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-The Project Gutenberg eBook of Oeuvres complètes de Mathurin
-Regnier, by Mathurin Regnier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Oeuvres complètes de Mathurin Regnier
- accompagnées d'une notice biographique et bibliographique, de
- variantes, de notes, d'un glossaire et d'un index
-
-Author: Mathurin Regnier
-
-Editor: Ernest Courbet
-
-Release Date: February 12, 2022 [eBook #67387]
-
-Language: French
-
-Produced by: Clarity and the Online Distributed Proofreading Team at
- https://www.pgdp.net (This file was produced from images
- generously made available by The Internet Archive/Canadian
- Libraries)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES COMPLÈTES DE
-MATHURIN REGNIER ***
-
-
-
-
-
-
-
- ŒUVRES COMPLÈTES
- de
- Mathurin Regnier
-
- Accompagnées d’une Notice
- biographique & bibliographique, de Variantes,
- de Notes, d’un Glossaire & d’un Index
-
- Par
- E. COURBET
-
- PARIS
- ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
- 31, PASSAGE CHOISEUL, 31
-
- M. DCCC. LXXV
-
-
-
-
-AVERTISSEMENT.
-
-
-Le plan de cette nouvelle édition ne diffère pas de celui qui a été
-adopté pour le Regnier de la Petite bibliothèque littéraire. Les poésies
-publiées du vivant de l’auteur & les œuvres posthumes forment
-logiquement deux parties distinctes. Pour la première, l’édition de 1613
-doit servir de cadre. Bien qu’elle offre de mauvaises variantes,
-d’inexplicables lacunes & une pièce d’une authenticité douteuse, elle a
-été donnée par un ami de Regnier immédiatement après la mort du poëte, &
-elle contient des morceaux qui lui assurent une importance
-exceptionnelle.
-
-Pour l’établissement du texte, on se sert habituellement aussi de
-l’édition de 1613, en corrigeant les fautes à l’aide des éditions
-antérieures. Ce procédé laisse subsister beaucoup d’imperfections de
-détail. Il a semblé préférable de reproduire dans leur intégrité les
-satires de Regnier, telles qu’elles ont paru pour la première fois, sauf
-à relever exactement dans les notes les variantes les plus
-caractéristiques. Cette méthode a produit de bons résultats & il suffira
-d’un exemple pour en justifier l’adoption. Ainsi le vers,
-
- Que sans robe il a veu la matiere premiere,
-
-devenu, par une méprise de l’éditeur de 1613,
-
- Qu’en son globe il a veu la matiere premiere,
-
-reprend dans le texte de Regnier la place qui lui doit être rendue, &
-une variante obscure, trop longtemps substituée à la leçon originale,
-rentre dans les notes où elle vient s’ajouter aux errata de 1613.
-
-Les pièces qui font suite au Discours au Roy ont été publiées du vivant
-de Regnier. Elles ont paru dans deux recueils très-différents: les
-_Muses gaillardes_ (1609), & le _Temple d’Apollon_ (1611). Les premières
-sont demeurées anonymes jusqu’à la publication du _Cabinet satyrique_
-(1618), & les autres portent la signature de Regnier. Il était donc
-convenable de les rattacher dans leur forme primitive à l’œuvre
-principale du poëte.
-
-La deuxième partie des poésies de Regnier a été constituée à l’aide des
-pièces empruntées aux éditions des Elzeviers (1652), de Brossette (1729)
-& de Viollet-le-Duc (1822). Les épigrammes qui suivent ont été tirées,
-soit d’Anthologies satiriques des premières années du XVIIe siècle, soit
-des manuscrits de l’Arsenal & de la Bibliothèque Richelieu. Comme on le
-voit ici, l’ordre des pièces est donné par la date d’accession à l’œuvre
-de Regnier, & non par la date de la pièce même. Ce dernier mode de
-classement aurait eu pour effet de placer des épigrammes sans importance
-avant des poëmes d’une incontestable valeur.
-
-On remarquera toutefois qu’en tête des morceaux dus aux Elzeviers,
-figure le dialogue de Cloris & Phylis. Une particularité notable a
-imposé ce changement dans la disposition des pièces originales tirées de
-l’édition de 1652. L’Idylle dramatique dont il s’agit a été imprimée en
-1619, dans le _Cabinet des Muses_, & c’est de ce recueil qu’elle est
-passée avec des altérations bizarres dans la coquette réimpression des
-Elzeviers. Suivant l’esprit de restitution du texte, qui est le principe
-de nos éditions, nous avons reproduit le dialogue de Cloris & Phylis,
-d’après le _Cabinet des Muses_ & signalé en notes les infidélités, on
-peut dire les travestissements & les interversions imputables aux
-Elzeviers.
-
-Les recherches entreprises au sujet de Regnier & de ses poésies ont
-conduit à des éclaircissements classés d’après leur objet dans la
-notice, les variantes ou le glossaire, qui accompagnent l’œuvre du
-poëte. Nous avons été ainsi amené à reconnaître que certaines
-particularités de la vie de Regnier devaient être rectifiées.
-Pareillement, nous avons constaté que les interpolations reprochées aux
-Elzeviers ne devaient pas leur être attribuées[1]. Enfin, nous avons
-cherché l’explication de certains mots de la langue de Regnier dans les
-auteurs de son temps, & quand nos investigations ont donné tort à notre
-premier travail, nous avons résolûment sacrifié le fruit d’expériences
-reconnues insuffisantes[2].
-
- [1] Voir la Sat. de l’_Impuissance_ & les notes p. 269.
-
- [2] Voir le Gloss., vº _Mouvant_.
-
-C’est seulement à ce prix qu’une édition peut être accueillie: ni la
-rareté d’un livre, ni les premiers soins dont il porte la preuve, ne
-sauraient justifier une réimpression sans perfectionnement. Dans cette
-voie, qui nous paraît toujours ouverte, nous avons été généreusement
-soutenu; & parmi les érudits qui nous ont fait de précieuses
-communications, nous devons signaler MM. L. Merlet, Ad. Lecocq, Tricotel
-& Tamizey de Larroque. Nous sommes enfin particulièrement obligé à M.
-Cherrier, qui a mis à notre disposition son admirable musée de l’édition
-de Regnier, & à M. Royer, notre ami & l’infatigable compagnon de tous
-nos travaux.
-
-
-
-
-NOTICE.
-
-
-Les premières années du XVIIe siècle ont été marquées dans la poésie
-française par une évolution qui pourrait être appelée la Renaissance de
-la satire. Ce mouvement diffère de celui de la Pléiade par une violence
-excessive. Aussi bien l’œuvre de du Bellay & de Ronsard prit naissance
-dans une enceinte savante où l’on étudiait avec un soin pieux les
-chefs-d’œuvre de l’antiquité grecque & latine. Il ne pouvait sortir de
-là que des créations réfléchies, des combinaisons voulues & des
-tentatives exactement calculées. La satire se forma tout autrement, à
-l’air libre, dans les luttes de la Réforme & de la Ligue. Elle se
-fortifia dans l’observation de toutes les laideurs de l’hypocrisie
-politique & religieuse, & lorsqu’arriva le règne d’Henri IV, elle était
-armée de toutes pièces, prête à flageller les vices qu’elle avait vus de
-près, & à frapper les ridicules qu’une atmosphère d’apaisement invitait
-à se montrer.
-
-L’avénement du Béarnais avait amené à la cour des gentilshommes de toute
-espèce, des cadets de Gascogne au cœur vaillant & inflexible; mais,
-parmi eux, sous le masque de la bravoure, se cachait plus d’un baron de
-Fœneste. Le second mariage d’Henri IV introduisit parmi la noblesse
-française des aventuriers italiens auxquels se rallièrent les fils de
-ceux qui avaient suivi Catherine de Médicis. Enfin les galanteries du
-prince laissèrent toute carrière aux débordements des mœurs. Il ne faut
-point dès lors s’étonner de la licence de nos premiers satiriques. Ils
-avaient sous les yeux un spectacle incomparable, un théâtre immense où
-paradaient impudemment la sottise, la licence & la cupidité.
-
-Ce n’est pas dans l’ordre chronologique des œuvres de la Satire
-française au commencement du XVIIe siècle qu’il faut chercher le
-témoignage exact du progrès de cette partie de notre littérature. Les
-satires de Vauquelin ont paru en 1604 avec les autres œuvres poétiques
-de l’auteur; mais il est certain que Vauquelin les avait terminées
-longtemps auparavant. Il n’est pas moins hors de doute que les
-_Tragiques_ de d’Aubigné, publiés pour la première fois en 1616,
-remontent à plus de vingt ans en arrière. L’historien qui racontera un
-jour les origines & le développement de notre poésie satirique aura donc
-le devoir de placer la Fresnaye & d’Aubigné devant le seuil du XVIIe
-siècle; car, de même qu’ils ont été les témoins des infamies publiques &
-des hontes privées à la vue desquelles se soulève l’indignation du
-poëte, de même ils sont véritablement aussi les ancêtres de Regnier, de
-Courval Sonnet, d’Auvray & de du Lorens.
-
-Nous venons de nommer les satiriques qui, de 1608 à 1627, ont démasqué
-les fausses vertus & poursuivi les vices triomphants. Cette lutte
-n’était point, comme on serait tenté de le croire, enfermée dans le
-cercle étroit d’un lieu commun versifié & dans les sûres limites d’une
-dissertation rhythmique. Souvent il arrivait que le poëte, s’abandonnant
-à toute la vivacité d’une généreuse colère, s’exposait à de réels
-dangers. En 1621, Courval Sonnet, dans cinq satires sur les abus & les
-désordres de la France, attaqua le clergé & la noblesse, les juges & les
-financiers. Il s’est élevé avec une périlleuse véhémence contre le
-trafic des choses sacrées, l’attribution des bénéfices aux
-gentilshommes, le maintien des gardes-dîmes, la vénalité des officiers
-de justice & les malversations des partisans. Ses virulentes critiques,
-oubliées aujourd’hui, sont des documents précieux pour tous ceux qui
-recherchent les intimités de l’histoire. Pour les contemporains de
-Courval Sonnet, ces tableaux étaient des portraits clairement
-reconnaissables. Auvray a montré plus d’audace encore. Il a écrit, dans
-ses _Visions de Polydor en la cité de Nizance_, un poëme où ses premiers
-lecteurs ont pu démêler sans difficulté César de Vendôme, gouverneur de
-Bretagne, & les acteurs de la cour galante de ce prince.
-
-Ce n’est point ici le lieu de rechercher & d’établir le mérite
-particulier de chacun des poëtes qui viennent d’être cités. Ce travail
-imposerait l’analyse d’œuvres très-tranchées & l’étude de personnalités
-très-diverses. Vauquelin de la Fresnaye, esprit cultivé, familier avec
-la poésie antique, a une grâce froide & un charme savant qui le rattache
-aux poëtes de la Pléiade. Chez d’Aubigné, la passion domine. A peine
-contenue par un sentiment de fidélité au roi, elle s’exhale en colère &
-en imprécations, où l’on retrouve la brusquerie d’un soldat &
-l’emportement d’un sectaire. De là, un langage âpre, élevé, trop souvent
-obscur, où, comme dans un buisson ardent, la pensée apparaît au milieu
-de la foudre & des éclairs.
-
-Bien différente est la muse dont Courval Sonnet reçoit l’inspiration. Ce
-poëte gentilhomme est un observateur bourgeois & méthodique. Il choisit
-ses ennemis & les attaque scientifiquement. Pour les mieux écraser, il
-s’est créé une langue massive & pesante à laquelle une indignation
-honnête donne une allure vigoureuse. La carrière poétique de Courval
-Sonnet se partage en trois phases. En 1610, il a publié une satire en
-prose contre les charlatans & une Ménippée en vers contre le mariage.
-Médecin, il avait à se plaindre des thériacleurs & des alchimistes;
-homme, il se croyait le devoir de signaler les inconvénients du mariage.
-Il a ouvert un vaste champ à son indignation & à son expérience, & dans
-deux volumes dont le dernier, le livre de l’époux, contient cinq longues
-satires, il exhala sa colère jusqu’au dernier souffle.
-
-En 1621, il donna les satires politiques, dont il a été fait mention
-plus haut, & six ans plus tard, il couronna sa carrière par les
-_Exercices de ce temps_, où il peignait avec des couleurs un peu crues
-le tableau des mauvaises mœurs de la ville aussi bien que de la
-campagne, de la bonne comme de la pire société.
-
-D’Esternod, Auvray & du Lorens, dont les satires parurent en 1619 & en
-1622, marquent une nouvelle génération de satiriques. Le premier est un
-poëte formé par l’imitation; il n’a pour lui qu’une inspiration factice,
-& dans le groupe auquel il appartient, il sert de personnage de fond.
-Auvray, qu’anime l’emportement des lyriques, se laisse aller à des
-fantaisies graveleuses qui défigurent son œuvre. Le voisinage
-d’épigrammes licencieuses dépare ses plus belles odes. Du Lorens enfin
-nous ramène à la satire régulière & à la critique saine. Le président de
-Châteauneuf a la sévérité d’un juge; il rend des arrêts. Par comparaison
-avec les satiriques contemporains, il manque de feu & de couleur; mais
-pour lui c’est là un éloge. Sous prétexte de flétrir le vice, ses
-prédécesseurs en avaient fait des portraits trop minutieux. Ils avaient
-si curieusement, si complaisamment analysé les âmes viles, & décrit les
-pratiques de l’impudeur, qu’ils donnaient finalement à suspecter la
-sincérité de leurs attaques. Au reste, si du Lorens est dépourvu de
-cette indignation scénique, qui fait de la satire un petit drame
-passionné & vivant, où le poëte se met en scène avec le personnage qu’il
-veut frapper, il faut lui reconnaître, au point de vue de l’histoire, un
-mérite assez peu commun. Avec une infatigable ardeur, il a écrit,
-remanié & mené à bonne fin le livre de ses satires. Les trois éditions
-données en 1624, 1633 & 1646 sont des ouvrages absolument différents
-comme texte & comme sujets; & ces perfectionnements, ces appels d’un
-premier à un meilleur jugement, ces évolutions de la pensée primitive
-vers un idéal plus haut sont des efforts dont on ne saurait trop admirer
-la constance.
-
-Au milieu de tous ces poëtes, Regnier est seul resté comme le créateur &
-le maître de la Satire française. Il ne doit point sa réputation à une
-grandeur solitaire, puisqu’il a vécu entouré de rivaux & d’imitateurs. A
-l’exception de Vauquelin & de d’Aubigné, tous les auteurs de son temps
-ont lu ses poésies. Quelques-uns d’entre eux lui ont dérobé les vers qui
-ont la forme arrêtée d’une maxime ou l’éclat d’une comparaison
-saisissante. Il n’est pas jusqu’à de simples expressions, belles de leur
-pure clarté, que Sonnet, d’Esternod & du Lorens n’aient empruntées. Ces
-pilleries n’ont point enrichi les maraudeurs, & Regnier est resté
-opulent.
-
-Dans ses plus vifs écarts, Regnier est demeuré fidèle aux règles du
-goût. Il a le verbe haut. Il touche sans bassesse aux choses les plus
-basses. Ses faiblesses nous sont connues. Il en a fait autant de
-confidences où il a mis la plus franche bonhomie & la plus entière
-sincérité. Nul plus éloquemment que lui n’a montré son cœur à nu, ni
-exprimé avec plus de vivacité le respect de l’honneur, les peines de la
-jalousie & les élans d’un orgueil généreux. Développés par lui, ces
-sentiments ne sont point les divagations d’un rhéteur. Avant de passer
-dans l’œuvre où nous en recueillons le témoignage, ils sont sortis de
-l’âme du poëte qui en était pénétré. Aussi pour tous les lecteurs
-attentifs, les poésies de Regnier sont-elles de véritables confessions.
-
-La biographie de Regnier est encore à l’état de fragments. Il semble que
-des pages en aient été perdues. Ainsi les particularités recueillies par
-Racan dans ses Mémoires pour la vie de Malherbe, & les anecdotes que
-Tallemant a insérées dans ses _Historiettes_, constituent la meilleure
-partie de nos informations sur l’existence de notre premier poëte
-satirique. Ce sont en effet d’irrécusables témoins qui nous ont
-instruits. Le premier a été mêlé à la querelle littéraire engagée entre
-Desportes & Malherbe; le second a pu entendre, de la bouche même de
-personnages contemporains, le récit de faits encore présents à leur
-mémoire.
-
-En 1719, Dom Liron fit paraître sa _Bibliothèque chartraine_, où il
-donna une mince place à Desportes & à Regnier. La brièveté n’aurait
-peut-être soulevé aucune réclamation; mais dans les quelques pages
-consacrées aux deux poëtes, il y avait plusieurs graves inexactitudes
-qui tombèrent sous les yeux d’un lecteur récalcitrant. Une note
-rectificative très-étendue fut donc adressée au _Mercure de France_ pour
-contredire les assertions de l’auteur de la _Bibliothèque_, & comme les
-termes en étaient vifs, il s’écoula, avant l’insertion de cette note, un
-temps assez long qui fut employé à la diminuer & à l’adoucir. Enfin,
-l’article critique revu & corrigé parut dans le _Mercure_ en février
-1723 & il s’en dégage encore un souffle de colère. Toute cette
-irritation est largement compensée par la justesse & la précision des
-renseignements que le rédacteur offre de prouver d’une manière plus
-convaincante à l’aide des papiers qu’il a entre les mains. Cette
-dernière assurance n’a pu être donnée que par un membre de la famille de
-Desportes ou de Regnier. L’emportement même dont le directeur du
-_Mercure_ a eu peine à modérer l’expression ne saurait être imputé à un
-lecteur ordinaire. On est donc fondé à reconnaître une grande valeur à
-la note critique provoquée par la publication de la _Bibliothèque
-chartraine_.
-
-C’est enfin à Brossette que l’on doit le complément des recherches
-entreprises sur Regnier pendant le XVIIIe siècle. En éditeur scrupuleux,
-Brossette a fait deux parts de ses informations. Il a consigné dans son
-Avertissement les faits nouveaux[3] qu’il regardait comme certains &
-laissé dans ses notes les conjectures nées dans son esprit de la lecture
-des satires. Au premier rang de ces hypothèses se trouvent celles qui
-présentent Regnier comme secrétaire du cardinal de Joyeuse, & plus tard
-comme un des attachés de Philippe de Béthune. Venus après Brossette, &
-plus concluants que lui sans motif apparent, le P. Niceron & l’abbé
-Goujet ont admis les suppositions du premier annotateur de Regnier comme
-des renseignements indiscutables.
-
- [3] «Regnier fut tonsuré le 31 de mars 1582, par Nicolas de Thou,
- évêque de Chartres. Quelques années après, il obtint par dévolut un
- canonicat dans l’église de Notre-Dame de la même ville, ayant prouvé
- que le résignataire de ce bénéfice, pour avoir le temps de faire
- admettre sa résignation à Rome, avoit caché pendant plus de quinze
- jours la mort du dernier titulaire, dans le lit duquel on avoit mis
- une bûche, qui fut depuis portée en terre à la place du corps, qu’on
- avoit fait enterrer secretement. Le déréglement dans lequel vécut
- Regnier ne le laissa pas jouir d’une longue vie. Il mourut à Rouen,
- dans sa quarantième année, en l’hôtellerie de l’Écu d’Orléans, où il
- étoit logé.»
-
-Dans l’ordre des faits biographiques, l’extrait du _Mercure_ est le
-premier document à placer sous les yeux du lecteur. En raison de son
-origine particulière, il l’emporte sur toutes les indications
-recueillies à une date postérieure par un curieux plutôt que par un
-critique. Nous le reproduisons donc pour ce qui concerne Regnier
-seulement:
-
-«Mathurin Regnier étoit fils de Jacques Regnier, bourgeois de Chartres,
-& de Simone Desportes, sœur de l’abbé Desportes; il naquit le 21
-décembre 1573; comme on le voit par les registres de la paroisse de
-Saint-Saturnin de la ville de Chartres[4], & comme il est écrit dans le
-journal de Jacques Regnier, son père. Le contrat de mariage de Jacques
-Regnier avec Simone Desportes, passé devant Amelon, notaire à Chartres,
-le 25 janvier 1573, justifie que cette famille étoit des plus notables
-de la ville. En 1595, Jacques Regnier fut élu échevin de la ville de
-Chartres. Au mois de janvier de l’année 1597, il fut député à la cour,
-en qualité d’échevin, pour quelques affaires publiques; il mourut à
-Paris & fut inhumé dans l’église de Saint-Hilaire du Mont, le 14 février
-1597. Il laissa trois enfants[5]: Mathurin, le poëte dont est question;
-Antoine, qui fut conseiller élu en l’élection de Chartres; & Marie, qui
-épousa Abdenago de la Palme, officier de la maison du Roy[6]. Antoine
-Regnier épousa Dlle Anne Godier. Le contrat de mariage fut passé devant
-Fortais, notaire à Chartres; on y voit encore les titres de la plus
-notable bourgeoisie. Jacques Regnier, leur père, étoit fils de Mathurin
-Regnier, bourgeois, qui étoit fils d’un Pierre Regnier, bon marchand de
-la ville de Chartres. Mathurin Regnier, le poëte, fut reçu chanoine de
-Chartres le 30 juillet 1609, mais son humeur ne lui permit pas de fixer
-sa résidence à Chartres, ni de vivre aussi régulièrement que des
-chanoines sont obligez de faire. Il quitta donc ce bénéfice; il en avoit
-plusieurs & une pension de 2,000 livres sur l’abbaye des Vaux de Cernay.
-Il mourut à Rouen le 22 octobre 1613. Ses entrailles furent enterrées
-dans l’église de la paroisse de Sainte-Marie-Mineure, & son corps, qui
-fut mis dans un cercueil de plomb, fut porté dans l’abbaye de Royaumont,
-à neuf lieues de Paris. Ce qui a contribué à faire passer Mathurin
-Regnier pour le fils d’un tripotier, c’est que Jacques Regnier, son
-père, qui étoit un homme de joye & de plaisirs, fit bâtir un tripot
-derrière la place des Halles de Chartres, qui s’appela toujours le
-Tripot-Regnier. Ce tripot ne subsiste plus. Du reste, la seule élection
-de Jacques Regnier comme échevin de la ville de Chartres démontre qu’il
-n’étoit point un maître de tripot, puisque ces sortes de gens ne sont
-point admis dans les charges municipales, non plus que les artisans &
-les gens du commun.»
-
- [4] L’acte de naissance de Mathurin Regnier, relevé sur le registre de
- la paroisse Saint-Saturnin, est ainsi conçu:
-
- «Mathurin, filz de Iacques Renier & de Symonne Deportes, sa feme;
- les parrains, honorables psonnes, Mathurin Troillart, proc. au siege
- psidial de Ctres et Iehan Poussin, marchant, la maraine madae Marie
- Edeline ve de Phlippes Desportes, le xxij ir du moys de dcebre.»
-
- [5] M. Lecocq a relevé sur le registre des actes de naissance de la
- paroisse Saint-Saturnin la date de naissance d’Antoine Regnier (26
- novembre 1574) & de ses sœurs: Marguerite (26 novembre 1578), Loyse
- (11 janvier 1580) & Geneviesve (1584). Mathurin a donc été l’aîné de
- six enfants, deux garçons & quatre filles, les trois dernières
- mortes probablement avant 1597.
-
- [6] Dans son acte de mariage du 19 août 1593, également relevé par M.
- Lecocq, Abdenago est qualifié de _contrerouleur_ du Roy.
-
- * * * * *
-
-La question du tripot qui préoccupe si vivement le correspondant du
-_Mercure de France_ a joué un rôle démesuré dans la biographie de
-Regnier. Elle a été exploitée avec perfidie par les détracteurs du
-poëte, & ceux qui ont voulu l’éclaircir avec impartialité se sont
-toujours abandonnés à des conjectures hasardées. La légende la plus
-accréditée est que ce tripot, dont on a voulu faire le berceau de
-Regnier, fut construit en 1573 avec les matériaux provenant des
-démolitions de la citadelle de Chartres. Or cette fortification a été
-élevée en 1591. Une autre hypothèse devient donc nécessaire. En 1584,
-les vieux bâtiments des Halles tombaient en ruines. Il fallut les
-abattre, & comme ils appartenaient pour moitié à l’évêque, Jacques
-Regnier obtint par Desportes, son beau-frère, l’abandon d’une partie des
-matériaux qui servirent à la construction du tripot. Cette dernière
-supposition, préférable à la première, n’a toutefois guère plus de
-réalité.
-
-Une délibération[7] du conseil de ville à la date du 25 avril 1579 vient
-préciser exactement les faits. Elle montre comment le père du poëte fut
-amené à édifier un jeu de paume au fond de son jardin, & il est permis
-de croire qu’aucun motif d’intérêt ne se mêla d’abord à cette
-entreprise. Afin d’éclaircir d’une manière plus complète un incident que
-la malveillance a défiguré pour en tirer un blâme contre Regnier & sa
-famille, nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs le
-texte même de la délibération.
-
- [7] Ce document nous a été communiqué par M. Lecocq.
-
-Jacques Regnier expose qu’il «a une maison auec cour & jardin, assise
-pres & devant le pilory de cette ville. Et par derriere, juxte les
-remparts, entre les portes Saint-Michel & des Epars; que les immondices
-qu’on jettoit sur le rempart tombant en son jardin, il auroit fait
-construire une muraille de 22 toises de longueur, de hauteur de 18 pieds
-& d’épaisseur 4 pieds & demy par le bas, revenant en haut à 2 pieds &
-demy; ce qui soutient même les terres du rempart, & sert à la
-fortification d’iceluy & décoration de la ville. Et que, pour recouvrer
-une partie de ses frais, ayant commencé à faire bâtir un jeu de paulme,
-dont fait partie ladite muraille, il requiert de lui permettre de
-construire un mur de bauge, sur ledit rempart à chacun bout de ladite
-muraille, en laquelle il fera deux huys fermant à clef. Sur quoy apres
-le rapport de la visite qui a esté faite des lieux, Il est permis audit
-Regnier de faire à chacun des bouts de sa muraille un mur de bauge avec
-un huis & huisserie fermant à clefs, dont une servira audit Regnier, &
-en baillera une autre aux Echevins pour ouvrir & fermer lesdits huys. A
-la charge de tenir les terres du rempart entre les dites clotures &
-tallus, sur luy, du costé de sa muraille, de paver le fond & place
-d’entre les dites clotures, pour recevoir les eaux & les faire distiller
-par dalles & goutieres, sans danger des dits remparts & murailles, & en
-outre, de payer chacun an, au iour de Saint-Remy, la somme de une livre
-tournois entre les mains du receveur des deniers communs de la
-ville[8].»
-
- [8] Extrait du 2e vol. du _Registre des Échevins de la ville de
- Chartres_ (1576-1607), fº 30. Décision du 25 avril 1579.
-
-Ainsi se trouve expliquée l’origine du tripot. Comment maintenant ce jeu
-de paume devint-il public? Un accident purement topographique va nous
-l’apprendre. Sur le côté gauche de la maison Regnier[9], une grande
-porte à ogive s’ouvrait sur une allée longeant le jardin à l’extrémité
-duquel s’élevait le tripot. On pouvait ainsi, sans pénétrer dans la
-maison, se rendre au jeu de paume. Les amis de Jacques & les oisifs ont
-peu à peu envahi ce lieu de distraction trop voisin d’un lieu
-d’affaires, & lui ont valu le renom d’un tripot ouvert au public; mais
-ici sans doute s’arrête la chronique scandaleuse, car en septembre 1611,
-le roi Louis XIII, de passage à Chartres, fut conduit au tripot Regnier,
-& là il fit ou simula une partie de paume avec la Maunie, une reine de
-raquette qui gagna le jeune prince en jouant par dessous jambe. Or, il
-est peu probable que la curiosité ait alors conduit le roi & sa suite
-dans un lieu mal famé.
-
- [9] La configuration actuelle des lieux permet encore de se rendre un
- compte exact du plan de la propriété Regnier. Disons tout d’abord
- que la maison sur laquelle se trouve la plaque commémorative a été
- construite en 1612 par Abdenago de la Palme, à la place du vieil &
- lourd hôtel où naquit véritablement Regnier. La rue qui porte
- aujourd’hui le nom du poëte appartenait pour un tiers dans toute sa
- longueur à la propriété dont les jardins subsistent entièrement.
- Cette portion de terrain formait l’allée aux deux extrémités de
- laquelle étaient, du côté des remparts, le tripot, &, du côté des
- Halles, une grande porte à ogive. Enfin l’impasse du Pilori,
- longeant le mur de la propriété, aboutissait à une mare située au
- pied des remparts & faisant face au tripot. En résumé, la rue
- Regnier couvre aujourd’hui l’allée du jardin & l’impasse du Pilori,
- & l’auberge de la Herse d’or occupe l’emplacement du jeu de paume.
- L’impasse des Bouchers, qui servait de dégagement pour les communs
- de la maison Regnier, n’a pas subi de modification topographique.
-
-Mathurin Regnier était né dans les conditions les plus propres à assurer
-sa fortune. Il avait pour oncle maternel un abbé de vingt-sept ans,
-secrétaire de la chancellerie du nouveau roi de Pologne, le duc d’Anjou.
-Philippe Desportes, qui s’était élevé jusque-là après avoir été
-secrétaire de l’évêque du Puy, de Claude de l’Aubespine & du marquis de
-Villeroy, ne devait pas s’arrêter en si bon chemin. Lorsque le duc
-d’Anjou fut proclamé roi sous le nom de Henri III, Desportes devint
-secrétaire particulier du monarque. Après la mort de Maugiron, Quélus &
-Saint-Mégrin, quand Anne de Joyeuse, favori, puis beau-frère du roi, fut
-créé duc & pair, Desportes monta encore en crédit. Il avait été le
-conseiller intime du prince, il devint une sorte de ministre, & c’est de
-ce temps que date sa grande fortune. En 1582, il fut fait abbé de Tiron
-au diocèse de Chartres; en 1588, il reçut l’abbaye d’Aurillac qu’il
-échangea avec le cardinal de Joyeuse contre l’abbaye des Vaux de Cernay.
-Enfin, le 13 février 1589, il ajoutait à tous ses bénéfices l’abbaye de
-Josaphat. Cette grande fortune ne tombait pas sur un égoïste. Desportes
-se plaisait à obliger. Ce n’était point qu’il voulût désarmer les
-envieux. Un mobile plus haut le poussait. Il était serviable comme il
-était hospitalier. Il a eu d’illustres protégés, Vauquelin de la
-Fresnaye, Jacques de Thou & du Perron. Il aimait les lettres, & rêvait
-pour elles une indépendance officielle. Avec Baïf, il avait obtenu
-d’Henri III & du duc de Joyeuse la création d’une sorte d’académie, & il
-recevait à Vanves, dans sa maison de campagne, les beaux esprits du
-temps, recueillant après la mort de Baïf, de Joyeuse & d’Henri III, ceux
-qui, dans sa pensée, devaient former l’aréopage savant dont il
-appartenait à Richelieu de constituer l’Académie française.
-
-Regnier bénéficia tout d’abord du patronage de son oncle. Il fut tonsuré
-de bonne heure, &, sous ce signe sacré, appelé à une brillante carrière.
-Il avait moins de neuf ans lorsque l’évêque de Chartres, Nicolas de
-Thou, lui conféra la marque distinctive des élus[10].
-
- [10] _Analyse des Mémoires de Guillaume Laisné_, prieur de
- Mondonville, par M. H. de Lepinois. Actes de Nicolas de Thou,
- 1573-1598.
-
- CLXXIII. Fº 312, vº. _Sabbati post Dominicam Lætare, ultima die
- martii_ (1582). Parmi les jeunes gens tonsurés par l’évêque Nicolas
- de Thou, on remarque Jean, fils de Pierre Regnier & de Claudine Le
- Riche, de la paroisse Saint-Michel; & Mathurin, fils de Jacques
- Regnier & de Symone Desportes, de la paroisse Saint-Saturnin.
-
- (_Mémoires de la Société archéologique d’Eure-&-Loir_. Année 1860,
- p. 221.)
-
-A partir de cette époque, les documents nous manquent sur l’enfance du
-poëte, c’est à Regnier lui-même qu’il faut demander des révélations sur
-sa jeunesse. Suivant un passage de la satire XII, il aurait été initié à
-la poésie par Jacques Regnier.
-
- Or amy ce n’est point vne humeur de médire
- Qui m’ayt fait rechercher ceste façon d’écrire,
- Mais mon Pere m’aprist que des enseignemens
- Les humains aprentifs formoient leurs iugemens,
- Que l’exemple d’autruy doibt rendre l’homme sage,
- Et guettant à propos les fautes au passage,
- Me disoit, considere où cest homme est reduict
- Par son ambition, cest autre toute nuict
- Boit auec des Putains, engage son domaine,
- L’autre sans trauailler, tout le iour se promeyne,
- Pierre le bon enfant aux dez a tout perdu,
- Ces iours le bien de Iean par decret fut vendu,
- Claude ayme sa voisine, & tout son bien luy donne;
- Ainsi me mettant l’œil sur chacune personne
- Qui valoit quelque chose, ou qui ne valoit rien,
- M’aprenoit doucement & le mal & le bien,
- Affin que fuyant l’vn, l’autre ie recherchasse,
- Et qu’aux despens d’autruy sage ie m’enseignasse.
-
-Cet endroit de l’œuvre du poëte a quelque ressemblance avec les vers
-d’Horace:
-
- Insuevit pater optimus hoc me
- Ut fugerem, exemplis vitiorum quæque notando.
-
-(S. I, 4.)
-
-Toutefois il doit être signalé, car nul ne peut dire qu’ici l’imitation
-ne soit aussi l’expression de la vérité.
-
-D’après la satire IV, au contraire, Jacques Regnier, soucieux de
-l’avenir de son fils, l’aurait détourné de la poésie. Par de plus
-prudents conseils, il voulait détruire le mal qu’il avait fait, &
-pousser vers d’autres inclinations l’enfant qu’il se reprochait d’avoir
-encouragé à la moquerie. «Vains efforts,» dit Regnier.
-
- Il est vray que le Ciel qui me regarda naistre,
- S’est de mon iugement tousiours rendu le maistre,
- Et bien que ieune enfant mon Pere me tançast,
- Et de verges souuent mes chançons menaçast,
- Me disant de depit, & bouffy de colere,
- Badin quitte ces vers, & que penses-tu faire?
- La Muse est inutile, & si ton oncle a sçeu
- S’auancer par cet’ art tu t’y verras deçeu...
- Mars tout ardant de feu nous menace de guerre...
- Pense-tu que le lut, & la lyre des Poëtes
- S’accorde d’armonie auecques les trompettes,
- Les fiffres, les tambours, le canon, & le fer?
- Les plus grands de ton tans dans le sang aguerris,
- Comme en Trace seront brutalement nourris,
- Qui rudes n’aymeront la lyre de la Muse,
- Non plus qu’vne vielle ou qu’vne cornemuse.
- Laisse donc ce metier & sage prens le soing
- De t’acquerir vn art qui te serue au besoing.
- Ie ne sçay, mon amy, par quelle prescience,
- Il eut de noz Destins si claire congnoissance,
- Mais pour moy ie sçay bien que sans en faire cas,
- Ie mesprisois son dire, & ne le croyois pas,
- Bien que mon bon Demon souuent me dist le mesme.
- Ainsi me tançoit-il d’vne parolle emeuë.
- Mais comme en se tournant ie le perdoy de veuë
- Ie perdy la memoire auecques ses discours,
- Et resueur m’esgaray tout seul par les destours
- Des antres & des bois affreux & solitaires,
- Où la Muse en dormant m’enseignoit ses mysteres,
- M’aprenoit des secrets & m’echaufant le sein,
- De gloire & de renom releuoit mon dessein.
-
-Ces aveux de Regnier nous éclairent uniquement sur les tendances de sa
-jeunesse. Mais l’événement le plus important, qui décida de la carrière
-de notre premier satirique, est celui auquel il est fait allusion dans
-ces vers:
-
- C’est donc pourquoy si ieune abandonnant la France
- I’allay vif de courage, & tout chaud d’esperance
- En la cour d’vn Prelat, qu’auecq’ mille dangers
- I’ay suiuy courtisan aux païs estrangers.
- I’ay changé mon humeur, alteré ma nature,
- I’ay beu chaud, mangé froid, i’ay couché sur la dure,
- Ie l’ay sans le quitter à toute heure suiuy,
- Donnant ma liberté ie me suis asserui,
- En publiq’, à l’Eglise, à la chambre, à la table...
-
-Brossette a supposé que le prélat en question était le cardinal de
-Joyeuse, sans se préoccuper de justifier cette hypothèse, & il a ajouté
-que Regnier avait, à la suite de ce personnage, fait le voyage d’Italie
-en 1583, c’est-à-dire à l’âge de dix ans. Un passage de la
-correspondance de du Perron confirme la première de ces deux
-suppositions[11].
-
- [11] Lors que i’eu le bien de vous voir chez le Roy, où ie m’estois
- emancipé d’aller ce iour-là, pour prendre congé de Sa Majesté & me
- venir acheuer de guerir en ce lieu de Condé[12]; il y auoit trois
- semaines que ie n’auois abandonné le lict, comme le sieur Regnier,
- qui m’y vint voir, & lequel ie priay de vous faire mes excuses, de
- ce que ie ne vous pouuois aller baiser les mains, le vous pourra
- temoigner.
-
- De Condé, ce 9 novembre 1602.
-
- _Les Ambassades & Negociations de l’Illustriss. & Reverendiss.
- Cardinal du Perron._ Paris, Ant. Estienne, 1623, p. 104.
-
- [12] Condé-sur-Iton près Évreux, où les évêques de ce diocèse avaient
- un château qui leur servait de résidence d’été.
-
-La seconde hypothèse relative à l’époque du voyage d’Italie soulève
-quelques difficultés. C’est en 1583 que François de Joyeuse, archevêque
-de Narbonne & âgé de vingt & un ans, partit pour Rome avec le duc, son
-frère, pour solliciter le chapeau de cardinal. Regnier venait de
-recevoir la tonsure, mais c’était encore un enfant. Il est improbable
-qu’il ait de si bonne heure quitté sa famille. Quelques bibliographes
-ont vu dans 1583 une date mal lue & ils ont proposé 1593, qui coïncide
-avec un nouveau départ du cardinal de Joyeuse pour l’Italie. Cette
-dernière époque ne peut être exacte. Elle est contredite par
-l’affirmation même du poëte:
-
- C’est donc pourquoi si jeune...
-
-Parlant de lui, à vingt ans, Regnier ne pouvait s’exprimer en ces
-termes.
-
-D’autres recherches sont donc nécessaires. En tenant compte des
-particularités de la vie du cardinal de Joyeuse & des indications
-fournies par les satires, on se trouve amené aux conclusions suivantes.
-
-Regnier, dans le passage que nous venons de citer, parle de sa jeunesse,
-de la cour du prélat auquel il était attaché, des dangers qu’il a
-courus, & plus loin (S. III, p. 22) d’un triste séjour en Toscane & en
-Savoie.
-
-Or, en 1586, François de Joyeuse, nommé protecteur des affaires de
-France à Rome, en remplacement du cardinal d’Este, partit pour l’Italie.
-Il était accompagné de personnages considérables[13], il s’arrêta en
-Savoie où l’appelaient des devoirs diplomatiques, enfin il fit dans Rome
-une entrée solennelle dont le récit a été conservé[14].
-
- [13] _Multis præsulibus & viris doctrina conspicuis proceribusque
- comitatus._ Gallia christ., VI, 117.
-
- [14] Voir les _Lettres manuscrites_ du S. de Montereul, témoin
- oculaire qui paraît avoir été, comme Regnier, attaché à la personne
- du cardinal.
-
-Tous ces détails concordent assez exactement avec les indices
-biographiques que l’on peut tirer des satires de Regnier. L’âge même du
-poëte ne soulève pas d’objection, Regnier était bien alors un
-adolescent.
-
-Il reste à éclaircir une autre question, celle des dangers. Deux
-suppositions acceptables sont en présence. La première, la plus
-importante, est d’un vif intérêt.
-
-En mai 1589, le pape Sixte-Quint, depuis longtemps hostile à Henri III,
-& d’ailleurs profondément irrité du meurtre du cardinal de Guise, prit
-texte de ce crime, pour lancer contre le roi un monitoire qui fut
-affiché à Saint-Pierre & à Saint-Jean de Latran. Le cardinal de Joyeuse
-quitta Rome & vint se fixer à Venise où il choisit pour résidence le
-palais Saint-Georges. Il emmena avec lui d’Ossat, qui, avant de devenir
-son secrétaire, avait été celui du cardinal d’Este. On peut penser que
-cette brusque rupture du protecteur des affaires de France avec la
-papauté fit grand bruit dans les États de l’Église. Selon toute
-probabilité, Regnier faisait partie de la maison de François de Joyeuse;
-il n’est guère douteux que le jeune abbé, âgé de seize ans alors, ne se
-soit cru en grand danger.
-
-Le second péril auquel notre poëte fut exposé eut d’autres causes. En
-1598, le cardinal de Joyeuse, pour se rendre en Italie, traversa le
-Piémont que la peste ravageait. Les voyageurs étaient tout
-particulièrement exposés au fléau, & la correspondance de l’infatigable
-diplomate mentionne les difficultés du passage. Dans la suite du prélat,
-Regnier tenait une petite place, mais sur le chemin barré par la peste,
-il était menacé à l’égal des plus grands.
-
-C’est en 1593, suivant M. de Lépinois, que Regnier fut nommé prieur de
-Bouzaincourt, & le savant historien de la ville de Chartres ajoute que
-ce titre fut donné au jeune secrétaire, afin de le rendre plus digne
-d’accompagner le cardinal de Joyeuse. Ici les indices manquent pour
-proposer une date plutôt qu’une autre. C’est à peine si l’on peut
-indiquer utilement ce qu’était le prieuré, & par quelles voies il a dû
-arriver au poëte. Le prieuré de Bouzaincourt, ou plus exactement
-Bouzencourt, _qui dicitur Castellania_, parce qu’il était attaché à la
-chapelle du château de ce lieu[15], dépendait de l’abbaye de Corbie & la
-collation en appartenait à l’abbé. Lorsque, après la mort d’Anne de
-Joyeuse, à Coutras, Desportes se retira à Bonport, près de
-Pont-de-l’Arche, l’abbé de Corbie était l’archevêque de Rouen, Charles
-de Bourbon, qui, le 5 août 1589, quelques jours après la mort de Henri
-III, fut proclamé roi de France sous le nom de Charles X. Le cardinal de
-Vendôme, qui l’année suivante succéda au cardinal de Bourbon comme abbé
-de Corbie, mourut en 1594, sans avoir obtenu ses bulles de confirmation
-& sans avoir pris possession. Il est donc plus logique de faire remonter
-la nomination de Regnier au prieuré de Bouzaincourt vers l’époque où
-François de Joyeuse commençait ses voyages en Italie, & où Desportes,
-encore tout-puissant, ne s’était pas tourné contre Henri IV, avec
-l’amiral de Villars[16]. A partir de ce moment, septembre 1589, jusqu’au
-milieu de 1594, l’abbé de Tiron lutta pour obtenir sa réintégration dans
-les bénéfices qui lui avaient été enlevés. Il ne rentra même en
-jouissance de ses revenus des Vaux de Cernay que le 21 juin 1594[17]; &
-pendant cette période d’agitations personnelles, Desportes, il faut le
-reconnaître, n’eut guère le loisir de solliciter en faveur de son neveu.
-
- [15] Voir aux manuscrits de la Bibl. nat. les papiers de Dom Grenier,
- vº _Bouzancourt_.
-
- [16] Villars Brancas était parent d’Anne de Joyeuse. Desportes, en
- s’attachant à lui, n’était pas uniquement poussé par l’ambition.
-
- [17] Voir, aux Archives de Seine-&-Oise, le fonds des Vaux de Cernay,
- cart. 34.
-
-L’emploi que Regnier tenait auprès du cardinal de Joyeuse était assez
-modeste. Le secrétaire de l’Éminence était d’Ossat, qui devint cardinal
-en 1599, à l’âge de soixante-trois ans. Au-dessous de ce personnage se
-trouvait un attaché laïque, J. de Montereul, que l’on rencontre au
-service du cardinal en 1606, longtemps après que Regnier a quitté le
-prélat. Notre poëte ne vient qu’en troisième ordre. Au reste, il ne faut
-point s’étonner du peu d’importance des fonctions dévolues à Regnier.
-Les ambassades françaises en Italie n’offraient alors pas de plus
-grandes charges aux beaux esprits qui se laissaient attacher à la
-carrière diplomatique. Rome, devenue le théâtre d’intrigues de toutes
-sortes, le champ de compétitions sans nombre & sans relâche, n’était
-nullement la patrie par excellence de la poésie. La politique primait
-tout. Aux heures de répit, elle dominait encore, & les œuvres nées sous
-l’inspiration des grands étaient par ordre bouffonnes ou sévères. En
-France, au contraire, sous les Valois & les premiers Bourbons, les
-princes, oubliant ou ajournant les affaires sérieuses, se livraient aux
-poëtes en auditeurs passionnés & dociles.
-
-Cette dernière considération, d’accord avec les données de l’histoire,
-explique le dégoût & la tristesse qui saisissent à Rome même les poëtes
-français attachés à des ambassades. Nul d’entre eux n’a mieux rendu
-cette impression particulière que du Bellay & Magny, & quoiqu’ils aient
-de beaucoup d’années précédé Regnier dans la ville éternelle, leurs
-doléances n’en sont pas moins précieuses à recueillir, parce qu’elles
-montrent mieux que d’autres en quelles mesquineries s’écoulaient des
-loisirs que l’on s’imagine tout entiers consacrés à la recherche & à la
-contemplation du beau.
-
- Panjas, veux tu sçauoir quels sont mes passe-temps?
-
-écrit du Bellay à l’un de ses amis,
-
- Ie songe au lendemain, i’ay soing de la despense
- Qui se fait chacun iour, & si fault que ie pense
- A rendre sans argent cent créditeurs contents.
- Ie vays, ie viens, ie cours, ie ne perds point le temps,
- Ie courtise vn banquier, ie prens argent d’auance:
- Quand i’ay depesché l’vn, vn autre recommence,
- Et ne fais pas le quart de ce que ie pretends.
- Qui me presente vn compte, vne lettre, vn memoire,
- Qui me dit que demain est iour de consistoire,
- Qui me romp le cerueau de cent propos diuers:
- Qui se plaint, qui se deult, qui murmure, qui crie,
- Auecques tout cela, dy (Panjas) ie te prie,
- Ne t’ébahis-tu point comment ie fais des vers?
-
-Après ce tableau réel de la vie intime, voici une esquisse non moins
-saisissante de l’existence officielle.
-
- Nous ne faisons la court aux filles de memoire,
- Comme vous qui viuez libres de passion:
- Si vous ne sçauez donc nostre occupation,
- Ces dix vers ensuiuans vous la feront notoire.
- Suiure son cardinal au Pape, au Consistoire,
- En capelle, en visite, en congregation,
- Et pour l’honneur d’vn prince ou d’vne nation,
- De quelque ambassadeur accompagner la gloire:
- Estre en son rang de garde aupres de son seigneur,
- Et faire aux suruenans l’accoustumé honneur,
- Parler du bruit qui court, faire de l’habile homme:
- Se promener en housse, aller voir d’huis en huis
- La Marthe, ou la Victoire, & s’engager aux Juifs:
- Voila mes compagnons des nouuelles de Rome.
-
-Des citations plus étendues n’ajouteraient rien à ces deux tableaux du
-parfait secrétaire. Tout y est nettement indiqué, prévu, depuis les
-devoirs les plus graves jusqu’aux soins les moins sérieux. Ajoutons
-qu’en un demi-siècle, du temps où du Bellay était à Rome, à l’époque où
-Regnier y accompagna le cardinal de Joyeuse, les choses n’avaient pas
-varié. Les acteurs seuls étaient changés. La Marthe & la Victoire
-avaient été remplacées par d’autres courtisanes.
-
-C’est dans cette existence faite de petits riens que Regnier passa les
-premières années de sa jeunesse. Rêveur quand il fallait être éveillé,
-victime des importuns, facile aux _entrants_, bonhomme enfin dans des
-lieux où il n’est pire qualité, Regnier ne sut tirer aucun avantage
-d’une situation où de piètres personnages faisaient une grande fortune.
-Il faut ajouter que par une cruauté du sort, notre poëte se trouvait
-attaché au prélat le plus actif, le plus remuant & le plus diplomate que
-l’on puisse imaginer. Archevêque de Narbonne à vingt ans (1582),
-cardinal l’année suivante, protecteur des affaires de France à Rome en
-1586, François de Joyeuse occupait une place considérable à la tête du
-clergé & parmi les hommes politiques de son pays. Son influence, que la
-mort de Henri III semblait devoir anéantir, se releva dès 1591, à
-l’occasion de l’élection de Clément VIII, & deux ans plus tard, Joyeuse,
-plus puissant que jamais, était chargé de mettre Henri IV dans les
-bonnes grâces de la papauté. Ce cardinal était toujours en voyage. On le
-retrouve dans des intervalles très-courts à Narbonne, à Paris & en
-Italie. Son infatigable activité & sa haute intelligence l’appelaient
-parfois à des missions toutes spéciales. L’Étoile nous rapporte de lui,
-sous la date de 1598, un mémoire au roi sur la jonction des deux
-mers[18].
-
- [18] Voir le _Registre-Journal de Henri IV_, éd. Champ, p. 298. Ce
- mémoire se trouve également à la Bibl. nat. Manus. Coll. du Puy. V.
- 88.
-
-Avec un tel maître, Regnier vivait tantôt à Rome, tantôt en France.
-Desportes possédait près de Paris, à Vanves, une maison de campagne où
-il recevait ses anciens amis & les poëtes nouveaux. Quoiqu’il terminât
-sa traduction des psaumes, le vieux maître n’était pas entièrement
-tourné à la sévérité. Il ne nous est rien resté de ce qui a pu se dire
-dans ces réunions où Regnier tenait bien sa place lorsqu’il était à
-Paris; mais un ami de Desportes, le poëte Rapin, a pris soin, dans une
-curieuse élégie latine[19], de nous conserver les noms des familiers de
-la maison: du Perron, Bertaud, Baïf le fils, Gilles Durant, Passerat,
-Gillot, Richelet, Petau, de Thou, du Puy, les frères Sainte-Marthe,
-Pasquier, Hotman, Certon, Le Mareschal[20] & enfin Thibaut Desportes,
-frère de l’abbé de Tiron & grand audiencier de France. Malherbe ne
-paraît pas encore. Il avait été présenté par du Perron à Marie de
-Médicis, lorsqu’elle débarqua à Marseille; ce fut le commencement de sa
-fortune. Mais il ne vint à Paris qu’en 1605, & son intimité avec
-Desportes fut de courte durée. Il contrastait avec tous les personnages
-cités plus haut par la rudesse de ses manières, & Racan, son disciple,
-est sur ce point entièrement d’accord[21] avec Tallemant des Réaux, dont
-nous avons emprunté le récit.
-
- [19] V. Rapin, Œuvres latines & françoises, 1610, pp. 47 à 53,
- _Philippi Portæi exequiæ. Ad Jacobum Gilotum, majorum gentium
- senatorem_.
-
- [20] Conseiller au Parlement de Paris que Desportes choisit pour
- exécuteur testamentaire après lui avoir laissé «un saphix bleu en
- tesmoignaige d’amitié.»
-
- [21] _Mémoires pour la vie de Malherbe_, éd. Jannet, II, 262.
-
-«Sa conversation estoit brusque: il parloit peu, mais ne disoit mot qui
-ne portast. Quelquefois mesme il estoit rustre & incivil, tesmoin ce
-qu’il fit à Desportes. Regnier l’avoit mené disner chez son oncle; ils
-trouvèrent qu’on avoit desjà servy. Desportes le receut avec toute la
-civilité imaginable, & luy dit qu’il luy vouloit donner un exemplaire de
-ses _Pseaumes_, qu’il venoit de faire imprimer. En disant cela, il se
-met en devoir de monter à son cabinet pour l’aller querir. Malherbe luy
-dit rustiquement qu’il les avoit déjà veus, que cela ne méritoit pas
-qu’il prist la peine de remonter, & que son potage valloit mieux que ses
-_Pseaumes_. Il ne laissa pas de disner, mais sans dire mot, & après
-disner ils se separerent & ne se sont pas veus depuis. Cela le brouilla
-avec tous les amys de Desportes, & Regnier, qui estoit son amy & qu’il
-estimoit pour le genre satyrique à l’esgal des anciens, fit une satyre
-contre luy qui commence ainsi:
-
- «_Rapin_, _le favory_, &c.[22]»
-
- [22] Tall., _Hist. de Malherbe_, I, 275.
-
-Malherbe avait du reste ouvert les hostilités contre Regnier lui-même.
-Dans sa haine, on pourrait dire sa jalousie, de toute métaphore, il
-essaya quelque temps auparavant de déprécier le neveu de Desportes dans
-l’esprit du roi. Il est douteux qu’il ait réussi. Une louange mal
-tournée est toujours une louange. Aux yeux de ceux à qui elle s’adresse,
-elle échappe à toute critique par ce qu’elle a de flatteur. Voici
-l’anecdote de Tallemant:
-
-«Malherbe avoit aversion pour les figures poétiques, si ce n’estoit dans
-un poëme épique; & en lisant à Henri IVe une élegie de Regnier, où il
-feint que la France s’éleva en l’air pour parler à Jupiter & se plaindre
-du miserable estat où elle estoit pendant la Ligue, il demandoit à
-Regnier en quel temps cela estoit arrivé? Qu’il avoit demeuré tousjours
-en France depuis cinquante ans, & qu’il ne s’estoit point aperceu
-qu’elle se fust enlevée hors de sa place[23].»
-
- [23] Tall., _Hist. de Malherbe_, I., 294.
-
-La querelle de Malherbe & de Desportes ne poussa pas seulement Regnier à
-écrire sa neuvième satire. Maynard, le disciple de Malherbe, s’étant
-permis quelque quolibet sur Desportes ou sur Regnier, qui tous deux ne
-prêtaient que trop aux mauvaises plaisanteries, le satirique s’échauffa
-& résolut d’avoir par l’épée raison des moqueurs que sa plume n’avait
-pas effrayés. C’est encore à Tallemant qu’il faut demander le récit
-d’une affaire où l’offensé garda le beau rôle depuis le commencement
-jusqu’à la fin.
-
-«Regnier le satirique, mal satisfait de Maynard, le vient appeler en
-duel qu’il estoit encore au lit; Maynard en fut si surpris & si esperdu
-qu’il ne pouvoit trouver par où mettre son haut de chausses. Il a avoué
-depuis qu’il fut trois heures à s’habiller. Durant ce temps-là, Maynard
-avertit le comte de Clermont-Lodeve de les venir séparer quand ils
-seroient sur le pré. Les voylà au rendez-vous. Le comte s’estoit caché.
-Maynard allongeoit tant qu’il pouvoit; tantost il soustenoit qu’une
-espée estoit plus courte que l’autre; il fut une heure à tirer ses
-bottes; les chaussons estoient trop estroits. Le comte rioit comme un
-fou. Enfin le comte paroist. Maynard pourtant ne put dissimuler: il dit
-à Regnier qu’il luy demandoit pardon; mais au comte il luy fit des
-reproches, & luy dit que pour peu qu’ils eussent esté gens de cœur, ils
-eussent eu le loisir de se couper cent fois la gorge[24].»
-
- [24] Tall., _Duels & accommodements_, VII, 609.
-
-Ce n’était pas seulement la haine des métaphores qui poussait Malherbe à
-des sentiments d’hostilité contre Desportes & son neveu. Des raisons
-infiniment moins platoniques guidaient le poëte normand. Ce campagnard
-trouvait dans l’abbé de Tiron l’affirmation de tous ses défauts. Il
-était pauvre, incivil dans ses allures & compassé dans ses vers.
-Desportes était riche; malgré son âge, il était d’une affabilité
-exquise; & ses poésies avaient de la souplesse & de l’élégance. Du côté
-de Regnier, Malherbe avait bien d’autres sujets d’inquiétude. Le poëte
-chartrain était lié avec d’audacieux railleurs, les uns fort bien en
-cour & les autres de bonne roture. Cette école satirique, qui
-s’attaquait avec une étrange violence à tous les personnages ridicules,
-donnait beaucoup de soucis à Malherbe. Elle avait à sa tête Motin,
-Sigognes, Regnier & Berthelot. Motin & Regnier étaient protégés du roi.
-Sigognes, gouverneur de Dieppe, était le secrétaire de la marquise de
-Verneuil; Berthelot, qui n’avait aucune attache officielle, s’était
-rendu important par son audace & sa pétulance. Il prit à partie
-Malherbe[25], se moquant du poëte & de ses amours en termes d’une
-crudité inouïe. Malherbe, pour imposer silence à ce rimeur qui
-l’attaquait dans sa galanterie, dans ses vers & dans sa noblesse, sur
-quoi il était fort chatouilleux, fit administrer des coups de bâton à
-Berthelot par un gentilhomme de Caen du nom de la Boulardière. Il
-espérait avoir ainsi raison d’un mauvais plaisant, mais l’admirée de
-Malherbe, la vicomtesse d’Auchy, ayant donné son approbation à la
-bastonnade, Berthelot se vengea durement. Il poursuivit la dame de ses
-sarcasmes, & pour lui rendre plus piquantes les railleries qu’il
-propageait contre elle, il en empruntait le texte aux pièces même où
-Malherbe exaltait les mérites de la vicomtesse[26]. Regnier eut à son
-tour à souffrir de la turbulence de Berthelot. La chronique scandaleuse
-ne dit pas de quel côté venaient les torts; mais il est à remarquer que,
-dans l’ode où Sigognes a rapporté le combat des deux poëtes, Regnier
-joue constamment le rôle de l’agresseur, vis-à-vis de son adversaire:
-
- Berthelot de qui l’équipage
- Est moindre que celuy d’vn page.
-
- Sur luy de fureur il s’advance
- Ainsi qu’vn pan vers vn oyson,
- Ayant beaucoup plus de fiance
- En sa valeur qu’en sa raison
- Et d’abord lui dict plus d’iniures
- Qu’vn greffier ne faict d’ecritures.
-
- Berthelot auec patience
- Souffre ce discours effronté,
- Soit qu’il le fit par conscience
- Ou de crainte d’être frotté,
- Mais à la fin Regnier se ioue
- D’approcher la main de sa joue.
-
- Aussitost de colere blesme,
- Berthelot le charge en ce lieu
- D’aussi bon cœur comme en caresme
- Sortant du service de Dieu
- Vn petit cordelier se rue
- Sur une pièce de morue.
-
- [25] Voir Tallemant des Réaux, éd. Techener, in-8º, 1854, I, 320,
- notes.
-
- [26] Le lecteur trouvera dans Tallemant, édit. cit., tom. I, 335,
- l’indication des pièces satiriques de Berthelot contre la vicomtesse
- d’Auchy.
-
-Cette grande querelle eut lieu en 1607. Elle n’est point une lutte entre
-ennemis, la longanimité de Berthelot en fait foi. Elle paraît plutôt une
-scène de reproches changée par la vivacité irréfléchie de l’un des
-acteurs en une scène de violence. Une raison sérieuse peut être invoquée
-en ce sens. Deux ans après cet incident, en 1609, un livre publié à
-l’instigation de Berthelot, _les Muses gaillardes_, contient pour la
-première fois le récit du combat, &, par égard pour le poëte battu, les
-noms des lutteurs ont été changés, ils s’appellent Barnier & Matelot.
-
-L’école satirique, dont les maîtres ont été désignés plus haut, est
-aujourd’hui tombée dans l’oubli. Elle s’est pourtant signalée par la
-production d’œuvres caractéristiques. On lui doit la publication
-d’anthologies aujourd’hui fort recherchées des bibliophiles: _la Muse
-folastre_ (1603), _les Muses incogneues_ (1604), _les Muses gaillardes_
-(1609), _les Satyres bastardes du cadet Angoulevent_ & _le Labyrinthe
-d’amour_ (1615), _le Recueil des plus excellens vers satiriques_ (1617),
-_le Cabinet satyrique_ (1618), _les Délices satyriques_ (1620) & enfin
-_le Parnasse satyrique_ (1622). Ici encore Berthelot apparaît dans toute
-sa pétulance. C’est lui qui est le promoteur de toutes ces œuvres
-malsaines. Contenu jusqu’à la mort de Motin, son ami, par l’autorité de
-ce dernier, il donne, à partir de 1616, toute carrière à son avidité de
-scandale, il accole à l’œuvre de Regnier, qu’il proclame ainsi le maître
-du groupe, les pièces qui entreront plus tard dans le _Cabinet
-satyrique_, & ne s’arrête enfin, après la publication du _Parnasse_, que
-devant l’arrêt qui le frappe avec Théophile, Colletet & Frenicle.
-
-On est surpris de ce débordement de la poésie pendant les vingt
-premières années du XVIIe siècle. L’histoire politique donne le secret
-de tant de laideurs. Les guerres de religion, les luttes de la Ligue
-avaient jeté tous les esprits dans un grand trouble. Les haines
-furieuses auxquelles les partis avaient obéi pendant de longues années
-s’apaisaient. Elles faisaient place à des sentiments plus calmes, mais
-encore trop proches des emportements de la veille pour n’en avoir pas
-conservé quelque violence. Tout se pacifiait lentement. L’esprit de
-raillerie seul ne capitulait pas. En lui s’étaient réfugiées les colères
-inassouvies. Aussi les poésies satiriques de 1600 à 1620 dénotent-elles
-plutôt un trouble passager qu’une corruption durable, & des
-excentricités de débauche plutôt que des habitudes d’impudeur. Les
-brutalités de la moquerie n’épargnaient pas même Henri IV. Sigognes, à
-l’occasion du siége d’Amiens, gourmanda crûment le roi trop occupé de
-galanteries. Beautru écrivait l’_Onosandre_ contre le bonhomme
-Montbazon. La satire était partout: pour les grands à la cour, & pour le
-peuple au théâtre. Dans un sixain qui vaut une page d’histoire, le poëte
-contemporain, d’Esternod, a conservé les noms des acteurs justiciers des
-ambitieux grotesques, des personnages ridicules & des dames galantes:
-
- Regnier, Bertelot & Sigongne
- Et dedans l’hôtel de Bourgongne,
- Vautret, Valeran & Gasteau
- Jean Farine, Gautier Garguille,
- Et Gringalet & Bruscambille
- En rimeront vn air nouveau.
-
-La pléiade à la tête de laquelle se trouvait Regnier était ainsi en
-grande réputation, & les apprentis satiriques l’invoquaient au début de
-leurs poëmes. Les uns, à défaut de verve, avaient pour eux le souvenir
-des maîtres moqueurs, les autres avaient tout à la fois l’esprit &
-l’admiration de leurs modèles. Parmi les derniers, Saint-Amant, dans sa
-pièce de _la Berne_, a dit:
-
- Chers enfans de la medisance...
- Vous que Mome en riand aduoue,
- Et dont les escrits font la moue
- A quiconque seroit si sot
- Que d’en oser reprendre un mot;
- Regnier, Berthelot & Sigongne...
-
-Nous croyons avoir établi l’existence d’une école de satiriques opposée
-à l’école de Malherbe. Mais l’antagonisme littéraire n’excluait pas les
-rapprochements de l’inspiration, & plus d’une fois les rangs se
-mêlèrent. Maynard & Racan lui-même, l’auteur de douces bergeries, ont
-laissé des traces de leur voyage au _Parnasse satyrique_. D’autre part,
-Motin figure à côté de Malherbe dans les recueils des plus excellents
-vers du temps[27], & Regnier, placé au seuil du _Temple d’Apollon_,
-commence par une de ses élégies la série des poëmes qui composent cette
-anthologie.
-
- [27] Ces recueils n’ont pas été moins nombreux que les anthologies
- satiriques dont nous avons donné la liste. Les plus importants sont:
- _les Muses françoises ralliées de diverses parts_, par le sieur
- Despinelle, Lyon, 1603; _le Parnasse des plus excellents poetes de
- ce temps_, Paris, 1607; _le Nouveau Recueil des plus beaux vers de
- ce temps_, Paris, 1609; _le Temple d’Apollon_, Rouen, 1611; _les
- Délices de la poésie françoise_, de Rosset, Paris, 1615; _le Cabinet
- des Muses_, Rouen, 1619.
-
-Quelque amour que Regnier eût pour la raillerie, la gausserie, comme on
-disait alors, il faut reconnaître qu’il y apportait une certaine
-réserve. Aucune des pièces où il s’abandonne aux licences de la satire
-n’a paru signée de lui. Les trois éditions de ses œuvres publiées de son
-vivant ne comprennent aucun poëme d’une inspiration trop libre. Il y a
-mieux, par un sentiment de délicatesse dont un observateur attentif
-saisit aisément la portée, il a, dans l’édition de 1609, accrue de deux
-pièces nouvelles, les satires X & XI, placé la satire adressée à
-Freminet devant le Discours au Roi, afin d’éviter, pour ce dernier
-poëme, le voisinage du tableau que Brossette appelle pudiquement _le
-Mauvais Gîte_. Les excentricités poétiques de Regnier nous ont été
-révélées après sa mort, &, selon toute prévision, contre son gré, car il
-n’échappera à personne que, dès 1613, les œuvres de Regnier sont
-grossies de stances & d’épigrammes d’un ton cru, formant le contraste le
-plus inattendu avec les satires mêmes où le poëte s’égaye en toute
-liberté. Un éditeur, ami de Regnier, passionné pour ses moindres
-productions, a tiré de l’ombre les pages que l’auteur avait condamnées,
-& qu’il regardait comme l’écume de son esprit. Plus tard, Berthelot &
-les imprimeurs du _Cabinet_ & du _Parnasse satyriques_ compléteront
-impitoyablement les indications primitives que l’on peut attribuer à
-Motin.
-
-C’est à Rome que Regnier s’adonna tout entier à la satire. Le lieu était
-merveilleusement favorable. Le poëte, dépourvu d’ambition, n’avait à
-craindre de personne autour de lui des reproches à ce sujet. Malgré les
-mille petits soins qui constituaient sa charge auprès du cardinal de
-Joyeuse, il n’était guère entravé dans son penchant pour l’étude ou pour
-l’observation. Il était dans la Rome d’Horace & d’Ovide, aussi bien que
-dans celle de la papauté. Les intrigues, qu’il dédaignait de pénétrer,
-mettaient en mouvement devant lui de curieux personnages. Les aventures
-galantes avaient pour lui un charme dont il a confessé toute l’influence
-dans ses vers. Il a conquis de ce côté tout le terrain abandonné par lui
-dans la carrière diplomatique. Venu trop jeune à Rome, avec un
-tempérament très-ardent, il a de trop bonne heure goûté les
-enchantements des Circés romaines. Maintes fois cependant il est parvenu
-à s’arracher à leurs embrassements, & ces heures d’indépendance nous ont
-donné le poëte que nous admirons.
-
-Dans ces retours à lui-même, Regnier étudiait les poëtes latins dont les
-vers offraient à sa curiosité paresseuse les portraits d’originaux
-indestructibles; & les types qu’il ne pouvait trouver dans Horace ou
-dans Ovide, il les rencontrait dans les poëtes burlesques de l’Italie
-contemporaine. Il n’est même guère douteux que Regnier ne soit entré en
-relations avec l’un d’entre eux, César Caporali, secrétaire du cardinal
-Acquaviva[28]. Ce poëte avait soixante-six ans, lorsque Regnier arriva à
-Rome, & ses œuvres furent publiées[29] peu de temps après, avec les
-satires du Berni, du Mauro, dont il continuait la tradition. Soit que
-Regnier ait personnellement connu cet écrivain, ou qu’il ait été poussé
-par d’autres à étudier ses ouvrages, il s’inspira de ses _Capitoli_. Il
-a notamment imité la satire _del Pedante_, écrite contre un pédant
-orgueilleux.
-
- [28] En décembre 1597, Joyeuse revint en France & laissa le cardinal
- Acquaviva à Rome, comme vice-protecteur des affaires de France. Voir
- d’Ossat, lettres, &c.
-
- [29] In Venetia, presso G. B. Bonfudino, 1592. Rime piacevole di
- Cesare Caporali, del Mauro, e d’altri autori.
-
-Il a également fait des emprunts aux _Capitoli_ du _Mauro_, _in dishonor
-dell’ honore_[30] pour sa IVe satire. Mais tout en prenant de ci de là
-dans autrui, Regnier, copiste indocile, plutôt en quête d’un cadre que
-d’un sujet, modifiait toutes les données du poëme, dans lequel on serait
-mal à propos tenté de le voir commettre de laborieux plagiats. Sur le
-sol remué par d’autres, Regnier prenait pied pour un instant, il faisait
-des reconnaissances, puis bientôt emporté par son inspiration, il
-modifiait le plan primitif. Il abandonnait ce qui aurait gêné son
-allure, substituait ses vues à celles dont la beauté lui paraissait peu
-saisissante, & accumulait des aspects là où le vide occupait trop
-d’espace. Pour se convaincre de l’originalité de Regnier dans
-l’imitation, il suffit de comparer la satire VIII avec celle d’Horace
-(I, 9), _Macette_ & l’_Impuissance_ avec les élégies d’Ovide (_Amours_,
-I, 8, & III, 7). Ce parallèle attrayant met en pleine lumière le génie
-de Regnier, & montre combien était maître de lui ce poëte qui, dans
-l’assujettissement même, échappe à toute entrave, & se montre original
-où de plus célèbres que lui se sont fait un nom.
-
- [30] Il primo libro dell’ opere burlesche di Francesco Berni, del
- Mauro,... in Firenze. 1548, ff. 99 à 162 & 117 à 122.
-
-Cette qualité dominante, qui élève Regnier au premier rang, avait appelé
-sur lui l’attention du frère de Sully, Philippe de Béthune, ambassadeur
-auprès du Saint-Siége. On s’est un peu trop empressé de dire que le
-poëte chartrain avait suivi ce diplomate à Rome en 1601. Nous avons, au
-contraire, vu par un extrait de la correspondance de du Perron à la date
-du 9 novembre 1602, que Regnier était alors en France & qu’il faisait
-encore partie de la maison du cardinal de Joyeuse. Il est même douteux
-qu’il ait eu d’autre patron que ce prélat. La vérité bien probablement
-est que, porteur de communications confidentielles échangées entre
-François de Joyeuse & Philippe de Béthune, dont le cardinal d’Ossat a
-vanté l’exquise affabilité, Regnier aura su gagner les bonnes grâces de
-l’ambassadeur de Henri IV. De là cette VIe satire, que Regnier n’eût
-certes point dédiée à un maître, & ces chansons auxquelles il fait
-allusion dans la même pièce. Il ne nous est rien resté de ces créations
-légères que Regnier traitait comme ses fantaisies satiriques, demandant
-pour elles le bon accueil d’un seigneur aimable, non l’approbation de la
-postérité.
-
-Une autre raison paraît faire obstacle à la tradition d’après laquelle
-Regnier aurait été le secrétaire de Philippe de Béthune. Le frère du
-surintendant est resté cinq ans à Rome[31]. Or Regnier, pendant ce
-temps, est en voyage, tantôt en Italie, tantôt à Paris. Ici, son patron
-le laisse livré à lui-même, partageant ses loisirs entre la pléiade dont
-il est l’âme, & son oncle qui lui impose des travaux dont il ne veut
-plus se charger.
-
- [31] Ses instructions sont datées du 23 août 1601. V. Manus. de la
- Bibliothèque nationale, F. fr. 3484. Ses dernières lettres sont de
- décembre 1605.
-
-Tallemant a raconté, avec la bonhomie propre aux chroniqueurs de ce
-temps-là, un incident qui dut soulever un grand orage dans la maison de
-l’abbé de Tiron. Cet homme circonspect commit un jour une grosse
-imprudence. Il en fut cruellement puni. Rien n’indique toutefois qu’il
-en ait gardé rancune à son neveu. Pour un sot, il n’est pas de colère
-durable entre amis, à plus forte raison entre parents:
-
-«Desportes estoit en si grande réputation, que tout le monde luy
-apportoit des ouvrages pour en avoir son sentiment. Un advocat luy
-apporta un jour un gros poëme qu’il donna à lire à Regnier, afin de se
-deslivrer de cette fatigue. En un endroit cet advocat disoit:
-
- Ie bride icy mon Apollon.
-
-«Regnier escrivit à la marge:
-
- Faut auoir le ceruau bien vide
- Pour brider des Muses le Roy;
- Les Dieux ne portent point de bride,
- Mais bien les Asnes comme toy.
-
-«Cet advocat vint à quelque temps de là, & Desportes luy rendit son
-livre, après luy avoir dit qu’il y avoit de bien belles choses.
-L’advocat revint le lendemain, tout bouffy de colère, &, luy montrant ce
-quatrain, luy dit qu’on ne se mocquoit pas ainsy des gens. Desportes
-reconnoist l’escriture de Regnier, & il fut contraint d’avouer à
-l’advocat comme la chose s’estoit passée, & le pria de ne lui point
-imputer l’extravagance de son nepveu[32].»
-
- [32] Tall., _Hist. de des Portes_, I, 96.
-
-Desportes mourut, le 6 octobre 1606, en son abbaye de Bonport, où il fut
-enterré[33]. L’opulent abbé ne laissait rien à son neveu[34], & le
-testament, découvert en 1853 par MM. Chassant & Bréauté, dans les
-Archives de la vicomté de Pont-de-l’Arche, est venu confirmer d’une
-manière plus intime encore l’inexplicable situation faite à Regnier par
-un oncle qui ne marchandait guère sa protection aux étrangers. Avant de
-juger Desportes sur ce point & de le condamner, il faut lire avec
-attention l’expression de ses volontés dernières. Après avoir laissé à
-ses héritiers les biens qui lui sont venus par successions paternelles &
-maternelles, & les parts acquises d’eux en l’état où elles sont, il
-lègue à son frère de Bévilliers tous ses biens, meubles, acquêts &
-conquêts. Il donne quittance à sa sœur Simonne de toutes les sommes dont
-elle était débitrice tant en principal qu’en intérêt, & il ajoute qu’il
-la tient quitte de tout le maniement qu’elle a eu de son bien jusqu’au
-jour de son décès, moyennant qu’elle baille mille écus à la fille aînée
-Dupont Girard, sa nièce. Simonne Desportes était veuve depuis neuf ans,
-son mari était mort en 1597, à Paris, où il avait été envoyé pour
-traiter d’affaires intéressant la ville de Chartres. L’abbé, qui avait
-une nombreuse famille, ne crut pas devoir favoriser deux têtes dans la
-même branche. Il était du reste fondé à penser que sur ses quatre
-abbayes de Bonport, de Josaphat, de Tiron & des Vaux de Cernay, Mathurin
-Regnier, alors bien en cour, ne faillirait point d’en obtenir une.
-
- [33] V. _Gallia christiana_, XI, 669, l’épitaphe que son frère fit
- inscrire sur son tombeau & à la suite l’éloge de Sainte-Marthe. Voir
- aussi Lenoir, _Musée des monuments français_.
-
- [34] Desportes obtint, le 31 mai 1583, un canonicat en l’église de
- Chartres. Il résigna cette prébende en faveur de son neveu, Jean
- Tulloue, qui prit possession le 11 janvier 1595. V. Souchet,
- _Histoire de Chartres_, t. II, dans les Mémoires de la Société
- archéologique d’Eure-&-Loir.
-
-Ce qui donne quelque valeur à toutes ces suppositions est le passage
-suivant d’une élégie latine de Rapin. Ce poëte, ami de Desportes & de
-Regnier, a décrit dans cette pièce déjà citée[35] les obsèques de l’abbé
-de Bonport, & quoiqu’il ait donné à cette cérémonie une grandeur qu’elle
-n’a pu avoir, puisque le service funèbre n’eut point lieu à Paris, il
-n’est pas douteux cependant que Rapin n’ait voulu, dans ce dernier
-hommage, se montrer l’interprète fidèle des regrets témoignés au mort
-par tous ceux qui l’avaient connu. Voici donc les vers dans lesquels
-Rapin nous fait voir, derrière le cercueil de Desportes, son frère
-Thibaut & Mathurin, son neveu.
-
- [35] V. plus haut, page XXXIII.
-
- Primus ibi frater lente Beuterius ibat
- Ante alios largis fletibus ora rigans.
- Illum non solantur opes, fundique relicti:
- Nec pietas, & amor frena doloris habent.
- Hinc tu tam charo capiti Reniere superstes
- Portœum sequeris proximitate genus;
- Virtutumque quibus clarebat avunculus hæres
- Nativam ore refers ingenioque facem[36].
-
- [36] Rapin, Rec. cit., p. 50. _Portœi exequiæ_.
-
-Cette courte citation permet d’affirmer qu’aucune mésintelligence ne
-subsistait entre Desportes & Regnier. A l’époque où cette élégie fut
-écrite, les dispositions dernières de Desportes étaient connues. Si
-elles avaient pu être considérées comme un témoignage de disgrâce, Rapin
-n’eût pas placé Regnier à côté de son oncle, le grand audiencier de
-France, Thibaut Desportes, sieur de Bevilliers. Dans ce rapprochement,
-le poëte latin a montré les sentiments dont étaient pénétrés ses
-personnages, & ses vers peuvent être invoqués avec autant de confiance
-qu’un document historique.
-
-Il ne fallut pas moins qu’un fils du roi pour empêcher Regnier de
-succéder à l’une des abbayes dont était pourvu Desportes. Mais ce
-prince, illégitime enfant de Henri IV & de la marquise de Verneuil,
-était si jeune alors, qu’on a tout lieu de croire à des machinations
-particulières pour expliquer la mauvaise fortune du poëte. Henri de
-Bourbon, fils de Catherine-Henriette de Balzac, avait six ans[37]
-lorsqu’il reçut les abbayes de Bonport, de Tiron & des Vaux de
-Cernay[38]. Un puissant, blessé par Regnier, prenait sa revanche &
-écartait le satirique des bénéfices auxquels il avait quelque droit de
-prétendre, &, pour lui opposer un obstacle insurmontable, allait
-chercher chez le roi lui-même le successeur de Desportes. Les
-investigations les plus serrées n’ont pu conduire à la découverte du
-mauvais génie dont l’influence l’emporta. Néanmoins Regnier reçut une
-compensation; & ce fut par l’influence du marquis de Cœuvres[39], le
-frère de Gabrielle d’Estrées, qu’il obtint, sur l’abbaye des Vaux de
-Cernay, une pension de 2,000 livres. D’après Tallemant[40], le véritable
-chiffre aurait été de 6,000 livres, & à l’époque où Regnier recevait ce
-bénéfice, il se trouvait en possession d’un canonicat à Chartres. Sur le
-premier point, le témoignage de Regnier vient dissiper toute
-incertitude. Après la mort du roi, le poëte éprouva quelques difficultés
-dans le payement de sa pension, &, au milieu de ses tracasseries, il
-adresse à l’abbé de Royaumont une épître burlesque où il s’exprime
-ainsi:
-
- On parle d’vn retranchement,
- Me faisant au nez grise mine,
- Que l’abbaye est en ruine,
- Et ne vaut pas, beaucoup s’en faut,
- Les deux mille francs qu’il me faut[41].
-
- [37] Il était né en octobre 1601. V. le P. Anselme, _Maison royale de
- France_.
-
- D’après la _Gallia christiana_, Henri de Bourbon naquit en février
- 1603. C’est la date de la légitimation.
-
- [38] Josaphat ne fut pas donnée à Henri de Bourbon. En voici
- probablement le motif. Dès 1594, Desportes avait fait un partage des
- biens de l’abbaye avec ses moines. Il ne convenait pas qu’un prince
- reçût un bénéfice appauvri de la sorte. Voir, pour la suite des
- fortunes de l’abbaye, la _Gallia christiana_, VIII, 1285.
-
- [39] Le marquis de Cœuvres, Annibal-François d’Estrées, épousa en
- premières noces la fille de Philippe de Béthune. Vingt-six ans avant
- son expédition de la Valteline (1626) où il mérita le bâton de
- maréchal de France, il fit une campagne en Savoie. Bien qu’un peu
- fantasque, il a été très-considéré de son temps comme militaire &
- comme politique. Il a laissé des mémoires sur les deux régences de
- Marie de Médicis (1610 à 1617) & d’Anne d’Autriche (1643 à 1650).
- Ces derniers sont demeurés inédits.
-
- [40] _Historiettes_, éd. in-8º, I, 95.
-
- [41] V. p. 203. Pièce publiée pour la première fois par les Elzéviers,
- 1652.
-
-A l’égard du canonicat de l’église de Chartres, deux dates ont été
-proposées par les biographes. D’après Brossette, Niceron & l’abbé
-Goujet, Regnier aurait, le 30 juillet 1604, pris possession d’un
-canonicat obtenu par dévolut en l’église de Chartres pour avoir dévoilé
-une supercherie indigne. Le résignataire, afin d’avoir le temps de se
-faire admettre à Rome, avait pendant plus de quinze jours tenu cachée la
-mort du dernier titulaire, dont le corps avait été enterré secrètement.
-Puis une bûche installée dans le lit du défunt avait, après l’arrivée
-des bulles de la chancellerie romaine, reçu les honneurs publics de la
-sépulture due au chanoine trépassé.
-
-Telle est la légende dont le dernier épisode est la nomination de
-Regnier. Il avait découvert la fraude; on cassa la résignation, & il
-obtint par dévolut le canonicat devenu vacant. L’épigramme sur Vialard,
-rapportée par Ménage dans l’_Antibaillet_[42], a contribué à accréditer
-cette révélation singulière dans l’esprit de Brossette; mais il n’osa
-point aller jusqu’à déclarer que Vialard, compétiteur de Regnier pour le
-canonicat de Notre-Dame de Chartres, fût en même temps l’auteur de la
-supercherie portée à sa connaissance. M. Viollet-le-Duc n’a admis
-l’historiette ni dans son édition de 1822, ni dans celle de 1853. M.
-Lacour l’a également rejetée par un sentiment de défiance étendu à
-toutes les particularités bizarres de la vie de Regnier[43]. M. de
-Barthélemy s’est prononcé hardiment contre Vialard, & les autres
-éditeurs se sont bornés à répéter sans examen ce qu’avait écrit
-Brossette.
-
- [42] 1688, II, 343.
-
- [43] Cette défiance aurait dû empêcher M. Lacour de publier _en
- français_ la profession canonique de Regnier, comme le seul
- autographe que nous ayons du poëte.
-
-Avec M. Viollet-le-Duc, M. Lucien Merlet, archiviste du département
-d’Eure-&-Loir, s’est montré hostile à une anecdote dont l’origine est
-obscure & dont le caractère est douteux. Pour prendre parti dans le même
-sens, les nouveaux biographes de Regnier peuvent invoquer de sérieuses
-considérations. Tout d’abord notre poëte a succédé à Claude Carneau[44],
-& le décès de ce chanoine ne paraît avoir été signalé par aucune
-circonstance extraordinaire[45]. D’un autre côté, Félix Vialard, en qui
-l’on serait tenté de voir le compétiteur déjoué par Regnier, était
-prieur de Bû, près Dreux. Le 2 octobre 1613, il est devenu chanoine de
-Chartres. Peut-on dès lors, en l’absence d’informations précises,
-supposer que ce prêtre ait commencé sa carrière[46] par des manœuvres
-sacriléges? Ne convient-il pas enfin d’observer que la prise de
-possession de Regnier n’est pas du 30 juillet 1604, mais bien du 3
-juillet 1609? Cette dernière date est établie par le texte de la
-profession canonique dont nous devons la découverte à M. Merlet. Ce
-document, reproduit plus bas en fac-simile d’après le livre de réception
-des chanoines de Chartres, est conçu en ces termes:
-
- _Ego Mathurinus Renier canonicus Carnotensis, juro & profiteor omnia &
- singula quæ in professione fidei continentur[47] a me emissa[48] coram
- dominis de capitulo &[49] suprascripta. Ita deus me adjuvet. Actum
- Carnuti anno Domini 1609, die 3º julii._
-
- M RENIER
-
- [44] «Par mort,» ajoute le Registre de réception des chanoines dont M.
- Lecocq a bien voulu m’envoyer un extrait.
-
- [45] Les funérailles de Carneau offrent cependant une particularité.
- Elles furent accomplies pendant la nuit. Voici du reste l’extrait
- des registres de l’état civil de la paroisse de Saint-Saturnin:
-
- «Le 15e juin 1609, déceda discrète personne maistre Claude Carneau,
- vivant chanoyne de Chartres, & fut inhumé en l’églyse de céans
- _nuictamment_.»
-
- [46] La carrière ecclésiastique de Félix Vialard ne fut pas brillante.
- Elle semble avoir été arrêtée court. En 1622, il quitta le diocèse
- de Chartres pour celui de Meaux, où il mourut le 4 juillet 1623,
- doyen du chapitre, à l’âge de trente-six ans. Cependant son frère
- puîné, Charles, est devenu général des Feuillants & évêque
- d’Avranches, & son neveu, Félix, né en 1613, a été nommé évêque de
- Châlons-sur-Marne à vingt-sept ans.
-
- [47] La lecture de ce mot a soulevé bien des doutes. Mon compatriote,
- M. Ulysse Robert, de la section des manuscrits de la Bibliothèque
- nationale, a lu dans les deux parties de ce mot: _Christiane_. M.
- Léopold Delisle, juge de la question, a approuvé le sens fourni par
- cette lecture. M. Lucien Merlet, d’autre part, tout en reconnaissant
- qu’il y a matière à difficulté, invoque pour maintenir
- _continentur_, la comparaison des autres formules de profession, où
- le mot douteux se retrouve toujours, & peu lisiblement écrit.
-
- [48] Ici trois mots biffés: _& supra scripta_.
-
- [49] Surcharge. Sous le mot _et_, on lit distinctement _die_.
-
-Cet avancement marque une phase nouvelle dans la vie de Regnier. A
-compter de ce jour, toutes ses relations se concentrent. Jusqu’ici
-d’ailleurs nous l’avons vu se mouvoir dans un cercle assez resserré
-d’amis littéraires, ou d’hommes politiques unis par des liens de
-famille. Desportes, favori d’Anne de Joyeuse & de Villars, fait attacher
-son neveu au cardinal, protecteur des affaires de France. Chez son
-oncle, Regnier a rencontré l’héritier de l’amiral, Georges de Brancas
-Villars, époux d’une sœur de Gabrielle d’Estrées, & par conséquent le
-beau-frère du marquis de Cœuvres. Son ami Charles de Lavardin, abbé de
-Beaulieu à sept ans, évêque du Mans à quinze, était par Catherine de
-Carmaing, sa mère, parent du comte de Montluc. Bertault, condisciple de
-Du Perron, avait été poussé par celui-ci chez Desportes. Regnier avait
-connu Freminet à Rome; dans cette même ville, il avait su intéresser à
-lui Philippe de Béthune. Il avait rencontré à Vanves Rapin & Passerat.
-Avec Motin, il se dérobait aux sujétions mondaines que lui imposait le
-séjour de Paris. Lorsqu’il eut été reçu chanoine de Chartres, il devint
-bientôt l’hôte assidu de son évêque, Philippe Hurault, fils du
-chancelier de Chiverny, petit-fils de Christophe de Thou. A ce double
-titre, le prélat trouvait dans Regnier, en même temps qu’un poëte, un
-intime, presque un proche.
-
-Cette liaison était particulièrement précieuse pour le poëte chartrain.
-L’évêque était en même temps un abbé. Il avait un palais épiscopal & des
-maisons des champs. Ces retraites délicieuses, abbayes de princes,
-s’appelaient Pont-Levoy, Saint-Père, La Vallace & surtout Royaumont. Le
-chancelier en avait fait pourvoir son fils dès 1594, avant même qu’il
-eût quitté le collége de Navarre. Dans l’esprit du vieux politique,
-l’abbaye de Saint-Père devait assurer à Philippe Hurault la succession
-de son oncle Nicolas de Thou. Ce calcul ne fut pas trompé. En 1598,
-l’évêque de Chartres mourut. Philippe, nommé au siége épiscopal, ne fut
-consacré que dix ans plus tard, selon le droit de régale[50].
-
- [50] Voir, sous la date du 28e jour d’aoust 1608, le procès-verbal de
- réception de Me Philippe Hurault, abbé commendataire des abbayes de
- Pont-Levoy, Saint-Père, Royaulmont & La Vallée, Conseiller du roy en
- son conseil d’État & privé, par Claude Nicole, licencié ez lois,
- chambrier, juge & garde général de la juridiction temporelle du Rév.
- Père en Dieu, Me Philippe Hurault, évesque de Chartres.
-
- (Biblioth. de Chartres. Papiers de l’abbé Brillon.)
-
-Pour obtenir l’abbaye de Royaumont, le chancelier se tourna vers un
-autre de ses parents, Martin de Beaune de Semblançay, qui en était le
-commendataire, & qui occupait l’évêché du Puy. Par suite des
-prodigalités de ce personnage, la vieille abbaye était fort délabrée, &
-le peu de revenus qu’on en pouvait tirer étaient saisis par les
-créanciers du prélat. Le bénéfice n’était donc plus tenable. Martin de
-Beaune résigna la commande; Philippe Hurault en fit pourvoir son fils
-par brevet du roi & par arrêt du conseil. Pour prix d’une complaisance
-qui lui coûta seulement le titre d’abbé, Martin de Beaune jouit jusqu’à
-sa mort des produits de l’abbaye. Entre les mains de son nouveau maître,
-la fondation de saint Louis se releva promptement, & reprit bientôt sa
-place parmi les plus belles résidences du royaume. Regnier fit de longs
-séjours à Royaumont. Le temps des grands voyages était passé pour lui.
-Dans cette pittoresque Thébaïde, le poëte goûtait, après bien des années
-d’agitation stérile, le repos & l’indépendance qui avaient manqué à sa
-jeunesse. Il semblait même que la fortune, cette grande capricieuse, se
-tournait vers lui au moment où il ne la recherchait plus. Il avait été
-chargé d’écrire les poëmes & les devises de l’entrée de Marie de Médicis
-à Paris, après son couronnement à Saint-Denis. La mort de Henri IV
-survint inopinément & ces projets de fêtes pompeuses firent place à des
-cérémonies funèbres[51]. Regnier perdait avec son roi le seul protecteur
-qui lui était resté. A partir de ce moment, le poëte, rebuté par les
-déceptions, se replie sur lui-même. Il devient irritable & ne se
-manifeste plus que par des plaintes. Mais si son humeur est aigrie, son
-génie reste intact. Des transports de sa colère, il écrit son admirable
-satire de _Macette_[52]. Ressaisi enfin & égaré par le démon de sa
-jeunesse, quoiqu’il s’en défende devant Forquevaus, il meurt à Rouen, où
-il était allé chercher clandestinement, où il croyait avoir trouvé la
-guérison d’un mal inavouable.
-
- [51] J’ay veu de Regnier escrit à la main, l’entrée qui devoit être
- faite à la reyne Marie de Medicis à Paris, avec toutes les
- inscriptions composées par luy. Mais la mort de Henri IV survenuë
- inopinément, empecha cette grande ceremonie & fit supprimer cet
- ouvrage. Il est facile de voir dans ces vers que Regnier aymoit la
- desbauche.
-
- (Rosteau, _Sentences sur divers escrits_. Manuscrit de la Bibl.
- Sainte-Geneviève.)
-
- [52] Ce poëme fut accueilli avec une grande faveur, &, en 1643, il
- contribuait encore, pour beaucoup, à la vogue constante des œuvres
- du poëte chartrain. Le maître des Comptes Lhuillier, père de
- Chapelle, écrivait au grave mathématicien Bouillaud, chez M. de
- Thou: «Je vous prie de chercher sur le Pont-Neuf, ou en la rue
- Saint-Jacques, ou au Palais, les Satyres; elles se vendent imprimées
- seules, in-8º. Ce sont celles que j’aymerois le mieux; mais je
- crains qu’elles ne soient mal aisées à trouver. Il y en a d’autres
- fort communes, imprimées avec un recueil d’assez mauvais vers & mal
- imprimées. A défault des autres, vous prendrés celles là s’il vous
- plaist & séparerés les Satyres, que vous m’envoirés dans un paquet
- tout comme vous les aurés tirées. Mais il y a encore à prendre garde
- qu’en une impression ancienne la _Macette_ manque, qui est la
- meilleure pièce & qui commence: _La fameuse Macette_.» Cet extrait
- de la correspondance de Lhuillier avec Bouillaud, donné par M.
- Paulin Paris dans le quatrième volume de son édition de Tallemant,
- est doublement précieux. Il nous montre à quel degré de rareté
- étaient déjà parvenues, trente ans après la mort de Regnier, les
- éditions originales des satires.
-
-«Regnier, dit Tallemant, familier avec les plus répugnantes confidences,
-Regnier mourut à trente-neuf ans à Rouen, où il estoit allé pour se
-faire traiter de la verolle par un nommé Le Sonneur. Quand il fut guéry,
-il voulut donner à manger à ses médecins. Il y avoit du vin d’Espaigne
-nouveau; ils lui en laissèrent boire par complaisance; il en eut une
-pleurésie qui l’emporta en trois jours[53].»
-
- [53] _Hist. de Desportes_, éd. in-8º, I, 96.
-
-Regnier mourut dans l’hôtellerie de l’Écu d’Orléans, rue de la Prison,
-proche le vieux marché. Ses entrailles furent déposées dans l’église
-Sainte-Marie-Mineure, que l’on voit encore au coin de la rue des
-Bons-Enfants où elle sert aujourd’hui de synagogue[54]. Le corps du
-poëte, enfermé dans un cercueil de plomb, fut, selon son vœu, inhumé à
-l’abbaye de Royaumont.
-
- [54] V. La _Revue de Normandie_, année 1868, p. 611.
-
-La réputation de Regnier, déjà grande de son vivant[55], s’accrut encore
-après lui. Cet hommage à la mémoire du poëte est attesté d’abord par les
-nombreuses éditions qui furent données de ses œuvres de 1613 à 1626.
-Pendant ce court espace de temps, les satires furent réimprimées chaque
-année. Il y a plus, on connaît pour 1614 cinq éditions[56] de Regnier.
-
- [55] On lit dans le _Registre-journal de Henry IV_, par l’Estoile,
- édition Champollion, t. II, p. 494, sous la date du 15 janvier 1609:
-
- «Le jeudi 15, M. D. P. (Du Puy) m’a presté deux satyres de Reynier,
- plaisantes & bien faites, comme aussi ce poete excelle en ceste
- maniere d’escrire, mais que je me suis contenté de lire, pour ce
- qu’il est après à les faire imprimer.»
-
- Et plus loin:
-
- «Le lundi 26, j’achetai les Satyres du sieur Renier, dont chacun
- fait cas comme d’un des bons livres de ce temps, avec une autre
- bagatelle intitulée: _le Meurtre de la Fidélité_, espagnol &
- françois. Elles m’ont cousté les deux, reliées en parchemin, un
- quart d’escu.»
-
- [56] Rouen, Jean du Bosc; Paris, Ant. du Breuil, Pierre Gobert,
- Lefevre, & Abr. Guillemau.
-
-Au-dessus de ces preuves matérielles de l’estime des contemporains, il
-faut placer des témoignages plus motivés. Sur ce point, l’histoire nous
-réserve mainte surprise, car Regnier a eu pour admirateurs des esprits
-absolument opposés, dont on pourrait dire qu’ils ne sont jamais tombés
-d’accord si ce n’est au sujet du poëte chartrain.
-
-Au premier rang des juges de Regnier, se place le père Garasse.
-Indépendamment de sa prédilection pour les satires, le fougueux jésuite,
-l’adversaire de Pasquier & le dénonciateur de Théophile, trouvait dans
-leur auteur un auxiliaire pour combattre ses ennemis. A l’un, il
-reprochait de n’avoir pas, dans son tableau de la poésie française, cité
-Regnier comme un maître; à l’autre, il faisait un crime de son impiété,
-lui montrant dans Regnier le pécheur & le pénitent. Les citations des
-satires abondent non-seulement dans les _Recherches des Recherches_[57],
-mais dans _la Doctrine curieuse_[58]. Elles constituent pour Garasse un
-élément de réquisitoire & comme la déposition d’un témoin.
-
- [57] Paris, Chappelet, 1622. Pp. 112, 177, 179, 260, 401, 526, 570,
- 648, 687, 913 & 951.
-
- [58] Paris, Chappelet, 1623. Pp. 36, 49, 61, 86, 123, 351, 428, 446,
- 907 & 971.
-
- L’épitaphe de Regnier, tirée des _Recherches_, se retrouve dans _la
- Doctrine curieuse_, p. 107. Garasse, parlant de l’auteur, le traite
- «de jeune libertin, lequel se voyant abandonné des médecins en la
- fleur de son aage, composa luy mesme son épitaphe, au lieu de songer
- à vne bonne & genéralle confession de sa vie.»
-
- Puis il ajoute: «Il est vray que cette fougue de jeunesse peut estre
- excusée en certaine manière, & en effect son autheur estant relevé
- changea bien d’advis & de façon de vivre, quoy qu’il y ait faict des
- vers assez libertins.
-
- «Morte tamen laudandus erit, nam fine decoro
- Hoc tantùm fecit nobile, quod periit.»
-
-Il serait assurément fort intéressant d’examiner avec quelque détail le
-personnage que Garasse a fait de Regnier dans ses deux volumes; mais
-cette digression nous conduirait trop loin. Ce qui importait au sujet,
-la preuve de la vieille réputation de notre poëte, est maintenant
-établi.
-
-Entre Garasse & Boileau, qui, le dernier venu, mais non le moins
-autorisé, proclama Regnier le maître de la satire, & le choisit
-hautement pour modèle, apparaissent Colletet & Mlle de Scudéry.
-L’historiographe de nos poëtes s’était proposé d’écrire une notice
-importante sur la vie de Regnier. Par malheur, il s’en est tenu aux
-premières pages de son travail, qui n’a point été achevé. Aucun
-éclaircissement n’a été donné sur l’existence du poëte. En cette
-occasion, la curiosité se trouve encore inutilement mise à l’épreuve.
-Toutefois les considérations générales qui nous restent méritent d’être
-recueillies. Elles montrent comment Regnier était vu par un critique
-familier avec tous nos poëtes, & les exagérations mêmes de Colletet sont
-précieuses pour nous, parce qu’elles ont tout le relief d’une opinion
-universellement admise. Le morceau que nous allons offrir au lecteur
-est, en définitive, un portrait du temps. Certains traits sembleront
-trop lourds, d’autres paraîtront à peine indiqués, toutes ces
-imperfections tiennent à l’optique d’alors. Elles ajoutent à la
-sincérité du tableau, qui se recommande par un abandon & une franchise
-compatibles avec la plus grande justesse.
-
-Colletet prend son récit d’un peu haut. Afin de proportionner la
-citation qui va suivre au cadre de cette notice, il est nécessaire d’en
-restreindre les termes au sujet qui nous occupe:
-
-«Le roi Henry le Grand étoit l’ennemy des flatteurs & des lâches. Il lui
-importoit peu qu’ils fussent publiquement reconnus pour ce qu’ils
-estoient; si bien que sous son regne, la satyre s’acquit un tel credit,
-qu’il n’y avoit point de poete à la Cour qui, pour acquerir du nom, ne
-se proposast de marcher sur les pas d’Horace & de Juvenal, & de faire
-apres eux des satyres à leur exemple. Mais certes, celuy qui l’emporta
-bien loin dessus les autres dans ce genre d’écrire, qui offusqua les
-Motin, les Berthelot & les Sigognes, & qui devint mesme plus qu’Horace &
-plus que Juvenal en nostre langue, ce fut l’illustre Regnier; esprit en
-cela d’autant plus admirable qu’entre les nostres, il n’y en avoit pas
-encore eu qu’il eust peu raisonnablement imiter. Car encore que nos
-anciens Gaulois eussent composé des sirventes, que François Villon, que
-François Habert, que Clement Marot & quelques autres eussent fait des
-Satyres, c’estoit à dire vray, plustost de simples & froids coqs à
-l’asne, comme ils les appeloient alors, que de veritables poemes
-satyriques. Aussi Ronsard l’advoue luy-même lorsqu’il dit dans une
-Elegie à Jean de la Peruse, que jusques en son temps aucun des François
-n’avoit encore réussi ny dans la satyre, ny dans l’epigramme, ce qu’il
-espere un jour devoir arriver:
-
- L’vn la satyre & l’autre plus gaillard
- Nous sallera l’épigramme raillard.
-
-«Mais, si d’un coté il y eut beaucoup de difficultés dans ce travail
-pour Regnier, il y eut beaucoup de gloire pour luy à l’entreprendre,
-puisqu’il y réussit de telle sorte que le vray caractere de la Satyre se
-rencontre dans les siennes, car la Satyre n’a pour fin & pour objet que
-l’imitation des actions humaines. Quel autre poete les a mieux & plus
-vivement représentees aux yeux des hommes? Et comme ces actions sont
-diverses, quel autre en a mieux encore representé l’agreable varieté?
-Dans la vive peinture qu’il en a faite, ne rend-il pas les unes dignes
-de pitié & de commiseration, les autres dignes de mespris & de haine,
-les autres dignes de risée? En effet, c’est dans ses escrits que l’on
-peut voir les ambitieux & les avares, les ingrats & les prodigues, les
-superbes & les vains, les flatteurs & les babillards, les parasites &
-les bouffons, les medisans & les paresseux, les debauchés & les impies
-fournir une ample carriere à sa muse ulceree & un libre exercice à sa
-plume piquante, ce qu’il fait avec tant de sel & de pointes d’esprit,
-des ironies tellement naturelles & avec des railleries si naïves, qu’il
-est bien malaisé de le feuilleter sans rire & sans en même temps
-concevoir l’aversion qu’il prétend inspirer des imperfections & des
-crimes des hommes. Ainsi cela s’appelle dorer la pilule pour la faire
-avaler plus doucement. Il guerit insensiblement par elle les uns de leur
-noire melancolie & degage les autres des attachements coupables, & en
-cela comme il avoit exactement feuilleté les escrits des anciens poetes
-latins que j’ay nommés & italiens modernes, il ne feint point d’en
-transporter les plus beaux traits dans ses escrits, & d’enrichir ainsi
-la pauvreté de nostre langue de leurs plus superbes despouilles.
-
-«Aussi dès qu’il eut publié ses Satyres, on peut dire qu’elles furent
-receues avec tant d’applaudissements que jamais ouvrage n’a mieux été
-receu parmi nous. Les differentes editions qui en ont été faictes dans
-presque toutes les bonnes villes de France & dans la Hollande mesme,
-sont des preuves immortelles de cette verité que j’avance.»
-
-Une énumération complète des panégyriques de Regnier serait de peu
-d’utilité. Le mot d’ordre a été donné par Colletet. Il ne variera guère.
-Que l’on juge le poëte isolément ou qu’on l’oppose à ses rivaux, il
-excelle & il l’emporte. Il excelle parmi les satiriques parce que «il
-peint les vices avec naïveté & les vicieux fort plaisamment. Ce qu’il
-fait bien est excellent, ce qui est moindre a toujours quelque chose de
-piquant[59].» Regnier l’emporte sur Malherbe & sur Boileau, parce qu’il
-écrit sous la dictée de son franc parler, parce qu’il recherche dans les
-libertés du langage, & non dans les apprêts du style, les mots les plus
-propres à rendre sa pensée. Il s’abandonne aux mouvements de l’instinct
-& répugne aux calculs de la réflexion. Une rudesse généreuse & une
-sensibilité originale relèvent ce penchant & lui donnent le niveau des
-plus hautes aspirations.
-
- [59] Mlle de Scudéry, _Clelie_, part. IV, liv. II.
-
-Avec ces tendances positives, Regnier s’est créé une langue vigoureuse
-qui fournit ample matière à l’étude. Par les archaïsmes dont ses vers
-offrent de fréquents exemples, il nous ramène en arrière vers les poëtes
-du milieu du XVIe siècle, dont il a fait sa lecture favorite; par le
-tour & la vivacité de sa pensée, il nous porte en avant & il devient un
-des précurseurs de la poésie moderne.
-
-L’Italie a eu quelque influence sur Regnier; mais il ne faut la chercher
-ni dans le petit nombre de mots étrangers[60] qui se trouvent dans les
-satires, ni dans les exagérations burlesques dont le portrait du pédant
-est notamment entaché. Regnier n’a pas subi le joug du comique
-ultramontain, & la satire de l’_Honneur_, bien qu’elle soit imitée du
-Mauro, témoigne d’une répugnance marquée pour l’esprit outré de
-caricature & de bouffonnerie qui est le propre du génie berniesque.
-C’est par ses mœurs que le poëte montre combien a été puissante sur lui
-l’action de l’Italie. Il dépeint tout crûment, dans la pleine lumière du
-ciel romain, avec une impatience de l’effet qui trahit l’homme
-passionné, le viveur hâté de vivre & d’un tempérament assez fort, d’un
-esprit assez vigoureux pour suivre longtemps sans être brisé les
-emportements de sa nature. Pendant la plus grande partie de sa vie,
-Regnier a été sous le charme des amours libres. Il s’est quelquefois
-plaint d’être devenu la victime des importuns, il a été la proie des
-courtisanes. Malgré ces dangereuses promiscuités, il est demeuré sans
-flétrissure. Il a échappé au vice par l’amour du beau, &, par sa foi
-dans l’honneur, il est resté incorruptible au sein des corruptions.
-
- [60] _Barisel_, _catrin_, _matelineux_, _tinel_, _tour de nonne_,
- _quenaille_, & _faire joug_. Les deux derniers mots étaient entrés
- depuis longtemps dans notre langue quand Regnier s’avisa d’en faire
- emploi. _Quenaille_ pour _canaille_, de _canaglia_, a remplacé notre
- énergique mot de _chiennaille_.
-
- V. Boucicaut, I, 24:
-
- Que il vendroit cher à ceste chiennaille sa mort.
-
- Des italianismes, qui n’existaient pas dans l’édition de 1608, sont
- entrés dans les réimpressions suivantes. Ainsi _ne coucher de rien
- moins que l’immortalité_ est devenu, en 1609 & 1612, _ne coucher de
- rien moins de l’immortalité_. Jusque-là il n’y avait qu’un emprunt
- du poëte à un idiome voisin du nôtre, l’éditeur de 1613 vint tout
- compliquer par une faute typographique. Il écrivit ce vers qui n’est
- d’aucune langue:
-
- Ne touche de rien moins de l’immortalité.
-
-La langue de Regnier porte en elle les traces de toutes les agitations
-du poëte. Quand l’enchaînement méthodique des mots devient une entrave
-pour la pensée, ou met obstacle à l’expression d’une autre idée, Regnier
-n’hésite pas à rompre la période commencée. De là des disjonctions
-fréquentes qui déconcertent le lecteur ressaisi plus loin par la
-justesse & la au prologue de la farce de Cuvier, dans les plaintes de
-Jacquinot:
-
- Touiours ma femme se demaine
- Comme ung saillant[61].
-
- [61] Regnier avait poussé ses lectures assez loin. Dans _Macette_, on
- reconnaît des vers du _Roman de la Rose_.
-
- A donner aiés clos les poins
- Et à prendre les mains overtes,
-
- dit la Vieille du Roman, & Macette à son tour répète:
-
- A prendre sagement ayez les mains ouuertes.
-
-Cette dernière observation nous amène à la variabilité du participe
-présent. Dans la plupart des cas, l’accord existe; néanmoins cette règle
-subit de fréquentes exceptions:
-
- Des chênes vieux
- Qui _renaissant_ sous toy reuerdissent encore.
- Ces tiercelets des poetes
- Qui par les carefours vont leurs vers _grimassans_.
- Que Ronsard, du Bellay _viuants_ ont eu du bien.
- Qui _viuans_ nous trahit & qui morts nous profite.
- O chétifs qui _mourant_ sur vn livre.
- Puisque _viuant_ ici de nous on ne fait compte.
-
-Comme extension de l’accord, il y a lieu de citer l’exemple suivant:
-
- le Lapite
- Qui leur fist à la fin enfiler la garite,
- Par force les _chassants_ my morts de ses maisons.
-
-Dans l’étude de la langue de Regnier, les permutations de lettres ont
-une certaine importance, & il est d’une grande utilité de distinguer
-celles qui sont du fonds de la langue de celles qui tiennent aux
-habitudes typographiques.
-
-Ainsi le mot _roussoyante_ dans ce vers:
-
- De la douce liqueur roussoyante du ciel,
-
-n’est pas, comme l’a supposé Brossette, un dérivé du primitif _roux_.
-Cette expression est le mot _rosoyante_, de _rosée_. Par permutation _o_
-est devenu _ou_, comme dans _trope_, _coronne_, dont on a fait _troupe_,
-_couronne_. Enfin par un accident typographique assez commun, l’_s_ a
-été doublé ainsi qu’en d’autres cas l’_ss_ par erreur a été abandonné
-pour l’_s_ simple. On remarque en effet dans Regnier même cette dernière
-particularité:
-
- Qu’un esprit si rasis ait des fougues si belles.
-
-L’emploi typographique du _c_ pour l’_s_ a provoqué plus d’une méprise
-qu’il importe de signaler. _Cycatricé_, qui est une faute d’impression
-dans l’édition de 1613, a passé pour une leçon exacte & originale; aussi
-quelques commentateurs sont-ils allés jusqu’à chercher une acception
-particulière pour ce mot. Malgré tant d’efforts, _cycatrisé_ est
-l’expression consacrée par les trois premières éditions des satires de
-Regnier dans lesquelles chacun peut lire ces vers:
-
- Pour moy, si mon habit partout cycatrisé,
- Ne me rendoit du peuple & des grands mesprisé.
-
-Ces permutations de lettres doivent être examinées de près. Dans
-l’exemple cité plus haut, la rime offrait un éclaircissement dont il
-fallait tenir compte. Le sens intime joue encore un plus grand rôle. Il
-permet seul de conserver ou d’éliminer la lettre propre ou étrangère au
-mot.
-
-Ainsi, dans la satire VII, Regnier, s’adressant au marquis de Cœuures,
-lui dit:
-
- Comme a mon confesseur vous ouurant ma pensée
- De ieunesse & d’amour follement insensée,
- Ie vous conte le mal où trop enclin ie suis.
-
-_Follement insensée_ est la leçon donnée par 1613. Elle paraît
-acceptable. Il y a là cependant encore une infidélité au texte original,
-qui porte:
-
- De ieunesse & d’amour follement incensée.
-
-Sans contredit, ici l’expression l’emporte par la vigueur. Elle nous
-semble bizarre parce qu’elle n’est pas venue jusqu’à nous; mais elle est
-bien d’une langue néo-latine en veine de jeunesse & de caprices.
-
-Le cadre restreint de cette notice ne nous permet guère de nous attarder
-sur tous les points de notre sujet. Des indications rapides & propres à
-conduire les lecteurs à d’autres découvertes constituent uniquement
-notre tâche. Souvent une singularité passe pour une erreur, & l’on
-serait tenté de corriger le texte, lorsque le rapprochement d’autres
-auteurs vient justifier l’anomalie apparente. Ainsi les mots _Arsenac_,
-_Jacopins_ & _Juys_ semblent autant de barbarismes. Or les deux premiers
-mots doivent être conservés: _Arsenac_ est dans Malherbe, & Ménage
-explique _Jacopins_. Enfin _Juys_ est une prononciation figurée, la
-lettre _f_ étant muette devant une consonne. Naïfveté, veufve, Juifs.
-
- Touiours iniuste mort, les meilleurs tu rauis,
- Trois bons princes tu mets hors du conte des vifs[62].
-
- [62] Voir Brachet, _Grammaire de la langue du XVIe siècle_, p. CI.
-
-Si la lecture des auteurs du XVIe siècle est nécessaire pour éclaircir
-les archaïsmes & les singularités de la langue de Regnier, elle n’est
-pas moins utile pour déterminer la valeur du poëte comme écrivain. Les
-faux panégyristes, qui étudient un personnage littéraire en prenant soin
-de faire le vide autour de leur héros, s’exposent à voir dans cette
-idole des originalités qu’elle n’a pas, &, de méprise en méprise, à
-méconnaître des beautés vraiment dignes d’admiration. Pour un certain
-nombre de vers très-serrés, où la pensée, concise & nette comme une
-maxime, s’enlève avec vigueur sur le fond du récit, on a voulu faire de
-Regnier un créateur d’axiomes. Ce jugement est trop large, & partant il
-devient inexact. La création n’est point ainsi à portée de la main.
-Regnier a puisé dans nos vieux proverbes, &, avec la seule tendance de
-son esprit vers la simplicité & la lumière, il leur a donné de la
-rondeur & de l’éclat. Il a pris un peu partout, dans le langage du
-peuple qui souvent de deux dictons en fait un[63], & dans l’espagnol qui
-pour être pittoresque sacrifie parfois la clarté[64]. Plus
-habituellement il exploite le fonds commun des axiomes nationaux ou
-nationalisés par leur accession à notre langue. Il s’est ainsi servi de
-cette admirable locution: «tomber de la poële en la braise,» qui est
-signalée par Henri Estienne[65], & qui se rencontre dans Théodore de
-Bèze[66]; & il a pris dans le trésor de nos sentences le vers final qui
-termine sa troisième satire:
-
- On dit communement en villes & villages
- Que les grands clercs ne sont pas les plus sages[67].
-
- [63] Faire barbe de paille à Dieu. Voir H. Estienne, _Precellence du
- Langage françois_, Paris, 1579, & Bouchet, _Serée_ 35, Paris, 1597.
-
- [64] Les Espagnols disent en effet: «Corsario à corsario, no hay que
- ganar que los barillos d’agua.» De corsaire à corsaire, il n’y a
- rien à gagner que des barils d’eau. Il s’agit ici des barils d’eau
- douce que les corsaires emportaient à leur bord & qui constituaient
- la plus précieuse partie de leur fret.
-
- V. Brantôme, éd. Jannet, II, 52.
-
- Pour simplifier ce proverbe, Regnier a supprimé les expressions à
- éclaircir & il nous a laissé le dicton:
-
- Corsaires à corsaires
- L’un l’autre s’attaquant ne font pas leurs affaires.
-
- [65] _Precellence du Lang. fr._ Éd. cit., p. 146.
-
- [66] _Reveille matin des François_, 1574. Dial. II, p. 134.
-
- [67] V. _le Recueil des sentences notables, &c._, de Gabriel Murier.
- Anvers, 1568, in-12.
-
-Mais ce n’est pas dans ces imitations que se trouve l’originalité
-véritable de Regnier & la marque de son génie. Personne n’attend ici des
-extraits qui, pour être complets, occuperaient des pages entières. Nous
-examinons la langue du maître, nous sondons le terre-plein des mots pour
-y découvrir le pur métal &, si l’on peut dire, l’or de la pensée. A
-chaque pas l’étincelle jaillit du sol & la lumière s’élève en nous
-montrant les visions du poëte:
-
- Ces vaillans
- Qui touchent du penser l’estoille poussinière.
- Macette
- Dont l’œil tout pénitent ne pleure qu’eau benite.
-
-Voici l’honneur:
-
- Ce vieux saint que l’on ne chôme plus...
- Et ces femmes qui l’ont
- D’effet sous la chemise & d’apparence au front.
-
-Bientôt les jeunes pensers cèdent aux vieux soucis; le poëte souffre, il
-estime que nous vivons «à tastons,» que la terre n’est plus un lieu
-tutélaire,
-
- Vn hospital commun à tous les animaux.
-
-Mécontent de la fortune, déçu par l’amour & accablé par la maladie,
-Regnier se tourne vers Dieu, & quoique la prière soit pour son esprit
-une épreuve sévère, là encore il retrouve les élans, pour parler sa
-langue même, les _fougues_ habituelles de sa pensée.
-
-Toy, dit-il à Dieu,
-
- ... Toy, tu peux faire trembler
- L’vniuers, & desassembler
- Du firmament le riche ouurage,
- Tarir les flots audacieux,
- Ou, les eleuant jusqu’aux Cieux,
- Faire de la terre vn naufrage...
- Tout fait joug dessous ta parole:
- Et cependant, tu vas dardant
- Dessus moy ton courroux ardent,
- Qui ne suis qu’vn bourrier qui vole.
-
-Ces vers, par leur objet & par leur mesure, contrarient évidemment
-l’inspiration du poëte. Cependant tel est le souffle qui les anime, si
-fort & si haut en est le sens, que le poëte courbé devant Dieu semble
-redire les imprécations de Prométhée.
-
-Après toutes ces observations qui ont eu pour objet unique la vie & le
-génie de Regnier, le moment est venu d’aborder les diverses
-réimpressions des satires. Il y a là, comme en tout ce qui touche à
-notre poëte, un gros sujet d’étude, puisqu’on n’en connaît guère moins
-de soixante-dix éditions. De 1608 à 1869, ces publications, conçues dans
-un esprit très-différent, ont une histoire avec des périodes
-très-tranchées. De 1608 à 1612, Regnier, maître de son œuvre, l’accroît
-lentement, dispose à son gré les satires nouvelles & laisse à l’écart
-les pièces libres qu’il écrit, sans y mettre son nom, pour les
-anthologies à la mode. A partir de 1613, les satires, accrues de
-morceaux inédits & de poésies licencieuses, semblent préparées pour
-servir de première partie à un recueil satirique. Le Discours au Roy est
-rejeté à la fin du volume, à la suite des épigrammes & des quatrains,
-comme pour établir une séparation bien marquée entre les œuvres de
-Regnier & celles des poëtes qui paraissent l’avoir choisi pour maître.
-Trois ans plus tard, en effet, les satires sont publiées avec une
-collection de pièces destinées à entrer dans le _Cabinet satyrique_.
-Avec ce bagage étrange, les œuvres de Regnier sont réimprimées pendant
-trente années. Toutefois, de 1642 à 1652, les Elzeviers, venus à Paris &
-guidés par des érudits, suppriment les pièces abusivement jointes aux
-satires & donnent les deux éditions améliorées qui vont servir de modèle
-jusqu’au moment où Brossette, en 1729, mettra au jour un texte
-accompagné de commentaires. Ce dernier travail, repris par Lenglet du
-Fresnoy, Viollet-le-Duc & M. Ed. de Barthélemy, fait place, en 1867, à
-la réimpression du texte de 1613[68], considéré à cause de sa date comme
-la dernière leçon du vivant de l’auteur. A compter de ce moment, nous
-abordons les éditions originales, trop longtemps délaissées & les seules
-auxquelles on puisse demander la pensée exacte de l’auteur aussi bien
-que l’indication certaine des formes de la langue.
-
- [68] Paris. Académie des Bibliophiles. Édition par Louis Lacour,
- impression par D. Jouaust; in-8º de XVIII-309 pages.
-
-Sous ce rapport, l’édition de 1608 tient le rang que lui assigne sa
-date. Ce précieux livre, offert au roi comme un hommage de vive
-reconnaissance, porte tous les indices d’une exécution faite avec soin.
-Les témoignages de perfection sont dans la pureté du texte & dans les
-détails d’ornement. L’excellence des variantes est établie par tous les
-éditeurs qui se sont livrés à des travaux comparatifs sur les leçons des
-satires. Quant à la typographie du volume, elle est due au célèbre
-éditeur de Ronsard, Gabriel Buon. Les fleurons, qui portent le nom de
-cet imprimeur, font foi de son concours[69].
-
- [69] Une particularité bizarre dénote avec quel soin les premières
- œuvres de Regnier furent livrées au public. Le nom de Bertault,
- placé en tête de la cinquième satire, a été rectifié en 1608, à
- l’aide d’un bandeau collé sur la première dédicace, imprimée ainsi
- par erreur: A monsieur Betault, evesque de Sées.
-
-Des raisons analogues à celles qui viennent d’être exposées peuvent
-donner de la faveur à l’édition de 1609. L’impression en a été confiée à
-P. Pautonnier, imprimeur au Mont-Saint-Hilaire. Or ce typographe est
-connu par ses travaux. Le texte des satires a été accru de deux satires
-nouvelles, _le Souper ridicule_ & _le Mauvais Gîte_, que l’auteur a
-placées entre la IXe & la Xe satire, afin d’éviter pour le Discours au
-Roy le voisinage d’une pièce trop libre, & il présente une régularité
-notable. L’orthographe des mots est moins capricieuse, elle tend
-visiblement à l’unification qui ne se montre point dans l’édition
-précédente.
-
-La réimpression de 1612 a été faite sur le texte de 1609. A part
-quelques feuillets, ce volume reproduit page pour page le livre qui lui
-a été donné pour modèle. Il offre de plus, entre la XIIe satire & le
-Discours au Roy, la première leçon de _Macette_[70].
-
- [70] Cette édition, très-rare pour ne pas dire introuvable, m’a été
- fort gracieusement communiquée par M. Henri Cherrier, qui m’a par
- son obligeance mis à même de donner d’abord le texte original de
- _Macette_, de relever les variantes des autres satires, & enfin de
- faire toutes les observations nécessaires pour la description d’un
- livre de grande valeur.
-
-Jusqu’ici, comme on l’a vu, l’œuvre de Regnier s’est lentement accrue.
-En quatre années, de 1608 à 1612, trois satires seulement sont venues
-grossir l’œuvre du poëte chartrain. Cette gradation n’est point
-calculée. Elle est conforme à ce que nous savons du caractère du poëte.
-D’un autre côté, Regnier avait, en 1611, publié dans le _Temple
-d’Apollon_ la plainte _En quel obscur séjour_, & l’ode _Jamais ne
-pourray ie bannir_. Telles étaient les manifestations officielles de son
-esprit. Au-dessous, dans le commerce intime des satiriques de
-profession, notre poëte produirait de petits poëmes libertins. Ces
-compositions clandestines restaient sous le voile de l’anonyme
-lorsqu’elles étaient publiées dans les recueils du temps. C’est ainsi
-que le _Discours d’une maquerelle_ parut, en 1609, dans les _Muses
-gaillardes_ sans nom d’auteur. D’autres pièces du même genre sont
-imprimées du vivant du poëte, qui répudie également toute paternité.
-Enfin, sous la date de 1613, une nouvelle édition des satires est
-donnée. Des fautes typographiques, des lacunes graves[71], des
-négligences de toute sorte, attestent une précipitation extraordinaire.
-De plus, cette réimpression comprend un pêle-mêle de pièces nouvelles,
-quatre satires, trois élégies, un sonnet, des stances libertines, une
-épigramme & des quatrains classés sans ordre avant le Discours au Roy,
-comme par un sentiment de fidélité dérisoire aux habitudes du poëte.
-
- [71] Quatorze vers ont été omis dans la _Macette_, à partir de
- celui-ci:
-
- Fille qui sçait son monde à saison opportune.
-
- Deux vers manquent également dans l’élégie intitulée _Impuissance_:
-
- Bref tout ce qu’ose amour...
- Puisque ie suis retif...
-
- On a attribué ces vers aux Elzeviers, qui, pour compléter une pièce,
- n’auraient pas reculé devant une interpolation. Ces suppositions
- sont inexactes. Le premier vers se trouve dans les _Délices de la
- Poésie françoise_, de Beaudouin, Paris, 1620, II, 679, & le second
- est tiré de l’édition des _Satyres de Regnier_, Paris, Ant. du
- Breuil, 1614.
-
-L’examen de cette édition, hâtivement exécutée, composée de morceaux
-disparates, & pour tout dire entièrement différente de celles qui l’ont
-précédée, amène à croire qu’elle a été donnée lorsque Regnier n’était
-plus. La mort seule du poëte pouvait permettre une réimpression sans
-soin & sans choix. De quelque façon qu’elle fût présentée, l’œuvre de
-Regnier tirait des derniers instants du défunt & de la cause même de sa
-fin un intérêt particulier[72]. Un autre motif d’urgence poussait
-Toussaint du Bray à mettre son nouveau livre en vente, le privilége du
-13 avril 1608 allait expirer dans les premiers jours de 1614, il était
-opportun de précipiter la publication.
-
- [72] L’insertion de l’ode _la C. P._ est une allusion non équivoque à
- la mort du poëte & vient corroborer l’opinion suivant laquelle
- l’édition de 1613 est une réimpression posthume.
-
- On peut encore du fait suivant tirer une nouvelle preuve que
- l’édition de 1613 était regardée comme une édition posthume,
- accueillie avec réserve. En 1619, le libraire parisien Anthoine
- Estoc publia les poésies de Regnier. Il prit dans 1613 dix-sept
- satires, trois élégies, & le Discours au Roy qui termine le volume.
- Il laissa de côté les autres pièces qu’il savait avoir été ajoutées
- à l’œuvre du poëte défunt contrairement à ses intentions.
-
- Il ne faudrait pas attribuer ces suppressions à d’autres scrupules,
- car Anthoine Estoc fut le premier éditeur du _Parnasse satyrique_.
- Il écarta donc les pièces libres de 1613, non par égard pour le
- lecteur, mais par respect pour la volonté de l’auteur.
-
-D’autres particularités font connaître les auteurs de l’édition. La
-pléiade satirique, dont Regnier avait été l’étoile la plus brillante, se
-trouvait alors fort entamée: Sigognes était mort; Berthelot & Motin
-restaient seuls; Colletet, Frenicle & Théophile devaient renforcer le
-groupe un peu plus tard. Motin, ami de Regnier, lié avec Forquevaux &
-d’autres familiers du poëte, était à même de recueillir les œuvres
-inédites & les pièces anonymes qui, dans une réimpression des satires,
-semblaient un complément de l’œuvre déjà connue. Du reste, il possédait
-personnellement des morceaux dont il était redevable à son intimité avec
-Regnier. Il se mit donc à l’œuvre en hâte & un peu confusément, car il
-tira des œuvres de Passerat, imprimées en 1606, un sonnet, & il omit
-d’emprunter aux poésies de Rapin, publiées en 1610, au _Temple
-d’Apollon_, paru en 1611, les pièces que renfermaient ces divers
-ouvrages. D’autre part, soit qu’il fût mal servi par ses souvenirs ou
-qu’il eût été induit en erreur, il accueillait dans les quatrains celui
-que les manuscrits[73] attribuent à Théodore de Bèze:
-
- Le Dieu d’amour...
-
- [73] Bibl. nat. Fonds français, nº 1662, fº 27.
-
-Enfin il faisait entrer dans l’œuvre de Regnier les stances sur le
-_Choix des divins oiseaux_, boutade dont le véritable auteur lui était
-bien connu[74].
-
- [74] Après la mort de Motin, cette pièce fut publiée sous son nom;
- mais elle garda toujours sa place dans l’œuvre de Regnier. Il est
- probable que les deux poëtes commirent ensemble ce péché de plume.
-
-De son côté, Berthelot ne restait pas inactif. Le moment lui paraissait
-venu d’ajouter à l’œuvre du maître l’œuvre des rimeurs qui se disaient
-ses élèves. Il s’agissait de dérober au poëte quelques rayons de sa
-gloire. On peut estimer que Motin se plia d’abord à ces desseins. La
-disposition des poésies de l’édition de 1613, le classement des pièces
-les moins importantes avant le Discours au Roy, qui délimite ainsi
-l’œuvre de Regnier de celle de ses imitateurs, ne pourraient pas
-s’expliquer sans une telle hypothèse.
-
-Un titre général devait être imposé à cet assemblage répugnant. Il était
-ainsi conçu: _Les SATYRES du Sr Regnier, reueües, corrigées & augmentées
-de plusieurs SATYRES des sieurs de Sigogne, Motin, Touvant & Berthelot,
-qu’autres des plus beaux esprits de ce temps_. Tout était convenu,
-lorsqu’une rupture éclata entre Motin & Berthelot. La cause du désaccord
-échappe à toutes les investigations. Toussaint du Bray voulut peut-être
-se renfermer dans les termes stricts de son privilége & éviter tout
-risque de conflit avec Antoine du Breuil, son confrère, l’éditeur du
-livre des _Muses gaillardes_, dont une grosse partie entrait dans
-l’édition projetée. Quoi qu’il en soit, les poésies de Regnier parurent
-seules, &, après la mort de Motin, en 1616, Berthelot, réalisant enfin
-le plan formé trois ans auparavant, donna au public la réimpression
-collective des _Satyres_.
-
-C’est de ce livre, apprécié à sa juste valeur par les bibliophiles du
-XVIIe siècle, comme on l’a vu plus haut par la lettre de Lhuillier[75],
-que l’on tire habituellement, sans motif sérieux qui en établisse
-l’authenticité, les épigrammes & les stances commençant par ces vers:
-
- Ieunes esprits qui ne pouuez comprendre.
- Hélas! ma sœur ma mie, i’en mourrois.
- Ce disoit vne ieune dame.
- Margot s’endormit sur vn lit.
- Par vn matin vne fille escoutoit.
- Vn bon vieillard qui n’auoit que le bec.
- Vn gallant le fit & le refit.
- Vn medecin brusque & gaillard.
- Puisque sept pechés de nos yeux.
-
- [75] Voir page LVIII.
-
-L’édition de 1616 offre encore une particularité. Elle a servi de modèle
-à toutes les réimpressions qui ont paru jusqu’à 1645. De 1616 à 1628, le
-nombre des pièces varie peu. A partir de 1623, il s’accroît de _Stances
-au Roy, pour Théophile_. Le volume sert de véhicule à des supplications
-en faveur de l’exilé. Ces poésies subsistent longtemps après qu’elles
-n’ont plus d’objet. Enfin, à compter de 1628, les poésies libertines
-sont, à chaque réimpression, éliminées par la volonté de la censure.
-Ainsi, en 1635 (Paris, N. & J. de la Coste), ces morceaux, qui
-s’élevaient primitivement à soixante & onze, sont réduits à trente-cinq.
-
-En 1642, une nouvelle phase de publication commence. Des étrangers, les
-Elzeviers, faisant acte d’éditeurs français, dégagent l’œuvre de
-Regnier. Guidés par des savants & par des bibliophiles: les frères
-Dupuy, gardes de la Bibliothèque du Roi, l’avocat général Jérôme Bignon,
-le duc de Montausier & le chancelier Seguier[76], ils suppriment d’abord
-les satires que Berthelot avait jointes aux pièces de Regnier, & de
-celles-ci mêmes ils écartent les pièces douteuses ou répugnantes. Ils
-éliminent ainsi le quatrain du _Dieu d’amour_, les stances sur le _Choix
-des divins oiseaux_ & l’ode sur la _C. P._ En même temps ils revisent,
-complètent & châtient le texte. Par exemple, à l’aide de l’édition des
-satires d’Ant. du Breuil (Paris, 1614) & du second livre des _Délices de
-la poésie françoise_ (Paris, 1620), ils complètent la satire de
-l’_Impuissance_. Ils tirent du _Temple d’Apollon_ & du _Cabinet des
-Muses_ les stances _En quel obscur séjour_, l’ode _Jamais ne pourray ie
-bannir_ & le dialogue de _Cloris & Phylis_. Des possesseurs de pièces
-inédites leur communiquent deux satires, une élégie[77] & des vers
-spirituels[78]. Enfin, sur des indications inexactes, ils font entrer
-dans l’œuvre du poëte une ode apocryphe intitulée _Louanges de
-Macette_[79].
-
- [76] Voir les dédicaces placées en tête du Sénèque de 1639, du
- Commines de 1648 & des _Lettres de Grotius ad Gallos_, même année.
- Elles établissent les relations des Elzeviers & montrent la
- reconnaissance dont ils se sentaient pénétrés à l’égard de leurs
- protecteurs.
-
- [77] Ces trois pièces commencent ainsi:
-
- N’avoir crainte de rien & ne rien esperer.
- Perclus d’vne jambe & des bras.
- L’homme s’oppose en vain contre la destinée.
-
- [78] Sous ce titre général se trouvent les stances _Quand sur moy je
- jette les yeux_, l’hymne sur la nativité de Notre-Seigneur, trois
- sonnets & le commencement d’un poëme sacré.
-
- [79] Cette ode paraît avoir été prise des manuscrits de la Bibl. nat.
- F. fr. (ancien fonds de Mesmes), nº 884, fº 194.
-
-Ces améliorations évidentes ont entraîné à leur suite des
-perfectionnements douteux. Nous avons dit tout à l’heure que les
-Elzeviers avaient châtié le texte de Regnier. L’expression est juste. Le
-châtiment alla jusqu’à la torture. Toutes les expressions surannées, &
-en 1642 on pouvait en voir beaucoup dans les _Satyres_, furent
-rajeunies. _Douloir_ & _cuider_ firent place à _s’affliger_ & à
-_penser_; _ici-bas_ fut substitué à _çà bas_. Les qualificatifs trop
-forts, _hargneux_, par exemple, furent adoucis. On choisit pour en tenir
-lieu le mot _honteux_, dont le sens est bien différent. Pour des raisons
-de méticuleuse pudeur, _sade_, qui dans Willon (_Regr. de la B. H._) a
-donné _sadinet_, devint l’expression _doucette_; _plats_, trop familier
-dans le sens de _propos_, fut considéré comme un synonyme de _faits_.
-Tous ces changements conduisirent à des contre-sens. _Parler
-librement_[80] fut mis pour _parler livre_; _des arts tout_ _nouveaux_
-sembla convenablement rendu par _des airs tout nouveaux_. Des vers, dont
-la quantité ne satisfaisait pas l’oreille, furent allongés d’une
-syllabe, le tout en dépit de la leçon de l’auteur & des traditions
-littéraires[81]. Des gens du monde, avec leurs vues sur les bienséances
-poétiques, s’étaient unis à des étrangers ignorans des intimités de la
-langue. On comprend ce que de tels alliés durent introduire de caprices
-& de maladresses dans les poésies de Regnier.
-
- [80] Cette expression _parler livre_ se rencontre chez Regnier en deux
- endroits, satires VII & XIII. Les Elzeviers, après avoir, en 1642,
- substitué au texte leur version, _parler libre_ & _librement_, ont
- en 1652, mais seulement dans la satire VII, rétabli la leçon
- originale.
-
- [81] Des altérations plus graves ont été commises dans le dialogue de
- _Cloris & Phylis_. Le vers
-
- Par sa mort mon amour n’en est moins enflammée
-
- a été modifié de la sorte:
-
- S’il n’auoit qu’vn desir je n’eus qu’vne pensée;
-
- & le vers
-
- Avec toy mourront donc tes ennuis rigoureux
-
- & les trois suivants, rejetés huit vers plus loin, se trouvent
- intercalés contre toute raison dans une tirade à laquelle ils
- n’appartiennent point.
-
-Le travail des Elzeviers, œuvre de fantaisie & de raison, s’accomplit
-lentement. La première réimpression due à leurs soins (selon la copie
-imprimée à Paris, CIↃ IↃ XLII.) parut quatre ans après que Jean Elzevier
-se fut établi à Paris. Elle ne comprend comme poésies nouvelles que les
-morceaux tirés du _Temple d’Apollon_. Mais on y remarque déjà les
-suppressions dont il a été fait mention, & les corrections qui ont été
-signalées plus haut. En 1545 Jean Elzevier, de retour en son pays, fut
-remplacé par son cousin Daniel, qui passa quatre années à Paris. C’est
-dans cet espace de temps assez court que furent recueillis les éléments
-de l’édition de 1652, donnée à Leiden, sous les noms de Jean & Daniel
-Elsevier. Cette dernière réimpression, grossie de morceaux importants,
-parmi lesquels, il est vrai, figurent à tort les _Louanges de Macette_,
-est une reconstitution précieuse de l’œuvre de notre premier satirique.
-Elle a été exécutée à l’étranger, & elle en porte la preuve en plus
-d’une page; mais elle a été préparée par des bibliophiles parisiens, &
-nous pouvons la revendiquer comme un livre français.
-
-Pendant plus d’un demi-siècle, l’édition de Jean & Daniel Elzevier
-servit de modèle aux réimpressions de Regnier. Mais le temps était
-arrivé des publications avec commentaires. Rabelais, Montaigne venaient
-de paraître accompagnés des notes de Le Duchat & de Coste, lorsqu’un
-avocat de Lyon, ex-échevin de cette ville, Brossette[82], entreprit de
-donner, avec des remarques critiques, un meilleur texte de Regnier. Le
-nouvel annotateur était un humaniste instruit & défiant de lui-même, ce
-qui n’est pas une mince qualité. Il n’épargna point ses peines &
-recourut à tous les érudits en renom de son temps. Lorsqu’il ne trouva
-pas de lui-même les éclaircissements qu’il jugeait nécessaires, il fit
-appel au savoir de La Monnoye & du président Bouhier[83]. D’autre part,
-il demandait au dessinateur Humblot un important frontispice, des
-vignettes & des fleurons qui furent gravés par N. Tardieu, Baquoy,
-Matthey & Crepy le fils, pour le titre & les principales divisions du
-volume. En même temps qu’une bonne édition, Brossette voulait publier un
-beau livre. Cet ouvrage parut donc en grand format vers la fin de 1729,
-à Londres[84], & non à Paris, comme le dit Brunet, sous la rubrique de
-Londres.
-
- [82] Brossette avait publié en 1716 sa première édition de Boileau
- commencée sous les yeux de l’auteur. Quand le vieux poëte, écrivant
- à son commentateur, l’entretenait de Regnier, il ne manquait pas
- d’ajouter, _notre commun ami_. Cette appréciation intime vaut bien
- des éloges pompeux, & Brossette, en donnant au public une
- réimpression de Regnier, n’a probablement fait qu’exécuter une des
- volontés dernières du législateur du Parnasse.
-
- [83] La correspondance du président Bouhier (manus. de la Bibl. nat.
- F. fr., 24,409, fº 391 à 395) contient quatre lettres de La Monnoye
- des 15 septembre 1726, 7 octobre 1729, 16 septembre & 2 décembre
- 1732. Toutes sont relatives à l’édition de Regnier, & à la
- contrefaçon de cet ouvrage par l’abbé Lenglet du Fresnoy. Je dois
- cette intéressante indication à l’obligeance de M. Tamizey de
- Larroque.
-
- [84] Chez Lyon & Woodman, in-4º, XXII-403, plus trois feuillets de
- table & d’errata.
-
-Dans ce volume, les poésies de Regnier étaient disposées suivant un
-ordre méthodique: satires, épîtres, élégies, poésies mêlées, épigrammes
-& poésies spirituelles. Le texte, corrigé à l’aide de l’édition de 1608,
-était accompagné d’éclaircissements historiques & de notes où les
-variantes & les imitations étaient indiquées avec soin. Sur certains
-points cependant, Brossette se contente trop facilement[85]. Il paraît
-n’avoir point connu l’édition de 1609, & il recueille des leçons de peu
-de valeur dans des réimpressions qui ne méritent aucun crédit[86].
-
- [85] Quoique Brossette n’intervienne pas habituellement dans le texte
- de l’auteur, il a pris sur lui de modifier le vers
-
- Et faisant des mouuans & de l’ame saisie.
-
- Le commentateur pensait que _mouvans_ était une faute d’impression,
- & qu’il fallait écrire _mourans_. Or le mot employé par Regnier
- était bien l’expression à conserver. On en retrouve l’équivalent
- chez tous les poëtes qui mettent dans la bouche d’une vieille des
- critiques contre les amoureux dont une courtisane doit fuir le
- commerce:
-
- Ces prodigues de gambades
- Qui ne donnent que des aubades.
-
- (J. du Bellay, éd. Marty-Laveaux, II, 370.)
-
- On ne doit aux termes où nous sommes
- Faire par la beauté difference des hommes,...
- Ny pour sçauoir sonner sur le luth vne aubade,
- Ou faire dextrement en l’air vne gambade.
-
- (De Lespine, _Recueil des plus beaux vers de ce temps_, 1609, p.
- 425.)
-
- [86] Brossette a fait entrer comme pièces nouvelles, dans les poésies
- de Regnier, le sonnet sur la mort de Rapin, l’épitaphe recueillie
- par Garasse & l’épigramme contre Vialart tirée de l’_Anti-Baillet_.
-
-Malgré ces imperfections, le commentaire de Brossette a été souvent
-reproduit[87] & il servit de modèle à M. Viollet-le-Duc[88] & à M. Ed.
-de Barthélemy[89]. L’édition même de 1729 a donné lieu à deux
-contrefaçons en 1730 & en 1733. La première, in-4º de 400 pages, plus
-deux feuillets de table, n’est qu’une simple réimpression donnée à
-Amsterdam, chez Pierre Humbert. Le frontispice & la vignette dessinés
-par Humblot pour le titre de l’ouvrage & l’en-tête des satires ont été
-grossièrement copiés, & ils portent pour unique signature celle du
-graveur Seiller Schafthus[90]. La fidélité de l’ornementation n’est pas
-allée au delà, mais l’obéissance typographique s’est étendue fort loin,
-car de la page XIII à la page 383, la contrefaçon ne diffère point de
-l’original. Il en est tout autrement de la réimpression de 1733, qui est
-une œuvre d’insigne tromperie[91]. L’anonyme auteur de ce livre s’est
-approprié l’avertissement de Brossette. Il y a intercalé un paragraphe
-où il s’excuse des lacunes de sa première édition & manifeste l’espoir
-que son nouvel ouvrage sera favorablement accueilli du public.
-
- [87] Paris, Lequien, 1822, in-8º de 398 pp.; Paris, Delahays, 1860,
- avec de nouvelles remarques par M. Prosper Poitevin.
-
- [88] Paris, Didot, 1822; Desoer, 1823; Jannet, 1853.
-
- [89] Paris, Poulet-Malassis, 1862.
-
- Cette édition comprend trente-deux pièces nouvelles dont nous
- discuterons la valeur en examinant ci-après les manuscrits de la
- Bibliothèque nationale.
-
- [90] Sur le titre même se trouve une vignette signée: Humblot inv. &
- Daudet fecit.
-
- [91] Voici le titre exact de ce livre: «Satyres & autres œuvres de
- Regnier, accompagnées de remarques historiques. Nouvelle édition
- considérablement augmentée. A Londres, chez Jacob Tonson, libraire
- du Roy & du Parlement, M.DCC.XXXIII.»
-
- Il forme un in-4º de XX-416 pp. plus deux feuillets de table. Les
- vers de Regnier sont suivis, p. 350, de stances sur les _Proverbes
- d’amour_, de l’ode sur le _Combat de Regnier & de Berthelot_, enfin
- de _Poésies choisies des sieurs Motin, Berthelot & autres poëtes
- célèbres du temps de Regnier_.
-
- L’ornementation du volume a été très-soignée. Le titre fait face à
- un frontispice de Natoire gravé par L. Cars, & il porte lui-même une
- vignette de Cochin. Quatre vignettes formant fleurons pour les
- satires, les épîtres, les élégies & les poésies diverses, ont été
- également dessinées par Natoire & gravées par Cochin. Trois autres
- enfin signées de Bouché & de L. Cars complètent cet ensemble de
- figures, en tête de la dédicace des satires, & pp. XX, 53, 95, 108,
- 225, 231, 245, 284, 367 & 413. Enfin chaque page de texte est
- entourée d’un encadrement rouge qui ajoute à l’aspect du volume.
-
-En dépit de cette supercherie, l’édition de 1733 fut rapidement reconnue
-pour l’œuvre d’un faussaire. Les pièces que l’auteur regrettait de
-n’avoir pas connues en 1729 étaient celles-là mêmes que les Elzeviers
-avaient éliminées de leurs réimpressions & d’autres poésies du même
-genre qui avaient été recueillies par les éditeurs du _Cabinet
-satyrique_. La trouvaille ne valait guère qu’on lui fît tant d’honneur.
-Elle était du nombre des conquêtes qui doivent être réalisées sans grand
-bruit. L’indiscrétion seule du nouvel éditeur dévoilait en lui des
-tendances étrangères à Brossette.
-
-En conséquence, grâce au _Cabinet satyrique_[92] & à l’engouement de
-l’éditeur de 1733 pour ce recueil, la réimpression des œuvres de Regnier
-comprit de plus que la précédente: l’_Ode sur une vieille maquerelle_,
-p. 299; les _Stances sur la Ch. P._, p. 307; l’_Ode_ sur le même sujet,
-p. 308; le _Discours d’une vieille maquerelle_, p. 315, & sept
-épigrammes: le _Dieu d’amour_, _l’Amour est une affection_, _Magdelon
-n’est point difficile_, _Hier la langue me fourcha_, _Lorsque i’estois
-comme inutile_, _Dans un chemin_ & _Lizette à qui l’on faisoit tort_.
-
- [92] L’édition du Mont-Parnasse, de l’imprimerie de messer Apollo, due
- à Lenglet du Fresnoy, est celle qui servit pour l’accroissement des
- poésies de Regnier. La comparaison des textes ne laisse aucun doute
- sur ce point.
-
-Le manque de goût de l’éditeur se révéla d’une manière encore plus
-marquée dans le commentaire dont il crut devoir accompagner le texte de
-Regnier. Au lieu de compléter les remarques existantes à l’aide
-d’observations précises & véritablement neuves, il y ajouta des
-réflexions à double sens & hors de propos. Il s’abandonna sur le texte
-de l’auteur à des critiques dérisoires, & dans les notes de Brossette il
-intercala des digressions bouffonnes. Quelques exemples pris au hasard
-édifieront le lecteur sur cet ouvrage qui est par excellence un livre de
-mauvaise foi.
-
-L’expression _trousser les bras_ (S. I) ne paraît pas noble. Cette
-appréciation délicate est suivie d’une remarque moins relevée: «on
-trousse autre chose que les bras.»
-
-Le mot _semence_ (S. II) semble bien autrement répugnant. Voici l’arrêt
-qui frappe ce malheureux: «Expression qui ne doit pas entrer dans un
-discours qui peut être lu par des gens d’honneur. Tout au plus un
-médecin & un chirurgien en doivent-ils parler entre eux.»
-
-Regnier s’était un jour plaint, dans sa deuxième satire,
-
- Que la fidélité n’est pas grand reuenu;
-
-mais il avait gardé sa foi à son maître, attendant avec patience, non la
-fortune, mais la récompense de ses services. Tant de désintéressement
-irrite le commentateur. Il s’emporte: «Regnier, écrit-il, avait tort
-d’être fidèle à outrance: ce n’est pas toujours le moyen sûr de
-s’avancer auprès des grands. Les voici donc, ces moyens: les servir dans
-des ministères agréables, mais secrets; demander avec importunité; se
-faire craindre de ceux que l’on approche, & les obliger par là d’acheter
-votre silence. J’ai connu des ministres..., il falloit leur montrer les
-dents pour les obliger à faire ce qu’on leur demandoit. Ainsi trêve de
-zèle avec les grands[93].»
-
- [93] L’édition de 1733 donne parfois de meilleures explications que
- celle de 1729; mais le cas est rare. _Fustés_ de vers (S. IV), par
- exemple, que Brossette avait traduit par _fournis_ de vers, est plus
- justement interprété par _battus_. Du reste dans la vieille langue
- du droit, _fusté_ signifie bâtonné, fouetté de verges.
-
-L’auteur de ces belles maximes, de ces remarques de bon goût était un
-intrigant de lettres & de cabinet, également porté pour vivre vers les
-travaux littéraires & les missions diplomatiques, l’abbé Lenglet du
-Fresnoy[94]. Ce qu’il fit pour Regnier, il le répéta neuf ans après pour
-le _Journal de Henri IV_ qui avait été publié en 1732 par l’abbé
-d’Olivet. Enfin, il le renouvela plus tard encore dans sa réédition du
-_Journal de Henri III_.
-
- [94] Voir sur ce curieux personnage _Année littéraire_, 1755, III,
- let. VI, p. 116, & les _Mémoires pour servir à l’Histoire de la vie
- & des ouvrages de M. l’abbé Lenglet du Fresnoy_. Londres & Paris,
- Duchesne, 1761.
-
-Lenglet du Fresnoy ne se borna pas à s’approprier le travail de
-Brossette. Il voulut faire servir le nom du commentateur de Regnier à
-une odieuse vengeance. Ennemi de Jean-Baptiste Rousseau qu’il
-soupçonnait de l’avoir calomnié auprès du prince Eugène, il écrivit,
-pour la placer en tête de son édition de Regnier, une épître
-diffamatoire contre Rousseau. Celui-ci, averti à temps, obtint du
-marquis de Fénelon, ambassadeur en Hollande, la suppression de cette
-œuvre d’infamie. De son côté Brossette, par l’intervention du lieutenant
-général de police, reçut de l’abbé Lenglet une lettre d’excuses[95]. En
-conséquence, un carton fut placé en tête du Regnier, pp. III & IV, &
-l’imprimeur substitua à l’épître scandaleuse la dédicace au Roy qui,
-faisant suite à l’ode de Motin, ne fut pourtant point supprimée. Ainsi
-s’explique le double emploi que l’on remarque aujourd’hui dans tous les
-exemplaires de 1733.
-
- [95] Ce curieux épisode d’histoire littéraire se trouve raconté bien
- au long dans les lettres de Rousseau, VI, 91 & 208, & dans celles de
- Brossette au président Bouhier, des 16 septembre & 2 décembre 1732.
-
-Nous venons de passer en revue les diverses phases de l’histoire des
-éditions de Regnier. Nous nous sommes appliqué à délimiter exactement
-les périodes de publications. Il nous reste à faire connaître celles des
-poésies attribuées à Regnier qui ne peuvent trouver place dans une
-édition de ses œuvres parce qu’elles sont, les unes trop licencieuses &
-les autres manifestement apocryphes, la plupart enfin dépourvues d’une
-authenticité évidente.
-
-Ces pièces se trouvent dans divers recueils imprimés & dans deux
-manuscrits de la Bibliothèque nationale.
-
-Le premier de ces ouvrages est _le Recueil des plus excellens vers
-satyriques de ce temps, trouvés dans les cabinets des sieurs de
-Sigognes, Regnier, Motin, qu’autres des plus signalés poëtes de ce
-siècle_. A Paris, chez Anthoine Estoc, MDCXVII. In-12 de 222 pages. Ce
-volume contient de Regnier: le _Dialogue de l’âme de Villebroche parlant
-à deux courtisanes_, _une des Marets du Temple & l’autre de l’Isle du
-Palais_, & le _Dialogue de Perrette parlant à la divine Macette_[96].
-
- [96] Ces deux pièces, la première de 21 strophes de 6 vers, & la
- deuxième de 25 strophes de même mesure, sont entrées avec le nom de
- Sigognes dans le _Cabinet satyrique_. Elles commencent par ces vers:
-
- Au plus creux des ronces fortes.
- Plus luisante que n’est verre.
-
- Perrette, si l’on en peut croire Tallemant, serait Mlle du Tillet
- (V. éd. in-8º, I, 191). Sigognes a écrit le combat d’Ursine (Mme de
- Poyane) & de Perrette (V. le _Cab. sat._, Rouen, 1627, p. 497).
-
- Ces deux dialogues, attribués à Regnier par le Recueil d’Anthoine
- Estoc, se trouvent encore dans les dernières éditions des
- _Bigarrures du Seigneur des Accords_, livre III _in fine_, à la
- suite des _Epitaphes_.
-
-D’autres pièces se rencontrent avec le nom de Regnier dans un recueil
-non moins rare que le précédent: _les Délices satyriques ou suite du
-Cabinet des vers satyriques de ce temps, &c_.[97] _Paris, Anthoine de
-Sommaville, 1620_. En dehors des épigrammes connues: _l’Argent tes beaux
-jours_, _Quelque moine de par le monde_ & le _Tombeau d’un Courtisan_,
-ce sont des stances commençant par ce vers:
-
- Je ne suis pas prest de me rendre;
-
-une satire contre une vieille courtisane:
-
- Encor que ton teint soit desteint;
-
-& une épigramme nouvelle:
-
- Jeanne, vous deguisez en vain[98].
-
- [97] Voir les _Variétés bibliographiques_ de M. Édouard Tricotel.
- Paris, Gay, 1863, pp. 221 & suivantes.
-
- [98] Ces trois pièces ont été reproduites dans le _Parnasse
- satyrique_, mais la dernière est anonyme.
-
-Le dernier recueil imprimé où l’on rencontre des poésies sous le nom de
-Regnier est le _Parnasse satyrique du sieur Théophile_[99]. Il a fourni
-à M. Viollet-le-Duc les pièces dont il a grossi son édition des œuvres
-du poëte chartrain: les stances _Si vostre œil tout ardant d’amour & de
-lumière_, celles qui sont adressées à la belle Cloris & enfin la
-complainte _Vous qui violentez_. On peut encore y prendre ou du moins y
-lire les stances
-
- Femmes qui aimez mieux[100],
-
-& deux sonnets[101] commençant ainsi:
-
- Et bien mon doux amy comment vous portez-vous.
- Sod... enragés ennemis de nature.
-
- [99] Le _Parnasse_ a paru en 1622. Voir _la Doctrine curieuse_, du P.
- Garasse, p. 321.
-
- [100] D’après le manuscrit 122 fr. in-fº, B. L., de l’Arsenal, cette
- pièce serait de Théophile.
-
- [101] Il y a dans le _Parnasse satyrique_, sous le nom de Regnier, un
- sonnet dont le premier vers est:
-
- Les humains cheribon, sont or, desanimez.
-
- Ce poëme est faussement attribué à Regnier. Il figure en effet dans
- les écrits satiriques publiés contre le roi & ses mignons en 1578, &
- recueillis par L’Estoile. Voir les _Mémoires Journaux_, édit.
- Jouaust, 1875, I, 337.
-
- Nous avons également écarté de la liste des Poésies de Regnier,
- suivant le _Parnasse_, les pièces qui dans ce recueil sont des
- réimpressions du _Temple d’Apollon: Iamais ne pourray-ie bannir_; &
- des _Délices satyriques_. Voir plus haut, p. 97, _Je ne suis pas_ &
- _Encor que ton teint_.
-
-Après avoir signalé les poésies attribuées à Regnier dans les recueils
-dont il a été fait mention plus haut, notre devoir est d’indiquer les
-manuscrits où de semblables pièces peuvent se trouver. Il y en a trois,
-l’un est à l’Arsenal & les deux autres à la Bibliothèque Richelieu.
-
-Le premier (Ars., manus. de Conrart, XVIIIe vol. in-4º, pp. 323 & 324)
-offre des attributions plus importantes qu’étendues. Elles éclaircissent
-un passage des satires en nous révélant la jalousie de Regnier contre du
-Perron[102]:
-
- Ce pedant de nouueau baptisé
- Et qui par ses larcins se rend authorisé.
-
- [102] C’est à l’obligeance de M. Tricotel que nous devons cette
- intéressante indication.
-
-Desportes, protecteur de Regnier, avait été bien plus efficacement celui
-de du Perron. Après l’avoir converti au catholicisme, il en avait fait
-le lecteur, puis le confesseur d’Henri III. Peu à peu, l’abbé était
-devenu évêque d’Évreux & cardinal. Pendant cette brillante fortune, due
-à beaucoup d’audace dans la poésie & dans la politique, car du Perron,
-qui grossoyait des in-folio sur des questions diplomatiques, écrivait
-des sonnets & de petits vers pour les dames de la cour, Regnier
-attendait vainement un peu de bien. Aussi, quoiqu’il se soit rarement
-montré accessible à l’envie, n’a-t-il pu résister à la tentation qui
-poussait un satirique à se moquer d’un bel esprit gâté par le succès.
-Les trois épigrammes recueillies par Conrart ont pour objet un livre du
-cardinal: _du Leger & du Pesant_, ses traductions de Virgile & enfin ses
-infidélités amoureuses. La fantaisie scientifique de du Perron ne nous
-est point parvenue; mais ses imitations des poëtes latins sont dans
-toutes les anthologies des premières années du XVIIe siècle, &, dans ces
-volumes mêmes, un lecteur attentif peut noter les évolutions galantes de
-l’abbé, digne élève de Desportes.
-
-Les manuscrits de la Bibliothèque nationale diffèrent essentiellement de
-ceux qui viennent d’être cités. Le premier (nº 884, fonds fr.)[103] a
-fait partie de la collection de Mesmes où il portait le nº 163. C’est un
-in-folio de 347 ff., comprenant, avec un _Sommaire discours de la
-Poésie_, des odes, des stances, des sonnets & des épigrammes satiriques
-de toute provenance. Malgré l’excentricité libertine des pièces qui
-composent ce volume, il est facile de reconnaître qu’un copiste
-intelligent a été chargé de grouper tous ces poëmes. L’écriture élégante
-& nette est des premières années du XVIIe siècle. Les mesures du vers,
-les formes des mots sont exactement observées. Enfin, pour le critique
-le plus sévère, ce sottisier a la valeur d’un document. Les nudités de
-langage qu’il recèle ne sont pas seulement des esquisses de chronique
-littéraire, ce sont aussi des tableaux secrets de l’histoire de nos
-mœurs. Dans ce manuscrit, dont l’auteur s’est montré fort ménager
-d’attributions, le nom de Regnier figure (pp. 307 & 318) sous une pièce
-que nous connaissons déjà, l’épigramme
-
- Quand il dine il tient porte close
-
-reproduite par P. Jannet dans son édition de 1867 (Paris, Picart), & les
-stances
-
- Encor que ton teint soit desteint.
-
- [103] Ancien fonds. R., 7237.
-
-Il se lit enfin (p. 105) au pied d’une ode satirique de dix-neuf
-strophes commençant par ce vers:
-
- Cette noire & vieille corneille[104].
-
- [104] Ce poëme a paru dans le _Cabinet satyrique_ parmi les pièces
- attribuées à Sigognes. Cette restitution nous semble fort hasardée.
-
-D’autres poésies de Regnier se rencontrent dans le même volume, mais
-elles ne sont pas signées. On trouve ainsi, ffos 251, 285 & 336, les
-épigrammes:
-
- Le violet tant estimé.
- Hier la langue me fourcha.
- Un homme gist sous ce tombeau,
-
-& de plus, fº 316, les stances
-
- Le tout puissant Jupiter[105].
-
- [105] A ces poésies anonymes il faut ajouter, ffos 127 & 130, les deux
- _Dialogues_ mentionnés ci-dessus, p. 96; l’ode _Belle & sauoureuse
- Macette_, fº 194, &, fº 125, _le Combat de Renyer & de Berthelot_.
-
-Le manuscrit 12491 (ancien nº 4725 du supplt français) ne peut être
-comparé au précédent. Il a une origine incertaine, &, ce qui lui ôte
-encore plus de valeur, il est l’œuvre d’un scribe négligent & illettré.
-Les omissions, les non-sens & les fautes de langue sont accumulés dans
-ce grand in-folio[106]. Il semble que ce recueil ait été formé vers 1640
-par quelque habitant du Blaisois. La plupart des pièces classées dans
-l’ordre de leur date embrassent une période de seize ans, de 1630 à
-1656. Elles ont trait aux événements du jour, aux réjouissances locales.
-Il s’y trouve des vaudevilles contre les gens en vue, des stances contre
-le tabac & plusieurs ballets[107]. Parmi ces poésies, l’auteur du
-manuscrit a fait entrer un assez grand nombre de pièces intéressant la
-famille Hurault, notamment l’évêque de Chartres, le comte de Limours, le
-marquis de Rostaing, M. d’Esclimont & Mlle de Cheverny.
-
- [106] Il renferme 642 pages & vingt feuillets liminaires d’une grosse
- écriture, de la même main de la première à la dernière pièce.
-
- [107] Voir p. 110 le Ballet des _Impériales_ & celui de la _Naissance
- de Pantagruel_, dansés à Blois en 1625 & 1626 par M. le comte de
- Limours & M. d’Esclimont, au temps du carnaval.
-
- Voir aussi, p. 146, l’_Entrée du ballet des Gredins_, dansé à
- Cheverny, en 1637, par Mlle de Cheverny. Signalons encore, pp. 231 &
- 254, les vers _sur un chien perdu_, par le sieur Chesneau,
- domestique du marquis de Rostaing, 1646, & _sur la maladie dudit
- marquis_, en 1647, & enfin, p. 129, une pièce _sur le bastiment &
- les yssues du chasteau de Cheverny_, 1633.
-
-Le prélat tient naturellement une grande place, & d’après les pièces
-recueillies en son honneur & le nom des poëtes qui les ont signées, on
-pourrait conclure que l’abbaye de Royaumont était une retraite ouverte
-aux poëtes maltraités par la fortune. Baïf le fils, Dameron paraissent
-avoir été les familiers de l’évêque. D’autres moins favorisés, Jourdain
-& Regnesson, attestent en leurs vers la bienveillance de leur Mécène.
-
-Regnier occupe un rang à part dans le manuscrit[108]. Les poésies qui
-lui sont attribuées consistent surtout en lettres rimées pour l’évêque
-dans le genre de la dix-neuvième satire:
-
- Perclus d’vne jambe & des bras.
-
- [108] Pages 45 à 60. On lit en tête de la première page: _Plusieurs
- vers estant de suitte du sieur Regnier de différentes annees, qui
- n’ont esté imprimés dans ses œuvres & trouvés après sa mort_.
-
- Nous mentionnons, p. 8, pour mémoire, le huitain:
-
- La feconde main de la terre.
-
-Elles sont au nombre de douze & commencent à partir de 1606[109], bien
-qu’il soit constant que l’auteur n’ait pas été admis dans l’intimité de
-Philippe Hurault avant la fin de 1609. Au Surplus, les questions de date
-n’ont pas d’utilité pour repousser les attributions du manuscrit. Le
-texte des pièces suffit à montrer qu’elles ne sont pas de Regnier. A la
-fin de la première épître, l’auteur déclare qu’il n’a jamais voyagé en
-Italie. Plus loin, lettre V, de 1610, il est question du garde des
-sceaux qui succéda au marquis de Sillery, disgracié en mai 1616. Les
-anachronismes ne se bornent pas là. Dans une apostrophe satirique de
-1612, contre le maréchal d’Ancre & sa femme, le poëte s’exprime ainsi:
-
- ... Vous espuisez nos finances
- Et pour vous vacquent les Etats
- Des maréchaux de notre France.
-
- [109] V. l’édition des _Œuvres_ de Regnier de M. Ed. de Barthélemy.
- Paris, Malassis, 1862, pp. 251 à 278.
-
-Cette pièce, mal datée, ne peut être de Regnier, puisque le marquis
-d’Ancre est devenu maréchal le 20 novembre 1613, un mois après la mort
-du poëte chartrain.
-
-L’élégie de 1613: _Amy, pourquoy me veux-tu tant reprendre_, nous jette
-en d’autres particularités. Elle nous montre Regnier marié, s’excusant
-d’avoir caché son union, & par de plats badinages se consolant à
-l’avance des infortunes conjugales qui lui pourraient advenir.
-
-L’épigramme _J’ai l’esprit lourd comme vne souche_, de 1612, se termine
-plus méchamment encore. Le poëte insulte les maîtres que Regnier a
-constamment vénérés, Desportes & Ronsard.
-
-Lorsque les erreurs matérielles sont moins évidentes, la niaiserie de la
-pensée & la bassesse du style déparent cruellement les vers en tête
-desquels une main d’ignorant a mis le nom d’un véritable poëte, celui-là
-même qui a adressé à l’évêque de Chartres sa quinzième satire:
-
- Ouy i’escry rarement & me plais de le faire.
-
-Quelque répugnante que soit l’analyse des pauvretés poétiques attribuées
-à Regnier par le manuscrit 12491, un exemple nous paraît nécessaire pour
-montrer sur quelles misères le goût est appelé à se prononcer. Une ode
-de 1613, _Sur la naissance de saint Jean_, contient la strophe suivante:
-
- Quelques saincts le jour de leur feste
- Ont trente bouquets sur la teste;
- Les autres qui meritent mieux
- De six fois dix bouquets on pare:
- Mais ta valeur beaucoup plus rare
- T’en faict avoir trente plus qu’eux.
-
-Devant un tel abaissement de toute poésie, l’esprit le plus scrupuleux
-peut sans hésitation décider que ces platitudes ne sont pas de l’auteur
-de _Macette_. En ses plus mauvais moments, Regnier n’est point tombé si
-bas, & c’est lui faire injure que de chercher sérieusement dans cet amas
-de rimes la part du poëte.
-
-Il semble plus juste & plus conforme à la vérité de signaler, dans le
-manuscrit en question, les pièces recueillies déjà dans d’autres
-ouvrages. On en comptera quatre:
-
-Le _Combat de Regnier & de Berthelot_, sous la date de 1607, les stances
-_Encor que ton œil soit esteint_, l’épigramme _Lisette à qui l’on
-faisoit tort_, & enfin le sonnet incomplet, _Delos flotant sur
-l’onde_[110].
-
- [110] Cette dernière pièce se retrouve dans L’Estoile avec le nom de
- Regnier.
-
-Au delà de ces constatations, l’incertitude commence. Des pièces
-matériellement apocryphes se mêlent à des poésies que leur facture rend
-suspectes. La défiance naît de tous côtés & n’épargne même pas des
-morceaux qui ont quelque apparence d’authenticité, comme la lettre de
-1609, _Après avoir fort estriué_, & l’épigramme de _Margot_[111].
-
- [111] Voir Regnier, édition citée, pp. 256 & 374.
-
-Une dernière infidélité du manuscrit 12491, & la plus grave parce
-qu’elle dénote chez son auteur une ignorance inexplicable, vient
-discréditer encore les attributions qui portent le nom de Regnier. On
-lit en effet sous la date de 1613, à la fin des prétendues œuvres du
-poëte chartrain, une pièce qui n’est autre que la célèbre paraphrase de
-Malherbe sur le psaume _Lauda anima mea Dominum_.
-
- Ne croyons plus mon ame aux promesses du monde.
-
-Ces stances ont été publiées pour la première fois en 1626, dans le
-_Recueil des plus beaux vers de messieurs Malherbe, Racan, &c._ On les
-retrouve dans l’édition originale des poésies de Malherbe[112].
-
- [112] Voir, au sujet de cette pièce, le _Bulletin du Bibliophile_,
- année 1859, p. 348. Le rédacteur du bulletin essaye de justifier le
- copiste en avançant qu’une note manuscrite de 1613 a plus d’autorité
- qu’une publication postérieure à la mort de Malherbe. Or le
- manuscrit 12491 ne remonte pas au delà de 1635 & les vers en litige
- ont été imprimés du vivant de leur auteur.
-
-Ces investigations à toute extrémité, au delà même de l’œuvre de
-Regnier, ont été entreprises pour satisfaire les lecteurs curieux de
-tout ce qui concerne notre premier satirique. Après avoir cherché la
-vérité sur l’existence si peu connue du poëte chartrain, après avoir
-tenté une histoire des diverses éditions des satires, il nous restait
-encore à faire connaître les recueils imprimés & manuscrits où se trouve
-le nom de Regnier. En ceci surtout un redoublement de prudence nous
-était imposé. La restitution d’un texte a pour complément la suppression
-de tout ce qui peut paraître d’une authenticité suspecte, d’après les
-données de l’histoire ou suivant les règles du goût.
-
-
-
-
-LES PREMIERES
-
-ŒVVRES DE M. REGNIER.
-
-
-
-
- Verùm, vbi plura nitent in Carmine, non ego paucis
- Offendar maculis.
-
-
-
-
-EPITRE LIMINÉAIRE
-
-AV ROY.
-
-
-SIRE,
-
-Ie m’estois iusques icy resolu de tesmoigner par le silence, le respect
-que ie doy à vostre Maiesté. Mais ce que l’on eust tenu pour reuerence,
-le seroit maintenant pour ingratitude, qu’il luy a pleu me faisant du
-bien, m’inspirer auec vn desir de vertu celuy de me rendre digne de
-l’aspect du plus parfaict & du plus victorieux Monarque du monde. On lit
-qu’en Etyopie il y auoit vne statuë qui rendoit vn son armonieux, toutes
-les fois que le Soleil leuant la regardoit. Ce mesme miracle (SIRE) auez
-vous faict en moy qui touché de l’Astre de V. M. ay receu la voix & la
-parole. On ne trouuera donc estrange si, me ressentant de cet honneur,
-ma Muse prend la hardiesse de se mettre à l’abri de vos Palmes, & si
-temerairement elle ose vous offrir ce qui par droit est desia vostre,
-puis que vous l’auez faict naistre dans vn suiect qui n’est animé que de
-vous, & qui aura eternellement le cœur & la bouche ouuerte à vos
-loüanges, faisant des vœus & des prieres continuelles à Dieu qu’il vous
-rende là haut dans le Ciel autant de biens que vous en faites çà bas en
-terre.
-
-Vostre tres-humble & tres-obeissant & tres-obligé suiet & seruiteur
-
-REGNIER.
-
-
-
-
-ODE A REGNIER
-
-SVR SES SATYRES.
-
-
- Qui de nous se pourroit vanter
- De n’estre point en seruitude?
- Si l’heur le courage & l’estude
- Ne nous en sçauroient exempter:
- Si chacun languit abbatu
- Serf de l’espoir qui l’importune,
- Et si mesme on voit la vertu
- Estre esclaue de la fortune
-
- L’vn se rend aux plus grands subiect,
- Les grands le sont à la contrainte,
- L’autre aux douleurs, l’autre à la crainte,
- Et l’autre à l’amoureux obiect:
- Le monde est en captiuité,
- Nous sommes tous serfs de nature,
- Ou vifs de nostre volupté,
- Ou morts de nostre sepulture.
-
- Mais en ce temps de fiction
- Et que ses humeurs on deguise,
- Temps où la seruile feintise
- Se fait nommer discretion:
- Chacun faisant le reserué,
- Et de son plaisir son Idole,
- REGNIER, tu t’es bien conserué
- La liberté de la parole.
-
- Ta libre & veritable voix
- Monstre si bien l’erreur des hommes,
- Le vice du temps où nous sommes,
- Et le mespris qu’on fait des loix:
- Que ceux qu’il te plaist de toucher
- Des poignants traits de ta Satyre,
- S’ils n’auoient honte de pecher,
- En auroient de te l’ouïr dire.
-
- Pleust à Dieu que tes vers si doux
- Contraires à ceux de Tyrtée
- Flechissent l’audace indontée,
- Qui met nos Guerriers en couroux:
- Alors que la ieune chaleur
- Ardents au düel les fait estre,
- Exposant leur forte valeur,
- Dont ils deburoient seruir leur maistre.
-
- Flatte leurs cœurs trop valeureux,
- Et d’autres desseins leur imprimes,
- Laisses là les faiseurs de rymes,
- Qui ne sont iamais malheureux:
- Sinon quand leur temerité
- Se feint vn merite si rare,
- Que leur espoir precipité
- A la fin deuient vn Icare.
-
- Si l’vn d’eux te vouloit blasmer
- Par coustume ou par ignorance,
- Ce ne seroit qu’en esperance
- De s’en faire plus estimer.
- Mais alors d’vn vers menaçant
- Tu luy ferois voir que ta plume
- Est celle d’vn Aigle puissant,
- Qui celles des autres consume.
-
- Romprois-tu pour eux l’vnion
- De la Muse & de ton genie,
- Asseruy soubs la tyrannie
- De leur commune opinion?
- Croy plustost que iamais les Cieux
- Ne regarderent fauorables
- L’enuie, & que les enuieux
- Sont tousiours les plus miserables.
-
- N’escry point pour vn foible honneur,
- Tasche seulement de te plaire,
- On est moins prisé du vulgaire
- Par merite, que par bon-heur.
- Mais garde que le iugement
- D’vn insolent te face blesme:
- Ou tu deuiendras autrement
- Le propre Tyran de toy-mesme.
-
- REGNIER la loüange n’est rien,
- Des faueurs elle a sa naissance,
- N’estant point en nostre puissance,
- Ie ne la puis nommer vn bien.
- Fuy donc la gloire qui deçoit
- La vaine & credule personne,
- Et n’est pas à qui la reçoit,
- Elle est à celuy qui la donne.
-
-MOTIN.
-
- * * * * *
-
- Difficile est Satyram non scribere.
-
-
-
-
-Discours au Roy.
-
-SATYRE I.
-
-
- Puissant Roy des François, Astre viuant de Mars,
- Dont le iuste labeur surmontant les hazards,
- Fait voir par sa vertu que la grandeur de France
- Ne pouuoit succomber sous vne autre vaillance:
- Vray fils de la valeur de tes peres, qui sont
- Ombragez des lauriers qui couronnent leur front,
- Et qui depuis mile ans indomtables en guerre
- Furent transmis du Ciel pour gouuerner la terre,
- Attendant qu’à ton rang ton courage t’eust mis,
- En leur Trosne eleué dessus tes ennemis:
- Iamais autre que toy n’eust auecque prudence
- Vaincu de ton suiect l’ingrate outre cuidance
- Et ne l’eust comme toy du danger preserué:
- Car estant ce miracle à toy seul reserué,
- Comme au Dieu du païs, en ses desseins pariures
- Tu fais que tes bontez excedent ses iniures.
- Or apres tant d’exploits finis heureusement,
- Laissant aus cœurs des tiens comme vn vif monument
- Auecques ta valeur ta clemence viuante,
- Dedans l’Eternité de la race suiuante,
- Puisse tu comme Auguste admirable en tes faicts
- Rouler tes iours heureux en vne heureuse paix,
- Ores que la Iustice icy bas descenduë
- Aus petis, comme aux grands, par tes mains est renduë,
- Que sans peur du larron trafique le marchant,
- Que l’innocent ne tombe aux aguets du meschant,
- Et que de ta Couronne en palmes si fertille
- Le miel abondamment & la manne distille,
- Comme des chesnes vieux aus iours du siecle d’or,
- Qui renaissant sous toy reuerdissent encor.
- Auiourd’huy que ton fils imitant ton courage,
- Nous rend de sa valeur vn si grand tesmoignage
- Que Ieune de ses mains la rage il deconfit,
- Estoufant les serpens ainsi qu’Hercule fit,
- Et domtant la discorde à la gueule sanglante,
- D’impieté, d’horreur, encore fremissante,
- Il luy trousse les bras de meurtres entachez,
- De cent chaisnes d’acier sur le dos attachez,
- Sous des monceaux de fer dans ses armes l’enterre,
- Et ferme pour iamais le temple de la guerre,
- Faisant voir clairement par ses faits triomphans,
- Que les Roys & les Dieux ne sont iamais enfans.
- Si bien que s’esleuant sous ta grandeur prospere,
- Genereux heritier d’vn si genereux pere,
- Comblant les bons d’amour & les meschans d’effroy,
- Il se rend au berceau desia digne de toy.
- Mais c’est mal contenter mon humeur frenetique,
- Passer de la Satyre en vn panegyrique,
- Où molement disert sous vn suiet si grand
- Des le premier essay mon courage se rend.
- Aussi plus grand qu’Enée, & plus vaillant qu’Achille
- Tu surpasses l’esprit d’Homere & de Virgille,
- Qui leurs vers à ton los ne peuuent egaller,
- Bien que maistres passez en l’art de bien parler.
- Et quand i’egalerois ma Muse à ton merite,
- Toute extreme loüange est pour toy trop petite
- Ne pouuant le fini ioindre l’infinité:
- Et c’est aus mieux disans vne temerité
- De parler où le Ciel discourt par tes oracles,
- Et ne se taire pas où parlent tes miracles,
- Où tout le monde entier ne bruit que tes proiets,
- Où ta bonté discourt au bien de tes suiets,
- Où nostre aise, & la paix, ta vaillance publie,
- Où le discord étaint, & la loy retablie
- Annoncent ta Iustice, où le vice abatu
- Semble en ses pleurs chanter vn hymne à ta vertu.
- Dans le Temple de Delphe, où Phœbus on reuere,
- Phœbus Roy des chansons, & des Muses le pere,
- Au plus haut de l’Autel se voit vn laurier sainct,
- Qui sa perruque blonde en guirlandes etraint,
- Que nul prestre du Temple en ieunesse ne touche,
- Ny mesme predisant ne le masche en la bouche,
- Chose permise aus vieus de sainct zelle enflamez
- Qui se sont par seruice en ce lieu confirmez
- Deuots à son mistere, & de qui la poictrine
- Est plaine de l’ardeur de sa verue diuine.
- Par ainsi tout esprit n’est propre à tout suiet,
- L’œil foible s’esblouit en vn luisant obiet,
- De tout bois comme on dict Mercure on ne façonne,
- Et toute medecine à tout mal n’est pas bonne.
- De mesme le laurier, & la palme des Roys
- N’est vn arbre où chacun puisse mettre les doigs,
- Ioint que ta vertu passe en loüange feconde
- Tous les Roys qui seront, & qui furent au monde.
- Il se faut recognoistre, il se faut essayer,
- Se sonder, s’exercer auant que s’employer
- Comme fait vn Luiteur entrant dedans l’aréne,
- Qui se tordant les bras tout en soy se deméne,
- S’alonge, s’acoursit, ses muscles estendant,
- Et ferme sur ses pieds s’exerce en attendant
- Que son ennemy vienne, estimant que la gloire
- Ia riante en son cœur luy don’ra la victoire.
- Il faut faire de mesme vn œuure entreprenant,
- Iuger comme au suiet l’esprit est conuenant,
- Et quand on se sent ferme, & d’vne aisle assez forte,
- Laisser aller la plume où la verue l’emporte.
- Mais, SIRE, c’est vn vol bien esleué pour ceux
- Qui foibles d’exercice, & d’esprit paresseux,
- Enorgueillis d’audace en leur barbe premiere
- Chanterent ta valeur d’vne façon grossiere
- Trahissant tes honneurs auecq’ la vanité
- D’attenter par ta gloire à l’immortalité.
- Pour moy plus retenu la raison m’a faict craindre,
- N’osant suiure vn suiet où l’on ne peut attaindre,
- I’imite les Romains encore ieunes d’ans,
- A qui lon permetoit d’accuser impudans
- Les plus vieus de l’estat, de reprendre, & de dire
- Ce qu’ils pensoient seruir pour le bien de l’Empire.
- Et comme la ieunesse est viue, & sans repos,
- Sans peur, sans fiction, & libre en ses propos,
- Il semble qu’on luy doit permetre dauantage,
- Aussi que les vertus florissent en cest’ age
- Qu’on doit laisser meurir sans beaucoup de rigueur,
- Affin que tout à l’aise elles prenent vigueur.
- C’est ce qui m’a contraint de librement escrire
- Et sans piquer au vif me mettre à la Satyre
- Où poussé du caprice, ainsi que d’vn grand vent,
- Ie vais haut dedans l’air quelquefois m’esleuant.
- Et quelque fois aussi quand la fougue me quitte
- Du plus haut, au plus bas, mon vers se precipitte
- Selon que du suget touché diuersement
- Les vers à mon discours s’offrent facillement:
- Aussi que la Satyre est comme vne prairie
- Qui n’est belle sinon qu’en sa bisarrerie,
- Et comme vn pot pouri des freres mandians,
- Elle forme son goust de cent ingredians.
- Or grand Roy dont la gloire en la terre espanduë
- Dans vn dessein si haut rend ma Muse éperduë,
- Ainsi que l’œil humain le Soleil ne peut voir,
- L’esclat de tes vertus offusque tout sçauoir,
- Si bien que ie ne sçay qui me rend plus coupable,
- Ou de dire si peu d’vn suiet si capable,
- Ou la honte que i’ay d’estre si mal apris,
- Ou la temerité de l’auoir entrepris.
- Mais quoy, par ta bonté qui tout autre surpasse
- I’espere du pardon auecque ceste grace
- Que tu liras ces vers, où ieune ie m’ébas
- Pour esgayer ma force, ainsi qu’en ces combas
- De fleurets on s’exerce, & dans vne barriere
- Aus pages lon reueille vne adresse guerriere
- Follement courageuse affin qu’en passetans
- Vn labeur vertueux anime leur printans,
- Que leur corps se desnouë, & se desangourdisse
- Pour estre plus adroit à te faire seruice.
- Aussi ie fais de mesme en ces caprices fous,
- Ie sonde ma portee, & me taste le pous
- Affin que s’il aduient, comme vn iour ie l’espere,
- Que Parnasse m’adopte, & se dise mon pere,
- Emporté de ta gloire & de tes faicts guerriers
- Ie plante mon lierre au pied de tes Lauriers.
-
-
-
-
-A Monsieur le Comte de Caramain.
-
-SATYRE II.
-
-
- Comte de qui l’esprit penetre l’Vniuers,
- Soigneus de ma fortune, & facille à mes vers,
- Cher soucy de la muse, & sa gloire future,
- Dont l’aimable genie, & la douce nature
- Faict voir inaccessible aus efforts medisans
- Que Vertu n’est pas morte en tous les courtisans,
- Bien que foible, & debille, & que mal recongnuë
- Son Habit décousu la montre à deminuë,
- Qu’elle ait séche la chair, le corps amenuisé,
- Et serue à contre-cœur le vice auctorisé,
- Le vice qui Pompeus tout merite repousse,
- Et va comme vn banquier en carrosse & en housse.
- Mais c’est trop sermoné de vice, & de vertu:
- Il faut suiure vn sentier qui soit moins rebatu,
- Et conduit d’Apollon recognoistre la trace
- Du libre Iuuenal, trop discret est Horace
- Pour vn homme piqué, ioint que la passion
- Comme sans iugement, est sans discretion:
- Cependant il vaut mieux sucrer nostre moutarde:
- L’homme pour vn caprice est sot qui se hazarde.
- Ignorez donc l’auteur de ces vers incertains,
- Et comme enfans trouuez qu’ils soient fils de putains,
- Exposez en la ruë, à qui mesme la mere
- Pour ne se descouurir faict plus mauuaise chere.
- Ce n’est pas que ie croye en ces tans effrontez
- Que mes vers soient sans pere, & ne soient adoptez,
- Et que ces rimasseurs pour faindre vne abondance,
- N’approuuent impuissans vne fauce semance:
- Comme noz citoyens de race desireux
- Qui berçent les enfans qui ne sont pas à eus.
- Ainsi tirant profit d’vne fauce doctrine,
- S’ils en sont accusez ils feront bonne mine,
- Et voudront le niant qu’on lise sur leur front
- S’il se fait vn bon vers que c’est eus qui le font,
- Ialous d’vn sot honneur, d’vne batarde gloire,
- Comme gens entenduz s’en veullent faire accroire,
- A faus titre insolens, & sans fruict hazardeus,
- Pissent au benestier affin qu’on parle d’eus.
- Or auecq’ tout cecy le point qui me console
- C’est que la pauureté comme moy les affolle,
- Et que la grace à Dieu Phœbus & son troupeau
- Nous n’eusmes sur le dos iamais vn bon manteau.
- Aussi lors que lon voit vn homme par la ruë,
- Dont le rabat est sale, & la chausse rompuë,
- Ses gregues aus genous, au coude son pourpoint,
- Qui soit de pauure mine, & qui soit mal en point,
- Sans demander son nom on le peut recognoistre,
- Car si ce n’est vn Poëte au moins il le veut estre.
- Pour moy si mon habit par tout cycatrisé
- Ne me rendoit du peuple & des grands mesprisé,
- Ie prendrois patience, & parmy la misere
- Ie trouuerois du goust, mais ce qui doit deplaire
- A l’homme de courage, & d’esprit releué,
- C’est qu’vn chacun le fuit ainsi qu’vn reprouué,
- Car en quelque façon, les malheurs sont propices,
- Puis les gueus en gueusant trouuent maintes delices,
- Vn repos qui s’egaye en quelque oysiueté.
- Mais ie ne puis patir de me voir reietté;
- C’est donc pourquoy si ieune abandonnant la France
- I’allay vif de courage, & tout chaud d’esperance
- En la cour d’vn Prelat, qu’auecq’ mille dangers
- I’ay suiuy courtisan aux païs estrangers.
- I’ay changé mon humeur, alteré ma nature,
- I’ay beu chaud, mangé froid, i’ay couché sur la dure,
- Ie l’ay sans le quitter à toute heure suiuy,
- Donnant ma liberté ie me suis asseruy,
- En publiq’ à l’Eglise, à la chambre, à la table,
- Et pense auoir esté maintefois agreable.
- Mais instruict par le temps à la fin i’ay cogneu
- Que la fidelité n’est pas grand reuenu,
- Et qu’à mon tans perdu sans nulle autre esperance
- L’honneur d’estre suiect tient lieu de recompanse,
- N’ayant autre interest de dix ans ia passez
- Sinon que sans regret ie les ay despensez.
- Puis ie sçay quant à luy qu’il a l’ame Royalle,
- Et qu’il est de Nature & d’humeur liberalle.
- Mais, ma foy, tout son bien enrichir ne me peut,
- Ny domter mon malheur si le ciel ne le veut.
- C’est pourquoy sans me plaindre en ma deconuenuë
- Le malheur qui me suit, ma foy ne diminuë,
- Et rebuté du sort ie m’asserui pourtant,
- Et sans estre auancé ie demeure contant
- Sçachant bien que fortune est ainsi qu’vne louue
- Qui sans chois s’abandonne au plus laid qu’elle trouue,
- Qui releue vn pedant, de nouueau baptisé,
- Et qui par ses larcins se rend authorisé,
- Qui le vice ennoblit, & qui tout au contraire
- Raualant la vertu la confinne en misere.
- Et puis ie m’iray plaindre apres ces gens icy?
- Non; l’exemple du temps n’augmante mon soucy.
- Et bien qu’elle ne m’ait sa faueur departie
- Ie n’entends quant à moy de la prendre à partie:
- Puis que selon mon goust son infidelité
- Ne donne, & n’oste rien à la felicité.
- Mais que veus tu qu’on fasse en ceste humeur austere?
- Il m’est comme aux putains mal aisé de me taire.
- Il m’en faut discourir de tort & de trauers,
- Puis souuent la colere engendre de bons vers.
- Mais, Conte, que sçait-on? elle est peut estre sage,
- Voire auecque raison, inconstante, & volage,
- Et Deésse auisée aux biens qu’elle depart
- Les adiuge au merite, & non point au hazard.
- Puis lon voit de son œil, lon iuge de sa teste,
- Et chacun à son dire a droit en sa requeste:
- Car l’amour de soy-mesme, & nostre affection,
- Adiouste auec vsure à la perfection.
- Tousiours le fond du sac ne vient en euidence,
- Et bien souuent l’effet contredit l’apparance;
- De Socrate à ce point l’arrest est mi-party,
- Et ne sçait on au vray qui des deux a menty,
- Et si philosophant le ieune Alcibiade
- Comme son Cheualier en reçeut l’accolade.
- Il n’est à decider rien de si mal-aisé,
- Que sous vn sainct habit le vice deguisé.
- Par ainsi i’ay doncq’ tort, & ne doy pas me plaindre,
- Ne pouuant par merite autrement la contraindre
- A me faire du bien, ny de me departir
- Autre chose à la fin sinon qu’vn repentir.
- Mais quoy, qu’y feroit-on, puis qu’on ne s’ose pendre?
- Encor’ faut-il auoir quelque chose où se prendre,
- Qui flate en discourant le mal que nous sentons.
- Or laissant tout cecy retourne à nos moutons,
- Muse, & sans varier dy nous quelques sornettes,
- De tes enfans bastards ces tiercelets des Pœtes,
- Qui par les carefours vont leurs vers grimassans,
- Qui par leurs actions font rire les passans,
- Et quand la faim les poind se prenant sur le vostre
- Comme les estourneaux ils s’affament l’vn l’autre.
- Cepandant sans souliers, ceinture, ny cordon,
- L’œil farouche, & troublé, l’esprit à l’abandon,
- Vous viennent acoster comme personnes yures,
- Et disent pour bon-iour, Monsieur ie fais des liures,
- On les vent au Palais, & les doctes du tans
- A les lire amusez, n’ont autre passetans.
- De là sans vous laisser importuns ils vous suiuent,
- Vous alourdent de vers, d’alaigresse vous priuent,
- Vous parlent de fortune, & qu’il faut acquerir
- Du credit, de l’honneur, auant que de mourir,
- Mais que pour leur respect l’ingrat siecle où nous sommes,
- Au pris de la vertu n’estime point les hommes;
- Que Ronsard, du Bellay viuants ont eu du bien,
- Et que c’est honte au Roy de ne leur donner rien,
- Puis sans qu’on les conuie ainsi que venerables,
- S’assiessent en Prelats les premiers à vos tables,
- Où le caquet leur manque, & des dents discourant,
- Semblent auoir des yeux regret au demourant.
- Or la table leuée ils curent la machoire:
- Apres graces Dieu beut, ils demandent à boire,
- Vous font vn sot discours, puis au partir de là,
- Vous disent, mais Monsieur, me donnez vous cela?
- C’est tousiours le refrein qu’ils font à leur balade.
- Pour moy ie n’en voy point que ie n’en sois malade.
- I’en perds le sentiment du corps tout mutilé,
- Et durant quelques iours i’en demeure opilé.
- Vn autre renfroingné, resueur, melancolique,
- Grimassant son discours semble auoir la colique,
- Suant, crachant, toussant, pensant venir au point:
- Parle si finement que l’on ne l’entend point.
- Vn autre ambitieux pour les vers qu’il compose,
- Quelque bon benefice en l’esprit se propose,
- Et dessus vn cheual, comme vn singe attaché
- Meditant vn sonnet, medite vne Euesché.
- Si quelqu’vn comme moy leurs ouurages n’estime,
- Il est lourd, ignorant, il n’ayme point la rime,
- Difficille, hargneux, de leur vertu ialoux,
- Contraire en iugement au commun bruit de tous,
- Que leur gloire il derobe, auecq’ ses artifices.
- Les Dames cependant se fondent en delices
- Lisant leurs beaux escrits, & de iour & de nuit
- Les ont au cabinet sous le cheuet du lict,
- Que portez à l’Eglise ils valent des matines,
- Tant selon leurs discours leurs œuures sont diuines.
- Encore apres cela ils sont enfants des Cieux,
- Ils font iournellement carousse auecq’ les Dieux:
- Compagnons de Minerue, & confis en science,
- Vn chacun d’eux pense estre vne lumiere en France.
- Ronsard fay-m’en raison, & vous autres esprits
- Que pour estre viuans en mes vers ie n’escris,
- Pouuez vous endurer que ces rauques Cygalles
- Egallent leurs chansons à voz œuures Royalles,
- Ayant vostre beau nom lachement dementy?
- Ha! c’est que nostre siecle est en tout peruerty:
- Mais pourtant quelque esprit entre tant d’insolence
- Sçait trier le sçauoir d’auecque l’ignorance,
- Le naturel de l’art, & d’vn œil auisé
- Voit qui de Calliope est plus fauorisé.
- Iuste postérité à tesmoing ie t’apelle,
- Toy qui sans passion, maintiens l’œuure immortelle,
- Et qui selon l’esprit, la grace & le sçauoir,
- De race en race au peuple vn ouurage fais voir,
- Vange ceste querelle, & iustement separe
- Du Cigne d’Apollon la corneille barbare
- Qui croassant par tout d’vn orgueil effronté
- Ne couche de rien moins que l’immortalité.
- Mais Comte que sert-il d’en entrer en colere?
- Puisque le tans le veut nous n’y pouuons rien faire,
- Il faut rire de tout, aussi bien ne peut-on
- Changer chose en Virgile, ou bien l’autre en Platon.
- Quel plaisir penses-tu, que dans l’ame ie sente,
- Quand l’vn de ceste troupe en audace insolente,
- Vient à Vanues à pied, pour grimper au coupeau
- Du Parnasse François, & boire de son eau,
- Que froidement reçeu, on l’escoute à grand peine,
- Que la Muse en groignant luy deffend sa fontaine,
- Et se bouchant l’oreille au reçit de ses vers,
- Tourne les yeux à gauche, & les lit de trauers,
- Et pour fruit de sa peine aux grands vens dispersée,
- Tous ses papiers seruir à la chaire percée?
- Mais comme eux ie suis Pœte, & sans discretion
- Ie deuiens importun auecq’ presomption.
- Il faut que la raison retienne le caprice,
- Et que mon vers ne soit qu’ainsi qu’vn exercice,
- Qui par le iugement doit estre limité
- Selon que le requiert ou l’age, ou la santé.
- Ie ne sçay quel Demon m’a fait deuenir Pœte:
- Ie n’ay comme ce Grecq des Dieux grand interprete
- Dormy sur Helicon, où ces doctes mignons
- Naissent en vne nuict comme les champignons,
- Si ce n’est que ces iours allant à l’auanture
- Resuant comme vn oyson qu’on mene à la pature,
- A Vanues i’arriuay, où suiuant maint discours,
- On me fit au iardin faire cinq ou six tours,
- Et comme vn Conclauiste entre dans le conclaue,
- Le sommelier me prit, & m’enferme en la caue,
- Où beuuant, & mangeant ie fis mon coup d’essay,
- Et où si ie sçay rien, i’apris ce que ie sçay.
- Voyla ce qui m’a fait & Poëte, & Satyrique,
- Reglant la medisance à la façon antique.
- Mais à ce que ie voy sympatisant d’humeur,
- I’ay peur que tout à fait ie deuiendray rimeur,
- I’entre sur ma loüange, & bouffi d’arrogance,
- Si ie n’en ay l’esprit i’en auray l’insolence.
- Mais retournons à nous, & sages deuenus
- Soyons à leurs depens vn peu plus retenus.
- Or Comte, pour finir ly doncq’ ceste Satyre,
- Et voy ceux de ce temps que ie pince sans rire,
- Pendant qu’à ce printemps retournant à la cour
- I’iray reuoir mon maistre, & luy dire bon iour.
-
-
-
-
-A Monsieur le Marquis de Cœuures.
-
-SATYRE III.
-
-
- Marquis, que doy-ie faire en ceste incertitude?
- Doy-ie las de courir me remettre à l’estude,
- Lire Homere, Aristote, & disciple nouueau
- Glaner ce que les Greqs ont de riche, & de beau,
- Reste de ces moissons que Ronsard, & Desportes,
- Ont remporté du champ sur leurs espaules fortes,
- Qu’ils ont comme leur propre en leur grange entassé,
- Egallant leurs honneurs aux honneurs du passé?
- Ou si continuant à courtiser mon maistre,
- Ie me doy iusqu’au bout d’esperance repaistre,
- Courtisan morfondu, frenetique, & resueur,
- Portrait de la disgrace, & de la defaueur,
- Puis sans auoir du bien, troublé de resuerie
- Mourir dessus vn coffre en vne hostellerie,
- En Toscane, en Sauoye, ou dans quelque autre lieu,
- Sans pouuoir faire paix, ou trefue auecques Dieu.
- Sans parler ie t’entends il faut suiure l’orage,
- Aussi bien on ne peut où choisir auantage.
- Nous viuons à tatons, & dans ce monde icy
- Souuent auecq’ trauail on poursuit du soucy:
- Car les Dieux couroucéz contre la race humaine
- Ont mis auecq’ les biens la sueur, & la paine.
- Le monde est vn berlan où tout est confondu:
- Tel pense auoir gaigné qui souuent a perdu
- Ainsi qu’en vne blanque où par hazard on tire,
- Et qui voudroit choisir souuent prendroit le pire.
- Tout depend du Destin, qui sans auoir esgard
- Les faueurs, & les biens, en ce monde depart.
- Mais puis qu’il est ainsi que le sort nous emporte,
- Qui voudroit se bander contre vne loy si forte?
- Suiuons doncq’ sa conduite en cest aueuglement.
- Qui peche auecq’ le ciel peche honorablement.
- Car penser s’affranchir c’est vne resuerie,
- La liberté par songe en la terre est cherie:
- Rien n’est libre en ce monde & chaque homme depend
- Comtes, Princes, Sultans, de quelque autre plus grand.
- Tous les hommes viuans sont icy bas esclaues
- Mais suiuant ce qu’ils sont ils diferent d’entraues,
- Les vns les portent d’or, & les autres de fer:
- Mais n’en deplaise aux vieux, ny leur Philosopher
- Ny tant de beaux escrits qu’on lit en leurs escoles
- Pour s’affranchir l’esprit ne sont que des paroles.
- Au ioug nous sommes nez & n’a iamais esté
- Homme qu’on ayt vu viure en plaine liberté.
- En vain me retirant enclos en vne estude
- Penseroy-ie laisser le ioug de seruitude,
- Estant serf du desir d’aprendre, & de sçauoir,
- Ie ne ferois sinon que changer de deuoir.
- C’est l’arrest de nature, & personne en ce monde
- Ne sçauroit controler sa sagesse profonde.
- Puis que peut il seruir aux mortels icy bas,
- Marquis, d’estre sçauant, ou de ne l’estre pas?
- Si la science pauure, affreuse est mesprisée,
- Sert au peuple de fable, aux plus grands de risée;
- Si les gens de Latin des sots sont denigrez
- Et si lon nest docteur sans prendre ses degrés.
- Pourueu qu’on soit morguant, qu’on bride sa moustache,
- Qu’on frise ses cheueux, qu’on porte vn grand pannache,
- Qu’on parle baragouin, & qu’on suiue le vent:
- En ce temps du iourd’huy lon n’est que trop sçauant.
- Du siecle les mignons, fils de la poule blanche
- Ils tiennent à leur gré la fortune en la manche,
- En credit esleuez ils disposent de tout,
- Et n’entreprennent rien qu’ils n’en viennent à bout.
- Mais quoy, me diras tu, il t’en faut autant faire,
- Qui ose a peu souuent la fortune contraire:
- Importune le Louure, & de iour, & de nuict
- Perds pour t’assugetir & la table, & le lict:
- Sois entrant, effronté, & sans cesse importune:
- En ce temps l’impudance eleue la fortune.
