote 325: Peut-être Guillaume tête d'Étoupe, comte de Poitiers,
+ou Guillaume le pieux, comte d'Auvergne.]
+
+[Footnote 326: Pour _Alphonsus_, réminiscence d'Alphonse-Jourdain,
+comte de Toulouse et vicomte de Narbonne (1134-1143).]
+
+[Footnote 327: Ce nom paraît provenir d'une confusion entre Otton de
+Bourgogne (956-965) et Eudes Ier (1078-1102).]
+
+[Footnote 328: Foulques Ier ou Foulques II, comte d'Anjou. Le
+qualificatif de «comte du Mans» qui lui est appliqué est un surnom
+épique.]
+
+[Footnote 329: Geoffroy Ier Grisegonelle devenu de bonne heure, comme
+on sait, un héros épique, qui succéda précisément à Foulques II
+d'Anjou.]
+
+[Footnote 330: Arnaud Bouration, comte de Périgord et d'Angoulême
+(962-975), ou Arnaud Manzer, bâtard de Guillaume Taillefer, qui lui
+succéda (975-1001).]
+
+[Footnote 331: Hugues Ier comte de Champagne (vers 1093-1123).]
+
+[Footnote 332: Il n'y a jamais eu de comte de Ponthieu de ce nom. Ce
+doit être une confusion avec Roger ou Raoul.]
+
+[Footnote 333: Hugues le Grand.]
+
+[Footnote 334: Thibaud le Tricheur, comte de Blois.]
+
+[Footnote 335: Forme fautive pour _Aedgiva._]
+
+[Footnote 336: Il se pourrait que toute la légende rapportée ici fût
+née à l'occasion de cette pierre, comme il est arrivé parfois dans des
+cas analogues.]
+
+[Footnote 337: Édouard Ier l'Ancien, père de la reine-mère Ogive, mort
+avant l'avènement de Louis IV.]
+
+[Footnote 338: Le même nom se retrouve dans Guillaume de Nangis. Il
+signifie précisément «messager».]
+
+[Footnote 339: Sur l'opinion peu favorable que les Français se
+faisaient des Anglais au moyen âge, cf. Ch.-V. Langlois, _Les Anglais
+au moyen âge d'après les sources françaises (Revue historique_, t.
+LII, pp. 298-315).]
+
+
+
+
+TABLE ANALYTIQUE
+
+ A
+
+ ABBON, évêque de Soissons, chancelier de Robert Ier, partisan de
+ Raoul;--à Autun, chancelier de Raoul;--accompagne le roi
+ Raoul;--soutient Herbert II de Vermandois; sollicite à Rome
+ l'approbation de Jean X pour les actes d'Herbert II;--devenu
+ archichancelier royal, perd le vicariat du diocèse de
+ Reims;--remplacé comme archichancelier royal, par Anseïs de Troyes.
+
+ _Aefredus_, voy. AFFRÉ.
+
+ _Acinarius_, voy. LOUP AZNAR.
+
+ _Ad Destricios._ Lieu dit où les Normands sont anéantis par Raoul.
+
+ ADÈLE DE VERMANDOIS, fille d'Herbert II, épouse Arnoul de Flandre.
+
+ ADÉLAÏDE, seconde femme de Louis le Bègue;--mère de Charles le
+ Simple.
+
+ ADÉLAÏDE, fille de Conrad d'Auxerre, épouse Richard le
+ Justicier;--mère de Raoul, roi de France;--charte;--intervient en
+ faveur de Saint-Symphorien d'Autun.
+
+ _Adelelmus._ Charte pour Sainte-Radegonde de Poitiers.
+
+ ADÉMAR, vicomte de Turenne. Fait approuver son testament par Raoul.
+
+ ADÉMAR DE CHABANNES. Son récit des exploits de Guillaume Taillefer.
+
+ ADSON, impétrant d'un diplôme en faveur de Saint-Symphorien
+ d'Autun.
+
+ _Aedgiva_, voy. OGIVE.
+
+ AFFRÉ ou EFFROI, frère de Guillaume II d'Aquitaine, avoué de
+ l'abbaye de Brioude;--occupe Nevers;--succède à Guillaume II, duc
+ d'Aquitaine;--sa mort.
+
+ AIMOIN, chroniqueur. Explication du choix de Raoul;--vante le
+ triomphe de Raoul sur les Normands.
+
+ AIMOIN (Continuateur d'). Son récit du pillage de
+ Saint-Benoît-sur-Loire, par Rögnvald.
+
+ AIRARD, évêque de Noyon. Sa mort.
+
+ AISNE, riv. Charles le Simple la traverse.
+
+ AIX-EN-PROVENCE. Odalric, archevêque.
+
+ AIX-LA-CHAPELLE;--le procès de Bernard d'Italie y est jugé.
+
+ ALAIN BARBE-TORTE, duc de Bretagne;--aidé par les Anglo-Saxons,
+ constitue une principauté féodale en Bretagne.
+
+ _Albamarla_, voy. AUMALE.
+
+ ALDRIC, fidèle de Raoul.
+
+ ALLARD, évêque du Puy, accompagne Guillaume d'Aquitaine près Raoul.
+
+ ALLEAUME, comte d'Arras. Repousse les Normands;--s'empare de Noyon;
+ il est tué dans la basilique;--à sa mort, Arnoul de Flandre prend
+ Arras.
+
+ ALLEAUME, évêque de Laon. Établit des chanoines à Saint-Vincent de
+ Laon.
+
+ ALLOU, comte de Boulogne-Térouanne;--opère avec Raoul contre les
+ Normands;--frère d'Arnoul de Flandre, abbé de Saint-Bertin.
+
+ ALPES. Les Hongrois y sont un instant cernés par Rodolphe II et
+ Hugues de Provence.
+
+ ALPHONSE-JOURDAIN, comte de Toulouse, et vicomte de Narbonne, à la
+ cour royale.
+
+ ALSACE. Charles le Simple et Robert y séjournent.--Voy. SAVERNE.
+
+ AMAURY, rapporte de Rome le _pallium_ à Artaud.
+
+ AMIÉNOIS, pays envahi par les Normands.
+
+ AMIENS. Raoul y est reconnu roi;--menacé par les Normands; dévoré
+ par un incendie;--assiégé par Hugues le Grand qui reçoit des otages
+ de la garnison d'Herbert II.
+
+ ANGERS. Raoul y est reconnu;--Cathédrale et Saint-Aubin,
+ cartulaires.
+
+ ANGLAIS. Opinion des Français sur leur caractère.
+
+ ANGLETERRE. La reine Ogive s'y réfugie avec son fils Louis.
+
+ ANGLO-SAXONS.
+
+ ANGOULÊME. Guillaume Taillefer, comte; les moines de Charroux s'y
+ réfugient;--monnaie de Raoul;--comté.
+
+ ANGOUMOIS, pillé par les Normands.
+
+ ANJOU. Comté.
+
+ ANNALES. Voy. au nom d'auteur ou de provenance et les notes au
+ texte.
+
+ ANONYME DE LAON. Fragments inédits de sa chronique relatifs à
+ Herbert II de Vermandois.
+
+ ANSE, en Lyonnais. Raoul y séjourne.
+
+ ANSEAU, vassal de Boson, châtelain de Vitry, reçoit Coucy d'Herbert
+ II.
+
+ ANSEÏS, évêque de Troyes, à Autun, près de Raoul;--lutte coutre
+ Rögnvald;--blessé à Chalmont;--dans un diplôme pour
+ Montiéramey;--intervient dans un diplôme de Raoul comme
+ archichancelier.
+
+ ANSELME, évêque d'Autun. Acte de donation approuvé par Raoul.
+
+ ANSGARDE, première femme de Louis de Bégue.
+
+ AQUITAINE. Duché;--soumise à Charles;--tactique des seigneurs de ce
+ pays à l'égard de la royauté;--transfert du titre de duc à la
+ maison de Poitiers; pillée par les Normands;--reconnaît Raoul comme
+ roi.
+
+ ARCIAT, sur la Saône, Raoul s'y arrête.
+
+ ARCY (Saône-et-Loire).
+
+ ARGENTEUIL. (Seine-et-Oise) Obituaire.
+
+ ARGENTEUIL, en Tonnerrois. Défaite des Normands.
+
+ _Argrina_, forme fautive pour _Aedgiva._ Ogive, femme de Charles le
+ Simple.
+
+ ARLES. Comté. Appartient à Boson, du chef de sa femme Berthe.
+
+ ARLES (Royaume d'). Son origine;--Rodolphe II, roi.
+
+ ARNAUD BOURATION, comte de Périgord et d'Angoulême, à la cour
+ royale.
+
+ ARNAUD MANZIER, bâtard de Guillaume Taillefer, à la cour royale.
+
+ ARNOUL, marquis de Flandre. Opère avec Raoul contre les
+ Normands;--les Normands veulent s'en venger;--enlève Mortagne à
+ Roger de Lion;--s'empare d'Arras;--épouse Adèle de Vermandois;
+ occupe Arras; entre en possession de Boulogne et Térouanne et
+ devient abbé de Saint-Bertin, à la mort d'Allou.
+
+ ARRAS. Le comte Alleaume repousse les Normands;--menacé par les
+ Normands;--assiégé par Raoul;--Arnoul, marquis de Flandre, s'en
+ empare à la mort du comte Alleaume;--pris par Arnoul de Flandre.
+
+ ARSONCOURT.
+
+ ARTAUD, élu archévèque de Reims;--réunit un synode pour excommunier
+ Milon de Châlons;--moine de Saint-Remy, se rend auprès de Hugues le
+ Grand;--archevêque de Reims, accompagne Raoul au siège de
+ Château-Thierry et Hugues le Grand à la prise de Roye;--réunit un
+ synode à Fismes.
+
+ ARTOIS, pays envahi par les Normands.
+
+ ATHELSTAN, oncle de Louis IV, le reçoit à sa cour.
+
+ ATTIGNY. Charles le Simple s'y rend;--résidence royale;--plaid
+ décidant une expédition en Lorraine;--fisc royal, rendu par Raoul à
+ Charles le Simple;--Raoul s'y rend et envoie de là Hugues le Grand
+ en ambassade auprès d'Henri 1er;--Raoul y réside;--Raoul y donne un
+ diplôme.
+
+ AUBRY DE TROIS-FONTAINES. Sa chronique--attribue un fils à Raoul.
+
+ AUMALE, _Albamarla_, limite des domaines d'Herbert II.
+
+ AURILLAC. Charte de Frolard pour cette ville.
+
+ AUTUN. Église, chartes de Raoul;--Walon, évêque;--comté de Raoul,
+ début de son règne;--Saint-Martin, abbaye; Eimon abbé; dépendances
+ en Viennois et Provence; ses privilèges;--Saint-Symphorien, Hermoud
+ prévot;--Raoul y séjourne;--Saint-Andoche.
+
+ AUVERGNE. Maison comtale;--a pour dépendances le Velay et le
+ Gévaudan;--reconnaît la suzeraineté de Raoul;--comté.
