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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:35:08 -0700
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+<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
+<html>
+<head>
+ <meta content="text/html; charset=UTF-8"
+ http-equiv="Content-Type">
+ <title>The Project Gutenberg eBook of Lettres &eacute;crites d'Egypte
+et de Nubie, by Champollion le Jeune.</title>
+ <style type="text/css">
+ <!--
+ * { font-family: Times;}
+ P { text-indent: 1em;
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+</head>
+<body>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 10764 ***</div>
+
+<p></p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="LETTRES"></a>
+<h2>LETTRES</h2>
+<h2>&Eacute;CRITES</h2>
+<h2>D'&Eacute;GYPTE ET DE NUBIE</h2>
+<h2>EN 1828 ET 1829</h2>
+<h2>PAR</h2>
+<h2>CHAMPOLLION LE JEUNE</h2>
+<h2><small>NOUVELLE EDITION</small></h2>
+<h2><small>1868</small></h2>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="AVERTISSEMENT"></a>
+<h2>AVERTISSEMENT</h2>
+<br>
+<p>Les lettres dont j'offre aujourd'hui une nouvelle &eacute;dition au
+public ont
+&eacute;t&eacute; &eacute;crites par mon p&egrave;re, Champollion le
+jeune, pendant le cours du
+voyage qu'il fit en &Eacute;gypte et en Nubie, dans les ann&eacute;es
+1828 et 1829.
+Elles donnent ses impressions sur le vif, au jour le jour, et c'est
+encore, au dire des personnes comp&eacute;tentes, le meilleur et le
+plus s&ucirc;r
+guide pour bien conna&icirc;tre les monuments et l'ancienne
+civilisation de la
+vall&eacute;e du Nil. Elles furent successivement adress&eacute;es
+&agrave; son fr&egrave;re et
+ins&eacute;r&eacute;es en partie dans le <i>Moniteur universel</i>,
+pendant que mon p&egrave;re,
+poursuivant sa mission, rassemblait les richesses arch&eacute;ologiques
+qu'on
+admire au mus&eacute;e &eacute;gyptien du Louvre, dont il fut le
+fondateur, et
+recueillait les documents pr&eacute;cieux qu'il n'eut pas le temps de
+mettre en
+lumi&egrave;re, puisque tout jeune encore, en 1832, il fut
+enlev&eacute; &agrave; la science
+et au glorieux avenir qui lui &eacute;tait r&eacute;serv&eacute;.</p>
+<p>En 1833, mon oncle, M. Champollion-Figeac, alors conservateur au
+d&eacute;partement des manuscrits de la Biblioth&egrave;que royale,
+publia, chez
+Firmin Didot, une &eacute;dition de ces lettres dont il
+poss&eacute;dait les
+originaux. C'est cette &eacute;dition, &eacute;puis&eacute;e depuis
+longtemps d&eacute;j&agrave;, que je
+reproduis dans le pr&eacute;sent volume.</p>
+<p>Les savants qui ont march&eacute; dans la voie de Champollion le
+jeune m'ont
+attest&eacute; que, malgr&eacute; les progr&egrave;s obtenus depuis
+trente ans dans la
+science qu'il a fond&eacute;e, ces lettres &eacute;taient encore d'une
+utilit&eacute;
+s&eacute;rieuse et d'un grand int&eacute;r&ecirc;t; c'est cette
+conviction, unie &agrave; un vif
+sentiment de respect pour la m&eacute;moire de mon p&egrave;re, qui m'a
+engag&eacute;e &agrave;
+faire cette nouvelle &eacute;dition.</p>
+<p>Z. CH&Eacute;RONNET-CHAMPOLLION.</p>
+<p>Paris, le 15 septembre 1867.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="MEMOIRE"></a>
+<h2>M&Eacute;MOIRE</h2>
+<h2>SUR</h2>
+<h2>UN PROJET DE VOYAGE LITT&Eacute;RAIRE</h2>
+<h2>EN &Eacute;GYPTE</h2>
+<h2>PR&Eacute;SENT&Eacute; AU ROI EN 1827</h2>
+<br>
+<h3>PLAN ET MOTIFS DU VOYAGE</h3>
+<br>
+<p>On peut consid&eacute;rer comme un fait positif, lorsqu'il s'agit de
+nos
+connaissances r&eacute;elles sur l'ancienne &Eacute;gypte, que les
+recherches des
+savants et des voyageurs n'ont produit jusqu'ici de r&eacute;sultats
+complets,
+de documents certains qu'&agrave; l'&eacute;gard du seul syst&egrave;me
+d'<i>architecture</i>
+suivi, pendant une si longue s&eacute;rie de si&egrave;cles, dans ce
+pays o&ugrave; les arts
+ont commenc&eacute;; encore est-il juste de dire que les travaux qui
+fixeront
+irr&eacute;vocablement nos id&eacute;es &agrave; cet &eacute;gard ne
+sont point encore publi&eacute;s, et
+qu'il reste, de plus, &agrave; reconna&icirc;tre les r&egrave;gles qui
+d&eacute;terminaient le
+choix des ornements et des d&eacute;corations, selon la destination
+donn&eacute;e &agrave;
+chaque genre d'&eacute;difice. Ce point important pour la science ne
+peut &ecirc;tre
+&eacute;clairci que sur les lieux et par des personnes vers&eacute;es
+dans la
+connaissance des symboles et du culte &eacute;gyptiens, car les plus
+simples
+ornements de cette architecture sont des embl&egrave;mes parlants; et
+telle
+frise, qui ne semble contenir que des arabesques ou une composition
+calcul&eacute;e pour l'oeil seulement, renferme un pr&eacute;cepte, une
+date, ou un
+fait historique.</p>
+<p>Les doctrines le plus g&eacute;n&eacute;ralement adopt&eacute;es sur
+<i>l'art &eacute;gyptien</i>, et sur
+le degr&eacute; d'avancement auquel ce peuple &eacute;tait
+r&eacute;ellement parvenu, soit en
+sculpture, soit en peinture, sont essentiellement fausses; les
+nouvelles
+d&eacute;couvertes ont pu jeter de grands doutes sur leur exactitude;
+mais ces
+doctrines ne peuvent &ecirc;tre ramen&eacute;es au vrai et assises sur
+des fondements
+solides que par de nouvelles recherches faites sur les grands
+&eacute;difices
+publics de Th&egrave;bes et des autres capitales de l'&Eacute;gypte.
+C'est aussi
+l'unique moyen de d&eacute;cider clairement l'importante question que
+des
+esprits diversement pr&eacute;venus agitent encore si vivement, celle
+de la
+transmission des arts de l'&Eacute;gypte &agrave; la Gr&egrave;ce.</p>
+<p>Nos connaissances sur <i>la religion</i> et le culte des
+&Eacute;gyptiens ne
+s'&eacute;tendent encore que sur les parties purement
+mat&eacute;rielles; les
+monuments de petites proportions nous font bien conna&icirc;tre les
+noms et
+les attributs des divinit&eacute;s principales; mais comme ces
+m&ecirc;mes monuments
+proviennent tous des catacombes et des s&eacute;pultures, nous n'avons
+de
+renseignements d&eacute;taill&eacute;s que pour les personnages
+mystiques protecteurs
+des morts, et pr&eacute;sidant aux divers &eacute;tats de l'&acirc;me
+apr&egrave;s sa s&eacute;paration du
+corps. La religion des hautes classes, qui diff&eacute;rait de celle
+des
+tombeaux, n'est retrac&eacute;e que dans les sanctuaires des temples et
+les
+chapelles des palais: sur ces &eacute;difices couverts
+int&eacute;rieurement et
+ext&eacute;rieurement de bas-reliefs colori&eacute;s, charg&eacute;s de
+l&eacute;gendes
+innombrables, relatives &agrave; chaque personnage mythologique dont
+ils
+retracent l'image, les divinit&eacute;s &eacute;gyptiennes de tous les
+ordres,
+hi&eacute;rarchiquement figur&eacute;es et mises en rapport, sont
+accompagn&eacute;es de leur
+g&eacute;n&eacute;alogie et de tous leurs titres, de mani&egrave;re
+&agrave; faire compl&egrave;tement
+conna&icirc;tre leur rang, leur filiation, leurs attributs, et les
+fonctions
+que chacune d'elles &eacute;tait cens&eacute;e remplir dans le
+syst&egrave;me th&eacute;ologique
+&eacute;gyptien. Il reste donc encore &agrave; reconna&icirc;tre sur
+les constructions de
+l'&Eacute;gypte, la partie la plus relev&eacute;e et la plus importante
+de la
+mythologie &eacute;gyptienne.</p>
+<p>Toutes les branches si vari&eacute;es des <i>arts</i>, et tous les
+proc&eacute;d&eacute;s de
+l'<i>industrie &eacute;gyptienne</i> sont encore loin de nous
+&ecirc;tre connus. On a bien
+recueilli quelques tableaux et des inscriptions relatives &agrave; un
+certain
+nombre de m&eacute;tiers, tels que la charpenterie, la menuiserie, la
+tannerie,
+la construction navale, le transport des masses, la verrerie, l'art du
+charron, du forgeron, du cordonnier, de l'&eacute;mailleur, etc., etc.,
+etc.;
+mais les voyageurs qui ont dessin&eacute; ces tableaux ont, pour la
+plupart,
+n&eacute;glig&eacute; les l&eacute;gendes explicatives qui les
+accompagnent, et aucun d'eux
+n'&eacute;tait en &eacute;tat de lire, sur les monuments o&ugrave; ces
+tableaux ont &eacute;t&eacute;
+copi&eacute;s, les dates pr&eacute;cises de l'&eacute;poque o&ugrave;
+ces divers arts furent
+pratiqu&eacute;s. Nous ignorons donc si la plupart de ces arts sont
+vraiment
+d'origine &eacute;gyptienne, propres &agrave; l'&Eacute;gypte, ou s'ils
+ont &eacute;t&eacute; introduits
+par l'influence des peuples anciens qui, comme les Perses, les Grecs et
+les Romains, ont tenu ce pays sous leur domination. C'est donc encore
+ici une question tr&egrave;s-importante &agrave; &eacute;claircir pour
+l'histoire de
+l'industrie humaine; et cependant il en est beaucoup d'autres encore et
+d'un int&eacute;r&ecirc;t bien plus relev&eacute;.</p>
+<p>&laquo;Si l'historien s'enquiert d'abord des bas-reliefs historiques
+et
+ethnographiques, des sc&egrave;nes domestiques qui peignent les moeurs
+de la
+nation et celles des souverains, etc., <i>il demande
+pr&eacute;cis&eacute;ment les
+objets qui sont le moins &eacute;claircis.</i>&raquo; Ainsi
+s'exprimait, il y
+a douze
+ans, M. de Heeren, un des hommes les plus distingu&eacute;s de
+l'Allemagne; et
+tout ce qu'on a publi&eacute; depuis, loin de remplir cette importante
+lacune,
+n'a pu qu'augmenter encore les regrets des savants qui apprennent
+seulement par des dessins pris au hasard, au milieu de s&eacute;ries
+immenses
+de bas-reliefs, que les grands &eacute;difices de l'&Eacute;gypte
+offrent encore,
+sculpt&eacute;e dans tous ses d&eacute;tails, l'histoire enti&egrave;re
+de ses plus grands
+souverains, et que des compositions d'une immense &eacute;tendue y
+retracent
+les &eacute;poques les plus glorieuses de l'histoire des
+&Eacute;gyptiens; car ce
+peuple a voulu qu'on p&ucirc;t lire sur les murs des palais l'histoire
+de ses
+plus illustres monarques, et c'est la seule nation qui ait os&eacute;
+sculpter
+sur la pierre de si grands objets et de si vastes d&eacute;tails.</p>
+<p>L'Europe savante conna&icirc;t l'existence de cet amas de richesses
+historiques: son ardent d&eacute;sir serait d'en &ecirc;tre mise en
+possession. Elle
+a jug&eacute; que nos progr&egrave;s dans les &eacute;tudes
+&eacute;gyptiennes demandent qu'un
+gouvernement &eacute;clair&eacute; se h&acirc;te d'envoyer enfin en
+&Eacute;gypte des personnes
+d&eacute;vou&eacute;es &agrave; la science et convenablement
+pr&eacute;par&eacute;es, pour recueillir, tant
+qu'ils subsistent encore, les innombrables et pr&eacute;cieux documents
+que la
+magnificence &eacute;gyptienne inscrivit jadis sur les &eacute;difices
+dont les masses
+imposantes couvrent les deux rives du Nil. L'Europe, sachant aussi que
+la barbarie, toujours croissante, d&eacute;truit
+syst&eacute;matiquement ces
+respectables t&eacute;moins d'une antique civilisation, h&acirc;te de
+tous ses voeux
+le moment o&ugrave; des copies fid&egrave;les de ces inscriptions et de
+ces
+bas-reliefs historiques lui donneront le moyen de remplir avec
+certitude
+les plus anciennes pages des annales du monde, en perp&eacute;tuant
+ainsi les
+t&eacute;moignages si nombreux et si authentiques trac&eacute;s sur
+tant de monuments
+dont rien ne saurait remplacer la perte. Un voyage litt&eacute;raire en
+&Eacute;gypte
+est donc aujourd'hui l'un des plus utiles qu'on puisse entreprendre.
+Mais ce n'est point &agrave; l'histoire seule de l'&Eacute;gypte que le
+voyage propos&eacute;
+dans ce M&eacute;moire doit fournir des lumi&egrave;res qu'on
+chercherait vainement
+autre part que dans les palais de Th&egrave;bes: c'est l&agrave;
+qu'existent
+&eacute;galement, et nous en avons la certitude, des notions aussi
+d&eacute;sirables
+qu'inesp&eacute;r&eacute;es, sur tous les peuples qui, d&egrave;s les
+premiers temps de la
+civilisation humaine, jouaient un r&ocirc;le important en Afrique et
+dans
+l'Asie occidentale. Les principales exp&eacute;ditions des Pharaons
+contre les
+nations qui, dans cet ancien monde, pouvaient lutter de puissance avec
+l'&Eacute;gypte ou lui inspirer des craintes, sont sculpt&eacute;es sur
+les monuments
+&eacute;rig&eacute;s par les triomphateurs: on y lit les noms de ces
+peuples, le
+nombre des soldats, les noms des villes assi&eacute;g&eacute;es et
+prises, les noms
+des fleuves travers&eacute;s, ceux des pays soumis, la quotit&eacute;
+des tributs
+impos&eacute;s aux peuples vaincus; et les noms des objets
+pr&eacute;cieux enlev&eacute;s &agrave;
+l'ennemi sont &eacute;crits sur des tableaux qui repr&eacute;sentent
+ces troph&eacute;es de
+la victoire. Ces bas-reliefs, entrem&ecirc;l&eacute;s de longues
+inscriptions
+explicatives, sont d'autant plus utiles &agrave; conna&icirc;tre que
+les artistes
+&eacute;gyptiens ont rendu avec une admirable fid&eacute;lit&eacute; la
+physionomie, le
+costume et toutes les habitudes des peuples &eacute;trangers qu'ils ont
+eu &agrave;
+combattre. Nous pourrons donc apprendre enfin, par l'&eacute;tude
+directe de
+cette immense galerie historique, quelles nations pouvaient balancer,
+&agrave;
+des &eacute;poques sur lesquelles l'histoire est encore muette, le
+pouvoir des
+Pharaons en rivalisant avec l'&Eacute;gypte, pour lui disputer l'empire
+de cet
+ancien monde que nous n'apercevons encore qu'&agrave; travers mille
+incertitudes, mais dont la r&eacute;alit&eacute;, d&eacute;j&agrave;
+d&eacute;montr&eacute;e, n'en est pas moins
+surprenante; toutefois, en rapportant le temps de ces grandes
+sc&egrave;nes &agrave;
+des &eacute;poques beaucoup plus rapproch&eacute;es de nous que ne le
+voulait un
+esprit de syst&egrave;me plus hardi que raisonn&eacute;.</p>
+<p>On ne saurait fixer l'importance des d&eacute;couvertes historiques
+que peut
+amener une &eacute;tude approfondie des bas-reliefs qui d&eacute;corent
+les &eacute;difices
+antiques de l'&Eacute;gypte, et surtout ceux de Th&egrave;bes, sa
+vieille capitale. Ce
+pays s'est en effet trouv&eacute; en relation directe avec tous les
+grands
+peuples connus de l'antiquit&eacute;: si ses v&eacute;n&eacute;rables
+monuments nous montrent
+une foule de peuples &agrave; demi sauvages du continent africain,
+vaincus et
+d&eacute;posant aux pieds des Pharaons l'or, les mati&egrave;res
+pr&eacute;cieuses, les
+oiseaux rares et les animaux curieux de l'int&eacute;rieur d'un pays
+encore si
+peu connu, nous trouvons d'autre part le tableau des luttes sanglantes
+des &Eacute;gyptiens, soit sur terre, soit sur mer, avec diverses
+nations
+asiatiques (les Assyriens, les Bactriens et les Hindous
+peut-&ecirc;tre),
+nations qui combattent avec des armes &eacute;gales et des moyens tout
+aussi
+avanc&eacute;s que ceux des &Eacute;gyptiens, leurs rivaux. Nous
+savons, &agrave; n'en point
+douter, que les temples et les palais de l'&Eacute;gypte offrent les
+images et
+des inscriptions contemporaines des rois &eacute;thiopiens qui ont
+conquis
+l'&Eacute;gypte, au milieu des monuments des Pharaons, dont ils ont
+momentan&eacute;ment interrompu la longue et brillante succession. On y
+recueillera les annales des rois &eacute;gyptiens les plus
+renomm&eacute;s, tels que
+les Osimandyas, Amosis, les Rhams&egrave;s, les Thouthmosis; ailleurs
+celles
+des Pharaons S&eacute;sonchis, Osorchon, S&eacute;v&eacute;chus,
+Tharaca, Apri&egrave;s et N&eacute;chao,
+que les Livres saints nous peignent entrant dans le coeur de la Syrie
+&agrave;
+la t&ecirc;te d'arm&eacute;es innombrables. On r&eacute;unira les
+copies du peu de monuments
+&eacute;lev&eacute;s sous la tyrannie des rois persans, les Darius et
+les Xerx&egrave;s; on
+notera les lieux o&ugrave; se lisent encore le grand nom d'Alexandre,
+celui de
+son fr&egrave;re, de son jeune fils, et ceux des successeurs de cet
+homme qui
+releva l'&Eacute;gypte foul&eacute;e par le gouvernement militaire des
+Perses. On
+&eacute;claircira toute l'histoire des Lagides; et cet examen des
+inscriptions
+monumentales se terminera en recueillant, sur les m&ecirc;mes
+&eacute;difices qui ont
+pr&eacute;c&eacute;d&eacute; tant d'empires, leur ont surv&eacute;cu,
+et qui ont vu passer tant de
+gloires, les noms les plus illustres de Rome gouvern&eacute;e par les
+empereurs. Ainsi les monuments de l'&Eacute;gypte conservent des
+inscriptions
+qui se lient &agrave; l'histoire ancienne tout enti&egrave;re, et en
+rec&egrave;lent une
+grande partie que les &eacute;crivains ne nous ont point
+conserv&eacute;e: c'est
+donner une id&eacute;e de l'immense moisson de faits et des documents
+qu'un
+gouvernement protecteur des sciences utiles peut assurer aux
+&eacute;tudes
+solides, en ordonnant l'ex&eacute;cution d'un voyage auquel sont
+directement
+int&eacute;ress&eacute;s les progr&egrave;s de toutes les sciences
+historiques. Ajoutons
+enfin que ce voyage, o&ugrave; l'on pourra &eacute;tudier et comparer
+entre elles le
+nombre immense d'inscriptions qui couvrent tous les monuments de
+l'&Eacute;gypte, avancerait avec une merveilleuse rapidit&eacute; nos
+connaissances
+sur l'&eacute;criture hi&eacute;roglyphique, et qu'il fournira, sans
+aucun doute &agrave; cet
+&eacute;gard, des lumi&egrave;res qu'on ne pourrait peut-&ecirc;tre
+point obtenir d'une
+&eacute;tude de plusieurs si&egrave;cles faite en Europe sur les seuls
+monuments
+&eacute;gyptiens que le hasard y ferait transporter &agrave; l'avenir.
+Sous ce point
+de vue seul, les r&eacute;sultats du voyage projet&eacute; seraient
+inappr&eacute;ciables.</p>
+<p>Les travaux des Fran&ccedil;ais qui firent partie de
+l'exp&eacute;dition d'&Eacute;gypte
+n'ont fait que pr&eacute;parer l'Europe savante &agrave; de tels
+r&eacute;sultats, en lui
+montrant, par le trop petit nombre de dessins pris sur les monuments
+historiques, tout ce qu'elle doit d&eacute;sirer encore, et tout ce
+qu'on peut
+attendre d'un examen approfondi et d'un voyage dont ces monuments
+seront
+l'objet principal. Ces recherches, qui doivent produire tant de fruits
+et jeter tant de lumi&egrave;res sur l'obscurit&eacute; des temps
+antiques, &eacute;taient
+impossibles alors. On n'avait, en effet, &agrave; la fin du
+si&egrave;cle dernier et
+dans les premi&egrave;res ann&eacute;es du si&egrave;cle
+pr&eacute;sent, aucune donn&eacute;e positive sur
+le syst&egrave;me des &eacute;critures &eacute;gyptiennes; aussi les
+membres de la Commission
+d'&Eacute;gypte, et la plupart des voyageurs qui ont march&eacute; sur
+leurs traces,
+persuad&eacute;s peut-&ecirc;tre qu'on n'arriverait jamais &agrave;
+l'intelligence des
+signes hi&eacute;roglyphiques, ont-ils attach&eacute; moins
+d'int&eacute;r&ecirc;t &agrave; copier avec
+exactitude les longues inscriptions en caract&egrave;res sacr&eacute;s
+qui
+accompagnent les figures mises en sc&egrave;ne dans les bas-reliefs
+historiques; il les ont presque toujours n&eacute;glig&eacute;es, et
+souvent m&ecirc;me, en
+copiant quelques sc&egrave;nes de ces bas-reliefs, on s'est
+content&eacute; de marquer
+seulement la place occup&eacute;e par ces l&eacute;gendes.
+C'&eacute;tait cependant, sinon
+pour cette &eacute;poque, du moins pour l'avenir, la partie la plus
+int&eacute;ressante d'un tel travail. Mais enfin on doit beaucoup de
+reconnaissance &agrave; ces voyageurs pour nous avoir appris, &agrave;
+n'en pouvoir
+douter, qu'il ne d&eacute;pend plus que de notre volont&eacute; de
+recueillir, par
+exemple, dans le palais de Karnac &agrave; Th&egrave;bes, l'histoire
+des conqu&ecirc;tes de
+plusieurs rois, et probablement aussi celle de la d&eacute;livrance de
+l'&Eacute;gypte
+du joug des Pasteurs ou Hykschos, &eacute;v&eacute;nement auquel se
+rattachent la
+venue et la captivit&eacute; des H&eacute;breux; dans les sculptures de
+Kalabsch&eacute;, le
+tableau des conqu&ecirc;tes de Rhams&egrave;s II &agrave;
+l'int&eacute;rieur de l'Afrique; dans les
+galeries du palais de M&eacute;dinet-Abou, les exp&eacute;ditions de
+Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun
+contre les peuples de l'Asie; dans divers temples de la Nubie, des
+hauts
+faits des Pharaons Moeris, Osortasen, Am&eacute;nophis II; dans le
+palais de
+Kourna, ceux de Mandoue&iuml; et Ousire&iuml;, etc.; enfin, dans les
+palais de
+Louqsor, les &eacute;difices d'Ibsamboul et le palais dit d'Osimandyas,
+les
+d&eacute;tails les plus circonstanci&eacute;s sur les conqu&ecirc;tes
+du grand S&eacute;sostris,
+tant en Asie qu'en Afrique.</p>
+<p>De nos jours, des dessins de la totalit&eacute; de ces grandes
+sc&egrave;nes
+historiques, qui s'&eacute;clairent les unes par les autres, et surtout
+des
+copies exactes des inscriptions hi&eacute;roglyphiques qu'on y a
+m&ecirc;l&eacute;es en si
+grand nombre, acquerraient un prix infini et r&eacute;aliseraient,
+sinon en
+totalit&eacute;, du moins en tr&egrave;s-grande partie, les hautes
+esp&eacute;rances qu'y
+rattachent les sciences historiques. Les notions positives sur le
+m&eacute;canisme de l'&eacute;criture hi&eacute;roglyphique sont assez
+avanc&eacute;es, et l'on a
+reconnu le sens d'un nombre de caract&egrave;res assez
+consid&eacute;rable, pour
+retirer sur-le-champ, avec une certitude enti&egrave;re, les faits
+principaux
+et les plus pr&eacute;cieux contenus dans ces bas-reliefs ou dans ces
+inscriptions, et tous les documents utiles qu'ils renferment; enfin,
+avec les connaissances nouvellement acquises sur les &eacute;critures
+de
+l'ancienne &Eacute;gypte, un voyage entrepris maintenant sur cette
+terre
+classique, par un petit nombre de personnes bien
+pr&eacute;par&eacute;es, produira
+incontestablement des r&eacute;sultats scientifiques tels qu'on
+e&ucirc;t en vain os&eacute;
+les esp&eacute;rer dans le temps m&ecirc;me que l'&Eacute;gypte, au
+pouvoir d'une arm&eacute;e
+fran&ccedil;aise, &eacute;tait livr&eacute;e aux recherches d'une foule
+de savants qui ont
+beaucoup fait pour les sciences physiques, naturelles et
+math&eacute;matiques,
+mais qui manquaient de l'instrument essentiel et indispensable pour
+exploiter convenablement la mine si riche de documents historiques que
+la fortune des armes livrait &agrave; leur examen. La France
+guerri&egrave;re a fait
+conna&icirc;tre &agrave; fond l'&Eacute;gypte moderne, sa constitution
+physique, ses
+productions naturelles, et les diff&eacute;rents genres de monuments
+qui la
+couvrent: c'est aussi &agrave; la France, jouissant de la faveur de la
+paix, si
+propice au progr&egrave;s des sciences et de la civilisation nouvelle,
+&agrave;
+recueillir les souvenirs grav&eacute;s sur ces monuments t&eacute;moins
+d'une
+civilisation primitive et des efforts progressifs des sciences sur une
+terre qui en fut le berceau: elles en sortirent pour &eacute;clairer
+l'Europe
+encore &agrave; demi sauvage lorsque l'&Eacute;gypte &eacute;tait
+d&eacute;j&agrave; d&eacute;chue de sa premi&egrave;re
+splendeur: l'Europe remontera donc ainsi vers ses plus antiques
+origines.</p>
+<p>Apr&egrave;s cet expos&eacute; sommaire des motifs
+g&eacute;n&eacute;raux du voyage, il reste &agrave;
+indiquer l'ordre d&eacute;taill&eacute; des travaux que doivent
+ex&eacute;cuter les personnes
+charg&eacute;es de cette entreprise litt&eacute;raire.</p>
+<p>1&deg; Visiter un &agrave; un tous les monuments antiques de style
+&eacute;gyptien, en
+faire dessiner <i>l'ensemble</i>, et lever <i>le plan</i> du petit
+nombre de ceux
+que les voyageurs ont n&eacute;glig&eacute;s ou n'ont point
+suffisamment &eacute;tudi&eacute;s.</p>
+<p>2&deg; Rechercher sur chaque <i>temple</i> les inscriptions
+d&eacute;dicatoires donnant
+l'&eacute;poque pr&eacute;cise de leur fondation, et celles qui
+indiquent toujours
+l'&eacute;poque o&ugrave; ont &eacute;t&eacute; ex&eacute;cut&eacute;es
+les diff&eacute;rentes parties de la d&eacute;coration.
+C'est, en d'autres termes, recueillir les &eacute;l&eacute;ments
+positifs de
+l'histoire et de la chronologie de l'art en &Eacute;gypte.</p>
+<p>3&deg; Copier avec soin, dans tous leurs d&eacute;tails et avec
+leurs couleurs
+propres, les images des diff&eacute;rentes <i>divinit&eacute;s</i>
+auxquelles chaque temple
+&eacute;tait d&eacute;di&eacute;. Recueillir les inscriptions
+religieuses relatives &agrave; ces
+divinit&eacute;s, et tous les titres divers qui leur sont donn&eacute;s.</p>
+<p>4&deg; Copier surtout les tableaux mythologiques o&ugrave; plusieurs
+divinit&eacute;s sont
+mises en sc&egrave;ne.</p>
+<p>5&deg; Dessiner les bas-reliefs repr&eacute;sentant les diverses
+c&eacute;r&eacute;monies
+religieuses, et tous les instruments de culte.</p>
+<p>Ces divers travaux auront pour r&eacute;sultat de faire
+conna&icirc;tre &agrave; fond
+l'ensemble du culte &eacute;gyptien, source de toutes les religions
+pa&iuml;ennes de
+l'Occident, et serviront &agrave; d&eacute;montrer les nombreux
+emprunts que la
+religion des Grecs fit &agrave; celle de l'&Eacute;gypte. On terminera
+ainsi les
+dissidences qui partagent les savants sur une mati&egrave;re mise en
+discussion
+avant de poss&eacute;der les &eacute;l&eacute;ments indispensables pour
+en &eacute;claircir les
+difficult&eacute;s.</p>
+<p>6&deg; Prendre, dans les temples, des calques exacts des figures
+repr&eacute;sentant les divers souverains de l'&Eacute;gypte, et avec
+tous les d&eacute;tails
+de costume, afin de former ainsi l'<i>iconographie</i> des rois et des
+reines; ces bas-reliefs, surtout ceux de l'&eacute;poque la plus
+ancienne,
+offrant le <i>portrait</i> des Pharaons, de leurs femmes et de leurs
+enfants.</p>
+<p>7&deg; Rechercher dans les palais de Th&egrave;bes, d'Ahydos, de
+Sohleb, et dans
+tous les genres d'&eacute;difices, tous les <i>bas-reliefs historiques</i>;
+les
+dessiner avec soin, figures et l&eacute;gendes, et copier les longues
+inscriptions historiques qui les suivent ou les s&eacute;parent.</p>
+<p>8&deg; Recueillir dans les palais et les tombeaux des rois tout ce
+qui se
+rapporte &agrave; la vie publique et priv&eacute;e des Pharaons.</p>
+<p>9&deg; Dessiner dans les catacombes de Th&egrave;bes ou des autres
+villes
+&eacute;gyptiennes les tableaux et les inscriptions relatives &agrave;
+la <i>vie civile</i>
+des diverses classes de la nation, surtout ceux qui retracent les arts,
+les m&eacute;tiers et la vie int&eacute;rieure des &Eacute;gyptiens;
+faire le recueil des
+costumes des diverses castes, etc.</p>
+<p>10&deg; Copier les inscriptions votives, grav&eacute;es sur la
+plate-forme des
+temples, sur les rochers environnants et dans les catacombes, toutes
+les
+fois que ces inscriptions porteront <i>une date</i> clairement
+exprim&eacute;e.</p>
+<p>11&deg; Recueillir toutes les <i>l&eacute;gendes royales</i>,
+sculpt&eacute;es sur les
+&eacute;difices, avec leurs diverses variantes, et pr&eacute;ciser le
+lieu o&ugrave; elles se
+lisent, pour d&eacute;terminer ainsi l'anciennet&eacute; relative de
+chaque portion
+d'un m&ecirc;me &eacute;difice, et l'&eacute;tat soit progressif, soit
+r&eacute;trograde de l'art.</p>
+<p>12&deg; Rechercher et faire dessiner avec soin tous les bas-reliefs
+et
+tableaux <i>astronomiques</i>, prendre les dates exprim&eacute;es soit
+sur ces m&ecirc;mes
+sculptures, soit dans leur voisinage, pour d&eacute;montrer sans
+r&eacute;plique
+l'&eacute;poque assez r&eacute;cente de ces compositions, que l'esprit
+de syst&egrave;me
+s'obstine encore, malgr&eacute; des d&eacute;monstrations palpables,
+&agrave; consid&eacute;rer
+comme remontant &agrave; des si&egrave;cles fort ant&eacute;rieurs aux
+temps v&eacute;ritablement
+historiques. On fixera &eacute;galement ainsi l'opinion encore
+incertaine des
+savants &agrave; l'&eacute;gard du point r&eacute;el d'avancement
+auquel les &Eacute;gyptiens
+avaient port&eacute; la science de l'astronomie.</p>
+<p>13&deg; On devra recueillir avec un soin scrupuleux tous les <i>caract&egrave;res
+hi&eacute;roglyphiques</i> de formes diff&eacute;rentes, en notant les
+couleurs de chacun
+d'eux, afin de former le tableau le plus approximativement complet
+qu'il
+sera possible de tous les caract&egrave;res employ&eacute;s dans
+l'&eacute;criture sacr&eacute;e des
+&Eacute;gyptiens.</p>
+<p>14&deg; On dessinera toutes les <i>inscriptions</i> qui peuvent
+conduire soit &agrave;
+confirmer, soit &agrave; &eacute;tendre nos connaissances, relativement
+&agrave; la langue et
+aux diverses &eacute;critures de l'ancienne &Eacute;gypte.</p>
+<p>15&deg; Il est du plus pressant int&eacute;r&ecirc;t pour les
+&eacute;tudes historiques et
+philologiques de chercher dans les ruines de l'&Eacute;gypte des <i>d&eacute;crets
+bilingues</i>, semblables &agrave; celui que porte la pierre de
+Rosette. Ces
+st&egrave;les existaient en tr&egrave;s-grand nombre dans les temples
+&eacute;gyptiens des
+trois ordres. Des fouilles seront donc dirig&eacute;es dans l'enceinte
+de ces
+temples, pour d&eacute;couvrir de tels monuments, par le secours
+desquels le
+d&eacute;chiffrement des textes hi&eacute;roglyphiques ferait un pas
+immense.</p>
+<p>16&deg; Le directeur du voyage ferait aussi ex&eacute;cuter des <i>fouilles</i>
+sur les
+points o&ugrave; il serait possible de rencontrer des monuments
+historiques de
+divers genres: ceux des objets trouv&eacute;s et qui
+m&eacute;riteraient quelque
+attention seraient emport&eacute;s pour &ecirc;tre plac&eacute;s au <i>Mus&eacute;e
+royal du Louvre</i>,
+si ces objets &eacute;taient d'ancien style &eacute;gyptien, et au <i>Cabinet
+des
+antiques de la Biblioth&egrave;que royale</i>, si ces objets
+&eacute;taient des m&eacute;dailles
+et des pierres grav&eacute;es, ou autres monuments de style grec ou
+romain. Les
+<i>statues grecques ou romaines</i> appartiendraient aussi au
+Mus&eacute;e des
+antiques du Louvre.</p>
+<p>17&deg; On pourrait faire &eacute;galement, &agrave; Th&egrave;bes
+et dans toutes les autres
+parties de l'&Eacute;gypte, des achats d'objets int&eacute;ressants
+pour les
+<i>collections</i> royales; on pourrait compl&eacute;ter ainsi avec
+avantage les
+diverses s&eacute;ries de monuments antiques qui existent dans ces
+&eacute;tablissements.</p>
+<p>18&deg; On d&eacute;sire depuis longtemps que des personnes
+instruites dans les
+langues orientales visitent les couvents de la vall&eacute;e des lacs
+de Natron
+et de la Haute-&Eacute;gypte, et examinent les livres coptes ou autres
+que
+renferment les <i>biblioth&egrave;ques des moines chr&eacute;tiens</i>,
+lesquelles peuvent
+contenir des ouvrages importants. Cette visite pourrait &ecirc;tre
+faite avec
+soin pendant le voyage, et il serait facile peut-&ecirc;tre
+d'acqu&eacute;rir des
+manuscrits int&eacute;ressants &agrave; peu de frais.</p>
+<p>19&deg; Quelques voyageurs en &Eacute;gypte ont parl&eacute;
+d'inscriptions en <i>caract&egrave;res
+inconnus</i>, trac&eacute;es ou grav&eacute;es sur quelques monuments;
+on s'attacherait &agrave;
+les recueillir, pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu'elles sont
+consid&eacute;r&eacute;es comme
+inconnues. Il en serait de m&ecirc;me des <i>manuscrits</i> ou <i>inscriptions
+en
+ph&eacute;nicien</i>, dont il n'existe encore qu'un tr&egrave;s-petit
+nombre en Europe,
+ainsi que des inscriptions en caract&egrave;res pers&eacute;politains
+ou
+<i>cun&eacute;iformes</i>, dont l'alphabet n'est pas encore
+enti&egrave;rement connu,
+quoique les monuments o&ugrave; ils sont employ&eacute;s ne soient pas
+tr&egrave;s-rares. La
+d&eacute;couverte des hi&eacute;roglyphes phon&eacute;tiques a concouru
+&agrave; accro&icirc;tre cet
+alphabet au moyen d'une courte inscription en caract&egrave;res
+cun&eacute;iformes et
+en caract&egrave;res &eacute;gyptiens. On peut en trouver d'autres, qui
+seraient
+soigneusement copi&eacute;es.</p>
+<p>20&deg; Il manque &agrave; la Biblioth&egrave;que du Roi
+quelques-uns des plus utiles
+ouvrages de la <i>litt&eacute;rature arabe</i>. On aurait
+peut-&ecirc;tre l'occasion de
+les acqu&eacute;rir &agrave; un prix convenable.</p>
+<p>Tels sont le but, le plan et les motifs d'un voyage en &Eacute;gypte.</p>
+<p>Pour l'ex&eacute;cuter, M. Champollion n'attend plus que les ordres
+du Roi.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="LETTRES2"></a>
+<h2>LETTRES</h2>
+<h2>&Eacute;CRITES PENDANT LE VOYAGE DE PARIS A ALEXANDRIE</h2>
+<p><br>
+</p>
+<p style="text-align: right;"><small>Lyon, le 18 juillet 1828.</small></p>
+<p>Me voici arriv&eacute; &agrave; Lyon en tr&egrave;s-bonne
+sant&eacute;. J'ai trouv&eacute; notre ami M.
+Artaud pr&ecirc;t &agrave; me recevoir, et je me suis &eacute;tabli
+dans son mus&eacute;e.</p>
+<p>J'ai trouv&eacute; dans celui de la ville, entre autres morceaux
+curieux, une
+statuette en bronze, de 7 pouces de hauteur, repr&eacute;sentant le
+dieu Nil,
+morceau d'un excellent travail. Je la fais dessiner pour mon <i>Panth&eacute;on</i>:
+c'est, jusqu'ici, une chose unique et que je suis bien aise d'avoir
+rencontr&eacute;e.</p>
+<p>M. Artaud a &eacute;crit aujourd'hui &agrave; M. Sallier d'Aix, pour
+l'informer de mon
+prochain passage par cette ville. Je m'attends donc &agrave; faire une
+bonne
+r&eacute;colte dans cette nombreuse collection, et j'y consacrerai deux
+jours
+s'il le faut.</p>
+<p><br>
+</p>
+<div style="text-align: right;"><big>Toulon, 25 juillet 1828.</big></div>
+<p>Je suis arriv&eacute; ici hier au soir en parfaite sant&eacute; et
+apr&egrave;s un voyage
+moins p&eacute;nible que la saison d'&eacute;t&eacute; et le ciel de
+Provence ne pouvaient le
+faire supposer. Partis d'Aix &agrave; trois heures du matin, nous
+&eacute;tions &agrave;
+Toulon sur les six heures du soir; je me suis &agrave; peine
+aper&ccedil;u de la
+chaleur pendant la route, gr&acirc;ce aux fourrures en laine dont je
+suis
+couvert; ce qui me fait croire que le proverbe vulgaire: <i>Qui pare
+le
+froid pare le chaud</i>, doit &ecirc;tre &eacute;man&eacute; comme tant
+d'autres de la sagesse
+des nations.</p>
+<p>Il m'a &eacute;t&eacute; impossible d'&eacute;crire d'Aix comme j'en
+avais le projet: le
+cabinet de M. Sallier m'a occup&eacute; pendant les deux jours que j'ai
+pass&eacute;s
+dans cette vieille ville. J'y ai trouv&eacute; quelques pi&egrave;ces
+importantes que
+j'ai copi&eacute;es ou fait dessiner. Ce ne fut que le soir du second
+jour que
+M. Sallier me mit dans les mains un paquet de papyrus &eacute;gyptiens
+non
+fun&eacute;raires, dans lequel j'ai trouv&eacute;: 1&deg; un long
+papyrus en fort mauvais
+&eacute;tat, qui m'a paru renfermer des observations astrologiques, le
+tout en
+belle &eacute;criture hi&eacute;ratique; 2&deg; deux rouleaux contenant
+des esp&egrave;ces d'odes
+ou litanies &agrave; la louange d'un Pharaon; 3&deg; un rouleau dont
+les premi&egrave;res
+pages manquent, mais qui contient les louanges et les exploits de
+Rhams&egrave;s-S&eacute;sostris en style biblique, c'est-&agrave;-dire
+sous la forme d'une
+ode dialogu&eacute;e, entre les dieux et le roi.</p>
+<p>Cette affaire-ci est de la plus haute importance, et le peu de temps
+que j'ai donn&eacute; &agrave; son examen m'a convaincu que c'est un
+vrai tr&eacute;sor
+historique. J'en ai tir&eacute; les noms d'une quinzaine de nations
+vaincues,
+parmi lesquelles sont sp&eacute;cialement nomm&eacute;s les Ioniens, <i>Iouni,
+Iavani</i>,
+et les Lyciens, <i>Louka</i>, ou <i>Louki</i>; plus les
+&Eacute;thiopiens, les Arabes,
+etc. Il est parl&eacute; de leurs chefs emmen&eacute;s en
+captivit&eacute;, et des
+impositions que ces pays ont support&eacute;es. Ce manuscrit a
+pleinement
+justifi&eacute; mon id&eacute;e sur le groupe qui qualifie les noms de
+pays &eacute;trangers,
+et ceux de personnages en langues &eacute;trang&egrave;res. J'ai
+relev&eacute; avec soin tous
+ces noms de peuples vaincus, qui, &eacute;tant parfaitement lisibles et
+en
+&eacute;criture hi&eacute;ratique, me serviront &agrave;
+reconna&icirc;tre ces m&ecirc;mes noms en
+hi&eacute;roglyphes sur les monuments de Th&egrave;bes, et &agrave; les
+restituer, s'ils sont
+effac&eacute;s en partie.</p>
+<p>Cette trouvaille est immense, et ce manuscrit hi&eacute;ratique
+porte sa date &agrave;
+la derni&egrave;re page. Il a &eacute;t&eacute; &eacute;crit (dit le
+texte) <i>l'an IX, au mois de
+Paoni</i>, du r&egrave;gne de Rhams&egrave;s le Grand. Je me propose
+d'&eacute;tudier &agrave; fond ce
+papyrus, &agrave; mon retour d'&Eacute;gypte.</p>
+<p>M. Sallier m'a promis de me donner l'empreinte en papier des trois
+pierres qui portent les fragments du d&eacute;cret romain relatif au
+prix des
+denr&eacute;es et marchandises; je l'aurais faite moi-m&ecirc;me, mais,
+malheureusement, on a rempli en pl&acirc;tre durci les lettres du
+texte: on
+les fera laver et nettoyer.</p>
+<p><br>
+</p>
+<div style="text-align: right;"><big>Toulon, le 29 juillet.</big></div>
+<p>J'ai re&ccedil;u la premi&egrave;re lettre de Paris, attendue
+d&eacute;j&agrave; avec impatience. Ma
+s&eacute;rie de num&eacute;ros ne commencera qu'apr&egrave;s
+l'embarquement, et ma premi&egrave;re
+sera dat&eacute;e des domaines de Neptune, car j'esp&egrave;re que nous
+rencontrerons
+en route quelque b&acirc;timent revenant en Europe, et qu'il sera
+possible de
+le charger d'un billet pour la France. Mais si par hasard nous sommes
+seuls sur le grand chemin du monde, vous n'aurez de mes nouvelles que
+dans deux mois au plus t&ocirc;t, les d&eacute;parts d'Alexandrie pour
+France &eacute;tant
+extr&ecirc;mement rares. Notre corvette, destin&eacute;e &agrave;
+convoyer les b&acirc;timents
+marchands, ne convoiera personne. On n'ose plus se mettre en mer, non
+qu'il y ait danger de perte de corps ou de biens, mais parce que le
+commerce avec l'&Eacute;gypte est dans un &eacute;tat complet de
+torpeur; l'&Eacute;gypte
+elle-m&ecirc;me n'envoie plus de coton. L'amiral m'assure, toutefois,
+que nos
+relations avec le pacha sont sur le pied le plus amical. Je vais avoir,
+du reste, des nouvelles positives sur notre position &agrave;
+l'&eacute;gard de
+l'&Eacute;gypte, car je re&ccedil;ois &agrave; l'instant un rendez-vous
+au lazaret, de la
+part de M. L&eacute;on de Laborde, arrivant d'Alexandrie en
+trente-trois jours.
+Il me dira certainement ce qu'il faut craindre ou esp&eacute;rer; le
+ton de sa
+lettre est d'ailleurs tr&egrave;s-rassurant, et je n'en augure que de
+bonnes
+nouvelles.</p>
+<p>Nos Parisiens sont arriv&eacute;s ce matin; et nos Toscans le soir,
+apr&egrave;s un
+voyage de quinze jours. Ils ont eu toutes les peines du monde &agrave;
+traverser le cordon sanitaire &eacute;tabli &agrave; la
+fronti&egrave;re du Pi&eacute;mont par le
+roi de Sardaigne, qui, tromp&eacute; par les exag&eacute;rations d'un
+capitaine
+marchand de Marseille, d&eacute;barqu&eacute; &agrave; G&ecirc;nes,
+s'est imagin&eacute; que la peste
+ravageait la Provence; les r&eacute;giments ont march&eacute; pour
+occuper tous les
+d&eacute;bouch&eacute;s des Alpes, et les lettres et journaux venant de
+France sont
+taillad&eacute;s et pass&eacute;s au vinaigre. Il est connu en Italie
+que nous mourons
+ici et &agrave; Marseille par centaines: tandis que le temps est
+superbe, gr&acirc;ce
+&agrave; une brise d'ouest qui rafra&icirc;chit l'air et nous jettera
+en pleine mer
+en moins d'une heure.</p>
+<p>La mer promet d'&ecirc;tre excellente. J'ai d&eacute;j&agrave;
+essay&eacute; mon estomac, et je le
+crois assez bien amarin&eacute;, ayant couru la rade en barque par une
+mer
+assez grosse.</p>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>30 juillet.</small></p>
+<p>Il m'a &eacute;t&eacute; impossible de voir M. de Laborde; la brise
+&eacute;tait trop forte
+pour pouvoir sans danger communiquer avec le lazaret dans une petite
+embarcation; il m'indique un nouveau rendez-vous pour demain &agrave;
+une
+heure: mais &agrave; cette heure-l&agrave;, je serai d&eacute;j&agrave;
+loin de Toulon, puisque
+notre embarquement aura lieu entre neuf et dix heures du matin. Nos
+gros
+effets sont &agrave; bord, et nous sommes pr&ecirc;ts &agrave; dire
+adieu &agrave; la terre ferme.
+On me fait esp&eacute;rer de toucher en Sicile. J'ai demand&eacute;
+&agrave; l'amiral qu'il
+perm&icirc;t au commandant de nous d&eacute;barquer quelques heures
+&agrave; Agrigente; cela
+est accord&eacute;. C'est &agrave; la mer &agrave; nous le permettre
+maintenant. Si elle est
+bonne, j'&eacute;crirai &agrave; l'ombre d'une des colonnes doriques du
+temple de
+Jupiter.</p>
+<p>Adieu; soyez sans inqui&eacute;tude, les dieux de l'&Eacute;gypte
+veillent sur nous.</p>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>En mer, entre la Sardaigne et la
+Sicile, 3 ao&ucirc;t 1828.</small></p>
+<p>Je vais essayer d'&eacute;crire malgr&eacute; le mouvement du
+vaisseau, qui, pouss&eacute;
+par un vent &agrave; souhait, marche assez rapidement vers la
+c&ocirc;te occidentale
+de Sicile, que nous aurons ce soir en vue, selon toute apparence.
+Jusqu'ici la travers&eacute;e a &eacute;t&eacute; des plus heureuses,
+et le plus difficile
+est fait: mon estomac a subi toutes ses &eacute;preuves, et je me
+trouve
+parfaitement bien maintenant. Le repos forc&eacute; dont on jouit sur
+le
+b&acirc;timent, et l'impossibilit&eacute; de s'y occuper avec quelque
+suite, ont
+tourn&eacute; au profit de ma sant&eacute;, et je me porte &agrave;
+merveille.</p>
+<p>Je ne parlerai point des deux jours pass&eacute;s, n'ayant eu sous
+les yeux que
+le ciel et la mer. Le tableau, quoique vari&eacute; par quelques
+&eacute;volutions de
+marsouins et la lourde apparition de deux cachalots,
+pr&eacute;senterait trop
+d'uniformit&eacute;. La s&egrave;che d&eacute;solation des c&ocirc;tes
+de Sardaigne, pays bien
+digne de l'aspect de ses anciens Nuraghes, n'offre rien non plus de
+bien
+int&eacute;ressant.</p>
+<p>Je parlerai donc de l'espoir plus attrayant de d&eacute;barquer au
+milieu des
+temples de la vieille Agrigente. Notre commandant nous le promet pour
+demain au soir, si &Eacute;ole et Neptune veulent bien nous octroyer
+cette
+douceur.</p>
+<p><br>
+</p>
+<div style="text-align: right;"><big>Du 4.</big></div>
+<p>Nous ayons tourn&eacute;, pendant la nuit, la pointe ouest de la
+Sardaigne, et
+couru la c&ocirc;te m&eacute;ridionale, vraie succursale de l'Afrique.
+Ce matin nous
+ne voyons encore que le ciel et la mer. Vers le soir, on
+aper&ccedil;oit l'&icirc;le
+de Maritimo, le point le plus occidental de la Sicile, mais un calme
+malencontreux nous emp&ecirc;che d'avancer.</p>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Du 5.</small></p>
+<p>Apr&egrave;s une nuit pass&eacute;e &agrave; louvoyer, nous avons
+revu Maritimo de bon matin,
+&agrave; deux ou trois lieues de nous. Le vent s'&eacute;tant enfin
+lev&eacute;, le vaisseau
+a pass&eacute; devant les &icirc;les de Favignana et Levanzo; nous
+avions en
+perspective Trapani (Drepanum), l'ancien arsenal de Sicile, et le mont
+&Eacute;ryx si vant&eacute; dans l'En&eacute;ide. L'apr&egrave;s-midi,
+nous avons pass&eacute; devant
+Marsalla et salu&eacute; d&eacute;votement ses excellents vignobles: il
+s'est m&ecirc;l&eacute; &agrave;
+mon salut une teinte fort respectueuse, lorsqu'on a
+d&eacute;pass&eacute; cette ville
+qui fut la vieille Lilyb&eacute;e, le principal &eacute;tablissement
+carthaginois en
+Sicile. Cette c&ocirc;te m&eacute;ridionale est d'une beaut&eacute;
+parfaite.</p>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Du 6.</small></p>
+<p>Je n'ai pu saluer les ruines de S&eacute;linonte, nous les avons
+ras&eacute;es de
+nuit. La c&ocirc;te est ici un peu plus s&egrave;che, quoique
+pittoresque, et d'un
+ton africain &agrave; faire plaisir. On a jet&eacute; l'ancre dans la
+rade
+d'Agrigente; l&agrave; sont une foule de monuments grecs que nous
+d&eacute;sirons
+visiter et &eacute;tudier. Mais il est probablement
+d&eacute;cid&eacute; que nous aurons le
+d&eacute;boire d'&ecirc;tre venus &agrave; quatre cents toises de ces
+temples sans pouvoir
+m&ecirc;me les apercevoir. Nous payons ch&egrave;rement la sottise du
+capitaine
+marseillais qui a r&eacute;pandu &agrave; G&ecirc;nes la nouvelle de la
+fameuse peste de
+Marseille. &Eacute;tant all&eacute;s au lazaret d'Agrigente avec le
+commandant, on
+nous a r&eacute;pondu que des ordres de Palerme, arriv&eacute;s la
+veille, d&eacute;fendaient
+express&eacute;ment qu'on donn&acirc;t pratique &agrave; aucun
+b&acirc;timent venu des ports
+m&eacute;ridionaux de France. J'ai soutenu que Toulon &eacute;tait un
+port du <i>nord</i>;
+le bon Sicilien a r&eacute;pondu qu'il le savait tr&egrave;s-bien, mais
+que, n'ayant
+aucune instruction sur les ports du nord, il ne pouvait nous permettre
+de d&eacute;barquer sans l'autorisation de l'intendant de la province
+d'Agrigente. On nous a promis une r&eacute;ponse pour demain &agrave;
+huit heures; et
+nous avons regagn&eacute; la corvette, la mort dans l'&acirc;me et sans
+l'esp&eacute;rance
+d'admirer le temple de la Concorde. C'est bien l&agrave; jouer de
+malheur, et
+je comprends enfin le supplice de Tantale.</p>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Du 7, &agrave; six heures du matin.</small></p>
+<p>Aucune nouvelle de terre ne nous est encore parvenue. Je perds tout
+espoir. Je vais fermer cette lettre pour l'envoyer dans une heure et
+demie d'ici &agrave; terre, pour t&acirc;cher de la faire mettre
+&agrave; la poste &agrave; travers
+toutes les fumigations d'usage. Nous nous portons tous &agrave; faire
+plaisir,
+bon app&eacute;tit, l'oeil vif, des teints superbes, et on veut
+absolument nous
+traiter en pestif&eacute;r&eacute;s! Je rouvrirais ma lettre si j'avais
+&agrave; vous
+annoncer qu'on nous permet de voir Agrigente autrement qu'&agrave; deux
+milles
+de distance; je serais si heureux de d&eacute;barquer au milieu de ces
+v&eacute;n&eacute;rables ruines! Mais je n'ose y compter.</p>
+<p>Si nous n'avons pas l'entr&eacute;e &agrave; huit heures, nous
+mettrons imm&eacute;diatement
+&agrave; la voile, pour courir sur Malte.</p>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Alexandrie, le 22 ao&ucirc;t 1828.</small></p>
+<p>Je hasarde ces lignes par un b&acirc;timent toscan qui part demain
+pour
+Livourne. Comme il est fort douteux que cette lettre parvienne en
+France
+aussit&ocirc;t que celle dont veut bien se charger notre excellent
+commandant
+de l'Egl&eacute;, lequel retourne en Europe et met &agrave; la voile
+mardi prochain,
+je mets un n&deg; 1 provisoire &agrave; celle-ci, r&eacute;servant tous
+les d&eacute;tails pour
+la seconde, qui sera le v&eacute;ritable num&eacute;ro premier.</p>
+<p>Je suis arriv&eacute; le 18 ao&ucirc;t dans cette terre
+d'&Eacute;gypte, apr&egrave;s laquelle je
+soupirais depuis longtemps. Jusqu'ici elle m'a trait&eacute; en
+m&egrave;re tendre, et
+j'y conserverai, selon toute apparence, la bonne sant&eacute; que j'y
+apporte.
+J'ai pu boire de l'eau fra&icirc;che &agrave; discr&eacute;tion, et
+cette eau-l&agrave; est de
+l'eau du Nil qui nous arrive par le canal nomm&eacute; <i>Mahmoudi&eacute;h</i>
+en
+l'honneur du pacha, qui l'a fait creuser.</p>
+<p>J'ai pu voir M. Drovetti le soir m&ecirc;me de mon arriv&eacute;e,
+et l&agrave; j'ai appris
+qu'il m'avait &eacute;crit et conseill&eacute; d'ajourner mon voyage.
+Depuis la date
+de cette lettre, heureusement arriv&eacute;e trop tard &agrave; Paris,
+les choses sont
+bien chang&eacute;es. Vous devez conna&icirc;tre d&eacute;j&agrave; les
+conventions pour
+l'&eacute;vacuation de la Mor&eacute;e, consenties le 6 juillet par
+Ibrahim-Pacha et
+sign&eacute;es il y a une douzaine de jours par le vice-roi
+Mohammed-Aly. Mon
+voyage ne rencontrera aucun emp&ecirc;chement; le pacha est
+inform&eacute; de mon
+arriv&eacute;e, et il a bien voulu me faire dire que j'&eacute;tais le
+bienvenu; je
+lui serai pr&eacute;sent&eacute; demain ou apr&egrave;s-demain au plus
+tard. Tout se dispose
+au mieux pour mes travaux futurs; et les Alexandrins sont si bons que
+j'ai d&eacute;j&agrave; secou&eacute; tous les pr&eacute;jug&eacute;s
+inspir&eacute;s par de pr&eacute;tendus historiens.</p>
+<p>J'occupe dans le palais du consulat de France un petit appartement
+d&eacute;licieux donnant sur le bord de la mer; l'ordre
+d'ex&eacute;cution de nos
+projets sur Alexandrie et ses environs est d&eacute;j&agrave;
+r&eacute;gl&eacute;; ils comprennent
+les ob&eacute;lisques dits de Cl&eacute;op&acirc;tre, dont nous aurons
+enfin une copie
+exacte, et ensuite la colonne de Pomp&eacute;e; il faut savoir enfin
+&agrave; quoi
+s'en tenir sur son inscription d&eacute;dicatoire, et si elle porte le
+nom de
+l'empereur <i>Diocl&eacute;tien</i>: nous en aurons une bonne
+empreinte.</p>
+<p>Notre jeunesse est &eacute;merveill&eacute;e de ce qu'elle a
+d&eacute;j&agrave; vu.... A ma
+prochaine les d&eacute;tails: la s&eacute;rie de mes lettres
+d'observation commencera
+r&eacute;ellement avec elle....</p>
+<p>Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="LETTRES3"></a>
+<h2>LETTRES</h2>
+<h2>&Eacute;CRITES</h2>
+<h2>D'&Eacute;GYPTE ET DE NUBIE</h2>
+<h2>EN 1828 ET 1829</h2>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="PREMIERE_LETTRE"></a>
+<h2>PREMI&Egrave;RE LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Alexandrie, du 18 au 29 ao&ucirc;t
+1828.</small></p>
+<p>Ma lettre d'Agrigente contenait mon journal depuis le 31 juillet,
+jour
+de notre d&eacute;part de Toulon sur la corvette du roi <i>l'&Eacute;gl&eacute;</i>,
+command&eacute;e par
+M. Cosmao-Dumanoir, capitaine de fr&eacute;gate, jusqu'au 7 ao&ucirc;t
+que nous avons
+quitt&eacute; la c&ocirc;te de Sicile apr&egrave;s une station de
+vingt-quatre heures, et
+sans avoir pu obtenir la pratique du port, vu que, d'apr&egrave;s les
+informations parvenues de bonne source aux autorit&eacute;s
+siciliennes, nous
+&eacute;tions tous en proie &agrave; la <i>grande peste</i> qui ravage
+Marseille, &agrave; ce
+qu'on dit en Italie. J'ai vainement parlement&eacute; avec des
+officiers
+envoy&eacute;s par le gouverneur de Girgenti, et qui ne me parlaient
+qu'en
+tremblant, &agrave; trente pas de distance; nous avons
+&eacute;t&eacute; d&eacute;clar&eacute;s bien et
+d&ucirc;ment pestif&eacute;r&eacute;s, et il nous a fallu renoncer
+&agrave; descendre &agrave; terre, au
+milieu des temples grecs les mieux conserv&eacute;s de toute la Sicile.
+Nous
+rem&icirc;mes donc tristement &agrave; la voile, courant sur Malte, que
+nous
+doubl&acirc;mes le lendemain 8 ao&ucirc;t au matin, en passant &agrave;
+une port&eacute;e de canon
+des &icirc;les Gozzo et Cumino, et de Cit&eacute;-La-Valette, que nous
+avons
+parfaitement vue dans ses d&eacute;tails ext&eacute;rieurs.</p>
+<p>C'est apr&egrave;s avoir reconnu successivement le plateau de la
+Cyr&eacute;na&iuml;que et
+le cap Rasat, et avoir long&eacute; de temps &agrave; autre la
+c&ocirc;te blanche et basse
+de l'Afrique, sans &ecirc;tre trop incommod&eacute;s par la chaleur,
+que nous
+aper&ccedil;&ucirc;mes enfin, le 18 au matin, l'emplacement de la
+vieille
+<i>Taposiris,</i> nomm&eacute;e aujourd'hui la Tour des Arabes. Nous
+approchions
+ainsi du terme de notre navigation, et nos lunettes nous
+r&eacute;v&eacute;laient d&eacute;j&agrave;
+la colonne de Pomp&eacute;e, toute l'&eacute;tendue du Port-Vieux
+d'Alexandrie, la
+ville m&ecirc;me dont l'aspect devenait de plus en plus imposant, et
+une
+immense for&ecirc;t de m&acirc;ts de b&acirc;timents, au travers
+desquels se montraient
+les maisons blanches d'Alexandrie. A l'entr&eacute;e de la passe, un
+coup de
+canon de notre corvette amena &agrave; notre bord un pilote arabe qui
+dirigea
+la manoeuvre au milieu des brisants, et nous mit en toute
+s&ucirc;ret&eacute; au
+milieu du Port-Vieux. Nous nous trouv&acirc;mes l&agrave;
+entour&eacute;s de vaisseaux
+fran&ccedil;ais, anglais, &eacute;gyptiens, turcs et alg&eacute;riens,
+et le fond de ce
+tableau, v&eacute;ritable mac&eacute;doine de peuples, &eacute;tait
+occup&eacute; par les carcasses
+des b&acirc;timents orientaux &eacute;chapp&eacute;s aux
+d&eacute;sastres de Navarin. Tout &eacute;tait en
+paix autour de nous, et voil&agrave;, je pense, une preuve de la
+puissante
+influence du vice-roi d'&Eacute;gypte sur l'esprit de ses
+&Eacute;gyptiens.</p>
+<p>Nous en avions donc fini avec la mer, d&egrave;s le 18 &agrave; cinq
+heures du soir:
+il ne nous restait qu'un seul regret, celui de nous s&eacute;parer de
+notre
+commandant Cosmao-Dumanoir, si recommandable &agrave; tous
+&eacute;gards, et des
+autres officiers de la corvette, qui, tous, nous ont combl&eacute;s de
+pr&eacute;venances et de soins, et nous ont procur&eacute; par leur
+instruction tous
+les charmes de la plus agr&eacute;able soci&eacute;t&eacute;; mes
+compagnons et moi
+n'oublierons jamais tout ce que nous leur devons de reconnaissance.</p>
+<p>A peine mouill&eacute;s dans le port, plusieurs officiers
+sup&eacute;rieurs des
+vaisseaux fran&ccedil;ais vinrent &agrave; notre bord, et nous
+donn&egrave;rent d'excellentes
+nouvelles du pays: ils nous apprirent la prochaine &eacute;vacuation de
+la
+Mor&eacute;e par les troupes d'Ibrahim, en cons&eacute;quence d'une
+convention
+r&eacute;cente. On attend dans peu de jours la rentr&eacute;e de la
+premi&egrave;re division
+de l'arm&eacute;e &eacute;gyptienne.</p>
+<p>M. le chancelier du consulat-g&eacute;n&eacute;ral de France voulut
+bien aussi venir &agrave;
+notre bord, nous complimenter de la part de M. Drovetti, qui se
+trouvait
+heureusement &agrave; Alexandrie, ainsi que le vice-roi. Le soir
+m&ecirc;me, &agrave; six
+heures, je me rendis &agrave; terre, avec notre brave commandant et mes
+compagnons de voyage, Rosellini, Bibent, Ricci, et quelques autres: je
+baisai le sol &eacute;gyptien en le touchant pour la premi&egrave;re
+fois, apr&egrave;s
+l'avoir si longtemps d&eacute;sir&eacute;. A peine
+d&eacute;barqu&eacute;s, nous f&ucirc;mes entour&eacute;s par
+des conducteurs d'&acirc;nes (ce sont les fiacres du pays), et,
+mont&eacute;s sur ces
+nobles coursiers, nous entr&acirc;mes dans Alexandrie.</p>
+<p>Les descriptions que l'on peut lire de cette ville ne sauraient en
+donner une id&eacute;e compl&egrave;te; ce fut pour nous comme une
+apparition des
+antipodes, et un monde tout nouveau: des couloirs &eacute;troits
+bord&eacute;s
+d'&eacute;choppes, encombr&eacute;s d'hommes de toutes les couleurs, de
+chiens
+endormis et de chameaux en chapelet; des cris rauques partant de tous
+les c&ocirc;t&eacute;s et se m&ecirc;lant &agrave; la voix glapissante
+des femmes, ou d'enfants &agrave;
+demi nus; une poussi&egrave;re &eacute;touffante, et par-ci
+par-l&agrave; quelques seigneurs
+magnifiquement habill&eacute;s, maniant habilement de beaux chevaux
+richement
+harnach&eacute;s, voil&agrave; ce qu'on nomme une rue d'Alexandrie.
+Apr&egrave;s une
+demi-heure de course sur nos &acirc;nes et une infinit&eacute; de
+d&eacute;tours, nous
+arriv&acirc;mes chez M. Drovetti, dont l'accueil empress&eacute; mit le
+comble &agrave;
+toutes nos satisfactions. Surpris toutefois de notre arriv&eacute;e au
+milieu
+des circonstances actuelles, il nous en f&eacute;licita cependant, et
+nous
+donna l'assurance que notre voyage d'exploration ne souffrirait aucune
+difficult&eacute;; son cr&eacute;dit, fruit de sa conduite noble,
+franche et
+d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;e, qui n'a jamais pour objet que le
+service de notre
+monarque dont le nom est partout v&eacute;n&eacute;r&eacute;, et
+l'honneur de la France, est
+une garantie suffisante de ces promesses. M. Drovetti ajouta encore
+&agrave;
+ses pr&eacute;venances, en m'offrant un logement au palais de France,
+l'ancien
+quartier-g&eacute;n&eacute;ral de notre arm&eacute;e. J'y ai
+trouv&eacute; un petit appartement
+tr&egrave;s-agr&eacute;able, c'est celui de Kl&eacute;ber, et ce n'est
+pas sans de vives
+&eacute;motions que je me suis couch&eacute; dans l'alc&ocirc;ve
+o&ugrave; a dormi le vainqueur
+d'H&eacute;liopolis.</p>
+<p>Du reste, le souvenir des Fran&ccedil;ais est partout dans
+Alexandrie, tant
+notre influence y fut douce et &eacute;quitable. En arrivant, j'ai
+entendu
+battre la retraite par les tambours et les fifres &eacute;gyptiens sur
+les
+m&ecirc;mes airs qu'&agrave; Paris. Toutes les anciennes marches
+fran&ccedil;aises pour la
+troupe ont &eacute;t&eacute; adopt&eacute;es par le Nizam-Gedid, et de
+vieux Arabes parlent
+encore en fran&ccedil;ais. Il y a trois jours, allant de grand matin
+visiter
+l'ob&eacute;lisque de Cl&eacute;op&acirc;tre, et au milieu des collines
+de sables qui
+couvrent les d&eacute;bris de l'antique Alexandrie, je rencontrai un
+Arabe
+aveugle et &acirc;g&eacute;, conduit par un enfant: j'approchai, et
+l'aveugle,
+inform&eacute; que j'&eacute;tais Fran&ccedil;ais, me dit
+aussit&ocirc;t ces propres mots en me
+saluant de la main: <i>Bonjour, citoyen; donne-moi quelque chose; je
+n'ai
+pas encore d&eacute;jeun&eacute;.</i> Ne pouvant ni ne voulant
+r&eacute;sister &agrave; une telle
+&eacute;loquence, je mets dans la main de l'Arabe tous les sous de
+France qui
+me restaient; en les t&acirc;tant il s'&eacute;cria aussit&ocirc;t: <i>Cela
+ne passe plus
+ici, mon ami.</i> Je substituai &agrave; cette monnaie fran&ccedil;aise
+une piastre
+d'&Eacute;gypte: <i>Ah! voil&agrave; qui est bon, mon ami,</i>
+ajouta-t-il; <i>je te
+remercie, citoyen.</i> De telles rencontres dans le d&eacute;sert
+valent un bon
+op&eacute;ra &agrave; Paris.</p>
+<p>Je suis d&eacute;j&agrave; familiaris&eacute; avec les usages et
+coutumes du pays; le caf&eacute;,
+la pipe, la siesta, les &acirc;nes, la moustache et la chaleur; surtout
+la
+sobri&eacute;t&eacute;, qui est une v&eacute;ritable vertu &agrave; la
+table de M. Drovetti, o&ugrave; nous
+nous asseyons tous les jours, mes compagnons de voyage et moi.</p>
+<p>J'ai visit&eacute; tous les monuments des environs; la colonne de
+Pomp&eacute;e n'a
+rien de fort extraordinaire; j'y ai trouv&eacute; cependant &agrave;
+glaner. Elle
+repose sur un massif construit de d&eacute;bris antiques, et j'ai
+reconnu
+parmi ces d&eacute;bris le cartouche de Psamm&eacute;tichus II. Je n'ai
+pas n&eacute;glig&eacute;
+l'inscription grecque qui d&eacute;pend de la colonne, et sur laquelle
+existent
+encore quelques incertitudes. Une bonne empreinte en papier les fera
+cesser, et je serai heureux d'exposer sous les yeux de nos savants
+cette
+copie fid&egrave;le qui doit les mettre enfin d'accord sur ce monument
+historique. J'ai visit&eacute; plus souvent les ob&eacute;lisques de
+Cl&eacute;op&acirc;tre,
+toujours au moyen de nos roussins, que les jeunes Arabes nomment un <i>bon
+cabal</i> (d&eacute;nomination proven&ccedil;ale). De ces deux
+ob&eacute;lisques, celui qui est
+debout a &eacute;t&eacute; donn&eacute; au Roi par le pacha
+d'&Eacute;gypte, et j'esp&egrave;re qu'on
+prendra les moyens n&eacute;cessaires pour faire transporter cet
+ob&eacute;lisque &agrave;
+Paris. Celui qui est &agrave; terre appartient aux Anglais. J'ai
+d&eacute;j&agrave; copi&eacute; et
+fait dessiner sous mes yeux leurs inscriptions hi&eacute;roglyphiques.
+On en
+aura donc, et pour la premi&egrave;re fois, je puis le dire, un dessin
+exact.
+Ces deux ob&eacute;lisques, &agrave; trois colonnes de
+caract&egrave;res sur chaque face, ont
+&eacute;t&eacute; primitivement &eacute;rig&eacute;s par le roi Moeris
+devant le grand temple du
+Soleil &agrave; H&eacute;liopolis. Les inscriptions lat&eacute;rales
+sont de S&eacute;sostris, et
+j'en ai d&eacute;couvert deux autres tr&egrave;s-courtes, &agrave; la
+face est, qui sont du
+successeur de S&eacute;sostris. Ainsi, trois &eacute;poques sont
+marqu&eacute;es sur ces
+monuments; le d&eacute; antique en granit ros&eacute;, sur lequel
+chacun d'eux avait
+&eacute;t&eacute; plac&eacute;, existe encore; mais j'ai
+v&eacute;rifi&eacute;, en faisant fouiller par mes
+Arabes dirig&eacute;s par notre architecte M. Bibent, que ce d&eacute;
+repose sur un
+socle de trois marches qui est de fabrique grecque ou romaine.</p>
+<p>C'est le 24 ao&ucirc;t, &agrave; huit heures du matin, que nous
+avons &eacute;t&eacute; re&ccedil;us par
+le vice-roi. S.A. habite plusieurs belles maisons construites avec
+beaucoup de soin dans le go&ucirc;t des palais de Constantinople; ces
+&eacute;difices, de belle apparence, sont situ&eacute;s dans l'ancienne
+&icirc;le du Phare.
+Nous nous y sommes rendus en corps, pr&eacute;c&eacute;d&eacute;s de M.
+Drovetti, tous
+habill&eacute;s au mieux, et les uns dans une cal&egrave;che
+attel&eacute;e de deux beaux
+chevaux conduits habilement &agrave; toute bride dans les rues
+d'Alexandrie par
+le cocher de M. Drovetti, et les autres mont&eacute;s sur des
+&acirc;nes escortant la
+cal&egrave;che.</p>
+<p>Descendus au grand escalier de la salle du divan, nous sommes
+entr&eacute;s
+dans une vaste pi&egrave;ce remplie de fonctionnaires, et nous avons
+&eacute;t&eacute;
+imm&eacute;diatement introduits dans une seconde salle, perc&eacute;e
+&agrave; jour: dans un
+de ses angles, entre deux crois&eacute;es, &eacute;tait assise S.A.,
+dans un costume
+fort simple, et tenant dans ses mains une pipe enrichie de diamants. Sa
+taille est ordinaire, et l'ensemble de sa physionomie a une teinte de
+ga&icirc;t&eacute; qui surprend dans un personnage occup&eacute; de si
+grandes choses. Ses
+yeux ont une expression tr&egrave;s-vive, et une magnifique barbe
+blanche
+couvre sa poitrine. S.A., apr&egrave;s avoir demand&eacute; de nos
+nouvelles, a bien
+voulu nous dire que nous &eacute;tions les bienvenus, et me questionner
+ensuite
+sur le plan de mon voyage. Je l'ai expos&eacute; sommairement, et j'ai
+demand&eacute;
+les firmans n&eacute;cessaires; ils m'ont &eacute;t&eacute;
+accord&eacute;s sur-le-champ, avec deux
+chaouchs du vice-roi, qui nous accompagneront partout. S.A. a ensuite
+parl&eacute; des affaires de la Gr&egrave;ce, et nous a fait part de la
+nouvelle du
+jour, qui est la mort d'Ahmed-Pacha, de Patras, livr&eacute; &agrave;
+des Grecs
+introduits dans sa chambre par des soldats infid&egrave;les
+soudoy&eacute;s. Quoique
+fort &acirc;g&eacute;, Ahmed s'est vigoureusement d&eacute;fendu, a
+tu&eacute; sept de ses
+assassins, mais a succomb&eacute; sous le nombre. Le vice-roi nous a
+fait
+donner ensuite le caf&eacute;, et nous avons pris cong&eacute; de S.A.,
+qui nous a
+accompagn&eacute;s avec des saluts de main tr&egrave;s-bienveillants.
+C'est encore une
+gr&acirc;ce de plus dont nous sommes redevables aux bont&eacute;s
+in&eacute;puisables de M.
+Drovetti.</p>
+<p>La commission toscane, conduite par M. Hip. Rosellini, a
+&eacute;t&eacute; re&ccedil;ue aussi
+le lendemain, 25 ao&ucirc;t, par le vice-roi, pr&eacute;sent&eacute;e
+par M. Rosetti,
+consul-g&eacute;n&eacute;ral de Toscane. Elle a re&ccedil;u le
+m&ecirc;me accueil, les m&ecirc;mes
+promesses et la m&ecirc;me protection. L'&Eacute;gypte, disait S.A.,
+devait &ecirc;tre pour
+nous comme notre pays m&ecirc;me; et je suis persuad&eacute; que le
+vice-roi est
+tr&egrave;s-flatt&eacute; de la confiance que nos gouvernements ont
+mise dans son
+caract&egrave;re, en autorisant notre entreprise dans les circonstances
+actuelles.</p>
+<p>Je compte rester &agrave; Alexandrie jusqu'au 12 septembre: ce temps
+est
+n&eacute;cessaire pour nos pr&eacute;paratifs. Les chaleurs du Caire,
+et une maladie
+assez b&eacute;nigne qui y r&egrave;gne, baisseront en attendant. Le
+Nil haussera en
+m&ecirc;me temps. J'ai d&eacute;j&agrave; bu largement de ses eaux que
+nous apporte le canal
+construit par l'ordre du pacha, et nomm&eacute; pour cela le <i>Mahmoudi&eacute;h.</i>
+Le
+fleuve sacr&eacute; est en bon &eacute;tat; l'inondation est
+assur&eacute;e pour le pays bas;
+deux coud&eacute;es de plus suffiront pour le haut. Nous sommes
+d'ailleurs ici
+comme dans une contr&eacute;e qui serait l'abr&eacute;g&eacute; de
+l'Europe, bien re&ccedil;us et
+f&ecirc;t&eacute;s par tous les consuls de l'Occident, qui nous
+t&eacute;moignent le plus
+vif int&eacute;r&ecirc;t. Nous avons &eacute;t&eacute; tous
+r&eacute;unis successivement chez MM. Acerbi,
+Rosetti, d'Anastazy et Pedemonte, consuls d'Autriche, de Toscane, de
+Su&egrave;de et de Sardaigne. J'y ai vu aussi M. M&eacute;chain, consul
+de France &agrave;
+Larnaka en Chypre, tr&egrave;s-recommandable sous tous les rapports, et
+l'un
+des anciens de l'exp&eacute;dition fran&ccedil;aise en &Eacute;gypte.</p>
+<p>Nous sommes donc au mieux, et nous en rendons journellement des
+gr&acirc;ces
+infinies &agrave; la protection royale qui nous devance partout, et aux
+soins
+in&eacute;puisables de M. Drovetti, qui ne se font attendre nulle part.</p>
+<p>Je suis rempli de confiance dans les r&eacute;sultats de notre
+voyage:
+puissent-ils r&eacute;pondre aux voeux du gouvernement et &agrave; ceux
+de nos amis!
+Je ne m'&eacute;pargnerai en rien pour y r&eacute;ussir.
+J'&eacute;crirai de toutes les
+villes &eacute;gyptiennes, quoique les bureaux de poste des Pharaons
+n'y
+existent plus: je r&eacute;serverai les d&eacute;tails sur les
+magnificences de Th&egrave;bes
+pour notre v&eacute;n&eacute;rable ami M. Dacier; ils seront
+peut-&ecirc;tre un digne et
+juste hommage au Nestor des hommes aimables et des hommes instruits.
+J'ai re&ccedil;u les lettres de Paris de la fin de juillet par le <i>Nisus,</i>
+arriv&eacute; en onze jours. Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="DEUXIEME_LETTRE"></a>
+<h2>DEUXI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<p><br>
+</p>
+<div style="text-align: right;"><big>Alexandrie, le 14 septembre 1828.</big><br>
+</div>
+<p>Mon d&eacute;part pour le Caire est d&eacute;finitivement
+arr&ecirc;t&eacute; pour demain, tous nos
+pr&eacute;paratifs &eacute;tant heureusement termin&eacute;s, ainsi que
+ce que je puis
+appeler l'organisation de l'exp&eacute;dition, chacun ayant sa part
+officielle
+d'action pour le bien de tous. Le docteur Ricci est charg&eacute; de la
+sant&eacute;
+et des vivres; M. Duchesne, de l'arsenal; M. Bibent, des fouilles,
+ustensiles et engins; M. Lh&ocirc;te, des finances; M. Ga&euml;tano
+Rosellini, du
+mobilier et des bagages, etc. Nous avons avec nous deux domestiques et
+un cuisinier arabes; deux autres domestiques barabras; mon homme
+&agrave; moi,
+Soliman, est un Arabe, de belle mine, et dont le service est excellent.</p>
+<p>Deux b&acirc;timents &agrave; voile nous porteront sur le Nil; l'un
+est le plus grand
+<i>maasch</i> du pays, et il a &eacute;t&eacute; mont&eacute; par S.A.
+Mehemed-Ali: je l'ai nomm&eacute;
+<i>l'Isis;</i> l'autre est une <i>dahabi&eacute;,</i> o&ugrave; cinq
+personnes logeront assez
+commod&eacute;ment; j'en ai donn&eacute; le commandement &agrave; M.
+Duchesne, en survivance
+du bon docteur Raddi, qui doit nous quitter pour aller &agrave; la
+chasse des
+papillons dans le d&eacute;sert lybique. Cette <i>dahabi&eacute;</i> a
+re&ccedil;u le nom
+d'<i>Athyr:</i> nous voguerons ainsi sous les auspices des deux
+d&eacute;esses les
+plus joviales du Panth&eacute;on &eacute;gyptien. D'Alexandrie au
+Caire, nous ne nous
+arr&ecirc;terons qu'&agrave; <i>K&eacute;rioun,</i> l'ancienne Chereus
+des Grecs, et &agrave;
+<i>Ssa-el-Hagar,</i> l'antique Sa&iuml;s. Je dois ces politesses
+&agrave; la patrie du
+rus&eacute; Psamm&eacute;tichus et du brutal Apri&egrave;s; enfin, je
+verrai s'il reste
+quelques d&eacute;bris de Siouph &agrave; <i>Saouaf&eacute;,</i>
+o&ugrave; naquit Amasis, et &agrave; Sa&iuml;s,
+quelques traces du coll&egrave;ge o&ugrave; Platon et tant d'autres
+Grecs <i>all&egrave;rent &agrave;
+l'&eacute;cole.</i></p>
+<p>Notre sant&eacute; se soutient, et l'&eacute;preuve du climat
+d'Alexandrie, qui est
+une ville toute lybique, est d'un tr&egrave;s-bon augure. Nous sommes
+tous
+enchant&eacute;s de notre voyage, et heureux d'avoir
+&eacute;chapp&eacute; aux d&eacute;p&ecirc;ches
+t&eacute;l&eacute;graphiques qui devaient nous retarder. Les
+circonstances de mauvaise
+apparence ont toutes tourn&eacute; pour nous; quelques
+difficult&eacute;s inattendues
+sont aplanies: nous voyageons pour le Roi et pour la science; nous
+serons heureux partout.</p>
+<p>Je viens &agrave; l'instant (huit heures du soir) de prendre
+cong&eacute; du vice-roi.
+S.A. a &eacute;t&eacute; on ne peut pas plus gracieuse; je l'ai
+pri&eacute;e d'agr&eacute;er notre
+gratitude pour la protection ouverte qu'elle veut bien nous assurer. Le
+vice-roi a r&eacute;pondu que les princes chr&eacute;tiens traitant ses
+sujets avec
+distinction, la r&eacute;ciprocit&eacute; &eacute;tait pour lui un
+devoir. Nous avons parl&eacute;
+hi&eacute;roglyphes, et il m'a demand&eacute; une traduction des
+inscriptions des
+ob&eacute;lisques d'Alexandrie. Je me suis empress&eacute; de la lui
+promettre, et
+elle lui sera remise demain matin, mise en langue turque par M. le
+chancelier du consulat de France. S.A. a d&eacute;sir&eacute; savoir
+jusqu'&agrave; quel
+point de la Nubie je pousserai mon voyage, et elle m'a assur&eacute;
+que nous
+trouverions partout honneurs et protection; je lui ai exprim&eacute; ma
+reconnaissance dans les termes les plus flatteurs, et je puis dire
+qu'il
+les repoussait d'une mani&egrave;re fort aimable; ces bons musulmans
+nous ont
+trait&eacute;s avec une franchise qui nous charme. Adieu.</p>
+<small><img style="width: 1000px; height: 1419px;"
+ alt="Plan des ruines de Sa&iuml;s" title="Plan des ruines de Sa&iuml;s"
+ src="images/045.png"></small><br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="TROISIEME_LETTRE"></a>
+<h2>TROISI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Au Caire, le 27 septembre 1828.</small></p>
+<p>C'est le 14 de ce mois, au matin, que j'ai quitt&eacute; Alexandrie,
+apr&egrave;s
+avoir arbor&eacute; le pavillon de France. Nous avons pris le canal
+nomm&eacute;
+<i>Mahmoudi&eacute;h</i>, auquel ont travaill&eacute; MM. Coste et
+Masi; il suit la
+direction g&eacute;n&eacute;rale de l'ancien canal d'Alexandrie, mais
+il fait beaucoup
+moins de d&eacute;tours, et se rend plus directement au Nil, en passant
+entre
+le lac Mar&eacute;otis, &agrave; droite, et celui d'<i>Edkou</i>,
+&agrave; gauche. Nous
+d&eacute;bouch&acirc;mes dans le fleuve, le 15 de tr&egrave;s-bonne
+heure, et je con&ccedil;us d&egrave;s
+lors les transports de joie des Arabes d'Occident, lorsque, quittant
+les
+sables lybiques d'Alexandrie, ils entrent dans la branche canopique, et
+sont frapp&eacute;s de la vue des tapis de verdure du Delta, couvert
+d'arbres
+de toute esp&egrave;ce, au-dessus desquels s'&eacute;l&egrave;vent les
+centaines de minarets
+des nombreux villages qui sont dispers&eacute;s sur cette terre de
+pr&eacute;dilection. Ce spectacle est v&eacute;ritablement enchanteur,
+et la renomm&eacute;e
+de la fertilit&eacute; de la campagne d'&Eacute;gypte n'est point
+exag&eacute;r&eacute;e.</p>
+<p>Le fleuve est immense, et les rives en sont d&eacute;licieuses. Nous
+f&icirc;mes une
+courte halte &agrave; <i>Fouah</i>, o&ugrave; nous arriv&acirc;mes
+&agrave; midi. A sept heures et demie
+du soir, nous d&eacute;pass&acirc;mes <i>D&eacute;souk</i>; c'est le
+lieu o&ugrave; le respectable Salt
+a expir&eacute; il y a quelques mois. Le 16, &agrave; six heures du
+matin, je trouvai,
+en m'&eacute;veillant, le <i>maasch</i> amarr&eacute; dans le
+voisinage de <i>Ssa-el-Hagar</i>,
+o&ugrave; j'avais recommand&eacute; d'aborder pour visiter les ruines
+de Sa&iuml;s, devant
+lesquelles je ne pouvais passer sans respect. (<i>Voyez la planche
+N&deg; 1.</i>)</p>
+<p>Nos fusils sur l'&eacute;paule, nous gagn&acirc;mes le village qui
+est &agrave; une
+demi-heure du fleuve; nos jeunes artistes chass&egrave;rent en chemin,
+et
+firent lever deux chacals, qui s'&eacute;chapp&egrave;rent &agrave;
+toutes jambes &agrave; travers
+les coups de fusils. Nous nous dirige&acirc;mes sur une grande enceinte
+que
+nous apercevions dans la plaine depuis le matin. L'inondation, qui
+couvrait une partie des terrains, nous for&ccedil;a de faire quelques
+d&eacute;tours,
+et nous pass&acirc;mes sur une premi&egrave;re <i>n&eacute;cropole</i>
+&eacute;gyptienne, b&acirc;tie en
+briques crues. Sa surface est couverte de d&eacute;bris de poterie, et
+j'y
+ramassai quelques fragments de figurines fun&eacute;raires: la grande
+enceinte
+n'&eacute;tait abordable que par une porte forc&eacute;e tout &agrave;
+fait moderne. Je
+n'essayerai point de rendre l'impression que j'&eacute;prouvai
+apr&egrave;s avoir
+d&eacute;pass&eacute; cette porte, et en trouvant sous mes yeux des
+masses &eacute;normes de
+80 pieds de hauteur, semblables &agrave; des rochers
+d&eacute;chir&eacute;s par la foudre ou
+par des tremblements de terre. Je courus vers le milieu de cette
+immense circonvallation, et reconnus encore des constructions
+&eacute;gyptiennes en briques crues, de 15 pouces de long, 7 de large
+et 5
+d'&eacute;paisseur. C'&eacute;tait aussi une <i>n&eacute;cropole,</i>
+et cela nous expliqua une
+chose jusqu'ici assez embarrassante, savoir ce que faisaient de leurs
+momies les villes situ&eacute;es dans la Basse-&Eacute;gypte, et loin
+des montagnes.
+Cette seconde n&eacute;cropole de Sa&iuml;s, dans les d&eacute;bris
+colossaux de laquelle
+on reconna&icirc;t encore plusieurs &eacute;tages de petites chambres
+fun&eacute;raires (et
+il devait y en avoir un nombre infini), n'a pas moins de 1400 pieds de
+longueur, et pr&egrave;s de 500 de large. Sur les parois de
+quelques-unes des
+chambres, on trouve encore un grand vase de terre cuite, qui servait
+&agrave;
+renfermer les intestins des morts, et faisait l'office des vases dits
+<i>canopes</i>. Nous avons reconnu du bitume au fond de l'un d'entre
+eux.</p>
+<p>A droite et &agrave; gauche de cette n&eacute;cropole existent deux
+monticules, sur
+l'un desquels nous avons trouv&eacute; des d&eacute;bris de granit
+rose, de granit
+gris, de beau gr&egrave;s rouge et de <i>marbre blanc,</i> dit de
+Th&egrave;bes. Cette
+derni&egrave;re particularit&eacute; int&eacute;ressera
+particuli&egrave;rement notre ami Dubois,
+qui a tant travaill&eacute; sur les mati&egrave;res employ&eacute;es
+dans les monuments de
+l'antiquit&eacute;; des l&eacute;gendes de Pharaons sont
+sculpt&eacute;es sur ce marbre
+blanc, et j'en ai recueilli de beaux &eacute;chantillons.</p>
+<p>Les dimensions de la grande enceinte qui renfermait ces
+&eacute;difices sont
+vraiment &eacute;tonnantes. Le parall&eacute;logramme, dont les petits
+c&ocirc;t&eacute;s n'ont pas
+moins de 1440 pieds, et les grands 2160, a ainsi plus de 7000 pieds de
+tour. La hauteur de cette muraille peut &ecirc;tre estim&eacute;e
+&agrave; 80 pieds, et son
+&eacute;paisseur mesur&eacute;e est de 54 pieds: on pourrait donc y
+compter les
+grandes briques par millions.</p>
+<p>Cette circonvallation de g&eacute;ant me para&icirc;t avoir
+renferm&eacute; les principaux
+&eacute;difices sacr&eacute;s de <i>Sa&iuml;s</i>. Tous ceux dont il
+reste des d&eacute;bris &eacute;taient
+des <i>n&eacute;cropoles</i>; et, d'apr&egrave;s les indications
+fournies par H&eacute;rodote,
+l'enceinte que j'ai visit&eacute;e renfermerait les tombeaux d'<i>Apri&egrave;s</i>
+et des
+rois <i>sa&iuml;tes</i> ses anc&ecirc;tres. De l'autre
+c&ocirc;t&eacute; de ceux-ci serait le
+monument fun&eacute;raire de l'usurpateur <i>Amasis</i>. La partie de
+l'enceinte,
+vers le Nil, a pu ais&eacute;ment contenir le grand temple de
+N&eacute;ith, la grande
+d&eacute;esse de Sa&iuml;s; et nous avons donn&eacute; la chasse
+&agrave; coups de fusil &agrave; des
+chouettes, oiseau sacr&eacute; de Minerve ou N&eacute;ith, que les
+m&eacute;dailles de Sa&iuml;s
+et celles d'Ath&egrave;nes sa fille portent pour armes parlantes. A
+quelques
+centaines de toises de l'angle voisin de la fausse porte, existent des
+collines qui couvrent une troisi&egrave;me n&eacute;cropole. Elle
+&eacute;tait celle des gens
+de qualit&eacute;: on y a d&eacute;j&agrave; fouill&eacute;, et j'y ai
+vu un &eacute;norme sarcophage en
+basalte vert, celui d'un gardien des temples sous <i>Psamm&eacute;tichus
+II</i>.
+M. Rosetti, son possesseur, m'avait permis de l'emporter; mais la
+d&eacute;pense
+serait trop consid&eacute;rable, et le monument n'est pas assez
+important pour
+la risquer. A mon retour en Basse-&Eacute;gypte, je ferai faire des
+fouilles
+sur ce point-l&agrave; et sur quelques autres, si l'&eacute;tat des
+fonds me le
+permet. Cette derni&egrave;re remarque est importante; avec peu de
+fonds on
+peut faire beaucoup, et je serais afflig&eacute; de quitter ce pays
+sans avoir
+pu assurer, &agrave; peu de frais, l'acquisition de monuments de choix,
+les
+plus propres &agrave; enrichir nos collections royales et &agrave;
+&eacute;clairer les
+travaux historiques de nos savants. J'ai l'espoir qu'on voudra bien
+m'aider pour l'accomplissement de ces vues d'une utilit&eacute;
+incontestable.<br>
+</p>
+<p><img style="width: 950px; height: 1342px;"
+ alt="Plan des ruines de Sa&iuml;s" title="Plan des ruines de Sa&iuml;s"
+ src="images/050.png"><br>
+</p>
+<br>
+<p>Cette premi&egrave;re visite &agrave; Sa&iuml;s ne sera pas la
+derni&egrave;re; je quittai ce
+lieu, &agrave; six heures du soir. Le lendemain, 17 septembre, nous
+pass&acirc;mes
+devant <i>Schabour</i>. Le 18, &agrave; neuf heures du matin, nous
+f&icirc;mes halte &agrave;
+<i>Nader</i>, o&ugrave; des Alm&egrave;h nous donn&egrave;rent un
+concert vocal et instrumental,
+suivi des gambades et des chants grotesques habituels aux baladins. A
+midi et demi, nous &eacute;tions devant <i>Tharran&eacute;h</i>,
+o&ugrave; je vis des monticules
+de natron, transport&eacute;s des lacs qui le produisent. Le soir, nous
+d&eacute;pass&acirc;mes <i>Mit-Salam&eacute;h</i>, triste village
+assis dans le d&eacute;sert libyque;
+et, faute de vent, nous pass&acirc;mes une partie de la nuit sur la
+rive
+verdoyante du Delta, pr&egrave;s du village d'<i>Aschmoun</i>. Le 19 au
+matin, nous
+v&icirc;mes enfin les Pyramides, dont on pouvait d&eacute;j&agrave;
+appr&eacute;cier les masses,
+quoique nous fussions &agrave; huit lieues de distance. A une heure
+trois
+quarts, nous arriv&acirc;mes au sommet du Delta (<i>Bathn-el-Bakarah</i>,
+le
+Ventre-de-la-Vache), &agrave; l'endroit m&ecirc;me o&ugrave; le fleuve
+se partage en deux
+branches, celle de Rosette et celle de Damiette. La vue est magnifique,
+et la largeur du Nil &eacute;tonnante. A l'occident, les Pyramides
+s'&eacute;l&egrave;vent au
+milieu des palmiers; une multitude de barques et de b&acirc;timents se
+croisent dans tous les sens; &agrave; l'orient, le village
+tr&egrave;s-pittoresque de
+<i>Schoraf&eacute;h</i>; dans la direction d'H&eacute;liopolis: le fond
+du tableau est
+occup&eacute; par le mont <i>Mokattam</i>, que couronne la citadelle
+du Caire, et
+dont la base est cach&eacute;e par la for&ecirc;t de minarets de cette
+grande
+capitale. A trois heures, nous v&icirc;mes le Caire plus distinctement:
+c'est
+l&agrave; que les matelots vinrent nous demander le bakchichs de bonne
+arriv&eacute;e.
+L'orateur &eacute;tait accompagn&eacute; de deux camarades
+habill&eacute;s d'une fa&ccedil;on
+tr&egrave;s-bizarre: des bonnets en pain de sucre, bariol&eacute;s de
+couleurs
+tranchantes; des barbes et d'&eacute;normes moustaches d'&eacute;toupe
+blanche; des
+langes &eacute;troits, serrant et dessinant toutes les parties de leur
+corps;
+et chacun d'eux s'&eacute;tait ajust&eacute; d'&eacute;normes
+accessoires en linge blanc
+fortement tordu. Ce costume, ces insignes et leurs postures grotesques,
+figuraient au mieux les vieux faunes peints sur les vases grecs
+d'ancien
+style. Quelques minutes apr&egrave;s, notre <i>maasch</i> donna sur un
+banc de
+sable, et fut arr&ecirc;t&eacute; tout court; nos matelots se
+jet&egrave;rent au Nil pour le
+d&eacute;gager, en se servant du nom d'<i>Allah</i>, et bien plus
+efficacement de
+leurs larges et robustes &eacute;paules; la plupart de ces mariniers
+sont des
+Hercules admirablement taill&eacute;s, d'une force &eacute;tonnante, et
+ressemblant,
+quand ils sortent du fleuve, &agrave; des statues de bronze
+nouvellement
+coul&eacute;es. Ce travail d'une demi-heure suffit pour d&eacute;gager
+le b&acirc;timent.
+Nous pass&acirc;mes devant <i>Embab&eacute;h</i>, et apr&egrave;s
+avoir salu&eacute; le champ de
+bataille des Pyramides, nous abord&acirc;mes au port de <i>Boulaq</i>,
+&agrave; cinq
+heures pr&eacute;cises. La journ&eacute;e du 20 se passa en
+pr&eacute;paratifs de d&eacute;part pour
+le Caire, et plusieurs convois d'&acirc;nes et de chameaux
+transport&egrave;rent en
+ville nos lits, malles et effets, pour meubler la maison que j'avais
+fait louer d'avance. A 5 heures du soir, suivi de ma caravane, et
+enfourchant nos &acirc;nes, bien plus beaux que ceux d'Alexandrie, je
+partis
+pour le Caire. Le janissaire du consulat ouvrait la marche, le drogman
+&eacute;tait avec moi, et toute la jeunesse paradait &agrave; ma suite:
+je m'aper&ccedil;us
+que cela ne d&eacute;plaisait nullement aux Arabes, qui criaient: <i>Fransaou&iuml;</i>
+(Fran&ccedil;ais) avec une certaine satisfaction.</p>
+<p>Nous arrivions au Caire au bon moment; ce jour-l&agrave; et le
+lendemain
+&eacute;taient ceux de la f&ecirc;te que les musulmans
+c&eacute;l&eacute;braient pour la naissance
+du Proph&egrave;te. La grande et importante place d'<i>Ezb&eacute;ki&eacute;h</i>,
+dont
+l'inondation occupe le milieu, &eacute;tait couverte de monde entourant
+les
+baladins, les danseuses, les chanteuses, et de tr&egrave;s-belles
+tentes sous
+lesquelles on pratiquait des actes de d&eacute;votion. Ici, des
+musulmans assis
+lisaient en cadence des chapitres du Coran; l&agrave;, trois cents
+d&eacute;vots,
+rang&eacute;s en lignes parall&egrave;les, assis, mouvant incessamment
+le haut de leur
+corps en avant et en arri&egrave;re comme des poup&eacute;es &agrave;
+charni&egrave;re, chantaient
+en choeur, <i>L&agrave; Il&acirc;h ill All&acirc;h</i> (Il n'y a point
+d'autre dieu que Dieu);
+plus loin, cinq cents &eacute;nergum&egrave;nes, debout, rang&eacute;s
+circulairement et se
+sentant les coudes, sautaient en cadence, et poussaient, du fond de
+leur
+poitrine &eacute;puis&eacute;e, le nom d'<i>Allah</i>, mille fois
+r&eacute;p&eacute;t&eacute;, mais d'un ton si
+sourd, si caverneux, que je n'ai entendu de ma vie un choeur plus
+infernal; cet effroyable bourdonnement semblait sortir des profondeurs
+du Tartare. A c&ocirc;t&eacute; de ces religieuses
+d&eacute;monstrations, circulaient les
+musiciens et les filles de joie; des jeux de bague, des escarpolettes
+de
+tout genre &eacute;taient en pleine activit&eacute;: ce m&eacute;lange
+de jeux profanes et de
+pratiques religieuses, joint &agrave; l'&eacute;tranget&eacute; des
+figures et &agrave; l'extr&ecirc;me
+vari&eacute;t&eacute; des costumes, formait un spectacle infiniment
+curieux, et que je
+n'oublierai jamais. En quittant la place, nous travers&acirc;mes une
+partie de
+la ville pour gagner notre logement.</p>
+<p>On a dit beaucoup de mal du Caire: pour moi, je m'y trouve fort
+bien; et
+ces rues de 8 &agrave; 10 pieds de largeur, si d&eacute;cri&eacute;es,
+me paraissent
+parfaitement bien calcul&eacute;es pour &eacute;viter la trop grande
+chaleur. Sans
+&ecirc;tre pav&eacute;es, elles sont d'une propret&eacute; fort
+remarquable. Le Caire est
+une ville tout &agrave; fait monumentale; la plus grande partie des
+maisons est
+en pierre, et &agrave; chaque instant on y remarque des portes
+sculpt&eacute;es dans
+le go&ucirc;t arabe; une multitude de mosqu&eacute;es, plus
+&eacute;l&eacute;gantes les unes que
+les autres, couvertes d'arabesques du meilleur go&ucirc;t, et
+orn&eacute;es de
+minarets admirables de richesse et de gr&acirc;ce, donnent &agrave;
+cette capitale un
+aspect imposant et tr&egrave;s-vari&eacute;. Je l'ai parcourue dans
+tous les sens, et
+je d&eacute;couvre chaque jour de nouveaux &eacute;difices que je
+n'avais pas encore
+soup&ccedil;onn&eacute;s. Gr&acirc;ces &agrave; la dynastie des <i>Thouloumides</i>,
+aux califes
+<i>Fathimites</i>, aux sultans <i>Ayoubites</i> et aux mamelouks <i>Baharites</i>,
+le
+Caire est encore une ville des Mille et une Nuits, quoique la barbarie
+ait d&eacute;truit ou laiss&eacute; d&eacute;truire en
+tr&egrave;s-grande partie les d&eacute;licieux
+produits des arts et de la civilisation arabes. J'ai fait mes
+premi&egrave;res
+d&eacute;votions dans la mosqu&eacute;e de <i>Thouloum</i>,
+&eacute;difice du IXe si&egrave;cle, mod&egrave;le
+d'&eacute;l&eacute;gance et de grandeur, que je ne puis assez admirer,
+quoique &agrave;
+moiti&eacute; ruin&eacute;. Pendant que j'en consid&eacute;rais la
+porte, un vieux <i>che&iuml;k</i> me
+fit proposer d'entrer dans la mosqu&eacute;e: j'acceptai avec
+empressement,
+et, franchissant lestement la premi&egrave;re porte, on m'arr&ecirc;ta
+tout court &agrave;
+la seconde: il fallait entrer dans le lieu saint sans chaussure;
+j'avais
+des bottes, mais j'&eacute;tais sans bas; la difficult&eacute;
+&eacute;tait pressante. Je
+quitte mes bottes, j'emprunte un mouchoir &agrave; mon janissaire pour
+envelopper mon pied droit, un autre mouchoir &agrave; mon domestique
+nubien
+Mohammed, pour mon pied gauche, et me voil&agrave; sur le parquet en
+marbre de
+l'enceinte sacr&eacute;e; c'est sans contredit le plus beau monument
+arabe qui
+reste en &Eacute;gypte. La d&eacute;licatesse des sculptures est
+incroyable, et cette
+suite de portiques en arcades est d'un effet charmant. Je ne parlerai
+ici ni des autres mosqu&eacute;es, ni des tombeaux des califes et des
+sultans
+mamelouks, qui forment autour du Caire une seconde ville plus
+magnifique
+encore que la premi&egrave;re; cela me m&egrave;nerait trop loin, et
+c'en est assez de
+la vieille &Eacute;gypte, sans m'occuper de la nouvelle.</p>
+<p>Lundi 22 septembre, je montai &agrave; la citadelle du Caire, pour
+rendre
+visite &agrave; Habid-Effendi, gouverneur, et l'un des hommes les plus
+estim&eacute;s
+par le vice-roi. Il me re&ccedil;ut fort agr&eacute;ablement, causa
+beaucoup avec moi
+sur les monuments de la Haute-&Eacute;gypte, et me donna quelques
+conseils pour
+les &eacute;tudier plus &agrave; l'aise. En sortant de chez le
+gouverneur, je
+parcourus la citadelle, et je trouvai d'abord des blocs &eacute;normes
+de gr&egrave;s,
+portant un bas-relief o&ugrave; est figur&eacute; le roi <i>Psamm&eacute;tichus
+II</i>, faisant la
+d&eacute;dicace d'un propylon: je l'ai fait copier avec soin. D'autres
+blocs
+&eacute;pars, et qui ont appartenu au m&ecirc;me monument de Memphis
+d'o&ugrave; ces
+pierres ont &eacute;t&eacute; apport&eacute;es, m'ont offert une
+particularit&eacute; fort curieuse.
+Chacune de ces pierres, parfaitement dress&eacute;es et
+taill&eacute;es, porte une
+<i>marque</i> constatant sous quel roi le bloc a &eacute;t&eacute;
+tir&eacute; de la carri&egrave;re; la
+l&eacute;gende royale, accompagn&eacute;e d'un titre qui fait
+conna&icirc;tre la destination
+du bloc pour Memphis, est grav&eacute;e dans une aire carr&eacute;e et
+creuse. J'ai
+recueilli sur divers blocs les marques de trois rois: <i>Psamm&eacute;tichus
+II</i>,
+<i>Apri&egrave;s</i>, son fils, et <i>Amasis</i>, successeur de ce
+dernier: ces trois
+l&eacute;gendes nous donnent donc la dur&eacute;e de la construction de
+l'&eacute;difice dont
+ces blocs faisaient partie. Un peu plus loin sont les ruines du palais
+royal du fameux <i>Salahh-Eddin</i> (le sultan Saladin), le chef de la
+dynastie des Ayoubites; un incendie a d&eacute;vor&eacute; les toits,
+il y a quatre
+ans, et, depuis quelques mois, on d&eacute;molit parfois ce qui reste
+de ce
+grand et beau monument: j'ai pu reconna&icirc;tre une salle
+carr&eacute;e, la
+principale du palais. Plus de trente colonnes de granit ros&eacute;,
+portant
+encore les traces de la dorure &eacute;paisse qui couvrait leur
+f&ucirc;t, sont
+debout, et leurs &eacute;normes chapiteaux de sculpture arabe,
+imitation
+grossi&egrave;re de vieux chapiteaux &eacute;gyptiens, sont
+entass&eacute;s sur les
+d&eacute;combres. Ces chapiteaux, que les Arabes avaient ajout&eacute;s
+&agrave; ces colonnes
+grecques ou romaines, sont tir&eacute;s de blocs de granit
+enlev&eacute;s aux ruines
+de Memphis, et la plupart portent encore des traces de sculptures
+hi&eacute;roglyphiques: j'ai m&ecirc;me trouv&eacute; sur l'un d'entre
+eux, &agrave; la partie qui
+joignait le f&ucirc;t &agrave; la colonne, un bas-relief
+repr&eacute;sentant le roi
+<i>Nectan&egrave;be</i>, faisant une offrande aux dieux. Dans une de
+mes courses &agrave;
+la citadelle, o&ugrave; je suis all&eacute; plusieurs fois pour faire
+dessiner les
+d&eacute;bris &eacute;gyptiens, j'ai visit&eacute; le fameux <i>puits
+de Joseph</i>, c'est-&agrave;-dire
+le puits que le grand <i>Saladin</i> (Salahh-Eddin-Joussouf) a fait
+creuser
+dans la citadelle, non loin de son palais; c'est un grand ouvrage. J'ai
+vu aussi la m&eacute;nagerie du pacha, consistant en un lion, deux
+tigres et un
+&eacute;l&eacute;phant; je suis arriv&eacute; trop tard pour voir
+l'hippopotame vivant: la
+pauvre b&ecirc;te venait de mourir d'un coup de soleil, pris en faisant
+sa
+sieste sans pr&eacute;caution; mais j'en ai vu la peau empaill&eacute;e
+&agrave; la turque,
+et pendue au-dessus de la porte principale de la citadelle. J'ai
+visit&eacute;
+avant-hier <i>Mahammed-Bey</i>, defterdar (tr&eacute;sorier) du pacha.
+Il m'a fait
+montrer la maison qu'il construit &agrave; Boulaq sur le Nil, et dans
+les
+murailles de laquelle il a fait encastrer, comme ornement, <i>d'assez
+beaux bas-reliefs &eacute;gyptiens</i>, venant de Sakkarah; c'est un
+pas fort
+remarquable, fait par un des ministres du pacha, assez renomm&eacute;
+pour son
+opposition &agrave; la r&eacute;forme.</p>
+<p>J'ai trouv&eacute; ici notre agent consulaire, M. Derche, malade,
+et, parmi les
+&eacute;trangers, lord Prudhoe, M. Burton et le major F&eacute;lix,
+Anglais, qui
+s'occupent beaucoup d'hi&eacute;roglyphes, et qui me comblent de
+bont&eacute;s. Je
+n'ai encore fait aucune acquisition; je pr&eacute;sume que notre
+arriv&eacute;e a fait
+hausser le prix des antiquit&eacute;s; mais cela ne peut durer
+longtemps. Je
+pars demain ou apr&egrave;s pour Memphis; je ne reviendrai pas au Caire
+cette
+ann&eacute;e; nous d&eacute;barquerons pr&egrave;s de <i>Mit-Rahin&eacute;h</i>
+(le centre des ruines de
+la vieille ville), o&ugrave; je m'&eacute;tablirai; je pousserai de
+l&agrave; des
+reconnaissances sur <i>Sakkarah, Dahschour</i> et toute la plaine de
+<i>Memphis</i>, jusqu'aux grandes pyramides de <i>Gis&eacute;h</i>,
+d'o&ugrave; j'esp&egrave;re dater
+ma prochaine lettre. Apr&egrave;s avoir couru le sol de la seconde
+capitale
+&eacute;gyptienne, je mets le cap sur Th&egrave;bes, o&ugrave; je serai
+vers la fin
+d'octobre, apr&egrave;s m'&ecirc;tre arr&ecirc;t&eacute; quelques
+heures &agrave; Abydos et &agrave; Dend&eacute;rah.
+Ma sant&eacute; est toujours excellente et meilleure qu'en Europe; il
+est vrai
+que je suis un homme tout nouveau: ma t&ecirc;te ras&eacute;e est
+couverte d'un
+&eacute;norme turban; je suis compl&egrave;tement habill&eacute;
+&agrave; la turque, une belle
+moustache couvre ma bouche, et un large cimeterre pend &agrave; mon
+c&ocirc;t&eacute;; ce
+costume est tr&egrave;s-chaud, et c'est justement ce qui convient en
+&Eacute;gypte; on
+y sue &agrave; plaisir et l'on s'y porte de m&ecirc;me. Les Arabes me
+prennent
+partout pour un naturel; dans peu je pourrai joindre l'illusion de la
+parole &agrave; celle des habits; je d&eacute;brouille mon arabe, et
+&agrave; force de
+jargonner, on ne me prendra plus pour un d&eacute;butant. J'ai
+d&eacute;j&agrave; recueilli
+des coquilles du Nil pour M. de F&eacute;russac ... J'attends
+impatiemment des
+lettres de Paris ... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="QUATRIEME_LETTRE"></a>
+<h2>QUATRI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Sakkarah, le 5 octobre 1828.</small></p>
+<p>Nous sommes rest&eacute;s au Caire jusqu'au 30 septembre, et le soir
+du m&ecirc;me
+jour nous avons couch&eacute; dans notre <i>maasch</i>, afin de mettre
+&agrave; la voile le
+lendemain de bonne heure pour gagner l'ancien emplacement de Memphis.
