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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 76928 ***
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+
+
+
+ Au lecteur
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+ Cette version électronique reproduit dans son intégralité
+ la version originale.
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+ La ponctuation n'a pas été modifiée hormis quelques corrections
+ mineures.
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+ L'orthographe a été conservée. Seuls quelques mots ont été modifiés.
+ La liste des modifications se trouve à la fin du texte.
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+ Les mots entourés de = sont en gras dans la version originale.
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+ Les Hommes du Jour
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+ Dessin de A. Delannoy
+ _Rédacteur en chef_: =Victor Méric=
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+ Octave BELIARD
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+ Madame Pierre CURIE
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+ [Illustration: Madame Pierre CURIE]
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+ PARIS
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+ Madame Pierre CURIE
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+Parmi les auditeurs qui vinrent à Madame Curie, la première fois
+qu'elle monta dans la chaire de physique, il en fut, reporters de
+grands journaux ou curieux vulgaires, pour lesquels les phénomènes de
+la radio-activité n'avaient aucun attrait et que les habitués de la
+Sorbonne ne connaissaient point. On voulait voir la première femme qui
+eût accès dans le haut enseignement; on voulait voir la veuve de Pierre
+Curie, l'Eminence grise de ce cardinal des sciences, sortant de son
+activité muette pour finir la phrase que la mort avait coupée sur les
+lèvres de son mari, et pour continuer sa personnalité disparue. Mais
+peut-être avait-on surtout la curiosité indiscrète de savoir comment
+cette veuve portait son deuil.
+
+Le monde ne conçoit pas que les douleurs illustres puissent
+demeurer secrètes; il veut sa part du spectacle. On savait l'intime
+collaboration de ces deux génies, ce tête-à-tête de toutes les heures.
+On savait qu'il n'y avait eu, pour Pierre Curie, qu'une femme, et pour
+Marie Sklodowska, qu'un homme; qu'ils avaient réalisé cette chose
+impossible, un hymen total, doublement fécond, par l'intellect et par
+la chair; que ces deux figures qui, tout le jour, s'étaient penchées
+attentivement sur le même problème, se retrouvaient, le soir, avec
+la même inquiétude maternelle, penchées sur un berceau. Madame Curie
+avait été à la fois l'ami et l'amie, ce qu'on n'ose rêver, un cerveau
+viril et une âme tendre. Tous deux avaient été grands ensemble; et
+leurs amis nous disent qu'ensemble ils avaient été bons. Concevez-vous
+cela, une science ardente et si profonde qu'elle eût dû être exclusive,
+et pourtant qui n'excluait pas le sentiment familial, la maternité,
+l'amour de la vie étroite autour du foyer, dans une maison où l'on
+entendait des pas appesantis de grand-père et des trottinements menus
+de petits enfants? On ne le conçoit pas, et cela était.
+
+Et les auditeurs guettaient le frissonnement de cette femme, alors
+qu'elle déplacerait les signets posés par son époux sur le travail
+en cours d'analyse, alors qu'elle marcherait dans la trace de ses
+pas; que, dans la salle, rôderait son souvenir épars. Sans doute
+un sentiment plus fort que la préoccupation scientifique la ferait
+pâlir. N'interromperait-elle pas la phrase commencée pour écouter
+l'écho lointain d'un roulement de camion tournant l'angle de la rue
+Dauphine et broyant stupidement sur le pavé l'une des plus magnifiques
+cervelles humaines? Serait-elle, en un mot, l'être faible montrant la
+meurtrissure de son espoir, de sa tendresse et de sa chair?
+
+Ou bien le professeur Curie, succédant au professeur Curie et se
+conformant à l'usage, en prononcerait-il l'éloge, impossible dans sa
+bouche?
+
+La situation était unique, difficile, dramatique au possible. Et les
+auditeurs furent déçus de la voir dénouer avec autant de simplicité.
+Pourtant ils eurent plus que ce qu'ils demandaient: là où ils croyaient
+voir une femme, ils virent un homme, un savant modeste au front
+d'airain derrière lequel les pensées qui s'agitaient ne se laissèrent
+pas soupçonner.
+
+Peut-être Madame Curie avait-elle plus d'une fois défailli en serrant
+dans ses bras sa petite Irène de huit ans, sa petite Eve de dix-huit
+mois. Mais la pudeur du savant sut cacher au monde les défaillances
+de la femme. Aussi bien, dans la maison du boulevard Kellermann, si
+la place du père de famille restait vide, ici, en Sorbonne, elle le
+sentait vivre en elle puisqu'elle disait leur pensée commune. L'être
+double s'était dédoublé, mais la vie ne l'avait pas abandonné. D'un
+geste noble et sans emphase, comme les héroïnes du passé faisaient dans
+les batailles, elle avait ramassé le glaive de l'époux expiré, si bien
+que, mort, il se battait encore. Rien n'était interrompu, rien n'était
+changé.
