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-The Project Gutenberg eBook of Le Bourdeau des neuf pucelles, by
-Charles-Théophile Féret
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Le Bourdeau des neuf pucelles
-
-Author: Charles-Théophile Féret
-
-Release Date: November 21, 2021 [eBook #66781]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: René Galluvot (This file was produced from images generously
- made available by the Bibliothèque nationale de France
- (BnF/Gallica))
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE BOURDEAU DES NEUF PUCELLES ***
-
-
-
-
- Le Bourdeau
- des neuf
- PUCELLES
-
- Par
- Charles-Théophile
- FERET
-
- EDITIONS
- DES CAHIERS LITTÉRAIRES
- 2, rue du Panorama
- CAUDÉRAN-BORDEAUX
-
- 1923
-
-
-
-
-Du même Auteur:
-
-
-Poésie:
-
- LA NORMANDIE EXALTÉE, deuxième édition, entièrement
- refondue. Tirage à 400 exempl. sur papier de luxe,
- chez Rey, 8, boulevard des Italiens, Paris 12 fr.
-
- LE VERGER DES MUSES, tirage à 300 exempl. chez Dumont
- à Paris Épuisé
-
- L’ARC D’ULYSSE, tirage à 500 exemplaires, à _Belles
- Lettres_, 89, boulevard Exelmans, Paris 6 fr. 50
-
- LES COURONNES, tirage à 300 exemplaires, à _Belles
- Lettres_ 10 fr.
-
- LE BOURDEAU DES NEUF PUCELLES, aux _Cahiers Littéraires_,
- 2, rue du Panorama, Caudéran-Bordeaux
-
- (Tous les autres recueils épuisés)
-
-Théâtre:
-
- MAITRE FRANÇOIS VILLON, 5 actes en prose. Épuisé
-
- UN IMPROMPTU CHEZ LE DUC DE CHOISEUL. 1 acte en prose et
- vers, non mis dans le commerce.
-
-Roman:
-
- LA RÉINCARNATION DE CLAUDE LE PETIT, à _Belles Lettres_ 6 fr. 75
-
- LE TIROIR AUX POLICHINELLES (sous presse), à _Belles
- Lettres_
-
-Critique:
-
- Tous les ouvrages de critique épuisés, excepté chez
- Garnier frères, à Paris: l’_Anthologie Critique des
- Poètes Normands de 1900 à 1920_, avec collaboration de
- Raymond Postal 15 fr.
-
-
-
-
-Le Bourdeau des Neuf Pucelles
-
-
-Pour lire à la lanterne du Bourdeau
-
-
-Empruntant en partie à Claude Le Petit le titre de ce livre, le moins
-que je puisse faire c’est de le lui dédier, et de rajeunir la mémoire de
-sa mésaventure. Il mérita d’être appelé «Théophile le jeune» non
-seulement parce qu’il fut le successeur de Théophile de Viau dans la
-littérature libertine, non seulement, comme le dit Frédéric Lachèvre,
-«parce qu’il a réalisé le type de l’impie et de l’athéiste dépeint 35
-ans auparavant par le père Garasse,» mais aussi pour un talent égal à
-celui de son maître, et certainement il serait aujourd’hui classé parmi
-les grands poètes du siècle de Louis XIV, s’il n’avait été brûlé à 23
-ans. Que resterait-il des meilleurs, si leur carrière avait été
-interrompue au milieu de leur cinquième lustre? Les plus belles ballades
-de Villon datent de «l’an trentième de son âge». Et l’on peut assurer
-que, si l’arrêt des juges de Mesmes et du Tillet a, sans pitié mais non
-sans raisons, sous un gouvernement fort, défendu l’ordre religieux et
-monarchique, il a privé les lettres françaises d’un grand écrivain, que
-l’expérience de la vie eût certainement amendé. Il a bâti un «clapier»,
-il eût élevé un temple.
-
-Voici des vers de Claude sur un de ses ouvrages:
-
- A moi-même, sur mon livre de «L’Heure du Berger»:
-
- Quoique l’on me puisse dire
- De mon Heure du Berger,
- Je n’ai fait que la décrire.
