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-The Project Gutenberg eBook of Opinion de Defrance, sur les postes et
-messageries, by Jean-Claude Defrance
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Opinion de Defrance, sur les postes et messageries
- Séance du 16 Pluviôse, an V
-
-Author: Jean-Claude Defrance
-
-Release Date: October 20, 2022 [eBook #69189]
-
-Language: French
-
-Produced by: Adrian Mastronardi, Claudine Corbasson and the Online
- Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
- file was produced from images generously made available by
- The Internet Archive)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK OPINION DE DEFRANCE, SUR LES
-POSTES ET MESSAGERIES ***
-
-
-
-
-
- Au lecteur
-
- Cette version numérisée reproduit dans son intégralité la version
- originale. Une erreur manifeste de typographie a été corrigée.
-
-
-
-
-CORPS LÉGISLATIF.
-
-CONSEIL DES CINQ-CENTS.
-
-OPINION
-
-DE DEFRANCE
-
-SUR
-
-LES POSTES ET MESSAGERIES.
-
-Séance du 16 Pluviôse, an V.
-
-
- REPRÉSENTANS DU PEUPLE,
-
-Depuis trop long-temps le Directoire exécutif appelle votre attention
-sur la situation actuelle des postes et messageries, et sollicite, en
-faveur de ces établissemens d'utilité publique et particulière, des
-moyens prompts et efficaces qui leur rendent et l'action et la vie.
-
-Ces services si intéressans pour les relations commerciales,
-industrielles et politiques, languissent dans un tel état de
-désorganisation, qu'il fait presque désespérer de leur rétablissement.
-Chaque jour les ressorts qui les faisoient mouvoir se rouillent et
-s'usent par le défaut de mouvement; chaque instant fait craindre
-l'affaissement total de ce bel édifice.
-
-Mais si c'est sur-tout sous les rapport de son utilité que nous devons
-le considérer, c'est encore sous ses rapports avec nos finances. Tout
-le monde convient qu'avant 1790, et même 1792, c'étoit une des branches
-les plus productives des revenus nationaux. Aujourd'hui leur produit
-se réduit à zéro, et depuis trois années le trésor public a été forcé
-de combler le déficit énorme qui a existé entre les recettes et les
-dépenses. Cependant la commission des finances, après avoir sans doute
-balancé les obstacles par la force de vos moyens, la nécessité de
-l'entreprise par les avantages qui en résultoient, n'a pas craint de
-vous promettre de leur restauration, si vous l'opériez, un bénéfice
-annuel et fixe de douze millions.
-
-C'est pour arriver à ce résultat que plusieurs projets vous ont été
-présentés, et qu'un rapport vous a été fait. Vous n'avez pas été
-complétement satisfaits des motifs ni des moyens qu'on vous a proposés,
-et vous avez renvoyé le tout à votre commission pour vous donner
-un plan plus étendu, plus clair, plus précis et mieux adapté aux
-circonstances et à l'état pénuriel de vos finances.
-
-D'abord, peu d'accord entre eux sur les véritables causes qui ont
-produit le dépérissement des trois services qui nous occupent, les
-orateurs qui vous ont entretenus sur cet objet, ne l'ont pas été
-davantage sur les moyens à adopter pour les sauver de leur ruine totale.
-
-Les uns ont cru voir la cause du mal dans le systême révolutionnaire,
-qui a imprimé par-tout son cachet destructeur; les autres, dans le
-mode même d'administration de ces établissemens publics, mode qu'ils
-trouvent inconciliable avec l'ordre et l'économie qui doivent régir de
-semblables établissemens; d'autres enfin, croyant qu'il ne s'agissoit
-dans cette importante question que d'affaires personnelles, et perdant
-de vue le but utile qui doit toujours fixer le législateur, vous ont
-beaucoup plus occupés des régisseurs que du systême des régies en
-lui-même: ni les uns ni les autres n'ont rempli votre intention.
-
-De cette divergence d'opinions et de motifs ou de préjugés, il en est
-cependant résulté un ensemble de vues et de considérations que j'ai
-cru devoir analyser pour vous les soumettre, qui donnent lieu à une
-question sur laquelle vous allez avoir à prononcer.
-
-Les services des postes et messageries resteront-ils en régie, ou
-seront-ils affermés?
-
-Représentans du peuple, pour résoudre cette question il faut, 1º. bien
-se pénétrer de la nature et des détails de ces différens services; 2º.
-examiner soigneusement ce que c'est qu'une régie, ce que c'est qu'une
-ferme en administration publique; 3º. discuter quelles sont les parties
-des revenus nationaux qu'il est avantageux de faire régir, quelles
-sont celles qu'il est intéressant d'affermer; 4º. enfin, dans quelles
-circonstances l'un ou l'autre mode doit être adopté par un gouvernement
-sage et libre.
-
-Les postes et messageries sont aujourd'hui régies par une
-administration générale composée de douze administrateurs. Cette
-administration est partagée en trois sections; cinq administrateurs
-surveillent dirigent; séparément les postes aux lettres, deux les
-relais, et quatre les messageries.
-
-La poste aux lettres est un établissement de confiance dont l'utilité
-ne peut être contestée; c'est à elle, autant qu'à l'imprimerie, que
-l'on doit la renaissance des lettres, la propagation des lumières, les
-découvertes des sciences et des arts, l'agrandissement de l'atmosphère
-philosophique et politique, la perfection de la morale, et les
-développemens progressifs de l'amour des hommes pour la liberté.
-Le but sublime de son institution est d'ouvrir et d'entretenir des
-communications promptes, sûres et faciles, dans toutes les parties de
-la République, de manière qu'elle est comme le lien moral qui unit
-tous les départemens et les cantons entre eux, en même temps qu'il les
-rapproche du centre de l'autorité. Enfin le but de son institution
-est de faire circuler à moins de frais possibles, sous la garantie
-de la société, les pensées des hommes, les secrets des familles, les
-relations du commerce et les ordres du gouvernement.
-
-La poste aux chevaux, quoique d'une utilité moins générale, moins
-absolue, procure de trop grands avantages à l'état, au commerce et aux
-particuliers, pour ne pas obtenir une très grande considération. C'est
-par son entremise que le gouvernement fait parvenir avec promptitude
-ses ordres et ses couriers sur tous les points de la République; c'est
-elle qui offre au commerçant, au voyageur, la facilité inappréciable de
-se transporter avec célérité dans tous les lieux où leur intérêt ou des
-affaires nécessitent leur présence.
-
-Quant aux messageries, elles sont établies pour le transport des
-voyageurs et des marchandises; ce sont elles qui sont encore chargées
-de la circulation des fonds de l'état, et qui suppléent à peu de frais
-aux transports de l'intérieur, dont le maintien est ruineux pour le
-trésor public.
-
-Ces établissemens intéressent donc individuellement tous les membres du
-corps social; le gouvernement ne peut donc mettre trop de précaution
-dans le choix des personnes qu'il chargera de leur exploitation, ainsi
-que dans le mode qu'il doit adopter pour les faire administrer. Ce
-mode, sans contredit, doit être le plus avantageux pour le trésor
-public et pour la conservation de ces services si intéressans sous tous
-les rapports. Sera-ce la régie? sera-ce la ferme? Chacun de ces modes
-est susceptible de modification.
-
-Le gouvernement, ne pouvant exploiter par lui même, est obligé de
-recourir à d'autres moyens pour fertiliser toutes les branches du
-revenu national.
-
-Ou il charge de l'exploitation des agens à salaire fixe, qu'il
-surveille et qui lui rendent compte, et cette forme s'appelle
-simplement _régie_; ou il accorde à ces agens, outre un salaire fixe,
-une portion d'intérêt dans les produits résultans des améliorations
-qu'ils procurent, et ce mode se nomme _régie intéressée_. S'il
-abandonne sa gestion et ses bénéfices moyennant une somme fixe et
-annuelle à des entrepreneurs, l'administration alors est _en ferme_.
-Si enfin, outre la somme convenue pour le prix du bail, il se réserve
-une portion dans les bénéfices excédant ce prix, c'est une _ferme
-intéressée_ ou _une ferme régie_.
-
-Chacun de ces modes a ses avantages et ses inconvéniens, qu'il est bien
-essentiel de connoître avant de prendre une décision. Nous allons les
-discuter l'un après l'autre, et vous les présenter sous leurs différens
-rapports.
-
-J'ai cru, citoyens représentans, que, pour discuter cette question
-avec quelque succès, il falloit la traiter avec méthode et précision,
-l'assujettir à la rigueur mathématique, et porter la démonstration
-jusqu'à l'évidence.
-
-En conséquence, pour éloigner tout soupçon de partialité, j'écarte
-tous les moyens qui peuvent favoriser les passions, les affections
-ou les intérêts particuliers, et ma discussion se bornera à poser
-des principes, à en faire l'application, et à tirer des conséquences
-claires, faciles et inattaquables.
-
-
-_Premier principe._
-
-En matière d'économie politique, tout systême d'administration qui ne
-fait pas concourir l'intérêt particulier de l'administrateur, a le
-double inconvénient de ne presque rien produire pour l'Etat, et de
-tendre essentiellement à la désorganisation des services.
-
-
-_Deuxième principe._
-
-Pour connoître les produits d'une branche administrative quelconque,
-lorsque ces produits sont nouvellement créés ou inconnus, l'expérience
-a consacré l'utilité de la mise en ferme.
-
-
-_Troisième principe._
-
-Un bon systême économique, outre l'avantage d'assurer à l'Etat des
-produits certains, doit encore le débarrasser de tous les soins et
-de tous les risques d'une exploitation compliquée et dispendieuse;
-il doit présenter dans ses résultats difficulté d'introduire des
-abus, impossibilité d'étendre arbitrairement les dépenses, nécessité
-d'augmenter les recettes par celle des améliorations; il doit offrir
-enfin dans ses agens la responsabilité la plus rassurante et la moins
-illusoire.
-
-
-_Quatrième principe._
-
-Tout systême, au contraire, qui expose le gouvernement à supporter
-le surcroît des dépenses, sans assurer le montant des recettes,
-qui ne présente aucun intérêt puissant qui commande l'économie et
-les améliorations, qui laisse à l'arbitraire le soin de régler
-les dépenses et l'emploi des produits, qui n'offre pour garantie
-réelle au gouvernement que l'observation matérielle des formes, est
-essentiellement un systême destructeur.
-
-Examinons dans leur nature et dans leurs résultats les différens modes
-qui vous sont présentés.