+
+ *
+ * *
+
+Etudiant, puis préparateur à la Sorbonne, fils d'ailleurs d'un médecin,
+Curie avait passé toute sa première jeunesse dans les laboratoires. A
+vingt ans, il publiait avec Desains une étude sur les longueurs d'ondes
+calorifiques et, peu après, découvrait, avec Jacques Curie, son frère
+plus âgé, les phénomènes de la piézo-électricité. A vingt-trois ans, il
+avait été nommé chef des travaux de physique et de chimie industrielles
+de la Ville de Paris, et sa maîtrise s'était tout de suite affirmée
+sur des élèves à peine moins âgés. Depuis treize ans il travaillait
+silencieusement dans les vieux bâtiments du collège Rollin, quand, en
+1895, il soutint sa thèse sur les Propriétés magnétiques des corps à
+diverses températures. Le diplôme officiel qu'il acquérait tardivement,
+et comme à regret, n'ajoutait rien à sa renommée déjà grande dans le
+monde savant, et si cette année 1895 laissa une trace lumineuse dans
+sa vie, ce succès n'y fut pour rien: cet homme simple dédaignait les
+titres.
+
+C'était «un sérieux, un contemplatif et un tendre, physicien de science
+profonde et d'habileté consommée», nous dit M. Paul Langevin, qui
+s'est fait son biographe[1]. Son frère, nommé maître de conférences à
+Montpellier, avait dû interrompre sa longue et brillante collaboration.
+Pierre Curie restait seul, avide de communiquer sa pensée, de la
+féconder par l'osculation d'une autre pensée. Son rêve, qui pouvait
+sembler irréalisable, était de trouver en une femme à la fois son
+égale intellectuelle et l'être de tendresse dont son cœur vierge avait
+besoin. Ses aspirations scientifiques tentaient de se confondre avec
+son désir d'aimer. Posséder une science qui serait femme! C'est à ce
+moment qu'à la Sorbonne, dans le laboratoire de M. Lippmann, il connut
+«une jeune étudiante polonaise, lucide et sincère, de volonté droite et
+ferme dans la conscience passionnée des Slaves, toute vibrante encore
+sous les meurtrissures causées dans son enfance par la servitude qui
+pèse sur son pays».
+
+«Ce serait une belle chose à laquelle je n'ose croire, écrivait-il
+quand il eut trouvé celle qu'il espérait, de passer la vie l'un près de
+l'autre hypnotisés dans nos rêves!»
+
+Il épousa Marie Sklodowska. L'oiseau de passage avait trouvé un
+nid. Ils s'aimaient. A la vérité, malgré l'exemple historique
+d'Héloïse et d'Abélard, deux Latins pourtant, nous comprenons mal
+la coexistence de la camaraderie intellectuelle et de l'amour. Nous
+sourions d'une passion qui joint des mains tachées d'acides dans un
+décor d'instruments de précision. Et cependant, le «camarade avec des
+hanches» n'est-il pas l'idéal?...
+
+C'est que la femme, telle que l'éducation nous l'a faite depuis des
+siècles, depuis toujours, lorsqu'elle n'est pas la niaise dont notre
+sotte vanité se réjouit de protéger l'ignorance, devient la créature
+asexuée, l'effroyable bas-bleu devant laquelle notre désir s'amortit.
+Depuis trop peu de temps l'espèce nouvelle des étudiantes nous a
+appris que la femme peut être autre chose, une intellectuelle dont
+Molière n'oserait sourire, et qui garde, au milieu de vertus réputées
+viriles, toutes les délicatesses, tout le charme, tout le sentiment,
+avec toute la pudeur sans bégueulisme qui fait l'honneur de son sexe.
+Ces femmes savantes ne peuvent être que mieux aimantes, puisqu'elles
+nous comprennent mieux, et sont aussi des mères, alors que nos poupées
+ne veulent déjà plus l'être.
+
+Assurément l'affection de ce savant et de cette cérébrale dut être
+exempte de puérilité. Elle ne manqua point de poésie. Dans le cerveau
+de Curie, la science, toute souveraine qu'elle fût, laissait vivre
+le rêve. Cet homme de laboratoire aimait la griserie du plein air,
+du mouvement et de la vie, de la méditation solitaire. Tout jeune,
+il passait ses heures libres dans les bois. «Si j'en avais le temps,
+écrit-il dans son journal de la vingtième année, je me laisserais
+bien aller à raconter toutes les rêvasseries que j'ai faites; je
+voudrais aussi décrire une délicieuse vallée tout embaumée de plantes
+aromatiques, le beau fouillis si frais et si humide que traversait la
+Bièvre, le palais des fées aux colonnades de houblon, les collines
+rocailleuses et rouges de bruyère sur lesquelles on était si bien...»