- Je n’ai fait que la songer:
- Dedans l’Amoureuse Histoire,
- Le plaisir plus que la gloire
- Flatte mon âme en ce jour,
- Et je bénirois ma ruse
- Si j’avois trouvé chez l’Amour
- Ce que j’ay trouvé chez la Muse.
-
-Dans les vers suivants il a peint un poète crotté avec des traits dignes
-de Saint-Amant:
-
- Quand vous verrez un homme avecque gravité,
- En chapeau de clabaud promener la savate,
- Et le col estranglé d’une sale cravate,
- Marcher arrogamment dessus la chrestienté,
-
- Barbu comme un sauvage, et jusqu’au cul crotté,
- D’un haut-de-chausses noir, sans ceinture et sans patte,
- Et de quelques lambeaux d’une vieille buratte
- En tout temps constamment couvrir sa nudité,
-
- Envisager chacun d’un œil hagard et louche,
- Et mâchant dans ses dents quelque terme farouche,
- Se ronger jusqu’au sang la corne de ses doigts,
-
- Quand, dis-je, avec ces traits vous trouverez un homme,
- Dites assurément: C’est un poète françois![1]
- Si quelqu’un vous dément, je l’irai dire à Rome.
-
- [1] _Poète_ faisait 2 syllabes dans la prosodie du XVIIe.
-
-Obligé par prudence de s’exiler, Claude se dirigea vers l’Espagne, nous
-apprend Lachèvre. Tandis qu’il traversait la ville huguenote de La
-Rochelle, un gueux lui vola son manteau:
-
-
-A LA VILLE DE LA ROCHELLE
-
- Toy, dont tout le malheur causa toute la gloire,
- Qui t’immortalisas en t’osant rebeller,
- Ville, qui ne pouvois pas mieux te signaler
- Qu’en rendant les Vainqueurs fâchés de leur Victoire:
-
- Rochelle, quand je lis ton siège dans l’histoire,
- Dieu! que ta catastrophe ayde à me consoler,
- Et que dedans l’estat où l’on me voit aller,
- Ma disgrâce m’est douce, et charme ma mémoire!
-
- Tais-toy donc, désespoir, je ne t’écoute plus;
- Tous tes tristes conseils sont vains et superflus;
- Cesse d’entretenir mon âme désolée.
-
- Si le plus juste Roy qui fut jamais ici
- T’a sans nécessité jadis démantelée,
- Un gueux me pouvoit bien démanteler aussi.
-
-Voici l’histoire de l’arrestation et du supplice de Claude Le Petit,
-selon la version de Lefèvre de Saint-Marc que j’ai adoptée dans _Le
-Verger des Muses_. Dans ces vers je fais parler le poète selon la
-vraisembance de ses rancunes; il n’exprime pas mes sentiments
-personnels.
-
-
-A CLAUDE LE PETIT
-
-qui a écrit _Le Bordel des Muses_ ou _Les Neuf Pucelles Putains_, et en
-fut puni par le bucher, en place de Grève, le 1er Septembre 1662.
-
-I
-
- Ah! le vent! Maudit soit le vent des mers sauvages
- Egaré sur mon toit... Ah! pourquoi sur le mien?
- Dans ce Paris dévot, fief du Roi très chrétien,
- Ce soir de si beau rêve et de si beaux nuages.
-
- Que n’allais-tu briser l’innocence des chênes,
- Dieu qui gronde? Irriter sous les ronces le cou
- Des vipères? Emplir de faim rauque le loup?
- Sur le sable effacer les pistes de la haine?
-
-II
-
- Le lointain bouclier d’une vitre éclatante
- Renvoyait au soleil ses feux roses et pers.
- J’attendais une femme, et j’écrivais des vers.
- L’heure sonna, ma main s’énervait de l’attente.
-
- La femme ne vint pas. Pour un ruban peut être?
- Un autre amant?... Ah! fausse, il fallait accourir,
- Etre très belle pour me faire mieux souffrir,
- Crier ta trahison... j’eusse clos la fenêtre.
-
- Je passais le joujou des rimes à la ponce.
- Sur ma table, la brise agrippe des papiers.
- Dans la rue, un abbé les ramasse à ses pieds,
- Les parcourt, marque ma fenêtre, et me dénonce.