+Le
+1er octobre, nous pass&acirc;mes la nuit devant le village de <i>Massarah</i>,
+sur
+la rive orientale du Nil, et le lendemain, &agrave; six heures du
+matin, nous
+cour&ucirc;mes la plaine pour atteindre de grandes carri&egrave;res que
+je voulais
+visiter, parce que Memphis, sise sur la rive oppos&eacute;e, et
+pr&eacute;cis&eacute;ment en
+face, doit &ecirc;tre sortie de leurs vastes flancs. La journ&eacute;e
+fut
+excessivement p&eacute;nible; mais je visitai presque une &agrave; une
+toutes les
+cavernes dont le penchant de la montagne de <i>Thorrah</i> est
+cribl&eacute;. J'ai
+constat&eacute; que ces carri&egrave;res de beau calcaire blanc ont
+&eacute;t&eacute; exploit&eacute;es &agrave;
+toutes les &eacute;poques, et j'ai trouv&eacute;: 1&deg; une
+inscription dat&eacute;e du mois de
+Paophi de l'an IV <i>de l'empereur Auguste;</i> 2&deg; une seconde
+inscription de
+l'an VII, m&ecirc;me mois, d'un Ptol&eacute;m&eacute;e, qui doit
+&ecirc;tre <i>Soter Ier</i>, puisqu'il
+n'y a pas de surnom; 3&deg; une inscription de l'an II du roi <i>Acoris</i>,
+l'un
+des insurg&eacute;s contre les Perses; enfin, deux de ces
+carri&egrave;res et les plus
+vastes ont &eacute;t&eacute; ouvertes l'an XXII du roi <i>Amosis</i>,
+le p&egrave;re de la
+dix-huiti&egrave;me dynastie, comme portent textuellement deux belles
+st&egrave;les
+sculpt&eacute;es &agrave; m&ecirc;me dans le roc, &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; des deux entr&eacute;es. Ces m&ecirc;mes
+st&egrave;les
+indiquent aussi que les pierres de cette carri&egrave;re ont
+&eacute;t&eacute; employ&eacute;es aux
+constructions des temples de <i>Phtha</i>, d'<i>Apis</i> et d'<i>Ammon</i>,
+&agrave; Memphis,
+et cette indication donne la date de ces m&ecirc;mes temples bien
+connus de
+l'antiquit&eacute;. J'ai trouv&eacute; aussi, dans une autre
+carri&egrave;re, pour l'&eacute;poque
+pharaonique, deux monolithes trac&eacute;s &agrave; l'encre rouge sur
+les parois, avec
+une finesse extr&ecirc;me et une admirable s&ucirc;ret&eacute; de main:
+la corniche de l'un
+de ces monolithes, qui n'ont &eacute;t&eacute; que mis en projet, sans
+commencement
+d'ex&eacute;cution, porte le pr&eacute;nom et le nom propre de <i>Psamm&eacute;tichus
+Ier</i>.
+Ainsi, les carri&egrave;res de la montagne arabique, entre <i>Thorrah</i>
+et
+<i>Massarah</i>, ont &eacute;t&eacute; exploit&eacute;es sous les
+Pharaons, les Perses, les
+Lagides, les Romains et dans les temps modernes; j'ajoute que cela
+tient
+&agrave; leur voisinage des capitales successives de l'&Eacute;gypte, <i>Memphis,
+Fosthat</i> et le <i>Caire</i>. Rentr&eacute;s le soir dans nos
+vaisseaux, comme les
+Grecs venant de livrer un assaut &agrave; la ville de Troie, mais plus
+heureux
+qu'eux, puisque nous emportions quelque butin, je fis mettre &agrave;
+la voile
+pour <i>B&eacute;dr&eacute;ch&eacute;in</i>, village situ&eacute;
+&agrave; peu de distance, sur le bord
+occidental du Nil. Le lendemain, de bonne heure, nous part&icirc;mes
+pour
+l'immense bois de dattiers qui couvre l'emplacement de Memphis;
+pass&eacute; le
+village de <i>B&eacute;dr&eacute;ch&eacute;in</i>, qui est &agrave; un
+quart d'heure dans les terres, on
+s'aper&ccedil;oit qu'on foule le sol antique d'une grande cit&eacute;,
+aux blocs de
+granit dispers&eacute;s dans la plaine, et &agrave; ceux qui
+d&eacute;chirent le terrain et
+se font encore jour &agrave; travers les sables, qui ne tarderont pas
+&agrave; les
+recouvrir pour jamais. Entre ce village et celui de <i>Mit-Rahin&eacute;h</i>,
+s'&eacute;l&egrave;vent deux longues collines parall&egrave;les, qui
+m'ont paru &ecirc;tre les
+&eacute;boulements d'une enceinte immense, construite en briques crues
+comme
+celle de Sa&iuml;s, et renfermant jadis les principaux &eacute;difices
+sacr&eacute;s de
+Memphis. C'est dans l'int&eacute;rieur de cette enceinte que nous avons
+vu le
+grand colosse exhum&eacute; par M. Caviglia. Il me tardait d'examiner
+ce
+monument, dont j'avais beaucoup entendu parler, et j'avoue que je fus
+agr&eacute;ablement surpris de trouver un magnifique morceau de
+sculpture
+&eacute;gyptienne. Le colosse, dont une partie des jambes a disparu,
+n'a pas
+moins de trente-quatre pieds et demi de long. Il est tomb&eacute; la
+face
+contre terre, ce qui a conserv&eacute; le visage parfaitement intact.
+Sa
+physionomie suffit pour me le faire reconna&icirc;tre comme une statue
+de
+S&eacute;sostris, car c'est en grand le portrait le plus fid&egrave;le
+du beau
+S&eacute;sostris de Turin; les inscriptions des bras, du pectoral et de
+la
+ceinture, confirm&egrave;rent mon id&eacute;e, et il n'est plus douteux
+qu'il existe,
+&agrave; Turin et &agrave; Memphis, deux <i>portraits</i> du plus
+grand des Pharaons. J'ai
+fait dessiner cette t&ecirc;te avec un soin extr&ecirc;me, et relever
+toutes les
+l&eacute;gendes. Ce colosse n'&eacute;tait point seul; et si j'obtiens
+des fonds
+sp&eacute;ciaux pour des fouilles en grand &agrave; Memphis, je puis
+r&eacute;pondre, en
+moins de trois mois, de peupler le Mus&eacute;e du Louvre de statues
+des plus
+riches mati&egrave;res et du plus grand int&eacute;r&ecirc;t pour
+l'histoire. Ce colosse,
+devant lequel sont de grandes substructions calcaires, &eacute;tait,
+selon
+toute apparence, plac&eacute; devant une grande porte et devait avoir
+des
+pendants: j'ai fait faire quelques fouilles pour m'en assurer, mais le
+temps me manquera. Un peu plus loin et sur le m&ecirc;me axe, existent
+encore
+de petits colosses du m&ecirc;me Pharaon, en granit ros&eacute;, mais
+en fort mauvais
+&eacute;tat. C'&eacute;tait encore une porte.</p>
+<p>Au nord du colosse exista un temple de V&eacute;nus (<i>Hath&ocirc;r</i>),
+construit en
+calcaire blanc, et hors de la grande enceinte, du c&ocirc;t&eacute; de
+l'orient: j'ai
+continu&eacute; des fouilles commenc&eacute;es par Caviglia; le
+r&eacute;sultat a &eacute;t&eacute; de
+constater dans cet endroit m&ecirc;me l'existence d'un temple
+orn&eacute; de
+colonnes-pilastres accoupl&eacute;es et en granit ros&eacute;, et
+d&eacute;di&eacute; &agrave; <i>Phtha</i> et &agrave;
+<i>Hath&ocirc;r</i> (Vulcain et V&eacute;nus), les deux grandes
+divinit&eacute;s de Memphis, par
+Rhams&egrave;s le Grand. L'enceinte principale renfermait aussi, du
+c&ocirc;t&eacute; de
+l'est, une vaste n&eacute;cropole semblable &agrave; celle que j'ai
+reconnue &agrave; Sa&iuml;s.</p>
+<p>C'est le 4 octobre que je suis venu camper &agrave; <i>Sakkarah</i>,
+car nous sommes
+sous la tente; une d'elles est occup&eacute;e par nos domestiques; tous
+les
+soirs, sept ou huit B&eacute;douins choisis d'avance font la garde de
+nuit et
+les commissions le jour; ce sont de braves et excellentes gens, quand
+on
+les traite en hommes.</p>
+<p>J'ai visit&eacute; ici, &agrave; Sakkarah, la plaine des momies,
+l'ancien cimeti&egrave;re
+de Memphis, parsem&eacute; de pyramides et de tombeaux viol&eacute;s.
+Cette localit&eacute;,
+gr&acirc;ce &agrave; la rapace barbarie des marchands
+d'antiquit&eacute;s, est presque tout
+&agrave; fait nulle pour l'&eacute;tude: les tombeaux orn&eacute;s de
+sculptures sont, pour
+la plupart, d&eacute;vast&eacute;s, ou recombl&eacute;s apr&egrave;s
+avoir &eacute;t&eacute; pill&eacute;s. Ce d&eacute;sert est
+affreux; il est form&eacute; par une suite de petits monticules de
+sable
+produits des fouilles et des bouleversements, le tout parsem&eacute;
+d'ossements humains, d&eacute;bris des vieilles
+g&eacute;n&eacute;rations. Deux tombeaux
+seuls ont attir&eacute; notre attention, et m'ont
+d&eacute;dommag&eacute; du triste aspect de
+ce champ de d&eacute;solation. J'ai trouv&eacute;, dans l'un d'eux, une
+s&eacute;rie
+d'oiseaux sculpt&eacute;s sur les parois, et accompagn&eacute;s de
+leurs noms en
+hi&eacute;roglyphes; cinq esp&egrave;ces de gazelles avec leurs noms;
+et enfin
+quelques sc&egrave;nes domestiques, telles que l'action de traire le
+lait, deux
+cuisiniers exer&ccedil;ant leur art, etc. Nos portefeuilles se
+grossissent du
+fruit de ces d&eacute;couvertes ... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="CINQUIEME_LETTRE"></a>
+<h2>CINQUI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<p><br>
+</p>
+<div style="text-align: right;"><big>Au pied des pyramides de
+Giz&eacute;h, le 8 octobre 1828.</big><br>
+</div>
+<p>J'ai transport&eacute; mon camp et mes p&eacute;nates &agrave;
+l'ombre des grandes pyramides,
+depuis hier que, quittant Sakkarah pour visiter l'une des merveilles du
+monde, sept chameaux et vingt &acirc;nes ont transport&eacute; nous et
+nos bagages &agrave;
+travers le d&eacute;sert qui s&eacute;pare les pyramides
+m&eacute;ridionales de celles de
+Giz&eacute;h, les plus c&eacute;l&egrave;bres de toutes, et qu'il me
+fallait voir enfin avant
+de partir pour la Haute-&Eacute;gypte. Ces merveilles ont besoin
+d'&ecirc;tre
+&eacute;tudi&eacute;es de pr&egrave;s pour &ecirc;tre bien
+appr&eacute;ci&eacute;es; elles semblent diminuer de
+hauteur &agrave; mesure qu'on en approche, et ce n'est qu'en touchant
+les blocs
+de pierre dont elles sont form&eacute;es qu'on a une id&eacute;e juste
+de leur masse
+et de leur immensit&eacute;. Il y a peu &agrave; faire ici, et
+lorsqu'on aura copi&eacute;
+des sc&egrave;nes de la vie domestique, sculpt&eacute;es dans un
+tombeau voisin de la
+deuxi&egrave;me pyramide, je regagnerai nos embarcations, qui viendront
+nous
+prendre &agrave; Giz&eacute;h, et nous cinglerons &agrave; force de
+voiles pour la
+Haute-&Eacute;gypte, mon v&eacute;ritable
+quartier-g&eacute;n&eacute;ral. Th&egrave;bes est l&agrave;, et on y
+arrive toujours trop tard.
+</p>
+<p>Sauf un peu de fatigue de la journ&eacute;e d'hier, nous nous
+portons fort
+bien. Mais point encore de nouvelles d'Europe!..... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="SIXIEME_LETTRE"></a>
+<h2>SIXIEME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>A B&eacute;ni-Hassau, le 5; et
+&agrave; Monfaloutli, le 8 novembre
+1828.</small></p>
+<p>Je comptais &ecirc;tre &agrave; Th&egrave;bes le 1er novembre; voici
+d&eacute;j&agrave; le 5, et je me
+trouve encore &agrave; <i>B&eacute;ni-Hassan</i>. C'est un peu la
+faute de ceux qui ont
+d&eacute;j&agrave; d&eacute;crit les hypog&eacute;es de cette
+localit&eacute;, et en ont donn&eacute; une si mince
+id&eacute;e. Je comptais exp&eacute;dier ces grottes en une
+journ&eacute;e; mais elles en ont
+pris quinze, sans que j'en &eacute;prouve le moindre regret; je vais
+reprendre
+mon r&eacute;cit de plus haut.</p>
+<p>Ma derni&egrave;re lettre &eacute;tait dat&eacute;e des grandes
+pyramides, o&ugrave; je suis, rest&eacute;
+camp&eacute; trois jours, non pour ces masses &eacute;normes et de si
+peu d'effet
+lorsqu'on les voit de pr&egrave;s, mais pour l'examen et le
+d&eacute;pouillement des
+grottes s&eacute;pulcrales creus&eacute;es dans le voisinage. Une,
+entre autres, celle
+d'un certain <i>Eima&iuml;</i>, nous a fourni une s&eacute;rie de
+bas-reliefs
+tr&egrave;s-curieux pour la connaissance des arts et m&eacute;tiers de
+l'ancienne
+&Eacute;gypte, et je dois donner un soin tr&egrave;s-particulier
+&agrave; la recherche des
+monuments de ce genre, qui sont aussi bien de l'histoire que les grands
+tableaux de bataille des palais de Th&egrave;bes. J'ai trouv&eacute;
+autour des
+pyramides plusieurs tombeaux de princes (fils de rois) et de grands
+personnages, mais peu d'inscriptions d'un tr&egrave;s-grand
+int&eacute;r&ecirc;t.</p>
+<p>Je quittai les pyramides le 11 octobre, pour revenir sur mes pas et
+gagner notre ancien campement de Sakkarah, &agrave; travers le
+d&eacute;sert, et de l&agrave;
+notre <i>flotte</i>, mouill&eacute;e &agrave; <i>B&eacute;dr&eacute;ch&eacute;in</i>,
+o&ugrave; nous arriv&acirc;mes le soir m&ecirc;me,
+gr&acirc;ce &agrave; nos infatigables baudets et aux chameaux qui
+portaient tout
+notre bagage. Nous m&icirc;mes &agrave; la voile pour la
+Haute-&Eacute;gypte, et ce ne fut
+que le 20 octobre, apr&egrave;s avoir &eacute;prouv&eacute; tout
+l'ennui du calme plat et du
+manque total de vent du nord, que nous arriv&acirc;mes &agrave; <i>Mini&eacute;h</i>,
+d'o&ugrave; je fis
+partir tout de suite, apr&egrave;s une visite &agrave; la filature de
+coton, mont&eacute;e en
+machines europ&eacute;ennes, et apr&egrave;s l'achat de quelques
+provisions
+indispensables. On se dirigea sur <i>Saouad&eacute;h</i> pour voir un
+hypog&eacute;e grec
+d'ordre <i>dorique</i>, d&eacute;j&agrave; d&eacute;crit. De l&agrave;
+nous cingl&acirc;mes vers
+<i>Zaouyet-el-Mai&eacute;tin</i>, o&ugrave; nous f&ucirc;mes rendus le
+20 m&ecirc;me au soir; l&agrave;
+existent quelques hypog&eacute;es d&eacute;cor&eacute;s de bas-reliefs
+relatifs &agrave; la vie
+domestique et civile; j'ai fait copier tout ce qu'il y avait
+d'int&eacute;ressant, et nous ne les quitt&acirc;mes que le 23 au soir,
+pour courir &agrave;
+<i>B&eacute;ni-Hassan</i> &agrave; la faveur d'une bourrasque, &agrave;
+laquelle nous d&ucirc;mes d'y
+arriver le m&ecirc;me jour vers minuit.</p>
+<p>A l'aube du jour, quelques-uns de nos jeunes gens &eacute;tant
+all&eacute;s, en
+&eacute;claireurs, visiter les grottes voisines, rapport&egrave;rent
+qu'il y avait
+peu &agrave; faire, vu que les peintures &eacute;taient &agrave; peu
+pr&egrave;s effac&eacute;es. Je montai
+n&eacute;anmoins, au lever du soleil, visiter ces hypog&eacute;es, et
+je fus
+agr&eacute;ablement surpris de trouver une &eacute;tonnante
+s&eacute;rie de peintures
+parfaitement visibles jusque dans leurs moindres d&eacute;tails,
+lorsqu'elles
+&eacute;taient mouill&eacute;es avec une &eacute;ponge, et qu'on avait
+enlev&eacute; la cro&ucirc;te de
+poussi&egrave;re fine qui les recouvrait et qui avait donn&eacute; le
+change &agrave; nos
+compagnons. D&egrave;s ce moment on se mit &agrave; l'ouvrage, et par
+la vertu de nos
+&eacute;chelles et de l'admirable &eacute;ponge, la plus belle
+conqu&ecirc;te que
+l'industrie humaine ait pu faire, nous v&icirc;mes se d&eacute;rouler
+&agrave; nos yeux la
+plus ancienne s&eacute;rie de peintures qu'on puisse imaginer, toutes
+relatives
+&agrave; la vie civile, aux arts et m&eacute;tiers, et ce qui
+&eacute;tait neuf, &agrave; la <i>caste
+militaire</i>. J'ai fait, dans les deux premiers hypog&eacute;es, une
+moisson
+immense, et cependant une moisson plus riche nous attendait dans les
+deux tombes les plus recul&eacute;es vers le nord; ces deux
+hypog&eacute;es, dont
+l'architecture et quelques d&eacute;tails int&eacute;rieurs ont
+&eacute;t&eacute; mal reproduits,
+offrent cela de particulier (ainsi que plusieurs petits tombeaux
+voisins), que la porte de l'hypog&eacute;e est
+pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e d'un portique taill&eacute; &agrave;
+jour dans le roc, et form&eacute; de colonnes qui ressemblent, &agrave;
+s'y m&eacute;prendre
+&agrave; la premi&egrave;re vue, au <i>dorique</i> grec de Sicile et
+d'Italie. Elles sont
+cannel&eacute;es, &agrave; base arrondie, et presque toutes d'une belle
+proportion.
+L'int&eacute;rieur des deux derniers hypog&eacute;es &eacute;tait ou
+est encore soutenu par
+des colonnes semblables: nous y avons tous vu le v&eacute;ritable type
+du vieux
+<i>dorique grec</i>, et je l'affirme sans craindre d'&eacute;tablir mon
+opinion sur
+des monuments du temps romain, car ces deux hypog&eacute;es, les plus
+beaux de
+tous, portent leur date et appartiennent au r&egrave;gne d'<i>Osortasen</i>,
+deuxi&egrave;me roi de la XXIIIe dynastie (Tanite), et par
+cons&eacute;quent remontent
+au IXe si&egrave;cle avant J.-C. J'ajouterai que le plus beau des deux
+portiques, encore intact, celui de l'hypog&eacute;e d'un chef
+administrateur
+des terres orientales de l'Heptanomide, nomm&eacute; <i>N&eacute;h&ocirc;thph</i>,
+est compos&eacute; de
+ces colonnes doriques SANS BASE, comme celles de Paestum et de tous les
+beaux temples grecs-doriques.</p>
+<p>Les peintures du tombeau de <i>N&eacute;h&ocirc;thph</i> sont de
+v&eacute;ritables <i>gouaches</i>,
+d'une finesse et d'une beaut&eacute; de dessin fort remarquables: c'est
+ce que
+j'ai vu de plus beau jusqu'ici en &Eacute;gypte; les animaux,
+quadrup&egrave;des,
+oiseaux et poissons, y sont peints avec tant de finesse et de <i>v&eacute;rit&eacute;</i>,
+que les copies colori&eacute;es que j'en ai fait prendre ressemblent
+aux
+gravures colori&eacute;es de nos beaux ouvrages d'histoire naturelle:
+nous
+aurons besoin de l'affirmation des quatorze t&eacute;moins qui les ont
+vues,
+pour qu'on croie en Europe &agrave; la fid&eacute;lit&eacute; de nos
+dessins, qui sont d'une
+exactitude parfaite.</p>
+<p>C'est dans ce m&ecirc;me hypog&eacute;e que j'ai trouv&eacute; un
+tableau du plus haut
+int&eacute;r&ecirc;t: il repr&eacute;sente quinze prisonniers, hommes,
+femmes ou enfants,
+pris par un des fils de <i>N&eacute;h&ocirc;thph</i>, et
+pr&eacute;sent&eacute;s &agrave; ce chef par un scribe
+royal, qui offre en m&ecirc;me temps une feuille de papyrus, sur
+laquelle est
+relat&eacute;e la date de la prise, et le nombre des captifs, qui
+&eacute;tait de
+trente-sept. Ces captifs, grands et d'une physionomie toute
+particuli&egrave;re, &agrave; nez aquilin pour la plupart,
+&eacute;taient blancs
+comparativement aux &Eacute;gyptiens, puisqu'on a peint leurs chairs en
+jaune-roux pour imiter ce que nous nommons la <i>couleur de chair</i>.
+Les
+hommes et les femmes sont habill&eacute;s d'&eacute;toffes
+tr&egrave;s-riches, peintes
+(surtout celles des femmes) comme le sont les tuniques de dames
+grecques
+sur les vases grecs du vieux style: la tunique, la coiffure et la
+chaussure des femmes captives peintes &agrave; <i>B&eacute;ni-Hassan</i>
+ressemblent &agrave;
+celles des Grecques des vieux vases, et j'ai retrouv&eacute; sur la
+robe d'une
+d'elles l'ornement enroul&eacute; si connu sous le nom de <i>grecque</i>,
+peint en
+rouge, bleu et noir, et trac&eacute; verticalement. Ces d&eacute;tails
+piqueront la
+curiosit&eacute; et r&eacute;veilleront l'int&eacute;r&ecirc;t de nos
+arch&eacute;ologues et celui de
+notre ami M. Dubois, que j'ai regrett&eacute;, ici plus qu'ailleurs, de
+n'avoir
+pas &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s, parce que notre opinion sur
+l'avancement de l'art en
+&Eacute;gypte y trouve des preuves <i>archi-authentiques</i>. Les
+hommes captifs, &agrave;
+barbe pointue, sont arm&eacute;s d'arcs et de lances, et l'un d'entre
+eux tient
+en main une <i>lyre grecque</i> de vieux style. Sont-ce des Grecs? Je
+le
+crois fermement, mais des Grecs ioniens, ou un peuple d'Asie Mineure,
+voisin des colonies ioniennes et participant de leurs moeurs et de
+leurs
+habitudes: ce serait une chose bien curieuse que des Grecs du IXe
+si&egrave;cle
+avant J.-C., peints avec fid&eacute;lit&eacute; par des mains
+&eacute;gyptiennes. J'ai fait
+copier ce long tableau en couleur avec une exactitude toute
+particuli&egrave;re: pas un coup de pinceau qui ne soit dans l'original.</p>
+<p>Les quinze jours pass&eacute;s &agrave; <i>B&eacute;ni-Hassan</i>
+ont &eacute;t&eacute; monotones, mais
+fructueux: au lever du soleil, nous montions aux hypog&eacute;es
+dessiner,
+colorier et &eacute;crire, en donnant une heure au plus &agrave; un
+modeste repas,
+qu'on nous apportait des barques, pris &agrave; terre sur le sable,
+dans la
+grande salle de l'hypog&eacute;e, d'o&ugrave; nous apercevions,
+&agrave; travers les colonnes
+en <i>dorique primitif</i>, les magnifiques plaines de l'Heptanomide;
+le
+soleil couchant, admirable dans ce pays-ci, donnait seul le signal du
+repos; on regagnait la barque pour souper, se coucher et recommencer le
+lendemain.</p>
+<p>Cette vie de tombeaux a eu pour r&eacute;sultat un portefeuille de
+dessins
+parfaitement faits et d'une exactitude compl&egrave;te, qui
+s'&eacute;l&egrave;vent d&eacute;j&agrave; &agrave;
+plus de trois cents. J'ose dire qu'avec ces seules richesses, mon
+voyage
+d'&Eacute;gypte serait d&eacute;j&agrave; bien rempli, &agrave;
+l'architecture pr&egrave;s, dont je ne
+m'occupe que dans les lieux qui n'ont pas &eacute;t&eacute;
+visit&eacute;s ou connus. Voici
+un <i>petit crayon</i> de mes conqu&ecirc;tes: cette note sera
+divis&eacute;e par
+mati&egrave;res, alphab&eacute;tiquement rang&eacute;es comme l'est mon
+portefeuille pendant
+le voyage, afin d'avoir sous la main les dessins d&eacute;j&agrave;
+faits, et de
+pouvoir les comparer vite avec les monuments nouveaux du m&ecirc;me
+genre.</p>
+<p>1&deg; AGRICULTURE.&#8212;Dessins repr&eacute;sentant le labourage avec
+les boeufs ou &agrave;
+bras d'hommes; le semage, le foulage des terres par les b&eacute;liers,
+et non
+par les <i>porcs</i>, comme le dit H&eacute;rodote; cinq sortes de
+charrues; le
+piochage, la moisson du bl&eacute;; la moisson du lin; la mise en
+gerbes de ces
+deux esp&egrave;ces de plantes; la mise en meule, le battage, le
+mesurage, le
+d&eacute;p&ocirc;t en grenier; deux dessins de grands greniers sur des
+plans
+diff&eacute;rents; le lin transport&eacute; par des &acirc;nes; une
+foule d'autres travaux
+agricoles, et entre autres la r&eacute;colte du lotus; la culture de la
+vigne,
+la vendange, son transport, l'&eacute;grenage, le pressoir de deux
+esp&egrave;ces,
+l'un &agrave; force de bras et l'autre &agrave; m&eacute;canique, la
+mise en bouteilles ou
+jarres, et le transport &agrave; la cave; la fabrication du vin cuit,
+etc.; la
+culture du jardin, la cueillette des bamieh, des figues, etc.; la
+culture de l'ognon, l'arrosage, etc.; le tout, comme tous les tableaux
+suivants, avec l&eacute;gendes hi&eacute;roglyphiques explicatives;
+plus l'<i>intendant
+de la maison des champs</i> et ses secr&eacute;taires.</p>
+<p>2&deg; ARTS ET M&Eacute;TIERS.&#8212;Collection de tableaux, pour la
+plupart colori&eacute;s,
+afin de bien d&eacute;terminer la nature des objets, et
+repr&eacute;sentant: le
+sculpteur en pierre, le sculpteur sur bois, le peintre de statues, le
+peintre d'objets d'architecture; meubles et menuiserie; le peintre
+peignant un tableau, avec son <i>chevalet</i>; des <i>scribes</i> et
+commis aux
+&eacute;critures de toute esp&egrave;ce; les ouvriers des
+carri&egrave;res transportant des
+blocs de pierre; l'art du potier avec toutes les op&eacute;rations; les
+<i>marcheurs</i> p&eacute;trissant la terre avec les pieds, d'autres
+avec les mains;
+la mise de l'argile en c&ocirc;ne, le c&ocirc;ne plac&eacute; sur le
+tour; le potier
+faisant la panse, le goulot du vase, etc.; la premi&egrave;re <i>cuite</i>
+au four,
+la seconde au s&eacute;choir, etc.; la coupe du bois; les fabricants de
+cannes,
+d'avirons et de rames; le charpentier, le menuisier; le fabricant de
+meubles; les scieurs de bois; les corroyeurs; le coloriage des cuirs ou
+maroquins; le cordonnier; la filature; le tissage des toiles &agrave;
+divers
+m&eacute;tiers; le verrier et toutes ses op&eacute;rations;
+l'orf&egrave;vre, le bijoutier,
+le forgeron.</p>
+<p>3&deg; CASTE MILITAIRE.&#8212;L'&eacute;ducation de la caste militaire et
+tous ses
+exercices gymnastiques, repr&eacute;sent&eacute;s en plus de deux cents
+tableaux, o&ugrave;
+sont retrac&eacute;es toutes les poses et attitudes que peuvent prendre
+deux
+habiles lutteurs, attaquant, se d&eacute;fendant, reculant,
+avan&ccedil;ant, debout,
+renvers&eacute;s, etc.; on verra par l&agrave; si l'art &eacute;gyptien
+se contentait de
+figures de profil, les jambes unies et les bras coll&eacute;s contre
+les
+hanches. J'ai copi&eacute; toute cette curieuse s&eacute;rie de
+militaires nus,
+luttant ensemble; plus, une soixantaine de figures repr&eacute;sentant
+des
+soldats de toute arme, de tout rang, la petite guerre, un si&egrave;ge,
+la
+<i>tortue</i> et le <i>b&eacute;lier</i>, les punitions militaires, un
+champ de bataille,
+et les pr&eacute;paratifs d'un repas militaire; enfin la fabrication
+des
+lances, javelots, arcs, fl&egrave;ches, massues, haches d'armes, etc.</p>
+<p>4&deg; CHANT, MUSIQUE ET DANSE.&#8212;Un tableau repr&eacute;sentant un
+concert vocal et
+instrumental; un chanteur, qu'un musicien accompagne sur la harpe, est
+second&eacute; par deux choeurs, l'un de quatre hommes, l'autre de cinq
+femmes,
+et celles-ci battent la mesure avec leurs mains: c'est un op&eacute;ra
+tout
+entier; des joueurs de harpe de tout sexe, des joueurs de <i>fl&ucirc;te
+traversi&egrave;re</i>, de flageolet, d'une sorte de conque, etc.; des
+danseurs
+faisant diverses figures, avec les noms des pas qu'ils dansent; enfin,
+une collection tr&egrave;s-curieuse de dessins repr&eacute;sentant les
+danseuses (ou
+filles publiques de l'ancienne &Eacute;gypte), dansant, chantant,
+jouant &agrave; la
+paume, faisant divers tours de force et d'adresse.</p>
+<p>5&deg; Un nombre consid&eacute;rable de dessins repr&eacute;sentant
+l'&Eacute;DUCATION DES
+BESTIAUX; les bouviers, les boeufs de toute esp&egrave;ce, les vaches,
+les
+veaux, le tirage du lait; la fabrication du fromage et du beurre; les
+chevriers, les gardeurs d'&acirc;nes, les bergers et leurs moutons; des
+sc&egrave;nes
+relatives &agrave; l'art v&eacute;t&eacute;rinaire; enfin la
+basse-cour, comprenant
+l'&eacute;ducation d'une foule d'esp&egrave;ces d'oies et de canards,
+et celle d'une
+esp&egrave;ce de cigogne qui &eacute;tait domestique dans l'ancienne
+&Eacute;gypte.</p>
+<p>6&deg; Une premi&egrave;re base du recueil ICONOGRAPHIQUE,
+comprenant les
+<i>portraits</i> des rois &eacute;gyptiens et de grands personnages. Ce
+portefeuille
+sera compl&eacute;t&eacute; en Th&eacute;ba&iuml;de.</p>
+<p>7&ordm; Dessins relatifs aux JEUX, EXERCICES et DIVERTISSEMENTS.&#8212;On
+y
+remarque la <i>mourre</i>, le jeu de la <i>paille</i>, une sorte de <i>main-chaude</i>,
+le <i>mail</i>, le jeu de <i>piquets plant&eacute;s en terre</i>,
+divers jeux de force;
+la chasse &agrave; la b&ecirc;te fauve, un tableau repr&eacute;sentant
+une grande chasse
+dans le d&eacute;sert, et o&ugrave; sont figur&eacute;es quinze
+&agrave; vingt esp&egrave;ces de
+quadrup&egrave;des; tableaux repr&eacute;sentant le retour de la
+chasse; le gibier est
+port&eacute; mort ou conduit vivant; plusieurs tableaux
+repr&eacute;sentent la chasse
+des oiseaux au filet; un de ces tableaux est de grande dimension et
+gouach&eacute; avec toutes les couleurs et le faire de l'original;
+enfin, le
+dessin en grand des divers pi&eacute;ges pour prendre les oiseaux; ces
+instruments de chasse sont peints isol&eacute;ment dans quelques
+hypog&eacute;es;
+plusieurs tableaux relatifs &agrave; la p&ecirc;che: 1&deg; la
+p&ecirc;che &agrave; la ligne; 2&deg; &agrave; la
+ligne avec canne; 3&deg; au trident ou au <i>bident</i>; 4&deg; au
+filet; plus la
+pr&eacute;paration des poissons, etc.</p>
+<p>8&ordm; JUSTICE DOMESTIQUE.&#8212;J'ai r&eacute;uni sous ce titre une
+quinzaine de
+dessins de bas-reliefs repr&eacute;sentant des d&eacute;lits commis par
+des
+domestiques; l'arrestation du pr&eacute;venu, son accusation, sa
+d&eacute;fense, son
+jugement par les intendants de la maison; sa condamnation et
+l'ex&eacute;cution, qui se borne &agrave; la bastonnade, dont
+proc&egrave;s-verbal est remis,
+avec le corps du proc&egrave;s, entre les mains du ma&icirc;tre par
+l'intendant de la
+maison.</p>
+<p>9&deg; LE M&Eacute;NAGE.&#8212;J'ai r&eacute;uni dans cette s&eacute;rie,
+d&eacute;j&agrave; fort nombreuse, tout ce
+qui se rapporte &agrave; la vie priv&eacute;e ou int&eacute;rieure. Ces
+dessins fort curieux
+repr&eacute;sentent: 1&deg; diverses maisons &eacute;gyptiennes, plus
+ou moins
+somptueuses; 2&deg; les vases de diverses formes, ustensiles et
+meubles, le
+tout colori&eacute;, parce que les couleurs indiquent invariablement la
+mati&egrave;re; 3&deg; un superbe palanquin; 4&deg; des esp&egrave;ces
+de chambres &agrave; portes
+battantes, port&eacute;es sur un tra&icirc;neau et qui ont servi de <i>voitures</i>
+aux
+anciens grands personnages de l'&Eacute;gypte; 5&deg; les singes, chats
+et chiens
+qui faisaient partie de la maison, ainsi que des <i>nains</i> et
+autres
+individus mal conform&eacute;s, qui, 1500 ans et plus avant J.-C.,
+servaient &agrave;
+d&eacute;sopiler la rate des seigneurs &eacute;gyptiens, aussi bien
+que, 1500 ans
+apr&egrave;s, celle de nos vieux barons d'Europe; 6&deg; les officiers
+d'une grande
+maison, intendants, scribes, etc.; 7&deg; les domestiques portant les
+provisions de bouche de toute esp&egrave;ce; les servantes apportant
+aussi
+divers comestibles; 8&deg; la mani&egrave;re de tuer les boeufs et de
+les d&eacute;pecer
+pour le service de la maison; 9&deg; une suite de dessins
+repr&eacute;sentant des
+<i>cuisiniers</i> pr&eacute;parant des mets de diverses sortes;
+10&ordm; enfin, les
+domestiques portant les mets pr&eacute;par&eacute;s &agrave; la table
+du ma&icirc;tre.</p>
+<p>10&ordm; MONUMENTS HISTORIQUES.&#8212;Ce recueil contient toutes les
+inscriptions, bas-reliefs et monuments de tout genre portant des
+l&eacute;gendes royales, avec une date exprim&eacute;e, que j'ai vus
+jusqu'ici.</p>
+<p>11&deg; MONUMENTS RELIGIEUX.&#8212;Toutes les images des
+diff&eacute;rentes divinit&eacute;s,
+dessin&eacute;es en grand et colori&eacute;es d'apr&egrave;s les plus
+beaux bas-reliefs. Ce
+recueil s'accro&icirc;tra prodigieusement &agrave; mesure que
+j'avancerai dans la
+Th&eacute;ba&iuml;de.</p>
+<p>12&deg; NAVIGATION.&#8212;Recueil de dessins repr&eacute;sentant la
+construction des
+b&acirc;timents et barques de diverses esp&egrave;ces, et les jeux des
+mariniers,
+tout &agrave; fait analogues aux jo&ucirc;tes qui ont lieu sur la Seine
+dans les
+grands jours de f&ecirc;te.</p>
+<p>13&deg; Enfin ZOOLOGIE.&#8212;Une suite de <i>quadrup&egrave;des</i>, d'<i>oiseaux</i>,
+de
+<i>reptiles</i>, d'<i>insectes</i> et de <i>poissons</i>,
+dessin&eacute;s et colori&eacute;s avec
+<i>toute fid&eacute;lit&eacute;</i> d'apr&egrave;s les bas-reliefs
+peints ou les peintures les
+mieux conserv&eacute;es. Ce recueil, qui compte d&eacute;j&agrave;
+pr&egrave;s de deux cents
+individus, est du plus haut int&eacute;r&ecirc;t: les oiseaux sont
+magnifiques, les
+poissons peints dans la derni&egrave;re perfection, et on aura par
+l&agrave; une id&eacute;e
+de ce qu'&eacute;tait un hypog&eacute;e &eacute;gyptien un peu
+soign&eacute;. Nous avons d&eacute;j&agrave;
+recueilli le dessin de plus de quatorze esp&egrave;ces
+diff&eacute;rentes de <i>chiens</i>
+de garde ou de chasse, depuis le <i>l&eacute;vrier</i> jusqu'au <i>basset
+&agrave; jambes
+torses</i>; j'esp&egrave;re que MM. Cuvier et Geoffroi Saint-Hilaire me
+sauront
+gr&eacute; de leur rapporter ainsi l'histoire naturelle
+&eacute;gyptienne en aussi bon
+ordre.</p>
+<p>J'esp&egrave;re compl&eacute;ter et &eacute;tendre dignement ces
+diverses s&eacute;ries, puisque je
+n'ai encore vu, pour ainsi dire, aucun monument &eacute;gyptien; les
+grands
+&eacute;difices ne commencent en effet qu'&agrave; Abydos, et je n'y
+serai que dans
+dix jours.</p>
+<p>J'ai pass&eacute;, le coeur serr&eacute;, en face d'<i>Aschmoun&eacute;in</i>,
+en regrettant son
+magnifique portique d&eacute;truit tout r&eacute;cemment; hier, <i>Antino&eacute;</i>
+ne nous a
+plus montr&eacute; que des d&eacute;bris; tous ses &eacute;difices ont
+&eacute;t&eacute; d&eacute;molis; il ne
+reste plus que quelques colonnes de granit, qu'on n'a pu remuer.</p>
+<p>Je me suis consol&eacute; un peu de la perte de ces monuments, en en
+retrouvant
+un fort int&eacute;ressant et dont personne n'a parl&eacute; jusqu'ici.
+Nous avons
+reconnu, dans une vall&eacute;e d&eacute;serte de la montagne arabique,
+vis-&agrave;-vis
+<i>B&eacute;ni-Hassan-el-Aamar</i>, un petit temple creus&eacute; dans
+le roc, dont la
+d&eacute;coration, commenc&eacute;e par <i>Thouthmosis IV</i>, a
+&eacute;t&eacute; continu&eacute;e par
+<i>Mandoue&iuml;</i> de la XVIIIe dynastie; ce temple, orn&eacute; de
+beaux bas-reliefs
+colori&eacute;s, est d&eacute;di&eacute; &agrave; la d&eacute;esse <i>Pascht</i>
+ou <i>P&eacute;pascht</i>, qui est la
+<i>Bubastis</i> des Grecs et la <i>Diane</i> des Romains; les
+g&eacute;ographes nous ont
+indiqu&eacute; &agrave; <i>B&eacute;ni-Hassan</i> la position
+nomm&eacute;e <i>Speos Artemidos</i> (la Grotte
+de Diane), et ils ont raison, puisque je viens de retrouver le temple,
+creus&eacute; dans le roc (le sp&eacute;os de la d&eacute;esse); et ce
+monument, qui ne
+pr&eacute;sente en sc&egrave;ne que des images de <i>Bubastis</i>, la
+Diane &eacute;gyptienne, est
+cern&eacute; par divers hypog&eacute;es de <i>chats sacr&eacute;s</i>
+(l'animal de Bubastis);
+quelques-uns sont creus&eacute;s dans le roc, un, entre autres,
+construit sous
+le r&egrave;gne d'<i>Alexandre</i>, fils d'Alexandre le Grand. Devant
+le temple,
+sous le sable, est un grand <i>banc</i> de momies de chats
+pli&eacute;s dans des
+nattes et entrem&ecirc;l&eacute;s de quelques chiens; plus loin, entre
+la vall&eacute;e et
+le Nil, dans la plaine d&eacute;serte, sont deux tr&egrave;s-grands
+entrep&ocirc;ts de
+momies de chats en paquets, et recouverts de deux pieds de sable.</p>
+<p>Cette nuit j'arriverai &agrave; <i>Osiouth</i> (Lycopolis), et
+demain je remettrai
+cette lettre aux autorit&eacute;s locales pour qu'elle soit
+envoy&eacute;e au Caire,
+de l&agrave; &agrave; Alexandrie, et de l&agrave; enfin en Europe;
+puisse-t-elle &ecirc;tre mieux
+dirig&eacute;e que les v&ocirc;tres! car je n'ai rien re&ccedil;u
+d'Europe depuis mon d&eacute;part
+de Toulon. Ma sant&eacute; se soutient, et j'esp&egrave;re que le bon
+air de Th&egrave;bes
+m'assurera la continuation de ce bienfait. Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="SEPTIEME_LETTRE"></a>
+<h2>SEPTI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small><small></small>Th&egrave;bes, le
+24 novembre 1828.</small></p>
+<p>Ma derni&egrave;re lettre dat&eacute;e de <i>B&eacute;ni-Hassan</i>,
+continu&eacute;e en remontant le Nil
+et close &agrave; <i>Osiouth</i>, a d&ucirc; en partir du 10 au 12 de
+ce mois; elle
+parviendra par Livourne. Dieu veuille qu'elle arrive plus promptement
+que celles qui, depuis mon d&eacute;part de France, m'ont
+&eacute;t&eacute; adress&eacute;es par
+ceux qui se souviennent de moi! je n'en ai re&ccedil;u aucune! C'est
+hier
+seulement, et par un capitaine de navire anglais qui parcourt
+l'&Eacute;gypte,
+que j'ai appris que le Dr Pariset y &eacute;tait aussi arriv&eacute; et
+qu'il se
+trouve dans ce moment au Caire: mais je n'en sais pas davantage pour
+cela sur ma famille. S'il en &eacute;tait autrement, et que je fusse
+tranquille
+sur la sant&eacute; de tous les miens, je serais le plus heureux des
+hommes;
+car enfin je suis au centre de la vieille &Eacute;gypte, et ses plus
+hautes
+merveilles sont &agrave; quelques toises de ma barque. Voici d'abord la
+suite
+de mon itin&eacute;raire.</p>
+<p>C'est le 10 novembre que je quittai <i>Osiouth</i>, apr&egrave;s
+avoir visit&eacute; ses
+hypog&eacute;es parfaitement d&eacute;crits par MM. Jollois et
+Devilliers, dont je
+reconnais chaque jour &agrave; Th&egrave;bes l'extr&ecirc;me
+exactitude. Le 11 au matin nous
+pass&acirc;mes devant <i>Qaou-el-Kebir</i> (Antaeopolis), et mon
+maasch traversa &agrave;
+pleines voiles l'emplacement du temple que le Nil a compl&egrave;tement
+englouti sans en laisser les moindres vestiges. Quelques ruines
+d'<i>Akhmin</i> (celles de Panopolis) re&ccedil;urent ma visite le 12,
+et je fus
+assez heureux pour y trouver un bloc sculpt&eacute; qui m'a
+donn&eacute; l'&eacute;poque du
+temple, qui est de Ptol&eacute;m&eacute;e Philopator, et l'image du
+dieu <i>Pan</i>, lequel
+n'est autre chose, comme je l'avais &eacute;tabli d'avance, que l'Ammon
+g&eacute;n&eacute;rateur de mon <i>Panth&eacute;on</i>.
+L'apr&egrave;s-midi et la nuit suivante se
+pass&egrave;rent en f&ecirc;tes, bal, tours de force et concert chez
+l'un des
+commandants de la Haute-&Eacute;gypte, Mohammed-Aga, qui envoya sa
+cange, ses
+gens et son cheval pour me ramener, avec tous mes compagnons, &agrave;
+<i>Saouadji</i>, que j'avais quitt&eacute; le matin, et o&ugrave; il
+fallut retourner bon
+gr&eacute; mal gr&eacute; pour ne pas d&eacute;sobliger ce brave homme,
+bon vivant, bon
+convive, et ne respirant que la joie et les plaisirs. L'air de
+Marlborough, que nos jeunes gens lui chant&egrave;rent en choeur, le
+fit p&acirc;mer
+de plaisir, et ses musiciens eurent aussit&ocirc;t l'ordre de
+l'apprendre.
+(<i>Voyez l'Extrait de</i> l'Itin&eacute;raire et les lettres du
+mamour, <i>&agrave; la fin
+de ce volume</i>.)</p>
+<p>Nous part&icirc;mes le 13 au matin, combl&eacute;s des dons du brave
+osmanli. A midi,
+on d&eacute;passa Ptol&eacute;ma&iuml;s, o&ugrave; il n'existe plus
+rien de remarquable. Sur les
+quatre heures, en longeant le <i>Djebel-el-Asserat</i>, nous
+aper&ccedil;&ucirc;mes les
+premiers crocodiles; ils &eacute;taient quatre, couch&eacute;s sur un
+&icirc;lot de sable,
+et une foule d'oiseaux circulaient au milieu d'eux. J'ignore si dans le
+nombre &eacute;tait le <i>trochilus</i> de notre ami Geoffroi
+Saint-Hilaire. Peu de
+temps apr&egrave;s nous d&eacute;barqu&acirc;mes &agrave; <i>Girg&eacute;</i>.
+Le vent &eacute;tait faible le 15, et
+nous f&icirc;mes peu de chemin. Mais nos nouveaux compagnons, les
+crocodiles,
+semblaient vouloir nous en d&eacute;dommager; j'en comptai vingt et un,
+group&eacute;s
+sur un m&ecirc;me &icirc;lot, et une bord&eacute;e de coups de fusil
+&agrave; balle, tir&eacute;e d'assez
+pr&egrave;s, n'eut d'autre r&eacute;sultat que de disperser ce
+conciliabule. Ils se
+jet&egrave;rent au Nil, et nous perd&icirc;mes un quart d'heure
+&agrave; d&eacute;sengraver notre
+<i>maasch</i> qui s'&eacute;tait trop approch&eacute; de l'&icirc;lot.</p>
+<p>Le 16 au soir, nous arriv&acirc;mes enfin &agrave; <i>Dend&eacute;rah</i>.
+Il faisait un clair de
+lune magnifique, et nous n'&eacute;tions qu'&agrave; une heure de
+distance des
+temples: pouvions-nous r&eacute;sister &agrave; la tentation? Souper et
+partir
+sur-le-champ furent l'affaire d'un instant: seuls et sans guides, mais
+arm&eacute;s jusqu'aux dents, nous pr&icirc;mes &agrave; travers
+champs, pr&eacute;sumant que les
+temples &eacute;taient en ligne droite de notre maasch. Nous
+march&acirc;mes ainsi,
+chantant les marches des op&eacute;ras les plus nouveaux, pendant une
+heure et
+demie, sans rien trouver. On d&eacute;couvrit enfin un homme; nous
+l'appelons,
+mais il s'enfuit &agrave; toutes jambes, nous prenant pour des
+B&eacute;douins, car,
+habill&eacute;s &agrave; l'orientale et couverts d'un grand burnous
+blanc &agrave; capuchon,
+nous ressemblions, pour l'&Eacute;gyptien, &agrave; une tribu de
+B&eacute;douins, tandis
+qu'un Europ&eacute;en nous e&ucirc;t pris, sans balancer, pour un
+chapitre de
+chartreux bien arm&eacute;s. On m'amena le fuyard, et, le
+pla&ccedil;ant entre quatre
+de nous, je lui ordonnai de nous conduire aux temples. Ce pauvre
+diable,
+peu rassur&eacute; d'abord, nous mit dans la bonne voie et finit par
+marcher de
+bonne gr&acirc;ce: maigre, sec, noir, couvert de vieux haillons,
+c'&eacute;tait une
+<i>momie ambulante</i>; mais il nous guida fort bien et nous le
+trait&acirc;mes de
+m&ecirc;me. Les temples nous apparurent enfin. Je n'essayerai pas de
+d&eacute;crire
+l'impression que nous fit le grand propylon et surtout le portique du
+grand temple. On peut bien le mesurer, mais en donner une id&eacute;e,
+c'est
+impossible. C'est la gr&acirc;ce et la majest&eacute; r&eacute;unies au
+plus haut degr&eacute;.
+Nous y rest&acirc;mes deux heures en extase, courant les grandes salles
+avec
+notre pauvre falot, et cherchant &agrave; lire les inscriptions
+ext&eacute;rieures au
+clair de la lune. On ne rentra au maasch qu'&agrave; trois heures du
+matin pour
+retourner aux temples &agrave; sept heures. C'est l&agrave; que nous
+pass&acirc;mes toute la
+journ&eacute;e du 17. Ce qui &eacute;tait magnifique &agrave; la
+clart&eacute; de la lune l'&eacute;tait
+encore plus lorsque les rayons du soleil nous firent distinguer tous
+les
+d&eacute;tails. Je vis d&eacute;s lors que j'avais sous les yeux un
+chef-d'oeuvre
+d'architecture, couvert de sculptures de d&eacute;tail du plus mauvais
+style.
+N'en d&eacute;plaise &agrave; personne, les bas-reliefs de
+Dend&eacute;rah sont d&eacute;testables,
+et cela ne pouvait &ecirc;tre autrement: ils sont d'un temps de
+d&eacute;cadence. La
+sculpture s'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; corrompue, tandis que
+l'architecture, moins
+sujette &agrave; varier puisqu'elle est <i>un art chiffr&eacute;</i>,
+s'&eacute;tait soutenue
+digne des dieux de l'&Eacute;gypte et de l'admiration de tous les
+si&egrave;cles.
+Voici les &eacute;poques de la d&eacute;coration: la partie la plus
+ancienne est la
+muraille ext&eacute;rieure, &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; du
+temple, o&ugrave; sont figur&eacute;s, de
+proportions colossales, <i>Cl&eacute;op&acirc;tre</i> et son fils <i>Ptol&eacute;m&eacute;e
+C&eacute;sar</i>. Les
+bas-reliefs sup&eacute;rieurs sont du temps de l'empereur <i>Auguste</i>,
+ainsi que
+les murailles ext&eacute;rieures lat&eacute;rales du <i>naos</i>,
+&agrave; l'exception de quelques
+petites portions qui sont de l'&eacute;poque de <i>N&eacute;ron</i>.
+Le pronaos est tout
+entier couvert de l&eacute;gendes imp&eacute;riales de <i>Tib&egrave;re</i>,
+de <i>Ca&iuml;us</i>, de
+<i>Claude</i> et de <i>N&eacute;ron</i>; mais dans tout
+l'int&eacute;rieur du naos, ainsi que
+dans les chambres et les &eacute;difices construits sur la terrasse du
+temple,
+il n'existe pas un seul cartouche sculpt&eacute;: tous sont vides et
+rien n'a
+&eacute;t&eacute; effac&eacute;; mais toutes les sculptures de ces
+appartements, comme celles
+de tout l'int&eacute;rieur du temple, sont du plus mauvais style, et ne
+peuvent
+remonter plus haut que les temps de <i>Trajan</i> ou d'<i>Antonin</i>.
+Elles
+ressemblent &agrave; celle du propylon du sud-ouest (du <i>sud-est</i>?),
+qui est de
+ce dernier empereur, et qui, &eacute;tant d&eacute;di&eacute; &agrave; <i>Isis</i>,
+conduisait au temple
+de cette d&eacute;esse, plac&eacute; derri&egrave;re le grand temple,
+qui est bien le temple
+de <i>Hath&ocirc;r</i> (V&eacute;nus), comme le montrent les mille et
+une d&eacute;dicaces dont
+il est couvert, et non pas le temple d'<i>Isis</i>, comme l'a cru la
+Commission d'&Eacute;gypte. Le grand propylon est couvert des images
+des
+empereurs <i>Domitien</i> et <i>Trajan</i>. Quant au <i>Typhonium</i>,
+il a &eacute;t&eacute; d&eacute;cor&eacute;
+sous <i>Trajan</i>, <i>Hadrien</i> et <i>Antonin le Pieux</i>.</p>
+<p>Le 18 au matin, je quittai le maasch, et courus visiter les ruines
+de
+Coptos (<i>Kefth</i>): il n'y existe rien d'entier. Les temples ont
+&eacute;t&eacute;
+d&eacute;molis par les chr&eacute;tiens, qui employ&egrave;rent les
+mat&eacute;riaux &agrave; b&acirc;tir une
+grande &eacute;glise dans les ruines de laquelle on trouve des portions
+nombreuses de bas-reliefs &eacute;gyptiens. J'y ai reconnu les
+l&eacute;gendes royales
+de <i>Nectan&egrave;be</i>, d'<i>Auguste</i>, de <i>Claude</i> et de <i>Trajan</i>,
+et plus loin,
+quelques pierres d'un petit &eacute;difice b&acirc;ti sous les
+Ptol&eacute;m&eacute;es. Ainsi la
+ville de Coptos renfermait peu de monuments de la haute
+antiquit&eacute;, si
+l'on s'en rapporte &agrave; ce qui existe maintenant &agrave; la
+surface du sol.</p>
+<p>Les ruines de <i>Qous</i> (Apollonopolis Parva), o&ugrave;
+j'arrivai le lendemain
+matin 19, pr&eacute;sentent bien plus d'int&eacute;r&ecirc;t, quoiqu'il
+n'existe de ses
+anciens &eacute;difices que le haut d'un propylon &agrave;
+moiti&eacute; enfoui. Ce propylon
+est d&eacute;di&eacute; au dieu <i>Aro&euml;ris</i>, dont les images,
+sculpt&eacute;es sur toutes ses
+faces, sont ador&eacute;es du c&ocirc;t&eacute; qui regarde le Nil,
+c'est-&agrave;-dire sur la face
+principale, la plus anciennement sculpt&eacute;e par la reine <i>Cl&eacute;op&acirc;tre
+Cocce</i>, qui y prend le surnom de <i>Philom&eacute;tore</i>, et par
+son fils
+<i>Ptol&eacute;m&eacute;e Soter II</i>, qui se d&eacute;core aussi du
+titre de <i>Philom&eacute;tor</i>. Mais
+la face sup&eacute;rieure du propylon, celle qui regarde le temple,
+couverte de
+sculptures et termin&eacute;e avec beaucoup de soin, porte partout les
+l&eacute;gendes
+royales de <i>Ptol&eacute;m&eacute;e Alexandre Ier</i> en toutes
+lettres; il prend aussi le
+surnom de <i>Philom&eacute;tor</i>. Quant &agrave; l'inscription
+grecque, la restitution de
+[Greek: SOTAeRES], au commencement de la seconde ligne, propos&eacute;e
+par M.
+Letronne, est indubitable; car on y lit encore
+tr&egrave;s-distinctement ...
+[Greek: TAeRES], et cela sur la face principale o&ugrave; sont les
+images et
+les d&eacute;dicaces de Cl&eacute;op&acirc;tre Cocce et de son fils
+Ptol&eacute;m&eacute;e Philom&eacute;tor
+<i>Soter II</i>.</p>
+<p>Mais M. Letronne a mal &agrave; propos restitu&eacute; [Greek:
+AeLIOI] l&agrave; o&ugrave; il faut
+r&eacute;ellement [Greek: AROAeREI], transcription exacte du nom
+&eacute;gyptien du
+dieu auquel est d&eacute;di&eacute; le propylon; car on lit
+tr&egrave;s-distinctement encore
+dans l'inscription grecque, [Greek: AROAeREIThEOI]. J'ai trouv&eacute;
+aussi
+dans les ruines de Qous une moiti&eacute; de st&egrave;le dat&eacute;e
+du 1er <i>de Paoni</i> de
+l'an XVI de Pharaon <i>Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun</i>, et relative
+&agrave; son retour d'une
+exp&eacute;dition militaire; j'aurai une bonne empreinte de ce
+monument, trop
+lourd pour qu'on puisse penser &agrave; l'emporter.</p>
+<p>C'est dans la matin&eacute;e du 20 novembre que le vent,
+lass&eacute; de nous
+contrarier depuis deux jours et de nous fermer l'entr&eacute;e du
+sanctuaire,
+me permit d'aborder enfin &agrave; <i>Th&egrave;bes</i>. Ce nom
+&eacute;tait d&eacute;j&agrave; bien grand dans
+ma pens&eacute;e, il est devenu colossal depuis que j'ai parcouru les
+ruines de
+la vieille capitale, l'a&icirc;n&eacute;e de toutes les villes du
+monde; pendant
+quatre jours entiers j'ai couru de merveille en merveille. Le premier
+jour, je visitai le palais de <i>Kourna</i>, les colosses du <i>Memnonium</i>,
+et
+le pr&eacute;tendu tombeau d'Osimandyas, qui ne porte d'autres
+l&eacute;gendes que
+celles de <i>Rhams&egrave;s le Grand</i> et de deux de ses
+descendants; le nom de ce
+palais est &eacute;crit sur toutes ses murailles; les &Eacute;gyptiens
+l'appelaient le
+<i>Rhamess&eacute;ion</i>, comme ils nommaient <i>Am&eacute;nophion</i>
+le <i>Memnonium</i>, et
+<i>Mandou&eacute;ion</i> le palais de Kourna. Le pr&eacute;tendu
+colosse d'Osimandyas est
+un admirable colosse de <i>Rhams&egrave;s le Grand</i>.</p>
+<p>Le second jour fut tout entier pass&eacute; &agrave; <i>M&eacute;dinet-Habou</i>,
+&eacute;tonnante
+r&eacute;union d'&eacute;difices, o&ugrave; je trouvai les
+propyl&eacute;es d'<i>Antonin</i>, d'<i>Hadrien</i>
+et des <i>Ptol&eacute;m&eacute;es</i>, un &eacute;difice de <i>Nectan&egrave;be</i>,
+un autre de l'&Eacute;thiopien
+<i>Tharaca</i>, un petit palais de <i>Thouthmosis III (Moeris)</i>,
+enfin
+l'&eacute;norme et gigantesque palais de <i>Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun</i>,
+couvert de
+bas-reliefs historiques.</p>
+<p>Le troisi&egrave;me jour, j'allai visiter les vieux rois de
+Th&egrave;bes dans leurs
+tombes, ou plut&ocirc;t dans leurs palais creus&eacute;s au ciseau dans
+la montagne
+de <i>Biban-el-Molouk</i>: l&agrave;, du matin au soir, &agrave; la
+lueur des flambeaux, je
+me lassai &agrave; parcourir des enfilades d'appartements couverts de
+sculptures et de peintures, pour la plupart d'une &eacute;tonnante
+fra&icirc;cheur;
+c'est l&agrave; que j'ai recueilli, en courant, des faits d'un haut
+int&eacute;r&ecirc;t
+pour l'histoire; j'y ai vu un tombeau de roi martel&eacute; d'un bout
+&agrave;
+l'autre, except&eacute; dans les parties o&ugrave; se trouvaient
+sculpt&eacute;es les images
+de la reine sa m&egrave;re et celles de sa femme, qu'on a
+religieusement
+respect&eacute;es, ainsi que leurs l&eacute;gendes. C'est, sans aucun
+doute, le
+tombeau d'un roi condamn&eacute; par jugement apr&egrave;s sa mort.
+J'en ai vu un
+second, celui d'un roi th&eacute;bain <i>des plus anciennes
+&eacute;poques</i>, envahi
+post&eacute;rieurement par un roi de la XIXe dynastie, qui a fait
+recouvrir de
+stuc tous les vieux cartouches pour y mettre le sien, et s'emparer
+ainsi
+des bas-reliefs et des inscriptions trac&eacute;es pour son
+pr&eacute;d&eacute;cesseur. Il
+faut cependant dire que l'usurpateur fit creuser une seconde salle
+fun&eacute;raire pour y mettre son sarcophage, afin de ne point
+d&eacute;placer celui
+de son anc&ecirc;tre. A l'exception de ce tombeau-l&agrave;, tous les
+autres
+appartiennent &agrave; des rois des XVIIIe et XIXe ou XXe dynasties;
+mais on
+n'y voit ni le tombeau de S&eacute;sostris, ni celui de Moeris. Je ne
+parle
+point ici d'une foule de petits temples et &eacute;difices &eacute;pars
+au milieu de
+ces grandes choses: je mentionnerai seulement un petit temple de la
+d&eacute;esse <i>Hath&ocirc;r</i> (V&eacute;nus), d&eacute;di&eacute;
+par Ptol&eacute;m&eacute;e-&Eacute;piphane, et un temple de
+<i>Thoth</i> pr&egrave;s de <i>M&eacute;dinet-Habou</i>,
+d&eacute;di&eacute; par Ptol&eacute;m&eacute;e &Eacute;verg&egrave;te
+II et ses
+deux femmes; dans les bas-reliefs de ce temple, ce
+Ptol&eacute;m&eacute;e fait des
+offrandes &agrave; tous ses anc&ecirc;tres m&acirc;les et femelles,
+&Eacute;piphane et Cl&eacute;op&acirc;tre,
+Philopator et Arsino&eacute;, &Eacute;verg&egrave;te et
+B&eacute;r&eacute;nice, Philadelphe et Arsino&eacute;.
+Tous ces Lagides sont repr&eacute;sent&eacute;s en pied, avec leurs
+surnoms grecs
+traduits en &eacute;gyptien, en dehors de leurs cartouches. Du reste,
+ce temple
+est d'un fort mauvais go&ucirc;t &agrave; cause de l'&eacute;poque.</p>
+<p>Le quatri&egrave;me jour (hier 23), je quittai la rive gauche du Nil
+pour
+visiter la partie orientale de Th&egrave;bes. Je vis d'abord <i>Louqsor</i>,
+palais
+immense, pr&eacute;c&eacute;d&eacute; de deux ob&eacute;lisques de
+pr&egrave;s de 80 pieds, d'un seul bloc
+de granit rose, d'un travail exquis, accompagn&eacute;s de quatre
+colosses de
+m&ecirc;me mati&egrave;re, et de 30 pieds de hauteur environ, car ils
+sont enfouis
+jusqu'&agrave; la poitrine. C'est encore l&agrave; du Rhams&egrave;s le
+Grand. Les autres
+parties du palais sont des rois Mandoue&iuml;, Horus et
+Am&eacute;nophis-Memnon;
+plus, des r&eacute;parations et additions de Sabacon l'&Eacute;thiopien
+et de quelques
+Ptol&eacute;m&eacute;es, avec un sanctuaire tout en granit, d'<i>Alexandre</i>,
+fils du
+conqu&eacute;rant. J'allai enfin au palais ou plut&ocirc;t &agrave; la
+ville de monuments, &agrave;
+<i>Karnac</i>. L&agrave; m'apparut toute la magnificence pharaonique,
+tout ce que
+les hommes ont imagin&eacute; et ex&eacute;cut&eacute; de plus grand.
+Tout ce que j'avais vu
+&agrave; Th&egrave;bes, tout ce que j'avais admir&eacute; avec
+enthousiasme sur la rive
+gauche, me parut mis&eacute;rable en comparaison des conceptions
+gigantesques
+dont j'&eacute;tais entour&eacute;. Je me garderai bien de vouloir rien
+d&eacute;crire; car,
+ou mes expressions ne vaudraient que la milli&egrave;me partie de ce
+qu'on doit
+dire en parlant de tels objets, ou bien si j'en tra&ccedil;ais une
+faible
+esquisse, m&ecirc;me fort d&eacute;color&eacute;e, on me prendrait pour
+un enthousiaste,
+peut-&ecirc;tre m&ecirc;me pour un fou. Il suffira d'ajouter qu'aucun
+peuple ancien
+ni moderne n'a con&ccedil;u l'art de l'architecture sur une
+&eacute;chelle aussi
+sublime, aussi large, aussi grandiose, que le firent les vieux
+&Eacute;gyptiens; ils concevaient en hommes de 100 pieds de haut, et
+l'imagination qui, en Europe, s'&eacute;lance bien au-dessus de nos
+portiques,
+s'arr&ecirc;te et tombe impuissante au pied des cent quarante colonnes
+de la
+salle hypostyle de Karnac.<br>
+&nbsp;<img src="images/089.png" title="ROYAUME DE JUDA PERSONNIFI&Eacute;"
+ alt="ROYAUME DE JUDA PERSONNIFI&Eacute;"
+ style="width: 1000px; height: 1414px;"><i></i></p>
+<p>Dans ce palais merveilleux, j'ai contempl&eacute; les <i>portraits</i>
+de la plupart
+des vieux Pharaons connus par leurs grandes actions, et ce sont des
+<i>portraits</i> v&eacute;ritables; repr&eacute;sent&eacute;s cent fois
+dans les bas-reliefs des
+murs int&eacute;rieurs et ext&eacute;rieurs, chacun conserve une
+physionomie propre et
+qui n'a aucun rapport avec celle de ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs ou
+successeurs;
+l&agrave;, dans des tableaux colossals, d'une sculpture
+v&eacute;ritablement grande et
+tout h&eacute;ro&iuml;que, plus parfaite qu'on ne peut le croire en
+Europe, on voit
+<i>Mandoue&iuml;</i> combattant les peuples ennemis de l'&Eacute;gypte,
+et rentrant en
+triomphateur dans sa patrie; plus loin, les campagnes de
+Rhams&egrave;s-S&eacute;sostris; ailleurs, <i>S&eacute;sonchis</i>
+tra&icirc;nant aux pieds de la
+Trinit&eacute; th&eacute;baine (Ammon, Mouth et Khons) les chefs de
+plus de trente
+nations vaincues, parmi lesquelles j'ai retrouv&eacute;, comme cela
+devait
+&ecirc;tre, en toutes lettres, <i>Ioudahamalek, le royaume des Juifs</i>
+ou <i>de
+Juda</i> (Pl. 2.) C'est l&agrave; un commentaire &agrave; joindre au
+chapitre XIV du
+troisi&egrave;me livre des Rois, qui raconte en effet l'arriv&eacute;e
+de <i>S&eacute;sonchis</i>
+&agrave; J&eacute;rusalem et ses succ&egrave;s: ainsi l'identit&eacute;
+que nous avons &eacute;tablie entre
+le <i>Sheschonck</i> &eacute;gyptien, le <i>S&eacute;sonchis</i> de
+Man&eacute;thon et le <i>S&eacute;sac</i> ou
+<i>Schesch&ocirc;k</i> de la Bible, est confirm&eacute;e de la
+mani&egrave;re la plus
+satisfaisante. J'ai trouv&eacute; autour des palais de Karnac une foule
+d'&eacute;difices de toutes les &eacute;poques, et lorsque, au retour
+de la seconde
+cataracte vers laquelle je fais voile demain, je viendrai
+m'&eacute;tablir pour
+cinq ou six mois &agrave; Th&egrave;bes, je m'attends &agrave; une
+r&eacute;colte immense de faits
+historiques, puisque, en courant Th&egrave;bes comme je l'ai fait
+pendant
+quatre jours, sans voir m&ecirc;me un seul des milliers
+d'hypog&eacute;es qui
+criblent la montagne libyque, j'ai d&eacute;j&agrave; recueilli des
+documents fort
+importants.</p>
+<p>Je joins ici la traduction de la partie chronologique d'une
+st&egrave;le que
+j'ai vue &agrave; Alexandrie: elle est tr&egrave;s-importante pour la
+chronologie des
+derniers Sa&iuml;tes de la XXVIe dynastie. J'ai de plus des copies
+d'inscriptions hi&eacute;roglyphiques grav&eacute;es sur des rochers,
+sur la route de
+<i>Cosse&iuml;r</i>, qui donnent la dur&eacute;e expresse du
+r&egrave;gne des rois de la
+dynastie persane.</p>
+<p>J'omets une foule d'autres r&eacute;sultats curieux; je devrais
+passer tout mon
+temps &agrave; &eacute;crire, s'il fallait d&eacute;tailler toutes mes
+observations
+nouvelles. J'&eacute;cris ce que je puis dans les moments o&ugrave; les
+ruines
+&eacute;gyptiennes me permettent de respirer au milieu de tous ces
+travaux et
+de ces jouissances r&eacute;ellement trop vives si elles devaient se
+renouveler
+souvent ailleurs comme &agrave; Th&egrave;bes.</p>
+<p>Ma sant&eacute; est excellente; le climat me convient, et je me
+porte bien
+mieux qu'&agrave; Paris. Les gens du pays nous accablent de politesses:
+j'ai
+dans ce moment-ci dans ma petite chambre: 1&deg; un aga turc,
+commandant en
+chef de Kourna, dans le palais de Mandoue&iuml;; 2&deg; le
+Cheik-el-B&eacute;lad de
+M&eacute;dinet-Habou, donnant ses ordres au Rhamess&eacute;ium et au
+palais de
+Rhams&egrave;s-Me&iuml;ainoun; enfin un cheik de Karnac, devant lequel
+tout se
+prosterne dans les colonnades du vieux palais des rois d'&Eacute;gypte.
+Je leur
+fais porter de temps en temps des pipes et du caf&eacute;, et mon
+drogman est
+charg&eacute; de les amuser pendant que j'&eacute;cris; je n'ai que la
+peine de
+r&eacute;pondre, par intervalles r&eacute;gl&eacute;s, <i>Tha&iuml;bin</i>
+(Cela va bien), &agrave; la
+question <i>Ente-Tha&iuml;eb</i> (Cela va-t-il bien)? que m'adressent
+r&eacute;guli&egrave;rement toutes les dix minutes ces braves gens que
+j'invite &agrave;
+d&icirc;ner &agrave; tour de r&ocirc;le. On nous comble de
+pr&eacute;sents; nous avons un troupeau
+de moutons et une cinquantaine de poules qui, dans ce moment-ci,
+paissent et fouillent autour du portique du palais de Kourna. Nous
+donnons en retour de la poudre et autres bagatelles. Je voudrais que le
+docteur Pariset v&icirc;nt me joindre; nous pourrions causer Europe,
+dont je
+n'ai aucune nouvelle, pas m&ecirc;me d'Alexandrie. J'&eacute;crirai de
+Sy&egrave;ne, avant
+de franchir la premi&egrave;re cataracte, si cependant j'ai une
+occasion pour
+faire descendre mes lettres. J'envoie celle-ci &agrave; <i>Osiouth</i>,
+o&ugrave; j'ai
+&eacute;tabli un agent copte pour notre correspondance. J'ai recueilli
+&agrave;
+B&eacute;ni-Hassan beaucoup de fossiles pour M. de F&eacute;russac;
+j'en ai trouv&eacute;
+aussi de tr&egrave;s-beaux &agrave; Th&egrave;bes. J'esp&egrave;re
+aussi que notre v&eacute;n&eacute;rable ami M.
+Dacier trouvera quelque distraction &agrave; ses souffrances dans le
+peu que
+j'ai pu dire des magnificences de cette Th&egrave;bes qui excitait tant
+son
+enthousiasme &agrave; cause de l'honneur qui en revient &agrave;
+l'esprit humain; je
+lui en dirai encore davantage. Il ne manque &agrave; mes satisfactions
+que
+celle de recevoir des lettres de France..... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="HUITIEME_LETTRE"></a>
+<h2>HUITI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>De l'&icirc;le de Philae, le 8
+d&eacute;cembre 1828.</small></p>
+<p>Nous voici, depuis le 5 au soir, dans l'&icirc;le sainte d'Osiris,
+&agrave; la
+fronti&egrave;re extr&ecirc;me de l'&Eacute;gypte et au milieu des <i>noirs
+&Eacute;thiopiens</i>, comme
+e&ucirc;t dit un brave Romain de la garnison de Sy&egrave;ne, faisant
+une partie de
+chasse aux environs des cataractes.</p>
+<p>Je quittai Th&egrave;bes le 26 novembre, et c'est de ce monde
+enchant&eacute; que ma
+derni&egrave;re lettre est dat&eacute;e; il a fallu m'abstenir de
+donner des d&eacute;tails
+sur cette vieille capitale des Pharaons: comment parler en quelques
+lignes de telles choses, et quand on n'a fait que les entrevoir! C'est
+apr&egrave;s mon retour sur ce sol classique, apr&egrave;s l'avoir
+&eacute;tudi&eacute; pas &agrave; pas,
+que je pourrai &eacute;crire avec connaissance de cause, avec des
+id&eacute;es
+arr&ecirc;t&eacute;es et des r&eacute;sultats bien m&ucirc;ris.
+Th&egrave;bes n'est encore pour moi, qui
+l'ai courue quatre ou cinq jours entiers, qu'un amas de colonnades,
+d'ob&eacute;lisques et de colosses; il faut examiner un &agrave; un les
+membres &eacute;pars
+du monstre pour en donner une id&eacute;e tr&egrave;s-pr&eacute;cise.
+Patience donc, jusqu'&agrave;
+l'&eacute;poque o&ugrave; je planterai mes tentes dans les
+p&eacute;ristyles du palais des
+Rhams&egrave;s.</p>
+<p>Le 26 au soir, nous abord&acirc;mes &agrave; <i>Hermonthis</i>, et
+nous cour&ucirc;mes le 27 au
+matin vers le temple, qui piquait d'autant plus ma curiosit&eacute; que
+je
+n'avais aucune notion bien pr&eacute;cise sur l'&eacute;poque de sa
+construction:
+personne n'avait encore dessin&eacute; une seule de ses l&eacute;gendes
+royales; j'y
+passai la journ&eacute;e enti&egrave;re, et le r&eacute;sultat de cet
+examen prolong&eacute; fut de
+m'assurer, par les inscriptions et les sculptures, que ce temple a
+&eacute;t&eacute;
+construit sous le r&egrave;gne de la derni&egrave;re <i>Cl&eacute;op&acirc;tre</i>,
+fille de Ptol&eacute;m&eacute;e
+Aul&eacute;t&egrave;s, et en comm&eacute;moraison de sa grossesse et de
+son heureuse
+d&eacute;livrance d'un gros gar&ccedil;on, Ptol&eacute;m&eacute;e
+C&eacute;sarion, le fruit de sa
+b&eacute;n&eacute;volence envers Jules C&eacute;sar, &agrave; ce que
+dit l'histoire.</p>
+<p>La cella du temple est en effet divis&eacute;e en deux parties: une
+grande
+pi&egrave;ce (la principale), et une toute petite, tenant lieu ou la
+place du
+sanctuaire; on n'entre dans celle-ci que par une petite porte; vers
+l'angle de droite, toute la paroi du mur de fond de cette pi&egrave;ce
+(laquelle est appel&eacute;e <i>le lieu de l'accouchement</i> dans les
+inscriptions
+hi&eacute;roglyphiques) est occup&eacute;e par un bas-relief
+repr&eacute;sentant la d&eacute;esse
+Ritho, femme du dieu Mandou, accouchant du dieu <i>Harphr&eacute;</i>.
+La gisante
+est soutenue et servie par diverses d&eacute;esses du premier ordre:
+l'<i>accoucheuse divine</i> tire l'enfant du sein de la m&egrave;re; la
+<i>nourrice
+divine</i> tend les mains pour le recevoir, assist&eacute;e d'une <i>berceuse</i>.
+Le
+p&egrave;re de tous les dieux, Ammon (Ammon-Ra), assiste au travail,
+accompagn&eacute;
+de la d&eacute;esse Soven, l'Ilithya, la Lucine &eacute;gyptienne,
+protectrice des
+accouchements. Enfin, la reine Cl&eacute;op&acirc;tre est cens&eacute;e
+assister &agrave; ces
+couches divines, dont les siennes ne seront ou plut&ocirc;t n'ont
+&eacute;t&eacute; qu'une
+imitation. L'autre paroi de la chambre de l'accouch&eacute;e
+repr&eacute;sente
+l'allaitement et l'&eacute;ducation du jeune dieu nouveau-n&eacute;; et
+sur les parois
+lat&eacute;rales sont figur&eacute;es <i>les douze heures du jour</i>
+et <i>les douze heures
+de la nuit</i>, sous la forme de femmes ayant un disque
+&eacute;toil&eacute; sur la t&ecirc;te.
+Ainsi, le tableau astronomique du plafond, dessin&eacute; par la
+Commission
+d'&Eacute;gypte, pourrait bien n'&ecirc;tre que le th&egrave;me natal
+d'Harphr&eacute;, ou mieux
+encore celui de C&eacute;sarion, nouvel Harphr&eacute;. Il ne s'agirait
+donc plus,
+dans ce zodiaque, ni de solstice d'&eacute;t&eacute;, ni de
+l'&eacute;poque de la fondation
+du temple d'Hermonthis.</p>
+<p>En sortant de la petite chambre pour entrer dans la grande, on voit
+un
+grand bas-relief sculpt&eacute; sur la paroi &agrave; gauche de cette
+principale
+pi&egrave;ce; il repr&eacute;sente la d&eacute;esse Ritho, relevant de
+couches, soutenue
+encore par la Lucine &eacute;gyptienne Soven, et
+pr&eacute;sent&eacute;e &agrave; l'assembl&eacute;e des
+dieux; le p&egrave;re divin, Ammon-Ra, lui donne affectueusement la
+main comme
+pour la f&eacute;liciter de son heureuse d&eacute;livrance, et les
+autres dieux
+partagent la joie de leur chef. Le reste de cette salle est
+d&eacute;cor&eacute; de
+tableaux, dans lesquels le jeune Harphr&eacute; est successivement
+pr&eacute;sent&eacute; &agrave;
+Ammon, &agrave; <i>Mandou</i> son p&egrave;re, aux dieux <i>Phr&eacute;</i>,
+Phtha, Sev (Saturne),
+etc., qui l'accueillent en lui remettant leurs insignes
+caract&eacute;ristiques, comme se d&eacute;mettant, en faveur de
+l'enfant, de tout
+leur pouvoir et de leurs attributions particuli&egrave;res, et
+Ptol&eacute;m&eacute;e
+C&eacute;sarion, &agrave; face enfantine, assiste &agrave; toutes ces
+pr&eacute;sentations de son
+image, le dieu Harphr&eacute; dont il est le repr&eacute;sentant sur la
+terre. Tout
+cela est de la flatterie sacerdotale, mais tout &agrave; fait dans le
+g&eacute;nie de
+l'ancienne &Eacute;gypte, qui assimilait ses rois &agrave; ses dieux.
+Du reste, toutes
+les d&eacute;dicaces et inscriptions int&eacute;rieures et
+ext&eacute;rieures du temple
+d'Hermonthis sont faites au nom de ce Ptol&eacute;m&eacute;e
+C&eacute;sarion et de sa m&egrave;re
+Cl&eacute;op&acirc;tre. Il n'y a donc point de doute sur le motif de sa
+construction.
+Les colonnes de l'esp&egrave;ce de pronaos qui le pr&eacute;c&egrave;de
+n'ont point toutes
+&eacute;t&eacute; sculpt&eacute;es; le travail est demeur&eacute;
+imparfait, et cela tient peut-&ecirc;tre
+au motif m&ecirc;me de la d&eacute;dicace du temple: Auguste et ses
+successeurs, qui
+ont termin&eacute; tant de temples commenc&eacute;s par les Lagides, ne
+pouvaient &ecirc;tre
+tr&egrave;s-empress&eacute;s d'achever celui-ci, monument de la
+naissance du fils m&ecirc;me
+de Jules C&eacute;sar, roi enfant dont ils ne respect&egrave;rent
+gu&egrave;re les droits. Du
+reste, un <i>cachef</i> a trouv&eacute; fort commode de s'y faire une
+maison, une
+basse-cour et un pigeonnier, en masquant et coupant le temple de
+mis&eacute;rables murs de limon blanchis &agrave; la chaux.</p>
+<p>Le 28 au soir, nous &eacute;tions &agrave; <i>Esn&eacute;</i>, avec
+le projet de ne pas nous y
+arr&ecirc;ter. Je fis donc faire voile un peu plus au sud, et
+d&eacute;barquai sur la
+rive orientale pour aller voir le temple de <i>Contra-Lato</i>. J'y
+arrivai
+trop tard, on l'avait d&eacute;moli depuis une douzaine de jours, pour
+renforcer le quai d'Esn&eacute;, que le Nil menace et finira par
+emporter.</p>
+<p>De retour au maasch, je le trouvai plein d'eau: heureusement qu'il
+avait abord&eacute; sur un point peu profond, et que, touchant
+bient&ocirc;t, il
+n'avait pu &ecirc;tre enti&egrave;rement coul&eacute; &agrave; fond. Il
+fallut le vider, et
+retourner &agrave; <i>Esn&eacute;</i> le soir m&ecirc;me, pour le
+radouber et faire boucher la
+voie d'eau. Toutefois nos provisions furent mouill&eacute;es, nous
+avons perdu
+notre sel, notre riz, notre farine de ma&iuml;s. Tout cela n'est rien
+aupr&egrave;s
+du danger qui nous e&ucirc;t menac&eacute;s si cette voie d'eau se
+f&ucirc;t ouverte
+pendant la navigation dans le grand chenal: nous eussions coul&eacute;
+irr&eacute;missiblement. Que le grand Ammon soit donc lou&eacute;!
+Pendant que nous
+s&eacute;chions notre d&eacute;sastre dans la matin&eacute;e du 29,
+j'allai visiter le grand
+temple d'<i>Esn&eacute;</i>, qui, gr&acirc;ce &agrave; sa nouvelle
+destination de <i>magasin de
+coton</i>, &eacute;chappera quelque temps encore &agrave; la
+destruction. J'y ai vu,
+comme je m'y attendais, une assez belle architecture, mais des
+sculptures d&eacute;testables. La portion la plus ancienne est le fond
+du
+pronaos, c'est-&agrave;-dire la porte et le fond de la <i>cella</i>,
+contre laquelle
+le portique a &eacute;t&eacute; appliqu&eacute;: cette partie est de
+Ptol&eacute;m&eacute;e &Eacute;piphane. La
+corniche de la fa&ccedil;ade du pronaos porte les l&eacute;gendes
+imp&eacute;riales de
+Claude; les corniches des bases lat&eacute;rales, les l&eacute;gendes
+de Titus, et,
+dans l'int&eacute;rieur du pronaos, parois et colonnes sont couvertes
+des
+l&eacute;gendes de Domitien, Trajan, Antonin surtout, et enfin de <i>Septime
+S&eacute;v&egrave;re</i>, que je trouve ici pour la premi&egrave;re
+fois. Le temple est d&eacute;di&eacute; &agrave;
+Chnouphis, et j'apprends, par l'inscription hi&eacute;roglyphique de
+l'une des
+colonnes du pronaos, que si le sanctuaire du temple existe il doit
+remonter &agrave; l'&eacute;poque de Thouthmosis III (Moeris). Mais
+tout ce qui est
+visible &agrave; <i>Esn&eacute;</i> est des temps modernes; c'est un
+des monuments les plus
+r&eacute;cemment achet&eacute;s.</p>
+<p>Le 29 au soir, nous &eacute;tions &agrave; <i>El&eacute;thya</i>
+(El-Kab); je parcourus l'enceinte
+et les ruines, la lanterne &agrave; la main; mais je ne trouvai plus
+rien: les
+restes des deux temples avaient disparu; on les a aussi d&eacute;molis
+il y a
+peu de temps pour r&eacute;parer le quai d'<i>Esn&eacute;</i> ou
+quelque autre construction
+r&eacute;cente. Avais-je tort de me presser de venir en &Eacute;gypte?</p>
+<p>Je visitai le grand temple d'<i>Edfou</i> (Apollonopolis Magna),
+dans
+l'apr&egrave;s-midi du 30. Celui-ci est intact; mais la sculpture en
+est
+tr&egrave;s-mauvaise: ce qu'il y a de mieux et de plus ancien date de
+Ptol&eacute;m&eacute;e
+&Eacute;piphane; viennent ensuite Philom&eacute;tor et
+&Eacute;verg&egrave;te II; enfin, Soter II et
+son fr&egrave;re Alexandre: ces deux derniers y ont prodigieusement
+travaill&eacute;;
+j'y ai retrouv&eacute; la B&eacute;r&eacute;nice, femme de
+Ptol&eacute;m&eacute;e Alexandre, que je
+connaissais d&eacute;j&agrave; par un contrat d&eacute;motique. Le
+temple est d&eacute;di&eacute; &agrave; Aro&euml;ris
+(l'Apollon grec). Je l'&eacute;tudierai en d&eacute;tail, comme tous
+les autres, en
+redescendant de la Nubie.</p>
+<p>Les carri&egrave;res de Silsilis
+(Dj&eacute;bel-Sels&eacute;l&eacute;h) m'ont vivement
+int&eacute;ress&eacute;;
+nous y abord&acirc;mes le 1er d&eacute;cembre &agrave; une heure:
+l&agrave;, mes yeux, fatigu&eacute;s de
+tant de sculptures du temps des Ptol&eacute;m&eacute;es et des Romains,
+ont revu avec
+d&eacute;lices des bas-reliefs pharaoniques. Ces carri&egrave;res sont
+tr&egrave;s-riches en
+inscriptions de la XVIIIe dynastie. Il y existe de petites chapelles
+creus&eacute;es dans le roc par Am&eacute;nophis-Memnon, Horus,
+Rhams&egrave;s le Grand,
+Rhams&egrave;s son fils, Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun, Mandoue&iuml;.
+Elles ont de belles
+inscriptions hi&eacute;ratiques; j'&eacute;tudierai tout cela &agrave;
+mon retour, et me
+promets des r&eacute;sultats fort int&eacute;ressants dans cette
+localit&eacute;.</p>
+<p>Le soir m&ecirc;me du 1er d&eacute;cembre, nous arriv&acirc;mes
+&agrave; <i>Ombos</i>; je courus au
+grand temple le 2 au matin; la partie la plus ancienne est de
+Ptol&eacute;m&eacute;e
+&Eacute;piphane, et le reste, de Philom&eacute;tor et
+d'&Eacute;verg&egrave;te II. Un fait curieux,
+c'est le surnom de <i>Triphoene</i> donn&eacute; constamment &agrave;
+Cl&eacute;op&acirc;tre, femme de
+Philom&eacute;tor, soit dans la grande d&eacute;dicace
+hi&eacute;roglyphique sculpt&eacute;e sur la
+frise ant&eacute;rieure du pronaos, soit dans les bas-reliefs de
+l'int&eacute;rieur;
+c'est &agrave; vous autres Grecs d'&Eacute;gypte d'expliquer cette
+singularit&eacute;:
+j'avais d&eacute;j&agrave; trouv&eacute; ce surnom dans un de nos
+contrats d&eacute;motiques du
+Louvre. Le temple d'<i>Ombos</i> est d&eacute;di&eacute; &agrave; deux
+divinit&eacute;s: la partie droite
+et la plus noble, au vieux <i>S&eacute;vek</i> &agrave; t&ecirc;te de
+crocodile (le Saturne
+&eacute;gyptien et la forme la plus terrible d'Ammon), &agrave; Athyr
+et au jeune dieu
+Khons. La partie gauche du temple est consacr&eacute;e &agrave; une
+seconde Triade
+d'un ordre moins &eacute;lev&eacute;, savoir: &agrave; Aro&euml;ris
+(l'Aro&euml;ris-Apollon), &agrave; la
+d&eacute;esse Tson&eacute;nofr&eacute; et &agrave; leur fils Pnevtho.
+Dans le mur d'enceinte
+g&eacute;n&eacute;rale des temples d'<i>Ombos</i>, j'ai trouv&eacute;
+une porte engag&eacute;e, d'un
+excellent travail et du temps de Moeris: c'est le reste des
+&eacute;difices
+primitifs d'<i>Ombos</i>.</p>
+<p>Ce n'est que le 4 d&eacute;cembre au matin que le vent voulut bien
+nous
+permettre d'arriver &agrave; <i>Sy&egrave;ne</i> (Assouan),
+derni&egrave;re ville de l'&Eacute;gypte au
+sud. J'eus encore l&agrave; de cuisants regrets &agrave;
+&eacute;prouver: les deux temples de
+l'&icirc;le d'<i>&Eacute;l&eacute;phantine</i>, que j'allai visiter
+aussit&ocirc;t que l'ardeur du
+soleil fut amortie, ont aussi &eacute;t&eacute; d&eacute;molis: il n'en
+reste que la place.
+Il a fallu me contenter d'une porte ruin&eacute;e, en granit,
+d&eacute;di&eacute;e au nom
+d'<i>Alexandre</i> (le fils du conqu&eacute;rant), au dieu
+d'&Eacute;l&eacute;phantine Chnouphis,
+et d'une douzaine de <i>proscynemata</i> (actes d'adoration)
+hi&eacute;roglyphiques
+grav&eacute;s sur une vieille muraille; enfin, de quelques
+d&eacute;bris pharaoniques
+&eacute;pars et employ&eacute;s comme mat&eacute;riaux dans des
+constructions du temps des
+Romains. J'avais reconnu le matin ce qui reste du temple de
+Sy&egrave;ne: c'est
+ce que j'ai vu de plus mis&eacute;rable en sculpture; mais j'y ai
+trouv&eacute;, pour
+la premi&egrave;re fois, la l&eacute;gende imp&eacute;riale de <i>Nerva</i>,
+qui n'existe point
+ailleurs, &agrave; ma connaissance. Ce petit temple &eacute;tait
+d&eacute;di&eacute; aux dieux du
+pays et de la cataracte, Chnouphis, Sat&eacute; (Junon) et Anoukis
+(Vesta).</p>
+<p>A Sy&egrave;ne, nous avons &eacute;vacu&eacute; nos maasch, et fait
+transporter tout notre
+bagage dans l'&icirc;le de <i>Philae</i>, &agrave; dos de chameau.
+Pour moi, le 5 au soir,
+j'enfourchai un &acirc;ne, et, soutenu par un hercule arabe, car
+j'avais une
+douleur de rhumatisme au pied gauche, je me suis rendu &agrave; Philae
+en
+traversant toutes les carri&egrave;res de granit rose,
+h&eacute;riss&eacute;es d'inscriptions
+hi&eacute;roglyphiques des anciens Pharaons. Incapable de marcher, et
+apr&egrave;s
+avoir travers&eacute; le Nil en barque pour aborder dans l'&icirc;le
+sainte, quatre
+hommes, soutenus par six autres, car la pente est presque &agrave; pic,
+me
+prirent sur leurs &eacute;paules et me hiss&egrave;rent
+jusqu'aupr&egrave;s du petit temple &agrave;
+jour, o&ugrave; l'on m'avait pr&eacute;par&eacute; une chambre dans de
+vieilles constructions
+romaines, assez semblable &agrave; une prison, mais fort saine et
+&agrave; couvert des
+mauvais vents. Le 6 au matin, soutenu par mes domestiques, Mohammed le
+Barabra et Soliman l'Arabe, j'allai visiter p&eacute;niblement le grand
+temple;
+au retour, je me couchai et je ne me suis pas encore relev&eacute;, vu
+que ma
+goutte de Paris a jug&eacute; &agrave; propos de se porter &agrave; la
+premi&egrave;re cataracte et
+de me traquer au passage; elle est fort beno&icirc;te du reste, et j'en
+serai
+quitte demain ou apr&egrave;s. En attendant, on pr&eacute;pare nos
+barques pour le
+voyage de Nubie: c'est du nouveau &agrave; voir. J'&eacute;crirai de ce
+pays, si j'ai
+une occasion avant mon retour en &Eacute;gypte; tout va
+tr&egrave;s-bien du reste.</p>
+<p>C'est ici, &agrave; Philae, que j'ai enfin re&ccedil;u des lettres
+d'Europe, &agrave; la date
+des 15 et 25 ao&ucirc;t et 3 septembre derniers, voil&agrave; tout;
+enfin, c'est
+quelque chose, et il faut bien s'en contenter.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="NEUVIEME_LETTRE"></a>
+<h2>NEUVIEME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Ouadi-Halfa, deuxi&egrave;me
+cataracte, 1er janvier 1829.</small></p>
+<p>Me voici arriv&eacute; fort heureusement au terme extr&ecirc;me de
+mon voyage: j'ai
+devant moi la deuxi&egrave;me cataracte, barri&egrave;re de granit que
+le Nil a su
+vaincre, mais que je ne d&eacute;passerai pas. Au del&agrave; existent
+bien des
+monuments, mais de peu d'importance; il faudrait d'ailleurs renoncer
+&agrave;
+nos barques, se jucher sur des chameaux difficiles &agrave; trouver,
+courir des
+d&eacute;serts et risquer de mourir de faim; car vingt-quatre bouches
+veulent
+au moins manger comme dix, et les vivres sont d&eacute;j&agrave; fort
+rares ici: c'est
+notre biscuit de Sy&egrave;ne qui nous a sauv&eacute;s. Je dois donc
+arr&ecirc;ter ma course
+en ligne droite, et virer de bord, pour commencer s&eacute;rieusement
+l'exploration de la Nubie et de l'&Eacute;gypte, dont j'ai une
+id&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale
+acquise en montant: mon travail <i>commence r&eacute;ellement
+aujourd'hui</i>,
+quoique j'aie d&eacute;j&agrave; en portefeuille plus de six cents
+dessins; mais il
+reste tant &agrave; faire que j'en suis presque effray&eacute;;
+toutefois, je pr&eacute;sume
+m'en tirer &agrave; mon honneur avec huit mois d'efforts; j'exploiterai
+[mention manuscrite: mot barr&eacute; et remplac&eacute; par:
+explorerai] la Nubie
+pendant le mois de janvier, et &agrave; la mi-f&eacute;vrier je
+m'&eacute;tablirai &agrave; Th&egrave;bes,
+jusqu'au milieu d'ao&ucirc;t que je redescendrai rapidement le Nil en
+ne
+m'arr&ecirc;tant qu'&agrave; Dend&eacute;rah et &agrave; Abydos. Le
+reste est d&eacute;j&agrave; en portefeuille.
+Nous reverrons ensuite le Kaire et Alexandrie.
+</p>
+<p></p>
+<p>Ma derni&egrave;re lettre &eacute;tait de <i>Philae</i>. Je ne
+pouvais &ecirc;tre longtemps
+malade dans l'&icirc;le d'Isis et d'Osiris: la goutte me quitta en peu
+de
+jours, et je pus commencer l'exploitation [mention manuscrite: mot
+barr&eacute;
+et remplac&eacute; par: exploration] des monuments. Tout y est <i>moderne</i>,
+c'est-&agrave;-dire de l'&eacute;poque grecque ou romaine, &agrave;
+l'exception d'un petit
+temple d'Hath&ocirc;r et d'un propylon engag&eacute; dans le premier
+pyl&ocirc;ne du temple
+d'Isis, lesquels ont &eacute;t&eacute; construits et
+d&eacute;di&eacute;s par le pauvre Nectan&egrave;be
+Ier; c'est aussi ce qu'il y a de mieux. La sculpture du grand temple,
+commenc&eacute;e par Philadelphe, continu&eacute;e sous
+&Eacute;verg&egrave;te Ier et &Eacute;piphane,
+termin&eacute;e par &Eacute;verg&egrave;te II et Philom&eacute;tor, est
+digne en tout de cette
+&eacute;poque de d&eacute;cadence; les portions d'&eacute;difices
+construits et d&eacute;cor&eacute;s sous
+les Romains sont pires, et quand j'ai quitt&eacute; cette &icirc;le,
+j'&eacute;tais bien las
+de cette sculpture barbare. Je m'y arr&ecirc;terai cependant encore
+quelques
+jours en repassant, pour compl&eacute;ter la partie mythologique, et je
+me
+d&eacute;dommagerai en courant les rochers de la premi&egrave;re
+cataracte, couverts
+d'inscriptions du temps des Pharaons.</p>
+<p>Nous avions quitt&eacute; notre maasch et notre dahabi&eacute;
+&agrave; <i>Assouan</i> (Sy&egrave;ne), ces
+deux barques &eacute;tant trop grandes pour passer la cataracte: c'est
+le 16
+d&eacute;cembre que notre nouvelle escadre d'en de&ccedil;&agrave; la
+cataracte se trouva
+pr&ecirc;te &agrave; nous recevoir. Elle se compose d'une petite
+dahabi&eacute; (vaisseau
+amiral), portant pavillon fran&ccedil;ais sur pavillon toscan, de deux
+barques
+&agrave; pavillon fran&ccedil;ais, deux barques &agrave; pavillon
+toscan, la barque de la
+cuisine et des provisions, &agrave; pavillon bleu, et d'une barque
+portant la
+force arm&eacute;e, c'est-&agrave;-dire les deux chaouchs (gardes du
+corps du pacha)
+avec leurs cannes &agrave; pomme d'argent, qui nous accompagnent et
+font les
+fonctions du pouvoir ex&eacute;cutif. J'oubliais de dire que l'amiral
+est arm&eacute;
+d'une pi&egrave;ce de canon de trois, que notre nouvel ami Ibrahim,
+mamour
+d'Esn&eacute;, nous a pr&ecirc;t&eacute;e &agrave; son passage &agrave;
+Philae: aussi avons-nous fait une
+belle d&eacute;charge en arrivant &agrave; la deuxi&egrave;me
+cataracte, but de notre
+p&egrave;lerinage.</p>
+<p>On mit &agrave; la voile de Philae, pour commencer notre voyage de
+Nubie, avec
+un assez bon vent; nous pass&acirc;mes devant <i>D&eacute;boud</i>
+sans nous arr&ecirc;ter,
+voulant arriver le plus t&ocirc;t possible jusqu'au point extr&ecirc;me
+de notre
+course. Ce petit temple et les trois propylons sont, au reste, de
+l'&eacute;poque moderne. Le 17, &agrave; quatre heures du soir, nous
+&eacute;tions en face
+des petits monuments de <i>Qartas</i>, o&ugrave; je ne trouvai rien
+&agrave; glaner. Le 18,
+on d&eacute;passa <i>Taffah</i> et <i>Kalabsch&eacute;</i>, sans
+aborder. Nous pass&acirc;mes ensuite
+sous le tropique, et c'est de ce moment, qu'entr&eacute;s dans la zone
+torride,
+nous grelott&acirc;mes tous de froid et f&ucirc;mes oblig&eacute;s
+d&egrave;s lors de nous charger
+de burnous et de manteaux. Le soir, nous couch&acirc;mes au del&agrave;
+de <i>Dandour</i>,
+en saluant seulement son temple de la main. On en fit autant, le
+lendemain 19, aux monuments de <i>Ghirch&eacute;</i>, qui sont du bon
+temps, ainsi
+qu'au grand temple de <i>Dakk&egrave;h</i>, de l'&eacute;poque des
+Lagides. Nous
+d&eacute;barqu&acirc;mes le soir &agrave; <i>M&eacute;harraka</i>,
+temple &eacute;gyptien des bas temps, chang&eacute;
+jadis en &eacute;glise copte. Le 20, je restai une heure &agrave; <i>Ouadi-Ess&eacute;boua</i>
+ou
+la <i>Vall&eacute;e des Lions</i>, ainsi nomm&eacute;e des sphinx qui
+ornent le dromos d'un
+monument b&acirc;ti sous le r&egrave;gne de S&eacute;sostris, mais
+v&eacute;ritable &eacute;difice de
+province, construit en pierres li&eacute;es avec du mortier. J'ai pris
+un
+morceau de ce mortier, ainsi que de celui des pyramides, etc., etc.,
+pour notre ami Vicat; c'est une collection que je pense devoir lui
+faire
+plaisir. Nous perd&icirc;mes le 21 et le 22 &agrave; tourner,
+malgr&eacute; vents et calme,
+le grand coude d'<i>Amada</i>, dont je dois &eacute;tudier le temple,
+important par
+son antiquit&eacute;, au retour de la deuxi&egrave;me cataracte. Nous
+le d&eacute;pass&acirc;mes
+enfin le 23, et arriv&acirc;mes &agrave; <i>Derr</i> ou <i>Derri</i>
+de tr&egrave;s-bonne heure. L&agrave; je
+trouvai, pour consolation, un joli temple creus&eacute; dans le roc,
+conservant
+encore quelques bas-reliefs des conqu&ecirc;tes de Rhams&egrave;s le
+Grand, et j'y
+recueillis les noms et les titres de sept fils et de huit filles de ce
+Pharaon.</p>
+<p>Le cachef de <i>Derr</i>, auquel on fit une visite, nous dit tout
+franchement
+que, n'ayant pas de quoi nous donner &agrave; souper, il viendrait
+souper avec
+nous; ce qui fut fait: cela vous donnera une id&eacute;e de la
+splendeur et des
+ressources de la capitale de Nubie. Nous comptions y faire du pain;
+cela
+fut impossible, il n'y avait ni four ni boulanger. Le 24, au lever du
+soleil, nous quitt&acirc;mes Derri, pass&acirc;mes sous le fort
+ruin&eacute; d'<i>Ibrim</i> et
+all&acirc;mes coucher sur la rive orientale, &agrave; <i>Gh&eacute;bel-Mesm&egrave;s</i>,
+pays charmant
+et bien cultiv&eacute;. Nous chemin&acirc;mes le 25, tant&ocirc;t avec
+le vent, tant&ocirc;t avec
+la corde, et il fallut nous consoler de ne pas arriver ce
+jour-l&agrave; &agrave;
+Ibsamboul; de beaux crocodiles prenaient leurs &eacute;bats sur un
+&icirc;lot de
+sable pr&egrave;s du lieu o&ugrave; nous couch&acirc;mes.</p>
+<p>Enfin, le 26, &agrave; neuf heures du matin, je d&eacute;barquai
+&agrave; <i>Ibsamboul</i>, o&ugrave;
+nous avons s&eacute;journ&eacute; aussi le 27. L&agrave;, je pouvais
+jouir des plus beaux
+monuments de la Nubie, mais non sans quelque difficult&eacute;. Il y a
+deux
+temples enti&egrave;rement creus&eacute;s dans le roc, et couverts de
+sculptures. La
+plus petite de ces excavations est un temple d'<i>Hath&ocirc;r</i>,
+d&eacute;di&eacute; par la
+reine Nofr&eacute;-Ari, femme de Rhams&egrave;s le Grand,
+d&eacute;cor&eacute; ext&eacute;rieurement d'une
+fa&ccedil;ade contre laquelle s'&eacute;l&egrave;vent six colosses de
+trente-cinq pieds
+chacun environ, taill&eacute;s aussi dans le roc, repr&eacute;sentant
+le Pharaon et sa
+femme, ayant &agrave; leurs pieds, l'un ses fils, et l'autre ses
+filles, avec
+leurs noms et titres. Ces colosses sont d'une excellente sculpture;
+leur
+stature est svelte et leur galbe tr&egrave;s-&eacute;l&eacute;gant;
+j'en aurai des dessins
+tr&egrave;s-fid&egrave;les. Ce temple est couvert de beaux reliefs, et
+j'en ai fait
+dessiner les plus int&eacute;ressants.</p>
+<p>Le grand temple d'Ibsamboul vaut &agrave; lui seul le voyage de
+Nubie: c'est
+une merveille qui serait une fort belle chose, m&ecirc;me &agrave;
+Th&egrave;bes. Le travail
+que cette excavation a co&ucirc;t&eacute; effraye l'imagination. La
+fa&ccedil;ade est
+d&eacute;cor&eacute;e de quatre colosses assis, n'ayant pas moins de
+soixante-un pieds
+de hauteur: tous quatre, d'un superbe travail, repr&eacute;sentent
+Rhams&egrave;s le
+Grand; leurs faces sont <i>portraits</i>, et ressemblent parfaitement
+aux
+figures de ce roi qui sont &agrave; Memphis, &agrave; Th&egrave;bes et
+partout ailleurs.
+C'est un ouvrage digne de toute admiration. Telle est l'entr&eacute;e;
+l'int&eacute;rieur en est tout &agrave; fait digne; mais c'est une rude
+&eacute;preuve que de
+le visiter. A notre arriv&eacute;e, les sables, et les Nubiens qui ont
+soin de
+les pousser, avaient ferm&eacute; l'entr&eacute;e. Nous la f&icirc;mes
+d&eacute;blayer; nous
+assur&acirc;mes le mieux que nous le p&ucirc;mes le petit passage qu'on
+avait
+pratiqu&eacute;, et nous pr&icirc;mes toutes les pr&eacute;cautions
+possibles contre la
+coul&eacute;e de ce sable infernal qui, en &Eacute;gypte comme en
+Nubie, menace de
+tout engloutir. Je me d&eacute;shabillai presque compl&egrave;tement,
+ne gardant que
+ma chemise arabe et un cale&ccedil;on de toile, et me pr&eacute;sentai
+&agrave; plat-ventre &agrave;
+la petite ouverture d'une porte qui, d&eacute;blay&eacute;e, aurait au
+moins 25 pieds
+de hauteur. Je crus me pr&eacute;senter &agrave; la bouche d'un four,
+et, me glissant
+enti&egrave;rement dans le temple, je me trouvai dans une
+atmosph&egrave;re chauff&eacute;e &agrave;
+cinquante et un degr&eacute;s: nous parcour&ucirc;mes cette
+&eacute;tonnante excavation,
+Rosellini, Ricci, moi et un de nos Arabes, tenant chacun une bougie
+&agrave; la
+main. La premi&egrave;re salle est soutenue par huit piliers contre
+lesquels
+sont adoss&eacute;s autant de colosses de trente pieds chacun,
+repr&eacute;sentant
+encore Rhams&egrave;s le Grand: sur les parois de cette vaste salle
+r&egrave;gne une
+file de grands bas-reliefs historiques, relatifs aux conqu&ecirc;tes du
+Pharaon en Afrique; un bas-relief surtout, repr&eacute;sentant son char
+de
+triomphe, accompagn&eacute; de groupes de prisonniers nubiens,
+n&egrave;gres, etc., de
+grandeur naturelle, offre une composition de toute beaut&eacute; et du
+plus
+grand effet. Les autres salles, et on en compte seize, abondent en
+beaux
+bas-reliefs religieux, offrant des particularit&eacute;s fort
+curieuses. Le
+tout est termin&eacute; par un sanctuaire, au fond duquel sont assises
+quatre
+belles statues, bien plus fortes que nature et d'un tr&egrave;s-bon
+travail. Ce
+groupe, repr&eacute;sentant Ammon-Ra, Phr&eacute;, Phtha, et
+Rhams&egrave;s le Grand assis au
+milieu d'eux, m&eacute;riterait d'&ecirc;tre dessin&eacute; de nouveau.</p>
+<p>Apr&egrave;s deux heures et demie d'admiration, et ayant vu tous les
+bas-reliefs, le besoin de respirer un peu d'air pur se fit sentir, et
+il
+fallut regagner l'entr&eacute;e de la fournaise en prenant des
+pr&eacute;cautions pour
+en sortir. J'endossai deux gilets de flanelle, un burnous de laine, et
+mon grand manteau, dont on m'enveloppa aussit&ocirc;t que je fus revenu
+&agrave; la
+lumi&egrave;re; et l&agrave;, assis aupr&egrave;s d'un des colosses
+ext&eacute;rieurs dont l'immense
+mollet arr&ecirc;tait le souffle du vent du nord, je me reposai une
+demi-heure
+pour laisser passer la grande transpiration. Je regagnai ensuite ma
+barque, o&ugrave; je passai pr&egrave;s de deux heures sur mon lit.
+Cette visite
+exp&eacute;rimentale m'a prouv&eacute; qu'on peut rester deux heures et
+demie &agrave; trois
+heures dans l'int&eacute;rieur du temple sans &eacute;prouver aucune
+g&ecirc;ne de
+respiration, mais seulement de l'affaiblissement dans les jambes et aux
+articulations; j'en conclus donc qu'&agrave; notre retour nous pourrons
+dessiner les bas-reliefs historiques, en travaillant par escouades de
+quatre (pour ne pas d&eacute;penser trop d'air), et pendant deux heures
+le
+matin et deux heures le soir. Ce sera une rude campagne; mais le
+r&eacute;sultat en est si int&eacute;ressant, les bas-reliefs sont si
+beaux, que je
+ferai tout pour les avoir, ainsi que les l&eacute;gendes
+compl&egrave;tes. Je compare
+la chaleur d'Ibsamboul &agrave; celle d'un bain turc, et cette visite
+peut
+amplement nous en tenir lieu.</p>
+<p>Nous avons quitt&eacute; Ibsamboul le 28 au matin. Vers midi, je fis
+arr&ecirc;ter &agrave;
+<i>Gh&eacute;bel-Add&egrave;h</i>, o&ugrave; est un petit temple
+creus&eacute; dans le roc. La plupart de
+ses bas-reliefs ont &eacute;t&eacute; couverts de mortier par des
+chr&eacute;tiens qui ont
+d&eacute;cor&eacute; cette nouvelle surface de peintures
+repr&eacute;sentant des saints, et
+surtout saint Georges &agrave; cheval; mais je parvins &agrave;
+constater, en faisant
+sauter le mortier, que ce temple avait &eacute;t&eacute;
+d&eacute;di&eacute; &agrave; Thoth par le roi
+Horus, fils d'Am&eacute;nophis-Memnon, et je r&eacute;ussis &agrave;
+faire ex&eacute;cuter les
+dessins de trois bas-reliefs fort int&eacute;ressants pour la
+mythologie: nous
+all&acirc;mes de l&agrave; coucher &agrave; <i>Faras</i>. Le 29, un
+calme presque plat ne nous
+permit d'avancer que jusqu'au-del&agrave; de <i>Serr&eacute;</i>, et
+le 30, &agrave; midi, nous
+sommes enfin arriv&eacute;s &agrave; <i>Ouadi-Halfa</i>, &agrave; une
+demi-heure de la seconde
+cataracte, o&ugrave; sont pos&eacute;es nos colonnes d'Hercule. Vers le
+coucher du
+soleil, je fis une promenade &agrave; la cataracte.</p>
+<p>C'est hier seulement que je me mis s&eacute;rieusement &agrave;
+l'ouvrage. J'ai trouv&eacute;
+ici, sur la rive occidentale, les d&eacute;bris de trois
+&eacute;difices, mais des
+arases qui ne conservent que la fin des l&eacute;gendes
+hi&eacute;roglyphiques. Le
+premier, le plus au nord, &eacute;tait un petit &eacute;difice
+carr&eacute;, sans sculpture
+et fort peu important. Le second, au contraire, m'a beaucoup
+int&eacute;ress&eacute;;
+c'&eacute;tait un temple dont les murs ont &eacute;t&eacute; construits
+en grandes briques
+crues, l'int&eacute;rieur &eacute;tant soutenu par des piliers en
+pierre de gr&egrave;s ou
+des colonnes de m&ecirc;me mati&egrave;re: mais, comme toutes celles
+des plus
+anciennes &eacute;poques, ces colonnes &eacute;taient semblables au
+dorique et
+taill&eacute;es &agrave; pans tr&egrave;s-r&eacute;guliers et peu
+marqu&eacute;s. C'est l&agrave; l'origine
+incontestable des ordres grecs. Ce premier temple, d&eacute;di&eacute;
+&agrave; Horammon
+(Ammon g&eacute;n&eacute;rateur), a &eacute;t&eacute;
+&eacute;lev&eacute; sous le roi Am&eacute;nophis II, fils et
+successeur de Thouthmosis III (Moeris), ce que j'ai constat&eacute; en
+faisant
+fouiller par mes marins arabes, avec leurs mains, autour des restes de
+piliers et de colonnes o&ugrave; j'apercevais quelques traces de
+l&eacute;gendes
+hi&eacute;roglyphiques. J'ai &eacute;t&eacute; assez heureux pour
+trouver la fin de la
+d&eacute;dicace du temple sur les d&eacute;bris des montants de la
+premi&egrave;re porte.