-
-Je commence par la régie, elle est simple ou intéressée. Dans la régie
-simple, telle qu'elle existe aujourd'hui, le produit des améliorations
-est pour le gouvernement; le régisseur, dont le salaire est fixe, ne
-risque rien de se déterminer par des considérations particulières, de
-se livrer à des préférences, à des partialités. Il donne ou procure des
-emplois plutôt à l'homme qui lui convient, qu'à celui qui le mérite: il
-s'occupe plus à conserver, à faire valoir sa place qu'à la remplir; et
-comme il est sans responsabilité, pourvu qu'une apparence extérieure
-d'exactitude le mette à l'abri des reproches, il croit avoir fait tout
-ce qu'il doit, heureux encore s'il n'est pas détourné de ses devoirs
-par l'avidité et le desir coupable d'améliorer son sort aux dépens de
-la chose administrée. Le régisseur a mille moyens de soustraire au
-gouvernement la connoissance des produits et des dépenses: il infirme
-les uns et augmente les autres, au gré de sa cupidité. Les abus, bien
-loin d'être l'objet de sa surveillance, deviennent l'aliment naturel de
-son avarice; ses bénéfices augmentent en raison des pertes qu'il fait
-supporter au trésor public. Voilà pour la régie simple.
-
-La régie intéressée participe à la plupart des inconvéniens de la
-régie simple. Comme cette dernière, elle ne compte au gouvernement que
-du produit net de son exploitation; tous les frais d'administration,
-de constructions de réparations, les avaries, les pertes réelles ou
-_supposées_, sont à la charge de l'Etat.
-
-Il est d'ailleurs dans la nature des choses qu'une régie, telle
-que celle dont il s'agit, soit très-compliquée dans ses détails.
-Elle achète, nourrit, entretient une grande quantité de chevaux;
-il lui faut, pour cet objet, des magasins, des ateliers, des
-provisions en cuir, fer, bois de charronnage, fourrages de toute
-espèce, beaucoup d'ouvriers pour sa manutention, beaucoup de commis
-pour la surveillance, beaucoup d'employés pour la correspondance
-et la comptabilité: quel est le surveillant actif et éclairé qui
-ne s'égareroit pas dans ce dédale de détails et de dépenses? Que
-deviendroit alors la fixité des produits nets qui échapperoient au
-gouvernement par mille canaux invisibles? En général, la régie traite
-tout en grand, dédaigne les détails, néglige les petites économies,
-parce que le gouvernement est derrière elle qui supporte les dépenses.
-
-En vain prétendroit-on que la portion d'intérêts que le gouvernement
-alloueroit aux régisseurs dans les bénéfices résultans des réformes, de
-la suppression des abus, des améliorations dans les produits, seroit
-un motif assez puissant pour les déterminer à opérer ces réformes, à
-supprimer ces abus, à procurer une augmentation dans les produits. Non,
-ils ne voient et ne verront, dans ces améliorations, qu'un très-foible
-avantage pour eux, tandis que l'existence des abus leur offre mille
-moyens sûrs de satisfaire, sans craindre de se voir compromis, leur
-avarice et leur cupidité: six années de vols et de dilapidations
-doivent vous avoir appris à vous défier du désintéressement des hommes.
-N'avons-nous pas vu constamment la République supporter les frais des
-régies, tandis que les régisseurs s'en partageoient insolemment les
-bénéfices?
-
-La régie enfin n'offre à la nation aucune responsabilité équivalente
-à l'importance des objets qui lui sont confiés. Que de régisseurs
-détournent à leur profit les produits de leur administration! C'est une
-perte pour le trésor public, et malheureusement, il faut en convenir,
-on craint plus d'exposer sa fortune que de compromettre sa moralité.
-Je dis plus: la facilité seule qu'ont les régisseurs de disposer des
-recettes, devroit écarter à jamais un systême où se trouvent réunis
-tous les vices qui corrodent une administration. Ces recettes entre
-leurs mains deviendroient l'aliment funeste de l'agiotage qui tue
-nos finances, et que vous devez étouffer. Fabre (de l'Aude) avoit
-raison quand il vous a dit que _la morale publique étoit aujourd'hui
-tellement dépravée, que des citoyens, qui rougiroient de s'approprier
-ce qui appartient à autrui, voloient sans scrupule le trésor public_.
-Il n'a pas excepté les régisseurs.
-
- Le célèbre auteur du Contrat social s'explique ainsi: «L'emploi
- de l'argent, dit-il, se dévoie et se cache; il est destiné à une
- chose, et employé à une autre. Ceux qui le manient apprennent
- bientôt à le détourner. Eh! que sont tous les surveillans qu'on
- leur donne, sinon d'autres fripons qu'on envoie partager avec eux»?
-
-Quant à la ferme simple, ce systême est de tous le plus clair et le
-moins compliqué. Il débarrasse le gouvernement du poids des dépenses
-indispensables pour remettre en vigueur les services dont il s'agit.
-Les fermiers comptent d'avance les sommes stipulées dans leur bail.
-Avec la ferme, le gouvernement ne court point les risques des événemens
-fâcheux et imprévus qui peuvent frapper une administration, tels que
-les avaries dans les objets d'emmagasinement, la mortalité des chevaux,
-les incendies, etc.; et comme toutes les dépenses et les pertes sont à
-la charge des entrepreneurs, quelle que soit la variation des produits,
-le revenu de l'état n'est sujet à aucune; il est exempt de toute chance
-et de toute incertitude.
-
-Le fermier a d'ailleurs un intérêt bien plus pressant de supprimer les
-abus, d'opérer des réformes et des améliorations, que le régisseur: il
-regarde l'entreprise comme sa propre chose; il la fait valoir à ses
-risques et périls. Il ne peut augmenter ses bénéfices qu'en simplifiant
-la machine, qu'en la réduisant au plus petit nombre possible de rouages
-nécessaires, qu'en portant sur toutes les parties de son administration
-l'œil réformateur d'une vigilance active et intéressée: car sans
-l'intérêt personnel tout se relâche, se dérange, s'anéantit; avec lui
-tout se ranime, se perfectionne, se vivifie. Avec lui le zèle succède
-à la tiédeur, l'ordre au désordre, l'économie aux abus; il invente, il
-crée des ressources où des régisseurs ne trouveroient qu'un déficit
-inévitable. Aussi Montesquieu connoissoit si bien la puissance de ce
-mobile de nos actions, qu'il conseille de mettre en ferme les droits
-nouvellement créés, _parce que_, dit il, _l'intérêt des fermiers
-leur suggère des moyens pour prévenir les fraudes que les régisseurs
-n'auroient su imaginer_.
-
-Ce mode, tout simple et tout avantageux qu'il paroît, a cependant un
-très-grand inconvénient. Comme le prix du bail est fixé, le fermier
-profite seul des économies et des améliorations qu'il opère, ainsi
-que de l'élévation des produits que les circonstances peuvent faire
-augmenter; inconvénient que n'a point _la régie intéressée_, malgré
-tous ses vices destructeurs. En cherchant le moyen de le faire
-disparoître, j'ai cru le trouver dans un mode mixte qui participât de
-la ferme et de la régie, qui réunît leurs avantages sans avoir leurs
-inconvéniens, enfin dans la ferme intéressée ou la ferme régie.
-
-Je m'explique, et je prends pour exemple le dernier bail des postes
-aux lettres passé par Calonne. Le prix du bail de ferme fut porté
-à 11,500,000 livres, et les fermiers n'avoient qu'un quart dans
-les produits qui excédoient cette somme. Ce mode a en sa faveur
-l'expérience; il a l'avantage inappréciable d'assurer à l'État un
-revenu fixe et certain. Qui empêche qu'on ne l'adopte aujourd'hui ou
-tout autre semblable?
-
-Ne pourroit-on pas, dans cette supposition, obliger les fermiers à
-verser au trésor public un prix de rigueur, quel que fût le montant des
-produits, et les faire toujours payer six mois d'avance; fixer ensuite
-une échelle de proportion inverse d'après laquelle ils seroient admis
-à partager avec le gouvernement l'excédent de ce prix: par exemple,
-jusqu'à la concurrence de deux millions, ils auroient un tiers dans
-les bénéfices, et moitié dans les bénéfices qui excéderoient ces deux
-premiers millions.
-
-Par ce moyen le revenu du gouvernement seroit fixé, et le trésor public
-bénéficieroit dès à-présent, dans une proportion très-avantageuse,
-des améliorations que doivent produire les efforts et les succès de
-l'intérêt particulier. Par ce moyen l'intérêt des fermiers stimulant
-leur industrie, ils emploieroient tous leurs moyens pour augmenter les
-recettes, diminuer les dépenses et élever les produits à ce degré de
-l'échelle de proportion où ils ne verseroient plus que moitié de leurs
-bénéfices.
-
-Citoyens représentans, il me reste encore à examiner quelles branches
-de revenus il est avantageux de faire régir, quelles sont celles qui
-doivent être affermées, et enfin dans quelles circonstances l'un
-ou l'autre mode doit être adopté de préférence: il y aura peu de
-contradiction sur ces objets.
-
-Tout le monde convient ou est forcé de convenir que toutes les fois
-que les détails d'une administration sont immenses, que la manutention
-est compliquée; les dépenses, comme les recettes, susceptibles d'une
-très-grande variation; le gouvernement doit l'affermer, s'il ne veut
-courir les risques de faire d'un domaine national le patrimoine des
-intrigans, et alimenter les fripons aux dépens du trésor public.
-
-On convient encore que lorsque les produits sont connus et à-peu-près
-invariables, les frais d'administration fixes et peu dispendieux, qu'il
-n'y a ni malversation à craindre ni garantie à exiger, le systême des
-régies est préférable par la raison que tout est réglé d'avance, que le
-produit est certain, et que le gouvernement, essentiellement économe,
-sur-tout dans une République, ne doit pas abandonner à des fermiers les
-bénéfices de leur bail, quand il peut les retenir dans ses mains.
-
-Dans ce cas, il n'y auroit que des circonstances particulières qui
-pourroient l'autoriser à déroger à ce principe, tel que le seroient,
-par exemple, les besoins pressans et irrémissibles des finances, la
-nécessité d'une mise dehors de fonds considérables pour rétablir et
-remettre en vigueur des établissemens dont toutes les parties sont
-affaissées, si elles ne sont pas détruites; parce que d'abord les
-circonstances impérieuses exigent que le gouvernement recoure aux
-moyens les plus prompts et les plus sûrs pour s'ouvrir des ressources;
-parce qu'ensuite, ne pouvant surveiller par lui-même l'emploi des
-fonds, il est sûr d'être volé, et qu'il gagne moins à affermer qu'à
-faire régir.
-
-D'après ces vérités incontestables, examinons quel est le mode
-d'administration le plus avantageux pour chacun des services dont il
-s'agit. Écartons toute prévention et toute partialité.
-
-D'abord, quant aux messageries, je pense, comme le Directoire exécutif,
-que ce seroit une grande économie pour le gouvernement de les mettre en
-ferme, mais en ferme intéressée. On ne peut même se dissimuler qu'il en
-résulteroit un très-grand avantage pour le bien et la réorganisation de
-ce service. Comme les opinions paroissent assez d'accord sur cet objet,
-je passe à la poste aux chevaux.