+
+ AUXERRE. Relations de ses vicomtes avec le duc de
+ Bourgogne;--Rainard vicomte;--monastère Saint-Germain: la reine,
+ Emma lui enlève la _villa Quinciacum_;--Raoul y donne un diplôme à
+ son fidèle Allard;--Raoul y confirme des concessions de Geoffroi de
+ Nevers à l'évêque _Tedalyrinus_;--Louis IV y séjourne avec Hugues
+ le Grand;--monastère de Saint-Germain, Raoul en est avoué.
+
+ AVALLON. Comté de Raoul;--château, enlevé au comte Gilbert par la
+ reine Emma.
+
+ AVIGNON, Comté. Appartient à Boson, du chef de sa femme, Berthe.
+
+ AVRANCHIN, pays cédé par Raoul aux Normands.
+
+ AZNAR, voy. Loup Aznar.
+
+ BAUDOIN II LE CHAUVE. Ses fils;--hostile à Herbert II.
+
+ BEAULIEU. Cartulaire;--chartes datées des années de Raoul.
+
+ BEAUVAIS. Heudegier, évêque;--monnaie de Raoul.
+
+ BEAUVAISIS, pays envahi par les Normands.
+
+ BÉATRICE DE VERMANDOIS, mère de Hugues le Grand.
+
+ BENNON, évêque de Metz, successeur de Guerri.
+
+ BENOÎT (Saint) Miracles;--son apparition à Rögnvald;--reliques
+ portées à Saint-Benoît-sur-Loire pendant l'invasion normande.
+
+ BÉRENGER, empereur. Son intervention sollicitée en faveur de
+ Charles le simple; sa mort.
+
+ BÉRENGER, comte du _pagus Lommensis_. Se brouille avec Gilbert, son
+ beau-frère.
+
+ BERNARD, comte (de Senlis?), cousin d'Herbert II de
+ Vermandois;--aurait été de bonne foi en trompant le roi Charles.
+
+ BERNARD D'ITALIE, aïeul d'Herbert II de Vermandois;--sa révolte
+ contre Louis le Pieux et sa mort.
+
+ BERNOIN, évêque de Verdun, neveu de Dadon.
+
+ BERNON, abbé de Cluny. Testament.
+
+ BERRY. Raoul y est reconnu;--pays restitué par Raoul à Guillaume II
+ d'Aquitaine;--invasion hongroise;--les habitants repoussent les
+ Normands.
+
+ BERTHE, comtesse d'Arles et d'Avignon, nièce de Hugues de Provence;
+ épouse Boson, frère de Raoul.
+
+ BESSIN, pays cédé par Hugues le Grand aux Normands;--les habitants
+ attaquent les Normands de la Seine;--habitants.
+
+ BEUVES, évêque de Châlons. Soutient Herbert II;--chassé par
+ Boson;--condamné à la destitution;--rétabli sur son siège par la
+ faveur de Hugues le Grand;--Raoul lui rend son évêché d'accord avec
+ Hugues le Grand.
+
+ BÉZIERS. Chartes y constatant l'interrègne.
+
+ BLANDIGNY. Annales.
+
+ BLOIS. Raoul y est reconnu:--Saint-Lomer, monastère, reçoit de
+ Raoul l'église Saint-Lubin;--comté.
+
+ BONN (Traité de), entre Charles le Simple et Henri l'Oiseleur.
+
+ BOSON, frère cadet de Raoul;--son partisan;--prête l'hommage à
+ Raoul;--tue Ricoin malade, pour s'emparer de Verdun;--épouse
+ Berthe, comtesse d'Arles et d'Avignon;--ennemi d'Otton, fils de
+ Ricoin;--obligé de reconnaître la suzeraineté d'Henri Ier;--conclut
+ la paix avec Henri Ier; se réconcilie avec Gilbert de
+ Lorraine;--s'empare de domaines des évêchés de Verdun et Metz;
+ assiégé dans _Durofostum_ par Henri Ier;--s'empare de
+ Chelles;--rentre dans Vitry, et prend Monzon; s'allie à Gilbert de
+ Lorraine et à Hugues le Grand contre Herbert II; a pour vassal
+ Anseau de Vitry; compris dans un accord entre Hugues le Grand et
+ Herbert II;--se brouille avec Gilbert de Lorraine qui lui prend
+ _Durofostum_;--se soustrait à la suzeraineté d'Henri Ier beau-père
+ de Gilbert;--accompagne Raoul au siège de Reims;--époux de Berthe,
+ nièce de Hugues, possède Arles et Avignon;--se soumet à Henri Ier
+ qui lui rend presque tous ses domaines;--prend part a l'expédition
+ lorraine contre Hugues le Grand; se rencontre avec Raoul à Attigny;
+ concède Domrémy à Saint-Remy de Reims; y est enseveli;--sa femme
+ est petite-fille de Lothaire II de Lorraine, nièce de Hugues de
+ Provence.
+
+ BOSON, roi de Provence. Oncle de Raoul, roi de France;--fils de
+ Thierry d'Autun;--son royaume.
+
+ BOUFFIGNEREUX, près de Laon. Les troupes royales y campent.
+
+ BOULOGNE.--Généalogie des comtes;--occupé par Arnoul de Flandre.
+
+ BOULONNAIS. Littoral ravagé par la flotte normande.
+
+ BOURGES. Pris par Raoul de Bourgogne;--monnaie de Raoul.
+
+ BOURGOGNE. Duché;--maison ducale; alliée à Robert;--royaume
+ indépendant sous Rodolphe Ier;--les moines de Montiérender s'y
+ réfugient;--Raoul y est reconnu roi--pouvoir ducal de Raoul;--Raoul
+ y séjourne;--Herbert II s'y rend;--faveurs de Raoul pour les
+ abbayes de ce pays;--échappe aux pillages normands;--des
+ contingents en sortent pour rallier l'armée de Raoul.
+
+ BOURGUIGNONS. Luttent contre les Normands à Chalmont.
+
+ BRAISNE-SUR-LA-VESLE. Enlevé par Hugues à l'archevêque de Rouen,
+ Gonthard; pris et détruit par Herbert II.
+
+ BRÊLE, fl. côtier.
+
+ BRETAGNE. Indépendante sous Alain;--soumise à Charles;--dans
+ l'anarchie;--cession faite par Robert à Rögnvald non exécutée.
+
+ BRIARE. Raoul y confirme les privilèges de Cluny.
+
+ BRIE. Comté. Raoul y est reconnu.
+
+ BRIOUDE. Abbaye Saint-Julien; Affré en est avoué;--dates des
+ chartes;--cartulaire.
+
+ C
+
+ CAHORS. Frotard vicomte;--chartes datées des années de Raoul, 50.
+
+ CALAIS (Saint). Translation de ses reliques à Saint-Lomer de Blois.
+
+ CAMBRAI. Évêques;--Isaac comte;--Gilbert de Lorraine y tient un
+ plaid.
+
+ CARCASSÈS. Possessions de l'abbaye de Montolieu situées dans ce
+ pays.
+
+ CARLOMAN, roi de France;--sa mort;--le dernier capitulaire date de
+ son règne.
+
+ _Carolingicae domus genealogia_.
+
+ CHALMONT (Seine-et-Marne). Défaite des Normands.
+
+ CHÂLON-SUR-SAÔNE. (comté). Début du règne de Raoul;--Bernard
+ d'Italie s'y rencontre avec Louis le Pieux;--Raoul y séjourne avec
+ toute sa cour;--diplômes de Raoul datés de cette ville.
+
+ CHALONNAIS. Dépendances de Tournus, sises dans ce pays.
+
+ CHÂLONS-SUR-MARNE. Cartulaire.
+
+ CHAMPAGNE. Comté.
+
+ CHARLEMAGNE. S'associe son second fils Louis le Pieux;--diplôme
+ pour Marmoutier;--son souvenir.
+
+ CHARLES-CONSTANTIN, bâtard de Louis l'Aveugle, comte de
+ Vienne.--Rentre en possession de Vienne;--comte de Vienne au mépris
+ des droits d'Eudes de Vermandois; se soumet à Raoul;--reçoit Raoul
+ comme suzerain à Vienne.
+
+ CHARLES LE CHAUVE. Oncle de Raoul;--épouse Richilde; aïeul des
+ comtes de Flandre;--diplôme pour Marmoutier;--son souvenir.
+
+ CHARLES LE GROS, empereur.
+
+ CHARLES LE SIMPLE. Fils de Louis le Bègue.--parrain de Raoul de
+ Bourgogne; né en 879;--son diplôme en faveur de l'abbaye de
+ Prüm;--prescrit à Étienne, abbé de Saint-Martial de Limoges, de
+ construire deux tours pour résister à Guillaume d'Aquitaine;--fils
+ posthume de Louis le Bègue;--concession à Rollon; signe le traité
+ de Bonn;--s'enfuit en Lorraine; en revient avec des troupes; sa
+ défaite à Laon; assiège Chièvremont, repoussé par Hugues le
+ Grand;--lutte à Soissons contre Robert; envoie des messagers à
+ Herbert II et à Séulf;--appelle les Normands à son aide;--reconnu
+ en Normandie, Bretagne et Aquitaine;--délivre des diplômes à Guy de
+ Girone;--reconnu dans le Midi;--fait des démarches inutiles auprès
+ de Séulf;--reconnu en Poitou;--reconnu longtemps dans la Marche
+ d'Espagne;--ses domaines;--envoie des reliques de saint Denis à
+ Henri Ier, avec une ambassade; négocie avec Henri Ier de
+ Germanie;--sa captivité; enfermé à Château-Thierry; se rend à
+ Saint-Quentin avec la députation d'Herbert II;--ses enfants
+ légitimes et naturels;--donation aux Normands de la Seine;--enfermé
+ au donjon de Château-Thierry, puis à Péronne; tiré de sa prison par
+ Herbert II;--Rome intervient en sa faveur;--retourne en
+ prison;--captif à Reims, reçoit la visite de Raoul;--sa mort en
+ captivité à Péronne; enseveli à Saint-Fursy;--a pour tante
+ Rohaut;--sa mort décide le Midi à reconnaître Raoul comme roi.
+
+ CHARROUX, abbaye. Pérégrinations des moines.
+
+ CHARTRES. Défaite des Normands;--Saint-Père, cartulaire;--Raoul y
+ est reconnu;--monnaie de Raoul.
+
+ CHÂTEAUBLEAU. Monnaie de Raoul.
+
+ CHÂTEAUDUN. Monnaie de Raoul.
+
+ CHÂTEAU-GAILLARD. Monnaie de Raoul.
+
+ CHÂTEAU-GAILLOT, à Laon.
+
+ CHÂTEAU-LANDON. Monnaie de Raoul.
+
+ CHÂTEAU-THIERRY. Charles le Simple y est enfermé;--incendie du
+ donjon;--un des derniers réduits d'Herbert II, avec
+ Péronne;--assiégé par Raoul et les archevêques Téotolon et
+ Artaud;--Herbert II y rentre; assiégé à deux reprises par Raoul et
+ Hugues le Grand; abandonné par Herbert II.