+J'ai, de plus, d&eacute;couvert et fait d&eacute;sensabler avec les
+mains une grande
+st&egrave;le, engag&eacute;e dans une muraille en briques du temple,
+portant un acte
+d'adoration et la liste des dons faits au temple par le roi
+Rhams&egrave;s Ier,
+avec trois lignes ajout&eacute;es dans le m&ecirc;me but par le Pharaon
+son
+successeur. Enfin, sur les indications du docteur Ricci, nous avons
+fait
+fouiller par tous nos &eacute;quipages, avec pelles et pioches, dans le
+sanctuaire (ou plut&ocirc;t &agrave; la place qu'il occupait), et nous
+y avons trouv&eacute;
+une autre grande st&egrave;le que je connaissais par les dessins du
+docteur, et
+fort importante, puisqu'elle repr&eacute;sente le dieu Mandou, une des
+grandes
+divinit&eacute;s de la Nubie, conduisant et livrant au roi Osortasen
+(de la
+XVIe dynastie) tous les peuples de la Nubie, avec le nom de chacun
+d'eux
+inscrit dans une esp&egrave;ce de bouclier attach&eacute; &agrave; la
+figure, agenouill&eacute;e et
+li&eacute;e, qui repr&eacute;sente chacun de ces peuples, au nombre de
+cinq. Voici
+leurs noms, ou plut&ocirc;t ceux des cantons qu'ils habitaient: 1&deg; <i>Sehamik</i>,
+2&deg; <i>Osaou</i>, 3&deg; <i>Sch&ocirc;at</i>, 4&deg; <i>Oscharkin</i>,
+5&deg; <i>K&ocirc;s</i>; trois autres noms
+sont enti&egrave;rement effac&eacute;s. Quant &agrave; ceux qui
+restent, je doute qu'on les
+trouve dans aucun g&eacute;ographe grec; il faudrait avoir le <i>Strabon</i>
+de deux
+mille ans avant J&eacute;sus-Christ.</p>
+<p>Un second temple, plus grand, mais tout aussi d&eacute;truit que le
+pr&eacute;c&eacute;dent,
+existe un peu plus au sud: il est du r&egrave;gne de Thouthmosis III
+(Moeris),
+construit &eacute;galement en briques, avec piliers-colonnes doriques
+primitifs, &agrave; montants et portes en gr&egrave;s; c'&eacute;tait
+le grand temple de la
+ville &eacute;gyptienne de <i>B&eacute;h&eacute;ni</i> qui exista sur
+cet emplacement, et qui,
+d'apr&egrave;s l'&eacute;tendue des d&eacute;bris de poteries
+r&eacute;pandus sur la plaine
+aujourd'hui d&eacute;serte, para&icirc;t avoir &eacute;t&eacute; assez
+grande. Ce fut sans doute la
+place forte des &Eacute;gyptiens pour contenir les peuples habitant
+entre la
+premi&egrave;re et la seconde cataracte. Ce grand temple &eacute;tait
+d&eacute;di&eacute; &agrave; Ammon-Ra
+et &agrave; Phr&eacute;, comme la plupart des grands monuments de la
+Nubie. Voil&agrave; tout
+ce qui reste &agrave; Ouadi-Halfa, et c'est plus que je n'attendais
+&agrave; la
+premi&egrave;re inspection des ruines ... C'est de ce lieu que je vous
+adresse
+mes souhaits d'heureuse ann&eacute;e ... Je vous embrasse tous &agrave;
+cette
+intention.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="A_M._DACIER."></a>
+<h2>A M. DACIER.</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Ouadi-Halfa, &agrave; la seconde
+cataracte, 1er janvier 1829.</small></p>
+<p>Monsieur,</p>
+<p>Quoique s&eacute;par&eacute; de vous par les d&eacute;serts et par
+toute l'&eacute;tendue de la
+M&eacute;diterran&eacute;e, je sens le besoin de me joindre, au moins
+par la pens&eacute;e,
+et de tout coeur, &agrave; ceux qui vous offrent leurs voeux au
+renouvellement
+de l'ann&eacute;e. Partant du fond de la Nubie, les miens n'en sont ni
+moins
+ardents, ni moins sinc&egrave;res; je vous prie de les agr&eacute;er
+comme un
+t&eacute;moignage du souvenir reconnaissant que je garderai toujours de
+vos
+bont&eacute;s et de cette affection toute paternelle dont vous voulez
+bien nous
+honorer mon fr&egrave;re et moi.</p>
+<p>Je suis fier maintenant que, ayant suivi le cours du Nil depuis son
+embouchure jusqu'&agrave; la seconde cataracte, j'ai le droit de vous
+annoncer
+qu'il n'y a rien &agrave; modifier dans <i>notre Lettre sur l'alphabet
+des
+hi&eacute;roglyphes</i>; notre alphabet est bon: il s'applique avec un
+&eacute;gal
+succ&egrave;s, d'abord aux monuments &eacute;gyptiens du temps des
+Romains et des
+Lagides, et ensuite, ce qui devient d'un bien plus grand
+int&eacute;r&ecirc;t, aux
+inscriptions de tout les temples, palais et tombeaux des &eacute;poques
+pharaoniques. Tout l&eacute;gitime donc les encouragements que vous
+avez bien
+voulu donner &agrave; mes travaux hi&eacute;roglyphiques, dans un temps
+o&ugrave; l'on
+n'&eacute;tait pas universellement dispos&eacute; &agrave; leur
+pr&ecirc;ter faveur.</p>
+<p>Me voici au point extr&ecirc;me de ma navigation vers le midi. La
+seconde
+cataracte m'arr&ecirc;te: d'abord par l'impossibilit&eacute; de la
+faire franchir par
+mon <i>escadre</i> compos&eacute;e de sept voiles, et en second lieu,
+parce que la
+famine m'attend au del&agrave;, et qu'elle terminerait promptement une
+pointe
+imprudente tent&eacute;e sur l'&Eacute;thiopie; ce n'est pas &agrave;
+moi de recommencer
+Cambyse; je suis d'ailleurs un peu plus attach&eacute; &agrave; mes
+compagnons de
+voyage qu'il ne l'&eacute;tait probablement aux siens. Je tourne donc
+d&egrave;s
+aujourd'hui ma proue du c&ocirc;t&eacute; de l'&Eacute;gypte pour
+redescendre le Nil, en
+&eacute;tudiant successivement &agrave; fond les monuments de ses deux
+rives; je
+prendrai tous les d&eacute;tails dignes de quelque
+int&eacute;r&ecirc;t, et d'apr&egrave;s l'id&eacute;e
+g&eacute;n&eacute;rale que je m'en suis form&eacute;e en montant, la
+moisson sera des plus
+riches et des plus abondantes.</p>
+<p>Vers le milieu de f&eacute;vrier je serai &agrave; Th&egrave;bes,
+car je dois au moins donner
+quinze jours au magnifique temple d'<i>Ibsamboul,</i> l'une des
+merveilles de
+la Nubie, cr&eacute;&eacute;e par la puissance colossale de
+Rhams&egrave;s-S&eacute;sostris, et un
+mois me suffira ensuite pour les monuments existants entre la
+premi&egrave;re
+et la deuxi&egrave;me cataracte. Philae a &eacute;t&eacute; &agrave;
+peu pr&egrave;s &eacute;puis&eacute;e pendant les
+dix jours que nous y avons pass&eacute;s en remontant le Nil; et les
+temples
+d'Ombos, d'Edfou et d'&Eacute;sn&eacute;, si vant&eacute;s au
+d&eacute;triment de ceux de Th&egrave;bes,
+m'arr&ecirc;teront peu de temps, parce que je les ai d&eacute;j&agrave;
+class&eacute;s, et que je
+trouve, sur des monuments plus anciens et d'un meilleur style, les
+d&eacute;tails mythologiques et religieux que je ne veux puiser
+qu'&agrave; des
+sources pures. Je me bornerai &agrave; recueillir quelques inscriptions
+historiques, et certains d&eacute;tails de costume qui sentent la
+d&eacute;cadence et
+qu'il est utile de conserver.</p>
+<p>Mes portefeuilles sont d&eacute;j&agrave; bien riches: je me fais
+d'avance un plaisir
+de vous mettre successivement sous les yeux toute la vieille
+&Eacute;gypte,
+religion, histoire, arts et m&eacute;tiers, moeurs et usages; une
+grande partie
+de mes dessins sont colori&eacute;s, et je ne crains pas d'assurer
+qu'ils
+reproduisent le v&eacute;ritable style des originaux avec une
+scrupuleuse
+fid&eacute;lit&eacute;. Je serai heureux de ces conqu&ecirc;tes si
+elles obtiennent votre
+int&eacute;r&ecirc;t et vos suffrages.</p>
+<p>Je vous prie, Monsieur, d'agr&eacute;er la nouvelle assurance de mon
+tr&egrave;s-respectueux attachement.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="DIXIEME_LETTRE"></a>
+<h2>DIXI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Ibsamboul, le 12 janvier 1829.</small></p>
+<p>J'ai revu les colosses qui annoncent si dignement la plus magnifique
+excavation de la Nubie. Ils m'ont paru aussi beaux de travail que la
+premi&egrave;re fois, et je regrette de n'&ecirc;tre point muni de
+quelque lampe
+merveilleuse pour les transporter au milieu de la place Louis XV, afin
+de convaincre ainsi d'un seul coup les d&eacute;tracteurs de l'art
+&eacute;gyptien.
+Tout est colossal ici, sans en excepter les travaux que nous avons
+entrepris, et dont le r&eacute;sultat aura quelque droit &agrave;
+l'attention
+publique. Tout ceux qui connaissent la localit&eacute; savent quelles
+difficult&eacute;s on a &agrave; vaincre pour dessiner un seul
+hi&eacute;roglyphe dans le
+grand temple.</p>
+<p>C'est le 1er de ce mois que j'ai quitte <i>Ouadi-Halfa </i> et la
+seconde
+cataracte. Nous couch&acirc;mes &agrave; <i>Gharbi-Serr&eacute;</i>,
+et le lendemain, vers midi,
+j'abordai sur la rive droite du Nil, pour &eacute;tudier les
+excavations de
+<i>Maschakit,</i> un peu au midi du <i>temple de Thoht</i> &agrave; <i>Gh&eacute;bel-Add&egrave;h,</i>
+dont
+j'ai parl&eacute; dans ma derni&egrave;re lettre; il fallut gravir un
+rocher presque &agrave;
+pic sur le Nil, pour arriver &agrave; une petite chambre creus&eacute;e
+dans la
+montagne, et orn&eacute;e de sculptures fort endommag&eacute;es. Je
+suis parvenu
+cependant &agrave; reconna&icirc;tre que c'&eacute;tait une chapelle
+d&eacute;di&eacute;e &agrave; la d&eacute;esse
+<i>Anoukis</i> (Vesta) et aux autres dieux protecteurs de la Nubie, par
+un
+prince &eacute;thiopien, nomm&eacute; <i>Pohi,</i> lequel,
+&eacute;tant gouverneur de la Nubie
+sous le r&egrave;gne de Rhams&egrave;s le Grand, supplie la
+d&eacute;esse de faire que le
+conqu&eacute;rant foule les Libyens <i>et les nomades sous ses
+sandales, &agrave;
+toujours</i>.</p>
+<p>Le 3 au matin, nous avons amarr&eacute; nos vaisseaux devant le <i>temple
+d'Hath&ocirc;r</i> &agrave; <i>Ibsamboul</i>; j'ai d&eacute;j&agrave;
+donn&eacute; une note sur ce joli temple.
+J'ajouterai qu'&agrave; sa droite on a sculpt&eacute;, sur le rocher,
+un fort grand
+tableau, dans lequel un autre prince <i>&eacute;thiopien</i>
+pr&eacute;sente au roi Rhams&egrave;s
+le Grand l'embl&egrave;me de la victoire (cet embl&egrave;me est
+l'insigne ordinaire
+<i>des princes ou des fils des rois</i>) avec la l&eacute;gende
+suivante en beaux
+caract&egrave;res hi&eacute;roglyphiques: <i>Le royal fils d'Ethiopie
+a dit: Ton p&egrave;re
+Ammon-Ra t'a dot&eacute;, &ocirc; Rhams&egrave;s! d'une vie stable et
+pure: qu'il t'accorde
+de longs jours pour gouverner le monde, et pour contenir les Libyens,
+&agrave;
+toujours</i>.</p>
+<p>Il para&icirc;t donc que, de temps en temps, les <i>nomades</i>
+d'Afrique
+inqui&eacute;taient les paisibles cultivateurs des vall&eacute;es du
+Nil. Il est fort
+remarquable, du reste, que je n'aie trouv&eacute; jusqu'ici sur les
+monuments
+de la Nubie que des noms de princes &eacute;thiopiens et nubiens, comme
+gouverneurs du pays, sous le r&egrave;gne m&ecirc;me de Rhams&egrave;s
+le Grand et de sa
+dynastie. Il para&icirc;t aussi que la Nubie &eacute;tait tellement
+li&eacute;e &agrave; l'&Eacute;gypte
+que les rois se fiaient compl&egrave;tement aux hommes du pays
+m&ecirc;me, pour le
+commandement des troupes. Je puis citer en preuve une st&egrave;le
+encore
+sculpt&eacute;e sur les rochers d'Ibsamboul, et dans laquelle un
+nomm&eacute; <i>Ma&iuml;,
+commandant des troupes du roi en Nubie,</i> et <i>n&eacute; dans la
+contr&eacute;e de
+Ouaou</i> (l'un des cantons de la Nubie), chante les louanges du
+Pharaon
+<i>Mandoue&iuml; Ier</i>, le quatri&egrave;me successeur de
+Rhams&egrave;s le Grand, d'une
+mani&egrave;re tr&egrave;s-emphatique; il r&eacute;sulte aussi de
+plusieurs autres st&egrave;les que
+divers <i>princes &eacute;thiopiens</i> furent employ&eacute;s en
+Nubie par les h&eacute;ros de
+l'&Eacute;gypte.</p>
+<p>Le 3 au soir commenc&egrave;rent nos travaux &agrave; Ibsamboul: il
+s'agissait
+d'exploiter le grand temple, couvert de si grands et de si beaux
+bas-reliefs. Nous avons form&eacute; l'entreprise d'avoir le dessin <i>en
+grand
+et colori&eacute;</i> de tous les bas-reliefs qui d&eacute;corent la
+grande salle du
+temple, les autres pi&egrave;ces n'offrant que des sujets religieux; et
+lorsque
+l'on saura que la chaleur qu'on &eacute;prouve dans ce temple,
+aujourd'hui
+<i>souterrain</i> (parce que les sables en ont presque couvert la
+fa&ccedil;ade),
+est comparable &agrave; celle d'un bain turc fortement chauff&eacute;;
+quand on saura
+qu'il faut y entrer presque nu, que le corps ruiss&egrave;le
+perp&eacute;tuellement
+d'une sueur abondante qui coule sur les yeux, d&eacute;goutte sur le
+papier
+d&eacute;j&agrave; tremp&eacute; par la chaleur humide de cette
+atmosph&egrave;re, chauff&eacute;e comme
+dans un autoclave, on admirera sans doute le courage de nos jeunes
+gens,
+qui bravent cette fournaise pendant trois ou quatre heures par jour, ne
+sortent que par &eacute;puisement, et ne quittent le travail que
+lorsque leurs
+jambes refusent de les porter.</p>
+<p>Aujourd'hui 12, notre plan est presque accompli: nous
+poss&eacute;dons d&eacute;j&agrave;
+<i>six grands tableaux</i> repr&eacute;sentant:</p>
+<p>1er. Rhams&egrave;s le Grand sur son char, les chevaux lanc&eacute;s
+au grand galop;
+il est suivi de trois de ses fils, mont&eacute;s aussi sur des chars de
+guerre;
+il met en fuite une arm&eacute;e assyrienne et assi&egrave;ge une place
+forte.</p>
+<p>2e. Le roi &agrave; pied, venant de terrasser un chef ennemi, et en
+per&ccedil;ant un
+second d'un coup de lance. Ce groupe est d'un dessin et d'une
+composition admirables.</p>
+<p>3e. Le roi est assis au milieu des chefs de l'arm&eacute;e; on vient
+lui
+annoncer que les ennemis attaquent son arm&eacute;e. On pr&eacute;pare
+le char du roi,
+et des serviteurs mod&egrave;rent l'ardeur des chevaux, qui sont
+dessin&eacute;s, ici
+comme ailleurs, en perfection. Plus loin se voit l'attaque des ennemis,
+mont&eacute;s sur des chars de guerre et combattant sans ordre une
+ligne de
+chars &eacute;gyptiens m&eacute;thodiquement rang&eacute;s. Cette
+partie du tableau est
+pleine de mouvement et d'action: c'est comparable &agrave; la plus
+belle
+bataille peinte sur les vases grecs, que ces tableaux nous rappellent
+involontairement.</p>
+<p>4e. Le triomphe du roi et sa rentr&eacute;e solennelle (&agrave; <i>Th&egrave;bes</i>,
+sans
+doute), debout sur un char superbe, tra&icirc;n&eacute; par des chevaux
+marchant au
+pas et richement capara&ccedil;onn&eacute;s. Devant le char sont deux
+rangs de
+prisonniers africains, les uns de race <i>n&egrave;gre</i> et les
+autres de race
+<i>barabra,</i> formant des groupes parfaitement dessin&eacute;s,
+pleins d'effet et
+de mouvement.</p>
+<p>5e et 6e. Le roi faisant hommage de captifs de diverses nations aux
+dieux de <i>Th&egrave;bes</i> et &agrave; ceux d'<i>Ibsamboul</i>.</p>
+<p>Il reste &agrave; terminer le dessin d'un &eacute;norme bas-relief
+occupant presque
+toute la paroi droite du temple: composition immense,
+repr&eacute;sentant une
+bataille, un camp entier, la tente du roi, ses gardes, ses chevaux, les
+chars, les bagages de l'arm&eacute;e, les jeux et les punitions
+militaires,
+etc., etc. Dans trois jours au plus, ce grand dessin sera
+termin&eacute;, mais
+sans couleurs, parce que l'humidit&eacute; les a fait
+dispara&icirc;tre. Il n'en est
+point ainsi des six tableaux pr&eacute;c&eacute;demment
+indiqu&eacute;s; tout est colori&eacute; et
+copi&eacute; jusque dans les plus minces d&eacute;tails avec un soin
+religieux. On
+aura ainsi une id&eacute;e de la magnificence du costume et des chars
+des vieux
+Pharaons au XVIe si&egrave;cle avant J.-C.; on pourra comprendre alors
+l'&eacute;tonnant effet de ces beaux bas-reliefs peints avec un tel
+soin. Je
+voudrais conduire dans le grand temple d'Ibsamboul tous ceux qui
+refusent de croire &agrave; l'&eacute;l&eacute;gante richesse que la
+sculpture peinte ajoute
+&agrave; l'architecture; dans moins d'un quart d'heure, je
+r&eacute;ponds qu'ils
+auraient <i>su&eacute;</i> tous leurs pr&eacute;jug&eacute;s, et que
+leurs opinions <i>a priori</i> les
+quitteraient par tous les pores.</p>
+<p>Pour tous mes dessins je me suis r&eacute;serv&eacute; la partie des
+l&eacute;gendes
+hi&eacute;roglyphiques, souvent fort &eacute;tendues, qui accompagnent
+chaque figure
+ou chaque groupe dans les bas-reliefs historiques. Nous les copions sur
+place ou d'apr&egrave;s les empreintes lorsqu'elles sont plac&eacute;es
+&agrave; une grande
+hauteur; je les collationne plusieurs fois sur l'original, je les mets
+au net et les donne aussit&ocirc;t aux dessinateurs, qui d'avance ont
+r&eacute;serv&eacute;
+et trac&eacute; les colonnes destin&eacute;es &agrave; les recevoir;
+j'ai pris la copie
+enti&egrave;re d'une grande st&egrave;le plac&eacute;e entre les deux
+colosses de gauche,
+dans l'int&eacute;rieur du grand temple; elle n'a pas moins de
+trente-deux
+lignes: c'est celle dont notre ami Huyot m'avait parl&eacute;, et que
+j'ai bien
+retrouv&eacute;e &agrave; sa place; ce n'est pas moins qu'un <i>d&eacute;cret
+du dieu Phtha</i>,
+en faveur de Rhams&egrave;s le Grand, auquel il prodigue les louanges
+pour ses
+travaux et ses bienfaits envers l'&Eacute;gypte; suit la r&eacute;ponse
+du roi au dieu
+en termes tout aussi polis. C'est un monument fort curieux et d'un
+genre
+tout &agrave; fait particulier.</p>
+<p>Voil&agrave; o&ugrave; en est notre <i>m&eacute;morable campagne
+d'Ibsamboul:</i> c'est la plus
+p&eacute;nible et la plus glorieuse que nous puissions faire pendant
+tout le
+voyage. Nos compagnons fran&ccedil;ais et toscans ont rivalis&eacute;
+de z&egrave;le et de
+d&eacute;vouement, et j'esp&egrave;re que vers le 15 nous mettrons
+&agrave; la voile pour
+regagner l'&Eacute;gypte avec notre butin historique. J'ai eu trois
+jours de
+goutte en arrivant ici; mais les bains de vapeur que j'ai pris dans le
+temple m'en ont d&eacute;livr&eacute; pour longtemps, je
+l'esp&egrave;re. Je n'ai encore re&ccedil;u
+que quelques lettres d'Europe.... M. Arago m'a-t-il pardonn&eacute;
+d'avoir
+entrepris mon voyage malgr&eacute; ses amicales inqui&eacute;tudes? Je
+l'ai pardonn&eacute;,
+de mon c&ocirc;t&eacute;, depuis que j'ai touch&eacute; &agrave; la
+seconde cataracte.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="ONZIEME_LETTRE"></a>
+<h2>ONZI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>El-M&eacute;lissah (entre
+Sy&egrave;ne et Ombos), le 10
+f&eacute;vrier 1829.</small></p>
+<p>Nous jouons de malheur; depuis notre d&eacute;part de Sy&egrave;ne,
+&agrave; laquelle nous
+avons dit adieu le 8 de ce mois, nous voici au 10, et nous sommes loin
+d'avoir franchi la distance qui nous s&eacute;pare d'<i>Ombos</i>,
+o&ugrave; l'on se rend
+d'Assouan en neuf heures par un temps ordinaire; mais un violent vent
+du
+nord souffle sans interruption depuis trois jours, et nous fait
+pirouetter sur les vagues du Nil, enfl&eacute; comme une petite mer.
+Nous avons
+amarr&eacute;, &agrave; grand'peine, dans le voisinage de <i>M&eacute;lissah</i>,
+o&ugrave; est une
+carri&egrave;re de gr&egrave;s sans aucun int&eacute;r&ecirc;t; du
+reste, sant&eacute; parfaite, bon
+courage, et nous pr&eacute;parant &agrave; explorer Th&egrave;bes de
+fond en comble, si ce
+n'est pas trop pour nos moyens. Nous sommes, d'ailleurs, tous
+ragaillardis par le courrier qui nous arriva hier au milieu de nos
+tribulations maritimes, et qui m'apporta enfin les lettres de Paris du
+26 septembre, des 12 et 25 octobre, et du 15 novembre. Voil&agrave;, en
+y
+ajoutant les deux pr&eacute;c&eacute;dentes, les seules lettres qui me
+soient
+parvenues.</p>
+<p>Je remercie bien notre v&eacute;n&eacute;rable M. Dacier pour les
+bonnes lignes qu'il
+a bien voulu m'&eacute;crire le 26 septembre. J'esp&egrave;re qu'il
+aura re&ccedil;u ma
+lettre de Ouadi-Halfa du 1er janvier dernier, et qu'il voudra bien
+pardonner &agrave; la v&eacute;tust&eacute; de mes souhaits de jour de
+l'an, d&eacute;j&agrave; caducs
+lorsqu'ils lui parviendront; mais la Nubie, et surtout la seconde
+cataracte, sont loin de Paris, et le coeur seul franchit rapidement de
+telles distances.</p>
+<p>J'&eacute;crirai de Th&egrave;bes &agrave; notre ami Dubois,
+apr&egrave;s avoir vu &agrave; fond l'&Eacute;gypte
+et la Nubie; je puis dire d'avance que nos &Eacute;gyptiens feront
+&agrave; l'avenir,
+dans l'histoire de l'art, une plus belle figure que par le
+pass&eacute;; je
+rapporte une s&eacute;rie de dessins de grandes choses, capables de
+convertir
+tous les obstin&eacute;s.</p>
+<p>Je transmets &agrave; M. Drovetti la lettre que m'a &eacute;crite M.
+de Mirbel, et je
+suis persuad&eacute; qu'elle sera accueillie par S.A. le pacha
+d'&Eacute;gypte, qui ne
+recule jamais devant les choses utiles.</p>
+<p>Ma derni&egrave;re lettre est d'Ibsamboul; je dois donc reprendre
+mon
+itin&eacute;raire &agrave; partir de ce beau monument que nous avons
+&eacute;puis&eacute;, au risque
+de l'&ecirc;tre nous-m&ecirc;mes par les difficult&eacute;s de son
+&eacute;tude.</p>
+<p>Nous l'avons quitt&eacute; le 16 janvier, et le 17, de bonne heure,
+nous
+abord&acirc;mes au pied du rocher d'<i>Ibrim</i>, la <i>Primis</i> des
+g&eacute;ographes grecs,
+pour visiter quelques excavations qu'on aper&ccedil;oit vers le bas de
+cette
+&eacute;norme masse de gr&egrave;s.</p>
+<p>Ces <i>sp&eacute;os</i> (je donne ce nom aux <i>excavations dans
+la roche</i>, autres que
+des <i>tombeaux</i>) sont au nombre de quatre, et d'&eacute;poques
+diff&eacute;rentes, mais
+tous appartenant aux temps pharaoniques.</p>
+<p>Le plus ancien remonte jusqu'au r&egrave;gne de Thouthmosis Ier; le
+fond de
+cette excavation, de forme carr&eacute;e comme toutes les autres, est
+occup&eacute;
+par 4 figures (tiers de nature), assises, et repr&eacute;sentant deux
+fois ce
+Pharaon assis entre <i>le dieu seigneur d'Ibrim (Prim)</i>,
+c'est-&agrave;-dire une
+des formes du dieu Thoth &agrave; t&ecirc;te d'&eacute;pervier, et la
+d&eacute;esse <i>Sat&eacute;, dame
+d'&Eacute;l&eacute;phantine</i> et <i>dame de Nubie</i>. Ce
+sp&eacute;os &eacute;tait une chapelle ou
+oratoire consacr&eacute; &agrave; ces deux divinit&eacute;s; les parois
+de c&ocirc;t&eacute; n'ont jamais
+&eacute;t&eacute; sculpt&eacute;es ni peintes.</p>
+<p>Il n'en est point ainsi du second sp&eacute;os; celui-ci appartient
+au r&egrave;gne de
+Moeris, dont la statue, assise entre celles du <i>dieu seigneur d'Ibrim</i>
+et de la d&eacute;esse Sat&eacute; (Junon), <i>dame de Nubie</i>,
+occupe la niche du fond.
+Cette chapelle aux dieux du pays a &eacute;t&eacute; creus&eacute;e par
+les soins d'un prince
+nomm&eacute; <i>Nahi</i>, grand personnage, portant dans toutes les
+l&eacute;gendes le
+titre de <i>gouverneur des terres m&eacute;ridionales</i>, ce qui
+comprenait <i>la
+Nubie</i> entre les deux cataractes. Ce qui reste d'un grand tableau
+sculpt&eacute;, sur la paroi de droite, nous montre ce prince debout,
+devant le
+roi assis sur un tr&ocirc;ne, et accompagn&eacute; de plusieurs autres
+fonctionnaires
+publics, pr&eacute;sentant au souverain, &agrave; ce que dit
+l'inscription
+hi&eacute;roglyphique (malheureusement tr&egrave;s-courte) qui
+accompagne ce tableau,
+les revenus et tributs en or, en argent, en grains, etc., provenant des
+<i>terres m&eacute;ridionales</i> dont il avait le gouvernement. Sur la
+porte du
+sp&eacute;os est inscrite la d&eacute;dicace que le prince a faite du
+monument.</p>
+<p>Le troisi&egrave;me sp&eacute;os d'<i>Ibrim</i> est du r&egrave;gne
+suivant, de l'&eacute;poque
+d'Am&eacute;nophis II, successeur de Moeris, sous lequel les terres du
+midi
+&eacute;taient administr&eacute;es par un autre prince, nomm&eacute; <i>Osorsat&eacute;</i>.
+Sur la paroi
+de droite, ce roi Am&eacute;nophis II est repr&eacute;sent&eacute;
+assis, et deux princes,
+parmi lesquels <i>Osorsat&eacute;</i> occupe le premier rang,
+pr&eacute;sentent au Pharaon
+les tributs des <i>terres m&eacute;ridionales</i> et les productions
+naturelles du
+pays, y compris des <i>lions</i>, des <i>l&eacute;vriers</i> et des <i>chacals
+vivants</i>,
+comme porte l'inscription grav&eacute;e au-dessus du tableau, et qui
+sp&eacute;cifiait
+le nombre de chacun des objets offerts, comme par exemple: <i>quarante
+l&eacute;vriers</i> et <i>dix chacals vivants</i>; mais le texte est
+dans un &eacute;tat si
+d&eacute;plorable de d&eacute;gradation qu'il m'a &eacute;t&eacute;
+impossible d'en tirer autre
+chose que les faits g&eacute;n&eacute;raux. Au fond du sp&eacute;os, la
+statue du roi
+Am&eacute;nophis est assise entre les dieux d'<i>Ibrim</i>.</p>
+<p>Le plus r&eacute;cent de ces sp&eacute;os, le quatri&egrave;me, est
+encore un monument du
+m&ecirc;me genre et du r&egrave;gne de S&eacute;sostris, Rhams&egrave;s
+le Grand. C'est aussi un
+gouverneur de Nubie qui l'a fait creuser en l'honneur des dieux
+d'<i>Ibrim</i>, Herm&egrave;s &agrave; t&ecirc;te d'&eacute;pervier et
+la d&eacute;esse Sat&eacute;, &agrave; la gloire du
+Pharaon dont la statue est assise au milieu des deux divinit&eacute;s
+locales,
+dans le fond du sp&eacute;os. Mais &agrave; cette &eacute;poque, <i>les
+terres du midi</i> &eacute;taient
+gouvern&eacute;es par un prince &eacute;thiopien, dont j'ai
+retrouv&eacute; des monuments &agrave;
+<i>Ibsamboul</i> et &agrave; <i>Ghirch&eacute;</i>. Ce personnage est
+figur&eacute; dans le sp&eacute;os
+d'<i>Ibrim</i>, rendant ses respectueux hommages &agrave;
+S&eacute;sostris, et &agrave; la t&ecirc;te de
+tous les fonctionnaires publics de son gouvernement, parmi lesquels on
+compte deux hi&eacute;rogrammates, plus le grammate des troupes, le
+grammate
+des terres, l'intendant des biens royaux, et d'autres <i>scribes</i>
+sans
+d&eacute;signation plus particuli&egrave;re.</p>
+<p>Il est &agrave; remarquer, &agrave; l'honneur de la galanterie
+&eacute;gyptienne, que la
+femme du prince &eacute;thiopien <i>Satnou&iuml;</i> se
+pr&eacute;sente devant S&eacute;sostris
+imm&eacute;diatement apr&egrave;s son mari, et avant les autres
+fonctionnaires. Cela
+montre, aussi bien que mille autres faits pareils, combien la
+civilisation &eacute;gyptienne diff&eacute;rait essentiellement de
+celle du reste de
+l'Orient, et se rapprochait de la n&ocirc;tre; car on peut
+appr&eacute;cier le degr&eacute;
+de civilisation des peuples d'apr&egrave;s l'&eacute;tat plus ou moins
+supportable des
+femmes dans l'organisation sociale.</p>
+<p>Le 17 janvier au soir, nous &eacute;tions &agrave; <i>Derri</i> ou <i>Derr</i>,
+la capitale
+actuelle de la Nubie, o&ugrave; nous soup&acirc;mes en arrivant, par un
+clair de lune
+admirable, et sous les plus hauts palmiers que nous eussions encore
+vus.
+Ayant li&eacute; conversation avec un <i>Barabra</i> du pays, qui,
+m'apercevant seul
+&agrave; l'&eacute;cart sur le bord du fleuve, &eacute;tait venu
+poliment me faire compagnie
+en m'offrant de l'eau-de-vie de dattes, je lui demandai s'il
+connaissait
+le nom du <i>sultan</i> qui avait fait construire le temple de <i>Derri</i>;
+il me
+r&eacute;pondit aussit&ocirc;t: qu'il &eacute;tait trop jeune pour
+savoir cela, mais que les
+vieillards du pays lui avaient paru tous d'accord que ce <i>birb&eacute;</i>
+avait
+&eacute;t&eacute; construit environ trois cent mille ans avant
+l'islamisme, mais que
+tous ces vieillards &eacute;taient encore incertains sur un point,
+savoir si
+c'&eacute;taient les <i>Fran&ccedil;ais</i>, les <i>Anglais</i> ou
+les <i>Russes</i> qui avaient
+ex&eacute;cut&eacute; ce grand ouvrage. Voil&agrave; comme on
+&eacute;crit l'histoire en Nubie. Le
+monument de <i>Derri</i>, quoique moderne en comparaison de la date
+que lui
+donnait mon savant Nubien, est cependant un ouvrage de
+S&eacute;sostris. Nous y
+rest&acirc;mes toute la journ&eacute;e du 18, et n'en sort&icirc;mes,
+assez tard, qu'apr&egrave;s
+avoir dessin&eacute; les bas-reliefs les plus importants, et
+r&eacute;dig&eacute; une notice
+d&eacute;taill&eacute;e de tous ceux dont on ne prenait point de copie.
+L&agrave; j'ai trouv&eacute;
+une liste, par rang d'&acirc;ge, des fils et des filles de
+S&eacute;sostris; elle me
+servira &agrave; compl&eacute;ter celle d'Ibsamboul. Nous y avons
+copi&eacute; quelques
+fragments de bas-reliefs historiques; ils sont presque tous
+effac&eacute;s ou
+d&eacute;truits. C'est l&agrave; que j'ai pu fixer mon opinion sur un
+fait assez
+curieux: je veux parler du <i>lion</i> qui, dans les tableaux
+d'Ibsamboul et
+de Derri, accompagne toujours le conqu&eacute;rant &eacute;gyptien: il
+s'agissait de
+savoir si cet animal &eacute;tait plac&eacute; l&agrave; <i>symboliquement</i>
+pour exprimer la
+vaillance et la force de S&eacute;sostris, ou bien si ce roi avait
+r&eacute;ellement,
+comme le capitan-pacha Hassan et le pacha d'&Eacute;gypte, un <i>lion
+apprivois&eacute;</i>, son compagnon fid&egrave;le dans les
+exp&eacute;ditions militaires. Derri
+d&eacute;cide la question: j'ai lu, en effet, au-dessus du lion se
+jetant sur
+les Barbares renvers&eacute;s par S&eacute;sostris, l'inscription
+suivante: <i>Le lion,
+serviteur de Sa Majest&eacute;, mettant en pi&egrave;ces ses ennemis.</i>
+Cela me semble
+d&eacute;montrer que le lion existait r&eacute;ellement et suivait
+Rhams&egrave;s dans les
+batailles.</p>
+<p>Au reste, ce temple est un sp&eacute;os creus&eacute; dans le rocher
+de gr&egrave;s, mais
+sur une tr&egrave;s-grande &eacute;chelle: il a &eacute;t&eacute;
+d&eacute;di&eacute; par S&eacute;sostris &agrave; Ammon-Ra, le
+dieu supr&ecirc;me, et &agrave; Phr&eacute;, l'esprit du Soleil qu'on y
+invoquait sous le
+nom de <i>Rhams&egrave;s</i>, qui fut le patron du conqu&eacute;rant
+et de toute sa lign&eacute;e.</p>
+<p>Cette particularit&eacute; explique pourquoi on trouve sur les
+monuments
+d'Ibsamboul, de Ghirch&eacute;, de Derri, de S&eacute;boua, etc., le
+roi Rhams&egrave;s
+pr&eacute;sentant des offrandes ou ses adorations &agrave; un dieu
+portant le m&ecirc;me nom
+de <i>Rhams&egrave;s</i>. On se tromperait en supposant que ce
+souverain se rendait
+ce culte &agrave; lui-m&ecirc;me. <i>Rhams&egrave;s</i> &eacute;tait
+simplement un des mille noms du
+dieu Phr&eacute; (le Soleil), et ces bas-reliefs ne prouvent tout au
+plus
+qu'une flatterie sacerdotale envers le roi vivant, celle de donner au
+dieu du temple celui de ces noms que le roi avait adopt&eacute;, et
+quelquefois
+m&ecirc;me les traits du visage du roi et de la reine fondateurs du
+temple;
+cela se reconna&icirc;t m&ecirc;me &agrave; <i>Philae</i>, dans la
+partie du grand temple
+d'<i>Isis</i>, construit par Ptol&eacute;m&eacute;e Philadelphe. Toutes
+les <i>Isis</i> du
+sanctuaire sont le portrait de la reine Arsino&eacute;, laquelle a une
+t&ecirc;te
+&eacute;videmment de race grecque: mais la chose est bien plus
+frappante encore
+sur les anciens monuments (les pharaoniques), o&ugrave; les traits des
+souverains sont de v&eacute;ritables portraits.</p>
+<p>Le 18 au soir nous descend&icirc;mes &agrave; <i>Amada</i>,
+o&ugrave; nous rest&acirc;mes jusqu'au 20
+apr&egrave;s midi. L&agrave; j'eus le plaisir d'&eacute;tudier &agrave;
+l'aise et sans &ecirc;tre distrait
+par les curieux, vu que nous &eacute;tions en plein d&eacute;sert, un
+temple de la
+bonne &eacute;poque. Ce monument, fort encombr&eacute; de sables, se
+compose d'abord
+d'une esp&egrave;ce de pronaos, salle soutenue par douze piliers
+carr&eacute;s,
+couverts de sculptures, et par quatre colonnes, que l'on ne peut mieux
+nommer que <i>proto-doriques</i>, ou doriques prototypes, car elles
+sont
+&eacute;videmment le type de la colonne dorique grecque; et, par une
+singularit&eacute; digne de remarque, je ne les trouve employ&eacute;es
+que dans les
+monuments &eacute;gyptiens les plus <i>antiques</i>,
+c'est-&agrave;-dire dans les hypog&eacute;es
+de B&eacute;ni-Hassan, &agrave; Amada, &agrave; Karnac, et &agrave; <i>Bet-oualli</i>,
+o&ugrave; sont les plus
+modernes, bien qu'elles datent du r&egrave;gne de S&eacute;sostris, ou
+plut&ocirc;t de celui
+de son p&egrave;re.</p>
+<p><img style="width: 1000px; height: 1417px;"
+ alt="N&deg; 1. D&eacute;dicace du Temple d'Amada. N&deg; 2. Chanson pour le battage des grains."
+ title="N&deg; 1. D&eacute;dicace du Temple d'Amada .N&deg; 2. Chanson pour le battage des grains."
+ src="images/128.png"><br>
+</p>
+<p>Le temple d'Amada a &eacute;t&eacute; fond&eacute; par Thouthmosis
+III (Moeris), comme le
+prouvent la plupart des bas-reliefs du sanctuaire, et surtout la
+d&eacute;dicace, sculpt&eacute;e sur les deux jambages des portes de
+l'int&eacute;rieur; et
+dont je mets ici la traduction litt&eacute;rale pour donner une
+id&eacute;e des
+d&eacute;dicaces des autres temples, que j'ai toutes recueillies avec
+soin. (V.
+<i>le texte hi&eacute;roglyphique</i>, pl. N&deg; 3.)</p>
+<p>&laquo;Le dieu bienfaisant, seigneur du monde, le roi (Soleil
+stabiliteur
+de
+l'univers), le fils du Soleil (Thouthmosis), mod&eacute;rateur de
+justice, a
+fait ses d&eacute;votions &agrave; son p&egrave;re le dieu Phr&eacute;,
+le dieu des deux montagnes
+c&eacute;lestes, et lui a &eacute;lev&eacute; ce temple en pierre dure;
+il l'a fait pour &ecirc;tre
+vivifi&eacute; &agrave; toujours.&raquo;</p>
+<p>Moeris mourut pendant la construction de ce temple, et son
+successeur,
+Am&eacute;nophis II, continua l'ouvrage commenc&eacute;, et fit
+sculpter les quatre
+salles &agrave; la droite et &agrave; la gauche du sanctuaire, ainsi
+qu'une partie de
+celle qui les pr&eacute;c&egrave;de; les travaux de ce roi sont
+d&eacute;taill&eacute;s dans une
+&eacute;norme st&egrave;le, portant une inscription de vingt lignes que
+j'ai toutes
+copi&eacute;es, &agrave; la sueur de mon front, au fond du sanctuaire.</p>
+<p>Son successeur, Thouthmosis IV, termina le temple en y ajoutant le
+pronaos et les piliers; on a couvert toutes leurs architraves de ses
+d&eacute;dicaces ou d'inscriptions laudatives. L'une d'elles m'a
+frapp&eacute; par sa
+singularit&eacute;; en voici la traduction:</p>
+<p>&laquo;Voici ce que dit le dieu Thoth, le Seigneur des divines
+paroles,
+aux
+autres dieux qui r&eacute;sident dans Thyri: Accourez et contemplez ces
+offrandes grandes et pures, faites pour la construction de ce temple,
+par le roi Thouthmosis (IV), &agrave; son p&egrave;re le dieu
+Phr&eacute;, dieu grand,
+manifest&eacute; dans le firmament!&raquo;</p>
+<p>La sculpture du temple d'Amada, appartenant &agrave; la belle
+&eacute;poque de l'art
+&eacute;gyptien, est bien pr&eacute;f&eacute;rable &agrave; celle de
+Derri, et m&ecirc;me aux tableaux
+religieux d'Ibsamboul.</p>
+<p>Dans l'apr&egrave;s-midi du 20, nos travaux d'Amada &eacute;tant
+termin&eacute;s, nous
+part&icirc;mes et descend&icirc;mes le Nil jusqu'&agrave; <i>Korosko,</i>
+village nubien, dont
+je garderai le souvenir, parce que nous y rencontr&acirc;mes
+l'excellent lord
+Prudhoe et le major F&eacute;lix, qui mettaient &agrave;
+ex&eacute;cution leur projet de
+remonter le Nil jusqu'au Senna&acirc;r, pour se rendre de l&agrave;
+dans l'Inde en
+traversant l'Abyssinie, l'Arabie et la Perse. Notre petite escadre
+s'arr&ecirc;ta, et nous pass&acirc;mes une partie de la nuit &agrave;
+causer des travaux
+pass&eacute;s et des projets futurs; je dis enfin adieu &agrave; ces
+courageux
+voyageurs, et les quittai avec beaucoup de regret, car ils remontent
+dans une saison tr&egrave;s-avanc&eacute;e. Que Dieu veille sur ces
+intr&eacute;pides amis de
+la science!</p>
+<p>Le 21 nous &eacute;tions &agrave; <i>Ouadi-Ess&eacute;boua</i> (la
+vall&eacute;e des lions), qui re&ccedil;oit
+ce nom d'une avenue de sphinx plac&eacute;s sur le <i>dromos</i> de
+son temple,
+lequel est un <i>h&eacute;misp&eacute;os</i>, c'est-&agrave;-dire un
+&eacute;difice &agrave; moiti&eacute; construit en
+pierres de taille, et &agrave; moiti&eacute; creus&eacute; dans le
+rocher; c'est, sans
+contredit, le plus mauvais travail de l'&eacute;poque de Rhams&egrave;s
+le Grand; les
+pierres de la b&acirc;tisse sont mal coup&eacute;es, les intervalles
+&eacute;taient masqu&eacute;s
+par du ciment sur lequel on avait continu&eacute; les sculptures de
+d&eacute;coration,
+qui sont d'une ex&eacute;cution assez m&eacute;diocre. Ce temple a
+&eacute;t&eacute; d&eacute;di&eacute; par
+S&eacute;sostris au dieu Phr&eacute; et au dieu Phtha, <i>seigneur de
+justice</i>: quatre
+colosses repr&eacute;sentant S&eacute;sostris debout occupent le
+commencement et la
+fin des deux rang&eacute;es de sphinx dont se compose l'avenue; deux
+tableaux
+historiques, repr&eacute;sentant le Pharaon frappant les peuples du <i>Nord</i>
+et
+du <i>Midi</i>, couvrent la face ext&eacute;rieure des deux massifs du
+pyl&ocirc;ne; mais
+la plupart de ces sculptures sont m&eacute;connaissables, parce que le
+mastic
+ou ciment qui en avait re&ccedil;u une grande partie est tomb&eacute;,
+et laisse une
+foule de lacunes dans la sc&egrave;ne et surtout dans les inscriptions.
+Ce
+temple est presque enti&egrave;rement enfoui dans les sables, qui
+l'envahissent
+de tous c&ocirc;t&eacute;s.</p>
+<p>Toute la journ&eacute;e du 22 fut perdue pour nous, &agrave; cause
+d'un vent du nord
+tr&egrave;s-violent, qui nous for&ccedil;a d'aborder et de nous tenir
+tranquilles au
+rivage jusqu'au coucher du soleil. Nous profit&acirc;mes du calme pour
+gagner
+<i>M&eacute;harrakah</i>, dont nous avions vu le temple en remontant:
+il n'est point
+sculpt&eacute;, et partant, d'aucun int&eacute;r&ecirc;t pour moi qui
+ne cherche que les
+<i>hadjar-maktoub</i> (les pierres &eacute;crites), comme disent nos
+Arabes.</p>
+<p>Le soleil levant du 23 nous trouva &agrave; <i>Dakk&egrave;h</i>,
+l'ancienne <i>Pselcis</i>. Je
+courus au temple, et la premi&egrave;re inscription
+hi&eacute;roglyphique qui me tomba
+sous les yeux m'apprit que j'&eacute;tais dans un lieu saint,
+d&eacute;di&eacute; &agrave; Thoth,
+seigneur de <i>Pselk</i>: j'accrus ainsi ma carte de Nubie d'un
+nouveau nom
+hi&eacute;roglyphique de ville, et je pourrais aujourd'hui publier une
+carte de
+Nubie avec les noms antiques en caract&egrave;res sacr&eacute;s.</p>
+<p>Le monument de Dakk&egrave;h pr&eacute;sente un double
+int&eacute;r&ecirc;t sous le rapport
+mythologique; il donne des mat&eacute;riaux infiniment pr&eacute;cieux
+pour comprendre
+la nature et les attributions de l'&ecirc;tre divin que les
+&Eacute;gyptiens
+adoraient sous le nom de Thoth (l'Herm&egrave;s deux fois grand); une
+s&eacute;rie de
+bas-reliefs m'a offert, en quelque sorte, toutes les <i>transfigurations</i>
+de ce dieu. Je l'y ai trouv&eacute; d'abord (ce qui devait &ecirc;tre)
+en liaison
+avec <i>Har-Hat</i> (le grand Herm&egrave;s Trism&eacute;giste), sa
+forme primordiale, et
+dont lui, Thoth, n'est que la <i>derni&egrave;re transformation</i>,
+c'est-&agrave;-dire
+son incarnation sur la terre &agrave; la suite d'<i>Ammon-Ra</i> et de <i>Mouth</i>
+incarn&eacute;s en Osiris et en Isis. Thoth remonte jusqu'&agrave; l'<i>Herm&egrave;s
+c&eacute;leste</i>
+(Har-Hat), la sagesse divine, l'esprit de Dieu, en passant par les
+formes: 1&deg; de <i>Pahitnoufi</i> (celui dont le coeur est bon);
+2&deg;
+d'<i>Arihosnofri</i> ou <i>Arihosnoufi</i> (celui qui produit les
+chants
+harmonieux); 3&deg; de <i>Meu&iuml;</i> (la pens&eacute;e ou la
+raison): sous chacun de ces
+noms Thoth a une forme et des insignes particuliers, et les images de
+ces diverses transformations du second Herm&egrave;s couvrent les
+parois du
+temple de Dakk&egrave;h. J'oubliais de dire que j'ai trouv&eacute; ici
+Thoth (le
+Mercure &eacute;gyptien) arm&eacute; du <i>caduc&eacute;e</i>,
+c'est-&agrave;-dire du sceptre ordinaire
+des dieux, entour&eacute; de deux serpents, plus un scorpion.</p>
+<p>Sous le rapport historique, j'ai reconnu que la partie la plus
+ancienne
+de ce temple (l'avant-derni&egrave;re salle) a &eacute;t&eacute;
+construite et sculpt&eacute;e par
+le plus c&eacute;l&egrave;bre des rois &eacute;thiopiens, <i>Ergam&egrave;nes</i>
+(Erkamen), qui, selon
+le r&eacute;cit de Diodore de Sicile, d&eacute;livra l'<i>&Eacute;thiopie</i>
+du gouvernement
+th&eacute;ocratique, par un moyen atroce, il est vrai, en
+&eacute;gorgeant tous les
+pr&ecirc;tres du pays: il n'en fit sans doute pas autant en Nubie,
+puisqu'il y
+&eacute;leva un temple; et ce monument prouve que la Nubie cessa
+d'&ecirc;tre soumise
+&agrave; l'&Eacute;gypte d&egrave;s la chute de la XXVIe dynastie,
+celle des Sa&iuml;tes, d&eacute;tr&ocirc;n&eacute;e
+par Cambyse, et que cette contr&eacute;e passa sous le joug des
+&Eacute;thiopiens
+jusqu'&agrave; l'&eacute;poque des conqu&ecirc;tes de
+Ptol&eacute;m&eacute;e &Eacute;verg&egrave;te Ier, qui la r&eacute;unit
+de nouveau &agrave; l'&Eacute;gypte. Aussi le temple de Dakk&egrave;h,
+commenc&eacute; par
+l'&Eacute;thiopien <i>Ergam&egrave;nes</i>, a-t-il &eacute;t&eacute;
+continu&eacute; par &Eacute;verg&egrave;te Ier, par son
+fils Philopator et son petit-fils &Eacute;verg&egrave;te II. C'est
+l'empereur Auguste
+qui a pouss&eacute;, sans l'achever, la sculpture int&eacute;rieure de
+ce temple.</p>
+<p>Pr&egrave;s du pyl&ocirc;ne de Dakk&egrave;h, j'ai reconnu un reste
+d'&eacute;difice, dont quelques
+grands blocs de pierre conservent encore une portion de
+d&eacute;dicace:
+c'&eacute;tait un temple de Thoth, construit par le Pharaon Moeris.
+Voil&agrave;
+encore un fait qui, comme beaucoup d'autre semblables, prouve que les
+Ptol&eacute;m&eacute;es, et l'&Eacute;thiopien Ergam&egrave;nes
+lui-m&ecirc;me, n'ont fait que
+reconstruire des temples l&agrave; o&ugrave; il en existait dans les
+temps
+pharaoniques, et aux m&ecirc;mes divinit&eacute;s qu'on y a toujours
+ador&eacute;es. Ce
+point &eacute;tait fort important &agrave; &eacute;tablir, afin de
+d&eacute;montrer que les derniers
+monuments &eacute;lev&eacute;s par les &Eacute;gyptiens ne contenaient <i>aucune
+nouvelle forme
+de divinit&eacute;</i>. Le syst&egrave;me religieux de ce peuple
+&eacute;tait tellement un,
+tellement li&eacute; dans toutes ses parties, et arr&ecirc;t&eacute;
+depuis un temps
+imm&eacute;morial d'une mani&egrave;re si absolue et si pr&eacute;cise,
+que la domination des
+Grecs et des Romains n'a produit aucune innovation: les
+Ptol&eacute;m&eacute;es et les
+C&eacute;sars ont refait seulement, en Nubie comme en &Eacute;gypte, ce
+que les Perses
+avaient d&eacute;truit, et reb&acirc;ti des temples l&agrave; o&ugrave;
+il en existait autrefois,
+et d&eacute;di&eacute;s aux m&ecirc;mes dieux.</p>
+<p>Dakk&egrave;h est le point le plus m&eacute;ridional o&ugrave; j'aie
+rencontr&eacute; des travaux
+ex&eacute;cut&eacute;s sous les Ptol&eacute;m&eacute;es et les
+empereurs. Je suis convaincu que la
+domination grecque ou romaine ne s'est jamais &eacute;tendue, <i>au
+plus</i>, au
+del&agrave; d'Ibrim. Aussi ai-je trouv&eacute; depuis <i>Dakk&egrave;h</i>
+jusqu'&agrave; <i>Th&egrave;bes</i> une
+s&eacute;rie presque continue d'&eacute;difices construit &agrave; ces
+deux &eacute;poques: les
+monuments pharaoniques sont rares, et ceux du temps des
+Ptol&eacute;m&eacute;es et des
+C&eacute;sars sont nombreux, et presque tous non achev&eacute;s. J'en
+ai conclu que la
+destruction des temples pharaoniques primitivement existants entre
+Th&egrave;bes et Dakk&egrave;h, en Nubie, doit &ecirc;tre
+attribu&eacute;e aux Perses, qui ont d&ucirc;
+suivre la vall&eacute;e du Nil jusque vers S&eacute;bou&acirc;,
+o&ugrave; ils ont pris, pour se
+rendre en &Eacute;thiopie (et pour en revenir), la route du
+d&eacute;sert, infiniment
+plus courte que celle du fleuve, impraticable d'ailleurs pour une
+arm&eacute;e,
+&agrave; cause de nombreuses cataractes; la route du d&eacute;sert est
+celle que
+suivent encore aujourd'hui la plupart des caravanes, les arm&eacute;es
+et les
+voyageurs isol&eacute;s. Cette marche des Perses a sauv&eacute; le
+monument d'Amada,
+facile &agrave; d&eacute;truire puisqu'il n'est point d'une grande
+&eacute;tendue. De Dakk&egrave;h
+&agrave; Th&egrave;bes on ne voit donc plus que de <i>secondes
+&eacute;ditions</i> des temples.</p>
+<p>Il faut en excepter le monument de <i>Ghirch&eacute;</i> et celui
+de <i>Bet-oualli</i>
+que les Perses n'ont pu d&eacute;truire, puisqu'il e&ucirc;t fallu
+abattre les
+<i>montagnes</i> dans lesquelles ils sont creus&eacute;s au ciseau.
+Mais ces
+<i>sp&eacute;os</i>, et surtout le premier, ont &eacute;t&eacute;
+ravag&eacute;s autant que le permettait
+la nature des lieux.</p>
+<p>Nous arriv&acirc;mes &agrave; <i>Ghirch&eacute;-Hussan</i> ou <i>Ghirf-Housse&iuml;n</i>
+le 25 janvier.
+C'est encore ici, comme &agrave; Ibsamboul, &agrave; Derri et &agrave;
+S&eacute;bou&acirc;, un v&eacute;ritable
+Rhamess&eacute;ion ou <i>Rhams&eacute;ion</i>, c'est-&agrave;-dire un
+monument d&ucirc; &agrave; la munificence
+de Rhams&egrave;s le Grand. Celui-ci est consacr&eacute; au dieu <i>Phtha</i>,
+personnage
+dont on retrouve une imitation d&eacute;color&eacute;e dans l'<i>Hephaistos</i>
+des Grecs
+et le Vulcain des Latins. Phtha &eacute;tait le dieu &eacute;ponyme de
+Ghirch&eacute;, qui,
+en langue &eacute;gyptienne, portait le nom de <i>Pthahei</i> ou <i>Thyptah</i>,
+<i>demeure
+de Phtha</i>. Ainsi cette bourgade nubienne portait jadis le m&ecirc;me
+nom sacr&eacute;
+que <i>Memphis</i>: il para&icirc;t que ces noms fastueux furent
+&agrave; la mode en
+Nubie, puisque les inscriptions hi&eacute;roglyphiques m'ont appris,
+par
+exemple, que <i>Derri</i> avait le m&ecirc;me nom que la fameuse <i>H&eacute;liopolis</i>
+d'&Eacute;gypte, <i>demeure du Soleil</i>, et que le mis&eacute;rable
+village nomm&eacute;
+aujourd'hui S&eacute;bou&acirc;, et dont le monument est si pauvre, se
+d&eacute;corait du
+nom d'<i>Amone&iuml;</i>, celui m&ecirc;me de la <i>Th&egrave;bes</i>
+aux cent portes.</p>
+<p>La portion construite de l'<i>h&eacute;misp&eacute;os</i> de
+Ghirch&eacute; est, &agrave; tr&egrave;s-peu pr&egrave;s,
+d&eacute;truite, et la partie excav&eacute;e dans le rocher, travail
+immense, a &eacute;t&eacute;
+d&eacute;grad&eacute;e avec une esp&egrave;ce de recherche. J'ai
+cependant pu relever le
+sujet de tous les bas-reliefs et une grande portion des
+l&eacute;gendes. La
+grande salle est soutenue par six &eacute;normes piliers, dans lesquels
+on a
+taill&eacute; six colosses offrant le singulier contraste d'un travail
+barbare
+&agrave; c&ocirc;t&eacute; de bas-reliefs d'une fort belle
+ex&eacute;cution. Sur les parois
+lat&eacute;rales sont huit niches carr&eacute;es renfermant chacune
+trois figures
+assises, sculpt&eacute;es de plein relief: le personnage occupant le
+milieu de
+ces niches, ou petites chapelles, est toujours le dieu Soleil
+Rhams&egrave;s,
+le patron de S&eacute;sostris, invoqu&eacute; sous le nom de Dieu
+Grand, et comme
+r&eacute;sidant dans <i>Phtha&euml;i, Amone&iuml;</i> et <i>Thyri</i>,
+c'est-&agrave;-dire dans <i>Ghirch&eacute;,
+S&eacute;bou&acirc;</i> et <i>Derri</i>, o&ugrave; existent en effet
+des Rhams&eacute;ion d&eacute;di&eacute;s au dieu
+Soleil Rhams&egrave;s, le m&ecirc;me qu'on adore &agrave;
+Ghirch&eacute;, comme fils de Phtha et
+d'Hath&ocirc;r, les grandes divinit&eacute;s de ce temple.
+L'&eacute;tude des tableaux
+religieux de Ghirch&eacute; &eacute;claircit beaucoup le mythe de ces
+trois
+personnages.</p>
+<p>La journ&eacute;e du 26 f&ucirc;t donn&eacute;e en partie au petit
+temple de <i>Dandour</i>. Nous
+retombons ici dans le <i>moderne</i>; c'est un ouvrage non
+achev&eacute; du temps de
+l'empereur Auguste; mais, quoique peu important par son &eacute;tendue,
+ce
+monument m'a beaucoup int&eacute;ress&eacute;, puisqu'il est
+enti&egrave;rement relatif &agrave;
+l'incarnation d'Osiris, sous forme humaine, sur la terre. Notre
+soir&eacute;e
+du 25 avait &eacute;t&eacute; &eacute;gay&eacute;e par un superbe
+&eacute;cho d&eacute;couvert par hasard en face
+de Dandour, o&ugrave; nous venions d'aborder. Il r&eacute;p&egrave;te
+fort distinctement et
+d'une voix sonore jusqu'&agrave; onze syllabes. Nos compagnons italiens
+se
+plaisaient &agrave; lui faire redire des vers du Tasse,
+entrem&ecirc;l&eacute;s de coups de
+fusil qu'on tirait de tous c&ocirc;t&eacute;s, et auxquels
+l'&eacute;cho r&eacute;pondait par des
+coups de canon ou les &eacute;clats du tonnerre.</p>
+<p>Le temple de <i>Kalabschi</i> eut son tour le 27; c'est ici que
+j'ai
+d&eacute;couvert une nouvelle g&eacute;n&eacute;ration de dieux, et qui
+compl&egrave;te le cercle
+des formes d'Ammon, point de d&eacute;part et point de r&eacute;union
+de toutes les
+essences divines. Ammon-Ra, l'&Ecirc;tre supr&ecirc;me et primordial,
+&eacute;tant son
+propre p&egrave;re, est qualifi&eacute; de mari de sa m&egrave;re (la
+d&eacute;esse Mouth), sa
+portion f&eacute;minine renferm&eacute;e en sa propre essence &agrave;
+la fois m&acirc;le et
+femelle, [Greek: Arsenothaelus]: tous les autres dieux &eacute;gyptiens
+ne sont
+que des formes de ces deux principes constituants
+consid&eacute;r&eacute;s sous
+diff&eacute;rents rapports pris isol&eacute;ment. Ce ne sont que de
+pures abstractions
+du grand &Ecirc;tre. Ces formes secondaires, tertiaires, etc.,
+&eacute;tablissent une
+cha&icirc;ne non interrompue qui descend des cieux et se
+mat&eacute;rialise jusqu'aux
+incarnations sur la terre, et sous forme humaine. La derni&egrave;re de
+ces
+incarnations est celle d'<i>Horus</i>, et cet anneau extr&ecirc;me de
+la cha&icirc;ne
+divine forme sous le nom d'Horammon l'Omega des dieux, dont Ammon-Horus
+(le grand Ammon, esprit actif et g&eacute;n&eacute;rateur) est l'Alpha.
+Le point de
+d&eacute;part de la mythologie &eacute;gyptienne est une <i>Triade</i>
+form&eacute;e des trois
+parties d'<i>Ammon-Ra</i>, savoir Ammon (le m&acirc;le et le
+p&egrave;re), Mouth (la
+femelle et la m&egrave;re) et Khons (le fils enfant). Cette Triade,
+s'&eacute;tant
+manifest&eacute;e sur la terre, se r&eacute;sout en Osiris, Isis et
+Horus. Mais la
+parit&eacute; n'est pas compl&egrave;te, puisque Osiris et Isis sont
+fr&egrave;res. C'est &agrave;
+Kalabschi que j'ai enfin trouv&eacute; la Triade finale, celle dont les
+trois
+membres se fondent exactement dans les trois membres de la Triade
+initiale: Horus y porte en effet le titre de mari de la m&egrave;re; et
+le fils
+qu'il a eu de sa m&egrave;re Isis, et qui se nomme <i>Malouli</i> (le <i>Mandouli</i>
+dans les <i>proscynemata</i> grecs), est le dieu principal de
+Kalabschi, et
+cinquante bas-reliefs nous donnent sa g&eacute;n&eacute;alogie. Ainsi
+la Triade finale
+se formait d'Horus, de sa m&egrave;re Isis et de leur fils Malouli,
+personnages
+qui rentrent exactement dans la Triade initiale, Ammon, sa m&egrave;re
+Mouth et
+leur fils Khons. Aussi <i>Malouli</i> &eacute;tait-il ador&eacute;
+&agrave; Kalabschi sous une
+forme pareille &agrave; celle de Khons, sous le m&ecirc;me costume et
+orn&eacute; des m&ecirc;mes
+insignes: seulement le jeune dieu porte ici de plus le titre de
+Seigneur
+de Talmis, c'est-&agrave;-dire de Kalabschi, que les g&eacute;ographes
+grecs appellent
+en effet <i>Talmis</i>, nom qui se retrouve d'ailleurs dans les
+inscriptions
+des temples.</p>
+<p>J'ai, de plus, acquis la certitude qu'il avait exist&eacute;
+&agrave; Talmis trois
+<i>&eacute;ditions</i> du temple de Malouli; une sous les Pharaons et
+du r&egrave;gne
+d'Am&eacute;nophis II, successeur de Moeris: une du temps des
+Ptol&eacute;m&eacute;es; et la
+derni&egrave;re, le temple actuel qui n'a jamais &eacute;t&eacute;
+termin&eacute;, sous Auguste,
+Ca&iuml;us Caligula et Trajan; et la l&eacute;gende du dieu <i>Malouli</i>,
+dans un
+fragment de bas-relief du premier temple, employ&eacute; dans la
+construction
+du troisi&egrave;me, ne diff&egrave;re en rien des l&eacute;gendes les
+plus r&eacute;centes. Ainsi
+donc, le culte local de toutes les villes et bourgades de Nubie et
+d'&Eacute;gypte n'a jamais re&ccedil;u de modification, on n'innovait
+rien, et les
+anciens dieux r&eacute;gnaient encore le jour o&ugrave; les temples ont
+&eacute;t&eacute; ferm&eacute;s par
+le christianisme. Ces dieux, d'ailleurs, s'&eacute;taient en quelque
+sorte
+partag&eacute; l'&Eacute;gypte et la Nubie, constituant ainsi une
+esp&egrave;ce de
+<i>r&eacute;partition f&eacute;odale</i>. Chaque ville avait son
+patron; Chnouphis et Sat&eacute;
+r&eacute;gnaient &agrave; &Eacute;l&eacute;phantine, &agrave;
+Sy&egrave;ne et &agrave; B&eacute;gh&eacute;, et leur juridiction
+s'&eacute;tendait sur la Nubie enti&egrave;re; Phr&eacute;, &agrave;
+Ibsamboul, &agrave; Derri et &agrave; Amada;
+Phtha, &agrave; Ghirch&eacute;; Anouk&eacute;, &agrave; Maschakit;
+Thoth, le surintendant de
+Chnouphis, sur toute la Nubie, avait ses fiefs principaux &agrave;
+Gh&eacute;bel-Add&egrave;h
+et &agrave; Dakk&egrave;h; Osiris &eacute;tait seigneur de Dandour;
+Isis, reine &agrave; Philae;
+Hath&ocirc;r, &agrave; Ibsamboul, et enfin Malouli, &agrave; Kalabschi.
+Mais Ammon-Ra r&egrave;gne
+partout et occupe habituellement la droite des sanctuaires.</p>
+<p>Il en &eacute;tait de m&ecirc;me en &Eacute;gypte, et l'on
+con&ccedil;oit que ce culte partiel ne
+pouvait changer, puisqu'il &eacute;tait attach&eacute; au pays par
+toute la puissance
+des croyances religieuses. Du reste, ce culte, pour ainsi dire exclusif
+dans chaque localit&eacute;, ne produisait aucune haine entre les
+villes
+voisines, puisque chacune d'elles admettait dans son temple (comme
+syntr&ocirc;nes), et cela par un esprit de courtoisie tr&egrave;s-bien
+calcul&eacute;, les
+divinit&eacute;s ador&eacute;es dans les cantons limitrophes. Ainsi
+j'ai retrouv&eacute; &agrave;
+Kalabschi les dieux de Ghirch&eacute; et de Dakk&egrave;h au midi, ceux
+de D&eacute;boud au
+nord, occupant une place distingu&eacute;e; &agrave; D&eacute;boud, les
+dieux de Dakk&egrave;h et de
+Philae; &agrave; Philae, ceux de D&eacute;boud et de Dakk&egrave;h, au
+midi? ceux de B&eacute;gh&eacute;
+d'&Eacute;l&eacute;phantine et de Sy&egrave;ne au nord; &agrave;
+Sy&egrave;ne enfin, les dieux de Philae et
+ceux d'Ombos.</p>
+<p>C'est encore &agrave; Kalabschi que j'ai remarqu&eacute;, pour la
+premi&egrave;re fois, la
+couleur violette employ&eacute;e dans les bas-reliefs peints; j'ai fini
+par
+d&eacute;couvrir que cette couleur provenait du mordant ou mixtion
+appliqu&eacute;e
+sur les parties de ces tableaux qui devaient recevoir la <i>dorure</i>;
+ainsi
+le sanctuaire de Kalabschi et la salle qui le pr&eacute;c&egrave;de ont
+&eacute;t&eacute; dor&eacute;s
+aussi bien que le sanctuaire de Dakk&egrave;h.</p>
+<p>Pr&egrave;s de Kalabschi est l'int&eacute;ressant monument de <i>Bet-Oualli</i>,
+qui nous a
+pris les journ&eacute;es des 28, 29, 30 et 31 janvier jusqu'&agrave;
+midi. L&agrave;, mes
+yeux se sont consol&eacute;s des sculptures barbares du temple de
+Kalabschi,
+qu'on a fait riches parce qu'on ne savait plus les faire belles, en
+contemplant les bas-reliefs historiques gui d&eacute;corent ce
+sp&eacute;os, d'un fort
+beau style, et dont nous avons des copies compl&egrave;tes. Ces
+tableaux sont
+relatifs aux campagnes contre les Arabes et des peuples <i>africains</i>,
+les
+<i>Kouschi</i> (les &Eacute;thiopiens), et les <i>Schari</i>, qui sont
+probablement les
+<i>Bischari</i> d'aujourd'hui; campagnes de S&eacute;sostris dans <i>sa
+jeunesse</i> et
+<i>du vivant de son p&egrave;re</i>, comme le dit express&eacute;ment
+Diodore de Sicile,
+qui &agrave; cette &eacute;poque lui fait soumettre, en effet, les <i>Arabes</i>
+et
+<i>presque toute la Libye</i>.</p>
+<p>Le roi Rhams&egrave;s, p&egrave;re de <i>S&eacute;sostris</i>, est
+assis sur son tr&ocirc;ne dans un
+naos, et son fils, en costume de prince, lui pr&eacute;sente un groupe
+de
+prisonniers arabes asiatiques. Plus loin, le Pharaon est
+repr&eacute;sent&eacute;
+comme vainqueur, frappant lui-m&ecirc;me un homme de cette nation, en
+m&ecirc;me
+temps que le prince (S&eacute;sostris) lui pr&eacute;sente les chefs
+militaires et une
+foule de prisonniers. Le roi, sur son char, poursuit les Arabes, et son
+fils frappe de sa hache les portes d'une ville assi&eacute;g&eacute;e;
+le roi foule
+aux pieds les Arabes vaincus, dont une longue file lui est
+amen&eacute;e en
+&eacute;tat de captifs par le prince son fils: tels sont les tableaux
+historiques d&eacute;corant la paroi de gauche de ce qui formait la
+salle
+principale du monument, en supposant que cette portion du <i>sp&eacute;os</i>
+ait
+jamais &eacute;t&eacute; couverte.</p>
+<p>La paroi de droite pr&eacute;sente les d&eacute;tails de la campagne
+contre les
+<i>&Eacute;thiopiens</i>, les <i>Bischari</i> et des <i>n&egrave;gres</i>.
+Dans le premier tableau,
+d'une grande &eacute;tendue, on voit les Barbares en pleine
+d&eacute;route, se
+r&eacute;fugiant dans leurs for&ecirc;ts, sur les montagnes, ou dans
+des mar&eacute;cages;
+le second tableau, qui couvre le reste de cette paroi,
+repr&eacute;sente le roi
+assis dans un naos et accueillant, avec un geste de la main, son fils
+a&icirc;n&eacute; (S&eacute;sostris), qui lui pr&eacute;sente, 1&deg;
+un <i>prince &eacute;thiopien</i> nomm&eacute;
+<i>Am&eacute;n&eacute;moph, fils de Poeri</i>, soutenu par deux de ses
+enfants, dont l'un
+lui offre une coupe, comme pour lui donner la force d'arriver au pied
+du
+tr&ocirc;ne du p&egrave;re de son vainqueur; 2&deg; des chefs
+militaires &eacute;gyptiens; 3&deg;
+des tables et des buffets couverts de <i>cha&icirc;nes d'or</i> et
+avec elles des
+<i>peaux de panth&egrave;re</i>; des sachets renfermant de l'<i>or en
+poudre</i>; des
+troncs de bois d'<i>&eacute;b&egrave;ne</i>; des <i>dents
+d'&eacute;l&eacute;phant</i>; des <i>plumes
+d'autruche</i>; des faisceaux d'<i>arcs</i> et de <i>fl&egrave;ches</i>;
+des <i>meubles
+pr&eacute;cieux</i>; et toutes sortes de butin pris sur l'ennemi ou
+impos&eacute; par la
+conqu&ecirc;te; 4&deg; &agrave; la suite de ces richesses, marchent
+quelques <i>Bischari</i>
+prisonniers, hommes et femmes, l'une de celles-ci portant deux enfants
+sur ses &eacute;paules et dans une esp&egrave;ce de couffe; suivent des
+individus
+conduisant au roi des <i>animaux vivants</i>, les plus curieux de
+l'int&eacute;rieur
+de l'Afrique, le <i>lion</i>, les <i>panth&egrave;res</i>, l'<i>autruche</i>,
+des <i>singes</i> et
+la <i>girafe</i>, parfaitement dessin&eacute;s, etc., etc. On
+reconna&icirc;tra l&agrave;,
+j'esp&egrave;re, la campagne de S&eacute;sostris contre les
+&Eacute;thiopiens, lesquels il
+for&ccedil;a, selon Diodore de Sicile encore, de payer &agrave;
+l'&Eacute;gypte un tribut
+annuel en <i>or</i>, en <i>&eacute;b&egrave;ne</i> et en <i>dents
+d'&eacute;l&eacute;phant</i>.</p>
+<p>Les autres sculptures du sp&eacute;os sont toutes religieuses. Ce
+monument
+&eacute;tait consacr&eacute; au grand dieu Ammon-Ra et &agrave; sa
+forme secondaire
+Chnouphis. Le premier de ces dieux d&eacute;clare plusieurs fois, dans
+ses
+l&eacute;gendes, avoir donn&eacute; toutes les mers et toutes les
+terres existantes &agrave;
+son fils ch&eacute;ri &laquo;le Seigneur du monde (Soleil gardien de
+justice)
+Rhams&egrave;s
+(II).&raquo; Dans le sanctuaire, ce Pharaon est
+repr&eacute;sent&eacute;
+su&ccedil;ant le lait des
+d&eacute;esses Anouk&eacute; et Isis. &laquo;Moi qui suis ta
+m&egrave;re, la
+dame d'&Eacute;l&eacute;phantine,
+dit la premi&egrave;re, je te re&ccedil;ois sur mes genoux, et te
+pr&eacute;sente mon sein
+pour que tu y prennes ta nourriture, &ocirc; Rhams&egrave;s!&raquo;
+&laquo;Et moi,
+ta m&egrave;re Isis,
+dit l'autre, moi, la dame de Nubie, je t'accorde les p&eacute;riodes
+des
+pan&eacute;gyries (celles de trente ans) que tu suces avec mon lait, et
+qui
+s'&eacute;couleront en une vie pure.&raquo; J'ai fait copier ces deux
+tableaux, ainsi
+que plusieurs autres, parmi lesquels deux bas-reliefs montrant le
+Pharaon vainqueur des peuples du <i>Midi</i> et des peuples du <i>Nord</i>.
+Il ne
+faut pas oublier que les &Eacute;gyptiens appelaient les Syriens, les
+Assyriens, les Ioniens et les Grecs, peuples septentrionaux.</p>
+<p>Je dis adieu &agrave; ce monument de Bet-Oualli avec quelque peine;
+car c'&eacute;tait
+le dernier de la belle &eacute;poque et d'une bonne sculpture que je
+dusse
+rencontrer entre Kalabschi et Th&egrave;bes.</p>
+<p>Le 31, au coucher du soleil, nous &eacute;tions &agrave; <i>Kard&acirc;ssi</i>
+ou <i>Kortha</i>, o&ugrave;
+j'allai visiter les restes d'un petit temple d'Isis,
+d&eacute;nu&eacute; de sculpture,
+&agrave; l'exception d'un bas-relief sur un f&ucirc;t de colonne.
+J'avais vu, deux
+heures auparavant, les temples de <i>Tafah</i> (l'ancienne <i>Taphis</i>),
+&eacute;galement sans sculptures ni inscriptions
+hi&eacute;roglyphiques; mais on juge
+facilement, &agrave; leur genre d'architecture, qu'ils appartiennent au
+temps
+de la domination romaine.</p>
+<p>Le 1er f&eacute;vrier, nous v&icirc;mes venir &agrave; nous une
+cange avec pavillon
+autrichien: c'&eacute;tait du nouveau pour nous, et les conjectures de
+marcher;
+cependant, la barque avan&ccedil;ait aussi vers nous, et je reconnus
+sur la
+proue M. Acerbi, consul g&eacute;n&eacute;ral d'Autriche en
+&Eacute;gypte, qui m'appelait et
+me saluait de la main. Nous arr&ecirc;t&acirc;mes nos barques et
+pass&acirc;mes quelques
+heures &agrave; causer de nos travaux avec cet excellent homme,
+publiciste et
+litt&eacute;rateur distingu&eacute;, qui nous avait trait&eacute;s
+d'une mani&egrave;re si aimable
+pendant notre s&eacute;jour &agrave; Alexandrie. Nous nous
+s&eacute;par&acirc;mes, lui pour
+remonter jusqu'&agrave; la seconde cataracte, et moi pour rentrer en
+&Eacute;gypte,
+avec promesse de nous rejoindre &agrave; Th&egrave;bes, qui est le
+Paris de l'&Eacute;gypte
+et le rendez-vous des voyageurs, n'en d&eacute;plaise &agrave; la
+grosse ville du
+Kaire et &agrave; la triste Alexandrie.</p>
+<p>Vers deux heures apr&egrave;s midi, nous &eacute;tions &agrave; <i>D&eacute;boud</i>
+ou <i>D&eacute;boud&eacute;</i>: nous
+&eacute;tant rendus au temple, en passant sous les trois petits
+propylons sans
+sculpture, je trouvai qu'il avait &eacute;t&eacute; b&acirc;ti, en
+grande partie, par un roi
+&eacute;thiopien nomm&eacute; <i>Atharramon</i>, et qui doit
+&ecirc;tre le pr&eacute;d&eacute;cesseur ou le
+successeur imm&eacute;diat de l'<i>Ergam&egrave;nes</i> de
+Dakk&eacute;. Le temple, d&eacute;di&eacute; &agrave;
+Ammon-Ra, seigneur de <i>T&eacute;bot</i> (D&eacute;boud), et &agrave;
+Hath&ocirc;r, et subsidiairement
+&agrave; Osiris et &agrave; Isis, a &eacute;t&eacute; continu&eacute;,
+mais non achev&eacute;, sous les empereurs
+Auguste et Tib&egrave;re. Dans le sanctuaire, encore non
+sculpt&eacute;, gisent les
+d&eacute;bris d'un mauvais naos monolithe, en granit rose, du temps des
+Ptol&eacute;m&eacute;es.</p>
+<p>Notre travail &eacute;tant termin&eacute;, nous rentr&acirc;mes dans
+nos barques, press&eacute;s de
+partir et de profiter du reste de la journ&eacute;e pour arriver
+&agrave; Philae,
+rentrer ainsi en &Eacute;gypte, et dire adieu &agrave; cette pauvre
+Nubie, dont la
+s&eacute;cheresse avait d&eacute;j&agrave; lass&eacute; tous mes
+compagnons de voyage; d'ailleurs,
+en remettant le pied en &Eacute;gypte, nous pouvions esp&eacute;rer de
+manger du pain
+un peu plus supportable que les maigres galettes azymes dont nous
+r&eacute;galait journellement notre boulanger en chef, tout &agrave;
+fait &agrave; la hauteur
+du gargotier arabe qu'on nous donna au Kaire comme un cuisinier
+cordon-bleu.</p>
+<p>C'est &agrave; neuf heures du soir que nous retouch&acirc;mes enfin
+la terre
+&eacute;gyptienne, en abordant &agrave; l'&icirc;le de Philae, rendant
+gr&acirc;ces &agrave; ses antiques
+divinit&eacute;s Osiris, Isis et Horus, de ce que la famine ne nous
+avait pas
+d&eacute;vor&eacute;s entre les deux cataractes.</p>
+<p>Nous avons s&eacute;journ&eacute; dans l'&icirc;le sainte jusqu'au 7
+f&eacute;vrier, terminant les
+travaux commenc&eacute;s au mois de d&eacute;cembre, et recueillant
+tous les tableaux
+mythologiques relatifs &agrave; l'histoire et aux attributions d'Isis
+et
+d'Osiris, les dieux principaux de Philae, bas-reliefs qui s'y trouvent
+en fort grand nombre. Je me contenterai de donner ici les
+&eacute;poques des
+principaux &eacute;difices de cette &icirc;le.</p>
+<p>Le petit temple du sud a &eacute;t&eacute; d&eacute;di&eacute;
+&agrave; Hath&ocirc;r, et construit par le Pharaon
+Nectan&egrave;be, le dernier des rois de race &eacute;gyptienne,
+d&eacute;tr&ocirc;n&eacute; par la
+seconde invasion des Perses. La grande galerie, ou portique couvert
+qui,
+de ce joli petit &eacute;difice, conduit au grand temple, est de
+l'&eacute;poque des
+empereurs; ce qu'il y a de sculpt&eacute; l'a &eacute;t&eacute; sous
+les r&egrave;gnes d'Auguste, de
+Tib&egrave;re et de Claude.</p>
+<p>Le premier pyl&ocirc;ne est du temps de Ptol&eacute;m&eacute;e
+Philom&eacute;tor, qui a encastr&eacute;
+dans ce pyl&ocirc;ne un propylon d&eacute;di&eacute; &agrave; Isis par
+le Pharaon Nectan&egrave;be, et
+l'existence de ce propylon prouve qu'avant le <i>grand temple d'Isis</i>
+actuel il en existait d&eacute;j&agrave; un autre sur le m&ecirc;me
+emplacement, lequel aura
+&eacute;t&eacute; d&eacute;truit par les Perses de Darius Ochus. Cela
+explique les d&eacute;bris de
+sculpture plus anciens employ&eacute;s dans les colonnes du pronaos
+actuel du
+grand temple.</p>
+<p>C'est Ptol&eacute;m&eacute;e Philadelphe qui a construit le
+sanctuaire et les salles
+adjacentes de ce monument. Le pronaos est d'&Eacute;verg&egrave;te II,
+et le second
+pyl&ocirc;ne, de Ptol&eacute;m&eacute;e Philom&eacute;tor. Les
+sculptures et bas-reliefs ext&eacute;rieurs
+de tout l'&eacute;difice ont &eacute;t&eacute; ex&eacute;cut&eacute;s
+sous Auguste et Tib&egrave;re.</p>
+<p>Entre les deux pyl&ocirc;nes du grand temple d'Isis, il existe
+&agrave; droite et &agrave;
+gauche deux beaux &eacute;difices d'un genre particulier. Celui de
+gauche est
+un temple p&eacute;ript&egrave;re, d&eacute;di&eacute; &agrave;
+Hath&ocirc;r et &agrave; la d&eacute;livrance d'Isis qui vient
+d'enfanter Horus. La plus ancienne partie de ce temple est de
+Ptol&eacute;m&eacute;e
+&Eacute;piphane ou de son fils &Eacute;verg&egrave;te II. Les
+bas-reliefs ext&eacute;rieurs sont du
+r&egrave;gne d'Auguste et de Tib&egrave;re. C'est
+&Eacute;verg&egrave;te II qui se donne les
+honneurs de la construction de ce temple, dans les longues
+d&eacute;dicaces de
+la frise ext&eacute;rieure.</p>
+<p>Le m&ecirc;me roi s'est aussi empar&eacute;, par une inscription
+semblable, de
+l'&eacute;difice de droite, qui, presque tout entier, est de son
+fr&egrave;re
+Philom&eacute;tor, &agrave; l'exception d'une salle sculpt&eacute;e
+sous Tib&egrave;re.</p>
+<p>J'ai donn&eacute; une journ&eacute;e presque enti&egrave;re &agrave;
+une petite &icirc;le voisine de
+Philae, l'&icirc;le de <i>B&eacute;gh&eacute;</i>, o&ugrave; la
+Commission d'&Eacute;gypte indiquait le reste
+d'un petit &eacute;difice &eacute;gyptien. J'y ai, en effet,
+trouv&eacute; quelques colonnes
+d'un tout petit temple de tr&egrave;s-mauvais travail et de
+l'&eacute;poque de
+Philom&eacute;tor. Mais des inscriptions m'apprirent que j'&eacute;tais
+dans l'&icirc;le de
+<i>Snem</i>, nom de localit&eacute; que j'avais rencontr&eacute;
+souvent, depuis Ombos
+jusqu'&agrave; Dakk&eacute;, dans les l&eacute;gendes des dieux, et
+surtout dans celles du
+dieu Chnouphis et de la d&eacute;esse Hath&ocirc;r. C'&eacute;tait
+l&agrave; un des lieux les plus
+saints de l'&Eacute;gypte, et une &icirc;le sacr&eacute;e, but de
+p&egrave;lerinages longtemps
+avant sa voisine l'&icirc;le de Philae, qui se nommait <i>Manlak</i>
+en langue
+&eacute;gyptienne. C'est de l&agrave; qu'est venu le copte <i>Pilach</i>,
+l'arabe <i>Bilaq</i>,
+et le grec <i>Philai</i>, sans que, dans tout cela, il soit le moins
+du monde
+question de <i>fil</i> (l'&eacute;l&eacute;phant), comme l'ont
+pr&eacute;tendu de soi-disant
+&eacute;tymologistes.</p>
+<p>Le temple de Snem (B&eacute;gh&eacute;) &eacute;tait en effet
+d&eacute;di&eacute; &agrave; Chnouphis et &agrave; la
+d&eacute;esse Hath&ocirc;r, et le monument actuel &eacute;tait encore
+la <i>seconde &eacute;dition</i>
+d'un temple bien plus ancien et plus &eacute;tendu, b&acirc;ti sous le
+r&egrave;gne du
+Pharaon Am&eacute;nophis II, successeur de Moeris. J'ai retrouv&eacute;
+les d&eacute;bris de
+ce temple, et les restes d'une statue colossale du m&ecirc;me Pharaon,
+qui
+d&eacute;corait un des pyl&ocirc;nes de l'ancien &eacute;difice. J'ai
+recueilli dans cette
+&icirc;le, en courant ses rochers de granit rose, une vingtaine
+d'inscriptions, toutes des temps pharaoniques, attestant des visites et
+des actes d'adoration faits dans l'&icirc;le sainte de <i>Snem</i> par
+de grands
+personnages de la vieille &Eacute;gypte, et entre autres: 1&deg; un
+proscyn&eacute;ma d'un
+<i>basilicogrammate commandant les troupes</i>, sous le Pharaon
+Am&eacute;nophis III
+(Memnon), grammate nomm&eacute; <i>Am&eacute;n&eacute;moph</i>; 2&deg;
+une inscription attestant le
+<i>p&egrave;lerinage d'un grand-pr&ecirc;tre d'Ammon</i>, prince de la
+famille de Rhams&egrave;s;
+3&deg; celui d'un prince &eacute;thiopien nomm&eacute; <i>M&eacute;mosis</i>,
+sous le Pharaon
+Am&eacute;nophis III; 4&deg; celui du prince &eacute;thiopien <i>Messi</i>,
+sous Rhams&egrave;s le
+Grand; 5&deg; celui d'un <i>grand-pr&ecirc;tre</i> d'Anouk&eacute;,
+nomm&eacute; <i>Am&eacute;nothph</i>; 6&deg; un
+proscyn&eacute;ma con&ccedil;u en ces termes: &laquo;Je suis venu vers
+vous,
+moi votre
+serviteur, vous tous, grands dieux, qui r&eacute;sidez dans Snem!
+accordez-moi
+tous les bienfaits qui sont en vos mains, (<i>&agrave; moi</i>)
+l'intendant des
+terres du roi seigneur du monde Am&eacute;nophis (III), AMOSIS;&raquo;
+cet
+Amosis est
+repr&eacute;sent&eacute; &agrave; c&ocirc;t&eacute; de l'inscription,
+levant ses mains en attitude
+d'adoration; 7&deg; enfin, vers le haut d'une montagne de grands
+rochers de
+granit, j'ai copi&eacute; une belle inscription attestant que l'an XXX,
+l'an
+XXXIV et l'an XXXIX du r&egrave;gne de Rhams&egrave;s le Grand
+(S&eacute;sostris), un des
+princes ses enfants a assist&eacute; &agrave; la <i>pan&eacute;gyrie</i>
+de <i>Snem</i>, et l'a
+c&eacute;l&eacute;br&eacute;e par des sacrifices. Je ne parle point de
+plusieurs inscriptions
+purement onomastiques, et de quelques autres qui, ne contenant que les
+l&eacute;gendes royales, sculpt&eacute;es en grand, des Pharaons
+Psamm&eacute;tichus Ier,
+Psamm&eacute;tichus II, Apri&egrave;s et Amasis, semblent avoir eu pour
+motif de
+rappeler soit le passage de ces Pharaons dans l'&icirc;le de <i>Snem</i>,
+soit m&ecirc;me
+de grands travaux d'exploitation dans les montagnes granitiques de
+cette
+&icirc;le, o&ugrave; le granit est de toute beaut&eacute;.</p>
+<p>Avant de quitter Philae, j'allai, avec MM. Duchesne, Lh&ocirc;te,
+Lehoux et
+Bertin, faire <i>une partie de plaisir</i> &agrave; la cataracte,
+o&ugrave; nous pr&icirc;mes un
+modeste repas, assis &agrave; l'ombre d'un <i>santh</i> (mimosa fort
+&eacute;pineux), le
+seul arbre du lieu, en face des brisants du Nil, dont le bruissement me
+rappela nos torrents des Alpes. Au retour, je me fis d&eacute;barquer
+en face
+de Philaee, sur la rive droite du fleuve, pour aller &agrave; la chasse
+des
+inscriptions dans les rochers de granit qui la couvrent, et du nombre
+desquels est le roc taill&eacute; en forme de si&egrave;ge et qu'un de
+nos doctes
+amis, M. Letronne, a cru pouvoir &ecirc;tre l'<i>Abaton</i>
+nomm&eacute; dans les
+inscriptions grecques de l'ob&eacute;lisque de Philae. Ce n'est
+cependant qu'un
+rocher comme un autre, avec cette diff&eacute;rence qu'il est
+charg&eacute;
+d'inscriptions fort curieuses, mais qui n'ont aucun rapport avec les
+dieux de Philae; les plus remarquables de ces inscriptions sont les
+suivantes:</p>
+<p>1&ordm; Une st&egrave;le sculpt&eacute;e sur le roc, mais &agrave;
+demi effac&eacute;e, monument qui
+rappelle une victoire remport&eacute;e sur les Libyens par le Pharaon
+<i>Thouthmosis IV</i>, l'an septi&egrave;me de son r&egrave;gne, le 8
+du mois de Pham&eacute;noth;</p>
+<p>2&deg; Une st&egrave;le de son successeur Am&eacute;nophis III
+(Memmon), assez bien
+conserv&eacute;e, de quatorze lignes, rappelant que ce Pharaon, venant
+de
+soumettre les &Eacute;thiopiens, l'an cinqui&egrave;me de son
+r&egrave;gne, a pass&eacute; dans ce
+lieu et y a tenu une pan&eacute;gyrie (assembl&eacute;e religieuse);</p>
+<p>3&ordm; Un proscyn&eacute;ma &agrave; N&eacute;ith et &agrave;
+Mandou, pour le salut du roi Mandoouthph
+(Smend&egrave;s), de la XXIe dynastie;</p>
+<p>4&deg; Un proscyn&eacute;ma &agrave; Horammon, Sat&eacute; et
+Mandou, pour le salut du roi
+N&eacute;ph&eacute;rothph (N&eacute;ph&eacute;rites), de la XXIXe
+dynastie.</p>
+<p>Je ne parle point d'une foule de proscyn&eacute;ma de simples
+particuliers, &agrave;
+Chnouphis et &agrave; Sat&eacute;, les grandes divinit&eacute;s de la
+cataracte.</p>
+<p>Les rochers sur la <i>route de Philae &agrave; Sy&egrave;ne</i>, et
+que j'ai explor&eacute;s le 7
+f&eacute;vrier, en portent aussi un tr&egrave;s-grand nombre,
+adress&eacute;s aux m&ecirc;mes
+divinit&eacute;s: j'y ai aussi copi&eacute; des inscriptions et des
+sculptures
+repr&eacute;sentant des princes &eacute;thiopiens rendant hommage
+&agrave; Rhams&egrave;s le Grand
+ou &agrave; son grand-p&egrave;re (Mandoue&iuml;); ce sont les
+m&ecirc;mes dont j'ai trouv&eacute; de
+semblables monuments en Nubie.</p>
+<p>Je rentrai enfin &agrave; Sy&egrave;ne, que j'avais quitt&eacute;e
+en d&eacute;cembre. En attendant
+que nos bagages arrivassent de Philae &agrave; dos de chameau, et qu'on
+dispos&acirc;t notre nouvelle escadre &eacute;gyptienne (car nous avons
+laiss&eacute; les
+barques nubiennes &agrave; la cataracte, qu'elles ne peuvent franchir),
+je
+revis les d&eacute;bris du temple de Sy&egrave;ne, consacr&eacute;
+&agrave; Chnouphis et &agrave; Sat&eacute;,
+sous l'empereur Nerva; c'est un monument de l'extr&ecirc;me
+d&eacute;cadence de l'art
+en &Eacute;gypte; il m'a int&eacute;ress&eacute; toutefois, 1&deg;
+parce que c'est le seul qui
+porte la l&eacute;gende hi&eacute;roglyphique de <i>Nerva</i>; 2&deg;
+parce qu'il m'a fait
+conna&icirc;tre le nom hi&eacute;roglyphique-phon&eacute;tique de
+Sy&egrave;ne, <i>Souan</i>, qui est le
+nom copte <i>Souan</i>, et l'origine du <i>Sy&eacute;n&eacute;</i>
+des Grecs et de l'<i>Osouan</i>
+des Arabes; 3&deg; enfin, parce que le nom symbolique de cette
+m&ecirc;me ville,
+repr&eacute;sentant un <i>aplomb</i> d'architecte ou de ma&ccedil;on,
+fait, sans aucun
+doute, allusion &agrave; l'antique position de Sy&egrave;ne sous le
+tropique du
+Cancer, et &agrave; ce fameux puits dans lequel les rayons du soleil
+tombaient
+d'aplomb le jour du solstice d'&eacute;t&eacute;: les auteurs grecs
+sont pleins de
+cette tradition, qui a pu, en effet, &ecirc;tre fond&eacute;e sur un
+fait r&eacute;el, mais
+&agrave; une &eacute;poque infiniment recul&eacute;e.</p>
+<p>J'ai couru, en bateau, les rochers de granit des environs de
+Sy&egrave;ne, en
+remontant vers la cataracte; j'y ai trouv&eacute; l'hommage d'un prince
+&eacute;thiopien &agrave; Am&eacute;nophis III, et &agrave; la reine
+Ta&iuml;a sa femme; un acte
+d'adoration &agrave; Chnouphis, le dieu local, pour le salut de
+Rhams&egrave;s le
+Grand, de ses filles <i>Is&eacute;nofr&eacute;, Bathianthi</i>, et de
+leurs fr&egrave;res
+<i>Scha-hem-kam&eacute;</i> et <i>M&eacute;renphtah</i>; le prince
+&eacute;thiopien <i>M&eacute;mosis</i> (le m&ecirc;me
+dont j'avais d&eacute;j&agrave; recueilli une inscription dans
+l'&icirc;le de Snem),
+agenouill&eacute; et adorant le pr&eacute;nom du roi Am&eacute;nophis
+III; enfin plusieurs
+proscyn&eacute;ma de simples particuliers ou de fonctionnaires publics,
+aux
+divinit&eacute;s de Sy&egrave;ne et de la cataracte, Chnouphis,
+Sat&eacute; et Anouk&eacute;.</p>
+<p>Je visitai pour la seconde fois l'&icirc;le d'<i>&Eacute;l&eacute;phantine</i>,
+qui, tout
+enti&egrave;re, formerait &agrave; peine un parc convenable pour un bon
+bourgeois de
+Paris, mais dont certains chronologistes modernes ont voulu toutefois
+faire un <i>royaume</i>, pour se d&eacute;barrasser de la vieille
+dynastie
+&eacute;gyptienne des <i>&Eacute;l&eacute;phantins</i>. Les deux
+temples ont &eacute;t&eacute; r&eacute;cemment
+d&eacute;truits, pour b&acirc;tir une caserne et des magasins &agrave;
+Sy&egrave;ne; ainsi a
+disparu le petit temple d&eacute;di&eacute; &agrave; Chnouphis par le
+Pharaon Am&eacute;nophis III.
+Je n'ai retrouv&eacute; debout que les deux montants des portes en
+granit ayant
+appartenu &agrave; un autre temple de Chnouphis, de Sat&eacute; et
+d'Anouk&eacute;, d&eacute;di&eacute;
+sous Alexandre, fils d'Alexandre le Grand. Mais un mauvais mur de quai,
+de construction romaine, m'a offert les d&eacute;bris,
+entrem&ecirc;l&eacute;s et mutil&eacute;s,
+de plusieurs des plus curieux &eacute;difices
+d'&Eacute;l&eacute;phantine, construits sous
+les rois Moeris, Mandoue&iuml; et Rhams&egrave;s le Grand. Dans les
+restes d'une
+chambre qui termine l'escalier du quai &eacute;gyptien, j'ai
+copi&eacute; plusieurs
+proscyn&eacute;ma hi&eacute;roglyphiques assez curieux, et
+l'inscription d'une st&egrave;le
+mutil&eacute;e du Pharaon Mandoue&iuml;.</p>
+<p>&Eacute;tant all&eacute; rejoindre mon escadre, et n'ayant plus rien
+&agrave; voir ni &agrave; faire
+sur l'ancienne <i>limite de l'empire romain</i>, je quittai les
+rochers
+granitiques de Sy&egrave;ne et d'&Eacute;l&eacute;phantine, et nous
+nous dirige&acirc;mes sur
+<i>Ombos</i>, o&ugrave; le vent a jur&eacute; de nous emp&ecirc;cher
+d'arriver, puisque, au
+moment o&ugrave; j'&eacute;cris cette ligne, nous sommes au 12
+f&eacute;vrier; il est sept
+heures du matin, et le Nil mugit &agrave; quatre pouces de distance du
+lit sur
+lequel je suis assis.</p>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Ombos, le 14 f&eacute;vrier
+&agrave; deux heures.</small></p>
+<p>Je suis enfin arriv&eacute; avant-hier &agrave; <i>Ombos</i>, vers
+le milieu du jour. Nous
+avons repris nos travaux du mois de d&eacute;cembre, et &agrave; cette
+heure-ci ils
+sont termin&eacute;s. Tout est encore ici de l'&eacute;poque grecque:
+le grand temple
+est cependant d'une tr&egrave;s-belle architecture et d'un grand effet;
+il a
+&eacute;t&eacute; commenc&eacute; par &Eacute;piphane, continu&eacute;
+sous Philom&eacute;tor et &Eacute;verg&egrave;te II;
+quelques bas-reliefs sont m&ecirc;me du temps de <i>Cl&eacute;op&acirc;tre
+Cocce</i> et de Soter
+II. Ce grand &eacute;difice, dont les ruines ont un aspect
+tr&egrave;s-imposant, &eacute;tait
+consacr&eacute; &agrave; deux Triades qui se partagent le temple,
+divis&eacute;, en effet,
+longitudinalement, en deux parties bien distinctes, l'une passant
+presque toujours dans des massifs de la construction. S&eacute;vek-Ra
+(la forme
+primordiale de Saturne, Kronos) &agrave; t&ecirc;te de crocodile,
+Hath&ocirc;r (V&eacute;nus), et
+leur fils Khons-H&ocirc;r, forment la premi&egrave;re Triade. La
+seconde se compose
+d'Aro&euml;ris, de la d&eacute;esse Tson&eacute;noufr&eacute; et de
+leur fils Pnevtho; ce sont les
+dieux seigneurs d'Ombos, et le crocodile que portent les
+m&eacute;dailles
+romaines du nome ombite est l'animal sacr&eacute; du dieu principal,
+S&eacute;vek-Ra.</p>
+<p>La femme de Philom&eacute;tor, Cl&eacute;op&acirc;tre, porte, dans
+les d&eacute;dicaces et dans les
+cartouches sculpt&eacute;s sur la corniche du pronaos, un surnom qui ne
+peut
+&ecirc;tre que le grec <i>Tryphoene</i> ou <i>Dropion</i>; mais la
+premi&egrave;re lecture est
+plus probable; il est r&eacute;p&eacute;t&eacute; trente fois, et il
+est impossible de s'y
+tromper.</p>
+<p>Le petit temple d'Ombos &eacute;tait, comme l'un de ceux de Philae
+et le
+temple d'Hermonthis, un <i>eimisi</i> ou <i>mammisi</i>,
+c'est-&agrave;-dire un &eacute;difice
+sacr&eacute; figurant le <i>lieu de la naissance</i> du jeune dieu de
+la Triade
+locale, c'est-&agrave;-dire une image terrestre du lieu o&ugrave; les
+d&eacute;esses Hath&ocirc;r
+et Tson&eacute;noufr&eacute; avaient enfant&eacute; leur fils
+Khons-H&ocirc;r et Pnevtho, les deux
+fils des deux Triades d'Ombos.</p>
+<p>C'est en me glissant &agrave; travers les pierres
+&eacute;boul&eacute;es de ce petit
+monument, et en visitant une &agrave; une toutes celles qui
+bient&ocirc;t seront
+englouties par le Nil, lequel, ayant sap&eacute; les fondations, a
+d&eacute;j&agrave; d&eacute;truit
+la plus grande partie du monument, que j'ai trouv&eacute; des blocs
+ayant
+appartenu &agrave; une construction bien plus ancienne,
+c'est-&agrave;-dire &agrave; un
+temple d&eacute;di&eacute; par le roi Thouthmosis III (Moeris) au dieu
+S&eacute;vek-Ra, et
+avec les d&eacute;bris duquel on avait construit une partie de l'<i>eimisi</i>,
+sous
+&Eacute;verg&egrave;te II, Cocce et Soter II.</p>
+<p>Le grand temple d'Ombos n'est donc encore qu'une seconde
+&eacute;dition: et
+c'est au plus ancien temple de Saturne qu'appartenaient les jambages
+d'un tout petit propylon encastr&eacute; aujourd'hui sur la face
+ext&eacute;rieure de
+l'enceinte en brique qui environne les temples du c&ocirc;t&eacute; du
+sud-est. Les
+sculptures en sont du temps de Thouthmosis III, et le nom
+hi&eacute;roglyphique
+de ce <i>propylon</i>, inscrit au bas des deux jambages, &eacute;tait <i>Porte</i>
+(ou
+propylon) <i>de la reine</i> Amens&eacute;, <i>conduisant au temple
+de S&eacute;vek-Ra</i>
+(Saturne). On n'a point oubli&eacute; que ce roi-reine est
+Amens&eacute;, m&egrave;re de
+Moeris. Le grand propylon voisin du Nil est de l'&eacute;poque de
+Philom&eacute;tor,
+et conduisait au petit temple actuel.</p>
+<p>Le vent souffle toujours avec autant de violence; s'il cesse dans la
+nuit, nous en profiterons pour aller &agrave; <i>Gh&eacute;bel-Sels&eacute;l&eacute;h</i>,
+o&ugrave; nous attend
+une belle moisson des temps pharaoniques. Je ne clos donc ma lettre que
+conditionnellement.</p>
+<p><i>Toujours Ombos</i>, le 16. Je me r&eacute;jouis d'avance en
+pensant que j'aurai
+peut-&ecirc;tre &agrave; Th&egrave;bes un nouveau courrier; j'y serai
+&agrave; la fin du mois. Je
+trouve les lettres de Paris un peu courtes; on oublie que je suis
+&agrave;
+mille lieues de France, et les soir&eacute;es sont si longues! Toujours
+fumer
+ou jouer &agrave; la bouillotte! Il nous faudrait une bonne
+&eacute;dition des petits
+paquets de Paris. Qu'on ne me trouve pas exigeant; j'ai presque le
+droit
+de l'&ecirc;tre sous les auspices des vingt-sept pages que je viens
+d'&eacute;crire,
+et que je clos au plus vite, de peur qu'on ne dise que les plus grands
+bavards du monde sont les gens qui reviennent de la seconde
+cataracte.... Comme nos courriers pour le Kaire vont &agrave; pied, et
+que le
+vent ne les arr&ecirc;te pas, je fais partir ce soir m&ecirc;me celui
+qui nous a
+apport&eacute; nos lettres de France.... Je n'ai pas oubli&eacute; les
+notes de M.
+Letronne; il apprendra avec int&eacute;r&ecirc;t que le listel sur
+lequel est grav&eacute;e
+l'inscription d'Ombos &eacute;tait dor&eacute;, et que les lettres ont
+conserv&eacute; une
+couleur rouge vif encore tr&egrave;s-visible; je n'ai pu
+v&eacute;rifier ce qu'il y
+avait sur S&eacute;rapis &agrave; <i>Tafah</i>, la pierre qui devait
+porter ce nom
+n'existant plus.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="DOUZIEME_LETTRE"></a>
+<h2>DOUZI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Biban-el-Molouk (Th&egrave;bes),
+le 25 mars 1829.</small></p>
+<p>J'ai &eacute;crit un mot en courant, le 11 de ce mois ou environ,
+que le consul
+g&eacute;n&eacute;ral d'Autriche, M. Acerbi, quittant la ville royale,
+m'a promis
+d'exp&eacute;dier d'Alexandrie; par le premier b&acirc;timent partant
+pour l'Europe.
+J'annon&ccedil;ais notre arriv&eacute;e, en tr&egrave;s-bonne
+sant&eacute; (tous tant que nous
+sommes), &agrave; <i>Th&egrave;bes</i>, o&ugrave; nous rentr&acirc;mes
+le 8 mars au matin, apr&egrave;s avoir
+heureusement termin&eacute; notre voyage de Nubie et de la haute
+Th&eacute;ba&iuml;d&eacute;; nos
+barques furent amarr&eacute;es au pied des colonnades du palais de <i>Louqsor</i>,
+que nous avons &eacute;tudi&eacute; et exploit&eacute; jusqu'au 23 du
+mois courant. Je tenais
+&agrave; profiter de nos barques pour notre travail de Louqsor, parce
+que ce
+magnifique palais, le plus profane de tous les monuments de
+l'&Eacute;gypte,
+obstru&eacute; par des cahuttes de fellahs qui masquent et
+d&eacute;figurent ses beaux
+portiques, sans parler de la ch&eacute;tive maison d'un <i>bim-bachi</i>,
+juch&eacute;e
+sur la plate-forme violemment perc&eacute;e &agrave; coups de pic, pour
+donner passage
+aux balayures du Turc, qui sont dirig&eacute;es sur un superbe
+sanctuaire
+sculpt&eacute; sous le r&egrave;gne du fils d'Alexandre le Grand; ce
+magnifique
+palais, dis-je, ne nous offrait aucun local commode ni assez propre
+pour
+y &eacute;tablir notre m&eacute;nage. Il a donc fallu garder notre
+maasch, la dahabi&eacute;
+et les petites barques, jusqu'au moment o&ugrave; nos travaux de
+Louqsor ont
+&eacute;t&eacute; finis.</p>
+<p>Nous pass&acirc;mes sur la rive gauche le 23, et apr&egrave;s avoir
+envoy&eacute; notre gros
+bagage &agrave; une maison de <i>Kourna</i>, que nous a laiss&eacute;e
+un tr&egrave;s-brave et
+excellent homme nomm&eacute; Piccinini, agent de M. d'Anastasy &agrave;
+Th&egrave;bes, nous
+avons tous pris la route de la vall&eacute;e de <i>Biban-el-Molouk</i>,
+o&ugrave; sont les
+tombeaux des rois de la XVIIIe et de la XIXe dynastie. Cette
+vall&eacute;e
+&eacute;tant &eacute;troite, pierreuse, circonscrite par des montagnes
+assez &eacute;lev&eacute;es
+et d&eacute;nu&eacute;es de toute esp&egrave;ce de
+v&eacute;g&eacute;tation, la chaleur doit y &ecirc;tre
+insupportable aux mois de mai, juin et juillet; il importait donc
+d'exploiter cette riche et in&eacute;puisable mine &agrave; une
+&eacute;poque o&ugrave;
+l'atmosph&egrave;re, quoique d&eacute;j&agrave; fort
+&eacute;chauff&eacute;e, est cependant encore
+supportable. Notre caravane s'y est donc &eacute;tablie le jour
+m&ecirc;me, et nous
+occupons le meilleur logement et le plus magnifique qu'il soit possible
+de trouver en &Eacute;gypte. C'est le roi Rhams&egrave;s (le
+quatri&egrave;me de la XIXe
+dynastie) qui nous donne l'hospitalit&eacute;, car nous habitons tous
+son
+magnifique tombeau, le second que l'on rencontre &agrave; droite en
+entrant
+dans la vall&eacute;e de Biban-el-Molouk. Cet hypog&eacute;e, d'une
+admirable
+conservation, re&ccedil;oit assez d'air et assez de lumi&egrave;re pour
+que nous y
+soyons log&eacute;s &agrave; merveille; nous occupons les trois
+premi&egrave;res salles, qui
+forment une longueur de 65 pas; les parois, de 15 &agrave; 20 pieds de
+hauteur,
+et les plafonds, sont tout couverts de sculptures peintes, dont les
+couleurs conservent presque tout leur &eacute;clat; c'est une
+v&eacute;ritable
+habitation de prince, &agrave; l'inconv&eacute;nient pr&egrave;s de
+l'enfilade des pi&egrave;ces; le
+sol est couvert en entier de nattes et de roseaux; enfin, les deux
+<i>kaouas</i> (nos gardes du corps) et les domestiques couchent dans
+deux
+tentes dress&eacute;es &agrave; l'entr&eacute;e du tombeau. Tel est
+notre &eacute;tablissement dans
+la vall&eacute;e des Rois, v&eacute;ritable s&eacute;jour de la mort,
+puisqu'on n'y trouve ni
+un brin d'herbe, ni &ecirc;tres vivants, &agrave; l'exception des
+chacals et des
+hy&egrave;nes qui, l'avant-derni&egrave;re nuit, ont
+d&eacute;vor&eacute;, &agrave; cent pas de notre
+<i>palais</i>, l'&acirc;ne qui avait port&eacute; mon domestique
+barabra Mohammed, pendant
+le temps que l'&acirc;nier passait agr&eacute;ablement sa nuit de
+Ramadhan dans notre
+cuisine, qui est &eacute;tablie dans un tombeau royal totalement
+ruin&eacute;. Mais en
+voil&agrave; assez sur le m&eacute;nage.</p>
+<p>Un courrier que j'ai re&ccedil;u &agrave; Th&egrave;bes m'a
+apport&eacute; les lettres du 20
+d&eacute;cembre; ce sont les plus r&eacute;centes de toutes celles qui
+me sont
+parvenues; je me r&eacute;jouis des bonnes nouvelles qu'elles me
+donnent, et
+surtout du bon &eacute;tat de notre v&eacute;n&eacute;rable M. Dacier.