-
-Cet établissement utile au commerce et au gouvernement n'a jamais
-rien versé dans les coffres du fisc; au contraire le gouvernement a
-de tout temps soutenu son existence par des sacrifices pécuniaires,
-par des exemptions ou diminutions d'impôts: c'est un grand corps dont
-les membres épars sur tous les points de la République, n'ont besoin,
-pour être activés et vivifiés, que des regards et de la surveillance
-des gouvernans. Il n'est plus ce qu'il étoit en Perse, dans l'empire
-romain, et même en France sous Charlemagne, un établissement aux
-frais et pour le seul usage du gouvernement: Louis XI l'appliqua au
-service des particuliers, et depuis il devint la propriété de quatorze
-à quinze cents titulaires uniquement assujettis à un tarif fixé par
-la loi, et à quelques réglemens de police. Il n'y a donc ni produit
-pour le compte de l'État, ni exploitation nationale, par conséquent
-point de régie. Il n'y a qu'une inspection de surveillance à exercer
-pour contenir les maîtres de poste dans les bornes prescrites par les
-réglemens, maintenir l'activité des relais, l'exécution des tarifs, et
-empêcher les exactions; et cette inspection appartient au gouvernement.
-Il ne lui faut qu'un agent responsable pour l'exercer, à moins qu'on
-ne prétende la réduire sous une régie générale des trois services, et
-rendre ainsi les régisseurs arbitres d'une partie dont ils sont les
-tributaires: car il est de fait que sur plusieurs routes la poste aux
-chevaux sert à la conduite de la malle et des messageries. Alors ce
-seroit faire dépendre les maîtres de poste de ceux qui les emploient,
-ce seroit les livrer à des mains intéressées, ce seroit constituer
-les régisseurs juges et parties dans leurs propres causes, ce seroit
-préparer et accélérer la ruine d'un service aussi intéressant.
-
-Il n'en est pas de même de la poste aux lettres: aussi est-ce sur
-cette dernière que la plupart des considérations se sont dirigées. Son
-produit est connu, son exploitation simple, ses dépenses à-peu-près
-fixes; il n'y a pas de chance très-désavantageuse à courir pour le
-gouvernement en la faisant régir. Mais cependant lorsqu'on fait
-attention que les produits de cette administration ont toujours
-augmenté progressivement sous la ferme intéressée, tandis qu'ils se
-sont presque totalement évanouis sous les régies, on est forcé de
-suspendre sa décision et de se demander la cause de cette différence
-dans les résultats. Ne doit-on pas aussi se demander si, dans l'état
-de détresse de vos finances, vous devez renoncer à des produits
-certains pour dépendre de l'éventualité de ceux d'une régie? Et
-quoique les paiemens faits en numéraire ne permettent pas de craindre
-que les dépenses absorbent les recettes, sans doute vous trouverez
-un très-grand inconvénient dans l'incertitude des rentrées; et cette
-opinion est d'autant plus fondée, qu'il est impossible d'arrêter quelle
-sera la quotité des bénéfices, et pour quelle somme ils entreront dans
-la recette de l'an V.
-
-Un autre inconvénient, citoyens représentans, qui ne doit pas
-échapper à votre sagacité, c'est la facilité qu'auroient les
-régisseurs de disposer des fonds publics versés dans la caisse de leur
-administration. Ce motif, comme je l'ai exposé plus haut, suffiroit
-pour écarter tout systême de régies, s'il pouvoit trouver encore
-quelques partisans, excepté les fauteurs de l'agiotage.
-
-Qu'est-il enfin résulté jusqu'à ce jour de l'essai des services
-publics en régie? Quels maux plus affreux que ceux qu'elle a faits
-lui reste-t-il à faire? Ne sont-ce pas les régies qui ont fourni au
-Directoire exécutif les couleurs dont, il s'est servi pour vous peindre
-la désorganisation de tous les services et la pénurie des finances? Je
-sais que votre position n'est pas aussi effrayante qu'on a voulu nous
-la présenter: mais enfin si les postes et messageries sont presque
-détruites; si vous n'avez plus ni diligences, ni fourgons, ni roulage;
-si toutes les routes d'embranchement ne sont pas desservies; si la
-navigation intérieure est dans une inactivité absolue, quelle en
-est la cause? Les régies. Si les grandes routes sont impraticables,
-si les communications sont interrompues sur une foule de points, à
-quoi doit-on l'attribuer? A la manie de tout mettre en régie. Si les
-sources de vos salines, sources si précieuses pour l'Etat et pour les
-individus, sont presque taries, c'est encore l'effet des régies. Si
-enfin les soldats républicains sont obligés de supporter, avec les
-fatigues de la guerre, les horreurs de la nudité, c'est parce que
-l'habillement des troupes étoit alors en régie.
-
-Je sais qu'il a été fait à cette tribune, en faveur de ce systême peu
-ou mal approfondi, quelques observations qui ont paru frapper les
-esprits, et qu'il est essentiel de vous faire apprécier.
-
-On vous a dit que votre décision seroit prématurée si vous preniez un
-parti avant de connoître les produits des postes résultans du dernier
-tarif; que, dans l'état actuel, le gouvernement n'auroit aucune base
-pour préjuger le prix du bail à exiger des entrepreneurs.
-
-Avant de répondre à cette objection, il est quelques considérations
-préliminaires.
-
-J'observe d'abord au Conseil que la diminution des produits n'a pas
-seulement sa source dans la perception légale des droits, mais sur-tout
-dans l'indifférence sur les distributions: quantité de lettres restent
-au rebut faute de soins pour rechercher les personnes à qui elles sont
-adressées. Il n'en seroit pas de même avec des fermiers pour lesquels
-le port d'une lettre est une valeur réelle, et qui leur échappe s'ils
-négligent les moyens de la faire parvenir à son adresse.
-
-J'observe encore que ce ne sont ni le contre-seing, ni les franchises,
-qu'il faut se hâter de restreindre le plus possible, ni l'envoi des
-lois, ni le grand nombre de journaux, qui atténuent le produit de la
-poste. Le contre-seing des deux Conseils, du Directoire exécutif, des
-ministres, des administrateurs, etc. ne peut être comparé à celui
-de la ci-devant reine, des princes, des ministres, des intendans,
-des premiers présidens, des avocats généraux, etc. dont les cachets
-étoient prodigués d'une manière scandaleuse. On sait qu'une ordonnance
-de Louvois enjoignoit de faire arriver par les couriers de Provence
-et de Languedoc des boîtes de fruits pour le service de la cour. On
-faisoit parvenir par la même voie le gibier, le poisson, les viandes
-recherchées, et jusqu'à des moutons des Ardennes, sans que les fermiers
-aient jamais réclamé le paiement du transport de ces objets. La grille
-de Chanteloup fut envoyée par la poste aux chevaux, et l'eût été par la
-poste aux lettres, si le ministre Choiseul l'eût desiré.
-
-On peut opérer d'utiles réformes dans les contre-seings et les
-franchises. Le transport des journaux sur-tout forme un accroissement
-considérable dans les produits de la poste aux lettres; et il est
-d'autant plus à ménager, que déja plusieurs voitures libres sont
-établies pour les transmettra à leur destination, et que leur
-concurrence ne tend à rien moins qu'à frustrer le gouvernement des
-sommes considérables qu'il est de son intérêt de faire verser dans le
-trésor public.
-
-J'observe enfin que la plupart des lettres qui parviennent à la faveur
-du contre-seing, sont celles qui n'existeroient point s'il falloit en
-payer le port. Jamais un banquier ou un négociant n'ont confié leur
-correspondance au contre-seing.
-
-Maintenant, législateurs, je réponds à l'objection. En supposant que
-le produit de cette administration ne fût pas connu, le gouvernement
-court-il de grands risques en l'affermant? n'a-t-il aucun moyen de
-parvenir à cette connoissance? La concurrence, la rivalité de ceux qui
-se présentent pour l'entreprise, ne sont-elles pas tout à son avantage?
-N'a-t-il pas encore les baux antérieurs, le produit des anciens et
-des nouveaux tarifs, la progression croissante qui a existé dans les
-produits depuis 1765 jusqu'en 1790? Si on ne peut absolument les
-prendre pour règle, ne peut-on pas au moins les prendre pour termes
-moyens, afin d'obtenir un résultat assez approximatif?
-
-Pendant dix ans, par exemple, je suppose que le produit des postes eût
-éprouvé une amélioration de deux millions; la moyenne proportionnelle
-de son accroissement annuel seroit alors de 200,000 livres. Ce
-raisonnement n'est-il pas applicable à toutes les époques d'une
-administration, soit en ferme, soit en régie? Que deviennent alors la
-difficulté d'approximer ses produits, et les dangers pour le trésor
-public de la mettre en ferme?
-
-D'ailleurs, l'intérêt que se réserve le gouvernement dans les
-bénéfices excédant le prix du bail, doit rassurer pleinement sur cet
-objet, puisque par ce moyen le gouvernement trouve sa part dans les
-économies que peut procurer une bonne administration. N'est-il pas en
-outre assez étonnant qu'on vous propose, pour connoître les produits
-nets des postes et messageries, un moyen qui vient de les désorganiser
-et de les anéantir, je veux dire la régie? Seriez-vous obligés de
-recourir aujourd'hui à des mesures conservatrices et réorganisatrices,
-si ces établissemens n'eussent été frappés de mort en passant par la
-main des régisseurs?
-
-On vous a dit, citoyens représentans, que donner en ferme les postes et
-messageries, c'est créer des priviléges, c'est faire payer la faculté
-que la constitution garantit à chacun d'exercer comme il lui plaît son
-industrie; c'est modifier, si ce n'est pas détruire, la liberté; c'est
-blesser les principes constitutionnels.
-
-Est-ce de bonne foi qu'on vous a fait cette objection, qui n'est
-sérieuse que de prime abord?
-
-Sans doute la constitution garantit à chacun le libre exercice de son
-industrie; mais elle garantit aussi les propriétés, et exige pour
-elles le respect le plus religieux: or la propriété des postes et
-messageries n'est équivoque pour personne, et ne peut être contestée au
-gouvernement.
-
-D'ailleurs c'est un principe d'économie politique, que tout service,
-toute exploitation créés pour l'utilité publique, sont essentiellement
-une propriété exclusive du corps social, que le gouvernement doit
-activer et défendre contre toute usurpation: c'est ce principe qui
-met dans sa main, pour en garantir et protéger l'usage, les grandes
-routes, la navigation des rivières, des canaux, les forêts, les mines,
-et le droit de les exploiter ou de les concéder par-tout où elles
-se rencontrent, moyennant la juste indemnité des propriétaires du
-fonds. La conséquence de ce principe met à sa charge la confection et
-l'entretien des chemins et des canaux, berges, quais, ports et édifices
-ou monumens consacrés à l'agrément ou à l'utilité publique.
-
-Incontestablement les postes et messageries tiennent à cette utilité:
-ainsi, soit dans leur origine, soit dans leur objet, elles sont
-propriétés nationales; et sous ce rapport, c'est au gouvernement seul
-de les activer pour les rendre productives en les faisant régir pour
-son propre compte ou en les affermant.
-
-Considérées comme un revenu public, mais étranger à l'espèce des
-produits territoriaux, les messageries appartiennent naturellement à la
-classe des perceptions; elles contractent ainsi le caractère d'impôt
-indirect sur le commerce et l'industrie.
