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Maspero"> + +<STYLE TYPE="text/css"> +H1 {font-size: 24pt; font-family: serif; text-align: center;} +H2 {font-size: 18pt; font-family: serif; text-align: center;} +H3 {font size:14pt; font-family: serif} +p {font size:12pt; font-family: serif; text-align: justify} +p.STDIT {font size:12pt; font-family: serif; font-style: italic;} +p.FTNOTE {font size:10pt; font-family: sans-serif; text-align: justify} +</STYLE> + +</head> + +<body style="color: rgb(0, 0, 0); background-color: rgb(255, 255, 255);"> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 10841 ***</div> + +<center> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="width: 740px; margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: justify;"> + <tbody> + + <tr> + + + <td style="width: 100%; vertical-align: top; text-align: center; width: 100%;"><img src="images/fig000.png" title="" alt="" + style="width: 315px; height: 500px;"><br><br><br><br><br><br> + </td> + </tr> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 100%;"> + + <H2>CHAPITRE I</H2><br><br> + + </td> + </tr> + + +<tr> + + <td style="width: 100%; vertical-align: top; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + L'ARCHITECTURE CIVILE ET MILITAIRE<br><br> + + +L'attention des archéologues qui ont visité l'Égypte +a été si fortement attirée par les temples et par les +tombeaux que nul d'entre eux ne s'est attaché à relever +avec soin ce qui reste des habitations privées et des +constructions militaires. Peu de pays pourtant ont conservé +autant de débris de leur architecture civile. Sans +parler des villes d'époque romaine ou byzantine, qui +survivent presque intactes à Kouft, à Kom-Ombo, à +El-Agandiyéh, une moitié an moins de la Thèbes antique +subsiste à l'est et an sud de Karnak. L'emplacement +de Memphis est semé de buttes qui atteignent 15 +et 20 mètres de hauteur, et dont le noyau est formé par +des maisons en bon état. A Tell-el-Maskhoutah, les +greniers de Pithom sont encore debout; à Sân, à Tell-Basta, +la cité saïte et ptolémaïque renferme des quartiers +dont on pourrait lever le plan. Je ne parle ici que +des plus connues; mais combien de localités échappent +à la curiosité des voyageurs, où l'on rencontre des +ruines d'habitations privées remontant à l'époque des +Ramessides, et plus haut peut-être! Quant aux forteresses, +le seul village d'Abydos n'en a-t-il pas deux, +dont une est au moins contemporaine de la VIe dynastie? +Les remparts d'El-Kab, de Kom-el-Ahmar, +d'El-Hibèh, de Dakkèh, même une partie de ceux de +Thèbes, sont debout et attendent l'architecte qui daignera +les étudier sérieusement. +<br><br> + +l.--LES MAISONS. +<br><br> +Le sol de l'Égypte, lavé sans cesse par l'inondation, +est un limon noir, compact, homogène, qui acquiert en +se séchant la dureté de la pierre: les fellahs l'ont employé +de tout temps à construire leur maison. Chez les +plus pauvres, ce n'est guère qu'un amas de terre façonné +grossièrement. On entoure un espace rectangulaire, +de 2 ou 3 mètres de large sur 4 ou 5 de long, d'un +clayonnage en nervures de palmier, qu'on enduit intérieurement +et extérieurement d'une couche de limon; +comme ce pisé se crevasse en perdant son eau, on +bouche les fissures et on étend des couches nouvelles, +jusqu'à ce que l'ensemble ait de 10 à 30 centimètres +d'épaisseur, puis on étend au-dessus de la chambre +d'autres nervures de palmier mêlées de paille, et on +recouvre le tout d'un lit mince de terre battue. La hauteur +est variable: le plus souvent, le plafond est très +bas, et on ne doit pas se lever trop brusquement de peur +de le défoncer d'un coup de tête; ailleurs, il est à 2 mètres +du sol ou même plus. Aucune fenêtre, aucune +lucarne où pénètrent l'air et la lumière; parfois un +trou, pratiqué au milieu du plafond, laisse sortir la fumée +du foyer; mais c'est là un raffinement que tout le +monde ne connaît pas. +<br><br> +Il n'est pas toujours facile de distinguer au premier +coup d'oeil celles de ces cabanes qui sont en pisé et +celles qui sont en briques crues. La brique égyptienne +commune n'est guère que le limon, mêlé avec un peu +de sable et de paille hachée, puis façonné en tablettes +oblongues et durci au soleil. Un premier manoeuvre +piochait vigoureusement à l'endroit où l'on voulait +bâtir; d'autres emportaient les mottes et les accumulaient +en tas, tandis que d'autres les pétrissaient avec les +pieds et les réduisaient en masse homogène. La pâte +suffisamment triturée, le maître ouvrier la coulait dans +des moules en bois dur, qu'un aide emportait et s'en +allait décharger sur l'aire à sécher, où il les rangeait en +damier, à petite distance l'une de l'autre (Fig.1). Les +entrepreneurs soigneux les laissent au soleil une demi-journée +ou même une journée entière, puis les disposent +en monceaux de manière que l'air circule librement, et +ne les emploient qu'au bout d'une semaine ou deux; +les autres se contentent de quelques heures d'exposition +au soleil et s'en servent humides encore. Malgré +cette négligence, le + </td> + </tr> + +<tr> + + + <td style="width: 100%; vertical-align: top; text-align: center; width: 100%;"> + <img src="images/fig001.png" alt="" style="width: 700px; height: 228px;"> + </td> + </tr> + +<tr> + + <td style="width: 100%; vertical-align: top; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +limon est tellement tenace qu'il ne +perd pas aisément sa forme: la face tournée an dehors +a beau se désagréger sous les influences atmosphériques, +si l'on pénètre dans le mur même, on trouve la +plupart des briques intactes et séparables les unes des +autres. Un bon ouvrier moderne en moule un millier +par jour sans se fatiguer; après une semaine d'entraînement, +il peut monter à 1,200, à 1,500, voire à 1,800. +Les ouvriers anciens, dont l'outillage ne différait pas +de l'outillage actuel, devaient obtenir des résultats aussi +satisfaisants. Le module qu'ils adoptaient généralement +est de 0m,22, × 0m,11, × 0m,14 pour les briques de taille +moyenne, 0m,38, × 0m,18, × 0m,14 pour les briques de +grande taille; mais on rencontre assez souvent dans les +ruines des modules moindres ou plus forts. La brique +des ateliers royaux était frappée quelquefois aux cartouches +du souverain régnant; celle des usines privées +a sur le plat un ou plusieurs signes conventionnels +tracés à l'encre rouge, l'empreinte des doigts du +mouleur, le cachet d'un fabricant. Le plus grand nombre +n'a point de marque qui les distingue. La brique cuite +n'a pas été souvent employée avant l'époque romaine, +non plus que la tuile plate ou arrondie. La brique émaillée +paraît avoir été à la mode dans le Delta. Le plus +beau spécimen que j'en aie vu, celui qui est conservé +au musée de Boulaq, porte à l'encre noire les noms de +Ramsès III; l'émail en est vert, mais d'autres fragments +sont colorés en bleu, en rouge, en jaune ou en blanc.<br> +<br>La nature du sol ne permet pas de descendre beaucoup +les fondations: c'est d'abord une couche de terre +rapportée, qui n'a d'épaisseur que sur l'emplacement des +grandes villes, puis un humus fort +</td> +</tr> +</tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +dense, coupé de minces veines de sable, puis, à partir du niveau des +infiltrations, des boues plus ou moins liquides, selon +la saison. Aujourd'hui, les maçons indigènes se contentent +d'écarter les terres rapportées et jettent les fondations +dès qu'ils touchent le sol vierge; si celui-ci est +trop loin, ils s'arrêtent à un mètre environ de la surface. +Les vieux Égyptiens en agissaient de même: +je n'ai rencontré aucune maison antique dont les fondations +fussent à plus de 1m,20, encore une pareille +profondeur est-elle l'exception, et n'a-t-on pas dépassé +0m,60 dans la plupart des cas. Souvent, on ne se fatiguait +pas à creuser des tranchées: on nivelait l'aire +à couvrir, et, probablement après l'avoir arrosée largement +pour augmenter la consistance du terrain, on +posait les premières briques à même. La maison terminée, +les déchets de mortier, les briques cassées, tous les rebuts du travail + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig002.png" alt="" style="width: 350px; height: 450px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +accumulés formaient une couche +de 20 à 30 centimètres: la partie du mur enterrée +de la sorte tenait lieu de fondations. Quand la maison +à bâtir devait s'élever sur l'emplacement d'une +maison antérieure, écroulée de vétusté ou détruite par +un accident quelconque, on ne prenait pas la peine +d'abattre les murs jusqu'au ras de terre. On égalisait la +surface des décombres et on construisait à quelques pieds +plus haut que précédemment: aussi chaque ville est-elle +assise sur une ou plusieurs buttes artificielles, dont les +sommets dominent parfois de 20 ou 30 mètres la campagne +environnante. Les historiens grecs attribuaient +ce phénomène d'exhaussement à la sagesse des rois, de +Sésostris en particulier, qui avaient voulu mettre les +cités à l'abri des eaux, et les modernes ont cru reconnaître le procédé employé à cet effet: on construisait +des murs massifs de brique, entre-croisés en damier, +on comblait les intervalles avec des terres de déblayement, +et on élevait les maisons sur ce patin gigantesque. +Partout où j'ai fait des fouilles, à Thèbes spécialement, +je n'ai rien vu qui + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +répondît à cette description; les murs entrecoupés qu'on rencontre sous les débris des maisons + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;"> +<img src="images/fig003.png" alt="" style="width: 175px; height: 302px;"> + </td> + +<td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +relativement modernes ne sont que des restes +de maisons antérieures, qui +reposaient elles-mêmes sur +les restes de maisons plus +vieilles encore. Le peu de +profondeur des fondations +n'empêchait pas les maçons +de monter hardiment la bâtisse: +j'ai noté dans les +ruines de Memphis des pans +encore debout de 10 et 12 mètres +de haut. On ne prenait +alors d'autre précaution que +d'élargir la base des murs et de voûter les étages +(Fig.2). L'épaisseur ordinaire était de 0m,40 environ +pour une maison basse, mais pour une maison à plusieurs +étages, on allait jusqu'à 1 mètre ou 1m,25; des +poutres, couchées dans la maçonnerie d'espace en +espace, la liaient et la consolidaient. Souvent aussi on +bâtissait le rez-de-chaussée en + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: center; width: 25%;"> +<img src="images/fig004.png" alt="" style="width: 175px; height: 153px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +moellons bien appareillés +et on reléguait la brique aux étages supérieurs. +Le calcaire de la montagne voisine est la seule pierre +dont on se soit servi régulièrement en pareil cas. Les fragments de grès, de granit ou d'albâtre qui y sont +mêlés, proviennent généralement d'un temple ruiné: +les Égyptiens d'alors n'avaient pas plus scrupule +que ceux d'aujourd'hui à dépecer leurs monuments +dès qu'on cessait de les surveiller. Les petites gens vivaient dans de +vraies huttes qui, pour être bâties en +briques, ne valaient guère mieux que +les cabanes des fellahs. A Karnak, dans +la ville pharaonique, à Kom-Ombo, +dans la ville romaine, à Médinét-Habou, +dans la ville copte, les maisons +de ce genre ont rarement plus de 4 +ou 5 mètres de façade; elles se composent +d'un rez-de-chaussée que surmontent parfois +quelques chambres d'habitation. +Les gens aisés, marchands, employés +secondaires, chefs d'ateliers, +étaient logés plus au large. +Leurs maisons étaient souvent +séparées de la rue par une cour +étroite: un grand couloir s'ouvrait +au fond, le long duquel +les chambres étaient rangées (Fig.3). Plus souvent, la +cour était garnie de chambres sur trois côtés (Fig.4); +plus souvent encore la maison présentait sa façade à +la rue. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig005.png" alt="" style="width: 350px; height: 430px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +C'était alors un haut mur peint ou blanchi à +la chaux, surmonté d'une corniche, et sans ouverture +que la porte, ou percé irrégulièrement de quelques +fenêtres (Fig.5). La porte était souvent de pierre, +même dans les maisons sans prétentions. Les jambages sont en saillie légère sur la paroi, et le linteau +est supporté d'une gorge peinte ou sculptée. L'entrée +franchie, on passait successivement dans deux petites +pièces sombres, dont la dernière +prend jour sur la +cour centrale (Fig.6). Le +rez-de-chaussée servait ordinairement +d'étable pour +les baudets ou pour les +bestiaux, de magasins pour +le blé et pour les provisions, +de cellier et de cuisine. +Partout où les étages +supérieurs subsistent encore, +ils reproduisent +presque sans modifications +la distribution du rez-de-chaussée. On y arrivait par +un escalier extérieur, étroit et +raide, coupé à des intervalles très +rapprochés par de petits paliers +carrés. Les pièces étaient oblongues et ne recevaient de lumière et d'air que par la porte: + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +lorsqu'on +se décidait à percer des +fenêtres sur la rue, c'étaient des +soupiraux placés presque à la + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +hauteur du plafond, sans régularité ni symétrie, garnis +d'une sorte de grille en bois à barreaux espacés, et +fermés par un volet plein. Les planchers étaient briquetés +ou dallés, plus souvent formés d'une couche de +terre battue. Les murs étaient blanchis à la chaux, quelquefois peints de couleurs vives. Le toit était plat et +fait probablement comme aujourd'hui de branches de +palmiers serrées l'une contre l'autre, et couvertes d'un +enduit de terre assez épais pour résister à la pluie. +Parfois il n'était surmonté que d'un ou deux de ces +ventilateurs en bois qu'on rencontre encore si fréquemment +en Égypte; d'ordinaire, on y élevait une ou +deux pièces isolées, +servant de buanderie +ou de dortoir pour les +esclaves ou les + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 25%;"> +<img src="images/fig006.png" alt="" style="width: 175px; height: 194px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig007.png" alt="" style="width: 350px; height: 391px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +gardiens. La terrasse et +la cour jouaient un +grand rôle dans la vie +domestique des anciens +Égyptiens; les +femmes y préparaient +le pain (Fig.7), y cuisinaient, +y causaient +à l'air libre; la famille +entière y dormait l'été, protégée par des filets contre +les attaques des moustiques. Les hôtels des riches et des seigneurs couvraient une +surface considérable: ils étaient situés le plus souvent +au milieu d'un jardin ou d'une cour plantée, et présentaient +à la rue, ainsi que les maisons bourgeoises, +des murs nus, crénelés comme ceux d'une +forteresse (Fig.8). La vie domestique était cachée et +comme repliée sur elle-même: on sacrifiait le plaisir +de voir les passants à l'avantage de n'être pas +aperçu du dehors. La porte seule annonçait quelquefois l'importance de la famille qui se dissimulait +derrière l'enceinte. Elle était précédée d'un perron +de deux ou trois marches, ou d'un portique à colonnes (Fig.9) orné de + </td> + + + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +statues (Fig.10), qui lui +donnaient l'aspect +monumental; parfois +c'était un pylône +analogue à +celui qui annonçait +l'entrée des temples. +L'intérieur +formait comme une +petite ville, divisée en quartiers par des murs irréguliers: +la maison d'habitation au fond, les greniers, +les étables, les communs, répartis aux différents endroits +de l'enclos, selon des règles qui nous échappent +encore. Les détails de l'agencement devaient +varier à l'infini; pour donner une idée de ce qu'était +l'hôtel d'un grand seigneur égyptien, + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig008.png" alt="" style="width: 350px; height: 226px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + moitié palais, +moitié villa, je ne puis mieux faire que de reproduire +deux des plans nombreux que nous ont conservés les +tombeaux de la XVIIIe dynastie. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;"> +<img src="images/fig009.png" alt="" style="width: 700px; height: 272px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + Le premier représente +une maison thébaine (Fig.11-12). Le clos est carré entouré d'un mur crénelé. La porte principale s'ouvre +sur une route bordée d'arbres, qui longe un canal ou +un bras du Nil. + + + </td> + </tr> + +<tr> + <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;"> +<img src="images/fig011.png" alt="" style="width: 500px; height: 564px;"> + </td> + </tr> + +<tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Le jardin est divisé en compartiments +symétriques par des murs bas en pierres sèches, +analogues à ceux qu'on voit encore dans les grands +jardins d'Akhmîm ou de Girgéh; au centre, une vaste +treille disposée disposée sur quatre rangs de colonnettes; à droite et à gauche, quatre pièces d'eau peuplées de canards et +d'oies, deux pépinières, deux kiosques à jour, et des +allées de sycomores, de dattiers et de palmiers-doums; +dans le fond, en face de la porte, une maison à deux +étages de petites dimensions, surmontée d'une corniche peinte. Le second plan est emprunté aux hypogées + + </td> + </tr> + +<tr> + <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;"> +<img src="images/fig012.png" alt="" style="width: 500px; height: 413px;"> + </td> + </tr> + +<tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +de +Tell-el-Amarna (Fig.13-14). Il nous montre une maison, +située an fond des jardins d'un grand seigneur, Aï, +gendre du pharaon Khouniaton et, plus tard, lui-même +roi d'Égypte. Un bassin oblong s'étend devant la +porte: il est bordé d'un quai en pente douce muni de +deux escaliers. Le corps de bâtiment est un rectangle +plus large sur la façade que sur les parois latérales. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 40%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Une grande porte s'ouvre au milieu et donne accès +dans une cour plantée d'arbres et bordée de magasins +remplis de provisions: deux petites cours placées +symétriquement dans les angles les plus éloignés +servent de cage aux escaliers qui mènent sur la terrasse. +Ce premier +édifice sert +comme d'enveloppe +au logis du +maître. Les deux +façades sont ornées +d'un portique +de huit colonnes, +interrompu +au milieu +par la baie du +pylône. La porte +franchie, on débouchait +dans +une sorte de long +couloir central, coupé par deux murs percés de portes, +de manière à former trois cours d'enfilade. Celle du +centre était bordée de chambres; les deux autres communiquaient +à droite et à gauche avec deux cours plus +petites, d'où partaient les escaliers qui montent à la terrasse. +Ce bâtiment central était + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 60%;"> +<img src="images/fig013.png" alt="" style="width: 400px; height: 436px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +ce que les textes appellent +l'<i>âkhonouti</i>, la demeure intime du roi et des +grands seigneurs, où la famille et les amis les plus +proches avaient seuls le droit de pénétrer. Le nombre +des étages, la disposition de la façade différaient selon le +caprice du propriétaire. Le plus souvent la façade était + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;"> +<img src="images/fig014.png" alt="" style="width: 500px; height: 360px;"> + </td> +</tr> +<tr> +<td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +unie; parfois elle était divisée en trois corps, et le corps +du milieu était en saillie. Les deux ailes sont alors +ornées d'un portique à chaque étage (Fig.15), ou surmontées +d'une galerie à jour (Fig.16); le pavillon central +a quelquefois l'aspect d'une tour qui domine le reste +de la construction (Fig.17). Les façades sont décorées +assez souvent de ces longues colonnettes en bois peint +qui ne portent rien et servent seulement à égayer l'aspect +un peu sévère de l'édifice. La distribution intérieure est + </td> +</tr> +<tr> +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;"> +<img src="images/fig015.png" alt="" style="width: 500px; height: 350px;"> + </td> + + </tr> +<tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +peu connue; comme dans les maisons bourgeoises, +les chambres à coucher étaient probablement +petites et mal éclairées; mais, en revanche, les salles +de réception devaient avoir à peu près les dimensions +adoptées aujourd'hui encore en Égypte, dans les +maisons arabes. L'ornementation des parois ne comportait +pas des scènes ou des compositions analogues à celles qu'on rencontre dans + + </td> + </tr> +<tr> +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 100%;"> +<img src="images/fig016.png" alt="" style="width: 500px; height: 359px;"> + </td> + + </tr> +<tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +les tombeaux. Les panneaux +étaient passés à la chaux ou revêtus d'une teinte uniforme et bordés d'une bande multicolore. Les plafonds étaient d'ordinaire laissés en blanc; parfois, cependant, ils + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif; left; vertical-align: top; width: 50%;"> + +<center><img src="images/fig017.png" alt="" style="width: 250px; height: 203px;"></center> +de documents. +Les lampes en forme de maisons, qu'on trouve en si grand nombre au Fayoum, montrent qu'au temps des +Césars romains, on continuait à bâtir selon les mêmes +règles qui avaient eu cours sous les Thoutmos et les +Ramsès. Pour l'ancien empire, les renseignements sont peu +nombreux et peu clairs. Cependant, on rencontre souvent sur les stèles, dans les hypogées ou dans les cercueils, +des dessins qui nous montrent quel aspect avaient les +portes (Fig.21), et un sarcophage de la IVe dynastie, +celui de Khoutou-Poskhou, est taillé en forme de maison +(Fig.22).<br> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + +étaient décorés d'ornements géométriques dont les principaux motifs étaient répétés dans +les tombeaux et nous ont été conservés de la sorte, des méandres entremêlés de rosaces (Fig.18), des carrés +multicolores (Fig.19), des têtes de boeuf vues de face, +des enroulements, des vols d'oies (Fig.20).<br><br>Je n'ai parlé que du second empire thébain; c'est en effet +l'époque pour laquelle nous avons le plus + +<center><img src="images/fig018.png" alt="" style="width: 250px; height: 206px;"></center><br> + + </td> + + + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;"> +<img src="images/fig019.png" alt="" style="width: 250px; height: 232px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<br><br> + + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 38%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +2.--LES FORTERESSES. +<br><br>La plupart des villes et même des bourgs importants +étaient murés. C'était une conséquence presque nécessaire +de la configuration géographique et de la constitution +politique du pays. Contre les Bédouins, il avait fallu +barrer le débouché des gorges qui mènent au désert; les grands seigneurs féodaux avaient fortifié, contre leurs +voisins et contre le roi, la ville où ils résidaient, +et les villages de leur domaine qui commandaient les +défilés des montagnes ou les passes resserrées du fleuve. + +Abydos, El-Kab, Semnéh possèdent les forteresses +les plus anciennes. Abydos avait un sanctuaire d'Osiris +et s'élevait à l'entrée d'une des routes qui conduisent +aux Oasis. La renommée du temple y attirait les pèlerins, +la situation de la ville y amenait les marchands, +la prospérité que lui valait l'affluence des uns et des +autres l'exposait aux incursions des Libyens: + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 62%;"> +<img src="images/fig020.png" alt="" style="width: 450px; height: 475px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig021.png" alt="" style="width: 350px; height: 737px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +elle a, +aujourd'hui encore, deux forts presque intacts. Le plus +vieux est comme le noyau du monticule que les Arabes +appellent le Kom-es-soultân, mais l'intérieur seul en a été déblayé jusqu'à 3 ou 4 mètres au-dessus du sol antique; +le tracé extérieur des murs n'a pas été dégagé des décombres +et du sable qui l'entourent. Dans l'état actuel, c'est un parallélogramme en briques +crues de 125 mètres de long sur 68 mètres de large. Le +plus grand axe en est tendu du sud au nord. La porte +principale s'ouvre dans le mur ouest, non loin de l'angle +nord-ouest; mais deux portes de moindre importance paraissent +avoir été ménagées dans le front sud et dans celui de l'est. +Les murailles ont perdu quelque peu de leur élévation; elles +mesurent pourtant de 7 à 11 mètres de haut et sont larges +d'environ 2 mètres au sommet. Elles ne sont pas bâties +d'une seule venue, mais se partagent en grands panneaux +verticaux, facilement reconnaissables à la disposition des matériaux. Dans le premier, tous +les lits de briques sont rigoureusement horizontaux; +dans le second, ils sont légèrement concaves et forment +un arc renversé, très ouvert, dont l'extrados s'appuie +sur le sol; l'alternance des deux procédés se reproduit +régulièrement. La raison de cette disposition est +obscure: on dit que les édifices ainsi construits résistent mieux aux tremblements de terre. Quoi qu'il +en soit, elle est fort ancienne, car, dès la Ve dynastie, +les familles nobles d'Abydos envahirent l'enceinte et +l'emplirent de leurs tombeaux an point de lui enlever +toute valeur stratégique. Une seconde forteresse, édifiée +à quelque cent mètres au sud-est, remplaça celle du +Kom-es-soultân vers la XVIIIe dynastie, mais faillit +avoir le même sort sous les + </td> + </tr> + + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + Ramessides; la décadence subite +de la ville l'a seule protégée contre l'encombrement. +Les Égyptiens des premiers temps ne possédaient aucun engin capable de faire impression sur des murs +massifs. Ils n'avaient que trois moyens pour enlever de +vive force une place fermée: l'escalade, la sape, le + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<img src="images/fig022.png" alt="" style="width: 700px; height: 329px;"> + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +bris des portes. Le tracé imposé par leurs ingénieurs au +second fort est des mieux calculés pour résister efficacement +à ces trois attaques (Fig.23). Il se compose de +longs côtés en ligne droite, sans tours ni saillants d'aucune +sorte, mesurant 131m,30 sur les fronts est et ouest, +78 mètres sur les fronts nord et sud. Les fondations +portent directement sur le sable et ne descendent nulle +part plus has que 0m,30. Le mur (Fig.24) est en briques +crues, disposées par assises horizontales; il est +légèrement incliné en arrière, plein, sans archères ni +meurtrières, décoré à l'extérieur de longues rainures +prismatiques, semblables à celles qu'on voit sur les +stèles de l'ancien Empire. Dans l'état actuel, il domine +la plaine de 11 mètres; complet, il ne devait guère +monter à plus de 12 mètres, ce qui suffisait amplement +pour mettre la garnison à l'abri d'une escalade par +échelle portative à dos d'homme. L'épaisseur est d'environ +6 mètres à la base, d'environ 5 mètres au sommet. La crête est + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<img src="images/fig023.png" alt="" style="width: 700px; height: 406px;"> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +partout détruite, mais les représentations +figurées (Fig.25) nous montrent qu'elle était couronnée +d'une corniche continue, très saillante, garnie extérieurement +d'un parapet mince, assez bas, crénelé + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + à merlons +arrondis, rarement quadrangulaires. +Le chemin de ronde, +même diminué de l'épaisseur +du parapet, devait atteindre +encore 4 mètres ou 4 m,50. +Il courait sans interruption +le long des quatre fronts; on +y montait par des escaliers +étroits, pratiqués dans la maçonnerie +et détruits aujourd'hui. +Point de fossé: pour défendre le pied du mur +contre la pioche des sapeurs, on a tracé, à 3 mètres en +avant, une chemise crénelée haute de +5 mètres ou environ. +Toutes ces précautions +étaient suffisantes +contre la sape +et l'escalade, mais +les portes restaient +comme autant de brèches +béantes dans l'enceinte; c'était le point faible sur +lequel l'attaque et la défense concentraient leurs efforts. +Le fort d'Abydos avait deux portes, dont la principale +était située dans un massif épais, à l'extrémité orientale +du front est (Fig.26). Une coupure étroite A, barrée par de solides battants de bois, en marquait la place dans +l'avant-mur. Par derrière, s'étendait une petite place +d'armes B, à demi creusée dans l'épaisseur du mur, au +fond de laquelle était pratiquée une + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig024.png" alt="" style="width: 300px; height: 359px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 34%;"> +<img src="images/fig025.png" alt="" style="width: 400px; height: 279px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 66%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +seconde porte C, +aussi resserrée que la première. Quand l'assaillant l'avait forcée +sous la pluie de projectiles que +les défenseurs, postés au haut +des murailles, faisaient pleuvoir +sur lui de face et des deux côtés, +il n'était pas encore au coeur de +la place; il traversait une cour +oblongue D, resserrée entre les murs extérieurs et +entre deux contreforts qui s'en détachaient à angle +droit, et s'en allait briser à découvert +une dernière poterne E, placée +à dessein dans le recoin le plus incommode. +Le principe qui présidait +à la construction des portes était +partout le même, mais les dispositions +variaient au gré de l'ingénieur. A la porte + </td> + + + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + sud-est d'Abydos (Fig.27), la place d'armes +située entre les deux enceintes a été supprimée, et la +cour est tout entière dans l'épaisseur du mur; à Kom-el-Ahmar, +en face d'El-Kab (Fig.28), le massif de +briques, an milieu duquel la porte est percée, fait saillie +sur le front de défense. Des poternes, réservées en différents +endroits, facilitaient les mouvements de la garnison +et lui permettaient de multiplier les sorties. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig026.png" alt="" style="width: 250px; height: 237px;"> + </td> + + + <td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig027.png" alt="" style="width: 200px; height: 213px;"> + </td> + + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Le même tracé qu'on employait pour les forts isolés +prévalait également pour les villes. Partout, à Héliopolis, à Sân, à Saïs, à Thèbes, ce sont des murs droits, sans +tours ni bastions, formant des + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +carrés ou des parallélogrammes +allongés, sans fossés ni +avancées; l'épaisseur des murs, qui +varie entre 10 et 20 mètres, rendait ces précautions inutiles. Les portes, +au moins les principales, avaient des +jambages et un linteau en pierre, décorés +de tableaux et de légendes; témoin celle d'Ombos, +que Champollion vit encore en place et qui date du +règne de Thoutmos III. La plus +vieille et la mieux +conservée des villes +fortes d'Égypte, +celle d'El-Kab, remonte +probablement +jusqu'à l'ancien +Empire +(Fig.29). Le Nil en +a détruit une partie +depuis quelques années; +au commencement du siècle, elle formait un quadrilatère irrégulier, dont les grands +côtés mesuraient 640 mètres et les petits + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig028.png" alt="" style="width: 200px; height: 200px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig029.png" alt="" style="width: 350px; height: 374px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +environ un quart en moins. Le front sud présente la même disposition +qu'au Kom-es-soultân, des panneaux où les lits de briques sont horizontaux, alternant avec d'autres +panneaux où ils sont concaves. Sur les fronts nord et +ouest, les lits sont ondulés régulièrement et sans interruption d'un bout à l'autre. L'épaisseur est de 11m,50, +la hauteur moyenne de 9 mètres; des rampes larges et +commodes mènent an chemin de ronde. Les portes sont +placées irrégulièrement, une sur chacune des faces +nord, est et ouest; la face méridionale n'en avait point. +Elles sont trop mal conservées pour qu'on en reconnaisse +le plan. L'enceinte renfermait une population +considérable, mais inégalement +répartie; le +gros était concentré au +nord et à l'ouest, où +les fouilles ont découvert +les restes d'un +grand nombre de maisons. +Les temples +étaient rassemblés +dans une enceinte carrée, qui avait le même centre que +la première; c'était comme un réduit, où la garnison +pouvait résister, longtemps après que le reste de la +ville était aux mains des ennemis.<br><br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig030.png" alt="" style="width: 350px; height: 273px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Le tracé à angle droit, excellent en plaine, n'était +pas souvent applicable en pays accidenté; lorsque le +point à fortifier était sur une colline, les ingénieurs +égyptiens savaient adapter la ligne de défense au relief +du terrain. A Kom-Ombo (Fig.30), les murs suivent +exactement le contour de la butte isolée sur laquelle +la ville était perchée, et présentaient à l'Orient un +front hérissé de saillies irrégulières, dont le dessin rappelle +grossièrement celui de nos bastions. A Koumméh +et à Semnéh, en Nubie, à l'endroit où le Nil s'échappe +des rochers de la seconde cataracte, les dispositions sont plus ingénieuses et témoignent d'une + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + véritable +habileté. Le roi Ousirtasen III avait fixé en cet endroit +la frontière de l'Égypte; les forteresses qu'il y +construisit devaient barrer la voie d'eau aux flottes des +Nègres voisins. A Koumméh, sur la rive droite, la position +était naturellement très forte (Fig.31). Sur une +éminence bordée de rochers +abrupts, on dessina +un carré irrégulier +de 60 mètres environ de +côté; deux contreforts allongés +dominent, l'un, +an nord, les sentiers qui +conduisent à la porte, +l'autre, au sud, le cours +du fleuve. L'avant-mur +s'élève à 4 mètres en +avant et suit fidèlement le mur principal, sauf en deux +points, aux angles nord-ouest et sud-est, où il présente +deux saillies en forme de bastion. Sur l'autre rive, à +Semnéh, la position était moins bonne; le côté oriental +était protégé par une ceinture de rochers qui +descend à pic jusqu'au fleuve, mais les trois + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig031.png" alt="" style="width: 300px; height: 300px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig032.png" alt="" style="width: 350px; height: 386px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +autres +faces étaient à peu près nues (Fig.32). Un mur droit, +haut de 15 mètres environ, fut établi le long du Nil; +an contraire, les murs tournés vers la plaine montèrent +jusqu'à la hauteur de 25 mètres et se hérissèrent +de contreforts, longs de 15 mètres, épais de +9 mètres à la base et de 4 mètres au sommet et disposés +à intervalles irréguliers selon les besoins de la +défense. Ces éperons, non garnis de parapets, tenaient lieu de tours: ils augmentaient la force du tracé, défendaient +l'accès du chemin de ronde et battaient en +flanc les soldats qui auraient voulu tenter une attaque +de haute main contre +l'enceinte continue. +L'intervalle qui les sépare +est calculé de manière +que les archers +puissent balayer de +leurs flèches tout le +terrain compris entre +eux. Courtines et +saillants sont en briques +crues entremêlées +de poutres couchées +horizontalement dans +la maçonnerie; la surface extérieure en est formée de +deux parties, l'une à peu près verticale, + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +l'autre inclinée de 160 degrés environ +sur la première, +ce qui rendait l'escalade +sinon impossible, +au moins fort +difficile. Intérieurement +tout l'espace +compris dans l'enceinte +avait été +haussé presque jusqu'au niveau du chemin de ronde, +en manière de terre-plein (Fig.33). Au dehors, l'avant-mur +en pierres sèches était séparé du corps de la place +par un fossé de 30 à 40 mètres de large; il épousait assez exactement le contour général et dominait la plaine +de 2 ou 3 mètres, selon les endroits; vers le nord, il +était coupé par le chemin +tournant qui descend en +plaine. Ces dispositions, si +habiles qu'elles fussent, +n'empêchèrent point la place +de succomber; une large +brèche pratiquée an sud, +entre les deux saillants +les plus rapprochés du +fleuve, marque le point d'attaque choisi par l'ennemi. Les grandes guerres entreprises en Asie sous la +XVIIIe dynastie révélèrent +aux Égyptiens +des formes nouvelles +de fortifications. +Les nomades +de la Syrie méridionale +avaient des fortins +où ils se réfugiaient +sous la menace +de l'invasion +(Fig.34). Les villes +cananéennes et hittites, +Ascalon, Dapour, +Mérom, étaient entourées de murailles puissantes, +le plus souvent en pierre et flanquées de tours +(Fig.35); celles d'entre elles qui s'élevaient en plaine, +comme Qodshou, étaient enveloppées d'un double fossé +rempli d'eau (Fig.36). Les Pharaons + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig033.png" alt="" style="width: 350px; height: 245px;"> +<img src="images/fig034.png" alt="" style="width: 350px; height: 331px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 52%;"> +<img src="images/fig035.png" alt="" style="width: 350px; height: 380px;"> +<img src="images/fig036.png" alt="" style="width: 350px; height: 290px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 48%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +transportèrent dans la vallée du Nil les types nouveaux, dont ils +avaient éprouvé l'efficacité dans leurs campagnes. Dès +les commencements de la XIXe dynastie, la frontière +orientale du Delta, +la plus faible de +toutes, était couverte +d'une ligne de forts +analogues aux forts +cananéens; non contents +de prendre la +chose, les Égyptiens +avaient pris le mot +et donnaient à ces tours de garde le nom sémitique de <i>magadîlou</i>. La +brique ne parut plus dès lors assez solide, au moins +pour les villes exposées aux incursions +des peuplades asiatiques, et +les murs d'Héliopolis, ceux de +Memphis même, se revêtirent de +pierre. Rien ne nous est resté jusqu'à +présent de ces forteresses nouvelles, +et nous en serions réduits à +nous figurer, d'après les peintures, +l'aspect qu'elles pouvaient avoir, +si un caprice royal ne nous en +avait laissé un modèle dans un des endroits où on +s'attendait le moins à le rencontrer, dans la nécropole +de Thèbes. Quand Ramsès III établit son temple funéraire +(Fig.37 et 38), il voulut l'envelopper d'une +enceinte à l'apparence militaire, en souvenir de ses +victoires syriennes. Un avant-mur en pierre, crénelé, haut de 4 mètres en moyenne, court le long du flanc +est; la porte est pratiquée an milieu, sous la protection +d'un gros bastion quadrangulaire. Elle était large +de 1 mètre, et flanquée de deux petits corps de garde +oblongs, dont les terrasses s'élèvent d'environ 1m,50 au-dessus +du rempart. Dès qu'on l'a franchie, on se trouve +devant un véritable + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 66%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<i>Migdol</i>: deux corps de logis, +embrassant une cour qui va se rétrécissant par ressauts, +et réunis par un bâtiment à deux étages, percé +d'une porte longue. Les faces orientales des tours sont +assises sur un soubassement incliné en talus, haut de +5 mètres environ. Il était à deux fins: d'abord il augmentait +la force de résistance du mur à l'endroit où on +pouvait le saper, ensuite les projectiles qu'on jetait +d'en haut, ricochant avec force sur l'inclinaison du +plan, tenaient l'assaillant à distance. La hauteur totale +est de 22 mètres, et la largeur de 25 mètres sur le devant; +les portions situées sur le derrière, à droite et à +gauche de la porte, out été détruites dès l'antiquité. Les +détails de l'ornementation sont adaptés au caractère moitié religieux, moitié triomphal de l'édifice; il n'est +pas probable que les forteresses réelles fussent décorées +de consoles et de bas-reliefs analogues à ceux qu'on voit +sur les côtés de la place d'armes. Tel qu'il est, le <i>pavillon</i> +de Médinét-Habou est un exemple unique des perfectionnements +que les Pharaons conquérants avaient +apportés à l'architecture militaire. + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 34%;"> +<img src="images/fig037.png" alt="" style="width: 250px; height: 358px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + +<tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<img src="images/fig038.png" alt="" style="width: 700px; height: 423px;"> + + </td> + </tr> +<tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Passé le règne de Ramsès III, les documents nous +font presque entièrement défaut. Vers la fin du XIe siècle +avant notre ère, les grands prêtres d'Ammon réparèrent +les murs de Thèbes, de Gébéléïn et d'El-Hibéh +en face de Feshn. Le morcellement du pays sous les +successeurs de Sheshonq obligea les princes des nomes +à augmenter le nombre des places fortes; la campagne +de Piónkhi, sur les bords du Nil, est une suite de sièges +heureux. Rien, toutefois, ne nous autorise à penser que +l'art de la fortification ait fait alors des progrès sensibles: +quand les Pharaons grecs se substituèrent aux +indigènes, ils le trouvèrent probablement tel que +l'avaient constitué les ingénieurs de la XIXe et de la +XXe dynastie. +<br><br> + +3.--LES TRAVAUX D'UTILITÉ PUBLIQUE. +<br><br> +Un réseau permanent de routes est inutile dans un +pays comme l'Égypte; le Nil y est le chemin naturel +du commerce, et des sentiers courant entre les champs suffisent à la circulation des hommes, à la menée des +bestiaux, au transport des denrées de village à village. +Des bacs payants pour passer d'une rive à l'autre du +fleuve, des gués partout où le peu de profondeur des eaux le + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + permettait, des levées de terre jetées à demeure +en travers des canaux, complétaient le système. +Les ponts étaient rares; on n'en connaît jusqu'à présent +qu'un seul sur le territoire égyptien, encore ne +sait-on s'il était long ou court, en pierre ou en bois, +supporté d'arches ou lancé d'une volée. Il franchissait, +sous les murs mêmes de Zarou, le canal qui séparait le +front oriental du Delta des régions +désertes de l'Arabie Pétrée; +une enceinte fortifiée en +couvrait le débouché du côté de +l'Asie (Fig.39). L'entretien des +voies de communication, qui +coûte si cher aux peuples modernes, +entrait donc pour une +très petite part dans la dépense +des Pharaons; trois grands services +restaient seuls à leur +charge, celui des entrepôts, +celui des irrigations, celui des mines et carrières.<br><br> +Les impôts étaient perçus et les traitements des +fonctionnaires payés en nature. On distribuait chaque +mois aux ouvriers du blé, de l'huile et du vin, de quoi +nourrir leur famille, et, du haut en has de l'échelle hiérarchique, +chacun recevait en échange de son travail +des bestiaux, des étoffes, des objets manufacturés, certaines +quantités de cuivre ou de métaux précieux. Les employés du fisc + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;"> +<img src="images/fig039.png" alt="" style="width: 300px; height: 451px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;"> +<img src="images/fig040.png" alt="" style="width: 300px; height: 263px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +devaient donc avoir à leur disposition +de vastes magasins où serrer les parties rentrées de +l'impôt. Chaque catégorie avait son quartier distinct, +clos de murs et fourni de gardiens vigilants, larges étables pour les bêtes, celliers où les amphores étaient +empilées en couches régulières ou pendues en ligne le +long des murs, avec la date de la récolte écrite sur +la panse (Fig.40), greniers en forme de four, où le grain +était versé par une lucarne +pratiquée dans le +haut et sortait par une +trappe ménagée près du +sol (Fig.41). A Toukou, +la Pithom de M. Naville, +ce sont des chambres rectangulaires (Fig.42), de taille différente, jadis parquetées +et sans communication l'une avec l'autre: +le blé, introduit par le toit, suivait, pour ressortir, le +chemin qu'il + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + avait pris pour entrer. Au Ramesséum de +Thèbes, des milliers d'ostraca +et de tampons de +jarres ramassés sur les +lieux prouvent que les +ruines en briques situées +immédiatement derrière le +temple renfermaient les +celliers du dieu; les chambres +sont de longs couloirs +voûtés, accolés l'un à l'autre et surmontés autrefois +d'une plate-forme unie (Fig.43). Philae, Ombos, Daphnae, +la plupart des villes frontières du Delta possèdent +des entrepôts de ce genre, et l'on en découvrira bien +d'autres le jour où l'on s'avisera de les chercher sérieusement. Le régime des eaux ne s'est pas modifié sensiblement +depuis l'antiquité. Quelques canaux ont été +creusés, un plus grand +nombre se sont bouchés +par la négligence des maîtres +du pays; mais les tracés +et les méthodes de percement +sont demeurés les +mêmes. Elles n'exigent +point de travaux d'art considérables. Partout où j'ai +pu étudier les vestiges de +canaux anciens, je n'ai relevé +aucune trace de maçonnerie +aux prises d'eau ou sur les points faibles du +parcours. Ce sont de simples fossés à pic, larges de +6 à 20 mètres; les terres extraites pendant l'opération +étaient rejetées à droite et à gauche, et formaient, au-dessus +de la berge, des talus irréguliers de 2 à 4 mètres +de haut. Ils marchent en ligne droite, mais sans obstination; +le moindre mouvement de terrain les décide à +dévier et à décrire des courbes immenses. Des digues, tirées capricieusement de la montagne au Nil, les coupent d'espace en espace et divisent la vallée en bassins, +ou l'eau séjourne pendant les mois d'inondation. +Elles sont d'ordinaire en terre, quelquefois en briques +cuites, comme dans la province de Girgéh, très rarement +en pierre de taille, + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig041.png" alt="" style="width: 350px; height: 288px;"> +<img src="images/fig042.png" alt="" style="width: 350px; height: 394px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +comme cette digue de Koshéish +que Mini construisit au début des temps, afin de +détourner à l'orient la branche principale du Nil, et +d'assainir l'emplacement où il fonda Memphis. + +<img src="images/fig043.png" alt="" style="width: 700px; height: 249px;"><br> +Le réseau +avait son origine près du Gebel-Silsiléh, et courait +jusqu'à la mer sans s'écarter du fleuve, si ce n'est +une fois près de Béni-Souef, pour jeter un de ses bras +dans la direction du Fayoum. Il franchissait la montagne +près d'Illahoun, par une gorge étroite et sinueuse, +approfondie peut-être à main d'homme, et se ramifiant +en patte d'oie; les eaux, après avoir arrosé le canton, +s'écoulaient, les plus proches dans le Nil, par la route +même qui les avait amenées; les autres, dans plusieurs +lacs sans issue, dont le plus grand s'appelle aujourd'hui +Birkét-Qéroun. S'il fallait en croire Hérodote, les +choses ne se seraient point passées aussi simplement. +Le roi Moeris aurait voulu établir au Fayoum un réservoir +destiné à corriger les irrégularités de l'inondation; +on l'appelait, d'après lui, le lac Moeris. La crue était-elle +insuffisante? L'eau, emmagasinée dans ce bassin, +puis relâchée au fur et à mesure que le besoin s'en faisait +sentir, maintenait le niveau à hauteur convenable +sur toute la moyenne Egypte et sur les régions occidentales +du Delta. L'année d'après, si la crue s'annonçait +trop forte, le Moeris en recevait le surplus et le gardait +jusqu'au moment où le fleuve commençait à baisser. +Deux pyramides, couronnées chacune d'un colosse assis, représentant le roi fondateur et sa femme, se +dressaient au milieu du lac. Voilà le récit d'Hérodote: +il a singulièrement embarrassé les ingénieurs et les +géographes. Comment en effet trouver dans le Fayoum +un emplacement convenable pour un bassin qui +n'avait pas moins de quatre-vingt-dix milles de pourtour? +La théorie la plus accréditée de nos jours est +celle de Linant, d'après laquelle le Moeris aurait occupé +une dépression de terrain le long de la chaîne +libyque, entre Illahoun et Médinéh; mais les explorations +les plus récentes ont montré que les digues +assignées pour limites à ce prétendu réservoir sont +modernes et n'ont peut-être pas deux siècles de durée. +Je ne crois plus à l'existence du Moeris. Si Hérodote +a jamais visité le Fayoum, cela a dû être pendant +l'été, au temps du haut Nil, quand le pays entier +offre l'aspect d'une véritable mer. Il a pris pour la +berge d'un lac permanent les levées qui divisent les +bassins et font communiquer les villes entre elles. Son +récit, répété par les écrivains anciens, a été accepté +par nos contemporains, et l'Egypte, qui n'en pouvait +mais, a été gratifiée après coup d'une oeuvre gigantesque, +dont l'exécution aurait été le vrai titre de gloire +de ses ingénieurs, si elle avait jamais existé. Les seuls +travaux qu'ils aient entrepris en ce genre ont de moindres +prétentions; ce sont des barrages en pierre élevés à +l'entrée de plusieurs des Ouadys qui descendent des +montagnes jusque dans la vallée. L'un des plus importants +a été signalé en 1885 par le docteur Schweinfurth, +à sept kilomètres au sud-est des bains d'Hélouan, +au débouché de l'Ouady + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig044.png" alt="" style="width: 350px; height: 556px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Guerraouî (Fig.44). Il servait à deux fins, d'abord à emmagasiner de l'eau +pour les ouvriers qui exploitaient les carrières d'albâtre +cristallin d'où sont sortis les blocs les plus grands des +pyramides de Gizéh, puis à retenir les torrents qui se +forment parfois dans le désert à la suite des pluies de +l'hiver et du printemps. Le ravin qu'il fermait a +soixante-six mètres de +large et douze ou quinze, +mètres de hauteur +moyenne. Trois couches +successives d'une épaisseur +totale de quarante-cinq +mètres avaient été jugées +suffisantes: en aval, +une masse d'argile et de +débris tirés des berges (A), +puis un amas de gros blocs +calcaires, enfin un mur de +pierre de taille, dont les +assises, disposées en retraite +l'une sur l'autre, simulaient +une sorte d'escalier monumental (B). Trente-deux +degrés subsistent encore, sur trente-cinq qu'il y +avait primitivement, et un quart environ du barrage s'est +maintenu dans le voisinage de chacune des berges; le +torrent a balayé la partie du milieu (Fig.45). Une digue +analogue avait transformé le fond de l'Ouady Gennéh +en un petit lac ou les mineurs du Sinaï venaient s'approvisionner +d'eau. La plupart des localités d'où +l'Égypte tirait ses métaux et ses pierres de choix étaient +d'accès malaisé et n'auraient été d'aucun profit, si on n'avait eu soin d'en faciliter les avenues et d'en rendre +le séjour moins + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + insupportable par des travaux de ce +genre. Pour aller chercher le diorite et le granit gris +de l'Ouady Hammamât, les Pharaons avaient jalonné +la route de citernes taillées dans le roc. Quelques +maigres sources, captées habilement et recueillies dans +des réservoirs, avaient permis d'établir des villages +entiers d'ouvriers aux carrières et aux mines d'or ou +d'émeraude des bords de la mer Rouge; des centaines +d'engagés volontaires, d'esclaves ou de criminels condamnés +par les tribunaux +y vivaient misérablement, +sous le bâton d'une +dizaine de chefs de corvée, +et sous la surveillance +brutale d'une + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig045.png" alt="" style="width: 350px; height: 162px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +compagnie de soldats mercenaires, +libyens ou nègres. La moindre révolution en Egypte, +une guerre malheureuse, un changement de règne +troublé, compromettait l'existence factice de ces établissements: +les ouvriers désertaient, les Bédouins harcelaient +la colonie, les garde-chiourme s'impatientaient +et rentraient dans la vallée du Nil, et l'exploitation +cessait de se faire régulièrement. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +Aussi, les pierres +de choix qu'on ne trouvait qu'au désert, le diorite, le +basalte, le granit noir, le porphyre, les brèches vertes +ou jaunes, n'étaient-elles pas d'usage fréquent en architecture; +comme il fallait mettre sur pied, pour les +avoir, de véritables expéditions de soldats et d'ouvriers, +on les réservait aux sarcophages et aux statues de prix. +Les carrières de calcaire, de grès, d'albâtre, de granit +rose, qui ont fourni les matériaux des temples et des monuments funéraires, étaient toutes dans la vallée et +d'abord facile. Quand la veine qu'on avait résolu d'attaquer +courait dans une des couches basses de la montagne, +on y creusait des couloirs et des chambres qui +s'enfoncent parfois assez loin. Des piliers carrés, ménagés +d'espace en espace, soutenaient le plafond, et +des stèles, gravées aux endroits les plus apparents, apprenaient +à la postérité le nom du roi et des ingénieurs +qui avaient commencé ou repris les travaux. +Plusieurs de ces carrières épuisées ou abandonnées ont +été transformées en chapelles; ainsi le Spéos-Artemidos, +que Thoutmos III et Séti Ier consacrèrent à la +déesse locale Pakhit. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="background-image: url('images/fig046.png');text-align: left; width: 740px;"> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 30%;"> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 40%;text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif"> +Les plus importantes de celles qui +donnaient le calcaire sont à Tourah et à Massarah, +presque en face de Memphis. La pierre en était très recherchée +des sculpteurs et des architectes; elle se prête merveilleusement +à toutes les délicatesses du ciseau, durcit à +l'air et se revêt d'une patine dont les tons crémeux reposent +l'oeil. Les gisements de grès les plus vastes étaient +à Silsilis (Fig.46), et on les exploitait à ciel ouvert. Ils +offrent des escarpements de quinze à seize mètres, quelquefois +dressés à pic dans toute leur hauteur, quelquefois +divisés en étages où l'on arrive au moyen d'escaliers +à peine assez larges pour un seul homme. Les +parois en sont couvertes de stries parallèles, tantôt +horizontales, tantôt inclinées alternativement de gauche +à droite ou de droite à gauche, de manière à former +des lignes de chevrons très obtus, et serrées, comme en +un cadre rectangulaire, entre des rainures larges de +trois ou quatre + +<br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br> + + + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 30%;"> + </td> + </tr> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + centimètres, longues de deux ou même +de trois mètres; ce sont les cicatrices de l'outil antique, et elles nous montrent comment les Égyptiens s'y prenaient +pour détacher les blocs. On les dessinait + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig047.png" alt="" style="width: 350px; height: 542px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + sur +place à l'encre rouge, +quelquefois en la forme +qu'ils devaient avoir +dans l'édifice projeté; +les membres de la commission +d'Égypte copièrent +dans les carrières du Gebel Abou-Fôdah +les épures et la +mise au carreau de plusieurs +chapiteaux, un +lotiforme, les autres à +tête d'Hathor (Fig.47). Ce premier travail achevé, on +séparait les faces verticales à l'aide d'un long ciseau en fer qu'on enfonçait perpendiculairement ou obliquement +à grands coups de maillet; pour détacher les faces +horizontales, on se servait uniquement de coins en +bois ou en bronze, disposés +dans le sens des +couches de la montagne. +Les blocs recevaient souvent +une première façon +sur le lit; on voit à Syène +un obélisque de granit, à +Tehnéh des fûts de colonne +à demi dégagés. Le +transport s'opérait de diverses +manières. A Syène, +à Silsilis, au Gebel Sheikh +Haridi, au Gebel Abou-Fôdah, +les carrières sont +baignées littéralement par +les flots du Nil et la pierre +descend presque directement de sa place aux chalands. +A Kasr-es-Sayad, à Tourah, dans les localités éloignées +de la rive, des canaux creusés exprès amenaient les barques +jusqu'au pied de la montagne. Où l'on devait renoncer +au transport par eau, la pierre était chargée sur +des traîneaux tirés par des boeufs (Fig.48), ou cheminait +jusqu'à destination à bras d'homme et sur des rouleaux. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<img src="images/fig048.png" alt="" style="width: 700px; height: 189px;"> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + <H2>CHAPITRE II</H2><br><br> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE<br><br> + +La brique fait presque tous les frais de l'architecture +civile et militaire; elle ne joue qu'un rôle secondaire +dans l'architecture religieuse. Les Pharaons +avaient l'ambition d'élever aux dieux des demeures +éternelles, et la pierre seule leur paraissait assez durable +pour résister aux attaques des hommes et du +temps.<br><br> + + +I.--MATÉRIAUX ET ÉLÉMENTS DE LA CONSTRUCTION.<br><br> + +C'est un préjugé de croire que les Egyptiens ne +mettaient en oeuvre que des blocs de dimensions considérables. +La grosseur de leurs matériaux variait beaucoup selon l'usage auquel ils les destinaient. Les architraves, +les fûts de colonnes, les linteaux et les montants +de porte atteignaient quelquefois des dimensions +considérables. Les architraves les plus longues que l'on +connaisse, celles qui recouvrent l'allée centrale de la +salle hypostyle à Karnak, ont en moyenne 9m, 20; +elles représentent chacune une masse de 31 mètres cubes et un poids de 65,000 kilogrammes environ. +D'ordinaire, les blocs ne sont pas beaucoup plus forts +que ceux dont on se sert aujourd'hui en France; la +hauteur en est de 0m,80 à 1m,20, la longueur de 1 mètre +à 2m,50, l'épaisseur de 0m,50 à 1m,80.<br><br> +Quelques temples sont en une seule sorte de +pierre; le plus souvent, les matériaux d'espèce différente +sont juxtaposés à proportions inégales. Ainsi, le +gros oeuvre des temples d'Abydos est un calcaire très +fin; les colonnes, les architraves, les montants et les +linteaux des portes, toutes les parties où l'on craignait +que le calcaire n'eût pas une force de résistance suffisante, +sont en grès dans l'édifice de Séti Ier, en grès, en +granit ou en albâtre dans celui de Ramsès II. A Karnak, +à Louxor, à Tanis, à Memphis, on remarque des +mélanges analogues; au Ramesséum et dans quelques +temples de Nubie, les colonnes reposent sur des massifs +de briques crues. La pierre à pied d'oeuvre, les ouvriers +la taillaient avec plus ou moins de soin, selon +qu'elle devait occuper telle ou telle position. Quand les +murs étaient de médiocre épaisseur, comme c'est généralement +le cas des murs de refend, on la parait exactement +sur toutes les faces. Lorsqu'ils étaient épais, les +blocs du noyau étaient dégrossis de manière à rappeler +le plus possible la forme cubique et à s'empiler les uns +sur les autres sans trop de difficulté, sauf à combler les +vides avec des éclats plus petits, du caillou, du ciment; +on coupait ceux du parement avec soin sur la face destinée +à être vue, on dressait les joints aux deux tiers +ou aux trois quarts de la longueur, et on piquait simplement +le reste de la queue. Les pièces les plus fortes étaient réservées aux parties basses des édifices, et cette +précaution était d'autant plus nécessaire que les architectes +d'époque pharaonique ne descendaient pas les +fondations des temples beaucoup plus qu'ils ne faisaient +celles des maisons. A Karnak, elles ne s'enfoncent +guère qu'à 2 ou 3 mètres; à Louxor, dans la +partie qui borde le fleuve, trois assises d'environ 0m,80 +de haut chacune forment un patin gigantesque sur lequel +reposent les murs; au Ramesséum, la couche de +briques sèches sur laquelle pose la colonnade ne paraît +pas avoir plus de 2 mètres; ce sont là des profondeurs +insignifiantes, mais l'expérience des siècles a prouvé +qu'elles suffisaient. L'humus compact et dur qui compose +partout le sol de la vallée subit chaque année, au +moment du retrait des eaux, une contraction qui le +rend à peu près incompressible; le poids des maçonneries, +augmentant graduellement au cours de la construction, +lui fait bientôt atteindre le maximum de tassement +et achève d'assurer à l'édifice une assiette solide. +Partout où j'ai mis au jour le pied des murs, j'ai +constaté qu'ils n'avaient pas bougé.<br><br> + +Le système de construction des anciens Égyptiens +ressemble par bien des points à celui des Grecs. Les +pierres y sont souvent posées à joint vif, sans lien d'aucune +sorte, et le maçon se fie au poids propre des matériaux +pour les tenir en place. Parfois elles sont attachées +par des crampons en métal, ou, comme dans le +temple de Séti Ier à Abydos, par des queues d'aronde +en bois de sycomore au cartouche du roi fondateur. +D'ordinaire, elles sont comme soudées les unes aux +autres par des couches de mortier plus ou moins épaisses. Tous les mortiers dont j'ai recueilli les échantillons +sont jusqu'à présent de trois sortes: les uns, blancs et +réduits aisément en poudre impalpable, ne contiennent +que de la chaux; les autres, gris et rudes au toucher, +sont mêlés de chaux et de sable; les autres doivent +leur aspect rougeâtre à la poudre de brique pilée dont +ils sont pénétrés. Grâce à l'emploi judicieux de ces procédés +divers, les Égyptiens ont su, quand ils le voulaient, +appareiller aussi bien que les Grecs des assises +régulières, à blocs égaux, à joints verticaux symétriquement +alternés; s'ils ne l'ont pas toujours fait, cela tient +surtout à l'imperfection des moyens mécaniques dont +ils disposaient. Les murs d'enceinte, les murs de refend, +ceux des façades secondaires étaient perpendiculaires +au sol; on se servait pour élever les matériaux d'une +chèvre grossière plantée sur la crête. Les murs des pylônes, +ceux des façades principales, parfois même ceux +des façades secondaires étaient en talus, selon des +pentes variables au gré de l'architecte; on établissait +pour les construire des plans inclinés, dont les rampes +s'allongeaient à mesure que montait le monument. Les +deux méthodes étaient également dangereuses; si soigneusement +qu'on enveloppât les blocs, ils couraient le +risque de perdre en chemin leurs arêtes et leurs angles, +ou même de se briser en éclats. Il fallait presque toujours +les retoucher, et le désir d'avoir le moins de déchet +possible portait l'ouvrier à leur prêter des coupes +anormales (Fig.49). On retaillait en biseau une des +faces latérales, et le joint, au lieu d'être vertical, s'inclinait +sur le lit. Si la pierre n'avait plus la hauteur ou +la largeur voulue, on rachetait la différence au moyen soigneusement +qu'on enveloppât les blocs, ils couraient le +risque de perdre en chemin leurs arêtes et leurs angles, + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +ou même de se briser en éclats. Il fallait presque toujours +les retoucher, et le désir d'avoir le moins de déchet +possible portait l'ouvrier à leur prêter des coupes +anormales (Fig.49). On retaillait en biseau une des +faces latérales, et le joint, au lieu d'être vertical, s'inclinait +sur le lit. Si la pierre n'avait plus la hauteur ou +la largeur voulue, on rachetait la différence au moyen d'une dalle complémentaire. Parfois même, on laissait +subsister une saillie, qui s'emboîtait, pour ainsi dire, +dans un creux correspondant, ménagé à l'assise supérieure +ou inférieure. Ce qui n'était d'abord qu'accident +devenait bientôt négligence. Les maçons, qui avaient +hissé par inadvertance un bloc trop gros, ne se souciaient pas +de le redescendre, et se tiraient +d'affaire avec l'un des expédients +dont je viens + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;"> +<img src="images/fig049.png" alt="" style="width: 300px; height: 296px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 34%;"> +<img src="images/fig050.png" alt="" style="width: 250px; height: 263px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 66%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +de parler. L'architecte ne surveillait pas +assez attentivement la taille et +la pose des pierres. Il souffrait que les assises n'eussent +pas toutes la même hauteur, et que les joints verticaux +de deux ou trois d'entre elles fussent +dans un même prolongement. +Le gros oeuvre achevé, on +ravalait la pierre, on reprenait +les joints, on les noyait sous une +couche de ciment ou de stuc, coloré à la teinte de +l'ensemble, et qui dissimulait les fautes du premier +travail. Les murs ne se terminent presque +jamais en arête vive. Ils sont comme cernés d'un tore +autour duquel court un ruban sculpté, et couronnés +soit de la gorge évasée que surmonte une bande plate +(Fig.50), soit, comme à Semnéh, d'une corniche carrée, +soit, comme à Médinét-Habou, d'une ligne de +créneaux. Ainsi encadrés, on dirait autant de panneaux unis, levés chacun sur un + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + +seul bloc, sans saillies +et presque sans ouvertures. Les fenêtres, toujours très +rares, ne sont que de simples soupiraux, destinés à éclairer des escaliers comme au second pylône d'Harmhabi, +à Karnak, ou à recevoir des pièces de charpente +décorative les jours de fête. +Les portes ne présentent +que peu de relief sur le corps +de l'édifice (Fig.51), sauf +le cas où le linteau est surhaussé +de la gorge et de la +plate-bande. Seul, le pavillon +de Médinét-Habou possède +des fenêtres réelles; +mais il était construit sur le +plan d'une forteresse et ne +doit être rangé qu'à titre +d'exception parmi les monuments +religieux.<br><br> + +Le sol des cours et des +salles était revêtu de dalles rectangulaires assez régulièrement +ajustées, sauf dans +l'intervalle des colonnes où, +désespérant de raccorder à +l'ensemble les lignes courbes +de la base, les architectes ont +accumulé des fragments de +petite dimension sans ordre ni +méthode (Fig.52). Au contraire +de ce qu'ils pratiquaient pour +les maisons, ils n'ont presque +jamais employé la voûte dans les temples. On ne la +rencontre guère qu'à Déir-el-Baharî et dans les sept +sanctuaires parallèles d'Abydos, encore est-elle obtenue par encorbellement. La courbe en est dessinée dans trois +ou quatre assises horizontales, placées en porte à faux +l'une au-dessus de l'autre, puis évidées au ciseau, suivant +une ligne continue (Fig.53). La couverture ordinaire +consiste en dalles plates juxtaposées. Quand les +vides entre les murs ne sont pas trop considérables, +elle les franchit +d'une seule volée; +sinon, on l'étayait +de supports d'autant +plus multipliés que +l'espace à couvrir est +plus étendu. Ils +étaient alors reliés +par d'immenses +poutres en pierre, +les architraves, sur +lesquelles s'appuient les dalles dont le toit se compose.<br><br> +Les supports sont de deux types différents: le pilier +et la colonne. On en connaît d'un seul bloc. Les piliers +du temple du Sphinx, les plus anciens qui aient été découverts +jusqu'à présent, ont 5 mètres de hauteur sur +1m,40 de côté. Des colonnes en granit rose, éparses au +milieu des ruines d'Alexandrie, de Bubaste, de Memphis, +et qui + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;"> +<img src="images/fig051.png" alt="" style="width: 300px; height: 460px;"> +<img src="images/fig052.png" alt="" style="width: 300px; height: 345px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +remontent aux règnes d'Harmhabi et de +Ramsès II, mesurent 6 et 8 mètres d'une même venue. +Ce n'est là qu'une exception. Colonnes et piliers sont +bâtis en assises souvent inégales et irrégulières, comme +celles des murailles environnantes. Les grandes colonnes +de Louxor ne sont pleines qu'au tiers du diamètre: +elles ont un noyau de ciment jaunâtre, qui n'a plus de consistance et tombe en poudre sous les doigts. +Le chapiteau de la colonne de Taharqou, à Karnak, +contient trois assises hautes chacune d'environ 0m,123. +La dernière, la plus saillante, se compose de vingt-six +pierres, dont les joints verticaux tendent au centre, et +qui ne sont maintenues en place que par le poids du dé +superposé. Les mêmes négligences que nous avons + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig053.png" alt="" style="width: 350px; height: 313px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig054.png" alt="" style="width: 200px; height: 479px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +signalées +dans l'appareil des murs, on les retrouve toutes +dans celui des colonnes. Le pilier quadrangulaire, à côtés parallèles ou légèrement +inclinés, le plus souvent sans base ni chapiteau, +est fréquent dans les tombes de l'ancien +Empire. Il apparaît encore à Médinét-Habou, +dans le temple de Thoutmos III, +ou à Karnak, dans ce qu'on appelle le +promenoir. Les faces en sont souvent +habillées de tableaux peints ou de légendes, +et la face extérieure reçoit un +motif spécial de décoration: des tiges +de lotus ou de papyrus en saillie, sur +les piliers-stèles de Karnak, une tête +d'Hathor coiffée du sistre, au petit +spéos d'Ibsamboul (Fig.54), une figure +debout, Osiris dans la première cour de Médinét-Habou, +Bîsou à Dendérah et au Gebel-Barkal. A Karnak, +dans l'édifice construit probablement par Harmhabi +avec les débris d'un sanctuaire d'Amenhotpou II, +le pilier est surmonté d'une gorge qu'un mince abaque +séparé de l'architrave (Fig.55). Abattant les quatre angles, +on le transforme en un prisme octogonal; puis, +abattant les huit angles nouveaux, en un prisme à seize pans. C'est le type de certains piliers des tombeaux +d'Assouân et de Beni-Hassan; +du promenoir +de Thoutmos III, à +Karnak (Fig.56), et des +chapelles de Déir-el-Baharî. +A côté de ces +formes régulièrement +déduites on en remarque +dont la dérivation +est irrégulière, à six +pans, à douze, à quinze, +à vingt, ou qui aboutissent +presque au cercle +parfait. Les piliers du +portique d'Osiris à Abydos +sont au terme de la +série; le corps en offre +une section curviligne +à peine interrompue par +une bande lisse aux +deux extrémités + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + +d'un même diamètre. Le +plus souvent les pans +se creusent légèrement +en cannelures; parfois, +comme à Kalabshéh, +les cannelures sont divisées +en quatre groupes +de cinq par autant de bandes (Fig.57). Le pilier +polygonal a toujours un socle large et bas, arrondi en disque. A El-Kab, il porte une tête d'Hathor appliquée +à la face antérieure (Fig.58). Presque partout ailleurs, +il est surmonté d'un simple tailloir carré qui +le réunit à l'architrave. Ainsi constitué, il présente un +air de famille avec la colonne dorique, et l'on comprend +que Jomard et Champollion ont pu lui donner, +dans l'enthousiasme de la découverte, le nom peu +justifié de <i>dorique primitif</i>.<br><br> +La colonne ne repose pas immédiatement sur le +sol. Elle est toujours pourvue d'un socle analogue à +celui du pilier polygonal, au profil tantôt droit, tantôt +légèrement arrondi, nu ou sans autre ornement qu'une +ligne d'hiéroglyphes. Les formes principales se ramènent à trois types: 1° la colonne à chapiteau en +campane; 2° la colonne à chapiteau en bouton de +lotus; 3° la colonne hathorique.<br><br> 1° <i>Colonne à chapiteau campaniforme</i>.--D'ordinaire, +le fût est lisse ou simplement gravé +d'écriture et de bas-reliefs. Quelquefois +pourtant, ainsi à Médamout, +il est composé de six +grandes et de six petites colonnettes +alternées. Aux temps pharaoniques, +il s'arrondit, par le +bas, en bulbe décoré de triangles +curvilignes enchevêtrés, +simulant de larges feuilles; la +courbe est alors calculée de telle +sorte que le diamètre inférieur soit sensiblement égal +au diamètre supérieur. A l'époque ptolémaïque, le +bulbe disparaît souvent, probablement +sous l'influence des +idées grecques: les colonnes +qui bordent la première cour du +temple d'Edfou s'enlèvent d'aplomb +sur leur socle. Le fût +subit toujours une diminution +de la base au sommet. Il se +termine par trois ou cinq plates-bandes +superposées. A Médamout, où il est fasciculé, +l'architecte a pensé sans doute qu'une seule attache au +sommet paraîtrait insuffisante à maintenir les douze +colonnettes, et il a indiqué deux autres anneaux de plates-bandes à intervalles réguliers. Le chapiteau, +évasé en forme de cloche, est garni +à la naissance d'une rangée de +feuilles, + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig055.png" alt="" style="width: 350px; height: 953px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +semblables à celles de la +base, et sur lesquelles s'implantent +des tiges de lotus et de papyrus +en fleurs et en boutons. La hauteur +et la saillie sur le nu de la colonne +varient au gré de l'architecte. + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<img src="images/fig056.png" alt="" style="width: 700px; height: 621px;"><br> +A Louxor, les campanes ont 3m,50 +de diamètre à la gorge, 5m,50 à la +partie supérieure, et une hauteur +de 3m,50; à Karnak, dans la salle +hypostyle, la hauteur est de 3m,75 +et le plus grand diamètre de +21 pieds. Un de cubique surmonte +le tout. Il est assez peu +élevé et presque entièrement masqué +par la courbure du chapiteau; +rarement, comme au petit +temple de Dendérah, il s'élève et +reçoit sur chaque face une figure +du dieu Bîsou (Fig.59). + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 34%;"> +<img src="images/fig057.png" alt="" style="width: 250px; height: 444px;"> +<img src="images/fig059.png" alt="" style="width: 250px; height: 474px;"> +<img src="images/fig061.png" alt="" style="width: 250px; height: 790px;"> + </td> + +<td style="vertical-align: top; width: 31%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<br>La colonne à chapiteau campaniforme +(Fig.60) se rencontre de +préférence dans la travée centrale +des salles hypostyles, à Karnak, +au Ramesséum, à Louxor; +mais elle n'est pas restreinte à cet +emploi, et on la voit dans les +portiques, à Médinét-Habou, à Edfou, à Philae. Le promenoir de Thoutmos III, à Karnak, en renferme +une variété des plus curieuses (Fig.61): +la campane est retournée, et la partie +amincie du fût s'enfonce dans le socle, +tandis que la partie la plus large se soude +à l'évasement du chapiteau. Cet arrangement +disgracieux n'eut pas de succès; on +n'en trouve aucune trace hors du promenoir. +D'autres innovations furent plus heureuses, +celles surtout qui permirent aux +artistes de grouper autour de la campane +des éléments empruntés à la flore du pays. +C'est d'abord, à Soleb, à Sesébî, à Bubaste, +à Memphis, une bordure de palmes plantées +droites sur les bandes plates et dont +la tête se courbe sous le poids de l'abaque (Fig.62). +Plus tard, aux approches de l'époque +ptolémaïque, des régimes +de dattes (Fig.63) et des lotus +entr'ouverts vinrent s'ajouter aux +branches de palmier. +Sous les Ptolémées et +sous les Césars, le +chapiteau finit par devenir +une véritable +corbeille de fleurs et +de feuilles étalées régulièrement +et peintes des couleurs les plus +vives (Fig.64). A Edfou, à Ombos, +à Philae, on dirait que le constructeur +s'est juré de ne pas répéter deux fois une même coupe de chapiteau d'un même côté du portique.<br><br> 2° <i>Colonne à chapiteau lotiforme</i>.--Elle +représentait peut-être +à l'origine un +faisceau de tiges de +lotus dont les boutons, +serrés au cou par +un lien, se réunissent en bouquet pour former le chapiteau. +La colonne +de Beni-Hassan +comporte quatre +tiges arrondies +(Fig.65). Celles +du labyrinthe, +celles du promenoir +de Thoutmos III, +celles +de Médamout en +ont huit qui présentent +à la surface +une arête +saillante (Fig.66). +Le pied est bulbeux et paré +de feuilles triangulaires. La +gorge est entourée de trois +ou de cinq anneaux. Une +moulure, composée de trois +bandes verticales accolées, +descend du dernier de ces +anneaux dans l'intervalle de deux tiges; c'est + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 34%;"> +<img src="images/fig058.png" alt="" style="width: 250px; height: 269px;"><br><br><br> +<img src="images/fig060.png" alt="" style="width: 250px; height: 584px;"><br><br><br> +<img src="images/fig062.png" alt="" style="width: 250px; height: 459px;"><br><br><br> +<img src="images/fig063.png" alt="" style="width: 175px; height: 256px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig064.png" alt="" style="width: 300px; height: 164px;"> +<img src="images/fig065.png" alt="" style="width: 150px; height: 515px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;"> +<img src="images/fig066.png" alt="" style="width: 300px; height: 690px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 40%;"> +<img src="images/fig067.png" alt="" style="width: 275px; height: 594px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 60%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +comme une frange qui garnit le haut de la colonne. Une surface +aussi accidentée ne prêtait guère à la décoration +hiéroglyphique; aussi en arriva-t-on progressivement +à supprimer toutes les saillies et à lisser le pourtour +du fût. Dans la salle hypostyle +de Gournah, il est divisé +en trois segments: celui du +milieu est uni et chargé de +sculptures, celui du haut et +celui du bas sont encore fasciculés. +Au temple de Khonsou, +dans les bas côtés de la +salle hypostyle de Karnak, +sous le portique de Médinét-Habou, +le fût est entièrement +lisse; seulement la frange subsiste +sous les anneaux, et une +arête légère ménagée de trois +en trois bandes rappelle l'existence +des tiges (Fig.67). Le +chapiteau se dégrade de la +même manière. A Beni-Hassan, +il est fasciculé nettement +dans toute sa hauteur. Au +promenoir de Thoutmos III, à Louxor, à Médamout, +un cercle de petites feuilles pointues et de cannelures +règne autour de la base et amoindrit l'effet: ce n'est plus +guère qu'un cône tronqué et côtelé. Dans la salle hypostyle +de Karnak, à Abydos, au Ramesséum, à Médinét-Habou, +des ornements de nature diverse, feuilles +triangulaires, légendes hiéroglyphiques, bandes de cartouches flanqués d'uraeus, remplacent les côtes et se +partagent l'espace conquis. L'abaque ne se dissimule +pas comme dans la colonne campaniforme: il déborde +hardiment et reçoit la légende du roi fondateur. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + +<br><br> +3º <i>La colonne hathorique</i>.--On en a des exemples +aux temps anciens, dans le temple +de Déir-el-Baharî; mais c'est par +les monuments d'époque ptolémaïque, +par Contra-Latopolis, par +Philae, par Dendérah surtout, qu'on +la connaît le mieux. Le fût et la +base ne présentent aucun caractère +spécial: c'est le fût et la base de la +colonne campaniforme. Le chapiteau +a deux étages. Au plus bas, un +bloc carré, sur chaque face duquel +une tête de femme, à oreilles pointues +de génisse, se détache, en haut +relief; la coiffure, maintenue sur le +front par trois bandelettes verticales, passe derrière les +oreilles et tombe le long du cou. Chaque tête porte une +corniche cannelée, sur laquelle s'élève un naos encadré +entre deux volutes; un mince dé carré couronne le tout +(Fig.68). La colonne a donc pour chapiteau quatre têtes +d'Hathor. Aperçue de loin, elle rappelle immédiatement +à l'esprit un des sistres que les bas-reliefs nous montrent +entre les mains des reines et des déesses. C'est un +sistre en effet, mais où les proportions normales des +diverses parties ne sont pas observées: le manche est +gigantesque, tandis que la moitié supérieure de l'instrument +est réduite outre mesure. Ce motif plut tellement qu'on n'hésita pas à le combiner + + </td> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig068.png" alt="" style="width: 200px; height: 384px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig069.png" alt="" style="width: 200px; height: 472px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +avec des éléments empruntés +à d'autres ordres. Les quatre têtes d'Hathor, +mises par-dessus un chapiteau campaniforme, fournirent +le type composite que Nectanébo employa au +pavillon de Philae (Fig.69). Je ne saurais dire que le +mélange soit très satisfaisant: vue en +place, la colonne est moins disgracieuse +qu'on ne serait tenté de le croire +d'après les gravures.<br><br> +Les supports ne sont pas soumis à +des règles fixes de proportions et d'agencement. +L'architecte pouvait attribuer, +si cela lui plaisait, une hauteur +égale à des supports de diamètre très +différent, et en dessiner chacun des éléments +à l'échelle qui lui convenait le +mieux, sans autre souci que d'une certaine +harmonie générale: les dimensions +du chapiteau n'étaient pas en rapport +immuable avec celles du fût, et la hauteur du fût +ne dépendait nullement du diamètre de la colonne. +A Karnak, les colonnes campaniformes de la salle hypostyle +ont 3 mètres de haut pour le chapiteau, un peu +moins de 17 pour le fût, 3 m 57 de diamètre inférieur; +à Louxor, 3 m 50 pour le chapiteau, 15 pour le fût, 3 m 45 +au bulbe; au Ramesséum, 11 mètres pour le chapiteau +et pour le fût et 2 mètres au bulbe. L'étude des +colonnes lotiformes nous amène à des résultats semblables. +A Karnak, sur les bas côtés de la salle hypostyle, +elles ont 3 mètres de haut pour le chapiteau, +10 pour le fût, 2 m 08 de diamètre sur le socle; au Ramesséum, 1m,70 pour le chapiteau, 7m,50 pour le fût, +1m,78 de diamètre sur le socle. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + Même irrégularité dans +la disposition des architraves: rien n'en détermine +l'élévation que le caprice du maître ou les nécessités +de la construction. Même irrégularité dans les entre-colonnements: +non seulement la largeur en diffère +beaucoup de temple à temple et de chambre à chambre, +mais parfois, comme dans la première cour de Médinét-Habou, +ils sont inégaux pour un même portique. Voilà +pour les types employés séparément. Quand on les associait +dans un seul édifice, on ne s'astreignait pas à leur +donner des proportions fixes par rapport l'un à l'autre. Dans la salle + +<img src="images/fig070.png" alt="" style="width: 700px; height: 690px;"> + + hypostyle de Karnak les colonnes à campanes +soutiennent la travée la plus haute, et les colonnes +en bouton de lotus sont reléguées aux bas côtés (Fig.70). +Il y a des salles du temple de Khonsou, où c'est la +colonne lotiforme qui est la plus élevée, d'autres où +c'est la colonne campaniforme. A Médamout, lotiformes +et campaniformes ont partout la même hauteur dans +ce qui subsiste de l'édifice. L'Égypte n'a jamais eu +d'ordres définis comme en a possédé la Grèce. Elle a +essayé toutes les combinaisons auxquelles se prêtaient +les éléments de la colonne, sans jamais en chiffrer aucune +avec assez de précision pour qu'étant donné un +des membres, on puisse en déduire, même approximativement, +les dimensions de tous les autres. +<br><br> + +2.--LE TEMPLE. +<br><br> + +La plupart des sanctuaires célèbres, Dendérah, +Edfou, Abydos, avaient été fondés avant Minì par +les <i>serviteurs d'Hor</i>; mais, vieillis ou ruinés au cours +des âges, ils avaient été restaurés, remaniés, reconstruits +l'un après l'autre sur des devis nouveaux. Nul +débris ne nous est resté de l'appareil primitif pour +nous montrer ce que l'architecture égyptienne était à +ses commencements. Les temples funéraires bâtis par +les rois de la IVe dynastie ont laissé plus de traces. Celui de la seconde pyramide, à Gizéh, était assez +bien conservé encore dans les premières années du +XVIIIe siècle, pour que de Maillet y ait vu quatre gros +piliers debout. La destruction est à peu près complète +aujourd'hui; mais cette perte a été compensée, vers 1853, par la découverte d'un temple situé à + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig071.png" alt="" style="width: 350px; height: 425px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +quarante mètres +environ au sud du Sphinx (Fig.71). La façade ne paraît +pas, cachée qu'elle est sous le sable; l'extérieur seul a +été déblayé en partie. Le noyau de la maçonnerie est +en calcaire fin de Tourah. Le revêtement, les piliers, +les architraves, la couverture, étaient en blocs d'albâtre +ou de granit gigantesques. +Le plan est des +plus simples. Au centre (A), +une grande +salle en forme de T, +ornée de seize piliers +carrés, hauts de cinq +mètres; à l'angle nord-ouest, +un couloir +étroit, en plan incliné +(B) par lequel +on pénètre aujourd'hui +dans l'édifice; à +l'angle sud-ouest, un +retrait qui contient six +niches superposées deux à deux (C). Une galerie oblongue +(D), ouverte à chaque extrémité sur un cabinet rectangulaire +enseveli sous les décombres (E, E), complète +cet ensemble. Point de porte monumentale, point de fenêtre, +et le corridor d'entrée était trop long pour amener +la lumière; elle ne pénétrait que par des fentes +obliques ménagées dans la couverture, et dont les +traces sont visibles encore à la crête des + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + murs (e, e), de +chaque côté de la pièce principale. Inscriptions, bas-reliefs, +peintures, ce qu'on est habitué à rencontrer partout en Egypte manque là, et pourtant ces murailles +nues produisent sur le spectateur un effet aussi puissant +que les temples les mieux décorés de Thèbes. L'architecte +est arrivé à la grandeur et presque au sublime rien +qu'avec des blocs de granit et d'albâtre ajustés, par la +pureté des lignes et par l'exactitude des proportions.<br><br> +Quelques ruines éparses en Nubie, au Fayoum, au +Sinaï, ne nous permettent pas de décider si les temples +de la XIIe dynastie méritaient les éloges que leur +prodiguent les inscriptions contemporaines. Ceux des +rois thébains, des Ptolémées, des Césars, subsistent encore, +plusieurs intacts, presque tous faciles à rétablir, +le jour où on les aura étudiés consciencieusement sur le +terrain. Rien de plus varié, au premier abord, que les +dispositions qu'ils présentent: quand on les regarde +de près, ils se ramènent aisément au même type. D'abord, +le sanctuaire. C'est une pièce rectangulaire, petite, +basse, obscure, inaccessible à d'autres qu'aux Pharaons +ou aux prêtres de service. On n'y trouvait ni statue ni +emblème établis à demeure; mais une barque sainte ou +un tabernacle en bois peint posé sur un piédestal, une +niche réservée dans l'épaisseur du mur ou dans un bloc +de pierre isolé, recevaient à certains jours la figure ou +le symbole inanimé du dieu, un animal vivant ou +l'image de l'animal qui lui était consacré. Un temple +pouvait ne renfermer que cette seule pièce et n'en être +pas moins un temple, au même titre que les édifices les +plus compliqués; cependant il était rare, au moins +dans les grandes villes, qu'on se contentât d'attribuer +aux dieux ce strict nécessaire. Des chambres destinées +au matériel de l'offrande ou du sacrifice, aux fleurs, aux parfums, aux étoffes, aux vases précieux, se groupaient +autour de la <i>maison divine</i>; puis on bâtissait, en avant +du massif compact qu'elles formaient, une ou plusieurs +salles à colonnes où les prêtres et les dévots s'assemblaient, +une cour entourée de portiques, où la foule +pénétrait en tout temps, une porte flanquée de deux +tours et précédée de statues ou d'obélisques, une enceinte +de briques, une avenue bordée de sphinx, où les +processions manoeuvraient à l'aise les jours de fête. +Rien n'empêchait un Pharaon d'élever une salle plus +somptueuse en avant de celles que ses prédécesseurs +avaient édifiées, et ce qu'il faisait là, d'autres pouvaient +le faire après lui. Des zones successives de chambres et +de cours, de pylônes et de portiques, s'ajoutaient de +règne en règne au noyau primitif. La vanité ou la piété +aidant, le temple se développait en tous sens, jusqu'à +ce que l'espace ou la richesse manquât pour l'agrandir +encore.<br><br> +Les temples les plus simples étaient parfois les +plus élégants. C'était le cas pour ceux qu'Amenhotpou +III consacra dans l'île d'Éléphantine, que les +membres de l'expédition française dessinèrent à la fin +du siècle dernier, et que le gouverneur turc d'Assouân +détruisit en 1822. Le mieux conservé, celui du sud +(Fig.72), n'avait qu'une seule chambre en grès, haute +de 4m,25, large de 9m,50, longue de 12 mètres. Les murs, +droits et couronnés de la corniche ordinaire, reposaient +sur un soubassement creux en maçonnerie, élevé de +2m,25 au-dessus du sol, et entouré d'un parapet à hauteur +d'appui. Un portique régnait tout autour. Il était composé, +sur chacun des côtés, + +<img src="images/fig072.png" alt="" style="width: 700px; height: 381px;"> + +de sept piliers carrés, sans chapiteau ni base, sur chacune des façades, de deux colonnes +à chapiteau lotiforme. Piliers et colonnes s'appuyaient +directement sur le parapet, sauf à l'est, où un +perron de dix ou douze marches, resserré entre deux murs +de même hauteur que le soubassement, donnait accès à +la cella. Les deux colonnes qui encadraient le haut de +l'escalier étaient plus espacées que celles de la face +opposée, et la large baie qu'elles formaient laissait apercevoir +une porte richement décorée. Une seconde porte +ouvrait à l'autre extrémité, sous le portique. Plus tard, +à l'époque romaine, on tira parti de cette ordonnance +pour modifier l'aspect du monument. On remplit les +entre-colonnements du fond et on obtint une salle nouvelle, +grossière et sans ornements, mais suffisante aux +besoins du culte. Les temples d'Eléphantine rappellent +assez exactement le temple périptère des Grecs, et cette +ressemblance avec une des formes de l'architecture +classique à laquelle nous sommes le plus habitués, explique +peut-être l'admiration sans bornes que les savants +français ressentirent à les voir. Ceux de Méshéïkh, d'El-Kab, de Sharonnah, présentaient une disposition + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 45%;"> +<img src="images/fig073.png" alt="" style="width: 300px; height: 553px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + +plus compliquée. Il y a trois pièces à El-Kab (Fig.73), +une salle à quatre colonnes (A), une chambre (B), soutenue +par quatre piliers hathoriques, et dans la muraille +du fond, en face de +la porte, une niche (C) à +laquelle on montait par +quatre marches. Le modèle +le plus complet qui +nous soit parvenu de ces +oratoires de petite ville +appartient à l'époque ptolémaïque: +c'est le temple +d'Hathor, à Déir-el-Médinét +(Fig.74). Il est deux +fois plus long qu'il n'est +large. Les faces en sont +inclinées et nues à l'extérieur, +la porte exceptée, +dont le cadre en saillie est +chargé de tableaux finement +sculptés. L'intérieur +est divisé en trois parties: +un portique (B) de deux colonnes campaniformes, un +pronaos (C), auquel on arrive par un escalier de quatre +marches, et qui est séparé du portique par un mur à +hauteur d'homme, tracé entre deux colonnes campaniformes +et deux piliers d'antes à chapiteaux hathoriques; +enfin, le sanctuaire (D), flanqué de deux cellules (E, E) +éclairées par des lucarnes carrées, pratiquées dans le +toit. On monte à la terrasse par un escalier (F) fort ingénieusement relégué dans l'angle sud du portique, +et muni d'une jolie fenêtre à claire-voie. Ce n'est qu'un +temple en miniature, mais les membres en sont si bien +proportionnés dans leur petitesse qu'on ne saurait rien +concevoir de plus fin et de plus gracieux. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<br><br>On n'est point tenté d'en dire autant du temple que +les Pharaons de la XXe dynastie +construisirent au +sud de Karnak, en l'honneur +du dieu Khonsou +(Fig.75); mais si le style +n'en est pas irréprochable, +le plan en est si clair qu'on +est porté à le prendre pour +type du temple égyptien, +de préférence à d'autres +monuments plus élégants +ou plus majestueux. Il se +résout, à l'analyse, en deux +parties séparées par un +mur épais (A, A). Au centre de la plus petite, le Saint +des Saints (B), ouvert aux deux extrémités et entièrement +isolé du reste de l'édifice par un couloir (C) +large de 3 mètres; à droite et à gauche, des cabinets +obscurs (D, D); par derrière, une halle à quatre colonnes +(E), où débouchent sept autres pièces (F, F). +C'était la maison du dieu. Elle ne communiquait avec +le dehors que par deux portes (G, G), percées dans le +mur méridional (A, A), et qui donnaient sur une +salle hypostyle (H) plus large que longue, divisée +en trois nefs. La nef centrale repose sur quatre colonnes campaniformes de 7 mètres + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 41%;"> +<img src="images/fig074.png" alt="" style="width: 300px; height: 415px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig075.png" alt="" style="width: 250px; height: 572px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +de haut; les latérales +ne renferment chacune que deux colonnes lotiformes +de 5m,50; le plafond de la travée médiale est +donc plus élevé de 1m,50 que celui des bas côtés. +On en profita pour régler l'éclairage: +l'intervalle entre la terrasse +inférieure et la supérieure fut +garni de claires-voies en pierre +qui laissaient filtrer la lumière. +La cour (I) était carrée, bordée +d'un portique à deux rangs de +colonnes. On y avait accès par +quatre poternes latérales (J, J) et +par un portail monumental, pris +entre deux tours quadrangulaires +à pans inclinés. Ce pylône (K) +mesure 32 mètres de long, 10 de +large, 18 de haut. Il ne contient +aucune chambre, mais un escalier +étroit, qui monte droit au +couronnement de la porte, et de +là, au sommet des tours. Quatre longues cavités prismatiques +rayent la façade jusqu'au tiers de la hauteur, +correspondant à autant de trous carrés qui traversent +l'épaisseur de la construction. On y plantait de grands +mâts en bois, formés de poutres entrées l'une sur l'autre, +consolidées d'espace en espace par des espèces d'agrafes +et saisies par des charpentes engagées dans les trous +carrés: de longues banderoles de diverses couleurs +flottaient au sommet (Fig.76). Tel était le temple de +Khonsou; telles sont, dans leurs lignes principales, la plupart des grands monuments d'époque thébaine ou +ptolémaïque, Louxor, le Ramesséum, Médinét-Habou, +Philae, Edfou, Dendérah. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 59%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Même ruinés à demi, l'aspect +en a quelque chose d'étouffé et d'inquiétant. Comme +les dieux égyptiens aimaient à s'envelopper de mystère, +le plan est conçu de manière +à ménager insensiblement +la transition entre +le plein soleil du monde +extérieur et l'obscurité de +leur retraite. A l'entrée, +ce sont encore de vastes +espaces où l'air et la lumière +descendent librement. +La salle hypostyle +est déjà noyée dans un +demi-jour discret, le sanctuaire +est plus qu'à moitié perdu sous un vague crépuscule, +et au fond, dans les dernières salles, la nuit +règne presque complète. L'effet de lointain que produit +à l'oeil cette dégradation successive de la lumière +était augmenté par divers artifices de construction. +Toutes les parties ne sont pas de plain-pied. Le sol se +relève à mesure qu'on s'éloigne de l'entrée (Fig.77), et il +faut toujours enjamber quelques marches pour + + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 41%;"> +<img src="images/fig076.png" alt="" style="width: 300px; height: 355px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<img src="images/fig077.png" alt="" style="width: 700px; height: 189px;"> +passer d'un plan à l'autre. La différence de niveau ne dépasse +pas 1m,60 au temple de Khonsou, mais elle se combine +avec un mouvement de descente de la toiture, qui est +d'ordinaire accentué vigoureusement. Du pylône au +mur de fond, la hauteur décroît progressivement: le +péristyle est plus élevé que l'hypostyle, celui-ci domine +le sanctuaire, la salle à colonnes et la dernière chambre sont +<img src="images/fig078.png" alt="" style="width: 700px; height: 860px;"> + +de moins en moins hautes. Les architectes +de l'époque ptolémaïque ont changé certains détails +d'arrangement. Ils ont creusé dans les murs des +couloirs secrets et des cryptes où cacher les trésors +du Dieu (Fig.78). Ils ont placé des chapelles et +des reposoirs sur les terrasses. Ils n'ont introduit au +plan primitif que deux modifications importantes. Le +sanctuaire avait jadis deux portes opposées, ils ne lui +en ont laissé qu'une. La colonnade qui garnissait le +fond de la cour ou la façade +<img src="images/fig079.png" alt="" style="width: 700px; height: 726px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig080.png" alt="" style="width: 250px; height: 493px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +du temple, quand la cour n'existait pas, est devenue une chambre nouvelle, le +pronaos. Les colonnes de la rangée extérieure subsistent, +mais reliées, jusqu'à mi-hauteur environ, par +un mur couronné d'une corniche, qui forme écran et +empêchait la foule d'apercevoir +ce qui se passait au +delà (Fig.79). La salle est soutenue +par deux, trois ou même +quatre rangs de colonnes, selon +la grandeur de l'édifice +qui s'étend derrière elle. +Pour le reste, comparez le +plan du temple d'Edfou +(Fig.80) à celui du temple +de Khonsou, et vous verrez +combien peu ils diffèrent l'un +de l'autre.<br><br> +Ainsi conçu, l'édifice suffisait +à tous les besoins du +culte. Lorsqu'on voulait l'accroître, +on ne s'attaquait +pas d'ordinaire au sanctuaire +ni aux chambres qui l'entouraient, mais bien aux +parties d'apparat, hypostyles, cours ou pylônes. Rien +n'est plus propre que l'histoire du grand temple de +Karnak à illustrer le procédé des Égyptiens en pareille +circonstance. Osirtasen Ier l'avait fondé, probablement +sur le site d'un temple plus ancien (Fig.81). C'était un +édifice de petites dimensions, construit en calcaire et +en grès avec portes en granit: des piliers à seize +pans unis en décoraient l'intérieur. Amenemhat II et III y travaillèrent, les princes de la XIIIe et de la +XIVe dynastie y consacrèrent des statues et des tables +d'offrandes; il était encore intact au XVIIIe siècle avant +notre ère, lorsque Thoutmos Ier, enrichi par la + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +guerre, +résolut de l'agrandir. Il éleva +en avant de ce qui existait +déjà deux chambres, précédées +d'une cour et flanquées de chapelles +isolées, puis trois pylônes +échelonnés l'un derrière +l'autre. +<img src="images/fig081.png" alt="" style="width: 700px; height: 673px;"><br> +Le tout présentait l'aspect +d'un vaste rectangle posé +debout sur un autre rectangle +allongé en travers. Thoutmos +II et Hatshopsitou couvrirent +de bas-reliefs les murs que leur père avait +bâtis, mais n'ajoutèrent rien; seulement, la régente, +pour amener ses obélisques entre deux des pylônes, +pratiqua une brèche dans le mur méridional et abattit +seize des colonnes qui se trouvaient en cet endroit. +Thoutmos III reprit d'abord certaines parties qui lui +paraissaient sans doute indignes de son + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 56%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + dieu, le double sanctuaire qu'il relit en granit de Syène, le premier +pylône. Il réédifia, à l'est, d'anciennes chambres, +dont la plus importante, celle qui porte le nom +de <i>Promenoir</i>, servait de station et de reposoir lors +des processions, enveloppa l'ensemble d'un mur de +pierre, creusa le lac sur lequel on lançait les barques +sacrées les jours de fête; puis, changeant brusquement +de direction, il érigea deux pylônes tournés vers le sud. +Il rompit de la sorte la juste proportion qui avait +existé jusqu'alors entre le corps et la façade: l'enceinte +extérieure devint trop large pour les premiers pylônes +et ne se raccorda plus exactement au dernier. Amenhotpou +III corrigea ce défaut: il éleva un sixième +pylône plus massif, partant, plus propre à servir de +façade. Le temple en fût resté là, qu'il surpassait déjà +tout ce qu'on avait entrepris jusqu'alors de plus audacieux; +les Pharaons de la XIXe dynastie réussirent à +faire mieux encore. + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig082.png" alt="" style="width: 300px; height: 392px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig083.png" alt="" style="width: 200px; height: 672px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Ils ne construisirent qu'une salle +hypostyle (Fig.82) et qu'un pylône, mais l'hypostyle +a 50 mètres de long sur 100 de large. Au milieu, une +avenue de douze colonnes à chapiteau campaniforme, +les plus hautes qu'on ait jamais employées à l'intérieur +d'un édifice; dans les bas côtés, 122 colonnes à chapiteau +lotiforme, rangées en quinconce sur neuf files. +Le plafond de la travée centrale était à 23 mètres +au-dessus du sol, et le pylône le dominait d'environ +15 mètres. Trois rois peinèrent pendant un siècle +avant d'amener l'hypostyle à perfection. Ramsès Ier +conçut l'idée, Séti Ier termina le gros oeuvre, Ramsès II +acheva presque entièrement la décoration. Les Pharaons +des dynasties suivantes se disputèrent quelques places vides le long des colonnes, pour y graver leur +nom et participer à la gloire des trois fondateurs, mais +ils n'allèrent pas plus loin. Pourtant le monument, +arrêté à ce point, demeurait incomplet: il lui manquait +un dernier pylône et une cour à portiques. Près de +trois siècles s'écoulèrent +avant qu'on songeât à +reprendre les travaux. +Enfin, les Bubastites se +décidèrent à commencer +les portiques, mais faiblement, +comme il convenait +à leurs faibles ressources. +Un moment, +l'Éthiopien Taharqou +imagina qu'il était de +taille à rivaliser avec +les Pharaons thébains et +devisa une salle hypostyle +plus large que l'ancienne, mais ses mesures étaient +mal prises. Les colonnes de la travée centrale, les +seules qu'il eut le temps d'ériger, étaient trop éloignées +pour qu'on pût y établir la couverture: elles ne portèrent +jamais rien et ne subsistèrent que pour marquer +son impuissance. Enfin les Ptolémées, se conformant à +la tradition des rois indigènes, se mirent à l'ouvrage; +mais les révoltes de Thèbes interrompirent leurs projets, +le tremblement de terre de l'an 27 détruisit une partie +du temple, et le pylône resta à jamais inachevé. L'histoire +de Karnak est celle de tous les grands temples +égyptiens. A l'étudier de près, on comprend la raison des irrégularités qu'ils présentent pour la plupart. Le +plan est partout sensiblement le même, et la croissance +se produit de la même +manière, mais les architectes ne +prévoyaient pas toujours l'importance +que leur oeuvre acquerrait, +et le terrain qu'ils lui +avaient choisi ne se + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +prêtait pas +jusqu'au bout au développement +normal. A Louxor (Fig.83), le +progrès marcha méthodiquement +sous Amenhotpou III et sous +Séti Ier; mais, quand Ramsès II +voulut ajouter à ce qu'avaient fait +ses prédécesseurs, un coude secondaire +de la rivière l'obligea +à se rejeter vers l'est. Son pylône +n'est point parallèle à celui +d'Amenhotpou III, et ses portiques +forment un angle marqué +avec l'axe général des constructions +antérieures. A Philae +(Fig.84), la déviation est plus +forte encore. Non seulement +le pylône le plus grand n'est +pas dans l'alignement du plus +petit, mais les deux colonnades +ne sont point parallèles +entre elles et ne se raccordent pas naturellement au +pylône. Ce n'est point là, comme on l'a dit souvent, +négligence ou parti pris. Le plan premier était aussi juste que peut l'exiger le dessinateur le plus entiché +de symétrie; mais il fallait le plier aux exigences du +site, et les architectes n'eurent plus souci dès lors que +de tirer le meilleur +parti des irrégularités +auxquelles la +configuration du +sol les condamnait. +Cette contrainte les +a souvent inspirés: +Philae nous montre +jusqu'à quel point +ils savaient faire de +ce désordre obligé +un élément de +grâce et de pittoresque. + + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig084.png" alt="" style="width: 350px; height: 619px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig085.png" alt="" style="width: 300px; height: 347px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +L'idée du temple-caverne +dut venir +de bonne heure +aux Égyptiens; ils +taillaient la maison +des morts dans +la montagne, pourquoi +n'y auraient-ils +pas taillé la +maison des dieux? Pourtant, les spéos les plus anciens +que nous possédions ne remontent qu'aux premiers +règnes de la XVIIIe dynastie. On les rencontre de préférence +dans les endroits où la bande de terre cultivable +était le moins large, près de Beni-Hassan, au Gebel Silsiléh, en Nubie. Toutes les variantes du temple isolé +se retrouvent dans le souterrain, plus ou moins modifiées +par la nature du milieu. +Le Spéos Artémidos +s'annonce par un portique +à piliers, mais ne renferme +qu'un naos carré avec une +niche de fond pour la statue +de la déesse Pakhit. +Kalaat-Addah présente au +fleuve (Fig.85) une façade +(A) plane, étroite, où l'on +accède par un escalier assez +raide; vient ensuite +une salle hypostyle flanquée de deux réduits (C), +puis un sanctuaire à deux étages superposés (D). + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +<br><br>La chapelle d'Harmhabi (Fig.86), au Gebel Silsiléh, +se compose d'une galerie parallèle au Nil, étayée +de quatre piliers massifs réservés dans la roche vive, +et sur laquelle la chambre débouche à angle droit. + +<img src="images/fig086.png" alt="" style="width: 700px; height: 365px;"><br> + +A Ibsamboul, les deux temples sont entièrement +dans la falaise. La face du plus grand (Fig.87) simule +un pylône en talus, couronné d'une corniche, et gardé, +selon l'usage, par quatre colosses assis, accompagnés +de statues plus petites; seulement les colosses ont ici près de 20 mètres. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Au delà de la porte +s'étend une salle de +40 mètres de long sur +18 de large, qui tient +lieu du péristyle ordinaire. +Huit Osiris, le +dos à autant de piliers, +semblent porter la montagne +sur leur tête. Au +delà, un hypostyle, une +galerie transversale qui +isole le sanctuaire, enfin +le sanctuaire lui-même +entre deux pièces plus petites. Huit cryptes, établies +à un niveau plus bas que celui de l'excavation +principale, se répartissent inégalement à droite et à +gauche du péristyle. Le souterrain entier mesure +55 mètres du seuil au fond du sanctuaire. Le petit +spéos d'Hathor, situé à quelque cent pas vers le nord, +n'offre pas des dimensions aussi considérables; mais +la façade est ornée de colosses debout, dont quatre +représentent Ramsès, et deux sa femme Nofritari. Le +péristyle manque (Fig.88) ainsi que les cryptes, et les +chapelles sont placées aux deux extrémités du couloir +transversal, au lieu d'être parallèles au sanctuaire; en revanche, l'hypostyle a six piliers avec tête d'Hathor. +Où l'espace le + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig087.png" alt="" style="width: 350px; height: 437px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig088.png" alt="" style="width: 300px; height: 309px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + permettait, on n'a fait entrer qu'une +partie du temple dans le +rocher; les avancées ont +été construites en plein air, de blocs rapportés, et le +spéos devient une moitié +de caverne, un hémi-spéos. +Le péristyle seul à Derr, le +pylône et la cour à Beit-el-Oualli, +le pylône, la cour +rectangulaire, l'hypostyle à +Gerf Hosseïn et à Ouady-es-Seboua, sont au dehors +de la montagne. Le plus célèbre et le plus original des +hémi-spéos est à Déir-el-Bahari. dans la nécropole thébaine, +et fut bâti par la reine Hatshopsitou (Fig.89). Le sanctuaire et les deux chapelles qui l'accompagnent, +selon la coutume, étaient creusés à 30 mètres environ +au-dessus du niveau de la vallée. Pour y atteindre, +on traça des rampes et on étagea des terrasses, dont +l'insuffisance des fouilles entreprises jusqu'à présent +ne permet pas de saisir l'agencement. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<img src="images/fig089.png" alt="" style="width: 700px; height: 570px;"> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +et le temple +isolé, les Égyptiens +avaient encore quelque +chose d'intermédiaire, +le temple +adossé à la montagne, +mais qui n'y +pénètre point. Le +temple du Sphinx à +Gizéh, celui de Séti Ier à Abydos +sont deux bons exemples +du genre. J'ai déjà parlé du +premier; l'aire du second +(Fig.90) a été découpée dans +une bande de sable étroite et +basse qui sépare la plaine du +désert. Il était enterré jusqu'au +toit, la crête des murs sortait à +peine du sol, et l'escalier qui montait aux terrasses +conduisait également au sommet de la colline. L'avant-corps, +qui se détachait en plein relief, n'annonçait rien +d'extraordinaire: deux pylônes, deux cours, un portique +droit à piliers carrés, les bizarreries ne commençaient +qu'au delà. C'étaient d'abord deux hypostyles +au lieu d'un seul. Ils sont séparés par un mur percé de sept portes, n'ont point de nef centrale, et le +sanctuaire donne directement sur le second. C'est, +comme d'ordinaire, une chambre oblongue percée aux +deux extrémités; mais les pièces qui, ailleurs, l'enveloppaient +sans le toucher, sont ici placées côte à côte +sur une même ligne, deux à droite, quatre à gauche; +de plus, elles sont surmontées de voûtes en encorbellement +et ne reçoivent de + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig090.png" alt="" style="width: 350px; height: 521px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +jour que par la porte. +Derrière le sanctuaire, même changement; la salle hypostyle +s'appuie au mur du fond, et ses dépendances +sont distribuées inégalement à droite et à gauche. Et, +comme si ce n'était pas assez, on a construit, sur le +flanc gauche, une cour, des chambres à colonnes, des +couloirs, des réduits obscurs, une aile entière, qui se +détache en équerre du bâtiment principal et n'a pas +de contrepoids sur la droite. L'examen des lieux +explique ces irrégularités. La colline n'est pas large en +cet endroit, et le petit hypostyle en touche presque le +revers. Si on avait suivi le plan normal sans rien y +changer, on l'aurait percée de part en part, et le +temple n'aurait plus eu ce caractère de temple adossé, +que le fondateur avait voulu lui donner. L'architecte +répartit donc en largeur les membres qu'on disposait +d'ordinaire en longueur, et même en rejeta une partie +sur le côté. Quelques années plus tard, quand Ramsès II éleva, à une centaine de mètres vers le nord-ouest, +un monument consacré à sa propre mémoire, il +se garda bien d'agir comme son père. Son temple, assis +au sommet de la colline, eut l'espace nécessaire à +s'étendre librement, et le plan ordinaire s'y déploie +dans toute sa rigueur.<br><br> + +La plupart des temples, même les plus petits, sont +enveloppés d'une enceinte quadrangulaire. A Médinét-Habou, +elle est en grès, basse et crénelée; c'est une +fantaisie de Ramsès III qui, en prêtant à son monument +l'aspect extérieur d'une forteresse, a voulu perpétuer +le souvenir de ses victoires syriennes. Partout +ailleurs, les pertes sont en pierre, les murailles en briques +sèches, à assises tordues. L'enceinte n'était pas +destinée, comme on l'a dit souvent, à isoler le temple +et à dérober aux yeux des profanes les cérémonies qui +s'y accomplissaient. Elle marquait la limite où s'arrêtait +la maison du dieu, et servait au besoin à repousser +les attaques d'un ennemi dont les richesses accumulées +dans le sanctuaire auraient allumé la cupidité. Des +allées de sphinx, ou, comme à Karnak, une suite +de pylônes échelonnés, menaient des portes aux différentes +entrées, et formaient autant de larges voies +triomphales. Le reste du terrain était occupé, en partie +par les étables, les celliers, les greniers des prêtres, en +partie par des habitations privées. De même qu'en Europe, +au moyen âge, la population s'amassait plus +dense autour des églises et des abbayes, en Égypte, elle +se pressait autour des temples, pour profiter de la tranquillité +qu'assuraient au dieu la terreur de son nom et +la solidité de ses remparts. Au début, on avait réservé +un espace vide le long des pylônes et des murs, puis +les maisons envahirent ce chemin de ronde et s'appuyèrent +à la paroi même. Détruites et rebâties sur +place pendant des siècles, le sol s'exhaussa si bien de +leurs débris, que la plupart des temples finirent par +s'enterrer peu à peu et se trouvèrent en contrebas des quartiers environnants. Hérodote le raconte de Bubaste, +et l'examen des lieux montre qu'il en était de même +dans beaucoup d'endroits. A Ombos, à Edfou, à Dendérah, +la cité entière tenait dans la même enceinte que +la maison divine. A El-Kab, l'enceinte du temple +était distincte de celle de la ville; elle + +<img src="images/fig091.png" alt="" style="width: 700px; height: 367px;"> + +formait une sorte de donjon où la garnison pouvait chercher un dernier +abri. A Memphis, à Thèbes, il y avait autant de donjons +que de temples principaux, et ces forteresses divines, +d'abord isolées au milieu des maisons, furent, à partir +de la XVIIIe dynastie, réunies entre elles par des avenues +bordées de sphinx. C'était le plus souvent des +androsphinx à tête d'homme et au corps de lion, mais +on trouve aussi des criosphinx à corps de lion et à tête +de bélier (Fig.91), ou même, dans les endroits où le +culte local comportait une pareille substitution, des +béliers agenouillés qui tiennent une figure du souverain +dédicateur entre leurs pattes de devant (Fig.92).<br> + +<img src="images/fig092.png" alt="" style="width: 700px; height: 417px;"> + +L'avenue qui va de Louxor à Karnak était composée +de ces éléments divers. Elle a 2 kilomètres de long et s'infléchit à diverses reprises, mais n'y reconnaissez +pas une preuve nouvelle de l'horreur des Égyptiens +pour la symétrie. Les enceintes des deux temples +n'étaient pas orientées de la même manière, et les avenues +tracées perpendiculairement sur le front de chacune +d'elles ne se seraient jamais raccordées, si on ne +les avait fait dévier de leur direction première. En résumé, +les habitants de Thèbes voyaient de leurs temples +presque tout ce que nous en voyons. Le sanctuaire et +ses dépendances immédiates leur étaient fermés; mais +ils avaient accès à la façade, aux cours, même à la salle +hypostyle, et ils pouvaient admirer les chefs-d'oeuvre +de leurs architectes presque aussi librement que nous +faisons aujourd'hui.<br><br> + +3.--LA DÉCORATION.<br><br> + +La tradition antique affirmait que les premiers temples +égyptiens ne renfermaient aucune image sculptée, aucune inscription, aucun symbole, et de fait le temple +du Sphinx est nu. C'est là toutefois un exemple unique. +Les fragments d'architrave et de parois employés comme +matériaux dans la pyramide septentrionale de Lisht, et +qui portent le nom de Khâfrî, montrent qu'il n'en était +déjà plus ainsi dès le temps de la IVe dynastie. A l'époque +thébaine, toutes les surfaces lisses, pylônes, parements +des murs, fûts des colonnes, étaient couvertes de tableaux +et de légendes. Sous les Ptolémées et sous les +Césars, lettres et figures étaient tellement pressées, +qu'il semble que la pierre disparaisse sous la masse des +ornements dont elle est chargée. Un coup d'oeil rapide +suffit à montrer que les scènes ne sont pas jetées au hasard. +Elles s'enchaînent, se déduisent les unes des autres +et forment comme un grand livre mystique, où les +relations officielles des dieux avec l'homme et de +l'homme avec les dieux sont clairement expliquées à +qui sait le comprendre. Le temple était bâti à l'image +du monde, tel que les Egyptiens le connaissaient. La +terre était pour eux une sorte de table plate et mince, +plus longue que large. Le ciel s'étendait au-dessus, +semblable, selon les uns, à un immense plafond de fer, +selon les autres, à une voûte surbaissée. Comme il ne +pouvait rester suspendu sans être appuyé de quelque +support qui l'empêchât de tomber, on avait imaginé de +le maintenir en place au moyen de quatre étais ou de +quatre piliers gigantesques. Le dallage du temple représentait +naturellement la terre. Les colonnes et, au +besoin, les quatre angles des chambres figuraient les +piliers. Le toit, voûté à Abydos, plat partout ailleurs, +répondait exactement à l'opinion qu'on se faisait du ciel. Chaque partie recevait une décoration appropriée + +<img src="images/fig093.png" alt="" style="width: 700px; height: 263px;"> +<img src="images/fig095.png" alt="" style="width: 700px; height: 186px;"> +<img src="images/fig097.png" alt="" style="width: 700px; height: 224px;"><br> + + +à sa signification. Ce qui touchait au sol se revêtait +de végétation. La base des colonnes était entourée +de feuilles, le pied des murs se garnissait de longues +tiges de lotus ou de papyrus (Fig.98), au milieu desquelles +passaient quelquefois des animaux. Des bouquets +de plantes fluviales, émergeant de l'eau (Fig.94), +égayaient les soubassements de certaines chambres. +Ailleurs, c'étaient + +</td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig099.png" alt="" style="width: 350px; height: 299px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +des fleurs épanouies, entremêlées de boutons isolés (Fig.95) ou reliées par des cordes +(Fig.96), des emblèmes indiquant la réunion des +deux Égyptes entre les mains d'un seul Pharaon +(Fig.97), des oiseaux à bras d'hommes assis en adoration +sur le signe des fêtes solennelles, ou des prisonniers +accroupis et liés au poteau deux à deux, un +nègre avec un Asiatique +(Fig.98). Des Nils mâles +et femelles s'agenouillaient +(Fig.99), ou s'avançaient +majestueusement +en procession, au ras de +terre, les mains chargées +de fleurs et de fruits. Ce +sont les nomes de l'Égypte, +les lacs, les districts qui apportent leurs produits +au dieu. Une fois même, à Karnak, Thoutmos III +a gravé sur le soubassement les fleurs, les plantes et +les + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +animaux des pays étrangers qu'il avait vaincus +(Fig.100). Le plafond, peint en bleu, était semé d'étoiles +jaunes à cinq branches, auxquelles se mêlent par endroits les cartouches du roi fondateur. De longues +bandes d'hiéroglyphes rompaient d'espace en espace la +monotonie de ce ciel d'Égypte. +<img src="images/fig100.png" alt="" style="width: 700px; height: 322px;"><br> +Les vautours de Nekhab +et d'Ouazit, les déesses du midi et du nord, couronnés +et armés d'emblèmes divins (Fig.101), planent +dans la travée centrale des salles hypostyles, dans les +soffites des portes, par-dessus la route que le roi suivait +pour se rendre au sanctuaire. + +<img src="images/fig101.png" alt="" style="width: 700px; height: 703px;"><br> +Au Ramesséum, à +Edfou, à Philae, à Dendérah, à Ombos, à Esnéh, les +profondeurs du firmament semblent s'ouvrir et révéler leurs habitants aux yeux des fidèles. L'Océan céleste +déroule ses eaux, où le soleil et la lune naviguent, escortés +des planètes, des constellations et des décans, où +les génies des mois et des jours marchent en longues +files. A l'époque ptolémaïque, des zodiaques, composés +à l'imitation des zodiaques grecs, se placent à côté des +tableaux astronomiques d'origine purement égyptienne +(Fig.102). La décoration des architraves qui portaient +les dalles de la couverture était complètement indépendante +de celle de la couverture proprement dite. +On n'y voyait que des légendes hiéroglyphiques en +gros caractères, où les beautés du temple, le nom des +rois qui y avaient travaillé, la gloire des dieux auxquels +il était consacré, sont célébrés avec emphase. En +résumé, l'ornementation du soubassement et celle du +plafond étaient restreintes à un petit nombre de sujets +toujours les mêmes; les tableaux les plus importants et +les plus variés étaient comme suspendus entre ciel et +terre, à la paroi des chambres et des pylônes.<br><br> + +Ils illustrent les rapports officiels de l'Égypte avec +les dieux. Les gens du commun n'avaient pas le droit +de commercer directement avec la divinité. Il leur fallait +un médiateur qui, tenant à la fois de la nature humaine +et de la nature divine, fût en état de les percevoir +également l'une et l'autre. Seul, le roi, fils du soleil, +était d'assez haute extraction pour contempler le dieu +du temple, le servir et lui parler face à face. Les sacrifices +ne se faisaient que par lui ou par délégation de +lui; même l'offrande aux morts était censée passer par +ses mains, et la famille se prévalait de son nom (<i>souten +di hotpou</i>) pour l'envoyer dans l'autre monde. Le roi est donc partout dans le temple, debout, assis, agenouillé, +occupé à égorger la victime, à en présenter les +morceaux, à verser le vin, le lait, l'huile, à brûler l'encens: +c'est l'humanité entière qui agit en lui et accomplit +ses devoirs envers la divinité. Lorsque la cérémonie +qu'il exécute exige le concours de plusieurs personnes, +alors seulement des aides mortels, autant que possible +des membres de sa famille, paraissent à ses côtés. La +reine, + +<img src="images/fig102.png" alt="" style="width: 711px; height: 723px;"><br> +debout derrière lui, comme Isis derrière Osiris, lève la main pour le protéger, agite le sistre ou bat le +tambourin pour éloigner de lui les mauvais esprits, +tient le bouquet ou le vase à libation. Le fils aîné tend +le filet ou lasse le taureau, et récite la prière pour lui, +tandis qu'il lève vers le dieu chaque objet prescrit par +le rituel. Un prêtre remplace parfois le prince, mais +les autres hommes n'ont jamais que des rôles infimes: +ils sont bouchers ou servants, ils portent la barque ou +le palanquin du dieu. Le dieu, de son côté, n'est pas +toujours seul; il a sa femme et son fils à côté de lui, +puis les dieux des nomes voisins et, d'une manière générale, +les dieux de l'Égypte entière. Du moment que le +temple est l'image du monde, il doit comme le monde +même renfermer tous les dieux grands et petits. Ils +sont le plus souvent rangés derrière le dieu principal, +assis ou debout, et partagent avec lui l'hommage du +souverain. Quelquefois cependant, ils prennent une +part active aux cérémonies. Les esprits d'On et de +Khonou s'agenouillent devant le soleil et l'acclament. +Hor et Sit ou Thot amènent Pharaon à son père +Amon-Râ, ou remplissent à côté de lui les fonctions +réservées ailleurs au prince ou au prêtre: ils l'aident à +renverser la victime, à prendre dans le filet les oiseaux +destinés au sacrifice, ils versent sur sa tête l'eau de +jeunesse et de vie qui doit le laver de ses souillures. La +place et la fonction de ces dieux synèdres était définie +strictement par la théologie. Le soleil, allant d'Orient +en Occident, coupait, disent les textes, l'univers en deux +mondes, celui du midi et celui du nord. Le temple +était double comme l'univers, et une ligne idéale, passant +par l'axe du sanctuaire, le divisait en deux temples, le temple du midi à droite, le temple du nord à gauche. +Les dieux et leurs différentes formes étaient répartis +entre ces deux temples, selon qu'ils appartenaient au +midi ou au nord. Et cette fiction de dualité était poussée +plus loin encore: chaque chambre se divisait, à l'imitation +du temple, en deux moitiés dont l'une, celle de +droite, était du midi et l'autre était du nord. L'hommage +du roi, pour être complet, devait se faire dans +le temple du midi et dans celui du nord, aux dieux du +midi et à ceux du nord, avec les produits du midi et +avec ceux du nord. Chaque tableau devait donc se répéter +au moins deux fois dans le temple, sur une paroi +de droite et sur une paroi de gauche. Amon, à droite, +recevait le blé, le vin, les liqueurs du midi; à gauche, +le blé, le vin, les liqueurs du nord, et ce qui est vrai +d'Amon l'est de Mout, de Khonsou, de Montou, de +bien d'autres. Dans la pratique, le manque d'espace +empêchait qu'il en fût toujours ainsi, et on ne rencontre +souvent qu'un seul tableau où produits du nord et produits +du midi étaient confondus, devant un Amon qui +représentait à lui seul l'Amon du midi et l'Amon du +nord. Cette dérogation à l'usage n'est jamais que momentanée: +la symétrie se rétablissait dès que le permettaient +les circonstances.<br><br> + +Aux temps pharaoniques, les tableaux ne sont pas +très serrés l'un contre l'autre. La surface à couvrir, +arrêtée en bas par une ligne tracée au-dessus de la décoration +du soubassement, est limitée vers le haut, soit +par la corniche normale, soit par une frise composée +d'uraeus, de faisceaux de lotus alignés côte à côte, +de cartouches royaux (Fig.103), entourés de symboles divins, d'emblèmes + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig103.png" alt="" style="width: 300px; height: 167px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +empruntés au culte local, des têtes +d'Hathor, par exemple, dans un temple d'Hathor, ou +d'une dédicace horizontale en belles lettres gravées +profondément. Le panneau ainsi encadré ne formait +souvent qu'un seul registre, souvent aussi se divisait +en deux registres superposés; il fallait une muraille +bien haute pour que ce +nombre fût dépassé. Figures +et légendes étaient espacées +largement et les scènes +se succédaient à la file presque +sans séparation + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +matérielle; +c'était affaire au spectateur d'en discerner le +commencement et la fin. Les têtes du roi étalent de véritables +portraits dessinés d'après nature, et la figure des +dieux en reproduisait les traits aussi exactement que +possible. Puisque Pharaon était fils des dieux, la façon +la plus sûre d'obtenir la ressemblance était de modeler +leur visage sur le visage de Pharaon. Les acteurs secondaires +n'étaient pas moins soignés que les autres, mais +quand il y en avait trop, on les distribuait sur deux ou +trois registres, dont la hauteur totale ne dépasse jamais +celle des personnages principaux. Les offrandes, les +sceptres, les bijoux, les vêtements, les coiffures, les meubles, +tous les accessoires étaient traités avec un souci très +réel de l'élégance et de la vérité. Les couleurs, enfin, +étaient combinées de telle façon qu'une tonalité générale +dominât dans une même localité. Il y avait dans les +temples des pièces qu'on pouvait appeler à juste titre: +la <i>salle bleue</i>, la <i>salle rouge</i>, la <i>salle d'or</i>.<br><br> +Voilà pour +l'époque classique. A mesure qu'on descend vers les bas temps, les scènes se multiplient. Sous les Grecs et +sous les Romains, elles sont si nombreuses que la plus petite muraille ne peut les contenir à moins de quatre +(Fig.104), cinq, six, huit registres. Les figures principales +semblent se contracter sur elles-mêmes pour occuper +moins de place, et des milliers de menus hiéroglyphes +envahissent tout l'espace qu'elles ne remplissent pas. +Les dieux et les rois ne sont plus des portraits du souverain +régnant, mais des types de convention sans +vigueur et sans vie. Quant aux figures secondaires et +aux accessoires, on n'a plus qu'un souci, c'est de +les entasser aussi serré que possible. Ce n'est pas là +faute de goût; une idée religieuse a décidé et précipité +ces changements. La décoration n'avait pas seulement +pour objet le plaisir des yeux. Qu'on l'appliquât +à un meuble, à un cercueil, à une maison, à un +temple, elle possédait une vertu magique, dont chaque +être ou chaque action représentée, chaque parole +inscrite ou prononcée au moment de la consécration, +déterminait la puissance et le caractère. Chaque tableau +était donc une amulette en même temps qu'un ornement. +Tant qu'il durait, il assurait au dieu le bénéfice +de l'hommage rendu ou du sacrifice accompli par le +roi; il confirmait au roi, vivant ou mort, les grâces que +le dieu lui avait accordées en récompense, il préservait +contre la destruction le pan de mur sur lequel il était +tracé. A la XVIIIe dynastie, on pensait qu'une ou deux +amulettes de ce genre suffisaient à obtenir l'effet qu'on +en attendait. Plus tard, on crut qu'on ne saurait trop +en augmenter la quantité, et on en mit autant que la +muraille pouvait en recevoir. Une chambre moyenne +d'Edfou et de Dendérah fournit à l'étude plus de matériaux +que la salle hypostyle de Karnak, et la chapelle + +<img src="images/fig104.png" alt="" style="width: 700px; height: 1083px;"><br> +d'Antonin à Philae, si elle avait été terminée, renfermerait +autant de scènes que le sanctuaire de Louxor et +le couloir qui l'enveloppe.<br><br> + +En voyant la variété des sujets traités sur les murs +d'un même temple, on est d'abord tenté de croire que la +décoration ne forme pas un ensemble suivi d'un bout +à l'autre, et que, si plusieurs séries sont, à n'en pas +douter, le développement d'une seule idée historique +ou dogmatique, d'autres sont jetées simplement à la +file, sans aucun lien qui les rattache entre elles. +A Louxor et au Ramesséum, chaque face de pylône est +un champ de bataille, sur lequel on peut étudier presque +jour à jour la lutte de Ramsès II contre les Khiti, en +l'an V de son règne, le camp des Égyptiens attaqué de +nuit, la maison du roi surprise pendant la marche, la +défaite des barbares, leur fuite, la garnison de Qodshou +sortie au secours des vaincus, les mésaventures du +prince de Khiti et de ses généraux. Ailleurs la guerre +n'est point représentée, mais le sacrifice humain qui +marquait jadis la fin de chaque campagne: le roi saisit +aux cheveux les prisonniers prosternés à ses pieds, et +lève la massue comme pour écraser leurs têtes d'un +seul coup. A Karnak, le long du mur extérieur, Séti Ier +fait la chasse aux Bédouins du Sinaï. Ramsès III, à +Médinét-Habou, détruit la flotte des peuples de la mer, +ou reçoit les mains coupées des Libyens que ses soldats +lui apportent en guise de trophées. Puis, sans transition, +on aperçoit un tableau pacifique, où Pharaon +verse à son père Amon une libation d'eau parfumée. +Il semble qu'on ne puisse établir aucun lien entre ces +scènes, et pourtant l'une est la conséquence nécessaire des autres. Si le dieu n'avait pas donné la victoire au +roi, le roi à son tour n'aurait pas institué les cérémonies +qui s'accomplissaient dans le temple. Le sculpteur +a transporté les événements sur la muraille, dans l'ordre +où ils s'étaient passés, la victoire, puis le sacrifice, le +bienfait du dieu d'abord et les actions de grâces du roi. +A y regarder de près, tout se suit, tout s'enchaîne de la +même manière dans cette multitude d'épisodes. Tous +les tableaux, et ceux-là dont la présence s'explique le +moins au premier coup d'oeil, représentent les moments +d'une action unique, qui commence à la porte et se déroule, +à travers les salles, jusqu'au fond du sanctuaire. +Le roi entre au temple. Dans les cours, le souvenir de +ses victoires frappe partout ses regards; mais voici que +le dieu sort à sa rencontre, caché dans une châsse et +environné de prêtres. Les rites prescrits en pareil cas +sont retracés sur les murs de l'hypostyle où ils s'exécutaient, +puis roi et dieu prennent ensemble le chemin +du sanctuaire. Arrivés à la porte qui donne accès de +la partie publique dans la partie mystérieuse du +temple, le cortège humain s'arrête, et le roi, franchissant +le seuil, est accueilli par les dieux. Il fait l'un +après l'autre tous les exercices religieux auxquels +l'oblige la coutume; ses mérites s'accroissent par la +vertu des prières, ses sens s'affinent, il prend place +parmi les types divins, et pénètre enfin dans le sanctuaire, +ou le dieu se révèle à lui sans témoin et lui parle +face à face. La décoration reproduit fidèlement le progrès +de cette présentation mystique: accueil bienveillant +des divinités, gestes et offrandes du roi, les vêtements +qu'il dépouille ou revêt successivement, les couronnes dont il se coiffe, les prières qu'il récite et les +grâces qui lui sont conférées, tout est gravé sur les murs +en ses lieu et place. Le roi et les rares personnes qui +l'accompagnent ont le dos tourné à la porte d'entrée, la +face tournée à la porte du fond. Les dieux au contraire, +ceux du moins qui ne font point partie pour le moment +de l'escorte royale, ont la face à la porte, le dos au +sanctuaire. Si, au cours d'une cérémonie, le roi officiant +venait à manquer de mémoire, il n'avait qu'à lever les +yeux vers la muraille pour y trouver ce qu'il devait +faire.<br><br> + +Et ce n'est pas tout: chaque partie du temple avait +son décor accessoire et son mobilier. La face extérieure +des pylônes était garnie, non seulement des mâts à banderoles +dont j'ai déjà parlé, mais de statues et d'obélisques. +Les statues, au nombre de quatre ou de six, étaient +en calcaire, en granit ou en grès. Elles représentaient toujours +le roi fondateur et atteignaient parfois une taille +prodigieuse. Les deux Memnon qui siégeaient à l'entrée +de la chapelle d'Amenhotpou III, à Thèbes, mesurent +environ seize mètres de haut. Le Ramsès II du Ramesséum +a dix-sept mètres et demi, celui de Tanis vingt +mètres au moins. Le plus grand nombre ne dépassait +pas six mètres. Elles montaient la garde en avant du +temple, la face au dehors, comme pour faire front à +l'ennemi. Les obélisques de Karnak sont presque tous +perdus au milieu des cours intérieures; même ceux de +la reine Hatshopsitou ont été encastrés, jusqu'à cinq +mètres au-dessus du sol, dans des massifs de maçonnerie +qui en cachaient la base. Ce sont là des accidents faciles +à expliquer. Chacun des pylônes qu'ils précèdent a été tour à tour la façade du temple, et ne +s'est trouvé relégué aux derniers + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig105.png" alt="" style="width: 200px; height: 958px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +plans +que par les travaux successifs des Pharaons. +La place réelle des obélisques +est en avant des colosses, de chaque +côté de la porte; ils ne vont jamais +que par paire, de hauteur souvent +inégale. On a prétendu reconnaître en +eux l'emblème d'Amon-Générateur, un +doigt de dieu, l'image d'un rayon de +soleil. A dire le vrai, ils ne sont que la +forme régularisée de ces pierres levées, +qu'on plantait en commémoration des +dieux et des morts chez les peuples +à demi sauvages. Les tombes de la +IVe dynastie en renferment déjà, qui +n'ont guère plus d'un mètre, et sont +placés à droite et à gauche de la stèle, +c'est-à-dire de la porte qui conduit au +logis du défunt; ils sont en calcaire +et ne nous apprennent qu'un nom et +des titres. A la porte des temples, ils +sont en granit et prennent des dimensions +considérables, 20m,75 à Héliopolis +(Fig.105), 23m,59 et 23m,03 à +Louxor. Le plus élevé de ceux que l'on +possède aujourd'hui, celui de la reine +Hatshopsitou à Karnak, monte jusqu'à +33m,20. Faire voyager des masses pareilles +et les calibrer exactement était +déjà chose difficile, et l'on a peine à comprendre comment les Égyptiens réussissaient à les dresser rien +qu'avec des cordes et des caissons de sable. La reine +Hatshopsitou se vante d'avoir taillé, transporté, érigé les +siens en sept mois, et nous n'avons aucune raison de +douter de sa parole. Les obélisques étaient presque +tous établis sur plan carré, avec les faces légèrement +convexes et une pente insensible de haut en bas. La +base était d'un seul bloc carré, orné de légendes ou +de cynocéphales en ronde bosse, adorant le soleil. La +pointe était coupée en pyramidion et revêtue, par exception, +de bronze ou de cuivre doré. Des scènes d'offrandes +à Râ-Harmakhis, Hor, Atoum, Amon, sont gravées sur +les pans du pyramidion et s'étagent à la partie supérieure +du prisme; le plus souvent, les quatre faces verticales +n'ont d'autre ornement que des inscriptions en +lignes parallèles consacrées exclusivement à l'éloge du +roi. Voilà l'obélisque ordinaire: on en rencontre çà +et là d'un type différent. Celui de Bégig, au Fayoum +(Fig.106), est sur plan rectangulaire et s'arrondit en pointe +mousse. Une entaille, pratiquée au sommet, prouve qu'il +se terminait par quelque emblème en métal, un épervier +peut-être, comme l'obélisque représenté sur une stèle +votive du Musée de Boulaq. Cette forme, qui dérive ainsi +que la première de la pierre levée, dura jusqu'aux derniers +jours de l'art égyptien: on la signale encore à +Axoum, en pleine Éthiopie, vers le IVe siècle de notre ère, +à une époque où l'on se contentait en Égypte de transporter +les anciens obélisques, sans plus songer à en élever +de nouveaux. Telle était la décoration accessoire du +pylône. Les cours intérieures et les salles hypostyles renfermaient +encore des colosses. Les uns, adossés à la face externe des piliers ou des murs, étaient à demi engagés +dans la maçonnerie et bâtis par + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +assise; ils présentaient +le roi, debout, muni des insignes d'Osiris. Les autres, +placés à Louxor sous le péristyle, à Karnak des deux +côtés de la travée centrale, entre chaque colonne, étaient aussi à + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig106.png" alt="" style="width: 250px; height: 793px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +l'image du Pharaon, mais du +Pharaon triomphant et revêtu de son +costume d'apparat. Le droit de consacrer +une statue dans le temple était +avant tout un droit régalien; cependant +le roi permettait quelquefois à +des particuliers d'y dédier leurs statues +à côté des siennes. C'était alors +une grande faveur, et l'inscription de +ces monuments mentionne toujours +qu'ils ont été déposés <i>par la grâce +du roi</i> à la place qu'ils occupent. Si +rarement que ce privilège fût accordé +par le souverain, les statues votives +avaient fini par s'accumuler avec les +siècles, et les cours de certains temples +en étaient remplies. A Karnak, l'enceinte +du sanctuaire était garnie extérieurement +d'une sorte de banc épais, +construit à hauteur d'appui en façon +de socle allongé. C'est là que les statues étaient placées, +le dos au mur. Elles étaient accompagnées chacune +d'un bloc de pierre rectangulaire, muni sur l'un +des côtés d'une saillie creusée en gouttière: c'est ce +que l'on appelle la table d'offrandes (Fig.107). La face +supérieure en est évidée plus ou moins profondément et porte souvent en relief des pains, des cuisses de boeuf, +des vases à libations couchés à plat, et les autres objets +qu'on avait accoutumé de présenter aux morts ou aux +dieux. Celles du roi Amoni-Entouf-Amenemhâït, à +Boulaq, sont des blocs +de plus d'un mètre de +long, en grès rouge, dont +la face supérieure est +chargée de godets creusés +régulièrement; une +offrande particulière répondait +à chaque godet. Un culte était en effet attaché +aux statues, et les tables étaient de véritables autels, sur +lesquels on déposait, pendant le sacrifice, les portions +de la victime, les gâteaux, les fruits, les légumes.<br><br> + +Le sanctuaire et les pièces qui l'environnent contenaient +le matériel du culte. Les +bases d'autel sont, les unes carrées +et un peu massives, les autres polygonales +ou cylindriques; plusieurs +de ces dernières ressemblent assez +à un petit canon pour que les Arabes +leur en donnent le nom. Les plus +anciennes sont de la Ve dynastie; la +plus belle, déposée aujourd'hui à +Boulaq, a été dédiée par Séti Ier. Le seul autel complet +que je connaisse a été découvert à Menshiéh en 1884 +(Fig.108). Il est en calcaire blanc, compact, poli comme +le marbre, et a pour pied un cône très allongé, sans +ornement qu'un tore d'environ dix centimètres + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + au-dessous +du sommet. Un vaste bassin hémisphérique s'emboîte dans une entaille carrée, qui sert comme de +gueule au canon. Les naos sont de petites chapelles +de pierre ou de bois (Fig.109) où logeait en tout temps +l'esprit, à certaines fêtes, le corps même du dieu. Les +barques sacrées étaient bâties sur le modèle de la bari +dans laquelle le soleil accomplissait sa course journalière. +Un naos s'élevait au milieu, recouvert d'un voile +qui ne permettait pas aux spectateurs de voir ce qu'il +renfermait; + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig107.png" alt="" style="width: 300px; height: 183px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig108.png" alt="" style="width: 200px; height: 272px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +l'équipage était figuré, chaque dieu à son +poste de manoeuvre, les pilotes d'arrière au gouvernail, +la vigie à l'avant, le roi à genoux, devant la porte du +naos. Nous n'avons trouvé jusqu'à présent aucune des +statues qui servaient aux cérémonies du culte, mais +nous savons l'aspect qu'elles avaient, le rôle qu'elles +jouaient, les matières dont elles étaient composées.<bR><br> + +Elles étaient animées et avaient, outre leur corps de +pierre, de métal, ou de bois, une âme enlevée par +magie à l'âme de la divinité qu'elles représentaient. +Elles parlaient, remuaient, agissaient, réellement et +non par métaphore. Les derniers Ramessides n'entreprenaient +rien sans les consulter; ils s'adressaient +à elles, leur exposaient l'affaire, et, après chaque question, +elles approuvaient en secouant la tête. Dans la stèle +de Bakhtan, une statue de Khonsou impose quatre fois +les mains sur la + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +nuque d'une autre statue, pour lui +transmettre le pouvoir de chasser les démons. La reine +Hatshopsitou envoya une escadre à la recherche des Pays +de l'Encens, après avoir conversé avec la statue d'Amon +dans l'ombre du sanctuaire.<BR> +<img src="images/fig109.png" alt="" style="width: 700px; height: 592px;"><BR> +En théorie, l'âme divine +était censée produire seule des miracles: dans la pratique, +la parole et le mouvement étaient le résultat d'une +fraude pieuse. Avenues interminables de sphinx, obélisques +gigantesques, pylônes massifs, salles aux cent +colonnes, chambres mystérieuses ou le jour ne pénétrait +jamais, le temple égyptien tout entier était bâti pour +servir de cachette à une poupée articulée, dont un prêtre +agitait les fils.<BR> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br><br><br> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + + + <td style="vertical-align: top; width: 100%; font size:14pt; font-family: serif;"> + + <H2>CHAPITRE III</H2><br><br> + + +LES TOMBEAUX<br><br> + +Les Égyptiens composaient l'homme de plusieurs +êtres différents, dont chacun avait ses fonctions et sa vie +propre. C'était d'abord le corps, puis le double (ka), qui +est le second exemplaire du corps en une matière moins +dense que la matière corporelle, une projection colorée, +mais aérienne de l'individu, le reproduisant trait pour +trait, enfant, s'il s'agissait d'un enfant, femme s'il s'agissait +d'une femme, homme s'il s'agissait d'un homme. Après le double venait l'âme (bi, baï), que l'imagination +populaire se représentait sous la figure d'un oiseau, et +après l'âme, le lumineux (khou), parcelle de flamme +détachée du feu divin. Aucun de ces éléments n'était impérissable +par nature; mais, livrés à eux-mêmes, ils n'auraient +pas tardé à se dissoudre et l'homme à mourir une +seconde fois, c'est-à-dire à tomber dans le néant. La +piété des survivants avait trouvé le moyen d'empêcher +qu'il en fût ainsi. Par l'embaumement, elle suspendait +pour les siècles la décomposition des corps; par la +prière et par l'offrande, elle sauvait le double, l'âme et +le lumineux de la seconde mort, et elle leur procurait ce +qui leur était nécessaire à prolonger leur existence. Le +double ne quittait jamais le lieu où reposait la momie.L'âme et le lumineux s'en éloignaient pour suivre les +dieux, mais y revenaient sans cesse, comme un voyageur +qui rentre au logis après une absence. Le tombeau était +donc une maison, la <i>maison éternelle</i> du mort, au prix +de laquelle les maisons de cette terre sont des hôtelleries, +et le plan sur lequel il était établi répondait fidèlement +à la conception que l'on se faisait de l'autre +vie. Il devait renfermer les appartements privés de +l'âme, où nul vivant ne pouvait pénétrer sans sacrilège, +passé le jour de l'enterrement, les salles d'audience du +double, où les prêtres et les amis venaient apporter +leurs souhaits et leurs offrandes, et, entre les deux, des +couloirs plus ou moins longs. La manière dont ces +trois parties étaient disposées variait beaucoup selon les +époques, les localités, la nature du terrain, la condition +et le caprice de chaque individu. Souvent les pièces +accessibles au public étaient bâties au-dessus du sol et +formaient un édifice isolé. Souvent encore, elles étaient +creusées entièrement dans le flanc d'une montagne +avec le reste du tombeau. Souvent enfin, le réduit où +la momie reposait et le couloir étaient dans un endroit, +tandis qu'elles s'élevaient au loin dans la plaine. +Mais, si l'on remarque des variantes nombreuses dans +les détails et dans le groupement des parties, le principe +est toujours le même: la tombe est un logis, dont l'agencement +doit favoriser le bien-être et assurer la perpétuité du mort. + +<br><br> +1.--LES MASTABAS. +<br><br> +Les tombes monumentales les plus anciennes sont +toutes réunies dans la nécropole de Memphis, d'Abou-Roâsh à Dahshour, et appartiennent au type des mastabas. +Le mastaba (Fig.110) est une construction quadrangulaire +qu'on prendrait de loin pour une pyramide +tronquée. Plusieurs ont 10 ou 12 mètres de haut, 50 mètres +de façade, 25 mètres de profondeur; d'autres n'atteignent +pas 3 mètres de hauteur et 5 mètres de largeur. +Les faces sont inclinées symétriquement et le plus souvent + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 58%;"> +<img src="images/fig110.png" alt="" style="width: 300px; height: 130px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 42%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +unies; parfois +cependant les assises +sont en retraite et +forment presque +gradins. Les matériaux +employés sont +la pierre ou la brique. La pierre est toujours le +calcaire, débité en blocs, longs d'environ 0m,80 sur +0m,50 de hauteur et sur 0m,60 de profondeur. On rencontre +trois sortes + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +de calcaire: pour les tombes soignées, le beau calcaire blanc de Tourah ou le calcaire +siliceux compact de Saqqarah; pour les tombes ordinaires, +le calcaire marneux de la montagne Libyque. Ce +dernier, mêlé à des couches minces de sel marin et +traversé par des filons de gypse cristallisé, est friable +à l'excès et prête peu à l'ornementation. La brique est +de deux espèces, et simplement séchée au soleil. La +plus ancienne, dont l'usage cesse vers la VIe dynastie, +est de petites dimensions (0m,22 x 0m,11 x 0m,14), d'aspect +jaunâtre, et ne renferme que du sable mêlé d'un peu +d'argile et de gravier; l'autre est de la terre mêlée de +paille, noire, compacte, moulée avec soin et d'assez +grand module (0m,38 x 0m,18 x 0m,14). La façon de la +maçonnerie interne n'est pas la même selon la nature des matériaux que l'architecte a employés. Neuf fois sur +dix, les mastabas en pierre n'ont d'appareil régulier +qu'à l'extérieur. Le noyau est en moellons grossièrement +équarris, en gravats, en fragments de calcaire, +rangés sommairement par couches horizontales, et +noyés dans de la terre délayée, ou même entassés au +hasard, sans mortier d'aucune sorte. Les mastabas en +briques sont presque toujours de construction homogène; +les parements extérieurs sont cimentés avec soin, +et les lits reliés à l'intérieur par du sable fin coulé +dans les interstices. La masse devait être orientée canoniquement, +les quatre faces aux quatre points cardinaux, +le plus grand axe dirigé du nord au sud; mais les maçons +ne se sont point préoccupés de trouver le nord +juste, et l'orientation est rarement exacte. A Gizéh, les +mastabas sont distribués selon un plan symétrique et rangés +le long de véritables rues; à Saqqarah, à Abousîr, à +Dahshour, ils s'élèvent en désordre à la surface du plateau, +espacés ou pressés par endroits. Le cimetière musulman +de Siout présente encore aujourd'hui une disposition +analogue à celle qu'on observe à Saqqarah, et +nous permet d'imaginer ce que pouvait être la nécropole +memphite dans les derniers temps de l'ancien Empire.<br><br> +Une plate-forme unie, non dallée, formée par la dernière +couche du noyau, s'étend au sommet du cube en +maçonnerie. Elle est semée de vases en terre cuite, +enterrés presque à fleur de sol, nombreux au-dessus des +vides intérieurs, rares partout ailleurs. Les murs sont +nus. Les portes sont tournées vers l'est, quelquefois +vers le nord ou vers le sud, jamais vers l'ouest. On +en comptait + +<img src="images/fig111.png" alt="" style="width: 700px; height: 421px;"> +deux, l'une réservée aux morts, l'autre accessible aux vivants; mais celle du mort n'était +qu'une niche étroite et haute, ménagée dans la face +est, à côté de l'angle nord-est, et au fond de laquelle +étaient tracées des raies verticales, encadrant +une baie fermée. Souvent même on supprimait ce simulacre +d'entrée, et l'âme se tirait d'affaire comme elle +pouvait. La porte des vivants avait plus ou moins d'importance, +selon le plus +ou moins de développement +de la chambre à +laquelle elle conduisait. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 46%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Chambre et porte se confondent +plus d'une fois en un réduit sans profondeur, +décoré d'une stèle et d'une table d'offrandes (Fig.111), +et protégé à l'occasion par un mur qui fait saillie sur +la façade. On a alors une sorte d'avancée, ouvrant +vers le nord, carrée au tombeau de Kaâpîr (Fig.112), +irrégulière dans celui de Nofirhotpou à Saqqarah. (Fig.113). Quand le plan comporte l'existence d'une ou +de plusieurs chambres, la porte est pratiquée au milieu +d'une petite façade architecturale (Fig.114), ou +sous un petit portique soutenu + </td> +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 54%;"> +<img src="images/fig113.png" alt="" style="width: 400px; height: 236px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig114.png" alt="" style="width: 300px; height: 227px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +par deux piliers carrés, sans base et sans abaque (Fig.115). Elle est d'une simplicité +extrême: deux jambages, ornés de bas-reliefs +représentant le défunt +et surmontés +d'un tambour cylindrique +gravé +aux titre et au nom +du propriétaire. +Dans le tombeau +de Pohounika, à +Saqqarah, les montants figurent deux pilastres, couronnés +chacun de deux +fleurs de lotus en relief: +c'est là un fait unique +jusqu'à ce jour. La chapelle était généralement +petite et se +perdait dans la masse de +l'édifice (Fig.116); mais aucune règle précise n'en déterminait +l'étendue. Dans +le tombeau de Ti, on +rencontre d'abord un +portique (A), puis une + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 56%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +antichambre carrée +avec piliers (B), puis un +couloir (C), flanqué d'un cabinet sur la +droite (D) et débouchant dans une dernière chambre (E) +(Fig.117). Il y a là de l'espace pour plusieurs personnes, +et, en effet, la femme de Ti repose à côté de +son mari. Quand le monument appartenait à un seul personnage, pareille complication n'était pas nécessaire. +Un boyau étranglé et court mène dans une pièce +oblongue, où il tombe à angle droit, par le milieu. +Souvent la muraille du fond est lisse, et l'ensemble offre l'aspect d'une sorte de marteau à têtes égales +(Fig.118); souvent aussi, elle se + + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 52%;"> +<img src="images/fig115.png" alt="" style="width: 300px; height: 209px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +creuse en face de +l'entrée, et l'on dirait une croix dont le chevet serait +plus ou moins découpé (Fig.119). C'était la distribution la plus fréquente, mais l'architecte était libre de la rejeter, + +<img src="images/fig116.png" alt="" style="width: 700px; height: 445px;"><br> + +si bon lui semblait. Telle chapelle consiste de deux couloirs parallèles, soudés par un passage transversal +(Fig.120). Dans telle autre, la chambre s'emmanche +sur le couloir par un des angles (Fig.121). Ailleurs, +dans le tombeau de Phtahhotpou, le terrain concédé était resserré entre des +<img src="images/fig117.png" alt="" style="width: 700px; height: 273px;"><br> +constructions antérieures et +ne suffisait pas: on a rattaché +le mastaba nouveau +au mastaba ancien, de manière +à leur donner une entrée +commune, et la chapelle +de l'un s'est agrandie de tout l'espace + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 52%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + que couvrait +celle de l'autre (Fig.122). La chapelle était la salle de réception du double. +C'est là que les parents, les amis, les prêtres célébraient +le sacrifice funéraire aux jours prescrits par la loi, +«aux fêtes du commencement des saisons, à la fête de +Thot, au premier jour de l'an, à la fête d'Ouaga, à la +grande fête de la canicule, à la procession du dieu +Mînou, à la fête des pains, aux fêtes du mois et de +la quinzaine et chaque jour». Ils déposaient l'offrande +dans la pièce principale, au pied de la paroi ouest, au point précis où se trouvait l'entrée de la <i>maison +éternelle</i> du mort. Ce point n'était pas, comme la + + + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 48%;"> +<img src="images/fig120.png" alt="" style="width: 350px; height: 250px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<i>kiblah</i> des mosquées ou des oratoires musulmans, +orienté toujours vers la même région du compas. On +le trouve assez souvent à l'ouest, mais cette position +n'était pas réglementaire. Il était marqué au début par +une véritable porte, étroite et basse, encadrée et décorée comme la porte + +<img src="images/fig121.png" alt="" style="width: 700px; height: 310px;"><br> + + la porte d'une maison ordinaire, mais dont +la baie n'était point percée. Une inscription, tracée sur +le linteau en gros caractères bien lisibles, commémorait +le nom et le rang du maître. Des figures en pied +ou assises étaient gravées sur les côtés et rappelaient +son portrait aux visiteurs. Un tableau, sculpté ou peint +sur les blocs qui fermaient la baie de la porte, le montrait +assis devant un guéridon + +<img src="images/fig122.png" alt="" style="width: 700px; height: 518px;"><br> + + et allongeant la main +vers le repas qu'on lui apportait. Une table d'offrandes plate encastrée dans le sol, entre les deux montants, +recevait les mets et les boissons. Les vivants partis, le +double sortait + +<img src="images/fig123.png" alt="" style="width: 700px; height: 577px;"><br> + +de chez lui et mangeait. En principe, la +cérémonie devait se renouveler d'année en année, jusqu'à +la consommation des siècles; mais il n'avait pas fallu longtemps aux Égyptiens pour s'apercevoir qu'il +n'en pouvait être ainsi. Au bout de deux ou trois générations, +les morts d'autrefois étaient délaissés au profit +des morts plus récents. Lors même qu'on établissait des +fondations pieuses, dont le revenu payait le repas funèbre +et les prêtres chargés de le préparer, on ne faisait +que reculer l'heure de l'oubli. Le moment arrivait +tôt ou tard, où le double en était réduit à chercher +pâture parmi les rebuts des villes, parmi les excréments, +parmi les choses ignobles et corrompues qui +gisaient abandonnées sur le sol. Pour obtenir que l'offrande +consacrée le jour des funérailles conservât ses +effets à travers les âges, on imagina de la dessiner et de +l'écrire sur les murs de la chapelle (Fig.123). La reproduction +en peinture ou en sculpture des personnes et +des choses assurait à celui au bénéfice de qui on l'exécutait +la réalité des personnes et des choses reproduites: +le double se voyait sur la muraille mangeant et buvant, +et il mangeait et buvait. L'idée une fois admise, +les théologiens et les artistes en tirèrent rigoureusement +les conséquences. On ne se borna pas à donner des provisions +simulées, on y joignit l'image des domaines +qui les produisaient, des troupeaux, des ouvriers, des +esclaves. S'agissait-il de fournir la viande pour l'éternité? +On pouvait se contenter de dessiner les membres +d'un boeuf ou d'une gazelle déjà parés pour la cuisine, +l'épaule, la cuisse, les côtes, la poitrine, le coeur et le +foie, la tête; mais on pouvait aussi reprendre de très +haut l'histoire de l'animal, sa naissance, sa vie au pâturage, +puis la boucherie, le dépeçage, la présentation +des + +<img src="images/fig124.png" alt="" style="width: 700px; height: 269px;"><br> + + +morceaux. De même, à propos des gâteaux et des pains, rien n'empêchait qu'on retraçât le labourage, les +semailles, la moisson, le battage des grains, la rentrée +au grenier, le pétrissage de la pâte. Les vêtements, les +parures, le mobilier servaient de prétexte à introduire +les fileuses, les tisserands, les orfèvres, les menuisiers. +Le maître domine bêtes et gens de sa taille surhumaine.<br><br> + + +<img src="images/fig125.png" alt="" style="width: 700px; height: 481px;"><br> +Quelques tableaux discrets le montrent courant à toutes voiles vers l'autre monde, sur le bateau des funérailles, +le jour où il avait pris possession de son logis nouveau +(Fig.124). Dans les autres, il est en pleine activité et +surveille ses vassaux fictifs comme il surveillait jadis +ses vassaux réels (Fig.125). Les scènes, si variées et si +désordonnées qu'elles semblent être, ne sont pas rangées +au hasard. Elles convergent toutes vers le semblant de +porte qui était censé communiquer avec + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig126.png" alt="" style="width: 200px; height: 241px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +l'intérieur. plus rapprochées représentent +les péripéties du sacrifice et de +l'offrande. Au fur et à mesure que +l'on s'éloigne, les opérations et +les travaux préliminaires s'accomplissent +chacun à son tour. +A la porte, la figure du maître +semble attendre les visiteurs et +leur souhaiter la bienvenue. Les +détails changent à l'infini, les +inscriptions s'allongent ou s'abrègent +au caprice de l'écrivain, la fausse porte perd son caractère architectonique et n'est plus souvent qu'une +pierre de taille médiocre, une stèle, sur laquelle on consigne +le nom du maître et son état civil: grande ou petite, +nue ou décorée richement, la chapelle reste toujours +comme la salle à manger, ou plutôt comme le garde-manger, +où le mort puise à son gré quand il a + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +faim. De l'autre côté du mur se cachait une cellule étroite +et haute, ou mieux un couloir, d'où le nom de <i>serdab</i>, +que les archéologues lui prêtent à l'exemple des Arabes. +La plupart des mastabas n'en ont qu'un; d'autres en +contiennent trois ou quatre (Fig.126). Ils ne communiquent pas entre eux ni avec la chapelle, et sont +comme noyés dans la maçonnerie (Fig.127). S'ils sont +reliés au monde + +<img src="images/fig127.png" alt="" style="width: 700px; height: 300px;"><br> + +extérieur, c'est par un conduit ménagé +à hauteur d'homme (Fig.128) et tellement resserré +qu'on a peine à y glisser la main. Les prêtres venaient +murmurer des prières et brûler des parfums à l'orifice: +le double était au delà et profitait de l'aubaine ou du +moins ses statues l'accueillaient en son nom. Comme sur +la terre, l'homme avait besoin d'un corps pour subsister; +mais le cadavre défiguré par l'embaumement ne rappelait +plus que de loin la forme du vivant. La momie était +unique, facile à détruire; on pouvait la brûler, la démembrer, +en disperser les morceaux. Elle disparue, +qu'adviendrait-il du double? Les statues qu'on enfermait +dans le serdab devenaient, par la consécration, +les corps de pierre ou de bois du défunt. La piété des +parents les multipliait, et, par suite, multipliait aussi +les supports du double; un seul corps était une seule +chance de durée pour lui, vingt représentaient vingt +chances. C'est dans une intention analogue qu'on joignait +aux statues du mort celles de sa femme, de ses +enfants, de ses serviteurs, saisis dans les différents actes de la domesticité, broyant le grain, pétrissant la +pâte, poissant les jarres destinées à contenir le vin. Les +figures plaquées à la muraille de la chapelle s'en détachaient +et prenaient dans le serdab un corps solide. +Ces précautions n'empêchaient pas d'ailleurs qu'on +n'employât tous les moyens pour mettre ce qui restait +du corps de chair à l'abri des causes naturelles de destruction +et des attaques de l'homme. Au tombeau de Ti, +un couloir rapide, qui affleure le sol au milieu de la +première salle, conduit du dehors au caveau; mais c'est +là une exception presque unique; on y descend par +un puits perpendiculaire, creusé rarement dans un coin +de la chapelle, d'ordinaire au centre de la plate-forme +(Fig.129). La profondeur en varie entre 3 et 30 mètres. +Il traverse la maçonnerie, pénètre dans le rocher; au +fond, vers le sud, un couloir, trop bas pour qu'on y +chemine debout, donne accès à une chambre. C'est là +que la momie repose, dans un grand sarcophage en +calcaire blanc, en granit rose ou en basalte. Il porte +rarement une inscription, le nom et les titres du mort, +plus rarement des ornements; on en connaît pourtant +qui simulent la décoration d'une maison égyptienne avec +ses portes et ses fenêtres. Le mobilier est des plus simples: +des vases en albâtre pour les parfums, des godets où +le prêtre avait versé quelques gouttes des liqueurs offertes +au mort, de grandes jarres en terre cuite rouge +pour l'eau, un chevet en albâtre ou en bois, une palette +votive de scribe. Après avoir scellé la momie dans la +cuve qui l'attendait, les ouvriers dispersaient sur le sol +les quartiers du boeuf ou de la gazelle qu'on venait de +sacrifier; puis ils muraient avec soin l'entrée + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +du couloir et remplissaient + le puits jusqu'à la bouche d'éclats +de pierre mêlés de sable et de terre. Le tout, largement +arrosé, finissait par s'agglutiner en un béton presque +impénétrable, dont la dureté défiait tout essai de +profanation. Le corps, livré à lui-même, ne recevait +plus d'autre visite que celle +de son âme. L'âme quittait de +temps en temps la région céleste +où elle voyageait en +compagnie des dieux, et descendait +se réunir à la momie. Le caveau +était sa maison, comme la chapelle était la +maison du double.<br><br> + +Jusqu'à la VIe dynastie, le caveau est +nu; une seule fois Mariette y a trouvé des +lambeaux d'inscriptions appartenant +au <i>Livre des morts</i>. J'ai +découvert à Saqqarah, en 1881, +des tombes où il est orné de +préférence à la chapelle. Elles +sont en grosses briques et n'ont pour le sacrifice +qu'une niche renfermant la stèle. A l'intérieur, le +puits est remplacé par une petite cour rectangulaire, +dans la partie occidentale de laquelle on ajustait le +sarcophage. Au-dessus du sarcophage, on bâtissait en +calcaire une chambre aussi large et aussi longue que +lui, haute d'environ 1 mètre et recouverte de dalles +posées à plat. Au fond ou sur la droite, on réservait +une niche qui tenait lieu de serdab.<br> + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig129.png" alt="" style="width: 300px; height: 505px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig130.png" alt="" style="width: 200px; height: 432px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +On ménageait +au-dessus du toit plat une voûte de décharge d'environ +0 m 50 de rayon, et, par-dessus la voûte, on plaçait des lits horizontaux de briques jusqu'au niveau de la +plate-forme. La chambre occupe les deux tiers environ +de la cavité et a l'aspect d'un four, dont la gueule serait +restée béante. Quelquefois, les murs de pierre reposent +sur le couvercle même du sarcophage, et la chambre +n'était achevée qu'après l'enterrement +(Fig.130). Le plus souvent, +ils s'appuient sur deux +montants de briques, et le sarcophage +pouvait être ouvert ou +fermé à volonté. La décoration, +tantôt peinte, tantôt sculptée, +est la même partout. Chaque +paroi était comme une maison +où étaient déposés les objets +dessinés ou énumérés à la surface; +aussi avait-on soin d'y +figurer une porte monumentale, +par laquelle le mort avait accès +à son bien. Il trouvait sur la +paroi de gauche un monceau de +provisions (Fig.131) et la table d'offrandes; sur celle du +fond, des ustensiles de ménage, du linge, des parfums, +avec le nom et l'indication des quantités. Ces tableaux +sont un résumé de ceux qu'on voit dans la chapelle +des mastabas communs. Si on les a distraits de leur +place primitive, c'est qu'en les transportant au caveau, +on les garantissait contre les dangers de destruction, qui +les menaçaient dans des salles accessibles au premier +venu, et que leur conservation assurait plus longtemps +au mort la possession des biens qu'ils représentaient.