+
+ CHELLES, abbaye. Enlevée à Rohaut et concédée par Charles le Simple
+ à Haganon;--occupée par Boson à la mort de l'abbesse Rohaut.
+
+ CHIERS, riv. Henri Ier se rencontre sur ses bords avec Raoul.
+
+ CHIÈVREMONT. Assiégé par Charles, débloqué par Hugues le Grand.
+
+ CHRONIQUE de Saint-Bénigne de Dijon. Attribue un fils à Raoul.
+
+ _Cignorum Mons_, à Péronne.
+
+ CLERGÉ, maltraité par Herbert II à Reims.
+
+ CLUNY, abbaye. Chartes concernant les comtés de Mâcon, Châlon et
+ Autun;--diplômes de Raoul en faveur de ce monastère; son droit de
+ battre monnaie; abbaye dotée par Raoul.
+
+ COLOGNE. L'archevêque s'abstient de reconnaître Raoul.
+
+ COMMINGES. Loup Aznar en aurait été seigneur.
+
+ COMPIÈGNE. Résidence royale;--Raoul s'y rend avec ses
+ troupes;--Raoul y convoque Herbert II;--Raoul y délivre un diplôme,
+ à Saint-Corneille, en faveur de Marmoutier;--monnaie de Raoul.
+
+ CONAN Ier LE TORT, comte de Rennes; à la cour royale.
+
+ CONQUES, en Rouergue, abbaye. Cartulaire; chartes constatant
+ l'interrègne;--actes datés des années du règne de Raoul.
+
+ CONRAD, comte d'Auxerre.
+
+ CONRAD DE FRANCONIE, mis en parallèle avec le roi Raoul.
+
+ CONRAD LE PACIFIQUE, fils de Rodolphe II, roi d'Arles. Épouse
+ Mathilde, fille de Louis d'Outre-Mer.
+
+ CORMICY. Quartier général des troupes royales lors de
+ l'investissement de Reims.
+
+ COTENTIN. Les possessions de Rollon s'y seraient étendues;--cédé
+ par Raoul aux Normands.
+
+ COUCY, dépendance de l'église de Reims. Environs ravagés par la
+ garnison royale de Laon;--donné à Anseau de Vitry par Herbert II.
+
+ COURONNE de Raoul. Son histoire.
+
+ _Cygnophum_, lieu dit à Péronne.
+
+ D
+
+ DADON, évêque de Verdun;--sa mort.
+
+ DALMACE. Intervient dans un diplôme de Raoul pour Montolieu.
+
+ DENAIN. Enlevé à Herbert II par Raoul.
+
+ DENIS (S.). Reliques envoyées par Charles le Simple à Henri Ier de
+ Germanie.
+
+ DÉOLS, monastère. Obtient de Raoul l'immunité, à la requête
+ d'Ebbon.
+
+ _Destricios (Ad)_, Voy. _Ad Destricios_.
+
+ DIJON. Saint-Bénigne;--relations de ses vicomtes avec le duc de
+ Bourgogne;--Manassès, comte;--pris par le comte Boson; assiégé par
+ Raoul.
+
+ DOUAI, repris par Hugues le Grand à Herbert II et concédé par lui à
+ Roger de Laon.
+
+ DREUX. Monnaie de Raoul.
+
+ DUDON DE SAINT-QUENTIN;--prête à Bernard de Senlis un rôle de
+ diplomate.
+
+ _Durofostum_, château sur la Meuse. Boson y est assiégé par Henri
+ Ier;--pris par Gilbert de Lorraine.
+
+ _Dux Francorum_, titre.
+
+ DYÉ (Yonne). Domaine de Saint-Benoît-sur-Loire, restitué à l'abbaye
+ par Raoul.
+
+ E
+
+ EADHILD, fille d'Édouard Ier l'Ancien, roi des Anglo-Saxons. Épouse
+ Hugues le Grand.
+
+ ERBON, seigneur de Déols. Obtient de Raoul l'immunité pour le
+ monastère fondé par lui;--sa mort.
+
+ EBERHARD de Franconie. Intervient en faveur d'Herbert II.
+
+ ÈBLES MANZER, comte de Poitiers. Charte pour l'abbaye de
+ Noaillé;--fils de Renoul II, duc d'Aquitaine;--ne porte pas le
+ titre de duc d'Aquitaine.
+
+ EBRARD, frère d'Héloin de Montreuil. Herbert lui enlève Ham et le
+ fait prisonnier.
+
+ ÉCOLE riv., affl. de la Seine. Les Normands campent auprès.
+
+ ÉDOUARD Ier l'Ancien, roi des Anglo-Saxons, père de la reine
+ Ogive;--son prétendu messager envoyé à Louis IV.
+
+ _Effestucare_, sens de ce mot.
+
+ EFFROI, voy. AFFRÉ.
+
+ ÉGLISE, alliée à Charles le Simple.
+
+ EIMON, abbé de Saint-Martin d'Autun.
+
+ EINSIEDELN, monastère. Annales.
+
+ ELISIARD, comte. Appelle Eudes de Cluny à
+ Saint-Benoît-sur-Loire;--intervient auprès de Raoul en faveur de
+ Cluny.
+
+ ELNE. Chartes y constatant l'interrègne;--Wadaldus
+ évêque;--cartulaire, acte daté du règne de Raoul.
+
+ EMMA, fille de Robert Ier, femme de Raoul;--haute valeur de cette
+ princesse;--son rôle dans l'élection de Raoul;--rejoint Raoul à
+ Autun;--déshéritée par Raoul en faveur de Saint-Remy;--souscrit une
+ précaire de Saint-Martin de Tours;--son courage; elle défend
+ Laon;--abandonne Laon;--enlève le château d'Avallon au comte
+ Gilbert, fils de Manassès de Dijon;--enlève la villa _Quinciacum_ à
+ Saint-Germain d'Auxerre;--intervient dans un diplôme de Raoul en
+ faveur de Cluny;--accompagne Raoul au siège de
+ Château-Thierry;--son psautier;--sa mort, rôle joué par elle.
+
+ ENGRAND, doyen de Saint-Médard de Soissons, élu évêque de Laon.
+
+ ENJEUGER, fils de Foulques d'Anjou. Sa mort.
+
+ ENJORREN DE LEUZE. Combat les Normands.
+
+ EPTE, riv. traversée par Raoul.
+
+ ERMENGAUD, comte de Rouergue, ne reconnaît Raoul qu'en 932;--prête
+ l'hommage à Raoul.
+
+ ERMENJART, impératrice, femme de Louis le Pieux. Son ambassade à
+ Bernard d'Italie.
+
+ ERMENJART, soeur de Raoul de Bourgogne; femme de Gilbert de Dijon.
+
+ ERMENTRUDE, femme de Charles le Chauve.
+
+ ERNAUT de Douai, vassal de Hugues. Passe au parti d'Herbert
+ II;--dépossédé reçoit d'Herbert II Saint-Quentin.
+
+ ESCAUT, fl. Limite septentrionale de la France.
+
+ ESPAGNE. Marche; Charles le Simple y est longtemps
+ reconnu;--n'accepte pas la suzeraineté de Raoul.
+
+ ESTRÉES. Les reliques de saint Genoul y sont déposées. ESTRESSE,
+ près de Beaulieu (Corrèze). Identifié avec _Ad Destricios_, où
+ Raoul battit les Normands.
+
+ ÉTAMPES. Monnaie de Raoul.
+
+ ÉTIENNE, abbé de Saint-Martial de Limoges. Fortifie l'abbaye.
+
+ ÉTIENNE, évêque de Cambrai. Différend avec le comte Isaac.
+
+ EU. Garnison renforcée;--enlevé aux Normands par les
+ Français;--entrevue de Rollon et Guillaume Longue-Épée avec Herbert
+ II;--victoire de Raoul sur les Normands.
+
+ EUDES, roi de France. Frère de Robert Ier;--son accord avec Charles
+ le Simple;--fils de Robert le Fort, élu roi;--couronné par Gautier,
+ archevêque de Sens;--oncle de Hugues le Grand--chartes datées à
+ partir de son décès et;--diplôme pour Marmoutier.
+
+ EUDES Ier DE BOURGOGNE, à la cour royale.
+
+ EUDES DE CLUNY. Appelé à Saint-Benoît-sur-Loire.
+
+ EUDES DE VERMANDOIS, fils d'Herbert II, candidat au comté de
+ Laon;--donné en otage à Rollon;--renvoyé par Rollon;--obtient la
+ Viennoise; semble n'y avoir jamais exercé la moindre autorité.
+
+ F
+
+ FAUQUEMBERGUE. Raoul y est blessé en luttant contre les Normands.
+
+ FÉLÉCAN, chef normand massacré avec ses compagnons par les Bretons.
+
+ FÉODALITÉ. Son développement;--son caractère en France et en
+ Germanie à cette époque.
+
+ FÉTU. Abandon de Charles le Simple «par jet de fétu».
+
+ FISC. Sa diminution.
+
+ FISMES, église Sainte-Macre. Artaud y réunit un synode.
+
+ FLANDRE.--Maison comtale; ses bons rapports avec Robert Ier.
+
+ FLODOARD, annaliste; perd la prébende reçue de l'archevêque de
+ Reims Hervé.
+
+ _Floriacum_, voy. SAINT-BENOÎT-SUR-LOIRE.
+
+ FOLCUIN, chroniqueur. Élection de Raoul;--récit de la capture de
+ Charles le Simple;--date qu'il assigne à la mort de Charles le
+ Simple.
+
+ FOUBERT, comte, porte-enseigne de Charles le Simple. Tue Robert
+ Ier.
+
+ FOULQUES Ier, comte d'Anjou. Charte;--à la cour royale.
+
+ FRANCE. Duché.
+
+ _Francia_.
+
+ FRÉJUS, possession de Saint-Martin d'Autun.
+
+ FRÉRONE, seconde femme de Charles le Simple. Ses quatre filles.
+
+ FROTARD, vicomte de Cahors. Charte pour Aurillac.
+
+ FROTIER II, évêque de Poitiers, reconnaît Raoul.
+
+ _Fulbertus_ voy. FOUBERT.
+
+ G
+
+ GARNIER, comte de Sens. Lutte contre Rögnvald;--sa mort à Chalmont.
+
+ GALOPIN, prétendu messager envoyé par Édouard Ier l'Ancien à Louis
+ IV.
+
+ GASCOGNE. Raoul n'y est reconnu qu'en 932.
+
+ GÂTINAIS, pays.--Les dépendances de l'abbaye de Saint-Paul situées
+ dans ce pays données à Allard par le roi Raoul.
+
+ GAUBERT, abbé de Corbie, élu évêque de Noyon; chassé puis
+ réinstallé et consacré par Artaud.