-
-Sous l'un comme sous l'autre rapport, elles sont sous la double
-sauve-garde de la constitution, qui commande le respect pour les
-propriétés, en même temps qu'elle interdit à tout autre qu'au Corps
-législatif la faculté d'établir aucune contribution.
-
-L'exploitation exclusive des postes et messageries, soit dans la main
-du gouvernement, soit affermées par lui, n'est donc pas, comme on a
-essayé de vous le faire croire, l'exercice odieux d'un privilége:
-c'est donc l'usage légal d'un droit positif, inaliénable et simplement
-concessible, moyennant rétribution.
-
-On vous a dit aussi, citoyens, que dans les circonstances actuelles, il
-seroit impolitique et dangereux de livrer à des particuliers le service
-important des postes et messageries, que des malveillans pourroient
-aisément s'en faire un moyen pour troubler la tranquillité publique et
-attenter à la constitution.
-
-Cette objection n'est pas plus fondée que les deux précédentes. Je
-demande d'abord, dans le cas où ces craintes seroient fondées, si
-les mêmes dangers n'existent pas avec les régisseurs, s'ils sont
-exclusivement intègres ou patriotes; s'il n'est pas même probable que,
-sans responsabilité pécuniaire, ils s'abandonneront plus facilement au
-mouvement des factions.
-
-Qu'une conjuration menace la patrie, que des complots s'ourdissent dans
-les ténèbres, supposons le systême des régies; le gouvernement veut-il
-découvrir et suivre les fils de l'intrigue, il est obligé de s'adresser
-au ministre des finances, celui-ci aux régisseurs: voilà un secret qui
-n'en est plus un, puisqu'il est su de plusieurs personnes.
-
-Dans le plan de la ferme, au contraire, le Directoire exécutif
-s'adresse à son commissaire, avec lequel il correspond directement pour
-le secret des dépêches: l'expédition est plus rapide, et le secret est
-mieux gardé.
-
-D'ailleurs, cette crainte sera promptement dissipée, si l'on considère
-que, dans le systême qui vous est présenté, les fermiers ne sont
-chargés que de la partie financière, de leur exploitation, que des
-recettes et des dépenses. Quant aux divers mouvemens politiques, ils
-seront confiés au commissaire du Directoire; et les fermiers ne s'en
-mêleront pas.
-
-Citoyens, on a encore voulu vous effrayer sur le résultat d'une mise en
-ferme, en tâchant de vous persuader que les fermiers ne rempliroient
-pas les conditions de leur bail, que les avantages qu'ils offriroient
-seroient illusoires; que, sous mille prétextes différens, ils
-viendroient à bout d'éluder leurs engagemens et de se faire accorder à
-titre d'indemnités les sommes qu'ils devroient verser dans la caisse
-nationale.
-
-C'est ainsi qu'avec des raisonnemens futiles on empêche les mesures
-les plus salutaires: c'est ainsi qu'arrêtés par des considérations
-puériles, on ensevelit une foule de projets restaurateurs; c'est
-ainsi que le mal s'est opéré, parce qu'on n'a marché qu'en tâtonnant
-dans la route du bien. Quoi! quand une compagnie se présente, que sa
-solvabilité est assurée, que ses cautionnemens sont bien établis, que
-la fortune de tous les associés est compromise, si les engagemens
-ne sont pas remplis, vous pourriez ralentir votre décision sur une
-observation plus que frivole, j'ai presque dit ridicule! Je sais que,
-sous un gouvernement corrupteur et corrompu, où il suffisoit aux
-fermiers de sacrifier une partie des prétentions qu'ils formoient
-pour les faire couronner, ces abus ont eu lieu; mais si ces craintes
-pouvoient exister aujourd'hui parmi nous, elles attesteroient au moins
-notre indifférence, et on pourroit nous demander pourquoi et pour qui
-nous siégeons dans cette enceinte.
-
-Représentans du peuple, réfléchissez un instant aux terribles effets de
-ces mesures tremblotantes et à demi ébauchées, dans lesquelles on vous
-a circonscrits; mesurez d'un œil philosophique la distance que vous
-a fait parcourir une longue suite d'opérations fausses ou manquées;
-fixez le but que vous vous proposiez et l'intervalle immense qui vous
-en sépare.
-
-Sur-tout point de crainte pusillanime; si vous avez le courage de
-chercher à vous en approcher, que vos moyens et vos ressources
-s'agrandissent en raison des obstacles, et vous en triompherez. Mais,
-pour réussir, il faut y tendre de bonne foi et directement; la ligne
-courbe est la plus longue, et peut s'écarter à l'infini.
-
-Sur-tout fermez avec soin vos oreilles à la voix perfide des sirènes
-financières, qui vous entraîneroient contre de nouveaux écueils. Si
-nous n'avons la prudence d'Ulysse, nous ne sommes pas faits pour
-conduire au port le vaisseau de l'Etat. Gardez-vous, représentans
-du peuple, sur-tout de ces hommes qui, tranquilles au milieu des
-besoins pressans et multipliés du gouvernement, ne vous présentent des
-ressources qu'en perspective, au lieu de fixer vos regards sur les
-richesses réelles qui sont entre vos mains, et qui, quand les canaux au
-fisc sont encombrés, vous proposent d'en creuser de nouveaux, au lieu
-de réparer les anciens; qui vous entretiennent sans cesse de calculs
-chimériques pour mieux vous aveugler sur vos véritables ressources, et
-qui font roidir toutes les combinaisons de la malveillance contre les
-systêmes les mieux concertés, afin de tarir, de dessécher, s'il est
-possible, la source de vos revenus, ou de les faire évanouir par des
-filtrations insensibles.
-
-Jusqu'à présent, citoyens, je vous ai entretenus du mode
-d'administration qu'il convient de donner aux postes et messageries;
-j'ai tâché de vous faire apprécier les propositions qui vous ont été
-présentées sur cet objet; j'ai posé les principes d'après lesquels
-vous devez les examiner; j'ai fait sentir les vices inséparables du
-systême des régies; j'ai combattu les raisonnemens qu'on a fait valoir
-en leur faveur; j'ai prouvé les grands avantages qui résulteroient pour
-le gouvernement et pour la bonne administration de ces services, de
-l'adoption du systême de la _ferme intéressée_.
-
-Il me reste, pour vous engager à prendre promptement une décision,
-une dernière considération plus pressante que les autres, et qui
-n'admet aucun délai. Autant d'heures de retard sur la détermination
-du Corps législatif, autant de coups de mort pour ces établissemens.
-Les services particuliers se désorganisent: l'administration ne peut
-garantir ni contracter aucun traité pour les soutenir ou les renouer;
-elle-même, incertaine sur la durée de son existence, n'ose ni donner
-essor à ses spéculations, ni souscrire aucun marché, soit pour assurer
-ses services, soit pour approvisionner les magasins des objets
-nécessaires à leur entretien. Vous ne pouvez fermer plus long-temps
-les yeux sur les graves inconvéniens d'une pareille anxiété. Encore
-quelques jours de retard, et la désorganisation sera complète.
-
-Je conclus, en me résumant, à la mise en ferme intéressée des postes
-aux lettres et des messageries.
-
-[La présente résolution ayant été omise par l'orateur, ne fût pas lue à
-la tribune; elle est néanmoins la conséquence essentielle du discours
-qu'il a prononcé.]
-
-
-
-
-PROJET DE RÉSOLUTION.
-
-Le Conseil des Cinq-cents, considérant combien il est instant de rendre
-au service des postes et messageries leur activité, tant sous le
-rapport de l'utilité publique, que pour la prospérité des finances de
-l'Etat,
-
-Déclare qu'il y a urgence.
-
-Le Conseil des Cinq-cents, après avoir déclaré l'urgence, prend la
-résolution suivante:
-
-
-ARTICLE PREMIER.
-
-L'administration actuelle des postes et messageries, tant par terre que
-par eau, et celle des relais, est supprimée.
-
-
-II.
-
-Le Directoire exécutif est autorisé à mettre les services des postes
-et messageries, tant par terre que par eau, en ferme intéressée, par
-enchère et adjudications, ou de toute autre manière qu'il jugera
-plus convenable pour assurer le service public et pour le plus grand
-avantage des finances de la République.
-
-
-III.
-
-L'administration des relais sera seulement sous la surveillance du
-gouvernement.
-
-
-IV.
-
-L'administration actuelle des postes, messageries et relais, continuera
-à faire le service jusqu'à la consommation des mesures que le
-Directoire exécutif jugera convenables pour en assurer l'exercice.
-
-
-V.
-
-La présente résolution sera imprimée, et envoyée au Conseil des Anciens
-par un messager d'état.
-
-
-DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.
-
-Pluviôse, an 5.
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK OPINION DE DEFRANCE, SUR LES
-POSTES ET MESSAGERIES ***
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- <title>The Project Gutenberg EBook of Opinion sur les postes et messageries, Séance du 16 Pluviôse, an V, by Jean-Claude Defrance</title>
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-<div lang='en' xml:lang='en'>
-<p style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of <span lang='fr' xml:lang='fr'>Opinion de Defrance, sur les postes et messageries</span>, by Jean-Claude Defrance</p>
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-</div>
-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: <span lang='fr' xml:lang='fr'>Opinion de Defrance, sur les postes et messageries</span></p>
-<p style='display:block; margin-left:2em; text-indent:0; margin-top:0; margin-bottom:1em;'><span lang='fr' xml:lang='fr'>Séance du 16 Pluviôse, an V</span></p>
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Jean-Claude Defrance</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Release Date: October 20, 2022 [eBook #69189]</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Language: French</p>
- <p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em; text-align:left'>Produced by: Adrian Mastronardi, Claudine Corbasson and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive)</p>
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>OPINION DE DEFRANCE, SUR LES POSTES ET MESSAGERIES</span> ***</div>
-
-<hr class="full" />
-
-<p><a href="#note_au_lecteur">Au lecteur</a></p>
-
-<p><span class="pagenum hidden" id="Page_1">1</span></p>
-
-<p class="title1">CORPS LÉGISLATIF.</p>
-
-<hr class="small" />
-
-<div class="titlepage">
- <h1>CONSEIL DES CINQ-CENTS.</h1>
-
- <hr class="small3" />
-
- <h2>OPINION<br />
-
- <span style="font-variant: small-caps; font-size: 90%">DE</span> DEFRANCE<br />
-
- <span style="font-size: 70%; letter-spacing: 0em; word-spacing: 0em;">SUR</span><br />
-
- <span style="font-size: 70%; letter-spacing: 0em; word-spacing: 0em;">LES POSTES ET MESSAGERIES.</span></h2>
-
- <p class="center big110">Séance du 16 Pluviôse, an V.</p>
-</div>
-
-<hr class="small3"/>
-
-<h2 class="h2peuple"><span class="smcap">Représentans du Peuple</span>,</h2>
-
-<p><span class="smcap">Depuis</span> trop long-temps le Directoire exécutif appelle votre attention
-sur la situation actuelle des postes et messageries, et sollicite, en
-faveur de ces établissemens d’utilité publique et particulière, des
-moyens prompts et efficaces qui leur rendent et l’action et la vie.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_2">2</span></p>
-
-<p>Ces services si intéressans pour les relations commerciales,
-industrielles et politiques, languissent dans un tel état de
-désorganisation, qu’il fait presque désespérer de leur rétablissement.