- Il est vray, mais pourtant ie ne suis point d’auis
- De degager mes iours pour les rendre asseruis,
- Et sous vn nouuel Astre aller nouueau pilote
- Conduire en autre mer, mon nauire qui flote,
- Entre l’espoir du bien, & la peur du danger
- De froisser mon attente, en ce bord estranger.
- Car pour dire le vray c’est vn pays estrange,
- Où comme vn vray Prothée à toute heure on se change,
- Où les loys par respect sages humainnement,
- Confondent le loyer auecq’ le chastiment,
- Et pour vn mesme fait de mesme intelligence
- L’vn est iusticié, l’autre aura recompence.
- Car selon l’interest, le credit, ou l’apuy
- Le crime se condamne, & s’absout auiourd’huy.
- Ie le dy sans confondre en ces aigres remarques
- La clemence du Roy, le miroir des Monarques,
- Qui plus grand de vertu, de cœur, & de renom,
- S’est acquis de Clement, & la gloire & le nom.
- Or quant à ton conseil qu’à la cour ie m’engage,
- Ie n’en ay pas l’esprit, non plus que le courage.
- Il faut trop de sçauoir, & de ciuilité,
- Et si i’ose en parler trop de subtilité,
- Ce n’est pas mon humeur, ie suis melancolique,
- Ie ne suis point entrant, ma façon est rustique,
- Et le surnom de bon me va t’on reprochant,
- Dautant que ie n’ay pas l’esprit d’estre meschant.
- Et puis ie ne sçaurois me forcer ny me faindre,
- Trop libre en volonté ie ne me puis contraindre,
- Ie ne sçaurois flater, & ne sçay point comment
- Il faut se taire acort, ou parler faucement,
- Benir les fauoris de geste, & de parolles,
- Parler de leurs ayeux, au iour de Cerizolles,
- Des hauts faicts de leur race, & comme ils ont acquis
- Ce titre auecq’ honneur de Ducs, & de Marquis.
- Ie n’ay point tant d’esprit pour tant de menterie:
- Ie ne puis m’adonner à la cageollerie,
- Selon les accidens, les humeurs ou les iours,
- Changer comme d’habits tous les mois de discours.
- Suiuant mon naturel ie hay tout artifice,
- Ie ne puis deguiser la vertu, ny le vice,
- Offrir tout de la bouche, & d’vn propos menteur,
- Dire pardieu Monsieur ie vous suis seruiteur,
- Pour cent bonadies s’arrester en la ruë,
- Faire sus l’vn des pieds en la sale la gruë,
- Entendre vn mariollet qui dit auecq’ mespris
- Ainsi qu’asnes ces gens sont tout vestus de gris,
- Ces autres verdelets aux peroquets ressemblent,
- Et ceux-cy mal peignez deuant les Dames tremblent,
- Puis au partir de là comme tourne le vent
- Auecques vn bon iour amys comme deuant.
- Ie n’entends point le cours du Ciel, ny des planetes,
- Ie ne sçay deuiner les affaires secretes,
- Cognoistre vn bon visage, & iuger si le cœur
- Contraire à ce qu’on voit ne seroit point moqueur.
- De porter vn poullet ie n’ay la suffisance,
- Ie ne suis point adroit, ie n’ay point d’eloquence
- Pour colorer vn faict, ou detourner la foy,
- Prouuer qu’vn grand amour n’est suiect à la loy,
- Suborner par discours vne femme coquette,
- Luy conter des chansons de Ieanne, & de Paquette,
- Desbaucher vne fille, & par viues raisons
- Luy monstrer comme Amour faict les bonnes maisons,
- Les maintient, les esleue, & propice aux plus belles
- En honneur les auance, & les faict Damoyselles,
- Que c’est pour leurs beaux nez que se font les ballets,
- Qu’elles sont le suiect des vers, & des poulets,
- Que leur nom retentit dans les airs que lon chante,
- Qu’elles ont à leur suite vne troupe beante
- De langoureux transis, & pour le faire court
- Dire qu’il n’est rien tel qu’aymer les gens de court
- Aleguant maint exemple en ce siecle où nous sommes,
- Qu’il n’est rien si facile à prendre que les hommes,
- Et qu’on ne s’enquiert plus s’elle a faict le pourquoy,
- Pourueu qu’elle soit riche, & qu’elle ayt bien de quoy.
- Quand elle auroit suiuy le camp à la Rochelle
- S’elle a force ducats elle est toute pucelle.
- L’honneur estropié, languissant, & perclus,
- N’est plus rien qu’vne idolle en qui lon ne croit plus.
- Or pour dire cecy il faut force mistere,
- Et de mal discourir il vaut bien mieux se taire.
- Il est vray que ceux là qui n’ont pas tant d’esprit
- Peuuent mettre en papier leur dire par escrit,
- Et rendre par leurs vers, leur Muse maquerelle;
- Mais pour dire le vray ie n’en ay la ceruelle.
- Il faut estre trop pront, escrire à tous propos,
- Perdre pour vn sonnet & sommeil, & repos.
- Puis ma muse est trop chaste, & i’ay trop de courage,
- Et ne puis pour autruy façonner vn ouurage.
- Pour moy i’ay de la court autant comme il m’en fault:
- Le vol de mon dessein ne s’estend point si haut:
- De peu ie suis content, encore que mon maistre
- S’il luy plaisoit vn iour mon trauail recongnoistre
- Peut autant qu’autre Prince, & a trop de moyen
- D’eleuer ma fortune & me faire du bien,
- Ainsy que sa Nature à la vertu facille
- Promet que mon labeur ne doit estre inutille,
- Et qu’il doit quelque iour mal-gré le sort cuisant
- Mon seruice honorer d’vn honneste presant,
- Honneste, & conuenable à ma basse fortune,
- Qui n’abaye, & n’aspire ainsy que la commune
- Apres l’or du Perou, ny ne tend aux honneurs,
- Que Rome departit aux vertuz des Seigneurs.
- Que me sert de m’asseoir le premier à la table,
- Si la fain d’en auoir me rend insatiable?
- Et si le fais leger d’vne double Euesché
- Me rendant moins contant me rend plus empesché?
- Si la gloire, & la charge à la peine adonnée
- Rend sous l’ambition mon ame infortunée?
- Et quand la seruitude a pris l’homme au collet
- I’estime que le Prince est moins que son valet.
- C’est pourquoy ie ne tends à fortune si grande:
- Loing de l’ambition, la raison me commande:
- Et ne pretends auoir autre chose sinon
- Qu’vn simple benefice, & quelque peu de nom;
- Affin de pouuoir viure, auecq’ quelque asseurance,
- Et de m’oster mon bien que lon ait conscience.
- Alors vrayement heureux les liures feuilletant
- Ie rendrois mon desir, & mon esprit contant.
- Car sans le reuenu l’estude nous abuse,
- Et le corps ne se paist aux banquets de la muse.
- Ses mets sont de sçauoir discourir par raison,
- Comme l’ame se meut vn tans en sa prison,
- Et comme deliurée elle monte diuine
- Au Ciel lieu de son estre, & de son origine,
- Comme le Ciel mobile eternel en son cours
- Fait les siecles, les ans, & les mois, & les iours,
- Comme aux quatre elemens les matieres encloses,
- Donnent comme la mort la vie à toutes choses,
- Comme premierement les hommes dispercez,
- Furent par l’armonie, en troupes amassez,
- Et comme la malice en leur ame glissée,
- Troubla de noz ayeux l’innocente pensée,
- D’où naquirent les loys, les bourgs, & les citez,
- Pour seruir de gourmete à leurs mechancetez,
- Comme ils furent en fin reduis sous vn Empire,
- Et beaucoup d’autres plats qui seroient longs à dire,
- Et quand on en sçauroit ce que Platon en sçait,
- Marquis tu n’en serois plus gras, ny plus refaict,
- Car c’est vne viande en esprit consommée,
- Legere à l’estomac, ainsi que la fumée.
- Sçais tu pour sçauoir bien, ce qu’il nous faut sçauoir?
- C’est s’affiner le goust de cognoistre, & de voir,
- Aprendre dans le monde, & lire dans la vie
- D’autres secrets plus fins que de Philosophie,
- Et qu’auecq’ la science il faut vn bon esprit.
- Or entends à ce point ce qu’vn Greq’ en escrit,
- Iadis vn loup dit-il, que la fain epoinçonne
- Sortant hors de son fort rencontre vne lionne
- Rugissante à l’abord, & qui montroit aux dens
- L’insatiable fain qu’elle auoit au dedans:
- Furieuse elle aproche, & le loup qui l’auise,
- D’vn langage flateur luy parle, & la courtise:
- Car ce fut de tout tans que ployant sous l’effort,
- Le petit cede au grand, & le foible au plus fort.
- Luy di-ie, qui craignoit que faute d’autre proye,
- La beste l’attaquast, ses ruses il employe.
- Mais en fin le hazard si bien le secourut,
- Qu’vn mulet gros, & gras à leurs yeux aparut;
- Ils cheminent dispos croyant la table preste,
- Et s’aprochent tous deux assez pres de la beste,
- Le loup qui la congnoist, malin, & deffiant,
- Luy regardant aux pieds luy parloit en riant:
- D’où es-tu? qui es-tu? quelle est ta nouriture?
- Ta race, ta maison, ton maistre, ta nature?
- Le mulet estonné de ce nouueau discours
- De peur ingenieux, aux ruses eut recours,
- Et comme les Normans sans luy repondre voire,
- Compere, ce dit-il, ie n’ay point de memoire,
- Et comme sans esprit ma grand mere me vit,
- Sans m’en dire autre chose au pied me l’escriuit.
- Lors il leue la iambe au iaret ramassée,
- Et d’vn œil innocent il couuroit sa pensée,
- Se tenant suspendu sur les pieds en auant:
- Le loup qui l’aperçoit se leue de deuant,
- S’excusant de ne lire auecq’ ceste parolle,
- Que les loups de son tans n’alloient point à l’ecolle:
- Quand la chaude lionne à qui l’ardante fain
- Alloit precipitant la rage, & le dessein,
- S’aproche plus sçauante en volonté de lire,
- Le mulet prend le tans, & du grand coup qu’il tire
- Luy enfonce la teste, & d’vne autre façon,
- Quelle ne sçauoit point luy aprit sa leçon.
- Alors le loup s’enfuit voyant la beste morte,
- Et de son ignorance ainsi se reconforte:
- N’en deplaise aux Docteurs, Cordeliers, Iacopins,
- Pardieu les plus grands clers ne sont pas les plus fins.
-
-
-
-
-A Monsieur Motin.
-
-SATYRE IIII.
-
-
- Motin la Muse est morte, ou la faueur pour elle:
- En vain dessus Parnasse Apollon on apelle,
- En vain par le veiller on acquiert du sçauoir,
- Si fortune s’en mocque, & s’on ne peut auoir
- Ny honneur, ny credit, non plus que si noz paines
- Estoient fables du peuple inutiles, & vaines.
- Or va romps toy la teste, & de iour & de nuict,
- Pallis dessus vn liure à l’apetit d’vn bruit
- Qui nous honore apres que nous sommes sous terre,
- Et de te voir paré de trois brins de lierre,
- Comme s’il importoit estans ombres là bas,
- Que nostre nom vescust ou qu’il ne vescust pas,
- Honneur hors de saison, inutile merite
- Qui viuans nous trahit, & qui morts nous profite.
- Sans soing de l’auenir ie te laisse le bien
- Qui vient à contrepoil alors qu’on ne sent rien,
- Puis que viuant icy de nous on ne faict conte,
- Et que nostre vertu engendre nostre honte.
- Doncq’ par d’autres moyens à la court familiers,
- Par vice, ou par vertu acquerons des lauriers,
- Puis qu’en ce monde icy on n’en faict differance,
- Et que souuent par l’vn l’autre se recompense.
- Aprenons à mentir, mais d’vne autre façon
- Que ne fait Caliope ombrageant sa chanson
- Du voille d’vne fable, afin que son mistere
- Ne soit ouuert à tous, ny congneu du vulguaire.
- Aprenons à mentir, noz propos deguiser,
- A trahir noz amys, noz ennemis baiser,
- Faire la court aux grands, & dans leurs antichambres,
- Le chapeau dans la main, nous tenir sur noz membres,
- Sans oser ny cracher, ny toussir, ny s’asseoir,
- Et nous couchant au iour, leur donner le bon soir.
- Car puis que la fortune aueuglement dispose
- De tout, peut estre en fin aurons nous quelque chose
- Qui pourra destourner l’ingrate aduersité,
- Par vn bien incertain à tatons debité,
- Comme ces courtisans qui s’en faisant acroire,
- N’ont point d’autre vertu, sinon de dire voire.
- Or laissons doncq’ la Muse, Apollon, & ses vers,
- Laissons le lut, la lyre, & ces outils diuers,
- Dont Apollon nous flatte, ingrate frenesie,
- Puis que pauure & quémande on voit la poësie,
- Où i’ai par tant de nuits mon trauail occupé:
- Mais quoy ie te pardonne, & si tu m’as trompé
- La honte en soit au siecle, où viuant d’age en age
- Mon exemple rendra quelque autre esprit plus sage.
- Mais pour moy mon amy ie suis fort mal payé
- D’auoir suiuy cet’ art, si i’eusse estudié,
- Ieune laborieux sur vn bancq à l’escolle,
- Gallien, Hipocrate, ou Iason, ou Bartolle,
- Vne cornete au col debout dans vn parquet,
- A tort & à trauers ie vendrois mon caquet,
- Ou bien tastant le poulx, le ventre & la poitrine,
- I’aurois vn beau teston pour iuger d’vne vrine,
- Et me prenant au nez loucher dans vn bassin
- Des ragous qu’vn malade offre à son Medecin,
- En dire mon aduis, former vne ordonnance,
- D’vn rechape s’il peut, puis d’vne reuerence,
- Contrefaire l’honneste, & quand viendroit au point,
- Dire en serrant la main, Dame il n’en falloit point.
- Il est vray que le Ciel qui me regarda naistre,
- S’est de mon iugement tousiours rendu le maistre,
- Et bien que ieune enfant mon Pere me tançast,
- Et de verges souuent mes chançons menaçast,
- Me disant de depit, & bouffy de colere,
- Badin quitte ces vers, & que penses-tu faire?
- La Muse est inutile, & si ton oncle a sçeu
- S’auancer par cet art tu t’y verras deçeu.
- Vn mesme Astre tousiours n’eclaire en ceste terre:
- Mars tout ardant de feu nous menace de guerre,
- Tout le monde fremit, & ces grands mouuemens
- Couuent en leurs fureurs de piteux changemens.
- Pense-tu que le lut, & la lyre des Poëtes
- S’acorde d’armonie auecques les trompettes,
- Les fiffres, les tambours, le canon, & le fer,
- Concert extrauagant des musiques d’enfer?
- Toute chose a son regne, & dans quelques années,
- D’vn autre œil nous verrons les fieres destinées.
- Les plus grands de ton tans dans le sang aguerris,
- Comme en Trace seront brutalement nourris,
- Qui rudes n’aymeront la lyre de la Muse,
- Non plus qu’vne vielle ou qu’vne cornemuse.
- Laisse donc ce métier & sage prens le soing
- De t’acquerir vn art qui te serue au besoing.
- Ie ne sçay mon amy par quelle prescience,
- Il eut de noz Destins si claire congnoissance,
- Mais pour moy ie sçay bien que sans en faire cas,
- Ie mesprisois son dire, & ne le croyois pas,
- Bien que mon bon Démon souuent me dist le mesme:
- Mais quand la passion en nous est si extreme,
- Les aduertissemens n’ont ny force ny lieu:
- Et l’homme croit à peine aux parolles d’vn Dieu.
- Ainsi me tançoit-il d’vne parolle emeuë.
- Mais comme en se tournant ie le perdoy de veuë
- Ie perdy la memoire auecques ses discours,
- Et resueur m’esgaray tout seul par les destours
- Des Antres & des Bois affreux & solitaires,
- Où la Muse en dormant m’enseignoit ses misteres,
- M’aprenoit des secrets & m’echaufant le sein,
- De gloire & de renom releuoit mon dessein.
- Inutile science, ingrate, & mesprisée,
- Qui sert de fable au peuple, aux plus grands de risée.
- Encor’ seroit ce peu si sans estre auancé,
- Lon auoit en cet art son age depencé,
- Apres vn vain honneur que le tans nous refuse,
- Si moins qu’vne Putain l’on n’estimoit la Muse.
- Eusse tu plus de feu, plus de soing, & plus d’art
- Que Iodelle n’eut oncq’, Desportes, ny Ronsard,
- Lon te fera la mouë, & pour fruict de ta paine,
- Ce n’est ce dirat-on qu’vn Poete à la douzaine.
- Car on n’a plus le goust comme on l’eut autrefois,
- Apollon est gené par de sauuages loix,
- Qui retiennent sous l’art sa nature offusquée,
- Et de mainte figure est sa beauté masquée.
- Si pour sçauoir former quatre vers enpoullez
- Faire tonner des mots mal ioincts & mal collez,
- Amy l’on estoit Poete, on verroit cas estranges,
- Les Poetes plus espais que mouches en vandanges.
- Or que des ta ieunesse Apollon t’ait apris,
- Que Caliope mesme ait tracé tes escris,
- Que le neueu d’Atlas les ait mis sur la lyre,
- Qu’en l’Antre Thespean on ait daigné les lire,
- Qu’ils tiennent du sçauoir de l’antique leçon,
- Et qu’ils soient imprimez des mains de Patisson,
- Si quelqu’vn les regarde & ne leur sert d’obstacle,
- Estime mon amy que c’est vn grand miracle.
- Lon a beau faire bien, & semer ses escris
- De ciuette, bainjoin, de musc, & d’ambre gris,
- Qu’ils soient plains releuez & graues à l’oreille,
- Qu’ils fassent sourciller les doctes de merueille,
- Ne pense pour cela estre estimé moins fol,
- Et sans argent contant qu’on te preste vn licol,
- Ny qu’on n’estime plus (humeur extrauagante)
- Vn gros asne pourueu de mille escuz de rente.
- Ce malheur est venu de quelques ieunes veaux
- Qui mettent à l’encan l’honneur dans les bordeaux,
- Et raualant Phœbus, les Muses, & la grace,
- Font vn bouchon à vin du laurier de Parnasse,
- A qui le mal de teste est commun & fatal,
- Et vont bisarement en poste à l’hopital,
- Disant s’on n’est hargneux, & d’humeur difficille,
- Que lon est mesprisé de la troupe ciuille,
- Que pour estre bon Poete il faut tenir des fous,
- Et desirent en eux ce qu’on mesprise en tous,
- Et puis en leur chanson sotement importune,
- Ils accusent les grands, le Ciel, & la fortune,
- Qui fustez de leurs vers en sont si rebatus,
- Qu’ils ont tiré cet’ art du nombre des vertus,
- Tiennent à mal d’esprit leurs chansons indiscrettes
- Et les mettent au ranc des plus vaines sornetes.
- Encore quelques grands affin de faire voir
- De Mœcene riuaux qu’ils ayment le sçauoir,
- Nous voient de bon œil, & tenant vne gaule,
- Ainsi qu’à leurs cheuaux nous en flatent l’espaule,
- Auecque bonne mine, & d’vn langage doux,
- Nous disent souriant, & bien que faictes vous?
- Auez vous point sur vous quelque chanson nouuelle?
- I’en vy ces iours passez de vous vne si belle,
- Que c’est pour en mourir, ha ma foy ie voy bien,
- Que vous ne m’aymez plus, vous ne me donnez rien.
- Mais on lit à leurs yeux & dans leur contenance,
- Que la bouche ne parle ainsi que l’ame pense,
- Et que c’est mon amy, vn gremoire & des mots
- Dont tous les courtisans endorment les plus sots.
- Mais ie ne m’aperçoy que trenchant du prudhomme,
- Mon tans en cent caquets sottement ie consomme,
- Que mal instruit ie porte en Brouage du sel,
- Et mes coquilles vendre à ceux de sainct Michel.
- Doncq’ sans mettre l’enchere aux sotises du monde,
- Ny gloser les humeurs de Dame Fredegonde,
- Ie diray librement pour finir en deux mots,
- Que la plus part des gens sont habillez en sots.
-
-
-
-
-A Monsieur Bertault, Euesque de Sées.
-
-SATYRE V.
-
-
- Bertault c’est vn grand cas quoy que lon puisse faire,
- Il n’est moyen qu’vn homme à chacun puisse plaire
- Et fust-il plus parfaict que la perfection,
- L’homme voit par les yeux de son affection.
- Chaque fat a son sens dont sa raison s’escrime,
- Et tel blasme en autruy ce dequoy ie l’estime,
- Tout suyuant l’intelec change d’ordre & de rang,
- Les Mores auiourd’huy peignent le Diable blanc,
- Le sel est doux aux vns, le sucre amer aux autres,
- Lon reprend tes humeurs ainsi qu’on fait les nostres,
- Les Critiques du tans m’apellent debauché,
- Que ie suis iour & nuict aux plaisirs ataché,
- Que i’y pers mon esprit, mon ame & ma ieunesse,
- Les autres au rebours accusent ta sagesse,
- Et ce hautain desir qui te faict mépriser
- Plaisirs, tresors, grandeurs pour t’immortaliser,
- Et disent, ô chetifs qui mourant sur vn liure,
- Pensez seconds Phœnis en vos cendres reuiure,
- Que vous estes trompez en vostre propre erreur,
- Car & vous & vos vers viuez par procureur.
- Vn liuret tout moysi vit pour vous & encore
- Comme la mort vous fait, la taigne le deuore,
- Ingrate vanité dont l’homme se repaist,
- Qui baille apres vn bien qui sottement luy plaist.
- Ainsi les actions aux langues sont sugettes,
- Mais ces diuers rapors sont de foibles sagettes,
- Qui bleçent seulement ceux qui sont mal armez,
- Non pas les bons espris à vaincre acoutumez,
- Qui sçauent auisez auecques differance,
- Separer le vray bien du fard de l’apparance.
- C’est vn mal bien estrange aux cerueaux des humains
- Qui suiuant ce qu’ils sont malades ou plus sains,
- Digerent la viande, & selon leur nature,
- Ils prennent ou mauuaise ou bonne nouriture.
- Ce qui plaist à l’œil sain offence vn chassieux,
- L’eau se iaunit en bile au corps du bilieux,
- Le sang d’vn Hidropique en pituite se change,
- Et l’estommac gasté pourit tout ce qu’il mange,
- De la douce liqueur roussoyante du Ciel,
- L’vne en fait le venin, & l’autre en fait le miel.
- Ainsi c’est la nature, & l’humeur des personnes,
- Et non la qualité qui rend les choses bonnes.
- Charnellement se ioindre auecq’ sa paranté,
- En France c’est inceste, en Perse charité,
- Tellement qu’à tout prendre en ce monde où nous sommes,
- Et le bien, & le mal depend du goust des hommes.
- Or sans me tourmenter des diuers apetis,
- Quels ils sont aux plus grands, & quels aux plus petis,
- Ie te veux discourir comme ie trouue estrange
- Le chemin d’où nous vient le blasme, & la loüange,
- Et comme i’ay l’esprit de Chimeres brouillé,
- Voyant qu’vn More noir m’appelle barbouillé,
- Que les yeux de trauers s’offensent que ie lorgne,
- Et que les quinze vints disent que ie suis borgne.
- C’est ce qui m’en deplaist encor que i’aye apris
- En mon Philosopher d’auoir tout à mépris.
- Penses tu qu’à present vn homme a bonne grace,
- Qui dans le four l’Euesque enterine sa grace,
- Ou l’autre qui poursuit des abolitions,
- De vouloir ietter l’œil dessus mes actions,
- Vn traistre, vn vsurier, qui par misericorde,
- Par argent, ou faueur s’est sauué de la corde,
- Moy qui dehors sans plus ay veu le Chastelet,
- Et que iamais sergent ne saisit au collet,
- Qui vis selon les loix & me contiens de sorte
- Que ie ne tremble point quand on heurte à ma porte,
- Voyant vn President le cœur ne me tressault,
- Et la peur d’vn Preuost ne m’eueille en sursault,
- Le bruit d’vne recherche au logis ne m’areste,
- Et nul remord facheux ne me trouble la teste,
- Ie repose la nuict suz l’vn & l’autre flanc,
- Et cepandant Bertault ie suis desus le ranc.
- Scaures du tans present, hipocrites seueres,
- Vn Claude effrontement parle des adulteres,
- Milon sanglant encor reprend vn assassin,
- Grache, vn seditieux, & Verres, le larcin.
- Or pour moy tout le mal que leur discours m’obiette,
- C’est que mon humeur libre à l’amour est sugette,
- Que i’ayme mes plaisirs, & que les passetans
- Des amours m’ont rendu grison auant le tans,
- Qu’il est bien malaisé que iamais ie me change,
- Et qu’à d’autres façons ma ieunesse se range.
- Mon oncle m’a conté que montrant à Ronsard
- Tes vers estincellants & de lumiere, & d’art,
- Il ne sçeut que reprendre en ton aprentissage
- Sinon qu’il te iugeoit pour vn Poete trop sage.
- Et ores au contraire, on m’obiecte à peché
- Les humeurs qu’en ta Muse il eust bien recherché.
- Aussi ie m’emerueille au feu que tu recelles,
- Qu’vn esprit si rasis ait des fougues si belles,
- Car ie tien comme luy que le chaud element,
- Qui donne ceste pointe au vif entendement,
- Dont la verue s’echauffe & s’enflame de sorte
- Que ce feu dans le Ciel sur des aisles l’emporte,
- Soit le mesme qui rend le Poete ardant & chaud,
- Suiect à ses plaisirs, de courage si haut,
- Qu’il meprise le peuple, & les choses communes,
- Et brauant les faueurs se moque des fortunes,
- Qui le fait debauché, frenetique resuant
- Porter la teste basse, & l’esprit dans le vent,
- Egayer sa fureur parmy des precipices,
- Et plus qu’à la raison suiect à ses caprices.
- Faut il doncq’ à present s’etonner si ie suis
- Enclin à des humeurs qu’euiter ie ne puis,
- Où mon temperament malgré moy me transporte,
- Et rend la raison foible où la nature est forte,
- Mais que ce mal me dure il est bien malaisé,
- L’homme ne se plaist pas d’estre tousiours fraisé,
- Chaque age a ses façons, & change la Nature
- De sept ans en sept ans nostre temperature;
- Selon que le Soleil se loge en ses maisons,
- Se tournent noz humeurs, ainsi que noz saisons,
- Toute chose en viuant auecq’ l’age s’altere,
- Le debauché se rit des sermons de son pere,
- Et dans vingt & cinq ans venant à se changer,
- Retenu, vigilant, soigneux & mesnager,
- De ces mesmes discours ses fils il admoneste,
- Qui ne font que s’en rire & qu’en hocher la teste,
- Chaque age a ses humeurs, son goust, & ses plaisirs,
- Et comme nostre poil blanchissent noz desirs.
- Nature ne peut pas l’age en l’age confondre:
- L’enfant qui sçait desia demander & respondre,
- Qui marque asseurement la terre de ses pas,
- Auecque ses pareils se plaist en ses ébas,
- Il fuit, il vient, il parle, il pleure, il saute d’aise,
- Sans raison d’heure en heure, il s’émeut & s’apaise.
- Croissant l’age en auant sans soing de gouuerneur
- Releué, courageux, & cupide d’honneur,
- Il se plaist aux cheuaux, aux chiens, à la campagne,
- Facille au vice il hait les vieux, & les dedagne,
- Rude à qui le reprend, paresseux à son bien,
- Prodigue, depencier, il ne conserue rien,
- Hautain, audacieux, conseiller de soy mesme,
- Et d’vn cœur obstiné se heurte à ce qu’il aime.
- L’age au soing se tournant homme fait il acquiert
- Des biens, & des amis, si le tans le requiert,
- Il masque ses discours, comme sur vn theatre,
- Subtil ambitieux l’honneur il idolatre,
- Son esprit auisé preuient le repentir,
- Et se garde d’vn lieu difficille à sortir.
- Maints facheux accidans surprennent sa viellesse,
- Soit qu’auecq du soucy gagnant de la richesse,
- Il s’en deffend l’vsage, & craint de s’en seruir,
- Que tant plus il en a, moins s’en peut assouuir,
- Ou soit qu’auecq’ froideur il fasse toute chose,
- Imbecille, douteux, qui voudroit, & qui n’ose,
- Dilayant, qui tousiours a l’œil sur l’auenir,
- De leger il n’espere, & croit au souuenir,
- Il parle de son tans, difficille & seuere,
- Censurant la ieunesse vse des droits de pere,
- Il corrige, il reprend, hargneux en ses façons,
- Et veut que tous ses mots soient autant de leçons.
- Voilla doncq’ de par Dieu comme tourne la vie,
- Ainsi diuersement aux humeurs asseruie,
- Que chaque age depart à chaque homme en viuant,
- De son temperament la qualité suiuant:
- Et moy qui ieune encor’ en mes plaisirs m’égaye,
- Il faudra que ie change, & mal gré que i’en aye
- Plus soigneux deuenu, plus froid, & plus rassis,
- Que mes ieunes pensers cedent aux vieux soucis,
- Que i’en paye l’escot remply iusque à la gorge,
- Et que i’en rende vn iour les armes à sainct George.
- Mais de ces discoureurs il ne s’en trouue point,
- Ou pour le moins bien peu qui cognoissent ce point,
- Effrontez, ignorans, n’ayants rien de solide,
- Leur esprit prend l’essor où leur langue le guide,
- Sans voir le fond du sac ils prononcent l’arest,
- Et rangent leurs discours au point de l’interest,
- Pour exemple parfaitte ils n’ont que l’aparance,
- Et c’est ce qui nous porte à ceste indifferance,
- Qu’ensemble l’on confond le vice & la vertu,
- Et qu’on l’estime moins qu’on n’estime vn festu.
- Aussi qu’importe-il de mal ou de bien faire,
- Si de noz actions vn iuge volontaire,
- Selon ses apetis les decide, & les rend
- Dignes de recompense, ou d’vn suplice grand:
- Si tousiours noz amis, en bon sens les expliquent,
- Et si tout au rebours noz haineux nous en piquent?
- Chacun selon son goust s’obstine en son party,
- Qui fait qu’il n’est plus rien qui ne soit peruerty:
- La vertu n’est vertu, l’enuie la deguise,
- Et de bouche sans plus le vulgaire la prise:
- Au lieu du iugement regnent les passions,
- Et donne l’interest, le pris, aux actions.
- Ainsi ce vieux resueur qui nagueres à Rome
- Gouuernoit vn enfant & faisant le preud’homme,
- Contre-caroit Caton, Critique en ses discours,
- Qui tousiours rechinoit & reprenoit tousiours,
- Apres que cet enfant s’est fait plus grand par l’age
- Reuenant à la court d’vn si lointain voyage,
- Ce Critique changeant d’humeurs & de cerueau,
- De son pedant qu’il fut, deuient son maquereau.
- O gentille vertu qu’aisement tu te changes!
- Non non ces actions meritent des loüanges,
- Car le voyant tout seul qu’on le prenne à serment,
- Il dira qu’icy bas l’homme de iugement
- Se doit accommoder au tans qui luy commande,
- Et que c’est à la court vne vertu bien grande.
- Donq’ la mesme vertu le dressant au poulet,
- De vertueux qu’il fut le rend Dariolet,
- Donq’ à si peu de frais, la vertu se profane,
- Se deguise, se masque & deuient courtisane,
- Se transforme aux humeurs, suit le cours du marché,
- Et dispence les gens de blasme & de peché.
- Peres des siecles vieux, exemple de la vie,
- Dignes d’estre admirez d’vne honorable enuie,
- (Si quelque beau desir viuoit encor’ en nous)
- Nous voyant de là haut Peres qu’en dittes vous?
- Iadis de vostre tans la vertu simple & pure
- Sans fard, sans fiction imitoit sa nature,
- Austere en ses façons, seuere en ses propos,
- Qui dans vn labeur iuste egayoit son repos,
- D’hommes vous faisant Dieux vous paissoit d’ambrosie,
- Et donnoit place au Ciel à vostre fantasie.
- La lampe de son front partout vous esclairoit,
- Et de toutes frayeurs voz espris asseuroit,
- Et sans penser aux biens où le vulgaire pense,
- Elle estoit vostre prix, & vostre recompense,
- Où la nostre auiourd’huy qu’on reuere icy bas,
- Va la nuict dans le bal, & dance les cinq pas,
- Se parfume, se frise, & de façons nouuelles
- Veut auoir par le fard du nom entre les belles,
- Fait creuer les courtaux en chassant aux forests,
- Court le faquin, la bague, escrime des fleurets,
- Monte vn cheual de bois, fait desus des Pommades,
- Talonne le Genet, & le dresse aux passades,
- Chante des airs nouueaux, inuente des ballets,
- Sçait escrire & porter les vers, & les poulets,
- A l’œil tousiours au guet, pour des tours de souplesse,
- Glose sur les habits, & sur la gentillesse,
- Se plaist à l’entretien, commente les bons mots,
- Et met à mesme pris, les sages, & les sots.
- Et ce qui plus encor’ m’enpoisonne de rage,
- Est quand vn Charlatan releue son langage,
- Et de coquin faisant le Prince reuestu,
- Bastit vn Paranimfe à sa belle vertu,
- Et qu’il n’est crocheteur ny courtault de boutique,
- Qui n’estime à vertu l’art où sa main s’aplique,
- Et qui paraphrasant sa gloire, & son renom,
- Entre les vertueux ne veuille auoir du nom.
- Voilla comme à present chacun l’adulterise,
- Et forme vne vertu comme il plaist à sa guise:
- Elle est comme au marché dans les impressions,
- Et s’adiugeant aux taux de noz affections,
- Fait que par le caprice, & non par le merite,
- Le blasme, & la loüange au hazard se debite:
- Et peut vn ieune sot, suiuant ce qu’il conçoit,
- Ou ce que par ses yeux son esprit en reçoit,
- Donner son iugement, en dire ce qu’il pense,
- Et mettre sans respec nostre honneur en balance.
- Mais puis que c’est le tans, mesprisant les rumeurs
- Du peuple, laisson là le monde en ces humeurs,
- Et si selon son goust, vn chacun en peut dire,
- Mon goust sera Bertault, de n’en faire que rire.
-
-
-
-
-A Monsieur de Bethune estant Ambassadeur pour Sa Maiesté à Rome.
-
-SATYRE VI.
-
-
- Bethune si la charge où ta vertu s’amuse,
- Te permet êcouter les chansons que la Muse,
- Desus les bords du Tibre & du mont Palatin,
- Me fait dire en François au riuage Latin,
- Où comme au grand Hercule, à la poictrine large,
- Nostre Atlas de son fais sur ton dos se descharge,
- Te commet de l’Estat l’entier gouuernement,
- Ecoute ce discours tissu bijarement,
- Où ie ne pretens point escrire ton Histoire:
- Ie ne veux que mes vers s’honorent en la gloire
- De tes nobles ayeux, dont les faits releuez,
- Dans les cœurs des Flamens sont encore grauez,
- Qui tiennent à grandeur de ce que tes Ancestres
- En armes glorieux furent iadis leurs maistres.
- Ni moins comme ton frere aidé de ta vertu,
- Par force, & par conseil, en France a combatu
- Ces auares Oyseaux dont les grifes gourmandes
- Du bon Roy des François rauissoient les viandes,
- Suget trop haut pour moy, qui doy sans m’egarer,
- Au champ de sa valeur, la voir & l’admirer.
- Aussi selon le corps on doit tailler la robe:
- Ie ne veux qu’à mes vers vostre Honneur se derobe,
- Ny qu’en tissant le fil de voz faits plus qu’humains,
- Dedans ce Labirinte il m’eschape des mains:
- On doit selon la force entreprendre la paine,
- Et se donner le ton suyuant qu’on a d’halaine,
- Non comme vn fou chanter de tort, & de trauers.
- Laissant doncq’ aux sçauans à vous paindre en leurs vers,
- Haut esleuez en l’air sur vne aisle dorée,
- Dignes imitateurs des enfans de Borée,
- Tandis qu’à mon pouuoir mes forces mesurant,
- Sans prendre ny Phœbus, ny la Muse à garant,
- Ie suyuray le caprice en ces pays estranges
- Et sans paraphraser tes faits, & tes loüanges,
- Ou me fantasier le cerueau de soucy,
- Sur ce qu’on dit de France, ou ce qu’on voit icy,
- Ie me deschargeray d’vn fais que ie dedaigne,
- Suffisant de creuer vn Genet de Sardaigne,
- Qui pourroit defaillant en sa morne vigueur,
- Succomber soubs le fais que i’ay desus le cœur.
- Or ce n’est point de voir, en regne la sottise,
- L’Auarice, & le Luxe, entre les gens d’Eglise,
- La Iustice à l’ancan, l’Innocent opressé,
- Le conseil corrompu suiure l’interessé,
- Les estats peruertis toute chose se vendre,
- Et n’auoir du credit qu’au pris qu’on peut dependre:
- Ny moins que la valeur n’ait icy plus de lieu,
- Que la noblesse coure en poste à l’hostel Dieu,
- Que les ieunes oisifs aux plaisirs s’abandonnent,
- Que les femmes du tans soient à qui plus leur donnent,
- Que l’vsure ait trouué (bien que ie n’ay dequoy
- Tant elle a bonnes dents) que mordre desus moy.
- Tout cecy ne me pese, & l’esprit ne me trouble,
- Que tout s’y peruertisse il ne m’en chaut d’vn double,
- Du tans, ni de l’estat il ne faut s’affliger,
- Selon le vent qui fait l’homme doit nauiger.
- Mais ce dont ie me deuls est bien vne autre chose
- Qui fait que l’œil humain iamais ne se repose,
- Qu’il s’abandonne en proye aux soucis plus cuisans.
- Ha! que ne suis-ie Roy pour cent ou six vingts ans,
- Par vn Edit public qui fust irreuocable,
- Ie bannirois l’Honneur, ce monstre abominable,
- Qui nous trouble l’esprit & nous charme si bien,
- Que sans luy les humains icy ne voyent rien,
- Qui trahit la nature, & qui rend imparfaite
- Toute chose qu’au goust les delices ont faicte.
- Or ie ne doute point, que ces esprits bossus,
- Qui veulent qu’on les croye en droite ligne yssus
- Des sept sages de Grece, à mes vers ne s’oposent,
- Et que leurs iugemens desus le mien ne glosent:
- Comme de faire entendre à chacun que ie suis
- Aussi perclus d’esprit comme Pierre du Puis,
- De vouloir sottement que mon discours se dore
- Au despens d’vn suget que tout le monde adore,
- Et que ie suis de plus priué de iugement,
- De t’offrir ce caprice ainsi si librement,
- A toy qui des ieunesse apris en son escolle,
- As adoré l’Honneur, d’effect, & de parolle,
- Qui l’as pour vn but sainct, en ton penser profond,
- Et qui mourrois plustost, que luy faire vn faux bond.
- Ie veux bien auoir tort en cette seulle chose,
- Mais ton doux naturel fait que ie me propose
- Librement te montrer à nu mes passions,
- Comme à cil qui pardonne aux imperfections:
- Qu’ils n’en parlent doncq’ plus & qu’estrange on ne trouue
- Si ie hay plus l’Honneur qu’vn mouton vne louue,
- L’Honneur que soubs faux tiltre habite auecque nous,
- Qui nous oste la vie & les plaisirs plus doux,
- Qui trahit nostre espoir & fait que lon se paine
- Apres l’esclat fardé d’vne aparance vaine:
- Qui seure les desirs & passe mechamment
- La plume par le becq’ à nostre sentiment,
- Qui nous veut faire entendre en ses vaines chimeres,
- Que pour ce qu’il nous touche, il se perd si noz meres,
- Noz femmes, & noz sœurs, font leurs maris ialoux,
- Comme si leurs desirs dependissent de nous.
- Ie pense quant à moy que cest homme fust yure,
- Qui changea le premier l’vsage de son viure,
- Et rangeant soubs des loys, les hommes escartez,
- Bastit premierement & villes & citez,
- De tours & de fossez renforça ses murailles,
- Et r’enferma dedans cent sortes de quenailles.
- De cest amas confus, naquirent à l’instant,
- L’enuie, le mespris, le discord inconstant,
- La peur, la trahison, le meurtre, la vengeance,
- L’horrible desespoir; & toute ceste engeance
- De maux, qu’on voit regner en l’Enfer de la court,
- Dont vn pedant de Diable en ses leçons discourt
- Quand par art il instruit ses escoliers pour estre,
- (S’il se peut faire) en mal plus grands clers que leur maistre.
- Ainsi la liberté du monde s’enuola,
- Et chascun se campant qui deçà, qui delà,
- De hayes, de buissons remarqua son partage,
- Et la fraude fist lors la figue au premier age.
- Lors du Mien, & du Tien naquirent les proces,
- A qui l’argent depart bon, ou mauuais succes,
- Le fort batit le foible, & luy liura la guerre,
- De là l’Ambition fit anuahir la terre,
- Qui fut auant le tans que suruindrent ces maux,
- Vn hospital commun à tous les animaux,
- Quand le mary de Rhée au siecle d’innocence,
- Gouuernoit doucement le monde en son enfance:
- Que la terre de soy le fourment raportoit,
- Que le chesne de Masne & de miel degoutoit:
- Que tout viuoit en paix, qu’il n’estoit point d’vsures:
- Que rien ne se vendoit, par poix ny par mesures:
- Qu’on n’auoit point de peur qu’vn Procureur fiscal
- Formast sur vne eguille vn long proces verbal:
- Et se iettant d’aguet dessus vostre personne,
- Qu’vn Barisel vous mist dedans la Tour de Nonne.
- Mais si tost que le Fils le Pere dechassa,
- Tout sans desus desous icy se renuersa.
- Les soucis, les ennuis, nous broüillerent la teste,
- Lon ne pria les saincts, qu’au fort de la tempeste,
- Lon trompa son prochain, la medisance eut lieu,
- Et l’Hipocrite fist barbe de paille à Dieu,
- L’homme trahit sa foy, d’où vindrent les Notaires,
- Pour attacher au ioug les humeurs volontaires.
- La fain, & la cherté se mirent sur le rang,
- La fiebure, les charbons, le maigre flux de sang,
- Commencerent d’eclore, & tout ce que l’Autonne,
- Par le vent de midy, nous aporte & nous donne.
- Les soldats puis apres, ennemis de la paix,
- Qui de l’auoir d’autruy ne se soulent iamais,
- Troublerent la campagne, & saccageant noz villes,
- Par force en noz maisons, violerent noz filles,
- D’où naquit le Bordeau qui s’eleuant debout,
- A l’instant comme vn Dieu s’etendit tout par tout,
- Et rendit Dieu mercy ces fiebures amoureuses,
- Tant de galants pelez, & de femmes galeuses,
- Que les perruques sont & les drogues encor,
- (Tant on en a besoing) aussi cheres que l’or.
- Encore tous ces maux ne seroient que fleurettes,
- Sans ce maudit Honneur, ce conteur de sornettes,
- Ce fier serpent qui couue vn venin soubs des fleurs,
- Qui noye iour & nuict noz esprits en noz pleurs:
- Car pour ces autres maux c’estoient legeres paines,
- Que Dieu donna selon les foiblesses humaines.
- Mais ce traistre cruël excedant tout pouuoir,
- Nous fait suër le sang soubs vn pesant deuoir,
- De Chimeres nous pipe & nous veut faire acroire
- Qu’au trauail seulement doibt consister la gloire,
- Qu’il faut perdre & someil, & repos, & repas,
- Pour tâcher d’aquerir vn suget qui n’est pas,
- Ou s’il est, que iamais aux yeux ne se decouure,
- Et perdu pour vn coup iamais ne se recouure,
- Qui nous gonfle le cœur de vapeurs & de vent,
- Et d’exces par luy mesme il se perd bien souuent.
- Puis on adorera ceste menteuse Idolle,
- Pour Oracle on tiendra ceste croyance folle,
- Qu’il n’est rien de si beau que tomber bataillant,
- Qu’au despens de son sang, il faut estre vaillant,
- Mourir d’vn coup de lance, ou du choc d’vne pique,
- Comme les Paladins de la saison antique,
- Et respendant l’esprit, blessé par quelque endroit,
- Que nostre Ame s’enuolle en Paradis tout droit.
- Ha! que c’est chose belle & fort bien ordonnée,
- Dormir dedans vn lict la grasse matinee,
- En Dame de Paris, s’habiller chaudement,
- A la table s’asseoir, manger humainement,
- Se reposer vn peu, puis monter en carosse,
- Aller à Gentilly caresser vne rosse,
- Pour escroquer sa fille & venant à l’effect,
- Luy monstrer comme Iean, à sa mere le fait.
- Ha! Dieu pourquoy faut-il que mon esprit ne vaille,
- Autant que cil qui mist les Souris en bataille,
- Qui sceut à la Grenouille aprendre son caquet,
- Ou que l’autre qui fist en vers vn Sopiquet,
- Ie ferois esloigné de toute raillerie,
- Vn pœme grand, & beau, de la poltronnerie,
- En depit de l’honneur, & des femmes qui l’ont,
- D’effect sous la chemise, ou d’aparance au front,
- Et m’asseure pour moy qu’en ayant leu l’Histoire,
- Elles ne seroient plus si sottes que d’y croire.
- Mais quand ie considere où l’Ingrat nous reduit,
- Comme il nous ensorcelle & comme il nous seduit,
- Qu’il assemble en festin, au Regnard, la Ciguoigne,
- Et que son plus beau ieu ne gist rien qu’en sa troigne:
- Celuy le peut bien dire à qui des le berceau,
- Ce malheureux Honneur a tint le becq en l’eau,
- Qui le traine à tastons, quelque part qu’il puisse estre,
- Ainsi que fait vn chien, vn aueugle, son maistre:
- Qui s’en va doucement apres luy, pas à pas,
- Et librement se fie à ce qu’il ne voit pas.
- S’il veut que plus long tans à ces discours ie croye,
- Qu’il m’offre à tout le moins quelque chose qu’on voye,
- Et qu’on sauoure, affin qu’il se puisse sçauoir
- Si le goust dement point ce que l’œil en peut voir.
- Autrement quant à moy ie lui fay banqueroute,
- Estant imperceptible il est comme la Goutte:
- Et le mal qui caché nous oste l’embon-point,
- Qui nous tuë à veu’ d’œil, & que l’on ne voit point.
- On a beau se charger de telle marchandise,
- A peine en auroit on vn Catrin à Venise,
- Encor qu’on voye apres, courir certains cerueaux,
- Comme apres les raisins, courent les Estourneaux.
- Que font tous ces vaillans de leur valeur gueriere,
- Qui touchent du penser l’Etoille poussiniere,
- Morguent la Destinee & gourmendent la mort,
- Contre qui rien ne dure, & rien n’est assez fort,
- Et qui tout transparants de claire renommée,
- Dressent cent fois le iour, en discours vne armee,
- Donnent quelque bataille, & tuant vn chacun,
- Font que mourir & viure à leur dire n’est qu’vn:
- Releuez, emplumez, braues comme sainct George,
- Et Dieu sçait cependant s’ils mentent par la gorge,
- Et bien que de l’honneur, ils facent des leçons,
- Enfin au fond du sac, ce ne sont que chansons.
- Mais mon Dieu que ce Traistre est d’vne estrange sorte,
- Tandis qu’à le blasmer la raison me transporte,
- Que de luy ie mesdis, il me flate, & me dit
- Que ie veux par ces vers acquerir son credit,
- Que c’est ce que ma Muse en trauaillant pourchasse,
- Et mon intention qu’estre en sa bonne grace,
- Qu’en medisant de luy ie le veux requerir,
- Et tout ce que ie fay que c’est pour l’aquerir.
- Si ce n’est qu’on diroit qu’il me l’auroit fait faire,
- Ie l’irois apeller comme mon aduersaire,
- Aussi que le duël est icy defendu,
- Et que d’vne autre part i’ayme l’Indiuidu.
- Mais tandis qu’en colere à parler ie m’areste,
- Ie ne m’aperçoy pas, que la viande est preste,
- Qu’icy non plus qu’en France on ne s’amuse pas
- A discourir d’honneur quand on prend son repas,
- Le sommelier en haste, est sorty de la caue,
- Desia Monsieur le maistre, & son monde se laue,
- Trefues auecq’ l’honneur, ie m’en vais tout courant,
- Decider au Tinel vn autre different.
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-A Monsieur le Marquis de Cœuures.
-
-SATYRE VII.
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-
- Sotte, & facheuse humeur, de la plus part des hommes
- Qui suyuant ce qu’ils sont, iugent ce que nous sommes,
- Et sucrant d’vn soûris vn discours ruineux,
- Acusent vn chacun des maux qui sont en eux,
- Nostre Melancolique en sçauoit bien que dire,
- Qui nous pique en riant, & nous flate sans rire,
- Qui porte vn cœur de sang, desous vn front blemy,
- Et duquel il vaut moins estre amy qu’ennemy.
- Vous qui tout au contraire auez dans le courage
- Les mesmes mouuemens qu’on vous lit au visage,
- Et qui parfaict amy voz amis espargnez,
- Et de mauuais discours leur vertu n’eborgnez,
- Dont le cœur grand, & ferme, au changement ne ploye,
- Et qui fort librement, en l’orage s’employe,
- Ainsi qu’vn bon patron, qui soigneux, sage, & fort,
- Sauue ses compagnons, & les conduit à bord.
- Congnoissant doncq’ en vous vne vertu facille
- A porter les defauts d’vn esprit imbecille,
- Qui dit sans aucun fard, ce qu’il sent librement,
- Et dont iamais le cœur, la bouche ne dement,
- Comme à mon confesseur vous ouurant ma pensée,
- De ieunesse, & d’Amour, follement incensée,
- Ie vous conte le mal, où trop enclin ie suis,
- Et que prest à laisser ie ne veux & ne puis,
- Tant il est mal aisé d’oster auecq’ estude,
- Ce qu’on a de nature, ou par longue habitude.
- Puis la force me manque, & n’ay le iugement
- De conduire ma barque en ce rauissement,
- Au gouffre du plaisir la courante m’emporte;
- Tout ainsi qu’vn cheual qui a la bouche forte,
- I’obeis au caprice, & sans discretion,
- La raison ne peut rien dessus ma passion.
- Nulle loy ne retient mon ame abandonnée,
- Ou soit par volonté, ou soit par Destinée
- En vn mal euident ie clos l’œil à mon bien:
- Ny conseil, ny raison, ne me seruent de rien.
- Ie choppe par dessein, ma faute est volontaire,
- Ie me bande les yeux, quand le Soleil m’éclaire:
- Et contant de mon mal ie me tien trop heureux
- D’estre comme ie suis, en tous lieux amoureux,
- Et comme à bien aymer mille causes m’inuitent,
- Aussi mille beautez mes amours ne limitent,
- Et courant çà, & là, ie trouue tous les iours,
- En des suiets nouueaux de nouuelles amours.
- Si de l’œil du desir, vne femme i’auise,
- Ou soit belle, ou soit laide, ou sage, ou mal aprise,
- Elle aura quelque trait qui de mes sens vainqueur,
- Me passant par les yeux me bleçera le cœur:
- Et c’est comme vn miracle, en ce monde où nous sommes,
- Tant l’aueugle apetit ensorcelle les hommes
- Qu’encore qu’vne femme aux amours fasse peur,
- Que le Ciel, & Venus, la voye à contre-cœur,
- Toutesfois estant femme, elle aura ses delices,
- Releuera sa grace auecq’ des artifices,
- Qui dans l’estat d’amour la sçauront maintenir,
- Et par quelques atraits les amans retenir.
- Si quelqu’vne est difforme, elle aura bonne grace,
- Et par l’art de l’Esprit, embellira sa face,
- Captiuant les Amans des mœurs, ou du discours,
- Elle aura du credit en l’Empire d’amours.
- En cela l’on cognoist que la Nature est sage,
- Qui voyant les deffaux du fœminin ouurage,
- Qu’il seroit sans respect, des hommes meprisé,
- L’anima d’vn esprit, & vif, & deguisé:
- D’vne simple innocence elle adoucit sa face,
- Elle luy mist au sein, la ruse, & la falace,
- Dans sa bouche la foy, qu’on donne à ses discours,
- Dont ce sexe trahit les Cieux, & les amours,
- Et selon plus ou moins qu’elle estoit belle, ou laide,
- Sage elle sçeut si bien vser d’vn bon remede,
- Diuisant de l’esprit, la grace, & la beauté,
- Qu’elle les separa d’vn & d’autre costé,
- De peur qu’en les ioignant quelqu’vne eust l’auantage,
- Auecq’ vn bel esprit d’auoir vn beau visage.
- La belle du depuis ne le recherche point,
- Et l’esprit rarement à la beauté se ioint.
- Or affin que la laide autrement inutille,
- Dessous le ioug d’amour rendit l’homme seruille,
- Elle ombragea l’esprit d’vn morne aueuglement,
- Auecques le desir troublant le iugement,
- De peur que nulle femme, ou fust laide, ou fust belle,
- Ne vescust sans le faire, & ne mourust pucelle.
- D’où vient que si souuent les hommes offusquez
- Sont de leurs apetis si lourdement moquez,
- Que d’vne laide femme ils ont l’ame eschauffée,
- Dressent à la laideur d’eux mesmes vn trophée,
- Pensent auoir trouué la febue du gasteau,
- Et qu’au sarail du Turc il n’est rien de si beau.
- Mais comme les beautez soit des corps, ou des ames,
- Selon l’obiect des sens sont diuerses aux Dames,
- Aussi diuersement les hommes sont domtez,
- Et font diuers effets les diuerses beautez:
- (Estrange prouidence, & prudente methode
- De Nature qui sert vn chascun à sa mode.)
- Or moy qui suis tout flame & de nuit & de iour,
- Qui n’haleine que feu, ne respire qu’amour,
- Ie me laisse emporter à mes flames communes,
- Et cours sous diuers vens de diuerses fortunes,
- Rauy de tous obiects, i’ayme si viuement,
- Que ie n’ay pour l’amour ny chois, ny iugement:
- De toute election, mon ame est depourueuë,
- Et nul obiect certain ne limite ma veuë.
- Toute femme m’agrée, & les perfections
- Du corps ou de l’esprit troublent mes passions.
- I’ayme le port de l’vne, & de l’autre la taille,
- L’autre d’vn trait lacif, me liure la bataille,
- Et l’autre dedaignant d’vn œil seuere, & dous,
- Ma peine, & mon amour, me donne mille coups,
- Soit qu’vne autre modeste à l’impourueu m’auise,
- De vergongne, & d’amour mon ame est toute éprise,
- Ie sens d’vn sage feu mon esprit enflamer,
- Et son honnesteté me contrainct de l’aymer.
- Si quelque autre afettée en sa douce malice,
- Gouuerne son œillade auecq’ de l’artifice,
- I’ayme sa gentillesse, & mon nouueau desir
- Se la promet sçauante en l’amoureux plaisir.
- Que l’autre parle liure, & fasse des merueilles,
- Amour qui prend par tout me prend par les oreilles,
- Et iuge par l’esprit parfaict en ses acords,
- Des points plus acomplis que peut auoir le corps:
- Si l’autre est au rebours des lettres nonchalante,
- Ie croy qu’au fait d’amour elle sera sçauante,
- Et que nature habille à couurir son deffaut
- Luy aura mis au lict tout l’esprit qu’il luy faut.
- Ainsi de toute femme à mes yeux opposée,
- Soit parfaite en beauté, ou soit mal composée,
- De mœurs, ou de façons, quelque chose m’en plaist,
- Et ne sçay point comment, ny pourquoy, ny que c’est.
- Quelque obiect que l’esprit, par mes yeux, se figure,
- Mon cœur tendre à l’amour, en reçoit la pointure:
- Comme vn miroir en soy toute image reçoit,
- Il reçoit en amour quelque obiect que ce soit,
- Autant qu’vne plus blanche, il ayme vne brunette,
- Si l’vne a plus d’esclat, l’autre est plus sadinette,
- Et plus viue de feu, d’amour, & de desir,
- Comme elle en reçoit plus, donne plus de plaisir.
- Mais sans parler de moy que toute amour emporte,
- Voyant vne beauté folatrement acorte,
- Dont l’abord soit facile, & l’œil plain de douceur,
- Que semblable à Venus on l’estime sa sœur,
- Que le Ciel sur son front ait posé sa richesse,
- Qu’elle ait le cœur humain, le port d’vne Déesse,
- Qu’elle soit le tourment, & le plaisir des cœurs,
- Que Flore sous ses pas fasse naistre des fleurs,
- Au seul trait de ses yeux, si puissans sur les ames,
- Les cœurs les plus glacez sont tous brulans de flames,
- Et fut-il de metail, ou de bronze, ou de roc,
- Il n’est Moine si sainct qui n’en quittast le froc.
- Ainsi moy seulement sous l’Amour ie ne plie,
- Mais de tous les mortels la nature accomplie
- Flechit sous cest Empire, & n’est homme icy bas,
- Qui soit exempt d’amour, non plus que du trepas.
- Ce n’est doncq’ chose estrange (estant si naturelle)
- Que ceste passion me trouble la ceruelle,
- M’empoisonne l’esprit, & me charme si fort,
- Que i’aimeray, ie croye, encore apres ma mort.
- Marquis voilà le vent dont ma nef est portée,
- A la triste mercy de la vague indomtée,
- Sans cordes, sans timon, sans etoille, ny iour,
- Reste ingrat, & piteux de l’orage d’amour,
- Qui contant de mon mal, & ioyeux de ma perte,
- Se rit de voir de flots ma poitrine couuerte,
- Et comme sans espoir flote ma passion,
- Digne non de risée, ains de compassion.
- Cependant incertain du cours de la tempeste,
- Ie nage sur les flots, & releuant la teste,
- Ie semble depiter naufrage audacieux,
- L’infortune, les vents, la marine, & les Cieux,
- M’egayant en mon mal comme vn melancolique
- Qui repute à vertu son humeur frenetique,
- Discourt de son caprice, en caquete tout haut:
- Aussi comme à vertu i’estime ce deffaut,
- Et quand tout par malheur iureroit mon dommage,
- Ie mourray fort contant mourant en ce voyage.
-
-
-
-
-A Monsieur l’Abé de Beaulieu nommé par Sa Maiesté à l’Euesché du Mans.
-
-SATYRE VIII.
-
-
- Charles de mes pechez i’ay bien fait penitence,
- Or toy qui te cognois aux cas de conscience,
- Iuge si i’ay raison, de penser estre absoubs:
- I’oyois vn de ces iours, la Messe à deux genoux,
- Faisant mainte oraison, l’œil au Ciel, les mains iointes,
- Le cœur ouuert aux pleurs, & tout percé des pointes
- Qu’vn deuot repentir élançoit dedans moy,
- Tremblant des peurs d’Enfer, & tout bruslant de foy,
- Quand vn ieune frisé, releué de moustache,
- De galoche, de botte, & d’vn ample pennache,
- Me vint prendre, & me dist, pensant dire vn bon mot,
- Pour vn Poete du tans, vous estes trop deuot,
- Moy ciuil, ie me leue, & le bon iour luy donne,
- (Qu’heureux est le folastre, à la teste grisonne,
- Qui brusquement eust dit auecq’ vne sambieu,
- Ouy-bien pour vous Monsieur qui ne croyez en Dieu.)
- Sotte discretion, ie voulus faire acroire,
- Qu’vn Poete n’est bisarre, & facheux qu’apres boire,
- Ie baisse vn peu la teste, & tout modestement,
- Ie luy fis à la mode, vn petit compliment,
- Luy comme bien apris, le mesme me sceut rendre,
- Et ceste courtoisie à si haut pris me vendre,
- Que i’aymerois bien mieux, chargé d’age, & d’ennuys,
- Me voir à Rome pauure, entre les mains des Iuys.
- Il me prist par la main, apres mainte grimace,
- Changeant sur l’vn des pieds, à toute heure de place,
- Et dansant tout ainsi qu’vn Barbe encastelé,
- Me dist en remachant vn propos aualé,
- Que vous estes heureux vous autres belles ames,
- Fauoris d’Apolon, qui gouuernez les Dames,
- Et par mille beaux vers les charmez tellement,
- Qu’il n’est point de beautez, que pour vous seullement,
- Mais vous les meritez, voz vertuz non communes
- Vous font digne Monsieur de ces bonnes fortunes.
- Glorieux de me voir si hautement loué,
- Ie deuins aussi fier qu’vn chat amadoüé,
- Et sentant au Palais, mon discours se confondre,
- D’vn ris de sainct Medard il me fallut rêpondre:
- Il poursuyt, mais amy, laissons le discourir,
- Dire cent, & cent fois, il en faudroit mourir,
- Sa Barbe pinçoter, cageoller la science,
- Releuer ses cheueux, dire en ma conscience,
- Faire la belle main, mordre vn bout de ses guents,
- Rire hors de propos, monstrer ses belles dents,
- Se carrer sur vn pied, faire arser son espee,
- Et s’adoucir les yeux ainsi qu’vne poupée:
- Cependant qu’en trois mots ie te feray sçauoir,
- Où premier à mon dam ce facheux me peut voir.
- I’estois chez vne Dame, en qui si la Satyre
- Permetoit en ces vers que ie le peusse dire,
- Reluit, enuironné de la diuinité,
- Vn esprit aussi grand, que grande est sa beauté.
- Ce Fanfaron chez elle, eut de moy cognoissance,
- Et ne fut de parler iamais en ma puissance,
- Luy voyant ce iour là, son chapeau de velours,
- Rire d’vn facheux conte, & faire vn sot discours,
- Bien qu’il m’eust à l’abord doucement fait entendre
- Qu’il estoit mon valet, à vendre & à dependre,
- Et detournant les yeux, Belle à ce que i’entens,
- Comment vous gouuernez les beaux espris du tans,
- Et faisant le doucet de parole, & de geste,
- Il se met sur vn lict, luy disant, Ie proteste
- Que ie me meurs d’amour, quand ie suis pres de vous:
- Ie vous ayme si fort que i’en suis tout ialoux,
- Puis rechangeant de note, il monstre sa rotonde,
- Cest ouurage est-il beau? que vous semble du monde;
- L’homme que vous sçauez, m’a dit qu’il n’ayme rien,
- Madame à vostre auis, ce iourd’huy suis-ie bien,
- Suis-ie pas bien chauffé, ma iambe est-elle belle,
- Voyez ce tafetas, la mode en est nouuelle,
- C’est œuure de la Chine, à propos on m’a dit
- Que contre les clinquants le Roy fait vn edit:
- Sur le coude il se met, trois boutons se delace,
- Madame baisez moy, n’ay-ie pas bonne grace,
- Que vous estes facheuse, à la fin on verra,
- Rosete le premier qui s’en repentira.
- D’assez d’autres propos il me rompit la teste,
- Voilà quant & comment ie cogneu ceste beste,
- Te iurant mon amy que ie quitté ce lieu,
- Sans demander son nom, & sans luy dire adieu.
- Ie n’eus depuis ce iour, de luy nouuelle aucune,
- Si ce n’est ce matin que de male fortune,
- Ie fus en ceste Eglise, où comme i’ay conté,
- Pour me persecutter Satan l’auoit porté.
- Apres tous ces propos qu’on se dit d’ariuée,
- D’vn fardeau si pesant ayant l’ame greuée,
- Ie chauuy de l’oreille, & demourant pensif,
- L’echine i’alongois comme vn asne retif,
- Minutant me sauuer de ceste tirannie,
- Il le iuge à respect, ô sans ceremonie,
- Ie vous suply (dit-il) viuons en compagnons.
- Ayant ainsi qu’vn pot les mains sur les roignons,
- Il me pousse en auant, me presente la porte,
- Et sans respect des Saincts hors l’Eglise il me porte.
- Aussi froid qu’vn ialoux qui voit son corriual,
- Sortis, il me demande, estes-vous à cheual,
- Auez vous point icy quelqu’vn de vostre troupe,
- Ie suis tout seul à pied, luy de m’offrir la croupe,
- Moy pour m’en depêtrer, luy dire tout expres,
- Ie vous baise les mains, ie m’en vais icy pres,
- Chez mon oncle disner, ô Dieu le galand homme,
- I’en suis, & moy pour lors comme vn bœuf qu’on assomme,
- Ie laisse choir la teste, & bien peu s’en falut,
- Remettant par depit en la mort mon salut,
- Que ie n’alasse lors la teste la premiere,
- Me ietter du pont neuf, à bas en la riuiere.
- Insensible il me tresne en la court du Palais,
- Où trouuant par hasard quelqu’vn de ses valets,
- Il l’appelle & luy dit, hola hau Ladreuille,
- Qu’on ne m’attende point, ie vay disner en ville.
- Dieu sçait si ce propos me trauersa l’esprit,
- Encor n’est-ce pas tout, il tire vn long escrit,
- Que voyant ie fremy, lors sans cageollerie,
- Monsieur ie ne m’entends à la chicannerie,
- Ce luy dis-ie, feignant l’auoir veu de trauers,
- Aussi n’en est-ce pas, ce sont des meschans vers,
- (Ie cogneu qu’il estoit veritable à son dire)
- Que pour tuer le tans ie m’efforce d’ecrire,
- Et pour vn courtisan quand vient l’occasion,
- Ie monstre que i’en sçay pour ma prouision.
- Il lit, & se tournant brusquement par la place,
- Les banquiers étonnez admiroient sa grimace,
- Et montroient en riant qu’ils ne luy eussent pas
- Presté sur son minois, quatre doubles ducats,
- (Que i’eusse bien donnez pour sortir de sa pate,)
- Ie l’ecoute, & durant que l’oreille il me flate,
- Le bon Dieu sçait comment à chaque fin de vers,
- Tout expres ie disois quelque mot de trauers,
- Il poursuit non-obstant d’vne fureur plus grande,
- Et ne cessa iamais qu’il n’eust fait sa legende.
- Me voyant froidement ses œuures aduouër,
- Il les serre, & se met luy mesme à se loüer,
- Doncq’ pour vn Caualier n’est-ce pas quelque chose:
- Mais Monsieur n’auez-vous iamais veu de ma prose?
- Moy de dire que si: tant ie craignois qu’il eust
- Quelque proces verbal, qu’entendre il me fallust.
- Encore dittes moy en vostre conscience,
- Pour vn qui n’a du tout nul acquis de science,
- Cecy n’est-il pas rare? Il est vray sur ma foy,
- Luy dis-ie souriant: lors se tournant vers moy,
- M’acolle à tour de bras, & tout petillant d’aise,
- Doux comme vne epousee, à la iouë il me baise:
- Puis me flatant l’épaule, il me fist librement
- L’honneur que d’aprouuer mon petit iugement,
- Apres ceste caresse, il rentre de plus belle,
- Tantost il parle à l’vn, tantost l’autre l’appelle,
- Tousiours nouueaux discours, & tant fut-il humain
- Que tousiours de faueur il me tint par la main.
- I’ay peur que sans cela i’ay l’ame si fragille,
- Que le laissant du guet i’eusse peu faire gille:
- Mais il me fut bien force estant bien attaché,
- Que ma discretion expiast mon peché.
- Quel heur ce m’eust esté, si sortant de l’Eglise,
- Il m’eust conduit chez luy, & m’ostant la chemise,
- Ce beau valet à qui ce beau maistre parla,
- M’eust donné l’anguillade, & puis m’eust laissé là,
- Honorable defaite, heureuse échapatoire,
- Encores de rechef me la fallut-il boire.
- Il vint à reparler de sus le bruit qui court,
- De la Royne, du Roy, des Princes, de la Court,
- Que Paris est bien grand, que le Pont neuf s’achéue,
- Si plus en paix qu’en guerre, vn Empire s’éleue.
- Il vint à definir que c’estoit qu’Amitié
- Et tant d’autres Vertus, que c’en estoit pitié.
- Mais il ne definit, tant il estoit nouice,
- Que l’Indiscretion est vn si facheux vice,
- Qu’il vaut bien mieux mourir, de rage, ou de regret,
- Que de viure à la gesne auecq’ vn indiscret.
- Tandis que ses discours me donnoient la torture,
- Ie sonde tous moyens pour voir si d’auanture
- Quelque bon accident eust peu m’en retirer,
- Et m’enpescher en fin de me desesperer.
- Voyant vn President, ie luy parle d’affaire,
- S’il auoit des proces, qu’il estoit necessaire
- D’estre tousiours apres ces Messieurs bonneter,
- Qu’il ne laissast pour moy, de les soliciter,
- Quant à luy qu’il estoit homme d’intelligence,
- Qui sçauoit comme on perd son bien par negligence,
- Où marche l’interest, qu’il faut ouurir les yeux.
- Ha! non Monsieur (dit-il) i’aymerois beaucoup mieux
- Perdre tout ce que i’ay, que vostre compagnie,
- Et se mist aussi-tost sur la ceremonie.
- Moy qui n’ayme à debatre en ces fadeses là,
- Vn tans sans luy parler, ma langue vacila:
- Enfin ie me remets sur les cageolleries,
- Luy dis comme le Roy estoit aux Tuilleries,
- Ce qu’au Louure on disoit qu’il feroit ce iourd’huy,
- Qu’il deuroit se tenir tousiours aupres de luy:
- Dieu sçait combien alors il me dist de sottises,
- Parlant de ses hauts faicts, & de ses vaillantises,
- Qu’il auoit tant seruy, tant faict la faction,
- Et n’auoit cependant aucune pension,
- Mais qu’il se consoloit, en ce qu’au moins l’Histoire,
- Comme on fait son trauail, ne derobroit sa gloire,
- Et s’y met si auant que ie creu que mes iours
- Deuoient plustost finir, que non pas son discours.
- Mais comme Dieu voulut apres tant de demeures,
- L’orloge du Palais, vint à frapper onze heures,
- Et luy qui pour la souppe auoit l’esprit subtil,
- A quelle heure Monsieur, vostre oncle disne-til?
- Lors bien peu s’en falut, sans plus longtans attendre,
- Que de rage au gibet ie ne m’allasse pendre.
- Encor l’eusse-ie fait estant desesperé,
- Mais ie croy que le Ciel, contre moy coniuré,
- Voulut que s’acomplit ceste auanture mienne,
- Que me dist ieune enfant vne Bohemienne.
- Ny la peste, la fain, la verolle, la tous,
- La fieure, les venins, les larrons, ny les lous,
- Ne tueront cestuy-cy, mais l’importun langage
- D’vn facheux, qu’il s’en garde, estant grand, s’il est sage.
- Comme il continuoit ceste vieille chanson,
- Voicy venir quelqu’vn d’assez pauure façon:
- Il se porte au deuant, luy parle, le cageolle,
- Mais cest autre à la fin, se monta de parole,
- Monsieur c’est trop long-tans: tout ce que vous voudrez,
- Voicy l’Arrest signé, non Monsieur vous viendrez.
- Quand vous serez dedans vous ferez à partie,
- Et moy qui cependant n’estois de la partie,
- I’esquiue doucement, & m’en vais à grand pas,
- La queue en loup qui fuit, & les yeux contre bas,
- Le cœur sautant de ioye, & triste d’aparance:
- Depuis aux bons Sergens i’ay porté reuerance,
- Comme à des gens d’honneur, par qui le Ciel voulut
- Que ie receusse vn iour le bien de mon salut.
- Mais craignant d’encourir vers toy le mesme vice
- Que ie blasme en autruy, ie suis à ton seruice,
- Et prie Dieu qu’il nous garde, en ce bas monde icy,
- De fain, d’vn importun, de froid, & de soucy.
-
-
-
-
-A Monsieur Rapin.
-
-SATYRE IX.
-
-
- Rapin le fauorit d’Apollon & des Muses,
- Pendant qu’en leur mestier iour & nuit tu t’amuses,
- Et que d’vn vers nombreux non encore chanté,
- Tu te fais vn chemin à l’immortalité,
- Moy qui n’ay ny l’esprit ny l’halaine assez forte,
- Pour te suiure de prez & te seruir d’escorte,
- Ie me contenteray sans me precipiter,
- D’admirer ton labeur ne pouuant l’imiter,
- Et pour me satisfaire au desir qui me reste,
- De rendre cest hommage à chacun manifeste:
- Par ces vers i’en prens acte, affin que l’auenir,
- De moy par ta vertu, se puisse souuenir,
- Et que ceste memoire à iamais s’entretienne,
- Que ma Muse imparfaite eut en honneur la tienne,
- Et que si i’eus l’esprit d’ignorance abatu,
- Ie l’euz au moins si bon, que i’aymay ta vertu,
- Contraire à ces resueurs dont la Muse insolente,
- Censurant les plus vieux, arrogamment se vante
- De reformer les vers non les tiens seulement,
- Mais veulent deterrer les Grecs du monument,
- Les Latins, les Hebreux, & toute l’Antiquaille,
- Et leur dire à leur nez qu’ils n’ont rien fait qui vaille.
- Ronsard en son mestier n’estoit qu’vn aprentif,
- Il auoit le cerueau fantastique & rétif,
- Desportes n’est pas net, du Bellay trop facille,
- Belleau ne parle pas comme on parle à la ville,
- Il a des mots hargneux, bouffis & releuez
- Qui du peuple auiourd’huy ne sont pas aprouuez.
- Comment il nous faut doncq’ pour faire vne œuure grande
- Qui de la calomnie & du tans se deffende,
- Qui trouue quelque place entre les bons autheurs,
- Parler comme à sainct Iean parlent les Crocheteurs.
- Encore ie le veux pourueu qu’ils puissent faire
- Que ce beau sçauoir entre en l’esprit du vulgaire,
- Et quand les Crocheteurs seront Pœtes fameux:
- Alors sans me facher ie parleray comme eux.
- Pensent-ils des plus vieux offenceant la memoire,
- Par le mespris d’autruy s’aquerir de la gloire,
- Et pour quelque vieux mot, estrange, ou de trauers,
- Prouuer qu’ils ont raison de censurer leurs vers,
- (Alors qu’une œuure brille & d’art, & de science,
- La verue quelque fois s’egaye en la licence.)
- Il semble en leur discours hautain & genereux,
- Que le Cheual volant n’ait pissé que pour eux,
- Que Phœbus à leur ton accorde sa vielle,
- Que la Mouche du Grec leurs leures emmielle,
- Qu’ils ont seuls icy bas trouué la Pie au nit,
- Et que des hauts esprits le leur est le zenit:
- Que seuls des grands secrets ils ont la cognoissance,
- Et disent librement que leur experience
- A rafiné les vers fantastiques d’humeur,
- Ainsi que les Gascons ont fait le point d’honneur,
- Qu’eux tous seuls du bien dire ont trouué la metode,
- Et que rien n’est parfaict s’il n’est fait à leur mode
- Cependant leur sçauoir ne s’estend seulement,
- Qu’à regrater vn mot douteux au iugement,
- Prendre garde qu’vn qui ne heurte vne diphtongue,
- Epier si des vers la rime est breue ou longue,
- Ou bien si la voyelle à l’autre s’vnissant,
- Ne rend point à l’oreille vn vers trop languissant,
- Et laissent sur le verd le noble de l’ouurage:
- Nul eguillon diuin n’esleue leur courage,
- Ils rampent bassement foibles d’inuentions,
- Et n’osent peu hardis tanter les fictions,
- Froids à l’imaginer, car s’ils font quelque chose,
- C’est proser de la rime, & rimer de la prose
- Que l’art lime & relime & polit de façon
- Qu’elle rend à l’oreille vn agreable son.
- Et voyant qu’vn beau feu leur ceruelle n’embrase,
- Ils attifent leurs mots, ageolliuent leur frase,
- Affectent leur discours tout si releué d’art,
- Et peignent leurs defaux de couleurs & de fard.
- Aussi ie les compare à ces femmes iolies,
- Qui par les Affiquets se rendent embelies,
- Qui gentes en habits & sades en façons,
- Parmy leur point coupé tendent leurs hameçons,
- Dont l’œil rit molement auecque affeterie,
- Et de qui le parler n’est rien que flaterie:
- De rubans piolez s’agencent proprement,
- Et toute leur beauté ne gist qu’en l’ornement,
- Leur visage reluit de cereuse & de peautre,
- Propres en leur coifure vn poil ne passe l’autre.
- Où ses diuins esprits hautains & releuez,
- Qui des eaux d’Helicon ont les sens abreuuez:
- De verue & de fureur leur ouurage etincelle,
- De leurs vers tout diuins la grace est naturelle,
- Et sont comme lon voit la parfaite beauté,
- Qui contante de soy, laisse la nouueauté
- Que l’art trouue au Palais ou dans le blanc d’Espagne,
- Rien que le naturel sa grace n’acompagne,
- Son front laué d’eau claire, éclaté d’vn beau teint,
- De roses & de lys la Nature l’a peint,
- Et, laissant là Mercure, & toutes ses malices,
- Les nonchalances sont les plus grands artifices.
- Or Rapin quant à moy qui n’ay point tant d’esprit,
- Ie vay le grand chemin que mon oncle m’aprit,
- Laissant là ces Docteurs que les Muses instruisent,
- En des arts tout nouueaux, & s’ils font comme ils disent,
- De ses fautes vn liure aussi gros que le sien,
- Telles ie les croiray quand ils auront du bien,
- Et que leur belle Muse à mordre si cuisante,
- Leur don’ra, comme à luy dix mil escus de rente,
- De l’honneur, de l’estime, & quand par l’Vniuers,
- Sur le lut de Dauid on chantera leurs vers,
- Qu’ils auront ioint l’vtille auecq’ le delectable,
- Et qu’ils sçauront rimer vne aussi bonne table.
- On fait en Italie vn conte assez plaisant,
- Qui vient à mon propos, qu’vne fois vn Paisant,
- Homme fort entendu & suffisant de teste,
- Comme on peut aisement iuger par sa requeste,
- S’en vint trouuer le Pape & le voulut prier,
- Que les Prestres du tans se peussent marier,
- Affin ce disoit-il que nous puissions nous autres
- Leurs femmes caresser, ainsi qu’ils font les nostres.
- Ainsi suis-ie d’auis comme ce bon lourdaut,
- S’ils ont l’esprit si bon, & l’intellect si haut,
- Le iugement si clair, qu’ils fassent vn ouurage,
- Riche d’inuentions, de sens, & de langage,
- Que nous puissions draper comme ils font nos escris,
- Et voir comme l’on dit, s’ils sont si bien apris,
- Qu’ils montrent de leur eau, qu’ils entrent en cariere,
- Leur age defaudra plustost que la matiere,
- Nous sommes en vn siecle où le Prince est si grand,
- Que tout le monde entier à peine le comprend,
- Qu’ils fassent par leurs vers, rougir chacun de honte,
- Et comme de valeur nostre Prince surmonte
- Hercule, Ænée, Achil’, qu’ils ostent les lauriers
- Aux vieux, comme le Roy l’a fait aux vieux guerriers:
- Qu’ils composent vne œuure, on verra si leur liure,
- Apres mile, & mile ans, sera digne de viure,
- Surmontant par vertu, l’enuie & le Destin,
- Comme celuy d’Homere, & du chantre Latin.
- Mais Rapin mon amy c’est la vieille querelle,
- L’homme le plus parfaict a manque de ceruelle,
- Et de ce grand defaut vient l’imbecilité,
- Qui rend l’homme hautain, insolent, effronté,
- Et selon le suget qu’à l’œil il se propose,
- Suiuant son apetit il iuge toute chose.
- Aussi selon noz yeux, le Soleil est luysant,
- Moy-mesme en ce discours qui fay le suffisant,
- Ie me cognoy frappé, sans le pouuoir comprendre,
- Et de mon vercoquin ie ne me puis deffendre.
- Sans iuger, nous iugeons, estant nostre raison
- Là haut dedans la teste, où selon la saison
- Qui regne en nostre humeur, les brouillas nous embrouillent
- Et de lieures cornus le cerueau nous barbouillent.
- Philosophes resueurs discourez hautement,
- Sans bouger de la terre allez au firmament,
- Faites que tout le Ciel bransle à vostre cadance,
- Et pesez vos discours mesme, dans sa Balance,
- Congnoissez les humeurs, qu’il verse de sus nous,
- Ce qui se fait de sus, ce qui se fait de sous,
- Portez vne lanterne aux cachots de Nature,
- Sçachez qui donne aux fleurs ceste aymable painture,
- Quelle main sus la terre, en broye la couleur,
- Leurs secretes vertus, leurs degrez de chaleur,
- Voyez germer à l’œil les semances du monde,
- Allez metre couuer les poissons dedans l’onde,
- Dechifrez les secrets de Nature & des Cieux,
- Vostre raison vous trompe, aussi-bien que vos yeux.
- Or ignorant de tout, de tout ie me veus rire,
- Faire de mon humeur moy-mesme vne Satyre,
- N’estimer rien de vray qu’au goust il ne soit tel,
- Viure, & comme Chrestien adorer l’Immortel,
- Où gist le seul repos qui chasse l’Ignorance,
- Ce qu’on voit hors de luy, n’est que sote aparance,
- Piperie, artifice, encore ô cruauté
- Des hommes & du tans, nostre mechanceté
- S’en sert aux passions, & de sous vne aumusse,
- L’Ambition, l’Amour, l’Auarice se musse:
- L’on se couure d’vn frocq pour tromper les ialoux,
- Les Temples auiourd’huy seruent aux rendez-vous:
- Derriere les pilliers, on oit mainte sornete,
- Et comme dans vn bal, tout le monde y caquette:
- On doit rendre suiuant & le tans, & le lieu,
- Ce qu’on doit à Cesar, & ce qu’on doit à Dieu,
- Et quant aux apetis de la sottise humaine,
- Comme vn homme sans goust, ie les ayme sans peine,
- Aussi bien rien n’est bon que par affection,
- Nous iugeons, nous voyons selon la passion.
- Le Soldat auiourd’huy ne resue que la guerre,
- En paix le Laboureur veut cultiuer sa terre:
- L’Auare n’a plaisir qu’en ses doubles ducas,
- L’Amant iuge sa Dame vn chef d’œuure icy bas,
- Encore qu’elle n’ait sur soy rien qui soit d’elle,
- Que le rouge, & le blanc, par art la fasse belle,
- Qu’elle ante en son palais ses dents tous les matins,
- Qu’elle doiue sa taille au bois de ses patins,
- Que son poil des le soir, frisé dans la boutique,
- Comme vn casque au matin, sur sa teste s’aplique,
- Qu’elle ait comme vn piquier le corselet au dos,
- Qu’à grand paine sa peau puisse couurir ses os,
- Et tout ce qui de iour la fait voir si doucete,
- La nuit comme en depost soit de sous la toillette.
- Son esprit vlceré iuge en sa passion,
- Que son taint fait la nique à la perfection.
- Le soldat tout-ainsi pour la guerre soupire
- Iour & nuit il y pense & tousiours la desire,
- Il ne resue la nuit, que carnage, & que sang,
- La pique dans le poing, & l’estoc sur le flanc,
- Il pense mettre à chef quelque belle entreprise,
- Que forçant vn chasteau tout est de bonne prise,
- Il se plaist aux tresors qu’il cuide rauager,
- Et que l’honneur luy rie au milieu du danger.
- L’Auare d’autre part n’ayme que la richesse,
- C’est son Roy, sa faueur, la court & sa maitresse,
- Nul obiect ne luy plaist, sinon l’or & l’argent,
- Et tant plus il en a plus il est indigent.
- Le Paisant d’autre soing se sent l’ame ambrasée,
- Ainsi l’humanité sottement abusée,
- Court à ses apetis qui l’aueuglent si bien,
- Qu’encor qu’elle ait des yeux si ne voit-elle rien.
- Nul chois hors de son gout ne regle son enuie,
- Mais s’aheurte où sans plus quelque apas la conuie,
- Selon son apetit le monde se repaist,
- Qui fait qu’on trouue bon seulement ce qui plaist.
- O debille raison où est ores ta bride,
- Ou ce flambeau qui sert aux personnes de guide,
- Contre les passions trop foible est ton secours,
- Et souuent courtisane apres elle tu cours
- Et sauourant l’apas qui ton ame ensorcelle,
- Tu ne vis qu’à son goust, & ne voys que par elle.
- De là vient qu’vn chacun mesmes en son defaut,
- Pense auoir de l’esprit autant qu’il luy en faut,
- Aussi rien n’est party si bien par la nature
- Que le sens, car chacun en a sa fourniture.
- Mais pour nous moins hardis à croire à nos raisons,
- Qui reglons nos espris par les comparaisons
- D’vne chose auecq’ l’autre, épluchons de la vie
- L’action qui doit estre, ou blasmée, ou suiuie,
- Qui criblons le discours, au chois se variant,
- D’auecq’ la fauceté la verité triant,
- (Tant que l’homme le peut) qui formons nos ouurages,
- Aux moules si parfaicts de ces grands personnages,
- Qui depuis deux mile ans, ont acquis le credit,
- Qu’en vers rien n’est parfaict, que ce qu’ils en ont dit,
- Deuons nous auiourd’huy, pour vne erreur nouuelle
- Que ces clers deuoyez forment en leur ceruelle,
- Laisser legerement la vieille opinion,
- Et suiuant leurs auis croire à leur passion?
- Pour moy les Huguenots pouroient faire miracles,
- Ressuciter les morts, rendre de vrais oracles,
- Que ie ne pourois pas croire à leur verité,
- En toute opinion ie fuy la nouueauté.
- Aussi doit-on plutost imiter nos vieux peres,
- Que suiure des nouueaux, les nouuelles Chimeres,
- De mesme en l’art diuin de la Muse doit-on
- Moins croire à leur esprit, qu’à l’esprit de Platon.
- Mais Rapin à leur goust, si les vieux sont profanes,
- Si Virgille, le Tasse, & Ronsard sont des asnes,
- Sans perdre en ces discours le tans que nous perdons,
- Allons comme eux aux champs & mangeons des chardons.
-
-
-
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-SATYRE X.
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- Ce mouuement de temps peu cogneu des humains,
- Qui trompe nostre espoir, nostre esprit, & nos mains,
- Cheuelu sur le front & chauue par derriere,
- N’est pas de ces oyseaux qu’on prend à la pantiere,
- Non plus que ce milieu des vieux tant debatu,
- Où l’on mist par despit à l’abry la vertu,
- N’est vn siege vaccant au premier qui l’occupe,
- Souuent le plus Mattois ne passe que pour Dupe:
- Ou par le iugement il faut perdre son temps
- A choisir dans les mœurs ce Milieu que i’entens.
- Or i’excuse en cecy nostre foiblesse humaine,
- Qui ne veut, ou ne peut, se donner tant de peine,
- Que s’exercer l’esprit en tout ce qu’il faudroit,
- Pour rendre par estude vn lourdaut plus adroit.
- Mais ie n’excuse pas les Censeurs de Socrate,
- De qui l’esprit rongneux de soy-mesme se grate,
- S’idolatre, s’admire, & d’vn parler de miel,
- Se va preconisant consin de Larcanciel:
- Qui baillent pour raisons des chansons & des bourdes,
- Et tous sages qu’ils sont font les fautes plus lourdes:
- Et pour sçauoir gloser sur le Magnificat,
- Tranchent en leurs discours de l’esprit delicat,
- Controllent vn chacun, & par apostasie
- Veulent paraphraser dessus la fantasie:
- Aussi leur bien ne sert qu’à monstrer le deffaut,
- Et semblent se baigner quand on chante tout haut,
- Qu’ils ont si bon cerueau, qu’il n’est point de sottise
- Dont par raison d’estat leur esprit ne s’aduise.
- Or il ne me chaudroit insensez ou prudens
- Qu’ils fissent à leurs frais Messieurs les intendans,
- A chaque bout de champ si sous ombre de chere
- Il ne m’en falloit point payer la folle enchere.
- Vn de ces iours derniers par des lieux destournez
- Ie m’en allois resuant le manteau sur le nez,
- L’âme bizarément de vappeurs occupee
- Comme vn Poëte qui prend les vers à la pippee:
- En ces songes profonds où flottoit mon esprit,
- Vn homme par la main hazardement me prit,
- Ainsi qu’on pourroit prendre vn dormeur par l’oreille,
- Quand on veut qu’à minuict en sursaut il s’esueille,
- Ie passe outre d’aguet sans en faire semblant,
- Et m’en vois à grands pas tout froid & tout tremblant:
- Craignant de faire encor’ auec ma patience
- Des sottises d’autruy nouuelle penitence.
- Tout courtois il me suit, & d’vn parler remis,
- Quoy? Monsieur, est-ce ainsi qu’on traite ses amis,
- Ie m’arreste contraint d’vne façon confuse,
- Grondant entre mes dents ie barbotte vne excuse:
- De vous dire son nom il ne guarit de rien,
- Et vous iure au surplus qu’il est homme de bien,
- Que son cœur conuoiteux d’ambition ne créue
- Et pour ses factions qu’il n’ira point en Gréue:
- Car il aime la France, & ne souffriroit point,
- Le bon seigneur qu’il est, qu’on la mist en pourpoint.
- Au compas du deuoir il regle son courage,
- Et ne laisse en depost pourtant son auantage,
- Selon le temps il met ses partis en auant,
- Alors que le Roy passe, il gaigne le deuant,
- Et dans la Gallerie, encor’ que tu luy parles,
- Il te laisse au Roy Iean, & s’en court au Roy Charles.
- Mesme aux plus auancez demandant le pourquoy
- Il se met sur vn pied, & sur le quant à moy,
- Et seroit bien fasché le Prince assis à table
- Qu’vn autre en fust plus pres, ou fist plus l’agreable,
- Qui plus suffisamment entrant sur le deuis
- Fist mieux le Philosophe ou dist mieux son auis,
- Qui de chiens ou d’oyseaux eust plus d’experience,
- Ou qui déuidast mieux vn cas de conscience:
- Puis dittes comme vn sot qu’il est sans passion,
- Sans gloser plus auant sur sa perfection.
- Auec maints hauts discours, de chiens, d’oyseaux, de bottes,
- Que les vallets de pied sont fort suiects aux crottes,
- Pour bien faire du pain il faut bien enfourner,
- Si Domp-Pedre est venu qu’il s’en peut retourner,
- Le Ciel nous fist ce bien qu’encor’ d’assez bonne heure,
- Nous vinsmes au Logis où ce Monsieur demeure,
- Où sans historier le tout par le menu,
- Il me dict vous soyez Monsieur le bien venu.
- Apres quelque propos, sans propos & sans suitte
- Auecq’ un froid Adieu ie minutte ma fuitte,
- Plus de peur d’accident que de discretion:
- Il commence vn sermon de son affection,
- Me rid, me prend, m’embrasse, auec ceremonie,
- Quoy? vous ennuyez-vous en nostre compagnie?
- Non non, ma foy dit-il, il n’ira pas ainsi,
- Et puis que ie vous tiens, vous soupperez icy.
- Ie m’excuse, il me force, ô Dieux quelle iniustice?
- Alors, mais las trop tard ie cogneus mon supplice:
- Mais pour l’auoir cogneu, ie ne peux l’éuiter,
- Tant le destin se plaist à me persecuter.
- A peine à ces propos eut-il fermé la bouche,
- Qu’il entre à l’estourdi vn sot faict à la fourche,
- Qui pour nous saluër laissant choir son chappeau,
- Fist comme vn entre-chat auec vn escabeau,
- Trebuschant sur le cul, s’en va deuant derriere,
- Et grondant se fascha qu’on estoit sans lumiere:
- Pour nous faire sans rire aualler ce beau saut
- Le Monsieur sur la veuë excuse ce deffaut,
- Que les gens de sçauoir ont la visiere tendre:
- L’autre se releuant deuers nous se vint rendre,
- Moins honteux d’estre cheut, que de s’estre dressé
- Et luy demandast-il s’il s’estoit point blessé.
- Apres mille discours dignes d’vn grand volume,
- On appelle vn vallet, la chandelle s’allume:
- On apporte la nappe, & met-on le couuert,
- Et suis parmy ces gens comme vn homme sans vert,
- Qui fait en rechignant aussi maigre visage
- Qu’vn Renard que Martin porte au Louure en sa cage.
- Vn long-temps sans parler ie regorgeois d’ennuy
- Mais n’estant point garand des sottises d’autruy,
- Ie creu qu’il me falloit d’vne mauuaise affaire
- En prendre seulement ce qui m’en pouuoit plaire.
- Ainsi considerant ces hommes & leurs soings,
- Si ie n’en disois mot ie n’en pense pas moings,
- Et iugé ce lourdaut à son nez autentique,
- Que c’estoit vn Pedant, animal domestique,
- De qui la mine rogue & le parler confus,
- Les cheueux gras & longs, & les sourcils touffus
- Faisoient par leur sçauoir, comme il faisoit entendre,
- La figue sur le nez au Pedant d’Alexandre.
- Lors ie fus asseuré de ce que i’auois creu,
- Qu’il n’est plus Courtisan de la Cour si recreu,
- Pour faire l’entendu qu’il n’ait pour quoy qu’il vaille,
- Vn Poëte, vn Astrologue, ou quelque Pedentaille,
- Qui durant ses Amours auec son bel esprit
- Couche de ses faueurs l’histoire par escrit.
- Maintenant que l’on voit & que ie vous veux dire,
- Tout ce qui se fist là digne d’vne satyre,
- Ie croirois faire tort à ce Docteur nouueau,
- Si ie ne luy donnois quelques traicts de pinceau;
- Mais estant mauuais peintre ainsi que mauuais Poëte,
- Et que i’ay la ceruelle & la main mal adroitte,
- O Muse ie t’inuoque! emmielle moy le bec,
- Et bandes de tes mains les nerfs de ton rebec,
- Laisse moy là Phœbus chercher son auanture,
- Laisse moy son B. mol, prend la clef de Nature,
- Et vien simple sans fard, nuë & sans ornement,
- Pour accorder ma fluste auec ton instrument.
- Dy moy comme sa race autres fois ancienne
- Dedans Rome accoucha d’vne Patricienne,
- D’où nasquit dix Catons & quatre vingts Preteurs,
- Sans les Historiens & tous les Orateurs:
- Mais non, venons à luy, dont la maussade mine
- Ressemble vn de ces Dieux des coutaux de la Chine,
- Et dont les beaux discours plaisamment estourdis
- Feroient creuer de rire vn sainct de Paradis.
- Son teint iaune enfumé de couleur de malade,
- Feroit donner au Diable, & ceruze, & pommade,
- Et n’est blanc en Espaigne à qui ce Cormoran
- Ne fasse renier la loy de l’Alcoran.
- Ses yeux bordez de rouge esgarez sembloient estre,
- L’vn à Mont-marthe, & l’autre au chasteau de Bicestre:
- Toutesfois redressant leur entre-pas tortu,
- Ils guidoient la ieunesse au chemin de vertu.
- Son nez haut releué sembloit faire la nique
- A l’Ouide Nason, au Scipion Nasique,
- Où maints rubiz balez tous rougissants de vin
- Monstroient vn HAC ITVR à la pomme de pin:
- Et preschant la vendange asseuroient en leur trongne,
- Qu’vn ieune Medecin vit moins qu’vn vieux yurongne.
- Sa bouche est grosse & torte, & semble en son porfil,
- Celle-là d’Alizon qui retordant du fil
- Fait la moüe aux passans, & feconde en grimace,
- Baue comme au Prin-temps vne vieille limace.
- Vn rateau mal rangé pour ses dents paroissoit,
- Où le chancre & la roüille en monceaux s’amassoit,
- Dont pour lors ie congneus grondant quelques parolles
- Qu’expert il en sçauoit creuer ses euerolles,
- Qui me fist bien iuger qu’aux veilles des bons iours
- Il en souloit roigner ses ongles de velours.
- Sa barbe sur sa ioüe esparse à l’auanture,
- Où l’art est en colere auecque la nature,
- En Bosquets s’esleuoit, où certains animaux
- Qui des pieds, non des mains, luy faisoient mille maux.
- Quant au reste du corps il est de telle sorte
- Qu’il semble que ses reins & son espaule torte
- Façent guerre à sa teste, & par rebellion,
- Qu’ils eussent entassé Osse sur Pellion:
- Tellement qu’il n’a rien en tout son attelage
- Qui ne suiue au galop la trace du visage.
- Pour sa robbe elle fut autre qu’elle n’estoit
- Alors qu’Albert le Grand aux festes la portoit;
- Mais tousiours recousant piece à piece nouuelle,
- Depuis trente ans c’est elle, & si ce n’est pas elle:
- Ainsi que ce vaisseau des Grecs tant renommé
- Qui suruescut au temps qu’il auoit consommé:
- Vne taigne affamée estoit sur ses espaules,
- Qui traçoit en Arabe vne Carte des Gaules:
- Les pieces & les trous semez de tous costez,
- Representoient les Bourgs, les monts, & les Citez:
- Les filets separez qui se tenoient à peine,
- Imitoient les ruisseaux coulans dans vne pleine.
- Les Alpes en iurant luy grimpoient au collet,
- Et Sauoy’ qui plus bas ne pend qu’à vn fillet.
- Les puces & les poux & telle autre quenaille,
- Aux plaines d’alentour se mettoient en bataille,
- Qui les places d’autruy par armes vsurpant
- Le titre disputoient au premier occupant.
- Or dessous ceste robbe illustre & venerable,
- Il auoit vn iupon, non celuy de Constable:
- Mais vn qui pour vn temps suiuit l’arriere-ban,
- Quand en premiere nopce il seruit de caban
- Au croniqueur Turpin, lors que par la campagne
- Il portoit l’arbalestre au bon Roy Charlemagne:
- Pour asseurer si c’est, ou laine, ou soye, ou lin,
- Il faut en deuinaille estre maistre Gonin.
- Sa ceinture honorable ainsi que ses iartieres,
- Furent d’vn drap du seau, mais i’entends de lizieres
- Qui sur maint Cousturier ioüerent maint rollet,
- Mais pour l’heure presente ils sangloient le mulet.
- Vn mouchoir & des gans auecq’ ignominie
- Ainsi que des larrons pendus en compagnie,
- Luy pendoient au costé, qui sembloit en lambeaux,
- Crier en se mocquant vieux linge, & vieux drapeaux:
- De l’autre brimballoit vne clef fort honneste,
- Qui tire à sa cordelle vne noix d’arbaleste.
- Ainsi ce personnage en magnifique arroy,
- Marchant pedetentim s’en vint iusques à moy
- Qui sentis à son nez, à ses leures décloses,
- Qu’il fleuroit bien plus fort, mais non pas mieux que roses.
- Il me parle latin, il allegue, il discourt,
- Il reforme à son pied les humeurs de la Court:
- Qu’il a pour enseigner vne belle maniere,
- Que sans robe il a veu la matiere premiere,
- Qu’Epicure est yurongne, Hypocrate vn bourreau,
- Que Bartolle & Iason ignorent le barreau:
- Que Virgille est passable, encor’ qu’en quelques pages,
- Il meritast au Louure estre chifflé des Pages,
- Que Pline est inesgal, Terence vn peu ioly,
- Mais sur tout il estime vn langage poly.
- Ainsi sur chasque Autheur il trouue de quoy mordre,
- L’vn n’a point de raisons, & l’autre n’a point d’ordre,
- L’autre auorte auant temps des œuures qu’il conçoit,
- Or il vous prend Macrobe & luy donne le foit,
- Ciceron il s’en taist d’autant que l’on le crie
- Le pain quotidian de la Pedanterie,
- Quant à son iugement il est plus que parfait
- Et l’immortalité n’ayme que ce qu’il fait,
- Par hazard disputant si quelqu’vn luy replique,
- Et qu’il soit à quia, vous estes heretique:
- Ou pour le moins fauteur, ou vous ne sçauez point
- Ce qu’en mon manuscrit i’ay noté sur ce point.
- Comme il n’est rien de simple aussi rien n’est durable,
- De pauure on deuient riche, & d’heureux miserable,
- Tout se change qui fist qu’on changea de discours,
- Apres maint entretien, maints tours, & maints retours,
- Vn valet se leuant le chapeau de la teste
- Nous vint dire tout haut que la souppe estoit preste:
- Ie congneu qu’il est vray ce qu’Homere en escrit,
- Qu’il n’est rien qui si fort nous resueille l’esprit,
- Car i’eus au son des plats l’ame plus alteree
- Que ne l’auroit vn chien au son de la curee:
- Mais comme vn iour d’Esté où le Soleil reluit,
- Ma ioye en moins d’vn rien comme vn éclair s’enfuit,
- Et le Ciel qui des dents me rid à la pareille,
- Me bailla gentiment le lieure par l’oreille:
- Et comme en vne montre où les passe-volans
- Pour se monstrer soldats sont les plus insolens:
- Ainsi parmy ces gens vn gros vallet d’estable,
- Glorieux de porter les plats dessus la table,
- D’vn nez de Maiordome, & qui morgue la faim,
- Entra seruiette au bras & fricassee en main,
- Et sans respect du lieu, du Docteur ny des sausses,
- Heurtant table & treteaux, versa tout sur mes chausses:
- On le tance, il s’excuse, & moy tout resolu,
- Puis qu’à mon dam le Ciel l’auoit ainsi voulu,
- Ie tourne en raillerie vn si fascheux mistere
- De sorte que Monsieur m’obligea de s’en taire.
- Sur ce point on se laue, & chacun en son rang,
- Se met dans vne chaire ou s’assied sur vn banc:
- Suiuant ou son merite, ou sa charge, ou sa race.
- Des niais sans prier ie me mets en la place,
- Où i’estois resolu faisant autant que trois,
- De boire & de manger comme aux veilles des Rois:
- Mais à si beau dessein defaillant la matiere,
- Ie fus enfin contraint de ronger ma littiere,
- Comme vn asne affamé qui n’a chardons ny foing,
- N’ayant pour lors dequoy me saouler au besoing.
- Or entre tous ceux-là qui se mirent à table,
- Il n’en estoit pas vn qui ne fust remarcable,
- Et qui sans esplucher n’aualast l’Eperlan:
- L’vn en titre d’office exerçoit vn berlan,
- L’autre estoit des suiuants de Madame Lipee,
- Et l’autre cheualier de la petite espee,
- Et le plus sainct d’entr’eux (sauf le droict du cordeau)
- Viuoit au Cabaret pour mourir au bordeau.
- En forme d’Eschiquier les plats rangez sur table,
- N’auoient ny le maintien, ny la grace accostable,
- Et bien que nos disneurs mengeassent en Sergens,
- La viande pourtant ne prioit point les gens:
- Mon Docteur de Menestre en sa mine alteree,
- Auoit deux fois autant de mains que Briaree,
- Et n’estoit quel qu’il fust morceau dedans le plat,
- Qui des yeux & des mains n’eust vn escheq & mat.
- D’où i’aprins en la cuitte aussi bien qu’en la cruë,
- Que l’âme se laissoit piper comme vne Gruë,
- Et qu’aux plats comme au lict auec lubricité
- Le peché de la chair tentoit l’humanité.
- Deuant moy iustement on plante vn grand potage,
- D’où les mousches à ieun se sauuoient à la nage:
- Le broüet estoit maigre, & n’est Nostradamus
- Qui l’Astrolabe en main ne demeurast camus,
- Si par galanterie ou par sottise expresse
- Il y pensoit trouuer vne estoille de gresse:
- Pour moy si i’eusse esté sur la mer de Leuant,
- Où le vieux Louchaly fendit si bien le vent,
- Quand sainct Marc s’habilla des enseignes de Trace,
- Ie l’acomparerois au golphe de Patrasse,
- Pource qu’on y voyoit en mille & mille parts
- Les moûches qui flottoient en guise de Soldarts,
- Qui morts sembloient encor’ dans les ondes salees
- Embrasser les charbons des Galeres bruslees.
- I’oy ce semble quelqu’vn de ces nouueaux Docteurs,
- Qui d’estoc & de taille estrillent les Autheurs,
- Dire que ceste exemple est fort mal assortie:
- Homere, & non pas moy t’en doit la garantie,
- Qui dedans ses escrits, en des certains effets
- Les compare peut-estre aussi mal que ie faits.
- Mais retournons à table où l’esclanche en ceruelle
- Des dents & du chalan separoit la querelle,
- Et sur la nappe allant de quartier en quartier
- Plus dru qu’vne nauette au trauers d’vn mestier,
- Glissoit de main en main où sans perdre auantage
- Ebrechant le cousteau tesmoignoit son courage:
- Et durant que Brebis elle fut parmy nous
- Elle sçeut brauement se deffendre des loups,
- Et de se conseruer elle mist si bon ordre,
- Que morte de vieillesse elle ne sçauroit mordre:
- A quoy glouton oyseau du ventre renaissant
- Du fils du bon Iapet te vas-tu repaissant,
- Assez, & trop long-temps, son poulmon tu gourmandes,
- La faim se renouuelle au change des viandes:
- Laissant là ce larron, vien icy desormais
- Où la tripaille est fritte en cent sortes de mets.
- Or durant ce festin Damoyselle famine
- Auec son nez etique, & sa mourante mine,
- Ainsi que la charté par Edit l’ordonna,
- Faisoit vn beau discours dessus l’alezina,
- Et nous torchant le bec aleguoit Symonide
- Qui dict pour estre sain qu’il faut mascher à vuide.
- Au reste à manger peu, Monsieur beuuoit d’autant,
- Du vin qu’à la tauerne on ne payoit contant,
- Et se faschoit qu’vn Iean bleçé de la Logique,
- Luy barboüilloit l’esprit d’vn ergo Sophistique.
- Esmiant quant à moy du pain entre mes doigts,
- A tout ce qu’on disoit doucet ie m’accordois:
- Leur voyant de piot la ceruelle eschauffée,
- De peur (comme l’on dict) de courroucer la Fée.
- Mais à tant d’accidents l’vn sur l’autre amasséz,
- Sçachant qu’il en falloit payer les pots cassez:
- De rage sans parler ie m’en mordois la léure
- Et n’est Iob de despit qui n’en eust pris la chéure:
- Car vn limier boiteux de galles damassé
- Qu’on auoit d’huile chaude & de souffre gressé,
- Ainsi comme vn verrat enueloppé de fange,
- Quand sous le corcelet la crasse luy demange,
- Se bouchonne par tout, de mesme en pareil cas
- Ce rongneux las d’aller se frottoit à mes bas
- Et fust pour estriller ses galles ou ses crottes,
- De sa grace il gressa mes chausses pour mes bottes
- En si digne façon que le frippier Martin
- Auec sa malle-tache y perdroit son Latin.
- Ainsi qu’en ce despit le sang m’eschauffoit l’ame,
- Le monsieur son Pedant à son aide reclame,
- Pour soudre l’argument, quand d’vn sçauant parler,
- Il est, qui fait la mouë aux chimeres en l’air.
- Le Pedant tout fumeux de vin & de doctrine
- Respond, Dieu sçait comment le bon Iean se mutine
- Et sembloit que la gloire en ce gentil assaut
- Fust à qui parleroit non pas mieux mais plus haut,
- Ne croyez en parlant que l’vn ou l’autre dorme,
- Comment vostre argument dist l’vn n’est pas en forme,
- L’autre tout hors du sens, mais c’est vous, mal-autru
- Qui faites le sçauant & n’estes pas congru.
- L’autre, Monsieur le sot ie vous feray bien taire.
- Quoy? comment? est-ce ainsi qu’on frape Despautere?
- Quelle incongruité, vous mentez par les dents,
- Mais vous, ainsi ces gens à se picquer ardents,
- S’en vindrent du parler à tic tac, torche, lorgne,
- Qui casse le museau, qui son riual éborgne,
- Qui iette vn pain, vn plat, vne assiette, vn couteau,
- Qui pour vne rondache empoigne vn escabeau,
- L’vn faict plus qu’il ne peut, & l’autre plus qu’il n’ose,
- Et pense en les voyant voir la Metamorphose,
- Où les Centaures souz au Bourg Athracien,
- Voulurent chauds de rains faire nopces de chien,
- Et cornus du bon pere encorner le Lapite,
- Qui leur fist à la fin enfiler la garitte,
- Quand auecque des plats, des treteaux, des tisons,
- Par force les chassant my-morts de ses maisons,
- Il les fist gentiment apres la Tragedie,
- De Cheuaux deuenir gros Asnes d’Arcadie:
- Noz gens en ce combat n’estoient moins inhumains,
- Car chacun s’escrimoit & des pieds & des mains:
- Et comme eux tous sanglants en ces doctes alarmes,
- La fureur aueuglee en main leur mist des armes:
- Le bon Iean crie au meurtre, & ce Docteur harault,
- Le Monsieur dist tout-beau, l’on apelle Girault.
- A ce nom voyant l’homme & sa gentille trongne,
- En memoire aussi-tost me tomba la Gascongne.
- Ie cours à mon manteau, ie descens l’escalier,
- Et laisse auec ces gens Monsieur le cheualier
- Qui vouloit mettre barre entre ceste canaille.
- Ainsi sans coup ferir ie sors de la bataille,
- Sans parler de flambeau, ny sans faire autre bruit,
- Croyez qu’il n’estoit pas, O nuict ialouse nuict,
- Car il sembloit qu’on eust aueuglé la nature,
- Et faisoit vn noir brun d’aussi bonne teinture,
- Que iamais on en vit sortir des Gobelins,
- Argus pouuoit passer pour vn des Quinze vingts:
- Qui pis-est il pleuuoit d’vne telle maniere,
- Que les reins par despit me seruoient de goutiere:
- Et du haut des maisons tomboit vn tel degout,
- Que les chiens alterez pouuoient boire debout.
- Alors me remettant sur ma philosophie,
- Ie trouue qu’en ce monde il est sot qui se fie,
- Et se laisse conduire, & quant aux Courtisans,
- Qui doucets & gentils font tant les suffisans,
- Ie trouue les mettant en mesme patenostre,
- Que le plus sot d’entr’eux est aussi sot qu’vn autre:
- Mais pour ce qu’estant là ie n’estois dans le grain,
- Aussi que mon manteau la nuict craint le serain,
- Voyant que mon logis estoit loin, & peut estre
- Qu’il pourroit en chemin changer d’air & de maistre,
- Pour esuiter la pluye à l’abry de l’auuent,
- I’allois doublant le pas, comme vn qui fend le vent,
- Quand bronchant lourdement en vn mauuais passage
- Le Ciel me fist ioüer vn autre personnage:
- Car heurtant vne porte en pensant m’accoter,
- Ainsi qu’elle obeit ie viens à culbuter:
- Et s’ouurant à mon heurt, ie tombay sur le ventre,
- On demande que c’est, ie me releue, i’entre:
- Et voyant que le chien n’aboyoit point la nuict,
- Que les verroux gressez ne faisoient aucun bruit:
- Qu’on me rioit au nez, & qu’vne chambriere
- Vouloit monstrer ensemble, & cacher la lumiere:
- I’y suis, ie le voy bien, ie parle l’on respond,
- Où sans fleurs de bien dire, ou d’autre art plus profond,
- Nous tombasmes d’accord, le monde ie contemple,
- Et me retrouue en lieu de fort mauuais exemple:
- Toutesfois il falloit en ce plaisant malheur,
- Mettre pour me sauuer en danger mon honneur.
- Puis donc que ie suis là, & qu’il est pres d’vne heure,
- N’esperant pour ce iour de fortune meilleure,
- Ie vous laisse en repos, iusques à quelques iours,
- Que sans parler Phœbus ie feray le discours
- De mon giste, où pensant reposer à mon ayse,
- Ie tombé par malheur de la poisle en la braise.
-
-
-
-
-SATYRE XI.
-
-Suitte.
-
-
- Voyez que c’est du monde, & des choses humaines,
- Tousiours à nouueaux maux naissent nouuelles peines,
- Et ne m’ont les destins à mon dam trop constans
- Iamais apres la pluye enuoyé le beau-temps,
- Estant né pour souffrir ce qui me reconforte,
- C’est que sans murmurer la douleur ie supporte,
- Et tire ce bon-heur du mal-heur où ie suis,
- Que ie fais en riant bon visage aux ennuis,
- Que le Ciel affrontant ie nazarde la Lune,
- Et voy sans me troubler l’vne & l’autre fortune.
- Pour lors bien m’en vallut: car contre ces assauts
- Qui font lors que i’y pense encor’ que ie tressauts:
- Petrarque & son remede y perdant sa rondache
- En eust de marisson ploré comme vne vache.
- Outre que de l’obiect la puissance s’esmeut,
- Moy qui n’ay pas le nez d’estre Iean qui ne peut,
- Il n’est mal dont le sens la nature resueille,
- Qui Ribaut ne me prist ailleurs que par l’oreille.
- Entré doncq’ que ie fus en ce logis d’honneur,
- Pour faire que d’abord on me traitte en Seigneur,
- Et me rendre en Amour d’autant plus aggreable,
- La bourse desliant ie mis piece sur table,
- Et guarissant leur mal du premier appareil,
- Ie fis dans vn escu reluire le Soleil,
- De nuict dessus leur front la ioye estincelante
- Monstroit en son midy que l’ame estoit contente,
- Deslors pour me seruir chacun se tenoit prest,
- Et murmuroient tout bas, l’honneste homme que c’est.
- Toutes à qui mieux mieux s’efforçoient de me plaire,
- L’on allume du feu dont i’auois bien affaire,
- Ie m’aproche, me sieds, & m’aidant au besoing,
- Ià tout appriuoisé ie mangeois sur le poing,
- Quand au flamber du feu trois vieilles rechignees,
- Vinrent à pas contez comme des erignees,
- Chacune sur le cul au foyer s’accropit,
- Et sembloient se plaignant marmoter par despit.
- L’vne comme vn fantosme affreusement hardie,
- Sembloit faire l’entree en quelque Tragedie,
- L’autre vne Egyptienne en qui les rides font
- Contre-escarpes, rampards, & fossez sur le front.
- L’autre qui de soy-mesme estoit diminutiue,
- Ressembloit transparante vne lanterne viue
- Dont quelque Paticier amuse les enfans,
- Où des oysons bridez, Guenuches, Elefans,
- Chiens, chats, liéures, renards, & mainte estrange beste
- Courent l’vne apres l’autre, ainsi dedans sa teste
- Voyoit-on clairement au trauers de ses os,
- Ce dont sa fantasie animoit ses propos:
- Le regret du passé, du present la misere,
- La peur de l’auenir, & tout ce qu’elle espere
- Des biens que l’Hypocondre en ses vapeurs promet,
- Quand l’humeur ou le vin luy barboüillent l’armet.
- L’vne se pleint des reins, & l’autre d’vn côtaire,
- L’autre du mal des dents, & comme en grand mistere,
- Auec trois brins de sauge, vne figue d’antan,
- Vn va-t’en, si tu peux, vn si tu peux va-t’en,
- Escrit en peau d’oignon, entouroit sa machoire,
- Et toutes pour guarir se reforçoient de boire.
- Or i’ignore en quel champ d’honneur & de vertu,
- Ou dessous quels drapeaux elles ont combatu,
- Si c’estoit mal de Sainct ou de fiéure-quartaine,
- Mais ie sçay bien qu’il n’est Soldat ny Capitaine,
- Soit de gens de cheual, ou soit de gens de pié,
- Qui dans la charité soit plus estropié.
- Bien que maistre Denis soit sçauant en Sculture,
- Fist-il auec son art quinaude la nature,
- Ou comme Michel l’Ange, eust-il le Diable au corps,
- Si ne pourroit-il faire auec tous ses efforts,
- De ces trois corps tronquez vne figure entiere,
- Manquant à cet effect, non l’art mais la matiere.
- En tout elles n’auoient seulement que deux yeux
- Encore bien flétris, rouges & chassieux,
- Que la moitié d’vn nez, que quatre dents en bouche,
- Qui durant qu’il fait vent branlent sans qu’on les touche,
- Pour le reste il estoit comme il plaisoit à Dieu,
- En elles la santé n’auoit ny feu ny lieu:
- Et chacune à par-soy representoit l’idolle
- Des fiéures, de la peste, & de l’orde verolle.
- A ce piteux spectacle il faut dire le vray
- I’euz vne telle horreur que tant que ie viuray,
- Ie croiray qu’il n’est rien au monde qui guarisse
- Vn homme vicieux comme son propre vice.
- Toute chose depuis me fut à contre-cœur,
- Bien que d’vn cabinet sortist vn petit cœur,
- Auec son chapperon, sa mine de pouppee,
- Disant i’ay si grand peur de ces hommes d’espee
- Que si ie n’eusse veu qu’esties vn Financier,
- Ie me fusse plustost laissé crucifier,
- Que de mettre le nez où ie n’ay rien affaire,
- Iean mon mary, Monsieur, il est Apoticaire.
- Sur tout viue l’Amour, & bran pour les Sergens,
- Ardez, voire, c’est-mon, ie me cognois en gens,
- Vous estes, ie voy bien, grand abbateur de quilles,
- Mais au reste honneste homme, & payez bien les filles,
- Cognoissez-vous, mais non, ie n’ose le nommer,
- Ma foy c’est vn braue homme & bien digne d’aymer,
- Il sent tousiours si bon, mais quoy vous l’iriez dire.
- Cependant de despit il semble qu’on me tire
- Par la queuë vn matou, qui m’escrit sur les reins,
- De griffes & de dents mille alibis forains:
- Comme vn singe fasché i’en dy ma patenostre,
- De rage ie maugree & le mien & le vostre,
- Et le noble vilain qui m’auoit attrapé:
- Mais Monsieur, me dist-elle, auez-vous point soupé.
- Ie vous prie notez l’heure, & bien que vous en semble,
- Estes-vous pas d’auis que nous couchions ensemble:
- Moy crotté iusqu’au cul, & moüillé iusqu’à l’os,
- Qui n’auois dans le lict besoin que de repos,
- Ie faillis à me pendre oyant que ceste lice
- Effrontément ainsi me presentoit la lice.
- On parle de dormir, i’y consens à regret,
- La Dame du logis me mene au lieu secret,
- Allant on m’entretient de Ieanne & de Macette,
- Par le vray Dieu que Ieanne estoit & claire & nette,
- Claire comme vn bassin, nette comme vn denier,
- Au reste, fors Monsieur, que i’estois le premier.
- Pour elle qu’elle estoit niepce de Dame Auoye,
- Qu’elle feroit pour moy de la fauce monnoye,
- Qu’elle eust fermé sa porte à tout autre qu’à moy,
- Et qu’elle m’aymoit plus mille fois que le Roy.
- Estourdy de cacquet ie feignois de la croire,
- Nous montons, & montans d’vn c’est-mon & d’vn voire,
- Doucement en riant i’apointois noz procez,
- La montee estoit torte & de fascheux accez,
- Tout branloit dessous nous iusqu’au dernier estage,
- D’eschelle en eschelon comme vn linot en cage,
- Il falloit sauteller & des pieds s’approcher
- Ainsi comme vne chéure en grimpant vn rocher.
- Apres cent soubres-sauts nous vinsmes en la chambre,
- Qui n’auoit pas le goust de musc, ciuette, ou d’ambre,
- La porte en estoit basse, & sembloit vn guichet,
- Qui n’auoit pour serrure autre engin qu’vn crochet.
- Six douues de poinçon seruoient d’aix & de barre,
- Qui baillant grimassoient d’vne façon bizarre,
- Et pour se reprouuer de mauuais entretien,
- Chacune par grandeur se tenoit sur le sien,
- Et loin l’vne de l’autre en leur mine alteree
- Monstroient leur saincte vie estroite & retiree.
- Or comme il pleut au Ciel en trois doubles plié,
- Entrant ie me heurté la caboche & le pié,
- Dont ie tombe en arriere estourdi de ma cheute,
- Et du haut iusqu’au bas ie fis la cullebutte:
- De la teste & du cul contant chaque degré,
- Puis que Dieu le voulut ie prins le tout à gré.
- Aussi qu’au mesme temps voyant choir ceste Dame,
- Par ie ne sçay quel trou ie luy vis iusqu’à l’ame,
- Qui fist en ce beau sault m’esclatant comme vn fou,
- Que ie prins grand plaisir à me rompre le cou.
- Au bruit Macette vint, la chandelle on apporte,
- Car la nostre en tombant de frayeur estoit morte:
- Dieu sçait comme on la vit & derriere & deuant,
- Le nez sur les carreaux & le fessier au vent,
- De quelle charité l’on soulagea sa peine,
- Cependant de son long sans poux & sans haleine,
- Le museau vermoulu, le nez escarboüillé,
- Le visage de poudre & de sang tout soüillé,
- Sa teste descouuerte où l’on ne sçait que tondre,
- Et lors qu’on luy parloit qui ne pouuoit respondre,
- Sans collet, sans beguin, & sans autre affiquet,
- Ses mules d’vn costé de l’autre son tocquet.
- En ce plaisant mal-heur ie ne sçaurois vous dire
- S’il en falloit pleurer ou s’il en falloit rire?
- Apres cest accident trop long pour dire tout,
- A deux bras on la prend & la met-on debout,
- Elle reprend courage, elle parle, elle crie,
- Et changeant en vn rien sa douleur en furie,
- Dist à Ieanne en mettant la main sur le roignon,
- C’est mal-heureuse toy qui me porte guignon:
- A d’autres beaux discours la collere la porte,
- Tant que Macette peut elle la reconforte:
- Cependant ie la laisse & la chandelle en main,
- Regrimpant l’escalier ie suy mon vieux dessein.
- I’entre dans ce beau lieu, plus digne de remarque
- Que le riche Palais d’vn superbe Monarque.
- Estant là ie furette aux recoings plus cachez,
- Où le bon Dieu voulut que pour mes vieux pechez,
- Ie sçeusse le despit dont l’âme est forcenee,
- Lors que trop curieuse ou trop endemenee,
- Rodant de tous costez & tournant haut & bas,
- Elle nous fait trouuer ce qu’on ne cherche pas.
- Or en premier item souz mes pieds ie rencontre
- Vn chaudron ebreché, la bourse d’vne monstre,
- Quatre boëtes d’vnguents, vne d’alun bruslé,
- Deux gands depariez, vn manchon tout pelé,
- Trois fiolles d’eau bleuë, autrement d’eau seconde,
- La petite seringue, vne esponge, vne sonde,
- Du blanc, vn peu de rouge, vn chifon de rabat,
- Vn balet pour brusler en allant au Sabat,
- Vne vieille lanterne, vn tabouret de paille,
- Qui s’estoit sur trois pieds sauué de la bataille,
- Vn baril defoncé, deux bouteilles sur-cu,
- Qui disoient sans goulet nous auons trop vescu:
- Vn petit sac tout plein de poudre de Mercure,
- Vn vieux chapperon gras de mauuaise teinture,
- Et dedans vn coffret qui s’ouure auecq’ enhan,
- Ie trouue des tisons du feu de la sainct Iean,
- Du sel, du pain benit, de la feugere, vn cierge,
- Trois dents de mort pliez en du parchemin vierge,
- Vne Chauue-souris, la carcasse d’vn Gay,
- De la gresse de loup & du beurre de May.
- Sur ce point Ieanne arriue & faisant la doucette,
- Qui vit ceans ma foy n’a pas besongne faite:
- Tousiours à nouueau mal nous vient nouueau soucy,
- Ie ne sçay quant à moy quel logis c’est icy.
- Il n’est par le vray Dieu iour ouurier ny feste,
- Que ces carongnes là ne me rompent la teste,
- Bien bien, ie m’en iray si tost qu’il fera iour,
- On trouue dans Paris d’autres maisons d’amour.
- Ie suis là cependant comme vn que l’on nazarde,
- Ie demande que c’est? hé! n’y prenez pas garde,
- Ce me respondit elle, on n’auroit iamais fait,
- Mais bran, bran, i’ay laissé là-bas mon attifet,
- Tousiours apres soupper ceste vilaine crie.
- Monsieur, n’est-il pas temps, couchons nous ie vous prie.
- Cependant elle met sur la table les dras,
- Qu’en bouchons tortillez elle auoit sous le bras:
- Elle approche du lict fait d’vne estrange sorte,
- Sur deux treteaux boiteux se couchoit vne porte,
- Où le lict reposoit, aussi noir qu’vn soüillon,
- Vn garderobe gras seruoit de pauillon,
- De couuerte vn rideau, qui fuyant (vert & iaune)
- Les deux extremitez, estoit trop court d’vne aune.
- Ayant consideré le tout de point en point,
- Ie fis vœu ceste nuict de ne me coucher point,
- Et de dormir sur pieds comme vn coq sur la perche;
- Mais Ieanne tout en rut, s’aproche & me recherche,
- D’amour ou d’amitié, duquel qu’il vous plaira,
- Et moy, maudit soit-il, m’amour qui le fera.
- Polyenne pour lors me vint en la pensee,
- Qui sçeut que vaut la femme en amour offensee,
- Lors que par impuissance, ou par mespris la nuit,
- On fauce compagnie ou qu’on manque au desduit,
- C’est pourquoy i’euz grand peur qu’on me troussast en malle,
- Qu’on me foüetast pour voir si i’auois point la galle,
- Qu’on me crachast au nez, qu’en perche on me le mist
- Et que l’on me bernast si fort qu’on m’endormist,
- Ou me baillant du Iean Ieanne vous remercie,
- Qu’on me tabourinast le cul d’vne vessie:
- Cela fut bien à craindre & si ie l’euité,
- Ce fut plus par bon-heur que par dexterité.
- Ieanne non moins que Circe entre ses dents murmure,
- Sinon tant de vengeance, aumoins autant d’iniure,
- Or pour flater enfin son mal-heur & le mien,
- Ie dis quand ie fais mal, c’est quand ie paye bien,
- Et faisant reuerence à ma bonne fortune,
- En la remerciant ie le conte pour vne.
- Ieanne rongeant son frein de mine s’apaisa
- En prenant mon argent en riant me baisa,
- Non pour ce que i’en dis, ie n’en parle pas, voire,
- Mon maistre pensez-vous i’entends bien le grimoire,
- Vous estes honneste homme & sçauez l’entre-gent,
- Mais monsieur crayez vous que ce soit pour l’argent,
- I’en faits autant d’estat comme de chaneuottes,
- Non, ma foy i’ay encor vn demy-ceint, deux cottes,
- Vne robe de sarge, vn chapperon, deux bas,
- Trois chemises de lin, six mouchoirs, deux rabats,
- Et ma chambre garnie aupres de sainct Eustache,
- Pourtant ie ne veux pas que mon mary le sçache:
- Disant cecy tousiours son lict elle brassoit,
- Et les linceux trop cours par les pieds tirassoit,
- Et fist à la fin tant par sa façon adroite,
- Qu’elle les fist venir à moitié de la coite.
- Dieu sçait quel lacs d’amour, quels chiffres, quelles fleurs,
- De quels compartiments & combien de couleurs,
- Releuoient leur maintien, & leur blancheur naïfue,
- Blanchie en vn siué, non dans vne lesciue.
- Comme son lict est fait, que ne vous couchez-vous,
- Monsieur n’est-il pas temps, & moy de filer dous,
- Sur ce point elle vient, me prend & me détache,
- Et le pourpoint du dos par force elle m’arrache,
- Comme si nostre ieu fust au Roy despoüillé:
- I’y resiste pourtant, & d’esprit embroüillé,
- Comme par compliment ie tranchois de l’honneste,
- N’y pouuant rien gaigner ie me gratte la teste.
- A la fin ie pris cœur, resolu d’endurer
- Ce qui pouuoit venir sans me desesperer,
- Qui fait vne follie il la doit faire entiere,
- Ie détache vn soüillé, ie m’oste vne iartiere
- Froidement toutesfois, & semble en ce coucher,
- Vn enfant qu’vn Pedant contraint se détacher,
- Que la peur tout ensemble esperonne & retarde:
- A chacune esguillette il se fasche, regarde,
- Les yeux couuers de pleurs, le visage d’ennuy,
- Si la grace du Ciel ne descend point sur luy.
- L’on heurte sur ce point, Catherine on appelle,
- Ieanne pour ne respondre estaignit la chandelle,
- Personne ne dit mot, l’on refrappe plus fort,
- Et faisoit-on du bruit pour réueiller vn mort:
- A chaque coup de pied toute la maison tremble,
- Et semble que le feste à la caue s’assemble.
- Bagasse ouuriras-tu? c’est cestuy-cy, c’est-mon,
- Ieanne ce temps-pendant me faisoit vn sermon.
- Que Diable aussi, pourquoy? que voulez-vous qu’on face,
- Que ne vous couchiez-vous. Ces gens de la menace
- Venant à la priere essayoient tout moyen.
- Or ilz parlent Soldat & ores Citoyen,
- Ilz contrefont le guet & de voix magistrale,
- Ouurez de par le Roy, au Diable vn qui deuale,
- Vn chacun sans parler se tient clos & couuert.
- Or comme à coups de pieds l’huis s’estoit presque ouuert,
- Tout de bon le Guet vint, la quenaille fait Gille,
- Et moy qui iusques-là demeurois immobile
- Attendant estonné le succez de l’assaut,
- Ce pensé-ie il est temps que ie gaigne le haut,
- Et troussant mon pacquet de sauuer ma personne:
- Ie me veux r’habiller, ie cherche, ie tastonne,
- Plus estourdy de peur que n’est vn hanneton:
- Mais quoy, plus on se haste & moins auance t’on.
- Tout comme par despit se trouuoit souz ma pate,
- Au lieu de mon chappeau ie prens vne sauate,
- Pour mon pourpoint ses bas, pour mes bas son collet,
- Pour mes gands ses souliers, pour les miens vn ballet,
- Il sembloit que le Diable eust fait ce tripotage:
- Or Ieanne me disoit pour me donner courage,
- Si mon compere Pierre est de garde auiourd’huy,
- Non, ne vous faschez point, vous n’aurez point d’ennuy.
- Cependant sans delay Messieurs frapent en maistre,
- On crie patience, on ouure la fenestre.
- Or sans plus m’amuser apres le contenu,
- Ie descends doucement pied chaussé l’autre nu,
- Et me tapis d’aguet derriere vne muraille,
- On ouure & brusquement entra ceste quenaille,
- En humeur de nous faire vn assez mauuais tour,
- Et moy qui ne leur dist ny bon soir ny bon iour,
- Les voyant tous passez ie me sentis alaigre,
- Lors dispos du talon ie vais comme vn chat maigre,
- I’enfile la venelle, & tout leger d’effroy,
- Ie cours vn fort long-temps sans voir derriere moy:
- Iusqu’à tans que trouuant du mortier, de la terre,
- Du bois, des estançons, mains plâtras, mainte pierre,
- Ie me sentis plustost au mortier embourbé,
- Que ie ne m’aperçeus que ie fusse tombé.
- On ne peut esuiter ce que le Ciel ordonne,
- Mon âme cependant de colere frissonne,
- Et prenant s’elle eust peu le destin à party,
- De despit à son nez elle l’eust dementy,
- Et m’asseure qu’il eust reparé mon dommage.
- Comme ie fus sus pieds enduit comme vne image,
- I’entendis qu’on parloit, & marchant à grands pas,
- Qu’on disoit hastons-nous ie l’ay laissé fort bas,
- Ie m’aproche, ie voy, desireux de cognoistre,
- Au lieu d’vn Medecin il lui faudroit vn Prestre,
- Dist l’autre, puis qu’il est si proche de sa fin,
- Comment, dist le valet, estes-vous medecin?
- Monsieur pardonnez moy, le Curé ie demande,
- Il s’encourt, & disant Adieu me recommande,
- Il laisse là monsieur fasché d’estre deceu.
- Or comme allant tousiours de pres ie l’aperceu,
- Ie cogneu que c’estoit nostre amy, ie l’aproche,
- Il me regarde au nez, & riant me reproche
- Sans flambeau l’heure indeuë & de pres me voyant
- Fangeux comme vn pourceau, le visage effroyant,
- Le manteau sous le bras, la façon assoupie,
- Estes-vous trauaillé de la Licantropie,
- Dist-il en me prenant pour me taster le pous,
- Et vous, dy-ie, Monsieur, quelle fiéure auez-vous?
- Vous qui tranchez du sage ainsi parmy la ruë,
- Faites vous sus vn pied toute la nuict la gruë?
- Il voulut me conter comme on l’auoit pipé,
- Qu’vn valet du sommeil ou de vin occupé,
- Souz couleur d’aller voir vne femme malade
- L’auoit galantement payé d’vne cassade:
- Il nous faisoit bon voir tous deux bien estonnez,
- Auant iour par la ruë auecq’ vn pied de nez,
- Luy pour s’estre leué esperant deux pistoles
- Et moy tout las d’auoir receu tant de bricolles.
- Il se met en discours, ie le laisse en riant,
- Aussi que ie voyois aux riues d’Oriant
- Que l’aurore s’ornant de saffran & de roses,
- Se faisant voir à tous faisoit voir toutes choses,
- Ne voulant pour mourir qu’vne telle beauté
- Me vist en se leuant si sale & si crotté,
- Elle qui ne m’a veu qu’en mes habits de feste.
- Ie cours à mon logis, ie heurte, ie tempeste,
- Et croyez à frapper que ie n’estois perclus:
- On m’ouure, & mon valet ne me recognoist plus,
- Monsieur n’est pas ici, que Diable à si bonne heure,
- Vous frappez comme vn sourd, quelque temps ie demeure,
- Ie le vois, il me voit, & demande estonné,
- Si le moine bouru m’auoit point promené,
- Dieu, comme estes-vous fait, il va, moy de le suiure,
- Et me parle en riant comme si ie fusse yure,
- Il m’allume du feu, dans mon lict ie me mets,
- Auec vœu si ie puis de n’y tomber iamais,
- Ayant à mes despens appris ceste sentence,
- Qui gay fait vne erreur, la boit à repentance,
- Et que quand on se frotte auecq’ les Courtisants,
- Les branles de sortie en sont fort desplaisants,
- Plus on penetre en eux plus on sent le remeugle,
- Et qui troublé d’ardeur entre au bordel aueugle,
- Quand il en sort il a plus d’yeux & plus aigus,
- Que Lyncé l’Argonaute ou le ialoux Argus.
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-
-A Monsieur Freminet.
-
-SATYRE XII.
-
-
- On dit que le grand Paintre ayant fait vn ouurage,
- Des iugemens d’autruy tiroit cest auantage,
- Que selon qu’il iugeoit qu’ils estoient vrays, ou faux,
- Docile à son profit, reformoit ses defaux,
- Or c’estoit du bon tans que la hayne & l’enuye,
- Par crimes suposez n’attentoient à la vie,
- Que le Vray du Propos estoit cousin germain,
- Et qu’vn chacun parloit le cœur dedans la main.
- Mais que seruiroit-il maintenant de pretendre
- S’amander par ceux là qui nous viennent reprendre,
- Si selon l’interest tout le monde discourt:
- Et si la verité n’est plus femme de court:
- S’il n’est bon Courtisan, tant frisé peut-il estre,
- S’il a bon apetit, qu’il ne iure à son maistre
- Des la pointe du iour, qu’il est midy sonné,
- Et qu’au logis du Roy tout le monde a disné,
- Estrange effronterie en si peu d’importance.
- Mais de ce costé là ie leur donrois quittance,
- S’ils vouloient s’obliger d’epargner leurs amys,
- Où par raison d’estat il leur est bien permis.
- Cecy pourroit suffire à refroidir vne ame
- Qui n’ose rien tenter pour la crainte du blasme,
- A qui la peur de perdre enterre le talent:
- Non pas moy qui me ry d’vn esprit nonchalant,
- Qui pour ne faillir point retarde de bien faire:
- C’est pourquoy maintenant ie m’expose au vulgaire
- Et me donne pour bute aux iugements diuers.
- Qu’vn chacun taille, roigne, & glose sur mes vers,
- Qu’vn resueur insolent d’ignorance m’accuse
- Que ie ne suis pas net, que trop simple est ma Muse,
- Que i’ai l’humeur bizarre, inégual le cerueau,
- Et s’il luy plaist encor qu’il me relie en veau.
- Auant qu’aller si vite, au moins ie le supplie
- Sçauoir que le bon vin ne peut estre sans lie,
- Qu’il n’est rien de parfait en ce monde auiourd’huy:
- Qu’homme ie suis suget à faillir comme luy:
- Et qu’au surplus, pour moy, qu’il se face paroistre
- Aussi vray, que pour luy, ie m’efforce de l’estre.
- Mais sçais-tu Freminet ceux qui me blasmeront,
- Ceux qui dedans mes vers leurs vices trouueront,
- A qui l’Ambition la nuit tire l’oreille,
- De qui l’esprit auare en repos ne someille,
- Tousiours s’alambiquant apres nouueaux partis,
- Qui pour Dieu, ny pour loy, n’ont que leurs apetis,
- Qui rodent toute nuict, troublez de ialousie,
- A qui l’amour lascif regle la fantasie,
- Qui preferent vilains le profit à l’honneur,
- Qui par fraude ont rauy les terres d’vn myneur
- Telles sortes de gens vont apres les Pœtes,
- Comme apres les hiboux vont criant les Chouëttes.
- Leurs femmes vous diront, fuyez ce medisant,
- Facheuse est son humeur, son parler est cuisant,
- Quoy Monsieur! n’est-ce pas cest homme à la Satyre,
- Qui perdroit son amy, plustost qu’vn mot pour rire,
- Il emporte la piece! & c’est là de par-Dieu,
- (Ayant peur que ce soit celle-là du milieu)
- Où le soulier les blece, autrement ie n’estime
- Qu’aucune eust volonté de m’accuser de crime.
- Car pour elles depuis qu’elles viennent au point,
- Elles ne voudroient pas que l’on ne le sçeut point,
- Vn grand contentement mal-aisement se celle:
- Puis c’est des amoureux la regle vniuerselle,
- De defferer si fort à leur affection
- Qu’ils estiment honneur leur folle passion.
- Et quand est de l’honneur de leurs maris, ie pense
- Qu’aucune à bon escient n’en prendroit la deffence,
- Sçachant bien qu’on n’est pas tenu par charité,
- De leur donner vn bien qu’elles leur ont osté.
- Voilà le grand mercy que i’auray de mes paines,
- C’est le cours du marché des affaires humaines,
- Qu’encores qu’vn chacun vaille icy bas son pris
- Le plus cher toutesfois est souuent à mépris.
- Or amy ce n’est point vne humeur de médire
- Qui m’ayt fait rechercher ceste façon d’écrire,
- Mais mon Pere m’aprist que des enseignemens
- Les humains aprentifs formoient leurs iugemens,
- Que l’exemple d’autruy doibt rendre l’homme sage,
- Et guettant à propos les fautes au passage,
- Me disoit, considere où cest homme est reduict
- Par son ambition, cest autre toute nuict
- Boit auec des Putains, engage son domaine,
- L’autre sans trauailler, tout le iour se promeyne,
- Pierre le bon enfant aux dez a tout perdu,
- Ces iours le bien de Iean par decret fut vendu,
- Claude ayme sa voisine, & tout son bien luy donne:
- Ainsi me mettant l’œil sur chacune personne
- Qui valoit quelque chose, ou qui ne valoit rien,
- M’aprenoit doucement & le mal & le bien,
- Affin que fuyant l’vn, l’autre ie recherchasse,
- Et qu’aux despens d’autruy sage ie m’enseignasse.
- Sçays tu si ces propos me sçeurent esmouuoir,
- Et contenir mon ame en vn iuste deuoir,
- S’ils me firent penser à ce que l’on doit suiure,
- Pour bien & iustement en ce bas monde viure.
- Ainsi que d’vn voisin le trespas suruenu
- Fait resoudre vn malade en son lict detenu
- A prendre malgré luy tout ce qu’on luy ordonne,
- Qui pour ne mourir point de crainte se pardonne,
- De mesmes les espris debonnaires & doux
- Se façonnent prudens, par l’exemple des foux,
- Et le blasme d’autruy leur fait ces bons offices,
- Qu’il leur aprend que c’est de vertus, & de vices.
- Or quoy que i’aye fait, si m’en sont-ils restez,
- Qui me pouront par l’age, à la fin estre ostez,
- Ou bien de mes amis auec la remonstrance,
- Ou de mon bon Demon suyuant l’intelligence:
- Car quoy qu’on puisse faire estant homme, on ne peut
- Ny viure comme on doit, ny viure comme on veut.
- En la terre icy bas il n’habitte point d’Anges:
- Or les moins vicieux meritent des loüanges,
- Qui sans prendre l’autruy, viuent en bon Chrestien,
- Et sont ceux qu’on peut dire & saincts & gens de bien.
- Quand ie suis à par moy souuent ie m’estudie,
- (Tant que faire se peut) apres la maladie
- Dont chacun est blecé, ie pense à mon deuoir,
- I’ouure les yeux de l’ame, & m’efforce de voir
- Au trauers d’vn chacun, de l’esprit ie m’escrime,
- Puis dessus le papier mes caprices ie rime,
- Dedans vne Satyre, où d’vn œil doux amer,
- Tout le monde s’y voit, & ne s’y sent nommer.
- Voilà l’vn des pechez, où mon ame est encline,
- On dit que pardonner est vne œuure diuine,
- Celuy m’obligera qui voudra m’excuser,
- A son goust toutesfois chacun en peut vser:
- Quant à ceux du mestier, ils ont de quoy s’ebatre,
- Sans aller sur le pré nous nous pouuons combatre,
- Nous montrant seulement de la plume ennemis,
- En ce cas là du Roy les duëls sont permis:
- Et faudra que bien forte ils facent la partie,
- Si les plus fins d’entre eux s’en vont sans repartie.
- Mais c’est vn Satyrique il le faut laisser là:
- Pour moi i’en suis d’auis, & cognois à cela
- Qu’ils ont vn bon esprit, Corsaires à Corsaires,
- L’vn l’autre s’attaquant, ne font pas leurs affaires.
-
-
-
-
-Macette
-
-SATYRE XIII.
-
-
- La fameuse Macette à la Cour si connuë,
- Qui s’est aux lieux d’honneur en credit maintenuë,
- Et qui depuis dix ans, iusqu’en ses derniers iours,
- A soustenu le prix en l’escrime d’amours,
- Lasse en fin de seruir au peuple de quintaine,
- N’estant passe-volant, soldat ny capitaine,
- Depuis les plus chetifs iusques aux plus fendants,
- Qu’elle n’ait desconfit & mis dessus les dents,
- Lasse, di-ie, & non soule enfin s’est retiree
- Et n’a plus autre obiet que la voute Etheree,
- Elle qui n’eust auant que plorer son delit
- Autre ciel pour obiet que le ciel de son lict,
- A changé de courage, & confitte en destresse
- Imite auec ses pleurs la saincte pecheresse,
- Donnant des sainctes loix à son affection,
- Elle a mis son amour à la deuotion.
- Sans art elle s’habille & simple en contenance,
- Son teint mortifié presche la continence,
- Clergesse elle fait ià la leçon aux prescheurs,
- Elle lit sainct Bernard, la Guide des Pecheurs,
- Les Meditations de la mere Therese,
- Sçait que c’est qu’hypostase, auecque synderese,
- Iour & nuict elle va de conuent en conuent,
- Visite les saincts lieux, se confesse souuent,
- A des cas reseruez grandes intelligences,
- Sçait du nom de Iesus toutes les Indulgences,
- Que valent chapelets, grains benits enfilez,
- Et l’ordre du cordon des peres recollez.
- Loin du monde elle fait sa demeure & son giste,
- Son œil tout penitent ne pleure qu’eau beniste,
- En fin c’est vn exemple en ce siecle tortu
- D’amour, de charité, d’honneur & de vertu.
- Pour Beate par tout le peuple la renomme,
- Et la Gazette mesme a des-ià dit à Rome
- La voyant aymer Dieu & la chair maistriser
- Qu’on n’attend que sa mort pour la canoniser.
- Moy mesme qui ne croy de leger aux merueilles,
- Qui reproche souuent mes yeux & mes oreilles,
- La voyant si changée en vn temps si subit,
- Ie creu qu’elle l’estoit d’ame comme d’habit,
- Que Dieu la retiroit d’vne faute si grande,
- Et disois à par moy, mal vit qui ne s’amende,
- Ià des-ià tout deuot contrit & penitent,
- Ie fus à son exemple esmeu d’en faire autant,
- Quand par arrest du Ciel qui hait l’hypocrisie,
- Au logis d’vne fille où i’ay ma fantaisie,
- N’ayant pas tout à fait mis fin à ses vieux tours,
- La vieille me rendit tesmoin de ses discours.
- Tapy dans vn recoin & couuert d’vne porte
- I’entendy son propos, qui fut de ceste sorte,
- Ma fille, Dieu vous garde & vous vueille benir,
- Si ie vous veux du mal, qu’il me puisse aduenir,
- Qu’eussiez vous tout le bien dont le Ciel vous est chiche,
- L’ayant ie n’en seroy plus pauure ny plus riche:
- Car n’estant plus du monde au bien ie ne pretens,
- Ou bien si i’en desire, en l’autre ie l’attens,
- D’autre chose icy bas, le bon Dieu ie ne prie:
- A propos, sçauez-vous? on dit qu’on vous marie,
- Ie sçay bien vostre cas, vn homme grand, adroit,
- Riche & Dieu sçait s’il a tout ce qu’il vous faudroit,
- Il vous ayme si fort, aussi pourquoy ma fille
- Ne vous aimeroit-il, vous estes si gentille,
- Si mignonne & si belle, & d’vn regard si doux,
- Que la beauté plus grande est laide aupres de vous:
- Mais tout ne respond pas au traict de ce visage,
- Plus vermeil qu’vne rose & plus beau qu’vn riuage,
- Vous deuriez estant belle auoir de beaux habits,
- Esclater de satin, de perles, de rubis.
- Le grand regret que i’ay, non pas à Dieu ne plaise,
- Que i’en ay’ de vous voir belle & bien à vostre aise:
- Mais pour moy ie voudrois que vous eussiez au moins
- Ce qui peut en amour satisfaire à vos soins,
- Que cecy fust de soye & non pas d’estamine.
- Ma foy les beaux habits seruent bien à la mine,
- On a beau s’agencer & faire les doux yeux,
- Quand on est bien paré on en est tousiours mieux:
- Mais sans auoir du bien, que sert la renommee?
- C’est vne vanité confusement semee,
- Dans l’esprit des humains vn mal d’opinion,
- Vn faux germe auorté dans nostre affection.
- Ces vieux contes d’honneur dont on repaist les Dames
- Ne sont que des appas pour les debiles ames
- Qui sans chois de raison ont le cerueau perclus.
- L’honneur est vn vieux sainct que l’on ne chomme plus.
- Il ne sert plus de rien, sinon d’vn peu d’excuse,
- Et de sot entretien pour ceux là qu’on amuse,
- Ou d’honneste refus quand on ne veut aymer,
- Il est bon en discours pour se faire estimer:
- Mais au fonds c’est abus sans excepter personne,
- La sage le sçait vendre où la sotte le donne.
- Ma fille c’est par là qu’il vous en faut auoir,
- Nos biens comme nos maux sont en nostre pouuoir,
- Fille qui sçait son monde a saison oportune,
- Chacun est artisan de sa bonne fortune,
- Le mal-heur par conduite au bonheur cedera.
- Aydez vous seulement & Dieu vous aydera.
- Combien pour auoir mis leur honneur en sequestre,
- Ont elles aux atours eschangé le limestre,
- Et dans les plus hauts rangs esleué leurs maris:
- Ma fille c’est ainsi que l’on vit à Paris,
- Et la vefue aussi bien comme la mariee,
- Celle est chaste sans plus qui n’en est point priee.
- Toutes au fait d’amour se chaussent en vn poinct
- Et Ieanne, que tu vois dont on ne parle point,
- Qui fait si doucement la simple & la discrete
- Elle n’est pas plus chaste, ains elle est plus secrete,
- Elle a plus de respect non moins de passion
- Et cache ses amours sous sa discretion.
- Moy mesme croiriez vous pour estre plus âgee
- Que ma part comme on dit en fust desià mangee,
- Non ma foy ie me sents & dedans & dehors
- Et mon bas peut encor vser deux ou trois corps.
- Mais chasque âge a son temps, selon le drap la robe,
- Ce qu’vn temps on a trop en l’autre on le desrobe:
- Estant ieune i’ay sceu bien vser des plaisirs,
- Ores i’ay d’autres soins en semblables desirs,
- Ie veux passer mon temps & couurir le mystere,
- On trouue bien la cour dedans vn monastere,
- Et apres maint essay en fin i’ay reconnu
- Qu’vn homme comme vn autre est vn moine tout nu,
- Puis outre le sainct vœu qui sert de couuerture,
- Ils sont trop obligez au secret de nature
- Et sçauent plus discrets apporter en aymant,
- Auecque moins d’esclat plus de contentement.
- C’est pourquoy desguisant les boüillons de mon ame,
- D’vn long habit de cendre enuelopant ma flame,
- Ie cache mon dessein aux plaisirs adonné,
- Le peché que l’on cache est demi pardonné,
- La faute seullement ne gist en la deffence,
- Le scandale & l’opprobre est cause de l’offence,
- Pourueu qu’on ne le sçache il n’importe comment,
- Qui peut dire que non ne peche nullement,
- Puis la bonté du Ciel nos offences surpasse,
- Pourueu qu’on se confesse on a tousiours sa grace,
- Il donne quelque chose à nostre passion,
- Et qui ieune n’a pas grande deuotion,
- Il faut que pour le monde à la feindre il s’exerce:
- «C’est entre les deuots vn estrange commerce,
- «Vn trafic par lequel au ioly temps qui court,
- «Toute affaire fascheuse est facile à la Cour.
- Ie sçay bien que vostre âge encore ieune & tendre,
- Ne peut ainsi que moy ces mysteres comprendre:
- Mais vous deuriez ma fille en l’âge où ie vous voy,
- Estre riche, contente, auoir fort bien dequoy,
- Et pompeuse en habits, fine, accorte & rusee,
- Reluire de ioyaux ainsi qu’vne espousée:
- Il faut faire vertu de la necessité,
- Qui sçait viure icy bas n’a iamais pauureté,
- Puis qu’elle vous deffend des dorures l’vsage,
- Il faut que les brillants soient en vostre visage,
- Que vostre bonne grace en acquiere pour vous:
- «Se voir du bien, ma fille, il n’est rien de si doux,
- «S’enrichir de bonne heure est vne grand’ sagesse,
- «Tout chemin d’acquerir se ferme à la vieillesse
- «A qui ne reste rien auec la pauureté,
- «Qu’vn regret espineux d’auoir iadis esté,
- Où lors qu’on a du bien, il n’est si decrepite
- Qui ne trouue (en donnant) couuercle à sa marmite.
- Non, non, faites l’amour, & vendez aux amans
- Vos accueils, vos baisers & vos embrassemens,
- C’est gloire & non pas honte en ceste douce peine
- Des acquests de son lict accroistre son domaine,
- Vendez ces doux regards, ces attraicts, ces appas,
- Vous mesme vendez vous, mais ne vous liurez pas,
- Conseruez vous l’esprit, gardez vostre franchise,
- Prenez tout s’il se peut, ne soyez iamais prise.
- Celle qui par amour s’engage en ces mal-heurs,
- Pour vn petit plaisir, a cent mille douleurs,
- Puis vn homme au desduit ne vous peut satisfaire,
- Et quand plus vigoureux il le pourroit bien faire,
- Il faut tondre sur tout & changer à l’instant,
- L’enuie en est bien moindre & le gain plus contant.
- Sur tout soyez de vous la maistresse & la dame,
- Faites s’il est possible, vn miroir de vostre ame,
- Qui reçoit tous obiects & tout content les pert,
- Fuyez ce qui vous nuist, aymez ce qui vous sert,
- Faites profit de tout, & mesme de vos pertes,
- A prendre sagement ayez les mains ouuertes,
- Ne faites s’il se peut iamais present ny don,
- Si ce n’est d’vn chabot pour auoir vn gardon.
- Par fois on peut donner pour les galands attraire,
- A ces petits presents ie ne suis pas contraire,
- Pourueu que ce ne soit que pour les amorcer:
- Les fines en donnant se doiuent efforcer
- A faire que l’esprit & que la gentillesse
- Face estimer les dons & non pas la richesse.
- Pour vous estimez plus qui plus vous donnera,
- Vous gouuernant ainsi Dieu vous assistera,
- Au reste n’espargnez ny Gaultier ni Garguille,
- Qui se trouuera pris ie vous pri’ qu’on l’estrille,
- Il n’est que d’en auoir, le bien est tousiours bien,
- Et ne vous doit chaloir ny de qui, ny combien.
- Prenez à toutes mains, ma fille & vous souuienne,
- Que le gain a bon goust de quelque endroit qu’il vienne.
- Estimez vos amans selon le reuenu:
- Qui donnera le plus qu’il soit le mieux venu,
- Laissez la mine à part, prenez garde à la somme,
- Riche vilain vaut mieux que pauure Gentil-homme:
- Ie ne iuge pour moy les gens sur ce qu’ils sont,
- Mais selon le profit & le bien qu’ils me font.
- Quand l’argent est meslé l’on ne peut reconnoistre
- Celuy du seruiteur d’auec celuy du maistre,
- L’argent d’vn cordon bleu n’est pas d’autre façon
- Que celuy d’vn fripier ou d’vn aide à maçon,
- Que le plus & le moins y mette difference
- Et tienne seullement la partie en souffrance,
- Que vous restablirez du iour au lendemain
- Et tousiours retenez le bon bout à la main,
- De crainte que le temps ne destruise l’affaire,
- Il faut suiure de pres le bien que l’on differe
- Et ne le differer qu’entant que l’on le peut,
- Ou se puisse aisement restablir quand on veut.
- Tous ces beaux suffisans, dont la cour est semee,
- Ne sont que triacleurs & vendeurs de fumee,
- Ils sont beaux, bien peignez, belle barbe au menton:
- Mais quand il faut payer, au diantre le teston,
- Et faisant des mouuans & de l’ame saisie,
- Ils croyent qu’on leur doit pour rien la courtoisie,
- Mais c’est pour leur beau nez: le puits n’est pas commun,
- Si i’en auois vn cent, ils n’en auroient pas vn.
- Et le Poëte croté auec sa mine austere
- Vous diriez à le voir que c’est vn secretaire,
- Il va melancolique & les yeux abaissez,
- Comme vn Sire qui plaint ses parens trespassez,
- Mais Dieu sçait, c’est vn homme aussi bien que les autres.
- Iamais on ne luy voit aux mains des patenostres,
- Il hante en mauuais lieux, gardez vous de cela,
- Non, si i’estoy de vous, ie le planteroy là.
- Et bien il parle liure, il a le mot pour rire:
- Mais au reste apres tout, c’est vn homme à Satyre,
- Vous croiriez à le voir qu’il vous deust adorer,
- Gardez, il ne faut rien pour vous des-honorer.
- Ces hommes mesdisans ont le feu sous la leure,
- Ils sont matelineurs, prompts à prendre la cheure,
- Et tournent leurs humeurs en bijarres façons,
- Puis ils ne donnent rien si ce n’est des chansons:
- Mais non, ma fille non, qui veut viure à son aise,
- Il ne faut simplement vn amy qui vous plaise,
- Mais qui puisse au plaisir ioindre l’vtilité,
- En amour autrement c’est imbecilité,
- Qui le fait à credit n’a pas grande resource,
- On y fait des amis, mais peu d’argent en bourse.
- Prenez moy ces Abbez, ces fils de financiers
- Dont depuis cinquante ans les peres vsuriers,
- Volans à toutes mains, ont mis en leur famille
- Plus d’argent que le Roy n’en a dans la Bastille,
- C’est là que vostre main peut faire de beaux cous,
- Ie sçay de ces gens là qui languissent pour vous:
- Car estant ainsi ieune en vos beautez parfaites,
- Vous ne pouuez sçauoir tous les coups que vous faites,
- Et les traicts de vos yeux haut & bas eslancez,
- Belle, ne voyent pas tous ceux que vous blessez,
- Tel s’en vient plaindre à moy qui n’ose le vous dire,
- Et tel vous rit de iour qui toute nuict souspire,
- Et se plaint de son mal, d’autant plus vehement,
- Que vos yeux sans dessein le font innocemment.
- En amour l’innocence est vn sçauant mystere,
- Pourueu que ce ne soit vne innocence austere,
- Mais qui sçache par art donnant vie & trespas,
- Feindre auecques douceur qu’elle ne le sçait pas:
- Il faut aider ainsi la beauté naturelle,
- L’innocence autrement est vertu criminelle,
- Auec elle il nous faut & blesser & garir,
- Et parmy les plaisirs faire viure & mourir.
- Formez vous des desseins dignes de vos merites,
- Toutes basses amours sont pour vous trop petites,
- Ayez dessein aux dieux, pour de moindres beautez
- Ils ont laissé iadis les cieux des-habitez.
- Durant tous ces discours, Dieu sçait l’impatience:
- Mais comme elle a tousiours l’œil à la deffiance,
- Tournant deçà delà vers la porte où i’estois,
- Elle vist en sursaut comme ie l’escoutois,
- Elle trousse bagage, & faisant la gentille,
- Ie vous verray demain, à Dieu, bon soir ma fille.
- Ha vieille, dy-ie lors, qu’en mon cœur ie maudis,
- Est-ce là le chemin pour gaigner Paradis,
- Dieu te doint pour guerdon de tes œuures si sainctes,
- Que soient auant ta mort tes prunelles esteintes,
- Ta maison descouuerte & sans feu tout l’Hyuer,
- Auecque tes voisins iour & nuict estriuer
- Et trainer sans confort triste & desesperee,
- Vne pauure vieillesse & tousiours alteree.
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-SATYRE XIIII.
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- I’ay pris cent & cent fois la lanterne en la main
- Cherchant en plain midy parmy le genre humain,
- Vn homme qui fust homme & de faict & de mine
- Et qui peust des vertus passer par l’estamine:
- Il n’est coing & recoing que ie n’aye tanté
- Depuis que la nature icy bas m’a planté.
- Mais tant plus ie me lime & plus ie me rabote,
- Ie croy qu’à mon aduis tout le monde radote,
- Qu’il a la teste vuide & sans dessus dessous
- Ou qu’il faut qu’au rebours ie sois l’vn des plus fous.
- C’est de nostre folie vn plaisant stratagesme,
- Se flattant de iuger les autres par soy-mesme.
- Ceux qui pour voyager s’embarquent dessus l’eau,
- Voyent aller la terre & non pas leur vaisseau,
- Peut estre ainsi trompé que faucement ie iuge,
- Toutesfois si les fous ont leur sens pour refuge,
- Ie ne suis pas tenu de croire aux yeux d’autruy.
- Puis, i’en sçay pour le moins autant ou plus que luy.
- Voylà fort bien parlé si l’on me vouloit croire,
- Sotte presomption vous m’enyurez sans boire.
- Mais apres en cherchant auoir autant couru
- Qu’aux Auans de Noel fait le Moyne Bourru,
- Pour retrouuer vn homme enuers qui la Satyre
- Sans flater, ne trouuast que mordre & que redire,
- Qui sceust d’vn chois prudent toute chose éplucher,
- Ma foy si ce n’est vous ie n’en veux plus chercher.
- Or ce n’est point pour estre esleué de fortune,
- Aux sages comme aux fous c’est chose assez commune,
- Elle auance vn chacun sans raison & sans chois,
- Les fous sont aux echets les plus proches des Roys.
- Aussi mon iugement sur cela ne se fonde,
- Au compas des grandeurs ie ne iuge le monde,
- L’esclat de ces clinquans ne m’esblouit les yeux,
- Pour estre dans le Ciel ie n’estime les Dieux,
- Mais pour s’y maintenir & gouuerner de sorte
- Que ce tout en deuoir reglement se comporte,
- Et que leur prouidence egallement conduit
- Tout ce que le Soleil en la terre produit.
- Des hommes tout ainsi ie ne puis recognoistre
- Les grans: mais bien ceux là qui meritent de l’estre,
- Et de qui le merite indomtable en vertu,
- Force les accidens & n’est point abatu,
- Non plus que de farceurs ie n’en puis faire conte.
- Ainsi que l’vn descend on voit que l’autre monte,
- Selon ou plus ou moins que dure le roollet,
- Et l’habit faict sans plus le maistre ou le vallet.
- De mesme est de ces gens dont la grandeur se ioüe,
- Auiourd’huy gros, enflez sur le haut de la roüe,
- Ilz font vn personnage, & demain renuersez,
- Chacun les met au rang des pechez effacez.
- La faueur est bizarre, à traitter indocille,
- Sans arrest, inconstante, & d’humeur difficille,
- Auecq’ discretion il la faut carasser:
- L’vn la perd bien souuent pour la trop embrasser,
- Ou pour s’y fier trop, l’autre par insolence,
- Ou pour auoir trop peu ou trop de violence,
- Ou pour se la promettre ou se la desnier,
- En fin c’est vn caprice estrange à manier,
- Son Amour est fragile & se rompt comme verre,
- Et faict aux plus Matois donner du nez en terre.
- Pour moy ie n’ay point veu parmy tant d’auancez,
- Soit de ces temps icy, soit des siecles passez,
- Homme que la fortune ayt tasché d’introduire,
- Qui durant le bon vent ait sceu se bien conduire.
- Or d’estre cinquante ans aux honneurs esleué,
- Des grands & des petits dignement approuué,
- Et de sa vertu propre aux malheurs faire obstacle,
- Ie n’ay point veu de sots auoir faict ce miracle.
- Aussi pour discerner & le bien & le mal,
- Voir tout, congnoistre tout, d’vn œil tousiours égal,
- Manier dextrement les desseins de nos Princes,
- Respondre à tant de gens de diuerses Prouinces,
- Estre des estrangers pour Oracle tenu,
- Preuoir tout accident auant qu’estre aduenu,
- Destourner par prudence vne mauuaise affaire,
- Ce n’est pas chose aysée ou trop facille à faire.
- Voilà comme on conserue auecq’ le iugement
- Ce qu’vn autre dissipe & perd imprudemment:
- Quand on se brusle au feu que soi mesme on attise,
- Ce n’est point accident, mais c’est vne sottise.
- Nous sommes du bon-heur de nous mesme artisans
- Et fabriquons nos iours ou fascheux ou plaisans,
- La fortune est à nous & n’est mauuaise ou bonne
- Que selon qu’on la forme ou bien qu’on se la donne.
- A ce point le mal-heur amy comme ennemy,
- Trouuant au bord d’vn puis vn enfant endormy,
- En risque d’y tomber à son ayde s’auance
- Et luy parlant ainsi, le resueille & le tance:
- Sus badin leuez-vous: si vous tombiez dedans,
- De douleur vos parens comme vous imprudens,
- Croyant en leur esprit que de tout ie dispose,
- Diroient en me blasmant que i’en serois la cause.
- Ainsi nous seduisant d’vne fauce couleur,
- Souuent nous imputons nos fautes au mal-heur
- Qui n’en peut mais, mais quoy! l’on le prend à partie,
- Et chacun de son tort cherche la garantie.
- Et nous pensons bien fins, soit veritable ou faux,
- Quand nous pouuons couurir d’excuses nos defaux:
- Mais ainsi qu’aux petis aux plus grands personnages
- Sondez tout iusqu’au fond, les fous ne sont pas sages.
- Or c’est vn grand chemin iadis assez frayé,
- Qui des rimeurs François ne fut oncq’ essayé,
- Suiuant les pas d’Horace entrant en la carriere,
- Ie trouue des humeurs de diuerse maniere,
- Qui me pourroient donner subiect de me mocquer,
- Mais qu’est-il de besoin de les aller chocquer?
- Chacun ainsi que moy sa raison fortifie,
- Et se forme à son goust vne philosophie,
- Ils ont droit de leur cause & de la contester,
- Ie ne suis chicanneur & n’aime à disputer.
- Gallet a sa raison, & qui croira son dire,
- Le hazard pour le moins luy promet vn Empire,
- Toutesfois au contraire, estant leger & net,
- N’ayant que l’esperance & trois dez au cornet,
- Comme sur vn bon fond de rente ou de receptes
- Dessus sept ou quatorze il assigne ses debtes,
- Et trouue sur cela qui luy fournit dequoy:
- Ils ont vne raison qui n’est raison pour moy,
- Que ie ne puis comprendre, & qui bien l’examine:
- Est-ce vice ou vertu qui leur fureur domine?
- L’vn alléché d’espoir de gaigner vingt pour cent,
- Ferme l’œil à sa perte, & librement consent
- Que l’autre le despouille & ses meubles engage,
- Mesmes s’il est besoin baille son heritage.
- Or le plus sot d’entre eux, ie m’en rapporte à luy,
- Pour l’vn il perd son bien, l’autre celuy d’autruy,
- Pourtant c’est vn traficq qui suit tousiours sa route,
- Où bien moins qu’à la place on a fait banqueroute,
- Et qui dans le brelan se maintient brauement,
- N’en desplaise aux arrests de nostre Parlement.
- Pensez vous sans auoir ces raisons toutes prestes,
- Que le Sieur de Prouins persiste en ses requestes,
- Et qu’il ait sans espoir d’estre mieux à la Court,
- A son long balandran changé son manteau court,
- Bien que depuis vingt ans sa grimace importune
- Ayt à sa desfaueur obstiné la fortune.
- Il n’est pas le Cousin qui n’ait quelque raison,
- De peur de reparer, il laisse sa maison,
- Que son lict ne defonce, il dort dessus la dure,
- Et n’a, crainte du chaud, que l’air pour couuerture:
- Ne se pouuant munir encontre tant de maux
- Dont l’air intemperé faict guerre aux animaux,
- Comme le chaud, le froid, les frimas & la pluye,
- Et mil autres accidens, bourreaux de nostre vie,
- Luy selon sa raison souz eux il s’est sousmis,
- Et forçant la Nature il les a pour amis.
- Il n’est point enreumé pour dormir sur la terre,
- Son poulmon enflammé ne tousse le caterre,
- Il ne craint ny les dents ny les defluctions
- Et son corps a tout sain libres ses fonctions,
- En tout indifferent tout est à son vsage,
- On dira qu’il est foux ie croy qu’il n’est pas sage,
- Que Diogene aussi fust vn foux de tout point,
- C’est ce que le Cousin comme moy ne croit point.
- Ainsi ceste raison est vne estrange beste,
- On l’a bonne selon qu’on a bonne la teste,
- Qu’on imagine bien du sens comme de l’œil,
- Pour grain ne prenant paille, ou Paris pour Corbeil.
- Or suiuant ma raison & mon intelligence,
- Mettant tout en auant & soin & diligence,
- Et criblant mes raisons pour en faire vn bon chois,
- Vous estes à mon gré l’homme que ie cherchois:
- Afin doncq’ qu’en discours le temps ie ne consomme,
- Ou vous estes le mien, ou ie ne veux point d’homme.
- Qu’vn chacun en ait vn ainsi qu’il luy plaira,
- Rozete nous verrons qui s’en repentira.
- Vn chacun en son sens selon son chois abonde,
- Or m’ayant mis en goust des hommes & du monde,
- Reduisant brusquement le tout en son entier
- Encor faut il finir par vn tour du mestier.
- On dit que Iupiter Roy des Dieux & des hommes,
- Se promenant vn iour en la terre où nous sommes,
- Receut en amitié deux hommes apparens,
- Tous deux d’age pareils, mais de mœurs differens,
- L’vn auoit nom Minos, l’autre auoit nom Tantale:
- Il les esleue au Ciel, & d’abord leur estale
- Parmy les bons propos, les graces & les ris,
- Tout ce que la faueur depart aux fauoris,
- Ils mangeoient à sa table, aualoient l’ambrosie,
- Et des plaisirs du Ciel souloient leur fantasie;
- Ils estoient comme chefs de son Conseil priué:
- Et rien n’estoit bien fait qu’ils n’eussent approuué.
- Minos eut bon esprit, prudent, accord & sage,
- Et sceut iusqu’à la fin iouer son personnage,
- L’autre fut vn langard, reuelant les secrets
- Du Ciel & de son Maistre aux hommes indiscrets,
- L’vn auecque prudence au Ciel s’impatronise,
- Et l’autre en fut chassé comme vn peteux d’Eglise.
-
-
-
-
-SATYRE XV.
-
-
- Ouy i’escry rarement & me plais de le faire.
- Non pas que la paresse en moy soit ordinaire,
- Mais si tost que ie prens la plume à ce dessein,
- Ie croy prendre en galere vne rame en la main,
- Ie sen au second vers que la Muse me dicte,
- Et contre sa fureur ma raison se despite.
- Or si par fois i’escry suiuant mon Ascendant,
- Ie vous iure encor est-ce à mon corps deffendant,
- L’astre qui de naissance à la Muse me lie,
- Me fait rompre la teste apres ceste folie,
- Que ie recongnois bien: mais pourtant, malgré moy
- Il faut que mon humeur fasse ioug à sa loy,
- Que ie demande en moy ce que ie me desnie,
- De mon ame & du Ciel, estrange tyrannie;
- Et qui pis est, ce mal qui m’afflige au mourir,
- S’obstine aux recipez & ne se veut guarir,
- Plus on drogue ce mal & tant plus il s’empire,
- Il n’est point d’Elebore assez en Anticire,
- Reuesche à mes raisons il se rend plus mutin
- Et ma philosophie y perd tout son Latin.
- Or pour estre incurable il n’est pas necessaire,
- Patient en mon mal que ie m’y doiue plaire,
- Au contraire il m’en fasche & m’en desplais si fort
- Que durant mon accez ie voudrois estre mort:
- Car lors qu’on me regarde, & qu’on me iuge vn poëte,
- Et qui par consequent a la teste mal faite,
- Confus en mon esprit ie suis plus desolé,
- Que si i’estois maraut, ou ladre, ou verollé.
- Encor’ si le transport dont mon ame est saisie,
- Auoit quelque respect durant ma frenaisie,
- Qu’il se reglast selon les lieux moins importans,
- Ou qu’il fist choix des iours, des hommes ou du temps,
- Et que lors que l’hyuer me renferme en la chambre,
- Aux iours les plus glacez de l’engourdy Nouembre,
- Apollon m’obsedast, i’aurois en mon malheur,
- Quelque contentement à flater ma douleur.
- Mais aux iours les plus beaux de la saison nouuelle
- Que Zephire en ses rets surprend Flore la belle,
- Que dans l’air les oyseaux, les poissons en la mer,
- Se pleignent doucement du mal qui vient d’aymer,
- Ou bien lors que Ceres de fourment se couronne,
- Ou que Bacchus souspire amoureux de Pomone,
- Ou lors que le saffran, la derniere des fleurs,
- Dore le Scorpion de ses belles couleurs,
- C’est alors que la verue insolemment m’outrage,
- Que la raison forcee obeyt à la rage,
- Et que sans nul respect des hommes ou du lieu,
- Qu’il faut que i’obeisse aux fureurs de ce Dieu:
- Comme en ces derniers iours les plus beaux de l’annee,
- Que Cibelle est par tout de fruicts enuironnee,
- Que le paysant recueille emplissant à miliers
- Greniers, granges, chartis, & caues & celiers,
- Et que Iunon riant d’vne douce influance,
- Rend son œil fauorable aux champs qu’on ensemence,
- Que ie me resoudois loing du bruit de Paris
- Et du soing de la Cour ou de ses fauoris,
- M’esgayer au repos que la campagne donne,
- Et sans parler Curé, Doyen, Chantre, ou Sorbonne,
- D’vn bon mot faire rire en si belle saison,
- Vous, vos chiens & vos chats, & toute la maison,
- Et là dedans ces champs que la riuiere d’Oyse,
- Sur des arenes d’or en ses bors se degoyse,
- (Seiour iadis si doux à ce Roy qui deux fois
- Donna Sydon en proye à ses peuples François)
- Faire meint soubre-saut, libre de corps & d’ame,
- Et froid aux appetis d’vne amoureuse flame,
- Estre vuide d’amour comme d’ambition,
- Des gallands de ce temps horrible passion.
- Mais à d’autres reuers ma fortune est tournee,
- Dés le iour que Phœbus nous monstre la iournee,
- Comme vn hiboux qui fuit la lumiere & le iour,
- Ie me leue & m’en vay dans le plus creux seiour
- Que Royaumont recelle en ses forests secrettes,
- Des renards & des loups les ombreuses retraittes,
- Et là malgré mes dents rongeant & rauassant,
- Polissant les nouueaux, les vieux rapetassant,
- Ie fay des vers, qu’encor qu’Apollon les aduouë,
- Dedans la Cour, peut estre, on leur fera la mouë,
- Ou s’ils sont à leur gré bien faicts & bien polis,
- I’auray pour recompence, ils sont vrayment iolis:
- Mais moy qui ne me reigle aux iugemens des hommes,
- Qui dedans & dehors cognoy ce que nous sommes,
- Comme le plus souuent ceux qui sçauent le moings,
- Sont temerairement & iuges & tesmoings,
- Pour blasme ou pour louange ou pour froide parole,
- Ie ne fay de leger banqueroute à l’escolle
- Du bon homme Empedocle, où son discours m’apprend
- Qu’en ce monde il n’est rien d’admirable & de grand
- Que l’esprit desdaignant vne chose bien grande,
- Et qui Roy de soy-mesme à soy-mesme commande.
- Pour ceux qui n’ont l’esprit si fort ny si trempé,
- Afin de n’estre point de soy-mesme trompé,
- Chacun se doibt cognoistre, & par vn exercice
- Cultiuant sa vertu desraciner son vice,
- Et censeur de soy-mesme auec soing corriger
- Le mal qui croist en nous, & non le negliger,
- Esueiller son esprit troublé de resuerie;
- Comme doncq’ ie me plains de ma forcenerie,
- Que par art ie m’efforce à regler ses accés,
- Et contre mes deffaux que i’intente vn procés,
- Comme on voit par exemple en ces vers où i’accuse
- Librement le caprice où me porte la Muse,
- Qui me repaist de baye en ses foux passe-temps,
- Et malgré moy me faict aux vers perdre le temps,
- Ils deuoient à propos tascher d’ouurir la bouche,
- Mettant leur iugement sur la pierre de touche,
- S’estudier de n’estre en leurs discours trenchans
- Par eux mesmes iugez ignares ou meschans,
- Et ne mettre sans choix en égalle balance
- Le vice, la vertu, le crime, l’insolence.
- Qui me blasme auiourd’hui, demain il me louera,
- Et peut estre aussi tost il se desaduouera.
- La louange est à prix, le hazard la debite,
- Où le vice souuent vaut mieux que le merite:
- Pour moy ie ne fay cas ny ne me puis vanter
- N’y d’vn mal ny d’vn bien que l’on me peut oster.
- Auecq’ proportion se depart la louange,
- Autrement c’est pour moy du baragouyn estrange,
- Le vrai me faict dans moy recognoistre le faux,
- Au poix de la vertu ie iuge les deffaux,
- I’assine l’enuieux cent ans apres la vie,
- Où l’on dit qu’en Amour se conuertit l’Enuie:
- Le Iuge sans reproche est la Posterité,
- Le temps qui tout descouure en fait la verité,
- Puis la monstre à nos yeux, ainsi dehors la terre
- Il tire les tresors, & puis les y reserre.
- Doncq’ moy qui ne m’amuse à ce qu’on dit icy,
- Ie n’ay de leurs discours ny plaisir ny soucy,
- Et ne m’esmeus non plus quand leur discours fouruoye,
- Que d’vn conte d’Vrgande & de ma mere l’Oye.
- Mais puis que tout le monde est aueugle en son fait
- Et que dessous la Lune il n’est rien de parfait,
- Sans plus se controller quand à moy ie conseille
- Qu’vn chacun doucement s’excuse à la pareille,
- Laissons ce qu’en resuant ces vieux foux ont escrit,
- Tant de philosophie embarasse l’esprit,
- Qui se contraint au monde il ne vit qu’en torture,
- Nous ne pouuons faillir suiuant nostre nature.
- Ie t’excuse Pierrot, de mesme excuse moy,
- Ton vice est de n’auoir ny Dieu, ny foy, ny loy,
- Tu couures tes plaisirs auec l’hypocrisie,
- Chupin se taisant veut couurir sa ialousie,
- Rison accroist son bien d’vsure & d’interests,
- Selon ou plus ou moins Ian donne ses arrests,
- Et comme au plus offrant debite la Iustice.
- Ainsi sans rien laisser vn chacun a son vice,
- Le mien est d’estre libre & ne rien admirer,
- Tirer le bien du mal lors qu’il s’en peut tirer,
- Sinon adoucir tout par vne indifference,
- Et vaincre le mal-heur auecq’ la patience,
- Estimer peu de gens, suyure mon vercoquin,
- Et mettre à mesme taux le noble & le coquin.
- D’autre part ie ne puis voir vn mal sans m’en plaindre,
- Quelque part que ce soit ie ne me puis contraindre.
- Voyant vn chicaneur riche d’auoir vendu
- Son deuoir à celuy qui deust estre pendu,
- Vn Aduocat instruire en l’vne & l’autre cause,
- Vn Lopet qui partis dessus partis propose,
- Vn Medecin remplir les limbes d’auortons,
- Vn Banquier qui fait Rome icy pour six testons,
- Vn Prelat enrichy d’interest & d’vsure,
- Plaindre son bois saisy pour n’estre de mesure,
- Vn Ian abandonnant femme, filles, & sœurs,
- Payer mesmes en chair iusques aux rotisseurs,
- Rousset faire le Prince, & tant d’autre mystere,
- Mon vice est, mon amy, de ne m’en pouuoir taire.
- Or des vices où sont les hommes attachez,
- Comme des petits maux font les petits pechez,
- Ainsi les moins mauuais sont ceux dont tu retires
- Du bien, comme il aduient le plus souuent des pires,
- Au moins estimez tels: c’est pourquoi sans errer,
- Au sage bien souuent on les peut desirer,
- Comme aux Prescheurs l’audace à reprendre le vice,
- La folie aux enfans, aux Iuges l’iniustice.
- Vien doncq’ & regardans ceux qui faillent le moins,
- Sans aller rechercher ny preuues ny tesmoins,
- Informans de nos faits sans haine & sans enuie,
- Et iusqu’au fond du sac espluchons nostre vie.
- De tous ces vices là, dont ton cœur entaché
- N’est veu par mes escris si librement touché,
- Tu n’en peux retirer que honte & que dommage,
- En vendant la Iustice, au Ciel tu fais outrage,
- Le pauure tu destruis, la veufue & l’orphelin,
- Et ruines chacun auecq’ ton patelin.
- Ainsi consequemment de tout dont ie t’offence,
- Et dont ie ne m’attens d’en faire penitence:
- Car parlant librement ie pretens t’obliger
- A purger les deffaux, tes vices corriger,
- Si tu le fais en fin, en ce cas ie merite,
- Puis qu’en quelque façon mon vice te profite.
-
-
-
-
-A Monsieur de Forqueuaus.
-
-SATYRE XVI.
-
-
- Puisque le iugement nous croist par le dommage,
- Il est temps Forqueuaus, que ie deuienne sage,
- Et que par mes trauaux i’apprenne à l’auenir
- Comme en faisant l’amour on se doit maintenir:
- Apres auoir passé tant & tant de trauerses,
- Auoir porté le ioug de cent beautez diuerses,
- Auoir en bon soldat combatu nuict & iour,
- Ie dois estre routier en la guerre d’Amour,
- Et comme vn vieux guerrier blanchi dessous les armes
- Sçauoir me retirer des plus chaudes alarmes,
- Destourner la fortune, & plus fin que vaillant,
- Faire perdre le coup au premier assaillant,
- Et sçauant deuenu par vn long exercice,
- Conduire mon bonheur auec de l’artifice,
- Sans courir comm’ vn fou saizy d’aueuglement,
- Que le caprice emporte, & non le iugement:
- Car l’esprit en amour sert plus que la vaillance,
- Et tant plus on s’efforce, & tant moins on auance.
- Il n’est que d’estre fin & de soir, ou de nuit,
- Surprendre si l’on peut l’ennemy dans le lit.
- Du temps que ma ieunesse à l’amour trop ardente
- Rendoit d’affection mon ame violente,
- Et que de tous costés sans chois ou sans raison
- I’allois comme vn limier apres la venaison,
- Souuent de trop de cœur i’ay perdu le courage,
- Et piqué des douceurs d’vn amoureux visage
- I’ay si bien combatu, serré flanc contre flanc,
- Qu’il ne m’en est resté vne goutte de sang:
- Or sage à mes despens i’esquiue la bataille,
- Sans entrer dans le champ i’attens que l’on m’assaille,
- Et pour ne perdre point le renom que i’ay eu,
- D’vn bon mot du vieux temps ie couure tout mon ieu,
- Et sans estre vaillant ie veux que l’on m’estime,
- Ou si parfois encor i’entre en [la] vieille escrime,
- Ie gouste le plaisir sans en estre emporté,
- Et prens de l’exercice au pris de ma santé:
- Ie resigne aux plus forts ces grands coups de maitrise,
- Accablé sous le fais ie fuy toute entreprise,
- Et sans plus m’amuser aux places de renom
- Qu’on ne peut emporter qu’à force de Canon,
- I’ayme vne amour facile & de peu de defense,
- Si ie voi qu’on me rit, c’est là que ie m’auance,
- Et ne me veux chaloir du lieu, grand ou petit,
- La viande ne plaist que selon l’appetit.
- Toute amour a bon goust pourueu qu’elle recrée
- Et s’elle est moins louable, elle est plus asseurée:
- Car quand le ieu déplait sans soupçon, ou danger
- De coups, ou de poison, il est permis changer.
- Aymer en trop haut lieu vne Dame hautaine
- C’est aimer en soucy le trauail, & la peine,
- C’est nourrir son amour de respect, & de soin,
- Ie suis saoul de seruir le chapeau dans le poing,
- Et fuy plus que la mort l’amour d’vne grand Dame,
- Tousiours comme vn forçat il faut estre à la rame,
- Nauiger iour, & nuit, & sans profit aucun
- Porter tout seul le fais de ce plaisir commun:
- Ce n’est pas, Forqueuaus, cela que ie demande,
- Car si ie donne vn coup, ie veux qu’on me le rende,
- Et que les combatans à l’egal collerez,
- Se donnent l’vn à l’autre autant de coups fourez:
- C’est pourquoy ie recherche vne ieune fillette
- Experte des longtemps à courir l’eguillette,
- Qui soit viue & ardente au combat amoureux,
- Et pour vn coup receu qui vous en rende deux.
- La grandeur en amour est vice insupportable,
- Et qui sert hautement est tousiours miserable,
- Il n’est que d’estre libre, & en deniers contans,
- Dans le marché d’amour acheter du bon temps,
- Et pour le prix commun choisir sa marchandise,
- Ou si l’on n’en veut prendre au moins on en deuise,
- L’on taste, l’on manie & sans dire combien,
- On se peut retirer, l’obiect n’en couste rien:
- Au sauoureux traffic de ceste mercerie,
- I’ay consumé les iours les plus beaux de ma vie,
- Marchant des plus rusez & qui le plus souuent,
- Payoit ses creanciers de promesse & de vent,
- Et encore n’estoit le hazard, & la perte,
- I’en voudrois pour iamais tenir boutique ouuerte,
- Mais la risque m’en fasche & si fort m’en deplaist
- Qu’au malheur que ie crains ie postpose l’acquest,
- Si bien que redoutant la verolle & la goutte,
- Ie banny ces plaisirs & leur fais banqueroutte,
- Et resigne aux mignons, aueuglez en ce ieu,
- Auecques les plaisirs tous les maux que i’ay eu,
- Les boutons du printemps, & les autres fleurettes
- Que l’on cueille au iardin des douces amourettes,
- Le Mercure, & l’eau fort me sont à contre-cœur,
- Ie hay l’eau de Gaiac, & l’estoufante ardeur
- Des fourneaux enfumez où l’on perd sa substance
- Et où lon va tirant vn homme en quintessence.
- C’est pourquoy tout à coup ie me suis retiré,
- Voulant d’oresnauant demeurer asseuré,
- Et comme vn marinier eschappé de l’orage,
- Du haure seurement contempler le naufrage,
- Ou si par fois encor ie me remets en mer,
- Et qu’vn œil enchanteur me contraigne d’aymer,
- Combattant mes esprits par vne douce guerre
- Ie veux en seureté nauiger terre à terre:
- Ayant premierement visité le vaisseau,
- S’il est bien calfeutré, ou s’il ne prend point l’eau.
- Ce n’est pas peu de cas de faire vn long voyage,
- Ie tiens vn homme fous qui quitte le riuage,
- Qui s’abandonne aux vents, & pour trop presumer
- Se commet aux hazards de l’amoureuse mer:
- Expert en ses trauaux pour moy ie la deteste,
- Et la fuy tout ainsi comme ie fuy la peste.
- Mais aussi, Forqueuaus, comme il est mal-aisé
- Que nostre esprit ne soit quelquefois abusé
- Des appas enchanteurs de cest enfant volage,
- Il faut vn peu baisser le col sous le seruage,
- Et donner quelque place aux plaisirs sauoureux:
- Car c’est honte de viure & de n’estre amoureux:
- Mais il faut en aymant s’aider de la finesse,
- Et sçauoir rechercher vne simple maistresse,
- Qui sans vous asseruir vous laisse en liberté,
- Et ioigne le plaisir auecq la seureté,
- Qui ne sache que c’est que d’estre courtisee,
- Qui n’ait de maint amour la poitrine embrasee,
- Qui soit douce & nicette, & qui ne sache pas,
- Apprentiue au mestier, que vallent les appas,
- Que son œil, & son cœur, parlent de mesme sorte,
- Qu’aucune affection hors de soy ne l’emporte,
- Bref qui soit toute à nous, tant que la passion
- Entretiendra nos sens en ceste affection:
- Si parfois son esprit ou le nostre se lasse
- Pour moy ie suis d’auis que l’on change de place,
- Qu’on se range autre part, & sans regret aucun
- D’absence ou de mespris que l’on ayme vn chacun:
- Car il ne faut iurer aux beautez d’vne Dame,
- Ains changer par le temps & d’amour & de flame.
- C’est le change qui rend l’homme plus vigoureux,
- Et qui iusqu’au tombeau le faict estre amoureux:
- Nature se maintient pour estre variable,
- Et pour changer souuent son estat est durable:
- Aussi l’affection dure eternellement,
- Pourueu sans se lasser qu’on change à tout moment,
- De la fin d’vne amour l’autre naist plus parfaitte,
- Comme on voit vn grand feu naistre d’vne bluette.
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-SATYRE XVII.
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- Non non i’ay trop de cœur pour laschement me rendre,
- L’amour n’est qu’vn enfant dont l’on se peut deffendre,
- Et l’homme qui flechit sous sa ieune valleur,
- Rend par ses laschetez coulpable son malheur,
- Il se defait soy-mesme & soy-mesme s’outrage,
- Et doibt son infortune à son peu de courage:
- Or moy pour tout l’effort qu’il fasse à me domter,
- Rebelle à sa grandeur ie le veux effronter,
- Et bien qu’auec les Dieux on ne doiue debattre,
- Comme vn nouueau Toitan si le veux-ie combatre,
- Auecq’ le desespoir ie me veux asseurer,
- C’est salut aux vaincuz de ne rien esperer.
- Mais helas! c’en est faict quand les places sont prises,
- Il n’est plus temps d’auoir recours aux entreprises,
- Et les nouueaux desseins d’vn salut pretendu
- Ne seruent plus de rien lors que tout est perdu.
- Ma raison est captiue en triomphe menee,
- Mon ame déconfite au pillage est donnee,
- Tous mes sens m’ont laissé seul & mal aduerty,
- Et chacun s’est rangé du contraire party,
- Et ne me reste plus de la fureur des armes,
- Que des cris, des sanglots, des souspirs & des larmes:
- Dont ie suis si troublé qu’encor ne sçay-ie pas,
- Où pour trouuer secours ie tourneray mes pas.
- Aussi pour mon salut que doi-ie plus attendre,
- Et quel sage conseil en mon mal puis-ie prendre,
- S’il n’est rien icy bas de doux & de clement,
- Qui ne tourne visage à mon contentement?
- S’il n’est astre esclairant en la nuict solitaire,
- Ennemy de mon bien qui ne me soit contraire,
- Qui ne ferme l’oreille à mes cris furieux:
- Il n’est pour moy là haut ny clemence, ny Dieux,
- Au Ciel comme en la terre il ne faut que i’attende
- Ny pitié ny faueur au mal qui me commande,
- Car encor’ que la dame en qui seule ie vy,
- M’ait auecque douceur sous ses loix asseruy,
- Que ie ne puisse croire en voyant son visage,
- Que le Ciel l’ait formé si beau pour mon dommage,
- Ny moins qu’il soit possible en si grande beauté
- Qu’auecque la douceur loge la cruauté,
- Pourtant toute esperance en mon ame chancelle,
- Il suffit pour mon mal que ie la trouue belle.
- Amour qui pour obiect n’a que mes desplaisirs,
- Rend tout ce que i’adore ingrat à mes desirs,
- Toute chose en aymant est pour moy difficile,
- Et comme mes souspirs ma peine est infertile.
- D’autre part sçachant bien qu’on n’y doit aspirer,
- Aux cris i’ouure la bouche & n’ose souspirer,
- Et ma peine estouffee auecques le silence,
- Estant plus retenue a plus de violence.
- Trop heureux si i’auois en ce cruel tourment,
- Moins de discretion & moins de sentiment,
- Ou sans me relascher à l’effort du martyre,
- Que mes yeux, ou ma mort, mon amour peussent dire.
- Mais ce cruel enfant insolent deuenu,
- Ne peut estre à mon mal plus longtemps retenu,
- Il me contrainct aux pleurs, & par force m’arrache
- Les cris qu’au fond du cœur la reuerence cache.
- Puis doncq’ que mon respect peut moins que sa douleur
- Ie lasche mon discours à l’effort du mal-heur,
- Et pousse des ennuis dont mon ame est atteinte,
- Par force ie vous fais ceste piteuse plainte,
- Qu’encore ne rendrois ie en ces derniers efforts,
- Si mon dernier souspir ne la iette dehors.
- Ce n’est pas toutesfois que pour m’escouter plaindre,
- Ie tasche par ces vers à pitié vous contraindre,
- Ou rendre par mes pleurs vostre œil moins rigoureux,
- La plainte est inutile à l’homme mal-heureux:
- Mais puis qu’il plaist au Ciel par vos yeux que ie meure,
- Vous direz que mourant ie meurs à la bonne heure,
- Et que d’aucun regret mon trespas n’est suiuy,
- Sinon de n’estre mort le iour que ie vous vy,
- Si diuine & si belle, & d’attrais si pourueuë.
- Ouy ie deuois mourir des trais de vostre veuë,
- Auec mes tristes iours mes miseres finir,
- Et par feu comme Hercule immortel deuenir.
- I’eusse bruslant là haut en des flammes si claires,
- Rendu de vos regards tous les Dieux tributaires,
- Qui seruant comme moy de trophee à vos yeux,
- Pour vous aymer en terre eussent quitté les Cieux.
- Eternisant par tout ceste haute victoire,
- I’eusse engraué là haut leur honte & vostre gloire,
- Et comme en vous seruant aux pieds de vos Autels,
- Ils voudroient pour mourir n’estre point immortels.
- Heureusement ainsi i’eusse peu rendre l’ame,
- Apres si bel effect d’vne si belle flamme.
- Aussi bien tout le temps que i’ay vescu depuis,
- Mon cœur gesné d’amour n’a vescu qu’aux ennuis,
- Depuis de iour en iour s’est mon ame enflammee,
- Qui n’est plus que d’ardeur & de peine animee,
- Sur mes yeux esgarez ma tristesse se lit,
- Mon age auant le temps par mes maux s’enuieillit,
- Au gré des passions mes amours sont contraintes,
- Mes vers bruslans d’amour ne resonnent que plaintes,
- De mon cœur tout fletry l’alegresse s’enfuit,
- Et mes tristes pensers comme oyseaux de la nuict,
- Volant dans mon esprit à mes yeux se presentent,
- Et comme ils font du vray du faux ils m’espouuantent,
- Et tout ce qui repasse en mon entendement,
- M’apporte de la crainte & de l’estonnement:
- Car soit que ie vous pense ingrate ou secourable,
- La playe de vos yeux est tousiours incurable,
- Tousiours faut il perdant la lumiere & le iour,
- Mourir dans les douleurs ou les plaisirs d’amour.
- Mais tandis que ma mort est encore incertaine
- Attendant qui des deux mettra fin à ma peine,
- Ou les douceurs d’amour, ou bien vostre rigueur,
- Ie veux sans fin tirer les souspirs de mon cœur,
- Et deuant que mourir ou d’vne ou d’autre sorte,
- Rendre en ma passion si diuine & si forte,
- Vn viuant tesmoignage à la posterité,
- De mon amour extresme, & de vostre beauté,
- Et par mille beaux vers que vos beaux yeux m’inspirent,
- Pour vostre gloire atteindre où les sçauans aspirent,
- Et rendre memorable aux siecles à venir,
- De vos rares vertus le noble souuenir.
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-ELEGIE ZELOTIPIQVE.
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- Bien que ie sçache au vray tes façons & tes ruses,
- I’ay tant & si long temps excusé tes excuses,
- Moy-mesme ie me suis mille fois démenty,
- Estimant que ton cœur par douceur diuerty,
- Tiendroit ses laschetez à quelque conscience:
- Mais en fin ton humeur force ma patience.
- I’accuse ma foiblesse, & sage à mes despens,
- Si ie t’aymay iadis ores ie m’en repens,
- Et brisant tous ces nœuds, dont i’ay tant fait de conte,
- Ce qui me fut honneur m’est ores vne honte.
- Pensant m’oster l’esprit, l’esprit tu m’as rendu,
- I’ay regaigné sur moy ce que i’auois perdu,
- Ie tire vn double gain d’vn si petit dommage,
- Si ce n’est que trop tard ie suis deuenu sage.
- Toutes-fois le bon-heur nous doibt rendre contans,
- Et pourueu qu’il nous vienne il vient tousiours à temps.
- Mais i’ay doncq’ supporté de si lourdes iniures,
- I’ay doncq’ creu de ses yeux les lumieres pariures,
- Qui me naurant le cœur me promettoient la paix,
- Et donné de la foy à qui n’en eut iamais!
- I’ay doncq’ leu d’autre main ses lettres contre-faites,
- I’ay doncq’ sçeu ses façons, recogneu ses deffaites,
- Et comment elle endort de douceur sa maison,
- Et trouue à s’excuser quelque fauce raison,
- Vn procés, vn accord, quelque achapt, quelques ventes,
- Visites de cousins, de freres, & de tantes,
- Pendant qu’en autre lieu sans femmes & sans bruict,
- Sous pretexte d’affaire elle passe la nuict:
- Et cependant aueugle en ma peine enflammee,
- Ayant sçeu tout cecy ie l’ay tousiours aymee:
- Pauure sot que ie suis, ne deuoy-ie à l’instant
- Laisser là ceste ingrate & son cœur inconstant?
- Encor’ seroit ce peu si d’amour emportee,
- Ie n’auois à son teint, & sa mine affettee,
- Leu de sa passion les signes euidans,
- Que l’amour imprimoit en ses yeux trop ardans.
- Mais qu’est il de besoin d’en dire d’auantage,
- Iray-ie rafraichir sa honte & mon dommage?
- A quoy de ses discours diray-ie le deffaut,
- Comme pour me piper elle parle vn peu haut,
- Et comme bassement à secretes volees,
- Elle ouure de son cœur les flames recelees,
- Puis sa voix rehaussant en quelques mots ioyeux,
- Elle cuide charmer les ialoux curieux,
- Faict vn conte du Roy, de la Reyne, & du Louure,
- Quand malgré que i’en aye amour me le découure,
- Me déchifre aussi-tost son discours indiscret,
- (Helas! rien aux ialoux ne peut estre secret)
- Me fait veoir de ses traits l’amoureux artifice,
- Et qu’aux soupçons d’amour trop simple est sa malice,
- Ces heurtemens de pieds en feignant de s’asseoir,
- Faire sentir ses gands, ses cheueux, son mouchoir,
- Ces rencontres de mains, & mille autres caresses,
- Qu’vsent à leurs amans les plus douces maistresses,
- Que ie tais par honneur craignant qu’auecq’ le sien
- En vn discours plus grand i’engageasse le mien?
- Cherche doncq’ quelque sot au tourment insensible
- Qui souffre ce qui m’est de souffrir impossible,
- Car pour moy i’en suis las (ingrate) & ie ne puis
- Durer plus longuement en la peine où ie suis,
- Ma bouche incessamment aux plaintes est ouuerte,
- Tout ce que i’apperçoy semble iurer ma perte,
- Mes yeux tousiours pleurans de tourment éueillez,
- Depuis d’vn bon sommeil ne se sont veuz sillez,
- Mon esprit agité fait guerre à mes pensees,
- Sans auoir reposé vingt nuicts se sont passees,
- Ie vais comme vn Lutin deça delà courant,
- Et ainsi que mon corps mon esprit est errant.
- Mais tandis qu’en parlant du feu qui me surmonte,
- Ie despeins en mes vers ma douleur & ta honte,
- Amour dedans le cœur m’assaut si viuement,
- Qu’auecque tout desdain ie perds tout iugement.
- Vous autres que i’emploie à l’espier sans cesse,
- Au logis, en visite, au sermon, à la Messe,
- Cognoissant que ie suis amoureux & ialoux,
- Pour flatter ma douleur que ne me mentez vous?