+
+ GAUTIER, archevêque de Sens. Couronne Eudes puis Robert
+ Ier;--couronne Raoul.
+
+ GEILON, neveu d'Allard, fidèle de Raoul.
+
+ GENOUL. (S.). Reliques portées à Estrées, pendant l'invasion
+ normande.
+
+ GEOFFROY, comte de Nevers. Intervient dans un diplôme de
+ Raoul;--perd _Viriliacum_, secouru par Raoul contre les Aquitains;
+ chargé de négocier une entrevue avec Henri Ier de Germanie;--ses
+ concessions à l'évêque _Tedalgrinus_.
+
+ GEOFFROY Ier GRISEGONELLE, comte d'Anjou; à la cour royale.
+
+ GERRI, monastère. Cartulaire.
+
+ GÉVAUDAN. Comté; suit la politique du duc d'Aquitaine.
+
+ GIGNY, abbaye. Guy abbé, usurpateur des biens de Cluny.
+
+ GILBERT, comte de Dijon, fils de Manassès. À Autun, près
+ Raoul;--neveu de Rainard d'Auxerre, assiège ce dernier à
+ Mont-Saint-Jean;--s'allie au comte Richard, fils de Garnier de
+ Sens; le château d'Avallon lui est enlevé.
+
+ GILBERT, duc de Lorraine, partisan de Robert.--Son attitude à
+ l'égard de Raoul;--refuse de se soumettre à Raoul;--appelle Henri
+ Ier de Germanie en Lorraine;--se brouille avec son beau-frère
+ Bérenger et son frère Renier; lutte contre Isaac de Cambrai; se
+ rapproche de Raoul;--son caractère inconstant; son échec auprès de
+ Raoul;--entre en pourparlers avec les seigneurs français;--prête
+ l'hommage à Raoul;--fils de Renier Ier, duc de Lorraine;--s'allie à
+ Boson et à Hugues le Grand contre Herbert II;--enlève le château de
+ _Durofostum_ à Boson;--vient aider Herbert II contre Raoul; il
+ conclut un armistice avec ce dernier;--coopère avec Hugues le Grand
+ et Raoul au siège de Péronne;--intervient en faveur d'Herbert
+ II;--intervient de nouveau en faveur d'Herbert II, et fait conclure
+ un nouvel armistice.
+
+ GILBERT, vassal de Raoul, révolté contre lui et châtié.
+
+ GIRONE, en Catalogne.
+
+ GISON, rapporte de Rome le _pallium_ à Artaud.
+
+ GONTHARD, archevêque de Rouen. Perd la forteresse de
+ Braisne-sur-la-Vesle.
+
+ GORZE, abbaye. Cartulaire;--chartes.
+
+ GOSBERT, évêque de Laon. Sa mort.
+
+ GOTHIE, pays envahi par les Hongrois.
+
+ GUERRI, évêque de Metz. Décide Raoul à assiéger Saverne;--s'empare
+ de Saverne et en fait raser le château-fort;--sa mort.
+
+ GUILLAUME Ier LE PIEUX, d'Aquitaine, oncle de Guillaume II.
+
+ GUILLAUME II D'AQUITAINE, neveu de Guillaume Ier d'Aquitaine.
+ S'empare de Bourges; reçoit le Berry de Raoul moyennant
+ l'hommage;--d'abord hostile à Raoul finit par se soumettre;--prend
+ aussi le titre de comte d'Auvergne;--sur la Loire; se rend au camp
+ de Raoul et lui prête l'hommage;--accompagné par l'évêque du Puy,
+ Allard;--comte de Velay, intercède auprès de Raoul en faveur de
+ l'évêque du Puy;--négocie avec Rögnvald;--fait défection;--sa mort.
+
+ GUILLAUME DE NANGIS. Passage de sa Chronique en rapport avec
+ l'Anonyme de Laon.
+
+ GUILLAUME LONGUE-ÉPÉE, associé à son père Rollon, l'accompagne à Eu
+ près d'Herbert II de Vermandois;--prête l'hommage à Charles le
+ Simple;--prête l'hommage à Raoul, et reçoit le littoral contigu à
+ la Bretagne;--à la cour royale.
+
+ GUILLAUME TAILLEFER, comte d'Angoulême. Exploits contre les
+ Normands;--a pour successeur son bâtard Arnaud Manzer.
+
+ GUILLAUME TÊTE D'ÉTOUPE. Autorise une libéralité de l'évêque
+ Frotier II en faveur de Saint-Cyprien;--fils d'Èbles, duc
+ d'Aquitaine et comte d'Auvergne;--comte de Poitiers.
+
+ GUY, abbé de Gigny. Restitue à Cluny les domaines qu'il avait
+ usurpés.
+
+ GUY DE GIRONE, Diplôme en sa faveur.
+
+ GUY DE SPOLÈTE. Tient le pape Jean X prisonnier.
+
+ H
+
+ HAGANON, favori de Charles le Simple;--accompagne Charles le Simple
+ en Lorraine.
+
+ HAM. Enlevé par Herbert II à Héloin de Montreuil;--assiégé par
+ Raoul et Hugues le Grand, livre des otages;--retourne au parti
+ d'Herbert II qui y établit son fils Eudes.
+
+ HELGAUD, comte de Ponthieu.--Harcèle les Normands;--opère avec
+ Raoul contre les Normands;--les Normands cherchent à s'en
+ venger;--à la bataille de Fauquembergue;--père d'Héloin.
+
+ HÉLOIN DE MONTREUIL, fils d'Helgaud de Ponthieu. Condamné pour
+ bigamie à Trosly;--assiégé par Herbert II et Hugues le Grand; se
+ réconcilie avec ce dernier;--a pour frère Ébrard.
+
+ HÉLUIS, père de Raoul de Gouy.
+
+ HENRI Ier L'OISELEUR, roi de Germanie. Signe le traité de
+ Bonn;--reçoit des envoyés de Charles le Simple;--sa garnison de
+ Saverne capitule;--appelé par Gilbert et l'archevêque de Trèves,
+ passe le Rhin; conclut un armistice avec les Lorrains, emmenant
+ troupeaux et otages en Germanie;--reconnu à Toul entre le 16
+ octobre 923 et le 14 octobre 924;--malade sur la frontière
+ slave;--passe le Rhin, enlève Zülpich à Gilbert de
+ Lorraine;--Herbert II se rend auprès de lui avec Hugues le
+ Grand;--donne l'évêché de Metz à Bennon;--assiège Boson à
+ _Durofostum_, et conclut la paix avec lui;--refuse à Herbert II
+ d'agir en faveur de Charles le Simple;--intervient en France et
+ fait signer un armistice entre Boson et Herbert II;--Herbert II lui
+ prête l'hommage;--son appui sollicité par Herbert II; aux prises
+ avec des difficultés intérieures et la guerre hongroise;--écrase
+ les Hongrois sur les bords de l'Unstrutt;--vainqueur des Hongrois,
+ des Slaves et des Danois, envoie Gilbert de Lorraine et Éberhard de
+ Franconie au secours d'Herbert II;--envoie une ambassade à Raoul, à
+ Soissons; se rencontre: avec lui sur les bords de la
+ Chiers;--envoie une armée aider Herbert II à reprendre
+ Saint-Quentin;--parallèle avec Raoul;--domine mieux la féodalité de
+ son pays que Raoul.
+
+ HERBERT Ier, comte de Vermandois, fils de Pépin, petit-fils de
+ Bernard d'Italie.
+
+ HERBERT II, comte de Vermandois. Aurait épousé sa nièce, fille de
+ Robert Ier;--met en déroute les Lorrains à Soissons; reçoit des
+ messagers de Charles le Simple;--descendant de Bernard
+ d'Italie;--empêche Séulf de répondre aux démarches de Charles le
+ Simple;--envoie une députation à Charles le Simple;--aurait caché
+ ses desseins â ses envoyés auprès du roi Charles;--sa conduite
+ sévèrement jugée par ses contemporains; essai d'explication;--sa
+ prétendue tentative pour s'emparer de Louis, fils de Charles le
+ Simple;--ses vassaux infligent un échec aux Normands; se rend en
+ Bourgogne après la capture du roi Charles;--fournit des contingents
+ contre les Normands;--défend la ligne de l'Oise contre les
+ Normands; conclut un armistice avec eux;--à Autun, près de
+ Raoul;--reçoit Péronne du Raoul;--chargé par Raoul de négocier la
+ paix avec les Normands;--fait condamner le comte de Cambrai Isaac
+ au synode de Trosly;--à l'arrière-garde des troupes françaises,
+ prêt à tirer parti des événements;--réussit à gagner Hugues le
+ Grand;--apparaît sur les rives de l'Oise pour arrêter les
+ Normands;--amène les vassaux de l'église de Reims à Raoul;--accusé
+ d'empoisonnement;--fait élire archevêque de Reims son fils
+ Hugues;--accompagne Raoul au siège de Nevers;--s'empare de Péronne
+ et de Reims; se brouille avec Raoul;--lutte contre les Normands de
+ la Loire et leur abandonne le comté de Nantes; réunit le synode de
+ Trosly malgré Raoul;--oppose Charles le Simple à Raoul; tente un
+ coup de main sur Laon;--conclut une alliance avec les Normands à
+ Eu;--sa lettre au pape Jean X; se rend à Reims et y rédige une
+ lettre à Jean X; conclut un accord avec Raoul, et donne des
+ otages;--se rencontre avec Raoul; amène Hugues le Grand à une
+ entrevue auprès de Rollon; entre à Laon;--échoue auprès d'Henri
+ Ier; donne Saint-Timothée et une prébende de chanoine à Odalric
+ d'Aix;--ayant échoué avec la restauration de Charles, prête
+ l'hommage à Raoul qui lui concède Laon;--obtient la Viennoise pour
+ son fils Eudes; s'empare du château de Vitry-en-Perthois; assiège
+ Héloin dans Montreuil; attire à son parti Heudoin, vassal de Hugues
+ le Grand;--rend Vitry à Boson; concède Saint-Quentin à Ernaut de
+ Douai; conclut un accord avec Hugues le Grand; péril et reprend
+ Mouzon;--se rapproche de Gilbert de Lorraine; sa rupture avec
+ Raoul;--enlève Braisne-sur-la-Vesle à Hugues le Grand et détruit la
+ place;--prête l'hommage à Hugues le Grand;--assiégé par Raoul à
+ Laon; obtient d'en sortir en y laissant sa femme;--enlève Ham à
+ Ébrard, frère d'Héloin de Montreuil;--sa situation précaire;
+ recherche sans succès l'appui d'Henri Ier de Germanie;--recouvre
+ Ham puis Saint-Quentin, mais reperd vite cette dernière
+ ville;--reprend Château-Thierry; obtient, grâce à la médiation
+ lorraine, un armistice moyennant l'abandon de Château-Thierry,
+ reste en possession de Péronne et de Ham;--acquiert l'alliance
+ d'Arnoul de Flandre; approvisionne Péronne; enlève les récoltes des
+ partisans de Hugues le Grand;--fait sa soumission â l'entrevue des
+ bords de la Chiers; il reçoit divers domaines occupés par Hugues le
+ Grand, et se réconcilie avec lui;--sa lutte avec Raoul;--sa
+ cupidité;--son rôle néfaste;--jour de sa mort;--amène une invasion
+ en France;--se rend au roi de France;--s'empare de Charles le
+ Simple, le fait mutiler et mourir en prison;--sa prétendue
+ pendaison par ordre de Louis IV.