+Je lui pr&eacute;sente mes
+f&eacute;licitations et mes respects; j'esp&egrave;re que sa
+sant&eacute; se sera soutenue,
+et que mes voeux, partis de la deuxi&egrave;me cataracte le 1er janvier
+dernier, seront exauc&eacute;s pour l'ann&eacute;e courante et &agrave;
+toujours.</p>
+<p>L'annonce de la commission arch&eacute;ologique pour la
+Mor&eacute;e, donn&eacute;e par S.
+Ex. le ministre de l'int&eacute;rieur &agrave; notre ami Dubois, m'a
+caus&eacute; une vive
+satisfaction; il y a vingt ans que nous r&ecirc;vions ensemble les
+voyages
+d'&Eacute;gypte et de Gr&egrave;ce que nous ex&eacute;cutons
+aujourd'hui: ce r&ecirc;ve se r&eacute;alise
+enfin! Je puis donc &eacute;crire de Th&egrave;bes &agrave;
+Ath&egrave;nes: que de temps historiques
+rapproch&eacute;s dans un m&ecirc;me but! C'est comme une fouille
+g&eacute;n&eacute;rale que fait
+la civilisation moderne dans les d&eacute;bris de l'ancienne, et
+j'esp&egrave;re que
+ce travail ne sera pas infructueux. Je vois d'ici notre ami sous les
+colonnades du Parth&eacute;non, ou dans l'Altis d'Olympie, &agrave; la
+t&ecirc;te de quatre
+cents pionniers, ce qui serait encore mieux.</p>
+<p>J'ai aussi fait commencer des fouilles &agrave; <i>Karnac</i> et
+&agrave; <i>Kourna</i>. J'ai
+r&eacute;uni dix-huit momies de tout genre et de toute esp&egrave;ce;
+mais je
+n'emporterai que les plus remarquables, et surtout les momies
+gr&eacute;co-&eacute;gyptiennes, portant &agrave; la fois des
+inscriptions grecques et des
+l&eacute;gendes d&eacute;motiques et hi&eacute;ratiques. J'en ai
+plusieurs de ce genre, et
+quelques momies d'enfants intactes, ce qui est rare jusqu'&agrave;
+pr&eacute;sent.
+Tous les bronzes qui proviennent de mes fouilles de <i>Karnac</i>, et
+tir&eacute;s
+des maisons m&ecirc;mes de la vieille Th&egrave;bes, &agrave; quinze ou
+vingt pieds
+au-dessous du niveau de la plaine, sont dans un &eacute;tat d'oxydation
+complet, ce qui ne permet pas d'en tirer parti. J'ai mis &agrave; la
+t&ecirc;te de
+mes excavations sur la rive orientale l'ancien chef fouilleur de M.
+Drovetti, le nomm&eacute; <i>Timsah</i><a name="retour_texte_note_1"></a><a
+ href="#Note_1">[1]</a> (le
+crocodile), qui me
+para&icirc;t un homme
+adroit et qui
+ne manque pas de me donner de grandes esp&eacute;rances. J'y compte
+peu, parce
+qu'il faudrait travailler en grand, et que mes moyens ne suffiraient
+pas. Je t&acirc;cherai cependant de donner un peu d'activit&eacute;
+&agrave; mes fouilles
+dans les mois de juin, juillet et ao&ucirc;t, &eacute;poque &agrave;
+laquelle je serai fix&eacute;
+sur les lieux, soit &agrave; Karnac, soit &agrave; Kourna. J'ai
+quarante hommes en
+train, et je verrai si les produits compensent &agrave; peu pr&egrave;s
+les d&eacute;penses,
+et si mon budget pourra les supporter. J'ai aussi trente-six hommes qui
+fouillent &agrave; Kourna de compte &agrave; demi avec Rosellini. Il
+est &eacute;vident que
+je ne puis songer &agrave; emporter ce qui manque justement au
+Mus&eacute;e royal, de
+grosses pi&egrave;ces, parce que le transport seul jusqu'&agrave;
+Alexandrie
+&eacute;puiserait mes finances et de beaucoup.</p>
+<p>Cela dit, je reprends le fil de mon itin&eacute;raire et la notice
+des
+monuments depuis <i>Ombos</i>, d'o&ugrave; est dat&eacute;e ma
+derni&egrave;re lettre.</p>
+<p>Partis d'<i>Ombos</i> le 17 f&eacute;vrier, nous n'arriv&acirc;mes,
+&agrave; cause de l'imp&eacute;ritie
+du r&eacute;is de notre grande barque et de la mollesse de nos rameurs,
+que le
+18 au soir &agrave; <i>Gh&eacute;bel-Sels&eacute;l&eacute;h</i>
+(Silsilis), vastes carri&egrave;res o&ugrave; je me
+promettais une ample r&eacute;colte. Mon espoir fut pleinement
+r&eacute;alis&eacute;, et les
+cinq jours que nous y avons pass&eacute;s ont &eacute;t&eacute; bien
+employ&eacute;s.</p>
+<p>Les deux rives du Nil, resserr&eacute; par des montagnes d'un
+tr&egrave;s-beau gr&egrave;s,
+ont &eacute;t&eacute; exploit&eacute;es par les anciens
+&Eacute;gyptiens, et le voyageur est effray&eacute;
+s'il consid&egrave;re, en parcourant les carri&egrave;res, l'immense
+quantit&eacute; de
+pierres qu'on a d&ucirc; en tirer pour produire les galeries &agrave;
+ciel ouvert et
+les vastes espaces excav&eacute;s qu'il se lasse de parcourir. C'est
+sur la
+rive gauche qu'on trouve les monuments les plus remarquables.</p>
+<p>On rencontre d'abord, en venant du c&ocirc;t&eacute; de
+Sy&egrave;ne, trois chapelles
+taill&eacute;es dans le roc et presque contigu&euml;s. Toutes trois
+appartiennent &agrave;
+la belle &eacute;poque pharaonique, et se ressemblent soit pour le plan
+et la
+distribution, soit pour toute la d&eacute;coration int&eacute;rieure et
+ext&eacute;rieure;
+toutes s'ouvrent par deux colonnes form&eacute;es de boutons de lotus
+tronqu&eacute;s.</p>
+<p>La premi&egrave;re de ces chapelles (la plus au sud) a
+&eacute;t&eacute; creus&eacute;e dans le roc
+sous le r&egrave;gne du Pharaon Ousire&iuml; de la XVIIIe dynastie;
+elle est
+d&eacute;truite en tr&egrave;s-grande partie. Deux bas-reliefs seuls
+sont encore
+visibles, et ne pr&eacute;sentent d'int&eacute;r&ecirc;t que sous le
+rapport du travail, qui
+a toute la finesse et toute l'&eacute;l&eacute;gance de l'&eacute;poque.</p>
+<p>La seconde chapelle date du r&egrave;gne suivant, celui de
+Rhams&egrave;s II. Les
+tableaux qui d&eacute;corent les parois de droite et de gauche nous
+font
+conna&icirc;tre &agrave; quelle divinit&eacute; ce petit &eacute;difice
+avait &eacute;t&eacute; d&eacute;di&eacute; par le
+Pharaon. Il y est repr&eacute;sent&eacute; adorant d'abord la Triade
+th&eacute;baine, les
+plus grands des dieux de l'&Eacute;gypte, Ammon-Ra, Mouth et Khons,
+ceux qu'on
+invoquait dans tous les temples, parce qu'ils &eacute;taient le type de
+tous
+les autres; plus loin, il offre le vin au dieu Phr&eacute;, &agrave;
+Phtha, seigneur
+de justice, et au dieu Nil, nomm&eacute;, dans l'inscription
+hi&eacute;roglyphique,
+<i>Hapi-Moou</i>, le p&egrave;re vivifiant de tout ce qui existe. C'est
+&agrave; cette
+derni&egrave;re divinit&eacute; que la chapelle de Rhams&egrave;s II,
+ainsi que les deux
+autres, furent particuli&egrave;rement consacr&eacute;es; cela est
+constat&eacute; par une
+tr&egrave;s-longue inscription hi&eacute;roglyphique, dont j'ai pris
+copie, et dat&eacute;e
+de &laquo;l'an IV, le 10e jour de M&eacute;sori, sous la majest&eacute;
+de
+l'Aro&eacute;ris
+puissant, ami de la v&eacute;rit&eacute; et fils du Soleil,
+Rhams&egrave;s, ch&eacute;ri d'Hapimoou,
+le p&egrave;re des dieux.&raquo; Le texte, qui contient les louanges du
+dieu
+Nil (ou
+<i>Hapimoou</i>), l'identifie avec le Nil c&eacute;leste <i>Nenmoou</i>,
+l'eau
+primordiale, le grand Nilus, que Cic&eacute;ron, dans son Trait&eacute;
+sur la Nature
+des Dieux, donne comme le p&egrave;re des principales divinit&eacute;s
+de l'&Eacute;gypte,
+m&ecirc;me d'Ammon, ce que j'ai trouv&eacute; attest&eacute; ailleurs
+par des inscriptions
+monumentales. La troisi&egrave;me chapelle appartient au r&egrave;gne
+du fils de
+Rhams&egrave;s le Grand; il &eacute;tait naturel que les chapelles de
+Silsilis fussent
+d&eacute;di&eacute;es &agrave; Hapimoou (le Nil terrestre), parce que
+c'est le lieu de
+l'&Eacute;gypte o&ugrave; le fleuve est le plus resserr&eacute; et
+qu'il semble y faire une
+seconde entr&eacute;e, apr&egrave;s avoir bris&eacute; les montagnes de
+gr&egrave;s qui lui
+fermaient ici le passage, comme il a bris&eacute; les rochers de granit
+de la
+cataracte pour faire sa premi&egrave;re entr&eacute;e en &Eacute;gypte.</p>
+<p>On trouve, plus au nord de ces chapelles, une suite de tombeaux
+creus&eacute;s
+pour recevoir deux ou trois corps embaum&eacute;s; tous remontent
+jusqu'aux
+premiers Pharaons de la XVIIIe dynastie, et quelques-uns appartiennent
+&agrave;
+des chefs de travaux ou inspecteurs sup&eacute;rieurs des
+carri&egrave;res de
+Silsilis. Nous avons aussi copi&eacute; des st&egrave;les portant des
+dates du r&egrave;gne
+de divers Rhams&egrave;s de la XVIIIe et de la XIXe, ainsi qu'une
+grande
+inscription de l'an XXII de S&eacute;sonchis.</p>
+<p>Le plus important des monuments de Silsilis est un grand <i>sp&eacute;os</i>,
+ou
+&eacute;difice creus&eacute; dans la montagne, et plus singulier encore
+par la
+vari&eacute;t&eacute; des &eacute;poques des bas-reliefs qui le
+d&eacute;corent. Cette belle
+excavation a &eacute;t&eacute; commenc&eacute;e sous le roi Horus de la
+XVIIIe dynastie; on
+en voulait faire un temple d&eacute;di&eacute; &agrave; Ammon-Ra
+d'abord, et ensuite au dieu
+Nil, divinit&eacute; du lieu, et au dieu S&eacute;vek (Saturne &agrave;
+t&ecirc;te de crocodile),
+divinit&eacute; principale du nome ombite, auquel appartenait Silsilis.
+C'est
+dans cette intention qu'ont &eacute;t&eacute; ex&eacute;cut&eacute;s,
+sous le r&egrave;gne d'Horus, les
+sculptures et inscriptions de la porte principale, tous les bas-reliefs
+du sanctuaire, et quelques-uns des bas-reliefs qui d&eacute;corent une
+longue
+et belle galerie transversale qui pr&eacute;c&egrave;de ce sanctuaire.</p>
+<p>Cette galerie, tr&egrave;s-&eacute;tendue, forme un v&eacute;ritable
+mus&eacute;e historique. Une de
+ses parois est tapiss&eacute;e, dans toute sa longueur, de deux
+rang&eacute;es de
+st&egrave;les ou de bas-reliefs sculpt&eacute;s sur le roc, et, pour la
+plupart,
+d'&eacute;poques diverses; des monuments semblables d&eacute;corent les
+intervalles
+des cinq portes qui donnent entr&eacute;e dans ce curieux mus&eacute;um.</p>
+<p>Les plus anciens bas-reliefs, ceux du roi Horus, occupent une
+portion de
+la paroi ouest: le Pharaon y est repr&eacute;sent&eacute; debout, la
+hache d'armes sur
+l'&eacute;paule, recevant d'Ammon-Ra l'embl&egrave;me de la vie divine,
+et le don de
+subjuguer le Nord et de vaincre le Midi. Au-dessous sont des
+&Eacute;thiopiens,
+les uns renvers&eacute;s, d'autres levant des mains suppliantes devant
+un chef
+&eacute;gyptien, qui leur reproche, dans la l&eacute;gende, d'avoir
+ferm&eacute; leur coeur &agrave;
+la prudence et de n'avoir pas &eacute;cout&eacute; lorsqu'on leur
+disait: &laquo;Voici que
+le lion s'approche de la terre d'&Eacute;thiopie (Kousch).&raquo; Ce
+lion-l&agrave; &eacute;tait
+le roi Horus, qui fit la conqu&ecirc;te d'&Eacute;thiopie, et dont le
+triomphe est
+retrac&eacute; sur les bas-reliefs suivants.</p>
+<p>Le roi vainqueur est port&eacute; par des chefs militaires sur un
+riche
+palanquin, accompagn&eacute; de flabellif&egrave;res. Des serviteurs
+pr&eacute;parent le
+chemin que le cort&egrave;ge doit parcourir; &agrave; la suite du
+Pharaon viennent des
+guerriers conduisant des chefs captifs; d'autres soldats, le bouclier
+sur l'&eacute;paule, sont en marche, pr&eacute;c&eacute;d&eacute;s d'un
+trompette; un groupe de
+fonctionnaires &eacute;gyptiens, sacerdotaux et civils, re&ccedil;oit
+le roi et lui
+rend des hommages.</p>
+<p>La l&eacute;gende hi&eacute;roglyphique de ce tableau exprime ce qui
+suit: &laquo;Le dieu
+gracieux revient (en &Eacute;gypte), port&eacute; par les chefs de tous
+les pays (les
+nomes); son arc est dans sa main comme celui de Mandou, le divin
+seigneur de l'&Eacute;gypte; c'est le roi directeur des vigilants, qui
+conduit
+(captifs) les chefs de la terre de Kousch (l'&Eacute;thiopie), race
+perverse;
+ce roi directeur des mondes, approuv&eacute; par Phr&eacute;, fils du
+Soleil et de sa
+race, le serviteur d'Ammon, H&Ocirc;RUS, le vivificateur. Le nom de sa
+majest&eacute;
+s'est fait conna&icirc;tre dans la terre d'&Eacute;thiopie, que le roi
+a ch&acirc;ti&eacute;e
+conform&eacute;ment aux paroles que lui avait adress&eacute;es son
+p&egrave;re Ammon.&raquo;</p>
+<p>Un autre bas-relief repr&eacute;sente la conduite, par les soldats,
+des
+prisonniers du commun en fort grand nombre; leur l&eacute;gende exprime
+les
+paroles suivantes, qu'ils sont cens&eacute;s prononcer dans leur
+humiliation: &laquo;O toi vengeur! roi de la terre de
+K&eacute;m&eacute;
+(l'&Eacute;gypte), soleil de Nipha&iuml;at
+(les peuples libyens), ton nom est grand dans la terre de Kousch
+(l'Ethiopie), dont tu as foul&eacute; les signes royaux sous tes
+pieds!&raquo;</p>
+<p>Tous les autres bas-reliefs de ce sp&eacute;os, soit st&egrave;les,
+soit tableaux,
+appartiennent &agrave; diverses &eacute;poques post&eacute;rieures,
+mais qui ne descendent
+pas plus bas que le troisi&egrave;me roi de la XIXe dynastie. On y
+remarque,
+entre autres sujets:</p>
+<p>1&deg; Un tableau repr&eacute;sentant une adoration &agrave;
+Ammon-Ra, S&eacute;vek (le dieu du
+nome) et Bubastis, par le basilicogrammate charg&eacute; de
+l'ex&eacute;cution du
+palais du roi Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun dans la partie occidentale
+de Th&egrave;bes (le
+palais de M&eacute;dinet-Habou), le nomm&eacute; <i>Phori</i>, homme
+v&eacute;ridique;</p>
+<p>2&ordm; Trois magnifiques inscriptions en caract&egrave;res
+hi&eacute;ratiques, rappelant
+que le m&ecirc;me fonctionnaire est venu &agrave; Silsilis l'an Ve, au
+mois de
+Paschons, du r&egrave;gne de Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun, faire
+exploiter les carri&egrave;res
+pour la construction du palais de ce Pharaon (le palais de
+M&eacute;dinet-Habou);</p>
+<p>3&ordm; Un grand bas-relief: le roi Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun
+adorant le dieu Phtha et
+sa compagne Pascht (Bubastis).</p>
+<p>Ces monuments d&eacute;montrent, sans aucun doute, que tout le
+gr&egrave;s employ&eacute;
+dans la construction du palais de M&eacute;dinet-Habou &agrave;
+Th&egrave;bes vient de
+Silsilis, et que ce grand &eacute;difice a &eacute;t&eacute;
+commenc&eacute; au plus t&ocirc;t la
+cinqui&egrave;me ann&eacute;e du r&egrave;gne de son fondateur.</p>
+<p>4&deg; Une grande st&egrave;le repr&eacute;sentant le m&ecirc;me roi
+adorant les dieux de
+Silsilis, et d&eacute;di&eacute;e par le basilicogrammate <i>Honi</i>,
+surintendant des
+b&acirc;timents de Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun, intendant de tous les
+palais du roi
+existants en &Eacute;gypte, et charg&eacute; de la construction du
+temple du Soleil
+b&acirc;ti &agrave; Memphis par ce Pharaon.</p>
+<p>Des tableaux d'adoration et plusieurs st&egrave;les, plus anciennes
+que les
+pr&eacute;c&eacute;dentes, constatent aussi que Rhams&egrave;s le Grand
+(S&eacute;sostris) a tir&eacute; de
+Silsilis les mat&eacute;riaux de plusieurs des grands &eacute;difices
+construits sous
+son r&egrave;gne.</p>
+<p>Plusieurs de ces st&egrave;les, d&eacute;di&eacute;es soit par des
+intendants des b&acirc;timents,
+soit par des princes qui &eacute;taient venus en Haute-&Eacute;gypte
+pour y tenir des
+pan&eacute;gyries dans les ann&eacute;es XXX, XXXIV, XXXVII, XL et XLIV
+de son r&egrave;gne,
+m'ont fourni des d&eacute;tails curieux sur la famille du
+conqu&eacute;rant. Une de
+ces st&egrave;les nous apprend que Rhams&egrave;s le Grand a eu deux
+femmes: la
+premi&egrave;re, Nofr&eacute;-Ari, fut l'&eacute;pouse de sa jeunesse,
+celle qui para&icirc;t,
+ainsi que ses enfants, dans les monuments d'Ibsamboul et de la Nubie;
+la
+seconde (et derni&egrave;re jusqu'&agrave; pr&eacute;sent) se nommait <i>Is&eacute;nofr&eacute;</i>;
+c'&eacute;tait la
+m&egrave;re, 1&deg; de la princesse <i>Bathianthi</i>, qui
+para&icirc;t avoir &eacute;t&eacute; sa fille
+ch&eacute;rie, la benjamine de la vieillesse de S&eacute;sostris;
+2&deg; du prince
+<i>Schohemk&eacute;m&eacute;</i>, celui qui pr&eacute;sidait les
+pan&eacute;gyries dans les derni&egrave;res
+ann&eacute;es du r&egrave;gne de son p&egrave;re, comme le prouvent
+trois des grandes st&egrave;les
+de Silsilis. C'est probablement ce fils qui lui succ&eacute;da en
+quittant son
+nom princier, et prenant sur les monuments celui de Thme&iuml;othph (le
+possesseur de la v&eacute;rit&eacute;, ou bien celui que la
+v&eacute;rit&eacute; poss&egrave;de); c'est le
+S&eacute;sonsis II de Diodore, et le Ph&eacute;ron d'H&eacute;rodote.
+Ce fut aussi, comme son
+p&egrave;re, un grand constructeur d'&eacute;difices, mais dont il ne
+reste que peu de
+traces. On trouve dans le sp&eacute;os de Silsilis: 1&deg; une petite
+chapelle
+d&eacute;di&eacute;e en son honneur par l'intendant des terres du nome
+ombite, appel&eacute;
+<i>Pnahasi</i>; 2&ordm; une st&egrave;le (date effac&eacute;e)
+d&eacute;di&eacute;e par le m&ecirc;me Pnahasi, et
+constatant qu'on a tir&eacute; des carri&egrave;res de Silsilis les
+pierres qui ont
+servi &agrave; la construction du palais que ce roi avait fait
+&eacute;lever &agrave; Th&egrave;bes,
+o&ugrave; il n'en reste aucune trace, &agrave; ma connaissance du
+moins. Cette st&egrave;le
+nous apprend que la femme de ce Pharaon se nommait <i>Is&eacute;nofr&eacute;</i>,
+comme sa
+m&egrave;re, et son fils a&icirc;n&eacute; <i>Phthamen</i>.</p>
+<p>3&deg; Une st&egrave;le de l'an II, 5e jour de M&eacute;sori,
+rappelant qu'on a pris &agrave;
+Silsilis les pierres pour la construction du palais du roi
+Thme&iuml;othph &agrave;
+Th&egrave;bes, et pour les additions ou r&eacute;parations faites au
+palais de son
+p&egrave;re, le Rhams&eacute;ion (l'&eacute;difice qu'on a improprement
+nomm&eacute; tombeau
+d'Osimandyas et Memnonium).</p>
+<p>Il existe enfin &agrave; Silsilis des st&egrave;les semblables
+relatives &agrave; quelques
+autres rois de la XVIIIe et de la XIXe dynastie. Deux st&egrave;les
+d'Am&eacute;nophis-Memnon, le p&egrave;re du roi H&ocirc;rus, se voient
+sur la rive
+orientale, o&ugrave; se trouvent les carri&egrave;res les plus
+&eacute;tendues; ces st&egrave;les
+donnent la premi&egrave;re date certaine des plus anciennes
+exploitations de
+Silsilis. Il est certain qu'apr&egrave;s la XIXe dynastie, ces
+carri&egrave;res ont
+toujours fourni des mat&eacute;riaux pour la construction des monuments
+de la
+Th&eacute;ba&iuml;de. La st&egrave;le de S&eacute;sonchis Ier le
+prouve; on y parle, en effet,
+d'exploitations de l'an XXII du r&egrave;gne de ce prince,
+destin&eacute;es &agrave; des
+constructions faites dans la <i>grande demeure d'Ammon</i>; ce sont
+celles
+qui forment le c&ocirc;t&eacute; droit de la premi&egrave;re cour de
+Karnac, pr&egrave;s du second
+pyl&ocirc;ne, monument du r&egrave;gne de S&eacute;sonchis et des rois
+bubastites, ses
+descendants et ses successeurs; enfin, il est naturel de croire que les
+mat&eacute;riaux des temples d'Edfou et d'Esn&eacute; viennent en
+grande partie de ces
+m&ecirc;mes carri&egrave;res.</p>
+<p>Le 24 f&eacute;vrier au matin, nous courions le portique et les
+colonnades
+d'<i>Edfou</i> (Apollonopolis Magna). Ce monument, imposant par sa
+masse,
+porte cependant l'empreinte de la d&eacute;cadence de l'art
+&eacute;gyptien sous les
+Ptol&eacute;m&eacute;es, au r&egrave;gne desquels il appartient tout
+entier; ce n'est plus la
+simplicit&eacute; antique; on y remarque une recherche et une profusion
+d'ornements bien maladroites, et qui marquent la transition entre la
+noble gravit&eacute; des monuments pharaoniques et le papillotage
+fatigant et
+de si mauvais go&ucirc;t du temple d'<i>Esn&eacute;h</i>, construit du
+temps des
+empereurs.</p>
+<p>La partie la plus <i>antique</i> des d&eacute;corations du grand
+temple d'<i>Edfou</i>
+(l'int&eacute;rieur du naos et le c&ocirc;t&eacute; droit
+ext&eacute;rieur) remonte seulement au
+r&egrave;gne de Philopator. On continua les travaux sous
+&Eacute;piphane, dont les
+l&eacute;gendes couvrent une partie du f&ucirc;t des colonnes et des
+tableaux
+int&eacute;rieurs de la paroi droite du pronaos, qui fut termin&eacute;
+sous &Eacute;verg&egrave;te
+II.</p>
+<p>Les sculptures de la frise ext&eacute;rieure et des parois de
+l'ext&eacute;rieur des
+murailles du pronaos furent d&eacute;cor&eacute;es sous Soter II. Sous
+le m&ecirc;me roi, on
+sculpta la galerie de droite de la cour en avant du pronaos. La galerie
+de gauche appartient &agrave; Philom&eacute;tor, ainsi que toutes les
+sculptures des
+deux massifs du pyl&ocirc;ne. J'ai trouv&eacute; cependant, vers le bas
+du massif de
+droite, un mauvais petit bas-relief repr&eacute;sentant l'empereur
+Claude
+adorant les dieux du temple.</p>
+<p>Le mur d'enceinte qui environne le naos est enti&egrave;rement
+charg&eacute; de
+sculptures; celles de la face int&eacute;rieure datent du r&egrave;gne
+de Cl&eacute;op&acirc;tre
+Cocce et de Soter II, de Cocce, de Ptol&eacute;m&eacute;e Alexandre Ier
+et de sa femme
+la reine B&eacute;r&eacute;nice.</p>
+<p>Voil&agrave; qui peut donner une id&eacute;e exacte de l'<i>antiquit&eacute;</i>
+du grand temple
+d'Edfou: ce ne sont point ici des conjectures, ce sont des faits
+&eacute;crits
+sur cent portions du monument, en caract&egrave;res de 10 pouces, et
+quelquefois de 2 pieds de hauteur.</p>
+<p>Ce grand et magnifique &eacute;difice &eacute;tait consacr&eacute;
+&agrave; une Triade compos&eacute;e: 1&deg;
+du dieu Har-Hat, la science et la lumi&egrave;re c&eacute;lestes
+personnifi&eacute;es, et
+dont le soleil est l'image dans le monde mat&eacute;riel; 2&deg; de la
+d&eacute;esse
+H&acirc;thor, la V&eacute;nus &eacute;gyptienne; 3&deg; de leur fils
+Harsont-Tho (l'H&ocirc;rus,
+soutien du monde), qui r&eacute;pond &agrave; l'Amour (&Eacute;ros) des
+mythologies grecque
+et romaine.</p>
+<p>Les qualifications, les titres et les diverses formes de ces trois
+divinit&eacute;s, que nous avons recueillis avec soin, jettent un grand
+jour
+sur plusieurs parties importantes du syst&egrave;me th&eacute;ogonique
+&eacute;gyptien. Il
+serait trop long ici d'entrer dans de pareils d&eacute;tails.</p>
+<p>J'ai fait dessiner aussi une s&eacute;rie de quatorze bas-reliefs de
+l'int&eacute;rieur du pronaos, repr&eacute;sentant le <i>lever</i> du
+dieu Har-Hat,
+identifi&eacute; avec le soleil, son <i>coucher</i> et ses formes
+symboliques &agrave;
+chacune des douze heures du jour, avec les noms de ces heures. Ce
+recueil est du plus grand int&eacute;r&ecirc;t pour l'intelligence de
+la petite
+portion des mythes &eacute;gyptiens v&eacute;ritablement relative
+&agrave; l'astronomie.</p>
+<p>Le second &eacute;difice d'Edfou, dit le <i>Typhonium</i>, est un
+de ces petits
+temples nomm&eacute;s <i>mammisi</i> (lieu d'accouchement), que l'on
+construisait
+toujours &agrave; c&ocirc;t&eacute; de tous les grands temples
+o&ugrave; une Triade &eacute;tait ador&eacute;e;
+c'&eacute;tait l'image de la demeure c&eacute;leste o&ugrave; la
+d&eacute;esse avait enfant&eacute; le
+troisi&egrave;me personnage de la Triade, qui est toujours
+figur&eacute; sous la forme
+d'un jeune enfant. Le mammisi d'Edfou repr&eacute;sente en effet
+l'enfance et
+l'&eacute;ducation du jeune <i>Har-Sont-Tho</i>, fils d'Har-Hat et
+d'Hath&ocirc;r, auquel
+la flatterie a associ&eacute; &Eacute;verg&egrave;te II,
+repr&eacute;sent&eacute; aussi comme un enfant et
+partageant les caresses que les dieux de tous les ordres prodiguent au
+nouveau-n&eacute; d'Har-Hat. J'ai fait copier un assez grand nombre de
+bas-reliefs de ce monument du r&egrave;gne d'&Eacute;verg&egrave;te II
+et de Soter II.</p>
+<p>Nos travaux termin&eacute;s &agrave; Edfou, nous all&acirc;mes
+reposer nos yeux, fatigu&eacute;s
+des mauvais hi&eacute;roglyphes et des pitoyables sculptures
+&eacute;gyptiennes du
+temps des Lagides, dans les tombeaux d'<i>&Eacute;l&eacute;thya</i> (<i>El-Kab</i>),
+o&ugrave; nous
+arriv&acirc;mes le samedi 28 f&eacute;vrier. Nous f&ucirc;mes
+accueillis par la <i>pluie</i>,
+qui tomba par torrents avec tonnerre et &eacute;clairs, pendant la nuit
+du 1er
+au 2 mars. Ainsi nous pourrons dire, comme le dit H&eacute;rodote du
+roi
+Psamm&eacute;nite: De notre temps il a plu en Haute-&Eacute;gypte.</p>
+<p>Je parcourus avec empressement l'int&eacute;rieur de l'ancienne
+ville
+d'&Eacute;l&eacute;thya, encore subsistante, ainsi que la seconde
+enceinte qui
+renfermait les temples et les &eacute;difices sacr&eacute;s. Je n'y
+trouvai pas une
+seule colonne debout; les Barbares ont d&eacute;truit depuis quelques
+mois ce
+qui restait des deux temples int&eacute;rieurs, et le temple entier
+situ&eacute; hors
+de la ville. Il a fallu me contenter d'examiner une &agrave; une les
+pierres
+oubli&eacute;es par les d&eacute;vastateurs et sur lesquelles il
+restait quelques
+sculptures.</p>
+<p>J'esp&eacute;rais y trouver quelques d&eacute;bris de
+l&eacute;gendes, suffisants pour
+m'&eacute;clairer sur l'&eacute;poque de la construction de ces
+&eacute;difices et sur les
+divinit&eacute;s auxquelles ils furent consacr&eacute;s. J'ai
+&eacute;t&eacute; assez heureux dans
+cette recherche pour me convaincre pleinement que le temple
+d'&Eacute;l&eacute;thya,
+d&eacute;di&eacute; &agrave; S&eacute;vek (Saturne) et &agrave; Sowan
+(Lucine), appartenait &agrave; diverses
+&eacute;poques pharaoniques; ceux que la ville renfermait avaient
+&eacute;t&eacute;
+construits et d&eacute;cor&eacute;s sous le r&egrave;gne de la reine
+Amens&eacute;, sous celui de
+son fils Thouthmosis III (Moeris), et sous les Pharaons
+Am&eacute;nophis-Memnon
+et Rhams&egrave;s le Grand. Les rois Amyrt&eacute;e et Achoris, deux
+des derniers
+princes de race &eacute;gyptienne, avaient r&eacute;par&eacute; ces
+antiques &eacute;difices, et y
+avaient ajout&eacute; quelques constructions nouvelles. Je n'ai rien
+trouv&eacute; &agrave;
+&Eacute;l&eacute;thya qui rappelle l'&eacute;poque grecque ou romaine.
+Le temple &agrave;
+l'ext&eacute;rieur de la ville est d&ucirc; au r&egrave;gne de Moeris.</p>
+<p>Les tombeaux ou hypog&eacute;es creus&eacute;s dans la cha&icirc;ne
+arabique voisine de la
+ville, remontent pour la plupart &agrave; une antiquit&eacute;
+recul&eacute;e. Le premier que
+nous avons visit&eacute; est celui dont la Commission d'&Eacute;gypte a
+publi&eacute; les
+bas-reliefs peints, relatifs aux travaux agricoles, &agrave; la
+p&ecirc;che et &agrave; la
+navigation. Ce tombeau a &eacute;t&eacute; creus&eacute; pour la
+famille d'un hi&eacute;rogrammate
+nomm&eacute; <i>Phap&eacute;</i>, attach&eacute; au coll&egrave;ge des
+pr&ecirc;tres d'&Eacute;l&eacute;thya (Sowan-Kah).
+J'ai fait dessiner plusieurs bas-reliefs in&eacute;dits de ce tombeau,
+et j'ai
+pris copie de toutes les l&eacute;gendes des sc&egrave;nes agricoles et
+autres,
+publi&eacute;es assez n&eacute;gligemment. Ce tombeau est d'une
+tr&egrave;s-haute antiquit&eacute;.
+Un second hypog&eacute;e, celui d'un <i>grand-pr&ecirc;tre de la
+d&eacute;esse Ilithya</i> ou
+<i>&Eacute;l&eacute;thya</i> (Sowan), la d&eacute;esse &eacute;ponyme
+de la ville de ce nom, porte la
+date du r&egrave;gne de <i>Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun</i>; il
+pr&eacute;sente une foule de d&eacute;tails
+de famille et quelques sc&egrave;nes d'agriculture en
+tr&egrave;s-mauvais &eacute;tat. J'y ai
+remarqu&eacute;, entre autres faits, le foulage ou battage des gerbes
+de bl&eacute;
+par les boeufs, et au-dessus de la sc&egrave;ne on lit, en
+hi&eacute;roglyphes presque
+tous phon&eacute;tiques, la <i>chanson</i> que le conducteur du
+foulage est cens&eacute;
+chanter, car dans la vieille &Eacute;gypte, comme dans celle
+d'aujourd'hui,
+tout se faisait en chantant, et chaque genre de travail a sa chanson
+particuli&egrave;re.</p>
+<p>Voici celle du battage des grains, en cinq lignes, sorte
+d'allocution
+adress&eacute;e aux boeufs, et que j'ai retrouv&eacute;e ensuite, avec
+de tr&egrave;s-l&eacute;g&egrave;res
+variantes, dans des tombeaux bien plus antiques encore:</p>
+<p>Battez pour vous (<i>bis</i>),&#8212;&ocirc; boeufs,&#8212;Battez pour vous (<i>bis</i>),&#8212;Des
+boisseaux pour vos ma&icirc;tres.</p>
+<p>La po&eacute;sie n'en est pas tr&egrave;s-brillante; probablement
+l'air faisait passer
+la chanson; du reste, elle est convenable &agrave; la circonstance dans
+laquelle on la chantait, et elle me para&icirc;trait d&eacute;j&agrave;
+fort curieuse quand
+m&ecirc;me elle ne ferait que constater l'antiquit&eacute; du <i>bis</i>
+qui est &eacute;crit &agrave;
+la fin de la premi&egrave;re et de la troisi&egrave;me ligne. J'aurais
+voulu en
+trouver la musique pour l'envoyer &agrave; notre respectable ami le
+g&eacute;n&eacute;ral de
+La Salette; elle lui aurait fourni quelles donn&eacute;es de plus pour
+ses
+savantes recherches sur la musique des anciens.</p>
+<p>Le tombeau voisin de celui-ci est plus int&eacute;ressant encore
+sous le
+rapport historique. C'&eacute;tait celui d'un nomm&eacute; <i>Ahmosis,
+fils de Obschn&eacute;,
+chef des mariniers</i>, ou plut&ocirc;t <i>des nautoniers</i>:
+c'&eacute;tait un grand
+personnage. J'ai copi&eacute; dans son hypog&eacute;e ce qui reste
+d'une inscription
+de plus de trente colonnes, dans laquelle cet Ahmosis adresse la parole
+&agrave; tous les individus pr&eacute;sents et futurs, et leur raconte
+son histoire
+que voici: Apr&egrave;s avoir expos&eacute; qu'un de ses anc&ecirc;tres
+tenait un rang
+distingu&eacute; parmi les serviteurs d'un ancien roi de la XVIe
+dynastie, il
+nous apprend qu'il est entr&eacute; lui-m&ecirc;me dans la
+carri&egrave;re nautique dans les
+jours du roi <i>Ahmosis</i> (le dernier de la XVIIe dynastie
+l&eacute;gitime); qu'il
+est all&eacute; rejoindre le roi &agrave; Tanis; qu'il a pris part aux
+guerres de ce
+temps, o&ugrave; il a servi <i>sur l'eau</i>; qu'il a ensuite combattu
+dans le Midi,
+o&ugrave; il a fait des prisonniers de sa main; que, dans les guerres
+de l'an
+VI du m&ecirc;me Pharaon, il a pris un riche butin sur les ennemis;
+qu'il a
+suivi le roi Ahmosis lorsqu'il est mont&eacute; par eau en <i>&Eacute;thiopie</i>
+pour lui
+imposer des tributs; qu'il se distingua dans la guerre qui s'ensuivit;
+et qu'enfin il a command&eacute; des <i>b&acirc;timents</i> sous le
+roi <i>Thouthmosis Ier</i>.
+C'est l&agrave;, sans aucun doute, le tombeau d'un de ces braves qui,
+sous le
+Pharaon Ahmosis, ont presque achev&eacute; l'expulsion des Pasteurs et
+d&eacute;livr&eacute;
+l'&Eacute;gypte des Barbares.</p>
+<p>Pour ne pas trop allonger l'article d'&Eacute;l&eacute;thya, je
+terminerai par
+l'indication d'un tombeau presque ruin&eacute;; il m'a fait
+conna&icirc;tre quatre
+g&eacute;n&eacute;rations de grands personnages du pays, qui l'ont
+gouvern&eacute; sous le
+titre <i>sou-ten-si</i> de <i>Sowan</i> (princes
+d'&Eacute;l&eacute;thya), durant les r&egrave;gnes des
+cinq premiers rois de la XVIIIe dynastie, savoir: Am&eacute;nothph Ier
+(Am&eacute;noftep), Thouthmosis Ier, Thouthmosis II, Amens&eacute; et
+Thouthmosis III
+(Moeris), aupr&egrave;s desquels ils tenaient un rang
+&eacute;lev&eacute; dans leur service
+personnel, ainsi que dans celui des reines Ahmosis-Atar&eacute; et
+Ahmosis,
+femmes des deux premiers rois nomm&eacute;s, et de Ranofr&eacute;,
+fille de la reine
+Amens&eacute; et soeur de Moeris. Tous ces personnages royaux sont
+successivement nomm&eacute;s dans les inscriptions de l'hypog&eacute;e,
+et forment
+ainsi un suppl&eacute;ment et une confirmation pr&eacute;cieuse de la
+Table d'Abydos.</p>
+<p>Le 3 mars, au matin, nous arriv&acirc;mes &agrave; <i>Esn&eacute;h</i>,
+o&ugrave; nous f&ucirc;mes
+tr&egrave;s-gracieusement accueillis par Ibrahim-Bey, le mamour ou
+gouverneur
+de la province; avec son aide, il nous fut permis d'&eacute;tudier le
+grand
+temple d'Esn&eacute;h, encombr&eacute; de coton, et qui, servant de
+magasin g&eacute;n&eacute;ral de
+cette production, a &eacute;t&eacute; cr&eacute;pi de limon du Nil,
+surtout &agrave; l'ext&eacute;rieur. On
+a &eacute;galement ferm&eacute; avec des murs de boue l'intervalle qui
+existe entre le
+premier rang de colonnes du pronaos, de sorte que notre travail a
+d&ucirc; se
+faire souvent une chandelle &agrave; la main, ou avec le secours de nos
+&eacute;chelles, afin de voir les bas-reliefs de plus pr&egrave;s.</p>
+<p>Malgr&eacute; tous ces obstacles, j'ai recueilli tout ce qu'il
+importait de
+savoir relativement &agrave; ce grand temple, sous les rapports
+mythologiques
+et historiques. Ce monument a &eacute;t&eacute; regard&eacute;,
+d'apr&egrave;s de simples
+conjectures &eacute;tablies sur une fa&ccedil;on particuli&egrave;re
+d'interpr&eacute;ter le
+zodiaque du plafond, comme le plus <i>ancien</i> monument de
+l'&Eacute;gypte:
+l'&eacute;tude que j'en ai faite m'a pleinement convaincu que c'est, au
+contraire, le plus <i>moderne</i> de ceux qui existent encore en
+&Eacute;gypte; car
+les bas-reliefs qui le d&eacute;corent, et les hi&eacute;roglyphes
+surtout, sont d'un
+style tellement grossier et tourment&eacute; qu'on y aper&ccedil;oit au
+premier coup
+d'oeil le point extr&ecirc;me de la d&eacute;cadence de l'art. Les
+inscriptions
+hi&eacute;roglyphiques ne confirment que trop cet aper&ccedil;u: les
+masses de ce
+pronaos ont &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;es sous l'empereur <i>C&eacute;sar
+Tib&eacute;rius Claudius
+Germanicus</i> (l'empereur Claude), dont la porte du pronaos offre la
+d&eacute;dicace en grands hi&eacute;roglyphes. La corniche de la
+fa&ccedil;ade et le premier
+rang de colonnes ont &eacute;t&eacute; sculpt&eacute;s sous les
+empereurs <i>Vespasien</i> et
+<i>Titus</i>; la partie post&eacute;rieure du pronaos porte les
+l&eacute;gendes des
+empereurs <i>Antonin</i>, <i>Marc Aur&egrave;le</i> et <i>Commode</i>;
+quelques colonnes de
+l'int&eacute;rieur du pronaos furent d&eacute;cor&eacute;es de
+sculptures sous <i>Trajan</i>,
+<i>Hadrien</i> et <i>Antonin</i>; mais, &agrave; l'exception de
+quelques bas-reliefs de
+l'&eacute;poque de <i>Domitien</i>, tous ceux des parois de droite et
+de gauche du
+pronaos portent les images de <i>Septime S&eacute;v&egrave;re</i> et
+de G&Eacute;TA, que son fr&egrave;re
+Caracalla eut la barbarie d'assassiner, en m&ecirc;me temps qu'il fit
+proscrire son nom dans tout l'empire; il para&icirc;t que cette
+proscription
+du tyran fut ex&eacute;cut&eacute;e &agrave; la lettre jusqu'au fond de
+la Th&eacute;ba&iuml;de, car les
+cartouches noms propres de l'empereur <i>G&eacute;ta</i> sont tous <i>martel&eacute;s</i>
+avec
+soin; mais ils ne l'ont pas &eacute;t&eacute; au point de
+m'emp&ecirc;cher de lire
+tr&egrave;s-clairement le nom de ce malheureux prince; l'EMPEREUR
+C&Eacute;SAR G&Eacute;TA,
+<i>le directeur</i>.</p>
+<p>Je crois que l'on conna&icirc;t d&eacute;j&agrave; des inscriptions
+latines ou grecques dans
+lesquelles ce nom est martel&eacute;: voil&agrave; des l&eacute;gendes
+hi&eacute;roglyphiques &agrave;
+ajouter &agrave; cette s&eacute;rie.</p>
+<p>Ainsi donc, l'antiquit&eacute; du pronaos d'Esn&eacute;h est
+incontestablement fix&eacute;e;
+sa construction ne remonte pas au del&agrave; de l'empereur Claude; et
+ses
+sculptures descendent jusqu'&agrave; <i>Caracalla</i>, et du nombre de
+celles-ci est
+le fameux zodiaque dont on a tant parl&eacute;.</p>
+<p>Ce qui reste du naos, c'est-&agrave;-dire le mur du fond du pronaos,
+est de
+l'&eacute;poque de <i>Ptol&eacute;m&eacute;e &Eacute;piphane</i>, et
+cela encore est d'hier,
+comparativement &agrave; ce qu'on croyait. Les fouilles que nous avons
+faites
+derri&egrave;re le pronaos nous ont convaincus que le temple proprement
+dit a
+&eacute;t&eacute; ras&eacute; jusqu'aux fondements.</p>
+<p>Cependant, que les amis de l'antiquit&eacute; des monuments de
+l'&Eacute;gypte se
+consolent: <i>Latopolis</i> ou plut&ocirc;t ESN&Eacute; (car ce nom se
+lit en hi&eacute;roglyphes
+sur toutes les colonnes et sur tous les bas-reliefs du temple)
+n'&eacute;tait
+point un village aux grandes &eacute;poques pharaoniques;
+c'&eacute;tait une ville
+importante, orn&eacute;e de beaux monuments, et j'en ai
+d&eacute;couvert la preuve
+dans l'inscription des colonnes du pronaos.</p>
+<p>J'ai trouv&eacute; sur deux de ces colonnes, dont le f&ucirc;t est
+presque
+enti&egrave;rement couvert d'inscriptions hi&eacute;roglyphiques
+dispos&eacute;es
+verticalement, la notice des f&ecirc;tes qu'on c&eacute;l&eacute;brait
+annuellement dans le
+grand temple d'Esn&eacute;h. Une d'elles se rapportait &agrave; la
+comm&eacute;moration de
+la d&eacute;dicace de l'ancien temple, faite par le roi Thouthmosis III
+(<i>Moeris</i>); de plus il existe, et j'ai dessin&eacute; dans une
+petite rue
+d'Esn&eacute;h, au quartier de Che&iuml;k-Mohammed-Ebb&eacute;dri, un
+jambage de porte en
+tr&egrave;s-beau granit rose, portant une d&eacute;dicace du Pharaon
+Thouthmosis II,
+et provenant sans doute d'un des vieux monuments de l'<i>Esn&eacute;h</i>
+pharaonique. J'ai aussi trouv&eacute; &agrave; <i>Edfou</i> une pierre
+qui est le seul
+d&eacute;bris connu du temple qui existait dans cette ville avant le
+temple
+actuel b&acirc;ti sous les Lagides; l'ancien &eacute;tait encore de <i>Moeris</i>,
+et
+d&eacute;di&eacute;, comme le nouveau, au grand dieu <i>Har-Hat,
+seigneur d'</i>HATFOUH
+(Edfou). C'est donc Thouthmosis III (Moeris) qui, en
+Th&eacute;ba&iuml;de comme en
+Nubie, avait construit la plupart des &eacute;difices sacr&eacute;s,
+apr&egrave;s l'invasion
+des <i>Hykschos</i>, de la m&ecirc;me mani&egrave;re que les
+Ptol&eacute;m&eacute;es ont reb&acirc;ti ceux
+d'Ombos, d'Esn&eacute;h et d'Edfou, pour remplacer les temples <i>primitifs</i>
+d&eacute;truits pendant l'invasion persane.</p>
+<p>Le grand temple d'Esn&eacute;h &eacute;tait d&eacute;di&eacute;
+&agrave; l'une des plus grandes formes de
+la divinit&eacute;, &agrave; Chnouphis, qualifi&eacute; des titres
+NEV-EN-THO-SN&Eacute;, <i>seigneur
+du pays d'Esn&eacute;h, cr&eacute;ateur de l'univers, principe vital
+des essences
+divines, soutien de tous les mondes</i>, etc. A ce dieu sont
+associ&eacute;s la
+d&eacute;esse N&eacute;ith, repr&eacute;sent&eacute;e sous des formes
+diverses et sous les noms
+vari&eacute;s de <i>Menhi</i>, <i>Tn&eacute;bouaou</i>, etc., et le
+jeune H&acirc;ke, repr&eacute;sent&eacute; sous
+la forme d'un enfant, ce qui compl&egrave;te la Triade ador&eacute;e
+&agrave; Esn&eacute;h. J'ai
+ramass&eacute; une foule de d&eacute;tails tr&egrave;s-curieux sur les
+attributions de ces
+trois personnages auxquels &eacute;taient consacr&eacute;es les
+principales f&ecirc;tes et
+pan&eacute;gyries c&eacute;l&eacute;br&eacute;es annuellement &agrave;
+Esn&eacute;h. Le 23 du mois d'Hathyr, on
+c&eacute;l&eacute;brait la f&ecirc;te de la d&eacute;esse <i>Tn&eacute;bouaou</i>;
+celle de la d&eacute;esse <i>Menhi</i>
+avait lieu le 25 du m&ecirc;me mois; le 30, celle d'<i>Isis</i>,
+tertiaire des deux
+d&eacute;esses pr&eacute;cit&eacute;es. Le 1er de Cho&iuml;ak, on
+tenait une pan&eacute;gyrie (assembl&eacute;e
+religieuse) en l'honneur du jeune dieu H&acirc;ke, et ce m&ecirc;me
+jour avait lieu
+la pan&eacute;gyrie de Chnouphis. Voici l'article du calendrier
+sacr&eacute; sculpt&eacute;
+sur l'une des colonnes du pronaos: &laquo;A la n&eacute;om&eacute;nie
+de
+Cho&iuml;ak, pan&eacute;gyries
+et offrandes faites dans le temple de Chnouphis, seigneur
+d'Esn&eacute;h; on
+&eacute;tale tous les ornements sacr&eacute;s; on offre des pains, du
+vin et autres
+liqueurs, des boeufs et des oies; on pr&eacute;sente des collyres et
+des
+parfums au dieu Chnouphis et &agrave; la d&eacute;esse sa compagne,
+ensuite le lait &agrave;
+Chnouphis; quant aux autres dieux du temple, on offre une oie &agrave;
+la
+d&eacute;esse Menhi, une oie &agrave; la d&eacute;esse N&eacute;ith,
+une oie &agrave; Osiris, une oie &agrave;
+Khons et &agrave; Th&ocirc;th, une oie aux dieux Phr&eacute;, Atmou,
+Thor&eacute;, ainsi qu'aux
+autres dieux ador&eacute;s dans le temple; on pr&eacute;sente ensuite
+des semences,
+des fleurs et des &eacute;pis de bl&eacute; au seigneur Chnouphis,
+souverain d'Esn&eacute;h,
+et on l'invoque en ces termes,&raquo; etc. Suit la pri&egrave;re
+prononc&eacute;e en cette
+occasion solennelle, et que j'ai copi&eacute;e, parce qu'elle
+pr&eacute;sente un grand
+int&eacute;r&ecirc;t mythologique.</p>
+<p>C'est aux m&ecirc;mes divinit&eacute;s qu'&eacute;tait
+d&eacute;di&eacute; le temple situ&eacute; au nord
+d'Esn&eacute;h, dans une magnifique plaine, jadis cultiv&eacute;e, mais
+aujourd'hui
+h&eacute;riss&eacute;e de broussailles qui nous
+d&eacute;chir&egrave;rent les jambes, lorsque, le 6
+mars au soir, nous all&acirc;mes le visiter, en faisant &agrave; pied
+une
+tr&egrave;s-longue course du Nil aux ruines, que nous trouv&acirc;mes
+tout
+nouvellement d&eacute;vast&eacute;es; ce temple n'est plus tel que la
+Commission
+d'&Eacute;gypte l'a laiss&eacute;; il n'en subsiste plus qu'une seule
+colonne, un
+petit pan de mur et le soubassement presque &agrave; fleur de terre:
+parmi les
+bas-reliefs subsistants j'en ai trouv&eacute; un
+d'&Eacute;verg&egrave;te Ier et de B&eacute;r&eacute;nice
+sa femme; j'ai reconnu les l&eacute;gendes de Philopator sur la
+colonne; celles
+d'Hadrien sur une partie d'architrave; et sur une autre, en
+hi&eacute;roglyphes
+tout &agrave; fait barbares, les noms des empereurs Antonin et
+V&eacute;rus. Le hasard
+m'a fait d&eacute;couvrir, dans le soubassement ext&eacute;rieur de la
+partie gauche
+du temple, une s&eacute;rie de captifs repr&eacute;sentant des peuples
+vaincus (par
+&Eacute;verg&egrave;te Ier, selon toute apparence), et, &agrave; l'aide
+des ongles de nos
+Arabes, qui fouill&egrave;rent vaillamment malgr&eacute; les pierres et
+les plantes
+&eacute;pineuses, je parvins &agrave; copier une dizaine des
+inscriptions onomastiques
+de peuples grav&eacute;es sur l'esp&egrave;ce de bouclier
+attach&eacute; &agrave; la poitrine des
+vaincus. Parmi les nations que le vainqueur se vante d'avoir
+subjugu&eacute;es,
+j'ai lu les noms de l'<i>Arm&eacute;nie</i>, de la <i>Perse</i>, de la
+<i>Thrace</i> et de la
+<i>Mac&eacute;doine</i>; peut-&ecirc;tre encore s'agit-il des victoires
+d'un empereur
+romain: je n'ai rien trouv&eacute; d'assez conserv&eacute; aux environs
+pour &eacute;claircir
+ce doute.</p>
+<p>Le 7 mars au matin, nous f&icirc;mes une course p&eacute;destre dans
+l'int&eacute;rieur des
+terres, pour voir ce qui restait encore des ruines de la vieille
+<i>Tuphium</i>, aujourd'hui <i>Ta&ocirc;ud</i>, situ&eacute;e sur la
+rive droite du fleuve,
+mais dans le voisinage de la cha&icirc;ne arabique et tout pr&egrave;s
+d'<i>Hermonthis</i>, qui est sur la rive oppos&eacute;e. L&agrave;
+existent deux ou trois
+salles d'un petit temple, habit&eacute;es par des fellahs ou par leurs
+bestiaux. Dans la plus grande subsistent encore quelques bas-reliefs
+qui
+m'ont donn&eacute; le mythe du temple: on y adorait la Triade
+form&eacute;e de Mandou,
+de la d&eacute;esse Ritho et de leur fils Harphr&eacute;, celle
+m&ecirc;me du temple
+d'Hermonthis, capitale du nome auquel appartenait la ville de <i>Tuphium</i>.</p>
+<p>A midi nous &eacute;tions &agrave; <i>Hermonthis</i>, dont j'ai
+parl&eacute; dans la lettre que
+j'&eacute;crivis apr&egrave;s avoir visit&eacute; ce lieu lorsque nous
+remontions le Nil pour
+aller &agrave; la seconde cataracte. Nous y pass&acirc;mes encore
+quelques heures
+pour copier quelques bas-reliefs et des l&eacute;gendes
+hi&eacute;roglyphiques qui
+devaient compl&eacute;ter notre travail sur <i>Erment</i>,
+commenc&eacute; &agrave; notre premier
+passage au mois de novembre dernier. Ce temple n'est encore qu'un
+<i>mammisi</i> ou <i>eimisi</i> consacr&eacute; &agrave;
+l'accouchement de la d&eacute;esse <i>Ritho</i>,
+construit et sculpt&eacute;, comme le prouvent tous ses bas-reliefs, en
+comm&eacute;moration de la reine Cl&eacute;op&acirc;tre, fille
+d'Aul&eacute;t&egrave;s, lorsqu'elle mit au
+monde <i>C&eacute;sarion</i>, fils de Jules C&eacute;sar, lequel
+voulut &ecirc;tre le <i>Mandou</i> de
+la nouvelle d&eacute;esse <i>Ritho</i>, comme C&eacute;sarion en fut l'<i>Harphr&eacute;</i>.
+Du reste,
+c'&eacute;tait assez l'usage du dictateur romain de chercher &agrave;
+compl&eacute;ter la
+<i>Triade</i>, lorsqu'il rencontrait surtout des reines qui, comme
+Cl&eacute;op&acirc;tre,
+avaient en elles quelque chose de divin, sans d&eacute;daigner pour
+cela les
+joies terrestres.</p>
+<p>Une courte distance nous s&eacute;parait de <i>Th&egrave;bes</i>,
+et nos coeurs &eacute;taient
+gros de revoir ses ruines imposantes: nos estomacs se mettaient aussi
+de
+la partie, puisqu'on parlait d'une barque de provisions fra&icirc;ches,
+arriv&eacute;e &agrave; Louqsor, &agrave; mon adresse. C'&eacute;tait
+encore une courtoisie de
+notre digne consul g&eacute;n&eacute;ral, M. Drovetti, et nous avions
+h&acirc;te d'en
+profiter. Mais un vent du nord, d'une violence extr&ecirc;me, nous
+arr&ecirc;ta
+pendant la nuit entre Hermonthis et Th&egrave;bes, o&ugrave; nous ne
+f&ucirc;mes rendus que
+le lendemain matin 8 mars, d'assez bonne heure.</p>
+<p>Notre petite escadre aborda au pied du quai antique
+d&eacute;chauss&eacute; par le
+Nil, et qui ne pourra longtemps encore d&eacute;fendre le palais de <i>Louqsor</i>,
+dont les derni&egrave;res colonnes touchent presque aux bords du
+fleuve. Ce
+quai est &eacute;videmment de deux &eacute;poques; le quai <i>&eacute;gyptien</i>
+primitif est en
+grandes briques cuites, li&eacute;es par un ciment d'une duret&eacute;
+extr&ecirc;me, et ses
+ruines forment d'&eacute;normes blocs de 15 &agrave; 18 pieds de large
+et de 25 &agrave; 30
+de longueur, semblables &agrave; des rochers inclin&eacute;s sur le
+fleuve au milieu
+duquel ils s'avancent. Le quai en pierres de gr&egrave;s est d'une
+&eacute;poque
+tr&egrave;s-post&eacute;rieure; j'y ai remarqu&eacute; des pierres
+portant encore des
+fragments de sculptures du style des bas temps, et provenant
+d'&eacute;difices
+d&eacute;molis.</p>
+<p>Notre travail sur <i>Louqsor</i> a &eacute;t&eacute; termin&eacute;
+(&agrave; tr&egrave;s-peu pr&egrave;s) avant de
+venir nous &eacute;tablir ici, &agrave; <i>Biban-el-Molouk</i>, et je
+suis en &eacute;tat de
+donner tous les d&eacute;tails n&eacute;cessaires sur l'&eacute;poque
+de la construction de
+toutes les parties qui composent ce grand &eacute;difice.</p>
+<p>Le fondateur du <i>palais de Louqsor</i>, ou plut&ocirc;t <i>des</i>
+palais de Louqsor a
+&eacute;t&eacute; le Pharaon <i>Am&eacute;nophis-Memnon</i>
+(Am&eacute;nothph III), de la XVIIIe
+dynastie. C'est ce prince qui a b&acirc;ti la s&eacute;rie
+d'&eacute;difices qui s'&eacute;tend du
+sud au nord, depuis le Nil jusqu'aux quatorze grandes colonnes de 45
+pieds de hauteur, et dont les masses appartiennent encore &agrave; ce
+r&egrave;gne.
+Sur toutes les architraves des autres colonnes ornant les cours et les
+salles int&eacute;rieures, colonnes au nombre de cent cinq, la plupart
+intactes, on lit, en grands hi&eacute;roglyphes d'un relief
+tr&egrave;s-bas et d'un
+excellent travail, des d&eacute;dicaces faites au nom du roi
+Am&eacute;nophis. Je mets
+ici la traduction de l'une d'elles, pour donner une id&eacute;e de
+toutes les
+autres, qui ne diff&egrave;rent que par quelques titres royaux de plus
+ou de
+moins.</p>
+<p>&laquo;La vie! l'H&ocirc;rus puissant et mod&eacute;r&eacute;,
+r&eacute;gnant par la justice,
+l'organisateur de son pays, celui qui tient le monde en repos, parce
+que, grand par sa force, il a frapp&eacute; les Barbares; le roi
+SEIGNEUR DE
+JUSTICE, bien aim&eacute; du Soleil, le fils du Soleil
+AM&Eacute;NOPHIS, mod&eacute;rateur de
+la r&eacute;gion pure (l'&Eacute;gypte), a fait ex&eacute;cuter ces
+constructions consacr&eacute;es
+&agrave; son p&egrave;re Ammon, le dieu seigneur des trois zones de
+l'univers, dans
+l'Oph du midi; il les a fait ex&eacute;cuter en pierres dures et
+bonnes, afin
+d'&eacute;riger un &eacute;difice durable; c'est ce qu'a fait le fils
+du Soleil
+AM&Eacute;NOPHIS, ch&eacute;ri d'Ammon-Ra.&raquo;</p>
+<p>Ces inscriptions l&egrave;vent donc toute esp&egrave;ce de doute sur
+l'&eacute;poque pr&eacute;cise
+de la construction et de la d&eacute;coration de cette partie de
+Louqsor; mes
+inscriptions ne sont pas sans verbe comme les inscriptions grecques
+expliqu&eacute;es par M. Letronne, et qu'on a chican&eacute;es si mal
+&agrave; propos; je
+puis lui annoncer &agrave; ce sujet que je lui porterai les <i>inscriptions
+d&eacute;dicatoires &eacute;gyptiennes</i> des temples de <i>Philae</i>,
+d'<i>Ombos</i> et de
+<i>Dend&eacute;rah</i>, o&ugrave; le verbe <i>construire</i> ne manque
+jamais.</p>
+<p>Les bas-reliefs qui d&eacute;corent le palais d'<i>Am&eacute;nophis</i>
+sont, en g&eacute;n&eacute;ral,
+relatifs &agrave; des actes religieux faits par ce prince aux grandes
+divinit&eacute;s
+de cette portion de Th&egrave;bes, qui &eacute;taient: 1&deg; Ammon-Ra,
+le dieu supr&ecirc;me de
+l'&Eacute;gypte, et celui qu'on adorait presque exclusivement &agrave;
+Th&egrave;bes, sa
+ville &eacute;ponyme; 2&deg; sa forme secondaire, Ammon-Ra
+g&eacute;n&eacute;rateur, mystiquement
+surnomm&eacute; <i>le mari de sa m&egrave;re</i>, et
+repr&eacute;sent&eacute; sous une forme priapique;
+c'est le dieu <i>Pan</i> &eacute;gyptien, mentionn&eacute; dans les
+&eacute;crivains grecs; 3&deg; la
+d&eacute;esse <i>Thamoun</i> ou <i>Tamon</i>, c'est-&agrave;-dire <i>Ammon
+femelle</i>, une des
+formes de N&eacute;ith, consid&eacute;r&eacute;e comme compagne d'Ammon
+g&eacute;n&eacute;rateur; 4&deg; la
+d&eacute;esse Mouth, la grand'm&egrave;re divine, compagne d'Ammon-Ra;
+5&deg; et 6&deg; les
+jeunes dieux Khous et Harka, qui compl&egrave;tent les deux grandes
+Triades
+ador&eacute;es &agrave; Th&egrave;bes, savoir:</p>
+<span style="margin-left: 0.75em;"></span>
+<table style="text-align: left; width: 60%; height: 20%;">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"><big><big><span
+ style="margin-left: 0.75em;"><i>P&egrave;res.</i></span></big></big></td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"><big><big><span
+ style="margin-left: 0.75em;"><i>M&egrave;res.</i> </span></big></big></td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"><big><big><span
+ style="margin-left: 0.75em;"><i>Fils.</i></span></big></big></td>
+ </tr>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"><big><big><span
+ style="margin-left: 1em;">Ammon-Ra.&nbsp; </span></big></big></td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"><big><big><span
+ style="margin-left: 1em;">Mouth</span></big></big></td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"><big><big><span
+ style="margin-left: 1em;">Khons</span></big></big></td>
+ </tr>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"><big><big>Ammon
+g&eacute;n&eacute;rateur.</big></big></td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"><big><big>Thamoun.</big></big></td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"><big><big>Harka.</big></big></td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<span style="margin-left: 0.75em;">&nbsp; <i></i></span><br>
+<span style="margin-left: 1em;"></span><br>
+<p>Le Pharaon est repr&eacute;sent&eacute; faisant des offrandes,
+quelquefois
+tr&egrave;s-riches, &agrave; ces diff&eacute;rentes divinit&eacute;s,
+ou accompagnant leurs <i>bari</i>
+ou arches sacr&eacute;es, port&eacute;es processionnellement par des
+pr&ecirc;tres.
+</p>
+<p>Mais j'ai trouv&eacute; et fait dessiner dans deux des salles du
+palais une
+s&eacute;rie de bas-reliefs plus int&eacute;ressants encore et relatifs
+&agrave; la personne
+m&ecirc;me du fondateur. Voici un mot sur les principaux.</p>
+<p>Le dieu Thoth annon&ccedil;ant &agrave; la reine <i>Tmauhemva</i>,
+femme du Pharaon
+<i>Thouthmosis IV</i>, qu'Ammon g&eacute;n&eacute;rateur lui a
+accord&eacute; un fils.</p>
+<p>La m&ecirc;me reine, dont l'&eacute;tat de grossesse est visiblement
+exprim&eacute;,
+conduite par Chnouphis et Hath&ocirc;r (V&eacute;nus) vers la chambre
+d'enfantement
+(le <i>mammisi</i>); cette m&ecirc;me princesse plac&eacute;e sur un
+lit, mettant au monde
+le roi <i>Am&eacute;nophis</i>; des femmes soutiennent la gisante, et
+des g&eacute;nies
+divins, rang&eacute;s sous le lit, &eacute;l&egrave;vent
+l'embl&egrave;me de la vie vers le
+nouveau-n&eacute;.&#8212;La reine nourrissant le jeune prince.&#8212;Le dieu Nil
+peint en
+<i>bleu</i> (le temps des basses eaux), et le dieu Nil peint en <i>rouge</i>
+(le
+temps de l'inondation), pr&eacute;sentant le petit Am&eacute;nophis,
+ainsi que le
+petit dieu Harka et autres enfants divins, aux grandes divinit&eacute;s
+de
+Th&egrave;bes.&#8212;Le royal enfant dans les bras d'Ammon-Ra, qui le
+caresse.&#8212;Le
+jeune roi institu&eacute; par Ammon-Ra; les d&eacute;esses protectrices
+de la haute et
+de la basse &Eacute;gypte lui offrant les couronnes, embl&egrave;mes de
+la domination
+sur les deux pays; et Thoth lui choisissant son grand nom,
+c'est-&agrave;-dire
+son pr&eacute;nom royal, <i>Soleil seigneur de justice et de
+v&eacute;rit&eacute;</i>, qui, sur
+les monuments, le distingue de tous les autres <i>Am&eacute;nophis</i>.</p>
+<p>L'une des derni&egrave;res salles du palais, d'un caract&egrave;re
+plus religieux que
+toutes les autres, et qui a d&ucirc; servir de chapelle royale ou de
+sanctuaire, n'est d&eacute;cor&eacute;e que d'adorations aux deux
+Triades de Th&egrave;bes
+par Am&eacute;nophis; et dans cette salle, dont le plafond existe
+encore, on
+trouve un second sanctuaire embo&icirc;t&eacute; dans le premier, et
+dont voici la
+d&eacute;dicace, qui en donne tr&egrave;s-clairement l'&eacute;poque,
+tout &agrave; fait r&eacute;cente en
+comparaison de celle du grand sanctuaire: &laquo;Restauration de
+l'&eacute;difice
+faite par le roi (ch&eacute;ri de Phr&eacute;, approuv&eacute; par
+Ammon), le fils du
+Soleil, seigneur des diad&egrave;mes, Alexandre, en l'honneur de son
+p&egrave;re
+Ammon-Ra, gardien des r&eacute;gions des Oph (Th&egrave;bes); il a fait
+construire le
+sanctuaire nouveau en pierres dures et bonnes &agrave; la place de
+celui qui
+avait &eacute;t&eacute; fait sous la majest&eacute; du roi Soleil,
+seigneur de justice, le
+fils du Soleil AM&Eacute;NOPHIS, mod&eacute;rateur de la r&eacute;gion
+pure.&raquo;</p>
+<p>Ainsi, ce second sanctuaire remonte seulement &agrave; l'origine de
+la
+domination des Grecs en &Eacute;gypte, au r&egrave;gne d'Alexandre,
+fils d'Alexandre
+le Grand, et non ce dernier, ce que prouve d'ailleurs le visage
+enfantin
+du roi, repr&eacute;sent&eacute;, &agrave; l'ext&eacute;rieur comme a
+l'int&eacute;rieur de ce petit
+&eacute;difice, adorant les Triades th&eacute;baines. Dans un de ces
+bas-reliefs, la
+d&eacute;esse Thamoun est remplac&eacute;e par la <i>ville de
+Th&egrave;bes</i> personnifi&eacute;e sous
+la forme d'une femme, avec cette l&eacute;gende:</p>
+<p>&laquo;Voici ce que dit Th&egrave;bes (Toph), la grande rectrice du
+monde:
+Nous avons
+mis en ta puissance toutes les contr&eacute;es (les nomes); nous
+t'avons donn&eacute;
+K&Eacute;M&Eacute; (l'&Eacute;gypte), terre nourrici&egrave;re.&raquo;</p>
+<p>La d&eacute;esse Th&egrave;bes adresse ces paroles au jeune roi
+Alexandre, auquel
+Ammon g&eacute;n&eacute;rateur dit en m&ecirc;me temps: &laquo;Nous
+accordons
+que les &eacute;difices que
+tu &eacute;l&egrave;ves soient aussi durables que le firmament.&raquo;</p>
+<p>On ne trouve que cette seule partie moderne dans le vieux palais
+d'Am&eacute;nophis: car il ne vaut la peine de citer le fait suivant
+que sous
+le rapport de la singularit&eacute;. Dans une salle qui
+pr&eacute;c&egrave;de le sanctuaire,
+existe une pierre d'architrave qui, ayant &eacute;t&eacute;
+renouvel&eacute;e sous un
+Ptol&eacute;m&eacute;e et orn&eacute;e d'une inscription, produit, en
+lisant les caract&egrave;res
+qu'elle porte, une d&eacute;dicace bizarre, en ce qu'on ne s'est point
+inqui&eacute;t&eacute;
+des vieilles pierres d'architrave voisines, conservant la
+d&eacute;dicace
+primitive; la voici:</p>
+<p>1re <i>pierre moderne</i>. &laquo;Restauration de l'&eacute;difice
+faite
+par le roi
+Ptol&eacute;m&eacute;e, toujours vivant, aim&eacute; de Ptha.&raquo;&#8212;2e
+<i>pierre
+antique</i>. &laquo;Monde,
+le Soleil, seigneur de justice, le fils du Soleil Am&eacute;nophis, a
+fait
+ex&eacute;cuter ces constructions en l'honneur de son p&egrave;re
+Ammon, etc.&raquo;</p>
+<p>L'ancienne pierre, remplac&eacute;e par le Lagide, portait la
+l&eacute;gende: &laquo;L'Aro&euml;ris puissant, etc., seigneur du
+monde, etc.&raquo; On ne s'est
+point
+inqui&eacute;t&eacute; si la nouvelle l&eacute;gende se liait ou non
+avec l'ancienne.</p>
+<p>C'est aux quatorze grandes colonnes de Louqsor que finissent les
+travaux
+du r&egrave;gne d'Am&eacute;nophis, sous lequel ont cependant encore
+&eacute;t&eacute; d&eacute;cor&eacute;es la
+deuxi&egrave;me et la septi&egrave;me des deux rang&eacute;es, en
+allant du midi au nord. Les
+bas-reliefs appartiennent au r&egrave;gne du roi <i>H&ocirc;rus</i>,
+fils d'Am&eacute;nophis, et
+les quatre derni&egrave;res au r&egrave;gne suivant.</p>
+<p>Toute la partie nord des &eacute;difices de Louqsor est d'une autre
+&eacute;poque, et
+formait un monument particulier, quoique li&eacute; par la grande
+colonnade &agrave;
+l'<i>Am&eacute;nophion</i> ou palais d'Am&eacute;nophis. C'est &agrave;
+Rhams&egrave;s le Grand
+(S&eacute;sostris) que l'on doit ces constructions, et il a eu
+l'intention, non
+pas d'embellir le palais d'Am&eacute;nophis, son anc&ecirc;tre, mais de
+construire un
+&eacute;difice distinct, ce qui r&eacute;sulte &eacute;videmment de la
+d&eacute;dicace suivante,
+sculpt&eacute;e en grands hi&eacute;roglyphes au-dessous de la corniche
+du pyl&ocirc;ne, et
+r&eacute;p&eacute;t&eacute;e sur les architraves de toutes les
+colonnades que les cahuttes
+modernes n'ont pas encore ensevelies.</p>
+<p>&laquo;La vie! l'Aro&euml;ris, enfant d'Ammon, le ma&icirc;tre de la
+r&eacute;gion sup&eacute;rieure et
+de la r&eacute;gion inf&eacute;rieure, deux fois aimable, l'H&ocirc;rus
+plein de force,
+l'ami du monde, le roi (Soleil gardien de v&eacute;rit&eacute;,
+approuv&eacute; par Phr&eacute;), le
+fils pr&eacute;f&eacute;r&eacute; du roi des dieux, qui, assis sur le
+tr&ocirc;ne de son p&egrave;re,
+domine sur la terre, a fait ex&eacute;cuter ces constructions en
+l'honneur de
+son p&egrave;re, Ammon-Ra, roi des dieux. Il a construit ce
+Rhamess&eacute;ion dans la
+ville d'Ammon, dans l'Oph du midi. C'est ce qu'a fait le fils du Soleil
+(le fils ch&eacute;ri d'Ammon-Rhams&egrave;s), vivificateur &agrave;
+toujours.&raquo;</p>
+<p>C'est donc ici un monument particulier, distinct de
+l'Am&eacute;nophion, et
+cela explique tr&egrave;s-bien pourquoi ces deux grands &eacute;difices
+ne sont pas
+sur le m&ecirc;me alignement, d&eacute;faut choquant remarqu&eacute;
+par tous les voyageurs,
+qui supposaient &agrave; tort que toutes ces constructions
+&eacute;taient du m&ecirc;me
+temps et formaient un seul tout, ce qui n'est pas.</p>
+<p>C'est devant le pyl&ocirc;ne nord du <i>Rhams&eacute;ion </i>de
+Louqsor que s'&eacute;l&egrave;vent les
+deux c&eacute;l&egrave;bres ob&eacute;lisques de granit rose, d'un
+travail si pur et d'une si
+belle conservation. Ces deux masses &eacute;normes, v&eacute;ritables
+joyaux de plus
+de 70 pieds de hauteur, ont &eacute;t&eacute; &eacute;rig&eacute;es
+&agrave; cette place par Rhams&egrave;s le
+Grand, qui a voulu en d&eacute;corer son <i>Rhamess&eacute;ion</i>,
+comme cela est dit
+textuellement dans l'inscription hi&eacute;roglyphique de
+l'ob&eacute;lisque de
+gauche, face nord, colonne m&eacute;diale, que voici: &laquo;Le
+Seigneur du
+monde,
+Soleil gardien de la v&eacute;rit&eacute; (ou justice), approuv&eacute;
+par Phr&eacute;, a fait
+ex&eacute;cuter cet &eacute;difice en l'honneur de son p&egrave;re
+Ammon-Ra, et il lui a
+&eacute;rig&eacute; ces deux grands ob&eacute;lisques de pierre, devant
+le Rhamess&eacute;ion de la
+ville d'Ammon.&raquo;</p>
+<p>Je poss&egrave;de des copies exactes de ces deux beaux
+monolithes<a name="retour_texte_note_2"></a><a href="#Note_2">[2]</a>.
+Je les ai prises avec un soin
+extr&ecirc;me, en
+corrigeant les
+erreurs des gravures d&eacute;j&agrave; connues, et en les
+compl&eacute;tant par les fouilles
+que nous avons faites jusqu'&agrave; la base des ob&eacute;lisques.
+Malheureusement il
+est impossible d'avoir la fin de la face est de l'ob&eacute;lisque de
+droite,
+et de la face ouest de l'ob&eacute;lisque de gauche: il aurait fallu
+abattre
+pour cela quelques maisons de terre et faire d&eacute;m&eacute;nager
+plusieurs pauvres
+familles de fellahs.</p>
+<p>Je n'entre pas dans de plus grands d&eacute;tails sur le contenu des
+l&eacute;gendes
+des deux ob&eacute;lisques. On sait d&eacute;j&agrave; que, loin de
+renfermer, comme on l'a
+cru si longtemps, de grands myst&egrave;res religieux, de hautes
+sp&eacute;culations
+philosophiques, les secrets de la science occulte, ou tout au moins des
+le&ccedil;ons d'astronomie, ce sont tout simplement des
+d&eacute;dicaces, plus ou
+moins fastueuses, des &eacute;difices devant lesquels
+s'&eacute;l&egrave;vent les monuments
+de ce genre. Je passe donc &agrave; la description des pyl&ocirc;nes,
+qui sont d'un
+bien autre int&eacute;r&ecirc;t.</p>
+<p>L'immense surface de chacun de ces deux massifs est couverte de
+sculptures d'un tr&egrave;s-bon style, sujets tous militaires et
+compos&eacute;s de
+plusieurs centaines de personnages. <i>Massif de droite</i>: le roi
+Rhams&egrave;s
+le Grand, assis sur son tr&ocirc;ne au milieu de son camp,
+re&ccedil;oit les chefs
+militaires et des envoy&eacute;s &eacute;trangers; d&eacute;tails du
+camp, bagages, tentes,
+fourgons, etc., etc.; en dehors, l'arm&eacute;e &eacute;gyptienne est
+rang&eacute;e en
+bataille; chars de guerre &agrave; l'avant, &agrave; l'arri&egrave;re
+et sur les flancs; au
+centre, les fantassins r&eacute;guli&egrave;rement form&eacute;s en
+carr&eacute;s. <i>Massif de
+gauche</i>: bataille sanglante, d&eacute;faite des ennemis, leur
+poursuite,
+passage d'un fleuve, prise d'une ville; on am&egrave;ne ensuite les
+prisonniers.</p>
+<p>Voil&agrave; le sujet g&eacute;n&eacute;ral de ces deux tableaux,
+d'environ 50 pieds chacun;
+nous en avons des dessins fort exacts, ainsi que du peu d'inscriptions
+entrem&ecirc;l&eacute;es aux sc&egrave;nes militaires. Les grands
+textes relatifs &agrave; cette
+campagne de S&eacute;sostris sont au-dessous des bas-reliefs.
+Malheureusement
+il faudrait abattre une partie du village de Louqsor pour en avoir des
+copies. Il a donc fallu me contenter d'apprendre, par le haut des
+lignes
+encore visibles, que cette guerre avait eu lieu en l'an V du
+r&egrave;gne du
+conqu&eacute;rant, et que la bataille s'&eacute;tait donn&eacute;e le 5
+du mois d'&Eacute;piphi. Ces
+dates me prouvent qu'il s'agit ici de la m&ecirc;me guerre que celle
+dont on a
+sculpt&eacute; les &eacute;v&eacute;nements sur la paroi droite du
+grand monument
+d'<i>Ibsamboul</i>, et qui portent aussi la date de l'an V. La bataille
+figur&eacute;e dans ce dernier temple est aussi du mois
+d'&Eacute;piphi, mais du 9 et
+non pas du 5. Il s'agit donc &eacute;videmment de deux affaires de la
+m&ecirc;me
+campagne. Les peuples que les &Eacute;gyptiens avaient &agrave;
+combattre sont des
+Asiatiques, qu'&agrave; leur costume on peut reconna&icirc;tre pour des
+Bactriens,
+des M&egrave;des et des Babyloniens. Le pays de ces derniers est
+express&eacute;ment
+nomm&eacute; (<i>Nahara&iuml;na-Kah</i>, le pays de Nahara&iuml;na, la
+M&eacute;sopotamie) dans les
+inscriptions d'Ibsamboul, ainsi que les contr&eacute;es de Sch&ocirc;t,
+Robschi,
+Schabatoun, Marou, Bachoua, qu'il faut chercher n&eacute;cessairement
+dans la
+g&eacute;ographie primitive de l'Asie occidentale.</p>
+<p>Les ob&eacute;lisques, les quatre colonnes, le pyl&ocirc;ne, et le
+vaste p&eacute;ristyle ou
+cour environn&eacute;e de colonnes, qui s'y rattachent, forment tout ce
+qui
+reste du Rhamess&eacute;ion de la rive droite, et on lit <i>partout</i>
+les
+d&eacute;dicaces de Rhams&egrave;s le Grand, deux seuls points
+except&eacute;s de ce grand
+&eacute;difice. Il para&icirc;t, en effet, que vers le huiti&egrave;me
+si&egrave;cle avant J.-C.,
+l'ancienne d&eacute;coration de la grande porte situ&eacute;e entre ces
+deux massifs
+du pyl&ocirc;ne &eacute;tait, par une cause quelconque, en fort mauvais
+&eacute;tat, et
+qu'on en refit les masses enti&egrave;rement &agrave; neuf; les
+bas-reliefs de Rhams&egrave;s
+le Grand furent alors remplac&eacute;s par de nouveaux, qui existent
+encore et
+qui repr&eacute;sentent le chef de la XXIVe dynastie, le
+conqu&eacute;rant &eacute;thiopien
+<i>Sabaco</i> ou Sabacon, qui, pendant de longues ann&eacute;es,
+gouverna l'&Eacute;gypte
+avec beaucoup de douceur, faisant les offrandes accoutum&eacute;es aux
+dieux
+protecteurs du palais et de la ville de Th&egrave;bes. Ces bas-reliefs,
+sur
+lesquels on voit le nom du roi, qui est &eacute;crit <i>Schabak</i> et
+qu'on y lit
+tr&egrave;s-clairement, quoiqu'on ait pris soin de le marteler &agrave;
+une &eacute;poque
+fort ancienne, ces bas-reliefs, dis-je, sont tr&egrave;s-curieux aussi
+sous le
+rapport du style. Les figures en sont fortes et
+tr&egrave;s-accus&eacute;es, avec les
+muscles vigoureusement prononc&eacute;s, sans qu'elles aient pour cela
+la
+lourdeur des sculptures du temps des Ptol&eacute;m&eacute;es et des
+Romains. Ce sont,
+au reste, les seules sculptures de ce r&egrave;gne que j'aie
+rencontr&eacute;es en
+&Eacute;gypte.</p>
+<p>Une seconde restauration, mais de peu d'importance, a eu
+&eacute;galement lieu
+au Rhamess&eacute;ion de Louqsor. Trois pierres d'une architrave et le
+chapiteau de la premi&egrave;re colonne gauche du p&eacute;ristyle ont
+&eacute;t&eacute; renouvel&eacute;s
+sous Ptol&eacute;m&eacute;e Philopator, et l'on n'a pas manqu&eacute;
+de sculpter sur
+l'architrave l'inscription suivante: &laquo;Restauration de
+l'&eacute;difice,
+faite
+par le roi Ptol&eacute;m&eacute;e toujours vivant, ch&eacute;ri d'Isis
+et de Phtha, et par la
+dominatrice du monde, Arsino&eacute;, dieux Philopatores aim&eacute;s
+par Ammon-Ra,
+roi des dieux.&raquo;</p>
+<p>Je ne mets point au nombre des restaurations quelques sculptures de
+Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun, que l'on remarque en dehors du
+Rhamess&eacute;ion, du c&ocirc;t&eacute; de
+l'est, parce qu'elles peuvent avoir appartenu &agrave; un
+&eacute;difice contigu et
+sans liaison r&eacute;elle avec le monument de S&eacute;sostris.</p>
+<p>Je termine ici, pour cette fois, mes notices monumentales; je
+parlerai,
+dans ma prochaine lettre, des tombeaux des rois th&eacute;bains que
+nous
+exploitons dans ce moment ... Adieu.</p>
+<p>P.S. 2 avril. Je ferme aujourd'hui ma lettre, le courrier devant
+partir
+ce matin m&ecirc;me pour le Kaire. Rien de nouveau depuis le 25;
+toujours
+bonne sant&eacute; et bon courage. Je donne ce soir &agrave; nos
+compagnons une f&ecirc;te
+dans une des plus jolies salles du tombeau d'Ousire&iuml;; nous y
+oublierons
+la st&eacute;rilit&eacute; et le voisinage de la seconde cataracte,
+o&ugrave; nous avions &agrave;
+peine du pain &agrave; manger. La ch&egrave;re ne r&eacute;pondra pas
+&agrave; la magnificence du
+local, mais on fera l'impossible pour n'&ecirc;tre pas trop au-dessous.
+Je
+voulais offrir &agrave; notre jeunesse un plat nouveau pour nous, et
+qui devait
+ajouter aux plaisirs de la r&eacute;union; c'&eacute;tait un morceau de
+jeune
+crocodile mis &agrave; la sauce piquante, le hasard ayant voulu qu'on
+m'en
+apport&acirc;t un tu&eacute; d'hier matin; mais j'ai jou&eacute; de
+malheur, la pi&egrave;ce de
+crocodile s'est g&acirc;t&eacute;e: nous n'y perdrons vraisemblablement
+qu'une bonne
+indigestion chacun.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="TREIZIEME_LETTRE"></a>
+<h2>TREIZI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Th&egrave;bes (Biban-el-Molouk),
+le 26 mai 1829.</small></p>
+<p>Les d&eacute;tails topographiques donn&eacute;s par Strabon ne
+permettent point de
+chercher ailleurs que dans la vall&eacute;e de <i>Biban-el-Molouk</i>
+l'emplacement
+des tombeaux des anciens rois. Le nom de cette vall&eacute;e, qu'on
+veut
+enti&egrave;rement d&eacute;river de l'arabe en le traduisant par <i>les
+portes des
+rois</i>, mais qui est &agrave; la fois une corruption et une
+traduction de
+l'ancien nom &eacute;gyptien <i>Biban-Ou-r&ocirc;ou</i> (les
+hypog&eacute;es des rois), comme l'a
+fort bien dit M. Silvestre de Sacy, l&egrave;verait d'ailleurs toute
+esp&egrave;ce de
+dout&eacute; &agrave; ce sujet. C'&eacute;tait la <i>n&eacute;cropole
+royale</i>, et on avait choisi un
+lieu parfaitement convenable &agrave; cette triste destination, une
+vall&eacute;e
+aride; encaiss&eacute;e par de tr&egrave;s-hauts roch&eacute;s
+coup&eacute;s &agrave; pic, ou par des
+montagnes en pleine d&eacute;composition, offrant presque toutes de
+larges
+fentes occasionn&eacute;es soit par l'extr&ecirc;me chaleur, soit par
+des
+&eacute;boulements int&eacute;rieurs, et dont les croupes sont
+parsem&eacute;es de bandes
+noires, comme si elles eussent &eacute;t&eacute; br&ucirc;l&eacute;es
+en partie; aucun animal
+vivant ne fr&eacute;quente cette vall&eacute;e de mort: je ne compte
+point les
+mouches, les renards, les loups et les hy&egrave;nes, parce que c'est
+notre
+s&eacute;jour dans les tombeaux et l'odeur de notre cuisine qui avaient
+attir&eacute;
+ces quatre esp&egrave;ces affam&eacute;es.</p>
+<p>En entrant dans la partie la plus recul&eacute;e de cette
+vall&eacute;e, par une
+ouverture &eacute;troite &eacute;videmment faite de main d'homme, et
+offrant encore
+quelques l&eacute;gers restes de sculptures &eacute;gyptiennes, on voit
+bient&ocirc;t au
+pied des montagnes, ou sur les pentes, des portes carr&eacute;es,
+encombr&eacute;es
+pour la plupart, et dont il faut approcher pour apercevoir la
+d&eacute;coration: ces portes, qui se ressemblent toutes, donnent
+entr&eacute;e dans
+les <i>tombeaux des rois</i>. Chaque tombeau a la sienne, car jadis
+aucun ne
+communiquait avec l'autre; ils &eacute;taient tous isol&eacute;s: ce
+sont les
+chercheurs de tr&eacute;sors, anciens ou modernes, qui ont
+&eacute;tabli quelques
+communications forc&eacute;es.</p>
+<p>Il me tardait, en arrivant &agrave; Biban-el-Molouk, de m'assurer
+que ces
+tombeaux, au nombre de seize (je ne parle ici que des tombeaux
+conservant des sculptures et les noms des rois pour qui ils furent
+creus&eacute;s), &eacute;taient bien, comme je l'avais d&eacute;duit
+d'avance de plusieurs
+consid&eacute;rations, ceux de rois appartenant <i>tous &agrave; des
+dynasties
+th&eacute;baines</i>, c'est-&agrave;-dire &agrave; des princes, dont <i>la
+famille &eacute;tait
+originaire de Th&egrave;bes</i>. L'examen rapide que je fis alors de
+ces
+excavations avant de monter &agrave; la seconde cataracte, et le
+s&eacute;jour de
+plusieurs mois que j'y ai fait &agrave; mon retour, m'ont pleinement
+convaincu
+que ces hypog&eacute;es ont renferm&eacute; les corps des rois des
+XVIIIe, XIXe et XXe
+dynasties, qui sont en effet toutes trois des dynasties <i>diospolitaines</i>
+ou <i>th&eacute;baines</i>. Ainsi, j'y ai trouv&eacute; d'abord les
+tombeaux de six des
+rois de la XVIIIe, et celui du plus ancien de tous,
+Am&eacute;nophis-Memnon,
+inhum&eacute; &agrave; part dans la vall&eacute;e isol&eacute;e de
+l'ouest.</p>
+<p>Viennent ensuite le tombeau de Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun et ceux
+de six autres
+Pharaons, successeurs de Me&iuml;amoun et appartenant &agrave; la XIXe
+ou &agrave; la XXe
+dynastie.</p>
+<p>On n'a suivi aucun ordre, ni de dynastie, ni de succession, dans le
+choix de l'emplacement des diverses tombes royales: chacun a fait
+creuser la sienne sur le point o&ugrave; il croyait rencontrer une
+veine de
+pierre convenable &agrave; sa s&eacute;pulture et &agrave;
+l'immensit&eacute; de l'excavation
+projet&eacute;e. Il est difficile de se d&eacute;fendre d'une certaine
+surprise
+lorsque, apr&egrave;s avoir pass&eacute; sous une porte assez simple,
+on entre dans de
+grandes galeries ou corridors couverts de sculptures parfaitement
+soign&eacute;es, conservant en grande partie l'&eacute;clat des plus
+vives couleurs,
+et conduisant successivement &agrave; des salles soutenues par des
+piliers
+encore plus riches de d&eacute;corations, jusqu'&agrave; ce qu'on
+arrive enfin &agrave; la
+salle principale, celle que les &Eacute;gyptiens nommaient la <i>salle
+dor&eacute;e</i>,
+plus vaste que toutes les autres, et au milieu de laquelle reposait la
+momie du roi dans un &eacute;norme sarcophage de granit. Les plans de
+ces
+tombeaux, publi&eacute;s par la Commission d'&Eacute;gypte, donnent une
+id&eacute;e exacte
+de l'&eacute;tendue de ces excavations et du travail immense qu'elles
+ont co&ucirc;t&eacute;
+pour les ex&eacute;cuter au pic et au ciseau. Les vall&eacute;es sont
+presque toutes
+encombr&eacute;es de collines form&eacute;es par les petits
+&eacute;clats de pierre provenant
+des effrayants travaux ex&eacute;cut&eacute;s dans le sein de la
+montagne.</p>
+<p>Je ne puis tracer ici une description d&eacute;taill&eacute;e de ces
+tombeaux;
+plusieurs mois m'ont &agrave; peine suffi pour r&eacute;diger une
+notice un peu
+d&eacute;taill&eacute;e des innombrables bas-reliefs qu'ils renferment
+et pour copier
+les inscriptions les plus int&eacute;ressantes. Je donnerai cependant
+une id&eacute;e
+g&eacute;n&eacute;rale de ces monuments par la description rapide et
+tr&egrave;s-succincte de
+l'un d'entre eux, celui du Pharaon Rhams&egrave;s, fils et successeur
+de
+Me&iuml;amoun. La d&eacute;coration des tombeaux royaux &eacute;tait
+syst&eacute;matis&eacute;e, et ce
+que l'on trouve dans l'un repara&icirc;t dans presque tous les autres,
+&agrave;
+quelques exceptions pr&egrave;s, comme je le dirai plus bas.</p>
+<p>Le bandeau de la porte d'entr&eacute;e est orn&eacute; d'un
+bas-relief (le m&ecirc;me sur
+toutes les premi&egrave;res portes des tombeaux royaux), qui n'est au
+fond que
+la <i>pr&eacute;face,</i> ou plut&ocirc;t le r&eacute;sum&eacute; de
+toute la d&eacute;coration des tombes
+pharaoniques. C'est un disque jaune au milieu duquel est le Soleil
+&agrave;
+t&ecirc;te de b&eacute;lier, c'est-&agrave;-dire le soleil couchant
+entrant dans
+l'h&eacute;misph&egrave;re inf&eacute;rieur, et ador&eacute; par le roi
+&agrave; genoux; &agrave; la droite du
+disque, c'est-&agrave;-dire &agrave; l'orient, est la d&eacute;esse
+Nephthys, et &agrave; la gauche
+(occident) la d&eacute;esse Isis, occupant les deux
+extr&eacute;mit&eacute;s de la course du
+dieu dans l'h&eacute;misph&egrave;re sup&eacute;rieur: &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; du Soleil et dans le disque,
+on a sculpt&eacute; un grand scarab&eacute;e qui est ici, comme
+ailleurs, le symbole
+de la r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration ou des renaissances
+successives: le roi est
+agenouill&eacute; sur la montagne c&eacute;leste, sur laquelle portent
+aussi les pieds
+des deux d&eacute;esses.</p>
+<p>Le sens g&eacute;n&eacute;ral de cette composition se rapporte au
+roi d&eacute;funt: pendant
+sa vie, semblable au soleil dans sa course de l'orient &agrave;
+l'occident, le
+roi devait &ecirc;tre le vivificateur, l'illuminateur de
+l'&Eacute;gypte, et la
+source de tous les biens physiques et moraux n&eacute;cessaires
+&agrave; ses
+habitants; le Pharaon mort fut donc encore naturellement compar&eacute;
+au
+soleil se couchant et descendant vers le t&eacute;n&eacute;breux
+h&eacute;misph&egrave;re inf&eacute;rieur,
+qu'il doit parcourir pour rena&icirc;tre de nouveau &agrave; l'orient,
+et rendre la
+lumi&egrave;re et la vie au monde sup&eacute;rieur (celui que nous
+habitons), de la
+m&ecirc;me mani&egrave;re que le roi d&eacute;funt devait
+rena&icirc;tre aussi, soit pour
+continuer ses transmigrations, soit pour habiter le monde
+c&eacute;leste et
+&ecirc;tre absorb&eacute; dans le sein d'Ammon, le p&egrave;re
+universel.</p>
+<p>Cette explication n'est point de mon cru; le temps des conjectures
+est
+pass&eacute; pour la vieille &Eacute;gypte; tout cela r&eacute;sulte de
+l'ensemble des
+l&eacute;gendes qui couvrent les tombes royales.</p>
+<p>Ainsi cette comparaison ou assimilation du roi avec le soleil dans
+ses
+deux &eacute;tats pendant les deux parties du jour, est la clef ou
+plut&ocirc;t le
+motif et le sujet dont tous les autres bas-reliefs ne sont, comme on va
+le voir, que le d&eacute;veloppement successif.</p>
+<p>Dans le tableau d&eacute;crit est toujours une l&eacute;gende
+dont suit la traduction
+litt&eacute;rale: &laquo;Voici ce que dit Osiris, seigneur de l'Amenti
+(r&eacute;gion
+occidentale, habit&eacute;e par les morts): Je t'ai accord&eacute; une
+demeure dans la
+montagne sacr&eacute;e de l'Occident, comme aux autres dieux grands
+(les rois
+ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs), &agrave; toi Osirien, roi seigneur du
+monde, Rhams&egrave;s, etc.,
+encore vivant.&raquo;</p>
+<p>Cette derni&egrave;re expression prouverait, s'il en &eacute;tait
+besoin, que les
+tombeaux des Pharaons, ouvrages immenses et qui exigeaient un travail
+fort long, &eacute;taient commenc&eacute;s de leur vivant, et que l'un
+des premiers
+soins de tout roi &eacute;gyptien fut, conform&eacute;ment &agrave;
+l'esprit bien connu de
+cette singuli&egrave;re nation, de s'occuper incessamment de
+l'ex&eacute;cution du
+monument s&eacute;pulcral qui devait &ecirc;tre son dernier asile.</p>
+<p>C'est ce que d&eacute;montre encore mieux le premier bas-relief
+qu'on trouve
+toujours &agrave; la gauche en entrant dans tous ces tombeaux. Ce
+tableau avait
+&eacute;videmment pour but de rassurer le roi vivant sur le
+f&acirc;cheux augure qui
+semblait r&eacute;sulter pour lui du creusement de sa tombe au moment
+o&ugrave; il
+&eacute;tait plein de vie et de sant&eacute;: ce tableau montre en
+effet le Pharaon en
+costume royal, se pr&eacute;sentant au dieu Phr&eacute; &agrave;
+t&ecirc;te d'&eacute;pervier,
+c'est-&agrave;-dire au soleil dans tout l'&eacute;clat de sa course
+(&agrave; l'heure de
+midi), lequel adresse &agrave; son repr&eacute;sentant sur la terre ces
+paroles
+consolantes:</p>
+<p>&laquo;Voici ce que dit Phr&eacute;, dieu grand, seigneur du ciel:
+Nous
+t'accordons
+une longue s&eacute;rie de jours pour r&eacute;gner sur le monde et
+exercer les
+attributions royales d'H&ocirc;rus sur la terre.&raquo;</p>
+<p>Au plafond de ce premier corridor du tombeau, on lit
+&eacute;galement de
+magnifiques promesses faites au roi pour cette vie terrestre, et le
+d&eacute;tail des privil&egrave;ges qui lui sont r&eacute;serv&eacute;s
+dans les r&eacute;gions c&eacute;lestes;
+il semble qu'on ait plac&eacute; ici ces l&eacute;gendes comme pour
+rendre plus douce
+la pente toujours trop rapide qui conduit &agrave; la salle du
+sarcophage.</p>
+<p>Imm&eacute;diatement apr&egrave;s ce tableau, sorte de
+pr&eacute;caution oratoire assez
+d&eacute;licate, on aborde plus franchement la question par un tableau
+symbolique, le disque du soleil Crioc&eacute;phale, parti de l'Orient,
+et
+avan&ccedil;ant vers la fronti&egrave;re de l'Occident, qui est
+marqu&eacute;e par un
+crocodile, embl&egrave;me des t&eacute;n&egrave;bres, et dans
+lesquelles le dieu et le roi
+vont entrer chacun &agrave; sa mani&egrave;re. Suit
+imm&eacute;diatement un tr&egrave;s-long texte,
+contenant les noms des soixante-quinze par&egrave;dres du soleil dans
+l'h&eacute;misph&egrave;re inf&eacute;rieur, et des invocations
+&agrave; ces divinit&eacute;s du troisi&egrave;me
+ordre, dont chacune pr&eacute;side &agrave; l'une des soixante-quinze
+subdivisions du
+monde inf&eacute;rieur, qu'on nommait KELL&Eacute;, <i>demeure qui
+enveloppe, enceinte,
+zone</i>.</p>
+<p>Une petite salle, qui succ&egrave;de ordinairement &agrave; ce
+premier corridor,
+contient les images sculpt&eacute;es et peintes des soixante-quinze
+par&egrave;dres,
+pr&eacute;c&eacute;d&eacute;es ou suivies d'un immense tableau dans
+lequel on voit
+successivement l'image abr&eacute;g&eacute;e des soixante-quinze zones
+et de leurs
+habitants, dont il sera parl&eacute; plus loin.</p>
+<p>A ces tableaux g&eacute;n&eacute;raux et d'ensemble succ&egrave;de
+le d&eacute;veloppement des
+d&eacute;tails: les parois des corridors et salles qui suivent (presque
+toujours les parois les plus voisines de l'orient) sont couvertes d'une
+longue s&eacute;rie de tableaux repr&eacute;sentant la marche du soleil
+dans
+l'h&eacute;misph&egrave;re sup&eacute;rieur (image du roi pendant sa
+vie), et sur les parois
+oppos&eacute;es on a figur&eacute; la marche du soleil dans
+l'h&eacute;misph&egrave;re inf&eacute;rieur
+(image du roi apr&egrave;s sa mort).</p>
+<p>Les nombreux tableaux relatifs &agrave; la marche du dieu au-dessus
+de
+l'horizon et dans l'h&eacute;misph&egrave;re lumineux sont
+partag&eacute;s en douze s&eacute;ries,
+annonc&eacute;es chacune par un riche battant de porte, sculpt&eacute;,
+et gard&eacute; par
+un &eacute;norme serpent. Ce sont les portes des douze heures du jour,
+et ces
+reptiles ont tous des noms significatifs, tels que TEK-HO, serpent
+&agrave;
+face &eacute;tincelante; SATEMPEF-BAL, serpent dont l'oeil lance la
+flamme;
+TAPENTHO, la corne du monde, etc., etc. A c&ocirc;t&eacute; de ces
+terribles gardiens
+on lit constamment la l&eacute;gende: <i>Il demeure au-dessus de cette
+grande
+porte, et l'ouvre au dieu Soleil</i>.</p>
+<p>Pr&egrave;s du battant de la premi&egrave;re porte, celle du lever,
+on a figur&eacute; les
+vingt-quatre heures du jour astronomique sous forme humaine, une
+&eacute;toile
+sur la t&ecirc;te, et marchant vers le fond du tombeau, comme pour
+marquer la
+direction de la course du dieu et indiquer celle qu'il faut suivre dans
+l'&eacute;tude des tableaux, qui offrent un int&eacute;r&ecirc;t
+d'autant plus piquant que,
+dans chacune des douze heures de jour, on a trac&eacute; l'image
+d&eacute;taill&eacute;e de
+la barque du dieu, naviguant dans le fleuve c&eacute;leste sur le <i>fluide
+primordial</i> ou <i>l'&eacute;ther</i>, le principe de toutes les
+choses physiques
+selon la vieille philosophie &eacute;gyptienne, avec la figure des
+dieux qui
+l'assistent successivement, et de plus, la repr&eacute;sentation des <i>demeures
+c&eacute;lestes</i> qu'il parcourt, et les sc&egrave;nes mythiques
+propres &agrave; chacune des
+heures du jour.</p>
+<p>Ainsi, &agrave; la premi&egrave;re heure, sa <i>bari</i>, ou
+barque, se met en mouvement
+et re&ccedil;oit les adorations des esprits de l'Orient; parmi les
+tableaux de
+la seconde heure, on trouve le grand serpent Apophis, le fr&egrave;re
+et
+l'ennemi du Soleil, surveill&eacute; par le dieu Atmou; &agrave; la
+troisi&egrave;me heure,
+le dieu Soleil arrive dans la zone c&eacute;leste o&ugrave; se
+d&eacute;cide le sort des
+&acirc;mes, relativement aux corps qu'elles doivent habiter dans leurs
+nouvelles transmigrations; on y voit le dieu Atmou assis sur son
+tribunal, pesant &agrave; sa balance les &acirc;mes humaines qui se
+pr&eacute;sentent
+successivement: l'une d'elles vient d'&ecirc;tre condamn&eacute;e, on
+la voit ramen&eacute;e
+sur terre dans une <i>bari</i>, qui s'avance vers la porte
+gard&eacute;e par Anubis,
+et conduite &agrave; grands coups de verges par des
+cynoc&eacute;phales, embl&egrave;mes de
+la justice c&eacute;leste; le coupable est sous la forme d'une
+&eacute;norme truie,
+au-dessus de laquelle on a grav&eacute; en grand caract&egrave;re <i>gourmandise</i>
+ou
+<i>gloutonnerie</i>, sans doute le p&eacute;ch&eacute; capital du
+d&eacute;linquant, quelque
+glouton de l'&eacute;poque.</p>
+<p>Le dieu visite, &agrave; la cinqui&egrave;me heure, les <i>Champs-&Eacute;lys&eacute;es</i>
+de la
+mythologie &eacute;gyptienne, habit&eacute;s par les &acirc;mes
+bienheureuses se reposant
+des peines de leurs transmigrations sur la terre: elles portent sur
+leur
+t&ecirc;te la plume d'autruche, embl&egrave;me de leur conduite juste
+et vertueuse.
+On les voit pr&eacute;senter des offrandes aux dieux, ou bien, sous
+l'inspection du <i>Seigneur de la joie du coeur</i>, elles cueillent
+les
+fruits des arbres c&eacute;lestes de ce paradis; plus loin, d'autres
+tiennent
+en main des faucilles: ce sont les &acirc;mes qui cultivent les champs
+de la
+v&eacute;rit&eacute;; leur l&eacute;gende porte: &laquo;Elles font des
+libations de l'eau et des
+offrandes des grains des campagnes de gloire; elles tiennent une
+faucille et moissonnent les champs qui sont leur partage; le dieu
+Soleil
+leur dit: Prenez vos faucilles, moissonnez vos grains, emportez-les
+dans
+vos demeures, jouissez-en et les pr&eacute;sentez aux dieux en offrande
+pure.&raquo;
+Ailleurs, enfin, on les voit se baigner, nager, sauter et
+fol&acirc;trer dans
+un grand bassin que remplit l'eau c&eacute;leste et primordiale, le
+tout sous
+l'inspection du dieu <i>Nil-C&eacute;leste</i>. Dans les heures
+suivantes, les dieux
+se pr&eacute;parent &agrave; combattre le grand ennemi du Soleil, le
+serpent
+<i>Apophis</i>. Ils s'arment d'&eacute;pieux, se chargent de filets,
+parce que le
+monstre habite les eaux du fleuve sur lequel navigue le vaisseau du
+Soleil; ils tendent des cordes; Apophis est pris; on le charge de
+liens;
+on sort du fleuve cet immense reptile, au moyen d'un c&acirc;ble que la
+d&eacute;esse
+Selk lui attache au cou et que les douze dieux tirent, second&eacute;s
+par une
+<i>machine fort compliqu&eacute;e</i>, manoeuvres par le dieu <i>Sev</i>
+(Saturne),
+assist&eacute; des g&eacute;nies des quatre points cardinaux. Mais tout
+cet attirail
+serait impuissant contre les efforts d'Apophis, s'il ne sortait d'en
+bas
+une <i>main &eacute;norme</i> (celle d'Ammon) qui saisit la corde et
+arr&ecirc;te la
+fougue du dragon. Enfin, &agrave; la onzi&egrave;me heure du jour, le
+serpent captif
+est &eacute;trangl&eacute;; et bient&ocirc;t apr&egrave;s le dieu
+Soleil arrive au point extr&ecirc;me de
+l'horizon o&ugrave; il va dispara&icirc;tre. C'est la d&eacute;esse <i>Netph&eacute;</i>
+(Rh&eacute;a) qui,
+faisant l'office de la Th&eacute;tys des Grecs, s'&eacute;l&egrave;ve
+&agrave; la surface de l'ab&icirc;me
+des eaux c&eacute;lestes; et, mont&eacute;e sur la t&ecirc;te de son
+fils Osiris, dont le
+corps se termine en volute comme celui d'une sir&egrave;ne, la
+d&eacute;esse re&ccedil;oit
+le vaisseau du Soleil, qui prend bient&ocirc;t dans ses bras immenses
+le Nil
+c&eacute;leste, le vieil <i>Oc&eacute;an</i> des mythes
+&eacute;gyptiens.</p>
+<p>La marche du Soleil dans <i>l'h&eacute;misph&egrave;re
+inf&eacute;rieur</i>, celui des t&eacute;n&egrave;bres,
+pendant les douze heures de nuit, c'est-&agrave;-dire la contre-partie
+des
+sc&egrave;nes pr&eacute;c&eacute;dentes, se trouve sculpt&eacute;e sur
+les parois des tombeaux
+royaux oppos&eacute;es &agrave; celles dont je viens de donner une
+id&eacute;e
+tr&egrave;s-succincte. L&agrave; le dieu, assez constamment peint en <i>noir</i>,
+de la
+t&ecirc;te aux pieds, parcourt les soixante-quinze cercles ou zones
+auxquels
+pr&eacute;sident autant de personnages divins de toute forme et
+arm&eacute;s de
+glaives. Ces cercles sont habit&eacute;s par les <i>&acirc;mes
+coupables</i> qui subissent
+divers supplices. C'est v&eacute;ritablement l&agrave; le type
+primordial de l'<i>Enfer</i>
+du Dante, car la vari&eacute;t&eacute; des tourments a de quoi
+surprendre; et je ne
+suis pas &eacute;tonn&eacute; que quelques voyageurs, effray&eacute;s
+de ces sc&egrave;nes de
+carnage, aient cru y trouver la preuve de l'usage des sacrifices
+humains
+dans l'ancienne &Eacute;gypte; mais les l&eacute;gendes l&egrave;vent
+toute esp&egrave;ce
+d'incertitude &agrave; cet &eacute;gard: ce sont des affaires de
+l'autre monde, et qui
+ne pr&eacute;jugent rien pour les us et coutumes de celui-ci.</p>
+<p>Les &acirc;mes coupables sont punies d'une mani&egrave;re
+diff&eacute;rente dans la plupart
+des zones infernales que visite le dieu Soleil: on a figur&eacute; ces
+esprits
+impurs, et pers&eacute;v&eacute;rant dans le crime, presque toujours
+sous la forme
+humaine, quelquefois aussi sous la forme symbolique de la <i>grue</i>,
+ou
+celle de l'<i>&eacute;pervier &agrave; t&ecirc;te humaine</i>,
+enti&egrave;rement peints en <i>noir</i>, pour
+indiquer &agrave; la fois et leur nature perverse et leur s&eacute;jour
+dans l'ab&icirc;me
+des t&eacute;n&egrave;bres; les unes sont fortement li&eacute;es
+&agrave; des poteaux, et les
+gardiens de la zone, brandissant leurs glaives, leur reprochent les
+crimes qu'elles ont commis sur la terre; d'autres sont suspendues la
+t&ecirc;te en bas; celles-ci, les mains li&eacute;es sur la poitrine et
+la t&ecirc;te
+coup&eacute;e, marchent en longues files; quelques-unes, les mains
+li&eacute;es
+derri&egrave;re le dos, tra&icirc;nent sur la terre leur coeur sorti de
+leur
+poitrine; dans de grandes chaudi&egrave;res, on fait bouillir des
+&acirc;mes
+vivantes, soit sous forme humaine, soit sous celle d'oiseau, ou
+seulement leurs t&ecirc;tes et leurs coeurs. J'ai aussi remarqu&eacute;
+des &acirc;mes
+jet&eacute;es dans la chaudi&egrave;re avec l'embl&egrave;me du bonheur
+et du repos c&eacute;leste
+(l'&eacute;ventail), auxquels elles avaient perdu tous leurs droits.