-
- J’étais perdu. J’avais écrit pour des libraires,
- Cette espèce qui nous déshonore à bas prix.
- Messieurs de la Grand’Chambre, au vu des manuscrits,
- Pour lèse-majesté divine m’adjournèrent.
-
- Et je fus convaincu par arrêt, sur la plainte
- Du Procureur, après qu’ils m’eurent bien tordu!
- D’avoir plongé honteusement au vase indu,
- Morgué l’honneur de Dieu, de l’Eglise, et des Saintes;
-
- Très méchamment blessé par malice aggravante
- Le sein sans tache où le Corps-Dieu prit son berceau,
- «En l’infâme Sonnet, cy placé sous le sceau,
- «Qui fut dans le ressort de la cour mis en vente.»
-
-III
-
- Quand les gitons royaux, que Gomorrhe consume,
- N’ont à craindre de la Cabale des Dévots
- Que sourires pincés et _Lætificat vos!_
- Il ne faut pas moins d’un bucher contre une plume.
-
- On m’extrait des prisons, puante fosse. Au porche
- De Notre-Dame on me conduit en tombereau.
- --«Poésie, allons, gueuse! A genoux!» Le bourreau
- Me met au col la corde, au poing l’ardente torche.
-
- Et, mitré, je demande en chemise soufrée
- Pardon à Dieu, pardon au Roi.--Quelle oraison
- Pour être à vingt-trois ans ma dernière chanson!
- Un sot abbé me prêche en style de l’Astrée.
-
- Puis je vais vers la Grève, encadré d’arquebuses.
- On me tranche le poing, et mes vers sont brûlés.
- Mais j’ai la grâce, avant d’être ars, d’être étranglé,
- Par grand faveur d’un Président ami des Muses.
-
- Me le devait-il pas, étant bibliophile,
- Friand de livres qui courent sous le manteau?
- Les miens saisis, il eut mon Ronsard in-4º,
- _L’Espadon satirique_, et mon cher Théophile,
-
- Trésors qu’en maroquin il compte bien défendre.
- Il part, tâtant un livre obscène en ses houseaux,
- Cependant que le vent se lève sur mes os,
- Reconnaît sa victime, et disperse mes cendres.
-
- * * * * *
-
-L’admirable érudit, M. Lachèvre, qui a renouvelé la connaissance que
-nous avions, ou pensions avoir de l’histoire du libertinage au XVIIe,
-donne une autre version de l’arrestation, mais tout le monde est
-d’accord sur les circonstances de la condamnation et du supplice.
-
-Claude, quelques heures avant le fagot, put faire connaître au baron de
-Schildebek où était caché le manuscrit du _Bordel des Muses_. Et rassuré
-sur le sort de son œuvre, que son ami promettait de publier, il marcha
-au bucher sans défaillance.
-
-Le Sodomite Jacques Chausson, dit des Etangs, l’y avait précédé, et Le
-Petit lui avait adressé ce cynique adieu:
-
- Amis, on a brûlé le malheureux Chausson,
- Ce coquin si fameux, à la tête frisée;
- Sa vertu par sa mort s’est immortalisée:
- Jamais on n’expira de plus noble façon.
-
- Il chanta d’un air gai la lugubre chanson,
- Et vestit sans pâlir la chemise empesée,
- Et du bucher ardent de la pile embrasée,
- Il regarda la mort sans crainte et sans frisson.
-
- En vain son confesseur lui prêchait dans la flamme,
- Le crucifix en main, de songer à son âme:
- Couché sous le poteau, quand le feu l’eut vaincu,
-
- L’infâme vers le ciel tourna sa tête immonde;
- Et pour mourir enfin comme il avoit vécu,
- Il montra, le vilain, son c.. à tout le monde.
-
-L’exemple n’avait donc pas servi à cette tête folle. Schildebek tint sa
-promesse, et fit imprimer à Leyde en 1663 ce qu’il put recouvrer du
-_Bordel des Muses_, dont une partie importante avait été dérobée.
-
-Or, de cette Edition de Leyde, s’il nous reste la Table générale des
-Matières, indiquant un ouvrage composé de 4 parties, et d’environ 78
-poèmes, nous n’avons plus que 4 stances, une épigramme, 4 ou 5 sonnets.
