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+++ b/10841-h/10841-h.htm
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+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type"
+ content="text/html; charset=UTF-8">
+ <title>L'Archeologie Egyptienne</title>
+ <meta name="author" content="G. Maspero">
+
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+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 10841 ***</div>
+
+<center>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="width: 740px; margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: justify;">
+ <tbody>
+
+ <tr>
+
+
+ <td style="width: 100%; vertical-align: top; text-align: center; width: 100%;"><img src="images/fig000.png" title="" alt=""
+ style="width: 315px; height: 500px;"><br><br><br><br><br><br>
+ </td>
+ </tr>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%;">
+
+ <H2>CHAPITRE I</H2><br><br>
+
+ </td>
+ </tr>
+
+
+<tr>
+
+ <td style="width: 100%; vertical-align: top; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ L'ARCHITECTURE CIVILE ET MILITAIRE<br><br>
+
+
+L'attention des archéologues qui ont visité l'Égypte
+a été si fortement attirée par les temples et par les
+tombeaux que nul d'entre eux ne s'est attaché à relever
+avec soin ce qui reste des habitations privées et des
+constructions militaires. Peu de pays pourtant ont conservé
+autant de débris de leur architecture civile. Sans
+parler des villes d'époque romaine ou byzantine, qui
+survivent presque intactes à Kouft, à Kom-Ombo, à
+El-Agandiyéh, une moitié an moins de la Thèbes antique
+subsiste à l'est et an sud de Karnak. L'emplacement
+de Memphis est semé de buttes qui atteignent 15
+et 20 mètres de hauteur, et dont le noyau est formé par
+des maisons en bon état. A Tell-el-Maskhoutah, les
+greniers de Pithom sont encore debout; à Sân, à Tell-Basta,
+la cité saïte et ptolémaïque renferme des quartiers
+dont on pourrait lever le plan. Je ne parle ici que
+des plus connues; mais combien de localités échappent
+à la curiosité des voyageurs, où l'on rencontre des
+ruines d'habitations privées remontant à l'époque des
+Ramessides, et plus haut peut-être! Quant aux forteresses,
+le seul village d'Abydos n'en a-t-il pas deux,
+dont une est au moins contemporaine de la VIe dynastie?
+Les remparts d'El-Kab, de Kom-el-Ahmar,
+d'El-Hibèh, de Dakkèh, même une partie de ceux de
+Thèbes, sont debout et attendent l'architecte qui daignera
+les étudier sérieusement.
+<br><br>
+
+l.--LES MAISONS.
+<br><br>
+Le sol de l'Égypte, lavé sans cesse par l'inondation,
+est un limon noir, compact, homogène, qui acquiert en
+se séchant la dureté de la pierre: les fellahs l'ont employé
+de tout temps à construire leur maison. Chez les
+plus pauvres, ce n'est guère qu'un amas de terre façonné
+grossièrement. On entoure un espace rectangulaire,
+de 2 ou 3 mètres de large sur 4 ou 5 de long, d'un
+clayonnage en nervures de palmier, qu'on enduit intérieurement
+et extérieurement d'une couche de limon;
+comme ce pisé se crevasse en perdant son eau, on
+bouche les fissures et on étend des couches nouvelles,
+jusqu'à ce que l'ensemble ait de 10 à 30 centimètres
+d'épaisseur, puis on étend au-dessus de la chambre
+d'autres nervures de palmier mêlées de paille, et on
+recouvre le tout d'un lit mince de terre battue. La hauteur
+est variable: le plus souvent, le plafond est très
+bas, et on ne doit pas se lever trop brusquement de peur
+de le défoncer d'un coup de tête; ailleurs, il est à 2 mètres
+du sol ou même plus. Aucune fenêtre, aucune
+lucarne où pénètrent l'air et la lumière; parfois un
+trou, pratiqué au milieu du plafond, laisse sortir la fumée
+du foyer; mais c'est là un raffinement que tout le
+monde ne connaît pas.
+<br><br>
+Il n'est pas toujours facile de distinguer au premier
+coup d'oeil celles de ces cabanes qui sont en pisé et
+celles qui sont en briques crues. La brique égyptienne
+commune n'est guère que le limon, mêlé avec un peu
+de sable et de paille hachée, puis façonné en tablettes
+oblongues et durci au soleil. Un premier manoeuvre
+piochait vigoureusement à l'endroit où l'on voulait
+bâtir; d'autres emportaient les mottes et les accumulaient
+en tas, tandis que d'autres les pétrissaient avec les
+pieds et les réduisaient en masse homogène. La pâte
+suffisamment triturée, le maître ouvrier la coulait dans
+des moules en bois dur, qu'un aide emportait et s'en
+allait décharger sur l'aire à sécher, où il les rangeait en
+damier, à petite distance l'une de l'autre (Fig.1). Les
+entrepreneurs soigneux les laissent au soleil une demi-journée
+ou même une journée entière, puis les disposent
+en monceaux de manière que l'air circule librement, et
+ne les emploient qu'au bout d'une semaine ou deux;
+les autres se contentent de quelques heures d'exposition
+au soleil et s'en servent humides encore. Malgré
+cette négligence, le
+ </td>
+ </tr>
+
+<tr>
+
+
+ <td style="width: 100%; vertical-align: top; text-align: center; width: 100%;">
+ <img src="images/fig001.png" alt="" style="width: 700px; height: 228px;">
+ </td>
+ </tr>
+
+<tr>
+
+ <td style="width: 100%; vertical-align: top; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+limon est tellement tenace qu'il ne
+perd pas aisément sa forme: la face tournée an dehors
+a beau se désagréger sous les influences atmosphériques,
+si l'on pénètre dans le mur même, on trouve la
+plupart des briques intactes et séparables les unes des
+autres. Un bon ouvrier moderne en moule un millier
+par jour sans se fatiguer; après une semaine d'entraînement,
+il peut monter à 1,200, à 1,500, voire à 1,800.
+Les ouvriers anciens, dont l'outillage ne différait pas
+de l'outillage actuel, devaient obtenir des résultats aussi
+satisfaisants. Le module qu'ils adoptaient généralement
+est de 0m,22, × 0m,11, × 0m,14 pour les briques de taille
+moyenne, 0m,38, × 0m,18, × 0m,14 pour les briques de
+grande taille; mais on rencontre assez souvent dans les
+ruines des modules moindres ou plus forts. La brique
+des ateliers royaux était frappée quelquefois aux cartouches
+du souverain régnant; celle des usines privées
+a sur le plat un ou plusieurs signes conventionnels
+tracés à l'encre rouge, l'empreinte des doigts du
+mouleur, le cachet d'un fabricant. Le plus grand nombre
+n'a point de marque qui les distingue. La brique cuite
+n'a pas été souvent employée avant l'époque romaine,
+non plus que la tuile plate ou arrondie. La brique émaillée
+paraît avoir été à la mode dans le Delta. Le plus
+beau spécimen que j'en aie vu, celui qui est conservé
+au musée de Boulaq, porte à l'encre noire les noms de
+Ramsès III; l'émail en est vert, mais d'autres fragments
+sont colorés en bleu, en rouge, en jaune ou en blanc.<br>
+<br>La nature du sol ne permet pas de descendre beaucoup
+les fondations: c'est d'abord une couche de terre
+rapportée, &nbsp;qui n'a d'épaisseur que sur l'emplacement des
+grandes villes,&nbsp; puis &nbsp;un&nbsp; humus&nbsp; fort
+</td>
+</tr>
+</tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+dense, coupé de minces veines de sable, puis, à partir du niveau des
+infiltrations, des boues plus ou moins liquides, selon
+la saison. Aujourd'hui, les maçons indigènes se contentent
+d'écarter les terres rapportées et jettent les fondations
+dès qu'ils touchent le sol vierge; si celui-ci est
+trop loin, ils s'arrêtent à un mètre environ de la surface.
+Les vieux Égyptiens en agissaient de même:
+je n'ai rencontré aucune maison antique dont les fondations
+fussent à plus de 1m,20, encore une pareille
+profondeur est-elle l'exception, et n'a-t-on pas dépassé
+0m,60 dans la plupart des cas. Souvent, on ne se fatiguait
+pas à creuser des tranchées: on nivelait l'aire
+à couvrir, et, probablement après l'avoir arrosée largement
+pour augmenter la consistance du terrain, on
+posait les premières briques à même. &nbsp;La maison terminée,&nbsp;
+les déchets de mortier, &nbsp;les briques cassées, &nbsp;tous les rebuts du &nbsp;travail
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig002.png" alt="" style="width: 350px; height: 450px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+accumulés formaient une couche
+de 20 à 30 centimètres: la partie du mur enterrée
+de la sorte tenait lieu de fondations. Quand la maison
+à bâtir devait s'élever sur l'emplacement d'une
+maison antérieure, écroulée de vétusté ou détruite par
+un accident quelconque, on ne prenait pas la peine
+d'abattre les murs jusqu'au ras de terre. On égalisait la
+surface des décombres et on construisait à quelques pieds
+plus haut que précédemment: aussi chaque ville est-elle
+assise sur une ou plusieurs buttes artificielles, dont les
+sommets dominent parfois de 20 ou 30 mètres la campagne
+environnante. Les historiens grecs attribuaient
+ce phénomène d'exhaussement à la sagesse des rois, de
+Sésostris en particulier, qui avaient voulu mettre les
+cités à l'abri des eaux, et les modernes ont cru reconnaître le procédé employé à cet effet: on construisait
+des murs massifs de brique, entre-croisés en damier,
+on comblait les intervalles avec des terres de déblayement,
+et on élevait les maisons sur ce patin gigantesque.
+Partout où j'ai fait des fouilles, à&nbsp;&nbsp;&nbsp; Thèbes&nbsp;&nbsp; spécialement,&nbsp;&nbsp;
+je&nbsp;&nbsp; n'ai&nbsp;&nbsp; rien&nbsp; vu&nbsp; qui
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+répondît&nbsp; à&nbsp; cette description;&nbsp; les murs entrecoupés qu'on&nbsp; rencontre&nbsp; sous&nbsp; les débris des maisons
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;">
+<img src="images/fig003.png" alt="" style="width: 175px; height: 302px;">
+ </td>
+
+<td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+relativement modernes ne sont que des restes
+de maisons antérieures, qui
+reposaient elles-mêmes sur
+les restes de maisons plus
+vieilles encore. Le peu de
+profondeur des fondations
+n'empêchait pas les maçons
+de monter hardiment la bâtisse:
+j'ai noté dans les
+ruines de Memphis des pans
+encore debout de 10 et 12 mètres
+de haut. On ne prenait
+alors d'autre précaution que
+d'élargir la base des murs et de voûter les étages
+(Fig.2). L'épaisseur ordinaire était de 0m,40 environ
+pour une maison basse, mais pour une maison à plusieurs
+étages, on allait jusqu'à 1 mètre ou 1m,25; des
+poutres, couchées dans la maçonnerie d'espace en
+espace, la liaient et la consolidaient. Souvent &nbsp;aussi on
+bâtissait le rez-de-chaussée&nbsp; en
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: center; width: 25%;">
+<img src="images/fig004.png" alt="" style="width: 175px; height: 153px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+moellons bien appareillés
+et on reléguait la brique aux étages supérieurs.
+Le calcaire de la montagne voisine est la seule pierre
+dont on se soit servi régulièrement en pareil cas. Les fragments de grès, de granit ou d'albâtre qui y sont
+mêlés, proviennent généralement d'un temple ruiné:
+les Égyptiens d'alors n'avaient pas plus scrupule
+que ceux d'aujourd'hui à dépecer leurs monuments
+dès qu'on cessait de les surveiller. Les petites gens vivaient dans de
+vraies huttes qui, pour être bâties en
+briques, ne valaient guère mieux que
+les cabanes des fellahs. A Karnak, dans
+la ville pharaonique, à Kom-Ombo,
+dans la ville romaine, à Médinét-Habou,
+dans la ville copte, les maisons
+de ce genre ont rarement plus de 4
+ou 5 mètres de façade; elles se composent
+d'un rez-de-chaussée que surmontent parfois
+quelques chambres d'habitation.
+Les gens aisés, marchands, employés
+secondaires, chefs d'ateliers,
+étaient logés plus au large.
+Leurs maisons étaient souvent
+séparées de la rue par une cour
+étroite: un grand couloir s'ouvrait
+au fond, le long duquel
+les chambres étaient rangées (Fig.3). Plus souvent, la
+cour était garnie de chambres sur trois côtés (Fig.4);
+plus souvent encore la maison présentait sa façade à
+la rue.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig005.png" alt="" style="width: 350px; height: 430px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+C'était alors un haut mur peint ou blanchi à
+la chaux, surmonté d'une corniche, et sans ouverture
+que la porte, ou percé irrégulièrement de quelques
+fenêtres (Fig.5). La porte était souvent de pierre,
+même dans les maisons sans prétentions. Les jambages sont en saillie légère sur la paroi, et le linteau
+est supporté d'une gorge peinte ou sculptée. L'entrée
+franchie, on passait successivement dans deux petites
+pièces sombres, dont la dernière
+prend jour sur la
+cour centrale (Fig.6). Le
+rez-de-chaussée servait ordinairement
+d'étable pour
+les baudets ou pour les
+bestiaux, de magasins pour
+le blé et pour les provisions,
+de cellier et de cuisine.
+Partout où les étages
+supérieurs subsistent encore,
+ils reproduisent
+presque sans modifications
+la distribution du rez-de-chaussée. On y arrivait par
+un escalier extérieur, étroit et
+raide, coupé à des intervalles très
+rapprochés par de petits paliers
+carrés. Les pièces étaient oblongues et ne recevaient&nbsp; de&nbsp; lumière&nbsp; et&nbsp; d'air&nbsp; que&nbsp; par la porte:
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+lorsqu'on&nbsp;
+se&nbsp; décidait à percer des
+fenêtres sur la rue,&nbsp; c'étaient&nbsp; des
+soupiraux placés presque à la
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+hauteur du plafond, sans régularité ni symétrie, garnis
+d'une sorte de grille en bois à barreaux espacés, et
+fermés par un volet plein. Les planchers étaient briquetés
+ou dallés, plus souvent formés d'une couche de
+terre battue. Les murs étaient blanchis à la chaux, quelquefois peints de couleurs vives. Le toit était plat et
+fait probablement comme aujourd'hui de branches de
+palmiers serrées l'une contre l'autre, et couvertes d'un
+enduit de terre assez épais pour résister à la pluie.
+Parfois il n'était surmonté que d'un ou deux de ces
+ventilateurs en bois qu'on rencontre encore si fréquemment
+en Égypte; d'ordinaire, on y élevait une ou
+deux pièces isolées,&nbsp;
+servant&nbsp; de&nbsp; buanderie&nbsp;
+ou&nbsp; de&nbsp; dortoir&nbsp; pour&nbsp; les&nbsp;
+esclaves&nbsp; ou&nbsp; les
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 25%;">
+<img src="images/fig006.png" alt="" style="width: 175px; height: 194px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig007.png" alt="" style="width: 350px; height: 391px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+gardiens. La terrasse et
+la cour jouaient un
+grand rôle dans la vie
+domestique des anciens
+Égyptiens; les
+femmes y préparaient
+le pain (Fig.7), y cuisinaient,
+y causaient
+à l'air libre; la famille
+entière y dormait l'été, protégée par des filets contre
+les attaques des moustiques. Les hôtels des riches et des seigneurs couvraient une
+surface considérable: ils étaient situés le plus souvent
+au milieu d'un jardin ou d'une cour plantée, et présentaient
+à la rue, ainsi que les maisons bourgeoises,
+des murs nus, crénelés comme ceux d'une
+forteresse (Fig.8). La vie domestique était cachée et
+comme repliée sur elle-même: on sacrifiait le plaisir
+de voir les passants à l'avantage de n'être pas
+aperçu du dehors. La porte seule annonçait quelquefois l'importance de la famille qui se dissimulait
+derrière l'enceinte. Elle était précédée d'un perron
+de deux ou trois marches, ou&nbsp; d'un&nbsp; portique&nbsp; à&nbsp; colonnes&nbsp; (Fig.9)&nbsp; orné&nbsp; de
+ </td>
+
+
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+statues (Fig.10), qui lui
+donnaient l'aspect
+monumental; parfois
+c'était un pylône
+analogue à
+celui qui annonçait
+l'entrée des temples.
+L'intérieur
+formait comme une
+petite ville, divisée en quartiers par des murs irréguliers:
+la maison d'habitation au fond, les greniers,
+les étables, les communs, répartis aux différents endroits
+de l'enclos, selon des règles qui nous échappent
+encore. Les détails de l'agencement devaient
+varier à l'infini; pour donner une idée de ce qu'était&nbsp;
+l'hôtel&nbsp;&nbsp; d'un&nbsp;&nbsp; grand&nbsp; seigneur&nbsp;&nbsp; égyptien,
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig008.png" alt="" style="width: 350px; height: 226px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ moitié palais,
+moitié villa, je ne puis mieux faire que de reproduire
+deux des plans nombreux que nous ont conservés les
+tombeaux de la XVIIIe dynastie.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;">
+<img src="images/fig009.png" alt="" style="width: 700px; height: 272px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ Le premier représente
+une maison thébaine (Fig.11-12). Le clos est carré entouré d'un mur crénelé. La porte principale s'ouvre
+sur une route bordée d'arbres, qui longe un canal ou
+un bras du Nil.
+
+
+ </td>
+ </tr>
+
+<tr>
+ <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;">
+<img src="images/fig011.png" alt="" style="width: 500px; height: 564px;">
+ </td>
+ </tr>
+
+<tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Le jardin est divisé en compartiments
+symétriques par des murs bas en pierres sèches,
+analogues à ceux qu'on voit encore dans les grands
+jardins d'Akhmîm ou de Girgéh; au centre, une vaste
+treille disposée disposée sur quatre rangs de colonnettes; à droite et à gauche, quatre pièces d'eau peuplées de canards et
+d'oies, deux pépinières, deux kiosques à jour, et des
+allées de sycomores, de dattiers et de palmiers-doums;
+dans le fond, en face de la porte, une maison à deux
+étages de petites&nbsp; dimensions,&nbsp; surmontée d'une corniche peinte.&nbsp;&nbsp; Le second plan est emprunté aux hypogées
+
+ </td>
+ </tr>
+
+<tr>
+ <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;">
+<img src="images/fig012.png" alt="" style="width: 500px; height: 413px;">
+ </td>
+ </tr>
+
+<tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+de
+Tell-el-Amarna (Fig.13-14). Il nous montre une maison,
+située an fond des jardins d'un grand seigneur, Aï,
+gendre du pharaon Khouniaton et, plus tard, lui-même
+roi d'Égypte. Un bassin oblong s'étend devant la
+porte: il est bordé d'un quai en pente douce muni de
+deux escaliers. Le corps de bâtiment est un rectangle
+plus large sur la façade que sur les parois latérales.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 40%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Une grande porte s'ouvre au milieu et donne accès
+dans une cour plantée d'arbres et bordée de magasins
+remplis de provisions: deux petites cours placées
+symétriquement dans les angles les plus éloignés
+servent de cage aux escaliers qui mènent sur la terrasse.
+Ce premier
+édifice sert
+comme d'enveloppe
+au logis du
+maître. Les deux
+façades sont ornées
+d'un portique
+de huit colonnes,
+interrompu
+au milieu
+par la baie du
+pylône. La porte
+franchie, on débouchait
+dans
+une sorte de long
+couloir central, coupé par deux murs percés de portes,
+de manière à former trois cours d'enfilade. Celle du
+centre était bordée de chambres; les deux autres communiquaient
+à droite et à gauche avec deux cours plus
+petites, d'où partaient les escaliers qui montent à&nbsp; la&nbsp; terrasse.&nbsp;
+Ce bâtiment central&nbsp; était
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 60%;">
+<img src="images/fig013.png" alt="" style="width: 400px; height: 436px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ce que les textes appellent
+l'<i>âkhonouti</i>, la demeure intime du roi et des
+grands seigneurs, où la famille et les amis les plus
+proches avaient seuls le droit de pénétrer. Le nombre
+des étages, la disposition de la façade différaient selon le
+caprice du propriétaire.&nbsp; Le&nbsp; plus&nbsp; souvent la façade était
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;">
+<img src="images/fig014.png" alt="" style="width: 500px; height: 360px;">
+ </td>
+</tr>
+<tr>
+<td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+unie; parfois elle était divisée en trois corps, et le corps
+du milieu était en saillie. Les deux ailes sont alors
+ornées d'un portique à chaque étage (Fig.15), ou surmontées
+d'une galerie à jour (Fig.16); le pavillon central
+a quelquefois l'aspect d'une tour qui domine le reste
+de la construction (Fig.17). Les façades sont décorées
+assez souvent de ces longues colonnettes en bois peint
+qui ne portent rien et servent seulement à égayer l'aspect
+un peu sévère de &nbsp;l'édifice.&nbsp;&nbsp; La&nbsp; distribution intérieure est
+ </td>
+</tr>
+<tr>
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;">
+<img src="images/fig015.png" alt="" style="width: 500px; height: 350px;">
+ </td>
+
+ </tr>
+<tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+peu connue; comme dans les maisons bourgeoises,
+les chambres à coucher étaient probablement
+petites et mal éclairées; mais, en revanche, les salles
+de réception devaient avoir à peu près les dimensions
+adoptées aujourd'hui encore en Égypte, dans les
+maisons arabes. L'ornementation des parois ne comportait
+pas des scènes ou des compositions&nbsp; analogues à celles qu'on rencontre dans
+
+ </td>
+ </tr>
+<tr>
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;">
+<img src="images/fig016.png" alt="" style="width: 500px; height: 359px;">
+ </td>
+
+ </tr>
+<tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+les tombeaux. Les panneaux
+étaient passés à la chaux ou revêtus d'une teinte uniforme et bordés d'une bande multicolore.&nbsp; Les plafonds étaient d'ordinaire laissés en blanc;&nbsp; parfois,&nbsp; cependant,&nbsp; ils
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif; left; vertical-align: top; width: 50%;">
+
+<center><img src="images/fig017.png" alt="" style="width: 250px; height: 203px;"></center>
+de documents.
+Les lampes en forme de maisons, qu'on trouve en si grand nombre au Fayoum, montrent qu'au temps des
+Césars romains, on continuait à bâtir selon les mêmes
+règles qui avaient eu cours sous les Thoutmos et les
+Ramsès. Pour l'ancien empire, les renseignements sont peu
+nombreux et peu clairs. Cependant, on rencontre souvent sur les stèles, dans les hypogées ou dans les cercueils,
+des dessins qui nous montrent quel aspect avaient les
+portes (Fig.21), et un sarcophage de la IVe dynastie,
+celui de Khoutou-Poskhou, est taillé en forme de maison
+(Fig.22).<br>
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+étaient décorés d'ornements géométriques dont les principaux motifs étaient répétés dans
+les tombeaux et nous ont été conservés de la sorte, des méandres entremêlés de rosaces (Fig.18), des carrés
+multicolores (Fig.19), des têtes de boeuf vues de face,
+des enroulements, des vols d'oies (Fig.20).<br><br>Je n'ai parlé que du second empire thébain; c'est en effet
+l'époque pour laquelle nous avons le plus
+
+<center><img src="images/fig018.png" alt="" style="width: 250px; height: 206px;"></center><br>
+
+ </td>
+
+
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;">
+<img src="images/fig019.png" alt="" style="width: 250px; height: 232px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<br><br>
+
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 38%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+2.--LES FORTERESSES.
+<br><br>La plupart des villes et même des bourgs importants
+étaient murés. C'était une conséquence presque nécessaire
+de la configuration géographique et de la constitution
+politique du pays. Contre les Bédouins, il avait fallu
+barrer le débouché des gorges qui mènent au désert; les grands seigneurs féodaux avaient fortifié, contre leurs
+voisins et contre le roi, la ville où ils résidaient,
+et les villages de leur domaine qui commandaient les
+défilés des montagnes ou les passes resserrées du fleuve.
+
+Abydos, El-Kab, Semnéh possèdent les forteresses
+les plus anciennes. Abydos avait un sanctuaire d'Osiris
+et s'élevait à l'entrée d'une des routes qui conduisent
+aux Oasis. La renommée du temple y attirait les pèlerins,
+la situation de la ville y amenait les marchands,
+la prospérité que lui valait l'affluence des uns et des
+autres l'exposait aux incursions des Libyens:
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 62%;">
+<img src="images/fig020.png" alt="" style="width: 450px; height: 475px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig021.png" alt="" style="width: 350px; height: 737px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+elle a,
+aujourd'hui encore, deux forts presque intacts. Le plus
+vieux est comme le noyau du monticule que les Arabes
+appellent le Kom-es-soultân, mais l'intérieur seul en a été déblayé jusqu'à 3 ou 4 mètres au-dessus du sol antique;
+le tracé extérieur des murs n'a pas été dégagé des décombres
+et du sable qui l'entourent. Dans l'état actuel, c'est un parallélogramme en briques
+crues de 125 mètres de long sur 68 mètres de large. Le
+plus grand axe en est tendu du sud au nord. La porte
+principale s'ouvre dans le mur ouest, non loin de l'angle
+nord-ouest; mais deux portes de moindre importance paraissent
+avoir été ménagées dans le front sud et dans celui de l'est.
+Les murailles ont perdu quelque peu de leur élévation; elles
+mesurent pourtant de 7 à 11 mètres de haut et sont larges
+d'environ 2 mètres au sommet. Elles ne sont pas bâties
+d'une seule venue, mais se partagent en grands panneaux
+verticaux, facilement reconnaissables à la disposition des matériaux. Dans le premier, tous
+les lits de briques sont rigoureusement horizontaux;
+dans le second, ils sont légèrement concaves et forment
+un arc renversé, très ouvert, dont l'extrados s'appuie
+sur le sol; l'alternance des deux procédés se reproduit
+régulièrement. La raison de cette disposition est
+obscure: on dit que les édifices ainsi construits résistent mieux aux tremblements de terre. Quoi qu'il
+en soit, elle est fort ancienne, car, dès la Ve dynastie,
+les familles nobles d'Abydos envahirent l'enceinte et
+l'emplirent de leurs tombeaux an point de lui enlever
+toute valeur stratégique. Une seconde forteresse, édifiée
+à quelque cent mètres au sud-est, remplaça celle du
+Kom-es-soultân vers la XVIIIe dynastie,&nbsp;&nbsp; mais&nbsp; faillit
+avoir&nbsp; le&nbsp; même sort sous&nbsp; les
+ </td>
+ </tr>
+
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ Ramessides; la décadence subite
+de la ville l'a seule protégée contre l'encombrement.
+Les Égyptiens des premiers temps ne possédaient aucun engin capable de faire impression sur des murs
+massifs. Ils&nbsp; n'avaient que trois&nbsp; moyens pour enlever de
+vive force une place fermée:&nbsp; l'escalade,&nbsp; la sape, le
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<img src="images/fig022.png" alt="" style="width: 700px; height: 329px;">
+
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+bris des portes. Le tracé imposé par leurs ingénieurs au
+second fort est des mieux calculés pour résister efficacement
+à ces trois attaques (Fig.23). Il se compose de
+longs côtés en ligne droite, sans tours ni saillants d'aucune
+sorte, mesurant 131m,30 sur les fronts est et ouest,
+78 mètres sur les fronts nord et sud. Les fondations
+portent directement sur le sable et ne descendent nulle
+part plus has que 0m,30. Le mur (Fig.24) est en briques
+crues, disposées par assises horizontales; il est
+légèrement incliné en arrière, plein, sans archères ni
+meurtrières, décoré à l'extérieur de longues rainures
+prismatiques, semblables à celles qu'on voit sur les
+stèles de l'ancien Empire. Dans l'état actuel, il domine
+la plaine de 11 mètres; complet, il ne devait guère
+monter à plus de 12 mètres, ce qui suffisait amplement
+pour mettre la garnison à l'abri d'une escalade par
+échelle portative à dos d'homme. L'épaisseur est d'environ
+6 mètres à la base, d'environ 5 mètres au sommet. La crête est
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<img src="images/fig023.png" alt="" style="width: 700px; height: 406px;">
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+partout détruite, mais les représentations
+figurées (Fig.25) nous montrent qu'elle était couronnée
+d'une corniche continue, très saillante, garnie extérieurement
+d'un parapet mince,&nbsp; assez bas, crénelé
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ à merlons
+arrondis, rarement quadrangulaires.
+Le chemin de ronde,
+même diminué de l'épaisseur
+du parapet, devait atteindre
+encore 4 mètres ou 4 m,50.
+Il courait sans interruption
+le long des quatre fronts; on
+y montait par des escaliers
+étroits, pratiqués dans la maçonnerie
+et détruits aujourd'hui.
+Point de fossé: pour défendre le pied du mur
+contre la pioche des sapeurs, on a tracé, à 3 mètres en
+avant, une chemise crénelée haute de
+5 mètres ou environ.
+Toutes ces précautions
+étaient suffisantes
+contre la sape
+et l'escalade, mais
+les portes restaient
+comme autant de brèches
+béantes dans l'enceinte; c'était le point faible sur
+lequel l'attaque et la défense concentraient leurs efforts.
+Le fort d'Abydos avait deux portes, dont la principale
+était située dans un massif épais, à l'extrémité orientale
+du front est (Fig.26). Une coupure étroite A, barrée par de solides battants de bois, en marquait la place dans
+l'avant-mur. Par derrière, s'étendait une petite place
+d'armes B, à demi creusée dans l'épaisseur du mur, au
+fond de laquelle était pratiquée une
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig024.png" alt="" style="width: 300px; height: 359px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 34%;">
+<img src="images/fig025.png" alt="" style="width: 400px; height: 279px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 66%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+seconde porte C,
+aussi resserrée que la première. Quand l'assaillant l'avait forcée
+sous la pluie de projectiles que
+les défenseurs, postés au haut
+des murailles, faisaient pleuvoir
+sur lui de face et des deux côtés,
+il n'était pas encore au coeur de
+la place; il traversait une cour
+oblongue D, resserrée entre les murs extérieurs et
+entre deux contreforts qui s'en détachaient à angle
+droit, et s'en allait briser à découvert
+une dernière poterne E, placée
+à dessein dans le recoin le plus incommode.
+Le principe qui présidait
+à la construction des portes était
+partout le même, mais les dispositions
+variaient&nbsp;&nbsp; au&nbsp; gré&nbsp; de&nbsp; l'ingénieur.&nbsp; A&nbsp; la&nbsp; porte
+ </td>
+
+
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ sud-est d'Abydos (Fig.27), la place d'armes
+située entre les deux enceintes a été supprimée, et la
+cour est tout entière dans l'épaisseur du mur; à Kom-el-Ahmar,
+en face d'El-Kab (Fig.28), le massif de
+briques, an milieu duquel la porte est percée, fait saillie
+sur le front de défense. Des poternes, réservées en différents
+endroits, facilitaient les mouvements de la garnison
+et lui permettaient de multiplier les sorties.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig026.png" alt="" style="width: 250px; height: 237px;">
+ </td>
+
+
+ <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig027.png" alt="" style="width: 200px; height: 213px;">
+ </td>
+
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Le même tracé qu'on employait pour les forts isolés
+prévalait également pour les villes. Partout, à Héliopolis,&nbsp; à Sân,&nbsp; à Saïs,&nbsp; à Thèbes,&nbsp; ce sont des murs droits,&nbsp; sans
+tours ni bastions, formant des
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+carrés ou des parallélogrammes
+allongés, sans fossés ni
+avancées; l'épaisseur des murs, qui
+varie entre 10 et 20 mètres, rendait ces précautions inutiles. Les portes,
+au moins les principales, avaient des
+jambages et un linteau en pierre, décorés
+de tableaux et de légendes; témoin celle d'Ombos,
+que Champollion vit encore en place et qui date du
+règne de Thoutmos III. La plus
+vieille et la mieux
+conservée des villes
+fortes d'Égypte,
+celle d'El-Kab, remonte
+probablement
+jusqu'à l'ancien
+Empire
+(Fig.29). Le Nil en
+a détruit une partie
+depuis quelques années;
+au commencement du siècle, elle formait un quadrilatère irrégulier,&nbsp; dont&nbsp; les&nbsp; grands&nbsp;
+côtés&nbsp; mesuraient&nbsp; 640 mètres&nbsp; et les&nbsp; petits
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig028.png" alt="" style="width: 200px; height: 200px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig029.png" alt="" style="width: 350px; height: 374px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+environ un quart en moins. Le front sud présente la même disposition
+qu'au Kom-es-soultân, des panneaux où les lits de briques sont horizontaux, alternant avec d'autres
+panneaux où ils sont concaves. Sur les fronts nord et
+ouest, les lits sont ondulés régulièrement et sans interruption d'un bout à l'autre. L'épaisseur est de 11m,50,
+la hauteur moyenne de 9 mètres; des rampes larges et
+commodes mènent an chemin de ronde. Les portes sont
+placées irrégulièrement, une sur chacune des faces
+nord, est et ouest; la face méridionale n'en avait point.
+Elles sont trop mal conservées pour qu'on en reconnaisse
+le plan. L'enceinte renfermait une population
+considérable, mais inégalement
+répartie; le
+gros était concentré au
+nord et à l'ouest, où
+les fouilles ont découvert
+les restes d'un
+grand nombre de maisons.
+Les temples
+étaient rassemblés
+dans une enceinte carrée, qui avait le même centre que
+la première; c'était comme un réduit, où la garnison
+pouvait résister, longtemps après que le reste de la
+ville était aux mains des ennemis.<br><br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig030.png" alt="" style="width: 350px; height: 273px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Le tracé à angle droit, excellent en plaine, n'était
+pas souvent applicable en pays accidenté; lorsque le
+point à fortifier était sur une colline, les ingénieurs
+égyptiens savaient adapter la ligne de défense au relief
+du terrain. A Kom-Ombo (Fig.30), les murs suivent
+exactement le contour de la butte isolée sur laquelle
+la ville était perchée, et présentaient à l'Orient un
+front hérissé de saillies irrégulières, dont le dessin rappelle
+grossièrement celui de nos bastions. A Koumméh
+et à Semnéh, en Nubie, à l'endroit où le Nil s'échappe
+des rochers de la seconde cataracte, les dispositions sont&nbsp;&nbsp; plus&nbsp;&nbsp; ingénieuses&nbsp;&nbsp; et&nbsp;&nbsp; témoignent&nbsp;&nbsp; d'une
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ véritable
+habileté. Le roi Ousirtasen III avait fixé en cet endroit
+la frontière de l'Égypte; les forteresses qu'il y
+construisit devaient barrer la voie d'eau aux flottes des
+Nègres voisins. A Koumméh, sur la rive droite, la position
+était naturellement très forte (Fig.31). Sur une
+éminence bordée de rochers
+abrupts, on dessina
+un carré irrégulier
+de 60 mètres environ de
+côté; deux contreforts allongés
+dominent, l'un,
+an nord, les sentiers qui
+conduisent à la porte,
+l'autre, au sud, le cours
+du fleuve. L'avant-mur
+s'élève à 4 mètres en
+avant et suit fidèlement le mur principal, sauf en deux
+points, aux angles nord-ouest et sud-est, où il présente
+deux saillies en forme de bastion. Sur l'autre rive, à
+Semnéh, la position était moins bonne; le côté oriental
+était protégé par une ceinture de rochers&nbsp; qui&nbsp;
+descend à pic jusqu'au fleuve,&nbsp; mais les trois
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig031.png" alt="" style="width: 300px; height: 300px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig032.png" alt="" style="width: 350px; height: 386px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+autres
+faces étaient à peu près nues (Fig.32). Un mur droit,
+haut de 15 mètres environ, fut établi le long du Nil;
+an contraire, les murs tournés vers la plaine montèrent
+jusqu'à la hauteur de 25 mètres et se hérissèrent
+de contreforts, longs de 15 mètres, épais de
+9 mètres à la base et de 4 mètres au sommet et disposés
+à intervalles irréguliers selon les besoins de la
+défense. Ces éperons, non garnis de parapets, tenaient lieu de tours: ils augmentaient la force du tracé, défendaient
+l'accès du chemin de ronde et battaient en
+flanc les soldats qui auraient voulu tenter une attaque
+de haute main contre
+l'enceinte continue.
+L'intervalle qui les sépare
+est calculé de manière
+que les archers
+puissent balayer de
+leurs flèches tout le
+terrain compris entre
+eux. Courtines et
+saillants sont en briques
+crues entremêlées
+de poutres couchées
+horizontalement dans
+la maçonnerie; la surface extérieure en est formée&nbsp; de&nbsp;
+deux&nbsp; parties, l'une à peu près verticale,
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+l'autre inclinée de 160 degrés environ
+sur la première,
+ce qui rendait l'escalade
+sinon impossible,
+au moins fort
+difficile. Intérieurement
+tout l'espace
+compris dans l'enceinte
+avait été
+haussé presque jusqu'au niveau du chemin de ronde,
+en manière de terre-plein (Fig.33). Au dehors, l'avant-mur
+en pierres sèches était séparé du corps de la place
+par un fossé de 30 à 40 mètres de large; il épousait assez exactement le contour général et dominait la plaine
+de 2 ou 3 mètres, selon les endroits; vers le nord, il
+était coupé par le chemin
+tournant qui descend en
+plaine. Ces dispositions, si
+habiles qu'elles fussent,
+n'empêchèrent point la place
+de succomber; une large
+brèche pratiquée an sud,
+entre les deux saillants
+les plus rapprochés du
+fleuve, marque le point d'attaque choisi par l'ennemi. Les grandes guerres entreprises en Asie sous la
+XVIIIe dynastie révélèrent
+aux Égyptiens
+des formes nouvelles
+de fortifications.
+Les nomades
+de la Syrie méridionale
+avaient des fortins
+où ils se réfugiaient
+sous la menace
+de l'invasion
+(Fig.34). Les villes
+cananéennes et hittites,
+Ascalon, Dapour,
+Mérom, étaient entourées de murailles puissantes,
+le plus souvent en pierre et flanquées de tours
+(Fig.35); celles d'entre elles qui s'élevaient en plaine,
+comme Qodshou, étaient enveloppées d'un double fossé
+rempli d'eau&nbsp; (Fig.36).&nbsp; Les&nbsp; Pharaons
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig033.png" alt="" style="width: 350px; height: 245px;">
+<img src="images/fig034.png" alt="" style="width: 350px; height: 331px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 52%;">
+<img src="images/fig035.png" alt="" style="width: 350px; height: 380px;">
+<img src="images/fig036.png" alt="" style="width: 350px; height: 290px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 48%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+transportèrent dans la vallée du Nil les types nouveaux, dont ils
+avaient éprouvé l'efficacité dans leurs campagnes. Dès
+les commencements de la XIXe dynastie, la frontière
+orientale du Delta,
+la plus faible de
+toutes, était couverte
+d'une ligne de forts
+analogues aux forts
+cananéens; non contents
+de prendre la
+chose, les Égyptiens
+avaient pris le mot
+et donnaient à ces tours de garde le nom sémitique de <i>magadîlou</i>. La
+brique ne parut plus dès lors assez solide, au moins
+pour les villes exposées aux incursions
+des peuplades asiatiques, et
+les murs d'Héliopolis, ceux de
+Memphis même, se revêtirent de
+pierre. Rien ne nous est resté jusqu'à
+présent de ces forteresses nouvelles,
+et nous en serions réduits à
+nous figurer, d'après les peintures,
+l'aspect qu'elles pouvaient avoir,
+si un caprice royal ne nous en
+avait laissé un modèle dans un des endroits où on
+s'attendait le moins à le rencontrer, dans la nécropole
+de Thèbes. Quand Ramsès III établit son temple funéraire
+(Fig.37 et 38), il voulut l'envelopper d'une
+enceinte à l'apparence militaire, en souvenir de ses
+victoires syriennes. Un avant-mur en pierre, crénelé, haut de 4 mètres en moyenne, court le long du flanc
+est; la porte est pratiquée an milieu, sous la protection
+d'un gros bastion quadrangulaire. Elle était large
+de 1 mètre, et flanquée de deux petits corps de garde
+oblongs, dont les terrasses s'élèvent d'environ 1m,50 au-dessus
+du rempart. Dès qu'on l'a franchie,&nbsp;&nbsp; on&nbsp; se&nbsp; trouve&nbsp;&nbsp;
+devant&nbsp;&nbsp; un&nbsp; véritable
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 66%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<i>Migdol</i>: deux corps de logis,
+embrassant une cour qui va se rétrécissant par ressauts,
+et réunis par un bâtiment à deux étages, percé
+d'une porte longue. Les faces orientales des tours sont
+assises sur un soubassement incliné en talus, haut de
+5 mètres environ. Il était à deux fins: d'abord il augmentait
+la force de résistance du mur à l'endroit où on
+pouvait le saper, ensuite les projectiles qu'on jetait
+d'en haut, ricochant avec force sur l'inclinaison du
+plan, tenaient l'assaillant à distance. La hauteur totale
+est de 22 mètres, et la largeur de 25 mètres sur le devant;
+les portions situées sur le derrière, à droite et à
+gauche de la porte, out été détruites dès l'antiquité. Les
+détails de l'ornementation sont adaptés au caractère moitié religieux, moitié triomphal de l'édifice; il n'est
+pas probable que les forteresses réelles fussent décorées
+de consoles et de bas-reliefs analogues à ceux qu'on voit
+sur les côtés de la place d'armes. Tel qu'il est, le <i>pavillon</i>
+de Médinét-Habou est un exemple unique des perfectionnements
+que les Pharaons conquérants avaient
+apportés à l'architecture militaire.
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 34%;">
+<img src="images/fig037.png" alt="" style="width: 250px; height: 358px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+
+<tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<img src="images/fig038.png" alt="" style="width: 700px; height: 423px;">
+
+ </td>
+ </tr>
+<tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Passé le règne de Ramsès III, les documents nous
+font presque entièrement défaut. Vers la fin du XIe siècle
+avant notre ère, les grands prêtres d'Ammon réparèrent
+les murs de Thèbes, de Gébéléïn et d'El-Hibéh
+en face de Feshn. Le morcellement du pays sous les
+successeurs de Sheshonq obligea les princes des nomes
+à augmenter le nombre des places fortes; la campagne
+de Piónkhi, sur les bords du Nil, est une suite de sièges
+heureux. Rien, toutefois, ne nous autorise à penser que
+l'art de la fortification ait fait alors des progrès sensibles:
+quand les Pharaons grecs se substituèrent aux
+indigènes, ils le trouvèrent probablement tel que
+l'avaient constitué les ingénieurs de la XIXe et de la
+XXe dynastie.
+<br><br>
+
+3.--LES TRAVAUX D'UTILITÉ PUBLIQUE.
+<br><br>
+Un réseau permanent de routes est inutile dans un
+pays comme l'Égypte; le Nil y est le chemin naturel
+du commerce, et des sentiers courant entre les champs suffisent à la circulation des hommes, à la menée des
+bestiaux, au transport des denrées de village à village.
+Des bacs payants pour&nbsp; passer&nbsp; d'une&nbsp; rive&nbsp; à&nbsp; l'autre du
+fleuve,&nbsp; des gués partout où le peu de profondeur des eaux le
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ permettait, des levées de terre jetées à demeure
+en travers des canaux, complétaient le système.
+Les ponts étaient rares; on n'en connaît jusqu'à présent
+qu'un seul sur le territoire égyptien, encore ne
+sait-on s'il était long ou court, en pierre ou en bois,
+supporté d'arches ou lancé d'une volée. Il franchissait,
+sous les murs mêmes de Zarou, le canal qui séparait le
+front oriental du Delta des régions
+désertes de l'Arabie Pétrée;
+une enceinte fortifiée en
+couvrait le débouché du côté de
+l'Asie (Fig.39). L'entretien des
+voies de communication, qui
+coûte si cher aux peuples modernes,
+entrait donc pour une
+très petite part dans la dépense
+des Pharaons; trois grands services
+restaient seuls à leur
+charge, celui des entrepôts,
+celui des irrigations, celui des mines et carrières.<br><br>
+Les impôts étaient perçus et les traitements des
+fonctionnaires payés en nature. On distribuait chaque
+mois aux ouvriers du blé, de l'huile et du vin, de quoi
+nourrir leur famille, et, du haut en has de l'échelle hiérarchique,
+chacun recevait en échange de son travail
+des bestiaux, des étoffes, des objets manufacturés, certaines
+quantités de cuivre&nbsp; ou&nbsp; de&nbsp; métaux&nbsp; précieux.&nbsp; Les employés du fisc
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;">
+<img src="images/fig039.png" alt="" style="width: 300px; height: 451px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;">
+<img src="images/fig040.png" alt="" style="width: 300px; height: 263px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+devaient donc avoir à leur disposition
+de vastes magasins où serrer les parties rentrées de
+l'impôt. Chaque catégorie avait son quartier distinct,
+clos de murs et fourni de gardiens vigilants, larges étables pour les bêtes, celliers où les amphores étaient
+empilées en couches régulières ou pendues en ligne le
+long des murs, avec la date de la récolte écrite sur
+la panse (Fig.40), greniers en forme de four, où le grain
+était versé par une lucarne
+pratiquée dans le
+haut et sortait par une
+trappe ménagée près du
+sol (Fig.41). A Toukou,
+la Pithom de M. Naville,
+ce sont des chambres rectangulaires (Fig.42), de taille différente, jadis parquetées
+et sans communication l'une avec l'autre:
+le blé, introduit par le toit, suivait,&nbsp; pour ressortir,&nbsp; le
+chemin qu'il
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ avait pris pour entrer. Au Ramesséum de
+Thèbes, des milliers d'ostraca
+et de tampons de
+jarres ramassés sur les
+lieux prouvent que les
+ruines en briques situées
+immédiatement derrière le
+temple renfermaient les
+celliers du dieu; les chambres
+sont de longs couloirs
+voûtés, accolés l'un à l'autre et surmontés autrefois
+d'une plate-forme unie (Fig.43). Philae, Ombos, Daphnae,
+la plupart des villes frontières du Delta possèdent
+des entrepôts de ce genre, et l'on en découvrira bien
+d'autres le jour où l'on s'avisera de les chercher sérieusement. Le régime des eaux ne s'est pas modifié sensiblement
+depuis l'antiquité. Quelques canaux ont été
+creusés, un plus grand
+nombre se sont bouchés
+par la négligence des maîtres
+du pays; mais les tracés
+et les méthodes de percement
+sont demeurés les
+mêmes. Elles n'exigent
+point de travaux d'art considérables. Partout où j'ai
+pu étudier les vestiges de
+canaux anciens, je n'ai relevé
+aucune trace de maçonnerie
+aux prises d'eau ou sur les points faibles du
+parcours. Ce sont de simples fossés à pic, larges de
+6 à 20 mètres; les terres extraites pendant l'opération
+étaient rejetées à droite et à gauche, et formaient, au-dessus
+de la berge, des talus irréguliers de 2 à 4 mètres
+de haut. Ils marchent en ligne droite, mais sans obstination;
+le moindre mouvement de terrain les décide à
+dévier et à décrire des courbes immenses. Des digues, tirées capricieusement de la montagne au Nil, les coupent d'espace en espace et divisent la vallée en bassins,
+ou l'eau séjourne pendant les mois d'inondation.
+Elles sont d'ordinaire en terre, quelquefois en briques
+cuites, comme dans la province de Girgéh, très rarement
+en pierre de taille,
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig041.png" alt="" style="width: 350px; height: 288px;">
+<img src="images/fig042.png" alt="" style="width: 350px; height: 394px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+comme cette digue de Koshéish
+que Mini construisit au début des temps, afin de
+détourner à l'orient la branche principale du Nil, et
+d'assainir l'emplacement où il fonda Memphis.
+
+<img src="images/fig043.png" alt="" style="width: 700px; height: 249px;"><br>
+Le réseau
+avait son origine près du Gebel-Silsiléh, et courait
+jusqu'à la mer sans s'écarter du fleuve, si ce n'est
+une fois près de Béni-Souef, pour jeter un de ses bras
+dans la direction du Fayoum. Il franchissait la montagne
+près d'Illahoun, par une gorge étroite et sinueuse,
+approfondie peut-être à main d'homme, et se ramifiant
+en patte d'oie; les eaux, après avoir arrosé le canton,
+s'écoulaient, les plus proches dans le Nil, par la route
+même qui les avait amenées; les autres, dans plusieurs
+lacs sans issue, dont le plus grand s'appelle aujourd'hui
+Birkét-Qéroun. S'il fallait en croire Hérodote, les
+choses ne se seraient point passées aussi simplement.
+Le roi Moeris aurait voulu établir au Fayoum un réservoir
+destiné à corriger les irrégularités de l'inondation;
+on l'appelait, d'après lui, le lac Moeris. La crue était-elle
+insuffisante? L'eau, emmagasinée dans ce bassin,
+puis relâchée au fur et à mesure que le besoin s'en faisait
+sentir, maintenait le niveau à hauteur convenable
+sur toute la moyenne Egypte et sur les régions occidentales
+du Delta. L'année d'après, si la crue s'annonçait
+trop forte, le Moeris en recevait le surplus et le gardait
+jusqu'au moment où le fleuve commençait à baisser.
+Deux pyramides, couronnées chacune d'un colosse assis, représentant le roi fondateur et sa femme, se
+dressaient au milieu du lac. Voilà le récit d'Hérodote:
+il a singulièrement embarrassé les ingénieurs et les
+géographes. Comment en effet trouver dans le Fayoum
+un emplacement convenable pour un bassin qui
+n'avait pas moins de quatre-vingt-dix milles de pourtour?
+La théorie la plus accréditée de nos jours est
+celle de Linant, d'après laquelle le Moeris aurait occupé
+une dépression de terrain le long de la chaîne
+libyque, entre Illahoun et Médinéh; mais les explorations
+les plus récentes ont montré que les digues
+assignées pour limites à ce prétendu réservoir sont
+modernes et n'ont peut-être pas deux siècles de durée.
+Je ne crois plus à l'existence du Moeris. Si Hérodote
+a jamais visité le Fayoum, cela a dû être pendant
+l'été, au temps du haut Nil, quand le pays entier
+offre l'aspect d'une véritable mer. Il a pris pour la
+berge d'un lac permanent les levées qui divisent les
+bassins et font communiquer les villes entre elles. Son
+récit, répété par les écrivains anciens, a été accepté
+par nos contemporains, et l'Egypte, qui n'en pouvait
+mais, a été gratifiée après coup d'une oeuvre gigantesque,
+dont l'exécution aurait été le vrai titre de gloire
+de ses ingénieurs, si elle avait jamais existé. Les seuls
+travaux qu'ils aient entrepris en ce genre ont de moindres
+prétentions; ce sont des barrages en pierre élevés à
+l'entrée de plusieurs des Ouadys qui descendent des
+montagnes jusque dans la vallée. L'un des plus importants
+a été signalé en 1885 par le docteur Schweinfurth,
+à sept kilomètres au sud-est des bains d'Hélouan,
+au débouché de l'Ouady
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig044.png" alt="" style="width: 350px; height: 556px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Guerraouî (Fig.44). Il servait à deux fins, d'abord à emmagasiner de l'eau
+pour les ouvriers qui exploitaient les carrières d'albâtre
+cristallin d'où sont sortis les blocs les plus grands des
+pyramides de Gizéh, puis à retenir les torrents qui se
+forment parfois dans le désert à la suite des pluies de
+l'hiver et du printemps. Le ravin qu'il fermait a
+soixante-six mètres de
+large et douze ou quinze,
+mètres de hauteur
+moyenne. Trois couches
+successives d'une épaisseur
+totale de quarante-cinq
+mètres avaient été jugées
+suffisantes: en aval,
+une masse d'argile et de
+débris tirés des berges (A),
+puis un amas de gros blocs
+calcaires, enfin un mur de
+pierre de taille, dont les
+assises, disposées en retraite
+l'une sur l'autre, simulaient
+une sorte d'escalier monumental (B). Trente-deux
+degrés subsistent encore, sur trente-cinq qu'il y
+avait primitivement, et un quart environ du barrage s'est
+maintenu dans le voisinage de chacune des berges; le
+torrent a balayé la partie du milieu (Fig.45). Une digue
+analogue avait transformé le fond de l'Ouady Gennéh
+en un petit lac ou les mineurs du Sinaï venaient s'approvisionner
+d'eau. La plupart des localités d'où
+l'Égypte tirait ses métaux et ses pierres de choix étaient
+d'accès malaisé et n'auraient été d'aucun profit, si on n'avait eu soin d'en faciliter les avenues&nbsp;&nbsp;&nbsp; et&nbsp;&nbsp;&nbsp; d'en&nbsp;&nbsp;&nbsp; rendre&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+le&nbsp;&nbsp;&nbsp; séjour&nbsp;&nbsp;&nbsp; moins
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ insupportable par des travaux de ce
+genre. Pour aller chercher le diorite et le granit gris
+de l'Ouady Hammamât, les Pharaons avaient jalonné
+la route de citernes taillées dans le roc. Quelques
+maigres sources, captées habilement et recueillies dans
+des réservoirs, avaient permis d'établir des villages
+entiers d'ouvriers aux carrières et aux mines d'or ou
+d'émeraude des bords de la mer Rouge; des centaines
+d'engagés volontaires, d'esclaves ou de criminels condamnés
+par les tribunaux
+y vivaient misérablement,
+sous le bâton d'une
+dizaine de chefs de corvée,
+et sous la surveillance
+brutale d'une
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig045.png" alt="" style="width: 350px; height: 162px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+compagnie de soldats mercenaires,
+libyens ou nègres. La moindre révolution en Egypte,
+une guerre malheureuse, un changement de règne
+troublé, compromettait l'existence factice de ces établissements:
+les ouvriers désertaient, les Bédouins harcelaient
+la colonie, les garde-chiourme s'impatientaient
+et rentraient dans la vallée du Nil, et l'exploitation&nbsp;&nbsp;
+cessait&nbsp;&nbsp; de&nbsp;&nbsp; se&nbsp;&nbsp; faire&nbsp;&nbsp;régulièrement.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+Aussi, les pierres
+de choix qu'on ne trouvait qu'au désert, le diorite, le
+basalte, le granit noir, le porphyre, les brèches vertes
+ou jaunes, n'étaient-elles pas d'usage fréquent en architecture;
+comme il fallait mettre sur pied, pour les
+avoir, de véritables expéditions de soldats et d'ouvriers,
+on les réservait aux sarcophages et aux statues de prix.
+Les carrières de calcaire, de grès, d'albâtre, de granit
+rose, qui ont fourni les matériaux des temples et des monuments funéraires, étaient toutes dans la vallée et
+d'abord facile. Quand la veine qu'on avait résolu d'attaquer
+courait dans une des couches basses de la montagne,
+on y creusait des couloirs et des chambres qui
+s'enfoncent parfois assez loin. Des piliers carrés, ménagés
+d'espace en espace, soutenaient le plafond, et
+des stèles, gravées aux endroits les plus apparents, apprenaient
+à la postérité le nom du roi et des ingénieurs
+qui avaient commencé ou repris les travaux.
+Plusieurs de ces carrières épuisées ou abandonnées ont
+été transformées en chapelles; ainsi le Spéos-Artemidos,
+que Thoutmos III et Séti Ier consacrèrent à la
+déesse locale Pakhit.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="background-image: url('images/fig046.png');text-align: left; width: 740px;">
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 30%;">
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 40%;text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif">
+Les plus importantes de celles qui
+donnaient le calcaire sont à Tourah et à Massarah,
+presque en face de Memphis. La pierre en était très recherchée
+des sculpteurs et des architectes; elle se prête merveilleusement
+à toutes les délicatesses du ciseau, durcit à
+l'air et se revêt d'une patine dont les tons crémeux reposent
+l'oeil. Les gisements de grès les plus vastes étaient
+à Silsilis (Fig.46), et on les exploitait à ciel ouvert. Ils
+offrent des escarpements de quinze à seize mètres, quelquefois
+dressés à pic dans toute leur hauteur, quelquefois
+divisés en étages où l'on arrive au moyen d'escaliers
+à peine assez larges pour un seul homme. Les
+parois en sont couvertes de stries parallèles, tantôt
+horizontales, tantôt inclinées alternativement de gauche
+à droite ou de droite à gauche, de manière à former
+des lignes de chevrons très obtus, et serrées, comme en
+un cadre rectangulaire, entre des rainures larges de
+trois ou quatre
+
+<br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br>
+
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 30%;">
+ </td>
+ </tr>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ centimètres, longues de deux ou même
+de trois mètres; ce sont les cicatrices de l'outil antique, et elles nous montrent comment les Égyptiens s'y&nbsp; prenaient
+pour détacher les blocs.&nbsp; On les dessinait
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig047.png" alt="" style="width: 350px; height: 542px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ sur
+place à l'encre rouge,
+quelquefois en la forme
+qu'ils devaient avoir
+dans l'édifice projeté;
+les membres de la commission
+d'Égypte copièrent
+dans les carrières du Gebel Abou-Fôdah
+les épures et la
+mise au carreau de plusieurs
+chapiteaux, un
+lotiforme, les autres à
+tête d'Hathor (Fig.47). Ce premier travail achevé, on
+séparait les faces verticales à l'aide d'un long ciseau en fer qu'on enfonçait perpendiculairement ou obliquement
+à grands coups de maillet; pour détacher les faces
+horizontales, on se servait uniquement de coins en
+bois ou en bronze, disposés
+dans le sens des
+couches de la montagne.