+J'ai des
+copies fid&egrave;les de cette immense s&eacute;rie de tableaux et des
+longues
+l&eacute;gendes qui les accompagnent.</p>
+<p>A chaque zone et aupr&egrave;s des supplici&eacute;s, on lit
+toujours leur
+condamnation et la peine qu'ils subissent. &laquo;Ces &acirc;mes
+ennemies, y
+est-il
+dit, ne voient point notre dieu lorsqu'il lance les rayons de son
+disque; elles n'habitent plus dans le monde terrestre, et elles
+n'entendent point la voix du Dieu grand lorsqu'il traverse leurs
+zones.&raquo;
+Tandis qu'on lit au contraire, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la
+repr&eacute;sentation des &acirc;mes
+heureuses, sur les parois oppos&eacute;es: &laquo;Elles ont
+trouv&eacute;
+gr&acirc;ce aux yeux du
+Dieu grand; elles habitent les demeures de gloire, celles o&ugrave;
+l'on vit de
+la vie c&eacute;leste; les corps qu'elles ont abandonn&eacute;s
+reposeront &agrave; toujours
+dans leurs tombeaux, tandis qu'elles jouiront de la pr&eacute;sence du
+Dieu
+supr&ecirc;me.&raquo;</p>
+<p>Cette double s&eacute;rie de tableaux nous donne donc le <i>syst&egrave;me
+psychologique &eacute;gyptien</i> dans ses deux points les pins
+importants et les
+plus moraux, <i>les r&eacute;compenses et les peines</i>. Ainsi se
+trouve
+compl&egrave;tement d&eacute;montr&eacute; tout ce que les anciens ont
+dit de la doctrine
+&eacute;gyptienne sur <i>l'immortalit&eacute; de l'&acirc;me</i> et le
+but positif de la vie
+humaine. Elle est certainement grande et heureuse, l'id&eacute;e de
+symboliser
+la <i>double destin&eacute;e</i> des &acirc;mes par le plus frappant
+des ph&eacute;nom&egrave;nes
+c&eacute;lestes, le cours du soleil dans les deux
+h&eacute;misph&egrave;res, et d'en lier la
+peinture &agrave; celle de cet imposant et magnifique spectacle.</p>
+<p>Cette galerie psychologique occupe les parois des deux grands
+corridors
+et des deux premi&egrave;res salles du tombeau de <i>Rhams&egrave;s V</i>,
+que j'ai pris
+pour type de ma description des tombes royales, parce qu'il est le plus
+complet de tous. Le m&ecirc;me sujet, mais compos&eacute; dans un
+esprit directement
+<i>astronomique</i>, et sur un plan plus r&eacute;gulier, parce que
+c'&eacute;tait un
+tableau de science, est reproduit sur les plafonds, et occupe toute la
+longueur de ceux du second corridor et des deux premi&egrave;res salles
+qui
+suivent.</p>
+<p>Le ciel, sous la forme d'une femme dont le corps est parsem&eacute;
+d'&eacute;toiles,
+enveloppe de trois c&ocirc;t&eacute;s cette immense composition: le
+torse se prolonge
+sur toute la longueur du tableau dont il couvre la partie
+sup&eacute;rieure; sa
+t&ecirc;te est &agrave; l'occident; ses bras et ses pieds limitent la
+longueur du
+tableau divis&eacute; en deux bandes &eacute;gales: celle d'en haut
+repr&eacute;sente
+l'h&eacute;misph&egrave;re sup&eacute;rieur et le cours du soleil dans
+les douze heures du
+jour; celle d'en bas, l'h&eacute;misph&egrave;re inf&eacute;rieur, la
+marche du soleil
+pendant les douze heures de la nuit.</p>
+<p>A l'orient, c'est-&agrave;-dire vers le point sexuel du grand corps
+c&eacute;leste (de
+la d&eacute;esse Ciel), est figur&eacute;e la naissance du Soleil; il
+sort du sein de
+sa divine m&egrave;re <i>N&eacute;ith</i>, sous la forme d'un petit
+enfant portant le doigt
+&agrave; sa bouche, et renferm&eacute; dans un disque rouge: le dieu <i>M&eacute;u&iuml;</i>
+(l'Hercule
+&eacute;gyptien, la raison divine), debout dans la barque
+destin&eacute;e aux voyages
+du jeune dieu, &eacute;l&egrave;ve les bras pour l'y placer
+lui-m&ecirc;me; apr&egrave;s que le
+Soleil enfant a re&ccedil;u les soins de deux d&eacute;esses nourrices,
+la barque part
+et navigue sur l'<i>Oc&eacute;an c&eacute;leste</i>, l'&Eacute;ther,
+qui coule comme un fleuve de
+l'<i>orient &agrave; l'occident</i>, o&ugrave; il forme un vaste
+bassin, dans lequel
+aboutit une branche du fleuve traversant l'<i>h&eacute;misph&egrave;re
+inf&eacute;rieur,
+d'occident en orient</i>.</p>
+<p>Chaque heure du jour est indiqu&eacute;e sur le corps du Ciel par un
+disque
+rouge, et dans le tableau par douze barques ou <i>bari</i> dans
+lesquelles
+para&icirc;t le dieu Soleil naviguant sur l'Oc&eacute;an c&eacute;leste
+avec un cort&egrave;ge qui
+change &agrave; chaque heure, et qui l'accompagne sur les <i>deux rives</i>.</p>
+<p>A la premi&egrave;re heure, au moment o&ugrave; le vaisseau se met
+en mouvement, les
+esprits de l'Orient pr&eacute;sentent leurs hommages au dieu debout
+dans son
+naos, qui est &eacute;lev&eacute; au milieu de cette bari;
+l'&eacute;quipage se compose de la
+d&eacute;esse <i>Sori</i>, qui donne l'impulsion &agrave; la proue; du
+dieu Sev (Saturne),
+&agrave; la t&ecirc;te de li&egrave;vre, tenant une longue perche pour
+sonder le fleuve, et
+dont il ne fait usage qu'&agrave; partir de la 8e heure,
+c'est-&agrave;-dire lorsqu'on
+approche des parages de l'Occident; le r&eacute;is ou commandant est
+H&ocirc;rus,
+ayant en sous-ordre le dieu Hak&eacute;-O&euml;ris, le Pha&euml;ton et
+le compagnon
+fid&egrave;le du Soleil: le pilote manoeuvrant le gouvernail est un
+hi&eacute;racoc&eacute;phale nomm&eacute; <i>Ha&ocirc;u</i>, plus la
+d&eacute;esse Neb-Wa (la dame de la
+barque), dont j'ignore les fonctions sp&eacute;ciales, enfin le dieu
+gardien
+sup&eacute;rieur des tropiques. On a repr&eacute;sent&eacute;, sur les
+bords du fleuve, les
+dieux ou les esprits qui pr&eacute;sident &agrave; chacune des heures
+du jour; ils
+adorent le Soleil &agrave; son passage, ou r&eacute;citent tous les
+noms mystiques par
+lesquels on le distinguait. A la seconde heure paraissent les
+&acirc;mes des
+rois ayant &agrave; leur t&ecirc;te le d&eacute;funt Rhams&egrave;s V,
+allant au-devant de la bari
+du dieu pour adorer sa lumi&egrave;re. Aux 4e, 5e et 6e heures, le
+m&ecirc;me Pharaon
+prend part aux travaux des dieux qui font la guerre au grand Apophis
+cach&eacute; dans les eaux de l'Oc&eacute;an. Dans les 7e et 8e heures,
+le vaisseau
+c&eacute;leste c&ocirc;toie les demeures des bienheureux, jardins
+ombrag&eacute;s par des
+arbres de diff&eacute;rentes esp&egrave;ces, sous lesquels se
+prom&egrave;nent les dieux et
+les &acirc;mes pures. Enfin le dieu approche de l'Occident: Sev
+(Saturne)
+sonde le fleuve incessamment, et des dieux &eacute;chelonn&eacute;s sur
+le rivage
+dirigent la barque avec pr&eacute;caution; elle contourne le grand
+bassin de
+l'ouest, et repara&icirc;t dans la bande sup&eacute;rieure du tableau,
+c'est-&agrave;-dire
+dans l'h&eacute;misph&egrave;re inf&eacute;rieur, sur le fleuve qu'elle
+remonte d'occident en
+orient. Mais dans toute cette navigation des douze heures de nuit,
+comme
+il arriva encore pour les barques qui remontent le Nil, la <i>bari</i>
+du
+Soleil est toujours tir&eacute;e &agrave; la corde par un grand nombre
+de g&eacute;nies
+subalternes, dont le nombre varie &agrave; chaque heure
+diff&eacute;rente. Le grand
+cort&egrave;ge du dieu et l'&eacute;quipage ont disparu, il ne reste
+plus que le
+pilote debout et inerte &agrave; l'entr&eacute;e du naos renfermant le
+dieu, auquel la
+d&eacute;esse Thme&iuml; (la v&eacute;rit&eacute; et la justice), qui
+pr&eacute;side &agrave; l'enfer ou &agrave; la
+r&eacute;gion inf&eacute;rieure, semble adresser des consolations.</p>
+<p>Des l&eacute;gendes hi&eacute;roglyphiques, plac&eacute;es sur
+chaque personnage et au
+commencement de toutes les sc&egrave;nes, en indiquent les noms et les
+sujets,
+en faisant conna&icirc;tre l'heure du jour ou de la nuit &agrave;
+laquelle se
+rapportent ces sc&egrave;nes symboliques. J'ai pris copie
+moi-m&ecirc;me et des
+tableaux et de toutes les inscriptions.</p>
+<p>Mais sur ces m&ecirc;mes plafonds, et en dehors de la composition
+que je viens
+de d&eacute;crire en gros, existent des textes hi&eacute;roglyphiques
+d'un int&eacute;r&ecirc;t
+plus grand peut-&ecirc;tre, quoique li&eacute;s au m&ecirc;me sujet. Ce
+sont des <i>tables
+des constellations et de leurs influences pour toutes les heures de
+chaque mois de l'ann&eacute;e</i>; elles sont ainsi con&ccedil;ues:</p>
+<p>MOIS DE T&Ocirc;BI, la derni&egrave;re moiti&eacute;.&#8212;<i>Orion</i>
+domine et influe sur
+l'oreille gauche.</p>
+<p>Heure 1re, la constellation d'<i>Orion</i> (influe) sur le bras
+gauche.</p>
+<p>Heure 2e, la constellation de <i>Sirius</i> (influe) sur le coeur.</p>
+<p>Heure 3e, le commencement de la constellation <i>des deux
+&eacute;toiles</i> (les
+G&eacute;meaux?), sur le coeur.</p>
+<p>Heure 4e, les constellations <i>des deux &eacute;toiles</i>
+(influent) sur l'oreille
+gauche.</p>
+<p>Heure 5e, les &eacute;toiles <i>du fleuve</i> (influent) sur le
+coeur.</p>
+<p>Heure 6e, la t&ecirc;te (ou le commencement) <i>du lion</i>
+(influe) sur le coeur.</p>
+<p>Heure 7e, <i>la fl&egrave;che</i> (influe) sur l'oeil droit.</p>
+<p>Heure 8e, <i>les longues &eacute;toiles</i>, sur le coeur.</p>
+<p>Heure 9e, les serviteurs des parties ant&eacute;rieures (du
+quadrup&egrave;de) <i>Ment&eacute;</i>
+(le lion marin?) (influent) sur le bras gauche.</p>
+<p>Heure 10e, le quadrup&egrave;de <i>Ment&eacute;</i> (le lion
+marin?), sur l'oeil gauche.</p>
+<p>Heure 11e, les serviteurs du <i>Ment&eacute;</i>, sur le bras
+gauche.</p>
+<p>Heure 12e, <i>le pied de la truie</i> (influe) sur le bras gauche.</p>
+<p>Nous avons donc ici une <i>table des influences</i>, analogue
+&agrave; celle qu'on
+avait grav&eacute;e sur le fameux cercle dor&eacute; du monument
+d'Osimandyas, et qui
+donnait, comme le dit Diodore de Sicile, les heures du lever des
+constellations <i>avec les influences de chacune d'elles</i>. Cela
+d&eacute;montrera
+sans r&eacute;plique, comme l'a affirm&eacute; notre savant ami M.
+Letronne, que
+l'<i>astrologie</i> remonte, en &Eacute;gypte, jusqu'aux temps les plus
+recul&eacute;s;
+cette question, par le fait, est d&eacute;cid&eacute;e sans retour,
+c'est un petit
+souvenir que je lui adresse, en attendant ses commissions pour
+Th&egrave;bes.</p>
+<p>La traduction que je viens de donner d'une des vingt-quatre tables
+qui
+composent la s&eacute;rie des levers, est certaine dans les passages
+o&ugrave; j'ai
+introduit les noms actuels des constellations de notre
+planisph&egrave;re;
+n'ayant pas eu le temps de pousser plus loin mon travail de
+concordance,
+j'ai &eacute;t&eacute; oblig&eacute; de donner partout ailleurs le mot
+&agrave; mot du texte
+hi&eacute;roglyphique.</p>
+<p>J'ai d&ucirc; recueillir, et je l'ai fait avec un soin religieux,
+ces restes
+pr&eacute;cieux de l'<i>astronomie antique</i>, science qui devait
+&ecirc;tre
+n&eacute;cessairement li&eacute;e &agrave; l'<i>astrologie</i>, dans un
+pays o&ugrave; la religion fut la
+base immuable de toute l'organisation sociale. Dans un pareil
+syst&egrave;me
+politique, toutes les sciences devaient avoir deux parties distinctes:
+<i>la partie des faits observ&eacute;s</i>, qui constitue seule nos
+sciences
+actuelles; <i>la partie sp&eacute;culative</i>, qui liait la science
+&agrave; la croyance
+religieuse, lien n&eacute;cessaire, indispensable m&ecirc;me en
+&Eacute;gypte, o&ugrave; la
+religion, pour &ecirc;tre forte et pour l'&ecirc;tre toujours, avait
+voulu renfermer
+l'univers entier et son &eacute;tude dans son domaine sans bornes; ce
+qui a son
+bon et son mauvais c&ocirc;t&eacute;, comme toutes les conceptions
+humaines.</p>
+<p>Dans le tombeau de Rhams&egrave;s V, les salles ou corridors qui
+suivent ceux
+que je viens de d&eacute;crire, sont d&eacute;cor&eacute;s de tableaux
+symboliques relatifs &agrave;
+divers &eacute;tats du soleil consid&eacute;r&eacute; soit
+physiquement, soit surtout dans
+ses rapports purement mythiques: mais ces tableaux ne forment point un
+ensemble suivi, c'est pour cela qu'ils sont totalement omis ou qu'ils
+n'occupent pas la m&ecirc;me place dans les tombes royales. La salle
+qui
+pr&eacute;c&egrave;de celle du sarcophage, en g&eacute;n&eacute;ral
+consacr&eacute;e aux quatre g&eacute;nies de
+l'Amenti, contient, dans les tombeaux les plus complets, la comparution
+du roi devant le tribunal des quarante-deux juges divins qui doivent
+d&eacute;cider du sort de son &acirc;me, tribunal dont ne fut qu'une
+simple image
+celui qui, sur la terre, accordait ou refusait aux rois les honneurs de
+la s&eacute;pulture. Une paroi enti&egrave;re de cette salle, dans le
+tombeau de
+Rhams&egrave;s V, offre les images de ces quarante-deux assesseurs
+d'Osiris,
+m&ecirc;l&eacute;es aux justifications que le roi est cens&eacute;
+pr&eacute;senter, ou faire
+pr&eacute;senter en son nom, &agrave; ces juges s&eacute;v&egrave;res,
+lesquels paraissent &ecirc;tre
+charg&eacute;s, chacun, de faire la recherche d'un crime ou
+p&eacute;ch&eacute; particulier,
+et de le punir dans l'&acirc;me soumise &agrave; leur juridiction. Ce
+grand texte,
+divis&eacute; par cons&eacute;quent en quarante-deux versets ou
+colonnes, n'est, &agrave;
+proprement parler, qu'une <i>confession n&eacute;gative</i>, comme on
+peut en juger
+par les exemples qui suivent:</p>
+<p>dieu (tel)! <i>le roi</i>, soleil mod&eacute;rateur de justice,
+approuv&eacute; d'Ammon,
+<i>n'a point commis de m&eacute;chancet&eacute;s</i>.</p>
+<p>Le fils du Soleil Rhams&egrave;s <i>n'a point
+blasph&eacute;m&eacute;</i>.</p>
+<p>Le roi, soleil mod&eacute;rateur, etc., <i>ne s'est point
+enivr&eacute;</i>.</p>
+<p>Le fils du Soleil Rhams&egrave;s <i>n'a point &eacute;t&eacute;
+paresseux</i>.</p>
+<p>Le roi, soleil mod&eacute;rateur, etc., <i>n'a point enlev&eacute;
+les biens vou&eacute;s aux
+dieux.</i></p>
+<p>Le fils du Soleil Rhams&egrave;s <i>n'a point dit de mensonges</i>.</p>
+<p>Le roi, soleil, etc., <i>n'a point &eacute;t&eacute; libertin</i>.</p>
+<p>Le fils du Soleil Rhams&egrave;s <i>ne s'est point souill&eacute;
+par des impuret&eacute;s</i>.</p>
+<p>Le roi, soleil, etc., <i>n'a point secou&eacute; la t&ecirc;te en
+entendant des paroles
+d&eacute; v&eacute;rit&eacute;</i>.</p>
+<p>Le fils du Soleil Rhams&egrave;s <i>n'a point inutilement
+allong&eacute; ses paroles</i>.</p>
+<p>Le roi, soleil, etc., <i>n'a pas eu &agrave; d&eacute;vorer son
+coeur</i> (c'est-&agrave;-dire, &agrave;
+se repentir de quelque mauvaise action).</p>
+<p>On voyait enfin, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de ce texte curieux,
+dans le tombeau de
+Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun, des images plus curieuses encore, celles
+des p&eacute;ch&eacute;s
+capitaux: il n'en reste plus que trois de bien visibles; ce sont <i>la
+luxure</i>, <i>la paresse</i> et <i>la voracit&eacute;</i>,
+figur&eacute;es sous forme humaine,
+avec les t&ecirc;tes symboliques de <i>bouc</i>, de <i>tortue</i> et
+de <i>crocodile</i>.</p>
+<p>La grande salle du tombeau de Rhams&egrave;s V, celle qui renfermait
+le
+sarcophage, et la derni&egrave;re de toutes, surpasse aussi les autres
+en
+grandeur et en magnificence. Le plafond, creus&eacute; en berceau et
+d'une
+tr&egrave;s-belle coupe, a conserv&eacute; toute sa peinture: la
+fra&icirc;cheur en est
+telle qu'il faut &ecirc;tre habitu&eacute; aux miracles de conservation
+des monuments
+de l'&Eacute;gypte pour se persuader que ces fr&ecirc;les couleurs ont
+r&eacute;sist&eacute; &agrave; plus
+de trente si&egrave;cles. On a r&eacute;p&eacute;t&eacute; ici, mais en
+grand et avec plus de
+d&eacute;tails dans certaines parties, la marche du soleil dans les
+deux
+h&eacute;misph&egrave;res pendant la dur&eacute;e du jour astronomique,
+composition qui
+d&eacute;core les plafonds des premi&egrave;res salles du tombeau et
+qui forme le
+motif g&eacute;n&eacute;ral de toute la d&eacute;coration des
+s&eacute;pultures royales.</p>
+<p>Les parois de cette vaste salle sont couvertes, du soubassement au
+plafond, de tableaux sculpt&eacute;s et peints comme dans le reste du
+tombeau,
+et charg&eacute;es de milliers d'hi&eacute;roglyphes formant les
+l&eacute;gendes
+explicatives; le soleil est encore le sujet de ces bas-reliefs, dont un
+grand nombre contiennent aussi, sous des formes embl&eacute;matiques,
+tout le
+syst&egrave;me cosmogonique et les principes de la physique
+g&eacute;n&eacute;rale des
+&Eacute;gyptiens. Une longue &eacute;tude peut seule donner le sens
+entier de ces
+compositions, que j'ai toutes copi&eacute;es moi-m&ecirc;me, en
+transcrivant en m&ecirc;me
+temps tous les textes qui les accompagnent. C'est du mysticisme le plus
+raffin&eacute;; mais il y a certainement, sous ces apparences
+embl&eacute;matiques, de
+vieilles v&eacute;rit&eacute;s que nous croyons tr&egrave;s-jeunes.</p>
+<p>J'ai omis dans cette description, aussi rapide que possible, d'un
+seul
+des tombeaux royaux, de parler des bas-reliefs dont sont couverts les
+piliers qui soutiennent les diverses salles; ce sont des adorations aux
+divinit&eacute;s de l'&Eacute;gypte, et principalement &agrave; celles
+qui pr&eacute;sident aux
+destin&eacute;es des &acirc;mes, Phtha-Socharis, Atmou, la
+d&eacute;esse <i>M&eacute;r&eacute;soehar</i>,
+<i>Osiris</i> et <i>Anubis</i>.</p>
+<p>Tous les autres tombeaux des rois de Th&egrave;bes, situ&eacute;s
+dans la vall&eacute;e de
+Biban-el-Molouk et dans la vall&eacute;e de l'Ouest, sont
+d&eacute;cor&eacute;s, soit de la
+totalit&eacute;, soit seulement d'une partie des tableaux que je viens
+d'indiquer, et selon que ces tombeaux sont plus ou moins vastes, et
+surtout plus ou moins achev&eacute;s.</p>
+<p>Les tombes royales v&eacute;ritablement achev&eacute;es et
+compl&egrave;tes sont en
+tr&egrave;s-petit nombre, savoir: celle d'Am&eacute;nophis III
+(Memnon), dont la
+d&eacute;coration est presque enti&egrave;rement d&eacute;truite; celle
+de Rhams&egrave;s-Me&iuml;moun,
+celle de Rhams&egrave;s V, probablement aussi celle de Rhams&egrave;s
+le Grand, enfin
+celle de la reine Thaoser. Toutes les autres sont incompl&egrave;tes.
+Les unes
+se terminent &agrave; la premi&egrave;re salle, chang&eacute;e en
+grande salle s&eacute;pulcrale
+d'autres vont jusqu'&agrave; une seconde salle des tombeaux complets;
+quelques-unes m&ecirc;me se terminent brusquement par un petit
+r&eacute;duit creus&eacute;
+&agrave; la h&acirc;te, grossi&egrave;rement peint, et dans lequel on a
+d&eacute;pos&eacute; le sarcophage
+du roi, &agrave; peine &eacute;bauch&eacute;. Cela prouve
+invinciblement ce que j'ai dit au
+commencement, que ces rois ordonnaient leur tombeau en montant sur le
+tr&ocirc;ne; et si la mort venait les surprendre avant qu'il f&ucirc;t
+termin&eacute;, les
+travaux &eacute;taient arr&ecirc;t&eacute;s et le tombeau demeurait
+incomplet. On peut donc
+juger de la longueur du r&egrave;gne de tous les rois inhum&eacute;s
+&agrave;
+Biban-el-Molouk, par l'ach&egrave;vement ou par l'&eacute;tat plus ou
+moins avanc&eacute; de
+l'excavation destin&eacute;e &agrave; sa s&eacute;pulture. Il est
+&agrave; remarquer, &agrave; ce sujet,
+que les r&egrave;gnes d'Am&eacute;nophis III, de Rhams&egrave;s le
+Grand et de Rhams&egrave;s V
+furent, en effet, selon Man&eacute;thon, de plus de trente ans chacun,
+et leurs
+tombeaux sont aussi les plus &eacute;tendus.</p>
+<p>Il me reste &agrave; parler de certaines particularit&eacute;s que
+pr&eacute;sentent
+quelques-unes de ces tombes royales.</p>
+<p>Quelques parois conserv&eacute;es du tombeau d'Am&eacute;nophis III
+(Memnon) sont
+couvertes d'une simple peinture, mais ex&eacute;cut&eacute;e avec
+beaucoup de soin et
+de finesse. La grande salle contient encore une portion de la course du
+soleil dans les deux h&eacute;misph&egrave;res; mais cette composition
+est peinte sur
+les murailles sous la forme d'un immense papyrus d&eacute;roul&eacute;,
+les figures
+&eacute;tant trac&eacute;es au simple trait comme dans les manuscrits
+et les l&eacute;gendes,
+en hi&eacute;roglyphes lin&eacute;aires, arrivant presque aux formes <i>hi&eacute;ratiques</i>.
+Le
+Mus&eacute;e royal poss&egrave;de des rituels con&ccedil;us en ce genre
+d'&eacute;criture de
+transition.</p>
+<p>Le tombeau de cet illustre Pharaon a &eacute;t&eacute;
+d&eacute;couvert par un des membres de
+la Commission d'&Eacute;gypte dans la vall&eacute;e de l'Ouest. Il est
+probable que
+tous les rois de la premi&egrave;re partie de la XVIIIe dynastie
+reposaient
+dans cette m&ecirc;me vall&eacute;e, et que c'est l&agrave; qu'il faut
+chercher les
+s&eacute;pulcres d'Am&eacute;nophis Ier et II, et des quatre
+Thouthmosis. On ne pourra
+les d&eacute;couvrir qu'en ex&eacute;cutant des d&eacute;blayements
+immenses au pied des
+grands rochers coup&eacute;s &agrave; pic dans le sein desquels ces
+tombe ont &eacute;t&eacute;
+creus&eacute;es. Cette m&ecirc;me vall&eacute;e rec&egrave;le
+peut-&ecirc;tre encore le dernier asile des
+rois th&eacute;bains des anciennes &eacute;poques; c'est ce que je me
+crois autoris&eacute; &agrave;
+conclure de l'existence d'un second tombeau royal d'un
+tr&egrave;s-ancien
+style, d&eacute;couvert dans la partie la plus recul&eacute;e de la
+m&ecirc;me vall&eacute;e, celui
+d'un Pharaon th&eacute;bain nomm&eacute; <i>Skha&iuml;</i>, lequel
+n'appartient certainement
+point aux quatre derni&egrave;res dynasties th&eacute;baines, les
+XVIIe, XVIIIe, XIXe
+et XXe.</p>
+<p>Dans la vall&eacute;e proprement dite de Biban-el-Molouk, nous avons
+admir&eacute;,
+comme tous les voyageurs qui nous ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute;s,
+l'&eacute;tonnante fra&icirc;cheur
+des peintures et la finesse des sculptures du tombeau d'Ousire&iuml;
+Ier, qui
+dans ses l&eacute;gendes prend les divers surnoms de <i>Noube&iuml;</i>,
+d'<i>Athothi</i> et
+d'<i>Amone&iuml;</i>, et dans son tombeau celui d'Ousire&iuml;; mais
+cette belle
+catacombe d&eacute;p&eacute;rit chaque jour. Les piliers se fendent et
+se d&eacute;litent;
+les plafonds tombent en &eacute;clats, et la peinture s'enl&egrave;ve
+en &eacute;cailles.
+J'ai fait dessiner et colorier sur place les plus riches tableaux de
+cet
+hypog&eacute;e, pour donner en Europe une id&eacute;e exacte de tant de
+magnificence.
+J'ai fait &eacute;galement dessiner la s&eacute;rie de <i>peuples</i>
+figur&eacute;e dans un des
+bas-reliefs de la premi&egrave;re salle &agrave; piliers. J'avais cru
+d'abord,
+d'apr&egrave;s les copies de ces bas-reliefs publi&eacute;es en
+Angleterre, que ces
+quatre peuples, de race bien diff&eacute;rente, conduits par le dieu
+H&ocirc;rus
+tenant le b&acirc;ton pastoral, &eacute;taient les nations soumises au
+sceptre du
+Pharaon Ousire&iuml;; l'&eacute;tude des l&eacute;gendes m'a fait
+conna&icirc;tre que ce tableau
+a une signification plus g&eacute;n&eacute;rale. Il appartient &agrave;
+la 3e heure du jour,
+celle o&ugrave; le soleil commence &agrave; faire sentir toute l'ardeur
+de ses rayons
+et r&eacute;chauffe toutes les contr&eacute;es de notre
+h&eacute;misph&egrave;re. On a voulu y
+repr&eacute;senter, d'apr&egrave;s la l&eacute;gende m&ecirc;me, <i>les
+habitants de l'&Eacute;gypte et ceux
+des contr&eacute;es &eacute;trang&egrave;res</i>. Nous avons donc ici
+sous les yeux l'image des
+diverses <i>races d'hommes</i> connues des &Eacute;gyptiens, et nous
+apprenons en
+m&ecirc;me temps les grandes divisions g&eacute;ographiques ou <i>ethnographiques</i>
+&eacute;tablies &agrave; cette &eacute;poque recul&eacute;e.</p>
+<p>Les hommes guid&eacute;s par le Pasteur des peuples, H&ocirc;rus,
+sont figur&eacute;s au
+nombre de douze, mais appartenant &agrave; quatre familles bien
+distinctes. Les
+trois premiers (les plus voisins du dieu) sont de <i>couleur rouge
+sombre</i>, taille bien proportionn&eacute;e, physionomie douce, nez
+l&eacute;g&egrave;rement
+aquilin, longue chevelure natt&eacute;e, v&ecirc;tus de blanc, et leur
+l&eacute;gende les
+d&eacute;signe sous le nom de R&Ocirc;T-EH-NE-R&Ocirc;ME, <i>la race
+des hommes</i>, les hommes
+par excellence, c'est-&agrave;-dire les &Eacute;gyptiens.</p>
+<p>Les trois suivants pr&eacute;sentent un aspect bien
+diff&eacute;rent: peau couleur de
+chair tirant sur le jaune, ou teint basan&eacute;, nez fortement
+aquilin, barbe
+noire, abondante et termin&eacute;e en pointe, court v&ecirc;tement de
+couleurs
+vari&eacute;es; ceux-ci portent le nom de NAMOU.</p>
+<p>Il ne peut y avoir aucune incertitude sur la race des trois qui
+viennent apr&egrave;s, ce sont des <i>n&egrave;gres</i>; ils sont
+d&eacute;sign&eacute;s sous le nom
+g&eacute;n&eacute;ral de NAHASI.</p>
+<p>Enfin, les trois derniers ont la teinte de peau que nous nommons
+couleur
+de chair, ou peau blanche de la nuance la plus d&eacute;licate, le nez
+droit ou
+l&eacute;g&egrave;rement vouss&eacute;, les yeux bleus, barbe blonde ou
+rousse, taille haute
+et tr&egrave;s-&eacute;lanc&eacute;e, v&ecirc;tus de peaux de boeuf
+conservant encore leur poil,
+v&eacute;ritables sauvages tatou&eacute;s sur diverses parties du
+corps; on les nomme
+TAMHOI.</p>
+<p>Je me h&acirc;tai de chercher le tableau correspondant &agrave;
+celui-ci dans les
+autres tombes royales, et en le retrouvant en effet dans plusieurs, les
+variations que j'y observai me convainquirent pleinement qu'on a voulu
+figurer ici les habitants des <i>quatre parties du monde</i>, selon
+l'ancien
+syst&egrave;me &eacute;gyptien, savoir: 1e <i>les habitants de
+l'&Eacute;gypte</i>, qui, &agrave; elle
+seule, formait une partie du monde, d'apr&egrave;s le
+tr&egrave;s-modeste usage des
+vieux peuples; 2e les <i>Asiatiques</i>; 3e les habitants propres de
+l'<i>Afrique</i>, les n&egrave;gres; 4e enfin (et j'ai honte de le
+dire, puisque
+notre race est la derni&egrave;re et la plus sauvage de la
+s&eacute;rie) les
+<i>Europ&eacute;ens</i>, qui &agrave; ces &eacute;poques
+recul&eacute;es, il faut &ecirc;tre juste, ne
+faisaient pas une trop belle figure dans ce monde. Il faut entendre ici
+tous les peuples de race blonde et &agrave; peau blanche, habitant
+non-seulement l'<i>Europe</i>, mais encore l'<i>Asie</i>, leur point de
+d&eacute;part.</p>
+<p>Cette mani&egrave;re de consid&eacute;rer ces tableaux est d'autant
+plus la v&eacute;ritable
+que, dans les autres tombes, les m&ecirc;mes noms
+g&eacute;n&eacute;riques reparaissent et
+constamment dans le m&ecirc;me ordre. On y trouve aussi les
+&Eacute;gyptiens et les
+Africains repr&eacute;sent&eacute;s de la m&ecirc;me mani&egrave;re, ce
+qui ne pouvait &ecirc;tre
+autrement: mais les <i>Namou</i> (les Asiatiques) et les <i>Tamhou</i>
+(les races
+europ&eacute;ennes) offrent d'importantes et curieuses variantes.</p>
+<p>Au lieu de l'Arabe ou du Juif, si simplement v&ecirc;tu dans le
+tombeau
+d'Ousire&iuml;, l'Asie a pour repr&eacute;sentants dans d'autres
+tombeaux (ceux de
+<i>Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun</i>, etc.) trois individus toujours
+&agrave; teint basan&eacute;, nez
+aquilin, oeil noir et barbe touffue, mais costum&eacute;s avec une rare
+magnificence. Dans l'un, ce sont &eacute;videmment des <i>Assyriens</i>:
+leur
+costume, jusque dans les plus petits d&eacute;tails, est parfaitement
+semblable
+&agrave; celui des personnages grav&eacute;s sur les cylindres
+assyriens: dans
+l'autre, les peuples <i>M&egrave;des</i>, ou habitants primitifs de
+quelque partie
+de la Perse, leur physionomie et costume se retrouvant en effet, trait
+pour trait, sur les monuments dits <i>pers&eacute;politains</i>. On
+repr&eacute;sentait
+donc l'Asie par l'un des peuples qui l'habitaient,
+indiff&eacute;remment. Il en
+est de m&ecirc;me de nos bons vieux anc&ecirc;tres les <i>Tamhou</i>,
+leur costume est
+quelquefois diff&eacute;rent; leurs t&ecirc;tes sont plus ou moins
+chevelues et
+charg&eacute;es d'ornements diversifi&eacute;s; leur v&ecirc;tement
+sauvage varie un peu
+dans sa forme; mais leur teint blanc, leurs yeux et leur barbe
+conservent tout le caract&egrave;re d'une race &agrave; part. J'ai fait
+copier et
+colorier cette curieuse s&eacute;rie ethnographique. Je ne m'attendais
+certainement pas, en arrivant &agrave; Biban-el-Molouk, d'y trouver des
+sculptures qui pourront servir de vignettes &agrave; l'histoire des
+habitants
+primitifs de l'Europe, si on a jamais le courage de l'entreprendre.
+Leur
+vue a toutefois quelque chose de flatteur et de consolant, puisqu'elle
+nous fait bien appr&eacute;cier le chemin que nous avons parcouru
+depuis.</p>
+<p>Le tombeau de <i>Rhams&egrave;s Ier</i>, le p&egrave;re et le
+pr&eacute;d&eacute;cesseur d'Ousire&iuml;, &eacute;tait
+enfoui sous les d&eacute;combres et les d&eacute;bris tomb&eacute;s de
+la montagne; nous
+l'avons fait d&eacute;blayer: il consiste en deux longs corridors sans
+sculptures, se terminant par une salle peinte, mais d'une
+&eacute;tonnante
+conservation, et renfermant le sarcophage du roi, en granit, couvert
+seulement de peintures. Cette simplicit&eacute; accuse la magnificence
+du fils,
+dont la somptueuse catacombe est &agrave; quelques pas de l&agrave;.</p>
+<p>J'avais le plus vif d&eacute;sir de retrouver &agrave;
+Biban-el-Molouk la tombe du
+plus c&eacute;l&egrave;bre des Rhams&egrave;s, celle de <i>S&eacute;sostris</i>;
+elle y existe en effet:
+c'est la troisi&egrave;me &agrave; droite dans la vall&eacute;e
+principale; mais la s&eacute;pulture
+de ce grand homme semble avoir &eacute;t&eacute; en butte, soit
+&agrave; la d&eacute;vastation par
+des mains barbares, soit aux ravages des torrents accidentels qui l'ont
+combl&eacute;e &agrave; tr&egrave;s-peu pr&egrave;s jusqu'aux plafonds.
+C'est en faisant creuser une
+esp&egrave;ce de boyau au milieu des &eacute;clats de pierres qui
+remplissent cette
+int&eacute;ressante catacombe que nous sommes parvenus, en rampant et
+malgr&eacute;
+l'extr&ecirc;me chaleur, jusqu'&agrave; la premi&egrave;re salle. Cet
+hypog&eacute;e, d'apr&egrave;s ce
+qu'on peut en voir, fut ex&eacute;cut&eacute; sur un plan
+tr&egrave;s-vaste et d&eacute;cor&eacute; de
+sculptures du meilleur style, &agrave; en juger par les petites
+portions encore
+subsistantes. Des fouilles entreprises en grand produiraient sans doute
+la d&eacute;couverte du sarcophage de cet illustre conqu&eacute;rant:
+on ne peut
+esp&eacute;rer d'y trouver la momie royale, car ce tombeau aura sans
+doute &eacute;t&eacute;
+viol&eacute; et spoli&eacute; &agrave; une &eacute;poque fort
+recul&eacute;e, soit par les Perses, soit par
+des chercheurs de tr&eacute;sors, aussi ardents &agrave;
+d&eacute;truire que l'&eacute;tranger avide
+d'exercer des vengeances.</p>
+<p>Au fond d'un embranchement de la vall&eacute;e et dans le voisinage
+de ce
+respectable tombeau reposait le fils de S&eacute;sostris; c'est un
+tr&egrave;s-beau
+tombeau, mais non achev&eacute;. J'y ai trouv&eacute;, creus&eacute;e
+dans l'&eacute;paisseur de la
+paroi d'une salle isol&eacute;e, une petite chapelle consacr&eacute;e
+aux m&acirc;nes de son
+p&egrave;re, Rhams&egrave;s le Grand.</p>
+<p>Le dernier tombeau, au fond de la vall&eacute;e principale, se fait
+remarquer
+par son &eacute;tat d'imperfection; les premiers bas-reliefs sont
+achev&eacute;s et
+ex&eacute;cut&eacute;s avec une finesse et un soin admirables; la
+d&eacute;coration du reste
+de la catacombe, form&eacute;e de trois longs corridors et de deux
+salles, a
+&eacute;t&eacute; seulement trac&eacute;e en rouge, et l'on rencontre
+enfin les d&eacute;bris du
+sarcophage du Pharaon, en granit, dans un tr&egrave;s-petit cabinet
+dont les
+parois, &agrave; peine d&eacute;grossies, sont couvertes de quelques
+mauvaises figures
+de divinit&eacute;s, dessin&eacute;es et barbouill&eacute;es &agrave;
+la h&acirc;te.</p>
+<p>Son successeur, dont le nom monumental est <i>Rhamerri</i>, ne
+s'&eacute;tait
+probablement pas beaucoup inqui&eacute;t&eacute; du soin de sa
+s&eacute;pulture: au lieu de
+se faire creuser un tombeau comme ses anc&ecirc;tres, il trouva plus
+commode
+de s'emparer de la catacombe voisine de celle de son p&egrave;re, et
+l'&eacute;tude
+que j'ai d&ucirc; faire de ce tombeau <i>palimpseste</i> m'a conduit
+&agrave; un r&eacute;sultat
+fort important pour le compl&eacute;ment de la s&eacute;rie des
+r&egrave;gnes formant la
+XVIIIe dynastie.</p>
+<p>Le temps ayant caus&eacute; la chute du stuc appliqu&eacute; par
+l'usurpateur
+Rhamerri sur les sculptures primitives de certaines parties du tombeau
+qu'il voulait s'approprier je distinguai sur la porte principale les
+l&eacute;gendes d'une reine nomm&eacute;e <i>Thaoser</i>; et le temps,
+faisant aussi
+justice de la couverte dont on avait masqu&eacute; les premiers
+bas-reliefs de
+l'int&eacute;rieur, a mis &agrave; d&eacute;couvert des tableaux
+repr&eacute;sentant cette m&ecirc;me
+reine, faisant les m&ecirc;mes offrandes aux dieux, et recevant des
+divinit&eacute;s
+les m&ecirc;mes promesses et les m&ecirc;mes assurances que les
+Pharaons eux-m&ecirc;mes
+dans les bas-reliefs de leurs tombeaux, et occupant la m&ecirc;me place
+que
+ceux-ci. Il devint donc &eacute;vident que j'&eacute;tais dans une
+catacombe creus&eacute;e
+pour recevoir le corps d'une reine, et je dois ajouter, d'une reine
+ayant exerc&eacute; par elle-m&ecirc;me le pouvoir souverain, puisque
+son mari,
+quoique portent le titre de roi, ne para&icirc;t qu'apr&egrave;s elle
+dans cette
+s&eacute;rie de bas-reliefs, la reine seule se montrant dans les
+premiers et
+les plus importants. <i>M&eacute;n&eacute;phtha-Siphtha</i> fut le nom
+de ce souverain en
+sous-ordre.</p>
+<p>Comme j'avais d&eacute;j&agrave; trouv&eacute; &agrave;
+Gh&eacute;bel-Sels&eacute;l&eacute;h des bas-reliefs de ce prince
+qui avait, apr&egrave;s le roi H&ocirc;rus, continu&eacute; la
+d&eacute;coration du grand sp&eacute;os de
+la carri&egrave;re, j'ai d&ucirc; reconna&icirc;tre alors dans la reine
+<i>Thaoser</i> la fille
+m&ecirc;me du roi H&ocirc;rus, laquelle, succ&eacute;dant &agrave; son
+p&egrave;re, dont elle &eacute;tait la
+seule h&eacute;riti&egrave;re en &acirc;ge de r&eacute;gner,
+exer&ccedil;a longtemps le pouvoir souverain,
+et se trouve dans la liste des rois de Man&eacute;thon, sous le nom de
+la reine
+<i>Achenchers&egrave;s</i>. Je m'&eacute;tais tromp&eacute; &agrave;
+Turin, en prenant l'&eacute;pouse m&ecirc;me
+d'H&ocirc;rus, la reine <i>Tmauhmot</i>, pour la fille de ce prince,
+mentionn&eacute;e
+dans le texte de l'inscription d'un groupe. Cette erreur de nom,
+indiff&eacute;rente pour la s&eacute;rie des r&egrave;gnes, n'aurait
+point &eacute;t&eacute; commise si la
+l&eacute;gende de la reine, &eacute;pouse d'H&ocirc;rus, e&ucirc;t
+conserv&eacute; ses titres initiaux,
+qu'une fracture a fait dispara&icirc;tre. <i>Siphtha</i> ne porte donc
+le titre de
+roi qu'en s'a qualit&eacute; d'&eacute;poux de la reine
+r&eacute;gnante; ce qui d&eacute;j&agrave; avait eu
+lieu pour les deux maris de la reine <i>Amens&eacute;</i>, m&egrave;re
+de Thouthmosis III
+(Moeris).</p>
+<p>Ce fait diminue un peu l'odieux de l'usurpation du tombeau de la
+reine
+<i>Thaoser</i> et de son mari <i>Siphtha</i> par leur cinqui&egrave;me
+ou sixi&egrave;me
+successeur, qui ne devait point; en effet, avoir pour eux le respect
+d&ucirc;
+&agrave; des anc&ecirc;tres, parce qu'il descendait directement de
+Rhams&egrave;s Ier et
+que, d'apr&egrave;s les listes, il &eacute;tait tout au plus le
+fr&egrave;re de la reine
+Thaoser Achenchers&egrave;s et continuait directement la ligne
+masculine &agrave;
+partir du roi H&ocirc;rus. Mais cela ne saurait justifier le nouvel
+occupant,
+d'abord, d'avoir substitu&eacute; partout &agrave; l'image de la reine
+la sienne
+propre, au moyen d'additions ou de suppressions, en l'affublant d'un
+casque ou de v&ecirc;tements et d'insignes convenables seulement
+&agrave; des rois et
+non &agrave; des reines; et en second lieu, d'avoir recouvert de stuc
+tous les
+cartouches renfermant les noms de la reine et de Siphtha, pour y faire
+peindre sa propre l&eacute;gende. Cette op&eacute;ration a d&ucirc;,
+toutefois, s'ex&eacute;cuter
+fort &agrave; la h&acirc;te, puisque, apr&egrave;s avoir
+m&eacute;tamorphos&eacute; la reine Thaoser en
+roi Rhamerri, on n'a point eu la pr&eacute;caution de corriger, sur les
+bas-reliefs, le texte des discours que les dieux sont cens&eacute;s
+prononcer,
+lesquels sont toujours adress&eacute;s &agrave; la reine et ne
+sauraient l'&ecirc;tre
+convenablement au roi, ni par leur forme, ni par leur contenu.</p>
+<p>Le plus grand et le plus magnifique de tous les tombeaux de la
+vall&eacute;e
+encore existants fut sans contredit celui du successeur de Rhamerri,
+Rhams&egrave;s-Me&iuml;amoun; mais aujourd'hui le temps ou la
+fum&eacute;e a terni l'&eacute;clat
+des couleurs qui recouvrent la plupart de ces s&eacute;pulcres; il se
+recommande d'ailleurs par huit petites salles perc&eacute;es
+lat&eacute;ralement dans
+le massif des parois du premier et du deuxi&egrave;me corridor,
+cabinets orn&eacute;s
+de sculptures du plus haut int&eacute;r&ecirc;t et dont nous avons fait
+prendre des
+copies soign&eacute;es. L'un de ces petits boudoirs contient, entre
+autres
+choses, la repr&eacute;sentation des travaux de la cuisine; un autre,
+celle des
+meubles les plus riches et les plus somptueux; un troisi&egrave;me est
+un
+arsenal complet o&ugrave; se voient des armes de toute esp&egrave;ce et
+les insignes
+militaires des l&eacute;gions &eacute;gyptiennes; ici on a
+sculpt&eacute; les barques et les
+canges royales avec toutes leurs d&eacute;corations. L'un d'eux aussi
+nous
+montre le tableau symbolique de l'ann&eacute;e &eacute;gyptienne,
+figur&eacute;e par six
+images du Nil et six images de l'&Eacute;gypte personnifi&eacute;e,
+altern&eacute;es, une
+pour chaque mois et portant les productions particuli&egrave;res
+&agrave; la division
+de l'ann&eacute;e que ces images repr&eacute;sentent. J'ai d&ucirc;
+faire copier, dans l'un
+de ces jolis r&eacute;duits, les deux fameux joueurs de harpe avec
+toutes leurs
+couleurs, parce qu'ils n'ont &eacute;t&eacute; exactement
+publi&eacute;s par personne.</p>
+<p>En voil&agrave; assez sur <i>Biban-el-Molouk</i>. J'ai h&acirc;te
+de retourner &agrave; Th&egrave;bes,
+o&ugrave; l'on ne sera point f&acirc;ch&eacute; de me suivre. Je dois
+cependant ajouter que
+plusieurs de ces tombes royales portent sur leurs parois le
+t&eacute;moignage
+&eacute;crit qu'elles &eacute;taient, il y a bien des si&egrave;cles,
+abandonn&eacute;es, et
+seulement visit&eacute;es, comme de nos jours, par beaucoup de curieux
+d&eacute;soeuvr&eacute;s, lesquels, comme ceux de nos jours encore,
+croyaient
+s'illustrer &agrave; jamais en griffonnant leurs noms sur les peintures
+et les
+bas-reliefs, qu'ils ont ainsi d&eacute;figur&eacute;s. Les sots de tous
+les si&egrave;cles y
+ont de nombreux repr&eacute;sentants: on y trouve d'abord des
+&Eacute;gyptiens de
+toutes les &eacute;poques, qui se sont inscrits, les plus anciens en
+hi&eacute;ratique, les plus modernes en d&eacute;motique; beaucoup de
+Grecs de
+tr&egrave;s-ancienne date, &agrave; en juger par la forme des
+caract&egrave;res; de vieux
+Romains de la r&eacute;publique, qui s'y d&eacute;corent, avec orgueil
+du titre de
+<i>Romanos</i>; des noms de Grecs et de Romains du temps des premiers
+empereurs; une foule d'inconnus du Bas-Empire noy&eacute;s au milieu
+des
+superlatifs qui les pr&eacute;c&egrave;dent ou qui les suivent; plus,
+des noms de
+Coptes accompagn&eacute;s de tr&egrave;s-humbles pri&egrave;res; enfin
+les noms des voyageurs
+europ&eacute;ens que l'amour de la science, la guerre, le commerce, le
+hasard
+ou le d&eacute;soeuvrement ont amen&eacute;s dans ces tombes
+solitaires. J'ai
+recueilli les plus remarquables de ces inscriptions, soit pour leur
+contenu, soit pour leur int&eacute;r&ecirc;t sous le rapport
+pal&eacute;ographique. Ce sont
+toujours des mat&eacute;riaux<a name="retour_texte_note_3"></a><a
+ href="#Note_3">[3]</a>,
+et tout trouve sa place dans mes porte-feuilles &eacute;gyptiens, qui
+auront
+bien quelque prix translat&eacute;s &agrave; Paris..... J'y pense
+souvent..... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="QUATORZIEME_LETTRE"></a>
+<h2>QUATORZIEME LETTRE</h2>
+<br>
+<p>Th&egrave;bes, le 18 juin 1829.</p>
+<p>Depuis mon retour au milieu des ruines de cette a&icirc;n&eacute;e
+des villes
+royales, toutes mes journ&eacute;es ont &eacute;t&eacute;
+consacr&eacute;es &agrave; l'&eacute;tude de ce qui
+reste d'un de ses plus beaux &eacute;difices, pour lequel je
+con&ccedil;us, &agrave; sa
+premi&egrave;re vue, une pr&eacute;dilection marqu&eacute;e. La
+connaissance compl&egrave;te que
+j'en ai acquise maintenant la justifie au del&agrave; de ce que je
+devais
+esp&eacute;rer. Je veux parler ici d'un monument dont le
+v&eacute;ritable nom n'est
+pas encore fix&eacute;, et qui donne lieu &agrave; de fort vives
+controverses: celui
+qu'on a appel&eacute; d'abord le <i>Memnonium</i>, et ensuite le <i>Tombeau
+d'Osimandyas</i>. Cette derni&egrave;re d&eacute;nomination appartient
+&agrave; la Commission
+d'&Eacute;gypte; quelques voyageurs persistent &agrave; se servir de
+l'autre, qui
+certainement est fort mal appliqu&eacute;e et tr&egrave;s-inexacte.
+Pour moi, je
+n'emploierai d&eacute;sormais, pour d&eacute;signer cet &eacute;difice,
+que son nom &eacute;gyptien
+m&ecirc;me, sculpt&eacute; dans cent endroits et
+r&eacute;p&eacute;t&eacute; dans les l&eacute;gendes des frises,
+des architraves et des bas-reliefs qui d&eacute;corent ce palais. Il
+portait le
+nom de <i>Rhamess&eacute;ion</i>, parce que c'&eacute;tait &agrave; la
+munificence du Pharaon
+Rhams&egrave;s le Grand que Th&egrave;bes en &eacute;tait redevable.</p>
+<p>L'imagination s'&eacute;branle et l'on &eacute;prouve une
+&eacute;motion bien naturelle en
+visitant ces galeries mutil&eacute;es et ces belles colonnades,
+lorsqu'on pense
+qu'elles sont l'ouvrage et furent souvent l'habitation du plus
+c&eacute;l&egrave;bre
+et du meilleur des princes que la vieille &Eacute;gypte compte dans ses
+longues
+annales, et toutes les fois que je le parcours, je rends &agrave; la
+m&eacute;moire de
+S&eacute;sostris l'esp&egrave;ce de culte religieux dont l'environnait
+l'antiquit&eacute;
+tout enti&egrave;re.</p>
+<p>Il n'existe du Rhamess&eacute;ion aucune partie compl&egrave;te;
+mais ce qui a &eacute;chapp&eacute;
+&agrave; la barbarie des Perses et aux ravages du temps suffit pour
+restaurer
+l'ensemble de l'&eacute;difice et pour s'en faire une id&eacute;e
+tr&egrave;s-exacte.
+Laissant &agrave; part sa partie architecturale, qui n'est point de mon
+ressort, mais &agrave; laquelle je dois rendre un juste hommage en
+disant que
+le Rhamess&eacute;ion est peut-&ecirc;tre ce qu'il y a de plus noble et
+de plus pur &agrave;
+Th&egrave;bes en fait de grand monument, je me bornerai &agrave;
+indiquer rapidement
+le sujet des principaux bas-reliefs qui le d&eacute;corent, et le sens
+des
+inscriptions qui les accompagnent.</p>
+<p>Les sculptures qui couvraient les faces ext&eacute;rieures des deux
+massifs du
+premier pyl&ocirc;ne, construit en gr&egrave;s, ont enti&egrave;rement
+disparu, car ces
+massifs se sont &eacute;boul&eacute;s en grande partie. Des blocs
+&eacute;normes de calcaire
+blanc restent encore en place; ce sont les jambages de la porte; ils
+sont d&eacute;cor&eacute;s, ainsi que l'&eacute;paisseur des deux
+massifs entre lesquels
+s'&eacute;levait cette porte, des l&eacute;gendes royales de
+Rhams&egrave;s le Grand, et de
+tableaux repr&eacute;sentant le Pharaon faisant des offrandes aux
+grandes
+divinit&eacute;s de Th&egrave;bes, Amon-Ra, Amon
+g&eacute;n&eacute;rateur, la d&eacute;esse Mouth, le jeune
+dieu Chons, Phtha et Mandou. Dans quelques tableaux, le roi
+re&ccedil;oit &agrave; son
+tour les faveurs des dieux, et je donne ici l'analyse du principal
+d'entre eux, parce que c'est l&agrave; que j'ai lu pour la
+premi&egrave;re fois le nom
+v&eacute;ritable de l'&eacute;difice entier.</p>
+<p>Le dieu Atmou (une des formes de Phr&eacute;) pr&eacute;sente au
+dieu Mandou le
+Pharaon Rhams&egrave;s le Grand, casqu&eacute; et en habits royaux;
+cette derni&egrave;re
+divinit&eacute; le prend par la main en lui disant: &laquo;Viens,
+avance vers
+les
+demeures divines pour contempler ton p&egrave;re, le seigneur des
+dieux, qui
+t'accordera une longue suite de jours pour gouverner le monde et
+r&eacute;gner
+sur le tr&ocirc;ne d'H&ocirc;rus.&raquo; Plus loin, en effet, on a
+figur&eacute; le grand dieu
+Amon-Ra assis, adressant ces paroles au Pharaon: &laquo;Voici ce que
+dit
+Amon-Ra, roi des dieux, et qui r&eacute;side dans le <i>Rhamess&eacute;ion
+de Th&egrave;bes</i>:
+Mon fils bien-aim&eacute; et de mon germe, seigneur du monde,
+Rhams&egrave;s! mon
+coeur se r&eacute;jouit en contemplant tes bonnes oeuvres; tu m'as
+vou&eacute; cet
+&eacute;difice; je te fais le don d'une vie pure &agrave; passer sur le
+tr&ocirc;ne de Sev
+(Saturne) (c'est-&agrave;-dire dans la royaut&eacute;
+temporelle).&raquo; Il
+ne peut donc, &agrave;
+l'avenir, rester la moindre incertitude sur le nom &agrave; donner
+&agrave; ce
+monument.</p>
+<p>Les tableaux militaires, relatifs aux conqu&ecirc;tes du roi,
+couvrent les
+faces des deux massifs du pyl&ocirc;ne sur la premi&egrave;re cour du
+palais; ils
+sont visibles en assez grande partie, parce que l'&eacute;boulement des
+portions sup&eacute;rieures du pyl&ocirc;ne a eu lieu du
+c&ocirc;t&eacute; oppos&eacute;. Ces sc&egrave;nes
+militaires offrent la plus grande analogie avec celles qui sont
+sculpt&eacute;es dans l'int&eacute;rieur du temple d'<i>Ibsamboul</i>
+et sur <i>le pyl&ocirc;ne de
+Louqsor,</i> qui font partie du Rhamess&eacute;ion ou Rhams&eacute;ion
+oriental de
+Th&egrave;bes. Les inscriptions sont semblables, et tous ces
+bas-reliefs se
+rapportent &eacute;videmment &agrave; une m&ecirc;me campagne contre
+des peuples asiatiques
+qu'on ne peut, d'apr&egrave;s leur physionomie et d'apr&egrave;s leur
+costume,
+chercher ailleurs, je le r&eacute;p&egrave;te, que dans cette vaste
+contr&eacute;e sise entre
+le Tigre et l'Euphrate d'un c&ocirc;t&eacute;, l'Oxus et l'Indus de
+l'autre, contr&eacute;e
+que nous appelons assez vaguement la Perse. Cette nation, ou
+plut&ocirc;t le
+pays qu'elle habitait, se nommait <i>Chto, Ch&eacute;to, Sc&eacute;hto</i>
+ou <i>Schto</i>; car
+je me suis aper&ccedil;u, enfin, que le nom par lequel on la
+d&eacute;signe
+ordinairement dans les textes historiques, et qui peut se prononcer
+<i>Pscharansch&eacute;tko, Pscharinsch&egrave;to</i> ou <i>Pschar&eacute;neschto</i>
+(vu l'absence des
+voyelles m&eacute;diales), est compos&eacute; de trois parties
+distinctes: 1e d'un mot
+&eacute;gyptien, &eacute;pith&egrave;te injurieuse <i>Pschar&eacute;</i>
+qui signifie une plaie; 2e de la
+pr&eacute;position N (<i>de</i>) que j'avais d'abord crue radicale; 3e
+de <i>Chto,
+Schto, Sch&eacute;to,</i> v&eacute;ritable nom de la contr&eacute;e.
+Les &Eacute;gyptiens d&eacute;sign&egrave;rent
+donc ces peuples ennemis sous la d&eacute;nomination de <i>la plaie de
+Sch&eacute;to</i>,
+de la m&ecirc;me mani&egrave;re que l'Ethiopie est toujours
+appel&eacute;e <i>la mauvaise race
+de Kousch</i>. Ce n'est point ici le lieu d'exposer les raisons qui me
+portent &agrave; croire fermement que c'est de peuples du nord-est de
+la
+Perse, de Bactriens ou Scythes-Bactriens, qu'il s'agit ici.</p>
+<p>On a sculpt&eacute; sur le massif de droite la r&eacute;ception des
+ambassadeurs
+scytho-bactriens dans le camp du roi; ils sont admis en la
+pr&eacute;sence de
+Rhams&egrave;s, qui leur adresse des reproches; les soldats,
+dispers&eacute;s dans le
+camp, se reposent ou pr&eacute;parent leurs armes, et donnent des soins
+aux
+bagages; en avant du camp, deux &Eacute;gyptiens administrent la
+bastonnade &agrave;
+deux prisonniers ennemis, afin, porte la l&eacute;gende
+hi&eacute;roglyphique, de leur
+faire dire ce que fait <i>la plaie de Sch&eacute;to</i>. Au bas du
+tableau est
+l'arm&eacute;e &eacute;gyptienne en marche, et &agrave; l'une des
+extr&eacute;mit&eacute;s se voit un
+engagement entre les chars des deux nations.</p>
+<p>La partie gauche de ce massif offre l'image d'une s&eacute;rie de
+forteresses
+desquelles sortent des &Eacute;gyptiens emmenant des captifs; les
+l&eacute;gendes
+sculpt&eacute;es sur les murs de chacune d'elles donnent leur nom et
+apprennent
+que Rhams&egrave;s le Grand les a prises de vive force la
+huiti&egrave;me ann&eacute;e de son
+r&egrave;gne.</p>
+<p>Il manque pr&egrave;s de la moiti&eacute; du massif de droite du
+pyl&ocirc;ne; ce qui reste
+offre les d&eacute;bris d'un vaste bas-relief repr&eacute;sentant une
+grande bataille,
+toujours contre les Sch&eacute;to. Comme j'aurai l'occasion d'en
+d&eacute;crire une
+seconde, tout &agrave;, fait semblable et beaucoup mieux
+conserv&eacute;e, je passerai
+rapidement sur celle-ci, disant seulement qu'on y a
+repr&eacute;sent&eacute; l'un des
+principaux chefs bactriens, nomm&eacute; <i>Schiropsiro</i> ou <i>Schiropasiro</i>,
+bless&eacute; et gisant sur le bord du fleuve, vers lequel se dirige
+aussi,
+fuyant devant le vainqueur, un alli&eacute;, le chef de <i>la mauvaise
+race du
+pays de Schirbech</i> ou <i>Schilbesch</i>. A c&ocirc;t&eacute; de la
+bataille est un tableau
+triomphal: Rhams&egrave;s le Grand, debout, la hache sur
+l'&eacute;paule, saisit de sa
+main gauche la chevelure d'un groupe de captifs, au-dessus desquels on
+lit: &laquo;Les chefs des contr&eacute;es du Midi et du Nord conduits
+en
+captivit&eacute;
+par Sa Majest&eacute;.&raquo;</p>
+<p>Les colonnades qui fermaient lat&eacute;ralement la premi&egrave;re
+cour n'existent
+plus aujourd'hui. Le vaste espace compris jadis entre ces galeries et
+les deux pyl&ocirc;nes est encombr&eacute; des &eacute;normes
+d&eacute;bris du plus grand et du
+plus magnifique colosse que les &Eacute;gyptiens aient peut-&ecirc;tre
+jamais &eacute;lev&eacute;:
+c'&eacute;tait celui de <i>Rhams&egrave;s le Grand.</i> Les
+inscriptions qui le d&eacute;corent ne
+permettent pas d'en douter. Les l&eacute;gendes royales de cet illustre
+Pharaon
+se lisent en grands et beaux hi&eacute;roglyphes vers le haut des bras,
+et se
+r&eacute;p&egrave;tent plusieurs fois sur les quatre faces de la base.
+Ce colosse,
+<i>quoique assis, n'avait pas moins de 35 pieds de hauteur</i>, non
+compris
+la base, second bloc d'environ 33 pieds de long sur 6 de haut.</p>
+<p>Il faut admirer &agrave; la fois la puissance du peuple qui
+&eacute;rigea ce
+merveilleux colosse et celle des Barbares qui l'ont mutil&eacute; avec
+tant
+d'adresse et de soins.</p>
+<p>Ce beau monument s'&eacute;levait devant le massif de gauche du
+second pyl&ocirc;ne
+ou mur, d&eacute;truit jusqu'au niveau du sol actuel; c'est par nos
+fouilles
+que je me suis assur&eacute; que l'on avait aussi couvert ce massif de
+sculptures repr&eacute;sentant des sc&egrave;nes militaires; j'y ai
+retrouv&eacute; le bas
+d'un tableau repr&eacute;sentant le roi, apr&egrave;s une grande
+bataille, recevant
+des principaux officiers le compte des ennemis tu&eacute;s dans
+l'action, et
+dont les mains coup&eacute;es sont entass&eacute;es &agrave; ses pieds.
+Plus loin existait
+une inscription toujours relative &agrave; la guerre contre les
+Sch&eacute;to; le peu
+qui reste des derni&egrave;res ligues, interrompu par de nombreuses
+fractures,
+m'a fait vivement regretter la destruction de ces documents historiques
+abondants en noms propres et en d&eacute;signations
+g&eacute;ographiques. Il y est
+surtout question des honneurs que le roi accorde &agrave; deux chefs
+Scythes ou
+bactriens, <i>Iroschtoasiro,</i> grand chef du pays de Sch&eacute;to,
+et
+<i>Peschorsenmausiro,</i> qualifi&eacute; aussi de grand chef: ce sont
+tr&egrave;s-probablement les gouverneurs &eacute;tablis par le
+conqu&eacute;rant apr&egrave;s la
+soumission du pays.</p>
+<p>Les sculptures du massif de droite du deuxi&egrave;me pyl&ocirc;ne
+ou mur subsistent
+en tr&egrave;s grande partie sous la galerie de la seconde cour
+&agrave; droite en
+entrant; c'est le tableau d'une bataille livr&eacute;e sur le bord d'un
+fleuve,
+dans le voisinage d'une ville que ceignent deux branches de ce fleuve,
+et sur les murailles de laquelle on lit: <i>la ville forte Watsch</i>
+ou
+<i>Batsch</i> (la premi&egrave;re lettre est douteuse). Vers
+l'extr&eacute;mit&eacute; actuelle du
+tableau, &agrave; la gauche du spectateur, l'on voit le roi
+Rhams&egrave;s sur son
+char lanc&eacute; au galop, au milieu du champ de bataille couvert de
+morts et
+de mourants. Il d&eacute;coche des fl&egrave;ches contre la masse des
+ennemis en
+pleine d&eacute;route; derri&egrave;re le char, sur le terrain que le
+h&eacute;ros vient de
+quitter, sont entass&eacute;s les cadavres des vaincus, sur les-quels
+s'abattent les chevaux d'un chef ennemi nomm&eacute; <i>Torokani,</i>
+bless&eacute; d'une
+fl&egrave;che &agrave; l'&eacute;paule et tombant sur l'avant de son
+char bris&eacute;. Sous les
+pieds des coursiers du roi gisent, dans diverses positions, le corps de
+<i>Torokato, chef des soldats du pays de Nakb&eacute;sou</i>, et ceux
+de plusieurs
+autres guerriers de distinction. Le grand chef bactrien, <i>Shiropasiro</i>,
+se retire sur le bord du fleuve; les fl&egrave;ches du roi ont
+d&eacute;j&agrave; atteint
+<i>Tiotouro</i> et <i>Sima&iuml;rosi</i>, fuyant dans la plaine et se
+dirigeant du c&ocirc;t&eacute;
+de la ville. D'autres chefs se r&eacute;fugient vers le fleuve, dans
+lequel se
+pr&eacute;cipitent l&egrave;s chevaux du chef <i>Krobschatosi</i>,
+bless&eacute;, et qu'ils
+entra&icirc;nent avec eux. Plusieurs enfin, tels que <i>Thot&acirc;ro</i>
+et <i>Maf&egrave;rima,
+fr&egrave;re</i> (alli&eacute;) <i>de la plaie de Sch&ecirc;to </i>(des
+Bactriens), sont all&eacute;s
+mourir en face de la ville, sur la rive du fleuve, que d'autres, tels
+que le Bactrien <i>Sipaph&eacute;ro</i>, ont &eacute;t&eacute; assez
+heureux pour traverser,
+secourus et accueillis sur la rive oppos&eacute;e par une foule immense
+accourue pour conna&icirc;tre le r&eacute;sultat de la bataill&eacute;.
+C'est au milieu de
+tout ce peuple amoncel&eacute; qu'on aper&ccedil;oit un groupe donnant
+des secours
+empress&eacute;s &agrave; un chef que l'on vient de retirer du fleuve,
+o&ugrave; il s'est
+noy&eacute;; on le tient <i>suspendu par les pieds, la t&ecirc;te en
+bas</i>, et on
+s'efforce de lui faire rendre l'eau qui le suffoque, afin de le
+rappeler
+&agrave; la vie. Sa longue chevelure semble ruisseler, et le traitement
+ne
+produira aucun effet, si l'on en juge par la physionomie et le
+mouvement
+de l'assistance. On lit au-dessus de ce groupe: &laquo;Le chef de la
+mauvaise
+race du pays des <i>Schirbesch</i>, qui s'est &eacute;loign&eacute; de
+ses guerriers en
+fuyant le roi du c&ocirc;t&eacute; du fleuve.&raquo;</p>
+<p>Enfin, au milieu de la foule sortie de la ville par <i>un pont</i>
+jet&eacute; sur
+l'une des branches du fleuve, on remarque des sympt&ocirc;mes d'un
+prochain
+changement dans l'&eacute;tat des esprits: un individu adresse un
+discours &agrave;
+ceux qui l'entourent; sa harangue a pour but d'encourager ses
+compatriotes &agrave; se soumettre au joug de Rhams&egrave;s le Grand;
+on lit en
+effet, au-dessus du bras de l'orateur, le commencement d'une
+inscription
+ainsi con&ccedil;ue: &laquo;Je c&eacute;l&egrave;bre la gloire du dieu
+gracieux, parce qu'il a
+dit....&raquo; Le reste est d&eacute;truit.</p>
+<p>J'ai voulu, en entrant dans tous ces d&eacute;tails, donner une
+id&eacute;e des
+bas-reliefs historiques dont on d&eacute;corait les grands monuments de
+l'&Eacute;gypte, de ces compositions immenses que je me plais &agrave;
+nommer des
+<i>tableaux hom&eacute;riques</i> ou de la sculpture
+h&eacute;ro&iuml;que, parce qu'ils sont
+pleins de ce feu et de ce d&eacute;sordre sublimes qui nous
+entra&icirc;nent, &agrave; la
+lecture des batailles de l'Iliade. Chaque groupe,
+consid&eacute;r&eacute; &agrave; part, sera
+trouv&eacute; certainement d&eacute;fectueux dans quelques points
+relatifs &agrave; la
+perspective ou aux proportions, comparativement aux parties voisines;
+mais ces petits d&eacute;fauts de d&eacute;tails sont rachet&eacute;s,
+et au del&agrave;, par
+l'effet des masses, et j'ose dire ici que les plus <i>beaux vases grecs</i>
+repr&eacute;sentant des <i>combats</i> p&egrave;chent
+pr&eacute;cis&eacute;ment (si p&eacute;ch&eacute; il y a) sous
+les m&ecirc;mes rapports que ces bas-reliefs &eacute;gyptiens.</p>
+<p>Sur le haut de cette grande paroi on a sculpt&eacute; un long
+bas-relief,
+mutil&eacute; au commencement et &agrave; la fin, repr&eacute;sentant
+Rhams&egrave;s le Grand
+c&eacute;l&eacute;brant la pan&eacute;gyrie du grand dieu de
+Th&egrave;bes, le double H&ocirc;rus, ou Amon
+g&eacute;n&eacute;rateur. Comme j'aurai l'occasion de d&eacute;crire
+une f&ecirc;te semblable
+existant dans tout son entier au palais de M&eacute;dinet-Habou, je me
+contenterai de dire que c'est ici qu'existe une s&eacute;rie de
+statuettes de
+rois rang&eacute;es par ordre de r&egrave;gne; ce sont: 1&deg;
+M&egrave;nes (le premier roi
+terrestre); 2&deg; un pr&eacute;nom inconnu, ant&eacute;rieur &agrave;
+la dix-septi&egrave;me dynastie;
+3&deg; Amosis; 4&deg; Am&eacute;nothph Ier; 5&deg; Thouthmosis Ier;
+6&deg; Thouthmosis III; 7&deg;
+Am&eacute;nothph II; 8&deg; Thouthmosis IV; 9&deg; Am&eacute;nothph
+III; 10&deg; H&ocirc;rus; 11&deg;
+Rhams&egrave;s Ier; 12&deg; Ousere&iuml;; 13&deg; Rhams&egrave;s le
+Grand lui-m&ecirc;me. Cette s&eacute;rie ne
+donne que la ligne directe des anc&ecirc;tres du conqu&eacute;rant;
+ainsi Thouthmosis
+II est omis, parce que Thouthmosis III (Moeris) &eacute;tait fils d'une
+fille
+de Thouthmosis Ier.</p>
+<p>De nombreux bas-reliefs repr&eacute;sentant des actes d'adoration du
+roi
+Rhams&egrave;s aux grandes divinit&eacute;s de Th&egrave;bes couvrent
+trois faces des piliers
+formant la galerie devant le pyl&ocirc;ne; sur la quatri&egrave;me face
+de chacun
+d'eux on voit, sculpt&eacute;e de plein relief, une image colossale du
+roi
+d'environ trente pieds de hauteur. Voici les l&eacute;gendes les mieux
+conserv&eacute;es des quatre qui subsistent encore:</p>
+<p>&laquo;Le dieu gracieux a fait ces grandes constructions; il les a
+&eacute;lev&eacute;es par
+son bras, lui, le roi soleil, gardien de justice, approuv&eacute; par
+Phr&eacute;, le
+fils du soleil, l'ami d'Ammon, Rhams&egrave;s, le bien-aim&eacute;
+d'Amon-Ra.</p>
+<p>&laquo;Le dieu gracieux dominant dans sa patrie l'a combl&eacute; de
+ses
+bienfaits,
+lui, le roi soleil, etc.</p>
+<p>&laquo;Le bien-aim&eacute; d'Amon-Ra, le Dieu gracieux, chef plein
+de
+vigilance, le
+plus grand des vainqueurs, a soumis toutes les contr&eacute;es &agrave;
+sa domination,
+lui, le roi soleil, etc., le bien-aim&eacute; de la d&eacute;esse
+Mouth.&raquo;</p>
+<p>Ainsi, ces inscriptions rappellent tout ce que l'antiquit&eacute;
+s'est plu &agrave;
+louer dans S&eacute;sostris: les grands ouvrages qu'il a fait
+ex&eacute;cuter, les
+bonnes lois qu'il donna &agrave; sa patrie, et la vaste &eacute;tendue
+de ses
+conqu&ecirc;tes.</p>
+<p>Les piliers orn&eacute;s de colosses qui font face &agrave; ceux-ci
+et les colonnes
+qui formaient la seconde cour du palais du c&ocirc;t&eacute; droit se
+font aussi
+remarquer par la richesse des tableaux religieux qui les
+d&eacute;corent. Les
+piliers et les colonnades qui formaient la partie gauche de la cour
+sont
+enti&egrave;rement d&eacute;truits.</p>
+<p>Je ne m'&eacute;tendrai point sur les int&eacute;ressants
+bas-reliefs qui couvrent la
+partie gauche du mur du fond du p&eacute;ristyle; je me h&acirc;te
+d'entrer dans la
+salle hypostyle dont environ trente colonnes subsistent encore
+intactes,
+et charmeraient par leur &eacute;l&eacute;gante majest&eacute; les yeux
+m&ecirc;me les plus
+pr&eacute;venus contre tout ce qui n'est pas architecture grecque ou
+romaine.</p>
+<p>Quant &agrave; la destination de cette belle salle, &agrave; la
+disposition des
+colonnes et &agrave; la forme des chapiteaux qui les d&eacute;corent,
+je laisserai
+parler sur ces divers points la d&eacute;dicace elle-m&ecirc;me de la
+salle,
+sculpt&eacute;e, au nom du fondateur, sur les architraves de gauche, en
+tr&egrave;s-beaux hi&eacute;roglyphes.</p>
+<p>&laquo;L'Aro&euml;ris puissant, ami de la v&eacute;rit&eacute;, le
+seigneur de la r&eacute;gion
+sup&eacute;rieure, et de la r&eacute;gion inf&eacute;rieure, le
+d&eacute;fenseur de l'&Eacute;gypte, le
+castigateur des contr&eacute;es &eacute;trang&egrave;res, l'H&ocirc;rus
+resplendissant possesseur
+des palmes et le plus grand des vainqueurs, le roi seigneur du monde
+(soleil gardien de justice approuv&eacute; par Phr&eacute;), le fils du
+soleil, le
+seigneur des diad&egrave;mes, le bien-aim&eacute; d'Ammon,
+RHAMS&Egrave;S, a fait ex&eacute;cuter
+ces constructions en l'honneur de son p&egrave;re Amon-Ra, roi des
+dieux; il a
+fait construire la <i>grande salle d'assembl&eacute;e</i> en bonne
+pierre blanche de
+gr&egrave;s, soutenue par de <i>grandes colonnes</i> &agrave;
+chapiteaux imitant des fleurs
+&eacute;panouies, flanqu&eacute;es de colonnes plus petites &agrave;
+chapiteaux imitant un
+bouton de lotus tronqu&eacute;; salle qu'il voue au seigneur des dieux
+pour la
+c&eacute;l&eacute;bration de sa pan&eacute;gyrie gracieuse; c'est ce
+qu'a fait le roi de son
+vivant.&raquo;</p>
+<p>Ainsi donc, les salles hypostyles, qui donnent aux palais
+&eacute;gyptiens un
+caract&egrave;re si particulier, furent v&eacute;ritablement
+destin&eacute;es, comme on le
+soup&ccedil;onnait, &agrave; tenir de grandes assembl&eacute;es, soit
+politiques, soit
+religieuses, c'est-&agrave;-dire ce qu'on nommait des <i>pan&eacute;gyries</i>
+ou r&eacute;unions
+g&eacute;n&eacute;rales: c'est ce dont j'&eacute;tais
+d&eacute;j&agrave; convaincu avant d'avoir d&eacute;couvert
+cette curieuse d&eacute;dicace, parce que, observant la forme du
+caract&egrave;re
+hi&eacute;roglyphique exprimant l'id&eacute;e <i>pan&eacute;gyrie</i>
+sur les ob&eacute;lisques de Rome,
+o&ugrave; ce caract&egrave;re est sculpt&eacute; en grand, je
+m'&eacute;tais aper&ccedil;u qu'il
+repr&eacute;sentait, au propre, une salle hypostyle avec des
+si&egrave;ges dispos&eacute;s au
+pied des colonnes.</p>
+<p>C'est &agrave; l'entr&eacute;e de la salle hypostyle du
+Rhamess&eacute;ion, &agrave; droite,
+qu'existe un bas-relief dans lequel on a repr&eacute;sent&eacute; la
+reine m&egrave;re du
+conqu&eacute;rant. Elle se nommait <i>Taoua&iuml;</i>; une belle
+statue de cette
+princesse existe aussi au Capitole. J'en avais copi&eacute; les
+inscriptions,
+mais des fractures pouvaient donner lieu &agrave; quelques
+incertitudes; elles
+sont lev&eacute;es par le bas-relief que j'ai sous les yeux.</p>
+<p>On trouve du m&ecirc;me c&ocirc;t&eacute; un grand tableau
+historique, d&eacute;crit ou dessin&eacute;
+par tous les voyageurs qui ont visit&eacute; l'&Eacute;gypte; le seul
+dessin exact que
+l'on puisse citer est celui que M. Caillaud a publi&eacute; dans son <i>Voyage
+&agrave;
+M&eacute;ro&eacute;</i>. J'en ai fait prendre une copie plus en grand,
+et j'ai transcrit
+moi-m&ecirc;me les l&eacute;gendes, qui sont int&eacute;ressantes,
+quoique incompl&egrave;tes sur
+plusieurs points. C'est encore ici un grand tableau de guerre, mais qui
+se partage en deux parties principales. Dans une vaste plaine, le roi
+Rhams&egrave;s vient de vaincre les Sch&eacute;to, qu'il a mis en
+pleine d&eacute;route. Deux
+princes sont a la poursuite de l'ennemi; ces fils du roi se nomment
+<i>Mandouhi Schopsch</i> et <i>Schat-kemk&eacute;m&eacute;</i>.
+C'&eacute;taient le quatri&egrave;me et le
+cinqui&egrave;me des enfants de Rhams&egrave;s. Les vaincus sont encore
+des peuples de
+Sch&eacute;to (des Bactriens?); ils se dirigent vers une ville
+plac&eacute;e &agrave;
+l'extr&eacute;mit&eacute; droite du tableau, o&ugrave; s'ouvre une
+nouvelle sc&egrave;ne. Quatre
+autres fils du conqu&eacute;rant, les septi&egrave;me, huiti&egrave;me,
+neuvi&egrave;me et dixi&egrave;me
+de ses enfants, appel&eacute;s <i>M&eacute;&iuml;amoun, Amenhemwa,
+Noubtei</i> et <i>Setpanr&eacute;</i>,
+sont &eacute;tablis sous les murs de la place; les
+assi&eacute;g&eacute;s opposent une
+vigoureuse r&eacute;sistance; mais d&eacute;j&agrave; les
+&Eacute;gyptiens ont dress&eacute; les &eacute;chelles,
+et les murailles vont &ecirc;tre escalad&eacute;es. Une fracture a
+malheureusement
+fait dispara&icirc;tre la premi&egrave;re partie du nom de la ville
+assi&eacute;g&eacute;e; il ne
+reste plus que les syllabes.... <i>apouro</i>.</p>
+<p>Des tableaux religieux, ex&eacute;cut&eacute;s avec beaucoup de
+soin, existent sous le
+f&ucirc;t des grandes et des petites colonnes de la salle hypostyle; on
+y voit
+successivement toutes les divinit&eacute;s &eacute;gyptiennes du
+premier ordre, et
+principalement celles dont le culte appartenait d'une mani&egrave;re
+plus
+sp&eacute;ciale au nome diospolitain, annoncer &agrave; Rhams&egrave;s
+les bienfaits dont
+elles veulent le combler en &eacute;change des riches offrandes qu'il
+leur
+pr&eacute;sente. Ici, comme dans la sculpture des piliers et des
+colonnes de la
+seconde cour, reparaissent en premi&egrave;re ligne les
+divinit&eacute;s protectrices
+du palais, auxquelles ce bel &eacute;difice &eacute;tait plus
+particuli&egrave;rement
+consacr&eacute;: celles-ci prennent toujours un titre qui se traduit
+exactement
+par <i>r&eacute;sidant</i> ou <i>qui r&eacute;sident dans le
+Rhamess&eacute;ion de Th&egrave;bes</i>; &agrave; leur
+t&ecirc;te para&icirc;t Amon-Ra sous la forme du roi des dieux, ou sous
+celle de
+g&eacute;n&eacute;rateur; viennent ensuite les dieux Phtha,
+Phr&eacute;, Atmou, Meu&iuml;, Sev, et
+les d&eacute;esses Pascht et Hath&ocirc;r. Chacune d'elles accorde au
+Pharaon une
+gr&acirc;ce particuli&egrave;re. Voici quelques exemples de ces
+formules donatrices,
+extraites des galeries et des colonnades du Rhamess&eacute;ion:</p>
+<p>&laquo;J'accorde que ton &eacute;difice soit aussi durable que le
+ciel
+(Amon-Ra).</p>
+<p>&laquo;Je te donne une longue suite de jours pour gouverner
+l'&Eacute;gypte (Isis).</p>
+<p>&laquo;Je t'accorde la domination sur toutes les contr&eacute;es
+(Amon-Ra).</p>
+<p>&laquo;J'inscris &agrave; ton nom les attributions royales du soleil
+(Th&ocirc;th).</p>
+<p>&laquo;Je t'accorde de vaincre comme Mandou, et d'&ecirc;tre
+vigilant
+comme le fils
+de Netph&eacute; (Amon-Ra).</p>
+<p>&laquo;Je te livre le Midi et le Nord, l'Orient et l'Occident
+(Amon-Ra).</p>
+<p>&laquo;Je t'accorde une longue vie pour gouverner le monde par un
+r&egrave;gne joyeux
+(Sev, Saturne).</p>
+<p>&laquo;Je te donne l'&Eacute;gypte sup&eacute;rieure et
+l'&Eacute;gypte
+inf&eacute;rieure &agrave; diriger en roi
+(Netph&eacute;, Rh&eacute;a).</p>
+<p>&laquo;Je te livre les Barbares du Midi et ceux du Nord &agrave;
+fouler
+sous tes
+sandales (Thm&eacute;i, la justice).</p>
+<p>&laquo;Je t'ouvrirai toutes les bonnes portes qui seront devant toi
+(le
+Gardien des portes c&eacute;lestes).</p>
+<p>&laquo;Je veux que ton palais subsiste &agrave; toujours (Meu&iuml;).</p>
+<p>&laquo;Je t'accorde de grandes victoires dans toutes les parties du
+monde
+(la
+d&eacute;esse Pascht).</p>
+<p>&laquo;Je t'accorde que ton nom s'imprime dans le coeur des Barbares
+(la
+d&eacute;esse Pascht).&raquo;</p>
+<p>La portion des murailles de la salle hypostyle
+&eacute;chapp&eacute;e aux ravages des
+hommes pr&eacute;sente des sc&egrave;nes plus riches et plus
+d&eacute;velopp&eacute;es: sur le mur
+du fond, &agrave; la droite et &agrave; la gauche de la porte centrale,
+existent
+encore deux vastes tableaux, remarquables par la grande proportion des
+figures et le fini de leur ex&eacute;cution. Dans le premier, la
+d&eacute;esse Pascht
+&agrave; t&ecirc;te de lion, <i>l'&eacute;pouse de Phtha, la dame du
+palais c&eacute;leste</i>, l&egrave;ve sa
+main droite vers la t&ecirc;te de Rhams&egrave;s couverte d'un casque,
+en lui disant: &laquo;Je t'ai pr&eacute;par&eacute; le diad&egrave;me
+du soleil, que ce
+casque demeure sur ta
+corne (le front) o&ugrave; je l'ai plac&eacute;.&raquo; Elle
+pr&eacute;sente
+en m&ecirc;me temps le roi
+au dieu supr&ecirc;me, Amon-Ra, qui, assis sur son tr&ocirc;ne, tend
+vers la face du
+roi les embl&egrave;mes d'une vie pure.</p>
+<p>Le second tableau repr&eacute;sente l'<i>institution royale</i> du
+h&eacute;ros &eacute;gyptien,
+les deux plus grandes divinit&eacute;s de l'&Eacute;gypte
+l'investissant des pouvoirs
+royaux. Amon-Ra, assist&eacute; de Mouth, la grande m&egrave;re divine,
+remet au roi
+Rhams&egrave;s la <i>faux de bataille</i>, le type primitif de la <i>harp&eacute;</i>
+des mythes
+grecs, arme terrible appel&eacute;e <i>schopsch</i> par les
+&Eacute;gyptiens, et lui rend
+en m&ecirc;me temps les embl&egrave;mes de la direction et de la
+mod&eacute;ration, le fouet
+et le <i>pedum</i>, en pronon&ccedil;ant la formule suivante:</p>
+<p>&laquo;Voici ce que dit Amon-Ra qui r&eacute;side dans le
+Rhamess&eacute;ion: Re&ccedil;ois la faux
+de bataille pour contenir les nations &eacute;trang&egrave;res et
+trancher la t&ecirc;te des
+impurs; prends le fouet et le <i>pedum</i> pour diriger la terre de
+K&eacute;m&eacute;
+(l'&Eacute;gypte).&raquo;</p>
+<p>Le soubassement de ces deux tableaux offre un int&eacute;r&ecirc;t
+d'un autre genre:
+on y a repr&eacute;sent&eacute; en pied, et dans un ordre rigoureux de
+primog&eacute;niture,
+les enfants m&acirc;les de Rhams&egrave;s le Grand. Ces princes sont
+rev&ecirc;tus du
+costume r&eacute;serv&eacute; &agrave; leur rang; ils portent les
+insignes de leur dignit&eacute;,
+le <i>pedum</i> et un &eacute;ventail form&eacute; d'une longue plume
+d'autruche fix&eacute;e &agrave;
+une &eacute;l&eacute;gante poign&eacute;e, et sont au nombre de
+vingt-trois; famille
+nombreuse, il est vrai, mais qui ne doit point surprendre si l'on
+consid&egrave;re d'abord que Rhams&egrave;s eut, &agrave; notre
+connaissance, au moins deux
+femmes l&eacute;gitimes, les reines Nofr&eacute;-Ari et
+Is&eacute;nofr&eacute;, et qu'il est de plus
+tr&egrave;s-probable que les enfants donn&eacute;s au conqu&eacute;rant
+par des concubines ou
+des ma&icirc;tresses prenaient rang avec les enfants l&eacute;gitimes,
+usage dont
+fait foi l'ancienne histoire orientale tout enti&egrave;re. Quoi qu'il
+en soit,
+on a sculpt&eacute; au-dessus de la t&ecirc;te de chacun des princes,
+d'abord le
+titre qui leur est commun &agrave; tous, savoir: le fils du roi et de
+son
+germe; et pour quelques-uns (les trois premiers et les plus
+&acirc;g&eacute;s par
+cons&eacute;quent), la d&eacute;signation des hautes fonctions dont ils
+se trouvaient
+rev&ecirc;tus &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; ces bas-reliefs furent
+ex&eacute;cut&eacute;s. Le premier se
+trouve ainsi qualifi&eacute;: porte-&eacute;ventail &agrave; la gauche
+du roi, le jeune
+secr&eacute;taire royal (basilicogrammate), commandant en chef des
+soldats
+(l'arm&eacute;e), le premier-n&eacute; et le
+pr&eacute;f&eacute;r&eacute; de son germe, Amenhisch&ocirc;psch; le
+second, nomm&eacute; Rhams&egrave;s comme son p&egrave;re, &eacute;tait
+porte-&eacute;ventail &agrave; la gauche
+du roi et secr&eacute;taire royal, commandant en chef les soldats du
+ma&icirc;tre du
+monde (les troupes composant la garde du roi); et le troisi&egrave;me,
+porte-&eacute;ventail &agrave; la gauche du roi, comme ses
+fr&egrave;res (titre donn&eacute; en
+g&eacute;n&eacute;ral &agrave; tous les princes sur d'autres
+monuments), &eacute;tait de plus
+secr&eacute;taire royal, commandant de la cavalerie,
+c'est-&agrave;-dire des chars de
+guerre de l'arm&eacute;e &eacute;gyptienne. Je me dispense de
+transcrire ici les noms
+propres des vingt autres princes; je dirai seulement que les noms de
+quelques-uns d'entre eux font certainement allusion soit aux victoires
+du roi au moment de leur naissance, tels que N&eacute;ben-Schari (le
+ma&icirc;tre du
+pays de Schari), N&eacute;benthonib (le ma&icirc;tre du monde entier),
+Sanascht&eacute;namoun (le vainqueur par Ammon), soit &agrave; des
+titres nouveaux
+adopt&eacute;s dans le protocole de Rhams&egrave;s le Grand, comme par
+exemple
+Patav&eacute;amoun (Ammon est mon p&egrave;re), et Septenri
+(approuv&eacute; par le soleil),
+titre qui se retrouve dans le pr&eacute;nom du roi.</p>
+<p>J'observe en m&ecirc;me temps dans cette s&eacute;rie de princes un
+fait
+tr&egrave;s-notable: on y a, post&eacute;rieurement &agrave; la mort de
+Rhams&egrave;s le Grand,
+caract&eacute;ris&eacute; d'une mani&egrave;re particuli&egrave;re
+celui de ses vingt-trois enfants
+qui monta sur le tr&ocirc;ne apr&egrave;s lui; ce fut son
+treizi&egrave;me fils, nomm&eacute;
+M&eacute;nephtha, qui lui succ&eacute;da. Il est visible qu'on a en
+cons&eacute;quence
+modifi&eacute;, apr&egrave;s coup, le costume de ce prince, en ornant
+son front de
+l'<i>uraeus</i> et en changeant sa courte <i>sabou</i> en longue
+tunique royale;
+de plus, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de sa l&eacute;gende
+premi&egrave;re, o&ugrave; se lit le nom de M&eacute;nephtha,
+qu'il conserva en montant sur le tr&ocirc;ne, on a sculpt&eacute; le
+premier
+cartouche de sa l&eacute;gende royale, son cartouche pr&eacute;nom
+(soleil esprit aim&eacute;
+des dieux), que l'on retrouve en effet sur tous les monuments de son
+r&egrave;gne.</p>
+<p>En sortant de la salle hypostyle par la porte centrale, on entre
+dans
+une salle qui a conserv&eacute; une partie de ses colonnes, et
+o&ugrave; la d&eacute;coration
+prend un caract&egrave;re tout particulier. Dans la portion de palais
+que nous
+venons de parcourir, des hommages g&eacute;n&eacute;raux sont
+adress&eacute;s aux principales
+divinit&eacute;s de l'&Eacute;gypte, comme il convenait dans des cours
+ou des
+p&eacute;ristyles ouverts &agrave; toute la population, et dans la
+salle hypostyle o&ugrave;
+se tenaient les grandes assembl&eacute;es. Mais ici commencent
+v&eacute;ritablement la
+partie priv&eacute;e du palais et les salles qui servaient d'habitation
+au roi,
+le lieu qu'&eacute;tait cens&eacute; habiter aussi plus
+particuli&egrave;rement le roi des
+dieux auquel ce grand &eacute;difice &eacute;tait consacr&eacute;.
+C'est ce que prouvent les
+bas-reliefs sculpt&eacute;s sur les parois &agrave; la droite et
+&agrave; la gauche de la
+porte: ces tableaux repr&eacute;sentent quatre grandes barques ou <i>bari</i>
+sacr&eacute;es, portant un petit naos sur lequel un voile semble
+jet&eacute; comme
+pour d&eacute;rober &agrave; tous les regards le personnage qu'il
+renferme. Ces
+<i>bari</i> sont port&eacute;es sur les &eacute;paules par vingt-quatre
+ou dix-huit
+pr&ecirc;tres, selon l'importance du ma&icirc;tre de la <i>bari</i>.
+Les insignes qui
+d&eacute;corent la proue et la poupe des deux premi&egrave;res barques
+sont les t&ecirc;tes
+symboliques de la d&eacute;esse Mouth et du dieu Chons, l'&eacute;pouse
+et le fils
+d'Amon-Ra; enfin, la troisi&egrave;me et la quatri&egrave;me portent
+les t&ecirc;tes du roi
+et de la reine, coiff&eacute;s des marques de leur dignit&eacute;. Ces
+tableaux, comme
+nous l'apprennent les l&eacute;gendes hi&eacute;roglyphiques,
+repr&eacute;sentent les deux
+divinit&eacute;s et le couple royal venant rendre hommage au
+p&egrave;re des dieux,
+Amon-Ra, qui &eacute;tablit sa demeure dans le palais de Rhams&egrave;s
+le Grand. Les
+paroles que prononce chacun des visiteurs ne laissent, d'ailleurs,
+aucun
+doute &agrave; cet &eacute;gard: &laquo;Je viens, dit la d&eacute;esse
+Mouth,
+rendre hommage au roi
+des dieux, Amon-Ra, mod&eacute;rateur de l'&Eacute;gypte, afin qu'il
+accorde de
+longues ann&eacute;es &agrave; son fils qui le ch&eacute;rit, le roi
+Rhams&egrave;s.&raquo;</p>
+<p>&laquo;Nous venons vers toi, dit le dieu Chons, pour servir ta
+majest&eacute;, &ocirc;
+Amon-Ra, roi des dieux! Accorde une vie stable et pure &agrave; ton
+fils, qui
+t'aime, le seigneur du monde.&raquo;</p>
+<p>Le roi Rhams&egrave;s dit seulement: &laquo;Je viens &agrave; mon
+p&egrave;re Amon-Ra, &agrave; la suite
+des dieux qu'il admet en sa pr&eacute;sence &agrave; toujours.&raquo;</p>
+<p>Mais la reine Nofr&eacute;-Ari, surnomm&eacute;e ici Ahmosis
+(engendr&eacute;e de la lune),
+exprime ses voeux plus positivement; l'inscription porte: &laquo;Voici
+ce que
+dit la d&eacute;esse &eacute;pouse, la royale m&egrave;re, la royale
+&eacute;pouse, la puissante
+dame du monde, Ahmosis-Nofr&eacute;-Ari: Je viens pour rendre hommage
+&agrave; mon
+p&egrave;re Amon, roi des dieux; mon coeur est joyeux de tes affections
+(c'est-&agrave;-dire de l'amour que tu me portes); je suis dans
+l'all&eacute;gresse en
+contemplant tes bienfaits; &ocirc; toi, qui &eacute;tablis le
+si&egrave;ge de ta puissance
+dans la demeure de ton fils, le seigneur du monde, Rhams&egrave;s,
+accorde-lui
+une vie stable et pure; que ses ann&eacute;es se comptent par
+p&eacute;riodes de
+pan&eacute;gyries!&raquo;</p>
+<p>Enfin, la paroi du fond de cette salle &eacute;tait orn&eacute;e de
+plusieurs tableaux
+repr&eacute;sentant l'accomplissement de ces voeux et rappelant les
+gr&acirc;ces
+qu'Amon-Ra accordait au h&eacute;ros &eacute;gyptien: il n'en reste
+plus qu'un seul, &agrave;
+la droite de la porte. Le roi est figur&eacute; assis sur un
+tr&ocirc;ne, au pied de
+celui d'Amon-Ra-Atmou, et &agrave; l'ombre du vaste feuillage d'un
+persea,
+l'arbre c&eacute;leste de la vie: le grand dieu et la d&eacute;esse Saf
+qui pr&eacute;sidait
+&agrave; l'&eacute;criture, &agrave; la science, tra&ccedil;ant sur les
+fruits cordiformes de
+l'arbre le cartouche pr&eacute;nom de Rhams&egrave;s le Grand; tandis
+que d'un autre
+c&ocirc;t&eacute; le dieu Th&ocirc;th y grave le cartouche nom propre
+du roi, auquel
+Amon-Ra-Atmou adresse les paroles suivantes: &laquo;Viens, je sculpte
+ton nom
+pour une longue suite de jours, afin qu'il subsiste sur l'arbre
+divin.&raquo;</p>
+<p>La porte qui, de cette salle, conduisait &agrave; une seconde,
+&eacute;galement
+d&eacute;cor&eacute;e de colonnes, dont quatre subsistent encore,
+m&eacute;rite une attention
+particuli&egrave;re, soit sous le rapport de son ex&eacute;cution
+mat&eacute;rielle, soit
+pour les sculptures qui la d&eacute;corent.</p>
+<p>Les bas-reliefs qui couvrent le bandeau et les jambages sont d'un
+relief
+tellement bas qu'il est &eacute;vident qu'on les a us&eacute;s avec
+soin pour en
+diminuer la saillie; j'attribuais ce travail au temps et &agrave; la
+barbarie,
+qui a certainement agi sur plusieurs points de ces surfaces, lorsque,
+ayant fait d&eacute;blayer le bas des montants de cette porte, j'ai lu
+une
+inscription d&eacute;dicatoire de Rhams&egrave;s le Grand, dans les
+formes ordinaires
+pour les d&eacute;dicaces des portes; mais il y est dit, de plus, que
+cette
+porte a &eacute;t&eacute; <i>recouverte d'or pur</i>. J'ai
+&eacute;tudi&eacute; alors les surfaces avec
+plus de soin. En examinant de plus pr&egrave;s l'esp&egrave;ce de stuc
+blanc et fin
+qui recouvrait encore quelques parties de la sculpture, je
+m'aper&ccedil;us que
+ce stuc <i>avait &eacute;t&eacute; &eacute;tendu sur une toile</i>
+appliqu&eacute;e sur les tableaux,
+qu'on avait r&eacute;tabli sur le stuc m&ecirc;me les contours et les
+parties
+saillantes des figures avant d'y appliquer la dorure. Ce
+proc&eacute;d&eacute; m'ayant
+paru curieux, j'ai cru utile de le noter ici.</p>
+<p>Mais les deux tableaux qui ornent cette porte offrent un
+int&eacute;r&ecirc;t bien
+plus piquant. Le bandeau et le haut des jambages sont couverts d'une
+douzaine de petits bas-reliefs repr&eacute;sentant le roi
+Rhams&egrave;s adorant les
+membres de la triade th&eacute;baine: ces divinit&eacute;s tournent
+toutes le dos &agrave;
+l'entr&eacute;e de la porte en question, parce qu'elles sont seulement
+en
+rapport avec la premi&egrave;re salle et non avec la seconde, &agrave;
+laquelle cette
+porte sert d'entr&eacute;e. Mais au bas des jambages, et
+imm&eacute;diatement
+au-dessus de la d&eacute;dicace, sont sculpt&eacute;es deux
+divinit&eacute;s, la face tourn&eacute;e
+vers l'ouverture de la porte, et regardant la seconde salle, qui
+&eacute;tait
+par cons&eacute;quent sous leur juridiction. Ces deux divinit&eacute;s
+sont, &agrave; gauche,
+le dieu des sciences et des arts, l'inventeur des lettres, Th&ocirc;th
+&agrave; t&ecirc;te
+d'Ibis, et &agrave; droite la d&eacute;esse Saf, compagne de
+Th&ocirc;th, portant le titre
+remarquable de <i>dame des lettres pr&eacute;sidente de la
+biblioth&egrave;que</i> (mot &agrave;
+mot, <i>la salle des livres</i>). De plus, le dieu est suivi d'un de
+ses
+par&egrave;dres, qu'&agrave; sa l&eacute;gende et &agrave; un grand <i>oeil</i>
+qu'il porte sur la t&ecirc;te
+on reconna&icirc;t pour <i>le sens de la vue</i> personnifi&eacute;,
+tandis que le par&egrave;dre
+de la d&eacute;esse est <i>le sens de l'ou&iuml;e</i>
+caract&eacute;ris&eacute; par une grande oreille
+trac&eacute;e &eacute;galement au-dessus de sa t&ecirc;te, et par le
+mot <i>s&ocirc;lem</i> (l'ou&iuml;e)
+sculpt&eacute; dans sa l&eacute;gende; il tient de plus en main tous
+les instruments
+de l'&eacute;criture, comme pour &eacute;crire tout ce qu'il entend.</p>
+<p>Je demande s'il est possible de mieux annoncer que par de tels
+bas-reliefs l'entr&eacute;e d'une biblioth&egrave;que? Et &agrave; ce
+mot, la controverse qui
+divise nos savants sur le fameux monument d'<i>Osimandyas</i>, si connu
+par
+sa biblioth&egrave;que, et sur ses rapports avec le Rhamess&eacute;ion.
+se pr&eacute;sente
+naturellement &agrave; ma pens&eacute;e.</p>
+<p>D&egrave;s les premiers jours, en lisant au milieu des ruines du
+Rhamess&eacute;ion la
+description que Diodore nous a conserv&eacute;e du monument
+d'Osimandyas, je
+fus frapp&eacute; de retrouver autour de moi et dans le m&ecirc;me
+ordre les parties
+analogues et presque les m&ecirc;mes d&eacute;tails du grand
+&eacute;difice dont Diodore
+emprunte &agrave; H&eacute;cat&eacute;e une notice si compl&egrave;te.</p>
+<p>D'abord, l'ancien voyageur grec place le monument d'Osimandyas
+&agrave; dix
+stades des derniers tombeaux de ce qu'il nomme les [Greek: pallakidas
+tou Diou], les concubines de Jupiter (Ammon).&#8212;Nous avons trouv&eacute;,
+en
+effet, &agrave; une distance &agrave; peu pr&egrave;s &eacute;gale du
+Rhamess&eacute;ion, une vall&eacute;e
+renfermant les tombeaux, encore orn&eacute;s de peintures et
+d'inscriptions,
+d'une douzaine de femmes, mais de reines &eacute;gyptiennes, dont le
+premier
+titre dans leur l&eacute;gende fut toujours celui d'<i>&eacute;pouse
+d'Ammon</i>.</p>
+<p>Le monument d'Osimandyas s'annon&ccedil;ait par un grand
+pyl&ocirc;ne <i>de pierre
+vari&eacute;e</i> ([Greek: lithou poikilou]).&#8212;Le premier pyl&ocirc;ne
+du Rhamess&eacute;ion,
+dont les massifs sont en gr&egrave;s rouge&acirc;tre et la porte en
+calcaire blanc, a
+quelque analogie avec cette expression.</p>
+<p>Ce pyl&ocirc;ne donnait entr&eacute;e dans un p&eacute;ristyle dont
+les piliers &eacute;taient
+orn&eacute;s de figures colossales; on passait de l&agrave; &agrave; un
+second pyl&ocirc;ne bien
+plus soign&eacute; que le premier, sous le rapport de la sculpture, et
+&agrave;
+l'entr&eacute;e duquel se trouvait <i>le plus grand colosse de
+l'&Eacute;gypte</i>, d'un
+seul bloc de granit de Sy&egrave;ne.&#8212;Tout cela se rapproche du
+Rhamess&eacute;ion, &agrave;
+quelques diff&eacute;rences de mesures pr&egrave;s; mais l'exactitude
+des anciens
+copistes, transcrivant les quantit&eacute;s de ces mesures, est-elle
+certaine?
+L&agrave; existent encore aujourd'hui les immenses d&eacute;bris <i>du
+plus grand
+colosse</i> connu de l'&Eacute;gypte; il est en granit de Sy&egrave;ne:
+ce sont l&agrave; des
+traits remarquables.</p>
+<p>Dans le p&eacute;ristyle qui suivait le pyl&ocirc;ne, dit
+H&eacute;cat&eacute;e, on avait
+repr&eacute;sent&eacute; le roi, qu'on appelle <i>Osimandyas</i>,
+faisant la guerre aux
+r&eacute;volt&eacute;s de Bactriane, assi&eacute;geant une ville
+entour&eacute;e des eaux d'un
+fleuve, etc.&#8212;C'est la description exacte des bas-reliefs encore
+existants sous le deuxi&egrave;me p&eacute;ristyle du
+Rhamess&eacute;ion; et si l'on n'y voit
+plus le lion combattant avec le roi contre les troupes ennemies, ni des
+quatre princes commandant les divisions de l'arm&eacute;e, c'est que
+les murs
+du fond du p&eacute;ristyle sont d&eacute;truits et qu'il n'en subsiste
+pas la
+huiti&egrave;me partie. Il est vrai qu'on voit ailleurs, sur les
+monuments
+d'&Eacute;gypte, des rois assi&eacute;geant des villes <i>entour&eacute;es
+par un fleuve</i>: cela
+existe r&eacute;ellement &agrave; Ibsamboul, &agrave; Derri, sur les
+pyl&ocirc;nes de Lo&ugrave;qsor et au
+Rhamess&eacute;&iuml;on; mais tous ces monuments sont de Rhams&egrave;s
+le Grand, et
+reproduisent les &eacute;v&eacute;nements <i>de la m&ecirc;me campagne</i>.</p>
+<p>Sur le second mur du p&eacute;ristyle, dit la description du
+monument
+d'Osimandyas, sont repr&eacute;sent&eacute;s les captifs ramen&eacute;s
+par le roi de son
+exp&eacute;dition; ils n'ont point de mains ni de parties sexuelles:
+et, sur le
+mur de fond du p&eacute;ristyle du Rhamess&eacute;ion, j'ai mis
+&agrave; d&eacute;couvert, par des
+fouilles, les restes d'un tableau dans lequel on am&egrave;ne des
+prisonniers
+au roi, aux pieds duquel sont des monceaux de mains coup&eacute;es.</p>
+<p>Sur un troisi&egrave;me c&ocirc;t&eacute; du p&eacute;ristyle du
+monument d'Osimandyas &eacute;taient
+repr&eacute;sent&eacute;s <i>des sacrifices et le triomphe du roi au
+retour de cette
+guerre</i>.&#8212;Au Rhamess&eacute;ion, le registre sup&eacute;rieur de la
+paroi sur laquelle
+est sculpt&eacute;e la bataille repr&eacute;sente la fin d'une grande
+solennit&eacute;
+religieuse &agrave; laquelle assistent le roi et la reine, et ce
+tableau
+commen&ccedil;ait, sans aucun doute, sur le mur de fond du
+c&ocirc;t&eacute; droit du
+p&eacute;ristyle.</p>
+<p>On entrait ensuite, dit l'historien grec, dans la salle hypostyle du
+monument d'Osimandyas par trois portes orn&eacute;es de deux
+colosses.&#8212;Tout
+cela se trouve exactement au Rhamess&eacute;ion, imm&eacute;diatement
+aussi apr&egrave;s le
+second p&eacute;ristyle. Apr&egrave;s la salle hypostyle de
+l'Osimandy&eacute;ion venait un
+espace d&eacute;sign&eacute; dans les traductions sous le nom de <i>promenoir</i>.&#8212;Dans
+le
+Rhamess&eacute;ion, une salle d&eacute;cor&eacute;e des barques
+symboliques des dieux succ&egrave;de
+&agrave; la salle hypostyle.</p>
+<p><i>Ensuite</i>, a dit Diodore, <i>venait la biblioth&egrave;que</i>;
+et c'est
+effectivement sur la porte qui, du <i>promenoir</i> du
+Rhamess&eacute;ion, conduit
+<i>&agrave; la salle suivante</i>, que j'ai trouv&eacute; des
+bas-reliefs si convenables &agrave;
+l'entr&eacute;e d'une <i>biblioth&egrave;que</i>.</p>
+<p>La salle de la biblioth&egrave;que est presque enti&egrave;rement
+ras&eacute;e; il n'en reste
+que quatre colonnes, et une portion des parois de droite et de gauche
+de
+la porte: sur ces murailles on a sculpt&eacute; des tableaux
+repr&eacute;sentant le
+roi faisant successivement des offrandes aux plus grandes
+divinit&eacute;s de
+l'&Eacute;gypte&#8212;&agrave; Amon-Ra, Mouth, Chons, Phr&eacute;, Phtha,
+Pascht, Nofr&eacute;-Thmou,
+Atmou, Mandou; et, en outre, la plus grande partie de la surface de ces
+parois est occup&eacute;e par deux &eacute;normes tableaux
+divis&eacute;s en de nombreuses
+colonnes verticales dans lesquelles sont trois longues s&eacute;ries de
+noms de
+divinit&eacute;s et leurs images de petite proportion; c'est un
+panth&eacute;on
+complet; le roi, debout devant chacun de ces tableaux <i>synoptiques</i>,
+fait nomm&eacute;ment des libations et des offrandes &agrave; tous les
+dieux ou
+d&eacute;esses grandes et petites; et c'est encore ici un rapport avec
+le
+<i>monument d'Osimandyas</i>. <i>On voit dans la salle de la
+biblioth&egrave;que</i>, dit
+en effet la description grecque, <i>les images de tous, les dieux de
+l'&Eacute;gypte; le roi leur pr&eacute;sente de la m&ecirc;me
+mani&egrave;re des offrandes
+convenables &agrave; chacun d'eux</i>.</p>
+<p>Cette comparaison des ruines du Rhamess&eacute;ion avec la
+description du
+monument d'Osimandyas conserv&eacute;e dans Diodore de Sicile, a
+&eacute;t&eacute; d&eacute;j&agrave;
+faite, et avec bien plus de d&eacute;tails encore, par MM. Jollois et
+Devilliers dans leur <i>Description g&eacute;n&eacute;rale de
+Th&egrave;bes</i>, travail important
+auquel je me plais &agrave; donner de justes &eacute;loges parce que
+j'ai vu les
+lieux, et que j'ai pu juger par moi-m&ecirc;me de l'exactitude de leur
+description; mais j'ai d&ucirc; reproduire rapidement ce
+parall&egrave;le dans cette
+lettre, par le besoin de mettre &agrave; leur v&eacute;ritable place
+quelques faits
+nouveaux que j'ai observ&eacute;s, et qui rendent si frappante
+l'analogie du
+monument d&eacute;crit par les Grecs avec le monument dont
+j'&eacute;tudie les ruines.