-Chaque jour les ressorts qui les faisoient mouvoir se rouillent et
-s’usent par le défaut de mouvement; chaque instant fait craindre
-l’affaissement total de ce bel édifice.</p>
-
-<p>Mais si c’est sur-tout sous les rapport de son utilité que nous devons
-le considérer, c’est encore sous ses rapports avec nos finances. Tout
-le monde convient qu’avant 1790, et même 1792, c’étoit une des branches
-les plus productives des revenus nationaux. Aujourd’hui leur produit
-se réduit à zéro, et depuis trois années le trésor public a été forcé
-de combler le déficit énorme qui a existé entre les recettes et les
-dépenses. Cependant la commission des finances, après avoir sans doute
-balancé les obstacles par la force de vos moyens, la nécessité de
-l’entreprise par les avantages qui en résultoient, n’a pas craint de
-vous promettre de leur restauration, si vous l’opériez, un bénéfice
-annuel et fixe de douze millions.</p>
-
-<p>C’est pour arriver à ce résultat que plusieurs projets vous ont été
-présentés, et qu’un rapport vous a été fait. Vous n’avez pas été
-complétement satisfaits des motifs ni des moyens qu’on vous a proposés,
-et vous avez renvoyé le tout à votre commission pour vous donner
-un plan plus étendu, plus clair, plus précis et mieux adapté aux
-circonstances et à l’état pénuriel de vos finances.</p>
-
-<p>D’abord, peu d’accord entre eux sur les véritables causes qui ont
-produit le dépérissement des trois services qui nous occupent, les
-orateurs qui vous ont entretenus sur cet objet, ne l’ont pas été
-davantage sur les moyens à adopter pour les sauver de leur ruine totale.</p>
-
-<p>Les uns ont cru voir la cause du mal dans le systême <span class="pagenum" id="Page_3">3</span>
-révolutionnaire, qui a imprimé par-tout son cachet destructeur; les
-autres, dans le mode même d’administration de ces établissemens
-publics, mode qu’ils trouvent inconciliable avec l’ordre et l’économie
-qui doivent régir de semblables établissemens; d’autres enfin, croyant
-qu’il ne s’agissoit dans cette importante question que d’affaires
-personnelles, et perdant de vue le but utile qui doit toujours fixer
-le législateur, vous ont beaucoup plus occupés des régisseurs que du
-systême des régies en lui-même: ni les uns ni les autres n’ont rempli
-votre intention.</p>
-
-<p>De cette divergence d’opinions et de motifs ou de préjugés, il en est
-cependant résulté un ensemble de vues et de considérations que j’ai
-cru devoir analyser pour vous les soumettre, qui donnent lieu à une
-question sur laquelle vous allez avoir à prononcer.</p>
-
-<p>Les services des postes et messageries resteront-ils en régie, ou
-seront-ils affermés?</p>
-
-<p>Représentans du peuple, pour résoudre cette question il faut, 1<sup>o</sup>. bien
-se pénétrer de la nature et des détails de ces différens services;
-2<sup>o</sup>. examiner soigneusement ce que c’est qu’une régie, ce que c’est
-qu’une ferme en administration publique; 3<sup>o</sup>. discuter quelles sont
-les parties des revenus nationaux qu’il est avantageux de faire régir,
-quelles sont celles qu’il est intéressant d’affermer; 4<sup>o</sup>. enfin, dans
-quelles circonstances l’un ou l’autre mode doit être adopté par un
-gouvernement sage et libre.</p>
-
-<p>Les postes et messageries sont aujourd’hui régies par une
-administration générale composée de douze administrateurs. Cette
-administration est partagée en trois sections; cinq administrateurs
-surveillent dirigent; séparément les postes aux lettres, deux les
-relais, et quatre les messageries.</p>
-
-<p>La poste aux lettres est un établissement de confiance dont l’utilité
-ne peut être contestée; c’est à elle, autant <span class="pagenum" id="Page_4">4</span> qu’à l’imprimerie,
-que l’on doit la renaissance des lettres, la propagation des lumières,
-les découvertes des sciences et des arts, l’agrandissement de
-l’atmosphère philosophique et politique, la perfection de la morale, et
-les développemens progressifs de l’amour des hommes pour la liberté.
-Le but sublime de son institution est d’ouvrir et d’entretenir des
-communications promptes, sûres et faciles, dans toutes les parties de
-la République, de manière qu’elle est comme le lien moral qui unit
-tous les départemens et les cantons entre eux, en même temps qu’il les
-rapproche du centre de l’autorité. Enfin le but de son institution
-est de faire circuler à moins de frais possibles, sous la garantie
-de la société, les pensées des hommes, les secrets des familles, les
-relations du commerce et les ordres du gouvernement.</p>
-
-<p>La poste aux chevaux, quoique d’une utilité moins générale, moins
-absolue, procure de trop grands avantages à l’état, au commerce et aux
-particuliers, pour ne pas obtenir une très grande considération. C’est
-par son entremise que le gouvernement fait parvenir avec promptitude
-ses ordres et ses couriers sur tous les points de la République; c’est
-elle qui offre au commerçant, au voyageur, la facilité inappréciable de
-se transporter avec célérité dans tous les lieux où leur intérêt ou des
-affaires nécessitent leur présence.</p>
-
-<p>Quant aux messageries, elles sont établies pour le transport des
-voyageurs et des marchandises; ce sont elles qui sont encore chargées
-de la circulation des fonds de l’état, et qui suppléent à peu de frais
-aux transports de l’intérieur, dont le maintien est ruineux pour le
-trésor public.</p>
-
-<p>Ces établissemens intéressent donc individuellement tous les membres du
-corps social; le gouvernement ne peut donc mettre trop de précaution
-dans le choix des personnes qu’il chargera de leur exploitation, ainsi
-que dans le mode qu’il doit adopter pour les faire administrer. Ce
-mode, sans contredit, doit être le plus avantageux <span class="pagenum" id="Page_5">5</span> pour le trésor
-public et pour la conservation de ces services si intéressans sous tous
-les rapports. Sera-ce la régie? sera-ce la ferme? Chacun de ces modes
-est susceptible de modification.</p>
-
-<p>Le gouvernement, ne pouvant exploiter par lui même, est obligé de
-recourir à d’autres moyens pour fertiliser toutes les branches du
-revenu national.</p>
-
-<p>Ou il charge de l’exploitation des agens à salaire fixe, qu’il
-surveille et qui lui rendent compte, et cette forme s’appelle
-simplement <i>régie</i>; ou il accorde à ces agens, outre un
-salaire fixe, une portion d’intérêt dans les produits résultans
-des améliorations qu’ils procurent, et ce mode se nomme <i>régie
-intéressée</i>. S’il abandonne sa gestion et ses bénéfices moyennant
-une somme fixe et annuelle à des entrepreneurs, l’administration alors
-est <i>en ferme</i>. Si enfin, outre la somme convenue pour le prix du
-bail, il se réserve une portion dans les bénéfices excédant ce prix,
-c’est une <i>ferme intéressée</i> ou <i>une ferme régie</i>.</p>
-
-<p>Chacun de ces modes a ses avantages et ses inconvéniens, qu’il est bien
-essentiel de connoître avant de prendre une décision. Nous allons les
-discuter l’un après l’autre, et vous les présenter sous leurs différens
-rapports.</p>
-
-<p>J’ai cru, citoyens représentans, que, pour discuter cette question
-avec quelque succès, il falloit la traiter avec méthode et précision,
-l’assujettir à la rigueur mathématique, et porter la démonstration
-jusqu’à l’évidence.</p>
-
-<p>En conséquence, pour éloigner tout soupçon de partialité, j’écarte
-tous les moyens qui peuvent favoriser les passions, les affections
-ou les intérêts particuliers, et ma discussion se bornera à poser
-des principes, à en faire l’application, et à tirer des conséquences
-claires, faciles et inattaquables.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_6">6</span></p>
-
-<p class="principe"><i>Premier principe.</i></p>
-
-<p>En matière d’économie politique, tout systême d’administration qui ne
-fait pas concourir l’intérêt particulier de l’administrateur, a le
-double inconvénient de ne presque rien produire pour l’Etat, et de
-tendre essentiellement à la désorganisation des services.</p>
-
-<p class="principe"><i>Deuxième principe.</i></p>
-
-<p>Pour connoître les produits d’une branche administrative quelconque,
-lorsque ces produits sont nouvellement créés ou inconnus, l’expérience
-a consacré l’utilité de la mise en ferme.</p>
-
-<p class="principe"><i>Troisième principe.</i></p>
-
-<p>Un bon systême économique, outre l’avantage d’assurer à l’Etat des
-produits certains, doit encore le débarrasser de tous les soins et
-de tous les risques d’une exploitation compliquée et dispendieuse;
-il doit présenter dans ses résultats difficulté d’introduire des
-abus, impossibilité d’étendre arbitrairement les dépenses, nécessité
-d’augmenter les recettes par celle des améliorations; il doit offrir
-enfin dans ses agens la responsabilité la plus rassurante et la moins
-illusoire.</p>
-
-<p class="principe"><i>Quatrième principe.</i></p>
-
-<p>Tout systême, au contraire, qui expose le gouvernement à supporter
-le surcroît des dépenses, sans assurer le montant des recettes,
-qui ne présente aucun intérêt puissant qui commande l’économie et
-les améliorations, qui laisse à l’arbitraire le soin de régler
-les dépenses et l’emploi des produits, qui n’offre pour garantie
-réelle au gouvernement que l’observation matérielle des formes, est
-essentiellement un systême destructeur.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_7">7</span></p>
-
-<p>Examinons dans leur nature et dans leurs résultats les différens modes
-qui vous sont présentés.</p>
-
-<p>Je commence par la régie, elle est simple ou intéressée. Dans la régie
-simple, telle qu’elle existe aujourd’hui, le produit des améliorations
-est pour le gouvernement; le régisseur, dont le salaire est fixe, ne
-risque rien de se déterminer par des considérations particulières, de
-se livrer à des préférences, à des partialités. Il donne ou procure des
-emplois plutôt à l’homme qui lui convient, qu’à celui qui le mérite: il
-s’occupe plus à conserver, à faire valoir sa place qu’à la remplir; et
-comme il est sans responsabilité, pourvu qu’une apparence extérieure
-d’exactitude le mette à l’abri des reproches, il croit avoir fait tout
-ce qu’il doit, heureux encore s’il n’est pas détourné de ses devoirs
-par l’avidité et le desir coupable d’améliorer son sort aux dépens de
-la chose administrée. Le régisseur a mille moyens de soustraire au
-gouvernement la connoissance des produits et des dépenses: il infirme
-les uns et augmente les autres, au gré de sa cupidité. Les abus, bien
-loin d’être l’objet de sa surveillance, deviennent l’aliment naturel de
-son avarice; ses bénéfices augmentent en raison des pertes qu’il fait
-supporter au trésor public. Voilà pour la régie simple.</p>
-
-<p>La régie intéressée participe à la plupart des inconvéniens de la
-régie simple. Comme cette dernière, elle ne compte au gouvernement que
-du produit net de son exploitation; tous les frais d’administration,
-de constructions de réparations, les avaries, les pertes réelles ou
-<i>supposées</i>, sont à la charge de l’Etat.</p>
-
-<p>Il est d’ailleurs dans la nature des choses qu’une régie, telle que
-celle dont il s’agit, soit très-compliquée dans ses détails. Elle
-achète, nourrit, entretient une grande quantité de chevaux; il lui
-faut, pour cet objet, des magasins, des ateliers, des provisions
-en cuir, fer, bois de charronnage, fourrages de toute espèce,
-beaucoup d’ouvriers pour sa manutention, beaucoup de <span class="pagenum" id="Page_8">8</span> commis
-pour la surveillance, beaucoup d’employés pour la correspondance
-et la comptabilité: quel est le surveillant actif et éclairé qui
-ne s’égareroit pas dans ce dédale de détails et de dépenses? Que
-deviendroit alors la fixité des produits nets qui échapperoient au
-gouvernement par mille canaux invisibles? En général, la régie traite
-tout en grand, dédaigne les détails, néglige les petites économies,
-parce que le gouvernement est derrière elle qui supporte les dépenses.</p>
-
-<p>En vain prétendroit-on que la portion d’intérêts que le gouvernement
-alloueroit aux régisseurs dans les bénéfices résultans des réformes, de
-la suppression des abus, des améliorations dans les produits, seroit
-un motif assez puissant pour les déterminer à opérer ces réformes, à
-supprimer ces abus, à procurer une augmentation dans les produits. Non,
-ils ne voient et ne verront, dans ces améliorations, qu’un très-foible
-avantage pour eux, tandis que l’existence des abus leur offre mille
-moyens sûrs de satisfaire, sans craindre de se voir compromis, leur
-avarice et leur cupidité: six années de vols et de dilapidations
-doivent vous avoir appris à vous défier du désintéressement des hommes.