+Les blocs recevaient souvent
+une première façon
+sur le lit; on voit à Syène
+un obélisque de granit, à
+Tehnéh des fûts de colonne
+à demi dégagés. Le
+transport s'opérait de diverses
+manières. A Syène,
+à Silsilis, au Gebel Sheikh
+Haridi, au Gebel Abou-Fôdah,
+les carrières sont
+baignées littéralement par
+les flots du Nil et la pierre
+descend presque directement de sa place aux chalands.
+A Kasr-es-Sayad, à Tourah, dans les localités éloignées
+de la rive, des canaux creusés exprès amenaient les barques
+jusqu'au pied de la montagne. Où l'on devait renoncer
+au transport par eau, la pierre était chargée sur
+des traîneaux tirés par des boeufs (Fig.48), ou cheminait
+jusqu'à destination à bras d'homme et sur des rouleaux.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<img src="images/fig048.png" alt="" style="width: 700px; height: 189px;">
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ <H2>CHAPITRE II</H2><br><br>
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE<br><br>
+
+La brique fait presque tous les frais de l'architecture
+civile et militaire; elle ne joue qu'un rôle secondaire
+dans l'architecture religieuse. Les Pharaons
+avaient l'ambition d'élever aux dieux des demeures
+éternelles, et la pierre seule leur paraissait assez durable
+pour résister aux attaques des hommes et du
+temps.<br><br>
+
+
+I.--MATÉRIAUX ET ÉLÉMENTS DE LA CONSTRUCTION.<br><br>
+
+C'est un préjugé de croire que les Egyptiens ne
+mettaient en oeuvre que des blocs de dimensions considérables.
+La grosseur de leurs matériaux variait beaucoup selon l'usage auquel ils les destinaient. Les architraves,
+les fûts de colonnes, les linteaux et les montants
+de porte atteignaient quelquefois des dimensions
+considérables. Les architraves les plus longues que l'on
+connaisse, celles qui recouvrent l'allée centrale de la
+salle hypostyle à Karnak, ont en moyenne 9m, 20;
+elles représentent chacune une masse de 31 mètres cubes et un poids de 65,000 kilogrammes environ.
+D'ordinaire, les blocs ne sont pas beaucoup plus forts
+que ceux dont on se sert aujourd'hui en France; la
+hauteur en est de 0m,80 à 1m,20, la longueur de 1 mètre
+à 2m,50, l'épaisseur de 0m,50 à 1m,80.<br><br>
+Quelques temples sont en une seule sorte de
+pierre; le plus souvent, les matériaux d'espèce différente
+sont juxtaposés à proportions inégales. Ainsi, le
+gros oeuvre des temples d'Abydos est un calcaire très
+fin; les colonnes, les architraves, les montants et les
+linteaux des portes, toutes les parties où l'on craignait
+que le calcaire n'eût pas une force de résistance suffisante,
+sont en grès dans l'édifice de Séti Ier, en grès, en
+granit ou en albâtre dans celui de Ramsès II. A Karnak,
+à Louxor, à Tanis, à Memphis, on remarque des
+mélanges analogues; au Ramesséum et dans quelques
+temples de Nubie, les colonnes reposent sur des massifs
+de briques crues. La pierre à pied d'oeuvre, les ouvriers
+la taillaient avec plus ou moins de soin, selon
+qu'elle devait occuper telle ou telle position. Quand les
+murs étaient de médiocre épaisseur, comme c'est généralement
+le cas des murs de refend, on la parait exactement
+sur toutes les faces. Lorsqu'ils étaient épais, les
+blocs du noyau étaient dégrossis de manière à rappeler
+le plus possible la forme cubique et à s'empiler les uns
+sur les autres sans trop de difficulté, sauf à combler les
+vides avec des éclats plus petits, du caillou, du ciment;
+on coupait ceux du parement avec soin sur la face destinée
+à être vue, on dressait les joints aux deux tiers
+ou aux trois quarts de la longueur, et on piquait simplement
+le reste de la queue. Les pièces les plus fortes étaient réservées aux parties basses des édifices, et cette
+précaution était d'autant plus nécessaire que les architectes
+d'époque pharaonique ne descendaient pas les
+fondations des temples beaucoup plus qu'ils ne faisaient
+celles des maisons. A Karnak, elles ne s'enfoncent
+guère qu'à 2 ou 3 mètres; à Louxor, dans la
+partie qui borde le fleuve, trois assises d'environ 0m,80
+de haut chacune forment un patin gigantesque sur lequel
+reposent les murs; au Ramesséum, la couche de
+briques sèches sur laquelle pose la colonnade ne paraît
+pas avoir plus de 2 mètres; ce sont là des profondeurs
+insignifiantes, mais l'expérience des siècles a prouvé
+qu'elles suffisaient. L'humus compact et dur qui compose
+partout le sol de la vallée subit chaque année, au
+moment du retrait des eaux, une contraction qui le
+rend à peu près incompressible; le poids des maçonneries,
+augmentant graduellement au cours de la construction,
+lui fait bientôt atteindre le maximum de tassement
+et achève d'assurer à l'édifice une assiette solide.
+Partout où j'ai mis au jour le pied des murs, j'ai
+constaté qu'ils n'avaient pas bougé.<br><br>
+
+Le système de construction des anciens Égyptiens
+ressemble par bien des points à celui des Grecs. Les
+pierres y sont souvent posées à joint vif, sans lien d'aucune
+sorte, et le maçon se fie au poids propre des matériaux
+pour les tenir en place. Parfois elles sont attachées
+par des crampons en métal, ou, comme dans le
+temple de Séti Ier à Abydos, par des queues d'aronde
+en bois de sycomore au cartouche du roi fondateur.
+D'ordinaire, elles sont comme soudées les unes aux
+autres par des couches de mortier plus ou moins épaisses. Tous les mortiers dont j'ai recueilli les échantillons
+sont jusqu'à présent de trois sortes: les uns, blancs et
+réduits aisément en poudre impalpable, ne contiennent
+que de la chaux; les autres, gris et rudes au toucher,
+sont mêlés de chaux et de sable; les autres doivent
+leur aspect rougeâtre à la poudre de brique pilée dont
+ils sont pénétrés. Grâce à l'emploi judicieux de ces procédés
+divers, les Égyptiens ont su, quand ils le voulaient,
+appareiller aussi bien que les Grecs des assises
+régulières, à blocs égaux, à joints verticaux symétriquement
+alternés; s'ils ne l'ont pas toujours fait, cela tient
+surtout à l'imperfection des moyens mécaniques dont
+ils disposaient. Les murs d'enceinte, les murs de refend,
+ceux des façades secondaires étaient perpendiculaires
+au sol; on se servait pour élever les matériaux d'une
+chèvre grossière plantée sur la crête. Les murs des pylônes,
+ceux des façades principales, parfois même ceux
+des façades secondaires étaient en talus, selon des
+pentes variables au gré de l'architecte; on établissait
+pour les construire des plans inclinés, dont les rampes
+s'allongeaient à mesure que montait le monument. Les
+deux méthodes étaient également dangereuses; si soigneusement
+qu'on enveloppât les blocs, ils couraient le
+risque de perdre en chemin leurs arêtes et leurs angles,
+ou même de se briser en éclats. Il fallait presque toujours
+les retoucher, et le désir d'avoir le moins de déchet
+possible portait l'ouvrier à leur prêter des coupes
+anormales (Fig.49). On retaillait en biseau une des
+faces latérales, et le joint, au lieu d'être vertical, s'inclinait
+sur le lit. Si la pierre n'avait plus la hauteur ou
+la largeur voulue, on rachetait la différence au moyen soigneusement
+qu'on &nbsp; enveloppât les blocs,&nbsp; ils couraient le
+risque de perdre en chemin leurs arêtes et leurs angles,
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ou même de se briser en éclats. Il fallait presque toujours
+les retoucher, et le désir d'avoir le moins de déchet
+possible portait l'ouvrier à leur prêter des coupes
+anormales (Fig.49). On retaillait en biseau une des
+faces latérales, et le joint, au lieu d'être vertical, s'inclinait
+sur le lit. Si la pierre n'avait plus la hauteur ou
+la largeur voulue, on rachetait la différence au moyen d'une dalle complémentaire. Parfois même, on laissait
+subsister une saillie, qui s'emboîtait, pour ainsi dire,
+dans un creux correspondant, ménagé à l'assise supérieure
+ou inférieure. Ce qui n'était d'abord qu'accident
+devenait bientôt négligence. Les maçons, qui avaient
+hissé par inadvertance un bloc trop gros, ne se souciaient pas
+de le redescendre, et se tiraient
+d'affaire avec l'un des expédients
+dont je viens
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;">
+<img src="images/fig049.png" alt="" style="width: 300px; height: 296px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 34%;">
+<img src="images/fig050.png" alt="" style="width: 250px; height: 263px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 66%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+de parler. L'architecte ne surveillait pas
+assez attentivement la taille et
+la pose des pierres. Il souffrait que les assises n'eussent
+pas toutes la même hauteur, et que les joints verticaux
+de deux ou trois d'entre elles fussent
+dans un même prolongement.
+Le gros oeuvre achevé, on
+ravalait la pierre, on reprenait
+les joints, on les noyait sous une
+couche de ciment ou de stuc, coloré à la teinte de
+l'ensemble, et qui dissimulait les fautes du premier
+travail. Les murs ne se terminent presque
+jamais en arête vive. Ils sont comme cernés d'un tore
+autour duquel court un ruban sculpté, et couronnés
+soit de la gorge évasée que surmonte une bande plate
+(Fig.50), soit, comme à Semnéh, d'une corniche carrée,
+soit, comme à Médinét-Habou, d'une ligne de
+créneaux. Ainsi encadrés,&nbsp; on dirait autant de panneaux unis,&nbsp; levés chacun sur un
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+seul bloc, sans saillies
+et presque sans ouvertures. Les fenêtres, toujours très
+rares, ne sont que de simples soupiraux, destinés à éclairer des escaliers comme au second pylône d'Harmhabi,
+à Karnak, ou à recevoir des pièces de charpente
+décorative les jours de fête.
+Les portes ne présentent
+que peu de relief sur le corps
+de l'édifice (Fig.51), sauf
+le cas où le linteau est surhaussé
+de la gorge et de la
+plate-bande. Seul, le pavillon
+de Médinét-Habou possède
+des fenêtres réelles;
+mais il était construit sur le
+plan d'une forteresse et ne
+doit être rangé qu'à titre
+d'exception parmi les monuments
+religieux.<br><br>
+
+Le sol des cours et des
+salles était revêtu de dalles rectangulaires assez régulièrement
+ajustées, sauf dans
+l'intervalle des colonnes où,
+désespérant de raccorder à
+l'ensemble les lignes courbes
+de la base, les architectes ont
+accumulé des fragments de
+petite dimension sans ordre ni
+méthode (Fig.52). Au contraire
+de ce qu'ils pratiquaient pour
+les maisons, ils n'ont presque
+jamais employé la voûte dans les temples. On ne la
+rencontre guère qu'à Déir-el-Baharî et dans les sept
+sanctuaires parallèles d'Abydos, encore est-elle obtenue par encorbellement. La courbe en est dessinée dans trois
+ou quatre assises horizontales, placées en porte à faux
+l'une au-dessus de l'autre, puis évidées au ciseau, suivant
+une ligne continue (Fig.53). La couverture ordinaire
+consiste en dalles plates juxtaposées. Quand les
+vides entre les murs ne sont pas trop considérables,
+elle les franchit
+d'une seule volée;
+sinon, on l'étayait
+de supports d'autant
+plus multipliés que
+l'espace à couvrir est
+plus étendu. Ils
+étaient alors reliés
+par d'immenses
+poutres en pierre,
+les architraves, sur
+lesquelles s'appuient les dalles dont le toit se compose.<br><br>
+Les supports sont de deux types différents: le pilier
+et la colonne. On en connaît d'un seul bloc. Les piliers
+du temple du Sphinx, les plus anciens qui aient été découverts
+jusqu'à présent, ont 5 mètres de hauteur sur
+1m,40 de côté. Des colonnes en granit rose, éparses au
+milieu des ruines d'Alexandrie, de Bubaste, de Memphis,
+et qui
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;">
+<img src="images/fig051.png" alt="" style="width: 300px; height: 460px;">
+<img src="images/fig052.png" alt="" style="width: 300px; height: 345px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+remontent aux règnes d'Harmhabi et de
+Ramsès II, mesurent 6 et 8 mètres d'une même venue.
+Ce n'est là qu'une exception. Colonnes et piliers sont
+bâtis en assises souvent inégales et irrégulières, comme
+celles des murailles environnantes. Les grandes colonnes
+de Louxor ne sont pleines qu'au tiers du diamètre:
+elles ont un noyau de ciment jaunâtre, qui n'a plus de consistance et tombe en poudre sous les doigts.
+Le chapiteau de la colonne de Taharqou, à Karnak,
+contient trois assises hautes chacune d'environ 0m,123.
+La dernière, la plus saillante, se compose de vingt-six
+pierres, dont les joints verticaux tendent au centre, et
+qui ne sont maintenues en place que par le poids du dé
+superposé. Les mêmes négligences que nous avons
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig053.png" alt="" style="width: 350px; height: 313px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig054.png" alt="" style="width: 200px; height: 479px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+signalées
+dans l'appareil des murs, on les retrouve toutes
+dans celui des colonnes. Le pilier quadrangulaire, à côtés parallèles ou légèrement
+inclinés, le plus souvent sans base ni chapiteau,
+est fréquent dans les tombes de l'ancien
+Empire. Il apparaît encore à Médinét-Habou,
+dans le temple de Thoutmos III,
+ou à Karnak, dans ce qu'on appelle le
+promenoir. Les faces en sont souvent
+habillées de tableaux peints ou de légendes,
+et la face extérieure reçoit un
+motif spécial de décoration: des tiges
+de lotus ou de papyrus en saillie, sur
+les piliers-stèles de Karnak, une tête
+d'Hathor coiffée du sistre, au petit
+spéos d'Ibsamboul (Fig.54), une figure
+debout, Osiris dans la première cour de Médinét-Habou,
+Bîsou à Dendérah et au Gebel-Barkal. A Karnak,
+dans l'édifice construit probablement par Harmhabi
+avec les débris d'un sanctuaire d'Amenhotpou II,
+le pilier est surmonté d'une gorge qu'un mince abaque
+séparé de l'architrave (Fig.55). Abattant les quatre angles,
+on le transforme en un prisme octogonal; puis,
+abattant les huit angles nouveaux, en un prisme à seize pans. C'est le type de certains piliers des tombeaux
+d'Assouân et de Beni-Hassan;
+du promenoir
+de Thoutmos III, à
+Karnak (Fig.56), et des
+chapelles de Déir-el-Baharî.
+A côté de ces
+formes régulièrement
+déduites on en remarque
+dont la dérivation
+est irrégulière, à six
+pans, à douze, à quinze,
+à vingt, ou qui aboutissent
+presque au cercle
+parfait. Les piliers du
+portique d'Osiris à Abydos
+sont au terme de la
+série; le corps en offre
+une section curviligne&nbsp;
+à peine interrompue par&nbsp;
+une bande lisse aux
+deux extrémités
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+d'un même diamètre. Le
+plus souvent les pans
+se creusent légèrement
+en cannelures; parfois,
+comme à Kalabshéh,
+les cannelures sont divisées
+en quatre groupes
+de cinq par autant de bandes (Fig.57). Le pilier
+polygonal a toujours un socle large et bas, arrondi en disque. A El-Kab, il porte une tête d'Hathor appliquée
+à la face antérieure (Fig.58). Presque partout ailleurs,
+il est surmonté d'un simple tailloir carré qui
+le réunit à l'architrave. Ainsi constitué, il présente un
+air de famille avec la colonne dorique, et l'on comprend
+que Jomard et Champollion ont pu lui donner,
+dans l'enthousiasme de la découverte, le nom peu
+justifié de <i>dorique primitif</i>.<br><br>
+La colonne ne repose pas immédiatement sur le
+sol. Elle est toujours pourvue d'un socle analogue à
+celui du pilier polygonal, au profil tantôt droit, tantôt
+légèrement arrondi, nu ou sans autre ornement qu'une
+ligne d'hiéroglyphes. Les formes principales se ramènent à trois types: 1° la colonne à chapiteau en
+campane; 2° la colonne à chapiteau en bouton de
+lotus; 3° la colonne hathorique.<br><br> 1° <i>Colonne à chapiteau campaniforme</i>.--D'ordinaire,
+le fût est lisse ou simplement gravé
+d'écriture et de bas-reliefs. Quelquefois
+pourtant, ainsi à Médamout,
+il est composé de six
+grandes et de six petites colonnettes
+alternées. Aux temps pharaoniques,
+il s'arrondit, par le
+bas, en bulbe décoré de triangles
+curvilignes enchevêtrés,
+simulant de larges feuilles; la
+courbe est alors calculée de telle
+sorte que le diamètre inférieur soit sensiblement égal
+au diamètre supérieur. A l'époque ptolémaïque, le
+bulbe disparaît souvent, probablement
+sous l'influence des
+idées grecques: les colonnes
+qui bordent la première cour du
+temple d'Edfou s'enlèvent d'aplomb
+sur leur socle. Le fût
+subit toujours une diminution
+de la base au sommet. Il se
+termine par trois ou cinq plates-bandes
+superposées. A Médamout, où il est fasciculé,
+l'architecte a pensé sans doute qu'une seule attache au
+sommet paraîtrait insuffisante à maintenir les douze
+colonnettes, et il a indiqué deux autres anneaux de plates-bandes à intervalles réguliers. Le chapiteau,
+évasé en forme de cloche, est&nbsp; garni&nbsp;
+à&nbsp; la&nbsp; naissance&nbsp; d'une&nbsp; rangée de&nbsp;
+feuilles,
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig055.png" alt="" style="width: 350px; height: 953px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+semblables à celles de la
+base, et sur lesquelles s'implantent
+des tiges de lotus et de papyrus
+en fleurs et en boutons. La hauteur
+et la saillie sur le nu de la colonne
+varient au gré de l'architecte.
+
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<img src="images/fig056.png" alt="" style="width: 700px; height: 621px;"><br>
+A Louxor, les campanes ont 3m,50
+de diamètre à la gorge, 5m,50 à la
+partie supérieure, et une hauteur
+de 3m,50; à Karnak, dans la salle
+hypostyle, la hauteur est de 3m,75
+et le plus grand diamètre de
+21 pieds. Un de cubique surmonte
+le tout. Il est assez peu
+élevé et presque entièrement masqué
+par la courbure du chapiteau;
+rarement, comme au petit
+temple de Dendérah, il s'élève et
+reçoit sur chaque face une figure
+du dieu Bîsou (Fig.59).
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 34%;">
+<img src="images/fig057.png" alt="" style="width: 250px; height: 444px;">
+<img src="images/fig059.png" alt="" style="width: 250px; height: 474px;">
+<img src="images/fig061.png" alt="" style="width: 250px; height: 790px;">
+ </td>
+
+<td style="vertical-align: top; width: 31%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<br>La colonne à chapiteau campaniforme
+(Fig.60) se rencontre de
+préférence dans la travée centrale
+des salles hypostyles, à Karnak,
+au Ramesséum, à Louxor;
+mais elle n'est pas restreinte à cet
+emploi, et on la voit dans les
+portiques, à Médinét-Habou, à Edfou, à Philae. Le promenoir de Thoutmos III, à Karnak, en renferme
+une variété des plus curieuses (Fig.61):
+la campane est retournée, et la partie
+amincie du fût s'enfonce dans le socle,
+tandis que la partie la plus large se soude
+à l'évasement du chapiteau. Cet arrangement
+disgracieux n'eut pas de succès; on
+n'en trouve aucune trace hors du promenoir.
+D'autres innovations furent plus heureuses,
+celles surtout qui permirent aux
+artistes de grouper autour de la campane
+des éléments empruntés à la flore du pays.
+C'est d'abord, à Soleb, à Sesébî, à Bubaste,
+à Memphis, une bordure de palmes plantées
+droites sur les bandes plates et dont
+la tête se courbe sous le poids de l'abaque (Fig.62).
+Plus tard, aux approches de l'époque
+ptolémaïque, des régimes
+de dattes (Fig.63) et des lotus
+entr'ouverts vinrent s'ajouter aux
+branches de palmier.
+Sous les Ptolémées et
+sous les Césars, le
+chapiteau finit par devenir
+une véritable
+corbeille de fleurs et
+de feuilles étalées régulièrement
+et peintes des couleurs les plus
+vives (Fig.64). A Edfou, à Ombos,
+à Philae, on dirait que le constructeur
+s'est juré de ne pas répéter deux fois une même coupe de chapiteau d'un même côté du portique.<br><br> 2° <i>Colonne à chapiteau lotiforme</i>.--Elle
+représentait peut-être
+à l'origine un
+faisceau de tiges de
+lotus dont les boutons,
+serrés au cou par
+un lien, se réunissent en bouquet pour former le chapiteau.
+La colonne
+de Beni-Hassan
+comporte quatre
+tiges arrondies
+(Fig.65). Celles
+du labyrinthe,
+celles du promenoir
+de Thoutmos III,
+celles
+de Médamout en
+ont huit qui présentent
+à la surface
+une arête
+saillante (Fig.66).
+Le pied est bulbeux et paré
+de feuilles triangulaires. La
+gorge est entourée de trois
+ou de cinq anneaux. Une
+moulure, composée de trois
+bandes verticales accolées,
+descend du dernier de ces
+anneaux dans l'intervalle de deux tiges;&nbsp;&nbsp; c'est
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 34%;">
+<img src="images/fig058.png" alt="" style="width: 250px; height: 269px;"><br><br><br>
+<img src="images/fig060.png" alt="" style="width: 250px; height: 584px;"><br><br><br>
+<img src="images/fig062.png" alt="" style="width: 250px; height: 459px;"><br><br><br>
+<img src="images/fig063.png" alt="" style="width: 175px; height: 256px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig064.png" alt="" style="width: 300px; height: 164px;">
+<img src="images/fig065.png" alt="" style="width: 150px; height: 515px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;">
+<img src="images/fig066.png" alt="" style="width: 300px; height: 690px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 40%;">
+<img src="images/fig067.png" alt="" style="width: 275px; height: 594px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 60%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+comme une frange qui garnit le haut de la colonne. Une surface
+aussi accidentée ne prêtait guère à la décoration
+hiéroglyphique; aussi en arriva-t-on progressivement
+à supprimer toutes les saillies et à lisser le pourtour
+du fût. Dans la salle hypostyle
+de Gournah, il est divisé
+en trois segments: celui du
+milieu est uni et chargé de
+sculptures, celui du haut et
+celui du bas sont encore fasciculés.
+Au temple de Khonsou,
+dans les bas côtés de la
+salle hypostyle de Karnak,
+sous le portique de Médinét-Habou,
+le fût est entièrement
+lisse; seulement la frange subsiste
+sous les anneaux, et une
+arête légère ménagée de trois
+en trois bandes rappelle l'existence
+des tiges (Fig.67). Le
+chapiteau se dégrade de la
+même manière. A Beni-Hassan,
+il est fasciculé nettement
+dans toute sa hauteur. Au
+promenoir de Thoutmos III, à Louxor, à Médamout,
+un cercle de petites feuilles pointues et de cannelures
+règne autour de la base et amoindrit l'effet: ce n'est plus
+guère qu'un cône tronqué et côtelé. Dans la salle hypostyle
+de Karnak, à Abydos, au Ramesséum, à Médinét-Habou,
+des ornements de nature diverse, feuilles
+triangulaires, légendes hiéroglyphiques, bandes de cartouches flanqués d'uraeus, remplacent les côtes et se
+partagent l'espace conquis. L'abaque ne se dissimule
+pas comme dans la colonne campaniforme: il déborde
+hardiment et reçoit la légende du roi fondateur.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+<br><br>
+3º <i>La colonne hathorique</i>.--On en a des exemples
+aux temps anciens, dans le temple
+de Déir-el-Baharî; mais c'est par
+les monuments d'époque ptolémaïque,
+par Contra-Latopolis, par
+Philae, par Dendérah surtout, qu'on
+la connaît le mieux. Le fût et la
+base ne présentent aucun caractère
+spécial: c'est le fût et la base de la
+colonne campaniforme. Le chapiteau
+a deux étages. Au plus bas, un
+bloc carré, sur chaque face duquel
+une tête de femme, à oreilles pointues
+de génisse, se détache, en haut
+relief; la coiffure, maintenue sur le
+front par trois bandelettes verticales, passe derrière les
+oreilles et tombe le long du cou. Chaque tête porte une
+corniche cannelée, sur laquelle s'élève un naos encadré
+entre deux volutes; un mince dé carré couronne le tout
+(Fig.68). La colonne a donc pour chapiteau quatre têtes
+d'Hathor. Aperçue de loin, elle rappelle immédiatement
+à l'esprit un des sistres que les bas-reliefs nous montrent
+entre les mains des reines et des déesses. C'est un
+sistre en effet, mais où les proportions normales des
+diverses parties ne sont pas observées: le manche est
+gigantesque, tandis que la moitié supérieure de l'instrument
+est réduite outre mesure. Ce motif plut tellement qu'on n'hésita pas à le combiner
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig068.png" alt="" style="width: 200px; height: 384px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig069.png" alt="" style="width: 200px; height: 472px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+avec des éléments empruntés
+à d'autres ordres. Les quatre têtes d'Hathor,
+mises par-dessus un chapiteau campaniforme, fournirent
+le type composite que Nectanébo employa au
+pavillon de Philae (Fig.69). Je ne saurais dire que le
+mélange soit très satisfaisant: vue en
+place, la colonne est moins disgracieuse
+qu'on ne serait tenté de le croire
+d'après les gravures.<br><br>
+Les supports ne sont pas soumis à
+des règles fixes de proportions et d'agencement.
+L'architecte pouvait attribuer,
+si cela lui plaisait, une hauteur
+égale à des supports de diamètre très
+différent, et en dessiner chacun des éléments
+à l'échelle qui lui convenait le
+mieux, sans autre souci que d'une certaine
+harmonie générale: les dimensions
+du chapiteau n'étaient pas en rapport
+immuable avec celles du fût, et la hauteur du fût
+ne dépendait nullement du diamètre de la colonne.
+A Karnak, les colonnes campaniformes de la salle hypostyle
+ont 3 mètres de haut pour le chapiteau, un peu
+moins de 17 pour le fût, 3 m 57 de diamètre inférieur;
+à Louxor, 3 m 50 pour le chapiteau, 15 pour le fût, 3 m 45
+au bulbe; au Ramesséum, 11 mètres pour le chapiteau
+et pour le fût et 2 mètres au bulbe. L'étude des
+colonnes lotiformes nous amène à des résultats semblables.
+A Karnak, sur les bas côtés de la salle hypostyle,
+elles ont 3 mètres de haut pour le chapiteau,
+10 pour le fût, 2 m 08 de diamètre sur le socle; au Ramesséum, 1m,70 pour le chapiteau, 7m,50&nbsp; pour le fût,
+1m,78&nbsp; de diamètre sur le socle.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ Même irrégularité dans
+la disposition des architraves: rien n'en détermine
+l'élévation que le caprice du maître ou les nécessités
+de la construction. Même irrégularité dans les entre-colonnements:
+non seulement la largeur en diffère
+beaucoup de temple à temple et de chambre à chambre,
+mais parfois, comme dans la première cour de Médinét-Habou,
+ils sont inégaux pour un même portique. Voilà
+pour les types employés séparément. Quand on les associait
+dans un seul édifice, on ne s'astreignait pas à leur
+donner des proportions fixes par rapport l'un à l'autre. Dans la salle
+
+<img src="images/fig070.png" alt="" style="width: 700px; height: 690px;">
+
+ hypostyle de Karnak les colonnes à campanes
+soutiennent la travée la plus haute, et les colonnes
+en bouton de lotus sont reléguées aux bas côtés (Fig.70).
+Il y a des salles du temple de Khonsou, où c'est la
+colonne lotiforme qui est la plus élevée, d'autres où
+c'est la colonne campaniforme. A Médamout, lotiformes
+et campaniformes ont partout la même hauteur dans
+ce qui subsiste de l'édifice. L'Égypte n'a jamais eu
+d'ordres définis comme en a possédé la Grèce. Elle a
+essayé toutes les combinaisons auxquelles se prêtaient
+les éléments de la colonne, sans jamais en chiffrer aucune
+avec assez de précision pour qu'étant donné un
+des membres, on puisse en déduire, même approximativement,
+les dimensions de tous les autres.
+<br><br>
+
+2.--LE TEMPLE.
+<br><br>
+
+La plupart des sanctuaires célèbres, Dendérah,
+Edfou, Abydos, avaient été fondés avant Minì par
+les <i>serviteurs d'Hor</i>; mais, vieillis ou ruinés au cours
+des âges, ils avaient été restaurés, remaniés, reconstruits
+l'un après l'autre sur des devis nouveaux. Nul
+débris ne nous est resté de l'appareil primitif pour
+nous montrer ce que l'architecture égyptienne était à
+ses commencements. Les temples funéraires bâtis par
+les rois de la IVe dynastie ont laissé plus de traces. Celui de la seconde pyramide, à Gizéh, était assez
+bien conservé encore dans les premières années du
+XVIIIe siècle, pour que de Maillet y ait vu quatre gros
+piliers debout. La destruction est à peu près complète
+aujourd'hui;&nbsp; mais cette perte a été compensée,&nbsp; vers 1853,&nbsp; par la&nbsp; découverte&nbsp; d'un&nbsp; temple&nbsp; situé à
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig071.png" alt="" style="width: 350px; height: 425px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+quarante mètres
+environ au sud du Sphinx (Fig.71). La façade ne paraît
+pas, cachée qu'elle est sous le sable; l'extérieur seul a
+été déblayé en partie. Le noyau de la maçonnerie est
+en calcaire fin de Tourah. Le revêtement, les piliers,
+les architraves, la couverture, étaient en blocs d'albâtre
+ou de granit gigantesques.
+Le plan est des
+plus simples. Au centre (A),
+une grande
+salle en forme de T,
+ornée de seize piliers
+carrés, hauts de cinq
+mètres; à l'angle nord-ouest,
+un couloir
+étroit, en plan incliné
+(B) par lequel
+on pénètre aujourd'hui
+dans l'édifice; à
+l'angle sud-ouest, un
+retrait qui contient six
+niches superposées deux à deux (C). Une galerie oblongue
+(D), ouverte à chaque extrémité sur un cabinet rectangulaire
+enseveli sous les décombres (E, E), complète
+cet ensemble. Point de porte monumentale, point de fenêtre,
+et le corridor d'entrée était trop long pour amener
+la lumière; elle ne pénétrait que par des fentes
+obliques ménagées dans la couverture, et dont les
+traces&nbsp; sont visibles encore à la crête des
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ murs (e, e), de
+chaque côté de la pièce principale. Inscriptions, bas-reliefs,
+peintures, ce qu'on est habitué à rencontrer partout en Egypte manque là, et pourtant ces murailles
+nues produisent sur le spectateur un effet aussi puissant
+que les temples les mieux décorés de Thèbes. L'architecte
+est arrivé à la grandeur et presque au sublime rien
+qu'avec des blocs de granit et d'albâtre ajustés, par la
+pureté des lignes et par l'exactitude des proportions.<br><br>
+Quelques ruines éparses en Nubie, au Fayoum, au
+Sinaï, ne nous permettent pas de décider si les temples
+de la XIIe dynastie méritaient les éloges que leur
+prodiguent les inscriptions contemporaines. Ceux des
+rois thébains, des Ptolémées, des Césars, subsistent encore,
+plusieurs intacts, presque tous faciles à rétablir,
+le jour où on les aura étudiés consciencieusement sur le
+terrain. Rien de plus varié, au premier abord, que les
+dispositions qu'ils présentent: quand on les regarde
+de près, ils se ramènent aisément au même type. D'abord,
+le sanctuaire. C'est une pièce rectangulaire, petite,
+basse, obscure, inaccessible à d'autres qu'aux Pharaons
+ou aux prêtres de service. On n'y trouvait ni statue ni
+emblème établis à demeure; mais une barque sainte ou
+un tabernacle en bois peint posé sur un piédestal, une
+niche réservée dans l'épaisseur du mur ou dans un bloc
+de pierre isolé, recevaient à certains jours la figure ou
+le symbole inanimé du dieu, un animal vivant ou
+l'image de l'animal qui lui était consacré. Un temple
+pouvait ne renfermer que cette seule pièce et n'en être
+pas moins un temple, au même titre que les édifices les
+plus compliqués; cependant il était rare, au moins
+dans les grandes villes, qu'on se contentât d'attribuer
+aux dieux ce strict nécessaire. Des chambres destinées
+au matériel de l'offrande ou du sacrifice, aux fleurs, aux parfums, aux étoffes, aux vases précieux, se groupaient
+autour de la <i>maison divine</i>; puis on bâtissait, en avant
+du massif compact qu'elles formaient, une ou plusieurs
+salles à colonnes où les prêtres et les dévots s'assemblaient,
+une cour entourée de portiques, où la foule
+pénétrait en tout temps, une porte flanquée de deux
+tours et précédée de statues ou d'obélisques, une enceinte
+de briques, une avenue bordée de sphinx, où les
+processions manoeuvraient à l'aise les jours de fête.
+Rien n'empêchait un Pharaon d'élever une salle plus
+somptueuse en avant de celles que ses prédécesseurs
+avaient édifiées, et ce qu'il faisait là, d'autres pouvaient
+le faire après lui. Des zones successives de chambres et
+de cours, de pylônes et de portiques, s'ajoutaient de
+règne en règne au noyau primitif. La vanité ou la piété
+aidant, le temple se développait en tous sens, jusqu'à
+ce que l'espace ou la richesse manquât pour l'agrandir
+encore.<br><br>
+Les temples les plus simples étaient parfois les
+plus élégants. C'était le cas pour ceux qu'Amenhotpou
+III consacra dans l'île d'Éléphantine, que les
+membres de l'expédition française dessinèrent à la fin
+du siècle dernier, et que le gouverneur turc d'Assouân
+détruisit en 1822. Le mieux conservé, celui du sud
+(Fig.72), n'avait qu'une seule chambre en grès, haute
+de 4m,25, large de 9m,50, longue de 12 mètres. Les murs,
+droits et couronnés de la corniche ordinaire, reposaient
+sur un soubassement creux en maçonnerie, élevé de
+2m,25 au-dessus du sol, et entouré d'un parapet à hauteur
+d'appui. Un portique régnait tout autour. Il était composé,
+sur chacun des côtés,
+
+<img src="images/fig072.png" alt="" style="width: 700px; height: 381px;">
+
+de sept piliers carrés, sans chapiteau ni base, sur chacune des façades, de deux colonnes
+à chapiteau lotiforme. Piliers et colonnes s'appuyaient
+directement sur le parapet, sauf à l'est, où un
+perron de dix ou douze marches, resserré entre deux murs
+de même hauteur que le soubassement, donnait accès à
+la cella. Les deux colonnes qui encadraient le haut de
+l'escalier étaient plus espacées que celles de la face
+opposée, et la large baie qu'elles formaient laissait apercevoir
+une porte richement décorée. Une seconde porte
+ouvrait à l'autre extrémité, sous le portique. Plus tard,
+à l'époque romaine, on tira parti de cette ordonnance
+pour modifier l'aspect du monument. On remplit les
+entre-colonnements du fond et on obtint une salle nouvelle,
+grossière et sans ornements, mais suffisante aux
+besoins du culte. Les temples d'Eléphantine rappellent
+assez exactement le temple périptère des Grecs, et cette
+ressemblance avec une des formes de l'architecture
+classique à laquelle nous sommes le plus habitués, explique
+peut-être l'admiration sans bornes que les savants
+français ressentirent à les voir. Ceux de Méshéïkh,&nbsp; d'El-Kab,&nbsp; de Sharonnah,&nbsp; présentaient&nbsp; une&nbsp; disposition
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 45%;">
+<img src="images/fig073.png" alt="" style="width: 300px; height: 553px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+plus compliquée. Il y a trois pièces à El-Kab (Fig.73),
+une salle à quatre colonnes (A), une chambre (B), soutenue
+par quatre piliers hathoriques, et dans la muraille
+du fond, en face de
+la porte, une niche (C) à
+laquelle on montait par
+quatre marches. Le modèle
+le plus complet qui
+nous soit parvenu de ces
+oratoires de petite ville
+appartient à l'époque ptolémaïque:
+c'est le temple
+d'Hathor, à Déir-el-Médinét
+(Fig.74). Il est deux
+fois plus long qu'il n'est
+large. Les faces en sont
+inclinées et nues à l'extérieur,
+la porte exceptée,
+dont le cadre en saillie est
+chargé de tableaux finement
+sculptés. L'intérieur
+est divisé en trois parties:
+un portique (B) de deux colonnes campaniformes, un
+pronaos (C), auquel on arrive par un escalier de quatre
+marches, et qui est séparé du portique par un mur à
+hauteur d'homme, tracé entre deux colonnes campaniformes
+et deux piliers d'antes à chapiteaux hathoriques;
+enfin, le sanctuaire (D), flanqué de deux cellules (E, E)
+éclairées par des lucarnes carrées, pratiquées dans le
+toit. On monte à la terrasse par un escalier (F) fort ingénieusement relégué dans l'angle sud du portique,
+et muni d'une jolie fenêtre à claire-voie. Ce n'est qu'un
+temple en miniature, mais les membres en sont si bien
+proportionnés dans leur petitesse qu'on ne saurait rien
+concevoir de plus fin et de plus gracieux.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<br><br>On n'est point tenté d'en dire autant du temple que
+les Pharaons de la XXe dynastie
+construisirent au
+sud de Karnak, en l'honneur
+du dieu Khonsou
+(Fig.75); mais si le style
+n'en est pas irréprochable,
+le plan en est si clair qu'on
+est porté à le prendre pour
+type du temple égyptien,
+de préférence à d'autres
+monuments plus élégants
+ou plus majestueux. Il se
+résout, à l'analyse, en deux
+parties séparées par un
+mur épais (A, A). Au centre de la plus petite, le Saint
+des Saints (B), ouvert aux deux extrémités et entièrement
+isolé du reste de l'édifice par un couloir (C)
+large de 3 mètres; à droite et à gauche, des cabinets
+obscurs (D, D); par derrière, une halle à quatre colonnes
+(E), où débouchent sept autres pièces (F, F).
+C'était la maison du dieu. Elle ne communiquait avec
+le dehors que par deux portes (G, G), percées dans le
+mur méridional (A, A), et qui donnaient sur une
+salle hypostyle (H) plus large que longue, divisée
+en trois nefs. La nef centrale repose&nbsp; sur&nbsp; quatre&nbsp; colonnes&nbsp; campaniformes&nbsp; de 7 mètres
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;">
+<img src="images/fig074.png" alt="" style="width: 300px; height: 415px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig075.png" alt="" style="width: 250px; height: 572px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+de haut; les latérales
+ne renferment chacune que deux colonnes lotiformes
+de 5m,50; le plafond de la travée médiale est
+donc plus élevé de 1m,50 que celui des bas côtés.
+On en profita pour régler l'éclairage:
+l'intervalle entre la terrasse
+inférieure et la supérieure fut
+garni de claires-voies en pierre
+qui laissaient filtrer la lumière.
+La cour (I) était carrée, bordée
+d'un portique à deux rangs de
+colonnes. On y avait accès par
+quatre poternes latérales (J, J) et
+par un portail monumental, pris
+entre deux tours quadrangulaires
+à pans inclinés. Ce pylône (K)
+mesure 32 mètres de long, 10 de
+large, 18 de haut. Il ne contient
+aucune chambre, mais un escalier
+étroit, qui monte droit au
+couronnement de la porte, et de
+là, au sommet des tours. Quatre longues cavités prismatiques
+rayent la façade jusqu'au tiers de la hauteur,
+correspondant à autant de trous carrés qui traversent
+l'épaisseur de la construction. On y plantait de grands
+mâts en bois, formés de poutres entrées l'une sur l'autre,
+consolidées d'espace en espace par des espèces d'agrafes
+et saisies par des charpentes engagées dans les trous
+carrés: de longues banderoles de diverses couleurs
+flottaient au sommet (Fig.76). Tel était le temple de
+Khonsou; telles sont, dans leurs lignes principales, la plupart des grands monuments d'époque thébaine ou
+ptolémaïque, Louxor, le Ramesséum, Médinét-Habou,
+Philae, Edfou, Dendérah.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Même ruinés à demi, l'aspect
+en a quelque chose d'étouffé et d'inquiétant. Comme
+les dieux égyptiens aimaient à s'envelopper de mystère,
+le plan est conçu de manière
+à ménager insensiblement
+la transition entre
+le plein soleil du monde
+extérieur et l'obscurité de
+leur retraite. A l'entrée,
+ce sont encore de vastes
+espaces où l'air et la lumière
+descendent librement.
+La salle hypostyle
+est déjà noyée dans un
+demi-jour discret, le sanctuaire
+est plus qu'à moitié perdu sous un vague crépuscule,
+et au fond, dans les dernières salles, la nuit
+règne presque complète. L'effet de lointain que produit
+à l'oeil cette dégradation successive de la lumière
+était augmenté par divers artifices de construction.
+Toutes les parties ne sont pas de plain-pied. Le sol se
+relève à mesure qu'on s'éloigne de l'entrée (Fig.77),&nbsp; et&nbsp; il&nbsp;
+faut&nbsp; toujours&nbsp; enjamber quelques marches pour
+
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 41%;">
+<img src="images/fig076.png" alt="" style="width: 300px; height: 355px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<img src="images/fig077.png" alt="" style="width: 700px; height: 189px;">
+passer d'un plan à l'autre. La différence de niveau ne dépasse
+pas 1m,60 au temple de Khonsou, mais elle se combine
+avec un mouvement de descente de la toiture, qui est
+d'ordinaire accentué vigoureusement. Du pylône au
+mur de fond, la hauteur décroît progressivement: le
+péristyle est plus élevé que l'hypostyle, celui-ci domine
+le sanctuaire, la salle à colonnes et la dernière chambre sont
+<img src="images/fig078.png" alt="" style="width: 700px; height: 860px;">
+
+de moins en moins hautes. Les architectes
+de l'époque ptolémaïque ont changé certains détails
+d'arrangement. Ils ont creusé dans les murs des
+couloirs secrets et des cryptes où cacher les trésors
+du Dieu (Fig.78). Ils ont placé des chapelles et
+des reposoirs sur les terrasses. Ils n'ont introduit au
+plan primitif que deux modifications importantes. Le
+sanctuaire avait jadis deux portes opposées, ils ne lui
+en ont laissé qu'une. La colonnade qui garnissait le
+fond de la cour ou la façade
+<img src="images/fig079.png" alt="" style="width: 700px; height: 726px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig080.png" alt="" style="width: 250px; height: 493px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+du temple, quand la cour n'existait pas, est devenue une chambre nouvelle, le
+pronaos. Les colonnes de la rangée extérieure subsistent,
+mais reliées, jusqu'à mi-hauteur environ, par
+un mur couronné d'une corniche, qui forme écran et
+empêchait la foule d'apercevoir
+ce qui se passait au
+delà (Fig.79). La salle est soutenue
+par deux, trois ou même
+quatre rangs de colonnes, selon
+la grandeur de l'édifice
+qui s'étend derrière elle.
+Pour le reste, comparez le
+plan du temple d'Edfou
+(Fig.80) à celui du temple
+de Khonsou, et vous verrez
+combien peu ils diffèrent l'un
+de l'autre.<br><br>
+Ainsi conçu, l'édifice suffisait
+à tous les besoins du
+culte. Lorsqu'on voulait l'accroître,
+on ne s'attaquait
+pas d'ordinaire au sanctuaire
+ni aux chambres qui l'entouraient, mais bien aux
+parties d'apparat, hypostyles, cours ou pylônes. Rien
+n'est plus propre que l'histoire du grand temple de
+Karnak à illustrer le procédé des Égyptiens en pareille
+circonstance. Osirtasen Ier l'avait fondé, probablement
+sur le site d'un temple plus ancien (Fig.81). C'était un
+édifice de petites dimensions, construit en calcaire et
+en grès avec portes en granit: des piliers à seize
+pans unis en décoraient l'intérieur. Amenemhat II et III y travaillèrent, les princes de la XIIIe et de la
+XIVe dynastie y consacrèrent des statues et des tables
+d'offrandes; il était encore intact au XVIIIe siècle avant
+notre ère, lorsque Thoutmos Ier, enrichi par la
+
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+guerre,
+résolut de l'agrandir. Il éleva
+en avant de ce qui existait
+déjà deux chambres, précédées
+d'une cour et flanquées de chapelles
+isolées, puis trois pylônes
+échelonnés l'un derrière
+l'autre.
+<img src="images/fig081.png" alt="" style="width: 700px; height: 673px;"><br>
+Le tout présentait l'aspect
+d'un vaste rectangle posé
+debout sur un autre rectangle
+allongé en travers. Thoutmos
+II et Hatshopsitou couvrirent
+de bas-reliefs les murs que leur père avait
+bâtis, mais n'ajoutèrent rien; seulement, la régente,
+pour amener ses obélisques entre deux des pylônes,
+pratiqua une brèche dans le mur méridional et abattit
+seize des colonnes qui se trouvaient en cet endroit.
+Thoutmos III reprit d'abord certaines parties qui lui
+paraissaient sans doute indignes de son
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 56%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ dieu, le double sanctuaire qu'il relit en granit de Syène, le premier
+pylône. Il réédifia, à l'est, d'anciennes chambres,
+dont la plus importante, celle qui porte le nom
+de <i>Promenoir</i>, servait de station et de reposoir lors
+des processions, enveloppa l'ensemble d'un mur de
+pierre, creusa le lac sur lequel on lançait les barques
+sacrées les jours de fête; puis, changeant brusquement
+de direction, il érigea deux pylônes tournés vers le sud.
+Il rompit de la sorte la juste proportion qui avait
+existé jusqu'alors entre le corps et la façade: l'enceinte
+extérieure devint trop large pour les premiers pylônes
+et ne se raccorda plus exactement au dernier. Amenhotpou
+III corrigea ce défaut: il éleva un sixième
+pylône plus massif, partant, plus propre à servir de
+façade. Le temple en fût resté là, qu'il surpassait déjà
+tout ce qu'on avait entrepris jusqu'alors de plus audacieux;
+les Pharaons de la XIXe dynastie réussirent à
+faire mieux encore.
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig082.png" alt="" style="width: 300px; height: 392px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig083.png" alt="" style="width: 200px; height: 672px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Ils ne construisirent qu'une salle
+hypostyle (Fig.82) et qu'un pylône, mais l'hypostyle
+a 50 mètres de long sur 100 de large. Au milieu, une
+avenue de douze colonnes à chapiteau campaniforme,
+les plus hautes qu'on ait jamais employées à l'intérieur
+d'un édifice; dans les bas côtés, 122 colonnes à chapiteau
+lotiforme, rangées en quinconce sur neuf files.
+Le plafond de la travée centrale était à 23 mètres
+au-dessus du sol, et le pylône le dominait d'environ
+15 mètres. Trois rois peinèrent pendant un siècle
+avant d'amener l'hypostyle à perfection. Ramsès Ier
+conçut l'idée, Séti Ier termina le gros oeuvre, Ramsès II
+acheva presque entièrement la décoration. Les Pharaons
+des dynasties suivantes se disputèrent quelques places vides le long des colonnes, pour y graver leur
+nom et participer à la gloire des trois fondateurs, mais
+ils n'allèrent pas plus loin. Pourtant le monument,
+arrêté à ce point, demeurait incomplet: il lui manquait
+un dernier pylône et une cour à portiques. Près de
+trois siècles s'écoulèrent
+avant qu'on songeât à
+reprendre les travaux.
+Enfin, les Bubastites se
+décidèrent à commencer
+les portiques, mais faiblement,
+comme il convenait
+à leurs faibles ressources.
+Un moment,
+l'Éthiopien Taharqou
+imagina qu'il était de
+taille à rivaliser avec
+les Pharaons thébains et
+devisa une salle hypostyle
+plus large que l'ancienne, mais ses mesures étaient
+mal prises. Les colonnes de la travée centrale, les
+seules qu'il eut le temps d'ériger, étaient trop éloignées
+pour qu'on pût y établir la couverture: elles ne portèrent
+jamais rien et ne subsistèrent que pour marquer
+son impuissance. Enfin les Ptolémées, se conformant à
+la tradition des rois indigènes, se mirent à l'ouvrage;
+mais les révoltes de Thèbes interrompirent leurs projets,
+le tremblement de terre de l'an 27 détruisit une partie
+du temple, et le pylône resta à jamais inachevé. L'histoire
+de Karnak est celle de tous les grands temples
+égyptiens. A l'étudier de près, on comprend la raison des irrégularités qu'ils présentent pour la plupart. Le
+plan est partout sensiblement le même, et la croissance
+se produit de la même
+manière, mais les architectes ne
+prévoyaient pas toujours l'importance
+que leur oeuvre acquerrait,
+et le terrain qu'ils lui
+avaient choisi ne se
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+prêtait pas
+jusqu'au bout au développement
+normal. A Louxor (Fig.83), le
+progrès marcha méthodiquement
+sous Amenhotpou III et sous
+Séti Ier; mais, quand Ramsès II
+voulut ajouter à ce qu'avaient fait
+ses prédécesseurs, un coude secondaire
+de la rivière l'obligea
+à se rejeter vers l'est. Son pylône
+n'est point parallèle à celui
+d'Amenhotpou III, et ses portiques
+forment un angle marqué
+avec l'axe général des constructions
+antérieures. A Philae
+(Fig.84), la déviation est plus
+forte encore. Non seulement
+le pylône le plus grand n'est
+pas dans l'alignement du plus
+petit, mais les deux colonnades
+ne sont point parallèles
+entre elles et ne se raccordent pas naturellement au
+pylône. Ce n'est point là, comme on l'a dit souvent,
+négligence ou parti pris. Le plan premier était aussi juste que peut l'exiger le dessinateur le plus entiché
+de symétrie; mais il fallait le plier aux exigences du
+site, et les architectes n'eurent plus souci dès lors que
+de tirer le meilleur
+parti des irrégularités
+auxquelles la
+configuration du
+sol les condamnait.
+Cette contrainte les
+a souvent inspirés:
+Philae nous montre
+jusqu'à quel point
+ils savaient faire de
+ce désordre obligé
+un élément de
+grâce et de pittoresque.
+
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig084.png" alt="" style="width: 350px; height: 619px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig085.png" alt="" style="width: 300px; height: 347px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+L'idée du temple-caverne
+dut venir
+de bonne heure
+aux Égyptiens; ils
+taillaient la maison
+des morts dans
+la montagne, pourquoi
+n'y auraient-ils
+pas taillé la
+maison des dieux? Pourtant, les spéos les plus anciens
+que nous possédions ne remontent qu'aux premiers
+règnes de la XVIIIe dynastie. On les rencontre de préférence
+dans les endroits où la bande de terre cultivable
+était le moins large, près de Beni-Hassan, au Gebel Silsiléh, en Nubie. Toutes les variantes du temple isolé
+se retrouvent dans le souterrain, plus ou moins modifiées
+par la nature du milieu.
+Le Spéos Artémidos
+s'annonce par un portique
+à piliers, mais ne renferme
+qu'un naos carré avec une
+niche de fond pour la statue
+de la déesse Pakhit.
+Kalaat-Addah présente au
+fleuve (Fig.85) une façade
+(A) plane, étroite, où l'on
+accède par un escalier assez
+raide; vient ensuite
+une salle hypostyle flanquée de deux réduits (C),
+puis un sanctuaire à deux étages superposés (D).
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+<br><br>La chapelle d'Harmhabi (Fig.86), au Gebel Silsiléh,
+se compose d'une galerie parallèle au Nil, étayée
+de quatre piliers massifs réservés dans la roche vive,
+et sur laquelle la chambre débouche à angle droit.
+
+<img src="images/fig086.png" alt="" style="width: 700px; height: 365px;"><br>
+
+A Ibsamboul, les deux temples sont entièrement
+dans la falaise. La face du plus grand (Fig.87) simule
+un pylône en talus, couronné d'une corniche, et gardé,
+selon l'usage, par quatre colosses assis,&nbsp; accompagnés&nbsp;
+de&nbsp; statues&nbsp; plus&nbsp; petites; seulement&nbsp; les&nbsp; colosses&nbsp; ont&nbsp; ici&nbsp; près de 20 mètres.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Au delà de la porte
+s'étend une salle de
+40 mètres de long sur
+18 de large, qui tient
+lieu du péristyle ordinaire.
+Huit Osiris, le
+dos à autant de piliers,
+semblent porter la montagne
+sur leur tête. Au
+delà, un hypostyle, une
+galerie transversale qui
+isole le sanctuaire, enfin
+le sanctuaire lui-même
+entre deux pièces plus petites. Huit cryptes, établies
+à un niveau plus bas que celui de l'excavation
+principale, se répartissent inégalement à droite et à
+gauche du péristyle. Le souterrain entier mesure
+55 mètres du seuil au fond du sanctuaire. Le petit
+spéos d'Hathor, situé à quelque cent pas vers le nord,
+n'offre pas des dimensions aussi considérables; mais
+la façade est ornée de colosses debout, dont quatre
+représentent Ramsès, et deux sa femme Nofritari. Le
+péristyle manque (Fig.88) ainsi que les cryptes, et les
+chapelles sont placées aux deux extrémités du couloir
+transversal, au lieu d'être parallèles au sanctuaire; en revanche, l'hypostyle a six&nbsp; piliers&nbsp; avec&nbsp; tête&nbsp; d'Hathor.&nbsp;&nbsp;
+Où&nbsp; l'espace&nbsp;&nbsp; le
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig087.png" alt="" style="width: 350px; height: 437px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig088.png" alt="" style="width: 300px; height: 309px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ permettait, on n'a fait entrer qu'une
+partie du temple dans le
+rocher; les avancées ont
+été construites en plein air, de blocs rapportés, et le
+spéos devient une moitié
+de caverne, un hémi-spéos.
+Le péristyle seul à Derr, le
+pylône et la cour à Beit-el-Oualli,
+le pylône, la cour
+rectangulaire, l'hypostyle à
+Gerf Hosseïn et à Ouady-es-Seboua, sont au dehors
+de la montagne. Le plus célèbre et le plus original des
+hémi-spéos est à Déir-el-Bahari. dans la nécropole thébaine,
+et fut bâti par la reine Hatshopsitou (Fig.89). Le sanctuaire et les deux chapelles qui l'accompagnent,
+selon la coutume, étaient creusés à 30 mètres environ
+au-dessus du niveau de la vallée. Pour y atteindre,
+on traça des rampes et on étagea des terrasses, dont
+l'insuffisance des fouilles entreprises jusqu'à présent
+ne permet pas de saisir l'agencement.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<img src="images/fig089.png" alt="" style="width: 700px; height: 570px;">
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+et le temple
+isolé, les Égyptiens
+avaient encore quelque
+chose d'intermédiaire,
+le temple
+adossé à la montagne,
+mais qui n'y
+pénètre point. Le
+temple du Sphinx à
+Gizéh, celui de Séti Ier à Abydos
+sont deux bons exemples
+du genre. J'ai déjà parlé du
+premier; l'aire du second
+(Fig.90) a été découpée dans
+une bande de sable étroite et
+basse qui sépare la plaine du
+désert. Il était enterré jusqu'au
+toit, la crête des murs sortait à
+peine du sol, et l'escalier qui montait aux terrasses
+conduisait également au sommet de la colline. L'avant-corps,
+qui se détachait en plein relief, n'annonçait rien
+d'extraordinaire: deux pylônes, deux cours, un portique
+droit à piliers carrés, les bizarreries ne commençaient
+qu'au delà. C'étaient d'abord deux hypostyles
+au lieu d'un seul. Ils sont séparés par un mur percé de sept portes, n'ont point de nef centrale, et le
+sanctuaire donne directement sur le second. C'est,
+comme d'ordinaire, une chambre oblongue percée aux
+deux extrémités; mais les pièces qui, ailleurs, l'enveloppaient
+sans le toucher, sont ici placées côte à côte
+sur une même ligne, deux à droite, quatre à gauche;
+de plus, elles sont surmontées de&nbsp; voûtes&nbsp; en&nbsp; encorbellement&nbsp;
+et ne reçoivent de
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig090.png" alt="" style="width: 350px; height: 521px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+jour que par la porte.