<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br> +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +2.--LES PYRAMIDES.<br><br> + + +Les tombes royales ont la forme de pyramides à +base rectangulaire et sont l'équivalent, en pierre ou en +brique, du tumulus en terre meuble qu'on amoncelait +sur le corps des chefs de guerre, aux époques antéhistoriques. +Les mêmes idées prévalaient sur les âmes des +rois qui avaient cours sur celles des particuliers. Le +plan de la pyramide comporte donc les trois parties de +celui des mastabas: la chapelle, les couloirs, les chambres +funéraires.<br> + +<img src="images/fig131.png" alt="" style="width: 700px; height: 553px;"><br> + +La chapelle est toujours isolée. A Saqqarah, on +n'en a découvert aucune trace. Elle était probablement, comme plus tard à Thèbes, située dans le faubourg de la +ville le plus proche de la montagne. A Gizèh, à Abousîr, +à Dahshour, les débris en sont encore visibles sur le front +de la façade orientale ou septentrionale. C'était alors un +véritable temple avec chambres, cours et passages. Les +fragments de bas-reliefs qui sont parvenus jusqu'à nous +montrent les scènes du sacrifice et prouvent que la décoration +était identique à celle des salles publiques du +mastaba. La pyramide proprement dite ne renferme que +les couloirs et le caveau funèbre. La plus ancienne dont +les textes nous certifient l'existence, au nord d'Abydos, +est celle de Snofrou; les plus modernes appartiennent +aux princes de la XIIe dynastie. La construction de ces +monuments a donc été, pendant treize ou quatorze siècles, +une opération courante, prévue par l'administration. +Le granit, l'albâtre, le basalte destinés au sarcophage +et à certains détails, étaient les seuls matériaux +dont l'emploi et la quantité ne fussent pas réglés à +l'avance et qu'il fallût aller chercher au loin. Pour se +les procurer, chaque roi envoyait un des principaux +personnages de la cour en mission aux carrières de la +haute Égypte, et la célérité avec laquelle on rapportait +les blocs était un titre puissant à la faveur du souverain. +Le reste n'exigeait pas tant de frais. Si le gros +oeuvre était en brique, on moulait la brique sur place, +avec la terre prise dans la plaine au pied de la colline. +S'il était en pierre, les parties du plateau les plus voisines +fournissaient le calcaire marneux à profusion. On +réservait d'ordinaire à la construction des chambres et +au revêtement le calcaire de Tourah, qu'on n'avait +même pas la peine de faire venir spécialement de l'autre côté du Nil. Memphis avait des entrepôts toujours +pleins, où l'on puisait sans cesse pour les édifices publics, +et par conséquent pour la tombe royale. Les +blocs, pris dans ces réserves et apportés en barque jusque +sous la montagne, montaient à l'emplacement choisi par +l'architecte, le long de chaussées inclinées doucement. +La disposition intérieure, la longueur des couloirs, la +hauteur sont très variables; la pyramide de Khéops +culminait à 145 mètres environ au-dessus du sol, la plus +petite n'atteignait pas 10 mètres. Comme il est malaisé +de concevoir aujourd'hui quels motifs ont déterminé +les Pharaons à choisir des proportions aussi différentes, +on a pensé que la masse bâtie était en proportion directe +du temps consacré à la bâtir, c'est-à-dire de la durée +de chaque règne. Dès qu'un prince montait sur le +trône, on aurait commencé par lui ériger à la hâte une +pyramide assez vaste pour contenir les parties essentielles +du tombeau; puis, d'année en année, on aurait +ajouté des couches nouvelles autour du noyau primitif, +jusqu'au moment où la mort arrêtait à jamais la croissance +du monument. Les faits ne justifient pas cette hypothèse. +La moindre des pyramides de Saqqarah appartient +à Ounas, qui régna trente ans; mais les deux imposantes +pyramides de Gizèh ont été édifiées par Khéops +et par Khéphrên, qui gouvernèrent l'Égypte l'un vingt-quatre, +l'autre vingt-trois ans. Mirinrì, qui mourut fort +jeune, a une pyramide aussi grande que Pepi II, qui +prolongea sa vie au delà de quatre-vingt-dix ans. Le +plan de chaque pyramide était tracé une fois pour toutes +par l'architecte, selon les instructions qu'il avait reçues +et les ressources qu'on plaçait à sa disposition. Une fois mis en train, l'exécution s'en poursuivait jusqu'à complet +achèvement des travaux, sans se développer ni se restreindre.<br><br> + +Les pyramides devaient avoir les faces aux quatre +points cardinaux, comme les mastabas; mais, soit maladresse, +soit négligence, la plupart ne sont pas orientées +exactement, et plusieurs s'écartent sensiblement du +nord vrai. Sans parler des ruines d'Abou-Roâsh et de +Zaouiét-el-Aryân, qui n'ont pas encore été étudiées +d'assez près, elles se partagent naturellement en six +groupes, distribués du nord au sud sur la lisière du +plateau de Libye, de Gizèh au Fayoum, par Abousîr, +Saqqarah, Dahshour et Lisht. Le groupe de Gizèh en +compte neuf, et, dans le nombre, celles de Khéops, de +Khéphrên et de Mykérinos, que l'antiquité classait +parmi les merveilles du monde. Le terrain sur lequel +le Khéops repose était assez irrégulier, au moment de +la construction. Un petit tertre qui le dominait fut +taillé rudement (Fig.132) et englobé dans la maçonnerie, +le reste fut aplani et garni de grosses dalles dont +quelques-unes subsistent encore. La pyramide même +avait une hauteur de cent quarante-cinq mètres et +une base de deux cent trente-trois, que l'injure du +temps a réduites respectivement à cent trente-sept et +deux cent vingt-sept. Elle garda, jusqu'à la conquête +arabe, un parement en pierres de couleurs diverses, si +habilement assemblées qu'on aurait dit un seul bloc du +pied au sommet. Le travail de revêtement avait commencé +par le haut: la pointe avait été placée la première, +puis les assises s'étaient recouvertes de proche en proche +jusqu'à ce qu'on eût gagné le + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +bas. A l'intérieur, tout avait été calculé de manière à cacher le site exact du sarcophage +et à décourager les fouilleurs que le hasard ou +leur persévérance auraient mis sur la bonne voie. Le +premier point était, pour eux, de découvrir l'entrée sous +le revêtement qui le masquait. Elle était à peu près au +milieu de la face nord (Fig.132), mais au niveau de la dix-huitième +assise, à quarante-cinq +pieds environ +au-dessus du sol. +Les dalles qui l'obstruaient +une fois déplacées, +on pénétrait +dans un couloir incliné, +haut de 1 m 06, +large de 1 m 22, pratiqué +en partie dans la roche vive.<br> + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 55%;"> +<img src="images/fig132.png" alt="" style="width: 400px; height: 297px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + Il descend l'espace de +quatre-vingt-dix-sept mètres, traverse une chambre inachevée +(C) et se termine dix-huit mètres plus loin en cul-de-sac. +C'était un premier désappointement. Si pourtant +on ne se laissait pas rebuter, et qu'on examinât le passage +avec soin, on distinguait dans le plafond, à dix-neuf +mètres de la porte, un bloc de granit qui tranchait sur le +calcaire environnant (D). Il était si dur que les chercheurs, +après avoir travaillé vainement à le briser ou à le +déchausser, prirent le parti de se frayer un chemin à +travers les parties de la maçonnerie construites en une +pierre plus tendre. L'obstacle tourné, ils débouchèrent +dans un couloir ascendant, qui se raccorde au premier +sous un angle de 120 degrés et se divise en deux branches (E). +L'une s'enfonce horizontalement vers le centre de la pyramide et se perd dans une chambre en granit à toit pointu, qu'on appelle, sans raison valable, <i>Chambre +de la Reine</i> (F). L'autre, tout en continuant à monter, +change de forme et d'aspect. C'est maintenant une galerie +longue de 45 mètres, haute de 8 m 50, bâtie en belle +pierre du Mokatam, si polie et si finement appareillée +qu'on a peine à glisser entre les joints «une aiguille +ou même un cheveu». Les assises les plus basses +portent d'aplomb l'une sur l'autre, les sept suivantes +s'avancent en encorbellement, de manière que les dernières +ne soient plus séparées au plafond que par un +intervalle de 0 m 60. Un obstacle nouveau se dressait +à l'extrémité (G). Le couloir qui mène à la chambre +du sarcophage était clos d'une seule plaque de granit; +venait ensuite un petit vestibule (H), coupé à espaces +égaux par quatre herses, également en granit, qu'il fallait +briser. Le caveau royal (I) est une chambre en granit, +à toit plat, haute de 5 m 81, longue de 10 m 43, large +de 5 m 20; on n'y voit ni figure ni inscription, rien +qu'un sarcophage en granit mutilé et sans couvercle. +Telles étaient les précautions prises contre les hommes: +l'événement a prouvé qu'elles étaient efficaces, car la +pyramide garda son dépôt plus de quatre mille ans. +Mais le poids même des matériaux était un danger plus +sérieux pour elle. On empêcha le caveau d'être écrasé +par les cent mètres de pierre qui le protégeaient, en +ménageant au-dessus de lui cinq pièces de décharge, +basses et superposées (J). La dernière est abritée par un +toit pointu, formé de deux énormes dalles appuyées +par le haut l'une à l'autre. Grâce à cet artifice, la pression +centrale fut rejetée presque entière sur les faces +latérales, et le caveau fut respecté. Aucune des pierres qui le revêtent n'a été écrasée, aucune n'a cédé d'une +ligne depuis le jour où les ouvriers l'ont scellée en sa +place.<br><br> +Les pyramides de Khéphrên et de Mykérinos ont été +bâties à l'intérieur sur un plan différent de celle de +Khéops. Khéphrên a deux issues, toutes deux tournées +vers le nord, l'une sur l'esplanade, l'autre à 15 mètres +au-dessus du sol. Mykérinos possède encore les débris +de son revêtement de granit rose. Le couloir d'entrée +descend à un angle de 26°,2' et pénètre rapidement +dans le roc. La première salle qu'il traverse est décorée +de panneaux sculptés dans la pierre et fermée à la sortie +par trois herses en granit. La seconde pièce paraissait +être inachevée, mais ce n'était là qu'une ruse destinée +à tromper les fouilleurs: un couloir ménagé dans +le sol et soigneusement dissimulé donnait accès au caveau. +Là reposait la momie dans un sarcophage de basalte +sculpté, encore intact au commencement du siècle: +enlevé par Vyse, il a sombré sur la côte d'Espagne +avec le navire qui le transportait en Angleterre. La +même variété de disposition prévaut dans le groupe +d'Abousîr et dans une partie de celui de Saqqarah. La +grande pyramide de Saqqarah n'est pas orientée exactement: +la face nord s'écarte de 4°,35 du nord vrai. +Elle n'a point pour base un carré parfait, mais un rectangle +allongé de l'est à l'ouest, de 120 m 60 sur 107 m 30 +de côté. Elle est haute de 59 m 68 et se compose de six +cubes à pans inclinés, en retraite l'un sur l'autre de +2 mètres environ: le plus rapproché du sol a 11 m 48 +d'élévation, le plus éloigné 8 m 89 (Fig.133). Elle est construite + + +<img src="images/fig133.png" alt="" style="width: 700px; height: 317px;"><br> + +entièrement avec le calcaire de la montagne environnante. Les matériaux sont petits et mal taillés, les +lits d'assise concaves, selon la méthode qu'on appliquait +également à la construction des quais et des forteresses. +Quand on explore les brèches de la maçonnerie, +on reconnaît que la face externe de chaque gradin +est comme habillée de deux enveloppes, dont chacune +a son parement régulier. La masse est pleine, les +chambres sont creusées dans le roc au-dessous de la +pyramide. La principale des quatre entrées donne au +nord, et les couloirs forment un véritable dédale au milieu +duquel il est périlleux de s'aventurer: portique à +colonnes, galeries, chambres, tout aboutit à une sorte +de puits, au fond duquel était pratiquée une cachette, +destinée sans doute à contenir les objets les plus précieux +du mobilier funéraire. Les pyramides qui entourent +ce monument extraordinaire ont été presque toutes +édifiées sur un modèle unique (Fig.134) et ne se distinguent +que par les proportions. La porte s'ouvre juste +au-dessous de la première assise, vers le milieu de la + + +<img src="images/fig134.png" alt="" style="width: 700px; height: 340px;"><br> +face septentrionale, et le couloir (B) descend, par une pente assez douce, entre des murs en calcaire. Il est +bouché sur toute son étendue de gros blocs qu'on doit +briser avant de parvenir à la salle d'attente (C). Au sortir +de cette salle, il marche +quelque temps encore dans le +calcaire, puis il passe entre quatre +murs de granit de Syène poli, après +quoi le calcaire reparaît, et on débouche dans le vestibule +(E). La partie bâtie en granit est interrompue +trois fois, à 60 ou 80 centimètres + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 43%;"> +<img src="images/fig135.png" alt="" style="width: 300px; height: 335px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 57%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +d'intervalle, par +trois énormes herses de +granit (D). Au-dessus de +chacune d'elles se trouve +un vide, dans lequel elle +était maintenue par des +supports qui laissaient le +passage libre (Fig.135). La +momie une fois introduite, +les ouvriers en se retirant +enlevaient les étais, et les trois herses, tombant en +place, interceptaient toute communication avec le dehors. +Le vestibule était flanqué, à l'est, d'un serdab à +toit plat, divisé en trois niches et encombré d'éclats de +pierre, balayés à la hâte par les esclaves, au moment où l'on nettoyait les chambres pour y recevoir la momie. +La pyramide d'Ounas les a conservées toutes trois. +Dans Teti et dans Mirinrì, les murs de séparation ont +été fort proprement enlevés, dès l'antiquité, et n'ont +laissé d'autre trace qu'une ligne d'attache et une teinte +plus blanche de la paroi, aux endroits qu'ils recouvraient +primitivement. Le + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +caveau (G) s'étendait à l'ouest du +vestibule: le sarcophage y était déposé +le long de la muraille occidentale, Les pyramides de Gizéh appartenaient à des Pharaons +de la IVe dynastie, et celles d'Abousîr à des Pharaons +de la Ve. Les cinq pyramides de Saqqarah, dont le +plan est uniforme, appartiennent à Ounas et aux quatre +premiers rois de la VIe dynastie, Teti, Pepi Ier, Mirinrì, +Pepi II, + +<img src="images/fig136.png" alt="" style="width: 700px; height: 309px;"><br> + +et sont contemporaines des mastabas à caveaux peints que j'ai signalés plus haut. On ne s'étonnera +donc point d'y rencontrer des inscriptions et des ornements. +Partout, les plafonds sont chargés d'étoiles +pour figurer le ciel de la nuit. Le reste de la décoration +est fort simple. Dans la pyramide d'Ounas, où elle +joue le plus grand rôle, elle n'occupe que le fond de la +chambre funéraire; la partie voisine du sarcophage +avait été revêtue d'albâtre et ornée à la pointe des +grandes portes monumentales, par lesquelles le mort +était censé entrer dans ses magasins de provisions. Les +figures d'hommes et d'animaux, les scènes de la vie +courante, le détail du sacrifice n'y sont point représentés +et n'auraient pas d'ailleurs été à leur place en +cet endroit. On les retraçait dans les lieux où le double +menait sa vie publique, et où les visiteurs exécutaient +réellement les rites de l'offrande; les couloirs et le caveau +où l'âme était seule à circuler ne pouvaient recevoir +d'autre ornementation que celle qui a rapport à la vie +de l'âme. Les textes sont de deux sortes. Les moins +nombreux ont trait à la nourriture du double et sont +la transcription littérale des formules par lesquelles le +prêtre lui assurait la transmission de chaque objet au +delà de ce monde: c'était pour lui une ressource suprême, +au cas où les sacrifices réels auraient été suspendus, +et où les tableaux magiques de la chapelle auraient +été détruits. La plus grande partie des inscriptions +se rapportaient à l'âme et la préservaient des +dangers qu'elle courait au ciel et sur la terre. Elles lui +révélaient les incantations souveraines contre la morsure +des serpents et des animaux venimeux, les mots +de passe qui lui + +<img src="images/fig137.png" alt="" style="width: 700px; height: 304px;"><br> + +permettaient de s'introduire dans la compagnie des dieux bons, les exorcismes qui annulaient +l'influence des dieux mauvais. De même que la +destinée du double était de continuer à mener l'ombre +de la vie terrestre et s'accomplissait dans la chapelle, +la destinée de l'âme était de suivre le soleil à travers le +ciel et dépendait des instructions qu'elle lisait sur les +murailles du caveau. C'était par leur vertu que l'absorption +du mort en Osiris devenait complète et qu'il +jouissait désormais de toutes les immunités naturelles à +la condition divine. Là-haut, dans la chapelle, il était +homme et se comportait à la façon des hommes; ici, il +était dieu et se comportait à la façon d'un dieu. L'énorme massif rectangulaire que les Arabes appellent +Mastabat-el-Faraoun, le siège de Pharaon (Fig.137), +se dresse à côté de Pepi II. On a voulu y voir, tantôt +une pyramide inachevée, tantôt une tombe surmontée +d'un obélisque; c'est un mastaba royal dont l'intérieur +présente l'ordonnance d'une pyramide. Mariette croyait +qu'Ounas y était enterré, mais les fouilles de ces temps +derniers ont rendu cette attribution impossible. En revanche, +elles semblent montrer que la pyramide méridionale + +<img src="images/fig138.png" alt="" style="width: 700px; height: 396px;"><br> + +de Dahshour appartient à Snofrou. Si le fait est confirmé par des recherches postérieures, il y a des +chances pour que le groupe entier soit le plus ancien +de tous et remonte à la IIIe dynastie. Il fournit une variante +curieuse du type ordinaire. L'une des pyramides +en pierre a la moitié inférieure inclinée de 54º,41' sur +l'horizon, tandis qu'à partir de mi-hauteur l'inclinaison +change brusquement et est de 42º,59'; on dirait un +mastaba couronné d'une mansarde gigantesque. A Lisht, +on quitte l'ancien empire pour les dynasties thébaines, +et la structure se modifie encore: le couloir en pente +aboutit à un puits perpendiculaire, au fond duquel débouchaient +des chambres envahies aujourd'hui par les +infiltrations du Nil. Le groupe du Fayoum est tout +entier de la XIIe dynastie, mais les pyramides de Biahmou +sont presque entièrement détruites; celle d'Illahoun +n'a jamais été explorée, et celle de Méïdoum, +violée avant le siècle des Ramessides, est vide. Elle +consiste en trois tours carrées, à pans légèrement inclinés +et qui s'étagent en retraite l'une sur l'autre (Fig.138). +L'entrée est au nord, à seize mètres environ au-dessus du sable. Au delà de vingt mètres, le couloir descend +dans le roc; à cinquante-trois, il se redresse, s'arrête +douze mètres plus loin, remonte perpendiculairement +vers la surface, et affleure dans le sol du caveau, six mètres +et demi plus haut (Fig.139). Un appareil de +poutres et de cordes, encore en place au-dessus de l'orifice, +montre que les voleurs ont tiré le + +<img src="images/fig139.png" alt="" style="width: 700px; height: 242px;"><br> + +sarcophage hors de la chambre, dès l'antiquité. L'usage +des pyramides ne cessa pas avec la XIIe dynastie: +on en connaît à Manfalout, à Hékalli, au sud +d'Abydos, à Mohammériah, au sud d'Esnéh. Jusqu'à +l'époque romaine, les souverains à demi barbares de +l'Éthiopie tinrent à honneur de donner à leurs tombes +la forme pyramidale. Les plus anciennes, celle de Nouri, +où dorment les Pharaons de Napata, rappellent par +la facture les pyramides de Saqqarah; les plus modernes, +celles de Méraouy, présentent des caractères +nouveaux. Elles sont plus hautes que larges, de petit +appareil et garnies parfois aux angles de bordures +carrées ou arrondies. La face orientale est munie d'une +fausse lucarne, surmontée d'une corniche et flanquée +d'une chapelle que précède un pylône. Toutes ne sont pas +muettes: comme sur les murs des tombeaux ordinaires, +on y a retracé des scènes empruntées au Rituel des Funérailles +ou aux vicissitudes de la vie d'outre-tombe.<br><br><br> + +3.--LES TOMBES DE L'EMPIRE THÉBAIN; LES HYPOGÉES. +<br><br> +Les derniers mastabas connus appartiennent à la XIIe +dynastie, encore sont-ils concentrés dans la plaine +sablonneuse de Méïdoum et n'ont-ils jamais été achevés. +Deux systèmes les remplacèrent par + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +toute l'Égypte. Le premier conserve la chapelle +construite au-dessus +du sol et combine +la pyramide avec le +mastaba. Le second +creuse le tombeau entier +dans le roc, la chapelle +comme le reste.<br><br> +Le quartier de la nécropole +d'Abydos, où +furent enterrées les générations +du vieil empire +thébain, nous offre +les exemples les plus anciens +du premier système. Les tombes sont en grosses +briques crues, noires, sans mélange de paille ni de gravier. +L'étage inférieur est un mastaba à base carrée +ou rectangulaire, dont le plus long côté atteint quelquefois +douze ou quinze mètres; les murs sont perpendiculaires +et rarement assez élevés pour qu'un homme +puisse se tenir debout à l'intérieur. Sur cette façon de +socle se dresse une pyramide pointue, dont la hauteur +varie entre quatre et dix mètres, et dont les faces étaient revêtues d'une couche de pisé unie, peinte en blanc. +La mauvaise qualité du sol a empêché qu'on y creusât +la salle funéraire; on s'est donc + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig140.png" alt="" style="width: 350px; height: 455px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + résigné à la cacher +dans la maçonnerie. Une sorte de chambre ou plutôt de +four, voûté en encorbellement, a été ménagé au centre +et abrite souvent la momie (Fig.140); plus souvent encore, +le caveau a été pratiqué moitié dans le mastaba, +moitié dans les fondations, et le vide supérieur n'est +là que pour servir de dégagement (Fig.141). Dans +bien des cas, il n'y avait aucune chapelle + +<img src="images/fig141.png" alt="" style="width: 700px; height: 563px;"><br> +extérieure; la +stèle, posée sur le soubassement ou encadrée extérieurement sur la face, marque l'endroit du sacrifice. Ailleurs, +on a construit en avancée un vestibule carré où +les parents s'assemblaient (Fig.142). Assez rarement un +mur d'enceinte construit à hauteur d'appui enveloppe + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig142.png" alt="" style="width: 200px; height: 337px;"> +<img src="images/fig143.png" alt="" style="width: 200px; height: 221px;"> +<img src="images/fig144.png" alt="" style="width: 200px; height: 500px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +le monument et délimite le terrain qui lui appartenait. +Cette forme mixte demeura fort en usage dans les cimetières +de Thèbes, à partir des premières années du +moyen empire. Plusieurs rois de +la XIe dynastie et les grands personnages +de leur cour se firent +édifier à Drah aboûl Neggah des +tombes semblables à celles +d'Abydos (Fig.143). Pendant les +siècles suivants, les proportions +relatives du mastaba et de la pyramide +se modifièrent; le mastaba, +qui n'était souvent qu'un +soubassement insignifiant, reprit +peu à peu sa hauteur primitive, +tandis que la pyramide +s'abaissa et finit par n'être plus qu'un pyramidion sans +importance (Fig.144). Tous ceux de ces tombeaux qui +ornaient les nécropoles thébaines +à l'époque des Ramessides ont +péri, mais les peintures contemporaines +nous en font connaître +les nombreuses variétés, et la chapelle +d'un des Apis morts sous +Amenhotpou III est encore là +pour prouver que la mode s'en +était étendue à Memphis. Du pyramidion, quelques +traces subsistent à peine; mais le mastaba est intact. +C'est un massif en calcaire, carré, monté sur +un soubassement, étayé de quatre colonnes aux angles +et bordé d'une corniche évasée; un escalier de cinq marches mène à la chambre intérieure (Fig.145). Les modèles les plus anciens du second genre, ceux +qu'on voit à Gizèh parmi les mastabas de la IVe dynastie, +ne sont ni grands ni très ornés. On +commença à en soigner l'exécution vers +la VIe dynastie, et dans les localités lointaines, +à Bershéh, à Shéikh-Sâid, à Kasr-es-Sayad, +à Neggadéh. L'hypogée n'atteignit +son plein développement qu'un +peu plus tard, pendant les siècles qui séparent +les derniers rois memphites des +premiers rois thébains.<br><br> + +Les parties diverses du mastaba s'y +retrouvent. L'architecte choisissait de préférence +des veines de calcaire bien en +vue, sises assez haut dans la montagne pour ne pas être +menacées par l'exhaussement progressif du sol, assez +bas pour que le cortège funèbre +pût y monter aisément, +et y creusait les +tombes. Les plus belles appartiennent +aux principales +familles féodales qui +se partageaient l'Égypte: +les princes de Minièh reposent +à Béni-Hassan, +ceux de Khmounou à +Bershèh, ceux de Siout et d'Éléphantine à Siout même +et en face d'Assouân. Tantôt, comme à Siout, à Bershèh, +à Thèbes, elles sont dispersées aux divers étages de +la montagne; tantôt, comme à Syène (Fig.146) et à Béni-Hassan, elles suivent les ondulations du filon et sont +rangées sur une ligne à peu près droite. Un escalier, +construit sommairement en pierres à moitié brutes, +menait de la plaine à l'entrée du tombeau: il est détruit +ou enseveli sous les sables à Béni-Hassan et à +Thèbes, mais les fouilles récentes ont mis au jour celui d'une des tombes d'Assouân. Le cortège funèbre, après +l'avoir escaladé lentement, s'arrêtait un moment à l'entrée +de la chapelle. Le plan n'était pas nécessairement +uniforme dans un +même groupe. Plusieurs +des tombeaux +de Béni-Hassan +ont un portique +dont toutes les parties, +piliers, bases, +entablement, ont +été prises dans la +roche; pour Amoni +et pour Khnoumhotpou +(Fig.147), +il se compose de +deux colonnes polygonales. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +A Syène +(Fig.148), la baie +étroite qui s'ouvre +dans la muraille de +rocher est coupée, +vers le tiers de sa +hauteur, par un linteau rectangulaire qui réserve une +porte dans la porte même. A Siout, l'hypogée d'Hapizoufi +était précédé d'un véritable porche d'environ 7 mètres +de haut, arrondi en voûte, peint et sculpté avec amour. +Le plus souvent on se contentait d'aplanir et de dresser +un pan de montagne sur un espace plus ou moins +considérable, selon les dimensions qu'on prétendait +donner au tombeau. Cette opération avait le double avantage de créer sur le devant une petite plate-forme +fermée de trois côtés, et de développer en façade une +surface à peu près verticale, qu'on décorait, ou non, à la +fantaisie + + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig145.png" alt="" style="width: 350px; height: 315px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +du maître. La porte pratiquée au milieu, quelquefois +n'avait point de +cadre, quelquefois +était encadrée de +deux montants et +d'un linteau légèrement +saillants. Les +inscriptions, quand +elle en avait, + +<img src="images/fig146.png" alt="" style="width: 700px; height: 312px;"> + +étaient +fort simples. Dans +le haut, une ou +plusieurs lignes horizontales. A droite +et à gauche, une ou +deux lignes verticales, +accompagnées +d'une figure humaine +assise ou debout: +c'était, avec une +prière, le nom, les +titres et la filiation du défunt. La chapelle n'a, en général, +qu'une seule chambre carrée ou oblongue, au +plafond plat ou légèrement voûté, sans autre jour que +de la porte. Quelquefois des piliers, taillés en pleine +pierre au moment de l'excavation, lui donnent l'aspect +d'une + +<img src="images/fig147.png" alt="" style="width: 700px; height: 533px;"> + petite salle hypostyle. Amoni et Khnoumhotpou, à Béni-Hassan, avaient chacun quatre de ces piliers +(Fig.149); d'autres en ont six ou huit et sont +d'ordonnance irrégulière. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;"> +<img src="images/fig148.png" alt="" style="width: 400px; height: 666px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<BR>L'hypogée n° 7 était d'abord +une simple salle à plafond arrondi, de six colonnes sur +trois rangs. Plus tard, il fut agrandi vers la droite, +et la partie nouvelle forma une sorte de portique à +plafond plat supporté par +quatre colonnes (Fig.150). Ménager un serdab dans +la roche vive était presque +impossible, et, d'autre part, +c'était exposer les statues +mobiles au vol ou à la mutilation +que les laisser dans +une pièce accessible à tout +venant. Le serdab fut transformé +et se combina avec la +stèle des mastabas antiques. +La fausse porte d'autrefois +devint une niche pratiquée +dans la muraille du fond, presque toujours en face de +la porte réelle. Les statues du mort et de sa femme y +trônent, sculptées dans la pierre vive. Les parois sont +ornées des scènes de l'offrande, et la décoration entière +de l'hypogée converge vers elle, comme celle du +mastaba convergeait vers la stèle. C'est toujours, dans +l'ensemble, la même série de tableaux, mais avec des +additions notables. La marche du cortège funéraire, +la prise de possession du tombeau par le double, qui +sont à peine indiquées autrefois, s'étalent avec ostentation +sur les murs de l'hypogée thébain. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Le convoi se déroule avec ses pleureuses, ses troupes d'amis, +ses porteurs d'offrandes, ses barques, son catafalque +traîné par des boeufs. Il arrive à la porte; la momie, +dressée sur ses pieds, reçoit l'adieu de la famille et subit +les dernières cérémonies qui doivent l'initier à la +vie d'au delà (Fig.151). Le sacrifice et les préliminaires +qu'il évoque, le labourage, les semailles, la moisson, +l'élève des bestiaux, les métiers manuels, sont +sculptés ou peints, comme jadis, à profusion de couleurs. +Sans doute, bien des détails y figurent qu'on +ne rencontre pas sous les premières dynasties, ou sont +absents qui ne manquent jamais dans le voisinage des +pyramides; les siècles avaient marché, et vingt siècles changent beaucoup aux usages de la vie journalière, +même dans l'indestructible Égypte. On y chercherait +presque en vain les troupeaux de gazelles privées, car, +sous les Ramsès, on n'entretenait plus ces animaux +que par exception à l'état domestique. En revanche, le +cheval avait envahi la vallée du Nil, et piaffe sur les +murs, à l'endroit où paissaient les gazelles. Les métiers +sont plus nombreux et plus compliqués, les outils plus +perfectionnés, les actions du mort plus variées et plus +personnelles. L'idée d'une rétribution future n'existait +pas, ou existait peu, au temps où l'on avait réglé la décoration +des tombeaux. Ce que l'homme avait fait ici-bas +n'avait aucune influence sur le sort qui l'attendait +dans la mort; bon ou mauvais, du moment que les rites +avaient été célébrés sur lui et + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig149.png" alt="" style="width: 350px; height: 637px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig150.png" alt="" style="width: 300px; height: 451px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +les prières récitées, il +était riche et heureux. C'en était donc assez pour établir +son identité d'énoncer son nom, ses titres, sa filiation; +on n'avait que faire de décrire son passé par le +menu. Mais, quand la croyance à des récompenses +ou à des châtiments prédomina dans les esprits, on +s'avisa qu'il était utile de garantir à chacun le mérite de +ses actions particulières, et l'on joignit à l'espèce +d'extrait de l'état civil, qui avait suffi jusqu'alors, des +renseignements biographiques précis. Quelques mots +d'abord, puis, vers la VIe dynastie, de vraies pages +d'histoire où un ministre, Ouni, raconte les services qu'il +a rendus sous quatre rois; puis, vers le commencement +du nouvel empire, des dessins et des tableaux, qui +conspirent avec l'écriture à immortaliser les faits et +gestes du maître. Khnoumhotpou de Béni-Hassan +expose en détail les origines et la grandeur de ses ancêtres.<br><br> + +Khiti étale sur ses murailles les péripéties +de la vie militaire: exercices des soldats, danses de +guerre, sièges de forteresses, batailles sanglantes. La +XVIIIe dynastie continue, en cela comme en tout, la tradition des âges précédents. Aï retrace, dans son bel hypogée +de + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Tell-el-Amarna, les épisodes de son mariage +avec la fille de Khouniaton. Nofirhotpou de Thèbes +avait reçu d'Harmhabi la décoration du Collier d'or;il +reproduit avec complaisance les moindres circonstances +de l'investiture, le discours du roi, l'année, le jour où +lui fut conférée la récompense suprême. Tel autre, qui +avait travaillé au cadastre, se montre accompagné d'arpenteurs +traînant la chaîne et préside à l'enregistrement +de la population humaine, comme Ti présidait jadis au +dénombrement de ses boeufs. La stèle elle-même participe +au caractère nouveau que revêt la décoration murale. +Elle proclame, outre les prières ordinaires, le panégyrique +du mort, le résumé de sa vie, trop rarement +son <i>cursus honorum</i> avec dates à l'appui.<br><br> + +<img src="images/fig151.png" alt="" style="width: 700px; height: 567px;"> + +Quand l'espace le permettait, le caveau tombait directement +sous la chapelle. Le puits, tantôt était pratiqué +au coin d'une des chambres, tantôt s'amorçait au +dehors en avant de la porte. Dans les grandes nécropoles, +à Thèbes par exemple ou à Memphis, la superposition +des trois parties n'était pas toujours possible; +à vouloir donner au puits la profondeur normale, on +risquait d'effondrer les tombeaux situés à l'étage inférieur +de la montagne. On remédia à ce danger, soit en +poussant fort loin un couloir, à l'extrémité duquel on +forait le puits, soit en disposant, sur un même plan horizontal +ou modérément incliné, les pièces que le mastaba plaçait sur un même plan vertical. Le couloir est +alors percé au milieu de la paroi du fond; la longueur +moyenne en varie entre 6 et 40 mètres. Le caveau est +presque toujours petit et sans ornement, ainsi que le +couloir. L'âme, sous les dynasties thébaines, se passait +aussi bien de décoration que sous les dynasties memphites; +mais quand on se décidait à garnir les murailles, +les figures et les inscriptions avaient trait à sa vie et fort +peu à la vie du double. Au tombeau de Harhotpou, qui +est du temps des Ousirtasen, et dans les hypogées du +même genre, les murs, celui de la porte excepté, sont +partagés en deux registres. Le supérieur appartient au +double et porte, avec la table d'offrandes, l'image des +mêmes objets de ménage qu'on voit dans certains mastabas +de la VIe dynastie: étoffes, bijoux, armes, parfums, +dont Harhotpou avait besoin pour assurer à ses membres +une éternelle jeunesse. L'inférieur était au double +et à l'âme, et on lit les fragments de plusieurs livres +liturgiques, <i>Livre des morts, Rituel de l'embaumement, +Rituel des funérailles</i>, dont les vertus magiques protégeaient +l'âme et soutenaient le double. Le sarcophage +en pierre et le cercueil lui-même sont noirs d'écriture. +De même que la stèle était comme le sommaire de la +chapelle entière, le sarcophage et le cercueil étaient le +sommaire du caveau et formaient comme une chambre +sépulcrale dans la chambre sépulcrale. Textes, tableaux, +tout ce qu'on y voit a trait à la vie de l'âme et à sa +sécurité dans l'autre monde.<br><br> + +A Thèbes comme à Memphis, ce sont les tombes des +rois qu'il convient de consulter, si l'on veut juger du +degré de perfection auquel pouvait atteindre la décoration des couloirs et du caveau. Des plus anciennes, qui +étaient situées dans la plaine ou sur le versant méridional +de la montagne, rien ne subsiste aujourd'hui. +Les momies d'Amenhotpou Ier et de Thoutmos III, de +Soqnounrî et d'Harhotpou ont survécu à l'enveloppe de +pierre qui était censée les défendre. Mais, vers le milieu +de la XVIIIe dynastie, toutes les bonnes places +étaient prises, et l'on dut chercher ailleurs un terrain +libre où établir un nouveau cimetière royal. On alla +d'abord assez loin, au fond de la vallée qui débouche +vers Drah abou'l Neggah; Amenhotpou III, Aï, d'autres +peut-être, y furent enterrés; puis on songea à se +rapprocher de la ville des vivants. Derrière la colline +qui borne au nord la plaine thébaine, se creusait jadis +une sorte de bassin, fermé de tous les côtés, et sans +autre communication avec le reste du monde que des +sentiers périlleux. Il se divise en deux branches, croisées +presque en équerre: l'une regarde le sud-est, +tandis que l'autre s'allonge vers le sud-ouest et se divise +en rameaux secondaires. A l'est, une montagne se +dresse, dont la croupe rappelle, avec des proportions +gigantesques, le profil de la pyramide à degrés de Saqqarah. +Les ingénieurs remarquèrent que ce vallon +était séparé du ravin d'Amenhotpou III par un simple +seuil d'environ 500 coudées d'épaisseur. Ce n'était +pas de quoi effrayer des mineurs aussi exercés que +l'étaient les Égyptiens. Ils taillèrent dans la roche vive +une tranchée, profonde de 50 à 60 coudées, au bout +de laquelle un passage étranglé, semblable à une porte, +donne accès dans le vallon. Est-ce sous Harmhabi, +est-ce sous Ramsès Ier que fut entrepris ce travail gigantesque? Ramsès Ier est le plus ancien roi dont on +ait retrouvé la tombe en cet endroit. Son fils Séti Ier, +puis son petit-fils Ramsès II vinrent s'y loger à ses +côtés, puis les Ramsès l'un après l'autre; Hrihor fut +peut-être le dernier et ferma la série. Ces tombeaux +réunis ont valu à la vallée le nom de Vallée des Rois, +qu'elle a gardé jusqu'à nos jours.<br><br> + +Le tombeau n'est pas là tout entier. La chapelle est +au loin dans la plaine, à Gournah, au Ramesséum, à +Médinét-Habou, et nous l'avons déjà décrite. Comme +la pyramide memphite, la montagne thébaine ne renferme +que les couloirs et le caveau. Pendant le jour, +l'âme pure ne courait aucun danger sérieux; mais le +soir, au moment où les eaux éternelles, qui roulent sur +la voûte des cieux, tombaient vers l'Occident en larges +cascades et s'engouffraient dans les entrailles de la +terre, elle pénétrait, avec la barque du soleil et son cortège +de dieux lumineux, dans un monde semé d'embûches +et de périls. Douze heures durant, l'escadre divine +parcourait de longs corridors sombres, où des +génies, les uns hostiles, les autres bienveillants, tantôt +s'efforçaient de l'arrêter, tantôt l'aidaient à surmonter +les difficultés du voyage. D'espace en espace, une porte, +défendue par un serpent gigantesque, s'ouvrait devant +elle et lui livrait l'accès d'une salle immense, remplie +de flamme et de fumée, de monstres aux figures hideuses +et de bourreaux qui torturaient les damnés; +puis les couloirs recommençaient étroits et obscurs, et +la course à l'aveugle au sein des ténèbres, et les luttes +contre les génies malfaisants, et l'accueil joyeux des +dieux propices. A partir du milieu de + +<img src="images/fig152.png" alt="" style="width: 700px; height: 199px;"><br> + la nuit, on remontait vers la surface de la terre.Au matin, le soleil +avait atteint l'extrême limite de la contrée ténébreuse +et sortait à l'orient pour éclairer un nouveau jour. Les +tombeaux des rois étaient construits sur le modèle du +monde infernal. Ils avaient leurs couloirs, leurs portes, +leurs salles voûtées, qui pénétraient profondément au +sein de la montagne. La distribution dans la vallée n'en +était déterminée par aucune considération de dynastie +ou de succession au trône. Chaque + +<img src="images/fig153.png" alt="" style="width: 700px; height: 177px;"><br> + +souverain attaquait +le rocher à l'endroit où il espérait rencontrer une veine +de pierre convenable, et avec si peu de souci des prédécesseurs, +que les ouvriers durent parfois changer de direction +pour éviter d'envahir un hypogée voisin. Les +devis de l'architecte n'étaient qu'un simple projet, qu'on +modifiait à volonté et qu'on ne se piquait pas d'exécuter +fidèlement; ainsi les mesures et la distribution +réelles du tombeau de Ramsès IV (Fig.152) sont en +désaccord avec les cotes et l'agencement du plan qu'un +papyrus du musée de Turin nous a conservé (Fig.153).<br><br> +Rien pourtant n'était plus simple que la disposition +générale: une porte carrée, très sobre d'ornements, un +couloir qui aboutit à une chambre plus ou moins étendue, +au fond de laquelle s'ouvre un second corridor +qui conduit à une seconde chambre, et de là parfois à +d'autres salles, dont la dernière renfermait le cercueil. +Dans quelques tombeaux, le tout est de plain-pied et +une pente douce, à peine coupée par deux ou trois +marches basses, conduit de l'entrée à la paroi du fond. +Dans d'autres, les parties sont disposées en étage l'une +derrière l'autre. Un escalier long et raide, et un corridor +en pente (A) mènent, chez Séti Ier (Fig.154), à un premier +appartement (B), composé d'une petite antichambre +et de deux salles à piliers. Un second escalier (C), ouvert +dans le sol de l'antichambre, mène à un second appartement +(D) plus vaste que le premier, et qui abritait le sarcophage. +Le tombeau n'était pas destiné à s'arrêter là.<br> + +<img src="images/fig154.png" alt="" style="width: 744px; height: 243px;"><br> +Un troisième escalier (E) avait été pratiqué au fond de la +salle principale, qui devait sans doute mener à un nouvel +ensemble de pièces: la mort du roi a seule arrêté +les ouvriers. Les variantes de plan ne sont pas très +considérables, si on passe d'un hypogée à l'autre. Chez +Ramsès III, la galerie d'entrée est flanquée de huit petites cellules latérales. Presque partout ailleurs, on +ne remarque de différences que celles qui proviennent +du degré d'achèvement des peintures et du plus ou +moins d'étendue des couloirs. Le plus petit des hypogées +s'arrête à 16 mètres, celui de Séti Ier, qui est le plus +long, descend jusqu'à plus de 150 mètres et n'est pas +achevé. Les mêmes ruses qui avaient servi aux ingénieurs +des pyramides servaient à ceux des syringes +thébaines pour dépister les recherches des malfaiteurs, +faux puits destinés à dérouter les indiscrets, murailles +peintes et sculptées bâties en travers des couloirs; +l'enterrement terminé, on obstruait l'entrée avec des +quartiers de roche, et on rétablissait du mieux qu'on +pouvait la pente naturelle de la montagne.<br><br> + +Séti Ier nous a légué le type le plus complet que +nous possédions de ce genre de sépulture; figures et +hiéroglyphes y sont de véritables modèles de dessin et +de sculpture gracieuse. L'hypogée de Ramsès III est +déjà inférieur. La plus grande partie en est peinte assez +sommairement: les jaunes y abondent, les bleus et les +rouges rappellent les tons que les enfants choisissent +pour leurs premiers barbouillages. Plus tard, la médiocrité +règne en souveraine, le dessin s'amollit, les +couleurs deviennent de plus en plus criardes, et les derniers +tombeaux ne sont plus que la caricature lamentable +de ceux de Séti Ier et de Ramsès III. La décoration +est la même partout, et partout procède du même principe +qui a présidé à la décoration des pyramides. +A Thèbes comme à Memphis, il s'agissait d'assurer au +double la libre jouissance de sa maison nouvelle, +d'introduire + </td> + + + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;"> +<img src="images/fig155.png" alt="" style="width: 400px; height: 290px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +l'âme au milieu des divinités du cycle solaire et du cycle osirien, de la guider à travers le dédale +des régions infernales; mais les prêtres thébains +s'ingéniaient à rendre sensible aux yeux par le dessin ce +que les Memphites confiaient par l'écriture à la mémoire +du mort, et lui accordaient de voir ce qu'il était +jadis obligé de lire sur les parois de sa tombe. Où les +textes d'Ounas racontent qu'Ounas, identifié au soleil, +navigue sur les +eaux d'en haut ou +s'introduit dans les +Champs Élysées, +les scènes de Séti Ier +montrent Séti dans +la barque solaire, +et celles de Ramsès +III, Ramsès III +dans les + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Champs +Élysées (Fig.155). Où les murs d'Ounas ne donnent que +les prières récitées sur la momie pour lui ouvrir la +bouche, lui rendre l'usage des membres, l'habiller, la +parfumer, la nourrir, ceux de Séti Ier représentent la +momie elle-même et les statues supports du double +entre les mains des prêtres qui leur ouvrent la bouche, +les habillent, les parfument, leur tendent les plats divers +du repas funèbre. Les plafonds étoilés des pyramides +reproduisent la figure du ciel, mais sans indiquer +à l'âme le nom des étoiles; sur les plafonds de quelques +syringes, les constellations sont tracées chacune avec +son image, des tables astronomiques donnent l'état du +ciel de quinze jours en quinze jours pendant les mois +de l'année égyptienne, et l'âme n'avait qu'à lever les yeux pour savoir dans quelle partie du firmament sa +course la menait chaque nuit. L'ensemble est comme +un récit illustré des voyages du soleil, et par suite de +l'âme, à travers les vingt-quatre heures du jour. +Chaque heure est représentée, et son domaine, qui était +divisé en circonscriptions plus petites dont la porte +était gardée par un serpent gigantesque, <i>Face de feu, +oeil de flamme, Mauvais oeil</i>. La troisième heure du +jour était celle où se décidait le sort des âmes: le dieu +Toumou les pesait et leur assignait un séjour selon les +indications de la balance. L'âme coupable était livrée +aux cynocéphales assesseurs du tribunal, qui la chassaient +à coups de verge, après l'avoir changée en truie ou en +quelque animal impur; innocente, elle passait dans la +cinquième heure, où ses pareilles cultivaient les champs, +fauchaient les épis de la moisson céleste, et, le travail +accompli, se divertissaient sous la garde des génies bienveillants. +Au delà de la cinquième heure, les mers du +ciel n'étaient plus qu'un vaste champ de bataille: les +dieux de lumière pourchassaient, entraînaient, enchaînaient +le serpent Apopi et finissaient par l'étrangler à +la douzième heure. Leur triomphe n'était pas de longue +durée. Le soleil, à peine victorieux, était emporté par le +courant dans le royaume des heures de la nuit, et dès +l'entrée, il était assailli, comme Virgile et Dante aux +portes de l'enfer, par des bruits et par des clameurs épouvantables. +Chaque cercle avait sa voix qu'on ne pouvait +confondre avec la voix des autres: l'un s'annonçait +comme par un immense bourdonnement de guêpes, l'autre +comme par les lamentations des femmes et des femelles +quand elles pleurent les maris et les mâles, l'autre comme par un grondement de tonnerre. Le sarcophage lui-même +était chargé de ces tableaux joyeux ou sinistres. +Il était d'ordinaire en granit rose ou noir, et si large, +que souvent il ne pouvait entrer dans la vallée par la +porte des rois. On devait le hisser à grand'peine au +sommet de la colline de Déir-el-Baharî, puis, de là, le +descendre à destination. Comme il était la dernière pièce +du mobilier funéraire dont on s'occupât, on n'avait pas +toujours le loisir de l'achever. Quand il était terminé, +les scènes et les textes qui le couvrent en faisaient le +résumé de l'hypogée entier. Le mort y retrouvait une +fois de plus l'image de ses destinées surhumaines et y +apprenait à connaître le bonheur des dieux. Les tombes +privées recevaient rarement une décoration aussi complète; +cependant deux hypogées de la XXVIe dynastie, +celui de Pétaménophis à Thèbes et celui de Bokenranf +à Memphis, peuvent rivaliser sous ce rapport avec les +syringes royales. Le premier renferme une édition complète +du <i>Livre des morts</i>, le second de longs extraits du +même livre et des formules qui remplissent les pyramides.<br><br> + +Chaque partie de la tombe, comme elle avait sa +décoration, avait son mobilier particulier. Il ne reste +que peu de traces de celui de la chapelle: la table +d'offrandes qui était en pierre est d'ordinaire tout ce qui +en subsiste. Les objets déposés dans le serdab, dans les +couloirs, dans le caveau, ont mieux résisté aux ravages +du temps et des hommes. Sous l'ancien empire, les +statues étaient toujours confinées dans le serdab. La +chambre ne renfermait guère, en dehors du sarcophage, +que des chevets en calcaire et en albâtre, des oies en pierre, rarement des palettes de scribe, très souvent des +vases de formes diverses en terre cuite, en diorite, en +granit, en albâtre, en calcaire compact, enfin des provisions +de graines alimentaires, et les ossements des +victimes sacrifiées le jour de l'enterrement. Sous les +dynasties thébaines, le ménage du mort devint plus +complet et plus riche. Les statues des domestiques et de +la famille, qui jadis accompagnaient dans le serdab les +statues du mort, sont reléguées au caveau et diminuent +de taille. En revanche, bien des objets qui jadis étaient +simplement représentés sur la muraille s'en sont détachés: +ainsi les barques funéraires avec leur équipage, +la momie, les pleureuses, les prêtres, les amis éplorés, +les offrandes, pains en terre cuite estampés au nom du +maître, et qu'on appelle improprement cônes funéraires, +grappes de raisin et moules en calcaire avec lesquelles +le mort était censé se fabriquer à lui-même des boeufs, +des oiseaux, des poissons en pâte qui lui tenaient lieu +des animaux en chair. Le mobilier, les ustensiles de +toilette et de cuisine, les armes, les instruments de +musique abondent, la plupart brisés au moment de la +mise au tombeau; on les tuait de la sorte afin que leur +âme allât servir l'âme de l'homme dans l'autre monde. +Les petites statuettes en pierre, en bois, en émail bleu, +blanc ou vert, sont jetées par centaines et même par +milliers au milieu de l'amas des meubles et des provisions. +Ce sont d'abord à proprement parler des réductions +des statues du serdab, destinées comme elles à servir +de corps au double, puis à l'âme; on les habille alors +comme l'individu dont elles portent le nom s'habillait +pendant la vie. Plus tard, leur rôle s'amoindrit, et leurs fonctions se bornèrent à répondre pour le maître, et +à exécuter, en son lieu et place, les travaux et la corvée +dans les champs célestes, quand il y était convoqué par +les dieux. On les appelle alors <i>répondants (Oushbîti)</i>, +on leur met au poing les instruments de labourage, et +on leur donne presque toujours la semblance d'un +corps momifié, dont les mains et le visage seraient dégagés +des bandelettes. Les canopes, avec leurs têtes d'épervier, +de cynocéphale, de chacal et d'homme, étaient réservés, +dès la XIe dynastie, aux viscères qu'on était +obligé d'extraire de la poitrine et du ventre pendant +l'embaumement. La momie elle-même se charge de +plus en plus de cartonnages, de papyrus, d'amulettes +qui lui font comme une armure magique, dont chaque +pièce préserve les membres et l'âme qui les anime de +la destruction.<br><br> +En théorie, chaque Égyptien avait droit à une maison +éternelle, édifiée sur le plan dont je viens d'indiquer les +transformations; mais les petites gens se passaient fort +bien de tout ce qui était nécessaire aux morts de condition. +On les enfouissait où la place coûtait le moins, +dans de vieilles tombes violées et abandonnées, dans des +fissures naturelles de la montagne, dans des puits ou +dans des fosses communes. A Thèbes, au temps des +Ramessides, de grandes tranchées creusées dans le +sable attendaient les cadavres. Les rites accomplis, les +fossoyeurs recouvraient légèrement les momies de la +journée, parfois isolées, parfois associées par deux ou +trois, parfois empilées, sans qu'on eût cherché à les disposer +par couches régulières. Quelques-unes n'avaient +de protection que leurs bandages, d'autres étaient enveloppées de branches de palmier liées en façon de bourriche. +Les plus soignées ont une boîte en bois mal dégrossie, +sans inscription ni peinture. Beaucoup sont +affublées de vieux cercueils d'occasion, qu'on ne s'était +pas donné la peine d'ajuster à la taille du nouveau propriétaire, +ou sont jetées dans une caisse fabriquée avec +les débris de deux ou trois caisses brisées. De mobilier +funéraire, il n'en était point question pour des marauds +pareils; tout au plus ont-ils avec eux une paire +de souliers en cuir, des sandales en carton peint ou en +osier tressé, un bâton de voyage pour les chemins +célestes, des bagues en terre émaillée, des bracelets ou +des colliers d'un seul fil de petites perles bleues, des +figurines de Phtah, d'Osiris, d'Anubis, d'Hathor, de +Bastit, des yeux mystiques, des scarabées, surtout des +cordes roulées autour du bras, du cou, de la jambe, +de la taille, et destinées à préserver le cadavre des influences +magiques. + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br><br><br> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%;"> + + <H2>CHAPITRE IV</H2><br><br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +LA PEINTURE ET LA SCULPTURE<br><br> + + +Les bas-reliefs et les statues qui décoraient les temples +ou les tombeaux étaient peints pour la plupart. Le +granit, le basalte, le diorite, la serpentine, l'albâtre, les +pierres colorées naturellement, échappaient parfois à +cette loi de polychromie: le grès, le calcaire, le bois y +étaient soumis rigoureusement, et, si on rencontre quelques +monuments de ces matières qui ne sont pas enluminés, +la couleur a disparu par accident, ou la pièce +est inachevée. Le peintre et le sculpteur étaient donc +presque inséparables l'un de l'autre. Le premier avait à +peine achevé son oeuvre que le second s'en emparait, et +souvent le même artisan s'entendait à manier le pinceau +aussi bien que la pointe.<br><br> + + +I.--LE DESSIN ET LA COMPOSITION.