-Le reste a péri.
-
-Mes vers n’ont pas la prétention de remplacer les absents. Le lecteur y
-trouvera avec moins de génie, moins de crudité. Je ne plonge point aux
-vases indus[2], les mots orduriers me répugnent. On expliquera ma
-retenue par l’âge et la prudence qu’enseigne le bucher. Ceux qui croient
-aux réincarnations penseront que le supplice du feu m’a purifié. Le
-roman que j’ai publié sous le titre «La Réincarnation de Claude Petit»
-n’est pas mon autobiographie. Ceux qui me connaissent savent qu’il s’en
-faut. Aussi ont-ils cherché moins dans le style de ma vie que dans la
-vie de mon style des rapprochements avec celui qui fut brûlé en 1662.
-
- [2] Rien n’établit, au surplus, la bougrerie de Claude. Le sonnet où
- Jacques Chausson est traité d’infâme, permet de croire que ce vice
- odieux répugnait à l’auteur de _L’Heure du Berger_.
-
-Les autres ont raconté qu’avant d’avoir lu dans Lachèvre certains poèmes
-de Le Petit, je me les étais récités à moi-même en rêve; et qu’après
-leur publication, si je commençais la lecture d’un sonnet, il m’arrivait
-de l’achever de mémoire. Mais les Normands ne sont pas prompts aux
-confessions publiques; un seul pourrait dire si, descendant profondément
-en lui-même, il y reconnaît quelques signes d’identité ou de parenté
-avec Claude.
-
-Ce n’est qu’une ressemblance superficielle de constater qu’il était
-normand comme je le suis. Il s’est déclaré normand à ses juges. Au lieu
-qu’il indiqua pour celui de sa naissance, vivaient ses parents
-homonymes, à Beuvron, diocèse, parlement et intendance de Rouen. Là, il
-avait été comme moi-même, élevé par une tante. Pourtant M. Lachèvre l’a
-fait parisien, sous prétexte qu’il n’a pas retrouvé aux registres de la
-paroisse le nom de Claude Le Petit. Mais il pouvait être protestant,
-comme tant d’autres libertins nés dans cette religion des tristes et qui
-en sortirent par vocation naturelle pour la joie. Ainsi St-Amant, si
-Tallemant est à croire. Ainsi Bois Robert et le Cardinal du Perron. M.
-Lachèvre, qui sent naître l’objection, la réfute d’avance en s’appuyant
-sur le fait que notre poète fut élève des Jésuites. Mais ceux-ci
-élevaient de jeunes huguenots, pour les convertir en douceur avant de le
-faire par dragonnades. Si riche que la Normandie soit en poètes, je la
-conjure de ne pas renoncer à celui-ci, dont à défaut de naissance
-constatée, la race n’est contestée par personne.
-
-Si mon _prédécesseur_ fut huguenot et s’il fut bougre, je déteste la
-bougrerie et suis né dans la religion catholique. A défaut de la foi, je
-respecte le culte de mes aïeux, et me désolidarise des infâmes sonnets
-de Claude Le Petit contre la Vierge. J’ai pour elle, sinon la foi de
-Villon, sa piété.
-
-Mais je n’ai pas les mêmes scrupules pour outrager Calliope et donner le
-fouet à la Muse Erotique. Qu’elles en rient ou qu’elles en jouissent!
-N’a-t-on pas vu des passionnés se plaire à ces punitions?
-
-Des contemporains de Claude, incapables de pactiser avec ses péchés,
-l’ont défendu ou expliqué. Schildebeck a écrit:
-
-«Claude composait plus par boutade que par malice. Il faisait moins des
-vers profanes et satiriques par impiété et profanation que par caprice
-et fantaisie.»
-
-Le baron ajoute: «Il vaut mieux _bien faire du mal_ que _mal faire du
-bien_, et le poète est excusable en cela qu’il était né si fatalement
-pour la satire et pour les femmes, qu’il lui était aussi impossible de
-ne point écrire que de ne point chevaucher.»
-
-Voilà qui paraît plus juste que l’arrêt de de Mesmes, en tout cas moins
-impitoyable.