- Ha pourquoy m’estes vous, à mon dam, si fidelles?
- Le porteur est fascheux de fascheuses nouuelles,
- Defferez à l’ardeur de mon mal furieux,
- Feignez de n’en rien voir, & vous fermez les yeux.
- Si dans quelque maison sans femme elle s’arreste,
- S’on luy fait au Palais quelque signe de teste,
- S’elle rit à quelqu’vn, s’elle appelle vn valet,
- S’elle baille en cachete ou reçoyue vn poullet,
- Si dans quelque recoin quelque vieille incogneue,
- Marmotant vn Pater luy parle ou la saluë,
- Déguisez en le fait, parlez m’en autrement,
- Trompant ma ialousie & vostre iugement,
- Dites moy qu’elle est chaste, & qu’elle en a la gloire,
- Car bien qu’il ne soit vray si ne le puis-ie croire,
- De contraires efforts mon esprit agité,
- Douteux s’en court de l’vne à l’autre extremité,
- La rage de la hayne & l’amour me transporte,
- Mais i’ay grand peur enfin que l’amour soit plus forte.
- Surmontons par mespris ce desir indiscret,
- Au moins s’il ne se peut l’aymeray-ie à regret,
- Le bœuf n’ayme le ioug que toutesfois il traine,
- Et meslant sagement mon amour à la hayne,
- Donnons luy ce que peut ou que doit receuoir
- Son merite égallé iustement au deuoir.
- En Conseiller d’Estat de discours ie m’abuse,
- Vn Amour violent aux raisons ne s’amuse,
- Ne sçay ie que son œil ingrat à mon tourment,
- Me donnant ce desir m’osta le iugement?
- Que mon esprit blessé nul bien ne se propose,
- Qu’aueugle & sans raison ie confonds toute chose,
- Comme vn homme insensé qui s’emporte au parler,
- Et dessigne auec l’œil mille chasteaux en l’air.
- C’en est fait pour iamais la chance en est iettee,
- D’vn feu si violent mon ame est agittee,
- Qu’il faut bon-gré, mal-gré laisser faire au destin,
- Heureux si par la mort i’en puis estre à la fin,
- Et si ie puis mourant en ceste frenesie,
- Voir mourir mon amour auecq’ ma ialousie.
- Mais Dieu que me sert il en pleurs me consommer,
- Si la rigueur du Ciel me contrainct de l’aymer?
- Où le Ciel nous incline à quoy sert la menace?
- Sa beauté me rappelle où son deffaut me chasse,
- Aymant & desdaignant par contraires efforts,
- Les façons de l’esprit & les beautez du corps:
- Ainsi ie ne puis viure auec elle, & sans elle.
- Ha Dieu que fusses-tu ou plus chaste ou moins belle,
- Ou peusses-tu congnoistre, & voir par mon trespas,
- Qu’auecque ta beauté ton humeur ne sied pas:
- Mais si ta passion est si forte & si viue,
- Que des plaisirs des sens ta raison soit captiue,
- Que ton esprit blessé ne soit maistre de soy,
- Ie n’entends en cela te prescrire vne loy,
- Te pardonnant par moy ceste fureur extresme,
- Ainsi comme par toy ie l’excuse en moy mesme:
- Car nous sommes tous deux en nostre passion,
- Plus dignes de pitié que de punition.
- Encor en ce mal-heur où tu te precipites,
- Doibs-tu par quelque soin t’obliger tes merites,
- Cognoistre ta beauté, & qu’il te faut auoir,
- Auecques ton Amour esgard à ton deuoir.
- Mais sans discretion tu vas à guerre ouuerte,
- Et par sa vanité triumphant de ta perte,
- Il monstre tes faueurs, tout haut il en discourt,
- Et ta honte & sa gloire entretiennent la Court.
- Cependant me iurant tu m’en dis des iniures,
- O Dieux! qui sans pitié punissez les pariures,
- Pardonnez à Madame, ou changeant vos effects,
- Vengez plustost sur moy les pechez qu’elle a faicts.
- S’il est vray sans faueur que tu l’escoutes plaindre,
- D’où vient pour son respect que l’on te voit contraindre,
- Que tu permets aux siens lire en tes passions,
- De veiller iour & nuict dessus tes actions,
- Que tousiours d’vn vallet ta carrosse est suiuie,
- Qui rend comme espion compte exact de ta vie,
- Que tu laisse vn chacun pour plaire à ses soupçons,
- Et que parlant de Dieu tu nous faits des leçons,
- Nouuelle Magdelaine au desert conuertie,
- Et iurant que ta flamme est du tout amortie,
- Tu pretends finement par ceste mauuaitié,
- Luy donner plus d’Amour, à moy plus d’amitié,
- Et me cuidant tromper tu voudrois faire accroire,
- Auecque faux serments que la neige fust noire.
- Mais comme tes propos, ton art est descouuert,
- Et chacun en riant en parle à cœur ouuert,
- Dont ie creue de rage, & voyant qu’on te blasme,
- Trop sensible en ton mal de regret ie me pasme,
- Ie me ronge le cœur, ie n’ay point de repos,
- Et voudrois estre sourd pour l’estre à ces propos,
- Ie me hay de te voir ainsi mesestimee,
- T’aymant si dignement i’ayme ta renommee,
- Et si ie suis ialoux ie le suis seulement
- De ton honneur, & non de ton contentement.
- Fay tout ce que tu fais, & plus s’il se peut faire,
- Mais choisi pour le moins ceux qui se peuuent taire.
- Quel besoin peut-il estre, insensee en Amour,
- Ce que tu fais la nuict, qu’on le chante le iour?
- Ce que fait vn tout seul, tout vn chacun le sçache?
- Et monstres en Amour ce que le monde cache?
- Mais puis que le Destin à toy m’a sçeu lier,
- Et qu’oubliant ton mal ie ne puis t’oublier,
- Par ces plaisirs d’Amour tous confits en delices,
- Par tes apas iadis à mes vœuz si propices,
- Par ces pleurs que mes yeux & les tiens ont versez,
- Par mes souspirs, au vent sans profit dispersez,
- Par les Dieux qu’en pleurant tes sermens appellerent,
- Par tes yeux qui l’esprit par les miens me volerent,
- Et par leurs feux si clairs & si beaux à mon cœur,
- Excuse par pitié ma ialouse rancœur,
- Pardonne par mes pleurs au feu qui me commande:
- Si mon peché fut grand ma repentance est grande,
- Et voy dans le regret dont ie suis consommé,
- Que i’eusse moins failly, si i’eusse moins aymé.
-
-
-
-
-AVTRE.
-
-
- Aymant comme i’aymois que ne deuois ie craindre?
- Pouuois ie estre asseuré qu’elle se deust contraindre?
- Et que changeant d’humeur au vent qui l’emportoit,
- Elle eust pour moy cessé d’estre ce qu’elle estoit?
- Que laissant d’estre femme inconstante & legere,
- Son cœur traistre à l’Amour, & sa foy mensongere,
- Se rendant en vn lieu l’esprit plus arresté,
- Peust au lieu du mensonge aymer la verité?
- Non, ie croyois tout d’elle, il faut que ie le die,
- Et tout m’estoit suspect horsmis la perfidie,
- Ie craignois tous ses traits que i’ay sçeu du depuis,
- Ses iours de mal de teste, & ses secrettes nuicts,
- Quand se disant malade & de fieure enflammee
- Pour moy tant seullement sa porte estoit fermée,
- Ie craignois ses attrais, ses ris, & ses couroux,
- Et tout ce dont Amour allarme les ialoux.
- Mais la voyant iurer auecq’ tant d’asseurance,
- Ie l’aduoüe, il est vray, i’estois sans deffiance:
- Aussi qui pouuoit croire apres tant de serments,
- De larmes, de souspirs, de propos vehements
- Dont elle me iuroit que iamais de sa vie,
- Elle ne permettroit d’vn autre estre seruie,
- Qu’elle aymoit trop ma peine, & qu’en ayant pitié,
- Ie m’en deuois promettre vne ferme amitié;
- Seulement pour tromper le ialoux populaire,
- Que ie deuois, constant, en mes douleurs me taire,
- Me feindre tousiours libre, ou bien me captiuer,
- Et quelqu’autre perdant, seule la conseruer.
- Cependant deuant Dieu dont elle a tant de crainte,
- Au moins comme elle dict; sa parolle estoit feinte,
- Et le Ciel luy seruit en ceste trahison,
- D’infidele moyen pour tromper ma raison:
- Et puis il est des Dieux tesmoins de nos parolles,
- Non, non, il n’en est point, ce sont contes friuolles,
- Dont se repaist le peuple, & dont l’antiquité
- Se seruit pour tromper nostre imbecilité:
- S’il y auoit des Dieux ils se vengeroient d’elle,
- Et ne la voiroit on si fiere ny si belle,
- Ses yeux s’obscurciroient qu’elle a tant pariurez,
- Son teint seroit moins clair, ses cheueux moins dorez
- Et le Ciel pour l’induire à quelque penitence,
- Marqueroit sur son front son crime & leur vengeance.
- Ou s’il y a des Dieux ils ont vn cœur de chair,
- Ainsi que nous d’amour ils se laissent toucher,
- Et de ce sexe ingrat excusant la malice,
- Pour vne belle femme ils n’ont point de Iustice.
-
-
-
-
-IMPVISSANCE.
-
-Imitation d’Ouide.
-
-
- Quoy? ne l’auois-ie assez en mes vœuz desiree,
- N’estoit elle assez belle, ou assez bien paree?
- Estoit elle à mes yeux sans grace & sans appas?
- Son sang estoit il point issu d’vn lieu trop bas?
- Sa race, sa maison n’estoit elle estimee,
- Ne valoit elle point la peine d’estre aymee?
- Inhabile au plaisir n’auoit elle dequoy?
- Estoit elle trop laide, ou trop belle pour moy?
- Ha! cruel souuenir, cependant ie l’ay euë,
- Impuissant que ie suis en mes bras toute nuë,
- Et n’ay peu le voulans tous deux esgallement,
- Contenter nos desirs en ce contentement:
- Au surplus à ma honte, Amour, que te diray-ie?
- Elle mit en mon col ses bras plus blancs que neige,
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et sa langue mon cœur par ma bouche embrasa,
- Me suggerant la manne en sa leure amassee,
- Sa cuisse se tenoit en la mienne enlassee,
- Les yeux luy petilloient d’vn desir langoureux,
- Et son ame exiloit maint souspir amoureux,
- Sa langue en begayant d’vne façon mignarde,
- Me disoit: mais mon cœur qu’est ce qui vous retarde?
- N’auroy-ie point en moy quelque chose qui peust
- Offencer vos desirs, ou bien qui vous depleust?
- Ma grace, ma façon, ha Dieu! ne vous plaist elle?
- Quoy? n’ay-ie assez d’amour, ou ne suis-ie assez belle?
- Cependant de la main animant ses discours,
- Ie trompois impuissant sa flamme & mes amours,
- Et comme vn tronc de bois, charge lourde & pesante,
- Ie n’auois rien en moy de personne viuante:
- Mes membres languissans perclus & refroidis,
- Par ses attouchemens n’estoient moins engourdis.
- Mais quoy? que deuiendray ie en l’extresme vieillesse,
- [Puis que ie suis rectif au fort de ma ieunesse.]
- Et si las! ie ne puis & ieune & vigoureux,
- Sauourer la douceur du plaisir amoureux.
- Ha! i’en rougis de honte & dépite mon âge,
- Age de peu de force & de peu de courage,
- Qui ne me permet pas en cest accouplement,
- Donner ce qu’en amour peut donner vn amant:
- Car, Dieu! ceste beauté par mon deffaut trompee,
- Se leua le matin de ses larmes trempee,
- Que l’amour de despit escouloit par ses yeux,
- Ressemblant à l’Aurore alors qu’ouurant les Cieux,
- Elle sort de son lict hargneuse & depitee,
- D’auoir sans vn baiser consommé la nuictee,
- Quand baignant tendrement la terre de ses pleurs,
- De chagrain & d’amour elle en iette ses fleurs.
- Pour flater mon deffaut: Mais que me sert la gloire,
- De mon amour passee, inutile memoire,
- Quand aymant ardemment, & ardemment aymé,
- Tant plus ie combatois, plus i’estois animé:
- Guerrier infatigable, en ce doux exercice,
- Par dix ou douze fois ie r’entrois en la lice,
- Où vaillant & adroit apres auoir brisé,
- Des Cheualiers d’amour, i’estois le plus prisé.
- Mais de cest accident ie fais vn mauuais conte,
- Si mon honneur passé m’est ores vne honte,
- Et si le souuenir trop prompt de m’outrager,
- Par le plaisir receu ne me peut soulager.
- O ciel! il falloit bien qu’ensorcelé ie fusse,
- Ou trop ardent d’Amour que ie ne m’apperceusse
- Que l’œil d’vn enuyeux nos desseins empeschoit,
- Et sur mon corps perclus son venim espandoit:
- Mais qui pourroit atteindre au point de son merite,
- Veu que toute grandeur pour elle est trop petite?
- Si par l’egal ce charme a force contre nous,
- Autre que Iupiter n’en peut estre ialoux,
- Luy seul comme enuyeux d’vne chose si belle,
- Par l’emulation seroit seul digne d’elle.
- Hé! quoy? là haut au Ciel mets tu les armes bas,
- Amoureux Iupiter, que ne viens tu ça bas,
- Iouir d’vne beauté sur les autres aymable?
- Assez de tes Amours n’a caqueté la fable:
- C’est ores que tu dois en amour vif & pront,
- Te mettre encore vn coup les armes sur le front,
- Cacher ta deité dessous vn blanc plumage,
- Prendre le feint semblant d’vn Satyre sauuage,
- D’vn serpent, d’vn cocu, & te répendre encor,
- Alambiqué d’amour, en grosses gouttes d’or,
- Et puis que sa faueur à moy seul octroyee,
- Indigne que ie suis fust si mal employee,
- Faueur qui de mortel m’eust fait égal aux Dieux,
- Si le Ciel n’eust esté sur mon bien enuieux.
- Mais encor tout bouillant en mes flames premieres,
- De quels vœuz redoublez & de quelles prieres,
- Iray-ie derechef les Dieux sollicitant,
- Si d’vn bienfait nouueau i’en attendois autant?
- Si mes deffauts passez leurs beautez mescontentent,
- Et si de leurs bien-faicts ie croy qu’ils s’en repentent?
- Or quand ie pense! ô Dieu quel bien m’est aduenu,
- Auoir veu dans vn lict ses beaux membres à nu,
- La tenir languissante entre mes bras couchee,
- De mesme affection la voir estre touchee,
- Me baiser haletant d’amour & de desir,
- Par ses chatouillemens resueiller le plaisir,
- Ha! Dieux, ce sont des traicts si sensibles aux ames,
- Qu’ils pourroient l’amour mesme eschauffer de leurs flames,
- Si plus froid que la mort ils ne m’eussent trouué,
- Des mysteres d’amour, amant trop reprouué.
- Ie l’auois cependant viue d’amour extresme,
- Mais si ie l’eus ainsi elle ne m’eust de mesme,
- O mal heur! & de moy elle n’eust seulement
- Que des baisers d’vn frere, & non pas d’vn amant.
- En vain cent & cent fois, ie m’efforce à luy plaire,
- Non plus qu’à mon desir ie n’y puis satisfaire,
- Et la honte pour lors qui me saisit le cœur,
- Pour m’acheuer de peindre esteignist ma vigueur.
- Comme elle recognust, femme mal satisfaite,
- Qu’elle perdoit son temps, du lict elle se iette,
- Prend sa iupe, se lace, & puis en se mocquant,
- D’vn ris, & de ces motz, elle m’alla picquant,
- Non! si i’estois lasciue, ou d’Amour occupée,
- Ie me pourrois fascher d’auoir esté trompée,
- Mais puis que mon desir n’est si vif, ne si chaud,
- Mon tiede naturel m’oblige à ton defaut,
- Mon Amour satis-faicte ayme ton impuissance,
- Et tire de ta faute assez de recompence,
- Qui tousiours dilayant m’a faict par le desir,
- Esbatre plus long temps à l’ombre du plaisir.
- Mais estant la douceur par l’effort diuertie,
- La fureur à la fin rompit sa modestie,
- Et dit en esclatant, pourquoy me trompes-tu?
- A quoy ton impudence a venté ta vertu?
- Si en d’autres Amours ta vigueur s’est vsée?
- Quel honneur reçois tu de m’auoir abusée?
- Assez d’autres propos le despit luy dictoit,
- Le feu de son desdain par sa bouche sortoit.
- En fin voulant cacher ma honte & sa colere,
- Elle couurit son front d’vne meilleure chere,
- Se conseille au miroir, ses femmes appella,
- Et se lauant les mains, le faict dissimula.
- Belle, dont la beauté si digne d’estre aymée
- Eust rendu des plus mortz la froideur enflamée;
- Ie confesse ma honte, & de regret touché,
- Par les pleurs que i’espands i’accuse mon peché,
- Peché d’autant plus grand que grand’ est ma ieunesse,
- Si homme i’ay failly, pardonnez moy, Deesse,
- I’auouë estre fort grand le crime que i’ay fait,
- Pourtant iusqu’à la mort, si n’auoy-ie forfait,
- Si ce n’est qu’à present qu’à vos pieds ie me iette,
- Que ma confession vous rende satisfaicte,
- Ie suis digne des maux que vous me prescrirez,
- I’ay meurtry, i’ay vollé, i’ay des vœuz pariurez,
- Trahy les Dieux benins: inuentez à ces vices,
- Comme estranges forfaicts, des estranges supplices.
- O beauté faictes en tout ainsi qu’il vous plaist,
- Si vous me condamnez à mourir ie suis prest,
- La mort me sera douce, & d’autant plus encore,
- Si ie meurs de la main de celle que i’adore.
- Auant qu’en venir là, au moins souuenez vous,
- Que mes armes, non moy causent vostre courrouz,
- Que Champion d’Amour entré dedans la lice,
- Ie n’eus assez d’haleine à si grand exercice,
- Que ie ne suis chasseur iadis tant approuué,
- Ne pouuant redresser vn deffaut retrouué.
- Mais d’où viendroit cecy, seroit-ce point maistresse,
- Que mon esprit du corps precedast la paresse,
- Ou que par le desir trop prompt & vehement,
- I’allasse auec le temps le plaisir consommant?
- Pour moy, ie n’en sçay rien, en ce fait tout m’abuse,
- Mais enfin, ô beauté, receuez pour excuse,
- S’il vous plaist, de rechef que ie r’entre en l’assaut,
- I’espere auec vsure amender mon deffaut.
-
-
-
-
-Sur le trespas de Monsieur Passerat.
-
-
- Passerat le seiour & l’honneur des Charites,
- Les delices de Pinde & son cher ornement,
- Qui loin du monde ingrat que bien heureux tu quittes,
- Comme vn autre Apollon reluis au firmament.
-
- A fin que mon deuoir s’honore en tes merites,
- Que mon nom par le tien viue eternellement,
- Que dans l’Eternité ces parolles escrites
- Seruent à nos neueuz comme d’vn testament.
-
- Passerat fut vn Dieu sous humaine semblance,
- Qui vit naistre & mourir les Muses en la France,
- Qui de ses doux accords leurs chansons anima.
-
- Dans le champ de ses vers fut leur gloire semée,
- Et comme vn mesme sort leur fortune enferma,
- Ils ont à vie esgale esgale renommée.
-
-
-
-
-STANSES.
-
-
- Le tres puissant Iupiter
- Se sert de l’Aigle à porter
- Son foudre parmi la nuë;
- Et Iunon du haut des Cieux,
- Sur les Paons audacieux,
- Est souuent icy venuë.
-
- Saturne a pris le Corbeau,
- Noir messager du tombeau,
- Mars l’Esperuier se reserue,
- Phebus les Cygnes a pris,
- Les Pigeons sont à Cipris,
- Et la Cheuesche à Minerue.
-
- Ainsi les Dieux ont esleu
- Tel oyseau qui leur a pleu;
- Priape qui ne veoid goute,
- Haussant son rouge museau,
- A tatons au lieu d’oyseau,
- Print vn Aze qui vous f...
-
-
-
-
-LA C. P.
-
-
- Infame bastard de Cythere,
- Fils ingrat d’vne ingrate mere,
- Auorton, traistre & deguisé,
- Si ie t’ay suiuy des l’enfance,
- De quelle ingrate recompence
- As tu mon seruice abusé?
-
- Mon cas fier de mainte conqueste
- En Espagnol portoit la teste,
- Triomphant, superbe & vainqueur,
- Que nul effort n’eust sceu rabattre,
- Maintenant lasche & sans combatre
- Faict la cane, & n’a plus de cœur.
-
- De tes Autels vne Prestresse
- L’a reduict en telle detresse
- Le voyant au choc obstiné,
- Qu’entouré d’onguent & de linge,
- Il m’est auis de voir vn singe
- Comme vn enfant embeguiné.
-
- Sa façon robuste & raillarde
- Pend l’aureille & n’est plus gaillarde,
- Son teint vermeil n’a point d’esclat,
- De pleurs il se noye la face,
- Et faict aussi laide grimace
- Qu’vn boudin creué dans vn plat.
-
- Aussy penaud qu’vn chat qu’on chastre,
- Il demeure dans son emplastre,
- Comme en sa coque vn limaçon,
- En vain d’arrasser il essaye,
- Encordé comme vne lamproye
- Il obeyt au caueçon.
-
- Vne saliue mordicante
- De sa narine distillante
- L’vlcere si fort par dedans,
- Que crachant l’humeur qui le pique
- Il baue comme vn pulmonique
- Qui tient la mort entre ses dents.
-
- Apollon, dés mon âge tendre
- Poussé d’vn courage d’apprendre
- Aupres du ruisseau Parnassin,
- Si ie t’inuocqué pour Poëte,
- Ores en ma douleur secrete
- Ie t’inuocque pour medecin.
-
- Seuere Roy des destinées,
- Mesureur des vistes années,
- Cœur du monde, œil du firmament,
- Toy qui presides à la vie,
- Garis mon cas ie te supplie
- Et le conduis à sauuement.
-
- Pour recompense dans ton Temple,
- Seruant de memorable exemple
- Aux ioüeurs qui viendront apres,
- I’appendray la mesme figure
- De mon cas malade en peinture
- Ombragé d’ache & de cyprés.
-
-
-
-
-Sur le portraict d’vn Poëte couronné.
-
-
- Graueur vous deuiez auoir soin
- De mettre dessus ceste teste,
- Voyant qu’elle estoit d’vne beste
- Le lien d’vn botteau de foin.
-
-RESPONSE.
-
- Ceux qui m’ont de foin couronné
- M’ont fait plus d’honneur que d’iniure.
- Sur du foin Iesus-Crist fust né,
- Mais ils ignorent l’escripture.
-
-REPLIQVE.
-
- Tu as vne mauuaise grace,
- Le foin dont tu fais si grand cas,
- Pour Dieu n’estoit en ceste place,
- Car Iesus-Crist n’en mangeoit pas:
- Mais bien pour seruir de repas
- Au premier asne de ta race.
-
-
-
-
-Contre vn amoureux transy.
-
-
- Pourquoy perdez vous la parole,
- Aussi tost que vous rencontrez
- Celle que vous idolatrez?
- Deuenant vous mesme vne idole,
- Vous estes là sans dire mot,
- Et ne faictes rien que le sot.
-
- Par la voix Amour vous suffoque,
- Si vos souspirs vont au deuant,
- Autant en emporte le vent:
- Et vostre Deesse s’en mocque
- Vous iugeant de mesme imparfaict
- De la parole & de l’effect.
-
- Pensez vous la rendre abatuë
- Sans vostre faict luy déceler?
- Faire les doux yeux sans parler,
- C’est faire l’Amour en tortuë:
- La belle faict bien de garder
- Ce qui vaut bien le demander.
-
- Voulez vous en la violence
- De vostre longue affection
- Monstrer vne discretion?
- Si on la voit par le silence,
- Vn tableau d’Amoureux transi
- Le peut bien faire tout ainsi.
-
- Souffrir mille & mille trauerses,
- N’en dire mot, pretendre moins,
- Donner ses tourmens pour tesmoins
- De toutes ses peines diuerses,
- Des coups n’estre point abbatu,
- C’est d’vn asne auoir la vertu.
-
-
-
-
-QVATRAINS.
-
-
- Si des maux qui vous font la guerre
- Vous voulez guerir desormais,
- Il faut aller en Angleterre
- Où les loups ne viennent iamais.
-
-
- Ie n’ay peu rien voir qui me plaise
- Dedans les Psalmes de Marot:
- Mais i’ayme bien ceux là de Beze,
- En les chantant sans dire mot.
-
-
- Ie croy que vous auez faict vœu
- D’aymer & parent & parente;
- Mais puis que vous aymez la Tante,
- Espargnez au moins le nepueu.
-
-
- Le Dieu d’Amour se deuoit peindre
- Aussy grand comme vn autre Dieu,
- Mais il suffit qu’il puisse atteindre
- Iusqu’à la piece du milieu.
-
-
- Ceste femme à couleur de bois
- En tout temps peut faire potage:
- Car dans sa manche ell’ a des poix,
- Et du beure sur son visage.
-
-
-
-
-DISCOVRS
-
-Au Roy.
-
-
- Il estoit presque iour, & le ciel souriant
- Blanchissoit de clairté les peuples d’Oriant,
- L’Aurore aux cheueux d’or, au visage de roses,
- Desia comme à demy decouuroit toutes choses,
- Et les oyseaux, perchez en leur feuilleux seiour,
- Commençoient s’eueillant à se plaindre d’amour:
- Quand ie vis en sursaut, vne beste effroyable,
- Chose estrange à conter, toutesfois veritable,
- Qui plus qu’vne Hydre affreuse à sept gueulles meuglant,
- Auoit les dens d’acier, l’œil horible, & sanglant,
- Et pressoit à pas torts vne Nimphe fuyante,
- Qui reduite aux abois, plus morte que viuante,
- Halétante de peine, en son dernier recours,
- Du grand Mars des François imploroit le secours,
- Embrassoit ses genoux, & l’appellant aux armes,
- N’auoit autre discours que celuy de ses larmes.
- Ceste Nimphe estoit d’âge, & ses cheueux meslez
- Flotoient au gré du vent, sur son dos aualez.
- Sa robe estoit d’azur, où cent fameuses villes
- Eleuoient leurs clochers sur des plaines fertilles,
- Que Neptune arosoit de cent fleuues épars,
- Qui dispersoient le viure aux gens de toutes pars.
- Les vilages epais fourmilloient par la plaine;
- De peuple, & de betail, la campaigne estoit plaine:
- Qui s’employant aux ars meloient diuersement,
- La fertile abondance auecque l’ornement:
- Tout y reluisoit d’or, & sur la broderie
- Eclatoit le brillant de mainte piererie.
- La mer aux deux costés ceste ouurage bordoit:
- L’Alpe de la main gauche en biais s’epandoit
- Du Rhain iusqu’en Prouence, & le mont qui partage
- D’auecque l’Espagnol le François heritage,
- De l’Aucate à Bayonne en cornes se haussant,
- Monstroit son front pointu de neges blanchissant.
- Le tout estoit formé d’vne telle maniere,
- Que l’art ingenieux excedoit la matiere.
- Sa taille estoit auguste, & son front couronné,
- De cent fleurs de lis d’or estoit enuironné.
- Ce grand Prince voyant le soucy qui la greue,
- Touché de pieté, la prend & la releue,
- Et de feux estoufant ce funeste animal,
- La deliura de peur aussi-tost que de mal,
- Et purgeant le venin dont elle estoit si plaine,
- Rendit en vn instant la Nimphe toute saine.
- Ce Prince ainsi qu’vn Mars en armes glorieux,
- De palmes ombrageoit son chef victorieux,
- Et sembloit de ses mains au combat animées,
- Comme foudre ietter la peur dans les armées.
- Ses exploits acheuez en ses armes viuoient:
- Là les camps de Poytou d’vne part s’éleuoient,
- Qui superbes sembloient s’honorer en la gloire,
- D’auoir premiers chanté sa premiere victoire.
- Diepe de l’autre part sur la mer s’alongeoit,
- Où par force il rompoit le camp qui l’assiegeoit,
- Et poussant plus auant ses troupes epanchées
- Le matin en chemise il surprit les tranchées.
- Là Paris deliuré de l’Espagnolle main,
- Se dechargeoit le col de son ioug inhumain.
- La campagne d’Iury sur le flanc cizellée,
- Fauorisoit son prince au fort de la meslée,
- Et de tant de Ligueurs par sa dextre vaincus
- Au Dieu de la bataille apendoit les escus.
- Plus haut estoit Vandome, & Chartres, & Pontoise,
- Et l’Espagnol defait à Fontaine Françoise,
- Où la valeur du foible emportant le plus fort
- Fist voir que la vertu ne craint aucun effort.
- Plus bas dessus le ventre au naif contrefaite
- Estoit pres d’Amiens la honteuse retraite
- Du puissant Archiduc, qui creignant son pouuoir,
- Creut que c’estoit en guerre assez que de le voir.
- Deçà delà luitoit mainte troupe rangée,
- Mainte grande cité gemissoit assiegée,
- Où si tost que le fer l’en rendoit possesseur,
- Aux rebelles vaincus il vsoit de douceur,
- Vertu rare au vainqueur, dont le courage extreme
- N’a gloire en la fureur que se vaincre soy-mesme.
- Le chesne, & le laurier cest ouurage ombrageoit,
- Où le peuple deuot sous ses loys se rangeoit,
- Et de vœus, & d’ençens, au ciel faisoit priere
- De conseruer son Prince en sa vigueur entiere.
- Maint puissant ennemy domté par sa vertu,
- Languissoit dans les fers sous ses pieds abatu,
- Tout semblable à l’enuie à qui l’estrange rage
- De l’heur de son voisin enfielle le courage,
- Hideuse, bazanée, & chaude de rancœur,
- Qui ronge ses poulmons, & se mache le cœur.
- Apres quelque priere en son cœur prononcée,
- La Nimphe en le quittant au ciel s’est elancée,
- Et son corps dedans l’air demourant suspendu:
- Ainsi comme vn Milan sur ses aisles tendu,
- S’areste en vne place, où changeant de visage,
- Vn brullant eguillon luy pique le courage;
- Son regard estincelle, & son cerueau tremblant
- Ainsi comme son sang d’horreur se va troublant:
- Son estommac pantois sous la chaleur frissonne,
- Et chaude de l’ardeur qui son cœur epoinçonne,
- Tandis que la fureur precipitoit son cours,
- Veritable Prophéte elle fait ce discours.
- Peuple, l’obiet piteux du reste de la terre,
- Indocile à la paix, & trop chaud à la guerre,
- Qui fecond en partis, & leger en desseins,
- Dedans ton propre sang souilles tes propres mains,
- Entens ce que ie dis, atentif à ma bouche,
- Et qu’au plus vif du cœur ma parolle te touche.
- Depuis qu’irreuerent enuers les Immortels,
- Tu taches de mépris l’Eglise & ses autels,
- Qu’au lieu de la raison gouuerne l’insolence,
- Que le droit alteré n’est qu’vne violence,
- Que par force le foible est foullé du puissant,
- Que la ruse rauit le bien à l’innocent,
- Et que la vertu saincte en public méprisée,
- Sert aux ieunes de masque, aux plus vieux de risée,
- (Prodige monstrueux) & sans respect de foy,
- Qu’on s’arme ingratement au mépris de son Roy,
- La Iustice, & la Paix, tristes & desolées,
- D’horreur se retirant au ciel s’en sont volées:
- Le bon-heur aussi tost à grand pas les suiuit,
- Et depuis de bon œil le Soleil ne te vit.
- Quelque orage tousiours qui s’éleue à ta perte,
- A comme d’vn brouillas ta personne couuerte,
- Qui tousiours prest à fondre en échec te retient,
- Et mal-heur sur mal-heur à chaque heure te vient.
- On a veu tant de fois la ieunesse trompée,
- De tes enfans passez au tranchant de l’espée,
- Tes filles sans honneur errer de toutes pars,
- Ta maison, & tes biens saccagez des Soldars,
- Ta femme insolemment d’entre tes bras rauie,
- Et le fer tous les iours s’atacher à ta vie.
- Et cependant aueugle en tes propres effets,
- Tout le mal que tu sens, c’est toy qui te le faits;
- Tu t’armes à ta perte, & ton audace forge
- L’estoc dont furieux tu te coupes la gorge.
- Mais quoy tant de mal-heurs te suffisent-ils pas?
- Ton Prince comme vn Dieu, te tirant du trespas,
- Rendit de tes fureurs les tempestes si calmes,
- Qu’il te fait viure en paix à l’ombre de ses palmes:
- Astrée en sa faueur demeure en tes citez,
- D’hommes, & de betail les champs sont habitez:
- Le Paysant n’ayant peur des bannieres estranges,
- Chantant coupe ses bleds, riant fait ses vandanges,
- Et le Berger guidant son troupeau bien noury
- Enfle sa cornemuse en l’honneur de Henry.
- Et toy seul cependant, oubliant tant de graces,
- Ton aise trahissant de ses biens tu te lasses.
- Vien ingrat respon-moy, quel bien esperes tu,
- Apres auoir ton Prince en ses murs combatu?
- Apres auoir trahy pour de vaines chimeres,
- L’honneur de tes ayeux, & la foy de tes peres?
- Apres auoir cruel tout respect violé,
- Et mis à l’abandon ton pays desolé?
- Atten tu que l’Espaigne, auecq’ son ieune Prince,
- Dans son monde nouueau te donne vne Prouince?
- Et qu’en ces trahisons, moins sage deuenu,
- Vers toy par ton exemple il ne soit retenu?
- Et qu’ayant dementy ton amour naturelle,
- A luy plus qu’à ton Prince il t’estime fidelle?
- Peut estre que ta race, & ton sang violent,
- Issu comme tu dis d’Oger, ou de Roland,
- Ne te veut pas permetre encore ieune d’age,
- Qu’oysif en ta maison se rouille ton courage,
- Et rehaussant ton cœur que rien ne peut ployer,
- Te fait chercher vn Roy qui te puisse employer,
- Qui la gloire du ciel, & l’effroy de la terre,
- Soit comme vn nouueau Mars indomtable à la guerre,
- Qui sçache en pardonnant les discords étoufer,
- Par clemence aussi grand, comme il est par le fer.
- Cours tout le monde entier de Prouince en Prouince,
- Ce que tu cherches loing habite en nostre Prince.
- Mais quels exploits si beaux a fait ce ieune Roy,
- Qu’il faille pour son bien que tu fauces ta foy,
- Trahisses ta patrie, & que d’iniustes armes,
- Tu la combles de sang, de meurtres & de larmes?
- Si ton cœur conuoiteux est si vif, & si chaud,
- Cours la Flandre, où iamais la guerre ne defaut,
- Et plus loing sur les flancs d’Autriche & d’Alemagne,
- De Turcs, & de turbans enionche la campagne,
- Puis tout chargé de coups, de viellesse, & de biens,
- Reuien en ta maison mourir entre les tiens.
- Tes fils se mireront en si belles depouilles,
- Les vieilles au foyer en fillant leurs quenouilles,
- En chanteront le conte, & braue en argumens,
- Quelque autre Iean de Mun en fera des Romans.
- Ou si trompant ton Roy tu cours autre fortune,
- Tu trouueras ingrat toute chose importune,
- A Naples, en Sicille, & dans ces autres lieux,
- Où l’on t’assignera, tu seras odieux,
- Et l’on te fera voir auecq’ ta conuoitise,
- Qu’apres les trahisons les traistres on meprise.
- Les enfans étonnez s’enfuiront te voiant,
- Et l’Artisan mocqueur, aux places t’efroyant,
- Rendant par ses brocards ton audace flétrie,
- Dira, ce traistre icy nous vendit sa patrie,
- Pour l’espoir d’vn Royaume en Chimeres conçeu,
- Et pour tous ses desseins du vent il a reçeu.
- Ha! que ces Paladins viuans dans mon Histoire,
- Non comme toy touchez d’vne batarde gloire
- Te furent differens, qui courageux par tout,
- Tindrent fidellement mon enseigne debout,
- Et qui se repandants ainsi comme vn tonnerre,
- Le fer dedans la main firent trembler la terre,
- Et tant de Roys Payens sous la Croix deconfis,
- Asseruirent vaincus aux pieds du Crucifis,
- Dont les bras retroussez, & la teste panchée,
- De fers honteusement au triumphe atachée
- Furent de leur valeur tesmoins si glorieux,
- Que les noms de ces preux en sont escris aux Cieux.
- Mais si la pieté, de ton cœur diuertie,
- En toy pauure insensé n’est du tout amortie,
- Si tu n’as tout à fait reietté loing de toy
- L’amour, la charité, le deuoir, & la foy,
- Ouure tes yeux sillez, & voy de quelle sorte
- D’ardeur precipité la rage te transporte,
- T’enuelope l’esprit, t’esgarant insensé,
- Et iuge l’auenir par le siecle passé.
- Si tost que ceste Nimphe en son dire enflamée,
- Pour finir son propos eut la bouche fermée,
- Plus haute s’eleuant dans le vague des Cieux,
- Ainsi comme vn éclair disparut à nos yeux,
- Et se monstrant Déesse en sa fuite soudaine,
- La place elle laissa de parfun toute plaine,
- Qui tombant en rosée aux lieux les plus prochains,
- Reconforta le cœur & l’esprit des humains.
- HENRY le cher suget de nos sainctes prieres,
- Que le Ciel reseruoit à nos peines dernieres,
- Pour rétablir la France au bien non limité
- Que le Destin promet à son eternité,
- Apres tant de combats, & d’heureuses victoires,
- Miracles de noz tans, honneur de noz Histoires,
- Dans le port de la paix, Grand Prince puisses-tu,
- Mal-gré tes ennemis exercer ta vertu:
- Puisse estre à ta grandeur le Destin si propice,
- Que ton cœur de leurs trets rebouche la malice,
- Et s’armant contre toy puisse-tu dautant plus
- De leurs efforts domter le flus, & le reflus,
- Et comme vn saint rocher opposant ton courage,
- En écume venteuse en dissiper l’orage,
- Et braue t’éleuant par dessus les dangers
- Estre l’amour des tiens, l’effroy des estrangers.
- Attendant que ton fils instruit par ta vaillance,
- De sous tes étendars sortant de son enfance,
- Plus fortuné que toy, mais non pas plus vaillant,
- Aille les Othomans iusqu’au Caire assaillant,
- Et que semblable à toy foudroyant les armées
- Il ceuille auecq’ le fer les Palmes idumées,
- Puis tout flambant de gloire en France reuenant,
- Le Ciel mesme là haut de ses faits s’etonnant,
- Qu’il epande à tes pieds les depouilles conquises,
- Et que de leurs drapeaux il pare noz Eglises.
- Alors raieunissant au recit de ses faits,
- Tes desirs, & tes vœus en ses œuures parfaits,
- Tu ressentes d’ardeur ta viellesse eschauffée,
- Voyant tout l’Vniuers nous seruir de trophée.
- Puis n’estant plus icy chose digne de toy,
- Ton fils du monde entier restant paisible Roy,
- Sous tes modelles saincts & de paix, & de guerre,
- Il regisse puissant en Iustice la terre,
- Quand apres vn long-tans ton Esprit glorieux
- Sera des mains de Dieu couronné dans les Cieux.
-
-
-
-
-PLAINTE.
-
-
- En quel obscur seiour le Ciel m’a-il reduit,
- Mes beaux iours sont voilez d’vne effroyable nuit,
- Et dans vn mesme instant comme l’herbe fauchee,
- Ma ieunesse est seichee.
-
- Mes discours sont changez en funebres regrets,
- Et mon ame d’ennuis est si fort esperduë,
- Qu’ayant perdu Madame en ces tristes forests,
- Ie crie, & ne sçay point ce qu’elle est deuenuë.
-
- O bois! ô prez! ô monts! qui me fustes iadis
- En l’Auril de mes iours vn heureux Paradis,
- Quand de mille douceurs la faueur de Madame
- Entretenoit mon ame,
-
- Or que la triste absence en l’Enfer où ie suis,
- D’vn piteux souuenir me tourmente & me tuë,
- Pour consoler mon mal & flater mes ennuis,
- Helas! respondez-moi, qu’est-elle deuenuë?
-
- Où sont ces deux beaux yeux? que sont-ils deuenus?
- Où sont tant de beautez, d’Amours & de Venus,
- Qui regnoient dans sa veuë, ainsi que dans mes veines,
- Les soucis & les peines?
-
- Helas! fille de l’air qui sens ainsi que moy,
- Dans les prisons d’Amour, ton ame detenuë,
- Compagne de mon mal assiste mon émoy,
- Et responds à mes cris, qu’est-elle deuenuë?
-
- Ie voy bien en ce lieu triste & desesperé
- Du naufrage d’amour ce qui m’est demeuré,
- Et bien que loin d’icy le destin l’ait guidee,
- Ie m’en forme l’idee.
-
- Ie voy dedans ces fleurs les tresors de son teint,
- La fierté de son ame en la mer toute esmeuë,
- Tout ce qu’on voit icy viuement me la peint,
- Mais il ne me peint pas ce qu’elle est deuenuë.
-
- Las voicy bien l’endroit où premier ie la vy,
- Où mon cœur de ses yeux si doucement rauy,
- Reiettant tout respect descouurit à la belle,
- Son amitié fidelle.
-
- Ie reuoy bien le lieu: mais ie ne reuoy pas
- La Reyne de mon cœur qu’en ce lieu i’ai perduë.
- O bois! ô prez! ô monts! ses fidelles esbats,
- Helas! respondez-moy, qu’est-elle deuenuë?
-
- Durant que son bel œil ces lieux embellissoit,
- L’agreable Printemps sous ses pieds florissoit,
- Tout rioit aupres d’elle, & la terre paree
- Estoit énamouree.
-
- Ores que le malheur nous en a sçeu priuer,
- Mes yeux tousiours moüillez d’vne humeur continuë
- Ont changé leurs saisons en la saison d’hyuer
- N’ayant sçeu découurir ce qu’elle est deuenuë.
-
- Mais quel lieu fortuné si long temps la retient?
- Le Soleil qui s’absente au matin nous reuient,
- Et par vn tour reglé sa cheuelure blonde
- Esclaire tout le monde.
-
- Si tost que sa lumiere à mes yeux se perdit,
- Elle est comme vn éclair pour iamais disparuë,
- Et quoy que i’aye faict malheureux & maudit
- Ie n’ay peu descouurir ce qu’elle est deuenuë.
-
- Mais Dieu, i’ay beau me plaindre, & tousiours soupirer
- I’ay beau de mes deux yeux deux fontaines tirer,
- I’ay beau mourir d’amour & de regret pour elle,
- Chacun me la recelle.
-
- O bois! ô prez! ô monts! ô vous qui la cachez!
- Et qui contre mon gré l’auez tant retenuë,
- Si iamais de pitié vous vous vistes touchez,
- Helas! respondez-moi, qu’est-elle deuenuë?
-
- Fut-il iamais mortel si malheureux que moy?
- Ie ly mon infortune en tout ce que ie voy,
- Tout figure ma perte, & le Ciel & la Terre
- A l’enuy me font guerre.
-
- Le regret du passé cruellement me point,
- Et rend, l’obiet present, ma douleur plus aiguë,
- Mais las! mon plus grand mal est de ne sçauoir point,
- Entre tant de mal-heurs, ce qu’elle est deuenuë.
-
- Ainsi de toutes parts ie me sens assaillir,
- Et voyant que l’espoir commence à me faillir,
- Ma douleur se rengrege, & mon cruel martyre
- S’augmente & deuient pire.
-
- Et si quelque plaisir s’offre deuant mes yeux,
- Qui pense consoler ma raison abattuë,
- Il m’afflige, & le Ciel me seroit odieux,
- Si là haut i’ignorois ce qu’elle est deuenuë.
-
- Gesné de tant d’ennuis, ie m’estonne comment
- Enuironné d’Amour & du fascheux tourment,
- Qu’entre tant de regrets son absence me liure,
- Mon esprit a peu viure.
-
- Le bien que i’ay perdu me va tyrannisant,
- De mes plaisirs passez mon ame est combatuë,
- Et ce qui rend mon mal plus aigre & plus cuisant,
- C’est qu’on ne peut sçauoir ce qu’elle est deuenuë.
-
- Et ce cruel penser qui sans cesse me suit,
- Du traict de sa beauté me pique iour & nuict,
- Me grauant en l’esprit la miserable histoire
- D’vne si courte gloire.
-
- Et ces biens qu’en mes maux encor il me faut voir
- Rendroient d’vn peu d’espoir mon ame entretenuë,
- Et m’y consolerois si ie pouuois sçauoir
- Ce qu’ils sont deuenus & qu’elle est deuenuë.
-
- Plaisirs si tost perdus, helas! où estes vous?
- Et vous chers entretiens qui me sembliez si doux,
- Où estes-vous allez? & où s’est retiree
- Ma belle Cytheree?
-
- Ha triste souuenir d’vn bien si tost passé,
- Las! pourquoy ne la voy-ie? ou pourquoy l’ay-ie veuë?
- Ou pourquoy mon esprit d’angoisses oppressé,
- Ne peut-il descouurir ce qu’elle est deuenuë.
-
- En vain, helas! en vain, la vas-tu dépaignant
- Pour flatter ma douleur, si le regret poignant
- De m’en voir separé, d’autant plus me tourmente
- Qu’on me la represente.
-
- Seulement au sommeil i’ay du contentement,
- Qui la fait voir presente à mes yeux toute nuë,
- Et chatouille mon mal d’vn faux ressentiment,
- Mais il ne me dit pas ce qu’elle est deuenuë.
-
- Encor ce bien m’afflige, il n’y faut plus songer,
- C’est se paistre de vent que la nuict s’alleger
- D’vn mal qui tout le iour me poursuit & m’outrage
- D’vne impiteuse rage.
-
- Retenu dans des nœuds qu’on ne peut deslier,
- Il faut priué d’espoir que mon cœur s’esuertuë
- Ou de mourir bien tost, ou bien de l’oublier,
- Puis qu’on ne peut sçauoir ce qu’elle est deuenuë.
-
- Comment! que ie l’oublie? Hà Dieu ie ne le puis,
- L’oubly n’efface point les amoureux ennuis
- Que ce cruel tyran a graué dans mon ame
- En des lettres de flame.
-
- Il me faut par la mort finir tant de douleurs,
- Ayons donc à ce point l’ame bien resoluë,
- Et finissant nos iours finissons nos mal-heurs,
- Puis qu’on ne peut sçauoir ce qu’elle est deuenuë.
-
- Adieu donc clairs Soleils, si diuins & si beaux,
- Adieu l’honneur sacré des forests & des eaux,
- Adieu monts, adieu prez, adieu campagne verte
- De vos beautez deserte.
-
- Las! receuez mon ame en ce dernier adieu,
- Puis que de mon mal-heur ma fortune est vaincuë,
- Miserable amoureux ie vay quiter ce lieu,
- Pour sçauoir aux Enfers ce qu’elle est deuenuë.
-
- Ainsi dit Amiante alors que de sa voix
- Il entama les cœurs des roches & des bois,
- Plorant & souspirant la perte d’Iacee,
- L’obiet de sa pensee.
-
- Affin de la trouuer, il s’encourt au trespas,
- Et comme sa vigueur peu à peu diminuë,
- Son ombre plore & crie en descendant là bas,
- Esprits, hé! dites-moy, qu’est-elle deuenuë?
-
-
-
-
-ODE.
-
-
- Iamais ne pourray-ie bannir
- Hors de moy l’ingrat souuenir
- De ma gloire si tost passee?
- Tousiours pour nourrir mon soucy,
- Amour cet enfant sans mercy,
- L’offrira-il à ma pensee?
-
- Tiran implacable des cœurs,
- De combien d’ameres langueurs
- As-tu touché ma fantasie?
- De quels maux m’as-tu tourmenté,
- Et dans mon esprit agité,
- Que n’a point fait la ialousie?
-
- Mes yeux aux pleurs accoustumez,
- Du sommeil n’estoient plus fermez,
- Mon cœur fremissoit sous la peine,
- A veu d’œil mon teint iaunissoit,
- Et ma bouche qui gemissoit,
- De souspirs estoit tousiours pleine.
-
- Aux caprices abandonné,
- I’errois d’vn esprit forcené,
- La raison cedant à la rage,
- Mes sens des desirs emportez
- Flottoient confus de tous costez,
- Comme vn vaisseau parmy l’orage.
-
- Blasphemant la terre & les Cieux,
- Mesmes ie m’estois odieux
- Tant la fureur troubloit mon ame,
- Et bien que mon sang amassé
- Autour de mon cœur fust glassé
- Mes propos n’estoient que de flame.
-
- Pensif, frenetique, & resuant,
- L’esprit troublé, la teste au vent,
- L’œil hagard, le visage blesme,
- Tu me fis tous maux esprouuer
- Et sans iamais me retrouuer
- Ie m’allois cherchant en moy mesme.
-
- Cependant lors que ie voulois
- Par raison enfreindre tes loix
- Rendant ma flame refroidie,
- Pleurant i’accusay ma raison,
- Et trouuay que la guerison
- Est pire que la maladie.
-
- Vn regret pensif & confus
- D’auoir esté & n’estre plus
- Rend mon ame aux douleurs ouuerte,
- A mes despens las! ie voy bien,
- Qu’vn bonheur comme estoit le mien
- Ne se cognoist que par la perte.
-
-
-
-
-SONNET
-
-Sur la mort de M. Rapin.
-
-
- Passant, cy gist RAPIN, la gloire de son âge,
- Superbe honneur de Pinde & de ses beaux secrets,
- Qui viuant surpassa les Latins & les Grecs,
- Soit en profond sçauoir, ou douceur de langage.
-
- Eternisant son nom auecq’ maint haut ouurage,
- Au futur il laissa mile poignants regrets,
- De ne pouuoir attaindre, ou de loin, ou de pres,
- Au but où le porta l’estude & le courage.
-
- On dit, & ie le croy, qu’Apollon fut ialoux,
- Le voyant comme vn dieu reueré parmy nous,
- Et qu’il mist de rancœur si tost fin à sa vie.
-
- Considere, passant, quel il fut icy bas,
- Puisque sur sa Vertu les dieux eurent enuie,
- Et que tous les humains y pleurent son trespas.
-
-
-
-
-DISCOVRS
-
-D’vne Maquerelle.
-
-
- Depuis que ie vous ay quitté
- Ie m’en suis allé depité,
- Voire aussi remply de colere
- Qu’vn voleur qu’on meine en gallere,
- Dans vn lieu de mauuais renom
- Où iamais femme n’a dit non,
- Et là ie ne vis que l’hostesse,
- Ce qui redoubla ma tristesse,
- Mon amy, car i’auois pour lors
- Beaucoup de graine dans le corps.
- Ceste vieille branslant la teste,
- Me dit excusez, c’est la feste
- Qui fait que l’on ne trouue rien,
- Car tout le monde est Ian de bien,
- Et si i’ay promis en mon ame
- Qu’à ce iour pour euiter blasme,
- Ce peché ne seroit commis.
- Mais vous estes de nos amis,
- Parmanenda ie vous le iure,
- Il faut pour ne vous faire iniure,
- Apres mesme auoir eu le soing
- De venir chez nous de si loing,
- Que ma chambriere i’enuoye
- Iusques à l’escu de Sauoye:
- Là mon amy tout d’vn plain saut
- On trouuera ce qu’il vous faut.
- Que i’ayme les hommes de plume,
- Quand ie les voy mon cœur s’allume,
- Autresfois i’ay parlé Latin,
- Discourons vn peu du destin,
- Peut-il forcer les professies,
- Les pourceaux ont-ils des vessies,
- Dites nous quel autheur escrit
- La naissance de l’Antechrist.
- O le grand homme que Virgille,
- Il me souuient de l’Euangile
- Que le prestre a dit auiourd’huy:
- Mais vous prenez beaucoup d’ennuy:
- Ma seruante est vn peu tardiue,
- Si faut-il vrayment qu’elle arriue
- Dans vn bon quart d’heure d’icy,
- Elle m’en fait tousiours ainsi.
- En attendant prenez vn siege
- Vos escarpins n’ont point de liege,
- Vostre collet fait vn beau tour.
- A la guerre de Montcontour
- On ne portoit point de rotonde:
- Vous ne voulez pas qu’on vous tonde,
- Les choses grands sont de saison,
- Ie fus autresfois de maison
- Docte, bien parlante, & habille
- Autant que fille de la ville,
- Ie me faisois bien decroter,
- Et nul ne m’entendoit peter
- Que ce ne fust dedans ma chambre.
- I’auoy tousiours vn collier d’ambre,
- Des gands neufs, mes soulliers noircis,
- I’eusse peu captiuer Narcis,
- Mais hélas! estant ainsi belle
- Ie ne fus pas long temps pucelle,
- Vn cheualier d’authorité
- Achepta ma virginité,
- Et depuis auec vne drogue,
- Ma mere qui faisoit la rogue
- Quand on me parloit de cela
- En trois iours me repucela.
- I’estois faicte à son badinage:
- Apres pour seruir au mesnage,
- Vn prelat me voulant auoir,
- Son argent me mist en deuoir
- De le seruir, & de luy plaire,
- Toute chose requiert sallaire:
- Puis apres voyant en effect
- Mon pucelage tout refait,
- Ma mere en son mestier sçauante,
- Me mit vne autresfois en vente,
- Si bien qu’vn ieune tresorier,
- Fust le troisiesme aduenturier
- Qui fit boüillir nostre marmite:
- I’apris autresfois d’vn Hermite
- Tenu pour vn sçauant parleur,
- Qu’on peut desrober vn voleur,
- Sans se charger la conscience,
- Dieu m’a donné ceste science.
- Cest homme aussi riche que lait,
- Me fist espouser son valet,
- Vn homme qui se nommoit Blaise.
- Ie ne fus onc tant à mon aise
- Qu’à l’heure que ce gros manant
- Alloit les restes butinant,
- Non pas seullement de son maistre,
- Mais du cheualier & du prestre.
- De ce costé i’eus mille frans,
- Et i’auois ià depuis deux ans
- Auec ma petite pratique,
- Gaigné de quoy leuer boutique
- De tauernier à Mont-lhery
- Où naquist mon pauure mary,
- Helas! que c’estoit vn bon homme,
- Il auoit esté iusqu’à Rome,
- Il chantoit comme vn rossignol,
- Il sçauoit parler Espagnol
- Il ne receuoit point d’escornes
- Car il ne porta pas les cornes,
- Depuis qu’auecques luy ie fus.
- Il auoit les membres touffus,
- Le poil est vn signe de force,
- Et ce signe a beaucoup d’amorce,
- Parmy les femmes du mestier.
- Il estoit bon arbalestrier,
- Sa cuisse estoit de belle marge,
- Il auoit l’espaule bien large,
- Il estoit ferme de roignons,
- Non comme ces petits mignons,
- Qui font de la saincte nitouche,
- Aussi tost que leur doigt vous touche,
- Ils n’osent pousser qu’à demy,
- Celuy-là poussoit en amy,
- Et n’auoit ny muscle ny veine
- Qu’il ne poussast sans perdre haleine:
- Mais tant & tant il a poussé,
- Qu’en poussant il est trespassé.
- Soudain que son corps fust en terre,
- L’enfant amour me fist la guerre,
- De façon que pour mon amant,
- Ie prins vn bateleur Normant,
- Lequel me donna la verolle,
- Puis luy pretay sur sa parole,
- Auant que ie cogneusse rien
- A son mal, presque tout mon bien.
- Maintenant nul de moy n’a cure,
- Ie fleschy aux loix de nature,
- Ie suis aussi seiche qu’vn os,
- Ie ferois peur aux huguenos
- En me voyant ainsi ridee,
- Sans dents & la gorge bridee,
- S’ils ne mettoient nos visions
- Au rang de leurs derisions.
- Ie suis vendeuse de chandelle
- Il ne s’en voit point de fidelle,
- En leur estat, comme ie suis,
- Ie cognois bien ce que ie puis,
- Ie ne puis aimer la ieunesse
- Qui veut auoir trop de finesse,
- Car les plus fines de la Cour
- Ne me cachent point leur amour.
- Telle va souuant à l’Eglise
- De qui ie cognois la feintise,
- Telle qui veut son fait nier
- Dit que c’est pour communier,
- Mais la chose m’est indiquee,
- C’est pour estre communiquee
- A ses amys par mon moyen,
- Comme Heleine fust au Troyen.
- Quand la vieille sans nulle honte,
- M’eust acheué son petit conte,
- Vn Commissaire illec passa,
- Vn sergent la porte poussa,
- Sans attendre la chambriere
- Ie sortis par l’huis de derriere,
- Et m’en allay chez le voisin
- Moitié figue & moitié raisin,
- N’ayant ny tristesse ny ioye
- De n’auoir point trouué la proye.
-
-
-
-
-EPITAPHE DE REGNIER.
-
-
- I’ay vescu sans nul pensement,
- Me laissant aller doucement
- A la bonne loy naturelle,
- Et ne sçaurois dire pourquoy
- La mort daigna penser à moy,
- Qui n’ay daigné penser en elle.
-
-
-
-
-ŒVVRES POSTHVMES
-
-
-
-
-DIALOGUE.
-
-Cloris & Phylis.
-
-
-CLORIS.
-
- Phylis œil de mon cœur & moitié de moy mesme,
- Mon amour, qui te rend le visage si blesme?
- Quels sanglots, quels souspirs, quelles nouuelles pleurs,
- Noyent de tes beautez les graces & les fleurs?
-
-PHYLIS.
-
- Ma douleur est si grande & si grand mon martyre
- Qu’il ne se peut Cloris, ny comprendre ny dire.
-
-CLORIS.
-
- Ces maintiens égarez, ces pensers esperdus,
- Ces regrets & ces cris par ces bois espandus:
- Ces regards languissans en leurs flammes discrettes,
- Me sont de ton Amour les parolles secrettes.
-
-PHYLIS.
-
- Hà Dieu qu’vn diuers mal diuersement me point!
- I’ayme! hélas non, Cloris, non non, ie n’ayme point.
-
-CLORIS.
-
- La honte ainsi dément ce que l’Amour decelle,
- La flamme de ton cœur par tes yeux étincelle:
- Et ton silence mesme en ce profond malheur,
- N’est que trop eloquent à dire ta douleur:
- Tout parle en ton visage, & te voulant contraindre,
- L’Amour vient malgré toy sur ta léure à se plaindre:
- Pourquoy veux-tu Phylis, aymant comme tu fais,
- Que l’Amour se demente en ses propres effets?
- Ne sçay-tu que ces pleurs, que ces douces œillades,
- Ces yeux qui se mourant font les autres malades,
- Sont theatres du cœur où l’Amour vient iouër
- Les pensers que la bouche a honte d’auouër?
- N’en fay doncq’ point la fine & vainement ne cache
- Ce qu’il faut malgré toy que tout le monde sçache,
- Puis que le feu d’Amour dont tu veux triompher,
- Se monstre d’autant plus qu’on le pense estouffer.
- L’Amour est vn enfant nud, sans fard & sans crainte,
- Qui se plaist qu’on le voye & qui fuit la contrainte:
- Force doncq tout respect, & ma fillete croy
- Qu’vn chacun est suiet à l’Amour comme toy.
- En ieunesse i’aymé, ta mere fit de mesme:
- Lycandre aima Lisis, & Felisque Philesme:
- Et si l’aage esteignit leur vie & leurs souspirs,
- Par ces plaines encor’ on en sent les Zephirs;
- Ces fleuues sont encor’ tout enflez de leurs larmes,
- Et ces prez tout rauis de tant d’amoureux charmes,
- Encor voit-on l’Echo redire leurs chansons,
- Et leurs noms sur ces bois grauez en cent façons.
- Mesmes que penses-tu Hermione la belle
- Qui semble contre Amour si fiere & si cruelle,
- Me dit tout franchement en plorant l’autre iour,
- Qu’elle estoit sans amant mais non pas sans Amour:
- Telle encor qu’on me voit i’aime de telle sorte,
- Que l’effet en est vif si la cause en est morte,
- Es cendres d’Amyante Amour nourrit ce feu
- Que iamais par mes pleurs estaindre ie n’ay peu:
- Mais comme d’vn seul trait fut nostre ame entamée,
- Par sa mort mon amour n’en est moins enflammée.
-
-PHYLIS.
-
- Hà n’en dy dauantage & de grace ne rends
- Mes maux plus douloureux ny mes ennuys plus grands.
-
-CLORIS.
-
- D’où te vient le regret dont ton ame est saisie,
- Est ce infidélité, mépris ou ialousie?
-
-PHYLIS.
-
- Ce n’est ny l’vn ny l’autre, & mon mal rigoureux
- Excede doublement le tourment amoureux.
-
-CLORIS.
-
- Mais ne peut-on sçauoir le mal qui te possede?
-
-PHYLIS.
-
- A quoy seruiroit-il puis qu’il est sans remede?
-
-CLORIS.
-
- Volontiers les ennuis s’alegent aux discours.
-
-PHYLIS.
-
- Las! ie ne veux aux miens ny pitié ny secours.
-
-CLORIS.
-
- La douleur que lon cache est la plus inhumaine.
-
-PHYLIS.
-
- Qui meurt en se taisant semble mourir sans peine.
-
-CLORIS.
-
- Peut-estre la disant te pourray-ie guarir.
-
-PHYLIS.
-
- Tout remede est fascheux alors qu’on veut mourir.
-
-CLORIS.
-
- Au moins auant ta mort dy où le mal te touche.
-
-PHYLIS.
-
- Le secret de mon cœur ne va point en ma bouche.
-
-CLORIS.
-
- Avec toy mourront donc tes ennuis rigoureux.
-
-PHYLIS.
-
- Mon cœur est vn sepulchre honorable pour eux.
-
-CLORIS.
-
- Ie voy bien en tes yeux quelle est ta maladie.
-
-PHYLIS.
-
- Si tu la voy, pourquoy veux-tu que ie la die?
-
-CLORIS.
-
- Si ie ne me deçoy ce mal te vient d’aimer.
-
-PHYLIS.
-
- Cloris, d’vn double feu ie me sens consommer.
-
-CLORIS.
-
- La douleur malgré-toy la langue te desnouë.
-
-PHYLIS.
-
- Mais faut-il à ma honte helas que ie l’aduouë?
- Et que ie die vn mal pour qui iusques icy,
- I’eus la bouche fermée & le cœur si transi,
- Qu’estouffant mes souspirs, aux bois, aux prez, aux pleines,
- Ie ne peux, & n’osé discourir de mes peines?
- Auray-ie assez d’audace à dire ma langueur?
- Ha perdons le respect où i’ay perdu le cœur.
- I’aime, i’aime, Cloris, & cét enfant d’Eryce
- Qui croit que c’est pour moy trop peu que d’vn suplice,
- De deux traits qu’il tira des yeux de deux amans,
- Cause en moy ces douleurs & ces gemissemens:
- Chose encore inouye & toutesfois non fainte,
- Et dont iamais Bergere à ces bois ne s’est plainte.
-
-CLORIS.
-
- Seroit-il bien possible?
-
-PHYLIS.
-
- A mon dam tu le vois.
-
-CLORIS.
-
- Comment qu’on puisse aimer deux hommes à la fois?
-
-PHYLIS.
-
- Mon malheur en cecy n’est que trop veritable:
- Mais las! il est bien grand puis qu’il n’est pas croyable.
-
-CLORIS.
-
- Qui sont ces deux Bergers dont ton cœur est époint?
-
-PHYLIS
-
- Aminte, & Philemon, ne les cognoy-tu point?
-
-CLORIS.
-
- Ceux qui furent blessez lors que tu fus rauie.
-
-PHYLIS
-
- Ouy ces deux, dont ie tiens & l’honneur & la vie.
-
-CLORIS.
-
- I’en sçay tout le discours, mais dy moy seulement
- Comme amour par leurs yeux charma ton iugement.
-
-PHYLIS
-
- Amour tout despité de n’auoir point de flesche
- Assez forte pour faire en mon cœur vne bresche,
- Voulant qu’il ne fust rien dont il ne fust vainqueur,
- Fit par les coups d’autruy cette plaie en mon cœur,
- Quand ces Bergers naurés, sans vigueur & sans armes,
- Tout moites de leur sang, comme moy de mes larmes,
- Prés du Satyre mort & de moy que l’ennuy
- Rendoit en apparence aussi morte que luy,
- Firent voir à mes yeux d’vne piteuse sorte
- Qu’autant que leur amour leur valeur estoit forte.
- Ce traistre tout couuert de sang & de pitié,
- Entra dedans mon cœur, sous couleur d’amitié,
- Et n’y fut pas plustost que morte, froide, & blesme,
- Ie cessé tout en pleurs d’estre plus à moy-mesme,
- I’oublié pere & mere, & troupeaux, & maison,
- Mille nouueaux desirs saisirent ma raison:
- I’erré deçà delà, furieuse insensee,
- De pensers, en pensers, s’esgara ma pensee,
- Et comme la fureur estoit plus douce en moy,
- Reformant mes façons, ie leur donnois la loy,
- I’accommodois ma grace, agençois mon visage,
- Vn ialoux soin de plaire excitoit mon courage:
- I’allois plus retenuë & composois mes pas,
- I’apprenois à mes yeux à former des appas,
- Ie voulois sembler belle, & m’efforçois à faire
- Vn visage qui peust également leur plaire,
- Et lors qu’ils me voyoient par hasard tant soit peu,
- Ie frissonnois de peur, craignant qu’ils eussent veu
- Tant i’estois en amour innocemment coupable,
- Quelque façon en moy qui ne fust agreable.
- Ainsi tousiours en trance en ce nouueau soucy
- Ie disois à par-moy, las mon Dieu qu’est-cecy!
- Quel soin qui de mon cœur s’estant rendu le maistre,
- Fait que ie ne suis plus ce que ie soulois estre:
- D’où vient que iour & nuict ie n’ay point de repos?
- Que mes souspirs ardens trauersent mes propos,
- Que loin de la raison tout conseil ie reiette,
- Que ie sois sans suiet aux larmes si suiette!
- Ha! sotte respondoy-ie apres en me tançant,
- Non ce n’est que pitié que ton ame ressant
- De ces Bergers blessez, te fasche-tu cruelle,
- Aux doux ressentimens d’vn acte si fidelle?
- Serois-tu pas ingrate en faisant autrement?
- Ainsi ie me flattois en ce faux iugement,
- Estimant en ma peine aueugle & langoureuse,
- Estre bien pitoyable, & non pas amoureuse.
- Mais las! en peu de temps ie cogneu mon erreur,
- Tardiue cognoissance à si prompte fureur!
- I’apperceu, mais trop tard, mon amour vehemente,
- Les cognoissant amans, ie me cogneus amante,
- Aux rayons de leur feu qui luit si clairement,
- Helas! ie vy leur flame & mon embrasement,
- Qui croissant par le temps s’augmenta d’heure en heure,
- Et croistra, s’ay-ie peur iusqu’à tant que ie meure.
- Depuis de mes deux yeux le sommeil se bannit,
- La douleur de mon cœur mon visage fannit,
- Du Soleil à regret la lumiere m’esclaire,
- Et rien que ces Bergers au cœur ne me peut plaire.
- Mes flesches & mon arc me viennent à mespris,
- Vn choc continuël fait guerre à mes esprits,
- Ie suis du tout en proye à ma peine enragee,
- Et pour moy comme moy toute chose est changee:
- Nos champs ne sont plus beaux, ces prés ne sont plus verts,
- Ces arbres ne sont plus de feuillages couuerts,
- Ces ruisseaux sont troublez des larmes que ie verse,
- Ces fleurs n’ont plus d’émail en leur couleur diuerse,
- Leurs attraits si plaisans sont changez en horreur,
- Et tous ces lieux maudits n’inspirent que fureur.
- Icy comme autresfois, ces pâtiz ne fleurissent,
- Comme moy de mon mal mes troupeaux s’amaigrissent,
- Et mon chien m’abayant semble me reprocher,
- Que i’aye ore à mespris ce qui me fut si cher:
- Tout m’est à contre-cœur horsmis leur souuenance:
- Hélas! ie ne vy point sinon lors que i’y pense,
- Ou lors que ie les vois, & que viuante en eux,
- Ie puize dans leurs yeux vn venin amoureux.
- Amour qui pour mon mal me rend ingenieuse,
- Donnant tréue à ma peine ingrate & furieuse,
- Les voyant me permet l’vsage de raison,
- Afin que ie m’efforce apres leur guarison,
- Me fait penser leurs maux, mais las! en vain i’essaye
- Par vn mesme appareil pouuoir guarir ma playe:
- Ie sonde de leurs coups l’estrange profondeur,
- Et ne m’estonne point pour en voir la grandeur:
- I’estuue de mes pleurs leurs blesseures sanglantes,
- Helas à mon malheur blesseures trop blessantes!
- Puisque vous me tuez, & que mourant par vous,
- Ie souffre en vos douleurs, & languis en vos coups.
-
-CLORIS.
-
- Bruslent ils comme toy d’amour demesuree?
-
-PHYLIS
-
- Ie ne sçay, toutesfois, i’en pense estre asseuree.
-
-CLORIS.
-
- L’amour se persuade assez legerement.
-
-PHYLIS
-
- Mais ce que lon desire on le croit aisément.
-
-CLORIS.
-
- Le bon amour pourtant n’est point sans desfiance.
-
-PHYLIS
-
- Ie te diray sur quoy i’ay fondé ma croyance:
- Vn iour comme il aduint qu’Aminte estant blecé,
- Et qu’estant de sa playe & d’amour oppressé,
- Ne pouvant clorre l’œil esueillé du martyre,
- Se plaignoit en plorant d’vn mal qu’il n’osoit dire:
- Mon cœur qui du passé le voyant, se souuint,
- A ce piteux obiect toute pitié deuint,
- Et ne pouuant souffrir de si dures alarmes,
- S’ouurit à la douleur, & mes deux yeux aux larmes.
- En fin comme ma voix ondoyante à grans flots,
- Eust trouué le passage entre mille sanglots,
- Me forçant en l’accez du tourment qui me gréue,
- I’obtins de mes douleurs à mes pleurs quelque tréue,
- Ie me mis à chanter, & le voyant gemir,
- En chantant i’inuitois ses beaux yeux à dormir:
- Quand luy tout languissant tournant vers moy sa teste,
- Qui sembloit vn beau lys battu de la tempeste,
- Me lançant vn regard qui le cœur me fendit,
- D’vne voix rauque & casse ainsi me respondit:
- Phylis comment veux-tu qu’absent de toy ie viue,
- Ou bien qu’en te voyant, mon ame ta captiue,
- Trouue pour endormir son tourment furieux,
- Vne nuit de repos au iour de tes beaux yeux?
- Alors toute surprise en si prompte nouuelle,
- Ie m’enfuy de vergongne où Filemon m’appelle,
- Qui nauré comme luy de pareils accidens,
- Languissoit en ces maux trop vifs & trop ardans.
- Moy qu’vn deuoir esgal à mesme soing inuite,
- Ie m’approche de luy, ses playes ie visite,
- Mais las en m’apprestant à ce piteux dessein,
- Son beau sang qui s’esmeut iallit dessus mon sein;
- Tombant esuanouy toutes ses playes s’ouurent,
- Et ses yeux comme morts de nuages se couurent.
- Comme auecque mes pleurs ie l’eus fait reuenir,
- Et me voyant sanglante en mes bras le tenir,
- Me dit, Belle Phylis, si l’amour n’est vn crime,
- Ne mesprisez le sang qu’espand cette victime.
- On dit qu’estant touché de mortelle langueur
- Tout le sang se resserre & se retire au cœur,
- Las! vous estes mon cœur, où pendant que i’expire,
- Mon sang bruslé d’amour, s’vnit & se retire.
- Ainsi de leurs desseins ie ne puis plus douter,
- Et lors moy que l’amour oncques ne sceut dompter,
- Ie me sentis vaincuë, & glisser en mon ame,
- De ces propos si chauds & si bruslans de flame,
- Vn rayon amoureux qui m’enflamma si bien,
- Que tous mes froids dédains n’y seruirent de rien.
- Lors ie m’en cours de honte où la fureur m’emporte,
- N’ayant que la pensée & l’amour pour escorte,
- Et suis comme la Biche à qui l’on a percé
- Le flanc mortellement d’vn garrot trauersé,
- Qui fuit dans les forests, & tousiours auec elle
- Porte sans nul espoir sa blesseure mortelle:
- Las! ie vais tout de mesme, & ne m’apperçoy pas,
- O malheur! qu’auec moy, ie porte mon trespas,
- Ie porte le tyran qui de poison m’enyure,
- Et qui sans me tuer en ma mort me fait viure,
- Heureuse sans languir si long temps aux abois,
- I’en pouuois eschaper pour mourir vne fois.
-
-CLORIS.
-
- Si d’vne mesme ardeur leur ame est enflammée,
- Te plains-tu d’aimer bien & d’estre bien aimée?
- Tu les peux voir tous deux, & les fauoriser.
-
-PHYLIS
-
- Vn cœur se pourroit-il en deux parts diuiser?
-
-CLORIS.
-
- Pourquoy non! c’est erreur de la simplesse humaine.
- La foy n’est plus aux cœurs qu’vne Chimere vaine,
- Tu dois sans t’arrester à la fidelité,
- Te seruir des amans comme des fleurs d’Esté,
- Qui ne plaisent aux yeux qu’estant toutes nouuelles:
- Nous auons de nature au sein doubles mammelles,
- Deux oreilles, deux yeux, & diuers sentimens,
- Pourquoy ne pourrions-nous auoir diuers amans?
- Combien en cognoissai-ie à qui tout est de mise?
- Qui changent plus souuent d’amans que de chemise;
- La grace, la beauté, la ieunesse & l’amour,
- Pour les femmes ne sont qu’vn empire d’vn iour:
- Encor que d’vn matin (car à qui bien y pense)
- Le midy n’est que soin, le soir que repentance;
- Puis donc qu’amour te fait d’amans prouision,
- Vses de ta ieunesse, & de l’occasion,
- Toutes deux comme vn trait de qui lon perd la trace,
- S’enuolent, ne laissant qu’vn regret en leur place:
- Mais si ce proceder encore t’est nouueau,
- Choisi lequel des deux te semble le plus beau.
-
-PHYLIS
-
- Ce remede ne peut à mon mal satisfaire,
- Puis nature & l’amour me deffend de le faire,
- En vn choix si douteux s’esgare mon desir,
- Ils sont tous deux si beaux qu’on n’y peut que choisir,
- Comment beaux, ha! Nature admirable en ouurages,
- Ne fist iamais deux yeux, ny deux si beaux visages!
- Vn doux aspect qui semble aux amours conuier;
- L’vn n’a rien qu’en beauté l’autre puisse enuier,
- L’vn est brun, l’autre blond & son poil qui se dore,
- En filets blondissans, est semblable à l’Aurore,
- Quand toute écheuelée, à nos yeux sousriant,
- Elle émaille de fleurs les portes d’Oriant:
- Ce taint blanc & vermeil où l’amour rit aux graces,
- Cét œil qui fond des cœurs les rigueurs & les glaces,
- Qui foudroye en regards, éblouyt la raison,
- Et tuë en Basilic d’amoureuse poison;
- Cette bouche si belle & si pleine de charmes,
- Où l’amour prend le miel dont il trempe ses armes,
- Ces beaux traits de discours si doux & si puissans,
- Dont amour par l’oreille assuietit mes sens,
- A ma foible raison font telle violence,
- Qu’ils tiennent mes desirs en égale balance:
- Car si de l’vn des deux ie me veux departir,
- Le Ciel non plus que moy ne le peut consentir:
- L’autre pour estre brun aux yeux n’a moins de flammes,
- Il seme en regardant du soufre dans les ames,
- Donne aux cœurs aueuglez la lumiere & le iour,
- Ils semblent deux Soleils en la Sphere d’amour:
- Car si l’vn est pareil à l’Aurore vermeille,
- L’autre en son taint plus brun a la grace pareille
- A l’Astre de Venus qui doucement reluit,
- Quand le Soleil tombant dans les ondes s’enfuit:
- Sa taille haute & droite & d’vn iuste corsage,
- Semble vn pin qui s’esleue au milieu d’vn bocage;
- Sa bouche est de corail, où lon voit au dedans,
- Entre vn plaisant sousris les perles de ses dents,
- Qui respirent vn air embaumé d’vne haleine
- Plus douce que l’œillet ny que la mariolaine,
- D’vn brun meslé de sang son visage se paint,
- Il a le iour aux yeux & la nuit en son taint:
- Où l’amour flamboyant entre mille estincelles,
- Semble vn amas brillant des estoiles plus belles,
- Quand vne nuit seraine avec ses bruns flambeaux,
- Rend le Soleil ialoux en ses iours les plus beaux,
- Son poil noir & retors en gros floccons ondoye,
- Et crespelu ressemble vne toison de soye:
- C’est en fin comme l’autre vn miracle des Cieux:
- Mon ame pour les voir vient toute dans mes yeux,
- Et rauie en l’obiet de leurs beautés extrémes,
- Se retrouuant en eux, se perd toute en soy-mesmes.
- Las ainsi ie ne sçay que dire ou que penser,
- De les aimer tous deux n’est-ce les offencer?
- Laisser l’vn, prendre l’autre, ô Dieux est-il possible!
- Ce seroit les aimant vn crime irremissible;
- Ils sont tous deux égaux de merite, & de foy;
- Las je n’aime rien qu’eux, ils n’aiment rien que moy;
- Tous deux pour me sauuer hazarderent la vie,
- Ils ont mesme dessein, mesme amour, mesme enuie.
- De quelles passions me sentay-ie émouuoir!
- L’amour, l’honneur, la foy, la pitié, le deuoir,
- De diuers sentimens également me troublent,
- Et me pensant aider mes angoisses redoublent:
- Car si pour essayer à mes maux quelque paix,
- Parfois oubliant l’vn, en l’autre ie me plais,
- L’autre tout en colere à mes yeux se presente,
- Et me monstrant ses coups, sa chemise sanglante,
- Son amour, sa douleur, sa foy, son amitié,
- Mon cœur se fend d’amour & s’ouure à la pitié.
- Las ainsi combatuë en ceste estrange guerre,
- Il n’est grace pour moy au Ciel ny sur la terre,
- Contre ce double effort debile est ma vertu,
- De deux vents opposez mon cœur est combatu,
- Et reste ma pauure ame entre deux estouffée,
- Miserable despouille & funeste trophée.
-
-
-
-
-SATYRE.
-
-
- N’avoir crainte de rien, & ne rien espérer,
- Amy, c’est ce qui peut les hommes bien-heurer;
- I’ayme les gens hardis, dont l’ame non commune,
- Morgant les accidens, fait teste à la fortune,
- Et voyant le soleil de flamme reluisant,
- La nuit au manteau noir les Astres conduisant,
- La Lune se masquant de formes differentes,
- Faire naître les mois en ses courses errantes,
- Et les Cieux se mouvoir par ressorts discordans,
- Les vns chauds tempérez, & les autres ardens,
- Qui ne s’emouvant point, de rien n’ont l’ame attainte,
- Et n’ont en les voyant, esperance ni crainte.
- Mesme si pesle mesle avec les Elemens,
- Le Ciel d’airain tomboit iusques aux fondemens,
- Et que tout se froissast d’vne étrange tempeste,
- Les esclats sans frayeur leur frapperoyent la teste,
- Combien moins les assauts de quelque passion
- Dont le bien & le mal n’est qu’vne opinion?
- Ni les honneurs perdus, ni la richesse acquise,
- N’auront sur son esprit, ni puissance, ni prise.
- Dy moy, qu’est-ce qu’on doit plus cherement aymer
- De tout ce que nous donne ou la Terre ou la Mer?
- Ou ces grans Diamans, si brillans à la veuë,
- Dont la France se voit à mon gré trop pourveuë,
- Ou ces honneurs cuisans, que la faveur depart
- Souvent moins par raison, que non pas par hazard,
- Ou toutes ces grandeurs apres qui l’on abbaye,
- Qui font qu’vn President dans les procés s’égaye.
- De quel œil, trouble, ou clair, dy-moy, les doit-on voir,
- Et de quel appetit au cœur les recevoir?
- Ie trouue, quant à moy, bien peu de difference
- Entre la froide peur, & la chaude espérance,
- D’autant que mesme doute également assaut
- Nostre esprit qui ne sçait au vray ce qu’il luy faut.
- Car estant la Fortune en ses fins incertaine,
- L’accident non prévû nous donne de la peine;
- Le bien inesperé nous saisit tellement,
- Qu’il nous gele le sang, l’ame & le jugement,
- Nous fait fremir le cœur, nous tire de nous-mesmes;
- Ainsi diversement saisis des deux extremes,
- Quand le succés du bien au desir n’est égal,
- Nous nous sentons troublez du bien comme du mal,
- Et trouvant mesme effet en vn sujet contraire,
- Le bien fait dedans nous ce que le mal peut faire.
- Or donc, que gagne-t-on de rire, ou de pleurer?
- Craindre confusement, bien, ou mal esperer?
- Puisque mesme le bien excedant notre attente,
- Nous saisissant le cœur, nous trouble, & nous tourmente,
- Et nous desobligeant nous mesme en ce bon-heur,
- La ioie & le plaisir nous tient lieu de douleur.
- Selon son roolle, on doit iouër son personnage,
- Le bon sera méchant, insensé l’homme sage,
- Et le prudent sera de raison devestu,
- S’il se monstre trop chaud à suivre la vertu;
- Combien plus celuy-la dont l’ardeur non commune
- Eléve ses desseins jusqu’au Ciel de la Lune,
- Et se privant l’esprit de ses plus doux plaisirs,
- A plus qu’il ne se doit, laisse aller ses desirs?
- Va donc, & d’vn cœur sain voyant le Pont-au-change,
- Desire l’or brillant sous mainte pierre étrange;
- Ces gros lingots d’argent, qu’à grans coups de marteaux,
- L’art forme en cent façons de plats, & de vaisseaux;
- Et deuant que le iour aux gardes se découvre,
- Va, d’vn pas diligent, à l’Arcenac, au Louvre;
- Talonne vn President, suy-le comme vn valet,
- Mesme, s’il est besoin, estrille son mulet,
- Suy jusques au Conseil les Maistres des Requestes,
- Ne t’enquiers curieux s’ils sont hommes ou bestes,
- Et les distingues bien, les vns ont le pouvoir
- De iuger finement vn proces sans le voir;
- Les autres comme Dieux pres le soleil résident,
- Et Demons de Plutus, aux finances president,
- Car leurs seules faveurs peuuent, en moins d’vn an,
- Te faire devenir Chalange, ou Montauban.
- Ie veux encore plus, démembrant ta Province,
- Ie veux, de partisan que tu deviennes Prince.
- Tu seras des Badauts en passant adoré,
- Et sera iusqu’au cuir ton carosse doré;
- Chacun en ta faveur mettra son espérance,
- Mille valets sous toy desoleront la France,
- Tes logis tapissés en magnifique arroy,
- D’éclat aveugleront ceux-la mesmes du Roy.
- Mais si faut-il, enfin, que tout vienne à son conte,
- Et soit auec l’honneur, ou soit auec la honte,
- Il faut, perdant le jour, esprit, sens, & vigueur,
- Mourir comme Enguerand, ou comme Iacques Cœur,
- Et descendre la-bas, où, sans choix de personnes,
- Les escuelles de bois s’égalent aux Couronnes.
- En courtisant pourquoy perdrois-ie tout mon temps,
- Si de bien & d’honneur mes esprits sont contens?
- Pourquoy d’ame & de corps, faut-il que ie me peine,
- Et qu’estant hors du sens, aussi bien que d’haleine,
- Ie suiue vn financier, soir, matin, froid, & chaud,
- Si i’ay du bien pour viure autant comme il m’en faut?
- Qui n’a point de procés, au Palais n’a que faire,
- Vn President pour moy n’est non plus qu’vn notaire,
- Ie fais autant d’état du long comme du court,
- Et mets en la Vertu ma faveur, & ma Court.
- Voilà le vray chemin, franc de crainte & d’envie,
- Qui doucement nous meine à cette heureuse vie,
- Que parmy les rochers & les bois desertez,
- Ieusne, veille, oraison, & tant d’austeritez,
- Les Hermites iadis, ayant l’Esprit pour guide,
- Chercherent si longtemps dedans la Thebaïde.
- Adorant la Vertu, de cœur, d’ame, & de foy,
- Sans la chercher si loin, chacun l’a dedans soy,
- Et peut, comme il luy plaist, luy donner la teinture,
- Artisan de sa bonne ou mauvaise aventure.
-
-
-
-
-SATYRE.
-
-
- Perclus d’vne jambe, & des bras,
- Tout de mon long entre deux dras,
- Il ne me reste que la langue
- Pour vous faire cette harangue.
- Vous sçavés que i’ay pension,
- Et que l’on a pretention,
- Soit par sotise, ou par malice,
- Embarrassant le Benefice,
- Me rendre, en me torchant le bec,
- Le ventre creux comme vn rebec.
- On m’en baille en discours de belles,
- Mais de l’argent point de nouvelles;
- Encore au lieu de payement,
- On parle d’vn retranchement,
- Me faisant au nez grise mine,
- Que l’Abbaye est en ruine,
- Et ne vaut pas, beaucoup s’en faut,
- Les deux mille francs qu’il me faut;
- Si bien que ie juge, à son dire,
- Malgré le feu Roy nostre Sire,
- Qu’il desireroit volontiers
- Lâchement me reduire au tiers.
- Ie laisse à part ce facheux conte;
- Au Primtemps que la bile monte
- Par les veines dans le cerveau,
- Et que l’on sent au renouveau,
- Son Esprit fécond en sornettes,
- Il fait mauvais se prendre aux Poëtes;
- Toutesfois, ie suis de ces Gens
- De toutes choses négligens,
- Qui vivant au iour la iournée,
- Ne contrôllent leur destinée,
- Oubliant, pour se mettre en paix,
- Les injures & les bien-faits,
- Et s’arment de Philosophie;
- Il est pourtant fou qui s’y fie;
- Car la Dame indignation
- Est vne forte passion.
- Estant donc en mon lit malade,
- Les yeux creux, & la bouche fade,
- Le teint iaune comme vn espy,
- Et non pas l’esprit assoupy,
- Qui dans ses caprices s’égaye,
- Et souvent se donne la baye,
- Se feignant, pour passer le temps,
- Avoir cent mille escus contans,
- Avec cela large campagne;
- Ie fais des chasteaux en Espagne,
- I’entreprens partis sur partis,
- Toutesfois, je vous avertis,
- Pour le Sel, que ie m’en deporte,
- Que ie n’en suis en nulle sorte,
- Non plus que du droit Annuël,
- Ie n’ayme point le Casuël,
- I’ay bien vn avis d’autre estoffe,
- Dont du Luat le Philosophe,
- Désigne rendre au Consulat
- Le nez fait comme vn cervelat:
- Si le Conseil ne s’y oppose,
- Vous verrez vne belle chose.
- Mais laissant-là tous ces proiets,
- Ie ne manque d’autres suiets,
- Pour entretenir mon caprice
- En vn fantastique exercice;
- Ie discours des neiges d’antan,
- Ie prens au nid le vent d’autan,
- Ie pete contre le Tonnerre,
- Aux papillons ie fais la guerre,
- Ie compose Almanachs nouveaux,
- De rien ie fais brides à Veaux,
- A la S. Iean ie tends aux Gruës,
- Ie plante des pois par les ruës,
- D’vn baston ie fais vn cheval,
- Ie voy courir la Seine à val,
- Et beaucoup de choses, beau sire,
- Que ie ne veux, & n’ose dire.
- Apres cela, ie peinds en l’air,
- I’apprens aux asnes à voler,
- Du Bordel ie fais la Chronique,
- Aux chiens j’apprens la Rhetorique;
- Car, enfin, ou Plutarque ment,
- Ou bien ils ont du iugement.
- Ce n’est pas tout, ie dis sornettes,
- Ie dégoise des Chansonnettes,
- Et vous dis, qu’auec grand effort,
- La Nature pâtit tres-fort.
- Ie suis si plein que ie regorge,
- Si vne fois ie rens ma gorge,
- Eclatant ainsi qu’vn petard,
- On dira, le Diable y ayt part.
- Voila comme le temps ie passe,
- Si ie suis las, ie me délasse,
- I’écris, ie lis, ie mange & boy,
- Plus heureux cent fois que le Roy,
- (Ie ne dis pas le Roy de France,)
- Si ie n’estois court de finance.
- Or, pour finir, voila comment
- Ie m’entretiens bisarrement,
- Et prenez-moy les plus extremes
- En sagesse, ils vivent de mesmes,
- N’estant l’humain entendement
- Qu’vne grotesque seulement.
- Vuidant des bouteilles cassées,
- Ie m’embarasse en mes pensées,
- Et quand i’y suis bien embrouïllé,
- Ie me couvre d’vn sac mouïllé.
- Faute de papier, _bona sere_,
- Qui a de l’argent, si le serre.
- Votre Serviteur à iamais,
- Maistre Ianin du Pontalais.
-
-
-
-
-ELEGIE.
-
-
- L’homme s’oppose en vain contre la destinée,
- Tel a domté sur mer la tempeste obstinée,
- Qui deceu dans le port, esprouue en vn instant
- Des accidens humains le reuers inconstant,
- Qui le jette au danger, lors que moins il y pense.
- Ores, à mes depens i’en fais l’experience,
- Moy, qui tremblant encor du naufrage passé,
- Du bris de mon navire au rivage amassé,
- Bâtissois vn autel aux Dieux legers des Ondes,
- Iurant mesme la mer, & ses vagues profondes,
- Instruit à mes dépens, & prudent au danger,
- Que je me garderois de croire de leger,
- Sçachant qu’injustement il se plaint de l’orage,
- Qui remontant sur mer fait vn second naufrage.
- Cependant ay-ie à peine essuyé mes cheveux,
- Et payé dans le port l’offrande de mes vœux,
- Que d’vn nouveau desir le courant me transporte,
- Et n’ay pour l’arrester la raison assez forte.
- Par vn destin secret mon cœur s’y voit contraint,
- Et par vn si doux nœud si doucement estreint,
- Que me trouvant espris d’vne ardeur si parfaite,
- Trop heureux en mon mal, ie benis ma defaite,
- Et me sens glorieux, en vn si beau tourment,
- De voir que ma grandeur serve si dignement;
- Changement bien étrange en vne amour si belle!
- Moy, qui rangeois au joug la terre vniuerselle,
- Dont le nom glorieux aux Astres eslevé,
- Dans le cœur des mortels par vertu s’est gravé,
- Qui fis de ma valeur le hazard tributaire,
- A qui rien, fors l’Amour, ne put estre contraire,
- Qui commande par tout, indomptable en pouvoir,
- Qui sçay donner des loix, & non les recevoir;
- Ie me voy prisonnier aux fers d’vn ieune Maistre,
- Où ie languis esclave, & fais gloire de l’estre,
- Et sont à le servir tous mes vœux obligez;
- Mes palmes, mes lauriers en myrthes sont changez,
- Qui servant de trophée aux beautez que i’adore,
- Font en si beau suiet que ma perte m’honnore.
- Vous, qui dés le berceau de bon œil me voyez,
- Qui du troisiéme Ciel mes destins envoyez,
- Belle & sainte planete, Astre de ma naissance,
- Mon bon-heur plus parfait, mon heureuse influënce,
- Dont la douceur preside aux douces passions,
- Venus, prenez pitié de mes affections,
- Soyez-moy favorable, & faites à cette heure,
- Plustost que découvrir mon amour, que ie meure:
- Et que ma fin témoigne, en mon tourment secret,
- Qu’il ne vescut iamais vn amant si discret,
- Et qu’amoureux constant, en vn si beau martyre,
- Mon trépas seulement mon amour puisse dire.
- Ha! que la passion me fait bien discourir!
- Non, non, vn mal qui plaist, ne fait jamais mourir.
- Dieux! que puis-je donc faire au mal qui me tourmente!
- La patience est foible, & l’amour violente,
- Et me voulant contraindre en si grande rigueur,
- Ma plainte se dérobbe, & m’échappe du cœur,
- Semblable à cet enfant, que la Mere en colere,
- Apres vn châtiment veut forcer à se taire,
- Il s’efforce de crainte à ne point soupirer,
- A grand peine ose-t-il son haleine tirer;
- Mais nonobstant l’effort, dolent en son courage,
- Les sanglots, à la fin, debouchent le passage,
- S’abandonnant aux cris, ses yeux fondent en pleurs,
- Et faut que son respect défere à ses douleurs.
- De mesme, ie m’efforce au tourment qui me tuë,
- En vain de le cacher mon respect s’evertuë,
- Mon mal, comme vn torrent, pour vn temps retenu,
- Renversant tout obstacle, est plus fier devenu.
- Or puis-que ma douleur n’a pouvoir de se taire,
- Et qu’il n’est ni desert, ni rocher solitaire,
- A qui de mon secret ie m’osasse fier,
- Et que jusqu’à ce point ie me dois oublier,
- Que de dire ma peine en mon cœur si contrainte,
- A vous seule, en pleurant, j’addresse ma complainte;
- Aussi puis-que vostre œil m’a tout seul asservy,
- C’est raison que luy seul voye comme ie vy,
- Qu’il voye que ma peine est d’autant plus cruelle,
- Que seule en l’Vnivers, ie vous estime belle;
- Et si de mes discours vous entrez en courroux,
- Songez qu’ils sont en moy, mais qu’ils naissent de vous,
- Et que ce seroit estre ingrate en vos defaites,
- Que de fermer les yeux aux playes que vous faites.
- Donc, Beauté plus qu’humaine, objet de mes plaisirs,
- Delices de mes yeux, & de tous mes desirs,
- Qui regnez sur les cœurs d’vne contrainte aimable,
- Pardonnez à mon mal, hélas! trop veritable,
- Et lisant dans mon cœur que valent vos attraits,
- Le pouvoir de vos yeux, la force de vos traits,
- La preuve de ma foy, l’aigreur de mon martyre,
- Pardonnez à mes cris de l’avoir osé dire,
- Ne vous offencez point de mes justes clameurs,
- Et si mourant d’amour, ie vous dis que ie meurs.
-
-
-
-
-VERS SPIRITUELS.
-
-STANCES.
-
-
- Quand sur moy je jette les yeux,
- A trente ans me voyant tout vieux,
- Mon cœur de frayeur diminuë,
- Estant vieilly dans vn moment,
- Ie ne puis dire seulement
- Que ma jeunesse est devenuë.
-
- Du berceau courant au cercueil,
- Le jour se dérobe à mon œil,
- Mes sens troublez s’évanouissent,
- Les hommes sont comme des fleurs,
- Qui naissent & vivent en pleurs,
- Et d’heure en heure se fanissent.
-
- Leur âge à l’instant écoulé,
- Comme vn trait qui s’est envolé,
- Ne laisse apres soy nulle marque,
- Et leur nom si fameux icy,
- Si tost qu’ils sont morts, meurt aussi,
- Du pauvre autant que du Monarque.
-
- N’agueres verd, sain, & puissant,
- Comme vn Aubespin florissant,
- Mon printemps estoit délectable,
- Les plaisirs logeoient en mon sein,
- Et lors estoit tout mon dessein
- Du jeu d’amour, & de la table.
-
- Mais las! mon sort est bien tourné;
- Mon âge en vn rien s’est borné,
- Foible languit mon esperance,
- En vne nuit, à mon malheur,
- De la joye & de la douleur
- I’ay bien appris la difference!
-
- La douleur aux traits veneneux,
- Comme d’vn habit epineux
- Me ceint d’vne horrible torture,
- Mes beaux jours sont changés en nuits,
- Et mon cœur tout flestry d’ennuys,
- N’attend plus que la sepulture.
-
- Enyvré de cent maux divers,
- Ie chancelle, & vay de travers,
- Tant mon ame en regorge pleine,
- I’en ay l’esprit tout hebêté,
- Et si peu qui m’en est resté,
- Encor me fait-il de la peine.
-
- La memoire du temps passé,
- Que j’ay folement depencé,
- Espand du fiel en mes vlceres;
- Si peu que j’ay de jugement,
- Semble animer mon sentiment,
- Me rendant plus vif aux miseres.
-
- Ha! pitoyable souvenir!
- Enfin, que dois-je devenir!
- Où se reduira ma confiance!
- Estant ja defailly de cœur,
- Qui me donra de la vigueur,
- Pour durer en la penitence?
-
- Qu’est-ce de moy? foible est ma main,
- Mon courage, hélas! est humain,
- Ie ne suis de fer ni de pierre;
- En mes maux monstre-toy plus doux,
- Seigneur, aux traits de ton courroux,
- Ie suis plus fragile que verre.
-
- Ie ne suis à tes yeux, sinon
- Qu’vn festu sans force, & sans nom,
- Qu’vn hibou qui n’ose paroistre,
- Qu’vn fantosme icy bas errant,
- Qu’vne orde escume de torrent,
- Qui semble fondre avant que naistre.
-
- Où toy, tu peux faire trembler
- L’Vnivers, & desassembler
- Du Firmament le riche ouvrage,
- Tarir les Flots audacieux,
- Ou, les élevant jusqu’aux Cieux,
- Faire de la Terre vn naufrage.
-
- Le Soleil fléchit devant toy,
- De toy les Astres prennent loy,
- Tout fait joug dessous ta parole:
- Et cependant, tu vas dardant
- Dessus moy ton courroux ardent,
- Qui ne suis qu’vn bourrier qui vole.
-
- Mais quoy! si ie suis imparfait,
- Pour me defaire m’as-tu fait?
- Ne sois aux pecheurs si severe;
- Ie suis homme, & toy Dieu Clement,
- Sois donc plus doux au châtiment,
- Et punis les tiens comme Pere.
-
- I’ay l’œil seellé d’vn seau de fer,
- Et déja les portes d’Enfer
- Semblent s’entrouvrir pour me prendre;
- Mais encore, par ta bonté,
- Si tu m’as osté la santé,
- O Seigneur? tu me la peux rendre.
-
- Le tronc de branches devestu
- Par vne secrette vertu
- Se rendant fertile en sa perte,
- De rejettons espere vn jour
- Ombrager les lieux d’alentour,
- Reprenant sa perruque verte.
-
- Où, l’homme en la fosse couché,
- Apres que la mort l’a touché,
- Le cœur est mort comme l’escorce;
- Encor l’eau reverdit le bois,
- Mais l’homme estant mort vne fois,
- Les pleurs pour luy n’ont plus de force.
-
-
-
-
-SVR LA NATIVITÉ
-
-DE NOSTRE SEIGNEVR,
-
-HYMNE.
-
-Par le commandement du Roy Louis XIII. pour sa Musique de la Messe de
-minuit.
-
-
- Pour le salut de l’Vnivers,
- Aujourd’huy les Cieux sont ouvers,
- Et par vne conduite immense,
- La grace descend dessus nous,
- Dieu change en pitié son courroux,
- Et sa Iustice en sa Clemence.
-
- Le vray Fils de Dieu Tout-puissant,
- Au fils de l’homme s’vnissant,
- En vne charité profonde,
- Encor qu’il ne soit qu’vn Enfant,
- Victorieux & triomphant,
- De fers affranchit tout le monde.
-
- Dessous sa divine vertu,
- Le peché languit abbatu,
- Et de ses mains à vaincre expertes,
- Etouffant le serpent trompeur,
- Il nous assure en nostre peur,
- Et nous donne gain de nos pertes.
-
- Ses oracles sont accomplis,
- Et ce que par tant de replis
- D’âge, promirent les Prophetes,
- Aujourd’huy se finit en luy,
- Qui vient consoler nostre ennuy,
- En ses promesses si parfaites.
-
- Grand Roy, qui daignas en naissant,
- Sauver le Monde perissant,
- Comme Pere, & non comme Iuge,
- De Grace comblant nostre Roy,
- Fay qu’il soit des meschans l’effroy,
- Et des bons l’assuré refuge.
-
- Qu’ainsi qu’en Esté le Soleil,
- Il dissipe, aux rays de son œil,
- Toute vapeur, & tout nuage,
- Et qu’au feu de ses actions,
- Se dissipant les factions,
- Il n’ayt rien qui luy fasse ombrage.
-
-
-
-
-SONNETS.
-
-
-I.
-
- O Dieu, si mes pechez irritent ta fureur,
- Contrit, morne & dolent, i’espere en ta clemence,
- Si mon duëil ne suffit à purger mon offence,
- Que ta grace y supplée, & serve à mon erreur.
-
- Mes esprits éperdus frissonnent de terreur,
- Et ne voyant salut que par la penitence,
- Mon cœur, comme mes yeux, s’ouvre à la repentance,
- Et me hay tellement, que ie m’en fais horreur.
-
- Ie pleure le present, le passé ie regrette,
- Ie crains à l’avenir la faute que i’ay faite,
- Dans mes rebellions je lis ton jugement.
-
- Seigneur, dont la bonté nos injures surpasse,
- Comme de Pere à fils vses-en doucement;
- Si i’avois moins failly, moindre seroit ta grace.
-
-
-II.
-
- Quand devot vers le Ciel j’ose lever les yeux,
- Mon cœur ravy s’emeut, & confus s’emerveille,
- Comment, dis-ie à part-moy, cette œuvre nompareille
- Est-elle perceptible à l’esprit curieux?
-
- Cet Astre ame du monde, œil vnique des Cieux,
- Qui travaille en repos, & jamais ne sommeille
- Pere immense du jour, dont la clarté vermeille,
- Produit, nourrit, recrée, & maintient ces bas lieux.
-
- Comment t’eblouïs-tu d’vne flamme mortelle,
- Qui du soleil vivant n’est pas vne étincelle,
- Et qui n’est devant luy sinon qu’obscurité?
-
- Mais si de voir plus outre aux Mortels est loisible,
- Croy bien, tu comprendras mesme l’infinité,
- Et les yeux de la foy te la rendront visible.
-
-
-III.
-
- Cependant qu’en la Croix plein d’amour infinie,
- Dieu pour nostre salut tant de maux supporta,
- Que par son juste sang nostre ame il racheta
- Des prisons où la mort la tenoit asservie,
-
- Alteré du desir de nous rendre la vie,
- I’ay soif, dit-il aux Iuifs; quelqu’vn lors apporta
- Du vinaigre, & du fiel, & le luy presenta;
- Ce que voyant sa Mere en la sorte s’écrie:
-
- Quoy! n’est-ce pas assez de donner le trepas
- A celuy qui nourrit les hommes icy bas,
- Sans frauder son desir, d’vn si piteux breuvage?
-
- Venez, tirez mon sang de ces rouges canaux,
- Ou bien prenez ces pleurs qui noient mon visage,
- Vous serez moins cruels, & i’auray moins de maux.
-
-
-
-
-COMMENCEMENT D’VN POEME SACRÉ.
-
-
- I’ay le cœur tout ravy d’vne fureur nouvelle,
- Or’ qu’en vn S. ouvrage vn S. Démon m’appelle,
- Qui me donne l’audace & me fait essayer
- Vn sujet qui n’a peû ma jeunesse effrayer.
- Toy, dont la providence en merveilles profonde,
- Planta dessus vn rien les fondemens du monde,
- Et baillant à chaque estre & corps, & mouvemens,
- Sans matiere donnas la forme aux Elemens;
- Donne forme à ma Verve, inspire mon courage;
- A ta gloire, ô Seigneur, i’entreprens cet ouvrage.
- Avant que le Soleil eust enfanté les Ans,
- Que tout n’estoit qu’vn rien, & que mesme le temps
- Confus n’estoit distinct en trois diverses faces,
- Que les Cieux ne tournoyent vn chacun en leurs places,
- Mais seulement sans temps, sans mesure, & sans lieu,
- Que seul parfait en soy regnoit l’Esprit de Dieu,
- Et que dans ce grand Vuide, en Majesté superbe,
- Estoit l’Estre de l’Estre en la vertu du Verbe;
- Dieu qui forma dans soy de tout temps l’Vnivers,
- Parla; quand à sa voix vn mélange divers...
-
-
-
-
-EPIGRAMME.
-
-
- Vialard, plein d’hypocrisie,
- Par sentences & contredits,
- S’estoit mis dans la fantaisie
- D’avoir mon bien & Paradis.
- Dieu se gard de chicanerie.
- Pour cela, je le sçay fort bien
- Qu’il n’aura ma chanoinerie:
- Pour Paradis ie n’en sçay rien.
-
-
-
-
-ODE SVR VNE VIEILLE MAQVERELLE.
-
-
- Esprit errant, ame idolastre,
- Corps verolé couuert d’emplastre,
- Aueuglé d’vn lascif bandeau,
- Grande Nymphe à la harlequine,
- Qui s’est brisé toute l’eschine
- Dessus le paué du bordeau,
-
- Dy-moy pourquoy, vieille maudite,
- Des Rufians la calamite,
- As-tu sitost quitté l’Enfer?
- Vieille à nos maux si preparée,
- Tu nous rauis l’aage dorée,
- Nous ramenant celle de fer.
-
- Retourne donc, ame sorciere,
- Des Enfers estre la portiere,
- Pars & t’en va sans nul delay
- Suyure ta noire destinée,
- Te sauuant par la cheminée,
- Sur ton espaule vn vieil balay.
-
- Ie veux que par tout on t’appelle
- Louue, chienne, ourse cruelle,
- Tant deçà que delà les monts,
- Ie veux de plus qu’on y adiouste:
- Voylà le grand Diable qui iouste
- Contre l’Enfer & les Demons.
-
- Ie veux qu’on crie emmy la ruë,
- Peuple, gardez-vous de la gruë
- Qui destruit tous les esguillons,
- Demandant si c’est aduenture,
- Ou bien vn effect de nature
- Que d’accoucher des ardillons.
-
- De cent clous elle fut formée,
- Et puis pour en estre animée,
- On la frotta de vif-argent:
- Le fer fut premiere matiere,
- Mais meilleure en fut la derniere,
- Qui fist son cul si diligent.
-
- Depuis honorant son lignage,
- Elle fit voir vn beau mesnage
- D’ordure & d’impudicitez,
- Et puis par l’excez de ses flames,
- Elle a produit filles & femmes
- Au champ de ses lubricitez.
-
- De moy tu n’auras paix ny tresue
- Que ie ne t’aye veuë en Greue,
- La peau passée en maroquin,
- Les os brisez, la chair meurtrie,
- Preste à porter à la voirie,
- Et mise au fond d’vn mannequin.
-
- Tu merites bien dauantage,
- Serpent dont le maudit langage
- Nous perd vn autre paradis:
- Car tu changes le Diable en Ange,
- Nostre vie en la mort tu change
- Croyant cela que tu nous dis.
-
- Ha dieux! que ie te verray souple,
- Lorsque le bourreau couple à couple
- Ensemble lira tes putains,
- Car alors tu diras au monde
- Que malheureux est qui se fonde
- Dessus l’espoir de ses desseins.
-
- Vieille sans dens, grande halebarde,
- Vieil baril à mettre moustarde,
- Grand morion, vieux pot cassé,
- Plaque de lict, corne à lanterne,
- Manche de luth, corps de guiterne,
- Que n’es-tu desià _in pace_.
-
- Vous tous qui malins de nature,
- En desirez voir la peinture,
- Allez-vous en chez le bourreau,
- Car s’il n’est touché d’inconstance,
- Il la faict voir à la potence,
- Ou dans la salle du bordeau.
-
-
-
-
-STANCES.
-
-
- Ma foy, ie fus bien de la feste
- Quand ie fis chez vous ce repas,
- Ie trouuay la poudre à la teste,
- Et le poyure vn bien peu plus bas.
-
- Vous me monstrez vn Dieu propice,
- Portant vn arc & vn brandon,
- Appelez-vous la chaude pisse
- Vne flesche de Cupidon?
-
- Mon cas, qui se leue & se hausse,
- Baue d’vne estrange façon,
- Belle, vous fournistes la sausse
- Lors que ie fournis le poisson.
-
- Las! si ce membre eust l’arrogance
- De foüiller trop les lieux sacrez,
- Qu’on luy pardonne son offence,
- Car il pleure assez ses pechez.
-
-
-
-
-EPIGRAMMES.
-
-
-I.
-
- Amour est vne affection
- Qui par les yeux dans le cœur entre,
- Puis par vne defluction
- S’escoule par le bas du ventre.
-
-
-II.
-
- Madelon n’est point difficile
- Comme vn tas de mignardes sont,
- Bourgeois & gens sans domicile
- Sans beaucoup marchander luy font,
- Vn chacun qui veut la racoustre,
- Pour raison elle dit vn poinct,
- Qu’il faut estre putain tout outre,
- Ou bien du tout ne l’estre point.
-
-
-III.
-
- Hier la langue me fourcha,
- Deuisant auec Anthoinette,
- Ie dis f..., & ceste finette
- Me fit la mine & se fascha.
- Ie descheus de tout mon credit,
- Et vis à sa couleur vermeille,
- Qu’elle aimoit ce que i’auois dit,
- Mais en autre part qu’en l’oreille.
-
-
-IV.
-
- Lors que i’estois comme inutile
- Au plus doux passe-temps d’Amour,
- I’auois vn mary si habile
- Qu’il me caressoit nuict & iour.
-
- Ores celuy qui me commande
- Comme vn tronc gist dedans le lict,
- Et maintenant que ie suis grande,
- Il se repose iour & nuict.
-
- L’vn fut trop vaillant en courage,
- Et l’autre est trop alangoury,
- Amour, rends-moy mon premier aage,
- Ou rends moy mon premier mary!
-
-
-V.
-
- Dans vn chemin vn pays trauersant
- Perrot tenoit sa Iannette accollée,
- Si que de loin aduisant vn passant,
- Il fut d’aduis de quitter la meslée,
- Pourquoy fais-tu, dict la garce affolée,
- Tresue du cu, ha! dit-il, laisse moy,
- Ie voy quelqu’vn, c’est le chemin du Roy.
- Ma foy, Perrot, peu de cas te desbauche.
- Il n’est pas faict plustost comme ie croy,
- Pour vn pieton que pour vn qui cheuauche.
-
-
-VI.
-
- Lizette à qui l’on faisoit tort,
- Vint à Robin toute esplorée,
- Ie te prie donne-moy la mort,
- Que tant de fois i’ay desirée.
- Luy, qui ne la refuse en rien,
- Tire son... vous m’entendez bien,
- Et au bout du ventre il la frappe.
- Elle qui veut finir ses iours,
- Luy dit, mon cœur, pousse tousiours,
- De crainte que ie n’en réchappe:
- Mais Robin, las de la seruir,
- Craignant vne nouuelle plainte,
- Luy dit, haste-toy de mourir,
- Car mon poignard n’a plus de pointe.
-
-
-
-
-STANCES.
-
-
- Si vostre œil tout ardant d’amour & de lumiere,
- De mon cœur votre esclaue est la flamme premiere,
- Que comme vn Astre sainct ie reuere à genoux,
- Pourquoy ne m’aymez-vous?
-
- Si vous que la beauté rend ores si superbe,
- Deuez comme vne fleur qui flestrit dessus l’herbe,
- Esprouuer des saisons l’outrage & le courroux,
- Pourquoy ne m’aymez-vous?
-
- Voulez-vous que vostre œil en amour si fertille,
- Vous soit de la nature vn present inutille?
- Si l’Amour comme vn Dieu se communique à tous,
- Pourquoy ne m’aymez-vous?
-
- Attendez-vous vn iour qu’vn regret vous saisisse?
- C’est à trop d’interest imprimer vn supplice.
- Mais puis que nous viuons en vn aage si doux,
- Pourquoy ne m’aymez-vous?
-
- Si vostre grand’ beauté toute beauté excelle,
- Le Ciel pour mon malheur ne vous fit point si belle:
- S’il semble en son dessein auoir pitié de nous,
- Pourquoy ne m’aymez-vous?
-
- Si i’ay pour vous aymer ma raison offensée,
- Mortellement blessé d’vne flesche insensée,
- Sage en ce seul esgard que i’ay beny les coups,
- Pourquoy ne m’aymez-vous?
-
- La douleur m’estrangeant de toute compagnie,
- De mes iours malheureux a la clarté bannie,
- Et si en ce malheur pour vous ie me resous,
- Pourquoy ne m’aymez-vous?
-
- Fasse le Ciel qu’en fin vous puissiez recognoistre
- Que mon mal a de vous son essence & son estre:
- Mais Dieu puis qu’il est vray, yeux qui m’estes si doux,
- Pourquoy ne m’aymez-vous?
-
-
-
-
-COMPLAINTE.
-
-Stances.
-
-
- Vous qui violentez nos volontez subiectes,
- Oyez ce que ie dis, voyez ce que vous faictes:
- Plus vous la fermerez, plus ferme elle sera,
- Plus vous la forcerez, plus elle aura de force.
- Plus vous l’amortirez, plus elle aura d’amorce,
- Plus elle endurera, plus elle durera.
-
- Cachez-la, serrez-la, tenez-la bien contrainte,
- L’atache de nos cœurs d’vne amoureuse estraincte
- Nous couple beaucoup plus que l’on ne nous desioinct;
- Nos corps sont desunis, nos ames enlacees,
- Nos corps sont separez & non point nos pensees:
- Nous sommes desunis, & ne le sommes point.
-
- Vous me faictes tirer profit de mon dommage,
- En croissant mon tourment vous croissez mon courage;
- En me faisant du mal vous me faictes du bien,
- Vous me rendez content me rendant miserable,
- Sans vous estre obligé ie vous suis redeuable,
- Vous me faictes beaucoup & ne me faictes rien.
-
- Ce n’est pas le moyen de me pouuoir distraire,
- L’ennemy se rend fort voyant son aduersaire,
- Au fort de mon malheur ie me roidis plus fort.
- Ie mesure mes maux auecques ma constance:
- I’ay de la passion & de la patience,
- Ie vis iusqu’à la mort, i’ayme iusqu’à la mort.
-
- Bandez vous contre moi: que tout me soit contraire,
- Tous vos efforts sont vains, & que pourrez-vous faire?
- Ie sens moins de rigueur que ie n’ay de vigueur.
- Comme l’or se rafine au milieu de la flamme,
- Ie despite ce feu où i’espure mon ame,
- Et vay contre-carrant ma force & ma langueur.
-
- Le Palmier genereux, d’vne constante gloire
- Tousiours s’opiniastre à gaigner la victoire,
- Qui ne se rend iamais à la mercy du poids,
- Le poids le faict plus fort & l’effort le renforce,
- Et surchargeant sa charge on renforce sa force.
- Il esleue le faix en esleuant son bois.
-
- Et le fer refrappé sous les mains résonnantes
- Deffie des marteaux les secousses battantes,
- Est battu, combattu & non pas abbatu,
- Ne craint beaucoup le coup, se rend impenetrable,
- Se rend en endurant plus fort & plus durable,
- Et les coups redoublez redoublent sa vertu,
-
- Par le contraire vent en soufflantes bouffées
- Le feu va ratisant ses ardeurs estouffées:
- Il bruit au bruit du vent, souffle au soufflet venteux,
- Murmure, gronde, cracque à longues hallenees,
- Il tonne, estonne tout de flammes entonnees:
- Ce vent disputé bouffe & bouffit despiteux.
-
- Le faix, le coup, le vent, roidit, durcit, embraze
- L’arbre, le fer, le feu par antiperistase.
- On me charge, on me bat, on m’esuente souuent.
- Roidissant, durcissant & bruslant en mon ame,
- Ie fais comme la palme & le fer & la flamme
- Qui despite le faix & le coup & le vent.
-
- Le faix de mes trauaux esleue ma constance,
- Le coup de mes malheurs endurcit ma souffrance,
- Le vent de ma fortune attise mes desirs.
- Toy pour qui ie patis, subiect de mon attente,
- O ame de mon ame, sois contente & constante,
- Et ioyeuse iouys de mes tristes plaisirs.
-
- Nos deux corps sont à toy, ie ne suis plus que d’ombre,
- Nos ames sont à toy, ie ne sers que de nombre,
- Las, puis que tu es tout, & que ie ne suis rien,
- Ie n’ay rien en t’ayant, ou i’ay tout au contraire.
- Auoir, & rien, & tout, comme se peut-il faire?
- C’est que i’ay tous les maux, & ie n’ay point de bien.
-
- I’ay vn ciel de desirs, vn monde de tristesse,
- Vn vniuers de maux, mille feux de détresse,
- I’ay vn ciel de sanglots & vne mer de pleurs,
- I’ay mille iours d’enuis, mille iours de disgrace,
- Vn printemps d’esperance, & vn hyuer de glace,
- De souspirs vn automne, vn esté de chaleurs.
-
- Clair soleil de mes yeux, si ie n’ay ta lumiere,
- Vne aueugle nuee enuite ma paupiere,
- Vne pluie de pleurs decoule de mes yeux,
- Les clairs esclairs d’amour, les esclats de son foudre
- Entrefendent mes nuicts & m’ecrasent en poudre:
- Quand i’entonne mes cris, lors i’estonne les Cieux.
-
- Vous qui lisez ces vers larmoyez tous mes larmes,
- Souspirez mes souspirs vous qui lisiez mes Carmes,
- Car vos pleurs & mes pleurs amortiront mes feux,
- Vos souspirs, mes souspirs animeront ma flame,
- Le feu s’estaint de l’eau & le soufle l’enflamme.
- Pleurez doncques tousiours & ne souspirez plus.
-
- Tout moite, tout venteux, ie pleure, ie souspire
- Pour esteignant mon feu, amortir le martyre,
- Mais l’humeur est trop loing, & le soufle trop pres.
- Le feu s’esteint soudain, soudain il se renflamme.
- Si les eaux de mes pleurs amortissent ma flamme,
- Les vents de mes desirs la ratisent apres.
-
- La froide Sallamandre au chaud antipatique,
- Met parmy le brasier sa froideur en pratique,
- Et la bruslante ardeur n’y nuict que point ou peu;
- Ie dure dans le feu comme la Sallamandre,
- Le chaud ne la consomme, il ne me met en cendre,
- Elle ne craint la flamme, & ie ne crains le feu.
-
- Mais elle est sans le mal, & moy sans le remede,
- Moi extremement chaud, elle extremement froide,
- Si ie porte mon feu, elle porte son glas,
- Loing ou pres de la flamme, elle ne craint la flamme,
- Ou pres ou loing du feu, i’ay du feu dans mon ame,
- Elle amortit son feu, & ie ne l’esteins pas.
-
- Belle ame de mon corps, bel esprit de mon ame,
- Flamme de mon esprit & chaleur de ma flamme,
- I’enuie tous les vifs, i’enuie tous les morts,
- Ma vie, si tu veux, ne peut estre rauie,
- Veu que ta vie est plus la vie de ma vie
- Que ma vie n’est pas la vie de mon corps.
-
- Ie vis par & pour toy ainsi que pour moy mesme,
- Tu vis par & pour moy ainsi que pour toy mesme:
- Nous n’auons qu’vne vie & n’auons qu’vn trespas.
- Ie ne veux pas ta mort, ie desire la mienne,
- Mais ma mort est ta mort, & ma vie est la tienne,
- Aussi ie veux mourir & ie ne le veux pas.
-
-
-
-
-STANCES POVR LA BELLE CLORIS.
-
-
- Si le bien qui m’importune
- Peut changer ma condition,
- Le changement de ma fortune
- Ne finit pas ma passion.
-
- Mon amour est trop legitime,
- Pour se rendre à ce changement,
- Et vous quitter seroit vn crime
- Digne d’vn cruel chastiment.
-
- Vous avez dessus moy, madame,
- Vn pouuoir approuué du temps,
- Car les vœux que i’ay dans mon ame
- Seruent d’exemple aux plus contents.
-
- Quelque force dont on essaye
- D’assubiettir ma volonté,
- Ie beniray tousiours la playe
- Que ie sens par vostre beauté.
-
- Ie veux que mon amour fidelle
- Vous oblige autant à m’aymer
- Comme la qualité de belle
- Vous faict icy bas estimer.
-
- Mon ame à vos fers asseruie,
- Et par amour, & par raison,
- Ne peut consentir que ma vie
- Sorte iamais de sa prison.
-
- N’adorant ainsi que vos chaisnes,
- Ie me plais si fort en ce lien,
- Qu’il semble que parmy mes peines
- Mon ame gouste quelque bien.
-
- Vos vœux où mon ame se fonde,
- Me seront à iamais si chers
- Que mes vœux seront en ce monde
- Aussi fermes que des rochers.
-
- Ne croyez donc pas que ie laisse
- Vostre prison qui me retient,
- Car iamais vn effect ne cesse,
- Tant que la cause le maintient.
-
-
-
-
-EPIGRAMMES.
-
-
-I.
-
- Faut auoir le cerueau bien vide
- Pour brider des Muses le Roy;
- Les Dieux ne portent point de bride,
- Mais bien les asnes comme toy.
-
-
-II.
-
- Le violet tant estimé
- Entre vos couleurs singulieres,
- Vous ne l’auez iamais aimé,
- Que pour les deux lettres premieres.
-
-
-III.
-
- L’argent, tes beaux iours & ta femme
- T’ont fait ensemble vn mauuais tour,
- Car tu pensois au premier iour
- Que Ieanneton deust rendre l’ame.
- Estant ieune & bien aduenant,
- Tu tromperois incontinent
- Pour ton argent vne autre dame.
- Mais, Iean, il va bien autrement:
- Ta ieunesse s’est retirée,
- Ton bien s’en va tout doucement,
- Et ta vieille t’est demeurée.
-
-
-IV.
-
- Quelque moine de par le monde
- Preschoit vn iour dans vne pippe,
- Et par le pertuis de la bonde,
- Paroissoit vn bout de sa trippe.
- Gardons nous bien qu’il ne nous pippe,
- Dirent les Dames en riant.
- Lors dict le prescheur en criant,
- Tout remply de courroux & d’ire,
- Tout beau, paix là, laissez moy dire,
- Ou par Dieu vous irez dehors,
- Que le diable qui vous fait rire,
- Vous puisse entrer dedans le corps.
-
-
-V.
-
-TOMBEAV D’VN COVRTISAN.
-
- Vn homme gist sous ce tombeau,
- Qui ne fut vaillant qu’au bordeau,
- Mais au reste plein de diffame:
- Ce fut, pour vous le faire court,
- Vn Mars au combat de l’amour,
- Au combat de Mars vne femme.
-
-
-
-
-APPENDICE.
-
-
-POUR M. LE DAUPHIN.
-
- Delos flottant sur l’onde s’agitoit
- Ains que Phebus en elle eust pris naissance;
- Ainsy la France en l’orage flottoit
- Lorsque naquit vn soleil à la France.
- Sainte Latonne, ardent but de nos vœux,
- Par ta vertu si chaste & si feconde,
- Pour assurer la terre à ses nepueux,
- De petits dieux tu repeuples le monde,
- Et, relevant notre empire abattu
- Tu le remets en sa base si ferme,
- Qu’estant sans fin, ainsi que ta vertu
- Il n’est du Ciel limité d’aucun terme.
-
-
-SUR UN LIVRE DU LEGER ET DU PESANT
-
-Fait par le CARDINAL DU PERRON.
-
- Cher lecteur, ce livre present
- Est du leger & du pesant,
- Mais il a, pour en bien iuger,
- Moins de pesant plus de leger.
-
-
-SUR LA TRADUCTION DU LIVRE DE L’ENEIDE
-
-Par le même CARDINAL.
-
- Au lieu de precher l’Evangile
- Il traduit les vers de Virgile.
-
-
-DU CARDINAL DU PERRON.
-
- Quand Paris fors Enone, aymera rien au monde,
- Xante retournera contre son propre cours.
- Xante, retourne donc contre le flus de l’onde:
- Paris delaisse Enone, & fait d’autres amours.
-
-
-EPIGRAMME.
-
- Quand il disne il tient porte close,
- Elle est fermee aux survenans,
- Et toute nuit quand il repose,
- Elle est ouverte à tous venans.
- Ie ne l’ay pas desagreable,
- C’est à luy sagement vescu,
- Toutefois ce n’est pas à table,
- C’est au lit qu’on le fait cocu.
-
-
-
-
-NOTES ET VARIANTES
-
-
-
-
-NOTES ET VARIANTES.
-
-
-Les éditions des Satires de Regnier, publiées du vivant de l’auteur,
-étant fort rares, il ne paraît pas hors de propos de donner le titre de
-chacune d’elles en même temps qu’une description sommaire du volume.
-Voici donc, par ordre de date, la courte liste de ces éditions:
-
-
-Les premieres oeuures de M. Regnier. Au Roy. A Paris, Chez Toussaincts
-du Bray, rue sainct-Iacques, aux Espies murs, & en sa boutique au
-Palais, en la gallerie des prisonniers. M.DC.VIII. Auec priuilege du
-Roy.
-
-In-4º de 45 ff. plus 8 pages lim. non numérotées, titre compris.
-
-Au verso du titre se trouve l’épigraphe:
-
- Verùm, vbi plura nitent in Carmine, non ego paucis
- Offendar maculis.
-
-Cette particularité subsiste à la même place dans toutes les éditions
-originales.
-
-Vient ensuite après l’Épître limineaire & l’Ode à Regnier, le privilége
-du Roy, donné au poëte pour six ans. Il est daté de Paris le 23 avril
-1608. Au pied de ce document on lit la mention suivante:
-
-Et ledit sieur Regnier a permis, & permet, concent & accorde, que
-Toussaincts du Bray, marchant Libraire à Paris, Imprime ou face
-Imprimer, vende & distribue & Iouisse dudit Priuilege, ainsi qu’il a été
-accordé entre eux. Fait ce 13. may 1608.
-
-Au dos du 4e ff. lim. se trouve l’épigr.:
-
- Difficile est satyram non scribere.
-
-Cette édition contient dix satires, plus le Discours au Roy. Au folio
-15, verso, se trouve la satire adressée à Bertault, evesque de Sées,
-dont le nom imprimé par erreur: Betault, est habituellement couvert d’un
-bandeau rectificatif.
-
-Les fleurons des pages 2 lim., 12, 16, 21, 26, 28, 33, 38 & 41, portent
-le nom de Gabriel Buon, d’où l’on peut conclure que Toussaincts du Bray
-était en relations particulières avec l’éditeur de Ronsard.
-
-
-Les Satyres du Sieur Regnier. Reueues & augmentées de nouueau: Dediées
-au Roy. A Paris, chez Toussaint du Bray, &c. M.DC.IX. Avec priuilege du
-Roy.
-
-In-8º de 133 pages, plus 4 ff. non chiff., tit. comp.
-
-On lit à la fin de ce volume, avant le privilége qui est le même que
-celui de l’édition originale:
-
-De l’imprimerie de P. Pautonnier, au mont Sainct-Hilaire.
-
-Les satires sont disposées dans l’ordre adopté en 1608. Il convient
-d’observer toutefois que la Xe satire, adressée à Freminet, devient ici
-la XIIe, par l’intercalation de deux pièces nouvelles que Brossette a
-intitulées _le Souper ridicule_ & _le Mauvais Giste_. Ainsi, dans la
-présente édition, elles font suite à la satire dédiée à Rapin.
-
-
-Les Satyres du Sieur Regnier, &c. (même titre que ci-dessus). M.DC.XII.
-Auec priuilege du Roy.
-
-In-8º de 80 ff., savoir: 8 pages lim. non chiffr., tit. comp.; 68 (imp.
-66) ff. numér. & 8 ff. postlim. non num.; ces derniers feuillets
-contenant le Discours au Roy & le privilége du 23 avril 1608.
-
-Cette édition renferme, dans l’ordre suivi pour celle de 1609, douze
-pièces à la suite desquelles se trouve, fº 63, la XIIIe satire: Macette,
-qui paraissait alors pour la première fois. Nous signalons plus bas les
-variantes du texte original.
-
-Il faut remarquer en outre que des pages 1 à 47 & 51 à la fin de
-l’Epistre au Roy, l’édition de 1612 contient page pour page le même
-nombre de vers. On pourrait croire à une réimpression exacte, si les
-fleurons, les titres, & enfin, ce qui est plus important, le texte,
-n’offraient des différences bien marquées.
-
-
-Les Satyres du Sieur Regnier. Reueuës, &c. Paris, M.DC.XIII. Auec
-priuilege du Roy.
-
-In-8º de 93 ff., plus 8 pages non num., tit. comp. Priuilege à la fin
-comme dans 1609.
-
-Cette édition contient de plus que la précédente, à la suite de la
-satire de Macette & avant le Discours au Roy, dix-sept pièces: les
-satires XIV & XV, la suivante adressée à monsieur de Forquevaus, la
-satire XVII, les deux _Élégies Zelotipiques_, celle _sur l’Impuissance_,
-le Sonnet _sur le trespas de monsieur Passerat_, _les Stanses_ (sur le
-choix des divins oiseaux), _la C. P._, les épigrammes _sur le portraict
-d’un poéte couronné_, les stances _contre vn amoureux transy_, & enfin
-cinq _Quatrains_ satiriques.
-
-Parmi ces pièces, deux avaient déjà été publiées: la première, sur le
-trespas de Passerat, dans le Recueil des œuvres poétiques de Ian
-Passerat. Paris, 1606; la seconde sur le choix des divins oiseaux avait
-paru anonyme dans les Muses gaillardes, recueillies des plus beaux
-esprits de ce temps. Paris, Anthoine du Breuil, 1609.
-
-La plupart des bibliographes, se référant à la date de ce volume plutôt
-qu’aux singularités du texte & au classement des pièces, ont cru pouvoir
-affirmer que cette édition des satires était la dernière publiée du
-vivant de l’auteur.
-
-Nous avons, dans la dernière partie de la notice placée en tête du
-présent volume, exposé les raisons d’après lesquelles il y a tout lieu
-de croire que Regnier était mort depuis quelques mois au moment où ses
-satires furent publiées par l’un de ses plus intimes amis.
-
-
-Page 8.
-
-Motin (Pierre), né à Bourges. Ce poëte, ami de Regnier, a laissé de
-nombreuses pièces de vers éparses dans les anthologies publiées au
-commencement du XVIIe siècle. M. Tricotel a donné la liste des recueils
-contenant des vers de Motin, dans ses _Variétés bibliographiques_, &
-l’on peut se convaincre par cette énumération que le poëte en question
-jouissait d’une grande vogue. Motin mourut vers 1615, comme il paraît
-résulter des vers de son neveu Bonnet, dans les _Délices de la Poesie
-françoise_ de F. de Rosset.
-
-
-S. I, p. 10, v. 15.
-
-Auiourd’huy que ton fils.--Le Dauphin, qui fut plus tard Louis XIII, né
-à Fontainebleau le 27 septembre 1601.
-
-
--- v. 21.
-
-Il luy trousse les bras _de_ meurtres entachés, 1608 & 1609; _des_
-meurtres, 1612 & 1613.
-
-
-Page 12, v. 21.
-
-I’imite les Romains encore _ieunes_ d’ans, 1608 & 1613; _ieune_ d’ans,
-1609 & 1612.
-
-
--- v. 28.
-
-Aussi que les vertus _florissent_ en cest’ age, 1608; _fleurissent_,
-1609 & 1612.
-
-
-Page 13, v. 6.
-
-Sinon qu’en sa bisarrerie, 1608 & 1609; sinon en, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 30.
-
-Que Parnasse _m’adopte_, 1608 & 1609; _m’adore_, 1612 & 1613.
-
-
-S. II, p. 14.
-
-A monsieur le Cte de _Caramain_, 1608; de _Garamain_, 1609 à 1613.
-
-Cette permutation était fréquente dans les noms propres comme dans les
-noms communs, au commencement aussi bien que dans le corps des mots. On
-écrivait crotesque & intriques pour grotesque & intrigues. Dans les
-éditions des Satyres de Regnier de 1609 & 1612, on trouve (S. X)
-tronguez & quignon pour tronquez & guignon.
-
-Adrien de Montluc-Montesquiou, comte de Cramail, petit-fils du maréchal
-de Montluc, né en 1568, mort en 1646. Compromis lors de la journée des
-Dupes, il passa douze ans à la Bastille. On a de lui _les Jeux de
-l’inconnu_ (1630), _l’Infortune des filles de Ioie_ & _la Comedie des
-Proverbes_ (1633).
-
-
--- v. 9.
-
-Qu’elle ait _séche_ la chair, 1608; _seché_, 1609 à 1613.
-
-
-Page 15, v. 29.
-
-Pour moy si mon habit par tout _cycatrisé_, 1608; _cicatrisé_, 1609 &
-1612; _cicatricé_, 1613.
-
-
-Page 16, v. 7.
-
-En la court d’vn Prelat.
-
-Brossette a supposé qu’il s’agissait ici du cardinal de Joyeuse. Cette
-hypothèse, justifiée par le grand luxe du cardinal, & les liaisons de
-Desportes avec le frère aîné du prélat, Anne de Joyeuse, tué à Coutras,
-a été depuis présentée comme un fait certain par Niceron & les éditeurs
-de Regnier, sans autre indice à l’appui.
-
-
--- v. 31.
-
-Qui reléve vn pédant de nouueau baptisé.
-
-Ce pédant nous semble être Duperron, dont la fortune, faite par
-Desportes, a dû plus d’une fois surprendre Regnier. Duperron, né à Berne
-en 1556, fut en effet converti au catholicisme par Desportes, & par son
-savoir comme par l’appui de son directeur, le nouveau catéchumène devint
-confesseur de Henri III. Il prit ensuite part à la conversion d’Henri
-IV, qui le nomma évêque d’Evreux en 1591. Il devint enfin cardinal en
-1604.
-
-
-Page 17, v. 16.
-
-Et chacun _à_ son dire; _en_ son dire, 1609 à 1613.
-
-
--- v. 22.
-
-De Socrate à ce point l’_arrest_; l’_oracle_, 1609 à 1613.
-
-
-Page 18, v. 18.
-
-Au pris de la vertu _n’estime_ point les hommes, 1608 & 1613;
-_n’estiment_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 22.
-
-_S’assiessont_ en Prelats, 1608 à 1612; _s’assient_, 1613.
-
-
--- v. 24.
-
-Semblent auoir des yeux regret au _demourant_; _demeurant_, 1609 & 1613.
-
-
-Page 19, v. 6.
-
-Meditant vn sonnet, medite _vne_ Euesché; _vn_ Euesché, 1609 à 1613.
-
-
-Page 19, v. 27.
-
-Mais pourtant _quelque_ esprit, 1608 & 1613; _quel_ esprit, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 28.
-
-Sçait _trier_ le sçauoir, 1608 & 1609; sçait _tirer_, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 34.
-
-De race en race au peuple vn ouurage _fais_ voir; _fait_ voir, 1609.
-
-
-Page 20, v. 4.
-
-Ne couche _de rien_ moins que l’immortalité; ne couche _de rien_ moins
-_de_, 1609 & 1612, ne _touche de rien_ moins _de_, 1613.
-
-_Touche_ au lieu de _couche_ constitue une faute typographique assez
-fréquente au XVIe siècle. On lit dans les Odes d’Olivier de Magny,
-Paris, 1559, fº 45 vº _in fine_:
-
- Luy que iadis Calliope
- Sur le mont à double trope (crope)
- Combla de ses douceurs.
-
-Dans Regnier même, édition de 1612, on trouve, sat. XI:
-
- Fist il auec son arc quinaude la Nature.
-
-_Moins de_, _plus de_ s’employaient concurremment avec _moins que_,
-_plus que_:
-
- Or te ferai apercevoir
- Que ge sai plus de toi assez
- Et si fu mieldres menestrez
- De toi...
-
-_Recueil général des Fabliaux._ Paris, 1871. Tome I, p. 7. Des deux
-bordeors.
-
-Regnier a dit aussi: Et de mal discourir il vaut bien mieux se taire (S.
-III).
-
-La bonne leçon est donc: Ne couche de rien moins que (ou de)
-l’immortalité.
-
-
--- v. 18.
-
-Tous ses papiers seruir à la _chaire_ percée, 1608; _chaise_ percée,
-1609 & 1613.
-
-
-Page 20, v. 24.
-
-Selon que le requiert ou l’age ou la santé, 1612 & 1613; _et_ selon que,
-1603.
-
-
--- v. 26.
-
-Ie n’ay comme ce Grecq des Dieux grand interprete.
-
-Hésiode, auteur d’une théogonie où il expose la généalogie & les amours
-des dieux.
-
-
--- v. 30.
-
-Resuant comme vn oyson _qu’on mene_ à la pature; _allant_ à la pature,
-1609 à 1613.
-
-Variante vicieuse qui répète le mot _allant_ du vers antérieur.
-
-
-Page 21, v. 9.
-
-Mais retournons à nous, & _sages_ deuenus, 1613; & _sage_ deuenus, 1608
-& 1612.
-
-
-S. III, p. 22.
-
-Cœuvres (Marquis de), François-Annibal d’Estrées, né en 1573, mort en
-1670, frère de Gabrielle; il fut nommé évêque de Noyon à vingt & un ans,
-puis, douze années plus tard, en 1626, il devint maréchal de France.
-
-
-Page 23, v. 28.
-
-Estant serf _du desir d’aprendre_ & de sçauoir; _du desir, d’aprendre_,
-1609.
-
-
--- v. 34.
-
-Si la science pauure, affreuse _est_ mesprisée, 1608; affreuse _&_
-mesprisée, 1609 à 1613.
-
-
-Page 24, v. 3.
-
-Et si _lon nest_ docteur sans prendre ses degrés; si _l’on n’est_, 1612
-& 1613.
-
-_Nest_ pour _naist_, comme plus loin, p. 61, v. 23, _tresne_ pour
-_traisne_. La véritable leçon paraît être: _Si l’on est_.
-
-
--- v. 10.
-
-En credit esleuez ils disposent _de_ tout, 1608 & 1613; _du_ tout, 1609
-& 1612.
-
-
-Page 24, v. 22.
-
-Entre l’espoir du bien, & la peur du _danger_ de froisser...; du
-_danger_, 1609 & 1612.
-
-
-Page 25, v. 8.
-
-Et le surnom de bon me _va t’on_ reprochant, correction; 1608 donne
-_tou_ pour _ton_. Cette inversion est très-fréquente chez notre poëte:
-
- Et moins avance t’on.
-
-(S. XI.)
-
- Et change la nature
- De sept ans en sept ans nostre temperature.
-
-(S. V.)
-
-D’autre part, 1609, 1612 & 1613 portent: Et le surnom de bon me va
-_tout_ reprochant.
-
-Cette dernière leçon est correcte. Le vers devient moins dur; mais la
-pensée perd en précision.
-
-
--- v. 24.
-
-Offrir tout de la bouche & d’vn _propos_ menteur; _repos_, 1613.
-
-
--- v. 29.
-
-Ainsi qu’asnes ces gens sont _tout_ vestus de gris; _tous_ vestus, 1609
-à 1613.
-
-
-Page 26, v. 27.
-
-N’est plus rien qu’_vne_ idolle; _vn_ idole, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 34.
-
-Il faut estre trop _pront_, escrire à tout propos, 1608 & 1612; trop
-_prompt_ à escrire, 1613.
-
-
-Page 29, v. 15.
-
-_Compere_, ce dit-il, 1608 & 1609;--_Et comme_, 1612 & 1613. Faute
-évidente due au vers précédent & au suiuant qui tous deux commencent par
-Et comme.
-
-
--- v. 19.
-
-Et d’vn œil innocent il couuroit _sa_ pensée, 1608 & 1612; _la_ pensée,
-1613.
-
-
-Page 29, v. 32.
-
-N’en deplaise aux Docteurs, Cordeliers, _Iacopins_; _Iacobins_, 1609 à
-1613.
-
-
-Page 30, v. 14.
-
-Et qui morts _nous_ profite; même leçon en 1609 & 1612; _ne_ profite,
-1613.
-
-
-Page 31, v. 2.
-
-Puis qu’en ce monde icy on _n’en faict differance_; on _en fait
-difference_, 1613.
-
-
--- v. 15.
-
-_De_ tout, peut estre en fin; _du_ tout, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 19.
-
-... Sinon _de dire voire_, 1609 à 1613, sinon _dire voire_, 1608.
-
-
--- v. 23.
-
-Puis que pauure & _quémande_, 1608 à 1612; _quaymande_, 1613.
-
-
-Page 32, v. 1.
-
-I’aurais vn beau _teston_, 1608 & 1613; vn beau _teton_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 15.
-
-S’auancer par _cet’_ art; _cet_ art, 1609 à 1613.
-
-
--- v. 21.
-
-S’acorde d’_armonie_; s’acorde d’_harmonies_, 1612.
-
-
--- v. 25.
-
-D’vn autre œil nous verrons les _fieres_ destinées, 1608 à 1612; les
-_hautes_ destinées, 1613.
-
-
-Page 33, v. 15.
-
-Qui sert de fable au peuple, _aux plus grands_ de risée; & _aux grands_,
-1612 à 1613.
-
-
-Page 33, v. 25.
-
-Apollon est gené par _de_ sauuages loix; _des_ sauuages loix, 1609 à
-1613.
-
-
--- v. 31.
-
-Les poetes plus _espais_; _espois_, 1612 & 1613.
-
-
-Page 34, v. 27.
-
-Qu’ils ont tiré _cet’_ art; _cet_ art, 1609 à 1613.
-
-
-Page 35, v. 8.
-
-Et que c’est mon amy, vn _gremoire_ & des mots; vn _grimoire_, 1609 à
-1613.
-
-
--- v. 11.
-
-Mon tans en _cent caquets_, 1609 à 1613; _ces caquets_, 1608.
-
-
--- v. 14.
-
-Doncq’ sans mettre _l’enchere_; mettre _enchere_, 1609 à 1613.
-
-
-S. V, p. 36.
-
-Bertault (Jean), né à Caen en 1552, mort en 1611. Secrétaire & lecteur
-de Henri III dès 1577, il devint abbé d’Aulnay au diocèse de Bayeux en
-1594, & premier aumônier de Marie de Médicis en 1600. Enfin, en 1606, il
-fut nommé évêque de Sées.
-
-
--- v. 5.
-
-_Chaque fat_ a son sens, correction; _à_ son sens, 1608 & 1609; _chasque
-fait_ à son sens, 1612; _chasqu’vn fait_ à son sens, 1613.
-
-
--- v. 17.
-
-Et disent, ô chetifs _qui_ mourant sur vn liure; _que_ mourant, 1609 à
-1613.
-
-
-Page 37, v. 3.
-
-Comme la mort vous fait, la taigne _le_ deuore; _vous_ deuore, 1609 à
-1613.
-
-
--- v. 14.
-
-Digerent _la_ viande; _leur_ viande, 1609 à 1613.
-
-
-Page 37, v. 20.
-
-De la douce liqueur _roussoyante_ du ciel; _rosoyante_, 1609 à 1613.
-
-
--- v. 28.
-
-Or sans me tourmenter _des_ diuers apetis, 1608; _de_ diuers apetis,
-1612 & 1613.
-
-
-Page 38, v. 2.
-
-C’est ce qui _m’en deplaist_; _me desplaist_, 1609 à 1613.
-
-
--- v. 5.
-
-Qui dans le four l’Euesque _enterine_ sa grace; _entherine_, 1609 à
-1613.
-
-
--- v. 11.
-
-Et _que_ iamais sergent, 1608 & 1613; & _qui_ iamais, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 20.
-
-_Scaures_ du temps present; _Sçaurez_, 1609 à 1613.
-
-
--- v. 34.
-
-Et ores on contraire, on _m’obiecte_ à peché, 1608 & 1609; on
-_m’abiecte_, 1612 & 1613.
-
-
-Page 39, v. 5.
-
-_Au vif_ entendement; _en cet_ entendement, 1609 à 1613.
-
-
--- v. 11.
-
-_Et_ brauant les faueurs; _En_ brauant, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 22.
-
-Chaque age a ses façons & change _la_ Nature; _de_ nature, 1609 à 1613.
-
-
--- v. 26.
-
-_Auecq’ l’age_ s’altere, 1608 & 1612; _auec l’ame_, 1613.
-
-
-Page 40, v. 13.
-
-Et d’vn cœur obstiné _se heurte_ à ce qu’il aime, 1612 & 1613;
-_s’heurte_ à ce qu’il aime, 1608.
-
-Page 40, v. 25.
-
-Imbecile, _douteux_, 1608 & 1612; _douteur_, 1613.
-
-
-Page 41, v. 31.
-
-Gouuernoit vn enfant & _faisant_ le preud’homme; _faisoit_, 1609 à 1613.
-
-
-Page 42, v. 1.
-
-De son pedant qu’il fut, _deuient_ son maquereau, 1608 & 1612; _deuint_
-son maquereau, 1613.
-
-
--- v. 16.
-
-Peres des siecles vieux, _exemple_ de la vie, 1608 & 1612; _exemples_,
-1613.
-
-
--- v. 32.
-
-Et _de_ façons nouuelles, 1608 & 1612; & _des_ façons, 1613.
-
-
-Page 43, v. 5.
-
-Sçait escrire & porter les vers, & _les_ poulets; _tes_ poulets, 1612.
-
-
-S. VI, p. 44.
-
-Béthune (Philippe de), comte de Selles, 1561-1649. Frère puîné de Sully,
-il fut chargé d’ambassades importantes en Écosse & à Rome. Louis XIII
-l’envoya en Autriche. Il fut gouverneur de Gaston d’Orléans. On trouve
-dans les manuscrits de la Bibl. nat., nº 3484 f. fr., les instructions
-dont il fut pourvu avant son départ, le 23 août 1501.
-
-
--- v. 5.
-
-Où comme _au_ grand Hercule; _vn_ grand hercule, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 8.
-
-Tissu _bijarement_; _bigarrement_, 1609 à 1613.
-
-
-Page 45, v. 4.
-
-Je ne veux qu’à mes vers _vostre_ Honneur se derobe; _nostre_, 1612 &
-1613.
-
-
-Page 46, v. 25.
-
-A toy qui des ieunesse apris en son _escolle, As adoré_ l’honneur, 1608
-& 1612; appris en son _escole A adorer_, 1613.
-
-
-Page 47, v. 1.
-
-L’honneur que soubs faux titre habite _auecque_ nous; _auecq’_ nous,
-1609 à 1612.
-
-
--- v. 7.
-
-Qui nous veut faire entendre en _ses_ vaines chimeres; _ces_ vaines,
-1609 à 1613.
-
-
-Page 48, v. 3.
-
-Que la terre de soy le _fourment_ raportoit, 1608 & 1609; le _froment_,
-1612 & 1613.
-
-
--- v. 24.
-
-Qui de l’auoir d’autruy ne se _soulent_ iamais, 1608 & 1609; se
-_saoulent_, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 27.
-
-D’où naquit le _Bordeau_, 1608 & 1609; le _bourdeau_, 1612 & 1613.
-
-
-Page 49, v. 1.
-
-Ce fier serpent qui couue vn _venin_ soubs des fleurs; _venim_, 1609 &
-1612.
-
-
--- v. 17.
-
-_Qu’il_ n’est rien de si beau, 1608 & 1612; _qui_ n’est rien, 1613.
-
-
--- v. 32.
-
-Cil qui mist les Souris en bataille.--Homère dans la
-_Batrachomyomachie_.
-
-
--- v. 33.
-
-Qui sceut à la Grenouille aprendre son caquet.--Aristophane, auteur de
-la comédie des _Grenouilles_.
-
-
--- v. 34.
-
-L’autre qui fist en vers vn Sopiquet.--Virgile & son petit poëme
-intitulé _Moretum_.
-
-
-Page 50, v. 1.
-
-Ie _ferois_ esloigné; _serois_, 1609 à 1613.
-
-
-Page 50, v. 12.
-
-Ce malheureux honneur a _tint_ le becq en l’eau; a _tins_, 1609 à 1613.
-
-
--- v. 15.
-
-_Qui_ s’en va doucement; _qu’il_ s’en va, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 17.
-
-S’il veut que plus long tans à _ces_ discours ie croye; _ce_ discours,
-1609 à 1613.
-
-
--- v. 23.
-
-Et le mal qui caché nous oste l’_embon-point_; l’_embom-point_, 1609 &
-1612; l’_embompoint_, 1613.
-
-
-S. VII, p. 52, v. 8.
-
-Et duquel il vaut _moins_; il vaut _mieux_, 1609 à 1613.
-
-
-Page 53, v. 6.
-
-Tant il est mal aisé d’oster auecq’ _estude_; auecq’ l’_estude_, 1609 à
-1613.
-
-
--- v. 23.
-
-Mes amours _ne_ limitent, 1608; _me_ limitent, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 34.
-
-Toutesfois estant femme, elle aura _ses_ delices; _les_ delices, 1612.
-
-
-Page 54, v. 2.
-
-Qui dans l’estat d’amour la _sçauront_ maintenir; _sçauroit_, 1609 à
-1613.
-
-
--- v. 6.
-
-Captiuant les Amans _des_ mœurs ou _du_ discours; _de_ mœurs ou _de_,
-1609 à 1613.
-
-
--- v. 9.
-
-_Qui_ voyant les deffaux; _que_ voyant, 1612 & 1613.
-
-
-Page 55, v. 1.
-
-Et qu’au _sarail_ du Turc, 1608 & 1612; & qu’au _serrail_, 1613.
-
-
--- v. 29.
-
-Se la promet _sçauante_, 1608 & 1612; _sçauant_, 1613.
-
-
--- v. 30.
-
-Que l’autre parle liure & fasse _des_ merueilles, 1608 & 1609; _de_
-merueilles, 1612 & 1613.
-
-
-Page 57, v. 1.
-
-Que i’aimeray, ie _croye_; ie _croy_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 4.
-
-Sans _cordes_, sans timon, 1608; sans _corde_, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 7.
-
-Se rit de voir _de_ flots, 1608; _des_ flots, 1609 à 1613.
-
-
-S. VIII, p. 58.
-
-Charles de Beaumanoir de Lavardin, 1586-1637, descendant des Beaumanoir
-& fils du maréchal de France, Jean de Lavardin, gouverneur du Maine. Il
-fut à huit ans pourvu de l’abbaye de Beaulieu-les-Mans, & en 1601, le
-roi l’appela à l’évêché du Mans, laissé vacant par Claude d’Angennes de
-Rambouillet. Il ne prit toutefois possession du siége que dix années
-plus tard.
-
-
--- v. 5.
-
-Faisant mainte _oraison_, 1608 & 1612; _oraisons_, 1613.
-
-
--- v. 6.
-
-Et tout percé _des_ pointes, 1608 & 1612; _de_ pointes, 1613.
-
-
-Page 59, v. 8.
-
-Entre les mains des _Iuys_, 1608; des _Iuifs_, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 23.
-
-_Il_ poursuyt, mais amy, laissons le discourir, correction; _Ie_
-poursuyt, 1608; _Ie_ poursuis, 1609 à 1613.
-
-
-Page 60, v. 29.
-
-Te iurant mon amy que _ie_ quitté ce lieu, 1608 & 1609; _i’ay_ quitté,
-1612 & 1613.
-
-
-Page 62, v. 20.
-
-Pour vn qui n’a du tout nul acquis _de_ science; acquis _nulle_ science,
-1609 à 1613.
-
-
-Page 63, v. 4.
-
-M’eust donné l’_anguillade_, 1608; _anguilade_, 1612 & 1613.
-
-
-Page 64, v. 8.
-
-Comme on fait son trauail, ne _derobroit_ sa gloire, 1608; _desroboit_,
-1609 à 1613.
-
-
--- v. 17.
-
-Encor l’eusse-ie fait _estant_ desesperé, 1612; _s’estant_ desesperé,
-1613.
-
-
-Page 65, v. 8.
-
-Et prie Dieu _qu’il_ nous garde, 1613; _qui_ nous garde, 1608 à 1612.
-
-
-S. IX, p. 66.
-
-Rapin (Nicolas), né en 1535 à Fontenay-le-Comte, mort en 1608. Il fut
-l’un des auteurs de la satire Menippée, dans laquelle il a notamment
-écrit les harangues de Monsieur de Lyon & du recteur Rose, jadis évêque
-de Senlis. Il a laissé des poésies latines & françaises qui ont été
-publiées collectivement en 1610 avec un recueil de vers mesurés.
-
-
-Page 67, v. 2.
-
-Et leur dire _à_ leur nez, 1608 & 1613; _en_ leur nez, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 24.
-
-Que le cheual volant n’ait _pissé_ que pour eux, 1608 & 1609; 1612 &
-1613: _passé_.
-
-Cette dernière variante, qui satisfait les lecteurs pudibonds, n’a aucun
-sens, tandis que la véritable leçon est une allusion comique à la fable,
-suivant laquelle Pégase fit d’un coup de pied jaillir de l’Hélicon la
-source d’Hippocrène.
-
-
-Page 68, v. 16.
-
-_Ils attifent_ leurs mots, _ageolliuent_ leur frase, 1608; _attisent_
-leurs mots, _enioliuent_, 1609 & 1612; _attifent_ leurs mots,
-_eniolivent_, 1613.
-
-
--- v. 21 & suiv.
-
-Qui gentes en habits & _sades_ en façons, 1608; _fades_ en façons, 1609
-à 1613.
-
-
--- v. 27 & suiv.
-
-Leur visage reluit de _cereuse_ & de peautre, _Propres_ en leur coifure,
-1608; de _ceruse_ & de peautre, _propre_ en leur coifure, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 29.
-
-Où _ses_ diuins esprits, 1608 à 1613. Correction: _ces_ diuins.
-
-
-Page 69, v. 3.
-
-_Éclaté_ d’vn beau teint, 1608; _esclaté_, 1609 à 1613.
-
-
--- v. 4.
-
-La nature _l’a_ peint; _la_ peint, 1609 à 1612.
-
-
--- v. 7.
-
-Or Rapin quant à _moy qui_ n’ay point tant d’esprit; _moy ie_ n’ay, 1609
-à 1613.
-
-
--- v. 14.
-
-Leur don’ra comme _à_ luy; comme luy, 1609 & 1612.
-
-
-Page 70, v. 5.
-
-Hercule, _Ænée_, Achil’, 1608 & 1609; _Ælee_, Achil’, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 12.
-
-L’homme le plus parfaict a _manque_ de ceruelle, 1608; _manqué_, 1609 à
-1613.
-
-
--- v. 23.
-
-Les _brouillas_ nous embrouillent, 1608; _broüillars_, 1609 à 1613.
-
-
-Page 70, v. 24.
-
-Et de _lieures_ cornus le cerueau nous barbouillent; & de _liures_
-cornus, 1613.
-
-
--- v. 28.
-
-Et pesez vos discours mesme, dans sa balance, 1608 & 1609; vos discours,
-mesme, 1612.
-
-
--- v. 33.
-
-Quelle main _sus_ la terre; _sur_ la terre, 1609 à 1613.
-
-
-Page 72, v. 6.
-
-Que son _taint_ fait la nique, 1608 & 1609; que son _teynt_, 1612;
-_teint_, 1613.
-
-
--- v. 16.
-
-La court _&_ sa maistresse, 1608; _est_ sa maistresse, 1612 & 1613.
-
-
-Page 73, v. 28.
-
-Et mangeons des _chardons_; _charbons_, 1612.
-
-
-Page 74, v. 18.
-
-Larcanciel. Leçon des éditions originales.
-
-
-Page 75, v. 9.
-
-Qu’ils fissent à _leurs_ frais; à _leur_ frais, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 14.
-
-L’ame _bizarément_, 1608 & 1609; _bizarrement_, 1612 & 1613.
-
-
--- v. 28.
-
-Il ne _guarit_ de rien, 1608 & 1609; _garit_, 1612.
-
-
-Page 76, v. 2.
-
-Il met ses _partis_ en auant, 1608 & 1609; ses _parties_, 1612.
-
-
-Page 77, v. 6.
-
-Trebuschant _sur_ le cul, 1608 & 1609; _par_ le cul, 1612 & 1613.
-
-
-Page 77, v. 11.
-
-Devers nous se _vint_ rendre, 1609 & 1612; se _vient_, 1613.
-
-
--- v. 20.
-
-Ie _regorgeois_ d’ennuy; _regorgois_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 25.
-
-Ie n’en _pense_ pas moings, 1609 & 1612; _pensois_ pas moins, 1613.
-
-
--- v. 32.
-
-Lors ie fus asseuré de ce que _i’auois_ creu, 1608 & 1609; _i’aurois_
-creu, 1612.
-
-
-Page 78, v. 16.
-
-Sa race _autres fois_ ancienne, 1608 & 1609; _autrefois_, 1612.
-
-
-Page 79, v. 12.
-
-Aux veilles _des_ bons iours; _de_ bons iours, 1612.
-
-
--- v. 29.
-
-Au temps _qu’il auoit_ consommé, 1609 & 1612; _qui l’auoit_ consommé,
-1613.
-
-
-Page 80, v. 22.
-
-Luy pendoient au costé, qui _sembloit_, 1608, 1609; qui _sembloient_,
-1612 & 1613.
-
-
--- v. 29.
-
-_Qu’il_ fleuroit bien plus fort, correction; _qui_ fleuroit, 1609 &
-1612.
-
-
--- v. 33.
-
-Que _sans_ robe il a veu la matière première, correction; que _sa_ robe,
-1609 & 1612; _qu’en son globe_, 1613.
-
-La leçon adoptée est celle qui se rapproche le plus du texte italien
-traduit par Regnier.
-
- ... E qui si stima
- Haver...
- Veduta _ignuda_ la materia prima.
-
-(CAPORALI, _Rime piacevole_. In Venetia, 1592. Presso G. B. Bonfudino,
-p. 94, v. 26.)
-
-
-Page 81, v. 11.
-
-Le pain _quotidian_ de la pédanterie, 1609; _quotidien_, 1612.
-
-
-Page 83, v. 14.
-
-Quand _sainct_ Marc s’habilla, 1609; S. Marc, 1612.
-
-
--- v. 15.
-
-Ie _l’acomparerois_, corr.; Ie _la comparerois_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 24.
-
-Qui dedans _ses_ escrits; _ces_ escrits, 1609 & 1612.
-
-
-Page 84, v. 10.
-
-Ainsi que la _charté_, 1609; _cherté_, 1612.
-
-
--- v. 33.
-
-De sa grace il _gressa_, 1609; _graissa_, 1612.
-
-
-Page 85, v. 29.
-
-Par force les _chassant_; les _chassants_, 1609 & 1612.
-
-
-Page 87, v. 8.
-
-_I’y_ suis, ie le voy bien, 1609; _Ie_ suis, 1612.
-
-
-Page 89, v. 24.
-
-Et _mainte_ estrange beste; _maint_, 1609 & 1612.
-
-
-Page 90, v. 10.
-
-Bien que maistre Denis _soit_ sçauant en sculture, 1609; Denis sçauant
-en _la_ sculture, 1612.
-
-
--- v. 11.
-
-Fist-il auec son _art_, correction; son _arc_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 14.
-
-De ces trois corps _tronquez_, corr.; _tronguez_, 1609 & 1612.
-
-
-Page 91, v. 15.
-
-Monsieur, me dist-elle, _auez_-vous point soupé, 1609; _aurez_ vous,
-1612.
-
-
-Page 92, v. 32.
-
-Le museau _vermoulu_, 1609; _vermolu_, 1612.
-
-
-Page 93, v. 11.
-
-Qui me porte _guignon_, corr.; _quignon_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 27.
-
-Deux gands _depariez_, 1609; _despariez_, 1612.
-
-
-Page 95, v. 11.
-
-Et que l’on me _bernast_, 1609; _berçast_, 1612.
-
-
--- v. 21.
-
-Ie le _conte_ pour vne; ie le _conté_, 1612.
-
-
--- v. 27.
-
-Mais monsieur _crayez_ vous; _croyez_, 1612.
-
-
--- v. 28.
-
-Comme de _chaneuottes_; _cheneuottes_, 1612.
-
-
-Page 96, v. 1.
-
-Et les _linceux_ trop cours; _linceuls_, 1612.
-
-
--- v. 20.
-
-Ie detache vn _soüillé_, ie m’oste _vne_ iartiere; vn _soüiller_, ie
-m’oste _vn’_ iartiere, 1612.
-
-
-Page 97, v. 28.
-
-Et me tapis _d’aguet_; _daguet_, 1612.
-
-
-Page 98, v. 4.
-
-Au _mortier_ embourbé; _mourtier_, 1612.
-
-
-S. XII, p. 100.
-
-Freminet (Martin Freminel dit), né à Paris en 1567, mort en 1619. Parti
-de bonne heure pour l’Italie (1589), où il étudia beaucoup Michel-Ange,
-il fut à son retour en France, en 1600, nommé premier peintre du Roi &
-chargé, en 1608, de la décoration de la chapelle de la Trinité à
-Fontainebleau. Sept ans plus tard, Marie de Médicis lui conféra l’ordre
-de Saint-Michel.
-
-
-Page 100, v. 17.
-
-Estrange effronterie _en_ si peu d’importance, 1608; _de_ si peu, 1609 &
-1612.
-
-
-Page 101, v. 5.
-
-Non pas moy qui _me_ ry, 1608; qui _ne_ ry, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 31.
-
-Vont criant les _chouëttes_, 1608; _chuëttes_, 1609 & 1612.
-
-
-Page 102, v. 11.
-
-Qu’ils estiment _honneur_, 1608; estiment _l’honneur_, 1612.
-
-
-Page 103, v. 17.
-
-Qui me _pouront_ par l’age, 1608, 1609 & 1613; _pourroit_, 1612.
-
-
-Page 106, v. 28.
-
- _N’ayant pas tout à fait mis fin à ses vieux tours,
- La vieille me rendit tesmoin de ses discours.
- Tapy dans vn recoin & couuert d’vne porte..._
-
-Ces trois vers ont été remplacés, dans l’édition de 1613, par les
-suivants:
-
- Ceste vieille Chouette à pas lents & posez,
- La parolle modeste & les yeux composez,
- Entra par reuerence, & resserrant la bouche,
- Timide en son respect sembloit Saincte Nitouche,
- D’vn Aue Maria luy donnant le bon-iour,
- Et de propos communs bien esloignez d’amour,
- Entretenoit la belle en qui i’ay la pensee
- D’vn doux imaginer si doucement blessee
- Qu’aymans & bien aymez, en nos doux passe-temps
- Nous rendons en amour ialoux les plus contans,
- Enfin comme en caquet ce vieux sexe fourmille
- De propos en propos & de fil en esguille,
- Se laissant emporter au flus de ses discours,
- Ie pensé qu’il falloit que le mal eust son cours.
- Feignant de m’en aller, daguet ie me recule
- Pour voir à quelle fin tendoit son preambule,
- Moy qui voyant son port si plein de saincteté
- Pour mourir, d’aucun mal ne me feusse doubté:
- Enfin me tapissant au recoin d’vne porte,
- I’entendy son propos...
-
-
-Page 107, v. 18.
-
-Pour moy ie _voudrois_; _ie voudroy_, 1613.
-
-
-Page 108, v. 6.
-
- Fille qui sçait son monde a saison oportune.
-
-Ce vers & les treize suivants manquent dans l’édition de 1613.
-
-
-Page 109, v. 6.
-
-Ie cache mon _dessin_; _dessein_, 1613.
-
-
--- v. 9.
-
-Le scandale _&_ l’opprobre, 1612; le scandale, l’opprobre, 1613.
-
-
-Page 110, v. 22.
-
-Et _mesme_ de vos pertes; _mesmes_, 1613.
-
-
-Page 111, v. 28.
-
-Et faisant des _mouuans_; _mouuants_, 1613; _mourans_, 1729.
-
-
--- v. 32.
-
-Et _le_ Poëte croté; & _ce_ poëte, 1613.
-
-
-S. XIV, p. 114.
-
-Cette satire est adressée à Sully. En 1614, elle a paru sous le nom de
-_Maître Guillaume_, le Pasquin français. Enfin elle a été réimprimée
-dans le Recueil A. Z. A Paris, 1761 (Q., p. 207 à 216).
-
-
-S. XV, p. 121, v. 20.
-
-Se _pleignent_ doucement, correction; se _pleigent_, 1613.
-
-
-Page 123, v. 17.
-
-Ils _deuoient_ à propos tascher d’ouurir la bouche, 1613; correction,
-ils _deuroient_.
-
-Cette faute se retrouve sat. VIII: Comme on fait son trauail ne
-_desroboit_ sa gloire, 1613; au lieu de _desrobroit_.
-
-
-Page 125, v. 21.
-
-_Informans_ de nos faits sans haine & sans enuie, 1613; variante,
-_informons_.
-
-
-Page 125, v. 24.
-
-_N’est_ veu par mes escris si librement touché, 1613; correction,
-_s’est_ veu.
-
-
-S. XVI, p. 126.
-
-Forquevaus (François Pavie de), gentilhomme de la maison de la reine
-Marguerite. Il était du Midi, & il mourut en 1611. On lui attribue à
-tort l’_Espadon satyrique_, dont l’auteur, ainsi qu’il résulte de
-certains passages de ce livre, était Franc-Comtois & vivait en 1615. Ces
-particularités viennent confirmer l’opinion d’après laquelle l’_Espadon_
-serait l’œuvre de Claude d’Esternod, seigneur de Refranche & d’Esternod,
-près Ornans.
-
-
-Page 127, v. 14.
-
-Ou si parfois encor i’entre en _la_ vieille escrime, correction; i’entre
-en vieille escrime, 1613.
-
-
-S. XVII, p. 131.
-
-Suivant Brossette, commentaire de 1729, cette satire aurait été écrite
-pour le roi Henri IV.
-
-
--- v. 10.
-
-Comme vn nouueau _Toitan_ si le veux-ie combattre, 1613; correction de
-1642, _Titan_.
-
-
-Page 133, v. 6.
-
-Ie lasche _mon_ discours, correction; _ton_ discours, 1613; _ce_
-discours, 1642.
-
-
--- v. 10.
-
-Si mon dernier souspir ne la _iette_ dehors, 1613; variante, _iettoit_.
-
-
-Page 137, v. 4.
-
-Qui souffre ce qui _m’est_ de souffrir impossible, correction; ce qui
-_n’est_, 1613.
-
-
-Page 143, v. 15.
-
- Et _sa_ langue mon cœur par ma bouche embrasa.
-
-Correction. Le texte original porte:
-
- Et _sa_ langue mon cœur par ma bouche embrasée
- Me suggerant la manne en sa leure amassée.
-
-Il y a ici une mauvaise fin de vers & une lacune. Les Elzévirs, d’après
-le texte fourni pour le _Second Livre des délices de la Poésie
-françoise_, de I. Beaudouin, Paris, Toussainct du Bray, M. DC. XX, p.
-679, ont rétabli ce passage de la manière suivante:
-
- Et sa langue mon cœur par sa bouche embrasa,
- Bref tout ce qu’ose amour, ma Déesse l’osa.
-
-Ce dernier vers, brusquement jeté dans une énumération, ne paraît pas en
-son lieu. Il est en outre d’une médiocre facture.
-
-En lisant avec attention le passage dont il s’agit, on est porté à
-croire que le vers manquant n’est pas là, où les Elzévirs l’ont rétabli.
-
-Après ce vers:
-
- Elle mit en mon col ses bras plus blancs que neige,
-
-il y a une lacune; puis le récit reprend sa marche logique avec la
-correction finale du vers:
-
- Et sa langue mon cœur par ma bouche embrasa
- Me suggerant...
-
-
-Page 144, v. 14.
-
- Puis que ie suis rectif au fort de ma ieunesse.
-
-Ce vers manque dans l’édition de 1613 ainsi que dans toutes les
-suivantes, à l’exception de celle d’Antoine du Breuil publiée en 1614, &
-celle d’Anthoine Estoc, Paris, 1619. On le trouve en outre en 1615 dans
-le texte de l’_Impuissance_, imprimée avec les _Satyres bastardes &
-autres Œuures folastres_ du cadet Angoulevent, Paris M.DC.XV, in-12 de
-164 pages plus 4 lim., tit. comp.
-
-Notons en passant que ce livre singulier, sans nom d’imprimeur, porte
-pages 2 lim. 1, 115, 127 & 149, le fleuron à tête de lion accoté de deux
-cornes d’abondance que l’on remarque dans l’édition de Regnier de 1612.
-
-C’est donc à l’aide de l’un ou de l’autre de ces divers volumes que les
-Elzévirs ont, dans leur édition de 1642, complété le texte où ils
-étaient accusés d’avoir fait une interpolation.
-
-
-Page 145, v. 9.
-
-Que l’œil d’vn _enuyeux_ nos desseins empeschoit, correction; d’vn
-_ennuyeux_, 1613.
-
-
-Page 145, v. 15.
-
-Luy seul comme _enuyeux_ d’vne chose si belle, correction; comme
-_ennuyeux_, 1613.
-
-
-Page 146, v. 20.
-
- Pour m’acheuer de _peindre_ esteignit ma vigueur.
-
-Dans son excellente édition du _Cabinet satyrique_, M. Poulet-Malassis
-propose avec raison de lire: Pour m’acheuer de _poindre_.
-
-
--- v. 34.
-
-La _fureur_ à la fin rompit sa modestie, correction; la _faueur_, 1613.
-
-
-Page 147, v. 22.
-
-I’ay meurtry, i’ay vollé, _i’ay_ des vœuz pariurez, Trahy les Dieux
-_benins_, correction; vollé, _ay_ des vœuz... les Dieux; _venins_, 1613.
-
-
-Page 149.
-
-Sur le trespas de Monsieur Passerat.
-
-Ce sonnet est tiré du _Recueil des Œuures poetiques de Ian Passerat_,
-lecteur & interprete du Roy, augmenté de plus de la moitié outre les
-précédentes impressions. Dédié à Monsieur de Rosny. A Paris, chez Claude
-Morel, rüe Saint-Iaques, à l’enseigne de la Fontaisne, M.DC.VI. Avec
-priuilege du Roy.
-
-Il se trouve à la fin du volume, p. 46 non chiff.
-
-
-Page 150.
-
-Stanses. Pièce tirée fº 200, des _Muses gaillardes recueillies des plus
-beaux esprits de ce temps_ par A. D. B. parisien. A Paris, de
-l’Imprimerie d’Anthoine du Breuil, au mont Saint-Hilaire, rue d’Écosse à
-la Couronne: & en sa boutique au Palais en la Gallerie des Prisonniers,
-M.DC.IX. Avec priuilege du Roy (du 7 août 1609).
-
-
--- v. 5.
-
-Sur _les_ paons audacieux, 1609; sur _ces_ paons, 1613.
-
-
--- v. 12.
-
-Et la _Cheuesche_ à Minerue, 1609; & la _Chouette_, 1613.
-
-
--- v. 14.
-
-_Tel_ oyseau qui leur _a_ pleu, 1609; _tels_ oyseaux qui leur _ont_
-pleu, 1613.
-
-
-Page 150, v. 17.
-
-A tatons _au lieu d’_oyseau, 1609; _pour son_ oyseau, 1613.
-
-
--- v. 18.
-
-Print vn _Aze_ qui vous f..., 1609; vn _Asnon_ qui _void goute_, 1613.
-
-
-Page 152, v. 1.
-
-_Sa_ façon, correction; 1613: _De_ façon.
-
-
--- v. 12.
-
-_Vne_ saliue, correction; 1613: _D’vne_ saliue.
-
-
--- v. 18.
-
-_Qui tient la mort entre ses dents._--Après ce vers Brossette a
-intercalé la stance suivante d’après le texte du _Cabinet satyrique_:
-
- Ha! que ceste humeur languissante
- Du temps iadis est differente,
- Quand braue, courageux & chaut,
- Tout passoit au fil de sa rage,
- N’estant si ieune pucelage
- Qu’il n’enfilast de prime assaut!
-
-
-Page 156, contre vn Amoureux transy.
-
-L’édition de 1642 contient de plus que celle de 1613 les sept strophes
-suivantes prises dans le recueil cité plus haut. Elles font suite aux
-cinq qui précèdent.
-
- L’effort fait plus que le merite,
- Car pour trop meriter vn bien
- Le plus souuent on n’en a rien;
- Et dans l’amoureuse poursuite,
- Quelquesfois l’importunité
- Fait plus que la capacité.
-
- I’approuue bien la modestie,
- Ie hay les amans effrontez;
- Euitons les extremitez:
- Mais des Dames vne partie,
- Comme estant sans election,
- Iuge en discours l’affection.
-
- En discourant à sa Maistresse,
- Que ne promet l’amant subtil?
- Car chacun, tant pauure soit-il,
- Peut estre riche de promesse;
- «Les Grands, les Vignes, les Amans
- «Trompent tousiours de leurs sermens.
-
- Mais vous ne trompez que vous-mesme,
- En faisant le froid à dessein.
- Ie crois que vous n’estes pas sain:
- Vous auez le visage blesme.
- Où le front a tant de froideur,
- Le cœur n’a pas beaucoup d’ardeur.
-
- Vostre Belle qui n’est pas lourde,
- Rit de ce que vous en croyez.
- Qui vous voit pense que soyez
- Ou vous muet, ou elle sourde.
- Parlez, elle vous oira bien;
- Mais elle attend, & n’entend rien.
-
- Elle attend d’vn desir de femme,
- D’ouyr de vous quelques beaux mots.
- Mais s’il est vray qu’à nos propos
- On recognoist quelle est nostre ame,
- Elle vous voit, à ceste fois,
- Manquer d’esprit comme de voix.
-
- Qu’vn honteux respect ne vous touche,
- Fortune ayme vn audacieux.
- Pensez, voyant Amour sans yeux,
- Mais non pas sans mains ny sans bouche,
- Qu’apres ceux qui font des presens
- L’Amour est pour les bien-disans,
-
-
-Page 157, QVATRAINS.
-
-Le Dieu d’Amour.
-
-Cette petite pièce, qui a paru pour la première fois dans la deuxième
-édition des _Fleurs des plus excellens poëtes_ donnée en 1601 chez
-Nicolas & Pierre Bonfons, p. 240, offre un texte un peu différent dans
-la réimpression des _Satyres_ de Régnier de 1613. On lit en effet dans
-ce dernier volume:
-
- Le Dieu d’Amour se deuoit peindre
- Aussy grand comme vn autre Dieu,
- N’estoit qu’il luy suffit d’atteindre
- Iusqu’à la piece du milieu.
-
-Peu importent, d’ailleurs, les variantes. Le quatrain en question est
-d’une authenticité douteuse. On le trouve en effet dans les manuscrits
-de la Bib. nat. (1662, f. fr., fº 27) tel que nous l’avons donné, avec
-le titre: _Sur un Petit dieu d’amour_, & la signature _T. S._ qui
-désigne Theodorus Seba, c’est-à-dire Théodore de Bèze.
-
-C’est probablement en raison de cette particularité révélée par les
-frères du Puy, gardes de la Bibliothèque du Roy, que les Elzeviers n’ont
-pas reproduit ce quatrain dans leur édition de 1642.
-
-
-Page 159, Discours au Roy, v. 9.
-
-Qui plus qu’_vne_ Hydre affreuse; _vn_ Hydre, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 12.
-
-Qui reduite aux _abois_; aux _bois_, 1609 & 1612.
-
-
-Page 160, v. 7.
-
-Qui _s’employant_ aux ars; _s’employoient_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 11.
-
-La mer aux deux costés _ceste_ ouurage bordoit, 1608 & 1609; _cest_
-ouurage, 1612.
-
-
--- v. 12.
-
-De l’Aucate à Bayonne.
-
-Leçon des éditions originales. Leucate, _Leocata_, autrefois ville
-forte, fut assiégé en 1590 par les Espagnols.
-
-
--- v. 25.
-
-Et purgeant le _venin_; _venim_, 1609 & 1612.
-
-
-Page 161, v. 14.
-
-Du puissant archiduc, le cardinal d’Autriche. Amiens fut repris le 25
-septembre 1597. Voir dans l’Estoile, édition Champollion, II, 287, deux
-dépêches sur les diverses phases du siége & les évolutions de l’armée de
-secours.
-
-
--- v. 18.
-
-Où si tost que le fer _l’en_ rendoit possesseur, 1608; _s’en_ rendoit,
-1609 & 1612.
-
-
-Page 162, v. 8.
-
-Tandis que la _fureur_ précipitoit son cours.
-
-Hors 1608 & 1609, toutes les éditions, même les plus récentes, portent:
-Tandis que la _faueur_, leçon défectueuse dont on a déjà rencontré un
-exemple p. 146, v. 34:
-
- La faueur à la fin rompit sa modestie.
-
-
-Page 162, v. 29.
-
-Et _depuis de bon œil le Soleil_; & _depuis le Soleil de bon œil_, 1609
-& 1612.
-
-
-Page 163, v. 3.
-
-Saccagez des _soldars_; _soldats_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 21.
-
-En _ses_ murs combatu; en _ces_ murs, 1609 & 1612.
-
-
-Page 164, v. 1.
-
-_Issu_ comme tu dis; _Yssu_, 1609 & 1612.
-
-
--- v. 34.
-
-Rendant par _ses_ brocards; _tes_ brocards, 1609 & 1612.
-
-
-Page 165, v. 18.
-
-_Reietté_ loing de toy, 1608 & 1609; _retiré loin_, 1612.
-
-
--- v. 26.
-
-S’éleuant dans _le_ vague des Cieux; _la_ vague, 1609 & 1612.
-
-
-Page 167.
-
-PLAINTE.
-
-Cette pièce a paru pour la première fois dans le _Temple d’Apollon ou
-nouueau recueil des plus excellens vers de ce temps_. A Rouen, de
-l’imprimerie de Raphaël du Petit Val, libraire & imprimeur du Roy
-(1611). Tome I, p. 5.
-
-Elle a été réunie à l’œuvre de Regnier en 1642, dans l’édition donnée
-par les Elzeviers.
-
-
-Page 173.
-
-ODE.
-
-Le texte original de cette ode se trouve dans le premier volume du
-_Temple d’Apollon_, p. 33, d’où il a été tiré avec les stances
-précédentes pour l’édition déjà citée de 1642.
-
-
-Page 175.
-
-Sonnet sur la mort de M. Rapin.--Ce sonnet fait partie _in fine_ des
-Œuures latines & françoises de Nicolas Rapin poictevin, grand préuost de
-la connestablie de France. Tombeau de l’autheur auec plusieurs éloges, à
-Paris, chez Pierre Cheualier, au mont S. Hilaire à la Court d’Albret
-CIↃ.IↃC.X. Auec priuilege du Roy. In-4º.
-
-
-Page 176.
-
-Discours d’vne maquerelle.--Cette satire a paru sous ce titre dans les
-_Muses gaillardes_ en 1609, sans nom d’auteur. Neuf ans plus tard, elle
-a été réimprimée dans le _Cabinet satyrique_ avec le titre de Discours
-d’une vieille maquerelle & le nom de Regnier. C’est d’après ce dernier
-recueil que l’éditeur de 1729 l’a donnée. Nous avons cru devoir
-reproduire ici le texte original suivant le plan de notre édition.
-
-
--- v. 1.
-
-Depuis _que ie vous ay_ quitté, on lit dans le _Cabinet satyrique_ de
-1618: Philon, depuis _t’auoir_ quitté; & dans l’édit. de Rouen, 1627:
-depuis _t’auoir irrité_. Lenglet Dufresnoy, pour éviter l’expression
-_dépuis t’auoir_, qui lui paraissait incorrecte, a dans son édition du
-_Montparnasse_, imaginé la suivante:
-
- Philon, en t’ayant irrité,
-
-et Brossette a adopté cette leçon.
-
-
-Page 178, v. 15.
-
-Vn prelat me _voulant_ avoir; var.: vn prelat me _voulut_.
-
-
-Page 182.
-
-Epitaphe.--Cette pièce, attribuée à Regnier par le P. Garasse, p. 648,
-dans les _Recherches des Recherches_, Paris, Sebastien Chappelet, 1622,
-a paru dans les _Muses gaillardes_ dont nous donnons le texte de
-préférence à celui qui a été suivi jusqu’à ce jour.
-
-
--- v. 4.
-
-Et ne sçaurois dire pourquoy. Ces vers & les deux suivants diffèrent de
-ceux qui, d’après les _Recherches_, terminent ainsi l’épitaphe du poëte:
-
- Et si m’estonne fort pourquoy,
- La mort oza songer en moy,
- Qui ne songeay iamais en elle.
-
-
-Page 185.
-
-Dialogue, Cloris & Philis.
-
-Les Elzeviers ont tiré cette pièce du _Cabinet des muses_ (Rouen, David
-du Petit Val, 1619, t. I, p. 251) pour leur édition de 1652. Nous avons
-rétabli la leçon originale, & le lecteur trouvera ici les plus curieuses
-infidélités de la réimpression.
-
-
-Page 186, v. 21.
-
-Force donc tout respect, & ma _fillette croy_, 1619; ma _chere fille, &
-croy_, 1652.
-
-
-Page 187, v. 1.
-
-_Hermione_ la belle, 1619; _Berenice_ la belle, 1652.
-
-
--- v. 7.
-
-Es cendres d’_Amyante_, 1619; es cendres d’_Alexis_, 1652.
-
-
--- v. 9.
-
- ... _Fut nostre ame entamée,
- Par sa mort mon amour n’en est moins enflammée_, 1619;
-
- ... _Notre ame fut blessée,
- S’il n’auoit qu’vn desir ie n’eus qu’vne pensée_, 1652.
-
-
-Page 188, v. 8.
-
-Avec toy mourront donc tes ennuis rigoureux. Dans l’édition donnée par
-les Elzeviers, ce vers & les trois suivants se trouvent rejetés huit
-vers plus bas, après:
-
- Ie ne peux, & n’osé discourir de mes peines.
-
-Le développement de la pensée, qui était absolument troublé par cette
-interversion, reprend son cours régulier dans le texte du _Cabinet des
-Muses_.
-
-
-Page 194, v. 5.
-
-De si _dures_ alarmes, 1619; _rudes_ alarmes, 1652.
-
-
-Page 195, v. 22.
-
-_I’en pouuois eschaper_, 1619; _si i’en puis echapper_, 1652.
-
-
-Page 198, v. 2.
-
-Se _retrouuant en_ eux, 1619; se _retrouve dans_ eux, 1652.
-
-
-Pages 199 à 220.
-
-Pièces tirées de l’édition de 1652 (Leiden, Jean & Daniel Elsevier), où
-elles ont paru pour la première fois. Les deux premières font suite à la
-satire XVII, & l’élégie: _L’homme s’oppose_, que Regnier écrivit pour
-Henri IV, placée avant le dialogue de Cloris & Philis, forme, avec les
-vers spirituels, le complément du volume.
-
-
-Page 221.
-
-Epigramme tirée de l’_Anti-Baillet_. Toutes les éditions de Regnier
-portent à tort: Dieu me gard.
-
-
-Pages 222 à 228.
-
-Ode sur une vieille maquerelle. Cette ode, les stances & les épigrammes
-qui suivent ont été jointes pour la première fois à l’œuvre de Regnier
-par l’éditeur de 1729, qui les a recueillies dans le _Cabinet
-Satyrique_.
-
-
-Page 227.
-
- Lorsque i’estois comme inutile.
-
-Traduction de l’épigramme latine: _Impuber nupsi valido_ de Jacques
-Bouju (voir le _Menagiana_ de 1715, t. III, p. 312).
-
-On croit que ce petit poëme, souvent traduit, a été inspiré par
-Marguerite, fille naturelle de Charles-Quint, épouse à douze ans
-d’Alexandre de Médicis & à vingt ans d’Octave Farnèse. Lors de leur
-mariage, ces deux personnages avaient, le premier, vingt-sept ans & le
-second treize ans.
-
-
-Pages 229 à 237.
-
-Pièces empruntées au _Parnasse Satyrique_ par Viollet-le-Duc pour son
-édition de 1822. La _Complainte_ que l’on serait tenté de retirer à
-Regnier, sur la foi de l’Estoile qui l’attribue à la reine Marguerite,
-est un modèle de mauvais goût, dont on trouve des exemples dans les
-œuvres des poëtes du XVIe siècle. Ainsi on peut lire, sous le nom de
-Pibrac, dans les _Fleurs des plus excellents poëtes de ce temps_, Paris,
-Nicolas & Pierre Bonfons, 1601, des stances aussi obscures & aussi
-tourmentées. Du reste, les anthologies du temps contiennent beaucoup de
-pièces en galimatias, où la pensée n’est pas moins torturée que la
-langue. En prose enfin le comte de Cramail, dans ses _Jeux de
-l’inconnu_, n’a pas dédaigné d’écrire en une série de coq-à-l’âne,
-l’historiette du Courtisan Grotesque.
-
-Devant ces témoignages officiels des travestissements imposés à la
-poésie, nous n’avons pas cru devoir écarter de l’œuvre de Regnier, l’ami
-de Forquevaus, gentilhomme de la reine Marguerite, une pièce qui, selon
-quelque apparence, a pu être demandée pour cette princesse.
-
-
-Page 238.
-
-Épigrammes.
-
-La première de ces petites pièces est rapportée par Tallemant dans
-l’historiette de Desportes. Pour les suivantes, leur authenticité a été
-établie par M. Tricotel dans le _Bulletin du bouquiniste_ du 15 juin
-1860. Voir aussi les _Variétés bibliographiques_ publiées par cet
-érudit, Paris, Gay, 1863.
-
-
-Page 239.
-
- Quelque moine de par le monde.
-
-Le trait final de cette épigramme se retrouve dans une historiette des
-_Serees_ de Guillaume Bouchet, liv. III, Ser. 26. Il s’agit d’un gros
-ventru brocardé par de bonnes galoises. Pour toutes sortes de raisons,
-je suis forcé de laisser au lecteur le soin de se renseigner davantage.
-
-
-Page 241.
-
-Pour M. le Dauphin. Cette pièce, tirée du manuscrit 12491 f. fr., Bib.
-nat., est attribuée à Regnier par l’Estoile.
-
-Les trois épigrammes qui suivent nous ont été communiquées par M.
-Tricotel qui les a découvertes dans les mss. de Conrart, t. XVIII,
-in-4º, p. 323-324. La dernière n’est pas signée.
-
-Le livre du pesant & du leger du cardinal Duperron ne nous est point
-parvenu, mais voici ce qu’on lit dans l’_Analecta Biblion_ du marquis du
-Roure, t. II, p. 206: «_Asinus inter omnes_, comme disoit Joseph
-Scaliger de monseigneur du Perron, lequel, dix ans devant qu’il fut
-cardinal, pour paroître savant auprès des dames de la cour de Henri III,
-les entretenoit _de æstu maris, de leui & graui & de ente metaphysico_.»
-
-La dernière épigramme est tirée du mss. 884, f. fr., fol. 307, vº. Elle
-a été publiée pour la première fois par M. Pierre Jannet, dans son
-édition des œuvres de Regnier. Paris, Picard, 1868.
-
-
-
-
-GLOSSAIRE.
-
-
-ABOLITIONS, 38.--Les abolitions, ou plus exactement les lettres
-d’abolitions, sont des lettres du prince obtenues en grande
-chancellerie, par lesquelles il abolit & efface un crime qui, de sa
-nature, n’est pas rémissible, & par la plénitude de sa puissance en
-remet la peine portée par la loi, de manière qu’il ne reste aucun examen
-à faire touchant les circonstances du crime. (Ferrière, _Dict. de
-droit_.)
-
-
-ACORT, 25.--Discret, avisé, _circumspect, foreseing, of good spirit_.
-(Cotgrave.)
-
- Il faut se taire acort, ou parler faucement.
-
-(Sat. III.)
-
-Les auditeurs iugeans en eux-mêmes que ce prédicateur deuoit estre
-quelque homme d’esprit & accort.
-
-(BOUCHET, _Seree_ XXXIV.)
-
-
-ACCOSTABLE, 82.--Propre, convenable, _fit_. (Cotgrave.)
-
-
-ADULTERISER, 43.--Dénaturer, transformer.
-
- Voilà comme à present chacun l’adulterise.
-
-(S. V.)
-
-Comp. Rabelais, I, 24.--Visitoient les boutiques des drogueurs,
-consideroient les fruits, racines, ensemble aussi comment on les
-adulteroit.
-
-
-AFFOLER, 15.--Tourmenter, navrer, blesser, souiller, profaner.
-
- La pauureté comme moy les affolle.
-
-(S. V.)
-
- Ah, le brigand, il m’a tout affolée.
-
-(LA FONTAINE, _Le Diab. de Pap._)
-
-Montaigne a dit:
-
-Et leur sembloit que c’estoit affoler les mysteres de Venus, que de les
-oster du retiré sacraire de son temple. (_Essais_, II, 12).
-
-
-AGUETS, 10.--Embûches.
-
- Que l’innocent ne tombe aux aguets du meschant.
-
-(S. I.)
-
-
-AINS, 57, 108, mais; AINS QUE, 241, avant que.
-
- Digne non de risee ains de compassion,
-
-(S. VII.)
-
- Ains que Phebus eust pris naissance.
-
-(_Append._)
-
-
-ALOURDER, 18.--Accabler.
-
- Vous alourdent de vers, d’alaigresse vous priuent.
-
-(S. II.)
-
-
-AMENUISÉ, 14.--Exténué, épuisé.
-
- Le corps amenuisé.
-
-(S. II.)
-
-Conf.:
-
- I’amenuise mon cœur d’vne poison amere.
-
-(BAÏF, _Amours_, 1573, fº 77.)
-
-
-ANGUILLADE, 63.--Coups de lanières faites de peau d’anguille.
-
- M’eust donné l’anguillade & puis m’eust laissé là.
-
-(S. VIII.)
-
-Le patissier luy bailla l’anguillade si bien que sa peau n’eust rien
-vallu à faire cornemuse.
-
-(RABELAIS, II, 30.)
-
-
-APPENDRE, 61.--Consacrer, offrir en ex-voto.
-
- Au dieu de la bataille apendoit les escus.
-
-(_Disc. au Roy._)
-
- Ie Berger plein de vitesse,
- Par humblesse
- Aux dieux cheurepieds, i’appens
- Ceste despouille conquise.
-
-(RONSARD, _Voyage d’Hercueil_.)
-
-
-ARDEZ, 91.--Syncope de Agardez, voyez.
-
- Ardez le beau museau.
-
-(MOLIÈRE, _Le Dépit am._, IV, 4.)
-
-
-ARMET, 89.--Tête, proprement armure de tête.
-
- Quand l’humeur ou le vin luy barbouillent l’armet.
-
-(S. XI.)
-
-On disait morion dans le même sens.
-
-Et tant plus voyoient les beaux peres honteux & baisser leur morion, de
-peur d’estre cogneus.
-
-(_Comptes du Monde Adv._, 1595, p. 81.)
-
-
-ARRASSER, 152, ARSER, 59, 89.--Dresser, lever.
-
-Faire arser son épée, porter l’épée en verrouil.
-
- En vain d’arrasser il essaie.
-
-(La C. P.)
-
-
-ARROY, 80, 201.--Equipage. Le sens primitif est charrue, train.
-
-
-ARSENAC, 201.--Arsenal.
-
-La porte Saint-Victor vis-à-vis de l’arsenac. (MALHERBE, _Lettres à
-Peiresc_, 20 janv. 1608.)
-
-V. les _Observations de Ménage sur la langue françoise_, Paris, 1672, p.
-20.
-
-
-ASSEUREMENT, 40.--Avec assurance.
-
- L’enfant...
- Qui marque asseurement la terre de ses pas.
-
-(S. V.)
-
-
-ASSINER, 123.--Assigner, ajourner.
-
- I’assine l’enuieux cent ans apres la vie.
-
-(S. XV.)
-
-
-ATOURS, 108.--Parures. Atour au singulier signifiait chaperon.
-
-Madame se mit en cotte simple & print son atour de nuit.
-
-(LOUIS XI, _Nouv._ 39.)
-
- Ie la vois de maint diamant
- Et de maint rubiz atournée.
-
-(O. DE MAGNY, _Épithalame de Jean Flehard_.)
-
-
-ATTENTER, 12.--Tendre avec effort vers.
-
- Attenter par ta gloire à l’immortalité.
-
-(S. I.)
-
-
-ATTIFET, 94.--Parure, ornement de tête, de tifer par Attifer, le seul
-mot qui nous reste.
-
-
-AUTENTIQUE, 77.--Scellé de rouge comme une charte revêtue du grand sceau
-de cire rouge.
-
- Et iugé ce lourdaut à son nez autentique.
-
-(S. X.)
-
-La cire verte était employée pour tous les arrêts, la cire jaune pour
-les expéditions. Enfin la cire blanche était réservée pour la
-chancellerie de l’ordre du Saint-Esprit.
-
-
-AVALER, 159.--Descendre, tomber, aussi bien que boire ou manger
-avidement.
-
- Ses cheueux... sur son dos auallez.
-
-(_Disc. au Roy._)
-
-Si ie montois aussi bien comme i’avalle.
-
-(RABELAIS, I, 5.)
-
-Vn propos avalé, est un propos dit en pinçant les lèvres avec
-affectation, comme si l’on retenait (avalait) ses paroles.
-
-
-AVANCER (S’), 16, 32, 33.--S’élever au-dessus d’autrui.
-
- Et sans estre auancé ie demeure contant.
-
-(S. II.)
-
- ... Et si ton oncle a sçeu
- S’auancer par cet art.
-
-(S. IV.)
-
- Encor seroit ce peu, si sans estre auancé.
-
-(_Ibid._)
-
-
-BANDER (Se), 23.--S’efforcer, se révolter.
-
- Qui voudroit se bander contre vne loy si forte.
-
-(S. III.)
-
-
-BARBE (Faire barbe de paille), 48.--Expression vicieuse née de la
-confusion d’une locution: faire la barbe, avec une autre: faire garbe de
-paille (H. Estienne, _Precell. du Lang. franç._); faire garbe de paille,
-c’est proprement payer à l’Eglise, en gerbes de paille, la redevance due
-en gerbes de blé.
-
-Que veut dire... quand elle dit: il ne faut point faire à Dieu barbe de
-feurre; en lieu qu’on deuroit dire: il ne faut point faire à Dieu gerbe
-de feurre, ou de fourre.
-
-(BOUCHET, _Seree_ XXXV.)
-
-
-BARISEL, 48.--_Lictorum præfectus_ (Hornkens), capitaine des sbires, de
-l’italien _barigello_.
-
-
-BARRAGOUIN, 123.--Langage étranger, plus particulièrement breton.
-
-Il fault feuilleter sans distinction, toutes sortes d’auteurs & vieils &
-nouueaux, & barragouins & françoys, pour y apprendre les choses de quoy
-diuersement ils traitent.
-
-(MONTAIGNE, _Essais_, II, 10.)
-
-Quand nous voulons dire qu’vn homme parle mal, nous l’appelons
-Barragoüin, qui est autant à dire comme si nous disions, il parle
-breton, car _barra_ en breton, c’est-à-dire du _pain_, & _goüin_ du
-_vin_: tellement que ceux qui parlent ainsi: appellans du pain barra &
-goüin du vin, nous disons, qu’ils sont Barragoüins, c’est-à-dire qu’ils
-parlent fort mal.
-
-(G. BOUCHET, _Seree_ XXXV.)
-
-
-BAYE (Repaître de), 123.--Donner de vaines espérances, proprement faire
-bayer, baisler, beer, du bas latin _badare_.
-
-Les gentilz hommes de Beauce desieunent de baisler & s’en trouuent fort
-bien.
-
-(RAB., I, 16.)
-
-
-BLEU (Cordon), 111.--Chevalier de l’ordre du Saint-Esprit. La croix du
-petit ordre se portait avec un ruban bleu.
-
- L’argent d’vn cordon bleu n’est pas d’autres façons
- Que celuy d’vn fripier ou d’vn aide à maçons.
-
-(S. XIII.)
-
-
-BONADIES, 25.--Bonjour.
-
- Pour cent bonadies s’arrester en la ruë.
-
-(S. III.)
-
-
-BONNETER, 63.--Tirer le bonnet, saluer.
-
- Apres ces Messieurs bonneter.
-
-(S. VIII.)
-
- Bonneter tout vn iour vn financier superbe.
-
-(AUVRAY, _Banquet des muses_, 1628, p. 154.)
-
-
-BORD (A), 52.--A terre.
-
-
-BOUCHON, 34, 94.--Botte de verdure servant d’enseigne aux cabarets;
-brassée de paille pour la litière des animaux.
-
- Font vn bouchon à vin du laurier du Parnasse.
-
-(S. IV.)
-
- Qu’en bouchons tortillez elle auoit sous le bras.
-
-(S. XI.)
-
-
-BOURRIER, 213.--Flocon, duvet, de bourre (Cotg.). Ce mot a servi de
-sous-titre à un recueil de poésies: _Les Muses incognues ou la seille
-aux bourriers, pleine de desirs & imaginations d’amours_ (Rouen,
-Iean-Petit, 1604), où l’on trouve des vers de Beroalde de Verville, de
-Motin & un portrait satirique de Rabelais.
-
-
-BRIDER, 24.--Porter la moustache droite ou relevée sur les joues.
-
- Qu’on bride sa moustache.
-
-(S. III.)
-
-
-BRUIRE, 11.--Pris activement.
-
- Où tout le monde entier ne bruit que tes proiets.
-
-(S. I.)
-
-
-BRUIT, 19.--Dire, propos.
-
- Contraire en iugement au commun bruit de tous.
-
-(S. II.)