+Derrière le sanctuaire, même changement; la salle hypostyle
+s'appuie au mur du fond, et ses dépendances
+sont distribuées inégalement à droite et à gauche. Et,
+comme si ce n'était pas assez, on a construit, sur le
+flanc gauche, une cour, des chambres à colonnes, des
+couloirs, des réduits obscurs, une aile entière, qui se
+détache en équerre du bâtiment principal et n'a pas
+de contrepoids sur la droite. L'examen des lieux
+explique ces irrégularités. La colline n'est pas large en
+cet endroit, et le petit hypostyle en touche presque le
+revers. Si on avait suivi le plan normal sans rien y
+changer, on l'aurait percée de part en part, et le
+temple n'aurait plus eu ce caractère de temple adossé,
+que le fondateur avait voulu lui donner. L'architecte
+répartit donc en largeur les membres qu'on disposait
+d'ordinaire en longueur, et même en rejeta une partie
+sur le côté. Quelques années plus tard, quand Ramsès II éleva, à une centaine de mètres vers le nord-ouest,
+un monument consacré à sa propre mémoire, il
+se garda bien d'agir comme son père. Son temple, assis
+au sommet de la colline, eut l'espace nécessaire à
+s'étendre librement, et le plan ordinaire s'y déploie
+dans toute sa rigueur.<br><br>
+
+La plupart des temples, même les plus petits, sont
+enveloppés d'une enceinte quadrangulaire. A Médinét-Habou,
+elle est en grès, basse et crénelée; c'est une
+fantaisie de Ramsès III qui, en prêtant à son monument
+l'aspect extérieur d'une forteresse, a voulu perpétuer
+le souvenir de ses victoires syriennes. Partout
+ailleurs, les pertes sont en pierre, les murailles en briques
+sèches, à assises tordues. L'enceinte n'était pas
+destinée, comme on l'a dit souvent, à isoler le temple
+et à dérober aux yeux des profanes les cérémonies qui
+s'y accomplissaient. Elle marquait la limite où s'arrêtait
+la maison du dieu, et servait au besoin à repousser
+les attaques d'un ennemi dont les richesses accumulées
+dans le sanctuaire auraient allumé la cupidité. Des
+allées de sphinx, ou, comme à Karnak, une suite
+de pylônes échelonnés, menaient des portes aux différentes
+entrées, et formaient autant de larges voies
+triomphales. Le reste du terrain était occupé, en partie
+par les étables, les celliers, les greniers des prêtres, en
+partie par des habitations privées. De même qu'en Europe,
+au moyen âge, la population s'amassait plus
+dense autour des églises et des abbayes, en Égypte, elle
+se pressait autour des temples, pour profiter de la tranquillité
+qu'assuraient au dieu la terreur de son nom et
+la solidité de ses remparts. Au début, on avait réservé
+un espace vide le long des pylônes et des murs, puis
+les maisons envahirent ce chemin de ronde et s'appuyèrent
+à la paroi même. Détruites et rebâties sur
+place pendant des siècles, le sol s'exhaussa si bien de
+leurs débris, que la plupart des temples finirent par
+s'enterrer peu à peu et se trouvèrent en contrebas des quartiers environnants. Hérodote le raconte de Bubaste,
+et l'examen des lieux montre qu'il en était de même
+dans beaucoup d'endroits. A Ombos, à Edfou, à Dendérah,
+la cité entière tenait dans la même enceinte que
+la maison divine. A El-Kab, l'enceinte du temple
+était distincte de celle de la ville; elle
+
+<img src="images/fig091.png" alt="" style="width: 700px; height: 367px;">
+
+formait une sorte de donjon où la garnison pouvait chercher un dernier
+abri. A Memphis, à Thèbes, il y avait autant de donjons
+que de temples principaux, et ces forteresses divines,
+d'abord isolées au milieu des maisons, furent, à partir
+de la XVIIIe dynastie, réunies entre elles par des avenues
+bordées de sphinx. C'était le plus souvent des
+androsphinx à tête d'homme et au corps de lion, mais
+on trouve aussi des criosphinx à corps de lion et à tête
+de bélier (Fig.91), ou même, dans les endroits où le
+culte local comportait une pareille substitution, des
+béliers agenouillés qui tiennent une figure du souverain
+dédicateur entre leurs pattes de devant (Fig.92).<br>
+
+<img src="images/fig092.png" alt="" style="width: 700px; height: 417px;">
+
+L'avenue qui va de Louxor à Karnak était composée
+de ces éléments divers. Elle a 2 kilomètres de long et s'infléchit à diverses reprises, mais n'y reconnaissez
+pas une preuve nouvelle de l'horreur des Égyptiens
+pour la symétrie. Les enceintes des deux temples
+n'étaient pas orientées de la même manière, et les avenues
+tracées perpendiculairement sur le front de chacune
+d'elles ne se seraient jamais raccordées, si on ne
+les avait fait dévier de leur direction première. En résumé,
+les habitants de Thèbes voyaient de leurs temples
+presque tout ce que nous en voyons. Le sanctuaire et
+ses dépendances immédiates leur étaient fermés; mais
+ils avaient accès à la façade, aux cours, même à la salle
+hypostyle, et ils pouvaient admirer les chefs-d'oeuvre
+de leurs architectes presque aussi librement que nous
+faisons aujourd'hui.<br><br>
+
+3.--LA DÉCORATION.<br><br>
+
+La tradition antique affirmait que les premiers temples
+égyptiens ne renfermaient aucune image sculptée, aucune inscription, aucun symbole, et de fait le temple
+du Sphinx est nu. C'est là toutefois un exemple unique.
+Les fragments d'architrave et de parois employés comme
+matériaux dans la pyramide septentrionale de Lisht, et
+qui portent le nom de Khâfrî, montrent qu'il n'en était
+déjà plus ainsi dès le temps de la IVe dynastie. A l'époque
+thébaine, toutes les surfaces lisses, pylônes, parements
+des murs, fûts des colonnes, étaient couvertes de tableaux
+et de légendes. Sous les Ptolémées et sous les
+Césars, lettres et figures étaient tellement pressées,
+qu'il semble que la pierre disparaisse sous la masse des
+ornements dont elle est chargée. Un coup d'oeil rapide
+suffit à montrer que les scènes ne sont pas jetées au hasard.
+Elles s'enchaînent, se déduisent les unes des autres
+et forment comme un grand livre mystique, où les
+relations officielles des dieux avec l'homme et de
+l'homme avec les dieux sont clairement expliquées à
+qui sait le comprendre. Le temple était bâti à l'image
+du monde, tel que les Egyptiens le connaissaient. La
+terre était pour eux une sorte de table plate et mince,
+plus longue que large. Le ciel s'étendait au-dessus,
+semblable, selon les uns, à un immense plafond de fer,
+selon les autres, à une voûte surbaissée. Comme il ne
+pouvait rester suspendu sans être appuyé de quelque
+support qui l'empêchât de tomber, on avait imaginé de
+le maintenir en place au moyen de quatre étais ou de
+quatre piliers gigantesques. Le dallage du temple représentait
+naturellement la terre. Les colonnes et, au
+besoin, les quatre angles des chambres figuraient les
+piliers. Le toit, voûté à Abydos, plat partout ailleurs,
+répondait exactement à l'opinion qu'on se faisait du ciel. Chaque partie recevait une décoration appropriée
+
+<img src="images/fig093.png" alt="" style="width: 700px; height: 263px;">
+<img src="images/fig095.png" alt="" style="width: 700px; height: 186px;">
+<img src="images/fig097.png" alt="" style="width: 700px; height: 224px;"><br>
+
+
+à sa signification. Ce qui touchait au sol se revêtait
+de végétation. La base des colonnes était entourée
+de feuilles, le pied des murs se garnissait de longues
+tiges de lotus ou de papyrus (Fig.98), au milieu desquelles
+passaient quelquefois des animaux. Des bouquets
+de plantes fluviales, émergeant de l'eau (Fig.94),
+égayaient les soubassements de certaines chambres.&nbsp;
+Ailleurs, &nbsp;c'étaient
+
+</td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig099.png" alt="" style="width: 350px; height: 299px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+des fleurs épanouies, entremêlées de boutons isolés (Fig.95) ou reliées par des cordes
+(Fig.96), des emblèmes indiquant la réunion des
+deux Égyptes entre les mains d'un seul Pharaon
+(Fig.97), des oiseaux à bras d'hommes assis en adoration
+sur le signe des fêtes solennelles, ou des prisonniers
+accroupis et liés au poteau deux à deux, un
+nègre avec un Asiatique
+(Fig.98). Des Nils mâles
+et femelles s'agenouillaient
+(Fig.99), ou s'avançaient
+majestueusement
+en procession, au ras de
+terre, les mains chargées
+de fleurs et de fruits. Ce
+sont les nomes de l'Égypte,
+les lacs, les districts qui apportent leurs produits
+au dieu. Une fois même, à Karnak, Thoutmos III
+a gravé sur le soubassement&nbsp;&nbsp; les&nbsp;&nbsp; fleurs,&nbsp;&nbsp; les&nbsp;&nbsp; plantes&nbsp;&nbsp; et&nbsp;&nbsp;
+les
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+animaux des pays étrangers qu'il avait vaincus
+(Fig.100). Le plafond, peint en bleu, était semé d'étoiles
+jaunes à cinq branches, auxquelles se mêlent par endroits les cartouches du roi fondateur. De longues
+bandes d'hiéroglyphes rompaient d'espace en espace la
+monotonie de ce ciel d'Égypte.
+<img src="images/fig100.png" alt="" style="width: 700px; height: 322px;"><br>
+Les vautours de Nekhab
+et d'Ouazit, les déesses du midi et du nord, couronnés
+et armés d'emblèmes divins (Fig.101), planent
+dans la travée centrale des salles hypostyles, dans les
+soffites des portes, par-dessus la route que le roi suivait
+pour se rendre au sanctuaire.
+
+<img src="images/fig101.png" alt="" style="width: 700px; height: 703px;"><br>
+Au Ramesséum, à
+Edfou, à Philae, à Dendérah, à Ombos, à Esnéh, les
+profondeurs du firmament semblent s'ouvrir et révéler leurs habitants aux yeux des fidèles. L'Océan céleste
+déroule ses eaux, où le soleil et la lune naviguent, escortés
+des planètes, des constellations et des décans, où
+les génies des mois et des jours marchent en longues
+files. A l'époque ptolémaïque, des zodiaques, composés
+à l'imitation des zodiaques grecs, se placent à côté des
+tableaux astronomiques d'origine purement égyptienne
+(Fig.102). La décoration des architraves qui portaient
+les dalles de la couverture était complètement indépendante
+de celle de la couverture proprement dite.
+On n'y voyait que des légendes hiéroglyphiques en
+gros caractères, où les beautés du temple, le nom des
+rois qui y avaient travaillé, la gloire des dieux auxquels
+il était consacré, sont célébrés avec emphase. En
+résumé, l'ornementation du soubassement et celle du
+plafond étaient restreintes à un petit nombre de sujets
+toujours les mêmes; les tableaux les plus importants et
+les plus variés étaient comme suspendus entre ciel et
+terre, à la paroi des chambres et des pylônes.<br><br>
+
+Ils illustrent les rapports officiels de l'Égypte avec
+les dieux. Les gens du commun n'avaient pas le droit
+de commercer directement avec la divinité. Il leur fallait
+un médiateur qui, tenant à la fois de la nature humaine
+et de la nature divine, fût en état de les percevoir
+également l'une et l'autre. Seul, le roi, fils du soleil,
+était d'assez haute extraction pour contempler le dieu
+du temple, le servir et lui parler face à face. Les sacrifices
+ne se faisaient que par lui ou par délégation de
+lui; même l'offrande aux morts était censée passer par
+ses mains, et la famille se prévalait de son nom (<i>souten
+di hotpou</i>) pour l'envoyer dans l'autre monde. Le roi est donc partout dans le temple, debout, assis, agenouillé,
+occupé à égorger la victime, à en présenter les
+morceaux, à verser le vin, le lait, l'huile, à brûler l'encens:
+c'est l'humanité entière qui agit en lui et accomplit
+ses devoirs envers la divinité. Lorsque la cérémonie
+qu'il exécute exige le concours de plusieurs personnes,
+alors seulement des aides mortels, autant que possible
+des membres de sa famille, paraissent à ses côtés. La
+reine,
+
+<img src="images/fig102.png" alt="" style="width: 711px; height: 723px;"><br>
+debout derrière lui, comme Isis derrière Osiris, lève la main pour le protéger, agite le sistre ou bat le
+tambourin pour éloigner de lui les mauvais esprits,
+tient le bouquet ou le vase à libation. Le fils aîné tend
+le filet ou lasse le taureau, et récite la prière pour lui,
+tandis qu'il lève vers le dieu chaque objet prescrit par
+le rituel. Un prêtre remplace parfois le prince, mais
+les autres hommes n'ont jamais que des rôles infimes:
+ils sont bouchers ou servants, ils portent la barque ou
+le palanquin du dieu. Le dieu, de son côté, n'est pas
+toujours seul; il a sa femme et son fils à côté de lui,
+puis les dieux des nomes voisins et, d'une manière générale,
+les dieux de l'Égypte entière. Du moment que le
+temple est l'image du monde, il doit comme le monde
+même renfermer tous les dieux grands et petits. Ils
+sont le plus souvent rangés derrière le dieu principal,
+assis ou debout, et partagent avec lui l'hommage du
+souverain. Quelquefois cependant, ils prennent une
+part active aux cérémonies. Les esprits d'On et de
+Khonou s'agenouillent devant le soleil et l'acclament.
+Hor et Sit ou Thot amènent Pharaon à son père
+Amon-Râ, ou remplissent à côté de lui les fonctions
+réservées ailleurs au prince ou au prêtre: ils l'aident à
+renverser la victime, à prendre dans le filet les oiseaux
+destinés au sacrifice, ils versent sur sa tête l'eau de
+jeunesse et de vie qui doit le laver de ses souillures. La
+place et la fonction de ces dieux synèdres était définie
+strictement par la théologie. Le soleil, allant d'Orient
+en Occident, coupait, disent les textes, l'univers en deux
+mondes, celui du midi et celui du nord. Le temple
+était double comme l'univers, et une ligne idéale, passant
+par l'axe du sanctuaire, le divisait en deux temples, le temple du midi à droite, le temple du nord à gauche.
+Les dieux et leurs différentes formes étaient répartis
+entre ces deux temples, selon qu'ils appartenaient au
+midi ou au nord. Et cette fiction de dualité était poussée
+plus loin encore: chaque chambre se divisait, à l'imitation
+du temple, en deux moitiés dont l'une, celle de
+droite, était du midi et l'autre était du nord. L'hommage
+du roi, pour être complet, devait se faire dans
+le temple du midi et dans celui du nord, aux dieux du
+midi et à ceux du nord, avec les produits du midi et
+avec ceux du nord. Chaque tableau devait donc se répéter
+au moins deux fois dans le temple, sur une paroi
+de droite et sur une paroi de gauche. Amon, à droite,
+recevait le blé, le vin, les liqueurs du midi; à gauche,
+le blé, le vin, les liqueurs du nord, et ce qui est vrai
+d'Amon l'est de Mout, de Khonsou, de Montou, de
+bien d'autres. Dans la pratique, le manque d'espace
+empêchait qu'il en fût toujours ainsi, et on ne rencontre
+souvent qu'un seul tableau où produits du nord et produits
+du midi étaient confondus, devant un Amon qui
+représentait à lui seul l'Amon du midi et l'Amon du
+nord. Cette dérogation à l'usage n'est jamais que momentanée:
+la symétrie se rétablissait dès que le permettaient
+les circonstances.<br><br>
+
+Aux temps pharaoniques, les tableaux ne sont pas
+très serrés l'un contre l'autre. La surface à couvrir,
+arrêtée en bas par une ligne tracée au-dessus de la décoration
+du soubassement, est limitée vers le haut, soit
+par la corniche normale, soit par une frise composée
+d'uraeus, de faisceaux de lotus alignés côte à côte,
+de cartouches royaux (Fig.103), entourés de symboles divins, d'emblèmes
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig103.png" alt="" style="width: 300px; height: 167px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+empruntés au culte local, des têtes
+d'Hathor, par exemple, dans un temple d'Hathor, ou
+d'une dédicace horizontale en belles lettres gravées
+profondément. Le panneau ainsi encadré ne formait
+souvent qu'un seul registre, souvent aussi se divisait
+en deux registres superposés; il fallait une muraille
+bien haute pour que ce
+nombre fût dépassé. Figures
+et légendes étaient espacées
+largement et les scènes&nbsp;
+se&nbsp; succédaient&nbsp; à&nbsp; la file&nbsp; presque
+sans séparation
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+matérielle;
+c'était affaire au spectateur d'en discerner le
+commencement et la fin. Les têtes du roi étalent de véritables
+portraits dessinés d'après nature, et la figure des
+dieux en reproduisait les traits aussi exactement que
+possible. Puisque Pharaon était fils des dieux, la façon
+la plus sûre d'obtenir la ressemblance était de modeler
+leur visage sur le visage de Pharaon. Les acteurs secondaires
+n'étaient pas moins soignés que les autres, mais
+quand il y en avait trop, on les distribuait sur deux ou
+trois registres, dont la hauteur totale ne dépasse jamais
+celle des personnages principaux. Les offrandes, les
+sceptres, les bijoux, les vêtements, les coiffures, les meubles,
+tous les accessoires étaient traités avec un souci très
+réel de l'élégance et de la vérité. Les couleurs, enfin,
+étaient combinées de telle façon qu'une tonalité générale
+dominât dans une même localité. Il y avait dans les
+temples des pièces qu'on pouvait appeler à juste titre:
+la <i>salle bleue</i>, la <i>salle rouge</i>, la <i>salle d'or</i>.<br><br>
+Voilà pour
+l'époque classique. A mesure qu'on descend vers les bas temps, les scènes se multiplient. Sous les Grecs et
+sous les Romains, elles sont si nombreuses que la plus petite muraille ne peut les contenir à moins de quatre
+(Fig.104), cinq, six, huit registres. Les figures principales
+semblent se contracter sur elles-mêmes pour occuper
+moins de place, et des milliers de menus hiéroglyphes
+envahissent tout l'espace qu'elles ne remplissent pas.
+Les dieux et les rois ne sont plus des portraits du souverain
+régnant, mais des types de convention sans
+vigueur et sans vie. Quant aux figures secondaires et
+aux accessoires, on n'a plus qu'un souci, c'est de
+les entasser aussi serré que possible. Ce n'est pas là
+faute de goût; une idée religieuse a décidé et précipité
+ces changements. La décoration n'avait pas seulement
+pour objet le plaisir des yeux. Qu'on l'appliquât
+à un meuble, à un cercueil, à une maison, à un
+temple, elle possédait une vertu magique, dont chaque
+être ou chaque action représentée, chaque parole
+inscrite ou prononcée au moment de la consécration,
+déterminait la puissance et le caractère. Chaque tableau
+était donc une amulette en même temps qu'un ornement.
+Tant qu'il durait, il assurait au dieu le bénéfice
+de l'hommage rendu ou du sacrifice accompli par le
+roi; il confirmait au roi, vivant ou mort, les grâces que
+le dieu lui avait accordées en récompense, il préservait
+contre la destruction le pan de mur sur lequel il était
+tracé. A la XVIIIe dynastie, on pensait qu'une ou deux
+amulettes de ce genre suffisaient à obtenir l'effet qu'on
+en attendait. Plus tard, on crut qu'on ne saurait trop
+en augmenter la quantité, et on en mit autant que la
+muraille pouvait en recevoir. Une chambre moyenne
+d'Edfou et de Dendérah fournit à l'étude plus de matériaux
+que la salle hypostyle de Karnak, et la chapelle
+
+<img src="images/fig104.png" alt="" style="width: 700px; height: 1083px;"><br>
+d'Antonin à Philae, si elle avait été terminée, renfermerait
+autant de scènes que le sanctuaire de Louxor et
+le couloir qui l'enveloppe.<br><br>
+
+En voyant la variété des sujets traités sur les murs
+d'un même temple, on est d'abord tenté de croire que la
+décoration ne forme pas un ensemble suivi d'un bout
+à l'autre, et que, si plusieurs séries sont, à n'en pas
+douter, le développement d'une seule idée historique
+ou dogmatique, d'autres sont jetées simplement à la
+file, sans aucun lien qui les rattache entre elles.
+A Louxor et au Ramesséum, chaque face de pylône est
+un champ de bataille, sur lequel on peut étudier presque
+jour à jour la lutte de Ramsès II contre les Khiti, en
+l'an V de son règne, le camp des Égyptiens attaqué de
+nuit, la maison du roi surprise pendant la marche, la
+défaite des barbares, leur fuite, la garnison de Qodshou
+sortie au secours des vaincus, les mésaventures du
+prince de Khiti et de ses généraux. Ailleurs la guerre
+n'est point représentée, mais le sacrifice humain qui
+marquait jadis la fin de chaque campagne: le roi saisit
+aux cheveux les prisonniers prosternés à ses pieds, et
+lève la massue comme pour écraser leurs têtes d'un
+seul coup. A Karnak, le long du mur extérieur, Séti Ier
+fait la chasse aux Bédouins du Sinaï. Ramsès III, à
+Médinét-Habou, détruit la flotte des peuples de la mer,
+ou reçoit les mains coupées des Libyens que ses soldats
+lui apportent en guise de trophées. Puis, sans transition,
+on aperçoit un tableau pacifique, où Pharaon
+verse à son père Amon une libation d'eau parfumée.
+Il semble qu'on ne puisse établir aucun lien entre ces
+scènes, et pourtant l'une est la conséquence nécessaire des autres. Si le dieu n'avait pas donné la victoire au
+roi, le roi à son tour n'aurait pas institué les cérémonies
+qui s'accomplissaient dans le temple. Le sculpteur
+a transporté les événements sur la muraille, dans l'ordre
+où ils s'étaient passés, la victoire, puis le sacrifice, le
+bienfait du dieu d'abord et les actions de grâces du roi.
+A y regarder de près, tout se suit, tout s'enchaîne de la
+même manière dans cette multitude d'épisodes. Tous
+les tableaux, et ceux-là dont la présence s'explique le
+moins au premier coup d'oeil, représentent les moments
+d'une action unique, qui commence à la porte et se déroule,
+à travers les salles, jusqu'au fond du sanctuaire.
+Le roi entre au temple. Dans les cours, le souvenir de
+ses victoires frappe partout ses regards; mais voici que
+le dieu sort à sa rencontre, caché dans une châsse et
+environné de prêtres. Les rites prescrits en pareil cas
+sont retracés sur les murs de l'hypostyle où ils s'exécutaient,
+puis roi et dieu prennent ensemble le chemin
+du sanctuaire. Arrivés à la porte qui donne accès de
+la partie publique dans la partie mystérieuse du
+temple, le cortège humain s'arrête, et le roi, franchissant
+le seuil, est accueilli par les dieux. Il fait l'un
+après l'autre tous les exercices religieux auxquels
+l'oblige la coutume; ses mérites s'accroissent par la
+vertu des prières, ses sens s'affinent, il prend place
+parmi les types divins, et pénètre enfin dans le sanctuaire,
+ou le dieu se révèle à lui sans témoin et lui parle
+face à face. La décoration reproduit fidèlement le progrès
+de cette présentation mystique: accueil bienveillant
+des divinités, gestes et offrandes du roi, les vêtements
+qu'il dépouille ou revêt successivement, les couronnes dont il se coiffe, les prières qu'il récite et les
+grâces qui lui sont conférées, tout est gravé sur les murs
+en ses lieu et place. Le roi et les rares personnes qui
+l'accompagnent ont le dos tourné à la porte d'entrée, la
+face tournée à la porte du fond. Les dieux au contraire,
+ceux du moins qui ne font point partie pour le moment
+de l'escorte royale, ont la face à la porte, le dos au
+sanctuaire. Si, au cours d'une cérémonie, le roi officiant
+venait à manquer de mémoire, il n'avait qu'à lever les
+yeux vers la muraille pour y trouver ce qu'il devait
+faire.<br><br>
+
+Et ce n'est pas tout: chaque partie du temple avait
+son décor accessoire et son mobilier. La face extérieure
+des pylônes était garnie, non seulement des mâts à banderoles
+dont j'ai déjà parlé, mais de statues et d'obélisques.
+Les statues, au nombre de quatre ou de six, étaient
+en calcaire, en granit ou en grès. Elles représentaient toujours
+le roi fondateur et atteignaient parfois une taille
+prodigieuse. Les deux Memnon qui siégeaient à l'entrée
+de la chapelle d'Amenhotpou III, à Thèbes, mesurent
+environ seize mètres de haut. Le Ramsès II du Ramesséum
+a dix-sept mètres et demi, celui de Tanis vingt
+mètres au moins. Le plus grand nombre ne dépassait
+pas six mètres. Elles montaient la garde en avant du
+temple, la face au dehors, comme pour faire front à
+l'ennemi. Les obélisques de Karnak sont presque tous
+perdus au milieu des cours intérieures; même ceux de
+la reine Hatshopsitou ont été encastrés, jusqu'à cinq
+mètres au-dessus du sol, dans des massifs de maçonnerie
+qui en cachaient la base. Ce sont là des accidents faciles
+à expliquer. Chacun des pylônes qu'ils précèdent a été tour à tour la façade du temple, et ne
+s'est trouvé relégué aux derniers
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig105.png" alt="" style="width: 200px; height: 958px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+plans
+que par les travaux successifs des Pharaons.
+La place réelle des obélisques
+est en avant des colosses, de chaque
+côté de la porte; ils ne vont jamais
+que par paire, de hauteur souvent
+inégale. On a prétendu reconnaître en
+eux l'emblème d'Amon-Générateur, un
+doigt de dieu, l'image d'un rayon de
+soleil. A dire le vrai, ils ne sont que la
+forme régularisée de ces pierres levées,
+qu'on plantait en commémoration des
+dieux et des morts chez les peuples
+à demi sauvages. Les tombes de la
+IVe dynastie en renferment déjà, qui
+n'ont guère plus d'un mètre, et sont
+placés à droite et à gauche de la stèle,
+c'est-à-dire de la porte qui conduit au
+logis du défunt; ils sont en calcaire
+et ne nous apprennent qu'un nom et
+des titres. A la porte des temples, ils
+sont en granit et prennent des dimensions
+considérables, 20m,75 à Héliopolis
+(Fig.105), 23m,59 et 23m,03 à
+Louxor. Le plus élevé de ceux que l'on
+possède aujourd'hui, celui de la reine
+Hatshopsitou à Karnak, monte jusqu'à
+33m,20. Faire voyager des masses pareilles
+et les calibrer exactement était
+déjà chose difficile, et l'on a peine à comprendre comment les Égyptiens réussissaient à les dresser rien
+qu'avec des cordes et des caissons de sable. La reine
+Hatshopsitou se vante d'avoir taillé, transporté, érigé les
+siens en sept mois, et nous n'avons aucune raison de
+douter de sa parole. Les obélisques étaient presque
+tous établis sur plan carré, avec les faces légèrement
+convexes et une pente insensible de haut en bas. La
+base était d'un seul bloc carré, orné de légendes ou
+de cynocéphales en ronde bosse, adorant le soleil. La
+pointe était coupée en pyramidion et revêtue, par exception,
+de bronze ou de cuivre doré. Des scènes d'offrandes
+à Râ-Harmakhis, Hor, Atoum, Amon, sont gravées sur
+les pans du pyramidion et s'étagent à la partie supérieure
+du prisme; le plus souvent, les quatre faces verticales
+n'ont d'autre ornement que des inscriptions en
+lignes parallèles consacrées exclusivement à l'éloge du
+roi. Voilà l'obélisque ordinaire: on en rencontre çà
+et là d'un type différent. Celui de Bégig, au Fayoum
+(Fig.106), est sur plan rectangulaire et s'arrondit en pointe
+mousse. Une entaille, pratiquée au sommet, prouve qu'il
+se terminait par quelque emblème en métal, un épervier
+peut-être, comme l'obélisque représenté sur une stèle
+votive du Musée de Boulaq. Cette forme, qui dérive ainsi
+que la première de la pierre levée, dura jusqu'aux derniers
+jours de l'art égyptien: on la signale encore à
+Axoum, en pleine Éthiopie, vers le IVe siècle de notre ère,
+à une époque où l'on se contentait en Égypte de transporter
+les anciens obélisques, sans plus songer à en élever
+de nouveaux. Telle était la décoration accessoire du
+pylône. Les cours intérieures et les salles hypostyles renfermaient
+encore des colosses. Les uns, adossés à la face externe des piliers ou des murs,&nbsp; étaient à demi engagés
+dans&nbsp; la&nbsp; maçonnerie&nbsp; et&nbsp; bâtis&nbsp; par
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+assise; ils présentaient
+le roi, debout, muni des insignes d'Osiris. Les autres,
+placés à Louxor sous le péristyle,&nbsp; à Karnak des deux
+côtés de la travée centrale,&nbsp; entre&nbsp; chaque&nbsp; colonne,&nbsp; étaient&nbsp; aussi à
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig106.png" alt="" style="width: 250px; height: 793px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+l'image du Pharaon, mais du
+Pharaon triomphant et revêtu de son
+costume d'apparat. Le droit de consacrer
+une statue dans le temple était
+avant tout un droit régalien; cependant
+le roi permettait quelquefois à
+des particuliers d'y dédier leurs statues
+à côté des siennes. C'était alors
+une grande faveur, et l'inscription de
+ces monuments mentionne toujours
+qu'ils ont été déposés <i>par la grâce
+du roi</i> à la place qu'ils occupent. Si
+rarement que ce privilège fût accordé
+par le souverain, les statues votives
+avaient fini par s'accumuler avec les
+siècles, et les cours de certains temples
+en étaient remplies. A Karnak, l'enceinte
+du sanctuaire était garnie extérieurement
+d'une sorte de banc épais,
+construit à hauteur d'appui en façon
+de socle allongé. C'est là que les statues étaient placées,
+le dos au mur. Elles étaient accompagnées chacune
+d'un bloc de pierre rectangulaire, muni sur l'un
+des côtés d'une saillie creusée en gouttière: c'est ce
+que l'on appelle la table d'offrandes (Fig.107). La face
+supérieure en est évidée plus ou moins profondément et porte souvent en relief des pains, des cuisses de boeuf,
+des vases à libations couchés à plat, et les autres objets
+qu'on avait accoutumé de présenter aux morts ou aux
+dieux. Celles du roi Amoni-Entouf-Amenemhâït, à
+Boulaq, sont des blocs
+de plus d'un mètre de
+long, en grès rouge, dont
+la face supérieure est
+chargée de godets creusés
+régulièrement; une
+offrande particulière répondait
+à chaque godet. Un culte était en effet attaché
+aux statues, et les tables étaient de véritables autels, sur
+lesquels on déposait, pendant le sacrifice, les portions
+de la victime, les gâteaux, les fruits, les légumes.<br><br>
+
+Le sanctuaire et les pièces qui l'environnent contenaient
+le matériel du culte. Les
+bases d'autel sont, les unes carrées
+et un peu massives, les autres polygonales
+ou cylindriques; plusieurs
+de ces dernières ressemblent assez
+à un petit canon pour que les Arabes
+leur en donnent le nom. Les plus
+anciennes sont de la Ve dynastie; la
+plus belle, déposée aujourd'hui à
+Boulaq, a été dédiée par Séti Ier. Le seul autel complet
+que je connaisse a été découvert à Menshiéh en 1884
+(Fig.108). Il est en calcaire blanc, compact, poli comme
+le marbre, et a pour pied un cône très allongé,&nbsp; sans&nbsp;
+ornement&nbsp; qu'un&nbsp; tore&nbsp;&nbsp; d'environ&nbsp; dix&nbsp; centimètres
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ au-dessous
+du sommet. Un vaste bassin hémisphérique s'emboîte dans une entaille carrée, qui sert comme de
+gueule au canon. Les naos sont de petites chapelles
+de pierre ou de bois (Fig.109) où logeait en tout temps
+l'esprit, à certaines fêtes, le corps même du dieu. Les
+barques sacrées étaient bâties sur le modèle de la bari
+dans laquelle le soleil accomplissait sa course journalière.
+Un naos s'élevait au milieu, recouvert d'un voile
+qui ne permettait pas aux spectateurs de voir ce qu'il
+renfermait;
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig107.png" alt="" style="width: 300px; height: 183px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig108.png" alt="" style="width: 200px; height: 272px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+l'équipage était figuré, chaque dieu à son
+poste de manoeuvre, les pilotes d'arrière au gouvernail,
+la vigie à l'avant, le roi à genoux, devant la porte du
+naos. Nous n'avons trouvé jusqu'à présent aucune des
+statues qui servaient aux cérémonies du culte, mais
+nous savons l'aspect qu'elles avaient, le rôle qu'elles
+jouaient, les matières dont elles étaient composées.<bR><br>
+
+Elles étaient animées et avaient, outre leur corps de
+pierre, de métal, ou de bois, une âme enlevée par
+magie à l'âme de la divinité qu'elles représentaient.
+Elles parlaient, remuaient, agissaient, réellement et
+non par métaphore. Les derniers Ramessides n'entreprenaient
+rien sans les consulter; ils s'adressaient
+à elles, leur exposaient l'affaire, et, après chaque question,
+elles approuvaient en secouant la tête. Dans la stèle
+de Bakhtan,&nbsp; une&nbsp; statue&nbsp; de&nbsp; Khonsou&nbsp; impose quatre fois
+les mains sur la
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+nuque d'une autre statue, pour lui
+transmettre le pouvoir de chasser les démons. La reine
+Hatshopsitou envoya une escadre à la recherche des Pays
+de l'Encens, après avoir conversé avec la statue d'Amon
+dans l'ombre du sanctuaire.<BR>
+<img src="images/fig109.png" alt="" style="width: 700px; height: 592px;"><BR>
+En théorie, l'âme divine
+était censée produire seule des miracles: dans la pratique,
+la parole et le mouvement étaient le résultat d'une
+fraude pieuse. Avenues interminables de sphinx, obélisques
+gigantesques, pylônes massifs, salles aux cent
+colonnes, chambres mystérieuses ou le jour ne pénétrait
+jamais, le temple égyptien tout entier était bâti pour
+servir de cachette à une poupée articulée, dont un prêtre
+agitait les fils.<BR>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br><br><br>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ <H2>CHAPITRE III</H2><br><br>
+
+
+LES TOMBEAUX<br><br>
+
+Les Égyptiens composaient l'homme de plusieurs
+êtres différents, dont chacun avait ses fonctions et sa vie
+propre. C'était d'abord le corps, puis le double (ka), qui
+est le second exemplaire du corps en une matière moins
+dense que la matière corporelle, une projection colorée,
+mais aérienne de l'individu, le reproduisant trait pour
+trait, enfant, s'il s'agissait d'un enfant, femme s'il s'agissait
+d'une femme, homme s'il s'agissait d'un homme. Après le double venait l'âme (bi, baï), que l'imagination
+populaire se représentait sous la figure d'un oiseau, et
+après l'âme, le lumineux (khou), parcelle de flamme
+détachée du feu divin. Aucun de ces éléments n'était impérissable
+par nature; mais, livrés à eux-mêmes, ils n'auraient
+pas tardé à se dissoudre et l'homme à mourir une
+seconde fois, c'est-à-dire à tomber dans le néant. La
+piété des survivants avait trouvé le moyen d'empêcher
+qu'il en fût ainsi. Par l'embaumement, elle suspendait
+pour les siècles la décomposition des corps; par la
+prière et par l'offrande, elle sauvait le double, l'âme et
+le lumineux de la seconde mort, et elle leur procurait ce
+qui leur était nécessaire à prolonger leur existence. Le
+double ne quittait jamais le lieu où reposait la momie.L'âme et le lumineux s'en éloignaient pour suivre les
+dieux, mais y revenaient sans cesse, comme un voyageur
+qui rentre au logis après une absence. Le tombeau était
+donc une maison, la <i>maison éternelle</i> du mort, au prix
+de laquelle les maisons de cette terre sont des hôtelleries,
+et le plan sur lequel il était établi répondait fidèlement
+à la conception que l'on se faisait de l'autre
+vie. Il devait renfermer les appartements privés de
+l'âme, où nul vivant ne pouvait pénétrer sans sacrilège,
+passé le jour de l'enterrement, les salles d'audience du
+double, où les prêtres et les amis venaient apporter
+leurs souhaits et leurs offrandes, et, entre les deux, des
+couloirs plus ou moins longs. La manière dont ces
+trois parties étaient disposées variait beaucoup selon les
+époques, les localités, la nature du terrain, la condition
+et le caprice de chaque individu. Souvent les pièces
+accessibles au public étaient bâties au-dessus du sol et
+formaient un édifice isolé. Souvent encore, elles étaient
+creusées entièrement dans le flanc d'une montagne
+avec le reste du tombeau. Souvent enfin, le réduit où
+la momie reposait et le couloir étaient dans un endroit,
+tandis qu'elles s'élevaient au loin dans la plaine.
+Mais, si l'on remarque des variantes nombreuses dans
+les détails et dans le groupement des parties, le principe
+est toujours le même: la tombe est un logis, dont l'agencement
+doit favoriser le bien-être et assurer la perpétuité du mort.
+
+<br><br>
+1.--LES MASTABAS.
+<br><br>
+Les tombes monumentales les plus anciennes sont
+toutes réunies dans la nécropole de Memphis, d'Abou-Roâsh à Dahshour, et appartiennent au type des mastabas.
+Le mastaba (Fig.110) est une construction quadrangulaire
+qu'on prendrait de loin pour une pyramide
+tronquée. Plusieurs ont 10 ou 12 mètres de haut, 50 mètres
+de façade, 25 mètres de profondeur; d'autres n'atteignent
+pas 3 mètres de hauteur et 5 mètres de largeur.
+Les faces sont inclinées symétriquement et le plus souvent
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 58%;">
+<img src="images/fig110.png" alt="" style="width: 300px; height: 130px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 42%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+unies; parfois
+cependant les assises
+sont en retraite et
+forment presque
+gradins. Les matériaux
+employés sont
+la pierre ou la brique. La pierre est toujours le
+calcaire, débité en blocs, longs d'environ 0m,80 sur
+0m,50 de hauteur et sur 0m,60 de profondeur.&nbsp; On rencontre
+trois sortes
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+de calcaire: pour les tombes soignées, le beau calcaire blanc de Tourah ou le calcaire
+siliceux compact de Saqqarah; pour les tombes ordinaires,
+le calcaire marneux de la montagne Libyque. Ce
+dernier, mêlé à des couches minces de sel marin et
+traversé par des filons de gypse cristallisé, est friable
+à l'excès et prête peu à l'ornementation. La brique est
+de deux espèces, et simplement séchée au soleil. La
+plus ancienne, dont l'usage cesse vers la VIe dynastie,
+est de petites dimensions (0m,22 x 0m,11 x 0m,14), d'aspect
+jaunâtre, et ne renferme que du sable mêlé d'un peu
+d'argile et de gravier; l'autre est de la terre mêlée de
+paille, noire, compacte, moulée avec soin et d'assez
+grand module (0m,38 x 0m,18 x 0m,14). La façon de la
+maçonnerie interne n'est pas la même selon la nature des matériaux que l'architecte a employés. Neuf fois sur
+dix, les mastabas en pierre n'ont d'appareil régulier
+qu'à l'extérieur. Le noyau est en moellons grossièrement
+équarris, en gravats, en fragments de calcaire,
+rangés sommairement par couches horizontales, et
+noyés dans de la terre délayée, ou même entassés au
+hasard, sans mortier d'aucune sorte. Les mastabas en
+briques sont presque toujours de construction homogène;
+les parements extérieurs sont cimentés avec soin,
+et les lits reliés à l'intérieur par du sable fin coulé
+dans les interstices. La masse devait être orientée canoniquement,
+les quatre faces aux quatre points cardinaux,
+le plus grand axe dirigé du nord au sud; mais les maçons
+ne se sont point préoccupés de trouver le nord
+juste, et l'orientation est rarement exacte. A Gizéh, les
+mastabas sont distribués selon un plan symétrique et rangés
+le long de véritables rues; à Saqqarah, à Abousîr, à
+Dahshour, ils s'élèvent en désordre à la surface du plateau,
+espacés ou pressés par endroits. Le cimetière musulman
+de Siout présente encore aujourd'hui une disposition
+analogue à celle qu'on observe à Saqqarah, et
+nous permet d'imaginer ce que pouvait être la nécropole
+memphite dans les derniers temps de l'ancien Empire.<br><br>
+Une plate-forme unie, non dallée, formée par la dernière
+couche du noyau, s'étend au sommet du cube en
+maçonnerie. Elle est semée de vases en terre cuite,
+enterrés presque à fleur de sol, nombreux au-dessus des
+vides intérieurs, rares partout ailleurs. Les murs sont
+nus. Les portes sont tournées vers l'est, quelquefois
+vers le nord ou vers le sud, jamais vers l'ouest. On
+en comptait
+
+<img src="images/fig111.png" alt="" style="width: 700px; height: 421px;">
+deux, l'une réservée aux morts, l'autre accessible aux vivants; mais celle du mort n'était
+qu'une niche étroite et haute, ménagée dans la face
+est, à côté de l'angle nord-est, et au fond de laquelle
+étaient tracées des raies verticales, encadrant
+une baie fermée. Souvent même on supprimait ce simulacre
+d'entrée, et l'âme se tirait d'affaire comme elle
+pouvait. La porte des vivants avait plus ou moins d'importance,&nbsp;
+selon&nbsp; le&nbsp; plus&nbsp;
+ou moins&nbsp; de développement
+de la chambre à
+laquelle elle conduisait.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 46%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Chambre et porte se confondent
+plus d'une fois en un réduit sans profondeur,
+décoré d'une stèle et d'une table d'offrandes (Fig.111),
+et protégé à l'occasion par un mur qui fait saillie sur
+la façade. On a alors une sorte d'avancée, ouvrant
+vers le nord, carrée au tombeau de Kaâpîr (Fig.112),
+irrégulière dans celui de Nofirhotpou à Saqqarah. (Fig.113). Quand le plan comporte l'existence d'une ou
+de plusieurs chambres, la porte est pratiquée au milieu
+d'une petite façade architecturale (Fig.114), ou
+sous un petit &nbsp;portique &nbsp;soutenu
+ </td>
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 54%;">
+<img src="images/fig113.png" alt="" style="width: 400px; height: 236px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig114.png" alt="" style="width: 300px; height: 227px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+par deux piliers carrés, sans base et sans abaque (Fig.115). Elle est d'une simplicité
+extrême: deux jambages, ornés de bas-reliefs
+représentant le défunt
+et surmontés
+d'un tambour cylindrique
+gravé
+aux titre et au nom
+du propriétaire.
+Dans le tombeau
+de Pohounika, à
+Saqqarah, les montants figurent deux pilastres, couronnés
+chacun de deux
+fleurs de lotus en relief:
+c'est là un fait unique
+jusqu'à ce jour. La chapelle était généralement
+petite et se
+perdait dans la masse de
+l'édifice (Fig.116); mais aucune règle précise n'en déterminait
+l'étendue. Dans
+le tombeau de Ti,&nbsp; on
+rencontre&nbsp; d'abord&nbsp; un&nbsp;
+portique (A),&nbsp; puis&nbsp; une
+
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 56%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+antichambre carrée
+avec piliers (B), puis un
+couloir (C), flanqué d'un cabinet sur la
+droite (D) et débouchant dans une dernière chambre (E)
+(Fig.117). Il y a là de l'espace pour plusieurs personnes,
+et, en effet, la femme de Ti repose à côté de
+son mari. Quand le monument appartenait à un seul personnage, pareille complication n'était pas nécessaire.
+Un boyau étranglé et court mène dans une pièce
+oblongue, où il tombe à angle droit, par le milieu.
+Souvent la muraille du fond est lisse, et l'ensemble offre l'aspect d'une sorte de marteau à têtes égales
+(Fig.118); souvent aussi, elle se
+
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 52%;">
+<img src="images/fig115.png" alt="" style="width: 300px; height: 209px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+creuse en face de
+l'entrée, et l'on dirait une croix dont le chevet serait
+plus ou moins découpé (Fig.119). C'était la distribution la plus fréquente, mais l'architecte était libre de la rejeter,
+
+<img src="images/fig116.png" alt="" style="width: 700px; height: 445px;"><br>
+
+si bon lui semblait. Telle chapelle consiste de deux couloirs parallèles, soudés par un passage transversal
+(Fig.120). Dans telle autre, la chambre s'emmanche
+sur le couloir par un des angles (Fig.121). Ailleurs,
+dans le tombeau de Phtahhotpou, le terrain concédé était resserré entre des
+<img src="images/fig117.png" alt="" style="width: 700px; height: 273px;"><br>
+constructions antérieures et
+ne suffisait pas: on a rattaché
+le mastaba nouveau
+au mastaba ancien, de manière
+à leur donner une entrée
+commune, et la chapelle
+de l'un s'est agrandie de tout l'espace
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ que couvrait
+celle de l'autre (Fig.122). La chapelle était la salle de réception du double.
+C'est là que les parents, les amis, les prêtres célébraient
+le sacrifice funéraire aux jours prescrits par la loi,
+«aux fêtes du commencement des saisons, à la fête de
+Thot, au premier jour de l'an, à la fête d'Ouaga, à la
+grande fête de la canicule, à la procession du dieu
+Mînou, à la fête des pains, aux fêtes du mois et de
+la quinzaine et chaque jour». Ils déposaient l'offrande
+dans la pièce principale, au pied de la paroi ouest, au point précis où se trouvait l'entrée de la <i>maison
+éternelle</i>&nbsp; du&nbsp; mort.&nbsp; Ce point n'était pas,&nbsp; comme la
+
+
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 48%;">
+<img src="images/fig120.png" alt="" style="width: 350px; height: 250px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<i>kiblah</i> des mosquées ou des oratoires musulmans,
+orienté toujours vers la même région du compas. On
+le trouve assez souvent à l'ouest, mais cette position
+n'était pas réglementaire. Il était marqué au début par
+une véritable porte, étroite et basse, encadrée et décorée comme la porte
+
+<img src="images/fig121.png" alt="" style="width: 700px; height: 310px;"><br>
+
+ la porte d'une maison ordinaire, mais dont
+la baie n'était point percée. Une inscription, tracée sur
+le linteau en gros caractères bien lisibles, commémorait
+le nom et le rang du maître. Des figures en pied
+ou assises étaient gravées sur les côtés et rappelaient
+son portrait aux visiteurs. Un tableau, sculpté ou peint
+sur les blocs qui fermaient la baie de la porte, le montrait
+assis devant un guéridon
+
+<img src="images/fig122.png" alt="" style="width: 700px; height: 518px;"><br>
+
+ et allongeant la main
+vers le repas qu'on lui apportait. Une table d'offrandes plate encastrée dans le sol, entre les deux montants,
+recevait les mets et les boissons. Les vivants partis, le
+double sortait
+
+<img src="images/fig123.png" alt="" style="width: 700px; height: 577px;"><br>
+
+de chez lui et mangeait. En principe, la
+cérémonie devait se renouveler d'année en année, jusqu'à
+la consommation des siècles; mais il n'avait pas fallu longtemps aux Égyptiens pour s'apercevoir qu'il
+n'en pouvait être ainsi. Au bout de deux ou trois générations,
+les morts d'autrefois étaient délaissés au profit
+des morts plus récents. Lors même qu'on établissait des
+fondations pieuses, dont le revenu payait le repas funèbre
+et les prêtres chargés de le préparer, on ne faisait
+que reculer l'heure de l'oubli. Le moment arrivait
+tôt ou tard, où le double en était réduit à chercher
+pâture parmi les rebuts des villes, parmi les excréments,
+parmi les choses ignobles et corrompues qui
+gisaient abandonnées sur le sol. Pour obtenir que l'offrande
+consacrée le jour des funérailles conservât ses
+effets à travers les âges, on imagina de la dessiner et de
+l'écrire sur les murs de la chapelle (Fig.123). La reproduction
+en peinture ou en sculpture des personnes et
+des choses assurait à celui au bénéfice de qui on l'exécutait
+la réalité des personnes et des choses reproduites:
+le double se voyait sur la muraille mangeant et buvant,
+et il mangeait et buvait. L'idée une fois admise,
+les théologiens et les artistes en tirèrent rigoureusement
+les conséquences. On ne se borna pas à donner des provisions
+simulées, on y joignit l'image des domaines
+qui les produisaient, des troupeaux, des ouvriers, des
+esclaves. S'agissait-il de fournir la viande pour l'éternité?
+On pouvait se contenter de dessiner les membres
+d'un boeuf ou d'une gazelle déjà parés pour la cuisine,
+l'épaule, la cuisse, les côtes, la poitrine, le coeur et le
+foie, la tête; mais on pouvait aussi reprendre de très
+haut l'histoire de l'animal, sa naissance, sa vie au pâturage,
+puis la boucherie, le dépeçage, la présentation
+des
+
+<img src="images/fig124.png" alt="" style="width: 700px; height: 269px;"><br>
+
+
+morceaux. De même, à propos des gâteaux et des pains, rien n'empêchait qu'on retraçât le labourage, les
+semailles, la moisson, le battage des grains, la rentrée
+au grenier, le pétrissage de la pâte. Les vêtements, les
+parures, le mobilier servaient de prétexte à introduire
+les fileuses, les tisserands, les orfèvres, les menuisiers.
+Le maître domine bêtes et gens de sa taille surhumaine.<br><br>
+
+
+<img src="images/fig125.png" alt="" style="width: 700px; height: 481px;"><br>
+Quelques tableaux discrets le montrent courant à toutes voiles vers l'autre monde, sur le bateau des funérailles,
+le jour où il avait pris possession de son logis nouveau
+(Fig.124). Dans les autres, il est en pleine activité et
+surveille ses vassaux fictifs comme il surveillait jadis
+ses vassaux réels (Fig.125). Les scènes, si variées et si
+désordonnées qu'elles semblent être, ne sont pas rangées
+au hasard.&nbsp;&nbsp; Elles&nbsp; convergent&nbsp; toutes&nbsp; vers&nbsp; le semblant&nbsp; de
+porte&nbsp; qui&nbsp; était&nbsp; censé&nbsp; communiquer&nbsp; avec
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig126.png" alt="" style="width: 200px; height: 241px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+l'intérieur. plus rapprochées représentent
+les péripéties du sacrifice et de
+l'offrande. Au fur et à mesure que
+l'on s'éloigne, les opérations et
+les travaux préliminaires s'accomplissent
+chacun à son tour.
+A la porte, la figure du maître
+semble attendre les visiteurs et
+leur souhaiter la bienvenue. Les
+détails changent à l'infini, les
+inscriptions s'allongent ou s'abrègent
+au caprice de l'écrivain, la fausse porte perd son caractère architectonique et n'est plus souvent qu'une
+pierre de taille médiocre, une stèle, sur laquelle on consigne
+le nom du maître et son état civil: grande ou petite,
+nue ou décorée richement, la chapelle reste toujours
+comme la salle à manger, ou plutôt comme&nbsp; le garde-manger,&nbsp;
+où&nbsp; le&nbsp; mort puise à son gré quand il a
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+faim. De l'autre côté du mur se cachait une cellule étroite
+et haute, ou mieux un couloir, d'où le nom de <i>serdab</i>,
+que les archéologues lui prêtent à l'exemple des Arabes.
+La plupart des mastabas n'en ont qu'un; d'autres en
+contiennent trois ou quatre (Fig.126). Ils ne communiquent pas entre eux ni avec la chapelle, et sont
+comme noyés dans la maçonnerie (Fig.127). S'ils sont
+reliés au monde
+
+<img src="images/fig127.png" alt="" style="width: 700px; height: 300px;"><br>
+
+extérieur, c'est par un conduit ménagé
+à hauteur d'homme (Fig.128) et tellement resserré
+qu'on a peine à y glisser la main. Les prêtres venaient
+murmurer des prières et brûler des parfums à l'orifice:
+le double était au delà et profitait de l'aubaine ou du
+moins ses statues l'accueillaient en son nom. Comme sur
+la terre, l'homme avait besoin d'un corps pour subsister;
+mais le cadavre défiguré par l'embaumement ne rappelait
+plus que de loin la forme du vivant. La momie était
+unique, facile à détruire; on pouvait la brûler, la démembrer,
+en disperser les morceaux. Elle disparue,
+qu'adviendrait-il du double? Les statues qu'on enfermait
+dans le serdab devenaient, par la consécration,
+les corps de pierre ou de bois du défunt. La piété des
+parents les multipliait, et, par suite, multipliait aussi
+les supports du double; un seul corps était une seule
+chance de durée pour lui, vingt représentaient vingt
+chances. C'est dans une intention analogue qu'on joignait
+aux statues du mort celles de sa femme, de ses
+enfants, de ses serviteurs, saisis dans les différents actes de la domesticité, broyant le grain, pétrissant la
+pâte, poissant les jarres destinées à contenir le vin. Les
+figures plaquées à la muraille de la chapelle s'en détachaient
+et prenaient dans le serdab un corps solide.
+Ces précautions n'empêchaient pas d'ailleurs qu'on
+n'employât tous les moyens pour mettre ce qui restait
+du corps de chair à l'abri des causes naturelles de destruction
+et des attaques de l'homme. Au tombeau de Ti,
+un couloir rapide, qui affleure le sol au milieu de la
+première salle, conduit du dehors au caveau; mais c'est
+là une exception presque unique; on y descend par
+un puits perpendiculaire, creusé rarement dans un coin
+de la chapelle, d'ordinaire au centre de la plate-forme
+(Fig.129). La profondeur en varie entre 3 et 30 mètres.
+Il traverse la maçonnerie, pénètre dans le rocher; au
+fond, vers le sud, un couloir, trop bas pour qu'on y
+chemine debout, donne accès à une chambre. C'est là
+que la momie repose, dans un grand sarcophage en
+calcaire blanc, en granit rose ou en basalte. Il porte
+rarement une inscription, le nom et les titres du mort,
+plus rarement des ornements; on en connaît pourtant
+qui simulent la décoration d'une maison égyptienne avec
+ses portes et ses fenêtres. Le mobilier est des plus simples:
+des vases en albâtre pour les parfums, des godets où
+le prêtre avait versé quelques gouttes des liqueurs offertes
+au mort, de grandes jarres en terre cuite rouge
+pour l'eau, un chevet en albâtre ou en bois, une palette
+votive de scribe. Après avoir scellé la momie dans la
+cuve qui l'attendait, les ouvriers dispersaient sur le sol
+les quartiers du boeuf ou de la gazelle qu'on venait de
+sacrifier;&nbsp;&nbsp; puis ils muraient&nbsp; avec soin l'entrée
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+du couloir et remplissaient
+ le puits jusqu'à la bouche d'éclats
+de pierre mêlés de sable et de terre. Le tout, largement
+arrosé, finissait par s'agglutiner en un béton presque
+impénétrable, dont la dureté défiait tout essai de
+profanation. Le corps, livré à lui-même, ne recevait
+plus d'autre visite que celle
+de son âme. L'âme quittait de
+temps en temps la région céleste
+où elle voyageait en
+compagnie des dieux, et descendait
+se réunir à la momie. Le caveau
+était sa maison, comme la chapelle était la
+maison du double.<br><br>
+
+Jusqu'à la VIe dynastie, le caveau est
+nu; une seule fois Mariette y a trouvé des
+lambeaux d'inscriptions appartenant
+au <i>Livre des morts</i>. J'ai
+découvert à Saqqarah, en 1881,
+des tombes où il est orné de
+préférence à la chapelle. Elles
+sont en grosses briques et n'ont pour le sacrifice
+qu'une niche renfermant la stèle. A l'intérieur, le
+puits est remplacé par une petite cour rectangulaire,
+dans la partie occidentale de laquelle on ajustait le
+sarcophage. Au-dessus du sarcophage, on bâtissait en
+calcaire une chambre aussi large et aussi longue que
+lui, haute d'environ 1 mètre et recouverte de dalles
+posées à plat. Au fond ou sur la droite, on réservait
+une niche qui tenait lieu de serdab.<br>
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig129.png" alt="" style="width: 300px; height: 505px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig130.png" alt="" style="width: 200px; height: 432px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+On ménageait
+au-dessus du toit plat une voûte de décharge d'environ
+0 m 50 de rayon, et, par-dessus la voûte, on plaçait des lits horizontaux de briques jusqu'au niveau de la
+plate-forme. La chambre occupe les deux tiers environ
+de la cavité et a l'aspect d'un four, dont la gueule serait
+restée béante. Quelquefois, les murs de pierre reposent
+sur le couvercle même du sarcophage, et la chambre
+n'était achevée qu'après l'enterrement
+(Fig.130). Le plus souvent,
+ils s'appuient sur deux
+montants de briques, et le sarcophage
+pouvait être ouvert ou
+fermé à volonté. La décoration,
+tantôt peinte, tantôt sculptée,
+est la même partout. Chaque
+paroi était comme une maison
+où étaient déposés les objets
+dessinés ou énumérés à la surface;
+aussi avait-on soin d'y
+figurer une porte monumentale,
+par laquelle le mort avait accès
+à son bien. Il trouvait sur la
+paroi de gauche un monceau de
+provisions (Fig.131) et la table d'offrandes; sur celle du
+fond, des ustensiles de ménage, du linge, des parfums,
+avec le nom et l'indication des quantités. Ces tableaux
+sont un résumé de ceux qu'on voit dans la chapelle
+des mastabas communs. Si on les a distraits de leur
+place primitive, c'est qu'en les transportant au caveau,
+on les garantissait contre les dangers de destruction, qui
+les menaçaient dans des salles accessibles au premier
+venu, et que leur conservation assurait plus longtemps
+au mort la possession des biens qu'ils représentaient.<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br>
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+2.--LES PYRAMIDES.<br><br>
+
+
+Les tombes royales ont la forme de pyramides à
+base rectangulaire et sont l'équivalent, en pierre ou en
+brique, du tumulus en terre meuble qu'on amoncelait
+sur le corps des chefs de guerre, aux époques antéhistoriques.