+Les deux savants voyageurs que je viens de citer ont mis en fait leur
+<i>identit&eacute;</i>, d'autres l'ont combattue: pour moi, voici ma
+profession de
+foi toute simple:</p>
+<p>De deux choses l'une: ou le monument d&eacute;crit par
+H&eacute;cat&eacute;e sous le nom de
+<i>monument d'Osimandyas</i> est le m&ecirc;me que le <i>Rhamess&eacute;ion
+occidental de
+Th&egrave;bes</i>, ou bien le <i>Rhamess&eacute;ion</i> n'est qu'une <i>copie</i>,
+&agrave; la diff&eacute;rence
+des mesures pr&egrave;s, si l'on peut s'exprimer ainsi, du <i>monument
+d'Osimandyas</i>.</p>
+<p>Ici se terminent les d&eacute;bris du palais de S&eacute;sostris; il
+ne reste plus de
+traces de ces derni&egrave;res constructions, qui devaient
+s'&eacute;tendre encore du
+c&ocirc;t&eacute; de la montagne. Le Rhamess&eacute;ion est le monument
+de Th&egrave;bes le plus
+d&eacute;grad&eacute;, mais c'est aussi, sans aucun doute, celui qui,
+par l'&eacute;l&eacute;gante
+majest&eacute; de ses ruines, laisse dans l'esprit des voyageurs une
+impression
+plus profonde et plus durable. J'aurais pu passer encore bien du temps
+&agrave; son &eacute;tude sans l'&eacute;puiser; mais d'autres
+monuments de la rive oppos&eacute;e
+du Nil, o&ugrave; est toujours Th&egrave;bes, m'arrachent &agrave; ces
+merveilles.... Et je
+pense &agrave; la France.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="QUINZIEME_LETTRE"></a>
+<h2>QUINZI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Th&egrave;bes, le 18 juin 1829.</small></p>
+<p>En quittant le noble et si &eacute;l&eacute;gant palais de
+S&eacute;sostris, <i>le
+Rhamess&eacute;ion</i>, et avant d'&eacute;tudier avec tout le soin
+qu'ils m&eacute;ritent les
+nombreux &eacute;difices antiques entass&eacute;s sur la butte factice
+nomm&eacute;e
+aujourd'hui <i>M&eacute;dinet-Habou</i>, je devais, pour la
+r&eacute;gularit&eacute; de mes
+travaux, m'occuper de quelques constructions interm&eacute;diaires ou
+voisines
+qui, soit pour leur m&eacute;diocre &eacute;tendue, soit par leur
+&eacute;tat presque total
+de destruction, attirent beaucoup moins l'attention des voyageurs.</p>
+<p>Je me dirigeai d'abord vers la vall&eacute;e d'<i>El-Assasif</i>,
+situ&eacute;e au nord du
+Rhamess&eacute;ion, et qui se termine brusquement au pied des rochers
+calcaires
+de la cha&icirc;ne libyque: l&agrave; existent les d&eacute;bris d'un
+&eacute;difice au nord du
+tombeau d'Osimandyas.</p>
+<p>Mon but sp&eacute;cial &eacute;tait de constater l'&eacute;poque
+encore inconnue de ces
+constructions et d'en assurer la destination primitive; je m'attachai
+&agrave;
+l'examen des sculptures et surtout des l&eacute;gendes
+hi&eacute;roglyphiques
+inscrites sur les blocs isol&eacute;s et les pans de murailles
+&eacute;pars sur un
+assez grand espace de terrain.</p>
+<p>Je fus d'abord frapp&eacute; de la finesse du travail de quelques
+restes de
+bas-reliefs martel&eacute;s &agrave; moiti&eacute; par les premiers
+chr&eacute;tiens; et une porte
+de granit rose, encore debout au milieu de ces ruines en beau calcaire
+blanc, me donna la certitude que l'&eacute;difice entier appartenait
+&agrave; la
+meilleure &eacute;poque de l'art &eacute;gyptien.</p>
+<p>Cette porte, ou petit propylon, est enti&egrave;rement couverte de
+l&eacute;gendes
+hi&eacute;roglyphiques. On a sculpt&eacute; sur les jambages, en relief
+tr&egrave;s-bas et
+fort d&eacute;licat, deux images en pied de Pharaons rev&ecirc;tus de
+leurs insignes.
+Toutes les d&eacute;dicaces sont doubles et faites contemporainement au
+nom de
+deux princes: celui qui tient constamment la droite ou le premier rang
+se nomme Am&eacute;nenth&eacute;; l'autre ne marche qu'apr&egrave;s,
+c'est Thouthmosis III,
+nomm&eacute; Moeris par les Grecs.</p>
+<p>Si j'&eacute;prouvai quelque surprise de voir ici et dans tout le
+reste de
+l'&eacute;difice le c&eacute;l&egrave;bre Moeris, orn&eacute; de toutes
+les marques de la royaut&eacute;,
+c&eacute;der ainsi le pas &agrave; cet Am&eacute;nenth&eacute; qu'on
+chercherait en vain dans les
+listes royales, je dus m'&eacute;tonner encore davantage, &agrave; la
+lecture des
+inscriptions, de trouver qu'on ne parl&acirc;t de ce roi barbu, et en
+costume
+ordinaire de Pharaon, qu'en employant des noms et des verbes au
+f&eacute;minin,
+comme s'il s'agissait d'une reine. Je donne ici pour exemple la
+d&eacute;dicace
+m&ecirc;me des propylons.</p>
+<p>&laquo;L'Aro&euml;ris soutien des d&eacute;vou&eacute;s, le roi
+seigneur,
+etc. Soleil d&eacute;vou&eacute; &agrave; la
+v&eacute;rit&eacute;! (<i>Elle</i>) a fait des constructions en
+l'honneur de son p&egrave;re (le
+p&egrave;re d'<i>elle</i>), Amon-Ra seigneur des tr&ocirc;nes du monde;
+<i>elle</i> lui a &eacute;lev&eacute;
+ce propylon (qu'Amon prot&egrave;ge l'&eacute;difice!) en pierre de
+granit: c'est ce
+qu'<i>elle</i> a fait (pour &ecirc;tre) vivifi&eacute;e &agrave;
+toujours.&raquo;</p>
+<p>L'autre jambage porte une d&eacute;dicace analogue, mais au nom du
+roi
+Thouthmosis III, ou Moeris.</p>
+<p>En parcourant le reste de ces ruines, la m&ecirc;me
+singularit&eacute; se pr&eacute;senta
+partout. Non-seulement je retrouvai le pr&eacute;nom
+d'Am&eacute;nenth&eacute; pr&eacute;c&eacute;d&eacute; des
+titres <i>le roi souveraine du monde</i>, mais aussi son nom propre
+lui-m&ecirc;me
+&agrave; la suite du titre <i>la fille du soleil</i>. Enfin, dans tous
+les
+bas-reliefs repr&eacute;sentant les dieux adressant la parole &agrave;
+ce roi
+Am&eacute;nenth&eacute;, on le traite en reine comme dans la formule
+suivante:</p>
+<p>&laquo;Voici ce que d&icirc;t Amon-Ra, seigneur des tr&ocirc;nes du
+monde,
+<i>&agrave; sa fille
+ch&eacute;rie</i>, soleil d&eacute;vou&eacute; &agrave; la
+v&eacute;rit&eacute;: L'&eacute;difice que tu as construit est
+semblable &agrave; la demeure divine.&raquo;</p>
+<p>De nouveaux faits piqu&egrave;rent encore plus ma curiosit&eacute;:
+j'observai surtout
+dans les l&eacute;gendes du propylon de granit, que les cartouches
+pr&eacute;noms et
+noms propres d'Am&eacute;nenth&eacute; avaient &eacute;t&eacute;
+martel&eacute;s dans les temps antiques et
+remplac&eacute;s par ceux de Thouthmosis II, sculpt&eacute;s en
+surcharge.</p>
+<p>Ailleurs, quelques l&eacute;gendes d'Am&eacute;nenth&eacute; avaient
+re&ccedil;u en surcharge aussi
+celles du Pharaon Thouthmosis II.</p>
+<p>Plusieurs autres, enfin, offraient le pr&eacute;nom d'un Thouthmosis
+encore
+inconnu, renfermant aussi dans son cartouche le nom propre de femme
+Amens&eacute;, le tout encore sculpt&eacute; aux d&eacute;pens des
+l&eacute;gendes d'Am&eacute;nenth&eacute;,
+pr&eacute;alablement martel&eacute;es. Je me rappelai alors avoir
+remarqu&eacute; ce nouveau
+roi Thouthmosis trait&eacute; en reine, dans le petit &eacute;difice de
+Thouthmosis
+III, &agrave; M&eacute;dinet-Habou.</p>
+<p>C'est en rapprochant ces faits et ces diverses circonstances de
+plusieurs observations du m&ecirc;me genre, premiers r&eacute;sultats
+de mes courses
+dans le grand palais et dans le propylon de Karnac, que je suis parvenu
+&agrave; compl&eacute;ter mes connaissances sur le personnel de la
+premi&egrave;re partie de
+la XVIIIe dynastie. Il r&eacute;sulte de la combinaison de tous les
+t&eacute;moignages
+fournis par ces divers monuments, et qu'il serait hors de propos de
+d&eacute;velopper ici:</p>
+<p>1&deg; Que Thouthmosis Ier succ&eacute;da imm&eacute;diatement au
+grand Am&eacute;nothph Ier, le
+chef de la XVIIIe dynastie, l'une des diospolitaines;</p>
+<p>2&deg; Que son fils Thouthmosis II occupa le tr&ocirc;ne
+apr&egrave;s lui et mourut sans
+enfants;</p>
+<p>3&deg; Que sa soeur Amens&eacute; lui succ&eacute;da comme fille de
+Thouthmosis Ier, et
+r&eacute;gna vingt et un ans en souveraine;</p>
+<p>4&deg; Que cette reine eut pour premier mari un Thouthmosis, qui
+comprit
+dans son nom propre celui de la reine Amens&eacute; son &eacute;pouse;
+que ce
+Thouthmosis fut le p&egrave;re de Thouthmosis III ou Moeris, et
+gouverna au nom
+d'Amens&eacute;;</p>
+<p>5&deg; Qu'&agrave; la mort de ce Thouthmosis, la reine Amens&eacute;
+&eacute;pousa en secondes
+noces Am&eacute;nenth&eacute;, qui gouverna aussi au nom
+d'Amens&eacute;, et qui fut r&eacute;gent
+pendant la minorit&eacute; et les premi&egrave;res ann&eacute;es de
+Thouthmosis III, ou
+Moeris;</p>
+<p>6&deg; Que Thouthmosis III, le Moeris des Grecs, exer&ccedil;a le
+pouvoir
+conjointement avec le r&eacute;gent Am&eacute;nenth&eacute;, qui le
+tint sous sa tutelle
+pendant quelques ann&eacute;es.</p>
+<p>La connaissance de cette succession de personnages explique tout
+naturellement les singularit&eacute;s not&eacute;es dans l'examen
+minutieux de tous
+les restes de sculptures existant dans l'&eacute;difice de la
+vall&eacute;e
+d'<i>El-Assasif</i>. On comprend alors pourquoi le r&eacute;gent
+Am&eacute;nenth&eacute; ne para&icirc;t
+dans les bas-reliefs que pour y recevoir les paroles gracieuses que les
+dieux adressent &agrave; la reine Amens&eacute;, dont il n'est que le
+repr&eacute;sentant;
+cela explique le style des d&eacute;dicaces faites par
+Am&eacute;nenth&eacute;, parlant
+lui-m&ecirc;me au nom de la reine, ainsi que les d&eacute;dicaces du
+m&ecirc;me genre dans
+lesquelles on lit le nom de Thouthmosis, premier mari d'Amens&eacute;,
+qui joua
+d'abord, le premier, un r&ocirc;le passif, et ne fut, comme son
+successeur
+Am&eacute;nenth&eacute;, qu'une esp&egrave;ce de figurant du pouvoir
+royal exerc&eacute; par la
+reine.</p>
+<p>Les surcharges qu'ont &eacute;prouv&eacute;es la plupart des
+l&eacute;gendes du r&eacute;gent
+Am&eacute;nenth&eacute; d&eacute;montrent que sa r&eacute;gence fut
+odieuse et pesante pour son
+pupille Thouthmosis III. Celui-ci semble avoir pris &agrave;
+t&acirc;che de condamner
+son tuteur &agrave; un &eacute;ternel oubli. C'est en effet sous le
+r&egrave;gne de ce
+Thouthmosis III que furent martel&eacute;es presque toutes les
+l&eacute;gendes
+d'Am&eacute;nenth&eacute;, et qu'on sculpta &agrave; la place soit les
+l&eacute;gendes de
+Thouthmosis III, dont il avait sans doute usurp&eacute;
+l'autorit&eacute;, soit
+celles de Thouthmosis, premier mari d'Amens&eacute;, le p&egrave;re
+m&ecirc;me du roi
+r&eacute;gnant. J'ai observ&eacute; la destruction syst&eacute;matique
+de ces l&eacute;gendes dans
+une foule de bas-reliefs existant sur divers autres points de
+Th&egrave;bes.
+Fut-elle l'ouvrage imm&eacute;diat de la haine personnelle de
+Thouthmosis III,
+ou une basse flatterie du corps sacerdotal? C'est ce qu'il nous est
+impossible de d&eacute;cider; mais le fait nous a paru assez curieux
+pour le
+constater.</p>
+<p>Toutes les inscriptions du monument d'<i>El-Assasif</i>
+&eacute;tablissent
+unanimement que cet &eacute;difice a &eacute;t&eacute;
+&eacute;lev&eacute; sous la r&eacute;gence d'Am&eacute;nenth&ecirc;, au
+nom de la reine Amens&eacute; et de son jeune fils Thouthmosis III.
+Cette
+construction n'est donc point post&eacute;rieure &agrave; l'an 1736
+avant J.-C.,
+&eacute;poque approximative des premi&egrave;res ann&eacute;es du
+r&egrave;gne de Thouthmosis III,
+exer&ccedil;ant seul le pouvoir supr&ecirc;me. Ces sculptures comptent
+donc d&eacute;j&agrave; plus
+de 3,500 ans d'antiquit&eacute;.</p>
+<p>Il r&eacute;sulte de ces m&ecirc;mes d&eacute;dicaces et des
+sculptures qui d&eacute;corent
+quelques-unes des salles non d&eacute;truites, que l'&eacute;difice
+int&eacute;rieur &eacute;tait un
+temple consacr&eacute; &agrave; la grande divinit&eacute; de
+Th&egrave;bes, Amon-Ra, le roi des
+dieux, qu'on y adorait sous la figure sp&eacute;ciale
+d'Amon-Ra-Pneh-enn&eacute;-ghet-en-tho, c'est-&agrave;-dire d'Amon-Ra
+seigneur des
+tr&ocirc;nes et du monde; j'ai retrouv&eacute; dans Th&egrave;bes
+plusieurs autres temples
+d&eacute;di&eacute;s &agrave; ce grand &ecirc;tre, mais sous d'autres
+titres, qui lui sont
+&eacute;galement particuliers.</p>
+<p>Ce temple d'Amon-Ra, d'une &eacute;tendue assez consid&eacute;rable,
+d&eacute;cor&eacute; de
+sculptures du travail le plus pr&eacute;cieux,
+pr&eacute;c&eacute;d&eacute; d'un dromos et
+probablement aussi d'une longue avenue de sphinx, s'&eacute;levait au
+fond de
+la vall&eacute;e d'El-Assasif. Son sanctuaire p&eacute;n&eacute;trait
+pour ainsi dire dans
+les rochers &agrave; pic de la cha&icirc;ne libyque, cribl&eacute;e,
+comme le sol m&ecirc;me de la
+vall&eacute;e, d'excavations plus ou moins riches, qui servaient de
+s&eacute;pulture
+aux habitants de la ville capitale.</p>
+<p>Cette position du temple au milieu des tombeaux, et les plafonds, en
+forme de vo&ucirc;te, de quelques-unes de ces salles, ont
+r&eacute;cemment tromp&eacute;
+quelques voyageurs, et leur ont fait croire que cet &eacute;difice
+&eacute;tait le
+tombeau de Moeris (Thouthmosis III); mais tous les d&eacute;tails que
+nous
+avons donn&eacute;s sur la construction et la destination de cet
+&eacute;difice sacr&eacute;
+d&eacute;truisent une telle hypoth&egrave;se. Ses divisions et ses
+accessoires nous le
+feraient reconna&icirc;tre pour un v&eacute;ritable temple, &agrave;
+d&eacute;faut des inscriptions
+d&eacute;dicatoires qui le disent formellement. Sa d&eacute;coration
+m&ecirc;me et le sujet
+des bas-reliefs qui ornent les parois des salles encore subsistantes
+n'ont rien de commun avec la d&eacute;coration et les sc&egrave;nes
+sculpt&eacute;es dans les
+hypog&eacute;es et les tombeaux. On y retrouve, comme dans les temples
+et les
+palais, des tableaux d'offrandes faites aux dieux ou aux rois
+anc&ecirc;tres
+du Pharaon fondateur du temple. Quelques bas-reliefs de ce dernier
+genre
+pr&eacute;sentent un grand int&eacute;r&ecirc;t, parce qu'ils
+fournissent des d&eacute;tails
+pr&eacute;cieux sur les familles des premiers rois de la XVIIIe
+dynastie. Je
+citerai d'abord, et &agrave; ce sujet, plusieurs tableaux
+sculpt&eacute;s et peints
+repr&eacute;sentant Thouthmosis, p&egrave;re de Thouthmosis III, et le
+Pharaon
+Thouthmosis II recevant des offrandes faites par leur fils et neveu
+Thouthmosis III; en second lieu, un long bas-relief peint, occupant
+toute la paroi de gauche de la grande salle vo&ucirc;t&eacute;e, au
+fond du temple,
+dans lequel on a figur&eacute; la grande <i>bari</i> sacr&eacute;e ou
+arche d'Amon-Ra, le
+dieu du temple, ador&eacute; par le r&eacute;gent
+Am&eacute;nenth&eacute;, ayant derri&egrave;re lui
+Thouthmosis III, suivi d'une tr&egrave;s-jeune enfant richement
+par&eacute;e, et que
+l'inscription nous dit &ecirc;tre sa fille, <i>la fille du roi qu'elle
+aime, la
+divine &eacute;pouse Rannofr&eacute;</i>. En arri&egrave;re de la <i>bari</i>
+sacr&eacute;e, et comme
+recevant une portion des offrandes faites par les deux rois
+agenouill&eacute;s,
+sont les images en pied du Pharaon Thouthmosis Ier, de la reine son
+&eacute;pouse Ahmosis et de leur jeune fille Sotennofr&eacute;.
+L'histoire &eacute;crite ne
+nous avait point conserv&eacute; les noms de ces trois princesses;
+c'est l&agrave; que
+je les ai lus pour la premi&egrave;re fois. Quant au titre de divine
+&eacute;pouse
+donn&eacute; &agrave; la fille de Moeris encore en bas &acirc;ge, il
+indique seulement que
+cette jeune enfant avait &eacute;t&eacute; vou&eacute;e au culte
+d'Am&eacute;nenth&eacute;, &eacute;tant du nombre
+de ces filles d'une haute naissance, nomm&eacute;es <i>pallades</i> et
+<i>pallacides</i>,
+dont j'ai retrouv&eacute; les tombeaux dans une autre vall&eacute;e de
+la cha&icirc;ne
+libyque.</p>
+<p>Ce temple d'Amon-Ra terminant une des vall&eacute;es de la
+n&eacute;cropole de Th&egrave;bes,
+re&ccedil;ut &agrave; diff&eacute;rentes &eacute;poques soit des
+restaurations, soit des
+accroissements, sous le r&egrave;gne de divers rois successeurs
+d'Am&eacute;nenth&eacute; et
+de Thouthmosis III. J'ai retrouv&eacute;, en effet, dans les pierres
+provenant
+des diverses portions du temple, et dont on s'est servi dans des temps
+peu anciens pour la construction d'une muraille contre laquelle appuie
+aujourd'hui le jambage de droite du propylon de granit, des parties
+d'inscriptions mentionnant des embellissements ou des restaurations de
+l'&eacute;difice sous les r&egrave;gnes des rois H&ocirc;rus,
+Rhams&egrave;s le Grand et son fils
+M&eacute;nephtha II, comme les fondateurs m&ecirc;mes du temple. Enfin,
+la derni&egrave;re
+salle du temple, ayant servi de sanctuaire, est couverte de sculptures
+d'un travail ignoble et grossier; mais la surprise que
+j'&eacute;prouvai &agrave; la
+vue de ces pitoyables bas-reliefs, compar&eacute;s &agrave; la finesse
+et &agrave; l'&eacute;l&eacute;gance
+des tableaux sculpt&eacute;s dans les deux salles
+pr&eacute;c&eacute;dentes, cessa bient&ocirc;t &agrave;
+la lecture de grandes inscriptions hi&eacute;roglyphiques, constatant
+que cette
+belle restauration-l&agrave; avait &eacute;t&eacute; faite sous le
+r&egrave;gne et au nom de
+Ptol&eacute;m&eacute;e &Eacute;verg&egrave;te II et de sa
+premi&egrave;re femme Cl&eacute;op&acirc;tre. Voil&agrave; une des
+mille et une preuves d&eacute;monstratives contre l'opinion de ceux qui
+supposeraient que l'art &eacute;gyptien gagna quelque perfection par
+l'&eacute;tablissement des Grecs en &Eacute;gypte.</p>
+<p>Je le r&eacute;p&egrave;te encore: l'art &eacute;gyptien ne doit
+qu'&agrave; lui-m&ecirc;me tout ce qu'il
+a produit de grand, de pur et de beau; et n'en d&eacute;plaise aux
+savants qui
+se font une religion de croire fermement &agrave; la
+g&eacute;n&eacute;ration spontan&eacute;e des
+arts en Gr&egrave;ce, il est &eacute;vident pour moi, comme pour tous
+ceux qui ont
+bien vu l'&Eacute;gypte, ou qui ont une connaissance r&eacute;elle des
+monuments
+&eacute;gyptiens existants en Europe, que les arts ont commenc&eacute;
+en Gr&egrave;ce par
+une imitation servile des arts de l'&Eacute;gypte, beaucoup plus
+avanc&eacute;s qu'on
+ne le croit vulgairement, &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; les
+premi&egrave;res colonies
+&eacute;gyptiennes furent en contact avec les sauvages habitants de
+l'Attique
+ou du P&eacute;loponn&egrave;se. La vieille &Eacute;gypte enseigna les
+arts &agrave; la Gr&egrave;ce,
+celle-ci leur donna le d&eacute;veloppement le plus sublime: mais sans
+l'&Eacute;gypte, la Gr&egrave;ce ne serait probablement point devenue
+la terre
+classique des beaux-arts. Voil&agrave; ma profession de foi tout
+enti&egrave;re sur
+cette grande question. Je trace ces lignes presque en face des
+bas-reliefs que les &Eacute;gyptiens ont ex&eacute;cut&eacute;s, avec
+la plus &eacute;l&eacute;gante
+finesse de travail, 1700 ans avant l'&egrave;re chr&eacute;tienne. Que
+faisaient les
+Grecs alors!... Mais cette question exigerait des volumes, et je ne
+fais
+qu'une lettre.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="SEIZIEME_LETTRE"></a>
+<h2>SEIZI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Th&egrave;bes, le 20 juin 1829.</small></p>
+<p>J'ai donn&eacute; toute la journ&eacute;e d'hier et cette
+matin&eacute;e &agrave; l'&eacute;tude des
+tristes restes de l'un des plus importants monuments de l'ancienne
+Th&egrave;bes. Cette construction, comparable en &eacute;tendue
+&agrave; l'immense palais de
+Karnac, dont on aper&ccedil;oit d'ici les ob&eacute;lisques sur l'autre
+rive du
+fleuve, a presque enti&egrave;rement disparu; il en subsiste encore
+quelques
+d&eacute;bris, s'&eacute;levant &agrave; peine au-dessus du sol de la
+plaine exhauss&eacute;e par
+les d&eacute;p&ocirc;ts successifs de l'inondation, qui recouvrent
+probablement aussi
+toutes les masses de granit, de br&egrave;ches et autres
+mati&egrave;res dures
+employ&eacute;es dans la d&eacute;coration de ce palais. La portion la
+plus
+consid&eacute;rable &eacute;tant construite en pierres calcaires, les
+Barbares les ont
+peu &agrave; peu bris&eacute;es et converties en chaux pour
+&eacute;lever de mis&eacute;rables
+cahuttes; mais ce que le voyageur trouve encore sur ses pas donne une
+bien haute id&eacute;e de la magnificence de cet antique &eacute;difice.</p>
+<p>Que l'on se figure, en effet, un espace d'environ 1,800 pieds de
+longueur, nivel&eacute; par les d&eacute;p&ocirc;ts successifs de
+l'inondation, couvert de
+longues herbes, mais dont la surface, d&eacute;chir&eacute;e sur une
+multitude de
+points, laisse encore apercevoir des d&eacute;bris d'architraves, des
+portions
+de colosses, des f&ucirc;ts de colonnes et des fragments
+d'&eacute;normes bas-reliefs
+que le limon du fleuve n'a pas enfouis encore ni d&eacute;rob&eacute;s
+pour toujours &agrave;
+la curiosit&eacute; des voyageurs. L&agrave; ont exist&eacute; plus de
+dix-huit colosses dont
+les moindres avaient vingt pieds de hauteur; tous ces monolithes, de
+diverses mati&egrave;res, ont &eacute;t&eacute; bris&eacute;s, et l'on
+rencontre leurs membres
+&eacute;normes dispers&eacute;s &ccedil;a et l&agrave;, les uns au
+niveau du sol, d'autres au fond
+d'excavations ex&eacute;cut&eacute;es par les fouilleurs modernes. J'ai
+recueilli, sur
+ces restes mutil&eacute;s, les noms d'un grand nombre de peuples
+asiatiques
+dont les chefs captifs &eacute;taient repr&eacute;sent&eacute;s
+entourant la base de ces
+colosses repr&eacute;sentant leur vainqueur, le Pharaon
+Am&eacute;nophis, le troisi&egrave;me
+du nom, celui m&ecirc;me que les Grecs ont voulu confondre avec le
+Memnon de
+leurs mythes h&eacute;ro&iuml;ques. Ces l&eacute;gendes
+d&eacute;montrent d&eacute;j&agrave; que nous sommes ici
+sur l'emplacement du c&eacute;l&egrave;bre &eacute;difice de
+Th&egrave;bes connu des Grecs sous le
+nom de <i>Memnonium</i>. C'est ce qu'avaient cherch&eacute; &agrave;
+prouver, par des
+consid&eacute;rations d'un autre genre, MM. Jollois et Devilliers, dans
+leur
+excellente description de ces ruines.</p>
+<p>Les monuments les mieux conserv&eacute;s au milieu de cette
+effroyable
+d&eacute;vastation des objets du premier ordre dont il me reste
+&agrave; parler,
+&eacute;tabliraient encore mieux, si cela &eacute;tait
+n&eacute;cessaire, que ces ruines sont
+bien celles du Memnonium de Th&egrave;bes, ou palais de Memnon,
+appel&eacute;
+<i>Am&eacute;nophion</i> par les &Eacute;gyptiens, du nom m&ecirc;me de
+son fondateur, et que je
+trouve mentionn&eacute; dans une foule d'inscriptions
+hi&eacute;roglyphiques des
+hypog&eacute;es du voisinage o&ugrave; reposaient jadis les momies de
+plusieurs grands
+officiers charg&eacute;s, de leur vivant, de la garde ou de l'entretien
+de ce
+magnifique &eacute;difice.</p>
+<p>C'est vers l'extr&eacute;mit&eacute; des ruines et du
+c&ocirc;t&eacute; du fleuve que s'&eacute;l&egrave;vent
+encore, en dominant la plaine de Th&egrave;bes, les deux fameux
+colosses,
+d'environ soixante pieds de hauteur, dont l'un, celui du nord, jouit
+d'une si grande c&eacute;l&eacute;brit&eacute; sous le nom de <i>colosse
+de Memnon</i>. Form&eacute;s
+chacun d'un seul bloc de gr&egrave;s-br&egrave;che, transport&eacute;s
+des carri&egrave;res de la
+Th&eacute;ba&iuml;de sup&eacute;rieure, et plac&eacute;s sur d'immenses
+bases de la m&ecirc;me mati&egrave;re,
+ils repr&eacute;sentent tous deux un Pharaon assis, les mains
+&eacute;tendues sur les
+genoux, dans une attitude de repos. J'ai vainement cherch&eacute;
+&agrave; motiver &agrave;
+mes yeux l'&eacute;trange erreur du respectable et spirituel Denon, qui
+a voulu
+prendre ces statues pour celles de deux princesses &eacute;gyptiennes.
+Les
+inscriptions hi&eacute;roglyphiques encore subsistantes, telles que
+celles qui
+couvrent le dossier du tr&ocirc;ne du colosse du sud et les
+c&ocirc;t&eacute;s des deux
+bases, ne laissent aucun doute sur le rang et la nature du personnage
+dont ces merveilleux monolithes reproduisaient les traits et
+perp&eacute;tuaient la m&eacute;moire. L'inscription du dossier porte
+textuellement: &laquo;L'Ar&ocirc;&euml;ris puissant, le
+mod&eacute;rateur des
+mod&eacute;rateurs, etc., le roi soleil,
+seigneur de v&eacute;rit&eacute; (ou de justice), le fils du soleil, le
+seigneur des
+diad&egrave;mes, Am&eacute;nothph, mod&eacute;rateur de la
+r&eacute;gion pure, le bien-aim&eacute;
+d'Amon-Ra, etc., l'H&ocirc;rus resplendissant, celui qui a agrandi la
+demeure.....(lacune) &agrave; toujours, a &eacute;rig&eacute; ces
+constructions en l'honneur
+de son p&egrave;re Ammon; il lui a d&eacute;di&eacute; cette statue
+colossale de pierre dure,
+etc.&raquo; Et sur les c&ocirc;t&eacute;s des bases on lit en grands
+hi&eacute;roglyphes de plus
+d'un pied de proportion, ex&eacute;cut&eacute;s, surtout ceux du
+colosse du nord, avec
+une perfection et une &eacute;l&eacute;gance au-dessus de tout
+&eacute;loge, la l&eacute;gende ou
+devise particuli&egrave;re, le pr&eacute;nom et le nom propre du roi
+que les colosses
+repr&eacute;sentent:</p>
+<p>&laquo;Le seigneur souverain de la r&eacute;gion sup&eacute;rieure
+et de
+la r&eacute;gion
+inf&eacute;rieure, le r&eacute;formateur des moeurs, celui qui tient le
+monde en
+repos, l'H&ocirc;rus qui, grand par sa force, a frapp&eacute; les
+Barbares, le roi
+soleil seigneur de v&eacute;rit&eacute;, le fils du soleil,
+Am&eacute;nothph, mod&eacute;rateur de
+la r&eacute;gion pure, ch&eacute;ri d'Amon-Ra, roi des dieux.&raquo;</p>
+<p>Ce sont l&agrave; les titres et noms du troisi&egrave;me
+Am&eacute;nophis de la XVIIIe
+dynastie, lequel occupait le tr&ocirc;ne des Pharaons vers l'an 1680
+avant
+l'&egrave;re chr&eacute;tienne. Ainsi se trouve compl&egrave;tement
+justifi&eacute;e l'assertion que
+Pausanias met dans la bouche des Th&eacute;bains de son temps, lesquels
+soutenaient que ce colosse n'&eacute;tait nullement l'image du Memnon
+des
+Grecs, mais bien celle d'un homme du pays, nomm&eacute; <i>Ph-Am&eacute;noph</i>.</p>
+<p>Ces deux colosses d&eacute;coraient, suivant toute apparence, la
+fa&ccedil;ade
+ext&eacute;rieure du principal pyl&ocirc;ne de l'Am&eacute;nophion; et,
+malgr&eacute; l'&eacute;tat de
+d&eacute;gradation o&ugrave; la barbarie et le fanatisme ont
+r&eacute;duit ces antiques
+monuments, on peut juger de l'&eacute;l&eacute;gance, du soin
+extr&ecirc;me et de la
+recherche qu'on avait mis dans leur ex&eacute;cution, par celle des
+figures
+accessoires formant la d&eacute;coration de la partie ant&eacute;rieure
+du tr&ocirc;ne de
+chaque colosse. Ce sont des figures de femmes debout, sculpt&eacute;es
+dans la
+masse m&ecirc;me de chaque monolithe et n'ayant pas moins de quinze
+pieds de
+haut. La magnificence de leur coiffure et les riches d&eacute;tails de
+leur
+costume sont parfaitement en rapport avec le rang des personnages dont
+elles rappellent le souvenir. Les inscriptions hi&eacute;roglyphiques
+grav&eacute;es
+sur ces statues formant en quelque sorte les pieds ant&eacute;rieurs du
+tr&ocirc;ne
+de chaque statue d'Am&eacute;nophis, nous apprennent que la figure de
+gauche
+repr&eacute;sente une reine &eacute;gyptienne, la m&egrave;re du roi,
+nomm&eacute;e <i>Tmau-Hem-Va</i>,
+ou bien Maut-Hem-Va, et la figure de droite, la reine &eacute;pouse du
+m&ecirc;me
+Pharaon, <i>Ta&iuml;a</i>, dont le nom &eacute;tait d&eacute;j&agrave;
+donn&eacute; par une foule de
+monuments. Je connaissais aussi le nom de la femme de Thouthmosis IV,
+<i>Tmau-Hem-Va</i>, m&egrave;re d'Am&eacute;nophis-Memnon, par les
+bas-reliefs du palais de
+Louqsor, mentionn&eacute;s dans la notice rapide que j'ai
+crayonn&eacute;e de cet
+important &eacute;difice.</p>
+<p>Sur un autre point des ruines de l'Am&eacute;nophion, du
+c&ocirc;t&eacute; de la montagne
+libyque, &agrave; la limite du d&eacute;sert et un peu adroite de l'axe
+passant entre
+les deux colosses, existent deux blocs de gr&egrave;s-br&egrave;che,
+d'environ trente
+pieds de long chacun, et pr&eacute;sentant la forme de deux
+&eacute;normes st&egrave;les.
+Leur surface visible est orn&eacute;e de tableaux et de magnifiques
+inscriptions form&eacute;es chacune de vingt-quatre &agrave; vingt-cinq
+lignes
+d'hi&eacute;roglyphes du plus beau style, ex&eacute;cut&eacute;s de
+relief dans le creux. H
+est infiniment probable que ces portions qu'on aper&ccedil;oit
+aujourd'hui sont
+les dossiers des si&egrave;ges de deux groupes colossals
+renvers&eacute;s et enfouis
+la face contre terre: j'ai manqu&eacute; de moyens assez puissants pour
+v&eacute;rifier le fait.</p>
+<p>Quoi qu'il en soit, les tableaux sculpt&eacute;s sur ces masses
+effrayantes
+nous montrent toujours le roi Am&eacute;nophis-Memnon,
+accompagn&eacute; ici de la
+reine Ta&iuml;a son &eacute;pouse, accueillis par le dieu Amon-Ra ou
+par
+Phtah-Socharis; et les deux inscriptions sont les textes
+express&eacute;ment
+relatifs &agrave; la d&eacute;dicace du Memnonium ou Am&eacute;nophion
+aux dieux de Th&egrave;bes
+par le fondateur de cet immense &eacute;difice.</p>
+<p>La forme et la r&eacute;daction de cette d&eacute;dicace, dont j'ai
+pris une copie
+soign&eacute;e, malgr&eacute; une foule de lacunes, sont d'un genre
+tout &agrave; fait
+original et m'ont paru tr&egrave;s-curieuses. On en jugera par une
+courte
+analyse.</p>
+<p>Cette cons&eacute;cration du palais est rappel&eacute;e d'une
+mani&egrave;re tout &agrave; fait
+dramatique; c'est d'abord le roi Am&eacute;nophis qui prend la parole
+d&egrave;s la
+premi&egrave;re ligne et la garde jusqu'&agrave; la treizi&egrave;me.
+&laquo;Le roi Am&eacute;nothph a
+dit: Viens, &ocirc; Amon-Ra, seigneur des tr&ocirc;nes du monde, toi
+qui r&eacute;sides
+dans les r&eacute;gions de Oph (Th&egrave;bes)! contemple la demeure
+que nous t'avons
+construite dans la contr&eacute;e pure, elle est belle: descends du
+haut du
+ciel pour en prendre possession!&raquo; Suivent les louanges du dieu
+m&ecirc;l&eacute;es &agrave;
+la description de l'&eacute;difice d&eacute;di&eacute;, et l'indication
+des ornements et
+d&eacute;corations en pierre de gr&egrave;s, en granit ros&eacute;, en
+pierre noire, en or,
+en ivoire et en pierres pr&eacute;cieuses, que le roi y a
+prodigu&eacute;s, y compris
+deux grands ob&eacute;lisques dont on n'aper&ccedil;oit plus
+aujourd'hui aucune trace.</p>
+<p>Les sept lignes suivantes renferment le discours que tient le dieu
+Amon-Ra en r&eacute;ponse aux courtoisies du Pharaon. &laquo;Voici ce
+que dit
+Amon-Ra, le mari de sa m&egrave;re, etc.: Approche, mon fils, soleil
+seigneur
+de v&eacute;rit&eacute;, du germe du soleil, enfant du soleil,
+Am&eacute;nothph! J'ai entendu
+tes paroles et je vois les constructions que tu as
+ex&eacute;cut&eacute;es; moi qui
+suis ton p&egrave;re, je me complais dans tes bonnes oeuvres,
+etc.&raquo;</p>
+<p>Enfin, vers le milieu de la vingti&egrave;me ligne commence une
+troisi&egrave;me et
+derni&egrave;re harangue; c'est celle que prononcent les dieux en
+pr&eacute;sence
+d'Amon-Ra, leur seigneur, auquel ils promettent de combler de biens
+Am&eacute;nothph, son fils ch&eacute;ri, d'en rendre le r&egrave;gne
+joyeux en le prolongeant
+pendant de longues ann&eacute;es, en r&eacute;compense du bel
+&eacute;difice qu'il a &eacute;lev&eacute;
+pour leur servir de demeure, palais dont ils d&eacute;clarent avoir
+pris
+possession apr&egrave;s l'avoir bien et d&ucirc;ment visit&eacute;.</p>
+<p>L'identit&eacute; du Memnonium des Grecs et de l'Am&eacute;nophion
+&eacute;gyptien n'est donc
+plus douteuse; il l'est bien moins encore que ce palais f&ucirc;t une
+des plus
+&eacute;tonnantes merveilles de la vieille capitale. Des fouilles en
+grand,
+ex&eacute;cut&eacute;es par un Grec nomm&eacute; Iani, ancien agent de
+M. Salt, ont mis &agrave;
+d&eacute;couvert une foule de bases de colonnes, un tr&egrave;s-grand
+nombre de
+statues l&eacute;ontoc&eacute;phales en granit noir; de plus, deux
+magnifiques sphinx
+colossals et &agrave; t&ecirc;te humaine, en granit ros&eacute;, du
+plus beau travail,
+repr&eacute;sentant aussi le roi Am&eacute;nophis III. Les traits du
+visage de ce
+prince, portant ici, comme partout ailleurs, une empreinte de
+physionomie un peu &eacute;thiopienne, sont absolument semblables
+&agrave; ceux que
+les sculpteurs et les peintres ont donn&eacute;s &agrave; ce m&ecirc;me
+Pharaon dans les
+tableaux des st&egrave;les du Memnonium, dans les bas-reliefs du palais
+de
+Louqsor, et dans les peintures du tombeau de ce prince dans la
+vall&eacute;e de
+l'Ouest &agrave; Biban-el-Molouk; nouvelle et milli&egrave;me preuve
+que les statues
+et bas-reliefs &eacute;gyptiens pr&eacute;sentent de v&eacute;ritables
+portraits des anciens
+rois dont ils portent les l&eacute;gendes.</p>
+<p>A une petite distance du Rhamess&eacute;ion existent les
+d&eacute;bris de deux
+colosses en gr&egrave;s rouge&acirc;tre: c'&eacute;taient encore deux
+statues ornant
+probablement la porte lat&eacute;rale nord de l'Am&eacute;nophion; ce
+qui peut donner
+une juste id&eacute;e de l'immense &eacute;tendue de ce palais, dont il
+reste encore
+de si magnifiques vestiges. Je ne me suis nullement occup&eacute; des
+inscriptions grecques et latines qui tapissent les jambes du grand
+colosse du nord, la c&eacute;l&egrave;bre <i>statue de Memnon;</i>
+tout cela est bien
+moderne: ceci soit dit sans qu'on en puisse conclure que je nie la
+r&eacute;alit&eacute; des harmonieux accents que tant de Romains
+affirment unanimement
+avoir ou&iuml; moduler par la bouche m&ecirc;me du colosse,
+aussit&ocirc;t qu'elle &eacute;tait
+frapp&eacute;e des premiers rayons du soleil. Je dirai seulement que,
+plusieurs
+fois, assis, au lever de l'aurore, sur les immenses genoux de Memnon,
+aucun accord musical sorti de sa bouche n'est venu distraire mon
+attention du m&eacute;lancolique tableau que je contemplais, la plaine
+de
+Th&egrave;bes, o&ugrave; gisent les membres &eacute;pars de cette
+a&icirc;n&eacute;e des villes royales.
+Il y aurait mati&egrave;re &agrave; d'&eacute;ternelles
+r&eacute;flexions; mais je ne dois pas
+oublier que je ne suis qu'un voyageur passager sur ces antiques
+ruines..... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="DIX-SEPTIEME_LETTRE"></a>
+<h2>DIX-SEPTIEME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Th&egrave;bes (rive occidentale),
+25 juin 1829.</small></p>
+<p>Je viens de visiter et d'&eacute;tudier dans toutes ses parties un
+petit temple
+d'une conservation parfaite, situ&eacute; derri&egrave;re
+l'Am&eacute;nophion, dans un vallon
+form&eacute; par les rochers de la montagne libyque et un grand mamelon
+qui
+s'en est d&eacute;tach&eacute; du c&ocirc;t&eacute; de la plaine. Ce
+monument a &eacute;t&eacute; d&eacute;crit par la
+Commission d'&Eacute;gypte sous le nom de <i>Petit Temple d'Isis.</i></p>
+<p>Le voyageur est attir&eacute;, dans ces lieux solitaires et
+d&eacute;nu&eacute;s de toute
+v&eacute;g&eacute;tation, par une enceinte peu r&eacute;guli&egrave;re,
+b&acirc;tie en briques crues, et
+qu'on aper&ccedil;oit de fort loin, parce qu'elle est plac&eacute;e sur
+un terrain
+assez &eacute;lev&eacute;. On y p&eacute;n&egrave;tre par un petit
+propylon en gr&egrave;s engag&eacute; dans
+l'enceinte et couvert ext&eacute;rieurement de sculptures d'un travail
+lourdement recherch&eacute;. Les tableaux qui ornent le bandeau de
+cette porte
+repr&eacute;sentent Ptol&eacute;m&eacute;e Soter II faisant des
+offrandes, du c&ocirc;t&eacute; droit, &agrave;
+la d&eacute;esse Hath&ocirc;r (V&eacute;nus) et &agrave; la grande
+triade de Th&egrave;bes, Amon-Ra, Mouth
+et Chons; du c&ocirc;t&eacute; gauche, &agrave; la d&eacute;esse
+Thm&eacute; ou Thme&iuml; (la v&eacute;rit&eacute; ou la
+justice, Th&eacute;mis) et &agrave; une triade form&eacute;e du dieu
+hi&eacute;racoc&eacute;phale Mandou,
+de son &eacute;pouse Ritho et de leur fils Harphr&eacute;. Ces trois
+divinit&eacute;s, celles
+qu'on adorait principalement &agrave; Hennonthis, occupent la partie du
+bandeau
+dirig&eacute;e vers cette capitale de nome.</p>
+<p>Ces courts d&eacute;tails suffisent, lorsqu'on est un peu
+familiaris&eacute; avec le
+syst&egrave;me de d&eacute;coration des monuments &eacute;gyptiens,
+pour d&eacute;terminer avec
+certitude: 1&deg; &agrave; quelles divinit&eacute;s fut
+sp&eacute;cialement d&eacute;di&eacute; le temple
+auquel ce propylon donne entr&eacute;e; 2&deg; quelles divinit&eacute;s
+y jouissaient du
+rang de syntr&ocirc;ne; et il devient ici de toute &eacute;vidence
+qu'on adorait
+sp&eacute;cialement dans ce temple le principe de beaut&eacute;
+confondu et identifi&eacute;
+avec le principe de v&eacute;rit&eacute;, de justice, ou, en termes
+mythologiques, que
+cet &eacute;difice &eacute;tait consacr&eacute; &agrave; la
+d&eacute;esse Hath&ocirc;r, identifi&eacute;e avec la d&eacute;esse
+Thme&iuml;. Ce sont, en effet, ces deux d&eacute;esses qui
+re&ccedil;oivent les premiers
+hommages de Soter II; et comme l'&eacute;difice faisait partie de
+Th&egrave;bes et
+avoisinait le nome d'Hermonthis, on y offrait aussi, d'apr&egrave;s une
+r&egrave;gle
+de saine politique que j'ai d&eacute;velopp&eacute;e ailleurs, des
+sacrifices en
+l'honneur de la triade th&eacute;baine et de la triade hermonthite. On
+s'&eacute;tait
+donc trop h&acirc;t&eacute; de donner un nom &agrave; ce temple,
+d'apr&egrave;s des aper&ccedil;us
+reposant sur de simples conjectures.</p>
+<p>Les m&ecirc;mes adorations sont r&eacute;p&eacute;t&eacute;es sur la
+porte du temple proprement
+dit, qui s'ouvre par un petit p&eacute;ristyle que soutiennent des
+colonnes &agrave;
+chapiteaux orn&eacute;s de fleurs de lotus et de houppes de papyrus
+combin&eacute;es;
+les colonnes et les parois n'ont jamais &eacute;t&eacute;
+d&eacute;cor&eacute;es de sculptures. Il
+n'en est point ainsi du pronaos, form&eacute; de deux colonnes et de
+deux
+piliers orn&eacute;s de t&ecirc;tes symboliques de la d&eacute;esse
+Hath&ocirc;r, &agrave; laquelle ce
+temple fut consacr&eacute;. Les tableaux qui couvrent le f&ucirc;t des
+colonnes
+repr&eacute;sentent des offrandes faites &agrave; cette d&eacute;esse
+et &agrave; sa seconde forme
+Thme&iuml;, ainsi qu'aux dieux Amon-Ra, Mandou, tmouth (Esculape), et
+plusieurs formes tertiaires de la d&eacute;esse Hath&ocirc;r,
+ador&eacute;e par le roi
+Ptol&eacute;m&eacute;e &Eacute;piphane, sous le r&egrave;gne duquel a
+&eacute;t&eacute; faite la d&eacute;dicace du
+monument, comme le prouve la grande inscription hi&eacute;roglyphique
+sculpt&eacute;e
+sur toute la longueur de la frise du pronaos. Voici la traduction des
+deux parties affront&eacute;es de cette formule d&eacute;dicatoire:</p>
+<p>(Partie de droite.) <i>Premi&egrave;re ligne</i>. &laquo;Le roi
+(dieu
+&Eacute;piphane que
+Phtah-Thor&eacute; a &eacute;prouv&eacute;, image vivante d'Amon-Ra),
+le ch&eacute;ri des dieux et
+des d&eacute;esses m&egrave;res, le bien-aim&eacute; d'Amon-Ra, a fait
+ex&eacute;cuter cet &eacute;difice
+en l'honneur d'Amon-Ra, etc., pour &ecirc;tre vivifi&eacute; &agrave;
+toujours.&raquo;</p>
+<p><i>Deuxi&egrave;me ligne</i>. &laquo;La divine soeur de
+(Ptol&eacute;m&eacute;e toujours vivant, dieu
+aim&eacute; de Phtah), ch&eacute;ri d'Amon-Ra, l'ami du bien
+(Pmainouf&eacute;)..... (le
+reste est d&eacute;truit).&raquo;</p>
+<p>(Partie de gauche.) <i>Premi&egrave;re ligne</i>. &laquo;Le fils du
+soleil (Ptol&eacute;m&eacute;e
+toujours vivant, dieu aim&eacute; de Phtah), ch&eacute;ri des dieux et
+des d&eacute;esses
+m&egrave;res, bien-aim&eacute; d'Hath&ocirc;r, a fait ex&eacute;cuter
+cet &eacute;difice en l'honneur de
+sa m&egrave;re la rectrice de l'Occident, pour &ecirc;tre
+vivifi&eacute; &agrave; toujours.&raquo;</p>
+<p><i>Deuxi&egrave;me ligne</i>. &laquo;La royale &eacute;pouse
+(Cl&eacute;op&acirc;tre, bien-aim&eacute;e de Thme&iuml;),
+rectrice de l'Occident, a fait ex&eacute;cuter cet &eacute;difice.....
+(le reste
+manque).&raquo;</p>
+<p>Ces textes justifient tout &agrave; fait ce que nous avions
+d&eacute;duit des seules
+sculptures du propylon relativement aux divinit&eacute;s
+particuli&egrave;rement
+honor&eacute;es dans ce temple; il est &eacute;galement &eacute;tabli
+que la d&eacute;dicace de cet
+&eacute;difice sacr&eacute; a &eacute;t&eacute; faite par le
+cinqui&egrave;me des Ptol&eacute;m&eacute;es, vers l'an 200
+avant J.-C.</p>
+<p>Les bas-reliefs encore existants sur les parois de droite et de
+gauche
+du pronaos, ainsi que sur la fa&ccedil;ade du temple formant le fond de
+ce m&ecirc;me
+pronaos, appartiennent tous au r&egrave;gne d'&Eacute;piphane. Tous se
+rapportent aux
+d&eacute;esses Hath&ocirc;r et Thme&iuml;, ainsi qu'aux grandes
+divinit&eacute;s de Th&egrave;bes et
+d'Hennonthis.</p>
+<p>On a divis&eacute; le naos en trois salles contigu&euml;s; ce sont
+trois v&eacute;ritables
+sanctuaires: celui du milieu, ou le principal, enti&egrave;rement
+sculpt&eacute;,
+contient des tableaux d'offrandes &agrave; tous les dieux ador&eacute;s
+dans le
+temple, les deux triades pr&eacute;cit&eacute;es, et principalement aux
+d&eacute;esses Hath&ocirc;r
+et Thme&iuml;, qui paraissent dans presque toutes les sc&egrave;nes.
+Aussi n'est-il
+question que de ces deux divinit&eacute;s dans les d&eacute;dicaces du
+sanctuaire,
+inscrites sur les frises de droite et de gauche au nom de
+Ptol&eacute;m&eacute;e
+Philopator:</p>
+<p>&laquo;L'H&ocirc;rus soutien de l'&Eacute;gypte, celui qui a embelli
+les
+temples comme
+Th&ocirc;th deux fois grand, le seigneur des pan&eacute;gyries comme
+Phtah, le chef
+semblable au soleil, le germe des dieux fondateurs,
+l'&eacute;prouv&eacute; par
+Phtah, etc.; le fils du soleil, Ptol&eacute;m&eacute;e toujours vivant,
+bien-aim&eacute;
+d'Isis, l'ami de son p&egrave;re (Philopator), a fait cette
+construction en
+l'honneur de sa m&egrave;re Hath&ocirc;r, la rectrice de
+l'Occident.&raquo;
+(D&eacute;dicace de
+gauche.)</p>
+<p>Presque toutes les sculptures de ce premier sanctuaire remontent au
+r&egrave;gne de Philopator, qu'on y voit suivi de sa femme
+Arsino&eacute; adorant les
+deux d&eacute;esses; deux seuls tableaux portent l'image de
+Ptol&eacute;m&eacute;e &Eacute;piphane,
+fils et successeur de Philopator. On lit enfin sur les parois de droite
+et de gauche l'inscription suivante, relative &agrave; des
+embellissements
+ex&eacute;cut&eacute;s sous le r&egrave;gne post&eacute;rieur, celui
+d'&Eacute;verg&egrave;te II et de ses deux
+femmes:</p>
+<p>&laquo;Bonne restauration de l'&eacute;difice,
+ex&eacute;cut&eacute;e par
+le roi, germe des dieux
+lumineux, l'&eacute;prouv&eacute; par Phtah, etc.,
+Ptol&eacute;m&eacute;e toujours vivant, etc., par
+sa royale soeur, la mod&eacute;ratrice souveraine du monde,
+Cl&eacute;op&acirc;tre, et par
+sa royale &eacute;pouse, la mod&eacute;ratrice souveraine du monde,
+Cl&eacute;op&acirc;tre, dieux
+grands ch&eacute;ris d'Amon-Ra.&raquo;</p>
+<p>C'est &agrave; la d&eacute;esse Hath&ocirc;r qu'appartenait plus
+sp&eacute;cialement le sanctuaire
+de droite; cette grande divinit&eacute; y est repr&eacute;sent&eacute;e
+sous des formes
+vari&eacute;es, recevant les hommages des rois Philopator et
+&Eacute;piphane; les
+d&eacute;dicaces des frises sont faites au nom de ce dernier.</p>
+<p>Le sanctuaire de gauche fut consacr&eacute; &agrave; la
+d&eacute;esse Thme&iuml;, la Dic&eacute; et
+l'Al&eacute;t&eacute; des mythes &eacute;gyptiens; aussi tous les
+tableaux qui d&eacute;corent cette
+chapelle se rapportent-ils aux importantes fonctions que remplissait
+cette divinit&eacute; dans l'Amenti, les r&eacute;gions occidentales ou
+l'enfer des
+&Eacute;gyptiens.</p>
+<p>Les deux souverains de ce lieu terrible, o&ugrave; les &acirc;mes
+&eacute;taient jug&eacute;es,
+Osiris et Iris, re&ccedil;oivent d'abord les hommages de
+Ptol&eacute;m&eacute;e et d'Arsino&eacute;,
+dieux Philopators; et l'on a sculpt&eacute; sur la paroi de gauche la
+grande
+sc&egrave;ne de la <i>psychostasie</i>. Ce vaste bas-relief
+repr&eacute;sente la salle
+hypostyle (Oskh) ou le pr&eacute;toire de l'Amenti, avec les
+d&eacute;corations
+convenables. Le grand juge Osiris occupe le fond de la salle; au pied
+de
+son tr&ocirc;ne s'&eacute;l&egrave;ve le lotus, embl&egrave;me du monde
+mat&eacute;riel, surmont&eacute; de
+l'image de ses quatre enfants, g&eacute;nies directeurs des quatre
+points
+cardinaux.</p>
+<p>Les quarante-deux juges assesseurs d'Osiris sont aussi rang&eacute;s
+sur deux
+lignes, la t&ecirc;te surmont&eacute;e d'une plume d'autruche, symbole
+de la justice:
+debout sur un socle, en avant du tr&ocirc;ne, le Cerb&egrave;re
+&eacute;gyptien, monstre
+compos&eacute; de trois natures diverses, le crocodile, le lion et
+l'hippopotame, ouvre sa large gueule et menace les &acirc;mes
+coupables; son
+nom, T&eacute;ou&ocirc;m-&eacute;n&eacute;ment, signifie la
+d&eacute;voratrice de l'Occident ou de
+l'enfer. Vers la porte du tribunal para&icirc;t la d&eacute;esse
+Thme&iuml; d&eacute;doubl&eacute;e,
+c'est-&agrave;-dire figur&eacute;e deux fois, &agrave; cause de sa
+double attribution de
+d&eacute;esse de la justice et de d&eacute;esse de
+v&eacute;rit&eacute;; la premi&egrave;re forme,
+qualifi&eacute;e de Thme&iuml;, rectrice de l'Amenti (la
+v&eacute;rit&eacute;), pr&eacute;sente l'&acirc;me
+d'un &Eacute;gyptien, sous les formes corporelles, &agrave; la seconde
+forme de la
+d&eacute;esse (la justice), dont voici la l&eacute;gende:
+&laquo;Thme&iuml;
+qui r&eacute;side dans
+l'Amenti, o&ugrave; elle p&egrave;se les coeurs dans la balance; aucun
+m&eacute;chant ne lui
+&eacute;chappe.&raquo; Dans le voisinage de celui qui doit subir
+l'&eacute;preuve on lit les
+mots suivants: &laquo;Arriv&eacute;e d'une &acirc;me dans
+l'Amenti.&raquo;</p>
+<p>Plus loin s'&eacute;l&egrave;ve la balance infernale; les dieux
+H&ocirc;rus, fils d'Isis, &agrave;
+t&ecirc;te d'&eacute;pervier, et Anubis, fils d'Osiris, &agrave;
+t&ecirc;te de chacal, placent
+dans les bassins de la balance, l'un le coeur du pr&eacute;venu,
+l'autre une
+plume, embl&egrave;me de justice: entre le fatal instrument qui doit
+d&eacute;cider du
+sort de l'aine et le tr&ocirc;ne d'Osiris, on a plac&eacute; le dieu
+Th&ocirc;th
+ibioc&eacute;phale, &laquo;Th&ocirc;th le deux fois grand, le seigneur
+de
+Schmoun
+(Hermopolis Magna), le seigneur des divines paroles, le
+secr&eacute;taire de
+justice des autres dieux grands dans la salle de justice et de
+v&eacute;rit&eacute;.&raquo;
+Ce greffier divin &eacute;crit le r&eacute;sili&acirc;t de
+l'&eacute;preuve &agrave; laquelle vient d'&ecirc;tre
+soumis le coeur de l'&Eacute;gyptien d&eacute;funt, et va
+pr&eacute;senter son rapport au
+souverain juge.</p>
+<p>On voit que le fait seul de la cons&eacute;cration de ce
+troisi&egrave;me sanctuaire &agrave;
+la d&eacute;esse Thme&iuml; y a motiv&eacute; la repr&eacute;sentation
+de la psychostasie, et
+qu'on a trop l&eacute;g&egrave;rement conclu de la pr&eacute;sence de
+ce tableau curieux,
+reproduit &eacute;galement dans la deuxi&egrave;me partie de tous les
+rituels
+fun&eacute;raires, que ce temple &eacute;tait une sorte
+d'&eacute;difice fun&egrave;bre, qui pouvait
+m&ecirc;me avoir servi de s&eacute;pulture &agrave; des membres
+tr&egrave;s-distingu&eacute;s de la caste
+sacerdotale. Rien ne motive une pareille hypoth&egrave;se. Il est vrai
+que les
+environs de l'enceinte qui renferm&eacute; ce monument ont
+&eacute;t&eacute; cribl&eacute;s
+d'excavations s&eacute;pulcrales et de catacombes &eacute;gyptiennes de
+toutes les
+&eacute;poques. Mais le temple d'Hath&ocirc;r et de Thme&iuml; n'est
+point Je seul &eacute;difice
+sacr&eacute; &eacute;lev&eacute; au milieu des tombeaux; il faudrait
+donc aussi consid&eacute;rer
+comme des temples fun&eacute;raires le palais de S&eacute;sostris ou le
+Rhamess&eacute;ion,
+le temple d'Ammon &agrave; El-Assasif, le palais de Kourna, etc., ce
+qui est
+insoutenable sous tous les rapports et formellement contredit par
+toutes les inscriptions &eacute;gyptiennes qui en couvrent les parois.
+Mon
+opinion est fond&eacute;e sur l'examen attentif et
+d&eacute;taill&eacute; des lieux. Je n'ai
+pas encore fini &agrave; Th&egrave;bes, si m&ecirc;me on peut
+r&eacute;ellement finir au milieu de
+tant de monuments.....</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="DIX-HUITIEME_LETTRE"></a>
+<h2>DIX-HUITIEME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Th&egrave;bes
+(M&eacute;dinet-Habou), le 30 juin 1829.</small></p>
+<p>On peut se rendre &agrave; la grande butte de M&eacute;dinet-Habou
+soit en prenant le
+chemin de la plaine, en traversant le Rhamess&eacute;ion, l'emplacement
+de
+l'Am&eacute;nophion (Memn&ocirc;nium), et les restes calcaires du
+M&eacute;n&eacute;phth&eacute;ion, grand
+&eacute;difice construit par le fils et successeur de Rhams&egrave;s le
+Grand; soit en
+suivant le vallon &agrave; l'entr&eacute;e duquel s'&eacute;l&egrave;ve
+le petit temple d'Hath&ocirc;r et
+de Thme&iuml;.</p>
+<p>L&agrave; existe, presque enfouie sous les d&eacute;bris des
+habitations particuli&egrave;res
+qui se sont succ&eacute;d&eacute; d'&acirc;ge en &acirc;ge, une masse
+de monuments de haute
+importance, qui, &eacute;tudi&eacute;s avec attention, montrent, au
+milieu des plus
+grands souvenirs historiques, l'&eacute;tat des arts de l'&Eacute;gypte
+&agrave; toutes les
+&eacute;poques principales de son existence politique: c'est en quelque
+sorte
+un tableau abr&eacute;g&eacute; de l'&Eacute;gypte monumentale. On y
+trouve en effet r&eacute;unis,
+un temple appartenant &agrave; l'&eacute;poque pharaonique la plus
+brillante, celle
+des premiers rois de la XVIIIe dynastie; un immense palais de la
+p&eacute;riode
+des conqu&ecirc;tes, un &eacute;difice de la premi&egrave;re
+d&eacute;cadence sous l'invasion
+&eacute;thiopienne, une chapelle &eacute;lev&eacute;e sous un des
+princes qui avaient bris&eacute;
+le joug des Perses; un propylon de la dynastie grecque; des
+propyl&eacute;es de
+l'&eacute;poque romaine; enfin, dans une des cours du palais
+pharaonique, des
+colonnes qui jadis soutenaient le fa&icirc;te d'une &eacute;glise
+chr&eacute;tienne.</p>
+<p>Le d&eacute;tail un peu circonstanci&eacute; de ce que renferment de
+plus curieux des
+monuments si vari&eacute;s me conduirait beaucoup trop loin; je dois me
+contenter de donner une id&eacute;e rapide de chacune des parties qui
+forment
+cet amas de constructions si int&eacute;ressantes, en commen&ccedil;ant
+par celles qui
+se pr&eacute;sentent en arrivant &agrave; la butte du c&ocirc;t&eacute;
+qui regarde le fleuve.</p>
+<p>On rencontre d'abord une vaste enceinte construite en belles pierres
+de
+gr&egrave;s, peu &eacute;lev&eacute;e au-dessus du sol actuel, et dans
+laquelle on p&eacute;n&egrave;tre
+par une porte dont les jambages, surpassant &agrave; peine la corniche
+brute
+qui surmonte le mur d'enceinte, portent la figure en pied d'un empereur
+romain dont voici la l&eacute;gende hi&eacute;roglyphique, inscrite
+dans les deux
+cartouches accol&eacute;s: &laquo;L'empereur Csesar Titus Elius
+Hadrianus
+Antoninus
+Pius.&raquo;</p>
+<p>Le m&ecirc;me prince est aussi repr&eacute;sent&eacute; sur l'une
+des deux portes lat&eacute;rales
+de l'enceinte, o&ugrave; il est en adoration devant la triade de
+Th&egrave;bes &agrave;
+droite, et devant celle d'Hermonthis &agrave; gauche. C'est encore ici
+une
+nouvelle preuve de ces &eacute;gards perp&eacute;tuels de bon voisinage
+que se
+rendaient mutuellement les cultes locaux.</p>
+<p>Au fond de l'enceinte s'&eacute;l&egrave;ve une rang&eacute;e de six
+colonnes r&eacute;unies trois &agrave;
+trois par des murs d'entrecolonnement qui n'ont jamais re&ccedil;u de
+sculptures. On trouve encore, parmi les pierres amoncel&eacute;es
+provenant des
+parties sup&eacute;rieures de cette construction, la l&eacute;gende
+imp&eacute;riale d&eacute;j&agrave;
+cit&eacute;e: l'enceinte et les propyl&eacute;es appartiennent donc au
+r&egrave;gne d'Antonin
+le Pieux. C'est d'ailleurs ce que d&eacute;montrait d&eacute;j&agrave;
+le mauvais style des
+bas-reliefs.</p>
+<p>En traversant ces propyl&eacute;es, on arrive &agrave; un grand
+pyl&ocirc;ne dont la porte,
+orn&eacute;e d'une corniche conservant encore ses couleurs assez vives,
+est
+couverte de bas-reliefs religieux; l'adorateur, Ptol&eacute;m&eacute;e
+Soter II,
+pr&eacute;sente des offrandes vari&eacute;es aux sept grandes
+divinit&eacute;s &eacute;l&eacute;mentaires
+et aux dieux des nomes th&eacute;bain et hermonthite.</p>
+<p>Le mur de l'enceinte et les propyl&eacute;es d'Antonin, aussi bien
+que le
+pyl&ocirc;ne de Soter II, m'ont offert une particularit&eacute;
+remarquable: c'est
+que ces constructions modernes ont &eacute;t&eacute;
+&eacute;lev&eacute;es aux d&eacute;pens d'un &eacute;difice
+ant&eacute;rieur et bien autrement important. Les pierres qui les
+forment sont
+couvertes de restes de l&eacute;gendes hi&eacute;roglyphiques, de
+portions de
+bas-reliefs religieux ou historiques, telles que des t&ecirc;tes ou des
+corps
+de divinit&eacute;s, des chars, des chevaux, des soldats, des
+prisonniers de
+guerre, enfin de nombreux d&eacute;bris d'un calendrier sacr&eacute;;
+et comme on lit
+sur une foule de pierres, en tout ou en partie, le pr&eacute;nom ou le
+nom de
+Rhams&egrave;s le Grand, il n'est point douteux, pour moi du moins, que
+ces
+blocs ne proviennent des d&eacute;molitions du grand palais de
+S&eacute;sostris, le
+Rhamess&eacute;ion, ravag&eacute; depuis longtemps par les Perses,
+&agrave; l'&eacute;poque o&ugrave;, sous
+Ptol&eacute;m&eacute;e Soter II et Antonin, on b&acirc;tissait les
+propyl&eacute;es et le pyl&ocirc;ne
+dont il est ici question.</p>
+<p>Au pyl&ocirc;ne de Soter succ&egrave;de un petit &eacute;difice
+d'une ex&eacute;cution plus
+&eacute;l&eacute;gante, semblable en son plan au petit &eacute;difice
+&agrave; jour de l'&icirc;le de
+Philae; mais les huit colonnes qui le supportaient sont maintenant
+ras&eacute;es jusqu'&agrave; la hauteur des murs des entrecolonnements.
+Tous les
+bas-reliefs encore existants repr&eacute;sentent le roi
+Nectan&egrave;be, de la XXXe
+dynastie, la s&eacute;bennytique, adorant le souverain des dieux
+Amon-Ra, et
+recevant les dons et les bienfaits de tous les autres dieux de
+Th&egrave;bes.</p>
+<p>Cette chapelle, du IVe si&egrave;cle avant J.-C., avait
+&eacute;t&eacute; appuy&eacute;e sur un
+&eacute;difice plus ancien; c'est un pyl&ocirc;ne de m&eacute;diocre
+&eacute;tendue, dont les
+massifs, d'une belle proportion, ont souffert dans plusieurs de leurs
+parties. &Eacute;lev&eacute; sous la domination du roi &eacute;thiopien
+Taharaka, dans le
+VIIe si&egrave;cle avant notre &egrave;re, le nom, le pr&eacute;nom,
+les titres, les louanges
+de ce prince avaient &eacute;t&eacute; rappel&eacute;s dans les
+inscriptions et les
+bas-reliefs d&eacute;corant les faces des deux massifs, et sur la porte
+qui les
+s&eacute;pare. Mais &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; les Sa&iuml;tes
+remont&egrave;rent sur le tr&ocirc;ne des
+Pharaons, il para&icirc;t qu'on fit marteler, par une mesure
+g&eacute;n&eacute;rale, les
+noms des conqu&eacute;rants &eacute;thiopiens sur tous les monuments de
+l'&Eacute;gypte.</p>
+<p>J'ai d&eacute;j&agrave; remarqu&eacute; la proscription du nom de
+Sabacon dans le palais de
+Louqsor, le nom de Taharaka subit ici un semblable outrage; mais les
+marteaux n'ont pu faire que l'on n'en reconnaisse encore sans peine
+tous
+les &eacute;l&eacute;ments constitutifs dans le plus grand nombre des
+cartouches
+existants. On lit de plus, sur le massif de droite, cette inscription
+relative &agrave; des embellissements ex&eacute;cut&eacute;s sous
+Ptol&eacute;m&eacute;e Soter II:</p>
+<p>&laquo;Cette belle r&eacute;paration a &eacute;t&eacute; faite par
+le roi
+seigneur du monde, le
+grand germe des dieux grands, celui que Phtah a &eacute;prouv&eacute;,
+image vivante
+d'Amon-Ra, le fils du soleil, le seigneur des diad&egrave;mes,
+Ptol&eacute;m&eacute;e
+toujours vivant, le dieu aim&eacute; d'Isis, le dieu sauveur (soter, NT
+NOHEM),
+en l'honneur de son p&egrave;re Amon-Ra, qui lui a
+conc&eacute;d&eacute; les p&eacute;riodes des
+pan&eacute;gyries sur le tr&ocirc;ne d'H&ocirc;rus.&raquo;</p>
+<p>Il n'est pas inutile de comparer cette fastueuse l&eacute;gende des
+Lagides, &agrave;
+propos de quelques pierres qu'on a chang&eacute;es, avec les
+l&eacute;gendes que
+l'&Eacute;thiopien, v&eacute;ritable fondateur du pyl&ocirc;ne, a fait
+sculpter sur le
+bandeau de la porte; elle ne contient, que la simple formule suivante:
+&laquo;La vie (ou vive) le roi Taharaka, le bien-aim&eacute; d'Amon-Ra,
+seigneur des
+tr&ocirc;nes du monde.&raquo;</p>
+<p>Sur les deux massifs ext&eacute;rieurs du pyl&ocirc;ne, ce prince,
+auquel certaines
+traditions historiques attribuent, la conqu&ecirc;te de toute l'Afrique
+septentrionale jusqu'aux colonnes d'Hercule, a &eacute;t&eacute;
+figur&eacute; de proportion
+colossale, tenant d'une main robuste les chevelures, r&eacute;unies en
+groupe,
+de peuples vaincus qu'il menace d'une sorte de massue.</p>
+<p>Au del&agrave; du pyl&ocirc;ne de Taharaka et dans le mur de
+cl&ocirc;ture du nord,
+existent encore en place deux jambages d'une porte en granit
+ros&eacute;,
+charg&eacute;s de l&eacute;gendes ex&eacute;cut&eacute;es avec soin et
+contenant le nom et les
+titres du fondateur, l'un des plus grands fonctionnaires de l'ordre
+sacerdotal, l'hi&eacute;rograminate et proph&egrave;te
+P&eacute;tam&eacute;noph. C'est le m&ecirc;me
+personnage qui fit creuser, vers l'entr&eacute;e de la ville
+d'El-Assasif,
+l'immense et prodigieuse excavation que les voyageurs admirent sous le
+nom de <i>Grande Syringe.</i></p>
+<p>On arrive enfin &agrave; l'&eacute;difice le plus antique, celui
+dont les propyl&eacute;es de
+l'&eacute;poque romaine, le pyl&ocirc;ne des Lagides, la chapelle de
+Nectan&egrave;be et le
+pyl&ocirc;ne du roi &eacute;thiopien ne sont que des
+d&eacute;pendances; ces diverses
+constructions ne furent &eacute;lev&eacute;es que pour annoncer
+dignement la demeure
+du roi des dieux, et celle du Pharaon, son repr&eacute;sentant sur la
+terre.</p>
+<p>Ce vieux monument, qui porte &agrave; la fois le double
+caract&egrave;re de temple et
+de palais, se compose encore d'un sanctuaire environn&eacute; de
+galeries
+form&eacute;es de piliers ou de colonnes, et de huit salles plus ou
+moins
+vastes.</p>
+<p>Toutes les parois portent des sculptures ex&eacute;cut&eacute;es
+avec une correction
+remarquable et une grande finesse de travail; ce sont l&agrave; des
+bas-reliefs
+de la meilleure &eacute;poque de l'art. Aussi la d&eacute;coration de
+cet &eacute;difice
+appartient-elle au r&egrave;gne de Thouthmosis Ier, de Thouthmosis II,
+de la
+reine Amens&eacute;, du r&eacute;gent Am&eacute;nenth&eacute; et de
+Thouthmosis III, le Moeris des
+historiens grecs. C'est sous ce dernier Pharaon qu'on a
+d&eacute;cor&eacute; la plus
+grande partie de l'&eacute;difice; les d&eacute;dicaces en ont
+&eacute;t&eacute; faites en son nom:
+celle qu'on lit sous la galerie de droite, l'une des mieux
+conserv&eacute;es,
+donne une id&eacute;e de toutes les autres; la voici:</p>
+<p><i>Premi&egrave;re ligne</i>. &laquo;La vie: l'H&ocirc;rus puissant,
+aim&eacute; de Phr&eacute;, le souverain
+de la haute et basse r&eacute;gion, grand chef de toutes les parties du
+monde,
+l'H&ocirc;rus resplendissant, grand par sa force, celui qui a
+frapp&eacute; les neuf
+arcs (les peuples nomades); le dieu gracieux seigneur du monde, soleil
+stabiliteur du monde, le fils du soleil, Thouthmosis, bienfaiteur du
+monde, vivifi&eacute; aujourd'hui et &agrave; toujours.&raquo;</p>
+<p><i>Deuxi&egrave;me ligne</i>. &laquo;Il a fait ex&eacute;cuter ces
+constructions en l'honneur de
+son p&egrave;re Amon-Ra, roi des dieux; il lui a &eacute;rig&eacute; ce
+grand temple dans la
+partie occidentale du Thouthmos&eacute;ion d'Ammon, en belle pierre de
+gr&egrave;s;
+c'est ce qu'a fait le (roi) vivant toujours.&raquo;</p>
+<p>La plupart des bas-reliefs d&eacute;corant les galeries et les
+chambres des
+&eacute;difices repr&eacute;sentent ce roi, Thouthmosis III, rendant
+divers hommages
+aux dieux, ou en recevant des gr&acirc;ces et des dons; je citerai
+seulement
+des tableaux sculpt&eacute;s sur la paroi de gauche de la grande salle
+ou
+sanctuaire. Dans l'un, le plus &eacute;tendu, le Pharaon casqu&eacute;
+est conduit par
+la d&eacute;esse Hath&ocirc;r et par le dieu Atmou, qui se tiennent par
+la main, vers
+l'arbre mystique de la vie. Le roi des dieux, Amon-Ra, assis, trace
+avec un pinceau le nom de Thouthmosis sur l'&eacute;pais feuillage, en
+disant: &laquo;Mon fils, stabiliteur du monde, je place ton nom sur
+l'arbre Oscht,
+dans le palais du soleil!&raquo; Cette sc&egrave;ne se passe devant les
+vingt-cinq
+divinit&eacute;s secondaires ador&eacute;es &agrave; Th&egrave;bes et
+dispos&eacute;es sur deux files, en
+t&ecirc;te desquelles on lit l'inscription suivante: &laquo;Voici ce
+que
+disent les
+autres grandes divinit&eacute;s de Toph (Th&egrave;bes): Nos coeurs se
+r&eacute;jouissent &agrave;
+cause du bel &eacute;difice construit par le roi soleil stabiliteur du
+monde.&raquo;</p>
+<p>J'ai trouv&eacute; dans le second tableau, pour la premi&egrave;re
+fois, le nom et la
+repr&eacute;sentation de la reine, femme de Thouthmosis III Cette
+princesse,
+appel&eacute;e Rhamaith&eacute;, et portant le titre de royale
+&eacute;pouse, accompagne son
+mari faisant de riches offrandes &agrave; Amon-Ra
+g&eacute;n&eacute;rateur; la reine repara&icirc;t
+aussi dans deux tableaux d&eacute;corant une des petites salles de
+gauche au
+fond de l'&eacute;difice.</p>
+<p>Les six derni&egrave;res salles du palais, dans l'une desquelles
+existe,
+renvers&eacute;e, une chapelle monolithe de granit rose, sont couvertes
+de
+bas-reliefs de l'&eacute;poque de Thouthmosis Ier, de Thouthmosis II,
+de la
+reine Amens&eacute; et de son fils Thouthmosis III, dont les
+l&eacute;gendes
+royales-sont sculpt&eacute;es en surcharge sur celles du r&eacute;gent
+Am&eacute;nenth&eacute;,
+martel&eacute;es avec assez de soin, ainsi que toutes les figures en
+pied
+repr&eacute;sentant ce prince, dont la m&eacute;moire fut aussi
+proscrite.</p>
+<p>La fondation de cet &eacute;difice remonte donc aux premi&egrave;res
+ann&eacute;es du XVIIIe
+si&egrave;cle avant J.-C. Il est naturel, par cons&eacute;quent, de
+rencontrer, en le
+parcourant avec soin, plusieurs restaurations annonc&eacute;es
+d'ailleurs par
+des inscriptions qui en fixent l'&eacute;poque et en nomment les
+auteurs;
+telles sont:</p>
+<p>1&deg; La restauration des portes et d'une portion du plafond de la
+grande
+salle, par Ptol&eacute;m&eacute;e Everg&egrave;te II, entre l'an 146 et
+l'an 118 avant notre
+&egrave;re;</p>
+<p>2&deg; Des r&eacute;parations faites vers l'an 392 avant notre
+&egrave;re aux colonnes
+d'ordre protodorique qui soutiennent les plafonds des galeries, sous le
+Pharaon Mend&eacute;sien Acoris. On a employ&eacute; pour cela des
+pierres provenant
+d'un petit &eacute;difice construit par la princesse Neitocris, fille
+de
+Psamm&eacute;tichus II;</p>
+<p>3&deg; Toutes les sculptures des fa&ccedil;ades sup&eacute;rieures
+sud et nord ex&eacute;cut&eacute;es
+sous le r&egrave;gne de Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, au XVe
+si&egrave;cle avant notre &egrave;re.</p>
+<p>Ces derniers embellissements, les plus anciens et les plus notables
+de
+tous, avaient &eacute;t&eacute; ordonn&eacute;s sans doute pour lier,
+par la d&eacute;coration, le
+petit palais de Moeris avec le grand palais de
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, qui,
+avec ses attenances, couvre presque toute la butte de
+M&eacute;dinet-Habou.</p>
+<p>C'est ici en effet qu'existent les ouvrages les plus remarquables de
+ce
+Pharaon, l'un des plus illustres parmi les souverain de
+l'&Eacute;gypte, et
+dont les exploits militaires ont &eacute;t&eacute; confondus avec ceux
+de S&eacute;sostris ou
+Rhams&egrave;s le Grand, par les auteurs anciens et par les
+&eacute;crivains modernes.</p>
+<p>Un &eacute;difice d'une m&eacute;diocre &eacute;tendue, mais
+singulier par ses formes
+inaccoutum&eacute;es, le seul qui, parmi tous les monuments de
+l'&Eacute;gypte, puisse
+donner une id&eacute;e de ce qu'&eacute;tait une habitation
+particuli&egrave;re &agrave; ces
+anciennes &eacute;poques, attire d'abord les regards du voyageur. Le
+plan qu'en
+ont publi&eacute; les auteurs de la grande <i>Description de
+l'&Eacute;gypte</i> pourra
+donner une id&eacute;e exacte de la disposition g&eacute;n&eacute;rale
+de ces deux massifs de
+pyl&ocirc;nes unis &agrave; un grand pavillon par des constructions
+tournant sur
+elles-m&ecirc;mes en &eacute;querre; je ne dois m'occuper que des
+curieux bas-reliefs
+et des inscriptions sculpt&eacute;es sur toutes les surfaces.</p>
+<p>L'entr&eacute;e principale regarde le Nil; on tourne d'abord deux
+grands
+massifs formant une esp&egrave;ce de faux pyl&ocirc;ne, ensevelis en
+partie sous des
+buttes provenant des d&eacute;bris d'habitations modernes. Vers le haut
+r&egrave;gne
+une frise anaglyphique compos&eacute;e des &eacute;l&eacute;ments
+combin&eacute;s de la l&eacute;gende
+royale du Rhams&egrave;s fils a&icirc;n&eacute; et successeur
+imm&eacute;diat de Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, &laquo;Soleil,
+gardien de v&eacute;rit&eacute;, &eacute;prouv&eacute; par
+Ammon.&raquo; On remarque de plus, sur
+ces massifs, des tableaux d'adoration de la m&ecirc;me &eacute;poque,
+et deux
+<i>fen&ecirc;tres</i> portant sur leur bandeau le disque ail&eacute; de
+Hat, et sur leurs
+jambages les l&eacute;gendes royales de Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun,
+&laquo;Soleil, gardien de
+v&eacute;rit&eacute; et ami d'Ammon.&raquo;</p>
+<p>La porte qui s&eacute;pare ces constructions appartient au
+r&egrave;gne d'un troisi&egrave;me
+Rhams&egrave;s, le second fils de M&eacute;iamoun, &laquo;le soleil
+seigneur
+de v&eacute;rit&eacute;, aim&eacute;
+par Ammon.&raquo;</p>
+<p>Dans l'int&eacute;rieur de cette petite cour s'&eacute;l&egrave;vent
+deux massifs de pyl&ocirc;nes,
+orn&eacute;s, ainsi que les construction qui les unissent au grand
+pavillon, de
+frises anaglyphiques portant la l&eacute;gende du fondateur,
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun,
+et de bas-reliefs d'un grand int&eacute;r&ecirc;t, parce qu'ils ont
+trait aux
+conqu&ecirc;tes de ce Pharaon.</p>
+<p>La face ant&eacute;rieure du massif de droite est presque
+enti&egrave;rement occup&eacute;e
+par une figure colossale du conqu&eacute;rant levant sa hache d'armes
+sur un
+groupe de prisonniers barbus dont sa main gauche saisit les chevelures;
+le dieu Amon-Ra, d'une stature tout aussi colossale, pr&eacute;sente au
+vainqueur la harpe divine en disant: &laquo;Prends cette arme, mon fils
+ch&eacute;ri,
+et frappe les chefs des contr&eacute;es &eacute;trang&egrave;res!&raquo;</p>
+<p>Le soubassement de ce vaste tableau est compos&eacute; des chefs des
+peuples
+soumis par Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, agenouill&eacute;s, les bras
+attach&eacute;s derri&egrave;re le
+dos par les liens qui, termin&eacute;s par une houppe de papyrus ou une
+fleur
+de lotus, indiquent si le personnage est un Asiatique ou un Africain.</p>
+<p>Ces chefs captifs, dont les costumes et les physionomies sont
+tr&egrave;s-vari&eacute;s, offrent, avec toute v&eacute;rit&eacute;,
+les traits du visage et les
+v&ecirc;tements particuliers &agrave; chacune des nations qu'ils
+repr&eacute;sentent; des
+l&eacute;gendes hi&eacute;roglyphiques donnent successivement le nom de
+chaque peuple.
+Deux ont enti&egrave;rement disparu; celles qui subsistent, au nombre
+de cinq,
+annoncent:</p>
+<br>
+<p>Le chef du pays de Kouschi, mauvaise race (l'Ethiopie),
+<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le chef du pays de T&eacute;rosis,
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; en Afrique
+<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le chef du pays de Toroao,<br>
+</p>
+<p>et
+</p>
+<p>Le chef du pays de Robou, &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; en Asie
+<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le Chef du pays de Moschausch,</p>
+<br>
+<p>Un tableau et un soubassement analogues d&eacute;corent la face
+ant&eacute;rieure du
+massif de gauche; mais ici tous les captifs sont des chefs asiatiques;
+on les a rang&eacute;s dans l'ordre suivant:</p>
+<p>Le chef de la mauvaise race du pays de Sch&eacute;to ou Ch&eacute;ta;</p>
+<p>Le chef de la mauvaise race du pays d'Aum&ocirc;r;</p>
+<p>Le grand du pays de Fekkarb;</p>
+<p>Le grand du pays de Schairotana contr&eacute;e maritime;</p>
+<p>Le grand du pays de Scha.....(le reste est d&eacute;truit);</p>
+<p>Le grand du pays de Touirscha, contr&eacute;e maritime;</p>
+<p>Le grand du pays de Pa..... (le reste est d&eacute;truit).</p>
+<p>Sur l'&eacute;paisseur du massif de gauche,
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun casqu&eacute;, le
+carquois sur l'&eacute;paule, conduit des groupes de prisonniers de
+guerre aux
+pieds d'Amon-Ra; le dieu dit au conqu&eacute;rant: &laquo;Va!
+empare-toi des
+contr&eacute;es; soumets leurs places fortes et am&egrave;ne leurs
+chefs en
+esclavage;&raquo;</p>
+<p>Le massif correspondant et les corps de logis qui r&eacute;unissent
+le pyl&ocirc;ne
+au grand pavillon du fond, sont couverts de sculptures qu'il serait
+trop
+long de d&eacute;tailler ici. On remarque des <i>fen&ecirc;tres</i>
+d&eacute;cor&eacute;es
+ext&eacute;rieurement et int&eacute;rieurement avec beaucoup de
+go&ucirc;t, et des <i>balcons</i>
+soutenus par des prisonniers barbares sortant &agrave; mi-corps de la
+muraille.</p>
+<p>L'int&eacute;rieur du grand pavillon, divis&eacute; en trois <i>&eacute;tages</i>,
+fut d&eacute;cor&eacute; de
+bas-reliefs repr&eacute;sentant des sc&egrave;nes domestiques de
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun; je
+poss&egrave;de des dessins exacts de tous ces int&eacute;ressants
+tableaux, parmi
+lesquels on remarque le Pharaon servi par les dames du palais, prenant
+son repas, jouant avec ses petits enfants ou occup&eacute; avec la
+reine d'une
+partie de jeu analogue &agrave; celui des <i>&eacute;checs</i>, etc.,
+etc. L'ext&eacute;rieur de
+ce pavillon est couvert de l&eacute;gendes du roi ou de bas-reliefs
+comm&eacute;moratifs de ses victoires.</p>
+<p>C'est en suivant l'axe principal de ces curieuses constructions
+qu'on
+arrive enfin devant le premier pyl&ocirc;ne du grand et magnifique
+palais de
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun. L'&eacute;difice que nous venons de
+d&eacute;crire n'en &eacute;tait qu'une
+d&eacute;pendance et une simple annexe.</p>
+<p>Ici, tout prend des proportions colossales: les faces
+ext&eacute;rieures des
+deux &eacute;normes massifs du premier pyl&ocirc;ne, enti&egrave;rement
+couvertes de
+sculptures, rappellent les exploits du fondateur de l'&eacute;difice
+non-seulement par des tableaux d'un sens vague et
+g&eacute;n&eacute;ral, mais encore
+par les images et les noms des peuples vaincus, par celles du
+conqu&eacute;rant
+et de la divinit&eacute; protectrice qui lui donne la victoire. On voit
+sur le
+massif de gauche le dieu Phtah-Socharis livrant &agrave;
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun
+treize contr&eacute;es asiatiques, dont les noms, conserv&eacute;s pour
+la plupart,
+ont &eacute;t&eacute; sculpt&eacute;s dans des cartels servant comme de
+boucliers aux peuples
+encha&icirc;n&eacute;s. Une longue inscription, dont les onze
+premi&egrave;res lignes sont
+assez bien conserv&eacute;es, nous apprend que ces conqu&ecirc;tes
+eurent lieu dans
+la douzi&egrave;me ann&eacute;e du r&egrave;gne de ce Pharaon.</p>
+<p>Dans le grand tableau du massif de droite, le dieu Amon-Ra, sous la
+forme de Phr&eacute; hi&eacute;racoc&eacute;phale, donne la
+harp&eacute; au belliqueux Rhams&egrave;s pour
+frapper vingt-neuf peuples du Nord ou du Midi; dix-neuf noms de
+contr&eacute;es
+ou de villes subsistent encore; le reste a &eacute;t&eacute;
+d&eacute;truit pour appuyer
+contre le pyl&ocirc;ne des masures modernes. Le roi des dieux adresse
+&agrave;
+M&eacute;iamoun un long discours dont voici les dix premi&egrave;res
+colonnes: &laquo;Amon-Ra a dit: Mon fils, mon germe ch&eacute;ri,
+ma&icirc;tre du
+monde, soleil
+gardien de justice, ami d'Ammon, toute force t'appartient sur la terre
+enti&egrave;re; les nations du Septentrion et du Midi sont abattues
+sous tes
+pieds; je te livre les chefs des contr&eacute;es m&eacute;ridionales;
+conduis-les en
+captivit&eacute;, et leurs enfants &agrave; leur suite; dispose de tous
+les biens
+existant dans leur pays; laisse respirer ceux d'entre eux qui voudront
+se soumettre, et punis ceux dont le coeur est contre toi. Je t'ai
+livr&eacute;
+aussi le Nord..... (lacune); la Terre-Rouge (l'Arabie) est sous tes
+sandales, etc.&raquo;</p>
+<p>Une grande st&egrave;le, mais tr&egrave;s-fruste, constate que ces
+conqu&ecirc;tes eurent
+lieu la onzi&egrave;me ann&eacute;e du roi. C'est &agrave; la
+m&ecirc;me ann&eacute;e du r&egrave;gne de
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun que se rapportent les sculptures des
+massifs du premier
+pyl&ocirc;ne du c&ocirc;t&eacute; de la cour. Il s'agit ici d'une
+campagne contre les
+peuples asiatiques nomm&eacute;s Moschausch.</p>
+<p>Des masses de d&eacute;bris amoncel&eacute;s couvrent toute la
+partie inf&eacute;rieure du
+pyl&ocirc;ne et enfouissent en tr&egrave;s-grande partie la magnifique
+colonnade qui
+d&eacute;core le c&ocirc;t&eacute; gauche de la cour, ainsi que la
+galerie soutenue par des
+piliers-cariatides formant cette m&ecirc;me cour du c&ocirc;t&eacute;
+droit. D&eacute;blayer
+cette partie du palais serait une entreprise fort dispendieuse, mais
+elle aurait pour r&eacute;sultat certain de rendre &agrave;
+l'admiration des voyageurs
+deux galeries de la plus compl&egrave;te conservation, des colonnes
+couvertes
+de bas-reliefs, de riches d&eacute;corations ayant conserv&eacute; tout
+l'&eacute;clat de
+leurs couleurs, et enfin une nombreuse s&eacute;rie de grands tableaux
+historiques. Il a fallu me contenter de copier les inscriptions
+d&eacute;dicatoires qui couvrent les deux frises et les architraves des
+&eacute;l&eacute;gantes colonnes, dont les chapiteaux imitent la fleur
+&eacute;panouie du
+lotus.</p>
+<p>Au fond de cette premi&egrave;re cour s'&eacute;l&egrave;ve un
+second pyl&ocirc;ne, d&eacute;cor&eacute; de
+figures colossales, sculpt&eacute;es, comme partout ailleurs, de relief
+dans le
+creux; celles-ci rappellent les triomphes de
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun dans la
+neuvi&egrave;me ann&eacute;e de son r&egrave;gne. Le roi, la t&ecirc;te
+surmonte des insignes du
+fils a&icirc;n&eacute; d'Ammon, entre dans le temple d'Amon-Ra et de la
+d&eacute;esse Mouth,
+conduisant trois colonnes de prisonniers de guerre, imberbes, et
+encha&icirc;n&eacute;s dans diverses positions; ces nations,
+appartenant &agrave; une m&ecirc;me
+race, sont nomm&eacute;es Schakalascha, Ta&ocirc;naou et Pourosato.
+Plusieurs
+voyageurs, examinant les physionomies et le costume de ces captifs, ont
+cru reconna&icirc;tre en eux des peuples hindous. Sur le massif de
+droite de
+ce pyl&ocirc;ne existait une &eacute;norme inscription, aujourd'hui
+d&eacute;truite aux
+trois quarts par des fractures et des excavations. J'ai vu, par ce qui
+en subsiste encore, qu'elle &eacute;tait relative &agrave;
+l'exp&eacute;dition contre les
+Schakalascha, les Fekkaro, les Pourosato, les Ta&ocirc;naou et les
+Ouschascha.
+Il y est aussi question des contr&eacute;es d'Aum&ocirc;r et d'Oreksa,
+ainsi que
+d'une bataille navale.</p>
+<p>Une magnifique porte en granit rose unit les deux massifs du second
+pyl&ocirc;ne. Des tableaux d'adoration aux diverses formes d'Amon-Ra et
+de
+Phtah en d&eacute;corent les jambages, au bas desquels on lit deux
+inscriptions
+d&eacute;dicatoires attestant que Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun a
+consacr&eacute; cette grande
+porte en belle pierre de granit &agrave; son p&egrave;re Amon-Ra, et
+qu'enfin les
+battants ont &eacute;t&eacute; si richement orn&eacute;s de
+m&eacute;taux pr&eacute;cieux qu'Ammon lui-m&ecirc;me
+se r&eacute;jouit en les contemplant.</p>
+<p>On se trouve apr&egrave;s avoir franchi cette porte, dans la seconde
+cour du
+palais, o&ugrave; l&agrave; grandeur pharaonique se montre dans tout
+son &eacute;clat; la vue
+seule peut donner une id&eacute;e du majestueux effet de ce
+p&eacute;ristyle, soutenu
+&agrave; l'est et &agrave; l'ouest par d'&eacute;normes colonnades, au
+nord par des piliers
+contre lesquels s'appuient des cariatides, derri&egrave;re lesquels se
+montre
+une seconde colonnade. Tout est charg&eacute; de sculptures
+rev&ecirc;tues de
+couleurs tr&egrave;s-brillantes encore: c'est ici qu'il faut envoyer,
+pour les
+convertir, les ennemis syst&eacute;matiques de l'architecture peinte.</p>
+<p>Les parois des quatre galeries de cette cour conservent toutes leurs
+d&eacute;corations; de grands et vastes tableaux sculpt&eacute;s et
+peints appellent
+de toute part la curiosit&eacute; des voyageurs. L'oeil se repose sur
+le bel
+azur des plafonds orn&eacute;s d'&eacute;toiles de couleur jaune
+dor&eacute;; mais
+l'importance et la vari&eacute;t&eacute; des sc&egrave;nes reproduites
+par le ciseau
+absorbent bient&ocirc;t toute l'attention. Quatre tableaux formant le
+registre inf&eacute;rieur de la galerie de l'est, c&ocirc;t&eacute;
+gauche, et une partie de
+la galerie sud, retracent les principales circonstances d'une guerre de
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun contre des peuples asiatiques
+nomm&eacute;s Robou, teint
+clair, nez aquilin, longue barbe, couverts d'une grande tunique et d'un
+surtout transversalement ray&eacute; bleu et blanc; ce costume est tout
+&agrave; fait
+analogue &agrave; celui des Assyriens et des M&egrave;des figures, sur
+les cylindres
+dits babyloniens ou pers&eacute;politains.</p>
+<p><i>Premier tableau</i>. Grande bataille: le h&eacute;ros
+&eacute;gyptien, debout sur un
+char lanc&eacute; au galop, d&eacute;coche des fl&egrave;ches contre
+une foule d'ennemis
+fuyant dans le plus grand d&eacute;sordre. On aper&ccedil;oit sur le
+premier plan les
+chefs &eacute;gyptiens mont&eacute;s sur des chars, et leurs soldats
+entrem&ecirc;l&eacute;s &agrave; des
+alli&eacute;s, les Fekkaro, massacrant les Robou
+&eacute;pouvant&eacute;s, ou les liant comme
+prisonniers de guerre. Ce tableau seul contient plus de cent figures en
+pied, sans compter les chevaux.</p>
+<p><i>Deuxi&egrave;me tableau.</i> Les princes et les chefs de
+l'arm&eacute;e &eacute;gyptienne
+conduisent au roi victorieux quatre colonnes de prisonniers; des
+scribes
+comptent et enregistrent le nombre des mains droites et des parties
+g&eacute;nitales coup&eacute;es aux Robou morts sur le champ de
+bataille.
+L'inscription porte textuellement: &laquo;Conduite des prisonniers en
+pr&eacute;sence
+de Sa Majest&eacute;; ceux-ci sont au nombre de mille; mains
+coup&eacute;es, trois
+mille; phallus, trois mille.&raquo; Le Pharaon, au pied duquel on
+d&eacute;pose ces
+troph&eacute;es, paisiblement assis sur son char, dont les chevaux sont
+retenus
+par des officiers, adresse une allocution &agrave; ses guerriers; il
+les
+f&eacute;licite de leur victoire, et prodigue fort na&iuml;vement les
+plus grands
+&eacute;loges &agrave; sa propre personne, &laquo;Livrez-vous &agrave;
+la
+joie, leur dit-il,
+qu'elle s'&eacute;l&egrave;ve jusqu'au ciel; les &eacute;trangers sont
+renvers&eacute;s par ma
+force; la terreur de mon nom est venue, leurs coeurs en ont
+&eacute;t&eacute; remplis;
+je me suis pr&eacute;sent&eacute; devant eux comme un lion, je les ai
+poursuivis
+semblable &agrave; un &eacute;pervier; j'ai an&eacute;anti leurs
+&acirc;mes criminelles; j'ai
+franchi leurs fleuves; j'ai incendi&eacute; leurs forteresses; je suis
+pour
+l'&Eacute;gypte ce qu'a &eacute;t&eacute; le dieu Mandou; j'ai vaincu
+les Barbares: Amon-Ra
+mon p&egrave;re a humili&eacute; le monde entier sous mes pieds, et je
+suis roi sur le
+tr&ocirc;ne &agrave; toujours.&raquo;</p>
+<p>En dehors de ce curieux tableau existe une longue inscription,
+malheureusement fort endommag&eacute;e, et relative &agrave; cette
+campagne, qui date
+de l'an V du r&egrave;gne de Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun.</p>
+<p><i>Troisi&egrave;me tableau.</i> Le vainqueur, le fouet en main et
+guidant ses
+chevaux, retourne ensuite en &Eacute;gypte; des groupes de prisonniers
+encha&icirc;n&eacute;s pr&eacute;c&egrave;dent son char; des officiers
+&eacute;tendent au-dessus de la
+t&ecirc;te du Pharaon de larges ombrelles; le premier plan est
+occup&eacute; par
+l'arm&eacute;e &eacute;gyptienne, divis&eacute;e en pelotons marchant
+r&eacute;guli&egrave;rement en ligne
+et au pas, selon les r&egrave;gles de la tactique moderne.</p>
+<p>Enfin Rhams&egrave;s rentre triomphant dans Th&egrave;bes
+(quatri&egrave;me tableau); il se
+pr&eacute;sente &agrave; pied, tra&icirc;nant &agrave; sa suite trois
+colonnes de prisonniers,
+devant le temple d'Amon-Ra et de la d&eacute;esse Mouth; le roi
+harangue les
+divinit&eacute;s et en re&ccedil;oit en r&eacute;ponse les assurances
+les plus flatteuses.</p>
+<p>Une immense composition remplit tout le registre sup&eacute;rieur de
+la galerie
+nord et de la galerie est, &agrave; droite de la porte principale.
+C'est une
+c&eacute;r&eacute;monie publique qui n'offre pas moins de deux cents
+personnages en
+pied; &agrave; cette pompeuse marche assiste tout ce que
+l'&Eacute;gypte renfermait de
+plus grand et de plus illustre; c'est en quelque sorte le triomphe de
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, et la pan&eacute;gyrie
+c&eacute;l&eacute;br&eacute;e par le souverain et son
+peuple pour remercier la divinit&eacute; de la constante protection
+qu'elle
+avait accord&eacute;e aux armes &eacute;gyptiennes. Une ligne de grands
+hi&eacute;roglyphes,
+sculpt&eacute;s au-dessus du tableau et dans toute sa longueur, annonce
+que
+cette pan&eacute;gyrie ([Greek: AeBAI]) en l'honneur d'Amon-H&ocirc;rus
+(l'[Greek:
+Alpha] et l'[Greek: Omega] de la th&eacute;ologie &eacute;gyptienne)
+eut lieu &agrave; Th&egrave;bes
+le premier jour du mois de Paschons. Cette l&eacute;gende contient en
+outre
+l'analyse minutieuse du vaste tableau qu'elle surmonte; c'est pour
+ainsi
+dire le programme entier, de la c&eacute;r&eacute;monie.</p>
+<p>L'analyse rapide que j'en donne ici ne sera que la traduction de
+cette
+l&eacute;gende, ou celle des nombreuses inscriptions sculpt&eacute;es
+dans le
+bas-relief aupr&egrave;s de chaque personnage et au-dessus des groupes
+principaux.</p>
+<p>Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun sort de son palais port&eacute; dans
+un naos, esp&egrave;ce de chasse
+richement d&eacute;cor&eacute;e, soutenue par douze <i>oeris</i> ou
+chefs militaires, la
+t&ecirc;te orn&eacute;e de plumes d'autruche. Le monarque,
+d&eacute;cor&eacute; de toutes les
+marques de sa royale puissance, est assis sur un tr&ocirc;ne
+&eacute;l&eacute;gant que des
+images d'or de la Justice et de la V&eacute;rit&eacute; couvrent de
+leurs ailes
+&eacute;tendues; le sphinx, embl&egrave;me de la sagesse unie &agrave;
+la force, et le lion,
+symbole du courage, sont debout pr&egrave;s du tr&ocirc;ne, qu'ils
+semblent prot&eacute;ger.
+Des officiers agitent autour du naos les <i>flabellum</i> et les
+&eacute;ventails
+ordinaires; de jeunes enfants de la caste sacerdotale marchent
+aupr&egrave;s du
+roi, portant son sceptre, l'&eacute;tui de son arc et ses autres
+insignes.</p>
+<p>Neuf princes de la famille royale, de hauts fonctionnaires de la
+caste
+sacerdotale et des chefs militaires suivent le naos &agrave; pied,
+rang&eacute;s sur
+deux lignes; des guerriers portent les socles et les gradins du naos;
+la
+marche est ferm&eacute;e par un peloton de soldats. Des groupes tout
+aussi
+vari&eacute;s pr&eacute;c&egrave;dent le Pharaon: un corps de musique,
+o&ugrave; l'on remarque la
+fl&ucirc;te, la trompette, le tambour et des choristes, forme la
+t&ecirc;te du
+cort&egrave;ge; viennent ensuite les parents et les familiers du roi,
+parmi
+lesquels on compte plusieurs pontifes; enfin le <i>fils
+a&icirc;n&eacute;</i> de Rhams&egrave;s,
+le chef de l'arm&eacute;e apr&egrave;s lui, br&ucirc;le l'encens devant
+la face de son p&egrave;re.</p>
+<p>Le roi arrive au temple d'H&ocirc;rus, s'approche de l'autel,
+r&eacute;pand les
+libations et br&ucirc;le l'encens; vingt-deux pr&ecirc;tres portent sur
+un riche
+palanquin la statue du dieu qui s'avance au milieu des <i>flabellum</i>,
+des
+&eacute;ventails et des rameaux de fleurs. Le roi, &agrave; pied,
+coiff&eacute; d'un simple
+diad&egrave;me de la r&eacute;gion inf&eacute;rieure,
+pr&eacute;c&egrave;de le dieu et suit imm&eacute;diatement
+le taureau blanc, symbole vivant d'Amon-H&ocirc;rus ou Amon-Ra, le mari
+de sa
+m&egrave;re. Un pr&ecirc;tre encense l'animal sacr&eacute;; la reine,
+&eacute;pouse de Rhams&egrave;s, se
+montre vers le haut du tableau comme spectatrice de la pompe
+religieuse;
+et, tandis que l'un des pontifes lit &agrave; haute voix l'invocation
+prescrite
+lorsque la lumi&egrave;re du dieu franchit le seuil de son temple,
+dix-neuf
+pr&ecirc;tres s'avancent portant les diverses enseignes sacr&eacute;es,
+les vases,
+les tables de proposition et tous les ustensiles du culte; sept autres
+pr&ecirc;tres ouvrent le cort&egrave;ge religieux, soutenant sur leurs
+&eacute;paules des
+statuettes; ce sont les images des rois anc&ecirc;tres et
+pr&eacute;d&eacute;cesseurs de
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, assistant au triomphe de leur
+descendant.</p>
+<p>Ici a lieu une c&eacute;r&eacute;monie sur la nature de laquelle on
+s'est &eacute;trangement
+m&eacute;pris. Deux enseignes sacr&eacute;es, particuli&egrave;res au
+dieu Amon-H&ocirc;rus,
+s'&eacute;l&egrave;vent au-dessus de deux autels. Deux pr&ecirc;tres,
+reconnaissables &agrave; leur
+t&ecirc;te ras&eacute;e et, mieux encore, &agrave; leur titre inscrit
+&agrave; c&ocirc;t&eacute; d'eux, se
+retournent pour entendre les ordres du grand pontife pr&eacute;sident
+de la
+pan&eacute;gyrie, lequel tient en main le sceptre nomm&eacute; <i>pat</i>,
+insigne de ses
+hautes fonctions; un troisi&egrave;me pr&ecirc;tre donne la
+libert&eacute; &agrave; quatre oiseaux
+qui s'envolent dans les airs.</p>
+<p>On a voulu voir ici des <i>sacrifices humains</i>, en prenant le
+sceptre du
+pontife pour un couteau, les deux pr&ecirc;tres pour deux victimes, et
+les
+oiseaux pour l'embl&egrave;me des &acirc;mes qui s'&eacute;chappaient
+des corps de deux
+malheureux &eacute;gorg&eacute;s par une barbare superstition; mais une
+inscription
+sculpt&eacute;e devant l'hi&eacute;rogrammate assistant &agrave; la
+c&eacute;r&eacute;monie nous rassure
+compl&egrave;tement, et prouve toute l'innocence de cette sc&egrave;ne
+en nous faisant
+bien conna&icirc;tre ses d&eacute;tails et son but.</p>
+<p>Voici la traduction de ce texte, dont je figure aussi la disposition
+m&ecirc;me:</p>
+<p>&laquo;Le pr&eacute;sident de la pan&eacute;gyrie a dit:</p>
+<p>Donnez l'essor aux quatre oies;</p>
+<p>Amset | Sis | Soumants | Kebhsniv</p>
+<p>Dirigez-vous vers</p>
+<p>le Midi | le Nord | l'Occident | l'Orient</p>
+<p>dites aux dieux du Midi | dites aux dieux du Nord | dites aux dieux
+de l'Occident | dites aux dieux de l'Orient</p>
+<p>que H&ocirc;rus, fils d'Isis et d'Osiris, s'est coiff&eacute; du
+pschent,<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; que le roi Rhams&egrave;s s'est coiff&eacute; du
+pschent.&raquo;</p>
+<br>
+<p>Il en r&eacute;sulte clairement que les quatre oiseaux
+repr&eacute;sentent les quatre
+enfants d'Osiris: Amset, Sis, Soumants et Kebhsniv, g&eacute;nies des
+quatre
+points cardinaux, vers lesquels on les prie de se diriger pour annoncer
+aussi au monde entier qu'&agrave; l'exemple du dieu H&ocirc;rus, le roi
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun vient de mettre sur sa t&ecirc;te la
+couronne embl&egrave;me de la
+domination sur les r&eacute;gions sup&eacute;rieures et
+inf&eacute;rieures. Cette couronne se
+nommait <i>pschent</i>; c'est celle que porte ici, en effet, et pour
+la
+premi&egrave;re fois, le roi debout et devant lequel se passe la
+fonction
+sacr&eacute;e qu'on vient de faire conna&icirc;tre.</p>
+<p>La derni&egrave;re partie du bas-relief repr&eacute;sente le roi,
+coiff&eacute; du <i>pschent</i>,
+remerciant le dieu dans son temple. Le monarque,
+pr&eacute;c&eacute;d&eacute; de tout le
+corps sacerdotal et de la musique sacr&eacute;e, est accompagn&eacute;
+par les
+officiers de sa maison. On le voit ensuite couper avec une faucille
+d'or
+une gerbe de bl&eacute;, et, coiff&eacute; enfin de son casque
+militaire comme &agrave; sa
+sortie du palais, prendre cong&eacute;, par une libation, du dieu
+Amon-H&ocirc;rus
+rentr&eacute; dans son sanctuaire. La reine est encore t&eacute;moin de
+ces deux
+derni&egrave;res c&eacute;r&eacute;monies; le pr&ecirc;tre invoque les
+dieux; un hi&eacute;rogrammate lit
+une longue pri&egrave;re; aupr&egrave;s du Pharaon sont encore le
+taureau blanc et les
+images des rois anc&ecirc;tres dress&eacute;es sur une m&ecirc;me base.</p>
+<p>C'est en &eacute;tudiant cette partie du tableau que j'ai pu
+m'assurer enfin de
+la place relative qu'occupe Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun dans la
+s&eacute;rie des dynasties
+&eacute;gyptiennes. Les statues des rois ses
+pr&eacute;d&eacute;cesseurs sont ici
+chronologiquement rang&eacute;es, et comme cet ordre est celui
+m&ecirc;me que leur
+assignent d'autres monuments de Th&egrave;bes, aucun doute ne saurait
+s'&eacute;lever
+sur cette ligne de succession, ces statues, au nombre de neuf, portant
+devant elles les cartouches pr&eacute;noms des rois qu'elles
+repr&eacute;sentent.