-
-
-CABAN, 80.--_Gabardine, or cloake of felt_ (Cotgrave). Manteau de feutre
-dont le tissu est fait de bourre de laine & de poils d’animaux.
-
-
-CABINET, 19.--Bahut rempli de petits tiroirs sur lesquels se fermait une
-porte à deux battants. Dans ce meuble, d’une ornementation
-habituellement très-recherchée, on enfermait les ouvrages graveleux
-aussi bien que les objets de prix.
-
-Ie m’ennuie que mes _Essais_ seruent les dames de meuble commun
-seulement, de meuble de sale. Ce chapitre me fera du cabinet.
-
-(MONTAIGNE, _Essais_, III, 5, sur des vers de Virgile.)
-
-Cabinet avait aussi le sens de privé, retrait. C’est sur cette double
-signification qu’Alceste joue, lorsqu’il dit:
-
- Franchement ils sont bons à mettre au cabinet.
-
-
-CACHOTS, 7.--Retraites.
-
-Les bestes sauuages laissent leurs cauernes & cachots.
-
-(AMBROISE PARÉ, XXIV, 6.)
-
-
-CALAMITE, 222.--Aimant, _magnes_. (Nicot.)
-
-Voyez à la calamite de vostre boussole. (RAB., IV, 16.)
-
-
-CAROUSSE (Faire), 19.--_To quaffe, carousse_. Faire beuverie, de
-l’allemand: Gar aus, tout vide. (H. ESTIENNE, _Dial. du nouv. lang.
-franc._, Envers, 1579, p. 42.)
-
- Ils font iournellement carousse auec les dieux.
-
-(S. II.)
-
-Trinquer, voire, carous & alluz.
-
-(RAB., IV, Prol.)
-
-Gar aus & all aus ont en allemand la même signification: tout hors le
-verre.
-
-
-CERVELLE (En), 26, 83.--En souci, en peine. Ce mot a été très-torturé.
-Brossette veut qu’il signifie: de mauvaise humeur; M. Lacour lui donne
-le sens d’imaginairement.
-
- Mais pour dire le vray ie n’en ay la ceruelle.
-
-(S. III.)
-
- ... Où l’esclanche en ceruelle.
-
-(S. X.)
-
-
-CHAIRE, 82.
-
-Chaire est conforme à l’étymologie. Chaise est un reste du zezaiement à
-la mode dont Marot (V. le biau fiz de Pazi) nous a laissé un exemple
-ainsi que Lasphrise dans son sonnet:
-
- Hé! mé, mé, bine-moy, bine-moy, ma pouponne.
-
-(Édition BLANCHEMAIN, Turin, 1870, p. 325.)
-
-
-CHALAN, 83.--Gros pain venant par les bateaux chalands de Corbeil & de
-Villeneuve-Saint-Georges. (FURETIÈRE.)
-
-
-CHARTIS, 121.--Hangar.
-
-
-CHAUVIR de l’oreille, 61.--Baisser, remuer les oreilles.
-
-To clape downe the eares, as an horse, or asse doth.
-
-(COTGRAVE.)
-
-Chacun ne se plaist pas à attendre dix ans pour vn baiser, mesmes d’vne
-qui en derriere chauuist des oreilles.
-
-(DU FAIL, _Propos rustiques_, 14.)
-
-Chauuent des oreilles comme Asnes de Arcadie au chant des musiciens.
-
-(RAB., III, Prol.)
-
-
-CHERE, 15.--Visage.
-
-Belle chere & cueur arrière, dit un vieux proverbe français rapporté par
-H. Estienne (_Precell. du Lang. fr._).
-
- ... A qui mesme la mère
- Pour ne se descouurir fait plus mauuaise chère.
-
-(S. II.)
-
-
-CHEVRE (Prendre la), 112.--Prendre de l’humeur. Cette expression est
-restée longtemps en usage dans notre langue.
-
- C’est prendre la chevre vn peu bien viste aussi.
-
-(MOLIÈRE, _Sgan._, XII.)
-
-Les Italiens disent encore en ce sens: _Pigliar la monna_, prendre la
-guenon.
-
-
-CHIFFLER, 81.--Siffler. _To Whistle._ (Cotgrave.)
-
-On a dit de même longtemps capuchins pour capucins. (Voir Ménage,
-_Observations sur la langue fr._, p. 458, édit. cit.)
-
-
-CHOPPER, 53.--Heurter du pied, faire un faux pas.
-
-
-CICATRISÉ, 15.--Portant des traces de recousures, comme les blessures ou
-les plaies refermées.
-
- Si mon habit par tout cicatrisé.
-
-(S. II.)
-
-
-CINQ PAS, 42.--Danse fort en vogue au XVIe siècle, & décrite par Antoine
-Arena dans son poëme macaronique adressé _ad suos compagnones
-studiantes, qui sunt de persona friantes bassas dansas in galanti stylo
-bisognatas_.
-
-Voici d’après l’édition de Lyon (1601, in-8º de 78 p., tit. comp.) la
-description d’Arena:
-
- _... Passus fiunt ordine quinque suo:
- Vna duos primos marchet tantummodo gamba,
- Ac alium post hoc altera gamba dabit.
- Tibia sed faciet quartum gentissima passum
- Quæ primos fecerit ante duos...
- Vna dabit finem._
-
-
-COFFRE, 22.--Meuble servant de banc dans les antichambres où se tiennent
-les gens de service.
-
- Mourir dessus vn coffre en vne hostellerie.
-
-(S. III.)
-
-
-COITE, 96.--Lit de plume, de _culcita_ qui a donné coulte, coueste &
-coite. Le premier mot est entré dans coutepointe, devenu enfin
-courte-pointe.
-
-
-COMMUNE, 27.--La foule, le vulgaire.
-
- Qui n’abaye & n’aspire ainsy que la commune
- Apres l’or du Perou.
-
-(S. III.)
-
-
-CONSTABLE, 80.--Forme contractée de connestable, qui lui-même vient de
-l’allemand _Kœnigstapel_, aide du roi, & non de _comes stabuli_.
-(Nicot.)
-
-
-CONVENANT, 12.--Approprié.
-
- Iugez comme au subiect l’esprit est conuenant.
-
-(S. I.)
-
-
-CONVENT, 106.--Du latin _conventus_, & par euphonie couvent. Cette
-double forme se retrouve dans moustier & monstier, de _monasterium_.
-Enfin on a fait pareillement mouton de _montone_.
-
-
-CORNETTE, 31.--Bande de soie que les docteurs en droit portaient autour
-du cou, pendant jusqu’à terre. (Littré.)
-
- Vne cornette au col debout dans vn arquet.
-
-(S. IV.)
-
-
-CORNUS, 85.
-
-Cornus du bon père. Enhardis par le vin.
-
-Le bon père est Bacchus; & pour l’explication de cornus, voici un
-extrait de Guillaume Bouchet:
-
-Les cornes augmentans la hardiesse: car si à vn mouton vous ostez les
-cornes il deuient timide & doux, laissant sa hardiesse. Nous baillons à
-Bacchus des cornes pour monstrer que le vin rend les personnes hardies.
-
-(_Serees_, liv. I, 8.)
-
-Conf.: Depuis quand auez-vous pris les cornes qu’estes tant rogues
-deuenus?
-
-(RAB., I, 25.)
-
-
-COUCHER, 20.--Avoir pour enjeu, viser.
-
- Ne couche de rien moins que l’immortalité.
-
-(S. II.)
-
-Les princes ne craignans point de gager la vie de trente mille hommes où
-ils ne couchent rien du leur.
-
-(BOUCHET, éd. Roybet, t. III, p. 17.)
-
-
-COUPEAU ou Coupet, 20.--D’une montagne. _Montis cacumen._ (Nicot.)
-
- Vient à Vanues à pied pour grimper au coupeau
- Du Parnasse françois.
-
-(S. II.)
-
-
-COURAGE, 16, 25, 39.--Ce mot est pris souvent pour cœur.
-
- I’allay vif de courage & tout chaud d’esperance.
-
-(S. II.)
-
- Ie n’en ay pas l’esprit non plus que le courage.
-
-(S. III.)
-
- Suiect à ses plaisirs, de courage si haut.
-
-(S. V.)
-
-
-COURANTE, 53.--Impulsion irrésistible.
-
- Au gouffre du plaisir la courante m’emporte.
-
-(S. VII.)
-
-
-COURTAUX, 42.--Cheval de petite taille à qui l’on a coupé les oreilles,
-la crinière & la queue.
-
- Fait creuer les courtaux, en chassant aux forests.
-
-(S. V.)
-
-
-DAMOYSELLE, 26.--Nom donné aux femmes mariées de noblesse inférieure. Ce
-titre permettait de porter la robe de velours & une bordure d’or au
-chaperon. Plus tard il s’étendit à toutes les femmes mariées, nobles ou
-roturières.
-
- En honneur les auance & les fait Damoyselles.
-
-(S. III.)
-
-
-DARIOLET, 42.--Entremetteur. Dariolette est le nom de la confidente
-d’Elisenne dans _Amadis_.
-
- De vertueux qu’il fut le rend dariolet.
-
-(S. V.)
-
- Sont-ce pas les dariolettes
- Et les messagers d’amourettes
- Qui peuplent France de cocus?
-
-(AUVRAY, _Banquet des muses_, 1628, p. 194.)
-
- Qu’il soit bon Sibillot, ruzé dariolet,
- Qu’il sçache finement presenter vn poullet.
-
-(COURVAL SONNET, _Œuv. sat._, 1622, p. 91.)
-
-
-DEGOISER, 122.--Cette expression paraît dans l’origine ne s’être dite
-que des oiseaux. Les oyseaux se degoysent, _garriunt aves_. (Nicot.)
-
-_To chirpe or warble (as a singing bird)._ (Cotgrave.)
-
-
-DÉGOUT, 86.--Écoulement, débordement d’eau.
-
- Et du haut des maisons tomboit vn tel degout.
-
-(S. X.)
-
- Et là n’eussent rencontré source, ou degout d’eaux.
-
-(RAB., III, 5.)
-
-Ce mot se retrouve au figuré dans les _Quatrains_ de Pibrac:
-
- A bien parler ce que l’homme on appelle,
- C’est vn rayon de la diuinité,
- C’est vn degout de la source eternelle.
-
-(Éd. de 1584. _Quat._ XIII.)
-
-
-DEGREZ, 24.--Grades.
-
- Et si l’on est docteur sans prendre ses degrez.
-
-(S. III.)
-
-
-DEPITER, 57.--Maudire.
-
- Ie semble depiter, naufrage audacieux,
- L’infortune, les vents, la marine & les cieux.
-
-(S. VII.)
-
- Ie despite à ce coup ton inique puissance,
- O nature cruelle à tes propres enfants.
-
-(D’AUBIGNÉ, _Hécat. à Diane_, LX.)
-
-
-DILAYANT, 40.--Delayer, temporiser.
-
- Dilayant, qui tousiours a l’œil sur l’auenir.
-
-(S. V.)
-
-
-DOUTEUX, 40.--Hésitant.
-
- Imbecille, douteux, qui voudroit, & qui n’ose.
-
-(S. V.)
-
-
-ÉGUILLETTE (Courir l’), 128.--Chercher des aventures galantes.
-
-Cette expression est restée longtemps obscure, parce qu’on a voulu la
-rattacher au mot aiguillette, désignant le signe que les courtisanes de
-Toulouse portaient sur l’épaule pour se distinguer des autres femmes.
-C’est aller, ce semble, chercher un peu loin une explication.
-L’aiguillette est un double cordon ferré, servant à fermer la brayette.
-Nouer l’aiguillette, courir l’aiguillette, sont des locutions
-très-claires: la première signifie rendre un homme impuissant, & la
-seconde, faire métier de dénouer les aiguillettes de tout venant.
-
-
-ENCASTELÉ, 59.--Mot vsité en matière de pieds de bêtes de pied rond,
-comme cheuaux, mulets, quand on veut dénoter que la corne du talon
-s’entre approche presque à ioindre, qui est vn grand vice au pied; pour
-auquel obuier il faut au ferrer faire ouurir le talon auec le boutoir
-iusques au vif. (Nicot.) Encastellé, qui a le talon étroit; _narrow
-heeled_, dit Cotgrave.
-
-
-ENTERINER, 38.--Ratifier juridiquement.
-
- Qui dans le four l’Euesque enterine sa grace.
-
-(S. V.)
-
-
-ENTRANT, 21, 24, 25.--Hardi, audacieux. _A bould or audacious fellow._
-(Cotgrave.)
-
- I’entre sur ma louange & bouffy d’arrogance.
-
-(S. II.)
-
- Sois entrant, effronté.
-
-(S. III.)
-
- Ie ne suis point entrant.
-
-(_Ibid._)
-
-
-ÉPÉE (Chevalier de la petite), 82.--Coupeur de bourse.
-
-
-ESCLATER, 69, 107.--Reluire, briller.
-
- Son front laué d’eau claire, esclaté d’vn beau teint.
-
-(S. IX.)
-
- Esclater de satin, de perles, de rubis.
-
-(S. XIII.)
-
- Veaux dorez que tu crains pour leur voir esclater
- Le clinquant au chapeau, sur le dos l’escarlate.
-
-(COURVAL SONNET, _Œuv. sat._, 1622, p. 103.)
-
- Esclater en clinquant gorrierement vestu
- Piaffer en vn bal, gausser, dire sornettes.
-
-(AUVRAY, _Banquet des muses_, 1628, p. 159.)
-
-
-ESCORNES, 179.--Affront.
-
-
-ESGAYER, 13, 16, 39, 42.--Divertir, ébattre.
-
- Pour esgayer ma force.
-
-(S. I.)
-
- Un repos qui s’esgaye en quelque oisiveté.
-
-(S. II.)
-
- Egayer sa fureur parmy des precipices.
-
-(S. V.)
-
- Qui dans vn labeur iuste egayoit son repos.
-
-(_Ibid._)
-
-
-ESPOINÇONNE, 28.--Piquer, pousser en avant.
-
- Iadis vn loup dit-il, que la fain espoinçonne.
-
-(S. III.)
-
- Pour nous espoinçonnez d’vne loüable ardeur,
- Nous offrons à seruir vostre illustre grandeur.
-
-(AUVRAY, _Banquet des muses_, 1628, p. 182.)
-
-
-ESTAMINE, 107, 114.--Petite étoffe légère & de peu de prix. Tissu de
-crin ou de laine servant à filtrer.
-
- Que cecy fust de soye & non pas d’estamine.
-
-(S. XIII.)
-
- Et qui peust des vertus passer par l’estamine.
-
-(S. XIV.)
-
-
-ESTRIVER, 113.--Quereller, disputer; d’estrif, qui signifie peine et
-aussi débat.
-
-
-ESTUDE, 23.--Ce mot variait d’acception suivant le genre qui lui était
-donné.
-
-Une estude désignait un cabinet de travail, & l’estude (subst. masc.)
-avait le sens de soin, souci.
-
-Encores que mon feu pere eust adonné tout son estude à ce que ie
-prouffitasse en toute perfection. (RABELAIS, II, 8.)
-
-
-ESTUVER, 193.--Sécher. _To warme._ (Cotgrave.)
-
-
-EVEROLLE, 79.--Ampoule.
-
-Du vieux mot français éve, eau, qui a donné éveux, humide, plein d’eau,
-& évier, demeuré dans la langue.
-
- De nuages éueux.
-
-(BAÏF, _Les Jeux_, 1593, fº 41.)
-
-Voir, sur éve & aigue, venus tous deux d’_aqua_, H. Estienne,
-_Precellence du Lang. franc._, 1579.
-
-
-EVESCHÉ, 19, 27.--Ce mot était alors habituellement féminin, comme
-duché.
-
- Medite vne euesché.
-
-(S. II.)
-
- Et si le faix leger d’vne double Euesché.
-
-(S. III.)
-
-Avec une comté de Plume, & un marquisat d’Ancre, il ne lui falloit plus
-qu’une duché de Papier, pour assortir tout l’équipage.
-
-(MALHERBE, éd. Lalanne, III, 207.)
-
-
-EXEMPLE, 41, 83.
-
- Pour exemple parfaitte ils n’ont que l’aparance.
-
-(S. V.)
-
-A Paris, dans la ville, on fait exemple ordinairement feminin, &
-l’erreur vient de ce que exemple est de ce dernier genre quand il
-signifie le modelle d’escriture que les maistres Escrivains donnent aux
-enfans. (Vaugelas, _Remarques sur la langue françoise_, 1665, p. 171.)
-
-
-FANIR, 192.
-
- Tu es vn pré sans fleur qui fanist.
-
-(BAÏF, _Am. de Franc._, IV.)
-
-
-FAQUIN, 43.--Mannequin contre lequel on joutait dans les manéges.
-Tournant sur un pivot, il frappait d’un sabre de bois le cavalier qui ne
-l’atteignait pas en plein milieu.
-
- Court le faquin, la bague.
-
-(S. V.)
-
-Le lendemain des noces on courra la bague & rompra t’on au faquin.
-(MALHERBE, éd. Lalanne, III, 90.)
-
-
-FÉE (Courroucer la), 84.--Irriter les génies.
-
-
-FIGUE, 47, 77.--Nazarde, plus particulièrement signe de mépris, qui
-consiste à montrer le pouce entre l’index & le médium. Pour
-l’éclaircissement historique de cette expression, voir G. Paradin, _De
-antiq. Burgundiæ statu_, Lyon, Est. Dolet, 1542, p. 49, & aussi
-Rabelais, IV, 45.
-
-
-FORAINS (Alibis), 91.--Echappatoires.
-
-Dans Rabelais, liv. II, ch. XXI, cette expression désigne les recoins
-les plus écartés, _all the corners_. (Cotgrave.)
-
-
-FOURCHE (Fait à la), 77.--Mal tourné, de grossière façon.
-
-
-FOURNEAUX, 129.
-
- Des fourneaux enfumez où l’on perd sa substance.
-
-Ambroise Paré a donné la description de cet appareil à fumigation dans
-ses œuvres (Paris, Buon, 1585), liv. XIX, ch. XXVI.
-
-Par ironie, on disait de ceux qui suivaient ce traitement, qu’ils
-voyageaient au pays de Surie, Syrie ou Suède.
-
-
-FRAISÉ, 39.--Portant une fraise, sorte de collet plissé & empesé.
-
- L’homme ne se plaist pas d’estre tousiours fraisé.
-
-(S. V.)
-
-
-FUSTÉ, 34.--Bâtonné, accablé, de fust, bâton.
-
- Les grands & la fortune
- Qui fustez de leurs vers en sont si rebattus.
-
-(S. IV.)
-
-Marotte Duflos, pour soupechon de larrecin, fut fustée à la banlieue.
-(_Livre rouge d’Abbeville._) Génin, dans ses _Récréations
-philologiques_, t. I, p. 161, prétend mal à propos que ce mot vient de
-fustigé.
-
-
-GARITE, 86.--Guerite, lieu de refuge & sauueté en vn desastre & deroute.
-(Nicot.)
-
-
-GAROT, 195.--Trait d’arbalète. _A boult for a crosse bow_ (Cotgrave.)
-
-
-GAULE, 34.--Houssine, cravache.
-
- Nous voyent d’vn bon œil & tenant vne gaule
- Ainsi qu’à leurs cheuaux nous en flatte l’espaule.
-
-(S. IX.)
-
-
-GAY, 94.--Geai.
-
- Le Perroquet, & le Gay caqueteur.
-
-(VAUQ. DE LA FRESNAYE, éd. Travers, I, 251.)
-
-
-GENET, 43.--Cheval de main, de petite taille & bien proportionné, que
-l’on tirait d’Espagne & de Sardaigne.
-
- Talonne le genêt.
-
-(S. V.)
-
-
-GENTILLY, 49.
-
- Aller à Gentilly caresser vne rosse.
-
-(S. V.)
-
-Claude Binet nous apprend, dans sa _Vie de Ronsard_, que le poëte «se
-delectoit ou à Meudon, tant à cause des bois, que du plaisant regard de
-la riuiere de Seine, ou à _Gentilly_, Hercueil, Sainct-Clou, & Vanues
-pour l’agréable fraischeur du ruisseau de Biéure, & des fontaines que
-les muses ayment naturellement.»
-
-Hercueil fut le théâtre de la Pompe du Bouc de Jodelle. C’est à Vanves
-que se trouvait la maison de campagne où Desportes recevait ses amis;
-enfin le petit Olympe d’Issy a été chanté par Bouteroue. «C’estoit, dit
-Lestoile, une fadeze dediée à la reine Marguerite sur ses beaux jardins
-d’Issy, dont on disoit que le dieu Priapus estoit gouuerneur, &
-Bajaumont son lieutenant.»
-
-Dans Rabelais, liv. I, ch. XXIV, Comment Gargantua employoit le temps,
-nous lisons enfin que Ponocrates, «pour le séjourner de la vehemente
-contention des esprits, l’emmenoit à Gentilly, à Montrouge ou à Vanves,
-& là passoient la journée à faire ripaille.»
-
-
-GEORGES (Saint), 41, 51.
-
- Et que i’en rende vn jour les armes à Sainct-Georges.
-
-(S. V.)
-
- Releuez, emplumez, braues comme Sainct-George.
-
-(S. VIII.)
-
-La légende a fait de saint Georges un type héroïque. Comme Persée, il a
-délivré une jeune vierge des griffes d’un dragon. Aussi les Anglais &
-les Génois l’avaient-ils du temps des croisades choisi pour leur patron.
-
-
-GILLE (Faire), 62, 97.--Fleury de Bellingen explique ainsi cette
-expression:
-
-Quand quelqu’un s’en est fuï secrettement, on dit qu’il a fait Gile,
-parce que Saint Gille, prince du Languedoc, s’enfuit ainsi de peur
-d’être fait roi.
-
-(_Étymologie ou explication des Proverbes françois._ La Haye, 1656, p.
-133.)
-
-
-GOULET, 94.--Goulet, diminutif de Goule, aujourd’hui gueule. (Littré.)
-Sur la permutation _eu_ & _ou_, voir page 94, feugere pour fougère.
-
-
-GOURMANDER, 84.--Se repaistre avec avidité de.
-
- Son poulmon tu gourmandes.
-
-(S. X.)
-
-
-GRAIN (Dans le), 86.--Dans l’abondance, à l’aise.
-
-
-GREMOIRE, pour grimoire (comme letanie, cemetiere), 35, 95.
-
- C’est mon amy, vn gremoire & des mots.
-
-(S. IV.)
-
- Mon maistre... i’entends bien le Grimoire.
-
-(S. XI.)
-
-On disait aussi gramoire.
-
- Et par ma foy, si vous voulez,
- Leur montrer mestier ou gramoire.
-
-(_Anc. th. franç._, III, 12.)
-
-Grimoire est donc véritablement un doublet du mot grammaire.
-
-
-GUET (Laisser du), 62.--Échapper à quelqu’un & le laisser en quête de
-soi.
-
-
-HOUSSE (En), 14.--A cheval, comme s’il y avait en selle. La housse est
-une sorte de couverture attachée à la selle.
-
- En carosse & en housse.
-
-(S. II.)
-
-Autrefois pour parler d’un qui paroissoit dans le monde, soit financier
-ou autre, l’on disoit de luy: Il ne va plus qu’en housse; mais
-maintenant cela n’est plus guères propre qu’aux medecins ou à ceux qui
-ne sont pas des plus relevez.
-
-(_Les Loix de la Galanterie_, 1644.)
-
-
-HYPOSTASE, 106.--Terme de théologie qui signifie essence, nature &
-personne de Dieu.
-
-
-INFINITÉ pour Infini, 11, 218.
-
- Ne pouuant le fini ioindre l’infinité.
-
-(S. I.)
-
-
-JA pour déjà, 12.--Ce mot était hors d’usage au moment où l’employait
-Regnier.
-
- Ia riante en son cœur.
-
-(S. I.)
-
-
-JACOPINS pour Jacobins, 29.--Voir, sur cette double forme, les
-_Observations de Ménage sur la langue françoise_. Éd. citée, p. 24.
-
-
-JEAN qui ne peut, 89.--Homme impuissant. Titre d’un poëme écrit en 1577
-par Remy Belleau sur le cas de Me Estienne de Bray, & rapporté dans le
-registre journal de _Lestoile_.
-
-
-JEAN (Saint-), 67.--Place Saint-Jean-en-Greve, lieu de stationnement des
-crocheteurs ou portefaix.
-
-
-JOUG (Faire), 120, 213.--Italianisme, de _far giu_, céder, se soumettre,
-s’abaisser.
-
-Dans Marot, il est écrit faire jou. Plus tard il prend un g euphonique,
-& les lexicographes le confondent à tort avec le mot joug.
-
- Anjou fait jou, Angoulême est de même.
-
-(MAROT, _Complainte de Madame Louise de Savoye_.)
-
-
-JUPON, 80.--Jupe. Nicot donne deux explications de ce mot: squenie ou
-souquenie, roquet ou rochet, suruestement qui est pendant par deuant &
-par derriere bien bas.
-
-Le comte d’Egmont... estoit vestu d’vne juppe de damas cramoisi & d’un
-manteau noir avec du passement d’or.
-
-(BRANTOME, éd. Jannet, II, 169.)
-
-
-JUYS pour Juyfs, 59.--_f_ muet.
-
- A coups de poings, de pieds, de grifs,
- S’entredechiroient leurs habits.
-
-(AUVRAY, _Banquet des muses_, 1628, p. 189.)
-
-Voir, dans les poésies de Malherbe, l’épitaphe de M. d’Is, dont le nom
-exactement orthographié était d’Ifs.
-
-
-LANGARD, 119.--Bavard.
-
- Languards picquans plus fort qu’vn hérisson.
-
-(MAROT, _Bal. des Enf. sans soucy_.)
-
-
-LANTERNES VIVES, 89.--On appelait ainsi des lanternes dans l’intérieur
-desquelles un mécanisme particulier faisait mouvoir des figures
-grotesques, «Comme de harpies, satyres, oisons bridés, lievres cornus,
-canes batées, boucs volans, cerfs limoniers, & autres telles peintures
-contrefaites à plaisir pour exciter le monde à rire.»
-
-(RABELAIS, liv. I, _Prol. de l’auteur_.)
-
-
-LAVER, 82.--On se lavait les mains avant de se mettre à table & aussi au
-sortir du repas.
-
-Laquelle ayant pris de l’eau pour lauer, s’assit incontinent à table.
-
-(_Le Banquet_ du comte d’Arete, 1594, p. 15.)
-
- Ie voy ia qu’on dessert,
- Ie voy ia l’espouze qui laue.
-
-(O. DE MAGNY, _Epithal._ de J. Flehard.)
-
-
-LEGENDE, 62.--Lecture, récit.
-
-Pour affaires, projets, on disait faciendes.
-
-(Voir TAHUREAU, _Dialogues_, éd. Lemerre, p. 146.)
-
-
-LEGER (De), 106, 122, 207.--A la légère, à l’étourdie.
-
- De leger il n’espere & croit au souuenir.
-
-(S. V.)
-
- Il oit trop les causeurs, il croit trop de leger.
-
-(VAUQ. DE LA FRESN., éd. Travers, I, 227.)
-
-
-LIEVRE, 81.--Bailler le lièvre par l’oreille, leurrer de promesses.
-
- Me bailla gentiment le lieure par l’oreille.
-
-(S. X.)
-
-
-LIMESTRE, 108.--Drap de Limestre, étoffe grossière dont on faisait des
-capes. On appelle aussi Limestres les gens qui portaient cette partie de
-vêtement. (V. Cotgrave, vº _Limestre_.)
-
-
-LINCEUX, 96.--Draps de lit.
-
- Les linceux trop cours par les pieds tirassoit.
-
-(S. XI.)
-
-Ce mot n’avait pas encore le sens précis de drap pour ensevelir les
-morts.
-
- Entre deux lincieulx
- Allez reposer votre teste.
-
-(MAROT, éd. Jannet, 271e Épigr.)
-
-
-LIPÉE, 82.--Proprement bouchée. Suivant de madame Lipée, parasite.
-
-
-LOS, 11.--Louange &, par extension, gloire.
-
- Qui leurs vers à ton los ne peuuent esgaler.
-
-(S. I.)
-
-
-LUITEUR, 12, 161.--Vieille forme du mot lutteur.
-
-Ceux qui ayment la luicte, plusieurs bons luicteurs.
-
-(LA BOÉTIE, éd. Feugères, p. 286.)
-
-
-MALLE (Trousser en), 95.--Emporter de force à la façon d’vne malle qu’on
-charge sur les épaules.
-
-Les nouueaux receus pour ne sçauoir l’art de la vollerie, sont troussez
-en malle, & conduits à Montfaucon pour là faire des cabriolles en l’air.
-
-(_Règles, statuts_, etc., de la Caballe des filous. V. Ed. Fournier,
-_Var. hist. & lit._, t. III.)
-
-
-MARINE, 57.--Mer.
-
- Les vents, la marine & les cieux.
-
-(S. VII.)
-
- Creignant les flots de la marine,
- Elle troussoit sa vesture pourprine.
-
-(BAÏF, _Poëmes_, 1573, fº 253, vº.)
-
-
-MARISSON, 88.--Mot formé régulièrement comme unisson, nourrisson, qui
-sont restés en usage.
-
-Ébloui suivant la même règle avait formé éblouisson.
-
- D’vn éblouisson trouble a les yeux empeschez.
-
-(BAÏF, _Amours_, 1573, fº 77, vº.)
-
-
-MARJOLLET, 25.--Petit homme fanfaron, de l’italien _mariolo_, homme de
-rien.
-
- Entendre vn mariollet qui dit auec mespris.
-
-(S. III.)
-
-
-MATELINEUX, 112.--Fantasque, diminutif francisé de _matto_, fou.
-
-
-MATINES, 19.--Livre d’heures où se trouvent les offices du matin.
-
- Que portez à l’Eglise ils valent des matines.
-
-(S. II.)
-
-
-MÉDARD (Ris de Saint), 59.--Ris forcé. On appelait mal Saint-Médard le
-mal de dents, &, suivant d’autres, l’emprisonnement. Un proverbe du
-XVIIe siècle dit:
-
- Ris qui est de Saint Médart,
- Le cœur n’y prent pas grant part.
-
-(Voir LE ROUX DE LINCY, _Livre des Proverbes_.)
-
-
-MENESTRE, 82.--Soupe, de l’italien _minestra_.
-
-
-MERCERIE, 126.--Marchandise.
-
- Chacun vante sa mercerie.
-
-(BAÏF, _Mimes_, III.)
-
-Mercier, le marchand par excellence. Voir, pour la justification de ce
-sens, le _Dictionnaire de Trevoux_ (1732) & le _Guide des Corps des
-Marchands_, Paris, 1766, in-12, p. 358. Le corps des merciers est le
-plus nombreux & le plus puissant des six corps des marchands, lit-on
-dans le premier des ouvrages cités plus haut. Voir aussi les _Variétés
-hist. & litt._ de M. Ed. Fournier.
-
-
-MICHEL (Ceux de Saint-), 35.--Pèlerins que l’on appelait Michelets, du
-nom de leur patron.
-
-Poissons que nous appelons sourdons, desquels les Michelets en
-enrichissent leurs bonnets ou chappeaux en venant de Saint-Michel.
-
-(B. PALISSY, éd. Cap., p. 365.)
-
-
-MINUTER, 61, 76.--Projeter.
-
- Minutant me sauuer de cette tyrannie.
-
-(S. X.)
-
- Auecq’ vn froid adieu, ie minute ma fuitte.
-
-(S. X.)
-
-
-MOINE-BOURRU, 99, 115.--Lutin qui, dans la croyance du peuple, court les
-rues aux Avents de Noël en faisant des cris effroyables. (Furetière.)
-Suivant Cotgrave, moyne bourry ou moyne beur designe _a lubberly monke
-or in stead of beuveur a quaffing monke_.
-
-Comp. Ie grezille d’estre marié & labourer en diable bur dessus ma
-femme.
-
-(RAB., III, 7.)
-
-
-MON (C’est).--Particule affirmative dont l’origine a été diversement
-expliquée. H. Estienne y voit c’est moult; Nicot y trouve le mot grec
-μεν francisé; Furetière veut que ce soit l’abréviation de c’est mon
-avis. D’après Ménage & les hellénistes Périon, Trippault, Lancelot, mon,
-dans c’est mon, dérive du grec μων, certes, assurément. Cette
-interprétation s’applique également aux locutions savoir mon, faire mon.
-
-
-MONTRE, 81.--Revue.
-
-
-MONUMENT, 10, 66.--Tombeau.
-
- Deterrer les Grecs du monument.
-
-(S. IX.)
-
-
-MORGANT, 24, 50, 82, 199.--Hautain, menaçant.
-
-Faire une morgue, c’est montrer un visage irrité. D’où est venu qu’au
-pluriel morgue signifie outrages, malheurs.
-
-La centurie qui promettoit morgues à la France.
-
-(MALHERBE, éd. Lalanne, III, 532.)
-
-
-MOUTONS, 17.
-
- Or laissant tout cecy retourne à nos moutons.
-
-(S. II.)
-
- Mais comme dit Marot, reprenons nos moutons.
-
-(COURVAL SONNET, _Œuv. sat._, 1622, p. 166.)
-
-
-MOUVANT, 111.--Fringant, pétulant.
-
- L’apothicaire qui etoit vn grand mouueur.
-
-(BOUCHET, _Serees_, liv. I, 9.)
-
-Dans un sens plus proche de l’exemple tiré de Regnier, Pedoue, chanoine
-de Chartres, a fait dire par une maîtresse à son amant:
-
-Monsieur vous estes si pressant & si mouueux, qu’on ne sçauroit estre vn
-quart d’heure en repos auec vous.
-
-(_Le Bourgeois Poli._ Chartres, Cl. Peigné, 1631. Dialog. VIII.)
-
-On trouve également dans l’ancien théâtre français, avec une acception
-peu différente, le mot saillant.
-
- Tousiours ma femme se demaine
- Comme vng saillant.
-
-(_La Farce du Cuvier._)
-
-
-NAVIGER, 46, 128, 129.
-
-Tous les gens de mer disent, naviguer, mais à la Cour on dit, naviger &
-tous les bons Autheurs l’écrivent ainsi.
-
-(VAUGELAS, _Remarques sur la langue françoise_.)
-
-
-NAZARDE, 88, 94.--Coup sur le nez.
-
-
-NICE, 129.--Ignorance, de _nescia_.
-
- Voulant tromper vne nice pucelle
- Il se deguise.
-
-(BAÏF, _Poëmes_, 1573, fº 252.)
-
-
-OFFUSQUER, 13, 33, 54.--Obscurcir, priver de son éclat.
-
- Offusque tout sçauoir.
-
-(S. I.)
-
- Apollon est gesné par de sauuages loix,
- Qui retiennent sous l’art sa nature offusquée.
-
-(S. IV.)
-
-Le miroir ne peut représenter le simulacre des choses objectées si sa
-polissure est par haleines ou temps nebuleux offusquée.
-
-(RAB., III, 13.)
-
-
-OPILÉ, 18.--Obstrué.
-
- Et durant quelques iours i’en demeure opilé.
-
-(S. II.)
-
-Ses larris tant furent oppilés & resserés.
-
-(RAB., I, 6.)
-
-
-ORES, 72.--Maintenant. OR’ répété signifie tantôt... tantôt.
-
-
-PANTIÈRE, 25.--Filet à prendre les oiseaux.
-
-
-PANTOIS, 162.--Hors d’haleine. Le primitif Pantais (Pantess, en anglais)
-est un terme de fauconnerie qui désigne l’asthme chez le faucon.
-
-
-PARANIMPHE, 43.--Panégyrique.
-
- Bastit vn paranimphe à sa belle vertu.
-
-(S. V.)
-
-
-PARQUET, 31.--Enceinte réservée aux juges d’un tribunal, y compris la
-barre, lieu de plaidoirie des avocats, laquelle établit la démarcation
-de l’espace abandonné au public. On désigna de bonne heure ainsi
-l’enceinte réservée aux gens du Roi, & par extension ces magistrats
-eux-mêmes reçurent le nom de Parquet.
-
-
-PARTIS, 125.--Fermes d’impôts.
-
-Les gentils hommes n’estant pas instruits à faire valoir leur bien par
-le trafic, le prest d’argent ou les partis.
-
-(_Les Loix de la galanterie_, éd. Aubry, p. 3.)
-
-
-PASSE VOLANT, 81, 105.--Soldats de parade qu’on louait aux jours de
-revue pour montrer des régiments complets.
-
-
-PATELIN, 125.--Jargon insidieux.
-
-Dans le recueil des _Poésies calvinistes_ publié par M. Tarbé, Reims,
-1866 p. 59, on trouve un exemple de cette expression.
-
- Le prestre se vest...
- Puis chante vne epistre...
- Puis vne legende
- En prose, en latin,
- De peur qu’on entende
- Tout son patelin.
-
-(Chanson nouvelle contenant la forme & manière de dire la messe. 1562.)
-
-
-PAVILLON, 94.
-
- Un garde robe gras seruoit de pavillon.
-
-(S. XI.)
-
-Ce vers doit s’entendre ainsi: un fourreau de robe servait de couronne
-de lit.
-
-Voici du reste un extrait de la correspondance de Malherbe qui
-éclaircira le sens du mot pavillon.
-
-Son pavillon, pour la mettre quand elle aura accouchée est déjà pendu &
-dressé en sa ruelle, & celui de son travail est pendu au haut du
-plancher, troussé dans une enveloppe d’écarlate.
-
-(_Lettre à Peiresc_ du 28 oct. 1609.)
-
-
-PEAUTRE, 68.--Sel d’étain dont on faisait un fard, comme de la céruse
-qui est un sel de plomb.--Plus tard par confusion on a dit plâtre.
-
- Et mettant la ceruse & le platre en usage
- Composa de sa main les fleurs de son visage.
-
-(BOILEAU, _Ép._ IX.)
-
-
-PERCHE 95.
-
- Qu’en perche on me le mist.
-
-(S. XI.)
-
-Cette expression signifie ici, dans la langue de Regnier, faire
-_arrasser_ quelqu’un & probablement le soumettre à un congrès improvisé.
-
-Et à ces paroles, asseurément tira son membre à perche.
-
-(_Cent Nouv. nouv._, XIII.)
-
-Comp.--Maistre moyne luy leue ses draps & en lieu du doy de la main
-bouta son perchant dur & roidde.
-
-(_Ib._, XCV.)
-
-
-PERRUQUE, 11, 214.--Chevelure.
-
- Qui sa perruque blonde en guirlandes estraint.
-
-(S. I.)
-
- Et ma perruque en ma teste veluë
- Comme persil se frisoit crepeluë.
-
-(BAÏF, _Les Jeux_, 1573, fº 36.)
-
-
-PIOLÉ, 68.--De couleurs diverses & tranchées. Le primitif _pie_ nous est
-resté. Un cheval pie.
-
- L’arc-en-ciel piolé.
-
-(BAÏF, _Poëmes_, 1573, fº 1, vº.)
-
-
-PIOT, 84.--Vin, proprement boisson.
-
- Cy gist qui a bien aymé le piot:
- C’est grand dommage aux taverniers de Vire.
-
-(JEAN LE HOUX, éd. Gasté. Paris, Lemerre, p. 49.)
-
-
-PIQUÉ, 14.--Irrité.
-
- Trop discret est Horace
- Pour vn homme picqué.
-
-(S. II.)
-
-Les Béotiens, piqués du meurtre de leur capitaine général.
-
-(MALHERBE, éd. Lalanne, I, 397.)
-
-
-PISSER, 15, 67.
-
- Pissent au benestier affin qu’on parle d’eus.
-
-(S. II.)
-
- Que le Cheual volant n’ait pissé que pour eux.
-
-(S. IX.)
-
- Ce grippe aussi tost
- L’on accusoit d’auoir pissé dessus le rost.
-
-(AUVRAY, _B. des muses_, 1628, p. 158.)
-
-Le bled y provient comme si Dieu y eust pissé.
-
-(RAB., IV, 7.)
-
-
-PLAINDRE, 125.--Pleurer, regretter.
-
- Comme vn sire qui plaint ses parents trespassez.
-
-(S. XIII.)
-
-
-PLATS, 28.--Propos.
-
- Et beaucoup d’autres plats qui seroient longs à dire.
-
-(S. III.)
-
-Faire trois plats s’est dit pour faire beaucoup de bruit au sujet de
-quelque chose.
-
-Ils en vinrent faire trois plats au roy.
-
-(BASSOMPIERRE, _Mem._, t. III, p. 12. Voir Lacurne & Littré.)
-
-
-PLUME, 47.--Passer la plume par le bec. Abuser.
-
- Qui seure les desirs & passe mechamment
- La plume par le becq’ à mon entendement.
-
-(S. VI.)
-
-Tous les peuples s’allechent vistement à la servitude pour la moindre
-plume qu’on leur passe devant la bouche.
-
-(LA BOÉTIE, éd. Feug., p. 52.)
-
-
-POIL, 39, 68, 71, 196, 197.--Chevelure.
-
- Et comme nostre poil blanchissent nos désirs.
-
-(S. V.)
-
- Que son poil dés le soir frisé dans la boutique.
-
-(S. IX.)
-
-
-POINDRE, 18.--Aiguillonner.
-
- Et quand la faim les poind.
-
-(S. II.)
-
-
-POINT, 19, 32, 41.--But, visées.
-
- Suant, touchant, crachant, pensant venir au point.
-
-(S. II.)
-
- Contrefaire l’honneste & quand viendroit au point.
-
-(S. IV.)
-
- Et rangent leur discours au point de l’interest.
-
-(S. V.)
-
-
-POINT-COUPPÉ.--Dentelle à jour.
-
- Vn mignard point-couppé fait d’expertes lingeres.
-
-(COURVAL SONNET, _Œuv. sat._, 1622, p. 159.)
-
-On n’y laissoit pas de voir quelques dentelles de point couppé au
-travers desquelles la chair paroissoit.
-
-(ILE DES HERMAPHRODITES, 1724, p. 15.)
-
-
-POINTE, 39.--Acuité.
-
- Qui donne cette pointe au vif entendement.
-
-(S. V.)
-
-
-POMMADES, 43.--Terme d’équitation. Saut fait en selle en appuyant
-seulement la main sur le pommeau.
-
- Monte vn cheual de bois, fait dessus des pommades.
-
-(S. V.)
-
-
-PONT NEUF.--Que le Pont neuf s’acheue.
-
-Le Pont-Neuf, achevé dans les premiers mois de 1604, fut commencé en mai
-1578 par Henri III, qui en avait posé la première pierre. Palma Cayet
-rapporte, dans sa _Chronologie septennaire_, qu’à la mort du roi deux
-arcades seulement étaient terminées & les piles des arches amenées à
-fleur d’eau. «Tellement, dit le P. du Breul, qu’au moyen de certaines
-poutres & planches par dessus l’on pouuoit passer aysément des Augustins
-en l’Isle du Palais. Le vendredy 20 du mois de juin 1603, Henri IV
-traversa le pont qui n’estoit pas encore très assuré, & plusieurs
-personnes en ayant voulu faire l’essai, se rompirent le col & tomberent
-dans la rivière.»
-
-
-PORFIL, 79.--Profil.--Voir de même, p. 78 & 82, Berlan pour Brelan.
-
-
-POSTPOSER, 128.--Mettre après, rejeter.
-
-Plutarque postpose Aristide à Marcus Caton, la fortune épargnant sa
-vertu.
-
-(BOUCHET, _Seree_ XXXI.)
-
-
-POT POURRY, 13.
-
- Comme vn pot pourry des Freres mandians.
-
-Noël du Faïl a donné, au début du chap. XXII des _Contes & Discours
-d’Eutrapel_: Du temps present & passé, la recette du pot pourry. On
-mestoit le pot sur la table sur laquelle y avoit seulement un grand plat
-garny de bœuf, mouton, veau & lard, & la grand’ brassee d’herbes cuites
-& composees ensemble dont se faisoit vn brouet, vray restaurant & elixir
-de vie.
-
-Il y a quatre ordres mendiants, les Dominicains, les Franciscains, les
-Carmes & les Augustins.
-
-
-POULLE, 24.
-
- Fils de la poulle blanche.
-
-(S. III.)
-
-Brossette a donné de ce vers une interprétation compliquée. Fils de la
-poule blanche désigne un homme né sous un signe heureux, non pas le fils
-de la femme que l’on aime.
-
- Feliciter natum, albæ gallinæ dicimus.
-
-(_Adagiorum Erasmi epitome_, 1650, p. 73.)
-
- Quia tu gallinæ filius albæ,
- Nos viles pulli nati infelicibus ovis.
-
-(JUVÉNAL, XIII, 141.)
-
- Petits mignons du Ciel, fils de la Poulle blanche.
-
-(AUVRAY, _B. des muses_, 1628, p. 156.)
-
-
-POURQUOY (Le), 26.--La chose, _atto venereo_.
-
- Qu’on ne s’enquiert plus s’elle a fait le pourquoy.
-
-(S. III.)
-
-
-POUSSINIÈRE (Étoile), 50.--Nom populaire de la constellation que les
-astronomes appellent les Pléiades, & plus particulièrement de l’étoile
-la plus brillante du groupe.
-
-
-QUEMANDE ou CAIMANDE, 31.--Mendiante. Caimand, _a beggar_ (Cotgrave).
-_Mendicus_ (Nicot).
-
- Puisque pauure & quémande on voit la poésie.
-
-(S. IV.)
-
-
-QUINTAINE, 105.--Poteau fiché en terre & contre lequel on s’exerçait à
-lancer des dards ou à rompre des lances. Le mot _quaintin_ avait le sens
-de devanteau, tablier.
-
-De là la signification équivoque attachée à ces deux expressions.
-
- Il donne bien dans la quintaine,
- Il y fait du grand capitaine
- Et l’embroche le plus souvent.
-
-(_Le Songe_, pièce contre le maréchal d’Ancre. Fournier, _Var. hist. &
-litt._, t. IV.)
-
- Mesdames sans le linge
- On verroit votre petit singe
- Qui enrage sous le quaintin
- Et de la pature demande.
-
-(_L’Éventail satyrique_. _Var. litt._, t. VIII.)
-
-
-RANC, 38, 48.--Estre sur le ranc (nous dirions aujourd’hui sur le
-tapis), signifie être en butte à la critique, à la médisance.
-
- Et cependant Bertaut ie suis dessus le ranc.
-
-(S. V.)
-
-
-RANCŒUR, 140.--Rancune.
-
- Arrière, vaines chimères
- De haines & de rancueur.
-
-(MALHERBE, éd. Lalanne, I, 90.)
-
-
-REBOUCHER, 166.--Émousser. Se reboucher se disait d’une arme qui se
-fausse par suite d’un choc.
-
-Vne petite pointe de convoitise qui se rebouche soudain contre le
-danger. (LA BOÉTIE, _Œuvres_, éd. Feugère, p. 17.)
-
- Ses traits impetueux
- Ne font que reboucher contre les vertueux.
-
-(AUVRAY, _B. des muses_, 1628, p. 156.)
-
-
-RECHAPE, 32.--Travestissement du mot _recipe_, par lequel tous les
-médecins commençaient leurs ordonnances.
-
- D’vn rechape s’il peut former vne ordonnance.
-
-(S. IV.)
-
-
-RECREU, 77.--A bout de forces.
-
- Le voyageur lassé, l’artisan hors d’haleine,
- Et le soldat recreu s’empressent pour m’avoir.
-
-(Le P. Carneau, _La Pièce de cabinet_.)
-
-Ce mot commençait à vieillir en 1648. Racine l’a souligné, avec les
-termes passés de mode, dans le _Quinte Curce_ de Vaugelas (1653, p. 248)
-qui lui a appartenu, & qui se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque
-nationale. (FOURNIER, _Var._, III, 288.)
-
-
-REMEUGLE pour Remugle, 99.--Moisi, relent, _mustie_. (Cotgrave.)
-
-
-RESPECT, 18, 139.--Considération, prévoyance.
-
- Mais que pour leur respect l’ingrat siecle où nous sommes.
-
-(S. II.)
-
- Où les lois par respect sages humainement.
-
-(S. III.)
-
-
-RESSENTIMENT, 171, 191.--Renouvellement d’impression, souvenir.
-
- Chatouille mon mal d’vn faux ressentiment.
-
-(PLAINTE.)
-
- Doux ressentimens d’vn acte si fidelle.
-
-(DIAL. DE CL. & PH.)
-
-
-ROME (Faire), 125.--Délivrer à vil prix des expéditions de faux brefs &
-de fausses bulles du pape.
-
- Vn banquier qui fait Rome icy pour six testons.
-
-(S. XV.)
-
-
-RONDACHE, 85, 88.--Bouclier.
-
- Qui pour vne rondache empoigne vn escabeau.
-
-(S. X.)
-
-
-ROTONDE, 177.--Collet empesé & monté sur du carton.
-
-
-ROUSSOYANT, 37.--Rosoyante. De rosée, humecté par la rosée.
-
- De la douce liqueur rosoyante du Ciel.
-
-(S. V.)
-
- Et ces herbes & ces plaines
- Toutes pleines
- De rosoyante blancheur.
-
-(RONSARD, _Les Bacchanales_.)
-
- Des perles blanches qui pendoyent
- Aux raincelets rosoyans nées.
-
-(BAÏF, _Poëmes_, 1573, fº 115 vº.)
-
-
-RUSTIQUE, 25.--Simple; proprement, de paysan.
-
- Ma façon est rustique.
-
-(S. III.)
-
-
-SADE, 68.--Doux, agréable; proprement, qui a de la saveur.
-
-
-SADINETTES, 56.--Même sens, avec l’idée de délicatesse attachée à tout
-diminutif.
-
- Je l’ayme de propre nature
- Et elle moy, la douce sade.
-
-(VILLON, _Gr. Test._, 138.)
-
-Comp.
-
- Le sadinet
- Assis sur grosses fermes cuisses.
-
-(VILLON, _Les Reg. de la belle Heaumiere_.)
-
-
-SAGETTES, 37.--Traits.
-
- Mais ces diuers rapors sont de faibles sagettes.
-
-(S. V.)
-
-
-SAINT (Mal de).--Mal placé sous l’invocation d’un saint.
-
- Si c’estoit mal de saint ou de fieure quartaine.
-
-
-SARAIL, 55.--Sérail. Nous avons vu de même, page 113, garir pour guérir,
-& p. 115, carasser pour caresser.
-
-
-SEAU (Draps du), 80.--Il faut lire Usseau: Petit village près de
-Carcassonne, où un sieur de Varennes avait établi des manufactures. Voir
-le _Dictionnaire_ de Furetière, vº Draps.
-
-
-SILLER, 117, 165.--Priver de la vue. Se disait primitivement des oiseaux
-de proie dont on fillait les yeux en les cousant d’un point d’aiguille,
-quand on n’avait pas de chaperon pour leur couvrir la tête.
-
-
-SIVÉ, 96.--D’après tous les commentateurs, à commencer par Brossette,
-l’eau de sive ou sivé serait une eau de mare ou d’égout. Un passage
-tronqué du _Grand Testament_ de Villon a donné naissance à cette
-interprétation inexacte:
-
- Dont l’un est noir, l’autre plus vert que cive
- Où nourrices essangent leurs drappeaux.
-
-Il faut lire, Ballade IX du _Grand Testament_:
-
- En sang qu’on mect en poylettes secher
- Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,
- Dont l’un est noir, l’autre plus vert que cive;
- En chancre & fix, & en ces ords cuveaux,
- Où nourrices essangent leurs drapeaux,
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Soient frittes ces langues venimeuses.
-
-Cive est évidemment employé ici pour ciboule. Mais dans Regnier, sivé a
-un tout autre sens. Suivant Nicot, sive ou sivé, _suillum jus conditum,
-jus e suillis intestinis_, désigne une sauce faite avec des épices & de
-la graisse de porc, du jus de tripes de porc.
-
-
-SOPIQUET, 49--Saupiquet.
-
-Mestez en la leschefrite des oignons comme dit est, & quand l’oisel sera
-cuit, si mettez en la leschefrite vn petit de verjus & moitié vin moitié
-vinaigre, ce tout bouli ensemble & après mis la tostée. Et ceste
-derreniere sausse est appelée le Saupiquet.
-
-(_Le Ménagier de Paris_, Crapelet, 1846, t. II, p. 181. Voir plus loin,
-p. 233, la recette peu différente du saupiquet pour connin, ou pour
-oiseau de rivière, ou coulon ramier.)
-
-
-SOUDRE, 85.--Résoudre, éclaircir.
-
-
-SYNDERESE, 106.--Reproche secret que nous adresse notre conscience.
-
-
-TACHE (Malle), 85.--Tache mauvaise, rebelle à un nettoyage ordinaire.
-Cri des dégraisseurs ambulants.
-
- Elles te firent mainte tache
- Où le crieur de maletache
- Eust bien perdu tout son latin.
-
-(_Cabinet satyrique_. Sur le bas de soye d’un courtisan, par le Sr de la
-Ronce, St. 19.)
-
-
-TEMPERATURE, 139.--Constitution, santé.
-
- Et change la nature
- De sept ans en sept ans nostre temperature.
-
-(S. V.)
-
-Le cardinal de Lorraine fut d’une température où il n’y avoit rien à
-desirer.
-
-(MALHERBE, éd. Lalanne, IV, 204.)
-
-
-TIERCELET, 18.
-
- De tes enfants bastards, ces tiercelets des poetes.
-
-(S. II.)
-
-On dit, il fait du tiercelet de prince, du gentilhomme qui veut eniamber
-pardessus le reng & ha quelques façons qui sentent non-seulement le bien
-grand seigneur, mais le prince, ou pour le moins le petit prince. Car en
-fauconnerie, le masle s’appelle tiercelet, comme estant un tiers plus
-menu que la femelle.
-
-(H. Estienne, _De la precellence du langage françois_. Paris, éd.
-Feugère, p. 130.)
-
-
-TINEL, 51.--Réfectoire des officiers ou des familiers d’un grand
-seigneur. De l’italien Tinello, _luogo dove mangiano i cortigiani_.
-
-
-TORCHE, LORGNE, 85.--Ces deux mots sont synonymes de frappe.
-
-Lorgne se trouve dans la 98e nouvelle de Des Periers: A grands coups de
-poing lorgnoit dessus.
-
-D’autre part on lit dans les _Modèles de la conversation_ tirés du
-manuscrit 3988 du Mus. brit. Harl. (Paris, A. Franck, 1873, p. 398):
-
-Se ton maistre te trouueroit icy chantant, il te torcheroit tres bien
-sur la teste.
-
-
-TOUSSIR, 31.--Tousser. Voir p. 192, Fanir.
-
- Sans oser ny cracher, ny toussir, ny s’asseoir.
-
-(S. IV.)
-
-
-TRIACLEUR, 111.--Theriacleur. Vendeurs de thériaque. Charlatans.
-
-
-VEAUX, 34.--Niais, nigaud. _A Iobbernoll_ (Cotg.); propr., grosse tête
-vide.
-
- Ce malheur est venu de quelques ieunes veaux.
-
-(S. IV.)
-
-
-VELOURS (ongles de), 79.--Ongles crasseux. Le velours servait à border
-les vêtements. Des ongles de velours désignent donc des ongles bordés de
-noir.
-
-
-VENT, 39.
-
- Porter la teste basse & l’esprit dans le vent.
-
-(S. V.)
-
-
-VERCOQUIN, 70, 124.--Sorte de ver attaché à la cervelle de l’homme &
-dont la morsure provoquait l’emportement ou la folie. Telle était la
-croyance populaire que Cotgrave rapporte en ces termes: A certain worme
-bred in a mans head, and making him cholericke, humorous and
-fantasticall, when it biteth, also the Vine fretter or Dewills goldring.
-Les expressions _Vine fretter_ & _Dewills goldring_ donnent les sens
-figurés de Vercoquin. La première désigne le trouble de l’ivresse & la
-seconde les visions de l’esprit.
-
-
-VERT (sur le), 68.--Sur le pré. Laisser sur le vert, abandonner.
-
-
-VIEUX, 11, 23, 40, 42, dans le sens de vieillards, anciens.
-
- Chose permise aus vieus.
-
-(S. I.)
-
- Mais n’en deplaise aux vieux.
-
-(S. III.)
-
- Facille au vice, il hait les vieux & les desdaigne.
-
-(S. V.)
-
- Peres des siecles vieux, exemples de la vie.
-
-(_Ibid._)
-
-
-VISIERE, 77.--Vue.
-
- Que les gens de sauoir ont la visiere tendre.
-
-(S. X.)
-
- Vos deportements luy blessent la visiere.
-
-(MOL., _L’Et._, 1, 2.)
-
- Ce monsieur bas-normand me choque la visiere.
-
-(REGNARD, _Le Bal._)
-
-
-VISTE, 152.--Rapide.
-
- Mesureur des vistes années.
-
-
-VOIRE, 29, 31, 91.--En vérité; du latin _vere_.
-
- Comme ces courtisans qui s’en faisant acroire
- N’ont point d’autre vertu sinon de dire voire.
-
-(S. IV.)
-
-
-VOIS, 75.
-
- Et m’en vois à grands pas.
-
-(S. X.)
-
- Ne voise au bal, qui n’aymera la dance.
-
-(PIBRAC, _Quatrain_ 105.)
-
-
-VOLÉES, 136.--Essor, échappée.
-
- Et comme bassement à secretes volees,
- Elle ouure de son cœur les flames recelees.
-
-
-
-
-INDEX.
-
-
-ACHILLE, 11, 70.
-
-ÆNÉE, 70.
-
-ALBERT LE GRAND, 79.
-
-ALCIBIADE, 17.
-
-ALCORAN, 78.
-
-ALEMAGNE, 164.
-
-ALEXANDRE, 77.
-
-ALEZINA (l’), 84.--Équivoque sur Alene & Lezine. Vialardi a écrit sous
-ce titre: _Della famosissima compagnia della Lezina_, un code d’avarice
-raffinée, & cet ouvrage, traduit en français, a paru en 1604, à Paris,
-chez Abraham Saugrain. V. Bib. Viollet-le-Duc. Bibliog. des Chansons,
-1859.
-
-ALPES, 80, 160.
-
-AMIENS, 161.
-
-ANGLETERRE, 157.
-
-ANTICIRE, 120.
-
-APOLLON, 14, 20, 30, 31, 33, 66, 122, 149, 152, 175.
-
-ARABE, 79.
-
-ARCADIE, 85.
-
-ARGUS, 99.
-
-ARISTOTE, 22.
-
-ARSENAC, 201.
-
-ATHRACIEN (le bourg), 85.--Atrax, bourg de Thessalie où les Lapithes &
-les Centaures se livrèrent bataille aux noces de Pirithoüs. Voir Ovide,
-_Métam._, XII, & Lucien, _les Lapithes ou le Combat des Philosophes_.
-
-ATLAS, 33, 44.
-
-AUCATE (l’), 160.--Leucate.
-
-AUGUSTE, 10.
-
-AUTRICHE, 164.
-
-BACCHUS, 121.
-
-BARTOLLE, 31, 81.
-
-BASTILLE, 112.--Lieu de dépôt du trésor royal sous Henri IV & Louis
-XIII. (Voir Sully, _Mémoires_, IVe part., chap. LI.)
-
-BAYONNE, 160.
-
-BEAULIEU, 58.
-
-BELLAY (du), 18, 67.
-
-BERNARD (saint), 106.
-
-BERTAUT, 36, 38, 43.
-
-BETHUNE (M. de), 44.
-
-BEZE, 157.
-
-BICESTRE, 78.
-
-BORÉE, 45.
-
-BRIARÉE, 82.
-
-BROUAGE, 35.--Ville de l’Aunis (Charente-Inférieure), autrefois célèbre
-par ses marais dont on tirait du sel après les avoir inondés d’eau de
-mer.
-
-CAIRE (le), 166.
-
-CALLIOPE, 19, 31, 33.
-
-CARAMAIN (comte de), 14.
-
-CATON, 41, 78.
-
-CENTAURES, 85.
-
-CÉRÈS, 121.
-
-CÉRIZOLLES, 25.
-
-CÉSAR, 71.
-
-CHALANGE, 201.--Ce partisan célèbre est cité dans la Chasse aux Larrons
-de Jean Bourgoin. Paris, 1618, in-4º. C’est à son instigation que le
-connétable de Luyne fit rendre contre les procureurs un édit qui
-provoqua de vives réclamations.
-
-CHANGE (pont au), 201.--Ce pont était couvert de maisons où les orfévres
-de Paris avaient leurs _forges_ ou boutiques.
-
-CHARITÉ, 90.--Maison de la Charité chrestienne, fondée en 1578, rue de
-Lourcine, par Nicolas Houel, pour servir d’asile aux soldats estropiés.
-Voir à ce sujet le _Mercure françois_ de 1611, fº 109, du 7 juillet
-1606.
-
-CHARLEMAGNE, 80.
-
-CHARLES (le roy), 76.
-
-CHARTRES, 161.
-
-CHASTELET, 38.
-
-CHINE, 60, 78.
-
-CIBELLE, 121.
-
-CIPRIS, 150.
-
-CLAUDE, 38.
-
-CŒUR (Jacques), 201.
-
-CŒUVRES (marquis de), 22, 52.
-
-CORBEIL, 119.
-
-CORDELIERS, 29.
-
-COUSIN (le), 118.--Suivant la plupart des commentateurs de Regnier, le
-Cousin serait un fou de cour ainsi nommé parce qu’il appelait le roi
-Henri IV _mon cousin_. Il s’agirait plutôt d’un original tel que celui
-dont il est question dans les poésies de Pedoue, IIe adventure
-satirique.
-
-CYTHERE, 151.
-
-DAVID, 69.
-
-DELPHES, 11.
-
-DENIS (Me), 90.
-
-DESPAUTERRE, 85.
-
-DESPORTES, 22, 33.
-
-DIEU (Hostel), 45.
-
-DIOGENE, 118.
-
-EMPEDOCLE, 122.
-
-ENÉE, 11.
-
-ENGUERRAND, 201.--Enguerrand de Marigny, ministre de Philippe le Bel.
-
-EPICURE, 80.
-
-ERYCE, 189.--L’enfant d’Eryce est l’Amour. Erycine est un des surnoms de
-Vénus, déesse d’Eryx en Sicile.
-
-ESPAGNE, 69, 78, 163.
-
-ETYOPIE, 3.
-
-EVESQUE (four-l’), 38.--Primitivement, le For-l’Evêque fut le siége de
-la juridiction de l’évêque de Paris. A la suppression de cette
-juridiction, il devint une prison pour dettes. On y enfermait aussi les
-comédiens coupables envers le public ou l’autorité.
-
-FLAMENS, 44.
-
-FLANDRE, 164.
-
-FLEURS DE BIEN DIRE, 87.--Il s’agit ici du petit livre de François
-Desrues, intitulé: _Fleurs de bien dire_, recueillies des cabinets des
-plus rares esprits de ce temps, pour exprimer les passions amoureuses de
-l’un comme de l’autre sexe. Paris, Guillemot, 1598, in-12.
-
-FLORE, 56, 121.
-
-FONTAINE FRANÇOISE, 161.
-
-FORQUEVAUX (de), 126, 128, 129.
-
-FRANCE, 16, 37, 44, 45, 51, 75, 165.
-
-FRANÇOIS, 44.
-
-FREDÉGONDE, 35.--Nom donné à Marguerite de Valois, première femme de
-Henri IV, par les poëtes satiriques contemporains de Regnier.
-
-FREMINET, 100.
-
-GAIAC, 128.--Le bois de gaïac était au XVIe siècle le spécifique en
-faveur contre les maladies vénériennes. Voir: Loys Guyon. Div. Leçons,
-1610, IV, 6.
-
-GALLET, 117.--Contrôleur des finances à qui l’on attribue la
-construction de l’hôtel de Sully. Il fit souvent, dit Sauval, quitter
-les dez à Henri IV.
-
-GALLIEN, 31.
-
-GARGUILLE, 110.
-
-GASCONGNE, 86.
-
-GASCONS, 67.
-
-GAULES, 79.
-
-GAULTIER, 110.
-
-GENTILLY, 49.
-
-GEORGE (saint), 41, 51.
-
-GOBELINS, 86.--Les Gobelins étaient encore sous Henri IV un
-établissement privé. Ils ne devinrent manufacture royale que sous Louis
-XIV.
-
-GONIN (Me), 80.--Il y a eu deux Mes Gonin: le premier divertissait la
-cour de François Ier par ses tours de magie; le second, petit-fils du
-précédent, vivait sous Charles IX. Voir, sur l’un & l’autre de ces
-prestidigitateurs, Brantôme, _Hom. Ill._, in 12, III, 383; & Delrio,
-_Disquis. mag. III_.
-
-GRACHE, 38.--Tiberius Gracchus, mort l’an 133 avant Jésus-Christ, dans
-une émeute que Scipion Nasica l’accusait d’avoir provoquée.
-
-GRECE, 46.
-
-GRECS, 66, 79, 175.
-
-GREVE, 223.
-
-HEBREUX, 67.
-
-HELEINE, 180.
-
-HELICON, 20, 68.
-
-HERCULE, 10, 44, 70, 133.
-
-HIPOCRATE, 31, 80.
-
-HOMERE, 11, 22, 70, 81, 83.
-
-HORACE, 14, 117.
-
-HUGUENOTS, 73.
-
-ICARE, 7.
-
-IDUMÉES, 166.--De l’Idumée, petit pays situé au sud de la Palestine
-entre la mer Morte & la mer Rouge, & dont les habitants, descendant
-d’Edom ou d’Esaü, furent longtemps indépendants.
-
-IVRY, 161.
-
-JACOBINS, 29.
-
-JAPET, 84.--L’un des titans, frère de Saturne & père de Prométhée.
-
-JASON, 31, 81.
-
-JEAN (le roy), 76.
-
-JEAN (Saint-), 67.--Place devant l’église Saint-Jean en Grève.
-
-JEAN (la Saint-), 94, 205.--Fête de la Saint-Jean que l’on célébrait à
-Paris sur la place de Grève par un feu allumé en grande pompe; Sauval,
-dans ses _Antiquités de Paris_, donne le détail des dépenses
-qu’entraînait cette réjouissance, & l’abbé Lebœuf a fait connaître qu’on
-y brûlait vivants un grand nombre de chats enfermés dans un sac de
-toile. En 1572, au feu où le roi assista, on ajouta aux victimes de
-l’auto-da-fé un renard pour donner plaisir à Sa Majesté.
-
-JOB, 84.
-
-JODELLE, 33.
-
-JUNON, 121, 150.
-
-JUPITER, 119, 145, 150.
-
-JUVENAL, 14.
-
-LAPITE, 85.
-
-LATINS, 67, 175.
-
-LOPET, 125.--Anagramme de Paulet, secrétaire du roi. C’est à son
-influence que serait dû l’impôt qui, en 1604, frappa d’une taxe annuelle
-les offices judiciaires & de finances. Faute de l’acquit de cet impôt
-l’office devenait viager pour le titulaire, qui ne pouvait plus le
-transmettre à ses héritiers.
-
-LOUCHALY, 83.--Calabrais pris par les corsaires, renégat & enfin
-vice-roi d’Alger. Il commandait l’aile gauche de la flotte turque à la
-bataille de Lépante en 1571, mais il s’enfuit dès que la victoire pencha
-du côté des Vénitiens & des Espagnols sous les ordres de don Juan
-d’Autriche. Sur ce point, Regnier n’est nullement d’accord avec Brantôme
-qui donne à L’Ouchaly un rang très-honorable parmi ses grands capitaines
-étrangers. V. éd. Jannet, II, 75.
-
-LOUIS XIII, 215.
-
-LOUVRE, 24, 64, 81, 136, 201.
-
-LUAT (du), 205.--Ange Cappel, sieur du Luat, secrétaire du roi. Il
-s’était fait connaître, en 1578, par sa traduction française du _de
-Clementia_ de Sénèque. Sept ans plus tard, il traduisit le _de Ira_.
-Attaché à Sully, il entra avec lui aux finances & se signala avec
-l’assentiment du ministre par un petit livre intitulé _le Confident_.
-Cet ouvrage qui parut en 1598 contenait un plan de réforme & des projets
-d’économie assez hardis. On verra dans le recueil des lettres de Henri
-IV, tome V, sous la date du 12 septembre, que le roi s’émut de la chose
-& invita Sully à surveiller de plus près le sieur Le Luat.
-
-LYNCÉ, 99.--L’un des compagnons de Jason. Il avait la vue tellement
-perçante qu’il voyait, dit la fable, à travers les murs. Les anciens
-attribuaient aussi une grande puissance de vision au lynx. On a
-longtemps dit des yeux de Lyncée, mais aujourd’hui la confusion est
-faite & l’on dit des yeux de lynx.
-
-MACROBE, 81.
-
-MAGDELAINE, 139.
-
-MANS, 58.
-
-MARC (saint), 83.--Saint Marc habillé des enseignes de Trace, désigne
-saint Marc patron de Venise, paré des drapeaux conquis sur les Turcs
-vaincus à la bataille de Lépante.
-
-MAROT, 157.
-
-MARS, 9, 150, 240.
-
-MARTIN, 77.--Montreur de singes admis au Louvre pour égayer les laquais.
-
-MARTIN (le frippier), 84.
-
-MEDARD (saint), 59.
-
-MERCURE, 11, 69.
-
-MICHEL (saint), 35.
-
-MILON, 38.
-
-MINERVE, 19, 150.
-
-MINOS, 119.
-
-MŒCENE, 34.
-
-MONTAUBAN, 201.--Moysset dit de Montauban, trésorier de l’Espagne. Il
-bâtit Rueil & jouit d’une telle faveur auprès d’Henri IV, que ce prince
-voulut en faire le mari de Mme des Essarts, une de ses maîtresses. On
-lit dans l’Estoille que ce trésorier-receveur de la Ville avait été
-tailleur de son premier métier, ce qui faisait dire que la recette était
-assignée sur la pointe d’une aiguille. _Registre journal_, éd. Champ.,
-p. 366. Voir sur ce personnage les _Caquets de l’accouchée_, éd. Jannet,
-p. 182 & 241.
-
-MONTCONTOUR, 177.
-
-MONTLHERY, 179.
-
-MONTMARTHE, 78.--Montmartre.
-
-MORES, 36, 37.
-
-MOTIN, 8, 30.
-
-MUN (Jan de), 164.
-
-NAPLES, 164.
-
-NARCIS, 178.
-
-NEPTUNE, 159.
-
-NONNE (tour de), 48.--Contraction de Torre dell’ annona. Tour de Rome,
-qui, après avoir servi de grenier à blé, devint une prison.
-
-NORMANS (les), 29.
-
-OGER, 164.--Oger dit le Danois, l’un des compagnons de Roland.
-
-OSSE, 79.--Le mont Ossa en Thessalie.
-
-OTHOMANS (les), 166.
-
-OVIDE, 78, 143.
-
-OYE (mere l’), 124.
-
-OYSE, 122.
-
-PALAIS (le), 61, 64, 69, 137.
-
-PALATIN (le mont), 44.
-
-PAPE (le), 69.
-
-PARIS, 49, 63, 108, 119, 122, 161.
-
-PARNASSE, 13, 30, 34.
-
-PASSERAT, 149.
-
-PATISSON, 34.--Célèbre imprimeur français du XVIe siècle, à qui l’on
-doit un grand nombre d’ouvrages, modèles de typographie & de correction.
-
-PATRASSE, 83.--Le golfe de Patras & celui de Lépante ne forment qu’un
-long golfe resserré à son milieu par un détroit de chaque côté duquel se
-trouvent, au nord, Lépante en Phocide, & au sud, Patras en Achaïe.
-
-PEDRE (Domp), 76.--Don Pedro de Tolede, connétable de Castille, général
-des galères de Naples & parent de Marie de Médicis. Il arriva à Paris le
-22 juillet 1608. M. de Fréville a fait paraître dans la _Bibliothèque de
-l’École des Chartes_ (1844, p. 344) le pamphlet publié au sujet de son
-entrée & l’on trouve dans le _Registre journal_ de l’Estoile des détails
-piquants sur ses entrevues avec Henri IV.
-
-PELION, 79.
-
-PEROU, 27.
-
-PERRON (du), 241, 242.
-
-PERSE, 37.
-
-PESCHEURS (la Guide des), 106.--Ouvrage de Fr. Luis de Granada, dont on
-ne connaît pas moins de cinq traductions françaises publiées en 1574 à
-Douai, en 1577 à Reims, en 1585 & 1674 à Lyon, & en 1658 à Paris.
-
-PETRARQUE, 88.--Le remede de Petrarque est le traité de ce poëte, _de
-remediis utriusque fortunæ. Cremonæ, 1492, in-fº._
-
-PHŒBUS, 11, 15, 34, 45, 67, 78, 87, 122, 150.
-
-PIN (la Pomme de), 79.--Cabaret déjà célèbre du temps de Villon. Il
-était situé dans la Cité, rue de la Juiverie, vis-à-vis de la Madeleine.
-
-PINDE (le), 149.
-
-PLATON, 20, 28, 73.
-
-PLINE, 81.
-
-PLUTUS, 201.
-
-POLYENNE, 95.--Héros d’une aventure amoureuse décrite dans Pétrone.
-
-PONTALAIS (Janin du), 206.--Le vrai nom de ce farceur, qui débitait ses
-bons mots à la pointe Saint-Eustache, était Jehan de l’Espine du
-Pont-Allez, & son surnom Songe-creux. On trouve dans la _Bibliothèque_
-de du Verdier, 1773, III, 503, des indications à consulter. Il est à peu
-près certain aujourd’hui que les _Contredits_ de Songe-creux, attribués
-à Gringore, sont de Pontalais. V. à ce sujet une curieuse note des _Var.
-hist. & litt._ de M. Fournier, X, 356.
-
-PONT-NEUF (le), 63.
-
-PONTOISE, 161.
-
-POYTOU (le), 160.
-
-PRIAPE, 150.
-
-PROTHÉE, 24.
-
-PROVENCE, 160.
-
-PROVINS (le sieur de), 118.
-
-PUIS (Pierre du), 46.--Fou qui courait les rues, un pied chaussé d’un
-chapeau. V. Bruscambille, _Paradoxes_, 1622, p. 45.
-
-QUINZE-VINGTS (les), 86.--Hôpital fondé en 1254 par saint Louis, pour
-300 gentilshommes auxquels les Sarrasins avaient crevé les yeux. Sauval
-rapporte dans ses _Antiquités de Paris_ que, vers la mi-carême, les
-quinze-vingts étaient donnés en spectacle. Cette comédie d’un nouveau
-genre, à laquelle Charles IX & Henri III assistèrent plus d’une fois,
-consistait dans une course au cochon. L’animal, poursuivi par les
-quinze-vingts armés de bâtons, devenait le prix de son vainqueur,
-c’est-à-dire de l’aveugle qui parvenait à le rouer de coups.
-
-RAPIN, 66, 69, 70, 73, 175.
-
-RHAIN, 160.
-
-RHÉE, 48.
-
-ROCHELLE (La), 26.
-
-ROLAND, 164.
-
-ROMAINS, 12.
-
-ROME, 27, 41, 59, 78, 106, 179.
-
-RONSARD, 18, 22, 33, 38, 73.
-
-ROSETE, 60, 119.--Coquette chansonnée par Desportes.
-
-ROUSSET, 125.
-
-ROYAUMONT, 122.--Abbaye de l’ordre de Cîteaux, fondée par saint Louis en
-1228, entre Beaumont-sur-Oise & la forêt du Lys, en un lieu appelé
-Cuimont qui fut nommé depuis Royaumont. V. l’histoire de cette abbaye
-par l’abbé Duclos. Paris, Douniol, 1867.
-
-SARDAIGNE, 45.
-
-SATURNE, 150.
-
-SAVOYE, 22, 80.
-
-SAVOYE (l’Escu de), 177.--Taverne meritoire. V. Rab., II, 6.
-
-SCAURES, 38.
-
-SCIPION, 78.
-
-SÉES, 36.
-
-SEINE, 205.
-
-SICILLE, 164.
-
-SOCRATE, 17, 74.
-
-SYDON, 122.--Aujourd’hui Saïda, l’une des échelles du Levant. Cette
-ville a été prise en 1110, par Baudouin, premier roi de Jérusalem. C’est
-par erreur que Regnier en attribue deux fois la conquête à saint Louis.
-Ce dernier roi n’a en effet séjourné en Palestine qu’après sa captivité
-à Mansourah en 1251. Avant de revenir en France, il passa trois ans à
-réparer les forteresses restées en possession des chrétiens, Césarée,
-Jaffa, Saint-Jean-d’Acre & Sidon.
-
-SYMONIDE, 84.
-
-TANTALE, 119.
-
-TASSE (le), 73.
-
-THEBAIDE (la), 202.
-
-THERESE (la mere), 106.--Sainte Thérèse, morte en 1582, canonisée en
-1621. Regnier a ici en vue le livre des _Méditations sur la communion_,
-l’un des ouvrages de la célèbre carmélite.
-
-TERENCE, 81.
-
-THESPEAN (antre), 34.--Thespies, ville de Béotie située au pied de
-l’Hélicon & consacrée aux Muses.
-
-TIBRE, 44.
-
-TOSCANE, 22.
-
-TRACE, 32, 83.
-
-TROYEN (le), 180.--Pâris.
-
-TUILERIES, 63.
-
-TURC, 55.
-
-TURPIN, 80.
-
-TYRTÉE, 6.
-
-URGANDE, 124.
-
-VANDÔME, 161.
-
-VANVES, 20.
-
-VENISE, 50.
-
-VENUS, 53, 56, 168, 197.
-
-VERRÈS, 38.
-
-VIALARD, 221.
-
-VIRGILLE, 11, 20, 73, 177.
-
-ZEPHIRE, 121.
-
-
-
-
-[Illustration: FAC SIMILE DE LA PROFESSION DE FOI DE MATHURIN REGNIER
-
-D’après le livre de profession des chanoines de Chartres, conservé aux
-Archives du Dépt d’Eure & Loir]
-
-
-
-
-TABLE DES MATIERES
-
-
- Pages.
- Avertissement I
- Notice V
-
- PREMIERES ŒVVRES DE M. REGNIER
-
- Epitre liminéaire au Roy 3
- Ode à Regnier 5
- Satyre I. Discours au Roy 9
- -- II. A M. le Comte de Caramain 14
- -- III. A M. le Marquis de Cœuures 22
- -- IIII. A M. Motin 30
- -- V. A M. Bertault, Euesque de Sées 36
- -- VI. A M. de Bethune 44
- -- VII. A M. le Marquis de Cœuures 52
- -- VIII. A M. l’Abé de Beaulieu 58
- -- IX. A M. Rapin 66
- -- X. Ce mouuement de temps 74
- -- XI. Suitte. Voyez que c’est du monde 88
- -- XII. A M. Freminet 100
- -- XIII. Macette 105
- -- XIIII. I’ay pris cent & cent fois 114
- -- XV. Ouy i’escry rarement 120
- -- XVI. A M. de Forqueuaus 129
- -- XVII. Non non i’ay trop de cœur 131
- Élegie zelotipique 135
- Autre. Aymant comme i’aymois 141
- Impuissance. Imitation d’Ouide 143
- Sur le trespas de M. Passerat 149
- Stanses. Le tout puissant Iupiter 150
- La C. P. Infame bastard 151
- Sur le portraict d’vn Poëte couronné 154
- Contre vn amoureux transy 155
- Quatrains. Si des maux qui 157
- -- Ie n’ay peu rien voir qui me plaise »
- -- Ie croy que vous auez faict vœu »
- -- Le Dieu d’Amour se deuoit peindre »
- -- Ceste femme à couleur de bois 158
- Discours au Roy 159
- Plainte. En quel obscur seiour 167
- Ode. Iamais ne pourray-ie bannir 173
- Sonnet sur la mort de M. Rapin 175
- Discours d’vne maquerelle 176
- Épitaphe de Regnier 182
-
- ŒVVRES POSTHVMES.
-
- Dialogue. Cloris & Phylis 185
- Satyre. N’avoir crainte de rien 199
- -- Perclus d’vne jambe & des bras 203
- Élegie. L’homme s’oppose en vain 207
- Vers spirituels. Stances. Quand sur moy 211
- Sur la Nativité de Nostre Seigneur 215
- Sonnet I. O Dieu, si mes pechez 217
- -- II. Quand devot vers le ciel 218
- -- III. Cependant qu’en la croix »
- Commencement d’vn poëme sacré 220
- Épigramme. Vialard, plein d’hypocrisie 221
- Ode sur une vieille maquerelle 222
- Stances. Ma foy, ie fus bien de la feste 225
- Épigramme I. Amour est vne affection 226
- -- II. Madelon n’est point difficile »
- -- III. Hier la langue me fourcha »
- -- IV. Lorsque i’estois comme inutile 227
- -- V. Dans vn chemin vn pays »
- -- VI. Lizette à qui l’on faisoit tort 228
- Stances. Si vostre œil tout ardant 229
- Complainte. Vous qui violentez 231
- Stances pour la belle Cloris 236
- Épigramme I. Faut auoir le cerueau 238
- -- II. Le violet tant estimé »
- -- III. L’argent, tes beaux iours »
- -- IV. Quelque moine 239
- -- V. Vn homme gist »
-
- Appendice 241
- Variantes & notes 243
- Glossaire 281
- Index 315
-
-
-
-
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-<div lang='en' xml:lang='en'>
-<p style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of <span lang='fr' xml:lang='fr'>Oeuvres complètes de Mathurin Regnier</span>, by Mathurin Regnier</p>
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
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-</div>
-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: <span lang='fr' xml:lang='fr'>Oeuvres complètes de Mathurin Regnier</span></p>
-<p style='display:block; margin-left:2em; text-indent:0; margin-top:0; margin-bottom:1em;'><span lang='fr' xml:lang='fr'>accompagnées d'une notice biographique et bibliographique, de variantes, de notes, d'un glossaire et d'un index</span></p>
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Mathurin Regnier</p>
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Editor: Ernest Courbet</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Release Date: February 12, 2022 [eBook #67387]</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Language: French</p>
- <p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em; text-align:left'>Produced by: Clarity and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive/Canadian Libraries)</p>
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>OEUVRES COMPLÈTES DE MATHURIN REGNIER</span> ***</div>
-<h1>ŒUVRES COMPLÈTES<br />
-<span class="small">de</span><br />
-<span class="large">Mathurin Regnier</span></h1>
-
-<p class="c"><i>Accompagnées d’une Notice
-biographique &amp; bibliographique, de Variantes,
-de Notes, d’un Glossaire &amp; d’un Index</i></p>
-
-<p class="c">Par<br />
-<span class="large g">E. COURBET</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/lemerre.png" class="w7" alt="" /></div>
-<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br />
-ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR<br />
-31, <span class="xsmall">PASSAGE CHOISEUL</span>, 31</p>
-
-<p class="c small">M. DCCC. LXXV</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="pi">-i-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b14.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak" id="avert">AVERTISSEMENT.</h2>
-
-
-<p class="i">Le plan de cette nouvelle édition ne
-diffère pas de celui qui a été adopté
-pour le Regnier de la Petite bibliothèque
-littéraire. Les poésies publiées
-du vivant de l’auteur &amp; les
-œuvres posthumes forment logiquement
-deux parties distinctes. Pour la première, l’édition
-de 1613 doit servir de cadre. Bien qu’elle offre
-de mauvaises variantes, d’inexplicables lacunes &amp; une
-pièce d’une authenticité douteuse, elle a été donnée
-par un ami de Regnier immédiatement après la mort
-du poëte, &amp; elle contient des morceaux qui lui assurent
-une importance exceptionnelle.</p>
-
-<p class="i">Pour l’établissement du texte, on se sert habituellement
-aussi de l’édition de 1613, en corrigeant les
-fautes à l’aide des éditions antérieures. Ce procédé
-laisse subsister beaucoup d’imperfections de détail. Il a
-<span class="pagenum" id="pii">-ii-</span>semblé préférable de reproduire dans leur intégrité les
-satires de Regnier, telles qu’elles ont paru pour la première
-fois, sauf à relever exactement dans les notes les
-variantes les plus caractéristiques. Cette méthode a
-produit de bons résultats &amp; il suffira d’un exemple
-pour en justifier l’adoption. Ainsi le vers,</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que sans robe il a veu la matiere premiere,</div>
-</div>
-
-<p class="noindent i">devenu, par une méprise de l’éditeur de 1613,</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’en son globe il a veu la matiere premiere,</div>
-</div>
-
-<p class="noindent i">reprend dans le texte de Regnier la place qui lui doit
-être rendue, &amp; une variante obscure, trop longtemps
-substituée à la leçon originale, rentre dans les notes où
-elle vient s’ajouter aux errata de 1613.</p>
-
-<p class="i">Les pièces qui font suite au Discours au Roy ont été
-publiées du vivant de Regnier. Elles ont paru dans
-deux recueils très-différents : les <i>Muses gaillardes</i>
-(1609), &amp; le <i>Temple d’Apollon</i> (1611). Les premières
-sont demeurées anonymes jusqu’à la publication du
-<i>Cabinet satyrique</i> (1618), &amp; les autres portent la signature
-de Regnier. Il était donc convenable de les rattacher
-dans leur forme primitive à l’œuvre principale
-du poëte.</p>
-
-<p class="i">La deuxième partie des poésies de Regnier a été
-constituée à l’aide des pièces empruntées aux éditions
-des Elzeviers (1652), de Brossette (1729) &amp; de Viollet-le-Duc
-(1822). Les épigrammes qui suivent ont été
-<span class="pagenum" id="piii">-iii-</span>tirées, soit d’Anthologies satiriques des premières années
-du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, soit des manuscrits de l’Arsenal
-&amp; de la Bibliothèque Richelieu. Comme on le voit ici,
-l’ordre des pièces est donné par la date d’accession à
-l’œuvre de Regnier, &amp; non par la date de la pièce
-même. Ce dernier mode de classement aurait eu pour
-effet de placer des épigrammes sans importance avant
-des poëmes d’une incontestable valeur.</p>
-
-<p class="i">On remarquera toutefois qu’en tête des morceaux dus
-aux Elzeviers, figure le dialogue de Cloris &amp; Phylis.
-Une particularité notable a imposé ce changement
-dans la disposition des pièces originales tirées de
-l’édition de 1652. L’Idylle dramatique dont il s’agit
-a été imprimée en 1619, dans le <i>Cabinet des Muses</i>,
-&amp; c’est de ce recueil qu’elle est passée avec des altérations
-bizarres dans la coquette réimpression des Elzeviers.
-Suivant l’esprit de restitution du texte, qui est le principe
-de nos éditions, nous avons reproduit le dialogue
-de Cloris &amp; Phylis, d’après le <i>Cabinet des Muses</i>
-&amp; signalé en notes les infidélités, on peut dire les travestissements
-&amp; les interversions imputables aux Elzeviers.</p>
-
-<p class="i">Les recherches entreprises au sujet de Regnier &amp; de
-ses poésies ont conduit à des éclaircissements classés
-d’après leur objet dans la notice, les variantes ou le
-glossaire, qui accompagnent l’œuvre du poëte. Nous
-avons été ainsi amené à reconnaître que certaines particularités
-de la vie de Regnier devaient être rectifiées.
-<span class="pagenum" id="piv">-iv-</span>Pareillement, nous avons constaté que les interpolations
-reprochées aux Elzeviers ne devaient pas leur être
-attribuées<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>. Enfin, nous avons cherché l’explication de
-certains mots de la langue de Regnier dans les auteurs
-de son temps, &amp; quand nos investigations ont donné
-tort à notre premier travail, nous avons résolûment
-sacrifié le fruit d’expériences reconnues insuffisantes<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Voir la Sat. de l’<i>Impuissance</i> &amp; les notes p. <a href="#p269">269</a>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Voir le Gloss., v<sup>o</sup> <i><a href="#mouvant">Mouvant</a></i>.</p>
-</div>
-<p class="i">C’est seulement à ce prix qu’une édition peut être
-accueillie : ni la rareté d’un livre, ni les premiers soins
-dont il porte la preuve, ne sauraient justifier une réimpression
-sans perfectionnement. Dans cette voie, qui
-nous paraît toujours ouverte, nous avons été généreusement
-soutenu ; &amp; parmi les érudits qui nous ont fait
-de précieuses communications, nous devons signaler
-MM. L. Merlet, Ad. Lecocq, Tricotel &amp; Tamizey de
-Larroque. Nous sommes enfin particulièrement obligé à
-M. Cherrier, qui a mis à notre disposition son admirable
-musée de l’édition de Regnier, &amp; à M. Royer, notre ami
-&amp; l’infatigable compagnon de tous nos travaux.</p>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl1.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="pv">-v-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b1.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak" id="notice">NOTICE.</h2>
-
-
-<p>Les premières années du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle
-ont été marquées dans la poésie
-française par une évolution qui
-pourrait être appelée la Renaissance
-de la satire. Ce mouvement diffère
-de celui de la Pléiade par une
-violence excessive. Aussi bien l’œuvre de du Bellay
-&amp; de Ronsard prit naissance dans une enceinte savante
-où l’on étudiait avec un soin pieux les chefs-d’œuvre de
-l’antiquité grecque &amp; latine. Il ne pouvait sortir de là
-que des créations réfléchies, des combinaisons voulues
-&amp; des tentatives exactement calculées. La satire se
-forma tout autrement, à l’air libre, dans les luttes de
-la Réforme &amp; de la Ligue. Elle se fortifia dans l’observation
-de toutes les laideurs de l’hypocrisie politique
-&amp; religieuse, &amp; lorsqu’arriva le règne d’Henri IV,
-elle était armée de toutes pièces, prête à flageller les
-vices qu’elle avait vus de près, &amp; à frapper les ridicules
-qu’une atmosphère d’apaisement invitait à se
-montrer.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="pvi">-vi-</span>L’avénement du Béarnais avait amené à la cour
-des gentilshommes de toute espèce, des cadets de
-Gascogne au cœur vaillant &amp; inflexible ; mais, parmi
-eux, sous le masque de la bravoure, se cachait plus
-d’un baron de Fœneste. Le second mariage d’Henri IV
-introduisit parmi la noblesse française des aventuriers
-italiens auxquels se rallièrent les fils de ceux qui
-avaient suivi Catherine de Médicis. Enfin les galanteries
-du prince laissèrent toute carrière aux débordements
-des mœurs. Il ne faut point dès lors s’étonner
-de la licence de nos premiers satiriques. Ils avaient
-sous les yeux un spectacle incomparable, un théâtre
-immense où paradaient impudemment la sottise, la
-licence &amp; la cupidité.</p>
-
-<p>Ce n’est pas dans l’ordre chronologique des œuvres
-de la Satire française au commencement du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle
-qu’il faut chercher le témoignage exact du progrès de
-cette partie de notre littérature. Les satires de Vauquelin
-ont paru en 1604 avec les autres œuvres poétiques
-de l’auteur ; mais il est certain que Vauquelin
-les avait terminées longtemps auparavant. Il n’est
-pas moins hors de doute que les <i>Tragiques</i> de d’Aubigné,
-publiés pour la première fois en 1616, remontent
-à plus de vingt ans en arrière. L’historien qui
-racontera un jour les origines &amp; le développement de
-notre poésie satirique aura donc le devoir de placer
-la Fresnaye &amp; d’Aubigné devant le seuil du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle ;
-car, de même qu’ils ont été les témoins des infamies
-<span class="pagenum" id="pvii">-vii-</span>publiques &amp; des hontes privées à la vue desquelles se
-soulève l’indignation du poëte, de même ils sont
-véritablement aussi les ancêtres de Regnier, de Courval
-Sonnet, d’Auvray &amp; de du Lorens.</p>
-
-<p>Nous venons de nommer les satiriques qui, de
-1608 à 1627, ont démasqué les fausses vertus
-&amp; poursuivi les vices triomphants. Cette lutte n’était
-point, comme on serait tenté de le croire, enfermée
-dans le cercle étroit d’un lieu commun versifié &amp; dans
-les sûres limites d’une dissertation rhythmique. Souvent
-il arrivait que le poëte, s’abandonnant à toute la vivacité
-d’une généreuse colère, s’exposait à de réels
-dangers. En 1621, Courval Sonnet, dans cinq satires
-sur les abus &amp; les désordres de la France, attaqua le
-clergé &amp; la noblesse, les juges &amp; les financiers. Il
-s’est élevé avec une périlleuse véhémence contre le
-trafic des choses sacrées, l’attribution des bénéfices
-aux gentilshommes, le maintien des gardes-dîmes, la
-vénalité des officiers de justice &amp; les malversations
-des partisans. Ses virulentes critiques, oubliées aujourd’hui,
-sont des documents précieux pour tous ceux
-qui recherchent les intimités de l’histoire. Pour les
-contemporains de Courval Sonnet, ces tableaux
-étaient des portraits clairement reconnaissables.
-Auvray a montré plus d’audace encore. Il a écrit,
-dans ses <i>Visions de Polydor en la cité de Nizance</i>, un
-poëme où ses premiers lecteurs ont pu démêler sans
-difficulté César de Vendôme, gouverneur de Bretagne,
-<span class="pagenum" id="pviii">-viii-</span>&amp; les acteurs de la cour galante de ce prince.</p>
-
-<p>Ce n’est point ici le lieu de rechercher &amp; d’établir
-le mérite particulier de chacun des poëtes qui
-viennent d’être cités. Ce travail imposerait l’analyse
-d’œuvres très-tranchées &amp; l’étude de personnalités
-très-diverses. Vauquelin de la Fresnaye, esprit cultivé,
-familier avec la poésie antique, a une grâce froide
-&amp; un charme savant qui le rattache aux poëtes de la
-Pléiade. Chez d’Aubigné, la passion domine. A peine
-contenue par un sentiment de fidélité au roi, elle
-s’exhale en colère &amp; en imprécations, où l’on retrouve
-la brusquerie d’un soldat &amp; l’emportement d’un sectaire.
-De là, un langage âpre, élevé, trop souvent
-obscur, où, comme dans un buisson ardent, la pensée
-apparaît au milieu de la foudre &amp; des éclairs.</p>
-
-<p>Bien différente est la muse dont Courval Sonnet
-reçoit l’inspiration. Ce poëte gentilhomme est un
-observateur bourgeois &amp; méthodique. Il choisit ses
-ennemis &amp; les attaque scientifiquement. Pour les
-mieux écraser, il s’est créé une langue massive &amp; pesante
-à laquelle une indignation honnête donne une
-allure vigoureuse. La carrière poétique de Courval
-Sonnet se partage en trois phases. En 1610, il a
-publié une satire en prose contre les charlatans
-&amp; une Ménippée en vers contre le mariage. Médecin, il
-avait à se plaindre des thériacleurs &amp; des alchimistes ;
-homme, il se croyait le devoir de signaler les inconvénients
-du mariage. Il a ouvert un vaste champ à
-<span class="pagenum" id="pix">-ix-</span>son indignation &amp; à son expérience, &amp; dans deux
-volumes dont le dernier, le livre de l’époux, contient
-cinq longues satires, il exhala sa colère jusqu’au dernier
-souffle.</p>
-
-<p>En 1621, il donna les satires politiques, dont il a
-été fait mention plus haut, &amp; six ans plus tard, il
-couronna sa carrière par les <i>Exercices de ce temps</i>, où
-il peignait avec des couleurs un peu crues le tableau
-des mauvaises mœurs de la ville aussi bien que de la
-campagne, de la bonne comme de la pire société.</p>
-
-<p>D’Esternod, Auvray &amp; du Lorens, dont les satires
-parurent en 1619 &amp; en 1622, marquent une nouvelle
-génération de satiriques. Le premier est un poëte
-formé par l’imitation ; il n’a pour lui qu’une inspiration
-factice, &amp; dans le groupe auquel il appartient, il
-sert de personnage de fond. Auvray, qu’anime l’emportement
-des lyriques, se laisse aller à des fantaisies
-graveleuses qui défigurent son œuvre. Le voisinage
-d’épigrammes licencieuses dépare ses plus belles odes.
-Du Lorens enfin nous ramène à la satire régulière
-&amp; à la critique saine. Le président de Châteauneuf a la
-sévérité d’un juge ; il rend des arrêts. Par comparaison
-avec les satiriques contemporains, il manque
-de feu &amp; de couleur ; mais pour lui c’est là un éloge.
-Sous prétexte de flétrir le vice, ses prédécesseurs
-en avaient fait des portraits trop minutieux. Ils avaient
-si curieusement, si complaisamment analysé les âmes
-viles, &amp; décrit les pratiques de l’impudeur, qu’ils donnaient
-<span class="pagenum" id="px">-x-</span>finalement à suspecter la sincérité de leurs
-attaques. Au reste, si du Lorens est dépourvu de cette
-indignation scénique, qui fait de la satire un petit
-drame passionné &amp; vivant, où le poëte se met en scène
-avec le personnage qu’il veut frapper, il faut lui
-reconnaître, au point de vue de l’histoire, un mérite
-assez peu commun. Avec une infatigable ardeur, il
-a écrit, remanié &amp; mené à bonne fin le livre de ses
-satires. Les trois éditions données en 1624, 1633
-&amp; 1646 sont des ouvrages absolument différents
-comme texte &amp; comme sujets ; &amp; ces perfectionnements,
-ces appels d’un premier à un meilleur jugement, ces
-évolutions de la pensée primitive vers un idéal plus
-haut sont des efforts dont on ne saurait trop admirer
-la constance.</p>
-
-<p>Au milieu de tous ces poëtes, Regnier est seul
-resté comme le créateur &amp; le maître de la Satire
-française. Il ne doit point sa réputation à une grandeur
-solitaire, puisqu’il a vécu entouré de rivaux
-&amp; d’imitateurs. A l’exception de Vauquelin &amp; de
-d’Aubigné, tous les auteurs de son temps ont lu ses
-poésies. Quelques-uns d’entre eux lui ont dérobé les
-vers qui ont la forme arrêtée d’une maxime ou l’éclat
-d’une comparaison saisissante. Il n’est pas jusqu’à de
-simples expressions, belles de leur pure clarté, que
-Sonnet, d’Esternod &amp; du Lorens n’aient empruntées.
-Ces pilleries n’ont point enrichi les maraudeurs,
-&amp; Regnier est resté opulent.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="pxi">-xi-</span>Dans ses plus vifs écarts, Regnier est demeuré
-fidèle aux règles du goût. Il a le verbe haut. Il touche
-sans bassesse aux choses les plus basses. Ses faiblesses
-nous sont connues. Il en a fait autant de confidences
-où il a mis la plus franche bonhomie &amp; la plus
-entière sincérité. Nul plus éloquemment que lui n’a
-montré son cœur à nu, ni exprimé avec plus de vivacité
-le respect de l’honneur, les peines de la jalousie
-&amp; les élans d’un orgueil généreux. Développés par
-lui, ces sentiments ne sont point les divagations d’un
-rhéteur. Avant de passer dans l’œuvre où nous en
-recueillons le témoignage, ils sont sortis de l’âme du
-poëte qui en était pénétré. Aussi pour tous les lecteurs
-attentifs, les poésies de Regnier sont-elles de
-véritables confessions.</p>
-
-<p>La biographie de Regnier est encore à l’état de
-fragments. Il semble que des pages en aient été perdues.
-Ainsi les particularités recueillies par Racan
-dans ses Mémoires pour la vie de Malherbe, &amp; les
-anecdotes que Tallemant a insérées dans ses <i>Historiettes</i>,
-constituent la meilleure partie de nos informations
-sur l’existence de notre premier poëte satirique.
-Ce sont en effet d’irrécusables témoins qui nous ont
-instruits. Le premier a été mêlé à la querelle littéraire
-engagée entre Desportes &amp; Malherbe ; le
-second a pu entendre, de la bouche même de personnages
-contemporains, le récit de faits encore présents
-à leur mémoire.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="pxii">-xii-</span>En 1719, Dom Liron fit paraître sa <i>Bibliothèque
-chartraine</i>, où il donna une mince place à Desportes
-&amp; à Regnier. La brièveté n’aurait peut-être soulevé
-aucune réclamation ; mais dans les quelques pages
-consacrées aux deux poëtes, il y avait plusieurs
-graves inexactitudes qui tombèrent sous les yeux
-d’un lecteur récalcitrant. Une note rectificative très-étendue
-fut donc adressée au <i>Mercure de France</i> pour
-contredire les assertions de l’auteur de la <i>Bibliothèque</i>,
-&amp; comme les termes en étaient vifs, il s’écoula,
-avant l’insertion de cette note, un temps assez long
-qui fut employé à la diminuer &amp; à l’adoucir.
-Enfin, l’article critique revu &amp; corrigé parut dans le
-<i>Mercure</i> en février 1723 &amp; il s’en dégage encore un
-souffle de colère. Toute cette irritation est largement
-compensée par la justesse &amp; la précision des renseignements
-que le rédacteur offre de prouver d’une manière
-plus convaincante à l’aide des papiers qu’il a entre les
-mains. Cette dernière assurance n’a pu être donnée
-que par un membre de la famille de Desportes ou de
-Regnier. L’emportement même dont le directeur du
-<i>Mercure</i> a eu peine à modérer l’expression ne saurait
-être imputé à un lecteur ordinaire. On est donc fondé
-à reconnaître une grande valeur à la note critique
-provoquée par la publication de la <i>Bibliothèque chartraine</i>.</p>
-
-<p>C’est enfin à Brossette que l’on doit le complément
-des recherches entreprises sur Regnier pendant le
-<span class="pagenum" id="pxiii">-xiii-</span><small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle. En éditeur scrupuleux, Brossette a fait
-deux parts de ses informations. Il a consigné dans
-son Avertissement les faits nouveaux<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> qu’il regardait
-comme certains &amp; laissé dans ses notes les conjectures
-nées dans son esprit de la lecture des satires.
-Au premier rang de ces hypothèses se trouvent celles
-qui présentent Regnier comme secrétaire du cardinal
-de Joyeuse, &amp; plus tard comme un des attachés de
-Philippe de Béthune. Venus après Brossette, &amp; plus
-concluants que lui sans motif apparent, le P. Niceron
-&amp; l’abbé Goujet ont admis les suppositions du
-premier annotateur de Regnier comme des renseignements
-indiscutables.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> « Regnier fut tonsuré le 31 de mars 1582, par Nicolas de
-Thou, évêque de Chartres. Quelques années après, il obtint par
-dévolut un canonicat dans l’église de Notre-Dame de la même
-ville, ayant prouvé que le résignataire de ce bénéfice, pour avoir
-le temps de faire admettre sa résignation à Rome, avoit caché
-pendant plus de quinze jours la mort du dernier titulaire, dans
-le lit duquel on avoit mis une bûche, qui fut depuis portée en
-terre à la place du corps, qu’on avoit fait enterrer secretement.
-Le déréglement dans lequel vécut Regnier ne le laissa pas jouir
-d’une longue vie. Il mourut à Rouen, dans sa quarantième année,
-en l’hôtellerie de l’Écu d’Orléans, où il étoit logé. »</p>
-</div>
-<p>Dans l’ordre des faits biographiques, l’extrait du
-<i>Mercure</i> est le premier document à placer sous les
-yeux du lecteur. En raison de son origine particulière,
-il l’emporte sur toutes les indications recueillies à une
-date postérieure par un curieux plutôt que par un critique.
-<span class="pagenum" id="pxiv">-xiv-</span>Nous le reproduisons donc pour ce qui concerne
-Regnier seulement :</p>
-
-<p>« Mathurin Regnier étoit fils de Jacques Regnier,
-bourgeois de Chartres, &amp; de Simone Desportes, sœur
-de l’abbé Desportes ; il naquit le 21 décembre 1573 ;
-comme on le voit par les registres de la paroisse de
-Saint-Saturnin de la ville de Chartres<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, &amp; comme il
-est écrit dans le journal de Jacques Regnier, son
-père. Le contrat de mariage de Jacques Regnier avec
-Simone Desportes, passé devant Amelon, notaire à
-Chartres, le 25 janvier 1573, justifie que cette famille
-étoit des plus notables de la ville. En 1595, Jacques
-Regnier fut élu échevin de la ville de Chartres. Au
-mois de janvier de l’année 1597, il fut député à la
-cour, en qualité d’échevin, pour quelques affaires
-publiques ; il mourut à Paris &amp; fut inhumé dans
-l’église de Saint-Hilaire du Mont, le 14 février 1597.
-Il laissa trois enfants<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> : Mathurin, le poëte dont est
-<span class="pagenum" id="pxv">-xv-</span>question ; Antoine, qui fut conseiller élu en l’élection
-de Chartres ; &amp; Marie, qui épousa Abdenago de la
-Palme, officier de la maison du Roy<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>. Antoine
-Regnier épousa D<sup>lle</sup> Anne Godier. Le contrat de
-mariage fut passé devant Fortais, notaire à Chartres ;
-on y voit encore les titres de la plus notable bourgeoisie.
-Jacques Regnier, leur père, étoit fils de
-Mathurin Regnier, bourgeois, qui étoit fils d’un
-Pierre Regnier, bon marchand de la ville de Chartres.
-Mathurin Regnier, le poëte, fut reçu chanoine de
-Chartres le 30 juillet 1609, mais son humeur ne lui
-permit pas de fixer sa résidence à Chartres, ni de
-vivre aussi régulièrement que des chanoines sont obligez
-de faire. Il quitta donc ce bénéfice ; il en avoit
-plusieurs &amp; une pension de 2,000 livres sur l’abbaye
-des Vaux de Cernay. Il mourut à Rouen le 22 octobre
-1613. Ses entrailles furent enterrées dans
-l’église de la paroisse de Sainte-Marie-Mineure,
-&amp; son corps, qui fut mis dans un cercueil de plomb,
-fut porté dans l’abbaye de Royaumont, à neuf lieues
-de Paris. Ce qui a contribué à faire passer Mathurin
-Regnier pour le fils d’un tripotier, c’est que Jacques
-Regnier, son père, qui étoit un homme de joye &amp; de
-<span class="pagenum" id="pxvi">-xvi-</span>plaisirs, fit bâtir un tripot derrière la place des Halles
-de Chartres, qui s’appela toujours le Tripot-Regnier.
-Ce tripot ne subsiste plus. Du reste, la seule élection
-de Jacques Regnier comme échevin de la ville de
-Chartres démontre qu’il n’étoit point un maître de
-tripot, puisque ces sortes de gens ne sont point admis
-dans les charges municipales, non plus que les artisans
-&amp; les gens du commun. »</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> L’acte de naissance de Mathurin Regnier, relevé sur le
-registre de la paroisse Saint-Saturnin, est ainsi conçu :</p>
-
-<p>« Mathurin, filz de Iacques Renier &amp; de Symonne Deportes, sa
-feme ; les parrains, honorables psonnes, Mathurin Troillart, proc.
-au siege psidial de Ctres et Iehan Poussin, marchant, la maraine
-mada<sup>e</sup> Marie Edeline v<sup>e</sup> de Phlippes Desportes, le xxij i<sup>r</sup> du moys
-de dcebre. »</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> M. Lecocq a relevé sur le registre des actes de naissance de
-la paroisse Saint-Saturnin la date de naissance d’Antoine Regnier
-(26 novembre 1574) &amp; de ses sœurs : Marguerite (26 novembre 1578),
-Loyse (11 janvier 1580) &amp; Geneviesve (1584). Mathurin a donc
-été l’aîné de six enfants, deux garçons &amp; quatre filles, les trois
-dernières mortes probablement avant 1597.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Dans son acte de mariage du 19 août 1593, également
-relevé par M. Lecocq, Abdenago est qualifié de <i>contrerouleur</i> du
-Roy.</p>
-</div>
-<hr />
-
-
-<p>La question du tripot qui préoccupe si vivement le
-correspondant du <i>Mercure de France</i> a joué un rôle
-démesuré dans la biographie de Regnier. Elle a été
-exploitée avec perfidie par les détracteurs du poëte,
-&amp; ceux qui ont voulu l’éclaircir avec impartialité se
-sont toujours abandonnés à des conjectures hasardées.
-La légende la plus accréditée est que ce tripot,
-dont on a voulu faire le berceau de Regnier, fut construit
-en 1573 avec les matériaux provenant des
-démolitions de la citadelle de Chartres. Or cette fortification
-a été élevée en 1591. Une autre hypothèse
-devient donc nécessaire. En 1584, les vieux bâtiments
-des Halles tombaient en ruines. Il fallut les abattre,
-&amp; comme ils appartenaient pour moitié à l’évêque,
-Jacques Regnier obtint par Desportes, son beau-frère,
-l’abandon d’une partie des matériaux qui servirent
-à la construction du tripot. Cette dernière
-supposition, préférable à la première, n’a toutefois
-guère plus de réalité.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="pxvii">-xvii-</span>Une délibération<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> du conseil de ville à la date du
-25 avril 1579 vient préciser exactement les faits.
-Elle montre comment le père du poëte fut amené à
-édifier un jeu de paume au fond de son jardin, &amp; il
-est permis de croire qu’aucun motif d’intérêt ne se
-mêla d’abord à cette entreprise. Afin d’éclaircir d’une
-manière plus complète un incident que la malveillance
-a défiguré pour en tirer un blâme contre Regnier
-&amp; sa famille, nous croyons devoir mettre sous les yeux
-de nos lecteurs le texte même de la délibération.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Ce document nous a été communiqué par M. Lecocq.</p>
-</div>
-<p>Jacques Regnier expose qu’il « a une maison
-auec cour &amp; jardin, assise pres &amp; devant le pilory
-de cette ville. Et par derriere, juxte les remparts,
-entre les portes Saint-Michel &amp; des Epars ; que les
-immondices qu’on jettoit sur le rempart tombant en
-son jardin, il auroit fait construire une muraille de
-22 toises de longueur, de hauteur de 18 pieds &amp; d’épaisseur
-4 pieds &amp; demy par le bas, revenant en haut
-à 2 pieds &amp; demy ; ce qui soutient même les terres du
-rempart, &amp; sert à la fortification d’iceluy &amp; décoration
-de la ville. Et que, pour recouvrer une partie de
-ses frais, ayant commencé à faire bâtir un jeu de
-paulme, dont fait partie ladite muraille, il requiert
-de lui permettre de construire un mur de bauge, sur
-ledit rempart à chacun bout de ladite muraille, en
-laquelle il fera deux huys fermant à clef. Sur quoy
-<span class="pagenum" id="pxviii">-xviii-</span>apres le rapport de la visite qui a esté faite des lieux,
-Il est permis audit Regnier de faire à chacun des bouts
-de sa muraille un mur de bauge avec un huis &amp; huisserie
-fermant à clefs, dont une servira audit Regnier,
-&amp; en baillera une autre aux Echevins pour ouvrir
-&amp; fermer lesdits huys. A la charge de tenir les terres
-du rempart entre les dites clotures &amp; tallus, sur luy, du
-costé de sa muraille, de paver le fond &amp; place d’entre
-les dites clotures, pour recevoir les eaux &amp; les faire
-distiller par dalles &amp; goutieres, sans danger des dits
-remparts &amp; murailles, &amp; en outre, de payer chacun an,
-au iour de Saint-Remy, la somme de une livre tournois
-entre les mains du receveur des deniers communs
-de la ville<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>. »</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Extrait du 2<sup>e</sup> vol. du <i>Registre des Échevins de la ville de
-Chartres</i> (1576-1607), f<sup>o</sup> 30. Décision du 25 avril 1579.</p>
-</div>
-<p>Ainsi se trouve expliquée l’origine du tripot. Comment
-maintenant ce jeu de paume devint-il public ?
-Un accident purement topographique va nous l’apprendre.
-Sur le côté gauche de la maison Regnier<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>,
-<span class="pagenum" id="pxix">-xix-</span>une grande porte à ogive s’ouvrait sur une allée longeant
-le jardin à l’extrémité duquel s’élevait le tripot.
-On pouvait ainsi, sans pénétrer dans la maison, se
-rendre au jeu de paume. Les amis de Jacques &amp; les
-oisifs ont peu à peu envahi ce lieu de distraction trop
-voisin d’un lieu d’affaires, &amp; lui ont valu le renom d’un
-tripot ouvert au public ; mais ici sans doute s’arrête
-la chronique scandaleuse, car en septembre 1611, le
-roi Louis XIII, de passage à Chartres, fut conduit au
-tripot Regnier, &amp; là il fit ou simula une partie de
-paume avec la Maunie, une reine de raquette qui
-gagna le jeune prince en jouant par dessous jambe.
-Or, il est peu probable que la curiosité ait alors conduit
-le roi &amp; sa suite dans un lieu mal famé.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> La configuration actuelle des lieux permet encore de se
-rendre un compte exact du plan de la propriété Regnier. Disons
-tout d’abord que la maison sur laquelle se trouve la plaque commémorative
-a été construite en 1612 par Abdenago de la Palme, à
-la place du vieil &amp; lourd hôtel où naquit véritablement Regnier.
-La rue qui porte aujourd’hui le nom du poëte appartenait pour
-un tiers dans toute sa longueur à la propriété dont les jardins
-subsistent entièrement. Cette portion de terrain formait l’allée aux
-deux extrémités de laquelle étaient, du côté des remparts, le tripot,
-&amp;, du côté des Halles, une grande porte à ogive. Enfin l’impasse
-du Pilori, longeant le mur de la propriété, aboutissait à une
-mare située au pied des remparts &amp; faisant face au tripot. En
-résumé, la rue Regnier couvre aujourd’hui l’allée du jardin &amp; l’impasse
-du Pilori, &amp; l’auberge de la Herse d’or occupe l’emplacement
-du jeu de paume. L’impasse des Bouchers, qui servait de
-dégagement pour les communs de la maison Regnier, n’a pas subi
-de modification topographique.</p>
-</div>
-<p>Mathurin Regnier était né dans les conditions
-les plus propres à assurer sa fortune. Il avait pour
-oncle maternel un abbé de vingt-sept ans, secrétaire
-de la chancellerie du nouveau roi de Pologne, le duc
-d’Anjou. Philippe Desportes, qui s’était élevé jusque-là
-après avoir été secrétaire de l’évêque du Puy, de
-Claude de l’Aubespine &amp; du marquis de Villeroy, ne
-devait pas s’arrêter en si bon chemin. Lorsque le
-<span class="pagenum" id="pxx">-xx-</span>duc d’Anjou fut proclamé roi sous le nom de
-Henri III, Desportes devint secrétaire particulier du
-monarque. Après la mort de Maugiron, Quélus
-&amp; Saint-Mégrin, quand Anne de Joyeuse, favori,
-puis beau-frère du roi, fut créé duc &amp; pair, Desportes
-monta encore en crédit. Il avait été le conseiller
-intime du prince, il devint une sorte de ministre,
-&amp; c’est de ce temps que date sa grande fortune. En
-1582, il fut fait abbé de Tiron au diocèse de Chartres ;
-en 1588, il reçut l’abbaye d’Aurillac qu’il échangea
-avec le cardinal de Joyeuse contre l’abbaye des Vaux
-de Cernay. Enfin, le 13 février 1589, il ajoutait à
-tous ses bénéfices l’abbaye de Josaphat. Cette grande
-fortune ne tombait pas sur un égoïste. Desportes se
-plaisait à obliger. Ce n’était point qu’il voulût désarmer
-les envieux. Un mobile plus haut le poussait. Il était
-serviable comme il était hospitalier. Il a eu d’illustres
-protégés, Vauquelin de la Fresnaye, Jacques de
-Thou &amp; du Perron. Il aimait les lettres, &amp; rêvait
-pour elles une indépendance officielle. Avec Baïf,
-il avait obtenu d’Henri III &amp; du duc de Joyeuse
-la création d’une sorte d’académie, &amp; il recevait
-à Vanves, dans sa maison de campagne, les beaux
-esprits du temps, recueillant après la mort de Baïf,
-de Joyeuse &amp; d’Henri III, ceux qui, dans sa pensée,
-devaient former l’aréopage savant dont il appartenait
-à Richelieu de constituer l’Académie française.</p>
-
-<p>Regnier bénéficia tout d’abord du patronage de
-<span class="pagenum" id="pxxi">-xxi-</span>son oncle. Il fut tonsuré de bonne heure, &amp;, sous ce
-signe sacré, appelé à une brillante carrière. Il avait moins
-de neuf ans lorsque l’évêque de Chartres, Nicolas de
-Thou, lui conféra la marque distinctive des élus<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Analyse des Mémoires de Guillaume Laisné</i>, prieur de Mondonville,
-par M. H. de Lepinois. Actes de Nicolas de Thou, 1573-1598.</p>
-
-<p>CLXXIII. F<sup>o</sup> 312, v<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Sabbati post Dominicam Lætare, ultima
-die martii</i> (1582). Parmi les jeunes gens tonsurés par l’évêque
-Nicolas de Thou, on remarque Jean, fils de Pierre Regnier &amp; de
-Claudine Le Riche, de la paroisse Saint-Michel ; &amp; Mathurin, fils
-de Jacques Regnier &amp; de Symone Desportes, de la paroisse Saint-Saturnin.</p>
-
-<p>(<i>Mémoires de la Société archéologique d’Eure-&amp;-Loir</i>. Année
-1860, p. 221.)</p>
-</div>
-<p>A partir de cette époque, les documents nous
-manquent sur l’enfance du poëte, c’est à Regnier lui-même
-qu’il faut demander des révélations sur sa jeunesse.
-Suivant un passage de la satire XII, il aurait
-été initié à la poésie par Jacques Regnier.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Or amy ce n’est point vne humeur de médire</div>
-<div class="verse">Qui m’ayt fait rechercher ceste façon d’écrire,</div>
-<div class="verse">Mais mon Pere m’aprist que des enseignemens</div>
-<div class="verse">Les humains aprentifs formoient leurs iugemens,</div>
-<div class="verse">Que l’exemple d’autruy doibt rendre l’homme sage,</div>
-<div class="verse">Et guettant à propos les fautes au passage,</div>
-<div class="verse">Me disoit, considere où cest homme est reduict</div>
-<div class="verse">Par son ambition, cest autre toute nuict</div>
-<div class="verse">Boit auec des Putains, engage son domaine,</div>
-<div class="verse">L’autre sans trauailler, tout le iour se promeyne,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxxii">-xxii-</span>Pierre le bon enfant aux dez a tout perdu,</div>
-<div class="verse">Ces iours le bien de Iean par decret fut vendu,</div>
-<div class="verse">Claude ayme sa voisine, &amp; tout son bien luy donne ;</div>
-<div class="verse">Ainsi me mettant l’œil sur chacune personne</div>
-<div class="verse">Qui valoit quelque chose, ou qui ne valoit rien,</div>
-<div class="verse">M’aprenoit doucement &amp; le mal &amp; le bien,</div>
-<div class="verse">Affin que fuyant l’vn, l’autre ie recherchasse,</div>
-<div class="verse">Et qu’aux despens d’autruy sage ie m’enseignasse.</div>
-</div>
-
-<p>Cet endroit de l’œuvre du poëte a quelque ressemblance
-avec les vers d’Horace :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3" lang="la" xml:lang="la">Insuevit pater optimus hoc me</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Ut fugerem, exemplis vitiorum quæque notando.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I, 4.)</p>
-
-<p>Toutefois il doit être signalé, car nul ne peut dire
-qu’ici l’imitation ne soit aussi l’expression de la
-vérité.</p>
-
-<p>D’après la satire IV, au contraire, Jacques Regnier,
-soucieux de l’avenir de son fils, l’aurait détourné de
-la poésie. Par de plus prudents conseils, il voulait
-détruire le mal qu’il avait fait, &amp; pousser vers d’autres
-inclinations l’enfant qu’il se reprochait d’avoir encouragé
-à la moquerie. « Vains efforts, » dit Regnier.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Il est vray que le Ciel qui me regarda naistre,</div>
-<div class="verse">S’est de mon iugement tousiours rendu le maistre,</div>
-<div class="verse">Et bien que ieune enfant mon Pere me tançast,</div>
-<div class="verse">Et de verges souuent mes chançons menaçast,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxxiii">-xxiii-</span>Me disant de depit, &amp; bouffy de colere,</div>
-<div class="verse">Badin quitte ces vers, &amp; que penses-tu faire ?</div>
-<div class="verse">La Muse est inutile, &amp; si ton oncle a sçeu</div>
-<div class="verse">S’auancer par cet’ art tu t’y verras deçeu…</div>
-<div class="verse">Mars tout ardant de feu nous menace de guerre…</div>
-<div class="verse i1">Pense-tu que le lut, &amp; la lyre des Poëtes</div>
-<div class="verse">S’accorde d’armonie auecques les trompettes,</div>
-<div class="verse">Les fiffres, les tambours, le canon, &amp; le fer ?</div>
-<div class="verse i1">Les plus grands de ton tans dans le sang aguerris,</div>
-<div class="verse">Comme en Trace seront brutalement nourris,</div>
-<div class="verse">Qui rudes n’aymeront la lyre de la Muse,</div>
-<div class="verse">Non plus qu’vne vielle ou qu’vne cornemuse.</div>
-<div class="verse">Laisse donc ce metier &amp; sage prens le soing</div>
-<div class="verse">De t’acquerir vn art qui te serue au besoing.</div>
-<div class="verse i1">Ie ne sçay, mon amy, par quelle prescience,</div>
-<div class="verse">Il eut de noz Destins si claire congnoissance,</div>
-<div class="verse">Mais pour moy ie sçay bien que sans en faire cas,</div>
-<div class="verse">Ie mesprisois son dire, &amp; ne le croyois pas,</div>
-<div class="verse">Bien que mon bon Demon souuent me dist le mesme.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi me tançoit-il d’vne parolle emeuë.</div>
-<div class="verse">Mais comme en se tournant ie le perdoy de veuë</div>
-<div class="verse">Ie perdy la memoire auecques ses discours,</div>
-<div class="verse">Et resueur m’esgaray tout seul par les destours</div>
-<div class="verse">Des antres &amp; des bois affreux &amp; solitaires,</div>
-<div class="verse">Où la Muse en dormant m’enseignoit ses mysteres,</div>
-<div class="verse">M’aprenoit des secrets &amp; m’echaufant le sein,</div>
-<div class="verse">De gloire &amp; de renom releuoit mon dessein.</div>
-</div>
-
-<p>Ces aveux de Regnier nous éclairent uniquement sur
-les tendances de sa jeunesse. Mais l’événement le plus
-<span class="pagenum" id="pxxiv">-xxiv-</span>important, qui décida de la carrière de notre premier
-satirique, est celui auquel il est fait allusion dans ces vers :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C’est donc pourquoy si ieune abandonnant la France</div>
-<div class="verse">I’allay vif de courage, &amp; tout chaud d’esperance</div>
-<div class="verse">En la cour d’vn Prelat, qu’auecq’ mille dangers</div>
-<div class="verse">I’ay suiuy courtisan aux païs estrangers.</div>
-<div class="verse">I’ay changé mon humeur, alteré ma nature,</div>
-<div class="verse">I’ay beu chaud, mangé froid, i’ay couché sur la dure,</div>
-<div class="verse">Ie l’ay sans le quitter à toute heure suiuy,</div>
-<div class="verse">Donnant ma liberté ie me suis asserui,</div>
-<div class="verse">En publiq’, à l’Eglise, à la chambre, à la table…</div>
-</div>
-
-<p>Brossette a supposé que le prélat en question était
-le cardinal de Joyeuse, sans se préoccuper de justifier
-cette hypothèse, &amp; il a ajouté que Regnier avait, à la
-suite de ce personnage, fait le voyage d’Italie en
-1583, c’est-à-dire à l’âge de dix ans. Un passage de
-la correspondance de du Perron confirme la première
-de ces deux suppositions<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Lors que i’eu le bien de vous voir chez le Roy, où ie
-m’estois emancipé d’aller ce iour-là, pour prendre congé de Sa
-Majesté &amp; me venir acheuer de guerir en ce lieu de Condé<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> ; il y
-auoit trois semaines que ie n’auois abandonné le lict, comme le
-sieur Regnier, qui m’y vint voir, &amp; lequel ie priay de vous faire
-mes excuses, de ce que ie ne vous pouuois aller baiser les mains,
-le vous pourra temoigner.</p>
-
-<p class="attr">De Condé, ce 9 novembre 1602.</p>
-
-<p><i>Les Ambassades &amp; Negociations de l’Illustriss. &amp; Reverendiss.
-Cardinal du Perron.</i> Paris, Ant. Estienne, 1623, p. 104.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Condé-sur-Iton près Évreux, où les évêques de ce diocèse avaient un
-château qui leur servait de résidence d’été.</p>
-</div>
-<p><span class="pagenum" id="pxxv">-xxv-</span>La seconde hypothèse relative à l’époque du voyage
-d’Italie soulève quelques difficultés. C’est en 1583 que
-François de Joyeuse, archevêque de Narbonne &amp; âgé
-de vingt &amp; un ans, partit pour Rome avec le duc, son
-frère, pour solliciter le chapeau de cardinal. Regnier
-venait de recevoir la tonsure, mais c’était encore un
-enfant. Il est improbable qu’il ait de si bonne heure
-quitté sa famille. Quelques bibliographes ont vu dans
-1583 une date mal lue &amp; ils ont proposé 1593, qui
-coïncide avec un nouveau départ du cardinal de
-Joyeuse pour l’Italie. Cette dernière époque ne peut
-être exacte. Elle est contredite par l’affirmation même
-du poëte :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C’est donc pourquoi si jeune…</div>
-</div>
-
-<p>Parlant de lui, à vingt ans, Regnier ne pouvait
-s’exprimer en ces termes.</p>
-
-<p>D’autres recherches sont donc nécessaires. En
-tenant compte des particularités de la vie du cardinal
-de Joyeuse &amp; des indications fournies par les satires,
-on se trouve amené aux conclusions suivantes.</p>
-
-<p>Regnier, dans le passage que nous venons de citer,
-parle de sa jeunesse, de la cour du prélat auquel il
-était attaché, des dangers qu’il a courus, &amp; plus loin
-(S. III, <a href="#l1c5">p. 22</a>) d’un triste séjour en Toscane &amp; en
-Savoie.</p>
-
-<p>Or, en 1586, François de Joyeuse, nommé protecteur
-des affaires de France à Rome, en remplacement
-du cardinal d’Este, partit pour l’Italie. Il était
-<span class="pagenum" id="pxxvi">-xxvi-</span>accompagné de personnages considérables<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>, il s’arrêta
-en Savoie où l’appelaient des devoirs diplomatiques,
-enfin il fit dans Rome une entrée solennelle
-dont le récit a été conservé<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">Multis præsulibus &amp; viris doctrina conspicuis proceribusque
-comitatus.</i> <span lang="la" xml:lang="la">Gallia christ.</span>, VI, 117.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Voir les <i>Lettres manuscrites</i> du S. de Montereul, témoin
-oculaire qui paraît avoir été, comme Regnier, attaché à la personne
-du cardinal.</p>
-</div>
-<p>Tous ces détails concordent assez exactement avec
-les indices biographiques que l’on peut tirer des
-satires de Regnier. L’âge même du poëte ne soulève pas
-d’objection, Regnier était bien alors un adolescent.</p>
-
-<p>Il reste à éclaircir une autre question, celle des dangers.
-Deux suppositions acceptables sont en présence.
-La première, la plus importante, est d’un vif intérêt.</p>
-
-<p>En mai 1589, le pape Sixte-Quint, depuis longtemps
-hostile à Henri III, &amp; d’ailleurs profondément
-irrité du meurtre du cardinal de Guise, prit texte
-de ce crime, pour lancer contre le roi un monitoire
-qui fut affiché à Saint-Pierre &amp; à Saint-Jean de
-Latran. Le cardinal de Joyeuse quitta Rome &amp; vint
-se fixer à Venise où il choisit pour résidence le
-palais Saint-Georges. Il emmena avec lui d’Ossat,
-qui, avant de devenir son secrétaire, avait été celui
-du cardinal d’Este. On peut penser que cette brusque
-rupture du protecteur des affaires de France avec la
-papauté fit grand bruit dans les États de l’Église.
-<span class="pagenum" id="pxxvii">-xxvii-</span>Selon toute probabilité, Regnier faisait partie de la
-maison de François de Joyeuse ; il n’est guère douteux
-que le jeune abbé, âgé de seize ans alors, ne se soit
-cru en grand danger.</p>
-
-<p>Le second péril auquel notre poëte fut exposé eut
-d’autres causes. En 1598, le cardinal de Joyeuse,
-pour se rendre en Italie, traversa le Piémont que la
-peste ravageait. Les voyageurs étaient tout particulièrement
-exposés au fléau, &amp; la correspondance
-de l’infatigable diplomate mentionne les difficultés du
-passage. Dans la suite du prélat, Regnier tenait une
-petite place, mais sur le chemin barré par la peste, il
-était menacé à l’égal des plus grands.</p>
-
-<p>C’est en 1593, suivant M. de Lépinois, que Regnier
-fut nommé prieur de Bouzaincourt, &amp; le savant historien
-de la ville de Chartres ajoute que ce titre fut
-donné au jeune secrétaire, afin de le rendre plus
-digne d’accompagner le cardinal de Joyeuse. Ici les
-indices manquent pour proposer une date plutôt
-qu’une autre. C’est à peine si l’on peut indiquer utilement
-ce qu’était le prieuré, &amp; par quelles voies il
-a dû arriver au poëte. Le prieuré de Bouzaincourt,
-ou plus exactement Bouzencourt, <i lang="la" xml:lang="la">qui dicitur Castellania</i>,
-parce qu’il était attaché à la chapelle du château
-de ce lieu<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>, dépendait de l’abbaye de Corbie
-<span class="pagenum" id="pxxviii">-xxviii-</span>&amp; la collation en appartenait à l’abbé. Lorsque, après
-la mort d’Anne de Joyeuse, à Coutras, Desportes se
-retira à Bonport, près de Pont-de-l’Arche, l’abbé de
-Corbie était l’archevêque de Rouen, Charles de Bourbon,
-qui, le 5 août 1589, quelques jours après la
-mort de Henri III, fut proclamé roi de France sous
-le nom de Charles X. Le cardinal de Vendôme, qui
-l’année suivante succéda au cardinal de Bourbon
-comme abbé de Corbie, mourut en 1594, sans avoir
-obtenu ses bulles de confirmation &amp; sans avoir pris
-possession. Il est donc plus logique de faire remonter
-la nomination de Regnier au prieuré de Bouzaincourt
-vers l’époque où François de Joyeuse commençait ses
-voyages en Italie, &amp; où Desportes, encore tout-puissant,
-ne s’était pas tourné contre Henri IV, avec
-l’amiral de Villars<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>. A partir de ce moment, septembre
-1589, jusqu’au milieu de 1594, l’abbé de
-Tiron lutta pour obtenir sa réintégration dans les
-bénéfices qui lui avaient été enlevés. Il ne rentra
-même en jouissance de ses revenus des Vaux de Cernay
-que le 21 juin 1594<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> ; &amp; pendant cette période
-d’agitations personnelles, Desportes, il faut le reconnaître,
-n’eut guère le loisir de solliciter en faveur de
-son neveu.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Voir aux manuscrits de la Bibl. nat. les papiers de Dom
-Grenier, v<sup>o</sup> <i>Bouzancourt</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Villars Brancas était parent d’Anne de Joyeuse. Desportes,
-en s’attachant à lui, n’était pas uniquement poussé par l’ambition.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Voir, aux Archives de Seine-&amp;-Oise, le fonds des Vaux
-de Cernay, cart. 34.</p>
-</div>
-<p><span class="pagenum" id="pxxix">-xxix-</span>L’emploi que Regnier tenait auprès du cardinal de
-Joyeuse était assez modeste. Le secrétaire de l’Éminence
-était d’Ossat, qui devint cardinal en 1599, à
-l’âge de soixante-trois ans. Au-dessous de ce personnage
-se trouvait un attaché laïque, J. de Montereul,
-que l’on rencontre au service du cardinal en 1606,
-longtemps après que Regnier a quitté le prélat.
-Notre poëte ne vient qu’en troisième ordre. Au reste,
-il ne faut point s’étonner du peu d’importance des
-fonctions dévolues à Regnier. Les ambassades françaises
-en Italie n’offraient alors pas de plus grandes
-charges aux beaux esprits qui se laissaient attacher à
-la carrière diplomatique. Rome, devenue le théâtre
-d’intrigues de toutes sortes, le champ de compétitions
-sans nombre &amp; sans relâche, n’était nullement la
-patrie par excellence de la poésie. La politique
-primait tout. Aux heures de répit, elle dominait
-encore, &amp; les œuvres nées sous l’inspiration des
-grands étaient par ordre bouffonnes ou sévères. En
-France, au contraire, sous les Valois &amp; les premiers
-Bourbons, les princes, oubliant ou ajournant les
-affaires sérieuses, se livraient aux poëtes en auditeurs
-passionnés &amp; dociles.</p>
-
-<p>Cette dernière considération, d’accord avec les
-données de l’histoire, explique le dégoût &amp; la tristesse
-qui saisissent à Rome même les poëtes français
-attachés à des ambassades. Nul d’entre eux n’a
-mieux rendu cette impression particulière que du
-<span class="pagenum" id="pxxx">-xxx-</span>Bellay &amp; Magny, &amp; quoiqu’ils aient de beaucoup
-d’années précédé Regnier dans la ville éternelle, leurs
-doléances n’en sont pas moins précieuses à recueillir,
-parce qu’elles montrent mieux que d’autres en quelles
-mesquineries s’écoulaient des loisirs que l’on s’imagine
-tout entiers consacrés à la recherche &amp; à la
-contemplation du beau.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Panjas, veux tu sçauoir quels sont mes passe-temps ?</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">écrit du Bellay à l’un de ses amis,</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Ie songe au lendemain, i’ay soing de la despense</div>
-<div class="verse i1">Qui se fait chacun iour, &amp; si fault que ie pense</div>
-<div class="verse i1">A rendre sans argent cent créditeurs contents.</div>
-<div class="verse i1">Ie vays, ie viens, ie cours, ie ne perds point le temps,</div>
-<div class="verse">Ie courtise vn banquier, ie prens argent d’auance :</div>
-<div class="verse i1">Quand i’ay depesché l’vn, vn autre recommence,</div>
-<div class="verse i1">Et ne fais pas le quart de ce que ie pretends.</div>
-<div class="verse">Qui me presente vn compte, vne lettre, vn memoire,</div>
-<div class="verse i1">Qui me dit que demain est iour de consistoire,</div>
-<div class="verse i1">Qui me romp le cerueau de cent propos diuers :</div>
-<div class="verse">Qui se plaint, qui se deult, qui murmure, qui crie,</div>
-<div class="verse i1">Auecques tout cela, dy (Panjas) ie te prie,</div>
-<div class="verse i1">Ne t’ébahis-tu point comment ie fais des vers ?</div>
-</div>
-
-<p>Après ce tableau réel de la vie intime, voici une
-esquisse non moins saisissante de l’existence officielle.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous ne faisons la court aux filles de memoire,</div>
-<div class="verse i1">Comme vous qui viuez libres de passion :</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="pxxxi">-xxxi-</span>Si vous ne sçauez donc nostre occupation,</div>
-<div class="verse i1">Ces dix vers ensuiuans vous la feront notoire.</div>
-<div class="verse">Suiure son cardinal au Pape, au Consistoire,</div>
-<div class="verse i1">En capelle, en visite, en congregation,</div>
-<div class="verse i1">Et pour l’honneur d’vn prince ou d’vne nation,</div>
-<div class="verse i1">De quelque ambassadeur accompagner la gloire :</div>
-<div class="verse">Estre en son rang de garde aupres de son seigneur,</div>
-<div class="verse i1">Et faire aux suruenans l’accoustumé honneur,</div>
-<div class="verse i1">Parler du bruit qui court, faire de l’habile homme :</div>
-<div class="verse">Se promener en housse, aller voir d’huis en huis</div>
-<div class="verse i1">La Marthe, ou la Victoire, &amp; s’engager aux Juifs :</div>
-<div class="verse i1">Voila mes compagnons des nouuelles de Rome.</div>
-</div>
-
-<p>Des citations plus étendues n’ajouteraient rien à
-ces deux tableaux du parfait secrétaire. Tout y est
-nettement indiqué, prévu, depuis les devoirs les plus
-graves jusqu’aux soins les moins sérieux. Ajoutons
-qu’en un demi-siècle, du temps où du Bellay était à
-Rome, à l’époque où Regnier y accompagna le cardinal
-de Joyeuse, les choses n’avaient pas varié. Les
-acteurs seuls étaient changés. La Marthe &amp; la Victoire
-avaient été remplacées par d’autres courtisanes.</p>
-
-<p>C’est dans cette existence faite de petits riens que
-Regnier passa les premières années de sa jeunesse.
-Rêveur quand il fallait être éveillé, victime des
-importuns, facile aux <i>entrants</i>, bonhomme enfin dans
-des lieux où il n’est pire qualité, Regnier ne sut tirer
-aucun avantage d’une situation où de piètres personnages
-faisaient une grande fortune. Il faut ajouter que
-<span class="pagenum" id="pxxxii">-xxxii-</span>par une cruauté du sort, notre poëte se trouvait attaché
-au prélat le plus actif, le plus remuant &amp; le plus
-diplomate que l’on puisse imaginer. Archevêque de
-Narbonne à vingt ans (1582), cardinal l’année suivante,
-protecteur des affaires de France à Rome en
-1586, François de Joyeuse occupait une place considérable
-à la tête du clergé &amp; parmi les hommes
-politiques de son pays. Son influence, que la mort
-de Henri III semblait devoir anéantir, se releva dès
-1591, à l’occasion de l’élection de Clément VIII,
-&amp; deux ans plus tard, Joyeuse, plus puissant que
-jamais, était chargé de mettre Henri IV dans les
-bonnes grâces de la papauté. Ce cardinal était toujours
-en voyage. On le retrouve dans des intervalles
-très-courts à Narbonne, à Paris &amp; en Italie. Son
-infatigable activité &amp; sa haute intelligence l’appelaient
-parfois à des missions toutes spéciales. L’Étoile nous
-rapporte de lui, sous la date de 1598, un mémoire
-au roi sur la jonction des deux mers<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Voir le <i>Registre-Journal de Henri IV</i>, éd. Champ, p. 298.
-Ce mémoire se trouve également à la Bibl. nat. Manus. Coll. du
-Puy. V. 88.</p>
-</div>
-<p>Avec un tel maître, Regnier vivait tantôt à Rome,
-tantôt en France. Desportes possédait près de Paris,
-à Vanves, une maison de campagne où il recevait ses
-anciens amis &amp; les poëtes nouveaux. Quoiqu’il terminât
-sa traduction des psaumes, le vieux maître
-n’était pas entièrement tourné à la sévérité. Il ne
-<span class="pagenum" id="pxxxiii">-xxxiii-</span>nous est rien resté de ce qui a pu se dire dans ces
-réunions où Regnier tenait bien sa place lorsqu’il
-était à Paris ; mais un ami de Desportes, le poëte
-Rapin, a pris soin, dans une curieuse élégie latine<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>,
-de nous conserver les noms des familiers de la maison :
-du Perron, Bertaud, Baïf le fils, Gilles
-Durant, Passerat, Gillot, Richelet, Petau, de Thou,
-du Puy, les frères Sainte-Marthe, Pasquier, Hotman,
-Certon, Le Mareschal<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a> &amp; enfin Thibaut Desportes,
-frère de l’abbé de Tiron &amp; grand audiencier de France.
-Malherbe ne paraît pas encore. Il avait été présenté par
-du Perron à Marie de Médicis, lorsqu’elle débarqua à
-Marseille ; ce fut le commencement de sa fortune. Mais
-il ne vint à Paris qu’en 1605, &amp; son intimité avec
-Desportes fut de courte durée. Il contrastait avec tous
-les personnages cités plus haut par la rudesse de ses
-manières, &amp; Racan, son disciple, est sur ce point
-entièrement d’accord<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> avec Tallemant des Réaux,
-dont nous avons emprunté le récit.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> V. Rapin, Œuvres latines &amp; françoises, 1610, pp. 47 à 53,
-<i lang="la" xml:lang="la">Philippi Portæi exequiæ. Ad Jacobum Gilotum, majorum gentium
-senatorem</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> Conseiller au Parlement de Paris que Desportes choisit pour
-exécuteur testamentaire après lui avoir laissé « un saphix bleu en
-tesmoignaige d’amitié. »</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <i>Mémoires pour la vie de Malherbe</i>, éd. Jannet, II, 262.</p>
-</div>
-<p>« Sa conversation estoit brusque : il parloit peu,
-mais ne disoit mot qui ne portast. Quelquefois
-mesme il estoit rustre &amp; incivil, tesmoin ce qu’il fit à
-<span class="pagenum" id="pxxxiv">-xxxiv-</span>Desportes. Regnier l’avoit mené disner chez son
-oncle ; ils trouvèrent qu’on avoit desjà servy. Desportes
-le receut avec toute la civilité imaginable,
-&amp; luy dit qu’il luy vouloit donner un exemplaire de
-ses <i>Pseaumes</i>, qu’il venoit de faire imprimer. En
-disant cela, il se met en devoir de monter à son cabinet
-pour l’aller querir. Malherbe luy dit rustiquement
-qu’il les avoit déjà veus, que cela ne méritoit pas
-qu’il prist la peine de remonter, &amp; que son potage
-valloit mieux que ses <i>Pseaumes</i>. Il ne laissa pas de
-disner, mais sans dire mot, &amp; après disner ils se separerent
-&amp; ne se sont pas veus depuis. Cela le brouilla
-avec tous les amys de Desportes, &amp; Regnier, qui
-estoit son amy &amp; qu’il estimoit pour le genre satyrique
-à l’esgal des anciens, fit une satyre contre luy
-qui commence ainsi :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« <i>Rapin</i>, <i>le favory</i>, &amp;c.<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a> »</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Tall., <i>Hist. de Malherbe</i>, I, 275.</p>
-</div>
-<p>Malherbe avait du reste ouvert les hostilités contre
-Regnier lui-même. Dans sa haine, on pourrait dire
-sa jalousie, de toute métaphore, il essaya quelque
-temps auparavant de déprécier le neveu de Desportes
-dans l’esprit du roi. Il est douteux qu’il ait réussi.
-Une louange mal tournée est toujours une louange.
-Aux yeux de ceux à qui elle s’adresse, elle échappe à
-toute critique par ce qu’elle a de flatteur. Voici l’anecdote
-de Tallemant :</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="pxxxv">-xxxv-</span>« Malherbe avoit aversion pour les figures poétiques,
-si ce n’estoit dans un poëme épique ; &amp; en
-lisant à Henri IV<sup>e</sup> une élegie de Regnier, où il feint
-que la France s’éleva en l’air pour parler à Jupiter
-&amp; se plaindre du miserable estat où elle estoit pendant
-la Ligue, il demandoit à Regnier en quel temps cela
-estoit arrivé ? Qu’il avoit demeuré tousjours en France
-depuis cinquante ans, &amp; qu’il ne s’estoit point aperceu
-qu’elle se fust enlevée hors de sa place<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>. »</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Tall., <i>Hist. de Malherbe</i>, I., 294.</p>
-</div>
-<p>La querelle de Malherbe &amp; de Desportes ne poussa
-pas seulement Regnier à écrire sa neuvième satire.
-Maynard, le disciple de Malherbe, s’étant permis
-quelque quolibet sur Desportes ou sur Regnier, qui
-tous deux ne prêtaient que trop aux mauvaises plaisanteries,
-le satirique s’échauffa &amp; résolut d’avoir par
-l’épée raison des moqueurs que sa plume n’avait pas
-effrayés. C’est encore à Tallemant qu’il faut demander
-le récit d’une affaire où l’offensé garda le beau rôle
-depuis le commencement jusqu’à la fin.</p>
-
-<p>« Regnier le satirique, mal satisfait de Maynard,
-le vient appeler en duel qu’il estoit encore au lit ;
-Maynard en fut si surpris &amp; si esperdu qu’il ne pouvoit
-trouver par où mettre son haut de chausses. Il
-a avoué depuis qu’il fut trois heures à s’habiller.
-Durant ce temps-là, Maynard avertit le comte de
-Clermont-Lodeve de les venir séparer quand ils
-<span class="pagenum" id="pxxxvi">-xxxvi-</span>seroient sur le pré. Les voylà au rendez-vous. Le
-comte s’estoit caché. Maynard allongeoit tant qu’il
-pouvoit ; tantost il soustenoit qu’une espée estoit plus
-courte que l’autre ; il fut une heure à tirer ses bottes ;
-les chaussons estoient trop estroits. Le comte rioit
-comme un fou. Enfin le comte paroist. Maynard
-pourtant ne put dissimuler : il dit à Regnier qu’il luy
-demandoit pardon ; mais au comte il luy fit des
-reproches, &amp; luy dit que pour peu qu’ils eussent esté
-gens de cœur, ils eussent eu le loisir de se couper
-cent fois la gorge<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>. »</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Tall., <i>Duels &amp; accommodements</i>, VII, 609.</p>
-</div>
-<p>Ce n’était pas seulement la haine des métaphores
-qui poussait Malherbe à des sentiments d’hostilité
-contre Desportes &amp; son neveu. Des raisons infiniment
-moins platoniques guidaient le poëte normand. Ce
-campagnard trouvait dans l’abbé de Tiron l’affirmation
-de tous ses défauts. Il était pauvre, incivil dans
-ses allures &amp; compassé dans ses vers. Desportes
-était riche ; malgré son âge, il était d’une affabilité
-exquise ; &amp; ses poésies avaient de la souplesse &amp; de
-l’élégance. Du côté de Regnier, Malherbe avait bien
-d’autres sujets d’inquiétude. Le poëte chartrain était
-lié avec d’audacieux railleurs, les uns fort bien en
-cour &amp; les autres de bonne roture. Cette école
-satirique, qui s’attaquait avec une étrange violence à
-tous les personnages ridicules, donnait beaucoup de
-<span class="pagenum" id="pxxxvii">-xxxvii-</span>soucis à Malherbe. Elle avait à sa tête Motin, Sigognes,
-Regnier &amp; Berthelot. Motin &amp; Regnier étaient
-protégés du roi. Sigognes, gouverneur de Dieppe, était
-le secrétaire de la marquise de Verneuil ; Berthelot, qui
-n’avait aucune attache officielle, s’était rendu important
-par son audace &amp; sa pétulance. Il prit à
-partie Malherbe<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>, se moquant du poëte &amp; de ses
-amours en termes d’une crudité inouïe. Malherbe,
-pour imposer silence à ce rimeur qui l’attaquait dans
-sa galanterie, dans ses vers &amp; dans sa noblesse, sur
-quoi il était fort chatouilleux, fit administrer des coups
-de bâton à Berthelot par un gentilhomme de Caen
-du nom de la Boulardière. Il espérait avoir ainsi
-raison d’un mauvais plaisant, mais l’admirée de Malherbe,
-la vicomtesse d’Auchy, ayant donné son approbation
-à la bastonnade, Berthelot se vengea durement.
-Il poursuivit la dame de ses sarcasmes, &amp; pour
-lui rendre plus piquantes les railleries qu’il propageait
-contre elle, il en empruntait le texte aux pièces
-même où Malherbe exaltait les mérites de la vicomtesse<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>.
-Regnier eut à son tour à souffrir de la turbulence
-de Berthelot. La chronique scandaleuse ne dit
-pas de quel côté venaient les torts ; mais il est à
-<span class="pagenum" id="pxxxviii">-xxxviii-</span>remarquer que, dans l’ode où Sigognes a rapporté
-le combat des deux poëtes, Regnier joue constamment
-le rôle de l’agresseur, vis-à-vis de son adversaire :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Berthelot de qui l’équipage</div>
-<div class="verse">Est moindre que celuy d’vn page.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sur luy de fureur il s’advance</div>
-<div class="verse">Ainsi qu’vn pan vers vn oyson,</div>
-<div class="verse">Ayant beaucoup plus de fiance</div>
-<div class="verse">En sa valeur qu’en sa raison</div>
-<div class="verse">Et d’abord lui dict plus d’iniures</div>
-<div class="verse">Qu’vn greffier ne faict d’ecritures.</div>
-
-<div class="verse stanza">Berthelot auec patience</div>
-<div class="verse">Souffre ce discours effronté,</div>
-<div class="verse">Soit qu’il le fit par conscience</div>
-<div class="verse">Ou de crainte d’être frotté,</div>
-<div class="verse">Mais à la fin Regnier se ioue</div>
-<div class="verse">D’approcher la main de sa joue.</div>
-
-<div class="verse stanza">Aussitost de colere blesme,</div>
-<div class="verse">Berthelot le charge en ce lieu</div>
-<div class="verse">D’aussi bon cœur comme en caresme</div>
-<div class="verse">Sortant du service de Dieu</div>
-<div class="verse">Vn petit cordelier se rue</div>
-<div class="verse">Sur une pièce de morue.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Voir Tallemant des Réaux, éd. Techener, in-8<sup>o</sup>, 1854, I,
-320, notes.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Le lecteur trouvera dans Tallemant, édit. cit., tom. I, 335,
-l’indication des pièces satiriques de Berthelot contre la vicomtesse
-d’Auchy.</p>
-</div>
-<p>Cette grande querelle eut lieu en 1607. Elle n’est
-point une lutte entre ennemis, la longanimité de
-Berthelot en fait foi. Elle paraît plutôt une scène de
-reproches changée par la vivacité irréfléchie de l’un
-<span class="pagenum" id="pxxxix">-xxxix-</span>des acteurs en une scène de violence. Une raison
-sérieuse peut être invoquée en ce sens. Deux ans après
-cet incident, en 1609, un livre publié à l’instigation de
-Berthelot, <i>les Muses gaillardes</i>, contient pour la
-première fois le récit du combat, &amp;, par égard pour
-le poëte battu, les noms des lutteurs ont été changés,
-ils s’appellent Barnier &amp; Matelot.</p>
-
-<p>L’école satirique, dont les maîtres ont été désignés
-plus haut, est aujourd’hui tombée dans l’oubli. Elle
-s’est pourtant signalée par la production d’œuvres
-caractéristiques. On lui doit la publication d’anthologies
-aujourd’hui fort recherchées des bibliophiles :
-<i>la Muse folastre</i> (1603), <i>les Muses incogneues</i> (1604),
-<i>les Muses gaillardes</i> (1609), <i>les Satyres bastardes
-du cadet Angoulevent</i> &amp; <i>le Labyrinthe d’amour</i>
-(1615), <i>le Recueil des plus excellens vers satiriques</i>
-(1617), <i>le Cabinet satyrique</i> (1618), <i>les Délices satyriques</i>
-(1620) &amp; enfin <i>le Parnasse satyrique</i> (1622).
-Ici encore Berthelot apparaît dans toute sa pétulance.
-C’est lui qui est le promoteur de toutes ces œuvres
-malsaines. Contenu jusqu’à la mort de Motin, son
-ami, par l’autorité de ce dernier, il donne, à partir
-de 1616, toute carrière à son avidité de scandale, il
-accole à l’œuvre de Regnier, qu’il proclame ainsi le
-maître du groupe, les pièces qui entreront plus tard
-dans le <i>Cabinet satyrique</i>, &amp; ne s’arrête enfin, après
-la publication du <i>Parnasse</i>, que devant l’arrêt qui le
-frappe avec Théophile, Colletet &amp; Frenicle.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="pxl">-xl-</span>On est surpris de ce débordement de la poésie pendant
-les vingt premières années du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle.
-L’histoire politique donne le secret de tant de laideurs.
-Les guerres de religion, les luttes de la Ligue
-avaient jeté tous les esprits dans un grand trouble.
-Les haines furieuses auxquelles les partis avaient obéi
-pendant de longues années s’apaisaient. Elles faisaient
-place à des sentiments plus calmes, mais encore trop
-proches des emportements de la veille pour n’en avoir
-pas conservé quelque violence. Tout se pacifiait lentement.
-L’esprit de raillerie seul ne capitulait pas.
-En lui s’étaient réfugiées les colères inassouvies.
-Aussi les poésies satiriques de 1600 à 1620 dénotent-elles
-plutôt un trouble passager qu’une corruption
-durable, &amp; des excentricités de débauche plutôt que
-des habitudes d’impudeur. Les brutalités de la moquerie
-n’épargnaient pas même Henri IV. Sigognes, à
-l’occasion du siége d’Amiens, gourmanda crûment le roi
-trop occupé de galanteries. Beautru écrivait l’<i>Onosandre</i>
-contre le bonhomme Montbazon. La satire était
-partout : pour les grands à la cour, &amp; pour le peuple
-au théâtre. Dans un sixain qui vaut une page d’histoire,
-le poëte contemporain, d’Esternod, a conservé les
-noms des acteurs justiciers des ambitieux grotesques,
-des personnages ridicules &amp; des dames galantes :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Regnier, Bertelot &amp; Sigongne</div>
-<div class="verse">Et dedans l’hôtel de Bourgongne,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxli">-xli-</span>Vautret, Valeran &amp; Gasteau</div>
-<div class="verse">Jean Farine, Gautier Garguille,</div>
-<div class="verse">Et Gringalet &amp; Bruscambille</div>
-<div class="verse">En rimeront vn air nouveau.</div>
-</div>
-
-<p>La pléiade à la tête de laquelle se trouvait Regnier
-était ainsi en grande réputation, &amp; les apprentis satiriques
-l’invoquaient au début de leurs poëmes. Les
-uns, à défaut de verve, avaient pour eux le souvenir
-des maîtres moqueurs, les autres avaient tout à la
-fois l’esprit &amp; l’admiration de leurs modèles. Parmi
-les derniers, Saint-Amant, dans sa pièce de <i>la Berne</i>,
-a dit :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Chers enfans de la medisance…</div>
-<div class="verse">Vous que Mome en riand aduoue,</div>
-<div class="verse">Et dont les escrits font la moue</div>
-<div class="verse">A quiconque seroit si sot</div>
-<div class="verse">Que d’en oser reprendre un mot ;</div>
-<div class="verse">Regnier, Berthelot &amp; Sigongne…</div>
-</div>
-
-<p>Nous croyons avoir établi l’existence d’une école
-de satiriques opposée à l’école de Malherbe. Mais
-l’antagonisme littéraire n’excluait pas les rapprochements
-de l’inspiration, &amp; plus d’une fois les rangs se
-mêlèrent. Maynard &amp; Racan lui-même, l’auteur de
-douces bergeries, ont laissé des traces de leur voyage
-au <i>Parnasse satyrique</i>. D’autre part, Motin figure à
-côté de Malherbe dans les recueils des plus excellents
-<span class="pagenum" id="pxlii">-xlii-</span>vers du temps<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>, &amp; Regnier, placé au seuil du <i>Temple
-d’Apollon</i>, commence par une de ses élégies la série
-des poëmes qui composent cette anthologie.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Ces recueils n’ont pas été moins nombreux que les anthologies
-satiriques dont nous avons donné la liste. Les plus importants
-sont : <i>les Muses françoises ralliées de diverses parts</i>, par le
-sieur Despinelle, Lyon, 1603 ; <i>le Parnasse des plus excellents
-poetes de ce temps</i>, Paris, 1607 ; <i>le Nouveau Recueil des plus
-beaux vers de ce temps</i>, Paris, 1609 ; <i>le Temple d’Apollon</i>, Rouen,
-1611 ; <i>les Délices de la poésie françoise</i>, de Rosset, Paris, 1615 ;
-<i>le Cabinet des Muses</i>, Rouen, 1619.</p>
-</div>
-<p>Quelque amour que Regnier eût pour la raillerie,
-la gausserie, comme on disait alors, il faut reconnaître
-qu’il y apportait une certaine réserve. Aucune des
-pièces où il s’abandonne aux licences de la satire n’a
-paru signée de lui. Les trois éditions de ses œuvres
-publiées de son vivant ne comprennent aucun poëme
-d’une inspiration trop libre. Il y a mieux, par un
-sentiment de délicatesse dont un observateur attentif
-saisit aisément la portée, il a, dans l’édition de 1609,
-accrue de deux pièces nouvelles, les satires X &amp; XI,
-placé la satire adressée à Freminet devant le Discours
-au Roi, afin d’éviter, pour ce dernier poëme, le voisinage
-du tableau que Brossette appelle pudiquement
-<i>le Mauvais Gîte</i>. Les excentricités poétiques de
-Regnier nous ont été révélées après sa mort, &amp;, selon
-toute prévision, contre son gré, car il n’échappera à
-personne que, dès 1613, les œuvres de Regnier sont
-grossies de stances &amp; d’épigrammes d’un ton cru, formant
-<span class="pagenum" id="pxliii">-xliii-</span>le contraste le plus inattendu avec les satires
-mêmes où le poëte s’égaye en toute liberté. Un éditeur,
-ami de Regnier, passionné pour ses moindres
-productions, a tiré de l’ombre les pages que l’auteur
-avait condamnées, &amp; qu’il regardait comme l’écume
-de son esprit. Plus tard, Berthelot &amp; les imprimeurs
-du <i>Cabinet</i> &amp; du <i>Parnasse satyriques</i> compléteront impitoyablement
-les indications primitives que l’on
-peut attribuer à Motin.</p>
-
-<p>C’est à Rome que Regnier s’adonna tout entier
-à la satire. Le lieu était merveilleusement favorable.
-Le poëte, dépourvu d’ambition, n’avait à
-craindre de personne autour de lui des reproches
-à ce sujet. Malgré les mille petits soins qui constituaient
-sa charge auprès du cardinal de Joyeuse,
-il n’était guère entravé dans son penchant pour
-l’étude ou pour l’observation. Il était dans la Rome
-d’Horace &amp; d’Ovide, aussi bien que dans celle de la
-papauté. Les intrigues, qu’il dédaignait de pénétrer,
-mettaient en mouvement devant lui de curieux personnages.
-Les aventures galantes avaient pour lui
-un charme dont il a confessé toute l’influence dans
-ses vers. Il a conquis de ce côté tout le terrain
-abandonné par lui dans la carrière diplomatique.
-Venu trop jeune à Rome, avec un tempérament très-ardent,
-il a de trop bonne heure goûté les enchantements
-des Circés romaines. Maintes fois cependant il est
-parvenu à s’arracher à leurs embrassements, &amp; ces
-<span class="pagenum" id="pxliv">-xliv-</span>heures d’indépendance nous ont donné le poëte que
-nous admirons.</p>
-
-<p>Dans ces retours à lui-même, Regnier étudiait les
-poëtes latins dont les vers offraient à sa curiosité paresseuse
-les portraits d’originaux indestructibles ; &amp; les
-types qu’il ne pouvait trouver dans Horace ou dans
-Ovide, il les rencontrait dans les poëtes burlesques
-de l’Italie contemporaine. Il n’est même guère douteux
-que Regnier ne soit entré en relations avec l’un
-d’entre eux, César Caporali, secrétaire du cardinal
-Acquaviva<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>. Ce poëte avait soixante-six ans, lorsque
-Regnier arriva à Rome, &amp; ses œuvres furent
-publiées<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a> peu de temps après, avec les satires du Berni,
-du Mauro, dont il continuait la tradition. Soit que
-Regnier ait personnellement connu cet écrivain, ou qu’il
-ait été poussé par d’autres à étudier ses ouvrages, il
-s’inspira de ses <i lang="it" xml:lang="it">Capitoli</i>. Il a notamment imité la satire
-<i lang="it" xml:lang="it">del Pedante</i>, écrite contre un pédant orgueilleux.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> En décembre 1597, Joyeuse revint en France &amp; laissa le
-cardinal Acquaviva à Rome, comme vice-protecteur des affaires de
-France. Voir d’Ossat, lettres, &amp;c.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <span lang="it" xml:lang="it">In Venetia, presso G. B. Bonfudino, 1592. Rime piacevole
-di Cesare Caporali, del Mauro, e d’altri autori.</span></p>
-</div>
-<p>Il a également fait des emprunts aux <i lang="it" xml:lang="it">Capitoli</i> du
-<i>Mauro</i>, <i lang="it" xml:lang="it">in dishonor dell’ honore</i><a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> pour sa IV<sup>e</sup> satire.
-Mais tout en prenant de ci de là dans autrui, Regnier,
-copiste indocile, plutôt en quête d’un cadre que d’un
-<span class="pagenum" id="pxlv">-xlv-</span>sujet, modifiait toutes les données du poëme, dans
-lequel on serait mal à propos tenté de le voir commettre
-de laborieux plagiats. Sur le sol remué par
-d’autres, Regnier prenait pied pour un instant, il
-faisait des reconnaissances, puis bientôt emporté par son
-inspiration, il modifiait le plan primitif. Il abandonnait
-ce qui aurait gêné son allure, substituait ses vues
-à celles dont la beauté lui paraissait peu saisissante,
-&amp; accumulait des aspects là où le vide occupait trop
-d’espace. Pour se convaincre de l’originalité de
-Regnier dans l’imitation, il suffit de comparer la
-satire VIII avec celle d’Horace (I, 9), <i>Macette</i> &amp; l’<i>Impuissance</i>
-avec les élégies d’Ovide (<i>Amours</i>, I, 8,
-&amp; III, 7). Ce parallèle attrayant met en pleine lumière
-le génie de Regnier, &amp; montre combien était maître de
-lui ce poëte qui, dans l’assujettissement même, échappe
-à toute entrave, &amp; se montre original où de plus
-célèbres que lui se sont fait un nom.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> <span lang="it" xml:lang="it">Il primo libro dell’ opere burlesche di Francesco Berni, del
-Mauro,… in Firenze.</span> 1548, ff. 99 à 162 &amp; 117 à 122.</p>
-</div>
-<p>Cette qualité dominante, qui élève Regnier au premier
-rang, avait appelé sur lui l’attention du frère de
-Sully, Philippe de Béthune, ambassadeur auprès du
-Saint-Siége. On s’est un peu trop empressé de dire
-que le poëte chartrain avait suivi ce diplomate à Rome
-en 1601. Nous avons, au contraire, vu par un extrait
-de la correspondance de du Perron à la date du
-9 novembre 1602, que Regnier était alors en France
-&amp; qu’il faisait encore partie de la maison du cardinal
-de Joyeuse. Il est même douteux qu’il ait eu d’autre
-<span class="pagenum" id="pxlvi">-xlvi-</span>patron que ce prélat. La vérité bien probablement
-est que, porteur de communications confidentielles
-échangées entre François de Joyeuse &amp; Philippe de
-Béthune, dont le cardinal d’Ossat a vanté l’exquise
-affabilité, Regnier aura su gagner les bonnes grâces de
-l’ambassadeur de Henri IV. De là cette VI<sup>e</sup> satire,
-que Regnier n’eût certes point dédiée à un maître,
-&amp; ces chansons auxquelles il fait allusion dans la
-même pièce. Il ne nous est rien resté de ces créations
-légères que Regnier traitait comme ses fantaisies satiriques,
-demandant pour elles le bon accueil d’un
-seigneur aimable, non l’approbation de la postérité.</p>
-
-<p>Une autre raison paraît faire obstacle à la tradition
-d’après laquelle Regnier aurait été le secrétaire de
-Philippe de Béthune. Le frère du surintendant est
-resté cinq ans à Rome<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>. Or Regnier, pendant ce
-temps, est en voyage, tantôt en Italie, tantôt à Paris.
-Ici, son patron le laisse livré à lui-même, partageant
-ses loisirs entre la pléiade dont il est l’âme, &amp; son
-oncle qui lui impose des travaux dont il ne veut plus
-se charger.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Ses instructions sont datées du 23 août 1601. V. Manus. de
-la Bibliothèque nationale, F. fr. 3484. Ses dernières lettres sont de
-décembre 1605.</p>
-</div>
-<p>Tallemant a raconté, avec la bonhomie propre aux
-chroniqueurs de ce temps-là, un incident qui dut
-soulever un grand orage dans la maison de l’abbé de
-Tiron. Cet homme circonspect commit un jour une
-<span class="pagenum" id="pxlvii">-xlvii-</span>grosse imprudence. Il en fut cruellement puni. Rien
-n’indique toutefois qu’il en ait gardé rancune à son
-neveu. Pour un sot, il n’est pas de colère durable
-entre amis, à plus forte raison entre parents :</p>
-
-<p>« Desportes estoit en si grande réputation, que tout
-le monde luy apportoit des ouvrages pour en avoir
-son sentiment. Un advocat luy apporta un jour un
-gros poëme qu’il donna à lire à Regnier, afin de se
-deslivrer de cette fatigue. En un endroit cet advocat
-disoit :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie bride icy mon Apollon.</div>
-</div>
-
-<p>« Regnier escrivit à la marge :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Faut auoir le ceruau bien vide</div>
-<div class="verse">Pour brider des Muses le Roy ;</div>
-<div class="verse">Les Dieux ne portent point de bride,</div>
-<div class="verse">Mais bien les Asnes comme toy.</div>
-</div>
-
-<p>« Cet advocat vint à quelque temps de là, &amp; Desportes
-luy rendit son livre, après luy avoir dit qu’il
-y avoit de bien belles choses. L’advocat revint le
-lendemain, tout bouffy de colère, &amp;, luy montrant ce
-quatrain, luy dit qu’on ne se mocquoit pas ainsy des
-gens. Desportes reconnoist l’escriture de Regnier,
-&amp; il fut contraint d’avouer à l’advocat comme la
-chose s’estoit passée, &amp; le pria de ne lui point imputer
-l’extravagance de son nepveu<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>. »</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> Tall., <i>Hist. de des Portes</i>, I, 96.</p>
-</div>
-<p><span class="pagenum" id="pxlviii">-xlviii-</span>Desportes mourut, le 6 octobre 1606, en son abbaye
-de Bonport, où il fut enterré<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>. L’opulent abbé ne
-laissait rien à son neveu<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>, &amp; le testament, découvert
-en 1853 par MM. Chassant &amp; Bréauté, dans les
-Archives de la vicomté de Pont-de-l’Arche, est venu
-confirmer d’une manière plus intime encore l’inexplicable
-situation faite à Regnier par un oncle qui ne
-marchandait guère sa protection aux étrangers. Avant
-de juger Desportes sur ce point &amp; de le condamner,
-il faut lire avec attention l’expression de ses volontés
-dernières. Après avoir laissé à ses héritiers les biens
-qui lui sont venus par successions paternelles &amp; maternelles,
-&amp; les parts acquises d’eux en l’état où elles
-sont, il lègue à son frère de Bévilliers tous ses biens,
-meubles, acquêts &amp; conquêts. Il donne quittance à sa
-sœur Simonne de toutes les sommes dont elle était
-débitrice tant en principal qu’en intérêt, &amp; il ajoute
-qu’il la tient quitte de tout le maniement qu’elle a
-eu de son bien jusqu’au jour de son décès, moyennant
-qu’elle baille mille écus à la fille aînée Dupont
-Girard, sa nièce. Simonne Desportes était veuve
-<span class="pagenum" id="pxlix">-xlix-</span>depuis neuf ans, son mari était mort en 1597, à Paris,
-où il avait été envoyé pour traiter d’affaires intéressant
-la ville de Chartres. L’abbé, qui avait une nombreuse
-famille, ne crut pas devoir favoriser deux têtes
-dans la même branche. Il était du reste fondé à penser
-que sur ses quatre abbayes de Bonport, de Josaphat,
-de Tiron &amp; des Vaux de Cernay, Mathurin Regnier,
-alors bien en cour, ne faillirait point d’en obtenir une.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> V. <i lang="la" xml:lang="la">Gallia christiana</i>, XI, 669, l’épitaphe que son frère fit inscrire
-sur son tombeau &amp; à la suite l’éloge de Sainte-Marthe.
-Voir aussi Lenoir, <i>Musée des monuments français</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Desportes obtint, le 31 mai 1583, un canonicat en l’église de
-Chartres. Il résigna cette prébende en faveur de son neveu, Jean
-Tulloue, qui prit possession le 11 janvier 1595. V. Souchet, <i>Histoire
-de Chartres</i>, t. II, dans les Mémoires de la Société archéologique
-d’Eure-&amp;-Loir.</p>
-</div>
-<p>Ce qui donne quelque valeur à toutes ces suppositions
-est le passage suivant d’une élégie latine de
-Rapin. Ce poëte, ami de Desportes &amp; de Regnier, a décrit
-dans cette pièce déjà citée<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a> les obsèques de l’abbé
-de Bonport, &amp; quoiqu’il ait donné à cette cérémonie
-une grandeur qu’elle n’a pu avoir, puisque le service
-funèbre n’eut point lieu à Paris, il n’est pas douteux
-cependant que Rapin n’ait voulu, dans ce dernier
-hommage, se montrer l’interprète fidèle des regrets
-témoignés au mort par tous ceux qui l’avaient connu.
-Voici donc les vers dans lesquels Rapin nous fait voir,
-derrière le cercueil de Desportes, son frère Thibaut
-&amp; Mathurin, son neveu.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> V. plus haut, page <a href="#pxxxiii"><small>XXXIII</small></a>.</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Primus ibi frater lente Beuterius ibat</div>
-<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">Ante alios largis fletibus ora rigans.</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Illum non solantur opes, fundique relicti :</div>
-<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">Nec pietas, &amp; amor frena doloris habent.</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Hinc tu tam charo capiti Reniere superstes</div>
-<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la"><span class="pagenum" id="pl">-l-</span>Portœum sequeris proximitate genus ;</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Virtutumque quibus clarebat avunculus hæres</div>
-<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">Nativam ore refers ingenioque facem<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> Rapin, Rec. cit., p. 50. <i lang="la" xml:lang="la">Portœi exequiæ</i>.</p>
-</div>
-<p>Cette courte citation permet d’affirmer qu’aucune
-mésintelligence ne subsistait entre Desportes &amp; Regnier.
-A l’époque où cette élégie fut écrite, les
-dispositions dernières de Desportes étaient connues.
-Si elles avaient pu être considérées comme un témoignage
-de disgrâce, Rapin n’eût pas placé Regnier à
-côté de son oncle, le grand audiencier de France,
-Thibaut Desportes, sieur de Bevilliers. Dans ce rapprochement,
-le poëte latin a montré les sentiments
-dont étaient pénétrés ses personnages, &amp; ses vers
-peuvent être invoqués avec autant de confiance qu’un
-document historique.</p>
-
-<p>Il ne fallut pas moins qu’un fils du roi pour empêcher
-Regnier de succéder à l’une des abbayes dont
-était pourvu Desportes. Mais ce prince, illégitime
-enfant de Henri IV &amp; de la marquise de Verneuil,
-était si jeune alors, qu’on a tout lieu de croire à des
-machinations particulières pour expliquer la mauvaise
-fortune du poëte. Henri de Bourbon, fils de Catherine-Henriette
-de Balzac, avait six ans<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a> lorsqu’il
-<span class="pagenum" id="pli">-li-</span>reçut les abbayes de Bonport, de Tiron &amp; des
-Vaux de Cernay<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>. Un puissant, blessé par Regnier,
-prenait sa revanche &amp; écartait le satirique des
-bénéfices auxquels il avait quelque droit de prétendre,
-&amp;, pour lui opposer un obstacle insurmontable,
-allait chercher chez le roi lui-même le successeur de
-Desportes. Les investigations les plus serrées n’ont
-pu conduire à la découverte du mauvais génie dont
-l’influence l’emporta. Néanmoins Regnier reçut une
-compensation ; &amp; ce fut par l’influence du marquis de
-Cœuvres<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, le frère de Gabrielle d’Estrées, qu’il
-obtint, sur l’abbaye des Vaux de Cernay, une pension
-de 2,000 livres. D’après Tallemant<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>, le véritable
-chiffre aurait été de 6,000 livres, &amp; à l’époque où
-Regnier recevait ce bénéfice, il se trouvait en possession
-d’un canonicat à Chartres. Sur le premier
-<span class="pagenum" id="plii">-lii-</span>point, le témoignage de Regnier vient dissiper toute
-incertitude. Après la mort du roi, le poëte éprouva
-quelques difficultés dans le payement de sa pension,
-&amp;, au milieu de ses tracasseries, il adresse à l’abbé de
-Royaumont une épître burlesque où il s’exprime ainsi :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">On parle d’vn retranchement,</div>
-<div class="verse">Me faisant au nez grise mine,</div>
-<div class="verse">Que l’abbaye est en ruine,</div>
-<div class="verse">Et ne vaut pas, beaucoup s’en faut,</div>
-<div class="verse">Les deux mille francs qu’il me faut<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> Il était né en octobre 1601. V. le P. Anselme, <i>Maison royale
-de France</i>.</p>
-
-<p>D’après la <i lang="la" xml:lang="la">Gallia christiana</i>, Henri de Bourbon naquit en
-février 1603. C’est la date de la légitimation.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> Josaphat ne fut pas donnée à Henri de Bourbon. En voici
-probablement le motif. Dès 1594, Desportes avait fait un partage
-des biens de l’abbaye avec ses moines. Il ne convenait pas qu’un
-prince reçût un bénéfice appauvri de la sorte. Voir, pour la suite
-des fortunes de l’abbaye, la <i lang="la" xml:lang="la">Gallia christiana</i>, VIII, 1285.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> Le marquis de Cœuvres, Annibal-François d’Estrées, épousa
-en premières noces la fille de Philippe de Béthune. Vingt-six ans
-avant son expédition de la Valteline (1626) où il mérita le bâton
-de maréchal de France, il fit une campagne en Savoie. Bien qu’un
-peu fantasque, il a été très-considéré de son temps comme militaire
-&amp; comme politique. Il a laissé des mémoires sur les deux
-régences de Marie de Médicis (1610 à 1617) &amp; d’Anne d’Autriche
-(1643 à 1650). Ces derniers sont demeurés inédits.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <i>Historiettes</i>, éd. in-8<sup>o</sup>, I, 95.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> V. p. 203. Pièce publiée pour la première fois par les Elzéviers,
-1652.</p>
-</div>
-<p>A l’égard du canonicat de l’église de Chartres,
-deux dates ont été proposées par les biographes.
-D’après Brossette, Niceron &amp; l’abbé Goujet, Regnier
-aurait, le 30 juillet 1604, pris possession d’un canonicat
-obtenu par dévolut en l’église de Chartres pour avoir
-dévoilé une supercherie indigne. Le résignataire, afin
-d’avoir le temps de se faire admettre à Rome, avait
-pendant plus de quinze jours tenu cachée la mort
-du dernier titulaire, dont le corps avait été enterré
-secrètement. Puis une bûche installée dans le lit du
-défunt avait, après l’arrivée des bulles de la chancellerie
-romaine, reçu les honneurs publics de la sépulture
-due au chanoine trépassé.</p>
-
-<p>Telle est la légende dont le dernier épisode est la
-nomination de Regnier. Il avait découvert la fraude ;
-on cassa la résignation, &amp; il obtint par dévolut le
-<span class="pagenum" id="pliii">-liii-</span>canonicat devenu vacant. L’épigramme sur Vialard,
-rapportée par Ménage dans l’<i>Antibaillet</i><a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>, a contribué
-à accréditer cette révélation singulière dans l’esprit
-de Brossette ; mais il n’osa point aller jusqu’à déclarer
-que Vialard, compétiteur de Regnier pour le canonicat
-de Notre-Dame de Chartres, fût en même temps
-l’auteur de la supercherie portée à sa connaissance.
-M. Viollet-le-Duc n’a admis l’historiette ni dans son
-édition de 1822, ni dans celle de 1853. M. Lacour
-l’a également rejetée par un sentiment de défiance
-étendu à toutes les particularités bizarres de la vie de
-Regnier<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>. M. de Barthélemy s’est prononcé hardiment
-contre Vialard, &amp; les autres éditeurs se sont bornés
-à répéter sans examen ce qu’avait écrit Brossette.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> 1688, II, 343.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> Cette défiance aurait dû empêcher M. Lacour de publier <i>en
-français</i> la profession canonique de Regnier, comme le seul autographe
-que nous ayons du poëte.</p>
-</div>
-<p>Avec M. Viollet-le-Duc, M. Lucien Merlet, archiviste
-du département d’Eure-&amp;-Loir, s’est montré
-hostile à une anecdote dont l’origine est obscure
-&amp; dont le caractère est douteux. Pour prendre parti
-dans le même sens, les nouveaux biographes de Regnier
-peuvent invoquer de sérieuses considérations. Tout
-d’abord notre poëte a succédé à Claude Carneau<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>,
-&amp; le décès de ce chanoine ne paraît avoir été signalé
-<span class="pagenum" id="pliv">-liv-</span>par aucune circonstance extraordinaire<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>. D’un autre
-côté, Félix Vialard, en qui l’on serait tenté de voir
-le compétiteur déjoué par Regnier, était prieur de
-Bû, près Dreux. Le 2 octobre 1613, il est devenu
-chanoine de Chartres. Peut-on dès lors, en l’absence
-d’informations précises, supposer que ce
-prêtre ait commencé sa carrière<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a> par des manœuvres
-sacriléges ? Ne convient-il pas enfin d’observer que
-la prise de possession de Regnier n’est pas du 30 juillet
-1604, mais bien du 3 juillet 1609 ? Cette dernière
-date est établie par le texte de la profession canonique
-dont nous devons la découverte à M. Merlet. Ce document,
-reproduit plus bas en fac-simile d’après le livre
-de réception des chanoines de Chartres, est conçu en
-ces termes :</p>
-
-<blockquote>
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Ego Mathurinus Renier canonicus Carnotensis, juro
-&amp; profiteor omnia &amp; singula quæ in professione fidei
-<span class="pagenum" id="plv">-lv-</span>continentur<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a> a me emissa<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> coram dominis de capitulo
-&amp;<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a> suprascripta. Ita deus me adjuvet. Actum Carnuti
-anno Domini 1609, die 3<sup>o</sup> julii.</i></p>
-
-<p class="sign">M RENIER</p>
-</blockquote>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> « Par mort, » ajoute le Registre de réception des chanoines
-dont M. Lecocq a bien voulu m’envoyer un extrait.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> Les funérailles de Carneau offrent cependant une particularité.
-Elles furent accomplies pendant la nuit. Voici du reste l’extrait
-des registres de l’état civil de la paroisse de Saint-Saturnin :</p>
-
-<p>« Le 15<sup>e</sup> juin 1609, déceda discrète personne maistre Claude
-Carneau, vivant chanoyne de Chartres, &amp; fut inhumé en l’églyse de
-céans <i>nuictamment</i>. »</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> La carrière ecclésiastique de Félix Vialard ne fut pas brillante.
-Elle semble avoir été arrêtée court. En 1622, il quitta le diocèse
-de Chartres pour celui de Meaux, où il mourut le 4 juillet 1623,
-doyen du chapitre, à l’âge de trente-six ans. Cependant son frère
-puîné, Charles, est devenu général des Feuillants &amp; évêque d’Avranches,
-&amp; son neveu, Félix, né en 1613, a été nommé évêque de
-Châlons-sur-Marne à vingt-sept ans.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> La lecture de ce mot a soulevé bien des doutes. Mon compatriote,
-M. Ulysse Robert, de la section des manuscrits de la
-Bibliothèque nationale, a lu dans les deux parties de ce mot :
-<i lang="la" xml:lang="la">Christiane</i>. M. Léopold Delisle, juge de la question, a approuvé le
-sens fourni par cette lecture. M. Lucien Merlet, d’autre part, tout
-en reconnaissant qu’il y a matière à difficulté, invoque pour maintenir
-<i lang="la" xml:lang="la">continentur</i>, la comparaison des autres formules de profession,
-où le mot douteux se retrouve toujours, &amp; peu lisiblement écrit.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> Ici trois mots biffés : <i lang="la" xml:lang="la">&amp; supra scripta</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Surcharge. Sous le mot <i lang="la" xml:lang="la">et</i>, on lit distinctement <i lang="la" xml:lang="la">die</i>.</p>
-</div>
-<p>Cet avancement marque une phase nouvelle dans la
-vie de Regnier. A compter de ce jour, toutes ses
-relations se concentrent. Jusqu’ici d’ailleurs nous
-l’avons vu se mouvoir dans un cercle assez resserré
-d’amis littéraires, ou d’hommes politiques unis par des
-liens de famille. Desportes, favori d’Anne de Joyeuse
-&amp; de Villars, fait attacher son neveu au cardinal,
-protecteur des affaires de France. Chez son oncle,
-Regnier a rencontré l’héritier de l’amiral, Georges de
-Brancas Villars, époux d’une sœur de Gabrielle
-d’Estrées, &amp; par conséquent le beau-frère du marquis
-de Cœuvres. Son ami Charles de Lavardin, abbé de
-Beaulieu à sept ans, évêque du Mans à quinze, était
-par Catherine de Carmaing, sa mère, parent du
-comte de Montluc. Bertault, condisciple de Du Perron,
-<span class="pagenum" id="plvi">-lvi-</span>avait été poussé par celui-ci chez Desportes.
-Regnier avait connu Freminet à Rome ; dans cette
-même ville, il avait su intéresser à lui Philippe de
-Béthune. Il avait rencontré à Vanves Rapin &amp; Passerat.
-Avec Motin, il se dérobait aux sujétions mondaines
-que lui imposait le séjour de Paris. Lorsqu’il
-eut été reçu chanoine de Chartres, il devint bientôt
-l’hôte assidu de son évêque, Philippe Hurault, fils du
-chancelier de Chiverny, petit-fils de Christophe de
-Thou. A ce double titre, le prélat trouvait dans
-Regnier, en même temps qu’un poëte, un intime,
-presque un proche.</p>
-
-<p>Cette liaison était particulièrement précieuse pour
-le poëte chartrain. L’évêque était en même temps un
-abbé. Il avait un palais épiscopal &amp; des maisons des
-champs. Ces retraites délicieuses, abbayes de princes,
-s’appelaient Pont-Levoy, Saint-Père, La Vallace
-&amp; surtout Royaumont. Le chancelier en avait fait
-pourvoir son fils dès 1594, avant même qu’il eût
-quitté le collége de Navarre. Dans l’esprit du vieux
-politique, l’abbaye de Saint-Père devait assurer à
-Philippe Hurault la succession de son oncle Nicolas
-de Thou. Ce calcul ne fut pas trompé. En 1598,
-l’évêque de Chartres mourut. Philippe, nommé au
-siége épiscopal, ne fut consacré que dix ans plus tard,
-selon le droit de régale<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> Voir, sous la date du 28<sup>e</sup> jour d’aoust 1608, le procès-verbal de
-réception de M<sup>e</sup> Philippe Hurault, abbé commendataire des abbayes
-de Pont-Levoy, Saint-Père, Royaulmont &amp; La Vallée, Conseiller du
-roy en son conseil d’État &amp; privé, par Claude Nicole, licencié ez lois,
-chambrier, juge &amp; garde général de la juridiction temporelle du
-Rév. Père en Dieu, M<sup>e</sup> Philippe Hurault, évesque de Chartres.</p>
-
-<p>(Biblioth. de Chartres. Papiers de l’abbé Brillon.)</p>
-</div>
-<p><span class="pagenum" id="plvii">-lvii-</span>Pour obtenir l’abbaye de Royaumont, le chancelier
-se tourna vers un autre de ses parents, Martin
-de Beaune de Semblançay, qui en était le commendataire,
-&amp; qui occupait l’évêché du Puy. Par suite des
-prodigalités de ce personnage, la vieille abbaye était
-fort délabrée, &amp; le peu de revenus qu’on en pouvait
-tirer étaient saisis par les créanciers du prélat. Le
-bénéfice n’était donc plus tenable. Martin de Beaune
-résigna la commande ; Philippe Hurault en fit pourvoir
-son fils par brevet du roi &amp; par arrêt du conseil.
-Pour prix d’une complaisance qui lui coûta
-seulement le titre d’abbé, Martin de Beaune jouit
-jusqu’à sa mort des produits de l’abbaye. Entre les
-mains de son nouveau maître, la fondation de
-saint Louis se releva promptement, &amp; reprit bientôt
-sa place parmi les plus belles résidences du royaume.
-Regnier fit de longs séjours à Royaumont. Le temps
-des grands voyages était passé pour lui. Dans cette
-pittoresque Thébaïde, le poëte goûtait, après bien des
-années d’agitation stérile, le repos &amp; l’indépendance
-qui avaient manqué à sa jeunesse. Il semblait même que
-la fortune, cette grande capricieuse, se tournait vers
-lui au moment où il ne la recherchait plus. Il avait
-<span class="pagenum" id="plviii">-lviii-</span>été chargé d’écrire les poëmes &amp; les devises de l’entrée
-de Marie de Médicis à Paris, après son couronnement
-à Saint-Denis. La mort de Henri IV survint
-inopinément &amp; ces projets de fêtes pompeuses firent
-place à des cérémonies funèbres<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>. Regnier perdait
-avec son roi le seul protecteur qui lui était resté.
-A partir de ce moment, le poëte, rebuté par les
-déceptions, se replie sur lui-même. Il devient irritable
-&amp; ne se manifeste plus que par des plaintes. Mais si
-son humeur est aigrie, son génie reste intact. Des
-transports de sa colère, il écrit son admirable satire de
-<i>Macette</i><a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>. Ressaisi enfin &amp; égaré par le démon de sa
-<span class="pagenum" id="plix">-lix-</span>jeunesse, quoiqu’il s’en défende devant Forquevaus,
-il meurt à Rouen, où il était allé chercher clandestinement,
-où il croyait avoir trouvé la guérison d’un
-mal inavouable.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> J’ay veu de Regnier escrit à la main, l’entrée qui devoit être
-faite à la reyne Marie de Medicis à Paris, avec toutes les inscriptions
-composées par luy. Mais la mort de Henri IV survenuë inopinément,
-empecha cette grande ceremonie &amp; fit supprimer cet
-ouvrage. Il est facile de voir dans ces vers que Regnier aymoit la
-desbauche.</p>
-
-<p>(Rosteau, <i>Sentences sur divers escrits</i>. Manuscrit de la Bibl.
-Sainte-Geneviève.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> Ce poëme fut accueilli avec une grande faveur, &amp;, en 1643,
-il contribuait encore, pour beaucoup, à la vogue constante des
-œuvres du poëte chartrain. Le maître des Comptes Lhuillier, père
-de Chapelle, écrivait au grave mathématicien Bouillaud, chez
-M. de Thou : « Je vous prie de chercher sur le Pont-Neuf, ou en
-la rue Saint-Jacques, ou au Palais, les Satyres ; elles se vendent
-imprimées seules, in-8<sup>o</sup>. Ce sont celles que j’aymerois le mieux ;
-mais je crains qu’elles ne soient mal aisées à trouver. Il y en a
-d’autres fort communes, imprimées avec un recueil d’assez mauvais
-vers &amp; mal imprimées. A défault des autres, vous prendrés
-celles là s’il vous plaist &amp; séparerés les Satyres, que vous m’envoirés
-dans un paquet tout comme vous les aurés tirées. Mais il y
-a encore à prendre garde qu’en une impression ancienne la <i>Macette</i>
-manque, qui est la meilleure pièce &amp; qui commence : <i>La fameuse
-Macette</i>. » Cet extrait de la correspondance de Lhuillier avec
-Bouillaud, donné par M. Paulin Paris dans le quatrième volume
-de son édition de Tallemant, est doublement précieux. Il nous
-montre à quel degré de rareté étaient déjà parvenues, trente ans
-après la mort de Regnier, les éditions originales des satires.</p>
-</div>
-<p>« Regnier, dit Tallemant, familier avec les plus
-répugnantes confidences, Regnier mourut à trente-neuf
-ans à Rouen, où il estoit allé pour se faire traiter
-de la verolle par un nommé Le Sonneur. Quand il fut
-guéry, il voulut donner à manger à ses médecins. Il
-y avoit du vin d’Espaigne nouveau ; ils lui en laissèrent
-boire par complaisance ; il en eut une pleurésie
-qui l’emporta en trois jours<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>. »</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <i>Hist. de Desportes</i>, éd. in-8<sup>o</sup>, I, 96.</p>
-</div>
-<p>Regnier mourut dans l’hôtellerie de l’Écu d’Orléans,
-rue de la Prison, proche le vieux marché. Ses
-entrailles furent déposées dans l’église Sainte-Marie-Mineure,
-que l’on voit encore au coin de la rue des
-Bons-Enfants où elle sert aujourd’hui de synagogue<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>.
-Le corps du poëte, enfermé dans un cercueil de plomb,
-fut, selon son vœu, inhumé à l’abbaye de Royaumont.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> V. La <i>Revue de Normandie</i>, année 1868, p. 611.</p>
-</div>
-<p>La réputation de Regnier, déjà grande de son vivant<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>,
-<span class="pagenum" id="plx">-lx-</span>s’accrut encore après lui. Cet hommage à la
-mémoire du poëte est attesté d’abord par les nombreuses
-éditions qui furent données de ses œuvres de
-1613 à 1626. Pendant ce court espace de temps, les
-satires furent réimprimées chaque année. Il y a plus,
-on connaît pour 1614 cinq éditions<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a> de Regnier.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> On lit dans le <i>Registre-journal de Henry IV</i>, par
-l’Estoile, édition Champollion, t. II, p. 494, sous la date du
-15 janvier 1609 :</p>
-
-<p>« Le jeudi 15, M. D. P. (Du Puy) m’a presté deux satyres
-de Reynier, plaisantes &amp; bien faites, comme aussi ce poete excelle
-en ceste maniere d’escrire, mais que je me suis contenté de
-lire, pour ce qu’il est après à les faire imprimer. »</p>
-
-<p>Et plus loin :</p>
-
-<p>« Le lundi 26, j’achetai les Satyres du sieur Renier, dont
-chacun fait cas comme d’un des bons livres de ce temps, avec
-une autre bagatelle intitulée : <i>le Meurtre de la Fidélité</i>, espagnol
-&amp; françois. Elles m’ont cousté les deux, reliées en parchemin,
-un quart d’escu. »</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> Rouen, Jean du Bosc ; Paris, Ant. du Breuil, Pierre
-Gobert, Lefevre, &amp; Abr. Guillemau.</p>
-</div>
-<p>Au-dessus de ces preuves matérielles de l’estime
-des contemporains, il faut placer des témoignages
-plus motivés. Sur ce point, l’histoire nous réserve
-mainte surprise, car Regnier a eu pour admirateurs
-des esprits absolument opposés, dont on pourrait
-dire qu’ils ne sont jamais tombés d’accord si ce
-n’est au sujet du poëte chartrain.</p>
-
-<p>Au premier rang des juges de Regnier, se place le
-père Garasse. Indépendamment de sa prédilection
-<span class="pagenum" id="plxi">-lxi-</span>pour les satires, le fougueux jésuite, l’adversaire de
-Pasquier &amp; le dénonciateur de Théophile, trouvait
-dans leur auteur un auxiliaire pour combattre ses
-ennemis. A l’un, il reprochait de n’avoir pas, dans
-son tableau de la poésie française, cité Regnier
-comme un maître ; à l’autre, il faisait un crime de son
-impiété, lui montrant dans Regnier le pécheur &amp; le
-pénitent. Les citations des satires abondent non-seulement
-dans les <i>Recherches des Recherches</i><a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>, mais
-dans <i>la Doctrine curieuse</i><a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>. Elles constituent pour
-Garasse un élément de réquisitoire &amp; comme la déposition
-d’un témoin.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> Paris, Chappelet, 1622. Pp. 112, 177, 179, 260, 401,
-526, 570, 648, 687, 913 &amp; 951.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> Paris, Chappelet, 1623. Pp. 36, 49, 61, 86, 123, 351,
-428, 446, 907 &amp; 971.</p>
-
-<p>L’épitaphe de Regnier, tirée des <i>Recherches</i>, se retrouve
-dans <i>la Doctrine curieuse</i>, p. 107. Garasse, parlant de l’auteur, le
-traite « de jeune libertin, lequel se voyant abandonné des médecins
-en la fleur de son aage, composa luy mesme son épitaphe, au
-lieu de songer à vne bonne &amp; genéralle confession de sa vie. »</p>
-
-<p>Puis il ajoute : « Il est vray que cette fougue de jeunesse peut
-estre excusée en certaine manière, &amp; en effect son autheur estant
-relevé changea bien d’advis &amp; de façon de vivre, quoy qu’il y
-ait faict des vers assez libertins.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">« Morte tamen laudandus erit, nam fine decoro</div>
-<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">Hoc tantùm fecit nobile, quod periit. »</div>
-</div>
-</div>
-<p>Il serait assurément fort intéressant d’examiner
-avec quelque détail le personnage que Garasse a fait
-de Regnier dans ses deux volumes ; mais cette digression
-<span class="pagenum" id="plxii">-lxii-</span>nous conduirait trop loin. Ce qui importait au
-sujet, la preuve de la vieille réputation de notre poëte,
-est maintenant établi.</p>
-
-<p>Entre Garasse &amp; Boileau, qui, le dernier venu, mais
-non le moins autorisé, proclama Regnier le maître
-de la satire, &amp; le choisit hautement pour modèle,
-apparaissent Colletet &amp; M<sup>lle</sup> de Scudéry. L’historiographe
-de nos poëtes s’était proposé d’écrire une notice
-importante sur la vie de Regnier. Par malheur,
-il s’en est tenu aux premières pages de son travail,
-qui n’a point été achevé. Aucun éclaircissement n’a
-été donné sur l’existence du poëte. En cette occasion,
-la curiosité se trouve encore inutilement mise à
-l’épreuve. Toutefois les considérations générales qui
-nous restent méritent d’être recueillies. Elles montrent
-comment Regnier était vu par un critique
-familier avec tous nos poëtes, &amp; les exagérations
-mêmes de Colletet sont précieuses pour nous, parce
-qu’elles ont tout le relief d’une opinion universellement
-admise. Le morceau que nous allons offrir au
-lecteur est, en définitive, un portrait du temps.
-Certains traits sembleront trop lourds, d’autres paraîtront
-à peine indiqués, toutes ces imperfections tiennent
-à l’optique d’alors. Elles ajoutent à la sincérité
-du tableau, qui se recommande par un abandon
-&amp; une franchise compatibles avec la plus grande
-justesse.</p>
-
-<p>Colletet prend son récit d’un peu haut. Afin de
-<span class="pagenum" id="plxiii">-lxiii-</span>proportionner la citation qui va suivre au cadre de
-cette notice, il est nécessaire d’en restreindre les
-termes au sujet qui nous occupe :</p>
-
-<p>« Le roi Henry le Grand étoit l’ennemy des flatteurs
-&amp; des lâches. Il lui importoit peu qu’ils fussent
-publiquement reconnus pour ce qu’ils estoient ; si
-bien que sous son regne, la satyre s’acquit un tel
-credit, qu’il n’y avoit point de poete à la Cour qui,
-pour acquerir du nom, ne se proposast de marcher
-sur les pas d’Horace &amp; de Juvenal, &amp; de faire apres
-eux des satyres à leur exemple. Mais certes, celuy
-qui l’emporta bien loin dessus les autres dans ce genre
-d’écrire, qui offusqua les Motin, les Berthelot &amp; les
-Sigognes, &amp; qui devint mesme plus qu’Horace &amp; plus
-que Juvenal en nostre langue, ce fut l’illustre Regnier ;
-esprit en cela d’autant plus admirable qu’entre les
-nostres, il n’y en avoit pas encore eu qu’il eust peu
-raisonnablement imiter. Car encore que nos anciens
-Gaulois eussent composé des sirventes, que François
-Villon, que François Habert, que Clement Marot
-&amp; quelques autres eussent fait des Satyres, c’estoit à
-dire vray, plustost de simples &amp; froids coqs à l’asne,
-comme ils les appeloient alors, que de veritables
-poemes satyriques. Aussi Ronsard l’advoue luy-même
-lorsqu’il dit dans une Elegie à Jean de la Peruse, que
-jusques en son temps aucun des François n’avoit encore
-réussi ny dans la satyre, ny dans l’epigramme,
-ce qu’il espere un jour devoir arriver :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="plxiv">-lxiv-</span>L’vn la satyre &amp; l’autre plus gaillard</div>
-<div class="verse">Nous sallera l’épigramme raillard.</div>
-</div>
-
-<p>« Mais, si d’un coté il y eut beaucoup de difficultés
-dans ce travail pour Regnier, il y eut beaucoup de
-gloire pour luy à l’entreprendre, puisqu’il y réussit
-de telle sorte que le vray caractere de la Satyre se
-rencontre dans les siennes, car la Satyre n’a pour fin
-&amp; pour objet que l’imitation des actions humaines.
-Quel autre poete les a mieux &amp; plus vivement représentees
-aux yeux des hommes ? Et comme ces actions
-sont diverses, quel autre en a mieux encore representé
-l’agreable varieté ? Dans la vive peinture qu’il en a
-faite, ne rend-il pas les unes dignes de pitié &amp; de
-commiseration, les autres dignes de mespris &amp; de
-haine, les autres dignes de risée ? En effet, c’est dans
-ses escrits que l’on peut voir les ambitieux &amp; les
-avares, les ingrats &amp; les prodigues, les superbes
-&amp; les vains, les flatteurs &amp; les babillards, les parasites
-&amp; les bouffons, les medisans &amp; les paresseux, les debauchés
-&amp; les impies fournir une ample carriere à sa
-muse ulceree &amp; un libre exercice à sa plume piquante,
-ce qu’il fait avec tant de sel &amp; de pointes d’esprit,
-des ironies tellement naturelles &amp; avec des railleries
-si naïves, qu’il est bien malaisé de le feuilleter sans
-rire &amp; sans en même temps concevoir l’aversion qu’il
-prétend inspirer des imperfections &amp; des crimes des
-hommes. Ainsi cela s’appelle dorer la pilule pour la
-faire avaler plus doucement. Il guerit insensiblement
-<span class="pagenum" id="plxv">-lxv-</span>par elle les uns de leur noire melancolie &amp; degage
-les autres des attachements coupables, &amp; en cela
-comme il avoit exactement feuilleté les escrits des anciens
-poetes latins que j’ay nommés &amp; italiens modernes,
-il ne feint point d’en transporter les plus beaux
-traits dans ses escrits, &amp; d’enrichir ainsi la pauvreté
-de nostre langue de leurs plus superbes despouilles.</p>
-
-<p>« Aussi dès qu’il eut publié ses Satyres, on peut dire
-qu’elles furent receues avec tant d’applaudissements
-que jamais ouvrage n’a mieux été receu parmi nous.