-
-Les Muses ont trahi ce jeune homme qui avait été leur courtisan, et il
-peut lui déplaire, aux Champs Elysées, de les entendre toujours nommer
-«Pucelles» ou «Chastes Sœurs». Il les a connues chez les Libertins et
-les dénonce impudiques. N’est-il pas vrai que plus d’Aventuriers se sont
-baignés nus avec elles dans leurs fontaines, que d’Avaricieux parmi les
-sablons du Pactole? Est-il poètereau qui ne se soit réclamé de leur lit?
-A tout barde qui prend son luth, elles donnent un baiser. Et la suite.
-Claude leur fait des reproches moins graves que Baudelaire dans
-_Bénédiction_. Et Baudelaire n’est pas mort sur un bucher, lui. Plus que
-la colère du fils de Pelée, les Muses ont précipité chez Pluton une
-foule de héros. Ceux qu’elles marquent à leur signe, souvent sont promis
-aux corbeaux et aux chiens. Phœbus Apollo, chef de chœur, trop souvent
-s’élance de l’Olympe en fureur; «les flèches redoutables sonnent à
-chaque pas sur ses épaules.»[3] Et Villon en fut percé. Et Deubel. Et
-Chénier, qui pourtant l’avait prié par son arc d’argent sous le nom de
-Sminthée!
-
- [3] Homère, Iliade.
-
-Combien nous serions excusables de représailles moins joyeuses. Or, pour
-Cour de justice, nous n’assemblons contre les Neuvaines qu’un Décaméron.
-Eros peui les exclure de ses fêtes, et la Volupté chanter sans leurs
-secours.
-
-Jouir comme Rire est le propre de l’homme. J’ai ri et me suis amusé dans
-ce livre, où je n’ai offensé que des Mythes, mais indestructibles. Parce
-que l’œuvre de Claude a été réduite en cendres, et parce que les
-feuilles de son manuscrit ont été dispersées, je lui ai donné la
-consolation posthume d’en remettre au moins le titre en lumière, le
-titre que j’ai considéré comme un legs. Mais j’en ai abandonné un peu
-pour frais d’hoirie. L’archaïsme de _Bourdeau_ est moins voyant que le
-mot qui finit en _del_. Et sans craindre les Pères Garasse[4], je fuis
-le mot scandaleux. Tiré à petit nombre, ce recueil ne mérite que le
-Purgatoire, indigne de figurer dans _l’Enfer_ de la Bibliothèque
-Nationale, de Fernand Fleuret et Perceau, s’ils en font une nouvelle
-édition.
-
-Ch. Th. F.
-
- [4] L’illustre philosophe Jules de Gaultier, interrogé par Maurice
- Caillard à propos de la croyance aux Réincarnations a répondu:
- «Théophile Gautier dans l’admirable madrigal Panthéiste _des
- Affinités Secrètes_ ouvre d’autres perspectives à travers lesquelles
- les souvenirs hantés du romancier de Claude Le Petit pourraient
- trouver peut-être à se préciser. L’hypothèse poétique de Gautier
- suppose une sorte de mémoire atomique qui fait se reconnaître les
- éléments juxtaposés des formes anciennes, lorsqu’après les
- dissociations mortelles ils se rencontrent dans des corps nouveaux.
-
- De cette hypothèse poétique dans la matière de laquelle Gautier a
- ciselé une si délicate et si précieuse orfèvrerie, je ne doute pas
- que M. Feret ne soit habile, s’il lui plaît, à tirer une application
- favorable à sa thèse.
-
- Je ne prendrai pas parti... Je m’en tiens à souhaiter, avec beaucoup
- de force, que les atomes, où s’assemblèrent jadis les formes
- maléfiques des Juges et des Bourreaux de Claude Le Petit, n’aillent
- pas se reconstituer de nos jours, tandis que ce poète libertin,
- dissimulé sous le masque protecteur de Ch. Th. Féret, compose encore
- pour nous de beaux poèmes et d’ingénieuses fictions.»
-
- Jules de Gaultier.
-
-
-
-
-CALLIOPE
-
-Muse de l’Épopée et de l’Éloquence
-
-
-LE PUCELAGE DES MUSES
-
- _Fatidicae jacent sine laude Camœnae._
-
-I
-
- De tel père filles telles.