<br><br> + +Nous ne connaissons pas les méthodes que les Égyptiens +employaient à l'enseignement du dessin. La pratique +leur avait appris à déterminer les proportions +générales du corps et à établir des relations constantes +entre les parties dont il est constitué, mais ils ne s'étaient jamais inquiétés de chiffrer ces proportions et de les +ramener toutes à une commune mesure. Rien, dans ce +qui nous reste de leurs oeuvres, ne nous autorise à croire +qu'ils aient jamais possédé un canon, réglé sur la longueur +du doigt ou du pied humain. Leur enseignement +était de routine et non de théorie. Ils avaient des modèles +que le maître composait lui-même, et que les +élèves copiaient sans relâche, jusqu'à ce qu'ils fussent +parvenus à les reproduire exactement. Ils étudiaient +aussi d'après nature, comme le prouve la facilité avec +laquelle ils saisissaient la ressemblance des personnages, +et le caractère ou le mouvement propre à chaque espèce +d'animaux. Ils jetaient leurs premiers essais sur des +éclats de calcaire planés rudement, sur une planchette +enduite de stuc rouge ou blanc, au revers de vieux manuscrits +sans valeur: le papyrus neuf coûtait trop cher +pour qu'on le gaspillât à recevoir des barbouillages +d'écolier. Ils n'avaient ni crayons ni stylet, mais des +joncs, dont le bout, trempé dans l'eau, se divisait en +fibres ténues et formait un pinceau plus ou moins fin, +selon la grosseur de la tige. La palette en bois mince, +oblongue, rectangulaire, était pourvue à la partie +inférieure d'une rainure verticale à serrer la calame, +et creusée à la partie supérieure de deux ou plusieurs +cavités renfermant chacune une pastille d'encre sèche: +la noire et la rouge étaient le plus usités. Un petit mortier +et un pilon (Fig.156) pour broyer les couleurs, un +godet plein d'eau pour humecter et laver les pinceaux, +complétaient le trousseau de l'apprenti. Accroupi devant +son modèle, palette au poing, il s'exerçait à le reproduire +en noir, à main levée et sans appui. Le maître revoyait son oeuvre et en corrigeait les défauts à l'encre +rouge.<br><br> +</td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig156.png" alt="" style="width: 250px; height: 172px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Les rares dessins qui nous restent sont tracés sur +des morceaux de calcaire, en assez mauvais état pour la +plupart. Le British Museum en a deux ou trois au trait +rouge, qui ont peut-être servi +comme de cartons au décorateur +d'un tombeau thébain de +la XXe dynastie. Un fragment +du musée de Boulaq porte des +études d'oies ou de canards à +l'encre noire. On montre à Turin l'esquisse d'une +figure de femme, nue au caleçon près, et qui se renverse +en arrière pour faire la culbute: le trait est +souple, le mouvement gracieux, le modelé délicat. L'artiste n'était pas gêné, + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + +comme il l'est chez nous par la rigidité de l'instrument qu'il maniait. Le pinceau +attaquait perpendiculairement la surface, écrasait +la ligne ou l'atténuait à volonté, la prolongeait, +l'arrêtait, la détournait en toute liberté. Un outil aussi +souple se prêtait merveilleusement à rendre les côtés +humoristiques ou risibles de la vie journalière. Les +Égyptiens, qui avaient l'esprit gai et caustique par nature, +pratiquèrent de bonne heure l'art de la caricature. +Un papyrus de Turin raconte, en vignettes d'un dessin +sûr et libertin, les exploits amoureux d'un prêtre chauve +et d'une chanteuse d'Amon. Au revers, des animaux +jouent, avec un sérieux comique, les scènes de la vie +humaine. Un âne, un lion, un crocodile, un singe se +donnent un concert de musique instrumentale et vocale. +Un lion et une + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +gazelle jouent aux échecs. Le Pharaon de tous les rats, monté sur un char traîné par des +chiens, court à l'assaut d'un fort défendu par des +chats. Une chatte du monde, coiffée d'une fleur, s'est +prise de querelle avec une oie: on en est venu aux +coups, et la volatile malheureuse, qui ne se sent pas de +force à lutter, culbute d'effroi. Les chats étaient d'ailleurs +les animaux favoris des caricaturistes égyptiens. +Un ostracon du musée +de New-York +nous en montre +deux, une chatte de +race assise sur un +fauteuil, en grande +toilette, et un misérable +matou qui lui +sert à manger, d'un +air + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig157.png" alt="" style="width: 350px; height: 246px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +piteux, la queue entre les jambes (Fig.157). L'énumération +des dessins connus est courte, comme on le +voit: l'abondance de vignettes dont on avait coutume +d'orner certains ouvrages compense notre pauvreté en +ce genre. Ce sont presque toujours des exemplaires +du <i>Livre des morts</i> et du <i>Livre de savoir ce qu'il y +a dans l'enfer</i>. On les copiait par centaines, d'après +des manuscrits-types, conservés dans les temples +ou dans les familles consacrées héréditairement au +culte des morts. Le dessinateur n'avait donc aucun +effort d'imagination à faire. Sa tâche consistait uniquement +à imiter le modèle qu'on lui donnait, avec toute +l'habileté dont il était capable. Les rouleaux du <i>Livre +de savoir ce qu'il y a dans l'enfer</i>, qui sont parvenus +jusqu'à nous, ne sont pas antérieurs à la XXe dynastie.<br><br> + + +Le faire en est toujours assez mauvais, et les figures ne +sont le plus souvent que des bonshommes tracés rapidement +et mal proportionnés. Le nombre des exemplaires +du <i>Livre des morts</i> est tellement considérable +qu'on pourrait, rien qu'avec eux, entreprendre une histoire +de la miniature en Égypte: d'aucuns remontent en +effet à la XVIIIe dynastie, d'autres sont contemporains +des premiers Césars. Les plus anciens sont généralement +d'une exécution remarquable. Chaque chapitre +est +<img src="images/fig158.png" alt="" style="width: 700px; height: 315px;"><br> + +accompagné d'une vignette qui représente un dieu, + homme ou bête, un emblème divin, le mort en adoration +devant la divinité. Ces petits motifs sont rangés +quelquefois en une seule ligne au-dessus du texte courant +(Fig.158), quelquefois dispersés à travers les pages, +comme les majuscules ornées de nos manuscrits. D'espace +en espace, de grands tableaux occupent toute la +hauteur du feuillet, l'enterrement au début, le jugement +de l'âme vers le milieu, l'arrivée du mort aux +champs d'Ialou vers la fin de l'ouvrage. L'artiste avait +là beau jeu à déployer son talent et à nous donner la mesure de ses forces. La momie d'Hounofir est debout +devant la stèle et le tombeau (Fig.159); les femmes de +la famille pleurent sur elle, tandis que les hommes +et le prêtre lui présentent l'offrande. + +<img src="images/fig159.png" alt="" style="width: 700px; height: 703px;"><br> + +Les papyrus des +princes et princesses de la famille de Pinotmou, qui +sont au musée de Boulaq, montrent que les bonnes +traditions de l'école se maintinrent, chez les Thébains, +jusqu'à la XXIe dynastie. La décadence vint rapidement +sous les règnes suivants, et, pendant des siècles, nous ne trouvons plus que des dessins grossiers et sans valeur. +La chute de la domination persane produisit une +renaissance. Les tombeaux de l'époque grecque nous ont +rendu des papyrus à vignettes soignées, d'un style sec et +minutieux, qui contraste singulièrement avec la manière +large et hardie des temps antérieurs. Le pinceau à pointe +large avait été remplacé par le pinceau à pointe fine. +Les scribes rivalisèrent à qui mènerait les lignes les plus +déliées, et les traits dont ils se complurent à surcharger +les accessoires de leurs figures, barbe, cheveux, plis +du vêtement, sont quelquefois si ténus qu'on a peine +à les distinguer sans loupe. Si précieux que soient ces +documents, ils ne suffiraient pas à nous faire apprécier +la valeur et les procédés de travail des artistes égyptiens; +c'est aux murailles des temples ou des tombeaux +que nous devons nous adresser si nous désirons connaître +leurs habitudes de composition.<br><br> + +Les conventions de leur dessin diffèrent sensiblement +de celles du nôtre. Homme ou bête, le sujet n'était +jamais qu'une silhouette à découper sur le fond environnant. +On cherchait donc à démêler, parmi les formes, +celles-là seules qui offrent un profil accentué, et que +le simple trait pouvait saisir et amener sur une surface +plane. Pour les animaux, le problème n'offrait rien de +compliqué: l'échine et le ventre, la tête et le cou, allongés +parallèlement au sol, se profilent d'une seule venue, +les pattes sont bien détachées du corps. Aussi les animaux +sont-ils pris sur le vif, avec l'allure, le geste, +la flexion des membres, particulière à chaque espèce. +La marche lente et mesurée du boeuf, le pas court, +l'oreille méditative, la bouche ironique de l'âne, le trot menu et saccadé des chèvres, le coup de rein du +lévrier en chasse, sont rendus avec un bonheur constant +de ligne et d'expression. Et si des animaux domestiques +on passe aux sauvages, la perfection n'est pas +moindre. Jamais on n'a mieux exprimé qu'en Égypte +la force calme du lion au repos, la démarche sournoise +et endormie du léopard, la grimace des singes, la +grâce un peu grêle de la gazelle et de l'antilope. Il +n'était pas aussi facile de projeter l'homme entier sur +un même plan, sans s'écarter de la nature. L'homme +ne se laisse pas reproduire aisément par la ligne +seule, et la silhouette supprime une part trop grande +de sa personne. La chute du front et du nez, la coupe +des lèvres, le galbe de l'oreille, disparaissent quand la +tête est dessinée de face. Il faut, au contraire, que le +buste soit posé de face pour que la ligne des épaules se +développe en son entier, et pour que les deux bras +soient visibles à droite et à gauche du corps. Les contours +du ventre se modèlent mieux lorsqu'on les aperçoit +de trois quarts et ceux des jambes lorsqu'on les +prend de côté. Les Égyptiens ne se firent point scrupule +de combiner, dans la même figure, les perspectives contradictoires +que produisent l'aspect de face et l'aspect +de profil. La tête, presque toujours munie d'un oeil +de face, est presque toujours plantée de profil sur un +buste de face, le buste surmonte un tronc de trois +quarts, et le tronc s'étaye sur des jambes de profil. +Ce n'est pas qu'on ne rencontre assez souvent des +figures établies, ou peu s'en faut, selon les règles de +notre perspective. La plupart des personnages secondaires +que renferme le tombeau + +<img src="images/fig160.png" alt="" style="width: 700px; height: 253px;"><br> +de Khnoumhotpou ont essayé de se soustraire à la loi de malformation; +ils ont le buste de profil, comme la tête et les jambes, +mais ils portent en avant tantôt l'une, tantôt l'autre +des épaules, afin de bien montrer leurs deux bras +(Fig.160). L'effet n'est pas des plus heureux, mais examinez +le paysan + +<img src="images/fig162.png" alt="" style="width: 700px; height: 350px;"><br> +qui gave une oie, et surtout celui qui pèse sur le cou d'une gazelle pour l'obliger à s'accroupir +(Fig.161): l'action des bras et des reins est +rendue exactement, la fuite du dos est régulière, les +épaules, entraînées en arrière par le déplacement des +bras, font saillir la poitrine sans en exagérer l'ampleur, +le haut du corps tourne bien sur les hanches. Les lutteurs +de Béni-Hassan s'attaquent et s'enlacent, les danseuses +et les servantes des hypogées thébains se meuvent +avec une liberté parfaite (Fig.162). Ce sont là des exceptions; +ailleurs, la tradition a été plus forte que la +nature, et les maîtres égyptiens continuèrent jusqu'à +la fin à déformer la figure humaine. Leurs hommes et +leurs femmes sont donc de véritables monstres pour +l'anatomiste, et cependant ils ne sont ni aussi laids ni +aussi risibles qu'on est porté à le croire, en étudiant les +copies malencontreuses que nos artistes en ont faites +souvent. Les membres défectueux sont alliés aux corrects +avec tant d'adresse, qu'ils paraissent être soudés comme naturellement. Les lignes exactes et les fictives +se suivent et se complètent si ingénieusement qu'elles +semblent se déduire nécessairement les unes des autres. +La convention une fois reconnue et admise, on ne saurait +trop admirer l'habileté technique dont témoignent +beaucoup de monuments. Le trait est net, ferme, lancé +résolument et longuement mené. Dix ou douze coups +de pinceau suffisent à établir une figure de grandeur +naturelle. Un seul trait enveloppait la tête de la +nuque à la naissance du cou, un seul marquait le ressaut +des épaules et la tombée des bras. Deux traits +ondulés à propos cernaient le contour extérieur, du +creux de l'aisselle à la pointe des pieds, deux arrêtaient +les jambes, deux les bras. Les détails du costume et de +la parure, d'abord indiqués sommairement, étaient repris +un à un et achevés minutieusement: on peut +compter presque les tresses de la chevelure, les plis du +vêtement, les émaux de la ceinture ou des bracelets. +Ce mélange de science naïve et de gaucherie voulue, +d'exécution rapide et de retouche patiente, n'exclut ni l'élégance des formes, ni la grâce et la vérité des attitudes, +ni la justesse des mouvements. Les personnages +sont étranges, mais ils vivent, et, qui veut se donner la +peine de les regarder sans préjugé, leur étrangeté même +leur prête un charme, que n'ont pas des oeuvres plus +récentes et plus conformes à la vérité.<br><br> + +<img src="images/fig163.png" alt="" style="width: 700px; height: 279px;"><br> +Les Égyptiens ont donc su dessiner. Ont-ils, comme +on le dit souvent, ignoré l'art de composer un ensemble? +Prenez une scène au hasard dans un des hypogées thébains, +celle qui représente le repas funéraire offert au +prince Harmhabi par les gens de sa famille (Fig.163). +C'est un sujet moitié idéal, moitié réel. Le défunt et +ceux des siens qui sont déjà de son monde y figurent +à côté des vivants, visibles, mais non mêlés; ils assistent +plus qu'ils ne prennent part au banquet. Harmhabi +siège donc sur un pliant, à la gauche du spectateur. Il +a sur les genoux une petite princesse, une fille d'Amenhotpou +III, dont il était le père nourricier et qui était +morte avant lui. Sa mère, Sonit, trône à sa droite, en +retraite, sur un grand fauteuil, et de la main gauche +lui serre le bras, de l'autre lui tend + + +<img src="images/fig164.png" alt="" style="width: 700px; height: 447px;"><br> +une fleur de lotus; une gazelle mignonne, peut-être enterrée auprès d'elle, +comme la gazelle découverte à côté de la reine Isimkheb +dans le puits de Déir-el-Baharî, est attachée à l'un des +pieds du fauteuil. Ce groupe surnaturel est de taille +héroïque. Assis, Harmhabi et sa mère ont le front de +niveau avec celui des femmes qui se tiennent debout +devant eux; il fallait en effet que les dieux fussent toujours +plus grands que les hommes, les rois plus grands +que leurs sujets, les maîtres du tombeau plus grands +que les vivants. Les parents et les amis sont rangés sur +une seule ligne, la face aux ancêtres, et semblent causer +entre eux. Le service est commencé. Les jarres de vin et +de bière, posées à la file sur leurs selles en bois, sont +déjà ouvertes. Deux jeunes esclaves, puisant à merci dans +un vase d'albâtre, frottent les vivants d'essences odorantes. +Deux femmes en toilette d'apparat présentent +aux morts des coupes en métal remplies de fleurs, de +grains et de parfums, qu'elles déposent au fur et à mesure +sur une table carrée; trois autres accompagnent de +leur musique et de leur danse l'hommage des premières. +Comme ici le tombeau est la salle du festin, il n'y a +d'autre fond au tableau que la paroi couverte d'hiéroglyphes, +à laquelle les invités étaient adossés pendant la +cérémonie. Ailleurs, le théâtre de l'action est indiqué +clairement par des touffes d'herbe ou par des arbres, si +elle se passe en rase campagne, par du sable rouge, si +elle se passe au désert, par des fourrés de joncs et de +lotus, si elle se passe dans les marais. Une femme de +qualité rentre chez elle (Fig.164). Une de ses filles, +pressée par la soif, boit un long trait d'eau à même +une goullèh; deux petits enfants nus, un garçon et une fillette à tète rase, sont accourus vers la mère jusqu'à +la porte de la rue, et reçoivent, des mains d'une servante, +des joujoux qu'on leur a rapportés du dehors. +Une treille, habillée de vignes, des arbres chargés de +fruits poussent au second plan: nous sommes dans un +jardin, mais la maîtresse et ses deux filles aînées l'ont +traversé sans s'y arrêter et sont entrées dans la maison. +La façade, levée à moitié, laisse voir ce qu'elles font: +trois servantes leur servent des rafraîchissements. Le tableau +n'est pas mal composé et pourrait être transcrit sur +la toile par un moderne sans exiger trop de changements; +seulement la même maladresse, ou le même parti pris, +qui obligeait l'Égyptien à emmancher une tête de profil +sur un buste de face, l'a empêché de disposer ses +plans en fuite l'un derrière l'autre, et l'a réduit à inventer +des procédés plus ou moins ingénieux pour remédier +à l'absence presque complète de perspective.<br><br> + +<img src="images/fig165.png" alt="" style="width: 700px; height: 290px;"><br> +Et d'abord, la plupart des personnages qui concourent +à une même action étaient rabattus sur un même +plan, isolés autant que possible, pour éviter que la silhouette +de l'un recouvrît celle de l'autre; + +<img src="images/fig166.png" alt="" style="width: 700px; height: 382px;"><br> + sinon, on les +superposait à plat, comme s'ils n'avaient eu que deux mais tous les pieds s'appuient sur une seule +raie de sol, et la ligne qu'ils tracent ne suit pas, comme +elle devrait, le mouvement des + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +autres lignes (Fig.167). Ce mode de représentation n'est pas rare à l'époque +thébaine. On l'adoptait de préférence lorsqu'on voulait +figurer des troupes d'hommes ou d'animaux placées +sur un rang et entraînées au même acte d'une même +impulsion; mais il avait l'inconvénient, +grave aux yeux +des Égyptiens, de supprimer +presque entièrement le corps +des personnages, le premier +excepté, et de n'en laisser +subsister qu'un contour insuffisant. +Lors donc qu'on +ne pouvait ramener toutes les +figures sur le devant du tableau, +sans risquer d'en cacher +une partie, on décomposait +l'ensemble en plusieurs groupes, dont chacun +représentait un épisode, et qu'on distribuait l'un +au-dessus de l'autre dans le même plan vertical. La +hauteur de chacun d'eux ne dépend en rien de la place +qu'ils occupaient dans la perspective normale, mais +du nombre d'étages superposés dont l'artiste pensait +avoir besoin pour rendre complètement sa pensée. Elle +équivaut d'ordinaire à la moitié du registre principal, +s'il se contentait de deux étages, au tiers s'il en voulait +trois, et ainsi de suite. Cependant, lorsqu'il s'agit de +simples + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 42%;"> +<img src="images/fig167.png" alt="" style="width: 300px; height: 406px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig168.png" alt="" style="width: 350px; height: 559px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + accessoires, le registre qui les contient peut être +plus bas que les autres; ainsi, au festin funèbre d'Harmhabi, les amphores sont entassées dans un moindre +espace que celui où siègent les convives. Les scènes +secondaires étaient séparées le +plus souvent par une barre +horizontale, mais le trait de +division n'était pas indispensable, +et, surtout quand on +avait à figurer des masses profondes +d'individus rangées régulièrement, +les plans verticaux +s'imbriquaient, pour ainsi +dire, l'un sur l'autre, dans des +proportions variables au caprice +du dessinateur. A la bataille +de Qodshou, les files de +la phalange égyptienne se dominent +successivement de toute la hauteur du buste +(Fig.168), et celles des +bataillons hittites se dépassent +à peine de la tête +(Fig.169). Et les déformations +que subissent les +groupes d'hommes et d'animaux ne sont point +parmi les plus fortes +qu'on se soit permises en +Égypte: les maisons, les +terrains, les arbres, les +eaux, ont été défigurés comme à plaisir. Un rectangle, +posé de champ sur un des côtés longs et rayé de rubans +ondulés, représente un canal; si vous en doutez, des poissons et des crocodiles sont là comme enseigne, +pour bien montrer que vous devez voir de l'eau +et non autre chose. Des bateaux sont en équilibre +sur le bord supérieur, des troupeaux + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + plongés jusqu'au ventre passent à gué, un pêcheur à la ligne +marque l'endroit où le Nil cesse et où la berge commence. +Ailleurs, le rectangle est comme suspendu +à mi-tronc de cinq ou six palmiers (Fig.170); on comprend +aussitôt que l'eau coule entre deux rangs d'arbres. +Ailleurs encore, au +tombeau de Rekhmirî, les +arbres sont couchés proprement +le long des quatre +rives, et le profil d'une barque +et d'un mort, hâlés par +des profils d'esclaves, se +promènent naïvement sur +l'étang vu de face (Fig.171). +Les hypogées thébains de +l'époque des Ramessides fournissent aisément chacun +plusieurs exemples d'artifices nouveaux et, quand on +les a relevés, on finit par ne plus savoir ce qu'on doit +admirer le plus, l'obstination des Égyptiens à ne pas +trouver les lois naturelles de la perspective, ou la fécondité +d'esprit dont ils ont fait preuve pour inventer tant +de relations fausses entre les objets.<br><br> + +Appliqués à de vastes étendues, leurs procédés de +composition choquent moins qu'ils ne font à des sujets +de petites dimensions. On sent d'instinct que l'artiste le +plus habile n'aurait pu se garder de tricher quelquefois +avec la perspective, s'il avait eu à couvrir les surfaces immenses des pylônes, et cela rend l'oeil plus indulgent. +Aussi bien les motifs qu'on donnait à traiter dans d'aussi +grands cadres n'offrent jamais une unité rigoureuse. +Assujettis que les gens étaient à perpétuer le souvenir +victorieux d'un Pharaon, Pharaon joue nécessairement +chez eux le premier rôle; mais, au lieu de choisir parmi +ses hauts faits + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig169.png" alt="" style="width: 350px; height: 373px;"> +<img src="images/fig170.png" alt="" style="width: 350px; height: 318px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +un épisode dominant, le plus propre à +mettre sa grandeur en lumière, ils prenaient plaisir à +juxtaposer tous les moments successifs de ses campagnes. +Attaque de nuit du camp égyptien par une +bande d'Asiatiques, envoi par le prince de Khiti d'espions +destinés à donner le change sur ses intentions, +la maison militaire du roi surprise et enfoncée par les +chariots hittites, la bataille de +<img src="images/fig171.png" alt="" style="width: 700px; height: 468px;"> + +Qodshou et ses péripéties, +les pylônes de Louxor et du Ramesséum portent comme un bulletin illustré de la campagne de Ramsès +II contre les Syriens en l'an V de son règne: ainsi +les peintres des premières écoles italiennes déroulaient, +dans le même milieu, d'une suite non interrompue, les + +<img src="images/fig172.png" alt="" style="width: 700px; height: 522px;"> + +épisodes d'une même histoire. Les scènes sont répandues irrégulièrement sur la muraille, sans séparation +matérielle, et l'on est exposé parfois, comme pour les +bas-reliefs de la colonne Trajane, à mal couper les +groupes et à brouiller les personnages. Cette manière +de procéder est réservée presque exclusivement à l'art +officiel. A l'intérieur des temples et dans les tombeaux, +les parties diverses d'un même tableau sont distribuées +en registres, qui montent et s'étagent du soubassement à la corniche. C'est une difficulté de plus ajoutée à +celles qui nous empêchent de comprendre les intentions +et la manière des dessinateurs égyptiens; nous +nous imaginons souvent voir des sujets isolés, quand +nous avons devant les yeux les membres disjoints de +ce qui n'était pour eux qu'une même composition. +Prenez une des parois du tombeau de Phtahhotpou à +Saqqarah (Fig.172). Si vous désirez saisir le lien qui +en rattache les parties, comparez-la à un monument +d'époque gréco-romaine, la mosaïque de Palestrine, +qui représente à peu près les mêmes scènes, mais +groupées d'une façon plus conforme à nos habitudes +d'oeil et d'esprit (Fig.173). Le Nil baigne le bas du +tableau et s'étale jusqu'au pied des montagnes. Des +villes sortent de l'eau, des obélisques, des fermes, des +tours de style gréco-italien, plus semblables aux fabriques +des paysages pompéiens qu'aux monuments des +Pharaons; seul, le grand temple situé au second plan, +sur la droite, et vers lequel se dirigent deux voyageurs, +est précédé d'un pylône, auquel sont adossés quatre +colosses osiriens, et rappelle l'ordonnance générale de +l'architecture égyptienne. A gauche, des chasseurs, portés +sur une grosse barque, poursuivent l'hippopotame et le crocodile à coups de harpon. A droite, une compagnie +de légionnaires, massée devant un temple et précédée +d'un prêtre, paraît saluer au passage une galère +qui file à toutes rames le long du rivage. Au centre, des hommes et + +<img src="images/fig173.png" alt="" style="width: 700px; height: 605px;"><br> + +des femmes à moitié nues chantent et boivent, +à l'abri d'un berceau sous lequel coule un bras du Nil. +Des canots en papyrus montés d'un seul homme, des +bateaux de formes diverses comblent les vides de la composition. +Le désert commence derrière la ligne des édifices, +et l'eau forme de larges flaques que surplombent +des collines abruptes. Des animaux réels ou fantastiques, +poursuivis par des bandes d'archers à tête rase, occupent +la partie supérieure du tableau. De même que le mosaïste +romain, le vieil artiste égyptien s'est placé sur le +Nil et a reproduit tout ce qui se passait entre lui et +l'extrême horizon. Au bas de la paroi, le fleuve coule +à pleins bords, les bateaux vont et viennent, les matelots +échangent des coups de gaffe. Au-dessus, la berge +et les terrains qui avoisinent le fleuve: une bande +d'esclaves, cachés dans les herbes, chassent à l'oiseau. +Au-dessus encore, on fabrique des canots, on tresse la +corde, on ouvre et on sale des poissons. Enfin, sous la +corniche, les collines nues et les plaines ondulées du +désert, où des lévriers forcent la gazelle, où des chasseurs +court-vêtus lassent le gibier. Chaque registre +répond à un des plans du paysage; seulement l'artiste, +au lieu de mettre les plans en perspective, les a séparés +et superposés. Partout dans les tombeaux on retrouve +la même disposition: des scènes d'inondation et de +vie civile au bas des murailles, dans le haut, la montagne +et la chasse. Parfois le dessinateur a intercalé entre +deux des pâtres, des laboureurs, des gens de métier; +parfois il fait succéder brusquement la région des +sables à la région des eaux et supprime l'intermédiaire. +La mosaïque de Palestrine et les parois des tombeaux pharaoniques reproduisent donc un même ensemble de +sujets, traités d'après les conventions et les procédés de +deux arts différents. Comme la mosaïque, les parois +des tombeaux forment, non pas une suite de scènes indépendantes, +mais une composition réglée, dont ceux qui +savent lire la langue artistique de l'époque démêlent +aisément l'unité. <br><br><br> + + +2.--LES PROCÉDÉS TECHNIQUES.<br><br> + +La préparation des surfaces à couvrir exigeait beaucoup +de temps et beaucoup de soin. Comme l'imperfection +des procédés de construction ne permettait pas +à l'architecte de planer avec exactitude les parements +extérieurs des murs du temple ou des pylônes, il fallait +bien que le décorateur s'accommodât d'une surface légèrement +bombée ou déprimée par endroits. Du moins +était-elle formée de blocs à peu près homogènes: les +filons de calcaire où l'on creusait les hypogées contenaient +presque toujours des rognons de silex, des fossiles, +des chapelets de coquilles pétrifiées. On remédiait +à ces défauts de façons différentes, selon que la décoration +devait être peinte ou sculptée. Dans le premier +cas, après avoir dégrossi la paroi, on appliquait sur la +surface encore rugueuse un crépi d'argile noire et de +paille hachée menu, semblable au mélange avec lequel +on fabriquait la brique. Dans le second, on s'arrangeait +autant que possible de manière à éviter les inégalités +de la pierre. Quand elles tombaient dans le champ des +figures, mais n'offraient point trop de résistance au +ciseau, on les laissait subsister, sinon on les enlevait et on bouchait le trou avec du ciment blanchâtre ou des +morceaux de calcaire ajustés. Ce n'était point petite +affaire, et l'on cite telle salle de tombeau où chaque +paroi est incrustée au quart de dalles rapportées. Ce +travail préliminaire achevé, on répandait sur l'ensemble +une couche mince de plâtre fin, gâché avec du blanc +d'oeuf, qui masquait l'enduit ou le rapiéçage, et formait +un champ lisse et poli, sur lequel le pinceau du dessinateur +pouvait glisser librement.<br><br> + +<img src="images/fig174.png" alt="" style="width: 700px; height: 383px;"><br> +On rencontre un peu partout, et jusque dans les +carrières, des chambres ou parties de chambres inachevées, +qui gardent encore l'esquisse à l'encre rouge ou +noire des bas-reliefs dont elles devaient être revêtues. +Le modèle, exécuté en petit, était mis au carreau et +transporté sur la muraille à grande échelle par les aides +et par les élèves. En quelques endroits, le sujet est +indiqué sommairement par deux ou trois coups de +calame hâtifs: tel est le cas pour certaines scènes des +tombeaux thébains + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +que Prisse a relevées avec soin (Fig.174), Ailleurs, le trait est entièrement terminé et +les figures n'attendent plus sur le treillis que l'arrivée +du sculpteur. Quelques praticiens se contentaient de +déterminer la position des épaules et l'aplomb des corps +par des lignes horizontales et verticales, sur lesquelles +ils notaient la hauteur du genou, des hanches et des +membres (Fig.175). D'autres, plus confiants dans leurs +propres forces, abordaient +le tableau à même et plaçaient +leurs personnages +sans secours d'aucune +sorte; ainsi, les artistes +qui ont décoré la syringe +de Séti Ier et les salles +méridionales du temple +d'Abydos. Leur trait est si net et leur facilité d'exécution si + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig175.png" alt="" style="width: 350px; height: 277px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + +surprenante qu'on les a soupçonnés d'avoir +employé des poncifs découpés à l'avance. C'est une +opinion dont on revient bien vite, quand on examine +de près leurs figures et qu'on se donne la peine de +les mesurer au compas. La taille est plus mince chez +les unes, les contours de la poitrine sont plus accentués +chez les autres ou les jambes moins écartées. +Le maître n'avait pas grand'chose à corriger dans +l'oeuvre de ces gens-là. Il redressait ça et là une tête, +accentuait ou atténuait la saillie d'un genou, modifiait +un détail d'ajustement. Une fois pourtant, à +Kom-Ombo, dans un portique d'époque gréco-romaine, +plusieurs des divinités du plafond avaient été mal +orientées et posaient les pieds où elles auraient dû avoir +le bras: il les a remises en position sur le même carreau, sans effacer + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig176.png" alt="" style="width: 250px; height: 326px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +l'esquisse primitive. Là, du moins, +il avait aperçu l'erreur à temps: à Karnak, sur la paroi +septentrionale de la salle hypostyle, et à Médinét-Habou, +il ne l'a reconnue qu'après que le sculpteur avait +achevé son travail. Les figures de Séti Ier et de Ramsès +III penchaient trop en arrière et +paraissaient prêtes à perdre l'équilibre: +il les empâta de ciment ou +de stuc, puis les fit tailler à nouveau. +Aujourd'hui, le ciment est +tombé, et les traces du premier +ciseau sont redevenues visibles. +Séti Ier et Ramsès III ont deux +profils, l'un à peine marqué, +l'autre levé franchement sur la +surface de la pierre (Fig.176). Les sculpteurs égyptiens n'étaient pas aussi bien +équipés que les nôtres. Un des +scribes agenouillés en calcaire +du musée de Boulaq a été taillé +au ciseau; les sillons lisses +qu'avait laissés l'instrument +sont visibles sur son épiderme. +Une statue en serpentine grisâtre +du même musée a gardé la +trace de deux outils différents: +le corps est tout moucheté des coups de pointe, la tête +est encore informe, mais + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +le bloc qui les renferme a été +dégrossi à petits éclats par la marteline. D'autres constatations +du même genre et l'étude des monuments nous +ont appris qu'on employait aussi le violon (fig.177), la gradine, la gouge; mais de longues discussions se sont +élevées sur la question de savoir si ceux de leurs instruments +qui étaient en métal étaient en fer ou en +bronze. Le fer, a-t-on dit, était considéré comme impur. +Personne n'aurait pu l'employer, même aux usages les +plus vils de la vie, sans contracter une souillure préjudiciable +à l'âme en ce monde et dans l'autre. Mais +l'impureté d'un objet n'a jamais suffi à en empêcher +l'emploi. Les porcs, eux aussi, étaient impurs. On les +élevait pourtant et en nombre assez considérable, au +moins dans certains cantons, pour permettre au bon +Hérodote de raconter qu'on les lâchait sur les champs, +après les semailles, afin + </td> +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig177.png" alt="" style="width: 250px; height: 278px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +d'enterrer le grain. D'ailleurs +le fer, comme bien des choses en Égypte, était pur ou +impur selon les circonstances. Si certaines traditions +l'appelaient <i>l'os de Typhon</i> et le tenaient pour funeste, +d'autres aussi anciennes prétendaient qu'il était la matière +même du firmament, et elles avaient assez d'autorité +pour qu'on l'appelât couramment <i>Banipit</i>, le métal +céleste. Les quelques outils, dont on a trouvé les +fragments dans la maçonnerie des pyramides, sont en +fer, non en bronze, et si les objets antiques en fer sont +si rares aujourd'hui, par comparaison aux objets en +bronze, cela tient à ce que le fer n'est pas protégé contre +la destruction par son oxyde, comme le bronze l'est par +le sien. La rouille le dévore en peu de temps, et c'est +seulement par un concours de circonstances assez difficiles +à réunir qu'il se conserve intact. Toutefois, s'il +est bien certain que les Égyptiens ont connu et employé +le fer, il est non moins certain qu'ils n'ont jamais possédé +l'acier, et alors on se demande comment ils s'y prenaient pour façonner à leur gré les roches les plus +dures, celles mêmes qu'on redoute presque d'attaquer +aujourd'hui, le diorite, le basalte, le granit de Syène. +Les quelques fabricants d'antiquités qui sculptent encore +le granit à l'intention des voyageurs ont résolu le +problème très simplement. Ils ont toujours à côté d'eux +une vingtaine de ciseaux ou de pointes en mauvais fer, +qu'un petit nombre de coups met hors de service. La +première émoussée; ils passent à une autre, et ainsi de +suite jusqu'à ce que la provision soit épuisée, après +quoi ils vont à la forge et font tout remettre en état. Le +procédé n'est ni aussi long ni aussi pénible qu'on pourrait +croire. Un des meilleurs faussaires de Louxor a +tiré, en moins de quinze jours, d'un fragment de granit +noir rayé de rouge, une tête humaine de grandeur naturelle +qui est au musée de Boulaq. Je ne doute pas +que les anciens n'aient opéré de même: ils triomphaient +des pierres dures à force d'user du fer sur elles. Le +moyen une fois découvert, l'habitude leur avait enseigné +les tours de main les plus favorables à rendre la +besogne aisée et à obtenir de leurs outils une exécution +aussi fine et aussi régulière que celle que nous tirons +des nôtres. Dès que l'apprenti savait manier la pointe +et le maillet, le maître le plaçait devant des modèles gradués +qui représentaient les états successifs d'un animal, +d'une portion de corps humain, du corps humain entier, +depuis l'ébauche jusqu'au parfait achèvement +(Fig.178). On les recueille chaque année en assez grand +nombre pour établir des séries progressives: quinze +de ceux qui sont à Boulaq viennent de Saqqarah, quarante +et un de Tanis, une douzaine de Thèbes et de Médinét-el-Fayoum, sans parler des pièces isolées +qu'on ramasse un peu partout. Ils étaient destinés partie +à l'étude du bas-relief, partie à celle de la statuaire proprement + +<img src="images/fig178.png" alt="" style="width: 700px; height: 980px;"><br> + +dite, et nous en font connaître les procédés.<br><br> + +Les Égyptiens traitaient le bas-relief de trois façons +principales: ou bien c'était une simple gravure à la +pointe, ou bien ils abattaient le fond autour de la figure +et la modelaient en saillie sur la muraille, ou bien +ils réservaient le champ et levaient le motif en relief +dans le creux. Le premier procédé a l'avantage d'aller +vite et l'inconvénient d'être peu décoratif. Ramsès III +s'en est servi dans quelques endroits, à Médinét-Habou; +mais on l'appliquait de préférence aux stèles et aux petits +monuments. Le dernier diminuait les chances de +destruction de l'oeuvre et la peine de l'ouvrier: il supprimait +en effet le dressage des fonds, ce qui était une +réelle économie de temps, et ne laissait subsister aucune +saillie à la face du parement, ce qui mettait l'image à +l'abri des chocs accidentels. Le procédé intermédiaire +était le plus usité, et on paraît l'avoir enseigné dans les +écoles de préférence aux autres. Les modèles étaient de +petites dalles carrées ou rectangulaires, quadrillées pour +permettre à l'élève d'augmenter ou de réduire son sujet +sans rien changer aux proportions traditionnelles. +Quelques-unes sont ouvrées sur les deux plats; la plupart +n'ont de sculpture que d'un côté. C'est alors un +boeuf, une tête de cynocéphale, un bélier, un lion, une +divinité; de temps en temps, le même motif y est répété +deux fois, à peine dégrossi sur la gauche, fini à droite +jusque dans ses moindres détails. Dans aucun cas, la +figure n'est très élevée au-dessus du fond: elle ne dépasse +jamais les cinq millimètres et se maintient ordinairement +plus bas. Ce n'est pas que les Égyptiens n'aient su fouiller profondément la pierre à l'occasion. +La décoration atteint jusqu'à seize centimètres de saillie, +à Médinét-Habou et à Karnak, sur le granit et sur +le grès, dans les parties hautes du temple, et dans celles +qui sont exposées directement au plein jour; si elle +était moindre, les tableaux seraient comme absorbés +par la lumière répandue sur eux et offriraient une masse +de lignes confuses au spectateur. Les modèles consacrés +à l'étude de la ronde bosse sont plus instructifs +encore que les précédents. Plusieurs de ceux que nous +possédons sont des moulages en plâtre d'oeuvres connues +dans l'école. La tête, les bras, les jambes, le tronc, +chaque partie du corps était coulée séparément. Voulait-on +une figure complète? on assemblait les morceaux +et on avait, selon le cas, une statue d'homme ou +de femme, agenouillée ou debout, assise sur un siège +ou accroupie sur les talons, le bras tendu en avant ou +au repos le long du buste. Cette collection curieuse a +été découverte à Tanis et date probablement du temps +des Ptolémées. Les modèles d'époque pharaonique sont +en calcaire tendre et représentent presque tous le portrait +du souverain régnant. Ce sont de vrais dés à base +rectangulaire, hauts de vingt-cinq centimètres en +moyenne. On commençait par établir sur une des faces +un réseau de lignes croisées à angle droit, et qui réglaient +la position relative des traits du visage, puis on +attaquait la face opposée, en se guidant d'après l'échelle +inscrite au revers. L'ovale seul est dessiné nettement +sur le premier bloc: un saillant au milieu, deux rentrants +à droite et à gauche indiquent vaguement la position +du nez et des yeux. La forme s'accuse à mesure qu'on passe d'un bloc à l'autre, et le visage sort peu à +peu de la masse où il était enfermé. L'artiste en limite +les contours, au moyen de tailles menées parallèlement +de haut en bas, puis abat les angles des tailles et les +tond de manière à préciser le modelé: les linéaments +se dégagent, l'oeil se creuse, le nez s'affine, la bouche +s'épanouit. Au dernier bloc, il ne reste plus rien d'inachevé +que l'uraeus et le détail de la coiffure. Nous +n'avons aucun morceau d'école en granit ou en basalte; +mais les Égyptiens, comme nos marbriers de cimetière, +gardaient toujours en magasin des statues de pierre +dure, à moitié prêtes, et qu'ils pouvaient terminer aisément +en quelques heures. Les mains, les pieds, le buste +n'attendent plus que la touche finale, mais la tête est à +peine dégrossie et l'habit n'est qu'ébauché; une demi-journée +aurait suffi pour transformer le masque en un +portrait de l'acheteur et pour mettre le jupon à la mode +nouvelle. Deux ou trois statues de ce genre nous révèlent +le procédé aussi clairement que les modèles théoriques +auraient pu le faire. La taille régulière et continue +du calcaire ne convenait pas aux roches volcaniques, +la pointe seule parvenait à les assouplir et à triompher +de leur résistance. Lorsqu'à force de patience et de +temps, elle avait amené l'oeuvre au point voulu, s'il y +avait encore çà et là quelques aspérités, quelques +noyaux de substances hétérogènes, qu'on n'osait attaquer +résolument de peur d'enlever avec elles les parties +environnantes, on avait recours à un instrument nouveau. +L'artiste appuyait sur la parcelle superflue le +tranchant d'un galet en forme de hache, et d'un second +galet arrondi, qui remplaçait le maillet, frappait à coups mesurés sur cet engin grossier: le point ainsi traité +s'écrasait sous le choc et s'en allait en poussière. Les +menus défauts corrigés, le monument avait encore +l'aspect fruste et terne. Il fallait le polir pour faire +disparaître les cicatrices de la pointe et du marteau. +L'opération était des plus délicates, un tour de main +malheureux, une distraction d'un moment, et l'oeuvre +de longues semaines était gâtée sans retour. La +dextérité des praticiens rendait un accident assez rare. +Examinez le Sovkoumsaouf de Boulaq, examinez le +Ramsès II colossal de Louxor. Les jeux de lumière +empêchent d'abord l'oeil d'en bien saisir les délicatesses; +mais si vous vous placez dans un jour favorable, le détail +du genou et de la poitrine, de l'épaule et du visage, +n'est pas moins finement exprimé sur le granit qu'il +ne l'est sur le calcaire. Le poli à outrance n'a pas plus +gâté les statues égyptiennes qu'il n'a fait celles des +sculpteurs italiens de la Renaissance.<br><br> + +Au sortir des mains du sculpteur, l'oeuvre tombait +entre celles du peintre. Elle aurait été jugé imparfaite +si on lui avait laissé la teinte de la pierre dans laquelle +elle était taillée. Les statues étaient peintes des pieds à +la tête. Dans les bas-reliefs, le fond restait nu, les +figures étaient enluminées. Les Égyptiens avaient à leur +disposition plus de couleurs qu'on n'est disposé à leur +en prêter d'ordinaire. Les plus anciennes de leurs palettes--et +on en connaît qui sont de la Ve dynastie--ont +des compartiments séparés pour le jaune, le rouge, +le bleu, le brun, le blanc, le noir et le vert. D'autres, à la +XVIIIe dynastie, comptent trois variétés de jaune, trois +de brun, deux de rouge et de bleu, deux de vert, en tout quatorze ou seize tons différents. On obtenait le +noir en calcinant les os d'animaux. Les autres matières +employées à la peinture existent naturellement dans le +pays. Le blanc est du plâtre mêlé d'albumine ou de +miel, les jaunes sont de l'ocre ou du sulfure d'arsenic, +l'orpiment de nos peintres, les rouges de l'ocre, du cinabre +ou du vermillon, les bleus du lapis-lazuli ou du +sulfate de cuivre broyés. Si la substance était rare ou +coûteuse, on lui substituait des produits de l'industrie +locale. On remplaçait le lapis-lazuli par du verre coloré +en bleu au sulfate de cuivre et qu'on réduisait en poussière +impalpable. La couleur, conservée dans des sachets, +était délayée, au fur et à mesure des besoins, avec +de l'eau additionnée légèrement de gomme adragante. +On l'étalait au moyen d'un calame ou d'une brosse en +crin plus ou moins grosse. Bien préparée, elle était +d'une solidité remarquable et s'est à peine modifiée au +cours des siècles. Les rouges ont foncé, le vert s'est +terni, les bleus ont verdi ou grisé, mais ce n'est qu'à la +surface; dès qu'on enlève la couche extérieure, les dessous +apparaissent brillants et inaltérés. Jusqu'à l'époque +thébaine, on ne prit aucune précaution pour défendre +la peinture contre l'action de l'air et de la lumière. +Vers la XXe dynastie, l'usage se répandit de la recouvrir +d'un vernis transparent, soluble dans l'eau, probablement +la gomme d'une sorte d'acacia. L'emploi n'en était +point le même partout: certains peintres l'étendaient +également sur le tableau entier, d'autres se contentaient +d'en glacer les ornements et les accessoires, sans toucher +aux nus ni aux vêtements. Il s'est craquelé sous l'influence +du temps, ou a noirci au point de gâter ce qu'il aurait dû protéger. Les Égyptiens reconnurent sans +doute les mauvais effets qu'il produisait, car on ne le +rencontre plus à partir de la XXe dynastie.<br><br> + +De grandes teintes plates, uniformes, juxtaposées, +mais non fondues: on enluminait, on ne peignait +pas au sens où nous prenons le mot. De même qu'en +dessinant, on résumait les lignes et on supprimait +presque le modelé interne, en mettant la couleur, on +la simplifiait et on ramenait à une seule teinte, non +rompue, toutes les variétés de tons qui existent naturellement +sur un objet ou qu'y produisent les jeux +de l'ombre et de la lumière. Elle n'est jamais ni +entièrement vraie ni entièrement fausse. Elle se rapproche +de la nature autant que possible, mais sans prétendre +à l'imiter fidèlement, l'atténue tantôt, tantôt +l'exagère et substitue un idéal, une convention à la réalité +visible. L'eau est toujours d'un bleu uni ou rayé +de zigzags noirs. Les reflets fauves et bleuâtres du vautour +sont rendus par du rouge vif et du bleu franc. +Tous les hommes ont le nu brun, toutes les femmes +l'ont jaune clair. On enseignait dans les ateliers la couleur +qui convenait à chaque être ou à chaque objet, et +la recette, une fois composée, se transmettait sans changement +de génération en génération. De temps à autre +quelques peintres plus hardis que le commun se risquaient +à rompre avec la tradition. Vous trouverez des +hommes au teint jaune comme celui des femmes, à +Saqqarah sous la Ve dynastie, à Ibsamboul sous la XIXe, +et des personnages aux chairs roses, dans les tombeaux +de Thèbes et d'Abydos, vers l'époque de Thoutmos IV +et d'Harmhabi. Ces nouveautés ne duraient guère, un siècle au plus, et l'école retombait dans ses anciens +errements. N'allez pas imaginer cependant que l'ensemble +produit par ce coloris factice soit criard ou discordant. +Même dans des ouvrages de petite dimension, +manuscrits du <i>Livre des Morts</i>, ornements des cercueils +ou des coffrets funéraires, il a de l'agrément etde la douceur. +Les tons les plus vifs y sont juxtaposés avec une +hardiesse extrême, mais avec la pleine connaissance +des relations qui s'établissent entre eux et des phénomènes +qui résultent nécessairement de ces relations. +Ils ne se heurtent, ne s'exaspèrent, ni ne s'éteignent; ils +se font valoir naturellement et donnent naissance, par +le rapprochement, à des demi-tons qui les accordent. +Passez du petit au grand, du feuillet de papyrus ou du +panneau en bois de sycomore à la paroi des tombeaux +et des temples, l'emploi habile des teintes plates, loin +d'y blesser l'oeil, le flatte et le caresse. Chaque mur +est traité comme un tout, et l'harmonie des couleurs +s'y poursuit à travers les registres superposés: tantôt +elles sont réparties avec rythme ou symétrie, d'étage +en étage, et s'équilibrent l'une par l'autre, tantôt +l'une d'elles prédomine et détermine une tonalité générale, +à laquelle le reste est subordonné. L'intensité de +l'ensemble est toujours proportionnée à la qualité et à la +quantité de lumière que le tableau devait recevoir. Dans +les salles entièrement sombres, le coloris est poussé +aussi loin que possible; moins fort, on l'aurait à peine +aperçu à la lueur vacillante des lampes et des torches. +Aux murs d'enceinte et sur la face des pylônes, il +atteignait la même puissance qu'au fond des hypogées; +si brutal qu'on le fît, le soleil en atténuait l'éclat. Il est doux et discret dans les pièces où ne pénètre +qu'un demi-jour voilé, sous le portique des +temples et dans l'antichambre des tombeaux. La peinture +en Egypte n'était que l'humble servante de l'architecture +et de la sculpture. La comparer à la nôtre ou +même à celle des Grecs, il n'y faut point songer; mais +si on la prend pour ce qu'elle est dans le rôle secondaire +qui lui était assigné, on ne pourra s'empêcher de +lui reconnaître des mérites peu communs. Elle a excellé +au décor monumental, et si jamais on en revient +à colorer les façades de nos maisons et de nos édifices +publics, on ne perdra rien à étudier ses formules ou +à rechercher ses procédés.<br><br><br> + + +3.--LES OEUVRES.<br><br> + +La statue la plus ancienne qu'on ait trouvée jusqu'à +ce jour est un colosse, le Sphinx de Gizèh. Il existait +déjà du temps de Khéops, et peut-être ne se trompera-t-on +pas beaucoup si l'on se hasarde à reconnaître en +lui l'oeuvre des générations antérieures à Mini, celles +que les chroniques sacerdotales appelaient les Serviteurs +d'Hor. Taillé en plein roc, au rebord extrême du plateau +libyque, il semble hausser la tête pour être le premier +à découvrir par-dessus la vallée le lever de son père le +soleil (Fig.179). Les sables l'ont tenu enterré jusqu'au +menton pendant des siècles, sans le sauver de la ruine. +Son corps effrité n'a plus du lion que la forme générale. +Les pattes et la poitrine, réparées sous les Ptolémées et +sous les Césars, ne retiennent qu'une partie du dallage +dont elles avaient été revêtues à cette époque pour dissimuler les ravages du temps. Le bas de la coiffure est +tombé, et le cou aminci semble trop faible pour soutenir +le poids de la tête. Le nez et la barbe ont été brisés +par des fanatiques, la teinte rouge qui avivait les traits +est effacée presque partout. Et pourtant l'ensemble garde +jusque dans sa détresse une expression souveraine de +force et de grandeur. Les yeux regardent au loin devant +eux, avec une intensité de pensée profonde, la bouche +sourit encore, la face entière respire le calme et la puissance. +L'art qui a conçu et taillé cette statue prodigieuse +en pleine montagne était un art complet, maître de lui-même, +sûr de ses effets. Combien de siècles ne lui avait-il +pas fallu pour arriver à ce degré de maturité et de +perfection? C'est par erreur qu'on a cru voir dans +quelques morceaux appartenant à nos musées, les +statues de Sapi et de sa femme au Louvre, les bas-reliefs +du tombeau de Khâbiousokari à Boulaq, la rudesse et +les tâtonnements d'un peuple qui s'essaye. La raideur +du geste et de la pose, la carrure exagérée des épaules, la +bande de fard vert barbouillée sous les yeux, les caractères +qu'ils offrent et qu'on donne comme des marques +d'antiquité, apparaissent sur des monuments certains +de la Ve et de la VIe dynastie. Les sculpteurs d'un +même siècle n'étant pas tous également habiles, si +beaucoup étaient capables de bien faire, la plupart +n'étaient que des manoeuvres, et l'on doit bien se garder +de prendre pour gaucherie archaïque ce qui est chez +eux maladresse ou insuffisance d'apprentissage. Les +oeuvres des dynasties primitives dorment encore ignorées +sous vingt mètres de sable au pied du Sphinx; +celles des dynasties historiques sortent chaque jour du fond des tombeaux. Elles ne nous ont pas rendu l'art +égyptien entier, mais une de ses écoles, la memphite fond des tombeaux. + +<img src="images/fig179.png" alt="" style="width: 700px; height: 943px;"><br> + +Le Delta, Hermopolis, Abydos, les environs de Thèbes, +Assouân, ne commencent à se révéler que vers la +VIe dynastie; encore est-ce par un petit nombre d'hypogées +violés et dépouillés depuis longtemps. Le dommage +n'est peut-être pas très grand. Memphis était +alors la capitale, et la présence des Pharaons devait y +attirer tout ce qui avait du talent dans les principautés +vassales. Rien qu'avec le produit des fouilles pratiquées +dans ses nécropoles, nous pouvons déterminer les caractères +de la sculpture et de la peinture au temps de Snofrou et de ses successeurs, aussi exactement que si +nous avions déjà entre les mains tous les monuments +que la vallée entière tient en réserve pour ceux qui l'exploreront +après nous. Le menu peuple des artistes excellait +au maniement de la brosse et du ciseau, et les +tableaux qu'il a tracés par milliers témoignent d'une +habileté peu commune. Le relief en est léger, la couleur +sobre, la composition bien entendue. Les architectures, +les arbres, la végétation, les accidents de terrain sont +indiqués sommairement, et là seulement où ils sont nécessaires +à l'intelligence de la scène représentée. En revanche, +l'homme et les animaux sont traités avec une +abondance de détail, une vérité d'allures, et parfois une +énergie de rendu, que les écoles postérieures ont rarement +au même degré. Les six panneaux en bois du +tombeau d'Hosi, au musée de Boulaq, sont peut-être ce +que nous avons de mieux en ce genre. Mariette les attribuait +à la IIIe dynastie, et peut-être a-t-il raison de le +faire: je pencherai pourtant à en placer l'exécution sous +la Ve. La donnée du tableau n'est rien: Hosi, debout +(Fig.180) ou assis, et, au-dessus de sa tête, quatre ou cinq colonnes d'hiéroglyphes. Mais, quelle fermeté de trait, +quelle entente du modelé, quelle souplesse d'exécution! +Jamais on n'a taillé le bois d'une main plus ferme et +d'un ciseau plus délicat.