-Les differentes editions qui en ont été faictes dans
-presque toutes les bonnes villes de France &amp; dans la
-Hollande mesme, sont des preuves immortelles de
-cette verité que j’avance. »</p>
-
-<p>Une énumération complète des panégyriques de Regnier
-serait de peu d’utilité. Le mot d’ordre a été
-donné par Colletet. Il ne variera guère. Que l’on juge
-le poëte isolément ou qu’on l’oppose à ses rivaux, il
-excelle &amp; il l’emporte. Il excelle parmi les satiriques
-parce que « il peint les vices avec naïveté &amp; les vicieux
-fort plaisamment. Ce qu’il fait bien est excellent,
-ce qui est moindre a toujours quelque chose de
-piquant<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>. » Regnier l’emporte sur Malherbe &amp; sur
-Boileau, parce qu’il écrit sous la dictée de son franc
-parler, parce qu’il recherche dans les libertés du langage,
-&amp; non dans les apprêts du style, les mots les
-<span class="pagenum" id="plxvi">-lxvi-</span>plus propres à rendre sa pensée. Il s’abandonne aux
-mouvements de l’instinct &amp; répugne aux calculs de la
-réflexion. Une rudesse généreuse &amp; une sensibilité
-originale relèvent ce penchant &amp; lui donnent le niveau
-des plus hautes aspirations.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> M<sup>lle</sup> de Scudéry, <i>Clelie</i>, part. IV, liv. II.</p>
-</div>
-<p>Avec ces tendances positives, Regnier s’est créé une
-langue vigoureuse qui fournit ample matière à
-l’étude. Par les archaïsmes dont ses vers offrent de
-fréquents exemples, il nous ramène en arrière vers
-les poëtes du milieu du <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle, dont il a fait sa
-lecture favorite ; par le tour &amp; la vivacité de sa pensée,
-il nous porte en avant &amp; il devient un des précurseurs
-de la poésie moderne.</p>
-
-<p>L’Italie a eu quelque influence sur Regnier ; mais il
-ne faut la chercher ni dans le petit nombre de mots
-étrangers<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a> qui se trouvent dans les satires, ni dans les
-<span class="pagenum" id="plxvii">-lxvii-</span>exagérations burlesques dont le portrait du pédant est
-notamment entaché. Regnier n’a pas subi le joug du comique
-ultramontain, &amp; la satire de l’<i>Honneur</i>, bien
-qu’elle soit imitée du Mauro, témoigne d’une répugnance
-marquée pour l’esprit outré de caricature &amp; de bouffonnerie
-qui est le propre du génie berniesque. C’est
-par ses mœurs que le poëte montre combien a été
-puissante sur lui l’action de l’Italie. Il dépeint tout
-crûment, dans la pleine lumière du ciel romain, avec
-une impatience de l’effet qui trahit l’homme passionné,
-le viveur hâté de vivre &amp; d’un tempérament assez
-fort, d’un esprit assez vigoureux pour suivre longtemps
-sans être brisé les emportements de sa nature.
-Pendant la plus grande partie de sa vie, Regnier a
-été sous le charme des amours libres. Il s’est quelquefois
-plaint d’être devenu la victime des importuns, il
-a été la proie des courtisanes. Malgré ces dangereuses
-promiscuités, il est demeuré sans flétrissure. Il a
-échappé au vice par l’amour du beau, &amp;, par sa foi
-dans l’honneur, il est resté incorruptible au sein des
-corruptions.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Barisel</i>, <i>catrin</i>, <i>matelineux</i>, <i>tinel</i>, <i>tour de nonne</i>, <i>quenaille</i>,
-&amp; <i>faire joug</i>. Les deux derniers mots étaient entrés depuis
-longtemps dans notre langue quand Regnier s’avisa d’en faire
-emploi. <i>Quenaille</i> pour <i>canaille</i>, de <i lang="it" xml:lang="it">canaglia</i>, a remplacé notre
-énergique mot de <i>chiennaille</i>.</p>
-
-<p>V. Boucicaut, I, 24 :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que il vendroit cher à ceste chiennaille sa mort.</div>
-</div>
-
-<p>Des italianismes, qui n’existaient pas dans l’édition de 1608, sont
-entrés dans les réimpressions suivantes. Ainsi <i>ne coucher de rien
-moins que l’immortalité</i> est devenu, en 1609 &amp; 1612, <i>ne coucher
-de rien moins de l’immortalité</i>. Jusque-là il n’y avait qu’un emprunt
-du poëte à un idiome voisin du nôtre, l’éditeur de 1613
-vint tout compliquer par une faute typographique. Il écrivit ce
-vers qui n’est d’aucune langue :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ne touche de rien moins de l’immortalité.</div>
-</div>
-</div>
-<p>La langue de Regnier porte en elle les traces de
-toutes les agitations du poëte. Quand l’enchaînement
-méthodique des mots devient une entrave pour la
-pensée, ou met obstacle à l’expression d’une autre
-idée, Regnier n’hésite pas à rompre la période commencée.
-De là des disjonctions fréquentes qui déconcertent
-le lecteur ressaisi plus loin par la justesse &amp; la
-<span class="pagenum" id="plxviii">-lxviii-</span>au prologue de la farce de Cuvier, dans les plaintes
-de Jacquinot :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Touiours ma femme se demaine</div>
-<div class="verse">Comme ung saillant<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> Regnier avait poussé ses lectures assez loin. Dans <i>Macette</i>, on
-reconnaît des vers du <i>Roman de la Rose</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A donner aiés clos les poins</div>
-<div class="verse">Et à prendre les mains overtes,</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">dit la Vieille du Roman, &amp; Macette à son tour répète :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A prendre sagement ayez les mains ouuertes.</div>
-</div>
-</div>
-<p>Cette dernière observation nous amène à la variabilité
-du participe présent. Dans la plupart des cas,
-l’accord existe ; néanmoins cette règle subit de fréquentes
-exceptions :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i8">Des chênes vieux</div>
-<div class="verse">Qui <i>renaissant</i> sous toy reuerdissent encore.</div>
-<div class="verse">Ces tiercelets des poetes</div>
-<div class="verse">Qui par les carefours vont leurs vers <i>grimassans</i>.</div>
-<div class="verse">Que Ronsard, du Bellay <i>viuants</i> ont eu du bien.</div>
-<div class="verse">Qui <i>viuans</i> nous trahit &amp; qui morts nous profite.</div>
-<div class="verse">O chétifs qui <i>mourant</i> sur vn livre.</div>
-<div class="verse">Puisque <i>viuant</i> ici de nous on ne fait compte.</div>
-</div>
-
-<p>Comme extension de l’accord, il y a lieu de citer
-l’exemple suivant :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i9">le Lapite</div>
-<div class="verse">Qui leur fist à la fin enfiler la garite,</div>
-<div class="verse">Par force les <i>chassants</i> my morts de ses maisons.</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="plxix">-lxix-</span>Dans l’étude de la langue de Regnier, les permutations
-de lettres ont une certaine importance, &amp; il
-est d’une grande utilité de distinguer celles qui sont
-du fonds de la langue de celles qui tiennent aux habitudes
-typographiques.</p>
-
-<p>Ainsi le mot <i>roussoyante</i> dans ce vers :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De la douce liqueur roussoyante du ciel,</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">n’est pas, comme l’a supposé Brossette, un dérivé du
-primitif <i>roux</i>. Cette expression est le mot <i>rosoyante</i>,
-de <i>rosée</i>. Par permutation <i>o</i> est devenu <i>ou</i>, comme
-dans <i>trope</i>, <i>coronne</i>, dont on a fait <i>troupe</i>, <i>couronne</i>.
-Enfin par un accident typographique assez commun,
-l’<i>s</i> a été doublé ainsi qu’en d’autres cas l’<i>ss</i> par erreur
-a été abandonné pour l’<i>s</i> simple. On remarque en
-effet dans Regnier même cette dernière particularité :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’un esprit si rasis ait des fougues si belles.</div>
-</div>
-
-<p>L’emploi typographique du <i>c</i> pour l’<i>s</i> a provoqué
-plus d’une méprise qu’il importe de signaler. <i>Cycatricé</i>,
-qui est une faute d’impression dans l’édition de
-1613, a passé pour une leçon exacte &amp; originale ;
-aussi quelques commentateurs sont-ils allés jusqu’à chercher
-une acception particulière pour ce mot. Malgré
-tant d’efforts, <i>cycatrisé</i> est l’expression consacrée par
-les trois premières éditions des satires de Regnier
-dans lesquelles chacun peut lire ces vers :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="plxx">-lxx-</span>Pour moy, si mon habit partout cycatrisé,</div>
-<div class="verse">Ne me rendoit du peuple &amp; des grands mesprisé.</div>
-</div>
-
-<p>Ces permutations de lettres doivent être examinées
-de près. Dans l’exemple cité plus haut, la rime
-offrait un éclaircissement dont il fallait tenir compte.
-Le sens intime joue encore un plus grand rôle. Il
-permet seul de conserver ou d’éliminer la lettre propre
-ou étrangère au mot.</p>
-
-<p>Ainsi, dans la satire VII, Regnier, s’adressant au
-marquis de Cœuures, lui dit :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comme a mon confesseur vous ouurant ma pensée</div>
-<div class="verse">De ieunesse &amp; d’amour follement insensée,</div>
-<div class="verse">Ie vous conte le mal où trop enclin ie suis.</div>
-</div>
-
-<p><i>Follement insensée</i> est la leçon donnée par 1613.
-Elle paraît acceptable. Il y a là cependant encore une
-infidélité au texte original, qui porte :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De ieunesse &amp; d’amour follement incensée.</div>
-</div>
-
-<p>Sans contredit, ici l’expression l’emporte par la vigueur.
-Elle nous semble bizarre parce qu’elle n’est
-pas venue jusqu’à nous ; mais elle est bien d’une
-langue néo-latine en veine de jeunesse &amp; de caprices.</p>
-
-<p>Le cadre restreint de cette notice ne nous permet
-guère de nous attarder sur tous les points de notre
-sujet. Des indications rapides &amp; propres à conduire
-<span class="pagenum" id="plxxi">-lxxi-</span>les lecteurs à d’autres découvertes constituent uniquement
-notre tâche. Souvent une singularité passe pour
-une erreur, &amp; l’on serait tenté de corriger le texte,
-lorsque le rapprochement d’autres auteurs vient justifier
-l’anomalie apparente. Ainsi les mots <i>Arsenac</i>,
-<i>Jacopins</i> &amp; <i>Juys</i> semblent autant de barbarismes. Or
-les deux premiers mots doivent être conservés : <i>Arsenac</i>
-est dans Malherbe, &amp; Ménage explique <i>Jacopins</i>.
-Enfin <i>Juys</i> est une prononciation figurée, la lettre <i>f</i>
-étant muette devant une consonne. Naïfveté, veufve,
-Juifs.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Touiours iniuste mort, les meilleurs tu rauis,</div>
-<div class="verse">Trois bons princes tu mets hors du conte des vifs<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> Voir Brachet, <i>Grammaire de la langue du <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle</i>, p. <small>CI</small>.</p>
-</div>
-<p>Si la lecture des auteurs du <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle est nécessaire
-pour éclaircir les archaïsmes &amp; les singularités
-de la langue de Regnier, elle n’est pas moins utile
-pour déterminer la valeur du poëte comme écrivain.
-Les faux panégyristes, qui étudient un personnage
-littéraire en prenant soin de faire le vide autour de
-leur héros, s’exposent à voir dans cette idole des
-originalités qu’elle n’a pas, &amp;, de méprise en méprise,
-à méconnaître des beautés vraiment dignes d’admiration.
-Pour un certain nombre de vers très-serrés,
-où la pensée, concise &amp; nette comme une maxime,
-s’enlève avec vigueur sur le fond du récit, on a voulu
-faire de Regnier un créateur d’axiomes. Ce jugement
-<span class="pagenum" id="plxxii">-lxxii-</span>est trop large, &amp; partant il devient inexact. La création
-n’est point ainsi à portée de la main. Regnier a puisé
-dans nos vieux proverbes, &amp;, avec la seule tendance
-de son esprit vers la simplicité &amp; la lumière, il leur a
-donné de la rondeur &amp; de l’éclat. Il a pris un peu
-partout, dans le langage du peuple qui souvent de deux
-dictons en fait un<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>, &amp; dans l’espagnol qui pour être
-pittoresque sacrifie parfois la clarté<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>. Plus habituellement
-il exploite le fonds commun des axiomes nationaux
-ou nationalisés par leur accession à notre langue.
-Il s’est ainsi servi de cette admirable locution : « tomber
-de la poële en la braise, » qui est signalée par Henri
-Estienne<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>, &amp; qui se rencontre dans Théodore de
-Bèze<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a> ; &amp; il a pris dans le trésor de nos sentences
-le vers final qui termine sa troisième satire :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="plxxiii">-lxxiii-</span>On dit communement en villes &amp; villages</div>
-<div class="verse i1">Que les grands clercs ne sont pas les plus sages<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> Faire barbe de paille à Dieu. Voir H. Estienne, <i>Precellence
-du Langage françois</i>, Paris, 1579, &amp; Bouchet, <i>Serée</i> 35, Paris,
-1597.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> Les Espagnols disent en effet : « <span lang="es" xml:lang="es">Corsario à corsario, no hay
-que ganar que los barillos d’agua.</span> » De corsaire à corsaire, il n’y a
-rien à gagner que des barils d’eau. Il s’agit ici des barils d’eau
-douce que les corsaires emportaient à leur bord &amp; qui constituaient
-la plus précieuse partie de leur fret.</p>
-
-<p>V. Brantôme, éd. Jannet, II, 52.</p>
-
-<p>Pour simplifier ce proverbe, Regnier a supprimé les expressions
-à éclaircir &amp; il nous a laissé le dicton :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Corsaires à corsaires</div>
-<div class="verse">L’un l’autre s’attaquant ne font pas leurs affaires.</div>
-</div>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> <i>Precellence du Lang. fr.</i> Éd. cit., p. 146.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> <i>Reveille matin des François</i>, 1574. Dial. <small>II</small>, p. 134.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> V. <i>le Recueil des sentences notables, &amp;c.</i>, de Gabriel Murier.
-Anvers, 1568, in-12.</p>
-</div>
-<p>Mais ce n’est pas dans ces imitations que se trouve
-l’originalité véritable de Regnier &amp; la marque de son
-génie. Personne n’attend ici des extraits qui, pour être
-complets, occuperaient des pages entières. Nous examinons
-la langue du maître, nous sondons le terre-plein
-des mots pour y découvrir le pur métal &amp;, si
-l’on peut dire, l’or de la pensée. A chaque pas l’étincelle
-jaillit du sol &amp; la lumière s’élève en nous montrant
-les visions du poëte :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i9">Ces vaillans</div>
-<div class="verse">Qui touchent du penser l’estoille poussinière.</div>
-<div class="verse i10">Macette</div>
-<div class="verse">Dont l’œil tout pénitent ne pleure qu’eau benite.</div>
-</div>
-
-<p>Voici l’honneur :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Ce vieux saint que l’on ne chôme plus…</div>
-<div class="verse i3">Et ces femmes qui l’ont</div>
-<div class="verse">D’effet sous la chemise &amp; d’apparence au front.</div>
-</div>
-
-<p>Bientôt les jeunes pensers cèdent aux vieux soucis ;
-le poëte souffre, il estime que nous vivons « à tastons, »
-que la terre n’est plus un lieu tutélaire,</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vn hospital commun à tous les animaux.</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="plxxiv">-lxxiv-</span>Mécontent de la fortune, déçu par l’amour &amp; accablé
-par la maladie, Regnier se tourne vers Dieu, &amp; quoique
-la prière soit pour son esprit une épreuve sévère,
-là encore il retrouve les élans, pour parler sa langue
-même, les <i>fougues</i> habituelles de sa pensée.</p>
-
-<p>Toy, dit-il à Dieu,</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">… Toy, tu peux faire trembler</div>
-<div class="verse">L’vniuers, &amp; desassembler</div>
-<div class="verse">Du firmament le riche ouurage,</div>
-<div class="verse">Tarir les flots audacieux,</div>
-<div class="verse">Ou, les eleuant jusqu’aux Cieux,</div>
-<div class="verse">Faire de la terre vn naufrage…</div>
-<div class="verse">Tout fait joug dessous ta parole :</div>
-<div class="verse">Et cependant, tu vas dardant</div>
-<div class="verse">Dessus moy ton courroux ardent,</div>
-<div class="verse">Qui ne suis qu’vn bourrier qui vole.</div>
-</div>
-
-<p>Ces vers, par leur objet &amp; par leur mesure, contrarient
-évidemment l’inspiration du poëte. Cependant
-tel est le souffle qui les anime, si fort &amp; si haut en
-est le sens, que le poëte courbé devant Dieu semble
-redire les imprécations de Prométhée.</p>
-
-<p>Après toutes ces observations qui ont eu pour objet
-unique la vie &amp; le génie de Regnier, le moment est venu
-d’aborder les diverses réimpressions des satires. Il y
-a là, comme en tout ce qui touche à notre poëte, un
-gros sujet d’étude, puisqu’on n’en connaît guère moins
-de soixante-dix éditions. De 1608 à 1869, ces publications,
-conçues dans un esprit très-différent, ont une
-<span class="pagenum" id="plxxv">-lxxv-</span>histoire avec des périodes très-tranchées. De 1608 à
-1612, Regnier, maître de son œuvre, l’accroît lentement,
-dispose à son gré les satires nouvelles &amp; laisse
-à l’écart les pièces libres qu’il écrit, sans y mettre son
-nom, pour les anthologies à la mode. A partir de
-1613, les satires, accrues de morceaux inédits &amp; de
-poésies licencieuses, semblent préparées pour servir
-de première partie à un recueil satirique. Le Discours
-au Roy est rejeté à la fin du volume, à la suite des
-épigrammes &amp; des quatrains, comme pour établir
-une séparation bien marquée entre les œuvres de
-Regnier &amp; celles des poëtes qui paraissent l’avoir
-choisi pour maître. Trois ans plus tard, en effet,
-les satires sont publiées avec une collection de pièces
-destinées à entrer dans le <i>Cabinet satyrique</i>. Avec ce
-bagage étrange, les œuvres de Regnier sont réimprimées
-pendant trente années. Toutefois, de 1642 à 1652,
-les Elzeviers, venus à Paris &amp; guidés par des érudits,
-suppriment les pièces abusivement jointes aux satires
-&amp; donnent les deux éditions améliorées qui vont servir
-de modèle jusqu’au moment où Brossette, en 1729,
-mettra au jour un texte accompagné de commentaires.
-Ce dernier travail, repris par Lenglet du Fresnoy,
-Viollet-le-Duc &amp; M. Ed. de Barthélemy, fait place,
-en 1867, à la réimpression du texte de 1613<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>, considéré
-<span class="pagenum" id="plxxvi">-lxxvi-</span>à cause de sa date comme la dernière leçon du vivant
-de l’auteur. A compter de ce moment, nous abordons
-les éditions originales, trop longtemps délaissées &amp; les
-seules auxquelles on puisse demander la pensée exacte
-de l’auteur aussi bien que l’indication certaine des
-formes de la langue.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> Paris. Académie des Bibliophiles. Édition par Louis Lacour,
-impression par D. Jouaust ; in-8<sup>o</sup> de <small>XVIII</small>-309 pages.</p>
-</div>
-<p>Sous ce rapport, l’édition de 1608 tient le rang que
-lui assigne sa date. Ce précieux livre, offert au roi
-comme un hommage de vive reconnaissance, porte
-tous les indices d’une exécution faite avec soin. Les
-témoignages de perfection sont dans la pureté du
-texte &amp; dans les détails d’ornement. L’excellence des
-variantes est établie par tous les éditeurs qui se sont
-livrés à des travaux comparatifs sur les leçons des
-satires. Quant à la typographie du volume, elle est
-due au célèbre éditeur de Ronsard, Gabriel Buon.
-Les fleurons, qui portent le nom de cet imprimeur,
-font foi de son concours<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> Une particularité bizarre dénote avec quel soin les premières
-œuvres de Regnier furent livrées au public. Le nom de Bertault,
-placé en tête de la cinquième satire, a été rectifié en 1608, à l’aide
-d’un bandeau collé sur la première dédicace, imprimée ainsi par
-erreur : A monsieur Betault, evesque de Sées.</p>
-</div>
-<p>Des raisons analogues à celles qui viennent d’être
-exposées peuvent donner de la faveur à l’édition
-de 1609. L’impression en a été confiée à P. Pautonnier,
-imprimeur au Mont-Saint-Hilaire. Or ce typographe
-est connu par ses travaux. Le texte des satires a été
-<span class="pagenum" id="plxxvii">-lxxvii-</span>accru de deux satires nouvelles, <i>le Souper ridicule</i>
-&amp; <i>le Mauvais Gîte</i>, que l’auteur a placées entre la
-IX<sup>e</sup> &amp; la X<sup>e</sup> satire, afin d’éviter pour le Discours au
-Roy le voisinage d’une pièce trop libre, &amp; il présente
-une régularité notable. L’orthographe des mots est
-moins capricieuse, elle tend visiblement à l’unification
-qui ne se montre point dans l’édition précédente.</p>
-
-<p>La réimpression de 1612 a été faite sur le texte de
-1609. A part quelques feuillets, ce volume reproduit
-page pour page le livre qui lui a été donné pour
-modèle. Il offre de plus, entre la XII<sup>e</sup> satire &amp; le
-Discours au Roy, la première leçon de <i>Macette</i><a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> Cette édition, très-rare pour ne pas dire introuvable, m’a
-été fort gracieusement communiquée par M. Henri Cherrier, qui
-m’a par son obligeance mis à même de donner d’abord le texte
-original de <i>Macette</i>, de relever les variantes des autres satires,
-&amp; enfin de faire toutes les observations nécessaires pour la description
-d’un livre de grande valeur.</p>
-</div>
-<p>Jusqu’ici, comme on l’a vu, l’œuvre de Regnier
-s’est lentement accrue. En quatre années, de 1608 à
-1612, trois satires seulement sont venues grossir
-l’œuvre du poëte chartrain. Cette gradation n’est point
-calculée. Elle est conforme à ce que nous savons du
-caractère du poëte. D’un autre côté, Regnier avait,
-en 1611, publié dans le <i>Temple d’Apollon</i> la plainte
-<i>En quel obscur séjour</i>, &amp; l’ode <i>Jamais ne pourray ie
-bannir</i>. Telles étaient les manifestations officielles de
-son esprit. Au-dessous, dans le commerce intime des
-<span class="pagenum" id="plxxviii">-lxxviii-</span>satiriques de profession, notre poëte produirait de
-petits poëmes libertins. Ces compositions clandestines
-restaient sous le voile de l’anonyme lorsqu’elles étaient
-publiées dans les recueils du temps. C’est ainsi que
-le <i>Discours d’une maquerelle</i> parut, en 1609, dans
-les <i>Muses gaillardes</i> sans nom d’auteur. D’autres
-pièces du même genre sont imprimées du vivant du
-poëte, qui répudie également toute paternité. Enfin,
-sous la date de 1613, une nouvelle édition des satires
-est donnée. Des fautes typographiques, des lacunes
-graves<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>, des négligences de toute sorte, attestent une
-précipitation extraordinaire. De plus, cette réimpression
-comprend un pêle-mêle de pièces nouvelles,
-quatre satires, trois élégies, un sonnet, des stances
-libertines, une épigramme &amp; des quatrains classés sans
-ordre avant le Discours au Roy, comme par un sentiment
-de fidélité dérisoire aux habitudes du poëte.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> Quatorze vers ont été omis dans la <i>Macette</i>, à partir de
-celui-ci :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Fille qui sçait son monde à saison opportune.</div>
-</div>
-
-<p>Deux vers manquent également dans l’élégie intitulée <i>Impuissance</i> :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bref tout ce qu’ose amour…</div>
-<div class="verse">Puisque ie suis retif…</div>
-</div>
-
-<p>On a attribué ces vers aux Elzeviers, qui, pour compléter une
-pièce, n’auraient pas reculé devant une interpolation. Ces suppositions
-sont inexactes. Le premier vers se trouve dans les <i>Délices
-de la Poésie françoise</i>, de Beaudouin, Paris, 1620, II, 679, &amp; le
-second est tiré de l’édition des <i>Satyres de Regnier</i>, Paris, Ant.
-du Breuil, 1614.</p>
-</div>
-<p><span class="pagenum" id="plxxix">-lxxix-</span>L’examen de cette édition, hâtivement exécutée,
-composée de morceaux disparates, &amp; pour tout dire
-entièrement différente de celles qui l’ont précédée,
-amène à croire qu’elle a été donnée lorsque Regnier
-n’était plus. La mort seule du poëte pouvait permettre
-une réimpression sans soin &amp; sans choix. De quelque
-façon qu’elle fût présentée, l’œuvre de Regnier tirait
-des derniers instants du défunt &amp; de la cause même
-de sa fin un intérêt particulier<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>. Un autre motif
-d’urgence poussait Toussaint du Bray à mettre son
-nouveau livre en vente, le privilége du 13 avril 1608
-allait expirer dans les premiers jours de 1614, il était
-opportun de précipiter la publication.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> L’insertion de l’ode <i>la C. P.</i> est une allusion non équivoque
-à la mort du poëte &amp; vient corroborer l’opinion suivant laquelle
-l’édition de 1613 est une réimpression posthume.</p>
-
-<p>On peut encore du fait suivant tirer une nouvelle preuve que
-l’édition de 1613 était regardée comme une édition posthume, accueillie
-avec réserve. En 1619, le libraire parisien Anthoine Estoc
-publia les poésies de Regnier. Il prit dans 1613 dix-sept satires,
-trois élégies, &amp; le Discours au Roy qui termine le volume. Il
-laissa de côté les autres pièces qu’il savait avoir été ajoutées à
-l’œuvre du poëte défunt contrairement à ses intentions.</p>
-
-<p>Il ne faudrait pas attribuer ces suppressions à d’autres scrupules,
-car Anthoine Estoc fut le premier éditeur du <i>Parnasse satyrique</i>. Il
-écarta donc les pièces libres de 1613, non par égard pour le lecteur,
-mais par respect pour la volonté de l’auteur.</p>
-</div>
-<p>D’autres particularités font connaître les auteurs de
-l’édition. La pléiade satirique, dont Regnier avait été
-l’étoile la plus brillante, se trouvait alors fort entamée :
-<span class="pagenum" id="plxxx">-lxxx-</span>Sigognes était mort ; Berthelot &amp; Motin restaient seuls ;
-Colletet, Frenicle &amp; Théophile devaient renforcer le
-groupe un peu plus tard. Motin, ami de Regnier, lié
-avec Forquevaux &amp; d’autres familiers du poëte, était
-à même de recueillir les œuvres inédites &amp; les pièces
-anonymes qui, dans une réimpression des satires,
-semblaient un complément de l’œuvre déjà connue.
-Du reste, il possédait personnellement des morceaux
-dont il était redevable à son intimité avec Regnier. Il
-se mit donc à l’œuvre en hâte &amp; un peu confusément,
-car il tira des œuvres de Passerat, imprimées en 1606,
-un sonnet, &amp; il omit d’emprunter aux poésies de Rapin,
-publiées en 1610, au <i>Temple d’Apollon</i>, paru en 1611,
-les pièces que renfermaient ces divers ouvrages.
-D’autre part, soit qu’il fût mal servi par ses souvenirs
-ou qu’il eût été induit en erreur, il accueillait dans
-les quatrains celui que les manuscrits<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a> attribuent à
-Théodore de Bèze :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le Dieu d’amour…</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> Bibl. nat. Fonds français, n<sup>o</sup> 1662, f<sup>o</sup> 27.</p>
-</div>
-<p>Enfin il faisait entrer dans l’œuvre de Regnier les
-stances sur le <i>Choix des divins oiseaux</i>, boutade dont
-le véritable auteur lui était bien connu<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> Après la mort de Motin, cette pièce fut publiée sous son
-nom ; mais elle garda toujours sa place dans l’œuvre de Regnier.
-Il est probable que les deux poëtes commirent ensemble ce péché
-de plume.</p>
-</div>
-<p><span class="pagenum" id="plxxxi">-lxxxi-</span>De son côté, Berthelot ne restait pas inactif. Le moment
-lui paraissait venu d’ajouter à l’œuvre du maître
-l’œuvre des rimeurs qui se disaient ses élèves. Il s’agissait
-de dérober au poëte quelques rayons de sa gloire.
-On peut estimer que Motin se plia d’abord à ces desseins.
-La disposition des poésies de l’édition de 1613, le
-classement des pièces les moins importantes avant le
-Discours au Roy, qui délimite ainsi l’œuvre de Regnier
-de celle de ses imitateurs, ne pourraient pas s’expliquer
-sans une telle hypothèse.</p>
-
-<p>Un titre général devait être imposé à cet assemblage
-répugnant. Il était ainsi conçu : <i>Les <span class="sc">Satyres</span> du
-S<sup>r</sup> Regnier, reueües, corrigées &amp; augmentées de plusieurs
-<span class="sc">Satyres</span> des sieurs de Sigogne, Motin, Touvant
-&amp; Berthelot, qu’autres des plus beaux esprits de ce
-temps</i>. Tout était convenu, lorsqu’une rupture éclata
-entre Motin &amp; Berthelot. La cause du désaccord
-échappe à toutes les investigations. Toussaint du Bray
-voulut peut-être se renfermer dans les termes stricts
-de son privilége &amp; éviter tout risque de conflit avec
-Antoine du Breuil, son confrère, l’éditeur du livre des
-<i>Muses gaillardes</i>, dont une grosse partie entrait dans
-l’édition projetée. Quoi qu’il en soit, les poésies de
-Regnier parurent seules, &amp;, après la mort de Motin,
-en 1616, Berthelot, réalisant enfin le plan formé trois
-ans auparavant, donna au public la réimpression collective
-des <i>Satyres</i>.</p>
-
-<p>C’est de ce livre, apprécié à sa juste valeur par les
-<span class="pagenum" id="plxxxii">-lxxxii-</span>bibliophiles du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, comme on l’a vu plus
-haut par la lettre de Lhuillier<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>, que l’on tire habituellement,
-sans motif sérieux qui en établisse l’authenticité,
-les épigrammes &amp; les stances commençant par
-ces vers :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ieunes esprits qui ne pouuez comprendre.</div>
-<div class="verse">Hélas ! ma sœur ma mie, i’en mourrois.</div>
-<div class="verse">Ce disoit vne ieune dame.</div>
-<div class="verse">Margot s’endormit sur vn lit.</div>
-<div class="verse">Par vn matin vne fille escoutoit.</div>
-<div class="verse">Vn bon vieillard qui n’auoit que le bec.</div>
-<div class="verse">Vn gallant le fit &amp; le refit.</div>
-<div class="verse">Vn medecin brusque &amp; gaillard.</div>
-<div class="verse">Puisque sept pechés de nos yeux.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> Voir page <a href="#plviii"><small>LVIII</small></a>.</p>
-</div>
-<p>L’édition de 1616 offre encore une particularité.
-Elle a servi de modèle à toutes les réimpressions qui
-ont paru jusqu’à 1645. De 1616 à 1628, le nombre
-des pièces varie peu. A partir de 1623, il s’accroît de
-<i>Stances au Roy, pour Théophile</i>. Le volume sert de
-véhicule à des supplications en faveur de l’exilé. Ces
-poésies subsistent longtemps après qu’elles n’ont plus
-d’objet. Enfin, à compter de 1628, les poésies libertines
-sont, à chaque réimpression, éliminées par la
-volonté de la censure. Ainsi, en 1635 (Paris, N. &amp; J.
-de la Coste), ces morceaux, qui s’élevaient primitivement
-à soixante &amp; onze, sont réduits à trente-cinq.</p>
-
-<p>En 1642, une nouvelle phase de publication commence.
-<span class="pagenum" id="plxxxiii">-lxxxiii-</span>Des étrangers, les Elzeviers, faisant acte d’éditeurs
-français, dégagent l’œuvre de Regnier. Guidés
-par des savants &amp; par des bibliophiles : les frères
-Dupuy, gardes de la Bibliothèque du Roi, l’avocat
-général Jérôme Bignon, le duc de Montausier &amp; le
-chancelier Seguier<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>, ils suppriment d’abord les satires
-que Berthelot avait jointes aux pièces de Regnier,
-&amp; de celles-ci mêmes ils écartent les pièces douteuses
-ou répugnantes. Ils éliminent ainsi le quatrain du <i>Dieu
-d’amour</i>, les stances sur le <i>Choix des divins oiseaux</i>
-&amp; l’ode sur la <i>C. P.</i> En même temps ils revisent,
-complètent &amp; châtient le texte. Par exemple, à l’aide
-de l’édition des satires d’Ant. du Breuil (Paris, 1614)
-&amp; du second livre des <i>Délices de la poésie françoise</i>
-(Paris, 1620), ils complètent la satire de l’<i>Impuissance</i>.
-Ils tirent du <i>Temple d’Apollon</i> &amp; du <i>Cabinet des Muses</i>
-les stances <i>En quel obscur séjour</i>, l’ode <i>Jamais ne
-pourray ie bannir</i> &amp; le dialogue de <i>Cloris &amp; Phylis</i>.
-Des possesseurs de pièces inédites leur communiquent
-deux satires, une élégie<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a> &amp; des vers spirituels<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>.
-<span class="pagenum" id="plxxxiv">-lxxxiv-</span>Enfin, sur des indications inexactes, ils font
-entrer dans l’œuvre du poëte une ode apocryphe
-intitulée <i>Louanges de Macette</i><a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> Voir les dédicaces placées en tête du Sénèque de 1639, du
-Commines de 1648 &amp; des <i>Lettres de Grotius <span lang="la" xml:lang="la">ad Gallos</span></i>, même
-année. Elles établissent les relations des Elzeviers &amp; montrent la
-reconnaissance dont ils se sentaient pénétrés à l’égard de leurs
-protecteurs.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Ces trois pièces commencent ainsi :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">N’avoir crainte de rien &amp; ne rien esperer.</div>
-<div class="verse">Perclus d’vne jambe &amp; des bras.</div>
-<div class="verse">L’homme s’oppose en vain contre la destinée.</div>
-</div>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> Sous ce titre général se trouvent les stances <i>Quand sur moy
-je jette les yeux</i>, l’hymne sur la nativité de Notre-Seigneur, trois
-sonnets &amp; le commencement d’un poëme sacré.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> Cette ode paraît avoir été prise des manuscrits de la Bibl. nat.
-F. fr. (ancien fonds de Mesmes), n<sup>o</sup> 884, f<sup>o</sup> 194.</p>
-</div>
-<p>Ces améliorations évidentes ont entraîné à leur
-suite des perfectionnements douteux. Nous avons dit
-tout à l’heure que les Elzeviers avaient châtié le texte
-de Regnier. L’expression est juste. Le châtiment alla
-jusqu’à la torture. Toutes les expressions surannées,
-&amp; en 1642 on pouvait en voir beaucoup dans les
-<i>Satyres</i>, furent rajeunies. <i>Douloir</i> &amp; <i>cuider</i> firent
-place à <i>s’affliger</i> &amp; à <i>penser</i> ; <i>ici-bas</i> fut substitué à
-<i>çà bas</i>. Les qualificatifs trop forts, <i>hargneux</i>, par
-exemple, furent adoucis. On choisit pour en tenir lieu
-le mot <i>honteux</i>, dont le sens est bien différent. Pour
-des raisons de méticuleuse pudeur, <i>sade</i>, qui dans
-Willon (<i>Regr. de la B. H.</i>) a donné <i>sadinet</i>, devint
-l’expression <i>doucette</i> ; <i>plats</i>, trop familier dans le sens
-de <i>propos</i>, fut considéré comme un synonyme de <i>faits</i>.
-Tous ces changements conduisirent à des contre-sens.
-<i>Parler librement</i><a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> fut mis pour <i>parler livre</i> ; <i>des arts tout</i>
-<span class="pagenum" id="plxxxv">-lxxxv-</span><i>nouveaux</i> sembla convenablement rendu par <i>des airs
-tout nouveaux</i>. Des vers, dont la quantité ne satisfaisait
-pas l’oreille, furent allongés d’une syllabe, le
-tout en dépit de la leçon de l’auteur &amp; des traditions
-littéraires<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>. Des gens du monde, avec leurs vues
-sur les bienséances poétiques, s’étaient unis à des
-étrangers ignorans des intimités de la langue. On
-comprend ce que de tels alliés durent introduire de
-caprices &amp; de maladresses dans les poésies de Regnier.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> Cette expression <i>parler livre</i> se rencontre chez Regnier en
-deux endroits, satires VII &amp; XIII. Les Elzeviers, après avoir,
-en 1642, substitué au texte leur version, <i>parler libre</i> &amp; <i>librement</i>,
-ont en 1652, mais seulement dans la satire VII, rétabli la leçon
-originale.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> Des altérations plus graves ont été commises dans le dialogue
-de <i>Cloris &amp; Phylis</i>. Le vers</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Par sa mort mon amour n’en est moins enflammée</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">a été modifié de la sorte :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">S’il n’auoit qu’vn desir je n’eus qu’vne pensée ;</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">&amp; le vers</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Avec toy mourront donc tes ennuis rigoureux</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">&amp; les trois suivants, rejetés huit vers plus loin, se trouvent intercalés
-contre toute raison dans une tirade à laquelle ils n’appartiennent
-point.</p>
-</div>
-<p>Le travail des Elzeviers, œuvre de fantaisie &amp; de
-raison, s’accomplit lentement. La première réimpression
-due à leurs soins (selon la copie imprimée à
-Paris, <small>CIↃ IↃ XLII</small>.) parut quatre ans après que Jean
-Elzevier se fut établi à Paris. Elle ne comprend
-comme poésies nouvelles que les morceaux tirés du
-<i>Temple d’Apollon</i>. Mais on y remarque déjà les suppressions
-dont il a été fait mention, &amp; les corrections
-qui ont été signalées plus haut. En 1545 Jean Elzevier,
-de retour en son pays, fut remplacé par son cousin
-<span class="pagenum" id="plxxxvi">-lxxxvi-</span>Daniel, qui passa quatre années à Paris. C’est dans
-cet espace de temps assez court que furent recueillis
-les éléments de l’édition de 1652, donnée à Leiden,
-sous les noms de Jean &amp; Daniel Elsevier. Cette
-dernière réimpression, grossie de morceaux importants,
-parmi lesquels, il est vrai, figurent à tort les <i>Louanges
-de Macette</i>, est une reconstitution précieuse de l’œuvre
-de notre premier satirique. Elle a été exécutée à
-l’étranger, &amp; elle en porte la preuve en plus d’une
-page ; mais elle a été préparée par des bibliophiles
-parisiens, &amp; nous pouvons la revendiquer comme un
-livre français.</p>
-
-<p>Pendant plus d’un demi-siècle, l’édition de Jean
-&amp; Daniel Elzevier servit de modèle aux réimpressions
-de Regnier. Mais le temps était arrivé des publications
-avec commentaires. Rabelais, Montaigne venaient de
-paraître accompagnés des notes de Le Duchat &amp; de
-Coste, lorsqu’un avocat de Lyon, ex-échevin de cette
-ville, Brossette<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>, entreprit de donner, avec des remarques
-critiques, un meilleur texte de Regnier. Le
-nouvel annotateur était un humaniste instruit &amp; défiant
-de lui-même, ce qui n’est pas une mince qualité.
-<span class="pagenum" id="plxxxvii">-lxxxvii-</span>Il n’épargna point ses peines &amp; recourut à tous
-les érudits en renom de son temps. Lorsqu’il ne
-trouva pas de lui-même les éclaircissements qu’il
-jugeait nécessaires, il fit appel au savoir de La Monnoye
-&amp; du président Bouhier<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>. D’autre part, il
-demandait au dessinateur Humblot un important
-frontispice, des vignettes &amp; des fleurons qui furent
-gravés par N. Tardieu, Baquoy, Matthey &amp; Crepy
-le fils, pour le titre &amp; les principales divisions du
-volume. En même temps qu’une bonne édition, Brossette
-voulait publier un beau livre. Cet ouvrage parut
-donc en grand format vers la fin de 1729, à Londres<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>,
-&amp; non à Paris, comme le dit Brunet, sous la rubrique
-de Londres.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> Brossette avait publié en 1716 sa première édition de Boileau
-commencée sous les yeux de l’auteur. Quand le vieux poëte,
-écrivant à son commentateur, l’entretenait de Regnier, il ne manquait
-pas d’ajouter, <i>notre commun ami</i>. Cette appréciation intime
-vaut bien des éloges pompeux, &amp; Brossette, en donnant au public
-une réimpression de Regnier, n’a probablement fait qu’exécuter
-une des volontés dernières du législateur du Parnasse.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> La correspondance du président Bouhier (manus. de la Bibl.
-nat. F. fr., 24,409, f<sup>o</sup> 391 à 395) contient quatre lettres de La Monnoye
-des 15 septembre 1726, 7 octobre 1729, 16 septembre
-&amp; 2 décembre 1732. Toutes sont relatives à l’édition de Regnier,
-&amp; à la contrefaçon de cet ouvrage par l’abbé Lenglet du Fresnoy.
-Je dois cette intéressante indication à l’obligeance de M. Tamizey
-de Larroque.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> Chez Lyon &amp; Woodman, in-4<sup>o</sup>, <small>XXII</small>-403, plus trois feuillets
-de table &amp; d’errata.</p>
-</div>
-<p>Dans ce volume, les poésies de Regnier étaient
-disposées suivant un ordre méthodique : satires,
-épîtres, élégies, poésies mêlées, épigrammes &amp; poésies
-spirituelles. Le texte, corrigé à l’aide de l’édition
-de 1608, était accompagné d’éclaircissements historiques
-&amp; de notes où les variantes &amp; les imitations
-<span class="pagenum" id="plxxxviii">-lxxxviii-</span>étaient indiquées avec soin. Sur certains points cependant,
-Brossette se contente trop facilement<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a>. Il paraît
-n’avoir point connu l’édition de 1609, &amp; il recueille
-des leçons de peu de valeur dans des réimpressions qui
-ne méritent aucun crédit<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> Quoique Brossette n’intervienne pas habituellement dans le
-texte de l’auteur, il a pris sur lui de modifier le vers</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et faisant des mouuans &amp; de l’ame saisie.</div>
-</div>
-
-<p>Le commentateur pensait que <i>mouvans</i> était une faute d’impression,
-&amp; qu’il fallait écrire <i>mourans</i>. Or le mot employé par Regnier
-était bien l’expression à conserver. On en retrouve l’équivalent chez
-tous les poëtes qui mettent dans la bouche d’une vieille des critiques
-contre les amoureux dont une courtisane doit fuir le commerce :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ces prodigues de gambades</div>
-<div class="verse">Qui ne donnent que des aubades.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(J. du Bellay, éd. Marty-Laveaux, II, 370.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">On ne doit aux termes où nous sommes</div>
-<div class="verse">Faire par la beauté difference des hommes,…</div>
-<div class="verse">Ny pour sçauoir sonner sur le luth vne aubade,</div>
-<div class="verse">Ou faire dextrement en l’air vne gambade.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(De Lespine, <i>Recueil des plus beaux vers de ce temps</i>, 1609, p. 425.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> Brossette a fait entrer comme pièces nouvelles, dans les poésies
-de Regnier, le sonnet sur la mort de Rapin, l’épitaphe recueillie
-par Garasse &amp; l’épigramme contre Vialart tirée de l’<i>Anti-Baillet</i>.</p>
-</div>
-<p>Malgré ces imperfections, le commentaire de
-Brossette a été souvent reproduit<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a> &amp; il servit de modèle
-à M. Viollet-le-Duc<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a> &amp; à M. Ed. de Barthélemy<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>.
-<span class="pagenum" id="plxxxix">-lxxxix-</span>L’édition même de 1729 a donné lieu à deux
-contrefaçons en 1730 &amp; en 1733. La première, in-4<sup>o</sup>
-de 400 pages, plus deux feuillets de table, n’est qu’une
-simple réimpression donnée à Amsterdam, chez Pierre
-Humbert. Le frontispice &amp; la vignette dessinés par Humblot
-pour le titre de l’ouvrage &amp; l’en-tête des satires
-ont été grossièrement copiés, &amp; ils portent pour unique
-signature celle du graveur Seiller Schafthus<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>. La fidélité
-de l’ornementation n’est pas allée au delà, mais
-l’obéissance typographique s’est étendue fort loin, car
-de la page <small>XIII</small> à la page 383, la contrefaçon ne diffère
-point de l’original. Il en est tout autrement de la
-réimpression de 1733, qui est une œuvre d’insigne
-tromperie<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>. L’anonyme auteur de ce livre s’est approprié
-<span class="pagenum" id="pxc">-xc-</span>l’avertissement de Brossette. Il y a intercalé un
-paragraphe où il s’excuse des lacunes de sa première
-édition &amp; manifeste l’espoir que son nouvel ouvrage
-sera favorablement accueilli du public.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> Paris, Lequien, 1822, in-8<sup>o</sup> de 398 pp. ; Paris, Delahays,
-1860, avec de nouvelles remarques par M. Prosper Poitevin.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> Paris, Didot, 1822 ; Desoer, 1823 ; Jannet, 1853.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> Paris, Poulet-Malassis, 1862.</p>
-
-<p>Cette édition comprend trente-deux pièces nouvelles dont nous
-discuterons la valeur en examinant ci-après les manuscrits de la
-Bibliothèque nationale.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> Sur le titre même se trouve une vignette signée : Humblot
-inv. &amp; Daudet fecit.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> Voici le titre exact de ce livre : « Satyres &amp; autres œuvres de
-Regnier, accompagnées de remarques historiques. Nouvelle édition
-considérablement augmentée. A Londres, chez Jacob Tonson, libraire
-du Roy &amp; du Parlement, <small>M.DCC.XXXIII</small>. »</p>
-
-<p>Il forme un in-4<sup>o</sup> de <small>XX</small>-416 pp. plus deux feuillets de table.
-Les vers de Regnier sont suivis, p. 350, de stances sur les <i>Proverbes
-d’amour</i>, de l’ode sur le <i>Combat de Regnier &amp; de Berthelot</i>,
-enfin de <i>Poésies choisies des sieurs Motin, Berthelot &amp; autres
-poëtes célèbres du temps de Regnier</i>.</p>
-
-<p>L’ornementation du volume a été très-soignée. Le titre fait face
-à un frontispice de Natoire gravé par L. Cars, &amp; il porte lui-même
-une vignette de Cochin. Quatre vignettes formant fleurons
-pour les satires, les épîtres, les élégies &amp; les poésies diverses, ont
-été également dessinées par Natoire &amp; gravées par Cochin. Trois
-autres enfin signées de Bouché &amp; de L. Cars complètent cet ensemble
-de figures, en tête de la dédicace des satires, &amp; pp. <small>XX</small>, 53,
-95, 108, 225, 231, 245, 284, 367 &amp; 413. Enfin chaque page de
-texte est entourée d’un encadrement rouge qui ajoute à l’aspect du
-volume.</p>
-</div>
-<p>En dépit de cette supercherie, l’édition de 1733 fut
-rapidement reconnue pour l’œuvre d’un faussaire. Les
-pièces que l’auteur regrettait de n’avoir pas connues
-en 1729 étaient celles-là mêmes que les Elzeviers
-avaient éliminées de leurs réimpressions &amp; d’autres
-poésies du même genre qui avaient été recueillies par
-les éditeurs du <i>Cabinet satyrique</i>. La trouvaille ne
-valait guère qu’on lui fît tant d’honneur. Elle était
-du nombre des conquêtes qui doivent être réalisées
-sans grand bruit. L’indiscrétion seule du nouvel éditeur
-dévoilait en lui des tendances étrangères à
-Brossette.</p>
-
-<p>En conséquence, grâce au <i>Cabinet satyrique</i><a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a> &amp; à
-l’engouement de l’éditeur de 1733 pour ce recueil,
-la réimpression des œuvres de Regnier comprit de
-<span class="pagenum" id="pxci">-xci-</span>plus que la précédente : l’<i>Ode sur une vieille maquerelle</i>,
-p. 299 ; les <i>Stances sur la Ch. P.</i>, p. 307 ;
-l’<i>Ode</i> sur le même sujet, p. 308 ; le <i>Discours d’une
-vieille maquerelle</i>, p. 315, &amp; sept épigrammes : le
-<i>Dieu d’amour</i>, <i>l’Amour est une affection</i>, <i>Magdelon
-n’est point difficile</i>, <i>Hier la langue me fourcha</i>, <i>Lorsque
-i’estois comme inutile</i>, <i>Dans un chemin</i> &amp; <i>Lizette à
-qui l’on faisoit tort</i>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> L’édition du Mont-Parnasse, de l’imprimerie de messer Apollo,
-due à Lenglet du Fresnoy, est celle qui servit pour l’accroissement
-des poésies de Regnier. La comparaison des textes ne laisse
-aucun doute sur ce point.</p>
-</div>
-<p>Le manque de goût de l’éditeur se révéla d’une
-manière encore plus marquée dans le commentaire
-dont il crut devoir accompagner le texte de Regnier.
-Au lieu de compléter les remarques existantes à
-l’aide d’observations précises &amp; véritablement neuves,
-il y ajouta des réflexions à double sens &amp; hors de
-propos. Il s’abandonna sur le texte de l’auteur à des
-critiques dérisoires, &amp; dans les notes de Brossette
-il intercala des digressions bouffonnes. Quelques
-exemples pris au hasard édifieront le lecteur sur
-cet ouvrage qui est par excellence un livre de mauvaise
-foi.</p>
-
-<p>L’expression <i>trousser les bras</i> (S. I) ne paraît pas
-noble. Cette appréciation délicate est suivie d’une
-remarque moins relevée : « on trousse autre chose que
-les bras. »</p>
-
-<p>Le mot <i>semence</i> (S. II) semble bien autrement répugnant.
-Voici l’arrêt qui frappe ce malheureux :
-« Expression qui ne doit pas entrer dans un discours
-qui peut être lu par des gens d’honneur. Tout au plus
-<span class="pagenum" id="pxcii">-xcii-</span>un médecin &amp; un chirurgien en doivent-ils parler
-entre eux. »</p>
-
-<p>Regnier s’était un jour plaint, dans sa deuxième
-satire,</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que la fidélité n’est pas grand reuenu ;</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">mais il avait gardé sa foi à son maître, attendant avec
-patience, non la fortune, mais la récompense de ses
-services. Tant de désintéressement irrite le commentateur.
-Il s’emporte : « Regnier, écrit-il, avait tort d’être
-fidèle à outrance : ce n’est pas toujours le moyen sûr
-de s’avancer auprès des grands. Les voici donc, ces
-moyens : les servir dans des ministères agréables,
-mais secrets ; demander avec importunité ; se faire
-craindre de ceux que l’on approche, &amp; les obliger
-par là d’acheter votre silence. J’ai connu des ministres…,
-il falloit leur montrer les dents pour les obliger à faire
-ce qu’on leur demandoit. Ainsi trêve de zèle avec les
-grands<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>. »</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> L’édition de 1733 donne parfois de meilleures explications
-que celle de 1729 ; mais le cas est rare. <i>Fustés</i> de vers (S. IV), par
-exemple, que Brossette avait traduit par <i>fournis</i> de vers, est plus
-justement interprété par <i>battus</i>. Du reste dans la vieille langue du
-droit, <i>fusté</i> signifie bâtonné, fouetté de verges.</p>
-</div>
-<p>L’auteur de ces belles maximes, de ces remarques
-de bon goût était un intrigant de lettres &amp; de cabinet,
-également porté pour vivre vers les travaux littéraires
-&amp; les missions diplomatiques, l’abbé Lenglet du
-<span class="pagenum" id="pxciii">-xciii-</span>Fresnoy<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>. Ce qu’il fit pour Regnier, il le répéta neuf
-ans après pour le <i>Journal de Henri IV</i> qui avait été
-publié en 1732 par l’abbé d’Olivet. Enfin, il le renouvela
-plus tard encore dans sa réédition du <i>Journal de
-Henri III</i>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> Voir sur ce curieux personnage <i>Année littéraire</i>, 1755,
-III, let. VI, p. 116, &amp; les <i>Mémoires pour servir à l’Histoire de
-la vie &amp; des ouvrages de M. l’abbé Lenglet du Fresnoy</i>. Londres
-&amp; Paris, Duchesne, 1761.</p>
-</div>
-<p>Lenglet du Fresnoy ne se borna pas à s’approprier
-le travail de Brossette. Il voulut faire servir le nom
-du commentateur de Regnier à une odieuse vengeance.
-Ennemi de Jean-Baptiste Rousseau qu’il soupçonnait
-de l’avoir calomnié auprès du prince Eugène, il écrivit,
-pour la placer en tête de son édition de Regnier, une
-épître diffamatoire contre Rousseau. Celui-ci, averti
-à temps, obtint du marquis de Fénelon, ambassadeur
-en Hollande, la suppression de cette œuvre d’infamie.
-De son côté Brossette, par l’intervention du lieutenant
-général de police, reçut de l’abbé Lenglet une lettre
-d’excuses<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>. En conséquence, un carton fut placé en
-tête du Regnier, pp. <small>III</small> &amp; <small>IV</small>, &amp; l’imprimeur substitua
-à l’épître scandaleuse la dédicace au Roy qui,
-faisant suite à l’ode de Motin, ne fut pourtant point
-supprimée. Ainsi s’explique le double emploi que l’on
-<span class="pagenum" id="pxciv">-xciv-</span>remarque aujourd’hui dans tous les exemplaires de
-1733.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> Ce curieux épisode d’histoire littéraire se trouve raconté bien
-au long dans les lettres de Rousseau, VI, 91 &amp; 208, &amp; dans celles
-de Brossette au président Bouhier, des 16 septembre &amp; 2 décembre
-1732.</p>
-</div>
-<p>Nous venons de passer en revue les diverses phases
-de l’histoire des éditions de Regnier. Nous nous
-sommes appliqué à délimiter exactement les périodes
-de publications. Il nous reste à faire connaître celles
-des poésies attribuées à Regnier qui ne peuvent
-trouver place dans une édition de ses œuvres parce
-qu’elles sont, les unes trop licencieuses &amp; les autres
-manifestement apocryphes, la plupart enfin dépourvues
-d’une authenticité évidente.</p>
-
-<p>Ces pièces se trouvent dans divers recueils imprimés
-&amp; dans deux manuscrits de la Bibliothèque
-nationale.</p>
-
-<p>Le premier de ces ouvrages est <i>le Recueil des plus
-excellens vers satyriques de ce temps, trouvés dans les
-cabinets des sieurs de Sigognes, Regnier, Motin,
-qu’autres des plus signalés poëtes de ce siècle</i>. A Paris,
-chez Anthoine Estoc, <small>MDCXVII</small>. In-12 de 222 pages.
-Ce volume contient de Regnier : le <i>Dialogue de l’âme
-de Villebroche parlant à deux courtisanes</i>, <i>une des
-Marets du Temple &amp; l’autre de l’Isle du Palais</i>, &amp; le
-<i>Dialogue de Perrette parlant à la divine Macette</i><a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> Ces deux pièces, la première de 21 strophes de 6 vers, &amp; la
-deuxième de 25 strophes de même mesure, sont entrées avec le
-nom de Sigognes dans le <i>Cabinet satyrique</i>. Elles commencent par
-ces vers :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au plus creux des ronces fortes.</div>
-<div class="verse">Plus luisante que n’est verre.</div>
-</div>
-
-<p>Perrette, si l’on en peut croire Tallemant, serait M<sup>lle</sup> du Tillet
-(V. éd. in-8<sup>o</sup>, I, 191). Sigognes a écrit le combat d’Ursine
-(M<sup>me</sup> de Poyane) &amp; de Perrette (V. le <i>Cab. sat.</i>, Rouen, 1627,
-p. 497).</p>
-
-<p>Ces deux dialogues, attribués à Regnier par le Recueil d’Anthoine
-Estoc, se trouvent encore dans les dernières éditions des
-<i>Bigarrures du Seigneur des Accords</i>, livre III <i>in fine</i>, à la suite des
-<i>Epitaphes</i>.</p>
-</div>
-<p><span class="pagenum" id="pxcv">-xcv-</span>D’autres pièces se rencontrent avec le nom de
-Regnier dans un recueil non moins rare que le précédent :
-<i>les Délices satyriques ou suite du Cabinet
-des vers satyriques de ce temps, &amp;c</i>.<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a> <i>Paris, Anthoine
-de Sommaville, 1620</i>. En dehors des épigrammes
-connues : <i>l’Argent tes beaux jours</i>, <i>Quelque moine
-de par le monde</i> &amp; le <i>Tombeau d’un Courtisan</i>, ce sont
-des stances commençant par ce vers :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne suis pas prest de me rendre ;</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">une satire contre une vieille courtisane :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Encor que ton teint soit desteint ;</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">&amp; une épigramme nouvelle :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jeanne, vous deguisez en vain<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> Voir les <i>Variétés bibliographiques</i> de M. Édouard Tricotel.
-Paris, Gay, 1863, pp. 221 &amp; suivantes.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> Ces trois pièces ont été reproduites dans le <i>Parnasse satyrique</i>,
-mais la dernière est anonyme.</p>
-</div>
-<p>Le dernier recueil imprimé où l’on rencontre des
-poésies sous le nom de Regnier est le <i>Parnasse satyrique
-du sieur Théophile</i><a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>. Il a fourni à M. Viollet-le-Duc
-<span class="pagenum" id="pxcvi">-xcvi-</span>les pièces dont il a grossi son édition des œuvres
-du poëte chartrain : les stances <i>Si vostre œil tout
-ardant d’amour &amp; de lumière</i>, celles qui sont adressées
-à la belle Cloris &amp; enfin la complainte <i>Vous qui
-violentez</i>. On peut encore y prendre ou du moins y
-lire les stances</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Femmes qui aimez mieux<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>,</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">&amp; deux sonnets<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a> commençant ainsi :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et bien mon doux amy comment vous portez-vous.</div>
-<div class="verse">Sod… enragés ennemis de nature.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> Le <i>Parnasse</i> a paru en 1622. Voir <i>la Doctrine curieuse</i>, du
-P. Garasse, p. 321.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> D’après le manuscrit 122 fr. in-f<sup>o</sup>, B. L., de l’Arsenal, cette
-pièce serait de Théophile.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> Il y a dans le <i>Parnasse satyrique</i>, sous le nom de Regnier,
-un sonnet dont le premier vers est :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les humains cheribon, sont or, desanimez.</div>
-</div>
-
-<p>Ce poëme est faussement attribué à Regnier. Il figure en effet
-dans les écrits satiriques publiés contre le roi &amp; ses mignons en
-1578, &amp; recueillis par L’Estoile. Voir les <i>Mémoires Journaux</i>,
-édit. Jouaust, 1875, I, 337.</p>
-
-<p>Nous avons également écarté de la liste des Poésies de Regnier,
-suivant le <i>Parnasse</i>, les pièces qui dans ce recueil sont des réimpressions
-du <i>Temple d’Apollon : Iamais ne pourray-ie bannir</i> ; &amp; des
-<i>Délices satyriques</i>. Voir plus haut, p. 97, <i>Je ne suis pas</i> &amp; <i>Encor
-que ton teint</i>.</p>
-</div>
-<p>Après avoir signalé les poésies attribuées à Regnier
-dans les recueils dont il a été fait mention plus haut,
-notre devoir est d’indiquer les manuscrits où de semblables
-pièces peuvent se trouver. Il y en a trois, l’un
-est à l’Arsenal &amp; les deux autres à la Bibliothèque
-Richelieu.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="pxcvii">-xcvii-</span>Le premier (Ars., manus. de Conrart, XVIII<sup>e</sup> vol.
-in-4<sup>o</sup>, pp. 323 &amp; 324) offre des attributions plus importantes
-qu’étendues. Elles éclaircissent un passage des
-satires en nous révélant la jalousie de Regnier contre
-du Perron<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a> :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Ce pedant de nouueau baptisé</div>
-<div class="verse">Et qui par ses larcins se rend authorisé.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> C’est à l’obligeance de M. Tricotel que nous devons cette intéressante
-indication.</p>
-</div>
-<p>Desportes, protecteur de Regnier, avait été bien
-plus efficacement celui de du Perron. Après l’avoir
-converti au catholicisme, il en avait fait le lecteur,
-puis le confesseur d’Henri III. Peu à peu, l’abbé était
-devenu évêque d’Évreux &amp; cardinal. Pendant cette
-brillante fortune, due à beaucoup d’audace dans la
-poésie &amp; dans la politique, car du Perron, qui grossoyait
-des in-folio sur des questions diplomatiques,
-écrivait des sonnets &amp; de petits vers pour les dames
-de la cour, Regnier attendait vainement un peu de
-bien. Aussi, quoiqu’il se soit rarement montré accessible
-à l’envie, n’a-t-il pu résister à la tentation
-qui poussait un satirique à se moquer d’un
-bel esprit gâté par le succès. Les trois épigrammes
-recueillies par Conrart ont pour objet un livre du
-cardinal : <i>du Leger &amp; du Pesant</i>, ses traductions de
-Virgile &amp; enfin ses infidélités amoureuses. La fantaisie
-scientifique de du Perron ne nous est point parvenue ;
-<span class="pagenum" id="pxcviii">-xcviii-</span>mais ses imitations des poëtes latins sont dans toutes
-les anthologies des premières années du XVII<sup>e</sup> siècle,
-&amp;, dans ces volumes mêmes, un lecteur attentif peut
-noter les évolutions galantes de l’abbé, digne élève
-de Desportes.</p>
-
-<p>Les manuscrits de la Bibliothèque nationale diffèrent
-essentiellement de ceux qui viennent d’être
-cités. Le premier (n<sup>o</sup> 884, fonds fr.)<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a> a fait partie de
-la collection de Mesmes où il portait le n<sup>o</sup> 163. C’est
-un in-folio de 347 ff., comprenant, avec un <i>Sommaire
-discours de la Poésie</i>, des odes, des stances, des sonnets
-&amp; des épigrammes satiriques de toute provenance. Malgré
-l’excentricité libertine des pièces qui composent ce
-volume, il est facile de reconnaître qu’un copiste intelligent
-a été chargé de grouper tous ces poëmes.
-L’écriture élégante &amp; nette est des premières années
-du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle. Les mesures du vers, les formes des
-mots sont exactement observées. Enfin, pour le critique
-le plus sévère, ce sottisier a la valeur d’un document.
-Les nudités de langage qu’il recèle ne sont
-pas seulement des esquisses de chronique littéraire, ce
-sont aussi des tableaux secrets de l’histoire de nos
-mœurs. Dans ce manuscrit, dont l’auteur s’est montré
-fort ménager d’attributions, le nom de Regnier figure
-(pp. 307 &amp; 318) sous une pièce que nous connaissons
-déjà, l’épigramme</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxcix">-xcix-</span>Quand il dine il tient porte close</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">reproduite par P. Jannet dans son édition de 1867
-(Paris, Picart), &amp; les stances</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Encor que ton teint soit desteint.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> Ancien fonds. R., 7237.</p>
-</div>
-<p>Il se lit enfin (p. 105) au pied d’une ode satirique
-de dix-neuf strophes commençant par ce vers :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Cette noire &amp; vieille corneille<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> Ce poëme a paru dans le <i>Cabinet satyrique</i> parmi les pièces
-attribuées à Sigognes. Cette restitution nous semble fort hasardée.</p>
-</div>
-<p>D’autres poésies de Regnier se rencontrent dans le
-même volume, mais elles ne sont pas signées. On
-trouve ainsi, ff<sup>os</sup> 251, 285 &amp; 336, les épigrammes :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le violet tant estimé.</div>
-<div class="verse">Hier la langue me fourcha.</div>
-<div class="verse">Un homme gist sous ce tombeau,</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">&amp; de plus, f<sup>o</sup> 316, les stances</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le tout puissant Jupiter<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> A ces poésies anonymes il faut ajouter, ff<sup>os</sup> 127 &amp; 130, les
-deux <i>Dialogues</i> mentionnés ci-dessus, p. 96 ; l’ode <i>Belle &amp; sauoureuse
-Macette</i>, f<sup>o</sup> 194, &amp;, f<sup>o</sup> 125, <i>le Combat de Renyer &amp; de
-Berthelot</i>.</p>
-</div>
-<p>Le manuscrit 12491 (ancien n<sup>o</sup> 4725 du suppl<sup>t</sup>
-français) ne peut être comparé au précédent. Il a
-une origine incertaine, &amp;, ce qui lui ôte encore plus
-de valeur, il est l’œuvre d’un scribe négligent
-<span class="pagenum" id="pc">-c-</span>&amp; illettré. Les omissions, les non-sens &amp; les fautes
-de langue sont accumulés dans ce grand in-folio<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a>. Il
-semble que ce recueil ait été formé vers 1640 par
-quelque habitant du Blaisois. La plupart des pièces
-classées dans l’ordre de leur date embrassent une
-période de seize ans, de 1630 à 1656. Elles ont trait
-aux événements du jour, aux réjouissances locales. Il
-s’y trouve des vaudevilles contre les gens en vue,
-des stances contre le tabac &amp; plusieurs ballets<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>. Parmi
-ces poésies, l’auteur du manuscrit a fait entrer un
-assez grand nombre de pièces intéressant la famille
-Hurault, notamment l’évêque de Chartres, le comte
-de Limours, le marquis de Rostaing, M. d’Esclimont
-&amp; M<sup>lle</sup> de Cheverny.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> Il renferme 642 pages &amp; vingt feuillets liminaires d’une
-grosse écriture, de la même main de la première à la dernière
-pièce.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> Voir p. 110 le Ballet des <i>Impériales</i> &amp; celui de la <i>Naissance
-de Pantagruel</i>, dansés à Blois en 1625 &amp; 1626 par M. le
-comte de Limours &amp; M. d’Esclimont, au temps du carnaval.</p>
-
-<p>Voir aussi, p. 146, l’<i>Entrée du ballet des Gredins</i>, dansé à
-Cheverny, en 1637, par M<sup>lle</sup> de Cheverny. Signalons encore,
-pp. 231 &amp; 254, les vers <i>sur un chien perdu</i>, par le sieur Chesneau,
-domestique du marquis de Rostaing, 1646, &amp; <i>sur la maladie
-dudit marquis</i>, en 1647, &amp; enfin, p. 129, une pièce <i>sur le
-bastiment &amp; les yssues du chasteau de Cheverny</i>, 1633.</p>
-</div>
-<p>Le prélat tient naturellement une grande place,
-&amp; d’après les pièces recueillies en son honneur &amp; le
-nom des poëtes qui les ont signées, on pourrait conclure
-que l’abbaye de Royaumont était une retraite
-<span class="pagenum" id="pci">-ci-</span>ouverte aux poëtes maltraités par la fortune. Baïf le
-fils, Dameron paraissent avoir été les familiers de
-l’évêque. D’autres moins favorisés, Jourdain &amp; Regnesson,
-attestent en leurs vers la bienveillance de
-leur Mécène.</p>
-
-<p>Regnier occupe un rang à part dans le manuscrit<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a>.
-Les poésies qui lui sont attribuées consistent surtout
-en lettres rimées pour l’évêque dans le genre de la
-dix-neuvième satire :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Perclus d’vne jambe &amp; des bras.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> Pages 45 à 60. On lit en tête de la première page : <i>Plusieurs
-vers estant de suitte du sieur Regnier de différentes annees, qui
-n’ont esté imprimés dans ses œuvres &amp; trouvés après sa mort</i>.</p>
-
-<p>Nous mentionnons, p. 8, pour mémoire, le huitain :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La feconde main de la terre.</div>
-</div>
-</div>
-<p>Elles sont au nombre de douze &amp; commencent à
-partir de 1606<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>, bien qu’il soit constant que l’auteur
-n’ait pas été admis dans l’intimité de Philippe Hurault
-avant la fin de 1609. Au Surplus, les questions de
-date n’ont pas d’utilité pour repousser les attributions
-du manuscrit. Le texte des pièces suffit à montrer
-qu’elles ne sont pas de Regnier. A la fin de la première
-épître, l’auteur déclare qu’il n’a jamais voyagé
-en Italie. Plus loin, lettre V, de 1610, il est question
-du garde des sceaux qui succéda au marquis de Sillery,
-<span class="pagenum" id="pcii">-cii-</span>disgracié en mai 1616. Les anachronismes ne se
-bornent pas là. Dans une apostrophe satirique de
-1612, contre le maréchal d’Ancre &amp; sa femme, le
-poëte s’exprime ainsi :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">… Vous espuisez nos finances</div>
-<div class="verse">Et pour vous vacquent les Etats</div>
-<div class="verse">Des maréchaux de notre France.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> V. l’édition des <i>Œuvres</i> de Regnier de M. Ed. de Barthélemy.
-Paris, Malassis, 1862, pp. 251 à 278.</p>
-</div>
-<p>Cette pièce, mal datée, ne peut être de Regnier,
-puisque le marquis d’Ancre est devenu maréchal le
-20 novembre 1613, un mois après la mort du poëte
-chartrain.</p>
-
-<p>L’élégie de 1613 : <i>Amy, pourquoy me veux-tu tant
-reprendre</i>, nous jette en d’autres particularités. Elle
-nous montre Regnier marié, s’excusant d’avoir caché
-son union, &amp; par de plats badinages se consolant à
-l’avance des infortunes conjugales qui lui pourraient
-advenir.</p>
-
-<p>L’épigramme <i>J’ai l’esprit lourd comme vne souche</i>,
-de 1612, se termine plus méchamment encore. Le
-poëte insulte les maîtres que Regnier a constamment
-vénérés, Desportes &amp; Ronsard.</p>
-
-<p>Lorsque les erreurs matérielles sont moins évidentes,
-la niaiserie de la pensée &amp; la bassesse du
-style déparent cruellement les vers en tête desquels
-une main d’ignorant a mis le nom d’un véritable
-poëte, celui-là même qui a adressé à l’évêque de
-Chartres sa quinzième satire :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="pciii">-ciii-</span>Ouy i’escry rarement &amp; me plais de le faire.</div>
-</div>
-
-<p>Quelque répugnante que soit l’analyse des pauvretés
-poétiques attribuées à Regnier par le manuscrit
-12491, un exemple nous paraît nécessaire pour
-montrer sur quelles misères le goût est appelé à se
-prononcer. Une ode de 1613, <i>Sur la naissance de
-saint Jean</i>, contient la strophe suivante :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quelques saincts le jour de leur feste</div>
-<div class="verse">Ont trente bouquets sur la teste ;</div>
-<div class="verse">Les autres qui meritent mieux</div>
-<div class="verse">De six fois dix bouquets on pare :</div>
-<div class="verse">Mais ta valeur beaucoup plus rare</div>
-<div class="verse">T’en faict avoir trente plus qu’eux.</div>
-</div>
-
-<p>Devant un tel abaissement de toute poésie, l’esprit
-le plus scrupuleux peut sans hésitation décider que
-ces platitudes ne sont pas de l’auteur de <i>Macette</i>. En
-ses plus mauvais moments, Regnier n’est point tombé
-si bas, &amp; c’est lui faire injure que de chercher
-sérieusement dans cet amas de rimes la part du
-poëte.</p>
-
-<p>Il semble plus juste &amp; plus conforme à la vérité de
-signaler, dans le manuscrit en question, les pièces
-recueillies déjà dans d’autres ouvrages. On en comptera
-quatre :</p>
-
-<p>Le <i>Combat de Regnier &amp; de Berthelot</i>, sous la date
-de 1607, les stances <i>Encor que ton œil soit esteint</i>,
-<span class="pagenum" id="pciv">-civ-</span>l’épigramme <i>Lisette à qui l’on faisoit tort</i>, &amp; enfin le
-sonnet incomplet, <i>Delos flotant sur l’onde</i><a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> Cette dernière pièce se retrouve dans L’Estoile avec le nom
-de Regnier.</p>
-</div>
-<p>Au delà de ces constatations, l’incertitude commence.
-Des pièces matériellement apocryphes se
-mêlent à des poésies que leur facture rend suspectes.
-La défiance naît de tous côtés &amp; n’épargne même pas
-des morceaux qui ont quelque apparence d’authenticité,
-comme la lettre de 1609, <i>Après avoir fort estriué</i>,
-&amp; l’épigramme de <i>Margot</i><a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> Voir Regnier, édition citée, pp. 256 &amp; 374.</p>
-</div>
-<p>Une dernière infidélité du manuscrit 12491, &amp; la
-plus grave parce qu’elle dénote chez son auteur une
-ignorance inexplicable, vient discréditer encore les
-attributions qui portent le nom de Regnier. On lit en
-effet sous la date de 1613, à la fin des prétendues
-œuvres du poëte chartrain, une pièce qui n’est autre
-que la célèbre paraphrase de Malherbe sur le
-psaume <i lang="la" xml:lang="la">Lauda anima mea Dominum</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ne croyons plus mon ame aux promesses du monde.</div>
-</div>
-
-<p>Ces stances ont été publiées pour la première fois
-en 1626, dans le <i>Recueil des plus beaux vers de messieurs
-Malherbe, Racan, &amp;c.</i> On les retrouve dans
-l’édition originale des poésies de Malherbe<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> Voir, au sujet de cette pièce, le <i>Bulletin du Bibliophile</i>,
-année 1859, p. 348. Le rédacteur du bulletin essaye de justifier le
-copiste en avançant qu’une note manuscrite de 1613 a plus d’autorité
-qu’une publication postérieure à la mort de Malherbe. Or
-le manuscrit 12491 ne remonte pas au delà de 1635 &amp; les vers en
-litige ont été imprimés du vivant de leur auteur.</p>
-</div>
-<p><span class="pagenum" id="pcv">-cv-</span>Ces investigations à toute extrémité, au delà même
-de l’œuvre de Regnier, ont été entreprises pour satisfaire
-les lecteurs curieux de tout ce qui concerne notre
-premier satirique. Après avoir cherché la vérité sur
-l’existence si peu connue du poëte chartrain, après
-avoir tenté une histoire des diverses éditions des
-satires, il nous restait encore à faire connaître les
-recueils imprimés &amp; manuscrits où se trouve le nom
-de Regnier. En ceci surtout un redoublement de
-prudence nous était imposé. La restitution d’un texte
-a pour complément la suppression de tout ce qui peut
-paraître d’une authenticité suspecte, d’après les données
-de l’histoire ou suivant les règles du goût.</p>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl11.png" class="w16" alt="" /></div>
-<div class="break"></div>
-<div class="c top6em"><img src="images/cdl14.png" class="w16" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="small">LES PREMIERES</span><br />
-ŒVVRES DE M. REGNIER.</h2>
-
-<div class="break"></div>
-<div class="top4em"></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Verùm, vbi plura nitent in Carmine, non ego paucis</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Offendar maculis.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p3">-3-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b15.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c1" title="Epitre liminéaire au Roy"></h3>
-
-
-
-<p class="c">EPITRE LIMINÉAIRE</p>
-
-<p class="c large i">AV ROY.</p>
-
-
-<p class="ind"><span class="sc">Sire</span>,</p>
-
-<p class="i">Ie m’estois iusques icy resolu de tesmoigner
-par le silence, le respect que
-ie doy à vostre Maiesté. Mais ce
-que l’on eust tenu pour reuerence,
-le seroit maintenant pour ingratitude,
-qu’il luy a pleu me faisant
-du bien, m’inspirer auec vn desir
-de vertu celuy de me rendre digne de l’aspect du plus
-parfaict &amp; du plus victorieux Monarque du monde.
-On lit qu’en Etyopie il y auoit vne statuë qui rendoit vn
-son armonieux, toutes les fois que le Soleil leuant la
-regardoit. Ce mesme miracle (<span class="small roman">SIRE</span>) auez vous faict en
-moy qui touché de l’Astre de V. M. ay receu la voix
-<span class="pagenum" id="p4">-4-</span>&amp; la parole. On ne trouuera donc estrange si, me ressentant
-de cet honneur, ma Muse prend la hardiesse de
-se mettre à l’abri de vos Palmes, &amp; si temerairement
-elle ose vous offrir ce qui par droit est desia vostre, puis
-que vous l’auez faict naistre dans vn suiect qui n’est
-animé que de vous, &amp; qui aura eternellement le cœur
-&amp; la bouche ouuerte à vos loüanges, faisant des vœus
-&amp; des prieres continuelles à Dieu qu’il vous rende là
-haut dans le Ciel autant de biens que vous en faites çà
-bas en terre.</p>
-
-<p class="sign i">Vostre tres-humble &amp; tres-obeissant
-&amp; tres-obligé suiet &amp; seruiteur</p>
-
-<p class="sign2"><span class="sc">Regnier</span>.</p>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl2.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p5">-5-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b1.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c2" title="Ode à Regnier"></h3>
-
-
-
-<p class="c large">ODE A REGNIER</p>
-
-<p class="c small">SVR SES SATYRES.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Qui de nous se pourroit vanter</div>
-<div class="verse i2">De n’estre point en seruitude ?</div>
-<div class="verse i2">Si l’heur le courage &amp; l’estude</div>
-<div class="verse i2">Ne nous en sçauroient exempter :</div>
-<div class="verse i2">Si chacun languit abbatu</div>
-<div class="verse i2">Serf de l’espoir qui l’importune,</div>
-<div class="verse i2">Et si mesme on voit la vertu</div>
-<div class="verse i2">Estre esclaue de la fortune</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">L’vn se rend aux plus grands subiect,</div>
-<div class="verse i2">Les grands le sont à la contrainte,</div>
-<div class="verse i2">L’autre aux douleurs, l’autre à la crainte,</div>
-<div class="verse i2">Et l’autre à l’amoureux obiect :</div>
-<div class="verse i2">Le monde est en captiuité,</div>
-<div class="verse i2">Nous sommes tous serfs de nature,</div>
-<div class="verse i2">Ou vifs de nostre volupté,</div>
-<div class="verse i2">Ou morts de nostre sepulture.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza"><span class="pagenum" id="p6">-6-</span>Mais en ce temps de fiction</div>
-<div class="verse i2">Et que ses humeurs on deguise,</div>
-<div class="verse i2">Temps où la seruile feintise</div>
-<div class="verse i2">Se fait nommer discretion :</div>
-<div class="verse i2">Chacun faisant le reserué,</div>
-<div class="verse i2">Et de son plaisir son Idole,</div>
-<div class="verse i2"><span class="sc">Regnier</span>, tu t’es bien conserué</div>
-<div class="verse i2">La liberté de la parole.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ta libre &amp; veritable voix</div>
-<div class="verse i2">Monstre si bien l’erreur des hommes,</div>
-<div class="verse i2">Le vice du temps où nous sommes,</div>
-<div class="verse i2">Et le mespris qu’on fait des loix :</div>
-<div class="verse i2">Que ceux qu’il te plaist de toucher</div>
-<div class="verse i2">Des poignants traits de ta Satyre,</div>
-<div class="verse i2">S’ils n’auoient honte de pecher,</div>
-<div class="verse i2">En auroient de te l’ouïr dire.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Pleust à Dieu que tes vers si doux</div>
-<div class="verse i2">Contraires à ceux de Tyrtée</div>
-<div class="verse i2">Flechissent l’audace indontée,</div>
-<div class="verse i2">Qui met nos Guerriers en couroux :</div>
-<div class="verse i2">Alors que la ieune chaleur</div>
-<div class="verse i2">Ardents au düel les fait estre,</div>
-<div class="verse i2">Exposant leur forte valeur,</div>
-<div class="verse i2">Dont ils deburoient seruir leur maistre.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Flatte leurs cœurs trop valeureux,</div>
-<div class="verse i2">Et d’autres desseins leur imprimes,</div>
-<div class="verse i2">Laisses là les faiseurs de rymes,</div>
-<div class="verse i2">Qui ne sont iamais malheureux :</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p7">-7-</span>Sinon quand leur temerité</div>
-<div class="verse i2">Se feint vn merite si rare,</div>
-<div class="verse i2">Que leur espoir precipité</div>
-<div class="verse i2">A la fin deuient vn Icare.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Si l’vn d’eux te vouloit blasmer</div>
-<div class="verse i2">Par coustume ou par ignorance,</div>
-<div class="verse i2">Ce ne seroit qu’en esperance</div>
-<div class="verse i2">De s’en faire plus estimer.</div>
-<div class="verse i2">Mais alors d’vn vers menaçant</div>
-<div class="verse i2">Tu luy ferois voir que ta plume</div>
-<div class="verse i2">Est celle d’vn Aigle puissant,</div>
-<div class="verse i2">Qui celles des autres consume.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Romprois-tu pour eux l’vnion</div>
-<div class="verse i2">De la Muse &amp; de ton genie,</div>
-<div class="verse i2">Asseruy soubs la tyrannie</div>
-<div class="verse i2">De leur commune opinion ?</div>
-<div class="verse i2">Croy plustost que iamais les Cieux</div>
-<div class="verse i2">Ne regarderent fauorables</div>
-<div class="verse i2">L’enuie, &amp; que les enuieux</div>
-<div class="verse i2">Sont tousiours les plus miserables.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">N’escry point pour vn foible honneur,</div>
-<div class="verse i2">Tasche seulement de te plaire,</div>
-<div class="verse i2">On est moins prisé du vulgaire</div>
-<div class="verse i2">Par merite, que par bon-heur.</div>
-<div class="verse i2">Mais garde que le iugement</div>
-<div class="verse i2">D’vn insolent te face blesme :</div>
-<div class="verse i2">Ou tu deuiendras autrement</div>
-<div class="verse i2">Le propre Tyran de toy-mesme.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza"><span class="pagenum" id="p8">-8-</span><span class="sc">Regnier</span> la loüange n’est rien,</div>
-<div class="verse i2">Des faueurs elle a sa naissance,</div>
-<div class="verse i2">N’estant point en nostre puissance,</div>
-<div class="verse i2">Ie ne la puis nommer vn bien.</div>
-<div class="verse i2">Fuy donc la gloire qui deçoit</div>
-<div class="verse i2">La vaine &amp; credule personne,</div>
-<div class="verse i2">Et n’est pas à qui la reçoit,</div>
-<div class="verse i2">Elle est à celuy qui la donne.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Motin.</span></p>
-
-<hr />
-
-
-
-<p class="c" lang="la" xml:lang="la">Difficile est Satyram non scribere.</p>
-
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl3.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p9">-9-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b16.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c3" title="Satyre I. Discours au Roy"></h3>
-
-<p class="c large">Discours au Roy.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre I.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Puissant Roy des François, Astre viuant de Mars,</div>
-<div class="verse">Dont le iuste labeur surmontant les hazards,</div>
-<div class="verse">Fait voir par sa vertu que la grandeur de France</div>
-<div class="verse">Ne pouuoit succomber sous vne autre vaillance :</div>
-<div class="verse">Vray fils de la valeur de tes peres, qui sont</div>
-<div class="verse">Ombragez des lauriers qui couronnent leur front,</div>
-<div class="verse">Et qui depuis mile ans indomtables en guerre</div>
-<div class="verse">Furent transmis du Ciel pour gouuerner la terre,</div>
-<div class="verse">Attendant qu’à ton rang ton courage t’eust mis,</div>
-<div class="verse">En leur Trosne eleué dessus tes ennemis :</div>
-<div class="verse">Iamais autre que toy n’eust auecque prudence</div>
-<div class="verse">Vaincu de ton suiect l’ingrate outre cuidance</div>
-<div class="verse">Et ne l’eust comme toy du danger preserué :</div>
-<div class="verse">Car estant ce miracle à toy seul reserué,</div>
-<div class="verse">Comme au Dieu du païs, en ses desseins pariures</div>
-<div class="verse">Tu fais que tes bontez excedent ses iniures.</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p10">-10-</span>Or apres tant d’exploits finis heureusement,</div>
-<div class="verse">Laissant aus cœurs des tiens comme vn vif monument</div>
-<div class="verse">Auecques ta valeur ta clemence viuante,</div>
-<div class="verse">Dedans l’Eternité de la race suiuante,</div>
-<div class="verse">Puisse tu comme Auguste admirable en tes faicts</div>
-<div class="verse">Rouler tes iours heureux en vne heureuse paix,</div>
-<div class="verse">Ores que la Iustice icy bas descenduë</div>
-<div class="verse">Aus petis, comme aux grands, par tes mains est renduë,</div>
-<div class="verse">Que sans peur du larron trafique le marchant,</div>
-<div class="verse">Que l’innocent ne tombe aux aguets du meschant,</div>
-<div class="verse">Et que de ta Couronne en palmes si fertille</div>
-<div class="verse">Le miel abondamment &amp; la manne distille,</div>
-<div class="verse">Comme des chesnes vieux aus iours du siecle d’or,</div>
-<div class="verse">Qui renaissant sous toy reuerdissent encor.</div>
-<div class="verse i1" id="p10v15">Auiourd’huy que ton fils imitant ton courage,</div>
-<div class="verse">Nous rend de sa valeur vn si grand tesmoignage</div>
-<div class="verse">Que Ieune de ses mains la rage il deconfit,</div>
-<div class="verse">Estoufant les serpens ainsi qu’Hercule fit,</div>
-<div class="verse">Et domtant la discorde à la gueule sanglante,</div>
-<div class="verse">D’impieté, d’horreur, encore fremissante,</div>
-<div class="verse" id="p10v21">Il luy trousse les bras de meurtres entachez,</div>
-<div class="verse">De cent chaisnes d’acier sur le dos attachez,</div>
-<div class="verse">Sous des monceaux de fer dans ses armes l’enterre,</div>
-<div class="verse">Et ferme pour iamais le temple de la guerre,</div>
-<div class="verse">Faisant voir clairement par ses faits triomphans,</div>
-<div class="verse">Que les Roys &amp; les Dieux ne sont iamais enfans.</div>
-<div class="verse i1">Si bien que s’esleuant sous ta grandeur prospere,</div>
-<div class="verse">Genereux heritier d’vn si genereux pere,</div>
-<div class="verse">Comblant les bons d’amour &amp; les meschans d’effroy,</div>
-<div class="verse">Il se rend au berceau desia digne de toy.</div>
-<div class="verse i1">Mais c’est mal contenter mon humeur frenetique,</div>
-<div class="verse">Passer de la Satyre en vn panegyrique,</div>
-<div class="verse">Où molement disert sous vn suiet si grand</div>
-<div class="verse">Des le premier essay mon courage se rend.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p11">-11-</span>Aussi plus grand qu’Enée, &amp; plus vaillant qu’Achille</div>
-<div class="verse">Tu surpasses l’esprit d’Homere &amp; de Virgille,</div>
-<div class="verse">Qui leurs vers à ton los ne peuuent egaller,</div>
-<div class="verse">Bien que maistres passez en l’art de bien parler.</div>
-<div class="verse">Et quand i’egalerois ma Muse à ton merite,</div>
-<div class="verse">Toute extreme loüange est pour toy trop petite</div>
-<div class="verse">Ne pouuant le fini ioindre l’infinité :</div>
-<div class="verse">Et c’est aus mieux disans vne temerité</div>
-<div class="verse">De parler où le Ciel discourt par tes oracles,</div>
-<div class="verse">Et ne se taire pas où parlent tes miracles,</div>
-<div class="verse">Où tout le monde entier ne bruit que tes proiets,</div>
-<div class="verse">Où ta bonté discourt au bien de tes suiets,</div>
-<div class="verse">Où nostre aise, &amp; la paix, ta vaillance publie,</div>
-<div class="verse">Où le discord étaint, &amp; la loy retablie</div>
-<div class="verse">Annoncent ta Iustice, où le vice abatu</div>
-<div class="verse">Semble en ses pleurs chanter vn hymne à ta vertu.</div>
-<div class="verse i1">Dans le Temple de Delphe, où Phœbus on reuere,</div>
-<div class="verse">Phœbus Roy des chansons, &amp; des Muses le pere,</div>
-<div class="verse">Au plus haut de l’Autel se voit vn laurier sainct,</div>
-<div class="verse">Qui sa perruque blonde en guirlandes etraint,</div>
-<div class="verse">Que nul prestre du Temple en ieunesse ne touche,</div>
-<div class="verse">Ny mesme predisant ne le masche en la bouche,</div>
-<div class="verse">Chose permise aus vieus de sainct zelle enflamez</div>
-<div class="verse">Qui se sont par seruice en ce lieu confirmez</div>
-<div class="verse">Deuots à son mistere, &amp; de qui la poictrine</div>
-<div class="verse">Est plaine de l’ardeur de sa verue diuine.</div>
-<div class="verse">Par ainsi tout esprit n’est propre à tout suiet,</div>
-<div class="verse">L’œil foible s’esblouit en vn luisant obiet,</div>
-<div class="verse">De tout bois comme on dict Mercure on ne façonne,</div>
-<div class="verse">Et toute medecine à tout mal n’est pas bonne.</div>
-<div class="verse">De mesme le laurier, &amp; la palme des Roys</div>
-<div class="verse">N’est vn arbre où chacun puisse mettre les doigs,</div>
-<div class="verse">Ioint que ta vertu passe en loüange feconde</div>
-<div class="verse">Tous les Roys qui seront, &amp; qui furent au monde.</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p12">-12-</span>Il se faut recognoistre, il se faut essayer,</div>
-<div class="verse">Se sonder, s’exercer auant que s’employer</div>
-<div class="verse">Comme fait vn Luiteur entrant dedans l’aréne,</div>
-<div class="verse">Qui se tordant les bras tout en soy se deméne,</div>
-<div class="verse">S’alonge, s’acoursit, ses muscles estendant,</div>
-<div class="verse">Et ferme sur ses pieds s’exerce en attendant</div>
-<div class="verse">Que son ennemy vienne, estimant que la gloire</div>
-<div class="verse">Ia riante en son cœur luy don’ra la victoire.</div>
-<div class="verse i1">Il faut faire de mesme vn œuure entreprenant,</div>
-<div class="verse">Iuger comme au suiet l’esprit est conuenant,</div>
-<div class="verse">Et quand on se sent ferme, &amp; d’vne aisle assez forte,</div>
-<div class="verse">Laisser aller la plume où la verue l’emporte.</div>
-<div class="verse i1">Mais, <span class="sc">Sire</span>, c’est vn vol bien esleué pour ceux</div>
-<div class="verse">Qui foibles d’exercice, &amp; d’esprit paresseux,</div>
-<div class="verse">Enorgueillis d’audace en leur barbe premiere</div>
-<div class="verse">Chanterent ta valeur d’vne façon grossiere</div>
-<div class="verse">Trahissant tes honneurs auecq’ la vanité</div>
-<div class="verse">D’attenter par ta gloire à l’immortalité.</div>
-<div class="verse">Pour moy plus retenu la raison m’a faict craindre,</div>
-<div class="verse">N’osant suiure vn suiet où l’on ne peut attaindre,</div>
-<div class="verse" id="p12v21">I’imite les Romains encore ieunes d’ans,</div>
-<div class="verse">A qui lon permetoit d’accuser impudans</div>
-<div class="verse">Les plus vieus de l’estat, de reprendre, &amp; de dire</div>
-<div class="verse">Ce qu’ils pensoient seruir pour le bien de l’Empire.</div>
-<div class="verse i1">Et comme la ieunesse est viue, &amp; sans repos,</div>
-<div class="verse">Sans peur, sans fiction, &amp; libre en ses propos,</div>
-<div class="verse">Il semble qu’on luy doit permetre dauantage,</div>
-<div class="verse" id="p12v28">Aussi que les vertus florissent en cest’ age</div>
-<div class="verse">Qu’on doit laisser meurir sans beaucoup de rigueur,</div>
-<div class="verse">Affin que tout à l’aise elles prenent vigueur.</div>
-<div class="verse i1">C’est ce qui m’a contraint de librement escrire</div>
-<div class="verse">Et sans piquer au vif me mettre à la Satyre</div>
-<div class="verse">Où poussé du caprice, ainsi que d’vn grand vent,</div>
-<div class="verse">Ie vais haut dedans l’air quelquefois m’esleuant.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p13">-13-</span>Et quelque fois aussi quand la fougue me quitte</div>
-<div class="verse">Du plus haut, au plus bas, mon vers se precipitte</div>
-<div class="verse">Selon que du suget touché diuersement</div>
-<div class="verse">Les vers à mon discours s’offrent facillement :</div>
-<div class="verse">Aussi que la Satyre est comme vne prairie</div>
-<div class="verse" id="p13v6">Qui n’est belle sinon qu’en sa bisarrerie,</div>
-<div class="verse">Et comme vn pot pouri des freres mandians,</div>
-<div class="verse">Elle forme son goust de cent ingredians.</div>
-<div class="verse i1">Or grand Roy dont la gloire en la terre espanduë</div>
-<div class="verse">Dans vn dessein si haut rend ma Muse éperduë,</div>
-<div class="verse">Ainsi que l’œil humain le Soleil ne peut voir,</div>
-<div class="verse">L’esclat de tes vertus offusque tout sçauoir,</div>
-<div class="verse">Si bien que ie ne sçay qui me rend plus coupable,</div>
-<div class="verse">Ou de dire si peu d’vn suiet si capable,</div>
-<div class="verse">Ou la honte que i’ay d’estre si mal apris,</div>
-<div class="verse">Ou la temerité de l’auoir entrepris.</div>
-<div class="verse">Mais quoy, par ta bonté qui tout autre surpasse</div>
-<div class="verse">I’espere du pardon auecque ceste grace</div>
-<div class="verse">Que tu liras ces vers, où ieune ie m’ébas</div>
-<div class="verse">Pour esgayer ma force, ainsi qu’en ces combas</div>
-<div class="verse">De fleurets on s’exerce, &amp; dans vne barriere</div>
-<div class="verse">Aus pages lon reueille vne adresse guerriere</div>
-<div class="verse">Follement courageuse affin qu’en passetans</div>
-<div class="verse">Vn labeur vertueux anime leur printans,</div>
-<div class="verse">Que leur corps se desnouë, &amp; se desangourdisse</div>
-<div class="verse">Pour estre plus adroit à te faire seruice.</div>
-<div class="verse">Aussi ie fais de mesme en ces caprices fous,</div>
-<div class="verse">Ie sonde ma portee, &amp; me taste le pous</div>
-<div class="verse">Affin que s’il aduient, comme vn iour ie l’espere,</div>
-<div class="verse" id="p13v30">Que Parnasse m’adopte, &amp; se dise mon pere,</div>
-<div class="verse">Emporté de ta gloire &amp; de tes faicts guerriers</div>
-<div class="verse">Ie plante mon lierre au pied de tes Lauriers.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p14">-14-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b2.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c4" title="Satyre II. A Monsieur le Comte de Caramain"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur le Comte de Caramain.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre II.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comte de qui l’esprit penetre l’Vniuers,</div>
-<div class="verse">Soigneus de ma fortune, &amp; facille à mes vers,</div>
-<div class="verse">Cher soucy de la muse, &amp; sa gloire future,</div>
-<div class="verse">Dont l’aimable genie, &amp; la douce nature</div>
-<div class="verse">Faict voir inaccessible aus efforts medisans</div>
-<div class="verse">Que Vertu n’est pas morte en tous les courtisans,</div>
-<div class="verse">Bien que foible, &amp; debille, &amp; que mal recongnuë</div>
-<div class="verse">Son Habit décousu la montre à deminuë,</div>
-<div class="verse" id="p14v9">Qu’elle ait séche la chair, le corps amenuisé,</div>
-<div class="verse">Et serue à contre-cœur le vice auctorisé,</div>
-<div class="verse">Le vice qui Pompeus tout merite repousse,</div>
-<div class="verse">Et va comme vn banquier en carrosse &amp; en housse.</div>
-<div class="verse">Mais c’est trop sermoné de vice, &amp; de vertu :</div>
-<div class="verse">Il faut suiure vn sentier qui soit moins rebatu,</div>
-<div class="verse">Et conduit d’Apollon recognoistre la trace</div>
-<div class="verse">Du libre Iuuenal, trop discret est Horace</div>
-<div class="verse">Pour vn homme piqué, ioint que la passion</div>
-<div class="verse">Comme sans iugement, est sans discretion :</div>
-<div class="verse">Cependant il vaut mieux sucrer nostre moutarde :</div>
-<div class="verse">L’homme pour vn caprice est sot qui se hazarde.</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p15">-15-</span>Ignorez donc l’auteur de ces vers incertains,</div>
-<div class="verse">Et comme enfans trouuez qu’ils soient fils de putains,</div>
-<div class="verse">Exposez en la ruë, à qui mesme la mere</div>
-<div class="verse">Pour ne se descouurir faict plus mauuaise chere.</div>
-<div class="verse i1">Ce n’est pas que ie croye en ces tans effrontez</div>
-<div class="verse">Que mes vers soient sans pere, &amp; ne soient adoptez,</div>
-<div class="verse">Et que ces rimasseurs pour faindre vne abondance,</div>
-<div class="verse">N’approuuent impuissans vne fauce semance :</div>
-<div class="verse">Comme noz citoyens de race desireux</div>
-<div class="verse">Qui berçent les enfans qui ne sont pas à eus.</div>
-<div class="verse">Ainsi tirant profit d’vne fauce doctrine,</div>
-<div class="verse">S’ils en sont accusez ils feront bonne mine,</div>
-<div class="verse">Et voudront le niant qu’on lise sur leur front</div>
-<div class="verse">S’il se fait vn bon vers que c’est eus qui le font,</div>
-<div class="verse">Ialous d’vn sot honneur, d’vne batarde gloire,</div>
-<div class="verse">Comme gens entenduz s’en veullent faire accroire,</div>
-<div class="verse">A faus titre insolens, &amp; sans fruict hazardeus,</div>
-<div class="verse">Pissent au benestier affin qu’on parle d’eus.</div>
-<div class="verse i1">Or auecq’ tout cecy le point qui me console</div>
-<div class="verse">C’est que la pauureté comme moy les affolle,</div>
-<div class="verse">Et que la grace à Dieu Phœbus &amp; son troupeau</div>
-<div class="verse">Nous n’eusmes sur le dos iamais vn bon manteau.</div>
-<div class="verse">Aussi lors que lon voit vn homme par la ruë,</div>
-<div class="verse">Dont le rabat est sale, &amp; la chausse rompuë,</div>
-<div class="verse">Ses gregues aus genous, au coude son pourpoint,</div>
-<div class="verse">Qui soit de pauure mine, &amp; qui soit mal en point,</div>
-<div class="verse">Sans demander son nom on le peut recognoistre,</div>
-<div class="verse">Car si ce n’est vn Poëte au moins il le veut estre.</div>
-<div class="verse" id="p15v29">Pour moy si mon habit par tout cycatrisé</div>
-<div class="verse">Ne me rendoit du peuple &amp; des grands mesprisé,</div>
-<div class="verse">Ie prendrois patience, &amp; parmy la misere</div>
-<div class="verse">Ie trouuerois du goust, mais ce qui doit deplaire</div>
-<div class="verse">A l’homme de courage, &amp; d’esprit releué,</div>
-<div class="verse">C’est qu’vn chacun le fuit ainsi qu’vn reprouué,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p16">-16-</span>Car en quelque façon, les malheurs sont propices,</div>
-<div class="verse">Puis les gueus en gueusant trouuent maintes delices,</div>
-<div class="verse">Vn repos qui s’egaye en quelque oysiueté.</div>
-<div class="verse">Mais ie ne puis patir de me voir reietté ;</div>
-<div class="verse">C’est donc pourquoy si ieune abandonnant la France</div>
-<div class="verse">I’allay vif de courage, &amp; tout chaud d’esperance</div>
-<div class="verse" id="p16v7">En la cour d’vn Prelat, qu’auecq’ mille dangers</div>
-<div class="verse">I’ay suiuy courtisan aux païs estrangers.</div>
-<div class="verse">I’ay changé mon humeur, alteré ma nature,</div>
-<div class="verse">I’ay beu chaud, mangé froid, i’ay couché sur la dure,</div>
-<div class="verse">Ie l’ay sans le quitter à toute heure suiuy,</div>
-<div class="verse">Donnant ma liberté ie me suis asseruy,</div>
-<div class="verse">En publiq’ à l’Eglise, à la chambre, à la table,</div>
-<div class="verse">Et pense auoir esté maintefois agreable.</div>
-<div class="verse i1">Mais instruict par le temps à la fin i’ay cogneu</div>
-<div class="verse">Que la fidelité n’est pas grand reuenu,</div>
-<div class="verse">Et qu’à mon tans perdu sans nulle autre esperance</div>
-<div class="verse">L’honneur d’estre suiect tient lieu de recompanse,</div>
-<div class="verse">N’ayant autre interest de dix ans ia passez</div>
-<div class="verse">Sinon que sans regret ie les ay despensez.</div>
-<div class="verse">Puis ie sçay quant à luy qu’il a l’ame Royalle,</div>
-<div class="verse">Et qu’il est de Nature &amp; d’humeur liberalle.</div>
-<div class="verse">Mais, ma foy, tout son bien enrichir ne me peut,</div>
-<div class="verse">Ny domter mon malheur si le ciel ne le veut.</div>
-<div class="verse">C’est pourquoy sans me plaindre en ma deconuenuë</div>
-<div class="verse">Le malheur qui me suit, ma foy ne diminuë,</div>
-<div class="verse">Et rebuté du sort ie m’asserui pourtant,</div>
-<div class="verse">Et sans estre auancé ie demeure contant</div>
-<div class="verse">Sçachant bien que fortune est ainsi qu’vne louue</div>
-<div class="verse">Qui sans chois s’abandonne au plus laid qu’elle trouue,</div>
-<div class="verse" id="p16v31">Qui releue vn pedant, de nouueau baptisé,</div>
-<div class="verse">Et qui par ses larcins se rend authorisé,</div>
-<div class="verse">Qui le vice ennoblit, &amp; qui tout au contraire</div>
-<div class="verse">Raualant la vertu la confinne en misere.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p17">-17-</span>Et puis ie m’iray plaindre apres ces gens icy ?</div>
-<div class="verse">Non ; l’exemple du temps n’augmante mon soucy.</div>
-<div class="verse">Et bien qu’elle ne m’ait sa faueur departie</div>
-<div class="verse">Ie n’entends quant à moy de la prendre à partie :</div>
-<div class="verse">Puis que selon mon goust son infidelité</div>
-<div class="verse">Ne donne, &amp; n’oste rien à la felicité.</div>
-<div class="verse">Mais que veus tu qu’on fasse en ceste humeur austere ?</div>
-<div class="verse">Il m’est comme aux putains mal aisé de me taire.</div>
-<div class="verse">Il m’en faut discourir de tort &amp; de trauers,</div>
-<div class="verse">Puis souuent la colere engendre de bons vers.</div>
-<div class="verse i1">Mais, Conte, que sçait-on ? elle est peut estre sage,</div>
-<div class="verse">Voire auecque raison, inconstante, &amp; volage,</div>
-<div class="verse">Et Deésse auisée aux biens qu’elle depart</div>
-<div class="verse">Les adiuge au merite, &amp; non point au hazard.</div>
-<div class="verse">Puis lon voit de son œil, lon iuge de sa teste,</div>
-<div class="verse" id="p17v16">Et chacun à son dire a droit en sa requeste :</div>
-<div class="verse">Car l’amour de soy-mesme, &amp; nostre affection,</div>
-<div class="verse">Adiouste auec vsure à la perfection.</div>
-<div class="verse">Tousiours le fond du sac ne vient en euidence,</div>
-<div class="verse">Et bien souuent l’effet contredit l’apparance ;</div>
-<div class="verse" id="p17v22">De Socrate à ce point l’arrest est mi-party,</div>
-<div class="verse">Et ne sçait on au vray qui des deux a menty,</div>
-<div class="verse">Et si philosophant le ieune Alcibiade</div>
-<div class="verse">Comme son Cheualier en reçeut l’accolade.</div>
-<div class="verse i1">Il n’est à decider rien de si mal-aisé,</div>
-<div class="verse">Que sous vn sainct habit le vice deguisé.</div>
-<div class="verse">Par ainsi i’ay doncq’ tort, &amp; ne doy pas me plaindre,</div>
-<div class="verse">Ne pouuant par merite autrement la contraindre</div>
-<div class="verse">A me faire du bien, ny de me departir</div>
-<div class="verse">Autre chose à la fin sinon qu’vn repentir.</div>
-<div class="verse i1">Mais quoy, qu’y feroit-on, puis qu’on ne s’ose pendre ?</div>
-<div class="verse">Encor’ faut-il auoir quelque chose où se prendre,</div>
-<div class="verse">Qui flate en discourant le mal que nous sentons.</div>
-<div class="verse i1">Or laissant tout cecy retourne à nos moutons,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p18">-18-</span>Muse, &amp; sans varier dy nous quelques sornettes,</div>
-<div class="verse">De tes enfans bastards ces tiercelets des Pœtes,</div>
-<div class="verse">Qui par les carefours vont leurs vers grimassans,</div>
-<div class="verse">Qui par leurs actions font rire les passans,</div>
-<div class="verse">Et quand la faim les poind se prenant sur le vostre</div>
-<div class="verse">Comme les estourneaux ils s’affament l’vn l’autre.</div>
-<div class="verse i1">Cepandant sans souliers, ceinture, ny cordon,</div>
-<div class="verse">L’œil farouche, &amp; troublé, l’esprit à l’abandon,</div>
-<div class="verse">Vous viennent acoster comme personnes yures,</div>
-<div class="verse">Et disent pour bon-iour, Monsieur ie fais des liures,</div>
-<div class="verse">On les vent au Palais, &amp; les doctes du tans</div>
-<div class="verse">A les lire amusez, n’ont autre passetans.</div>
-<div class="verse i1">De là sans vous laisser importuns ils vous suiuent,</div>
-<div class="verse">Vous alourdent de vers, d’alaigresse vous priuent,</div>
-<div class="verse">Vous parlent de fortune, &amp; qu’il faut acquerir</div>
-<div class="verse">Du credit, de l’honneur, auant que de mourir,</div>
-<div class="verse">Mais que pour leur respect l’ingrat siecle où nous sommes,</div>
-<div class="verse" id="p18v18">Au pris de la vertu n’estime point les hommes ;</div>
-<div class="verse">Que Ronsard, du Bellay viuants ont eu du bien,</div>
-<div class="verse">Et que c’est honte au Roy de ne leur donner rien,</div>
-<div class="verse">Puis sans qu’on les conuie ainsi que venerables,</div>
-<div class="verse" id="p18v22">S’assiessent en Prelats les premiers à vos tables,</div>
-<div class="verse">Où le caquet leur manque, &amp; des dents discourant,</div>
-<div class="verse" id="p18v24">Semblent auoir des yeux regret au demourant.</div>
-<div class="verse i1">Or la table leuée ils curent la machoire :</div>
-<div class="verse">Apres graces Dieu beut, ils demandent à boire,</div>
-<div class="verse">Vous font vn sot discours, puis au partir de là,</div>
-<div class="verse">Vous disent, mais Monsieur, me donnez vous cela ?</div>
-<div class="verse">C’est tousiours le refrein qu’ils font à leur balade.</div>
-<div class="verse">Pour moy ie n’en voy point que ie n’en sois malade.</div>
-<div class="verse">I’en perds le sentiment du corps tout mutilé,</div>
-<div class="verse">Et durant quelques iours i’en demeure opilé.</div>
-<div class="verse i1">Vn autre renfroingné, resueur, melancolique,</div>
-<div class="verse">Grimassant son discours semble auoir la colique,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p19">-19-</span>Suant, crachant, toussant, pensant venir au point :</div>
-<div class="verse">Parle si finement que l’on ne l’entend point.</div>
-<div class="verse i1">Vn autre ambitieux pour les vers qu’il compose,</div>
-<div class="verse">Quelque bon benefice en l’esprit se propose,</div>
-<div class="verse">Et dessus vn cheual, comme vn singe attaché</div>
-<div class="verse" id="p19v6">Meditant vn sonnet, medite vne Euesché.</div>
-<div class="verse i1">Si quelqu’vn comme moy leurs ouurages n’estime,</div>
-<div class="verse">Il est lourd, ignorant, il n’ayme point la rime,</div>
-<div class="verse">Difficille, hargneux, de leur vertu ialoux,</div>
-<div class="verse">Contraire en iugement au commun bruit de tous,</div>
-<div class="verse">Que leur gloire il derobe, auecq’ ses artifices.</div>
-<div class="verse">Les Dames cependant se fondent en delices</div>
-<div class="verse">Lisant leurs beaux escrits, &amp; de iour &amp; de nuit</div>
-<div class="verse">Les ont au cabinet sous le cheuet du lict,</div>
-<div class="verse">Que portez à l’Eglise ils valent des matines,</div>
-<div class="verse">Tant selon leurs discours leurs œuures sont diuines.</div>
-<div class="verse i1">Encore apres cela ils sont enfants des Cieux,</div>
-<div class="verse">Ils font iournellement carousse auecq’ les Dieux :</div>
-<div class="verse">Compagnons de Minerue, &amp; confis en science,</div>
-<div class="verse">Vn chacun d’eux pense estre vne lumiere en France.</div>
-<div class="verse i1">Ronsard fay-m’en raison, &amp; vous autres esprits</div>
-<div class="verse">Que pour estre viuans en mes vers ie n’escris,</div>
-<div class="verse">Pouuez vous endurer que ces rauques Cygalles</div>
-<div class="verse">Egallent leurs chansons à voz œuures Royalles,</div>
-<div class="verse">Ayant vostre beau nom lachement dementy ?</div>
-<div class="verse">Ha ! c’est que nostre siecle est en tout peruerty :</div>
-<div class="verse" id="p19v27">Mais pourtant quelque esprit entre tant d’insolence</div>
-<div class="verse" id="p19v28">Sçait trier le sçauoir d’auecque l’ignorance,</div>
-<div class="verse">Le naturel de l’art, &amp; d’vn œil auisé</div>
-<div class="verse">Voit qui de Calliope est plus fauorisé.</div>
-<div class="verse i1">Iuste postérité à tesmoing ie t’apelle,</div>
-<div class="verse">Toy qui sans passion, maintiens l’œuure immortelle,</div>
-<div class="verse">Et qui selon l’esprit, la grace &amp; le sçauoir,</div>
-<div class="verse" id="p19v34">De race en race au peuple vn ouurage fais voir,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p20">-20-</span>Vange ceste querelle, &amp; iustement separe</div>
-<div class="verse">Du Cigne d’Apollon la corneille barbare</div>
-<div class="verse">Qui croassant par tout d’vn orgueil effronté</div>
-<div class="verse" id="p20v4">Ne couche de rien moins que l’immortalité.</div>
-<div class="verse i1">Mais Comte que sert-il d’en entrer en colere ?</div>
-<div class="verse">Puisque le tans le veut nous n’y pouuons rien faire,</div>
-<div class="verse">Il faut rire de tout, aussi bien ne peut-on</div>
-<div class="verse">Changer chose en Virgile, ou bien l’autre en Platon.</div>
-<div class="verse i1">Quel plaisir penses-tu, que dans l’ame ie sente,</div>
-<div class="verse">Quand l’vn de ceste troupe en audace insolente,</div>
-<div class="verse">Vient à Vanues à pied, pour grimper au coupeau</div>
-<div class="verse">Du Parnasse François, &amp; boire de son eau,</div>
-<div class="verse">Que froidement reçeu, on l’escoute à grand peine,</div>
-<div class="verse">Que la Muse en groignant luy deffend sa fontaine,</div>
-<div class="verse">Et se bouchant l’oreille au reçit de ses vers,</div>
-<div class="verse">Tourne les yeux à gauche, &amp; les lit de trauers,</div>
-<div class="verse">Et pour fruit de sa peine aux grands vens dispersée,</div>
-<div class="verse" id="p20v18">Tous ses papiers seruir à la chaire percée ?</div>
-<div class="verse i1">Mais comme eux ie suis Pœte, &amp; sans discretion</div>
-<div class="verse">Ie deuiens importun auecq’ presomption.</div>
-<div class="verse i1">Il faut que la raison retienne le caprice,</div>
-<div class="verse">Et que mon vers ne soit qu’ainsi qu’vn exercice,</div>
-<div class="verse">Qui par le iugement doit estre limité</div>
-<div class="verse" id="p20v24">Selon que le requiert ou l’age, ou la santé.</div>
-<div class="verse i1">Ie ne sçay quel Demon m’a fait deuenir Pœte :</div>
-<div class="verse" id="p20v26">Ie n’ay comme ce Grecq des Dieux grand interprete</div>
-<div class="verse">Dormy sur Helicon, où ces doctes mignons</div>
-<div class="verse">Naissent en vne nuict comme les champignons,</div>
-<div class="verse">Si ce n’est que ces iours allant à l’auanture</div>
-<div class="verse" id="p20v30">Resuant comme vn oyson qu’on mene à la pature,</div>
-<div class="verse">A Vanues i’arriuay, où suiuant maint discours,</div>
-<div class="verse">On me fit au iardin faire cinq ou six tours,</div>
-<div class="verse">Et comme vn Conclauiste entre dans le conclaue,</div>
-<div class="verse">Le sommelier me prit, &amp; m’enferme en la caue,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p21">-21-</span>Où beuuant, &amp; mangeant ie fis mon coup d’essay,</div>
-<div class="verse">Et où si ie sçay rien, i’apris ce que ie sçay.</div>
-<div class="verse i1">Voyla ce qui m’a fait &amp; Poëte, &amp; Satyrique,</div>
-<div class="verse">Reglant la medisance à la façon antique.</div>
-<div class="verse">Mais à ce que ie voy sympatisant d’humeur,</div>
-<div class="verse">I’ay peur que tout à fait ie deuiendray rimeur,</div>
-<div class="verse">I’entre sur ma loüange, &amp; bouffi d’arrogance,</div>
-<div class="verse">Si ie n’en ay l’esprit i’en auray l’insolence.</div>
-<div class="verse" id="p21v9">Mais retournons à nous, &amp; sages deuenus</div>
-<div class="verse">Soyons à leurs depens vn peu plus retenus.</div>
-<div class="verse i1">Or Comte, pour finir ly doncq’ ceste Satyre,</div>
-<div class="verse">Et voy ceux de ce temps que ie pince sans rire,</div>
-<div class="verse">Pendant qu’à ce printemps retournant à la cour</div>
-<div class="verse">I’iray reuoir mon maistre, &amp; luy dire bon iour.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl4.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p22">-22-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b3.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c5" title="Satyre III. A Monsieur le Marquis de C[oe]uures"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur le Marquis de Cœuures.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre III.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Marquis, que doy-ie faire en ceste incertitude ?</div>
-<div class="verse">Doy-ie las de courir me remettre à l’estude,</div>
-<div class="verse">Lire Homere, Aristote, &amp; disciple nouueau</div>
-<div class="verse">Glaner ce que les Greqs ont de riche, &amp; de beau,</div>
-<div class="verse">Reste de ces moissons que Ronsard, &amp; Desportes,</div>
-<div class="verse">Ont remporté du champ sur leurs espaules fortes,</div>
-<div class="verse">Qu’ils ont comme leur propre en leur grange entassé,</div>
-<div class="verse">Egallant leurs honneurs aux honneurs du passé ?</div>
-<div class="verse">Ou si continuant à courtiser mon maistre,</div>
-<div class="verse">Ie me doy iusqu’au bout d’esperance repaistre,</div>
-<div class="verse">Courtisan morfondu, frenetique, &amp; resueur,</div>
-<div class="verse">Portrait de la disgrace, &amp; de la defaueur,</div>
-<div class="verse">Puis sans auoir du bien, troublé de resuerie</div>
-<div class="verse">Mourir dessus vn coffre en vne hostellerie,</div>
-<div class="verse">En Toscane, en Sauoye, ou dans quelque autre lieu,</div>
-<div class="verse">Sans pouuoir faire paix, ou trefue auecques Dieu.</div>
-<div class="verse">Sans parler ie t’entends il faut suiure l’orage,</div>
-<div class="verse">Aussi bien on ne peut où choisir auantage.</div>
-<div class="verse">Nous viuons à tatons, &amp; dans ce monde icy</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p23">-23-</span>Souuent auecq’ trauail on poursuit du soucy :</div>
-<div class="verse">Car les Dieux couroucéz contre la race humaine</div>
-<div class="verse">Ont mis auecq’ les biens la sueur, &amp; la paine.</div>
-<div class="verse">Le monde est vn berlan où tout est confondu :</div>
-<div class="verse">Tel pense auoir gaigné qui souuent a perdu</div>
-<div class="verse">Ainsi qu’en vne blanque où par hazard on tire,</div>
-<div class="verse">Et qui voudroit choisir souuent prendroit le pire.</div>
-<div class="verse">Tout depend du Destin, qui sans auoir esgard</div>
-<div class="verse">Les faueurs, &amp; les biens, en ce monde depart.</div>
-<div class="verse i1">Mais puis qu’il est ainsi que le sort nous emporte,</div>
-<div class="verse">Qui voudroit se bander contre vne loy si forte ?</div>
-<div class="verse">Suiuons doncq’ sa conduite en cest aueuglement.</div>
-<div class="verse">Qui peche auecq’ le ciel peche honorablement.</div>
-<div class="verse">Car penser s’affranchir c’est vne resuerie,</div>
-<div class="verse">La liberté par songe en la terre est cherie :</div>
-<div class="verse">Rien n’est libre en ce monde &amp; chaque homme depend</div>
-<div class="verse">Comtes, Princes, Sultans, de quelque autre plus grand.</div>
-<div class="verse">Tous les hommes viuans sont icy bas esclaues</div>
-<div class="verse">Mais suiuant ce qu’ils sont ils diferent d’entraues,</div>
-<div class="verse">Les vns les portent d’or, &amp; les autres de fer :</div>
-<div class="verse">Mais n’en deplaise aux vieux, ny leur Philosopher</div>
-<div class="verse">Ny tant de beaux escrits qu’on lit en leurs escoles</div>
-<div class="verse">Pour s’affranchir l’esprit ne sont que des paroles.</div>
-<div class="verse i1">Au ioug nous sommes nez &amp; n’a iamais esté</div>
-<div class="verse">Homme qu’on ayt vu viure en plaine liberté.</div>
-<div class="verse i1">En vain me retirant enclos en vne estude</div>
-<div class="verse">Penseroy-ie laisser le ioug de seruitude,</div>
-<div class="verse" id="p23v28">Estant serf du desir d’aprendre, &amp; de sçauoir,</div>
-<div class="verse">Ie ne ferois sinon que changer de deuoir.</div>
-<div class="verse">C’est l’arrest de nature, &amp; personne en ce monde</div>
-<div class="verse">Ne sçauroit controler sa sagesse profonde.</div>
-<div class="verse i1">Puis que peut il seruir aux mortels icy bas,</div>
-<div class="verse">Marquis, d’estre sçauant, ou de ne l’estre pas ?</div>
-<div class="verse" id="p23v34">Si la science pauure, affreuse est mesprisée,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p24">-24-</span>Sert au peuple de fable, aux plus grands de risée ;</div>
-<div class="verse">Si les gens de Latin des sots sont denigrez</div>
-<div class="verse" id="p24v3">Et si lon nest docteur sans prendre ses degrés.</div>
-<div class="verse">Pourueu qu’on soit morguant, qu’on bride sa moustache,</div>
-<div class="verse">Qu’on frise ses cheueux, qu’on porte vn grand pannache,</div>
-<div class="verse">Qu’on parle baragouin, &amp; qu’on suiue le vent :</div>
-<div class="verse">En ce temps du iourd’huy lon n’est que trop sçauant.</div>
-<div class="verse i1">Du siecle les mignons, fils de la poule blanche</div>
-<div class="verse">Ils tiennent à leur gré la fortune en la manche,</div>
-<div class="verse" id="p24v10">En credit esleuez ils disposent de tout,</div>
-<div class="verse">Et n’entreprennent rien qu’ils n’en viennent à bout.</div>
-<div class="verse">Mais quoy, me diras tu, il t’en faut autant faire,</div>
-<div class="verse">Qui ose a peu souuent la fortune contraire :</div>
-<div class="verse">Importune le Louure, &amp; de iour, &amp; de nuict</div>
-<div class="verse">Perds pour t’assugetir &amp; la table, &amp; le lict :</div>
-<div class="verse">Sois entrant, effronté, &amp; sans cesse importune :</div>
-<div class="verse">En ce temps l’impudance eleue la fortune.</div>
-<div class="verse i1">Il est vray, mais pourtant ie ne suis point d’auis</div>
-<div class="verse">De degager mes iours pour les rendre asseruis,</div>
-<div class="verse">Et sous vn nouuel Astre aller nouueau pilote</div>
-<div class="verse">Conduire en autre mer, mon nauire qui flote,</div>
-<div class="verse" id="p24v22">Entre l’espoir du bien, &amp; la peur du danger</div>
-<div class="verse">De froisser mon attente, en ce bord estranger.</div>
-<div class="verse i1">Car pour dire le vray c’est vn pays estrange,</div>
-<div class="verse">Où comme vn vray Prothée à toute heure on se change,</div>
-<div class="verse">Où les loys par respect sages humainnement,</div>
-<div class="verse">Confondent le loyer auecq’ le chastiment,</div>
-<div class="verse">Et pour vn mesme fait de mesme intelligence</div>
-<div class="verse">L’vn est iusticié, l’autre aura recompence.</div>
-<div class="verse i1">Car selon l’interest, le credit, ou l’apuy</div>
-<div class="verse">Le crime se condamne, &amp; s’absout auiourd’huy.</div>
-<div class="verse">Ie le dy sans confondre en ces aigres remarques</div>
-<div class="verse">La clemence du Roy, le miroir des Monarques,</div>
-<div class="verse">Qui plus grand de vertu, de cœur, &amp; de renom,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p25">-25-</span>S’est acquis de Clement, &amp; la gloire &amp; le nom.</div>
-<div class="verse i1">Or quant à ton conseil qu’à la cour ie m’engage,</div>
-<div class="verse">Ie n’en ay pas l’esprit, non plus que le courage.</div>
-<div class="verse">Il faut trop de sçauoir, &amp; de ciuilité,</div>
-<div class="verse">Et si i’ose en parler trop de subtilité,</div>
-<div class="verse">Ce n’est pas mon humeur, ie suis melancolique,</div>
-<div class="verse">Ie ne suis point entrant, ma façon est rustique,</div>
-<div class="verse" id="p25v8">Et le surnom de bon me va t’on reprochant,</div>
-<div class="verse">Dautant que ie n’ay pas l’esprit d’estre meschant.</div>
-<div class="verse i1">Et puis ie ne sçaurois me forcer ny me faindre,</div>
-<div class="verse">Trop libre en volonté ie ne me puis contraindre,</div>
-<div class="verse">Ie ne sçaurois flater, &amp; ne sçay point comment</div>
-<div class="verse">Il faut se taire acort, ou parler faucement,</div>
-<div class="verse">Benir les fauoris de geste, &amp; de parolles,</div>
-<div class="verse">Parler de leurs ayeux, au iour de Cerizolles,</div>
-<div class="verse">Des hauts faicts de leur race, &amp; comme ils ont acquis</div>
-<div class="verse">Ce titre auecq’ honneur de Ducs, &amp; de Marquis.</div>
-<div class="verse i1">Ie n’ay point tant d’esprit pour tant de menterie :</div>
-<div class="verse">Ie ne puis m’adonner à la cageollerie,</div>
-<div class="verse">Selon les accidens, les humeurs ou les iours,</div>
-<div class="verse">Changer comme d’habits tous les mois de discours.</div>
-<div class="verse">Suiuant mon naturel ie hay tout artifice,</div>
-<div class="verse">Ie ne puis deguiser la vertu, ny le vice,</div>
-<div class="verse" id="p25v24">Offrir tout de la bouche, &amp; d’vn propos menteur,</div>
-<div class="verse">Dire pardieu Monsieur ie vous suis seruiteur,</div>
-<div class="verse">Pour cent <span lang="la" xml:lang="la">bonadies</span> s’arrester en la ruë,</div>
-<div class="verse">Faire sus l’vn des pieds en la sale la gruë,</div>
-<div class="verse">Entendre vn mariollet qui dit auecq’ mespris</div>
-<div class="verse" id="p25v29">Ainsi qu’asnes ces gens sont tout vestus de gris,</div>
-<div class="verse">Ces autres verdelets aux peroquets ressemblent,</div>
-<div class="verse">Et ceux-cy mal peignez deuant les Dames tremblent,</div>
-<div class="verse">Puis au partir de là comme tourne le vent</div>
-<div class="verse">Auecques vn bon iour amys comme deuant.</div>
-<div class="verse i1">Ie n’entends point le cours du Ciel, ny des planetes,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p26">-26-</span>Ie ne sçay deuiner les affaires secretes,</div>
-<div class="verse">Cognoistre vn bon visage, &amp; iuger si le cœur</div>
-<div class="verse">Contraire à ce qu’on voit ne seroit point moqueur.</div>
-<div class="verse i1">De porter vn poullet ie n’ay la suffisance,</div>
-<div class="verse">Ie ne suis point adroit, ie n’ay point d’eloquence</div>
-<div class="verse">Pour colorer vn faict, ou detourner la foy,</div>
-<div class="verse">Prouuer qu’vn grand amour n’est suiect à la loy,</div>
-<div class="verse">Suborner par discours vne femme coquette,</div>
-<div class="verse">Luy conter des chansons de Ieanne, &amp; de Paquette,</div>
-<div class="verse">Desbaucher vne fille, &amp; par viues raisons</div>
-<div class="verse">Luy monstrer comme Amour faict les bonnes maisons,</div>
-<div class="verse">Les maintient, les esleue, &amp; propice aux plus belles</div>
-<div class="verse">En honneur les auance, &amp; les faict Damoyselles,</div>
-<div class="verse">Que c’est pour leurs beaux nez que se font les ballets,</div>
-<div class="verse">Qu’elles sont le suiect des vers, &amp; des poulets,</div>
-<div class="verse">Que leur nom retentit dans les airs que lon chante,</div>
-<div class="verse">Qu’elles ont à leur suite vne troupe beante</div>
-<div class="verse">De langoureux transis, &amp; pour le faire court</div>
-<div class="verse">Dire qu’il n’est rien tel qu’aymer les gens de court</div>
-<div class="verse">Aleguant maint exemple en ce siecle où nous sommes,</div>
-<div class="verse">Qu’il n’est rien si facile à prendre que les hommes,</div>
-<div class="verse">Et qu’on ne s’enquiert plus s’elle a faict le pourquoy,</div>
-<div class="verse">Pourueu qu’elle soit riche, &amp; qu’elle ayt bien de quoy.</div>
-<div class="verse">Quand elle auroit suiuy le camp à la Rochelle</div>
-<div class="verse">S’elle a force ducats elle est toute pucelle.</div>
-<div class="verse">L’honneur estropié, languissant, &amp; perclus,</div>
-<div class="verse" id="p26v27">N’est plus rien qu’vne idolle en qui lon ne croit plus.</div>
-<div class="verse i1">Or pour dire cecy il faut force mistere,</div>
-<div class="verse">Et de mal discourir il vaut bien mieux se taire.</div>
-<div class="verse">Il est vray que ceux là qui n’ont pas tant d’esprit</div>
-<div class="verse">Peuuent mettre en papier leur dire par escrit,</div>
-<div class="verse">Et rendre par leurs vers, leur Muse maquerelle ;</div>
-<div class="verse">Mais pour dire le vray ie n’en ay la ceruelle.</div>
-<div class="verse i1" id="p26v34">Il faut estre trop pront, escrire à tous propos,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p27">-27-</span>Perdre pour vn sonnet &amp; sommeil, &amp; repos.</div>
-<div class="verse">Puis ma muse est trop chaste, &amp; i’ay trop de courage,</div>
-<div class="verse">Et ne puis pour autruy façonner vn ouurage.</div>
-<div class="verse">Pour moy i’ay de la court autant comme il m’en fault :</div>
-<div class="verse">Le vol de mon dessein ne s’estend point si haut :</div>
-<div class="verse">De peu ie suis content, encore que mon maistre</div>
-<div class="verse">S’il luy plaisoit vn iour mon trauail recongnoistre</div>
-<div class="verse">Peut autant qu’autre Prince, &amp; a trop de moyen</div>
-<div class="verse">D’eleuer ma fortune &amp; me faire du bien,</div>
-<div class="verse">Ainsy que sa Nature à la vertu facille</div>
-<div class="verse">Promet que mon labeur ne doit estre inutille,</div>
-<div class="verse">Et qu’il doit quelque iour mal-gré le sort cuisant</div>
-<div class="verse">Mon seruice honorer d’vn honneste presant,</div>
-<div class="verse">Honneste, &amp; conuenable à ma basse fortune,</div>
-<div class="verse">Qui n’abaye, &amp; n’aspire ainsy que la commune</div>
-<div class="verse">Apres l’or du Perou, ny ne tend aux honneurs,</div>
-<div class="verse">Que Rome departit aux vertuz des Seigneurs.</div>
-<div class="verse i1">Que me sert de m’asseoir le premier à la table,</div>
-<div class="verse">Si la fain d’en auoir me rend insatiable ?</div>
-<div class="verse">Et si le fais leger d’vne double Euesché</div>
-<div class="verse">Me rendant moins contant me rend plus empesché ?</div>
-<div class="verse">Si la gloire, &amp; la charge à la peine adonnée</div>
-<div class="verse">Rend sous l’ambition mon ame infortunée ?</div>
-<div class="verse">Et quand la seruitude a pris l’homme au collet</div>
-<div class="verse">I’estime que le Prince est moins que son valet.</div>
-<div class="verse">C’est pourquoy ie ne tends à fortune si grande :</div>
-<div class="verse">Loing de l’ambition, la raison me commande :</div>
-<div class="verse">Et ne pretends auoir autre chose sinon</div>
-<div class="verse">Qu’vn simple benefice, &amp; quelque peu de nom ;</div>
-<div class="verse">Affin de pouuoir viure, auecq’ quelque asseurance,</div>
-<div class="verse">Et de m’oster mon bien que lon ait conscience.</div>
-<div class="verse i1">Alors vrayement heureux les liures feuilletant</div>
-<div class="verse">Ie rendrois mon desir, &amp; mon esprit contant.</div>
-<div class="verse">Car sans le reuenu l’estude nous abuse,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p28">-28-</span>Et le corps ne se paist aux banquets de la muse.</div>
-<div class="verse">Ses mets sont de sçauoir discourir par raison,</div>
-<div class="verse">Comme l’ame se meut vn tans en sa prison,</div>
-<div class="verse">Et comme deliurée elle monte diuine</div>
-<div class="verse">Au Ciel lieu de son estre, &amp; de son origine,</div>
-<div class="verse">Comme le Ciel mobile eternel en son cours</div>
-<div class="verse">Fait les siecles, les ans, &amp; les mois, &amp; les iours,</div>
-<div class="verse">Comme aux quatre elemens les matieres encloses,</div>
-<div class="verse">Donnent comme la mort la vie à toutes choses,</div>
-<div class="verse">Comme premierement les hommes dispercez,</div>
-<div class="verse">Furent par l’armonie, en troupes amassez,</div>
-<div class="verse">Et comme la malice en leur ame glissée,</div>
-<div class="verse">Troubla de noz ayeux l’innocente pensée,</div>
-<div class="verse">D’où naquirent les loys, les bourgs, &amp; les citez,</div>
-<div class="verse">Pour seruir de gourmete à leurs mechancetez,</div>
-<div class="verse">Comme ils furent en fin reduis sous vn Empire,</div>
-<div class="verse">Et beaucoup d’autres plats qui seroient longs à dire,</div>
-<div class="verse">Et quand on en sçauroit ce que Platon en sçait,</div>
-<div class="verse">Marquis tu n’en serois plus gras, ny plus refaict,</div>
-<div class="verse">Car c’est vne viande en esprit consommée,</div>
-<div class="verse">Legere à l’estomac, ainsi que la fumée.</div>
-<div class="verse i1">Sçais tu pour sçauoir bien, ce qu’il nous faut sçauoir ?</div>
-<div class="verse">C’est s’affiner le goust de cognoistre, &amp; de voir,</div>
-<div class="verse">Aprendre dans le monde, &amp; lire dans la vie</div>
-<div class="verse">D’autres secrets plus fins que de Philosophie,</div>
-<div class="verse">Et qu’auecq’ la science il faut vn bon esprit.</div>
-<div class="verse i1">Or entends à ce point ce qu’vn Greq’ en escrit,</div>
-<div class="verse">Iadis vn loup dit-il, que la fain epoinçonne</div>
-<div class="verse">Sortant hors de son fort rencontre vne lionne</div>
-<div class="verse">Rugissante à l’abord, &amp; qui montroit aux dens</div>
-<div class="verse">L’insatiable fain qu’elle auoit au dedans :</div>
-<div class="verse">Furieuse elle aproche, &amp; le loup qui l’auise,</div>
-<div class="verse">D’vn langage flateur luy parle, &amp; la courtise :</div>
-<div class="verse">Car ce fut de tout tans que ployant sous l’effort,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p29">-29-</span>Le petit cede au grand, &amp; le foible au plus fort.</div>
-<div class="verse i1">Luy di-ie, qui craignoit que faute d’autre proye,</div>
-<div class="verse">La beste l’attaquast, ses ruses il employe.</div>
-<div class="verse">Mais en fin le hazard si bien le secourut,</div>
-<div class="verse">Qu’vn mulet gros, &amp; gras à leurs yeux aparut ;</div>
-<div class="verse">Ils cheminent dispos croyant la table preste,</div>
-<div class="verse">Et s’aprochent tous deux assez pres de la beste,</div>
-<div class="verse">Le loup qui la congnoist, malin, &amp; deffiant,</div>
-<div class="verse">Luy regardant aux pieds luy parloit en riant :</div>
-<div class="verse">D’où es-tu ? qui es-tu ? quelle est ta nouriture ?</div>
-<div class="verse">Ta race, ta maison, ton maistre, ta nature ?</div>
-<div class="verse">Le mulet estonné de ce nouueau discours</div>
-<div class="verse">De peur ingenieux, aux ruses eut recours,</div>
-<div class="verse">Et comme les Normans sans luy repondre voire,</div>
-<div class="verse" id="p29v15">Compere, ce dit-il, ie n’ay point de memoire,</div>
-<div class="verse">Et comme sans esprit ma grand mere me vit,</div>
-<div class="verse">Sans m’en dire autre chose au pied me l’escriuit.</div>
-<div class="verse i1">Lors il leue la iambe au iaret ramassée,</div>
-<div class="verse" id="p29v19">Et d’vn œil innocent il couuroit sa pensée,</div>
-<div class="verse">Se tenant suspendu sur les pieds en auant :</div>
-<div class="verse">Le loup qui l’aperçoit se leue de deuant,</div>
-<div class="verse">S’excusant de ne lire auecq’ ceste parolle,</div>
-<div class="verse">Que les loups de son tans n’alloient point à l’ecolle :</div>
-<div class="verse">Quand la chaude lionne à qui l’ardante fain</div>
-<div class="verse">Alloit precipitant la rage, &amp; le dessein,</div>
-<div class="verse">S’aproche plus sçauante en volonté de lire,</div>
-<div class="verse">Le mulet prend le tans, &amp; du grand coup qu’il tire</div>
-<div class="verse">Luy enfonce la teste, &amp; d’vne autre façon,</div>
-<div class="verse">Quelle ne sçauoit point luy aprit sa leçon.</div>
-<div class="verse i1">Alors le loup s’enfuit voyant la beste morte,</div>
-<div class="verse">Et de son ignorance ainsi se reconforte :</div>
-<div class="verse" id="p29v32">N’en deplaise aux Docteurs, Cordeliers, Iacopins,</div>
-<div class="verse">Pardieu les plus grands clers ne sont pas les plus fins.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p30">-30-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b4.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c6" title="Satyre IIII. A M. Motin"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur Motin.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre IIII.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Motin la Muse est morte, ou la faueur pour elle :</div>
-<div class="verse">En vain dessus Parnasse Apollon on apelle,</div>
-<div class="verse">En vain par le veiller on acquiert du sçauoir,</div>
-<div class="verse">Si fortune s’en mocque, &amp; s’on ne peut auoir</div>
-<div class="verse">Ny honneur, ny credit, non plus que si noz paines</div>
-<div class="verse">Estoient fables du peuple inutiles, &amp; vaines.</div>
-<div class="verse i1">Or va romps toy la teste, &amp; de iour &amp; de nuict,</div>
-<div class="verse">Pallis dessus vn liure à l’apetit d’vn bruit</div>
-<div class="verse">Qui nous honore apres que nous sommes sous terre,</div>
-<div class="verse">Et de te voir paré de trois brins de lierre,</div>
-<div class="verse">Comme s’il importoit estans ombres là bas,</div>
-<div class="verse">Que nostre nom vescust ou qu’il ne vescust pas,</div>
-<div class="verse">Honneur hors de saison, inutile merite</div>
-<div class="verse" id="p30v14">Qui viuans nous trahit, &amp; qui morts nous profite.</div>
-<div class="verse">Sans soing de l’auenir ie te laisse le bien</div>
-<div class="verse">Qui vient à contrepoil alors qu’on ne sent rien,</div>
-<div class="verse">Puis que viuant icy de nous on ne faict conte,</div>
-<div class="verse">Et que nostre vertu engendre nostre honte.</div>
-<div class="verse i1">Doncq’ par d’autres moyens à la court familiers,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p31">-31-</span>Par vice, ou par vertu acquerons des lauriers,</div>
-<div class="verse" id="p31v2">Puis qu’en ce monde icy on n’en faict differance,</div>
-<div class="verse">Et que souuent par l’vn l’autre se recompense.</div>
-<div class="verse">Aprenons à mentir, mais d’vne autre façon</div>
-<div class="verse">Que ne fait Caliope ombrageant sa chanson</div>
-<div class="verse">Du voille d’vne fable, afin que son mistere</div>
-<div class="verse">Ne soit ouuert à tous, ny congneu du vulguaire.</div>
-<div class="verse i1">Aprenons à mentir, noz propos deguiser,</div>
-<div class="verse">A trahir noz amys, noz ennemis baiser,</div>
-<div class="verse">Faire la court aux grands, &amp; dans leurs antichambres,</div>
-<div class="verse">Le chapeau dans la main, nous tenir sur noz membres,</div>
-<div class="verse">Sans oser ny cracher, ny toussir, ny s’asseoir,</div>
-<div class="verse">Et nous couchant au iour, leur donner le bon soir.</div>
-<div class="verse i1">Car puis que la fortune aueuglement dispose</div>
-<div class="verse" id="p31v15">De tout, peut estre en fin aurons nous quelque chose</div>
-<div class="verse">Qui pourra destourner l’ingrate aduersité,</div>
-<div class="verse">Par vn bien incertain à tatons debité,</div>
-<div class="verse">Comme ces courtisans qui s’en faisant acroire,</div>
-<div class="verse" id="p31v19">N’ont point d’autre vertu, sinon de dire voire.</div>
-<div class="verse i1">Or laissons doncq’ la Muse, Apollon, &amp; ses vers,</div>
-<div class="verse">Laissons le lut, la lyre, &amp; ces outils diuers,</div>
-<div class="verse">Dont Apollon nous flatte, ingrate frenesie,</div>
-<div class="verse" id="p31v23">Puis que pauure &amp; quémande on voit la poësie,</div>
-<div class="verse">Où i’ai par tant de nuits mon trauail occupé :</div>
-<div class="verse">Mais quoy ie te pardonne, &amp; si tu m’as trompé</div>
-<div class="verse">La honte en soit au siecle, où viuant d’age en age</div>
-<div class="verse">Mon exemple rendra quelque autre esprit plus sage.</div>
-<div class="verse i1">Mais pour moy mon amy ie suis fort mal payé</div>
-<div class="verse">D’auoir suiuy cet’ art, si i’eusse estudié,</div>
-<div class="verse">Ieune laborieux sur vn bancq à l’escolle,</div>
-<div class="verse">Gallien, Hipocrate, ou Iason, ou Bartolle,</div>
-<div class="verse">Vne cornete au col debout dans vn parquet,</div>
-<div class="verse">A tort &amp; à trauers ie vendrois mon caquet,</div>
-<div class="verse">Ou bien tastant le poulx, le ventre &amp; la poitrine,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p32">-32-</span>I’aurois vn beau teston pour iuger d’vne vrine,</div>
-<div class="verse">Et me prenant au nez loucher dans vn bassin</div>
-<div class="verse">Des ragous qu’vn malade offre à son Medecin,</div>
-<div class="verse">En dire mon aduis, former vne ordonnance,</div>
-<div class="verse">D’vn rechape s’il peut, puis d’vne reuerence,</div>
-<div class="verse">Contrefaire l’honneste, &amp; quand viendroit au point,</div>
-<div class="verse">Dire en serrant la main, Dame il n’en falloit point.</div>
-<div class="verse i1">Il est vray que le Ciel qui me regarda naistre,</div>
-<div class="verse">S’est de mon iugement tousiours rendu le maistre,</div>
-<div class="verse">Et bien que ieune enfant mon Pere me tançast,</div>
-<div class="verse">Et de verges souuent mes chançons menaçast,</div>
-<div class="verse">Me disant de depit, &amp; bouffy de colere,</div>
-<div class="verse">Badin quitte ces vers, &amp; que penses-tu faire ?</div>
-<div class="verse">La Muse est inutile, &amp; si ton oncle a sçeu</div>
-<div class="verse" id="p32v15">S’auancer par cet art tu t’y verras deçeu.</div>
-<div class="verse i1">Vn mesme Astre tousiours n’eclaire en ceste terre :</div>
-<div class="verse">Mars tout ardant de feu nous menace de guerre,</div>
-<div class="verse">Tout le monde fremit, &amp; ces grands mouuemens</div>
-<div class="verse">Couuent en leurs fureurs de piteux changemens.</div>
-<div class="verse i1">Pense-tu que le lut, &amp; la lyre des Poëtes</div>
-<div class="verse" id="p32v21">S’acorde d’armonie auecques les trompettes,</div>
-<div class="verse">Les fiffres, les tambours, le canon, &amp; le fer,</div>
-<div class="verse">Concert extrauagant des musiques d’enfer ?</div>
-<div class="verse i1">Toute chose a son regne, &amp; dans quelques années,</div>
-<div class="verse" id="p32v25">D’vn autre œil nous verrons les fieres destinées.</div>
-<div class="verse i1">Les plus grands de ton tans dans le sang aguerris,</div>
-<div class="verse">Comme en Trace seront brutalement nourris,</div>
-<div class="verse">Qui rudes n’aymeront la lyre de la Muse,</div>
-<div class="verse">Non plus qu’vne vielle ou qu’vne cornemuse.</div>
-<div class="verse">Laisse donc ce métier &amp; sage prens le soing</div>
-<div class="verse">De t’acquerir vn art qui te serue au besoing.</div>
-<div class="verse i1">Ie ne sçay mon amy par quelle prescience,</div>
-<div class="verse">Il eut de noz Destins si claire congnoissance,</div>
-<div class="verse">Mais pour moy ie sçay bien que sans en faire cas,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p33">-33-</span>Ie mesprisois son dire, &amp; ne le croyois pas,</div>
-<div class="verse">Bien que mon bon Démon souuent me dist le mesme :</div>
-<div class="verse">Mais quand la passion en nous est si extreme,</div>
-<div class="verse">Les aduertissemens n’ont ny force ny lieu :</div>
-<div class="verse">Et l’homme croit à peine aux parolles d’vn Dieu.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi me tançoit-il d’vne parolle emeuë.</div>
-<div class="verse">Mais comme en se tournant ie le perdoy de veuë</div>
-<div class="verse">Ie perdy la memoire auecques ses discours,</div>
-<div class="verse">Et resueur m’esgaray tout seul par les destours</div>
-<div class="verse">Des Antres &amp; des Bois affreux &amp; solitaires,</div>
-<div class="verse">Où la Muse en dormant m’enseignoit ses misteres,</div>
-<div class="verse">M’aprenoit des secrets &amp; m’echaufant le sein,</div>
-<div class="verse">De gloire &amp; de renom releuoit mon dessein.</div>
-<div class="verse">Inutile science, ingrate, &amp; mesprisée,</div>
-<div class="verse" id="p33v15">Qui sert de fable au peuple, aux plus grands de risée.</div>
-<div class="verse i1">Encor’ seroit ce peu si sans estre auancé,</div>
-<div class="verse">Lon auoit en cet art son age depencé,</div>
-<div class="verse">Apres vn vain honneur que le tans nous refuse,</div>
-<div class="verse">Si moins qu’vne Putain l’on n’estimoit la Muse.</div>
-<div class="verse">Eusse tu plus de feu, plus de soing, &amp; plus d’art</div>
-<div class="verse">Que Iodelle n’eut oncq’, Desportes, ny Ronsard,</div>
-<div class="verse">Lon te fera la mouë, &amp; pour fruict de ta paine,</div>
-<div class="verse">Ce n’est ce dirat-on qu’vn Poete à la douzaine.</div>
-<div class="verse i1">Car on n’a plus le goust comme on l’eut autrefois,</div>
-<div class="verse" id="p33v25">Apollon est gené par de sauuages loix,</div>
-<div class="verse">Qui retiennent sous l’art sa nature offusquée,</div>
-<div class="verse">Et de mainte figure est sa beauté masquée.</div>
-<div class="verse">Si pour sçauoir former quatre vers enpoullez</div>
-<div class="verse">Faire tonner des mots mal ioincts &amp; mal collez,</div>
-<div class="verse">Amy l’on estoit Poete, on verroit cas estranges,</div>
-<div class="verse" id="p33v31">Les Poetes plus espais que mouches en vandanges.</div>
-<div class="verse i1">Or que des ta ieunesse Apollon t’ait apris,</div>
-<div class="verse">Que Caliope mesme ait tracé tes escris,</div>
-<div class="verse">Que le neueu d’Atlas les ait mis sur la lyre,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p34">-34-</span>Qu’en l’Antre Thespean on ait daigné les lire,</div>
-<div class="verse">Qu’ils tiennent du sçauoir de l’antique leçon,</div>
-<div class="verse">Et qu’ils soient imprimez des mains de Patisson,</div>
-<div class="verse">Si quelqu’vn les regarde &amp; ne leur sert d’obstacle,</div>
-<div class="verse">Estime mon amy que c’est vn grand miracle.</div>
-<div class="verse i1">Lon a beau faire bien, &amp; semer ses escris</div>
-<div class="verse">De ciuette, bainjoin, de musc, &amp; d’ambre gris,</div>
-<div class="verse">Qu’ils soient plains releuez &amp; graues à l’oreille,</div>
-<div class="verse">Qu’ils fassent sourciller les doctes de merueille,</div>
-<div class="verse">Ne pense pour cela estre estimé moins fol,</div>
-<div class="verse">Et sans argent contant qu’on te preste vn licol,</div>
-<div class="verse">Ny qu’on n’estime plus (humeur extrauagante)</div>
-<div class="verse">Vn gros asne pourueu de mille escuz de rente.</div>
-<div class="verse i1">Ce malheur est venu de quelques ieunes veaux</div>
-<div class="verse">Qui mettent à l’encan l’honneur dans les bordeaux,</div>
-<div class="verse">Et raualant Phœbus, les Muses, &amp; la grace,</div>
-<div class="verse">Font vn bouchon à vin du laurier de Parnasse,</div>
-<div class="verse">A qui le mal de teste est commun &amp; fatal,</div>
-<div class="verse">Et vont bisarement en poste à l’hopital,</div>
-<div class="verse">Disant s’on n’est hargneux, &amp; d’humeur difficille,</div>
-<div class="verse">Que lon est mesprisé de la troupe ciuille,</div>
-<div class="verse">Que pour estre bon Poete il faut tenir des fous,</div>
-<div class="verse">Et desirent en eux ce qu’on mesprise en tous,</div>
-<div class="verse">Et puis en leur chanson sotement importune,</div>
-<div class="verse">Ils accusent les grands, le Ciel, &amp; la fortune,</div>
-<div class="verse">Qui fustez de leurs vers en sont si rebatus,</div>
-<div class="verse" id="p34v27">Qu’ils ont tiré cet’ art du nombre des vertus,</div>
-<div class="verse">Tiennent à mal d’esprit leurs chansons indiscrettes</div>
-<div class="verse">Et les mettent au ranc des plus vaines sornetes.</div>
-<div class="verse i1">Encore quelques grands affin de faire voir</div>
-<div class="verse">De Mœcene riuaux qu’ils ayment le sçauoir,</div>
-<div class="verse">Nous voient de bon œil, &amp; tenant vne gaule,</div>
-<div class="verse">Ainsi qu’à leurs cheuaux nous en flatent l’espaule,</div>
-<div class="verse">Auecque bonne mine, &amp; d’vn langage doux,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p35">-35-</span>Nous disent souriant, &amp; bien que faictes vous ?</div>
-<div class="verse">Auez vous point sur vous quelque chanson nouuelle ?</div>
-<div class="verse">I’en vy ces iours passez de vous vne si belle,</div>
-<div class="verse">Que c’est pour en mourir, ha ma foy ie voy bien,</div>
-<div class="verse">Que vous ne m’aymez plus, vous ne me donnez rien.</div>
-<div class="verse i1">Mais on lit à leurs yeux &amp; dans leur contenance,</div>
-<div class="verse">Que la bouche ne parle ainsi que l’ame pense,</div>
-<div class="verse" id="p35v8">Et que c’est mon amy, vn gremoire &amp; des mots</div>
-<div class="verse">Dont tous les courtisans endorment les plus sots.</div>
-<div class="verse i1">Mais ie ne m’aperçoy que trenchant du prudhomme,</div>
-<div class="verse" id="p35v11">Mon tans en cent caquets sottement ie consomme,</div>
-<div class="verse">Que mal instruit ie porte en Brouage du sel,</div>
-<div class="verse">Et mes coquilles vendre à ceux de sainct Michel.</div>
-<div class="verse i1" id="p35v14">Doncq’ sans mettre l’enchere aux sotises du monde,</div>
-<div class="verse">Ny gloser les humeurs de Dame Fredegonde,</div>
-<div class="verse">Ie diray librement pour finir en deux mots,</div>
-<div class="verse">Que la plus part des gens sont habillez en sots.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl5.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p36">-36-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b5.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c7" title="Satyre V. A Monsieur Bertault, Euesque de Sées"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur Bertault, Euesque de Sées.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre V.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bertault c’est vn grand cas quoy que lon puisse faire,</div>
-<div class="verse">Il n’est moyen qu’vn homme à chacun puisse plaire</div>
-<div class="verse">Et fust-il plus parfaict que la perfection,</div>
-<div class="verse">L’homme voit par les yeux de son affection.</div>
-<div class="verse" id="p36v5">Chaque fat a son sens dont sa raison s’escrime,</div>
-<div class="verse">Et tel blasme en autruy ce dequoy ie l’estime,</div>
-<div class="verse">Tout suyuant l’intelec change d’ordre &amp; de rang,</div>
-<div class="verse">Les Mores auiourd’huy peignent le Diable blanc,</div>
-<div class="verse">Le sel est doux aux vns, le sucre amer aux autres,</div>
-<div class="verse">Lon reprend tes humeurs ainsi qu’on fait les nostres,</div>
-<div class="verse">Les Critiques du tans m’apellent debauché,</div>
-<div class="verse">Que ie suis iour &amp; nuict aux plaisirs ataché,</div>
-<div class="verse">Que i’y pers mon esprit, mon ame &amp; ma ieunesse,</div>
-<div class="verse">Les autres au rebours accusent ta sagesse,</div>
-<div class="verse">Et ce hautain desir qui te faict mépriser</div>
-<div class="verse">Plaisirs, tresors, grandeurs pour t’immortaliser,</div>
-<div class="verse" id="p36v17">Et disent, ô chetifs qui mourant sur vn liure,</div>
-<div class="verse">Pensez seconds Phœnis en vos cendres reuiure,</div>
-<div class="verse">Que vous estes trompez en vostre propre erreur,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p37">-37-</span>Car &amp; vous &amp; vos vers viuez par procureur.</div>
-<div class="verse i1">Vn liuret tout moysi vit pour vous &amp; encore</div>
-<div class="verse" id="p37v3">Comme la mort vous fait, la taigne le deuore,</div>
-<div class="verse">Ingrate vanité dont l’homme se repaist,</div>
-<div class="verse">Qui baille apres vn bien qui sottement luy plaist.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi les actions aux langues sont sugettes,</div>
-<div class="verse">Mais ces diuers rapors sont de foibles sagettes,</div>
-<div class="verse">Qui bleçent seulement ceux qui sont mal armez,</div>
-<div class="verse">Non pas les bons espris à vaincre acoutumez,</div>
-<div class="verse">Qui sçauent auisez auecques differance,</div>
-<div class="verse">Separer le vray bien du fard de l’apparance.</div>
-<div class="verse i1">C’est vn mal bien estrange aux cerueaux des humains</div>
-<div class="verse">Qui suiuant ce qu’ils sont malades ou plus sains,</div>
-<div class="verse" id="p37v14">Digerent la viande, &amp; selon leur nature,</div>
-<div class="verse">Ils prennent ou mauuaise ou bonne nouriture.</div>
-<div class="verse i1">Ce qui plaist à l’œil sain offence vn chassieux,</div>
-<div class="verse">L’eau se iaunit en bile au corps du bilieux,</div>
-<div class="verse">Le sang d’vn Hidropique en pituite se change,</div>
-<div class="verse">Et l’estommac gasté pourit tout ce qu’il mange,</div>
-<div class="verse" id="p37v20">De la douce liqueur roussoyante du Ciel,</div>
-<div class="verse">L’vne en fait le venin, &amp; l’autre en fait le miel.</div>
-<div class="verse">Ainsi c’est la nature, &amp; l’humeur des personnes,</div>
-<div class="verse">Et non la qualité qui rend les choses bonnes.</div>
-<div class="verse i1">Charnellement se ioindre auecq’ sa paranté,</div>
-<div class="verse">En France c’est inceste, en Perse charité,</div>
-<div class="verse">Tellement qu’à tout prendre en ce monde où nous sommes,</div>
-<div class="verse">Et le bien, &amp; le mal depend du goust des hommes.</div>
-<div class="verse i1" id="p37v28">Or sans me tourmenter des diuers apetis,</div>
-<div class="verse">Quels ils sont aux plus grands, &amp; quels aux plus petis,</div>
-<div class="verse">Ie te veux discourir comme ie trouue estrange</div>
-<div class="verse">Le chemin d’où nous vient le blasme, &amp; la loüange,</div>
-<div class="verse">Et comme i’ay l’esprit de Chimeres brouillé,</div>
-<div class="verse">Voyant qu’vn More noir m’appelle barbouillé,</div>
-<div class="verse">Que les yeux de trauers s’offensent que ie lorgne,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p38">-38-</span>Et que les quinze vints disent que ie suis borgne.</div>
-<div class="verse i1" id="p38v2">C’est ce qui m’en deplaist encor que i’aye apris</div>
-<div class="verse">En mon Philosopher d’auoir tout à mépris.</div>
-<div class="verse">Penses tu qu’à present vn homme a bonne grace,</div>
-<div class="verse" id="p38v5">Qui dans le four l’Euesque enterine sa grace,</div>
-<div class="verse">Ou l’autre qui poursuit des abolitions,</div>
-<div class="verse">De vouloir ietter l’œil dessus mes actions,</div>
-<div class="verse">Vn traistre, vn vsurier, qui par misericorde,</div>
-<div class="verse">Par argent, ou faueur s’est sauué de la corde,</div>
-<div class="verse">Moy qui dehors sans plus ay veu le Chastelet,</div>
-<div class="verse" id="p38v11">Et que iamais sergent ne saisit au collet,</div>
-<div class="verse">Qui vis selon les loix &amp; me contiens de sorte</div>
-<div class="verse">Que ie ne tremble point quand on heurte à ma porte,</div>
-<div class="verse">Voyant vn President le cœur ne me tressault,</div>
-<div class="verse">Et la peur d’vn Preuost ne m’eueille en sursault,</div>
-<div class="verse">Le bruit d’vne recherche au logis ne m’areste,</div>
-<div class="verse">Et nul remord facheux ne me trouble la teste,</div>
-<div class="verse">Ie repose la nuict suz l’vn &amp; l’autre flanc,</div>
-<div class="verse">Et cepandant Bertault ie suis desus le ranc.</div>
-<div class="verse i1" id="p38v20">Scaures du tans present, hipocrites seueres,</div>
-<div class="verse">Vn Claude effrontement parle des adulteres,</div>
-<div class="verse">Milon sanglant encor reprend vn assassin,</div>
-<div class="verse">Grache, vn seditieux, &amp; Verres, le larcin.</div>
-<div class="verse i1">Or pour moy tout le mal que leur discours m’obiette,</div>
-<div class="verse">C’est que mon humeur libre à l’amour est sugette,</div>
-<div class="verse">Que i’ayme mes plaisirs, &amp; que les passetans</div>
-<div class="verse">Des amours m’ont rendu grison auant le tans,</div>
-<div class="verse">Qu’il est bien malaisé que iamais ie me change,</div>
-<div class="verse">Et qu’à d’autres façons ma ieunesse se range.</div>
-<div class="verse i1">Mon oncle m’a conté que montrant à Ronsard</div>
-<div class="verse">Tes vers estincellants &amp; de lumiere, &amp; d’art,</div>
-<div class="verse">Il ne sçeut que reprendre en ton aprentissage</div>
-<div class="verse">Sinon qu’il te iugeoit pour vn Poete trop sage.</div>
-<div class="verse i1" id="p38v34">Et ores au contraire, on m’obiecte à peché</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p39">-39-</span>Les humeurs qu’en ta Muse il eust bien recherché.</div>
-<div class="verse">Aussi ie m’emerueille au feu que tu recelles,</div>
-<div class="verse">Qu’vn esprit si rasis ait des fougues si belles,</div>
-<div class="verse">Car ie tien comme luy que le chaud element,</div>
-<div class="verse" id="p39v5">Qui donne ceste pointe au vif entendement,</div>
-<div class="verse">Dont la verue s’echauffe &amp; s’enflame de sorte</div>
-<div class="verse">Que ce feu dans le Ciel sur des aisles l’emporte,</div>
-<div class="verse">Soit le mesme qui rend le Poete ardant &amp; chaud,</div>
-<div class="verse">Suiect à ses plaisirs, de courage si haut,</div>
-<div class="verse">Qu’il meprise le peuple, &amp; les choses communes,</div>
-<div class="verse" id="p39v11">Et brauant les faueurs se moque des fortunes,</div>
-<div class="verse">Qui le fait debauché, frenetique resuant</div>
-<div class="verse">Porter la teste basse, &amp; l’esprit dans le vent,</div>
-<div class="verse">Egayer sa fureur parmy des precipices,</div>
-<div class="verse">Et plus qu’à la raison suiect à ses caprices.</div>
-<div class="verse i1">Faut il doncq’ à present s’etonner si ie suis</div>
-<div class="verse">Enclin à des humeurs qu’euiter ie ne puis,</div>
-<div class="verse">Où mon temperament malgré moy me transporte,</div>
-<div class="verse">Et rend la raison foible où la nature est forte,</div>
-<div class="verse">Mais que ce mal me dure il est bien malaisé,</div>
-<div class="verse">L’homme ne se plaist pas d’estre tousiours fraisé,</div>
-<div class="verse" id="p39v22">Chaque age a ses façons, &amp; change la Nature</div>
-<div class="verse">De sept ans en sept ans nostre temperature ;</div>
-<div class="verse">Selon que le Soleil se loge en ses maisons,</div>
-<div class="verse">Se tournent noz humeurs, ainsi que noz saisons,</div>
-<div class="verse" id="p39v26">Toute chose en viuant auecq’ l’age s’altere,</div>
-<div class="verse">Le debauché se rit des sermons de son pere,</div>
-<div class="verse">Et dans vingt &amp; cinq ans venant à se changer,</div>
-<div class="verse">Retenu, vigilant, soigneux &amp; mesnager,</div>
-<div class="verse">De ces mesmes discours ses fils il admoneste,</div>
-<div class="verse">Qui ne font que s’en rire &amp; qu’en hocher la teste,</div>
-<div class="verse">Chaque age a ses humeurs, son goust, &amp; ses plaisirs,</div>
-<div class="verse">Et comme nostre poil blanchissent noz desirs.</div>
-<div class="verse i1">Nature ne peut pas l’age en l’age confondre :</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p40">-40-</span>L’enfant qui sçait desia demander &amp; respondre,</div>
-<div class="verse">Qui marque asseurement la terre de ses pas,</div>
-<div class="verse">Auecque ses pareils se plaist en ses ébas,</div>
-<div class="verse">Il fuit, il vient, il parle, il pleure, il saute d’aise,</div>
-<div class="verse">Sans raison d’heure en heure, il s’émeut &amp; s’apaise.</div>
-<div class="verse i1">Croissant l’age en auant sans soing de gouuerneur</div>
-<div class="verse">Releué, courageux, &amp; cupide d’honneur,</div>
-<div class="verse">Il se plaist aux cheuaux, aux chiens, à la campagne,</div>
-<div class="verse">Facille au vice il hait les vieux, &amp; les dedagne,</div>
-<div class="verse">Rude à qui le reprend, paresseux à son bien,</div>
-<div class="verse">Prodigue, depencier, il ne conserue rien,</div>
-<div class="verse">Hautain, audacieux, conseiller de soy mesme,</div>
-<div class="verse" id="p40v13">Et d’vn cœur obstiné se heurte à ce qu’il aime.</div>
-<div class="verse i1">L’age au soing se tournant homme fait il acquiert</div>
-<div class="verse">Des biens, &amp; des amis, si le tans le requiert,</div>
-<div class="verse">Il masque ses discours, comme sur vn theatre,</div>
-<div class="verse">Subtil ambitieux l’honneur il idolatre,</div>
-<div class="verse">Son esprit auisé preuient le repentir,</div>
-<div class="verse">Et se garde d’vn lieu difficille à sortir.</div>
-<div class="verse i1">Maints facheux accidans surprennent sa viellesse,</div>
-<div class="verse">Soit qu’auecq du soucy gagnant de la richesse,</div>
-<div class="verse">Il s’en deffend l’vsage, &amp; craint de s’en seruir,</div>
-<div class="verse">Que tant plus il en a, moins s’en peut assouuir,</div>
-<div class="verse">Ou soit qu’auecq’ froideur il fasse toute chose,</div>
-<div class="verse" id="p40v25">Imbecille, douteux, qui voudroit, &amp; qui n’ose,</div>
-<div class="verse">Dilayant, qui tousiours a l’œil sur l’auenir,</div>
-<div class="verse">De leger il n’espere, &amp; croit au souuenir,</div>
-<div class="verse">Il parle de son tans, difficille &amp; seuere,</div>
-<div class="verse">Censurant la ieunesse vse des droits de pere,</div>
-<div class="verse">Il corrige, il reprend, hargneux en ses façons,</div>
-<div class="verse">Et veut que tous ses mots soient autant de leçons.</div>
-<div class="verse i1">Voilla doncq’ de par Dieu comme tourne la vie,</div>
-<div class="verse">Ainsi diuersement aux humeurs asseruie,</div>
-<div class="verse">Que chaque age depart à chaque homme en viuant,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p41">-41-</span>De son temperament la qualité suiuant :</div>
-<div class="verse">Et moy qui ieune encor’ en mes plaisirs m’égaye,</div>
-<div class="verse">Il faudra que ie change, &amp; mal gré que i’en aye</div>
-<div class="verse">Plus soigneux deuenu, plus froid, &amp; plus rassis,</div>
-<div class="verse">Que mes ieunes pensers cedent aux vieux soucis,</div>
-<div class="verse">Que i’en paye l’escot remply iusque à la gorge,</div>
-<div class="verse">Et que i’en rende vn iour les armes à sainct George.</div>
-<div class="verse i1">Mais de ces discoureurs il ne s’en trouue point,</div>
-<div class="verse">Ou pour le moins bien peu qui cognoissent ce point,</div>
-<div class="verse">Effrontez, ignorans, n’ayants rien de solide,</div>
-<div class="verse">Leur esprit prend l’essor où leur langue le guide,</div>
-<div class="verse">Sans voir le fond du sac ils prononcent l’arest,</div>
-<div class="verse">Et rangent leurs discours au point de l’interest,</div>
-<div class="verse">Pour exemple parfaitte ils n’ont que l’aparance,</div>
-<div class="verse">Et c’est ce qui nous porte à ceste indifferance,</div>
-<div class="verse">Qu’ensemble l’on confond le vice &amp; la vertu,</div>
-<div class="verse">Et qu’on l’estime moins qu’on n’estime vn festu.</div>
-<div class="verse i1">Aussi qu’importe-il de mal ou de bien faire,</div>
-<div class="verse">Si de noz actions vn iuge volontaire,</div>
-<div class="verse">Selon ses apetis les decide, &amp; les rend</div>
-<div class="verse">Dignes de recompense, ou d’vn suplice grand :</div>
-<div class="verse">Si tousiours noz amis, en bon sens les expliquent,</div>
-<div class="verse">Et si tout au rebours noz haineux nous en piquent ?</div>
-<div class="verse">Chacun selon son goust s’obstine en son party,</div>
-<div class="verse">Qui fait qu’il n’est plus rien qui ne soit peruerty :</div>
-<div class="verse">La vertu n’est vertu, l’enuie la deguise,</div>
-<div class="verse">Et de bouche sans plus le vulgaire la prise :</div>
-<div class="verse">Au lieu du iugement regnent les passions,</div>
-<div class="verse">Et donne l’interest, le pris, aux actions.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi ce vieux resueur qui nagueres à Rome</div>
-<div class="verse" id="p41v31">Gouuernoit vn enfant &amp; faisant le preud’homme,</div>
-<div class="verse">Contre-caroit Caton, Critique en ses discours,</div>
-<div class="verse">Qui tousiours rechinoit &amp; reprenoit tousiours,</div>
-<div class="verse">Apres que cet enfant s’est fait plus grand par l’age</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p42">-42-</span>Reuenant à la court d’vn si lointain voyage,</div>
-<div class="verse">Ce Critique changeant d’humeurs &amp; de cerueau,</div>
-<div class="verse">De son pedant qu’il fut, deuient son maquereau.</div>
-<div class="verse i1">O gentille vertu qu’aisement tu te changes !</div>
-<div class="verse">Non non ces actions meritent des loüanges,</div>
-<div class="verse">Car le voyant tout seul qu’on le prenne à serment,</div>
-<div class="verse">Il dira qu’icy bas l’homme de iugement</div>
-<div class="verse">Se doit accommoder au tans qui luy commande,</div>
-<div class="verse">Et que c’est à la court vne vertu bien grande.</div>
-<div class="verse i1">Donq’ la mesme vertu le dressant au poulet,</div>
-<div class="verse">De vertueux qu’il fut le rend Dariolet,</div>
-<div class="verse">Donq’ à si peu de frais, la vertu se profane,</div>
-<div class="verse">Se deguise, se masque &amp; deuient courtisane,</div>
-<div class="verse">Se transforme aux humeurs, suit le cours du marché,</div>
-<div class="verse">Et dispence les gens de blasme &amp; de peché.</div>
-<div class="verse i1" id="p42v16">Peres des siecles vieux, exemple de la vie,</div>
-<div class="verse">Dignes d’estre admirez d’vne honorable enuie,</div>
-<div class="verse">(Si quelque beau desir viuoit encor’ en nous)</div>
-<div class="verse">Nous voyant de là haut Peres qu’en dittes vous ?</div>
-<div class="verse i1">Iadis de vostre tans la vertu simple &amp; pure</div>
-<div class="verse">Sans fard, sans fiction imitoit sa nature,</div>
-<div class="verse">Austere en ses façons, seuere en ses propos,</div>
-<div class="verse">Qui dans vn labeur iuste egayoit son repos,</div>
-<div class="verse">D’hommes vous faisant Dieux vous paissoit d’ambrosie,</div>
-<div class="verse">Et donnoit place au Ciel à vostre fantasie.</div>
-<div class="verse">La lampe de son front partout vous esclairoit,</div>
-<div class="verse">Et de toutes frayeurs voz espris asseuroit,</div>
-<div class="verse">Et sans penser aux biens où le vulgaire pense,</div>
-<div class="verse">Elle estoit vostre prix, &amp; vostre recompense,</div>
-<div class="verse">Où la nostre auiourd’huy qu’on reuere icy bas,</div>
-<div class="verse">Va la nuict dans le bal, &amp; dance les cinq pas,</div>
-<div class="verse" id="p42v32">Se parfume, se frise, &amp; de façons nouuelles</div>
-<div class="verse">Veut auoir par le fard du nom entre les belles,</div>
-<div class="verse">Fait creuer les courtaux en chassant aux forests,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p43">-43-</span>Court le faquin, la bague, escrime des fleurets,</div>
-<div class="verse">Monte vn cheual de bois, fait desus des Pommades,</div>
-<div class="verse">Talonne le Genet, &amp; le dresse aux passades,</div>
-<div class="verse">Chante des airs nouueaux, inuente des ballets,</div>
-<div class="verse" id="p43v5">Sçait escrire &amp; porter les vers, &amp; les poulets,</div>
-<div class="verse">A l’œil tousiours au guet, pour des tours de souplesse,</div>
-<div class="verse">Glose sur les habits, &amp; sur la gentillesse,</div>
-<div class="verse">Se plaist à l’entretien, commente les bons mots,</div>
-<div class="verse">Et met à mesme pris, les sages, &amp; les sots.</div>
-<div class="verse i1">Et ce qui plus encor’ m’enpoisonne de rage,</div>
-<div class="verse">Est quand vn Charlatan releue son langage,</div>
-<div class="verse">Et de coquin faisant le Prince reuestu,</div>
-<div class="verse">Bastit vn Paranimfe à sa belle vertu,</div>
-<div class="verse">Et qu’il n’est crocheteur ny courtault de boutique,</div>
-<div class="verse">Qui n’estime à vertu l’art où sa main s’aplique,</div>
-<div class="verse">Et qui paraphrasant sa gloire, &amp; son renom,</div>
-<div class="verse">Entre les vertueux ne veuille auoir du nom.</div>
-<div class="verse i1">Voilla comme à present chacun l’adulterise,</div>
-<div class="verse">Et forme vne vertu comme il plaist à sa guise :</div>
-<div class="verse">Elle est comme au marché dans les impressions,</div>
-<div class="verse">Et s’adiugeant aux taux de noz affections,</div>
-<div class="verse">Fait que par le caprice, &amp; non par le merite,</div>
-<div class="verse">Le blasme, &amp; la loüange au hazard se debite :</div>
-<div class="verse">Et peut vn ieune sot, suiuant ce qu’il conçoit,</div>
-<div class="verse">Ou ce que par ses yeux son esprit en reçoit,</div>
-<div class="verse">Donner son iugement, en dire ce qu’il pense,</div>
-<div class="verse">Et mettre sans respec nostre honneur en balance.</div>
-<div class="verse i1">Mais puis que c’est le tans, mesprisant les rumeurs</div>
-<div class="verse">Du peuple, laisson là le monde en ces humeurs,</div>
-<div class="verse">Et si selon son goust, vn chacun en peut dire,</div>
-<div class="verse">Mon goust sera Bertault, de n’en faire que rire.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p44">-44-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b6.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c8" title="Satyre VI. A M. de Bethune"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur de Bethune estant Ambassadeur pour
-Sa Maiesté à Rome.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre VI.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bethune si la charge où ta vertu s’amuse,</div>
-<div class="verse">Te permet êcouter les chansons que la Muse,</div>
-<div class="verse">Desus les bords du Tibre &amp; du mont Palatin,</div>
-<div class="verse">Me fait dire en François au riuage Latin,</div>
-<div class="verse" id="p44v5">Où comme au grand Hercule, à la poictrine large,</div>
-<div class="verse">Nostre Atlas de son fais sur ton dos se descharge,</div>
-<div class="verse">Te commet de l’Estat l’entier gouuernement,</div>
-<div class="verse" id="p44v8">Ecoute ce discours tissu bijarement,</div>
-<div class="verse">Où ie ne pretens point escrire ton Histoire :</div>
-<div class="verse">Ie ne veux que mes vers s’honorent en la gloire</div>
-<div class="verse">De tes nobles ayeux, dont les faits releuez,</div>
-<div class="verse">Dans les cœurs des Flamens sont encore grauez,</div>
-<div class="verse">Qui tiennent à grandeur de ce que tes Ancestres</div>
-<div class="verse">En armes glorieux furent iadis leurs maistres.</div>
-<div class="verse i1">Ni moins comme ton frere aidé de ta vertu,</div>
-<div class="verse">Par force, &amp; par conseil, en France a combatu</div>
-<div class="verse">Ces auares Oyseaux dont les grifes gourmandes</div>
-<div class="verse">Du bon Roy des François rauissoient les viandes,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p45">-45-</span>Suget trop haut pour moy, qui doy sans m’egarer,</div>
-<div class="verse">Au champ de sa valeur, la voir &amp; l’admirer.</div>
-<div class="verse i1">Aussi selon le corps on doit tailler la robe :</div>
-<div class="verse" id="p45v4">Ie ne veux qu’à mes vers vostre Honneur se derobe,</div>
-<div class="verse">Ny qu’en tissant le fil de voz faits plus qu’humains,</div>
-<div class="verse">Dedans ce Labirinte il m’eschape des mains :</div>
-<div class="verse">On doit selon la force entreprendre la paine,</div>
-<div class="verse">Et se donner le ton suyuant qu’on a d’halaine,</div>
-<div class="verse">Non comme vn fou chanter de tort, &amp; de trauers.</div>
-<div class="verse i1">Laissant doncq’ aux sçauans à vous paindre en leurs vers,</div>
-<div class="verse">Haut esleuez en l’air sur vne aisle dorée,</div>
-<div class="verse">Dignes imitateurs des enfans de Borée,</div>
-<div class="verse">Tandis qu’à mon pouuoir mes forces mesurant,</div>
-<div class="verse">Sans prendre ny Phœbus, ny la Muse à garant,</div>
-<div class="verse">Ie suyuray le caprice en ces pays estranges</div>
-<div class="verse">Et sans paraphraser tes faits, &amp; tes loüanges,</div>
-<div class="verse">Ou me fantasier le cerueau de soucy,</div>
-<div class="verse">Sur ce qu’on dit de France, ou ce qu’on voit icy,</div>
-<div class="verse">Ie me deschargeray d’vn fais que ie dedaigne,</div>
-<div class="verse">Suffisant de creuer vn Genet de Sardaigne,</div>
-<div class="verse">Qui pourroit defaillant en sa morne vigueur,</div>
-<div class="verse">Succomber soubs le fais que i’ay desus le cœur.</div>
-<div class="verse i1">Or ce n’est point de voir, en regne la sottise,</div>
-<div class="verse">L’Auarice, &amp; le Luxe, entre les gens d’Eglise,</div>
-<div class="verse">La Iustice à l’ancan, l’Innocent opressé,</div>
-<div class="verse">Le conseil corrompu suiure l’interessé,</div>
-<div class="verse">Les estats peruertis toute chose se vendre,</div>
-<div class="verse">Et n’auoir du credit qu’au pris qu’on peut dependre :</div>
-<div class="verse i1">Ny moins que la valeur n’ait icy plus de lieu,</div>
-<div class="verse">Que la noblesse coure en poste à l’hostel Dieu,</div>
-<div class="verse">Que les ieunes oisifs aux plaisirs s’abandonnent,</div>
-<div class="verse">Que les femmes du tans soient à qui plus leur donnent,</div>
-<div class="verse">Que l’vsure ait trouué (bien que ie n’ay dequoy</div>
-<div class="verse">Tant elle a bonnes dents) que mordre desus moy.</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p46">-46-</span>Tout cecy ne me pese, &amp; l’esprit ne me trouble,</div>
-<div class="verse">Que tout s’y peruertisse il ne m’en chaut d’vn double,</div>
-<div class="verse">Du tans, ni de l’estat il ne faut s’affliger,</div>
-<div class="verse">Selon le vent qui fait l’homme doit nauiger.</div>
-<div class="verse i1">Mais ce dont ie me deuls est bien vne autre chose</div>
-<div class="verse">Qui fait que l’œil humain iamais ne se repose,</div>
-<div class="verse">Qu’il s’abandonne en proye aux soucis plus cuisans.</div>
-<div class="verse i1">Ha ! que ne suis-ie Roy pour cent ou six vingts ans,</div>
-<div class="verse">Par vn Edit public qui fust irreuocable,</div>
-<div class="verse">Ie bannirois l’Honneur, ce monstre abominable,</div>
-<div class="verse">Qui nous trouble l’esprit &amp; nous charme si bien,</div>
-<div class="verse">Que sans luy les humains icy ne voyent rien,</div>
-<div class="verse">Qui trahit la nature, &amp; qui rend imparfaite</div>
-<div class="verse">Toute chose qu’au goust les delices ont faicte.</div>
-<div class="verse i1">Or ie ne doute point, que ces esprits bossus,</div>
-<div class="verse">Qui veulent qu’on les croye en droite ligne yssus</div>
-<div class="verse">Des sept sages de Grece, à mes vers ne s’oposent,</div>
-<div class="verse">Et que leurs iugemens desus le mien ne glosent :</div>
-<div class="verse i1">Comme de faire entendre à chacun que ie suis</div>
-<div class="verse">Aussi perclus d’esprit comme Pierre du Puis,</div>
-<div class="verse">De vouloir sottement que mon discours se dore</div>
-<div class="verse">Au despens d’vn suget que tout le monde adore,</div>
-<div class="verse">Et que ie suis de plus priué de iugement,</div>
-<div class="verse">De t’offrir ce caprice ainsi si librement,</div>
-<div class="verse i1" id="p46v25">A toy qui des ieunesse apris en son escolle,</div>
-<div class="verse">As adoré l’Honneur, d’effect, &amp; de parolle,</div>
-<div class="verse">Qui l’as pour vn but sainct, en ton penser profond,</div>
-<div class="verse">Et qui mourrois plustost, que luy faire vn faux bond.</div>
-<div class="verse i1">Ie veux bien auoir tort en cette seulle chose,</div>
-<div class="verse">Mais ton doux naturel fait que ie me propose</div>
-<div class="verse">Librement te montrer à nu mes passions,</div>
-<div class="verse">Comme à cil qui pardonne aux imperfections :</div>
-<div class="verse">Qu’ils n’en parlent doncq’ plus &amp; qu’estrange on ne trouue</div>
-<div class="verse">Si ie hay plus l’Honneur qu’vn mouton vne louue,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p47">-47-</span>L’Honneur que soubs faux tiltre habite auecque nous,</div>
-<div class="verse">Qui nous oste la vie &amp; les plaisirs plus doux,</div>
-<div class="verse">Qui trahit nostre espoir &amp; fait que lon se paine</div>
-<div class="verse">Apres l’esclat fardé d’vne aparance vaine :</div>
-<div class="verse">Qui seure les desirs &amp; passe mechamment</div>
-<div class="verse">La plume par le becq’ à nostre sentiment,</div>
-<div class="verse" id="p47v7">Qui nous veut faire entendre en ses vaines chimeres,</div>
-<div class="verse">Que pour ce qu’il nous touche, il se perd si noz meres,</div>
-<div class="verse">Noz femmes, &amp; noz sœurs, font leurs maris ialoux,</div>
-<div class="verse">Comme si leurs desirs dependissent de nous.</div>
-<div class="verse i1">Ie pense quant à moy que cest homme fust yure,</div>
-<div class="verse">Qui changea le premier l’vsage de son viure,</div>
-<div class="verse">Et rangeant soubs des loys, les hommes escartez,</div>
-<div class="verse">Bastit premierement &amp; villes &amp; citez,</div>
-<div class="verse">De tours &amp; de fossez renforça ses murailles,</div>
-<div class="verse">Et r’enferma dedans cent sortes de quenailles.</div>
-<div class="verse i1">De cest amas confus, naquirent à l’instant,</div>
-<div class="verse">L’enuie, le mespris, le discord inconstant,</div>
-<div class="verse">La peur, la trahison, le meurtre, la vengeance,</div>
-<div class="verse">L’horrible desespoir ; &amp; toute ceste engeance</div>
-<div class="verse">De maux, qu’on voit regner en l’Enfer de la court,</div>
-<div class="verse">Dont vn pedant de Diable en ses leçons discourt</div>
-<div class="verse">Quand par art il instruit ses escoliers pour estre,</div>
-<div class="verse">(S’il se peut faire) en mal plus grands clers que leur maistre.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi la liberté du monde s’enuola,</div>
-<div class="verse">Et chascun se campant qui deçà, qui delà,</div>
-<div class="verse">De hayes, de buissons remarqua son partage,</div>
-<div class="verse">Et la fraude fist lors la figue au premier age.</div>
-<div class="verse i1">Lors du Mien, &amp; du Tien naquirent les proces,</div>
-<div class="verse">A qui l’argent depart bon, ou mauuais succes,</div>
-<div class="verse">Le fort batit le foible, &amp; luy liura la guerre,</div>
-<div class="verse">De là l’Ambition fit anuahir la terre,</div>
-<div class="verse">Qui fut auant le tans que suruindrent ces maux,</div>
-<div class="verse">Vn hospital commun à tous les animaux,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p48">-48-</span>Quand le mary de Rhée au siecle d’innocence,</div>
-<div class="verse">Gouuernoit doucement le monde en son enfance :</div>
-<div class="verse" id="p48v3">Que la terre de soy le fourment raportoit,</div>
-<div class="verse">Que le chesne de Masne &amp; de miel degoutoit :</div>
-<div class="verse">Que tout viuoit en paix, qu’il n’estoit point d’vsures :</div>
-<div class="verse">Que rien ne se vendoit, par poix ny par mesures :</div>
-<div class="verse">Qu’on n’auoit point de peur qu’vn Procureur fiscal</div>
-<div class="verse">Formast sur vne eguille vn long proces verbal :</div>
-<div class="verse">Et se iettant d’aguet dessus vostre personne,</div>
-<div class="verse">Qu’vn Barisel vous mist dedans la Tour de Nonne.</div>
-<div class="verse i1">Mais si tost que le Fils le Pere dechassa,</div>
-<div class="verse">Tout sans desus desous icy se renuersa.</div>
-<div class="verse">Les soucis, les ennuis, nous broüillerent la teste,</div>
-<div class="verse">Lon ne pria les saincts, qu’au fort de la tempeste,</div>
-<div class="verse">Lon trompa son prochain, la medisance eut lieu,</div>
-<div class="verse">Et l’Hipocrite fist barbe de paille à Dieu,</div>
-<div class="verse">L’homme trahit sa foy, d’où vindrent les Notaires,</div>
-<div class="verse">Pour attacher au ioug les humeurs volontaires.</div>
-<div class="verse i1">La fain, &amp; la cherté se mirent sur le rang,</div>
-<div class="verse">La fiebure, les charbons, le maigre flux de sang,</div>
-<div class="verse">Commencerent d’eclore, &amp; tout ce que l’Autonne,</div>
-<div class="verse">Par le vent de midy, nous aporte &amp; nous donne.</div>
-<div class="verse i1">Les soldats puis apres, ennemis de la paix,</div>
-<div class="verse" id="p48v24">Qui de l’auoir d’autruy ne se soulent iamais,</div>
-<div class="verse">Troublerent la campagne, &amp; saccageant noz villes,</div>
-<div class="verse">Par force en noz maisons, violerent noz filles,</div>
-<div class="verse" id="p48v27">D’où naquit le Bordeau qui s’eleuant debout,</div>
-<div class="verse">A l’instant comme vn Dieu s’etendit tout par tout,</div>
-<div class="verse">Et rendit Dieu mercy ces fiebures amoureuses,</div>
-<div class="verse">Tant de galants pelez, &amp; de femmes galeuses,</div>
-<div class="verse">Que les perruques sont &amp; les drogues encor,</div>
-<div class="verse">(Tant on en a besoing) aussi cheres que l’or.</div>
-<div class="verse i1">Encore tous ces maux ne seroient que fleurettes,</div>
-<div class="verse">Sans ce maudit Honneur, ce conteur de sornettes,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p49">-49-</span>Ce fier serpent qui couue vn venin soubs des fleurs,</div>
-<div class="verse">Qui noye iour &amp; nuict noz esprits en noz pleurs :</div>
-<div class="verse i1">Car pour ces autres maux c’estoient legeres paines,</div>
-<div class="verse">Que Dieu donna selon les foiblesses humaines.</div>
-<div class="verse i1">Mais ce traistre cruël excedant tout pouuoir,</div>
-<div class="verse">Nous fait suër le sang soubs vn pesant deuoir,</div>
-<div class="verse">De Chimeres nous pipe &amp; nous veut faire acroire</div>
-<div class="verse">Qu’au trauail seulement doibt consister la gloire,</div>
-<div class="verse">Qu’il faut perdre &amp; someil, &amp; repos, &amp; repas,</div>
-<div class="verse">Pour tâcher d’aquerir vn suget qui n’est pas,</div>
-<div class="verse">Ou s’il est, que iamais aux yeux ne se decouure,</div>
-<div class="verse">Et perdu pour vn coup iamais ne se recouure,</div>
-<div class="verse">Qui nous gonfle le cœur de vapeurs &amp; de vent,</div>
-<div class="verse">Et d’exces par luy mesme il se perd bien souuent.</div>
-<div class="verse i1">Puis on adorera ceste menteuse Idolle,</div>
-<div class="verse">Pour Oracle on tiendra ceste croyance folle,</div>
-<div class="verse" id="p49v17">Qu’il n’est rien de si beau que tomber bataillant,</div>
-<div class="verse">Qu’au despens de son sang, il faut estre vaillant,</div>
-<div class="verse">Mourir d’vn coup de lance, ou du choc d’vne pique,</div>
-<div class="verse">Comme les Paladins de la saison antique,</div>
-<div class="verse">Et respendant l’esprit, blessé par quelque endroit,</div>
-<div class="verse">Que nostre Ame s’enuolle en Paradis tout droit.</div>
-<div class="verse i1">Ha ! que c’est chose belle &amp; fort bien ordonnée,</div>
-<div class="verse">Dormir dedans vn lict la grasse matinee,</div>
-<div class="verse">En Dame de Paris, s’habiller chaudement,</div>
-<div class="verse">A la table s’asseoir, manger humainement,</div>
-<div class="verse">Se reposer vn peu, puis monter en carosse,</div>
-<div class="verse">Aller à Gentilly caresser vne rosse,</div>
-<div class="verse">Pour escroquer sa fille &amp; venant à l’effect,</div>
-<div class="verse">Luy monstrer comme Iean, à sa mere le fait.</div>
-<div class="verse i1">Ha ! Dieu pourquoy faut-il que mon esprit ne vaille,</div>
-<div class="verse" id="p49v32">Autant que cil qui mist les Souris en bataille,</div>
-<div class="verse" id="p49v33">Qui sceut à la Grenouille aprendre son caquet,</div>
-<div class="verse" id="p49v34">Ou que l’autre qui fist en vers vn Sopiquet,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p50">-50-</span>Ie ferois esloigné de toute raillerie,</div>
-<div class="verse">Vn pœme grand, &amp; beau, de la poltronnerie,</div>
-<div class="verse">En depit de l’honneur, &amp; des femmes qui l’ont,</div>
-<div class="verse">D’effect sous la chemise, ou d’aparance au front,</div>
-<div class="verse">Et m’asseure pour moy qu’en ayant leu l’Histoire,</div>
-<div class="verse">Elles ne seroient plus si sottes que d’y croire.</div>
-<div class="verse i1">Mais quand ie considere où l’Ingrat nous reduit,</div>
-<div class="verse">Comme il nous ensorcelle &amp; comme il nous seduit,</div>
-<div class="verse">Qu’il assemble en festin, au Regnard, la Ciguoigne,</div>
-<div class="verse">Et que son plus beau ieu ne gist rien qu’en sa troigne :</div>
-<div class="verse i1">Celuy le peut bien dire à qui des le berceau,</div>
-<div class="verse" id="p50v12">Ce malheureux Honneur a tint le becq en l’eau,</div>
-<div class="verse">Qui le traine à tastons, quelque part qu’il puisse estre,</div>
-<div class="verse">Ainsi que fait vn chien, vn aueugle, son maistre :</div>
-<div class="verse" id="p50v15">Qui s’en va doucement apres luy, pas à pas,</div>
-<div class="verse">Et librement se fie à ce qu’il ne voit pas.</div>
-<div class="verse i1" id="p50v17">S’il veut que plus long tans à ces discours ie croye,</div>
-<div class="verse">Qu’il m’offre à tout le moins quelque chose qu’on voye,</div>
-<div class="verse">Et qu’on sauoure, affin qu’il se puisse sçauoir</div>
-<div class="verse">Si le goust dement point ce que l’œil en peut voir.</div>
-<div class="verse i1">Autrement quant à moy ie lui fay banqueroute,</div>
-<div class="verse">Estant imperceptible il est comme la Goutte :</div>
-<div class="verse" id="p50v23">Et le mal qui caché nous oste l’embon-point,</div>
-<div class="verse">Qui nous tuë à veu’ d’œil, &amp; que l’on ne voit point.</div>
-<div class="verse">On a beau se charger de telle marchandise,</div>
-<div class="verse">A peine en auroit on vn Catrin à Venise,</div>
-<div class="verse">Encor qu’on voye apres, courir certains cerueaux,</div>
-<div class="verse">Comme apres les raisins, courent les Estourneaux.</div>
-<div class="verse i1">Que font tous ces vaillans de leur valeur gueriere,</div>
-<div class="verse">Qui touchent du penser l’Etoille poussiniere,</div>
-<div class="verse">Morguent la Destinee &amp; gourmendent la mort,</div>
-<div class="verse">Contre qui rien ne dure, &amp; rien n’est assez fort,</div>
-<div class="verse">Et qui tout transparants de claire renommée,</div>
-<div class="verse">Dressent cent fois le iour, en discours vne armee,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p51">-51-</span>Donnent quelque bataille, &amp; tuant vn chacun,</div>
-<div class="verse">Font que mourir &amp; viure à leur dire n’est qu’vn :</div>
-<div class="verse">Releuez, emplumez, braues comme sainct George,</div>
-<div class="verse">Et Dieu sçait cependant s’ils mentent par la gorge,</div>
-<div class="verse">Et bien que de l’honneur, ils facent des leçons,</div>
-<div class="verse">Enfin au fond du sac, ce ne sont que chansons.</div>
-<div class="verse i1">Mais mon Dieu que ce Traistre est d’vne estrange sorte,</div>
-<div class="verse">Tandis qu’à le blasmer la raison me transporte,</div>
-<div class="verse">Que de luy ie mesdis, il me flate, &amp; me dit</div>
-<div class="verse">Que ie veux par ces vers acquerir son credit,</div>
-<div class="verse">Que c’est ce que ma Muse en trauaillant pourchasse,</div>
-<div class="verse">Et mon intention qu’estre en sa bonne grace,</div>
-<div class="verse">Qu’en medisant de luy ie le veux requerir,</div>
-<div class="verse">Et tout ce que ie fay que c’est pour l’aquerir.</div>
-<div class="verse i1">Si ce n’est qu’on diroit qu’il me l’auroit fait faire,</div>
-<div class="verse">Ie l’irois apeller comme mon aduersaire,</div>
-<div class="verse">Aussi que le duël est icy defendu,</div>
-<div class="verse">Et que d’vne autre part i’ayme l’Indiuidu.</div>
-<div class="verse i1">Mais tandis qu’en colere à parler ie m’areste,</div>
-<div class="verse">Ie ne m’aperçoy pas, que la viande est preste,</div>
-<div class="verse">Qu’icy non plus qu’en France on ne s’amuse pas</div>
-<div class="verse">A discourir d’honneur quand on prend son repas,</div>
-<div class="verse">Le sommelier en haste, est sorty de la caue,</div>
-<div class="verse">Desia Monsieur le maistre, &amp; son monde se laue,</div>
-<div class="verse">Trefues auecq’ l’honneur, ie m’en vais tout courant,</div>
-<div class="verse">Decider au Tinel vn autre different.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl6.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p52">-52-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b7.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c9" title="Satyre VII. A M. le Marquis de C[oe]uures"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur le Marquis de Cœuures.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre VII.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sotte, &amp; facheuse humeur, de la plus part des hommes</div>
-<div class="verse">Qui suyuant ce qu’ils sont, iugent ce que nous sommes,</div>
-<div class="verse">Et sucrant d’vn soûris vn discours ruineux,</div>
-<div class="verse">Acusent vn chacun des maux qui sont en eux,</div>
-<div class="verse i1">Nostre Melancolique en sçauoit bien que dire,</div>
-<div class="verse">Qui nous pique en riant, &amp; nous flate sans rire,</div>
-<div class="verse">Qui porte vn cœur de sang, desous vn front blemy,</div>
-<div class="verse" id="p52v8">Et duquel il vaut moins estre amy qu’ennemy.</div>
-<div class="verse i1">Vous qui tout au contraire auez dans le courage</div>
-<div class="verse">Les mesmes mouuemens qu’on vous lit au visage,</div>
-<div class="verse">Et qui parfaict amy voz amis espargnez,</div>
-<div class="verse">Et de mauuais discours leur vertu n’eborgnez,</div>
-<div class="verse">Dont le cœur grand, &amp; ferme, au changement ne ploye,</div>
-<div class="verse">Et qui fort librement, en l’orage s’employe,</div>
-<div class="verse">Ainsi qu’vn bon patron, qui soigneux, sage, &amp; fort,</div>
-<div class="verse">Sauue ses compagnons, &amp; les conduit à bord.</div>
-<div class="verse i1">Congnoissant doncq’ en vous vne vertu facille</div>
-<div class="verse">A porter les defauts d’vn esprit imbecille,</div>
-<div class="verse">Qui dit sans aucun fard, ce qu’il sent librement,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p53">-53-</span>Et dont iamais le cœur, la bouche ne dement,</div>
-<div class="verse">Comme à mon confesseur vous ouurant ma pensée,</div>
-<div class="verse">De ieunesse, &amp; d’Amour, follement incensée,</div>
-<div class="verse">Ie vous conte le mal, où trop enclin ie suis,</div>
-<div class="verse">Et que prest à laisser ie ne veux &amp; ne puis,</div>
-<div class="verse" id="p53v6">Tant il est mal aisé d’oster auecq’ estude,</div>
-<div class="verse">Ce qu’on a de nature, ou par longue habitude.</div>
-<div class="verse i1">Puis la force me manque, &amp; n’ay le iugement</div>
-<div class="verse">De conduire ma barque en ce rauissement,</div>
-<div class="verse">Au gouffre du plaisir la courante m’emporte ;</div>
-<div class="verse">Tout ainsi qu’vn cheual qui a la bouche forte,</div>
-<div class="verse">I’obeis au caprice, &amp; sans discretion,</div>
-<div class="verse">La raison ne peut rien dessus ma passion.</div>
-<div class="verse i1">Nulle loy ne retient mon ame abandonnée,</div>
-<div class="verse">Ou soit par volonté, ou soit par Destinée</div>
-<div class="verse">En vn mal euident ie clos l’œil à mon bien :</div>
-<div class="verse">Ny conseil, ny raison, ne me seruent de rien.</div>
-<div class="verse">Ie choppe par dessein, ma faute est volontaire,</div>
-<div class="verse">Ie me bande les yeux, quand le Soleil m’éclaire :</div>
-<div class="verse">Et contant de mon mal ie me tien trop heureux</div>
-<div class="verse">D’estre comme ie suis, en tous lieux amoureux,</div>
-<div class="verse">Et comme à bien aymer mille causes m’inuitent,</div>
-<div class="verse" id="p53v23">Aussi mille beautez mes amours ne limitent,</div>
-<div class="verse">Et courant çà, &amp; là, ie trouue tous les iours,</div>
-<div class="verse">En des suiets nouueaux de nouuelles amours.</div>
-<div class="verse i1">Si de l’œil du desir, vne femme i’auise,</div>
-<div class="verse">Ou soit belle, ou soit laide, ou sage, ou mal aprise,</div>
-<div class="verse">Elle aura quelque trait qui de mes sens vainqueur,</div>
-<div class="verse">Me passant par les yeux me bleçera le cœur :</div>
-<div class="verse">Et c’est comme vn miracle, en ce monde où nous sommes,</div>
-<div class="verse">Tant l’aueugle apetit ensorcelle les hommes</div>
-<div class="verse">Qu’encore qu’vne femme aux amours fasse peur,</div>
-<div class="verse">Que le Ciel, &amp; Venus, la voye à contre-cœur,</div>
-<div class="verse" id="p53v34">Toutesfois estant femme, elle aura ses delices,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p54">-54-</span>Releuera sa grace auecq’ des artifices,</div>
-<div class="verse" id="p54v2">Qui dans l’estat d’amour la sçauront maintenir,</div>
-<div class="verse">Et par quelques atraits les amans retenir.</div>
-<div class="verse i1">Si quelqu’vne est difforme, elle aura bonne grace,</div>
-<div class="verse">Et par l’art de l’Esprit, embellira sa face,</div>
-<div class="verse" id="p54v6">Captiuant les Amans des mœurs, ou du discours,</div>
-<div class="verse">Elle aura du credit en l’Empire d’amours.</div>
-<div class="verse i1">En cela l’on cognoist que la Nature est sage,</div>
-<div class="verse" id="p54v9">Qui voyant les deffaux du fœminin ouurage,</div>
-<div class="verse">Qu’il seroit sans respect, des hommes meprisé,</div>
-<div class="verse">L’anima d’vn esprit, &amp; vif, &amp; deguisé :</div>
-<div class="verse">D’vne simple innocence elle adoucit sa face,</div>
-<div class="verse">Elle luy mist au sein, la ruse, &amp; la falace,</div>
-<div class="verse">Dans sa bouche la foy, qu’on donne à ses discours,</div>
-<div class="verse">Dont ce sexe trahit les Cieux, &amp; les amours,</div>
-<div class="verse">Et selon plus ou moins qu’elle estoit belle, ou laide,</div>
-<div class="verse">Sage elle sçeut si bien vser d’vn bon remede,</div>
-<div class="verse">Diuisant de l’esprit, la grace, &amp; la beauté,</div>
-<div class="verse">Qu’elle les separa d’vn &amp; d’autre costé,</div>
-<div class="verse">De peur qu’en les ioignant quelqu’vne eust l’auantage,</div>
-<div class="verse">Auecq’ vn bel esprit d’auoir vn beau visage.</div>
-<div class="verse i1">La belle du depuis ne le recherche point,</div>
-<div class="verse">Et l’esprit rarement à la beauté se ioint.</div>
-<div class="verse i1">Or affin que la laide autrement inutille,</div>
-<div class="verse">Dessous le ioug d’amour rendit l’homme seruille,</div>
-<div class="verse">Elle ombragea l’esprit d’vn morne aueuglement,</div>
-<div class="verse">Auecques le desir troublant le iugement,</div>
-<div class="verse">De peur que nulle femme, ou fust laide, ou fust belle,</div>
-<div class="verse">Ne vescust sans le faire, &amp; ne mourust pucelle.</div>
-<div class="verse i1">D’où vient que si souuent les hommes offusquez</div>
-<div class="verse">Sont de leurs apetis si lourdement moquez,</div>