+
+ HERBERT DE VERMANDOIS, fils d'Herbert II, notaire ou chancelier
+ royal (?).
+
+ HERMOUD, prévôt de Saint-Symphorien d'Autun.
+
+ HERVÉ, abbé de Tournus.
+
+ HERVÉ, archevêque de Reims.--Partisan de Robert;--dépouillé de
+ domaines épiscopaux sis en Lyonnais;--sa mort.
+
+ HEUDEGIER, évêque de Beauvais.
+
+ HEUDOIN, vassal de Hugues le Grand. Passe au parti d'Herbert II.
+
+ HILDUIN, évêque élu de Liège.
+
+ HONGROIS. Pillent l'Italie, Brûlent Pavie; en Provence, en Gothie;
+ achevés par Raimond-Pons III;--pillent le pays de Voncq;--quittent
+ la France, puis font un retour offensif;--pillent la Bourgogne,
+ brûlent le monastère de Bèze, s'enfuient devant Raoul et gagnent
+ l'Italie.
+
+ HUGUES LE GRAND, fils de Robert Ier. A pour belle-mère
+ Rohaut;--force Charles à lever le siège de Chièvremont;--met en
+ déroute les Lorrains à Soissons;--neveu du roi Eudes, éclipsé par
+ son père;--candidat éventuel à la couronne;--ses domaines;--aurait
+ capturé le roi Charles d'après Widukind;--adversaire du roi Charles
+ à cause de la mort de Robert à Soissons;--confondu avec Herbert II
+ par Richer dans le récit de la capture de Charles le
+ Simple;--sollicite l'assistance de Raoul coutre les
+ Normands;--défend la ligne de l'Oise contre les Normands; conclut
+ un armistice avec eux;--à Autun, près de Raoul;--reçoit le Mans de
+ Raoul;--frère de Raoul, chargé par Raoul du siège de
+ Mont-Saint-Jean;--chargé par Raoul de négocier avec les Normands,
+ leur cède le Maine et le Bessin;--négocie avec Rögnvald;--campe sur
+ les rives de la Seine, en face des Normands;--gagné par Herbert
+ II;--ses vassaux attaquent les Normands;--campe en Beauvaisis;--sa
+ rivalité avec la Flandre;--épouse Eadhild; souscrit une précaire de
+ Saint-Martin de Tours;--neveu d'Herbert II; modification de son
+ attitude;--lutte contre les Normands de la Loire et leur abandonne
+ le comté de Nantes;--intervient auprès de Raoul et l'accompagne
+ jusque sur les rives de l'Oise; médiateur entre Raoul et Herbert
+ II;--prête l'hommage à Charles le Simple en présence de Rollon et
+ d'Herbert II;--échoue avec Herbert II auprès d'Henri Ier;--assiège
+ Héloin dans Montreuil; a pour belle-mère Rohaut;--s'allie à Boson
+ et à Gilbert contre Herbert II et lui reprend Douai; conclut un
+ accord avec Herbert II; a pour vassal Ernaut de Douai;--enlève
+ Braisne à l'archevêque de Rouen Gonthard; s'allie à Raoul contre
+ Herbert II;--envoyé par Raoul en ambassade auprès d'Henri Ier pour
+ contrebalancer l'influence d'Herbert II;--accompagne Raoul au siège
+ de Reims;--chargé de garder Beuves de Châlons prisonnier;--s'entend
+ avec Raoul au sujet de Beuves de Châlons;--assiège Amiens occupé
+ par Herbert II; s'empare de Saint-Quentin; s'entend avec Gilbert
+ de Lorraine pour assiéger Péronne, mais échoue; se fait livrer des
+ otages à Ham;--perd puis reprend Saint-Quentin et en châtie
+ cruellement les habitants; s'empare de Roye avec Artaud;--assiège
+ deux fois, avec Raoul, Château-Thierry;--se réconcilie avec Herbert
+ II sur l'intervention de Raoul, et lui rend divers
+ domaines;--refuse de restituer Saint-Quentin à Herbert II;--semble
+ avoir assisté aux funérailles de Raoul;--son attitude à la mort de
+ Raoul;--sa politique;--à la cour royale.
+
+ HUGUES LE NOIR, frère cadet de Raoul de Bourgogne.--Assiste Robert
+ dans sa lutte contre Charles le Simple;--auprès de Raoul, à
+ Autun;--intervient dans un diplôme en faveur de Cluny.
+
+ HUGUES DE PROVENCE, régent du royaume de Provence; auprès de Raoul;
+ sa nièce Berthe, comtesse d'Arles et Avignon, épouse
+ Boson;--harcèle les Hongrois dans les Alpes;--roi d'Italie, se rend
+ en Provence pour y fortifier son autorité, à la mort de Louis
+ l'Aveugle, et rencontre Raoul à Vienne;--son traité avec Rodolphe
+ II de Bourgogne; conséquences en Lyonnais;--abandonne ses droits
+ sur la Provence à Rodolphe II; a pour nièce Berthe, femme de Boson,
+ frère de Raoul;--sa nièce épouse Boson, frère de Raoul.
+
+ HUGUES Ier, comte de Champagne; à la cour royale.
+
+ HUGUES, évêque de Verdun. Choisi par le roi Raoul pour succéder à
+ Dadon.
+
+ HUGUES DE VERMANDOIS, fils d'Herbert II.--Déclaré déchu de tout
+ droit sur l'archevêché de Reims;--protégé par Abbon, évêque de
+ Soissons.
+
+ HUGUES DE FLAVIGNV. Chronique.
+
+ HUGUES DE FLEURY. _Modernorum regum actus_.
+
+ I-K
+
+ INGELHEIM. Concile de 948; discours de Louis IV.
+
+ INGON, chef normand; paraît avoir succédé à Rögnvald.
+
+ ISAAC, comte de Cambrai. En lutte avec Gilbert;--différend avec son
+ évêque Étienne.
+
+ ITALIE, pillée par les Hongrois.
+
+ JEAN X, pape. Intervient en faveur de Charles le Simple;--approuve
+ les actes d'Herbert II;--lettre d'Herbert II à lui adressée;
+ prisonnier de Guy de Spolète;--emprisonné par Guy de Toscane;--fait
+ restituer à Cluny des domaines occupés par Guy, abbé de Gigny.
+
+ JEAN XI, pape. Bulle faisant allusion à un diplôme perdu de
+ Raoul;--envoie le _pallium_ à Artaud.
+
+ _Jocundus_. Sa _Translatio S. Servatii_.
+
+ JOSSELIN, évêque de Langres.--Lutte contre Rögnvald.
+
+ JOSSELIN, évêque de Toul. Charte datée du règne de Raoul.
+
+ JUGEMENT de Dieu. Conception médiévale.
+
+ JUHEL-BÉRENGER, duc de Bretagne.
+
+ _Karolorum genealogiae_.
+
+ L
+
+ LAMBERT, abbé de Saint-Benoît-sur-Loire.
+
+ LANGRES.--Diplôme de Raoul pour cette ville.
+
+ LANGUEDOC. Sa soumission à Raoul en 932.
+
+ LAON. Charles le Simple y est battu;--évêque;--le comte Roger
+ partisan de Raoul;--palais royal;--la reine Emma y est couronnée;
+ Raoul y rentre;--environs pillés par les Hongrois;--Saint-Vincent,
+ chanoines;--comté vacant par le décès de Roger;--abandonné
+ difficilement par Emma, est occupé par Herbert II;--concédé à
+ Herbert II par Raoul;--investi par Raoul;--Herbert II y est assiégé
+ par Raoul; obtient d'en sortir en y laissant sa femme qui finit par
+ capituler;--Engrand succède à Gosbert comme évêque;--Raoul y
+ séjourne; rixe entre ses gens et ceux de, l'évêque;--menacé par les
+ comtes lorrains et saxons alliés d'Herbert II;--monnaie de
+ Raoul;--Louis IV y tient une cour plénière.
+
+ LAONNAIS. Opérations militaires dans ce pays.
+
+ LASSOIS. Comté de Raoul.
+
+ LEIBNIZ. Son opinion sur l'entrevue de Raoul et de Charles le
+ Simple à Reims.
+
+ LE MANS. Cédé par Raoul à Hugues le Grand;--monnaie de
+ Raoul;--Foulques comte.
+
+ LE PUY. Allard, évêque;--comté et monnaie de la ville concédés par
+ Raoul à l'évêque;--chartes datées des années de Raoul;--monnaie de
+ Raoul.
+
+ LÉON VI, pape. Se désintéresse du sort de Charles le Simple.
+
+ LÉON VII, pape. Bulle.
+
+ LIÈGE. Évêché, son occupation en 921;--annales.
+
+ LIMOGES. Saint-Martial;--Saint-Étienne, cartulaire.
+
+ LIMOUSIN, pays hésitant entre Charles le Simple et Raoul;--pillé
+ par les Normands.
+
+ LOBBES, monastère. Annales.
+
+ LOIRE, fl. Estuaire occupé par les Normands;--cours remonté par
+ Rögnvald.
+
+ _Lommensis pagus_. Bérenger comte.
+
+ LORRAINE. Acquise par Charles le Simple;--Charles le Simple s'y
+ réfugie;--Charles y lève des recrues;--luttes féodales;--sa
+ soumission effective au roi de France;--sous la suzeraineté
+ germanique;--la question lorraine au Xe siècle;--perdue
+ temporairement sous Raoul.
+
+ LORRAINS. Prêtent l'hommage à Raoul;--offrent leur soumission à
+ Raoul;--acceptent la souveraineté bourguignonne.
+
+ LOTHAIRE, roi de France.
+
+ LOTHAIRE II, roi de Lorraine. Sa petite-fille épouse Boson, frère
+ de Raoul.
+
+ LOUIS LE PIEUX. Ses humiliations; sa cruauté à l'égard de Bernard
+ d'Italie;--diplôme pour Marmoutier.
+
+ LOUIS II LE BÈGUE, fils de Charles le Chauve et d'Ermentrude.
+ Épouse successivement Ansgarde et Adélaïde;--père de Charles le
+ Simple;--applique encore l'ancien système des partages.
+
+ LOUIS III, roi de France;--vainqueur de Saucourt. Sa mort.
+
+ LOUIS IV D'OUTRE-MER. Sa fille Mathilde épouse Conrad le
+ Pacifique;--fils de Charles le Simple, échappe à Herbert II à la
+ faveur d'une ruse;--désigné fictivement comme roi dans les chartes
+ du Midi, après la mort de Charles le Simple;--séjourne à Auxerre;
+ assiste peut-être aux funérailles de Raoul;--emmené en Angleterre
+ par sa mère Ogive; tient une cour plénière à Laon.