+
+Ce goût de la nature sylvestre fut partagé par Madame Curie. L'acharné
+labeur de ce ménage de savants avait ses clairières. Ils s'envolaient
+de l'Ecole de Physique où, par la permission de Schützenberger, le
+travail leur était commun, et le couple s'égarait dans la campagne,
+heureux d'entendre vivre les arbres et frémir les feuilles.
+
+Un petit nombre d'amis choisis visitaient leur demeure, soit qu'ils
+habitassent à Sceaux, soit, plus tard, rue de la Glacière, soit dans
+cette maison proche du parc Montsouris où Madame Curie vit encore avec
+ses souvenirs entre le grand-père et les petites-filles. Sans doute,
+dans ces conversations, il était surtout question de science, mais
+l'atmosphère avait un bon goût d'intimité. Et là, Madame Curie était
+dans son domaine, sororale et presque maternelle pour l'homme qu'elle
+voulait grand et qui le fut beaucoup par elle.
+
+«Elle lui donnait, dit encore M. Langevin, le bonheur d'une existence
+d'exceptionnelle unité, la joie de vivre près d'une intelligence
+éprise comme la sienne d'absolue clarté, de compréhension complète et
+profonde, près d'une volonté capable de le soutenir, d'une affection
+prête à calmer ses inquiétudes de rêveur. Elle décuplait sa puissance
+et achevait d'en faire le grand homme que nous pleurons; enfin elle
+s'engageait la première dans l'étude des corps radio-actifs, lui
+ouvrant la voie et lui donnant ainsi l'occasion des découvertes qui
+devaient les illustrer tous deux. Elle voulut qu'il fût grand et que
+rien ne vînt, en dispersant ses forces et son temps, retarder ou
+compromettre son libre développement... Du jour de leur mariage, rien,
+avant la mort, ne vint les séparer, ni une idée, ni un sentiment, ni
+même un seul jour.»
+
+ *
+ * *
+
+En 1908, M. et Mme Curie, en analysant les radiations uraniques,
+tirèrent de la pechblende deux nouveaux métaux. L'ancienne étudiante
+de Varsovie, en hommage à la patrie absente et persécutée, donna
+au premier le nom de _polonium_. Le second fut le _radium_, source
+inépuisable d'énergie rayonnante, corps un million de fois plus actif
+que l'_uranium_ et ses dérivés sur lesquels avaient été faites les
+premières expériences de radio-activité. Je ne saurais analyser en
+détail les études qui précédèrent et suivirent cette découverte,
+peut-être la plus grande des temps modernes. Je ne puis même dénombrer
+les potentialités infinies qu'elle fait entrevoir, le merveilleux
+scientifique qu'elle offre à l'imagination, l'immense synthèse qu'elle
+prépare aux esprits philosophiques de demain, en permettant de préciser
+les fantômes d'idées cachées dans les mots de _matière_ et de _force_.
+Le public profane lui-même, dont l'hommage vint tard à M. et à Mme
+Curie, et qui ne voit de la science que ses résultats tangibles, a
+appris à considérer le radium comme un talisman de puissance faisant
+revivre l'ancien rêve alchimique et s'émerveille de ses propriétés
+inouïes et de ses applications que chaque jour précise.
+
+Peut-être ignore-t-il, le sexe masculin conservant dans la vie sociale
+la priorité que lui accorde la grammaire, que la gloire de Curie doit
+être justement partagée par moitié. C'est Pierre Curie qu'on nomma en
+1904 professeur de Physique générale à la Sorbonne. C'est encore lui
+que l'année suivante vit entrer à l'Institut. C'est lui qui signa les
+ouvrages. Madame Curie elle-même s'effaça de son mieux devant le chef
+de la famille, n'eut de souci que pour sa gloire, eût été satisfaite
+de marcher dans son ombre. Mais, il faut le dire, on ne l'y laissa pas
+cachée. Curie fut le gonfalonier de leur groupe génial, mais on sut
+que sa femme, la première, avait dirigé leurs études communes vers les
+phénomènes de radio-activité, qu'elle y avait pris une part égale à
+celle de son mari, que dans cette intime collaboration d'intellects
+semblables fournissant le même labeur, il était impossible de discerner
+ce qui était au mari et ce qui était à la femme. Aussi le monde
+scientifique ne sépara-t-il jamais, autant que faire se put, deux
+gloires aussi parfaitement unies.
+
+Lorsqu'en mai 1903, sur l'initiative du savant Lord Kelvin,
+l'Institution Royale de Londres invita Curie, par un exceptionnel
+honneur, à parler dans la chaire du grand Faraday, on voulut que Madame
+Curie fût à ses côtés et la réception qui leur fut faite les unit dans
+un égal triomphe. La même année, la médaille Davy leur fut décernée à
+tous deux, et tous deux partagèrent en 1904 le prix Nobel des sciences.
+
+Enfin, qu'on rompît à un usage séculaire en offrant à Madame Curie la
+chaire laissée vacante par la mort de son mari, alors que l'intrigue
+devait faire rage autour de ce poste envié, cela ne signifia-t-il
+pas que, même dans l'esprit routinier et corruptible de ceux qui
+nomment aux fonctions, la femme de Curie était seule digne de lui être
+comparée, seule capable de maintenir l'enseignement de la physique à la
+hauteur où il l'avait porté?