- Et Jupin, qui sur le dos
- Verse Nymphes et mortelles,
- Change l’Olympe en bourdeaux.
- Lanterne du corridor,
- Vénus cligne ses yeux d’or.
-
- Piérides, en pierreuses,
- S’ouvrent à tout espadon,
- Si pour Jean Racine creuses,
- Creuses aussi pour Pradon,
- Avec autant de maris
- Que les Odes ont d’Iris.
-
- La Volupté, que leurs ruses
- Insinuent au fond des os,
- Aima les autels des Muses
- Près des jaillissantes eaux,
- Pour s’y laver à loisir
- De l’écume du plaisir.
-
-II
-
- S’excitant à leur histoire,
- La _Clio_ prend des soudards
- Encor tout sanglants de gloire
- Dans son lit fait d’étendards,
- Et se colle à ces lurons
- Comme la bouche aux clairons.
-
-III
-
- _Polymnia_, mal coiffée,
- Aime rêver à l’écart,
- --La paume au menton,--d’Orphée
- Qui l’honora d’un bâtard.
- L’été, dans les Casinos,
- Elle chante aux pianos.
-
-IV
-
- Au danseur qu’elle évalue
- Plus touché de ses desseins,
- _Terpsichore_, elle, s’englue,
- Et l’imprime sur ses seins,
- En lui poussant sous le nez
- La touffe aux bras safranés.
-
-V
-
- L’enchargeant des dolosives
- Sirènes, Achéloos
- Au bord des mers offensives
- Le chaste flanc a déclos
- De _Melpomène_, et depuis
- Elle a connu d’autres nuits,
-
- Les Aulis, et les Suburres,
- L’Œta funeste au héros,
- Et le col des vierges pures
- Trucidé comme taureaux.
- Ah! l’orgiaque Byblos
- A déchiré ce péplos.
-
-VI
-
- En Ménade tu trébuches,
- _Euterpe_, ivre sous le joug
- De Bacchus, parmi les cruches
- De ton dieu qui monte un bouc;
- Puis t’unis dans le limon
- Avec le fleuve Strymon.
-
- Aristote, de ta double
- Flûte, nous dit que le son
- Pousse à la colère, et trouble
- Les sens avec la raison.
- Pallas proscrit l’instrument,
- De ses traits purs le tourment.
-
-VII
-
- La Muse de l’hyménée
- Debout, lève son plectrum.
- C’est une passionnée,
- Souvent nue, _amat virum_.
- Mais sur le double coteau
- Qui mieux m’accueille? _Erato_.
-
-VIII
-
- _Thalie_ a fait quelque frasque
- Chez les satyres bouquins
- Avant de porter le masque
- Comique et le brodequin.
- Et, sous la table, aux rouliers
- Ses pieds se sont mésalliés.
-
-IX
-
- _Uranie_, en toi ne chôme
- Nulle sphère; un jeu risqué
- Gagne ta gorge à la paume,
- Tes fesses au bilboquet.
- La plèbe des petits dieux
- Gratte au compas les Saints-Lieux.
-
-X
-
- Or toutes ces Demoiselles,
- Du sourcil jusqu’au talon,
- Te les garantit pucelles,
- Qui donc? Madame Apollon,
- Et ne te crois pas dupé
- Par cette _Kalliopé_.
-
-XI
-
- Au double mont, si quelqu’une
- T’attend,--quelqu’une des Neuf,--Dis
- que ta bonne fortune
- T’offre un vase sain et neuf.
- Ne diffame point ce lis
- Le rimant à Syphilis.
-
- Le vainqueur de Cérisole
- --Et dame! il te valait bien!--
- N’a pas perdu la boussole
- Pour l’émail italien
- Dont Vénus sous le cimier
- Couronna François premier.
-
- Si tu fuis ces chambrières,
- De Ronsard fais bon marché,
- Qui de leurs serre-croupières
- Sur son Pégase écorché,
- Sue encore aux Phlégétons
- Sous le pourpoint à boutons[5].
-
-16-II-23.