<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Les statues ne présentent point la variété de gestes +et d'attitudes qu'on admire dans +les tableaux. Un pleureur, une +femme qui écrase le grain du +ménage, le boulanger qui brasse +la pâte sont aussi rares en ronde +bosse qu'ils sont fréquents en +bas-reliefs. La plupart des personnages +sont tantôt debout et +marchant, la jambe en avant, +tantôt debout, mais immobiles +et les deux pieds réunis, tantôt +assis sur un siège ou sur un dé +de pierre, quelquefois agenouillés, +plus souvent accroupis le +buste droit et les jambes à plat +sur le sol, comme les fellahs +d'aujourd'hui. Cette monotonie +voulue s'expliquerait peu si l'on +ne connaissait l'usage auquel +ces images étaient destinées. Elles représentaient le +mort pour qui le tombeau avait été creusé, ses parents, +ses employés, ses esclaves, les gens de sa famille. +Le maître est toujours assis ou debout, et il ne pouvait +guère avoir d'autre position. Le tombeau en effet est la +maison où il repose de la vie, comme il faisait jadis +dans sa maison terrestre, et les scènes tracées sur les parois nous montrent les actes qu'il y accomplissait officiellement. +Ici, il assiste aux travaux préliminaires de +l'offrande qui le nourrit, la semaille et la récolte, l'élève +des bestiaux, la pêche, la chasse, les manipulations des +métiers, et <i>surveille toutes les oeuvres qu'on accomplit +pour la demeure éternelle</i>: il est alors debout, la tête +haute, les mains pendantes ou armées de bâtons de +commandement. Ailleurs, on lui apporte l'une après +l'autre les diverses parties de l'offrande, et alors il est +assis sur un fauteuil. Ces deux poses qu'il a dans les +tableaux, il les garde dans les statues. Debout, il est +censé + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig180.png" alt="" style="width: 250px; height: 542px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + recevoir l'hommage des vassaux; assis, il prend +sa part du repas de famille. Les gens de la maison ont +comme lui l'attitude qui convient à leur rang et à leur +métier. L'épouse est debout, assise sur le même siège +ou sur un siège isolé, accroupie aux pieds de l'époux, +comme pendant la vie. Le fils a le costume de l'enfance, +si la statue a été commandée tandis qu'il était +encore enfant, le geste et l'attribut de sa charge, s'il est +à l'âge d'homme. Les esclaves broient le grain, les celleriers +poissent l'amphore, les pleureurs se lamentent +et s'arrachent les cheveux. La hiérarchie sociale suivait +l'Égyptien dans la tombe et réglait la pose après, comme +elle l'avait réglée avant la mort. Et là ne s'arrêtait +point l'influence que la conception religieuse de l'âme +exerçait sur l'art du sculpteur. Du moment que la statue +est le support du double, la première condition à +remplir pour que celui-ci puisse s'adapter aisément à +son corps de pierre, c'est qu'elle reproduise, au moins +sommairement, les proportions et les particularités du +corps de chair. La tête est donc un portrait fidèle. Le corps, au contraire, est pour ainsi dire un corps moyen, +qui montre le personnage au meilleur de son développement, +et lui permet d'exercer parmi les dieux la plénitude +de ses fonctions physiques: les hommes sont +toujours dans la force de l'âge, les femmes ont toujours +le sein ferme et les hanches minces de la jeune fille. +C'est seulement dans le cas d'une difformité par trop +forte qu'on se départait de cet idéal. On donnait à la +statue d'un nain toutes les laideurs du corps du nain, +et il fallait bien qu'il en fût ainsi. Si l'on avait mis +dans la tombe une statue régulière, le double, habitué +pendant la vie terrestre à la difformité de ses membres, +n'aurait pu s'appuyer sur ce corps redressé et n'aurait +pas été dans les conditions nécessaires pour bien vivre +désormais. L'artiste n'était libre que de varier le détail +et de disposer les accessoires à son gré; il n'aurait pu +rien changer à l'attitude et à la ressemblance générales +sans manquer à la destination de son oeuvre. La répétition +obstinée des mêmes motifs produit sur le spectateur +une véritable monotonie, et l'impression qu'il +ressent est encore augmentée par l'aspect particulier +que les tenons prennent sous la main du sculpteur. +Les statues sont appuyées pour la plupart à une sorte +de dossier rectangulaire qui monte droit derrière elles, +et, tantôt se termine carrément au niveau du cervelet, +tantôt s'achève en un pyramidion dont la pointe se +perd parmi les cheveux, tantôt s'arrondit au sommet et +paraît au-dessus de la tête du personnage. Les bras +sont rarement séparés du corps; dans bien des cas, +ils adhèrent aux côtes et à la hanche. Celle des jambes +qui porte en avant est reliée souvent au dossier, sur toute sa longueur, par une tranche de pierre. La raison +en serait, dit-on, l'imperfection des outils: le +sculpteur n'aurait pas détaché les épaisseurs de matière +superflue, de peur de briser par contre-coup le membre +qu'il modelait. L'explication a dû être valable au début; +elle ne l'était plus dès la IVe dynastie, car nous avons +plus d'un morceau, même en granit, où tous les membres +sont libres, soit qu'on les ait affranchis au ciseau, +soit qu'on les ait dégagés au violon. Si l'usage des tenons +persista jusqu'au bout, ce ne fut pas impuissance, +mais routine ou respect exagéré pour les enseignements +du passé.<br><br> + +La plupart des musées sont pauvres en statues de +l'école memphite. La France et l'Egypte en possèdent, +parmi beaucoup de médiocres, une vingtaine qui suffisent +à lui assurer un rang honorable dans l'histoire +de l'art, le <i>Scribe accroupi</i>, Skhemka, Pahournofrî, au +Louvre, le <i>Sheikh-el-beled</i> et sa femme, Khâfrî, Rânofir, +le <i>Scribe agenouillé</i>, à Boulaq. L'original du scribe +accroupi n'était point beau (Fig.181), mais son portrait +est d'une vérité et d'une vigueur qui compensent largement +ce qui manque en beauté idéale. Les jambes repliées +sous lui et posées à plat, dans une de ces +positions familières aux Orientaux, mais presque impossibles +à garder pour un Européen, le buste droit et +bien d'aplomb sur les hanches, la tête levée, la main +armée du calame et déjà en place sur la feuille de papyrus +étalée, il attend encore, à six mille ans de distance, que le +maître veuille bien reprendre la dictée interrompue. La +figure est presque carrée, les traits fortement accentués + +<img src="images/fig181.png" alt="" style="width: 700px; height: 823px;"><br> + +indiquent l'homme dans la force de l'âge. La bouche, longue et garnie de lèvres minces, se relève un peu vers +les coins et disparaît presque dans la saillie des muscles +qui l'encadrent; les joues sont + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 40%;"> +<img src="images/fig182.png" alt="" style="width: 250px; height: 559px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 60%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + plutôt osseuses et dures, +les oreilles détachées de la tête sont épaisses et lourdes, +le front bas est couronné d'une chevelure drue et coupée +ras. L'oeil, grand et bien ouvert, doit une vivacité particulière +à une fraude ingénieuse de l'artisan antique.<br><br> + +L'orbite de pierre qui l'enchâsse a été évidé, et le creux +rempli par un assemblage d'émail blanc et noir; une +monture en bronze accuse le rebord des paupières, +tandis qu'un petit clou d'argent, placé au fond de la +prunelle, reçoit la lumière, et, la renvoyant, simule +l'éclair d'un regard véritable. +Les chairs sont un peu molles et +pendantes, comme il convient +à un homme d'un certain âge, +que ses occupations privent +de tout exercice violent. Les +bras et le dos sont d'un bon +relief; les mains, osseuses et +sèches, ont des doigts de longueur +plus qu'ordinaire, le +genou est fouillé avec minutie. +Le corps entier est entraîné, +pour ainsi dire, par le mouvement +de la figure et sous l'influence +du même sentiment +d'attente qui domine dans la +physionomie; les muscles du +bras, du buste et de l'épaule +sont dans un demi-repos seulement, prêts à se remettre +au travail. Le souci de l'attitude professionnelle et du +geste caractéristique se retrouve avec la même évidence +sur toutes les statues que j'ai eu l'occasion d'étudier. +Khâfrî est roi (Fig.182). Il est assis carrément sur le +siège de sa dignité, les mains aux genoux, le buste ferme, +le chef haut, le regard assuré. L'inscription qui nous +apprend son nom aurait été détruite + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +et les marques de son rang enlevées, que nous aurions deviné le Pharaon +à sa mine: tout en lui trahit l'homme habitué dès l'enfance à se sentir investi de l'autorité souveraine. +Rânofir appartient à une des grandes familles féodales +de l'époque. Il est debout, les +bras collés au corps, la jambe +gauche portée en avant, dans la +pose du prince qui regarde ses +vassaux défiler devant lui. Le masque est hautain, +la démarche hardie; mais on n'y sent déjà plus le +calme et l'assurance surhumaine comme dans les statues +de Khâfrî. Avec le <i>Sheikh-el-beled</i> (Fig.183) on +descend de plusieurs degrés dans + +<img src="images/fig183.png" alt="" style="width: 700px; height: 622px;"><br> + + l'échelle sociale. Râmké était <i>surintendant des travaux</i>, probablement un +des chefs de corvée qui bâtirent les grandes pyramides, +et appartenait à la classe moyenne. Il est tout empreint de + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="4" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: justify; vertical-align: top; width: 50%; font size:14pt; font-family: serif;"> +<img src="images/fig185.png" alt="" style="width: 350px; height: 815px;"><br> + +communs, à l'humeur acariâtre. Le <i>Scribe agenouillé</i> +de Boulaq (Fig.186) appartenait aux rangs les +moins élevés de la petite +bourgeoisie, telle qu'elle +existe aujourd'hui encore; +s'il n'était pas mort depuis +six mille ans, je jurerais +l'avoir dévisagé, il y a six +mois, dans une des petites +villes du Saïd. Il vient +d'apporter à l'examen de +son chef un rouleau de papyrus +ou une tablette chargée +d'écritures. Agenouillé +selon l'ordonnance, les +mains croisées, le dos arrondi, +la tête infléchie légèrement, +il attend qu'on +ait fini de lire. Pense-t-il? +Les scribes n'étaient pas +sans éprouver des +appréhensions secrètes +lorsqu'ils +comparaissaient devant +leurs supérieurs.<br> + + +<img src="images/fig187.png" alt="" style="width: 350px; height: 554px;"><br> + +<br>entier à son travail; +rien n'est plus naturel que la demi-flexion de ses jarrets et l'effort avec lequel il se penche sur le pétrin. Le nain +a la tête grosse, allongée, cantonnée de deux vastes +oreilles (Fig.188). La figure est niaise, l'oeil ouvert étroitement +et retroussé +vers les tempes, la +bouche mal fendue. +La poitrine est robuste +et bien développée, +mais le torse +n'est pas en proportion +avec le reste du +corps. L'artiste a eu +beau s'ingénier à en +voiler la partie inférieure +sous une +belle jupe blanche, +on sent qu'il est trop +long pour les bras +et pour les jambes. +Le ventre se projette +en pointe et les hanches +se retirent pour +faire contrepoids au +ventre. Les cuisses +n'existent guère qu'à +l'état rudimentaire, +et l'individu entier, +porté qu'il est sur de +petits pieds contrefaits, semble être hors d'aplomb et +prêt à tomber face contre terre. On trouverait difficilement +ailleurs une oeuvre qui reproduise plus spirituellement, sans les exagérer, les caractères propres au nain. + + +<img src="images/fig189.png" alt="" style="width: 350px; height: 436px;"><br> +comparables à ce +que les siècles précédents +avaient +produit de meilleur. +Les peintures +de Siout, de Bershèh, de Béni-Hassan, +de Méïdoum, +d'Assouân, ne valent point celles des Mastabas de Saqqarah +et de Gizèh; les statues les plus soignées sont +inférieures au <i>Sheikh-el-beled</i> et au <i>Scribe accroupi</i>. +Deux pourtant ont très bonne façon, le général Râhotpou +et sa femme Nofrit. Râhotpou (Fig.189), malgré son haut +titre, était de petite extraction; solide et bien découplé, +il a quelque chose d'humble dans la physionomie. +Nofrit, au contraire (Fig.190), était princesse du +sang; je ne sais quoi d'impérieux et de résolu est +répandu sur toute sa personne, que le sculpteur a très habilement rendue. Elle est serrée dans une robe ouverte +en pointe sur la poitrine; les épaules, les seins, le +ventre, les cuisses se modèlent sous l'étoffe avec une +grâce et une chasteté qu'on ne saurait trop louer. La +figure, ronde et grassouillette, est encadrée entre des +masses de tresses fines, +retenues par un +bandeau richement +décoré. Les deux +époux sont en calcaire +et peints, le mari en +rouge brun, la femme +en jaune bistre. Les +autres statues de + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +contentement et de suffisance bourgeoise. On +le voit surveillant ses manoeuvres, debout et le bâton +d'acacia à la main. +Les pieds étaient pourris, +mais on lui en a +fourni de nouveaux. Le +corps est lourd et charnu, +l'encolure épaisse, la tête +(Fig.184) ne manque pas +d'énergie dans sa vulgarité, +les yeux sont rapportés +comme ceux du +<i>Scribe accroupi</i>. Par un +hasard singulier, il ressemblait +au Sheikh-el-beled +ou maire de Saqqarah +au moment de la +découverte. Les fellahs, +toujours prompts à saisir +le côté plaisant des choses, +l'appelèrent aussitôt +<i>Sheikh-el-beled</i>, et le nom +lui en est demeuré. L'image +de sa femme, qu'il +avait enterrée à côté de la +sienne, est malheureusement +très mutilée: ce +n'est plus qu'un tronc +sans bras ni jambes +(Fig.185). On ne laisse pas que d'y reconnaître un bon +type des dames égyptiennes de condition médiocre, aux traits + +<img style="text-align: right; width: 350px; height: 687px;" src="images/fig186.png" alt="" ><br> + +<br><br>Le bâton +jouait un grand +rôle dans les relations +administratives: une erreur d'addition, une faute +d'orthographe, une instruction mal comprise, un +ordre exécuté gauchement, et les coups allaient leur train. Le sculpteur a saisi on ne peut mieux l'expression +d'incertitude résignée et de douceur moutonne, que +l'habitude d'une vie entière passée au service avait +donnée à son modèle. La bouche sourit, car ainsi le +veut l'étiquette, mais le sourire n'a rien de joyeux. Le +nez et les joues grimacent +à l'unisson de la +bouche. Les deux gros +yeux en émail ont le +regard fixe de l'homme +qui attend sans vouloir +arrêter sa vue et concentrer +sa pensée sur un +objet déterminé. La face +manque d'intelligence +et de vivacité; après +tout, le métier n'exigeait +pas une grande +agilité d'esprit. Khâfrî +est en diorite, Râmké +et sa femme sont en +bois, les autres en calcaire; +quelle que soit la matière employée, le jeu +du ciseau a été partout aussi libre, aussi fin, aussi +délicat. La tête de scribe et le bas-relief du Louvre +qui représente le Pharaon Menkoouhor, le nain +Khnoumhotpou et les esclaves préparant l'offrande du +musée de Boulaq ne le cèdent en rien au <i>Scribe +accroupi</i> ou au <i>Sheikh-el-beled</i>. Le boulanger brassant +la pâte (Fig.187) est tout + + +<img style="text-align: right; width: 350px; height: 681px;" src="images/fig188.png" alt=""><br> + +La sculpture du premier empire thébain se rattache +directement à celle de l'empire memphite. Procédés +matériels, dessin, composition, elle lui a tout emprunté, +sauf les proportions qu'elle donne au corps humain; +à partir de la XIe dynastie, les jambes sont plus longues +et plus grêles, les +hanches plus minces, +la taille et le +cou plus élancés. +La plupart des oeuvres +qu'elle nous a +léguées ne sont pas + + +<img style="text-align: right; width: 350px; height: 510px;" src="images/fig190.png" alt="" ><br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + +particuliers +que j'ai vues,celles surtout qui proviennent +de Thèbes, +sont décidément mauvaises, +rudes de travail +et vulgaires d'expression. +Les royales, +presque toutes en granit +noir ou gris, ont été usurpées en partie par des +rois d'époque postérieure, l'Ousirtasen III, dont la +tête et les pieds sont au Louvre, par Amenhotpou III, +les sphinx du Louvre, les colosses de Boulaq par +Ramsès II, et plus d'un musée possède de prétendues +images des Pharaons Ramessides qu'un examen +attentif nous contraint de restituer à la XIIIe ou à +la XIVe dynastie. Ceux dont l'origine n'est l'objet d'aucun +doute, le Sovkhotpou III du Louvre, le Mermashaou de Tanis, le Sovkoumsaouf de Boulaq, les +colosses de l'île d'Argo sont d'un art très habile, mais +sans vigueur et sans originalité; on dirait que les +sculpteurs se sont efforcés de les ramener tous à un +même type banal et souriant. Le contraste n'en est que +plus grand lorsqu'on passe de ces poupées gigantesques +aux sphinx en granit noir, que Mariette découvrit à +Tanis, en 1861, et dont il attribua l'érection aux Hyksos. +Là, ce n'est plus l'énergie qui fait défaut. Le corps de +lion nerveux, ramassé sur lui-même, est plus court +qu'il n'est dans les sphinx ordinaires. La tête, au lieu +d'être coiffée du linge flottant, est revêtue d'une puissante +crinière qui encadre le visage. Petits yeux, nez +aquilin, écrasé par le bout, pommettes saillantes, lèvre +inférieure avancée légèrement, l'ensemble de la physionomie +est si peu en accord avec ce que nous sommes +accoutumés à rencontrer en Égypte, qu'on y a reconnu +la preuve d'une origine asiatique (Fig.191). Nos sphinx +sont certainement antérieurs à la XVIIIe dynastie, car +un des rois d'Avaris, Apopi, a gravé son nom sur leur +épaule; mais on a conclu trop vite de cette circonstance +qu'ils étaient du temps de ce prince. En les +examinant de plus près, on voit qu'ils ont été dédiés à +un Pharaon d'une des dynasties précédentes, et +qu'Apopi se les est seulement appropriés. Rien ne +prouve que ce Pharaon ait été postérieur à l'invasion +asiatique: ses monuments sont peut-être l'oeuvre d'une +école locale, dont l'origine était indépendante et dont +les traditions différaient de celles des ateliers memphites. +L'art provincial de l'Égypte nous est si peu +connu en dehors d'Abydos, d'El-Kab, d'Assouân et de deux ou trois autres sites, que je n'ose trop insister +sur cette hypothèse. Quelle que soit l'origine de l'école +tanite, elle continua d'exister longtemps encore après +l'expulsion des Pasteurs, car une de ses meilleures +oeuvres, un groupe qui représente les deux Nils, celui +du Nord et celui du Sud, apportant leurs tablettes chargées +de fleurs et de poissons, a été + +<img src="images/fig191.png" alt="" style="width: 700px; height: 596px;"><br> + +consacré par Psousennés de la XXIe dynastie. Les trois premières dynasties du nouvel empire +fournissent à elles seules plus de monuments que toutes +les autres réunies: bas-reliefs peints, tableaux, statues +de rois et de particuliers, colosses, sphinx, c'est par centaines + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +qu'on les compte de la quatrième cataracte aux +bouches du Nil. Les vieilles cités sacerdotales, Memphis, +Thèbes, Abydos, sont naturellement les plus +riches; mais l'activité est si grande que des bourgades +perdues, Ibsamboul, Radésièh, Méshéïkh, ont leurs +chefs-d'oeuvre comme les grandes villes. Les portraits +officiels d'Amenhotpou Ier à Turin, de Thoutmos Ier et +de Thoutmos III au British Museum, à Karnak, à Turin, +à Boulaq, sont encore conçus dans l'esprit de +la XIIe et de la XIIIe dynastie et n'ont point beaucoup +d'originalité; mais les bas-reliefs des tombeaux et des +temples marquent un progrès sensible sur ceux des +siècles antérieurs. La saillie en est plus accentuée, le +modelé mieux ressenti, les personnages sont en plus +grand nombre et mieux groupés, la perspective recherchée +avec plus de soin et de curiosité; les tableaux du +temple de Déir-el-Baharî, ceux du tombeau de Houi, +de Rekhmirî, d'Anna, de Khâmhâ, de vingt autres à +Thèbes, sont d'une richesse, d'un éclat, d'une variété +inattendus. L'instinct du pittoresque s'éveille, et les +dessinateurs introduisent dans la composition les détails + + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 25%;"> +<img src="images/fig192.png" alt="" style="width: 400px; height: 536px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig193.png" alt="" style="width: 350px; height: 670px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +d'architecture, les reliefs du sol, les plantes exotiques, +tous les détails qu'on négligeait autrefois ou +qu'on se contentait d'indiquer sommairement. Le goût +du colossal, un peu émoussé depuis le temps du grand +sphinx, renaît et se développe de nouveau. Amenhotpou +III ne se contente plus des statues de cinq ou six +mètres de haut qui suffisaient à ses ancêtres. Celles +qu'il élève devant sa chapelle funéraire, sur la rive +gauche du Nil, à Thèbes, et dont l'une est le Memnon +des Grecs, ont seize mètres; elles sont en granit, d'un seul bloc et façonnées avec autant de soin que si +elles étaient de taille ordinaire. Les avenues de sphinx +qu'il lance en avant des temples, à Louxor et à Karnak, +ne s'arrêtent pas à quelques toises de la porte, elles se +prolongent à distance; ici c'est le lion à tête humaine, +là c'est le bélier agenouillé. Son successeur, le révolutionnaire +Khouniaton, +loin d'enrayer +ce mouvement, fit +ce qu'il put pour +l'accélérer. Nulle +part, peut-être, les +sculpteurs n'eurent +plus de liberté qu'auprès +de lui, à Tell-Amarna. +Défilés de +troupes, promenades +en char, fêtes populaires, +réceptions solennelles +et distributions +de récompenses +par le souverain, +des palais, des +villas, des jardins, les sujets qu'il leur permettait +d'aborder se distinguaient par tant de points des motifs +traditionnels, qu'ils pouvaient s'abandonner sans +contrainte à leur fantaisie et à leur génie naturel. Ils +ne se privèrent point de le faire avec une verve et un +entrain qu'on ne saurait soupçonner avant d'avoir vu + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +leurs oeuvres à Tell-Amarna. Certains de leurs bas-reliefs +ont une perspective presque régulière; tous rendent la vie et le mouvement des masses populaires +avec une justesse irréprochable. La réaction politique +et religieuse qui suivit ce règne singulier arrêta l'évolution +et ramena +les artistes à l'observance +des régies antiques; +mais leur +influence personnelle +et leur enseignement +prolongèrent +quelque chose +de leur manière sous +Harmhabi, sous +Séti Ier, sous Ramsès +II. Si l'art égyptien +fut, pendant +plus d'un siècle encore, +doux, libre et +fin, c'est à eux qu'il +le doit. Peut-être n'a-t-il +produit rien de +plus parfait que les +bas-reliefs du temple +d'Abydos ou du tombeau +de Séti Ier: la +tête du conquérant +(Fig.192), toujours +dessinée avec amour, est une merveille de grâce émue +et discrète. Le Ramsès II combattant d'Ibsamboul est +presque aussi beau dans un autre genre que le portrait +de Séti Ier; le mouvement par lequel il lève la lance a quelque chose d'anguleux, mais le sentiment de +triomphe et de force qui anime le corps entier, l'attitude +désespérée à la fois + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 45%;"> +<img src="images/fig194.png" alt="" style="width: 300px; height: 406px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;"> +<img src="images/fig195.png" alt="" style="width: 400px; height: 808px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +et résignée du vaincu rachètent +amplement ce défaut. Le groupe d'Harmhabi et du +dieu Amon (Fig.193) qu'on voit au musée de Turin +est un peu sec de facture. La figure du dieu et celle du +roi manquent d'expression, +le corps est lourd et +mal équilibré. Les beaux +colosses en granit rose, +qu'Harmhabi avait adossés +aux jambages de la +porte intérieure de son +premier pylône à Karnak, +les bas-reliefs de son spéos +à Silsilis, son portrait et +celui d'une des femmes de +sa famille que possède le +musée de Boulaq, sont +pour ainsi dire sans tache +et sans reproche. La reine (Fig.194) a une physionomie +spirituelle et animée, de grands yeux presque à fleur de +tête, une bouche large, mais bien proportionnée; elle est +taillée dans un calcaire compact, dont la teinte laiteuse +adoucit la malignité de son regard et de son sourire. +Le roi (Fig.195) est en un granit noir dont le ton lugubre +inquiète et trouble le spectateur au premier +abord. Sa face, jeune, est empreinte d'une mélancolie +assez rare chez les Pharaons de la grande époque. Le +nez est droit, mince, bien attaché au front, l'oeil long. +Les lèvres larges, charnues, un peu contractées aux commissures, se découpent à arêtes vives. Le menton +est à peine alourdi par la barbe postiche. Chaque détail +est traité avec autant +d'adresse que si le sculpteur +avait eu sous la main une +pierre tendre et non pas une +matière rebelle au ciseau; +la sûreté de l'exécution est +poussée si loin qu'on oublie +la difficulté du +travail pour ne +plus songer qu'à +la valeur de l'oeuvre. +Il est fâcheux +que les artistes +égyptiens n'aient +jamais signé leur +nom, car celui +qui a fait le portrait +d'Harmhabi +méritait d'être connu. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + De +même que la XVIIIe dynastie, +la XIXe voulut avoir ses +colosses: le Ramsès II de +Louxor mesurait entre cinq +ou six mètres (Fig.196), celui +du Ramesséum seize, +celui de Tanis dix-huit environ; +ceux d'Ibsamboul, +sans atteindre à cette taille formidable, présentent à +la rivière un front de bataille imposant. C'est presque un lieu commun aujourd'hui de dire que la décadence +de l'art égyptien commença sous Ramsès II. Rien +n'est pourtant moins vrai que cette sorte d'axiome. +Sans doute, beaucoup des statues et des bas-reliefs qui +furent exécutés de +son temps sont +d'une laideur et +d'une rudesse qu'on +a peine à concevoir; +mais on les trouve +surtout dans les villes +de province, où les +écoles n'étaient pas +florissantes, et où +les artistes n'avaient +rien qui pût les guider +dans leurs travaux. +A Thèbes, à +Memphis, à Abydos, +à Tanis et dans les +localités du Delta, +où la cour résidait +habituellement, même à Ibsamboul et à Beit-el-Oualli, +les sculpteurs de Ramsès II ne le cèdent en rien à ceux +de Séti Ier et d'Harmhabi. La décadence ne commença +qu'après Mînephtah. Lorsque les guerres civiles et les +invasions étrangères mirent l'Égypte à deux doigts de +sa perte, l'art souffrit comme le reste et + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig196.png" alt="" style="width: 350px; height: 503px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig197.png" alt="" style="width: 200px; height: 684px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +baissa rapidement. +La peinture et la sculpture sur pierre faiblirent +en premier: rien n'est plus triste que de suivre les progrès +de leur décadence sous les Ramessides, dans les tableaux des tombes royales, sur les reliefs du temple +de Khonsou, sur les colonnes de la salle hypostyle à +Karnak. La sculpture sur bois se maintint quelque +temps encore; les admirables statuettes de prêtres et +d'enfants du musée de Turin datent de la XXe dynastie. +L'avènement de Sheshonq et les querelles +des nomes entre eux achevèrent +de ruiner Thèbes, et l'école qui avait +produit tant de chefs-d'oeuvre s'éteignit +misérablement.<br><br> + +La renaissance ne s'annonça que +trois siècles plus tard, vers la fin de la +dynastie éthiopienne. La statue trop +vantée de la reine Ameniritis (Fig.197) +présente déjà des qualités remarquables. +Les formes, un peu longues +et grêles, sont chastes et délicates; mais +la tête, surchargée de la perruque des +déesses, est morne d'apparence. Psamitik +Ier, consolidé sur le trône par +ses victoires, s'occupa activement de +relever les temples. La vallée du Nil +devint, sous sa direction, comme un +vaste atelier de sculpture et de peinture. La gravure +des hiéroglyphes atteignit une finesse admirable, les +belles statues et les bas-reliefs se multiplièrent, une +école nouvelle se forma. Elle est caractérisée par une +élégance un peu sèche, par l'entente du détail, par une +habileté merveilleuse dans la façon d'assouplir la pierre. +Les Memphites avaient préféré le calcaire, les Thébaines +le granit rose ou gris, les Saïtes s'attaquèrent de préférence au basalte, aux brèches, à la serpentine, et tirèrent +un parti merveilleux de ces matières à grain fin et à +pâte presque partout homogène. Le plaisir de triompher +de la difficulté les entraîna souvent à la rechercher, et +l'on vit des artistes de mérite passer des années et des +années à ciseler des couvercles +de sarcophage, et à découper +des statuettes dans les +blocs les plus durs. La Touéris et les quatre monuments +du tombeau de Psamitik, au +musée de + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +Boulaq, sont jusqu'à +présent les pièces les +plus remarquables que nous +possédions de ce genre de +travail. La Touéris (Fig.198) +avait le privilège de protéger +les femmes enceintes et de +présider aux accouchements. +Son portrait a été découvert +à Thèbes, au milieu de la +ville antique, par des fellahs +en quête d'engrais pour leurs +terres. Elle était debout dans +une petite chapelle en calcaire blanc que le prêtre Pibisi +lui avait dédiée, au nom de la reine Nitocris, fille +de Psamitik Ier. Ce charmant hippopotame, au ventre +arrondi et aux flasques mamelles de femme, est un bel +exemple de difficulté vaincue; mais je ne lui connais +point d'autre mérite. Le groupe de Psamitik a du +moins quelque valeur artistique. Il se compose de quatre pièces en basalte vert, une table d'offrandes, une +statue d'Osiris, une autre de Nephthys et une vache +Hathor, à laquelle le mort est adossé (Fig.199); le +tout un peu flou, un peu artificiel, mais la physionomie +des divinités et du mort ne manque pas de douceur, la +vache est d'un bon mouvement, le petit personnage +qu'elle abrite se groupe bien avec elle. D'autres morceaux +moins connus sont pourtant +très supérieurs à ceux-là. Le style +s'en reconnaît aisément. Ce n'est plus +le faire large et savant +de la première +école memphite, ni +la manière grandiose +et souvent rude +de la grande école +thébaine; les proportions +du corps +s'amincissent et s'élongent, +les membres +perdent en vigueur +ce qu'ils +gagnent en élégance. On remarque en même temps un +changement notable dans le choix des attitudes. Les +Orientaux ont, à se délasser, des postures qui seraient +des plus fatigantes pour nous. Ils passent des +heures entières agenouillés ou assis comme les tailleurs, +les + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 45%;"> +<img src="images/fig198.png" alt="" style="width: 300px; height: 634px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;"> +<img src="images/fig199.png" alt="" style="width: 400px; height: 502px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + jambes croisées et à plat contre sol; ou bien +ils se mettent à croupetons, les genoux réunis et pliés, le +gras du mollet appliqué au revers de la cuisse, sans toucher +le sol autrement que de la plante des pieds; ou bien, ils s'assoient à terre, les jambes accolées, les +bras croisés sur les genoux. Ces quatre poses étaient +en usage, dans le peuple, dès l'ancien empire: les bas-reliefs +le prouvent suffisamment. Mais les sculpteurs +memphites avaient +écarté de la statuaire les +deux dernières, qu'ils jugeaient +disgracieuses, et +ne s'en servaient presque +jamais. A voir le scribe +accroupi du Louvre et le +scribe agenouillé, on +comprend le parti qu'ils +savaient tirer des deux +premières. La troisième +fut négligée, pour les +mêmes raisons sans +doute, par les +sculpteurs thébains. +On commença +à pratiquer +la quatrième +d'une +manière courante, +vers la +XVIIIe dynastie. Peut-être n'était-elle pas auparavant +de mode parmi les classes aisées qui, seules, étaient +assez riches pour commander des statues; peut-être +aussi, les + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 42%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +artistes n'aimaient-ils pas une position qui +faisait ressembler leurs modèles à des paquets cubiques +surmontés d'une tête humaine. Les sculpteurs de l'époque saïte n'eurent pas la même répugnance à en +user que leurs prédécesseurs. Du moins ont-ils combiné +l'action des membres de telle façon, qu'elle ne +choque pas trop nos yeux et cesse presque d'être disgracieuse. +Les têtes sont d'ailleurs d'une perfection +qui rachète bien des défauts. +Quelques-unes sont +évidemment idéalisées: +celle de Pedishashi +(Fig.200) a une expression +de jeunesse et de douceur +spirituelle qu'on n'est pas +habitué à rencontrer sous +le ciseau d'un Égyptien. +D'autres, au contraire, +sont d'une sincérité brutale. +Les rides du front, +la patte d'oie, les plis de +la bouche, les bosses du +crâne, sont accusés avec une complaisance scrupuleuse +sur la petite tête de scribe que le Louvre a récemment +achetée (Fig.201), et sur celle que possède le +prince Ibrahim au Caire. L'école saïte était, en effet, +partagée entre deux partis différents. L'un cherchait +ses modèles dans le passé et s'efforçait de renouveler +l'art amolli de son temps par un retour aux procédés +des plus anciennes écoles memphites: elle y réussit, +et si bien, qu'on a confondu + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 58%;"> +<img src="images/fig200.png" alt="" style="width: 400px; height: 638px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 45%;"> +<img src="images/fig201.png" alt="" style="width: 300px; height: 403px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + parfois ses oeuvres avec +les oeuvres les plus fines de la IVe et de la Ve dynastie. +L'autre, sans s'écarter trop ouvertement de la +tradition, étudiait de préférence le vif et se rapprochait de la nature plus qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. +Peut-être l'aurait-il emporté, si la +conquête macédonienne et le contact +prolongé des Grecs n'avaient +détourné l'art égyptien vers des +voies nouvelles. Le mouvement +fut lent d'abord à se produire. +Les sculpteurs habillèrent les successeurs +d'Alexandre à l'égyptienne +et les transformèrent en +Pharaons, comme ils avaient fait +avant eux les Hyksos et les Perses. +Les pièces qu'on peut attribuer +au règne des premiers Ptolémées +ne diffèrent presque pas de celles +de la bonne époque saïte, et c'est +à peine si on remarque ça et là +des traces d'influence grecque: +ainsi le colosse d'Alexandre II, à +Boulaq (Fig.202), est coiffé d'une +étoffe flottante d'où s'échappent +des boucles frisées. Bientôt pourtant, +la vue des chefs-d'oeuvre de +la Grèce détermina les Égyptiens + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 68%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +d'Alexandrie, de Memphis +et des grandes villes du Delta à +modifier leur manière de procéder. +Une école mixte s'établit, +qui combina certains éléments +de l'art indigène avec d'autres éléments +empruntés à l'art hellénique. L'Isis alexandrine du musée de Boulaq a encore le costume de +l'Isis pharaonique: elle n'en a plus la sveltesse et le +maintien guindé. Une effigie +mutilée d'un prince +de Siout, qui est également +à Boulaq, pourrait +presque passer pour une +mauvaise statue grecque. +Un certain Hor, dont le +portrait a été découvert +en 1881, au pied du Komed-damas, +non loin de +l'emplacement du tombeau +d'Alexandre, nous a +laissé l'oeuvre la plus forte +qu'on ait de ce genre hybride +(Fig.203). La tête +est un bon morceau, d'un +travail un peu sec. Le nez +mince et long, les yeux +rapprochés, la bouche petite +et pincée aux coins, le +menton carré, tous les +traits concourent à prêter +à la figure un caractère de +dureté et d'obstination. La +chevelure est coupée ras, +pas assez cependant pour +qu'elle ne se sépare naturellement en petites mèches +épaisses. Le corps, revêtu de la chlamyde, est assez +gauchement taillé et trop étroit pour la tête. L'un des bras pend, l'autre est ramené sur le ventre; les pieds +manquent. Tous ces monuments sont sortis des fouilles +récentes. Je ne doute pas que le sol d'Alexandrie ne +nous en rendît beaucoup de pareils, si on pouvait +l'explorer méthodiquement. L'école qui les produisit +se rapprocha de plus en plus du +style des écoles grecques, et la +raideur, dont elle ne se dépouilla +jamais entièrement, ne lui fut +pas sans doute comptée comme un +défaut, à une époque où certains +sculpteurs au service de Rome se +piquaient d'archaïsme. Je ne serais +pas étonné si l'on venait à +lui attribuer les statues de prêtres +et de prêtresses revêtues d'insignes +divins, dont Hadrien décora +les parties égyptiennes de sa +villa de Tibur. Hors du Delta, +les écoles indigènes, livrées à +leurs propres ressources, languirent +et dépérirent peu à peu. +Ce n'est pas que les modèles, ni +même les artistes grecs, fissent +entièrement défaut. J'ai découvert +ou acheté dans la Thébaïde, au Fayoum, à Syène, +des statuettes et des statues de style hellénique, d'un +travail correct et soigné. Une d'elles, qui provient de +Coptos, parait être une réplique en petit, d'une Vénus, +analogue à la Vénus de Milo. Mais les sculpteurs du +pays, trop inintelligents ou trop ignorants, ne surent pas tirer de ces modèles le parti que les Alexandrins +avaient tiré des leurs. Quand ils voulurent prêter à leurs +figures la souplesse + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 32%;"> +<img src="images/fig202.png" alt="" style="width: 200px; height: 790px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig203.png" alt="" style="width: 350px; height: 893px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + et la plénitude des formes grecques, +ils ne réussirent qu'à leur faire perdre la précision +sèche, mais savante que leurs maîtres avaient acquise. Au lieu du relief fin, délicat, peu élevé, ils adoptèrent un +relief très saillant au-dessus du fond, mais d'une rondeur +molle et d'un modelé sans vigueur. Les yeux +sourient niaisement, l'aile du nez se relève; la commissure +des lèvres, le menton, tous les traits du visage +sont tirés et semblent vouloir converger vers un même +point central, qui est placé au milieu de l'oreille. Deux +écoles, indépendantes l'une de l'autre, nous ont légué +leurs oeuvres. La moins connue florissait en Ethiopie, +à la cour des rois à demi civilisés qui résidaient à +Méroé. Un groupe, venu de Naga en 1882 et conservé +à Boulaq, nous montre où elle en était arrivée au +1er siècle de notre ère (Fig.204). Un dieu et une reine, +debout côte à côte, sont ébauchés tant bien que mal +dans un bloc de granit gris. L'oeuvre est fruste, lourde, +mais ne manque pas de fierté et d'énergie. L'école qui +l'avait produite, isolée et comme perdue au milieu de +peuplades sauvages, tomba rapidement dans la barbarie +et succomba probablement vers la fin du siècle +des Antonins. L'Égyptienne se soutint quelque temps +encore à l'abri de la domination romaine. Les Césars, +non moins avisés que les Ptolémées, savaient qu'en +flattant les sentiments religieux de leurs sujets égyptiens, +ils assuraient leur domination sur la vallée du +Nil. Ils firent restaurer ou rebâtir à grands frais les +temples des dieux nationaux, sur les plans et dans l'esprit d'autrefois. Thèbes avait été détruite par le tremblement +de terre de l'an 22 avant J.-C. et n'était +plus pour eux qu'un lieu de pèlerinage où les dévots +venaient écouter la voix de Memnon, au lever de l'aurore. +Mais Tibère et Claude achevèrent la décoration +de Dendérah et d'Ombos, Caligula travailla à Coptos, +les Antonins à Philae et à Esnéh. Les escouades de +manoeuvres qu'on employait en leur nom en savaient +encore assez pour tracer des milliers de + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 60%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + bas-reliefs +selon les règles d'autrefois. Ce qu'ils faisaient est +mou, disgracieux, ridicule; la routine seule guidait +leur ciseau: c'était la tradition antique, affaiblie et +dégénérée si l'on veut, mais vivante encore et capable +de ce renouvellement. Les troubles qui éclatèrent au +milieu du IIIe siècle, les incursions des Barbares, les +progrès et le triomphe du christianisme amenèrent la +suspension des derniers travaux et la dispersion des +derniers ouvriers: ce qui restait de l'art national mourut avec eux. + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 40%;"> +<img src="images/fig204.png" alt="" style="width: 250px; height: 641px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br><br> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<H2>CHAPITRE V</H2><br><br> + + +LES ARTS INDUSTRIELS<br><br><br> + + +J'ai dit brièvement ce que furent les arts nobles; il +me reste à parler des arts industriels. Le goût du beau +et l'amour du luxe avaient pénétré de bonne heure toutes +les classes de la société. Vivant ou mort, l'Égyptien +aimait avoir autour de lui et sur lui des bijoux et des +amulettes de prix, des meubles soignés, des ustensiles +élégants. Il voulait que tous les objets à son usage +eussent, sinon la richesse de la matière, au moins la +pureté de la forme, et la terre, la pierre, les métaux, le +bois, les produits des pays ou des contrées lointaines, +furent mis à contribution pour contenter ses exigences.<br><br><br> + + +1.--LA PIERRE, LA TERRE ET LE VERRE.<br><br> + +On ne saurait parcourir une galerie égyptienne sans +être surpris du nombre prodigieux de menues figures +en pierre fine qui sont parvenues jusqu'à nous. On +n'y voit pas encore le diamant, le rubis ni le saphir; +mais, à cela près, le domaine du lapidaire était aussi +étendu qu'il l'est aujourd'hui et comprenait l'améthyste, l'émeraude, le grenat, l'aigue-marine, le cristal de roche, la prase, les mille + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +variétés de l'agate et du jaspe, le lapis-lazuli, +le feldspath, l'obsidienne, des roches comme le +granit, la serpentine, le porphyre, des fossiles comme +l'ambre jaune et certaines espèces de turquoises, des +résidus de sécrétions animales comme le corail, la +nacre, la perle, des oxydes métalliques comme +l'hématite, la turquoise orientale et la malachite. +Le plus grand nombre de ces substances +étaient taillées en perles rondes, carrées, +ovales, allongées en fuseau, en poire, en losange. +Enfilées et disposées sur plusieurs +rangs, on en fabriquait des colliers, et c'est par myriades qu'on les ramasse dans le sable des nécropoles, +à Memphis, à Erment, près d'Akhmîm et +d'Abydos. La perfection avec laquelle beaucoup d'entre +elles sont calibrées, la netteté de la perce, la beauté +du poli, font honneur aux ouvriers; +mais là ne s'arrêtait pas leur science. Sans +autre instrument que la pointe, ils les +façonnaient en mille formes diverses, +coeurs, doigts humains, serpents, animaux, +images de divinités. C'étaient autant +d'amulettes, et on les estimait moins peut-être +pour l'agrément du travail que pour les vertus surnaturelles qu'on leur attribuait. La boucle de ceinture en +cornaline était le sang d'Isis et lavait les péchés de son +maître (Fig.205). La grenouille rappelait l'idée de la +renaissance (Fig.206); la colonnette en feldspath vert +(fig.207), celle du rajeunissement divin. L'oeil mystique, + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig205.png" alt="" style="width: 200px; height: 420px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig206.png" alt="" style="width: 200px; height: 246px;"> +<img src="images/fig207.png" alt="" style="width: 150px; height: 356px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + + +l'ouza (Fig.208), lié au poignet ou au bras par +une cordelette, protégeait contre le mauvais oeil, contre les paroles d'envie ou de colère, contre la morsure +des serpents. Le commerce répandait ces objets dans +les régions du monde antique, et plusieurs d'entre eux, +ceux surtout qui représentaient le scarabée sacré, furent +imités au dehors par les Phéniciens, par les Syriens, en +Grèce, en Asie Mineure, en Etrurie, en Sardaigne. L'insecte +s'appelait en égyptien <i>khopirrou</i>, et son nom dérivait, +croyait-on, de la racine <i>khopiri</i>, devenir. On fit de +lui, par un jeu de mots facile à comprendre, l'emblème de +l'existence terrestre et des devenirs successifs +de l'homme dans l'autre monde. L'amulette +en forme de scarabée (Fig.209) est donc un +symbole de durée présente ou future; le garder +sur soi était une garantie contre la mort. +Mille significations mystiques découlèrent de +ce premier sens. Chacune d'elles fut rattachée subtilement à l'un des actes ou des usages de +la vie journalière, et les scarabées se multiplièrent à +l'infini. Il y en a de toute matière et de toute grandeur, +à tête d'épervier, de bélier, d'homme, de taureau, +les uns fouillés aussi curieusement sur le ventre que +sur le dos, les autres plats et unis par-dessous, d'autres +enfin qui retiennent à peine le vague contour de l'insecte +et qu'on appelle scarabéoïdes. Ils sont percés, dans +le sens de la longueur, d'un trou par lequel on passait +une mince tige de bois, un fil de bronze ou d'argent, +une cordelette pour les suspendre. Les plus gros +étaient comme l'image du coeur. On les collait sur la +poitrine des momies, ailes déployées, et une prière, +tracée sur le plat, adjurait le coeur de ne point porter +témoignage contre le mort au jour du jugement. Pour plus d'efficacité, on joignait à la formule quelques +scènes d'adoration: le disque de la lune acclamé par +deux cynocéphales sur le corselet, deux Ammon accroupis +sur les élytres, sur le plat la barque solaire, et, +sous la barque, Osiris-momie, accroupi entre Isis et +Nephthys qui l'enveloppent de leurs +ailes. Les petits scarabées, après avoir +servi de phylactère, finirent par +n'être plus que des bijoux sans valeur + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + +religieuse, comme les croix que nos +femmes portent au cou en complément +de leur toilette. On en faisait des chatons de +bague, les pendeloques d'un collier ou d'une boucle +d'oreille, les perles d'un bracelet. Le plat est souvent +nu, plus souvent orné de dessins creusés dans la masse, +sans modelé d'aucune sorte; le relief +proprement dit, celui du camée, était +inconnu des lapidaires égyptiens avant +l'époque grecque. Les sujets n'ont pas +été encore classés, ni même recueillis +entièrement. Ce sont de simples combinaisons +de lignes, des enroulements, des entrelacs sans signification précise, des symboles auxquels le +propriétaire attachait un sens mystérieux, et que personne, +sauf lui, ne pouvait comprendre, le nom et les +titres d'un individu, des cartouches royaux ayant un +intérêt historique, des souhaits de bonheur, des éjaculations +pieuses, des conjurations magiques. Plusieurs +scarabées d'obsidienne et de cristal remontent +à la VIe dynastie. D'autres, assez grossiers et sans écriture, +sont en améthyste, en émeraude et même en grenat; ils appartiennent aux commencements du premier +empire thébain. A partir de la XVIIIe dynastie, +on les compte par milliers, et le travail en est d'un fini +proportionné au plus ou moins de dureté de la pierre. +C'est, du reste, le cas pour toutes les sortes d'amulettes. +Les têtes d'hippopotame, les âmes à visage humain, les +coeurs qu'on ramasse à Taoud, au sud de Thèbes, sont +à peine ébauchés; l'améthyste et le + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 25%;"> +<img src="images/fig208.png" alt="" style="width: 200px; height: 209px;"> +<img src="images/fig209.png" alt="" style="width: 200px; height: 213px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + feldspath vert d'où +on les dégageait présentaient à la pointe une résistance, +presque invincible. Au contraire, les boucles de ceinture, +les équerres, les chevets en jaspe rouge, en cornaline +et en hématite, sont ciselés jusque dans les moindres +détails; les pierres étaient de celles qu'un instrument +médiocre attaque sans difficulté. Le lapis-lazuli est +tendre, cassant; il tient mal ses arêtes et semble ne se +plier à aucune finesse. Les Égyptiens y ont façonné +pourtant des portraits de déesses, des Isis, des Nephthys, +des Nit, des Sokhit, qui sont de véritables merveilles +de délicatesse. Les reliefs du corps y sont poussés avec +autant d'assurance que s'ils étaient ménagés dans une +matière moins capricieuse, et les traits du visage, ne +perdent rien à être étudiés à la loupe. La plupart du +temps on a procédé d'une autre méthode. Au lieu de détailler +le relief, on l'a abrégé autant que possible, et on l'a procuré par larges plans contrariés, sacrifiant le rendu +de chaque partie à l'effet de l'ensemble. Les saillants et +les creux du visage sont accentués fortement. L'épaisseur +du cou, la coupe de la gorge et de l'épaule, l'étroitesse +de la taille, l'évasement des hanches, la rondeur du +ventre sont exagérés. Une arête presque tranchante dessine +la ligne de la cuisse et du tibia. Les pieds et les mains sont légèrement agrandis. Tout cela est le produit +d'un calcul à la fois hardi et judicieux. Une +réduction mathématiquement exacte du modèle n'est +pas aussi heureuse qu'on pourrait croire, lorsqu'il +s'agit de sculpter en miniature. La tête perd son caractère, +le cou paraît trop faible, le buste n'est plus +qu'un cylindre inégalement bosselé, les extrémités ne +semblent plus assez solides pour soutenir le poids +du corps, les lignes principales ne se démêlent plus +du chaos des secondaires. En supprimant le plus des +formes accessoires, et en développant celles qui contribuent +à l'expression, les Égyptiens ont échappé au +danger de ne faire que des figurines insignifiantes. +L'oeil rabat de lui-même ce qu'il y a de trop dans ce +qu'il voit et suppose le reste. Grâce à cette tricherie habile, +telle statuette de divinité, qui mesure à peine trois +centimètres, a presque l'ampleur et la gravité d'un +colosse.<br><br> +Le mobilier des dieux et celui des morts étaient +pour une bonne part en pierre solide et durable. J'ai signalé +ailleurs les petits obélisques funéraires qui proviennent +des tombes de l'ancien empire, les bases +d'autel, les stèles, les tables d'offrandes. La mode était +de fabriquer les tables en albâtre ou en calcaire au +temps des pyramides, en granit ou en grès rouge sous +les rois thébains, en basalte ou en serpentine, à partir +de la XXVIe dynastie; mais la mode n'avait rien d'obligatoire, +et l'on en trouve de toute pierre à toutes les +époques. Quelques-unes ne sont que des disques plats +ou creusés légèrement en cuvette. D'autres sont rectangulaires +et étalent, à la partie supérieure, des pains, des vases, des quartiers de boeuf et de gazelle, des fruits +sculptés en relief. Dans celle de Sitou, la libation, au +lieu de s'écouler au dehors, était recueillie dans un +bassin carré, divisé en étages pour montrer la hauteur +de l'eau du Nil dans les réservoirs de Memphis, aux +différentes saisons, vingt-cinq coudées en été pendant +l'inondation, vingt-trois en automne et au commencement +de l'hiver, vingt-deux à la fin de l'hiver et au printemps. +Ces formes diverses prêtent peu au beau; une +des tables de Saqqarah est pourtant une oeuvre véritable +d'art. Elle est en albâtre. Deux lions debout, accotés, +soutiennent une tablette rectangulaire, inclinée en +pente douce; une rigole conduit la libation dans un +vase placé entre la queue des deux bêtes. Les oies en +albâtre de Lisht ne manquent pas non plus de mérite; +elles sont coupées en long par le milieu et dûment évidées +en manière de boîte. Celles que j'ai vues ailleurs, +et en général toutes les figures d'offrandes, pains, gâteaux, +têtes de boeuf ou de gazelle, grappes de raisin +noir en calcaire peint, sont d'un goût douteux et d'une +main maladroite. Elles ne sont pas d'ailleurs très fréquentes, +et je n'en ai guère rencontré en dehors des +tombes de la Ve et de la XIIe dynastie. Les canopes, +au contraire, étaient toujours d'un travail très soigné. +On n'employait que deux sortes de pierre à les fabriquer, +le calcaire et l'albâtre; mais les têtes qui les surmontent +étaient souvent en bois peint. Les canopes de +Pepi Ier sont en albâtre; en albâtre aussi les têtes humaines +des canopes qui appartenaient au roi enterré +dans la pyramide méridionale de Lisht. L'une d'elles +est même d'une finesse d'exécution qu'on ne saurait comparer + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;"> +<img src="images/fig210.png" alt="" style="width: 200px; height: 280px;"> +<img src="images/fig212.png" alt="" style="width: 200px; height: 289px;"> +<img src="images/fig214.png" alt="" style="width: 150px; height: 133px;"> +<img src="images/fig215.png" alt="" style="width: 200px; height: 197px;"> +<img src="images/fig217.png" alt="" style="width: 200px; height: 360px;"> + </td> + +<td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +qu'à celle de la statue de Khâfrî. Les statuettes +funéraires les plus vieilles que nous ayons jusqu'à présent, +celles de la XIe dynastie, sont +en albâtre, comme les canopes; mais, +à partir de la XIIIe, on en taillait en +calcaire fin. Le travail en est de valeur +très inégale. Quelques-unes sont de +véritables chefs-d'oeuvre et nous rendent +la physionomie du mort aussi +fidèlement qu'une statue pourrait le +faire. Les vases à parfums complétaient le mobilier +des temples et des tombes. La nomenclature +est loin d'en être fixée, et la plupart des termes +spéciaux, que les textes nous fournissent, +restent encore sans équivalent pour nous. +Le grand nombre était en albâtre, tourné et +poli: les uns, disgracieux et lourds (Fig.210); +les autres d'une élégance et d'une diversité +de galbe, qui fait honneur à l'esprit inventif +des ouvriers. Ils sont fuselés et pointus par +en bas (Fig.211), ou arrondis de la panse, étroits à la +gorge, plats à la base (Fig.212). Ils n'ont +point d'ornements, si ce n'est parfois deux +boutons de lotus, en guise d'anse, deux +mufles de lion, une petite tête de femme, +qui fait saillie à la naissance du goulot +(Fig.213). Les plus petits n'étaient pas destinés +à contenir des liquides, mais des +pommades, des onguents médicinaux, des pâtes miellées. +Une des séries les plus importantes comprend des +flacons au ventre rebondi, garnis au cou d'un léger rebord cylindrique et d'un couvercle plat (Fig.214). Les +Egyptiens y mettaient la poudre d'antimoine avec laquelle +ils se noircissaient les sourcils et les yeux. Cet +étui à kohol était un des objets de toilette le plus répandu, le seul peut-être dont l'usage fût commun à +toutes les classes de la société. La fantaisie +s'en mêlant, on lui donna toute sorte de +formes empruntées à l'homme, aux plantes, +aux animaux. C'est un lotus ouvert, un +hérisson, un épervier, un singe serrant +une colonne contre sa poitrine ou grimpant +le long d'une jarre, une figure grotesque +du dieu Bîsou, une femme agenouillée +dont le corps évidé contenait la +poudre, une jeune fille qui porte une +amphore. L'imagination des artistes une +fois lancée dans cette voie ne connut plus de limites, +et tout leur fut bon, le granit, le diorite, la brèche et +le jade rosé, l'albâtre, puis le calcaire +tendre, dont le grain se prêtait mieux +à rendre leurs caprices, puis une +substance plus complaisante et plus souple +encore, la terre peinte et émaillée. Si l'art de modeler et de cuire la terre ne s'est pas +développé aussi pleinement en Égypte qu'il a fait en +Grèce, ce n'est pas faute de matière première. La vallée +du Nil fournit en abondance une argile fine et ductile, +dont on aurait pu tirer le plus heureux parti si on +s'était donné la peine de la préparer avec soin; mais +on lui préféra toujours les métaux et la pierre dure +pour les objets de luxe, et le potier se contenta de fournir aux besoins les plus communs du ménage ou +de la vie courante. La terre était prise sans choix, à +l'endroit même où l'ouvrier se trouvait pour le moment, +mal lavée, mal pétrie, puis façonnée au doigt, sur un +tour en bois des plus primitifs, qu'on manoeuvrait +avec la main.