-<div class="verse">Que d’vne laide femme ils ont l’ame eschauffée,</div>
-<div class="verse">Dressent à la laideur d’eux mesmes vn trophée,</div>
-<div class="verse">Pensent auoir trouué la febue du gasteau,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p55">-55-</span>Et qu’au sarail du Turc il n’est rien de si beau.</div>
-<div class="verse i1">Mais comme les beautez soit des corps, ou des ames,</div>
-<div class="verse">Selon l’obiect des sens sont diuerses aux Dames,</div>
-<div class="verse">Aussi diuersement les hommes sont domtez,</div>
-<div class="verse">Et font diuers effets les diuerses beautez :</div>
-<div class="verse">(Estrange prouidence, &amp; prudente methode</div>
-<div class="verse">De Nature qui sert vn chascun à sa mode.)</div>
-<div class="verse i1">Or moy qui suis tout flame &amp; de nuit &amp; de iour,</div>
-<div class="verse">Qui n’haleine que feu, ne respire qu’amour,</div>
-<div class="verse">Ie me laisse emporter à mes flames communes,</div>
-<div class="verse">Et cours sous diuers vens de diuerses fortunes,</div>
-<div class="verse">Rauy de tous obiects, i’ayme si viuement,</div>
-<div class="verse">Que ie n’ay pour l’amour ny chois, ny iugement :</div>
-<div class="verse">De toute election, mon ame est depourueuë,</div>
-<div class="verse">Et nul obiect certain ne limite ma veuë.</div>
-<div class="verse">Toute femme m’agrée, &amp; les perfections</div>
-<div class="verse">Du corps ou de l’esprit troublent mes passions.</div>
-<div class="verse">I’ayme le port de l’vne, &amp; de l’autre la taille,</div>
-<div class="verse">L’autre d’vn trait lacif, me liure la bataille,</div>
-<div class="verse">Et l’autre dedaignant d’vn œil seuere, &amp; dous,</div>
-<div class="verse">Ma peine, &amp; mon amour, me donne mille coups,</div>
-<div class="verse">Soit qu’vne autre modeste à l’impourueu m’auise,</div>
-<div class="verse">De vergongne, &amp; d’amour mon ame est toute éprise,</div>
-<div class="verse">Ie sens d’vn sage feu mon esprit enflamer,</div>
-<div class="verse">Et son honnesteté me contrainct de l’aymer.</div>
-<div class="verse i1">Si quelque autre afettée en sa douce malice,</div>
-<div class="verse">Gouuerne son œillade auecq’ de l’artifice,</div>
-<div class="verse">I’ayme sa gentillesse, &amp; mon nouueau desir</div>
-<div class="verse" id="p55v29">Se la promet sçauante en l’amoureux plaisir.</div>
-<div class="verse i1" id="p55v30">Que l’autre parle liure, &amp; fasse des merueilles,</div>
-<div class="verse">Amour qui prend par tout me prend par les oreilles,</div>
-<div class="verse">Et iuge par l’esprit parfaict en ses acords,</div>
-<div class="verse">Des points plus acomplis que peut auoir le corps :</div>
-<div class="verse">Si l’autre est au rebours des lettres nonchalante,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p56">-56-</span>Ie croy qu’au fait d’amour elle sera sçauante,</div>
-<div class="verse">Et que nature habille à couurir son deffaut</div>
-<div class="verse">Luy aura mis au lict tout l’esprit qu’il luy faut.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi de toute femme à mes yeux opposée,</div>
-<div class="verse">Soit parfaite en beauté, ou soit mal composée,</div>
-<div class="verse">De mœurs, ou de façons, quelque chose m’en plaist,</div>
-<div class="verse">Et ne sçay point comment, ny pourquoy, ny que c’est.</div>
-<div class="verse i1">Quelque obiect que l’esprit, par mes yeux, se figure,</div>
-<div class="verse">Mon cœur tendre à l’amour, en reçoit la pointure :</div>
-<div class="verse">Comme vn miroir en soy toute image reçoit,</div>
-<div class="verse">Il reçoit en amour quelque obiect que ce soit,</div>
-<div class="verse">Autant qu’vne plus blanche, il ayme vne brunette,</div>
-<div class="verse">Si l’vne a plus d’esclat, l’autre est plus sadinette,</div>
-<div class="verse">Et plus viue de feu, d’amour, &amp; de desir,</div>
-<div class="verse">Comme elle en reçoit plus, donne plus de plaisir.</div>
-<div class="verse i1">Mais sans parler de moy que toute amour emporte,</div>
-<div class="verse">Voyant vne beauté folatrement acorte,</div>
-<div class="verse">Dont l’abord soit facile, &amp; l’œil plain de douceur,</div>
-<div class="verse">Que semblable à Venus on l’estime sa sœur,</div>
-<div class="verse">Que le Ciel sur son front ait posé sa richesse,</div>
-<div class="verse">Qu’elle ait le cœur humain, le port d’vne Déesse,</div>
-<div class="verse">Qu’elle soit le tourment, &amp; le plaisir des cœurs,</div>
-<div class="verse">Que Flore sous ses pas fasse naistre des fleurs,</div>
-<div class="verse">Au seul trait de ses yeux, si puissans sur les ames,</div>
-<div class="verse">Les cœurs les plus glacez sont tous brulans de flames,</div>
-<div class="verse">Et fut-il de metail, ou de bronze, ou de roc,</div>
-<div class="verse">Il n’est Moine si sainct qui n’en quittast le froc.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi moy seulement sous l’Amour ie ne plie,</div>
-<div class="verse">Mais de tous les mortels la nature accomplie</div>
-<div class="verse">Flechit sous cest Empire, &amp; n’est homme icy bas,</div>
-<div class="verse">Qui soit exempt d’amour, non plus que du trepas.</div>
-<div class="verse i1">Ce n’est doncq’ chose estrange (estant si naturelle)</div>
-<div class="verse">Que ceste passion me trouble la ceruelle,</div>
-<div class="verse">M’empoisonne l’esprit, &amp; me charme si fort,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p57">-57-</span>Que i’aimeray, ie croye, encore apres ma mort.</div>
-<div class="verse i1">Marquis voilà le vent dont ma nef est portée,</div>
-<div class="verse">A la triste mercy de la vague indomtée,</div>
-<div class="verse" id="p57v4">Sans cordes, sans timon, sans etoille, ny iour,</div>
-<div class="verse">Reste ingrat, &amp; piteux de l’orage d’amour,</div>
-<div class="verse">Qui contant de mon mal, &amp; ioyeux de ma perte,</div>
-<div class="verse" id="p57v7">Se rit de voir de flots ma poitrine couuerte,</div>
-<div class="verse">Et comme sans espoir flote ma passion,</div>
-<div class="verse">Digne non de risée, ains de compassion.</div>
-<div class="verse i1">Cependant incertain du cours de la tempeste,</div>
-<div class="verse">Ie nage sur les flots, &amp; releuant la teste,</div>
-<div class="verse">Ie semble depiter naufrage audacieux,</div>
-<div class="verse">L’infortune, les vents, la marine, &amp; les Cieux,</div>
-<div class="verse">M’egayant en mon mal comme vn melancolique</div>
-<div class="verse">Qui repute à vertu son humeur frenetique,</div>
-<div class="verse">Discourt de son caprice, en caquete tout haut :</div>
-<div class="verse i1">Aussi comme à vertu i’estime ce deffaut,</div>
-<div class="verse">Et quand tout par malheur iureroit mon dommage,</div>
-<div class="verse">Ie mourray fort contant mourant en ce voyage.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl7.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p58">-58-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b8.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c10" title="Satyre VIII. A M. l’Abé de Beaulieu"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur l’Abé de Beaulieu
-nommé par Sa Maiesté à l’Euesché du Mans.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre VIII.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Charles de mes pechez i’ay bien fait penitence,</div>
-<div class="verse">Or toy qui te cognois aux cas de conscience,</div>
-<div class="verse">Iuge si i’ay raison, de penser estre absoubs :</div>
-<div class="verse">I’oyois vn de ces iours, la Messe à deux genoux,</div>
-<div class="verse" id="p58v5">Faisant mainte oraison, l’œil au Ciel, les mains iointes,</div>
-<div class="verse" id="p58v6">Le cœur ouuert aux pleurs, &amp; tout percé des pointes</div>
-<div class="verse">Qu’vn deuot repentir élançoit dedans moy,</div>
-<div class="verse">Tremblant des peurs d’Enfer, &amp; tout bruslant de foy,</div>
-<div class="verse i1">Quand vn ieune frisé, releué de moustache,</div>
-<div class="verse">De galoche, de botte, &amp; d’vn ample pennache,</div>
-<div class="verse">Me vint prendre, &amp; me dist, pensant dire vn bon mot,</div>
-<div class="verse">Pour vn Poete du tans, vous estes trop deuot,</div>
-<div class="verse">Moy ciuil, ie me leue, &amp; le bon iour luy donne,</div>
-<div class="verse">(Qu’heureux est le folastre, à la teste grisonne,</div>
-<div class="verse">Qui brusquement eust dit auecq’ vne sambieu,</div>
-<div class="verse">Ouy-bien pour vous Monsieur qui ne croyez en Dieu.)</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p59">-59-</span>Sotte discretion, ie voulus faire acroire,</div>
-<div class="verse">Qu’vn Poete n’est bisarre, &amp; facheux qu’apres boire,</div>
-<div class="verse">Ie baisse vn peu la teste, &amp; tout modestement,</div>
-<div class="verse">Ie luy fis à la mode, vn petit compliment,</div>
-<div class="verse">Luy comme bien apris, le mesme me sceut rendre,</div>
-<div class="verse">Et ceste courtoisie à si haut pris me vendre,</div>
-<div class="verse">Que i’aymerois bien mieux, chargé d’age, &amp; d’ennuys,</div>
-<div class="verse" id="p59v8">Me voir à Rome pauure, entre les mains des Iuys.</div>
-<div class="verse i1">Il me prist par la main, apres mainte grimace,</div>
-<div class="verse">Changeant sur l’vn des pieds, à toute heure de place,</div>
-<div class="verse">Et dansant tout ainsi qu’vn Barbe encastelé,</div>
-<div class="verse">Me dist en remachant vn propos aualé,</div>
-<div class="verse">Que vous estes heureux vous autres belles ames,</div>
-<div class="verse">Fauoris d’Apolon, qui gouuernez les Dames,</div>
-<div class="verse">Et par mille beaux vers les charmez tellement,</div>
-<div class="verse">Qu’il n’est point de beautez, que pour vous seullement,</div>
-<div class="verse">Mais vous les meritez, voz vertuz non communes</div>
-<div class="verse">Vous font digne Monsieur de ces bonnes fortunes.</div>
-<div class="verse i1">Glorieux de me voir si hautement loué,</div>
-<div class="verse">Ie deuins aussi fier qu’vn chat amadoüé,</div>
-<div class="verse">Et sentant au Palais, mon discours se confondre,</div>
-<div class="verse">D’vn ris de sainct Medard il me fallut rêpondre :</div>
-<div class="verse" id="p59v23">Il poursuyt, mais amy, laissons le discourir,</div>
-<div class="verse">Dire cent, &amp; cent fois, il en faudroit mourir,</div>
-<div class="verse">Sa Barbe pinçoter, cageoller la science,</div>
-<div class="verse">Releuer ses cheueux, dire en ma conscience,</div>
-<div class="verse">Faire la belle main, mordre vn bout de ses guents,</div>
-<div class="verse">Rire hors de propos, monstrer ses belles dents,</div>
-<div class="verse">Se carrer sur vn pied, faire arser son espee,</div>
-<div class="verse">Et s’adoucir les yeux ainsi qu’vne poupée :</div>
-<div class="verse">Cependant qu’en trois mots ie te feray sçauoir,</div>
-<div class="verse">Où premier à mon dam ce facheux me peut voir.</div>
-<div class="verse i1">I’estois chez vne Dame, en qui si la Satyre</div>
-<div class="verse">Permetoit en ces vers que ie le peusse dire,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p60">-60-</span>Reluit, enuironné de la diuinité,</div>
-<div class="verse">Vn esprit aussi grand, que grande est sa beauté.</div>
-<div class="verse i1">Ce Fanfaron chez elle, eut de moy cognoissance,</div>
-<div class="verse">Et ne fut de parler iamais en ma puissance,</div>
-<div class="verse">Luy voyant ce iour là, son chapeau de velours,</div>
-<div class="verse">Rire d’vn facheux conte, &amp; faire vn sot discours,</div>
-<div class="verse">Bien qu’il m’eust à l’abord doucement fait entendre</div>
-<div class="verse">Qu’il estoit mon valet, à vendre &amp; à dependre,</div>
-<div class="verse">Et detournant les yeux, Belle à ce que i’entens,</div>
-<div class="verse">Comment vous gouuernez les beaux espris du tans,</div>
-<div class="verse">Et faisant le doucet de parole, &amp; de geste,</div>
-<div class="verse">Il se met sur vn lict, luy disant, Ie proteste</div>
-<div class="verse">Que ie me meurs d’amour, quand ie suis pres de vous :</div>
-<div class="verse">Ie vous ayme si fort que i’en suis tout ialoux,</div>
-<div class="verse">Puis rechangeant de note, il monstre sa rotonde,</div>
-<div class="verse">Cest ouurage est-il beau ? que vous semble du monde ;</div>
-<div class="verse">L’homme que vous sçauez, m’a dit qu’il n’ayme rien,</div>
-<div class="verse">Madame à vostre auis, ce iourd’huy suis-ie bien,</div>
-<div class="verse">Suis-ie pas bien chauffé, ma iambe est-elle belle,</div>
-<div class="verse">Voyez ce tafetas, la mode en est nouuelle,</div>
-<div class="verse">C’est œuure de la Chine, à propos on m’a dit</div>
-<div class="verse">Que contre les clinquants le Roy fait vn edit :</div>
-<div class="verse">Sur le coude il se met, trois boutons se delace,</div>
-<div class="verse">Madame baisez moy, n’ay-ie pas bonne grace,</div>
-<div class="verse">Que vous estes facheuse, à la fin on verra,</div>
-<div class="verse">Rosete le premier qui s’en repentira.</div>
-<div class="verse i1">D’assez d’autres propos il me rompit la teste,</div>
-<div class="verse">Voilà quant &amp; comment ie cogneu ceste beste,</div>
-<div class="verse" id="p60v29">Te iurant mon amy que ie quitté ce lieu,</div>
-<div class="verse">Sans demander son nom, &amp; sans luy dire adieu.</div>
-<div class="verse i1">Ie n’eus depuis ce iour, de luy nouuelle aucune,</div>
-<div class="verse">Si ce n’est ce matin que de male fortune,</div>
-<div class="verse">Ie fus en ceste Eglise, où comme i’ay conté,</div>
-<div class="verse">Pour me persecutter Satan l’auoit porté.</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p61">-61-</span>Apres tous ces propos qu’on se dit d’ariuée,</div>
-<div class="verse">D’vn fardeau si pesant ayant l’ame greuée,</div>
-<div class="verse">Ie chauuy de l’oreille, &amp; demourant pensif,</div>
-<div class="verse">L’echine i’alongois comme vn asne retif,</div>
-<div class="verse">Minutant me sauuer de ceste tirannie,</div>
-<div class="verse">Il le iuge à respect, ô sans ceremonie,</div>
-<div class="verse">Ie vous suply (dit-il) viuons en compagnons.</div>
-<div class="verse">Ayant ainsi qu’vn pot les mains sur les roignons,</div>
-<div class="verse">Il me pousse en auant, me presente la porte,</div>
-<div class="verse">Et sans respect des Saincts hors l’Eglise il me porte.</div>
-<div class="verse">Aussi froid qu’vn ialoux qui voit son corriual,</div>
-<div class="verse">Sortis, il me demande, estes-vous à cheual,</div>
-<div class="verse">Auez vous point icy quelqu’vn de vostre troupe,</div>
-<div class="verse">Ie suis tout seul à pied, luy de m’offrir la croupe,</div>
-<div class="verse">Moy pour m’en depêtrer, luy dire tout expres,</div>
-<div class="verse">Ie vous baise les mains, ie m’en vais icy pres,</div>
-<div class="verse">Chez mon oncle disner, ô Dieu le galand homme,</div>
-<div class="verse">I’en suis, &amp; moy pour lors comme vn bœuf qu’on assomme,</div>
-<div class="verse">Ie laisse choir la teste, &amp; bien peu s’en falut,</div>
-<div class="verse">Remettant par depit en la mort mon salut,</div>
-<div class="verse">Que ie n’alasse lors la teste la premiere,</div>
-<div class="verse">Me ietter du pont neuf, à bas en la riuiere.</div>
-<div class="verse i1">Insensible il me tresne en la court du Palais,</div>
-<div class="verse">Où trouuant par hasard quelqu’vn de ses valets,</div>
-<div class="verse">Il l’appelle &amp; luy dit, hola hau Ladreuille,</div>
-<div class="verse">Qu’on ne m’attende point, ie vay disner en ville.</div>
-<div class="verse i1">Dieu sçait si ce propos me trauersa l’esprit,</div>
-<div class="verse">Encor n’est-ce pas tout, il tire vn long escrit,</div>
-<div class="verse">Que voyant ie fremy, lors sans cageollerie,</div>
-<div class="verse">Monsieur ie ne m’entends à la chicannerie,</div>
-<div class="verse">Ce luy dis-ie, feignant l’auoir veu de trauers,</div>
-<div class="verse">Aussi n’en est-ce pas, ce sont des meschans vers,</div>
-<div class="verse">(Ie cogneu qu’il estoit veritable à son dire)</div>
-<div class="verse">Que pour tuer le tans ie m’efforce d’ecrire,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p62">-62-</span>Et pour vn courtisan quand vient l’occasion,</div>
-<div class="verse">Ie monstre que i’en sçay pour ma prouision.</div>
-<div class="verse i1">Il lit, &amp; se tournant brusquement par la place,</div>
-<div class="verse">Les banquiers étonnez admiroient sa grimace,</div>
-<div class="verse">Et montroient en riant qu’ils ne luy eussent pas</div>
-<div class="verse">Presté sur son minois, quatre doubles ducats,</div>
-<div class="verse">(Que i’eusse bien donnez pour sortir de sa pate,)</div>
-<div class="verse">Ie l’ecoute, &amp; durant que l’oreille il me flate,</div>
-<div class="verse">Le bon Dieu sçait comment à chaque fin de vers,</div>
-<div class="verse">Tout expres ie disois quelque mot de trauers,</div>
-<div class="verse">Il poursuit non-obstant d’vne fureur plus grande,</div>
-<div class="verse">Et ne cessa iamais qu’il n’eust fait sa legende.</div>
-<div class="verse i1">Me voyant froidement ses œuures aduouër,</div>
-<div class="verse">Il les serre, &amp; se met luy mesme à se loüer,</div>
-<div class="verse">Doncq’ pour vn Caualier n’est-ce pas quelque chose :</div>
-<div class="verse">Mais Monsieur n’auez-vous iamais veu de ma prose ?</div>
-<div class="verse">Moy de dire que si : tant ie craignois qu’il eust</div>
-<div class="verse">Quelque proces verbal, qu’entendre il me fallust.</div>
-<div class="verse i1">Encore dittes moy en vostre conscience,</div>
-<div class="verse" id="p62v20">Pour vn qui n’a du tout nul acquis de science,</div>
-<div class="verse">Cecy n’est-il pas rare ? Il est vray sur ma foy,</div>
-<div class="verse">Luy dis-ie souriant : lors se tournant vers moy,</div>
-<div class="verse">M’acolle à tour de bras, &amp; tout petillant d’aise,</div>
-<div class="verse">Doux comme vne epousee, à la iouë il me baise :</div>
-<div class="verse">Puis me flatant l’épaule, il me fist librement</div>
-<div class="verse">L’honneur que d’aprouuer mon petit iugement,</div>
-<div class="verse">Apres ceste caresse, il rentre de plus belle,</div>
-<div class="verse">Tantost il parle à l’vn, tantost l’autre l’appelle,</div>
-<div class="verse">Tousiours nouueaux discours, &amp; tant fut-il humain</div>
-<div class="verse">Que tousiours de faueur il me tint par la main.</div>
-<div class="verse">I’ay peur que sans cela i’ay l’ame si fragille,</div>
-<div class="verse">Que le laissant du guet i’eusse peu faire gille :</div>
-<div class="verse">Mais il me fut bien force estant bien attaché,</div>
-<div class="verse">Que ma discretion expiast mon peché.</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p63">-63-</span>Quel heur ce m’eust esté, si sortant de l’Eglise,</div>
-<div class="verse">Il m’eust conduit chez luy, &amp; m’ostant la chemise,</div>
-<div class="verse">Ce beau valet à qui ce beau maistre parla,</div>
-<div class="verse" id="p63v4">M’eust donné l’anguillade, &amp; puis m’eust laissé là,</div>
-<div class="verse">Honorable defaite, heureuse échapatoire,</div>
-<div class="verse">Encores de rechef me la fallut-il boire.</div>
-<div class="verse i1">Il vint à reparler de sus le bruit qui court,</div>
-<div class="verse">De la Royne, du Roy, des Princes, de la Court,</div>
-<div class="verse">Que Paris est bien grand, que le Pont neuf s’achéue,</div>
-<div class="verse">Si plus en paix qu’en guerre, vn Empire s’éleue.</div>
-<div class="verse">Il vint à definir que c’estoit qu’Amitié</div>
-<div class="verse">Et tant d’autres Vertus, que c’en estoit pitié.</div>
-<div class="verse">Mais il ne definit, tant il estoit nouice,</div>
-<div class="verse">Que l’Indiscretion est vn si facheux vice,</div>
-<div class="verse">Qu’il vaut bien mieux mourir, de rage, ou de regret,</div>
-<div class="verse">Que de viure à la gesne auecq’ vn indiscret.</div>
-<div class="verse i1">Tandis que ses discours me donnoient la torture,</div>
-<div class="verse">Ie sonde tous moyens pour voir si d’auanture</div>
-<div class="verse">Quelque bon accident eust peu m’en retirer,</div>
-<div class="verse">Et m’enpescher en fin de me desesperer.</div>
-<div class="verse i1">Voyant vn President, ie luy parle d’affaire,</div>
-<div class="verse">S’il auoit des proces, qu’il estoit necessaire</div>
-<div class="verse">D’estre tousiours apres ces Messieurs bonneter,</div>
-<div class="verse">Qu’il ne laissast pour moy, de les soliciter,</div>
-<div class="verse">Quant à luy qu’il estoit homme d’intelligence,</div>
-<div class="verse">Qui sçauoit comme on perd son bien par negligence,</div>
-<div class="verse">Où marche l’interest, qu’il faut ouurir les yeux.</div>
-<div class="verse">Ha ! non Monsieur (dit-il) i’aymerois beaucoup mieux</div>
-<div class="verse">Perdre tout ce que i’ay, que vostre compagnie,</div>
-<div class="verse">Et se mist aussi-tost sur la ceremonie.</div>
-<div class="verse">Moy qui n’ayme à debatre en ces fadeses là,</div>
-<div class="verse">Vn tans sans luy parler, ma langue vacila :</div>
-<div class="verse">Enfin ie me remets sur les cageolleries,</div>
-<div class="verse">Luy dis comme le Roy estoit aux Tuilleries,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p64">-64-</span>Ce qu’au Louure on disoit qu’il feroit ce iourd’huy,</div>
-<div class="verse">Qu’il deuroit se tenir tousiours aupres de luy :</div>
-<div class="verse">Dieu sçait combien alors il me dist de sottises,</div>
-<div class="verse">Parlant de ses hauts faicts, &amp; de ses vaillantises,</div>
-<div class="verse">Qu’il auoit tant seruy, tant faict la faction,</div>
-<div class="verse">Et n’auoit cependant aucune pension,</div>
-<div class="verse">Mais qu’il se consoloit, en ce qu’au moins l’Histoire,</div>
-<div class="verse" id="p64v8">Comme on fait son trauail, ne derobroit sa gloire,</div>
-<div class="verse">Et s’y met si auant que ie creu que mes iours</div>
-<div class="verse">Deuoient plustost finir, que non pas son discours.</div>
-<div class="verse i1">Mais comme Dieu voulut apres tant de demeures,</div>
-<div class="verse">L’orloge du Palais, vint à frapper onze heures,</div>
-<div class="verse">Et luy qui pour la souppe auoit l’esprit subtil,</div>
-<div class="verse">A quelle heure Monsieur, vostre oncle disne-til ?</div>
-<div class="verse i1">Lors bien peu s’en falut, sans plus longtans attendre,</div>
-<div class="verse">Que de rage au gibet ie ne m’allasse pendre.</div>
-<div class="verse" id="p64v17">Encor l’eusse-ie fait estant desesperé,</div>
-<div class="verse">Mais ie croy que le Ciel, contre moy coniuré,</div>
-<div class="verse">Voulut que s’acomplit ceste auanture mienne,</div>
-<div class="verse">Que me dist ieune enfant vne Bohemienne.</div>
-<div class="verse i1">Ny la peste, la fain, la verolle, la tous,</div>
-<div class="verse">La fieure, les venins, les larrons, ny les lous,</div>
-<div class="verse">Ne tueront cestuy-cy, mais l’importun langage</div>
-<div class="verse">D’vn facheux, qu’il s’en garde, estant grand, s’il est sage.</div>
-<div class="verse i1">Comme il continuoit ceste vieille chanson,</div>
-<div class="verse">Voicy venir quelqu’vn d’assez pauure façon :</div>
-<div class="verse">Il se porte au deuant, luy parle, le cageolle,</div>
-<div class="verse">Mais cest autre à la fin, se monta de parole,</div>
-<div class="verse">Monsieur c’est trop long-tans : tout ce que vous voudrez,</div>
-<div class="verse">Voicy l’Arrest signé, non Monsieur vous viendrez.</div>
-<div class="verse">Quand vous serez dedans vous ferez à partie,</div>
-<div class="verse">Et moy qui cependant n’estois de la partie,</div>
-<div class="verse">I’esquiue doucement, &amp; m’en vais à grand pas,</div>
-<div class="verse">La queue en loup qui fuit, &amp; les yeux contre bas,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p65">-65-</span>Le cœur sautant de ioye, &amp; triste d’aparance :</div>
-<div class="verse">Depuis aux bons Sergens i’ay porté reuerance,</div>
-<div class="verse">Comme à des gens d’honneur, par qui le Ciel voulut</div>
-<div class="verse">Que ie receusse vn iour le bien de mon salut.</div>
-<div class="verse i1">Mais craignant d’encourir vers toy le mesme vice</div>
-<div class="verse">Que ie blasme en autruy, ie suis à ton seruice,</div>
-<div class="verse" id="p65v8">Et prie Dieu qu’il nous garde, en ce bas monde icy,</div>
-<div class="verse">De fain, d’vn importun, de froid, &amp; de soucy.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl8.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p66">-66-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b9.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c11" title="Satyre IX. A M. Rapin"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur Rapin.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre IX.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Rapin le fauorit d’Apollon &amp; des Muses,</div>
-<div class="verse">Pendant qu’en leur mestier iour &amp; nuit tu t’amuses,</div>
-<div class="verse">Et que d’vn vers nombreux non encore chanté,</div>
-<div class="verse">Tu te fais vn chemin à l’immortalité,</div>
-<div class="verse">Moy qui n’ay ny l’esprit ny l’halaine assez forte,</div>
-<div class="verse">Pour te suiure de prez &amp; te seruir d’escorte,</div>
-<div class="verse">Ie me contenteray sans me precipiter,</div>
-<div class="verse">D’admirer ton labeur ne pouuant l’imiter,</div>
-<div class="verse">Et pour me satisfaire au desir qui me reste,</div>
-<div class="verse">De rendre cest hommage à chacun manifeste :</div>
-<div class="verse">Par ces vers i’en prens acte, affin que l’auenir,</div>
-<div class="verse">De moy par ta vertu, se puisse souuenir,</div>
-<div class="verse">Et que ceste memoire à iamais s’entretienne,</div>
-<div class="verse">Que ma Muse imparfaite eut en honneur la tienne,</div>
-<div class="verse">Et que si i’eus l’esprit d’ignorance abatu,</div>
-<div class="verse">Ie l’euz au moins si bon, que i’aymay ta vertu,</div>
-<div class="verse">Contraire à ces resueurs dont la Muse insolente,</div>
-<div class="verse">Censurant les plus vieux, arrogamment se vante</div>
-<div class="verse">De reformer les vers non les tiens seulement,</div>
-<div class="verse">Mais veulent deterrer les Grecs du monument,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p67">-67-</span>Les Latins, les Hebreux, &amp; toute l’Antiquaille,</div>
-<div class="verse" id="p67v2">Et leur dire à leur nez qu’ils n’ont rien fait qui vaille.</div>
-<div class="verse i1">Ronsard en son mestier n’estoit qu’vn aprentif,</div>
-<div class="verse">Il auoit le cerueau fantastique &amp; rétif,</div>
-<div class="verse">Desportes n’est pas net, du Bellay trop facille,</div>
-<div class="verse">Belleau ne parle pas comme on parle à la ville,</div>
-<div class="verse">Il a des mots hargneux, bouffis &amp; releuez</div>
-<div class="verse">Qui du peuple auiourd’huy ne sont pas aprouuez.</div>
-<div class="verse i1">Comment il nous faut doncq’ pour faire vne œuure grande</div>
-<div class="verse">Qui de la calomnie &amp; du tans se deffende,</div>
-<div class="verse">Qui trouue quelque place entre les bons autheurs,</div>
-<div class="verse">Parler comme à sainct Iean parlent les Crocheteurs.</div>
-<div class="verse i1">Encore ie le veux pourueu qu’ils puissent faire</div>
-<div class="verse">Que ce beau sçauoir entre en l’esprit du vulgaire,</div>
-<div class="verse">Et quand les Crocheteurs seront Pœtes fameux :</div>
-<div class="verse">Alors sans me facher ie parleray comme eux.</div>
-<div class="verse i1">Pensent-ils des plus vieux offenceant la memoire,</div>
-<div class="verse">Par le mespris d’autruy s’aquerir de la gloire,</div>
-<div class="verse">Et pour quelque vieux mot, estrange, ou de trauers,</div>
-<div class="verse">Prouuer qu’ils ont raison de censurer leurs vers,</div>
-<div class="verse">(Alors qu’une œuure brille &amp; d’art, &amp; de science,</div>
-<div class="verse">La verue quelque fois s’egaye en la licence.)</div>
-<div class="verse i1">Il semble en leur discours hautain &amp; genereux,</div>
-<div class="verse" id="p67v24">Que le Cheual volant n’ait pissé que pour eux,</div>
-<div class="verse">Que Phœbus à leur ton accorde sa vielle,</div>
-<div class="verse">Que la Mouche du Grec leurs leures emmielle,</div>
-<div class="verse">Qu’ils ont seuls icy bas trouué la Pie au nit,</div>
-<div class="verse">Et que des hauts esprits le leur est le zenit :</div>
-<div class="verse">Que seuls des grands secrets ils ont la cognoissance,</div>
-<div class="verse">Et disent librement que leur experience</div>
-<div class="verse">A rafiné les vers fantastiques d’humeur,</div>
-<div class="verse">Ainsi que les Gascons ont fait le point d’honneur,</div>
-<div class="verse">Qu’eux tous seuls du bien dire ont trouué la metode,</div>
-<div class="verse">Et que rien n’est parfaict s’il n’est fait à leur mode</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p68">-68-</span>Cependant leur sçauoir ne s’estend seulement,</div>
-<div class="verse">Qu’à regrater vn mot douteux au iugement,</div>
-<div class="verse">Prendre garde qu’vn qui ne heurte vne diphtongue,</div>
-<div class="verse">Epier si des vers la rime est breue ou longue,</div>
-<div class="verse">Ou bien si la voyelle à l’autre s’vnissant,</div>
-<div class="verse">Ne rend point à l’oreille vn vers trop languissant,</div>
-<div class="verse">Et laissent sur le verd le noble de l’ouurage :</div>
-<div class="verse">Nul eguillon diuin n’esleue leur courage,</div>
-<div class="verse">Ils rampent bassement foibles d’inuentions,</div>
-<div class="verse">Et n’osent peu hardis tanter les fictions,</div>
-<div class="verse">Froids à l’imaginer, car s’ils font quelque chose,</div>
-<div class="verse">C’est proser de la rime, &amp; rimer de la prose</div>
-<div class="verse">Que l’art lime &amp; relime &amp; polit de façon</div>
-<div class="verse">Qu’elle rend à l’oreille vn agreable son.</div>
-<div class="verse">Et voyant qu’vn beau feu leur ceruelle n’embrase,</div>
-<div class="verse" id="p68v16">Ils attifent leurs mots, ageolliuent leur frase,</div>
-<div class="verse">Affectent leur discours tout si releué d’art,</div>
-<div class="verse">Et peignent leurs defaux de couleurs &amp; de fard.</div>
-<div class="verse">Aussi ie les compare à ces femmes iolies,</div>
-<div class="verse">Qui par les Affiquets se rendent embelies,</div>
-<div class="verse" id="p68v21">Qui gentes en habits &amp; sades en façons,</div>
-<div class="verse">Parmy leur point coupé tendent leurs hameçons,</div>
-<div class="verse">Dont l’œil rit molement auecque affeterie,</div>
-<div class="verse">Et de qui le parler n’est rien que flaterie :</div>
-<div class="verse">De rubans piolez s’agencent proprement,</div>
-<div class="verse">Et toute leur beauté ne gist qu’en l’ornement,</div>
-<div class="verse" id="p68v27">Leur visage reluit de cereuse &amp; de peautre,</div>
-<div class="verse">Propres en leur coifure vn poil ne passe l’autre.</div>
-<div class="verse i1" id="p68v29">Où ses diuins esprits hautains &amp; releuez,</div>
-<div class="verse">Qui des eaux d’Helicon ont les sens abreuuez :</div>
-<div class="verse">De verue &amp; de fureur leur ouurage etincelle,</div>
-<div class="verse">De leurs vers tout diuins la grace est naturelle,</div>
-<div class="verse">Et sont comme lon voit la parfaite beauté,</div>
-<div class="verse">Qui contante de soy, laisse la nouueauté</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p69">-69-</span>Que l’art trouue au Palais ou dans le blanc d’Espagne,</div>
-<div class="verse">Rien que le naturel sa grace n’acompagne,</div>
-<div class="verse" id="p69v3">Son front laué d’eau claire, éclaté d’vn beau teint,</div>
-<div class="verse" id="p69v4">De roses &amp; de lys la Nature l’a peint,</div>
-<div class="verse">Et, laissant là Mercure, &amp; toutes ses malices,</div>
-<div class="verse">Les nonchalances sont les plus grands artifices.</div>
-<div class="verse i1" id="p69v7">Or Rapin quant à moy qui n’ay point tant d’esprit,</div>
-<div class="verse">Ie vay le grand chemin que mon oncle m’aprit,</div>
-<div class="verse">Laissant là ces Docteurs que les Muses instruisent,</div>
-<div class="verse">En des arts tout nouueaux, &amp; s’ils font comme ils disent,</div>
-<div class="verse">De ses fautes vn liure aussi gros que le sien,</div>
-<div class="verse">Telles ie les croiray quand ils auront du bien,</div>
-<div class="verse">Et que leur belle Muse à mordre si cuisante,</div>
-<div class="verse" id="p69v14">Leur don’ra, comme à luy dix mil escus de rente,</div>
-<div class="verse">De l’honneur, de l’estime, &amp; quand par l’Vniuers,</div>
-<div class="verse">Sur le lut de Dauid on chantera leurs vers,</div>
-<div class="verse">Qu’ils auront ioint l’vtille auecq’ le delectable,</div>
-<div class="verse">Et qu’ils sçauront rimer vne aussi bonne table.</div>
-<div class="verse i1">On fait en Italie vn conte assez plaisant,</div>
-<div class="verse">Qui vient à mon propos, qu’vne fois vn Paisant,</div>
-<div class="verse">Homme fort entendu &amp; suffisant de teste,</div>
-<div class="verse">Comme on peut aisement iuger par sa requeste,</div>
-<div class="verse">S’en vint trouuer le Pape &amp; le voulut prier,</div>
-<div class="verse">Que les Prestres du tans se peussent marier,</div>
-<div class="verse">Affin ce disoit-il que nous puissions nous autres</div>
-<div class="verse">Leurs femmes caresser, ainsi qu’ils font les nostres.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi suis-ie d’auis comme ce bon lourdaut,</div>
-<div class="verse">S’ils ont l’esprit si bon, &amp; l’intellect si haut,</div>
-<div class="verse">Le iugement si clair, qu’ils fassent vn ouurage,</div>
-<div class="verse">Riche d’inuentions, de sens, &amp; de langage,</div>
-<div class="verse">Que nous puissions draper comme ils font nos escris,</div>
-<div class="verse">Et voir comme l’on dit, s’ils sont si bien apris,</div>
-<div class="verse">Qu’ils montrent de leur eau, qu’ils entrent en cariere,</div>
-<div class="verse">Leur age defaudra plustost que la matiere,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p70">-70-</span>Nous sommes en vn siecle où le Prince est si grand,</div>
-<div class="verse">Que tout le monde entier à peine le comprend,</div>
-<div class="verse">Qu’ils fassent par leurs vers, rougir chacun de honte,</div>
-<div class="verse">Et comme de valeur nostre Prince surmonte</div>
-<div class="verse" id="p70v5">Hercule, Ænée, Achil’, qu’ils ostent les lauriers</div>
-<div class="verse">Aux vieux, comme le Roy l’a fait aux vieux guerriers :</div>
-<div class="verse">Qu’ils composent vne œuure, on verra si leur liure,</div>
-<div class="verse">Apres mile, &amp; mile ans, sera digne de viure,</div>
-<div class="verse">Surmontant par vertu, l’enuie &amp; le Destin,</div>
-<div class="verse">Comme celuy d’Homere, &amp; du chantre Latin.</div>
-<div class="verse i1">Mais Rapin mon amy c’est la vieille querelle,</div>
-<div class="verse" id="p70v12">L’homme le plus parfaict a manque de ceruelle,</div>
-<div class="verse">Et de ce grand defaut vient l’imbecilité,</div>
-<div class="verse">Qui rend l’homme hautain, insolent, effronté,</div>
-<div class="verse">Et selon le suget qu’à l’œil il se propose,</div>
-<div class="verse">Suiuant son apetit il iuge toute chose.</div>
-<div class="verse i1">Aussi selon noz yeux, le Soleil est luysant,</div>
-<div class="verse">Moy-mesme en ce discours qui fay le suffisant,</div>
-<div class="verse">Ie me cognoy frappé, sans le pouuoir comprendre,</div>
-<div class="verse">Et de mon vercoquin ie ne me puis deffendre.</div>
-<div class="verse i1">Sans iuger, nous iugeons, estant nostre raison</div>
-<div class="verse">Là haut dedans la teste, où selon la saison</div>
-<div class="verse" id="p70v23">Qui regne en nostre humeur, les brouillas nous embrouillent</div>
-<div class="verse" id="p70v24">Et de lieures cornus le cerueau nous barbouillent.</div>
-<div class="verse i1">Philosophes resueurs discourez hautement,</div>
-<div class="verse">Sans bouger de la terre allez au firmament,</div>
-<div class="verse">Faites que tout le Ciel bransle à vostre cadance,</div>
-<div class="verse" id="p70v28">Et pesez vos discours mesme, dans sa Balance,</div>
-<div class="verse">Congnoissez les humeurs, qu’il verse de sus nous,</div>
-<div class="verse">Ce qui se fait de sus, ce qui se fait de sous,</div>
-<div class="verse">Portez vne lanterne aux cachots de Nature,</div>
-<div class="verse">Sçachez qui donne aux fleurs ceste aymable painture,</div>
-<div class="verse" id="p70v33">Quelle main sus la terre, en broye la couleur,</div>
-<div class="verse">Leurs secretes vertus, leurs degrez de chaleur,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p71">-71-</span>Voyez germer à l’œil les semances du monde,</div>
-<div class="verse">Allez metre couuer les poissons dedans l’onde,</div>
-<div class="verse">Dechifrez les secrets de Nature &amp; des Cieux,</div>
-<div class="verse">Vostre raison vous trompe, aussi-bien que vos yeux.</div>
-<div class="verse i1">Or ignorant de tout, de tout ie me veus rire,</div>
-<div class="verse">Faire de mon humeur moy-mesme vne Satyre,</div>
-<div class="verse">N’estimer rien de vray qu’au goust il ne soit tel,</div>
-<div class="verse">Viure, &amp; comme Chrestien adorer l’Immortel,</div>
-<div class="verse">Où gist le seul repos qui chasse l’Ignorance,</div>
-<div class="verse">Ce qu’on voit hors de luy, n’est que sote aparance,</div>
-<div class="verse">Piperie, artifice, encore ô cruauté</div>
-<div class="verse">Des hommes &amp; du tans, nostre mechanceté</div>
-<div class="verse">S’en sert aux passions, &amp; de sous vne aumusse,</div>
-<div class="verse">L’Ambition, l’Amour, l’Auarice se musse :</div>
-<div class="verse">L’on se couure d’vn frocq pour tromper les ialoux,</div>
-<div class="verse">Les Temples auiourd’huy seruent aux rendez-vous :</div>
-<div class="verse">Derriere les pilliers, on oit mainte sornete,</div>
-<div class="verse">Et comme dans vn bal, tout le monde y caquette :</div>
-<div class="verse">On doit rendre suiuant &amp; le tans, &amp; le lieu,</div>
-<div class="verse">Ce qu’on doit à Cesar, &amp; ce qu’on doit à Dieu,</div>
-<div class="verse">Et quant aux apetis de la sottise humaine,</div>
-<div class="verse">Comme vn homme sans goust, ie les ayme sans peine,</div>
-<div class="verse">Aussi bien rien n’est bon que par affection,</div>
-<div class="verse">Nous iugeons, nous voyons selon la passion.</div>
-<div class="verse i1">Le Soldat auiourd’huy ne resue que la guerre,</div>
-<div class="verse">En paix le Laboureur veut cultiuer sa terre :</div>
-<div class="verse">L’Auare n’a plaisir qu’en ses doubles ducas,</div>
-<div class="verse">L’Amant iuge sa Dame vn chef d’œuure icy bas,</div>
-<div class="verse">Encore qu’elle n’ait sur soy rien qui soit d’elle,</div>
-<div class="verse">Que le rouge, &amp; le blanc, par art la fasse belle,</div>
-<div class="verse">Qu’elle ante en son palais ses dents tous les matins,</div>
-<div class="verse">Qu’elle doiue sa taille au bois de ses patins,</div>
-<div class="verse">Que son poil des le soir, frisé dans la boutique,</div>
-<div class="verse">Comme vn casque au matin, sur sa teste s’aplique,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p72">-72-</span>Qu’elle ait comme vn piquier le corselet au dos,</div>
-<div class="verse">Qu’à grand paine sa peau puisse couurir ses os,</div>
-<div class="verse">Et tout ce qui de iour la fait voir si doucete,</div>
-<div class="verse">La nuit comme en depost soit de sous la toillette.</div>
-<div class="verse">Son esprit vlceré iuge en sa passion,</div>
-<div class="verse" id="p72v6">Que son taint fait la nique à la perfection.</div>
-<div class="verse i1">Le soldat tout-ainsi pour la guerre soupire</div>
-<div class="verse">Iour &amp; nuit il y pense &amp; tousiours la desire,</div>
-<div class="verse">Il ne resue la nuit, que carnage, &amp; que sang,</div>
-<div class="verse">La pique dans le poing, &amp; l’estoc sur le flanc,</div>
-<div class="verse">Il pense mettre à chef quelque belle entreprise,</div>
-<div class="verse">Que forçant vn chasteau tout est de bonne prise,</div>
-<div class="verse">Il se plaist aux tresors qu’il cuide rauager,</div>
-<div class="verse">Et que l’honneur luy rie au milieu du danger.</div>
-<div class="verse i1">L’Auare d’autre part n’ayme que la richesse,</div>
-<div class="verse" id="p72v16">C’est son Roy, sa faueur, la court &amp; sa maitresse,</div>
-<div class="verse">Nul obiect ne luy plaist, sinon l’or &amp; l’argent,</div>
-<div class="verse">Et tant plus il en a plus il est indigent.</div>
-<div class="verse i1">Le Paisant d’autre soing se sent l’ame ambrasée,</div>
-<div class="verse">Ainsi l’humanité sottement abusée,</div>
-<div class="verse">Court à ses apetis qui l’aueuglent si bien,</div>
-<div class="verse">Qu’encor qu’elle ait des yeux si ne voit-elle rien.</div>
-<div class="verse">Nul chois hors de son gout ne regle son enuie,</div>
-<div class="verse">Mais s’aheurte où sans plus quelque apas la conuie,</div>
-<div class="verse">Selon son apetit le monde se repaist,</div>
-<div class="verse">Qui fait qu’on trouue bon seulement ce qui plaist.</div>
-<div class="verse i1">O debille raison où est ores ta bride,</div>
-<div class="verse">Ou ce flambeau qui sert aux personnes de guide,</div>
-<div class="verse">Contre les passions trop foible est ton secours,</div>
-<div class="verse">Et souuent courtisane apres elle tu cours</div>
-<div class="verse">Et sauourant l’apas qui ton ame ensorcelle,</div>
-<div class="verse">Tu ne vis qu’à son goust, &amp; ne voys que par elle.</div>
-<div class="verse i1">De là vient qu’vn chacun mesmes en son defaut,</div>
-<div class="verse">Pense auoir de l’esprit autant qu’il luy en faut,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p73">-73-</span>Aussi rien n’est party si bien par la nature</div>
-<div class="verse">Que le sens, car chacun en a sa fourniture.</div>
-<div class="verse i1">Mais pour nous moins hardis à croire à nos raisons,</div>
-<div class="verse">Qui reglons nos espris par les comparaisons</div>
-<div class="verse">D’vne chose auecq’ l’autre, épluchons de la vie</div>
-<div class="verse">L’action qui doit estre, ou blasmée, ou suiuie,</div>
-<div class="verse">Qui criblons le discours, au chois se variant,</div>
-<div class="verse">D’auecq’ la fauceté la verité triant,</div>
-<div class="verse">(Tant que l’homme le peut) qui formons nos ouurages,</div>
-<div class="verse">Aux moules si parfaicts de ces grands personnages,</div>
-<div class="verse">Qui depuis deux mile ans, ont acquis le credit,</div>
-<div class="verse">Qu’en vers rien n’est parfaict, que ce qu’ils en ont dit,</div>
-<div class="verse">Deuons nous auiourd’huy, pour vne erreur nouuelle</div>
-<div class="verse">Que ces clers deuoyez forment en leur ceruelle,</div>
-<div class="verse">Laisser legerement la vieille opinion,</div>
-<div class="verse">Et suiuant leurs auis croire à leur passion ?</div>
-<div class="verse i1">Pour moy les Huguenots pouroient faire miracles,</div>
-<div class="verse">Ressuciter les morts, rendre de vrais oracles,</div>
-<div class="verse">Que ie ne pourois pas croire à leur verité,</div>
-<div class="verse">En toute opinion ie fuy la nouueauté.</div>
-<div class="verse">Aussi doit-on plutost imiter nos vieux peres,</div>
-<div class="verse">Que suiure des nouueaux, les nouuelles Chimeres,</div>
-<div class="verse">De mesme en l’art diuin de la Muse doit-on</div>
-<div class="verse">Moins croire à leur esprit, qu’à l’esprit de Platon.</div>
-<div class="verse i1">Mais Rapin à leur goust, si les vieux sont profanes,</div>
-<div class="verse">Si Virgille, le Tasse, &amp; Ronsard sont des asnes,</div>
-<div class="verse">Sans perdre en ces discours le tans que nous perdons,</div>
-<div class="verse" id="p73v28">Allons comme eux aux champs &amp; mangeons des chardons.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl9.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p74">-74-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b10.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c12" title="Satyre X. Ce mouuement de temps"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre X.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ce mouuement de temps peu cogneu des humains,</div>
-<div class="verse">Qui trompe nostre espoir, nostre esprit, &amp; nos mains,</div>
-<div class="verse">Cheuelu sur le front &amp; chauue par derriere,</div>
-<div class="verse">N’est pas de ces oyseaux qu’on prend à la pantiere,</div>
-<div class="verse">Non plus que ce milieu des vieux tant debatu,</div>
-<div class="verse">Où l’on mist par despit à l’abry la vertu,</div>
-<div class="verse">N’est vn siege vaccant au premier qui l’occupe,</div>
-<div class="verse">Souuent le plus Mattois ne passe que pour Dupe :</div>
-<div class="verse">Ou par le iugement il faut perdre son temps</div>
-<div class="verse">A choisir dans les mœurs ce Milieu que i’entens.</div>
-<div class="verse i1">Or i’excuse en cecy nostre foiblesse humaine,</div>
-<div class="verse">Qui ne veut, ou ne peut, se donner tant de peine,</div>
-<div class="verse">Que s’exercer l’esprit en tout ce qu’il faudroit,</div>
-<div class="verse">Pour rendre par estude vn lourdaut plus adroit.</div>
-<div class="verse i1">Mais ie n’excuse pas les Censeurs de Socrate,</div>
-<div class="verse">De qui l’esprit rongneux de soy-mesme se grate,</div>
-<div class="verse">S’idolatre, s’admire, &amp; d’vn parler de miel,</div>
-<div class="verse" id="p74v18">Se va preconisant consin de Larcanciel :</div>
-<div class="verse">Qui baillent pour raisons des chansons &amp; des bourdes,</div>
-<div class="verse">Et tous sages qu’ils sont font les fautes plus lourdes :</div>
-<div class="verse">Et pour sçauoir gloser sur le Magnificat,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p75">-75-</span>Tranchent en leurs discours de l’esprit delicat,</div>
-<div class="verse">Controllent vn chacun, &amp; par apostasie</div>
-<div class="verse">Veulent paraphraser dessus la fantasie :</div>
-<div class="verse">Aussi leur bien ne sert qu’à monstrer le deffaut,</div>
-<div class="verse">Et semblent se baigner quand on chante tout haut,</div>
-<div class="verse">Qu’ils ont si bon cerueau, qu’il n’est point de sottise</div>
-<div class="verse">Dont par raison d’estat leur esprit ne s’aduise.</div>
-<div class="verse i1">Or il ne me chaudroit insensez ou prudens</div>
-<div class="verse" id="p75v9">Qu’ils fissent à leurs frais Messieurs les intendans,</div>
-<div class="verse">A chaque bout de champ si sous ombre de chere</div>
-<div class="verse">Il ne m’en falloit point payer la folle enchere.</div>
-<div class="verse i1">Vn de ces iours derniers par des lieux destournez</div>
-<div class="verse">Ie m’en allois resuant le manteau sur le nez,</div>
-<div class="verse" id="p75v14">L’âme bizarément de vappeurs occupee</div>
-<div class="verse">Comme vn Poëte qui prend les vers à la pippee :</div>
-<div class="verse">En ces songes profonds où flottoit mon esprit,</div>
-<div class="verse">Vn homme par la main hazardement me prit,</div>
-<div class="verse">Ainsi qu’on pourroit prendre vn dormeur par l’oreille,</div>
-<div class="verse">Quand on veut qu’à minuict en sursaut il s’esueille,</div>
-<div class="verse">Ie passe outre d’aguet sans en faire semblant,</div>
-<div class="verse">Et m’en vois à grands pas tout froid &amp; tout tremblant :</div>
-<div class="verse">Craignant de faire encor’ auec ma patience</div>
-<div class="verse">Des sottises d’autruy nouuelle penitence.</div>
-<div class="verse">Tout courtois il me suit, &amp; d’vn parler remis,</div>
-<div class="verse">Quoy ? Monsieur, est-ce ainsi qu’on traite ses amis,</div>
-<div class="verse">Ie m’arreste contraint d’vne façon confuse,</div>
-<div class="verse">Grondant entre mes dents ie barbotte vne excuse :</div>
-<div class="verse" id="p75v28">De vous dire son nom il ne guarit de rien,</div>
-<div class="verse">Et vous iure au surplus qu’il est homme de bien,</div>
-<div class="verse">Que son cœur conuoiteux d’ambition ne créue</div>
-<div class="verse">Et pour ses factions qu’il n’ira point en Gréue :</div>
-<div class="verse">Car il aime la France, &amp; ne souffriroit point,</div>
-<div class="verse">Le bon seigneur qu’il est, qu’on la mist en pourpoint.</div>
-<div class="verse">Au compas du deuoir il regle son courage,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p76">-76-</span>Et ne laisse en depost pourtant son auantage,</div>
-<div class="verse" id="p76v2">Selon le temps il met ses partis en auant,</div>
-<div class="verse">Alors que le Roy passe, il gaigne le deuant,</div>
-<div class="verse">Et dans la Gallerie, encor’ que tu luy parles,</div>
-<div class="verse">Il te laisse au Roy Iean, &amp; s’en court au Roy Charles.</div>
-<div class="verse">Mesme aux plus auancez demandant le pourquoy</div>
-<div class="verse">Il se met sur vn pied, &amp; sur le quant à moy,</div>
-<div class="verse">Et seroit bien fasché le Prince assis à table</div>
-<div class="verse">Qu’vn autre en fust plus pres, ou fist plus l’agreable,</div>
-<div class="verse">Qui plus suffisamment entrant sur le deuis</div>
-<div class="verse">Fist mieux le Philosophe ou dist mieux son auis,</div>
-<div class="verse">Qui de chiens ou d’oyseaux eust plus d’experience,</div>
-<div class="verse">Ou qui déuidast mieux vn cas de conscience :</div>
-<div class="verse">Puis dittes comme vn sot qu’il est sans passion,</div>
-<div class="verse">Sans gloser plus auant sur sa perfection.</div>
-<div class="verse">Auec maints hauts discours, de chiens, d’oyseaux, de bottes,</div>
-<div class="verse">Que les vallets de pied sont fort suiects aux crottes,</div>
-<div class="verse">Pour bien faire du pain il faut bien enfourner,</div>
-<div class="verse">Si Domp-Pedre est venu qu’il s’en peut retourner,</div>
-<div class="verse">Le Ciel nous fist ce bien qu’encor’ d’assez bonne heure,</div>
-<div class="verse">Nous vinsmes au Logis où ce Monsieur demeure,</div>
-<div class="verse">Où sans historier le tout par le menu,</div>
-<div class="verse">Il me dict vous soyez Monsieur le bien venu.</div>
-<div class="verse">Apres quelque propos, sans propos &amp; sans suitte</div>
-<div class="verse">Auecq’ un froid Adieu ie minutte ma fuitte,</div>
-<div class="verse">Plus de peur d’accident que de discretion :</div>
-<div class="verse">Il commence vn sermon de son affection,</div>
-<div class="verse">Me rid, me prend, m’embrasse, auec ceremonie,</div>
-<div class="verse">Quoy ? vous ennuyez-vous en nostre compagnie ?</div>
-<div class="verse">Non non, ma foy dit-il, il n’ira pas ainsi,</div>
-<div class="verse">Et puis que ie vous tiens, vous soupperez icy.</div>
-<div class="verse">Ie m’excuse, il me force, ô Dieux quelle iniustice ?</div>
-<div class="verse">Alors, mais las trop tard ie cogneus mon supplice :</div>
-<div class="verse">Mais pour l’auoir cogneu, ie ne peux l’éuiter,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p77">-77-</span>Tant le destin se plaist à me persecuter.</div>
-<div class="verse">A peine à ces propos eut-il fermé la bouche,</div>
-<div class="verse">Qu’il entre à l’estourdi vn sot faict à la fourche,</div>
-<div class="verse">Qui pour nous saluër laissant choir son chappeau,</div>
-<div class="verse">Fist comme vn entre-chat auec vn escabeau,</div>
-<div class="verse" id="p77v6">Trebuschant sur le cul, s’en va deuant derriere,</div>
-<div class="verse">Et grondant se fascha qu’on estoit sans lumiere :</div>
-<div class="verse">Pour nous faire sans rire aualler ce beau saut</div>
-<div class="verse">Le Monsieur sur la veuë excuse ce deffaut,</div>
-<div class="verse">Que les gens de sçauoir ont la visiere tendre :</div>
-<div class="verse" id="p77v11">L’autre se releuant deuers nous se vint rendre,</div>
-<div class="verse">Moins honteux d’estre cheut, que de s’estre dressé</div>
-<div class="verse">Et luy demandast-il s’il s’estoit point blessé.</div>
-<div class="verse i1">Apres mille discours dignes d’vn grand volume,</div>
-<div class="verse">On appelle vn vallet, la chandelle s’allume :</div>
-<div class="verse">On apporte la nappe, &amp; met-on le couuert,</div>
-<div class="verse">Et suis parmy ces gens comme vn homme sans vert,</div>
-<div class="verse">Qui fait en rechignant aussi maigre visage</div>
-<div class="verse">Qu’vn Renard que Martin porte au Louure en sa cage.</div>
-<div class="verse i1" id="p77v20">Vn long-temps sans parler ie regorgeois d’ennuy</div>
-<div class="verse">Mais n’estant point garand des sottises d’autruy,</div>
-<div class="verse">Ie creu qu’il me falloit d’vne mauuaise affaire</div>
-<div class="verse">En prendre seulement ce qui m’en pouuoit plaire.</div>
-<div class="verse">Ainsi considerant ces hommes &amp; leurs soings,</div>
-<div class="verse" id="p77v25">Si ie n’en disois mot ie n’en pense pas moings,</div>
-<div class="verse">Et iugé ce lourdaut à son nez autentique,</div>
-<div class="verse">Que c’estoit vn Pedant, animal domestique,</div>
-<div class="verse">De qui la mine rogue &amp; le parler confus,</div>
-<div class="verse">Les cheueux gras &amp; longs, &amp; les sourcils touffus</div>
-<div class="verse">Faisoient par leur sçauoir, comme il faisoit entendre,</div>
-<div class="verse">La figue sur le nez au Pedant d’Alexandre.</div>
-<div class="verse i1" id="p77v32">Lors ie fus asseuré de ce que i’auois creu,</div>
-<div class="verse">Qu’il n’est plus Courtisan de la Cour si recreu,</div>
-<div class="verse">Pour faire l’entendu qu’il n’ait pour quoy qu’il vaille,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p78">-78-</span>Vn Poëte, vn Astrologue, ou quelque Pedentaille,</div>
-<div class="verse">Qui durant ses Amours auec son bel esprit</div>
-<div class="verse">Couche de ses faueurs l’histoire par escrit.</div>
-<div class="verse">Maintenant que l’on voit &amp; que ie vous veux dire,</div>
-<div class="verse">Tout ce qui se fist là digne d’vne satyre,</div>
-<div class="verse">Ie croirois faire tort à ce Docteur nouueau,</div>
-<div class="verse">Si ie ne luy donnois quelques traicts de pinceau ;</div>
-<div class="verse">Mais estant mauuais peintre ainsi que mauuais Poëte,</div>
-<div class="verse">Et que i’ay la ceruelle &amp; la main mal adroitte,</div>
-<div class="verse">O Muse ie t’inuoque ! emmielle moy le bec,</div>
-<div class="verse">Et bandes de tes mains les nerfs de ton rebec,</div>
-<div class="verse">Laisse moy là Phœbus chercher son auanture,</div>
-<div class="verse">Laisse moy son B. mol, prend la clef de Nature,</div>
-<div class="verse">Et vien simple sans fard, nuë &amp; sans ornement,</div>
-<div class="verse">Pour accorder ma fluste auec ton instrument.</div>
-<div class="verse i1" id="p78v16">Dy moy comme sa race autres fois ancienne</div>
-<div class="verse">Dedans Rome accoucha d’vne Patricienne,</div>
-<div class="verse">D’où nasquit dix Catons &amp; quatre vingts Preteurs,</div>
-<div class="verse">Sans les Historiens &amp; tous les Orateurs :</div>
-<div class="verse">Mais non, venons à luy, dont la maussade mine</div>
-<div class="verse">Ressemble vn de ces Dieux des coutaux de la Chine,</div>
-<div class="verse">Et dont les beaux discours plaisamment estourdis</div>
-<div class="verse">Feroient creuer de rire vn sainct de Paradis.</div>
-<div class="verse i1">Son teint iaune enfumé de couleur de malade,</div>
-<div class="verse">Feroit donner au Diable, &amp; ceruze, &amp; pommade,</div>
-<div class="verse">Et n’est blanc en Espaigne à qui ce Cormoran</div>
-<div class="verse">Ne fasse renier la loy de l’Alcoran.</div>
-<div class="verse i1">Ses yeux bordez de rouge esgarez sembloient estre,</div>
-<div class="verse">L’vn à Mont-marthe, &amp; l’autre au chasteau de Bicestre :</div>
-<div class="verse">Toutesfois redressant leur entre-pas tortu,</div>
-<div class="verse">Ils guidoient la ieunesse au chemin de vertu.</div>
-<div class="verse i1">Son nez haut releué sembloit faire la nique</div>
-<div class="verse">A l’Ouide Nason, au Scipion Nasique,</div>
-<div class="verse">Où maints rubiz balez tous rougissants de vin</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p79">-79-</span>Monstroient vn <span class="small" lang="la" xml:lang="la">HAC ITVR</span> à la pomme de pin :</div>
-<div class="verse">Et preschant la vendange asseuroient en leur trongne,</div>
-<div class="verse">Qu’vn ieune Medecin vit moins qu’vn vieux yurongne.</div>
-<div class="verse i1">Sa bouche est grosse &amp; torte, &amp; semble en son porfil,</div>
-<div class="verse">Celle-là d’Alizon qui retordant du fil</div>
-<div class="verse">Fait la moüe aux passans, &amp; feconde en grimace,</div>
-<div class="verse">Baue comme au Prin-temps vne vieille limace.</div>
-<div class="verse i1">Vn rateau mal rangé pour ses dents paroissoit,</div>
-<div class="verse">Où le chancre &amp; la roüille en monceaux s’amassoit,</div>
-<div class="verse">Dont pour lors ie congneus grondant quelques parolles</div>
-<div class="verse">Qu’expert il en sçauoit creuer ses euerolles,</div>
-<div class="verse" id="p79v12">Qui me fist bien iuger qu’aux veilles des bons iours</div>
-<div class="verse">Il en souloit roigner ses ongles de velours.</div>
-<div class="verse i1">Sa barbe sur sa ioüe esparse à l’auanture,</div>
-<div class="verse">Où l’art est en colere auecque la nature,</div>
-<div class="verse">En Bosquets s’esleuoit, où certains animaux</div>
-<div class="verse">Qui des pieds, non des mains, luy faisoient mille maux.</div>
-<div class="verse i1">Quant au reste du corps il est de telle sorte</div>
-<div class="verse">Qu’il semble que ses reins &amp; son espaule torte</div>
-<div class="verse">Façent guerre à sa teste, &amp; par rebellion,</div>
-<div class="verse">Qu’ils eussent entassé Osse sur Pellion :</div>
-<div class="verse">Tellement qu’il n’a rien en tout son attelage</div>
-<div class="verse">Qui ne suiue au galop la trace du visage.</div>
-<div class="verse i1">Pour sa robbe elle fut autre qu’elle n’estoit</div>
-<div class="verse">Alors qu’Albert le Grand aux festes la portoit ;</div>
-<div class="verse">Mais tousiours recousant piece à piece nouuelle,</div>
-<div class="verse">Depuis trente ans c’est elle, &amp; si ce n’est pas elle :</div>
-<div class="verse">Ainsi que ce vaisseau des Grecs tant renommé</div>
-<div class="verse" id="p79v29">Qui suruescut au temps qu’il auoit consommé :</div>
-<div class="verse">Vne taigne affamée estoit sur ses espaules,</div>
-<div class="verse">Qui traçoit en Arabe vne Carte des Gaules :</div>
-<div class="verse">Les pieces &amp; les trous semez de tous costez,</div>
-<div class="verse">Representoient les Bourgs, les monts, &amp; les Citez :</div>
-<div class="verse">Les filets separez qui se tenoient à peine,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p80">-80-</span>Imitoient les ruisseaux coulans dans vne pleine.</div>
-<div class="verse">Les Alpes en iurant luy grimpoient au collet,</div>
-<div class="verse">Et Sauoy’ qui plus bas ne pend qu’à vn fillet.</div>
-<div class="verse i1">Les puces &amp; les poux &amp; telle autre quenaille,</div>
-<div class="verse">Aux plaines d’alentour se mettoient en bataille,</div>
-<div class="verse">Qui les places d’autruy par armes vsurpant</div>
-<div class="verse">Le titre disputoient au premier occupant.</div>
-<div class="verse i1">Or dessous ceste robbe illustre &amp; venerable,</div>
-<div class="verse">Il auoit vn iupon, non celuy de Constable :</div>
-<div class="verse">Mais vn qui pour vn temps suiuit l’arriere-ban,</div>
-<div class="verse">Quand en premiere nopce il seruit de caban</div>
-<div class="verse">Au croniqueur Turpin, lors que par la campagne</div>
-<div class="verse">Il portoit l’arbalestre au bon Roy Charlemagne :</div>
-<div class="verse">Pour asseurer si c’est, ou laine, ou soye, ou lin,</div>
-<div class="verse">Il faut en deuinaille estre maistre Gonin.</div>
-<div class="verse i1">Sa ceinture honorable ainsi que ses iartieres,</div>
-<div class="verse">Furent d’vn drap du seau, mais i’entends de lizieres</div>
-<div class="verse">Qui sur maint Cousturier ioüerent maint rollet,</div>
-<div class="verse">Mais pour l’heure presente ils sangloient le mulet.</div>
-<div class="verse i1">Vn mouchoir &amp; des gans auecq’ ignominie</div>
-<div class="verse">Ainsi que des larrons pendus en compagnie,</div>
-<div class="verse" id="p80v22">Luy pendoient au costé, qui sembloit en lambeaux,</div>
-<div class="verse">Crier en se mocquant vieux linge, &amp; vieux drapeaux :</div>
-<div class="verse">De l’autre brimballoit vne clef fort honneste,</div>
-<div class="verse">Qui tire à sa cordelle vne noix d’arbaleste.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi ce personnage en magnifique arroy,</div>
-<div class="verse">Marchant <span lang="la" xml:lang="la">pedetentim</span> s’en vint iusques à moy</div>
-<div class="verse">Qui sentis à son nez, à ses leures décloses,</div>
-<div class="verse" id="p80v29">Qu’il fleuroit bien plus fort, mais non pas mieux que roses.</div>
-<div class="verse i1">Il me parle latin, il allegue, il discourt,</div>
-<div class="verse">Il reforme à son pied les humeurs de la Court :</div>
-<div class="verse">Qu’il a pour enseigner vne belle maniere,</div>
-<div class="verse" id="p80v33">Que sans robe il a veu la matiere premiere,</div>
-<div class="verse">Qu’Epicure est yurongne, Hypocrate vn bourreau,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p81">-81-</span>Que Bartolle &amp; Iason ignorent le barreau :</div>
-<div class="verse">Que Virgille est passable, encor’ qu’en quelques pages,</div>
-<div class="verse">Il meritast au Louure estre chifflé des Pages,</div>
-<div class="verse">Que Pline est inesgal, Terence vn peu ioly,</div>
-<div class="verse">Mais sur tout il estime vn langage poly.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi sur chasque Autheur il trouue de quoy mordre,</div>
-<div class="verse">L’vn n’a point de raisons, &amp; l’autre n’a point d’ordre,</div>
-<div class="verse">L’autre auorte auant temps des œuures qu’il conçoit,</div>
-<div class="verse">Or il vous prend Macrobe &amp; luy donne le foit,</div>
-<div class="verse">Ciceron il s’en taist d’autant que l’on le crie</div>
-<div class="verse" id="p81v11">Le pain quotidian de la Pedanterie,</div>
-<div class="verse">Quant à son iugement il est plus que parfait</div>
-<div class="verse">Et l’immortalité n’ayme que ce qu’il fait,</div>
-<div class="verse">Par hazard disputant si quelqu’vn luy replique,</div>
-<div class="verse">Et qu’il soit à quia, vous estes heretique :</div>
-<div class="verse">Ou pour le moins fauteur, ou vous ne sçauez point</div>
-<div class="verse">Ce qu’en mon manuscrit i’ay noté sur ce point.</div>
-<div class="verse i1">Comme il n’est rien de simple aussi rien n’est durable,</div>
-<div class="verse">De pauure on deuient riche, &amp; d’heureux miserable,</div>
-<div class="verse">Tout se change qui fist qu’on changea de discours,</div>
-<div class="verse">Apres maint entretien, maints tours, &amp; maints retours,</div>
-<div class="verse">Vn valet se leuant le chapeau de la teste</div>
-<div class="verse">Nous vint dire tout haut que la souppe estoit preste :</div>
-<div class="verse">Ie congneu qu’il est vray ce qu’Homere en escrit,</div>
-<div class="verse">Qu’il n’est rien qui si fort nous resueille l’esprit,</div>
-<div class="verse">Car i’eus au son des plats l’ame plus alteree</div>
-<div class="verse">Que ne l’auroit vn chien au son de la curee :</div>
-<div class="verse">Mais comme vn iour d’Esté où le Soleil reluit,</div>
-<div class="verse">Ma ioye en moins d’vn rien comme vn éclair s’enfuit,</div>
-<div class="verse">Et le Ciel qui des dents me rid à la pareille,</div>
-<div class="verse">Me bailla gentiment le lieure par l’oreille :</div>
-<div class="verse">Et comme en vne montre où les passe-volans</div>
-<div class="verse">Pour se monstrer soldats sont les plus insolens :</div>
-<div class="verse">Ainsi parmy ces gens vn gros vallet d’estable,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p82">-82-</span>Glorieux de porter les plats dessus la table,</div>
-<div class="verse">D’vn nez de Maiordome, &amp; qui morgue la faim,</div>
-<div class="verse">Entra seruiette au bras &amp; fricassee en main,</div>
-<div class="verse">Et sans respect du lieu, du Docteur ny des sausses,</div>
-<div class="verse">Heurtant table &amp; treteaux, versa tout sur mes chausses :</div>
-<div class="verse">On le tance, il s’excuse, &amp; moy tout resolu,</div>
-<div class="verse">Puis qu’à mon dam le Ciel l’auoit ainsi voulu,</div>
-<div class="verse">Ie tourne en raillerie vn si fascheux mistere</div>
-<div class="verse">De sorte que Monsieur m’obligea de s’en taire.</div>
-<div class="verse">Sur ce point on se laue, &amp; chacun en son rang,</div>
-<div class="verse">Se met dans vne chaire ou s’assied sur vn banc :</div>
-<div class="verse">Suiuant ou son merite, ou sa charge, ou sa race.</div>
-<div class="verse">Des niais sans prier ie me mets en la place,</div>
-<div class="verse">Où i’estois resolu faisant autant que trois,</div>
-<div class="verse">De boire &amp; de manger comme aux veilles des Rois :</div>
-<div class="verse">Mais à si beau dessein defaillant la matiere,</div>
-<div class="verse">Ie fus enfin contraint de ronger ma littiere,</div>
-<div class="verse">Comme vn asne affamé qui n’a chardons ny foing,</div>
-<div class="verse">N’ayant pour lors dequoy me saouler au besoing.</div>
-<div class="verse i1">Or entre tous ceux-là qui se mirent à table,</div>
-<div class="verse">Il n’en estoit pas vn qui ne fust remarcable,</div>
-<div class="verse">Et qui sans esplucher n’aualast l’Eperlan :</div>
-<div class="verse">L’vn en titre d’office exerçoit vn berlan,</div>
-<div class="verse">L’autre estoit des suiuants de Madame Lipee,</div>
-<div class="verse">Et l’autre cheualier de la petite espee,</div>
-<div class="verse">Et le plus sainct d’entr’eux (sauf le droict du cordeau)</div>
-<div class="verse">Viuoit au Cabaret pour mourir au bordeau.</div>
-<div class="verse i1">En forme d’Eschiquier les plats rangez sur table,</div>
-<div class="verse">N’auoient ny le maintien, ny la grace accostable,</div>
-<div class="verse">Et bien que nos disneurs mengeassent en Sergens,</div>
-<div class="verse">La viande pourtant ne prioit point les gens :</div>
-<div class="verse">Mon Docteur de Menestre en sa mine alteree,</div>
-<div class="verse">Auoit deux fois autant de mains que Briaree,</div>
-<div class="verse">Et n’estoit quel qu’il fust morceau dedans le plat,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p83">-83-</span>Qui des yeux &amp; des mains n’eust vn escheq &amp; mat.</div>
-<div class="verse">D’où i’aprins en la cuitte aussi bien qu’en la cruë,</div>
-<div class="verse">Que l’âme se laissoit piper comme vne Gruë,</div>
-<div class="verse">Et qu’aux plats comme au lict auec lubricité</div>
-<div class="verse">Le peché de la chair tentoit l’humanité.</div>
-<div class="verse i1">Deuant moy iustement on plante vn grand potage,</div>
-<div class="verse">D’où les mousches à ieun se sauuoient à la nage :</div>
-<div class="verse">Le broüet estoit maigre, &amp; n’est Nostradamus</div>
-<div class="verse">Qui l’Astrolabe en main ne demeurast camus,</div>
-<div class="verse">Si par galanterie ou par sottise expresse</div>
-<div class="verse">Il y pensoit trouuer vne estoille de gresse :</div>
-<div class="verse">Pour moy si i’eusse esté sur la mer de Leuant,</div>
-<div class="verse">Où le vieux Louchaly fendit si bien le vent,</div>
-<div class="verse" id="p83v14">Quand sainct Marc s’habilla des enseignes de Trace,</div>
-<div class="verse" id="p83v15">Ie l’acomparerois au golphe de Patrasse,</div>
-<div class="verse">Pource qu’on y voyoit en mille &amp; mille parts</div>
-<div class="verse">Les moûches qui flottoient en guise de Soldarts,</div>
-<div class="verse">Qui morts sembloient encor’ dans les ondes salees</div>
-<div class="verse">Embrasser les charbons des Galeres bruslees.</div>
-<div class="verse i1">I’oy ce semble quelqu’vn de ces nouueaux Docteurs,</div>
-<div class="verse">Qui d’estoc &amp; de taille estrillent les Autheurs,</div>
-<div class="verse">Dire que ceste exemple est fort mal assortie :</div>
-<div class="verse">Homere, &amp; non pas moy t’en doit la garantie,</div>
-<div class="verse" id="p83v24">Qui dedans ses escrits, en des certains effets</div>
-<div class="verse">Les compare peut-estre aussi mal que ie faits.</div>
-<div class="verse i1">Mais retournons à table où l’esclanche en ceruelle</div>
-<div class="verse">Des dents &amp; du chalan separoit la querelle,</div>
-<div class="verse">Et sur la nappe allant de quartier en quartier</div>
-<div class="verse">Plus dru qu’vne nauette au trauers d’vn mestier,</div>
-<div class="verse">Glissoit de main en main où sans perdre auantage</div>
-<div class="verse">Ebrechant le cousteau tesmoignoit son courage :</div>
-<div class="verse">Et durant que Brebis elle fut parmy nous</div>
-<div class="verse">Elle sçeut brauement se deffendre des loups,</div>
-<div class="verse">Et de se conseruer elle mist si bon ordre,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p84">-84-</span>Que morte de vieillesse elle ne sçauroit mordre :</div>
-<div class="verse">A quoy glouton oyseau du ventre renaissant</div>
-<div class="verse">Du fils du bon Iapet te vas-tu repaissant,</div>
-<div class="verse">Assez, &amp; trop long-temps, son poulmon tu gourmandes,</div>
-<div class="verse">La faim se renouuelle au change des viandes :</div>
-<div class="verse">Laissant là ce larron, vien icy desormais</div>
-<div class="verse">Où la tripaille est fritte en cent sortes de mets.</div>
-<div class="verse">Or durant ce festin Damoyselle famine</div>
-<div class="verse">Auec son nez etique, &amp; sa mourante mine,</div>
-<div class="verse" id="p84v10">Ainsi que la charté par Edit l’ordonna,</div>
-<div class="verse">Faisoit vn beau discours dessus l’alezina,</div>
-<div class="verse">Et nous torchant le bec aleguoit Symonide</div>
-<div class="verse">Qui dict pour estre sain qu’il faut mascher à vuide.</div>
-<div class="verse">Au reste à manger peu, Monsieur beuuoit d’autant,</div>
-<div class="verse">Du vin qu’à la tauerne on ne payoit contant,</div>
-<div class="verse">Et se faschoit qu’vn Iean bleçé de la Logique,</div>
-<div class="verse">Luy barboüilloit l’esprit d’vn <span lang="la" xml:lang="la">ergo</span> Sophistique.</div>
-<div class="verse i1">Esmiant quant à moy du pain entre mes doigts,</div>
-<div class="verse">A tout ce qu’on disoit doucet ie m’accordois :</div>
-<div class="verse">Leur voyant de piot la ceruelle eschauffée,</div>
-<div class="verse">De peur (comme l’on dict) de courroucer la Fée.</div>
-<div class="verse i1">Mais à tant d’accidents l’vn sur l’autre amasséz,</div>
-<div class="verse">Sçachant qu’il en falloit payer les pots cassez :</div>
-<div class="verse">De rage sans parler ie m’en mordois la léure</div>
-<div class="verse">Et n’est Iob de despit qui n’en eust pris la chéure :</div>
-<div class="verse">Car vn limier boiteux de galles damassé</div>
-<div class="verse">Qu’on auoit d’huile chaude &amp; de souffre gressé,</div>
-<div class="verse">Ainsi comme vn verrat enueloppé de fange,</div>
-<div class="verse">Quand sous le corcelet la crasse luy demange,</div>
-<div class="verse">Se bouchonne par tout, de mesme en pareil cas</div>
-<div class="verse">Ce rongneux las d’aller se frottoit à mes bas</div>
-<div class="verse">Et fust pour estriller ses galles ou ses crottes,</div>
-<div class="verse" id="p84v33">De sa grace il gressa mes chausses pour mes bottes</div>
-<div class="verse">En si digne façon que le frippier Martin</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p85">-85-</span>Auec sa malle-tache y perdroit son Latin.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi qu’en ce despit le sang m’eschauffoit l’ame,</div>
-<div class="verse">Le monsieur son Pedant à son aide reclame,</div>
-<div class="verse">Pour soudre l’argument, quand d’vn sçauant parler,</div>
-<div class="verse">Il est, qui fait la mouë aux chimeres en l’air.</div>
-<div class="verse">Le Pedant tout fumeux de vin &amp; de doctrine</div>
-<div class="verse">Respond, Dieu sçait comment le bon Iean se mutine</div>
-<div class="verse">Et sembloit que la gloire en ce gentil assaut</div>
-<div class="verse">Fust à qui parleroit non pas mieux mais plus haut,</div>
-<div class="verse">Ne croyez en parlant que l’vn ou l’autre dorme,</div>
-<div class="verse">Comment vostre argument dist l’vn n’est pas en forme,</div>
-<div class="verse">L’autre tout hors du sens, mais c’est vous, mal-autru</div>
-<div class="verse">Qui faites le sçauant &amp; n’estes pas congru.</div>
-<div class="verse">L’autre, Monsieur le sot ie vous feray bien taire.</div>
-<div class="verse">Quoy ? comment ? est-ce ainsi qu’on frape Despautere ?</div>
-<div class="verse">Quelle incongruité, vous mentez par les dents,</div>
-<div class="verse">Mais vous, ainsi ces gens à se picquer ardents,</div>
-<div class="verse">S’en vindrent du parler à tic tac, torche, lorgne,</div>
-<div class="verse">Qui casse le museau, qui son riual éborgne,</div>
-<div class="verse">Qui iette vn pain, vn plat, vne assiette, vn couteau,</div>
-<div class="verse">Qui pour vne rondache empoigne vn escabeau,</div>
-<div class="verse">L’vn faict plus qu’il ne peut, &amp; l’autre plus qu’il n’ose,</div>
-<div class="verse">Et pense en les voyant voir la Metamorphose,</div>
-<div class="verse">Où les Centaures souz au Bourg Athracien,</div>
-<div class="verse">Voulurent chauds de rains faire nopces de chien,</div>
-<div class="verse">Et cornus du bon pere encorner le Lapite,</div>
-<div class="verse">Qui leur fist à la fin enfiler la garitte,</div>
-<div class="verse">Quand auecque des plats, des treteaux, des tisons,</div>
-<div class="verse" id="p85v29">Par force les chassant my-morts de ses maisons,</div>
-<div class="verse">Il les fist gentiment apres la Tragedie,</div>
-<div class="verse">De Cheuaux deuenir gros Asnes d’Arcadie :</div>
-<div class="verse">Noz gens en ce combat n’estoient moins inhumains,</div>
-<div class="verse">Car chacun s’escrimoit &amp; des pieds &amp; des mains :</div>
-<div class="verse">Et comme eux tous sanglants en ces doctes alarmes,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p86">-86-</span>La fureur aueuglee en main leur mist des armes :</div>
-<div class="verse">Le bon Iean crie au meurtre, &amp; ce Docteur harault,</div>
-<div class="verse">Le Monsieur dist tout-beau, l’on apelle Girault.</div>
-<div class="verse">A ce nom voyant l’homme &amp; sa gentille trongne,</div>
-<div class="verse">En memoire aussi-tost me tomba la Gascongne.</div>
-<div class="verse">Ie cours à mon manteau, ie descens l’escalier,</div>
-<div class="verse">Et laisse auec ces gens Monsieur le cheualier</div>
-<div class="verse">Qui vouloit mettre barre entre ceste canaille.</div>
-<div class="verse">Ainsi sans coup ferir ie sors de la bataille,</div>
-<div class="verse">Sans parler de flambeau, ny sans faire autre bruit,</div>
-<div class="verse">Croyez qu’il n’estoit pas, O nuict ialouse nuict,</div>
-<div class="verse">Car il sembloit qu’on eust aueuglé la nature,</div>
-<div class="verse">Et faisoit vn noir brun d’aussi bonne teinture,</div>
-<div class="verse">Que iamais on en vit sortir des Gobelins,</div>
-<div class="verse">Argus pouuoit passer pour vn des Quinze vingts :</div>
-<div class="verse">Qui pis-est il pleuuoit d’vne telle maniere,</div>
-<div class="verse">Que les reins par despit me seruoient de goutiere :</div>
-<div class="verse">Et du haut des maisons tomboit vn tel degout,</div>
-<div class="verse">Que les chiens alterez pouuoient boire debout.</div>
-<div class="verse i1">Alors me remettant sur ma philosophie,</div>
-<div class="verse">Ie trouue qu’en ce monde il est sot qui se fie,</div>
-<div class="verse">Et se laisse conduire, &amp; quant aux Courtisans,</div>
-<div class="verse">Qui doucets &amp; gentils font tant les suffisans,</div>
-<div class="verse">Ie trouue les mettant en mesme patenostre,</div>
-<div class="verse">Que le plus sot d’entr’eux est aussi sot qu’vn autre :</div>
-<div class="verse">Mais pour ce qu’estant là ie n’estois dans le grain,</div>
-<div class="verse">Aussi que mon manteau la nuict craint le serain,</div>
-<div class="verse">Voyant que mon logis estoit loin, &amp; peut estre</div>
-<div class="verse">Qu’il pourroit en chemin changer d’air &amp; de maistre,</div>
-<div class="verse">Pour esuiter la pluye à l’abry de l’auuent,</div>
-<div class="verse">I’allois doublant le pas, comme vn qui fend le vent,</div>
-<div class="verse">Quand bronchant lourdement en vn mauuais passage</div>
-<div class="verse">Le Ciel me fist ioüer vn autre personnage :</div>
-<div class="verse">Car heurtant vne porte en pensant m’accoter,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p87">-87-</span>Ainsi qu’elle obeit ie viens à culbuter :</div>
-<div class="verse">Et s’ouurant à mon heurt, ie tombay sur le ventre,</div>
-<div class="verse">On demande que c’est, ie me releue, i’entre :</div>
-<div class="verse">Et voyant que le chien n’aboyoit point la nuict,</div>
-<div class="verse">Que les verroux gressez ne faisoient aucun bruit :</div>
-<div class="verse">Qu’on me rioit au nez, &amp; qu’vne chambriere</div>
-<div class="verse">Vouloit monstrer ensemble, &amp; cacher la lumiere :</div>
-<div class="verse" id="p87v8">I’y suis, ie le voy bien, ie parle l’on respond,</div>
-<div class="verse">Où sans fleurs de bien dire, ou d’autre art plus profond,</div>
-<div class="verse">Nous tombasmes d’accord, le monde ie contemple,</div>
-<div class="verse">Et me retrouue en lieu de fort mauuais exemple :</div>
-<div class="verse">Toutesfois il falloit en ce plaisant malheur,</div>
-<div class="verse">Mettre pour me sauuer en danger mon honneur.</div>
-<div class="verse i1">Puis donc que ie suis là, &amp; qu’il est pres d’vne heure,</div>
-<div class="verse">N’esperant pour ce iour de fortune meilleure,</div>
-<div class="verse">Ie vous laisse en repos, iusques à quelques iours,</div>
-<div class="verse">Que sans parler Phœbus ie feray le discours</div>
-<div class="verse">De mon giste, où pensant reposer à mon ayse,</div>
-<div class="verse">Ie tombé par malheur de la poisle en la braise.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl2.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p88">-88-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b11.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c13" title="Satyre XI. Suitte. Voyez ce qu’est du monde"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre XI.</span></p>
-
-<p class="c">Suitte.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voyez que c’est du monde, &amp; des choses humaines,</div>
-<div class="verse">Tousiours à nouueaux maux naissent nouuelles peines,</div>
-<div class="verse">Et ne m’ont les destins à mon dam trop constans</div>
-<div class="verse">Iamais apres la pluye enuoyé le beau-temps,</div>
-<div class="verse">Estant né pour souffrir ce qui me reconforte,</div>
-<div class="verse">C’est que sans murmurer la douleur ie supporte,</div>
-<div class="verse">Et tire ce bon-heur du mal-heur où ie suis,</div>
-<div class="verse">Que ie fais en riant bon visage aux ennuis,</div>
-<div class="verse">Que le Ciel affrontant ie nazarde la Lune,</div>
-<div class="verse">Et voy sans me troubler l’vne &amp; l’autre fortune.</div>
-<div class="verse i1">Pour lors bien m’en vallut : car contre ces assauts</div>
-<div class="verse">Qui font lors que i’y pense encor’ que ie tressauts :</div>
-<div class="verse">Petrarque &amp; son remede y perdant sa rondache</div>
-<div class="verse">En eust de marisson ploré comme vne vache.</div>
-<div class="verse i1">Outre que de l’obiect la puissance s’esmeut,</div>
-<div class="verse">Moy qui n’ay pas le nez d’estre Iean qui ne peut,</div>
-<div class="verse">Il n’est mal dont le sens la nature resueille,</div>
-<div class="verse">Qui Ribaut ne me prist ailleurs que par l’oreille.</div>
-<div class="verse">Entré doncq’ que ie fus en ce logis d’honneur,</div>
-<div class="verse">Pour faire que d’abord on me traitte en Seigneur,</div>
-<div class="verse">Et me rendre en Amour d’autant plus aggreable,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p89">-89-</span>La bourse desliant ie mis piece sur table,</div>
-<div class="verse">Et guarissant leur mal du premier appareil,</div>
-<div class="verse">Ie fis dans vn escu reluire le Soleil,</div>
-<div class="verse">De nuict dessus leur front la ioye estincelante</div>
-<div class="verse">Monstroit en son midy que l’ame estoit contente,</div>
-<div class="verse">Deslors pour me seruir chacun se tenoit prest,</div>
-<div class="verse">Et murmuroient tout bas, l’honneste homme que c’est.</div>
-<div class="verse">Toutes à qui mieux mieux s’efforçoient de me plaire,</div>
-<div class="verse">L’on allume du feu dont i’auois bien affaire,</div>
-<div class="verse">Ie m’aproche, me sieds, &amp; m’aidant au besoing,</div>
-<div class="verse">Ià tout appriuoisé ie mangeois sur le poing,</div>
-<div class="verse">Quand au flamber du feu trois vieilles rechignees,</div>
-<div class="verse">Vinrent à pas contez comme des erignees,</div>
-<div class="verse">Chacune sur le cul au foyer s’accropit,</div>
-<div class="verse">Et sembloient se plaignant marmoter par despit.</div>
-<div class="verse">L’vne comme vn fantosme affreusement hardie,</div>
-<div class="verse">Sembloit faire l’entree en quelque Tragedie,</div>
-<div class="verse">L’autre vne Egyptienne en qui les rides font</div>
-<div class="verse">Contre-escarpes, rampards, &amp; fossez sur le front.</div>
-<div class="verse">L’autre qui de soy-mesme estoit diminutiue,</div>
-<div class="verse">Ressembloit transparante vne lanterne viue</div>
-<div class="verse">Dont quelque Paticier amuse les enfans,</div>
-<div class="verse">Où des oysons bridez, Guenuches, Elefans,</div>
-<div class="verse" id="p89v24">Chiens, chats, liéures, renards, &amp; mainte estrange beste</div>
-<div class="verse">Courent l’vne apres l’autre, ainsi dedans sa teste</div>
-<div class="verse">Voyoit-on clairement au trauers de ses os,</div>
-<div class="verse">Ce dont sa fantasie animoit ses propos :</div>
-<div class="verse">Le regret du passé, du present la misere,</div>
-<div class="verse">La peur de l’auenir, &amp; tout ce qu’elle espere</div>
-<div class="verse">Des biens que l’Hypocondre en ses vapeurs promet,</div>
-<div class="verse">Quand l’humeur ou le vin luy barboüillent l’armet.</div>
-<div class="verse">L’vne se pleint des reins, &amp; l’autre d’vn côtaire,</div>
-<div class="verse">L’autre du mal des dents, &amp; comme en grand mistere,</div>
-<div class="verse">Auec trois brins de sauge, vne figue d’antan,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p90">-90-</span>Vn va-t’en, si tu peux, vn si tu peux va-t’en,</div>
-<div class="verse">Escrit en peau d’oignon, entouroit sa machoire,</div>
-<div class="verse">Et toutes pour guarir se reforçoient de boire.</div>
-<div class="verse i1">Or i’ignore en quel champ d’honneur &amp; de vertu,</div>
-<div class="verse">Ou dessous quels drapeaux elles ont combatu,</div>
-<div class="verse">Si c’estoit mal de Sainct ou de fiéure-quartaine,</div>
-<div class="verse">Mais ie sçay bien qu’il n’est Soldat ny Capitaine,</div>
-<div class="verse">Soit de gens de cheual, ou soit de gens de pié,</div>
-<div class="verse">Qui dans la charité soit plus estropié.</div>
-<div class="verse" id="p90v10">Bien que maistre Denis soit sçauant en Sculture,</div>
-<div class="verse" id="p90v11">Fist-il auec son art quinaude la nature,</div>
-<div class="verse">Ou comme Michel l’Ange, eust-il le Diable au corps,</div>
-<div class="verse">Si ne pourroit-il faire auec tous ses efforts,</div>
-<div class="verse" id="p90v14">De ces trois corps tronquez vne figure entiere,</div>
-<div class="verse">Manquant à cet effect, non l’art mais la matiere.</div>
-<div class="verse i1">En tout elles n’auoient seulement que deux yeux</div>
-<div class="verse">Encore bien flétris, rouges &amp; chassieux,</div>
-<div class="verse">Que la moitié d’vn nez, que quatre dents en bouche,</div>
-<div class="verse">Qui durant qu’il fait vent branlent sans qu’on les touche,</div>
-<div class="verse">Pour le reste il estoit comme il plaisoit à Dieu,</div>
-<div class="verse">En elles la santé n’auoit ny feu ny lieu :</div>
-<div class="verse">Et chacune à par-soy representoit l’idolle</div>
-<div class="verse">Des fiéures, de la peste, &amp; de l’orde verolle.</div>
-<div class="verse i1">A ce piteux spectacle il faut dire le vray</div>
-<div class="verse">I’euz vne telle horreur que tant que ie viuray,</div>
-<div class="verse">Ie croiray qu’il n’est rien au monde qui guarisse</div>
-<div class="verse">Vn homme vicieux comme son propre vice.</div>
-<div class="verse i1">Toute chose depuis me fut à contre-cœur,</div>
-<div class="verse">Bien que d’vn cabinet sortist vn petit cœur,</div>
-<div class="verse">Auec son chapperon, sa mine de pouppee,</div>
-<div class="verse">Disant i’ay si grand peur de ces hommes d’espee</div>
-<div class="verse">Que si ie n’eusse veu qu’esties vn Financier,</div>
-<div class="verse">Ie me fusse plustost laissé crucifier,</div>
-<div class="verse">Que de mettre le nez où ie n’ay rien affaire,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p91">-91-</span>Iean mon mary, Monsieur, il est Apoticaire.</div>
-<div class="verse">Sur tout viue l’Amour, &amp; bran pour les Sergens,</div>
-<div class="verse">Ardez, voire, c’est-mon, ie me cognois en gens,</div>
-<div class="verse">Vous estes, ie voy bien, grand abbateur de quilles,</div>
-<div class="verse">Mais au reste honneste homme, &amp; payez bien les filles,</div>
-<div class="verse">Cognoissez-vous, mais non, ie n’ose le nommer,</div>
-<div class="verse">Ma foy c’est vn braue homme &amp; bien digne d’aymer,</div>
-<div class="verse">Il sent tousiours si bon, mais quoy vous l’iriez dire.</div>
-<div class="verse i1">Cependant de despit il semble qu’on me tire</div>
-<div class="verse">Par la queuë vn matou, qui m’escrit sur les reins,</div>
-<div class="verse">De griffes &amp; de dents mille alibis forains :</div>
-<div class="verse">Comme vn singe fasché i’en dy ma patenostre,</div>
-<div class="verse">De rage ie maugree &amp; le mien &amp; le vostre,</div>
-<div class="verse">Et le noble vilain qui m’auoit attrapé :</div>
-<div class="verse" id="p91v15">Mais Monsieur, me dist-elle, auez-vous point soupé.</div>
-<div class="verse">Ie vous prie notez l’heure, &amp; bien que vous en semble,</div>
-<div class="verse">Estes-vous pas d’auis que nous couchions ensemble :</div>
-<div class="verse">Moy crotté iusqu’au cul, &amp; moüillé iusqu’à l’os,</div>
-<div class="verse">Qui n’auois dans le lict besoin que de repos,</div>
-<div class="verse">Ie faillis à me pendre oyant que ceste lice</div>
-<div class="verse">Effrontément ainsi me presentoit la lice.</div>
-<div class="verse">On parle de dormir, i’y consens à regret,</div>
-<div class="verse">La Dame du logis me mene au lieu secret,</div>
-<div class="verse">Allant on m’entretient de Ieanne &amp; de Macette,</div>
-<div class="verse">Par le vray Dieu que Ieanne estoit &amp; claire &amp; nette,</div>
-<div class="verse">Claire comme vn bassin, nette comme vn denier,</div>
-<div class="verse">Au reste, fors Monsieur, que i’estois le premier.</div>
-<div class="verse">Pour elle qu’elle estoit niepce de Dame Auoye,</div>
-<div class="verse">Qu’elle feroit pour moy de la fauce monnoye,</div>
-<div class="verse">Qu’elle eust fermé sa porte à tout autre qu’à moy,</div>
-<div class="verse">Et qu’elle m’aymoit plus mille fois que le Roy.</div>
-<div class="verse">Estourdy de cacquet ie feignois de la croire,</div>
-<div class="verse">Nous montons, &amp; montans d’vn c’est-mon &amp; d’vn voire,</div>
-<div class="verse">Doucement en riant i’apointois noz procez,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p92">-92-</span>La montee estoit torte &amp; de fascheux accez,</div>
-<div class="verse">Tout branloit dessous nous iusqu’au dernier estage,</div>
-<div class="verse">D’eschelle en eschelon comme vn linot en cage,</div>
-<div class="verse">Il falloit sauteller &amp; des pieds s’approcher</div>
-<div class="verse">Ainsi comme vne chéure en grimpant vn rocher.</div>
-<div class="verse">Apres cent soubres-sauts nous vinsmes en la chambre,</div>
-<div class="verse">Qui n’auoit pas le goust de musc, ciuette, ou d’ambre,</div>
-<div class="verse">La porte en estoit basse, &amp; sembloit vn guichet,</div>
-<div class="verse">Qui n’auoit pour serrure autre engin qu’vn crochet.</div>
-<div class="verse">Six douues de poinçon seruoient d’aix &amp; de barre,</div>
-<div class="verse">Qui baillant grimassoient d’vne façon bizarre,</div>
-<div class="verse">Et pour se reprouuer de mauuais entretien,</div>
-<div class="verse">Chacune par grandeur se tenoit sur le sien,</div>
-<div class="verse">Et loin l’vne de l’autre en leur mine alteree</div>
-<div class="verse">Monstroient leur saincte vie estroite &amp; retiree.</div>
-<div class="verse i1">Or comme il pleut au Ciel en trois doubles plié,</div>
-<div class="verse">Entrant ie me heurté la caboche &amp; le pié,</div>
-<div class="verse">Dont ie tombe en arriere estourdi de ma cheute,</div>
-<div class="verse">Et du haut iusqu’au bas ie fis la cullebutte :</div>
-<div class="verse">De la teste &amp; du cul contant chaque degré,</div>
-<div class="verse">Puis que Dieu le voulut ie prins le tout à gré.</div>
-<div class="verse">Aussi qu’au mesme temps voyant choir ceste Dame,</div>
-<div class="verse">Par ie ne sçay quel trou ie luy vis iusqu’à l’ame,</div>
-<div class="verse">Qui fist en ce beau sault m’esclatant comme vn fou,</div>
-<div class="verse">Que ie prins grand plaisir à me rompre le cou.</div>
-<div class="verse">Au bruit Macette vint, la chandelle on apporte,</div>
-<div class="verse">Car la nostre en tombant de frayeur estoit morte :</div>
-<div class="verse">Dieu sçait comme on la vit &amp; derriere &amp; deuant,</div>
-<div class="verse">Le nez sur les carreaux &amp; le fessier au vent,</div>
-<div class="verse">De quelle charité l’on soulagea sa peine,</div>
-<div class="verse">Cependant de son long sans poux &amp; sans haleine,</div>
-<div class="verse" id="p92v32">Le museau vermoulu, le nez escarboüillé,</div>
-<div class="verse">Le visage de poudre &amp; de sang tout soüillé,</div>
-<div class="verse">Sa teste descouuerte où l’on ne sçait que tondre,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p93">-93-</span>Et lors qu’on luy parloit qui ne pouuoit respondre,</div>
-<div class="verse">Sans collet, sans beguin, &amp; sans autre affiquet,</div>
-<div class="verse">Ses mules d’vn costé de l’autre son tocquet.</div>
-<div class="verse">En ce plaisant mal-heur ie ne sçaurois vous dire</div>
-<div class="verse">S’il en falloit pleurer ou s’il en falloit rire ?</div>
-<div class="verse">Apres cest accident trop long pour dire tout,</div>
-<div class="verse">A deux bras on la prend &amp; la met-on debout,</div>
-<div class="verse">Elle reprend courage, elle parle, elle crie,</div>
-<div class="verse">Et changeant en vn rien sa douleur en furie,</div>
-<div class="verse">Dist à Ieanne en mettant la main sur le roignon,</div>
-<div class="verse" id="p93v11">C’est mal-heureuse toy qui me porte guignon :</div>
-<div class="verse">A d’autres beaux discours la collere la porte,</div>
-<div class="verse">Tant que Macette peut elle la reconforte :</div>
-<div class="verse">Cependant ie la laisse &amp; la chandelle en main,</div>
-<div class="verse">Regrimpant l’escalier ie suy mon vieux dessein.</div>
-<div class="verse">I’entre dans ce beau lieu, plus digne de remarque</div>
-<div class="verse">Que le riche Palais d’vn superbe Monarque.</div>
-<div class="verse">Estant là ie furette aux recoings plus cachez,</div>
-<div class="verse">Où le bon Dieu voulut que pour mes vieux pechez,</div>
-<div class="verse">Ie sçeusse le despit dont l’âme est forcenee,</div>
-<div class="verse">Lors que trop curieuse ou trop endemenee,</div>
-<div class="verse">Rodant de tous costez &amp; tournant haut &amp; bas,</div>
-<div class="verse">Elle nous fait trouuer ce qu’on ne cherche pas.</div>
-<div class="verse">Or en premier item souz mes pieds ie rencontre</div>
-<div class="verse">Vn chaudron ebreché, la bourse d’vne monstre,</div>
-<div class="verse">Quatre boëtes d’vnguents, vne d’alun bruslé,</div>
-<div class="verse" id="p93v27">Deux gands depariez, vn manchon tout pelé,</div>
-<div class="verse">Trois fiolles d’eau bleuë, autrement d’eau seconde,</div>
-<div class="verse">La petite seringue, vne esponge, vne sonde,</div>
-<div class="verse">Du blanc, vn peu de rouge, vn chifon de rabat,</div>
-<div class="verse">Vn balet pour brusler en allant au Sabat,</div>
-<div class="verse">Vne vieille lanterne, vn tabouret de paille,</div>
-<div class="verse">Qui s’estoit sur trois pieds sauué de la bataille,</div>
-<div class="verse">Vn baril defoncé, deux bouteilles sur-cu,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p94">-94-</span>Qui disoient sans goulet nous auons trop vescu :</div>
-<div class="verse">Vn petit sac tout plein de poudre de Mercure,</div>
-<div class="verse">Vn vieux chapperon gras de mauuaise teinture,</div>
-<div class="verse">Et dedans vn coffret qui s’ouure auecq’ enhan,</div>
-<div class="verse">Ie trouue des tisons du feu de la sainct Iean,</div>
-<div class="verse">Du sel, du pain benit, de la feugere, vn cierge,</div>
-<div class="verse">Trois dents de mort pliez en du parchemin vierge,</div>
-<div class="verse">Vne Chauue-souris, la carcasse d’vn Gay,</div>
-<div class="verse">De la gresse de loup &amp; du beurre de May.</div>
-<div class="verse i1">Sur ce point Ieanne arriue &amp; faisant la doucette,</div>
-<div class="verse">Qui vit ceans ma foy n’a pas besongne faite :</div>
-<div class="verse">Tousiours à nouueau mal nous vient nouueau soucy,</div>
-<div class="verse">Ie ne sçay quant à moy quel logis c’est icy.</div>
-<div class="verse">Il n’est par le vray Dieu iour ouurier ny feste,</div>
-<div class="verse">Que ces carongnes là ne me rompent la teste,</div>
-<div class="verse">Bien bien, ie m’en iray si tost qu’il fera iour,</div>
-<div class="verse">On trouue dans Paris d’autres maisons d’amour.</div>
-<div class="verse">Ie suis là cependant comme vn que l’on nazarde,</div>
-<div class="verse">Ie demande que c’est ? hé ! n’y prenez pas garde,</div>
-<div class="verse">Ce me respondit elle, on n’auroit iamais fait,</div>
-<div class="verse">Mais bran, bran, i’ay laissé là-bas mon attifet,</div>
-<div class="verse">Tousiours apres soupper ceste vilaine crie.</div>
-<div class="verse">Monsieur, n’est-il pas temps, couchons nous ie vous prie.</div>
-<div class="verse">Cependant elle met sur la table les dras,</div>
-<div class="verse">Qu’en bouchons tortillez elle auoit sous le bras :</div>
-<div class="verse">Elle approche du lict fait d’vne estrange sorte,</div>
-<div class="verse">Sur deux treteaux boiteux se couchoit vne porte,</div>
-<div class="verse">Où le lict reposoit, aussi noir qu’vn soüillon,</div>
-<div class="verse">Vn garderobe gras seruoit de pauillon,</div>
-<div class="verse">De couuerte vn rideau, qui fuyant (vert &amp; iaune)</div>
-<div class="verse">Les deux extremitez, estoit trop court d’vne aune.</div>
-<div class="verse">Ayant consideré le tout de point en point,</div>
-<div class="verse">Ie fis vœu ceste nuict de ne me coucher point,</div>
-<div class="verse">Et de dormir sur pieds comme vn coq sur la perche ;</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p95">-95-</span>Mais Ieanne tout en rut, s’aproche &amp; me recherche,</div>
-<div class="verse">D’amour ou d’amitié, duquel qu’il vous plaira,</div>
-<div class="verse">Et moy, maudit soit-il, m’amour qui le fera.</div>
-<div class="verse">Polyenne pour lors me vint en la pensee,</div>
-<div class="verse">Qui sçeut que vaut la femme en amour offensee,</div>
-<div class="verse">Lors que par impuissance, ou par mespris la nuit,</div>
-<div class="verse">On fauce compagnie ou qu’on manque au desduit,</div>
-<div class="verse">C’est pourquoy i’euz grand peur qu’on me troussast en malle,</div>
-<div class="verse">Qu’on me foüetast pour voir si i’auois point la galle,</div>
-<div class="verse">Qu’on me crachast au nez, qu’en perche on me le mist</div>
-<div class="verse" id="p95v11">Et que l’on me bernast si fort qu’on m’endormist,</div>
-<div class="verse">Ou me baillant du Iean Ieanne vous remercie,</div>
-<div class="verse">Qu’on me tabourinast le cul d’vne vessie :</div>
-<div class="verse">Cela fut bien à craindre &amp; si ie l’euité,</div>
-<div class="verse">Ce fut plus par bon-heur que par dexterité.</div>
-<div class="verse">Ieanne non moins que Circe entre ses dents murmure,</div>
-<div class="verse">Sinon tant de vengeance, aumoins autant d’iniure,</div>
-<div class="verse">Or pour flater enfin son mal-heur &amp; le mien,</div>
-<div class="verse">Ie dis quand ie fais mal, c’est quand ie paye bien,</div>
-<div class="verse">Et faisant reuerence à ma bonne fortune,</div>
-<div class="verse" id="p95v21">En la remerciant ie le conte pour vne.</div>
-<div class="verse">Ieanne rongeant son frein de mine s’apaisa</div>
-<div class="verse">En prenant mon argent en riant me baisa,</div>
-<div class="verse">Non pour ce que i’en dis, ie n’en parle pas, voire,</div>
-<div class="verse">Mon maistre pensez-vous i’entends bien le grimoire,</div>
-<div class="verse">Vous estes honneste homme &amp; sçauez l’entre-gent,</div>
-<div class="verse" id="p95v27">Mais monsieur crayez vous que ce soit pour l’argent,</div>
-<div class="verse" id="p95v28">I’en faits autant d’estat comme de chaneuottes,</div>
-<div class="verse">Non, ma foy i’ay encor vn demy-ceint, deux cottes,</div>
-<div class="verse">Vne robe de sarge, vn chapperon, deux bas,</div>
-<div class="verse">Trois chemises de lin, six mouchoirs, deux rabats,</div>
-<div class="verse">Et ma chambre garnie aupres de sainct Eustache,</div>
-<div class="verse">Pourtant ie ne veux pas que mon mary le sçache :</div>
-<div class="verse">Disant cecy tousiours son lict elle brassoit,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p96">-96-</span>Et les linceux trop cours par les pieds tirassoit,</div>
-<div class="verse">Et fist à la fin tant par sa façon adroite,</div>
-<div class="verse">Qu’elle les fist venir à moitié de la coite.</div>
-<div class="verse">Dieu sçait quel lacs d’amour, quels chiffres, quelles fleurs,</div>
-<div class="verse">De quels compartiments &amp; combien de couleurs,</div>
-<div class="verse">Releuoient leur maintien, &amp; leur blancheur naïfue,</div>
-<div class="verse">Blanchie en vn siué, non dans vne lesciue.</div>
-<div class="verse">Comme son lict est fait, que ne vous couchez-vous,</div>
-<div class="verse">Monsieur n’est-il pas temps, &amp; moy de filer dous,</div>
-<div class="verse">Sur ce point elle vient, me prend &amp; me détache,</div>
-<div class="verse">Et le pourpoint du dos par force elle m’arrache,</div>
-<div class="verse">Comme si nostre ieu fust au Roy despoüillé :</div>
-<div class="verse">I’y resiste pourtant, &amp; d’esprit embroüillé,</div>
-<div class="verse">Comme par compliment ie tranchois de l’honneste,</div>
-<div class="verse">N’y pouuant rien gaigner ie me gratte la teste.</div>
-<div class="verse">A la fin ie pris cœur, resolu d’endurer</div>
-<div class="verse">Ce qui pouuoit venir sans me desesperer,</div>
-<div class="verse">Qui fait vne follie il la doit faire entiere,</div>
-<div class="verse" id="p96v20">Ie détache vn soüillé, ie m’oste vne iartiere</div>
-<div class="verse">Froidement toutesfois, &amp; semble en ce coucher,</div>
-<div class="verse">Vn enfant qu’vn Pedant contraint se détacher,</div>
-<div class="verse">Que la peur tout ensemble esperonne &amp; retarde :</div>
-<div class="verse">A chacune esguillette il se fasche, regarde,</div>
-<div class="verse">Les yeux couuers de pleurs, le visage d’ennuy,</div>
-<div class="verse">Si la grace du Ciel ne descend point sur luy.</div>
-<div class="verse">L’on heurte sur ce point, Catherine on appelle,</div>
-<div class="verse">Ieanne pour ne respondre estaignit la chandelle,</div>
-<div class="verse">Personne ne dit mot, l’on refrappe plus fort,</div>
-<div class="verse">Et faisoit-on du bruit pour réueiller vn mort :</div>
-<div class="verse">A chaque coup de pied toute la maison tremble,</div>
-<div class="verse">Et semble que le feste à la caue s’assemble.</div>
-<div class="verse">Bagasse ouuriras-tu ? c’est cestuy-cy, c’est-mon,</div>
-<div class="verse">Ieanne ce temps-pendant me faisoit vn sermon.</div>
-<div class="verse">Que Diable aussi, pourquoy ? que voulez-vous qu’on face,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p97">-97-</span>Que ne vous couchiez-vous. Ces gens de la menace</div>
-<div class="verse">Venant à la priere essayoient tout moyen.</div>
-<div class="verse">Or ilz parlent Soldat &amp; ores Citoyen,</div>
-<div class="verse">Ilz contrefont le guet &amp; de voix magistrale,</div>
-<div class="verse">Ouurez de par le Roy, au Diable vn qui deuale,</div>
-<div class="verse">Vn chacun sans parler se tient clos &amp; couuert.</div>
-<div class="verse">Or comme à coups de pieds l’huis s’estoit presque ouuert,</div>
-<div class="verse">Tout de bon le Guet vint, la quenaille fait Gille,</div>
-<div class="verse">Et moy qui iusques-là demeurois immobile</div>
-<div class="verse">Attendant estonné le succez de l’assaut,</div>
-<div class="verse">Ce pensé-ie il est temps que ie gaigne le haut,</div>
-<div class="verse">Et troussant mon pacquet de sauuer ma personne :</div>
-<div class="verse">Ie me veux r’habiller, ie cherche, ie tastonne,</div>
-<div class="verse">Plus estourdy de peur que n’est vn hanneton :</div>
-<div class="verse">Mais quoy, plus on se haste &amp; moins auance t’on.</div>
-<div class="verse">Tout comme par despit se trouuoit souz ma pate,</div>
-<div class="verse">Au lieu de mon chappeau ie prens vne sauate,</div>
-<div class="verse">Pour mon pourpoint ses bas, pour mes bas son collet,</div>
-<div class="verse">Pour mes gands ses souliers, pour les miens vn ballet,</div>
-<div class="verse">Il sembloit que le Diable eust fait ce tripotage :</div>
-<div class="verse">Or Ieanne me disoit pour me donner courage,</div>
-<div class="verse">Si mon compere Pierre est de garde auiourd’huy,</div>
-<div class="verse">Non, ne vous faschez point, vous n’aurez point d’ennuy.</div>
-<div class="verse">Cependant sans delay Messieurs frapent en maistre,</div>
-<div class="verse">On crie patience, on ouure la fenestre.</div>
-<div class="verse">Or sans plus m’amuser apres le contenu,</div>
-<div class="verse">Ie descends doucement pied chaussé l’autre nu,</div>
-<div class="verse" id="p97v28">Et me tapis d’aguet derriere vne muraille,</div>
-<div class="verse">On ouure &amp; brusquement entra ceste quenaille,</div>
-<div class="verse">En humeur de nous faire vn assez mauuais tour,</div>
-<div class="verse">Et moy qui ne leur dist ny bon soir ny bon iour,</div>
-<div class="verse">Les voyant tous passez ie me sentis alaigre,</div>
-<div class="verse">Lors dispos du talon ie vais comme vn chat maigre,</div>
-<div class="verse">I’enfile la venelle, &amp; tout leger d’effroy,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p98">-98-</span>Ie cours vn fort long-temps sans voir derriere moy :</div>
-<div class="verse">Iusqu’à tans que trouuant du mortier, de la terre,</div>
-<div class="verse">Du bois, des estançons, mains plâtras, mainte pierre,</div>
-<div class="verse" id="p98v4">Ie me sentis plustost au mortier embourbé,</div>
-<div class="verse">Que ie ne m’aperçeus que ie fusse tombé.</div>
-<div class="verse i1">On ne peut esuiter ce que le Ciel ordonne,</div>
-<div class="verse">Mon âme cependant de colere frissonne,</div>
-<div class="verse">Et prenant s’elle eust peu le destin à party,</div>
-<div class="verse">De despit à son nez elle l’eust dementy,</div>
-<div class="verse">Et m’asseure qu’il eust reparé mon dommage.</div>
-<div class="verse">Comme ie fus sus pieds enduit comme vne image,</div>
-<div class="verse">I’entendis qu’on parloit, &amp; marchant à grands pas,</div>
-<div class="verse">Qu’on disoit hastons-nous ie l’ay laissé fort bas,</div>
-<div class="verse">Ie m’aproche, ie voy, desireux de cognoistre,</div>
-<div class="verse">Au lieu d’vn Medecin il lui faudroit vn Prestre,</div>
-<div class="verse">Dist l’autre, puis qu’il est si proche de sa fin,</div>
-<div class="verse">Comment, dist le valet, estes-vous medecin ?</div>
-<div class="verse">Monsieur pardonnez moy, le Curé ie demande,</div>
-<div class="verse">Il s’encourt, &amp; disant Adieu me recommande,</div>
-<div class="verse">Il laisse là monsieur fasché d’estre deceu.</div>
-<div class="verse">Or comme allant tousiours de pres ie l’aperceu,</div>
-<div class="verse">Ie cogneu que c’estoit nostre amy, ie l’aproche,</div>
-<div class="verse">Il me regarde au nez, &amp; riant me reproche</div>
-<div class="verse">Sans flambeau l’heure indeuë &amp; de pres me voyant</div>
-<div class="verse">Fangeux comme vn pourceau, le visage effroyant,</div>
-<div class="verse">Le manteau sous le bras, la façon assoupie,</div>
-<div class="verse">Estes-vous trauaillé de la Licantropie,</div>
-<div class="verse">Dist-il en me prenant pour me taster le pous,</div>
-<div class="verse">Et vous, dy-ie, Monsieur, quelle fiéure auez-vous ?</div>
-<div class="verse">Vous qui tranchez du sage ainsi parmy la ruë,</div>
-<div class="verse">Faites vous sus vn pied toute la nuict la gruë ?</div>
-<div class="verse">Il voulut me conter comme on l’auoit pipé,</div>
-<div class="verse">Qu’vn valet du sommeil ou de vin occupé,</div>
-<div class="verse">Souz couleur d’aller voir vne femme malade</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p99">-99-</span>L’auoit galantement payé d’vne cassade :</div>
-<div class="verse">Il nous faisoit bon voir tous deux bien estonnez,</div>
-<div class="verse">Auant iour par la ruë auecq’ vn pied de nez,</div>
-<div class="verse">Luy pour s’estre leué esperant deux pistoles</div>
-<div class="verse">Et moy tout las d’auoir receu tant de bricolles.</div>
-<div class="verse">Il se met en discours, ie le laisse en riant,</div>
-<div class="verse">Aussi que ie voyois aux riues d’Oriant</div>
-<div class="verse">Que l’aurore s’ornant de saffran &amp; de roses,</div>
-<div class="verse">Se faisant voir à tous faisoit voir toutes choses,</div>
-<div class="verse">Ne voulant pour mourir qu’vne telle beauté</div>
-<div class="verse">Me vist en se leuant si sale &amp; si crotté,</div>
-<div class="verse">Elle qui ne m’a veu qu’en mes habits de feste.</div>
-<div class="verse">Ie cours à mon logis, ie heurte, ie tempeste,</div>
-<div class="verse">Et croyez à frapper que ie n’estois perclus :</div>
-<div class="verse">On m’ouure, &amp; mon valet ne me recognoist plus,</div>
-<div class="verse">Monsieur n’est pas ici, que Diable à si bonne heure,</div>
-<div class="verse">Vous frappez comme vn sourd, quelque temps ie demeure,</div>
-<div class="verse">Ie le vois, il me voit, &amp; demande estonné,</div>
-<div class="verse">Si le moine bouru m’auoit point promené,</div>
-<div class="verse">Dieu, comme estes-vous fait, il va, moy de le suiure,</div>
-<div class="verse">Et me parle en riant comme si ie fusse yure,</div>
-<div class="verse">Il m’allume du feu, dans mon lict ie me mets,</div>
-<div class="verse">Auec vœu si ie puis de n’y tomber iamais,</div>
-<div class="verse">Ayant à mes despens appris ceste sentence,</div>
-<div class="verse">Qui gay fait vne erreur, la boit à repentance,</div>
-<div class="verse">Et que quand on se frotte auecq’ les Courtisants,</div>
-<div class="verse">Les branles de sortie en sont fort desplaisants,</div>
-<div class="verse">Plus on penetre en eux plus on sent le remeugle,</div>
-<div class="verse">Et qui troublé d’ardeur entre au bordel aueugle,</div>
-<div class="verse">Quand il en sort il a plus d’yeux &amp; plus aigus,</div>
-<div class="verse">Que Lyncé l’Argonaute ou le ialoux Argus.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p100">-100-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b4.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c14" title="Satyre XII. A M. Freminet"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur Freminet.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre XII.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">On dit que le grand Paintre ayant fait vn ouurage,</div>
-<div class="verse">Des iugemens d’autruy tiroit cest auantage,</div>
-<div class="verse">Que selon qu’il iugeoit qu’ils estoient vrays, ou faux,</div>
-<div class="verse">Docile à son profit, reformoit ses defaux,</div>
-<div class="verse">Or c’estoit du bon tans que la hayne &amp; l’enuye,</div>
-<div class="verse">Par crimes suposez n’attentoient à la vie,</div>
-<div class="verse">Que le Vray du Propos estoit cousin germain,</div>
-<div class="verse">Et qu’vn chacun parloit le cœur dedans la main.</div>
-<div class="verse i1">Mais que seruiroit-il maintenant de pretendre</div>
-<div class="verse">S’amander par ceux là qui nous viennent reprendre,</div>
-<div class="verse">Si selon l’interest tout le monde discourt :</div>
-<div class="verse">Et si la verité n’est plus femme de court :</div>
-<div class="verse">S’il n’est bon Courtisan, tant frisé peut-il estre,</div>
-<div class="verse">S’il a bon apetit, qu’il ne iure à son maistre</div>
-<div class="verse">Des la pointe du iour, qu’il est midy sonné,</div>
-<div class="verse">Et qu’au logis du Roy tout le monde a disné,</div>
-<div class="verse" id="p100v17">Estrange effronterie en si peu d’importance.</div>
-<div class="verse">Mais de ce costé là ie leur donrois quittance,</div>
-<div class="verse">S’ils vouloient s’obliger d’epargner leurs amys,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p101">-101-</span>Où par raison d’estat il leur est bien permis.</div>
-<div class="verse i1">Cecy pourroit suffire à refroidir vne ame</div>
-<div class="verse">Qui n’ose rien tenter pour la crainte du blasme,</div>
-<div class="verse">A qui la peur de perdre enterre le talent :</div>
-<div class="verse" id="p101v5">Non pas moy qui me ry d’vn esprit nonchalant,</div>
-<div class="verse">Qui pour ne faillir point retarde de bien faire :</div>
-<div class="verse">C’est pourquoy maintenant ie m’expose au vulgaire</div>
-<div class="verse">Et me donne pour bute aux iugements diuers.</div>
-<div class="verse">Qu’vn chacun taille, roigne, &amp; glose sur mes vers,</div>
-<div class="verse">Qu’vn resueur insolent d’ignorance m’accuse</div>
-<div class="verse">Que ie ne suis pas net, que trop simple est ma Muse,</div>
-<div class="verse">Que i’ai l’humeur bizarre, inégual le cerueau,</div>
-<div class="verse">Et s’il luy plaist encor qu’il me relie en veau.</div>
-<div class="verse i1">Auant qu’aller si vite, au moins ie le supplie</div>
-<div class="verse">Sçauoir que le bon vin ne peut estre sans lie,</div>
-<div class="verse">Qu’il n’est rien de parfait en ce monde auiourd’huy :</div>
-<div class="verse">Qu’homme ie suis suget à faillir comme luy :</div>
-<div class="verse">Et qu’au surplus, pour moy, qu’il se face paroistre</div>
-<div class="verse">Aussi vray, que pour luy, ie m’efforce de l’estre.</div>
-<div class="verse i1">Mais sçais-tu Freminet ceux qui me blasmeront,</div>
-<div class="verse">Ceux qui dedans mes vers leurs vices trouueront,</div>
-<div class="verse">A qui l’Ambition la nuit tire l’oreille,</div>
-<div class="verse">De qui l’esprit auare en repos ne someille,</div>
-<div class="verse">Tousiours s’alambiquant apres nouueaux partis,</div>
-<div class="verse">Qui pour Dieu, ny pour loy, n’ont que leurs apetis,</div>
-<div class="verse">Qui rodent toute nuict, troublez de ialousie,</div>
-<div class="verse">A qui l’amour lascif regle la fantasie,</div>
-<div class="verse">Qui preferent vilains le profit à l’honneur,</div>
-<div class="verse">Qui par fraude ont rauy les terres d’vn myneur</div>
-<div class="verse i1">Telles sortes de gens vont apres les Pœtes,</div>
-<div class="verse" id="p101v31">Comme apres les hiboux vont criant les Chouëttes.</div>
-<div class="verse">Leurs femmes vous diront, fuyez ce medisant,</div>
-<div class="verse">Facheuse est son humeur, son parler est cuisant,</div>
-<div class="verse">Quoy Monsieur ! n’est-ce pas cest homme à la Satyre,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p102">-102-</span>Qui perdroit son amy, plustost qu’vn mot pour rire,</div>
-<div class="verse">Il emporte la piece ! &amp; c’est là de par-Dieu,</div>
-<div class="verse">(Ayant peur que ce soit celle-là du milieu)</div>
-<div class="verse">Où le soulier les blece, autrement ie n’estime</div>
-<div class="verse">Qu’aucune eust volonté de m’accuser de crime.</div>
-<div class="verse i1">Car pour elles depuis qu’elles viennent au point,</div>
-<div class="verse">Elles ne voudroient pas que l’on ne le sçeut point,</div>
-<div class="verse">Vn grand contentement mal-aisement se celle :</div>
-<div class="verse">Puis c’est des amoureux la regle vniuerselle,</div>
-<div class="verse">De defferer si fort à leur affection</div>
-<div class="verse" id="p102v11">Qu’ils estiment honneur leur folle passion.</div>
-<div class="verse i1">Et quand est de l’honneur de leurs maris, ie pense</div>
-<div class="verse">Qu’aucune à bon escient n’en prendroit la deffence,</div>
-<div class="verse">Sçachant bien qu’on n’est pas tenu par charité,</div>
-<div class="verse">De leur donner vn bien qu’elles leur ont osté.</div>
-<div class="verse i1">Voilà le grand mercy que i’auray de mes paines,</div>
-<div class="verse">C’est le cours du marché des affaires humaines,</div>
-<div class="verse">Qu’encores qu’vn chacun vaille icy bas son pris</div>
-<div class="verse">Le plus cher toutesfois est souuent à mépris.</div>
-<div class="verse i1">Or amy ce n’est point vne humeur de médire</div>
-<div class="verse">Qui m’ayt fait rechercher ceste façon d’écrire,</div>
-<div class="verse">Mais mon Pere m’aprist que des enseignemens</div>
-<div class="verse">Les humains aprentifs formoient leurs iugemens,</div>
-<div class="verse">Que l’exemple d’autruy doibt rendre l’homme sage,</div>
-<div class="verse">Et guettant à propos les fautes au passage,</div>
-<div class="verse">Me disoit, considere où cest homme est reduict</div>
-<div class="verse">Par son ambition, cest autre toute nuict</div>
-<div class="verse">Boit auec des Putains, engage son domaine,</div>
-<div class="verse">L’autre sans trauailler, tout le iour se promeyne,</div>
-<div class="verse">Pierre le bon enfant aux dez a tout perdu,</div>
-<div class="verse">Ces iours le bien de Iean par decret fut vendu,</div>
-<div class="verse">Claude ayme sa voisine, &amp; tout son bien luy donne :</div>
-<div class="verse">Ainsi me mettant l’œil sur chacune personne</div>
-<div class="verse">Qui valoit quelque chose, ou qui ne valoit rien,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p103">-103-</span>M’aprenoit doucement &amp; le mal &amp; le bien,</div>
-<div class="verse">Affin que fuyant l’vn, l’autre ie recherchasse,</div>
-<div class="verse">Et qu’aux despens d’autruy sage ie m’enseignasse.</div>
-<div class="verse i1">Sçays tu si ces propos me sçeurent esmouuoir,</div>
-<div class="verse">Et contenir mon ame en vn iuste deuoir,</div>
-<div class="verse">S’ils me firent penser à ce que l’on doit suiure,</div>
-<div class="verse">Pour bien &amp; iustement en ce bas monde viure.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi que d’vn voisin le trespas suruenu</div>
-<div class="verse">Fait resoudre vn malade en son lict detenu</div>
-<div class="verse">A prendre malgré luy tout ce qu’on luy ordonne,</div>
-<div class="verse">Qui pour ne mourir point de crainte se pardonne,</div>
-<div class="verse">De mesmes les espris debonnaires &amp; doux</div>
-<div class="verse">Se façonnent prudens, par l’exemple des foux,</div>
-<div class="verse">Et le blasme d’autruy leur fait ces bons offices,</div>
-<div class="verse">Qu’il leur aprend que c’est de vertus, &amp; de vices.</div>
-<div class="verse i1">Or quoy que i’aye fait, si m’en sont-ils restez,</div>
-<div class="verse" id="p103v17">Qui me pouront par l’age, à la fin estre ostez,</div>
-<div class="verse">Ou bien de mes amis auec la remonstrance,</div>
-<div class="verse">Ou de mon bon Demon suyuant l’intelligence :</div>
-<div class="verse">Car quoy qu’on puisse faire estant homme, on ne peut</div>
-<div class="verse">Ny viure comme on doit, ny viure comme on veut.</div>
-<div class="verse">En la terre icy bas il n’habitte point d’Anges :</div>
-<div class="verse">Or les moins vicieux meritent des loüanges,</div>
-<div class="verse">Qui sans prendre l’autruy, viuent en bon Chrestien,</div>
-<div class="verse">Et sont ceux qu’on peut dire &amp; saincts &amp; gens de bien.</div>
-<div class="verse i1">Quand ie suis à par moy souuent ie m’estudie,</div>
-<div class="verse">(Tant que faire se peut) apres la maladie</div>
-<div class="verse">Dont chacun est blecé, ie pense à mon deuoir,</div>
-<div class="verse">I’ouure les yeux de l’ame, &amp; m’efforce de voir</div>
-<div class="verse">Au trauers d’vn chacun, de l’esprit ie m’escrime,</div>
-<div class="verse">Puis dessus le papier mes caprices ie rime,</div>
-<div class="verse">Dedans vne Satyre, où d’vn œil doux amer,</div>
-<div class="verse">Tout le monde s’y voit, &amp; ne s’y sent nommer.</div>
-<div class="verse i1">Voilà l’vn des pechez, où mon ame est encline,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p104">-104-</span>On dit que pardonner est vne œuure diuine,</div>
-<div class="verse">Celuy m’obligera qui voudra m’excuser,</div>
-<div class="verse">A son goust toutesfois chacun en peut vser :</div>
-<div class="verse">Quant à ceux du mestier, ils ont de quoy s’ebatre,</div>
-<div class="verse">Sans aller sur le pré nous nous pouuons combatre,</div>
-<div class="verse">Nous montrant seulement de la plume ennemis,</div>
-<div class="verse">En ce cas là du Roy les duëls sont permis :</div>
-<div class="verse">Et faudra que bien forte ils facent la partie,</div>
-<div class="verse">Si les plus fins d’entre eux s’en vont sans repartie.</div>
-<div class="verse i1">Mais c’est vn Satyrique il le faut laisser là :</div>
-<div class="verse">Pour moi i’en suis d’auis, &amp; cognois à cela</div>
-<div class="verse">Qu’ils ont vn bon esprit, Corsaires à Corsaires,</div>
-<div class="verse">L’vn l’autre s’attaquant, ne font pas leurs affaires.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl3.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p105">-105-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b3.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c15" title="Satyre XIII. Macette"></h3>
-
-<p class="c large">Macette</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre XIII.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La fameuse Macette à la Cour si connuë,</div>
-<div class="verse">Qui s’est aux lieux d’honneur en credit maintenuë,</div>
-<div class="verse">Et qui depuis dix ans, iusqu’en ses derniers iours,</div>
-<div class="verse">A soustenu le prix en l’escrime d’amours,</div>
-<div class="verse">Lasse en fin de seruir au peuple de quintaine,</div>
-<div class="verse">N’estant passe-volant, soldat ny capitaine,</div>
-<div class="verse">Depuis les plus chetifs iusques aux plus fendants,</div>
-<div class="verse">Qu’elle n’ait desconfit &amp; mis dessus les dents,</div>
-<div class="verse">Lasse, di-ie, &amp; non soule enfin s’est retiree</div>
-<div class="verse">Et n’a plus autre obiet que la voute Etheree,</div>
-<div class="verse">Elle qui n’eust auant que plorer son delit</div>
-<div class="verse">Autre ciel pour obiet que le ciel de son lict,</div>
-<div class="verse">A changé de courage, &amp; confitte en destresse</div>
-<div class="verse">Imite auec ses pleurs la saincte pecheresse,</div>
-<div class="verse">Donnant des sainctes loix à son affection,</div>
-<div class="verse">Elle a mis son amour à la deuotion.</div>
-<div class="verse">Sans art elle s’habille &amp; simple en contenance,</div>
-<div class="verse">Son teint mortifié presche la continence,</div>
-<div class="verse">Clergesse elle fait ià la leçon aux prescheurs,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p106">-106-</span>Elle lit sainct Bernard, la Guide des Pecheurs,</div>
-<div class="verse">Les Meditations de la mere Therese,</div>
-<div class="verse">Sçait que c’est qu’hypostase, auecque synderese,</div>
-<div class="verse">Iour &amp; nuict elle va de conuent en conuent,</div>
-<div class="verse">Visite les saincts lieux, se confesse souuent,</div>
-<div class="verse">A des cas reseruez grandes intelligences,</div>
-<div class="verse">Sçait du nom de Iesus toutes les Indulgences,</div>
-<div class="verse">Que valent chapelets, grains benits enfilez,</div>
-<div class="verse">Et l’ordre du cordon des peres recollez.</div>
-<div class="verse">Loin du monde elle fait sa demeure &amp; son giste,</div>
-<div class="verse">Son œil tout penitent ne pleure qu’eau beniste,</div>
-<div class="verse">En fin c’est vn exemple en ce siecle tortu</div>
-<div class="verse">D’amour, de charité, d’honneur &amp; de vertu.</div>
-<div class="verse">Pour Beate par tout le peuple la renomme,</div>
-<div class="verse">Et la Gazette mesme a des-ià dit à Rome</div>
-<div class="verse">La voyant aymer Dieu &amp; la chair maistriser</div>
-<div class="verse">Qu’on n’attend que sa mort pour la canoniser.</div>
-<div class="verse">Moy mesme qui ne croy de leger aux merueilles,</div>
-<div class="verse">Qui reproche souuent mes yeux &amp; mes oreilles,</div>
-<div class="verse">La voyant si changée en vn temps si subit,</div>
-<div class="verse">Ie creu qu’elle l’estoit d’ame comme d’habit,</div>
-<div class="verse">Que Dieu la retiroit d’vne faute si grande,</div>
-<div class="verse">Et disois à par moy, mal vit qui ne s’amende,</div>
-<div class="verse">Ià des-ià tout deuot contrit &amp; penitent,</div>
-<div class="verse">Ie fus à son exemple esmeu d’en faire autant,</div>
-<div class="verse">Quand par arrest du Ciel qui hait l’hypocrisie,</div>
-<div class="verse">Au logis d’vne fille où i’ay ma fantaisie,</div>
-<div class="verse" id="p106v28">N’ayant pas tout à fait mis fin à ses vieux tours,</div>
-<div class="verse">La vieille me rendit tesmoin de ses discours.</div>
-<div class="verse">Tapy dans vn recoin &amp; couuert d’vne porte</div>
-<div class="verse">I’entendy son propos, qui fut de ceste sorte,</div>
-<div class="verse">Ma fille, Dieu vous garde &amp; vous vueille benir,</div>
-<div class="verse">Si ie vous veux du mal, qu’il me puisse aduenir,</div>
-<div class="verse">Qu’eussiez vous tout le bien dont le Ciel vous est chiche,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p107">-107-</span>L’ayant ie n’en seroy plus pauure ny plus riche :</div>
-<div class="verse">Car n’estant plus du monde au bien ie ne pretens,</div>
-<div class="verse">Ou bien si i’en desire, en l’autre ie l’attens,</div>
-<div class="verse">D’autre chose icy bas, le bon Dieu ie ne prie :</div>
-<div class="verse">A propos, sçauez-vous ? on dit qu’on vous marie,</div>
-<div class="verse">Ie sçay bien vostre cas, vn homme grand, adroit,</div>
-<div class="verse">Riche &amp; Dieu sçait s’il a tout ce qu’il vous faudroit,</div>
-<div class="verse">Il vous ayme si fort, aussi pourquoy ma fille</div>
-<div class="verse">Ne vous aimeroit-il, vous estes si gentille,</div>
-<div class="verse">Si mignonne &amp; si belle, &amp; d’vn regard si doux,</div>
-<div class="verse">Que la beauté plus grande est laide aupres de vous :</div>
-<div class="verse">Mais tout ne respond pas au traict de ce visage,</div>
-<div class="verse">Plus vermeil qu’vne rose &amp; plus beau qu’vn riuage,</div>
-<div class="verse">Vous deuriez estant belle auoir de beaux habits,</div>
-<div class="verse">Esclater de satin, de perles, de rubis.</div>
-<div class="verse">Le grand regret que i’ay, non pas à Dieu ne plaise,</div>
-<div class="verse">Que i’en ay’ de vous voir belle &amp; bien à vostre aise :</div>
-<div class="verse" id="p107v18">Mais pour moy ie voudrois que vous eussiez au moins</div>
-<div class="verse">Ce qui peut en amour satisfaire à vos soins,</div>
-<div class="verse">Que cecy fust de soye &amp; non pas d’estamine.</div>
-<div class="verse">Ma foy les beaux habits seruent bien à la mine,</div>
-<div class="verse">On a beau s’agencer &amp; faire les doux yeux,</div>
-<div class="verse">Quand on est bien paré on en est tousiours mieux :</div>
-<div class="verse">Mais sans auoir du bien, que sert la renommee ?</div>
-<div class="verse">C’est vne vanité confusement semee,</div>
-<div class="verse">Dans l’esprit des humains vn mal d’opinion,</div>
-<div class="verse">Vn faux germe auorté dans nostre affection.</div>
-<div class="verse">Ces vieux contes d’honneur dont on repaist les Dames</div>
-<div class="verse">Ne sont que des appas pour les debiles ames</div>
-<div class="verse">Qui sans chois de raison ont le cerueau perclus.</div>
-<div class="verse">L’honneur est vn vieux sainct que l’on ne chomme plus.</div>
-<div class="verse">Il ne sert plus de rien, sinon d’vn peu d’excuse,</div>
-<div class="verse">Et de sot entretien pour ceux là qu’on amuse,</div>
-<div class="verse">Ou d’honneste refus quand on ne veut aymer,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p108">-108-</span>Il est bon en discours pour se faire estimer :</div>
-<div class="verse">Mais au fonds c’est abus sans excepter personne,</div>
-<div class="verse">La sage le sçait vendre où la sotte le donne.</div>
-<div class="verse i1">Ma fille c’est par là qu’il vous en faut auoir,</div>
-<div class="verse">Nos biens comme nos maux sont en nostre pouuoir,</div>
-<div class="verse" id="p108v6">Fille qui sçait son monde a saison oportune,</div>
-<div class="verse">Chacun est artisan de sa bonne fortune,</div>
-<div class="verse">Le mal-heur par conduite au bonheur cedera.</div>
-<div class="verse">Aydez vous seulement &amp; Dieu vous aydera.</div>
-<div class="verse">Combien pour auoir mis leur honneur en sequestre,</div>
-<div class="verse">Ont elles aux atours eschangé le limestre,</div>
-<div class="verse">Et dans les plus hauts rangs esleué leurs maris :</div>
-<div class="verse">Ma fille c’est ainsi que l’on vit à Paris,</div>
-<div class="verse">Et la vefue aussi bien comme la mariee,</div>
-<div class="verse">Celle est chaste sans plus qui n’en est point priee.</div>
-<div class="verse">Toutes au fait d’amour se chaussent en vn poinct</div>
-<div class="verse">Et Ieanne, que tu vois dont on ne parle point,</div>
-<div class="verse">Qui fait si doucement la simple &amp; la discrete</div>
-<div class="verse">Elle n’est pas plus chaste, ains elle est plus secrete,</div>
-<div class="verse">Elle a plus de respect non moins de passion</div>
-<div class="verse">Et cache ses amours sous sa discretion.</div>
-<div class="verse">Moy mesme croiriez vous pour estre plus âgee</div>
-<div class="verse">Que ma part comme on dit en fust desià mangee,</div>
-<div class="verse">Non ma foy ie me sents &amp; dedans &amp; dehors</div>
-<div class="verse">Et mon bas peut encor vser deux ou trois corps.</div>
-<div class="verse">Mais chasque âge a son temps, selon le drap la robe,</div>
-<div class="verse">Ce qu’vn temps on a trop en l’autre on le desrobe :</div>
-<div class="verse">Estant ieune i’ay sceu bien vser des plaisirs,</div>
-<div class="verse">Ores i’ay d’autres soins en semblables desirs,</div>
-<div class="verse">Ie veux passer mon temps &amp; couurir le mystere,</div>
-<div class="verse">On trouue bien la cour dedans vn monastere,</div>
-<div class="verse">Et apres maint essay en fin i’ay reconnu</div>
-<div class="verse">Qu’vn homme comme vn autre est vn moine tout nu,</div>
-<div class="verse">Puis outre le sainct vœu qui sert de couuerture,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p109">-109-</span>Ils sont trop obligez au secret de nature</div>
-<div class="verse">Et sçauent plus discrets apporter en aymant,</div>
-<div class="verse">Auecque moins d’esclat plus de contentement.</div>
-<div class="verse">C’est pourquoy desguisant les boüillons de mon ame,</div>
-<div class="verse">D’vn long habit de cendre enuelopant ma flame,</div>
-<div class="verse" id="p109v6">Ie cache mon dessein aux plaisirs adonné,</div>
-<div class="verse">Le peché que l’on cache est demi pardonné,</div>
-<div class="verse">La faute seullement ne gist en la deffence,</div>
-<div class="verse" id="p109v9">Le scandale &amp; l’opprobre est cause de l’offence,</div>
-<div class="verse">Pourueu qu’on ne le sçache il n’importe comment,</div>
-<div class="verse">Qui peut dire que non ne peche nullement,</div>
-<div class="verse">Puis la bonté du Ciel nos offences surpasse,</div>
-<div class="verse">Pourueu qu’on se confesse on a tousiours sa grace,</div>
-<div class="verse">Il donne quelque chose à nostre passion,</div>
-<div class="verse">Et qui ieune n’a pas grande deuotion,</div>
-<div class="verse">Il faut que pour le monde à la feindre il s’exerce :</div>
-<div class="verse">« C’est entre les deuots vn estrange commerce,</div>
-<div class="verse">« Vn trafic par lequel au ioly temps qui court,</div>
-<div class="verse">« Toute affaire fascheuse est facile à la Cour.</div>
-<div class="verse">Ie sçay bien que vostre âge encore ieune &amp; tendre,</div>
-<div class="verse">Ne peut ainsi que moy ces mysteres comprendre :</div>
-<div class="verse">Mais vous deuriez ma fille en l’âge où ie vous voy,</div>
-<div class="verse">Estre riche, contente, auoir fort bien dequoy,</div>
-<div class="verse">Et pompeuse en habits, fine, accorte &amp; rusee,</div>
-<div class="verse">Reluire de ioyaux ainsi qu’vne espousée :</div>
-<div class="verse">Il faut faire vertu de la necessité,</div>
-<div class="verse">Qui sçait viure icy bas n’a iamais pauureté,</div>
-<div class="verse">Puis qu’elle vous deffend des dorures l’vsage,</div>
-<div class="verse">Il faut que les brillants soient en vostre visage,</div>
-<div class="verse">Que vostre bonne grace en acquiere pour vous :</div>
-<div class="verse">« Se voir du bien, ma fille, il n’est rien de si doux,</div>
-<div class="verse">« S’enrichir de bonne heure est vne grand’ sagesse,</div>
-<div class="verse">« Tout chemin d’acquerir se ferme à la vieillesse</div>
-<div class="verse">« A qui ne reste rien auec la pauureté,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p110">-110-</span>« Qu’vn regret espineux d’auoir iadis esté,</div>
-<div class="verse">Où lors qu’on a du bien, il n’est si decrepite</div>
-<div class="verse">Qui ne trouue (en donnant) couuercle à sa marmite.</div>
-<div class="verse i1">Non, non, faites l’amour, &amp; vendez aux amans</div>
-<div class="verse">Vos accueils, vos baisers &amp; vos embrassemens,</div>
-<div class="verse">C’est gloire &amp; non pas honte en ceste douce peine</div>
-<div class="verse">Des acquests de son lict accroistre son domaine,</div>
-<div class="verse">Vendez ces doux regards, ces attraicts, ces appas,</div>
-<div class="verse">Vous mesme vendez vous, mais ne vous liurez pas,</div>
-<div class="verse">Conseruez vous l’esprit, gardez vostre franchise,</div>
-<div class="verse">Prenez tout s’il se peut, ne soyez iamais prise.</div>
-<div class="verse">Celle qui par amour s’engage en ces mal-heurs,</div>
-<div class="verse">Pour vn petit plaisir, a cent mille douleurs,</div>
-<div class="verse">Puis vn homme au desduit ne vous peut satisfaire,</div>
-<div class="verse">Et quand plus vigoureux il le pourroit bien faire,</div>
-<div class="verse">Il faut tondre sur tout &amp; changer à l’instant,</div>
-<div class="verse">L’enuie en est bien moindre &amp; le gain plus contant.</div>
-<div class="verse">Sur tout soyez de vous la maistresse &amp; la dame,</div>
-<div class="verse">Faites s’il est possible, vn miroir de vostre ame,</div>
-<div class="verse">Qui reçoit tous obiects &amp; tout content les pert,</div>
-<div class="verse">Fuyez ce qui vous nuist, aymez ce qui vous sert,</div>
-<div class="verse" id="p110v22">Faites profit de tout, &amp; mesme de vos pertes,</div>
-<div class="verse">A prendre sagement ayez les mains ouuertes,</div>
-<div class="verse">Ne faites s’il se peut iamais present ny don,</div>
-<div class="verse">Si ce n’est d’vn chabot pour auoir vn gardon.</div>
-<div class="verse">Par fois on peut donner pour les galands attraire,</div>
-<div class="verse">A ces petits presents ie ne suis pas contraire,</div>
-<div class="verse">Pourueu que ce ne soit que pour les amorcer :</div>
-<div class="verse">Les fines en donnant se doiuent efforcer</div>
-<div class="verse">A faire que l’esprit &amp; que la gentillesse</div>
-<div class="verse">Face estimer les dons &amp; non pas la richesse.</div>
-<div class="verse">Pour vous estimez plus qui plus vous donnera,</div>
-<div class="verse">Vous gouuernant ainsi Dieu vous assistera,</div>
-<div class="verse">Au reste n’espargnez ny Gaultier ni Garguille,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p111">-111-</span>Qui se trouuera pris ie vous pri’ qu’on l’estrille,</div>
-<div class="verse">Il n’est que d’en auoir, le bien est tousiours bien,</div>
-<div class="verse">Et ne vous doit chaloir ny de qui, ny combien.</div>
-<div class="verse">Prenez à toutes mains, ma fille &amp; vous souuienne,</div>
-<div class="verse">Que le gain a bon goust de quelque endroit qu’il vienne.</div>
-<div class="verse">Estimez vos amans selon le reuenu :</div>
-<div class="verse">Qui donnera le plus qu’il soit le mieux venu,</div>
-<div class="verse">Laissez la mine à part, prenez garde à la somme,</div>
-<div class="verse">Riche vilain vaut mieux que pauure Gentil-homme :</div>
-<div class="verse">Ie ne iuge pour moy les gens sur ce qu’ils sont,</div>
-<div class="verse">Mais selon le profit &amp; le bien qu’ils me font.</div>
-<div class="verse">Quand l’argent est meslé l’on ne peut reconnoistre</div>
-<div class="verse">Celuy du seruiteur d’auec celuy du maistre,</div>
-<div class="verse">L’argent d’vn cordon bleu n’est pas d’autre façon</div>
-<div class="verse">Que celuy d’vn fripier ou d’vn aide à maçon,</div>
-<div class="verse">Que le plus &amp; le moins y mette difference</div>
-<div class="verse">Et tienne seullement la partie en souffrance,</div>
-<div class="verse">Que vous restablirez du iour au lendemain</div>
-<div class="verse">Et tousiours retenez le bon bout à la main,</div>
-<div class="verse">De crainte que le temps ne destruise l’affaire,</div>
-<div class="verse">Il faut suiure de pres le bien que l’on differe</div>
-<div class="verse">Et ne le differer qu’entant que l’on le peut,</div>
-<div class="verse">Ou se puisse aisement restablir quand on veut.</div>
-<div class="verse">Tous ces beaux suffisans, dont la cour est semee,</div>
-<div class="verse">Ne sont que triacleurs &amp; vendeurs de fumee,</div>
-<div class="verse">Ils sont beaux, bien peignez, belle barbe au menton :</div>
-<div class="verse">Mais quand il faut payer, au diantre le teston,</div>
-<div class="verse" id="p111v28">Et faisant des mouuans &amp; de l’ame saisie,</div>
-<div class="verse">Ils croyent qu’on leur doit pour rien la courtoisie,</div>
-<div class="verse">Mais c’est pour leur beau nez : le puits n’est pas commun,</div>
-<div class="verse">Si i’en auois vn cent, ils n’en auroient pas vn.</div>
-<div class="verse i1" id="p111v32">Et le Poëte croté auec sa mine austere</div>
-<div class="verse">Vous diriez à le voir que c’est vn secretaire,</div>
-<div class="verse">Il va melancolique &amp; les yeux abaissez,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p112">-112-</span>Comme vn Sire qui plaint ses parens trespassez,</div>
-<div class="verse">Mais Dieu sçait, c’est vn homme aussi bien que les autres.</div>
-<div class="verse">Iamais on ne luy voit aux mains des patenostres,</div>
-<div class="verse">Il hante en mauuais lieux, gardez vous de cela,</div>
-<div class="verse">Non, si i’estoy de vous, ie le planteroy là.</div>
-<div class="verse">Et bien il parle liure, il a le mot pour rire :</div>
-<div class="verse">Mais au reste apres tout, c’est vn homme à Satyre,</div>
-<div class="verse">Vous croiriez à le voir qu’il vous deust adorer,</div>
-<div class="verse">Gardez, il ne faut rien pour vous des-honorer.</div>
-<div class="verse">Ces hommes mesdisans ont le feu sous la leure,</div>
-<div class="verse">Ils sont matelineurs, prompts à prendre la cheure,</div>
-<div class="verse">Et tournent leurs humeurs en bijarres façons,</div>
-<div class="verse">Puis ils ne donnent rien si ce n’est des chansons :</div>
-<div class="verse">Mais non, ma fille non, qui veut viure à son aise,</div>
-<div class="verse">Il ne faut simplement vn amy qui vous plaise,</div>
-<div class="verse">Mais qui puisse au plaisir ioindre l’vtilité,</div>
-<div class="verse">En amour autrement c’est imbecilité,</div>
-<div class="verse">Qui le fait à credit n’a pas grande resource,</div>
-<div class="verse">On y fait des amis, mais peu d’argent en bourse.</div>
-<div class="verse">Prenez moy ces Abbez, ces fils de financiers</div>
-<div class="verse">Dont depuis cinquante ans les peres vsuriers,</div>
-<div class="verse">Volans à toutes mains, ont mis en leur famille</div>
-<div class="verse">Plus d’argent que le Roy n’en a dans la Bastille,</div>
-<div class="verse">C’est là que vostre main peut faire de beaux cous,</div>
-<div class="verse">Ie sçay de ces gens là qui languissent pour vous :</div>
-<div class="verse">Car estant ainsi ieune en vos beautez parfaites,</div>
-<div class="verse">Vous ne pouuez sçauoir tous les coups que vous faites,</div>
-<div class="verse">Et les traicts de vos yeux haut &amp; bas eslancez,</div>
-<div class="verse">Belle, ne voyent pas tous ceux que vous blessez,</div>
-<div class="verse">Tel s’en vient plaindre à moy qui n’ose le vous dire,</div>
-<div class="verse">Et tel vous rit de iour qui toute nuict souspire,</div>
-<div class="verse">Et se plaint de son mal, d’autant plus vehement,</div>
-<div class="verse">Que vos yeux sans dessein le font innocemment.</div>
-<div class="verse">En amour l’innocence est vn sçauant mystere,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p113">-113-</span>Pourueu que ce ne soit vne innocence austere,</div>
-<div class="verse">Mais qui sçache par art donnant vie &amp; trespas,</div>
-<div class="verse">Feindre auecques douceur qu’elle ne le sçait pas :</div>
-<div class="verse">Il faut aider ainsi la beauté naturelle,</div>
-<div class="verse">L’innocence autrement est vertu criminelle,</div>
-<div class="verse">Auec elle il nous faut &amp; blesser &amp; garir,</div>
-<div class="verse">Et parmy les plaisirs faire viure &amp; mourir.</div>
-<div class="verse">Formez vous des desseins dignes de vos merites,</div>
-<div class="verse">Toutes basses amours sont pour vous trop petites,</div>
-<div class="verse">Ayez dessein aux dieux, pour de moindres beautez</div>
-<div class="verse">Ils ont laissé iadis les cieux des-habitez.</div>
-<div class="verse i1">Durant tous ces discours, Dieu sçait l’impatience :</div>
-<div class="verse">Mais comme elle a tousiours l’œil à la deffiance,</div>
-<div class="verse">Tournant deçà delà vers la porte où i’estois,</div>
-<div class="verse">Elle vist en sursaut comme ie l’escoutois,</div>
-<div class="verse">Elle trousse bagage, &amp; faisant la gentille,</div>
-<div class="verse">Ie vous verray demain, à Dieu, bon soir ma fille.</div>
-<div class="verse">Ha vieille, dy-ie lors, qu’en mon cœur ie maudis,</div>
-<div class="verse">Est-ce là le chemin pour gaigner Paradis,</div>
-<div class="verse">Dieu te doint pour guerdon de tes œuures si sainctes,</div>
-<div class="verse">Que soient auant ta mort tes prunelles esteintes,</div>
-<div class="verse">Ta maison descouuerte &amp; sans feu tout l’Hyuer,</div>
-<div class="verse">Auecque tes voisins iour &amp; nuict estriuer</div>
-<div class="verse">Et trainer sans confort triste &amp; desesperee,</div>
-<div class="verse">Vne pauure vieillesse &amp; tousiours alteree.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl4.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p114">-114-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b6.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c16" title="Satyre XIIII. I’ay pris cent &amp; cent fois"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre XIIII.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">I’ay pris cent &amp; cent fois la lanterne en la main</div>
-<div class="verse">Cherchant en plain midy parmy le genre humain,</div>
-<div class="verse">Vn homme qui fust homme &amp; de faict &amp; de mine</div>
-<div class="verse">Et qui peust des vertus passer par l’estamine :</div>
-<div class="verse">Il n’est coing &amp; recoing que ie n’aye tanté</div>
-<div class="verse">Depuis que la nature icy bas m’a planté.</div>
-<div class="verse">Mais tant plus ie me lime &amp; plus ie me rabote,</div>
-<div class="verse">Ie croy qu’à mon aduis tout le monde radote,</div>
-<div class="verse">Qu’il a la teste vuide &amp; sans dessus dessous</div>
-<div class="verse">Ou qu’il faut qu’au rebours ie sois l’vn des plus fous.</div>
-<div class="verse i1">C’est de nostre folie vn plaisant stratagesme,</div>
-<div class="verse">Se flattant de iuger les autres par soy-mesme.</div>
-<div class="verse i1">Ceux qui pour voyager s’embarquent dessus l’eau,</div>
-<div class="verse">Voyent aller la terre &amp; non pas leur vaisseau,</div>
-<div class="verse">Peut estre ainsi trompé que faucement ie iuge,</div>
-<div class="verse">Toutesfois si les fous ont leur sens pour refuge,</div>
-<div class="verse">Ie ne suis pas tenu de croire aux yeux d’autruy.</div>
-<div class="verse">Puis, i’en sçay pour le moins autant ou plus que luy.</div>
-<div class="verse i1">Voylà fort bien parlé si l’on me vouloit croire,</div>
-<div class="verse">Sotte presomption vous m’enyurez sans boire.</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p115">-115-</span>Mais apres en cherchant auoir autant couru</div>
-<div class="verse">Qu’aux Auans de Noel fait le Moyne Bourru,</div>
-<div class="verse">Pour retrouuer vn homme enuers qui la Satyre</div>
-<div class="verse">Sans flater, ne trouuast que mordre &amp; que redire,</div>
-<div class="verse">Qui sceust d’vn chois prudent toute chose éplucher,</div>
-<div class="verse">Ma foy si ce n’est vous ie n’en veux plus chercher.</div>
-<div class="verse">Or ce n’est point pour estre esleué de fortune,</div>
-<div class="verse">Aux sages comme aux fous c’est chose assez commune,</div>
-<div class="verse">Elle auance vn chacun sans raison &amp; sans chois,</div>
-<div class="verse">Les fous sont aux echets les plus proches des Roys.</div>
-<div class="verse i1">Aussi mon iugement sur cela ne se fonde,</div>
-<div class="verse">Au compas des grandeurs ie ne iuge le monde,</div>
-<div class="verse">L’esclat de ces clinquans ne m’esblouit les yeux,</div>
-<div class="verse">Pour estre dans le Ciel ie n’estime les Dieux,</div>
-<div class="verse">Mais pour s’y maintenir &amp; gouuerner de sorte</div>
-<div class="verse">Que ce tout en deuoir reglement se comporte,</div>
-<div class="verse">Et que leur prouidence egallement conduit</div>
-<div class="verse">Tout ce que le Soleil en la terre produit.</div>
-<div class="verse">Des hommes tout ainsi ie ne puis recognoistre</div>
-<div class="verse">Les grans : mais bien ceux là qui meritent de l’estre,</div>
-<div class="verse">Et de qui le merite indomtable en vertu,</div>
-<div class="verse">Force les accidens &amp; n’est point abatu,</div>
-<div class="verse">Non plus que de farceurs ie n’en puis faire conte.</div>
-<div class="verse">Ainsi que l’vn descend on voit que l’autre monte,</div>
-<div class="verse">Selon ou plus ou moins que dure le roollet,</div>
-<div class="verse">Et l’habit faict sans plus le maistre ou le vallet.</div>
-<div class="verse">De mesme est de ces gens dont la grandeur se ioüe,</div>
-<div class="verse">Auiourd’huy gros, enflez sur le haut de la roüe,</div>
-<div class="verse">Ilz font vn personnage, &amp; demain renuersez,</div>
-<div class="verse">Chacun les met au rang des pechez effacez.</div>
-<div class="verse">La faueur est bizarre, à traitter indocille,</div>
-<div class="verse">Sans arrest, inconstante, &amp; d’humeur difficille,</div>
-<div class="verse">Auecq’ discretion il la faut carasser :</div>
-<div class="verse">L’vn la perd bien souuent pour la trop embrasser,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p116">-116-</span>Ou pour s’y fier trop, l’autre par insolence,</div>
-<div class="verse">Ou pour auoir trop peu ou trop de violence,</div>
-<div class="verse">Ou pour se la promettre ou se la desnier,</div>
-<div class="verse">En fin c’est vn caprice estrange à manier,</div>
-<div class="verse">Son Amour est fragile &amp; se rompt comme verre,</div>
-<div class="verse">Et faict aux plus Matois donner du nez en terre.</div>
-<div class="verse i1">Pour moy ie n’ay point veu parmy tant d’auancez,</div>
-<div class="verse">Soit de ces temps icy, soit des siecles passez,</div>
-<div class="verse">Homme que la fortune ayt tasché d’introduire,</div>
-<div class="verse">Qui durant le bon vent ait sceu se bien conduire.</div>
-<div class="verse">Or d’estre cinquante ans aux honneurs esleué,</div>
-<div class="verse">Des grands &amp; des petits dignement approuué,</div>
-<div class="verse">Et de sa vertu propre aux malheurs faire obstacle,</div>
-<div class="verse">Ie n’ay point veu de sots auoir faict ce miracle.</div>
-<div class="verse">Aussi pour discerner &amp; le bien &amp; le mal,</div>
-<div class="verse">Voir tout, congnoistre tout, d’vn œil tousiours égal,</div>
-<div class="verse">Manier dextrement les desseins de nos Princes,</div>
-<div class="verse">Respondre à tant de gens de diuerses Prouinces,</div>
-<div class="verse">Estre des estrangers pour Oracle tenu,</div>
-<div class="verse">Preuoir tout accident auant qu’estre aduenu,</div>
-<div class="verse">Destourner par prudence vne mauuaise affaire,</div>
-<div class="verse">Ce n’est pas chose aysée ou trop facille à faire.</div>
-<div class="verse">Voilà comme on conserue auecq’ le iugement</div>
-<div class="verse">Ce qu’vn autre dissipe &amp; perd imprudemment :</div>
-<div class="verse">Quand on se brusle au feu que soi mesme on attise,</div>
-<div class="verse">Ce n’est point accident, mais c’est vne sottise.</div>
-<div class="verse">Nous sommes du bon-heur de nous mesme artisans</div>
-<div class="verse">Et fabriquons nos iours ou fascheux ou plaisans,</div>
-<div class="verse">La fortune est à nous &amp; n’est mauuaise ou bonne</div>
-<div class="verse">Que selon qu’on la forme ou bien qu’on se la donne.</div>
-<div class="verse i1">A ce point le mal-heur amy comme ennemy,</div>
-<div class="verse">Trouuant au bord d’vn puis vn enfant endormy,</div>
-<div class="verse">En risque d’y tomber à son ayde s’auance</div>
-<div class="verse">Et luy parlant ainsi, le resueille &amp; le tance :</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p117">-117-</span>Sus badin leuez-vous : si vous tombiez dedans,</div>
-<div class="verse">De douleur vos parens comme vous imprudens,</div>
-<div class="verse">Croyant en leur esprit que de tout ie dispose,</div>
-<div class="verse">Diroient en me blasmant que i’en serois la cause.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi nous seduisant d’vne fauce couleur,</div>
-<div class="verse">Souuent nous imputons nos fautes au mal-heur</div>
-<div class="verse">Qui n’en peut mais, mais quoy ! l’on le prend à partie,</div>
-<div class="verse">Et chacun de son tort cherche la garantie.</div>
-<div class="verse">Et nous pensons bien fins, soit veritable ou faux,</div>
-<div class="verse">Quand nous pouuons couurir d’excuses nos defaux :</div>
-<div class="verse">Mais ainsi qu’aux petis aux plus grands personnages</div>
-<div class="verse">Sondez tout iusqu’au fond, les fous ne sont pas sages.</div>
-<div class="verse i1">Or c’est vn grand chemin iadis assez frayé,</div>
-<div class="verse">Qui des rimeurs François ne fut oncq’ essayé,</div>
-<div class="verse">Suiuant les pas d’Horace entrant en la carriere,</div>
-<div class="verse">Ie trouue des humeurs de diuerse maniere,</div>
-<div class="verse">Qui me pourroient donner subiect de me mocquer,</div>
-<div class="verse">Mais qu’est-il de besoin de les aller chocquer ?</div>
-<div class="verse">Chacun ainsi que moy sa raison fortifie,</div>
-<div class="verse">Et se forme à son goust vne philosophie,</div>
-<div class="verse">Ils ont droit de leur cause &amp; de la contester,</div>
-<div class="verse">Ie ne suis chicanneur &amp; n’aime à disputer.</div>
-<div class="verse i1">Gallet a sa raison, &amp; qui croira son dire,</div>
-<div class="verse">Le hazard pour le moins luy promet vn Empire,</div>
-<div class="verse">Toutesfois au contraire, estant leger &amp; net,</div>
-<div class="verse">N’ayant que l’esperance &amp; trois dez au cornet,</div>
-<div class="verse">Comme sur vn bon fond de rente ou de receptes</div>
-<div class="verse">Dessus sept ou quatorze il assigne ses debtes,</div>
-<div class="verse">Et trouue sur cela qui luy fournit dequoy :</div>
-<div class="verse">Ils ont vne raison qui n’est raison pour moy,</div>
-<div class="verse">Que ie ne puis comprendre, &amp; qui bien l’examine :</div>
-<div class="verse">Est-ce vice ou vertu qui leur fureur domine ?</div>
-<div class="verse i1">L’vn alléché d’espoir de gaigner vingt pour cent,</div>
-<div class="verse">Ferme l’œil à sa perte, &amp; librement consent</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p118">-118-</span>Que l’autre le despouille &amp; ses meubles engage,</div>
-<div class="verse">Mesmes s’il est besoin baille son heritage.</div>
-<div class="verse i1">Or le plus sot d’entre eux, ie m’en rapporte à luy,</div>
-<div class="verse">Pour l’vn il perd son bien, l’autre celuy d’autruy,</div>
-<div class="verse">Pourtant c’est vn traficq qui suit tousiours sa route,</div>
-<div class="verse">Où bien moins qu’à la place on a fait banqueroute,</div>
-<div class="verse">Et qui dans le brelan se maintient brauement,</div>
-<div class="verse">N’en desplaise aux arrests de nostre Parlement.</div>
-<div class="verse">Pensez vous sans auoir ces raisons toutes prestes,</div>
-<div class="verse">Que le Sieur de Prouins persiste en ses requestes,</div>
-<div class="verse">Et qu’il ait sans espoir d’estre mieux à la Court,</div>
-<div class="verse">A son long balandran changé son manteau court,</div>
-<div class="verse">Bien que depuis vingt ans sa grimace importune</div>
-<div class="verse">Ayt à sa desfaueur obstiné la fortune.</div>
-<div class="verse i1">Il n’est pas le Cousin qui n’ait quelque raison,</div>
-<div class="verse">De peur de reparer, il laisse sa maison,</div>
-<div class="verse">Que son lict ne defonce, il dort dessus la dure,</div>
-<div class="verse">Et n’a, crainte du chaud, que l’air pour couuerture :</div>
-<div class="verse">Ne se pouuant munir encontre tant de maux</div>
-<div class="verse">Dont l’air intemperé faict guerre aux animaux,</div>
-<div class="verse">Comme le chaud, le froid, les frimas &amp; la pluye,</div>
-<div class="verse">Et mil autres accidens, bourreaux de nostre vie,</div>
-<div class="verse">Luy selon sa raison souz eux il s’est sousmis,</div>
-<div class="verse">Et forçant la Nature il les a pour amis.</div>
-<div class="verse">Il n’est point enreumé pour dormir sur la terre,</div>
-<div class="verse">Son poulmon enflammé ne tousse le caterre,</div>
-<div class="verse">Il ne craint ny les dents ny les defluctions</div>
-<div class="verse">Et son corps a tout sain libres ses fonctions,</div>
-<div class="verse">En tout indifferent tout est à son vsage,</div>
-<div class="verse">On dira qu’il est foux ie croy qu’il n’est pas sage,</div>
-<div class="verse">Que Diogene aussi fust vn foux de tout point,</div>
-<div class="verse">C’est ce que le Cousin comme moy ne croit point.</div>
-<div class="verse">Ainsi ceste raison est vne estrange beste,</div>
-<div class="verse">On l’a bonne selon qu’on a bonne la teste,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p119">-119-</span>Qu’on imagine bien du sens comme de l’œil,</div>
-<div class="verse">Pour grain ne prenant paille, ou Paris pour Corbeil.</div>
-<div class="verse i1">Or suiuant ma raison &amp; mon intelligence,</div>
-<div class="verse">Mettant tout en auant &amp; soin &amp; diligence,</div>
-<div class="verse">Et criblant mes raisons pour en faire vn bon chois,</div>
-<div class="verse">Vous estes à mon gré l’homme que ie cherchois :</div>
-<div class="verse">Afin doncq’ qu’en discours le temps ie ne consomme,</div>
-<div class="verse">Ou vous estes le mien, ou ie ne veux point d’homme.</div>
-<div class="verse">Qu’vn chacun en ait vn ainsi qu’il luy plaira,</div>
-<div class="verse">Rozete nous verrons qui s’en repentira.</div>
-<div class="verse i1">Vn chacun en son sens selon son chois abonde,</div>
-<div class="verse">Or m’ayant mis en goust des hommes &amp; du monde,</div>
-<div class="verse">Reduisant brusquement le tout en son entier</div>
-<div class="verse">Encor faut il finir par vn tour du mestier.</div>
-<div class="verse i1">On dit que Iupiter Roy des Dieux &amp; des hommes,</div>
-<div class="verse">Se promenant vn iour en la terre où nous sommes,</div>
-<div class="verse">Receut en amitié deux hommes apparens,</div>
-<div class="verse">Tous deux d’age pareils, mais de mœurs differens,</div>
-<div class="verse">L’vn auoit nom Minos, l’autre auoit nom Tantale :</div>
-<div class="verse">Il les esleue au Ciel, &amp; d’abord leur estale</div>
-<div class="verse">Parmy les bons propos, les graces &amp; les ris,</div>
-<div class="verse">Tout ce que la faueur depart aux fauoris,</div>
-<div class="verse">Ils mangeoient à sa table, aualoient l’ambrosie,</div>
-<div class="verse">Et des plaisirs du Ciel souloient leur fantasie ;</div>
-<div class="verse">Ils estoient comme chefs de son Conseil priué :</div>
-<div class="verse">Et rien n’estoit bien fait qu’ils n’eussent approuué.</div>
-<div class="verse">Minos eut bon esprit, prudent, accord &amp; sage,</div>
-<div class="verse">Et sceut iusqu’à la fin iouer son personnage,</div>
-<div class="verse">L’autre fut vn langard, reuelant les secrets</div>
-<div class="verse">Du Ciel &amp; de son Maistre aux hommes indiscrets,</div>
-<div class="verse">L’vn auecque prudence au Ciel s’impatronise,</div>
-<div class="verse">Et l’autre en fut chassé comme vn peteux d’Eglise.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p120">-120-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b2.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c17" title="Satyre XV. Ouy i’escry rarement"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre XV.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ouy i’escry rarement &amp; me plais de le faire.</div>
-<div class="verse">Non pas que la paresse en moy soit ordinaire,</div>
-<div class="verse">Mais si tost que ie prens la plume à ce dessein,</div>
-<div class="verse">Ie croy prendre en galere vne rame en la main,</div>
-<div class="verse">Ie sen au second vers que la Muse me dicte,</div>
-<div class="verse">Et contre sa fureur ma raison se despite.</div>
-<div class="verse i1">Or si par fois i’escry suiuant mon Ascendant,</div>
-<div class="verse">Ie vous iure encor est-ce à mon corps deffendant,</div>
-<div class="verse">L’astre qui de naissance à la Muse me lie,</div>
-<div class="verse">Me fait rompre la teste apres ceste folie,</div>
-<div class="verse">Que ie recongnois bien : mais pourtant, malgré moy</div>
-<div class="verse">Il faut que mon humeur fasse ioug à sa loy,</div>
-<div class="verse">Que ie demande en moy ce que ie me desnie,</div>
-<div class="verse">De mon ame &amp; du Ciel, estrange tyrannie ;</div>
-<div class="verse">Et qui pis est, ce mal qui m’afflige au mourir,</div>
-<div class="verse">S’obstine aux recipez &amp; ne se veut guarir,</div>
-<div class="verse">Plus on drogue ce mal &amp; tant plus il s’empire,</div>
-<div class="verse">Il n’est point d’Elebore assez en Anticire,</div>
-<div class="verse">Reuesche à mes raisons il se rend plus mutin</div>
-<div class="verse">Et ma philosophie y perd tout son Latin.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p121">-121-</span>Or pour estre incurable il n’est pas necessaire,</div>
-<div class="verse">Patient en mon mal que ie m’y doiue plaire,</div>
-<div class="verse">Au contraire il m’en fasche &amp; m’en desplais si fort</div>
-<div class="verse">Que durant mon accez ie voudrois estre mort :</div>
-<div class="verse">Car lors qu’on me regarde, &amp; qu’on me iuge vn poëte,</div>
-<div class="verse">Et qui par consequent a la teste mal faite,</div>
-<div class="verse">Confus en mon esprit ie suis plus desolé,</div>
-<div class="verse">Que si i’estois maraut, ou ladre, ou verollé.</div>
-<div class="verse i1">Encor’ si le transport dont mon ame est saisie,</div>
-<div class="verse">Auoit quelque respect durant ma frenaisie,</div>
-<div class="verse">Qu’il se reglast selon les lieux moins importans,</div>
-<div class="verse">Ou qu’il fist choix des iours, des hommes ou du temps,</div>
-<div class="verse">Et que lors que l’hyuer me renferme en la chambre,</div>
-<div class="verse">Aux iours les plus glacez de l’engourdy Nouembre,</div>
-<div class="verse">Apollon m’obsedast, i’aurois en mon malheur,</div>
-<div class="verse">Quelque contentement à flater ma douleur.</div>
-<div class="verse i1">Mais aux iours les plus beaux de la saison nouuelle</div>
-<div class="verse">Que Zephire en ses rets surprend Flore la belle,</div>
-<div class="verse">Que dans l’air les oyseaux, les poissons en la mer,</div>
-<div class="verse" id="p121v20">Se pleignent doucement du mal qui vient d’aymer,</div>
-<div class="verse">Ou bien lors que Ceres de fourment se couronne,</div>
-<div class="verse">Ou que Bacchus souspire amoureux de Pomone,</div>
-<div class="verse">Ou lors que le saffran, la derniere des fleurs,</div>
-<div class="verse">Dore le Scorpion de ses belles couleurs,</div>
-<div class="verse">C’est alors que la verue insolemment m’outrage,</div>
-<div class="verse">Que la raison forcee obeyt à la rage,</div>
-<div class="verse">Et que sans nul respect des hommes ou du lieu,</div>
-<div class="verse">Qu’il faut que i’obeisse aux fureurs de ce Dieu :</div>
-<div class="verse">Comme en ces derniers iours les plus beaux de l’annee,</div>
-<div class="verse">Que Cibelle est par tout de fruicts enuironnee,</div>
-<div class="verse">Que le paysant recueille emplissant à miliers</div>
-<div class="verse">Greniers, granges, chartis, &amp; caues &amp; celiers,</div>
-<div class="verse">Et que Iunon riant d’vne douce influance,</div>
-<div class="verse">Rend son œil fauorable aux champs qu’on ensemence,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p122">-122-</span>Que ie me resoudois loing du bruit de Paris</div>
-<div class="verse">Et du soing de la Cour ou de ses fauoris,</div>
-<div class="verse">M’esgayer au repos que la campagne donne,</div>
-<div class="verse">Et sans parler Curé, Doyen, Chantre, ou Sorbonne,</div>
-<div class="verse">D’vn bon mot faire rire en si belle saison,</div>
-<div class="verse">Vous, vos chiens &amp; vos chats, &amp; toute la maison,</div>
-<div class="verse">Et là dedans ces champs que la riuiere d’Oyse,</div>
-<div class="verse">Sur des arenes d’or en ses bors se degoyse,</div>
-<div class="verse">(Seiour iadis si doux à ce Roy qui deux fois</div>
-<div class="verse">Donna Sydon en proye à ses peuples François)</div>
-<div class="verse">Faire meint soubre-saut, libre de corps &amp; d’ame,</div>
-<div class="verse">Et froid aux appetis d’vne amoureuse flame,</div>
-<div class="verse">Estre vuide d’amour comme d’ambition,</div>
-<div class="verse">Des gallands de ce temps horrible passion.</div>
-<div class="verse i1">Mais à d’autres reuers ma fortune est tournee,</div>
-<div class="verse">Dés le iour que Phœbus nous monstre la iournee,</div>
-<div class="verse">Comme vn hiboux qui fuit la lumiere &amp; le iour,</div>
-<div class="verse">Ie me leue &amp; m’en vay dans le plus creux seiour</div>
-<div class="verse">Que Royaumont recelle en ses forests secrettes,</div>
-<div class="verse">Des renards &amp; des loups les ombreuses retraittes,</div>
-<div class="verse">Et là malgré mes dents rongeant &amp; rauassant,</div>
-<div class="verse">Polissant les nouueaux, les vieux rapetassant,</div>
-<div class="verse">Ie fay des vers, qu’encor qu’Apollon les aduouë,</div>
-<div class="verse">Dedans la Cour, peut estre, on leur fera la mouë,</div>
-<div class="verse">Ou s’ils sont à leur gré bien faicts &amp; bien polis,</div>
-<div class="verse">I’auray pour recompence, ils sont vrayment iolis :</div>
-<div class="verse">Mais moy qui ne me reigle aux iugemens des hommes,</div>
-<div class="verse">Qui dedans &amp; dehors cognoy ce que nous sommes,</div>
-<div class="verse">Comme le plus souuent ceux qui sçauent le moings,</div>
-<div class="verse">Sont temerairement &amp; iuges &amp; tesmoings,</div>
-<div class="verse">Pour blasme ou pour louange ou pour froide parole,</div>
-<div class="verse">Ie ne fay de leger banqueroute à l’escolle</div>
-<div class="verse">Du bon homme Empedocle, où son discours m’apprend</div>
-<div class="verse">Qu’en ce monde il n’est rien d’admirable &amp; de grand</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p123">-123-</span>Que l’esprit desdaignant vne chose bien grande,</div>
-<div class="verse">Et qui Roy de soy-mesme à soy-mesme commande.</div>
-<div class="verse i1">Pour ceux qui n’ont l’esprit si fort ny si trempé,</div>
-<div class="verse">Afin de n’estre point de soy-mesme trompé,</div>
-<div class="verse">Chacun se doibt cognoistre, &amp; par vn exercice</div>
-<div class="verse">Cultiuant sa vertu desraciner son vice,</div>
-<div class="verse">Et censeur de soy-mesme auec soing corriger</div>
-<div class="verse">Le mal qui croist en nous, &amp; non le negliger,</div>
-<div class="verse">Esueiller son esprit troublé de resuerie ;</div>
-<div class="verse">Comme doncq’ ie me plains de ma forcenerie,</div>
-<div class="verse">Que par art ie m’efforce à regler ses accés,</div>
-<div class="verse">Et contre mes deffaux que i’intente vn procés,</div>
-<div class="verse">Comme on voit par exemple en ces vers où i’accuse</div>
-<div class="verse">Librement le caprice où me porte la Muse,</div>
-<div class="verse">Qui me repaist de baye en ses foux passe-temps,</div>
-<div class="verse">Et malgré moy me faict aux vers perdre le temps,</div>
-<div class="verse" id="p123v17">Ils deuoient à propos tascher d’ouurir la bouche,</div>
-<div class="verse">Mettant leur iugement sur la pierre de touche,</div>
-<div class="verse">S’estudier de n’estre en leurs discours trenchans</div>
-<div class="verse">Par eux mesmes iugez ignares ou meschans,</div>
-<div class="verse">Et ne mettre sans choix en égalle balance</div>
-<div class="verse">Le vice, la vertu, le crime, l’insolence.</div>
-<div class="verse">Qui me blasme auiourd’hui, demain il me louera,</div>
-<div class="verse">Et peut estre aussi tost il se desaduouera.</div>
-<div class="verse">La louange est à prix, le hazard la debite,</div>
-<div class="verse">Où le vice souuent vaut mieux que le merite :</div>
-<div class="verse">Pour moy ie ne fay cas ny ne me puis vanter</div>
-<div class="verse">N’y d’vn mal ny d’vn bien que l’on me peut oster.</div>
-<div class="verse i1">Auecq’ proportion se depart la louange,</div>
-<div class="verse">Autrement c’est pour moy du baragouyn estrange,</div>
-<div class="verse">Le vrai me faict dans moy recognoistre le faux,</div>
-<div class="verse">Au poix de la vertu ie iuge les deffaux,</div>
-<div class="verse">I’assine l’enuieux cent ans apres la vie,</div>
-<div class="verse">Où l’on dit qu’en Amour se conuertit l’Enuie :</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p124">-124-</span>Le Iuge sans reproche est la Posterité,</div>
-<div class="verse">Le temps qui tout descouure en fait la verité,</div>
-<div class="verse">Puis la monstre à nos yeux, ainsi dehors la terre</div>
-<div class="verse">Il tire les tresors, &amp; puis les y reserre.</div>
-<div class="verse i1">Doncq’ moy qui ne m’amuse à ce qu’on dit icy,</div>
-<div class="verse">Ie n’ay de leurs discours ny plaisir ny soucy,</div>
-<div class="verse">Et ne m’esmeus non plus quand leur discours fouruoye,</div>
-<div class="verse">Que d’vn conte d’Vrgande &amp; de ma mere l’Oye.</div>
-<div class="verse i1">Mais puis que tout le monde est aueugle en son fait</div>
-<div class="verse">Et que dessous la Lune il n’est rien de parfait,</div>
-<div class="verse">Sans plus se controller quand à moy ie conseille</div>
-<div class="verse">Qu’vn chacun doucement s’excuse à la pareille,</div>
-<div class="verse">Laissons ce qu’en resuant ces vieux foux ont escrit,</div>
-<div class="verse">Tant de philosophie embarasse l’esprit,</div>
-<div class="verse">Qui se contraint au monde il ne vit qu’en torture,</div>
-<div class="verse">Nous ne pouuons faillir suiuant nostre nature.</div>
-<div class="verse">Ie t’excuse Pierrot, de mesme excuse moy,</div>
-<div class="verse">Ton vice est de n’auoir ny Dieu, ny foy, ny loy,</div>
-<div class="verse">Tu couures tes plaisirs auec l’hypocrisie,</div>
-<div class="verse">Chupin se taisant veut couurir sa ialousie,</div>
-<div class="verse">Rison accroist son bien d’vsure &amp; d’interests,</div>
-<div class="verse">Selon ou plus ou moins Ian donne ses arrests,</div>
-<div class="verse">Et comme au plus offrant debite la Iustice.</div>
-<div class="verse">Ainsi sans rien laisser vn chacun a son vice,</div>
-<div class="verse">Le mien est d’estre libre &amp; ne rien admirer,</div>
-<div class="verse">Tirer le bien du mal lors qu’il s’en peut tirer,</div>
-<div class="verse">Sinon adoucir tout par vne indifference,</div>
-<div class="verse">Et vaincre le mal-heur auecq’ la patience,</div>
-<div class="verse">Estimer peu de gens, suyure mon vercoquin,</div>
-<div class="verse">Et mettre à mesme taux le noble &amp; le coquin.</div>
-<div class="verse">D’autre part ie ne puis voir vn mal sans m’en plaindre,</div>
-<div class="verse">Quelque part que ce soit ie ne me puis contraindre.</div>
-<div class="verse">Voyant vn chicaneur riche d’auoir vendu</div>
-<div class="verse">Son deuoir à celuy qui deust estre pendu,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p125">-125-</span>Vn Aduocat instruire en l’vne &amp; l’autre cause,</div>
-<div class="verse">Vn Lopet qui partis dessus partis propose,</div>
-<div class="verse">Vn Medecin remplir les limbes d’auortons,</div>
-<div class="verse">Vn Banquier qui fait Rome icy pour six testons,</div>
-<div class="verse">Vn Prelat enrichy d’interest &amp; d’vsure,</div>
-<div class="verse">Plaindre son bois saisy pour n’estre de mesure,</div>
-<div class="verse">Vn Ian abandonnant femme, filles, &amp; sœurs,</div>
-<div class="verse">Payer mesmes en chair iusques aux rotisseurs,</div>
-<div class="verse">Rousset faire le Prince, &amp; tant d’autre mystere,</div>
-<div class="verse">Mon vice est, mon amy, de ne m’en pouuoir taire.</div>
-<div class="verse i1">Or des vices où sont les hommes attachez,</div>
-<div class="verse">Comme des petits maux font les petits pechez,</div>
-<div class="verse">Ainsi les moins mauuais sont ceux dont tu retires</div>
-<div class="verse">Du bien, comme il aduient le plus souuent des pires,</div>
-<div class="verse">Au moins estimez tels : c’est pourquoi sans errer,</div>
-<div class="verse">Au sage bien souuent on les peut desirer,</div>
-<div class="verse">Comme aux Prescheurs l’audace à reprendre le vice,</div>
-<div class="verse">La folie aux enfans, aux Iuges l’iniustice.</div>
-<div class="verse">Vien doncq’ &amp; regardans ceux qui faillent le moins,</div>
-<div class="verse">Sans aller rechercher ny preuues ny tesmoins,</div>
-<div class="verse" id="p125v21">Informans de nos faits sans haine &amp; sans enuie,</div>
-<div class="verse">Et iusqu’au fond du sac espluchons nostre vie.</div>
-<div class="verse i1">De tous ces vices là, dont ton cœur entaché</div>
-<div class="verse" id="p125v24">N’est veu par mes escris si librement touché,</div>
-<div class="verse">Tu n’en peux retirer que honte &amp; que dommage,</div>
-<div class="verse">En vendant la Iustice, au Ciel tu fais outrage,</div>
-<div class="verse">Le pauure tu destruis, la veufue &amp; l’orphelin,</div>
-<div class="verse">Et ruines chacun auecq’ ton patelin.</div>
-<div class="verse">Ainsi consequemment de tout dont ie t’offence,</div>
-<div class="verse">Et dont ie ne m’attens d’en faire penitence :</div>
-<div class="verse">Car parlant librement ie pretens t’obliger</div>
-<div class="verse">A purger les deffaux, tes vices corriger,</div>
-<div class="verse">Si tu le fais en fin, en ce cas ie merite,</div>
-<div class="verse">Puis qu’en quelque façon mon vice te profite.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p126">-126-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b8.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c18" title="Satyre XVI. A Monsieur de Forqueuaus"></h3>
-
-<p class="c large">A Monsieur de Forqueuaus.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre XVI.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Puisque le iugement nous croist par le dommage,</div>
-<div class="verse">Il est temps Forqueuaus, que ie deuienne sage,</div>
-<div class="verse">Et que par mes trauaux i’apprenne à l’auenir</div>
-<div class="verse">Comme en faisant l’amour on se doit maintenir :</div>
-<div class="verse">Apres auoir passé tant &amp; tant de trauerses,</div>
-<div class="verse">Auoir porté le ioug de cent beautez diuerses,</div>
-<div class="verse">Auoir en bon soldat combatu nuict &amp; iour,</div>
-<div class="verse">Ie dois estre routier en la guerre d’Amour,</div>
-<div class="verse">Et comme vn vieux guerrier blanchi dessous les armes</div>
-<div class="verse">Sçauoir me retirer des plus chaudes alarmes,</div>
-<div class="verse">Destourner la fortune, &amp; plus fin que vaillant,</div>
-<div class="verse">Faire perdre le coup au premier assaillant,</div>
-<div class="verse">Et sçauant deuenu par vn long exercice,</div>
-<div class="verse">Conduire mon bonheur auec de l’artifice,</div>
-<div class="verse">Sans courir comm’ vn fou saizy d’aueuglement,</div>
-<div class="verse">Que le caprice emporte, &amp; non le iugement :</div>
-<div class="verse">Car l’esprit en amour sert plus que la vaillance,</div>
-<div class="verse">Et tant plus on s’efforce, &amp; tant moins on auance.</div>
-<div class="verse">Il n’est que d’estre fin &amp; de soir, ou de nuit,</div>
-<div class="verse">Surprendre si l’on peut l’ennemy dans le lit.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p127">-127-</span>Du temps que ma ieunesse à l’amour trop ardente</div>
-<div class="verse">Rendoit d’affection mon ame violente,</div>
-<div class="verse">Et que de tous costés sans chois ou sans raison</div>
-<div class="verse">I’allois comme vn limier apres la venaison,</div>
-<div class="verse">Souuent de trop de cœur i’ay perdu le courage,</div>
-<div class="verse">Et piqué des douceurs d’vn amoureux visage</div>
-<div class="verse">I’ay si bien combatu, serré flanc contre flanc,</div>
-<div class="verse">Qu’il ne m’en est resté vne goutte de sang :</div>
-<div class="verse">Or sage à mes despens i’esquiue la bataille,</div>
-<div class="verse">Sans entrer dans le champ i’attens que l’on m’assaille,</div>
-<div class="verse">Et pour ne perdre point le renom que i’ay eu,</div>
-<div class="verse">D’vn bon mot du vieux temps ie couure tout mon ieu,</div>
-<div class="verse">Et sans estre vaillant ie veux que l’on m’estime,</div>
-<div class="verse" id="p127v14">Ou si parfois encor i’entre en [la] vieille escrime,</div>
-<div class="verse">Ie gouste le plaisir sans en estre emporté,</div>
-<div class="verse">Et prens de l’exercice au pris de ma santé :</div>
-<div class="verse">Ie resigne aux plus forts ces grands coups de maitrise,</div>
-<div class="verse">Accablé sous le fais ie fuy toute entreprise,</div>
-<div class="verse">Et sans plus m’amuser aux places de renom</div>
-<div class="verse">Qu’on ne peut emporter qu’à force de Canon,</div>
-<div class="verse">I’ayme vne amour facile &amp; de peu de defense,</div>
-<div class="verse">Si ie voi qu’on me rit, c’est là que ie m’auance,</div>
-<div class="verse">Et ne me veux chaloir du lieu, grand ou petit,</div>
-<div class="verse">La viande ne plaist que selon l’appetit.</div>
-<div class="verse">Toute amour a bon goust pourueu qu’elle recrée</div>
-<div class="verse">Et s’elle est moins louable, elle est plus asseurée :</div>
-<div class="verse">Car quand le ieu déplait sans soupçon, ou danger</div>
-<div class="verse">De coups, ou de poison, il est permis changer.</div>
-<div class="verse">Aymer en trop haut lieu vne Dame hautaine</div>
-<div class="verse">C’est aimer en soucy le trauail, &amp; la peine,</div>
-<div class="verse">C’est nourrir son amour de respect, &amp; de soin,</div>
-<div class="verse">Ie suis saoul de seruir le chapeau dans le poing,</div>
-<div class="verse">Et fuy plus que la mort l’amour d’vne grand Dame,</div>
-<div class="verse">Tousiours comme vn forçat il faut estre à la rame,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p128">-128-</span>Nauiger iour, &amp; nuit, &amp; sans profit aucun</div>
-<div class="verse">Porter tout seul le fais de ce plaisir commun :</div>
-<div class="verse">Ce n’est pas, Forqueuaus, cela que ie demande,</div>
-<div class="verse">Car si ie donne vn coup, ie veux qu’on me le rende,</div>
-<div class="verse">Et que les combatans à l’egal collerez,</div>
-<div class="verse">Se donnent l’vn à l’autre autant de coups fourez :</div>
-<div class="verse">C’est pourquoy ie recherche vne ieune fillette</div>
-<div class="verse">Experte des longtemps à courir l’eguillette,</div>
-<div class="verse">Qui soit viue &amp; ardente au combat amoureux,</div>
-<div class="verse">Et pour vn coup receu qui vous en rende deux.</div>
-<div class="verse">La grandeur en amour est vice insupportable,</div>
-<div class="verse">Et qui sert hautement est tousiours miserable,</div>
-<div class="verse">Il n’est que d’estre libre, &amp; en deniers contans,</div>
-<div class="verse">Dans le marché d’amour acheter du bon temps,</div>
-<div class="verse">Et pour le prix commun choisir sa marchandise,</div>
-<div class="verse">Ou si l’on n’en veut prendre au moins on en deuise,</div>
-<div class="verse">L’on taste, l’on manie &amp; sans dire combien,</div>
-<div class="verse">On se peut retirer, l’obiect n’en couste rien :</div>
-<div class="verse">Au sauoureux traffic de ceste mercerie,</div>
-<div class="verse">I’ay consumé les iours les plus beaux de ma vie,</div>
-<div class="verse">Marchant des plus rusez &amp; qui le plus souuent,</div>
-<div class="verse">Payoit ses creanciers de promesse &amp; de vent,</div>
-<div class="verse">Et encore n’estoit le hazard, &amp; la perte,</div>
-<div class="verse">I’en voudrois pour iamais tenir boutique ouuerte,</div>
-<div class="verse">Mais la risque m’en fasche &amp; si fort m’en deplaist</div>
-<div class="verse">Qu’au malheur que ie crains ie postpose l’acquest,</div>
-<div class="verse">Si bien que redoutant la verolle &amp; la goutte,</div>
-<div class="verse">Ie banny ces plaisirs &amp; leur fais banqueroutte,</div>
-<div class="verse">Et resigne aux mignons, aueuglez en ce ieu,</div>
-<div class="verse">Auecques les plaisirs tous les maux que i’ay eu,</div>
-<div class="verse">Les boutons du printemps, &amp; les autres fleurettes</div>
-<div class="verse">Que l’on cueille au iardin des douces amourettes,</div>
-<div class="verse">Le Mercure, &amp; l’eau fort me sont à contre-cœur,</div>
-<div class="verse">Ie hay l’eau de Gaiac, &amp; l’estoufante ardeur</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p129">-129-</span>Des fourneaux enfumez où l’on perd sa substance</div>
-<div class="verse">Et où lon va tirant vn homme en quintessence.</div>
-<div class="verse">C’est pourquoy tout à coup ie me suis retiré,</div>
-<div class="verse">Voulant d’oresnauant demeurer asseuré,</div>
-<div class="verse">Et comme vn marinier eschappé de l’orage,</div>
-<div class="verse">Du haure seurement contempler le naufrage,</div>
-<div class="verse">Ou si par fois encor ie me remets en mer,</div>
-<div class="verse">Et qu’vn œil enchanteur me contraigne d’aymer,</div>
-<div class="verse">Combattant mes esprits par vne douce guerre</div>
-<div class="verse">Ie veux en seureté nauiger terre à terre :</div>
-<div class="verse">Ayant premierement visité le vaisseau,</div>
-<div class="verse">S’il est bien calfeutré, ou s’il ne prend point l’eau.</div>
-<div class="verse">Ce n’est pas peu de cas de faire vn long voyage,</div>
-<div class="verse">Ie tiens vn homme fous qui quitte le riuage,</div>
-<div class="verse">Qui s’abandonne aux vents, &amp; pour trop presumer</div>
-<div class="verse">Se commet aux hazards de l’amoureuse mer :</div>
-<div class="verse">Expert en ses trauaux pour moy ie la deteste,</div>
-<div class="verse">Et la fuy tout ainsi comme ie fuy la peste.</div>
-<div class="verse i1">Mais aussi, Forqueuaus, comme il est mal-aisé</div>
-<div class="verse">Que nostre esprit ne soit quelquefois abusé</div>
-<div class="verse">Des appas enchanteurs de cest enfant volage,</div>
-<div class="verse">Il faut vn peu baisser le col sous le seruage,</div>
-<div class="verse">Et donner quelque place aux plaisirs sauoureux :</div>
-<div class="verse">Car c’est honte de viure &amp; de n’estre amoureux :</div>
-<div class="verse">Mais il faut en aymant s’aider de la finesse,</div>
-<div class="verse">Et sçauoir rechercher vne simple maistresse,</div>
-<div class="verse">Qui sans vous asseruir vous laisse en liberté,</div>
-<div class="verse">Et ioigne le plaisir auecq la seureté,</div>
-<div class="verse">Qui ne sache que c’est que d’estre courtisee,</div>
-<div class="verse">Qui n’ait de maint amour la poitrine embrasee,</div>
-<div class="verse">Qui soit douce &amp; nicette, &amp; qui ne sache pas,</div>
-<div class="verse">Apprentiue au mestier, que vallent les appas,</div>
-<div class="verse">Que son œil, &amp; son cœur, parlent de mesme sorte,</div>
-<div class="verse">Qu’aucune affection hors de soy ne l’emporte,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p130">-130-</span>Bref qui soit toute à nous, tant que la passion</div>
-<div class="verse">Entretiendra nos sens en ceste affection :</div>
-<div class="verse">Si parfois son esprit ou le nostre se lasse</div>
-<div class="verse">Pour moy ie suis d’auis que l’on change de place,</div>
-<div class="verse">Qu’on se range autre part, &amp; sans regret aucun</div>
-<div class="verse">D’absence ou de mespris que l’on ayme vn chacun :</div>
-<div class="verse">Car il ne faut iurer aux beautez d’vne Dame,</div>
-<div class="verse">Ains changer par le temps &amp; d’amour &amp; de flame.</div>
-<div class="verse">C’est le change qui rend l’homme plus vigoureux,</div>
-<div class="verse">Et qui iusqu’au tombeau le faict estre amoureux :</div>
-<div class="verse">Nature se maintient pour estre variable,</div>
-<div class="verse">Et pour changer souuent son estat est durable :</div>
-<div class="verse">Aussi l’affection dure eternellement,</div>
-<div class="verse">Pourueu sans se lasser qu’on change à tout moment,</div>
-<div class="verse">De la fin d’vne amour l’autre naist plus parfaitte,</div>
-<div class="verse">Comme on voit vn grand feu naistre d’vne bluette.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl2.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p131">-131-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b8.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c19" title="Satyre XVII. Non non i’ay trop de c[oe]ur"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre XVII.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Non non i’ay trop de cœur pour laschement me rendre,</div>
-<div class="verse">L’amour n’est qu’vn enfant dont l’on se peut deffendre,</div>
-<div class="verse">Et l’homme qui flechit sous sa ieune valleur,</div>
-<div class="verse">Rend par ses laschetez coulpable son malheur,</div>
-<div class="verse">Il se defait soy-mesme &amp; soy-mesme s’outrage,</div>
-<div class="verse">Et doibt son infortune à son peu de courage :</div>
-<div class="verse">Or moy pour tout l’effort qu’il fasse à me domter,</div>
-<div class="verse">Rebelle à sa grandeur ie le veux effronter,</div>
-<div class="verse">Et bien qu’auec les Dieux on ne doiue debattre,</div>
-<div class="verse" id="p131v10">Comme vn nouueau Toitan si le veux-ie combatre,</div>
-<div class="verse">Auecq’ le desespoir ie me veux asseurer,</div>
-<div class="verse">C’est salut aux vaincuz de ne rien esperer.</div>
-<div class="verse">Mais helas ! c’en est faict quand les places sont prises,</div>
-<div class="verse">Il n’est plus temps d’auoir recours aux entreprises,</div>
-<div class="verse">Et les nouueaux desseins d’vn salut pretendu</div>
-<div class="verse">Ne seruent plus de rien lors que tout est perdu.</div>
-<div class="verse">Ma raison est captiue en triomphe menee,</div>
-<div class="verse">Mon ame déconfite au pillage est donnee,</div>
-<div class="verse">Tous mes sens m’ont laissé seul &amp; mal aduerty,</div>
-<div class="verse">Et chacun s’est rangé du contraire party,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p132">-132-</span>Et ne me reste plus de la fureur des armes,</div>
-<div class="verse">Que des cris, des sanglots, des souspirs &amp; des larmes :</div>
-<div class="verse">Dont ie suis si troublé qu’encor ne sçay-ie pas,</div>
-<div class="verse">Où pour trouuer secours ie tourneray mes pas.</div>
-<div class="verse">Aussi pour mon salut que doi-ie plus attendre,</div>
-<div class="verse">Et quel sage conseil en mon mal puis-ie prendre,</div>
-<div class="verse">S’il n’est rien icy bas de doux &amp; de clement,</div>
-<div class="verse">Qui ne tourne visage à mon contentement ?</div>
-<div class="verse">S’il n’est astre esclairant en la nuict solitaire,</div>
-<div class="verse">Ennemy de mon bien qui ne me soit contraire,</div>
-<div class="verse">Qui ne ferme l’oreille à mes cris furieux :</div>
-<div class="verse">Il n’est pour moy là haut ny clemence, ny Dieux,</div>
-<div class="verse">Au Ciel comme en la terre il ne faut que i’attende</div>
-<div class="verse">Ny pitié ny faueur au mal qui me commande,</div>
-<div class="verse">Car encor’ que la dame en qui seule ie vy,</div>
-<div class="verse">M’ait auecque douceur sous ses loix asseruy,</div>
-<div class="verse">Que ie ne puisse croire en voyant son visage,</div>
-<div class="verse">Que le Ciel l’ait formé si beau pour mon dommage,</div>
-<div class="verse">Ny moins qu’il soit possible en si grande beauté</div>
-<div class="verse">Qu’auecque la douceur loge la cruauté,</div>
-<div class="verse">Pourtant toute esperance en mon ame chancelle,</div>
-<div class="verse">Il suffit pour mon mal que ie la trouue belle.</div>
-<div class="verse">Amour qui pour obiect n’a que mes desplaisirs,</div>
-<div class="verse">Rend tout ce que i’adore ingrat à mes desirs,</div>
-<div class="verse">Toute chose en aymant est pour moy difficile,</div>
-<div class="verse">Et comme mes souspirs ma peine est infertile.</div>
-<div class="verse">D’autre part sçachant bien qu’on n’y doit aspirer,</div>
-<div class="verse">Aux cris i’ouure la bouche &amp; n’ose souspirer,</div>
-<div class="verse">Et ma peine estouffee auecques le silence,</div>
-<div class="verse">Estant plus retenue a plus de violence.</div>
-<div class="verse">Trop heureux si i’auois en ce cruel tourment,</div>
-<div class="verse">Moins de discretion &amp; moins de sentiment,</div>
-<div class="verse">Ou sans me relascher à l’effort du martyre,</div>
-<div class="verse">Que mes yeux, ou ma mort, mon amour peussent dire.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p133">-133-</span>Mais ce cruel enfant insolent deuenu,</div>
-<div class="verse">Ne peut estre à mon mal plus longtemps retenu,</div>
-<div class="verse">Il me contrainct aux pleurs, &amp; par force m’arrache</div>
-<div class="verse">Les cris qu’au fond du cœur la reuerence cache.</div>
-<div class="verse">Puis doncq’ que mon respect peut moins que sa douleur</div>
-<div class="verse" id="p133v6">Ie lasche mon discours à l’effort du mal-heur,</div>
-<div class="verse">Et pousse des ennuis dont mon ame est atteinte,</div>
-<div class="verse">Par force ie vous fais ceste piteuse plainte,</div>
-<div class="verse">Qu’encore ne rendrois ie en ces derniers efforts,</div>
-<div class="verse" id="p133v10">Si mon dernier souspir ne la iette dehors.</div>
-<div class="verse">Ce n’est pas toutesfois que pour m’escouter plaindre,</div>
-<div class="verse">Ie tasche par ces vers à pitié vous contraindre,</div>
-<div class="verse">Ou rendre par mes pleurs vostre œil moins rigoureux,</div>
-<div class="verse">La plainte est inutile à l’homme mal-heureux :</div>
-<div class="verse">Mais puis qu’il plaist au Ciel par vos yeux que ie meure,</div>
-<div class="verse">Vous direz que mourant ie meurs à la bonne heure,</div>
-<div class="verse">Et que d’aucun regret mon trespas n’est suiuy,</div>
-<div class="verse">Sinon de n’estre mort le iour que ie vous vy,</div>
-<div class="verse">Si diuine &amp; si belle, &amp; d’attrais si pourueuë.</div>
-<div class="verse">Ouy ie deuois mourir des trais de vostre veuë,</div>
-<div class="verse">Auec mes tristes iours mes miseres finir,</div>
-<div class="verse">Et par feu comme Hercule immortel deuenir.</div>
-<div class="verse">I’eusse bruslant là haut en des flammes si claires,</div>
-<div class="verse">Rendu de vos regards tous les Dieux tributaires,</div>
-<div class="verse">Qui seruant comme moy de trophee à vos yeux,</div>
-<div class="verse">Pour vous aymer en terre eussent quitté les Cieux.</div>
-<div class="verse">Eternisant par tout ceste haute victoire,</div>
-<div class="verse">I’eusse engraué là haut leur honte &amp; vostre gloire,</div>
-<div class="verse">Et comme en vous seruant aux pieds de vos Autels,</div>
-<div class="verse">Ils voudroient pour mourir n’estre point immortels.</div>
-<div class="verse i1">Heureusement ainsi i’eusse peu rendre l’ame,</div>
-<div class="verse">Apres si bel effect d’vne si belle flamme.</div>
-<div class="verse">Aussi bien tout le temps que i’ay vescu depuis,</div>
-<div class="verse">Mon cœur gesné d’amour n’a vescu qu’aux ennuis,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p134">-134-</span>Depuis de iour en iour s’est mon ame enflammee,</div>
-<div class="verse">Qui n’est plus que d’ardeur &amp; de peine animee,</div>
-<div class="verse">Sur mes yeux esgarez ma tristesse se lit,</div>
-<div class="verse">Mon age auant le temps par mes maux s’enuieillit,</div>
-<div class="verse">Au gré des passions mes amours sont contraintes,</div>
-<div class="verse">Mes vers bruslans d’amour ne resonnent que plaintes,</div>
-<div class="verse">De mon cœur tout fletry l’alegresse s’enfuit,</div>
-<div class="verse">Et mes tristes pensers comme oyseaux de la nuict,</div>
-<div class="verse">Volant dans mon esprit à mes yeux se presentent,</div>
-<div class="verse">Et comme ils font du vray du faux ils m’espouuantent,</div>
-<div class="verse">Et tout ce qui repasse en mon entendement,</div>
-<div class="verse">M’apporte de la crainte &amp; de l’estonnement :</div>
-<div class="verse">Car soit que ie vous pense ingrate ou secourable,</div>
-<div class="verse">La playe de vos yeux est tousiours incurable,</div>
-<div class="verse">Tousiours faut il perdant la lumiere &amp; le iour,</div>
-<div class="verse">Mourir dans les douleurs ou les plaisirs d’amour.</div>
-<div class="verse i1">Mais tandis que ma mort est encore incertaine</div>
-<div class="verse">Attendant qui des deux mettra fin à ma peine,</div>
-<div class="verse">Ou les douceurs d’amour, ou bien vostre rigueur,</div>
-<div class="verse">Ie veux sans fin tirer les souspirs de mon cœur,</div>
-<div class="verse">Et deuant que mourir ou d’vne ou d’autre sorte,</div>
-<div class="verse">Rendre en ma passion si diuine &amp; si forte,</div>
-<div class="verse">Vn viuant tesmoignage à la posterité,</div>
-<div class="verse">De mon amour extresme, &amp; de vostre beauté,</div>
-<div class="verse">Et par mille beaux vers que vos beaux yeux m’inspirent,</div>
-<div class="verse">Pour vostre gloire atteindre où les sçauans aspirent,</div>
-<div class="verse">Et rendre memorable aux siecles à venir,</div>
-<div class="verse">De vos rares vertus le noble souuenir.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl10.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p135">-135-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b12.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c20" title="Elegie Zelotipique."></h3>
-
-<p class="c large"><span class="sc">Elegie Zelotipiqve.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bien que ie sçache au vray tes façons &amp; tes ruses,</div>
-<div class="verse">I’ay tant &amp; si long temps excusé tes excuses,</div>