+Les mêmes idées prévalaient sur les âmes des
+rois qui avaient cours sur celles des particuliers. Le
+plan de la pyramide comporte donc les trois parties de
+celui des mastabas: la chapelle, les couloirs, les chambres
+funéraires.<br>
+
+<img src="images/fig131.png" alt="" style="width: 700px; height: 553px;"><br>
+
+La chapelle est toujours isolée. A Saqqarah, on
+n'en a découvert aucune trace. Elle était probablement, comme plus tard à Thèbes, située dans le faubourg de la
+ville le plus proche de la montagne. A Gizèh, à Abousîr,
+à Dahshour, les débris en sont encore visibles sur le front
+de la façade orientale ou septentrionale. C'était alors un
+véritable temple avec chambres, cours et passages. Les
+fragments de bas-reliefs qui sont parvenus jusqu'à nous
+montrent les scènes du sacrifice et prouvent que la décoration
+était identique à celle des salles publiques du
+mastaba. La pyramide proprement dite ne renferme que
+les couloirs et le caveau funèbre. La plus ancienne dont
+les textes nous certifient l'existence, au nord d'Abydos,
+est celle de Snofrou; les plus modernes appartiennent
+aux princes de la XIIe dynastie. La construction de ces
+monuments a donc été, pendant treize ou quatorze siècles,
+une opération courante, prévue par l'administration.
+Le granit, l'albâtre, le basalte destinés au sarcophage
+et à certains détails, étaient les seuls matériaux
+dont l'emploi et la quantité ne fussent pas réglés à
+l'avance et qu'il fallût aller chercher au loin. Pour se
+les procurer, chaque roi envoyait un des principaux
+personnages de la cour en mission aux carrières de la
+haute Égypte, et la célérité avec laquelle on rapportait
+les blocs était un titre puissant à la faveur du souverain.
+Le reste n'exigeait pas tant de frais. Si le gros
+oeuvre était en brique, on moulait la brique sur place,
+avec la terre prise dans la plaine au pied de la colline.
+S'il était en pierre, les parties du plateau les plus voisines
+fournissaient le calcaire marneux à profusion. On
+réservait d'ordinaire à la construction des chambres et
+au revêtement le calcaire de Tourah, qu'on n'avait
+même pas la peine de faire venir spécialement de l'autre côté du Nil. Memphis avait des entrepôts toujours
+pleins, où l'on puisait sans cesse pour les édifices publics,
+et par conséquent pour la tombe royale. Les
+blocs, pris dans ces réserves et apportés en barque jusque
+sous la montagne, montaient à l'emplacement choisi par
+l'architecte, le long de chaussées inclinées doucement.
+La disposition intérieure, la longueur des couloirs, la
+hauteur sont très variables; la pyramide de Khéops
+culminait à 145 mètres environ au-dessus du sol, la plus
+petite n'atteignait pas 10 mètres. Comme il est malaisé
+de concevoir aujourd'hui quels motifs ont déterminé
+les Pharaons à choisir des proportions aussi différentes,
+on a pensé que la masse bâtie était en proportion directe
+du temps consacré à la bâtir, c'est-à-dire de la durée
+de chaque règne. Dès qu'un prince montait sur le
+trône, on aurait commencé par lui ériger à la hâte une
+pyramide assez vaste pour contenir les parties essentielles
+du tombeau; puis, d'année en année, on aurait
+ajouté des couches nouvelles autour du noyau primitif,
+jusqu'au moment où la mort arrêtait à jamais la croissance
+du monument. Les faits ne justifient pas cette hypothèse.
+La moindre des pyramides de Saqqarah appartient
+à Ounas, qui régna trente ans; mais les deux imposantes
+pyramides de Gizèh ont été édifiées par Khéops
+et par Khéphrên, qui gouvernèrent l'Égypte l'un vingt-quatre,
+l'autre vingt-trois ans. Mirinrì, qui mourut fort
+jeune, a une pyramide aussi grande que Pepi II, qui
+prolongea sa vie au delà de quatre-vingt-dix ans. Le
+plan de chaque pyramide était tracé une fois pour toutes
+par l'architecte, selon les instructions qu'il avait reçues
+et les ressources qu'on plaçait à sa disposition. Une fois mis en train, l'exécution s'en poursuivait jusqu'à complet
+achèvement des travaux, sans se développer ni se restreindre.<br><br>
+
+Les pyramides devaient avoir les faces aux quatre
+points cardinaux, comme les mastabas; mais, soit maladresse,
+soit négligence, la plupart ne sont pas orientées
+exactement, et plusieurs s'écartent sensiblement du
+nord vrai. Sans parler des ruines d'Abou-Roâsh et de
+Zaouiét-el-Aryân, qui n'ont pas encore été étudiées
+d'assez près, elles se partagent naturellement en six
+groupes, distribués du nord au sud sur la lisière du
+plateau de Libye, de Gizèh au Fayoum, par Abousîr,
+Saqqarah, Dahshour et Lisht. Le groupe de Gizèh en
+compte neuf, et, dans le nombre, celles de Khéops, de
+Khéphrên et de Mykérinos, que l'antiquité classait
+parmi les merveilles du monde. Le terrain sur lequel
+le Khéops repose était assez irrégulier, au moment de
+la construction. Un petit tertre qui le dominait fut
+taillé rudement (Fig.132) et englobé dans la maçonnerie,
+le reste fut aplani et garni de grosses dalles dont
+quelques-unes subsistent encore. La pyramide même
+avait une hauteur de cent quarante-cinq mètres et
+une base de deux cent trente-trois, que l'injure du
+temps a réduites respectivement à cent trente-sept et
+deux cent vingt-sept. Elle garda, jusqu'à la conquête
+arabe, un parement en pierres de couleurs diverses, si
+habilement assemblées qu'on aurait dit un seul bloc du
+pied au sommet. Le travail de revêtement avait commencé
+par le haut: la pointe avait été placée la première,&nbsp;
+puis les assises&nbsp; s'étaient recouvertes&nbsp; de proche en proche
+jusqu'à&nbsp; ce qu'on eût gagné le
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+bas. A l'intérieur, tout avait été calculé de manière à cacher le site exact du sarcophage
+et à décourager les fouilleurs que le hasard ou
+leur persévérance auraient mis sur la bonne voie. Le
+premier point était, pour eux, de découvrir l'entrée sous
+le revêtement qui le masquait. Elle était à peu près au
+milieu de la face nord (Fig.132), mais au niveau de la dix-huitième
+assise, à quarante-cinq
+pieds environ
+au-dessus du sol.
+Les dalles qui l'obstruaient
+une fois déplacées,
+on pénétrait
+dans un couloir incliné,
+haut de 1 m 06,
+large de 1 m 22, pratiqué
+en partie dans la roche vive.<br>
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 55%;">
+<img src="images/fig132.png" alt="" style="width: 400px; height: 297px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+ Il descend l'espace de
+quatre-vingt-dix-sept mètres, traverse une chambre inachevée
+(C) et se termine dix-huit mètres plus loin en cul-de-sac.
+C'était un premier désappointement. Si pourtant
+on ne se laissait pas rebuter, et qu'on examinât le passage
+avec soin, on distinguait dans le plafond, à dix-neuf
+mètres de la porte, un bloc de granit qui tranchait sur le
+calcaire environnant (D). Il était si dur que les chercheurs,
+après avoir travaillé vainement à le briser ou à le
+déchausser, prirent le parti de se frayer un chemin à
+travers les parties de la maçonnerie construites en une
+pierre plus tendre. L'obstacle tourné, ils débouchèrent
+dans un couloir ascendant, qui se raccorde au premier
+sous un angle de 120 degrés et se divise en deux branches (E).
+L'une s'enfonce horizontalement vers le centre de la pyramide et se perd dans une chambre en granit à toit pointu, qu'on appelle, sans raison valable, <i>Chambre
+de la Reine</i> (F). L'autre, tout en continuant à monter,
+change de forme et d'aspect. C'est maintenant une galerie
+longue de 45 mètres, haute de 8 m 50, bâtie en belle
+pierre du Mokatam, si polie et si finement appareillée
+qu'on a peine à glisser entre les joints «une aiguille
+ou même un cheveu». Les assises les plus basses
+portent d'aplomb l'une sur l'autre, les sept suivantes
+s'avancent en encorbellement, de manière que les dernières
+ne soient plus séparées au plafond que par un
+intervalle de 0 m 60. Un obstacle nouveau se dressait
+à l'extrémité (G). Le couloir qui mène à la chambre
+du sarcophage était clos d'une seule plaque de granit;
+venait ensuite un petit vestibule (H), coupé à espaces
+égaux par quatre herses, également en granit, qu'il fallait
+briser. Le caveau royal (I) est une chambre en granit,
+à toit plat, haute de 5 m 81, longue de 10 m 43, large
+de 5 m 20; on n'y voit ni figure ni inscription, rien
+qu'un sarcophage en granit mutilé et sans couvercle.
+Telles étaient les précautions prises contre les hommes:
+l'événement a prouvé qu'elles étaient efficaces, car la
+pyramide garda son dépôt plus de quatre mille ans.
+Mais le poids même des matériaux était un danger plus
+sérieux pour elle. On empêcha le caveau d'être écrasé
+par les cent mètres de pierre qui le protégeaient, en
+ménageant au-dessus de lui cinq pièces de décharge,
+basses et superposées (J). La dernière est abritée par un
+toit pointu, formé de deux énormes dalles appuyées
+par le haut l'une à l'autre. Grâce à cet artifice, la pression
+centrale fut rejetée presque entière sur les faces
+latérales, et le caveau fut respecté. Aucune des pierres qui le revêtent n'a été écrasée, aucune n'a cédé d'une
+ligne depuis le jour où les ouvriers l'ont scellée en sa
+place.<br><br>
+Les pyramides de Khéphrên et de Mykérinos ont été
+bâties à l'intérieur sur un plan différent de celle de
+Khéops. Khéphrên a deux issues, toutes deux tournées
+vers le nord, l'une sur l'esplanade, l'autre à 15 mètres
+au-dessus du sol. Mykérinos possède encore les débris
+de son revêtement de granit rose. Le couloir d'entrée
+descend à un angle de 26°,2' et pénètre rapidement
+dans le roc. La première salle qu'il traverse est décorée
+de panneaux sculptés dans la pierre et fermée à la sortie
+par trois herses en granit. La seconde pièce paraissait
+être inachevée, mais ce n'était là qu'une ruse destinée
+à tromper les fouilleurs: un couloir ménagé dans
+le sol et soigneusement dissimulé donnait accès au caveau.
+Là reposait la momie dans un sarcophage de basalte
+sculpté, encore intact au commencement du siècle:
+enlevé par Vyse, il a sombré sur la côte d'Espagne
+avec le navire qui le transportait en Angleterre. La
+même variété de disposition prévaut dans le groupe
+d'Abousîr et dans une partie de celui de Saqqarah. La
+grande pyramide de Saqqarah n'est pas orientée exactement:
+la face nord s'écarte de 4°,35 du nord vrai.
+Elle n'a point pour base un carré parfait, mais un rectangle
+allongé de l'est à l'ouest, de 120 m 60 sur 107 m 30
+de côté. Elle est haute de 59 m 68 et se compose de six
+cubes à pans inclinés, en retraite l'un sur l'autre de
+2 mètres environ: le plus rapproché du sol a 11 m 48
+d'élévation, le plus éloigné 8 m 89 (Fig.133). Elle est construite
+
+
+<img src="images/fig133.png" alt="" style="width: 700px; height: 317px;"><br>
+
+entièrement avec le calcaire de la montagne environnante. Les matériaux sont petits et mal taillés, les
+lits d'assise concaves, selon la méthode qu'on appliquait
+également à la construction des quais et des forteresses.
+Quand on explore les brèches de la maçonnerie,
+on reconnaît que la face externe de chaque gradin
+est comme habillée de deux enveloppes, dont chacune
+a son parement régulier. La masse est pleine, les
+chambres sont creusées dans le roc au-dessous de la
+pyramide. La principale des quatre entrées donne au
+nord, et les couloirs forment un véritable dédale au milieu
+duquel il est périlleux de s'aventurer: portique à
+colonnes, galeries, chambres, tout aboutit à une sorte
+de puits, au fond duquel était pratiquée une cachette,
+destinée sans doute à contenir les objets les plus précieux
+du mobilier funéraire. Les pyramides qui entourent
+ce monument extraordinaire ont été presque toutes
+édifiées sur un modèle unique (Fig.134) et ne se distinguent
+que par les proportions. La porte s'ouvre juste
+au-dessous de la première assise, vers le milieu de la
+
+
+<img src="images/fig134.png" alt="" style="width: 700px; height: 340px;"><br>
+face septentrionale, et le couloir (B) descend, par une pente assez douce, entre des murs en calcaire. Il est
+bouché sur toute son étendue de gros blocs qu'on doit
+briser avant de parvenir à la salle d'attente (C). Au sortir
+de cette salle, il marche
+quelque temps encore dans le
+calcaire, puis il passe entre quatre
+murs de granit de Syène poli, après
+quoi le calcaire reparaît, et on débouche dans le vestibule
+(E).&nbsp;&nbsp;&nbsp; La partie bâtie en granit est interrompue
+trois fois,&nbsp;&nbsp; à 60&nbsp; ou 80&nbsp; centimètres
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 43%;">
+<img src="images/fig135.png" alt="" style="width: 300px; height: 335px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 57%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+d'intervalle, par
+trois énormes herses de
+granit (D). Au-dessus de
+chacune d'elles se trouve
+un vide, dans lequel elle
+était maintenue par des
+supports qui laissaient le
+passage libre (Fig.135). La
+momie une fois introduite,
+les ouvriers en se retirant
+enlevaient les étais, et les trois herses, tombant en
+place, interceptaient toute communication avec le dehors.
+Le vestibule était flanqué, à l'est, d'un serdab à
+toit plat, divisé en trois niches et encombré d'éclats de
+pierre, balayés à la hâte par les esclaves, au moment où l'on nettoyait les chambres pour y recevoir la momie.
+La pyramide d'Ounas les a conservées toutes trois.
+Dans Teti et dans Mirinrì, les murs de séparation ont
+été fort proprement enlevés, dès l'antiquité, et n'ont
+laissé d'autre trace qu'une ligne d'attache et une teinte
+plus blanche de la paroi, aux endroits qu'ils recouvraient
+primitivement. Le
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+caveau (G) s'étendait à l'ouest du
+vestibule: le sarcophage y était déposé
+le long de la muraille occidentale, Les pyramides de Gizéh appartenaient à des Pharaons
+de la IVe dynastie, et celles d'Abousîr à des Pharaons
+de la Ve. Les cinq pyramides de Saqqarah, dont le
+plan est uniforme, appartiennent à Ounas et aux quatre
+premiers rois de la VIe dynastie, Teti, Pepi Ier, Mirinrì,
+Pepi II,
+
+<img src="images/fig136.png" alt="" style="width: 700px; height: 309px;"><br>
+
+et sont contemporaines des mastabas à caveaux peints que j'ai signalés plus haut. On ne s'étonnera
+donc point d'y rencontrer des inscriptions et des ornements.
+Partout, les plafonds sont chargés d'étoiles
+pour figurer le ciel de la nuit. Le reste de la décoration
+est fort simple. Dans la pyramide d'Ounas, où elle
+joue le plus grand rôle, elle n'occupe que le fond de la
+chambre funéraire; la partie voisine du sarcophage
+avait été revêtue d'albâtre et ornée à la pointe des
+grandes portes monumentales, par lesquelles le mort
+était censé entrer dans ses magasins de provisions. Les
+figures d'hommes et d'animaux, les scènes de la vie
+courante, le détail du sacrifice n'y sont point représentés
+et n'auraient pas d'ailleurs été à leur place en
+cet endroit. On les retraçait dans les lieux où le double
+menait sa vie publique, et où les visiteurs exécutaient
+réellement les rites de l'offrande; les couloirs et le caveau
+où l'âme était seule à circuler ne pouvaient recevoir
+d'autre ornementation que celle qui a rapport à la vie
+de l'âme. Les textes sont de deux sortes. Les moins
+nombreux ont trait à la nourriture du double et sont
+la transcription littérale des formules par lesquelles le
+prêtre lui assurait la transmission de chaque objet au
+delà de ce monde: c'était pour lui une ressource suprême,
+au cas où les sacrifices réels auraient été suspendus,
+et où les tableaux magiques de la chapelle auraient
+été détruits. La plus grande partie des inscriptions
+se rapportaient à l'âme et la préservaient des
+dangers qu'elle courait au ciel et sur la terre. Elles lui
+révélaient les incantations souveraines contre la morsure
+des serpents et des animaux venimeux, les mots
+de passe qui lui
+
+<img src="images/fig137.png" alt="" style="width: 700px; height: 304px;"><br>
+
+permettaient de s'introduire dans la compagnie des dieux bons, les exorcismes qui annulaient
+l'influence des dieux mauvais. De même que la
+destinée du double était de continuer à mener l'ombre
+de la vie terrestre et s'accomplissait dans la chapelle,
+la destinée de l'âme était de suivre le soleil à travers le
+ciel et dépendait des instructions qu'elle lisait sur les
+murailles du caveau. C'était par leur vertu que l'absorption
+du mort en Osiris devenait complète et qu'il
+jouissait désormais de toutes les immunités naturelles à
+la condition divine. Là-haut, dans la chapelle, il était
+homme et se comportait à la façon des hommes; ici, il
+était dieu et se comportait à la façon d'un dieu. L'énorme massif rectangulaire que les Arabes appellent
+Mastabat-el-Faraoun, le siège de Pharaon (Fig.137),
+se dresse à côté de Pepi II. On a voulu y voir, tantôt
+une pyramide inachevée, tantôt une tombe surmontée
+d'un obélisque; c'est un mastaba royal dont l'intérieur
+présente l'ordonnance d'une pyramide. Mariette croyait
+qu'Ounas y était enterré, mais les fouilles de ces temps
+derniers ont rendu cette attribution impossible. En revanche,
+elles semblent montrer que la pyramide méridionale
+
+<img src="images/fig138.png" alt="" style="width: 700px; height: 396px;"><br>
+
+de Dahshour appartient à Snofrou. Si le fait est confirmé par des recherches postérieures, il y a des
+chances pour que le groupe entier soit le plus ancien
+de tous et remonte à la IIIe dynastie. Il fournit une variante
+curieuse du type ordinaire. L'une des pyramides
+en pierre a la moitié inférieure inclinée de 54º,41' sur
+l'horizon, tandis qu'à partir de mi-hauteur l'inclinaison
+change brusquement et est de 42º,59'; on dirait un
+mastaba couronné d'une mansarde gigantesque. A Lisht,
+on quitte l'ancien empire pour les dynasties thébaines,
+et la structure se modifie encore: le couloir en pente
+aboutit à un puits perpendiculaire, au fond duquel débouchaient
+des chambres envahies aujourd'hui par les
+infiltrations du Nil. Le groupe du Fayoum est tout
+entier de la XIIe dynastie, mais les pyramides de Biahmou
+sont presque entièrement détruites; celle d'Illahoun
+n'a jamais été explorée, et celle de Méïdoum,
+violée avant le siècle des Ramessides, est vide. Elle
+consiste en trois tours carrées, à pans légèrement inclinés
+et qui s'étagent en retraite l'une sur l'autre (Fig.138).
+L'entrée est au nord, à seize mètres environ au-dessus du sable. Au delà de vingt mètres, le couloir descend
+dans le roc; à cinquante-trois, il se redresse, s'arrête
+douze mètres plus loin, remonte perpendiculairement
+vers la surface, et affleure dans le sol du caveau, six mètres
+et demi plus haut (Fig.139). Un appareil de
+poutres et de cordes, encore en place au-dessus de l'orifice,
+montre que les voleurs ont tiré le
+
+<img src="images/fig139.png" alt="" style="width: 700px; height: 242px;"><br>
+
+sarcophage hors de la chambre, dès l'antiquité. L'usage
+des pyramides ne cessa pas avec la XIIe dynastie:
+on en connaît à Manfalout, à Hékalli, au sud
+d'Abydos, à Mohammériah, au sud d'Esnéh. Jusqu'à
+l'époque romaine, les souverains à demi barbares de
+l'Éthiopie tinrent à honneur de donner à leurs tombes
+la forme pyramidale. Les plus anciennes, celle de Nouri,
+où dorment les Pharaons de Napata, rappellent par
+la facture les pyramides de Saqqarah; les plus modernes,
+celles de Méraouy, présentent des caractères
+nouveaux. Elles sont plus hautes que larges, de petit
+appareil et garnies parfois aux angles de bordures
+carrées ou arrondies. La face orientale est munie d'une
+fausse lucarne, surmontée d'une corniche et flanquée
+d'une chapelle que précède un pylône. Toutes ne sont pas
+muettes: comme sur les murs des tombeaux ordinaires,
+on y a retracé des scènes empruntées au Rituel des Funérailles
+ou aux vicissitudes de la vie d'outre-tombe.<br><br><br>
+
+3.--LES TOMBES DE L'EMPIRE THÉBAIN; LES HYPOGÉES.
+<br><br>
+Les derniers mastabas connus appartiennent à la XIIe
+dynastie, encore sont-ils concentrés dans la plaine
+sablonneuse de Méïdoum et n'ont-ils jamais été achevés.
+Deux systèmes les remplacèrent par
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+toute l'Égypte. Le premier conserve la chapelle
+construite au-dessus
+du sol et combine
+la pyramide avec le
+mastaba. Le second
+creuse le tombeau entier
+dans le roc, la chapelle
+comme le reste.<br><br>
+Le quartier de la nécropole
+d'Abydos, où
+furent enterrées les générations
+du vieil empire
+thébain, nous offre
+les exemples les plus anciens
+du premier système. Les tombes sont en grosses
+briques crues, noires, sans mélange de paille ni de gravier.
+L'étage inférieur est un mastaba à base carrée
+ou rectangulaire, dont le plus long côté atteint quelquefois
+douze ou quinze mètres; les murs sont perpendiculaires
+et rarement assez élevés pour qu'un homme
+puisse se tenir debout à l'intérieur. Sur cette façon de
+socle se dresse une pyramide pointue, dont la hauteur
+varie entre quatre et dix mètres, et dont les faces étaient revêtues d'une couche de pisé unie, peinte en blanc.
+La mauvaise qualité du sol a empêché qu'on y creusât
+la salle funéraire; on s'est donc
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig140.png" alt="" style="width: 350px; height: 455px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ résigné à la cacher
+dans la maçonnerie. Une sorte de chambre ou plutôt de
+four, voûté en encorbellement, a été ménagé au centre
+et abrite souvent la momie (Fig.140); plus souvent encore,
+le caveau a été pratiqué moitié dans le mastaba,
+moitié dans les fondations, et le vide supérieur n'est
+là que pour servir de dégagement (Fig.141). Dans
+bien des cas, il n'y avait aucune chapelle
+
+<img src="images/fig141.png" alt="" style="width: 700px; height: 563px;"><br>
+extérieure; la
+stèle, posée sur le soubassement ou encadrée extérieurement sur la face, marque l'endroit du sacrifice. Ailleurs,
+on a construit en avancée un vestibule carré où
+les parents s'assemblaient (Fig.142). Assez rarement un
+mur d'enceinte construit à hauteur d'appui enveloppe
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig142.png" alt="" style="width: 200px; height: 337px;">
+<img src="images/fig143.png" alt="" style="width: 200px; height: 221px;">
+<img src="images/fig144.png" alt="" style="width: 200px; height: 500px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+le monument et délimite le terrain qui lui appartenait.
+Cette forme mixte demeura fort en usage dans les cimetières
+de Thèbes, à partir des premières années du
+moyen empire. Plusieurs rois de
+la XIe dynastie et les grands personnages
+de leur cour se firent
+édifier à Drah aboûl Neggah des
+tombes semblables à celles
+d'Abydos (Fig.143). Pendant les
+siècles suivants, les proportions
+relatives du mastaba et de la pyramide
+se modifièrent; le mastaba,
+qui n'était souvent qu'un
+soubassement insignifiant, reprit
+peu à peu sa hauteur primitive,
+tandis que la pyramide
+s'abaissa et finit par n'être plus qu'un pyramidion sans
+importance (Fig.144). Tous ceux de ces tombeaux qui
+ornaient les nécropoles thébaines
+à l'époque des Ramessides ont
+péri, mais les peintures contemporaines
+nous en font connaître
+les nombreuses variétés, et la chapelle
+d'un des Apis morts sous
+Amenhotpou III est encore là
+pour prouver que la mode s'en
+était étendue à Memphis. Du pyramidion, quelques
+traces subsistent à peine; mais le mastaba est intact.
+C'est un massif en calcaire, carré, monté sur
+un soubassement, étayé de quatre colonnes aux angles
+et bordé d'une corniche évasée; un escalier de cinq marches mène à la chambre intérieure (Fig.145). Les modèles les plus anciens du second genre, ceux
+qu'on voit à Gizèh parmi les mastabas de la IVe dynastie,
+ne sont ni grands ni très ornés. On
+commença à en soigner l'exécution vers
+la VIe dynastie, et dans les localités lointaines,
+à Bershéh, à Shéikh-Sâid, à Kasr-es-Sayad,
+à Neggadéh. L'hypogée n'atteignit
+son plein développement qu'un
+peu plus tard, pendant les siècles qui séparent
+les derniers rois memphites des
+premiers rois thébains.<br><br>
+
+Les parties diverses du mastaba s'y
+retrouvent. L'architecte choisissait de préférence
+des veines de calcaire bien en
+vue, sises assez haut dans la montagne pour ne pas être
+menacées par l'exhaussement progressif du sol, assez
+bas pour que le cortège funèbre
+pût y monter aisément,
+et y creusait les
+tombes. Les plus belles appartiennent
+aux principales
+familles féodales qui
+se partageaient l'Égypte:
+les princes de Minièh reposent
+à Béni-Hassan,
+ceux de Khmounou à
+Bershèh, ceux de Siout et d'Éléphantine à Siout même
+et en face d'Assouân. Tantôt, comme à Siout, à Bershèh,
+à Thèbes, elles sont dispersées aux divers étages de
+la montagne; tantôt, comme à Syène (Fig.146) et à Béni-Hassan, elles suivent les ondulations du filon et sont
+rangées sur une ligne à peu près droite. Un escalier,
+construit sommairement en pierres à moitié brutes,
+menait de la plaine à l'entrée du tombeau: il est détruit
+ou enseveli sous les sables à Béni-Hassan et à
+Thèbes, mais les fouilles récentes ont mis au jour celui d'une des tombes d'Assouân. Le cortège funèbre, après
+l'avoir escaladé lentement, s'arrêtait un moment à l'entrée
+de la chapelle. Le plan n'était pas nécessairement
+uniforme dans un
+même groupe. Plusieurs
+des tombeaux
+de Béni-Hassan
+ont un portique
+dont toutes les parties,
+piliers, bases,
+entablement, ont
+été prises dans la
+roche; pour Amoni
+et pour Khnoumhotpou
+(Fig.147),
+il se compose de
+deux colonnes polygonales.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+A Syène
+(Fig.148), la baie
+étroite qui s'ouvre
+dans la muraille de
+rocher est coupée,
+vers le tiers de sa
+hauteur, par un linteau rectangulaire qui réserve une
+porte dans la porte même. A Siout, l'hypogée d'Hapizoufi
+était précédé d'un véritable porche d'environ 7 mètres
+de haut, arrondi en voûte, peint et sculpté avec amour.
+Le plus souvent on se contentait d'aplanir et de dresser
+un pan de montagne sur un espace plus ou moins
+considérable, selon les dimensions qu'on prétendait
+donner au tombeau. Cette opération avait le double avantage de créer sur le devant une petite plate-forme
+fermée de trois côtés, et de développer en façade une
+surface à peu près verticale, qu'on décorait, ou non, à la
+fantaisie
+
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig145.png" alt="" style="width: 350px; height: 315px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+du maître. La porte pratiquée au milieu, quelquefois
+n'avait point de
+cadre, quelquefois
+était encadrée de
+deux montants et
+d'un linteau légèrement
+saillants. Les
+inscriptions, quand
+elle en avait,
+
+<img src="images/fig146.png" alt="" style="width: 700px; height: 312px;">
+
+étaient
+fort simples. Dans
+le haut, une ou
+plusieurs lignes horizontales. A droite
+et à gauche, une ou
+deux lignes verticales,
+accompagnées
+d'une figure humaine
+assise ou debout:
+c'était, avec une
+prière, le nom, les
+titres et la filiation du défunt. La chapelle n'a, en général,
+qu'une seule chambre carrée ou oblongue, au
+plafond plat ou légèrement voûté, sans autre jour que
+de la porte. Quelquefois des piliers, taillés en pleine
+pierre au moment de l'excavation, lui donnent l'aspect
+d'une
+
+<img src="images/fig147.png" alt="" style="width: 700px; height: 533px;">
+ petite salle hypostyle. Amoni et Khnoumhotpou, à Béni-Hassan, avaient chacun quatre de ces piliers
+(Fig.149); d'autres en ont six ou huit et sont
+d'ordonnance irrégulière.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;">
+<img src="images/fig148.png" alt="" style="width: 400px; height: 666px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<BR>L'hypogée n° 7 était d'abord
+une simple salle à plafond arrondi, de six colonnes sur
+trois rangs. Plus tard, il fut agrandi vers la droite,
+et la partie nouvelle forma une sorte de portique à
+plafond plat supporté par
+quatre colonnes (Fig.150). Ménager un serdab dans
+la roche vive était presque
+impossible, et, d'autre part,
+c'était exposer les statues
+mobiles au vol ou à la mutilation
+que les laisser dans
+une pièce accessible à tout
+venant. Le serdab fut transformé
+et se combina avec la
+stèle des mastabas antiques.
+La fausse porte d'autrefois
+devint une niche pratiquée
+dans la muraille du fond, presque toujours en face de
+la porte réelle. Les statues du mort et de sa femme y
+trônent, sculptées dans la pierre vive. Les parois sont
+ornées des scènes de l'offrande, et la décoration entière
+de l'hypogée converge vers elle, comme celle du
+mastaba convergeait vers la stèle. C'est toujours, dans
+l'ensemble, la même série de tableaux, mais avec des
+additions notables. La marche du cortège funéraire,
+la prise de possession du tombeau par le double, qui
+sont à peine indiquées autrefois, s'étalent avec ostentation
+sur les murs de l'hypogée thébain.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Le convoi se déroule avec ses pleureuses, ses troupes d'amis,
+ses porteurs d'offrandes, ses barques, son catafalque
+traîné par des boeufs. Il arrive à la porte; la momie,
+dressée sur ses pieds, reçoit l'adieu de la famille et subit
+les dernières cérémonies qui doivent l'initier à la
+vie d'au delà (Fig.151). Le sacrifice et les préliminaires
+qu'il évoque, le labourage, les semailles, la moisson,
+l'élève des bestiaux, les métiers manuels, sont
+sculptés ou peints, comme jadis, à profusion de couleurs.
+Sans doute, bien des détails y figurent qu'on
+ne rencontre pas sous les premières dynasties, ou sont
+absents qui ne manquent jamais dans le voisinage des
+pyramides; les siècles avaient marché, et vingt siècles changent beaucoup aux usages de la vie journalière,
+même dans l'indestructible Égypte. On y chercherait
+presque en vain les troupeaux de gazelles privées, car,
+sous les Ramsès, on n'entretenait plus ces animaux
+que par exception à l'état domestique. En revanche, le
+cheval avait envahi la vallée du Nil, et piaffe sur les
+murs, à l'endroit où paissaient les gazelles. Les métiers
+sont plus nombreux et plus compliqués, les outils plus
+perfectionnés, les actions du mort plus variées et plus
+personnelles. L'idée d'une rétribution future n'existait
+pas, ou existait peu, au temps où l'on avait réglé la décoration
+des tombeaux. Ce que l'homme avait fait ici-bas
+n'avait aucune influence sur le sort qui l'attendait
+dans la mort; bon ou mauvais, du moment que les rites
+avaient été célébrés sur lui et
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig149.png" alt="" style="width: 350px; height: 637px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig150.png" alt="" style="width: 300px; height: 451px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+les prières récitées, il
+était riche et heureux. C'en était donc assez pour établir
+son identité d'énoncer son nom, ses titres, sa filiation;
+on n'avait que faire de décrire son passé par le
+menu. Mais, quand la croyance à des récompenses
+ou à des châtiments prédomina dans les esprits, on
+s'avisa qu'il était utile de garantir à chacun le mérite de
+ses actions particulières, et l'on joignit à l'espèce
+d'extrait de l'état civil, qui avait suffi jusqu'alors, des
+renseignements biographiques précis. Quelques mots
+d'abord, puis, vers la VIe dynastie, de vraies pages
+d'histoire où un ministre, Ouni, raconte les services qu'il
+a rendus sous quatre rois; puis, vers le commencement
+du nouvel empire, des dessins et des tableaux, qui
+conspirent avec l'écriture à immortaliser les faits et
+gestes du maître. Khnoumhotpou de Béni-Hassan
+expose en détail les origines et la grandeur de ses ancêtres.<br><br>
+
+Khiti étale sur ses murailles les péripéties
+de la vie militaire: exercices des soldats, danses de
+guerre, sièges de forteresses, batailles sanglantes. La
+XVIIIe dynastie continue, en cela comme en tout, la tradition des âges précédents.&nbsp;&nbsp; Aï&nbsp;&nbsp; retrace,&nbsp;&nbsp; dans&nbsp;&nbsp; son&nbsp;&nbsp; bel&nbsp;&nbsp; hypogée&nbsp;
+de
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Tell-el-Amarna, les épisodes de son mariage
+avec la fille de Khouniaton. Nofirhotpou de Thèbes
+avait reçu d'Harmhabi la décoration du Collier d'or;il
+reproduit avec complaisance les moindres circonstances
+de l'investiture, le discours du roi, l'année, le jour où
+lui fut conférée la récompense suprême. Tel autre, qui
+avait travaillé au cadastre, se montre accompagné d'arpenteurs
+traînant la chaîne et préside à l'enregistrement
+de la population humaine, comme Ti présidait jadis au
+dénombrement de ses boeufs. La stèle elle-même participe
+au caractère nouveau que revêt la décoration murale.
+Elle proclame, outre les prières ordinaires, le panégyrique
+du mort, le résumé de sa vie, trop rarement
+son <i>cursus honorum</i> avec dates à l'appui.<br><br>
+
+<img src="images/fig151.png" alt="" style="width: 700px; height: 567px;">
+
+Quand l'espace le permettait, le caveau tombait directement
+sous la chapelle. Le puits, tantôt était pratiqué
+au coin d'une des chambres, tantôt s'amorçait au
+dehors en avant de la porte. Dans les grandes nécropoles,
+à Thèbes par exemple ou à Memphis, la superposition
+des trois parties n'était pas toujours possible;
+à vouloir donner au puits la profondeur normale, on
+risquait d'effondrer les tombeaux situés à l'étage inférieur
+de la montagne. On remédia à ce danger, soit en
+poussant fort loin un couloir, à l'extrémité duquel on
+forait le puits, soit en disposant, sur un même plan horizontal
+ou modérément incliné, les pièces que le mastaba plaçait sur un même plan vertical. Le couloir est
+alors percé au milieu de la paroi du fond; la longueur
+moyenne en varie entre 6 et 40 mètres. Le caveau est
+presque toujours petit et sans ornement, ainsi que le
+couloir. L'âme, sous les dynasties thébaines, se passait
+aussi bien de décoration que sous les dynasties memphites;
+mais quand on se décidait à garnir les murailles,
+les figures et les inscriptions avaient trait à sa vie et fort
+peu à la vie du double. Au tombeau de Harhotpou, qui
+est du temps des Ousirtasen, et dans les hypogées du
+même genre, les murs, celui de la porte excepté, sont
+partagés en deux registres. Le supérieur appartient au
+double et porte, avec la table d'offrandes, l'image des
+mêmes objets de ménage qu'on voit dans certains mastabas
+de la VIe dynastie: étoffes, bijoux, armes, parfums,
+dont Harhotpou avait besoin pour assurer à ses membres
+une éternelle jeunesse. L'inférieur était au double
+et à l'âme, et on lit les fragments de plusieurs livres
+liturgiques, <i>Livre des morts, Rituel de l'embaumement,
+Rituel des funérailles</i>, dont les vertus magiques protégeaient
+l'âme et soutenaient le double. Le sarcophage
+en pierre et le cercueil lui-même sont noirs d'écriture.
+De même que la stèle était comme le sommaire de la
+chapelle entière, le sarcophage et le cercueil étaient le
+sommaire du caveau et formaient comme une chambre
+sépulcrale dans la chambre sépulcrale. Textes, tableaux,
+tout ce qu'on y voit a trait à la vie de l'âme et à sa
+sécurité dans l'autre monde.<br><br>
+
+A Thèbes comme à Memphis, ce sont les tombes des
+rois qu'il convient de consulter, si l'on veut juger du
+degré de perfection auquel pouvait atteindre la décoration des couloirs et du caveau. Des plus anciennes, qui
+étaient situées dans la plaine ou sur le versant méridional
+de la montagne, rien ne subsiste aujourd'hui.
+Les momies d'Amenhotpou Ier et de Thoutmos III, de
+Soqnounrî et d'Harhotpou ont survécu à l'enveloppe de
+pierre qui était censée les défendre. Mais, vers le milieu
+de la XVIIIe dynastie, toutes les bonnes places
+étaient prises, et l'on dut chercher ailleurs un terrain
+libre où établir un nouveau cimetière royal. On alla
+d'abord assez loin, au fond de la vallée qui débouche
+vers Drah abou'l Neggah; Amenhotpou III, Aï, d'autres
+peut-être, y furent enterrés; puis on songea à se
+rapprocher de la ville des vivants. Derrière la colline
+qui borne au nord la plaine thébaine, se creusait jadis
+une sorte de bassin, fermé de tous les côtés, et sans
+autre communication avec le reste du monde que des
+sentiers périlleux. Il se divise en deux branches, croisées
+presque en équerre: l'une regarde le sud-est,
+tandis que l'autre s'allonge vers le sud-ouest et se divise
+en rameaux secondaires. A l'est, une montagne se
+dresse, dont la croupe rappelle, avec des proportions
+gigantesques, le profil de la pyramide à degrés de Saqqarah.
+Les ingénieurs remarquèrent que ce vallon
+était séparé du ravin d'Amenhotpou III par un simple
+seuil d'environ 500 coudées d'épaisseur. Ce n'était
+pas de quoi effrayer des mineurs aussi exercés que
+l'étaient les Égyptiens. Ils taillèrent dans la roche vive
+une tranchée, profonde de 50 à 60 coudées, au bout
+de laquelle un passage étranglé, semblable à une porte,
+donne accès dans le vallon. Est-ce sous Harmhabi,
+est-ce sous Ramsès Ier que fut entrepris ce travail gigantesque? Ramsès Ier est le plus ancien roi dont on
+ait retrouvé la tombe en cet endroit. Son fils Séti Ier,
+puis son petit-fils Ramsès II vinrent s'y loger à ses
+côtés, puis les Ramsès l'un après l'autre; Hrihor fut
+peut-être le dernier et ferma la série. Ces tombeaux
+réunis ont valu à la vallée le nom de Vallée des Rois,
+qu'elle a gardé jusqu'à nos jours.<br><br>
+
+Le tombeau n'est pas là tout entier. La chapelle est
+au loin dans la plaine, à Gournah, au Ramesséum, à
+Médinét-Habou, et nous l'avons déjà décrite. Comme
+la pyramide memphite, la montagne thébaine ne renferme
+que les couloirs et le caveau. Pendant le jour,
+l'âme pure ne courait aucun danger sérieux; mais le
+soir, au moment où les eaux éternelles, qui roulent sur
+la voûte des cieux, tombaient vers l'Occident en larges
+cascades et s'engouffraient dans les entrailles de la
+terre, elle pénétrait, avec la barque du soleil et son cortège
+de dieux lumineux, dans un monde semé d'embûches
+et de périls. Douze heures durant, l'escadre divine
+parcourait de longs corridors sombres, où des
+génies, les uns hostiles, les autres bienveillants, tantôt
+s'efforçaient de l'arrêter, tantôt l'aidaient à surmonter
+les difficultés du voyage. D'espace en espace, une porte,
+défendue par un serpent gigantesque, s'ouvrait devant
+elle et lui livrait l'accès d'une salle immense, remplie
+de flamme et de fumée, de monstres aux figures hideuses
+et de bourreaux qui torturaient les damnés;
+puis les couloirs recommençaient étroits et obscurs, et
+la course à l'aveugle au sein des ténèbres, et les luttes
+contre les génies malfaisants, et l'accueil joyeux des
+dieux propices. A partir du milieu de
+
+<img src="images/fig152.png" alt="" style="width: 700px; height: 199px;"><br>
+ la nuit, on remontait vers la surface de la terre.Au matin, le soleil
+avait atteint l'extrême limite de la contrée ténébreuse
+et sortait à l'orient pour éclairer un nouveau jour. Les
+tombeaux des rois étaient construits sur le modèle du
+monde infernal. Ils avaient leurs couloirs, leurs portes,
+leurs salles voûtées, qui pénétraient profondément au
+sein de la montagne. La distribution dans la vallée n'en
+était déterminée par aucune considération de dynastie
+ou de succession au trône. Chaque
+
+<img src="images/fig153.png" alt="" style="width: 700px; height: 177px;"><br>
+
+souverain attaquait
+le rocher à l'endroit où il espérait rencontrer une veine
+de pierre convenable, et avec si peu de souci des prédécesseurs,
+que les ouvriers durent parfois changer de direction
+pour éviter d'envahir un hypogée voisin. Les
+devis de l'architecte n'étaient qu'un simple projet, qu'on
+modifiait à volonté et qu'on ne se piquait pas d'exécuter
+fidèlement; ainsi les mesures et la distribution
+réelles du tombeau de Ramsès IV (Fig.152) sont en
+désaccord avec les cotes et l'agencement du plan qu'un
+papyrus du musée de Turin nous a conservé (Fig.153).<br><br>
+Rien pourtant n'était plus simple que la disposition
+générale: une porte carrée, très sobre d'ornements, un
+couloir qui aboutit à une chambre plus ou moins étendue,
+au fond de laquelle s'ouvre un second corridor
+qui conduit à une seconde chambre, et de là parfois à
+d'autres salles, dont la dernière renfermait le cercueil.
+Dans quelques tombeaux, le tout est de plain-pied et
+une pente douce, à peine coupée par deux ou trois
+marches basses, conduit de l'entrée à la paroi du fond.
+Dans d'autres, les parties sont disposées en étage l'une
+derrière l'autre. Un escalier long et raide, et un corridor
+en pente (A) mènent, chez Séti Ier (Fig.154), à un premier
+appartement (B), composé d'une petite antichambre
+et de deux salles à piliers. Un second escalier (C), ouvert
+dans le sol de l'antichambre, mène à un second appartement
+(D) plus vaste que le premier, et qui abritait le sarcophage.
+Le tombeau n'était pas destiné à s'arrêter là.<br>
+
+<img src="images/fig154.png" alt="" style="width: 744px; height: 243px;"><br>
+Un troisième escalier (E) avait été pratiqué au fond de la
+salle principale, qui devait sans doute mener à un nouvel
+ensemble de pièces: la mort du roi a seule arrêté
+les ouvriers. Les variantes de plan ne sont pas très
+considérables, si on passe d'un hypogée à l'autre. Chez
+Ramsès III, la galerie d'entrée est flanquée de huit petites cellules latérales. Presque partout ailleurs, on
+ne remarque de différences que celles qui proviennent
+du degré d'achèvement des peintures et du plus ou
+moins d'étendue des couloirs. Le plus petit des hypogées
+s'arrête à 16 mètres, celui de Séti Ier, qui est le plus
+long, descend jusqu'à plus de 150 mètres et n'est pas
+achevé. Les mêmes ruses qui avaient servi aux ingénieurs
+des pyramides servaient à ceux des syringes
+thébaines pour dépister les recherches des malfaiteurs,
+faux puits destinés à dérouter les indiscrets, murailles
+peintes et sculptées bâties en travers des couloirs;
+l'enterrement terminé, on obstruait l'entrée avec des
+quartiers de roche, et on rétablissait du mieux qu'on
+pouvait la pente naturelle de la montagne.<br><br>
+
+Séti Ier nous a légué le type le plus complet que
+nous possédions de ce genre de sépulture; figures et
+hiéroglyphes y sont de véritables modèles de dessin et
+de sculpture gracieuse. L'hypogée de Ramsès III est
+déjà inférieur. La plus grande partie en est peinte assez
+sommairement: les jaunes y abondent, les bleus et les
+rouges rappellent les tons que les enfants choisissent
+pour leurs premiers barbouillages. Plus tard, la médiocrité
+règne en souveraine, le dessin s'amollit, les
+couleurs deviennent de plus en plus criardes, et les derniers
+tombeaux ne sont plus que la caricature lamentable
+de ceux de Séti Ier et de Ramsès III. La décoration
+est la même partout, et partout procède du même principe
+qui a présidé à la décoration des pyramides.
+A Thèbes comme à Memphis,&nbsp; il s'agissait&nbsp; d'assurer&nbsp; au&nbsp;
+double&nbsp; la&nbsp; libre&nbsp; jouissance de sa maison nouvelle,
+d'introduire
+ </td>
+
+
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;">
+<img src="images/fig155.png" alt="" style="width: 400px; height: 290px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+l'âme au milieu des divinités du cycle solaire et du cycle osirien, de la guider à travers le dédale
+des régions infernales; mais les prêtres thébains
+s'ingéniaient à rendre sensible aux yeux par le dessin ce
+que les Memphites confiaient par l'écriture à la mémoire
+du mort, et lui accordaient de voir ce qu'il était
+jadis obligé de lire sur les parois de sa tombe. Où les
+textes d'Ounas racontent qu'Ounas, identifié au soleil,
+navigue sur les
+eaux d'en haut ou
+s'introduit dans les
+Champs Élysées,
+les scènes de Séti Ier
+montrent Séti dans
+la barque solaire,
+et celles&nbsp; de&nbsp; Ramsès
+III,&nbsp; Ramsès III&nbsp;
+dans&nbsp; les
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Champs
+Élysées (Fig.155). Où les murs d'Ounas ne donnent que
+les prières récitées sur la momie pour lui ouvrir la
+bouche, lui rendre l'usage des membres, l'habiller, la
+parfumer, la nourrir, ceux de Séti Ier représentent la
+momie elle-même et les statues supports du double
+entre les mains des prêtres qui leur ouvrent la bouche,
+les habillent, les parfument, leur tendent les plats divers
+du repas funèbre. Les plafonds étoilés des pyramides
+reproduisent la figure du ciel, mais sans indiquer
+à l'âme le nom des étoiles; sur les plafonds de quelques
+syringes, les constellations sont tracées chacune avec
+son image, des tables astronomiques donnent l'état du
+ciel de quinze jours en quinze jours pendant les mois
+de l'année égyptienne, et l'âme n'avait qu'à lever les yeux pour savoir dans quelle partie du firmament sa
+course la menait chaque nuit. L'ensemble est comme
+un récit illustré des voyages du soleil, et par suite de
+l'âme, à travers les vingt-quatre heures du jour.
+Chaque heure est représentée, et son domaine, qui était
+divisé en circonscriptions plus petites dont la porte
+était gardée par un serpent gigantesque, <i>Face de feu,
+oeil de flamme, Mauvais oeil</i>. La troisième heure du
+jour était celle où se décidait le sort des âmes: le dieu
+Toumou les pesait et leur assignait un séjour selon les
+indications de la balance. L'âme coupable était livrée
+aux cynocéphales assesseurs du tribunal, qui la chassaient
+à coups de verge, après l'avoir changée en truie ou en
+quelque animal impur; innocente, elle passait dans la
+cinquième heure, où ses pareilles cultivaient les champs,
+fauchaient les épis de la moisson céleste, et, le travail
+accompli, se divertissaient sous la garde des génies bienveillants.
+Au delà de la cinquième heure, les mers du
+ciel n'étaient plus qu'un vaste champ de bataille: les
+dieux de lumière pourchassaient, entraînaient, enchaînaient
+le serpent Apopi et finissaient par l'étrangler à
+la douzième heure. Leur triomphe n'était pas de longue
+durée. Le soleil, à peine victorieux, était emporté par le
+courant dans le royaume des heures de la nuit, et dès
+l'entrée, il était assailli, comme Virgile et Dante aux
+portes de l'enfer, par des bruits et par des clameurs épouvantables.
+Chaque cercle avait sa voix qu'on ne pouvait
+confondre avec la voix des autres: l'un s'annonçait
+comme par un immense bourdonnement de guêpes, l'autre
+comme par les lamentations des femmes et des femelles
+quand elles pleurent les maris et les mâles, l'autre comme par un grondement de tonnerre. Le sarcophage lui-même
+était chargé de ces tableaux joyeux ou sinistres.
+Il était d'ordinaire en granit rose ou noir, et si large,
+que souvent il ne pouvait entrer dans la vallée par la
+porte des rois. On devait le hisser à grand'peine au
+sommet de la colline de Déir-el-Baharî, puis, de là, le
+descendre à destination. Comme il était la dernière pièce
+du mobilier funéraire dont on s'occupât, on n'avait pas
+toujours le loisir de l'achever. Quand il était terminé,
+les scènes et les textes qui le couvrent en faisaient le
+résumé de l'hypogée entier. Le mort y retrouvait une
+fois de plus l'image de ses destinées surhumaines et y
+apprenait à connaître le bonheur des dieux. Les tombes
+privées recevaient rarement une décoration aussi complète;
+cependant deux hypogées de la XXVIe dynastie,
+celui de Pétaménophis à Thèbes et celui de Bokenranf
+à Memphis, peuvent rivaliser sous ce rapport avec les
+syringes royales. Le premier renferme une édition complète
+du <i>Livre des morts</i>, le second de longs extraits du
+même livre et des formules qui remplissent les pyramides.<br><br>
+
+Chaque partie de la tombe, comme elle avait sa
+décoration, avait son mobilier particulier. Il ne reste
+que peu de traces de celui de la chapelle: la table
+d'offrandes qui était en pierre est d'ordinaire tout ce qui
+en subsiste. Les objets déposés dans le serdab, dans les
+couloirs, dans le caveau, ont mieux résisté aux ravages
+du temps et des hommes. Sous l'ancien empire, les
+statues étaient toujours confinées dans le serdab. La
+chambre ne renfermait guère, en dehors du sarcophage,
+que des chevets en calcaire et en albâtre, des oies en pierre, rarement des palettes de scribe, très souvent des
+vases de formes diverses en terre cuite, en diorite, en
+granit, en albâtre, en calcaire compact, enfin des provisions
+de graines alimentaires, et les ossements des
+victimes sacrifiées le jour de l'enterrement. Sous les
+dynasties thébaines, le ménage du mort devint plus
+complet et plus riche. Les statues des domestiques et de
+la famille, qui jadis accompagnaient dans le serdab les
+statues du mort, sont reléguées au caveau et diminuent
+de taille. En revanche, bien des objets qui jadis étaient
+simplement représentés sur la muraille s'en sont détachés:
+ainsi les barques funéraires avec leur équipage,
+la momie, les pleureuses, les prêtres, les amis éplorés,
+les offrandes, pains en terre cuite estampés au nom du
+maître, et qu'on appelle improprement cônes funéraires,
+grappes de raisin et moules en calcaire avec lesquelles
+le mort était censé se fabriquer à lui-même des boeufs,
+des oiseaux, des poissons en pâte qui lui tenaient lieu
+des animaux en chair. Le mobilier, les ustensiles de
+toilette et de cuisine, les armes, les instruments de
+musique abondent, la plupart brisés au moment de la
+mise au tombeau; on les tuait de la sorte afin que leur
+âme allât servir l'âme de l'homme dans l'autre monde.
+Les petites statuettes en pierre, en bois, en émail bleu,
+blanc ou vert, sont jetées par centaines et même par
+milliers au milieu de l'amas des meubles et des provisions.
+Ce sont d'abord à proprement parler des réductions
+des statues du serdab, destinées comme elles à servir
+de corps au double, puis à l'âme; on les habille alors
+comme l'individu dont elles portent le nom s'habillait
+pendant la vie. Plus tard, leur rôle s'amoindrit, et leurs fonctions se bornèrent à répondre pour le maître, et
+à exécuter, en son lieu et place, les travaux et la corvée
+dans les champs célestes, quand il y était convoqué par
+les dieux. On les appelle alors <i>répondants (Oushbîti)</i>,
+on leur met au poing les instruments de labourage, et
+on leur donne presque toujours la semblance d'un
+corps momifié, dont les mains et le visage seraient dégagés
+des bandelettes. Les canopes, avec leurs têtes d'épervier,
+de cynocéphale, de chacal et d'homme, étaient réservés,
+dès la XIe dynastie, aux viscères qu'on était
+obligé d'extraire de la poitrine et du ventre pendant
+l'embaumement. La momie elle-même se charge de
+plus en plus de cartonnages, de papyrus, d'amulettes
+qui lui font comme une armure magique, dont chaque
+pièce préserve les membres et l'âme qui les anime de
+la destruction.<br><br>
+En théorie, chaque Égyptien avait droit à une maison
+éternelle, édifiée sur le plan dont je viens d'indiquer les
+transformations; mais les petites gens se passaient fort
+bien de tout ce qui était nécessaire aux morts de condition.
+On les enfouissait où la place coûtait le moins,
+dans de vieilles tombes violées et abandonnées, dans des
+fissures naturelles de la montagne, dans des puits ou
+dans des fosses communes. A Thèbes, au temps des
+Ramessides, de grandes tranchées creusées dans le
+sable attendaient les cadavres. Les rites accomplis, les
+fossoyeurs recouvraient légèrement les momies de la
+journée, parfois isolées, parfois associées par deux ou
+trois, parfois empilées, sans qu'on eût cherché à les disposer
+par couches régulières. Quelques-unes n'avaient
+de protection que leurs bandages, d'autres étaient enveloppées de branches de palmier liées en façon de bourriche.
+Les plus soignées ont une boîte en bois mal dégrossie,
+sans inscription ni peinture. Beaucoup sont
+affublées de vieux cercueils d'occasion, qu'on ne s'était
+pas donné la peine d'ajuster à la taille du nouveau propriétaire,
+ou sont jetées dans une caisse fabriquée avec
+les débris de deux ou trois caisses brisées. De mobilier
+funéraire, il n'en était point question pour des marauds
+pareils; tout au plus ont-ils avec eux une paire
+de souliers en cuir, des sandales en carton peint ou en
+osier tressé, un bâton de voyage pour les chemins
+célestes, des bagues en terre émaillée, des bracelets ou
+des colliers d'un seul fil de petites perles bleues, des
+figurines de Phtah, d'Osiris, d'Anubis, d'Hathor, de
+Bastit, des yeux mystiques, des scarabées, surtout des
+cordes roulées autour du bras, du cou, de la jambe,
+de la taille, et destinées à préserver le cadavre des influences
+magiques.
+
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br><br><br>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%;">
+
+ <H2>CHAPITRE IV</H2><br><br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+LA PEINTURE ET LA SCULPTURE<br><br>
+
+
+Les bas-reliefs et les statues qui décoraient les temples
+ou les tombeaux étaient peints pour la plupart. Le
+granit, le basalte, le diorite, la serpentine, l'albâtre, les
+pierres colorées naturellement, échappaient parfois à
+cette loi de polychromie: le grès, le calcaire, le bois y
+étaient soumis rigoureusement, et, si on rencontre quelques
+monuments de ces matières qui ne sont pas enluminés,
+la couleur a disparu par accident, ou la pièce
+est inachevée. Le peintre et le sculpteur étaient donc
+presque inséparables l'un de l'autre. Le premier avait à
+peine achevé son oeuvre que le second s'en emparait, et
+souvent le même artisan s'entendait à manier le pinceau
+aussi bien que la pointe.<br><br>
+
+
+I.--LE DESSIN ET LA COMPOSITION.<br><br>
+
+Nous ne connaissons pas les méthodes que les Égyptiens
+employaient à l'enseignement du dessin. La pratique
+leur avait appris à déterminer les proportions
+générales du corps et à établir des relations constantes
+entre les parties dont il est constitué, mais ils ne s'étaient jamais inquiétés de chiffrer ces proportions et de les
+ramener toutes à une commune mesure. Rien, dans ce
+qui nous reste de leurs oeuvres, ne nous autorise à croire
+qu'ils aient jamais possédé un canon, réglé sur la longueur
+du doigt ou du pied humain. Leur enseignement
+était de routine et non de théorie. Ils avaient des modèles
+que le maître composait lui-même, et que les
+élèves copiaient sans relâche, jusqu'à ce qu'ils fussent
+parvenus à les reproduire exactement. Ils étudiaient
+aussi d'après nature, comme le prouve la facilité avec
+laquelle ils saisissaient la ressemblance des personnages,
+et le caractère ou le mouvement propre à chaque espèce
+d'animaux. Ils jetaient leurs premiers essais sur des
+éclats de calcaire planés rudement, sur une planchette
+enduite de stuc rouge ou blanc, au revers de vieux manuscrits
+sans valeur: le papyrus neuf coûtait trop cher
+pour qu'on le gaspillât à recevoir des barbouillages
+d'écolier. Ils n'avaient ni crayons ni stylet, mais des
+joncs, dont le bout, trempé dans l'eau, se divisait en
+fibres ténues et formait un pinceau plus ou moins fin,
+selon la grosseur de la tige. La palette en bois mince,
+oblongue, rectangulaire, était pourvue à la partie
+inférieure d'une rainure verticale à serrer la calame,
+et creusée à la partie supérieure de deux ou plusieurs
+cavités renfermant chacune une pastille d'encre sèche:
+la noire et la rouge étaient le plus usités. Un petit mortier
+et un pilon (Fig.156) pour broyer les couleurs, un
+godet plein d'eau pour humecter et laver les pinceaux,
+complétaient le trousseau de l'apprenti. Accroupi devant
+son modèle, palette au poing, il s'exerçait à le reproduire
+en noir, à main levée et sans appui. Le maître revoyait son oeuvre et en corrigeait les défauts à l'encre
+rouge.<br><br>
+</td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig156.png" alt="" style="width: 250px; height: 172px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Les rares dessins qui nous restent sont tracés sur
+des morceaux de calcaire, en assez mauvais état pour la
+plupart. Le British Museum en a deux ou trois au trait
+rouge, qui ont peut-être servi
+comme de cartons au décorateur
+d'un tombeau thébain de
+la XXe dynastie. Un fragment
+du musée de Boulaq porte des
+études d'oies ou de canards à
+l'encre noire. On montre à Turin l'esquisse d'une
+figure de femme, nue au caleçon près, et qui se renverse
+en arrière pour faire la culbute: le trait est
+souple, le mouvement gracieux, le modelé délicat. L'artiste n'était pas gêné,
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+comme il l'est chez nous par la rigidité de l'instrument qu'il maniait. Le pinceau
+attaquait perpendiculairement la surface, écrasait
+la ligne ou l'atténuait à volonté, la prolongeait,
+l'arrêtait, la détournait en toute liberté. Un outil aussi
+souple se prêtait merveilleusement à rendre les côtés
+humoristiques ou risibles de la vie journalière. Les
+Égyptiens, qui avaient l'esprit gai et caustique par nature,
+pratiquèrent de bonne heure l'art de la caricature.