+
+ *
+ * *
+
+La femme, aux siècles de rêve et de poésie, fut l'inspiratrice. D'elle
+sont nées la plupart des actions héroïques; son odeur imprègne tous les
+poèmes, toutes les œuvres de l'art. Mais, est-il besoin de le dire?
+elle restait généralement étrangère aux miracles qu'elle faisait faire;
+du moins sa collaboration était-elle toute passive et inconsciente.
+Créature instinctive, inéduquée, proie éternelle acquise au vainqueur,
+cajolée et parée comme un animal familier, ou bien réservée aux travaux
+inintelligents des bêtes de somme, suivant son rang social et sa
+plastique, c'était la ménagère ou la fille de joie. Les théologiens,
+pour emprunter leur langage, pouvaient douter qu'elle eût une âme.
+
+Inapte à l'abstraction, elle ne voyait l'Homme qu'à travers un homme,
+l'Art qu'à travers l'artiste, la Religion qu'à travers le prêtre. Le
+monde des idées pures semblait lui être fermé.
+
+Comme il nous apparaît démontré par maint exemple que cet état
+d'infériorité de la femme n'est point son état naturel et que,
+libérée, instruite, elle peut valoir un homme, on se révolte contre
+la mutilation intellectuelle et morale qui nous l'a asservie, qui
+l'empêche de vivre sa vie dans le seul but de la faire servir aux
+plaisirs de la nôtre.
+
+Une telle femme a pu plaire aux hommes du passé. Nos enfants voudront
+des épouses d'autre sorte, non point de celles qui fécondent un rêve
+de poète en passant, silencieuses, dans un rayon de lune; non point
+de celles sur lesquelles l'homme, occupé aux travaux de l'esprit, se
+décharge de toutes les préoccupations mesquines, de tous les labeurs
+ingrats. Mais ils voudront sans doute, chercheurs inlassables penchés
+sur la nature mystérieuse, dans un siècle austère d'études précises,
+l'amie compréhensive qui vraiment les complète et les seconde; le
+camarade passionné qui, entre deux-étreintes, saura chercher et trouver
+avec eux. L'heure viendra peut-être enfin où le mariage (et ce serait
+sa rédemption) unira des êtres appariés par leurs aptitudes d'esprit.
+
+Et si j'ai choisi pour héroïne Madame Curie, épouse et mère dévouée,
+savant prestigieux, c'est qu'elle m'apparaît comme le type de la femme
+de demain et me fait penser à ces grandes figures des fresques de Puvis
+de Chavannes, graves et presque abstraites, pourtant féminines, qui
+personnifient la Science et l'Art dans un décor serein d'air et de
+lumière.
+
+ =Octave BELIARD.=
+
+
+ [1] _La Revue du mois_, 10 juillet 1906.
+
+
+
+
+ _Adresser tout ce qui concerne la Rédaction et l'Administration à_
+
+ HENRI FABRE
+
+ 20, Rue du Louvre et Rue Saint-Honoré, 131
+ PARIS (1er)
+
+ _Hebdomadaire_: Le Samedi.
+
+
+ 3e Année, 12 Février 1910. Nº 108
+ 10 Centimes
+
+ _Le prochain numéro sera consacré à_ JEAN AICARD
+
+
+ * * * * *
+
+
+ Liste des modifications:
+
+ «profeseur» remplacé par «professeur» (succédant au professeur)
+ «d'Abailard» par «d'Abélard» ( d'Héloïse et d'Abélard)
+
+
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 76928 ***
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+ <title>Marie Curie | Project Gutenberg</title>
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+<hr class="full">
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+<p><a href="#note_au_lecteur">Au lecteur</a></p>
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+<p><a href="#notes">Note</a></p>
+
+<span class="pagenum hidden" id="Page_I">I</span>
+
+<div class="titlepage">
+ <p class="title1">Les Hommes du Jour</p>
+
+ <p class="left"><b>Dessin de A. Delannoy</b></p>
+
+ <p class="right2"><i>Rédacteur en chef</i>: <b>Victor Méric</b></p>
+
+ <p class="center">_______</p>
+
+ <p class="title2">Octave BELIARD</p>
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+ <p class="center">_______</p>
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+ <h1>Madame Pierre CURIE</h1>
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+ <p class="center">————</p>
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+ <p class="title3">PARIS</p>
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+<div class="chapter margintop4">
+ <p><span class="pagenum" id="Page_1">1</span></p>
+ <h2>Madame Pierre CURIE</h2>
+</div>
+
+<p class="br2">Parmi les auditeurs qui vinrent à Madame Curie, la première fois
+qu’elle monta dans la chaire de physique, il en fut, reporters de
+grands journaux ou curieux vulgaires, pour lesquels les phénomènes de
+la radio-activité n’avaient aucun attrait et que les habitués de la
+Sorbonne ne connaissaient point. On voulait voir la première femme qui
+eût accès dans le haut enseignement; on voulait voir la veuve de Pierre
+Curie, l’Eminence grise de ce cardinal des sciences, sortant de son
+activité muette pour finir la phrase que la mort avait coupée sur les
+lèvres de son mari, et pour continuer sa personnalité disparue. Mais
+peut-être avait-on surtout la curiosité indiscrète de savoir comment
+cette veuve portait son deuil.</p>
+
+<p>Le monde ne conçoit pas que les douleurs illustres puissent
+demeurer secrètes; il veut sa part du spectacle. On savait l’intime
+collaboration de ces deux génies, ce tête-à-tête de toutes les heures.