-<div class="verse">Moy-mesme ie me suis mille fois démenty,</div>
-<div class="verse">Estimant que ton cœur par douceur diuerty,</div>
-<div class="verse">Tiendroit ses laschetez à quelque conscience :</div>
-<div class="verse">Mais en fin ton humeur force ma patience.</div>
-<div class="verse">I’accuse ma foiblesse, &amp; sage à mes despens,</div>
-<div class="verse">Si ie t’aymay iadis ores ie m’en repens,</div>
-<div class="verse">Et brisant tous ces nœuds, dont i’ay tant fait de conte,</div>
-<div class="verse">Ce qui me fut honneur m’est ores vne honte.</div>
-<div class="verse">Pensant m’oster l’esprit, l’esprit tu m’as rendu,</div>
-<div class="verse">I’ay regaigné sur moy ce que i’auois perdu,</div>
-<div class="verse">Ie tire vn double gain d’vn si petit dommage,</div>
-<div class="verse">Si ce n’est que trop tard ie suis deuenu sage.</div>
-<div class="verse">Toutes-fois le bon-heur nous doibt rendre contans,</div>
-<div class="verse">Et pourueu qu’il nous vienne il vient tousiours à temps.</div>
-<div class="verse i1">Mais i’ay doncq’ supporté de si lourdes iniures,</div>
-<div class="verse">I’ay doncq’ creu de ses yeux les lumieres pariures,</div>
-<div class="verse">Qui me naurant le cœur me promettoient la paix,</div>
-<div class="verse">Et donné de la foy à qui n’en eut iamais !</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p136">-136-</span>I’ay doncq’ leu d’autre main ses lettres contre-faites,</div>
-<div class="verse">I’ay doncq’ sçeu ses façons, recogneu ses deffaites,</div>
-<div class="verse">Et comment elle endort de douceur sa maison,</div>
-<div class="verse">Et trouue à s’excuser quelque fauce raison,</div>
-<div class="verse">Vn procés, vn accord, quelque achapt, quelques ventes,</div>
-<div class="verse">Visites de cousins, de freres, &amp; de tantes,</div>
-<div class="verse">Pendant qu’en autre lieu sans femmes &amp; sans bruict,</div>
-<div class="verse">Sous pretexte d’affaire elle passe la nuict :</div>
-<div class="verse">Et cependant aueugle en ma peine enflammee,</div>
-<div class="verse">Ayant sçeu tout cecy ie l’ay tousiours aymee :</div>
-<div class="verse">Pauure sot que ie suis, ne deuoy-ie à l’instant</div>
-<div class="verse">Laisser là ceste ingrate &amp; son cœur inconstant ?</div>
-<div class="verse i1">Encor’ seroit ce peu si d’amour emportee,</div>
-<div class="verse">Ie n’auois à son teint, &amp; sa mine affettee,</div>
-<div class="verse">Leu de sa passion les signes euidans,</div>
-<div class="verse">Que l’amour imprimoit en ses yeux trop ardans.</div>
-<div class="verse">Mais qu’est il de besoin d’en dire d’auantage,</div>
-<div class="verse">Iray-ie rafraichir sa honte &amp; mon dommage ?</div>
-<div class="verse">A quoy de ses discours diray-ie le deffaut,</div>
-<div class="verse">Comme pour me piper elle parle vn peu haut,</div>
-<div class="verse">Et comme bassement à secretes volees,</div>
-<div class="verse">Elle ouure de son cœur les flames recelees,</div>
-<div class="verse">Puis sa voix rehaussant en quelques mots ioyeux,</div>
-<div class="verse">Elle cuide charmer les ialoux curieux,</div>
-<div class="verse">Faict vn conte du Roy, de la Reyne, &amp; du Louure,</div>
-<div class="verse">Quand malgré que i’en aye amour me le découure,</div>
-<div class="verse">Me déchifre aussi-tost son discours indiscret,</div>
-<div class="verse">(Helas ! rien aux ialoux ne peut estre secret)</div>
-<div class="verse">Me fait veoir de ses traits l’amoureux artifice,</div>
-<div class="verse">Et qu’aux soupçons d’amour trop simple est sa malice,</div>
-<div class="verse">Ces heurtemens de pieds en feignant de s’asseoir,</div>
-<div class="verse">Faire sentir ses gands, ses cheueux, son mouchoir,</div>
-<div class="verse">Ces rencontres de mains, &amp; mille autres caresses,</div>
-<div class="verse">Qu’vsent à leurs amans les plus douces maistresses,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p137">-137-</span>Que ie tais par honneur craignant qu’auecq’ le sien</div>
-<div class="verse">En vn discours plus grand i’engageasse le mien ?</div>
-<div class="verse i1">Cherche doncq’ quelque sot au tourment insensible</div>
-<div class="verse" id="p137v4">Qui souffre ce qui m’est de souffrir impossible,</div>
-<div class="verse">Car pour moy i’en suis las (ingrate) &amp; ie ne puis</div>
-<div class="verse">Durer plus longuement en la peine où ie suis,</div>
-<div class="verse">Ma bouche incessamment aux plaintes est ouuerte,</div>
-<div class="verse">Tout ce que i’apperçoy semble iurer ma perte,</div>
-<div class="verse">Mes yeux tousiours pleurans de tourment éueillez,</div>
-<div class="verse">Depuis d’vn bon sommeil ne se sont veuz sillez,</div>
-<div class="verse">Mon esprit agité fait guerre à mes pensees,</div>
-<div class="verse">Sans auoir reposé vingt nuicts se sont passees,</div>
-<div class="verse">Ie vais comme vn Lutin deça delà courant,</div>
-<div class="verse">Et ainsi que mon corps mon esprit est errant.</div>
-<div class="verse">Mais tandis qu’en parlant du feu qui me surmonte,</div>
-<div class="verse">Ie despeins en mes vers ma douleur &amp; ta honte,</div>
-<div class="verse">Amour dedans le cœur m’assaut si viuement,</div>
-<div class="verse">Qu’auecque tout desdain ie perds tout iugement.</div>
-<div class="verse">Vous autres que i’emploie à l’espier sans cesse,</div>
-<div class="verse">Au logis, en visite, au sermon, à la Messe,</div>
-<div class="verse">Cognoissant que ie suis amoureux &amp; ialoux,</div>
-<div class="verse">Pour flatter ma douleur que ne me mentez vous ?</div>
-<div class="verse">Ha pourquoy m’estes vous, à mon dam, si fidelles ?</div>
-<div class="verse">Le porteur est fascheux de fascheuses nouuelles,</div>
-<div class="verse">Defferez à l’ardeur de mon mal furieux,</div>
-<div class="verse">Feignez de n’en rien voir, &amp; vous fermez les yeux.</div>
-<div class="verse">Si dans quelque maison sans femme elle s’arreste,</div>
-<div class="verse">S’on luy fait au Palais quelque signe de teste,</div>
-<div class="verse">S’elle rit à quelqu’vn, s’elle appelle vn valet,</div>
-<div class="verse">S’elle baille en cachete ou reçoyue vn poullet,</div>
-<div class="verse">Si dans quelque recoin quelque vieille incogneue,</div>
-<div class="verse">Marmotant vn <span lang="la" xml:lang="la">Pater</span> luy parle ou la saluë,</div>
-<div class="verse">Déguisez en le fait, parlez m’en autrement,</div>
-<div class="verse">Trompant ma ialousie &amp; vostre iugement,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p138">-138-</span>Dites moy qu’elle est chaste, &amp; qu’elle en a la gloire,</div>
-<div class="verse">Car bien qu’il ne soit vray si ne le puis-ie croire,</div>
-<div class="verse">De contraires efforts mon esprit agité,</div>
-<div class="verse">Douteux s’en court de l’vne à l’autre extremité,</div>
-<div class="verse">La rage de la hayne &amp; l’amour me transporte,</div>
-<div class="verse">Mais i’ay grand peur enfin que l’amour soit plus forte.</div>
-<div class="verse">Surmontons par mespris ce desir indiscret,</div>
-<div class="verse">Au moins s’il ne se peut l’aymeray-ie à regret,</div>
-<div class="verse">Le bœuf n’ayme le ioug que toutesfois il traine,</div>
-<div class="verse">Et meslant sagement mon amour à la hayne,</div>
-<div class="verse">Donnons luy ce que peut ou que doit receuoir</div>
-<div class="verse">Son merite égallé iustement au deuoir.</div>
-<div class="verse">En Conseiller d’Estat de discours ie m’abuse,</div>
-<div class="verse">Vn Amour violent aux raisons ne s’amuse,</div>
-<div class="verse">Ne sçay ie que son œil ingrat à mon tourment,</div>
-<div class="verse">Me donnant ce desir m’osta le iugement ?</div>
-<div class="verse">Que mon esprit blessé nul bien ne se propose,</div>
-<div class="verse">Qu’aueugle &amp; sans raison ie confonds toute chose,</div>
-<div class="verse">Comme vn homme insensé qui s’emporte au parler,</div>
-<div class="verse">Et dessigne auec l’œil mille chasteaux en l’air.</div>
-<div class="verse i1">C’en est fait pour iamais la chance en est iettee,</div>
-<div class="verse">D’vn feu si violent mon ame est agittee,</div>
-<div class="verse">Qu’il faut bon-gré, mal-gré laisser faire au destin,</div>
-<div class="verse">Heureux si par la mort i’en puis estre à la fin,</div>
-<div class="verse">Et si ie puis mourant en ceste frenesie,</div>
-<div class="verse">Voir mourir mon amour auecq’ ma ialousie.</div>
-<div class="verse">Mais Dieu que me sert il en pleurs me consommer,</div>
-<div class="verse">Si la rigueur du Ciel me contrainct de l’aymer ?</div>
-<div class="verse">Où le Ciel nous incline à quoy sert la menace ?</div>
-<div class="verse">Sa beauté me rappelle où son deffaut me chasse,</div>
-<div class="verse">Aymant &amp; desdaignant par contraires efforts,</div>
-<div class="verse">Les façons de l’esprit &amp; les beautez du corps :</div>
-<div class="verse">Ainsi ie ne puis viure auec elle, &amp; sans elle.</div>
-<div class="verse">Ha Dieu que fusses-tu ou plus chaste ou moins belle,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p139">-139-</span>Ou peusses-tu congnoistre, &amp; voir par mon trespas,</div>
-<div class="verse">Qu’auecque ta beauté ton humeur ne sied pas :</div>
-<div class="verse">Mais si ta passion est si forte &amp; si viue,</div>
-<div class="verse">Que des plaisirs des sens ta raison soit captiue,</div>
-<div class="verse">Que ton esprit blessé ne soit maistre de soy,</div>
-<div class="verse">Ie n’entends en cela te prescrire vne loy,</div>
-<div class="verse">Te pardonnant par moy ceste fureur extresme,</div>
-<div class="verse">Ainsi comme par toy ie l’excuse en moy mesme :</div>
-<div class="verse">Car nous sommes tous deux en nostre passion,</div>
-<div class="verse">Plus dignes de pitié que de punition.</div>
-<div class="verse">Encor en ce mal-heur où tu te precipites,</div>
-<div class="verse">Doibs-tu par quelque soin t’obliger tes merites,</div>
-<div class="verse">Cognoistre ta beauté, &amp; qu’il te faut auoir,</div>
-<div class="verse">Auecques ton Amour esgard à ton deuoir.</div>
-<div class="verse">Mais sans discretion tu vas à guerre ouuerte,</div>
-<div class="verse">Et par sa vanité triumphant de ta perte,</div>
-<div class="verse">Il monstre tes faueurs, tout haut il en discourt,</div>
-<div class="verse">Et ta honte &amp; sa gloire entretiennent la Court.</div>
-<div class="verse">Cependant me iurant tu m’en dis des iniures,</div>
-<div class="verse">O Dieux ! qui sans pitié punissez les pariures,</div>
-<div class="verse">Pardonnez à Madame, ou changeant vos effects,</div>
-<div class="verse">Vengez plustost sur moy les pechez qu’elle a faicts.</div>
-<div class="verse i1">S’il est vray sans faueur que tu l’escoutes plaindre,</div>
-<div class="verse">D’où vient pour son respect que l’on te voit contraindre,</div>
-<div class="verse">Que tu permets aux siens lire en tes passions,</div>
-<div class="verse">De veiller iour &amp; nuict dessus tes actions,</div>
-<div class="verse">Que tousiours d’vn vallet ta carrosse est suiuie,</div>
-<div class="verse">Qui rend comme espion compte exact de ta vie,</div>
-<div class="verse">Que tu laisse vn chacun pour plaire à ses soupçons,</div>
-<div class="verse">Et que parlant de Dieu tu nous faits des leçons,</div>
-<div class="verse">Nouuelle Magdelaine au desert conuertie,</div>
-<div class="verse">Et iurant que ta flamme est du tout amortie,</div>
-<div class="verse">Tu pretends finement par ceste mauuaitié,</div>
-<div class="verse">Luy donner plus d’Amour, à moy plus d’amitié,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p140">-140-</span>Et me cuidant tromper tu voudrois faire accroire,</div>
-<div class="verse">Auecque faux serments que la neige fust noire.</div>
-<div class="verse">Mais comme tes propos, ton art est descouuert,</div>
-<div class="verse">Et chacun en riant en parle à cœur ouuert,</div>
-<div class="verse">Dont ie creue de rage, &amp; voyant qu’on te blasme,</div>
-<div class="verse">Trop sensible en ton mal de regret ie me pasme,</div>
-<div class="verse">Ie me ronge le cœur, ie n’ay point de repos,</div>
-<div class="verse">Et voudrois estre sourd pour l’estre à ces propos,</div>
-<div class="verse">Ie me hay de te voir ainsi mesestimee,</div>
-<div class="verse">T’aymant si dignement i’ayme ta renommee,</div>
-<div class="verse">Et si ie suis ialoux ie le suis seulement</div>
-<div class="verse">De ton honneur, &amp; non de ton contentement.</div>
-<div class="verse i1">Fay tout ce que tu fais, &amp; plus s’il se peut faire,</div>
-<div class="verse">Mais choisi pour le moins ceux qui se peuuent taire.</div>
-<div class="verse">Quel besoin peut-il estre, insensee en Amour,</div>
-<div class="verse">Ce que tu fais la nuict, qu’on le chante le iour ?</div>
-<div class="verse">Ce que fait vn tout seul, tout vn chacun le sçache ?</div>
-<div class="verse">Et monstres en Amour ce que le monde cache ?</div>
-<div class="verse i1">Mais puis que le Destin à toy m’a sçeu lier,</div>
-<div class="verse">Et qu’oubliant ton mal ie ne puis t’oublier,</div>
-<div class="verse">Par ces plaisirs d’Amour tous confits en delices,</div>
-<div class="verse">Par tes apas iadis à mes vœuz si propices,</div>
-<div class="verse">Par ces pleurs que mes yeux &amp; les tiens ont versez,</div>
-<div class="verse">Par mes souspirs, au vent sans profit dispersez,</div>
-<div class="verse">Par les Dieux qu’en pleurant tes sermens appellerent,</div>
-<div class="verse">Par tes yeux qui l’esprit par les miens me volerent,</div>
-<div class="verse">Et par leurs feux si clairs &amp; si beaux à mon cœur,</div>
-<div class="verse">Excuse par pitié ma ialouse rancœur,</div>
-<div class="verse">Pardonne par mes pleurs au feu qui me commande :</div>
-<div class="verse">Si mon peché fut grand ma repentance est grande,</div>
-<div class="verse">Et voy dans le regret dont ie suis consommé,</div>
-<div class="verse">Que i’eusse moins failly, si i’eusse moins aymé.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p141">-141-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b10.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c21" title="Autre. Aymant comme i’aymois"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Avtre.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Aymant comme i’aymois que ne deuois ie craindre ?</div>
-<div class="verse">Pouuois ie estre asseuré qu’elle se deust contraindre ?</div>
-<div class="verse">Et que changeant d’humeur au vent qui l’emportoit,</div>
-<div class="verse">Elle eust pour moy cessé d’estre ce qu’elle estoit ?</div>
-<div class="verse">Que laissant d’estre femme inconstante &amp; legere,</div>
-<div class="verse">Son cœur traistre à l’Amour, &amp; sa foy mensongere,</div>
-<div class="verse">Se rendant en vn lieu l’esprit plus arresté,</div>
-<div class="verse">Peust au lieu du mensonge aymer la verité ?</div>
-<div class="verse i1">Non, ie croyois tout d’elle, il faut que ie le die,</div>
-<div class="verse">Et tout m’estoit suspect horsmis la perfidie,</div>
-<div class="verse">Ie craignois tous ses traits que i’ay sçeu du depuis,</div>
-<div class="verse">Ses iours de mal de teste, &amp; ses secrettes nuicts,</div>
-<div class="verse">Quand se disant malade &amp; de fieure enflammee</div>
-<div class="verse">Pour moy tant seullement sa porte estoit fermée,</div>
-<div class="verse">Ie craignois ses attrais, ses ris, &amp; ses couroux,</div>
-<div class="verse">Et tout ce dont Amour allarme les ialoux.</div>
-<div class="verse i1">Mais la voyant iurer auecq’ tant d’asseurance,</div>
-<div class="verse">Ie l’aduoüe, il est vray, i’estois sans deffiance :</div>
-<div class="verse">Aussi qui pouuoit croire apres tant de serments,</div>
-<div class="verse">De larmes, de souspirs, de propos vehements</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p142">-142-</span>Dont elle me iuroit que iamais de sa vie,</div>
-<div class="verse">Elle ne permettroit d’vn autre estre seruie,</div>
-<div class="verse">Qu’elle aymoit trop ma peine, &amp; qu’en ayant pitié,</div>
-<div class="verse">Ie m’en deuois promettre vne ferme amitié ;</div>
-<div class="verse">Seulement pour tromper le ialoux populaire,</div>
-<div class="verse">Que ie deuois, constant, en mes douleurs me taire,</div>
-<div class="verse">Me feindre tousiours libre, ou bien me captiuer,</div>
-<div class="verse">Et quelqu’autre perdant, seule la conseruer.</div>
-<div class="verse">Cependant deuant Dieu dont elle a tant de crainte,</div>
-<div class="verse">Au moins comme elle dict ; sa parolle estoit feinte,</div>
-<div class="verse">Et le Ciel luy seruit en ceste trahison,</div>
-<div class="verse">D’infidele moyen pour tromper ma raison :</div>
-<div class="verse">Et puis il est des Dieux tesmoins de nos parolles,</div>
-<div class="verse">Non, non, il n’en est point, ce sont contes friuolles,</div>
-<div class="verse">Dont se repaist le peuple, &amp; dont l’antiquité</div>
-<div class="verse">Se seruit pour tromper nostre imbecilité :</div>
-<div class="verse">S’il y auoit des Dieux ils se vengeroient d’elle,</div>
-<div class="verse">Et ne la voiroit on si fiere ny si belle,</div>
-<div class="verse">Ses yeux s’obscurciroient qu’elle a tant pariurez,</div>
-<div class="verse">Son teint seroit moins clair, ses cheueux moins dorez</div>
-<div class="verse">Et le Ciel pour l’induire à quelque penitence,</div>
-<div class="verse">Marqueroit sur son front son crime &amp; leur vengeance.</div>
-<div class="verse i1">Ou s’il y a des Dieux ils ont vn cœur de chair,</div>
-<div class="verse">Ainsi que nous d’amour ils se laissent toucher,</div>
-<div class="verse">Et de ce sexe ingrat excusant la malice,</div>
-<div class="verse">Pour vne belle femme ils n’ont point de Iustice.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl4.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p143">-143-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b5.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c22" title="Impuissance. Imitation d’Ouide"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Impvissance.</span></p>
-
-<p class="c">Imitation d’Ouide.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quoy ? ne l’auois-ie assez en mes vœuz desiree,</div>
-<div class="verse">N’estoit elle assez belle, ou assez bien paree ?</div>
-<div class="verse">Estoit elle à mes yeux sans grace &amp; sans appas ?</div>
-<div class="verse">Son sang estoit il point issu d’vn lieu trop bas ?</div>
-<div class="verse">Sa race, sa maison n’estoit elle estimee,</div>
-<div class="verse">Ne valoit elle point la peine d’estre aymee ?</div>
-<div class="verse">Inhabile au plaisir n’auoit elle dequoy ?</div>
-<div class="verse">Estoit elle trop laide, ou trop belle pour moy ?</div>
-<div class="verse">Ha ! cruel souuenir, cependant ie l’ay euë,</div>
-<div class="verse">Impuissant que ie suis en mes bras toute nuë,</div>
-<div class="verse">Et n’ay peu le voulans tous deux esgallement,</div>
-<div class="verse">Contenter nos desirs en ce contentement :</div>
-<div class="verse">Au surplus à ma honte, Amour, que te diray-ie ?</div>
-<div class="verse">Elle mit en mon col ses bras plus blancs que neige,</div>
-<div class="verse"><b>. . . . . . . . . . . . . . . . .</b></div>
-<div class="verse" id="p143v15">Et sa langue mon cœur par ma bouche embrasa,</div>
-<div class="verse">Me suggerant la manne en sa leure amassee,</div>
-<div class="verse">Sa cuisse se tenoit en la mienne enlassee,</div>
-<div class="verse">Les yeux luy petilloient d’vn desir langoureux,</div>
-<div class="verse">Et son ame exiloit maint souspir amoureux,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p144">-144-</span>Sa langue en begayant d’vne façon mignarde,</div>
-<div class="verse">Me disoit : mais mon cœur qu’est ce qui vous retarde ?</div>
-<div class="verse">N’auroy-ie point en moy quelque chose qui peust</div>
-<div class="verse">Offencer vos desirs, ou bien qui vous depleust ?</div>
-<div class="verse">Ma grace, ma façon, ha Dieu ! ne vous plaist elle ?</div>
-<div class="verse">Quoy ? n’ay-ie assez d’amour, ou ne suis-ie assez belle ?</div>
-<div class="verse">Cependant de la main animant ses discours,</div>
-<div class="verse">Ie trompois impuissant sa flamme &amp; mes amours,</div>
-<div class="verse">Et comme vn tronc de bois, charge lourde &amp; pesante,</div>
-<div class="verse">Ie n’auois rien en moy de personne viuante :</div>
-<div class="verse">Mes membres languissans perclus &amp; refroidis,</div>
-<div class="verse">Par ses attouchemens n’estoient moins engourdis.</div>
-<div class="verse">Mais quoy ? que deuiendray ie en l’extresme vieillesse,</div>
-<div class="verse" id="p144v14">[Puis que ie suis rectif au fort de ma ieunesse.]</div>
-<div class="verse">Et si las ! ie ne puis &amp; ieune &amp; vigoureux,</div>
-<div class="verse">Sauourer la douceur du plaisir amoureux.</div>
-<div class="verse">Ha ! i’en rougis de honte &amp; dépite mon âge,</div>
-<div class="verse">Age de peu de force &amp; de peu de courage,</div>
-<div class="verse">Qui ne me permet pas en cest accouplement,</div>
-<div class="verse">Donner ce qu’en amour peut donner vn amant :</div>
-<div class="verse">Car, Dieu ! ceste beauté par mon deffaut trompee,</div>
-<div class="verse">Se leua le matin de ses larmes trempee,</div>
-<div class="verse">Que l’amour de despit escouloit par ses yeux,</div>
-<div class="verse">Ressemblant à l’Aurore alors qu’ouurant les Cieux,</div>
-<div class="verse">Elle sort de son lict hargneuse &amp; depitee,</div>
-<div class="verse">D’auoir sans vn baiser consommé la nuictee,</div>
-<div class="verse">Quand baignant tendrement la terre de ses pleurs,</div>
-<div class="verse">De chagrain &amp; d’amour elle en iette ses fleurs.</div>
-<div class="verse">Pour flater mon deffaut : Mais que me sert la gloire,</div>
-<div class="verse">De mon amour passee, inutile memoire,</div>
-<div class="verse">Quand aymant ardemment, &amp; ardemment aymé,</div>
-<div class="verse">Tant plus ie combatois, plus i’estois animé :</div>
-<div class="verse">Guerrier infatigable, en ce doux exercice,</div>
-<div class="verse">Par dix ou douze fois ie r’entrois en la lice,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p145">-145-</span>Où vaillant &amp; adroit apres auoir brisé,</div>
-<div class="verse">Des Cheualiers d’amour, i’estois le plus prisé.</div>
-<div class="verse">Mais de cest accident ie fais vn mauuais conte,</div>
-<div class="verse">Si mon honneur passé m’est ores vne honte,</div>
-<div class="verse">Et si le souuenir trop prompt de m’outrager,</div>
-<div class="verse">Par le plaisir receu ne me peut soulager.</div>
-<div class="verse">O ciel ! il falloit bien qu’ensorcelé ie fusse,</div>
-<div class="verse">Ou trop ardent d’Amour que ie ne m’apperceusse</div>
-<div class="verse" id="p145v9">Que l’œil d’vn enuyeux nos desseins empeschoit,</div>
-<div class="verse">Et sur mon corps perclus son venim espandoit :</div>
-<div class="verse">Mais qui pourroit atteindre au point de son merite,</div>
-<div class="verse">Veu que toute grandeur pour elle est trop petite ?</div>
-<div class="verse">Si par l’egal ce charme a force contre nous,</div>
-<div class="verse">Autre que Iupiter n’en peut estre ialoux,</div>
-<div class="verse" id="p145v15">Luy seul comme enuyeux d’vne chose si belle,</div>
-<div class="verse">Par l’emulation seroit seul digne d’elle.</div>
-<div class="verse">Hé ! quoy ? là haut au Ciel mets tu les armes bas,</div>
-<div class="verse">Amoureux Iupiter, que ne viens tu ça bas,</div>
-<div class="verse">Iouir d’vne beauté sur les autres aymable ?</div>
-<div class="verse">Assez de tes Amours n’a caqueté la fable :</div>
-<div class="verse">C’est ores que tu dois en amour vif &amp; pront,</div>
-<div class="verse">Te mettre encore vn coup les armes sur le front,</div>
-<div class="verse">Cacher ta deité dessous vn blanc plumage,</div>
-<div class="verse">Prendre le feint semblant d’vn Satyre sauuage,</div>
-<div class="verse">D’vn serpent, d’vn cocu, &amp; te répendre encor,</div>
-<div class="verse">Alambiqué d’amour, en grosses gouttes d’or,</div>
-<div class="verse">Et puis que sa faueur à moy seul octroyee,</div>
-<div class="verse">Indigne que ie suis fust si mal employee,</div>
-<div class="verse">Faueur qui de mortel m’eust fait égal aux Dieux,</div>
-<div class="verse">Si le Ciel n’eust esté sur mon bien enuieux.</div>
-<div class="verse">Mais encor tout bouillant en mes flames premieres,</div>
-<div class="verse">De quels vœuz redoublez &amp; de quelles prieres,</div>
-<div class="verse">Iray-ie derechef les Dieux sollicitant,</div>
-<div class="verse">Si d’vn bienfait nouueau i’en attendois autant ?</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p146">-146-</span>Si mes deffauts passez leurs beautez mescontentent,</div>
-<div class="verse">Et si de leurs bien-faicts ie croy qu’ils s’en repentent ?</div>
-<div class="verse">Or quand ie pense ! ô Dieu quel bien m’est aduenu,</div>
-<div class="verse">Auoir veu dans vn lict ses beaux membres à nu,</div>
-<div class="verse">La tenir languissante entre mes bras couchee,</div>
-<div class="verse">De mesme affection la voir estre touchee,</div>
-<div class="verse">Me baiser haletant d’amour &amp; de desir,</div>
-<div class="verse">Par ses chatouillemens resueiller le plaisir,</div>
-<div class="verse">Ha ! Dieux, ce sont des traicts si sensibles aux ames,</div>
-<div class="verse">Qu’ils pourroient l’amour mesme eschauffer de leurs flames,</div>
-<div class="verse">Si plus froid que la mort ils ne m’eussent trouué,</div>
-<div class="verse">Des mysteres d’amour, amant trop reprouué.</div>
-<div class="verse">Ie l’auois cependant viue d’amour extresme,</div>
-<div class="verse">Mais si ie l’eus ainsi elle ne m’eust de mesme,</div>
-<div class="verse">O mal heur ! &amp; de moy elle n’eust seulement</div>
-<div class="verse">Que des baisers d’vn frere, &amp; non pas d’vn amant.</div>
-<div class="verse">En vain cent &amp; cent fois, ie m’efforce à luy plaire,</div>
-<div class="verse">Non plus qu’à mon desir ie n’y puis satisfaire,</div>
-<div class="verse">Et la honte pour lors qui me saisit le cœur,</div>
-<div class="verse" id="p146v20">Pour m’acheuer de peindre esteignist ma vigueur.</div>
-<div class="verse">Comme elle recognust, femme mal satisfaite,</div>
-<div class="verse">Qu’elle perdoit son temps, du lict elle se iette,</div>
-<div class="verse">Prend sa iupe, se lace, &amp; puis en se mocquant,</div>
-<div class="verse">D’vn ris, &amp; de ces motz, elle m’alla picquant,</div>
-<div class="verse">Non ! si i’estois lasciue, ou d’Amour occupée,</div>
-<div class="verse">Ie me pourrois fascher d’auoir esté trompée,</div>
-<div class="verse">Mais puis que mon desir n’est si vif, ne si chaud,</div>
-<div class="verse">Mon tiede naturel m’oblige à ton defaut,</div>
-<div class="verse">Mon Amour satis-faicte ayme ton impuissance,</div>
-<div class="verse">Et tire de ta faute assez de recompence,</div>
-<div class="verse">Qui tousiours dilayant m’a faict par le desir,</div>
-<div class="verse">Esbatre plus long temps à l’ombre du plaisir.</div>
-<div class="verse">Mais estant la douceur par l’effort diuertie,</div>
-<div class="verse" id="p146v34">La fureur à la fin rompit sa modestie,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p147">-147-</span>Et dit en esclatant, pourquoy me trompes-tu ?</div>
-<div class="verse">A quoy ton impudence a venté ta vertu ?</div>
-<div class="verse">Si en d’autres Amours ta vigueur s’est vsée ?</div>
-<div class="verse">Quel honneur reçois tu de m’auoir abusée ?</div>
-<div class="verse">Assez d’autres propos le despit luy dictoit,</div>
-<div class="verse">Le feu de son desdain par sa bouche sortoit.</div>
-<div class="verse">En fin voulant cacher ma honte &amp; sa colere,</div>
-<div class="verse">Elle couurit son front d’vne meilleure chere,</div>
-<div class="verse">Se conseille au miroir, ses femmes appella,</div>
-<div class="verse">Et se lauant les mains, le faict dissimula.</div>
-<div class="verse">Belle, dont la beauté si digne d’estre aymée</div>
-<div class="verse">Eust rendu des plus mortz la froideur enflamée ;</div>
-<div class="verse">Ie confesse ma honte, &amp; de regret touché,</div>
-<div class="verse">Par les pleurs que i’espands i’accuse mon peché,</div>
-<div class="verse">Peché d’autant plus grand que grand’ est ma ieunesse,</div>
-<div class="verse">Si homme i’ay failly, pardonnez moy, Deesse,</div>
-<div class="verse">I’auouë estre fort grand le crime que i’ay fait,</div>
-<div class="verse">Pourtant iusqu’à la mort, si n’auoy-ie forfait,</div>
-<div class="verse">Si ce n’est qu’à present qu’à vos pieds ie me iette,</div>
-<div class="verse">Que ma confession vous rende satisfaicte,</div>
-<div class="verse">Ie suis digne des maux que vous me prescrirez,</div>
-<div class="verse" id="p147v22">I’ay meurtry, i’ay vollé, i’ay des vœuz pariurez,</div>
-<div class="verse">Trahy les Dieux benins : inuentez à ces vices,</div>
-<div class="verse">Comme estranges forfaicts, des estranges supplices.</div>
-<div class="verse">O beauté faictes en tout ainsi qu’il vous plaist,</div>
-<div class="verse">Si vous me condamnez à mourir ie suis prest,</div>
-<div class="verse">La mort me sera douce, &amp; d’autant plus encore,</div>
-<div class="verse">Si ie meurs de la main de celle que i’adore.</div>
-<div class="verse">Auant qu’en venir là, au moins souuenez vous,</div>
-<div class="verse">Que mes armes, non moy causent vostre courrouz,</div>
-<div class="verse">Que Champion d’Amour entré dedans la lice,</div>
-<div class="verse">Ie n’eus assez d’haleine à si grand exercice,</div>
-<div class="verse">Que ie ne suis chasseur iadis tant approuué,</div>
-<div class="verse">Ne pouuant redresser vn deffaut retrouué.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p148">-148-</span>Mais d’où viendroit cecy, seroit-ce point maistresse,</div>
-<div class="verse">Que mon esprit du corps precedast la paresse,</div>
-<div class="verse">Ou que par le desir trop prompt &amp; vehement,</div>
-<div class="verse">I’allasse auec le temps le plaisir consommant ?</div>
-<div class="verse">Pour moy, ie n’en sçay rien, en ce fait tout m’abuse,</div>
-<div class="verse">Mais enfin, ô beauté, receuez pour excuse,</div>
-<div class="verse">S’il vous plaist, de rechef que ie r’entre en l’assaut,</div>
-<div class="verse">I’espere auec vsure amender mon deffaut.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl1.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p149">-149-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b3.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c23" title="Sur le trespas de Monsieur Passerat"></h3>
-
-<p class="c large">Sur le trespas de Monsieur Passerat.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Passerat le seiour &amp; l’honneur des Charites,</div>
-<div class="verse">Les delices de Pinde &amp; son cher ornement,</div>
-<div class="verse">Qui loin du monde ingrat que bien heureux tu quittes,</div>
-<div class="verse">Comme vn autre Apollon reluis au firmament.</div>
-
-<div class="verse stanza">A fin que mon deuoir s’honore en tes merites,</div>
-<div class="verse">Que mon nom par le tien viue eternellement,</div>
-<div class="verse">Que dans l’Eternité ces parolles escrites</div>
-<div class="verse">Seruent à nos neueuz comme d’vn testament.</div>
-
-<div class="verse stanza">Passerat fut vn Dieu sous humaine semblance,</div>
-<div class="verse">Qui vit naistre &amp; mourir les Muses en la France,</div>
-<div class="verse">Qui de ses doux accords leurs chansons anima.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans le champ de ses vers fut leur gloire semée,</div>
-<div class="verse">Et comme vn mesme sort leur fortune enferma,</div>
-<div class="verse">Ils ont à vie esgale esgale renommée.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl8.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p150">-150-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b8.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c24" title="Stances. Le tres puissant Iupiter"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Stanses.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le tres puissant Iupiter</div>
-<div class="verse i2">Se sert de l’Aigle à porter</div>
-<div class="verse i2">Son foudre parmi la nuë ;</div>
-<div class="verse i2">Et Iunon du haut des Cieux,</div>
-<div class="verse i2" id="p150v5">Sur les Paons audacieux,</div>
-<div class="verse i2">Est souuent icy venuë.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Saturne a pris le Corbeau,</div>
-<div class="verse i2">Noir messager du tombeau,</div>
-<div class="verse i2">Mars l’Esperuier se reserue,</div>
-<div class="verse i2">Phebus les Cygnes a pris,</div>
-<div class="verse i2">Les Pigeons sont à Cipris,</div>
-<div class="verse i2" id="p150v12">Et la Cheuesche à Minerue.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ainsi les Dieux ont esleu</div>
-<div class="verse i2" id="p150v14">Tel oyseau qui leur a pleu ;</div>
-<div class="verse i2">Priape qui ne veoid goute,</div>
-<div class="verse i2">Haussant son rouge museau,</div>
-<div class="verse i2" id="p150v17">A tatons au lieu d’oyseau,</div>
-<div class="verse i2" id="p150v18">Print vn Aze qui vous f…</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p151">-151-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b11.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c25" title="La C. P. Infame bastard"></h3>
-
-<p class="c large"><span class="sc">La C. P.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Infame bastard de Cythere,</div>
-<div class="verse i2">Fils ingrat d’vne ingrate mere,</div>
-<div class="verse i2">Auorton, traistre &amp; deguisé,</div>
-<div class="verse i2">Si ie t’ay suiuy des l’enfance,</div>
-<div class="verse i2">De quelle ingrate recompence</div>
-<div class="verse i2">As tu mon seruice abusé ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mon cas fier de mainte conqueste</div>
-<div class="verse i2">En Espagnol portoit la teste,</div>
-<div class="verse i2">Triomphant, superbe &amp; vainqueur,</div>
-<div class="verse i2">Que nul effort n’eust sceu rabattre,</div>
-<div class="verse i2">Maintenant lasche &amp; sans combatre</div>
-<div class="verse i2">Faict la cane, &amp; n’a plus de cœur.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">De tes Autels vne Prestresse</div>
-<div class="verse i2">L’a reduict en telle detresse</div>
-<div class="verse i2">Le voyant au choc obstiné,</div>
-<div class="verse i2">Qu’entouré d’onguent &amp; de linge,</div>
-<div class="verse i2">Il m’est auis de voir vn singe</div>
-<div class="verse i2">Comme vn enfant embeguiné.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza"><span class="pagenum" id="p152">-152-</span>Sa façon robuste &amp; raillarde</div>
-<div class="verse i2">Pend l’aureille &amp; n’est plus gaillarde,</div>
-<div class="verse i2">Son teint vermeil n’a point d’esclat,</div>
-<div class="verse i2">De pleurs il se noye la face,</div>
-<div class="verse i2">Et faict aussi laide grimace</div>
-<div class="verse i2">Qu’vn boudin creué dans vn plat.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Aussy penaud qu’vn chat qu’on chastre,</div>
-<div class="verse i2">Il demeure dans son emplastre,</div>
-<div class="verse i2">Comme en sa coque vn limaçon,</div>
-<div class="verse i2">En vain d’arrasser il essaye,</div>
-<div class="verse i2">Encordé comme vne lamproye</div>
-<div class="verse i2">Il obeyt au caueçon.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza" id="p152v12">Vne saliue mordicante</div>
-<div class="verse i2">De sa narine distillante</div>
-<div class="verse i2">L’vlcere si fort par dedans,</div>
-<div class="verse i2">Que crachant l’humeur qui le pique</div>
-<div class="verse i2">Il baue comme vn pulmonique</div>
-<div class="verse i2" id="p152v18">Qui tient la mort entre ses dents.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Apollon, dés mon âge tendre</div>
-<div class="verse i2">Poussé d’vn courage d’apprendre</div>
-<div class="verse i2">Aupres du ruisseau Parnassin,</div>
-<div class="verse i2">Si ie t’inuocqué pour Poëte,</div>
-<div class="verse i2">Ores en ma douleur secrete</div>
-<div class="verse i2">Ie t’inuocque pour medecin.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Seuere Roy des destinées,</div>
-<div class="verse i2">Mesureur des vistes années,</div>
-<div class="verse i2">Cœur du monde, œil du firmament,</div>
-<div class="verse i2">Toy qui presides à la vie,</div>
-<div class="verse i2">Garis mon cas ie te supplie</div>
-<div class="verse i2">Et le conduis à sauuement.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza"><span class="pagenum" id="p153">-153-</span>Pour recompense dans ton Temple,</div>
-<div class="verse i2">Seruant de memorable exemple</div>
-<div class="verse i2">Aux ioüeurs qui viendront apres,</div>
-<div class="verse i2">I’appendray la mesme figure</div>
-<div class="verse i2">De mon cas malade en peinture</div>
-<div class="verse i2">Ombragé d’ache &amp; de cyprés.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl4.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p154">-154-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b10.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c26" title="Sur le portraict d’vn Poëte couronné"></h3>
-
-<p class="c large">Sur le portraict d’vn Poëte couronné.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Graueur vous deuiez auoir soin</div>
-<div class="verse i2">De mettre dessus ceste teste,</div>
-<div class="verse i2">Voyant qu’elle estoit d’vne beste</div>
-<div class="verse i2">Le lien d’vn botteau de foin.</div>
-</div>
-
-<p class="ind6 small">RESPONSE.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ceux qui m’ont de foin couronné</div>
-<div class="verse i2">M’ont fait plus d’honneur que d’iniure.</div>
-<div class="verse i2">Sur du foin Iesus-Crist fust né,</div>
-<div class="verse i2">Mais ils ignorent l’escripture.</div>
-</div>
-
-<p class="ind6 small">REPLIQVE.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Tu as vne mauuaise grace,</div>
-<div class="verse i2">Le foin dont tu fais si grand cas,</div>
-<div class="verse i2">Pour Dieu n’estoit en ceste place,</div>
-<div class="verse i2">Car Iesus-Crist n’en mangeoit pas :</div>
-<div class="verse i2">Mais bien pour seruir de repas</div>
-<div class="verse i2">Au premier asne de ta race.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p155">-155-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b4.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c27" title="Contre vn amoureux transy"></h3>
-
-<p class="c large">Contre vn amoureux transy.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Pourquoy perdez vous la parole,</div>
-<div class="verse i2">Aussi tost que vous rencontrez</div>
-<div class="verse i2">Celle que vous idolatrez ?</div>
-<div class="verse i2">Deuenant vous mesme vne idole,</div>
-<div class="verse i2">Vous estes là sans dire mot,</div>
-<div class="verse i2">Et ne faictes rien que le sot.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Par la voix Amour vous suffoque,</div>
-<div class="verse i2">Si vos souspirs vont au deuant,</div>
-<div class="verse i2">Autant en emporte le vent :</div>
-<div class="verse i2">Et vostre Deesse s’en mocque</div>
-<div class="verse i2">Vous iugeant de mesme imparfaict</div>
-<div class="verse i2">De la parole &amp; de l’effect.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Pensez vous la rendre abatuë</div>
-<div class="verse i2">Sans vostre faict luy déceler ?</div>
-<div class="verse i2">Faire les doux yeux sans parler,</div>
-<div class="verse i2">C’est faire l’Amour en tortuë :</div>
-<div class="verse i2">La belle faict bien de garder</div>
-<div class="verse i2">Ce qui vaut bien le demander.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza"><span class="pagenum" id="p156">-156-</span>Voulez vous en la violence</div>
-<div class="verse i2">De vostre longue affection</div>
-<div class="verse i2">Monstrer vne discretion ?</div>
-<div class="verse i2">Si on la voit par le silence,</div>
-<div class="verse i2">Vn tableau d’Amoureux transi</div>
-<div class="verse i2">Le peut bien faire tout ainsi.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Souffrir mille &amp; mille trauerses,</div>
-<div class="verse i2">N’en dire mot, pretendre moins,</div>
-<div class="verse i2">Donner ses tourmens pour tesmoins</div>
-<div class="verse i2">De toutes ses peines diuerses,</div>
-<div class="verse i2">Des coups n’estre point abbatu,</div>
-<div class="verse i2">C’est d’vn asne auoir la vertu.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl9.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p157">-157-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b1.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c28" title="Quatrains"></h3>
-
-<p class="c large"><span class="sc">Qvatrains.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Si des maux qui vous font la guerre</div>
-<div class="verse i2">Vous voulez guerir desormais,</div>
-<div class="verse i2">Il faut aller en Angleterre</div>
-<div class="verse i2">Où les loups ne viennent iamais.</div>
-</div>
-
-<p>&nbsp;</p>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2" id="l1c29">Ie n’ay peu rien voir qui me plaise</div>
-<div class="verse i2">Dedans les Psalmes de Marot :</div>
-<div class="verse i2">Mais i’ayme bien ceux là de Beze,</div>
-<div class="verse i2">En les chantant sans dire mot.</div>
-</div>
-
-<p>&nbsp;</p>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2" id="l1c30">Ie croy que vous auez faict vœu</div>
-<div class="verse i2">D’aymer &amp; parent &amp; parente ;</div>
-<div class="verse i2">Mais puis que vous aymez la Tante,</div>
-<div class="verse i2">Espargnez au moins le nepueu.</div>
-</div>
-
-<p>&nbsp;</p>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2" id="l1c31">Le Dieu d’Amour se deuoit peindre</div>
-<div class="verse i2">Aussy grand comme vn autre Dieu,</div>
-<div class="verse i2">Mais il suffit qu’il puisse atteindre</div>
-<div class="verse i2">Iusqu’à la piece du milieu.</div>
-</div>
-
-<p>&nbsp;</p>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p158">-158-</span>Ceste femme à couleur de bois</div>
-<div class="verse i2">En tout temps peut faire potage :</div>
-<div class="verse i2">Car dans sa manche ell’ a des poix,</div>
-<div class="verse i2">Et du beure sur son visage.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl1.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p159">-159-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b2.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c33" title="Discours au Roy"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Discovrs</span></p>
-
-<p class="c">Au Roy.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il estoit presque iour, &amp; le ciel souriant</div>
-<div class="verse">Blanchissoit de clairté les peuples d’Oriant,</div>
-<div class="verse">L’Aurore aux cheueux d’or, au visage de roses,</div>
-<div class="verse">Desia comme à demy decouuroit toutes choses,</div>
-<div class="verse">Et les oyseaux, perchez en leur feuilleux seiour,</div>
-<div class="verse">Commençoient s’eueillant à se plaindre d’amour :</div>
-<div class="verse">Quand ie vis en sursaut, vne beste effroyable,</div>
-<div class="verse">Chose estrange à conter, toutesfois veritable,</div>
-<div class="verse" id="p159v9">Qui plus qu’vne Hydre affreuse à sept gueulles meuglant,</div>
-<div class="verse">Auoit les dens d’acier, l’œil horible, &amp; sanglant,</div>
-<div class="verse">Et pressoit à pas torts vne Nimphe fuyante,</div>
-<div class="verse" id="p159v12">Qui reduite aux abois, plus morte que viuante,</div>
-<div class="verse">Halétante de peine, en son dernier recours,</div>
-<div class="verse">Du grand Mars des François imploroit le secours,</div>
-<div class="verse">Embrassoit ses genoux, &amp; l’appellant aux armes,</div>
-<div class="verse">N’auoit autre discours que celuy de ses larmes.</div>
-<div class="verse i1">Ceste Nimphe estoit d’âge, &amp; ses cheueux meslez</div>
-<div class="verse">Flotoient au gré du vent, sur son dos aualez.</div>
-<div class="verse">Sa robe estoit d’azur, où cent fameuses villes</div>
-<div class="verse">Eleuoient leurs clochers sur des plaines fertilles,</div>
-<div class="verse">Que Neptune arosoit de cent fleuues épars,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p160">-160-</span>Qui dispersoient le viure aux gens de toutes pars.</div>
-<div class="verse i1">Les vilages epais fourmilloient par la plaine ;</div>
-<div class="verse">De peuple, &amp; de betail, la campaigne estoit plaine :</div>
-<div class="verse" id="p160v7">Qui s’employant aux ars meloient diuersement,</div>
-<div class="verse">La fertile abondance auecque l’ornement :</div>
-<div class="verse">Tout y reluisoit d’or, &amp; sur la broderie</div>
-<div class="verse">Eclatoit le brillant de mainte piererie.</div>
-<div class="verse i1" id="p160v11">La mer aux deux costés ceste ouurage bordoit :</div>
-<div class="verse">L’Alpe de la main gauche en biais s’epandoit</div>
-<div class="verse">Du Rhain iusqu’en Prouence, &amp; le mont qui partage</div>
-<div class="verse">D’auecque l’Espagnol le François heritage,</div>
-<div class="verse" id="p160v12">De l’Aucate à Bayonne en cornes se haussant,</div>
-<div class="verse">Monstroit son front pointu de neges blanchissant.</div>
-<div class="verse i1">Le tout estoit formé d’vne telle maniere,</div>
-<div class="verse">Que l’art ingenieux excedoit la matiere.</div>
-<div class="verse">Sa taille estoit auguste, &amp; son front couronné,</div>
-<div class="verse">De cent fleurs de lis d’or estoit enuironné.</div>
-<div class="verse i1">Ce grand Prince voyant le soucy qui la greue,</div>
-<div class="verse">Touché de pieté, la prend &amp; la releue,</div>
-<div class="verse">Et de feux estoufant ce funeste animal,</div>
-<div class="verse">La deliura de peur aussi-tost que de mal,</div>
-<div class="verse" id="p160v25">Et purgeant le venin dont elle estoit si plaine,</div>
-<div class="verse">Rendit en vn instant la Nimphe toute saine.</div>
-<div class="verse i1">Ce Prince ainsi qu’vn Mars en armes glorieux,</div>
-<div class="verse">De palmes ombrageoit son chef victorieux,</div>
-<div class="verse">Et sembloit de ses mains au combat animées,</div>
-<div class="verse">Comme foudre ietter la peur dans les armées.</div>
-<div class="verse">Ses exploits acheuez en ses armes viuoient :</div>
-<div class="verse">Là les camps de Poytou d’vne part s’éleuoient,</div>
-<div class="verse">Qui superbes sembloient s’honorer en la gloire,</div>
-<div class="verse">D’auoir premiers chanté sa premiere victoire.</div>
-<div class="verse i1">Diepe de l’autre part sur la mer s’alongeoit,</div>
-<div class="verse">Où par force il rompoit le camp qui l’assiegeoit,</div>
-<div class="verse">Et poussant plus auant ses troupes epanchées</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p161">-161-</span>Le matin en chemise il surprit les tranchées.</div>
-<div class="verse">Là Paris deliuré de l’Espagnolle main,</div>
-<div class="verse">Se dechargeoit le col de son ioug inhumain.</div>
-<div class="verse i1">La campagne d’Iury sur le flanc cizellée,</div>
-<div class="verse">Fauorisoit son prince au fort de la meslée,</div>
-<div class="verse">Et de tant de Ligueurs par sa dextre vaincus</div>
-<div class="verse">Au Dieu de la bataille apendoit les escus.</div>
-<div class="verse i1">Plus haut estoit Vandome, &amp; Chartres, &amp; Pontoise,</div>
-<div class="verse">Et l’Espagnol defait à Fontaine Françoise,</div>
-<div class="verse">Où la valeur du foible emportant le plus fort</div>
-<div class="verse">Fist voir que la vertu ne craint aucun effort.</div>
-<div class="verse i1">Plus bas dessus le ventre au naif contrefaite</div>
-<div class="verse">Estoit pres d’Amiens la honteuse retraite</div>
-<div class="verse" id="p161v14">Du puissant Archiduc, qui creignant son pouuoir,</div>
-<div class="verse">Creut que c’estoit en guerre assez que de le voir.</div>
-<div class="verse i1">Deçà delà luitoit mainte troupe rangée,</div>
-<div class="verse">Mainte grande cité gemissoit assiegée,</div>
-<div class="verse" id="p161v18">Où si tost que le fer l’en rendoit possesseur,</div>
-<div class="verse">Aux rebelles vaincus il vsoit de douceur,</div>
-<div class="verse">Vertu rare au vainqueur, dont le courage extreme</div>
-<div class="verse">N’a gloire en la fureur que se vaincre soy-mesme.</div>
-<div class="verse i1">Le chesne, &amp; le laurier cest ouurage ombrageoit,</div>
-<div class="verse">Où le peuple deuot sous ses loys se rangeoit,</div>
-<div class="verse">Et de vœus, &amp; d’ençens, au ciel faisoit priere</div>
-<div class="verse">De conseruer son Prince en sa vigueur entiere.</div>
-<div class="verse i1">Maint puissant ennemy domté par sa vertu,</div>
-<div class="verse">Languissoit dans les fers sous ses pieds abatu,</div>
-<div class="verse">Tout semblable à l’enuie à qui l’estrange rage</div>
-<div class="verse">De l’heur de son voisin enfielle le courage,</div>
-<div class="verse">Hideuse, bazanée, &amp; chaude de rancœur,</div>
-<div class="verse">Qui ronge ses poulmons, &amp; se mache le cœur.</div>
-<div class="verse i1">Apres quelque priere en son cœur prononcée,</div>
-<div class="verse">La Nimphe en le quittant au ciel s’est elancée,</div>
-<div class="verse">Et son corps dedans l’air demourant suspendu :</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p162">-162-</span>Ainsi comme vn Milan sur ses aisles tendu,</div>
-<div class="verse">S’areste en vne place, où changeant de visage,</div>
-<div class="verse">Vn brullant eguillon luy pique le courage ;</div>
-<div class="verse">Son regard estincelle, &amp; son cerueau tremblant</div>
-<div class="verse">Ainsi comme son sang d’horreur se va troublant :</div>
-<div class="verse">Son estommac pantois sous la chaleur frissonne,</div>
-<div class="verse">Et chaude de l’ardeur qui son cœur epoinçonne,</div>
-<div class="verse" id="p162v8">Tandis que la fureur precipitoit son cours,</div>
-<div class="verse">Veritable Prophéte elle fait ce discours.</div>
-<div class="verse i1">Peuple, l’obiet piteux du reste de la terre,</div>
-<div class="verse">Indocile à la paix, &amp; trop chaud à la guerre,</div>
-<div class="verse">Qui fecond en partis, &amp; leger en desseins,</div>
-<div class="verse">Dedans ton propre sang souilles tes propres mains,</div>
-<div class="verse">Entens ce que ie dis, atentif à ma bouche,</div>
-<div class="verse">Et qu’au plus vif du cœur ma parolle te touche.</div>
-<div class="verse i1">Depuis qu’irreuerent enuers les Immortels,</div>
-<div class="verse">Tu taches de mépris l’Eglise &amp; ses autels,</div>
-<div class="verse">Qu’au lieu de la raison gouuerne l’insolence,</div>
-<div class="verse">Que le droit alteré n’est qu’vne violence,</div>
-<div class="verse">Que par force le foible est foullé du puissant,</div>
-<div class="verse">Que la ruse rauit le bien à l’innocent,</div>
-<div class="verse">Et que la vertu saincte en public méprisée,</div>
-<div class="verse">Sert aux ieunes de masque, aux plus vieux de risée,</div>
-<div class="verse">(Prodige monstrueux) &amp; sans respect de foy,</div>
-<div class="verse">Qu’on s’arme ingratement au mépris de son Roy,</div>
-<div class="verse">La Iustice, &amp; la Paix, tristes &amp; desolées,</div>
-<div class="verse">D’horreur se retirant au ciel s’en sont volées :</div>
-<div class="verse">Le bon-heur aussi tost à grand pas les suiuit,</div>
-<div class="verse" id="p162v29">Et depuis de bon œil le Soleil ne te vit.</div>
-<div class="verse i1">Quelque orage tousiours qui s’éleue à ta perte,</div>
-<div class="verse">A comme d’vn brouillas ta personne couuerte,</div>
-<div class="verse">Qui tousiours prest à fondre en échec te retient,</div>
-<div class="verse">Et mal-heur sur mal-heur à chaque heure te vient.</div>
-<div class="verse i1">On a veu tant de fois la ieunesse trompée,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p163">-163-</span>De tes enfans passez au tranchant de l’espée,</div>
-<div class="verse">Tes filles sans honneur errer de toutes pars,</div>
-<div class="verse" id="p163v3">Ta maison, &amp; tes biens saccagez des Soldars,</div>
-<div class="verse">Ta femme insolemment d’entre tes bras rauie,</div>
-<div class="verse">Et le fer tous les iours s’atacher à ta vie.</div>
-<div class="verse i1">Et cependant aueugle en tes propres effets,</div>
-<div class="verse">Tout le mal que tu sens, c’est toy qui te le faits ;</div>
-<div class="verse">Tu t’armes à ta perte, &amp; ton audace forge</div>
-<div class="verse">L’estoc dont furieux tu te coupes la gorge.</div>
-<div class="verse i1">Mais quoy tant de mal-heurs te suffisent-ils pas ?</div>
-<div class="verse">Ton Prince comme vn Dieu, te tirant du trespas,</div>
-<div class="verse">Rendit de tes fureurs les tempestes si calmes,</div>
-<div class="verse">Qu’il te fait viure en paix à l’ombre de ses palmes :</div>
-<div class="verse">Astrée en sa faueur demeure en tes citez,</div>
-<div class="verse">D’hommes, &amp; de betail les champs sont habitez :</div>
-<div class="verse">Le Paysant n’ayant peur des bannieres estranges,</div>
-<div class="verse">Chantant coupe ses bleds, riant fait ses vandanges,</div>
-<div class="verse">Et le Berger guidant son troupeau bien noury</div>
-<div class="verse">Enfle sa cornemuse en l’honneur de Henry.</div>
-<div class="verse">Et toy seul cependant, oubliant tant de graces,</div>
-<div class="verse">Ton aise trahissant de ses biens tu te lasses.</div>
-<div class="verse i1">Vien ingrat respon-moy, quel bien esperes tu,</div>
-<div class="verse" id="p163v21">Apres auoir ton Prince en ses murs combatu ?</div>
-<div class="verse">Apres auoir trahy pour de vaines chimeres,</div>
-<div class="verse">L’honneur de tes ayeux, &amp; la foy de tes peres ?</div>
-<div class="verse">Apres auoir cruel tout respect violé,</div>
-<div class="verse">Et mis à l’abandon ton pays desolé ?</div>
-<div class="verse i1">Atten tu que l’Espaigne, auecq’ son ieune Prince,</div>
-<div class="verse">Dans son monde nouueau te donne vne Prouince ?</div>
-<div class="verse">Et qu’en ces trahisons, moins sage deuenu,</div>
-<div class="verse">Vers toy par ton exemple il ne soit retenu ?</div>
-<div class="verse">Et qu’ayant dementy ton amour naturelle,</div>
-<div class="verse">A luy plus qu’à ton Prince il t’estime fidelle ?</div>
-<div class="verse">Peut estre que ta race, &amp; ton sang violent,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p164">-164-</span>Issu comme tu dis d’Oger, ou de Roland,</div>
-<div class="verse">Ne te veut pas permetre encore ieune d’age,</div>
-<div class="verse">Qu’oysif en ta maison se rouille ton courage,</div>
-<div class="verse">Et rehaussant ton cœur que rien ne peut ployer,</div>
-<div class="verse">Te fait chercher vn Roy qui te puisse employer,</div>
-<div class="verse">Qui la gloire du ciel, &amp; l’effroy de la terre,</div>
-<div class="verse">Soit comme vn nouueau Mars indomtable à la guerre,</div>
-<div class="verse">Qui sçache en pardonnant les discords étoufer,</div>
-<div class="verse">Par clemence aussi grand, comme il est par le fer.</div>
-<div class="verse i1">Cours tout le monde entier de Prouince en Prouince,</div>
-<div class="verse">Ce que tu cherches loing habite en nostre Prince.</div>
-<div class="verse i1">Mais quels exploits si beaux a fait ce ieune Roy,</div>
-<div class="verse">Qu’il faille pour son bien que tu fauces ta foy,</div>
-<div class="verse">Trahisses ta patrie, &amp; que d’iniustes armes,</div>
-<div class="verse">Tu la combles de sang, de meurtres &amp; de larmes ?</div>
-<div class="verse i1">Si ton cœur conuoiteux est si vif, &amp; si chaud,</div>
-<div class="verse">Cours la Flandre, où iamais la guerre ne defaut,</div>
-<div class="verse">Et plus loing sur les flancs d’Autriche &amp; d’Alemagne,</div>
-<div class="verse">De Turcs, &amp; de turbans enionche la campagne,</div>
-<div class="verse">Puis tout chargé de coups, de viellesse, &amp; de biens,</div>
-<div class="verse">Reuien en ta maison mourir entre les tiens.</div>
-<div class="verse">Tes fils se mireront en si belles depouilles,</div>
-<div class="verse">Les vieilles au foyer en fillant leurs quenouilles,</div>
-<div class="verse">En chanteront le conte, &amp; braue en argumens,</div>
-<div class="verse">Quelque autre Iean de Mun en fera des Romans.</div>
-<div class="verse i1">Ou si trompant ton Roy tu cours autre fortune,</div>
-<div class="verse">Tu trouueras ingrat toute chose importune,</div>
-<div class="verse">A Naples, en Sicille, &amp; dans ces autres lieux,</div>
-<div class="verse">Où l’on t’assignera, tu seras odieux,</div>
-<div class="verse">Et l’on te fera voir auecq’ ta conuoitise,</div>
-<div class="verse">Qu’apres les trahisons les traistres on meprise.</div>
-<div class="verse">Les enfans étonnez s’enfuiront te voiant,</div>
-<div class="verse">Et l’Artisan mocqueur, aux places t’efroyant,</div>
-<div class="verse" id="p164v34">Rendant par ses brocards ton audace flétrie,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p165">-165-</span>Dira, ce traistre icy nous vendit sa patrie,</div>
-<div class="verse">Pour l’espoir d’vn Royaume en Chimeres conçeu,</div>
-<div class="verse">Et pour tous ses desseins du vent il a reçeu.</div>
-<div class="verse i1">Ha ! que ces Paladins viuans dans mon Histoire,</div>
-<div class="verse">Non comme toy touchez d’vne batarde gloire</div>
-<div class="verse">Te furent differens, qui courageux par tout,</div>
-<div class="verse">Tindrent fidellement mon enseigne debout,</div>
-<div class="verse">Et qui se repandants ainsi comme vn tonnerre,</div>
-<div class="verse">Le fer dedans la main firent trembler la terre,</div>
-<div class="verse">Et tant de Roys Payens sous la Croix deconfis,</div>
-<div class="verse">Asseruirent vaincus aux pieds du Crucifis,</div>
-<div class="verse">Dont les bras retroussez, &amp; la teste panchée,</div>
-<div class="verse">De fers honteusement au triumphe atachée</div>
-<div class="verse">Furent de leur valeur tesmoins si glorieux,</div>
-<div class="verse">Que les noms de ces preux en sont escris aux Cieux.</div>
-<div class="verse i1">Mais si la pieté, de ton cœur diuertie,</div>
-<div class="verse">En toy pauure insensé n’est du tout amortie,</div>
-<div class="verse" id="p165v18">Si tu n’as tout à fait reietté loing de toy</div>
-<div class="verse">L’amour, la charité, le deuoir, &amp; la foy,</div>
-<div class="verse">Ouure tes yeux sillez, &amp; voy de quelle sorte</div>
-<div class="verse">D’ardeur precipité la rage te transporte,</div>
-<div class="verse">T’enuelope l’esprit, t’esgarant insensé,</div>
-<div class="verse">Et iuge l’auenir par le siecle passé.</div>
-<div class="verse i1">Si tost que ceste Nimphe en son dire enflamée,</div>
-<div class="verse">Pour finir son propos eut la bouche fermée,</div>
-<div class="verse" id="p165v26">Plus haute s’eleuant dans le vague des Cieux,</div>
-<div class="verse">Ainsi comme vn éclair disparut à nos yeux,</div>
-<div class="verse">Et se monstrant Déesse en sa fuite soudaine,</div>
-<div class="verse">La place elle laissa de parfun toute plaine,</div>
-<div class="verse">Qui tombant en rosée aux lieux les plus prochains,</div>
-<div class="verse">Reconforta le cœur &amp; l’esprit des humains.</div>
-<div class="verse i1">HENRY le cher suget de nos sainctes prieres,</div>
-<div class="verse">Que le Ciel reseruoit à nos peines dernieres,</div>
-<div class="verse">Pour rétablir la France au bien non limité</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p166">-166-</span>Que le Destin promet à son eternité,</div>
-<div class="verse">Apres tant de combats, &amp; d’heureuses victoires,</div>
-<div class="verse">Miracles de noz tans, honneur de noz Histoires,</div>
-<div class="verse">Dans le port de la paix, Grand Prince puisses-tu,</div>
-<div class="verse">Mal-gré tes ennemis exercer ta vertu :</div>
-<div class="verse">Puisse estre à ta grandeur le Destin si propice,</div>
-<div class="verse">Que ton cœur de leurs trets rebouche la malice,</div>
-<div class="verse">Et s’armant contre toy puisse-tu dautant plus</div>
-<div class="verse">De leurs efforts domter le flus, &amp; le reflus,</div>
-<div class="verse">Et comme vn saint rocher opposant ton courage,</div>
-<div class="verse">En écume venteuse en dissiper l’orage,</div>
-<div class="verse">Et braue t’éleuant par dessus les dangers</div>
-<div class="verse">Estre l’amour des tiens, l’effroy des estrangers.</div>
-<div class="verse i1">Attendant que ton fils instruit par ta vaillance,</div>
-<div class="verse">De sous tes étendars sortant de son enfance,</div>
-<div class="verse">Plus fortuné que toy, mais non pas plus vaillant,</div>
-<div class="verse">Aille les Othomans iusqu’au Caire assaillant,</div>
-<div class="verse">Et que semblable à toy foudroyant les armées</div>
-<div class="verse">Il ceuille auecq’ le fer les Palmes idumées,</div>
-<div class="verse">Puis tout flambant de gloire en France reuenant,</div>
-<div class="verse">Le Ciel mesme là haut de ses faits s’etonnant,</div>
-<div class="verse">Qu’il epande à tes pieds les depouilles conquises,</div>
-<div class="verse">Et que de leurs drapeaux il pare noz Eglises.</div>
-<div class="verse i1">Alors raieunissant au recit de ses faits,</div>
-<div class="verse">Tes desirs, &amp; tes vœus en ses œuures parfaits,</div>
-<div class="verse">Tu ressentes d’ardeur ta viellesse eschauffée,</div>
-<div class="verse">Voyant tout l’Vniuers nous seruir de trophée.</div>
-<div class="verse i1">Puis n’estant plus icy chose digne de toy,</div>
-<div class="verse">Ton fils du monde entier restant paisible Roy,</div>
-<div class="verse">Sous tes modelles saincts &amp; de paix, &amp; de guerre,</div>
-<div class="verse">Il regisse puissant en Iustice la terre,</div>
-<div class="verse">Quand apres vn long-tans ton Esprit glorieux</div>
-<div class="verse">Sera des mains de Dieu couronné dans les Cieux.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p167">-167-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b5.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c34" title="Plainte. En quel obscur seiour"></h3>
-
-<p class="c large"><span class="sc">Plainte.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En quel obscur seiour le Ciel m’a-il reduit,</div>
-<div class="verse">Mes beaux iours sont voilez d’vne effroyable nuit,</div>
-<div class="verse">Et dans vn mesme instant comme l’herbe fauchee,</div>
-<div class="verse i3">Ma ieunesse est seichee.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mes discours sont changez en funebres regrets,</div>
-<div class="verse">Et mon ame d’ennuis est si fort esperduë,</div>
-<div class="verse">Qu’ayant perdu Madame en ces tristes forests,</div>
-<div class="verse">Ie crie, &amp; ne sçay point ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">O bois ! ô prez ! ô monts ! qui me fustes iadis</div>
-<div class="verse">En l’Auril de mes iours vn heureux Paradis,</div>
-<div class="verse">Quand de mille douceurs la faueur de Madame</div>
-<div class="verse i3">Entretenoit mon ame,</div>
-
-<div class="verse stanza">Or que la triste absence en l’Enfer où ie suis,</div>
-<div class="verse">D’vn piteux souuenir me tourmente &amp; me tuë,</div>
-<div class="verse">Pour consoler mon mal &amp; flater mes ennuis,</div>
-<div class="verse">Helas ! respondez-moi, qu’est-elle deuenuë ?</div>
-
-<div class="verse stanza"><span class="pagenum" id="p168">-168-</span>Où sont ces deux beaux yeux ? que sont-ils deuenus ?</div>
-<div class="verse">Où sont tant de beautez, d’Amours &amp; de Venus,</div>
-<div class="verse">Qui regnoient dans sa veuë, ainsi que dans mes veines,</div>
-<div class="verse i3">Les soucis &amp; les peines ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Helas ! fille de l’air qui sens ainsi que moy,</div>
-<div class="verse">Dans les prisons d’Amour, ton ame detenuë,</div>
-<div class="verse">Compagne de mon mal assiste mon émoy,</div>
-<div class="verse">Et responds à mes cris, qu’est-elle deuenuë ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Ie voy bien en ce lieu triste &amp; desesperé</div>
-<div class="verse">Du naufrage d’amour ce qui m’est demeuré,</div>
-<div class="verse">Et bien que loin d’icy le destin l’ait guidee,</div>
-<div class="verse i3">Ie m’en forme l’idee.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ie voy dedans ces fleurs les tresors de son teint,</div>
-<div class="verse">La fierté de son ame en la mer toute esmeuë,</div>
-<div class="verse">Tout ce qu’on voit icy viuement me la peint,</div>
-<div class="verse">Mais il ne me peint pas ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">Las voicy bien l’endroit où premier ie la vy,</div>
-<div class="verse">Où mon cœur de ses yeux si doucement rauy,</div>
-<div class="verse">Reiettant tout respect descouurit à la belle,</div>
-<div class="verse i3">Son amitié fidelle.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ie reuoy bien le lieu : mais ie ne reuoy pas</div>
-<div class="verse">La Reyne de mon cœur qu’en ce lieu i’ai perduë.</div>
-<div class="verse">O bois ! ô prez ! ô monts ! ses fidelles esbats,</div>
-<div class="verse">Helas ! respondez-moy, qu’est-elle deuenuë ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Durant que son bel œil ces lieux embellissoit,</div>
-<div class="verse">L’agreable Printemps sous ses pieds florissoit,</div>
-<div class="verse">Tout rioit aupres d’elle, &amp; la terre paree</div>
-<div class="verse i3">Estoit énamouree.</div>
-
-<div class="verse stanza"><span class="pagenum" id="p169">-169-</span>Ores que le malheur nous en a sçeu priuer,</div>
-<div class="verse">Mes yeux tousiours moüillez d’vne humeur continuë</div>
-<div class="verse">Ont changé leurs saisons en la saison d’hyuer</div>
-<div class="verse">N’ayant sçeu découurir ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais quel lieu fortuné si long temps la retient ?</div>
-<div class="verse">Le Soleil qui s’absente au matin nous reuient,</div>
-<div class="verse">Et par vn tour reglé sa cheuelure blonde</div>
-<div class="verse i3">Esclaire tout le monde.</div>
-
-<div class="verse stanza">Si tost que sa lumiere à mes yeux se perdit,</div>
-<div class="verse">Elle est comme vn éclair pour iamais disparuë,</div>
-<div class="verse">Et quoy que i’aye faict malheureux &amp; maudit</div>
-<div class="verse">Ie n’ay peu descouurir ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais Dieu, i’ay beau me plaindre, &amp; tousiours soupirer</div>
-<div class="verse">I’ay beau de mes deux yeux deux fontaines tirer,</div>
-<div class="verse">I’ay beau mourir d’amour &amp; de regret pour elle,</div>
-<div class="verse i3">Chacun me la recelle.</div>
-
-<div class="verse stanza">O bois ! ô prez ! ô monts ! ô vous qui la cachez !</div>
-<div class="verse">Et qui contre mon gré l’auez tant retenuë,</div>
-<div class="verse">Si iamais de pitié vous vous vistes touchez,</div>
-<div class="verse">Helas ! respondez-moi, qu’est-elle deuenuë ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Fut-il iamais mortel si malheureux que moy ?</div>
-<div class="verse">Ie ly mon infortune en tout ce que ie voy,</div>
-<div class="verse">Tout figure ma perte, &amp; le Ciel &amp; la Terre</div>
-<div class="verse i3">A l’enuy me font guerre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le regret du passé cruellement me point,</div>
-<div class="verse">Et rend, l’obiet present, ma douleur plus aiguë,</div>
-<div class="verse">Mais las ! mon plus grand mal est de ne sçauoir point,</div>
-<div class="verse">Entre tant de mal-heurs, ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza"><span class="pagenum" id="p170">-170-</span>Ainsi de toutes parts ie me sens assaillir,</div>
-<div class="verse">Et voyant que l’espoir commence à me faillir,</div>
-<div class="verse">Ma douleur se rengrege, &amp; mon cruel martyre</div>
-<div class="verse i3">S’augmente &amp; deuient pire.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et si quelque plaisir s’offre deuant mes yeux,</div>
-<div class="verse">Qui pense consoler ma raison abattuë,</div>
-<div class="verse">Il m’afflige, &amp; le Ciel me seroit odieux,</div>
-<div class="verse">Si là haut i’ignorois ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">Gesné de tant d’ennuis, ie m’estonne comment</div>
-<div class="verse">Enuironné d’Amour &amp; du fascheux tourment,</div>
-<div class="verse">Qu’entre tant de regrets son absence me liure,</div>
-<div class="verse i3">Mon esprit a peu viure.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le bien que i’ay perdu me va tyrannisant,</div>
-<div class="verse">De mes plaisirs passez mon ame est combatuë,</div>
-<div class="verse">Et ce qui rend mon mal plus aigre &amp; plus cuisant,</div>
-<div class="verse">C’est qu’on ne peut sçauoir ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et ce cruel penser qui sans cesse me suit,</div>
-<div class="verse">Du traict de sa beauté me pique iour &amp; nuict,</div>
-<div class="verse">Me grauant en l’esprit la miserable histoire</div>
-<div class="verse i3">D’vne si courte gloire.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et ces biens qu’en mes maux encor il me faut voir</div>
-<div class="verse">Rendroient d’vn peu d’espoir mon ame entretenuë,</div>
-<div class="verse">Et m’y consolerois si ie pouuois sçauoir</div>
-<div class="verse">Ce qu’ils sont deuenus &amp; qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">Plaisirs si tost perdus, helas ! où estes vous ?</div>
-<div class="verse">Et vous chers entretiens qui me sembliez si doux,</div>
-<div class="verse">Où estes-vous allez ? &amp; où s’est retiree</div>
-<div class="verse i3">Ma belle Cytheree ?</div>
-
-<div class="verse stanza"><span class="pagenum" id="p171">-171-</span>Ha triste souuenir d’vn bien si tost passé,</div>
-<div class="verse">Las ! pourquoy ne la voy-ie ? ou pourquoy l’ay-ie veuë ?</div>
-<div class="verse">Ou pourquoy mon esprit d’angoisses oppressé,</div>
-<div class="verse">Ne peut-il descouurir ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">En vain, helas ! en vain, la vas-tu dépaignant</div>
-<div class="verse">Pour flatter ma douleur, si le regret poignant</div>
-<div class="verse">De m’en voir separé, d’autant plus me tourmente</div>
-<div class="verse i3">Qu’on me la represente.</div>
-
-<div class="verse stanza">Seulement au sommeil i’ay du contentement,</div>
-<div class="verse">Qui la fait voir presente à mes yeux toute nuë,</div>
-<div class="verse">Et chatouille mon mal d’vn faux ressentiment,</div>
-<div class="verse">Mais il ne me dit pas ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">Encor ce bien m’afflige, il n’y faut plus songer,</div>
-<div class="verse">C’est se paistre de vent que la nuict s’alleger</div>
-<div class="verse">D’vn mal qui tout le iour me poursuit &amp; m’outrage</div>
-<div class="verse i3">D’vne impiteuse rage.</div>
-
-<div class="verse stanza">Retenu dans des nœuds qu’on ne peut deslier,</div>
-<div class="verse">Il faut priué d’espoir que mon cœur s’esuertuë</div>
-<div class="verse">Ou de mourir bien tost, ou bien de l’oublier,</div>
-<div class="verse">Puis qu’on ne peut sçauoir ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">Comment ! que ie l’oublie ? Hà Dieu ie ne le puis,</div>
-<div class="verse">L’oubly n’efface point les amoureux ennuis</div>
-<div class="verse">Que ce cruel tyran a graué dans mon ame</div>
-<div class="verse i3">En des lettres de flame.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il me faut par la mort finir tant de douleurs,</div>
-<div class="verse">Ayons donc à ce point l’ame bien resoluë,</div>
-<div class="verse">Et finissant nos iours finissons nos mal-heurs,</div>
-<div class="verse">Puis qu’on ne peut sçauoir ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza"><span class="pagenum" id="p172">-172-</span>Adieu donc clairs Soleils, si diuins &amp; si beaux,</div>
-<div class="verse">Adieu l’honneur sacré des forests &amp; des eaux,</div>
-<div class="verse">Adieu monts, adieu prez, adieu campagne verte</div>
-<div class="verse i3">De vos beautez deserte.</div>
-
-<div class="verse stanza">Las ! receuez mon ame en ce dernier adieu,</div>
-<div class="verse">Puis que de mon mal-heur ma fortune est vaincuë,</div>
-<div class="verse">Miserable amoureux ie vay quiter ce lieu,</div>
-<div class="verse">Pour sçauoir aux Enfers ce qu’elle est deuenuë.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ainsi dit Amiante alors que de sa voix</div>
-<div class="verse">Il entama les cœurs des roches &amp; des bois,</div>
-<div class="verse">Plorant &amp; souspirant la perte d’Iacee,</div>
-<div class="verse i3">L’obiet de sa pensee.</div>
-
-<div class="verse stanza">Affin de la trouuer, il s’encourt au trespas,</div>
-<div class="verse">Et comme sa vigueur peu à peu diminuë,</div>
-<div class="verse">Son ombre plore &amp; crie en descendant là bas,</div>
-<div class="verse">Esprits, hé ! dites-moy, qu’est-elle deuenuë ?</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl3.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p173">-173-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b6.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c35" title="Ode. Iamais ne pourray-ie bannir"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Ode.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Iamais ne pourray-ie bannir</div>
-<div class="verse i2">Hors de moy l’ingrat souuenir</div>
-<div class="verse i2">De ma gloire si tost passee ?</div>
-<div class="verse i2">Tousiours pour nourrir mon soucy,</div>
-<div class="verse i2">Amour cet enfant sans mercy,</div>
-<div class="verse i2">L’offrira-il à ma pensee ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tiran implacable des cœurs,</div>
-<div class="verse i2">De combien d’ameres langueurs</div>
-<div class="verse i2">As-tu touché ma fantasie ?</div>
-<div class="verse i2">De quels maux m’as-tu tourmenté,</div>
-<div class="verse i2">Et dans mon esprit agité,</div>
-<div class="verse i2">Que n’a point fait la ialousie ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mes yeux aux pleurs accoustumez,</div>
-<div class="verse i2">Du sommeil n’estoient plus fermez,</div>
-<div class="verse i2">Mon cœur fremissoit sous la peine,</div>
-<div class="verse i2">A veu d’œil mon teint iaunissoit,</div>
-<div class="verse i2">Et ma bouche qui gemissoit,</div>
-<div class="verse i2">De souspirs estoit tousiours pleine.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza"><span class="pagenum" id="p174">-174-</span>Aux caprices abandonné,</div>
-<div class="verse i2">I’errois d’vn esprit forcené,</div>
-<div class="verse i2">La raison cedant à la rage,</div>
-<div class="verse i2">Mes sens des desirs emportez</div>
-<div class="verse i2">Flottoient confus de tous costez,</div>
-<div class="verse i2">Comme vn vaisseau parmy l’orage.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Blasphemant la terre &amp; les Cieux,</div>
-<div class="verse i2">Mesmes ie m’estois odieux</div>
-<div class="verse i2">Tant la fureur troubloit mon ame,</div>
-<div class="verse i2">Et bien que mon sang amassé</div>
-<div class="verse i2">Autour de mon cœur fust glassé</div>
-<div class="verse i2">Mes propos n’estoient que de flame.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Pensif, frenetique, &amp; resuant,</div>
-<div class="verse i2">L’esprit troublé, la teste au vent,</div>
-<div class="verse i2">L’œil hagard, le visage blesme,</div>
-<div class="verse i2">Tu me fis tous maux esprouuer</div>
-<div class="verse i2">Et sans iamais me retrouuer</div>
-<div class="verse i2">Ie m’allois cherchant en moy mesme.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Cependant lors que ie voulois</div>
-<div class="verse i2">Par raison enfreindre tes loix</div>
-<div class="verse i2">Rendant ma flame refroidie,</div>
-<div class="verse i2">Pleurant i’accusay ma raison,</div>
-<div class="verse i2">Et trouuay que la guerison</div>
-<div class="verse i2">Est pire que la maladie.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vn regret pensif &amp; confus</div>
-<div class="verse i2">D’auoir esté &amp; n’estre plus</div>
-<div class="verse i2">Rend mon ame aux douleurs ouuerte,</div>
-<div class="verse i2">A mes despens las ! ie voy bien,</div>
-<div class="verse i2">Qu’vn bonheur comme estoit le mien</div>
-<div class="verse i2">Ne se cognoist que par la perte.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p175">-175-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b11.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c36" title="Sonnet sur la mort de M. Rapin"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Sonnet</span></p>
-
-<p class="c">Sur la mort de M. Rapin.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Passant, cy gist RAPIN, la gloire de son âge,</div>
-<div class="verse">Superbe honneur de Pinde &amp; de ses beaux secrets,</div>
-<div class="verse">Qui viuant surpassa les Latins &amp; les Grecs,</div>
-<div class="verse">Soit en profond sçauoir, ou douceur de langage.</div>
-
-<div class="verse stanza">Eternisant son nom auecq’ maint haut ouurage,</div>
-<div class="verse">Au futur il laissa mile poignants regrets,</div>
-<div class="verse">De ne pouuoir attaindre, ou de loin, ou de pres,</div>
-<div class="verse">Au but où le porta l’estude &amp; le courage.</div>
-
-<div class="verse stanza">On dit, &amp; ie le croy, qu’Apollon fut ialoux,</div>
-<div class="verse">Le voyant comme vn dieu reueré parmy nous,</div>
-<div class="verse">Et qu’il mist de rancœur si tost fin à sa vie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Considere, passant, quel il fut icy bas,</div>
-<div class="verse">Puisque sur sa Vertu les dieux eurent enuie,</div>
-<div class="verse">Et que tous les humains y pleurent son trespas.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl3.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p176">-176-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b1.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c37" title="Discours d’vne maquerelle"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Discovrs</span></p>
-
-<p class="c">D’vne Maquerelle.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Depuis que ie vous ay quitté</div>
-<div class="verse i2">Ie m’en suis allé depité,</div>
-<div class="verse i2">Voire aussi remply de colere</div>
-<div class="verse i2">Qu’vn voleur qu’on meine en gallere,</div>
-<div class="verse i2">Dans vn lieu de mauuais renom</div>
-<div class="verse i2">Où iamais femme n’a dit non,</div>
-<div class="verse i2">Et là ie ne vis que l’hostesse,</div>
-<div class="verse i2">Ce qui redoubla ma tristesse,</div>
-<div class="verse i2">Mon amy, car i’auois pour lors</div>
-<div class="verse i2">Beaucoup de graine dans le corps.</div>
-<div class="verse i2">Ceste vieille branslant la teste,</div>
-<div class="verse i2">Me dit excusez, c’est la feste</div>
-<div class="verse i2">Qui fait que l’on ne trouue rien,</div>
-<div class="verse i2">Car tout le monde est Ian de bien,</div>
-<div class="verse i2">Et si i’ay promis en mon ame</div>
-<div class="verse i2">Qu’à ce iour pour euiter blasme,</div>
-<div class="verse i2">Ce peché ne seroit commis.</div>
-<div class="verse i2">Mais vous estes de nos amis,</div>
-<div class="verse i2">Parmanenda ie vous le iure,</div>
-<div class="verse i2">Il faut pour ne vous faire iniure,</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p177">-177-</span>Apres mesme auoir eu le soing</div>
-<div class="verse i2">De venir chez nous de si loing,</div>
-<div class="verse i2">Que ma chambriere i’enuoye</div>
-<div class="verse i2">Iusques à l’escu de Sauoye :</div>
-<div class="verse i2">Là mon amy tout d’vn plain saut</div>
-<div class="verse i2">On trouuera ce qu’il vous faut.</div>
-<div class="verse i2">Que i’ayme les hommes de plume,</div>
-<div class="verse i2">Quand ie les voy mon cœur s’allume,</div>
-<div class="verse i2">Autresfois i’ay parlé Latin,</div>
-<div class="verse i2">Discourons vn peu du destin,</div>
-<div class="verse i2">Peut-il forcer les professies,</div>
-<div class="verse i2">Les pourceaux ont-ils des vessies,</div>
-<div class="verse i2">Dites nous quel autheur escrit</div>
-<div class="verse i2">La naissance de l’Antechrist.</div>
-<div class="verse i2">O le grand homme que Virgille,</div>
-<div class="verse i2">Il me souuient de l’Euangile</div>
-<div class="verse i2">Que le prestre a dit auiourd’huy :</div>
-<div class="verse i2">Mais vous prenez beaucoup d’ennuy :</div>
-<div class="verse i2">Ma seruante est vn peu tardiue,</div>
-<div class="verse i2">Si faut-il vrayment qu’elle arriue</div>
-<div class="verse i2">Dans vn bon quart d’heure d’icy,</div>
-<div class="verse i2">Elle m’en fait tousiours ainsi.</div>
-<div class="verse i2">En attendant prenez vn siege</div>
-<div class="verse i2">Vos escarpins n’ont point de liege,</div>
-<div class="verse i2">Vostre collet fait vn beau tour.</div>
-<div class="verse i2">A la guerre de Montcontour</div>
-<div class="verse i2">On ne portoit point de rotonde :</div>
-<div class="verse i2">Vous ne voulez pas qu’on vous tonde,</div>
-<div class="verse i2">Les choses grands sont de saison,</div>
-<div class="verse i2">Ie fus autresfois de maison</div>
-<div class="verse i2">Docte, bien parlante, &amp; habille</div>
-<div class="verse i2">Autant que fille de la ville,</div>
-<div class="verse i2">Ie me faisois bien decroter,</div>
-<div class="verse i2">Et nul ne m’entendoit peter</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p178">-178-</span>Que ce ne fust dedans ma chambre.</div>
-<div class="verse i2">I’auoy tousiours vn collier d’ambre,</div>
-<div class="verse i2">Des gands neufs, mes soulliers noircis,</div>
-<div class="verse i2">I’eusse peu captiuer Narcis,</div>
-<div class="verse i2">Mais hélas ! estant ainsi belle</div>
-<div class="verse i2">Ie ne fus pas long temps pucelle,</div>
-<div class="verse i2">Vn cheualier d’authorité</div>
-<div class="verse i2">Achepta ma virginité,</div>
-<div class="verse i2">Et depuis auec vne drogue,</div>
-<div class="verse i2">Ma mere qui faisoit la rogue</div>
-<div class="verse i2">Quand on me parloit de cela</div>
-<div class="verse i2">En trois iours me repucela.</div>
-<div class="verse i2">I’estois faicte à son badinage :</div>
-<div class="verse i2">Apres pour seruir au mesnage,</div>
-<div class="verse i2" id="p178v15">Vn prelat me voulant auoir,</div>
-<div class="verse i2">Son argent me mist en deuoir</div>
-<div class="verse i2">De le seruir, &amp; de luy plaire,</div>
-<div class="verse i2">Toute chose requiert sallaire :</div>
-<div class="verse i2">Puis apres voyant en effect</div>
-<div class="verse i2">Mon pucelage tout refait,</div>
-<div class="verse i2">Ma mere en son mestier sçauante,</div>
-<div class="verse i2">Me mit vne autresfois en vente,</div>
-<div class="verse i2">Si bien qu’vn ieune tresorier,</div>
-<div class="verse i2">Fust le troisiesme aduenturier</div>
-<div class="verse i2">Qui fit boüillir nostre marmite :</div>
-<div class="verse i2">I’apris autresfois d’vn Hermite</div>
-<div class="verse i2">Tenu pour vn sçauant parleur,</div>
-<div class="verse i2">Qu’on peut desrober vn voleur,</div>
-<div class="verse i2">Sans se charger la conscience,</div>
-<div class="verse i2">Dieu m’a donné ceste science.</div>
-<div class="verse i2">Cest homme aussi riche que lait,</div>
-<div class="verse i2">Me fist espouser son valet,</div>
-<div class="verse i2">Vn homme qui se nommoit Blaise.</div>
-<div class="verse i2">Ie ne fus onc tant à mon aise</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p179">-179-</span>Qu’à l’heure que ce gros manant</div>
-<div class="verse i2">Alloit les restes butinant,</div>
-<div class="verse i2">Non pas seullement de son maistre,</div>
-<div class="verse i2">Mais du cheualier &amp; du prestre.</div>
-<div class="verse i2">De ce costé i’eus mille frans,</div>
-<div class="verse i2">Et i’auois ià depuis deux ans</div>
-<div class="verse i2">Auec ma petite pratique,</div>
-<div class="verse i2">Gaigné de quoy leuer boutique</div>
-<div class="verse i2">De tauernier à Mont-lhery</div>
-<div class="verse i2">Où naquist mon pauure mary,</div>
-<div class="verse i2">Helas ! que c’estoit vn bon homme,</div>
-<div class="verse i2">Il auoit esté iusqu’à Rome,</div>
-<div class="verse i2">Il chantoit comme vn rossignol,</div>
-<div class="verse i2">Il sçauoit parler Espagnol</div>
-<div class="verse i2">Il ne receuoit point d’escornes</div>
-<div class="verse i2">Car il ne porta pas les cornes,</div>
-<div class="verse i2">Depuis qu’auecques luy ie fus.</div>
-<div class="verse i2">Il auoit les membres touffus,</div>
-<div class="verse i2">Le poil est vn signe de force,</div>
-<div class="verse i2">Et ce signe a beaucoup d’amorce,</div>
-<div class="verse i2">Parmy les femmes du mestier.</div>
-<div class="verse i2">Il estoit bon arbalestrier,</div>
-<div class="verse i2">Sa cuisse estoit de belle marge,</div>
-<div class="verse i2">Il auoit l’espaule bien large,</div>
-<div class="verse i2">Il estoit ferme de roignons,</div>
-<div class="verse i2">Non comme ces petits mignons,</div>
-<div class="verse i2">Qui font de la saincte nitouche,</div>
-<div class="verse i2">Aussi tost que leur doigt vous touche,</div>
-<div class="verse i2">Ils n’osent pousser qu’à demy,</div>
-<div class="verse i2">Celuy-là poussoit en amy,</div>
-<div class="verse i2">Et n’auoit ny muscle ny veine</div>
-<div class="verse i2">Qu’il ne poussast sans perdre haleine :</div>
-<div class="verse i2">Mais tant &amp; tant il a poussé,</div>
-<div class="verse i2">Qu’en poussant il est trespassé.</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p180">-180-</span>Soudain que son corps fust en terre,</div>
-<div class="verse i2">L’enfant amour me fist la guerre,</div>
-<div class="verse i2">De façon que pour mon amant,</div>
-<div class="verse i2">Ie prins vn bateleur Normant,</div>
-<div class="verse i2">Lequel me donna la verolle,</div>
-<div class="verse i2">Puis luy pretay sur sa parole,</div>
-<div class="verse i2">Auant que ie cogneusse rien</div>
-<div class="verse i2">A son mal, presque tout mon bien.</div>
-<div class="verse i2">Maintenant nul de moy n’a cure,</div>
-<div class="verse i2">Ie fleschy aux loix de nature,</div>
-<div class="verse i2">Ie suis aussi seiche qu’vn os,</div>
-<div class="verse i2">Ie ferois peur aux huguenos</div>
-<div class="verse i2">En me voyant ainsi ridee,</div>
-<div class="verse i2">Sans dents &amp; la gorge bridee,</div>
-<div class="verse i2">S’ils ne mettoient nos visions</div>
-<div class="verse i2">Au rang de leurs derisions.</div>
-<div class="verse i2">Ie suis vendeuse de chandelle</div>
-<div class="verse i2">Il ne s’en voit point de fidelle,</div>
-<div class="verse i2">En leur estat, comme ie suis,</div>
-<div class="verse i2">Ie cognois bien ce que ie puis,</div>
-<div class="verse i2">Ie ne puis aimer la ieunesse</div>
-<div class="verse i2">Qui veut auoir trop de finesse,</div>
-<div class="verse i2">Car les plus fines de la Cour</div>
-<div class="verse i2">Ne me cachent point leur amour.</div>
-<div class="verse i2">Telle va souuant à l’Eglise</div>
-<div class="verse i2">De qui ie cognois la feintise,</div>
-<div class="verse i2">Telle qui veut son fait nier</div>
-<div class="verse i2">Dit que c’est pour communier,</div>
-<div class="verse i2">Mais la chose m’est indiquee,</div>
-<div class="verse i2">C’est pour estre communiquee</div>
-<div class="verse i2">A ses amys par mon moyen,</div>
-<div class="verse i2">Comme Heleine fust au Troyen.</div>
-<div class="verse i2">Quand la vieille sans nulle honte,</div>
-<div class="verse i2">M’eust acheué son petit conte,</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p181">-181-</span>Vn Commissaire illec passa,</div>
-<div class="verse i2">Vn sergent la porte poussa,</div>
-<div class="verse i2">Sans attendre la chambriere</div>
-<div class="verse i2">Ie sortis par l’huis de derriere,</div>
-<div class="verse i2">Et m’en allay chez le voisin</div>
-<div class="verse i2">Moitié figue &amp; moitié raisin,</div>
-<div class="verse i2">N’ayant ny tristesse ny ioye</div>
-<div class="verse i2">De n’auoir point trouué la proye.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl2.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p182">-182-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b10.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l1c38" title="Epitaphe de Regnier"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Epitaphe de Regnier.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">I’ay vescu sans nul pensement,</div>
-<div class="verse i2">Me laissant aller doucement</div>
-<div class="verse i2">A la bonne loy naturelle,</div>
-<div class="verse i2" id="p182v4">Et ne sçaurois dire pourquoy</div>
-<div class="verse i2">La mort daigna penser à moy,</div>
-<div class="verse i2">Qui n’ay daigné penser en elle.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl7.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p183">-183-</span></p>
-
-<h2 class="nobreak">ŒVVRES POSTHVMES</h2>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p185">-185-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b17.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c1" title="Dialogue. Cloris &amp; Phylis"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Dialogue.</span></p>
-
-<p class="c">Cloris &amp; Phylis.</p>
-
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Phylis œil de mon cœur &amp; moitié de moy mesme,</div>
-<div class="verse">Mon amour, qui te rend le visage si blesme ?</div>
-<div class="verse">Quels sanglots, quels souspirs, quelles nouuelles pleurs,</div>
-<div class="verse">Noyent de tes beautez les graces &amp; les fleurs ?</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ma douleur est si grande &amp; si grand mon martyre</div>
-<div class="verse">Qu’il ne se peut Cloris, ny comprendre ny dire.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ces maintiens égarez, ces pensers esperdus,</div>
-<div class="verse">Ces regrets &amp; ces cris par ces bois espandus :</div>
-<div class="verse">Ces regards languissans en leurs flammes discrettes,</div>
-<div class="verse">Me sont de ton Amour les parolles secrettes.</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="p186">-186-</span></p>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hà Dieu qu’vn diuers mal diuersement me point !</div>
-<div class="verse">I’ayme ! hélas non, Cloris, non non, ie n’ayme point.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La honte ainsi dément ce que l’Amour decelle,</div>
-<div class="verse">La flamme de ton cœur par tes yeux étincelle :</div>
-<div class="verse">Et ton silence mesme en ce profond malheur,</div>
-<div class="verse">N’est que trop eloquent à dire ta douleur :</div>
-<div class="verse">Tout parle en ton visage, &amp; te voulant contraindre,</div>
-<div class="verse">L’Amour vient malgré toy sur ta léure à se plaindre :</div>
-<div class="verse">Pourquoy veux-tu Phylis, aymant comme tu fais,</div>
-<div class="verse">Que l’Amour se demente en ses propres effets ?</div>
-<div class="verse">Ne sçay-tu que ces pleurs, que ces douces œillades,</div>
-<div class="verse">Ces yeux qui se mourant font les autres malades,</div>
-<div class="verse">Sont theatres du cœur où l’Amour vient iouër</div>
-<div class="verse">Les pensers que la bouche a honte d’auouër ?</div>
-<div class="verse">N’en fay doncq’ point la fine &amp; vainement ne cache</div>
-<div class="verse">Ce qu’il faut malgré toy que tout le monde sçache,</div>
-<div class="verse">Puis que le feu d’Amour dont tu veux triompher,</div>
-<div class="verse">Se monstre d’autant plus qu’on le pense estouffer.</div>
-<div class="verse">L’Amour est vn enfant nud, sans fard &amp; sans crainte,</div>
-<div class="verse">Qui se plaist qu’on le voye &amp; qui fuit la contrainte :</div>
-<div class="verse" id="p186v21">Force doncq tout respect, &amp; ma fillete croy</div>
-<div class="verse">Qu’vn chacun est suiet à l’Amour comme toy.</div>
-<div class="verse">En ieunesse i’aymé, ta mere fit de mesme :</div>
-<div class="verse">Lycandre aima Lisis, &amp; Felisque Philesme :</div>
-<div class="verse">Et si l’aage esteignit leur vie &amp; leurs souspirs,</div>
-<div class="verse">Par ces plaines encor’ on en sent les Zephirs ;</div>
-<div class="verse">Ces fleuues sont encor’ tout enflez de leurs larmes,</div>
-<div class="verse">Et ces prez tout rauis de tant d’amoureux charmes,</div>
-<div class="verse">Encor voit-on l’Echo redire leurs chansons,</div>
-<div class="verse">Et leurs noms sur ces bois grauez en cent façons.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p187">-187-</span>Mesmes que penses-tu Hermione la belle</div>
-<div class="verse">Qui semble contre Amour si fiere &amp; si cruelle,</div>
-<div class="verse">Me dit tout franchement en plorant l’autre iour,</div>
-<div class="verse">Qu’elle estoit sans amant mais non pas sans Amour :</div>
-<div class="verse">Telle encor qu’on me voit i’aime de telle sorte,</div>
-<div class="verse">Que l’effet en est vif si la cause en est morte,</div>
-<div class="verse" id="p187v7">Es cendres d’Amyante Amour nourrit ce feu</div>
-<div class="verse">Que iamais par mes pleurs estaindre ie n’ay peu :</div>
-<div class="verse" id="p187v9">Mais comme d’vn seul trait fut nostre ame entamée,</div>
-<div class="verse">Par sa mort mon amour n’en est moins enflammée.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hà n’en dy dauantage &amp; de grace ne rends</div>
-<div class="verse">Mes maux plus douloureux ny mes ennuys plus grands.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">D’où te vient le regret dont ton ame est saisie,</div>
-<div class="verse">Est ce infidélité, mépris ou ialousie ?</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ce n’est ny l’vn ny l’autre, &amp; mon mal rigoureux</div>
-<div class="verse">Excede doublement le tourment amoureux.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais ne peut-on sçauoir le mal qui te possede ?</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A quoy seruiroit-il puis qu’il est sans remede ?</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Volontiers les ennuis s’alegent aux discours.</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="p188">-188-</span></p>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Las ! ie ne veux aux miens ny pitié ny secours.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La douleur que lon cache est la plus inhumaine.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui meurt en se taisant semble mourir sans peine.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Peut-estre la disant te pourray-ie guarir.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tout remede est fascheux alors qu’on veut mourir.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au moins auant ta mort dy où le mal te touche.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le secret de mon cœur ne va point en ma bouche.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" id="p188v8">Avec toy mourront donc tes ennuis rigoureux.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mon cœur est vn sepulchre honorable pour eux.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie voy bien en tes yeux quelle est ta maladie.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Si tu la voy, pourquoy veux-tu que ie la die ?</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="p189">-189-</span></p>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Si ie ne me deçoy ce mal te vient d’aimer.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Cloris, d’vn double feu ie me sens consommer.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La douleur malgré-toy la langue te desnouë.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais faut-il à ma honte helas que ie l’aduouë ?</div>
-<div class="verse">Et que ie die vn mal pour qui iusques icy,</div>
-<div class="verse">I’eus la bouche fermée &amp; le cœur si transi,</div>
-<div class="verse">Qu’estouffant mes souspirs, aux bois, aux prez, aux pleines,</div>
-<div class="verse">Ie ne peux, &amp; n’osé discourir de mes peines ?</div>
-<div class="verse">Auray-ie assez d’audace à dire ma langueur ?</div>
-<div class="verse">Ha perdons le respect où i’ay perdu le cœur.</div>
-<div class="verse">I’aime, i’aime, Cloris, &amp; cét enfant d’Eryce</div>
-<div class="verse">Qui croit que c’est pour moy trop peu que d’vn suplice,</div>
-<div class="verse">De deux traits qu’il tira des yeux de deux amans,</div>
-<div class="verse">Cause en moy ces douleurs &amp; ces gemissemens :</div>
-<div class="verse">Chose encore inouye &amp; toutesfois non fainte,</div>
-<div class="verse">Et dont iamais Bergere à ces bois ne s’est plainte.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Seroit-il bien possible ?</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">A mon dam tu le vois.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comment qu’on puisse aimer deux hommes à la fois ?</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="p190">-190-</span></p>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mon malheur en cecy n’est que trop veritable :</div>
-<div class="verse">Mais las ! il est bien grand puis qu’il n’est pas croyable.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui sont ces deux Bergers dont ton cœur est époint ?</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Aminte, &amp; Philemon, ne les cognoy-tu point ?</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ceux qui furent blessez lors que tu fus rauie.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ouy ces deux, dont ie tiens &amp; l’honneur &amp; la vie.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">I’en sçay tout le discours, mais dy moy seulement</div>
-<div class="verse">Comme amour par leurs yeux charma ton iugement.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Amour tout despité de n’auoir point de flesche</div>
-<div class="verse">Assez forte pour faire en mon cœur vne bresche,</div>
-<div class="verse">Voulant qu’il ne fust rien dont il ne fust vainqueur,</div>
-<div class="verse">Fit par les coups d’autruy cette plaie en mon cœur,</div>
-<div class="verse">Quand ces Bergers naurés, sans vigueur &amp; sans armes,</div>
-<div class="verse">Tout moites de leur sang, comme moy de mes larmes,</div>
-<div class="verse">Prés du Satyre mort &amp; de moy que l’ennuy</div>
-<div class="verse">Rendoit en apparence aussi morte que luy,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p191">-191-</span>Firent voir à mes yeux d’vne piteuse sorte</div>
-<div class="verse">Qu’autant que leur amour leur valeur estoit forte.</div>
-<div class="verse">Ce traistre tout couuert de sang &amp; de pitié,</div>
-<div class="verse">Entra dedans mon cœur, sous couleur d’amitié,</div>
-<div class="verse">Et n’y fut pas plustost que morte, froide, &amp; blesme,</div>
-<div class="verse">Ie cessé tout en pleurs d’estre plus à moy-mesme,</div>
-<div class="verse">I’oublié pere &amp; mere, &amp; troupeaux, &amp; maison,</div>
-<div class="verse">Mille nouueaux desirs saisirent ma raison :</div>
-<div class="verse">I’erré deçà delà, furieuse insensee,</div>
-<div class="verse">De pensers, en pensers, s’esgara ma pensee,</div>
-<div class="verse">Et comme la fureur estoit plus douce en moy,</div>
-<div class="verse">Reformant mes façons, ie leur donnois la loy,</div>
-<div class="verse">I’accommodois ma grace, agençois mon visage,</div>
-<div class="verse">Vn ialoux soin de plaire excitoit mon courage :</div>
-<div class="verse">I’allois plus retenuë &amp; composois mes pas,</div>
-<div class="verse">I’apprenois à mes yeux à former des appas,</div>
-<div class="verse">Ie voulois sembler belle, &amp; m’efforçois à faire</div>
-<div class="verse">Vn visage qui peust également leur plaire,</div>
-<div class="verse">Et lors qu’ils me voyoient par hasard tant soit peu,</div>
-<div class="verse">Ie frissonnois de peur, craignant qu’ils eussent veu</div>
-<div class="verse">Tant i’estois en amour innocemment coupable,</div>
-<div class="verse">Quelque façon en moy qui ne fust agreable.</div>
-<div class="verse">Ainsi tousiours en trance en ce nouueau soucy</div>
-<div class="verse">Ie disois à par-moy, las mon Dieu qu’est-cecy !</div>
-<div class="verse">Quel soin qui de mon cœur s’estant rendu le maistre,</div>
-<div class="verse">Fait que ie ne suis plus ce que ie soulois estre :</div>
-<div class="verse">D’où vient que iour &amp; nuict ie n’ay point de repos ?</div>
-<div class="verse">Que mes souspirs ardens trauersent mes propos,</div>
-<div class="verse">Que loin de la raison tout conseil ie reiette,</div>
-<div class="verse">Que ie sois sans suiet aux larmes si suiette !</div>
-<div class="verse">Ha ! sotte respondoy-ie apres en me tançant,</div>
-<div class="verse">Non ce n’est que pitié que ton ame ressant</div>
-<div class="verse">De ces Bergers blessez, te fasche-tu cruelle,</div>
-<div class="verse">Aux doux ressentimens d’vn acte si fidelle ?</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p192">-192-</span>Serois-tu pas ingrate en faisant autrement ?</div>
-<div class="verse">Ainsi ie me flattois en ce faux iugement,</div>
-<div class="verse">Estimant en ma peine aueugle &amp; langoureuse,</div>
-<div class="verse">Estre bien pitoyable, &amp; non pas amoureuse.</div>
-<div class="verse">Mais las ! en peu de temps ie cogneu mon erreur,</div>
-<div class="verse">Tardiue cognoissance à si prompte fureur !</div>
-<div class="verse">I’apperceu, mais trop tard, mon amour vehemente,</div>
-<div class="verse">Les cognoissant amans, ie me cogneus amante,</div>
-<div class="verse">Aux rayons de leur feu qui luit si clairement,</div>
-<div class="verse">Helas ! ie vy leur flame &amp; mon embrasement,</div>
-<div class="verse">Qui croissant par le temps s’augmenta d’heure en heure,</div>
-<div class="verse">Et croistra, s’ay-ie peur iusqu’à tant que ie meure.</div>
-<div class="verse">Depuis de mes deux yeux le sommeil se bannit,</div>
-<div class="verse">La douleur de mon cœur mon visage fannit,</div>
-<div class="verse">Du Soleil à regret la lumiere m’esclaire,</div>
-<div class="verse">Et rien que ces Bergers au cœur ne me peut plaire.</div>
-<div class="verse">Mes flesches &amp; mon arc me viennent à mespris,</div>
-<div class="verse">Vn choc continuël fait guerre à mes esprits,</div>
-<div class="verse">Ie suis du tout en proye à ma peine enragee,</div>
-<div class="verse">Et pour moy comme moy toute chose est changee :</div>
-<div class="verse">Nos champs ne sont plus beaux, ces prés ne sont plus verts,</div>
-<div class="verse">Ces arbres ne sont plus de feuillages couuerts,</div>
-<div class="verse">Ces ruisseaux sont troublez des larmes que ie verse,</div>
-<div class="verse">Ces fleurs n’ont plus d’émail en leur couleur diuerse,</div>
-<div class="verse">Leurs attraits si plaisans sont changez en horreur,</div>
-<div class="verse">Et tous ces lieux maudits n’inspirent que fureur.</div>
-<div class="verse">Icy comme autresfois, ces pâtiz ne fleurissent,</div>
-<div class="verse">Comme moy de mon mal mes troupeaux s’amaigrissent,</div>
-<div class="verse">Et mon chien m’abayant semble me reprocher,</div>
-<div class="verse">Que i’aye ore à mespris ce qui me fut si cher :</div>
-<div class="verse">Tout m’est à contre-cœur horsmis leur souuenance :</div>
-<div class="verse">Hélas ! ie ne vy point sinon lors que i’y pense,</div>
-<div class="verse">Ou lors que ie les vois, &amp; que viuante en eux,</div>
-<div class="verse">Ie puize dans leurs yeux vn venin amoureux.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p193">-193-</span>Amour qui pour mon mal me rend ingenieuse,</div>
-<div class="verse">Donnant tréue à ma peine ingrate &amp; furieuse,</div>
-<div class="verse">Les voyant me permet l’vsage de raison,</div>
-<div class="verse">Afin que ie m’efforce apres leur guarison,</div>
-<div class="verse">Me fait penser leurs maux, mais las ! en vain i’essaye</div>
-<div class="verse">Par vn mesme appareil pouuoir guarir ma playe :</div>
-<div class="verse">Ie sonde de leurs coups l’estrange profondeur,</div>
-<div class="verse">Et ne m’estonne point pour en voir la grandeur :</div>
-<div class="verse">I’estuue de mes pleurs leurs blesseures sanglantes,</div>
-<div class="verse">Helas à mon malheur blesseures trop blessantes !</div>
-<div class="verse">Puisque vous me tuez, &amp; que mourant par vous,</div>
-<div class="verse">Ie souffre en vos douleurs, &amp; languis en vos coups.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bruslent ils comme toy d’amour demesuree ?</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie ne sçay, toutesfois, i’en pense estre asseuree.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’amour se persuade assez legerement.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais ce que lon desire on le croit aisément.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le bon amour pourtant n’est point sans desfiance.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie te diray sur quoy i’ay fondé ma croyance :</div>
-<div class="verse i1">Vn iour comme il aduint qu’Aminte estant blecé,</div>
-<div class="verse">Et qu’estant de sa playe &amp; d’amour oppressé,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p194">-194-</span>Ne pouvant clorre l’œil esueillé du martyre,</div>
-<div class="verse">Se plaignoit en plorant d’vn mal qu’il n’osoit dire :</div>
-<div class="verse">Mon cœur qui du passé le voyant, se souuint,</div>
-<div class="verse">A ce piteux obiect toute pitié deuint,</div>
-<div class="verse" id="p194v5">Et ne pouuant souffrir de si dures alarmes,</div>
-<div class="verse">S’ouurit à la douleur, &amp; mes deux yeux aux larmes.</div>
-<div class="verse">En fin comme ma voix ondoyante à grans flots,</div>
-<div class="verse">Eust trouué le passage entre mille sanglots,</div>
-<div class="verse">Me forçant en l’accez du tourment qui me gréue,</div>
-<div class="verse">I’obtins de mes douleurs à mes pleurs quelque tréue,</div>
-<div class="verse">Ie me mis à chanter, &amp; le voyant gemir,</div>
-<div class="verse">En chantant i’inuitois ses beaux yeux à dormir :</div>
-<div class="verse">Quand luy tout languissant tournant vers moy sa teste,</div>
-<div class="verse">Qui sembloit vn beau lys battu de la tempeste,</div>
-<div class="verse">Me lançant vn regard qui le cœur me fendit,</div>
-<div class="verse">D’vne voix rauque &amp; casse ainsi me respondit :</div>
-<div class="verse i1">Phylis comment veux-tu qu’absent de toy ie viue,</div>
-<div class="verse">Ou bien qu’en te voyant, mon ame ta captiue,</div>
-<div class="verse">Trouue pour endormir son tourment furieux,</div>
-<div class="verse">Vne nuit de repos au iour de tes beaux yeux ?</div>
-<div class="verse">Alors toute surprise en si prompte nouuelle,</div>
-<div class="verse">Ie m’enfuy de vergongne où Filemon m’appelle,</div>
-<div class="verse">Qui nauré comme luy de pareils accidens,</div>
-<div class="verse">Languissoit en ces maux trop vifs &amp; trop ardans.</div>
-<div class="verse">Moy qu’vn deuoir esgal à mesme soing inuite,</div>
-<div class="verse">Ie m’approche de luy, ses playes ie visite,</div>
-<div class="verse">Mais las en m’apprestant à ce piteux dessein,</div>
-<div class="verse">Son beau sang qui s’esmeut iallit dessus mon sein ;</div>
-<div class="verse">Tombant esuanouy toutes ses playes s’ouurent,</div>
-<div class="verse">Et ses yeux comme morts de nuages se couurent.</div>
-<div class="verse i1">Comme auecque mes pleurs ie l’eus fait reuenir,</div>
-<div class="verse">Et me voyant sanglante en mes bras le tenir,</div>
-<div class="verse">Me dit, Belle Phylis, si l’amour n’est vn crime,</div>
-<div class="verse">Ne mesprisez le sang qu’espand cette victime.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p195">-195-</span>On dit qu’estant touché de mortelle langueur</div>
-<div class="verse">Tout le sang se resserre &amp; se retire au cœur,</div>
-<div class="verse">Las ! vous estes mon cœur, où pendant que i’expire,</div>
-<div class="verse">Mon sang bruslé d’amour, s’vnit &amp; se retire.</div>
-<div class="verse">Ainsi de leurs desseins ie ne puis plus douter,</div>
-<div class="verse">Et lors moy que l’amour oncques ne sceut dompter,</div>
-<div class="verse">Ie me sentis vaincuë, &amp; glisser en mon ame,</div>
-<div class="verse">De ces propos si chauds &amp; si bruslans de flame,</div>
-<div class="verse">Vn rayon amoureux qui m’enflamma si bien,</div>
-<div class="verse">Que tous mes froids dédains n’y seruirent de rien.</div>
-<div class="verse">Lors ie m’en cours de honte où la fureur m’emporte,</div>
-<div class="verse">N’ayant que la pensée &amp; l’amour pour escorte,</div>
-<div class="verse">Et suis comme la Biche à qui l’on a percé</div>
-<div class="verse">Le flanc mortellement d’vn garrot trauersé,</div>
-<div class="verse">Qui fuit dans les forests, &amp; tousiours auec elle</div>
-<div class="verse">Porte sans nul espoir sa blesseure mortelle :</div>
-<div class="verse">Las ! ie vais tout de mesme, &amp; ne m’apperçoy pas,</div>
-<div class="verse">O malheur ! qu’auec moy, ie porte mon trespas,</div>
-<div class="verse">Ie porte le tyran qui de poison m’enyure,</div>
-<div class="verse">Et qui sans me tuer en ma mort me fait viure,</div>
-<div class="verse">Heureuse sans languir si long temps aux abois,</div>
-<div class="verse" id="p195v22">I’en pouuois eschaper pour mourir vne fois.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Si d’vne mesme ardeur leur ame est enflammée,</div>
-<div class="verse">Te plains-tu d’aimer bien &amp; d’estre bien aimée ?</div>
-<div class="verse">Tu les peux voir tous deux, &amp; les fauoriser.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vn cœur se pourroit-il en deux parts diuiser ?</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">CLORIS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pourquoy non ! c’est erreur de la simplesse humaine.</div>
-<div class="verse">La foy n’est plus aux cœurs qu’vne Chimere vaine,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p196">-196-</span>Tu dois sans t’arrester à la fidelité,</div>
-<div class="verse">Te seruir des amans comme des fleurs d’Esté,</div>
-<div class="verse">Qui ne plaisent aux yeux qu’estant toutes nouuelles :</div>
-<div class="verse">Nous auons de nature au sein doubles mammelles,</div>
-<div class="verse">Deux oreilles, deux yeux, &amp; diuers sentimens,</div>
-<div class="verse">Pourquoy ne pourrions-nous auoir diuers amans ?</div>
-<div class="verse">Combien en cognoissai-ie à qui tout est de mise ?</div>
-<div class="verse">Qui changent plus souuent d’amans que de chemise ;</div>
-<div class="verse">La grace, la beauté, la ieunesse &amp; l’amour,</div>
-<div class="verse">Pour les femmes ne sont qu’vn empire d’vn iour :</div>
-<div class="verse">Encor que d’vn matin (car à qui bien y pense)</div>
-<div class="verse">Le midy n’est que soin, le soir que repentance ;</div>
-<div class="verse">Puis donc qu’amour te fait d’amans prouision,</div>
-<div class="verse">Vses de ta ieunesse, &amp; de l’occasion,</div>
-<div class="verse">Toutes deux comme vn trait de qui lon perd la trace,</div>
-<div class="verse">S’enuolent, ne laissant qu’vn regret en leur place :</div>
-<div class="verse">Mais si ce proceder encore t’est nouueau,</div>
-<div class="verse">Choisi lequel des deux te semble le plus beau.</div>
-</div>
-
-<p class="ind10 small">PHYLIS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ce remede ne peut à mon mal satisfaire,</div>
-<div class="verse">Puis nature &amp; l’amour me deffend de le faire,</div>
-<div class="verse">En vn choix si douteux s’esgare mon desir,</div>
-<div class="verse">Ils sont tous deux si beaux qu’on n’y peut que choisir,</div>
-<div class="verse">Comment beaux, ha ! Nature admirable en ouurages,</div>
-<div class="verse">Ne fist iamais deux yeux, ny deux si beaux visages !</div>
-<div class="verse">Vn doux aspect qui semble aux amours conuier ;</div>
-<div class="verse">L’vn n’a rien qu’en beauté l’autre puisse enuier,</div>
-<div class="verse">L’vn est brun, l’autre blond &amp; son poil qui se dore,</div>
-<div class="verse">En filets blondissans, est semblable à l’Aurore,</div>
-<div class="verse">Quand toute écheuelée, à nos yeux sousriant,</div>
-<div class="verse">Elle émaille de fleurs les portes d’Oriant :</div>
-<div class="verse">Ce taint blanc &amp; vermeil où l’amour rit aux graces,</div>
-<div class="verse">Cét œil qui fond des cœurs les rigueurs &amp; les glaces,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p197">-197-</span>Qui foudroye en regards, éblouyt la raison,</div>
-<div class="verse">Et tuë en Basilic d’amoureuse poison ;</div>
-<div class="verse">Cette bouche si belle &amp; si pleine de charmes,</div>
-<div class="verse">Où l’amour prend le miel dont il trempe ses armes,</div>
-<div class="verse">Ces beaux traits de discours si doux &amp; si puissans,</div>
-<div class="verse">Dont amour par l’oreille assuietit mes sens,</div>
-<div class="verse">A ma foible raison font telle violence,</div>
-<div class="verse">Qu’ils tiennent mes desirs en égale balance :</div>
-<div class="verse">Car si de l’vn des deux ie me veux departir,</div>
-<div class="verse">Le Ciel non plus que moy ne le peut consentir :</div>
-<div class="verse">L’autre pour estre brun aux yeux n’a moins de flammes,</div>
-<div class="verse">Il seme en regardant du soufre dans les ames,</div>
-<div class="verse">Donne aux cœurs aueuglez la lumiere &amp; le iour,</div>
-<div class="verse">Ils semblent deux Soleils en la Sphere d’amour :</div>
-<div class="verse">Car si l’vn est pareil à l’Aurore vermeille,</div>
-<div class="verse">L’autre en son taint plus brun a la grace pareille</div>
-<div class="verse">A l’Astre de Venus qui doucement reluit,</div>
-<div class="verse">Quand le Soleil tombant dans les ondes s’enfuit :</div>
-<div class="verse">Sa taille haute &amp; droite &amp; d’vn iuste corsage,</div>
-<div class="verse">Semble vn pin qui s’esleue au milieu d’vn bocage ;</div>
-<div class="verse">Sa bouche est de corail, où lon voit au dedans,</div>
-<div class="verse">Entre vn plaisant sousris les perles de ses dents,</div>
-<div class="verse">Qui respirent vn air embaumé d’vne haleine</div>
-<div class="verse">Plus douce que l’œillet ny que la mariolaine,</div>
-<div class="verse">D’vn brun meslé de sang son visage se paint,</div>
-<div class="verse">Il a le iour aux yeux &amp; la nuit en son taint :</div>
-<div class="verse">Où l’amour flamboyant entre mille estincelles,</div>
-<div class="verse">Semble vn amas brillant des estoiles plus belles,</div>
-<div class="verse">Quand vne nuit seraine avec ses bruns flambeaux,</div>
-<div class="verse">Rend le Soleil ialoux en ses iours les plus beaux,</div>
-<div class="verse">Son poil noir &amp; retors en gros floccons ondoye,</div>
-<div class="verse">Et crespelu ressemble vne toison de soye :</div>
-<div class="verse">C’est en fin comme l’autre vn miracle des Cieux :</div>
-<div class="verse">Mon ame pour les voir vient toute dans mes yeux,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p198">-198-</span>Et rauie en l’obiet de leurs beautés extrémes,</div>
-<div class="verse" id="p198v2">Se retrouuant en eux, se perd toute en soy-mesmes.</div>
-<div class="verse">Las ainsi ie ne sçay que dire ou que penser,</div>
-<div class="verse">De les aimer tous deux n’est-ce les offencer ?</div>
-<div class="verse">Laisser l’vn, prendre l’autre, ô Dieux est-il possible !</div>
-<div class="verse">Ce seroit les aimant vn crime irremissible ;</div>
-<div class="verse">Ils sont tous deux égaux de merite, &amp; de foy ;</div>
-<div class="verse">Las je n’aime rien qu’eux, ils n’aiment rien que moy ;</div>
-<div class="verse">Tous deux pour me sauuer hazarderent la vie,</div>
-<div class="verse">Ils ont mesme dessein, mesme amour, mesme enuie.</div>
-<div class="verse">De quelles passions me sentay-ie émouuoir !</div>
-<div class="verse">L’amour, l’honneur, la foy, la pitié, le deuoir,</div>
-<div class="verse">De diuers sentimens également me troublent,</div>
-<div class="verse">Et me pensant aider mes angoisses redoublent :</div>
-<div class="verse">Car si pour essayer à mes maux quelque paix,</div>
-<div class="verse">Parfois oubliant l’vn, en l’autre ie me plais,</div>
-<div class="verse">L’autre tout en colere à mes yeux se presente,</div>
-<div class="verse">Et me monstrant ses coups, sa chemise sanglante,</div>
-<div class="verse">Son amour, sa douleur, sa foy, son amitié,</div>
-<div class="verse">Mon cœur se fend d’amour &amp; s’ouure à la pitié.</div>
-<div class="verse">Las ainsi combatuë en ceste estrange guerre,</div>
-<div class="verse">Il n’est grace pour moy au Ciel ny sur la terre,</div>
-<div class="verse">Contre ce double effort debile est ma vertu,</div>
-<div class="verse">De deux vents opposez mon cœur est combatu,</div>
-<div class="verse">Et reste ma pauure ame entre deux estouffée,</div>
-<div class="verse">Miserable despouille &amp; funeste trophée.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl3.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p199">-199-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b6.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c2" title="Satyre. N’auoir crainte de rien"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">N’avoir crainte de rien, &amp; ne rien espérer,</div>
-<div class="verse">Amy, c’est ce qui peut les hommes bien-heurer ;</div>
-<div class="verse">I’ayme les gens hardis, dont l’ame non commune,</div>
-<div class="verse">Morgant les accidens, fait teste à la fortune,</div>
-<div class="verse">Et voyant le soleil de flamme reluisant,</div>
-<div class="verse">La nuit au manteau noir les Astres conduisant,</div>
-<div class="verse">La Lune se masquant de formes differentes,</div>
-<div class="verse">Faire naître les mois en ses courses errantes,</div>
-<div class="verse">Et les Cieux se mouvoir par ressorts discordans,</div>
-<div class="verse">Les vns chauds tempérez, &amp; les autres ardens,</div>
-<div class="verse">Qui ne s’emouvant point, de rien n’ont l’ame attainte,</div>
-<div class="verse">Et n’ont en les voyant, esperance ni crainte.</div>
-<div class="verse">Mesme si pesle mesle avec les Elemens,</div>
-<div class="verse">Le Ciel d’airain tomboit iusques aux fondemens,</div>
-<div class="verse">Et que tout se froissast d’vne étrange tempeste,</div>
-<div class="verse">Les esclats sans frayeur leur frapperoyent la teste,</div>
-<div class="verse">Combien moins les assauts de quelque passion</div>
-<div class="verse">Dont le bien &amp; le mal n’est qu’vne opinion ?</div>
-<div class="verse i1">Ni les honneurs perdus, ni la richesse acquise,</div>
-<div class="verse">N’auront sur son esprit, ni puissance, ni prise.</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p200">-200-</span>Dy moy, qu’est-ce qu’on doit plus cherement aymer</div>
-<div class="verse">De tout ce que nous donne ou la Terre ou la Mer ?</div>
-<div class="verse">Ou ces grans Diamans, si brillans à la veuë,</div>
-<div class="verse">Dont la France se voit à mon gré trop pourveuë,</div>
-<div class="verse">Ou ces honneurs cuisans, que la faveur depart</div>
-<div class="verse">Souvent moins par raison, que non pas par hazard,</div>
-<div class="verse">Ou toutes ces grandeurs apres qui l’on abbaye,</div>
-<div class="verse">Qui font qu’vn President dans les procés s’égaye.</div>
-<div class="verse">De quel œil, trouble, ou clair, dy-moy, les doit-on voir,</div>
-<div class="verse">Et de quel appetit au cœur les recevoir ?</div>
-<div class="verse i1">Ie trouue, quant à moy, bien peu de difference</div>
-<div class="verse">Entre la froide peur, &amp; la chaude espérance,</div>
-<div class="verse">D’autant que mesme doute également assaut</div>
-<div class="verse">Nostre esprit qui ne sçait au vray ce qu’il luy faut.</div>
-<div class="verse i1">Car estant la Fortune en ses fins incertaine,</div>
-<div class="verse">L’accident non prévû nous donne de la peine ;</div>
-<div class="verse">Le bien inesperé nous saisit tellement,</div>
-<div class="verse">Qu’il nous gele le sang, l’ame &amp; le jugement,</div>
-<div class="verse">Nous fait fremir le cœur, nous tire de nous-mesmes ;</div>
-<div class="verse">Ainsi diversement saisis des deux extremes,</div>
-<div class="verse">Quand le succés du bien au desir n’est égal,</div>
-<div class="verse">Nous nous sentons troublez du bien comme du mal,</div>
-<div class="verse">Et trouvant mesme effet en vn sujet contraire,</div>
-<div class="verse">Le bien fait dedans nous ce que le mal peut faire.</div>
-<div class="verse i1">Or donc, que gagne-t-on de rire, ou de pleurer ?</div>
-<div class="verse">Craindre confusement, bien, ou mal esperer ?</div>
-<div class="verse">Puisque mesme le bien excedant notre attente,</div>
-<div class="verse">Nous saisissant le cœur, nous trouble, &amp; nous tourmente,</div>
-<div class="verse">Et nous desobligeant nous mesme en ce bon-heur,</div>
-<div class="verse">La ioie &amp; le plaisir nous tient lieu de douleur.</div>
-<div class="verse">Selon son roolle, on doit iouër son personnage,</div>
-<div class="verse">Le bon sera méchant, insensé l’homme sage,</div>
-<div class="verse">Et le prudent sera de raison devestu,</div>
-<div class="verse">S’il se monstre trop chaud à suivre la vertu ;</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p201">-201-</span>Combien plus celuy-la dont l’ardeur non commune</div>
-<div class="verse">Eléve ses desseins jusqu’au Ciel de la Lune,</div>
-<div class="verse">Et se privant l’esprit de ses plus doux plaisirs,</div>
-<div class="verse">A plus qu’il ne se doit, laisse aller ses desirs ?</div>
-<div class="verse i1">Va donc, &amp; d’vn cœur sain voyant le Pont-au-change,</div>
-<div class="verse">Desire l’or brillant sous mainte pierre étrange ;</div>
-<div class="verse">Ces gros lingots d’argent, qu’à grans coups de marteaux,</div>
-<div class="verse">L’art forme en cent façons de plats, &amp; de vaisseaux ;</div>
-<div class="verse">Et deuant que le iour aux gardes se découvre,</div>
-<div class="verse">Va, d’vn pas diligent, à l’Arcenac, au Louvre ;</div>
-<div class="verse">Talonne vn President, suy-le comme vn valet,</div>
-<div class="verse">Mesme, s’il est besoin, estrille son mulet,</div>
-<div class="verse">Suy jusques au Conseil les Maistres des Requestes,</div>
-<div class="verse">Ne t’enquiers curieux s’ils sont hommes ou bestes,</div>
-<div class="verse">Et les distingues bien, les vns ont le pouvoir</div>
-<div class="verse">De iuger finement vn proces sans le voir ;</div>
-<div class="verse">Les autres comme Dieux pres le soleil résident,</div>
-<div class="verse">Et Demons de Plutus, aux finances president,</div>
-<div class="verse">Car leurs seules faveurs peuuent, en moins d’vn an,</div>
-<div class="verse">Te faire devenir Chalange, ou Montauban.</div>
-<div class="verse">Ie veux encore plus, démembrant ta Province,</div>
-<div class="verse">Ie veux, de partisan que tu deviennes Prince.</div>
-<div class="verse">Tu seras des Badauts en passant adoré,</div>
-<div class="verse">Et sera iusqu’au cuir ton carosse doré ;</div>
-<div class="verse">Chacun en ta faveur mettra son espérance,</div>
-<div class="verse">Mille valets sous toy desoleront la France,</div>
-<div class="verse">Tes logis tapissés en magnifique arroy,</div>
-<div class="verse">D’éclat aveugleront ceux-la mesmes du Roy.</div>
-<div class="verse">Mais si faut-il, enfin, que tout vienne à son conte,</div>
-<div class="verse">Et soit auec l’honneur, ou soit auec la honte,</div>
-<div class="verse">Il faut, perdant le jour, esprit, sens, &amp; vigueur,</div>
-<div class="verse">Mourir comme Enguerand, ou comme Iacques Cœur,</div>
-<div class="verse">Et descendre la-bas, où, sans choix de personnes,</div>
-<div class="verse">Les escuelles de bois s’égalent aux Couronnes.</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p202">-202-</span>En courtisant pourquoy perdrois-ie tout mon temps,</div>
-<div class="verse">Si de bien &amp; d’honneur mes esprits sont contens ?</div>
-<div class="verse">Pourquoy d’ame &amp; de corps, faut-il que ie me peine,</div>
-<div class="verse">Et qu’estant hors du sens, aussi bien que d’haleine,</div>
-<div class="verse">Ie suiue vn financier, soir, matin, froid, &amp; chaud,</div>
-<div class="verse">Si i’ay du bien pour viure autant comme il m’en faut ?</div>
-<div class="verse">Qui n’a point de procés, au Palais n’a que faire,</div>
-<div class="verse">Vn President pour moy n’est non plus qu’vn notaire,</div>
-<div class="verse">Ie fais autant d’état du long comme du court,</div>
-<div class="verse">Et mets en la Vertu ma faveur, &amp; ma Court.</div>
-<div class="verse">Voilà le vray chemin, franc de crainte &amp; d’envie,</div>
-<div class="verse">Qui doucement nous meine à cette heureuse vie,</div>
-<div class="verse">Que parmy les rochers &amp; les bois desertez,</div>
-<div class="verse">Ieusne, veille, oraison, &amp; tant d’austeritez,</div>
-<div class="verse">Les Hermites iadis, ayant l’Esprit pour guide,</div>
-<div class="verse">Chercherent si longtemps dedans la Thebaïde.</div>
-<div class="verse">Adorant la Vertu, de cœur, d’ame, &amp; de foy,</div>
-<div class="verse">Sans la chercher si loin, chacun l’a dedans soy,</div>
-<div class="verse">Et peut, comme il luy plaist, luy donner la teinture,</div>
-<div class="verse">Artisan de sa bonne ou mauvaise aventure.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl9.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p203">-203-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b3.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c3" title=" -- Perclus d’vne jambe &amp; des bras"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Satyre.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Perclus d’vne jambe, &amp; des bras,</div>
-<div class="verse i2">Tout de mon long entre deux dras,</div>
-<div class="verse i2">Il ne me reste que la langue</div>
-<div class="verse i2">Pour vous faire cette harangue.</div>
-<div class="verse i2">Vous sçavés que i’ay pension,</div>
-<div class="verse i2">Et que l’on a pretention,</div>
-<div class="verse i2">Soit par sotise, ou par malice,</div>
-<div class="verse i2">Embarrassant le Benefice,</div>
-<div class="verse i2">Me rendre, en me torchant le bec,</div>
-<div class="verse i2">Le ventre creux comme vn rebec.</div>
-<div class="verse i2">On m’en baille en discours de belles,</div>
-<div class="verse i2">Mais de l’argent point de nouvelles ;</div>
-<div class="verse i2">Encore au lieu de payement,</div>
-<div class="verse i2">On parle d’vn retranchement,</div>
-<div class="verse i2">Me faisant au nez grise mine,</div>
-<div class="verse i2">Que l’Abbaye est en ruine,</div>
-<div class="verse i2">Et ne vaut pas, beaucoup s’en faut,</div>
-<div class="verse i2">Les deux mille francs qu’il me faut ;</div>
-<div class="verse i2">Si bien que ie juge, à son dire,</div>
-<div class="verse i2">Malgré le feu Roy nostre Sire,</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p204">-204-</span>Qu’il desireroit volontiers</div>
-<div class="verse i2">Lâchement me reduire au tiers.</div>
-<div class="verse i2">Ie laisse à part ce facheux conte ;</div>
-<div class="verse i2">Au Primtemps que la bile monte</div>
-<div class="verse i2">Par les veines dans le cerveau,</div>
-<div class="verse i2">Et que l’on sent au renouveau,</div>
-<div class="verse i2">Son Esprit fécond en sornettes,</div>
-<div class="verse i2">Il fait mauvais se prendre aux Poëtes ;</div>
-<div class="verse i2">Toutesfois, ie suis de ces Gens</div>
-<div class="verse i2">De toutes choses négligens,</div>
-<div class="verse i2">Qui vivant au iour la iournée,</div>
-<div class="verse i2">Ne contrôllent leur destinée,</div>
-<div class="verse i2">Oubliant, pour se mettre en paix,</div>
-<div class="verse i2">Les injures &amp; les bien-faits,</div>
-<div class="verse i2">Et s’arment de Philosophie ;</div>
-<div class="verse i2">Il est pourtant fou qui s’y fie ;</div>
-<div class="verse i2">Car la Dame indignation</div>
-<div class="verse i2">Est vne forte passion.</div>
-<div class="verse i2">Estant donc en mon lit malade,</div>
-<div class="verse i2">Les yeux creux, &amp; la bouche fade,</div>
-<div class="verse i2">Le teint iaune comme vn espy,</div>
-<div class="verse i2">Et non pas l’esprit assoupy,</div>
-<div class="verse i2">Qui dans ses caprices s’égaye,</div>
-<div class="verse i2">Et souvent se donne la baye,</div>
-<div class="verse i2">Se feignant, pour passer le temps,</div>
-<div class="verse i2">Avoir cent mille escus contans,</div>
-<div class="verse i2">Avec cela large campagne ;</div>
-<div class="verse i2">Ie fais des chasteaux en Espagne,</div>
-<div class="verse i2">I’entreprens partis sur partis,</div>
-<div class="verse i2">Toutesfois, je vous avertis,</div>
-<div class="verse i2">Pour le Sel, que ie m’en deporte,</div>
-<div class="verse i2">Que ie n’en suis en nulle sorte,</div>
-<div class="verse i2">Non plus que du droit Annuël,</div>
-<div class="verse i2">Ie n’ayme point le Casuël,</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p205">-205-</span>I’ay bien vn avis d’autre estoffe,</div>
-<div class="verse i2">Dont du Luat le Philosophe,</div>
-<div class="verse i2">Désigne rendre au Consulat</div>
-<div class="verse i2">Le nez fait comme vn cervelat :</div>
-<div class="verse i2">Si le Conseil ne s’y oppose,</div>
-<div class="verse i2">Vous verrez vne belle chose.</div>
-<div class="verse i2">Mais laissant-là tous ces proiets,</div>
-<div class="verse i2">Ie ne manque d’autres suiets,</div>
-<div class="verse i2">Pour entretenir mon caprice</div>
-<div class="verse i2">En vn fantastique exercice ;</div>
-<div class="verse i2">Ie discours des neiges d’antan,</div>
-<div class="verse i2">Ie prens au nid le vent d’autan,</div>
-<div class="verse i2">Ie pete contre le Tonnerre,</div>
-<div class="verse i2">Aux papillons ie fais la guerre,</div>
-<div class="verse i2">Ie compose Almanachs nouveaux,</div>
-<div class="verse i2">De rien ie fais brides à Veaux,</div>
-<div class="verse i2">A la S. Iean ie tends aux Gruës,</div>
-<div class="verse i2">Ie plante des pois par les ruës,</div>
-<div class="verse i2">D’vn baston ie fais vn cheval,</div>
-<div class="verse i2">Ie voy courir la Seine à val,</div>
-<div class="verse i2">Et beaucoup de choses, beau sire,</div>
-<div class="verse i2">Que ie ne veux, &amp; n’ose dire.</div>
-<div class="verse i2">Apres cela, ie peinds en l’air,</div>
-<div class="verse i2">I’apprens aux asnes à voler,</div>
-<div class="verse i2">Du Bordel ie fais la Chronique,</div>
-<div class="verse i2">Aux chiens j’apprens la Rhetorique ;</div>
-<div class="verse i2">Car, enfin, ou Plutarque ment,</div>
-<div class="verse i2">Ou bien ils ont du iugement.</div>
-<div class="verse i2">Ce n’est pas tout, ie dis sornettes,</div>
-<div class="verse i2">Ie dégoise des Chansonnettes,</div>
-<div class="verse i2">Et vous dis, qu’auec grand effort,</div>
-<div class="verse i2">La Nature pâtit tres-fort.</div>
-<div class="verse i2">Ie suis si plein que ie regorge,</div>
-<div class="verse i2">Si vne fois ie rens ma gorge,</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p206">-206-</span>Eclatant ainsi qu’vn petard,</div>
-<div class="verse i2">On dira, le Diable y ayt part.</div>
-<div class="verse i2">Voila comme le temps ie passe,</div>
-<div class="verse i2">Si ie suis las, ie me délasse,</div>
-<div class="verse i2">I’écris, ie lis, ie mange &amp; boy,</div>
-<div class="verse i2">Plus heureux cent fois que le Roy,</div>
-<div class="verse i2">(Ie ne dis pas le Roy de France,)</div>
-<div class="verse i2">Si ie n’estois court de finance.</div>
-<div class="verse i2">Or, pour finir, voila comment</div>
-<div class="verse i2">Ie m’entretiens bisarrement,</div>
-<div class="verse i2">Et prenez-moy les plus extremes</div>
-<div class="verse i2">En sagesse, ils vivent de mesmes,</div>
-<div class="verse i2">N’estant l’humain entendement</div>
-<div class="verse i2">Qu’vne grotesque seulement.</div>
-<div class="verse i2">Vuidant des bouteilles cassées,</div>
-<div class="verse i2">Ie m’embarasse en mes pensées,</div>
-<div class="verse i2">Et quand i’y suis bien embrouïllé,</div>
-<div class="verse i2">Ie me couvre d’vn sac mouïllé.</div>
-<div class="verse i2">Faute de papier, <i>bona sere</i>,</div>
-<div class="verse i2">Qui a de l’argent, si le serre.</div>
-<div class="verse i2">Votre Serviteur à iamais,</div>
-<div class="verse i2">Maistre Ianin du Pontalais.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl10.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p207">-207-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b10.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c4" title="Elegie. L’homme s’oppose en vain"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Elegie.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’homme s’oppose en vain contre la destinée,</div>
-<div class="verse">Tel a domté sur mer la tempeste obstinée,</div>
-<div class="verse">Qui deceu dans le port, esprouue en vn instant</div>
-<div class="verse">Des accidens humains le reuers inconstant,</div>
-<div class="verse">Qui le jette au danger, lors que moins il y pense.</div>
-<div class="verse">Ores, à mes depens i’en fais l’experience,</div>
-<div class="verse">Moy, qui tremblant encor du naufrage passé,</div>
-<div class="verse">Du bris de mon navire au rivage amassé,</div>
-<div class="verse">Bâtissois vn autel aux Dieux legers des Ondes,</div>
-<div class="verse">Iurant mesme la mer, &amp; ses vagues profondes,</div>
-<div class="verse">Instruit à mes dépens, &amp; prudent au danger,</div>
-<div class="verse">Que je me garderois de croire de leger,</div>
-<div class="verse">Sçachant qu’injustement il se plaint de l’orage,</div>
-<div class="verse">Qui remontant sur mer fait vn second naufrage.</div>
-<div class="verse">Cependant ay-ie à peine essuyé mes cheveux,</div>
-<div class="verse">Et payé dans le port l’offrande de mes vœux,</div>
-<div class="verse">Que d’vn nouveau desir le courant me transporte,</div>
-<div class="verse">Et n’ay pour l’arrester la raison assez forte.</div>
-<div class="verse">Par vn destin secret mon cœur s’y voit contraint,</div>
-<div class="verse">Et par vn si doux nœud si doucement estreint,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p208">-208-</span>Que me trouvant espris d’vne ardeur si parfaite,</div>
-<div class="verse">Trop heureux en mon mal, ie benis ma defaite,</div>
-<div class="verse">Et me sens glorieux, en vn si beau tourment,</div>
-<div class="verse">De voir que ma grandeur serve si dignement ;</div>
-<div class="verse">Changement bien étrange en vne amour si belle !</div>
-<div class="verse">Moy, qui rangeois au joug la terre vniuerselle,</div>
-<div class="verse">Dont le nom glorieux aux Astres eslevé,</div>
-<div class="verse">Dans le cœur des mortels par vertu s’est gravé,</div>
-<div class="verse">Qui fis de ma valeur le hazard tributaire,</div>
-<div class="verse">A qui rien, fors l’Amour, ne put estre contraire,</div>
-<div class="verse">Qui commande par tout, indomptable en pouvoir,</div>
-<div class="verse">Qui sçay donner des loix, &amp; non les recevoir ;</div>
-<div class="verse">Ie me voy prisonnier aux fers d’vn ieune Maistre,</div>
-<div class="verse">Où ie languis esclave, &amp; fais gloire de l’estre,</div>
-<div class="verse">Et sont à le servir tous mes vœux obligez ;</div>
-<div class="verse">Mes palmes, mes lauriers en myrthes sont changez,</div>
-<div class="verse">Qui servant de trophée aux beautez que i’adore,</div>
-<div class="verse">Font en si beau suiet que ma perte m’honnore.</div>
-<div class="verse i1">Vous, qui dés le berceau de bon œil me voyez,</div>
-<div class="verse">Qui du troisiéme Ciel mes destins envoyez,</div>
-<div class="verse">Belle &amp; sainte planete, Astre de ma naissance,</div>
-<div class="verse">Mon bon-heur plus parfait, mon heureuse influënce,</div>
-<div class="verse">Dont la douceur preside aux douces passions,</div>
-<div class="verse">Venus, prenez pitié de mes affections,</div>
-<div class="verse">Soyez-moy favorable, &amp; faites à cette heure,</div>
-<div class="verse">Plustost que découvrir mon amour, que ie meure :</div>
-<div class="verse">Et que ma fin témoigne, en mon tourment secret,</div>
-<div class="verse">Qu’il ne vescut iamais vn amant si discret,</div>
-<div class="verse">Et qu’amoureux constant, en vn si beau martyre,</div>
-<div class="verse">Mon trépas seulement mon amour puisse dire.</div>
-<div class="verse i1">Ha ! que la passion me fait bien discourir !</div>
-<div class="verse">Non, non, vn mal qui plaist, ne fait jamais mourir.</div>
-<div class="verse">Dieux ! que puis-je donc faire au mal qui me tourmente !</div>
-<div class="verse">La patience est foible, &amp; l’amour violente,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p209">-209-</span>Et me voulant contraindre en si grande rigueur,</div>
-<div class="verse">Ma plainte se dérobbe, &amp; m’échappe du cœur,</div>
-<div class="verse">Semblable à cet enfant, que la Mere en colere,</div>
-<div class="verse">Apres vn châtiment veut forcer à se taire,</div>
-<div class="verse">Il s’efforce de crainte à ne point soupirer,</div>
-<div class="verse">A grand peine ose-t-il son haleine tirer ;</div>
-<div class="verse">Mais nonobstant l’effort, dolent en son courage,</div>
-<div class="verse">Les sanglots, à la fin, debouchent le passage,</div>
-<div class="verse">S’abandonnant aux cris, ses yeux fondent en pleurs,</div>
-<div class="verse">Et faut que son respect défere à ses douleurs.</div>
-<div class="verse">De mesme, ie m’efforce au tourment qui me tuë,</div>
-<div class="verse">En vain de le cacher mon respect s’evertuë,</div>
-<div class="verse">Mon mal, comme vn torrent, pour vn temps retenu,</div>
-<div class="verse">Renversant tout obstacle, est plus fier devenu.</div>
-<div class="verse i1">Or puis-que ma douleur n’a pouvoir de se taire,</div>
-<div class="verse">Et qu’il n’est ni desert, ni rocher solitaire,</div>
-<div class="verse">A qui de mon secret ie m’osasse fier,</div>
-<div class="verse">Et que jusqu’à ce point ie me dois oublier,</div>
-<div class="verse">Que de dire ma peine en mon cœur si contrainte,</div>
-<div class="verse">A vous seule, en pleurant, j’addresse ma complainte ;</div>
-<div class="verse">Aussi puis-que vostre œil m’a tout seul asservy,</div>
-<div class="verse">C’est raison que luy seul voye comme ie vy,</div>
-<div class="verse">Qu’il voye que ma peine est d’autant plus cruelle,</div>
-<div class="verse">Que seule en l’Vnivers, ie vous estime belle ;</div>
-<div class="verse">Et si de mes discours vous entrez en courroux,</div>
-<div class="verse">Songez qu’ils sont en moy, mais qu’ils naissent de vous,</div>
-<div class="verse">Et que ce seroit estre ingrate en vos defaites,</div>
-<div class="verse">Que de fermer les yeux aux playes que vous faites.</div>
-<div class="verse i1">Donc, Beauté plus qu’humaine, objet de mes plaisirs,</div>
-<div class="verse">Delices de mes yeux, &amp; de tous mes desirs,</div>
-<div class="verse">Qui regnez sur les cœurs d’vne contrainte aimable,</div>
-<div class="verse">Pardonnez à mon mal, hélas ! trop veritable,</div>
-<div class="verse">Et lisant dans mon cœur que valent vos attraits,</div>
-<div class="verse">Le pouvoir de vos yeux, la force de vos traits,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p210">-210-</span>La preuve de ma foy, l’aigreur de mon martyre,</div>
-<div class="verse">Pardonnez à mes cris de l’avoir osé dire,</div>
-<div class="verse">Ne vous offencez point de mes justes clameurs,</div>
-<div class="verse">Et si mourant d’amour, ie vous dis que ie meurs.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl3.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p211">-211-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b2.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c5" title="Vers spirituels. Stances. Quand sur moy"></h3>
-
-<p class="c">VERS SPIRITUELS.</p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Stances.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Quand sur moy je jette les yeux,</div>
-<div class="verse i2">A trente ans me voyant tout vieux,</div>
-<div class="verse i2">Mon cœur de frayeur diminuë,</div>
-<div class="verse i2">Estant vieilly dans vn moment,</div>
-<div class="verse i2">Ie ne puis dire seulement</div>
-<div class="verse i2">Que ma jeunesse est devenuë.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Du berceau courant au cercueil,</div>
-<div class="verse i2">Le jour se dérobe à mon œil,</div>
-<div class="verse i2">Mes sens troublez s’évanouissent,</div>
-<div class="verse i2">Les hommes sont comme des fleurs,</div>
-<div class="verse i2">Qui naissent &amp; vivent en pleurs,</div>
-<div class="verse i2">Et d’heure en heure se fanissent.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Leur âge à l’instant écoulé,</div>
-<div class="verse i2">Comme vn trait qui s’est envolé,</div>
-<div class="verse i2">Ne laisse apres soy nulle marque,</div>
-<div class="verse i2">Et leur nom si fameux icy,</div>
-<div class="verse i2">Si tost qu’ils sont morts, meurt aussi,</div>
-<div class="verse i2">Du pauvre autant que du Monarque.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza"><span class="pagenum" id="p212">-212-</span>N’agueres verd, sain, &amp; puissant,</div>
-<div class="verse i2">Comme vn Aubespin florissant,</div>
-<div class="verse i2">Mon printemps estoit délectable,</div>
-<div class="verse i2">Les plaisirs logeoient en mon sein,</div>
-<div class="verse i2">Et lors estoit tout mon dessein</div>
-<div class="verse i2">Du jeu d’amour, &amp; de la table.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Mais las ! mon sort est bien tourné ;</div>
-<div class="verse i2">Mon âge en vn rien s’est borné,</div>
-<div class="verse i2">Foible languit mon esperance,</div>
-<div class="verse i2">En vne nuit, à mon malheur,</div>
-<div class="verse i2">De la joye &amp; de la douleur</div>
-<div class="verse i2">I’ay bien appris la difference !</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">La douleur aux traits veneneux,</div>
-<div class="verse i2">Comme d’vn habit epineux</div>
-<div class="verse i2">Me ceint d’vne horrible torture,</div>
-<div class="verse i2">Mes beaux jours sont changés en nuits,</div>
-<div class="verse i2">Et mon cœur tout flestry d’ennuys,</div>
-<div class="verse i2">N’attend plus que la sepulture.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Enyvré de cent maux divers,</div>
-<div class="verse i2">Ie chancelle, &amp; vay de travers,</div>
-<div class="verse i2">Tant mon ame en regorge pleine,</div>
-<div class="verse i2">I’en ay l’esprit tout hebêté,</div>
-<div class="verse i2">Et si peu qui m’en est resté,</div>
-<div class="verse i2">Encor me fait-il de la peine.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">La memoire du temps passé,</div>
-<div class="verse i2">Que j’ay folement depencé,</div>
-<div class="verse i2">Espand du fiel en mes vlceres ;</div>
-<div class="verse i2">Si peu que j’ay de jugement,</div>
-<div class="verse i2">Semble animer mon sentiment,</div>
-<div class="verse i2">Me rendant plus vif aux miseres.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza"><span class="pagenum" id="p213">-213-</span>Ha ! pitoyable souvenir !</div>
-<div class="verse i2">Enfin, que dois-je devenir !</div>
-<div class="verse i2">Où se reduira ma confiance !</div>
-<div class="verse i2">Estant ja defailly de cœur,</div>
-<div class="verse i2">Qui me donra de la vigueur,</div>
-<div class="verse i2">Pour durer en la penitence ?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Qu’est-ce de moy ? foible est ma main,</div>
-<div class="verse i2">Mon courage, hélas ! est humain,</div>
-<div class="verse i2">Ie ne suis de fer ni de pierre ;</div>
-<div class="verse i2">En mes maux monstre-toy plus doux,</div>
-<div class="verse i2">Seigneur, aux traits de ton courroux,</div>
-<div class="verse i2">Ie suis plus fragile que verre.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ie ne suis à tes yeux, sinon</div>
-<div class="verse i2">Qu’vn festu sans force, &amp; sans nom,</div>
-<div class="verse i2">Qu’vn hibou qui n’ose paroistre,</div>
-<div class="verse i2">Qu’vn fantosme icy bas errant,</div>
-<div class="verse i2">Qu’vne orde escume de torrent,</div>
-<div class="verse i2">Qui semble fondre avant que naistre.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Où toy, tu peux faire trembler</div>
-<div class="verse i2">L’Vnivers, &amp; desassembler</div>
-<div class="verse i2">Du Firmament le riche ouvrage,</div>
-<div class="verse i2">Tarir les Flots audacieux,</div>
-<div class="verse i2">Ou, les élevant jusqu’aux Cieux,</div>
-<div class="verse i2">Faire de la Terre vn naufrage.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Le Soleil fléchit devant toy,</div>
-<div class="verse i2">De toy les Astres prennent loy,</div>
-<div class="verse i2">Tout fait joug dessous ta parole :</div>
-<div class="verse i2">Et cependant, tu vas dardant</div>
-<div class="verse i2">Dessus moy ton courroux ardent,</div>
-<div class="verse i2">Qui ne suis qu’vn bourrier qui vole.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza"><span class="pagenum" id="p214">-214-</span>Mais quoy ! si ie suis imparfait,</div>
-<div class="verse i2">Pour me defaire m’as-tu fait ?</div>
-<div class="verse i2">Ne sois aux pecheurs si severe ;</div>
-<div class="verse i2">Ie suis homme, &amp; toy Dieu Clement,</div>
-<div class="verse i2">Sois donc plus doux au châtiment,</div>
-<div class="verse i2">Et punis les tiens comme Pere.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">I’ay l’œil seellé d’vn seau de fer,</div>
-<div class="verse i2">Et déja les portes d’Enfer</div>
-<div class="verse i2">Semblent s’entrouvrir pour me prendre ;</div>
-<div class="verse i2">Mais encore, par ta bonté,</div>
-<div class="verse i2">Si tu m’as osté la santé,</div>
-<div class="verse i2">O Seigneur ? tu me la peux rendre.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Le tronc de branches devestu</div>
-<div class="verse i2">Par vne secrette vertu</div>
-<div class="verse i2">Se rendant fertile en sa perte,</div>
-<div class="verse i2">De rejettons espere vn jour</div>
-<div class="verse i2">Ombrager les lieux d’alentour,</div>
-<div class="verse i2">Reprenant sa perruque verte.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Où, l’homme en la fosse couché,</div>
-<div class="verse i2">Apres que la mort l’a touché,</div>
-<div class="verse i2">Le cœur est mort comme l’escorce ;</div>
-<div class="verse i2">Encor l’eau reverdit le bois,</div>
-<div class="verse i2">Mais l’homme estant mort vne fois,</div>
-<div class="verse i2">Les pleurs pour luy n’ont plus de force.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl2.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p215">-215-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b9.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c6" title="Sur la Natiuité de Nostre Seigneur"></h3>
-
-<p class="c small">SVR LA NATIVITÉ</p>
-
-<p class="c">DE NOSTRE SEIGNEVR,</p>
-
-<p class="c small">HYMNE.</p>
-
-<p class="c">Par le commandement du Roy Louis XIII. pour sa
-Musique de la Messe de minuit.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Pour le salut de l’Vnivers,</div>
-<div class="verse i2">Aujourd’huy les Cieux sont ouvers,</div>
-<div class="verse i2">Et par vne conduite immense,</div>
-<div class="verse i2">La grace descend dessus nous,</div>
-<div class="verse i2">Dieu change en pitié son courroux,</div>
-<div class="verse i2">Et sa Iustice en sa Clemence.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Le vray Fils de Dieu Tout-puissant,</div>
-<div class="verse i2">Au fils de l’homme s’vnissant,</div>
-<div class="verse i2">En vne charité profonde,</div>
-<div class="verse i2">Encor qu’il ne soit qu’vn Enfant,</div>
-<div class="verse i2">Victorieux &amp; triomphant,</div>
-<div class="verse i2">De fers affranchit tout le monde.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Dessous sa divine vertu,</div>
-<div class="verse i2">Le peché languit abbatu,</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p216">-216-</span>Et de ses mains à vaincre expertes,</div>
-<div class="verse i2">Etouffant le serpent trompeur,</div>
-<div class="verse i2">Il nous assure en nostre peur,</div>
-<div class="verse i2">Et nous donne gain de nos pertes.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ses oracles sont accomplis,</div>
-<div class="verse i2">Et ce que par tant de replis</div>
-<div class="verse i2">D’âge, promirent les Prophetes,</div>
-<div class="verse i2">Aujourd’huy se finit en luy,</div>
-<div class="verse i2">Qui vient consoler nostre ennuy,</div>
-<div class="verse i2">En ses promesses si parfaites.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Grand Roy, qui daignas en naissant,</div>
-<div class="verse i2">Sauver le Monde perissant,</div>
-<div class="verse i2">Comme Pere, &amp; non comme Iuge,</div>
-<div class="verse i2">De Grace comblant nostre Roy,</div>
-<div class="verse i2">Fay qu’il soit des meschans l’effroy,</div>
-<div class="verse i2">Et des bons l’assuré refuge.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Qu’ainsi qu’en Esté le Soleil,</div>
-<div class="verse i2">Il dissipe, aux rays de son œil,</div>
-<div class="verse i2">Toute vapeur, &amp; tout nuage,</div>
-<div class="verse i2">Et qu’au feu de ses actions,</div>
-<div class="verse i2">Se dissipant les factions,</div>
-<div class="verse i2">Il n’ayt rien qui luy fasse ombrage.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl4.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p217">-217-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b1.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c7" title="Sonnet I. O Dieu, si mes pechez"></h3>
-
-<p class="c">SONNETS.</p>
-
-
-<p class="c">I.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O Dieu, si mes pechez irritent ta fureur,</div>
-<div class="verse">Contrit, morne &amp; dolent, i’espere en ta clemence,</div>
-<div class="verse">Si mon duëil ne suffit à purger mon offence,</div>
-<div class="verse">Que ta grace y supplée, &amp; serve à mon erreur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mes esprits éperdus frissonnent de terreur,</div>
-<div class="verse">Et ne voyant salut que par la penitence,</div>
-<div class="verse">Mon cœur, comme mes yeux, s’ouvre à la repentance,</div>
-<div class="verse">Et me hay tellement, que ie m’en fais horreur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ie pleure le present, le passé ie regrette,</div>
-<div class="verse">Ie crains à l’avenir la faute que i’ay faite,</div>
-<div class="verse">Dans mes rebellions je lis ton jugement.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Seigneur, dont la bonté nos injures surpasse,</div>
-<div class="verse">Comme de Pere à fils vses-en doucement ;</div>
-<div class="verse">Si i’avois moins failly, moindre seroit ta grace.</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="p218">-218-</span></p>
-
-<h3 id="l2c8" title=" -- II. Quand devot vers le ciel"></h3>
-
-<p class="c">II.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Quand devot vers le Ciel j’ose lever les yeux,</div>
-<div class="verse">Mon cœur ravy s’emeut, &amp; confus s’emerveille,</div>
-<div class="verse">Comment, dis-ie à part-moy, cette œuvre nompareille</div>
-<div class="verse">Est-elle perceptible à l’esprit curieux ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Cet Astre ame du monde, œil vnique des Cieux,</div>
-<div class="verse">Qui travaille en repos, &amp; jamais ne sommeille</div>
-<div class="verse">Pere immense du jour, dont la clarté vermeille,</div>
-<div class="verse">Produit, nourrit, recrée, &amp; maintient ces bas lieux.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Comment t’eblouïs-tu d’vne flamme mortelle,</div>
-<div class="verse">Qui du soleil vivant n’est pas vne étincelle,</div>
-<div class="verse">Et qui n’est devant luy sinon qu’obscurité ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mais si de voir plus outre aux Mortels est loisible,</div>
-<div class="verse">Croy bien, tu comprendras mesme l’infinité,</div>
-<div class="verse">Et les yeux de la foy te la rendront visible.</div>
-</div>
-
-<h3 id="l2c9" title=" -- III. Cependant qu’en la croix"></h3>
-
-<p class="c">III.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Cependant qu’en la Croix plein d’amour infinie,</div>
-<div class="verse">Dieu pour nostre salut tant de maux supporta,</div>
-<div class="verse">Que par son juste sang nostre ame il racheta</div>
-<div class="verse">Des prisons où la mort la tenoit asservie,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Alteré du desir de nous rendre la vie,</div>
-<div class="verse">I’ay soif, dit-il aux Iuifs ; quelqu’vn lors apporta</div>
-<div class="verse">Du vinaigre, &amp; du fiel, &amp; le luy presenta ;</div>
-<div class="verse">Ce que voyant sa Mere en la sorte s’écrie :</div>
-
-<div class="verse i1 stanza"><span class="pagenum" id="p219">-219-</span>Quoy ! n’est-ce pas assez de donner le trepas</div>
-<div class="verse">A celuy qui nourrit les hommes icy bas,</div>
-<div class="verse">Sans frauder son desir, d’vn si piteux breuvage ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Venez, tirez mon sang de ces rouges canaux,</div>
-<div class="verse">Ou bien prenez ces pleurs qui noient mon visage,</div>
-<div class="verse">Vous serez moins cruels, &amp; i’auray moins de maux.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl1.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p220">-220-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b1.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c10" title="Commencement d’vn poëme sacré"></h3>
-
-<p class="c small">COMMENCEMENT D’VN POEME SACRÉ.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">I’ay le cœur tout ravy d’vne fureur nouvelle,</div>
-<div class="verse">Or’ qu’en vn S. ouvrage vn S. Démon m’appelle,</div>
-<div class="verse">Qui me donne l’audace &amp; me fait essayer</div>
-<div class="verse">Vn sujet qui n’a peû ma jeunesse effrayer.</div>
-<div class="verse i1">Toy, dont la providence en merveilles profonde,</div>
-<div class="verse">Planta dessus vn rien les fondemens du monde,</div>
-<div class="verse">Et baillant à chaque estre &amp; corps, &amp; mouvemens,</div>
-<div class="verse">Sans matiere donnas la forme aux Elemens ;</div>
-<div class="verse">Donne forme à ma Verve, inspire mon courage ;</div>
-<div class="verse">A ta gloire, ô Seigneur, i’entreprens cet ouvrage.</div>
-<div class="verse i1">Avant que le Soleil eust enfanté les Ans,</div>
-<div class="verse">Que tout n’estoit qu’vn rien, &amp; que mesme le temps</div>
-<div class="verse">Confus n’estoit distinct en trois diverses faces,</div>
-<div class="verse">Que les Cieux ne tournoyent vn chacun en leurs places,</div>
-<div class="verse">Mais seulement sans temps, sans mesure, &amp; sans lieu,</div>
-<div class="verse">Que seul parfait en soy regnoit l’Esprit de Dieu,</div>
-<div class="verse">Et que dans ce grand Vuide, en Majesté superbe,</div>
-<div class="verse">Estoit l’Estre de l’Estre en la vertu du Verbe ;</div>
-<div class="verse">Dieu qui forma dans soy de tout temps l’Vnivers,</div>
-<div class="verse">Parla ; quand à sa voix vn mélange divers…</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p221">-221-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b2.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c11" title="Epigramme. Vialard, plein d’hypocrisie"></h3>
-
-<p class="c small">EPIGRAMME.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Vialard, plein d’hypocrisie,</div>
-<div class="verse i2">Par sentences &amp; contredits,</div>
-<div class="verse i2">S’estoit mis dans la fantaisie</div>
-<div class="verse i2">D’avoir mon bien &amp; Paradis.</div>
-<div class="verse i2">Dieu se gard de chicanerie.</div>
-<div class="verse i2">Pour cela, je le sçay fort bien</div>
-<div class="verse i2">Qu’il n’aura ma chanoinerie :</div>
-<div class="verse i2">Pour Paradis ie n’en sçay rien.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl6.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p222">-222-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b11.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c12" title="Ode sur vne vieille maquerelle"></h3>
-
-<p class="c small">ODE SVR VNE VIEILLE MAQVERELLE.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Esprit errant, ame idolastre,</div>
-<div class="verse i2">Corps verolé couuert d’emplastre,</div>
-<div class="verse i2">Aueuglé d’vn lascif bandeau,</div>
-<div class="verse i2">Grande Nymphe à la harlequine,</div>
-<div class="verse i2">Qui s’est brisé toute l’eschine</div>
-<div class="verse i2">Dessus le paué du bordeau,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Dy-moy pourquoy, vieille maudite,</div>
-<div class="verse i2">Des Rufians la calamite,</div>
-<div class="verse i2">As-tu sitost quitté l’Enfer ?</div>
-<div class="verse i2">Vieille à nos maux si preparée,</div>
-<div class="verse i2">Tu nous rauis l’aage dorée,</div>
-<div class="verse i2">Nous ramenant celle de fer.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Retourne donc, ame sorciere,</div>
-<div class="verse i2">Des Enfers estre la portiere,</div>
-<div class="verse i2">Pars &amp; t’en va sans nul delay</div>
-<div class="verse i2">Suyure ta noire destinée,</div>
-<div class="verse i2">Te sauuant par la cheminée,</div>
-<div class="verse i2">Sur ton espaule vn vieil balay.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza"><span class="pagenum" id="p223">-223-</span>Ie veux que par tout on t’appelle</div>
-<div class="verse i2">Louue, chienne, ourse cruelle,</div>
-<div class="verse i2">Tant deçà que delà les monts,</div>
-<div class="verse i2">Ie veux de plus qu’on y adiouste :</div>
-<div class="verse i2">Voylà le grand Diable qui iouste</div>
-<div class="verse i2">Contre l’Enfer &amp; les Demons.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ie veux qu’on crie emmy la ruë,</div>
-<div class="verse i2">Peuple, gardez-vous de la gruë</div>
-<div class="verse i2">Qui destruit tous les esguillons,</div>
-<div class="verse i2">Demandant si c’est aduenture,</div>
-<div class="verse i2">Ou bien vn effect de nature</div>
-<div class="verse i2">Que d’accoucher des ardillons.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">De cent clous elle fut formée,</div>
-<div class="verse i2">Et puis pour en estre animée,</div>
-<div class="verse i2">On la frotta de vif-argent :</div>
-<div class="verse i2">Le fer fut premiere matiere,</div>
-<div class="verse i2">Mais meilleure en fut la derniere,</div>
-<div class="verse i2">Qui fist son cul si diligent.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Depuis honorant son lignage,</div>
-<div class="verse i2">Elle fit voir vn beau mesnage</div>
-<div class="verse i2">D’ordure &amp; d’impudicitez,</div>
-<div class="verse i2">Et puis par l’excez de ses flames,</div>
-<div class="verse i2">Elle a produit filles &amp; femmes</div>
-<div class="verse i2">Au champ de ses lubricitez.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">De moy tu n’auras paix ny tresue</div>
-<div class="verse i2">Que ie ne t’aye veuë en Greue,</div>
-<div class="verse i2">La peau passée en maroquin,</div>
-<div class="verse i2">Les os brisez, la chair meurtrie,</div>
-<div class="verse i2">Preste à porter à la voirie,</div>
-<div class="verse i2">Et mise au fond d’vn mannequin.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza"><span class="pagenum" id="p224">-224-</span>Tu merites bien dauantage,</div>
-<div class="verse i2">Serpent dont le maudit langage</div>
-<div class="verse i2">Nous perd vn autre paradis :</div>
-<div class="verse i2">Car tu changes le Diable en Ange,</div>
-<div class="verse i2">Nostre vie en la mort tu change</div>
-<div class="verse i2">Croyant cela que tu nous dis.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ha dieux ! que ie te verray souple,</div>
-<div class="verse i2">Lorsque le bourreau couple à couple</div>
-<div class="verse i2">Ensemble lira tes putains,</div>
-<div class="verse i2">Car alors tu diras au monde</div>
-<div class="verse i2">Que malheureux est qui se fonde</div>
-<div class="verse i2">Dessus l’espoir de ses desseins.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Vieille sans dens, grande halebarde,</div>
-<div class="verse i2">Vieil baril à mettre moustarde,</div>
-<div class="verse i2">Grand morion, vieux pot cassé,</div>
-<div class="verse i2">Plaque de lict, corne à lanterne,</div>
-<div class="verse i2">Manche de luth, corps de guiterne,</div>
-<div class="verse i2">Que n’es-tu desià <i lang="la" xml:lang="la">in pace</i>.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Vous tous qui malins de nature,</div>
-<div class="verse i2">En desirez voir la peinture,</div>
-<div class="verse i2">Allez-vous en chez le bourreau,</div>
-<div class="verse i2">Car s’il n’est touché d’inconstance,</div>
-<div class="verse i2">Il la faict voir à la potence,</div>
-<div class="verse i2">Ou dans la salle du bordeau.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl5.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p225">-225-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b13.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c13" title="Stances. Ma foy, ie fus bien de la feste"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Stances.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ma foy, ie fus bien de la feste</div>
-<div class="verse i2">Quand ie fis chez vous ce repas,</div>
-<div class="verse i2">Ie trouuay la poudre à la teste,</div>
-<div class="verse i2">Et le poyure vn bien peu plus bas.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Vous me monstrez vn Dieu propice,</div>
-<div class="verse i2">Portant vn arc &amp; vn brandon,</div>
-<div class="verse i2">Appelez-vous la chaude pisse</div>
-<div class="verse i2">Vne flesche de Cupidon ?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Mon cas, qui se leue &amp; se hausse,</div>
-<div class="verse i2">Baue d’vne estrange façon,</div>
-<div class="verse i2">Belle, vous fournistes la sausse</div>
-<div class="verse i2">Lors que ie fournis le poisson.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Las ! si ce membre eust l’arrogance</div>
-<div class="verse i2">De foüiller trop les lieux sacrez,</div>
-<div class="verse i2">Qu’on luy pardonne son offence,</div>
-<div class="verse i2">Car il pleure assez ses pechez.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p226">-226-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b2.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c14" title="Épigrammes"></h3>
-
-<p class="c">EPIGRAMMES.</p>
-
-
-<p class="c">I.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Amour est vne affection</div>
-<div class="verse i2">Qui par les yeux dans le cœur entre,</div>
-<div class="verse i2">Puis par vne defluction</div>
-<div class="verse i2">S’escoule par le bas du ventre.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c" id="l2c15">II.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Madelon n’est point difficile</div>
-<div class="verse i2">Comme vn tas de mignardes sont,</div>
-<div class="verse i2">Bourgeois &amp; gens sans domicile</div>
-<div class="verse i2">Sans beaucoup marchander luy font,</div>
-<div class="verse i2">Vn chacun qui veut la racoustre,</div>
-<div class="verse i2">Pour raison elle dit vn poinct,</div>
-<div class="verse i2">Qu’il faut estre putain tout outre,</div>
-<div class="verse i2">Ou bien du tout ne l’estre point.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c" id="l2c16">III.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Hier la langue me fourcha,</div>
-<div class="verse i2">Deuisant auec Anthoinette,</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p227">-227-</span>Ie dis f…, &amp; ceste finette</div>
-<div class="verse i2">Me fit la mine &amp; se fascha.</div>
-<div class="verse i2">Ie descheus de tout mon credit,</div>
-<div class="verse i2">Et vis à sa couleur vermeille,</div>
-<div class="verse i2">Qu’elle aimoit ce que i’auois dit,</div>
-<div class="verse i2">Mais en autre part qu’en l’oreille.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c" id="l2c17">IV.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Lors que i’estois comme inutile</div>
-<div class="verse i2">Au plus doux passe-temps d’Amour,</div>
-<div class="verse i2">I’auois vn mary si habile</div>
-<div class="verse i2">Qu’il me caressoit nuict &amp; iour.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ores celuy qui me commande</div>
-<div class="verse i2">Comme vn tronc gist dedans le lict,</div>
-<div class="verse i2">Et maintenant que ie suis grande,</div>
-<div class="verse i2">Il se repose iour &amp; nuict.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">L’vn fut trop vaillant en courage,</div>
-<div class="verse i2">Et l’autre est trop alangoury,</div>
-<div class="verse i2">Amour, rends-moy mon premier aage,</div>
-<div class="verse i2">Ou rends moy mon premier mary !</div>
-</div>
-
-
-<p class="c" id="l2c18">V.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Dans vn chemin vn pays trauersant</div>
-<div class="verse i1">Perrot tenoit sa Iannette accollée,</div>
-<div class="verse i1">Si que de loin aduisant vn passant,</div>
-<div class="verse i1">Il fut d’aduis de quitter la meslée,</div>
-<div class="verse i1">Pourquoy fais-tu, dict la garce affolée,</div>
-<div class="verse i1">Tresue du cu, ha ! dit-il, laisse moy,</div>
-<div class="verse i1">Ie voy quelqu’vn, c’est le chemin du Roy.</div>
-<div class="verse i1">Ma foy, Perrot, peu de cas te desbauche.</div>
-<div class="verse i1"><span class="pagenum" id="p228">-228-</span>Il n’est pas faict plustost comme ie croy,</div>
-<div class="verse i1">Pour vn pieton que pour vn qui cheuauche.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c" id="l2c19">VI.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Lizette à qui l’on faisoit tort,</div>
-<div class="verse i2">Vint à Robin toute esplorée,</div>
-<div class="verse i2">Ie te prie donne-moy la mort,</div>
-<div class="verse i2">Que tant de fois i’ay desirée.</div>
-<div class="verse i2">Luy, qui ne la refuse en rien,</div>
-<div class="verse i2">Tire son… vous m’entendez bien,</div>
-<div class="verse i2">Et au bout du ventre il la frappe.</div>
-<div class="verse i2">Elle qui veut finir ses iours,</div>
-<div class="verse i2">Luy dit, mon cœur, pousse tousiours,</div>
-<div class="verse i2">De crainte que ie n’en réchappe :</div>
-<div class="verse i2">Mais Robin, las de la seruir,</div>
-<div class="verse i2">Craignant vne nouuelle plainte,</div>
-<div class="verse i2">Luy dit, haste-toy de mourir,</div>
-<div class="verse i2">Car mon poignard n’a plus de pointe.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl4.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p229">-229-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b8.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c20" title="Stances. Si vostre [oe]il tout ardant"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Stances.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Si vostre œil tout ardant d’amour &amp; de lumiere,</div>
-<div class="verse">De mon cœur votre esclaue est la flamme premiere,</div>
-<div class="verse">Que comme vn Astre sainct ie reuere à genoux,</div>
-<div class="verse i3">Pourquoy ne m’aymez-vous ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Si vous que la beauté rend ores si superbe,</div>
-<div class="verse">Deuez comme vne fleur qui flestrit dessus l’herbe,</div>
-<div class="verse">Esprouuer des saisons l’outrage &amp; le courroux,</div>
-<div class="verse i3">Pourquoy ne m’aymez-vous ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Voulez-vous que vostre œil en amour si fertille,</div>
-<div class="verse">Vous soit de la nature vn present inutille ?</div>
-<div class="verse">Si l’Amour comme vn Dieu se communique à tous,</div>
-<div class="verse i3">Pourquoy ne m’aymez-vous ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Attendez-vous vn iour qu’vn regret vous saisisse ?</div>
-<div class="verse">C’est à trop d’interest imprimer vn supplice.</div>
-<div class="verse">Mais puis que nous viuons en vn aage si doux,</div>
-<div class="verse i3">Pourquoy ne m’aymez-vous ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza"><span class="pagenum" id="p230">-230-</span>Si vostre grand’ beauté toute beauté excelle,</div>
-<div class="verse">Le Ciel pour mon malheur ne vous fit point si belle :</div>
-<div class="verse">S’il semble en son dessein auoir pitié de nous,</div>
-<div class="verse i3">Pourquoy ne m’aymez-vous ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Si i’ay pour vous aymer ma raison offensée,</div>
-<div class="verse">Mortellement blessé d’vne flesche insensée,</div>
-<div class="verse">Sage en ce seul esgard que i’ay beny les coups,</div>
-<div class="verse i3">Pourquoy ne m’aymez-vous ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">La douleur m’estrangeant de toute compagnie,</div>
-<div class="verse">De mes iours malheureux a la clarté bannie,</div>
-<div class="verse">Et si en ce malheur pour vous ie me resous,</div>
-<div class="verse i3">Pourquoy ne m’aymez-vous ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Fasse le Ciel qu’en fin vous puissiez recognoistre</div>
-<div class="verse">Que mon mal a de vous son essence &amp; son estre :</div>
-<div class="verse">Mais Dieu puis qu’il est vray, yeux qui m’estes si doux,</div>
-<div class="verse i3">Pourquoy ne m’aymez-vous ?</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl8.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p231">-231-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b3.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c21" title="Complainte. Vous qui violentez"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Complainte.</span></p>
-
-<p class="c">Stances.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous qui violentez nos volontez subiectes,</div>
-<div class="verse">Oyez ce que ie dis, voyez ce que vous faictes :</div>
-<div class="verse">Plus vous la fermerez, plus ferme elle sera,</div>
-<div class="verse">Plus vous la forcerez, plus elle aura de force.</div>
-<div class="verse">Plus vous l’amortirez, plus elle aura d’amorce,</div>
-<div class="verse">Plus elle endurera, plus elle durera.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Cachez-la, serrez-la, tenez-la bien contrainte,</div>
-<div class="verse">L’atache de nos cœurs d’vne amoureuse estraincte</div>
-<div class="verse">Nous couple beaucoup plus que l’on ne nous desioinct ;</div>
-<div class="verse">Nos corps sont desunis, nos ames enlacees,</div>
-<div class="verse">Nos corps sont separez &amp; non point nos pensees :</div>
-<div class="verse">Nous sommes desunis, &amp; ne le sommes point.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Vous me faictes tirer profit de mon dommage,</div>
-<div class="verse">En croissant mon tourment vous croissez mon courage ;</div>
-<div class="verse">En me faisant du mal vous me faictes du bien,</div>
-<div class="verse">Vous me rendez content me rendant miserable,</div>
-<div class="verse">Sans vous estre obligé ie vous suis redeuable,</div>
-<div class="verse">Vous me faictes beaucoup &amp; ne me faictes rien.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza"><span class="pagenum" id="p232">-232-</span>Ce n’est pas le moyen de me pouuoir distraire,</div>
-<div class="verse">L’ennemy se rend fort voyant son aduersaire,</div>
-<div class="verse">Au fort de mon malheur ie me roidis plus fort.</div>
-<div class="verse">Ie mesure mes maux auecques ma constance :</div>
-<div class="verse">I’ay de la passion &amp; de la patience,</div>
-<div class="verse">Ie vis iusqu’à la mort, i’ayme iusqu’à la mort.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Bandez vous contre moi : que tout me soit contraire,</div>
-<div class="verse">Tous vos efforts sont vains, &amp; que pourrez-vous faire ?</div>
-<div class="verse">Ie sens moins de rigueur que ie n’ay de vigueur.</div>
-<div class="verse">Comme l’or se rafine au milieu de la flamme,</div>
-<div class="verse">Ie despite ce feu où i’espure mon ame,</div>
-<div class="verse">Et vay contre-carrant ma force &amp; ma langueur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Le Palmier genereux, d’vne constante gloire</div>
-<div class="verse">Tousiours s’opiniastre à gaigner la victoire,</div>
-<div class="verse">Qui ne se rend iamais à la mercy du poids,</div>
-<div class="verse">Le poids le faict plus fort &amp; l’effort le renforce,</div>
-<div class="verse">Et surchargeant sa charge on renforce sa force.</div>
-<div class="verse">Il esleue le faix en esleuant son bois.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Et le fer refrappé sous les mains résonnantes</div>
-<div class="verse">Deffie des marteaux les secousses battantes,</div>
-<div class="verse">Est battu, combattu &amp; non pas abbatu,</div>
-<div class="verse">Ne craint beaucoup le coup, se rend impenetrable,</div>
-<div class="verse">Se rend en endurant plus fort &amp; plus durable,</div>
-<div class="verse">Et les coups redoublez redoublent sa vertu,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Par le contraire vent en soufflantes bouffées</div>
-<div class="verse">Le feu va ratisant ses ardeurs estouffées :</div>
-<div class="verse">Il bruit au bruit du vent, souffle au soufflet venteux,</div>
-<div class="verse">Murmure, gronde, cracque à longues hallenees,</div>
-<div class="verse">Il tonne, estonne tout de flammes entonnees :</div>
-<div class="verse">Ce vent disputé bouffe &amp; bouffit despiteux.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza"><span class="pagenum" id="p233">-233-</span>Le faix, le coup, le vent, roidit, durcit, embraze</div>
-<div class="verse">L’arbre, le fer, le feu par antiperistase.</div>
-<div class="verse">On me charge, on me bat, on m’esuente souuent.</div>
-<div class="verse">Roidissant, durcissant &amp; bruslant en mon ame,</div>
-<div class="verse">Ie fais comme la palme &amp; le fer &amp; la flamme</div>
-<div class="verse">Qui despite le faix &amp; le coup &amp; le vent.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Le faix de mes trauaux esleue ma constance,</div>
-<div class="verse">Le coup de mes malheurs endurcit ma souffrance,</div>
-<div class="verse">Le vent de ma fortune attise mes desirs.</div>
-<div class="verse">Toy pour qui ie patis, subiect de mon attente,</div>
-<div class="verse">O ame de mon ame, sois contente &amp; constante,</div>
-<div class="verse">Et ioyeuse iouys de mes tristes plaisirs.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Nos deux corps sont à toy, ie ne suis plus que d’ombre,</div>
-<div class="verse">Nos ames sont à toy, ie ne sers que de nombre,</div>
-<div class="verse">Las, puis que tu es tout, &amp; que ie ne suis rien,</div>
-<div class="verse">Ie n’ay rien en t’ayant, ou i’ay tout au contraire.</div>
-<div class="verse">Auoir, &amp; rien, &amp; tout, comme se peut-il faire ?</div>
-<div class="verse">C’est que i’ay tous les maux, &amp; ie n’ay point de bien.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">I’ay vn ciel de desirs, vn monde de tristesse,</div>
-<div class="verse">Vn vniuers de maux, mille feux de détresse,</div>
-<div class="verse">I’ay vn ciel de sanglots &amp; vne mer de pleurs,</div>
-<div class="verse">I’ay mille iours d’enuis, mille iours de disgrace,</div>
-<div class="verse">Vn printemps d’esperance, &amp; vn hyuer de glace,</div>
-<div class="verse">De souspirs vn automne, vn esté de chaleurs.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Clair soleil de mes yeux, si ie n’ay ta lumiere,</div>
-<div class="verse">Vne aueugle nuee enuite ma paupiere,</div>
-<div class="verse">Vne pluie de pleurs decoule de mes yeux,</div>
-<div class="verse">Les clairs esclairs d’amour, les esclats de son foudre</div>
-<div class="verse">Entrefendent mes nuicts &amp; m’ecrasent en poudre :</div>
-<div class="verse">Quand i’entonne mes cris, lors i’estonne les Cieux.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza"><span class="pagenum" id="p234">-234-</span>Vous qui lisez ces vers larmoyez tous mes larmes,</div>
-<div class="verse">Souspirez mes souspirs vous qui lisiez mes Carmes,</div>
-<div class="verse">Car vos pleurs &amp; mes pleurs amortiront mes feux,</div>
-<div class="verse">Vos souspirs, mes souspirs animeront ma flame,</div>
-<div class="verse">Le feu s’estaint de l’eau &amp; le soufle l’enflamme.</div>
-<div class="verse">Pleurez doncques tousiours &amp; ne souspirez plus.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Tout moite, tout venteux, ie pleure, ie souspire</div>
-<div class="verse">Pour esteignant mon feu, amortir le martyre,</div>
-<div class="verse">Mais l’humeur est trop loing, &amp; le soufle trop pres.</div>
-<div class="verse">Le feu s’esteint soudain, soudain il se renflamme.</div>
-<div class="verse">Si les eaux de mes pleurs amortissent ma flamme,</div>
-<div class="verse">Les vents de mes desirs la ratisent apres.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">La froide Sallamandre au chaud antipatique,</div>
-<div class="verse">Met parmy le brasier sa froideur en pratique,</div>
-<div class="verse">Et la bruslante ardeur n’y nuict que point ou peu ;</div>
-<div class="verse">Ie dure dans le feu comme la Sallamandre,</div>
-<div class="verse">Le chaud ne la consomme, il ne me met en cendre,</div>
-<div class="verse">Elle ne craint la flamme, &amp; ie ne crains le feu.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mais elle est sans le mal, &amp; moy sans le remede,</div>
-<div class="verse">Moi extremement chaud, elle extremement froide,</div>
-<div class="verse">Si ie porte mon feu, elle porte son glas,</div>
-<div class="verse">Loing ou pres de la flamme, elle ne craint la flamme,</div>
-<div class="verse">Ou pres ou loing du feu, i’ay du feu dans mon ame,</div>
-<div class="verse">Elle amortit son feu, &amp; ie ne l’esteins pas.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Belle ame de mon corps, bel esprit de mon ame,</div>
-<div class="verse">Flamme de mon esprit &amp; chaleur de ma flamme,</div>
-<div class="verse">I’enuie tous les vifs, i’enuie tous les morts,</div>
-<div class="verse">Ma vie, si tu veux, ne peut estre rauie,</div>
-<div class="verse">Veu que ta vie est plus la vie de ma vie</div>
-<div class="verse">Que ma vie n’est pas la vie de mon corps.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza"><span class="pagenum" id="p235">-235-</span>Ie vis par &amp; pour toy ainsi que pour moy mesme,</div>
-<div class="verse">Tu vis par &amp; pour moy ainsi que pour toy mesme :</div>
-<div class="verse">Nous n’auons qu’vne vie &amp; n’auons qu’vn trespas.</div>
-<div class="verse">Ie ne veux pas ta mort, ie desire la mienne,</div>
-<div class="verse">Mais ma mort est ta mort, &amp; ma vie est la tienne,</div>
-<div class="verse">Aussi ie veux mourir &amp; ie ne le veux pas.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl10.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p236">-236-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b12.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c22" title="Stances pour la belle Cloris"></h3>
-
-<p class="c"><span class="sc">Stances povr la belle Cloris.</span></p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Si le bien qui m’importune</div>
-<div class="verse i2">Peut changer ma condition,</div>
-<div class="verse i2">Le changement de ma fortune</div>
-<div class="verse i2">Ne finit pas ma passion.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Mon amour est trop legitime,</div>
-<div class="verse i2">Pour se rendre à ce changement,</div>
-<div class="verse i2">Et vous quitter seroit vn crime</div>
-<div class="verse i2">Digne d’vn cruel chastiment.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Vous avez dessus moy, madame,</div>
-<div class="verse i2">Vn pouuoir approuué du temps,</div>
-<div class="verse i2">Car les vœux que i’ay dans mon ame</div>
-<div class="verse i2">Seruent d’exemple aux plus contents.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Quelque force dont on essaye</div>
-<div class="verse i2">D’assubiettir ma volonté,</div>
-<div class="verse i2">Ie beniray tousiours la playe</div>
-<div class="verse i2">Que ie sens par vostre beauté.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza"><span class="pagenum" id="p237">-237-</span>Ie veux que mon amour fidelle</div>
-<div class="verse i2">Vous oblige autant à m’aymer</div>
-<div class="verse i2">Comme la qualité de belle</div>
-<div class="verse i2">Vous faict icy bas estimer.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Mon ame à vos fers asseruie,</div>
-<div class="verse i2">Et par amour, &amp; par raison,</div>
-<div class="verse i2">Ne peut consentir que ma vie</div>
-<div class="verse i2">Sorte iamais de sa prison.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">N’adorant ainsi que vos chaisnes,</div>
-<div class="verse i2">Ie me plais si fort en ce lien,</div>
-<div class="verse i2">Qu’il semble que parmy mes peines</div>
-<div class="verse i2">Mon ame gouste quelque bien.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Vos vœux où mon ame se fonde,</div>
-<div class="verse i2">Me seront à iamais si chers</div>
-<div class="verse i2">Que mes vœux seront en ce monde</div>
-<div class="verse i2">Aussi fermes que des rochers.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ne croyez donc pas que ie laisse</div>
-<div class="verse i2">Vostre prison qui me retient,</div>
-<div class="verse i2">Car iamais vn effect ne cesse,</div>
-<div class="verse i2">Tant que la cause le maintient.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl2.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p238">-238-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b5.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="l2c23" title="Epigrammes"></h3>
-
-<p class="c">EPIGRAMMES.</p>
-
-
-<p class="c">I.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Faut auoir le cerueau bien vide</div>
-<div class="verse i2">Pour brider des Muses le Roy ;</div>
-<div class="verse i2">Les Dieux ne portent point de bride,</div>
-<div class="verse i2">Mais bien les asnes comme toy.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c" id="l2c24">II.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le violet tant estimé</div>
-<div class="verse i2">Entre vos couleurs singulieres,</div>
-<div class="verse i2">Vous ne l’auez iamais aimé,</div>
-<div class="verse i2">Que pour les deux lettres premieres.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c" id="l2c25">III.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">L’argent, tes beaux iours &amp; ta femme</div>
-<div class="verse i2">T’ont fait ensemble vn mauuais tour,</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p239">-239-</span>Car tu pensois au premier iour</div>
-<div class="verse i2">Que Ieanneton deust rendre l’ame.</div>
-<div class="verse i2">Estant ieune &amp; bien aduenant,</div>
-<div class="verse i2">Tu tromperois incontinent</div>
-<div class="verse i2">Pour ton argent vne autre dame.</div>
-<div class="verse i2">Mais, Iean, il va bien autrement :</div>
-<div class="verse i2">Ta ieunesse s’est retirée,</div>
-<div class="verse i2">Ton bien s’en va tout doucement,</div>
-<div class="verse i2">Et ta vieille t’est demeurée.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c" id="l2c26">IV.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Quelque moine de par le monde</div>
-<div class="verse i2">Preschoit vn iour dans vne pippe,</div>
-<div class="verse i2">Et par le pertuis de la bonde,</div>
-<div class="verse i2">Paroissoit vn bout de sa trippe.</div>
-<div class="verse i2">Gardons nous bien qu’il ne nous pippe,</div>
-<div class="verse i2">Dirent les Dames en riant.</div>
-<div class="verse i2">Lors dict le prescheur en criant,</div>
-<div class="verse i2">Tout remply de courroux &amp; d’ire,</div>
-<div class="verse i2">Tout beau, paix là, laissez moy dire,</div>
-<div class="verse i2">Ou par Dieu vous irez dehors,</div>
-<div class="verse i2">Que le diable qui vous fait rire,</div>
-<div class="verse i2">Vous puisse entrer dedans le corps.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c" id="l2c27">V.</p>
-
-<p class="c small">TOMBEAV D’VN COVRTISAN.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Vn homme gist sous ce tombeau,</div>
-<div class="verse i2">Qui ne fut vaillant qu’au bordeau,</div>
-<div class="verse i2"><span class="pagenum" id="p240">-240-</span>Mais au reste plein de diffame :</div>
-<div class="verse i2">Ce fut, pour vous le faire court,</div>
-<div class="verse i2">Vn Mars au combat de l’amour,</div>
-<div class="verse i2">Au combat de Mars vne femme.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl3.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p241">-241-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b4.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h3 id="append" title="Appendice"></h3>
-
-<p class="c large">APPENDICE.</p>
-
-
-<p class="c small">POUR M. LE DAUPHIN.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Delos flottant sur l’onde s’agitoit</div>
-<div class="verse i1">Ains que Phebus en elle eust pris naissance ;</div>
-<div class="verse i1">Ainsy la France en l’orage flottoit</div>
-<div class="verse i1">Lorsque naquit vn soleil à la France.</div>
-<div class="verse i1">Sainte Latonne, ardent but de nos vœux,</div>
-<div class="verse i1">Par ta vertu si chaste &amp; si feconde,</div>
-<div class="verse i1">Pour assurer la terre à ses nepueux,</div>
-<div class="verse i1">De petits dieux tu repeuples le monde,</div>
-<div class="verse i1">Et, relevant notre empire abattu</div>
-<div class="verse i1">Tu le remets en sa base si ferme,</div>
-<div class="verse i1">Qu’estant sans fin, ainsi que ta vertu</div>
-<div class="verse i1">Il n’est du Ciel limité d’aucun terme.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c small">SUR UN LIVRE DU LEGER ET DU PESANT</p>
-
-<p class="c small">Fait par le <span class="sc">Cardinal du Perron</span>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Cher lecteur, ce livre present</div>
-<div class="verse i2">Est du leger &amp; du pesant,</div>
-<div class="verse i2">Mais il a, pour en bien iuger,</div>
-<div class="verse i2">Moins de pesant plus de leger.</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="p242">-242-</span></p>
-
-<p class="c small">SUR LA TRADUCTION DU LIVRE DE L’ENEIDE</p>
-
-<p class="c small">Par le même <span class="sc">Cardinal</span>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Au lieu de precher l’Evangile</div>
-<div class="verse i2">Il traduit les vers de Virgile.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c small">DU CARDINAL DU PERRON.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand Paris fors Enone, aymera rien au monde,</div>
-<div class="verse">Xante retournera contre son propre cours.</div>
-<div class="verse">Xante, retourne donc contre le flus de l’onde :</div>
-<div class="verse">Paris delaisse Enone, &amp; fait d’autres amours.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c small">EPIGRAMME.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Quand il disne il tient porte close,</div>
-<div class="verse i2">Elle est fermee aux survenans,</div>
-<div class="verse i2">Et toute nuit quand il repose,</div>
-<div class="verse i2">Elle est ouverte à tous venans.</div>
-<div class="verse i2">Ie ne l’ay pas desagreable,</div>
-<div class="verse i2">C’est à luy sagement vescu,</div>
-<div class="verse i2">Toutefois ce n’est pas à table,</div>
-<div class="verse i2">C’est au lit qu’on le fait cocu.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl4.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p243">-243-</span></p>
-
-<h2 class="nobreak" id="variantes">NOTES ET VARIANTES</h2>
-
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p245">-245-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b17.png" class="w23" alt="" /></div>
-<p class="c large">NOTES ET VARIANTES.</p>
-
-
-<p>Les éditions des Satires de Regnier, publiées
-du vivant de l’auteur, étant fort rares, il ne
-paraît pas hors de propos de donner le titre
-de chacune d’elles en même temps qu’une
-description sommaire du volume. Voici donc, par ordre
-de date, la courte liste de ces éditions :</p>
-
-<div class="small">
-<p class="gap">Les premieres oeuures de M. Regnier. Au Roy. A Paris, Chez
-Toussaincts du Bray, rue sainct-Iacques, aux Espies murs, &amp; en
-sa boutique au Palais, en la gallerie des prisonniers. M.DC.VIII.