-N’avons-nous pas vu constamment la République supporter les frais des
-régies, tandis que les régisseurs s’en partageoient insolemment les
-bénéfices?</p>
-
-<p>La régie enfin n’offre à la nation aucune responsabilité équivalente
-à l’importance des objets qui lui sont confiés. Que de régisseurs
-détournent à leur profit les produits de leur administration! C’est une
-perte pour le trésor public, et malheureusement, il faut en convenir,
-on craint plus d’exposer sa fortune que de compromettre sa moralité.
-Je dis plus: la facilité seule qu’ont les régisseurs de disposer des
-recettes, devroit écarter à jamais un systême où se trouvent réunis
-tous les vices qui corrodent une administration. Ces recettes entre
-leurs mains deviendroient l’aliment funeste de l’agiotage qui tue nos
-finances, et que vous devez étouffer. Fabre (de l’Aude) avoit raison
-quand il vous <span class="pagenum" id="Page_9">9</span> a dit que <i>la morale publique étoit aujourd’hui
-tellement dépravée, que des citoyens, qui rougiroient de s’approprier
-ce qui appartient à autrui, voloient sans scrupule le trésor
-public</i>. Il n’a pas excepté les régisseurs.</p>
-
-<p>Le célèbre auteur du Contrat social s’explique ainsi:</p>
-
-<div class="quote">
- <p>«L’emploi de l’argent, dit-il, se dévoie et se cache; il est destiné
- à une chose, et employé à une autre. Ceux qui le manient apprennent
- bientôt à le détourner. Eh! que sont tous les surveillans qu’on leur
- donne, sinon d’autres fripons qu’on envoie partager avec eux»?</p>
-</div>
-
-<p>Quant à la ferme simple, ce systême est de tous le plus clair et le
-moins compliqué. Il débarrasse le gouvernement du poids des dépenses
-indispensables pour remettre en vigueur les services dont il s’agit.
-Les fermiers comptent d’avance les sommes stipulées dans leur bail.
-Avec la ferme, le gouvernement ne court point les risques des événemens
-fâcheux et imprévus qui peuvent frapper une administration, tels que
-les avaries dans les objets d’emmagasinement, la mortalité des chevaux,
-les incendies, etc.; et comme toutes les dépenses et les pertes sont à
-la charge des entrepreneurs, quelle que soit la variation des produits,
-le revenu de l’état n’est sujet à aucune; il est exempt de toute chance
-et de toute incertitude.</p>
-
-<p>Le fermier a d’ailleurs un intérêt bien plus pressant de supprimer les
-abus, d’opérer des réformes et des améliorations, que le régisseur: il
-regarde l’entreprise comme sa propre chose; il la fait valoir à ses
-risques et périls. Il ne peut augmenter ses bénéfices qu’en simplifiant
-la machine, qu’en la réduisant au plus petit nombre possible de rouages
-nécessaires, qu’en portant sur toutes les parties de son administration
-l’œil réformateur d’une vigilance active et intéressée: car sans
-l’intérêt personnel tout se relâche, se dérange, s’anéantit; avec lui
-tout se ranime, se perfectionne, se vivifie. Avec lui le zèle <span class="pagenum" id="Page_10">10</span>
-succède à la tiédeur, l’ordre au désordre, l’économie aux abus; il
-invente, il crée des ressources où des régisseurs ne trouveroient qu’un
-déficit inévitable. Aussi Montesquieu connoissoit si bien la puissance
-de ce mobile de nos actions, qu’il conseille de mettre en ferme les
-droits nouvellement créés, <i>parce que</i>, dit il, <i>l’intérêt des
-fermiers leur suggère des moyens pour prévenir les fraudes que les
-régisseurs n’auroient su imaginer</i>.</p>
-
-<p>Ce mode, tout simple et tout avantageux qu’il paroît, a cependant un
-très-grand inconvénient. Comme le prix du bail est fixé, le fermier
-profite seul des économies et des améliorations qu’il opère, ainsi
-que de l’élévation des produits que les circonstances peuvent faire
-augmenter; inconvénient que n’a point <i>la régie intéressée</i>,
-malgré tous ses vices destructeurs. En cherchant le moyen de le faire
-disparoître, j’ai cru le trouver dans un mode mixte qui participât de
-la ferme et de la régie, qui réunît leurs avantages sans avoir leurs
-inconvéniens, enfin dans la ferme intéressée ou la ferme régie.</p>
-
-<p>Je m’explique, et je prends pour exemple le dernier bail des postes
-aux lettres passé par Calonne. Le prix du bail de ferme fut porté
-à 11,500,000 livres, et les fermiers n’avoient qu’un quart dans
-les produits qui excédoient cette somme. Ce mode a en sa faveur
-l’expérience; il a l’avantage inappréciable d’assurer à l’État un
-revenu fixe et certain. Qui empêche qu’on ne l’adopte aujourd’hui ou
-tout autre semblable?</p>
-
-<p>Ne pourroit-on pas, dans cette supposition, obliger les fermiers à
-verser au trésor public un prix de rigueur, quel que fût le montant des
-produits, et les faire toujours payer six mois d’avance; fixer ensuite
-une échelle de proportion inverse d’après laquelle ils seroient admis
-à partager avec le gouvernement l’excédent de ce prix: par exemple,
-jusqu’à la concurrence de deux millions, ils auroient un tiers dans
-les bénéfices, et moitié dans les bénéfices qui excéderoient ces deux
-premiers millions.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_11">11</span></p>
-
-<p>Par ce moyen le revenu du gouvernement seroit fixé, et le trésor public
-bénéficieroit dès à-présent, dans une proportion très-avantageuse,
-des améliorations que doivent produire les efforts et les succès de
-l’intérêt particulier. Par ce moyen l’intérêt des fermiers stimulant
-leur industrie, ils emploieroient tous leurs moyens pour augmenter les
-recettes, diminuer les dépenses et élever les produits à ce degré de
-l’échelle de proportion où ils ne verseroient plus que moitié de leurs
-bénéfices.</p>
-
-<p>Citoyens représentans, il me reste encore à examiner quelles branches
-de revenus il est avantageux de faire régir, quelles sont celles qui
-doivent être affermées, et enfin dans quelles circonstances l’un
-ou l’autre mode doit être adopté de préférence: il y aura peu de
-contradiction sur ces objets.</p>
-
-<p>Tout le monde convient ou est forcé de convenir que toutes les fois
-que les détails d’une administration sont immenses, que la manutention
-est compliquée; les dépenses, comme les recettes, susceptibles d’une
-très-grande variation; le gouvernement doit l’affermer, s’il ne veut
-courir les risques de faire d’un domaine national le patrimoine des
-intrigans, et alimenter les fripons aux dépens du trésor public.</p>
-
-<p>On convient encore que lorsque les produits sont connus et à-peu-près
-invariables, les frais d’administration fixes et peu dispendieux, qu’il
-n’y a ni malversation à craindre ni garantie à exiger, le systême des
-régies est préférable par la raison que tout est réglé d’avance, que le
-produit est certain, et que le gouvernement, essentiellement économe,
-sur-tout dans une République, ne doit pas abandonner à des fermiers les
-bénéfices de leur bail, quand il peut les retenir dans ses mains.</p>
-
-<p>Dans ce cas, il n’y auroit que des circonstances particulières qui
-pourroient l’autoriser à déroger à ce principe, tel que le seroient,
-par exemple, les besoins pressans <span class="pagenum" id="Page_12">12</span> et irrémissibles des finances,
-la nécessité d’une mise dehors de fonds considérables pour rétablir
-et remettre en vigueur des établissemens dont toutes les parties sont
-affaissées, si elles ne sont pas détruites; parce que d’abord les
-circonstances impérieuses exigent que le gouvernement recoure aux
-moyens les plus prompts et les plus sûrs pour s’ouvrir des ressources;
-parce qu’ensuite, ne pouvant surveiller par lui-même l’emploi des
-fonds, il est sûr d’être volé, et qu’il gagne moins à affermer qu’à
-faire régir.</p>
-
-<p>D’après ces vérités incontestables, examinons quel est le mode
-d’administration le plus avantageux pour chacun des services dont il
-s’agit. Écartons toute prévention et toute partialité.</p>
-
-<p>D’abord, quant aux messageries, je pense, comme le Directoire exécutif,
-que ce seroit une grande économie pour le gouvernement de les mettre en
-ferme, mais en ferme intéressée. On ne peut même se dissimuler qu’il en
-résulteroit un très-grand avantage pour le bien et la réorganisation de
-ce service. Comme les opinions paroissent assez d’accord sur cet objet,
-je passe à la poste aux chevaux.</p>
-
-<p>Cet établissement utile au commerce et au gouvernement n’a jamais
-rien versé dans les coffres du fisc; au contraire le gouvernement a
-de tout temps soutenu son existence par des sacrifices pécuniaires,
-par des exemptions ou diminutions d’impôts: c’est un grand corps dont
-les membres épars sur tous les points de la République, n’ont besoin,
-pour être activés et vivifiés, que des regards et de la surveillance
-des gouvernans. Il n’est plus ce qu’il étoit en Perse, dans l’empire
-romain, et même en France sous Charlemagne, un établissement aux frais
-et pour le seul usage du gouvernement: Louis XI l’appliqua au service
-des particuliers, et depuis il devint la propriété de quatorze à
-quinze cents titulaires uniquement assujettis à un tarif fixé par la
-loi, et à quelques réglemens de police. Il <span class="pagenum" id="Page_13">13</span> n’y a donc ni produit
-pour le compte de l’État, ni exploitation nationale, par conséquent
-point de régie. Il n’y a qu’une inspection de surveillance à exercer
-pour contenir les maîtres de poste dans les bornes prescrites par les
-réglemens, maintenir l’activité des relais, l’exécution des tarifs, et
-empêcher les exactions; et cette inspection appartient au gouvernement.