+Un papyrus de Turin raconte, en vignettes d'un dessin
+sûr et libertin, les exploits amoureux d'un prêtre chauve
+et d'une chanteuse d'Amon. Au revers, des animaux
+jouent, avec un sérieux comique, les scènes de la vie
+humaine. Un âne, un lion, un crocodile, un singe se
+donnent un concert de musique instrumentale et vocale.
+Un lion et une
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+gazelle jouent aux échecs. Le Pharaon de tous les rats, monté sur un char traîné par des
+chiens, court à l'assaut d'un fort défendu par des
+chats. Une chatte du monde, coiffée d'une fleur, s'est
+prise de querelle avec une oie: on en est venu aux
+coups, et la volatile malheureuse, qui ne se sent pas de
+force à lutter, culbute d'effroi. Les chats étaient d'ailleurs
+les animaux favoris des caricaturistes égyptiens.
+Un ostracon du musée
+de New-York
+nous en montre
+deux, une chatte de
+race assise sur un
+fauteuil, en grande
+toilette, et un misérable
+matou qui lui
+sert à manger, d'un
+air
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig157.png" alt="" style="width: 350px; height: 246px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+piteux, la queue entre les jambes (Fig.157). L'énumération
+des dessins connus est courte, comme on le
+voit: l'abondance de vignettes dont on avait coutume
+d'orner certains ouvrages compense notre pauvreté en
+ce genre. Ce sont presque toujours des exemplaires
+du <i>Livre des morts</i> et du <i>Livre de savoir ce qu'il y
+a dans l'enfer</i>. On les copiait par centaines, d'après
+des manuscrits-types, conservés dans les temples
+ou dans les familles consacrées héréditairement au
+culte des morts. Le dessinateur n'avait donc aucun
+effort d'imagination à faire. Sa tâche consistait uniquement
+à imiter le modèle qu'on lui donnait, avec toute
+l'habileté dont il était capable. Les rouleaux du <i>Livre
+de savoir ce qu'il y a dans l'enfer</i>, qui sont parvenus
+jusqu'à nous, ne sont pas antérieurs à la XXe dynastie.<br><br>
+
+
+Le faire en est toujours assez mauvais, et les figures ne
+sont le plus souvent que des bonshommes tracés rapidement
+et mal proportionnés. Le nombre des exemplaires
+du <i>Livre des morts</i> est tellement considérable
+qu'on pourrait, rien qu'avec eux, entreprendre une histoire
+de la miniature en Égypte: d'aucuns remontent en
+effet à la XVIIIe dynastie, d'autres sont contemporains
+des premiers Césars. Les plus anciens sont généralement
+d'une exécution remarquable. Chaque chapitre
+est
+<img src="images/fig158.png" alt="" style="width: 700px; height: 315px;"><br>
+
+accompagné d'une vignette qui représente un dieu,
+ homme ou bête, un emblème divin, le mort en adoration
+devant la divinité. Ces petits motifs sont rangés
+quelquefois en une seule ligne au-dessus du texte courant
+(Fig.158), quelquefois dispersés à travers les pages,
+comme les majuscules ornées de nos manuscrits. D'espace
+en espace, de grands tableaux occupent toute la
+hauteur du feuillet, l'enterrement au début, le jugement
+de l'âme vers le milieu, l'arrivée du mort aux
+champs d'Ialou vers la fin de l'ouvrage. L'artiste avait
+là beau jeu à déployer son talent et à nous donner la mesure de ses forces. La momie d'Hounofir est debout
+devant la stèle et le tombeau (Fig.159); les femmes de
+la famille pleurent sur elle, tandis que les hommes
+et le prêtre lui présentent l'offrande.
+
+<img src="images/fig159.png" alt="" style="width: 700px; height: 703px;"><br>
+
+Les papyrus des
+princes et princesses de la famille de Pinotmou, qui
+sont au musée de Boulaq, montrent que les bonnes
+traditions de l'école se maintinrent, chez les Thébains,
+jusqu'à la XXIe dynastie. La décadence vint rapidement
+sous les règnes suivants, et, pendant des siècles, nous ne trouvons plus que des dessins grossiers et sans valeur.
+La chute de la domination persane produisit une
+renaissance. Les tombeaux de l'époque grecque nous ont
+rendu des papyrus à vignettes soignées, d'un style sec et
+minutieux, qui contraste singulièrement avec la manière
+large et hardie des temps antérieurs. Le pinceau à pointe
+large avait été remplacé par le pinceau à pointe fine.
+Les scribes rivalisèrent à qui mènerait les lignes les plus
+déliées, et les traits dont ils se complurent à surcharger
+les accessoires de leurs figures, barbe, cheveux, plis
+du vêtement, sont quelquefois si ténus qu'on a peine
+à les distinguer sans loupe. Si précieux que soient ces
+documents, ils ne suffiraient pas à nous faire apprécier
+la valeur et les procédés de travail des artistes égyptiens;
+c'est aux murailles des temples ou des tombeaux
+que nous devons nous adresser si nous désirons connaître
+leurs habitudes de composition.<br><br>
+
+Les conventions de leur dessin diffèrent sensiblement
+de celles du nôtre. Homme ou bête, le sujet n'était
+jamais qu'une silhouette à découper sur le fond environnant.
+On cherchait donc à démêler, parmi les formes,
+celles-là seules qui offrent un profil accentué, et que
+le simple trait pouvait saisir et amener sur une surface
+plane. Pour les animaux, le problème n'offrait rien de
+compliqué: l'échine et le ventre, la tête et le cou, allongés
+parallèlement au sol, se profilent d'une seule venue,
+les pattes sont bien détachées du corps. Aussi les animaux
+sont-ils pris sur le vif, avec l'allure, le geste,
+la flexion des membres, particulière à chaque espèce.
+La marche lente et mesurée du boeuf, le pas court,
+l'oreille méditative, la bouche ironique de l'âne, le trot menu et saccadé des chèvres, le coup de rein du
+lévrier en chasse, sont rendus avec un bonheur constant
+de ligne et d'expression. Et si des animaux domestiques
+on passe aux sauvages, la perfection n'est pas
+moindre. Jamais on n'a mieux exprimé qu'en Égypte
+la force calme du lion au repos, la démarche sournoise
+et endormie du léopard, la grimace des singes, la
+grâce un peu grêle de la gazelle et de l'antilope. Il
+n'était pas aussi facile de projeter l'homme entier sur
+un même plan, sans s'écarter de la nature. L'homme
+ne se laisse pas reproduire aisément par la ligne
+seule, et la silhouette supprime une part trop grande
+de sa personne. La chute du front et du nez, la coupe
+des lèvres, le galbe de l'oreille, disparaissent quand la
+tête est dessinée de face. Il faut, au contraire, que le
+buste soit posé de face pour que la ligne des épaules se
+développe en son entier, et pour que les deux bras
+soient visibles à droite et à gauche du corps. Les contours
+du ventre se modèlent mieux lorsqu'on les aperçoit
+de trois quarts et ceux des jambes lorsqu'on les
+prend de côté. Les Égyptiens ne se firent point scrupule
+de combiner, dans la même figure, les perspectives contradictoires
+que produisent l'aspect de face et l'aspect
+de profil. La tête, presque toujours munie d'un oeil
+de face, est presque toujours plantée de profil sur un
+buste de face, le buste surmonte un tronc de trois
+quarts, et le tronc s'étaye sur des jambes de profil.
+Ce n'est pas qu'on ne rencontre assez souvent des
+figures établies, ou peu s'en faut, selon les règles de
+notre perspective. La plupart des personnages secondaires
+que renferme le tombeau
+
+<img src="images/fig160.png" alt="" style="width: 700px; height: 253px;"><br>
+de Khnoumhotpou ont essayé de se soustraire à la loi de malformation;
+ils ont le buste de profil, comme la tête et les jambes,
+mais ils portent en avant tantôt l'une, tantôt l'autre
+des épaules, afin de bien montrer leurs deux bras
+(Fig.160). L'effet n'est pas des plus heureux, mais examinez
+le paysan
+
+<img src="images/fig162.png" alt="" style="width: 700px; height: 350px;"><br>
+qui gave une oie, et surtout celui qui pèse sur le cou d'une gazelle pour l'obliger à s'accroupir
+(Fig.161): l'action des bras et des reins est
+rendue exactement, la fuite du dos est régulière, les
+épaules, entraînées en arrière par le déplacement des
+bras, font saillir la poitrine sans en exagérer l'ampleur,
+le haut du corps tourne bien sur les hanches. Les lutteurs
+de Béni-Hassan s'attaquent et s'enlacent, les danseuses
+et les servantes des hypogées thébains se meuvent
+avec une liberté parfaite (Fig.162). Ce sont là des exceptions;
+ailleurs, la tradition a été plus forte que la
+nature, et les maîtres égyptiens continuèrent jusqu'à
+la fin à déformer la figure humaine. Leurs hommes et
+leurs femmes sont donc de véritables monstres pour
+l'anatomiste, et cependant ils ne sont ni aussi laids ni
+aussi risibles qu'on est porté à le croire, en étudiant les
+copies malencontreuses que nos artistes en ont faites
+souvent. Les membres défectueux sont alliés aux corrects
+avec tant d'adresse, qu'ils paraissent être soudés comme naturellement. Les lignes exactes et les fictives
+se suivent et se complètent si ingénieusement qu'elles
+semblent se déduire nécessairement les unes des autres.
+La convention une fois reconnue et admise, on ne saurait
+trop admirer l'habileté technique dont témoignent
+beaucoup de monuments. Le trait est net, ferme, lancé
+résolument et longuement mené. Dix ou douze coups
+de pinceau suffisent à établir une figure de grandeur
+naturelle. Un seul trait enveloppait la tête de la
+nuque à la naissance du cou, un seul marquait le ressaut
+des épaules et la tombée des bras. Deux traits
+ondulés à propos cernaient le contour extérieur, du
+creux de l'aisselle à la pointe des pieds, deux arrêtaient
+les jambes, deux les bras. Les détails du costume et de
+la parure, d'abord indiqués sommairement, étaient repris
+un à un et achevés minutieusement: on peut
+compter presque les tresses de la chevelure, les plis du
+vêtement, les émaux de la ceinture ou des bracelets.
+Ce mélange de science naïve et de gaucherie voulue,
+d'exécution rapide et de retouche patiente, n'exclut ni l'élégance des formes, ni la grâce et la vérité des attitudes,
+ni la justesse des mouvements. Les personnages
+sont étranges, mais ils vivent, et, qui veut se donner la
+peine de les regarder sans préjugé, leur étrangeté même
+leur prête un charme, que n'ont pas des oeuvres plus
+récentes et plus conformes à la vérité.<br><br>
+
+<img src="images/fig163.png" alt="" style="width: 700px; height: 279px;"><br>
+Les Égyptiens ont donc su dessiner. Ont-ils, comme
+on le dit souvent, ignoré l'art de composer un ensemble?
+Prenez une scène au hasard dans un des hypogées thébains,
+celle qui représente le repas funéraire offert au
+prince Harmhabi par les gens de sa famille (Fig.163).
+C'est un sujet moitié idéal, moitié réel. Le défunt et
+ceux des siens qui sont déjà de son monde y figurent
+à côté des vivants, visibles, mais non mêlés; ils assistent
+plus qu'ils ne prennent part au banquet. Harmhabi
+siège donc sur un pliant, à la gauche du spectateur. Il
+a sur les genoux une petite princesse, une fille d'Amenhotpou
+III, dont il était le père nourricier et qui était
+morte avant lui. Sa mère, Sonit, trône à sa droite, en
+retraite, sur un grand fauteuil, et de la main gauche
+lui serre le bras, de l'autre lui tend
+
+
+<img src="images/fig164.png" alt="" style="width: 700px; height: 447px;"><br>
+une fleur de lotus; une gazelle mignonne, peut-être enterrée auprès d'elle,
+comme la gazelle découverte à côté de la reine Isimkheb
+dans le puits de Déir-el-Baharî, est attachée à l'un des
+pieds du fauteuil. Ce groupe surnaturel est de taille
+héroïque. Assis, Harmhabi et sa mère ont le front de
+niveau avec celui des femmes qui se tiennent debout
+devant eux; il fallait en effet que les dieux fussent toujours
+plus grands que les hommes, les rois plus grands
+que leurs sujets, les maîtres du tombeau plus grands
+que les vivants. Les parents et les amis sont rangés sur
+une seule ligne, la face aux ancêtres, et semblent causer
+entre eux. Le service est commencé. Les jarres de vin et
+de bière, posées à la file sur leurs selles en bois, sont
+déjà ouvertes. Deux jeunes esclaves, puisant à merci dans
+un vase d'albâtre, frottent les vivants d'essences odorantes.
+Deux femmes en toilette d'apparat présentent
+aux morts des coupes en métal remplies de fleurs, de
+grains et de parfums, qu'elles déposent au fur et à mesure
+sur une table carrée; trois autres accompagnent de
+leur musique et de leur danse l'hommage des premières.
+Comme ici le tombeau est la salle du festin, il n'y a
+d'autre fond au tableau que la paroi couverte d'hiéroglyphes,
+à laquelle les invités étaient adossés pendant la
+cérémonie. Ailleurs, le théâtre de l'action est indiqué
+clairement par des touffes d'herbe ou par des arbres, si
+elle se passe en rase campagne, par du sable rouge, si
+elle se passe au désert, par des fourrés de joncs et de
+lotus, si elle se passe dans les marais. Une femme de
+qualité rentre chez elle (Fig.164). Une de ses filles,
+pressée par la soif, boit un long trait d'eau à même
+une goullèh; deux petits enfants nus, un garçon et une fillette à tète rase, sont accourus vers la mère jusqu'à
+la porte de la rue, et reçoivent, des mains d'une servante,
+des joujoux qu'on leur a rapportés du dehors.
+Une treille, habillée de vignes, des arbres chargés de
+fruits poussent au second plan: nous sommes dans un
+jardin, mais la maîtresse et ses deux filles aînées l'ont
+traversé sans s'y arrêter et sont entrées dans la maison.
+La façade, levée à moitié, laisse voir ce qu'elles font:
+trois servantes leur servent des rafraîchissements. Le tableau
+n'est pas mal composé et pourrait être transcrit sur
+la toile par un moderne sans exiger trop de changements;
+seulement la même maladresse, ou le même parti pris,
+qui obligeait l'Égyptien à emmancher une tête de profil
+sur un buste de face, l'a empêché de disposer ses
+plans en fuite l'un derrière l'autre, et l'a réduit à inventer
+des procédés plus ou moins ingénieux pour remédier
+à l'absence presque complète de perspective.<br><br>
+
+<img src="images/fig165.png" alt="" style="width: 700px; height: 290px;"><br>
+Et d'abord, la plupart des personnages qui concourent
+à une même action étaient rabattus sur un même
+plan, isolés autant que possible, pour éviter que la silhouette
+de l'un recouvrît celle de l'autre;
+
+<img src="images/fig166.png" alt="" style="width: 700px; height: 382px;"><br>
+ sinon, on les
+superposait à plat, comme s'ils n'avaient eu que deux mais tous les pieds s'appuient sur une seule
+raie de sol, et la ligne qu'ils tracent ne suit pas, comme
+elle devrait, le mouvement des
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+autres lignes (Fig.167). Ce mode de représentation n'est pas rare à l'époque
+thébaine. On l'adoptait de préférence lorsqu'on voulait
+figurer des troupes d'hommes ou d'animaux placées
+sur un rang et entraînées au même acte d'une même
+impulsion; mais il avait l'inconvénient,
+grave aux yeux
+des Égyptiens, de supprimer
+presque entièrement le corps
+des personnages, le premier
+excepté, et de n'en laisser
+subsister qu'un contour insuffisant.
+Lors donc qu'on
+ne pouvait ramener toutes les
+figures sur le devant du tableau,
+sans risquer d'en cacher
+une partie, on décomposait
+l'ensemble en plusieurs groupes, dont chacun
+représentait un épisode, et qu'on distribuait l'un
+au-dessus de l'autre dans le même plan vertical. La
+hauteur de chacun d'eux ne dépend en rien de la place
+qu'ils occupaient dans la perspective normale, mais
+du nombre d'étages superposés dont l'artiste pensait
+avoir besoin pour rendre complètement sa pensée. Elle
+équivaut d'ordinaire à la moitié du registre principal,
+s'il se contentait de deux étages, au tiers s'il en voulait
+trois, et ainsi&nbsp; de&nbsp; suite.&nbsp;&nbsp; Cependant,&nbsp;&nbsp; lorsqu'il&nbsp; s'agit&nbsp; de&nbsp;
+simples
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;">
+<img src="images/fig167.png" alt="" style="width: 300px; height: 406px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig168.png" alt="" style="width: 350px; height: 559px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ accessoires, le registre qui les contient peut être
+plus bas que les autres; ainsi, au festin funèbre d'Harmhabi, les amphores sont entassées dans un moindre
+espace que celui où siègent les convives. Les scènes
+secondaires étaient séparées le
+plus souvent par une barre
+horizontale, mais le trait de
+division n'était pas indispensable,
+et, surtout quand on
+avait à figurer des masses profondes
+d'individus rangées régulièrement,
+les plans verticaux
+s'imbriquaient, pour ainsi
+dire, l'un sur l'autre, dans des
+proportions variables au caprice
+du dessinateur. A la bataille
+de Qodshou, les files de
+la phalange égyptienne se dominent
+successivement de toute la hauteur du buste
+(Fig.168), et celles des
+bataillons hittites se dépassent
+à peine de la tête
+(Fig.169). Et les déformations
+que subissent les
+groupes d'hommes et d'animaux ne sont point
+parmi les plus fortes
+qu'on se soit permises en
+Égypte: les maisons, les
+terrains, les arbres, les
+eaux, ont été défigurés comme à plaisir. Un rectangle,
+posé de champ sur un des côtés longs et rayé de rubans
+ondulés, représente un canal; si vous en doutez, des poissons et des crocodiles sont là comme enseigne,
+pour bien montrer que vous devez voir de l'eau
+et non autre chose. Des bateaux sont en équilibre&nbsp;
+sur&nbsp; le&nbsp; bord&nbsp; supérieur,&nbsp; des&nbsp; troupeaux
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ plongés jusqu'au ventre passent à gué, un pêcheur à la ligne
+marque l'endroit où le Nil cesse et où la berge commence.
+Ailleurs, le rectangle est comme suspendu
+à mi-tronc de cinq ou six palmiers (Fig.170); on comprend
+aussitôt que l'eau coule entre deux rangs d'arbres.
+Ailleurs encore, au
+tombeau de Rekhmirî, les
+arbres sont couchés proprement
+le long des quatre
+rives, et le profil d'une barque
+et d'un mort, hâlés par
+des profils d'esclaves, se
+promènent naïvement sur
+l'étang vu de face (Fig.171).
+Les hypogées thébains de
+l'époque des Ramessides fournissent aisément chacun
+plusieurs exemples d'artifices nouveaux et, quand on
+les a relevés, on finit par ne plus savoir ce qu'on doit
+admirer le plus, l'obstination des Égyptiens à ne pas
+trouver les lois naturelles de la perspective, ou la fécondité
+d'esprit dont ils ont fait preuve pour inventer tant
+de relations fausses entre les objets.<br><br>
+
+Appliqués à de vastes étendues, leurs procédés de
+composition choquent moins qu'ils ne font à des sujets
+de petites dimensions. On sent d'instinct que l'artiste le
+plus habile n'aurait pu se garder de tricher quelquefois
+avec la perspective, s'il avait eu à couvrir les surfaces immenses des pylônes, et cela rend l'oeil plus indulgent.
+Aussi bien les motifs qu'on donnait à traiter dans d'aussi
+grands cadres n'offrent jamais une unité rigoureuse.
+Assujettis que les gens étaient à perpétuer le souvenir
+victorieux d'un Pharaon, Pharaon joue nécessairement
+chez eux le premier rôle; mais, au lieu de choisir parmi
+ses hauts faits
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig169.png" alt="" style="width: 350px; height: 373px;">
+<img src="images/fig170.png" alt="" style="width: 350px; height: 318px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+un épisode dominant, le plus propre à
+mettre sa grandeur en lumière, ils prenaient plaisir à
+juxtaposer tous les moments successifs de ses campagnes.
+Attaque de nuit du camp égyptien par une
+bande d'Asiatiques, envoi par le prince de Khiti d'espions
+destinés à donner le change sur ses intentions,
+la maison militaire du roi surprise et enfoncée par les
+chariots hittites, la bataille de
+<img src="images/fig171.png" alt="" style="width: 700px; height: 468px;">
+
+Qodshou et ses péripéties,
+les pylônes de Louxor et du Ramesséum portent comme un bulletin illustré de la campagne de Ramsès
+II contre les Syriens en l'an V de son règne: ainsi
+les peintres des premières écoles italiennes déroulaient,
+dans le même milieu, d'une suite non interrompue, les
+
+<img src="images/fig172.png" alt="" style="width: 700px; height: 522px;">
+
+épisodes d'une même histoire. Les scènes sont répandues irrégulièrement sur la muraille, sans séparation
+matérielle, et l'on est exposé parfois, comme pour les
+bas-reliefs de la colonne Trajane, à mal couper les
+groupes et à brouiller les personnages. Cette manière
+de procéder est réservée presque exclusivement à l'art
+officiel. A l'intérieur des temples et dans les tombeaux,
+les parties diverses d'un même tableau sont distribuées
+en registres, qui montent et s'étagent du soubassement à la corniche. C'est une difficulté de plus ajoutée à
+celles qui nous empêchent de comprendre les intentions
+et la manière des dessinateurs égyptiens; nous
+nous imaginons souvent voir des sujets isolés, quand
+nous avons devant les yeux les membres disjoints de
+ce qui n'était pour eux qu'une même composition.
+Prenez une des parois du tombeau de Phtahhotpou à
+Saqqarah (Fig.172). Si vous désirez saisir le lien qui
+en rattache les parties, comparez-la à un monument
+d'époque gréco-romaine, la mosaïque de Palestrine,
+qui représente à peu près les mêmes scènes, mais
+groupées d'une façon plus conforme à nos habitudes
+d'oeil et d'esprit (Fig.173). Le Nil baigne le bas du
+tableau et s'étale jusqu'au pied des montagnes. Des
+villes sortent de l'eau, des obélisques, des fermes, des
+tours de style gréco-italien, plus semblables aux fabriques
+des paysages pompéiens qu'aux monuments des
+Pharaons; seul, le grand temple situé au second plan,
+sur la droite, et vers lequel se dirigent deux voyageurs,
+est précédé d'un pylône, auquel sont adossés quatre
+colosses osiriens, et rappelle l'ordonnance générale de
+l'architecture égyptienne. A gauche, des chasseurs, portés
+sur une grosse barque, poursuivent l'hippopotame et le crocodile à coups de harpon. A droite, une compagnie
+de légionnaires, massée devant un temple et précédée
+d'un prêtre, paraît saluer au passage une galère
+qui file à toutes rames le long du rivage. Au centre, des hommes et
+
+<img src="images/fig173.png" alt="" style="width: 700px; height: 605px;"><br>
+
+des femmes à moitié nues chantent et boivent,
+à l'abri d'un berceau sous lequel coule un bras du Nil.
+Des canots en papyrus montés d'un seul homme, des
+bateaux de formes diverses comblent les vides de la composition.
+Le désert commence derrière la ligne des édifices,
+et l'eau forme de larges flaques que surplombent
+des collines abruptes. Des animaux réels ou fantastiques,
+poursuivis par des bandes d'archers à tête rase, occupent
+la partie supérieure du tableau. De même que le mosaïste
+romain, le vieil artiste égyptien s'est placé sur le
+Nil et a reproduit tout ce qui se passait entre lui et
+l'extrême horizon. Au bas de la paroi, le fleuve coule
+à pleins bords, les bateaux vont et viennent, les matelots
+échangent des coups de gaffe. Au-dessus, la berge
+et les terrains qui avoisinent le fleuve: une bande
+d'esclaves, cachés dans les herbes, chassent à l'oiseau.
+Au-dessus encore, on fabrique des canots, on tresse la
+corde, on ouvre et on sale des poissons. Enfin, sous la
+corniche, les collines nues et les plaines ondulées du
+désert, où des lévriers forcent la gazelle, où des chasseurs
+court-vêtus lassent le gibier. Chaque registre
+répond à un des plans du paysage; seulement l'artiste,
+au lieu de mettre les plans en perspective, les a séparés
+et superposés. Partout dans les tombeaux on retrouve
+la même disposition: des scènes d'inondation et de
+vie civile au bas des murailles, dans le haut, la montagne
+et la chasse. Parfois le dessinateur a intercalé entre
+deux des pâtres, des laboureurs, des gens de métier;
+parfois il fait succéder brusquement la région des
+sables à la région des eaux et supprime l'intermédiaire.
+La mosaïque de Palestrine et les parois des tombeaux pharaoniques reproduisent donc un même ensemble de
+sujets, traités d'après les conventions et les procédés de
+deux arts différents. Comme la mosaïque, les parois
+des tombeaux forment, non pas une suite de scènes indépendantes,
+mais une composition réglée, dont ceux qui
+savent lire la langue artistique de l'époque démêlent
+aisément l'unité. <br><br><br>
+
+
+2.--LES PROCÉDÉS TECHNIQUES.<br><br>
+
+La préparation des surfaces à couvrir exigeait beaucoup
+de temps et beaucoup de soin. Comme l'imperfection
+des procédés de construction ne permettait pas
+à l'architecte de planer avec exactitude les parements
+extérieurs des murs du temple ou des pylônes, il fallait
+bien que le décorateur s'accommodât d'une surface légèrement
+bombée ou déprimée par endroits. Du moins
+était-elle formée de blocs à peu près homogènes: les
+filons de calcaire où l'on creusait les hypogées contenaient
+presque toujours des rognons de silex, des fossiles,
+des chapelets de coquilles pétrifiées. On remédiait
+à ces défauts de façons différentes, selon que la décoration
+devait être peinte ou sculptée. Dans le premier
+cas, après avoir dégrossi la paroi, on appliquait sur la
+surface encore rugueuse un crépi d'argile noire et de
+paille hachée menu, semblable au mélange avec lequel
+on fabriquait la brique. Dans le second, on s'arrangeait
+autant que possible de manière à éviter les inégalités
+de la pierre. Quand elles tombaient dans le champ des
+figures, mais n'offraient point trop de résistance au
+ciseau, on les laissait subsister, sinon on les enlevait et on bouchait le trou avec du ciment blanchâtre ou des
+morceaux de calcaire ajustés. Ce n'était point petite
+affaire, et l'on cite telle salle de tombeau où chaque
+paroi est incrustée au quart de dalles rapportées. Ce
+travail préliminaire achevé, on répandait sur l'ensemble
+une couche mince de plâtre fin, gâché avec du blanc
+d'oeuf, qui masquait l'enduit ou le rapiéçage, et formait
+un champ lisse et poli, sur lequel le pinceau du dessinateur
+pouvait glisser librement.<br><br>
+
+<img src="images/fig174.png" alt="" style="width: 700px; height: 383px;"><br>
+On rencontre un peu partout, et jusque dans les
+carrières, des chambres ou parties de chambres inachevées,
+qui gardent encore l'esquisse à l'encre rouge ou
+noire des bas-reliefs dont elles devaient être revêtues.
+Le modèle, exécuté en petit, était mis au carreau et
+transporté sur la muraille à grande échelle par les aides
+et par les élèves. En quelques endroits, le sujet est
+indiqué sommairement par deux ou trois coups de&nbsp;
+calame&nbsp; hâtifs:&nbsp;&nbsp; tel est le cas&nbsp; pour certaines scènes des
+tombeaux thébains
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+que Prisse a relevées avec soin (Fig.174), Ailleurs, le trait est entièrement terminé et
+les figures n'attendent plus sur le treillis que l'arrivée
+du sculpteur. Quelques praticiens se contentaient de
+déterminer la position des épaules et l'aplomb des corps
+par des lignes horizontales et verticales, sur lesquelles
+ils notaient la hauteur du genou, des hanches et des
+membres (Fig.175). D'autres, plus confiants dans leurs
+propres forces, abordaient
+le tableau à même et plaçaient
+leurs personnages
+sans secours d'aucune
+sorte; ainsi, les artistes
+qui ont décoré la syringe
+de Séti Ier et les salles
+méridionales du temple
+d'Abydos. Leur&nbsp; trait&nbsp; est si net&nbsp; et leur facilité d'exécution si
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig175.png" alt="" style="width: 350px; height: 277px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+surprenante qu'on les a soupçonnés d'avoir
+employé des poncifs découpés à l'avance. C'est une
+opinion dont on revient bien vite, quand on examine
+de près leurs figures et qu'on se donne la peine de
+les mesurer au compas. La taille est plus mince chez
+les unes, les contours de la poitrine sont plus accentués
+chez les autres ou les jambes moins écartées.
+Le maître n'avait pas grand'chose à corriger dans
+l'oeuvre de ces gens-là. Il redressait ça et là une tête,
+accentuait ou atténuait la saillie d'un genou, modifiait
+un détail d'ajustement. Une fois pourtant, à
+Kom-Ombo, dans un portique d'époque gréco-romaine,
+plusieurs des divinités du plafond avaient été mal
+orientées et posaient les pieds où elles auraient dû avoir
+le bras: il les a remises en position sur le même carreau, sans effacer
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig176.png" alt="" style="width: 250px; height: 326px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+l'esquisse primitive. Là, du moins,
+il avait aperçu l'erreur à temps: à Karnak, sur la paroi
+septentrionale de la salle hypostyle, et à Médinét-Habou,
+il ne l'a reconnue qu'après que le sculpteur avait
+achevé son travail. Les figures de Séti Ier et de Ramsès
+III penchaient trop en arrière et
+paraissaient prêtes à perdre l'équilibre:
+il les empâta de ciment ou
+de stuc, puis les fit tailler à nouveau.
+Aujourd'hui, le ciment est
+tombé, et les traces du premier
+ciseau sont redevenues visibles.
+Séti Ier et Ramsès III ont deux
+profils, l'un à peine marqué,
+l'autre levé franchement sur la
+surface de la pierre (Fig.176). Les sculpteurs égyptiens n'étaient pas aussi bien
+équipés que les nôtres. Un des
+scribes agenouillés en calcaire
+du musée de Boulaq a été taillé
+au ciseau; les sillons lisses
+qu'avait laissés l'instrument
+sont visibles sur son épiderme.
+Une statue en serpentine grisâtre
+du même musée a gardé la
+trace de deux outils différents:
+le corps est tout moucheté des coups de pointe,&nbsp; la tête
+est encore informe,&nbsp; mais
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+le bloc qui les renferme a été
+dégrossi à petits éclats par la marteline. D'autres constatations
+du même genre et l'étude des monuments nous
+ont appris qu'on employait aussi le violon (fig.177), la gradine, la gouge; mais de longues discussions se sont
+élevées sur la question de savoir si ceux de leurs instruments
+qui étaient en métal étaient en fer ou en
+bronze. Le fer, a-t-on dit, était considéré comme impur.
+Personne n'aurait pu l'employer, même aux usages les
+plus vils de la vie, sans contracter une souillure préjudiciable
+à l'âme en ce monde et dans l'autre. Mais
+l'impureté d'un objet n'a jamais suffi à en empêcher
+l'emploi. Les porcs, eux aussi, étaient impurs. On les
+élevait pourtant et en nombre assez considérable, au
+moins dans certains cantons, pour permettre au bon
+Hérodote de raconter qu'on&nbsp; les&nbsp; lâchait&nbsp; sur&nbsp; les&nbsp; champs,&nbsp;&nbsp;
+après&nbsp; les&nbsp; semailles,&nbsp;&nbsp; afin
+ </td>
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig177.png" alt="" style="width: 250px; height: 278px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+d'enterrer le grain. D'ailleurs
+le fer, comme bien des choses en Égypte, était pur ou
+impur selon les circonstances. Si certaines traditions
+l'appelaient <i>l'os de Typhon</i> et le tenaient pour funeste,
+d'autres aussi anciennes prétendaient qu'il était la matière
+même du firmament, et elles avaient assez d'autorité
+pour qu'on l'appelât couramment <i>Banipit</i>, le métal
+céleste. Les quelques outils, dont on a trouvé les
+fragments dans la maçonnerie des pyramides, sont en
+fer, non en bronze, et si les objets antiques en fer sont
+si rares aujourd'hui, par comparaison aux objets en
+bronze, cela tient à ce que le fer n'est pas protégé contre
+la destruction par son oxyde, comme le bronze l'est par
+le sien. La rouille le dévore en peu de temps, et c'est
+seulement par un concours de circonstances assez difficiles
+à réunir qu'il se conserve intact. Toutefois, s'il
+est bien certain que les Égyptiens ont connu et employé
+le fer, il est non moins certain qu'ils n'ont jamais possédé
+l'acier, et alors on se demande comment ils s'y prenaient pour façonner à leur gré les roches les plus
+dures, celles mêmes qu'on redoute presque d'attaquer
+aujourd'hui, le diorite, le basalte, le granit de Syène.
+Les quelques fabricants d'antiquités qui sculptent encore
+le granit à l'intention des voyageurs ont résolu le
+problème très simplement. Ils ont toujours à côté d'eux
+une vingtaine de ciseaux ou de pointes en mauvais fer,
+qu'un petit nombre de coups met hors de service. La
+première émoussée; ils passent à une autre, et ainsi de
+suite jusqu'à ce que la provision soit épuisée, après
+quoi ils vont à la forge et font tout remettre en état. Le
+procédé n'est ni aussi long ni aussi pénible qu'on pourrait
+croire. Un des meilleurs faussaires de Louxor a
+tiré, en moins de quinze jours, d'un fragment de granit
+noir rayé de rouge, une tête humaine de grandeur naturelle
+qui est au musée de Boulaq. Je ne doute pas
+que les anciens n'aient opéré de même: ils triomphaient
+des pierres dures à force d'user du fer sur elles. Le
+moyen une fois découvert, l'habitude leur avait enseigné
+les tours de main les plus favorables à rendre la
+besogne aisée et à obtenir de leurs outils une exécution
+aussi fine et aussi régulière que celle que nous tirons
+des nôtres. Dès que l'apprenti savait manier la pointe
+et le maillet, le maître le plaçait devant des modèles gradués
+qui représentaient les états successifs d'un animal,
+d'une portion de corps humain, du corps humain entier,
+depuis l'ébauche jusqu'au parfait achèvement
+(Fig.178). On les recueille chaque année en assez grand
+nombre pour établir des séries progressives: quinze
+de ceux qui sont à Boulaq viennent de Saqqarah, quarante
+et un de Tanis, une douzaine de Thèbes et de Médinét-el-Fayoum, sans parler des pièces isolées
+qu'on ramasse un peu partout. Ils étaient destinés partie
+à l'étude du bas-relief, partie à celle de la statuaire proprement
+
+<img src="images/fig178.png" alt="" style="width: 700px; height: 980px;"><br>
+
+dite, et nous en font connaître les procédés.<br><br>
+
+Les Égyptiens traitaient le bas-relief de trois façons
+principales: ou bien c'était une simple gravure à la
+pointe, ou bien ils abattaient le fond autour de la figure
+et la modelaient en saillie sur la muraille, ou bien
+ils réservaient le champ et levaient le motif en relief
+dans le creux. Le premier procédé a l'avantage d'aller
+vite et l'inconvénient d'être peu décoratif. Ramsès III
+s'en est servi dans quelques endroits, à Médinét-Habou;
+mais on l'appliquait de préférence aux stèles et aux petits
+monuments. Le dernier diminuait les chances de
+destruction de l'oeuvre et la peine de l'ouvrier: il supprimait
+en effet le dressage des fonds, ce qui était une
+réelle économie de temps, et ne laissait subsister aucune
+saillie à la face du parement, ce qui mettait l'image à
+l'abri des chocs accidentels. Le procédé intermédiaire
+était le plus usité, et on paraît l'avoir enseigné dans les
+écoles de préférence aux autres. Les modèles étaient de
+petites dalles carrées ou rectangulaires, quadrillées pour
+permettre à l'élève d'augmenter ou de réduire son sujet
+sans rien changer aux proportions traditionnelles.
+Quelques-unes sont ouvrées sur les deux plats; la plupart
+n'ont de sculpture que d'un côté. C'est alors un
+boeuf, une tête de cynocéphale, un bélier, un lion, une
+divinité; de temps en temps, le même motif y est répété
+deux fois, à peine dégrossi sur la gauche, fini à droite
+jusque dans ses moindres détails. Dans aucun cas, la
+figure n'est très élevée au-dessus du fond: elle ne dépasse
+jamais les cinq millimètres et se maintient ordinairement
+plus bas. Ce n'est pas que les Égyptiens n'aient su fouiller profondément la pierre à l'occasion.
+La décoration atteint jusqu'à seize centimètres de saillie,
+à Médinét-Habou et à Karnak, sur le granit et sur
+le grès, dans les parties hautes du temple, et dans celles
+qui sont exposées directement au plein jour; si elle
+était moindre, les tableaux seraient comme absorbés
+par la lumière répandue sur eux et offriraient une masse
+de lignes confuses au spectateur. Les modèles consacrés
+à l'étude de la ronde bosse sont plus instructifs
+encore que les précédents. Plusieurs de ceux que nous
+possédons sont des moulages en plâtre d'oeuvres connues
+dans l'école. La tête, les bras, les jambes, le tronc,
+chaque partie du corps était coulée séparément. Voulait-on
+une figure complète? on assemblait les morceaux
+et on avait, selon le cas, une statue d'homme ou
+de femme, agenouillée ou debout, assise sur un siège
+ou accroupie sur les talons, le bras tendu en avant ou
+au repos le long du buste. Cette collection curieuse a
+été découverte à Tanis et date probablement du temps
+des Ptolémées. Les modèles d'époque pharaonique sont
+en calcaire tendre et représentent presque tous le portrait
+du souverain régnant. Ce sont de vrais dés à base
+rectangulaire, hauts de vingt-cinq centimètres en
+moyenne. On commençait par établir sur une des faces
+un réseau de lignes croisées à angle droit, et qui réglaient
+la position relative des traits du visage, puis on
+attaquait la face opposée, en se guidant d'après l'échelle
+inscrite au revers. L'ovale seul est dessiné nettement
+sur le premier bloc: un saillant au milieu, deux rentrants
+à droite et à gauche indiquent vaguement la position
+du nez et des yeux. La forme s'accuse à mesure qu'on passe d'un bloc à l'autre, et le visage sort peu à
+peu de la masse où il était enfermé. L'artiste en limite
+les contours, au moyen de tailles menées parallèlement
+de haut en bas, puis abat les angles des tailles et les
+tond de manière à préciser le modelé: les linéaments
+se dégagent, l'oeil se creuse, le nez s'affine, la bouche
+s'épanouit. Au dernier bloc, il ne reste plus rien d'inachevé
+que l'uraeus et le détail de la coiffure. Nous
+n'avons aucun morceau d'école en granit ou en basalte;
+mais les Égyptiens, comme nos marbriers de cimetière,
+gardaient toujours en magasin des statues de pierre
+dure, à moitié prêtes, et qu'ils pouvaient terminer aisément
+en quelques heures. Les mains, les pieds, le buste
+n'attendent plus que la touche finale, mais la tête est à
+peine dégrossie et l'habit n'est qu'ébauché; une demi-journée
+aurait suffi pour transformer le masque en un
+portrait de l'acheteur et pour mettre le jupon à la mode
+nouvelle. Deux ou trois statues de ce genre nous révèlent
+le procédé aussi clairement que les modèles théoriques
+auraient pu le faire. La taille régulière et continue
+du calcaire ne convenait pas aux roches volcaniques,
+la pointe seule parvenait à les assouplir et à triompher
+de leur résistance. Lorsqu'à force de patience et de
+temps, elle avait amené l'oeuvre au point voulu, s'il y
+avait encore çà et là quelques aspérités, quelques
+noyaux de substances hétérogènes, qu'on n'osait attaquer
+résolument de peur d'enlever avec elles les parties
+environnantes, on avait recours à un instrument nouveau.
+L'artiste appuyait sur la parcelle superflue le
+tranchant d'un galet en forme de hache, et d'un second
+galet arrondi, qui remplaçait le maillet, frappait à coups mesurés sur cet engin grossier: le point ainsi traité
+s'écrasait sous le choc et s'en allait en poussière. Les
+menus défauts corrigés, le monument avait encore
+l'aspect fruste et terne. Il fallait le polir pour faire
+disparaître les cicatrices de la pointe et du marteau.
+L'opération était des plus délicates, un tour de main
+malheureux, une distraction d'un moment, et l'oeuvre
+de longues semaines était gâtée sans retour. La
+dextérité des praticiens rendait un accident assez rare.
+Examinez le Sovkoumsaouf de Boulaq, examinez le
+Ramsès II colossal de Louxor. Les jeux de lumière
+empêchent d'abord l'oeil d'en bien saisir les délicatesses;
+mais si vous vous placez dans un jour favorable, le détail
+du genou et de la poitrine, de l'épaule et du visage,
+n'est pas moins finement exprimé sur le granit qu'il
+ne l'est sur le calcaire. Le poli à outrance n'a pas plus
+gâté les statues égyptiennes qu'il n'a fait celles des
+sculpteurs italiens de la Renaissance.<br><br>
+
+Au sortir des mains du sculpteur, l'oeuvre tombait
+entre celles du peintre. Elle aurait été jugé imparfaite
+si on lui avait laissé la teinte de la pierre dans laquelle
+elle était taillée. Les statues étaient peintes des pieds à
+la tête. Dans les bas-reliefs, le fond restait nu, les
+figures étaient enluminées. Les Égyptiens avaient à leur
+disposition plus de couleurs qu'on n'est disposé à leur
+en prêter d'ordinaire. Les plus anciennes de leurs palettes--et
+on en connaît qui sont de la Ve dynastie--ont
+des compartiments séparés pour le jaune, le rouge,
+le bleu, le brun, le blanc, le noir et le vert. D'autres, à la
+XVIIIe dynastie, comptent trois variétés de jaune, trois
+de brun, deux de rouge et de bleu, deux de vert, en tout quatorze ou seize tons différents. On obtenait le
+noir en calcinant les os d'animaux. Les autres matières
+employées à la peinture existent naturellement dans le
+pays. Le blanc est du plâtre mêlé d'albumine ou de
+miel, les jaunes sont de l'ocre ou du sulfure d'arsenic,
+l'orpiment de nos peintres, les rouges de l'ocre, du cinabre
+ou du vermillon, les bleus du lapis-lazuli ou du
+sulfate de cuivre broyés. Si la substance était rare ou
+coûteuse, on lui substituait des produits de l'industrie
+locale. On remplaçait le lapis-lazuli par du verre coloré
+en bleu au sulfate de cuivre et qu'on réduisait en poussière
+impalpable. La couleur, conservée dans des sachets,
+était délayée, au fur et à mesure des besoins, avec
+de l'eau additionnée légèrement de gomme adragante.
+On l'étalait au moyen d'un calame ou d'une brosse en
+crin plus ou moins grosse. Bien préparée, elle était
+d'une solidité remarquable et s'est à peine modifiée au
+cours des siècles. Les rouges ont foncé, le vert s'est
+terni, les bleus ont verdi ou grisé, mais ce n'est qu'à la
+surface; dès qu'on enlève la couche extérieure, les dessous
+apparaissent brillants et inaltérés. Jusqu'à l'époque
+thébaine, on ne prit aucune précaution pour défendre
+la peinture contre l'action de l'air et de la lumière.
+Vers la XXe dynastie, l'usage se répandit de la recouvrir
+d'un vernis transparent, soluble dans l'eau, probablement
+la gomme d'une sorte d'acacia. L'emploi n'en était
+point le même partout: certains peintres l'étendaient
+également sur le tableau entier, d'autres se contentaient
+d'en glacer les ornements et les accessoires, sans toucher
+aux nus ni aux vêtements. Il s'est craquelé sous l'influence
+du temps, ou a noirci au point de gâter ce qu'il aurait dû protéger. Les Égyptiens reconnurent sans
+doute les mauvais effets qu'il produisait, car on ne le
+rencontre plus à partir de la XXe dynastie.<br><br>
+
+De grandes teintes plates, uniformes, juxtaposées,
+mais non fondues: on enluminait, on ne peignait
+pas au sens où nous prenons le mot. De même qu'en
+dessinant, on résumait les lignes et on supprimait
+presque le modelé interne, en mettant la couleur, on
+la simplifiait et on ramenait à une seule teinte, non
+rompue, toutes les variétés de tons qui existent naturellement
+sur un objet ou qu'y produisent les jeux
+de l'ombre et de la lumière. Elle n'est jamais ni
+entièrement vraie ni entièrement fausse. Elle se rapproche
+de la nature autant que possible, mais sans prétendre
+à l'imiter fidèlement, l'atténue tantôt, tantôt
+l'exagère et substitue un idéal, une convention à la réalité
+visible. L'eau est toujours d'un bleu uni ou rayé
+de zigzags noirs. Les reflets fauves et bleuâtres du vautour
+sont rendus par du rouge vif et du bleu franc.
+Tous les hommes ont le nu brun, toutes les femmes
+l'ont jaune clair. On enseignait dans les ateliers la couleur
+qui convenait à chaque être ou à chaque objet, et
+la recette, une fois composée, se transmettait sans changement
+de génération en génération. De temps à autre
+quelques peintres plus hardis que le commun se risquaient
+à rompre avec la tradition. Vous trouverez des
+hommes au teint jaune comme celui des femmes, à
+Saqqarah sous la Ve dynastie, à Ibsamboul sous la XIXe,
+et des personnages aux chairs roses, dans les tombeaux
+de Thèbes et d'Abydos, vers l'époque de Thoutmos IV
+et d'Harmhabi. Ces nouveautés ne duraient guère, un siècle au plus, et l'école retombait dans ses anciens
+errements. N'allez pas imaginer cependant que l'ensemble
+produit par ce coloris factice soit criard ou discordant.
+Même dans des ouvrages de petite dimension,
+manuscrits du <i>Livre des Morts</i>, ornements des cercueils
+ou des coffrets funéraires, il a de l'agrément etde la douceur.
+Les tons les plus vifs y sont juxtaposés avec une
+hardiesse extrême, mais avec la pleine connaissance
+des relations qui s'établissent entre eux et des phénomènes
+qui résultent nécessairement de ces relations.
+Ils ne se heurtent, ne s'exaspèrent, ni ne s'éteignent; ils
+se font valoir naturellement et donnent naissance, par
+le rapprochement, à des demi-tons qui les accordent.
+Passez du petit au grand, du feuillet de papyrus ou du
+panneau en bois de sycomore à la paroi des tombeaux
+et des temples, l'emploi habile des teintes plates, loin
+d'y blesser l'oeil, le flatte et le caresse. Chaque mur
+est traité comme un tout, et l'harmonie des couleurs
+s'y poursuit à travers les registres superposés: tantôt
+elles sont réparties avec rythme ou symétrie, d'étage
+en étage, et s'équilibrent l'une par l'autre, tantôt
+l'une d'elles prédomine et détermine une tonalité générale,
+à laquelle le reste est subordonné. L'intensité de
+l'ensemble est toujours proportionnée à la qualité et à la
+quantité de lumière que le tableau devait recevoir. Dans
+les salles entièrement sombres, le coloris est poussé
+aussi loin que possible; moins fort, on l'aurait à peine
+aperçu à la lueur vacillante des lampes et des torches.
+Aux murs d'enceinte et sur la face des pylônes, il
+atteignait la même puissance qu'au fond des hypogées;
+si brutal qu'on le fît, le soleil en atténuait l'éclat. Il est doux et discret dans les pièces où ne pénètre
+qu'un demi-jour voilé, sous le portique des
+temples et dans l'antichambre des tombeaux. La peinture
+en Egypte n'était que l'humble servante de l'architecture
+et de la sculpture. La comparer à la nôtre ou
+même à celle des Grecs, il n'y faut point songer; mais
+si on la prend pour ce qu'elle est dans le rôle secondaire
+qui lui était assigné, on ne pourra s'empêcher de
+lui reconnaître des mérites peu communs. Elle a excellé
+au décor monumental, et si jamais on en revient
+à colorer les façades de nos maisons et de nos édifices
+publics, on ne perdra rien à étudier ses formules ou
+à rechercher ses procédés.<br><br><br>
+
+
+3.--LES OEUVRES.<br><br>
+
+La statue la plus ancienne qu'on ait trouvée jusqu'à
+ce jour est un colosse, le Sphinx de Gizèh. Il existait
+déjà du temps de Khéops, et peut-être ne se trompera-t-on
+pas beaucoup si l'on se hasarde à reconnaître en
+lui l'oeuvre des générations antérieures à Mini, celles
+que les chroniques sacerdotales appelaient les Serviteurs
+d'Hor. Taillé en plein roc, au rebord extrême du plateau
+libyque, il semble hausser la tête pour être le premier
+à découvrir par-dessus la vallée le lever de son père le
+soleil (Fig.179). Les sables l'ont tenu enterré jusqu'au
+menton pendant des siècles, sans le sauver de la ruine.
+Son corps effrité n'a plus du lion que la forme générale.
+Les pattes et la poitrine, réparées sous les Ptolémées et
+sous les Césars, ne retiennent qu'une partie du dallage
+dont elles avaient été revêtues à cette époque pour dissimuler les ravages du temps. Le bas de la coiffure est
+tombé, et le cou aminci semble trop faible pour soutenir
+le poids de la tête. Le nez et la barbe ont été brisés
+par des fanatiques, la teinte rouge qui avivait les traits
+est effacée presque partout. Et pourtant l'ensemble garde
+jusque dans sa détresse une expression souveraine de
+force et de grandeur. Les yeux regardent au loin devant
+eux, avec une intensité de pensée profonde, la bouche
+sourit encore, la face entière respire le calme et la puissance.
+L'art qui a conçu et taillé cette statue prodigieuse
+en pleine montagne était un art complet, maître de lui-même,
+sûr de ses effets. Combien de siècles ne lui avait-il
+pas fallu pour arriver à ce degré de maturité et de
+perfection? C'est par erreur qu'on a cru voir dans
+quelques morceaux appartenant à nos musées, les
+statues de Sapi et de sa femme au Louvre, les bas-reliefs
+du tombeau de Khâbiousokari à Boulaq, la rudesse et
+les tâtonnements d'un peuple qui s'essaye. La raideur
+du geste et de la pose, la carrure exagérée des épaules, la
+bande de fard vert barbouillée sous les yeux, les caractères
+qu'ils offrent et qu'on donne comme des marques
+d'antiquité, apparaissent sur des monuments certains
+de la Ve et de la VIe dynastie. Les sculpteurs d'un
+même siècle n'étant pas tous également habiles, si
+beaucoup étaient capables de bien faire, la plupart
+n'étaient que des manoeuvres, et l'on doit bien se garder
+de prendre pour gaucherie archaïque ce qui est chez
+eux maladresse ou insuffisance d'apprentissage. Les
+oeuvres des dynasties primitives dorment encore ignorées
+sous vingt mètres de sable au pied du Sphinx;
+celles des dynasties historiques sortent chaque jour du fond des tombeaux. Elles ne nous ont pas rendu l'art
+égyptien entier, mais une de ses écoles, la memphite fond des tombeaux.
+
+<img src="images/fig179.png" alt="" style="width: 700px; height: 943px;"><br>
+
+Le Delta, Hermopolis, Abydos, les environs de Thèbes,
+Assouân, ne commencent à se révéler que vers la
+VIe dynastie; encore est-ce par un petit nombre d'hypogées
+violés et dépouillés depuis longtemps. Le dommage
+n'est peut-être pas très grand. Memphis était
+alors la capitale, et la présence des Pharaons devait y
+attirer tout ce qui avait du talent dans les principautés
+vassales. Rien qu'avec le produit des fouilles pratiquées
+dans ses nécropoles, nous pouvons déterminer les caractères
+de la sculpture et de la peinture au temps de Snofrou et de ses successeurs, aussi exactement que si
+nous avions déjà entre les mains tous les monuments
+que la vallée entière tient en réserve pour ceux qui l'exploreront
+après nous. Le menu peuple des artistes excellait
+au maniement de la brosse et du ciseau, et les
+tableaux qu'il a tracés par milliers témoignent d'une
+habileté peu commune. Le relief en est léger, la couleur
+sobre, la composition bien entendue. Les architectures,
+les arbres, la végétation, les accidents de terrain sont
+indiqués sommairement, et là seulement où ils sont nécessaires
+à l'intelligence de la scène représentée. En revanche,
+l'homme et les animaux sont traités avec une
+abondance de détail, une vérité d'allures, et parfois une
+énergie de rendu, que les écoles postérieures ont rarement
+au même degré. Les six panneaux en bois du
+tombeau d'Hosi, au musée de Boulaq, sont peut-être ce
+que nous avons de mieux en ce genre. Mariette les attribuait
+à la IIIe dynastie, et peut-être a-t-il raison de le
+faire: je pencherai pourtant à en placer l'exécution sous
+la Ve. La donnée du tableau n'est rien: Hosi, debout
+(Fig.180) ou assis, et, au-dessus de sa tête, quatre ou cinq colonnes d'hiéroglyphes. Mais, quelle fermeté de trait,
+quelle entente du modelé, quelle souplesse d'exécution!
+Jamais on n'a taillé le bois d'une main plus ferme et
+d'un ciseau plus délicat.<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Les statues ne présentent point la variété de gestes
+et d'attitudes qu'on admire dans
+les tableaux. Un pleureur, une
+femme qui écrase le grain du
+ménage, le boulanger qui brasse
+la pâte sont aussi rares en ronde
+bosse qu'ils sont fréquents en
+bas-reliefs. La plupart des personnages
+sont tantôt debout et
+marchant, la jambe en avant,
+tantôt debout, mais immobiles
+et les deux pieds réunis, tantôt
+assis sur un siège ou sur un dé
+de pierre, quelquefois agenouillés,
+plus souvent accroupis le
+buste droit et les jambes à plat
+sur le sol, comme les fellahs
+d'aujourd'hui. Cette monotonie
+voulue s'expliquerait peu si l'on
+ne connaissait l'usage auquel
+ces images étaient destinées. Elles représentaient le
+mort pour qui le tombeau avait été creusé, ses parents,
+ses employés, ses esclaves, les gens de sa famille.
+Le maître est toujours assis ou debout, et il ne pouvait
+guère avoir d'autre position. Le tombeau en effet est la
+maison où il repose de la vie, comme il faisait jadis
+dans sa maison terrestre, et les scènes tracées sur les parois nous montrent les actes qu'il y accomplissait officiellement.
+Ici, il assiste aux travaux préliminaires de
+l'offrande qui le nourrit, la semaille et la récolte, l'élève
+des bestiaux, la pêche, la chasse, les manipulations des
+métiers, et <i>surveille toutes les oeuvres qu'on accomplit
+pour la demeure éternelle</i>: il est alors debout, la tête
+haute, les mains pendantes ou armées de bâtons de
+commandement. Ailleurs, on lui apporte l'une après
+l'autre les diverses parties de l'offrande, et alors il est
+assis sur un fauteuil. Ces deux poses qu'il a dans les
+tableaux,&nbsp;&nbsp; il&nbsp; les&nbsp; garde&nbsp; dans&nbsp; les statues.&nbsp;&nbsp; Debout,&nbsp;&nbsp; il est
+censé
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig180.png" alt="" style="width: 250px; height: 542px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ recevoir l'hommage des vassaux; assis, il prend
+sa part du repas de famille. Les gens de la maison ont
+comme lui l'attitude qui convient à leur rang et à leur
+métier. L'épouse est debout, assise sur le même siège
+ou sur un siège isolé, accroupie aux pieds de l'époux,
+comme pendant la vie. Le fils a le costume de l'enfance,
+si la statue a été commandée tandis qu'il était
+encore enfant, le geste et l'attribut de sa charge, s'il est
+à l'âge d'homme. Les esclaves broient le grain, les celleriers
+poissent l'amphore, les pleureurs se lamentent
+et s'arrachent les cheveux. La hiérarchie sociale suivait
+l'Égyptien dans la tombe et réglait la pose après, comme
+elle l'avait réglée avant la mort. Et là ne s'arrêtait
+point l'influence que la conception religieuse de l'âme
+exerçait sur l'art du sculpteur. Du moment que la statue
+est le support du double, la première condition à
+remplir pour que celui-ci puisse s'adapter aisément à
+son corps de pierre, c'est qu'elle reproduise, au moins
+sommairement, les proportions et les particularités du
+corps de chair. La tête est donc un portrait fidèle. Le corps, au contraire, est pour ainsi dire un corps moyen,
+qui montre le personnage au meilleur de son développement,
+et lui permet d'exercer parmi les dieux la plénitude
+de ses fonctions physiques: les hommes sont
+toujours dans la force de l'âge, les femmes ont toujours
+le sein ferme et les hanches minces de la jeune fille.