-Auec priuilege du Roy.</p>
-
-<p>In-4<sup>o</sup> de 45 ff. plus 8 pages lim. non numérotées, titre compris.</p>
-
-<p>Au verso du titre se trouve l’épigraphe :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Verùm, vbi plura nitent in Carmine, non ego paucis</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Offendar maculis.</div>
-</div>
-
-<p>Cette particularité subsiste à la même place dans toutes les éditions
-originales.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="p246">-246-</span>Vient ensuite après l’Épître limineaire &amp; l’Ode à Regnier, le privilége
-du Roy, donné au poëte pour six ans. Il est daté de Paris le
-23 avril 1608. Au pied de ce document on lit la mention suivante :</p>
-
-<p>Et ledit sieur Regnier a permis, &amp; permet, concent &amp; accorde,
-que Toussaincts du Bray, marchant Libraire à Paris, Imprime ou
-face Imprimer, vende &amp; distribue &amp; Iouisse dudit Priuilege, ainsi
-qu’il a été accordé entre eux. Fait ce 13. may 1608.</p>
-
-<p>Au dos du 4<sup>e</sup> ff. lim. se trouve l’épigr. :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Difficile est satyram non scribere.</div>
-</div>
-
-<p>Cette édition contient dix satires, plus le Discours au Roy.
-Au folio 15, verso, se trouve la satire adressée à Bertault, evesque
-de Sées, dont le nom imprimé par erreur : Betault, est habituellement
-couvert d’un bandeau rectificatif.</p>
-
-<p>Les fleurons des pages 2 lim., 12, 16, 21, 26, 28, 33, 38 &amp; 41,
-portent le nom de Gabriel Buon, d’où l’on peut conclure que
-Toussaincts du Bray était en relations particulières avec l’éditeur de
-Ronsard.</p>
-
-
-<p class="gap">Les Satyres du Sieur Regnier. Reueues &amp; augmentées de nouueau :
-Dediées au Roy. A Paris, chez Toussaint du Bray, &amp;c. M.DC.IX.
-Avec priuilege du Roy.</p>
-
-<p>In-8<sup>o</sup> de 133 pages, plus 4 ff. non chiff., tit. comp.</p>
-
-<p>On lit à la fin de ce volume, avant le privilége qui est le même
-que celui de l’édition originale :</p>
-
-<p>De l’imprimerie de P. Pautonnier, au mont Sainct-Hilaire.</p>
-
-<p>Les satires sont disposées dans l’ordre adopté en 1608. Il convient
-d’observer toutefois que la X<sup>e</sup> satire, adressée à Freminet,
-devient ici la XII<sup>e</sup>, par l’intercalation de deux pièces nouvelles que
-Brossette a intitulées <i>le Souper ridicule</i> &amp; <i>le Mauvais Giste</i>. Ainsi,
-dans la présente édition, elles font suite à la satire dédiée à Rapin.</p>
-
-
-<p class="gap">Les Satyres du Sieur Regnier, &amp;c. (même titre que ci-dessus).
-M.DC.XII. Auec priuilege du Roy.</p>
-
-<p>In-8<sup>o</sup> de 80 ff., savoir : 8 pages lim. non chiffr., tit. comp. ;
-68 (imp. 66) ff. numér. &amp; 8 ff. postlim. non num. ; ces derniers
-feuillets contenant le Discours au Roy &amp; le privilége du 23 avril 1608.</p>
-
-<p>Cette édition renferme, dans l’ordre suivi pour celle de 1609,
-douze pièces à la suite desquelles se trouve, f<sup>o</sup> 63, la XIII<sup>e</sup> satire :
-Macette, qui paraissait alors pour la première fois. Nous signalons
-plus bas les variantes du texte original.</p>
-
-<p>Il faut remarquer en outre que des pages 1 à 47 &amp; 51 à la fin
-de l’Epistre au Roy, l’édition de 1612 contient page pour page le
-<span class="pagenum" id="p247">-247-</span>même nombre de vers. On pourrait croire à une réimpression
-exacte, si les fleurons, les titres, &amp; enfin, ce qui est plus important,
-le texte, n’offraient des différences bien marquées.</p>
-
-
-<p class="gap">Les Satyres du Sieur Regnier. Reueuës, &amp;c. Paris, M.DC.XIII.
-Auec priuilege du Roy.</p>
-
-<p>In-8<sup>o</sup> de 93 ff., plus 8 pages non num., tit. comp. Priuilege à la
-fin comme dans 1609.</p>
-
-<p>Cette édition contient de plus que la précédente, à la suite de
-la satire de Macette &amp; avant le Discours au Roy, dix-sept pièces :
-les satires XIV &amp; XV, la suivante adressée à monsieur de Forquevaus,
-la satire XVII, les deux <i>Élégies Zelotipiques</i>, celle <i>sur
-l’Impuissance</i>, le Sonnet <i>sur le trespas de monsieur Passerat</i>, <i>les
-Stanses</i> (sur le choix des divins oiseaux), <i>la C. P.</i>, les épigrammes
-<i>sur le portraict d’un poéte couronné</i>, les stances <i>contre vn amoureux
-transy</i>, &amp; enfin cinq <i>Quatrains</i> satiriques.</p>
-
-<p>Parmi ces pièces, deux avaient déjà été publiées : la première,
-sur le trespas de Passerat, dans le Recueil des œuvres poétiques de
-Ian Passerat. Paris, 1606 ; la seconde sur le choix des divins
-oiseaux avait paru anonyme dans les Muses gaillardes, recueillies
-des plus beaux esprits de ce temps. Paris, Anthoine du Breuil,
-1609.</p>
-
-<p>La plupart des bibliographes, se référant à la date de ce volume
-plutôt qu’aux singularités du texte &amp; au classement des pièces, ont
-cru pouvoir affirmer que cette édition des satires était la dernière
-publiée du vivant de l’auteur.</p>
-
-<p>Nous avons, dans la dernière partie de la notice placée en tête
-du présent volume, exposé les raisons d’après lesquelles il y a tout
-lieu de croire que Regnier était mort depuis quelques mois au
-moment où ses satires furent publiées par l’un de ses plus intimes
-amis.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p8">Page 8.</a></p>
-
-<p>Motin (Pierre), né à Bourges. Ce poëte, ami de Regnier, a laissé
-de nombreuses pièces de vers éparses dans les anthologies publiées
-au commencement du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle. M. Tricotel a donné la liste des
-recueils contenant des vers de Motin, dans ses <i>Variétés bibliographiques</i>,
-&amp; l’on peut se convaincre par cette énumération que le
-poëte en question jouissait d’une grande vogue. Motin mourut
-vers 1615, comme il paraît résulter des vers de son neveu Bonnet,
-dans les <i>Délices de la Poesie françoise</i> de F. de Rosset.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p248">-248-</span><a href="#p10v15">S. I, p. 10, v. 15.</a></p>
-
-<p>Auiourd’huy que ton fils. — Le Dauphin, qui fut plus tard
-Louis XIII, né à Fontainebleau le 27 septembre 1601.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p10v21">— v. 21.</a></p>
-
-<p>Il luy trousse les bras <i>de</i> meurtres entachés, 1608 &amp; 1609 ;
-<i>des</i> meurtres, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p12v21">Page 12, v. 21.</a></p>
-
-<p>I’imite les Romains encore <i>ieunes</i> d’ans, 1608 &amp; 1613 ; <i>ieune</i>
-d’ans, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p12v28">— v. 28.</a></p>
-
-<p>Aussi que les vertus <i>florissent</i> en cest’ age, 1608 ; <i>fleurissent</i>,
-1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p13v6">Page 13, v. 6.</a></p>
-
-<p>Sinon qu’en sa bisarrerie, 1608 &amp; 1609 ; sinon en, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p13v30">— v. 30.</a></p>
-
-<p>Que Parnasse <i>m’adopte</i>, 1608 &amp; 1609 ; <i>m’adore</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref">S. II, <a href="#p14">p. 14.</a></p>
-
-<p>A monsieur le C<sup>te</sup> de <i>Caramain</i>, 1608 ; de <i>Garamain</i>, 1609
-à 1613.</p>
-
-<p>Cette permutation était fréquente dans les noms propres comme
-dans les noms communs, au commencement aussi bien que dans le
-corps des mots. On écrivait crotesque &amp; intriques pour grotesque
-&amp; intrigues. Dans les éditions des Satyres de Regnier de 1609
-&amp; 1612, on trouve (S. X) tronguez &amp; quignon pour tronquez &amp; guignon.</p>
-
-<p>Adrien de Montluc-Montesquiou, comte de Cramail, petit-fils du
-maréchal de Montluc, né en 1568, mort en 1646. Compromis lors
-de la journée des Dupes, il passa douze ans à la Bastille. On a de
-lui <i>les Jeux de l’inconnu</i> (1630), <i>l’Infortune des filles de Ioie</i>
-&amp; <i>la Comedie des Proverbes</i> (1633).</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p14v9">— v. 9.</a></p>
-
-<p>Qu’elle ait <i>séche</i> la chair, 1608 ; <i>seché</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p249">-249-</span><a href="#p15v29">Page 15, v. 29.</a></p>
-
-<p>Pour moy si mon habit par tout <i>cycatrisé</i>, 1608 ; <i>cicatrisé</i>,
-1609 &amp; 1612 ; <i>cicatricé</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p16v7">Page 16, v. 7.</a></p>
-
-<p>En la court d’vn Prelat.</p>
-
-<p>Brossette a supposé qu’il s’agissait ici du cardinal de Joyeuse.
-Cette hypothèse, justifiée par le grand luxe du cardinal, &amp; les liaisons
-de Desportes avec le frère aîné du prélat, Anne de Joyeuse,
-tué à Coutras, a été depuis présentée comme un fait certain par
-Niceron &amp; les éditeurs de Regnier, sans autre indice à l’appui.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p16v31">— v. 31.</a></p>
-
-<p>Qui reléve vn pédant de nouueau baptisé.</p>
-
-<p>Ce pédant nous semble être Duperron, dont la fortune, faite par
-Desportes, a dû plus d’une fois surprendre Regnier. Duperron, né
-à Berne en 1556, fut en effet converti au catholicisme par Desportes,
-&amp; par son savoir comme par l’appui de son directeur, le nouveau
-catéchumène devint confesseur de Henri III. Il prit ensuite part à
-la conversion d’Henri IV, qui le nomma évêque d’Evreux en 1591.
-Il devint enfin cardinal en 1604.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p17v16">Page 17, v. 16.</a></p>
-
-<p>Et chacun <i>à</i> son dire ; <i>en</i> son dire, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p17v22">— v. 22.</a></p>
-
-<p>De Socrate à ce point l’<i>arrest</i> ; l’<i>oracle</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p18v18">Page 18, v. 18.</a></p>
-
-<p>Au pris de la vertu <i>n’estime</i> point les hommes, 1608 &amp; 1613 ;
-<i>n’estiment</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p18v22">— v. 22.</a></p>
-
-<p><i>S’assiessont</i> en Prelats, 1608 à 1612 ; <i>s’assient</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p18v24">— v. 24.</a></p>
-
-<p>Semblent auoir des yeux regret au <i>demourant</i> ; <i>demeurant</i>,
-1609 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p19v6">Page 19, v. 6.</a></p>
-
-<p>Meditant vn sonnet, medite <i>vne</i> Euesché ; <i>vn</i> Euesché, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p250">-250-</span><a href="#p19v27">Page 19, v. 27.</a></p>
-
-<p>Mais pourtant <i>quelque</i> esprit, 1608 &amp; 1613 ; <i>quel</i> esprit, 1609
-&amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p19v28">— v. 28.</a></p>
-
-<p>Sçait <i>trier</i> le sçauoir, 1608 &amp; 1609 ; sçait <i>tirer</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p19v34">— v. 34.</a></p>
-
-<p>De race en race au peuple vn ouurage <i>fais</i> voir ; <i>fait</i> voir,
-1609.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p20v4">Page 20, v. 4.</a></p>
-
-<p>Ne couche <i>de rien</i> moins que l’immortalité ; ne couche <i>de rien</i>
-moins <i>de</i>, 1609 &amp; 1612, ne <i>touche de rien</i> moins <i>de</i>, 1613.</p>
-
-<p><i>Touche</i> au lieu de <i>couche</i> constitue une faute typographique
-assez fréquente au <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle. On lit dans les Odes d’Olivier de
-Magny, Paris, 1559, f<sup>o</sup> 45 v<sup>o</sup> <i lang="la" xml:lang="la">in fine</i> :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Luy que iadis Calliope</div>
-<div class="verse">Sur le mont à double trope (crope)</div>
-<div class="verse i1">Combla de ses douceurs.</div>
-</div>
-
-<p>Dans Regnier même, édition de 1612, on trouve, sat. XI :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Fist il auec son arc quinaude la Nature.</div>
-</div>
-
-<p><i>Moins de</i>, <i>plus de</i> s’employaient concurremment avec <i>moins
-que</i>, <i>plus que</i> :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Or te ferai apercevoir</div>
-<div class="verse">Que ge sai plus de toi assez</div>
-<div class="verse">Et si fu mieldres menestrez</div>
-<div class="verse">De toi…</div>
-</div>
-
-<p><i>Recueil général des Fabliaux.</i> Paris, 1871. Tome I, p. 7. Des
-deux bordeors.</p>
-
-<p>Regnier a dit aussi : Et de mal discourir il vaut bien mieux se
-taire (S. III).</p>
-
-<p>La bonne leçon est donc : Ne couche de rien moins que (ou de)
-l’immortalité.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p20v18">— v. 18.</a></p>
-
-<p>Tous ses papiers seruir à la <i>chaire</i> percée, 1608 ; <i>chaise</i> percée,
-1609 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p251">-251-</span><a href="#p20v24">Page 20, v. 24.</a></p>
-
-<p>Selon que le requiert ou l’age ou la santé, 1612 &amp; 1613 ; <i>et</i>
-selon que, 1603.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p20v26">— v. 26.</a></p>
-
-<p>Ie n’ay comme ce Grecq des Dieux grand interprete.</p>
-
-<p>Hésiode, auteur d’une théogonie où il expose la généalogie &amp; les
-amours des dieux.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p20v30">— v. 30.</a></p>
-
-<p>Resuant comme vn oyson <i>qu’on mene</i> à la pature ; <i>allant</i> à la
-pature, 1609 à 1613.</p>
-
-<p>Variante vicieuse qui répète le mot <i>allant</i> du vers antérieur.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p21v9">Page 21, v. 9.</a></p>
-
-<p>Mais retournons à nous, &amp; <i>sages</i> deuenus, 1613 ; &amp; <i>sage</i>
-deuenus, 1608 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c5">S. III, p. 22.</a></p>
-
-<p>Cœuvres (Marquis de), François-Annibal d’Estrées, né en 1573,
-mort en 1670, frère de Gabrielle ; il fut nommé évêque de Noyon
-à vingt &amp; un ans, puis, douze années plus tard, en 1626, il devint
-maréchal de France.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p23v28">Page 23, v. 28.</a></p>
-
-<p>Estant serf <i>du desir d’aprendre</i> &amp; de sçauoir ; <i>du desir, d’aprendre</i>,
-1609.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p23v34">— v. 34.</a></p>
-
-<p>Si la science pauure, affreuse <i>est</i> mesprisée, 1608 ; affreuse <i>&amp;</i> mesprisée,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p24v3">Page 24, v. 3.</a></p>
-
-<p>Et si <i>lon nest</i> docteur sans prendre ses degrés ; si <i>l’on n’est</i>,
-1612 &amp; 1613.</p>
-
-<p><i>Nest</i> pour <i>naist</i>, comme plus loin, p. 61, v. 23, <i>tresne</i> pour
-<i>traisne</i>. La véritable leçon paraît être : <i>Si l’on est</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p24v10">— v. 10.</a></p>
-
-<p>En credit esleuez ils disposent <i>de</i> tout, 1608 &amp; 1613 ; <i>du</i> tout,
-1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p252">-252-</span><a href="#p24v22">Page 24, v. 22.</a></p>
-
-<p>Entre l’espoir du bien, &amp; la peur du <i>danger</i> de froisser…; du
-<i>danger</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p25v8">Page 25, v. 8.</a></p>
-
-<p>Et le surnom de bon me <i>va t’on</i> reprochant, correction ; 1608
-donne <i>tou</i> pour <i>ton</i>. Cette inversion est très-fréquente chez notre
-poëte :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et moins avance t’on.</div>
-</div>
-
-<p class="attr small">(S. XI.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Et change la nature</div>
-<div class="verse">De sept ans en sept ans nostre temperature.</div>
-</div>
-
-<p class="attr small">(S. V.)</p>
-
-<p>D’autre part, 1609, 1612 &amp; 1613 portent : Et le surnom de
-bon me va <i>tout</i> reprochant.</p>
-
-<p>Cette dernière leçon est correcte. Le vers devient moins dur ;
-mais la pensée perd en précision.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p25v24">— v. 24.</a></p>
-
-<p>Offrir tout de la bouche &amp; d’vn <i>propos</i> menteur ; <i>repos</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p25v29">— v. 29.</a></p>
-
-<p>Ainsi qu’asnes ces gens sont <i>tout</i> vestus de gris ; <i>tous</i> vestus,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p26v27">Page 26, v. 27.</a></p>
-
-<p>N’est plus rien qu’<i>vne</i> idolle ; <i>vn</i> idole, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p26v34">— v. 34.</a></p>
-
-<p>Il faut estre trop <i>pront</i>, escrire à tout propos, 1608 &amp; 1612 ;
-trop <i>prompt</i> à escrire, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p29v15">Page 29, v. 15.</a></p>
-
-<p><i>Compere</i>, ce dit-il, 1608 &amp; 1609 ; — <i>Et comme</i>, 1612 &amp; 1613.
-Faute évidente due au vers précédent &amp; au suiuant qui tous deux
-commencent par Et comme.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p29v19">— v. 19.</a></p>
-
-<p>Et d’vn œil innocent il couuroit <i>sa</i> pensée, 1608 &amp; 1612 ; <i>la</i>
-pensée, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p253">-253-</span><a href="#p29v32">Page 29, v. 32.</a></p>
-
-<p>N’en deplaise aux Docteurs, Cordeliers, <i>Iacopins</i> ; <i>Iacobins</i>,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p30v14">Page 30, v. 14.</a></p>
-
-<p>Et qui morts <i>nous</i> profite ; même leçon en 1609 &amp; 1612 ; <i>ne</i>
-profite, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p31v2">Page 31, v. 2.</a></p>
-
-<p>Puis qu’en ce monde icy on <i>n’en faict differance</i> ; on <i>en fait
-difference</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p31v15">— v. 15.</a></p>
-
-<p><i>De</i> tout, peut estre en fin ; <i>du</i> tout, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p31v19">— v. 19.</a></p>
-
-<p>… Sinon <i>de dire voire</i>, 1609 à 1613, sinon <i>dire voire</i>, 1608.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p31v23">— v. 23.</a></p>
-
-<p>Puis que pauure &amp; <i>quémande</i>, 1608 à 1612 ; <i>quaymande</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p32">Page 32, v. 1.</a></p>
-
-<p>I’aurais vn beau <i>teston</i>, 1608 &amp; 1613 ; vn beau <i>teton</i>, 1609
-&amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p32v15">— v. 15.</a></p>
-
-<p>S’auancer par <i>cet’</i> art ; <i>cet</i> art, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p32v21">— v. 21.</a></p>
-
-<p>S’acorde d’<i>armonie</i> ; s’acorde d’<i>harmonies</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p32v25">— v. 25.</a></p>
-
-<p>D’vn autre œil nous verrons les <i>fieres</i> destinées, 1608 à 1612 ;
-les <i>hautes</i> destinées, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p33v15">Page 33, v. 15.</a></p>
-
-<p>Qui sert de fable au peuple, <i>aux plus grands</i> de risée ; &amp; <i>aux
-grands</i>, 1612 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p254">-254-</span><a href="#p33v25">Page 33, v. 25.</a></p>
-
-<p>Apollon est gené par <i>de</i> sauuages loix ; <i>des</i> sauuages loix, 1609
-à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p33v31">— v. 31.</a></p>
-
-<p>Les poetes plus <i>espais</i> ; <i>espois</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p34v27">Page 34, v. 27.</a></p>
-
-<p>Qu’ils ont tiré <i>cet’</i> art ; <i>cet</i> art, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p35v8">Page 35, v. 8.</a></p>
-
-<p>Et que c’est mon amy, vn <i>gremoire</i> &amp; des mots ; vn <i>grimoire</i>,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p35v11">— v. 11.</a></p>
-
-<p>Mon tans en <i>cent caquets</i>, 1609 à 1613 ; <i>ces caquets</i>, 1608.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p35v14">— v. 14.</a></p>
-
-<p>Doncq’ sans mettre <i>l’enchere</i> ; mettre <i>enchere</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c7">S. V, p. 36.</a></p>
-
-<p>Bertault (Jean), né à Caen en 1552, mort en 1611. Secrétaire
-&amp; lecteur de Henri III dès 1577, il devint abbé d’Aulnay au diocèse
-de Bayeux en 1594, &amp; premier aumônier de Marie de Médicis
-en 1600. Enfin, en 1606, il fut nommé évêque de Sées.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p36v5">— v. 5.</a></p>
-
-<p><i>Chaque fat</i> a son sens, correction ; <i>à</i> son sens, 1608 &amp; 1609 ;
-<i>chasque fait</i> à son sens, 1612 ; <i>chasqu’vn fait</i> à son sens, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p36v17">— v. 17.</a></p>
-
-<p>Et disent, ô chetifs <i>qui</i> mourant sur vn liure ; <i>que</i> mourant,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p37v3">Page 37, v. 3.</a></p>
-
-<p>Comme la mort vous fait, la taigne <i>le</i> deuore ; <i>vous</i> deuore,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p37v14">— v. 14.</a></p>
-
-<p>Digerent <i>la</i> viande ; <i>leur</i> viande, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p255">-255-</span><a href="#p37v20">Page 37, v. 20.</a></p>
-
-<p>De la douce liqueur <i>roussoyante</i> du ciel ; <i>rosoyante</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p37v28">— v. 28.</a></p>
-
-<p>Or sans me tourmenter <i>des</i> diuers apetis, 1608 ; <i>de</i> diuers apetis,
-1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p38v2">Page 38, v. 2.</a></p>
-
-<p>C’est ce qui <i>m’en deplaist</i> ; <i>me desplaist</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p38v5">— v. 5.</a></p>
-
-<p>Qui dans le four l’Euesque <i>enterine</i> sa grace ; <i>entherine</i>, 1609
-à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p38v11">— v. 11.</a></p>
-
-<p>Et <i>que</i> iamais sergent, 1608 &amp; 1613 ; &amp; <i>qui</i> iamais, 1609
-&amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p38v20">— v. 20.</a></p>
-
-<p><i>Scaures</i> du temps present ; <i>Sçaurez</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p38v34">— v. 34.</a></p>
-
-<p>Et ores on contraire, on <i>m’obiecte</i> à peché, 1608 &amp; 1609 ; on
-<i>m’abiecte</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p39v5">Page 39, v. 5.</a></p>
-
-<p><i>Au vif</i> entendement ; <i>en cet</i> entendement, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p39v11">— v. 11.</a></p>
-
-<p><i>Et</i> brauant les faueurs ; <i>En</i> brauant, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p39v22">— v. 22.</a></p>
-
-<p>Chaque age a ses façons &amp; change <i>la</i> Nature ; <i>de</i> nature, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p39v26">— v. 26.</a></p>
-
-<p><i>Auecq’ l’age</i> s’altere, 1608 &amp; 1612 ; <i>auec l’ame</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p40v13">Page 40, v. 13.</a></p>
-
-<p>Et d’vn cœur obstiné <i>se heurte</i> à ce qu’il aime, 1612 &amp; 1613 ;
-<i>s’heurte</i> à ce qu’il aime, 1608.</p>
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p256">-256-</span><a href="#p40v25">Page 40, v. 25.</a></p>
-
-<p>Imbecile, <i>douteux</i>, 1608 &amp; 1612 ; <i>douteur</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p41v31">Page 41, v. 31.</a></p>
-
-<p>Gouuernoit vn enfant &amp; <i>faisant</i> le preud’homme ; <i>faisoit</i>, 1609
-à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p42">Page 42, v. 1.</a></p>
-
-<p>De son pedant qu’il fut, <i>deuient</i> son maquereau, 1608 &amp; 1612 ;
-<i>deuint</i> son maquereau, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p42v16">— v. 16.</a></p>
-
-<p>Peres des siecles vieux, <i>exemple</i> de la vie, 1608 &amp; 1612 ;
-<i>exemples</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p42v32">— v. 32.</a></p>
-
-<p>Et <i>de</i> façons nouuelles, 1608 &amp; 1612 ; &amp; <i>des</i> façons, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p43v5">Page 43, v. 5.</a></p>
-
-<p>Sçait escrire &amp; porter les vers, &amp; <i>les</i> poulets ; <i>tes</i> poulets, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c8">S. VI, p. 44.</a></p>
-
-<p>Béthune (Philippe de), comte de Selles, 1561-1649. Frère puîné
-de Sully, il fut chargé d’ambassades importantes en Écosse &amp; à
-Rome. Louis XIII l’envoya en Autriche. Il fut gouverneur de
-Gaston d’Orléans. On trouve dans les manuscrits de la Bibl. nat.,
-n<sup>o</sup> 3484 f. fr., les instructions dont il fut pourvu avant son départ,
-le 23 août 1501.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p44v5">— v. 5.</a></p>
-
-<p>Où comme <i>au</i> grand Hercule ; <i>vn</i> grand hercule, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p44v8">— v. 8.</a></p>
-
-<p>Tissu <i>bijarement</i> ; <i>bigarrement</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p45v4">Page 45, v. 4.</a></p>
-
-<p>Je ne veux qu’à mes vers <i>vostre</i> Honneur se derobe ; <i>nostre</i>,
-1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p46v25">Page 46, v. 25.</a></p>
-
-<p>A toy qui des ieunesse apris en son <i>escolle, As adoré</i> l’honneur,
-1608 &amp; 1612 ; appris en son <i>escole A adorer</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p257">-257-</span><a href="#p47">Page 47, v. 1.</a></p>
-
-<p>L’honneur que soubs faux titre habite <i>auecque</i> nous ; <i>auecq’</i>
-nous, 1609 à 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p47v7">— v. 7.</a></p>
-
-<p>Qui nous veut faire entendre en <i>ses</i> vaines chimeres ; <i>ces</i> vaines,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p48v3">Page 48, v. 3.</a></p>
-
-<p>Que la terre de soy le <i>fourment</i> raportoit, 1608 &amp; 1609 ; le
-<i>froment</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p48v24">— v. 24.</a></p>
-
-<p>Qui de l’auoir d’autruy ne se <i>soulent</i> iamais, 1608 &amp; 1609 ; se
-<i>saoulent</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p48v27">— v. 27.</a></p>
-
-<p>D’où naquit le <i>Bordeau</i>, 1608 &amp; 1609 ; le <i>bourdeau</i>, 1612
-&amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p49">Page 49, v. 1.</a></p>
-
-<p>Ce fier serpent qui couue vn <i>venin</i> soubs des fleurs ; <i>venim</i>, 1609
-&amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p49v17">— v. 17.</a></p>
-
-<p><i>Qu’il</i> n’est rien de si beau, 1608 &amp; 1612 ; <i>qui</i> n’est rien, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p49v32">— v. 32.</a></p>
-
-<p>Cil qui mist les Souris en bataille. — Homère dans la <i>Batrachomyomachie</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p49v33">— v. 33.</a></p>
-
-<p>Qui sceut à la Grenouille aprendre son caquet. — Aristophane,
-auteur de la comédie des <i>Grenouilles</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p49v34">— v. 34.</a></p>
-
-<p>L’autre qui fist en vers vn Sopiquet. — Virgile &amp; son petit
-poëme intitulé <i lang="la" xml:lang="la">Moretum</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p50">Page 50, v. 1.</a></p>
-
-<p>Ie <i>ferois</i> esloigné ; <i>serois</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p258">-258-</span><a href="#p50v12">Page 50, v. 12.</a></p>
-
-<p>Ce malheureux honneur a <i>tint</i> le becq en l’eau ; a <i>tins</i>, 1609
-à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p50v15">— v. 15.</a></p>
-
-<p><i>Qui</i> s’en va doucement ; <i>qu’il</i> s’en va, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p50v17">— v. 17.</a></p>
-
-<p>S’il veut que plus long tans à <i>ces</i> discours ie croye ; <i>ce</i> discours,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p50v23">— v. 23.</a></p>
-
-<p>Et le mal qui caché nous oste l’<i>embon-point</i> ; l’<i>embom-point</i>,
-1609 &amp; 1612 ; l’<i>embompoint</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p52v8">S. VII, p. 52, v. 8.</a></p>
-
-<p>Et duquel il vaut <i>moins</i> ; il vaut <i>mieux</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p53v6">Page 53, v. 6.</a></p>
-
-<p>Tant il est mal aisé d’oster auecq’ <i>estude</i> ; auecq’ l’<i>estude</i>, 1609
-à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p53v23">— v. 23.</a></p>
-
-<p>Mes amours <i>ne</i> limitent, 1608 ; <i>me</i> limitent, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p53v34">— v. 34.</a></p>
-
-<p>Toutesfois estant femme, elle aura <i>ses</i> delices ; <i>les</i> delices, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p54v2">Page 54, v. 2.</a></p>
-
-<p>Qui dans l’estat d’amour la <i>sçauront</i> maintenir ; <i>sçauroit</i>, 1609
-à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p54v6">— v. 6.</a></p>
-
-<p>Captiuant les Amans <i>des</i> mœurs ou <i>du</i> discours ; <i>de</i> mœurs ou
-<i>de</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p54v9">— v. 9.</a></p>
-
-<p><i>Qui</i> voyant les deffaux ; <i>que</i> voyant, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p259">-259-</span><a href="#p55">Page 55, v. 1.</a></p>
-
-<p>Et qu’au <i>sarail</i> du Turc, 1608 &amp; 1612 ; &amp; qu’au <i>serrail</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p55v29">— v. 29.</a></p>
-
-<p>Se la promet <i>sçauante</i>, 1608 &amp; 1612 ; <i>sçauant</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p55v30">— v. 30.</a></p>
-
-<p>Que l’autre parle liure &amp; fasse <i>des</i> merueilles, 1608 &amp; 1609 ;
-<i>de</i> merueilles, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p57">Page 57, v. 1.</a></p>
-
-<p>Que i’aimeray, ie <i>croye</i> ; ie <i>croy</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p57v4">— v. 4.</a></p>
-
-<p>Sans <i>cordes</i>, sans timon, 1608 ; sans <i>corde</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p57v7">— v. 7.</a></p>
-
-<p>Se rit de voir <i>de</i> flots, 1608 ; <i>des</i> flots, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c10">S. VIII, p. 58.</a></p>
-
-<p>Charles de Beaumanoir de Lavardin, 1586-1637, descendant
-des Beaumanoir &amp; fils du maréchal de France, Jean de Lavardin,
-gouverneur du Maine. Il fut à huit ans pourvu de l’abbaye de
-Beaulieu-les-Mans, &amp; en 1601, le roi l’appela à l’évêché du Mans,
-laissé vacant par Claude d’Angennes de Rambouillet. Il ne prit toutefois
-possession du siége que dix années plus tard.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p58v5">— v. 5.</a></p>
-
-<p>Faisant mainte <i>oraison</i>, 1608 &amp; 1612 ; <i>oraisons</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p58v6">— v. 6.</a></p>
-
-<p>Et tout percé <i>des</i> pointes, 1608 &amp; 1612 ; <i>de</i> pointes, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p59v8">Page 59, v. 8.</a></p>
-
-<p>Entre les mains des <i>Iuys</i>, 1608 ; des <i>Iuifs</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p59v23">— v. 23.</a></p>
-
-<p><i>Il</i> poursuyt, mais amy, laissons le discourir, correction ; <i>Ie</i>
-poursuyt, 1608 ; <i>Ie</i> poursuis, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p260">-260-</span><a href="#p60v29">Page 60, v. 29.</a></p>
-
-<p>Te iurant mon amy que <i>ie</i> quitté ce lieu, 1608 &amp; 1609 ; <i>i’ay</i>
-quitté, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p62v20">Page 62, v. 20.</a></p>
-
-<p>Pour vn qui n’a du tout nul acquis <i>de</i> science ; acquis <i>nulle</i>
-science, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p63v4">Page 63, v. 4.</a></p>
-
-<p>M’eust donné l’<i>anguillade</i>, 1608 ; <i>anguilade</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p64v8">Page 64, v. 8.</a></p>
-
-<p>Comme on fait son trauail, ne <i>derobroit</i> sa gloire, 1608 ; <i>desroboit</i>,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p64v17">— v. 17.</a></p>
-
-<p>Encor l’eusse-ie fait <i>estant</i> desesperé, 1612 ; <i>s’estant</i> desesperé, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p65v8">Page 65, v. 8.</a></p>
-
-<p>Et prie Dieu <i>qu’il</i> nous garde, 1613 ; <i>qui</i> nous garde, 1608
-à 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c13">S. IX, p. 66.</a></p>
-
-<p>Rapin (Nicolas), né en 1535 à Fontenay-le-Comte, mort en 1608.
-Il fut l’un des auteurs de la satire Menippée, dans laquelle il a
-notamment écrit les harangues de Monsieur de Lyon &amp; du recteur
-Rose, jadis évêque de Senlis. Il a laissé des poésies latines &amp; françaises
-qui ont été publiées collectivement en 1610 avec un recueil
-de vers mesurés.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p67v2">Page 67, v. 2.</a></p>
-
-<p>Et leur dire <i>à</i> leur nez, 1608 &amp; 1613 ; <i>en</i> leur nez, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p67v24">— v. 24.</a></p>
-
-<p>Que le cheual volant n’ait <i>pissé</i> que pour eux, 1608 &amp; 1609 ;
-1612 &amp; 1613 : <i>passé</i>.</p>
-
-<p>Cette dernière variante, qui satisfait les lecteurs pudibonds, n’a
-aucun sens, tandis que la véritable leçon est une allusion comique
-à la fable, suivant laquelle Pégase fit d’un coup de pied jaillir de
-l’Hélicon la source d’Hippocrène.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p261">-261-</span><a href="#p68v16">Page 68, v. 16.</a></p>
-
-<p><i>Ils attifent</i> leurs mots, <i>ageolliuent</i> leur frase, 1608 ; <i>attisent</i>
-leurs mots, <i>enioliuent</i>, 1609 &amp; 1612 ; <i>attifent</i> leurs mots,
-<i>eniolivent</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p68v21">— v. 21 &amp; suiv.</a></p>
-
-<p>Qui gentes en habits &amp; <i>sades</i> en façons, 1608 ; <i>fades</i> en façons,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p68v27">— v. 27 &amp; suiv.</a></p>
-
-<p>Leur visage reluit de <i>cereuse</i> &amp; de peautre, <i>Propres</i> en leur
-coifure, 1608 ; de <i>ceruse</i> &amp; de peautre, <i>propre</i> en leur coifure,
-1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p68v29">— v. 29.</a></p>
-
-<p>Où <i>ses</i> diuins esprits, 1608 à 1613. Correction : <i>ces</i> diuins.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p69v3">Page 69, v. 3.</a></p>
-
-<p><i>Éclaté</i> d’vn beau teint, 1608 ; <i>esclaté</i>, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p69v4">— v. 4.</a></p>
-
-<p>La nature <i>l’a</i> peint ; <i>la</i> peint, 1609 à 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p69v7">— v. 7.</a></p>
-
-<p>Or Rapin quant à <i>moy qui</i> n’ay point tant d’esprit ; <i>moy ie</i>
-n’ay, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p69v14">— v. 14.</a></p>
-
-<p>Leur don’ra comme <i>à</i> luy ; comme luy, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p70v5">Page 70, v. 5.</a></p>
-
-<p>Hercule, <i>Ænée</i>, Achil’, 1608 &amp; 1609 ; <i>Ælee</i>, Achil’, 1612
-&amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p70v12">— v. 12.</a></p>
-
-<p>L’homme le plus parfaict a <i>manque</i> de ceruelle, 1608 ; <i>manqué</i>,
-1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p70v23">— v. 23.</a></p>
-
-<p>Les <i>brouillas</i> nous embrouillent, 1608 ; <i>broüillars</i>, 1609
-à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p262">-262-</span><a href="#p70v24">Page 70, v. 24.</a></p>
-
-<p>Et de <i>lieures</i> cornus le cerueau nous barbouillent ; &amp; de <i>liures</i>
-cornus, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p70v28">— v. 28.</a></p>
-
-<p>Et pesez vos discours mesme, dans sa balance, 1608 &amp; 1609 ;
-vos discours, mesme, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p70v33">— v. 33.</a></p>
-
-<p>Quelle main <i>sus</i> la terre ; <i>sur</i> la terre, 1609 à 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p72v6">Page 72, v. 6.</a></p>
-
-<p>Que son <i>taint</i> fait la nique, 1608 &amp; 1609 ; que son <i>teynt</i>, 1612 ;
-<i>teint</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p72v16">— v. 16.</a></p>
-
-<p>La court <i>&amp;</i> sa maistresse, 1608 ; <i>est</i> sa maistresse, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p73v28">Page 73, v. 28.</a></p>
-
-<p>Et mangeons des <i>chardons</i> ; <i>charbons</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p74v18">Page 74, v. 18.</a></p>
-
-<p>Larcanciel. Leçon des éditions originales.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p75v9">Page 75, v. 9.</a></p>
-
-<p>Qu’ils fissent à <i>leurs</i> frais ; à <i>leur</i> frais, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p75v14">— v. 14.</a></p>
-
-<p>L’ame <i>bizarément</i>, 1608 &amp; 1609 ; <i>bizarrement</i>, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p75v28">— v. 28.</a></p>
-
-<p>Il ne <i>guarit</i> de rien, 1608 &amp; 1609 ; <i>garit</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p76v2">Page 76, v. 2.</a></p>
-
-<p>Il met ses <i>partis</i> en auant, 1608 &amp; 1609 ; ses <i>parties</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p77v6">Page 77, v. 6.</a></p>
-
-<p>Trebuschant <i>sur</i> le cul, 1608 &amp; 1609 ; <i>par</i> le cul, 1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p263">-263-</span><a href="#p77v11">Page 77, v. 11.</a></p>
-
-<p>Devers nous se <i>vint</i> rendre, 1609 &amp; 1612 ; se <i>vient</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p77v20">— v. 20.</a></p>
-
-<p>Ie <i>regorgeois</i> d’ennuy ; <i>regorgois</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p77v25">— v. 25.</a></p>
-
-<p>Ie n’en <i>pense</i> pas moings, 1609 &amp; 1612 ; <i>pensois</i> pas moins,
-1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p77v32">— v. 32.</a></p>
-
-<p>Lors ie fus asseuré de ce que <i>i’auois</i> creu, 1608 &amp; 1609 ;
-<i>i’aurois</i> creu, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p78v16">Page 78, v. 16.</a></p>
-
-<p>Sa race <i>autres fois</i> ancienne, 1608 &amp; 1609 ; <i>autrefois</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p79v12">Page 79, v. 12.</a></p>
-
-<p>Aux veilles <i>des</i> bons iours ; <i>de</i> bons iours, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p79v29">— v. 29.</a></p>
-
-<p>Au temps <i>qu’il auoit</i> consommé, 1609 &amp; 1612 ; <i>qui l’auoit</i>
-consommé, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p80v22">Page 80, v. 22.</a></p>
-
-<p>Luy pendoient au costé, qui <i>sembloit</i>, 1608, 1609 ; qui <i>sembloient</i>,
-1612 &amp; 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p80v29">— v. 29.</a></p>
-
-<p><i>Qu’il</i> fleuroit bien plus fort, correction ; <i>qui</i> fleuroit, 1609
-&amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p80v33">— v. 33.</a></p>
-
-<p>Que <i>sans</i> robe il a veu la matière première, correction ; que
-<i>sa</i> robe, 1609 &amp; 1612 ; <i>qu’en son globe</i>, 1613.</p>
-
-<p>La leçon adoptée est celle qui se rapproche le plus du texte
-italien traduit par Regnier.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6" lang="it" xml:lang="it">… E qui si stima</div>
-<div class="verse" lang="it" xml:lang="it">Haver…</div>
-<div class="verse" lang="it" xml:lang="it">Veduta <i>ignuda</i> la materia prima.</div>
-</div>
-
-<p class="attr small" lang="it" xml:lang="it">(<span class="sc">Caporali</span>, <i>Rime piacevole</i>. In Venetia, 1592.
-Presso G. B. Bonfudino, p. 94, v. 26.)</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p264">-264-</span><a href="#p81v11">Page 81, v. 11.</a></p>
-
-<p>Le pain <i>quotidian</i> de la pédanterie, 1609 ; <i>quotidien</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p83v14">Page 83, v. 14.</a></p>
-
-<p>Quand <i>sainct</i> Marc s’habilla, 1609 ; S. Marc, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p83v15">— v. 15.</a></p>
-
-<p>Ie <i>l’acomparerois</i>, corr. ; Ie <i>la comparerois</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p83v24">— v. 24.</a></p>
-
-<p>Qui dedans <i>ses</i> escrits ; <i>ces</i> escrits, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p84v10">Page 84, v. 10.</a></p>
-
-<p>Ainsi que la <i>charté</i>, 1609 ; <i>cherté</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p84v33">— v. 33.</a></p>
-
-<p>De sa grace il <i>gressa</i>, 1609 ; <i>graissa</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p85v29">Page 85, v. 29.</a></p>
-
-<p>Par force les <i>chassant</i> ; les <i>chassants</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p87v8">Page 87, v. 8.</a></p>
-
-<p><i>I’y</i> suis, ie le voy bien, 1609 ; <i>Ie</i> suis, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p89v24">Page 89, v. 24.</a></p>
-
-<p>Et <i>mainte</i> estrange beste ; <i>maint</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p90v10">Page 90, v. 10.</a></p>
-
-<p>Bien que maistre Denis <i>soit</i> sçauant en sculture, 1609 ; Denis
-sçauant en <i>la</i> sculture, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p90v11">— v. 11.</a></p>
-
-<p>Fist-il auec son <i>art</i>, correction ; son <i>arc</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p90v14">— v. 14.</a></p>
-
-<p>De ces trois corps <i>tronquez</i>, corr. ; <i>tronguez</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p91v15">Page 91, v. 15.</a></p>
-
-<p>Monsieur, me dist-elle, <i>auez</i>-vous point soupé, 1609 ; <i>aurez</i>
-vous, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p265">-265-</span><a href="#p92v32">Page 92, v. 32.</a></p>
-
-<p>Le museau <i>vermoulu</i>, 1609 ; <i>vermolu</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p93v11">Page 93, v. 11.</a></p>
-
-<p>Qui me porte <i>guignon</i>, corr. ; <i>quignon</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p93v27">— v. 27.</a></p>
-
-<p>Deux gands <i>depariez</i>, 1609 ; <i>despariez</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p95v11">Page 95, v. 11.</a></p>
-
-<p>Et que l’on me <i>bernast</i>, 1609 ; <i>berçast</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p95v21">— v. 21.</a></p>
-
-<p>Ie le <i>conte</i> pour vne ; ie le <i>conté</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p95v27">— v. 27.</a></p>
-
-<p>Mais monsieur <i>crayez</i> vous ; <i>croyez</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p95v28">— v. 28.</a></p>
-
-<p>Comme de <i>chaneuottes</i> ; <i>cheneuottes</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p96">Page 96, v. 1.</a></p>
-
-<p>Et les <i>linceux</i> trop cours ; <i>linceuls</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p96v20">— v. 20.</a></p>
-
-<p>Ie detache vn <i>soüillé</i>, ie m’oste <i>vne</i> iartiere ; vn <i>soüiller</i>, ie
-m’oste <i>vn’</i> iartiere, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p97v28">Page 97, v. 28.</a></p>
-
-<p>Et me tapis <i>d’aguet</i> ; <i>daguet</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p98v4">Page 98, v. 4.</a></p>
-
-<p>Au <i>mortier</i> embourbé ; <i>mourtier</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c14">S. XII, p. 100.</a></p>
-
-<p>Freminet (Martin Freminel dit), né à Paris en 1567, mort en
-1619. Parti de bonne heure pour l’Italie (1589), où il étudia beaucoup
-Michel-Ange, il fut à son retour en France, en 1600, nommé
-premier peintre du Roi &amp; chargé, en 1608, de la décoration de la
-chapelle de la Trinité à Fontainebleau. Sept ans plus tard, Marie
-de Médicis lui conféra l’ordre de Saint-Michel.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p266">-266-</span><a href="#p100v17">Page 100, v. 17.</a></p>
-
-<p>Estrange effronterie <i>en</i> si peu d’importance, 1608 ; <i>de</i> si peu,
-1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p101v5">Page 101, v. 5.</a></p>
-
-<p>Non pas moy qui <i>me</i> ry, 1608 ; qui <i>ne</i> ry, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p101v31">— v. 31.</a></p>
-
-<p>Vont criant les <i>chouëttes</i>, 1608 ; <i>chuëttes</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p102v11">Page 102, v. 11.</a></p>
-
-<p>Qu’ils estiment <i>honneur</i>, 1608 ; estiment <i>l’honneur</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p103v17">Page 103, v. 17.</a></p>
-
-<p>Qui me <i>pouront</i> par l’age, 1608, 1609 &amp; 1613 ; <i>pourroit</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p106v28">Page 106, v. 28.</a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i>N’ayant pas tout à fait mis fin à ses vieux tours,</i></div>
-<div class="verse"><i>La vieille me rendit tesmoin de ses discours.</i></div>
-<div class="verse"><i>Tapy dans vn recoin &amp; couuert d’vne porte…</i></div>
-</div>
-
-<p>Ces trois vers ont été remplacés, dans l’édition de 1613, par
-les suivants :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ceste vieille Chouette à pas lents &amp; posez,</div>
-<div class="verse">La parolle modeste &amp; les yeux composez,</div>
-<div class="verse">Entra par reuerence, &amp; resserrant la bouche,</div>
-<div class="verse">Timide en son respect sembloit Saincte Nitouche,</div>
-<div class="verse">D’vn <span lang="la" xml:lang="la">Aue Maria</span> luy donnant le bon-iour,</div>
-<div class="verse">Et de propos communs bien esloignez d’amour,</div>
-<div class="verse">Entretenoit la belle en qui i’ay la pensee</div>
-<div class="verse">D’vn doux imaginer si doucement blessee</div>
-<div class="verse">Qu’aymans &amp; bien aymez, en nos doux passe-temps</div>
-<div class="verse">Nous rendons en amour ialoux les plus contans,</div>
-<div class="verse">Enfin comme en caquet ce vieux sexe fourmille</div>
-<div class="verse">De propos en propos &amp; de fil en esguille,</div>
-<div class="verse">Se laissant emporter au flus de ses discours,</div>
-<div class="verse">Ie pensé qu’il falloit que le mal eust son cours.</div>
-<div class="verse">Feignant de m’en aller, daguet ie me recule</div>
-<div class="verse">Pour voir à quelle fin tendoit son preambule,</div>
-<div class="verse">Moy qui voyant son port si plein de saincteté</div>
-<div class="verse">Pour mourir, d’aucun mal ne me feusse doubté :</div>
-<div class="verse">Enfin me tapissant au recoin d’vne porte,</div>
-<div class="verse">I’entendy son propos…</div>
-</div>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p267">-267-</span><a href="#p107v18">Page 107, v. 18.</a></p>
-
-<p>Pour moy ie <i>voudrois</i> ; <i>ie voudroy</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p108v6">Page 108, v. 6.</a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Fille qui sçait son monde a saison oportune.</div>
-</div>
-
-<p>Ce vers &amp; les treize suivants manquent dans l’édition de 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p109v6">Page 109, v. 6.</a></p>
-
-<p>Ie cache mon <i>dessin</i> ; <i>dessein</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p109v9">— v. 9.</a></p>
-
-<p>Le scandale <i>&amp;</i> l’opprobre, 1612 ; le scandale, l’opprobre, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p110v22">Page 110, v. 22.</a></p>
-
-<p>Et <i>mesme</i> de vos pertes ; <i>mesmes</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p111v28">Page 111, v. 28.</a></p>
-
-<p>Et faisant des <i>mouuans</i> ; <i>mouuants</i>, 1613 ; <i>mourans</i>, 1729.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p111v32">— v. 32.</a></p>
-
-<p>Et <i>le</i> Poëte croté ; &amp; <i>ce</i> poëte, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c16">S. XIV, p. 114.</a></p>
-
-<p>Cette satire est adressée à Sully. En 1614, elle a paru sous le
-nom de <i>Maître Guillaume</i>, le Pasquin français. Enfin elle a été
-réimprimée dans le Recueil A. Z. A Paris, 1761 (Q., p. 207 à 216).</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p121v20">S. XV, p. 121, v. 20.</a></p>
-
-<p>Se <i>pleignent</i> doucement, correction ; se <i>pleigent</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p123v17">Page 123, v. 17.</a></p>
-
-<p>Ils <i>deuoient</i> à propos tascher d’ouurir la bouche, 1613 ; correction,
-ils <i>deuroient</i>.</p>
-
-<p>Cette faute se retrouve sat. VIII : Comme on fait son trauail
-ne <i>desroboit</i> sa gloire, 1613 ; au lieu de <i>desrobroit</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p125v21">Page 125, v. 21.</a></p>
-
-<p><i>Informans</i> de nos faits sans haine &amp; sans enuie, 1613 ; variante,
-<i>informons</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p268">-268-</span><a href="#p125v24">Page 125, v. 24.</a></p>
-
-<p><i>N’est</i> veu par mes escris si librement touché, 1613 ; correction,
-<i>s’est</i> veu.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c18">S. XVI, p. 126.</a></p>
-
-<p>Forquevaus (François Pavie de), gentilhomme de la maison de
-la reine Marguerite. Il était du Midi, &amp; il mourut en 1611. On
-lui attribue à tort l’<i>Espadon satyrique</i>, dont l’auteur, ainsi qu’il
-résulte de certains passages de ce livre, était Franc-Comtois &amp; vivait
-en 1615. Ces particularités viennent confirmer l’opinion d’après
-laquelle l’<i>Espadon</i> serait l’œuvre de Claude d’Esternod, seigneur
-de Refranche &amp; d’Esternod, près Ornans.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p127v14">Page 127, v. 14.</a></p>
-
-<p>Ou si parfois encor i’entre en <i>la</i> vieille escrime, correction ;
-i’entre en vieille escrime, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c19">S. XVII, p. 131.</a></p>
-
-<p>Suivant Brossette, commentaire de 1729, cette satire aurait été
-écrite pour le roi Henri IV.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p131v10">— v. 10.</a></p>
-
-<p>Comme vn nouueau <i>Toitan</i> si le veux-ie combattre, 1613 ; correction
-de 1642, <i>Titan</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p133v6">Page 133, v. 6.</a></p>
-
-<p>Ie lasche <i>mon</i> discours, correction ; <i>ton</i> discours, 1613 ; <i>ce</i> discours,
-1642.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p133v10">— v. 10.</a></p>
-
-<p>Si mon dernier souspir ne la <i>iette</i> dehors, 1613 ; variante,
-<i>iettoit</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p137v4">Page 137, v. 4.</a></p>
-
-<p>Qui souffre ce qui <i>m’est</i> de souffrir impossible, correction ; ce
-qui <i>n’est</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p143v15">Page 143, v. 15.</a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et <i>sa</i> langue mon cœur par ma bouche embrasa.</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="p269">-269-</span>Correction. Le texte original porte :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et <i>sa</i> langue mon cœur par ma bouche embrasée</div>
-<div class="verse">Me suggerant la manne en sa leure amassée.</div>
-</div>
-
-<p>Il y a ici une mauvaise fin de vers &amp; une lacune. Les Elzévirs,
-d’après le texte fourni pour le <i>Second Livre des délices de la Poésie
-françoise</i>, de I. Beaudouin, Paris, Toussainct du Bray, M. DC. XX,
-p. 679, ont rétabli ce passage de la manière suivante :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et sa langue mon cœur par sa bouche embrasa,</div>
-<div class="verse">Bref tout ce qu’ose amour, ma Déesse l’osa.</div>
-</div>
-
-<p>Ce dernier vers, brusquement jeté dans une énumération, ne
-paraît pas en son lieu. Il est en outre d’une médiocre facture.</p>
-
-<p>En lisant avec attention le passage dont il s’agit, on est porté à
-croire que le vers manquant n’est pas là, où les Elzévirs l’ont rétabli.</p>
-
-<p>Après ce vers :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elle mit en mon col ses bras plus blancs que neige,</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">il y a une lacune ; puis le récit reprend sa marche logique avec la
-correction finale du vers :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et sa langue mon cœur par ma bouche embrasa</div>
-<div class="verse">Me suggerant…</div>
-</div>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p144v14">Page 144, v. 14.</a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Puis que ie suis rectif au fort de ma ieunesse.</div>
-</div>
-
-<p>Ce vers manque dans l’édition de 1613 ainsi que dans toutes les
-suivantes, à l’exception de celle d’Antoine du Breuil publiée en 1614,
-&amp; celle d’Anthoine Estoc, Paris, 1619. On le trouve en outre
-en 1615 dans le texte de l’<i>Impuissance</i>, imprimée avec les <i>Satyres
-bastardes &amp; autres Œuures folastres</i> du cadet Angoulevent, Paris
-M.DC.XV, in-12 de 164 pages plus 4 lim., tit. comp.</p>
-
-<p>Notons en passant que ce livre singulier, sans nom d’imprimeur,
-porte pages 2 lim. 1, 115, 127 &amp; 149, le fleuron à tête de lion accoté
-de deux cornes d’abondance que l’on remarque dans l’édition de
-Regnier de 1612.</p>
-
-<p>C’est donc à l’aide de l’un ou de l’autre de ces divers volumes
-que les Elzévirs ont, dans leur édition de 1642, complété le texte
-où ils étaient accusés d’avoir fait une interpolation.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p145v9">Page 145, v. 9.</a></p>
-
-<p>Que l’œil d’vn <i>enuyeux</i> nos desseins empeschoit, correction ;
-d’vn <i>ennuyeux</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p270">-270-</span><a href="#p145v15">Page 145, v. 15.</a></p>
-
-<p>Luy seul comme <i>enuyeux</i> d’vne chose si belle, correction ; comme
-<i>ennuyeux</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p146v20">Page 146, v. 20.</a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pour m’acheuer de <i>peindre</i> esteignit ma vigueur.</div>
-</div>
-
-<p>Dans son excellente édition du <i>Cabinet satyrique</i>, M. Poulet-Malassis
-propose avec raison de lire : Pour m’acheuer de <i>poindre</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p146v34">— v. 34.</a></p>
-
-<p>La <i>fureur</i> à la fin rompit sa modestie, correction ; la <i>faueur</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p147v22">Page 147, v. 22.</a></p>
-
-<p>I’ay meurtry, i’ay vollé, <i>i’ay</i> des vœuz pariurez, Trahy les Dieux
-<i>benins</i>, correction ; vollé, <i>ay</i> des vœuz… les Dieux ; <i>venins</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c23">Page 149.</a></p>
-
-<p>Sur le trespas de Monsieur Passerat.</p>
-
-<p>Ce sonnet est tiré du <i>Recueil des Œuures poetiques de Ian Passerat</i>,
-lecteur &amp; interprete du Roy, augmenté de plus de la moitié
-outre les précédentes impressions. Dédié à Monsieur de Rosny. A
-Paris, chez Claude Morel, rüe Saint-Iaques, à l’enseigne de la Fontaisne,
-M.DC.VI. Avec priuilege du Roy.</p>
-
-<p>Il se trouve à la fin du volume, p. 46 non chiff.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c24">Page 150.</a></p>
-
-<p>Stanses. Pièce tirée f<sup>o</sup> 200, des <i>Muses gaillardes recueillies des
-plus beaux esprits de ce temps</i> par A. D. B. parisien. A Paris, de
-l’Imprimerie d’Anthoine du Breuil, au mont Saint-Hilaire, rue
-d’Écosse à la Couronne : &amp; en sa boutique au Palais en la Gallerie
-des Prisonniers, M.DC.IX. Avec priuilege du Roy (du 7 août 1609).</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p150v5">— v. 5.</a></p>
-
-<p>Sur <i>les</i> paons audacieux, 1609 ; sur <i>ces</i> paons, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p150v12">— v. 12.</a></p>
-
-<p>Et la <i>Cheuesche</i> à Minerue, 1609 ; &amp; la <i>Chouette</i>, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p150v14">— v. 14.</a></p>
-
-<p><i>Tel</i> oyseau qui leur <i>a</i> pleu, 1609 ; <i>tels</i> oyseaux qui leur <i>ont</i>
-pleu, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p271">-271-</span><a href="#p150v17">Page 150, v. 17.</a></p>
-
-<p>A tatons <i>au lieu d’</i>oyseau, 1609 ; <i>pour son</i> oyseau, 1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p150v18">— v. 18.</a></p>
-
-<p>Print vn <i>Aze</i> qui vous f…, 1609 ; vn <i>Asnon</i> qui <i>void goute</i>,
-1613.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p152">Page 152, v. 1.</a></p>
-
-<p><i>Sa</i> façon, correction ; 1613 : <i>De</i> façon.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p152v12">— v. 12.</a></p>
-
-<p><i>Vne</i> saliue, correction ; 1613 : <i>D’vne</i> saliue.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p152v18">— v. 18.</a></p>
-
-<p><i>Qui tient la mort entre ses dents.</i> — Après ce vers Brossette a
-intercalé la stance suivante d’après le texte du <i>Cabinet satyrique</i> :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Ha ! que ceste humeur languissante</div>
-<div class="verse">Du temps iadis est differente,</div>
-<div class="verse">Quand braue, courageux &amp; chaut,</div>
-<div class="verse">Tout passoit au fil de sa rage,</div>
-<div class="verse">N’estant si ieune pucelage</div>
-<div class="verse">Qu’il n’enfilast de prime assaut !</div>
-</div>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c27">Page 156</a>, contre vn Amoureux transy.</p>
-
-<p>L’édition de 1642 contient de plus que celle de 1613 les sept
-strophes suivantes prises dans le recueil cité plus haut. Elles font
-suite aux cinq qui précèdent.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">L’effort fait plus que le merite,</div>
-<div class="verse">Car pour trop meriter vn bien</div>
-<div class="verse">Le plus souuent on n’en a rien ;</div>
-<div class="verse">Et dans l’amoureuse poursuite,</div>
-<div class="verse">Quelquesfois l’importunité</div>
-<div class="verse">Fait plus que la capacité.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">I’approuue bien la modestie,</div>
-<div class="verse">Ie hay les amans effrontez ;</div>
-<div class="verse">Euitons les extremitez :</div>
-<div class="verse">Mais des Dames vne partie,</div>
-<div class="verse">Comme estant sans election,</div>
-<div class="verse">Iuge en discours l’affection.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">En discourant à sa Maistresse,</div>
-<div class="verse">Que ne promet l’amant subtil ?</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p272">-272-</span>Car chacun, tant pauure soit-il,</div>
-<div class="verse">Peut estre riche de promesse ;</div>
-<div class="verse">« Les Grands, les Vignes, les Amans</div>
-<div class="verse">« Trompent tousiours de leurs sermens.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mais vous ne trompez que vous-mesme,</div>
-<div class="verse">En faisant le froid à dessein.</div>
-<div class="verse">Ie crois que vous n’estes pas sain :</div>
-<div class="verse">Vous auez le visage blesme.</div>
-<div class="verse">Où le front a tant de froideur,</div>
-<div class="verse">Le cœur n’a pas beaucoup d’ardeur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Vostre Belle qui n’est pas lourde,</div>
-<div class="verse">Rit de ce que vous en croyez.</div>
-<div class="verse">Qui vous voit pense que soyez</div>
-<div class="verse">Ou vous muet, ou elle sourde.</div>
-<div class="verse">Parlez, elle vous oira bien ;</div>
-<div class="verse">Mais elle attend, &amp; n’entend rien.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Elle attend d’vn desir de femme,</div>
-<div class="verse">D’ouyr de vous quelques beaux mots.</div>
-<div class="verse">Mais s’il est vray qu’à nos propos</div>
-<div class="verse">On recognoist quelle est nostre ame,</div>
-<div class="verse">Elle vous voit, à ceste fois,</div>
-<div class="verse">Manquer d’esprit comme de voix.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Qu’vn honteux respect ne vous touche,</div>
-<div class="verse">Fortune ayme vn audacieux.</div>
-<div class="verse">Pensez, voyant Amour sans yeux,</div>
-<div class="verse">Mais non pas sans mains ny sans bouche,</div>
-<div class="verse">Qu’apres ceux qui font des presens</div>
-<div class="verse">L’Amour est pour les bien-disans,</div>
-</div>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c28">Page 157</a>, <span class="sc">Qvatrains</span>.</p>
-
-<p>Le Dieu d’Amour.</p>
-
-<p>Cette petite pièce, qui a paru pour la première fois dans la
-deuxième édition des <i>Fleurs des plus excellens poëtes</i> donnée en
-1601 chez Nicolas &amp; Pierre Bonfons, p. 240, offre un texte un peu
-différent dans la réimpression des <i>Satyres</i> de Régnier de 1613.
-On lit en effet dans ce dernier volume :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le Dieu d’Amour se deuoit peindre</div>
-<div class="verse">Aussy grand comme vn autre Dieu,</div>
-<div class="verse">N’estoit qu’il luy suffit d’atteindre</div>
-<div class="verse">Iusqu’à la piece du milieu.</div>
-</div>
-
-<p>Peu importent, d’ailleurs, les variantes. Le quatrain en question est
-d’une authenticité douteuse. On le trouve en effet dans les manuscrits
-<span class="pagenum" id="p273">-273-</span>de la Bib. nat. (1662, f. fr., f<sup>o</sup> 27) tel que nous l’avons
-donné, avec le titre : <i>Sur un Petit dieu d’amour</i>, &amp; la signature
-<i>T. S.</i> qui désigne Theodorus Seba, c’est-à-dire Théodore de Bèze.</p>
-
-<p>C’est probablement en raison de cette particularité révélée par
-les frères du Puy, gardes de la Bibliothèque du Roy, que les Elzeviers
-n’ont pas reproduit ce quatrain dans leur édition de 1642.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p159v9">Page 159, Discours au Roy, v. 9.</a></p>
-
-<p>Qui plus qu’<i>vne</i> Hydre affreuse ; <i>vn</i> Hydre, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p159v12">— v. 12.</a></p>
-
-<p>Qui reduite aux <i>abois</i> ; aux <i>bois</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p160v7">Page 160, v. 7.</a></p>
-
-<p>Qui <i>s’employant</i> aux ars ; <i>s’employoient</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p160v11">— v. 11.</a></p>
-
-<p>La mer aux deux costés <i>ceste</i> ouurage bordoit, 1608 &amp; 1609 ;
-<i>cest</i> ouurage, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p160v12">— v. 12.</a></p>
-
-<p>De l’Aucate à Bayonne.</p>
-
-<p>Leçon des éditions originales. Leucate, <i>Leocata</i>, autrefois ville
-forte, fut assiégé en 1590 par les Espagnols.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p160v25">— v. 25.</a></p>
-
-<p>Et purgeant le <i>venin</i> ; <i>venim</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p161v14">Page 161, v. 14.</a></p>
-
-<p>Du puissant archiduc, le cardinal d’Autriche. Amiens fut repris
-le 25 septembre 1597. Voir dans l’Estoile, édition Champollion,
-II, 287, deux dépêches sur les diverses phases du siége &amp; les évolutions
-de l’armée de secours.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p161v18">— v. 18.</a></p>
-
-<p>Où si tost que le fer <i>l’en</i> rendoit possesseur, 1608 ; <i>s’en</i> rendoit,
-1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p162v8">Page 162, v. 8.</a></p>
-
-<p>Tandis que la <i>fureur</i> précipitoit son cours.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="p274">-274-</span>Hors 1608 &amp; 1609, toutes les éditions, même les plus récentes,
-portent : Tandis que la <i>faueur</i>, leçon défectueuse dont on a déjà
-rencontré un exemple p. 146, v. 34 :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La faueur à la fin rompit sa modestie.</div>
-</div>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p162v29">Page 162, v. 29.</a></p>
-
-<p>Et <i>depuis de bon œil le Soleil</i> ; &amp; <i>depuis le Soleil de bon œil</i>,
-1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p163v3">Page 163, v. 3.</a></p>
-
-<p>Saccagez des <i>soldars</i> ; <i>soldats</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p163v21">— v. 21.</a></p>
-
-<p>En <i>ses</i> murs combatu ; en <i>ces</i> murs, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p164">Page 164, v. 1.</a></p>
-
-<p><i>Issu</i> comme tu dis ; <i>Yssu</i>, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p164v34">— v. 34.</a></p>
-
-<p>Rendant par <i>ses</i> brocards ; <i>tes</i> brocards, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p165v18">Page 165, v. 18.</a></p>
-
-<p><i>Reietté</i> loing de toy, 1608 &amp; 1609 ; <i>retiré loin</i>, 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p165v26">— v. 26.</a></p>
-
-<p>S’éleuant dans <i>le</i> vague des Cieux ; <i>la</i> vague, 1609 &amp; 1612.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c34">Page 167.</a></p>
-
-<p><span class="sc">Plainte.</span></p>
-
-<p>Cette pièce a paru pour la première fois dans le <i>Temple d’Apollon
-ou nouueau recueil des plus excellens vers de ce temps</i>. A
-Rouen, de l’imprimerie de Raphaël du Petit Val, libraire &amp; imprimeur
-du Roy (1611). Tome I, p. 5.</p>
-
-<p>Elle a été réunie à l’œuvre de Regnier en 1642, dans l’édition
-donnée par les Elzeviers.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c35">Page 173.</a></p>
-
-<p><span class="sc">Ode.</span></p>
-
-<p>Le texte original de cette ode se trouve dans le premier volume
-<span class="pagenum" id="p275">-275-</span>du <i>Temple d’Apollon</i>, p. 33, d’où il a été tiré avec les stances précédentes
-pour l’édition déjà citée de 1642.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c36">Page 175.</a></p>
-
-<p>Sonnet sur la mort de M. Rapin. — Ce sonnet fait partie
-<i>in fine</i> des Œuures latines &amp; françoises de Nicolas Rapin poictevin,
-grand préuost de la connestablie de France. Tombeau de
-l’autheur auec plusieurs éloges, à Paris, chez Pierre Cheualier, au
-mont S. Hilaire à la Court d’Albret CIↃ.IↃC.X. Auec priuilege
-du Roy. In-4<sup>o</sup>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c37">Page 176.</a></p>
-
-<p>Discours d’vne maquerelle. — Cette satire a paru sous ce titre
-dans les <i>Muses gaillardes</i> en 1609, sans nom d’auteur. Neuf ans
-plus tard, elle a été réimprimée dans le <i>Cabinet satyrique</i> avec le
-titre de Discours d’une vieille maquerelle &amp; le nom de Regnier.
-C’est d’après ce dernier recueil que l’éditeur de 1729 l’a donnée.
-Nous avons cru devoir reproduire ici le texte original suivant le
-plan de notre édition.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p176">— v. 1.</a></p>
-
-<p>Depuis <i>que ie vous ay</i> quitté, on lit dans le <i>Cabinet satyrique</i>
-de 1618 : Philon, depuis <i>t’auoir</i> quitté ; &amp; dans l’édit. de Rouen,
-1627 : depuis <i>t’auoir irrité</i>. Lenglet Dufresnoy, pour éviter l’expression
-<i>dépuis t’auoir</i>, qui lui paraissait incorrecte, a dans son
-édition du <i>Montparnasse</i>, imaginé la suivante :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Philon, en t’ayant irrité,</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">et Brossette a adopté cette leçon.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p178v15">Page 178, v. 15.</a></p>
-
-<p>Vn prelat me <i>voulant</i> avoir ; var. : vn prelat me <i>voulut</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l1c38">Page 182.</a></p>
-
-<p>Epitaphe. — Cette pièce, attribuée à Regnier par le P. Garasse,
-p. 648, dans les <i>Recherches des Recherches</i>, Paris, Sebastien
-Chappelet, 1622, a paru dans les <i>Muses gaillardes</i> dont nous
-donnons le texte de préférence à celui qui a été suivi jusqu’à ce
-jour.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p182v4">— v. 4.</a></p>
-
-<p>Et ne sçaurois dire pourquoy. Ces vers &amp; les deux suivants
-<span class="pagenum" id="p276">-276-</span>diffèrent de ceux qui, d’après les <i>Recherches</i>, terminent ainsi l’épitaphe
-du poëte :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et si m’estonne fort pourquoy,</div>
-<div class="verse">La mort oza songer en moy,</div>
-<div class="verse">Qui ne songeay iamais en elle.</div>
-</div>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l2c1">Page 185.</a></p>
-
-<p>Dialogue, Cloris &amp; Philis.</p>
-
-<p>Les Elzeviers ont tiré cette pièce du <i>Cabinet des muses</i> (Rouen,
-David du Petit Val, 1619, t. I, p. 251) pour leur édition de 1652.
-Nous avons rétabli la leçon originale, &amp; le lecteur trouvera ici les
-plus curieuses infidélités de la réimpression.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p186v21">Page 186, v. 21.</a></p>
-
-<p>Force donc tout respect, &amp; ma <i>fillette croy</i>, 1619 ; ma <i>chere
-fille, &amp; croy</i>, 1652.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p187">Page 187, v. 1.</a></p>
-
-<p><i>Hermione</i> la belle, 1619 ; <i>Berenice</i> la belle, 1652.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p187v7">— v. 7.</a></p>
-
-<p>Es cendres d’<i>Amyante</i>, 1619 ; es cendres d’<i>Alexis</i>, 1652.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p187v9">— v. 9.</a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">… <i>Fut nostre ame entamée,</i></div>
-<div class="verse"><i>Par sa mort mon amour n’en est moins enflammée</i>, 1619 ;</div>
-</div>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">… <i>Notre ame fut blessée,</i></div>
-<div class="verse"><i>S’il n’auoit qu’vn desir ie n’eus qu’vne pensée</i>, 1652.</div>
-</div>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p188v8">Page 188, v. 8.</a></p>
-
-<p>Avec toy mourront donc tes ennuis rigoureux. Dans l’édition
-donnée par les Elzeviers, ce vers &amp; les trois suivants se trouvent
-rejetés huit vers plus bas, après :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie ne peux, &amp; n’osé discourir de mes peines.</div>
-</div>
-
-<p>Le développement de la pensée, qui était absolument troublé
-par cette interversion, reprend son cours régulier dans le texte du
-<i>Cabinet des Muses</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p194v5">Page 194, v. 5.</a></p>
-
-<p>De si <i>dures</i> alarmes, 1619 ; <i>rudes</i> alarmes, 1652.</p>
-
-
-<p class="nref"><span class="pagenum" id="p277">-277-</span><a href="#p195v22">Page 195, v. 22.</a></p>
-
-<p><i>I’en pouuois eschaper</i>, 1619 ; <i>si i’en puis echapper</i>, 1652.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#p198v2">Page 198, v. 2.</a></p>
-
-<p>Se <i>retrouuant en</i> eux, 1619 ; se <i>retrouve dans</i> eux, 1652.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l2c2">Pages 199 à 220.</a></p>
-
-<p>Pièces tirées de l’édition de 1652 (Leiden, Jean &amp; Daniel Elsevier),
-où elles ont paru pour la première fois. Les deux premières
-font suite à la satire XVII, &amp; l’élégie : <i>L’homme s’oppose</i>, que
-Regnier écrivit pour Henri IV, placée avant le dialogue de Cloris
-&amp; Philis, forme, avec les vers spirituels, le complément du
-volume.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l2c11">Page 221.</a></p>
-
-<p>Epigramme tirée de l’<i>Anti-Baillet</i>. Toutes les éditions de
-Regnier portent à tort : Dieu me gard.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l2c12">Pages 222 à 228.</a></p>
-
-<p>Ode sur une vieille maquerelle. Cette ode, les stances &amp; les
-épigrammes qui suivent ont été jointes pour la première fois à
-l’œuvre de Regnier par l’éditeur de 1729, qui les a recueillies
-dans le <i>Cabinet Satyrique</i>.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l2c17">Page 227.</a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Lorsque i’estois comme inutile.</div>
-</div>
-
-<p>Traduction de l’épigramme latine : <i lang="la" xml:lang="la">Impuber nupsi valido</i> de
-Jacques Bouju (voir le <i>Menagiana</i> de 1715, t. III, p. 312).</p>
-
-<p>On croit que ce petit poëme, souvent traduit, a été inspiré par
-Marguerite, fille naturelle de Charles-Quint, épouse à douze ans
-d’Alexandre de Médicis &amp; à vingt ans d’Octave Farnèse. Lors de
-leur mariage, ces deux personnages avaient, le premier, vingt-sept
-ans &amp; le second treize ans.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l2c20">Pages 229 à 237.</a></p>
-
-<p>Pièces empruntées au <i>Parnasse Satyrique</i> par Viollet-le-Duc
-pour son édition de 1822. La <i>Complainte</i> que l’on serait tenté de
-retirer à Regnier, sur la foi de l’Estoile qui l’attribue à la reine
-<span class="pagenum" id="p278">-278-</span>Marguerite, est un modèle de mauvais goût, dont on trouve des
-exemples dans les œuvres des poëtes du <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle. Ainsi on
-peut lire, sous le nom de Pibrac, dans les <i>Fleurs des plus excellents
-poëtes de ce temps</i>, Paris, Nicolas &amp; Pierre Bonfons, 1601,
-des stances aussi obscures &amp; aussi tourmentées. Du reste, les anthologies
-du temps contiennent beaucoup de pièces en galimatias, où
-la pensée n’est pas moins torturée que la langue. En prose enfin
-le comte de Cramail, dans ses <i>Jeux de l’inconnu</i>, n’a pas dédaigné
-d’écrire en une série de coq-à-l’âne, l’historiette du Courtisan
-Grotesque.</p>
-
-<p>Devant ces témoignages officiels des travestissements imposés à
-la poésie, nous n’avons pas cru devoir écarter de l’œuvre de
-Regnier, l’ami de Forquevaus, gentilhomme de la reine Marguerite,
-une pièce qui, selon quelque apparence, a pu être demandée
-pour cette princesse.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l2c23">Page 238.</a></p>
-
-<p>Épigrammes.</p>
-
-<p>La première de ces petites pièces est rapportée par Tallemant
-dans l’historiette de Desportes. Pour les suivantes, leur authenticité
-a été établie par M. Tricotel dans le <i>Bulletin du bouquiniste</i>
-du 15 juin 1860. Voir aussi les <i>Variétés bibliographiques</i> publiées
-par cet érudit, Paris, Gay, 1863.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#l2c26">Page 239.</a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quelque moine de par le monde.</div>
-</div>
-
-<p>Le trait final de cette épigramme se retrouve dans une historiette
-des <i>Serees</i> de Guillaume Bouchet, liv. III, Ser. 26. Il s’agit
-d’un gros ventru brocardé par de bonnes galoises. Pour toutes
-sortes de raisons, je suis forcé de laisser au lecteur le soin de se
-renseigner davantage.</p>
-
-
-<p class="nref"><a href="#append">Page 241.</a></p>
-
-<p>Pour M. le Dauphin. Cette pièce, tirée du manuscrit 12491 f. fr.,
-Bib. nat., est attribuée à Regnier par l’Estoile.</p>
-
-<p>Les trois épigrammes qui suivent nous ont été communiquées
-par M. Tricotel qui les a découvertes dans les mss. de Conrart,
-t. XVIII, in-4<sup>o</sup>, p. 323-324. La dernière n’est pas signée.</p>
-
-<p>Le livre du pesant &amp; du leger du cardinal Duperron ne nous
-est point parvenu, mais voici ce qu’on lit dans l’<i>Analecta Biblion</i>
-<span class="pagenum" id="p279">-279-</span>du marquis du Roure, t. II, p. 206 : « <i lang="la" xml:lang="la">Asinus inter omnes</i>, comme
-disoit Joseph Scaliger de monseigneur du Perron, lequel, dix ans
-devant qu’il fut cardinal, pour paroître savant auprès des dames
-de la cour de Henri III, les entretenoit <i lang="la" xml:lang="la">de æstu maris, de leui
-&amp; graui &amp; de ente metaphysico</i>. »</p>
-
-<p>La dernière épigramme est tirée du mss. 884, f. fr., fol. 307, v<sup>o</sup>.
-Elle a été publiée pour la première fois par M. Pierre Jannet,
-dans son édition des œuvres de Regnier. Paris, Picard, 1868.</p>
-
-</div>
-<div class="c gap"><img src="images/cdl1.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="break"></div>
-<div class="c top6em"><img src="images/cdl15.png" class="w16" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p281">-281-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b6.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak" id="glossaire">GLOSSAIRE.</h2>
-
-
-<p><span class="sc">Abolitions</span>, <a href="#p38">38</a>. — Les abolitions, ou plus exactement les lettres
-d’abolitions, sont des lettres du prince obtenues en grande chancellerie,
-par lesquelles il abolit &amp; efface un crime qui, de sa nature,
-n’est pas rémissible, &amp; par la plénitude de sa puissance en remet la
-peine portée par la loi, de manière qu’il ne reste aucun examen
-à faire touchant les circonstances du crime. (Ferrière, <i>Dict. de
-droit</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Acort</span>, <a href="#p25">25</a>. — Discret, avisé, <i lang="en" xml:lang="en">circumspect, foreseing, of good
-spirit</i>. (Cotgrave.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il faut se taire acort, ou parler faucement.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Sat. III.)</p>
-
-<p>Les auditeurs iugeans en eux-mêmes que ce prédicateur deuoit
-estre quelque homme d’esprit &amp; accort.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Bouchet</span>, <i>Seree</i> XXXIV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Accostable</span>, <a href="#p82">82</a>. — Propre, convenable, <i lang="en" xml:lang="en">fit</i>. (Cotgrave.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Adulteriser</span>, <a href="#p43">43</a>. — Dénaturer, transformer.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voilà comme à present chacun l’adulterise.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<p>Comp. Rabelais, I, 24. — Visitoient les boutiques des drogueurs,
-consideroient les fruits, racines, ensemble aussi comment
-on les adulteroit.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Affoler</span>, <a href="#p15">15</a>. — Tourmenter, navrer, blesser, souiller, profaner.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La pauureté comme moy les affolle.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="p282">-282-</span>Ah, le brigand, il m’a tout affolée.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">La Fontaine</span>, <i>Le Diab. de Pap.</i>)</p>
-
-<p>Montaigne a dit :</p>
-
-<p>Et leur sembloit que c’estoit affoler les mysteres de Venus, que
-de les oster du retiré sacraire de son temple. (<i>Essais</i>, II, 12).</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Aguets</span>, <a href="#p10">10</a>. — Embûches.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que l’innocent ne tombe aux aguets du meschant.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Ains</span>, <a href="#p57">57</a>, <a href="#p108">108</a>, mais ; <span class="sc">Ains que</span>, <a href="#p241">241</a>, avant que.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Digne non de risee ains de compassion,</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. VII.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ains que Phebus eust pris naissance.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Append.</i>)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Alourder</span>, <a href="#p18">18</a>. — Accabler.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous alourdent de vers, d’alaigresse vous priuent.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Amenuisé</span>, <a href="#p14">14</a>. — Exténué, épuisé.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le corps amenuisé.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<p>Conf. :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">I’amenuise mon cœur d’vne poison amere.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Amours</i>, 1573, f<sup>o</sup> 77.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Anguillade</span>, <a href="#p63">63</a>. — Coups de lanières faites de peau d’anguille.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">M’eust donné l’anguillade &amp; puis m’eust laissé là.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. VIII.)</p>
-
-<p>Le patissier luy bailla l’anguillade si bien que sa peau n’eust
-rien vallu à faire cornemuse.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rabelais</span>, II, 30.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Appendre</span>, <a href="#p61">61</a>. — Consacrer, offrir en ex-voto.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au dieu de la bataille apendoit les escus.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Disc. au Roy.</i>)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie Berger plein de vitesse,</div>
-<div class="verse i3">Par humblesse</div>
-<div class="verse">Aux dieux cheurepieds, i’appens</div>
-<div class="verse">Ceste despouille conquise.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Ronsard</span>, <i>Voyage d’Hercueil</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Ardez</span>, <a href="#p91">91</a>. — Syncope de Agardez, voyez.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ardez le beau museau.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Molière</span>, <i>Le Dépit am.</i>, <small>IV</small>, 4.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p283">-283-</span><span class="sc">Armet</span>, <a href="#p89">89</a>. — Tête, proprement armure de tête.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand l’humeur ou le vin luy barbouillent l’armet.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XI.)</p>
-
-<p>On disait morion dans le même sens.</p>
-
-<p>Et tant plus voyoient les beaux peres honteux &amp; baisser leur
-morion, de peur d’estre cogneus.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Comptes du Monde Adv.</i>, 1595, p. 81.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Arrasser</span>, <a href="#p152">152</a>, <span class="sc">arser</span>, <a href="#p59">59</a>, <a href="#p89">89</a>. — Dresser, lever.</p>
-
-<p>Faire arser son épée, porter l’épée en verrouil.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En vain d’arrasser il essaie.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(La C. P.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Arroy</span>, <a href="#p80">80</a>, <a href="#p201">201</a>. — Equipage. Le sens primitif est charrue, train.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Arsenac</span>, <a href="#p201">201</a>. — Arsenal.</p>
-
-<p>La porte Saint-Victor vis-à-vis de l’arsenac. (<span class="sc">Malherbe</span>, <i>Lettres
-à Peiresc</i>, 20 janv. 1608.)</p>
-
-<p>V. les <i>Observations de Ménage sur la langue françoise</i>, Paris,
-1672, p. 20.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Asseurement</span>, <a href="#p40">40</a>. — Avec assurance.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’enfant…</div>
-<div class="verse">Qui marque asseurement la terre de ses pas.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Assiner</span>, <a href="#p123">123</a>. — Assigner, ajourner.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">I’assine l’enuieux cent ans apres la vie.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Atours</span>, <a href="#p108">108</a>. — Parures. Atour au singulier signifiait chaperon.</p>
-
-<p>Madame se mit en cotte simple &amp; print son atour de nuit.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Louis XI</span>, <i>Nouv.</i> 39.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie la vois de maint diamant</div>
-<div class="verse">Et de maint rubiz atournée.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">O. de Magny</span>, <i>Épithalame
-de Jean Flehard</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Attenter</span>, <a href="#p12">12</a>. — Tendre avec effort vers.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Attenter par ta gloire à l’immortalité.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p284">-284-</span><span class="sc">Attifet</span>, <a href="#p94">94</a>. — Parure, ornement de tête, de tifer par Attifer,
-le seul mot qui nous reste.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Autentique</span>, <a href="#p77">77</a>. — Scellé de rouge comme une charte revêtue
-du grand sceau de cire rouge.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et iugé ce lourdaut à son nez autentique.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-<p>La cire verte était employée pour tous les arrêts, la cire jaune
-pour les expéditions. Enfin la cire blanche était réservée pour la
-chancellerie de l’ordre du Saint-Esprit.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Avaler</span>, <a href="#p159">159</a>. — Descendre, tomber, aussi bien que boire ou
-manger avidement.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ses cheueux… sur son dos auallez.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Disc. au Roy.</i>)</p>
-
-<p>Si ie montois aussi bien comme i’avalle.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rabelais</span>, I, 5.)</p>
-
-<p>Vn propos avalé, est un propos dit en pinçant les lèvres avec
-affectation, comme si l’on retenait (avalait) ses paroles.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Avancer</span> (S’), <a href="#p16">16</a>, <a href="#p32">32</a>, <a href="#p33">33</a>. — S’élever au-dessus d’autrui.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et sans estre auancé ie demeure contant.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">… Et si ton oncle a sçeu</div>
-<div class="verse">S’auancer par cet art.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Encor seroit ce peu, si sans estre auancé.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">Ibid.</i>)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Bander</span> (Se), <a href="#p23">23</a>. — S’efforcer, se révolter.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui voudroit se bander contre vne loy si forte.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Barbe</span> (Faire barbe de paille), <a href="#p48">48</a>. — Expression vicieuse née de
-la confusion d’une locution : faire la barbe, avec une autre : faire
-garbe de paille (H. Estienne, <i>Precell. du Lang. franç.</i>) ; faire
-garbe de paille, c’est proprement payer à l’Eglise, en gerbes de
-paille, la redevance due en gerbes de blé.</p>
-
-<p>Que veut dire… quand elle dit : il ne faut point faire à Dieu
-<span class="pagenum" id="p285">-285-</span>barbe de feurre ; en lieu qu’on deuroit dire : il ne faut point faire
-à Dieu gerbe de feurre, ou de fourre.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Bouchet</span>, <i>Seree</i> XXXV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Barisel</span>, <a href="#p48">48</a>. — <i lang="la" xml:lang="la">Lictorum præfectus</i> (Hornkens), capitaine des
-sbires, de l’italien <i lang="it" xml:lang="it">barigello</i>.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Barragouin</span>, <a href="#p123">123</a>. — Langage étranger, plus particulièrement
-breton.</p>
-
-<p>Il fault feuilleter sans distinction, toutes sortes d’auteurs &amp; vieils
-&amp; nouueaux, &amp; barragouins &amp; françoys, pour y apprendre les
-choses de quoy diuersement ils traitent.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Montaigne</span>, <i>Essais</i>, II, 10.)</p>
-
-<p>Quand nous voulons dire qu’vn homme parle mal, nous l’appelons
-Barragoüin, qui est autant à dire comme si nous disions, il
-parle breton, car <i lang="br" xml:lang="br">barra</i> en breton, c’est-à-dire du <i>pain</i>, &amp; <i lang="br" xml:lang="br">goüin</i>
-du <i>vin</i> : tellement que ceux qui parlent ainsi : appellans du pain
-barra &amp; goüin du vin, nous disons, qu’ils sont Barragoüins, c’est-à-dire
-qu’ils parlent fort mal.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">G. Bouchet</span>, <i>Seree</i> XXXV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Baye</span> (Repaître de), <a href="#p123">123</a>. — Donner de vaines espérances, proprement
-faire bayer, baisler, beer, du bas latin <i lang="la" xml:lang="la">badare</i>.</p>
-
-<p>Les gentilz hommes de Beauce desieunent de baisler &amp; s’en
-trouuent fort bien.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rab.</span>, I, 16.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Bleu</span> (Cordon), <a href="#p111">111</a>. — Chevalier de l’ordre du Saint-Esprit. La
-croix du petit ordre se portait avec un ruban bleu.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’argent d’vn cordon bleu n’est pas d’autres façons</div>
-<div class="verse">Que celuy d’vn fripier ou d’vn aide à maçons.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XIII.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Bonadies</span>, <a href="#p25">25</a>. — Bonjour.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pour cent bonadies s’arrester en la ruë.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Bonneter</span>, <a href="#p63">63</a>. — Tirer le bonnet, saluer.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Apres ces Messieurs bonneter.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. VIII.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bonneter tout vn iour vn financier superbe.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Auvray</span>, <i>Banquet des muses</i>, 1628, p. 154.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Bord</span> (A), <a href="#p52">52</a>. — A terre.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p286">-286-</span><span class="sc">Bouchon</span>, <a href="#p34">34</a>, <a href="#p94">94</a>. — Botte de verdure servant d’enseigne aux
-cabarets ; brassée de paille pour la litière des animaux.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Font vn bouchon à vin du laurier du Parnasse.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’en bouchons tortillez elle auoit sous le bras.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XI.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Bourrier</span>, <a href="#p213">213</a>. — Flocon, duvet, de bourre (Cotg.). Ce mot a
-servi de sous-titre à un recueil de poésies : <i>Les Muses incognues ou
-la seille aux bourriers, pleine de desirs &amp; imaginations d’amours</i>
-(Rouen, Iean-Petit, 1604), où l’on trouve des vers de Beroalde de
-Verville, de Motin &amp; un portrait satirique de Rabelais.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Brider</span>, <a href="#p24">24</a>. — Porter la moustache droite ou relevée sur les joues.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’on bride sa moustache.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Bruire</span>, <a href="#p11">11</a>. — Pris activement.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Où tout le monde entier ne bruit que tes proiets.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Bruit</span>, <a href="#p19">19</a>. — Dire, propos.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Contraire en iugement au commun bruit de tous.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Caban</span>, <a href="#p80">80</a>. — <i lang="en" xml:lang="en">Gabardine, or cloake of felt</i> (Cotgrave). Manteau
-de feutre dont le tissu est fait de bourre de laine &amp; de poils d’animaux.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Cabinet</span>, <a href="#p19">19</a>. — Bahut rempli de petits tiroirs sur lesquels se fermait
-une porte à deux battants. Dans ce meuble, d’une ornementation
-habituellement très-recherchée, on enfermait les ouvrages
-graveleux aussi bien que les objets de prix.</p>
-
-<p>Ie m’ennuie que mes <i>Essais</i> seruent les dames de meuble
-commun seulement, de meuble de sale. Ce chapitre me fera du
-cabinet.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Montaigne</span>, <i>Essais</i>, III, 5, sur des vers de Virgile.)</p>
-
-<p>Cabinet avait aussi le sens de privé, retrait. C’est sur cette double
-signification qu’Alceste joue, lorsqu’il dit :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Franchement ils sont bons à mettre au cabinet.</div>
-</div>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Cachots</span>, <a href="#p7">7</a>. — Retraites.</p>
-
-<p>Les bestes sauuages laissent leurs cauernes &amp; cachots.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Ambroise Paré</span>, XXIV, 6.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p287">-287-</span><span class="sc">Calamite</span>, <a href="#p222">222</a>. — Aimant, <i lang="la" xml:lang="la">magnes</i>. (Nicot.)</p>
-
-<p>Voyez à la calamite de vostre boussole. (<span class="sc">Rab.</span>, IV, 16.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Carousse</span> (Faire), <a href="#p19">19</a>. — <i lang="en" xml:lang="en">To quaffe, carousse</i>. Faire beuverie, de
-l’allemand : <span lang="de" xml:lang="de">Gar aus</span>, tout vide. (H. <span class="sc">Estienne</span>, <i>Dial. du nouv.
-lang. franc.</i>, Envers, 1579, p. 42.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ils font iournellement carousse auec les dieux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<p>Trinquer, voire, carous &amp; alluz.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rab.</span>, IV, Prol.)</p>
-
-<p><span lang="de" xml:lang="de">Gar aus</span> &amp; <span lang="de" xml:lang="de">all aus</span> ont en allemand la même signification : tout
-hors le verre.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Cervelle</span> (En), <a href="#p26">26</a>, <a href="#p83">83</a>. — En souci, en peine. Ce mot a été
-très-torturé. Brossette veut qu’il signifie : de mauvaise humeur ;
-M. Lacour lui donne le sens d’imaginairement.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais pour dire le vray ie n’en ay la ceruelle.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">… Où l’esclanche en ceruelle.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Chaire</span>, <a href="#p82">82</a>.</p>
-
-<p>Chaire est conforme à l’étymologie. Chaise est un reste du
-zezaiement à la mode dont Marot (V. le biau fiz de Pazi) nous a
-laissé un exemple ainsi que Lasphrise dans son sonnet :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hé ! mé, mé, bine-moy, bine-moy, ma pouponne.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Éd<sup>on</sup> <span class="sc">Blanchemain</span>, Turin, 1870, p. 325.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Chalan</span>, <a href="#p83">83</a>. — Gros pain venant par les bateaux chalands de
-Corbeil &amp; de Villeneuve-Saint-Georges. (<span class="sc">Furetière</span>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Chartis</span>, <a href="#p121">121</a>. — Hangar.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Chauvir</span> de l’oreille, <a href="#p61">61</a>. — Baisser, remuer les oreilles.</p>
-
-<p lang="en" xml:lang="en">To clape downe the eares, as an horse, or asse doth.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Cotgrave.</span>)</p>
-
-<p>Chacun ne se plaist pas à attendre dix ans pour vn baiser,
-mesmes d’vne qui en derriere chauuist des oreilles.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Du Fail</span>, <i>Propos rustiques</i>, 14.)</p>
-
-<p>Chauuent des oreilles comme Asnes de Arcadie au chant des
-musiciens.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rab.</span>, III, Prol.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p288">-288-</span><span class="sc">Chere</span>, <a href="#p15">15</a>. — Visage.</p>
-
-<p>Belle chere &amp; cueur arrière, dit un vieux proverbe français rapporté
-par H. Estienne (<i>Precell. du Lang. fr.</i>).</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">… A qui mesme la mère</div>
-<div class="verse">Pour ne se descouurir fait plus mauuaise chère.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Chevre</span> (Prendre la), <a href="#p112">112</a>. — Prendre de l’humeur. Cette expression
-est restée longtemps en usage dans notre langue.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C’est prendre la chevre vn peu bien viste aussi.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Molière</span>, <i>Sgan.</i>, <small>XII</small>.)</p>
-
-<p>Les Italiens disent encore en ce sens : <i lang="it" xml:lang="it">Pigliar la monna</i>, prendre
-la guenon.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Chiffler</span>, <a href="#p81">81</a>. — Siffler. <i lang="en" xml:lang="en">To Whistle.</i> (Cotgrave.)</p>
-
-<p>On a dit de même longtemps capuchins pour capucins. (Voir
-Ménage, <i>Observations sur la langue fr.</i>, p. 458, édit. cit.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Chopper</span>, <a href="#p53">53</a>. — Heurter du pied, faire un faux pas.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Cicatrisé</span>, <a href="#p15">15</a>. — Portant des traces de recousures, comme les
-blessures ou les plaies refermées.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Si mon habit par tout cicatrisé.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Cinq pas</span>, <a href="#p42">42</a>. — Danse fort en vogue au <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle, &amp; décrite
-par Antoine Arena dans son poëme macaronique adressé <i lang="la" xml:lang="la">ad suos
-compagnones studiantes, qui sunt de persona friantes bassas
-dansas in galanti stylo bisognatas</i>.</p>
-
-<p>Voici d’après l’édition de Lyon (1601, in-8<sup>o</sup> de 78 p., tit. comp.)
-la description d’Arena :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">… Passus fiunt ordine quinque suo :</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Vna duos primos marchet tantummodo gamba,</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Ac alium post hoc altera gamba dabit.</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Tibia sed faciet quartum gentissima passum</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Quæ primos fecerit ante duos…</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Vna dabit finem.</i></div>
-</div>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Coffre</span>, <a href="#p22">22</a>. — Meuble servant de banc dans les antichambres
-où se tiennent les gens de service.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mourir dessus vn coffre en vne hostellerie.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p289">-289-</span><span class="sc">Coite</span>, <a href="#p96">96</a>. — Lit de plume, de <i lang="la" xml:lang="la">culcita</i> qui a donné coulte,
-coueste &amp; coite. Le premier mot est entré dans coutepointe, devenu
-enfin courte-pointe.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Commune</span>, <a href="#p27">27</a>. — La foule, le vulgaire.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui n’abaye &amp; n’aspire ainsy que la commune</div>
-<div class="verse">Apres l’or du Perou.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Constable</span>, <a href="#p80">80</a>. — Forme contractée de connestable, qui lui-même
-vient de l’allemand <i lang="de" xml:lang="de">Kœnigstapel</i>, aide du roi, &amp; non de
-<i lang="la" xml:lang="la">comes stabuli</i>. (Nicot.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Convenant</span>, <a href="#p12">12</a>. — Approprié.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Iugez comme au subiect l’esprit est conuenant.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Convent</span>, <a href="#p106">106</a>. — Du latin <i lang="la" xml:lang="la">conventus</i>, &amp; par euphonie couvent.
-Cette double forme se retrouve dans moustier &amp; monstier, de
-<i lang="la" xml:lang="la">monasterium</i>. Enfin on a fait pareillement mouton de <i lang="it" xml:lang="it">montone</i>.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Cornette</span>, <a href="#p31">31</a>. — Bande de soie que les docteurs en droit portaient
-autour du cou, pendant jusqu’à terre. (Littré.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vne cornette au col debout dans vn arquet.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Cornus</span>, <a href="#p85">85</a>.</p>
-
-<p>Cornus du bon père. Enhardis par le vin.</p>
-
-<p>Le bon père est Bacchus ; &amp; pour l’explication de cornus, voici
-un extrait de Guillaume Bouchet :</p>
-
-<p>Les cornes augmentans la hardiesse : car si à vn mouton vous
-ostez les cornes il deuient timide &amp; doux, laissant sa hardiesse.
-Nous baillons à Bacchus des cornes pour monstrer que le vin
-rend les personnes hardies.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Serees</i>, liv. I, 8.)</p>
-
-<p>Conf. : Depuis quand auez-vous pris les cornes qu’estes tant
-rogues deuenus ?</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rab.</span>, I, 25.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Coucher</span>, <a href="#p20">20</a>. — Avoir pour enjeu, viser.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ne couche de rien moins que l’immortalité.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<p>Les princes ne craignans point de gager la vie de trente mille
-hommes où ils ne couchent rien du leur.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Bouchet</span>, éd. Roybet, t. III, p. 17.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p290">-290-</span><span class="sc">Coupeau</span> ou Coupet, <a href="#p20">20</a>. — D’une montagne. <i lang="la" xml:lang="la">Montis cacumen.</i>
-(Nicot.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vient à Vanues à pied pour grimper au coupeau</div>
-<div class="verse">Du Parnasse françois.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Courage</span>, <a href="#p16">16</a>, <a href="#p25">25</a>, <a href="#p39">39</a>. — Ce mot est pris souvent pour cœur.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">I’allay vif de courage &amp; tout chaud d’esperance.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie n’en ay pas l’esprit non plus que le courage.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Suiect à ses plaisirs, de courage si haut.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Courante</span>, <a href="#p53">53</a>. — Impulsion irrésistible.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au gouffre du plaisir la courante m’emporte.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. VII.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Courtaux</span>, <a href="#p42">42</a>. — Cheval de petite taille à qui l’on a coupé les
-oreilles, la crinière &amp; la queue.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Fait creuer les courtaux, en chassant aux forests.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Damoyselle</span>, <a href="#p26">26</a>. — Nom donné aux femmes mariées de noblesse
-inférieure. Ce titre permettait de porter la robe de velours &amp; une
-bordure d’or au chaperon. Plus tard il s’étendit à toutes les
-femmes mariées, nobles ou roturières.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En honneur les auance &amp; les fait Damoyselles.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Dariolet</span>, <a href="#p42">42</a>. — Entremetteur. Dariolette est le nom de la confidente
-d’Elisenne dans <i>Amadis</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De vertueux qu’il fut le rend dariolet.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sont-ce pas les dariolettes</div>
-<div class="verse">Et les messagers d’amourettes</div>
-<div class="verse">Qui peuplent France de cocus ?</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Auvray</span>, <i>Banquet des muses</i>, 1628, p. 194.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’il soit bon Sibillot, ruzé dariolet,</div>
-<div class="verse">Qu’il sçache finement presenter vn poullet.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Courval Sonnet</span>, <i>Œuv. sat.</i>, 1622, p. 91.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p291">-291-</span><span class="sc">Degoiser</span>, <a href="#p122">122</a>. — Cette expression paraît dans l’origine ne s’être
-dite que des oiseaux. Les oyseaux se degoysent, <i lang="la" xml:lang="la">garriunt aves</i>.
-(Nicot.)</p>
-
-<p><i lang="en" xml:lang="en">To chirpe or warble (as a singing bird).</i> (Cotgrave.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Dégout</span>, <a href="#p86">86</a>. — Écoulement, débordement d’eau.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et du haut des maisons tomboit vn tel degout.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et là n’eussent rencontré source, ou degout d’eaux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rab.</span>, III, 5.)</p>
-
-<p>Ce mot se retrouve au figuré dans les <i>Quatrains</i> de Pibrac :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A bien parler ce que l’homme on appelle,</div>
-<div class="verse">C’est vn rayon de la diuinité,</div>
-<div class="verse">C’est vn degout de la source eternelle.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Éd. de 1584. <i>Quat.</i> <small>XIII</small>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Degrez</span>, <a href="#p24">24</a>. — Grades.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et si l’on est docteur sans prendre ses degrez.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Depiter</span>, <a href="#p57">57</a>. — Maudire.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie semble depiter, naufrage audacieux,</div>
-<div class="verse">L’infortune, les vents, la marine &amp; les cieux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. VII.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie despite à ce coup ton inique puissance,</div>
-<div class="verse">O nature cruelle à tes propres enfants.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">D’Aubigné</span>, <i>Hécat. à Diane</i>, <small>LX</small>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Dilayant</span>, <a href="#p40">40</a>. — Delayer, temporiser.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dilayant, qui tousiours a l’œil sur l’auenir.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Douteux</span>, <a href="#p40">40</a>. — Hésitant.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Imbecille, douteux, qui voudroit, &amp; qui n’ose.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Éguillette</span> (Courir l’), <a href="#p128">128</a>. — Chercher des aventures galantes.</p>
-
-<p>Cette expression est restée longtemps obscure, parce qu’on a voulu
-la rattacher au mot aiguillette, désignant le signe que les courtisanes
-de Toulouse portaient sur l’épaule pour se distinguer des autres
-femmes. C’est aller, ce semble, chercher un peu loin une explication.
-L’aiguillette est un double cordon ferré, servant à fermer la
-<span class="pagenum" id="p292">-292-</span>brayette. Nouer l’aiguillette, courir l’aiguillette, sont des locutions
-très-claires : la première signifie rendre un homme impuissant, &amp; la
-seconde, faire métier de dénouer les aiguillettes de tout venant.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Encastelé</span>, <a href="#p59">59</a>. — Mot vsité en matière de pieds de bêtes de pied
-rond, comme cheuaux, mulets, quand on veut dénoter que la corne
-du talon s’entre approche presque à ioindre, qui est vn grand
-vice au pied ; pour auquel obuier il faut au ferrer faire ouurir le
-talon auec le boutoir iusques au vif. (Nicot.) Encastellé, qui a le
-talon étroit ; <i lang="en" xml:lang="en">narrow heeled</i>, dit Cotgrave.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Enteriner</span>, <a href="#p38">38</a>. — Ratifier juridiquement.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui dans le four l’Euesque enterine sa grace.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Entrant</span>, <a href="#p21">21</a>, <a href="#p24">24</a>, <a href="#p25">25</a>. — Hardi, audacieux. <i lang="en" xml:lang="en">A bould or audacious
-fellow.</i> (Cotgrave.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">I’entre sur ma louange &amp; bouffy d’arrogance.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sois entrant, effronté.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie ne suis point entrant.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">Ibid.</i>)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Épée</span> (Chevalier de la petite), <a href="#p82">82</a>. — Coupeur de bourse.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Esclater</span>, <a href="#p69">69</a>, <a href="#p107">107</a>. — Reluire, briller.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Son front laué d’eau claire, esclaté d’vn beau teint.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IX.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Esclater de satin, de perles, de rubis.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XIII.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Veaux dorez que tu crains pour leur voir esclater</div>
-<div class="verse">Le clinquant au chapeau, sur le dos l’escarlate.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Courval Sonnet</span>, <i>Œuv. sat.</i>, 1622, p. 103.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Esclater en clinquant gorrierement vestu</div>
-<div class="verse">Piaffer en vn bal, gausser, dire sornettes.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Auvray</span>, <i>Banquet des muses</i>, 1628, p. 159.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Escornes</span>, <a href="#p179">179</a>. — Affront.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p293">-293-</span><span class="sc">Esgayer</span>, <a href="#p13">13</a>, <a href="#p16">16</a>, <a href="#p39">39</a>, <a href="#p42">42</a>. — Divertir, ébattre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pour esgayer ma force.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un repos qui s’esgaye en quelque oisiveté.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Egayer sa fureur parmy des precipices.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui dans vn labeur iuste egayoit son repos.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">Ibid.</i>)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Espoinçonne</span>, <a href="#p28">28</a>. — Piquer, pousser en avant.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Iadis vn loup dit-il, que la fain espoinçonne.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pour nous espoinçonnez d’vne loüable ardeur,</div>
-<div class="verse">Nous offrons à seruir vostre illustre grandeur.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Auvray</span>, <i>Banquet des muses</i>, 1628, p. 182.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Estamine</span>, <a href="#p107">107</a>, <a href="#p114">114</a>. — Petite étoffe légère &amp; de peu de prix.
-Tissu de crin ou de laine servant à filtrer.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que cecy fust de soye &amp; non pas d’estamine.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XIII.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et qui peust des vertus passer par l’estamine.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XIV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Estriver</span>, <a href="#p113">113</a>. — Quereller, disputer ; d’estrif, qui signifie peine
-et aussi débat.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Estude</span>, <a href="#p23">23</a>. — Ce mot variait d’acception suivant le genre qui
-lui était donné.</p>
-
-<p>Une estude désignait un cabinet de travail, &amp; l’estude (subst.
-masc.) avait le sens de soin, souci.</p>
-
-<p>Encores que mon feu pere eust adonné tout son estude à ce
-que ie prouffitasse en toute perfection. (<span class="sc">Rabelais</span>, II, 8.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Estuver</span>, <a href="#p193">193</a>. — Sécher. <i lang="en" xml:lang="en">To warme.</i> (Cotgrave.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Everolle</span>, <a href="#p79">79</a>. — Ampoule.</p>
-
-<p>Du vieux mot français éve, eau, qui a donné éveux, humide,
-plein d’eau, &amp; évier, demeuré dans la langue.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De nuages éueux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Les Jeux</i>, 1593, f<sup>o</sup> 41.)</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="p294">-294-</span>Voir, sur éve &amp; aigue, venus tous deux d’<i lang="la" xml:lang="la">aqua</i>, H. Estienne,
-<i>Precellence du Lang. franc.</i>, 1579.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Evesché</span>, <a href="#p19">19</a>, <a href="#p27">27</a>. — Ce mot était alors habituellement féminin,
-comme duché.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Medite vne euesché.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et si le faix leger d’vne double Euesché.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-<p>Avec une comté de Plume, &amp; un marquisat d’Ancre, il ne lui
-falloit plus qu’une duché de Papier, pour assortir tout l’équipage.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Malherbe</span>, éd. Lalanne, III, 207.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Exemple</span>, <a href="#p41">41</a>, <a href="#p83">83</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pour exemple parfaitte ils n’ont que l’aparance.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<p>A Paris, dans la ville, on fait exemple ordinairement feminin,
-&amp; l’erreur vient de ce que exemple est de ce dernier genre quand
-il signifie le modelle d’escriture que les maistres Escrivains donnent
-aux enfans. (Vaugelas, <i>Remarques sur la langue françoise</i>, 1665,
-p. 171.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Fanir</span>, <a href="#p192">192</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu es vn pré sans fleur qui fanist.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Am. de Franc.</i>, IV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Faquin</span>, <a href="#p43">43</a>. — Mannequin contre lequel on joutait dans les manéges.
-Tournant sur un pivot, il frappait d’un sabre de bois le
-cavalier qui ne l’atteignait pas en plein milieu.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Court le faquin, la bague.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<p>Le lendemain des noces on courra la bague &amp; rompra t’on au
-faquin. (<span class="sc">Malherbe</span>, éd. Lalanne, III, 90.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Fée</span> (Courroucer la), <a href="#p84">84</a>. — Irriter les génies.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Figue</span>, <a href="#p47">47</a>, <a href="#p77">77</a>. — Nazarde, plus particulièrement signe de mépris,
-qui consiste à montrer le pouce entre l’index &amp; le médium.
-Pour l’éclaircissement historique de cette expression, voir G. Paradin,
-<i lang="la" xml:lang="la">De antiq. Burgundiæ statu</i>, Lyon, Est. Dolet, 1542, p. 49,
-&amp; aussi Rabelais, IV, 45.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p295">-295-</span><span class="sc">Forains</span> (Alibis), <a href="#p91">91</a>. — Echappatoires.</p>
-
-<p>Dans Rabelais, liv. II, ch. <small>XXI</small>, cette expression désigne les
-recoins les plus écartés, <i lang="en" xml:lang="en">all the corners</i>. (Cotgrave.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Fourche</span> (Fait à la), <a href="#p77">77</a>. — Mal tourné, de grossière façon.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Fourneaux</span>, <a href="#p129">129</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Des fourneaux enfumez où l’on perd sa substance.</div>
-</div>
-
-<p>Ambroise Paré a donné la description de cet appareil à fumigation
-dans ses œuvres (Paris, Buon, 1585), liv. XIX, ch. <small>XXVI</small>.</p>
-
-<p>Par ironie, on disait de ceux qui suivaient ce traitement, qu’ils
-voyageaient au pays de Surie, Syrie ou Suède.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Fraisé</span>, <a href="#p39">39</a>. — Portant une fraise, sorte de collet plissé &amp; empesé.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’homme ne se plaist pas d’estre tousiours fraisé.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Fusté</span>, <a href="#p34">34</a>. — Bâtonné, accablé, de fust, bâton.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Les grands &amp; la fortune</div>
-<div class="verse">Qui fustez de leurs vers en sont si rebattus.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-<p>Marotte Duflos, pour soupechon de larrecin, fut fustée à la banlieue.
-(<i>Livre rouge d’Abbeville.</i>) Génin, dans ses <i>Récréations philologiques</i>,
-t. I, p. 161, prétend mal à propos que ce mot vient
-de fustigé.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Garite</span>, <a href="#p86">86</a>. — Guerite, lieu de refuge &amp; sauueté en vn desastre
-&amp; deroute. (Nicot.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Garot</span>, <a href="#p195">195</a>. — Trait d’arbalète. <i lang="en" xml:lang="en">A boult for a crosse bow</i>
-(Cotgrave.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Gaule</span>, <a href="#p34">34</a>. — Houssine, cravache.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous voyent d’vn bon œil &amp; tenant vne gaule</div>
-<div class="verse">Ainsi qu’à leurs cheuaux nous en flatte l’espaule.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IX.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Gay</span>, <a href="#p94">94</a>. — Geai.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le Perroquet, &amp; le Gay caqueteur.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Vauq. de La Fresnaye</span>, éd. Travers, I, 251.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p296">-296-</span><span class="sc">Genet</span>, <a href="#p43">43</a>. — Cheval de main, de petite taille &amp; bien proportionné,
-que l’on tirait d’Espagne &amp; de Sardaigne.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Talonne le genêt.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Gentilly</span>, <a href="#p49">49</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Aller à Gentilly caresser vne rosse.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<p>Claude Binet nous apprend, dans sa <i>Vie de Ronsard</i>, que le
-poëte « se delectoit ou à Meudon, tant à cause des bois, que du
-plaisant regard de la riuiere de Seine, ou à <i>Gentilly</i>, Hercueil,
-Sainct-Clou, &amp; Vanues pour l’agréable fraischeur du ruisseau de
-Biéure, &amp; des fontaines que les muses ayment naturellement. »</p>
-
-<p>Hercueil fut le théâtre de la Pompe du Bouc de Jodelle. C’est à
-Vanves que se trouvait la maison de campagne où Desportes recevait
-ses amis ; enfin le petit Olympe d’Issy a été chanté par Bouteroue.
-« C’estoit, dit Lestoile, une fadeze dediée à la reine Marguerite
-sur ses beaux jardins d’Issy, dont on disoit que le dieu
-Priapus estoit gouuerneur, &amp; Bajaumont son lieutenant. »</p>
-
-<p>Dans Rabelais, liv. I, ch. <small>XXIV</small>, Comment Gargantua employoit
-le temps, nous lisons enfin que Ponocrates, « pour le séjourner de
-la vehemente contention des esprits, l’emmenoit à Gentilly, à
-Montrouge ou à Vanves, &amp; là passoient la journée à faire ripaille. »</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Georges</span> (Saint), <a href="#p41">41</a>, <a href="#p51">51</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et que i’en rende vn jour les armes à Sainct-Georges.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Releuez, emplumez, braues comme Sainct-George.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. VIII.)</p>
-
-<p>La légende a fait de saint Georges un type héroïque. Comme
-Persée, il a délivré une jeune vierge des griffes d’un dragon. Aussi
-les Anglais &amp; les Génois l’avaient-ils du temps des croisades choisi
-pour leur patron.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Gille</span> (Faire), <a href="#p62">62</a>, <a href="#p97">97</a>. — Fleury de Bellingen explique ainsi
-cette expression :</p>
-
-<p>Quand quelqu’un s’en est fuï secrettement, on dit qu’il a fait
-Gile, parce que Saint Gille, prince du Languedoc, s’enfuit ainsi de
-peur d’être fait roi.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Étymologie ou explication des Proverbes
-françois.</i> La Haye, 1656, p. 133.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p297">-297-</span><span class="sc">Goulet</span>, <a href="#p94">94</a>. — Goulet, diminutif de Goule, aujourd’hui gueule.
-(Littré.) Sur la permutation <i>eu</i> &amp; <i>ou</i>, voir page <a href="#p94">94</a>, feugere pour
-fougère.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Gourmander</span>, <a href="#p84">84</a>. — Se repaistre avec avidité de.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Son poulmon tu gourmandes.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Grain</span> (Dans le), <a href="#p86">86</a>. — Dans l’abondance, à l’aise.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Gremoire</span>, pour grimoire (comme letanie, cemetiere), <a href="#p35">35</a>, <a href="#p95">95</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C’est mon amy, vn gremoire &amp; des mots.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mon maistre… i’entends bien le Grimoire.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XI.)</p>
-
-<p>On disait aussi gramoire.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et par ma foy, si vous voulez,</div>
-<div class="verse">Leur montrer mestier ou gramoire.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Anc. th. franç.</i>, III, 12.)</p>
-
-<p>Grimoire est donc véritablement un doublet du mot grammaire.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Guet</span> (Laisser du), <a href="#p62">62</a>. — Échapper à quelqu’un &amp; le laisser en
-quête de soi.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Housse</span> (En), <a href="#p14">14</a>. — A cheval, comme s’il y avait en selle. La
-housse est une sorte de couverture attachée à la selle.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En carosse &amp; en housse.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<p>Autrefois pour parler d’un qui paroissoit dans le monde, soit
-financier ou autre, l’on disoit de luy : Il ne va plus qu’en housse ;
-mais maintenant cela n’est plus guères propre qu’aux medecins ou
-à ceux qui ne sont pas des plus relevez.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Les Loix de la Galanterie</i>, 1644.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Hypostase</span>, <a href="#p106">106</a>. — Terme de théologie qui signifie essence,
-nature &amp; personne de Dieu.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Infinité</span> pour Infini, <a href="#p11">11</a>, <a href="#p218">218</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ne pouuant le fini ioindre l’infinité.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p298">-298-</span><span class="sc">Ja</span> pour déjà, <a href="#p12">12</a>. — Ce mot était hors d’usage au moment où
-l’employait Regnier.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ia riante en son cœur.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Jacopins</span> pour Jacobins, <a href="#p29">29</a>. — Voir, sur cette double forme,
-les <i>Observations de Ménage sur la langue françoise</i>. Éd. citée,
-p. 24.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Jean</span> qui ne peut, <a href="#p89">89</a>. — Homme impuissant. Titre d’un poëme
-écrit en 1577 par Remy Belleau sur le cas de M<sup>e</sup> Estienne de
-Bray, &amp; rapporté dans le registre journal de <i>Lestoile</i>.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Jean</span> (Saint-), <a href="#p67">67</a>. — Place Saint-Jean-en-Greve, lieu de stationnement
-des crocheteurs ou portefaix.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Joug</span> (Faire), <a href="#p120">120</a>, <a href="#p213">213</a>. — Italianisme, de <i lang="it" xml:lang="it">far giu</i>, céder, se
-soumettre, s’abaisser.</p>
-
-<p>Dans Marot, il est écrit faire jou. Plus tard il prend un g
-euphonique, &amp; les lexicographes le confondent à tort avec le
-mot joug.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Anjou fait jou, Angoulême est de même.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Marot</span>, <i>Complainte de Madame Louise de Savoye</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Jupon</span>, <a href="#p80">80</a>. — Jupe. Nicot donne deux explications de ce mot :
-squenie ou souquenie, roquet ou rochet, suruestement qui est pendant
-par deuant &amp; par derriere bien bas.</p>
-
-<p>Le comte d’Egmont… estoit vestu d’vne juppe de damas cramoisi
-&amp; d’un manteau noir avec du passement d’or.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Brantome</span>, éd. Jannet, II, 169.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Juys</span> pour Juyfs, <a href="#p59">59</a>. — <i>f</i> muet.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A coups de poings, de pieds, de grifs,</div>
-<div class="verse">S’entredechiroient leurs habits.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Auvray</span>, <i>Banquet des muses</i>, 1628, p. 189.)</p>
-
-<p>Voir, dans les poésies de Malherbe, l’épitaphe de M. d’Is, dont
-le nom exactement orthographié était d’Ifs.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Langard</span>, <a href="#p119">119</a>. — Bavard.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Languards picquans plus fort qu’vn hérisson.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Marot</span>, <i>Bal. des Enf. sans soucy</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p299">-299-</span><span class="sc">Lanternes vives</span>, <a href="#p89">89</a>. — On appelait ainsi des lanternes dans
-l’intérieur desquelles un mécanisme particulier faisait mouvoir des
-figures grotesques, « Comme de harpies, satyres, oisons bridés,
-lievres cornus, canes batées, boucs volans, cerfs limoniers, &amp; autres
-telles peintures contrefaites à plaisir pour exciter le monde à
-rire. »</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rabelais</span>, liv. I, <i>Prol. de l’auteur</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Laver</span>, <a href="#p82">82</a>. — On se lavait les mains avant de se mettre à table
-&amp; aussi au sortir du repas.</p>
-
-<p>Laquelle ayant pris de l’eau pour lauer, s’assit incontinent à
-table.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Le Banquet</i> du comte d’Arete, 1594, p. 15.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ie voy ia qu’on dessert,</div>
-<div class="verse">Ie voy ia l’espouze qui laue.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">O. de Magny</span>, <i>Epithal.</i> de J. Flehard.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Legende</span>, <a href="#p62">62</a>. — Lecture, récit.</p>
-
-<p>Pour affaires, projets, on disait faciendes.</p>
-
-<p class="attr">(Voir <span class="sc">Tahureau</span>, <i>Dialogues</i>, éd. Lemerre, p. 146.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Leger</span> (De), <a href="#p106">106</a>, <a href="#p122">122</a>, <a href="#p207">207</a>. — A la légère, à l’étourdie.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De leger il n’espere &amp; croit au souuenir.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il oit trop les causeurs, il croit trop de leger.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Vauq. de La Fresn.</span>, éd. Travers, I, 227.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Lievre</span>, <a href="#p81">81</a>. — Bailler le lièvre par l’oreille, leurrer de promesses.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Me bailla gentiment le lieure par l’oreille.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Limestre</span>, <a href="#p108">108</a>. — Drap de Limestre, étoffe grossière dont on
-faisait des capes. On appelle aussi Limestres les gens qui portaient
-cette partie de vêtement. (V. Cotgrave, v<sup>o</sup> <i>Limestre</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Linceux</span>, <a href="#p96">96</a>. — Draps de lit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les linceux trop cours par les pieds tirassoit.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XI.)</p>
-
-<p>Ce mot n’avait pas encore le sens précis de drap pour ensevelir
-les morts.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Entre deux lincieulx</div>
-<div class="verse">Allez reposer votre teste.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Marot</span>, éd. Jannet, 271<sup>e</sup> Épigr.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p300">-300-</span><span class="sc">Lipée</span>, <a href="#p82">82</a>. — Proprement bouchée. Suivant de madame Lipée,
-parasite.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Los</span>, <a href="#p11">11</a>. — Louange &amp;, par extension, gloire.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui leurs vers à ton los ne peuuent esgaler.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Luiteur</span>, <a href="#p12">12</a>, <a href="#p161">161</a>. — Vieille forme du mot lutteur.</p>
-
-<p>Ceux qui ayment la luicte, plusieurs bons luicteurs.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">La Boétie</span>, éd. Feugères, p. 286.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Malle</span> (Trousser en), <a href="#p95">95</a>. — Emporter de force à la façon
-d’vne malle qu’on charge sur les épaules.</p>
-
-<p>Les nouueaux receus pour ne sçauoir l’art de la vollerie, sont
-troussez en malle, &amp; conduits à Montfaucon pour là faire des
-cabriolles en l’air.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Règles, statuts</i>, etc., de la Caballe des filous. V. Ed. Fournier,
-<i>Var. hist. &amp; lit.</i>, t. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Marine</span>, <a href="#p57">57</a>. — Mer.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les vents, la marine &amp; les cieux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. VII.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Creignant les flots de la marine,</div>
-<div class="verse">Elle troussoit sa vesture pourprine.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Poëmes</i>, 1573, f<sup>o</sup> 253, v<sup>o</sup>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Marisson</span>, <a href="#p88">88</a>. — Mot formé régulièrement comme unisson,
-nourrisson, qui sont restés en usage.</p>
-
-<p>Ébloui suivant la même règle avait formé éblouisson.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">D’vn éblouisson trouble a les yeux empeschez.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Amours</i>, 1573, f<sup>o</sup> 77, v<sup>o</sup>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Marjollet</span>, <a href="#p25">25</a>. — Petit homme fanfaron, de l’italien <i lang="it" xml:lang="it">mariolo</i>,
-homme de rien.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Entendre vn mariollet qui dit auec mespris.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Matelineux</span>, <a href="#p112">112</a>. — Fantasque, diminutif francisé de <i lang="it" xml:lang="it">matto</i>,
-fou.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Matines</span>, <a href="#p19">19</a>. — Livre d’heures où se trouvent les offices du
-matin.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que portez à l’Eglise ils valent des matines.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p301">-301-</span><span class="sc">Médard</span> (Ris de Saint), <a href="#p59">59</a>. — Ris forcé. On appelait mal
-Saint-Médard le mal de dents, &amp;, suivant d’autres, l’emprisonnement.
-Un proverbe du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle dit :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ris qui est de Saint Médart,</div>
-<div class="verse">Le cœur n’y prent pas grant part.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Voir <span class="sc">Le Roux de Lincy</span>, <i>Livre des Proverbes</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Menestre</span>, <a href="#p82">82</a>. — Soupe, de l’italien <i lang="it" xml:lang="it">minestra</i>.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Mercerie</span>, <a href="#p126">126</a>. — Marchandise.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Chacun vante sa mercerie.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Mimes</i>, III.)</p>
-
-<p>Mercier, le marchand par excellence. Voir, pour la justification
-de ce sens, le <i>Dictionnaire de Trevoux</i> (1732) &amp; le <i>Guide
-des Corps des Marchands</i>, Paris, 1766, in-12, p. 358. Le corps
-des merciers est le plus nombreux &amp; le plus puissant des six corps
-des marchands, lit-on dans le premier des ouvrages cités plus haut.
-Voir aussi les <i>Variétés hist. &amp; litt.</i> de M. Ed. Fournier.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Michel</span> (Ceux de Saint-), <a href="#p35">35</a>. — Pèlerins que l’on appelait Michelets,
-du nom de leur patron.</p>
-
-<p>Poissons que nous appelons sourdons, desquels les Michelets en
-enrichissent leurs bonnets ou chappeaux en venant de Saint-Michel.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">B. Palissy</span>, éd. Cap., p. 365.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Minuter</span>, <a href="#p61">61</a>, <a href="#p76">76</a>. — Projeter.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Minutant me sauuer de cette tyrannie.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Auecq’ vn froid adieu, ie minute ma fuitte.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Moine-Bourru</span>, <a href="#p99">99</a>, <a href="#p115">115</a>. — Lutin qui, dans la croyance du
-peuple, court les rues aux Avents de Noël en faisant des cris
-effroyables. (Furetière.) Suivant Cotgrave, moyne bourry ou moyne
-beur designe <i lang="en" xml:lang="en">a lubberly monke or in stead of beuveur a quaffing
-monke</i>.</p>
-
-<p>Comp. Ie grezille d’estre marié &amp; labourer en diable bur dessus
-ma femme.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rab.</span>, III, 7.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Mon</span> (C’est). — Particule affirmative dont l’origine a été diversement
-expliquée. H. Estienne y voit c’est moult ; Nicot y trouve
-le mot grec μεν francisé ; Furetière veut que ce soit l’abréviation
-<span class="pagenum" id="p302">-302-</span>de c’est mon avis. D’après Ménage &amp; les hellénistes Périon, Trippault,
-Lancelot, mon, dans c’est mon, dérive du grec μων, certes,
-assurément. Cette interprétation s’applique également aux locutions
-savoir mon, faire mon.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Montre</span>, <a href="#p81">81</a>. — Revue.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Monument</span>, <a href="#p10">10</a>, <a href="#p66">66</a>. — Tombeau.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Deterrer les Grecs du monument.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IX.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Morgant</span>, <a href="#p24">24</a>, <a href="#p50">50</a>, <a href="#p82">82</a>, <a href="#p199">199</a>. — Hautain, menaçant.</p>
-
-<p>Faire une morgue, c’est montrer un visage irrité. D’où est venu
-qu’au pluriel morgue signifie outrages, malheurs.</p>
-
-<p>La centurie qui promettoit morgues à la France.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Malherbe</span>, éd. Lalanne, III, 532.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Moutons</span>, <a href="#p17">17</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Or laissant tout cecy retourne à nos moutons.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais comme dit Marot, reprenons nos moutons.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Courval Sonnet</span>, <i>Œuv. sat.</i>, 1622, p. 166.)</p>
-
-
-<p class="ugap" id="mouvant"><span class="sc">Mouvant</span>, <a href="#p111">111</a>. — Fringant, pétulant.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’apothicaire qui etoit vn grand mouueur.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Bouchet</span>, <i>Serees</i>, liv. I, 9.)</p>
-
-<p>Dans un sens plus proche de l’exemple tiré de Regnier, Pedoue,
-chanoine de Chartres, a fait dire par une maîtresse à son amant :</p>
-
-<p>Monsieur vous estes si pressant &amp; si mouueux, qu’on ne sçauroit
-estre vn quart d’heure en repos auec vous.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Le Bourgeois Poli.</i> Chartres, Cl. Peigné, 1631. Dialog. <small>VIII</small>.)</p>
-
-<p>On trouve également dans l’ancien théâtre français, avec une
-acception peu différente, le mot saillant.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tousiours ma femme se demaine</div>
-<div class="verse i2">Comme vng saillant.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>La Farce du Cuvier.</i>)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Naviger</span>, <a href="#p46">46</a>, <a href="#p128">128</a>, <a href="#p129">129</a>.</p>
-
-<p>Tous les gens de mer disent, naviguer, mais à la Cour on dit,
-naviger &amp; tous les bons Autheurs l’écrivent ainsi.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Vaugelas</span>, <i>Remarques sur la langue françoise</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p303">-303-</span><span class="sc">Nazarde</span>, <a href="#p88">88</a>, <a href="#p94">94</a>. — Coup sur le nez.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Nice</span>, <a href="#p129">129</a>. — Ignorance, de <i lang="it" xml:lang="it">nescia</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voulant tromper vne nice pucelle</div>
-<div class="verse">Il se deguise.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Poëmes</i>, 1573, f<sup>o</sup> 252.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Offusquer</span>, <a href="#p13">13</a>, <a href="#p33">33</a>, <a href="#p54">54</a>. — Obscurcir, priver de son éclat.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Offusque tout sçauoir.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Apollon est gesné par de sauuages loix,</div>
-<div class="verse">Qui retiennent sous l’art sa nature offusquée.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-<p>Le miroir ne peut représenter le simulacre des choses objectées
-si sa polissure est par haleines ou temps nebuleux offusquée.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rab.</span>, III, 13.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Opilé</span>, <a href="#p18">18</a>. — Obstrué.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et durant quelques iours i’en demeure opilé.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<p>Ses larris tant furent oppilés &amp; resserés.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rab.</span>, I, 6.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Ores</span>, <a href="#p72">72</a>. — Maintenant. <span class="sc">Or’</span> répété signifie tantôt… tantôt.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Pantière</span>, <a href="#p25">25</a>. — Filet à prendre les oiseaux.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Pantois</span>, <a href="#p162">162</a>. — Hors d’haleine. Le primitif Pantais (<span lang="en" xml:lang="en">Pantess</span>,
-en anglais) est un terme de fauconnerie qui désigne l’asthme chez
-le faucon.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Paranimphe</span>, <a href="#p43">43</a>. — Panégyrique.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bastit vn paranimphe à sa belle vertu.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Parquet</span>, <a href="#p31">31</a>. — Enceinte réservée aux juges d’un tribunal, y
-compris la barre, lieu de plaidoirie des avocats, laquelle établit
-la démarcation de l’espace abandonné au public. On désigna de
-bonne heure ainsi l’enceinte réservée aux gens du Roi, &amp; par extension
-ces magistrats eux-mêmes reçurent le nom de Parquet.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Partis</span>, <a href="#p125">125</a>. — Fermes d’impôts.</p>
-
-<p>Les gentils hommes n’estant pas instruits à faire valoir leur
-bien par le trafic, le prest d’argent ou les partis.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Les Loix de la galanterie</i>, éd. Aubry, p. 3.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p304">-304-</span><span class="sc">Passe volant</span>, <a href="#p81">81</a>, <a href="#p105">105</a>. — Soldats de parade qu’on louait aux
-jours de revue pour montrer des régiments complets.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Patelin</span>, <a href="#p125">125</a>. — Jargon insidieux.</p>
-
-<p>Dans le recueil des <i>Poésies calvinistes</i> publié par M. Tarbé,
-Reims, 1866 p. 59, on trouve un exemple de cette expression.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le prestre se vest…</div>
-<div class="verse">Puis chante vne epistre…</div>
-<div class="verse i1">Puis vne legende</div>
-<div class="verse">En prose, en latin,</div>
-<div class="verse">De peur qu’on entende</div>
-<div class="verse">Tout son patelin.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Chanson nouvelle contenant la forme &amp; manière de dire la
-messe. 1562.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Pavillon</span>, <a href="#p94">94</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un garde robe gras seruoit de pavillon.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XI.)</p>
-
-<p>Ce vers doit s’entendre ainsi : un fourreau de robe servait de
-couronne de lit.</p>
-
-<p>Voici du reste un extrait de la correspondance de Malherbe qui
-éclaircira le sens du mot pavillon.</p>
-
-<p>Son pavillon, pour la mettre quand elle aura accouchée est déjà
-pendu &amp; dressé en sa ruelle, &amp; celui de son travail est pendu au
-haut du plancher, troussé dans une enveloppe d’écarlate.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Lettre à Peiresc</i> du 28 oct. 1609.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Peautre</span>, <a href="#p68">68</a>. — Sel d’étain dont on faisait un fard, comme de
-la céruse qui est un sel de plomb. — Plus tard par confusion on a
-dit plâtre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et mettant la ceruse &amp; le platre en usage</div>
-<div class="verse">Composa de sa main les fleurs de son visage.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Boileau</span>, <i>Ép.</i> <small>IX</small>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Perche</span> 95.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’en perche on me le mist.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XI.)</p>
-
-<p>Cette expression signifie ici, dans la langue de Regnier, faire
-<i>arrasser</i> quelqu’un &amp; probablement le soumettre à un congrès improvisé.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="p305">-305-</span>Et à ces paroles, asseurément tira son membre à perche.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Cent Nouv. nouv.</i>, XIII.)</p>
-
-<p>Comp. — Maistre moyne luy leue ses draps &amp; en lieu du doy de la
-main bouta son perchant dur &amp; roidde.</p>
-
-<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">Ib.</i>, XCV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Perruque</span>, <a href="#p11">11</a>, <a href="#p214">214</a>. — Chevelure.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui sa perruque blonde en guirlandes estraint.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et ma perruque en ma teste veluë</div>
-<div class="verse">Comme persil se frisoit crepeluë.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Les Jeux</i>, 1573, f<sup>o</sup> 36.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Piolé</span>, <a href="#p68">68</a>. — De couleurs diverses &amp; tranchées. Le primitif
-<i>pie</i> nous est resté. Un cheval pie.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’arc-en-ciel piolé.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Poëmes</i>, 1573, f<sup>o</sup> 1, v<sup>o</sup>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Piot</span>, <a href="#p84">84</a>. — Vin, proprement boisson.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Cy gist qui a bien aymé le piot :</div>
-<div class="verse">C’est grand dommage aux taverniers de Vire.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Jean le Houx</span>, éd. Gasté. Paris, Lemerre, p. 49.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Piqué</span>, <a href="#p14">14</a>. — Irrité.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Trop discret est Horace</div>
-<div class="verse">Pour vn homme picqué.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<p>Les Béotiens, piqués du meurtre de leur capitaine général.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Malherbe</span>, éd. Lalanne, I, 397.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Pisser</span>, <a href="#p15">15</a>, <a href="#p67">67</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pissent au benestier affin qu’on parle d’eus.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que le Cheual volant n’ait pissé que pour eux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IX.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Ce grippe aussi tost</div>
-<div class="verse">L’on accusoit d’auoir pissé dessus le rost.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Auvray</span>, <i>B. des muses</i>, 1628, p. 158.)</p>
-
-<p>Le bled y provient comme si Dieu y eust pissé.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Rab.</span>, IV, 7.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p306">-306-</span><span class="sc">Plaindre</span>, <a href="#p125">125</a>. — Pleurer, regretter.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comme vn sire qui plaint ses parents trespassez.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XIII.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Plats</span>, <a href="#p28">28</a>. — Propos.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et beaucoup d’autres plats qui seroient longs à dire.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-<p>Faire trois plats s’est dit pour faire beaucoup de bruit au sujet
-de quelque chose.</p>
-
-<p>Ils en vinrent faire trois plats au roy.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Bassompierre</span>, <i>Mem.</i>, t. III, p. 12. Voir Lacurne &amp; Littré.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Plume</span>, <a href="#p47">47</a>. — Passer la plume par le bec. Abuser.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui seure les desirs &amp; passe mechamment</div>
-<div class="verse">La plume par le becq’ à mon entendement.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. VI.)</p>
-
-<p>Tous les peuples s’allechent vistement à la servitude pour la
-moindre plume qu’on leur passe devant la bouche.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">La Boétie</span>, éd. Feug., p. 52.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Poil</span>, <a href="#p39">39</a>, <a href="#p68">68</a>, <a href="#p71">71</a>, <a href="#p196">196</a>, <a href="#p197">197</a>. — Chevelure.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et comme nostre poil blanchissent nos désirs.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que son poil dés le soir frisé dans la boutique.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IX.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Poindre</span>, <a href="#p18">18</a>. — Aiguillonner.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et quand la faim les poind.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Point</span>, <a href="#p19">19</a>, <a href="#p32">32</a>, <a href="#p41">41</a>. — But, visées.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Suant, touchant, crachant, pensant venir au point.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Contrefaire l’honneste &amp; quand viendroit au point.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et rangent leur discours au point de l’interest.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p307">-307-</span><span class="sc">Point-couppé.</span> — Dentelle à jour.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vn mignard point-couppé fait d’expertes lingeres.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Courval Sonnet</span>, <i>Œuv. sat.</i>, 1622, p. 159.)</p>
-
-<p>On n’y laissoit pas de voir quelques dentelles de point couppé
-au travers desquelles la chair paroissoit.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Ile des hermaphrodites</span>, 1724, p. 15.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Pointe</span>, <a href="#p39">39</a>. — Acuité.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui donne cette pointe au vif entendement.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Pommades</span>, <a href="#p43">43</a>. — Terme d’équitation. Saut fait en selle en
-appuyant seulement la main sur le pommeau.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Monte vn cheual de bois, fait dessus des pommades.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Pont neuf.</span> — Que le Pont neuf s’acheue.</p>
-
-<p>Le Pont-Neuf, achevé dans les premiers mois de 1604, fut commencé
-en mai 1578 par Henri III, qui en avait posé la première
-pierre. Palma Cayet rapporte, dans sa <i>Chronologie septennaire</i>,
-qu’à la mort du roi deux arcades seulement étaient terminées &amp; les
-piles des arches amenées à fleur d’eau. « Tellement, dit le P. du Breul,
-qu’au moyen de certaines poutres &amp; planches par dessus l’on pouuoit
-passer aysément des Augustins en l’Isle du Palais. Le vendredy
-20 du mois de juin 1603, Henri IV traversa le pont qui n’estoit
-pas encore très assuré, &amp; plusieurs personnes en ayant voulu faire
-l’essai, se rompirent le col &amp; tomberent dans la rivière. »</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Porfil</span>, <a href="#p79">79</a>. — Profil. — Voir de même, p. 78 &amp; 82, Berlan
-pour Brelan.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Postposer</span>, <a href="#p128">128</a>. — Mettre après, rejeter.</p>
-
-<p>Plutarque postpose Aristide à Marcus Caton, la fortune épargnant
-sa vertu.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Bouchet</span>, <i>Seree</i> XXXI.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Pot pourry</span>, <a href="#p13">13</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comme vn pot pourry des Freres mandians.</div>
-</div>
-
-<p>Noël du Faïl a donné, au début du chap. <small>XXII</small> des <i>Contes
-&amp; Discours d’Eutrapel</i> : Du temps present &amp; passé, la recette du
-pot pourry. On mestoit le pot sur la table sur laquelle y avoit
-seulement un grand plat garny de bœuf, mouton, veau &amp; lard,
-<span class="pagenum" id="p308">-308-</span>&amp; la grand’ brassee d’herbes cuites &amp; composees ensemble dont se
-faisoit vn brouet, vray restaurant &amp; elixir de vie.</p>
-
-<p>Il y a quatre ordres mendiants, les Dominicains, les Franciscains,
-les Carmes &amp; les Augustins.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Poulle</span>, <a href="#p24">24</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Fils de la poulle blanche.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-<p>Brossette a donné de ce vers une interprétation compliquée. Fils
-de la poule blanche désigne un homme né sous un signe heureux,
-non pas le fils de la femme que l’on aime.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Feliciter natum, albæ gallinæ dicimus.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">Adagiorum Erasmi epitome</i>, 1650, p. 73.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2" lang="la" xml:lang="la">Quia tu gallinæ filius albæ,</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Nos viles pulli nati infelicibus ovis.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Juvénal</span>, <small>XIII</small>, 141.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Petits mignons du Ciel, fils de la Poulle blanche.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Auvray</span>, <i>B. des muses</i>, 1628, p. 156.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Pourquoy</span> (Le), <a href="#p26">26</a>. — La chose, <i lang="it" xml:lang="it">atto venereo</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’on ne s’enquiert plus s’elle a fait le pourquoy.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Poussinière</span> (Étoile), <a href="#p50">50</a>. — Nom populaire de la constellation
-que les astronomes appellent les Pléiades, &amp; plus particulièrement
-de l’étoile la plus brillante du groupe.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Quemande</span> ou <span class="sc">Caimande</span>, <a href="#p31">31</a>. — Mendiante. Caimand, <i lang="en" xml:lang="en">a
-beggar</i> (Cotgrave). <i lang="la" xml:lang="la">Mendicus</i> (Nicot).</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Puisque pauure &amp; quémande on voit la poésie.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Quintaine</span>, <a href="#p105">105</a>. — Poteau fiché en terre &amp; contre lequel on
-s’exerçait à lancer des dards ou à rompre des lances. Le mot
-<i>quaintin</i> avait le sens de devanteau, tablier.</p>
-
-<p>De là la signification équivoque attachée à ces deux expressions.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il donne bien dans la quintaine,</div>
-<div class="verse">Il y fait du grand capitaine</div>
-<div class="verse">Et l’embroche le plus souvent.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Le Songe</i>, pièce contre le maréchal d’Ancre.
-Fournier, <i>Var. hist. &amp; litt.</i>, t. IV.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mesdames sans le linge</div>
-<div class="verse">On verroit votre petit singe</div>
-<div class="verse">Qui enrage sous le quaintin</div>
-<div class="verse">Et de la pature demande.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>L’Éventail satyrique</i>. <i>Var. litt.</i>, t. VIII.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p309">-309-</span><span class="sc">Ranc</span>, <a href="#p38">38</a>, <a href="#p48">48</a>. — Estre sur le ranc (nous dirions aujourd’hui
-sur le tapis), signifie être en butte à la critique, à la médisance.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et cependant Bertaut ie suis dessus le ranc.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Rancœur</span>, <a href="#p140">140</a>. — Rancune.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Arrière, vaines chimères</div>
-<div class="verse">De haines &amp; de rancueur.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Malherbe</span>, éd. Lalanne, I, 90.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Reboucher</span>, <a href="#p166">166</a>. — Émousser. Se reboucher se disait d’une arme
-qui se fausse par suite d’un choc.</p>
-
-<p>Vne petite pointe de convoitise qui se rebouche soudain contre
-le danger. (<span class="sc">La Boétie</span>, <i>Œuvres</i>, éd. Feugère, p. 17.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Ses traits impetueux</div>
-<div class="verse">Ne font que reboucher contre les vertueux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Auvray</span>, <i>B. des muses</i>, 1628, p. 156.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Rechape</span>, <a href="#p32">32</a>. — Travestissement du mot <i lang="la" xml:lang="la">recipe</i>, par lequel tous
-les médecins commençaient leurs ordonnances.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">D’vn rechape s’il peut former vne ordonnance.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Recreu</span>, <a href="#p77">77</a>. — A bout de forces.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le voyageur lassé, l’artisan hors d’haleine,</div>
-<div class="verse">Et le soldat recreu s’empressent pour m’avoir.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Le P. Carneau, <i>La Pièce de cabinet</i>.)</p>
-
-<p>Ce mot commençait à vieillir en 1648. Racine l’a souligné, avec
-les termes passés de mode, dans le <i>Quinte Curce</i> de Vaugelas
-(1653, p. 248) qui lui a appartenu, &amp; qui se trouve aujourd’hui
-à la Bibliothèque nationale. (<span class="sc">Fournier</span>, <i>Var.</i>, III, 288.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Remeugle</span> pour Remugle, <a href="#p99">99</a>. — Moisi, relent, <i lang="en" xml:lang="en">mustie</i>. (Cotgrave.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Respect</span>, <a href="#p18">18</a>, <a href="#p139">139</a>. — Considération, prévoyance.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais que pour leur respect l’ingrat siecle où nous sommes.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Où les lois par respect sages humainement.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p310">-310-</span><span class="sc">Ressentiment</span>, <a href="#p171">171</a>, <a href="#p191">191</a>. — Renouvellement d’impression, souvenir.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Chatouille mon mal d’vn faux ressentiment.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Plainte.</span>)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Doux ressentimens d’vn acte si fidelle.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Dial. de Cl. &amp; Ph.</span>)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Rome</span> (Faire), <a href="#p125">125</a>. — Délivrer à vil prix des expéditions de
-faux brefs &amp; de fausses bulles du pape.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vn banquier qui fait Rome icy pour six testons.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. XV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Rondache</span>, <a href="#p85">85</a>, <a href="#p88">88</a>. — Bouclier.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui pour vne rondache empoigne vn escabeau.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Rotonde</span>, <a href="#p177">177</a>. — Collet empesé &amp; monté sur du carton.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Roussoyant</span>, <a href="#p37">37</a>. — Rosoyante. De rosée, humecté par la rosée.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De la douce liqueur rosoyante du Ciel.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et ces herbes &amp; ces plaines</div>
-<div class="verse i2">Toutes pleines</div>
-<div class="verse">De rosoyante blancheur.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Ronsard</span>, <i>Les Bacchanales</i>.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Des perles blanches qui pendoyent</div>
-<div class="verse">Aux raincelets rosoyans nées.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Baïf</span>, <i>Poëmes</i>, 1573, f<sup>o</sup> 115 v<sup>o</sup>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Rustique</span>, <a href="#p25">25</a>. — Simple ; proprement, de paysan.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ma façon est rustique.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Sade</span>, <a href="#p68">68</a>. — Doux, agréable ; proprement, qui a de la saveur.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Sadinettes</span>, <a href="#p56">56</a>. — Même sens, avec l’idée de délicatesse attachée
-à tout diminutif.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je l’ayme de propre nature</div>
-<div class="verse">Et elle moy, la douce sade.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Villon</span>, <i>Gr. Test.</i>, 138.)</p>
-
-<p>Comp.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Le sadinet</div>
-<div class="verse">Assis sur grosses fermes cuisses.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Villon</span>, <i>Les Reg. de la belle Heaumiere</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p311">-311-</span><span class="sc">Sagettes</span>, <a href="#p37">37</a>. — Traits.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais ces diuers rapors sont de faibles sagettes.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Saint</span> (Mal de). — Mal placé sous l’invocation d’un saint.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Si c’estoit mal de saint ou de fieure quartaine.</div>
-</div>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Sarail</span>, <a href="#p55">55</a>. — Sérail. Nous avons vu de même, page 113, garir
-pour guérir, &amp; p. 115, carasser pour caresser.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Seau</span> (Draps du), <a href="#p80">80</a>. — Il faut lire Usseau : Petit village près de
-Carcassonne, où un sieur de Varennes avait établi des manufactures.
-Voir le <i>Dictionnaire</i> de Furetière, v<sup>o</sup> Draps.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Siller</span>, <a href="#p117">117</a>, <a href="#p165">165</a>. — Priver de la vue. Se disait primitivement
-des oiseaux de proie dont on fillait les yeux en les cousant d’un
-point d’aiguille, quand on n’avait pas de chaperon pour leur couvrir
-la tête.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Sivé</span>, <a href="#p96">96</a>. — D’après tous les commentateurs, à commencer par
-Brossette, l’eau de sive ou sivé serait une eau de mare ou d’égout.
-Un passage tronqué du <i>Grand Testament</i> de Villon a donné naissance
-à cette interprétation inexacte :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dont l’un est noir, l’autre plus vert que cive</div>
-<div class="verse">Où nourrices essangent leurs drappeaux.</div>
-</div>
-
-<p>Il faut lire, Ballade <small>IX</small> du <i>Grand Testament</i> :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En sang qu’on mect en poylettes secher</div>
-<div class="verse">Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,</div>
-<div class="verse">Dont l’un est noir, l’autre plus vert que cive ;</div>
-<div class="verse">En chancre &amp; fix, &amp; en ces ords cuveaux,</div>
-<div class="verse">Où nourrices essangent leurs drapeaux,</div>
-<div class="verse"><b>. . . . . . . . . . . . .</b></div>
-<div class="verse">Soient frittes ces langues venimeuses.</div>
-</div>
-
-<p>Cive est évidemment employé ici pour ciboule. Mais dans Regnier,
-sivé a un tout autre sens. Suivant Nicot, sive ou sivé, <i lang="la" xml:lang="la">suillum jus
-conditum, jus e suillis intestinis</i>, désigne une sauce faite avec des
-épices &amp; de la graisse de porc, du jus de tripes de porc.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Sopiquet</span>, <a href="#p49">49</a> — Saupiquet.</p>
-
-<p>Mestez en la leschefrite des oignons comme dit est, &amp; quand
-l’oisel sera cuit, si mettez en la leschefrite vn petit de verjus
-<span class="pagenum" id="p312">-312-</span>&amp; moitié vin moitié vinaigre, ce tout bouli ensemble &amp; après mis
-la tostée. Et ceste derreniere sausse est appelée le Saupiquet.</p>
-
-<p class="attr">(<i>Le Ménagier de Paris</i>, Crapelet, 1846, t. II, p. 181.
-Voir plus loin, p. 233, la recette peu différente du
-saupiquet pour connin, ou pour oiseau de rivière, ou
-coulon ramier.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Soudre</span>, <a href="#p85">85</a>. — Résoudre, éclaircir.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Synderese</span>, <a href="#p106">106</a>. — Reproche secret que nous adresse notre
-conscience.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Tache</span> (Malle), <a href="#p85">85</a>. — Tache mauvaise, rebelle à un nettoyage
-ordinaire. Cri des dégraisseurs ambulants.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elles te firent mainte tache</div>
-<div class="verse">Où le crieur de maletache</div>
-<div class="verse">Eust bien perdu tout son latin.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Cabinet satyrique</i>. Sur le bas de soye d’un courtisan,
-par le S<sup>r</sup> de la Ronce, St. 19.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Temperature</span>, <a href="#p139">139</a>. — Constitution, santé.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Et change la nature</div>
-<div class="verse">De sept ans en sept ans nostre temperature.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<p>Le cardinal de Lorraine fut d’une température où il n’y avoit
-rien à desirer.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Malherbe</span>, éd. Lalanne, IV, 204.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Tiercelet</span>, <a href="#p18">18</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De tes enfants bastards, ces tiercelets des poetes.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. II.)</p>
-
-<p>On dit, il fait du tiercelet de prince, du gentilhomme qui veut
-eniamber pardessus le reng &amp; ha quelques façons qui sentent non-seulement
-le bien grand seigneur, mais le prince, ou pour le
-moins le petit prince. Car en fauconnerie, le masle s’appelle tiercelet,
-comme estant un tiers plus menu que la femelle.</p>
-
-<p>(H. Estienne, <i>De la precellence du langage françois</i>. Paris,
-éd. Feugère, p. 130.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p313">-313-</span><span class="sc">Tinel</span>, <a href="#p51">51</a>. — Réfectoire des officiers ou des familiers d’un
-grand seigneur. De l’italien Tinello, <i lang="it" xml:lang="it">luogo dove mangiano i cortigiani</i>.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Torche</span>, <span class="sc">Lorgne</span>, <a href="#p85">85</a>. — Ces deux mots sont synonymes de frappe.</p>
-
-<p>Lorgne se trouve dans la 98<sup>e</sup> nouvelle de Des Periers : A grands
-coups de poing lorgnoit dessus.</p>
-
-<p>D’autre part on lit dans les <i>Modèles de la conversation</i> tirés
-du manuscrit 3988 du Mus. brit. Harl. (Paris, A. Franck, 1873,
-p. 398) :</p>
-
-<p>Se ton maistre te trouueroit icy chantant, il te torcheroit tres
-bien sur la teste.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Toussir</span>, <a href="#p31">31</a>. — Tousser. Voir p. 192, Fanir.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sans oser ny cracher, ny toussir, ny s’asseoir.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Triacleur</span>, <a href="#p111">111</a>. — Theriacleur. Vendeurs de thériaque. Charlatans.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Veaux</span>, <a href="#p34">34</a>. — Niais, nigaud. <i lang="en" xml:lang="en">A Iobbernoll</i> (Cotg.) ; propr.,
-grosse tête vide.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ce malheur est venu de quelques ieunes veaux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Velours</span> (ongles de), <a href="#p79">79</a>. — Ongles crasseux. Le velours servait
-à border les vêtements. Des ongles de velours désignent donc des
-ongles bordés de noir.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Vent</span>, <a href="#p39">39</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Porter la teste basse &amp; l’esprit dans le vent.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Vercoquin</span>, <a href="#p70">70</a>, <a href="#p124">124</a>. — Sorte de ver attaché à la cervelle de
-l’homme &amp; dont la morsure provoquait l’emportement ou la folie.
-Telle était la croyance populaire que Cotgrave rapporte en ces
-termes : <span lang="en" xml:lang="en">A certain worme bred in a mans head, and making him
-cholericke, humorous and fantasticall, when it biteth, also the
-Vine fretter or Dewills goldring.</span> Les expressions <i lang="en" xml:lang="en">Vine fretter</i> &amp; <i lang="en" xml:lang="en">Dewills
-goldring</i> donnent les sens figurés de Vercoquin. La première
-désigne le trouble de l’ivresse &amp; la seconde les visions de l’esprit.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Vert</span> (sur le), <a href="#p68">68</a>. — Sur le pré. Laisser sur le vert, abandonner.</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="pagenum" id="p314">-314-</span><span class="sc">Vieux</span>, <a href="#p11">11</a>, <a href="#p23">23</a>, <a href="#p40">40</a>, <a href="#p42">42</a>, dans le sens de vieillards, anciens.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Chose permise aus vieus.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. I.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais n’en deplaise aux vieux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. III.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Facille au vice, il hait les vieux &amp; les desdaigne.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. V.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Peres des siecles vieux, exemples de la vie.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">Ibid.</i>)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Visiere</span>, <a href="#p77">77</a>. — Vue.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que les gens de sauoir ont la visiere tendre.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vos deportements luy blessent la visiere.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Mol.</span>, <i>L’Et.</i>, 1, 2.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ce monsieur bas-normand me choque la visiere.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Regnard</span>, <i>Le Bal.</i>)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Viste</span>, <a href="#p152">152</a>. — Rapide.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mesureur des vistes années.</div>
-</div>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Voire</span>, <a href="#p29">29</a>, <a href="#p31">31</a>, <a href="#p91">91</a>. — En vérité ; du latin <i lang="la" xml:lang="la">vere</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comme ces courtisans qui s’en faisant acroire</div>
-<div class="verse">N’ont point d’autre vertu sinon de dire voire.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. IV.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Vois</span>, <a href="#p75">75</a>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et m’en vois à grands pas.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(S. X.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ne voise au bal, qui n’aymera la dance.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Pibrac</span>, <i>Quatrain</i> 105.)</p>
-
-
-<p class="ugap"><span class="sc">Volées</span>, <a href="#p136">136</a>. — Essor, échappée.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et comme bassement à secretes volees,</div>
-<div class="verse">Elle ouure de son cœur les flames recelees.</div>
-</div>
-
-<div class="c gap"><img src="images/cdl3.png" class="w6" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<p><span class="pagenum" id="p315">-315-</span></p>
-
-<div class="c"><img src="images/b5.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak" id="index">INDEX.</h2>
-
-<div class="ix">
-<p><span class="sc">Achille</span>, <a href="#p11">11</a>, <a href="#p70">70</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Ænée</span>, <a href="#p70">70</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Albert le Grand</span>, <a href="#p79">79</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Alcibiade</span>, <a href="#p17">17</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Alcoran</span>, <a href="#p78">78</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Alemagne</span>, <a href="#p164">164</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Alexandre</span>, <a href="#p77">77</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Alezina</span> (l’), <a href="#p84">84</a>. — Équivoque
-sur Alene &amp; Lezine. Vialardi a écrit sous ce titre : <i lang="it" xml:lang="it">Della
-famosissima compagnia della Lezina</i>, un code d’avarice raffinée,
-&amp; cet ouvrage, traduit
-en français, a paru en 1604, à Paris, chez Abraham Saugrain.
-V. Bib. Viollet-le-Duc. Bibliog. des Chansons, 1859.</p>
-
-<p><span class="sc">Alpes</span>, <a href="#p80">80</a>, <a href="#p160">160</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Amiens</span>, <a href="#p161">161</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Angleterre</span>, <a href="#p157">157</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Anticire</span>, <a href="#p120">120</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Apollon</span>, <a href="#p14">14</a>, <a href="#p20">20</a>, <a href="#p30">30</a>, <a href="#p31">31</a>, <a href="#p33">33</a>, <a href="#p66">66</a>, <a href="#p122">122</a>, <a href="#p149">149</a>, <a href="#p152">152</a>, <a href="#p175">175</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Arabe</span>, <a href="#p79">79</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Arcadie</span>, <a href="#p85">85</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Argus</span>, <a href="#p99">99</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Aristote</span>, <a href="#p22">22</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Arsenac</span>, <a href="#p201">201</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Athracien</span> (le bourg), <a href="#p85">85</a>. — Atrax, bourg de Thessalie où
-les Lapithes &amp; les Centaures se livrèrent bataille aux noces
-de Pirithoüs. Voir Ovide, <i>Métam.</i>, XII, &amp; Lucien, <i>les Lapithes
-ou le Combat des Philosophes</i>.</p>
-
-<p><span class="sc">Atlas</span>, <a href="#p33">33</a>, <a href="#p44">44</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Aucate</span> (l’), <a href="#p160">160</a>. — Leucate.</p>
-
-<p><span class="sc">Auguste</span>, <a href="#p10">10</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Autriche</span>, <a href="#p164">164</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Bacchus</span>, <a href="#p121">121</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Bartolle</span>, <a href="#p31">31</a>, <a href="#p81">81</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Bastille</span>, <a href="#p112">112</a>. — Lieu de dépôt
-du trésor royal sous Henri IV &amp; Louis XIII. (Voir Sully, <i>Mémoires</i>,
-IV<sup>e</sup> part., chap. <small>LI</small>.)</p>
-
-<p><span class="sc">Bayonne</span>, <a href="#p160">160</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Beaulieu</span>, <a href="#p58">58</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Bellay</span> (du), <a href="#p18">18</a>, <a href="#p67">67</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Bernard</span> (saint), <a href="#p106">106</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Bertaut</span>, <a href="#p36">36</a>, <a href="#p38">38</a>, <a href="#p43">43</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Bethune</span> (M. de), <a href="#p44">44</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Beze</span>, <a href="#p157">157</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Bicestre</span>, <a href="#p78">78</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Borée</span>, <a href="#p45">45</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Briarée</span>, <a href="#p82">82</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="p316">-316-</span><span class="sc">Brouage</span>, 35. — Ville de l’Aunis (Charente-Inférieure), autrefois
-célèbre par ses marais dont on tirait du sel après
-les avoir inondés d’eau de mer.</p>
-
-<p><span class="sc">Caire</span> (le), <a href="#p166">166</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Calliope</span>, <a href="#p19">19</a>, <a href="#p31">31</a>, <a href="#p33">33</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Caramain</span> (comte de), <a href="#p14">14</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Caton</span>, <a href="#p41">41</a>, <a href="#p78">78</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Centaures</span>, <a href="#p85">85</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Cérès</span>, <a href="#p121">121</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Cérizolles</span>, <a href="#p25">25</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">César</span>, <a href="#p71">71</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Chalange</span>, <a href="#p201">201</a>. — Ce partisan célèbre est cité dans la Chasse
-aux Larrons de Jean Bourgoin. Paris, 1618, in-4<sup>o</sup>. C’est
-à son instigation que le connétable de Luyne fit rendre
-contre les procureurs un édit qui provoqua de vives réclamations.</p>
-
-<p><span class="sc">Change</span> (pont au), <a href="#p201">201</a>. — Ce pont était couvert de maisons
-où les orfévres de Paris avaient leurs <i>forges</i> ou boutiques.</p>
-
-<p><span class="sc">Charité</span>, <a href="#p90">90</a>. — Maison de la Charité chrestienne, fondée en
-1578, rue de Lourcine, par Nicolas Houel, pour servir
-d’asile aux soldats estropiés. Voir à ce sujet le <i>Mercure
-françois</i> de 1611, f<sup>o</sup> 109, du 7 juillet 1606.</p>
-
-<p><span class="sc">Charlemagne</span>, <a href="#p80">80</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Charles</span> (le roy), <a href="#p76">76</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Chartres</span>, <a href="#p161">161</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Chastelet</span>, <a href="#p38">38</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Chine</span>, <a href="#p60">60</a>, <a href="#p78">78</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Cibelle</span>, <a href="#p121">121</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Cipris</span>, <a href="#p150">150</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Claude</span>, <a href="#p38">38</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Cœur</span> (Jacques), <a href="#p201">201</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Cœuvres</span> (marquis de), <a href="#p22">22</a>, <a href="#p52">52</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Corbeil</span>, <a href="#p119">119</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Cordeliers</span>, <a href="#p29">29</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Cousin</span> (le), <a href="#p118">118</a>. — Suivant la
-plupart des commentateurs de Regnier, le Cousin serait un
-fou de cour ainsi nommé parce qu’il appelait le roi
-Henri IV <i>mon cousin</i>. Il s’agirait plutôt d’un original tel
-que celui dont il est question dans les poésies de Pedoue,
-II<sup>e</sup> adventure satirique.</p>
-
-<p><span class="sc">Cythere</span>, <a href="#p151">151</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">David</span>, <a href="#p69">69</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Delphes</span>, <a href="#p11">11</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Denis</span> (M<sup>e</sup>), <a href="#p90">90</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Despauterre</span>, <a href="#p85">85</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Desportes</span>, <a href="#p22">22</a>, <a href="#p33">33</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Dieu</span> (Hostel), <a href="#p45">45</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Diogene</span>, <a href="#p118">118</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Empedocle</span>, <a href="#p122">122</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Enée</span>, <a href="#p11">11</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Enguerrand</span>, <a href="#p201">201</a>. — Enguerrand
-de Marigny, ministre de
-Philippe le Bel.</p>
-
-<p><span class="sc">Epicure</span>, <a href="#p80">80</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Eryce</span>, <a href="#p189">189</a>. — L’enfant d’Eryce
-est l’Amour. Erycine est un
-des surnoms de Vénus, déesse
-d’Eryx en Sicile.</p>
-
-<p><span class="sc">Espagne</span>, <a href="#p69">69</a>, <a href="#p78">78</a>, <a href="#p163">163</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Etyopie</span>, <a href="#p3">3</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Evesque</span> (four-l’), <a href="#p38">38</a>. — Primitivement,
-le For-l’Evêque fut le siége de la juridiction
-de l’évêque de Paris. A la suppression de cette juridiction,
-il devint une prison pour dettes. On y enfermait aussi les comédiens
-<span class="pagenum" id="p317">-317-</span>coupables envers le public ou l’autorité.</p>
-
-<p><span class="sc">Flamens</span>, <a href="#p44">44</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Flandre</span>, <a href="#p164">164</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Fleurs de bien dire</span>, <a href="#p87">87</a>. — Il s’agit ici du petit livre de
-François Desrues, intitulé : <i>Fleurs de bien dire</i>, recueillies
-des cabinets des plus rares esprits de ce temps, pour exprimer
-les passions amoureuses de l’un comme de l’autre sexe.
-Paris, Guillemot, 1598, in-12.</p>
-
-<p><span class="sc">Flore</span>, <a href="#p56">56</a>, <a href="#p121">121</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Fontaine françoise</span>, <a href="#p161">161</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Forquevaux</span> (de), <a href="#p126">126</a>, <a href="#p128">128</a>, <a href="#p129">129</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">France</span>, <a href="#p16">16</a>, <a href="#p37">37</a>, <a href="#p44">44</a>, <a href="#p45">45</a>, <a href="#p51">51</a>, <a href="#p75">75</a>, <a href="#p165">165</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">François</span>, <a href="#p44">44</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Fredégonde</span>, <a href="#p35">35</a>. — Nom donné à Marguerite de Valois, première
-femme de Henri IV, par les poëtes satiriques contemporains de Regnier.</p>
-
-<p><span class="sc">Freminet</span>, <a href="#p100">100</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Gaiac</span>, <a href="#p128">128</a>. — Le bois de gaïac
-était au <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle le spécifique en faveur
-contre les maladies vénériennes. Voir : Loys
-Guyon. Div. Leçons, 1610, IV, 6.</p>
-
-<p><span class="sc">Gallet</span>, <a href="#p117">117</a>. — Contrôleur des finances à qui l’on attribue la
-construction de l’hôtel de Sully. Il fit souvent, dit Sauval, quitter
-les dez à Henri IV.</p>
-
-<p><span class="sc">Gallien</span>, <a href="#p31">31</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Garguille</span>, <a href="#p110">110</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Gascongne</span>, <a href="#p86">86</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Gascons</span>, <a href="#p67">67</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Gaules</span>, <a href="#p79">79</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Gaultier</span>, <a href="#p110">110</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Gentilly</span>, <a href="#p49">49</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">George</span> (saint), <a href="#p41">41</a>, <a href="#p51">51</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Gobelins</span>, <a href="#p86">86</a>. — Les Gobelins étaient encore sous Henri IV
-un établissement privé. Ils ne devinrent manufacture royale
-que sous Louis XIV.</p>
-
-<p><span class="sc">Gonin</span> (M<sup>e</sup>), <a href="#p80">80</a>. — Il y a eu deux M<sup>es</sup> Gonin : le premier
-divertissait la cour de François I<sup>er</sup>
-par ses tours de magie ; le second, petit-fils du précédent,
-vivait sous Charles IX. Voir, sur l’un &amp; l’autre de ces
-prestidigitateurs, Brantôme, <i>Hom. Ill.</i>, in 12, III, 383 ;
-&amp; Delrio, <i lang="la" xml:lang="la">Disquis. mag. III</i>.</p>
-
-<p><span class="sc">Grache</span>, <a href="#p38">38</a>. — Tiberius Gracchus, mort l’an 133 avant
-Jésus-Christ, dans une émeute que Scipion Nasica l’accusait
-d’avoir provoquée.</p>
-
-<p><span class="sc">Grece</span>, <a href="#p46">46</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Grecs</span>, <a href="#p66">66</a>, <a href="#p79">79</a>, <a href="#p175">175</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Greve</span>, <a href="#p223">223</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Hebreux</span>, <a href="#p67">67</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Heleine</span>, <a href="#p180">180</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Helicon</span>, <a href="#p20">20</a>, <a href="#p68">68</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Hercule</span>, <a href="#p10">10</a>, <a href="#p44">44</a>, <a href="#p70">70</a>, <a href="#p133">133</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Hipocrate</span>, <a href="#p31">31</a>, <a href="#p80">80</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Homere</span>, <a href="#p11">11</a>, <a href="#p22">22</a>, <a href="#p70">70</a>, <a href="#p81">81</a>, <a href="#p83">83</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Horace</span>, <a href="#p14">14</a>, <a href="#p117">117</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Huguenots</span>, <a href="#p73">73</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Icare</span>, <a href="#p7">7</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Idumées</span>, <a href="#p166">166</a>. — De l’Idumée,
-petit pays situé au sud de la
-Palestine entre la mer Morte &amp;
-la mer Rouge, &amp; dont les
-habitants, descendant d’Edom
-ou d’Esaü, furent longtemps
-indépendants.</p>
-
-<p><span class="sc">Ivry</span>, <a href="#p161">161</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="p318">-318-</span><span class="sc">Jacobins</span>, 29.</p>
-
-<p><span class="sc">Japet</span>, <a href="#p84">84</a>. — L’un des titans, frère de Saturne &amp; père de Prométhée.</p>
-
-<p><span class="sc">Jason</span>, <a href="#p31">31</a>, <a href="#p81">81</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Jean</span> (le roy), <a href="#p76">76</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Jean</span> (Saint-), <a href="#p67">67</a>. — Place devant l’église Saint-Jean en Grève.</p>
-
-<p><span class="sc">Jean</span> (la Saint-), <a href="#p94">94</a>, <a href="#p205">205</a>. — Fête
-de la Saint-Jean que l’on célébrait à Paris sur la place de
-Grève par un feu allumé en grande pompe ; Sauval,
-dans ses <i>Antiquités de Paris</i>, donne le détail des dépenses
-qu’entraînait cette réjouissance, &amp; l’abbé Lebœuf
-a fait connaître qu’on y brûlait vivants un grand nombre
-de chats enfermés dans un sac de toile. En 1572, au feu où
-le roi assista, on ajouta aux victimes de l’auto-da-fé un renard
-pour donner plaisir à Sa Majesté.</p>
-
-<p><span class="sc">Job</span>, <a href="#p84">84</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Jodelle</span>, <a href="#p33">33</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Junon</span>, <a href="#p121">121</a>, <a href="#p150">150</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Jupiter</span>, <a href="#p119">119</a>, <a href="#p145">145</a>, <a href="#p150">150</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Juvenal</span>, <a href="#p14">14</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Lapite</span>, <a href="#p85">85</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Latins</span>, <a href="#p67">67</a>, <a href="#p175">175</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Lopet</span>, <a href="#p125">125</a>. — Anagramme de Paulet, secrétaire du roi. C’est
-à son influence que serait dû l’impôt qui, en 1604, frappa
-d’une taxe annuelle les offices judiciaires &amp; de finances. Faute
-de l’acquit de cet impôt l’office devenait viager pour le titulaire,
-qui ne pouvait plus le transmettre à ses héritiers.</p>
-
-<p><span class="sc">Louchaly</span>, <a href="#p83">83</a>. — Calabrais pris par les corsaires, renégat
-&amp; enfin vice-roi d’Alger. Il commandait l’aile gauche de
-la flotte turque à la bataille de Lépante en 1571, mais il
-s’enfuit dès que la victoire pencha du côté des Vénitiens
-&amp; des Espagnols sous les ordres de don Juan d’Autriche.
-Sur ce point, Regnier n’est nullement d’accord avec Brantôme
-qui donne à L’Ouchaly un rang très-honorable parmi
-ses grands capitaines étrangers. V. éd. Jannet, II, 75.</p>
-
-<p><span class="sc">Louis</span> XIII, <a href="#p215">215</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Louvre</span>, <a href="#p24">24</a>, <a href="#p64">64</a>, <a href="#p81">81</a>, <a href="#p136">136</a>, <a href="#p201">201</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Luat</span> (du), <a href="#p205">205</a>. — Ange Cappel, sieur du Luat, secrétaire du
-roi. Il s’était fait connaître, en 1578, par sa traduction française
-du <i lang="la" xml:lang="la">de Clementia</i> de Sénèque.
-Sept ans plus tard, il traduisit le <i lang="la" xml:lang="la">de Ira</i>. Attaché à
-Sully, il entra avec lui aux finances &amp; se signala avec l’assentiment
-du ministre par un petit livre intitulé <i>le Confident</i>.
-Cet ouvrage qui parut en 1598 contenait un plan de
-réforme &amp; des projets d’économie assez hardis. On verra
-dans le recueil des lettres de Henri IV, tome V, sous la
-date du 12 septembre, que le roi s’émut de la chose &amp; invita
-Sully à surveiller de plus près le sieur Le Luat.</p>
-
-<p><span class="sc">Lyncé</span>, <a href="#p99">99</a>. — L’un des compagnons de Jason. Il avait la
-vue tellement perçante qu’il
-<span class="pagenum" id="p319">-319-</span>voyait, dit la fable, à travers
-les murs. Les anciens attribuaient aussi une grande puissance
-de vision au lynx. On a longtemps dit des yeux de
-Lyncée, mais aujourd’hui la confusion est faite &amp; l’on dit
-des yeux de lynx.</p>
-
-<p><span class="sc">Macrobe</span>, <a href="#p81">81</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Magdelaine</span>, <a href="#p139">139</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Mans</span>, <a href="#p58">58</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Marc</span> (saint), <a href="#p83">83</a>. — Saint Marc habillé des enseignes de Trace,
-désigne saint Marc patron de Venise, paré des drapeaux
-conquis sur les Turcs vaincus à la bataille de Lépante.</p>
-
-<p><span class="sc">Marot</span>, <a href="#p157">157</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Mars</span>, <a href="#p9">9</a>, <a href="#p150">150</a>, <a href="#p240">240</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Martin</span>, <a href="#p77">77</a>. — Montreur de singes admis au Louvre pour
-égayer les laquais.</p>
-
-<p><span class="sc">Martin</span> (le frippier), <a href="#p84">84</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Medard</span> (saint), <a href="#p59">59</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Mercure</span>, <a href="#p11">11</a>, <a href="#p69">69</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Michel</span> (saint), <a href="#p35">35</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Milon</span>, <a href="#p38">38</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Minerve</span>, <a href="#p19">19</a>, <a href="#p150">150</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Minos</span>, <a href="#p119">119</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Mœcene</span>, <a href="#p34">34</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Montauban</span>, <a href="#p201">201</a>. — Moysset dit de Montauban, trésorier
-de l’Espagne. Il bâtit Rueil &amp; jouit d’une telle faveur auprès
-d’Henri IV, que ce prince voulut en faire le mari de
-M<sup>me</sup> des Essarts, une de ses maîtresses. On lit dans l’Estoille
-que ce trésorier-receveur de la Ville avait été tailleur
-de son premier métier, ce qui faisait dire que la recette était
-assignée sur la pointe d’une aiguille. <i>Registre journal</i>, éd.
-Champ., p. 366. Voir sur ce personnage les <i>Caquets de l’accouchée</i>,
-éd. Jannet, p. 182 &amp; 241.</p>
-
-<p><span class="sc">Montcontour</span>, <a href="#p177">177</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Montlhery</span>, <a href="#p179">179</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Montmarthe</span>, <a href="#p78">78</a>. — Montmartre.</p>
-
-<p><span class="sc">Mores</span>, <a href="#p36">36</a>, <a href="#p37">37</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Motin</span>, <a href="#p8">8</a>, <a href="#p30">30</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Mun</span> (Jan de), <a href="#p164">164</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Naples</span>, <a href="#p164">164</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Narcis</span>, <a href="#p178">178</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Neptune</span>, <a href="#p159">159</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Nonne</span> (tour de), <a href="#p48">48</a>. — Contraction <span lang="it" xml:lang="it">de Torre dell’ annona</span>.
-Tour de Rome, qui, après avoir servi de grenier à blé,
-devint une prison.</p>
-
-<p><span class="sc">Normans</span> (les), <a href="#p29">29</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Oger</span>, <a href="#p164">164</a>. — Oger dit le Danois,
-l’un des compagnons de Roland.</p>
-
-<p><span class="sc">Osse</span>, <a href="#p79">79</a>. — Le mont Ossa en Thessalie.</p>
-
-<p><span class="sc">Othomans</span> (les), <a href="#p166">166</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Ovide</span>, <a href="#p78">78</a>, <a href="#p143">143</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Oye</span> (mere l’), <a href="#p124">124</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Oyse</span>, <a href="#p122">122</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Palais</span> (le), <a href="#p61">61</a>, <a href="#p64">64</a>, <a href="#p69">69</a>, <a href="#p137">137</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Palatin</span> (le mont), <a href="#p44">44</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Pape</span> (le), <a href="#p69">69</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Paris</span>, <a href="#p49">49</a>, <a href="#p63">63</a>, <a href="#p108">108</a>, <a href="#p119">119</a>, <a href="#p122">122</a>, <a href="#p161">161</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Parnasse</span>, <a href="#p13">13</a>, <a href="#p30">30</a>, <a href="#p34">34</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Passerat</span>, <a href="#p149">149</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Patisson</span>, <a href="#p34">34</a>. — Célèbre imprimeur français du <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle,
-à qui l’on doit un grand nombre d’ouvrages, modèles de
-typographie &amp; de correction.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="p320">-320-</span><span class="sc">Patrasse</span>, 83. — Le golfe de Patras &amp; celui de Lépante ne
-forment qu’un long golfe resserré à son milieu par un détroit
-de chaque côté duquel se trouvent, au nord, Lépante
-en Phocide, &amp; au sud, Patras en Achaïe.</p>
-
-<p><span class="sc">Pedre</span> (Domp), <a href="#p76">76</a>. — Don Pedro de Tolede, connétable de
-Castille, général des galères de Naples &amp; parent de Marie de
-Médicis. Il arriva à Paris le 22 juillet 1608. M. de Fréville
-a fait paraître dans la <i>Bibliothèque de l’École des Chartes</i>
-(1844, p. 344) le pamphlet publié au sujet de son entrée
-&amp; l’on trouve dans le <i>Registre journal</i> de l’Estoile des détails
-piquants sur ses entrevues avec Henri IV.</p>
-
-<p><span class="sc">Pelion</span>, <a href="#p79">79</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Perou</span>, <a href="#p27">27</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Perron</span> (du), <a href="#p241">241</a>, <a href="#p242">242</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Perse</span>, <a href="#p37">37</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Pescheurs</span> (la Guide des), <a href="#p106">106</a>. — Ouvrage de Fr. Luis de
-Granada, dont on ne connaît pas moins de cinq traductions
-françaises publiées en 1574 à Douai, en 1577 à Reims, en
-1585 &amp; 1674 à Lyon, &amp; en 1658 à Paris.</p>
-
-<p><span class="sc">Petrarque</span>, <a href="#p88">88</a>. — Le remede de Petrarque est le traité de ce
-poëte, <i lang="la" xml:lang="la">de remediis utriusque fortunæ. Cremonæ, 1492, in-f<sup>o</sup>.</i></p>
-
-<p><span class="sc">Phœbus</span>, <a href="#p11">11</a>, <a href="#p15">15</a>, <a href="#p34">34</a>, <a href="#p45">45</a>, <a href="#p67">67</a>, <a href="#p78">78</a>, <a href="#p87">87</a>, <a href="#p122">122</a>, <a href="#p150">150</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Pin</span> (la Pomme de), <a href="#p79">79</a>. — Cabaret déjà célèbre du temps de
-Villon. Il était situé dans la Cité, rue de la Juiverie, vis-à-vis
-de la Madeleine.</p>
-
-<p><span class="sc">Pinde</span> (le), <a href="#p149">149</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Platon</span>, <a href="#p20">20</a>, <a href="#p28">28</a>, <a href="#p73">73</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Pline</span>, <a href="#p81">81</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Plutus</span>, <a href="#p201">201</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Polyenne</span>, <a href="#p95">95</a>. — Héros d’une aventure amoureuse décrite dans Pétrone.</p>
-
-<p><span class="sc">Pontalais</span> (Janin du), <a href="#p206">206</a>. — Le vrai nom de ce farceur, qui
-débitait ses bons mots à la pointe Saint-Eustache, était
-Jehan de l’Espine du Pont-Allez, &amp; son surnom Songe-creux.
-On trouve dans la <i>Bibliothèque</i> de du Verdier, 1773, III,
-503, des indications à consulter. Il est à peu près certain
-aujourd’hui que les <i>Contredits</i> de Songe-creux, attribués à
-Gringore, sont de Pontalais. V. à ce sujet une curieuse note
-des <i>Var. hist. &amp; litt.</i> de M. Fournier, X, 356.</p>
-
-<p><span class="sc">Pont-Neuf</span> (le), <a href="#p63">63</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Pontoise</span>, <a href="#p161">161</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Poytou</span> (le), <a href="#p160">160</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Priape</span>, <a href="#p150">150</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Prothée</span>, <a href="#p24">24</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Provence</span>, <a href="#p160">160</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Provins</span> (le sieur de), <a href="#p118">118</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Puis</span> (Pierre du), <a href="#p46">46</a>. — Fou qui courait les rues, un pied
-chaussé d’un chapeau. V. Bruscambille,
-<i>Paradoxes</i>, 1622, p. 45.</p>
-
-<p><span class="sc">Quinze-Vingts</span> (les), <a href="#p86">86</a>. — Hôpital fondé en 1254 par saint
-Louis, pour 300 gentilshommes
-<span class="pagenum" id="p321">-321-</span>auxquels les Sarrasins avaient
-crevé les yeux. Sauval rapporte
-dans ses <i>Antiquités de Paris</i>
-que, vers la mi-carême, les quinze-vingts étaient donnés
-en spectacle. Cette comédie d’un nouveau genre, à laquelle
-Charles IX &amp; Henri III assistèrent plus d’une fois, consistait
-dans une course au cochon. L’animal, poursuivi par
-les quinze-vingts armés de bâtons,
-devenait le prix de son vainqueur, c’est-à-dire de l’aveugle
-qui parvenait à le rouer de coups.</p>
-
-<p><span class="sc">Rapin</span>, <a href="#p66">66</a>, <a href="#p69">69</a>, <a href="#p70">70</a>, <a href="#p73">73</a>, <a href="#p175">175</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Rhain</span>, <a href="#p160">160</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Rhée</span>, <a href="#p48">48</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Rochelle</span> (La), <a href="#p26">26</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Roland</span>, <a href="#p164">164</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Romains</span>, <a href="#p12">12</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Rome</span>, <a href="#p27">27</a>, <a href="#p41">41</a>, <a href="#p59">59</a>, <a href="#p78">78</a>, <a href="#p106">106</a>, <a href="#p179">179</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Ronsard</span>, <a href="#p18">18</a>, <a href="#p22">22</a>, <a href="#p33">33</a>, <a href="#p38">38</a>, <a href="#p73">73</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Rosete</span>, <a href="#p60">60</a>, <a href="#p119">119</a>. — Coquette chansonnée par Desportes.</p>
-
-<p><span class="sc">Rousset</span>, <a href="#p125">125</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Royaumont</span>, <a href="#p122">122</a>. — Abbaye de
-l’ordre de Cîteaux, fondée
-par saint Louis en 1228, entre
-Beaumont-sur-Oise &amp; la forêt
-du Lys, en un lieu appelé Cuimont
-qui fut nommé depuis Royaumont. V. l’histoire de
-cette abbaye par l’abbé Duclos. Paris, Douniol, 1867.</p>
-
-<p><span class="sc">Sardaigne</span>, <a href="#p45">45</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Saturne</span>, <a href="#p150">150</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Savoye</span>, <a href="#p22">22</a>, <a href="#p80">80</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Savoye</span> (l’Escu de), <a href="#p177">177</a>. — Taverne meritoire.
-V. Rab., II, 6.</p>
-
-<p><span class="sc">Scaures</span>, <a href="#p38">38</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Scipion</span>, <a href="#p78">78</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Sées</span>, <a href="#p36">36</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Seine</span>, <a href="#p205">205</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Sicille</span>, <a href="#p164">164</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Socrate</span>, <a href="#p17">17</a>, <a href="#p74">74</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Sydon</span>, <a href="#p122">122</a>. — Aujourd’hui Saïda, l’une des échelles du
-Levant. Cette ville a été prise en 1110, par Baudouin, premier
-roi de Jérusalem. C’est par erreur que Regnier en
-attribue deux fois la conquête à saint Louis. Ce dernier roi
-n’a en effet séjourné en Palestine qu’après sa captivité à
-Mansourah en 1251. Avant de revenir en France, il passa
-trois ans à réparer les forteresses
-restées en possession des chrétiens,
-Césarée, Jaffa, Saint-Jean-d’Acre &amp; Sidon.</p>
-
-<p><span class="sc">Symonide</span>, <a href="#p84">84</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Tantale</span>, <a href="#p119">119</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Tasse</span> (le), <a href="#p73">73</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Thebaide</span> (la), <a href="#p202">202</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Therese</span> (la mere), <a href="#p106">106</a>. — Sainte Thérèse, morte en 1582,
-canonisée en 1621. Regnier a ici en vue le livre des <i>Méditations
-sur la communion</i>, l’un des ouvrages de la célèbre carmélite.</p>
-
-<p><span class="sc">Terence</span>, <a href="#p81">81</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Thespean</span> (antre), <a href="#p34">34</a>. — Thespies, ville de Béotie située au
-pied de l’Hélicon &amp; consacrée aux Muses.</p>
-
-<p><span class="sc">Tibre</span>, <a href="#p44">44</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Toscane</span>, <a href="#p22">22</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Trace</span>, <a href="#p32">32</a>, <a href="#p83">83</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Troyen</span> (le), <a href="#p180">180</a>. — Pâris.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="p322">-322-</span><span class="sc">Tuileries</span>, 63.</p>
-
-<p><span class="sc">Turc</span>, <a href="#p55">55</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Turpin</span>, <a href="#p80">80</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Tyrtée</span>, <a href="#p6">6</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Urgande</span>, <a href="#p124">124</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Vandôme</span>, <a href="#p161">161</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Vanves</span>, <a href="#p20">20</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Venise</span>, <a href="#p50">50</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Venus</span>, <a href="#p53">53</a>, <a href="#p56">56</a>, <a href="#p168">168</a>, <a href="#p197">197</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Verrès</span>, <a href="#p38">38</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Vialard</span>, <a href="#p221">221</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Virgille</span>, <a href="#p11">11</a>, <a href="#p20">20</a>, <a href="#p73">73</a>, <a href="#p177">177</a>.</p>
-
-<p><span class="sc">Zephire</span>, <a href="#p121">121</a>.</p>
-
-</div>
-<div class="c gap"><img src="images/cdl12.png" class="w16" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-
-<p><span class="pagenum" id="p323">-323-</span></p>
-
-<div class="c top4em"><img src="images/facsimile.jpg" alt="" /></div>
-<div class="c">FAC SIMILE DE LA PROFESSION DE FOI DE MATHURIN REGNIER<br />
-D’après le livre de profession des chanoines de Chartres,
-conservé aux Archives du Dép<sup>t</sup> d’Eure &amp; Loir.</div>
-<div class="chapter"></div>
-<div class="c"><img src="images/b18.png" class="w23" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak">TABLE DES MATIERES</h2>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td>&nbsp;</td> <td class="small">Pages.</td></tr>
-<tr><td class="drap"><span class="sc">Avertissement</span></td>
-<td class="bot r"><div><a href="#avert"><small>I</small></a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap"><span class="sc">Notice</span></td>
-<td class="bot r"><div><a href="#notice"><small>V</small></a></div></td></tr>
-<tr><td class="pad c" colspan="2"><div>PREMIERES ŒVVRES DE M. REGNIER</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Epitre liminéaire au Roy</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c1">3</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ode à Regnier</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c2">5</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Satyre I. Discours au Roy</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c3">9</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  II. A M. le Comte de Caramain</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c4">14</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  III. A M. le Marquis de Cœuures</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c5">22</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  IIII. A M. Motin</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c6">30</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  V. A M. Bertault, Euesque de Sées</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c7">36</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  VI. A M. de Bethune</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c8">44</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  VII. A M. le Marquis de Cœuures</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c9">52</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  VIII. A M. l’Abé de Beaulieu</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c10">58</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  IX. A M. Rapin</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c11">66</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  X. Ce mouuement de temps</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c12">74</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  XI. Suitte. Voyez que c’est du monde</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c13">88</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  XII. A M. Freminet</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c14">100</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  XIII. Macette</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c15">105</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  XIIII. I’ay pris cent &amp; cent fois</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c16">114</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  XV. Ouy i’escry rarement</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c17">120</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  XVI. A M. de Forqueuaus</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c18">129</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  XVII. Non non i’ay trop de cœur</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c19">131</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Élegie zelotipique</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c20">135</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Autre. Aymant comme i’aymois</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c21">141</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Impuissance. Imitation d’Ouide</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c22">143</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sur le trespas de M. Passerat</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c23">149</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Stanses. Le tout puissant Iupiter</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c24">150</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">La C. P. Infame bastard</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c25">151</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sur le portraict d’vn Poëte couronné</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c26">154</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Contre vn amoureux transy</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c27">155</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Quatrains. Si des maux qui</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c28">157</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  Ie n’ay peu rien voir qui me plaise</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c29"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  Ie croy que vous auez faict vœu</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c30"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  Le Dieu d’Amour se deuoit peindre</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c31"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  Ceste femme à couleur de bois</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p158">158</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Discours au Roy</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c33">159</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Plainte. En quel obscur seiour</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c34">167</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ode. Iamais ne pourray-ie bannir</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c35">173</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sonnet sur la mort de M. Rapin</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c36">175</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Discours d’vne maquerelle</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c37">176</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Épitaphe de Regnier</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l1c38">182</a></div></td></tr>
-<tr><td class="pad c" colspan="2"><div>ŒVVRES POSTHVMES</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Dialogue. Cloris &amp; Phylis</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c1">185</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Satyre. N’avoir crainte de rien</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c2">199</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  Perclus d’vne jambe &amp; des bras</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c3">203</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Élegie. L’homme s’oppose en vain</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c4">207</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Vers spirituels. Stances. Quand sur moy</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c5">211</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sur la Nativité de Nostre Seigneur</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c6">215</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sonnet I. O Dieu, si mes pechez</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c7">217</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  II. Quand devot vers le ciel</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c8">218</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  III. Cependant qu’en la croix</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c9"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Commencement d’vn poëme sacré</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c10">220</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Épigramme. Vialard, plein d’hypocrisie</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c11">221</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ode sur une vieille maquerelle</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c12">222</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Stances. Ma foy, ie fus bien de la feste</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c13">225</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Épigramme I. Amour est vne affection</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c14">226</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  II. Madelon n’est point difficile</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c15"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  III. Hier la langue me fourcha</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c16"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  IV. Lorsque i’estois comme inutile</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c17">227</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  V. Dans vn chemin vn pays</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c18"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  VI. Lizette à qui l’on faisoit tort</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c19">228</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Stances. Si vostre œil tout ardant</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c20">229</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Complainte. Vous qui violentez</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c21">231</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Stances pour la belle Cloris</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c22">236</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Épigramme I. Faut auoir le cerueau</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c23">238</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  II. Le violet tant estimé</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c24"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  III. L’argent, tes beaux iours</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c25"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  IV. Quelque moine</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c26">239</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">  —  V. Vn homme gist</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#l2c27"> »</a>&nbsp;</div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Appendice</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#append">241</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Variantes &amp; notes</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#variantes">243</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Glossaire</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#glossaire">281</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Index</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#index">315</a></div></td></tr>
-</table>
-<div class="c gap"><img src="images/cdl13.png" class="w16" alt="" /></div>
-<div class="c gap"><img src="images/cdl14.png" class="w16" alt="" /></div>
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top6em"><i>Achevé d’imprimer</i><br />
-LE PREMIER JUIN MIL HUIT CENT SOIXANTE-QUINZE<br />
-PAR J. CLAYE<br />
-POUR<br />
-ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR<br />
-<i>PARIS</i></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em"><i class="large">COLLECTION LEMERRE</i><br />
-<span class="small">(CLASSIQUES FRANÇAIS)</span></p>
-
-<p class="c">Volumes in-8<sup>o</sup> écu, imprimés sur papier de Hollande.<br />
-Chaque volume (<i>la Pléiade</i> exceptée), 10 fr.</p>
-
-<p class="c small">Chaque ouvrage est orné du portrait de l’auteur.</p>
-
-<p class="c">LA<br />
-<span class="xlarge">PLÉIADE FRANÇOISE</span><br />
-<span class="xsmall">(XVI<sup>e</sup> SIÈCLE)<br />
-RONSARD, DU BELLAY, REMI BELLEAU, JODELLE,
-BAÏF, DORAT, ET PONTUS DE TYARD</span><br />
-<i>Avec Notes &amp; Glossaire</i><br />
-<span class="small">Par <span class="sc">Ch.</span> MARTY-LAVEAUX<br />
-15 vol. in-8<sup>o</sup> écu, portraits.<br />
-Chaque volume, tiré à 250 exemplaires, 25 francs.</span></p>
-
-<p class="c small i">Les cinq premiers volumes sont en vente.</p>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td class="drap">RABELAIS. <span class="sc">Œuvres complètes</span>, avec Notes &amp; Glossaire
-par <span class="sc">Ch. Marty-Laveaux</span>, 5 volumes in-8<sup>o</sup>. (Les trois premiers
-volumes sont en vente.) Chaque volume</td>
-<td class="bot w3">10 fr.</td></tr>
-<tr><td class="drap">LA BRUYÈRE. <span class="sc">Les Caractères ou les Mœurs de ce
-siècle</span>, avec Notice &amp; Notes par <span class="sc">Charles Asselineau</span>,
-2 volumes in-8<sup>o</sup>. Chaque volume</td>
-<td class="bot w3">10 fr.</td></tr>
-<tr><td class="drap">MONTAIGNE. <span class="sc">Les Essais</span>, avec Notice, Notes &amp; Glossaire
-par MM. <span class="sc">Courbet &amp; Royer</span>, 5 volumes in-8<sup>o</sup>. (Les trois
-premiers volumes sont en vente).</td>
-<td class="bot w3">10 fr.</td></tr>
-<tr><td class="drap">AGRIPPA D’AUBIGNÉ. <span class="sc">Œuvres complètes</span>, 5 volumes
-in-8<sup>o</sup>. (Les quatre premiers volumes sont en vente.) Chaque
-volume</td>
-<td class="bot w3">10 fr.</td></tr>
-<tr><td class="drap">MATHURIN REGNIER. <span class="sc">Œuvres complètes</span>, avec Notice
-et Notes par <span class="sc">E. Courbet</span>, 1 vol.</td>
-<td class="bot w3">10 fr.</td></tr>
-</table>
-<p class="c">EN PRÉPARATION :</p>
-
-<p class="c">Villon. — Corneille. — Racine. — Boileau. — Bossuet.<br />
-Fénelon. — Pascal. — La Rochefoucauld, &amp;c., &amp;c., &amp;c.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p class="c i">Il est fait, de cette collection, un tirage sur grand papier
-au prix de 25 fr. le volume sur papier de Hollande ; 40 fr. sur
-papier de Chine &amp; 40 fr. sur papier Whatman.</p>
-
-
-<p class="c gap small">PARIS — J. CLAYE, IMPRIMEUR, 7, RUE SAINT-BENOIT. — 303</p>
-
-<div lang='en' xml:lang='en'>
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>OEUVRES COMPLÈTES DE MATHURIN REGNIER</span> ***</div>
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-
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-</blockquote>
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- works.
- </div>
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- </div>
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- </div>
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-</div>
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-</div>
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-</div>
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-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
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-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
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-</div>
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-</body>
-</html>
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