-Il ne lui faut qu’un agent responsable pour l’exercer, à moins qu’on
-ne prétende la réduire sous une régie générale des trois services, et
-rendre ainsi les régisseurs arbitres d’une partie dont ils sont les
-tributaires: car il est de fait que sur plusieurs routes la poste aux
-chevaux sert à la conduite de la malle et des messageries. Alors ce
-seroit faire dépendre les maîtres de poste de ceux qui les emploient,
-ce seroit les livrer à des mains intéressées, ce seroit constituer
-les régisseurs juges et parties dans leurs propres causes, ce seroit
-préparer et accélérer la ruine d’un service aussi intéressant.</p>
-
-<p>Il n’en est pas de même de la poste aux lettres: aussi est-ce sur
-cette dernière que la plupart des considérations se sont dirigées. Son
-produit est connu, son exploitation simple, ses dépenses à-peu-près
-fixes; il n’y a pas de chance très-désavantageuse à courir pour le
-gouvernement en la faisant régir. Mais cependant lorsqu’on fait
-attention que les produits de cette administration ont toujours
-augmenté progressivement sous la ferme intéressée, tandis qu’ils se
-sont presque totalement évanouis sous les régies, on est forcé de
-suspendre sa décision et de se demander la cause de cette différence
-dans les résultats. Ne doit-on pas aussi se demander si, dans l’état
-de détresse de vos finances, vous devez renoncer à des produits
-certains pour dépendre de l’éventualité de ceux d’une régie? Et
-quoique les paiemens faits en numéraire ne permettent pas de craindre
-que les dépenses absorbent les recettes, sans doute vous trouverez
-un très-grand inconvénient dans l’incertitude des rentrées; et cette
-opinion est d’autant plus fondée, qu’il est impossible d’arrêter quelle
-sera <span class="pagenum" id="Page_14">14</span> la quotité des bénéfices, et pour quelle somme ils entreront
-dans la recette de l’an V.</p>
-
-<p>Un autre inconvénient, citoyens représentans, qui ne doit pas
-échapper à votre sagacité, c’est la facilité qu’auroient les
-régisseurs de disposer des fonds publics versés dans la caisse de leur
-administration. Ce motif, comme je l’ai exposé plus haut, suffiroit
-pour écarter tout systême de régies, s’il pouvoit trouver encore
-quelques partisans, excepté les fauteurs de l’agiotage.</p>
-
-<p>Qu’est-il enfin résulté jusqu’à ce jour de l’essai des services
-publics en régie? Quels maux plus affreux que ceux qu’elle a faits
-lui reste-t-il à faire? Ne sont-ce pas les régies qui ont fourni au
-Directoire exécutif les couleurs dont, il s’est servi pour vous peindre
-la désorganisation de tous les services et la pénurie des finances? Je
-sais que votre position n’est pas aussi effrayante qu’on a voulu nous
-la présenter: mais enfin si les postes et messageries sont presque
-détruites; si vous n’avez plus ni diligences, ni fourgons, ni roulage;
-si toutes les routes d’embranchement ne sont pas desservies; si la
-navigation intérieure est dans une inactivité absolue, quelle en
-est la cause? Les régies. Si les grandes routes sont impraticables,
-si les communications sont interrompues sur une foule de points, à
-quoi doit-on l’attribuer? A la manie de tout mettre en régie. Si les
-sources de vos salines, sources si précieuses pour l’Etat et pour les
-individus, sont presque taries, c’est encore l’effet des régies. Si
-enfin les soldats républicains sont obligés de supporter, avec les
-fatigues de la guerre, les horreurs de la nudité, c’est parce que
-l’habillement des troupes étoit alors en régie.</p>
-
-<p>Je sais qu’il a été fait à cette tribune, en faveur de ce systême peu
-ou mal approfondi, quelques observations qui ont paru frapper les
-esprits, et qu’il est essentiel de vous faire apprécier.</p>
-
-<p>On vous a dit que votre décision seroit prématurée <span class="pagenum" id="Page_15">15</span> si vous preniez
-un parti avant de connoître les produits des postes résultans du
-dernier tarif; que, dans l’état actuel, le gouvernement n’auroit aucune
-base pour préjuger le prix du bail à exiger des entrepreneurs.</p>
-
-<p>Avant de répondre à cette objection, il est quelques considérations
-préliminaires.</p>
-
-<p>J’observe d’abord au Conseil que la diminution des produits n’a pas
-seulement sa source dans la perception légale des droits, mais sur-tout
-dans l’indifférence sur les distributions: quantité de lettres restent
-au rebut faute de soins pour rechercher les personnes à qui elles sont
-adressées. Il n’en seroit pas de même avec des fermiers pour lesquels
-le port d’une lettre est une valeur réelle, et qui leur échappe s’ils
-négligent les moyens de la faire parvenir à son adresse.</p>
-
-<p>J’observe encore que ce ne sont ni le contre-seing, ni les franchises,
-qu’il faut se hâter de restreindre le plus possible, ni l’envoi des
-lois, ni le grand nombre de journaux, qui atténuent le produit de la
-poste. Le contre-seing des deux Conseils, du Directoire exécutif, des
-ministres, des administrateurs, etc. ne peut être comparé à celui
-de la ci-devant reine, des princes, des ministres, des intendans,
-des premiers présidens, des avocats généraux, etc. dont les cachets
-étoient prodigués d’une manière scandaleuse. On sait qu’une ordonnance
-de Louvois enjoignoit de faire arriver par les couriers de Provence
-et de Languedoc des boîtes de fruits pour le service de la cour. On
-faisoit parvenir par la même voie le gibier, le poisson, les viandes
-recherchées, et jusqu’à des moutons des Ardennes, sans que les fermiers
-aient jamais réclamé le paiement du transport de ces objets. La grille
-de Chanteloup fut envoyée par la poste aux chevaux, et l’eût été par la
-poste aux lettres, si le ministre Choiseul l’eût desiré.</p>
-
-<p>On peut opérer d’utiles réformes dans les contre-seings <span class="pagenum" id="Page_16">16</span> et les
-franchises. Le transport des journaux sur-tout forme un accroissement
-considérable dans les produits de la poste aux lettres; et il est
-d’autant plus à ménager, que déja plusieurs voitures libres sont
-établies pour les transmettra à leur destination, et que leur
-concurrence ne tend à rien moins qu’à frustrer le gouvernement des
-sommes considérables qu’il est de son intérêt de faire verser dans le
-trésor public.</p>
-
-<p>J’observe enfin que la plupart des lettres qui parviennent à la faveur
-du contre-seing, sont celles qui n’existeroient point s’il falloit en
-payer le port. Jamais un banquier ou un négociant n’ont confié leur
-correspondance au contre-seing.</p>
-
-<p>Maintenant, législateurs, je réponds à l’objection. En supposant que
-le produit de cette administration ne fût pas connu, le gouvernement
-court-il de grands risques en l’affermant? n’a-t-il aucun moyen de
-parvenir à cette connoissance? La concurrence, la rivalité de ceux qui
-se présentent pour l’entreprise, ne sont-elles pas tout à son avantage?
-N’a-t-il pas encore les baux antérieurs, le produit des anciens et
-des nouveaux tarifs, la progression croissante qui a existé dans les
-produits depuis 1765 jusqu’en 1790? Si on ne peut absolument les
-prendre pour règle, ne peut-on pas au moins les prendre pour termes
-moyens, afin d’obtenir un résultat assez approximatif?</p>
-
-<p>Pendant dix ans, par exemple, je suppose que le produit des postes eût
-éprouvé une amélioration de deux millions; la moyenne proportionnelle
-de son accroissement annuel seroit alors de 200,000 livres. Ce
-raisonnement n’est-il pas applicable à toutes les époques d’une
-administration, soit en ferme, soit en régie? Que deviennent alors la
-difficulté d’approximer ses produits, et les dangers pour le trésor
-public de la mettre en ferme?</p>
-
-<p>D’ailleurs, l’intérêt que se réserve le gouvernement <span class="pagenum" id="Page_17">17</span> dans les
-bénéfices excédant le prix du bail, doit rassurer pleinement sur cet
-objet, puisque par ce moyen le gouvernement trouve sa part dans les
-économies que peut procurer une bonne administration. N’est-il pas en
-outre assez étonnant qu’on vous propose, pour connoître les produits
-nets des postes et messageries, un moyen qui vient de les désorganiser
-et de les anéantir, je veux dire la régie? Seriez-vous obligés de
-recourir aujourd’hui à des mesures conservatrices et réorganisatrices,
-si ces établissemens n’eussent été frappés de mort en passant par la
-main des régisseurs?</p>
-
-<p>On vous a dit, citoyens représentans, que donner en ferme les postes et
-messageries, c’est créer des priviléges, c’est faire payer la faculté
-que la constitution garantit à chacun d’exercer comme il lui plaît son
-industrie; c’est modifier, si ce n’est pas détruire, la liberté; c’est
-blesser les principes constitutionnels.</p>
-
-<p>Est-ce de bonne foi qu’on vous a fait cette objection, qui n’est
-sérieuse que de prime abord?</p>
-
-<p>Sans doute la constitution garantit à chacun le libre exercice de son
-industrie; mais elle garantit aussi les propriétés, et exige pour
-elles le respect le plus religieux: or la propriété des postes et
-messageries n’est équivoque pour personne, et ne peut être contestée au
-gouvernement.</p>
-
-<p>D’ailleurs c’est un principe d’économie politique, que tout service,
-toute exploitation créés pour l’utilité publique, sont essentiellement
-une propriété exclusive du corps social, que le gouvernement doit
-activer et défendre contre toute usurpation: c’est ce principe qui
-met dans sa main, pour en garantir et protéger l’usage, les grandes
-routes, la navigation des rivières, des canaux, les forêts, les mines,
-et le droit de les exploiter ou de les concéder par-tout où elles se
-rencontrent, moyennant la juste indemnité des propriétaires du fonds.