+C'est seulement dans le cas d'une difformité par trop
+forte qu'on se départait de cet idéal. On donnait à la
+statue d'un nain toutes les laideurs du corps du nain,
+et il fallait bien qu'il en fût ainsi. Si l'on avait mis
+dans la tombe une statue régulière, le double, habitué
+pendant la vie terrestre à la difformité de ses membres,
+n'aurait pu s'appuyer sur ce corps redressé et n'aurait
+pas été dans les conditions nécessaires pour bien vivre
+désormais. L'artiste n'était libre que de varier le détail
+et de disposer les accessoires à son gré; il n'aurait pu
+rien changer à l'attitude et à la ressemblance générales
+sans manquer à la destination de son oeuvre. La répétition
+obstinée des mêmes motifs produit sur le spectateur
+une véritable monotonie, et l'impression qu'il
+ressent est encore augmentée par l'aspect particulier
+que les tenons prennent sous la main du sculpteur.
+Les statues sont appuyées pour la plupart à une sorte
+de dossier rectangulaire qui monte droit derrière elles,
+et, tantôt se termine carrément au niveau du cervelet,
+tantôt s'achève en un pyramidion dont la pointe se
+perd parmi les cheveux, tantôt s'arrondit au sommet et
+paraît au-dessus de la tête du personnage. Les bras
+sont rarement séparés du corps; dans bien des cas,
+ils adhèrent aux côtes et à la hanche. Celle des jambes
+qui porte en avant est reliée souvent au dossier, sur toute sa longueur, par une tranche de pierre. La raison
+en serait, dit-on, l'imperfection des outils: le
+sculpteur n'aurait pas détaché les épaisseurs de matière
+superflue, de peur de briser par contre-coup le membre
+qu'il modelait. L'explication a dû être valable au début;
+elle ne l'était plus dès la IVe dynastie, car nous avons
+plus d'un morceau, même en granit, où tous les membres
+sont libres, soit qu'on les ait affranchis au ciseau,
+soit qu'on les ait dégagés au violon. Si l'usage des tenons
+persista jusqu'au bout, ce ne fut pas impuissance,
+mais routine ou respect exagéré pour les enseignements
+du passé.<br><br>
+
+La plupart des musées sont pauvres en statues de
+l'école memphite. La France et l'Egypte en possèdent,
+parmi beaucoup de médiocres, une vingtaine qui suffisent
+à lui assurer un rang honorable dans l'histoire
+de l'art, le <i>Scribe accroupi</i>, Skhemka, Pahournofrî, au
+Louvre, le <i>Sheikh-el-beled</i> et sa femme, Khâfrî, Rânofir,
+le <i>Scribe agenouillé</i>, à Boulaq. L'original du scribe
+accroupi n'était point beau (Fig.181), mais son portrait
+est d'une vérité et d'une vigueur qui compensent largement
+ce qui manque en beauté idéale. Les jambes repliées
+sous lui et posées à plat, dans une de ces
+positions familières aux Orientaux, mais presque impossibles
+à garder pour un Européen, le buste droit et
+bien d'aplomb sur les hanches, la tête levée, la main
+armée du calame et déjà en place sur la feuille de papyrus
+étalée, il attend encore, à six mille ans de distance, que le
+maître veuille bien reprendre la dictée interrompue. La
+figure est presque carrée, les traits fortement accentués
+
+<img src="images/fig181.png" alt="" style="width: 700px; height: 823px;"><br>
+
+indiquent l'homme dans la force de l'âge. La bouche, longue et garnie de lèvres minces, se relève un peu vers
+les coins et disparaît presque dans la saillie des muscles
+qui l'encadrent; les joues sont
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 40%;">
+<img src="images/fig182.png" alt="" style="width: 250px; height: 559px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 60%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+ plutôt osseuses et dures,
+les oreilles détachées de la tête sont épaisses et lourdes,
+le front bas est couronné d'une chevelure drue et coupée
+ras. L'oeil, grand et bien ouvert, doit une vivacité particulière
+à une fraude ingénieuse de l'artisan antique.<br><br>
+
+L'orbite de pierre qui l'enchâsse a été évidé, et le creux
+rempli par un assemblage d'émail blanc et noir; une
+monture en bronze accuse le rebord des paupières,
+tandis qu'un petit clou d'argent, placé au fond de la
+prunelle, reçoit la lumière, et, la renvoyant, simule
+l'éclair d'un regard véritable.
+Les chairs sont un peu molles et
+pendantes, comme il convient
+à un homme d'un certain âge,
+que ses occupations privent
+de tout exercice violent. Les
+bras et le dos sont d'un bon
+relief; les mains, osseuses et
+sèches, ont des doigts de longueur
+plus qu'ordinaire, le
+genou est fouillé avec minutie.
+Le corps entier est entraîné,
+pour ainsi dire, par le mouvement
+de la figure et sous l'influence
+du même sentiment
+d'attente qui domine dans la
+physionomie; les muscles du
+bras, du buste et de l'épaule
+sont dans un demi-repos seulement, prêts à se remettre
+au travail. Le souci de l'attitude professionnelle et du
+geste caractéristique se retrouve avec la même évidence
+sur toutes les statues que j'ai eu l'occasion d'étudier.
+Khâfrî est roi (Fig.182). Il est assis carrément sur le
+siège de sa dignité, les mains aux genoux, le buste ferme,
+le chef haut, le regard assuré. L'inscription qui nous
+apprend son nom aurait été détruite
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+et les marques de son rang enlevées, que nous aurions deviné le Pharaon
+à sa mine: tout en lui trahit l'homme habitué dès l'enfance à se sentir investi de l'autorité souveraine.
+Rânofir appartient à une des grandes familles féodales
+de l'époque. Il est debout, les
+bras collés au corps, la jambe
+gauche portée en avant, dans la
+pose du prince qui regarde ses
+vassaux défiler devant lui. Le masque est hautain,
+la démarche hardie; mais on n'y sent déjà plus le
+calme et l'assurance surhumaine comme dans les statues
+de Khâfrî. Avec le <i>Sheikh-el-beled</i> (Fig.183) on
+descend de plusieurs degrés dans
+
+<img src="images/fig183.png" alt="" style="width: 700px; height: 622px;"><br>
+
+ l'échelle sociale. Râmké était <i>surintendant des travaux</i>, probablement un
+des chefs de corvée qui bâtirent&nbsp; les&nbsp; grandes&nbsp; pyramides,&nbsp;&nbsp;
+et&nbsp; appartenait&nbsp; à&nbsp; la&nbsp; classe&nbsp; moyenne.&nbsp;&nbsp; Il&nbsp; est&nbsp; tout&nbsp; empreint&nbsp; de
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="4" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: justify; vertical-align: top; width: 50%; font size:14pt; font-family: serif;">
+<img src="images/fig185.png" alt="" style="width: 350px; height: 815px;"><br>
+
+communs, à l'humeur acariâtre. Le <i>Scribe agenouillé</i>
+de Boulaq (Fig.186) appartenait aux rangs les
+moins élevés de la petite
+bourgeoisie, telle qu'elle
+existe aujourd'hui encore;
+s'il n'était pas mort depuis
+six mille ans, je jurerais
+l'avoir dévisagé, il y a six
+mois, dans une des petites
+villes du Saïd. Il vient
+d'apporter à l'examen de
+son chef un rouleau de papyrus
+ou une tablette chargée
+d'écritures. Agenouillé
+selon l'ordonnance, les
+mains croisées, le dos arrondi,
+la tête infléchie légèrement,
+il attend qu'on
+ait fini de lire. Pense-t-il?
+Les scribes n'étaient pas
+sans éprouver des
+appréhensions secrètes
+lorsqu'ils
+comparaissaient devant
+leurs supérieurs.<br>
+
+
+<img src="images/fig187.png" alt="" style="width: 350px; height: 554px;"><br>
+
+<br>entier à son travail;
+rien n'est plus naturel que la demi-flexion de ses jarrets et l'effort avec lequel il se penche sur le pétrin. Le nain
+a la tête grosse, allongée, cantonnée de deux vastes
+oreilles (Fig.188). La figure est niaise, l'oeil ouvert étroitement
+et retroussé
+vers les tempes, la
+bouche mal fendue.
+La poitrine est robuste
+et bien développée,
+mais le torse
+n'est pas en proportion
+avec le reste du
+corps. L'artiste a eu
+beau s'ingénier à en
+voiler la partie inférieure
+sous une
+belle jupe blanche,
+on sent qu'il est trop
+long pour les bras
+et pour les jambes.
+Le ventre se projette
+en pointe et les hanches
+se retirent pour
+faire contrepoids au
+ventre. Les cuisses
+n'existent guère qu'à
+l'état rudimentaire,
+et l'individu entier,
+porté qu'il est sur de
+petits pieds contrefaits, semble être hors d'aplomb et
+prêt à tomber face contre terre. On trouverait difficilement
+ailleurs une oeuvre qui reproduise plus spirituellement, sans les exagérer, les caractères propres au nain.
+
+
+<img src="images/fig189.png" alt="" style="width: 350px; height: 436px;"><br>
+comparables à ce
+que les siècles précédents
+avaient
+produit de meilleur.
+Les peintures
+de Siout, de Bershèh, de Béni-Hassan,
+de Méïdoum,
+d'Assouân, ne valent point celles des Mastabas de Saqqarah
+et de Gizèh; les statues les plus soignées sont
+inférieures au <i>Sheikh-el-beled</i> et au <i>Scribe accroupi</i>.
+Deux pourtant ont très bonne façon, le général Râhotpou
+et sa femme Nofrit. Râhotpou (Fig.189), malgré son haut
+titre, était de petite extraction; solide et bien découplé,
+il a quelque chose d'humble dans la physionomie.
+Nofrit, au contraire (Fig.190), était princesse du
+sang; je ne sais quoi d'impérieux et de résolu est
+répandu sur toute sa personne, que le sculpteur a très habilement rendue. Elle est serrée dans une robe ouverte
+en pointe sur la poitrine; les épaules, les seins, le
+ventre, les cuisses se modèlent sous l'étoffe avec une
+grâce et une chasteté qu'on ne saurait trop louer. La
+figure, ronde et grassouillette, est encadrée entre des
+masses de tresses fines,
+retenues par un
+bandeau richement
+décoré. Les deux
+époux sont en calcaire
+et peints, le mari en
+rouge brun, la femme&nbsp;
+en&nbsp; jaune&nbsp; bistre.&nbsp; Les&nbsp;
+autres&nbsp; statues&nbsp; de
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+contentement et de suffisance bourgeoise. On
+le voit surveillant ses manoeuvres, debout et le bâton
+d'acacia à la main.
+Les pieds étaient pourris,
+mais on lui en a
+fourni de nouveaux. Le
+corps est lourd et charnu,
+l'encolure épaisse, la tête
+(Fig.184) ne manque pas
+d'énergie dans sa vulgarité,
+les yeux sont rapportés
+comme ceux du
+<i>Scribe accroupi</i>. Par un
+hasard singulier, il ressemblait
+au Sheikh-el-beled
+ou maire de Saqqarah
+au moment de la
+découverte. Les fellahs,
+toujours prompts à saisir
+le côté plaisant des choses,
+l'appelèrent aussitôt
+<i>Sheikh-el-beled</i>, et le nom
+lui en est demeuré. L'image
+de sa femme, qu'il
+avait enterrée à côté de la
+sienne, est malheureusement
+très mutilée: ce
+n'est plus qu'un tronc
+sans bras ni jambes
+(Fig.185). On ne laisse pas que d'y reconnaître un bon
+type des dames égyptiennes de condition médiocre, aux traits
+
+<img style="text-align: right; width: 350px; height: 687px;" src="images/fig186.png" alt="" ><br>
+
+<br><br>Le bâton
+jouait un grand
+rôle dans les relations
+administratives: une erreur d'addition, une faute
+d'orthographe, une instruction mal comprise, un
+ordre exécuté gauchement, et les coups allaient leur train. Le sculpteur a saisi on ne peut mieux l'expression
+d'incertitude résignée et de douceur moutonne, que
+l'habitude d'une vie entière passée au service avait
+donnée à son modèle. La bouche sourit, car ainsi le
+veut l'étiquette, mais le sourire n'a rien de joyeux. Le
+nez et les joues grimacent
+à l'unisson de la
+bouche. Les deux gros
+yeux en émail ont le
+regard fixe de l'homme
+qui attend sans vouloir
+arrêter sa vue et concentrer
+sa pensée sur un
+objet déterminé. La face
+manque d'intelligence
+et de vivacité; après
+tout, le métier n'exigeait
+pas une grande
+agilité d'esprit. Khâfrî
+est en diorite, Râmké
+et sa femme sont en
+bois, les autres en calcaire;
+quelle que soit la matière employée, le jeu
+du ciseau a été partout aussi libre, aussi fin, aussi
+délicat. La tête de scribe et le bas-relief du Louvre
+qui représente le Pharaon Menkoouhor, le nain
+Khnoumhotpou et les esclaves préparant l'offrande du
+musée de Boulaq ne le cèdent en rien au <i>Scribe
+accroupi</i> ou au <i>Sheikh-el-beled</i>. Le boulanger brassant
+la pâte (Fig.187) est tout
+
+
+<img style="text-align: right; width: 350px; height: 681px;" src="images/fig188.png" alt=""><br>
+
+La sculpture du premier empire thébain se rattache
+directement à celle de l'empire memphite. Procédés
+matériels, dessin, composition, elle lui a tout emprunté,
+sauf les proportions qu'elle donne au corps humain;
+à partir de la XIe dynastie, les jambes sont plus longues
+et plus grêles, les
+hanches plus minces,
+la taille et le
+cou plus élancés.
+La plupart des oeuvres
+qu'elle nous a
+léguées ne sont pas
+
+
+<img style="text-align: right; width: 350px; height: 510px;" src="images/fig190.png" alt="" ><br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+particuliers
+que j'ai vues,celles surtout qui proviennent
+de Thèbes,
+sont décidément mauvaises,
+rudes de travail
+et vulgaires d'expression.
+Les royales,
+presque toutes en granit
+noir ou gris, ont été usurpées en partie par des
+rois d'époque postérieure, l'Ousirtasen III, dont la
+tête et les pieds sont au Louvre, par Amenhotpou III,
+les sphinx du Louvre, les colosses de Boulaq par
+Ramsès II, et plus d'un musée possède de prétendues
+images des Pharaons Ramessides qu'un examen
+attentif nous contraint de restituer à la XIIIe ou à
+la XIVe dynastie. Ceux dont l'origine n'est l'objet d'aucun
+doute, le Sovkhotpou III du Louvre, le Mermashaou de Tanis, le Sovkoumsaouf de Boulaq, les
+colosses de l'île d'Argo sont d'un art très habile, mais
+sans vigueur et sans originalité; on dirait que les
+sculpteurs se sont efforcés de les ramener tous à un
+même type banal et souriant. Le contraste n'en est que
+plus grand lorsqu'on passe de ces poupées gigantesques
+aux sphinx en granit noir, que Mariette découvrit à
+Tanis, en 1861, et dont il attribua l'érection aux Hyksos.
+Là, ce n'est plus l'énergie qui fait défaut. Le corps de
+lion nerveux, ramassé sur lui-même, est plus court
+qu'il n'est dans les sphinx ordinaires. La tête, au lieu
+d'être coiffée du linge flottant, est revêtue d'une puissante
+crinière qui encadre le visage. Petits yeux, nez
+aquilin, écrasé par le bout, pommettes saillantes, lèvre
+inférieure avancée légèrement, l'ensemble de la physionomie
+est si peu en accord avec ce que nous sommes
+accoutumés à rencontrer en Égypte, qu'on y a reconnu
+la preuve d'une origine asiatique (Fig.191). Nos sphinx
+sont certainement antérieurs à la XVIIIe dynastie, car
+un des rois d'Avaris, Apopi, a gravé son nom sur leur
+épaule; mais on a conclu trop vite de cette circonstance
+qu'ils étaient du temps de ce prince. En les
+examinant de plus près, on voit qu'ils ont été dédiés à
+un Pharaon d'une des dynasties précédentes, et
+qu'Apopi se les est seulement appropriés. Rien ne
+prouve que ce Pharaon ait été postérieur à l'invasion
+asiatique: ses monuments sont peut-être l'oeuvre d'une
+école locale, dont l'origine était indépendante et dont
+les traditions différaient de celles des ateliers memphites.
+L'art provincial de l'Égypte nous est si peu
+connu en dehors d'Abydos, d'El-Kab, d'Assouân et de deux ou trois autres sites, que je n'ose trop insister
+sur cette hypothèse. Quelle que soit l'origine de l'école
+tanite, elle continua d'exister longtemps encore après
+l'expulsion des Pasteurs, car une de ses meilleures
+oeuvres, un groupe qui représente les deux Nils, celui
+du Nord et celui du Sud, apportant leurs tablettes chargées
+de fleurs et de poissons, a été
+
+<img src="images/fig191.png" alt="" style="width: 700px; height: 596px;"><br>
+
+consacré par Psousennés de la XXIe dynastie. Les trois premières dynasties du nouvel empire
+fournissent à elles seules plus de monuments que toutes
+les autres réunies: bas-reliefs peints, tableaux, statues
+de rois et de particuliers, colosses, sphinx, c'est par centaines
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+qu'on les compte de la quatrième cataracte aux
+bouches du Nil. Les vieilles cités sacerdotales, Memphis,
+Thèbes, Abydos, sont naturellement les plus
+riches; mais l'activité est si grande que des bourgades
+perdues, Ibsamboul, Radésièh, Méshéïkh, ont leurs
+chefs-d'oeuvre comme les grandes villes. Les portraits
+officiels d'Amenhotpou Ier à Turin, de Thoutmos Ier et
+de Thoutmos III au British Museum, à Karnak, à Turin,
+à Boulaq, sont encore conçus dans l'esprit de
+la XIIe et de la XIIIe dynastie et n'ont point beaucoup
+d'originalité; mais les bas-reliefs des tombeaux et des
+temples marquent un progrès sensible sur ceux des
+siècles antérieurs. La saillie en est plus accentuée, le
+modelé mieux ressenti, les personnages sont en plus
+grand nombre et mieux groupés, la perspective recherchée
+avec plus de soin et de curiosité; les tableaux du
+temple de Déir-el-Baharî, ceux du tombeau de Houi,
+de Rekhmirî, d'Anna, de Khâmhâ, de vingt autres à
+Thèbes, sont d'une richesse, d'un éclat, d'une variété
+inattendus. L'instinct du pittoresque s'éveille, et les
+dessinateurs introduisent&nbsp; dans&nbsp; la&nbsp; composition&nbsp; les détails
+
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 25%;">
+<img src="images/fig192.png" alt="" style="width: 400px; height: 536px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig193.png" alt="" style="width: 350px; height: 670px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+d'architecture, les reliefs du sol, les plantes exotiques,
+tous les détails qu'on négligeait autrefois ou
+qu'on se contentait d'indiquer sommairement. Le goût
+du colossal, un peu émoussé depuis le temps du grand
+sphinx, renaît et se développe de nouveau. Amenhotpou
+III ne se contente plus des statues de cinq ou six
+mètres de haut qui suffisaient à ses ancêtres. Celles
+qu'il élève devant sa chapelle funéraire, sur la rive
+gauche du Nil, à Thèbes, et dont l'une est le Memnon
+des Grecs, ont seize mètres; elles sont en granit, d'un seul bloc et façonnées avec autant de soin que si
+elles étaient de taille ordinaire. Les avenues de sphinx
+qu'il lance en avant des temples, à Louxor et à Karnak,
+ne s'arrêtent pas à quelques toises de la porte, elles se
+prolongent à distance; ici c'est le lion à tête humaine,
+là c'est le bélier agenouillé. Son successeur, le révolutionnaire
+Khouniaton,
+loin d'enrayer
+ce mouvement, fit
+ce qu'il put pour
+l'accélérer. Nulle
+part, peut-être, les
+sculpteurs n'eurent
+plus de liberté qu'auprès
+de lui, à Tell-Amarna.
+Défilés de
+troupes, promenades
+en char, fêtes populaires,
+réceptions solennelles
+et distributions
+de récompenses
+par le souverain,
+des palais, des
+villas, des jardins, les sujets qu'il leur permettait
+d'aborder se distinguaient par tant de points des motifs
+traditionnels, qu'ils pouvaient s'abandonner sans
+contrainte à leur fantaisie et à leur génie naturel. Ils
+ne se privèrent point de le faire avec une verve et un
+entrain qu'on ne saurait soupçonner avant d'avoir vu
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+leurs oeuvres à Tell-Amarna. Certains de leurs bas-reliefs
+ont une perspective presque régulière; tous rendent la vie et le mouvement des masses populaires
+avec une justesse irréprochable. La réaction politique
+et religieuse qui suivit ce règne singulier arrêta l'évolution
+et ramena
+les artistes à l'observance
+des régies antiques;
+mais leur
+influence personnelle
+et leur enseignement
+prolongèrent
+quelque chose
+de leur manière sous
+Harmhabi, sous
+Séti Ier, sous Ramsès
+II. Si l'art égyptien
+fut, pendant
+plus d'un siècle encore,
+doux, libre et
+fin, c'est à eux qu'il
+le doit. Peut-être n'a-t-il
+produit rien de
+plus parfait que les
+bas-reliefs du temple
+d'Abydos ou du tombeau
+de Séti Ier: la
+tête du conquérant
+(Fig.192), toujours
+dessinée avec amour, est une merveille de grâce émue
+et discrète. Le Ramsès II combattant d'Ibsamboul est
+presque aussi beau dans un autre genre que le portrait
+de Séti Ier; le mouvement par lequel il lève la lance a quelque chose d'anguleux, mais le sentiment de
+triomphe et de force qui anime le corps entier, l'attitude
+désespérée à la fois
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 45%;">
+<img src="images/fig194.png" alt="" style="width: 300px; height: 406px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;">
+<img src="images/fig195.png" alt="" style="width: 400px; height: 808px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+et résignée du vaincu rachètent
+amplement ce défaut. Le groupe d'Harmhabi et du
+dieu Amon (Fig.193) qu'on voit au musée de Turin
+est un peu sec de facture. La figure du dieu et celle du
+roi manquent d'expression,
+le corps est lourd et
+mal équilibré. Les beaux
+colosses en granit rose,
+qu'Harmhabi avait adossés
+aux jambages de la
+porte intérieure de son
+premier pylône à Karnak,
+les bas-reliefs de son spéos
+à Silsilis, son portrait et
+celui d'une des femmes de
+sa famille que possède le
+musée de Boulaq, sont
+pour ainsi dire sans tache
+et sans reproche. La reine (Fig.194) a une physionomie
+spirituelle et animée, de grands yeux presque à fleur de
+tête, une bouche large, mais bien proportionnée; elle est
+taillée dans un calcaire compact, dont la teinte laiteuse
+adoucit la malignité de son regard et de son sourire.
+Le roi (Fig.195) est en un granit noir dont le ton lugubre
+inquiète et trouble le spectateur au premier
+abord. Sa face, jeune, est empreinte d'une mélancolie
+assez rare chez les Pharaons de la grande époque. Le
+nez est droit, mince, bien attaché au front, l'oeil long.
+Les lèvres larges, charnues, un peu contractées aux commissures, se découpent à arêtes vives. Le menton
+est à peine alourdi par la barbe postiche. Chaque détail
+est traité avec autant
+d'adresse que si le sculpteur
+avait eu sous la main une
+pierre tendre et non pas une
+matière rebelle au ciseau;
+la sûreté de l'exécution est
+poussée si loin qu'on oublie
+la difficulté du
+travail pour ne
+plus songer qu'à
+la valeur de l'oeuvre.
+Il est fâcheux
+que les artistes
+égyptiens n'aient
+jamais signé leur
+nom, car celui
+qui a fait le portrait
+d'Harmhabi
+méritait d'être connu.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ De
+même que la XVIIIe dynastie,
+la XIXe voulut avoir ses
+colosses: le Ramsès II de
+Louxor mesurait entre cinq
+ou six mètres (Fig.196), celui
+du Ramesséum seize,
+celui de Tanis dix-huit environ;
+ceux d'Ibsamboul,
+sans atteindre à cette taille formidable, présentent à
+la rivière un front de bataille imposant. C'est presque un lieu commun aujourd'hui de dire que la décadence
+de l'art égyptien commença sous Ramsès II. Rien
+n'est pourtant moins vrai que cette sorte d'axiome.
+Sans doute, beaucoup des statues et des bas-reliefs qui
+furent exécutés de
+son temps sont
+d'une laideur et
+d'une rudesse qu'on
+a peine à concevoir;
+mais on les trouve
+surtout dans les villes
+de province, où les
+écoles n'étaient pas
+florissantes, et où
+les artistes n'avaient
+rien qui pût les guider
+dans leurs travaux.
+A Thèbes, à
+Memphis, à Abydos,
+à Tanis et dans les
+localités du Delta,
+où la cour résidait
+habituellement, même à Ibsamboul et à Beit-el-Oualli,
+les sculpteurs de Ramsès II ne le cèdent en rien à ceux
+de Séti Ier et d'Harmhabi. La décadence ne commença
+qu'après Mînephtah. Lorsque les guerres civiles et les
+invasions étrangères mirent l'Égypte à deux doigts de
+sa perte, l'art souffrit comme le reste et
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig196.png" alt="" style="width: 350px; height: 503px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig197.png" alt="" style="width: 200px; height: 684px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+baissa rapidement.
+La peinture et la sculpture sur pierre faiblirent
+en premier: rien n'est plus triste que de suivre les progrès
+de leur décadence sous les Ramessides, dans les tableaux des tombes royales, sur les reliefs du temple
+de Khonsou, sur les colonnes de la salle hypostyle à
+Karnak. La sculpture sur bois se maintint quelque
+temps encore; les admirables statuettes de prêtres et
+d'enfants du musée de Turin datent de la XXe dynastie.
+L'avènement de Sheshonq et les querelles
+des nomes entre eux achevèrent
+de ruiner Thèbes, et l'école qui avait
+produit tant de chefs-d'oeuvre s'éteignit
+misérablement.<br><br>
+
+La renaissance ne s'annonça que
+trois siècles plus tard, vers la fin de la
+dynastie éthiopienne. La statue trop
+vantée de la reine Ameniritis (Fig.197)
+présente déjà des qualités remarquables.
+Les formes, un peu longues
+et grêles, sont chastes et délicates; mais
+la tête, surchargée de la perruque des
+déesses, est morne d'apparence. Psamitik
+Ier, consolidé sur le trône par
+ses victoires, s'occupa activement de
+relever les temples. La vallée du Nil
+devint, sous sa direction, comme un
+vaste atelier de sculpture et de peinture. La gravure
+des hiéroglyphes atteignit une finesse admirable, les
+belles statues et les bas-reliefs se multiplièrent, une
+école nouvelle se forma. Elle est caractérisée par une
+élégance un peu sèche, par l'entente du détail, par une
+habileté merveilleuse dans la façon d'assouplir la pierre.
+Les Memphites avaient préféré le calcaire, les Thébaines
+le granit rose ou gris, les Saïtes s'attaquèrent de préférence au basalte, aux brèches, à la serpentine, et tirèrent
+un parti merveilleux de ces matières à grain fin et à
+pâte presque partout homogène. Le plaisir de triompher
+de la difficulté les entraîna souvent à la rechercher, et
+l'on vit des artistes de mérite passer des années et des
+années à ciseler des couvercles
+de sarcophage, et à découper
+des statuettes dans les
+blocs les plus durs. La Touéris et&nbsp; les&nbsp; quatre monuments
+du tombeau de Psamitik,&nbsp; au
+musée de
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+Boulaq, sont jusqu'à
+présent les pièces les
+plus remarquables que nous
+possédions de ce genre de
+travail. La Touéris (Fig.198)
+avait le privilège de protéger
+les femmes enceintes et de
+présider aux accouchements.
+Son portrait a été découvert
+à Thèbes, au milieu de la
+ville antique, par des fellahs
+en quête d'engrais pour leurs
+terres. Elle était debout dans
+une petite chapelle en calcaire blanc que le prêtre Pibisi
+lui avait dédiée, au nom de la reine Nitocris, fille
+de Psamitik Ier. Ce charmant hippopotame, au ventre
+arrondi et aux flasques mamelles de femme, est un bel
+exemple de difficulté vaincue; mais je ne lui connais
+point d'autre mérite. Le groupe de Psamitik a du
+moins quelque valeur artistique. Il se compose de quatre pièces en basalte vert, une table d'offrandes, une
+statue d'Osiris, une autre de Nephthys et une vache
+Hathor, à laquelle le mort est adossé (Fig.199); le
+tout un peu flou, un peu artificiel, mais la physionomie
+des divinités et du mort ne manque pas de douceur, la
+vache est d'un bon mouvement, le petit personnage
+qu'elle abrite se groupe bien avec elle. D'autres morceaux
+moins connus sont pourtant
+très supérieurs à ceux-là. Le style
+s'en reconnaît aisément. Ce n'est plus
+le faire large et savant
+de la première
+école memphite, ni
+la manière grandiose
+et souvent rude
+de la grande école
+thébaine; les proportions
+du corps
+s'amincissent et s'élongent,
+les membres
+perdent en vigueur
+ce qu'ils
+gagnent en élégance. On remarque en même temps un
+changement notable dans le choix des attitudes. Les
+Orientaux ont, à se délasser, des postures qui seraient
+des plus fatigantes pour nous. Ils passent des
+heures entières agenouillés ou assis comme les tailleurs,
+les
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 45%;">
+<img src="images/fig198.png" alt="" style="width: 300px; height: 634px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;">
+<img src="images/fig199.png" alt="" style="width: 400px; height: 502px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ jambes croisées et à plat contre sol; ou bien
+ils se mettent à croupetons, les genoux réunis et pliés, le
+gras du mollet appliqué au revers de la cuisse, sans toucher
+le sol autrement que de la plante des pieds; ou bien, ils s'assoient à terre, les jambes accolées, les
+bras croisés sur les genoux. Ces quatre poses étaient
+en usage, dans le peuple, dès l'ancien empire: les bas-reliefs
+le prouvent suffisamment. Mais les sculpteurs
+memphites avaient
+écarté de la statuaire les
+deux dernières, qu'ils jugeaient
+disgracieuses, et
+ne s'en servaient presque
+jamais. A voir le scribe
+accroupi du Louvre et le
+scribe agenouillé, on
+comprend le parti qu'ils
+savaient tirer des deux
+premières. La troisième
+fut négligée, pour les
+mêmes raisons sans
+doute, par les
+sculpteurs thébains.
+On commença
+à pratiquer
+la quatrième
+d'une
+manière courante,
+vers la
+XVIIIe dynastie. Peut-être n'était-elle pas auparavant
+de mode parmi les classes aisées qui, seules, étaient
+assez riches pour commander des statues;&nbsp;&nbsp; peut-être
+aussi, les
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 42%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+artistes n'aimaient-ils pas une position qui
+faisait ressembler leurs modèles à des paquets cubiques
+surmontés d'une tête humaine. Les sculpteurs de l'époque saïte n'eurent pas la même répugnance à en
+user que leurs prédécesseurs. Du moins ont-ils combiné
+l'action des membres de telle façon, qu'elle ne
+choque pas trop nos yeux et cesse presque d'être disgracieuse.
+Les têtes sont d'ailleurs d'une perfection
+qui rachète bien des défauts.
+Quelques-unes sont
+évidemment idéalisées:
+celle de Pedishashi
+(Fig.200) a une expression
+de jeunesse et de douceur
+spirituelle qu'on n'est pas
+habitué à rencontrer sous
+le ciseau d'un Égyptien.
+D'autres, au contraire,
+sont d'une sincérité brutale.
+Les rides du front,
+la patte d'oie, les plis de
+la bouche, les bosses du
+crâne, sont accusés avec une complaisance scrupuleuse
+sur la petite tête de scribe que le Louvre a récemment
+achetée (Fig.201), et sur celle que possède le
+prince Ibrahim au Caire. L'école saïte était, en effet,
+partagée entre deux partis différents. L'un cherchait
+ses modèles dans le passé et s'efforçait de renouveler
+l'art amolli de son temps par un retour aux procédés
+des plus anciennes écoles memphites: elle y réussit,&nbsp;&nbsp;
+et&nbsp; si&nbsp; bien,&nbsp;&nbsp; qu'on&nbsp; a&nbsp; confondu
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 58%;">
+<img src="images/fig200.png" alt="" style="width: 400px; height: 638px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 45%;">
+<img src="images/fig201.png" alt="" style="width: 300px; height: 403px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ parfois ses oeuvres avec
+les oeuvres les plus fines de la IVe et de la Ve dynastie.
+L'autre, sans s'écarter trop ouvertement de la
+tradition, étudiait de préférence le vif et se rapprochait de la nature plus qu'on ne l'avait fait jusqu'alors.
+Peut-être l'aurait-il emporté, si la
+conquête macédonienne et le contact
+prolongé des Grecs n'avaient
+détourné l'art égyptien vers des
+voies nouvelles. Le mouvement
+fut lent d'abord à se produire.
+Les sculpteurs habillèrent les successeurs
+d'Alexandre à l'égyptienne
+et les transformèrent en
+Pharaons, comme ils avaient fait
+avant eux les Hyksos et les Perses.
+Les pièces qu'on peut attribuer
+au règne des premiers Ptolémées
+ne diffèrent presque pas de celles
+de la bonne époque saïte, et c'est
+à peine si on remarque ça et là
+des traces d'influence grecque:
+ainsi le colosse d'Alexandre II, à
+Boulaq (Fig.202), est coiffé d'une
+étoffe flottante d'où s'échappent
+des boucles frisées. Bientôt pourtant,
+la vue des chefs-d'oeuvre&nbsp;&nbsp; de&nbsp;&nbsp;
+la&nbsp;&nbsp; Grèce&nbsp;&nbsp;&nbsp; détermina&nbsp;&nbsp;&nbsp; les&nbsp;&nbsp; Égyptiens
+
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 68%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+d'Alexandrie, de Memphis
+et des grandes villes du Delta à
+modifier leur manière de procéder.
+Une école mixte s'établit,
+qui combina certains éléments
+de l'art indigène avec d'autres éléments
+empruntés à l'art hellénique. L'Isis alexandrine du musée de Boulaq a encore le costume de
+l'Isis pharaonique: elle n'en a plus la sveltesse et le
+maintien guindé. Une effigie
+mutilée d'un prince
+de Siout, qui est également
+à Boulaq, pourrait
+presque passer pour une
+mauvaise statue grecque.
+Un certain Hor, dont le
+portrait a été découvert
+en 1881, au pied du Komed-damas,
+non loin de
+l'emplacement du tombeau
+d'Alexandre, nous a
+laissé l'oeuvre la plus forte
+qu'on ait de ce genre hybride
+(Fig.203). La tête
+est un bon morceau, d'un
+travail un peu sec. Le nez
+mince et long, les yeux
+rapprochés, la bouche petite
+et pincée aux coins, le
+menton carré, tous les
+traits concourent à prêter
+à la figure un caractère de
+dureté et d'obstination. La
+chevelure est coupée ras,
+pas assez cependant pour
+qu'elle ne se sépare naturellement en petites mèches
+épaisses. Le corps, revêtu de la chlamyde, est assez
+gauchement taillé et trop étroit pour la tête. L'un des bras pend, l'autre est ramené sur le ventre; les pieds
+manquent. Tous ces monuments sont sortis des fouilles
+récentes. Je ne doute pas que le sol d'Alexandrie ne
+nous en rendît beaucoup de pareils, si on pouvait
+l'explorer méthodiquement. L'école qui les produisit
+se rapprocha de plus en plus du
+style des écoles grecques, et la
+raideur, dont elle ne se dépouilla
+jamais entièrement, ne lui fut
+pas sans doute comptée comme un
+défaut, à une époque où certains
+sculpteurs au service de Rome se
+piquaient d'archaïsme. Je ne serais
+pas étonné si l'on venait à
+lui attribuer les statues de prêtres
+et de prêtresses revêtues d'insignes
+divins, dont Hadrien décora
+les parties égyptiennes de sa
+villa de Tibur. Hors du Delta,
+les écoles indigènes, livrées à
+leurs propres ressources, languirent
+et dépérirent peu à peu.
+Ce n'est pas que les modèles, ni
+même les artistes grecs, fissent
+entièrement défaut. J'ai découvert
+ou acheté dans la Thébaïde, au Fayoum, à Syène,
+des statuettes et des statues de style hellénique, d'un
+travail correct et soigné. Une d'elles, qui provient de
+Coptos, parait être une réplique en petit, d'une Vénus,
+analogue à la Vénus de Milo. Mais les sculpteurs du
+pays, trop inintelligents ou trop ignorants, ne surent pas tirer de ces modèles le parti que les Alexandrins
+avaient tiré des leurs. Quand ils voulurent prêter à leurs
+figures la souplesse
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 32%;">
+<img src="images/fig202.png" alt="" style="width: 200px; height: 790px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig203.png" alt="" style="width: 350px; height: 893px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ et la plénitude des formes grecques,
+ils ne réussirent qu'à leur faire perdre la précision
+sèche, mais savante que leurs maîtres avaient acquise. Au lieu du relief fin, délicat, peu élevé, ils adoptèrent un
+relief très saillant au-dessus du fond, mais d'une rondeur
+molle et d'un modelé sans vigueur. Les yeux
+sourient niaisement, l'aile du nez se relève; la commissure
+des lèvres, le menton, tous les traits du visage
+sont tirés et semblent vouloir converger vers un même
+point central, qui est placé au milieu de l'oreille. Deux
+écoles, indépendantes l'une de l'autre, nous ont légué
+leurs oeuvres. La moins connue florissait en Ethiopie,
+à la cour des rois à demi civilisés qui résidaient à
+Méroé. Un groupe, venu de Naga en 1882 et conservé
+à Boulaq, nous montre où elle en était arrivée au
+1er siècle de notre ère (Fig.204). Un dieu et une reine,
+debout côte à côte, sont ébauchés tant bien que mal
+dans un bloc de granit gris. L'oeuvre est fruste, lourde,
+mais ne manque pas de fierté et d'énergie. L'école qui
+l'avait produite, isolée et comme perdue au milieu de
+peuplades sauvages, tomba rapidement dans la barbarie
+et succomba probablement vers la fin du siècle
+des Antonins. L'Égyptienne se soutint quelque temps
+encore à l'abri de la domination romaine. Les Césars,
+non moins avisés que les Ptolémées, savaient qu'en
+flattant les sentiments religieux de leurs sujets égyptiens,
+ils assuraient leur domination sur la vallée du
+Nil. Ils firent restaurer ou rebâtir à grands frais les
+temples des dieux nationaux, sur les plans et dans l'esprit d'autrefois. Thèbes avait été détruite par le tremblement
+de terre de l'an 22 avant J.-C. et n'était
+plus pour eux qu'un lieu de pèlerinage où les dévots
+venaient écouter la voix de Memnon, au lever de l'aurore.
+Mais Tibère et Claude achevèrent la décoration
+de Dendérah et d'Ombos, Caligula travailla à Coptos,
+les Antonins à Philae et à Esnéh. Les escouades de
+manoeuvres qu'on employait en leur nom en savaient&nbsp;
+encore&nbsp; assez pour tracer des milliers de
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 60%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ bas-reliefs
+selon les règles d'autrefois. Ce qu'ils faisaient est
+mou, disgracieux, ridicule; la routine seule guidait
+leur ciseau: c'était la tradition antique, affaiblie et
+dégénérée si l'on veut, mais vivante encore et capable
+de ce renouvellement. Les troubles qui éclatèrent au
+milieu du IIIe siècle, les incursions des Barbares, les
+progrès et le triomphe du christianisme amenèrent la
+suspension des derniers travaux et la dispersion des
+derniers ouvriers: ce qui restait de l'art national mourut avec eux.
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 40%;">
+<img src="images/fig204.png" alt="" style="width: 250px; height: 641px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br><br>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<H2>CHAPITRE V</H2><br><br>
+
+
+LES ARTS INDUSTRIELS<br><br><br>
+
+
+J'ai dit brièvement ce que furent les arts nobles; il
+me reste à parler des arts industriels. Le goût du beau
+et l'amour du luxe avaient pénétré de bonne heure toutes
+les classes de la société. Vivant ou mort, l'Égyptien
+aimait avoir autour de lui et sur lui des bijoux et des
+amulettes de prix, des meubles soignés, des ustensiles
+élégants. Il voulait que tous les objets à son usage
+eussent, sinon la richesse de la matière, au moins la
+pureté de la forme, et la terre, la pierre, les métaux, le
+bois, les produits des pays ou des contrées lointaines,
+furent mis à contribution pour contenter ses exigences.<br><br><br>
+
+
+1.--LA PIERRE, LA TERRE ET LE VERRE.<br><br>
+
+On ne saurait parcourir une galerie égyptienne sans
+être surpris du nombre prodigieux de menues figures
+en pierre fine qui sont parvenues jusqu'à nous. On
+n'y voit pas encore le diamant, le rubis ni le saphir;
+mais, à cela près, le domaine du lapidaire était aussi
+étendu qu'il l'est aujourd'hui et comprenait l'améthyste,&nbsp; l'émeraude,&nbsp; le grenat,&nbsp; l'aigue-marine, le cristal de roche, la prase,&nbsp; les mille
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+variétés de l'agate et du jaspe, le lapis-lazuli,
+le feldspath, l'obsidienne, des roches comme le
+granit, la serpentine, le porphyre, des fossiles comme
+l'ambre jaune et certaines espèces de turquoises, des
+résidus de sécrétions animales comme le corail, la
+nacre, la perle, des oxydes métalliques comme
+l'hématite, la turquoise orientale et la malachite.
+Le plus grand nombre de ces substances
+étaient taillées en perles rondes, carrées,
+ovales, allongées en fuseau, en poire, en losange.
+Enfilées et disposées sur plusieurs
+rangs, on en fabriquait des colliers, et c'est par myriades qu'on les ramasse dans le sable des nécropoles,
+à Memphis, à Erment, près d'Akhmîm et
+d'Abydos. La perfection avec laquelle beaucoup d'entre
+elles sont calibrées, la netteté de la perce, la beauté
+du poli, font honneur aux ouvriers;
+mais là ne s'arrêtait pas leur science. Sans
+autre instrument que la pointe, ils les
+façonnaient en mille formes diverses,
+coeurs, doigts humains, serpents, animaux,
+images de divinités. C'étaient autant
+d'amulettes, et on les estimait moins peut-être
+pour l'agrément du travail que pour les vertus surnaturelles qu'on leur attribuait. La boucle de ceinture en
+cornaline était le sang d'Isis et lavait les péchés de son
+maître (Fig.205). La grenouille rappelait l'idée de la
+renaissance (Fig.206); la colonnette en feldspath vert
+(fig.207), celle du rajeunissement divin. L'oeil mystique,
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig205.png" alt="" style="width: 200px; height: 420px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig206.png" alt="" style="width: 200px; height: 246px;">
+<img src="images/fig207.png" alt="" style="width: 150px; height: 356px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+
+l'ouza (Fig.208), lié au poignet ou au bras par
+une cordelette, protégeait contre le mauvais oeil, contre les paroles d'envie ou de colère, contre la morsure
+des serpents. Le commerce répandait ces objets dans
+les régions du monde antique, et plusieurs d'entre eux,
+ceux surtout qui représentaient le scarabée sacré, furent
+imités au dehors par les Phéniciens, par les Syriens, en
+Grèce, en Asie Mineure, en Etrurie, en Sardaigne. L'insecte
+s'appelait en égyptien <i>khopirrou</i>, et son nom dérivait,
+croyait-on, de la racine <i>khopiri</i>, devenir. On fit de
+lui, par un jeu de mots facile à comprendre, l'emblème de
+l'existence terrestre et des devenirs successifs
+de l'homme dans l'autre monde. L'amulette
+en forme de scarabée (Fig.209) est donc un
+symbole de durée présente ou future; le garder
+sur soi était une garantie contre la mort.
+Mille significations mystiques découlèrent de
+ce premier sens. Chacune d'elles fut rattachée subtilement à l'un des actes ou des usages de
+la vie journalière, et les scarabées se multiplièrent à
+l'infini. Il y en a de toute matière et de toute grandeur,
+à tête d'épervier, de bélier, d'homme, de taureau,
+les uns fouillés aussi curieusement sur le ventre que
+sur le dos, les autres plats et unis par-dessous, d'autres
+enfin qui retiennent à peine le vague contour de l'insecte
+et qu'on appelle scarabéoïdes. Ils sont percés, dans
+le sens de la longueur, d'un trou par lequel on passait
+une mince tige de bois, un fil de bronze ou d'argent,
+une cordelette pour les suspendre. Les plus gros
+étaient comme l'image du coeur. On les collait sur la
+poitrine des momies, ailes déployées, et une prière,
+tracée sur le plat, adjurait le coeur de ne point porter
+témoignage contre le mort au jour du jugement. Pour plus d'efficacité, on joignait à la formule quelques
+scènes d'adoration: le disque de la lune acclamé par
+deux cynocéphales sur le corselet, deux Ammon accroupis
+sur les élytres, sur le plat la barque solaire, et,
+sous la barque, Osiris-momie, accroupi entre Isis et
+Nephthys qui l'enveloppent de leurs
+ailes. Les petits scarabées, après avoir
+servi de phylactère,&nbsp;&nbsp; finirent&nbsp; par&nbsp;
+n'être&nbsp; plus&nbsp;&nbsp; que&nbsp;&nbsp; des&nbsp;&nbsp; bijoux&nbsp; sans&nbsp; valeur
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+
+religieuse, comme les croix que nos
+femmes portent au cou en complément
+de leur toilette. On en faisait des chatons de
+bague, les pendeloques d'un collier ou d'une boucle
+d'oreille, les perles d'un bracelet. Le plat est souvent
+nu, plus souvent orné de dessins creusés dans la masse,
+sans modelé d'aucune sorte; le relief
+proprement dit, celui du camée, était
+inconnu des lapidaires égyptiens avant
+l'époque grecque. Les sujets n'ont pas
+été encore classés, ni même recueillis
+entièrement. Ce sont de simples combinaisons
+de lignes, des enroulements, des entrelacs sans signification précise, des symboles auxquels le
+propriétaire attachait un sens mystérieux, et que personne,
+sauf lui, ne pouvait comprendre, le nom et les
+titres d'un individu, des cartouches royaux ayant un
+intérêt historique, des souhaits de bonheur, des éjaculations
+pieuses, des conjurations magiques. Plusieurs
+scarabées d'obsidienne et de cristal remontent
+à la VIe dynastie. D'autres, assez grossiers et sans écriture,
+sont en améthyste, en émeraude et même en grenat; ils appartiennent aux commencements du premier
+empire thébain. A partir de la XVIIIe dynastie,
+on les compte par milliers, et le travail en est d'un fini
+proportionné au plus ou moins de dureté de la pierre.
+C'est, du reste, le cas pour toutes les sortes d'amulettes.
+Les têtes d'hippopotame, les âmes à visage humain, les
+coeurs qu'on ramasse&nbsp; à Taoud,&nbsp;&nbsp; au sud&nbsp; de&nbsp; Thèbes,&nbsp;&nbsp; sont
+à peine ébauchés;&nbsp;&nbsp; l'améthyste&nbsp; et le
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 25%;">
+<img src="images/fig208.png" alt="" style="width: 200px; height: 209px;">
+<img src="images/fig209.png" alt="" style="width: 200px; height: 213px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ feldspath vert d'où
+on les dégageait présentaient à la pointe une résistance,
+presque invincible. Au contraire, les boucles de ceinture,
+les équerres, les chevets en jaspe rouge, en cornaline
+et en hématite, sont ciselés jusque dans les moindres
+détails; les pierres étaient de celles qu'un instrument
+médiocre attaque sans difficulté. Le lapis-lazuli est
+tendre, cassant; il tient mal ses arêtes et semble ne se
+plier à aucune finesse. Les Égyptiens y ont façonné
+pourtant des portraits de déesses, des Isis, des Nephthys,
+des Nit, des Sokhit, qui sont de véritables merveilles
+de délicatesse. Les reliefs du corps y sont poussés avec
+autant d'assurance que s'ils étaient ménagés dans une
+matière moins capricieuse, et les traits du visage, ne
+perdent rien à être étudiés à la loupe. La plupart du
+temps on a procédé d'une autre méthode. Au lieu de détailler
+le relief, on l'a abrégé autant que possible, et on l'a procuré par larges plans contrariés, sacrifiant le rendu
+de chaque partie à l'effet de l'ensemble. Les saillants et
+les creux du visage sont accentués fortement. L'épaisseur
+du cou, la coupe de la gorge et de l'épaule, l'étroitesse
+de la taille, l'évasement des hanches, la rondeur du
+ventre sont exagérés. Une arête presque tranchante dessine
+la ligne de la cuisse et du tibia. Les pieds et les mains sont légèrement agrandis. Tout cela est le produit
+d'un calcul à la fois hardi et judicieux. Une
+réduction mathématiquement exacte du modèle n'est
+pas aussi heureuse qu'on pourrait croire, lorsqu'il
+s'agit de sculpter en miniature. La tête perd son caractère,
+le cou paraît trop faible, le buste n'est plus
+qu'un cylindre inégalement bosselé, les extrémités ne
+semblent plus assez solides pour soutenir le poids
+du corps, les lignes principales ne se démêlent plus
+du chaos des secondaires. En supprimant le plus des
+formes accessoires, et en développant celles qui contribuent
+à l'expression, les Égyptiens ont échappé au
+danger de ne faire que des figurines insignifiantes.
+L'oeil rabat de lui-même ce qu'il y a de trop dans ce
+qu'il voit et suppose le reste. Grâce à cette tricherie habile,
+telle statuette de divinité, qui mesure à peine trois
+centimètres, a presque l'ampleur et la gravité d'un
+colosse.<br><br>
+Le mobilier des dieux et celui des morts étaient
+pour une bonne part en pierre solide et durable. J'ai signalé
+ailleurs les petits obélisques funéraires qui proviennent
+des tombes de l'ancien empire, les bases
+d'autel, les stèles, les tables d'offrandes. La mode était
+de fabriquer les tables en albâtre ou en calcaire au
+temps des pyramides, en granit ou en grès rouge sous
+les rois thébains, en basalte ou en serpentine, à partir
+de la XXVIe dynastie; mais la mode n'avait rien d'obligatoire,
+et l'on en trouve de toute pierre à toutes les
+époques. Quelques-unes ne sont que des disques plats
+ou creusés légèrement en cuvette. D'autres sont rectangulaires
+et étalent, à la partie supérieure, des pains, des vases, des quartiers de boeuf et de gazelle, des fruits
+sculptés en relief. Dans celle de Sitou, la libation, au
+lieu de s'écouler au dehors, était recueillie dans un
+bassin carré, divisé en étages pour montrer la hauteur
+de l'eau du Nil dans les réservoirs de Memphis, aux
+différentes saisons, vingt-cinq coudées en été pendant
+l'inondation, vingt-trois en automne et au commencement
+de l'hiver, vingt-deux à la fin de l'hiver et au printemps.
+Ces formes diverses prêtent peu au beau; une
+des tables de Saqqarah est pourtant une oeuvre véritable
+d'art. Elle est en albâtre. Deux lions debout, accotés,
+soutiennent une tablette rectangulaire, inclinée en
+pente douce; une rigole conduit la libation dans un
+vase placé entre la queue des deux bêtes. Les oies en
+albâtre de Lisht ne manquent pas non plus de mérite;
+elles sont coupées en long par le milieu et dûment évidées
+en manière de boîte. Celles que j'ai vues ailleurs,
+et en général toutes les figures d'offrandes, pains, gâteaux,
+têtes de boeuf ou de gazelle, grappes de raisin
+noir en calcaire peint, sont d'un goût douteux et d'une
+main maladroite. Elles ne sont pas d'ailleurs très fréquentes,
+et je n'en ai guère rencontré en dehors des
+tombes de la Ve et de la XIIe dynastie. Les canopes,
+au contraire, étaient toujours d'un travail très soigné.
+On n'employait que deux sortes de pierre à les fabriquer,
+le calcaire et l'albâtre; mais les têtes qui les surmontent
+étaient souvent en bois peint. Les canopes de
+Pepi Ier sont en albâtre; en albâtre aussi les têtes humaines
+des canopes qui appartenaient au roi enterré
+dans la pyramide méridionale&nbsp; de Lisht.&nbsp; L'une&nbsp; d'elles
+est même d'une finesse d'exécution&nbsp; qu'on ne saurait comparer
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;">
+<img src="images/fig210.png" alt="" style="width: 200px; height: 280px;">
+<img src="images/fig212.png" alt="" style="width: 200px; height: 289px;">
+<img src="images/fig214.png" alt="" style="width: 150px; height: 133px;">
+<img src="images/fig215.png" alt="" style="width: 200px; height: 197px;">
+<img src="images/fig217.png" alt="" style="width: 200px; height: 360px;">
+ </td>
+
+<td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+qu'à celle de la statue de Khâfrî. Les statuettes
+funéraires les plus vieilles que nous ayons jusqu'à présent,
+celles de la XIe dynastie, sont
+en albâtre, comme les canopes; mais,
+à partir de la XIIIe, on en taillait en
+calcaire fin. Le travail en est de valeur
+très inégale. Quelques-unes sont de
+véritables chefs-d'oeuvre et nous rendent
+la physionomie du mort aussi
+fidèlement qu'une statue pourrait le
+faire. Les vases à parfums complétaient le mobilier
+des temples et des tombes. La nomenclature
+est loin d'en être fixée, et la plupart des termes
+spéciaux, que les textes nous fournissent,
+restent encore sans équivalent pour nous.
+Le grand nombre était en albâtre, tourné et
+poli: les uns, disgracieux et lourds (Fig.210);
+les autres d'une élégance et d'une diversité
+de galbe, qui fait honneur à l'esprit inventif
+des ouvriers. Ils sont fuselés et pointus par
+en bas (Fig.211), ou arrondis de la panse, étroits à la
+gorge, plats à la base (Fig.212). Ils n'ont
+point d'ornements, si ce n'est parfois deux
+boutons de lotus, en guise d'anse, deux
+mufles de lion, une petite tête de femme,
+qui fait saillie à la naissance du goulot
+(Fig.213). Les plus petits n'étaient pas destinés
+à contenir des liquides, mais des
+pommades, des onguents médicinaux, des pâtes miellées.
+Une des séries les plus importantes comprend des
+flacons au ventre rebondi, garnis au cou d'un léger rebord cylindrique et d'un couvercle plat (Fig.214). Les
+Egyptiens y mettaient la poudre d'antimoine avec laquelle
+ils se noircissaient les sourcils et les yeux. Cet
+étui à kohol était un des objets de toilette le plus répandu, le seul peut-être dont l'usage fût commun à
+toutes les classes de la société. La fantaisie
+s'en mêlant, on lui donna toute sorte de
+formes empruntées à l'homme, aux plantes,
+aux animaux. C'est un lotus ouvert, un
+hérisson, un épervier, un singe serrant
+une colonne contre sa poitrine ou grimpant
+le long d'une jarre, une figure grotesque
+du dieu Bîsou, une femme agenouillée
+dont le corps évidé contenait la
+poudre, une jeune fille qui porte une
+amphore. L'imagination des artistes une
+fois lancée dans cette voie ne connut plus de limites,
+et tout leur fut bon, le granit, le diorite, la brèche et
+le jade rosé, l'albâtre, puis le calcaire
+tendre, dont le grain se prêtait mieux
+à rendre leurs caprices, puis une
+substance plus complaisante et plus souple
+encore, la terre peinte et émaillée. Si l'art de modeler et de cuire la terre ne s'est pas
+développé aussi pleinement en Égypte qu'il a fait en
+Grèce, ce n'est pas faute de matière première. La vallée
+du Nil fournit en abondance une argile fine et ductile,
+dont on aurait pu tirer le plus heureux parti si on
+s'était donné la peine de la préparer avec soin; mais
+on lui préféra toujours les métaux et la pierre dure
+pour les objets de luxe, et le potier se contenta de fournir aux besoins les plus communs du ménage ou
+de la vie courante. La terre était prise sans choix, à
+l'endroit même où l'ouvrier se trouvait pour le moment,
+mal lavée, mal pétrie, puis façonnée au doigt, sur un
+tour en bois des plus primitifs,&nbsp;&nbsp; qu'on&nbsp; manoeuvrait&nbsp;
+avec&nbsp; la main.<br>
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;">
+<img src="images/fig211.png" alt="" style="width: 150px; height: 395px;">
+<img src="images/fig213.png" alt="" style="width: 150px; height: 347px;">
+<img src="images/fig216.png" alt="" style="width: 200px; height: 312px;">
+<img src="images/fig218.png" alt="" style="width: 200px; height: 431px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;">
+<img src="images/fig219.png" alt="" style="width: 400px; height: 185px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+La cuisson était fort inégale. Certaines
+pièces ont été à peine exposées à la flamme et fondent
+au contact de l'eau; d'autres ont la dureté de la tuile.