-
- [5] Allusion au titre d’un livre célèbre, édité à Lyon, chez François
- Juste, devant Nostre-Dame-de-Confort en 1539: LE TRIOMPHE DE DAME
- VEROLE, _Le pourpoint fermant à boutons_.
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-EUTERPE
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-Muse de la Poésie Lyrique et de la Musique
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- En Ménade tu trébuches,
- Euterpe, ivre sous le joug
- De Bacchus, parmi les cruches
- De ton dieu qui monte un bouc;
- Puis t’unis dans le limon
- Avec le fleuve Strymon.
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-CHANSON
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- J’ai vu sur son dodo
- Ses quinze ans de brunette,
- Qu’Amour croit trop jeunette
- Pour porter son fardeau.
- Et n’avait la fillette
- Que ses mains sur son cœur
- Pour cacher son honneur.
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- Ah! fi du doigt pâlot
- De la fausse nonnette,
- Qui dans sa ravinette
- Joue, et craint le lolo!
- Les mains de la fillette
- Qui dormaient sur son cœur
- Y serraient sa candeur.
-
- Donc ne laissant Margot
- Rien à la devinette,
- --Sadinet! Sadinette!--[6]
- Je l’ai vue à gogo.
- Or a fait la fillette
- De ses mains sur son cœur
- Prisonnier son voleur.
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- [6] Du Sadinet, fi! (Villon).
-
- O hyménée! Io!
- Ces pommes de reinette,
- Mûres pour la dinette,
- Je leur ferai jojo.
- J’éveillai la fillette
- Et la main sur mon cœur
- Lui jurai le bonheur.
-
- Hier, soufflé le flambeau,
- La trouvai close et nette;
- Et rompant la chaînette,
- Lui fis un peu bobo.
- O printemps de fillette,
- Ses deux mains sur mon cœur
- M’ensemencent de fleur.
-
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-ERATO
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- La Muse de l’Hyménée
- Debout, lève son plectrum.
- C’est une passionnée,
- Souvent nue. _Amat virum._
- Mais sur le double coteau,
- Qui mieux m’accueille?--Erato.
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-
-MA VOISINE
-
- Quand le jour a brûlé sa chair grassette et blonde,
- --Poreuse alcarazas dont sue en perles l’onde,
- Pulpe que la brunette a d’un grain plus serré,--
- A sa fenêtre ma voisine au chef doré,
- Se fiant au feuillage, à la nuit ingénue,
- Apparaît languissante, et luit pâlement, nue.
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- Nue! elle ne sait pas la brèche en ses tilleuls,
- Et qu’aux poètes comme aux derniers faunes, seuls,
- Les dieux livrent encor la blanche proie hellène,
- Nymphe des monts ou de la mer à Mytilène;
- Que du jardin nocturne et de lune trempé
- Ils nous font ou l’Hymette ou le val de Tempé;
- Car les yeux bleus du rêve ont des vertus secrètes
- Que la Beauté convie à ses plus belles fêtes.
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- De qui viens-tu parler, jeune femme à la nuit?
- De l’amant qui te lasse ou de cil qui te fuit?
- Sur cette rose est-ce une bouche que tu baises?
- Qui mieux, sous l’éventail de ces branches, s’apaise
- De ton cœur frémissant ou de ta gorge en feu?
- Adieu léger, regret moqueur, pudique aveu,
- Que murmure ta lèvre à l’ombre confidente?
- L’abîme de la rue et la feuille abondante
- Séparent à jamais nos bras et nos destins;
- Ma main seule t’envie à mes yeux clandestins.
- D’Amour, jeune ruffian qui bat des cartes fausses,
- Peu me chault; seul dénoue encor mon haut-de-chausses,
- Seul débouche pour moi de magiques flacons,
- Le Plaisir, sûr valet, qui garnit les balcons...
-
- Il m’a de toi donné la part la plus suave:
- Voir, c’est avoir un peu, jouir, sans être esclave.
-
- Et voici que tes bras levés font sur ton dos
- De ta nuque crouler les fluides fardeaux,
- Que ton aisselle luit d’une touffe de plume.
- Mon nez bat; dans le vent illusoire je hume
- En des moiteurs de blonde un âcre sauvagin.