+On savait qu’il n’y avait eu, pour Pierre Curie, qu’une femme, et pour
+Marie Sklodowska, qu’un homme; qu’ils avaient réalisé cette chose
+impossible, un hymen total, doublement fécond, par l’intellect et par
+la chair; que ces deux figures qui, tout le jour, s’étaient penchées
+attentivement sur le même problème, se retrouvaient, le soir, avec
+la même inquiétude maternelle, penchées sur un berceau. Madame Curie
+avait été à la fois l’ami et l’amie, ce qu’on n’ose rêver, un cerveau
+viril et une âme tendre. Tous deux avaient été grands ensemble; et
+leurs amis nous disent qu’ensemble ils avaient été bons. Concevez-vous
+cela, une science ardente et si profonde qu’elle eût dû être exclusive,
+et pourtant qui n’excluait pas le sentiment familial, la maternité,
+l’amour de la vie étroite autour du foyer, dans une maison où l’on
+entendait des pas appesantis de grand-père et des trottinements menus
+de petits enfants? On ne le conçoit pas, et cela était.</p>
+
+<p>Et les auditeurs guettaient le frissonnement de cette femme, alors
+qu’elle déplacerait les signets posés par son époux sur le travail
+en cours d’analyse, alors qu’elle marcherait dans la trace de ses
+pas; que, dans la salle, rôderait son souvenir épars. Sans doute
+un sentiment plus fort que la préoccupation scientifique la ferait
+pâlir. N’interromperait-elle pas la phrase commencée pour écouter
+l’écho lointain d’un roulement de camion tournant l’angle de la rue
+Dauphine et broyant stupidement sur le pavé l’une des plus magnifiques
+cervelles humaines? Serait-elle, en un mot, l’être faible montrant la
+meurtrissure de son espoir, de sa tendresse et de sa chair?</p>
+
+<p>Ou bien le professeur Curie, succédant au <ins class="correction" title="profeseur">professeur</ins> Curie et se
+conformant à l’usage, en prononcerait-il l’éloge, impossible dans sa
+bouche?</p>
+
+<p>La situation était unique, difficile, dramatique au possible. Et les
+auditeurs furent déçus de la voir dénouer avec autant de simplicité.
+Pourtant ils eurent plus que ce qu’ils demandaient: là où ils croyaient
+voir une femme, ils virent un homme, un savant modeste au front
+d’airain derrière lequel les pensées qui s’agitaient ne se laissèrent
+pas soupçonner.</p>
+
+<p>Peut-être Madame Curie avait-elle plus d’une fois défailli en
+serrant dans ses bras sa petite Irène de huit ans, sa petite Eve
+de dix-huit mois. Mais la pudeur du savant sut cacher au monde les
+défaillances de la femme. Aussi bien, dans la maison du boulevard
+Kellermann, si la place du père de famille restait vide, ici, en
+Sorbonne, elle le sentait vivre en elle puisqu’elle disait leur pensée
+commune. L’être double s’était dédoublé, mais la vie ne l’avait pas
+abandonné. D’un geste noble et sans emphase, comme les héroïnes du
+passé faisaient dans les batailles, elle avait ramassé le glaive de
+l’époux expiré, si bien que, mort, il se battait encore. Rien n’était
+interrompu, rien n’était changé.</p>
+
+<p class="center">*<br>
+*&nbsp;&nbsp;*</p>
+
+<p>Etudiant, puis préparateur à la Sorbonne, fils d’ailleurs d’un médecin,
+Curie avait passé toute sa première jeunesse dans les laboratoires. A
+vingt ans, il publiait avec Desains une étude sur les longueurs d’ondes
+calorifiques et, peu après, découvrait, avec Jacques Curie, son frère
+plus âgé, les phénomènes de la piézo-électricité. A vingt-trois ans, il
+avait été nommé chef des travaux de physique et de chimie industrielles
+de la Ville de Paris, et sa maîtrise s’était tout de suite affirmée
+sur des élèves à peine moins âgés. Depuis treize ans il travaillait
+silencieusement dans les vieux bâtiments du collège Rollin, quand, en
+1895, il soutint sa thèse sur les Propriétés magnétiques des corps à
+diverses températures. Le diplôme officiel qu’il acquérait tardivement,
+et comme à regret, n’ajoutait rien à sa renommée déjà grande dans le
+monde savant, et si cette année 1895 laissa une trace lumineuse dans
+sa vie, ce succès n’y fut pour rien: cet homme simple dédaignait les
+titres.</p>
+
+<p>C’était «un sérieux, un contemplatif et un tendre, physicien de science
+profonde et d’habileté consommée», nous dit M. Paul Langevin, qui
+s’est fait son biographe<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>. Son frère, nommé maître de conférences à
+Montpellier, avait dû interrompre sa longue et brillante collaboration.