<br> + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;"> +<img src="images/fig211.png" alt="" style="width: 150px; height: 395px;"> +<img src="images/fig213.png" alt="" style="width: 150px; height: 347px;"> +<img src="images/fig216.png" alt="" style="width: 200px; height: 312px;"> +<img src="images/fig218.png" alt="" style="width: 200px; height: 431px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;"> +<img src="images/fig219.png" alt="" style="width: 400px; height: 185px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +La cuisson était fort inégale. Certaines +pièces ont été à peine exposées à la flamme et fondent +au contact de l'eau; d'autres ont la dureté de la tuile. +Les tombes de l'ancien empire renferment chacune +quelques vases d'une pâte jaune ou rouge, mêlée souvent, +comme celle des briques, de paille ou d'herbe +finement hachée. Ce sont des jarres de forte taille, sans +pied, ni anse, à la panse + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + ovoïde, au col bas, à l'orifice +largement ouvert et bordé d'un bourrelet, des marmites +et des pots de ménage où l'on emmagasinait les provisions +du mort, des coupes plus ou moins profondes, des assiettes à fond plat, semblables à celles que les +fellahs emploient aujourd'hui encore, parfois même +des services de table ou de cuisine en miniature, destinés +à remplacer les services de grandeur naturelle, +trop coûteux pour les pauvres gens. La surface est +rarement vernie, rarement polie et lustrée, le plus souvent +recouverte d'une couche uniforme de peinture +blanchâtre, qui n'a point reçu le coup de feu et se détache +au moindre choc. Aucun dessin à la pointe, aucun +ornement en creux ou en relief, aucune inscription, +mais, autour du col, les traces de quatre ou cinq filets +parallèles noirs, rouges ou jaunes. Les poteries des +premières dynasties thébaines que j'ai recueillies à +El-Khozam et à Gébéléïn sont plus soignées d'exécution +que celles des dynasties memphites. Elles se répartissent en deux classes. La première comprend des vases à +panse lisse et nue, noire par en bas, rouge sombre par +en haut. L'examen des cassures montre que la couleur +était mêlée à la pâte pendant le brassage: les deux zones, +préparées séparément, étaient soudées ensuite de façon +assez irrégulière, puis glacées uniformément. La seconde +classe contient des vases de formes très variées, +souvent bizarres, d'une terre rouge +ou jaune terne, grands cylindres fermés +par un bout, plats, oblongs, +rappelant la coupe d'un bateau, +burettes conjuguées, deux à deux, +mais ne communiquant pas ensemble +(Fig.215). L'ornementation est répandue sur toute la +surface et consiste d'ordinaire en raies droites, tirées +parallèlement l'une à l'autre ou entre-croisées, en lignes +ondées, en rangées de points ou de petites croix combinées +avec les lignes, le tout en blanc quand le fond +est rouge, en rouge brun quand il est jaune ou blanchâtre. +De temps en temps, des figures d'hommes ou +d'animaux s'intercalent au milieu des combinaisons +géométriques. Le dessin en est rude, presque enfantin, +et c'est à peine si l'on y reconnaît des troupeaux d'antilopes +ou des scènes de chasse à la gazelle. Les manoeuvres +qui produisaient ces esquisses grossières étaient +pourtant contemporains des artistes qui décoraient les +grottes de Béni-Hassan. Pour la période des grandes +conquêtes, les tombeaux thébains nous ont fourni de +pleins musées de poteries, malheureusement assez peu +intéressantes. D'abord des figurines funéraires, rapidement +modelées à la main dans des galettes d'argile allongées. Un peu de terre pincé entre les doigts, et le +nez sort de la masse; deux pastilles et deux moignons +ajoutés après coup représentent les yeux et les bras. Les +plus soignées ont été façonnées dans des moules en terre +cuite dont nous possédons de nombreux spécimens. +Elles étaient généralement coulées d'une seule pièce, +puis retouchées légèrement, cuites, peintes, au sortir du +four, en rouge, en jaune et en blanc, chargées enfin +d'hiéroglyphes à la pointe ou au pinceau. Plusieurs +sont d'un style très fin et égalent presque les figurines +en calcaire: celles du scribe Hori, conservées au +musée de Boulaq, ont environ quarante centimètres de +haut et montrent ce que les Égyptiens auraient pu +faire en ce genre s'ils avaient voulu s'y adonner. Les +cônes funéraires étaient des objets de pure dévotion, +que l'art le plus consommé n'aurait pas réussi à rendre +élégants. Figurez-vous une masse de terre conique, +étirée de long, timbrée à la base d'un cachet sur lequel +étaient imprimés le nom, la filiation, les titres du possesseur, +et enduite jusqu'à la pointe d'une couche de couleur +blanchâtre: c'étaient des simulacres de pains +d'offrandes, destinés à nourrir le mort éternellement. +Beaucoup des vases qu'on déposait dans la tombe sont +peints en imitation d'albâtre, de granit, de basalte, de +bronze ou même d'or, et sont la contrefaçon à bon +marché des vases en matières précieuses que les riches +donnaient aux momies. Parmi ceux qui ont servi à +contenir de l'eau et des fleurs, quelques-uns sont revêtus +de dessins au trait rouge et noir (Fig.216), cercles +et rubans concentriques (Fig.217), méandres, emblèmes +religieux (Fig.218), lignes croisées simulant des filets à mailles étroites, cordons de fleurs ou de boutons, +tiges chargées de feuilles qui descendent du goulot sur +la panse ou remontent de la panse au goulot: ceux +du tombeau de Sennotmou avaient, sur +l'une des faces, un large collier, analogue +au collier des momies, et peint des plus +vives couleurs pour imiter les fleurs naturelles +ou les émaux. +Les canopes en terre +cuite, rares à la XVIIe dynastie, deviennent +de plus en plus fréquents à mesure +que Thèbes s'appauvrit. Les têtes qui les recouvrent +sont ordinairement jolies de coupe et d'expression, +surtout la tête humaine. Modelées à la +main, évidées pour diminuer le poids, puis +cuites longuement, on les revêtait chacune des +couleurs particulières au génie qu'elles représentaient. +Vers la XXe dynastie, l'usage s'établit d'y enfermer +le corps des animaux sacrés. Ceux +qu'on trouve près d'Akhmîm contenaient des +chacals et des éperviers; ceux de Saqqarah, +des serpents, des rats embaumés, des oeufs; +ceux d'Abydos, des ibis. Les derniers sont +de beaucoup les plus beaux. La déesse protectrice +Khouit étend ses ailes sur la panse, +tandis qu'Hor et Thot présentent la bandelette +et le vase à onguent: le tout est en bleu +et rouge sur fond blanc. A partir de l'époque grecque, +la pauvreté augmentant toujours, la fabrication s'étendit +des canopes aux cercueils. L'isthme de Suez, Ahnas-el-Médinéh, +le Fayoum, Assouân, la Nubie, possèdent des nécropoles +entières ou l'on ne rencontre que des sarcophages en terre cuite. Plusieurs ont l'apparence +des caisses oblongues, arrondies aux deux +bouts, au couvercle en dos d'âne. Celles qui ont encore +la forme humaine sont de style barbare. La tête est surmontée +d'une sorte de boudin qui simule l'ancienne +coiffure égyptienne, les traits du visage sont indiqués +en deux ou trois coups de pouce ou d'ébauchoir: deux +petites pelotes, appliquées gauchement sur la poitrine, +marquent un cercueil de femme. Même en ces derniers +temps de la +civilisation égyptienne, +les pièces +les plus grossières +sont les seules qui +gardent la teinte +naturelle de la terre. Là, comme ailleurs, on la cachait +presque toujours sous une couche de couleur ou +d'émail richement coloré.<br><br> + +Le verre a été connu en Égypte de toute antiquité. +La fabrication en est représentée dans quelques tombeaux, +plusieurs milliers d'années avant notre ère +(Fig.219). L'ouvrier, assis devant le foyer, recueillait +au bout de sa canne une petite quantité de matière +en fusion, et la soufflait prudemment, en ayant soin de +la maintenir à la flamme pour l'empêcher de durcir +pendant l'opération. L'analyse chimique montre que le +verre égyptien avait à peu près la même composition +que le nôtre; mais il renferme, outre la silice, la chaux, +l'alumine, la soude, des quantités relativement considérables +de substances étrangères, cuivre, oxyde de fer +et de manganèse, dont on ne savait pas le débarrasser. Aussi n'est-il presque jamais d'une teinte très pure; il +a une nuance incertaine qui tire sur le jaune ou sur +le vert. Certaines pièces, de mauvaise fabrication, se +sont décomposées dans toute leur épaisseur, et tombent, +à la moindre pression, en lamelles ou en poussière irisée. +D'autres n'ont pas trop souffert du temps ou de +l'humidité, mais elles sont striées et pleines de bulles. +D'autres enfin, mais peu, sont d'une homogénéité et +d'une limpidité parfaites. La vogue ne s'attachait pas, +comme chez nous, aux verres incolores; elle était aux +verres de couleur, opaques ou transparents. On les +teignait en mêlant des oxydes métalliques aux ingrédients +ordinaires, du cuivre et du cobalt pour les +bleus, du cuivre pour les verts, du manganèse pour les +violets et pour les bruns, du fer pour les jaunes, du +plomb ou de l'étain pour les blancs. Une variété de +rouge haricot renferme trente pour cent de bronze et +s'enveloppe d'une couche de vert-de-gris sous l'influence +de l'humidité. Toute cette chimie était empirique et de +pur instinct. Les ouvriers trouvaient autour d'eux les +éléments nécessaires, ou les recevaient du dehors, et +s'en servaient tels quels, sans être toujours assurés +d'obtenir l'effet qu'ils recherchaient: beaucoup de leurs +combinaisons les plus harmonieuses étaient dues au +hasard, et ils ne pouvaient pas les reproduire à volonté. +Les masses qu'ils obtenaient de la sorte atteignaient +parfois des dimensions considérables: les auteurs +classiques nous parlent de stèles, de cercueils, de +colonnes d'une seule pièce. A l'ordinaire, on n'employait +le verre qu'à la fabrication des petits objets, +surtout à la contrefaçon des pierres fines. Si peu coûteuses qu'elles fussent sur les marchés de l'Égypte, +elles n'étaient pas accessibles à tout le monde. Les +verriers imitèrent l'émeraude, le jaspe, le lapis-lazuli, +la cornaline, et cela avec une telle perfection que +nous sommes souvent embarrassés aujourd'hui pour +distinguer les pierres vraies des fausses. On les coulait +dans des moules en pierre ou en calcaire à la +forme qu'on voulait, perles, disques, anneaux, pendeloques +de colliers, rubans et baguettes étroites, plaques +chargées d'hommes ou d'animaux, images de dieux et +de déesses. On en faisait des yeux et des sourcils pour +le visage des statues en pierre ou en bronze, des bracelets +pour leurs poignets, on les sertissait dans le +creux des hiéroglyphes, on les découpait en hiéroglyphes, +on en composait des inscriptions entières +qu'on encadrait dans le bois, dans la pierre ou dans le +métal. Les deux caisses où reposait la momie de Notemit, +mère du pharaon Hrihor-Siamon, sont décorées +de cette manière. Une feuille d'or les recouvre en +entier, à l'exception de la coiffure et de quelques détails: +les textes et les parties principales de l'ornementation +sont formés d'émaux, dont les teintes vives +se détachent sur le ton mat de l'or. Les momies du +Fayoum étaient enduites de plâtre ou de stuc, où l'on +incrustait les scènes et les légendes qu'on se contentait +de peindre partout ailleurs. Les plus grandes étaient +composées de plusieurs morceaux de verre, rapportés +et retouchés au ciseau à l'imitation d'un bas-relief. +Ainsi, la déesse Mâït a les nus, la face, les mains, les +pieds, en bleu turquoise, la coiffure en bleu très +sombre, la plume en filets alternativement bleus et + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig220.png" alt="" style="width: 200px; height: 440px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +jaunes, la robe en rouge haricot. Sur le naos en bols, +récemment découvert dans le voisinage de Daphné, et +sur un fragment de cercueil du musée de Turin, les +hiéroglyphes en verre multicolore ressortent directement +sur le fond sombre du bois. Le tout forme un ensemble +d'un éclat et d'une richesse à peine concevables. +Verres filigranés, verres gravés et taillés, verres soudés, +verres simulant le bois, la paille, la corde, les Égyptiens +n'ont rien ignoré. J'ai eu entre les mains une règle +carrée, formée de baguettes multicolores agglutinées, +et dont la tranche laissait lire le cartouche d'un des +Amenemhât: le motif se prolongeait dans la masse, et, +à quelque endroit de la hauteur qu'on le coupât, le +cartouche reparaissait. Les verres à miniatures remplissent +presque à eux seuls une vitrine entière du musée +de Boulaq. Ici, c'est un singe à quatre pattes, qui flaire +un gros fruit posé à terre. Là, un portrait de femme, +dessiné de face, sur fond blanc ou vert d'eau encadré de +rouge. La plupart des plaques ne représentent que des +rosaces, des étoiles, des fleurs isolées ou mariées en +bouquet. Une des plus petites porte un boeuf Apis, à la +robe blanche et noire, debout, marchant: le travail en +est si délicat qu'il ne perd rien à être examiné à la +loupe. La plupart des objets de ce genre ne sont pas +antérieurs à la première dynastie saïte; mais les fouilles +exécutées à Thèbes ont prouvé que, dès le Xe siècle +avant + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +notre ère, le goût et, par suite, la fabrication des +verres multicolores étaient chose commune en Égypte. +On a recueilli, à Gournét-Murraï et à Shéikh-Abd-el-Gournah, +non seulement les amulettes à l'usage des +morts, colonnettes, coeurs, yeux mystiques, hippopotames debout sur leurs pattes de derrière, canards +accouplés, en pâtes bleues, rouges, jaunes, +mélangées, mais des vases du type de ceux +qu'on est accoutumé à considérer comme +étant de travail phénicien et cypriote. +Voici, par exemple, une petite oenochoé en +verre bleu clair semi-opaque (Fig.220): +l'inscription au nom de Thoutmos III, les +oves du goulot et les palmes de la panse +sont tracés en jaune. Voici encore une ampoule +lenticulaire, haute de huit centimètres +(Fig.221), à fond bleu marin +d'une intensité et d'une pureté admirables, +sur lequel un semis de +feuilles de fougère s'enlève en jaune, +d'un trait fin et hardi; deux petites +anses vert clair s'attachent au col et +un filet jaune court sur le rebord du +goulot. Une amphore de même +taille est d'un vert olive profond et +demi- + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig221.png" alt="" style="width: 250px; height: 337px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig222.png" alt="" style="width: 200px; height: 339px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +transparent (Fig.222). Une ceinture +de chevrons bleus et jaunes, saisis entre +quatre lignes jaunes, lui serre la panse à +l'endroit le plus large; les anses sont +vert clair et le filet est bleu tendre. La +princesse Nsikhonsou avait à côté d'elle, +dans la cachette de Déir-el-Baharî, des +gobelets de travail analogue, sept en +pâte unie vert clair, jaune, bleue, quatre +en une pâte noire mouchetée de blanc, un seul enveloppé +de feuilles de fougère multicolores, disposées sur deux rangs (Fig.223). Les manufactures étaient donc en +pleine activité dès le temps des grandes dynasties thébaines. +Des monceaux de scories, mêlées à des rebuts +de cuisson, marquent encore, au Ramesséum, à El-Kab, +sur le tell d'Ashmounéïn, la place où leurs fourneaux +s'allumaient.<br><br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 55%;"> +<img src="images/fig223.png" alt="" style="width: 400px; height: 391px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Les Égyptiens émaillaient la pierre. La moitié au +moins des scarabées, +des cylindres et +des amulettes que +renferment nos musées, +sont en calcaire, +en schiste, en lignite, +revêtus d'une glaçure +colorée. L'argile ordinaire +ne leur paraissait +pas sans +doute appropriée à +ce genre de décoration. +Ils la remplaçaient +par plusieurs sortes de terre, l'une blanche et +sableuse, l'autre bise et fine, produite par la pulvérisation +d'un calcaire spécial, qu'on trouve en abondance aux +environs de Qénéh, de Louxor et d'Assouân, une troisième +rougeâtre et mêlée de grès en poudre et de brique +pilée. Ces substances diverses sont bien connues sous les +noms également inexacts de <i>porcelaines</i> ou <i>faïences +égyptiennes</i>. Les plus anciennes, à peine lustrées, sont +couvertes d'un enduit excessivement mince, sauf dans +le creux des + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + hiéroglyphes et des figures, où la matière +vitreuse accumulée tranche, par son aspect luisant, sur le ton mat des parties environnantes. Le vert est de beaucoup +la couleur la plus fréquente sous les anciennes +dynasties; mais le jaune, le rouge, le brun, le violet, le +bleu, n'étaient point dédaignés. Le bleu l'emporta dans +les manufactures thébaines, dès les premières années du +moyen empire. C'est, d'ordinaire, un bleu brillant et +doux, imitant la turquoise ou le lapis-lazuli. Le musée +de Boulaq possédait +jadis trois hippopotames +de cette +nuance, découverts à +Drah-aboûl-Neggah, +dans la tombe d'un +Entouf. + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig224.png" alt="" style="width: 350px; height: 256px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;"> +<img src="images/fig225.png" alt="" style="width: 200px; height: 215px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + Un était couché, +les deux autres +sont debout dans un +marais, et le potier a dessiné sur leur corps, à l'encre +noire, des fourrés de roseaux et de lotus au milieu desquels +volent des oiseaux et des papillons (Fig.224). +C'était une manière de montrer la bête dans son milieu +naturel. Le bleu en est profond, éclatant, et il faut descendre +vingt siècles d'un coup pour en retrouver d'aussi +pur, parmi les statuettes funéraires qui proviennent de +Déir-el-Baharî. Le vert reparaît avec les dynasties saïtes, +plus pâle qu'aux anciennes époques. Il domine dans le +nord de l'Égypte, à Memphis, à Bubaste, à Saïs, mais +sans éliminer entièrement le bleu. Les autres nuances +n'ont été d'usage courant que pendant quatre ou cinq +siècles, d'Ahmos Ier aux Ramessides. C'est alors, mais +alors seulement, + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + qu'on voit se multiplier les <i>Répondants</i> +à vernis blanc ou rouge, les fleurs de lotus et les rosaces jaunes, rouges et violettes, les boîtes à kohol +bariolées. Les potiers du temps d'Amenhotpou III +avaient un goût particulier pour les tons gris et violets. +Les olives au nom de ce pharaon et des princesses de sa +famille portent des hiéroglyphes en bleu léger sur un +fond mauve des plus délicats. Le +vase de la reine Tiï, au musée de +Boulaq, est d'un gris mêlé de bleu; +il a, autour du goulot, des ornements +et des légendes en deux couleurs. +La fabrication des émaux +multicolores paraît avoir atteint +son plus grand développement +sous Khouniaton: du moins est-ce à Tell-Amarna que + + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig226.png" alt="" style="width: 200px; height: 195px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig227.png" alt="" style="width: 150px; height: 190px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +j'en ai trouvé les modèles les plus fins et les plus légers, +des bagues jaunes, vertes, violettes, +des fleurettes blanches ou bleues, +des poissons, des luths, des grenades, +des grappes de raisin. Telle +figurine d'Hor a le corps bleu et +la face rouge; tel chaton +de bague porte, sur une +surface bleu clair, le nom du roi réservé en +violet. Si restreint que soit l'espace, les tons +divers ont été posés avec une telle sûreté de +main qu'ils ne se confondent jamais, mais tranchent vivement +l'un sur l'autre. Un vase à poudre d'antimoine, +ciselé et monté sur un pied à jour, est glacé de rouge brun +(Fig.225). Un autre, qui a la forme d'un épervier mitré, + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + <img src="images/fig228.png" alt="" style="width: 300px; height: 325px;"> <img src="images/fig229.png" alt="" style="width: 300px; height: 339px;"><br> + +est bleu, rehaussé de taches noires; il appartenait +jadis au roi Ahmos Ier. Un troisième, creusé dans un hérisson de bonne volonté, est d'un vert chatoyant +(Fig.226). Une tête de pharaon, d'un bleu mat, +porte une coiffure rayée de +bleu sombre. Si belles que +soient ces pièces, le chef-d'oeuvre +de la série est la statuette +du premier prophète +d'Amon Ptahmos, à Boulaq. +Les hiéroglyphes et les détails +du maillot funéraire ont été +gravés en relief, sur un fond +blanc d'une égalité admirable, +puis remplis d'émaux. Le visage et les mains sont bleu +turquoise, la coiffure est jaune à raies violettes, violets +également sont les caractères +de l'inscription et le +vautour qui déploie ses +ailes sur la poitrine. Le tout +est harmonieux, brillant, +léger: aucune bavure n'émousse +la pureté des contours +ou la netteté des traits.<br> + +<img src="images/fig230.png" alt="" style="width: 700px; height: 627px;"><br> + +La poterie émaillée fut +commune en tous temps. +Les tasses à pied (Fig.227), +les bols bleus, arrondis du +fond et ornés d'yeux mystiques, +de lotus, de poissons +(Fig.228), de palmes à l'encre noire, sont en général +de la XVIIIe, de la XIXe ou de la XXe dynastie. Les +ampoules lenticulaires, à vernis verdâtre, garnies de rangs de perles ou d'oves sur la tranche, de colliers sur +la panse, et flanquées de deux singes accroupis en guise +d'anses, appartiennent toutes, ou peu s'en faut, au règne +d'Apriès et d'Amasis (Fig.229). Manches de sistre, +coupes, vases à boire en forme de lotus à demi épanoui, +plats, écuelles de table, les Égyptiens aimaient cette +vaisselle fraîche au toucher, agréable à l'oeil et facile à +tenir propre. Poussaient-ils le goût de l'émail jusqu'à +en recouvrir les murs mêmes de leurs maisons? Rien ne +permet de l'affirmer ou de le nier avec certitude, et les +quelques exemples que nous avons de ce mode de décoration +proviennent tous d'édifices royaux. On lit le +prénom et la bannière de Pepi Ier sur une brique jaune, +les noms de Ramsès III sur une verte, ceux de + +<img src="images/fig231.png" alt="" style="width: 100px; height: 287px;"> +<img src="images/fig232.png" alt="" style="width: 200px; height: 316px;"> +<img src="images/fig233.png" alt="" style="width: 200px; height: 312px;"><br> + Séti Ier et de Sheshonq sur des fragments rouges et blancs. +Une des chambres de la pyramide à degrés de Saqqarah +avait gardé jusqu'au commencement du siècle +sa parure de faïence (Fig.230). Elle était revêtue +aux trois quarts de plaques vertes, +oblongues, légèrement convexes au dehors, +mais plates à la face interne (Fig.231); une +saillie carrée, percée d'un trou, servait à les +assembler par derrière, sur une seule ligne horizontale, +au moyen d'une baguette de bois. +Les trois bandes qui encadraient la porte du +fond sont historiées aux titres d'un pharaon +mal classé des premières dynasties memphites. Les +hiéroglyphes s'enlèvent en bleu, en rouge, +en vert, en jaune, sur un ton chamoisé. +Vingt siècles plus tard, Ramsès III essaya +d'un genre nouveau à Tell-el-Yahoudî. Cette + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 25%;"> +<img src="images/fig234.png" alt="" style="width: 300px; height: 305px;"><br> +<img src="images/fig235.png" alt="" style="width: 400px; height: 268px;"><br> +<img src="images/fig236.png" alt="" style="width: 300px; height: 316px;"><br> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +fois ce n'est plus d'une seule chambre, +c'est d'un temple entier qu'il s'agit. Le +noyau de la bâtisse était en calcaire et en albâtre; +mais les tableaux, au lieu d'être sculptés +comme à l'ordinaire, étaient en une sorte +de mosaïque, où la pierre découpée et la +terre vernissée se combinaient à parties +presque égales. L'élément le plus fréquemment +répété est une rondelle en frite sableuse, +revêtue d'un enduit bleu ou gris, sur lequel +se détachent en nuance crème des rosaces simples, +(Fig.232) ou encadrées de dessins géométriques +(Fig.233), des toiles d'araignées, des fleurs ouvertes. +Le bouton central est en relief, les feuilles et les réseaux sont incrustés dans la masse. Ces rondelles, dont +le diamètre varie d'un à dix centimètres, étaient fixées +à la paroi au moyen d'un ciment très fin. On les +employait à dessiner des ornements +très divers, enroulements, rinceaux, +filets parallèles, tels qu'on les voit +sur un pied d'autel et sur une base +de colonne conservés à Boulaq. +Les cartouches étaient en général +d'une seule pièce, ainsi que les +figures: les détails, creusés ou modelés sur la terre +avant la cuisson, +étaient ensuite recouverts +chacun du +ton qui lui appartenait. +Les lotus et +les feuillages qui +couraient sur le +soubassement ou le +long des corniches +étaient au contraire formés de morceaux indépendants: +chaque couleur est une pièce découpée +de manière à s'ajuster exactement +aux pièces voisines (Fig.234). +Le temple avait été exploité au +commencement du siècle, et le +Louvre possédait, depuis Champollion, +des figures de prisonniers +qui en proviennent. Ce qui en restait a été démoli, il +y a quelques années, par les marchands d'antiquités, et +les débris en sont dispersés un peu partout. Mariette en recueillit à grand'peine les fragments les plus importants, +le nom de Ramsès III, qui nous donne la +date de la construction, des bordures de lotus et d'oiseaux +à mains + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +humaines (Fig.235), des têtes d'esclaves +nègres (Fig.236) ou asiatiques. La destruction de ce +monument est d'autant plus fâcheuse que les Égyptiens +n'ont pas dû en édifier beaucoup du même type. +La brique émaillée, le carreau, la mosaïque d'émail se +gâtent aisément: c'était là un vice rédhibitoire pour +un peuple épris de force et d'éternité.<br><br><br> + + +2.--LE BOIS, L'IVOIRE, LE CUIR ET LES MATIÈRES TEXTILES.<br><br> + +L'ivoire, l'os, la corne sont assez rares dans les musées: +ce n'est pas une raison pour croire que les Égyptiens +n'en aient pas tiré bon parti. La corne ne dure +guère: certains insectes en sont très friands et la détruisent +en fort peu de temps. L'os et l'ivoire perdent +aisément leur consistance et deviennent friables. Les +Égyptiens connaissaient les éléphants de toute antiquité; +peut-être même les ont-ils rencontrés dans la +Thébaïde, au moment où ils s'y installèrent, car le +nom de l'île d'Éléphantine est écrit avec l'image d'un +de ces animaux, dès la Ve dynastie. L'ivoire leur arrivait +des régions du haut Nil par dents et par demi-dents. +Ils le teignaient à volonté en vert ou en rouge, +mais lui laissaient le plus souvent sa teinte naturelle +et l'employaient beaucoup en menuiserie, pour incruster +des chaises, des lits et des coffrets; ils en fabriquaient +aussi des dés à jouer, des peignes, des + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 14%;"> +<img src="images/fig237.png" alt="" style="width: 100px; height: 418px;"> + </td> + +<td style="vertical-align: top; width: 58%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +épingles à cheveux, des ustensiles de toilette, des cuillers +d'un travail délicat (Fig.237), des étuis à collyre +creusés dans une colonne surmontée d'un chapiteau, +des encensoirs formés d'une main qui supporte un +godet en bronze où brûler des parfums, des boumérangs +couverts au trait de divinités et d'animaux +fantastiques. Quelques-uns de ces objets +sont de véritables oeuvres d'art: ainsi, à +Boulaq, un manche de poignard qui représente +un lion, les reliefs plaqués sur la boîte +à jeu de Touaï, qui vivait à la fin de la +XVIIe dynastie, une figurine de la Ve dynastie +malheureusement mutilée, mais qui garde encore +des traces de couleur rose, et la statue en +miniature d'Abi, qui mourut sous la XIIIe. +Elle est juchée majestueusement sur une colonne +en campane. Le personnage regarde +droit devant lui, d'un air majestueux que ses +oreilles très écartées de la tête rendent tant +soit peu comique. La touche est large et spirituelle. Le +morceau pourrait être comparé sans trop de désavantage +aux bons ivoires italiens de la Renaissance. épingles à cheveux, des ustensiles de toilette, des cuillers +d'un travail délicat (Fig.237), des étuis à collyre +creusés dans une colonne surmontée d'un chapiteau, +des encensoirs formés d'une main qui supporte un +godet en bronze où brûler des parfums, des boumérangs +couverts au trait de divinités et d'animaux +fantastiques. Quelques-uns de ces objets +sont de véritables oeuvres d'art: ainsi, à +Boulaq, un manche de poignard qui représente +un lion, les reliefs plaqués sur la boîte +à jeu de Touaï, qui vivait à la fin de la +XVIIe dynastie, une figurine de la Ve dynastie +malheureusement mutilée, mais qui garde encore +des traces de couleur rose, et la statue en +miniature d'Abi, qui mourut sous la XIIIe. +Elle est juchée majestueusement sur une colonne + + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig238.png" alt="" style="width: 200px; height: 643px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +en campane. Le personnage regarde +droit devant lui, d'un air majestueux que ses +oreilles très écartées de la tête rendent tant +soit peu comique. La touche est large et spirituelle. Le +morceau pourrait être comparé sans trop de désavantage +aux bons ivoires italiens de la Renaissance.<br><br> +L'Égypte ne nourrit pas beaucoup d'arbres, encore +la plupart de ceux qu'elle produit sont-ils impropres à +la sculpture. Les deux espèces les plus répandues, le +palmier et le doum, sont d'une fibre grossière et par trop +inégale. Quelques variétés de sycomore et d'acacia ont +seules un corps dont le grain souple et fin se prête au +travail du ciseau. Le bois n'en était pas moins la matière +favorite des sculpteurs qui voulaient faire vite et à bon +marché. Ils le choisissaient parfois pour des oeuvres d'importance, telles que les supports du double, et nous +jugeons par le Shéikh-el-beled de quelle hardiesse et +de quelle ampleur ils savaient le traiter. Mais les billots +ou les poutres dont ils disposaient avaient rarement +la longueur et la largeur suffisante pour qu'on en +tirât une statue d'une seule pièce. Le +Shéikh-el-beled lui-même, qui cependant +n'est pas de grandeur naturelle, +est un assemblage de morceaux tenus +par des chevilles carrées. On s'accoutuma +donc à ramener les sujets qu'on +voulait exécuter en bois à des proportions +telles qu'on pût les tailler tout entiers +dans un même bloc; sous les dynasties +thébaines, les statues d'autrefois +sont devenues des statuettes. L'art ne +perdit rien à cette décroissance, et plus +d'une parmi ces figurines est comparable +aux plus beaux ouvrages de l'ancien +empire. La meilleure peut-être est +au musée de Turin, et appartient à la +XXe dynastie. Elle représente une fillette +sans vêtement qu'une ceinture étroite +passée sur les reins. Elle est encore à cet +âge indécis où le sexe n'est pas développé et où les +formes tiennent à la fois du garçon et de la femme. La +tête est d'une expression douce et mutine: c'est, à trente +siècles de distance, le portrait de ces gracieuses filles +d'Eléphantine qui se promènent nues sous le regard des +étrangers, sans gêne et sans impudeur. Trois petits +hommes du musée de Boulaq sont probablement contemporains de la figurine de Turin. Ceux-là sont revêtus +du costume d'apparat et + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig239.png" alt="" style="width: 200px; height: 735px;"> + </td> + +<td style="vertical-align: top; width: 44%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +ce n'est que justice, car l'un +d'eux était le favori du roi, Hori, +surnommé Râ. Ils marchent droit, +d'un mouvement calme et mesuré, +le buste bien effacé, la tête haute: +l'expression de leur physionomie +est maligne et rusée. Un officier +(Fig.238), qui a pris sa retraite au +Louvre, est en demi-costume militaire +du temps d'Amenhotpou III +et de ses successeurs: perruque +légère, sarrau collant à manches +courtes, pagne bridant sur la hanche, +descendant à peine jusqu'à +mi-cuisse et garni sur le devant +d'une pièce d'étoffe bouffante, gaufrée +dans le sens de la longueur. +Il a pour voisin un prêtre (Fig.239) +coiffé de petites mèches étagées, +vêtu de la jupe longue tombant à +mi-jambe et s'étalant en une sorte +de tablier plissé. Il supporte à deux +mains un insigne divin, consistant +en une tête de bélier surmontée du +disque solaire, le tout emmanché +au bout d'une hampe solide. Officier +et prêtre sont peints en brun +rouge, à l'exception des cheveux qui sont noirs, de la +cornée des yeux qui est blanche et de l'insigne divin +qui est jaune. Chose curieuse, leur camarades de vitrine, la petite dame Nâï, est peinte comme eux en rouge et +non en jaune, qui est la couleur réglementaire des +femmes en Égypte (Fig.240). Elle est prise dans un +peignoir collant, garni de haut en bas d'une broderie +en fil blanc. Elle porte au cou un collier d'or à trois +rangs, et aux poignets des bracelets d'or, sur la tête +une perruque dont les tresses descendent +jusqu'à la naissance de la gorge. Le +bras droit pend le long du corps, et la +main + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig240.png" alt="" style="width: 200px; height: 639px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + tenait un objet, probablement un +miroir en métal, qui a disparu: le bras +gauche est replié sur la poitrine, et la +main serre une tige de lotus dont le bouton +pointe entre les seins. Le corps est +souple et bien fait, la gorge jeune, droite +et peu développée, la face large et souriante +avec une expression de douceur et +de vulgarité. L'artiste n'a pas su éviter +la lourdeur dans l'agencement de la coiffure, +mais le buste est modelé avec une +élégance chaste, la robe dessine les formes +sans les exposer trop indiscrètement, le +geste par lequel la jeune femme ramène la fleur sur sa +poitrine est rendu avec finesse et naturel. Ce sont là des +portraits, et, comme les modèles n'étaient pas d'ordre +très relevé, on peut supposer qu'ils ne s'étaient pas +adressés pour les avoir aux faiseurs en renom: ils +avaient eu recours à des ouvriers sans prétention, mais +la science de la forme et la sûreté de l'exécution sont +bien propres à prouver jusqu'à quel point l'influence +de la grande école de sculpture qui florissait alors à Thèbes s'exerçait fortement, même sur les gens de métier.<br><br> + +Elle est plus sensible encore quand on étudie l'attirail +de la toilette et le mobilier proprement dit. Ce ne +serait pas petite affaire que de passer en revue tous les +menus ustensiles de parure féminine, auxquels la fantaisie +des artistes donnait une forme ingénieuse et spirituelle. +Les manches de miroir représentent le plus +souvent une tige de lotus ou de papyrus, surmontée +d'une fleur épanouie d'où sort le disque de métal poli; +quelquefois une jeune fille nue ou vêtue d'une chemise +étroite le tient en équilibre sur sa tête. Les épingles à +cheveux se terminent en serpent lové, en museau de +chacal, de chien, en bec d'épervier. La pelote dans laquelle +elles sont plantées est un hérisson ou une tortue, +dont la carapace est percée de trous selon un +dessin régulier. Les chevets, sur lesquels on appuyait +la tête pour dormir, étaient décorés de reliefs empruntés +aux mythes de Bîsou et de Sokhit: la tête grimaçante du +dieu s'étale sur les bas côtés ou sur la base. Mais c'est +surtout dans l'exécution des cuillers à parfum ou des +étuis à collyre que brille le génie inventif des ouvriers. +On se servait des cuillers pour manier, sans trop se +salir, soit des essences, soit des pommades, soit les fards +de différentes couleurs dont hommes et femmes se teignaient +les joues, les lèvres, le bord et le dessous des +yeux, les ongles, la paume des mains. Les motifs sont +empruntés généralement à la faune ou à la flore du Nil. +Un des étuis de Boulaq a la figure d'un veau couché, +creusé pour servir de boîte: la tête et le dos de l'animal +s'enlèvent et font couvercle. Une cuiller du même +musée représente un chien qui se sauve, emportant un énorme poisson dans sa gueule: le corps du poisson +est le bol de la cuiller (Fig.241). L'autre est un cartouche +qui jaillit d'un lotus épanoui, un fruit +de lotus posé sur un bouquet de fleurs +(Fig.242) ou un simple récipient triangulaire +(Fig.243) flanqué de deux boutons. Les +plus soignées combinent avec ces données la +figure humaine. + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 33%;"> +<img src="images/fig241.png" alt="" style="width: 200px; height: 717px;"> + </td> + +<td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;"> +<img src="images/fig242.png" alt="" style="width: 200px; height: 834px;"> + </td> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 33%;"> +<img src="images/fig243.png" alt="" style="width: 200px; height: 719px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Une jeune fille nue, sauf une +ceinture qui lui serre les hanches, nage, +tenant la tête bien hors de l'eau +(Fig.244); ses deux bras allongés +poussent un canard creusé en +boîte, et dont les deux ailes, + +<img src="images/fig244.png" alt="" style="width: 700px; height: 208px;"> +s'écartant à volonté, tiennent lieu +de couvercle. Au Louvre, c'est encore une +jeune fille (Fig.245), mais perdue dans les +lotus et qui cueille un bouton. +Une botte de tiges, d'où s'échappent +deux fleurs épanouies, +réunit le manche au bol de la +cuiller, dont l'ovale tourne sa partie +ronde au dehors, sa pointe à +l'intérieur. Ailleurs, la jeune fille (Fig.246) +est encadrée entre deux tiges fleuries et +marche en jouant de la guitare à long manche. +Ailleurs encore, la musicienne est debout +sur une barque + +<img src="images/fig245.png" alt="" style="width: 700px; height: 557px;"> +(fig.247) ou est remplacée par une porteuse d'offrandes. Parfois enfin, +c'est un esclave qui s'avance, courbé sous +le poids d'un énorme sac. Tous ces personnages ont +chacun leur physionomie et leur + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig248.png" alt="" style="width: 250px; height: 760px;"> + </td> + +<td style="vertical-align: top; width: 37%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + âge caractérisés nettement. La cueilleuse de lotus est bien née, comme +l'indique sa chevelure nattée avec soin et la jupe +plissée dont elle est habillée. Les dames thébaines +étaient vêtues de long, et celle-là ne s'est troussée +haut qu'afin de pouvoir marcher par les roseaux sans +mouiller ses vêtements. +Au contraire, les deux +musiciennes et la nageuse +sont de condition inférieure ou servile. Deux +d'entre elles n'ont qu'une ceinture, la troisième a un +jupon court lié négligemment. La porteuse d'offrandes +(Fig.248) est coiffée de la longue tresse pendante dont on affublait les enfants. C'est une de ces adolescentes +minces et fluettes, comme on en voit beaucoup +encore chez les fellahs des bords du Nil, et sa nudité +ne l'empêche pas d'être de naissance ingénue; les +enfants nobles ne commençaient à prendre le costume +de leur sexe que vers l'âge de puberté. +Enfin l'esclave (Fig.249), avec +ses lèvres épaisses, son nez plat, sa +mâchoire lourde et bestiale, son front +déprimé, sa tête glabre en pain de +sucre, est évidemment la caricature +d'un prisonnier étranger. La mine +abrutie avec laquelle il s'en va pliant +sous le faix a été fort bien saisie, et +les saillies anguleuses du corps, le +type de la tête, l'agencement des diverses +parties, rappellent l'aspect général des terres + </td> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig249.png" alt="" style="width: 200px; height: 775px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +cuites grotesques de +l'Asie Mineure. Tous les détails de +nature groupés autour du sujet principal +et qui l'encadrent, la forme des +fleurs et des feuilles, l'espèce des oiseaux, +sont rendus avec un grand +amour de l'exactitude et avec un certain esprit. Des +trois canards que la porteuse d'offrandes a liés par les +pattes et laisse pendre à son bras, deux se sont résignés +à leur sort et sont là ballants, le cou tendu, +l'oeil ouvert; le troisième relève la tête et bat de l'aile +pour protester. Les deux oiseaux d'eau perchés sur les +lotus écoutent, au repos et le bec sur le jabot, la +joueuse de luth. L'expérience leur a appris qu'il ne faut pas se déranger pour des chansons et qu'une +jeune fille n'est à craindre qu'à la condition + + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig250.png" alt="" style="width: 200px; height: 191px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig251.png" alt="" style="width: 250px; height: 216px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +d'être armée. +La vue d'un arc et d'une flèche +les met en fuite dans les bas-reliefs, +comme de nos jours la vue d'un fusil +fait s'envoler une bande de pies. +Les Égyptiens connaissaient à merveille +les habitudes des animaux et se +sont plu à les reproduire exactement. +L'observation de tous les menus faits +était devenue instinctive chez eux, +et donnait aux moindres productions +de leurs mains ce caractère de +réalité dont nous sommes frappés +aujourd'hui.<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Les meubles n'étaient pas plus +nombreux dans l'Égypte ancienne +qu'ils ne sont dans l'Égypte actuelle. +Chez les pauvres, quelques nattes et +des huches en terre battue. Chez les +gens de la classe moyenne, des coffrets +à linge et des escabeaux. Chez les +riches seuls, des lits, des fauteuils, des +divans, des tables: armoires, buffets, +dressoirs, commodes, la plupart des +pièces qui composent notre mobilier étaient inconnus. +L'art du menuisier n'en était pas moins porté à un +haut degré de perfection dès les anciennes dynasties. +Les ais, dressés à l'herminette, emmortaisés, collés, +réunis par des chevilles en bois dur ou des épines +d'acacia, jamais par des clous métalliques, étaient polis, + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig252.png" alt="" style="width: 250px; height: 226px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +puis revêtus de peintures. Les coffres sont généralement +juchés sur quatre pieds droits, parfois assez +élevés. Le couvercle est plat ou arrondi +selon une courbe spéciale +(Fig.250), que les Égyptiens ont aimée +de tout temps, rarement taillé en +pointe comme le toit de nos maisons +(Fig.25l). Il s'enlève le plus souvent +tout entier, souvent il tourne autour d'une cheville enfoncée +dans l'épaisseur de +l'un des montants, parfois +enfin il roule sur des pivots +en bois, analogues à +ceux de nos armoires +(Fig.252). Les panneaux, +dont la grande surface se +prêtait étonnamment à la +décoration artistique, sont +rehaussés de peintures, incrustés d'ivoire, d'argent, de +plaques d'émail, + +<img src="images/fig253.png" alt="" style="width: 700px; height: 251px;"><br> + + de bois précieux. Peut-être sommes-nous +mal placés aujourd'hui +pour juger de l'habileté que +les Égyptiens déployaient à +l'occasion, et de la variété des +formes qu'ils inventaient à +chaque époque. Presque tous +les meubles qui nous restent +proviennent des tombeaux et sont, ou bien des imitations +à bon marché de meubles précieux destinées à +être enfermées dans le caveau avec les morts, ou bien des meubles de nature particulière, dont l'usage était +exclusivement réservé aux momies.<br><br> + +Les momies étaient, en effet, les clients les plus +certains des menuisiers. Partout ailleurs, l'homme +n'emportait au delà de la vie qu'un petit nombre d'objets: +en Égypte, il ne se contentait pas à moins d'un +mobilier complet. Le cercueil était à lui seul un véritable +monument, dont la construction mettait en branle une +escouade d'ouvriers (Fig.253). La mode en variait selon +les époques. Aux temps de l'empire memphite et du +premier empire thébain, on ne rencontre guère que de +grandes caisses rectangulaires, en bois de sycomore, à +couvercle et à fonds plats, composées de plusieurs pièces +assemblées au moyen de chevilles également en bois. +Le modèle n'en est pas élégant, mais la décoration en +est des plus curieuses. Le couvercle n'a pas de corniche. +Une longue bande d'hiéroglyphes en occupe le +milieu à l'extérieur; tantôt simplement tracée à l'encre +ou à la couleur, tantôt sculptée à même le bois, puis +remplie de pâte bleuâtre, elle ne contient que le +nom et le titre du défunt, parfois une courte formule +de prière en sa faveur. La surface intérieure est enduite d'une couche épaisse de stuc, ou blanchie +au lait de chaux: on y inscrivait d'ordinaire le chapitre +XVII du <i>Livre des Morts</i>, aux encres rouge et +noire et en beaux hiéroglyphes cursifs. La cuve consiste +en huit planches verticales, disposées deux à deux, pour +les parois, et en trois planches horizontales pour le +fond. Elle est décorée quelquefois, à l'extérieur, de +grandes rainures prismatiques terminées en feuilles de +lotus entre-croisées, comme celles qu'on rencontre sur +les sarcophages en pierre. Le plus souvent elle est +ornée, sur la gauche, de deux yeux grands ouverts et +de deux portes monumentales, sur la droite, de trois +portes, en tout semblables à celles qu'on voit dans les +hypogées contemporains. Le cercueil est en effet la +maison propre du mort, et, comme tel, il doit présenter +sur ses faces un résumé des prières et des tableaux +qui s'espaçaient sur les murs de la tombe entière. Les +formules et les représentations nécessaires sont écrites +et illustrées à l'intérieur, presque dans le même ordre +où nous les trouvons au fond des mastabas. Chaque +paroi est divisée en trois registres, et chaque registre +contient ou bien une dédicace au nom du mort, ou +bien la figure des objets qui lui appartiennent, ou +bien les textes du Rituel qu'on récitait à son intention. +Le tout agencé habilement, sur un fond imitant +assez exactement le bois précieux, forme un tableau +d'un trait hardi et d'une couleur harmonieuse. +Le menuisier n'avait que la moindre part au travail, +et les longues boîtes où l'on enfermait les morts les +plus anciens n'exigeaient pas de lui une grande habileté. +Il n'en fut pas de même dès qu'on s'avisa de donner au cercueil l'aspect général du corps humain. +Deux types sont alors en présence. Dans le plus ancien, +la momie sert de modèle à son enveloppe. Les pieds +et les jambes sont réunis tout du long. Les saillies du +genou, les rondeurs du mollet, de la cuisse et du ventre, +sont indiquées de façon sommaire et se modèlent vaguement +sous le bois. La tête, seule vivante sur ce +corps inerte, est dégagée entièrement. Le mort est +emprisonné dans une sorte de statue de lui-même, +assez bien équilibrée pour qu'on pût, à l'occasion, la +dresser sur ses pieds comme sur une base. Ailleurs, il +est étendu sur sa tombe, et sa figure, sculptée en ronde +bosse, sert de couvercle à sa momie. La tête est chargée +de la perruque à marteaux, la casaque de batiste +blanche presque transparente voile le buste à demi, +le jupon couvre les jambes de ses plis serrés. Les +pieds sont chaussés de sandales élégantes, les bras +s'allongent ou se replient sur la poitrine, les mains +tiennent des emblèmes divers, la croix ansée, la boucle +de ceinture, le tat, ou, comme la femme de Sennotmou +à Boulaq, une guirlande de lierre. Ce genre de +gaine momiforme est rare sous les dynasties menaphites; +Menkaourî, le Mykérinos des Grecs, nous en +a donné pourtant un exemple mémorable. Très fréquente +à la XIe dynastie, elle n'est souvent, alors, +qu'un tronc d'arbre évidé, où l'on a sculpté grossièrement +une tête et des pieds humains. Le masque est +bariolé de couleurs éclatantes, jaune, rouge, vert; les +cheveux et la coiffure sont rayés de noir ou de bleu. +Un collier s'étale pompeusement sur la poitrine. Le +reste du cercueil est, ou bien enveloppé + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 32%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +des longues ailes dorées d'Isis et de Nephthys, ou bien revêtu d'un +ton uniforme, jaune ou blanc, et illustré parcimonieusement +de figures ou de bandes d'hiéroglyphes +bleues et noires. Les plus soignés parmi les cercueils +des rois de +la XVIIIe dynastie, +que j'ai +déterrés à Déir-el-Baharî, +appartiennent +à +ce type et ne se +signalent que +par le fini du +travail et par +la perfection +vraiment extraordinaire +avec laquelle +l'ouvrier a reproduit +les +traits du souverain. +Le +masque d'Ahmos Ier, celui d'Amenhotpou Ier, celui de +Thoutmos II, sont de véritables chefs-d'oeuvre en leur +genre. Celui de Ramsès II ne porte d'autre trace de +peinture qu'une raie noire, afin d'accentuer la coupe +de l'oeil; modelé sans doute à l'image du Pharaon +Hrihor, qui restaura l'appareil funèbre de son puissant +prédécesseur; il est presque comparable aux meilleures +oeuvres des statuaires contemporains (Fig.254). +Deux des cercueils, ceux de la reine + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 68%;"> +<img src="images/fig254.png" alt="" style="width: 500px; height: 628px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Nofritari et de sa fille Ahhotpou II, sont de taille gigantesque et mesurent +plus de 3 mètres de haut. On dirait, à les voir +debout (Fig.255), une des cariatides qui ornent la +cour de Médinét-Habou, mais en plus petit. Le corps +est emmailloté et n'a plus que l'apparence indécise +d'un corps humain. Les épaules et le buste sont revêtus +d'un réseau en relief, dont chaque maille se détache +en bleu sur le fond jaune de l'ensemble. Les mains +s'échappent de cette espèce de mantelet et se croisent +sur la poitrine en serrant la croix ansée, symbole de +la vie. La tête est un portrait: face large et ronde, +grands yeux, expression douce et insignifiante, lourde +perruque surmontée de la coiffure et des longues plumes +d'Amon ou de Mout. On se demande quel motif a +poussé les Égyptiens à fabriquer ces pièces extraordinaires. +Les deux reines étaient de petite taille et leur +momie était comme perdue dans la cavité; il fallut les +caler à grand renfort de chiffons pour les empêcher de +ballotter et de se détériorer. Grandeur à part, la simplicité +est le caractère de ces deux cercueils comme elle +l'est des autres cercueils royaux ou privés de cette +époque qui sont parvenus jusqu'à nous. Vers le milieu +de la XIXe dynastie, la mode changea. On ne se contenta +plus d'une seule caisse sobrement ornée: on +voulut en avoir deux, trois, même quatre, emboîtées +l'une dans l'autre et couvertes de peintures ou d'inscriptions. +Souvent alors l'enveloppe extérieure est un +sarcophage à oreillettes carrées, à couvercle en dos +d'âne, dont les fonds, peints en blanc, sont chargés de +figures du mort, en adoration devant les dieux du +groupe Osirien. Lorsqu'elle a la forme humaine, elle garde encore + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +quelque chose de la nudité primitive: la +face est coloriée, un collier recouvre +la poitrine, une bande d'hiéroglyphes +descend jusqu'aux pieds; +le reste est d'un ton uniforme, +noir, brun ou jaune sombre. +Les caisses intérieures étaient +d'un luxe presque extravagant, +faces et mains rouges, roses, +dorées, bijoux peints et parfois +simulés au moyen de morceaux +d'émail incrustés dans le bois, +scènes et légendes multicolores, le +tout englué de ce vernis jaune dont +j'ai parlé plus haut. Le contraste +est frappant entre l'abondance +d'ornements qu'on remarque à ces +époques et la sobriété des époques +antérieures: il faut se rendre à +Thèbes même, au lieu de la sépulture, +pour en comprendre la raison. +Les particuliers et les rois des +dynasties conquérantes employaient +ce qu'ils avaient de ressources et +d'énergie à se creuser des hypogées. +Les parois en étaient sculptées +ou peintes, le sarcophage était taillé +dans un bloc immense de granit +ou d'albâtre ouvragé finement; peu +importait que le bois où dormait la momie fût +simplement décoré. Les Égyptiens de la décadence et leurs maîtres n'avaient plus, comme les générations +qui les avaient précédés, la faculté de puiser indéfiniment +dans les trésors de l'Égypte et des pays voisins. +Ils étaient pauvres, et la médiocrité de leur budget ne +leur permettait pas d'entreprendre de longs travaux: +ils renoncèrent, ou du moins presque tous, à se préparer +des tombes monumentales, et dépensèrent ce qui +leur restait d'argent à se fabriquer de belles caisses en +bois de sycomores. Le luxe de leurs cercueils n'est, +en résumé, qu'une preuve de plus à joindre aux preuves +déjà nombreuses que nous avons de leur faiblesse et +de leur pauvreté. Lorsque les princes Saïtes eurent +rétabli, pour quelques siècles, les affaires du pays, +les sarcophages en pierre reparurent et l'enveloppe en +bois reprit quelque chose de la simplicité des beaux +temps; mais ce renouveau ne dura pas, et la conquête +macédonienne amena dans les modes funéraires la +même révolution qu'autrefois la chute des Ramessides. +On en revint à l'usage des caisses doubles et triples, aux +excès de peinture, aux dorures criardes; l'habileté des +manoeuvres d'époque gréco-romaine qui ont habillé les +morts d'Akhmîm pour leur dernière demeure est +moindre, leur mauvais goût ne le cède en rien à celui +des fabricants de cercueils thébains qui vivaient sous les +derniers Ramsès.