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, comme Rhams&egrave;s le Grand
+(S&eacute;sostris), ayant marqu&eacute; son
+r&egrave;gne par de grands exploits militaires, ces deux princes ont
+&eacute;t&eacute;
+confondus par les historiens grecs en un seul et m&ecirc;me personnage.
+Mais
+les monuments originaux les diff&eacute;rencient trop bien l'un de
+l'autre pour
+que la m&ecirc;me confusion puisse avoir lieu d&eacute;sormais. Je me
+propose de
+traiter ailleurs de cette importante distinction avec plus de
+d&eacute;tails.
+Revenons &agrave; la d&eacute;coration de la magnifique cour de
+M&eacute;dinet-Habou.</p>
+<p>On a sculpt&eacute; dans le registre sup&eacute;rieur de la galerie
+de l'est, partie
+gauche, et dans celui de la galerie du sud, une seconde
+c&eacute;r&eacute;monie
+publique tout aussi d&eacute;velopp&eacute;e que la
+pr&eacute;c&eacute;dente. Celle-ci est une
+pan&eacute;gyrie c&eacute;l&eacute;br&eacute;e par le roi en l'honneur
+de son p&egrave;re, le dieu
+Sochar-Osiris, le vingt-septi&egrave;me jour du mois de Hath&ocirc;r.
+Je poss&egrave;de
+&eacute;galement des dessins fid&egrave;les de cette solennit&eacute;
+et la copie des
+nombreuses l&eacute;gendes explicatives qui l'accompagnent.</p>
+<p>Il faut passer rapidement sur les sc&egrave;nes de
+cons&eacute;cration et les honneurs
+royaux d&eacute;cern&eacute;s par les dieux &agrave;
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, et que reproduisent
+une foule de grands bas-reliefs sculpt&eacute;s dans les registres
+inf&eacute;rieurs
+des galeries de l'est, du nord et du sud; je dois encore mieux me
+dispenser de noter ici le nom des divinit&eacute;s auxquelles le
+Pharaon
+pr&eacute;sente des offrandes vari&eacute;es dans les cent
+quarante-quatre bas-reliefs
+peints qui ornent seulement les seize piliers des galeries est et
+ouest,
+non compris tous ceux du m&ecirc;me genre sculpt&eacute;s sur le
+f&ucirc;t des trois
+grandes colonnades qui soutiennent, soit les galeries nord et sud, soit
+l'int&eacute;rieur de la galerie de l'ouest.</p>
+<p>Sur la paroi du fond de cette galerie ou portique form&eacute; par
+une double
+rang&eacute;e de piliers-cariatides et de colonnes, vingt-quatre grands
+bas-reliefs retracent les hommages pieux du roi envers les dieux, ou
+les
+bienfaits que les grandes divinit&eacute;s de Th&egrave;bes prodiguent
+au Pharaon
+victorieux. Une s&eacute;rie de figures en pied ornent le soubassement
+de cette
+galerie et m&eacute;ritent une attention particuli&egrave;re.</p>
+<p>Les l&eacute;gendes hi&eacute;roglyphiques inscrites &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; de ces personnages rev&ecirc;tus
+du riche costume des princes &eacute;gyptiens, dont ils tiennent en
+main les
+insignes caract&eacute;ristiques, constatent qu'on a
+repr&eacute;sent&eacute; ici les enfants
+de Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun par ordre de primog&eacute;niture. On
+a seulement fait deux
+groupes distincts des enfants m&acirc;les et des princesses. Les
+princes, dont
+les noms et les titres ont &eacute;t&eacute; sculpt&eacute;s &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; de leurs images, sont au
+nombre de neuf, savoir:</p>
+<p>1&deg; Rhams&egrave;s-Amonmai, basilicogrammate commandant des
+troupes;</p>
+<p>2&deg; Rhams&egrave;s-Amonchischopsch, basilicogrammate commandant
+de cavalerie;</p>
+<p>3&deg; Rhams&egrave;s-Mandouhischopsch, basilicogrammate commandant
+de cavalerie;</p>
+<p>4&deg; Phr&eacute;hipefhbour, haut fonctionnaire dans
+l'administration royale;</p>
+<p>5&deg; Mandouschopsch, <i>idem</i>;</p>
+<p>6&deg; Rhams&egrave;s-Maithmou, proph&egrave;te des dieux
+Phr&eacute; et Athmou;</p>
+<p>7&deg; Rhams&egrave;s-Schahemkam&eacute;, grand pr&ecirc;tre de
+Phtah;</p>
+<p>8&deg; Rhams&egrave;s-Amonhischopsch, sans autre qualification que
+celle de prince;</p>
+<p>9&deg; Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, <i>idem</i>.</p>
+<p>Les trois premiers, apr&egrave;s la mort de leur p&egrave;re
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, &eacute;tant
+successivement mont&eacute;s sur le tr&ocirc;ne des Pharaons, leurs
+l&eacute;gendes ont d&ucirc;
+&ecirc;tre surcharg&eacute;es pour recevoir les cartouches
+pr&eacute;noms ou noms propres de
+ces princes parvenus au souverain pouvoir. Il faut remarquer aussi,
+&agrave;
+propos de cette liste int&eacute;ressante, qu'&agrave; cette
+&eacute;poque le nom de
+<i>Rhams&egrave;s</i> &eacute;tait devenu en quelque sorte le nom
+m&ecirc;me de la famille, et
+que le conqu&eacute;rant avait concentr&eacute; dans les membres de sa
+maison les
+postes les plus importants de l'arm&eacute;e, de l'administration
+civile et du
+sacerdoce. Les noms propres des filles du roi n'ont jamais
+&eacute;t&eacute; sculpt&eacute;s.</p>
+<p>Toute cette s&eacute;rie de princes et de princesses forme la
+d&eacute;coration du
+soubassement &agrave; la droite et &agrave; la gauche d'une grande et
+belle porte
+s'ouvrant sur le milieu de la galerie de l'ouest. On entrait jadis, en
+la traversant, dans une troisi&egrave;me cour environn&eacute;e et
+suivie d'un
+tr&egrave;s-grand nombre de salles; les d&eacute;combres ont depuis
+longtemps enseveli
+toute cette partie du palais existante encore sous les d&eacute;bris
+entass&eacute;s
+des fr&ecirc;les constructions qui se sont succ&eacute;d&eacute;
+d'&acirc;ge en &acirc;ge. Des fouilles
+en grand mettraient ici &agrave; d&eacute;couvert des tableaux et des
+inscriptions
+d'une haute importance; mes moyens ne me permettant pas de penser
+&agrave; les
+entreprendre, je r&eacute;servai les fonds dont je pouvais disposer
+pour le
+d&eacute;blaiement des grands bas-reliefs qui couvrent toute la partie
+ext&eacute;rieure nord du palais, &agrave; partir du premier
+pyl&ocirc;ne, et la presque
+totalit&eacute; de la muraille ext&eacute;rieure sud, enfouie
+jusqu'&agrave; la corniche qui
+couronne l'&eacute;difice entier.</p>
+<p>La muraille nord offre une s&eacute;rie de bas-reliefs historiques
+d'un haut
+int&eacute;r&ecirc;t. Je donnerai ici un court abr&eacute;g&eacute; du
+sujet de chacun d'eux, en
+commen&ccedil;ant par l'extr&eacute;mit&eacute; de la paroi vers
+l'ouest.</p>
+<p><i>Campagne contre les Maschausch et les Robou.</i></p>
+<p><i>Premier tableau.</i> L'arm&eacute;e &eacute;gyptienne en marche,
+sur huit ou neuf
+rang&eacute;es de hauteur. Un trompette et un corps d'hoplites
+pr&eacute;c&egrave;dent un
+char que dirige un jeune conducteur; du milieu de ce char
+s'&eacute;l&egrave;ve un
+grand m&acirc;t surmont&eacute; d'une t&ecirc;te de b&eacute;lier
+orn&eacute;e du disque solaire. C'est
+le char du dieu Amon-Ra, qui guide &agrave; l'ennemi le roi
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun,
+&eacute;galement mont&eacute; sur un char richement orn&eacute; et
+qu'entourent les archers
+de la garde ainsi que les officiers attach&eacute;s &agrave; sa
+personne. On lit &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; du char du dieu: &laquo;Voici ce que dit Amon-Ra, le
+roi
+des dieux: &laquo;Je
+marche devant toi, &ocirc; mon fils!&raquo; <br>
+</p>
+<p><i>Deuxi&egrave;me tableau.</i> Bataille sanglante: les Maschausch
+prennent la
+fuite; le roi et quatre princes &eacute;gyptiens en font un horrible
+carnage.</p>
+<p><i>Troisi&egrave;me tableau.</i> Rhams&egrave;s, debout sur une
+esp&egrave;ce de tribune, harangue
+cinq rang&eacute;es de chefs et de guerriers &eacute;gyptiens
+conduisant une foule de
+Maschausch et de Robou prisonniers. R&eacute;ponse des chefs militaires
+au
+roi. En t&ecirc;te de chaque corps d'arm&eacute;e on fait le
+d&eacute;nombrement des mains
+droites coup&eacute;es aux ennemis morts sur le champ de bataille,
+ainsi que
+celui de leurs phallus, sorte d'hommage rendu &agrave; la bravoure des
+vaincus.
+L'inscription porte &agrave; 2,525 le nombre de ces preuves de victoire
+sur des
+hommes courageux et vaillants.</p>
+<p><i>Campagne contre les Fekkaro, les Schakalascha et peuples de
+m&ecirc;me race &agrave;
+physionomie hindoue.</i></p>
+<p><i>Premier tableau</i> (&agrave; la suite des
+pr&eacute;c&eacute;dents). Le roi Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun,
+en costume civil, harangue les chefs de la caste militaire
+agenouill&eacute;s
+devant lui, ainsi que les porte-enseignes des diff&eacute;rents corps;
+plus
+loin, les soldats debout &eacute;coutent les paroles du souverain qui
+les
+appelle aux armes pour punir les ennemis de l'&Eacute;gypte; les chefs
+r&eacute;pondent &agrave; l'appel du roi en invoquant ses victoires
+r&eacute;centes, et
+protestent de leur d&eacute;vouement &agrave; un prince qui
+ob&eacute;it aux paroles
+d'Amon-Ra. La trompette sonne, les arsenaux sont ouverts; les soldats,
+divis&eacute;s par pelotons et sans armes, s'avancent dans le plus
+grand ordre,
+guid&eacute;s par leurs chefs; on leur distribue des casques, des arcs,
+des
+carquois, des haches de bataille, des lances et toutes les armes alors
+en usage.</p>
+<p><i>Deuxi&egrave;me tableau.</i> Le roi, t&ecirc;te nue et les
+cheveux natt&eacute;s, tient les
+r&ecirc;nes de ses chevaux et marche &agrave; l'ennemi; une partie de
+l'arm&eacute;e
+&eacute;gyptienne le pr&eacute;c&egrave;de en ordre de bataille; ce
+sont les fantassins
+pesamment arm&eacute;s ou hoplites; sur le flanc s'avancent par
+pelotons les
+troupes l&eacute;g&egrave;res de diff&eacute;rentes armes; les
+guerriers mont&eacute;s sur des chars
+ferment la marche. Une des inscriptions de ce bas-relief compare le roi
+au germe de Mandou, s'avan&ccedil;ant pour soumettre la terre &agrave;
+ses lois; ses
+fantassins, &agrave; des taureaux terribles, et ses cavaliers, &agrave;
+des &eacute;perviers
+rapides.</p>
+<p><i>Troisi&egrave;me tableau</i>. D&eacute;faite des Fekkaro et de
+leurs alli&eacute;s. Les
+fantassins &eacute;gyptiens les mettent en fuite sur tous les points du
+champ
+de bataille. M&eacute;iamoun, second&eacute; par ses chars de guerre,
+en fait un
+horrible carnage; quelques chefs ennemis r&eacute;sistent encore,
+mont&eacute;s sur
+des chars tra&icirc;n&eacute;s soit par deux chevaux, soit par quatre
+boeufs; au
+milieu de la m&ecirc;l&eacute;e et &agrave; une des
+extr&eacute;mit&eacute;s, plusieurs chariots tra&icirc;n&eacute;s
+par des boeufs, et remplis de femmes et d'enfants, sont d&eacute;fendus
+par des
+Fekkaro; des soldats &eacute;gyptiens les attaquent et les
+r&eacute;duisent en
+esclavage.</p>
+<p><i>Quatri&egrave;me tableau</i>. Apr&egrave;s cette premi&egrave;re
+victoire, l'arm&eacute;e &eacute;gyptienne
+se remet en marche, toujours dans l'ordre le plus m&eacute;thodique et
+le plus
+r&eacute;gulier, pour atteindre une seconde fois l'ennemi; elle
+traverse des
+pays difficiles, infest&eacute;s de b&ecirc;tes sauvages; sur le flanc
+de l'arm&eacute;e, le
+roi, attaqu&eacute; par deux lions, vient de terrasser l'un et combat
+contre
+l'autre.</p>
+<p><i>Cinqui&egrave;me tableau</i>. Le roi et ses soldats arrivent sur
+le bord de la
+mer au moment o&ugrave; la flotte &eacute;gyptienne en est venue aux
+mains avec la
+flotte des Fekkaro, combin&eacute;e avec celle de leurs alli&eacute;s
+les
+Schairotanas, reconnaissables &agrave; leurs casques arm&eacute;s de
+deux cornes. Les
+vaisseaux &eacute;gyptiens manoeuvrent &agrave; la fois &agrave; la
+voile et &agrave; l'aviron; des
+archers en garnissent les hunes, et leur proue est orn&eacute;e d'une
+t&ecirc;te de
+lion. D&eacute;j&agrave; un navire fekkarien a coul&eacute;, et la
+flotte alli&eacute;e se trouve
+resserr&eacute;e entre la flotte &eacute;gyptienne et le rivage, du
+haut duquel
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun et ses fantassins lancent une
+gr&ecirc;le de traits sur les
+vaisseaux ennemis. Leur d&eacute;faite n'est plus douteuse, la flotte
+&eacute;gyptienne entasse les prisonniers &agrave; c&ocirc;t&eacute; de
+ses rameurs. En arri&egrave;re et
+non loin du Pharaon, on a repr&eacute;sent&eacute; son char de guerre
+et les nombreux
+officiers attach&eacute;s &agrave; sa personne. Ce vaste tableau
+renferme plusieurs
+centaines de figures, et j'en rapporte une copie tr&egrave;s-exacte.</p>
+<p><i>Sixi&egrave;me tableau</i>. Le rivage est couvert de guerriers
+&eacute;gyptiens
+conduisant divers groupes m&ecirc;l&eacute;s de Schairotanas et de
+Fekkaro
+prisonniers; les vainqueurs se dirigent vers le roi,
+arr&ecirc;t&eacute; avec une
+partie de son arm&eacute;e devant une place forte nomm&eacute;e <i>Mogadiro</i>.
+L&agrave; se fait
+le d&eacute;nombrement des mains coup&eacute;es. Le Pharaon, du haut
+d'une tribune sur
+laquelle repose son bras gauche appuy&eacute; sur un coussin, harangue
+ses fils
+et les principaux chefs de son arm&eacute;e, et termine son discours
+par ces
+phrases remarquables: Amon-Ra &eacute;tait &agrave; ma droite comme
+&agrave; ma gauche; son
+esprit a inspir&eacute; mes r&eacute;solutions; Amon-Ra lui-m&ecirc;me,
+pr&eacute;parant la perte
+de mes ennemis, a plac&eacute; le monde entier dans mes mains.&raquo;
+Les
+princes et
+les chefs r&eacute;pondent au Pharaon qu'il est un soleil appel&eacute;
+&agrave; soumettre
+tous les peuples du monde, et que l'&Eacute;gypte se r&eacute;jouit
+d'une victoire
+remport&eacute;e par le bras du fils d'Ammon, assis sur le tr&ocirc;ne
+de son p&egrave;re.</p>
+<p><i>Septi&egrave;me tableau</i>. Retour du Pharaon vainqueur &agrave;
+Th&egrave;bes, apr&egrave;s sa
+double campagne contre les Robou et les Fekkaro: on voit les principaux
+chefs de ces nations conduits par Rhams&egrave;s devant le temple de la
+grande
+triade th&eacute;baine, Amon-Ra, Mouth et Chons. Le texte des discours
+que sont
+cens&eacute;s prononcer les divers acteurs de cette sc&egrave;ne
+&agrave; la fois triomphale
+et religieuse, subsistent encore en grande partie. En voici la
+traduction:</p>
+<p>&laquo;Paroles des chefs du pays de Fekkaro et du pays de Robou qui
+sont
+en la
+puissance de Sa Majest&eacute; et qui glorifient le dieu bienfaisant,
+le
+seigneur du monde, soleil gardien de justice, ami d'Ammon: Ta vigilance
+n'a point de bornes; tu r&egrave;gnes comme un puissant soleil sur
+l'&Eacute;gypte;
+grande est ta force, ton courage est semblable &agrave; celui de
+Bor&eacute; (le
+griffon); nos souffles t'appartiennent, ainsi que notre vie qui est en
+ton pouvoir &agrave; toujours.&raquo;</p>
+<p>&laquo;Paroles du roi seigneur du monde, etc., &agrave; son
+p&egrave;re
+Amon-Ra, le roi des
+dieux: Tu me l'as ordonn&eacute;; j'ai poursuivi les Barbares; j'ai
+combattu
+toutes les parties de la terre; le monde s'est arr&ecirc;t&eacute;
+devant moi ...;
+mes bras ont forc&eacute; les chefs de la terre, d'apr&egrave;s le
+commandement sorti
+de ta bouche.&raquo;</p>
+<p>&laquo;Paroles d'Amon-Ra, seigneur du ciel, mod&eacute;rateur des
+dieux:
+Que ton
+retour soit joyeux! tu as poursuivi les neuf arcs (les Barbares); tu as
+renvers&eacute; tous les chefs, tu as perc&eacute; les coeurs des
+&eacute;trangers et rendu
+libre le souffle des narines de tous ceux qui ... (lacune). Ma bouche
+t'approuve.&raquo;</p>
+<p>Ces tableaux, qui retracent les principales circonstances de deux
+campagnes du conqu&eacute;rant &eacute;gyptien dans la onzi&egrave;me
+ann&eacute;e de son r&egrave;gne,
+arrivent jusqu'au second pyl&ocirc;ne du palais: de ce point jusqu'au
+premier
+pyl&ocirc;ne, les sculptures n'abondent pas moins; mais plusieurs
+tableaux
+sont enfouis sous des collines de d&eacute;combres. J'ai pu cependant
+avoir une
+copie de deux bas-reliefs faisant partie d'une troisi&egrave;me
+campagne du roi
+contre des peuples asiatiques, avec des l&eacute;gendes en
+tr&egrave;s-mauvais &eacute;tat.
+L'un repr&eacute;sente Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun combattant
+&agrave; pied, couvert d'un large
+bouclier, et poussant l'ennemi vers une forteresse assise sur une
+hauteur. Dans le second tableau, le roi, &agrave; la t&ecirc;te de ses
+chars, &eacute;crase
+ses adversaires en avant d'une place dont une partie de l'arm&eacute;e
+&eacute;gyptienne pousse le si&egrave;ge avec vigueur; des soldats
+coupent des arbres
+et s'approchent des foss&eacute;s, couverts par des mantelets;
+d'autres, apr&egrave;s
+les avoir franchis, attaquent &agrave; coups de hache la porte de la
+ville;
+plusieurs enfin ont dress&eacute; des &eacute;chelles contre la
+muraille et montent &agrave;
+l'assaut, leurs boucliers rejet&eacute;s sur leurs &eacute;paules.</p>
+<p>Sur le revers du premier pyl&ocirc;ne existe encore un tableau
+relatif &agrave; une
+campagne contre la grande nation de Sch&eacute;ta ou Ch&eacute;to: le
+roi, debout sur
+son char, prend une fl&egrave;che dans son carquois fix&eacute; sur
+l'&eacute;paule, et la
+d&eacute;coche contre une forteresse remplie de Barbares. Les soldats
+&eacute;gyptiens
+et les officiers attach&eacute;s &agrave; la personne du roi marchent
+&agrave; sa suite,
+rang&eacute;s sur quatre files parall&egrave;les.</p>
+<p>Telles sont les grandes sculptures historiques encore visibles dans
+l'&eacute;tat d'enfouissement o&ugrave; se trouve aujourd'hui le
+magnifique palais de
+M&eacute;dinet-Habou, tout entier du r&egrave;gne de
+Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun, les successeurs
+imm&eacute;diats n'y ayant ajout&eacute; que quelques accessoires
+presque
+insignifiants. Le nombre consid&eacute;rable de noms de peuples et de
+nations
+asiatiques ou africaines que j'y ai recueillis ouvre un nouveau champ
+de
+recherches &agrave; la g&eacute;ographie compar&eacute;e; ce sont de
+pr&eacute;cieux &eacute;l&eacute;ments pour
+la reconstruction du tableau ethnographique du monde dans la plus
+antique p&eacute;riode de son histoire. Je crois possible de
+reconna&icirc;tre la
+synonymie de ces noms &eacute;gyptiens de peuples avec ceux que nous
+ont
+transmis les g&eacute;ographes grecs, et ceux surtout que contiennent
+les
+textes h&eacute;breux et les m&eacute;moires originaux des nations
+asiatiques. C'est
+un beau travail qui m&eacute;rite d'&ecirc;tre entrepris; il sera
+facilit&eacute; et par la
+connaissance positive des traits du visage et du costume de chacun de
+ces peuples, et encore mieux sans doute par la comparaison de ces noms
+avec ceux du m&ecirc;me genre que j'ai trouv&eacute;s, en bien plus
+grand nombre, sur
+d'autres monuments de Th&egrave;bes et de la Nubie.</p>
+<p>Toute la muraille ext&eacute;rieure du palais, du c&ocirc;t&eacute;
+du sud, qu'il a fallu
+faire d&eacute;blayer jusqu'au second pyl&ocirc;ne, est couverte de
+grandes lignes
+verticales d'hi&eacute;roglyphes contenant le calendrier sacr&eacute;
+en usage dans le
+palais de Rhams&egrave;s; la portion que nous avons fait excaver,
+&agrave; grands
+frais, contient les mois de Th&ocirc;th, Paophi, Hath&ocirc;r,
+Cho&iuml;ac et T&ocirc;bi. Vers
+l'extr&eacute;mit&eacute; du palais est un article du mois de Paschon,
+le neuvi&egrave;me
+mois de l'ann&eacute;e &eacute;gyptienne. Ce calendrier indique toutes
+les f&ecirc;tes qui
+se c&eacute;l&eacute;braient dans chaque mois, et au bas de chaque
+indication de f&ecirc;te
+on a sculpt&eacute;, en tableau synoptique, le nombre de chaque sorte
+d'offrande qu'on devait pr&eacute;senter dans la
+c&eacute;r&eacute;monie. Pour donner une
+id&eacute;e de cette sorte de calendrier, je transcrirai ici la
+traduction de
+quelques-uns de ces articles:</p>
+<p>&laquo;<i>Mois de Th&ocirc;th</i>, n&eacute;om&eacute;nie;
+manifestation
+de l'&eacute;toile de Sothis; l'image
+d'Amon-Ra, roi des dieux, sort processionnellement du sanctuaire,
+accompagn&eacute;e par le roi Rhams&egrave;s ainsi que par les images
+de tous les
+autres dieux du temple.&raquo;</p>
+<p>&laquo;<i>Mois de Paophi</i>, le 19; jour de la principale
+pan&eacute;gyrie d'Ammon, qui
+se c&eacute;l&egrave;bre pompeusement dans Oph (le palais de Karnac);
+l'image
+d'Amon-Ra sort du sanctuaire ainsi que celle de tous ses dieux
+synthr&ocirc;nes; le roi Rhams&egrave;s l'accompagne dans la
+pan&eacute;gyrie de ce jour.&raquo;</p>
+<p>&laquo;<i>Mois d'Hath&ocirc;r</i>, le 26; pan&eacute;gyrie de
+Phtah-Socbaris; le roi accompagne
+l'image du dieu gardien du Rhamess&eacute;ium de M&eacute;iamoun (le
+palais de
+M&eacute;dinet-Habou) de Th&egrave;bes sur la rive gauche, dans la
+pan&eacute;gyrie de ce
+jour.&raquo;</p>
+<p>Cette pan&eacute;gyrie continuait encore le vingt-septi&egrave;me et
+le vingt-huiti&egrave;me
+jour du m&ecirc;me mois; c'est celle qu'on a repr&eacute;sent&eacute;e
+dans les grands
+bas-reliefs sup&eacute;rieurs des galeries de l'est et du sud de la
+seconde
+cour du palais; du reste, je savais d&eacute;j&agrave;, par un
+tr&egrave;s-grand nombre
+d'inscriptions, que les &Eacute;gyptiens appelaient <i>Rhamess&eacute;ium
+de M&eacute;iamoun</i>
+le monument de M&eacute;dinet-Habou dont je viens de donner une
+description
+rapide; car comment entreprendre de tout dire dans une lettre? Je
+termine ici celle d'aujourd'hui.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="DIX-NEUVIEME_LETTRE"></a>
+<h2>DIX-NEUVI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Th&egrave;bes (environs de
+M&eacute;dinet-Habou), le 2 juillet 1829.</small><br>
+</p>
+<p>Afin de donner
+une id&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale compl&egrave;te du quartier
+sud-ouest de la vieille capitale
+pharaonique, voisin du nome d'<i>Hermonthis</i>, il me reste &agrave;
+pr&eacute;senter
+quelques d&eacute;tails sur deux &eacute;difices sacr&eacute;s, qui,
+bien moins importants, &agrave;
+la v&eacute;rit&eacute;, que le palais du conqu&eacute;rant <i>M&eacute;iamoun</i>,
+pr&eacute;sentent toutefois
+quelque int&eacute;r&ecirc;t sous divers rapports historiques et
+mythologiques.</p>
+<p>L'une de ces constructions s'&eacute;l&egrave;ve au milieu de
+broussailles et de
+grandes herbes, en dehors de l'angle sud-est et &agrave; une
+tr&egrave;s-petite
+distance de l'&eacute;norme enceinte carr&eacute;e, en briques crues,
+qui environnait
+jadis le palais et les temples de M&eacute;dinet-Habou. C'est un
+&eacute;difice de
+petites proportions, et qui n'a jamais &eacute;t&eacute;
+compl&egrave;tement termin&eacute;; il se
+compose d'une sorte de pronaos et de trois salles successives, dont les
+deux derni&egrave;res seulement sont d&eacute;cor&eacute;es de
+tableaux, soit sculpt&eacute;s et
+peints, soit &eacute;bauch&eacute;s, ou m&ecirc;me simplement
+trac&eacute;s &agrave; l'encre rouge. Ces
+tableaux ne laissent aucun doute sur la destination du monument, ni sur
+l'&eacute;poque de sa construction. Il appartient au r&egrave;gne des
+Lagides, comme
+le prouvent une double d&eacute;dicace d'un travail barbare,
+sculpt&eacute;e
+ult&eacute;rieurement autour du sanctuaire, et les noms royaux inscrits
+devant
+les personnages figurant dans tous les tableaux d'adoration.</p>
+<p>La d&eacute;dicace annonce express&eacute;ment que le roi <i>Ptol&eacute;m&eacute;e
+&Eacute;verg&egrave;te II, et sa
+soeur, la reine Cl&eacute;op&acirc;tre</i>, ont construit cet
+&eacute;difice et l'ont consacr&eacute;
+<i>&agrave; leur p&egrave;re</i> le dieu <i>Th&ocirc;th</i>, ou
+Herm&egrave;s ibioc&eacute;phale.</p>
+<p>C'est ici le seul des temples encore existants en &Eacute;gypte qui
+soit
+sp&eacute;cialement d&eacute;di&eacute; au dieu protecteur des
+sciences, &agrave; l'inventeur de
+l'&eacute;criture et de tous les arts utiles, en un mot, &agrave;
+l'organisateur de la
+soci&eacute;t&eacute; humaine. On retrouve son image dans la plupart
+des tableaux qui
+d&eacute;corent les parois de la seconde salle, et surtout celle du
+sanctuaire.
+On l'y invoquait sous son nom ordinaire de <i>Th&ocirc;th</i>, que
+suivent
+constamment soit le titre SOTEM qui exprime la supr&ecirc;me direction
+des
+choses sacr&eacute;es, soit la qualification <i>Ho-en-Hib</i>,
+c'est-&agrave;-dire <i>qui a
+une face d'ibis</i>, oiseau sacr&eacute;, dont toutes les figures du
+dieu,
+sculpt&eacute;es dans ce temple, empruntent la t&ecirc;te,
+orn&eacute;es de coiffures
+vari&eacute;es.</p>
+<p>On rendait aussi dans ce temple un culte tr&egrave;s-particulier
+&agrave; <i>Noh&eacute;mouo</i>
+ou <i>Nahamouo</i>, d&eacute;esse que caract&eacute;risent le vautour,
+embl&egrave;me de la
+maternit&eacute;, formant sa coiffure, et l'image d'un petit propylon
+s'&eacute;levant au-dessus de cette coiffure symbolique. Les
+l&eacute;gendes trac&eacute;es &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; des nombreuses repr&eacute;sentations de cette
+compagne du dieu <i>Th&ocirc;th</i>,
+qui, d'apr&egrave;s son nom m&ecirc;me, para&icirc;t avoir
+pr&eacute;sid&eacute; &agrave; la <i>conservation des
+germes</i>, l'assimilent &agrave; la d&eacute;esse <i>Saschfmou&eacute;</i>,
+compagne habituelle de
+<i>Th&ocirc;th</i>, r&eacute;gulatrice des p&eacute;riodes
+d'ann&eacute;es et des assembl&eacute;es sacr&eacute;es.</p>
+<p>Ces deux divinit&eacute;s re&ccedil;oivent, outre leurs titres
+ordinaires, celui de
+<i>R&eacute;sidant</i> &agrave; MANTHOM; nous apprenons ainsi le nom
+antique de cette
+portion de Th&egrave;bes o&ugrave; s'&eacute;l&egrave;ve le temple de <i>Th&ocirc;th</i>.</p>
+<p>Le bandeau de la porte qui donne entr&eacute;e dans la
+derni&egrave;re salle du
+temple, le <i>sanctuaire</i> proprement dit, est orn&eacute; de quatre
+tableaux
+repr&eacute;sentant Ptol&eacute;m&eacute;e faisant de riches offrandes,
+d'abord aux grandes
+divinit&eacute;s protectrices de Th&egrave;bes, <i>Amon-Ra, Mouth</i>
+et <i>Chons</i>,
+g&eacute;n&eacute;ralement ador&eacute;es dans cette immense capitale,
+et en second lieu aux
+divinit&eacute;s particuli&egrave;res du temple, <i>Th&ocirc;th</i> et
+la d&eacute;esse <i>Nahamouo</i>. Dans
+l'int&eacute;rieur du sanctuaire on retrouve les images de la grande
+triade
+th&eacute;baine, et m&ecirc;me celles de la triade ador&eacute;e dans
+le nome d'Hermonthis,
+qui commen&ccedil;ait &agrave; une courte distance du temple. Deux
+grands tableaux,
+l'un sur la paroi de droite, l'autre sur la paroi de gauche,
+repr&eacute;sentent, selon l'usage, la bari ou <i>arche sacr&eacute;e</i>
+de la divinit&eacute; &agrave;
+laquelle appartient le sanctuaire. L'arche de droite est celle de
+THOTH-PEHO-EN-HIB (<i>Th&ocirc;th &agrave; face d'ibis</i>), et l'arche
+de gauche, celle
+de THOTH PSOTEM (Th&ocirc;th le surintendant des <i>choses
+sacr&eacute;es</i>). L'une et
+l'autre se distinguent par leurs proues et leurs poupes
+d&eacute;cor&eacute;es de
+t&ecirc;tes d'&eacute;pervier, surmont&eacute;es du disque et du
+croissant, &agrave; t&ecirc;te
+symbolique du dieu <i>Chons</i>, le fils a&icirc;n&eacute; d'Ammon et
+de Mouth, la
+troisi&egrave;me personne de la triade th&eacute;baine, dont le dieu <i>Th&ocirc;th</i>
+n'est
+qu'une forme secondaire.</p>
+<p>Ici, comme dans la salle pr&eacute;c&eacute;dente, on trouve
+toujours le roi Ptol&eacute;m&eacute;e
+<i>&Eacute;verg&egrave;te II</i>, faisant des offrandes ou de riches
+pr&eacute;sents aux divinit&eacute;s
+locales. Mais quatre bas-reliefs de l'int&eacute;rieur du sanctuaire,
+sculpt&eacute;s
+deux &agrave; gauche et deux &agrave; droite de la porte, ont
+fix&eacute; plus
+particuli&egrave;rement mon attention. Ce ne sont plus des
+divinit&eacute;s proprement
+dites, auxquelles s'adressent les dons pieux du Lagide: ici, <i>&Eacute;verg&egrave;te
+II</i>, comme le disent textuellement les inscriptions qui servent de
+titre
+&agrave; ces bas-reliefs, <i>br&ucirc;le l'encens en l'honneur des
+p&egrave;res de ses p&egrave;res
+et des m&egrave;res de ses m&egrave;res</i>. Le roi accomplit, en
+effet, diverses
+c&eacute;r&eacute;monies religieuses en pr&eacute;sence d'individus des
+deux sexes, class&eacute;s
+deux par deux, et rev&ecirc;tus des insignes de certaines
+divinit&eacute;s. Les
+l&eacute;gendes trac&eacute;es devant chacun de ces personnages
+ach&egrave;vent de d&eacute;montrer
+que ces honneurs sont adress&eacute;s aux rois et aux reines lagides,
+anc&ecirc;tres
+d'&Eacute;verg&egrave;te II en ligne directe: et en effet, le premier
+bas-relief de
+gauche repr&eacute;sente <i>Ptol&eacute;m&eacute;e Philadelphe</i>,
+costum&eacute; en Osiris, assis sur
+un tr&ocirc;ne &agrave; c&ocirc;t&eacute; duquel on voit la reine <i>Arsino&eacute;</i>
+sa femme, debout,
+coiff&eacute;e des insignes de <i>Mouth</i> et d'<i>Hath&ocirc;r</i>.
+&Eacute;verg&egrave;te II l&egrave;ve ses bras
+en signe d'adoration devant ces deux &eacute;poux, dont les
+l&eacute;gendes
+signifient: <i>Le divin p&egrave;re de ses p&egrave;res</i>
+PTOL&Eacute;M&Eacute;E, <i>dieu</i> PHILADELPHE;
+<i>la divine m&egrave;re de ses m&egrave;res</i> ARSINO&Eacute;, <i>d&eacute;esse</i>
+PHILADELPHE.</p>
+<p>Plus loin, &Eacute;verg&egrave;te II offre l'encens &agrave; un
+personnage &eacute;galement assis
+sur un tr&ocirc;ne et d&eacute;cor&eacute; des insignes du dieu <i>Socarosiris</i>,
+accompagn&eacute;
+d'une reine debout, la t&ecirc;te orn&eacute;e de la coiffure
+d'Hath&ocirc;r, la V&eacute;nus
+&eacute;gyptienne; leurs l&eacute;gendes portent: <i>Le p&egrave;re de
+ses p&egrave;res</i>, PTOL&Eacute;M&Eacute;E,
+<i>dieu cr&eacute;ateur</i>. <i>La divine m&egrave;re de ses
+m&egrave;res</i>, B&Eacute;R&Eacute;NICE, <i>d&eacute;esse
+cr&eacute;atrice</i>. On peut donc reconna&icirc;tre ici soit <i>Ptol&eacute;m&eacute;e
+Soter Ier</i> et sa
+femme <i>B&eacute;r&eacute;nice</i>, fille de Magas, soit <i>Ptol&eacute;m&eacute;e
+&Eacute;verg&egrave;te Ier</i> et
+<i>B&eacute;r&eacute;nice</i>, sa femme et sa soeur. L'absence totale
+du cartouche pr&eacute;nom
+dans la l&eacute;gende du Ptol&eacute;m&eacute;e, objet de cette
+adoration, autoriserait
+l'une ou l'autre de ces hypoth&egrave;ses. Mais si l'on observe que ces
+deux
+&eacute;poux re&ccedil;oivent les hommages d'<i>&Eacute;verg&egrave;te
+II</i>, &agrave; la suite des honneurs
+rendus, en premier lieu, &agrave; <i>Ptol&eacute;m&eacute;e</i> et
+&agrave; <i>Arsino&eacute; Philadelphe</i>, on se
+persuadera que le second tableau concerne les enfants et les
+successeurs
+imm&eacute;diats de ces Lagides, c'est-&agrave;-dire <i>&Eacute;verg&egrave;te
+Ier</i> et <i>B&eacute;r&eacute;nice</i>, sa
+soeur. Le titre de <i>Phter-Mounk, dieu cr&eacute;ateur, dieu fondateur</i>
+ou
+<i>fabricateur</i>, conviendrait beaucoup mieux, il est vrai, &agrave; <i>Ptol&eacute;m&eacute;e
+Soter Ier</i>, fondateur de la domination des Lagides; mais j'ai la
+pleine
+certitude que ce titre est prodigu&eacute; sur les monuments
+&eacute;gyptiens &agrave; une
+foule de souverains autres que des chefs de dynasties.</p>
+<p>Deux bas-reliefs, sculpt&eacute;s &agrave; droite de la porte, nous
+montrent &Eacute;verg&egrave;te
+II rendant de semblables honneurs aux images de ses autres
+anc&ecirc;tres et
+pr&eacute;d&eacute;cesseurs, et toujours en suivant la ligne
+g&eacute;n&eacute;alogique descendante:
+ainsi, dans le premier tableau, le roi r&eacute;pand des libations
+devant le
+<i>divin p&egrave;re de son p&egrave;re</i>, PTOL&Eacute;MEE, <i>dieu</i>
+PHILOPATOR, <i>et la divine
+m&egrave;re de sa m&egrave;re</i>, ARSINO&Eacute;, <i>d&eacute;esse</i>
+PHILOPATOR; enfin, dans le second
+tableau, il fait l'offrande du vin &agrave; son royal p&egrave;re
+PTOL&Eacute;M&Eacute;E, <i>dieu</i>
+&Eacute;PIPHANE, et <i>&agrave; sa royale m&egrave;re</i>
+CL&Eacute;OPATRE, <i>d&eacute;esse</i> &Eacute;PIPHANE. Son
+p&egrave;re
+et son a&iuml;eul sont figur&eacute;s dans le costume du dieu Osiris;
+sa m&egrave;re et son
+a&iuml;eule, dans le costume d'Hath&ocirc;r. Quant aux titres <i>Philadelphe,
+Philopator et &Eacute;piphane</i>, ils sont plac&eacute;s &agrave; la
+suite des cartouches noms
+propres, et exprim&eacute;s par des hi&eacute;roglyphes
+phon&eacute;tiques (repr&eacute;sentant les
+mots coptes &eacute;quivalents). Ces quatre tableaux nous donnent donc
+la
+g&eacute;n&eacute;alogie compl&egrave;te d'&Eacute;verg&egrave;te II,
+et l'ordre successif des rois de la
+dynastie des Lagides &agrave; partir de <i>Ptol&eacute;m&eacute;e
+Philadelphe</i>.</p>
+<p>C'est toujours ainsi que les monuments nationaux de l'&Eacute;gypte
+servent
+pour le moins de confirmation aux t&eacute;moignages historiques
+puis&eacute;s dans
+les &eacute;crits des Grecs; et cela toutes les fois qu'ils ne viennent
+point
+&eacute;claircir ou coordonner les notions vagues et
+incoh&eacute;rentes que ce m&ecirc;me
+peuple nous a transmises sur l'histoire &eacute;gyptienne, surtout en
+ce qui
+concerne les anciennes &eacute;poques. L'usage constamment suivi par
+les
+&Eacute;gyptiens, de couvrir toutes les parois de leurs monuments de
+nombreuses
+s&eacute;ries de tableaux repr&eacute;sentant des sc&egrave;nes
+religieuses ou des &eacute;v&eacute;nements
+contemporains, dans lesquels figure d'habitude le souverain
+r&eacute;gnant &agrave;
+l'&eacute;poque m&ecirc;me o&ugrave; l'on sculptait ces bas-reliefs,
+cet usage, disons-nous,
+a tourn&eacute; bien heureusement au profit de l'histoire, puisqu'il a
+conserv&eacute; jusqu'&agrave; nos jours un immense tr&eacute;sor de
+notions positives qu'on
+chercherait inutilement ailleurs. On peut dire en toute
+v&eacute;rit&eacute; que,
+gr&acirc;ce &agrave; ces bas-reliefs et aux nombreuses inscriptions qui
+les
+accompagnent, chaque monument de l'&Eacute;gypte s'explique par
+lui-m&ecirc;me, et
+devient, si l'on peut s'exprimer ainsi, son propre interpr&egrave;te.
+Il
+suffit, en effet, d'&eacute;tudier quelques instants les sculptures qui
+ornent
+le sanctuaire de l'&eacute;difice situ&eacute; &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; de l'enceinte de M&eacute;dinet-Habou,
+la seule portion du monument v&eacute;ritablement termin&eacute;e, pour
+se convaincre
+aussit&ocirc;t qu'on se trouve dans un temple consacr&eacute; au dieu <i>Th&ocirc;th</i>,
+construit sous le r&egrave;gne d'&Eacute;verg&egrave;te II et de sa
+soeur et premi&egrave;re femme
+<i>Cl&eacute;op&acirc;tre</i>, mais dont les sculptures ont
+&eacute;t&eacute; termin&eacute;es post&eacute;rieurement
+&agrave; l'&eacute;poque du mariage d'&Eacute;verg&egrave;te II avec
+Cl&eacute;op&acirc;tre sa ni&egrave;ce et sa
+seconde femme, mentionn&eacute;e dans les l&eacute;gendes royales qui
+d&eacute;corent le
+plafond du sanctuaire.</p>
+<p>Le style mou et lourd des bas-reliefs, la grossi&egrave;ret&eacute;
+d'ex&eacute;cution des
+hi&eacute;roglyphes, et le peu de soin donn&eacute; &agrave;
+l'application des couleurs sur
+les sculptures, s'accordent trop bien avec les dates fournies par les
+inscriptions d&eacute;dicatoires pour qu'on m&eacute;connaisse dans le
+petit temple de
+Th&ocirc;th un produit de la d&eacute;cadence des arts
+&eacute;gyptiens, devenue si rapide
+aux derni&egrave;res &eacute;poques de la domination grecque.</p>
+<p>Mais un &eacute;difice d'un temps encore plus rapproch&eacute; de
+nous pr&eacute;sente aux
+regards du voyageur un exemple frappant du degr&eacute; de corruption
+auquel
+descendit la sculpture &eacute;gyptienne sous l'influence du
+gouvernement
+romain. Il s'agit ici des ruines d&eacute;sign&eacute;es, dans la <i>Description
+g&eacute;n&eacute;rale de Th&egrave;bes</i>, par MM. Jollois et
+Devilliers, sous le nom de
+<i>Petit Temple situ&eacute; &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; sud de
+l'Hippodrome</i>, aux d&eacute;bris
+duquel j'ai donn&eacute; toute la journ&eacute;e d'hier.</p>
+<p>Partis de grand matin de notre maison de Kourna Salvador Cherubini
+et
+moi, nous cour&ucirc;mes sur M&eacute;dinet-Habou, et, passant dans le
+voisinage du
+petit temple de <i>Th&ocirc;th</i>, nous gagn&acirc;mes la base des
+monticules factices
+formant l'immense enceinte nomm&eacute;e l'<i>Hippodrome</i> par la
+Commission
+d'&Eacute;gypte, et que nous longe&acirc;mes ext&eacute;rieurement
+&agrave; travers la plaine
+rocailleuse qui s'&eacute;tend jusqu'au pied de la cha&icirc;ne
+libyque. Parvenus,
+apr&egrave;s une marche assez longue et tr&egrave;s-fatigante, au midi
+de ces vastes
+fortifications, qui jadis renferm&egrave;rent, selon toute apparence,
+un
+&eacute;tablissement militaire, esp&egrave;ce de camp permanent
+qu'habitaient les
+troupes formant la garnison de Th&egrave;bes et la garde des Pharaons,
+nous
+grav&icirc;mes un petit plateau peu &eacute;lev&eacute; au-dessus de la
+plaine, mais couvert
+de d&eacute;bris de constructions et de fragments de poteries de
+diff&eacute;rentes
+&eacute;poques.</p>
+<p>Le premier objet qui attire les regards est un grand <i>propylon</i>
+faisant
+face &agrave; l'ouest, mais dans un &eacute;tat de destruction fort
+avanc&eacute;, quoique
+form&eacute; primitivement de mat&eacute;riaux d'un assez beau choix.
+Quatre
+bas-reliefs existent encore du c&ocirc;t&eacute; de l'hippodrome; tous
+repr&eacute;sentent
+l'empereur <i>Vespasien</i> [Greek: (AUTOKRTOR KAISRS OUSPSIANS)],
+costum&eacute; &agrave;
+l'&eacute;gyptienne et faisant des offrandes &agrave;
+diff&eacute;rentes divinit&eacute;s; les
+tableaux qui d&eacute;corent la face du propylon tourn&eacute;e du
+c&ocirc;t&eacute; du temple
+montrent l'empereur <i>Domitien</i> [Greek:(AUTOKRTOP KAISRS TOMTIANOS
+GRMNIKOS)] accomplissant de semblables c&eacute;r&eacute;monies; enfin,
+neuf
+bas-reliefs encore subsistants, seuls restes de la d&eacute;coration
+int&eacute;rieure, reproduisent l'image d'un nouveau souverain,
+figur&eacute; soit
+dans l'action de percer d'une lance la tortue, embl&egrave;me de la
+paresse,
+soit offrant aux dieux des libations et des pains sacr&eacute;s: c'est
+l'empereur <i>Othon</i> [Greek:(MARKOS OThONS KAISRS AUTOKPTP)].</p>
+<p>Je lisais pour la premi&egrave;re fois le nom de cet empereur,
+retrac&eacute; en
+caract&egrave;res hi&eacute;roglyphiques, et on le chercherait
+vainement ailleurs sur
+toutes les constructions &eacute;gyptiennes existantes entre la
+M&eacute;diterran&eacute;e et
+Dakk&eacute;h en Nubie, limite extr&ecirc;me des &eacute;difices
+&eacute;lev&eacute;s par les &Eacute;gyptiens
+sous la domination grecque et romaine. La dur&eacute;e du r&egrave;gne
+d'Othon fut si
+courte que la d&eacute;couverte d'un monument rappelant sa
+m&eacute;moire excite
+toujours autant de surprise que d'int&eacute;r&ecirc;t. Il
+para&icirc;t, au reste, que
+l'&Eacute;gypte se d&eacute;clara promptement pour Othon, puisque c'est
+pr&eacute;cis&eacute;ment la
+province de l'empire o&ugrave; furent frapp&eacute;es les seules
+m&eacute;dailles de bronze
+que nous ayons de cet empereur.</p>
+<p>La pr&eacute;sence du nom d'<i>Othon</i> &eacute;tablit
+invinciblement que la d&eacute;coration du
+propylon, &agrave; en juger par ce qui reste des sculptures, fut
+commenc&eacute;e l'an
+69 de l'&egrave;re chr&eacute;tienne, et termin&eacute;e au plus tard
+vers l'an 96, &eacute;poque de
+la mort de <i>Domitien</i>.</p>
+<p>En avant, et &agrave; quelque distance du propylon, se trouve un
+escalier au
+bas duquel &eacute;tait jadis une petite porte d&eacute;cor&eacute;e de
+bas-reliefs d'un
+travail barbare, comparativement &agrave; ceux du propylon; et
+cependant je
+reconnus dans leurs d&eacute;bris la l&eacute;gende de l'empereur <i>Auguste</i>
+([Greek:
+AUTOKPTP KAISRS]). Cela prouve qu'&agrave; cette &eacute;poque
+l'&Eacute;gypte avait
+simultan&eacute;ment de bons et de mauvais ouvriers.</p>
+<p>Sur le m&ecirc;me axe, et &agrave; soixante m&egrave;tres environ du
+grand propylon, s'&eacute;l&egrave;ve
+le temple, ou plut&ocirc;t une petite cella aujourd'hui isol&eacute;e,
+et dont les
+parois ext&eacute;rieures, &agrave; peine d&eacute;grossies, n'ont
+jamais re&ccedil;u de d&eacute;coration;
+mais les salles int&eacute;rieures sont couvertes d'ornements
+sculpt&eacute;s et de
+bas-reliefs d'une ex&eacute;cution tr&egrave;s-lourde et
+tr&egrave;s-grossi&egrave;re. Presque tous
+ces tableaux, surtout ceux du sanctuaire, appartiennent &agrave;
+l'&eacute;poque
+d'<i>Hadrien</i>. Ce successeur de Trajan comble de dons et d'offrandes
+les
+divinit&eacute;s ador&eacute;es dans le temple; et &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; de chacune de ces images on
+a r&eacute;p&eacute;t&eacute; sa l&eacute;gende particuli&egrave;re,
+[Greek: AUTOKPTOP KAISRS TRAINS
+ATRIANS], <i>l'empereur C&eacute;sar Trajan Hadrien</i>. J'ai
+remarqu&eacute; enfin que la
+corniche ext&eacute;rieure du sanctuaire offre parmi ses ornements la
+l&eacute;gende
+d'<i>Antonin</i>, ainsi con&ccedil;ue: [Greek: AUTOKRTOR TITOS AILIOS
+ATRIANS
+ANTONINS EUSBS], <i>l'empereur Titus AElius Adrianus Antoninus Pius</i>.</p>
+<p>L'&eacute;poque de la d&eacute;coration du sanctuaire et des autres
+salles du temple
+proprement dit &eacute;tant clairement fix&eacute;e par ces noms
+imp&eacute;riaux, il reste &agrave;
+d&eacute;terminer quelles furent les divinit&eacute;s
+particuli&egrave;rement honor&eacute;es dans
+ce temple: ce point &eacute;clairci, il deviendra facile en m&ecirc;me
+temps de
+d&eacute;cider avec certitude si cet &eacute;difice appartenait jadis
+au nome
+<i>diospolite</i>, ou &agrave; celui d'<i>Hermonthis</i>; car de
+l'&eacute;tude suivie des
+monuments de l'&Eacute;gypte et de la Nubie, il r&eacute;sulte que la
+triade ador&eacute;e
+dans la capitale d'un nome repara&icirc;t constamment et occupe un rang
+distingu&eacute; dans les &eacute;difices sacr&eacute;s de toutes les
+villes de sa
+d&eacute;pendance, chaque nome ayant pour ainsi dire un culte
+particulier, et
+v&eacute;n&eacute;rant les trois portions distinctes de l'&Ecirc;tre
+divin sous des noms et
+des formes diff&eacute;rentes.</p>
+<p>Les indications les plus positives &agrave; cet &eacute;gard doivent
+r&eacute;sulter de
+l'examen des sculptures qui d&eacute;corent les sanctuaires, surtout
+lorsque
+cette portion principale du temple existe dans tout son entier, comme
+cela arrive pr&eacute;cis&eacute;ment pour les ruines situ&eacute;es au
+sud de l'hippodrome.</p>
+<p>Quatre grands bas-reliefs superpos&eacute;s deux &agrave; deux
+couvrent la paroi du
+fond du sanctuaire. Les deux bas-reliefs sup&eacute;rieurs
+repr&eacute;sentent
+l'empereur <i>Hadrien</i>, costum&eacute; en fils a&icirc;n&eacute;
+d'Ammon, adorant une d&eacute;esse
+coiff&eacute;e du vautour, embl&egrave;me de la maternit&eacute;, et
+surmont&eacute; des cornes de
+vache, du disque et d'un petit tr&ocirc;ne. Ce sont les insignes
+ordinaires
+d'<i>Isis</i>, et la l&eacute;gende sculpt&eacute;e &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; des deux images de la d&eacute;esse
+porte en effet: ISIS <i>la grande m&egrave;re divine qui r&eacute;side
+dans la montagne
+de l'Occident</i>. Les bas-reliefs inf&eacute;rieurs nous montrent le
+m&ecirc;me
+empereur pr&eacute;sentant des offrandes au dieu <i>Monht</i> ou <i>Manthou</i>,
+le dieu
+&eacute;ponyme d'Hermonthis, et au roi des dieux <i>Amon-Ra</i>, le
+dieu &eacute;ponyme de
+Th&egrave;bes.</p>
+<p>Guid&eacute;s ici par une th&eacute;orie fond&eacute;e sur
+l'observation de faits
+enti&egrave;rement analogues, et qui se reproduisent partout et sans
+aucune
+exception contraire, nous devons conclure avec assurance que ce temple
+fut particuli&egrave;rement consacr&eacute; &agrave; la d&eacute;esse
+Isis, puisque ses images
+occupent sans partage la place d'honneur au fond du sanctuaire;
+au-dessous d'elle paraissent les grandes divinit&eacute;s du nome de <i>Th&egrave;bes</i>
+et du nome <i>hermonthite</i>, deux syntr&ocirc;nes ador&eacute;s
+aussi dans ce m&ecirc;me
+temple. Mais le dieu <i>Manthou</i> occupant la droite, quoique tenant
+dans
+ces mythes sacr&eacute;s un rang inf&eacute;rieur &agrave; celui du roi
+des dieux Amon-Ra,
+qui occupe ici la gauche, il devient certain que le <i>Temple d'Isis</i>,
+situ&eacute; au sud de l'hippodrome, d&eacute;pendait du nome d'<i>Hermonthis</i>
+et non du
+nome <i>diospolite</i>, puisque le dieu Mandou re&ccedil;oit
+imm&eacute;diatement apr&egrave;s
+<i>Isis</i> et avant Amon-Ra, dieu &eacute;ponyme de Th&egrave;bes, les
+adorations de
+l'empereur Hadrien.</p>
+<p>Ainsi la divinit&eacute; locale, celle que les habitants de la
+[Greek: chomae]
+ou <i>bourgade</i> du nome hermonthite, qui exista jadis autour du
+temple,
+regardaient comme leur protectrice sp&eacute;ciale, fut la
+d&eacute;esse <i>Isis</i>, qui
+r&eacute;side dans PT&Ocirc;OU-EN-EMENT (ou la <i>montagne de
+l'Occident</i>). Mais cette
+qualification donne lieu &agrave; quelque incertitude: faut-il prendre
+les mots
+<i>Pt&ocirc;ou-en-ement</i> dans leur sens g&eacute;n&eacute;ral et n'y
+voir que la d&eacute;signation
+de la <i>montagne occidentale</i>, derri&egrave;re laquelle, selon les
+mythes, le
+soleil se couchait et terminait son cours, montagne plac&eacute;e sous
+l'influence d'<i>Isis</i>, de la m&ecirc;me mani&egrave;re que la <i>montagne
+orientale</i>,
+PT&Ocirc;OU-EN-EIEBT, appartenait &agrave; la d&eacute;esse <i>Nephthys</i>;
+ou bien, prenant les
+mots dans un sens plus restreint, devons-nous traduire le titre d'Isis
+<i>Hitem-pt&ocirc;ou-en-ement</i> par: d&eacute;esse qui r&eacute;side
+dans PT&Ocirc;OUENEMENT ou
+<i>Pt&ocirc;ouement</i>, en consid&eacute;rant ici <i>Pt&ocirc;ouement</i>
+comme le nom propre de la
+bourgade dans laquelle exista le temple? Cette qualification serait
+alors analogue aux titres <i>Hitem Pselk</i>, r&eacute;sidant &agrave;
+Pselkis; <i>Hitem
+Manlak</i>, r&eacute;sidant &agrave; Philae; <i>Hitem Souan</i>,
+r&eacute;sinant &agrave; Sy&egrave;ne; <i>Hitem
+Eb&ocirc;u</i>, r&eacute;sidant &agrave; &Eacute;l&eacute;phantine; <i>Hitem
+Sn&egrave;</i>, r&eacute;sidant &agrave; Latopolis; <i>Hitem
+Eb&ocirc;t</i>, r&eacute;sidant &agrave; Abydos, etc., que
+re&ccedil;oivent constamment Th&ocirc;th, Isis,
+Chnouphis, Sat&eacute;, Neith, Osiris, etc., dans les temples que leur
+&eacute;lev&egrave;rent ces anciennes villes plac&eacute;es sous leur
+domination imm&eacute;diate.
+Mais comme les mots <i>Pt&ocirc;ou-en-ement</i> ne sont pas toujours
+suivis, comme
+<i>Pselk, Manlak, Souan</i>, etc., du signe d&eacute;terminatif des
+noms propres de
+contr&eacute;es ou de lieux habit&eacute;s, nous pensons, sans exclure
+absolument
+cette premi&egrave;re hypoth&egrave;se, qu'ils d&eacute;signent ici
+plus directement la
+<i>montagne occidentale c&eacute;leste</i>, sur laquelle Isis
+partageait avec
+<i>Natph&eacute;</i>, la Rh&eacute;a &eacute;gyptienne, le soin
+journalier d'accueillir le dieu
+Soleil, &eacute;puis&eacute; de sa longue course et mourant, ce
+m&ecirc;me dieu que la soeur
+d'Isis, Nephthys, avait re&ccedil;u enfant, et sortant plein de vie du
+sein de
+sa m&egrave;re Natph&eacute;, sur la <i>montagne orientale</i>. Sous
+un point de vue plus
+mat&eacute;riel encore, la <i>montagne occidentale</i>
+d&eacute;signera la cha&icirc;ne libyque,
+voisine du temple o&ugrave; sont creus&eacute;s d'innombrables
+tombeaux, et par suite
+l'enfer &eacute;gyptien, l'<i>Ament&eacute;</i>, c'est-&agrave;-dire la
+<i>contr&eacute;e occidentale</i>,
+s&eacute;jour redoutable o&ugrave; r&eacute;gnaient Isis et son
+&eacute;poux Osiris, le juge
+souverain des &acirc;mes. Les bas-reliefs sculpt&eacute;s sur les
+parois lat&eacute;rales
+et sur la porte du sanctuaire, ainsi que ceux qui d&eacute;corent la
+porte
+ext&eacute;rieure du naos et les restes du grand propylon,
+repr&eacute;sentent aussi
+l'empereur Othon ou ses successeurs, faisant des offrandes &agrave;
+Isis,
+d&eacute;esse de la montagne d'Occident, en m&ecirc;me temps qu'aux
+dieux synthr&ocirc;nes
+<i>Manthou</i> et <i>Ritho</i>, les grandes divinit&eacute;s du nome
+hermonthite; de
+semblables hommages sont aussi rendus aux dieux de Th&egrave;bes,
+Amon-Ra,
+Mouth et Chons, suivant l'usage &eacute;tabli d'adorer &agrave; la fois
+dans un temple
+d'abord les divinit&eacute;s locales, ensuite celles du nome entier, et
+enfin
+un dieu du nome le plus voisin; comme pour &eacute;tablir entre les
+cultes
+particuliers de chacune des pr&eacute;fectures de l'&Eacute;gypte une
+liaison
+successive et continue qui les ramenait ainsi &agrave; l'unit&eacute;.
+Tous les
+temples de l'&Eacute;gypte et de la Nubie offrent les preuves de cette
+pratique, motiv&eacute;e sur de graves consid&eacute;rations d'ordre
+public et de
+saine politique.</p>
+<p>Tels sont les faits g&eacute;n&eacute;raux r&eacute;sultant de
+l'&eacute;tude que je viens de faire
+des derni&egrave;res ruines de la plaine de Th&egrave;bes, du
+c&ocirc;t&eacute; sud-ouest; ces deux
+monuments, l'un le <i>temple de Th&ocirc;th</i>, l'autre le <i>temple
+d'Isis</i>,
+marquent en outre l'&eacute;tat r&eacute;trograde de l'art
+&eacute;gyptien &agrave; l'&eacute;poque des
+rois grecs comme &agrave; celle des empereurs romains; et les
+sculptures les
+plus r&eacute;centes, ex&eacute;cut&eacute;es sous les r&egrave;gnes
+d'Hadrien et d'Antonin le
+Pieux, portent en effet le type d'une barbarie pouss&eacute;e &agrave;
+l'extr&ecirc;me.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGTIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGTI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Th&egrave;bes (palais de Kourna),
+le 6 juillet 1829.</small></p>
+<p>Le premier monument de la partie occidentale de Th&egrave;bes que
+visitent les
+Europ&eacute;ens en arrivant sur le sol de cette antique capitale, le
+monument
+de <i>Kourna</i>, situ&eacute; non loin du beau sycomore au pied
+duquel s'arr&ecirc;tent
+habituellement les canges des voyageurs, est devenu, par une suite de
+combinaisons ind&eacute;pendantes de ma volont&eacute;, le dernier
+objet de mes
+recherches sur la rive gauche du fleuve. Appel&eacute; d'abord au <i>Rhamesseum</i>
+par le souvenir des sc&egrave;nes historiques et des tableaux religieux
+que
+nous y avions remarqu&eacute;s en remontant le Nil, les masses de
+<i>M&eacute;dinet-Habou</i> et ses nombreux bas-reliefs militaires nous
+attir&egrave;rent
+ensuite, et je ne dus quitter ces deux palais qu'apr&egrave;s avoir
+&eacute;tudi&eacute; &agrave;
+fond les petits monuments situ&eacute;s dans leur voisinage. Cependant
+l'&eacute;difice de <i>Kourna</i>, quoique
+tr&egrave;s-inf&eacute;rieur en &eacute;tendue &agrave; ces grandes
+et importantes constructions, m&eacute;rite un examen particulier,
+puisqu'il
+appartient aux temps pharaoniques, et remonte &agrave; l'&eacute;poque
+la plus
+glorieuse dont les annales &eacute;gyptiennes aient constat&eacute; le
+souvenir. Son
+aspect pr&eacute;sente d'ailleurs un caract&egrave;re tout nouveau; et
+si son plan
+g&eacute;n&eacute;ral r&eacute;veille l'id&eacute;e d'une habitation
+particuli&egrave;re et semble exclure
+celle de temple, la magnificence de la d&eacute;coration, la profusion
+des
+sculptures, la beaut&eacute; des mat&eacute;riaux et la recherche dans
+l'ex&eacute;cution
+prouvent que cette habitation fut jadis celle d'un riche et puissant
+souverain.</p>
+<p>Et, en effet, ce qui reste de ce palais occupe seulement
+l'extr&eacute;mit&eacute;
+d'une butte factice sur laquelle existaient aussi jadis d'autres
+constructions li&eacute;es sans doute avec l'&eacute;difice encore
+debout; tous les
+d&eacute;bris &eacute;pars sur le sol portent du moins des noms royaux
+appartenant aux
+derniers Pharaons de la XVIIIe dynastie, ou au premier de la XIXe.</p>
+<p>Sur le m&ecirc;me axe que ces arrachements de constructions
+ras&eacute;es, au milieu
+de bouquets de palmiers et de masures modernes en briques crues,
+s'&eacute;l&egrave;ve
+un portique ayant plus de cent cinquante pieds de long, trente de
+hauteur, et soutenu par dix colonnes dont le f&ucirc;t se compose d'un
+faisceau de tiges de lotus, et le chapiteau, des boutons de cette
+m&ecirc;me
+plante tronqu&eacute;s pour recevoir le d&eacute;. Cet ordre, qui n'est
+point
+particulier aux constructions civiles, puisqu'on le retrouvait dans le
+temple de Chnouphis &agrave; &Eacute;l&eacute;phantine et dans un
+temple d'&Eacute;l&eacute;thya, tous
+deux tr&egrave;s-r&eacute;cemment d&eacute;truits par la barbare
+ignorance des Turcs,
+appartient sans aucun doute aux vieilles &eacute;poques de
+l'architecture
+&eacute;gyptienne, et ne le c&egrave;de, sous le rapport de
+l'antiquit&eacute;, qu'aux seules
+colonnes cannel&eacute;es semblables au vieux dorique grec, dont elle
+sont le
+type &eacute;vident, et que l'on trouve employ&eacute;es presque
+exclusivement dans
+les plus anciens monuments de l'&Eacute;gypte.</p>
+<p>Sur les quatre faces du d&eacute; des chapiteaux du portique
+existent,
+sculpt&eacute;es avec beaucoup de recherche, les l&eacute;gendes
+royales de <i>M&eacute;nephtha
+Ier</i> ou celles de <i>Rhams&egrave;s le Grand</i>. Les noms et les
+pr&eacute;noms de ces
+deux Pharaons sont &eacute;galement inscrits sur le f&ucirc;t des
+colonnes, mais
+accol&eacute;s ensemble et renferm&eacute;s dans un tableau
+carr&eacute;.</p>
+<p>Le rapprochement de ces deux noms royaux trouve son explication
+naturelle dans la double l&eacute;gende d&eacute;dicatoire qui
+d&eacute;core l'architrave du
+portique sur toute sa longueur. Cette inscription est ainsi
+con&ccedil;ue:</p>
+<p>&laquo;L'Aro&euml;ris puissant, ami de la v&eacute;rit&eacute;, le
+seigneur de la r&eacute;gion
+inf&eacute;rieure, le r&eacute;gulateur de l'&Eacute;gypte, celui qui a
+ch&acirc;ti&eacute; les contr&eacute;es
+&eacute;trang&egrave;res, l'&eacute;pervier d'or soutien des
+arm&eacute;es, le plus grand des
+vainqueurs, le roi <i>Soleil gardien de la v&eacute;rit&eacute;</i>,
+l'approuv&eacute; de Phr&eacute;, le
+fils du Soleil, l'ami d'Ammon, RHAMS&Egrave;S, a ex&eacute;cut&eacute;
+des travaux en
+l'honneur de son p&egrave;re Amon-Ra, le roi des dieux, et embelli le
+palais de
+son p&egrave;re, le roi Soleil stabiliteur de justice, le fils du
+Soleil,
+M&Eacute;NEPHTHA-BORE&Iuml;. Voici qu'il a fait &eacute;lever ...
+(grande lacune) ... les
+propylons du palais ... et qu'il l'a entour&eacute; de murailles de
+briques,
+construites &agrave; toujours; c'est ce qu'a ex&eacute;cut&eacute; le
+fils du Soleil, l'ami
+d'Ammon, RHAMS&Egrave;S.&raquo;</p>
+<p>Cette d&eacute;dicace constate deux faits principaux: le palais de
+Kourna fut
+fond&eacute; et construit par le Pharaon <i>M&eacute;nephtha Ier</i>;
+et son fils, <i>Rhams&egrave;s
+le Grand</i>, achevant la d&eacute;coration de ce bel &eacute;difice,
+l'environna d'une
+enceinte orn&eacute;e de propylons et semblable &agrave; celle qui
+renferme chacun des
+grands monuments royaux de Th&egrave;bes.</p>
+<p>Tous les bas-reliefs qui d&eacute;corent l'int&eacute;rieur du
+portique et l'ext&eacute;rieur
+des trois portes par lesquelles on p&eacute;n&egrave;tre dans les
+appartements du
+palais repr&eacute;sentent, en effet, <i>M&eacute;nephtha Ier</i>, et
+plus souvent encore
+<i>Rhams&egrave;s le Grand</i>, rendant hommage &agrave; la triade
+th&eacute;baine et aux autres
+divinit&eacute;s de l'&Eacute;gypte, ou recevant de la munificence des
+dieux les
+pouvoirs royaux et des dons pr&eacute;cieux, qui devaient embellir et
+prolonger
+la dur&eacute;e de leur vie mortelle. Mais il faut
+particuli&egrave;rement remarquer
+une s&eacute;rie de vingt petits tableaux dans lesquels sont
+figur&eacute;s
+alternativement les dieux qui pr&eacute;sident au fleuve du Nil dans
+ses divers
+&Eacute;tats, et les d&eacute;esses protectrices de la terre
+d'&Eacute;gypte pendant chaque
+mois, pr&eacute;sentant &agrave; <i>Rhams&egrave;s le Grand</i> tous
+les produits de la terre et
+des eaux dans chaque saison de l'ann&eacute;e; au-dessus de ces
+bas-reliefs
+s'&eacute;tend horizontalement l'inscription suivante:</p>
+<p>&laquo;Voici ce que disent les dieux et les d&eacute;esses qui
+r&eacute;sident dans la
+r&eacute;gion d'en bas &agrave; leur fils le dominateur des deux
+r&eacute;gions, le seigneur
+du monde, <i>Soleil gardien de justice, l'approuv&eacute; de
+Phr&eacute;</i> (Rhams&egrave;s):
+Nous sommes venus vers toi, nous te donnons toutes les productions
+destin&eacute;es aux offrandes; nous mettons &agrave; ta disposition
+tous les biens
+purs, afin que tu puisses c&eacute;l&eacute;brer la pan&eacute;gyrie de
+la maison de ton
+p&egrave;re, puisque tu es un fils qui aimes ton p&egrave;re comme le
+dieu H&ocirc;rus qui a
+veng&eacute; le sien.&raquo;</p>
+<p>Ces bas-reliefs et leur l&eacute;gende se rapportent
+&eacute;videmment &agrave; l'assembl&eacute;e
+sacr&eacute;e ou pan&eacute;gyrie solennelle dans laquelle
+Rhams&egrave;s le Grand fit
+l'inauguration du palais de M&eacute;nephtha Ier, son p&egrave;re,
+aussit&ocirc;t que, par
+ses soins pieux, la d&eacute;coration int&eacute;rieure et
+ext&eacute;rieure fut enti&egrave;rement
+termin&eacute;e. Les seules sculptures de l'&eacute;difice, <i>post&eacute;rieures
+&agrave; Rhams&egrave;s le
+Grand</i>, consistent en quelques inscriptions royales onomastiques
+plac&eacute;es
+sur l'&eacute;paisseur des portes ou sur le soubassement et qui ne se
+lient
+point &agrave; l'ensemble de la d&eacute;coration primitive; toutes
+appartiennent au
+r&egrave;gne de M&eacute;nephtha II, fils et successeur imm&eacute;diat
+de Rhams&egrave;s le Grand,
+&agrave; l'exception d'une seule, sculpt&eacute;e au-dessous du
+bas-relief des
+offrandes et rappelant le nom, le pr&eacute;nom et les titres de <i>Rhams&egrave;s
+IV ou
+M&eacute;iamoun</i>, cinqui&egrave;me successeur de <i>Rhams&egrave;s
+le Grand</i>, avec une date de
+l'an VI.</p>
+<p>La porte m&eacute;diale du portique donne entr&eacute;e dans une
+salle d'environ
+quarante-huit pieds de long sur trente-trois de large. C'est la plus
+consid&eacute;rable du palais. Six colonnes semblables &agrave; celles
+du portique
+soutiennent le plafond, subsistant encore en tr&egrave;s-grande partie;
+deux
+longues inscriptions, toutes deux au nom de <i>M&eacute;nephtha Ier</i>,
+servent
+d'encadrement aux vautours ail&eacute;s qui d&eacute;corent ce plafond.
+L'inscription
+de droite contient la d&eacute;dicace g&eacute;n&eacute;rale du palais,
+faite par son
+fondateur &agrave; la plus grande des divinit&eacute;s de
+l'&Eacute;gypte:</p>
+<p>&laquo; ... Le seigneur du monde, <i>soleil stabiliteur de justice</i>,
+a
+fait ces
+constructions en l'honneur de son p&egrave;re, <i>Amon-Ra</i>, le
+seigneur des
+tr&ocirc;nes du monde et qui r&eacute;side dans la divine demeure du
+fils du soleil
+<i>M&eacute;nephtha-Bore&iuml;</i> &agrave; Th&egrave;bes, sur la rive
+gauche; il (le roi) a fait
+construire l'<i>habitation des ann&eacute;es</i> (c'est-&agrave;-dire
+le palais) en pierre
+de gr&egrave;s blanche et bonne, et un sanctuaire pour le seigneur des
+dieux.&raquo;</p>
+<p>Cette inscription nous fait conna&icirc;tre, en premier lieu, le nom
+que les
+anciens habitants de Th&egrave;bes donnaient &agrave; l'&eacute;difice
+de Kourna. Ils
+l'appelaient <i>demeure de M&eacute;nephtha</i> ou <i>Menephtheum</i>,
+du nom m&ecirc;me du
+prince qui en jeta les fondements et en &eacute;leva toutes les masses;
+elle
+explique en m&ecirc;me temps le double caract&egrave;re de temple et de
+palais que
+pr&eacute;sente cet &eacute;difice, qui, par la disposition m&ecirc;me
+de son plan, para&icirc;t
+destin&eacute; &agrave; l'habitation d'un homme, et rappelle cependant,
+par toutes ses
+d&eacute;corations, la demeure sainte d'une divinit&eacute;.</p>
+<p>La seconde inscription du plafond, celle de gauche, nous apprend que
+cette grande salle du palais dont elle constate la construction par le
+roi <i>M&eacute;nephtha Ier</i>, fut le <i>man&ocirc;skh</i>,
+c'est-&agrave;-dire la salle d'honneur,
+le lieu o&ugrave; se tenaient les assembl&eacute;es religieuses ou
+politiques et o&ugrave;
+si&eacute;geaient les tribunaux de justice. Cette salle du Menephtheum
+r&eacute;pond
+ici &agrave; ces vastes salles des grands palais de Th&egrave;bes,
+soutenues par de
+nombreuses rang&eacute;es de colonnes, qu'on a d&eacute;sign&eacute;es
+jusqu'ici sous la
+d&eacute;nomination de salles hypostyles; toutes portent le nom de <i>man&ocirc;skh</i>
+dans les inscriptions &eacute;gyptiennes sculpt&eacute;es sur leur
+plafond ou sur les
+architraves de leurs colonnades. Mais ce n'est point ici l'occasion de
+d&eacute;velopper les consid&eacute;rations qui motivaient le nom de <i>man&ocirc;skh</i>
+(c'est-&agrave;-dire le <i>lieu de la moisson</i>, et par suite, le <i>lieu
+o&ugrave; l'on
+mesure les grains</i>), donn&eacute; par les &Eacute;gyptiens aux
+salles les plus vastes
+de leurs &eacute;difices publics.</p>
+<p>De nombreux tableaux sculpt&eacute;s d&eacute;corent les longues
+parois de droite et
+de gauche de cette salle hypostyle. Dans tous se montre le fondateur,
+le
+roi <i>M&eacute;nephtha Ier</i>, offrant des parfums, des fleurs, ou
+bien l'image de
+son pr&eacute;nom mystique, &agrave; la triade th&eacute;baine, et
+particuli&egrave;rement au chef
+de cette triade, <i>Amom-Ra</i>, sous sa forme primordiale et sous
+celle de
+g&eacute;n&eacute;rateur; c'&eacute;tait le dieu protecteur du palais
+qui renfermait un
+sanctuaire consacr&eacute; &agrave; cette grande divinit&eacute;. Mais
+les petites parois &agrave;
+droite et &agrave; gauche de la porte principale sont couvertes de
+bas-reliefs
+repr&eacute;sentant les membres de la triade th&eacute;baine
+ador&eacute;s par un Pharaon
+autre que <i>M&eacute;nephtha Ier</i>, portant le nom de <i>Rhams&egrave;s</i>,
+et qu'il ne faut
+point confondre avec Rhams&egrave;s III, dit le Grand.</p>
+<p>Une s&eacute;rie de faits incontestables, recueillis dans les
+monuments
+originaux, m'ont d&eacute;montr&eacute; que ce nouveau <i>Rhams&egrave;s</i>,
+le <i>Rhams&egrave;s II</i> du
+canon royal, succ&eacute;da imm&eacute;diatement &agrave; <i>M&eacute;nephta
+Ier</i>, son p&egrave;re, et fut
+remplac&eacute;, apr&egrave;s un r&egrave;gne fort court, par son
+fr&egrave;re Rhams&egrave;s III ou
+Rhams&egrave;s le Grand, qui est le S&eacute;sostris de l'histoire.</p>
+<p>Le bas-relief inf&eacute;rieur, &agrave; gauche de la porte, dans la
+salle hypostyle,
+rappelle le sacre de Rhams&egrave;s II, apr&egrave;s la mort de
+M&eacute;nephtha Ier. Le
+jeune roi, pr&eacute;sent&eacute; par la d&eacute;esse Mouth et le dieu
+Chons, fl&eacute;chit le
+genou devant le souverain de l'univers, Amon-Ra. Le dieu supr&ecirc;me
+lui
+accorde les attributions royales et les p&eacute;riodes des grandes
+pan&eacute;gyries,
+c'est-&agrave;-dire un tr&egrave;s-long r&egrave;gne, en
+pr&eacute;sence de <i>M&eacute;nephtha Ier</i>, p&egrave;re du
+nouveau roi, repr&eacute;sent&eacute; debout derri&egrave;re le
+tr&ocirc;ne d'Ammon, et tenant &agrave; la
+fois les embl&egrave;mes de la royaut&eacute; terrestre qu'il vient de
+quitter, et
+l'embl&egrave;me de la vie divine dont il jouit d&eacute;j&agrave; dans
+la compagnie des
+dieux.</p>
+<p>Plus loin, on a figur&eacute; l'enfance de Rhams&egrave;s II en
+repr&eacute;sentant le jeune
+roi, debout, embrass&eacute; par Mouth, la grande m&egrave;re divine,
+qui lui offre le
+sein. La l&eacute;gende porte textuellement:</p>
+<p>&laquo;Voici ce que dit Mouth, dame du ciel: Mon fils qui m'aime,
+seigneur
+des
+diad&egrave;mes, Rhams&egrave;s ch&eacute;ri d'Ammon, moi qui suis ta
+m&egrave;re, je me complais
+dans tes bonnes oeuvres; nourris-toi de mon lait.&raquo;</p>
+<p>Ce tableau fait pendant &agrave; une composition analogue,
+sculpt&eacute;e sur la
+paroi oppos&eacute;e; la d&eacute;esse <i>Hath&ocirc;r</i>, la
+V&eacute;nus &eacute;gyptienne, nourrissant le
+roi <i>M&eacute;nephtha Ier</i>, et lui adressant les m&ecirc;mes
+paroles.</p>
+<p>La frise enti&egrave;re de la salle hypostyle se compose des noms et
+pr&eacute;noms
+r&eacute;p&eacute;t&eacute;s de ce Pharaon, environn&eacute;s des
+insignes du pouvoir souverain. On
+les retrouve aussi sur les d&eacute;s et dans les ornements de la base
+des
+colonnes, mais entrem&ecirc;l&eacute;s aux cartouches de Rhams&egrave;s
+II. Les architraves
+portent plusieurs inscriptions d&eacute;dicatoires de la salle
+hypostyle; les
+unes au nom du fondateur, M&eacute;nephtha Ier, d'autres au nom de
+Rhams&egrave;s II,
+qui en acheva la d&eacute;coration.</p>
+<p>Les bas-reliefs sculpt&eacute;s sous le r&egrave;gne de ces deux
+princes sont
+remarquables par la simplicit&eacute; du style, la finesse de leur
+ex&eacute;cution et
+l'&eacute;l&eacute;gante proportion des figures; ce qui les fait
+distinguer au premier
+coup d'oeil des sculptures appartenant &agrave; l'&eacute;poque de
+Rhams&egrave;s le Grand;
+celles-ci, trait&eacute;es avec bien moins de soin, portent
+d&eacute;j&agrave; des marques
+&eacute;videntes de la d&eacute;cadence de l'art.</p>
+<p>On sera frapp&eacute; de cette diff&eacute;rence
+tr&egrave;s-sensible en comparant les
+bas-reliefs de la salle hypostyle avec ceux qui couvrent les parois de
+la premi&egrave;re salle de droite, et en g&eacute;n&eacute;ral toute
+la partie du palais &agrave;
+droite de la salle hypostyle, d&eacute;cor&eacute;e sous Rhams&egrave;s
+le Grand. Cette &eacute;tude
+n'est pas sans int&eacute;r&ecirc;t, et importe beaucoup &agrave;
+l'histoire de l'art en
+g&eacute;n&eacute;ral, surtout quand il s'agit d'&eacute;poques bien
+ant&eacute;rieures aux premiers
+essais des ma&icirc;tres immortels qu'a produits le g&eacute;nie
+in&eacute;puisable des
+Grecs; et ici j'ai sous les yeux et sous la main des documents de cette
+importante histoire; je les explore de mon mieux et j'y pense sans
+cesse, ne f&ucirc;t-ce que comme sujet de distraction des magnificences
+de
+notre ch&acirc;teau de Kourna, petite bicoque de boue &agrave; un
+&eacute;tage, mais
+dominant majestueusement ces tani&egrave;res et ces terriers o&ugrave;
+se nichent nos
+concitoyens les Arabes; nous y jouissons journellement d'une
+temp&eacute;rature
+de 32 &agrave; 38 degr&eacute;s; mais on s'habitue &agrave; tout, et
+nous trouvons qu'on
+respire tr&egrave;s agr&eacute;ablement &agrave; 28 degr&eacute;s;
+d'ailleurs, je ne suis au
+ch&acirc;teau que la nuit.</p>
+<p>Nos explorations &agrave; Th&egrave;bes avancent vers leur terme; le
+1er ao&ucirc;t
+prochain, nous passerons sur la rive orientale, o&ugrave; nous
+attendent les
+immenses constructions de <i>Karnac</i> et de <i>Louqsor</i>; ces
+derni&egrave;res sont
+d&eacute;j&agrave; dans nos portefeuilles. Un mois nous suffira pour
+relever le peu de
+bas-reliefs historiques encore existants dans le grand palais des rois,
+et pour noter ce qu'il y a de plus saillant dans les sc&egrave;nes
+religieuses,
+si nombreuses dans cette curieuse construction. Je compte donc me
+mettre
+s&eacute;rieusement en route pour Paris au commencement de septembre,
+&eacute;poque &agrave;
+laquelle nous dirons adieu &agrave; Th&egrave;bes, notre vieille
+m&egrave;re. Nous reverrons
+Dend&eacute;rah en descendant, et apr&egrave;s une station au Caire
+nous nous
+retrouverons bient&ocirc;t &agrave; Alexandrie.</p>
+<p>Si l'on doit voir un ob&eacute;lisque &eacute;gyptien &agrave;
+Paris, comme vous me
+l'&eacute;crivez, que ce soit un de ceux de Louqsor; Th&egrave;bes se
+consolera de cet
+enl&egrave;vement en gardant l'ob&eacute;lisque de Karnac, le plus beau
+de tous et le
+plus digne d'admiration; mais je ne donnerai jamais mon adh&eacute;sion
+(dont
+on saura fort bien se passer, sans doute) au projet de scier en trois
+parties un de ces magnifiques monolithes; ce serait un
+sacril&egrave;ge: tout
+ou rien. Je ne doute pas qu'on ne puisse mettre sur le Nil et charger
+sur un radeau proportionn&eacute; l'un des deux ob&eacute;lisques de
+Louqsor, et je
+d&eacute;signe celui de droite pour de tr&egrave;s-bonnes raisons,
+quoique le
+pyramidion en soit alt&eacute;r&eacute; et que le monolithe soit moins
+&eacute;lev&eacute; de
+quelques pieds que celui de gauche. Les grandes eaux de l'inondation
+emm&egrave;neraient facilement l'embarcation jusqu'&agrave; Alexandrie,
+et la mer
+ferait le reste<a name="retour_texte_note_4"></a><a href="#Note_4">[4]</a>;
+voil&agrave; ce qui est
+possible, et le
+seul plan que je puisse proposer, d'apr&egrave;s la connaissance
+compl&egrave;te des
+localit&eacute;s et des monuments. Paris a besoin d'un ou deux
+&eacute;chantillons des
+grands travaux de l'architecture &eacute;gyptienne, qui &eacute;taient
+si instructifs
+pour ceux qui les visitaient dans le temps de leur splendeur; car il
+est
+vrai que toute l'histoire nationale y &eacute;tait inscrite, et nos
+monuments
+modernes ne sont pas destin&eacute;s &agrave; rendre de tels services
+&agrave; notre
+post&eacute;rit&eacute;. Ce que j'y ai appris est prodigieux;
+M&eacute;dinet-Habou a fourni
+une r&eacute;colte bien inattendue de noms d'anciens peuples d'Afrique
+et
+d'Asie; il n'y a vraiment qu'&agrave; y regarder pour s'enrichir et
+pour
+remplir une grande partie des lacunes qui existent encore dans les
+premi&egrave;res pages de l'histoire g&eacute;n&eacute;rale des hommes.
+J'esp&egrave;re que je
+n'aurai pas travaill&eacute; sans utilit&eacute; pour ce grand sujet de
+mes &eacute;tudes
+dans cette autre terre sainte.</p>
+<p>A propos de terre sainte, nous venons d'apprendre que Mgr
+l'archev&ecirc;que
+de J&eacute;rusalem a jug&eacute; &agrave; propos de nous
+d&eacute;corer tr&egrave;s-b&eacute;n&eacute;volement de la
+croix de chevalier du Saint-S&eacute;pulcre; que nos dipl&ocirc;mes
+sont arriv&eacute;s &agrave;
+Alexandrie, o&ugrave; nous pourrons les retirer moyennant les droits
+d'usage,
+fix&eacute;s pour nous &agrave; cent louis pour chacun. Il para&icirc;t
+qu'on ignore sur les
+bords du C&eacute;dron que les &eacute;rudits des bords de la Seine ne
+sont pas des
+Cr&eacute;sus, et que la roue de la Fortune ne tourne gu&egrave;re pour
+eux s'il ne
+sont d'ailleurs un tant soit peu industriels; quelle que soit donc
+notre
+ardeur d'arborer la croix de chevalier pour combattre les
+infid&egrave;les, je
+dois renoncer &agrave; cet honneur et me contenter d'avoir
+&eacute;t&eacute; jug&eacute; digne de
+l'obtenir; ce n'est pas &agrave; la pauvre &eacute;rudition &agrave;
+supporter les charges du
+si&egrave;cle, et ce n'est que de sa plume qu'elle peut concourir au
+triomphe
+de la sainte Sion.</p>
+<p>J'ai enfin les lettres de Paris des 30 janvier, 22 mars et 10 avril;
+j'attends toujours celles auxquelles j'apporterai moi-m&ecirc;me les
+r&eacute;ponses.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGT_ET_UNIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGT ET UNI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Sur le Nil, pr&egrave;s
+d'Antino&eacute;, le 11 septembre 1829.</small></p>
+<p>Le lieu et la date de cette lettre diront clairement que mon voyage
+de
+recherches est termin&eacute;, et que je retourne au plus vite vers
+Alexandrie
+pour regagner l'Europe et y trouver &agrave; la fois contentement de
+coeur et
+repos de corps, dont, au reste, quant au dernier point, je
+n'&eacute;prouve pas
+un grand besoin; depuis Dend&eacute;rah, que j'ai quitt&eacute; le 7 au
+matin, j'ai en
+effet v&eacute;cu en chanoine; couch&eacute; toute la journ&eacute;e
+dans la jolie cange de
+notre ami Mohammed-Bey d'Akhmim, qui a bien voulu nous la louer, j'ai
+men&eacute; une vie tout &agrave; fait contemplative, et mon occupation
+la plus
+s&eacute;rieuse a &eacute;t&eacute; de regarder, comme on le fait
+parfois &agrave; Paris, de quel
+c&ocirc;t&eacute; venait le vent et si nos rameurs faisaient leur
+devoir en
+conscience. Le vent du nord nous a longtemps contrari&eacute;s,
+malgr&eacute; le
+courant du fleuve, enfl&eacute; outre mesure et au-dessus du maximum de
+sa
+crue. L'inondation de cette ann&eacute;e est magnifique pour ceux qui,
+comme
+nous, voyagent en amateurs, et n'ont dans ces campagnes d'autre
+int&eacute;r&ecirc;t
+que celui du coup d'oeil. Il n'en est pas de m&ecirc;me des pauvres et
+malheureux fellahs ou cultivateurs; l'inondation est trop forte; elle a
+d&eacute;j&agrave; ruin&eacute; plusieurs r&eacute;coltes, et le paysan
+sera oblig&eacute;, pour ne pas
+mourir de faim, de manger le bl&eacute; que le pacha lui avait
+laiss&eacute; pour
+l'ensemencement prochain. Nous avons vu des villages entiers
+d&eacute;lay&eacute;s par
+le fleuve, auquel ne sauraient r&eacute;sister de mesquines cahuttes
+b&acirc;ties de
+limon s&eacute;ch&eacute; au soleil; les eaux, en beaucoup d'endroits,
+s'&eacute;tendent
+d'une montagne &agrave; l'autre, et l&agrave; o&ugrave; les terres plus
+&eacute;lev&eacute;es ne sont point
+submerg&eacute;es, nous voyons les mis&eacute;rables fellahs, femmes,
+hommes et
+enfants, portant en toute h&acirc;te de pleines couffes de terre, dans
+le
+dessein d'opposer &agrave; un fleuve immense des digues de trois
+&agrave; quatre
+pouces de hauteur, et de sauver ainsi leurs maisons et le peu de
+provisions qui leur restent. C'est un tableau d&eacute;solant et qui
+navre le
+coeur; ce n'est pas ici le pays des souscriptions, et le gouvernement
+ne
+demandera pas un sou de moins, malgr&eacute; tant de d&eacute;sastres.</p>
+<p>C'est avec bien du regret, comme on se l'imagine sans doute, que
+j'ai
+dit adieu aux magnificences de Th&egrave;bes, que j'habitais depuis six
+mois.
+Notre dernier logement a &eacute;t&eacute;, &agrave; Karnac, le temple
+de <i>Oph</i> (Rh&eacute;a), &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; du grand temple du sud, au milieu des avenues de
+sphinx, et &agrave; la
+porte du grand palais des rois.</p>
+<p>A notre retour &agrave; Th&egrave;bes, au mois de mars pass&eacute;,
+nous avions exploit&eacute; le
+palais de Louqsor et fait dessiner tous les bas-reliefs de quelque
+int&eacute;r&ecirc;t, en commen&ccedil;ant par les immenses tableaux
+des deux massifs du
+pyl&ocirc;ne; ce sont donc les seuls &eacute;difices de Karnac que nous
+avions encore
+&agrave; &eacute;tudier. Ce travail a &eacute;t&eacute;
+ex&eacute;cut&eacute; avec ardeur, et mes portefeuilles
+renferment, sans exception, la s&eacute;rie de tous les bas-reliefs
+historiques, un peu conserv&eacute;s, du palais de Karnac, aussi beaux
+de style
+et d'ex&eacute;cution que ceux d'Ibsamboul, s'ils ne leur sont
+m&ecirc;me r&eacute;ellement
+sup&eacute;rieurs. Tous concernent les campagnes de <i>M&eacute;nephtha
+Ier</i> (Ousire&iuml;)
+en Asie; j'ai fait prendre, de plus, une cinquantaine de dessins de
+bas-reliefs qui m&eacute;ritent aussi le titre d'historiques,
+puisqu'ils
+repr&eacute;sentent des Pharaons qui compl&egrave;tent ou enrichissent
+plusieurs de
+mes recueils relatifs aux XVIIIe, XIXe, XXe, XXIe et XXIIe dynasties.
+Karnac est un amas de palais et de temples; &eacute;tonnante
+r&eacute;union d'&eacute;difices
+de toutes les &eacute;poques de la monarchie &eacute;gyptienne,
+constructions
+merveilleuses devant lesquelles tout esprit de syst&egrave;me sur les
+arts
+devra se modifier par l'influence de si grandes conceptions
+compl&egrave;tement
+r&eacute;alis&eacute;es.</p>
+<p>Parti de Th&egrave;bes le 4 septembre au soir, j'&eacute;tais le 5
+sous le portique de
+Dend&eacute;rah, dont l'architecture est aussi admirable que les
+bas-reliefs de
+d&eacute;cor sont mauvais et repoussants par l'empreinte de
+d&eacute;cadence qu'ils
+offrent dans toutes leurs parties; les inscriptions
+hi&eacute;roglyphiques
+elles-m&ecirc;mes sont de mauvais go&ucirc;t. Le scribe qui les a
+trac&eacute;es a voulu
+faire le bel esprit; prodiguant les symboles et les formes figuratives,
+il a vis&eacute; au lazzi et m&ecirc;me au calembour. Toutefois, la
+masse de
+l'&eacute;difice est belle, imposante, frappe m&ecirc;me les voyageurs
+qui, comme
+nous, sont de vieux Th&eacute;bains, et ont l'oeil encore rempli des
+belles
+conceptions architecturales de l'&eacute;poque des Pharaons.</p>
+<p>Le reste du voyage jusqu'aujourd'hui (11 septembre) n'a rien offert
+de
+particulier; j'esp&egrave;re dans la nuit de demain arriver au Caire;
+l&agrave;, rien
+ne peut m'arr&ecirc;ter plus de quatre ou cinq jours; nous partirons
+tout de
+suite pour Alexandrie, et s'il s'y trouve un bon vaisseau pr&ecirc;t
+&agrave; nous
+recevoir, je m'embarque imm&eacute;diatement pour gagner Toulon.</p>
+<p>C'est aussi sur le Nil, entre <i>Dend&eacute;rah</i> et <i>Haou</i>
+(Diospolis parva),
+que nous ont rejoints par hasard deux malheureux courriers,
+exp&eacute;di&eacute;s de
+Th&egrave;bes au Caire depuis la fin de juin; pendant tout ce
+temps-l&agrave; nous
+sommes rest&eacute;s sans nouvelles d'Europe, et c'est en attendant
+chaque jour
+leur arriv&eacute;e que le temps s'est &eacute;coul&eacute; sans que
+nous puissions &eacute;crire en
+France. Du reste, comme nous, vous devez &ecirc;tre accoutum&eacute;s
+aux lacunes.
+Ces courriers m'ont apport&eacute; les lettres du 12 mai et du 12
+juillet;
+heureusement je suis en chemin d'en avoir de plus fra&icirc;ches. Nous
+venons
+d'apprendre l'arriv&eacute;e du nouveau consul g&eacute;n&eacute;ral de
+France, M. Mimaut; on
+nous en dit toute sorte de bien. Ce sera pour nous une nouvelle
+ressource.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGT-DEUXIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGT-DEUXI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Le Caire, le 15 septembre 1829.</small></p>
+<p>Nous voici de retour dans la capitale de l'&Eacute;gypte, o&ugrave;
+je ne trouve ni
+lettres ni nouvelles d'Europe. Je me h&acirc;terai de descendre
+&agrave; Alexandrie;
+je suis retenu au Caire par une visite que je dois faire &agrave;
+Ibrahim-Pacha, dont je suis d&eacute;sireux de faire la connaissance.
+Je puis,
+dans une conversation, laisser dans sa t&ecirc;te le germe de quelques
+bonnes
+choses, et il est capable de les ex&eacute;cuter.</p>
+<p>Je n'ai pas oubli&eacute; le mus&eacute;e &eacute;gyptien du Louvre
+dans mes explorations;
+j'ai recueilli des monuments de tout volume, et les plus petits ne
+seront pas les moins int&eacute;ressants. En objets de gros volume,
+j'ai choisi
+sur des milliers trois ou quatre momies remarquables par des
+d&eacute;corations
+particuli&egrave;res, ou portant des inscriptions grecques; ensuite, le
+plus
+beau bas-relief colori&eacute; du tombeau royal de M&eacute;nephtha Ier
+(Ousire&iuml;), &agrave;
+Biban-el-Molouk; c'est une pi&egrave;ce capitale qui vaut &agrave; elle
+seule une
+collection; il m'a donn&eacute; bien du souci et me fera certainement
+un proc&egrave;s
+avec les Anglais d'Alexandrie, qui pr&eacute;tendent &ecirc;tre les
+propri&eacute;taires
+l&eacute;gitimes du tombeau d'Ousire&iuml;, d&eacute;couvert par
+Belzoni aux frais de M.
+Salt. Malgr&eacute; cette belle pr&eacute;tention, de deux choses
+l'une: ou mon
+bas-relief arrivera &agrave; Toulon, ou bien il ira au fond de la mer
+ou du
+Nil, plut&ocirc;t que de tomber en des mains &eacute;trang&egrave;res.
+Mon parti est pris
+l&agrave;-dessus.</p>
+<p>J'ai acquis au Caire, de Mahmoud-Bey le Kiha&iuml;a, le plus beau
+des
+sarcophages pr&eacute;sents, pass&eacute;s et futurs; il est en basalte
+vert, et
+couvert int&eacute;rieurement et ext&eacute;rieurement de bas-reliefs,
+ou plut&ocirc;t de
+cam&eacute;es travaill&eacute;s avec une perfection et une finesse
+inimaginables.
+C'est tout ce qu'on peut se figurer de plus parfait dans ce genre;
+c'est
+un bijou digne d'orner un boudoir ou un salon, tant la sculpture en est
+fine et pr&eacute;cieuse. Le couvert porte, en demi-relief, une figure
+de femme
+d'une sculpture admirable. Cette seule pi&egrave;ce m'acquitterait
+envers la
+maison du roi, non sous le rapport de la reconnaissance, mais sous le
+rapport p&eacute;cuniaire; car ce sarcophage, compar&eacute; &agrave;
+ceux qu'on a pay&eacute;s
+vingt et trente mille francs, en vaut certainement cent mille.</p>
+<p>Le bas-relief et le sarcophage sont les deux plus beaux objets
+&eacute;gyptiens
+qu'on ait envoy&eacute;s en Europe jusqu'&agrave; ce jour. Cela devait
+de droit venir
+&agrave; Paris et me suivre comme troph&eacute;e de mon
+exp&eacute;dition; j'esp&egrave;re qu'ils
+resteront au Louvre en m&eacute;moire de moi <i>&agrave; toujours</i>.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGT-TROISIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGT-TROISI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Alexandrie, le 30 septembre 1829.</small></p>
+<p>Depuis dix jours nous sommes &agrave; Alexandrie; nous avons
+re&ccedil;u de M. Mimaut,
+le nouveau consul g&eacute;n&eacute;ral de France, l'accueil le plus
+gracieux, et je
+ne saurais assez me louer des soins et des attentions dont il m'honore
+depuis que je suis chez lui; j'en suis p&eacute;n&eacute;tr&eacute; de
+la plus vive
+reconnaissance. Ma sant&eacute; et celle de mes compagnons est des
+meilleures;
+il ne manque &agrave; notre bonheur que de voir na&icirc;tre et
+s'&eacute;lever de l'horizon
+la voile du vaisseau que M. le ministre de la marine a bien voulu
+envoyer pour nous ramener en France; mais depuis six semaines la mer
+est
+d&eacute;serte, pas m&ecirc;me un vaisseau marchand! et notre patience
+s'use par
+secondes.</p>
+<p>Je n'ai quitt&eacute; le Caire qu'apr&egrave;s avoir fait une longue
+visite &agrave;
+Ibrahim-Pacha, qui nous a re&ccedil;us au mieux. Je l'ai beaucoup
+entretenu
+d'un voyage aux <i>sources du Nil</i>, et j'ai affermi en lui
+l'id&eacute;e qu'il
+avait d&eacute;j&agrave;, d'attacher son nom &agrave; cette belle
+conqu&ecirc;te g&eacute;ographique, soit
+en favorisant largement les voyageurs qui la tenteraient, soit en
+pr&eacute;parant lui-m&ecirc;me une petite exp&eacute;dition de
+voyageurs qu'il ferait
+soutenir par quelques hommes d'armes. C'est l&agrave; une semence
+jet&eacute;e en
+bonne terre pour l'avenir, et le pacha comprend tout
+l'int&eacute;r&ecirc;t de cette
+entreprise et de son succ&egrave;s.</p>
+<p>J'ai aussi pr&eacute;sent&eacute; mes respects au vice-roi
+Mohammed-Aly, et lui ai dit
+toute notre gratitude pour la protection officieuse qu'il nous a
+accord&eacute;e; le vice-roi est toujours bon et aimable pour les
+Fran&ccedil;ais;
+c'est dire qu'il l'a &eacute;t&eacute; infiniment pour nous.</p>
+<p>Je profite de l'attente &agrave; laquelle je suis condamn&eacute;
+pour mettre en ordre
+mes papiers et dessins. Je dis que c'est immense, et j'esp&egrave;re
+que vous
+en jugerez de m&ecirc;me.</p>
+<p>Mes jeunes gens passent leurs loisirs forc&eacute;s &agrave; peindre
+des d&eacute;corations
+pour un th&eacute;&acirc;tre que des amateurs fran&ccedil;ais vont
+ouvrir incessamment; un
+th&eacute;&acirc;tre fran&ccedil;ais &agrave; Alexandrie
+d'&Eacute;gypte dit bien haut que la civilisation
+marche; nous serons donc forc&eacute;s de nous divertir en attendant
+l'embarquement.</p>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>15 octobre 1829.</small><br>
+</p>
+<p>Nous sommes aujourd'hui tout aussi avanc&eacute;s qu'au 15
+septembre,
+c'est-&agrave;-dire toujours clou&eacute;s &agrave; Alexandrie; ce qui
+augmente mes regrets
+d'avoir quitt&eacute; sit&ocirc;t Th&egrave;bes et la
+Haute-&Eacute;gypte, et cela pour venir le
+plus t&ocirc;t possible perdre notre temps sur les tristes rives de la
+M&eacute;diterran&eacute;e. Nous savons seulement que la corvette <i>l'Astrolabe</i>
+a fait
+annoncer qu'elle avait commission de nous ramener en France; elle est
+command&eacute;e par M. de Verninac, un de mes compatriotes quercynois.
+Cela
+n'emp&ecirc;chera pas que nous soyons encore &agrave; Alexandrie au 15
+novembre
+prochain, <i>l'Astrolabe</i> devant pr&eacute;alablement conduire en
+Syrie M.
+Malivoir, consul de France &agrave; Alep. Les Toscans ont perdu
+patience, et se
+sont embarqu&eacute;s sur un navire marchand. Le voisinage de <i>l'Astrolabe</i>
+m'a
+d&eacute;tourn&eacute; de la m&ecirc;me r&eacute;solution, et
+d'ailleurs je ne voudrais pas me
+s&eacute;parer de mon bagage arch&eacute;ologique.... Me voil&agrave;
+toujours avec la terre
+de France en perspective.... Je la toucherai enfin, mais jamais assez
+t&ocirc;t pour mon coeur.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGT-QUATRIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGT-QUATRI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Alexandrie, le 10 novembre 1829.</small></p>
+<p>Le mauvais temps ayant contrari&eacute; les projets de l'<i>Astrolabe</i>,
+a aussi
+ajourn&eacute; les miens; je ne pense pas m'embarquer avant le 20 de ce
+mois;
+mais je trouverai dans le commandant Verninac un fort aimable homme,
+tr&egrave;s-instruit et de la plus agr&eacute;able
+soci&eacute;t&eacute;; c'est quelque chose
+partout, bien plus encore sur mer.</p>
+<p>Le beau sarcophage a &eacute;t&eacute; mis &agrave; bord hier, et
+fort heureusement; nous
+continuons l'embarquement de nos effets; mais je ne suis pas sans
+quelque crainte en pensant d'avance aux douanes de Toulon; il faut
+qu'un
+ordre minist&eacute;riel nous y pr&eacute;c&egrave;de pour la libre
+admission: 1&deg; des caisses
+contenant les monuments que je destine au Mus&eacute;e; 2&deg; pour les
+divers
+objets qui font aujourd'hui partie de notre garde-robe orientale ou de
+simple curiosit&eacute;, tels que manteaux de laine dits <i>burnous</i>,
+chaussures
+pour hommes et pour femmes, voiles de mousseline brod&eacute;s en or,
+armes,
+ustensiles domestiques, harnais et autres produits des manufactures
+d'&Eacute;gypte et de Nubie, que nous avons recueillis &agrave; nos
+d&eacute;pens. Je ne
+pense pas qu'on nous refuse cette faveur, du reste bien gratuite pour
+nous.</p>
+<p>Les d&eacute;corations du th&eacute;&acirc;tre fran&ccedil;ais
+d'Alexandrie sont termin&eacute;es, et d&eacute;j&agrave;
+&eacute;prouv&eacute;es; l'ouverture du th&eacute;&acirc;tre a eu lieu
+le jour de la f&ecirc;te du roi, &agrave;
+la grande satisfaction des nombreux spectateurs que cette f&ecirc;te
+nouvelle
+avait r&eacute;unis.<br>
+<br>
+</p>
+<h2 style="text-align: right; font-weight: normal;"><small>28 novembre
+1829.</small></h2>
+<p>Enfin il m'est permis de dire adieu &agrave; ma terre sainte,
+&agrave; ce pays de
+merveilles historiques; je quitterai l'&Eacute;gypte combl&eacute; des
+faveurs de ses
+anciens et de ses modernes habitants, vers le 2 ou le 3
+d&eacute;cembre. Mon
+fid&egrave;le aide de camp, Salvador Cherubini, ne me quittera pas; MM.
+Lh&ocirc;te,
+Lehoux et Bertin resteront ici apr&egrave;s nous, pour avancer un grand
+travail
+qu'ils ont commenc&eacute;, <i>le Panorama du Caire</i>, pour lequel
+ils ont fait
+sur les lieux toutes les &eacute;tudes n&eacute;cessaires; ils veulent
+le terminer
+ici, et ils ont cent fois raison, car ce sera une magnifique chose.
+Pour
+moi, je pars bien r&eacute;solu contre les bourrasques et coups de vent
+qui ne
+nous manqueront certainement pas dans ce temps-ci; mais la France est
+&agrave;
+ce prix: je l'accepte.</p>
+<p>Cette lettre voguera par les soins obligeants d'un fort aimable et
+excellent homme, M. Ouder, aide de camp de M. le g&eacute;n&eacute;ral
+Guilleminot,
+qui monte le brick <i>l'&Eacute;clipse</i>, et dont l'arriv&eacute;e
+pr&eacute;c&eacute;dera la mienne
+d'une dizaine de jours, son brick marchant bien mieux que notre
+<i>Astrolabe</i>, corvette &agrave; l'&eacute;preuve de la bombe et des
+fureurs de l'Oc&eacute;an,
+qu'elle a brav&eacute;es plusieurs fois dans ses voyages autour du
+monde. Je ne
+serai donc &agrave; Toulon que du 20 au 25 d&eacute;cembre, et sur pays
+chr&eacute;tien que
+vers le milieu de janvier, &agrave; cause de la quarantaine de trois
+&agrave; quatre
+semaines que je ferai &agrave; Toulon, si je ne la fais pas &agrave;
+Malte dans
+l'intention de gagner quelques jours. Dans tous ces calculs, je crois
+fermement que la fin de mon drame sera aussi heureuse que les quatre
+premiers actes; l'id&eacute;e <i>France</i> en constitue
+l'unit&eacute; requise par la
+v&eacute;n&eacute;rable antiquit&eacute;.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGT-CINQUIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGT-CINQUI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Toulon, le 25 d&eacute;cembre 1829.</small></p>
+<p>&laquo;<i>Soyez sans inqui&eacute;tude, tout ira bien</i>;&raquo;
+c'est en ces
+termes que je dis
+adieu &agrave; mes amis au moment de mon d&eacute;part de Paris; j'ai
+tenu parole, et
+me voici en rade de Toulon, subissant avec r&eacute;signation le triste
+devoir
+de la quarantaine. Ma campagne est donc finie, et tous mes voeux et les
+v&ocirc;tres sont remplis. C'est le 23 d&eacute;cembre, dans la rade
+d'Hy&egrave;res, que
+l'ancre de l'<i>Astrolabe</i> mordit enfin sur la terre de France;
+c'est le
+jour anniversaire de ma naissance; au 1er janvier vous aurez ma lettre
+pour vos &eacute;trennes; il ne manque donc &agrave; ma satisfaction
+que d'avoir en
+main vos lettres, qui m'attendent sans doute ici; j'esp&egrave;re pour
+tout
+cela dans les bont&eacute;s habituelles de M. le pr&eacute;fet maritime.</p>
+<p>Je ferai ma quarantaine &agrave; bord de l'<i>Astrolabe</i>,
+toutefois en prenant
+une chambre au lazaret, dans le but de me chauffer et de faire un peu
+d'exercice. J'y reverrai mon <i>Journal de voyage</i> et j'y ajouterai
+ce
+qui y manque sur mon dernier s&eacute;jour au Caire et &agrave;
+Alexandrie. La
+reconnaissance me fait un devoir de consigner dans ce journal tous les
+t&eacute;moignages d'int&eacute;r&ecirc;t que j'ai re&ccedil;us
+d'Ibrahim-Pacha, et les marques non
+interrompues de la plus active protection de S.A. Mohammed-Aly, qui, le
+jour de la f&ecirc;te du roi, a ajout&eacute; &agrave; toutes ses
+bont&eacute;s le pr&eacute;sent d'un
+magnifique sabre.</p>
+<p>C'est une t&ecirc;te qui travaille avec activit&eacute; sur le
+pass&eacute; et <i>sur
+l'avenir</i>: Son Altesse m'a demand&eacute; un abr&eacute;g&eacute; de
+l'histoire de l'&Eacute;gypte,
+et j'ai r&eacute;dig&eacute; un petit m&eacute;moire, selon ses vues,
+qui para&icirc;t l'avoir
+vivement int&eacute;ress&eacute;; je lui ai remis aussi une note
+d&eacute;taill&eacute;e qui a pour
+objet la conservation des monuments principaux de l'&Eacute;gypte et de
+la
+Nubie. J'esp&egrave;re que ces deux m&eacute;moires porteront leur
+fruit.</p>
+<p>Je ne saurais dire assez haut tout ce dont je suis redevable aux
+soins
+et &agrave; l'affection de M. Mimaut, notre consul
+g&eacute;n&eacute;ral; c'est un homme
+parfait, qui m'est all&eacute; au coeur, et n'en sortira jamais. J'ai
+recommand&eacute; de nouveau &agrave; ses bont&eacute;s MM.