+Pierre Curie restait seul, avide de communiquer sa pensée, de la
+féconder par l’osculation d’une autre pensée. Son rêve, qui pouvait
+sembler irréalisable, était de trouver en une femme à la fois son
+égale intellectuelle et l’être de tendresse dont son cœur vierge avait
+besoin. Ses aspirations scientifiques tentaient de se confondre avec
+son désir d’aimer. Posséder une science qui serait femme! C’est à ce
+moment qu’à la Sorbonne, dans le laboratoire de M. Lippmann, il connut
+«une jeune étudiante polonaise, lucide et sincère, de volonté droite et
+ferme dans la conscience passionnée des Slaves, toute vibrante encore
+sous les meurtrissures causées dans son enfance par la servitude qui
+pèse sur son pays».</p>
+
+<p>«Ce serait une belle chose à laquelle je n’ose croire, écrivait-il
+quand il eut trouvé celle qu’il espérait, de passer la vie l’un près de
+l’autre hypnotisés dans nos rêves!»</p>
+
+<p>Il épousa Marie Sklodowska. L’oiseau de passage avait trouvé un
+nid. Ils s’aimaient. A la vérité, malgré l’exemple historique
+d’Héloïse et d’<ins class="correction" title="Abailard">Abélard</ins>, deux Latins pourtant, nous comprenons mal
+la coexistence de la camaraderie intellectuelle et de l’amour. Nous
+sourions d’une passion qui joint des mains tachées d’acides dans un
+décor d’instruments de précision. Et cependant, le «camarade avec des
+hanches» n’est-il pas l’idéal?...</p>
+
+<p>C’est que la femme, telle que l’éducation nous l’a faite depuis des
+siècles, depuis toujours, lorsqu’elle n’est pas la niaise dont notre
+sotte vanité se réjouit de protéger l’ignorance, devient la créature
+asexuée, l’effroyable bas-bleu devant laquelle notre désir s’amortit.
+Depuis trop peu de <span class="pagenum" id="Page_2">2</span> temps l’espèce nouvelle des étudiantes nous
+a appris que la femme peut être autre chose, une intellectuelle dont
+Molière n’oserait sourire, et qui garde, au milieu de vertus réputées
+viriles, toutes les délicatesses, tout le charme, tout le sentiment,
+avec toute la pudeur sans bégueulisme qui fait l’honneur de son sexe.
+Ces femmes savantes ne peuvent être que mieux aimantes, puisqu’elles
+nous comprennent mieux, et sont aussi des mères, alors que nos poupées
+ne veulent déjà plus l’être.</p>
+
+<p>Assurément l’affection de ce savant et de cette cérébrale dut être
+exempte de puérilité. Elle ne manqua point de poésie. Dans le cerveau
+de Curie, la science, toute souveraine qu’elle fût, laissait vivre
+le rêve. Cet homme de laboratoire aimait la griserie du plein air,
+du mouvement et de la vie, de la méditation solitaire. Tout jeune,
+il passait ses heures libres dans les bois. «Si j’en avais le temps,
+écrit-il dans son journal de la vingtième année, je me laisserais
+bien aller à raconter toutes les rêvasseries que j’ai faites; je
+voudrais aussi décrire une délicieuse vallée tout embaumée de plantes
+aromatiques, le beau fouillis si frais et si humide que traversait la
+Bièvre, le palais des fées aux colonnades de houblon, les collines
+rocailleuses et rouges de bruyère sur lesquelles on était si bien...»</p>
+
+<p>Ce goût de la nature sylvestre fut partagé par Madame Curie. L’acharné
+labeur de ce ménage de savants avait ses clairières. Ils s’envolaient
+de l’Ecole de Physique où, par la permission de Schützenberger, le
+travail leur était commun, et le couple s’égarait dans la campagne,
+heureux d’entendre vivre les arbres et frémir les feuilles.</p>
+
+<p>Un petit nombre d’amis choisis visitaient leur demeure, soit qu’ils
+habitassent à Sceaux, soit, plus tard, rue de la Glacière, soit dans
+cette maison proche du parc Montsouris où Madame Curie vit encore avec
+ses souvenirs entre le grand-père et les petites-filles. Sans doute,
+dans ces conversations, il était surtout question de science, mais
+l’atmosphère avait un bon goût d’intimité. Et là, Madame Curie était
+dans son domaine, sororale et presque maternelle pour l’homme qu’elle
+voulait grand et qui le fut beaucoup par elle.</p>
+
+<p>«Elle lui donnait, dit encore M. Langevin, le bonheur d’une existence
+d’exceptionnelle unité, la joie de vivre près d’une intelligence
+éprise comme la sienne d’absolue clarté, de compréhension complète et