+Les tombes de l'ancien empire renferment chacune
+quelques vases d'une pâte jaune ou rouge, mêlée souvent,
+comme celle des briques, de paille ou d'herbe
+finement hachée. Ce sont des jarres de forte taille, sans
+pied, ni anse, à la panse
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ ovoïde, au col bas, à l'orifice
+largement ouvert et bordé d'un bourrelet, des marmites
+et des pots de ménage où l'on emmagasinait les provisions
+du mort, des coupes plus ou moins profondes, des assiettes à fond plat, semblables à celles que les
+fellahs emploient aujourd'hui encore, parfois même
+des services de table ou de cuisine en miniature, destinés
+à remplacer les services de grandeur naturelle,
+trop coûteux pour les pauvres gens. La surface est
+rarement vernie, rarement polie et lustrée, le plus souvent
+recouverte d'une couche uniforme de peinture
+blanchâtre, qui n'a point reçu le coup de feu et se détache
+au moindre choc. Aucun dessin à la pointe, aucun
+ornement en creux ou en relief, aucune inscription,
+mais, autour du col, les traces de quatre ou cinq filets
+parallèles noirs, rouges ou jaunes. Les poteries des
+premières dynasties thébaines que j'ai recueillies à
+El-Khozam et à Gébéléïn sont plus soignées d'exécution
+que celles des dynasties memphites. Elles se répartissent en deux classes. La première comprend des vases à
+panse lisse et nue, noire par en bas, rouge sombre par
+en haut. L'examen des cassures montre que la couleur
+était mêlée à la pâte pendant le brassage: les deux zones,
+préparées séparément, étaient soudées ensuite de façon
+assez irrégulière, puis glacées uniformément. La seconde
+classe contient des vases de formes très variées,
+souvent bizarres, d'une terre rouge
+ou jaune terne, grands cylindres fermés
+par un bout, plats, oblongs,
+rappelant la coupe d'un bateau,
+burettes conjuguées, deux à deux,
+mais ne communiquant pas ensemble
+(Fig.215). L'ornementation est répandue sur toute la
+surface et consiste d'ordinaire en raies droites, tirées
+parallèlement l'une à l'autre ou entre-croisées, en lignes
+ondées, en rangées de points ou de petites croix combinées
+avec les lignes, le tout en blanc quand le fond
+est rouge, en rouge brun quand il est jaune ou blanchâtre.
+De temps en temps, des figures d'hommes ou
+d'animaux s'intercalent au milieu des combinaisons
+géométriques. Le dessin en est rude, presque enfantin,
+et c'est à peine si l'on y reconnaît des troupeaux d'antilopes
+ou des scènes de chasse à la gazelle. Les manoeuvres
+qui produisaient ces esquisses grossières étaient
+pourtant contemporains des artistes qui décoraient les
+grottes de Béni-Hassan. Pour la période des grandes
+conquêtes, les tombeaux thébains nous ont fourni de
+pleins musées de poteries, malheureusement assez peu
+intéressantes. D'abord des figurines funéraires, rapidement
+modelées à la main dans des galettes d'argile allongées. Un peu de terre pincé entre les doigts, et le
+nez sort de la masse; deux pastilles et deux moignons
+ajoutés après coup représentent les yeux et les bras. Les
+plus soignées ont été façonnées dans des moules en terre
+cuite dont nous possédons de nombreux spécimens.
+Elles étaient généralement coulées d'une seule pièce,
+puis retouchées légèrement, cuites, peintes, au sortir du
+four, en rouge, en jaune et en blanc, chargées enfin
+d'hiéroglyphes à la pointe ou au pinceau. Plusieurs
+sont d'un style très fin et égalent presque les figurines
+en calcaire: celles du scribe Hori, conservées au
+musée de Boulaq, ont environ quarante centimètres de
+haut et montrent ce que les Égyptiens auraient pu
+faire en ce genre s'ils avaient voulu s'y adonner. Les
+cônes funéraires étaient des objets de pure dévotion,
+que l'art le plus consommé n'aurait pas réussi à rendre
+élégants. Figurez-vous une masse de terre conique,
+étirée de long, timbrée à la base d'un cachet sur lequel
+étaient imprimés le nom, la filiation, les titres du possesseur,
+et enduite jusqu'à la pointe d'une couche de couleur
+blanchâtre: c'étaient des simulacres de pains
+d'offrandes, destinés à nourrir le mort éternellement.
+Beaucoup des vases qu'on déposait dans la tombe sont
+peints en imitation d'albâtre, de granit, de basalte, de
+bronze ou même d'or, et sont la contrefaçon à bon
+marché des vases en matières précieuses que les riches
+donnaient aux momies. Parmi ceux qui ont servi à
+contenir de l'eau et des fleurs, quelques-uns sont revêtus
+de dessins au trait rouge et noir (Fig.216), cercles
+et rubans concentriques (Fig.217), méandres, emblèmes
+religieux (Fig.218), lignes croisées simulant des filets à mailles étroites, cordons de fleurs ou de boutons,
+tiges chargées de feuilles qui descendent du goulot sur
+la panse ou remontent de la panse au goulot: ceux
+du tombeau de Sennotmou avaient, sur
+l'une des faces, un large collier, analogue
+au collier des momies, et peint des plus
+vives couleurs pour imiter les fleurs naturelles
+ou les émaux.
+Les canopes en terre
+cuite, rares à la XVIIe dynastie, deviennent
+de plus en plus fréquents à mesure
+que Thèbes s'appauvrit. Les têtes qui les recouvrent
+sont ordinairement jolies de coupe et d'expression,
+surtout la tête humaine. Modelées à la
+main, évidées pour diminuer le poids, puis
+cuites longuement, on les revêtait chacune des
+couleurs particulières au génie qu'elles représentaient.
+Vers la XXe dynastie, l'usage s'établit d'y enfermer
+le corps des animaux sacrés. Ceux
+qu'on trouve près d'Akhmîm contenaient des
+chacals et des éperviers; ceux de Saqqarah,
+des serpents, des rats embaumés, des oeufs;
+ceux d'Abydos, des ibis. Les derniers sont
+de beaucoup les plus beaux. La déesse protectrice
+Khouit étend ses ailes sur la panse,
+tandis qu'Hor et Thot présentent la bandelette
+et le vase à onguent: le tout est en bleu
+et rouge sur fond blanc. A partir de l'époque grecque,
+la pauvreté augmentant toujours, la fabrication s'étendit
+des canopes aux cercueils. L'isthme de Suez, Ahnas-el-Médinéh,
+le Fayoum, Assouân, la Nubie, possèdent des nécropoles
+entières ou l'on ne rencontre que des sarcophages en terre cuite. Plusieurs ont l'apparence
+des caisses oblongues, arrondies aux deux
+bouts, au couvercle en dos d'âne. Celles qui ont encore
+la forme humaine sont de style barbare. La tête est surmontée
+d'une sorte de boudin qui simule l'ancienne
+coiffure égyptienne, les traits du visage sont indiqués
+en deux ou trois coups de pouce ou d'ébauchoir: deux
+petites pelotes, appliquées gauchement sur la poitrine,
+marquent un cercueil de femme. Même en ces derniers
+temps de la
+civilisation égyptienne,
+les pièces
+les plus grossières
+sont les seules qui
+gardent la teinte
+naturelle de la terre. Là, comme ailleurs, on la cachait
+presque toujours sous une couche de couleur ou
+d'émail richement coloré.<br><br>
+
+Le verre a été connu en Égypte de toute antiquité.
+La fabrication en est représentée dans quelques tombeaux,
+plusieurs milliers d'années avant notre ère
+(Fig.219). L'ouvrier, assis devant le foyer, recueillait
+au bout de sa canne une petite quantité de matière
+en fusion, et la soufflait prudemment, en ayant soin de
+la maintenir à la flamme pour l'empêcher de durcir
+pendant l'opération. L'analyse chimique montre que le
+verre égyptien avait à peu près la même composition
+que le nôtre; mais il renferme, outre la silice, la chaux,
+l'alumine, la soude, des quantités relativement considérables
+de substances étrangères, cuivre, oxyde de fer
+et de manganèse, dont on ne savait pas le débarrasser. Aussi n'est-il presque jamais d'une teinte très pure; il
+a une nuance incertaine qui tire sur le jaune ou sur
+le vert. Certaines pièces, de mauvaise fabrication, se
+sont décomposées dans toute leur épaisseur, et tombent,
+à la moindre pression, en lamelles ou en poussière irisée.
+D'autres n'ont pas trop souffert du temps ou de
+l'humidité, mais elles sont striées et pleines de bulles.
+D'autres enfin, mais peu, sont d'une homogénéité et
+d'une limpidité parfaites. La vogue ne s'attachait pas,
+comme chez nous, aux verres incolores; elle était aux
+verres de couleur, opaques ou transparents. On les
+teignait en mêlant des oxydes métalliques aux ingrédients
+ordinaires, du cuivre et du cobalt pour les
+bleus, du cuivre pour les verts, du manganèse pour les
+violets et pour les bruns, du fer pour les jaunes, du
+plomb ou de l'étain pour les blancs. Une variété de
+rouge haricot renferme trente pour cent de bronze et
+s'enveloppe d'une couche de vert-de-gris sous l'influence
+de l'humidité. Toute cette chimie était empirique et de
+pur instinct. Les ouvriers trouvaient autour d'eux les
+éléments nécessaires, ou les recevaient du dehors, et
+s'en servaient tels quels, sans être toujours assurés
+d'obtenir l'effet qu'ils recherchaient: beaucoup de leurs
+combinaisons les plus harmonieuses étaient dues au
+hasard, et ils ne pouvaient pas les reproduire à volonté.
+Les masses qu'ils obtenaient de la sorte atteignaient
+parfois des dimensions considérables: les auteurs
+classiques nous parlent de stèles, de cercueils, de
+colonnes d'une seule pièce. A l'ordinaire, on n'employait
+le verre qu'à la fabrication des petits objets,
+surtout à la contrefaçon des pierres fines. Si peu coûteuses qu'elles fussent sur les marchés de l'Égypte,
+elles n'étaient pas accessibles à tout le monde. Les
+verriers imitèrent l'émeraude, le jaspe, le lapis-lazuli,
+la cornaline, et cela avec une telle perfection que
+nous sommes souvent embarrassés aujourd'hui pour
+distinguer les pierres vraies des fausses. On les coulait
+dans des moules en pierre ou en calcaire à la
+forme qu'on voulait, perles, disques, anneaux, pendeloques
+de colliers, rubans et baguettes étroites, plaques
+chargées d'hommes ou d'animaux, images de dieux et
+de déesses. On en faisait des yeux et des sourcils pour
+le visage des statues en pierre ou en bronze, des bracelets
+pour leurs poignets, on les sertissait dans le
+creux des hiéroglyphes, on les découpait en hiéroglyphes,
+on en composait des inscriptions entières
+qu'on encadrait dans le bois, dans la pierre ou dans le
+métal. Les deux caisses où reposait la momie de Notemit,
+mère du pharaon Hrihor-Siamon, sont décorées
+de cette manière. Une feuille d'or les recouvre en
+entier, à l'exception de la coiffure et de quelques détails:
+les textes et les parties principales de l'ornementation
+sont formés d'émaux, dont les teintes vives
+se détachent sur le ton mat de l'or. Les momies du
+Fayoum étaient enduites de plâtre ou de stuc, où l'on
+incrustait les scènes et les légendes qu'on se contentait
+de peindre partout ailleurs. Les plus grandes étaient
+composées de plusieurs morceaux de verre, rapportés
+et retouchés au ciseau à l'imitation d'un bas-relief.
+Ainsi, la déesse Mâït a les nus, la face, les mains, les
+pieds, en bleu turquoise, la coiffure en bleu très
+sombre, la plume en filets alternativement bleus et
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig220.png" alt="" style="width: 200px; height: 440px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+jaunes, la robe en rouge haricot. Sur le naos en bols,
+récemment découvert dans le voisinage de Daphné, et
+sur un fragment de cercueil du musée de Turin, les
+hiéroglyphes en verre multicolore ressortent directement
+sur le fond sombre du bois. Le tout forme un ensemble
+d'un éclat et d'une richesse à peine concevables.
+Verres filigranés, verres gravés et taillés, verres soudés,
+verres simulant le bois, la paille, la corde, les Égyptiens
+n'ont rien ignoré. J'ai eu entre les mains une règle
+carrée, formée de baguettes multicolores agglutinées,
+et dont la tranche laissait lire le cartouche d'un des
+Amenemhât: le motif se prolongeait dans la masse, et,
+à quelque endroit de la hauteur qu'on le coupât, le
+cartouche reparaissait. Les verres à miniatures remplissent
+presque à eux seuls une vitrine entière du musée
+de Boulaq. Ici, c'est un singe à quatre pattes, qui flaire
+un gros fruit posé à terre. Là, un portrait de femme,
+dessiné de face, sur fond blanc ou vert d'eau encadré de
+rouge. La plupart des plaques ne représentent que des
+rosaces, des étoiles, des fleurs isolées ou mariées en
+bouquet. Une des plus petites porte un boeuf Apis, à la
+robe blanche et noire, debout, marchant: le travail en
+est si délicat qu'il ne perd rien à être examiné à la
+loupe. La plupart des objets de ce genre ne sont pas
+antérieurs à la première dynastie saïte; mais les fouilles&nbsp;
+exécutées à Thèbes&nbsp; ont prouvé que,&nbsp;&nbsp; dès le Xe siècle
+avant
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+notre ère, le goût et, par suite, la fabrication des
+verres multicolores étaient chose commune en Égypte.
+On a recueilli, à Gournét-Murraï et à Shéikh-Abd-el-Gournah,
+non seulement les amulettes à l'usage des
+morts, colonnettes, coeurs, yeux mystiques, hippopotames debout sur leurs pattes de derrière, canards
+accouplés, en pâtes bleues, rouges, jaunes,
+mélangées, mais des vases du type de ceux
+qu'on est accoutumé à considérer comme
+étant de travail phénicien et cypriote.
+Voici, par exemple, une petite oenochoé en
+verre bleu clair semi-opaque (Fig.220):
+l'inscription au nom de Thoutmos III, les
+oves du goulot et les palmes de la panse
+sont tracés en jaune. Voici encore une ampoule
+lenticulaire, haute de huit centimètres
+(Fig.221), à fond bleu marin
+d'une intensité et d'une pureté admirables,
+sur lequel un semis de
+feuilles de fougère s'enlève en jaune,
+d'un trait fin et hardi; deux petites
+anses vert clair s'attachent au col et
+un filet jaune court sur le rebord du
+goulot. Une amphore de même
+taille est d'un vert olive profond et
+demi-
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig221.png" alt="" style="width: 250px; height: 337px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig222.png" alt="" style="width: 200px; height: 339px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+transparent (Fig.222). Une ceinture
+de chevrons bleus et jaunes, saisis entre
+quatre lignes jaunes, lui serre la panse à
+l'endroit le plus large; les anses sont
+vert clair et le filet est bleu tendre. La
+princesse Nsikhonsou avait à côté d'elle,
+dans la cachette de Déir-el-Baharî, des
+gobelets de travail analogue, sept en
+pâte unie vert clair, jaune, bleue, quatre
+en une pâte noire mouchetée de blanc, un seul enveloppé
+de feuilles de fougère multicolores, disposées sur deux rangs (Fig.223). Les manufactures étaient donc en
+pleine activité dès le temps des grandes dynasties thébaines.
+Des monceaux de scories, mêlées à des rebuts
+de cuisson, marquent encore, au Ramesséum, à El-Kab,
+sur le tell d'Ashmounéïn, la place où leurs fourneaux
+s'allumaient.<br><br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;">
+<img src="images/fig223.png" alt="" style="width: 400px; height: 391px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Les Égyptiens émaillaient la pierre. La moitié au
+moins des scarabées,
+des cylindres et
+des amulettes que
+renferment nos musées,
+sont en calcaire,
+en schiste, en lignite,
+revêtus d'une glaçure
+colorée. L'argile ordinaire
+ne leur paraissait
+pas sans
+doute appropriée à
+ce genre de décoration.
+Ils la remplaçaient
+par plusieurs sortes de terre, l'une blanche et
+sableuse, l'autre bise et fine, produite par la pulvérisation
+d'un calcaire spécial, qu'on trouve en abondance aux
+environs de Qénéh, de Louxor et d'Assouân, une troisième
+rougeâtre et mêlée de grès en poudre et de brique
+pilée. Ces substances diverses sont bien connues sous les
+noms également inexacts de <i>porcelaines</i> ou <i>faïences
+égyptiennes</i>. Les plus anciennes, à peine lustrées, sont
+couvertes d'un enduit excessivement mince, sauf dans
+le creux des
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ hiéroglyphes et des figures, où la matière
+vitreuse accumulée tranche, par son aspect luisant, sur le ton mat des parties environnantes. Le vert est de beaucoup
+la couleur la plus fréquente sous les anciennes
+dynasties; mais le jaune, le rouge, le brun, le violet, le
+bleu, n'étaient point dédaignés. Le bleu l'emporta dans
+les manufactures thébaines, dès les premières années du
+moyen empire. C'est, d'ordinaire, un bleu brillant et
+doux, imitant la turquoise ou le lapis-lazuli. Le musée
+de Boulaq possédait
+jadis trois hippopotames
+de cette
+nuance, découverts à
+Drah-aboûl-Neggah,
+dans la tombe d'un
+Entouf.
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig224.png" alt="" style="width: 350px; height: 256px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;">
+<img src="images/fig225.png" alt="" style="width: 200px; height: 215px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ Un était couché,
+les deux autres
+sont debout dans un
+marais, et le potier a dessiné sur leur corps, à l'encre
+noire, des fourrés de roseaux et de lotus au milieu desquels
+volent des oiseaux et des papillons (Fig.224).
+C'était une manière de montrer la bête dans son milieu
+naturel. Le bleu en est profond, éclatant, et il faut descendre
+vingt siècles d'un coup pour en retrouver d'aussi
+pur, parmi les statuettes funéraires qui proviennent de
+Déir-el-Baharî. Le vert reparaît avec les dynasties saïtes,
+plus pâle qu'aux anciennes époques. Il domine dans le
+nord de l'Égypte, à Memphis, à Bubaste, à Saïs, mais
+sans éliminer entièrement le bleu. Les autres nuances
+n'ont été d'usage courant que pendant quatre ou cinq
+siècles, d'Ahmos Ier aux Ramessides. C'est alors, mais
+alors seulement,
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ qu'on voit se multiplier les <i>Répondants</i>
+à vernis blanc ou rouge, les fleurs de lotus et les rosaces jaunes, rouges et violettes, les boîtes à kohol
+bariolées. Les potiers du temps d'Amenhotpou III
+avaient un goût particulier pour les tons gris et violets.
+Les olives au nom de ce pharaon et des princesses de sa
+famille portent des hiéroglyphes en bleu léger sur un
+fond mauve des plus délicats. Le
+vase de la reine Tiï, au musée de
+Boulaq, est d'un gris mêlé de bleu;
+il a, autour du goulot, des ornements
+et des légendes en deux couleurs.
+La fabrication des émaux
+multicolores paraît avoir atteint
+son plus grand développement
+sous Khouniaton: du moins est-ce à Tell-Amarna que
+
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig226.png" alt="" style="width: 200px; height: 195px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig227.png" alt="" style="width: 150px; height: 190px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+j'en ai trouvé les modèles les plus fins et les plus légers,
+des bagues jaunes, vertes, violettes,
+des fleurettes blanches ou bleues,
+des poissons, des luths, des grenades,
+des grappes de raisin. Telle
+figurine d'Hor a le corps bleu et
+la face rouge; tel chaton
+de bague porte, sur une
+surface bleu clair, le nom du roi réservé en
+violet. Si restreint que soit l'espace, les tons
+divers ont été posés avec une telle sûreté de
+main qu'ils ne se confondent jamais, mais tranchent vivement
+l'un sur l'autre. Un vase à poudre d'antimoine,
+ciselé et monté sur un pied à jour, est glacé de rouge brun
+(Fig.225). Un autre, qui a la forme d'un épervier mitré,
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+&nbsp;<img src="images/fig228.png" alt="" style="width: 300px; height: 325px;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<img src="images/fig229.png" alt="" style="width: 300px; height: 339px;"><br>
+
+est bleu, rehaussé de taches noires; il appartenait
+jadis au roi Ahmos Ier. Un troisième, creusé dans un hérisson de bonne volonté, est d'un vert chatoyant
+(Fig.226). Une tête de pharaon, d'un bleu mat,
+porte une coiffure rayée de
+bleu sombre. Si belles que
+soient ces pièces, le chef-d'oeuvre
+de la série est la statuette
+du premier prophète
+d'Amon Ptahmos, à Boulaq.
+Les hiéroglyphes et les détails
+du maillot funéraire ont été
+gravés en relief, sur un fond
+blanc d'une égalité admirable,
+puis remplis d'émaux. Le visage et les mains sont bleu
+turquoise, la coiffure est jaune à raies violettes, violets
+également sont les caractères
+de l'inscription et le
+vautour qui déploie ses
+ailes sur la poitrine. Le tout
+est harmonieux, brillant,
+léger: aucune bavure n'émousse
+la pureté des contours
+ou la netteté des traits.<br>
+
+<img src="images/fig230.png" alt="" style="width: 700px; height: 627px;"><br>
+
+La poterie émaillée fut
+commune en tous temps.
+Les tasses à pied (Fig.227),
+les bols bleus, arrondis du
+fond et ornés d'yeux mystiques,
+de lotus, de poissons
+(Fig.228), de palmes à l'encre noire, sont en général
+de la XVIIIe, de la XIXe ou de la XXe dynastie. Les
+ampoules lenticulaires, à vernis verdâtre, garnies de rangs de perles ou d'oves sur la tranche, de colliers sur
+la panse, et flanquées de deux singes accroupis en guise
+d'anses, appartiennent toutes, ou peu s'en faut, au règne
+d'Apriès et d'Amasis (Fig.229). Manches de sistre,
+coupes, vases à boire en forme de lotus à demi épanoui,
+plats, écuelles de table, les Égyptiens aimaient cette
+vaisselle fraîche au toucher, agréable à l'oeil et facile à
+tenir propre. Poussaient-ils le goût de l'émail jusqu'à
+en recouvrir les murs mêmes de leurs maisons? Rien ne
+permet de l'affirmer ou de le nier avec certitude, et les
+quelques exemples que nous avons de ce mode de décoration
+proviennent tous d'édifices royaux. On lit le
+prénom et la bannière de Pepi Ier sur une brique jaune,
+les noms de Ramsès III sur une verte, ceux de
+
+<img src="images/fig231.png" alt="" style="width: 100px; height: 287px;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+<img src="images/fig232.png" alt="" style="width: 200px; height: 316px;">
+<img src="images/fig233.png" alt="" style="width: 200px; height: 312px;"><br>
+ Séti Ier et de Sheshonq sur des fragments rouges et blancs.
+Une des chambres de la pyramide à degrés de Saqqarah
+avait gardé jusqu'au commencement du siècle
+sa parure de faïence (Fig.230). Elle était revêtue
+aux trois quarts de plaques vertes,
+oblongues, légèrement convexes au dehors,
+mais plates à la face interne (Fig.231); une
+saillie carrée, percée d'un trou, servait à les
+assembler par derrière, sur une seule ligne horizontale,
+au moyen d'une baguette de bois.
+Les trois bandes qui encadraient la porte du
+fond sont historiées aux titres d'un pharaon
+mal classé des premières dynasties memphites. Les
+hiéroglyphes s'enlèvent en bleu, en rouge,
+en vert, en jaune, sur un ton chamoisé.
+Vingt siècles plus tard, Ramsès III essaya
+d'un genre nouveau à Tell-el-Yahoudî. Cette
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;">
+<img src="images/fig234.png" alt="" style="width: 300px; height: 305px;"><br>
+<img src="images/fig235.png" alt="" style="width: 400px; height: 268px;"><br>
+<img src="images/fig236.png" alt="" style="width: 300px; height: 316px;"><br>
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+fois ce n'est plus d'une seule chambre,
+c'est d'un temple entier qu'il s'agit. Le
+noyau de la bâtisse était en calcaire et en albâtre;
+mais les tableaux, au lieu d'être sculptés
+comme à l'ordinaire, étaient en une sorte
+de mosaïque, où la pierre découpée et la
+terre vernissée se combinaient à parties
+presque égales. L'élément le plus fréquemment
+répété est une rondelle en frite sableuse,
+revêtue d'un enduit bleu ou gris, sur lequel
+se détachent en nuance crème des rosaces simples,
+(Fig.232) ou encadrées de dessins géométriques
+(Fig.233), des toiles d'araignées, des fleurs ouvertes.
+Le bouton central est en relief, les feuilles et les réseaux sont incrustés dans la masse. Ces rondelles, dont
+le diamètre varie d'un à dix centimètres, étaient fixées
+à la paroi au moyen d'un ciment très fin. On les
+employait à dessiner des ornements
+très divers, enroulements, rinceaux,
+filets parallèles, tels qu'on les voit
+sur un pied d'autel et sur une base
+de colonne conservés à Boulaq.
+Les cartouches étaient en général
+d'une seule pièce, ainsi que les
+figures: les détails, creusés ou modelés sur la terre
+avant la cuisson,
+étaient ensuite recouverts
+chacun du
+ton qui lui appartenait.
+Les lotus et
+les feuillages qui
+couraient sur le
+soubassement ou le
+long des corniches
+étaient au contraire formés de morceaux indépendants:
+chaque couleur est une pièce découpée
+de manière à s'ajuster exactement
+aux pièces voisines (Fig.234).
+Le temple avait été exploité au
+commencement du siècle, et le
+Louvre possédait, depuis Champollion,
+des figures de prisonniers
+qui en proviennent. Ce qui en restait a été démoli, il
+y a quelques années, par les marchands d'antiquités, et
+les débris en sont dispersés un peu partout. Mariette en recueillit à grand'peine les fragments les plus importants,
+le nom de Ramsès III, qui nous donne la
+date de la construction, des bordures&nbsp;&nbsp; de&nbsp;&nbsp; lotus&nbsp;&nbsp; et&nbsp;&nbsp; d'oiseaux&nbsp;
+à&nbsp; mains
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+humaines (Fig.235), des têtes d'esclaves
+nègres (Fig.236) ou asiatiques. La destruction de ce
+monument est d'autant plus fâcheuse que les Égyptiens
+n'ont pas dû en édifier beaucoup du même type.
+La brique émaillée, le carreau, la mosaïque d'émail se
+gâtent aisément: c'était là un vice rédhibitoire pour
+un peuple épris de force et d'éternité.<br><br><br>
+
+
+2.--LE BOIS, L'IVOIRE, LE CUIR ET LES MATIÈRES TEXTILES.<br><br>
+
+L'ivoire, l'os, la corne sont assez rares dans les musées:
+ce n'est pas une raison pour croire que les Égyptiens
+n'en aient pas tiré bon parti. La corne ne dure
+guère: certains insectes en sont très friands et la détruisent
+en fort peu de temps. L'os et l'ivoire perdent
+aisément leur consistance et deviennent friables. Les
+Égyptiens connaissaient les éléphants de toute antiquité;
+peut-être même les ont-ils rencontrés dans la
+Thébaïde, au moment où ils s'y installèrent, car le
+nom de l'île d'Éléphantine est écrit avec l'image d'un
+de ces animaux, dès la Ve dynastie. L'ivoire leur arrivait
+des régions du haut Nil par dents et par demi-dents.
+Ils le teignaient à volonté en vert ou en rouge,
+mais lui laissaient le plus souvent sa teinte naturelle
+et l'employaient beaucoup en menuiserie, pour incruster
+des chaises, des lits et des coffrets; ils en fabriquaient
+aussi des dés à jouer, des peignes, des
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 14%;">
+<img src="images/fig237.png" alt="" style="width: 100px; height: 418px;">
+ </td>
+
+<td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+épingles à cheveux, des ustensiles de toilette, des cuillers
+d'un travail délicat (Fig.237), des étuis à collyre
+creusés dans une colonne surmontée d'un chapiteau,
+des encensoirs formés d'une main qui supporte un
+godet en bronze où brûler des parfums, des boumérangs
+couverts au trait de divinités et d'animaux
+fantastiques. Quelques-uns de ces objets
+sont de véritables oeuvres d'art: ainsi, à
+Boulaq, un manche de poignard qui représente
+un lion, les reliefs plaqués sur la boîte
+à jeu de Touaï, qui vivait à la fin de la
+XVIIe dynastie, une figurine de la Ve dynastie
+malheureusement mutilée, mais qui garde encore
+des traces de couleur rose, et la statue en
+miniature d'Abi, qui mourut sous la XIIIe.
+Elle est juchée majestueusement sur une colonne
+en campane. Le personnage regarde
+droit devant lui, d'un air majestueux que ses
+oreilles très écartées de la tête rendent tant
+soit peu comique. La touche est large et spirituelle. Le
+morceau pourrait être comparé sans trop de désavantage
+aux bons ivoires italiens de la Renaissance. épingles à cheveux, des ustensiles de toilette, des cuillers
+d'un travail délicat (Fig.237), des étuis à collyre
+creusés dans une colonne surmontée d'un chapiteau,
+des encensoirs formés d'une main qui supporte un
+godet en bronze où brûler des parfums, des boumérangs
+couverts au trait de divinités et d'animaux
+fantastiques. Quelques-uns de ces objets
+sont de véritables oeuvres d'art: ainsi, à
+Boulaq, un manche de poignard qui représente
+un lion, les reliefs plaqués sur la boîte
+à jeu de Touaï, qui vivait à la fin de la
+XVIIe dynastie, une figurine de la Ve dynastie
+malheureusement mutilée, mais qui garde encore
+des traces de couleur rose, et la statue en
+miniature d'Abi, qui mourut sous la XIIIe.&nbsp;
+Elle est&nbsp; juchée majestueusement&nbsp; sur une&nbsp; colonne
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig238.png" alt="" style="width: 200px; height: 643px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+en campane. Le personnage regarde
+droit devant lui, d'un air majestueux que ses
+oreilles très écartées de la tête rendent tant
+soit peu comique. La touche est large et spirituelle. Le
+morceau pourrait être comparé sans trop de désavantage
+aux bons ivoires italiens de la Renaissance.<br><br>
+L'Égypte ne nourrit pas beaucoup d'arbres, encore
+la plupart de ceux qu'elle produit sont-ils impropres à
+la sculpture. Les deux espèces les plus répandues, le
+palmier et le doum, sont d'une fibre grossière et par trop
+inégale. Quelques variétés de sycomore et d'acacia ont
+seules un corps dont le grain souple et fin se prête au
+travail du ciseau. Le bois n'en était pas moins la matière
+favorite des sculpteurs qui voulaient faire vite et à bon
+marché. Ils le choisissaient parfois pour des oeuvres d'importance, telles que les supports du double, et nous
+jugeons par le Shéikh-el-beled de quelle hardiesse et
+de quelle ampleur ils savaient le traiter. Mais les billots
+ou les poutres dont ils disposaient avaient rarement
+la longueur et la largeur suffisante pour qu'on en
+tirât une statue d'une seule pièce. Le
+Shéikh-el-beled lui-même, qui cependant
+n'est pas de grandeur naturelle,
+est un assemblage de morceaux tenus
+par des chevilles carrées. On s'accoutuma
+donc à ramener les sujets qu'on
+voulait exécuter en bois à des proportions
+telles qu'on pût les tailler tout entiers
+dans un même bloc; sous les dynasties
+thébaines, les statues d'autrefois
+sont devenues des statuettes. L'art ne
+perdit rien à cette décroissance, et plus
+d'une parmi ces figurines est comparable
+aux plus beaux ouvrages de l'ancien
+empire. La meilleure peut-être est
+au musée de Turin, et appartient à la
+XXe dynastie. Elle représente une fillette
+sans vêtement qu'une ceinture étroite
+passée sur les reins. Elle est encore à cet
+âge indécis où le sexe n'est pas développé et où les
+formes tiennent à la fois du garçon et de la femme. La
+tête est d'une expression douce et mutine: c'est, à trente
+siècles de distance, le portrait de ces gracieuses filles
+d'Eléphantine qui se promènent nues sous le regard des
+étrangers, sans gêne et sans impudeur. Trois petits
+hommes du musée de Boulaq sont probablement contemporains de la figurine de Turin. Ceux-là sont revêtus
+du costume d'apparat et
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig239.png" alt="" style="width: 200px; height: 735px;">
+ </td>
+
+<td style="vertical-align: top; width: 44%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+ce n'est que justice, car l'un
+d'eux était le favori du roi, Hori,
+surnommé Râ. Ils marchent droit,
+d'un mouvement calme et mesuré,
+le buste bien effacé, la tête haute:
+l'expression de leur physionomie
+est maligne et rusée. Un officier
+(Fig.238), qui a pris sa retraite au
+Louvre, est en demi-costume militaire
+du temps d'Amenhotpou III
+et de ses successeurs: perruque
+légère, sarrau collant à manches
+courtes, pagne bridant sur la hanche,
+descendant à peine jusqu'à
+mi-cuisse et garni sur le devant
+d'une pièce d'étoffe bouffante, gaufrée
+dans le sens de la longueur.
+Il a pour voisin un prêtre (Fig.239)
+coiffé de petites mèches étagées,
+vêtu de la jupe longue tombant à
+mi-jambe et s'étalant en une sorte
+de tablier plissé. Il supporte à deux
+mains un insigne divin, consistant
+en une tête de bélier surmontée du
+disque solaire, le tout emmanché
+au bout d'une hampe solide. Officier
+et prêtre sont peints en brun
+rouge, à l'exception des cheveux qui sont noirs, de la
+cornée des yeux qui est blanche et de l'insigne divin
+qui est jaune. Chose curieuse, leur camarades de vitrine, la petite dame Nâï, est peinte comme eux en rouge et
+non en jaune, qui est la couleur réglementaire des
+femmes en Égypte (Fig.240). Elle est prise dans un
+peignoir collant, garni de haut en bas d'une broderie
+en fil blanc. Elle porte au cou un collier d'or à trois
+rangs, et aux poignets des bracelets d'or, sur la tête
+une perruque dont les tresses descendent
+jusqu'à la naissance de la gorge. Le
+bras droit&nbsp; pend&nbsp; le&nbsp; long&nbsp; du&nbsp; corps,&nbsp; et&nbsp; la&nbsp;
+main
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig240.png" alt="" style="width: 200px; height: 639px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ tenait un objet, probablement un
+miroir en métal, qui a disparu: le bras
+gauche est replié sur la poitrine, et la
+main serre une tige de lotus dont le bouton
+pointe entre les seins. Le corps est
+souple et bien fait, la gorge jeune, droite
+et peu développée, la face large et souriante
+avec une expression de douceur et
+de vulgarité. L'artiste n'a pas su éviter
+la lourdeur dans l'agencement de la coiffure,
+mais le buste est modelé avec une
+élégance chaste, la robe dessine les formes
+sans les exposer trop indiscrètement, le
+geste par lequel la jeune femme ramène la fleur sur sa
+poitrine est rendu avec finesse et naturel. Ce sont là des
+portraits, et, comme les modèles n'étaient pas d'ordre
+très relevé, on peut supposer qu'ils ne s'étaient pas
+adressés pour les avoir aux faiseurs en renom: ils
+avaient eu recours à des ouvriers sans prétention, mais
+la science de la forme et la sûreté de l'exécution sont
+bien propres à prouver jusqu'à quel point l'influence
+de la grande école de sculpture qui florissait alors à Thèbes s'exerçait fortement, même sur les gens de métier.<br><br>
+
+Elle est plus sensible encore quand on étudie l'attirail
+de la toilette et le mobilier proprement dit. Ce ne
+serait pas petite affaire que de passer en revue tous les
+menus ustensiles de parure féminine, auxquels la fantaisie
+des artistes donnait une forme ingénieuse et spirituelle.
+Les manches de miroir représentent le plus
+souvent une tige de lotus ou de papyrus, surmontée
+d'une fleur épanouie d'où sort le disque de métal poli;
+quelquefois une jeune fille nue ou vêtue d'une chemise
+étroite le tient en équilibre sur sa tête. Les épingles à
+cheveux se terminent en serpent lové, en museau de
+chacal, de chien, en bec d'épervier. La pelote dans laquelle
+elles sont plantées est un hérisson ou une tortue,
+dont la carapace est percée de trous selon un
+dessin régulier. Les chevets, sur lesquels on appuyait
+la tête pour dormir, étaient décorés de reliefs empruntés
+aux mythes de Bîsou et de Sokhit: la tête grimaçante du
+dieu s'étale sur les bas côtés ou sur la base. Mais c'est
+surtout dans l'exécution des cuillers à parfum ou des
+étuis à collyre que brille le génie inventif des ouvriers.
+On se servait des cuillers pour manier, sans trop se
+salir, soit des essences, soit des pommades, soit les fards
+de différentes couleurs dont hommes et femmes se teignaient
+les joues, les lèvres, le bord et le dessous des
+yeux, les ongles, la paume des mains. Les motifs sont
+empruntés généralement à la faune ou à la flore du Nil.
+Un des étuis de Boulaq a la figure d'un veau couché,
+creusé pour servir de boîte: la tête et le dos de l'animal
+s'enlèvent et font couvercle. Une cuiller du même
+musée représente un chien qui se sauve, emportant un énorme poisson dans sa gueule: le corps du poisson
+est le bol de la cuiller (Fig.241). L'autre est un cartouche
+qui jaillit d'un lotus épanoui, un fruit
+de lotus posé sur un bouquet de fleurs
+(Fig.242) ou un simple récipient triangulaire
+(Fig.243) flanqué de deux boutons. Les
+plus soignées combinent avec ces données la
+figure humaine.
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 33%;">
+<img src="images/fig241.png" alt="" style="width: 200px; height: 717px;">
+ </td>
+
+<td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;">
+<img src="images/fig242.png" alt="" style="width: 200px; height: 834px;">
+ </td>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 33%;">
+<img src="images/fig243.png" alt="" style="width: 200px; height: 719px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Une jeune fille nue, sauf une
+ceinture qui lui serre les hanches, nage,
+tenant la tête bien hors de l'eau
+(Fig.244); ses deux bras allongés
+poussent un canard creusé en
+boîte, et dont les deux ailes,
+
+<img src="images/fig244.png" alt="" style="width: 700px; height: 208px;">
+s'écartant à volonté, tiennent lieu
+de couvercle. Au Louvre, c'est encore une
+jeune fille (Fig.245), mais perdue dans les
+lotus et qui cueille un bouton.
+Une botte de tiges, d'où s'échappent
+deux fleurs épanouies,
+réunit le manche au bol de la
+cuiller, dont l'ovale tourne sa partie
+ronde au dehors, sa pointe à
+l'intérieur. Ailleurs, la jeune fille (Fig.246)
+est encadrée entre deux tiges fleuries et
+marche en jouant de la guitare à long manche.
+Ailleurs encore, la musicienne est debout
+sur une barque
+
+<img src="images/fig245.png" alt="" style="width: 700px; height: 557px;">
+(fig.247) ou est remplacée par une porteuse d'offrandes. Parfois enfin,
+c'est un esclave qui s'avance, courbé sous
+le poids d'un énorme sac. Tous ces personnages ont
+chacun leur physionomie et leur
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig248.png" alt="" style="width: 250px; height: 760px;">
+ </td>
+
+<td style="vertical-align: top; width: 37%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+ âge caractérisés nettement. La cueilleuse de lotus est bien née, comme
+l'indique sa chevelure nattée avec soin et la jupe
+plissée dont elle est habillée. Les dames thébaines
+étaient vêtues de long, et celle-là ne s'est troussée
+haut qu'afin de pouvoir marcher par les roseaux sans
+mouiller ses vêtements.
+Au contraire, les deux
+musiciennes et la nageuse
+sont de condition inférieure ou servile. Deux
+d'entre elles n'ont qu'une ceinture, la troisième a un
+jupon court lié négligemment. La porteuse d'offrandes
+(Fig.248) est coiffée de la longue tresse pendante dont on affublait les enfants. C'est une de ces adolescentes
+minces et fluettes, comme on en voit beaucoup
+encore chez les fellahs des bords du Nil, et sa nudité
+ne l'empêche pas d'être de naissance ingénue; les
+enfants nobles ne commençaient à prendre le costume
+de leur sexe que vers l'âge de puberté.
+Enfin l'esclave (Fig.249), avec
+ses lèvres épaisses, son nez plat, sa
+mâchoire lourde et bestiale, son front
+déprimé, sa tête glabre en pain de
+sucre, est évidemment la caricature
+d'un prisonnier étranger. La mine
+abrutie avec laquelle il s'en va pliant
+sous le faix a été fort bien saisie, et
+les saillies anguleuses du corps, le
+type de la tête, l'agencement des diverses
+parties, rappellent l'aspect général des terres
+ </td>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig249.png" alt="" style="width: 200px; height: 775px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+cuites grotesques de
+l'Asie Mineure. Tous les détails de
+nature groupés autour du sujet principal
+et qui l'encadrent, la forme des
+fleurs et des feuilles, l'espèce des oiseaux,
+sont rendus avec un grand
+amour de l'exactitude et avec un certain esprit. Des
+trois canards que la porteuse d'offrandes a liés par les
+pattes et laisse pendre à son bras, deux se sont résignés
+à leur sort et sont là ballants, le cou tendu,
+l'oeil ouvert; le troisième relève la tête et bat de l'aile
+pour protester. Les deux oiseaux d'eau perchés sur les
+lotus écoutent, au repos et le bec sur le jabot, la
+joueuse de luth. L'expérience leur a appris qu'il ne faut pas se déranger pour des chansons et qu'une
+jeune fille n'est à craindre qu'à la condition
+
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig250.png" alt="" style="width: 200px; height: 191px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig251.png" alt="" style="width: 250px; height: 216px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+d'être armée.
+La vue d'un arc et d'une flèche
+les met en fuite dans les bas-reliefs,
+comme de nos jours la vue d'un fusil
+fait s'envoler une bande de pies.
+Les Égyptiens connaissaient à merveille
+les habitudes des animaux et se
+sont plu à les reproduire exactement.
+L'observation de tous les menus faits
+était devenue instinctive chez eux,
+et donnait aux moindres productions
+de leurs mains ce caractère de
+réalité dont nous sommes frappés
+aujourd'hui.<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Les meubles n'étaient pas plus
+nombreux dans l'Égypte ancienne
+qu'ils ne sont dans l'Égypte actuelle.
+Chez les pauvres, quelques nattes et
+des huches en terre battue. Chez les
+gens de la classe moyenne, des coffrets
+à linge et des escabeaux. Chez les
+riches seuls, des lits, des fauteuils, des
+divans, des tables: armoires, buffets,
+dressoirs, commodes, la plupart des
+pièces qui composent notre mobilier étaient inconnus.
+L'art du menuisier n'en était pas moins porté à un
+haut degré de perfection dès les anciennes dynasties.
+Les ais, dressés à l'herminette, emmortaisés, collés,
+réunis par des chevilles en bois dur ou des épines
+d'acacia,&nbsp;&nbsp; jamais par des clous métalliques,&nbsp; étaient polis,
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig252.png" alt="" style="width: 250px; height: 226px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+puis revêtus de peintures. Les coffres sont généralement
+juchés sur quatre pieds droits, parfois assez
+élevés. Le couvercle est plat ou arrondi
+selon une courbe spéciale
+(Fig.250), que les Égyptiens ont aimée
+de tout temps, rarement taillé en
+pointe comme le toit de nos maisons
+(Fig.25l). Il s'enlève le plus souvent
+tout entier, souvent il tourne autour d'une cheville enfoncée
+dans l'épaisseur de
+l'un des montants, parfois
+enfin il roule sur des pivots
+en bois, analogues à
+ceux de nos armoires
+(Fig.252). Les panneaux,
+dont la grande surface se
+prêtait étonnamment à la
+décoration artistique, sont
+rehaussés de peintures, incrustés d'ivoire, d'argent, de
+plaques d'émail,
+
+<img src="images/fig253.png" alt="" style="width: 700px; height: 251px;"><br>
+
+ de bois précieux. Peut-être sommes-nous
+mal placés aujourd'hui
+pour juger de l'habileté que
+les Égyptiens déployaient à
+l'occasion, et de la variété des
+formes qu'ils inventaient à
+chaque époque. Presque tous
+les meubles qui nous restent
+proviennent des tombeaux et sont, ou bien des imitations
+à bon marché de meubles précieux destinées à
+être enfermées dans le caveau avec les morts, ou bien des meubles de nature particulière, dont l'usage était
+exclusivement réservé aux momies.<br><br>
+
+Les momies étaient, en effet, les clients les plus
+certains des menuisiers. Partout ailleurs, l'homme
+n'emportait au delà de la vie qu'un petit nombre d'objets:
+en Égypte, il ne se contentait pas à moins d'un
+mobilier complet. Le cercueil était à lui seul un véritable
+monument, dont la construction mettait en branle une
+escouade d'ouvriers (Fig.253). La mode en variait selon
+les époques. Aux temps de l'empire memphite et du
+premier empire thébain, on ne rencontre guère que de
+grandes caisses rectangulaires, en bois de sycomore, à
+couvercle et à fonds plats, composées de plusieurs pièces
+assemblées au moyen de chevilles également en bois.
+Le modèle n'en est pas élégant, mais la décoration en
+est des plus curieuses. Le couvercle n'a pas de corniche.
+Une longue bande d'hiéroglyphes en occupe le
+milieu à l'extérieur; tantôt simplement tracée à l'encre
+ou à la couleur, tantôt sculptée à même le bois, puis
+remplie de pâte bleuâtre, elle ne contient que le
+nom et le titre du défunt, parfois une courte formule
+de prière en sa faveur. La surface intérieure est enduite d'une couche épaisse de stuc, ou blanchie
+au lait de chaux: on y inscrivait d'ordinaire le chapitre
+XVII du <i>Livre des Morts</i>, aux encres rouge et
+noire et en beaux hiéroglyphes cursifs. La cuve consiste
+en huit planches verticales, disposées deux à deux, pour
+les parois, et en trois planches horizontales pour le
+fond. Elle est décorée quelquefois, à l'extérieur, de
+grandes rainures prismatiques terminées en feuilles de
+lotus entre-croisées, comme celles qu'on rencontre sur
+les sarcophages en pierre. Le plus souvent elle est
+ornée, sur la gauche, de deux yeux grands ouverts et
+de deux portes monumentales, sur la droite, de trois
+portes, en tout semblables à celles qu'on voit dans les
+hypogées contemporains. Le cercueil est en effet la
+maison propre du mort, et, comme tel, il doit présenter
+sur ses faces un résumé des prières et des tableaux
+qui s'espaçaient sur les murs de la tombe entière. Les
+formules et les représentations nécessaires sont écrites
+et illustrées à l'intérieur, presque dans le même ordre
+où nous les trouvons au fond des mastabas. Chaque
+paroi est divisée en trois registres, et chaque registre
+contient ou bien une dédicace au nom du mort, ou
+bien la figure des objets qui lui appartiennent, ou
+bien les textes du Rituel qu'on récitait à son intention.
+Le tout agencé habilement, sur un fond imitant
+assez exactement le bois précieux, forme un tableau
+d'un trait hardi et d'une couleur harmonieuse.
+Le menuisier n'avait que la moindre part au travail,
+et les longues boîtes où l'on enfermait les morts les
+plus anciens n'exigeaient pas de lui une grande habileté.
+Il n'en fut pas de même dès qu'on s'avisa de donner au cercueil l'aspect général du corps humain.
+Deux types sont alors en présence. Dans le plus ancien,
+la momie sert de modèle à son enveloppe. Les pieds
+et les jambes sont réunis tout du long. Les saillies du
+genou, les rondeurs du mollet, de la cuisse et du ventre,
+sont indiquées de façon sommaire et se modèlent vaguement
+sous le bois. La tête, seule vivante sur ce
+corps inerte, est dégagée entièrement. Le mort est
+emprisonné dans une sorte de statue de lui-même,
+assez bien équilibrée pour qu'on pût, à l'occasion, la
+dresser sur ses pieds comme sur une base. Ailleurs, il
+est étendu sur sa tombe, et sa figure, sculptée en ronde
+bosse, sert de couvercle à sa momie. La tête est chargée
+de la perruque à marteaux, la casaque de batiste
+blanche presque transparente voile le buste à demi,
+le jupon couvre les jambes de ses plis serrés. Les
+pieds sont chaussés de sandales élégantes, les bras
+s'allongent ou se replient sur la poitrine, les mains
+tiennent des emblèmes divers, la croix ansée, la boucle
+de ceinture, le tat, ou, comme la femme de Sennotmou
+à Boulaq, une guirlande de lierre. Ce genre de
+gaine momiforme est rare sous les dynasties menaphites;
+Menkaourî, le Mykérinos des Grecs, nous en
+a donné pourtant un exemple mémorable. Très fréquente
+à la XIe dynastie, elle n'est souvent, alors,
+qu'un tronc d'arbre évidé, où l'on a sculpté grossièrement
+une tête et des pieds humains. Le masque est
+bariolé de couleurs éclatantes, jaune, rouge, vert; les
+cheveux et la coiffure sont rayés de noir ou de bleu.
+Un collier s'étale pompeusement sur la poitrine. Le
+reste du cercueil est, ou bien enveloppé
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 32%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+des longues ailes dorées d'Isis et de Nephthys, ou bien revêtu d'un
+ton uniforme, jaune ou blanc, et illustré parcimonieusement
+de figures ou de bandes d'hiéroglyphes
+bleues et noires. Les plus soignés parmi les cercueils
+des rois de
+la XVIIIe dynastie,
+que j'ai
+déterrés à Déir-el-Baharî,
+appartiennent
+ce type et ne se
+signalent que
+par le fini du
+travail et par
+la perfection
+vraiment extraordinaire
+avec laquelle
+l'ouvrier a reproduit
+les
+traits du souverain.
+Le
+masque d'Ahmos Ier, celui d'Amenhotpou Ier, celui de
+Thoutmos II, sont de véritables chefs-d'oeuvre en leur
+genre. Celui de Ramsès II ne porte d'autre trace de
+peinture qu'une raie noire, afin d'accentuer la coupe
+de l'oeil; modelé sans doute à l'image du Pharaon
+Hrihor, qui restaura l'appareil funèbre de son puissant
+prédécesseur; il est presque comparable aux meilleures
+oeuvres des statuaires contemporains (Fig.254).
+Deux des cercueils,&nbsp;&nbsp; ceux de la reine
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 68%;">
+<img src="images/fig254.png" alt="" style="width: 500px; height: 628px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Nofritari et de sa fille Ahhotpou II, sont de taille gigantesque et mesurent
+plus de 3 mètres de haut. On dirait, à les voir
+debout (Fig.255), une des cariatides qui ornent la
+cour de Médinét-Habou, mais en plus petit. Le corps
+est emmailloté et n'a plus que l'apparence indécise
+d'un corps humain. Les épaules et le buste sont revêtus
+d'un réseau en relief, dont chaque maille se détache
+en bleu sur le fond jaune de l'ensemble. Les mains
+s'échappent de cette espèce de mantelet et se croisent
+sur la poitrine en serrant la croix ansée, symbole de
+la vie. La tête est un portrait: face large et ronde,
+grands yeux, expression douce et insignifiante, lourde
+perruque surmontée de la coiffure et des longues plumes
+d'Amon ou de Mout. On se demande quel motif a
+poussé les Égyptiens à fabriquer ces pièces extraordinaires.
+Les deux reines étaient de petite taille et leur
+momie était comme perdue dans la cavité; il fallut les
+caler à grand renfort de chiffons pour les empêcher de
+ballotter et de se détériorer. Grandeur à part, la simplicité
+est le caractère de ces deux cercueils comme elle
+l'est des autres cercueils royaux ou privés de cette
+époque qui sont parvenus jusqu'à nous. Vers le milieu
+de la XIXe dynastie, la mode changea. On ne se contenta
+plus d'une seule caisse sobrement ornée: on
+voulut en avoir deux, trois, même quatre, emboîtées
+l'une dans l'autre et couvertes de peintures ou d'inscriptions.
+Souvent alors l'enveloppe extérieure est un
+sarcophage à oreillettes carrées, à couvercle en dos
+d'âne, dont les fonds, peints en blanc, sont chargés de
+figures du mort, en adoration devant les dieux du
+groupe Osirien.&nbsp;&nbsp; Lorsqu'elle&nbsp; a la forme humaine,&nbsp;&nbsp; elle&nbsp; garde&nbsp; encore
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+quelque chose de la nudité primitive: la
+face est coloriée, un collier recouvre
+la poitrine, une bande d'hiéroglyphes
+descend jusqu'aux pieds;
+le reste est d'un ton uniforme,
+noir, brun ou jaune sombre.
+Les caisses intérieures étaient
+d'un luxe presque extravagant,
+faces et mains rouges, roses,
+dorées, bijoux peints et parfois
+simulés au moyen de morceaux
+d'émail incrustés dans le bois,
+scènes et légendes multicolores, le
+tout englué de ce vernis jaune dont
+j'ai parlé plus haut. Le contraste
+est frappant entre l'abondance
+d'ornements qu'on remarque à ces
+époques et la sobriété des époques
+antérieures: il faut se rendre à
+Thèbes même, au lieu de la sépulture,
+pour en comprendre la raison.
+Les particuliers et les rois des
+dynasties conquérantes employaient
+ce qu'ils avaient de ressources et
+d'énergie à se creuser des hypogées.
+Les parois en étaient sculptées
+ou peintes, le sarcophage était taillé
+dans un bloc immense de granit
+ou d'albâtre ouvragé finement; peu
+importait que le bois où dormait la momie fût
+simplement décoré. Les Égyptiens de la décadence et leurs maîtres n'avaient plus, comme les générations
+qui les avaient précédés, la faculté de puiser indéfiniment
+dans les trésors de l'Égypte et des pays voisins.
+Ils étaient pauvres, et la médiocrité de leur budget ne
+leur permettait pas d'entreprendre de longs travaux:
+ils renoncèrent, ou du moins presque tous, à se préparer
+des tombes monumentales, et dépensèrent ce qui
+leur restait d'argent à se fabriquer de belles caisses en
+bois de sycomores. Le luxe de leurs cercueils n'est,
+en résumé, qu'une preuve de plus à joindre aux preuves
+déjà nombreuses que nous avons de leur faiblesse et
+de leur pauvreté. Lorsque les princes Saïtes eurent
+rétabli, pour quelques siècles, les affaires du pays,
+les sarcophages en pierre reparurent et l'enveloppe en
+bois reprit quelque chose de la simplicité des beaux
+temps; mais ce renouveau ne dura pas, et la conquête
+macédonienne amena dans les modes funéraires la
+même révolution qu'autrefois la chute des Ramessides.
+On en revint à l'usage des caisses doubles et triples, aux
+excès de peinture, aux dorures criardes; l'habileté des
+manoeuvres d'époque gréco-romaine qui ont habillé les
+morts d'Akhmîm pour leur dernière demeure est
+moindre, leur mauvais goût ne le cède en rien à celui
+des fabricants de cercueils thébains qui vivaient sous les
+derniers Ramsès.<br><br>
+
+
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig255.png" alt="" style="width: 200px; height: 750px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Le reste du mobilier funèbre ne donnait pas aux
+menuisiers moins d'ouvrage que les momies. On voulait
+des coffres de différente taille pour le trousseau
+du mort, pour ses intestins, pour ses figurines funéraires,
+des tables pour ses repas, des chaises, des tabourets,
+des lits où étendre le cadavre, des traîneaux pour l'amener au tombeau, même des chars de guerre ou de
+promenade. Les coffrets où l'on enfermait les canopes,
+les statuettes funéraires, les vases à libations, sont divisés
+en plusieurs compartiments: un chacal accroupi
+est posé quelquefois par-dessus et sert comme de poignée
+pour soulever le couvercle. Ils étaient munis chacun
+d'un petit traîneau, pour qu'on pût les traîner sur le
+sol pendant les cérémonies de l'enterrement. Les lits
+ne sont pas rares. Beaucoup sont identiques aux <i>angarebs</i>
+des Nubiens actuels, de simples cadres en bois,
+sur lesquels on tendait de grosses étoffes ou des lanières
+en cuir entre-croisées. La plupart n'ont guère plus
+d'un mètre et demi en longueur; le dormeur ne pouvait
+pas s'y étendre, mais y reposait pelotonné sur lui-même.
+Les lits ornés étaient de la même longueur
+que les nôtres, ou à peu près. Le châssis en était le
+plus souvent horizontal, quelquefois incliné légèrement
+de la tête aux pieds. Il était souvent assez élevé au-dessus
+du sol, et on y montait au moyen d'un banc ou
+même d'un petit escalier portatif.