+Lh&ocirc;te, Lehoux et Bertin, qui
+restent apr&egrave;s moi &agrave; Alexandrie pour terminer leur
+panorama du Caire et
+faire les portraits du vice-roi et d'Ibrahim, son fils, qui l'ont
+d&eacute;sir&eacute;.</p>
+<p>Le magnifique sarcophage, le grand bas-relief du tombeau de
+M&eacute;nephtha,
+toutes mes caisses contenant les st&egrave;les, momies et autres objets
+destin&eacute;s au Mus&eacute;e, sont charg&eacute;s sur l'<i>Astrolabe</i>;
+j'esp&egrave;re que la
+douane &eacute;pargnera ces propri&eacute;t&eacute;s nationales, et que
+je ne serai pas
+oblig&eacute; de d&eacute;baller vingt ou trente caisses qui nous ont
+d&eacute;j&agrave; co&ucirc;t&eacute; tant
+de peine. Ce qu'il faudrait obtenir encore, c'est d'&eacute;viter le
+transbordement de ces monuments, et que M. de Verninac soit
+charg&eacute; de
+conduire le chargement de l'<i>Astrolabe</i> dans le port du Havre
+aussit&ocirc;t
+que la saison le permettra, vers les premiers jours de mars, je pense,
+pour &ecirc;tre en avril au Havre, d'o&ugrave; un chaland emporterait
+le tout par la
+Seine devant le Louvre. Par ce moyen fort simple et pour lequel il
+suffira d'un ordre de M. le ministre de la marine, on ne compromettrait
+pas, par deux ou trois transbordements, la conservation de ces
+richesses
+monumentales, qui serviront &agrave; compl&eacute;ter les salles basses
+du Mus&eacute;e.</p>
+<p>Apr&egrave;s ma sortie de quarantaine, je resterai trois jours
+&agrave; Toulon, j'en
+passerai quatre &agrave; Marseille, d'o&ugrave; je me rendrai &agrave;
+Aix, pour &eacute;tudier les
+papyrus de M. Sallier. Ce sera une petite s&eacute;ance
+&eacute;gyptienne, et j'esp&egrave;re
+en reprendre l'habitude journali&egrave;re &agrave; Paris; c'est un
+sort, et je m'y
+r&eacute;signe sans peine.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGT-SIXIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGT-SIXI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Au lazaret de Toulon, le 26
+d&eacute;cembre 1829.</small></p>
+<p><i>&Agrave; M. le baron DE LA BOUILLERIE, intendant
+g&eacute;n&eacute;ral de la maison du roi.</i></p>
+<p>MONSIEUR LE BARON,</p>
+<p>Mon premier devoir, en touchant la terre de France, est de
+renouveler
+l'expression de toute ma gratitude &agrave; la main protectrice qui,
+secondant
+les hautes vues du roi pour l'avancement des &eacute;tudes historiques,
+m'a
+g&eacute;n&eacute;reusement fourni les moyens d'accomplir la
+s&eacute;rie des recherches que
+la science montrait encore &agrave; faire dans l'&Eacute;gypte
+enti&egrave;re et sur le sol
+de la Nubie. Je me suis efforc&eacute;, par mon complet
+d&eacute;vouement &agrave;
+l'importante entreprise que vous m'avez mis &agrave; m&ecirc;me
+d'ex&eacute;cuter, de ne
+point rester au-dessous d'une si noble t&acirc;che et de justifier de
+mon
+mieux les esp&eacute;rances que les savants de l'Europe ont bien voulu
+attacher
+&agrave; mon voyage.</p>
+<p>L'&Eacute;gypte a &eacute;t&eacute; parcourue pas &agrave; pas, et
+j'ai s&eacute;journ&eacute; partout o&ugrave; le temps
+avait laiss&eacute; subsister quelques restes de la splendeur antique;
+chaque
+monument est devenu l'objet d'une &eacute;tude sp&eacute;ciale; j'ai
+fait dessiner
+tous les bas-reliefs et copier toutes les inscriptions qui pouvaient
+fournir des lumi&egrave;res sur l'&eacute;tat primitif d'une nation
+dont le vieux nom
+se m&ecirc;le aux plus anciennes traditions &eacute;crites.</p>
+<p>Les mat&eacute;riaux que j'ai recueillis ont surpass&eacute; mon
+attente. Mes
+portefeuilles sont de la plus grande richesse, et je me crois permis de
+dire que l'histoire de l'&Eacute;gypte, celle de son culte et des arts
+qu'elle
+a cultiv&eacute;s ne sera bien connue et justement
+appr&eacute;ci&eacute;e qu'apr&egrave;s la
+publication des dessins qui sont le fruit de mon voyage.</p>
+<p>Je me suis fait un devoir de consacrer toutes les &eacute;conomies
+qu'il m'a
+&eacute;t&eacute; possible de r&eacute;aliser &agrave; des fouilles
+ex&eacute;cut&eacute;es &agrave; Memphis, &agrave; Th&egrave;bes,
+etc., pour enrichir le mus&eacute;e Charles X de nouveaux monuments;
+j'ai &eacute;t&eacute;
+assez heureux pour r&eacute;unir une foule d'objets qui
+compl&eacute;teront diverses
+s&eacute;ries du mus&eacute;e &eacute;gyptien du Louvre; et j'ai enfin
+r&eacute;ussi, apr&egrave;s bien des
+doutes, &agrave; faire l'acquisition du plus beau et du plus
+pr&eacute;cieux
+<i>sarcophage</i> qui soit encore sorti des catacombes
+&eacute;gyptiennes. Aucun
+mus&eacute;e de l'Europe ne poss&egrave;de un si bel objet d'art
+&eacute;gyptien. J'ai r&eacute;uni
+aussi une collection d'objets choisis d'un tr&egrave;s-grand
+int&eacute;r&ecirc;t, parmi
+lesquels se trouve une statuette de bronze d'un travail exquis,
+enti&egrave;rement incrust&eacute;e en or, et repr&eacute;sentant une
+reine &eacute;gyptienne de la
+dynastie des Bubastites. C'est le plus bel objet connu de ce genre.</p>
+<p>Je me h&acirc;terai, autant que l'obligation de la quarantaine et
+l'&eacute;tat de ma
+sant&eacute; pourront me le permettre, de me rendre &agrave; Paris le
+plus t&ocirc;t
+possible, afin d'avoir l'honneur de mettre sous vos yeux, Monsieur le
+baron, tous les r&eacute;sultats de mon voyage. Je m'estimerais heureux
+si vous
+vouliez bien voir en eux une marque de mon z&egrave;le pour le service
+du roi,
+et en m&ecirc;me temps une preuve de la vive reconnaissance et du
+respectueux
+d&eacute;vouement avec lesquels j'ai l'honneur d'&ecirc;tre, Monsieur
+le baron,
+votre, etc.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGT-SEPTIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGT-SEPTI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Toulon, le 26 d&eacute;cembre 1829.</small></p>
+<p><i>&Agrave; M. le vicomte SOSTH&Egrave;NES DE LAROCHEFOUCAUD,
+directeur du d&eacute;partement
+des Beaux-Arts de la maison du roi.</i></p>
+<p>MONSIEUR LE VICOMTE,</p>
+<p>J'ai l'honneur de vous faire part de mon arriv&eacute;e en France,
+sur le
+b&acirc;timent du roi l'<i>Astrolabe</i>, entr&eacute; hier au soir en
+rade apr&egrave;s une
+travers&eacute;e de dix-neuf jours, et je m'empresse de porter en
+m&ecirc;me temps &agrave;
+votre connaissance les heureux r&eacute;sultats de mon voyage.</p>
+<p>Sous le rapport des recherches scientifiques qui en &eacute;taient
+l'objet
+principal, mes esp&eacute;rances ont &eacute;t&eacute; pour ainsi dire
+surpass&eacute;es; la
+richesse de mes portefeuilles ne laisse rien &agrave; d&eacute;sirer,
+et les dessins
+qu'ils renferment, &eacute;claircissant une foule de points
+historiques,
+donnent en m&ecirc;me temps des lumi&egrave;res du plus piquant
+int&eacute;r&ecirc;t sur les
+formes de la civilisation &eacute;gyptienne jusque dans ses plus petits
+d&eacute;tails. J'ai recueilli enfin des notions certaines pour
+l'histoire
+g&eacute;n&eacute;rale des beaux-arts, et en particulier pour celle de
+leur
+transmission de l'&Eacute;gypte &agrave; la Gr&egrave;ce.</p>
+<p>C'&eacute;tait un devoir pour moi de m'efforcer d'enrichir la
+division
+&eacute;gyptienne du mus&eacute;e royal de divers genres de monuments
+qui lui
+manquent, et de ceux qui peuvent compl&eacute;ter les belles
+s&eacute;ries qu'il
+renferme d&eacute;j&agrave;. Je n'ai rien &eacute;pargn&eacute; pour
+atteindre ce but; tout ce que
+j'ai pu &eacute;conomiser sur les fonds que la maison du roi et divers
+minist&egrave;res avaient bien voulu m'accorder pour mon voyage, a
+&eacute;t&eacute; employ&eacute;
+&agrave; des fouilles et &agrave; des acquisitions de monuments
+&eacute;gyptiens de toute
+esp&egrave;ce, destin&eacute;s au mus&eacute;e Charles X. J'ai fait
+scier &agrave; grand' peine et
+tirer du fond d'une des catacombes royales de Th&egrave;bes un
+tr&egrave;s-grand
+bas-relief conservant encore presque toute sa peinture antique. Ce
+superbe morceau, provenant du tombeau du p&egrave;re de
+S&eacute;sostris, pourra seul
+donner une juste id&eacute;e de la somptuosit&eacute; et de la
+magnificence des
+s&eacute;pultures pharaoniques. J'ai aussi acquis un monument du
+premier ordre:
+c'est un sarcophage en basalte vert, couvert de sculptures d'une
+admirable finesse d'ex&eacute;cution, et du plus haut
+int&eacute;r&ecirc;t mythologique;
+cette pi&egrave;ce, la plus belle de ce genre qu'on ait
+d&eacute;couverte jusqu'ici,
+appartenait &agrave; Mahmoud-Bey, ministre de la guerre de S.A. le
+vice-roi
+d'&Eacute;gypte.</p>
+<p>Tous les objets destin&eacute;s au mus&eacute;e ont
+&eacute;t&eacute; embarqu&eacute;s &agrave; bord de
+l'<i>Astrolabe</i> et sont arriv&eacute;s avec moi &agrave; Toulon; il
+ne s'agit plus que
+de leur transport au mus&eacute;e royal; et comme il importe
+extr&ecirc;mement &agrave; la
+conservation du sarcophage, des bas-reliefs et de quelques peintures
+antiques, d'&eacute;viter le plus possible toute esp&egrave;ce de
+d&eacute;placement, il
+serait tr&egrave;s-d&eacute;sirable que la corvette l'<i>Astrolabe</i>,
+sur laquelle sont
+embarqu&eacute;s ces objets pr&eacute;cieux, f&ucirc;t charg&eacute;e
+de les transporter de Toulon
+au Havre aussit&ocirc;t que la mer sera tenable. En obtenant cette
+d&eacute;cision du
+ministre de la marine, vous assureriez &agrave; la fois, Monsieur le
+vicomte,
+la conservation de ces monuments et leur arriv&eacute;e &agrave; Paris
+vers le 1er
+avril, &eacute;poque o&ugrave; il est indispensable de les recevoir
+pour achever enfin
+l'arrangement des salles basses du mus&eacute;e &eacute;gyptien.</p>
+<p>D'un autre c&ocirc;t&eacute;, j'exp&eacute;dierai &agrave; Paris,
+par le roulage, huit &agrave; dix
+caisses contenant divers objets de petites proportions et qui peuvent
+supporter sans inconv&eacute;nient le transport par terre. Les autres
+arriveraient par mer avec les grands objets.</p>
+<p>Permettez-moi, Monsieur le vicomte, de vous prier de h&acirc;ter la
+d&eacute;cision
+de M. le ministre de la marine relativement &agrave; l'envoi de la
+corvette
+l'<i>Astrolabe</i> au Havre, o&ugrave; elle d&eacute;poserait les
+antiquit&eacute;s appartenant au
+mus&eacute;e royal, afin que je puisse, en sortant de quarantaine,
+prendre pour
+leur s&ucirc;ret&eacute; toutes les mesures convenables.</p>
+<p>Je terminerai cette lettre en renouvelant ici l'expression de toute
+ma
+gratitude pour votre active bienveillance, &agrave; laquelle je dois
+attribuer
+en grande partie le succ&egrave;s de mon voyage; veuillez agr&eacute;er
+en m&ecirc;me temps
+l'hommage du respectueux et entier d&eacute;vouement avec lequel j'ai
+l'honneur
+d'&ecirc;tre, Monsieur le vicomte, votre, etc.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGT-HUITIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGT-HUITI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>En rade de Toulon, le 14 janvier
+1830.</small></p>
+<p>C'est aujourd'hui que je comptais recouvrer ma libert&eacute;,
+perdre mon titre
+de pestif&eacute;r&eacute;, dire adieu au lazaret et bonjour aux rues
+d'une ville
+fran&ccedil;aise. Le conseil de sant&eacute; en a jug&eacute;
+autrement; consid&eacute;rant que
+l'<i>Astrolabe</i>, avant de nous prendre &agrave; Alexandrie,
+&eacute;tait all&eacute;e mettre M.
+de Malivoir, consul d'Alep, &agrave; Lataki&eacute;, sur la c&ocirc;te
+de Syrie, o&ugrave; un canot
+l'avait d&eacute;pos&eacute;, l'<i>Astrolabe</i> ayant ensuite mis
+&agrave; la voile pour
+retourner en &Eacute;gypte, ledit conseil a augment&eacute; notre
+quarantaine de dix
+jours de plus, en nous consid&eacute;rant comme <i>provenance brute</i>.
+Cette
+d&eacute;cision malencontreuse aura son cours, parce que ces messieurs
+l'ont
+jug&eacute; ainsi selon leur bon plaisir. L'&Eacute;gypte, depuis cinq
+ans, n'a pas vu
+de peste; l'&eacute;tat sanitaire de Lataki&eacute; &eacute;tait
+parfait; le canot seul
+avait touch&eacute; terre; quarante jours et plus s'&eacute;taient
+&eacute;coul&eacute;s, &agrave; notre
+entr&eacute;e en rade de Toulon, depuis le d&eacute;part de l'<i>Astrolabe</i>
+de devant
+Lataki&eacute;; aucune maladie ne s'&eacute;tait montr&eacute;e
+&agrave; bord; vingt autres jours de
+quarantaine &agrave; Toulon, expir&eacute;s hier 13, ajout&eacute;s aux
+quarante pr&eacute;c&eacute;dents,
+donnent deux mois d'&eacute;preuve &agrave; la sant&eacute; de
+l'&eacute;quipage; et quand m&ecirc;me, on
+en exige encore dix de plus! Le plus plaisant, s'il y a le mot pour
+rire
+dans un tel acte, c'est que le brick l'<i>&Eacute;clipse</i>, avec les
+officiers et
+les passagers duquel nous avons v&eacute;cu tous les jours bras dessus
+bras
+dessous &agrave; Alexandrie, est arriv&eacute; trois jours avant nous
+&agrave; Toulon, et n'a
+&eacute;t&eacute; soumis qu'&agrave; vingt jours de quarantaine. Si
+nous avions la peste, les
+personnes de l'<i>&Eacute;clipse</i> doivent l'avoir prise de nous;
+s'ils sont
+d&eacute;clar&eacute;s sains, c'est que nous le sommes
+nous-m&ecirc;mes. Tout cela ne m'a
+pas sembl&eacute; tr&egrave;s-rationnel, surtout quand il en
+r&eacute;sulte un suppl&eacute;ment de
+quarantaine.</p>
+<p>Je vais &eacute;crire &agrave; M. le duc de Blacas, puisqu'il est de
+retour &agrave; Paris.
+J'esp&egrave;re qu'il aura re&ccedil;u les deux lettres que je me suis
+fait un devoir
+de lui adresser, la premi&egrave;re de Th&egrave;bes, en remontant le
+Nil, et la
+seconde apr&egrave;s avoir quitt&eacute; la seconde cataracte; je donne
+dans celle-ci
+une id&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale de mes conqu&ecirc;tes
+historiques en Nubie, et c'est &agrave; M.
+le duc de Blacas que j'en devais le premier hommage.</p>
+<p>Cette lettre-ci te parviendra par M. le ministre de la marine,
+auquel je
+viens d'adresser quelques renseignements importants qu'il m'a
+demand&eacute;s
+au sujet du transport de l'ob&eacute;lisque de Louqsor. Dieu veuille
+que cette
+belle entreprise s'ach&egrave;ve! cela serait glorieux pour tous et
+pour tout.</p>
+<p>Rien de plus. Le lazaret est le pays de l'uniformit&eacute;. Ma
+sant&eacute; et celle
+de Salvador sont excellentes, malgr&eacute; les vents, la pluie et la
+neige, et
+l'impossibilit&eacute; d'avoir du feu &agrave; bord; mais je passe une
+partie de la
+journ&eacute;e dans une mauvaise chambre du lazaret, o&ugrave; je puis
+faire du feu.
+Quelle opposition que ce mortel hiver avec nos cinquante degr&eacute;s
+d'Ibsamboul! Vous n'&ecirc;tes pas mieux trait&eacute;s &agrave; Paris,
+et j'en grelotte
+d'avance; mais enfin ce sera &agrave; Paris.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="VINGT-NEUVIEME_LETTRE"></a>
+<h2>VINGT-NEUVI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Aix, le 29 janvier 1830.</small></p>
+<p>Me voici &eacute;tabli chez le bon M. Sallier, et gardant le coin du
+feu pour
+me soustraire au froid piquant qui se fait encore sentir dans ce beau
+climat de Provence. Je m'effraye de l'id&eacute;e seule de monter
+subitement
+vers le nord et m'ensevelir dans les brouillards de la Seine.
+Jusqu'ici,
+la goutte a bien voulu m'&eacute;pargner sa visite habituelle du
+premier jour
+de l'an; quelques petites douleurs sourdes m'avertissent qu'elle
+arrivera &agrave; la premi&egrave;re humidit&eacute; qui me saisira.</p>
+<p>Je suis sorti de la maudite quarantaine le 23 du courant, et n'ai
+pass&eacute;
+que deux jours &agrave; Toulon avec M. Drovetti, qui, ayant appris que
+j'&eacute;tais
+en quarantaine, vint m'y voir et prolongea son s&eacute;jour
+jusqu'&agrave; ma sortie
+d&eacute;finitive. Nous sommes partis tous deux au m&ecirc;me instant,
+le 26, lui
+pour l'orient, &agrave; Nice, et moi pour l'occident, &agrave;
+Marseille, o&ugrave;
+j'arrivai le m&ecirc;me jour d'assez bonne heure; j'y s&eacute;journai
+le 27 et la
+nuit du 28. J'ai vu tout ce qu'il y a &agrave; voir,
+c'est-&agrave;-dire peu de chose
+en antiquit&eacute;s &eacute;gyptiennes. Au moment de partir, j'ai
+re&ccedil;u la lettre de
+notre ami Dubois, et j'ai trait&eacute; pour la st&egrave;le
+&eacute;gyptienne de M. Mayer,
+qui s'est d&eacute;cid&eacute; &agrave; la c&eacute;der; il va
+l'adresser directement au mus&eacute;e
+royal.</p>
+<p>J'ai certainement grande envie de me voir &agrave; Paris; mais les
+froids
+rigoureux que vous &eacute;prouvez sous ce bienheureux ciel
+m'&eacute;pouvantent
+profond&eacute;ment; aussi suis-je d&eacute;cid&eacute; &agrave;
+diriger ma route de mani&egrave;re &agrave; ne
+quitter le soleil du Midi que le plus tard possible, afin de
+m&eacute;nager les
+transitions. Je ne prendrai donc pas la route de Lyon, difficile par
+l'accumulation des neiges, surtout entre Lyon et Paris. J'aurai de la
+besogne &agrave; Aix pour sept &agrave; huit jours au moins, sur les
+papyrus de M.
+Sallier; je veux les couler &agrave; fond, afin de n'&ecirc;tre pas
+oblig&eacute; d'y
+revenir. De l&agrave; je compte aller &agrave; Avignon voir le
+mus&eacute;e Calvet. Je
+tournerai sur N&icirc;mes pour visiter les nouvelles fouilles; ensuite
+Montpellier, Narbonne, Toulouse et Bordeaux; je pousserai de l&agrave;
+sur
+Montauban, et &agrave; Cahors je prendrai la malle-poste, qui me mettra
+en deux
+ou trois jours &agrave; Paris.... A Paris donc.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="TRENTIEME_LETTRE"></a>
+<h2>TRENTI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Toulouse, le 18 f&eacute;vrier
+1830.</small></p>
+<p>Me voici au milieu des troubadours de Toulouse. J'ai fait partir
+Salvador presque &agrave; notre arriv&eacute;e; il emporte mes gros
+bagages, contenant
+les dessins et toutes mes notices et descriptions des monuments; ces
+pr&eacute;cieux documents me serviront d'avant-garde et me
+pr&eacute;c&eacute;deront de
+quelques jours &agrave; Paris.</p>
+<p>Le papyrus de M. Sallier m'a retenu plus que je ne l'avais
+pens&eacute;. Il a
+fallu prolonger mon s&eacute;jour, parce que mon excellent h&ocirc;te
+m'a t&eacute;moign&eacute;
+l'envie de rester seul possesseur de son livre et le d&eacute;sir que
+je n'en
+prisse point de copie; il a donc fallu me contenter de l'&eacute;tudier
+&agrave; fond.
+Je ne l'ai quitt&eacute; qu'apr&egrave;s avoir mis en portefeuille des
+notes compl&egrave;tes
+sur les parties les plus importantes de ce vieux monument. J'ai reconnu
+qu'il contient le r&eacute;cit dramatique de la guerre de
+S&eacute;sostris contre les
+Scythes (Sch&eacute;ta), alli&eacute;s avec la plupart des peuples de
+l'Asie
+occidentale. Mais il est extr&ecirc;mement piquant d'avoir reconnu
+aussi que
+ce m&ecirc;me texte est grav&eacute; en grands hi&eacute;roglyphes sur
+la paroi ext&eacute;rieure
+<i>sud</i> du palais de Karnac &agrave; Th&egrave;bes; ce texte
+historique est fort
+endommag&eacute; et presque perdu &agrave; Karnac, devais-je m'attendre
+&agrave; le retrouver
+&agrave; Aix dans toute son int&eacute;grit&eacute;? Le rapprochement
+de ce double texte me
+le donnera tout entier.</p>
+<p>Continuant &agrave; chercher de la chaleur et le beau soleil du Midi
+au travers
+des neiges qui couvrent la Provence, je me suis rendu &agrave;
+N&icirc;mes, o&ugrave; j'ai
+admir&eacute; l'amphith&eacute;&acirc;tre, et surtout la Maison
+carr&eacute;e, qui, dans son &eacute;tat
+actuel, est certainement le mieux conserv&eacute; de tous les monuments
+romains
+existants en Europe.</p>
+<p>A Montpellier j'ai retrouv&eacute; l'excellent M. Fabre, que j'avais
+connu en
+Italie; il m'a fait visiter en d&eacute;tail le beau mus&eacute;e de
+tableaux et la
+riche biblioth&egrave;que dont il a fait don &agrave; sa ville natale.
+C'est une chose
+merveilleuse qu'une telle r&eacute;union.</p>
+<p>Encore des neiges et du froid en quittant Montpellier. Quel
+d&eacute;mon
+d'hiver le ciel nous envoie-t-il donc cette ann&eacute;e? J'en souffre
+beaucoup, et je crains fort de trouver la goutte en arrivant dans
+l'atmosph&egrave;re brumeuse de Paris. Cependant il est temps que j'y
+rentre,
+et ce sera bient&ocirc;t.... Adieu.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="TRENTE_ET_UNIEME_LETTRE"></a>
+<h2>TRENTE ET UNI&Egrave;ME LETTRE</h2>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Bordeaux, le 2 mars 1830.</small></p>
+<p>Je me trouve enfin, en tr&egrave;s-bonne sant&eacute;, dans la belle
+ville de
+Bordeaux; je vais en courir les monuments pour achever mon
+&eacute;ducation et
+finir mes caravanes, car c'est demain, mercredi 3 mars, que je monte
+dans le courrier, &agrave; dix heures du soir, pour arriver enfin
+&agrave; Paris
+vendredi, &agrave; la pointe du jour.</p>
+<p>Nous nous trouverons donc l&agrave; o&ugrave; nous nous sommes
+quitt&eacute;s, il y aura
+alors vingt mois et vingt jours; ce n'est pas trop pour les
+r&eacute;sultats
+que j'ai conquis sur le d&eacute;sert; on m'en saura un jour,
+peut-&ecirc;tre,
+quelque gr&eacute;....</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="APPENDICE"></a>
+<h2>APPENDICE</h2>
+<br>
+<p>N&deg; 1</p>
+<p>NOTICE SOMMAIRE SUR L'HISTOIRE D'&Eacute;GYPTE,
+R&Eacute;DIG&Eacute;E A ALEXANDRIE POUR LE
+VICE-ROI, ET REMISE A SON ALTESSE AU MOIS DE NOVEMBRE 1829.</p>
+<br>
+<p>Les premi&egrave;res tribus qui peupl&egrave;rent l'&Eacute;GYPTE,
+c'est-&agrave;-dire la vall&eacute;e du
+Nil, entre la cataracte d'Osouan et la mer, venaient de l'<i>Abyssinie</i>
+ou
+du <i>Sennaar</i>. Mais il est impossible de fixer l'&eacute;poque de
+cette premi&egrave;re
+migration, excessivement antique.</p>
+<p>Les anciens &Eacute;gyptiens appartenaient &agrave; une race
+d'hommes tout &agrave; fait
+semblables aux <i>Kennous</i> ou <i>Barabras</i>, habitants actuels
+de la Nubie.
+On ne retrouve dans les <i>Coptes</i> d'&Eacute;gypte aucun des traits
+caract&eacute;ristiques de l'ancienne population &eacute;gyptienne. Les
+Coptes sont
+le r&eacute;sultat du m&eacute;lange confus de toutes les nations qui,
+successivement,
+ont domin&eacute; sur l'&Eacute;gypte. On a tort de vouloir retrouver
+chez eux les
+traits principaux de la vieille race.</p>
+<p>Les premiers &Eacute;gyptiens arriv&egrave;rent en &Eacute;gypte
+dans l'&eacute;tat de nomades, et
+n'avaient point de demeures plus fixes que les B&eacute;douins
+d'aujourd'hui;
+ils n'avaient alors ni sciences, ni arts, ni formes stables de
+civilisation.</p>
+<p>C'est par le travail des si&egrave;cles et des circonstances que les
+&Eacute;gyptiens,
+d'abord errants, s'occup&egrave;rent enfin d'agriculture, et
+s'&eacute;tablirent d'une
+mani&egrave;re fixe et permanente; alors naquirent les premi&egrave;res
+villes, qui ne
+furent, dans le principe, que de petits villages, lesquels, par le
+d&eacute;veloppement successif de la civilisation, devinrent des
+cit&eacute;s grandes
+et puissantes. Les plus anciennes villes de l'&Eacute;gypte furent
+Th&egrave;bes
+(<i>Louqsor</i> et <i>Karnac</i>), <i>Esn&eacute;</i>, <i>Edfou</i>
+et les autres villes du <i>Sa&iuml;d</i>,
+au-dessus de <i>Dend&eacute;rah</i>; l'&Eacute;gypte moyenne se peupla
+ensuite, et la
+Basse-&Eacute;gypte n'eut que plus tard des habitants et des villes. Ce
+n'est
+qu'au moyen de grands travaux ex&eacute;cut&eacute;s par les hommes,
+que la
+Basse-&Eacute;gypte est devenue habitable.</p>
+<p>Les &Eacute;gyptiens, dans les commencements de leur civilisation,
+furent
+gouvern&eacute;s par LES PR&Ecirc;TRES. Les pr&ecirc;tres
+administraient chaque canton de
+l'&Eacute;gypte sous la direction du GRAND-PR&Ecirc;TRE, lequel donnait
+ses ordres,
+disait-il, au nom de Dieu m&ecirc;me. Cette forme de gouvernement se
+nommait
+<i>th&eacute;ocratie</i>; elle ressemblait, mais bien moins parfaite,
+&agrave; celle qui
+r&eacute;gissait les Arabes sous les premiers kalifes.</p>
+<p>Ce premier gouvernement &eacute;gyptien, qui devenait facilement
+injuste,
+oppresseur, s'opposa bien longtemps &agrave; l'avancement de la
+civilisation.
+Il avait divis&eacute; la nation en trois parties distinctes: 1&deg;
+LES PR&Ecirc;TRES;
+2&deg; LES MILITAIRES; 3&deg; LE PEUPLE. Le peuple seul travaillait, et
+le fruit
+de toutes ses peines &eacute;tait d&eacute;vor&eacute; par les
+pr&ecirc;tres, qui tenaient les
+<i>militaires</i> &agrave; leur solde et les employaient &agrave;
+contenir le reste de la
+population.</p>
+<p>Mais il arriva une &eacute;poque o&ugrave; les soldats se
+lass&egrave;rent d'ob&eacute;ir
+aveugl&eacute;ment aux pr&ecirc;tres. Une r&eacute;volution
+&eacute;clata, et ce changement,
+heureux pour l'&Eacute;gypte, fut op&eacute;r&eacute; par un militaire
+nomm&eacute; <i>M&eacute;ne&iuml;</i>, qui
+devint le chef de la nation, &eacute;tablit le gouvernement royal et
+transmit
+le pouvoir &agrave; ses descendants en ligne directe.</p>
+<p>Les anciennes histoires d'&Eacute;gypte font remonter
+l'&eacute;poque de cette
+r&eacute;volution &agrave; six mille ans environ avant l'islamisme.</p>
+<p>D&egrave;s ce moment, le pays fut gouvern&eacute; par des ROIS, et
+le gouvernement
+devint plus doux et plus &eacute;clair&eacute;, car le pouvoir royal
+trouva un certain
+contre-poids dans l'influence que conservait n&eacute;cessairement la
+classe
+des pr&ecirc;tres, r&eacute;duite alors &agrave; son v&eacute;ritable
+r&ocirc;le, celui d'instruire et
+d'enseigner en m&ecirc;me temps les lois de la morale et les principes
+des
+arts. TH&Egrave;BES resta la capitale de l'&Eacute;tat; mais le roi
+M&eacute;ne&iuml; et son fils
+et successeur ATHOTHI jet&egrave;rent les fondements de MEMPHIS, dont
+ils
+firent une ville forte et leur seconde capitale. Elle exista &agrave;
+peu de
+distance du Nil, et on a trouv&eacute; ses ruines dans les villages de <i>Menf</i>,
+<i>Mokhnan</i>, et surtout de <i>Mit-Rhahin&eacute;h</i>. Les anciens
+historiens arabes
+nomm&egrave;rent <i>Memphis</i>, <i>Mars-el-Qadim&eacute;h</i>, pour
+la distinguer de
+<i>Mars-el-Atiq&eacute;h</i> (<i>Fosthath</i> ou le vieux Caire) et de <i>Mars-el-Qah&eacute;rah</i>
+(le Caire), la capitale actuelle.</p>
+<p>Une tr&egrave;s-longue suite de rois succ&eacute;da &agrave; <i>M&eacute;ne&iuml;</i>;
+diverses familles
+occup&egrave;rent le tr&ocirc;ne, et la civilisation se
+d&eacute;veloppa de si&egrave;cle en
+si&egrave;cle. C'est sous la IIIe dynastie que furent b&acirc;ties les
+pyramides de
+<i>Dahschour</i> et de <i>Sakkarah</i>, les plus anciens monuments
+dans le monde
+connu. Les pyramides de Ghiz&eacute;h sont les tombeaux des trois
+premi&egrave;re rois
+de la Ve dynastie, nomm&eacute;s <i>Souphi Ier</i>, <i>Sensaouphi</i>
+et <i>Mankh&eacute;ri</i>.
+Autour d'elles s'&eacute;l&egrave;vent de petites pyramides et des
+tombeaux,
+construits en grandes pierres, qui ont servi de s&eacute;pultures aux
+princes
+de la famille de ces anciens rois. Sous ces dynasties ou familles
+r&eacute;gnantes qui se succ&eacute;d&egrave;rent les unes aux autres,
+les sciences et les
+arts naquirent et se d&eacute;velopp&egrave;rent graduellement.
+L'&Eacute;gypte &eacute;tait d&eacute;j&agrave;
+puissante et forte; elle ex&eacute;cuta m&ecirc;me plusieurs grandes
+entreprises
+militaires au dehors, notamment sous des rois nomm&eacute;s <i>S&eacute;sokhris</i>,
+<i>Am&eacute;n&eacute;m&eacute;</i> et <i>Am&eacute;n&eacute;m&ocirc;f</i>;
+mais les monuments de ces rois n'existent plus,
+et l'histoire n'a conserv&eacute; aucun d&eacute;tail sur leurs grandes
+actions, parce
+qu'apr&egrave;s le r&egrave;gne de ces princes un grand bouleversement
+changea la face
+de l'Asie; des peuples barbares firent une invasion en &Eacute;gypte,
+s'en
+empar&egrave;rent et la ravag&egrave;rent en d&eacute;truisant tout sur
+leur passage; Th&egrave;bes
+fut ruin&eacute;e de fond en comble.</p>
+<p>Cet &eacute;v&eacute;nement eut lieu environ 2800 ans avant
+l'islamisme. Une partie de
+ces Barbares s'&eacute;tablit en &Eacute;gypte et tyrannisa le pays
+pendant plusieurs
+si&egrave;cles. La civilisation premi&egrave;re &eacute;gyptienne fut
+ainsi arr&ecirc;t&eacute;e et
+d&eacute;truite par ces &eacute;trangers, qui ruin&egrave;rent
+l'&Eacute;tat par leurs exactions et
+leurs rapines, en faisant dispara&icirc;tre par la mis&egrave;re une
+partie de la
+population locale. Ces Barbares ayant &eacute;lu un d'entre eux pour
+chef, il
+prit aussi le titre de <i>Pharaon</i>, qui &eacute;tait le nom par
+lequel on
+d&eacute;signait dans ce temps-l&agrave; tous les rois d'&Eacute;gypte.</p>
+<p>C'est sous le quatri&egrave;me de ces chefs &eacute;trangers que <i>Ioussouf,
+fils de
+Iakoub</i>, devint premier ministre et attira en &Eacute;gypte la
+famille de son
+p&egrave;re, qui forma ainsi la souche de la nation juive.</p>
+<p>Avec le temps, diverses parties de l'&Eacute;gypte sup&eacute;rieure
+s'affranchirent
+du joug des &eacute;trangers, et &agrave; la t&ecirc;te de cette
+r&eacute;sistance parurent des
+princes descendants des rois &eacute;gyptiens que les Barbares avaient
+d&eacute;tr&ocirc;n&eacute;s. L'un de ces princes, nomm&eacute; <i>Amosis</i>,
+rassembla enfin assez de
+forces pour attaquer les &eacute;trangers jusque dans la
+Basse-&Eacute;gypte, o&ugrave; ils
+&eacute;taient le plus solidement &eacute;tablis, au moyen des places
+de guerre, parmi
+lesquelles on comptait en premi&egrave;re ligne <i>Aouara</i>, immense
+campement
+fortifi&eacute; qui exista dans l'emplacement actuel d'<i>Abou-Kecheid</i>;
+du c&ocirc;t&eacute;
+de <i>Salaki&eacute;h</i>.</p>
+<p>Les exploits militaires d'<i>Amosis</i> d&eacute;livr&egrave;rent
+l'&Eacute;gypte de la tyrannie
+des Barbares. Il les chassa de Memphis, dont ils avaient fait leur
+capitale, et les contraignit de se renfermer tous dans la grande place
+d'armes d'<i>Aouara</i>, dont le si&egrave;ge fut commenc&eacute;.
+Amosis &eacute;tant mort sur
+ces entrefaites, son fils <i>Am&eacute;n&ocirc;f</i> continua le
+blocus et for&ccedil;a les
+&eacute;trangers &agrave; une capitulation en vertu de laquelle ils
+&eacute;vacu&egrave;rent
+l'&Eacute;gypte pour se jeter sur la Syrie, o&ugrave;
+s'&eacute;tablirent quelques-unes de
+leurs tribus.</p>
+<p><i>Am&eacute;n&ocirc;f</i>, le premier de ce nom, r&eacute;unit
+ainsi toute l'&Eacute;gypte sous sa
+domination et releva le tr&ocirc;ne des Pharaons, c'est-&agrave;-dire
+des rois de
+race &eacute;gyptienne. C'&eacute;tait le chef de la XVIIIe dynastie.
+Son r&egrave;gne entier
+et celui de ses trois premiers successeurs, <i>Thouthmosis Ier</i>,
+<i>Thouthmosis II</i> et <i>M&eacute;ris-Thouthmosis III</i>, furent
+consacr&eacute;s &agrave;
+reconstituer en &Eacute;gypte un gouvernement r&eacute;gulier et
+&agrave; relever la nation
+&eacute;cras&eacute;e par les longues ann&eacute;es de la servitude
+&eacute;trang&egrave;re.</p>
+<p>Les Barbares avaient tout d&eacute;truit, tout &eacute;tait par
+cons&eacute;quent &agrave;
+reconstruire. Ces grands rois n'&eacute;pargn&egrave;rent rien pour
+relever l'&Eacute;gypte
+de son abaissement; l'ordre fut r&eacute;tabli dans tout le royaume;
+les canaux
+furent recreus&eacute;s; l'agriculture et les arts, encourag&eacute;s
+et prot&eacute;g&eacute;s,
+ramen&egrave;rent l'abondance et le bien-&ecirc;tre parmi les sujets,
+ce qui accrut
+et perp&eacute;tua les richesses du gouvernement. Bient&ocirc;t les
+villes furent
+reconstruites; les &eacute;difices consacr&eacute;s &agrave; la
+religion se relev&egrave;rent de
+toutes parts, et plusieurs des monuments qu'on admire encore sur les
+bords du Nil appartiennent &agrave; cette int&eacute;ressante
+&eacute;poque de la
+restauration de l'&Eacute;gypte par la sagesse de ses rois. De ce
+nombre sont
+les monuments de <i>Semn&eacute;</i> et d'<i>Amada</i>, en Nubie, et
+plusieurs de ceux de
+<i>Karnac</i> et de <i>M&eacute;dinet-Habou</i>, qui sont de beaux
+ouvrages de
+Thouthmosis Ier ou de Thouthmosis III, qu'on appelait aussi <i>M&eacute;ris</i>.</p>
+<p>Ce roi, qui a fait ex&eacute;cuter les deux ob&eacute;lisques
+d'Alexandrie, est celui
+de tous les Pharaons qui op&eacute;ra les plus grandes choses. C'est
+&agrave; lui que
+l'&Eacute;gypte doit l'existence du grand lac de Fayoum. Par les
+immenses
+travaux qu'il fit faire, et au moyen de canaux et d'&eacute;cluses, ce
+lac
+devint un r&eacute;servoir qui servait &agrave; entretenir, pour tout
+le pays
+inf&eacute;rieur, un &eacute;quilibre perp&eacute;tuel entre les
+inondations du Nil
+insuffisantes et les inondations trop fortes. Ce lac portait autrefois
+le nom de <i>lac M&eacute;ris</i>, aujourd'hui <i>Birket-Karoun</i>.</p>
+<p>Ces rois, et quelques-uns de leurs successeurs, paraissent avoir
+conserv&eacute;, dans toute sa pl&eacute;nitude, le pouvoir royal
+qu'ils avaient
+arrach&eacute; aux chefs des Barbares; mais ils n'en us&egrave;rent
+qu'&agrave; l'avantage du
+pays; ils s'en servirent pour corriger et reconstituer la
+soci&eacute;t&eacute;
+corrompue par l'esclavage, et pour replacer l'&Eacute;gypte au premier
+rang
+politique qui lui appartenait au milieu des nations environnantes.</p>
+<p>Quelques peuples de l'Asie avaient d&eacute;j&agrave; atteint
+&agrave; cette &eacute;poque un
+certain degr&eacute; de civilisation, et leurs forces pouvaient menacer
+le
+repos de l'&Eacute;gypte. <i>M&eacute;ris</i> et ses successeurs
+prirent souvent les armes
+et port&egrave;rent la guerre en Asie ou en Afrique, soit pour
+&eacute;tablir la
+domination &eacute;gyptienne, soit pour ravager et affaiblir ces
+&Eacute;tats et
+assurer ainsi la tranquillit&eacute; de la nation &eacute;gyptienne.</p>
+<p>Parmi ces conqu&eacute;rants, on doit compter <i>Am&eacute;n&ocirc;f
+II</i>, fils de M&eacute;ris, qui
+rendit tributaire la Syrie et l'ancien royaume de Babylone; <i>Thouthmosis
+IV</i>, qui envahit l'<i>Abyssinie</i> et le <i>Sennaar</i>; enfin <i>Am&eacute;n&ocirc;f
+III</i>, qui
+acheva la conqu&ecirc;te de l'Abyssinie et fit de grandes
+exp&eacute;ditions en Asie.
+Il existe encore des monuments de ce roi; c'est lui qui fit b&acirc;tir
+le
+palais de <i>Sohleb</i>, en Haute-Nubie, le magnifique palais de <i>Louqsor</i>,
+et toute la partie sud du grand palais de Karnac &agrave;
+Th&egrave;bes. Les deux
+grands colosses de Kourna sont des statues qui repr&eacute;sentent cet
+illustre
+prince.</p>
+<p>Son fils <i>H&ocirc;rus</i> ch&acirc;tia une r&eacute;volte
+d'Abyssins et continua les travaux
+de son p&egrave;re; mais deux de ses enfants, qui lui
+succ&eacute;d&egrave;rent, n'eurent ni
+la fermet&eacute; ni le courage de leurs anc&ecirc;tres; ils
+laiss&egrave;rent se perdre en
+peu d'ann&eacute;es l'influence que l'&Eacute;gypte exer&ccedil;ait sur
+les contr&eacute;es
+voisines. Mais le roi <i>M&eacute;nephtha Ier</i> releva la gloire du
+pays et porta
+ses armes victorieuses en Syrie, &agrave; Babylone, et jusque dans le
+nord de
+la Perse.</p>
+<p>A sa mort, les peuples soumis s'&eacute;taient encore
+r&eacute;volt&eacute;s: <i>Rhams&egrave;s le
+Grand</i>, son fils et son successeur, reprit les armes, renouvela
+toutes
+les conqu&ecirc;tes de son p&egrave;re, et les &eacute;tendit jusque
+dans les Indes; il
+&eacute;puisa les pays vaincus et enrichit l'&Eacute;gypte des immenses
+d&eacute;pouilles de
+l'Asie et de l'Afrique.</p>
+<p>Cet illustre conqu&eacute;rant, connu aussi dans l'histoire sous le
+nom de
+<i>S&eacute;sostris</i>, fut en m&ecirc;me temps le plus brave des
+guerriers et le
+meilleur des princes. Il employa toutes les richesses enlev&eacute;es
+aux
+nations soumises et les tributs qu'il en recevait &agrave;
+l'ex&eacute;cution
+d'immenses travaux d'utilit&eacute; publique; il fonda des villes
+nouvelles,
+t&acirc;cha d'exhausser le terrain de quelques-unes, environna une
+foule
+d'autres de forts terrassements pour les mettre &agrave; couvert de
+l'inondation du fleuve; il creusa de nouveaux canaux, et c'est &agrave;
+lui
+qu'on attribue la premi&egrave;re id&eacute;e du canal de jonction du
+Nil &agrave; la mer
+Rouge; il couvrit enfin l'&Eacute;gypte de constructions magnifiques,
+dont un
+tr&egrave;s-grand nombre existent encore: ce sont les monuments d'<i>Ibsamboul,
+Derri, Guirch&eacute;-Hanan</i> et <i>Ouadi-Essebou&acirc;</i>, en
+Nubie; et en &Eacute;gypte, ceux
+de <i>Kourna</i>, d'<i>El-M&eacute;din&eacute;h</i>, pr&egrave;s de
+Kourna, une portion du palais de
+<i>Louqsor</i>, et enfin la grande salle &agrave; colonnes du palais de
+Karnac,
+commenc&eacute; par son p&egrave;re. Ce dernier monument est la plus
+magnifique
+construction qu'ait jamais &eacute;lev&eacute;e la main des hommes.</p>
+<p>Non content d'orner l'&Eacute;gypte d'&eacute;difices aussi
+somptueux, il voulut
+assurer le bonheur de ses habitants, et publia des lois nouvelles; la
+plus importante fut celle qui rendit &agrave; toutes les classes de ses
+sujets
+le droit de propri&eacute;t&eacute; dans toute sa pl&eacute;nitude. Il
+se d&eacute;mit ainsi du
+pouvoir absolu que ses anc&ecirc;tres avaient conserv&eacute;
+apr&egrave;s l'expulsion des
+Barbares. Ce bienfait immortalisa son nom, qui fut toujours
+v&eacute;n&eacute;r&eacute; tant
+qu'il exista un homme de race &eacute;gyptienne connaissant l'ancienne
+histoire
+de son pays. C'est sous le r&egrave;gne de Rhams&egrave;s le Grand, ou <i>S&eacute;sostris</i>,
+que l'&Eacute;gypte arriva au plus haut point de puissance politique et
+de
+splendeur int&eacute;rieure.</p>
+<p>Le Pharaon comptait alors au nombre des contr&eacute;es qui lui
+&eacute;taient
+soumises ou tributaires: 1&deg; l'&Eacute;gypte, 2&deg; la Nubie
+enti&egrave;re, 3&deg;
+l'Abyssinie, 4&deg; le Sennaar, 5&deg; une foule de contr&eacute;es du
+midi de
+l'Afrique, 6&deg; toutes les peuplades errantes dans les d&eacute;serts
+de l'orient
+et de l'occident du Nil, 7&deg; la Syrie, 8&deg; l'<i>Arabie</i>, dans
+laquelle les
+plus anciens rois avaient des &eacute;tablissements, un, entre autres,
+pr&egrave;s de
+la vall&eacute;e de Pharaon, et aux lieux nomm&eacute;s aujourd'hui
+Dj&eacute;bel-el-Mokatteb, el Magara, Sabouth-el-Kadim, o&ugrave;
+paraissent avoir
+exist&eacute; des fonderies de cuivre;</p>
+<p>9&deg; Les royaumes de Babylone et de Ninive (Moussoul);</p>
+<p>10&deg; Une grande partie de l'Anatolie ou Asie Mineure;</p>
+<p>11&deg; L'<i>&icirc;le de Chypre</i> et plusieurs &icirc;les de
+l'Archipel;</p>
+<p>12&deg; Plusieurs royaumes formant alors le pays qu'on appelle
+aujourd'hui
+la Perse.</p>
+<p>Alors existaient des communications suivies et
+r&eacute;guli&egrave;res entre l'empire
+&eacute;gyptien et celui de l'Inde. Le commerce avait une grande
+activit&eacute; entre
+ces deux puissances, et les d&eacute;couvertes qu'on fait journellement
+dans
+les tombeaux de Th&egrave;bes, de toiles de fabrique indienne, de
+meubles en
+bois de l'Inde et de pierres dures taill&eacute;es, venant certainement
+de
+l'Inde, ne laissent aucune esp&egrave;ce de doute sur le commerce que
+l'ancienne &Eacute;gypte entretenait avec l'Inde &agrave; une
+&eacute;poque o&ugrave; tous les
+peuples europ&eacute;ens et une grande partie des Asiatiques
+&eacute;taient encore
+tout &agrave; fait barbares. Il est impossible, d'ailleurs, d'expliquer
+le
+nombre et la magnificence des anciens monuments de l'&Eacute;gypte,
+sans
+trouver dans l'antique prosp&eacute;rit&eacute; commerciale de ce pays
+la principale
+source des &eacute;normes richesses d&eacute;pens&eacute;es pour les
+produire. Ainsi, il est
+bien d&eacute;montr&eacute; que Memphis et Th&egrave;bes furent le
+premier centre du commerce
+avant que <i>Babylone, Tyr, Sidon, Alexandrie, Tadmour</i> (Palmyre)
+et
+<i>Bagdhad</i>, villes toutes du voisinage de l'&Eacute;gypte,
+h&eacute;ritassent
+successivement de ce bel et important privil&egrave;ge.</p>
+<p>Quant &agrave; l'&eacute;tat int&eacute;rieur de l'&Eacute;GYPTE
+&agrave; cette grande &eacute;poque, tout prouve
+que la police, les arts et les sciences y &eacute;taient port&eacute;s
+&agrave; un tr&egrave;s-haut
+degr&eacute; d'avancement.</p>
+<p>Le pays &eacute;tait partag&eacute; en trente-six provinces ou
+gouvernements
+administr&eacute;s par divers degr&eacute;s de fonctionnaires,
+d'apr&egrave;s un code complet
+de lois &eacute;crites.</p>
+<p>La population s'&eacute;levait en totalit&eacute; &agrave; cinq
+millions au moins et &agrave; sept
+millions au plus. Une partie de cette population, sp&eacute;cialement
+vou&eacute;e &agrave;
+l'&eacute;tude des sciences et aux progr&egrave;s des arts,
+&eacute;tait charg&eacute;e en outre des
+c&eacute;r&eacute;monies du culte, de l'administration de la justice,
+de
+l'&eacute;tablissement et de la lev&eacute;e des imp&ocirc;ts
+invariablement fix&eacute;s d'apr&egrave;s
+la nature et l'&eacute;tendue de chaque portion de
+propri&eacute;t&eacute; mesur&eacute;e d'avance,
+et de toutes les branches de l'administration civile. C'&eacute;tait la
+partie
+instruite et savante de la nation; on la nommait la <i>caste
+sacerdotale</i>.
+Les principales fonctions de cette caste &eacute;taient exerc&eacute;es
+ou dirig&eacute;es
+par des membres de la famille royale.</p>
+<p>Une autre partie de la nation &eacute;gyptienne &eacute;tait
+sp&eacute;cialement destin&eacute;e &agrave;
+veiller au repos int&eacute;rieur et &agrave; la d&eacute;fense
+ext&eacute;rieure du pays. C'est
+dans ces familles nombreuses, dot&eacute;es et entretenues aux frais de
+l'&Eacute;tat,
+et qui formaient la <i>caste militaire</i>, que s'op&eacute;raient les
+conscriptions
+et les lev&eacute;es de soldats; elles entretenaient
+r&eacute;guli&egrave;rement l'arm&eacute;e
+&eacute;gyptienne sur le pied de 180,000 hommes. La premi&egrave;re,
+mais la plus
+petite, des divisions de cette arm&eacute;e, &eacute;tait
+exerc&eacute;e &agrave; combattre sur des
+chars &agrave; deux chevaux, c'&eacute;tait la <i>cavalerie</i> de
+l'&eacute;poque (la cavalerie
+proprement dite n'existait point alors en &Eacute;gypte); le reste
+formait des
+corps de fantassins de diff&eacute;rentes armes, savoir: les soldats de
+ligne,
+arm&eacute;s d'une cuirasse, d'un bouclier, d'une lance et de
+l'&eacute;p&eacute;e; et les
+troupes l&eacute;g&egrave;res, les archers, les frondeurs et les corps
+arm&eacute;s de haches
+ou de faux de bataille. Les troupes &eacute;taient exerc&eacute;es
+&agrave; des manoeuvres
+r&eacute;guli&egrave;res, marchaient et se mouvaient en ligne par
+l&eacute;gions et par
+compagnies; leurs &eacute;volutions s'ex&eacute;cutaient au son du
+tambour et de la
+trompette.</p>
+<p>Le roi d&eacute;l&eacute;guait pour l'ordinaire le commandement des
+diff&eacute;rents corps &agrave;
+des princes de sa famille.</p>
+<p>La troisi&egrave;me classe de la population formait la <i>caste
+agricole</i>. Ses
+membres donnaient tous leurs soins &agrave; la culture des terres, soit
+comme
+propri&eacute;taires, soit comme fermiers; les produits leur
+appartenaient en
+propre, et on en pr&eacute;levait seulement une portion destin&eacute;e
+&agrave; l'entretien
+du <i>roi</i>, comme &agrave; celui des <i>castes sacerdotale et
+militaire</i>; cela
+formait le principal et le plus certain des revenus de l'&Eacute;tat.</p>
+<p>D'apr&egrave;s les anciens historiens, on doit &eacute;valuer le
+revenu annuel des
+Pharaons, y compris les tributs pay&eacute;s par les nations
+&eacute;trang&egrave;res, au
+moins de six &agrave; sept cents millions de notre monnaie.</p>
+<p>Les artisans, les ouvriers de toute esp&egrave;ce, et les marchands,
+composaient la quatri&egrave;me classe de la nation; c'&eacute;tait la <i>caste
+industrielle</i>, soumise &agrave; un imp&ocirc;t proportionnel, et
+contribuant ainsi
+par ses travaux &agrave; la richesse comme aux charges de
+l'&Eacute;tat. Les produits
+de cette caste &eacute;lev&egrave;rent l'&Eacute;gypte &agrave; son
+plus haut point de prosp&eacute;rit&eacute;.
+Tous les genres d'industrie furent en effet pratiqu&eacute;s par les
+anciens
+&Eacute;gyptiens, et leur commerce avec les autres nations plus ou
+moins
+avanc&eacute;es, qui formaient le monde politique de cette
+&eacute;poque, avait pris
+un grand d&eacute;veloppement.</p>
+<p>L'&Eacute;gypte faisait alors du superflu de ses produits en grains
+un commerce
+r&eacute;gulier et fort &eacute;tendu. Elle tirait de grands profits de
+ses bestiaux
+et de ses chevaux. Elle fournissait le monde de ses toiles de lin et de
+ses tissus de coton, &eacute;galant en perfection et en finesse tout ce
+que
+l'industrie de l'Inde et de l'Europe ex&eacute;cute aujourd'hui de plus
+parfait. Les m&eacute;taux, dont l'&Eacute;gypte ne renferme aucune
+mine, mais qu'elle
+tirait des pays tributaires ou d'&eacute;changes avantageux avec les
+nations
+ind&eacute;pendantes, sortaient de ses ateliers travaill&eacute;s sous
+diverses formes
+et chang&eacute;s soit en armes, en instruments, en ustensiles, soit en
+objets
+de luxe et de parure recherch&eacute;s &agrave; l'envi par tous les
+peuples voisins.
+Elle exportait annuellement une masse consid&eacute;rable de poterie de
+tout
+genre, ainsi que les innombrables produits de ses ateliers de verrerie
+et d'&eacute;maillerie, arts que les &Eacute;gyptiens avaient
+port&eacute;s au plus haut
+point de perfection. Elle approvisionnait enfin les nations voisines de
+<i>papyrus</i> ou <i>papier</i> form&eacute; des pellicules
+int&eacute;rieures d'une plante qui
+a cess&eacute; d'exister depuis quelques si&egrave;cles en
+&Eacute;gypte; les anciens Arabes
+la nommaient <i>berd</i>; elle croissait principalement dans les
+terrains
+mar&eacute;cageux, et sa culture &eacute;tait une source de richesse
+pour ceux qui
+habitaient les rives des anciens lacs de Bourlos et de Menzal&eacute;h
+ou
+Tennis.</p>
+<p>Les &Eacute;gyptiens n'avaient point un syst&egrave;me
+mon&eacute;taire semblable au n&ocirc;tre.
+Ils avaient pour le petit commerce int&eacute;rieur une monnaie de
+convention;
+mais pour les transactions consid&eacute;rables, on payait en <i>anneaux
+d'or
+pur</i>, d'un certain poids et d'un certain diam&egrave;tre, ou en
+anneaux
+d'argent d'un titre et d'un poids &eacute;galement fixes.</p>
+<p>Quant &agrave; l'&eacute;tat de la marine &agrave; cette ancienne
+&eacute;poque, plusieurs notions
+essentielles nous manquent encore. L'&Eacute;gypte avait une <i>marine
+militaire</i>, compos&eacute;e de grandes gal&egrave;res, marchant
+&agrave; la fois &agrave; la rame et
+&agrave; la voile. On doit pr&eacute;sumer que la marine marchande
+avait pris un
+certain essor, quoiqu'il soit &agrave; peu pr&egrave;s certain que le
+commerce et la
+navigation de long cours &eacute;taient faits, en qualit&eacute; de
+courtiers, par un
+petit peuple tributaire de l'&Eacute;gypte, et dont les principales
+villes
+furent <i>Sour, Sa&iuml;de, Beirouth</i> et <i>Acre</i>.</p>
+<p>Le bien-&ecirc;tre int&eacute;rieur de l'&Eacute;gypte &eacute;tait
+fond&eacute; sur le grand
+d&eacute;veloppement de son agriculture et de son industrie; on
+d&eacute;couvre &agrave;
+chaque instant, dans les tombeaux de Th&egrave;bes et Sakkarah, des
+objets d'un
+travail perfectionn&eacute;, d&eacute;montrant que ce peuple
+connaissait toutes les
+aisances de la vie et toutes les jouissances du luxe. Aucune nation
+ancienne ni moderne n'a port&eacute; plus loin que les vieux
+&Eacute;gyptiens la
+grandeur et la somptuosit&eacute; des &eacute;difices, le go&ucirc;t et
+la recherche dans
+les meubles, les ustensiles, le costume et la d&eacute;coration. Telle
+fut
+l'&Eacute;gypte &agrave; son plus haut p&eacute;riode de splendeur
+connu. Cette prosp&eacute;rit&eacute;
+date de l'&eacute;poque des derniers rois de la XVIIIe dynastie,
+&agrave; laquelle
+appartient RHAMS&Egrave;S LE GRAND ou <i>S&eacute;sostris</i>; les
+sages et nombreuses
+institutions de ce souverain terrible &agrave; ses ennemis, doux et
+mod&eacute;r&eacute;
+envers ses sujets, en assur&egrave;rent la dur&eacute;e.</p>
+<p>Ses successeurs jouirent en paix du fruit de ses travaux et
+conserv&egrave;rent
+en grande partie ses conqu&ecirc;tes, que le quatri&egrave;me d'entre
+eux, nomm&eacute;
+<i>Rhams&egrave;s-M&eacute;iamoun</i>, prince guerrier et ambitieux,
+&eacute;tendit encore
+davantage; son r&egrave;gne entier fut une suite d'entreprises
+heureuses contre
+les nations les plus puissantes de l'Asie. Ce roi b&acirc;tit le beau
+palais
+de <i>M&eacute;dinet-Habou</i> (&agrave; Th&egrave;bes), sur les
+murailles duquel on voit encore
+sculpt&eacute;es et peintes toutes les campagnes de ce Pharaon en Asie,
+les
+batailles qu'il a livr&eacute;es sur terre ou sur mer, le si&egrave;ge
+et la prise de
+plusieurs villes, enfin les c&eacute;r&eacute;monies de son triomphe au
+retour de ses
+lointaines exp&eacute;ditions. Ce conqu&eacute;rant para&icirc;t avoir
+perfectionn&eacute; la
+marine militaire de son &eacute;poque.</p>
+<p>Les Pharaons qui r&eacute;gn&egrave;rent apr&egrave;s lui firent
+jouir l'&Eacute;gypte d'un long
+repos. Pendant ces temps d'une tranquillit&eacute; profonde,
+l'&Eacute;gypte, tout en
+laissant s'assoupir l'esprit guerrier et conqu&eacute;rant qui l'avait
+anim&eacute;e
+sous les pr&eacute;c&eacute;dentes dynasties, dut n&eacute;cessairement
+perfectionner son
+r&eacute;gime int&eacute;rieur et avancer progressivement ses arts et
+son industrie;
+mais sa domination ext&eacute;rieure se r&eacute;tr&eacute;cit de
+si&egrave;cle en si&egrave;cle, &agrave; cause
+des progr&egrave;s de la civilisation qui s'&eacute;tait
+effectu&eacute;e dans plusieurs de
+ces contr&eacute;es par leur liaison m&ecirc;me avec l'&Eacute;gypte,
+celle-ci ne pouvant
+plus les contenir sous sa d&eacute;pendance que par un
+d&eacute;veloppement de forces
+militaires excessif et hors de toute proportion.</p>
+<p>Un nouveau monde politique s'&eacute;tait en effet form&eacute;
+autour de l'&Eacute;gypte;
+les peuples de la Perse, r&eacute;unis en un seul corps de nation,
+mena&ccedil;aient
+d&eacute;j&agrave; les grands royaumes unis de Ninive et de Babylone;
+ceux-ci, visant
+&agrave; d&eacute;pouiller l'&Eacute;gypte d'importantes branches de
+commerce, lui
+disputaient la possession de la Syrie et se servaient des peuples et
+des
+tribus arabes pour inqui&eacute;ter les fronti&egrave;res de leur
+ancienne
+dominatrice. Dans ce conflit, les Ph&eacute;niciens, ces courtiers
+naturels du
+commerce des deux puissances rivales, passaient d'un parti &agrave; un
+autre,
+suivant l'int&eacute;r&ecirc;t du moment. Car cette lutte fut longue et
+soutenue; il
+ne s'agissait de rien moins que de l'existence commerciale de l'un ou
+l'autre de ces puissants empires.</p>
+<p>Les exp&eacute;ditions militaires du Pharaon <i>Ch&eacute;chonk Ier</i>
+et celles de son
+fils <i>Osorkon Ier</i>, qui parcoururent l'Asie occidentale,
+maintinrent,
+pendant quelque temps, la supr&eacute;matie de l'&Eacute;gypte. Elle
+e&ucirc;t pu jouir
+longtemps du fruit de ses victoires si une invasion des
+&Eacute;thiopiens (ou
+Abyssins) n'e&ucirc;t tourn&eacute; toute son attention du
+c&ocirc;t&eacute; du midi. Ses efforts
+furent inutiles. <i>Sabacon</i>, roi des &Eacute;thiopiens, s'empara
+de la Nubie,
+et passa la derni&egrave;re cataracte avec une arm&eacute;e grossie de
+tous les
+peuples barbares de l'Afrique. L'&Eacute;gypte succomba apr&egrave;s
+une lutte dans
+laquelle p&eacute;rit son Pharaon <i>Bok-Hor</i>. La domination du
+conqu&eacute;rant
+&eacute;thiopien fut douce et humaine; il r&eacute;tablit le cours de
+la justice
+interrompue par les d&eacute;sordres de l'invasion. Son second
+successeur,
+&eacute;thiopien comme lui, porta ses armes en Asie et fit une longue
+exp&eacute;dition dans le nord de l'Afrique. L'histoire dit qu'il en
+soumit
+toutes les peuplades jusqu'au d&eacute;troit de Gibraltar. Le roi
+nomm&eacute;
+TAHARAKA a b&acirc;ti un des petits palais de <i>M&eacute;diniet-Habou</i>,
+encore
+existant. Mais peu de temps apr&egrave;s lui, la dynastie
+&eacute;thiopienne fut
+chass&eacute;e d'&Eacute;gypte, et une famille &eacute;gyptienne occupa
+le tr&ocirc;ne des
+Pharaons; ce fut la XXVIe dynastie, appel&eacute;e <i>sa&iuml;te</i>
+parce que son chef,
+ST&Eacute;PHINATHI, &eacute;tait n&eacute; dans la ville de <i>Sa&iuml;</i>
+(aujourd'hui
+<i>Ssa-el-Hagar</i>), en Basse-&Eacute;gypte.</p>
+<p>Cette dynastie s'&eacute;tant affermie, voulut relever l'influence
+de la patrie
+sur les &Eacute;tats asiatiques voisins, et ressaisir ainsi la
+supr&eacute;matie
+commerciale. Le roi PSAMH&Eacute;TIK Ier ouvrit aux marchands
+&eacute;trangers le
+petit nombre de ports que la nature a accord&eacute;s &agrave;
+l'&Eacute;gypte, et parmi
+lesquels on comptait d&eacute;j&agrave; celui d'<i>Alexandrie</i>, qui
+alors n'&eacute;tait qu'une
+fort petite bourgade appel&eacute;e <i>Rakoti</i>.</p>
+<p>Ce Pharaon se lia principalement avec les Ioniens et les Cariens,
+peuples grecs &eacute;tablis en Asie; non-seulement il permit aux
+n&eacute;gociants de
+ces nations de s'&eacute;tablir en &Eacute;gypte, mais il commit
+l'&eacute;norme faute de
+leur conc&eacute;der des terres et de prendre &agrave; sa solde un
+corps
+tr&egrave;s-consid&eacute;rable de troupes ioniennes et cariennes. Les
+soldats
+&eacute;gyptiens qui, comme membres de la caste militaire, avaient
+seuls le
+privil&egrave;ge de combattre pour l'&Eacute;gypte, s'irrit&egrave;rent
+de ce que le roi
+confiait la d&eacute;fense du pays &agrave; des &eacute;trangers et
+&agrave; des barbares fort en
+arri&egrave;re encore de la civilisation &eacute;gyptienne. <i>Psamm&eacute;tik</i>
+eut, de plus,
+l'imprudence de donner &agrave; ces Grecs les premiers postes de
+l'arm&eacute;e.
+L'irritation des soldats &eacute;gyptiens fut &agrave; son comble.
+Ourdissant un vaste
+complot, qui embrassa la presque totalit&eacute; des membres de la
+caste
+militaire, plus de cent mille soldats &eacute;gyptiens
+quitt&egrave;rent spontan&eacute;ment
+les garnisons o&ugrave; le roi les avait confin&eacute;s, et,
+abandonnant leur patrie,
+pass&egrave;rent les cataractes pour aller se fixer en Ethiopie,
+o&ugrave; ils
+&eacute;tablirent un &Eacute;tat particulier.</p>
+<p>Ainsi priv&eacute;e tout &agrave; coup de la masse presque
+enti&egrave;re de ses d&eacute;fenseurs
+naturels, l'&Eacute;gypte d&eacute;chut rapidement, et la perte de son
+ind&eacute;pendance
+politique devint in&eacute;vitable.</p>
+<p>Les rois de Babylone, connaissant la plaie incurable de
+l'&Eacute;gypte, leur
+rivale, redoubl&egrave;rent d'efforts. La Syrie devint le
+th&eacute;&acirc;tre perp&eacute;tuel du
+conflit sanglant des deux peuples. N&eacute;ko II, fils de <i>Psamm&eacute;tik
+1er</i>,
+refoula d'abord les Babyloniens ou Assyriens dans leur fronti&egrave;re
+naturelle, et chercha d&egrave;s lors &agrave; donner de nouvelles
+voies au commerce,
+en portant tous ses soins vers la marine; une flotte sortie de la mer
+Rouge reconnut et explora tout le contour de l'Afrique, doubla le cap
+le
+plus m&eacute;ridional, et, faisant voile vers le nord, arriva au
+d&eacute;troit de
+Gibraltar, rentrant ainsi en &Eacute;gypte par la
+M&eacute;diterran&eacute;e. Ce roi ex&eacute;cuta
+aussi de grands travaux pour le canal de communication entre le Nil et
+la mer Rouge. La fin de son r&egrave;gne fut malheureuse; le roi de
+Babylone,
+<i>Nebucade-N&eacute;sar</i>, d&eacute;fit les arm&eacute;es
+&eacute;gyptiennes et les chassa de la
+Ph&eacute;nicie, de la Jud&eacute;e et de la Syrie enti&egrave;re. <i>Psamm&eacute;tik
+II</i>, son fils,
+essaya vainement de ressaisir ces provinces d&eacute;tach&eacute;es de
+l'empire
+&eacute;gyptien; son successeur OUAPHR&Eacute; fut plus heureux, il
+remit sous le joug
+les peuples de <i>Sour</i> et de <i>Sa&iuml;de</i>, et l'&icirc;le de
+<i>Chypre</i>; mais il
+&eacute;choua en Afrique dans une exp&eacute;dition contre la ville de <i>Cyr&egrave;ne</i>
+(Grennah). Cette malheureuse campagne porta &agrave; son comble
+l'exasp&eacute;ration
+de ce qui restait de la caste militaire &eacute;gyptienne; sa haine
+contre le
+Pharaon <i>Ouaphr&eacute;</i>, qui s'entourait de troupes ioniennes ou
+grecques,
+malgr&eacute; la terrible le&ccedil;on donn&eacute;e &agrave; son
+bisa&iuml;eul <i>Psamm&eacute;tik Ier</i>, &eacute;clata
+tout &agrave; coup, et les soldats &eacute;gyptiens
+r&eacute;volt&eacute;s, mettant la couronne sur
+la t&ecirc;te d'un courtisan nomm&eacute; AMASIS, march&egrave;rent
+contre <i>Ouaphr&eacute;</i>, qui
+fut vaincu et enti&egrave;rement d&eacute;fait &agrave; <i>Mariouth</i>,
+o&ugrave; il combattit &agrave; la t&ecirc;te
+de ses troupes &eacute;trang&egrave;res. <i>Amasis</i> gouverna
+pendant quarante-deux ans.
+Son r&egrave;gne fut heureux et paisible; le commerce reprit un grand
+essor et
+les richesses affluaient en &Eacute;gypte, non qu'elle f&ucirc;t forte
+par elle-m&ecirc;me,
+non qu'elle e&ucirc;t reconquis par les armes son influence au dehors,
+mais
+parce que dans ce temps-l&agrave; les rois de Babylone cessaient de
+menacer
+l'&Eacute;gypte pour r&eacute;sister aux peuples de la Perse,
+r&eacute;unis sous un seul
+chef, <i>Cyrus</i>, qui attaqua imp&eacute;tueusement l'Assyrie et en
+fit
+graduellement la conqu&ecirc;te, termin&eacute;e par la prise et
+l'asservissement de
+Babylone.</p>
+<p>D&egrave;s ce moment, <i>Amasis</i> pr&eacute;vit la fin prochaine
+de la monarchie
+&eacute;gyptienne. La derni&egrave;re guerre civile avait affaibli ce
+qui restait de
+l'ann&eacute;e nationale, presque enti&egrave;rement
+d&eacute;sorganis&eacute;e par l'impolitique de
+ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs; il ne pouvait compter sur la
+fid&eacute;lit&eacute; des troupes
+grecques, qu'il avait retenues aussi &agrave; sa solde. Mais, heureux
+en ce qui
+le touchait personnellement, <i>Amasis</i> mourut apr&egrave;s un
+r&egrave;gne prosp&egrave;re, au
+moment m&ecirc;me o&ugrave; les arm&eacute;es persanes
+s'&eacute;branlaient pour fondre sur
+l'&Eacute;gypte.</p>
+<p>A peine mont&eacute; sur le tr&ocirc;ne que lui laissait son
+p&egrave;re, <i>Psamm&eacute;tik III</i>
+nomm&eacute; aussi <i>Psamm&eacute;nis</i> dut courir &agrave; <i>Peluse</i>
+(Thin&eacute;h ou <i>Farama</i>), la
+plus forte des places de l'&Eacute;gypte du c&ocirc;t&eacute; de la
+Syrie; l&agrave; il rassembla
+tout ce qui lui restait de la caste militaire &eacute;gyptienne et les
+troupes
+&eacute;trang&egrave;res qu'il avait &agrave; sa solde; les Perses,
+sous la conduite de leur
+roi <i>Cambyse</i>, fils de <i>Cyrus</i>, favoris&eacute;s par les
+Arabes, traversent
+sans obstacle le d&eacute;sert qui s&eacute;pare la Syrie de
+l'&Eacute;gypte; et cette
+immense arm&eacute;e se rangea en face des &Eacute;gyptiens,
+camp&eacute;s sous les murs de
+<i>Peluse</i>.</p>
+<p>Le combat fut long et terrible; &agrave; la chute du jour les
+&Eacute;gyptiens
+pli&egrave;rent, accabl&eacute;s sous le nombre; <i>Cambyse</i>
+vainquit, et l'ind&eacute;pendance
+nationale de l'&Eacute;gypte fut &agrave; jamais perdue.</p>
+<p>Les Perses poursuivirent leurs succ&egrave;s et prirent <i>Memphis</i>
+d'assaut;
+cette capitale fut livr&eacute;e au pillage; la nation persane, encore
+barbare,
+porta de tous c&ocirc;t&eacute;s la destruction et la mort.
+Th&egrave;bes fut saccag&eacute;e, ses
+plus beaux monuments d&eacute;molis ou d&eacute;vast&eacute;s; la
+population, courb&eacute;e sous un
+joug tyrannique, fut livr&eacute;e &agrave; la discr&eacute;tion des
+satrapes ou gouverneurs
+&eacute;tablis pour les rois de Perse. Les arts et les sciences
+disparurent
+presque enti&egrave;rement de ce sol qui les avait vus na&icirc;tre.</p>
+<p>Quelques chefs &eacute;gyptiens, pleins de courage,
+arrach&egrave;rent momentan&eacute;ment
+leur patrie &agrave; la servitude; mais leurs g&eacute;n&eacute;reux
+efforts s'&eacute;puis&egrave;rent
+bient&ocirc;t contre la puissance toujours croissante de l'empire
+persan.</p>
+<p>Ce fut <i>Alexandre</i> (Iskander) qui, &agrave; la t&ecirc;te
+d'une arm&eacute;e de Grecs,
+renversa la domination des Perses en Asie, et l'&Eacute;gypte respira
+enfin
+sous ce nouveau ma&icirc;tre. A la mort de ce grand homme, qui avait
+fond&eacute; la
+ville d'<i>Alexandrie</i>, parce que cette position g&eacute;ographique
+semblait
+appel&eacute;e &agrave; devenir le centre du commerce du monde, les
+g&eacute;n&eacute;raux grecs
+partag&egrave;rent ses conqu&ecirc;tes. <i>Ptol&eacute;m&eacute;e</i>,
+l'un d'eux, se d&eacute;clara roi
+d'&Eacute;gypte, et fut le chef de la <i>dynastie grecque</i>, qui
+gouverna l'&Eacute;gypte
+pendant pr&egrave;s de trois si&egrave;cles.</p>
+<p>Sous ces rois, qui tous ont port&eacute; le nom de <i>Ptol&eacute;m&eacute;e</i>,
+la ville
+d'Alexandrie accomplit les pr&eacute;visions d'Alexandre. Elle devint
+l'entrep&ocirc;t du commerce de l'Asie et de l'Afrique enti&egrave;re
+avec l'Europe,
+qui alors comptait un assez grand nombre de nations civilis&eacute;es.
+Mais les
+d&eacute;bauches et la tyrannie des derniers rois grecs
+pr&eacute;par&egrave;rent la chute de
+leur domination.</p>
+<p>Cette famille fut d&eacute;tr&ocirc;n&eacute;e par C&Eacute;SAR
+AUGUSTE, empereur des Romains, et
+l'&Eacute;gypte, perdant pour toujours le nom m&ecirc;me de nation,
+devint une simple
+province de l'empire romain et fut gouvern&eacute;e par un
+pr&eacute;fet. D&egrave;s ce
+moment, elle suivit la bonne et la mauvaise fortune de l'empire dont
+elle d&eacute;pendait, jusqu'&agrave; ce que les Arabes musulmans en
+firent la
+conqu&ecirc;te au nom du calife OMAR, sous la conduite de son
+g&eacute;n&eacute;ral <i>Amrou
+Ebn-el-As</i>.</p>
+<br>
+<hr style="width: 45%;"><br>
+<p><a name="N_II"></a>N&deg; II.</p>
+<p>NOTE REMISE AU VICE-ROI POUR LA CONSERVATION DES MONUMENTS DE
+L'&Eacute;GYPTE.</p>
+<br>
+<p style="text-align: right;"><small>Alexandrie, novembre 1829.</small></p>
+<p>Parmi les Europ&eacute;ens qui visitent l'&Eacute;gypte, il en est,
+annuellement, un
+tr&egrave;s-grand nombre qui, n'&eacute;tant amen&eacute;s par aucun
+int&eacute;r&ecirc;t commercial,
+n'ont d'autre d&eacute;sir ou d'autre motif que celui de
+conna&icirc;tre par
+eux-m&ecirc;mes et de contempler les monuments de l'ancienne
+civilisation
+&eacute;gyptienne, monuments &eacute;pars sur les deux rives du Nil, et
+que l'on peut
+aujourd'hui admirer et &eacute;tudier en toute s&ucirc;ret&eacute;,
+gr&acirc;ce aux sages mesures
+prises par le gouvernement de Son Altesse.</p>
+<p>Le s&eacute;jour plus ou moins prolong&eacute; que ces voyageurs
+doivent faire,
+n&eacute;cessairement, dans les diverses provinces de l'&Eacute;gypte
+et de la Nubie,
+tourne &agrave; la fois au profit de la science qu'ils enrichissent de
+leurs
+observations, et &agrave; celui du pays lui-m&ecirc;me, par leurs
+d&eacute;penses
+personnelles, soit pour les travaux qu'ils font ex&eacute;cuter, soit
+pour
+satisfaire leur active curiosit&eacute;, soit m&ecirc;me encore pour
+l'acquisition de
+divers produits de l'art antique.</p>
+<p>Il est donc du plus haut int&eacute;r&ecirc;t, pour l'&Eacute;gypte
+elle-m&ecirc;me, que le
+gouvernement de Son Altesse veille &agrave; l'enti&egrave;re
+conservation des &eacute;difices
+et monuments antiques, l'objet et le but principal des voyages
+qu'entreprennent, comme &agrave; l'envi, une foule d'Europ&eacute;ens
+appartenant aux
+classes les plus distingu&eacute;es de la soci&eacute;t&eacute;.</p>
+<p>Leurs regrets se joignent d&eacute;j&agrave; &agrave; ceux de toute
+l'Europe savante, qui
+d&eacute;plore am&egrave;rement la destruction enti&egrave;re d'une
+foule de monuments
+antiques, d&eacute;molis totalement depuis peu d'ann&eacute;es, sans
+qu'il en reste la
+moindre trace. On sait bien que ces d&eacute;molitions barbares ont
+&eacute;t&eacute;
+ex&eacute;cut&eacute;es contre les vues &eacute;clair&eacute;es et les
+intentions bien connues de
+Son Altesse, et par des agents incapables d'appr&eacute;cier le dommage
+que,
+sans le savoir, ils causaient ainsi au pays; mais ces monuments n'en
+sont pas moins perdus sans retour, et leur perte r&eacute;veille, dans
+toutes
+les classes instruites, une inqui&egrave;te et bien juste sollicitude
+sur le
+sort &agrave; venir des monuments qui existent encore.</p>
+<p>Voici la note nominative de ceux <i>qu'on a r&eacute;cemment
+d&eacute;truits:</i></p>
+<p>1&deg; <i>Tous</i> les monuments de <i>Che&iuml;k-Abad&eacute;</i>;
+il ne reste plus debout que
+quelques colonnes de granit;</p>
+<p>2&deg; Le temple d'<i>Aschmoune&iuml;n</i>, l'un des plus beaux
+monuments de l'&Eacute;gypte;</p>
+<p>3&deg; Le temple de <i>Kaou-el-K&eacute;bir</i>; ici le Nil a
+autant d&eacute;truit que les
+hommes;</p>
+<p>4&deg; Un temple au nord de la ville d'<i>Esn&eacute;</i>;</p>
+<p>5&deg; Un temple vis-&agrave;-vis <i>Esn&eacute;</i>, sur la rive
+droite du fleuve;</p>
+<p>6&deg; Trois temples &agrave; <i>El-Kab</i> ou <i>El-Eitz</i>;</p>
+<p>7&deg; Deux temples dans l'&icirc;le, vis-&agrave;-vis la ville
+d'Osouan,
+<i>G&eacute;ziret-Osouan</i>.</p>
+<p>Ce qui fait une perte totale de treize ou quatorze monuments
+antiques,
+du nombre desquels trois surtout &eacute;taient du plus grand
+int&eacute;r&ecirc;t pour les
+voyageurs et les savants.</p>
+<p>Il est donc urgent et de la plus haute importance que les vues
+conservatrices de Son Altesse &eacute;tant bien connues de ses agents,
+ceux-ci
+les suivent et les remplissent dans toute leur &eacute;tendue; l'Europe
+enti&egrave;re
+sera reconnaissante des mesures actives que Son Altesse voudra bien
+prendre pour assurer la conservation des temples, des palais, des
+tombeaux, et de tous les genres de monuments qui attestent encore la
+puissance et la grandeur de l'&Eacute;gypte ancienne, et sont en
+m&ecirc;me temps les
+plus beaux ornements de l'&Eacute;gypte moderne.</p>
+<p>Dans ce but d&eacute;sirable, Son Altesse pourrait ordonner:</p>
+<p>1&deg; Qu'on n'enlev&acirc;t, sous aucun pr&eacute;texte, aucune
+pierre ou brique, soit
+orn&eacute;e de sculptures, soit non sculpt&eacute;e, dans les
+constructions et
+monuments antiques existant encore dans les lieux suivants, tant de
+l'<i>&Eacute;gypte</i> que de la <i>Nubie:</i></p>
+<h4>1&deg; EN &Eacute;GYPTE:</h4>
+<ul style="margin-left: 40px; list-style-type: circle;">
+ <li><big><i>San</i>, sur le canal de Moez.&#8212;Basse-&Eacute;gypte. <br>
+ </big></li>
+ <li><big><i>Bahbe&iuml;t</i>, pr&egrave;s de <i>Samannoud</i>.&#8212;Basse-&Eacute;gypte.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Ssa-el-Hagar</i>.&#8212;Basse-&Eacute;gypte.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Kasr-K&eacute;roun</i>, dans la province de <i>Fa&iuml;oum</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Che&iuml;k-Abad&eacute;</i>, pour le peu qui reste.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>El-Arabah</i> ou <i>Madfoun&eacute;</i>, au-dessus de <i>Girg&eacute;</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Kefth</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Kous</i>, <i>Kourna</i> et environs.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>M&eacute;dinet-Habou</i> et environs.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Louqsor</i> (El-Oqsour). <i>Karnac</i> et environs.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>M&eacute;damoud</i>. <i>Erment</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>T&acirc;oud</i>, vis-&agrave;-vis <i>Erment</i>, sur la
+rive
+droite.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Esn&eacute;</i>, <i>Edfou</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Koum-Ombou</i>. <i>Osouan</i>, quelques
+d&eacute;bris.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>G&eacute;ziret-Osouan</i>, quelques d&eacute;bris.</big></li>
+</ul>
+<h4>2&deg; EN NUBIE, AU DEL&Agrave; DE LA PREMI&Egrave;RE CATARACTE:</h4>
+<ul style="margin-left: 40px; list-style-type: circle;">
+ <li><big><i>G&eacute;ziret-el-Birb&eacute;</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>G&eacute;ziret-B&eacute;gh&eacute;</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>G&eacute;ziret-S&eacute;hh&eacute;l&eacute;</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>D&eacute;boude</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Gkarbi-Dandour</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Beit-Ouali</i>, pr&egrave;s de <i>Kalabschi</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Kalabschi</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Ghirsch&eacute;-Hassan</i> ou <i>Gerf-Hosse&iuml;n</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Dak&eacute;</i>. <i>Maharraka</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Ouadi-Ess&eacute;bou&acirc;</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Amada</i> ou <i>Amadon</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Derri</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Ibrim</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Ibsamboul</i> ou <i>Abou-Sembil</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Gh&eacute;bel-Add&egrave;h</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Maschakit</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Ouadi-Halfa</i>, quelques d&eacute;bris, sur la rive
+gauche.</big></li>
+</ul>
+<h4>3&deg; AU DEL&Agrave; LA SECONDE CATARACTE:</h4>
+<p style="margin-left: 40px;"><i>Senn&egrave;h, Sohleb, Barkal, Assour,
+Naga</i>, et autres lieux
+o&ugrave; existent des
+monuments antiques jusqu'&agrave; la fronti&egrave;re du <i>Senna&acirc;r</i>,
+o&ugrave; il n'en existe
+plus.</p>
+<p>2e Les monuments antiques creus&eacute;s et taill&eacute;s dans les
+montagnes sont
+tout aussi importants &agrave; conserver que ceux qui sont construits
+en
+pierres tir&eacute;es de ces m&ecirc;mes montagnes. Il est urgent
+d'ordonner qu'&agrave;
+l'avenir on ne commette aucun d&eacute;g&acirc;t dans ces tombeaux,
+dont les fellahs
+d&eacute;truisent les sculptures et les peintures, soit pour se loger
+ainsi que
+leurs bestiaux, soit, afin d'enlever quelques petites portions de
+sculptures pour les vendre aux voyageurs, en d&eacute;figurant pour
+cela des
+chambres enti&egrave;res. Les principaux points &agrave; recommander
+sont, en
+particulier, Les grottes (<i>magarah</i>) des montagnes voisines de:</p>
+<ul style="list-style-type: circle;">
+ <li><big><i>Sakkarah</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>B&eacute;ni-Hassan</i> et environs.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Touna-G&eacute;bel</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>El-Tell.</i>&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Samoun</i>, pr&egrave;s de <i>Manfalouth</i>, <i>El-Eitz</i>
+ou <i>El-Kab</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>El-Arabah</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Kourna</i> et environs.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>Biban-el-Molouk</i>, pr&egrave;s de <i>Kourna</i>.&nbsp;</big></li>
+ <li><big><i>G&eacute;bel-Sels&eacute;l&eacute;h</i>.</big></li>
+</ul>
+<p>C'est dans les monuments de ce genre qu'ont journellement lieu les
+plus
+grandes d&eacute;vastations; elles sont commises par les fellahs, soit
+pour
+leur propre compte, soit surtout pour celui des marchands
+d'antiquit&eacute;s
+qui les tiennent &agrave; leur solde; je sais m&ecirc;me, &agrave; n'en
+pas douter, que des
+&eacute;difices ont &eacute;t&eacute; d&eacute;truits par ces
+sp&eacute;culateurs europ&eacute;ens, sur l'espoir
+de d&eacute;couvrir quelque objet curieux dans les fondations; mais les
+grottes
+sculpt&eacute;es ou peintes, et que l'on d&eacute;couvre chaque jour
+&agrave; <i>Sakkarah</i>, &agrave;
+<i>El-Arabah</i>, &agrave; <i>Kourna</i>, sont &agrave; peu
+pr&egrave;s d&eacute;truites presque aussit&ocirc;t
+qu'on en a fait l'ouverture, par l'ignorance et l'avidit&eacute; des
+fouilleurs
+ou de leurs employ&eacute;s. Il serait plus que temps de mettre un
+terme &agrave; ces
+barbares d&eacute;vastations, qui privent &agrave; chaque instant la
+science de
+monuments d'un haut int&eacute;r&ecirc;t, et d&eacute;sappointent la
+curiosit&eacute; des
+voyageurs, lesquels, apr&egrave;s tant de fatigues, n'ont souvent ainsi
+que
+des regrets &agrave; exercer sur la perte de tant de sculptures ou de
+peintures
+curieuses.</p>
+<p>En r&eacute;sum&eacute;, l'int&eacute;r&ecirc;t bien entendu de la
+science exige, non que les
+fouilles soient interrompues, puisque la science acquiert chaque jour,
+par ces travaux, de nouvelles certitudes et des lumi&egrave;res
+inesp&eacute;r&eacute;es,
+mais qu'on soumette les fouilleurs &agrave; un r&egrave;glement tel que
+la
+conservation des tombeaux d&eacute;couverts aujourd'hui, et &agrave;
+l'avenir, soit
+pleinement assur&eacute;e et bien garantie contre les atteintes de
+l'ignorance
+ou d'une aveugle cupidit&eacute;.</p>
+<br>
+<hr style="width: 45%;"><br>
+<p><a name="N_III"></a>N&deg; III.</p>
+<p>LETTRES &Eacute;CRITES PAR MOHAMMED, MAMOUR OU PR&Eacute;FET DE
+TAHTA, A CHAMPOLLION.</p>
+<br>
+<p>N&deg; 1, LETTRE DU MAMOUR.</p>
+<p>Lui (Dieu). le plus cher des amis, le tr&eacute;sor des compagnons,
+notre ami
+ch&eacute;ri, le tr&egrave;s-honor&eacute;, le g&eacute;n&eacute;ral,
+le seigneur, le respectable, que le
+Dieu tr&egrave;s-haut le conserve.</p>
+<p>Apr&egrave;s la pr&eacute;sentation de mes salutations avec le plus
+vif d&eacute;sir (de
+vous voir), le but de cet &eacute;crit est: 1&deg; de m'informer de
+votre glorieuse
+personne; 2&deg; hier nous conv&icirc;nmes avec Votre Excellence qu'au
+jour de la
+date (de cette lettre) nous resterions ensemble, pour nous voir et pour
+augmenter l'amiti&eacute;. Au jour de la date, nous f&icirc;mes les
+pr&eacute;paratifs
+convenables; mais nous sommes all&eacute;s le matin &agrave; Terrah
+pour une affaire,
+et au retour nous avons vu que vous &eacute;tiez parti en bonne
+sant&eacute;. Par
+suite de cela, vous avez une dette &agrave; acquitter envers nous; mais
+nos
+r&eacute;clamations sont pour l'&eacute;poque de votre heureux retour,
+lorsque nous
+vous reverrons dans la plus parfaite sant&eacute;. Vous recevrez
+Salam&egrave; et
+Nicolas (deux serviteurs du mamour, l'un arabe, l'autre grec). Que le
+Dieu tr&egrave;s-haut vous ram&egrave;ne sains et saufs, et
+puissions-nous vous revoir
+eux et Votre Excellence dou&eacute;s de la plus parfaite sant&eacute;;
+que le Dieu
+tr&egrave;s-haut vous conserve.</p>
+<p>&Eacute;crit le 3 de djoumadi premier de l'ann&eacute;e 44 (ou 1244
+de l'h&eacute;gire, 14
+novembre 1828 de J.-C.).</p>
+<p>De la part de l'ami Mohammed, mamour de Tahta et de Djerdj&eacute;.</p>
+<br>
+<p>N&deg; 2. AUTRE LETTRE DU MAMOUR.</p>
+<p><big><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; </big>Lui (Dieu).</p>
+<p>O le plus cher des amis, le tr&eacute;sor des compagnons, notre ami
+ch&eacute;ri, le
+bey magnifique, que sa vie soit longue.</p>
+<p>Apr&egrave;s vous avoir pr&eacute;sent&eacute; mes salutations avec
+le plus vif d&eacute;sir de
+vous voir, l'objet de cet &eacute;crit est: 1&deg; de m'informer de
+l'&eacute;tat de votre
+glorieuse personne, et de votre temp&eacute;rament agr&eacute;able,
+&eacute;l&eacute;gant et fort;
+2&deg; de faire parvenir &agrave; Votre Excellence la lettre que vous
+avez demand&eacute;e
+pour Son Excellence notre fr&egrave;re ch&eacute;ri, le mamour
+d'Esn&eacute;. Plaise au Dieu
+tr&egrave;s-haut que vous voyagiez en bonne sant&eacute; et que vous
+arriviez de m&ecirc;me.
+Puissions-nous revoir Votre Excellence combl&eacute;e de toutes sortes
+de
+biens; pr&eacute;sentez nos salutations &agrave; nos honorables amis
+qui sont en votre
+compagnie, et envoyez-nous de vos nouvelles; que le Dieu
+tr&egrave;s-haut vous
+conserve. Ecrit le 4 de djomnadi premier, etc.</p>
+<p><br>
+</p>
+<p>Les lettres qu'on vient de lire &eacute;taient enferm&eacute;es dans
+une enveloppe
+avec l'adresse suivante:</p>
+<p>&laquo;Qu'elle parvienne au plus honorable des amis, au
+tr&eacute;sor des
+compagnons,
+notre ami ch&eacute;ri, le Fran&ccedil;ais fils de bey, le magnifique,
+qu'il vive
+longtemps au sein du bonheur.&raquo;</p>
+<br>
+<p>N&deg; 3. LETTRE DE CHAMPOLLION LE JEUNE AU MAMOUR.</p>
+<p><small><br>
+</small>Monsieur cher et unique ami, Monsieur Mohammed-Bey, que le Dieu
+tr&egrave;s-haut le conserve!</p>
+<p>Apr&egrave;s les salutations pr&eacute;cieuses et le grand
+d&eacute;sir de votre agr&eacute;able
+pr&eacute;sence, le motif de la pr&eacute;sente est que, dans ce
+moment, nous recevons
+votre ch&egrave;re lettre, et votre discours m'a r&eacute;joui, et je
+remercie le Ciel
+de votre sant&eacute;, dont je d&eacute;sire la continuation, et
+&agrave; laquelle je dois la
+lettre dont vous m'avez gratifi&eacute; pour le commandant
+d'Esn&eacute;, de laquelle
+nous vous sommes infiniment oblig&eacute;. Or, ma pr&eacute;sente
+servira: 1&deg; &agrave;
+m'informer de votre ch&egrave;re sant&eacute;; 2&deg; si vous
+d&eacute;sirez des nouvelles de la
+n&ocirc;tre, gr&acirc;ce au Ciel, nous sommes parfaitement bien
+portant, et nous en
+d&eacute;sirons autant et plus &agrave; vous, et nous ne serions jamais
+en &eacute;tat de
+vous manifester le grand chagrin que nous &eacute;prouv&acirc;mes de
+votre
+s&eacute;paration; mais nous prions le Ciel que, comme il nous a
+s&eacute;par&eacute;s, il
+daigne nous r&eacute;unir de nouveau, car il est le
+tr&egrave;s-puissant, et alors, &agrave;
+notre heureux retour, s'il pla&icirc;t &agrave; Dieu, et
+poss&eacute;dant votre ch&egrave;re
+pr&eacute;sence, nous nous acquitterons de ce qui est de notre devoir.
+Cela et
+rien de plus. Que Dieu allonge votre vie. Mes salutations &agrave; qui
+vous
+croirez de convenance.</p>
+<p>Votre ami,</p>
+<p>CHAMPOLLION.</p>
+<p>15 novembre 1828.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="TABLE_DES_MATIERES"></a>
+<h2>TABLE DES MATI&Egrave;RES</h2>
+<br>
+<p><a href="#AVERTISSEMENT">AVERTISSEMENT
+</a><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href="#MEMOIRE">M&eacute;moire sur le projet de
+voyage
+litt&eacute;raire en &Eacute;gypte</a>
+<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href="#LETTRES">Lettres &eacute;crites pendant
+le voyage
+</a><br>
+</p>
+<p><br>
+<a href="#LETTRES">LETTRES D'EGYPTE ET DE NUBIE.</a></p>
+<p><a href="#PREMIERE_LETTRE">LETTRE Ire. Alexandrie, 18 ao&ucirc;t
+1828
+</a><span style="margin-left: 2em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href="#DEUXIEME_LETTRE">II.
+Alexandrie</a></span><br>
+<a href="#TROISIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.75em;">III. Le
+Caire</span></a><br>
+<a href="#QUATRIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 2em;">IV. Sakkarah</span></a><br>
+<a href="#CINQUIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 2.25em;">V.
+Pyramides de Giz&eacute;h</span></a><br>
+<a href="#SIXIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 2em;">VI.
+B&eacute;ni-Hassan et Monfalouth</span></a><br>
+<a href="#SEPTIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.75em;">VII.
+Th&egrave;bes</span></a><br>
+<a href="#HUITIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.5em;">VIII.
+Philae</span></a><br>
+<a href="#NEUVIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 2em;">IX.
+Ouadi-Halfa, 1er janvier 1829</span></a><br>
+<a href="#A_M._DACIER."><span style="margin-left: 3.5em;">Lettre
+&agrave; M. Dacier (m&ecirc;me
+date)</span></a><br>
+<a href="#DIXIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 2.25em;">X.
+Ibsamboul</span></a><br>
+<a href="#ONZIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 2em;">XI.
+El-M&eacute;lissah</span></a><br>
+<a href="#DOUZIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.75em;">XII.
+Th&egrave;bes (Biban-el-Molouk)</span></a><br>
+<a href="#TREIZIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.5em;">XIII.
+Th&egrave;bes (Biban-el-Molouk)</span></a><br>
+<a href="#QUATORZIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.75em;">XIV.
+Th&egrave;bes
+(Rhamess&eacute;ion)</span></a><br>
+<a href="#QUINZIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 2em;">XV.
+Th&egrave;bes (El-Assassif)</span></a><br>
+<a href="#SEIZIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.75em;">XVI.
+Th&egrave;bes
+(Am&eacute;nophion)</span></a><br>
+<a href="#DIX-SEPTIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.5em;">XVII.
+Th&egrave;bes (rive occidentale)</span></a><br>
+<a href="#DIX-HUITIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.25em;">XVIII.
+Th&egrave;bes
+(M&eacute;dinet-Habou)</span></a><br>
+<a href="#DIX-NEUVIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.75em;">XIX.
+Th&egrave;bes (environs de
+M&eacute;dinet-Habou)</span></a><br>
+<a href="#VINGTIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 2em;">XX.
+Th&egrave;bes (Kourua)</span></a><br>
+<a href="#VINGT_ET_UNIEME_LETTRE">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; XXI. Sur le
+Nil (Karnac et Louqsor)
+</a><span style="margin-left: 1.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp; <a href="#VINGT-DEUXIEME_LETTRE">XXII.
+Le Caire</a></span><br>
+<a href="#VINGT-TROISIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.25em;">XXIII.
+Alexandrie</span></a><br>
+<a href="#VINGT-QUATRIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.5em;">XXIV.
+Alexandrie, 20 et 28 novembre
+1829</span></a><br>
+<a href="#VINGT-CINQUIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.75em;">XXV.
+Toulon</span></a><br>
+<a href="#VINGT-SIXIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.5em;">XXVI.
+Toulon, &agrave; M. le baron de
+La Bouillerie</span></a><br>
+<a href="#VINGT-SEPTIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.25em;">XXVII.
+Toulon, &agrave; M. le
+vicomte de Larochefoucauld</span></a><br>
+<a href="#VINGT-HUITIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1em;">XXVIII.
+Toulon, 14 janvier 1830</span></a><br>
+<a href="#VINGT-NEUVIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.5em;">XXIX.
+Aix</span></a><br>
+<a href="#TRENTIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.75em;">XXX.
+Toulouse</span></a><br>
+<a href="#TRENTE_ET_UNIEME_LETTRE"><span style="margin-left: 1.5em;">XXXI.
+Bordeaux</span></a><br>
+<br>
+</p>
+<p>APPENDICE.</p>
+<p><a href="#APPENDICE">N&deg; I. M&eacute;moire sommaire sur
+l'histoire d'&Eacute;gypte</a>,
+r&eacute;dig&eacute; pour le vice-roi Mohammed-Ali<span
+ style="margin-left: 2em;"></span><br>
+<a href="#N_II">N&deg; II.
+M&eacute;moire relatif &agrave; la conservation des
+monuments de l'&Eacute;gypte et de la Nubie</a>, remis au vice-roi <span
+ style="margin-left: 2em;"></span><br>
+<a href="#N_III">N&deg; III.
+Lettres de Mohammed-Bey, mamour d'Esn&eacute;</a></p>
+<br>
+<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Table des mati&egrave;res
+<br>
+</p>
+<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Table alphab&eacute;tique des noms de lieux</p>
+<p>FIN DE LA TABLE DE MATI&Egrave;RES.</p>
+<br>
+<br>
+<hr style="width: 65%;"><br>
+<br>
+<a name="TABLE_ALPHABETIQUE"></a>
+<h2>TABLE ALPHABETIQUE</h2>
+<h2>DES NOMS DE LIEUX</h2>
+<h3 style="text-align: left;">A</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Abaton (de Philae). <br>
+Afrique (c&ocirc;te blanche et basse). <br>
+Agrigente. <br>
+Aix. <br>
+Akhmin. <br>
+Alexandrie. <br>
+Amada. <br>
+Am&eacute;nophion. <br>
+Amone&icirc;. Voyez Ess&eacute;boua. <br>
+Antaeopolis. Voyez Qaou-el-K&eacute;bir. <br>
+Antino&eacute;. <br>
+Apollonopolis Magna. Voyez Edfou. <br>
+Apollonopolis Parva. Voyez Qous. <br>
+Arabique (cha&icirc;ne). <br>
+Aschmoun. <br>
+Aschmoun&eacute;in. <br>
+As-Souan. Voyez Sy&egrave;ne.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left;">B</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Bathn-el-Bakarah. <br>
+B&eacute;dr&eacute;ch&eacute;in. <br>
+B&eacute;gh&eacute;. <br>
+B&eacute;h&eacute;ni. <br>
+B&eacute;ni-Haasan. <br>
+Bet-Oualli. <br>
+Biban-el-Molouk. <br>
+Bordeaux. <br>
+Boulaq.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left;">C</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Caire. <span style="margin-left: 0.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Citadelle.</span><span style="margin-left: 0.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Palais du sultan Salabh-Eddin.</span><br>
+Carri&egrave;res entre Thorrah et Massarah. <br>
+Cataracte (2e), (1re).<span style="margin-left: 0.5em;"></span><br>
+Ch&eacute;reus. Voyez K&eacute;rioun. <br>
+Cit&eacute;-Valette. <br>
+Colonne de Pomp&eacute;e.<br>
+Contra-Lato. <br>
+Coptos. <br>
+Cosse&iuml;r. <br>
+Cumino (&icirc;le). <br>
+Cyr&eacute;na&iuml;que.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left;">D</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Dakk&eacute;h. <br>
+Dandour. <br>
+D&eacute;boud. <br>
+Dend&eacute;rah. <br>
+Derr, Derri. <br>
+Desouk. <br>
+Dj&eacute;bel-el-Asserat. <br>
+Dj&eacute;bel-el-Mokatteb. <br>
+Dj&eacute;bel-Mesm&egrave;s. <br>
+Dj&eacute;bel-Sels&eacute;l&eacute;h.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left;">E</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Edfou. <br>
+&Eacute;gypte. Notice sommaire sur son histoire,<span
+ style="margin-left: 0.5em;"></span><span style="margin-left: 0.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sur la conservation de ses monuments</span><br>
+El-Assassif. <br>
+El&eacute;phantine.<br>
+El&eacute;thya. Voyez El-Kab. <br>
+El-Kab <br>
+El-Magara <br>
+El-M&eacute;lissah <br>
+Embab&eacute;h <br>
+Ennent. Voyez Hermonthis. <br>
+Esn&eacute; <span style="margin-left: 0.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Temple au nord</span><br>
+Ethiopie <br>
+Ezb&eacute;ki&eacute;h (place d', au Caire)</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left;">F</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Faras. <br>
+Fouah.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left;">G</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Gh&eacute;bel-Add&egrave;h.<br>
+Ghirch&eacute;, Ghirch&eacute;-Hussan, Ghirf-Housse&iuml;n. <br>
+Girg&eacute;. <br>
+Girgenti. <br>
+Giz&eacute;h. <br>
+Gozzo (&icirc;les).</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">H</h3>
+<dl>
+ <dd><big>H&eacute;liopolis.<br>
+Hermonthis (Erment).</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left;">I</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Ibrim. <br>
+Ibsamboul.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">K</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Kalabsch&eacute;. <br>
+Kard&acirc;ssi ou Kortha. <br>
+Karnac. <br>
+Kefth. Voyez Coptos. <br>
+K&eacute;m&eacute;, nom de l'&Eacute;gypte. <br>
+K&eacute;rioun. <br>
+Korosko. <br>
+Kourna. <br>
+Kousch. Voyez &Eacute;thiopie.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">L</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Latopolis. Voyez Esn&eacute;. <br>
+Libyque (montagne). <br>
+Louqsor <span style="margin-left: 0.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ses ob&eacute;lisques. Voyez ce mot.</span><br>
+Lycopolis. Voyez Osionth. <br>
+Lyon.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">M</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Malte. <br>
+Manlak. Voyez Philae. <br>
+Manthom. <br>
+Marseille. <br>
+Maschakit. <br>
+Massarah. <br>
+M&eacute;dinet-Habou,<span style="margin-left: 0.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ses environs.</span><br>
+M&eacute;harraka. <br>
+Memnonium &agrave; Th&egrave;bes. <br>
+Memphis. <br>
+M&eacute;nephth&eacute;um. <br>
+Mini&eacute;h. <br>
+Mit-Rahin&eacute;h. <br>
+Mit-Salam&eacute;h. <br>
+Mokattam (mont). <br>
+Montpellier.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">N</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Nader. <br>
+N&eacute;cropole &eacute;gyptienne de Sa&iuml;s. <br>
+N&icirc;mes. <br>
+Nipha&iuml;at, les Libyens. <br>
+Nubie.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">O</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Ob&eacute;lisques de Louqsor <span
+ style="margin-left: 0.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; De Cl&eacute;op&acirc;tre</span><br>
+Ombos. <br>
+Oph (du midi), partie m&eacute;ridionale de Th&egrave;bes,<span
+ style="margin-left: 0.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oph (les).</span><br>
+Osimandyas (tombeau d') &agrave; Th&egrave;bes. <br>
+Osiouth. <br>
+Ouadi-Ess&eacute;bou&acirc; (vall&eacute;e des lions). <br>
+Ouadi-Halfa.<br>
+Ouest (vall&eacute;e de l') &agrave; Th&egrave;bes.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">P</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Pallades, pallacides, leur tombeau. <br>
+Panopolis. Voyez Akhmin. <br>
+Philae.<br>
+Phthae&iuml; ou Typtah. Voyez Ghirch&eacute;. <br>
+Primis. Voyez Ibrim. <br>
+Pselk et Pselcis. Voyez Dakkeh. <br>
+Ptol&eacute;ma&iuml;s.<br>
+Pyramides.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">Q</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Qaou-el-K&eacute;bir.<br>
+Qartas.<br>
+Qous.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">R</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Ras&acirc;t (cap).<br>
+Rhamess&eacute;ion &agrave; Th&egrave;bes.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">S</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Sabouth-el-Kadim.<br>
+Sa&iuml;s ou Ssa-el-Hagar.<br>
+Sakkarah.<br>
+Saouad&eacute;h.<br>
+Saouadji.<br>
+Saouaf&eacute;.<br>
+Schabour.<br>
+Schoraf&eacute;h.<br>
+Senna&acirc;r.<br>
+Serr&eacute;. Gharbi-Serr&eacute;.<br>
+Silsilis. Voyez Dj&eacute;bel-Sels&eacute;l&eacute;h. <br>
+Siouph. Voyez Saouaf&eacute;. <br>
+Snem. Voyez B&eacute;gh&eacute;. <br>
+Souan, Osouan. Voyez Sy&egrave;ne. <br>
+Sowan-Kah. Voyez El&eacute;thya. <br>
+Speos-Artemidos.<br>
+Sp&eacute;os d'Ibrim.<br>
+Ssa-el-Hagar. Voyez Sa&iuml;s. <br>
+Sy&egrave;ne.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">T</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Taffah.<br>
+Talmis. Voyez Kalabschi. <br>
+T&acirc;oud.<br>
+Taphis. Voyez Taffah. <br>
+Taposiris (tour des Arabes).<br>
+T&eacute;bot. Voyez D&eacute;boud. <br>
+Tharran&eacute;h.<br>
+Th&egrave;bes, <span style="margin-left: 0.5em;"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voyez Louqsor,</span><span
+ style="margin-left: 0.5em;">Karnac, Kourna, Biban-el-Molouk,</span><span
+ style="margin-left: 0.5em;">Rhamess&eacute;ion, Memnonium,</span><span
+ style="margin-left: 0.5em;">Osimandyas (tombeau d'),
+M&eacute;dinet-Habou,</span><br>
+ <span style="margin-left: 0.5em;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; El-Assassif,
+Pallades,</span><span style="margin-left: 0.5em;">Am&eacute;nophion,
+Manthom,
+Menephtheum.</span><br>
+Thorrah.<br>
+Thouloum (mosqu&eacute;e de).<br>
+Toulon.<br>
+Toulouse.<br>
+Tuphium. Voyez T&acirc;oud. <br>
+Tyri. Voyez Derri.</big></dd>
+</dl>
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">V</h3>
+<dl>
+ <dd><big>Vall&eacute;e des Lions. Voyez Ouadi-Ess&eacute;bouah.</big></dd>
+ <dd style="text-align: left;">
+ <h3><br>
+ </h3>
+ </dd>
+</dl>
+<div style="text-align: left;">
+<h3 style="text-align: left; font-weight: normal;">Z</h3>
+</div>
+<dl>
+ <dd><big>Zaouyet-el-Ma&iuml;&eacute;tin</big></dd>
+</dl>
+<dl>
+ <dd style="text-align: left;"><br>
+ </dd>
+ <dd style="text-align: left;"><br>
+ </dd>
+</dl>
+<p>FIN DE LA TABLE ALPHAB&Eacute;TIQUE<br>
+<br>
+</p>
+<span style="margin-left: 0.25em;"></span><br>
+<big>NOTES:
+<br>
+<br>
+<a name="Note_1"></a><a href="#retour_texte_note_1">[1]</a> Timsah
+existait encore il y a peu de temps et
+montrait avec orgueil
+le certificat que Champollion le jeune lui avait donn&eacute;.<br>
+&nbsp;<br>
+<a name="Note_2"></a><a href="#retour_texte_note_2">[2]</a> Un de ces
+deux ob&eacute;lisques a
+&eacute;t&eacute; apport&eacute;
+&agrave; Paris et dress&eacute; sur la place de la Concorde.<br>
+<br>
+<a name="Note_3"></a><a href="#retour_texte_note_3">[3]</a> A
+B&eacute;m-Hassan-el-Qadim, dans le tombeau
+du nomm&eacute;
+Rote&iuml; (c'est l'hypog&eacute;e compos&eacute; d'une seule chambre
+rectangulaire, orn&eacute;e dans le fond de deux rang&eacute;es de
+trois
+colonnes, et dont la porte regarde &agrave; l'ouest et la vall&eacute;e
+de l'&Eacute;gypte), on remarque sur la paroi m&eacute;ridionale un
+enfoncement r&eacute;guli&egrave;rement taill&eacute; comme pour une
+armoire, et c'est dans l'&eacute;paisseur de cet enfoncement que j'ai
+trouv&eacute; &eacute;crite au charbon, et presque effac&eacute;e,
+cette
+inscription bien simple: 1800. 3e R&Eacute;GIMENT DE DRAGONS. Je me
+suis
+fait un devoir de repasser pieusement ces traits &agrave; l'encre noire
+avec un pinceau, en ajoutant au-dessous: J.F.C. RST. 1825 (J.-F.
+Champollion <i>restituit</i>).<br>
+&nbsp;<br>
+<a name="Note_4"></a><a href="#retour_texte_note_4">[4]</a>
+L'&eacute;v&egrave;nement a prouv&eacute;
+combien les
+pr&eacute;visions de Champollion le jeune &eacute;taient justes.</big>
+
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 10764 ***</div>
+</body>
+</html>
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