+profonde, près d’une volonté capable de le soutenir, d’une affection
+prête à calmer ses inquiétudes de rêveur. Elle décuplait sa puissance
+et achevait d’en faire le grand homme que nous pleurons; enfin elle
+s’engageait la première dans l’étude des corps radio-actifs, lui
+ouvrant la voie et lui donnant ainsi l’occasion des découvertes qui
+devaient les illustrer tous deux. Elle voulut qu’il fût grand et que
+rien ne vînt, en dispersant ses forces et son temps, retarder ou
+compromettre son libre développement... Du jour de leur mariage, rien,
+avant la mort, ne vint les séparer, ni une idée, ni un sentiment, ni
+même un seul jour.»</p>
+
+<p class="center">*<br>
+*&nbsp;&nbsp;*</p>
+
+<p>En 1908, M. et M<sup>me</sup> Curie, en analysant les radiations uraniques,
+tirèrent de la pechblende deux nouveaux métaux. L’ancienne étudiante
+de Varsovie, en hommage à la patrie absente et persécutée, donna au
+premier le nom de <i>polonium</i>. Le second fut le <i>radium</i>,
+source inépuisable d’énergie rayonnante, corps un million de fois
+plus actif que l’<i>uranium</i> et ses dérivés sur lesquels avaient
+été faites les premières expériences de radio-activité. Je ne saurais
+analyser en détail les études qui précédèrent et suivirent cette
+découverte, peut-être la plus grande des temps modernes. Je ne puis
+même dénombrer les potentialités infinies qu’elle fait entrevoir, le
+merveilleux scientifique qu’elle offre à l’imagination, l’immense
+synthèse qu’elle prépare aux esprits philosophiques de demain, en
+permettant de préciser les fantômes d’idées cachées dans les mots
+de <i>matière</i> et de <i>force</i>. Le public profane lui-même,
+dont l’hommage vint tard à M. et à M<sup>me</sup> Curie, et qui ne voit de la
+science que ses résultats tangibles, a appris à considérer le radium
+comme un talisman de puissance faisant revivre l’ancien rêve alchimique
+et s’émerveille de ses propriétés inouïes et de ses applications que
+chaque jour précise.</p>
+
+<p>Peut-être ignore-t-il, le sexe masculin conservant dans la vie sociale
+la priorité que lui accorde la grammaire, que la gloire de Curie doit
+être justement partagée par moitié. C’est Pierre Curie qu’on nomma en
+1904 professeur de Physique générale à la Sorbonne. C’est encore lui
+que l’année suivante vit entrer à l’Institut. C’est lui qui signa les
+ouvrages. Madame Curie elle-même s’effaça de son mieux devant le chef
+de la famille, n’eut de souci que pour sa gloire, eût été satisfaite
+de marcher dans son ombre. Mais, il faut le dire, on ne l’y laissa pas
+cachée. Curie fut le gonfalonier de leur groupe génial, mais on sut
+que sa femme, la première, avait dirigé leurs études communes vers les
+phénomènes de radio-activité, qu’elle y avait pris une part égale à
+celle de son mari, que dans cette intime collaboration d’intellects
+semblables fournissant le même labeur, il était impossible de discerner
+ce qui était au mari et ce qui était à la femme. Aussi le monde
+scientifique ne sépara-t-il jamais, autant que faire se put, deux
+gloires aussi parfaitement unies.</p>
+
+<p>Lorsqu’en mai 1903, sur l’initiative du savant Lord Kelvin,
+l’Institution Royale de Londres invita Curie, par un exceptionnel
+honneur, à parler dans la chaire du grand Faraday, on voulut que Madame
+Curie fût à ses côtés et la réception qui leur fut faite les unit dans
+un égal triomphe. La même année, la médaille Davy leur fut décernée à
+tous deux, et tous deux partagèrent en 1904 le prix Nobel des sciences.</p>
+
+<p>Enfin, qu’on rompît à un usage séculaire en offrant à Madame Curie la
+chaire laissée vacante par la mort de son mari, alors que l’intrigue
+devait faire rage autour de ce poste envié, cela ne signifia-t-il
+pas que, même dans l’esprit routinier et corruptible de ceux qui
+nomment aux fonctions, la femme de Curie était seule digne de lui être
+comparée, seule capable de maintenir l’enseignement de la physique à la
+hauteur où il l’avait porté?</p>
+
+<p class="center">*<br>
+*&nbsp;&nbsp;*</p>
+
+<p>La femme, aux siècles de rêve et de poésie, fut l’inspiratrice. D’elle
+sont nées la plupart des actions héroïques; son odeur imprègne tous les
+poèmes, toutes les œuvres de l’art. Mais, est-il besoin de le dire?