+
+ LOUIS L'AVEUGLE;--empereur, a pour régent en Provence
+ Hugues;--cousin germain de Raoul; sa mort.
+
+ LOUIS, prétendu fils de Raoul.
+
+ LOUP AZNAR, seigneur gascon. Prête l'hommage à Raoul en
+ 932;--aurait été seigneur de Comminges;--reconnaît le roi Raoul.
+
+ LYON. Monnaie de Raoul.
+
+ LYONNAIS. Domaines de l'évêché de Reims;--chartes de cette région
+ montrant que Raoul peut y avoir été reconnu.
+
+ M
+
+ MABILLE, historien. Son opinion sur le transfert du duché
+ d'Aquitaine à la maison de Poitiers.
+
+ MABILLON. Expertise faite par lui.
+
+ MÂCON. Comté; début du règne de Raoul dans ce pays;--Saint-Vincent,
+ cartulaire.
+
+ MAINE, pays cédé par Hugues le Grand aux Normands; appartenait à
+ Robert Ier;--pays disputé entre l'Anjou et la Normandie.
+
+ MANASSÈS, comte de Dijon;--père de Gilbert et Walon;--frère de
+ Rainard, vicomte d'Auxerre;--lutte contre Rögnvald;--a pour fils
+ Gilbert; ennemi du roi Robert Ier.
+
+ MANS (LE), voy. LE MANS.
+
+ MARCHE D'ESPAGNE. Voy. ESPAGNE.
+
+ MARMOUTIER, abbaye. Diplôme de Raoul en sa faveur, confirmant ceux
+ de Charlemagne, Louis le Pieux, Charles le Chauve et Eudes.
+
+ MATHILDE, fille de Louis d'Outre-Mer. Épouse Conrad le Pacifique.
+
+ MEAUX. Monnaie de Raoul.
+
+ METZ. Reconnaît Raoul;--l'évêque Guerri décide Raoul à marcher sur
+ Saverne;--Witger, évêque;--évêché donné par Henri Ier à Bennon.
+
+ MONTIÉRAMEY, abbaye. Cartulaire.
+
+ MEUSE, fl.;--traversée par Charles le Simple;--Raoul s'avance
+ jusque sur ses bords.
+
+ MILON, évêque de Châlons;--excommunié par Artaud.
+
+ MOISSAC, abbaye. Chartes.
+
+ MONNAIES de Raoul. _Mons Calaus_, lieu identifié avec Chalmont
+ (Seine-et-Marne, arr. de Melun, comm. de Fleury-en-Bière).
+
+ _Mons Herberti_, voy. MONT-HÉBERT.
+
+ MONTDIDIER, voy. ROBERT DE MONTDIDIER.
+
+ MONT-HÉBERT, lieu dit près de Laon. Herbert II de Vermandois y
+ aurait été pendu.
+
+ MONTIÉRENDER, monastère;--moines en fuite.
+
+ MONTOLIEU, abbaye. Diplôme de Raoul en sa faveur.
+
+ MONTREUIL-SUR-MER. Héloin y est assiégé par Hugues le Grand et
+ Herbert II;--voy. HÉLOIN DE MONTREUIL.
+
+ MONT-SAINT-JEAN, forteresse prise par Rainard, vicomte d'Auxerre,
+ puis reprise par Raoul.
+
+ MONTAGNE-NORD, château des comtes de Laon. Pris et détruit par
+ Herbert II;--Roger de Laon y rentre;--Arnoul de Flandre l'en
+ dépouille.
+
+ MOUZON. Pris par Boson; repris par Herbert II.
+
+ N
+
+ NAMUR, Belgique. Limite des domaines d'Herbert II
+
+ NANTES, Comté. Cession faite par Robert à Rögnvald et aux Normands
+ de la Loire non exécutée.
+
+ NARBONNAIS. Possessions de l'abbaye de Montolieu situées dans ce
+ pays.
+
+ NARBONNE. Chartes constatant l'interrègne;--vicomté.
+
+ NAVARRE. Limite de la France, au sud.
+
+ NEVERS. Assiégé par Raoul, livre des otages; occupé par
+ Affré;--Geoffroy comte;--monnaie de Raoul.
+
+ NÎMES. Chartes constatant l'interrègne;--chronique.
+
+ NOAILLÉ. Abbaye.
+
+ NOGENT. Monnaie de Raoul.
+
+ NORMANDIE. Reste soumise à Charles;--envahie par Raoul.
+
+ NORMANDS. Assiègent Tours;--ceux de la Loire obtiennent une partie
+ de la Bretagne et le pays de Nantes;--battus à Argenteuil par
+ Richard le Justicier;--fidèles à Charles le Simple;--répondent à
+ l'appel de ce dernier--ceux de la Seine donnent des otages et
+ concèdent la paix moyennant un tribut;--les mêmes aidés par ceux de
+ la Loire; avantages obtenus par eux;--leur lutte contre les troupes
+ de Raoul et les Bourguignons à Chalmont;--rompent le traité de 924;
+ rappelés par une diversion à la défense de leurs foyers; poursuivis
+ et harcelés par Helgaud de Ponthieu;--Raoul prend sa revanche
+ contre eux;--concluent un accord avec Hugues le Grand;--leur
+ défaite à Eu;--ravagent le Porcien; leur flotte ravage les côtes du
+ Boulonnais; envahissent l'Artois;--se font acheter la
+ paix;--envahissent l'Aquitaine, pénètrent en Limousin, nattas par
+ Raoul au lieu dit _Ad Destricios_;--en lutte contre les Bretons;
+ massacrés par ceux-ci avec leur chef Félécan;--ceux de la Loire
+ repoussés par les habitants du Berry et de la Touraine;--vaincus
+ par Raoul.
+
+ NOYON. Évêque;--résiste aux attaques des Normands;--la mort de
+ l'évêque Airard, suivie de la brise de la ville par le comte
+ Alleaume; sa délivrance; Gaubert évêque;--environs pillés par
+ Eudes, fils d'Herbert II.
+
+ O
+
+ ODALRIC, archévêque d'Aix-en-Provence. Chassé de son siège par les
+ Sarrasins, devient vicaire du diocèse de Reims et reçoit l'abbaye
+ de Saint-Timothée avec une prébende de chanoine.
+
+ ODIN, dieu scandinave.
+
+ ODORAN. Chronique. OGIVE, reine de France, fille d'Édouard Ier
+ l'Ancien et femme de Charles le Simple;--passe directement de
+ Lorraine en Angleterre.
+
+ OISE, riv. Les grands campent sur ses bords;--traversée par les
+ Normands en 923;--ses rives défendues par Hugues et Herbert II
+ contre les Normands;--Herbert II campe sur ses bords;--sur ses
+ rives un accord est conclu entre Herbert II et Raoul.
+
+ ORLÉANS. Forêt traversée par Rögnvald;--églises dotées par
+ Raoul;--monnaie de Raoul.
+
+ OTTON Ier, roi de Germanie. Succède à son père Henri
+ Ier;--synchronisme de son règne.
+
+ OTTON, fils de Ricoin, ennemi personnel de Raoul, passe du côté
+ d'Henri Ier de Germanie;--jure fidélité à Raoul.
+
+ OTTON DE BOURGOGNE, à la cour royale.
+
+ P
+
+ PARIS. Raoul y est reconnu;--sa flotte doit coopérer à l'attaque du
+ camp normand;--Hugues y séjourne;--monnaie de Raoul;--comté.
+
+ PARISIS, pays. Les habitants attaquent les Normands de la Seine.
+
+ PARTAGES germaniques, encore appliqués sous Louis le Bègue.
+
+ PAVIE. Brûlé par les Hongrois.
+
+ _Pecunia collaticia_. Impôt levé en France pour acheter la paix aux
+ Normands.
+
+ PÉPIN, fils de Bernard d'Italie, père d'Herbert Ier de Vermandois.
+
+ PÉRIGORD, Comté;--pillé par les Normands.
+
+ PÉRONNE. Charles le Simple y est enfermé;--remis par Raoul à
+ Herbert II;--pris par Herbert II;--Charles le Simple y est
+ transféré de Saint-Quentin;--Charles le Simple y meurt captif; est
+ enseveli à Saint-Fursy;--attaqué sans succès par Raoul, Hugues le
+ Grand et Gilbert de Lorraine;--reste en la possession d'Herbert
+ II;--approvisionné par Herbert II;--assiégé par le roi de France;
+ le _Cignorum Mons_, _Cygnophum_, Mont-des-Cygnes,
+ Saint-Fursy;--Charles le Simple y meurt.
+
+ PFEDDERSHEIM, dans le pays de Worms.
+
+ PLECTRUDE, femme d'Allard, fidèle de Raoul.
+
+ POISSY. Monnaie de Raoul.
+
+ POITIERS. L'évêque Frotier II reconnaît
+ Raoul;--Saint-Hilaire;--Saint-Cyprien,
+ cartulaire;--Sainte-Radegonde;--le comte Èbles, fils de Renoul II,
+ n'hérite pas de son père, du titre de duc d'Aquitaine;--comté.
+
+ POITOU, pays hésitant entre Charles le Simple et Raoul.
+
+ PONTHIEU. Comté.--Le comte Helgaud harcèle les Normands.
+
+ PONTHION-SUR-L'ORNAIN, fisc royal, rendu par Raoul à Charles le
+ Simple.
+
+ PORCIEN, pays ravagé par les Normands.
+
+ POUILLY, localité en Bourgogne.
+
+ PROVENCE. Boson, roi;--indépendante sous Boson;--Hugues, régent
+ pour Louis l'Aveugle; Raoul y confirme les biens de Saint-Martin
+ d'Autun;--Hugues d'Italie y fortifie son autorité;--Hugues d'Italie
+ cède à Rodolphe II ses droits sur ce pays; Boson y domine à cause
+ des comtés d'Arles et d'Avignon.
+
+ PROVINS. Comté; Raoul y est reconnu.
+
+ PRÜM, abbaye. Diplôme de Charles le Simple;--annales.
+
+ PUY (LE), voy. LE PUY.
+
+ Q-R
+
+ QUERCY, pays.
+
+ QUIERSY-SUR-OISE. Capitulaire.
+
+ _Quinciacum_, villa dépendant de Saint-Germain d'Auxerre, enlevée
+ par la reine Emma.
+
+ RAIMOND-PONS III, comte de Toulouse; reconnaît Raoul en
+ 932;--disperse les Hongrois;--duc d'Aquitaine;--prête l'hommage à
+ Raoul;--devient duc d'Aquitaine.
+
+ RAINARD, notaire du roi Raoul.
+
+ RAINARD, vicomte d'Auxerre, frère de Manassès de Dijon.