-La conséquence de ce principe met à sa charge <span class="pagenum" id="Page_18">18</span> la confection et
-l’entretien des chemins et des canaux, berges, quais, ports et édifices
-ou monumens consacrés à l’agrément ou à l’utilité publique.</p>
-
-<p>Incontestablement les postes et messageries tiennent à cette utilité:
-ainsi, soit dans leur origine, soit dans leur objet, elles sont
-propriétés nationales; et sous ce rapport, c’est au gouvernement seul
-de les activer pour les rendre productives en les faisant régir pour
-son propre compte ou en les affermant.</p>
-
-<p>Considérées comme un revenu public, mais étranger à l’espèce des
-produits territoriaux, les messageries appartiennent naturellement à la
-classe des perceptions; elles contractent ainsi le caractère d’impôt
-indirect sur le commerce et l’industrie.</p>
-
-<p>Sous l’un comme sous l’autre rapport, elles sont sous la double
-sauve-garde de la constitution, qui commande le respect pour les
-propriétés, en même temps qu’elle interdit à tout autre qu’au Corps
-législatif la faculté d’établir aucune contribution.</p>
-
-<p>L’exploitation exclusive des postes et messageries, soit dans la main
-du gouvernement, soit affermées par lui, n’est donc pas, comme on a
-essayé de vous le faire croire, l’exercice odieux d’un privilége:
-c’est donc l’usage légal d’un droit positif, inaliénable et simplement
-concessible, moyennant rétribution.</p>
-
-<p>On vous a dit aussi, citoyens, que dans les circonstances actuelles, il
-seroit impolitique et dangereux de livrer à des particuliers le service
-important des postes et messageries, que des malveillans pourroient
-aisément s’en faire un moyen pour troubler la tranquillité publique et
-attenter à la constitution.</p>
-
-<p>Cette objection n’est pas plus fondée que les deux précédentes.
-Je demande d’abord, dans le cas où ces craintes seroient fondées,
-si les mêmes dangers n’existent pas avec les régisseurs, s’ils
-sont exclusivement <span class="pagenum" id="Page_19">19</span> intègres ou patriotes; s’il n’est pas même
-probable que, sans responsabilité pécuniaire, ils s’abandonneront plus
-facilement au mouvement des factions.</p>
-
-<p>Qu’une conjuration menace la patrie, que des complots s’ourdissent dans
-les ténèbres, supposons le systême des régies; le gouvernement veut-il
-découvrir et suivre les fils de l’intrigue, il est obligé de s’adresser
-au ministre des finances, celui-ci aux régisseurs: voilà un secret qui
-n’en est plus un, puisqu’il est su de plusieurs personnes.</p>
-
-<p>Dans le plan de la ferme, au contraire, le Directoire exécutif
-s’adresse à son commissaire, avec lequel il correspond directement pour
-le secret des dépêches: l’expédition est plus rapide, et le secret est
-mieux gardé.</p>
-
-<p>D’ailleurs, cette crainte sera promptement dissipée, si l’on considère
-que, dans le systême qui vous est présenté, les fermiers ne sont
-chargés que de la partie financière, de leur exploitation, que des
-recettes et des dépenses. Quant aux divers mouvemens politiques, ils
-seront confiés au commissaire du Directoire; et les fermiers ne s’en
-mêleront pas.</p>
-
-<p>Citoyens, on a encore voulu vous effrayer sur le résultat d’une mise en
-ferme, en tâchant de vous persuader que les fermiers ne rempliroient
-pas les conditions de leur bail, que les avantages qu’ils offriroient
-seroient illusoires; que, sous mille prétextes différens, ils
-viendroient à bout d’éluder leurs engagemens et de se faire accorder à
-titre d’indemnités les sommes qu’ils devroient verser dans la caisse
-nationale.</p>
-
-<p>C’est ainsi qu’avec des raisonnemens futiles on empêche les mesures
-les plus salutaires: c’est ainsi qu’arrêtés par des considérations
-puériles, on ensevelit une foule de projets restaurateurs; c’est ainsi
-que le mal <span class="pagenum" id="Page_20">20</span> s’est opéré, parce qu’on n’a marché qu’en tâtonnant
-dans la route du bien. Quoi! quand une compagnie se présente, que sa
-solvabilité est assurée, que ses cautionnemens sont bien établis, que
-la fortune de tous les associés est compromise, si les engagemens
-ne sont pas remplis, vous pourriez ralentir votre décision sur une
-observation plus que frivole, j’ai presque dit ridicule! Je sais que,
-sous un gouvernement corrupteur et corrompu, où il suffisoit aux
-fermiers de sacrifier une partie des prétentions qu’ils formoient
-pour les faire couronner, ces abus ont eu lieu; mais si ces craintes
-pouvoient exister aujourd’hui parmi nous, elles attesteroient au moins
-notre indifférence, et on pourroit nous demander pourquoi et pour qui
-nous siégeons dans cette enceinte.</p>
-
-<p>Représentans du peuple, réfléchissez un instant aux terribles effets de
-ces mesures tremblotantes et à demi ébauchées, dans lesquelles on vous
-a circonscrits; mesurez d’un œil philosophique la distance que vous
-a fait parcourir une longue suite d’opérations fausses ou manquées;
-fixez le but que vous vous proposiez et l’intervalle immense qui vous
-en sépare.</p>
-
-<p>Sur-tout point de crainte pusillanime; si vous avez le courage de
-chercher à vous en approcher, que vos moyens et vos ressources
-s’agrandissent en raison des obstacles, et vous en triompherez. Mais,
-pour réussir, il faut y tendre de bonne foi et directement; la ligne
-courbe est la plus longue, et peut s’écarter à l’infini.</p>
-
-<p>Sur-tout fermez avec soin vos oreilles à la voix perfide des sirènes
-financières, qui vous entraîneroient contre de nouveaux écueils. Si
-nous n’avons la prudence d’Ulysse, nous ne sommes pas faits pour
-conduire au port le vaisseau de l’Etat. Gardez-vous, représentans
-du peuple, sur-tout de ces hommes qui, tranquilles au milieu des
-besoins pressans et multipliés du gouvernement, ne vous présentent des
-ressources qu’en perspective, <span class="pagenum" id="Page_21">21</span> au lieu de fixer vos regards sur les
-richesses réelles qui sont entre vos mains, et qui, quand les canaux au
-fisc sont encombrés, vous proposent d’en creuser de nouveaux, au lieu
-de réparer les anciens; qui vous entretiennent sans cesse de calculs
-chimériques pour mieux vous aveugler sur vos véritables ressources, et
-qui font roidir toutes les combinaisons de la malveillance contre les
-systêmes les mieux concertés, afin de tarir, de dessécher, s’il est
-possible, la source de vos revenus, ou de les faire évanouir par des
-filtrations insensibles.</p>
-
-<p>Jusqu’à présent, citoyens, je vous ai entretenus du mode
-d’administration qu’il convient de donner aux postes et messageries;
-j’ai tâché de vous faire apprécier les propositions qui vous ont été
-présentées sur cet objet; j’ai posé les principes d’après lesquels
-vous devez les examiner; j’ai fait sentir les vices inséparables du
-systême des régies; j’ai combattu les raisonnemens qu’on a fait valoir
-en leur faveur; j’ai prouvé les grands avantages qui résulteroient pour
-le gouvernement et pour la bonne administration de ces services, de
-l’adoption du systême de la <i>ferme intéressée</i>.</p>
-
-<p>Il me reste, pour vous engager à prendre promptement une décision,
-une dernière considération plus pressante que les autres, et qui
-n’admet aucun délai. Autant d’heures de retard sur la détermination
-du Corps législatif, autant de coups de mort pour ces établissemens.
-Les services particuliers se désorganisent: l’administration ne peut
-garantir ni contracter aucun traité pour les soutenir ou les renouer;
-elle-même, incertaine sur la durée de son existence, n’ose ni donner
-essor à ses spéculations, ni souscrire aucun marché, soit pour assurer
-ses services, soit pour approvisionner les magasins des objets
-nécessaires à leur entretien. Vous ne pouvez fermer plus long-temps les
-yeux sur les graves inconvéniens d’une pareille anxiété. Encore <span class="pagenum" id="Page_22">22</span>
-quelques jours de retard, et la désorganisation sera complète.</p>
-
-<p>Je conclus, en me résumant, à la mise en ferme intéressée des postes
-aux lettres et des messageries.</p>
-
-<p class="br">[La présente résolution ayant été omise par l’orateur, ne fût pas lue à
-la tribune; elle est néanmoins la conséquence essentielle du discours
-qu’il a prononcé.]</p>
-
-<h2 class="h2projet">PROJET DE RÉSOLUTION.</h2>
-
-<p>Le Conseil des Cinq-cents, considérant combien il est instant de rendre
-au service des postes et messageries leur activité, tant sous le
-rapport de l’utilité publique, que pour la prospérité des finances de
-l’Etat,</p>
-
-<p>Déclare qu’il y a urgence.</p>
-
-<p>Le Conseil des Cinq-cents, après avoir déclaré l’urgence, prend la
-résolution suivante:</p>
-
-<p class="principe"><span class="smcap">Article premier.</span></p>
-
-<p>L’administration actuelle des postes et messageries, tant par terre que
-par eau, et celle des relais, est supprimée.</p>
-
-<p class="principe">II.</p>
-
-<p>Le Directoire exécutif est autorisé à mettre les services des postes
-et messageries, tant par terre que par eau, en ferme intéressée, par
-enchère et adjudications, ou de toute autre manière qu’il jugera
-plus convenable pour assurer le service public et pour le plus grand
-avantage des finances de la République.</p>
-
-<p class="principe">III.</p>
-
-<p>L’administration des relais sera seulement sous la surveillance du
-gouvernement.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_23">23</span></p>
-
-<p class="principe">IV.</p>
-
-<p>L’administration actuelle des postes, messageries et relais, continuera
-à faire le service jusqu’à la consommation des mesures que le
-Directoire exécutif jugera convenables pour en assurer l’exercice.</p>
-
-<p class="principe">V.</p>
-
-<p>La présente résolution sera imprimée, et envoyée au Conseil des Anciens
-par un messager d’état.</p>
-
-<hr class="small" />
-
-<p class="center">DE L’IMPRIMERIE NATIONALE.</p>
-
-<p class="center">Pluviôse, an 5.</p>
-
-<hr class="chap x-ebookmaker-drop" />
-
-<div class="chapter">
- <span class="pagenum hidden" id="Page_24">24</span>
-</div>
-
-<div class="tnote">
- <h2 class="h2note_lecteur" id="note_au_lecteur">Au lecteur</h2>
-
- <p class="fontnote">Cette version numérisée reproduit dans son intégralité la version
- originale. Une erreur manifeste de typographie a été corrigée.</p>
-</div>
-
-<hr class="full" />
-
-<div lang='en' xml:lang='en'>
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>OPINION DE DEFRANCE, SUR LES POSTES ET MESSAGERIES</span> ***</div>
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- </div>
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-1.F.
-</div>
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-</div>
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-</div>
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-or any Project Gutenberg&#8482; work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
-Defect you cause.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</div>
-</div>
- </body>
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