+elle restait généralement étrangère aux miracles qu’elle faisait faire;
+du moins sa collaboration était-elle toute passive et inconsciente.
+Créature instinctive, inéduquée, proie éternelle acquise au vainqueur,
+cajolée et parée comme un animal familier, ou bien réservée aux travaux
+inintelligents des bêtes de somme, suivant son rang social et sa
+plastique, c’était la ménagère ou la fille de joie. Les théologiens,
+pour emprunter leur langage, pouvaient douter qu’elle eût une âme.</p>
+
+<p>Inapte à l’abstraction, elle ne voyait l’Homme qu’à travers un homme,
+l’Art qu’à travers l’artiste, la Religion qu’à travers le prêtre. Le
+monde des idées pures semblait lui être fermé.</p>
+
+<p>Comme il nous apparaît démontré par maint exemple que cet état
+d’infériorité de la femme n’est point son état naturel et que,
+libérée, instruite, elle peut valoir un homme, on se révolte contre
+la mutilation intellectuelle et morale qui nous l’a asservie, qui
+l’empêche de vivre sa vie dans le seul but de la faire servir aux
+plaisirs de la nôtre.</p>
+
+<p>Une telle femme a pu plaire aux hommes du passé. Nos enfants voudront
+des épouses d’autre sorte, non point de celles qui fécondent un rêve
+de poète en passant, silencieuses, dans un rayon de lune; non point de
+celles sur <span class="pagenum" id="Page_3">3</span> lesquelles l’homme, occupé aux travaux de l’esprit, se
+décharge de toutes les préoccupations mesquines, de tous les labeurs
+ingrats. Mais ils voudront sans doute, chercheurs inlassables penchés
+sur la nature mystérieuse, dans un siècle austère d’études précises,
+l’amie compréhensive qui vraiment les complète et les seconde; le
+camarade passionné qui, entre deux-étreintes, saura chercher et trouver
+avec eux. L’heure viendra peut-être enfin où le mariage (et ce serait
+sa rédemption) unira des êtres appariés par leurs aptitudes d’esprit.</p>
+
+<p>Et si j’ai choisi pour héroïne Madame Curie, épouse et mère dévouée,
+savant prestigieux, c’est qu’elle m’apparaît comme le type de la femme
+de demain et me fait penser à ces grandes figures des fresques de Puvis
+de Chavannes, graves et presque abstraites, pourtant féminines, qui
+personnifient la Science et l’Art dans un décor serein d’air et de
+lumière.</p>
+
+<p class="rsignature"><b>Octave BELIARD.</b></p>
+
+<div class="chapter margintop4">
+ <div class="footnotes">
+ <h2 class="h2notes" id="notes">NOTE</h2>
+ <hr class="small3">
+
+ <p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> <i>La Revue
+ du mois</i>, 10 juillet 1906.</p>
+ </div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<div class="section">
+ <div class="administration margintop2">
+ <p class="center big105"><i>Adresser tout ce qui concerne la Rédaction et l’Administration à</i></p>
+
+ <p class="redac1"><span class="smcap">Henri</span> FABRE</p>
+
+ <p class="redac2">20, Rue du Louvre et Rue Saint-Honoré, 131</p>
+
+ <p class="redac3">PARIS (1<span class="sup2">er</span>)</p>
+
+ <p class="center">———</p>
+
+ <p class="center big105"><i>Hebdomadaire:</i> <b>Le Samedi.</b></p>
+
+ <p class="center big105" style="font-weight:bold;">3<sup>e</sup> Année, 12 Février 1910. N<sup>o</sup> 108</p>
+
+ <p class="center big105" style="font-weight:bold;">10 Centimes</p>
+
+ <p class="center big105"><i>Le prochain numéro sera consacré à</i></p>
+
+ <p class="center big105">JEAN&nbsp;&nbsp;AICARD</p>
+ </div>
+</div>
+
+<hr class="chap x-ebookmaker-drop">
+
+<div class="chapter">
+ <div class="tnote">
+ <h2 class="h2note" id="note_au_lecteur">Au lecteur</h2>
+
+ <p>Cette version électronique reproduit dans son intégralité
+ la version originale.</p>
+
+ <p>La ponctuation n'a pas été modifiée hormis quelques corrections
+ mineures.</p>
+
+ <p>L'orthographe a été conservée. Seuls quelques mots ont été modifiés.
+ Ils sont soulignés par des tirets. Passer la <ins class="correction" title="orthographe originale" >souris</ins> sur
+ le mot pour voir le texte original.</p>
+ </div>
+</div>
+
+<hr class="full">
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 76928 ***</div>
+ </body>
+</html>
+
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