+
+ RAOUL, roi de France. Fils de Richard le Justicier; neveu de
+ Rodolphe Ier, roi de Bourgogne jurane; neveu de Charles le Chauve;
+ neveu de Boson, roi de Provence;--épouse Emma, fille de Robert
+ Ier;--souscrit divers actes du vivant de son père; témoin dans un
+ acte de 901; charte en faveur de l'église d'Autun;--s'intitule
+ comte;--attiré par Robert dans le parti des révoltés contre Charles
+ le Simple;--entre en France avec une puissante armée;--élu et
+ couronné à Soissons;--diplômes pour Autun, Châlon et
+ Langres;--reçoit l'hommage d'une partie des Lorrains;--flétri comme
+ usurpateur dans des chartes de Brioude;--son pouvoir ducal, sa
+ royauté;--reçoit Herbert II en Bourgogne, après la capture de
+ Charles;--pénètre en Normandie;--menace d'envahir la Lorraine et
+ force ainsi Henri Ier à se retirer;--reconnu roi à Toul;--reçoit
+ l'hommage de Guillaume II d'Aquitaine et lui restitue le
+ Berry;--confirme les biens d'un monastère en Viennois et Provence;
+ ses prétentions possibles sur ces pays;--sa maladie; son pèlerinage
+ à Saint-Remy; se rend à Soissons puis en Bourgogne;--confirme les
+ donations faites par ses prédécesseurs à l'abbaye de
+ Saint-Amand;--dirige le siège d'Eu;--concède à Herbert II
+ l'administration intérimaire du temporel de l'archevêché de
+ Reims;--grièvement blessé à Fauquembergue, regagne Laon;--se rend
+ en Viennois;--son entrevue avec Charles le Simple;--sa victoire sur
+ les Normands à Estresse;--prend Denain;--assiège et prend
+ Reims;--reprend Laon;--prend Saint-Médard de Soissons; reçoit
+ l'hommage de Raimond-Pons III, comte de Toulouse;--reconnu en
+ Viennois et en Normandie;--sa mort;--son caractère.--Voy. pour le
+ détail aux noms des matières.
+
+ RAOUL DE GOUY. Combat les Normands;--fils d'Héluis; sa mort.
+
+ RAOUL GLABER OU LE CHAUVE. Récit de l'élection de Raoul;--récit de
+ la capture de Charles le Simple.
+
+ RATISBONNE. Saint-Emmeran; reliques de saint Denis.
+
+ RAZÈS. Possessions de l'abbaye de Montolieu situées dans ce pays.
+
+ REDON, abbaye. Cartulaire.
+
+ RÉGINON, chroniqueur;--son continuateur qualifie Robert de
+ sacrilège.
+
+ REIMS. Archevêché.--Saint-Remy; Robert y est couronné;--synode
+ réuni par Séulf prescrit pénitence aux vainqueurs de
+ Soissons;--archevêché sous la dépendance d'Herbert II de
+ Vermandois; Raoul est reconnu;--palais royal;--Raoul fait un
+ pèlerinage à Saint-Remy et lui lègue presque tous ses
+ biens;--vassaux de l'église, réunis par le roi;--église,
+ archevêché;--les reliques de saint Remy et de sainte Vaubourg
+ d'Attigny y sont apportées;--pris par Herbert II;--l'église a pour
+ dépendance Coucy;--Herbert II s'y rend;--l'archevêché a des
+ dépendances bourguignonnes;--Raoul y visite Charles le
+ Simple;--Raoul essaie en vain de négocier avec les habitants, et
+ finalement investit la place;--assiégé par Raoul, Hugues le Grand
+ et Boson;--se rend à Raoul; Artaud y est consacré
+ solennellement;--obituaires.
+
+ RÉMOIS. Opérations militaires dans ce pays;--Charles le Simple y
+ séjourne.
+
+ REMY D'AUXERRE. A pour disciple Séulf.
+
+ RENNES. Comté.
+
+ RENIER Ier de Lorraine, père de Gilbert.
+
+ RENIER II DE HAINAUT, frère de Gilbert de Lorraine, se brouille
+ avec lui;--se réconcilie avec Gilbert.
+
+ RENOUL II, comte de Poitiers. Est en même temps duc
+ d'Aquitaine;--père d'Èbles Manzer.
+
+ RHIN, fl. Passé par Henri Ier.
+
+ RHÔNE, fl. Passé par les Hongrois.
+
+ RICHARD LE JUSTICIER, comte d'Autun, puis duc de Bourgogne.
+ Victorieux des Normands à Argenteuil;--fils de Thierry d'Autun;
+ épouse Adélaïde;--arrêt concernant Saint-Bénigne de Dijon;--sa
+ mort;--son oeuvre;--son surnom.
+
+ RICHARD, comte, fils de Garnier de Sens, s'allie à Gilbert de
+ Dijon;--comte de Troyes, paraît dans un diplôme pour
+ Montiéramey;--en lutte contre Raoul.
+
+ RICHARD, prétendu comte de Ponthieu, à la cour royale.
+
+ RICHARD LE POITEVIN.--Son récit de la mort de Charles le Simple
+ dérive de Flodoard.
+
+ RICHER, abbé de Prüm. Devient évêque de Liège.
+
+ RICHER, chroniqueur. Récit de la capture de Charles le Simple;--son
+ récit de la fuite de Louis IV en Angleterre;--fait périr Rollon au
+ siège d'Eu.
+
+ RICHILDE, impératrice, soeur de Richard le Justicier;--fille de
+ Thierry d'Autun; épouse Charles le Chauve.
+
+ RICOIN, tué à Verdun par Boson, frère de Raoul;--père d'Otton de
+ Verdun.
+
+ ROBERT LE FORT, père de Robert Ier, roi de France;--père
+ d'Eudes;--grand-père de Hugues le Grand.
+
+ ROBERT Ier, duc puis roi de France, fils de Robert le Fort; succède
+ à Eudes et prête l'hommage à Charles le Simple; quitte la cour de
+ Charles le Simple; paraît comme impétrant dans les diplômes de
+ Charles le Simple;--ennemi de Manassès de Dijon;--parrain de
+ Rollon;--cède la Bretagne et Nantes aux Normands;--beau-père de
+ Raoul de Bourgogne;--aide Raoul à s'emparer de Bourges;--marquis
+ de France; chef des révoltés contre Charles le Simple;--a une
+ entrevue avec Henri Ier sur la Boer; obtient un armistice des
+ Lorrains; rentre en France et congédie les Bourguignons; élu roi à
+ Reims; couronné à Saint-Remy; ses partisans;--séjourne à Soissons;
+ surpris par Charles le Simple, sa mort à la bataille de
+ Soissons;--père de Hugues;--acte daté de son règne;--a pour
+ chancelier Abbon de Soissons;--sa mort à Soissons;--conséquences de
+ sa mort;--souvenir de sa mort.
+
+ ROBERT DE MONTDIDIER, nom épique de Robert Ier.
+
+ RODEZ. Chartes constatant l'interrègne.
+
+ RODOLPHE Ier, roi de Bourgogne.
+
+ RODOLPHE II, roi de Bourgogne puis d'Arles;--harcèle les Hongrois
+ dans les Alpes;--obtient de Hugues d'Italie l'abandon de ses droits
+ sur la Provence, et constitue ainsi le royaume d'Arles;--assiste à
+ l'entrevue de Raoul avec Henri Ier sur les bords de la Chiers.
+
+ ROGER, archevêque de Trèves, refuse de reconnaître Raoul.
+
+ ROGER, comte de Laon. Partisan de Raoul;--intercède auprès de Raoul
+ pour l'abbaye de Saint-Amand;--sa mort;--ses fils gardent
+ fidèlement leur cité au roi.
+
+ ROGER DE LAON, fils du précédent. Son château de Mortagne assiégé
+ et détruit par Herbert II;--investi de Douai par Hugues le Grand.
+
+ RÖGNVALD, viking, chef des Normands de la Loire. Appelé par Charles
+ le Simple;--mécontent des promesses illusoires de Robert Ier;
+ appelé par le roi Charles; se joint aux Normands de la Seine et
+ passe l'Oise;--aide les Normands de la Seine; promesses de cession
+ du comté de Nantes et de la Bretagne non réalisées;--exclu des
+ négociations par les seigneurs français; cherche vengeance contre
+ Raoul; son expédition en Bourgogne; parvient à traverser les lignes
+ françaises et à s'échapper;--légende de son passage à
+ Saint-Benoît-sur-Loire.
+
+ ROHAUT, tante de Charles le Simple, belle-mère de Hugues le Grand,
+ abbesse de Chelles;--sa mort.
+
+ ROLLON. Son établissement en Neustrie;--se joint à Rögnvald et
+ passe l'Oise;--négocie un armistice avec Hugues le Grand et Herbert
+ II et concède la paix moyennant une indemnité;--prend des mesures
+ pour défendre Eu;--sa conquête est menacée; sa mort à Eu d'après
+ Richer;--prête l'hommage à Charles le Simple à Eu et y conclut une
+ alliance avec Herbert II;--rend à Herbert II son fils Eudes; son
+ entrevue avec Herbert II, Hugues le Grand et Charles le Simple.
+
+ _Rothildis_, voy. ROHAUT.
+
+ ROUEN.
+
+ ROUERGUE. Comté. Le comte Ermengaud ne reconnaît Raoul qu'en
+ 932;--reconnaît la suzeraineté de Raoul;--Ermengaud prête l'hommage
+ à Raoul. ROUMOIS, pays incendié par les Parisiens.
+
+ ROUSSILLON. Raoul y est reconnu.
+
+ ROYAUTÉ féodale. Son caractère.
+
+ ROME, ville;--forteresse prise par Hugues le Grand et Artaud.
+
+ S
+
+ SAINT-AMAND. Annales.
+
+ SAINT-BENOÎT-SUR-LOIRE. Raoul y est reconnu;--annales;--les
+ Normands y pénètrent;--église;--les reliques de saint Benoît y sont
+ déposées;--abbaye dotée par Raoul.
+
+ SAINT-BERCHAIRE, monastère.
+
+ SAINT-BERTIN, abbaye. Annales;--Arnoul de Flandre en devient abbé à
+ la mort de son frère Allou.
+
+ SAINT-CYPRIEN DE POITIERS, abbaye. Reçoit une donation de l'évêque
+ de Poitiers, Frotier II.
+
+ SAINT-DENIS, abbaye. Diplôme de Charles le
+ simple;--obituaire;--monnaie de Raoul.
+
+ SAINT-EMMERAN DE RATISBONNE, voy. RATISBONNE.
+
+ SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS. Diplôme de Charles le Simple;--obituaire.
+
+ SAINT-LOMER DE BLOIS, monastère. Reçoit de Raoul l'église
+ Saint-Lubin.
+
+ SAINT-LUBIN. Église concédée par Raoul à Saint-Lomer de Blois.
+
+ SAINT-MAIXENT.
+
+ SAINT-MAUR-DES-FOSSÉS, monastère.
+
+ SAINT-PAUL, en Sénonais. Abbaye concédée par Raoul à son fidèle
+ Allard.