+
+<img src="images/fig256.png" alt="" style="width: 700px; height: 503px;"><br>
+
+Le détail ne nous en
+serait guère connu que par les monuments figurés, si,
+en 1884 et 1885, je n'en avais découvert deux complets,
+l'un à Thèbes, dans une tombe de la XIIIe dynastie,
+l'autre à Akhmîm, dans la nécropole gréco-romaine.
+Deux lions de bonne volonté ont étiré leur
+corps en guise de châssis, la tête au chevet, la queue
+recourbée sur les pieds du dormeur. Au-dessus s'élève
+une sorte de baldaquin, qui servait lors de l'exposition
+des momies. Rhind en avait déjà rapporté un qui orne
+aujourd'hui le musée d'Édimbourg (Fig.256). C'est un
+temple, dont le toit arrondi est
+
+<img src="images/fig257.png" alt="" style="width: 700px; height: 334px;"><br>
+
+soutenu par d'élégantes colonnettes en bois peint. Une porte gardée par deux
+serpents familiers était censée donner accès à l'intérieur.
+Trois disques ailés, de plus en plus grands,
+garnissaient les corniches superposées au-dessus de la
+porte, et une rangée d'uraeus lovés se dressait au couronnement
+de l'édifice. Le baldaquin du lit de la
+XIIIe dynastie est beaucoup plus simple, une sorte de
+balustrade en bois découpé et enluminé, à l'imitation
+des paquets de roseaux qui décorent le haut des parois
+de temple, le tout surmonté de la corniche ordinaire.
+Dans le lit de l'époque grecque (Fig.257), les
+balustres sont remplacés sur les côtés par des figures
+de la déesse Mâït, sculptées et peintes, accroupies et la
+plume aux genoux. A la tête et au pied, Isis et Nephthys
+se tiennent&nbsp; debout et &nbsp;étendent leurs bras&nbsp; frangés
+d'ailes.&nbsp;&nbsp; La voûte est à jour:&nbsp; des vautours y planent
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+au-dessus de la momie, et deux statuettes d'Isis et de
+Nephthys agenouillées pleurent sur elle. Les traîneaux
+qui menaient les morts au tombeau étaient, eux aussi,
+décorés d'une sorte de baldaquin, mais d'aspect très
+différent. C'est encore un naos,
+mais à panneaux
+pleins, comme
+ceux que j'ai découverts, en 1886,
+dans la chambre
+de Sennotmou à
+Gournét-Mourraï.
+Quand on y pratiquait
+quelques jours, c'étaient des lucarnes carrées
+par lesquelles on apercevait la tête de la momie: Wilkinson
+en a décrit un de ce&nbsp; genre,&nbsp;&nbsp; d'après&nbsp; les&nbsp; peintures&nbsp;&nbsp;
+d'une&nbsp;&nbsp; tombe
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig258.png" alt="" style="width: 350px; height: 251px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig259.png" alt="" style="width: 350px; height: 460px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+thébaine (Fig.258). Dans tous les
+cas, les panneaux étaient mobiles. Le mort une fois déposé
+sur la planche du traîneau, on les dressait chacun en sa place; le toit recourbé et garni de sa corniche
+posait sur le tout et formait couvercle. Plusieurs des
+fauteuils du Louvre et du British Museum ont été
+fabriqués vers la XIe dynastie.
+Ce ne sont pas les
+moins beaux, et l'un
+d'eux (Fig.259) a conservé
+une vivacité de couleurs
+extraordinaires. Le cadre,
+jadis garni d'un treillis de
+cordelettes, repose sur
+quatre pieds de lion. Le
+dossier est orné de deux
+fleurs et d'une ligne de
+losanges en marqueterie
+d'ébène et d'ivoire, qui
+se détache sur un champ rouge. Des tabourets de travail
+semblable (Fig.260), et des pliants, dont les pieds
+sont formés par des têtes
+d'oies aplaties, se trouvent
+dans tous les musées.
+Les Pharaons et les
+hauts fonctionnaires recherchaient
+des modèles
+plus compliqués. Leurs
+sièges étaient parfois fort
+hauts. Ils avaient pour
+bras deux lions courants,
+ou pour supports des prisonniers de guerre liés dos
+à dos (fig.261).
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ Un escabeau, placé sur le devant,
+servait de marchepied pour y monter, ou de point d'appui au personnage assis. Nous ne possédons
+jusqu'à présent aucun meuble de ce genre. Les peintures nous montrent
+qu'on corrigeait la dureté
+des fonds cannés ou treillissés
+en les recouvrant de matelas et
+de coussins richement ouvrés.
+Les coussins et les matelas ont
+disparu, et l'on a supposé qu'ils
+étaient recouverts en tapisserie.
+Sans doute la tapisserie était
+connue en Égypte, et un bas-relief
+de Béni-Hassan (Fig.262)
+nous apprend comment on la
+fabriquait. Le métier, quoique
+très simple, rappelle celui dont
+se servent aujourd'hui encore les tisserands d'Akhmîm.
+Il est horizontal
+et se compose
+de deux cylindres
+minces, ou
+plutôt de deux
+bâtons, séparés
+par un
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig260.png" alt="" style="width: 350px; height: 340px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ espace
+d'un mètre cinquante,
+et engagés chacun
+dans deux
+grosses chevilles
+plantées dans le sol à quatre-vingts centimètres l'une
+de l'autre ou environ. Les lisses de la chaîne étaient attachées solidement, puis roulées autour du cylindre
+de tête jusqu'à tension convenable. Des bâtons de
+croisure, disposés d'espace en espace, facilitent l'introduction
+des broches chargées de fils. Le travail commençait
+par en bas, ainsi qu'on fait encore aux Gobelins.
+Le tissu était tassé et égalisé au moyen d'un
+peigne grossier, puis enroulé au fur et à mesure sur
+le cylindre inférieur. On fabriquait ainsi des tentures
+et des tapis décorés les uns de figures, les autres de
+dessins géométriques, zigzags ou damiers (Fig.263);
+toutefois, un examen attentif des monuments m'a démontré
+que la plupart des sujets où l'on a cru reconnaître
+des exemples de tapisserie sont en cuir peint et
+découpé. L'industrie du cuir était très florissante. Il y
+a peu de musées qui ne possèdent une paire au moins
+de sandales ou de ces bretelles de momie, dont les
+bouts sont en peau estampée, et portent une figure
+de dieu ou de Pharaon, une légende hiéroglyphique,
+une rosace, parfois le tout réuni. Ces petits monuments ne remontent guère plus haut que le temps
+des grands-prêtres d'Ammon ou des premiers Bubastites.
+C'est à la même époque qu'on doit attribuer
+l'immense dais du musée de Boulaq.&nbsp;&nbsp; Le catafalque
+sur lequel la momie reposait,&nbsp;&nbsp; pendant le
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig261.png" alt="" style="width: 250px; height: 464px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 70%;">
+<img src="images/fig262.png" alt="" style="width: 500px; height: 430px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 30%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+transport de
+la maison mortuaire au tombeau, était garni souvent
+d'une couverture d'étoffe ou de cuir souple. Parfois
+les côtés retombaient droit, parfois ils étaient relevés
+en guise de rideaux par des embrasses et laissaient apercevoir le cercueil. Le dais de Déir-el-Baharî
+fut préparé pour la princesse Isimkheb, fille du
+grand-prêtre Masahirti, femme du grand-prêtre Menkhopirrî,
+mère du grand-prêtre Pinotmou III. La
+pièce centrale, plus longue que large, se divise en trois
+bandes d'un cuir bleu céleste qui a passé au gris perle. Les deux latérales sont semées
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+d'étoiles jaunes:
+sur celle du milieu s'étagent des vautours, dont les
+ailes étendues protègent le mort. Quatre pièces, formées
+de carrés verts et rouges, disposés en damier, se
+rattachent aux quatre côtés. Celles qui pendent sur
+les côtés longs sont reliées à la centrale par une bordure
+
+<img src="images/fig263.png" alt="" style="width: 700px; height: 410px;"><br>
+d'ornements. A droite, des scarabées aux ailes
+déployées alternent avec les cartouches du roi Pinotmou II,
+sous une frise de fers de lance. A gauche,
+(Fig.264), le motif est plus compliqué. Une touffe
+de lotus, flanquée des cartouches royaux, occupe
+le centre; viennent ensuite deux antilopes agenouillées
+chacune sur une corbeille, puis deux bouquets
+de papyrus, enfin deux scarabées, semblables à
+ceux de l'autre bordure. La frise en fers de lance
+court au-dessus. La technique de cet objet est
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig264.png" alt="" style="width: 200px; height: 903px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+très curieuse. Les hiéroglyphes et les figures étaient
+découpés dans de larges feuilles de
+cuir, comme nous faisons nos chiffres
+et nos lettres dans des plaques en
+cuivre. On cousait ensuite, sous les
+vides ainsi ménagés, des lanières de
+cuir de la couleur qu'on voulait donner
+aux ornements ou aux caractères,
+et, pour dissimuler le rapiéçage, on
+étalait par derrière de longs morceaux
+de cuir blanc ou jaune clair.
+Malgré les difficultés d'agencement
+que présente ce travail, le résultat
+obtenu est des plus remarquables.
+La silhouette des gazelles, des scarabées
+et des fleurs est aussi nette et
+aussi élégante que si elle était tracée
+au pinceau sur une muraille ou sur
+une feuille de papyrus. Le choix des
+motifs est heureux, la couleur harmonieuse
+et vive à la fois. Les ouvriers
+qui ont conçu et exécuté le dais
+d'Isimkheb avaient une longue pratique
+de ce système de décoration
+et du genre de dessin qu'il comportait.
+Je ne doute pas, quant à moi,
+que les coussins des fauteuils et des
+divans royaux, les voiles des barques
+funéraires ou divines sur lesquelles
+on embarquait les momies et les statues
+des dieux, ne fussent le plus souvent en cuir. La voile en damier d'une des barques peintes au tombeau
+de Ramsès III (Fig.265) rappelle à s'y méprendre
+les pans en damier du dais. Les vautours et les
+oiseaux fantastiques d'une autre barque (Fig.266)
+ne sont ni plus étranges ni plus difficiles à obtenir
+en cuir que les vautours et les gazelles d'Isimkheb. Les témoignages anciens nous permettent d'affirmer
+que les Égyptiens d'autrefois brodaient aussi bien que
+ceux du moyen âge. Les deux cuirasses qu'Amasis
+donna, l'une aux Lacédémoniens, l'autre au temple
+d'Athéna à Lindos, étaient en lin, mais ornées de figures
+d'animaux en fil d'or et de pourpre: chaque fil se composait
+de trois cent soixante-cinq brins tous distincts.
+Si nous remontons plus haut, nous voyons, par les monuments figurés, que les Pharaons avaient des vêtements
+chargés de bordures en tapisserie ou en broderie,
+appliquées ou exécutées à même l'étoffe. Les plus simples
+consistent en une ou plusieurs bandes de nuance
+foncée courant parallèlement au liséré. Ailleurs, on
+aperçoit des palmettes ou des séries de disques et
+de points, des feuillages, des méandres, et même, ça et
+là, des figures d'hommes, de divinités ou d'animaux,
+dessinées probablement à l'aiguille. Aucune des étoffes
+qu'on a trouvées jusqu'à présent sur les momies royales
+n'est décorée de la sorte et ne nous permet de juger la qualité
+et la technique de ce travail. Une fois, seulement,
+j'ai découvert, sur le corps d'une des princesses de Déir-el-Bahari,
+un cartouche brodé en fil rosé pâle. Les Égyptiens de la bonne époque paraissent avoir estimé particulièrement
+les étoffes unies, surtout les blanches. Ils
+les fabriquaient avec une habileté merveilleuse, sur un
+métier identique de tous points à celui qu'ils avaient
+inventé pour la tapisserie. Les portions de linceul qui
+
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+enveloppent les mains et les bras de Thoutmos III sont
+aussi ténues que la plus fine mousseline de l'Inde, et
+mériteraient le nom d'<i>air tissé</i>, aussi bien au moins
+que les gazes de Cos. C'est là toutefois pure question
+de métier où l'art n'a rien à réclamer. L'usage de la
+broderie et de la tapisserie ne se répandit communément
+en Égypte que vers la fin de la domination persane
+et le commencement de
+<img src="images/fig265.png" alt="" style="width: 700px; height: 613px;"><br>
+<img src="images/fig266.png" alt="" style="width: 700px; height: 605px;"><br>
+la domination grecque, sous l'influence des premiers Lagides. Alexandrie fut
+peuplée en partie de colons phéniciens, syriens, juifs
+qui y apportèrent avec eux les procédés de fabrication
+usités dans leur pays et y fondèrent des manufactures
+bientôt florissantes. Pline attribue aux Alexandrins
+l'invention de tisser à plusieurs lisses les étoffes qu'on
+appelle brocarts (polymita); et, au temps des premiers
+Césars, c'était un fait reconnu que «l'aiguille de Babylone
+était désormais vaincue par le peigne du Nil».
+Les tapisseries alexandrines n'étaient pas décorées
+presque exclusivement de dessins géométriques, comme
+les vieilles tapisseries égyptiennes: on y voyait, au
+témoignage des anciens, des figures d'animaux et même
+d'hommes. Rien ne nous est resté des chefs-d'oeuvre
+qui remplissaient le palais des Ptolémées, mais des
+fragments ont été découverts en Égypte, qu'on peut
+attribuer à la basse époque impériale, l'enfant à l'oie,
+décrit par Wilkinson, les divinités marines d'une pièce que j'ai achetée à Coptos. Les nombreux linceuls brodés
+et garnis de bandes en tapisserie, qu'on a découverts
+récemment au Fayoum et près d'Akhmîm, proviennent
+presque tous de tombes coptes et relèvent, par conséquent,
+de l'art byzantin plus que de l'art égyptien.<br><br><br>
+
+
+3.--LES MÉTAUX.<br><br>
+
+On partageait les métaux en deux groupes, séparés
+par la mention de quelques espèces de pierres précieuses,
+comme le lapis-lazuli et la malachite: celui
+des métaux nobles, l'or, l'électrum, l'argent; celui des
+métaux vils, le cuivre, le fer, le plomb, auquel on joignit
+plus tard l'étain.<br><br>
+
+Le fer était réservé aux armes et aux outils de fatigue,
+ciseaux de sculpteur et de maçon, tranchants de
+hache ou d'herminette, lames de couteaux ou de scies.
+Le plomb ne servait guère. On en incrustait parfois
+les battants de portes des temples, des coffrets, des
+meubles, et on en fabriquait de petites statues de divinités,
+surtout des Osiris ou des Anubis. Le cuivre pur
+était trop mou pour résister à l'usage courant: le
+bronze était le métal favori des Égyptiens. Il n'est
+pas vrai qu'ils aient réussi, comme on l'a dit souvent,
+à lui procurer par la trempe la dureté du fer ou
+de l'acier, mais ils ont su en obtenir des qualités très
+différentes, en variant les éléments et les proportions de
+l'alliage. La plupart des objets examinés jusqu'à présent
+ont donné les quantités de cuivre et d'étain employées
+aujourd'hui encore à la fabrication du bronze commun. Ceux que Vauquelin étudia, en 1825, renfermaient
+84 pour 100 de cuivre, 14 d'étain, 1 de fer et d'autres
+matières. Un ciseau, rapporté d'Égypte par Wilkinson,
+ne contenait que 5,9 pour 100 d'étain, 0,1 de fer
+et 94 de cuivre. Des débris de statuettes et de miroirs,
+analysés plus récemment, ont rendu une quantité notable
+d'or ou d'argent, et correspondent aux airains
+de Corinthe. D'autres ont la teinte et la composition
+du laiton. Beaucoup des plus soignés résistent d'une
+manière étonnante à l'humidité, et s'oxydent très difficilement;
+on les frottait encore chauds d'un vernis
+résineux, qui en remplissait les pores et laissait à la surface
+une patine inaltérable. Chaque espèce avait son
+emploi: le bronze ordinaire pour les armes et pour
+les amulettes communs, les alliages analogues au laiton
+pour les ustensiles de ménage, les bronzes d'or et
+d'argent pour les miroirs, les armes de prix, les statuettes
+de luxe. Aucun des tableaux que j'ai vus dans
+les tombes ne représente la fonte et le travail du bronze,
+mais l'examen des objets eux-mêmes supplée à ce défaut
+des monuments figurés. Les outils, les armes, les
+anneaux, les vases à bon marché étaient partie forgés,
+partie coulés d'un seul coup dans des moules en terre
+réfractaire ou en pierre. Tout ce qui était oeuvre d'art
+était coulé en un ou plusieurs morceaux, selon les cas,
+puis les pièces ajustées, soudées et retouchées au burin.
+Le procédé le plus fréquemment employé était celui
+de la fonte au carton: un noyau de sable ou de terre
+mêlée de charbon pilé était introduit dans le moule, et
+le modelé du dehors se répétait grossièrement au dedans.
+La couche de métal était souvent si mince qu'elle
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig267.png" alt="" style="width: 200px; height: 252px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+aurait cédé à une pression un peu forte si on n'avait pris
+la précaution de la consolider en laissant le noyau en
+place pour lui servir de soutien.<br><br>
+
+La plupart des ustensiles domestiques et des petits
+instruments du ménage étaient en bronze. On les rencontre
+par milliers en original dans
+nos musées, en figure sur les peintures
+et les bas-reliefs. L'art et le métier n'étaient
+pas incompatibles en Égypte, et
+le chaudronnier lui-même s'efforçait de
+prêter à ses oeuvres les plus humbles
+une forme élégante et des ornements
+de bon goût. La marmite où le cuisinier de Ramsès III
+composait ses chefs-d'oeuvre est supportée par des pieds&nbsp;
+de&nbsp;&nbsp lion.&nbsp;&nbsp; Telle&nbsp; bouilloire&nbsp; semble&nbsp; ne&nbsp;&nbsp différer&nbsp; en&nbsp; rien&nbsp; de&nbsp;
+la
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+bouilloire moderne (Fig.267), mais examinez-la de
+près: l'anse est une fleur de papyrus épanouie, dont les pétales, inclinés sur
+la tige, s'appuient au rebord du goulot
+(Fig.268). Le manche des couteaux ou
+des cuillers est presque toujours un
+cou de canard ou d'oie recourbé; le
+bol est parfois un animal, une gazelle
+liée comme les bêtes offertes en sacrifice (Fig.269). Un
+petit chacal est accroupi sur la poignée d'un sabre.
+Une paire de ciseaux du musée de Boulaq a, pour
+branche principale, un captif asiatique, les bras liés derrière
+le dos. Tel miroir est une feuille de lotus découpée:
+la queue sert de manche. Telle boîte à parfums est
+un poisson, telle autre un oiseau, telle autre un dieu
+grotesque. Les vases à eau lustrale, que les prêtres et les prêtresses portaient à la main pour asperger les
+fidèles ou le terrain sur lequel&nbsp; défilaient les processions,&nbsp;&nbsp; méritent une place
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig268.png" alt="" style="width: 200px; height: 252px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+particulière dans l'estime des connaisseurs. Ils sont pointus ou ovoïdes par le bout,
+et décorés de tableaux au trait ou en relief.
+Tantôt ce sont des images de dieux, chacune
+dans un cadre; tantôt c'est une scène d'adoration.
+Le travail en est ordinairement très fin.<br><br>
+La statuaire s'était de bonne heure emparée
+du bronze: malheureusement, aucune ne
+nous a été conservée de ces idoles qui remplissaient
+les temples de l'ancien empire.
+Quoi qu'on en ait dit, nous ne possédons
+point de statuettes en bronze qui soient antérieures
+à l'expulsion des Hyksos. Quelques-unes
+des figures qui proviennent de Thèbes
+sont bien certainement de la XVIIIe et de la
+XIXe dynastie: la tête de lion
+ciselée qui était avec les bijoux
+de la reine Ahhotpou, l'Harpocrate
+de Boulaq, qui porte le
+prénom de Kamos et le nom
+d'Ahmos Ier, plusieurs Ammon
+du même musée, qu'on dit avoir
+été découverts à Médinét-Habou
+et à Shéikh Abd-el-Gournah.
+Les pièces les plus importantes appartiennent à
+la XXIIe dynastie, ou lui sont postérieures et contemporaines
+des Pharaons saïtes; beaucoup ne remontent
+pas plus haut que les premiers Ptolémées. Un fragment
+qui est en la possession du comte Stroganoff, et qui a été recueilli dans les ruines de Tanis, faisait partie
+d'une statue votive du roi Pétoukhânou. Elle était exécutée
+aux deux tiers au
+moins de la grandeur naturelle,
+et c'est le morceau le
+plus considérable que nous
+ayons jusqu'à présent. Le
+portrait de la dame Takoushit,
+donné par M. Démétrio
+au musée d'Athènes,
+les quatre figures de la collection
+Posno, aujourd'hui
+au Louvre, le génie agenouillé
+de Boulaq, sont originaires
+de Bubastis et datent
+probablement des années
+qui précédèrent l'avènement
+de Psamitik Ier. La dame
+Takoushit est debout, le
+pied en avant, le bras droit
+pendant, le bras gauche replié
+et ramené contre la
+poitrine (Fig.270).
+Elle est vêtue d'une
+robe courte, brodée de
+scènes religieuses, et
+a des bracelets aux
+bras et aux mains.&nbsp;&nbsp;
+La
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 355%;">
+<img src="images/fig269.png" alt="" style="width: 250px; height: 653px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+perruque à mèches carrées, régulièrement étagées, lui
+emboîte la tête. Le détail des étoffes et des bijoux est
+dessiné en creux, au trait, à la surface du bronze, et relevé d'un fil d'argent. La face est un portrait et
+semble indiquer une femme d'âge mûr. Le corps est,
+selon la tradition des écoles égyptiennes, un corps de
+jeune fille, élancé,
+ferme et souple. Le
+cuivre est mêlé fortement
+d'or et a des
+reflets doux, qui se
+marient de la manière
+la plus heureuse
+avec le riche
+décor de la broderie.
+Autant l'aspect en est
+fin et harmonieux,
+autant celui du génie
+agenouillé de
+Boulaq est rude et
+heurté. Il a la tête
+d'épervier et adore le
+soleil levant, comme
+c'est le devoir des
+génies d'Héliopolis;
+son bras droit est
+levé en l'air, son
+bras gauche se serre
+contre la poitrine.
+Le style de l'ensemble est sec, et le grenu de l'épiderme
+augmente encore l'impression de dureté; mais
+le mouvement est juste, énergique, et le masque d'oiseau
+s'ajuste au buste d'homme avec une sûreté surprenante.
+Les mêmes qualités et les mêmes défauts se retrouvent sur l'Hor de la collection Posno (Fig.271).
+Debout, les bras lancés en avant, à hauteur de la tête,
+il soulève le vase à libations et en verse le contenu
+sur un roi jadis placé devant lui. La rudesse est moins
+sensible dans les trois autres figures,
+surtout dans celle qui porte le
+nom de Mosou gravé à la pointe sur
+la poitrine, à l'endroit du coeur
+(Fig.272). Elle est debout, comme
+Hor, le pied gauche en avant, le
+bras gauche tombant près de la
+cuisse. La main droite, relevée à la
+hauteur du sein, tenait le bâton de
+commandement. Le torse est nu,
+les reins sont ceints du pagne rayé,
+dont la pointe retombe carrément
+entre les deux cuisses. La tête est
+coiffée de la perruque courte, à
+petites mèches fines, imbriquées
+l'une sur l'autre. L'oreille est ronde
+et grande. Les yeux, bien ouverts,
+étaient sertis d'argent et ont été volés
+par quelque fellah.
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig270.png" alt="" style="width: 350px; height: 801px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ Les traits
+ont une expression remarquable
+de hauteur et de fermeté. Que
+dire, après cela, des milliers d'Osiris, d'Isis, de Nephthys,
+d'Hor, de Nofirtoum, qu'on a retirés du sable
+et des décombres à Saqqarah, à Bubaste et dans toutes
+les villes du Delta? Beaucoup, sans doute, sont de charmants
+morceaux de vitrine et se recommandent par la
+perfection de la fonte ou par la délicatesse du travail; mais la plupart sont des objets de commerce, fabriqués
+pendant des siècles sur les mêmes modèles, et peut-être
+dans les mêmes moules, pour l'édification des dévots et
+des pèlerins. Ils sont mous, vulgaires, sans originalité,
+et ne se distinguent non plus les uns des autres que
+les milliers de figurines coloriées, dont nos marchands
+d'objets de sainteté encombrent leurs étalages.
+Seules, les images d'animaux, les béliers, les
+sphinx, les lions surtout, gardèrent jusqu'à la fin un
+cachet d'individualité des plus prononcés. Les Égyptiens
+avaient pour les félins une prédilection particulière:
+ils ont représenté le lion dans toutes les attitudes,
+chassant l'antilope, se ruant sur les chasseurs,
+blessé et se retournant pour mordre sa blessure, au repos
+et couché d'un calme dédaigneux, et nul peuple
+ne l'a rendu avec pareille connaissance de ses habitudes
+ni avec pareille intensité de vie. Plusieurs dieux
+et plusieurs déesses, Shou, Anhouri, Bastît, Sokhit,
+Tafnout, avaient forme de lion ou de chat, et comme le culte en était plus populaire dans le Delta
+que partout ailleurs, il ne se passe guère d'années où
+l'on ne déterre, au milieu des ruines de Bubastis, de Tanis,
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 55%;">
+<img src="images/fig271.png" alt="" style="width: 400px; height: 723px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig272.png" alt="" style="width: 250px; height: 699px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+de Mendès ou de quelque ville moins célèbre, de
+véritables dépôts où les figurines de lion ou de lionne,
+de femmes ou d'hommes à têtes de lion et de chat, se
+comptent par milliers. Les chats de Bubaste et les lions
+de Tell-es-sebâ remplissent nos musées. Les lions
+d'Horbaït peuvent compter parmi les chefs-d'oeuvre de
+la statuaire égyptienne. Le nom d'Apriès est inscrit sur
+le plus grand d'entre eux (Fig.273), mais ce témoignage
+précis nous manquerait, que les caractères du morceau
+nous ramèneraient invinciblement à l'époque saïte. Il
+faisait partie des pièces qui composaient l'ornementation
+d'une porte de temple ou de naos, et la face postérieure
+en était engagée dans un mur ou dans une
+pièce de bois. Il est pris au piège, ou couché dans une
+cage oblongue, d'où ne sortent que la tête et les pattes
+de devant. Les lignes du corps sont simples et puissantes,
+l'expression de la face calme et forte. Il égale
+presque par l'ampleur et la majesté les beaux lions
+en calcaire d'Amenhotpou III.<br><br>
+
+L'idée d'appliquer l'or et les métaux nobles sur le
+bronze, sur la pierre ou sur le bois, était déjà ancienne
+en Égypte, au temps de Khéops. L'or est très souvent
+mêlé d'argent à l'état naturel; quand il en renfermait
+20 pour 100, il changeait de nom et s'appelait électrum
+(<i>asimou</i>). L'électrum a une belle teinte jaune clair. Il
+pâlit à mesure que la proportion augmente: à 60 pour
+100, il est presque blanc. L'argent venait surtout d'Asie
+en anneaux, en plaques ou en briquettes d'un poids déterminé. L'or et l'électrum arrivaient partie de Syrie,
+en briques et en anneaux, partie du Soudan, en pépites
+ou en poudre. L'affinage et la fonte sont figurés sur les
+monuments des anciennes dynasties. Un bas-relief de
+Saqqarah nous montre la pesée de l'or confié à l'ouvrier
+qui doit le travailler; un autre, de Béni-Hassan, le
+lavage et la mise au feu du minerai; un autre, de
+Thèbes, l'orfèvre assis devant
+son creuset, le chalumeau à la
+bouche pour attiser la flamme,
+et la pince à la main droite, prêt
+à saisir le lingot (fig.274). Les
+Égyptiens ne frappaient ni monnaies
+ni médailles.
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+A cela près,
+ils tiraient le même parti que
+nous des métaux précieux. Comme nous dorons les
+croix et les coupoles des églises, ils recouvraient d'or
+les portes des temples, le soubassement des murs, les
+bas-reliefs, les pyramidions d'obélisque, les obélisques
+entiers. Ceux de la reine Hatshepsitou à Karnak étaient
+bardés d'électrum. «On les apercevait des deux rives
+du Nil, et ils inondaient les deux Égyptes de leurs
+reflets éblouissants, quand le soleil se levait entre
+eux, comme il se lève à l'horizon du ciel.» C'étaient
+des lames forgées à grands coups de marteau sur
+l'enclume. Pour les objets de petite dimension, on se
+servait de pellicules, battues entre deux morceaux de
+parchemin. Le musée du Louvre possède un véritable
+livret de doreur, et les feuilles qu'il renferme sont
+aussi fines que celles des orfèvres allemands au siècle
+passé. On les fixait sur le bronze au moyen d'un
+
+<img src="images/fig273.png" alt="" style="width: 700px; height: 403px;">
+
+mordant ammoniacal. S'il s'agissait de quelque statuette
+en bois, on commençait par coller une toile fine ou par
+déposer une mince couche de plâtre, et l'on appliquait
+l'or ou l'argent par-dessus ce premier enduit. Il est
+question de statues en bois doré de Thot, d'Hor, de
+Nofirtoum, dès le temps de Khéops. Le seul temple
+d'Isis, dame de la pyramide, en renfermait une douzaine,
+et ce n'était pas l'un des plus grands dans la
+nécropole memphite. Les temples de Thèbes paraissent
+en avoir possédé des centaines, au moins sous les dynasties
+conquérantes du nouvel empire, et les sanctuaires
+ptolémaïques ne le cédaient pas en cela aux thébains.<br><br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Le bronze et le bois doré ne suffisaient pas toujours
+aux dieux: c'était de l'or massif qu'il leur fallait et on
+leur en donnait le plus possible. Les rois de l'ancien et
+du moyen empire leur dédiaient déjà des statues taillées
+en plein dans les métaux précieux. Les pharaons de la
+XVIIIe et de la XIXe dynastie, qui puisaient presque à
+volonté dans les trésors de l'Asie, renchérirent sur ce
+qu'avaient fait leurs prédécesseurs. Même quand la
+décadence fut venue, on vit de simples seigneurs féodaux
+continuer la tradition des grands règnes, et, comme
+Montoumhît, prince de Thèbes, remplacer les images
+en or et en argent, que les généraux d'Ashshourbanipal
+avaient enlevées à Karnak, pendant les invasions assyriennes.
+La quantité de métal ainsi consacrée au service
+de la divinité était
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 45%;">
+<img src="images/fig274.png" alt="" style="width: 300px; height: 307px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ considérable. Si on y trouvait beaucoup
+de figures hautes de quelques centimètres à peine,
+on en trouvait beaucoup aussi qui mesuraient trois
+coudées et plus. Il y en avait d'un seul métal, or ou
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ argent;
+il y en avait qui étaient partie en or, partie en argent; il y en avait enfin qui se rapprochaient de la statuaire
+chryséléphantine des Grecs, et où l'or se combinait
+avec l'ivoire sculpté, avec l'ébène, avec les pierres
+précieuses. Ce qu'elles étaient, on le sait très exactement,
+et par les représentations qui en existent un peu partout,
+à Karnak, à Médinét-Habou, à Dendérah, dans
+
+<img src="images/fig275.png" alt="" style="width: 400px; height: 371px;">
+<img src="images/fig276.png" alt="" style="width: 300px; height: 354px;"><br>
+
+les tombes, et par les statues de calcaire et de bois: la
+matière avait beau changer, le style ne variait pas.
+Rien n'est plus périssable que de pareilles oeuvres; la
+valeur même des matériaux qui les composent les condamne
+sûrement à la destruction. Ce que les guerres
+civiles, les invasions étrangères, la rapacité des pharaons
+et des gouverneurs romains avait épargné, devint la proie des
+
+<img src="images/fig277.png" alt="" style="width: 250px; height: 275px;">
+<img src="images/fig278.png" alt="" style="width: 250px; height: 211px;"><br>
+
+ chrétiens. Quelques statuettes mignonnes,
+placées sur les momies en guise d'amulettes, quelques
+figures, adorées comme divinités domestiques et égarées
+dans les ruines des maisons, quelques ex-voto,
+oubliés dans le coin obscur d'un temple, sont parvenus
+jusqu'à nous. Le Phtah et l'Ammon de la reine
+Ahhotpou, un autre Ammon en or de Boulaq et le vautour
+en argent découvert à
+
+<img src="images/fig279.png" alt="" style="width: 300px; height: 376px;">
+<img src="images/fig280.png" alt="" style="width: 300px; height: 342px;"><br>
+
+Médinét-Habou vers 1885, sont les seules pièces de ce genre attribuées certainement
+à la grande époque. Le reste est saïte ou ptolémaïque
+et ne se recommande point par la perfection du
+travail. La vaisselle que renfermaient les temples et
+les maisons n'a pas eu meilleure chance que les statues.
+Le Louvre a acquis, au commencement du siècle,
+des coupes à fond plat que Thoutmos III donna
+à l'un de ses généraux, Thoutii, en récompense
+de sa bravoure. La coupe d'argent est très mutilée,
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+la coupe d'or est intacte et d'un fort joli dessin (fig.275). Les parois latérales sont ornées d'une légende
+hiéroglyphique. On a gravé au fond une rosace,
+autour de laquelle circulent six poissons. Une
+bordure de
+fleurs de lotus,
+reliées par une
+ligne courbe,
+tourne autour
+du sujet principal.
+Les
+cinq vases de
+Thmouïs, conservés
+à Boulaq,
+sont en argent.
+Ils faisaient partie
+du mobilier
+sacré, et avaient été enfouis dans une cachette, où ils
+sont demeurés jusqu'à nos jours. Rien n'indique leur
+âge; mais, qu'ils soient de
+l'époque grecque ou de l'époque
+thébaine, la facture est
+purement égyptienne. Il ne
+reste plus de l'un d'eux que
+le couvercle avec une poignée
+formée de deux fleurs réunies
+par la tige. Les autres sont
+intacts et décorés au repoussé
+de boutons de lotus et de lotus
+épanouis (Fig.276). Le galbe en est élégant et simple,
+l'ornementation sobre et légère, le relief très fin; l'un
+d'eux est pourtant entouré d'une ceinture d'oves assez fortes (Fig.277), dont la saillie altère un peu les contours
+de la panse. Ce sont là des pièces intéressantes;
+mais le nombre en est si restreint, que nous aurions
+une idée très incomplète de l'orfèvrerie égyptienne
+si les représentations figurées ne venaient à notre
+aide. Les pharaons n'avaient pas
+comme nous la ressource de jeter
+dans la circulation, sous forme
+de monnaie, l'or et l'argent qu'ils
+recevaient des peuples vaincus.
+La part des dieux prélevée, ils
+n'avaient d'autre alternative que
+de fondre en lingots, ou de changer
+en vaisselle et en bijoux ce qui leur revenait du
+butin. Ce qui était vrai des rois l'était encore plus des
+particuliers, et, pendant six ou huit siècles au moins,
+à partir d'Ahmos Ier, le goût de l'argenterie fut poussé
+jusqu'à l'extravagance.
+Toutes les maisons possédaient
+non seulement ce qu'il
+fallait pour le service de la
+table, plats, aiguières à pied,
+coupes, gobelets, paniers sur
+lesquels on gravait au trait
+des figures d'animaux fantastiques
+(fig.278), mais de grands vases décoratifs
+qu'on remplissait de fleurs,
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig281.png" alt="" style="width: 200px; height: 599px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig282.png" alt="" style="width: 200px; height: 458px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ou qu'on étalait sous les yeux
+des convives les jours de gala. Certains d'entre eux
+étaient d'une richesse extraordinaire. Ici, c'est une
+coupe dont les anses sont deux boutons de papyrus,
+et le pied un papyrus épanoui; deux esclaves asiatiques ou qu'on étalait sous les yeux
+des convives les jours de gala. Certains d'entre eux
+étaient d'une richesse extraordinaire. Ici, c'est une
+coupe dont les anses sont deux boutons de papyrus,
+et le pied un papyrus épanoui; deux esclaves asiatiques allongé, se dresse au milieu des arbres. Évidemment
+les ouvriers qui ont exécuté ce travail tenaient
+moins à l'élégance et à la beauté qu'à
+la richesse et à l'effet. Ils se souciaient peu
+que l'ensemble fût lourd et de mauvais
+goût, pourvu qu'on admirât leur habileté, et
+la quantité de métal qu'ils avaient réussi à
+employer. D'autres surtout du même genre,
+présentées à Ramsès II, dans le temple
+d'Ipsamboul, remplacent les girafes par des
+buffles courant à travers les palmiers.<br><br>
+C'étaient de vrais joujous d'orfèvrerie
+analogues à ceux que les empereurs
+byzantins du IXe siècle avaient dans
+leur palais de la Magnaure, et qu'ils
+étalaient les jours de réception pour
+donner aux étrangers une haute idée
+de leur puissance et de leur richesse.
+On les voyait défiler avec les prisonniers,
+dans le cortège triomphal de
+Pharaon, lorsqu'il revenait victorieux
+de ses guerres lointaines. Les vases
+d'usage journalier
+étaient plus légers
+et moins chargés
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+d'ornements incommodes.
+Les deux léopards
+qui servent
+d'anse à un cratère
+du temps de Thoutmos
+III (Fig.284) ne sont pas bien proportionnés et se combinent mal avec les rondeurs de la panse, mais
+les coupes (Fig.285) et l'aiguière (Fig.286) sont d'une
+ordonnance heureuse et d'un contour
+assez pur. Ces vases d'or et d'argent
+ciselé, travaillés au repoussé, et dont
+quelques-uns offrent des scènes de
+chasse ou de guerre disposées par
+zones, furent imités en Phénicie, et
+les contrefaçons, expédiées en Asie&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+Mineure,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; en&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Grèce,&nbsp; en&nbsp;&nbsp;&nbsp; Italie,
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 55%;">
+<img src="images/fig283.png" alt="" style="width: 400px; height: 258px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;">
+<img src="images/fig284.png" alt="" style="width: 200px; height: 288px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+y transportèrent
+plusieurs des formes et des
+motifs de l'orfèvrerie égyptienne. La passion des métaux
+précieux était poussée si
+loin sous les Ramessides, qu'on
+ne se contenta plus de les employer
+au service de la table.
+Ramsès II et Ramsès III avaient
+des trônes en or, non point plaqués
+sur bois, comme en avaient
+eu leurs prédécesseurs, mais massifs et garnis de pierreries.
+Tout cela avait trop de prix
+pour durer et disparut à la première
+occasion; la valeur artistique ne
+répondait pas d'ailleurs à la valeur
+vénale, et la perte n'est pas de celles
+dont on ne saurait se consoler.<br><br>
+
+Les Orientaux, hommes et
+femmes, sont grands amateurs de bijoux. Les Égyptiens
+ne faisaient pas exception à la règle. Non contents
+de s'en parer à profusion pendant la vie, ils en
+chargeaient les bras, les doigts,&nbsp; le cou,&nbsp; les oreilles,&nbsp; le front,&nbsp; les chevilles&nbsp; de leurs morts. La
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 33%;">
+<img src="images/fig285.png" alt="" style="width: 200px; height: 173px;">
+ </td>
+
+<td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;">
+<img src="images/fig286.png" alt="" style="width: 200px; height: 193px;">
+ </td>
+
+<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 33%;">
+<img src="images/fig287.png" alt="" style="width: 200px; height: 272px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+quantité qu'ils enfouissaient ainsi dans les tombeaux était si considérable,
+qu'après trente siècles de fouilles actives, on
+découvre encore, de temps en temps, des momies qui
+sont, pour ainsi dire, cuirassées d'or. Beaucoup de ces
+bijoux funéraires n'étaient que des ornements de parade,
+fabriqués&nbsp; pour le jour&nbsp; des funérailles,&nbsp;&nbsp; et dont
+l'exécution&nbsp; se ressent&nbsp; de l'usage&nbsp; auquel&nbsp; ils étaient
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig288.png" alt="" style="width: 250px; height: 581px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+destinés.
+On ne se privait pas pourtant d'enterrer avec les morts les bijoux qu'ils
+avaient préférés de leur vivant, et ceux-là
+sont traités avec un soin qui ne laisse
+rien à désirer. Les bagues et les chaînes
+nous sont arrivées en très grand nombre,
+et cela n'a rien que de naturel. En effet, la bague n'était
+pas comme chez nous un simple ornement, mais un
+objet de première nécessité; on scellait les pièces officielles
+au lieu de les signer, et le cachet faisait foi en
+justice. Chaque Égyptien avait donc le sien, qu'il portait
+constamment sur lui afin d'en user en cas de besoin.
+C'était, pour les pauvres, un simple anneau en cuivre
+ou en argent, pour les riches, un bijou de modèle
+plus ou moins compliqué, chargé de ciselures et d'ornements
+en relief. Le chaton mobile tournait sur un
+pivot. Il était souvent incrusté d'une pierre avec la
+devise ou l'emblème choisi par le propriétaire, un
+scorpion (Fig.287), un lion, un épervier, un cynocéphale.
+Les chaînes étaient pour l'Égyptienne ce que
+la bague était pour son mari, l'ornement par excellence.
+J'en ai vu une en argent qui mesurait plus d'un mètre
+cinquante de long. D'autres, au contraire, ont à peine cinq ou six centimètres. Il y en a de tous les modules,
+à tresse double ou triple, à gros anneaux, à petits anneaux,
+les unes massives et pesantes, les autres aussi
+légères et aussi flexibles que le plus mince jaseron de
+Venise. La moindre paysanne pouvait avoir la sienne,
+comme les dames du plus haut rang; mais il fallait que
+la femme fût bien pauvre dont l'écrin ne contenait rien
+d'autre. Bracelets, diadèmes, colliers,
+cornes, insignes de commandement,
+aucune énumération n'est assez complète
+pour donner une idée du nombre
+et de la variété des bijoux qu'on connaît, &nbsp;
+soit par la représentation figurée,
+soit
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+en original. Berlin a la parure
+d'une Candace éthiopienne, le Louvre,
+celle du prince Psar, Boulaq celle de
+la reine Ahhotpou, la plus complète
+de toutes. Ahhotpou était femme de
+Kamos, roi de la XVIIe dynastie et
+peut-être mère d'Ahmos Ier. Sa momie
+avait été enlevée par une des
+bandes de
+
+<img src="images/fig289.png" alt="" style="width: 700px; height: 361px;">
+ voleurs qui exploitaient la nécropole thébaine,
+vers la fin de la XXe dynastie. Enfouie par
+eux, en attendant qu'ils eussent le loisir de la dépouiller
+en sûreté, il est probable qu'ils furent pris
+et mis à mort, avant d'avoir pu exécuter ce beau dessein.
+Le secret de leur cachette périt avec eux et ne fut
+découvert qu'en 1860, par les fouilleurs arabes. La plupart
+des objets que la reine avait emportés dans l'autre
+monde sont des bijoux de femme,&nbsp; un manche d'éventail
+lamé d'or, un miroir de bronze
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ doré, à poignée en ébène, garnie d'un lotus d'or ciselé (Fig.288). Les bracelets
+appartiennent à plusieurs types divers. Les uns étaient
+destinés à garnir la cheville et le haut du bras, et sont
+de simples anneaux en or, massifs ou creux, ourlés
+de chaînettes en fils d'or tressés, imitant le filigrane.
+Les autres se portent au
+poignet, comme les bracelets
+de nos femmes, et
+sont formés de perles en
+or, en lapis-lazuli, en cornaline,
+en feldspath vert,
+montées sur des fils d'or
+et disposées en carré, dont
+chaque moitié est d'une
+couleur différente. La fermeture
+consiste en deux
+lames d'or, réunies par une aiguillette également en
+or: les cartouches d'Ahmos Ier y sont gravés légèrement
+à la pointe. C'est également au Pharaon Ahmos Ier
+qu'appartenait un beau bracelet d'arc (fig.289), dont la facture rappelle un peu les procédés usités
+dans la fabrication des émaux&nbsp; cloisonnés.&nbsp;&nbsp; Ahmos est
+agenouillé devant
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;">
+<img src="images/fig290.png" alt="" style="width: 350px; height: 388px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 45%;">
+<img src="images/fig291.png" alt="" style="width: 300px; height: 272px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+le dieu Sibou et ses acolytes, les génies
+de Sop et de Khonou. Les figures et les hiéroglyphes
+sont levés en plein sur une plaque d'or; et
+ciselés délicatement au burin. Le champ est rempli de
+pièces de pâte bleue et de lapis-lazuli taillées artistement.
+Un bracelet de travail
+plus compliqué, mais
+moins fin, était passé
+au poignet de la reine
+(Fig.290). Il est en or
+massif et formé de trois
+bandes parallèles, garnies
+de turquoises. Sur le devant,
+un vautour déploie
+ses ailes, dont les plumes
+sont composées d'émaux verts, de lapis-lazuli et de
+cornaline, enchâssés dans des cloisons d'or. Les cheveux
+étaient engagés dans un diadème d'or massif, à&nbsp; peine&nbsp;
+aussi&nbsp; large qu'un bracelet. Le nom d'Ahmos
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<img src="images/fig292.png" alt="" style="width: 700px; height: 435px;"><br>
+
+est incrusté
+en pâte bleue sur une plaque oblongue, adhérente
+au cercle: deux petits sphinx en relief, posés&nbsp; de&nbsp;
+chaque&nbsp; côté,&nbsp;&nbsp; ont&nbsp; l'air&nbsp; de veiller&nbsp; sur&nbsp; lui (fig.291). Une
+grosse chaîne d'or flexible était
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 21%;">
+<img src="images/fig294.png" alt="" style="width: 150px; height: 1087px;">
+ </td>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 79%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 584px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 30%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+enroulée autour du
+cou: elle est terminée par deux têtes d'oie recourbées, qu'on liait au moyen d'une ficelle, quand on
+voulait fermer le collier. Le scarabée qui lui sert
+de pendeloque a le corselet et les élytres en pâte de
+verre bleue, rayée d'or, les pâtes et le corps en or
+massif. La parure de la poitrine était complétée par un large collier du genre de ceux qu'on appelait
+Ouoskh (fig.292). Il a pour agrafes-deux têtes
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 70%;">
+<img src="images/fig293.png" alt="" style="width: 400px; height: 381px;"><br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 584px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+d'épervier
+en or, dont les détails étaient relevés d'émail
+bleu. Les rangs sont composés de cordes, enroulées, de fleurs à quatre
+pétales en croix,
+d'antilopes poursuivies
+par des
+tigres, de chacals
+accroupis, d'éperviers,
+de vautours
+et d'uraeus ailées,
+le tout en or repoussé,
+et cousu
+sur le linceul au
+moyen d'un petit
+anneau soudé
+derrière chaque figure. Au-dessous, pendait sur la poitrine
+une de ces pièces carrées qu'on appelle un pectoral (Fig.293).
+La forme générale est d'un naos. Ahmos, debout dans une barque entre Ammon et Râ,
+reçoit, sur la tête et sur le corps, l'eau qui doit le purifier.
+Deux éperviers planent, à droite et à
+gauche du roi, au-dessus des dieux. La
+silhouette des figures est dessinée par des
+cloisons d'or; le corps était rendu par
+des plaquettes de pierre et d'émail, dont
+beaucoup sont tombées. Le morceau est
+un peu lourd, et l'usage ne s'en comprend
+guère si on l'isole du reste de la parure.
+Pour juger sainement l'effet qu'il
+produisait, on doit se rappeler ce qu'était
+le vêtement des femmes égyptiennes: une
+sorte de fourreau d'étoffe semi-transparente,
+qui s'arrêtait au-dessous des seins
+et les laissait saillir librement. Le haut de
+la poitrine et du dos, les épaules, le cou
+étaient à découvert, sauf une paire de bretelles
+étroites qui maintenaient le fourreau
+et l'empêchaient de glisser. Les femmes
+riches habillaient cette nudité de bijoux. Le
+collier voilait à moitié les épaules et le
+haut de la poitrine. Le pectoral masquait
+le sillon qui se creuse entre les seins. Les
+seins eux-mêmes étaient parfois emboîtés
+chacun dans une sorte de coupe d'or
+émaillé ou peint, qui en épousait exactement
+les contours. A côté de ces bijoux,
+des armes et des amulettes étaient entassés
+pêle-mêle: trois grosses
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;">
+<img src="images/fig295.png" alt="" style="width: 200px; height: 713px;"><br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+mouches d'or massif suspendues
+à une chaînette mince, neuf petites haches, trois en or, six en argent, une tête de lion en or d'un
+travail minutieux, un sceptre en bois noir enroulé
+d'or, des anneaux de jambes, des poignards. L'un d'eux
+(Fig.294), enfermé dans une gaine d'or, avait un manche
+en bois, décoré de triangles en cornaline, en lapis-lazuli,
+en feldspath et en or. Pour pommeau,
+quatre têtes de femme en or
+repoussé; une tête de taureau renversée,
+en or, dissimule la soudure de
+la lame au manche. Le pourtour de
+la lame est en or massif, le corps en
+bronze noir, damasquiné. Sur la
+face supérieure, au-dessous du prénom
+d'Ahmos, un lion poursuit un
+taureau, en présence de quatre grosses
+sauterelles alignées; sur la face inférieure,
+le nom d'Ahmos et quinze
+fleurs épanouies, qui sortent l'une
+de l'autre et vont se perdant vers la
+pointe. Un poignard, découvert à
+Mycènes par M. Schliemann, présente
+un système de décoration analogue;
+les Phéniciens, qui copiaient assidûment
+les modèles égyptiens, ont
+probablement transporté celui-là en Grèce. Le second
+poignard de la reine (Fig.295) a une forme qu'il n'est
+pas rare de rencontrer aujourd'hui encore dans la
+Perse et dans l'Inde. C'est une lame en bronze jaunâtre
+très lourd, emmanchée d'un disque en argent. Pour s'en
+servir, on appuyait le pommeau lenticulaire dans le
+creux de la main, et l'on passait la lame entre l'index et le médius. On se demandera quel besoin une femme,
+et une femme morte, avait de tant d'armes. L'autre monde
+était peuplé d'ennemis
+contre lesquels on
+devait lutter sans relâche,
+génies typhoniens,
+serpents, scorpions
+gigantesques,
+tortues, monstres de toute sorte. Les
+poignards qu'on enfermait au cercueil
+avec la momie aidaient l'âme à se
+protéger, et comme ils n'étaient
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 45%;">
+<img src="images/fig296.png" alt="" style="width: 300px; height: 721px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ utiles
+que pour la lutte corps à corps, on avait
+ajouté quelques armes de jet, des arcs,
+des boumerangs en bois dur et une
+hache de guerre. Le manche est en
+bois de cèdre revêtu d'une feuille d'or
+(fig.296). La légende d'Ahmos y est
+écrite en caractères de lapis-lazuli, de
+cornaline, de
+
+<img src="images/fig297.png" alt="" style="width: 700px; height: 345px;">
+
+turquoise et de feldspath
+vert. Le tranchant est saisi dans une
+entaille du bois et maintenu en place
+par un treillis de fils d'or. Il est en
+bronze noir et a été doré. L'une des
+deux faces montre des lotus sur fond
+d'or, l'autre Ahmos frappant un barbare
+à moitié renversé, qu'il tient aux
+cheveux. Au-dessous, le dieu de la
+guerre, Montou Thébain, est représenté
+par un griffon à tête d'aigle. Deux barques
+en argent et en or simulaient la barque sur laquelle la momie traversait le fleuve, pour se rendre à sa dernière
+demeure et naviguer à la suite des dieux sur la mer d'Occident.
+La barque en argent était posée sur un chariot de
+bois à quatre roues en bronze; comme elle était en
+assez mauvais état, on l'a démontée et remplacée par
+la barque en or (fig.297). La coque est légère et
+allongée: les&nbsp; façons&nbsp; de&nbsp; l'avant&nbsp; et&nbsp; de&nbsp; l'arrière&nbsp; sont&nbsp; relevées&nbsp;
+et se terminent&nbsp; par des bouquets de
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: left; width: 740px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+
+ <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+ papyrus gracieusement recourbés. Deux estrades, entourées de
+balustrades à panneaux pleins, se dressent
+à la proue et à la poupe, en guise de châteaux
+gaillards. Le pilote d'avant est debout
+dans la première, le timonier se tient
+devant la seconde et manie la rame à large
+palette qui remplissait l'office de notre
+gouvernail. Douze rameurs d'argent massif
+voguent sous les ordres de ces deux officiers. Au
+centre, Kamos est assis, la hache et le sceptre à la
+main. Voilà ce qu'il y avait sur une seule momie;
+encore n'ai-je énuméré que les objets les plus remarquables.
+La technique en est irréprochable, et la sûreté
+du goût n'est pas moindre chez l'ouvrier que la dextérité de la main. L'art de l'orfèvre, parvenu au degré
+de perfection dont témoigne l'écrin d'Ahhotpou, ne s'y
+maintint pas longtemps. Les modes changèrent, la forme
+des bijoux s'alourdit. La bague de Ramsès II au Louvre,
+avec ses chevaux posés debout sur le chaton (Fig.298),
+le bracelet du prince
+
+ </td>
+
+<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 28%;">
+<img src="images/fig298.png" alt="" style="width: 175px; height: 265px;">
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0"
+ style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;">
+
+Psar (fig.299), avec ses griffons et
+ses lotus en émail cloisonné, sont d'un dessin moins
+heureux que les bracelets d'Ahmos. Celui qui les a
+exécutés était, sans contredit, aussi habile que les
+orfèvres de la reine Ahhotpou; mais il avait le goût
+moins fin et l'esprit moins inventif. Ramsès II était
+condamné, ou bien à ne jamais porter sa bague, ou bien
+à voir les petits chevaux qui l'ornaient, s'écraser et
+tomber au moindre choc. La décadence, déjà sensible
+sous la XIXe dynastie, s'accentue à mesure que nous
+nous rapprochons de l'ère chrétienne. Les boucles
+d'oreilles de Ramsès IX, au musée de Boulaq, sont un
+composé disgracieux de disques chargés de filigrane,
+de chaînettes, d'uraeus pendants; comme aucune
+oreille humaine n'aurait pu en porter le poids sans
+s'allonger outre mesure ou sans se déchirer, on les
+accrochait à la perruque de chaque côté de la tête. Les
+bracelets du grand-prêtre Pinotmou III, recueillis sur sa
+momie, sont de simples anneaux en or, ronds, incrustés
+de verre coloré et de cornaline, semblables à ceux qu'on
+fabrique encore aujourd'hui chez les noirs du Soudan.
+L'invasion des Grecs modifia d'abord les procédés
+de l'orfèvrerie égyptienne, puis substitua peu à peu
+ses types aux types indigènes. L'écrin de la reine
+éthiopienne que Ferlini vendit au musée de Berlin
+contenait, à côté de bijoux qu'on aurait pu
+
+<img src="images/fig299.png" alt="" style="width: 700px; height: 432px;">
+
+ attribuer sans peine à l'époque pharaonique, des bijoux de style
+mixte où l'influence hellénique est nettement reconnaissable.
+Les trésors découverts, en 1878, à Zagazig,
+en 1881, à Qénèh, en 1882, à Damanhour, étaient composés
+entièrement d'objets dont la facture n'a plus rien
+d'égyptien, épingles à cheveux surmontées d'une statuette
+de Vénus, boucles de ceinture, agrafes pour
+péplum, bagues et bracelets ornés de camées, coffrets
+flanqués aux quatre coins de colonnettes ioniques.
+Les vieux modèles étaient encore recherchés dans les
+campagnes, et les orfèvres de village conservaient tant
+bien que mal la tradition antique: les orfèvres de ville
+ne savaient plus que copier lourdement les modèles
+grecs et romains.<br><br>
+
+Cette revue rapide de ce qu'ont produit les arts
+industriels présente bien des lacunes. J'ai dû me borner
+à citer ce que renferment les collections les plus connues;
+que ne trouverait-on pas si l'on pouvait visiter à loisir nos musées de province et recueillir ce que le
+hasard des ventes a dispersé dans les collections particulières!
+La diversité des petits monuments de l'industrie
+égyptienne est infinie et l'étude méthodique en
+reste encore à faire: elle promet plus d'une surprise à
+qui voudra la tenter.<br><br><br><br>
+
+FIN<br><br><br><br>
+
+TABLE<br><br><br>
+
+
+
+CHAPITRE I.<br><br>
+
+L'ARCHITECTURE CIVILE ET MILITAIRE<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1. Les maisons<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 2. Les forteresses<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3. Les travaux d'utilité publique<br><br>
+
+
+CHAPITRE II.<br><br>
+
+L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1. Matériaux et éléments de la construction<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 2. Le temple<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3. La décoration<br><br>
+
+
+CHAPITRE III.<br><br>
+
+LES TOMBEAUX<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1. Les mastabas<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 2. Les pyramides<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3. Les tombes de l'Empire thébain; les hypogées<br><br>
+
+
+CHAPITRE IV<br><br>
+
+LA PEINTURE ET LA SCULPTURE<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1. Le dessin et la composition<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 2. Les procédés techniques<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3. Les oeuvres<br><br>
+
+
+CHAPITRE V.<br><br>
+
+LES ARTS INDUSTRIELS<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1. La pierre, la terre et le verre<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 2. Le bois, l'ivoire, le cuir et les matières textiles<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3. Les métaux<br><br>
+
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+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
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+</center>
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+</BODY>
+</HTML>
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