<br><br> + + + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig255.png" alt="" style="width: 200px; height: 750px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Le reste du mobilier funèbre ne donnait pas aux +menuisiers moins d'ouvrage que les momies. On voulait +des coffres de différente taille pour le trousseau +du mort, pour ses intestins, pour ses figurines funéraires, +des tables pour ses repas, des chaises, des tabourets, +des lits où étendre le cadavre, des traîneaux pour l'amener au tombeau, même des chars de guerre ou de +promenade. Les coffrets où l'on enfermait les canopes, +les statuettes funéraires, les vases à libations, sont divisés +en plusieurs compartiments: un chacal accroupi +est posé quelquefois par-dessus et sert comme de poignée +pour soulever le couvercle. Ils étaient munis chacun +d'un petit traîneau, pour qu'on pût les traîner sur le +sol pendant les cérémonies de l'enterrement. Les lits +ne sont pas rares. Beaucoup sont identiques aux <i>angarebs</i> +des Nubiens actuels, de simples cadres en bois, +sur lesquels on tendait de grosses étoffes ou des lanières +en cuir entre-croisées. La plupart n'ont guère plus +d'un mètre et demi en longueur; le dormeur ne pouvait +pas s'y étendre, mais y reposait pelotonné sur lui-même. +Les lits ornés étaient de la même longueur +que les nôtres, ou à peu près. Le châssis en était le +plus souvent horizontal, quelquefois incliné légèrement +de la tête aux pieds. Il était souvent assez élevé au-dessus +du sol, et on y montait au moyen d'un banc ou +même d'un petit escalier portatif. + +<img src="images/fig256.png" alt="" style="width: 700px; height: 503px;"><br> + +Le détail ne nous en +serait guère connu que par les monuments figurés, si, +en 1884 et 1885, je n'en avais découvert deux complets, +l'un à Thèbes, dans une tombe de la XIIIe dynastie, +l'autre à Akhmîm, dans la nécropole gréco-romaine. +Deux lions de bonne volonté ont étiré leur +corps en guise de châssis, la tête au chevet, la queue +recourbée sur les pieds du dormeur. Au-dessus s'élève +une sorte de baldaquin, qui servait lors de l'exposition +des momies. Rhind en avait déjà rapporté un qui orne +aujourd'hui le musée d'Édimbourg (Fig.256). C'est un +temple, dont le toit arrondi est + +<img src="images/fig257.png" alt="" style="width: 700px; height: 334px;"><br> + +soutenu par d'élégantes colonnettes en bois peint. Une porte gardée par deux +serpents familiers était censée donner accès à l'intérieur. +Trois disques ailés, de plus en plus grands, +garnissaient les corniches superposées au-dessus de la +porte, et une rangée d'uraeus lovés se dressait au couronnement +de l'édifice. Le baldaquin du lit de la +XIIIe dynastie est beaucoup plus simple, une sorte de +balustrade en bois découpé et enluminé, à l'imitation +des paquets de roseaux qui décorent le haut des parois +de temple, le tout surmonté de la corniche ordinaire. +Dans le lit de l'époque grecque (Fig.257), les +balustres sont remplacés sur les côtés par des figures +de la déesse Mâït, sculptées et peintes, accroupies et la +plume aux genoux. A la tête et au pied, Isis et Nephthys +se tiennent debout et étendent leurs bras frangés +d'ailes. La voûte est à jour: des vautours y planent + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +au-dessus de la momie, et deux statuettes d'Isis et de +Nephthys agenouillées pleurent sur elle. Les traîneaux +qui menaient les morts au tombeau étaient, eux aussi, +décorés d'une sorte de baldaquin, mais d'aspect très +différent. C'est encore un naos, +mais à panneaux +pleins, comme +ceux que j'ai découverts, en 1886, +dans la chambre +de Sennotmou à +Gournét-Mourraï. +Quand on y pratiquait +quelques jours, c'étaient des lucarnes carrées +par lesquelles on apercevait la tête de la momie: Wilkinson +en a décrit un de ce genre, d'après les peintures +d'une tombe + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig258.png" alt="" style="width: 350px; height: 251px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig259.png" alt="" style="width: 350px; height: 460px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +thébaine (Fig.258). Dans tous les +cas, les panneaux étaient mobiles. Le mort une fois déposé +sur la planche du traîneau, on les dressait chacun en sa place; le toit recourbé et garni de sa corniche +posait sur le tout et formait couvercle. Plusieurs des +fauteuils du Louvre et du British Museum ont été +fabriqués vers la XIe dynastie. +Ce ne sont pas les +moins beaux, et l'un +d'eux (Fig.259) a conservé +une vivacité de couleurs +extraordinaires. Le cadre, +jadis garni d'un treillis de +cordelettes, repose sur +quatre pieds de lion. Le +dossier est orné de deux +fleurs et d'une ligne de +losanges en marqueterie +d'ébène et d'ivoire, qui +se détache sur un champ rouge. Des tabourets de travail +semblable (Fig.260), et des pliants, dont les pieds +sont formés par des têtes +d'oies aplaties, se trouvent +dans tous les musées. +Les Pharaons et les +hauts fonctionnaires recherchaient +des modèles +plus compliqués. Leurs +sièges étaient parfois fort +hauts. Ils avaient pour +bras deux lions courants, +ou pour supports des prisonniers de guerre liés dos +à dos (fig.261). + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + Un escabeau, placé sur le devant, +servait de marchepied pour y monter, ou de point d'appui au personnage assis. Nous ne possédons +jusqu'à présent aucun meuble de ce genre. Les peintures nous montrent +qu'on corrigeait la dureté +des fonds cannés ou treillissés +en les recouvrant de matelas et +de coussins richement ouvrés. +Les coussins et les matelas ont +disparu, et l'on a supposé qu'ils +étaient recouverts en tapisserie. +Sans doute la tapisserie était +connue en Égypte, et un bas-relief +de Béni-Hassan (Fig.262) +nous apprend comment on la +fabriquait. Le métier, quoique +très simple, rappelle celui dont +se servent aujourd'hui encore les tisserands d'Akhmîm. +Il est horizontal +et se compose +de deux cylindres +minces, ou +plutôt de deux +bâtons, séparés +par un + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig260.png" alt="" style="width: 350px; height: 340px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + espace +d'un mètre cinquante, +et engagés chacun +dans deux +grosses chevilles +plantées dans le sol à quatre-vingts centimètres l'une +de l'autre ou environ. Les lisses de la chaîne étaient attachées solidement, puis roulées autour du cylindre +de tête jusqu'à tension convenable. Des bâtons de +croisure, disposés d'espace en espace, facilitent l'introduction +des broches chargées de fils. Le travail commençait +par en bas, ainsi qu'on fait encore aux Gobelins. +Le tissu était tassé et égalisé au moyen d'un +peigne grossier, puis enroulé au fur et à mesure sur +le cylindre inférieur. On fabriquait ainsi des tentures +et des tapis décorés les uns de figures, les autres de +dessins géométriques, zigzags ou damiers (Fig.263); +toutefois, un examen attentif des monuments m'a démontré +que la plupart des sujets où l'on a cru reconnaître +des exemples de tapisserie sont en cuir peint et +découpé. L'industrie du cuir était très florissante. Il y +a peu de musées qui ne possèdent une paire au moins +de sandales ou de ces bretelles de momie, dont les +bouts sont en peau estampée, et portent une figure +de dieu ou de Pharaon, une légende hiéroglyphique, +une rosace, parfois le tout réuni. Ces petits monuments ne remontent guère plus haut que le temps +des grands-prêtres d'Ammon ou des premiers Bubastites. +C'est à la même époque qu'on doit attribuer +l'immense dais du musée de Boulaq. Le catafalque +sur lequel la momie reposait, pendant le + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig261.png" alt="" style="width: 250px; height: 464px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 70%;"> +<img src="images/fig262.png" alt="" style="width: 500px; height: 430px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 30%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +transport de +la maison mortuaire au tombeau, était garni souvent +d'une couverture d'étoffe ou de cuir souple. Parfois +les côtés retombaient droit, parfois ils étaient relevés +en guise de rideaux par des embrasses et laissaient apercevoir le cercueil. Le dais de Déir-el-Baharî +fut préparé pour la princesse Isimkheb, fille du +grand-prêtre Masahirti, femme du grand-prêtre Menkhopirrî, +mère du grand-prêtre Pinotmou III. La +pièce centrale, plus longue que large, se divise en trois +bandes d'un cuir bleu céleste qui a passé au gris perle. Les deux latérales sont semées + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +d'étoiles jaunes: +sur celle du milieu s'étagent des vautours, dont les +ailes étendues protègent le mort. Quatre pièces, formées +de carrés verts et rouges, disposés en damier, se +rattachent aux quatre côtés. Celles qui pendent sur +les côtés longs sont reliées à la centrale par une bordure + +<img src="images/fig263.png" alt="" style="width: 700px; height: 410px;"><br> +d'ornements. A droite, des scarabées aux ailes +déployées alternent avec les cartouches du roi Pinotmou II, +sous une frise de fers de lance. A gauche, +(Fig.264), le motif est plus compliqué. Une touffe +de lotus, flanquée des cartouches royaux, occupe +le centre; viennent ensuite deux antilopes agenouillées +chacune sur une corbeille, puis deux bouquets +de papyrus, enfin deux scarabées, semblables à +ceux de l'autre bordure. La frise en fers de lance +court au-dessus. La technique de cet objet est + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig264.png" alt="" style="width: 200px; height: 903px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +très curieuse. Les hiéroglyphes et les figures étaient +découpés dans de larges feuilles de +cuir, comme nous faisons nos chiffres +et nos lettres dans des plaques en +cuivre. On cousait ensuite, sous les +vides ainsi ménagés, des lanières de +cuir de la couleur qu'on voulait donner +aux ornements ou aux caractères, +et, pour dissimuler le rapiéçage, on +étalait par derrière de longs morceaux +de cuir blanc ou jaune clair. +Malgré les difficultés d'agencement +que présente ce travail, le résultat +obtenu est des plus remarquables. +La silhouette des gazelles, des scarabées +et des fleurs est aussi nette et +aussi élégante que si elle était tracée +au pinceau sur une muraille ou sur +une feuille de papyrus. Le choix des +motifs est heureux, la couleur harmonieuse +et vive à la fois. Les ouvriers +qui ont conçu et exécuté le dais +d'Isimkheb avaient une longue pratique +de ce système de décoration +et du genre de dessin qu'il comportait. +Je ne doute pas, quant à moi, +que les coussins des fauteuils et des +divans royaux, les voiles des barques +funéraires ou divines sur lesquelles +on embarquait les momies et les statues +des dieux, ne fussent le plus souvent en cuir. La voile en damier d'une des barques peintes au tombeau +de Ramsès III (Fig.265) rappelle à s'y méprendre +les pans en damier du dais. Les vautours et les +oiseaux fantastiques d'une autre barque (Fig.266) +ne sont ni plus étranges ni plus difficiles à obtenir +en cuir que les vautours et les gazelles d'Isimkheb. Les témoignages anciens nous permettent d'affirmer +que les Égyptiens d'autrefois brodaient aussi bien que +ceux du moyen âge. Les deux cuirasses qu'Amasis +donna, l'une aux Lacédémoniens, l'autre au temple +d'Athéna à Lindos, étaient en lin, mais ornées de figures +d'animaux en fil d'or et de pourpre: chaque fil se composait +de trois cent soixante-cinq brins tous distincts. +Si nous remontons plus haut, nous voyons, par les monuments figurés, que les Pharaons avaient des vêtements +chargés de bordures en tapisserie ou en broderie, +appliquées ou exécutées à même l'étoffe. Les plus simples +consistent en une ou plusieurs bandes de nuance +foncée courant parallèlement au liséré. Ailleurs, on +aperçoit des palmettes ou des séries de disques et +de points, des feuillages, des méandres, et même, ça et +là, des figures d'hommes, de divinités ou d'animaux, +dessinées probablement à l'aiguille. Aucune des étoffes +qu'on a trouvées jusqu'à présent sur les momies royales +n'est décorée de la sorte et ne nous permet de juger la qualité +et la technique de ce travail. Une fois, seulement, +j'ai découvert, sur le corps d'une des princesses de Déir-el-Bahari, +un cartouche brodé en fil rosé pâle. Les Égyptiens de la bonne époque paraissent avoir estimé particulièrement +les étoffes unies, surtout les blanches. Ils +les fabriquaient avec une habileté merveilleuse, sur un +métier identique de tous points à celui qu'ils avaient +inventé pour la tapisserie. Les portions de linceul qui + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +enveloppent les mains et les bras de Thoutmos III sont +aussi ténues que la plus fine mousseline de l'Inde, et +mériteraient le nom d'<i>air tissé</i>, aussi bien au moins +que les gazes de Cos. C'est là toutefois pure question +de métier où l'art n'a rien à réclamer. L'usage de la +broderie et de la tapisserie ne se répandit communément +en Égypte que vers la fin de la domination persane +et le commencement de +<img src="images/fig265.png" alt="" style="width: 700px; height: 613px;"><br> +<img src="images/fig266.png" alt="" style="width: 700px; height: 605px;"><br> +la domination grecque, sous l'influence des premiers Lagides. Alexandrie fut +peuplée en partie de colons phéniciens, syriens, juifs +qui y apportèrent avec eux les procédés de fabrication +usités dans leur pays et y fondèrent des manufactures +bientôt florissantes. Pline attribue aux Alexandrins +l'invention de tisser à plusieurs lisses les étoffes qu'on +appelle brocarts (polymita); et, au temps des premiers +Césars, c'était un fait reconnu que «l'aiguille de Babylone +était désormais vaincue par le peigne du Nil». +Les tapisseries alexandrines n'étaient pas décorées +presque exclusivement de dessins géométriques, comme +les vieilles tapisseries égyptiennes: on y voyait, au +témoignage des anciens, des figures d'animaux et même +d'hommes. Rien ne nous est resté des chefs-d'oeuvre +qui remplissaient le palais des Ptolémées, mais des +fragments ont été découverts en Égypte, qu'on peut +attribuer à la basse époque impériale, l'enfant à l'oie, +décrit par Wilkinson, les divinités marines d'une pièce que j'ai achetée à Coptos. Les nombreux linceuls brodés +et garnis de bandes en tapisserie, qu'on a découverts +récemment au Fayoum et près d'Akhmîm, proviennent +presque tous de tombes coptes et relèvent, par conséquent, +de l'art byzantin plus que de l'art égyptien.<br><br><br> + + +3.--LES MÉTAUX.<br><br> + +On partageait les métaux en deux groupes, séparés +par la mention de quelques espèces de pierres précieuses, +comme le lapis-lazuli et la malachite: celui +des métaux nobles, l'or, l'électrum, l'argent; celui des +métaux vils, le cuivre, le fer, le plomb, auquel on joignit +plus tard l'étain.<br><br> + +Le fer était réservé aux armes et aux outils de fatigue, +ciseaux de sculpteur et de maçon, tranchants de +hache ou d'herminette, lames de couteaux ou de scies. +Le plomb ne servait guère. On en incrustait parfois +les battants de portes des temples, des coffrets, des +meubles, et on en fabriquait de petites statues de divinités, +surtout des Osiris ou des Anubis. Le cuivre pur +était trop mou pour résister à l'usage courant: le +bronze était le métal favori des Égyptiens. Il n'est +pas vrai qu'ils aient réussi, comme on l'a dit souvent, +à lui procurer par la trempe la dureté du fer ou +de l'acier, mais ils ont su en obtenir des qualités très +différentes, en variant les éléments et les proportions de +l'alliage. La plupart des objets examinés jusqu'à présent +ont donné les quantités de cuivre et d'étain employées +aujourd'hui encore à la fabrication du bronze commun. Ceux que Vauquelin étudia, en 1825, renfermaient +84 pour 100 de cuivre, 14 d'étain, 1 de fer et d'autres +matières. Un ciseau, rapporté d'Égypte par Wilkinson, +ne contenait que 5,9 pour 100 d'étain, 0,1 de fer +et 94 de cuivre. Des débris de statuettes et de miroirs, +analysés plus récemment, ont rendu une quantité notable +d'or ou d'argent, et correspondent aux airains +de Corinthe. D'autres ont la teinte et la composition +du laiton. Beaucoup des plus soignés résistent d'une +manière étonnante à l'humidité, et s'oxydent très difficilement; +on les frottait encore chauds d'un vernis +résineux, qui en remplissait les pores et laissait à la surface +une patine inaltérable. Chaque espèce avait son +emploi: le bronze ordinaire pour les armes et pour +les amulettes communs, les alliages analogues au laiton +pour les ustensiles de ménage, les bronzes d'or et +d'argent pour les miroirs, les armes de prix, les statuettes +de luxe. Aucun des tableaux que j'ai vus dans +les tombes ne représente la fonte et le travail du bronze, +mais l'examen des objets eux-mêmes supplée à ce défaut +des monuments figurés. Les outils, les armes, les +anneaux, les vases à bon marché étaient partie forgés, +partie coulés d'un seul coup dans des moules en terre +réfractaire ou en pierre. Tout ce qui était oeuvre d'art +était coulé en un ou plusieurs morceaux, selon les cas, +puis les pièces ajustées, soudées et retouchées au burin. +Le procédé le plus fréquemment employé était celui +de la fonte au carton: un noyau de sable ou de terre +mêlée de charbon pilé était introduit dans le moule, et +le modelé du dehors se répétait grossièrement au dedans. +La couche de métal était souvent si mince qu'elle + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig267.png" alt="" style="width: 200px; height: 252px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +aurait cédé à une pression un peu forte si on n'avait pris +la précaution de la consolider en laissant le noyau en +place pour lui servir de soutien.<br><br> + +La plupart des ustensiles domestiques et des petits +instruments du ménage étaient en bronze. On les rencontre +par milliers en original dans +nos musées, en figure sur les peintures +et les bas-reliefs. L'art et le métier n'étaient +pas incompatibles en Égypte, et +le chaudronnier lui-même s'efforçait de +prêter à ses oeuvres les plus humbles +une forme élégante et des ornements +de bon goût. La marmite où le cuisinier de Ramsès III +composait ses chefs-d'oeuvre est supportée par des pieds +de   lion. Telle bouilloire semble ne   différer en rien de +la + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +bouilloire moderne (Fig.267), mais examinez-la de +près: l'anse est une fleur de papyrus épanouie, dont les pétales, inclinés sur +la tige, s'appuient au rebord du goulot +(Fig.268). Le manche des couteaux ou +des cuillers est presque toujours un +cou de canard ou d'oie recourbé; le +bol est parfois un animal, une gazelle +liée comme les bêtes offertes en sacrifice (Fig.269). Un +petit chacal est accroupi sur la poignée d'un sabre. +Une paire de ciseaux du musée de Boulaq a, pour +branche principale, un captif asiatique, les bras liés derrière +le dos. Tel miroir est une feuille de lotus découpée: +la queue sert de manche. Telle boîte à parfums est +un poisson, telle autre un oiseau, telle autre un dieu +grotesque. Les vases à eau lustrale, que les prêtres et les prêtresses portaient à la main pour asperger les +fidèles ou le terrain sur lequel défilaient les processions, méritent une place + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig268.png" alt="" style="width: 200px; height: 252px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +particulière dans l'estime des connaisseurs. Ils sont pointus ou ovoïdes par le bout, +et décorés de tableaux au trait ou en relief. +Tantôt ce sont des images de dieux, chacune +dans un cadre; tantôt c'est une scène d'adoration. +Le travail en est ordinairement très fin.<br><br> +La statuaire s'était de bonne heure emparée +du bronze: malheureusement, aucune ne +nous a été conservée de ces idoles qui remplissaient +les temples de l'ancien empire. +Quoi qu'on en ait dit, nous ne possédons +point de statuettes en bronze qui soient antérieures +à l'expulsion des Hyksos. Quelques-unes +des figures qui proviennent de Thèbes +sont bien certainement de la XVIIIe et de la +XIXe dynastie: la tête de lion +ciselée qui était avec les bijoux +de la reine Ahhotpou, l'Harpocrate +de Boulaq, qui porte le +prénom de Kamos et le nom +d'Ahmos Ier, plusieurs Ammon +du même musée, qu'on dit avoir +été découverts à Médinét-Habou +et à Shéikh Abd-el-Gournah. +Les pièces les plus importantes appartiennent à +la XXIIe dynastie, ou lui sont postérieures et contemporaines +des Pharaons saïtes; beaucoup ne remontent +pas plus haut que les premiers Ptolémées. Un fragment +qui est en la possession du comte Stroganoff, et qui a été recueilli dans les ruines de Tanis, faisait partie +d'une statue votive du roi Pétoukhânou. Elle était exécutée +aux deux tiers au +moins de la grandeur naturelle, +et c'est le morceau le +plus considérable que nous +ayons jusqu'à présent. Le +portrait de la dame Takoushit, +donné par M. Démétrio +au musée d'Athènes, +les quatre figures de la collection +Posno, aujourd'hui +au Louvre, le génie agenouillé +de Boulaq, sont originaires +de Bubastis et datent +probablement des années +qui précédèrent l'avènement +de Psamitik Ier. La dame +Takoushit est debout, le +pied en avant, le bras droit +pendant, le bras gauche replié +et ramené contre la +poitrine (Fig.270). +Elle est vêtue d'une +robe courte, brodée de +scènes religieuses, et +a des bracelets aux +bras et aux mains. +La + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 355%;"> +<img src="images/fig269.png" alt="" style="width: 250px; height: 653px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +perruque à mèches carrées, régulièrement étagées, lui +emboîte la tête. Le détail des étoffes et des bijoux est +dessiné en creux, au trait, à la surface du bronze, et relevé d'un fil d'argent. La face est un portrait et +semble indiquer une femme d'âge mûr. Le corps est, +selon la tradition des écoles égyptiennes, un corps de +jeune fille, élancé, +ferme et souple. Le +cuivre est mêlé fortement +d'or et a des +reflets doux, qui se +marient de la manière +la plus heureuse +avec le riche +décor de la broderie. +Autant l'aspect en est +fin et harmonieux, +autant celui du génie +agenouillé de +Boulaq est rude et +heurté. Il a la tête +d'épervier et adore le +soleil levant, comme +c'est le devoir des +génies d'Héliopolis; +son bras droit est +levé en l'air, son +bras gauche se serre +contre la poitrine. +Le style de l'ensemble est sec, et le grenu de l'épiderme +augmente encore l'impression de dureté; mais +le mouvement est juste, énergique, et le masque d'oiseau +s'ajuste au buste d'homme avec une sûreté surprenante. +Les mêmes qualités et les mêmes défauts se retrouvent sur l'Hor de la collection Posno (Fig.271). +Debout, les bras lancés en avant, à hauteur de la tête, +il soulève le vase à libations et en verse le contenu +sur un roi jadis placé devant lui. La rudesse est moins +sensible dans les trois autres figures, +surtout dans celle qui porte le +nom de Mosou gravé à la pointe sur +la poitrine, à l'endroit du coeur +(Fig.272). Elle est debout, comme +Hor, le pied gauche en avant, le +bras gauche tombant près de la +cuisse. La main droite, relevée à la +hauteur du sein, tenait le bâton de +commandement. Le torse est nu, +les reins sont ceints du pagne rayé, +dont la pointe retombe carrément +entre les deux cuisses. La tête est +coiffée de la perruque courte, à +petites mèches fines, imbriquées +l'une sur l'autre. L'oreille est ronde +et grande. Les yeux, bien ouverts, +étaient sertis d'argent et ont été volés +par quelque fellah. + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig270.png" alt="" style="width: 350px; height: 801px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + Les traits +ont une expression remarquable +de hauteur et de fermeté. Que +dire, après cela, des milliers d'Osiris, d'Isis, de Nephthys, +d'Hor, de Nofirtoum, qu'on a retirés du sable +et des décombres à Saqqarah, à Bubaste et dans toutes +les villes du Delta? Beaucoup, sans doute, sont de charmants +morceaux de vitrine et se recommandent par la +perfection de la fonte ou par la délicatesse du travail; mais la plupart sont des objets de commerce, fabriqués +pendant des siècles sur les mêmes modèles, et peut-être +dans les mêmes moules, pour l'édification des dévots et +des pèlerins. Ils sont mous, vulgaires, sans originalité, +et ne se distinguent non plus les uns des autres que +les milliers de figurines coloriées, dont nos marchands +d'objets de sainteté encombrent leurs étalages. +Seules, les images d'animaux, les béliers, les +sphinx, les lions surtout, gardèrent jusqu'à la fin un +cachet d'individualité des plus prononcés. Les Égyptiens +avaient pour les félins une prédilection particulière: +ils ont représenté le lion dans toutes les attitudes, +chassant l'antilope, se ruant sur les chasseurs, +blessé et se retournant pour mordre sa blessure, au repos +et couché d'un calme dédaigneux, et nul peuple +ne l'a rendu avec pareille connaissance de ses habitudes +ni avec pareille intensité de vie. Plusieurs dieux +et plusieurs déesses, Shou, Anhouri, Bastît, Sokhit, +Tafnout, avaient forme de lion ou de chat, et comme le culte en était plus populaire dans le Delta +que partout ailleurs, il ne se passe guère d'années où +l'on ne déterre, au milieu des ruines de Bubastis, de Tanis, + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 55%;"> +<img src="images/fig271.png" alt="" style="width: 400px; height: 723px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig272.png" alt="" style="width: 250px; height: 699px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +de Mendès ou de quelque ville moins célèbre, de +véritables dépôts où les figurines de lion ou de lionne, +de femmes ou d'hommes à têtes de lion et de chat, se +comptent par milliers. Les chats de Bubaste et les lions +de Tell-es-sebâ remplissent nos musées. Les lions +d'Horbaït peuvent compter parmi les chefs-d'oeuvre de +la statuaire égyptienne. Le nom d'Apriès est inscrit sur +le plus grand d'entre eux (Fig.273), mais ce témoignage +précis nous manquerait, que les caractères du morceau +nous ramèneraient invinciblement à l'époque saïte. Il +faisait partie des pièces qui composaient l'ornementation +d'une porte de temple ou de naos, et la face postérieure +en était engagée dans un mur ou dans une +pièce de bois. Il est pris au piège, ou couché dans une +cage oblongue, d'où ne sortent que la tête et les pattes +de devant. Les lignes du corps sont simples et puissantes, +l'expression de la face calme et forte. Il égale +presque par l'ampleur et la majesté les beaux lions +en calcaire d'Amenhotpou III.<br><br> + +L'idée d'appliquer l'or et les métaux nobles sur le +bronze, sur la pierre ou sur le bois, était déjà ancienne +en Égypte, au temps de Khéops. L'or est très souvent +mêlé d'argent à l'état naturel; quand il en renfermait +20 pour 100, il changeait de nom et s'appelait électrum +(<i>asimou</i>). L'électrum a une belle teinte jaune clair. Il +pâlit à mesure que la proportion augmente: à 60 pour +100, il est presque blanc. L'argent venait surtout d'Asie +en anneaux, en plaques ou en briquettes d'un poids déterminé. L'or et l'électrum arrivaient partie de Syrie, +en briques et en anneaux, partie du Soudan, en pépites +ou en poudre. L'affinage et la fonte sont figurés sur les +monuments des anciennes dynasties. Un bas-relief de +Saqqarah nous montre la pesée de l'or confié à l'ouvrier +qui doit le travailler; un autre, de Béni-Hassan, le +lavage et la mise au feu du minerai; un autre, de +Thèbes, l'orfèvre assis devant +son creuset, le chalumeau à la +bouche pour attiser la flamme, +et la pince à la main droite, prêt +à saisir le lingot (fig.274). Les +Égyptiens ne frappaient ni monnaies +ni médailles. + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +A cela près, +ils tiraient le même parti que +nous des métaux précieux. Comme nous dorons les +croix et les coupoles des églises, ils recouvraient d'or +les portes des temples, le soubassement des murs, les +bas-reliefs, les pyramidions d'obélisque, les obélisques +entiers. Ceux de la reine Hatshepsitou à Karnak étaient +bardés d'électrum. «On les apercevait des deux rives +du Nil, et ils inondaient les deux Égyptes de leurs +reflets éblouissants, quand le soleil se levait entre +eux, comme il se lève à l'horizon du ciel.» C'étaient +des lames forgées à grands coups de marteau sur +l'enclume. Pour les objets de petite dimension, on se +servait de pellicules, battues entre deux morceaux de +parchemin. Le musée du Louvre possède un véritable +livret de doreur, et les feuilles qu'il renferme sont +aussi fines que celles des orfèvres allemands au siècle +passé. On les fixait sur le bronze au moyen d'un + +<img src="images/fig273.png" alt="" style="width: 700px; height: 403px;"> + +mordant ammoniacal. S'il s'agissait de quelque statuette +en bois, on commençait par coller une toile fine ou par +déposer une mince couche de plâtre, et l'on appliquait +l'or ou l'argent par-dessus ce premier enduit. Il est +question de statues en bois doré de Thot, d'Hor, de +Nofirtoum, dès le temps de Khéops. Le seul temple +d'Isis, dame de la pyramide, en renfermait une douzaine, +et ce n'était pas l'un des plus grands dans la +nécropole memphite. Les temples de Thèbes paraissent +en avoir possédé des centaines, au moins sous les dynasties +conquérantes du nouvel empire, et les sanctuaires +ptolémaïques ne le cédaient pas en cela aux thébains.<br><br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Le bronze et le bois doré ne suffisaient pas toujours +aux dieux: c'était de l'or massif qu'il leur fallait et on +leur en donnait le plus possible. Les rois de l'ancien et +du moyen empire leur dédiaient déjà des statues taillées +en plein dans les métaux précieux. Les pharaons de la +XVIIIe et de la XIXe dynastie, qui puisaient presque à +volonté dans les trésors de l'Asie, renchérirent sur ce +qu'avaient fait leurs prédécesseurs. Même quand la +décadence fut venue, on vit de simples seigneurs féodaux +continuer la tradition des grands règnes, et, comme +Montoumhît, prince de Thèbes, remplacer les images +en or et en argent, que les généraux d'Ashshourbanipal +avaient enlevées à Karnak, pendant les invasions assyriennes. +La quantité de métal ainsi consacrée au service +de la divinité était + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 45%;"> +<img src="images/fig274.png" alt="" style="width: 300px; height: 307px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + considérable. Si on y trouvait beaucoup +de figures hautes de quelques centimètres à peine, +on en trouvait beaucoup aussi qui mesuraient trois +coudées et plus. Il y en avait d'un seul métal, or ou + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + argent; +il y en avait qui étaient partie en or, partie en argent; il y en avait enfin qui se rapprochaient de la statuaire +chryséléphantine des Grecs, et où l'or se combinait +avec l'ivoire sculpté, avec l'ébène, avec les pierres +précieuses. Ce qu'elles étaient, on le sait très exactement, +et par les représentations qui en existent un peu partout, +à Karnak, à Médinét-Habou, à Dendérah, dans + +<img src="images/fig275.png" alt="" style="width: 400px; height: 371px;"> +<img src="images/fig276.png" alt="" style="width: 300px; height: 354px;"><br> + +les tombes, et par les statues de calcaire et de bois: la +matière avait beau changer, le style ne variait pas. +Rien n'est plus périssable que de pareilles oeuvres; la +valeur même des matériaux qui les composent les condamne +sûrement à la destruction. Ce que les guerres +civiles, les invasions étrangères, la rapacité des pharaons +et des gouverneurs romains avait épargné, devint la proie des + +<img src="images/fig277.png" alt="" style="width: 250px; height: 275px;"> +<img src="images/fig278.png" alt="" style="width: 250px; height: 211px;"><br> + + chrétiens. Quelques statuettes mignonnes, +placées sur les momies en guise d'amulettes, quelques +figures, adorées comme divinités domestiques et égarées +dans les ruines des maisons, quelques ex-voto, +oubliés dans le coin obscur d'un temple, sont parvenus +jusqu'à nous. Le Phtah et l'Ammon de la reine +Ahhotpou, un autre Ammon en or de Boulaq et le vautour +en argent découvert à + +<img src="images/fig279.png" alt="" style="width: 300px; height: 376px;"> +<img src="images/fig280.png" alt="" style="width: 300px; height: 342px;"><br> + +Médinét-Habou vers 1885, sont les seules pièces de ce genre attribuées certainement +à la grande époque. Le reste est saïte ou ptolémaïque +et ne se recommande point par la perfection du +travail. La vaisselle que renfermaient les temples et +les maisons n'a pas eu meilleure chance que les statues. +Le Louvre a acquis, au commencement du siècle, +des coupes à fond plat que Thoutmos III donna +à l'un de ses généraux, Thoutii, en récompense +de sa bravoure. La coupe d'argent est très mutilée, + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +la coupe d'or est intacte et d'un fort joli dessin (fig.275). Les parois latérales sont ornées d'une légende +hiéroglyphique. On a gravé au fond une rosace, +autour de laquelle circulent six poissons. Une +bordure de +fleurs de lotus, +reliées par une +ligne courbe, +tourne autour +du sujet principal. +Les +cinq vases de +Thmouïs, conservés +à Boulaq, +sont en argent. +Ils faisaient partie +du mobilier +sacré, et avaient été enfouis dans une cachette, où ils +sont demeurés jusqu'à nos jours. Rien n'indique leur +âge; mais, qu'ils soient de +l'époque grecque ou de l'époque +thébaine, la facture est +purement égyptienne. Il ne +reste plus de l'un d'eux que +le couvercle avec une poignée +formée de deux fleurs réunies +par la tige. Les autres sont +intacts et décorés au repoussé +de boutons de lotus et de lotus +épanouis (Fig.276). Le galbe en est élégant et simple, +l'ornementation sobre et légère, le relief très fin; l'un +d'eux est pourtant entouré d'une ceinture d'oves assez fortes (Fig.277), dont la saillie altère un peu les contours +de la panse. Ce sont là des pièces intéressantes; +mais le nombre en est si restreint, que nous aurions +une idée très incomplète de l'orfèvrerie égyptienne +si les représentations figurées ne venaient à notre +aide. Les pharaons n'avaient pas +comme nous la ressource de jeter +dans la circulation, sous forme +de monnaie, l'or et l'argent qu'ils +recevaient des peuples vaincus. +La part des dieux prélevée, ils +n'avaient d'autre alternative que +de fondre en lingots, ou de changer +en vaisselle et en bijoux ce qui leur revenait du +butin. Ce qui était vrai des rois l'était encore plus des +particuliers, et, pendant six ou huit siècles au moins, +à partir d'Ahmos Ier, le goût de l'argenterie fut poussé +jusqu'à l'extravagance. +Toutes les maisons possédaient +non seulement ce qu'il +fallait pour le service de la +table, plats, aiguières à pied, +coupes, gobelets, paniers sur +lesquels on gravait au trait +des figures d'animaux fantastiques +(fig.278), mais de grands vases décoratifs +qu'on remplissait de fleurs, + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig281.png" alt="" style="width: 200px; height: 599px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig282.png" alt="" style="width: 200px; height: 458px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +ou qu'on étalait sous les yeux +des convives les jours de gala. Certains d'entre eux +étaient d'une richesse extraordinaire. Ici, c'est une +coupe dont les anses sont deux boutons de papyrus, +et le pied un papyrus épanoui; deux esclaves asiatiques ou qu'on étalait sous les yeux +des convives les jours de gala. Certains d'entre eux +étaient d'une richesse extraordinaire. Ici, c'est une +coupe dont les anses sont deux boutons de papyrus, +et le pied un papyrus épanoui; deux esclaves asiatiques allongé, se dresse au milieu des arbres. Évidemment +les ouvriers qui ont exécuté ce travail tenaient +moins à l'élégance et à la beauté qu'à +la richesse et à l'effet. Ils se souciaient peu +que l'ensemble fût lourd et de mauvais +goût, pourvu qu'on admirât leur habileté, et +la quantité de métal qu'ils avaient réussi à +employer. D'autres surtout du même genre, +présentées à Ramsès II, dans le temple +d'Ipsamboul, remplacent les girafes par des +buffles courant à travers les palmiers.<br><br> +C'étaient de vrais joujous d'orfèvrerie +analogues à ceux que les empereurs +byzantins du IXe siècle avaient dans +leur palais de la Magnaure, et qu'ils +étalaient les jours de réception pour +donner aux étrangers une haute idée +de leur puissance et de leur richesse. +On les voyait défiler avec les prisonniers, +dans le cortège triomphal de +Pharaon, lorsqu'il revenait victorieux +de ses guerres lointaines. Les vases +d'usage journalier +étaient plus légers +et moins chargés + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 45%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +d'ornements incommodes. +Les deux léopards +qui servent +d'anse à un cratère +du temps de Thoutmos +III (Fig.284) ne sont pas bien proportionnés et se combinent mal avec les rondeurs de la panse, mais +les coupes (Fig.285) et l'aiguière (Fig.286) sont d'une +ordonnance heureuse et d'un contour +assez pur. Ces vases d'or et d'argent +ciselé, travaillés au repoussé, et dont +quelques-uns offrent des scènes de +chasse ou de guerre disposées par +zones, furent imités en Phénicie, et +les contrefaçons, expédiées en Asie +Mineure, en Grèce, en Italie, + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 55%;"> +<img src="images/fig283.png" alt="" style="width: 400px; height: 258px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 30%;"> +<img src="images/fig284.png" alt="" style="width: 200px; height: 288px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +y transportèrent +plusieurs des formes et des +motifs de l'orfèvrerie égyptienne. La passion des métaux +précieux était poussée si +loin sous les Ramessides, qu'on +ne se contenta plus de les employer +au service de la table. +Ramsès II et Ramsès III avaient +des trônes en or, non point plaqués +sur bois, comme en avaient +eu leurs prédécesseurs, mais massifs et garnis de pierreries. +Tout cela avait trop de prix +pour durer et disparut à la première +occasion; la valeur artistique ne +répondait pas d'ailleurs à la valeur +vénale, et la perte n'est pas de celles +dont on ne saurait se consoler.<br><br> + +Les Orientaux, hommes et +femmes, sont grands amateurs de bijoux. Les Égyptiens +ne faisaient pas exception à la règle. Non contents +de s'en parer à profusion pendant la vie, ils en +chargeaient les bras, les doigts, le cou, les oreilles, le front, les chevilles de leurs morts. La + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 33%;"> +<img src="images/fig285.png" alt="" style="width: 200px; height: 173px;"> + </td> + +<td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center; font size:14pt; font-family: serif;"> +<img src="images/fig286.png" alt="" style="width: 200px; height: 193px;"> + </td> + +<td style="text-align: center; vertical-align: top; width: 33%;"> +<img src="images/fig287.png" alt="" style="width: 200px; height: 272px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +quantité qu'ils enfouissaient ainsi dans les tombeaux était si considérable, +qu'après trente siècles de fouilles actives, on +découvre encore, de temps en temps, des momies qui +sont, pour ainsi dire, cuirassées d'or. Beaucoup de ces +bijoux funéraires n'étaient que des ornements de parade, +fabriqués pour le jour des funérailles, et dont +l'exécution se ressent de l'usage auquel ils étaient + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig288.png" alt="" style="width: 250px; height: 581px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +destinés. +On ne se privait pas pourtant d'enterrer avec les morts les bijoux qu'ils +avaient préférés de leur vivant, et ceux-là +sont traités avec un soin qui ne laisse +rien à désirer. Les bagues et les chaînes +nous sont arrivées en très grand nombre, +et cela n'a rien que de naturel. En effet, la bague n'était +pas comme chez nous un simple ornement, mais un +objet de première nécessité; on scellait les pièces officielles +au lieu de les signer, et le cachet faisait foi en +justice. Chaque Égyptien avait donc le sien, qu'il portait +constamment sur lui afin d'en user en cas de besoin. +C'était, pour les pauvres, un simple anneau en cuivre +ou en argent, pour les riches, un bijou de modèle +plus ou moins compliqué, chargé de ciselures et d'ornements +en relief. Le chaton mobile tournait sur un +pivot. Il était souvent incrusté d'une pierre avec la +devise ou l'emblème choisi par le propriétaire, un +scorpion (Fig.287), un lion, un épervier, un cynocéphale. +Les chaînes étaient pour l'Égyptienne ce que +la bague était pour son mari, l'ornement par excellence. +J'en ai vu une en argent qui mesurait plus d'un mètre +cinquante de long. D'autres, au contraire, ont à peine cinq ou six centimètres. Il y en a de tous les modules, +à tresse double ou triple, à gros anneaux, à petits anneaux, +les unes massives et pesantes, les autres aussi +légères et aussi flexibles que le plus mince jaseron de +Venise. La moindre paysanne pouvait avoir la sienne, +comme les dames du plus haut rang; mais il fallait que +la femme fût bien pauvre dont l'écrin ne contenait rien +d'autre. Bracelets, diadèmes, colliers, +cornes, insignes de commandement, +aucune énumération n'est assez complète +pour donner une idée du nombre +et de la variété des bijoux qu'on connaît, +soit par la représentation figurée, +soit + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> +en original. Berlin a la parure +d'une Candace éthiopienne, le Louvre, +celle du prince Psar, Boulaq celle de +la reine Ahhotpou, la plus complète +de toutes. Ahhotpou était femme de +Kamos, roi de la XVIIe dynastie et +peut-être mère d'Ahmos Ier. Sa momie +avait été enlevée par une des +bandes de + +<img src="images/fig289.png" alt="" style="width: 700px; height: 361px;"> + voleurs qui exploitaient la nécropole thébaine, +vers la fin de la XXe dynastie. Enfouie par +eux, en attendant qu'ils eussent le loisir de la dépouiller +en sûreté, il est probable qu'ils furent pris +et mis à mort, avant d'avoir pu exécuter ce beau dessein. +Le secret de leur cachette périt avec eux et ne fut +découvert qu'en 1860, par les fouilleurs arabes. La plupart +des objets que la reine avait emportés dans l'autre +monde sont des bijoux de femme, un manche d'éventail +lamé d'or, un miroir de bronze + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + doré, à poignée en ébène, garnie d'un lotus d'or ciselé (Fig.288). Les bracelets +appartiennent à plusieurs types divers. Les uns étaient +destinés à garnir la cheville et le haut du bras, et sont +de simples anneaux en or, massifs ou creux, ourlés +de chaînettes en fils d'or tressés, imitant le filigrane. +Les autres se portent au +poignet, comme les bracelets +de nos femmes, et +sont formés de perles en +or, en lapis-lazuli, en cornaline, +en feldspath vert, +montées sur des fils d'or +et disposées en carré, dont +chaque moitié est d'une +couleur différente. La fermeture +consiste en deux +lames d'or, réunies par une aiguillette également en +or: les cartouches d'Ahmos Ier y sont gravés légèrement +à la pointe. C'est également au Pharaon Ahmos Ier +qu'appartenait un beau bracelet d'arc (fig.289), dont la facture rappelle un peu les procédés usités +dans la fabrication des émaux cloisonnés. Ahmos est +agenouillé devant + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 50%;"> +<img src="images/fig290.png" alt="" style="width: 350px; height: 388px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 45%;"> +<img src="images/fig291.png" alt="" style="width: 300px; height: 272px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +le dieu Sibou et ses acolytes, les génies +de Sop et de Khonou. Les figures et les hiéroglyphes +sont levés en plein sur une plaque d'or; et +ciselés délicatement au burin. Le champ est rempli de +pièces de pâte bleue et de lapis-lazuli taillées artistement. +Un bracelet de travail +plus compliqué, mais +moins fin, était passé +au poignet de la reine +(Fig.290). Il est en or +massif et formé de trois +bandes parallèles, garnies +de turquoises. Sur le devant, +un vautour déploie +ses ailes, dont les plumes +sont composées d'émaux verts, de lapis-lazuli et de +cornaline, enchâssés dans des cloisons d'or. Les cheveux +étaient engagés dans un diadème d'or massif, à peine +aussi large qu'un bracelet. Le nom d'Ahmos + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<img src="images/fig292.png" alt="" style="width: 700px; height: 435px;"><br> + +est incrusté +en pâte bleue sur une plaque oblongue, adhérente +au cercle: deux petits sphinx en relief, posés de +chaque côté, ont l'air de veiller sur lui (fig.291). Une +grosse chaîne d'or flexible était + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + +<td style="text-align: left; vertical-align: top; width: 21%;"> +<img src="images/fig294.png" alt="" style="width: 150px; height: 1087px;"> + </td> + + <td style="vertical-align: top; width: 79%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 584px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 30%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +enroulée autour du +cou: elle est terminée par deux têtes d'oie recourbées, qu'on liait au moyen d'une ficelle, quand on +voulait fermer le collier. Le scarabée qui lui sert +de pendeloque a le corselet et les élytres en pâte de +verre bleue, rayée d'or, les pâtes et le corps en or +massif. La parure de la poitrine était complétée par un large collier du genre de ceux qu'on appelait +Ouoskh (fig.292). Il a pour agrafes-deux têtes + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 70%;"> +<img src="images/fig293.png" alt="" style="width: 400px; height: 381px;"><br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 584px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 65%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +d'épervier +en or, dont les détails étaient relevés d'émail +bleu. Les rangs sont composés de cordes, enroulées, de fleurs à quatre +pétales en croix, +d'antilopes poursuivies +par des +tigres, de chacals +accroupis, d'éperviers, +de vautours +et d'uraeus ailées, +le tout en or repoussé, +et cousu +sur le linceul au +moyen d'un petit +anneau soudé +derrière chaque figure. Au-dessous, pendait sur la poitrine +une de ces pièces carrées qu'on appelle un pectoral (Fig.293). +La forme générale est d'un naos. Ahmos, debout dans une barque entre Ammon et Râ, +reçoit, sur la tête et sur le corps, l'eau qui doit le purifier. +Deux éperviers planent, à droite et à +gauche du roi, au-dessus des dieux. La +silhouette des figures est dessinée par des +cloisons d'or; le corps était rendu par +des plaquettes de pierre et d'émail, dont +beaucoup sont tombées. Le morceau est +un peu lourd, et l'usage ne s'en comprend +guère si on l'isole du reste de la parure. +Pour juger sainement l'effet qu'il +produisait, on doit se rappeler ce qu'était +le vêtement des femmes égyptiennes: une +sorte de fourreau d'étoffe semi-transparente, +qui s'arrêtait au-dessous des seins +et les laissait saillir librement. Le haut de +la poitrine et du dos, les épaules, le cou +étaient à découvert, sauf une paire de bretelles +étroites qui maintenaient le fourreau +et l'empêchaient de glisser. Les femmes +riches habillaient cette nudité de bijoux. Le +collier voilait à moitié les épaules et le +haut de la poitrine. Le pectoral masquait +le sillon qui se creuse entre les seins. Les +seins eux-mêmes étaient parfois emboîtés +chacun dans une sorte de coupe d'or +émaillé ou peint, qui en épousait exactement +les contours. A côté de ces bijoux, +des armes et des amulettes étaient entassés +pêle-mêle: trois grosses + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 35%;"> +<img src="images/fig295.png" alt="" style="width: 200px; height: 713px;"><br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 55%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +mouches d'or massif suspendues +à une chaînette mince, neuf petites haches, trois en or, six en argent, une tête de lion en or d'un +travail minutieux, un sceptre en bois noir enroulé +d'or, des anneaux de jambes, des poignards. L'un d'eux +(Fig.294), enfermé dans une gaine d'or, avait un manche +en bois, décoré de triangles en cornaline, en lapis-lazuli, +en feldspath et en or. Pour pommeau, +quatre têtes de femme en or +repoussé; une tête de taureau renversée, +en or, dissimule la soudure de +la lame au manche. Le pourtour de +la lame est en or massif, le corps en +bronze noir, damasquiné. Sur la +face supérieure, au-dessous du prénom +d'Ahmos, un lion poursuit un +taureau, en présence de quatre grosses +sauterelles alignées; sur la face inférieure, +le nom d'Ahmos et quinze +fleurs épanouies, qui sortent l'une +de l'autre et vont se perdant vers la +pointe. Un poignard, découvert à +Mycènes par M. Schliemann, présente +un système de décoration analogue; +les Phéniciens, qui copiaient assidûment +les modèles égyptiens, ont +probablement transporté celui-là en Grèce. Le second +poignard de la reine (Fig.295) a une forme qu'il n'est +pas rare de rencontrer aujourd'hui encore dans la +Perse et dans l'Inde. C'est une lame en bronze jaunâtre +très lourd, emmanchée d'un disque en argent. Pour s'en +servir, on appuyait le pommeau lenticulaire dans le +creux de la main, et l'on passait la lame entre l'index et le médius. On se demandera quel besoin une femme, +et une femme morte, avait de tant d'armes. L'autre monde +était peuplé d'ennemis +contre lesquels on +devait lutter sans relâche, +génies typhoniens, +serpents, scorpions +gigantesques, +tortues, monstres de toute sorte. Les +poignards qu'on enfermait au cercueil +avec la momie aidaient l'âme à se +protéger, et comme ils n'étaient + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 45%;"> +<img src="images/fig296.png" alt="" style="width: 300px; height: 721px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + utiles +que pour la lutte corps à corps, on avait +ajouté quelques armes de jet, des arcs, +des boumerangs en bois dur et une +hache de guerre. Le manche est en +bois de cèdre revêtu d'une feuille d'or +(fig.296). La légende d'Ahmos y est +écrite en caractères de lapis-lazuli, de +cornaline, de + +<img src="images/fig297.png" alt="" style="width: 700px; height: 345px;"> + +turquoise et de feldspath +vert. Le tranchant est saisi dans une +entaille du bois et maintenu en place +par un treillis de fils d'or. Il est en +bronze noir et a été doré. L'une des +deux faces montre des lotus sur fond +d'or, l'autre Ahmos frappant un barbare +à moitié renversé, qu'il tient aux +cheveux. Au-dessous, le dieu de la +guerre, Montou Thébain, est représenté +par un griffon à tête d'aigle. Deux barques +en argent et en or simulaient la barque sur laquelle la momie traversait le fleuve, pour se rendre à sa dernière +demeure et naviguer à la suite des dieux sur la mer d'Occident. +La barque en argent était posée sur un chariot de +bois à quatre roues en bronze; comme elle était en +assez mauvais état, on l'a démontée et remplacée par +la barque en or (fig.297). La coque est légère et +allongée: les façons de l'avant et de l'arrière sont relevées +et se terminent par des bouquets de + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + + <td style="vertical-align: top; width: 72%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + + papyrus gracieusement recourbés. Deux estrades, entourées de +balustrades à panneaux pleins, se dressent +à la proue et à la poupe, en guise de châteaux +gaillards. Le pilote d'avant est debout +dans la première, le timonier se tient +devant la seconde et manie la rame à large +palette qui remplissait l'office de notre +gouvernail. Douze rameurs d'argent massif +voguent sous les ordres de ces deux officiers. Au +centre, Kamos est assis, la hache et le sceptre à la +main. Voilà ce qu'il y avait sur une seule momie; +encore n'ai-je énuméré que les objets les plus remarquables. +La technique en est irréprochable, et la sûreté +du goût n'est pas moindre chez l'ouvrier que la dextérité de la main. L'art de l'orfèvre, parvenu au degré +de perfection dont témoigne l'écrin d'Ahhotpou, ne s'y +maintint pas longtemps. Les modes changèrent, la forme +des bijoux s'alourdit. La bague de Ramsès II au Louvre, +avec ses chevaux posés debout sur le chaton (Fig.298), +le bracelet du prince + + </td> + +<td style="text-align: right; vertical-align: top; width: 28%;"> +<img src="images/fig298.png" alt="" style="width: 175px; height: 265px;"> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table cellpadding="" cellspacing="0" border="0" + style="text-align: justify; width: 740px; margin-left: 0px; margin-right: 0px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 100%; text-align: justify; font size:14pt; font-family: serif;"> + +Psar (fig.299), avec ses griffons et +ses lotus en émail cloisonné, sont d'un dessin moins +heureux que les bracelets d'Ahmos. Celui qui les a +exécutés était, sans contredit, aussi habile que les +orfèvres de la reine Ahhotpou; mais il avait le goût +moins fin et l'esprit moins inventif. Ramsès II était +condamné, ou bien à ne jamais porter sa bague, ou bien +à voir les petits chevaux qui l'ornaient, s'écraser et +tomber au moindre choc. La décadence, déjà sensible +sous la XIXe dynastie, s'accentue à mesure que nous +nous rapprochons de l'ère chrétienne. Les boucles +d'oreilles de Ramsès IX, au musée de Boulaq, sont un +composé disgracieux de disques chargés de filigrane, +de chaînettes, d'uraeus pendants; comme aucune +oreille humaine n'aurait pu en porter le poids sans +s'allonger outre mesure ou sans se déchirer, on les +accrochait à la perruque de chaque côté de la tête. Les +bracelets du grand-prêtre Pinotmou III, recueillis sur sa +momie, sont de simples anneaux en or, ronds, incrustés +de verre coloré et de cornaline, semblables à ceux qu'on +fabrique encore aujourd'hui chez les noirs du Soudan. +L'invasion des Grecs modifia d'abord les procédés +de l'orfèvrerie égyptienne, puis substitua peu à peu +ses types aux types indigènes. L'écrin de la reine +éthiopienne que Ferlini vendit au musée de Berlin +contenait, à côté de bijoux qu'on aurait pu + +<img src="images/fig299.png" alt="" style="width: 700px; height: 432px;"> + + attribuer sans peine à l'époque pharaonique, des bijoux de style +mixte où l'influence hellénique est nettement reconnaissable. +Les trésors découverts, en 1878, à Zagazig, +en 1881, à Qénèh, en 1882, à Damanhour, étaient composés +entièrement d'objets dont la facture n'a plus rien +d'égyptien, épingles à cheveux surmontées d'une statuette +de Vénus, boucles de ceinture, agrafes pour +péplum, bagues et bracelets ornés de camées, coffrets +flanqués aux quatre coins de colonnettes ioniques. +Les vieux modèles étaient encore recherchés dans les +campagnes, et les orfèvres de village conservaient tant +bien que mal la tradition antique: les orfèvres de ville +ne savaient plus que copier lourdement les modèles +grecs et romains.<br><br> + +Cette revue rapide de ce qu'ont produit les arts +industriels présente bien des lacunes. J'ai dû me borner +à citer ce que renferment les collections les plus connues; +que ne trouverait-on pas si l'on pouvait visiter à loisir nos musées de province et recueillir ce que le +hasard des ventes a dispersé dans les collections particulières! +La diversité des petits monuments de l'industrie +égyptienne est infinie et l'étude méthodique en +reste encore à faire: elle promet plus d'une surprise à +qui voudra la tenter.<br><br><br><br> + +FIN<br><br><br><br> + +TABLE<br><br><br> + + + +CHAPITRE I.<br><br> + +L'ARCHITECTURE CIVILE ET MILITAIRE<br> + 1. Les maisons<br> + 2. Les forteresses<br> + 3. Les travaux d'utilité publique<br><br> + + +CHAPITRE II.<br><br> + +L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE<br> + 1. Matériaux et éléments de la construction<br> + 2. Le temple<br> + 3. La décoration<br><br> + + +CHAPITRE III.<br><br> + +LES TOMBEAUX<br> + 1. Les mastabas<br> + 2. Les pyramides<br> + 3. Les tombes de l'Empire thébain; les hypogées<br><br> + + +CHAPITRE IV<br><br> + +LA PEINTURE ET LA SCULPTURE<br> + 1. Le dessin et la composition<br> + 2. Les procédés techniques<br> + 3. Les oeuvres<br><br> + + +CHAPITRE V.<br><br> + +LES ARTS INDUSTRIELS<br> + 1. La pierre, la terre et le verre<br> + 2. Le bois, l'ivoire, le cuir et les matières textiles<br> + 3. Les métaux<br><br> + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +</center> + +</BODY> +</HTML> + + + + + + + + + + |