+
+ SAINT-QUENTIN. Charles s'y rend avec la députation d'Herbert
+ II;--annales;--Charles le simple y est installé comme roi par
+ Herbert II;--concédé par Herbert II à Ernaut de Douai
+ dépossédé;--pris par Hugues le Grand;--Herbert reprend cette ville,
+ mais Hugues le Grand la lui enlève presque aussitôt;--Gilbert se
+ propose de reprendre la ville, mais y renonce;--Hugues le Grand
+ refuse de restituer la ville à Herbert II; elle est prise et rasée
+ par les comtes lorrains et saxons alliés d'Herbert II.
+
+ SAINT-REMY, monastère fortifié par Séulf.--Voy. REIMS.
+
+ SAINT-TIMOTHÉE, abbaye donnée par Herbert II à l'archevêque Odalric
+ d'Aix.
+
+ SAINT-VAST, abbaye. Annales.
+
+ SAINTE-RADEGONDE, voy. POITIERS.
+
+ SAINTONGE, pays pillé par les Normands.
+
+ SANCHE-GARCIE, duc de Gascogne, paraît être beau-père de Loup
+ Aznar.
+
+ SARRASINS. Chassent l'archevêque d'Aix, Odalric, de son siège.
+
+ SAUCOURT. Victoire de Louis III sur les Normands.
+
+ SAUXILLANGES. Cartulaire.
+
+ SAVERNE, en Alsace. Raoul y assiège la garnison laissée par Henri
+ Ier;--pris par Guerri, évêque de Metz, qui en détruit le château
+ fort.
+
+ SAXE. Invasion hongroise dans ce pays.
+
+ SCARPE, riv.
+
+ SEINE, fl.--Son estuaire occupé par les Normands.
+
+ SENLIS. Évêque.
+
+ SENS.--Sainte-Colombe;--archevêché;--Gautier
+ archevêque;--l'archevêque Gautier couronne Raoul;--_Historia
+ Francorum Senonensis_;--Raoul y séjourne;--Raoul est enseveli à
+ Sainte-Colombe, auprès de son père et du roi Robert
+ Ier;--Sainte-Colombe hérite du trésor de Raoul;--Raoul est avoué de
+ Sainte-Colombe;--monnaie de Raoul.
+
+ SERVAIS (S.). Translation.
+
+ SÉULF. Devient archevêque de Reims;--reçoit des messagers de
+ Charles le Simple;--archevêque de Reims; réunit un synode à
+ Reims;--ne répond pas aux démarches de Charles;--fournit des
+ contingents pour combattre les Normands;--couronne la reine Emma à
+ Laon;--confère la prêtrise à Hugues de Verdun;--aide Hugues et
+ Herbert II à défendre la ligne de l'Oise contre les Normands;--à
+ Autun, près de Raoul;--obtient de Hugues de Provence la restitution
+ de domaines épiscopaux sis en Lyonnais;--chargé par Raoul de
+ négocier la paix avec les Normands;--disciple de Remy d'Auxerre;
+ fortifie Saint-Remy de Reims;--sa mort.
+
+ SOISSONNAIS. Opérations militaires dans ce pays.
+
+ SOISSONS.--Robert y séjourne;--abbaye de Saint-Médard;--Raoul est
+ couronné à Saint-Médard;--l'évêque Abbon, chancelier de Robert Ier,
+ partisan de Raoul;--Abbon, évêque;--Raoul s'y rend;--Saint-Médard
+ occupé par Raoul;--Saint-Médard a pour doyen Engrand qui devient
+ évêque de Laon;--environs pillés par Eudes, fils d'Herbert II;
+ Notre-Dame, abbesse; Saint-Pierre, chanoines;--Raoul y tient un
+ plaid; une ambassade d'Henri Ier vient l'y trouver;--monnaie de
+ Raoul;--bataille.
+
+ STAVELOT-MALMÉDY, abbaye. Chartes.
+
+ SUNIAIRE ou SUNIER, comte d'Urgel. Charte.
+
+ T
+
+ TAILLEFER, voy. GUILLAUME-TAILLEFER.
+
+ _Tedalgrinus_, évêque de Nevers. Reçoit des concessions du comte
+ Geoffroi de Nevers.
+
+ TÉOTOLON, archevêque de Tours. Accompagne Raoul au siège de
+ Château-Thierry.
+
+ TÉROUANNE ou THÉROUANNE;--occupé par Arnoul de Flandre.
+
+ THIBAUD, abbé de Sainte-Colombe de Sens. Emporte la couronne de
+ Raoul à la seconde croisade, et meurt en Orient.
+
+ THIBAUD LE TRICHEUR, comte de Blois. Paraît dans un diplôme de
+ Raoul;--son rôle lors de l'arrivée de l'empereur à Paris;--à la
+ cour royale;--sa prétendue autorité dans le conseil du roi Louis
+ IV.
+
+ THIERRY, comte d'Autun.
+
+ THIETMAR, historien.
+
+ THION, vicomte de Paris.--Charte.
+
+ TITRE de _rex Francorum, Aquitanorum et Burgundionum_ pris par
+ Raoul dans ses diplômes.
+
+ TOSCANE, pays.
+
+ TOUL. Raoul y est reconnu roi, puis Henri Ier, en octobre 923.
+
+ TOULOUSE. Le comte Raimond-Pons III ne reconnaît Raoul qu'en
+ 932;--comté; la suzeraineté de Raoul y est reconnue.
+
+ TOURAINE. Les habitants de ce pays repoussent les Normands.
+
+ TOURNAI. Comté. Acte de Raoul concernant ce pays;--Chroniques.
+
+ TOURNUS, abbaye. Hervé abbé;--obtient confirmation de ses
+ dépendances sises en Chalonnais.
+
+ TOURS. Assiégé par les Normands;--chroniques;--Raoul y est reconnu
+ et y séjourne;--Téotolon archevêque;--Saint-Martin: diplôme de
+ Charles le Simple;--pancarte noire;--précaire souscrite par Hugues
+ le Grand et la reine Emma;--Raoul s'y rend en pèlerinage;
+ diplôme;--Raoul confirme ses possessions et privilèges.
+
+ TREDUIN, clerc noble, partisan d'Herbert II, pris et pendu à
+ Saint-Quentin par Hugues le Grand.
+
+ TRÈVES. L'archevêque Roger refuse de reconnaître
+ Raoul;--Saint-Maximin, annales;--l'archevêque appelle Henri Ier, en
+ Lorraine;--l'archevêque s'abstient de reconnaître
+ Raoul;--Saint-Maximin, charte.
+
+ TROSLY. Synode, affaire d'Isaac de Cambrai;--synode réuni par
+ Herbert II, malgré Raoul.
+
+ TROYES.--Raoul y est reconnu;--Anseïs évêque.
+
+ TULLE. Saint-Martin, abbaye réformée; Raoul y est reconnu;--chartes
+ datées des années de Raoul;--le monastère reçoit le donjon royal
+ d'_Uxellodunum_;--diplôme de Raoul pour cette abbaye.
+
+ TURENNE. Adémar vicomte fait approuver son testament par
+ Raoul;--maison.
+
+ U-Z
+
+ UNIZON, vassal de Raoul. Intervient en faveur de Saint-Symphorien
+ d'Autun.
+
+ UNSTRUTT, riv. Les Hongrois sont battus sur ses bords par Henri
+ III.
+
+ URGEL. Comté.
+
+ _Uxellodunum_, en Quercy. Concession du donjon royal au monastère
+ de Tulle.
+
+ VABRES. Chartes constatant l'interrègne.
+
+ VAISON. Domaine de Saint-Martin d'Autun.
+
+ VARAIS, pays. Adélaïde de Bourgogne y possède des biens.
+
+ VELAY. Comté. Suit la politique du duc d'Aquitaine.
+
+ VENGEANCE privée, Droit en vigueur jusqu'au XVe siècle.
+
+ VERDUN. Partage;--reconnaît Raoul;--l'évêque Hugues succède à
+ Dadon;--Ricoin y est tué par Boson;--l'évêque Hugues remplacé par
+ Bernoin.
+
+ VERGY. Maison.
+
+ VERMANDOIS. Maison; alliée à Robert;--Raoul y est reconnu;--son
+ hégémonie.
+
+ VEXIN normand. Pillé et incendié par les Parisiens.
+
+ VIENNE. Comté. Possédé par Charles-Constantin; Hugues d'Italie s'y
+ rencontre avec Raoul;--sous la domination de son archevêque puis de
+ Charles-Constantin; Raoul y est reçu comme suzerain par
+ Charles-Constantin.
+
+ VIENNOIS, pays. Raoul y confirme les biens de Saint-Martin
+ d'Autun;--sous la suzeraineté de Raoul;--Raoul s'y rend;--peut-être
+ en fut-il question à l'entrevue des bords de la Chiers;--acquis par
+ Raoul.
+
+ _Viriliacum_, localité enlevée par des Aquitains à Geoffroi de
+ Nevers; reprise par Raoul.
+
+ VITRY-EN-PERTHOIS, château de Boson. Pris par Herbert II;--rendu
+ par Herbert II a Boson;--repris par Boson.
+
+ VIVANT (S.). Vie.
+
+ VONCQ (Pays de). Pillé par les Normands.
+
+ _Wadaldus_, évêque d'Elne. Charte datée du décès de Charles le
+ Simple.
+
+ WALON ou GALON, châtelain de Château-Thierry; prête l'hommage à la
+ reine Emma;--sa conduite au second siège de Château-Thierry.
+
+ WALON, comte, fils de Manassès de Dijon. À Autun, près
+ Raoul;--neveu de Rainard d'Auxerre, assiège ce dernier dans
+ Mont-Saint-Jean.
+
+ WALON, évêque d'Autun.
+
+ WAULSORT. Chronique.
+
+ WIDUKIND, chroniqueur. Attribue à Hugues la capture de Charles.
+
+ WITGER, évêque de Metz.
+
+ WORMS (Pays de).
+
+ YVOIX. Henri Ier y séjourne.
+
+ ZÜLPICH, pris par Gilbert de Lorraine.
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+
+AVANT-PROPOS
+
+CHAPITRE PREMIER. Robert duc de France et Raoul duc de Bourgogne.
+
+CHAPITRE II. Les élections de Robert et de Raoul.
+
+CHAPITRE III. La captivité de Charles le Simple, la guerre normande et
+la perte de la Lorraine.
+
+CHAPITRE IV. La lutte contre Herbert de Vermandois. Première période.
+
+CHAPITRE V. La lutte contre Herbert de Vermandois après la mort de
+Charles le Simple.
+
+CHAPITRE VI. La fin du règne.
+
+CONCLUSION.
+
+APPENDICE
+
+Fragments inédits de l'Anonyme de Laon, concernant Herbert II, comte
+de Vermandois.
+
+TABLE ANALYTIQUE.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Robert Ier et Raoul de Bourgogne, rois
+de France (923-936), by Ph. Lauer
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 11132 ***