- De tes feminités et de leur doux engin,
- Puisqu’une rampe me coupe ton ventre au cintre,
- Mon vers chaste et déçu ne peut être le peintre.
- A ta vaste toison--cette charge de blé
- Sur ton dos--ne s’oppose un crin plus crespelé.
- Je perds aussi tes longues jambes et leur lustre,
- Vague blancheur entre les galbes des balustres.
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- O toi que je n’aurai jamais, ô toi qui m’eus,
- En désarmant de leur acier mes yeux émus,
- Reprends tes chastes lins et regagne ta couche,
- Maintenant que, cabré de volupté farouche,
- Dans une odeur de toile chaude et de couvain
- Je cours charger un flanc que raie un noir ravin.
- C’est la brunette au grain plus serré, c’est l’épouse.
-
- Quand mon baiser la brûlera de sa ventouse,
- Si t’arrivent là-bas des gémissements longs,
- Crois qu’un rauque bonheur déchire deux coulombs;
- Et ne jalouse pont celle dont l’habitude
- Ravie, et s’étonnant de mon élan plus rude,
- Ne saura pas, mêlée au corps de son mari,
- Qu’une adultère ardeur la foule et la tarit,
- Que sa dévotion conjugale et câline
- Sert de traîtres désirs comme une Messaline.
-
- Mais je te dédierai la fougue où je connus
- Sur la brune Pallas une claire Vénus.
- Et toi-même vas-tu, te coulant sous tes toiles,
- Réveiller un amant remué jusqu’aux moelles
- Par ta jambe gélive et ton odeur d’été,
- Et ces jumeaux compacts de ta rotondité?
-
- Peut-être projetant ma luxure lointaine
- T’ai-je touché le sein d’une invisible antenne;
- Et ton maître, étonné de tes jeux assouplis
- Aux rites qu’il n’osait enseigner à tes lits,
- Va, dans la bouche et dans la conque autrefois prompte
- Aux refus, retrouver deux esclaves sans honte.
-
- Puisqu’Eros doit demain t’asservir, aujourd’hui
- Ne crains pas un peu de bassesse devant lui.
-
-
-LA BELLE VIEILLE
-
- C’est d’avoir tant aimé l’enfance de ses seins
- Qu’en son déclin je l’aime encore;
- Et d’avoir vu, des bas de la fillette, éclore
- Deux globes d’un noble dessin.
-
- J’avais cet âge, où l’on n’est plus le jeune coq
- Qui plonge et retire sa lame,
- Où les arômes bus ramènent à la femme,
- Où l’amour prolonge le choc;
-
- Où, las des fards, de lèvre peinte, et de faux blond,
- Las des rapides ariettes,
- L’on rêve du menton pudique où Juliette
- Presse son tendre violon.
-
- Et sous mes yeux l’adolescence pétrissait
- Ce très féminin bosselage,
- Fanfreluchait de mousse un joli coquillage,
- De myrrhe exaltait le gousset.
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- Je reniflais aux courtes manches de l’été
- Le fil emmêlé des aisselles;
- Et j’épiais la jupe aux hautes balancelles
- D’où béait sa féminité.
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- Mon rêve demandait aux nattes d’un noir bleu
- Quelque image du tabernacle,
- Où frise un crin d’agneau, dont l’attouchement racle
- L’éréthisme des chairs en feu.
-
- Par baisers décochés sur ses dents closes, j’eus
- Les siens qui ne savaient répondre.
- Mais l’imparfait contact dont je me sentais fondre
- Prélibait son baume et son jus.
-
- Ma jeunesse barbare oubliait son destin
- De servir Mercure ou Minerve,
- Tantale du poison âcre et doux, dont s’énerve
- La soif, au flot proche et lointain.
-
- O bucher de la Longue Attente! O noir ruisseau
- Des désirs qui coulent en lave!
- Bonds cruels du marteau sur le cœur de l’esclave!
- Et grésillement sous le sceau!
-
- Ce long souci qui des chairs d’ambre m’a fait serf
- Aux brunes chaudes me consacre,
- Aux yeux d’or que traverse un reflet de massacre,
- Quand le spasme tire le nerf.
-
- Enfin elle mûrit: je conquis des chemins,
- Dont mes doigts étaient les couleuvres.
- Mais la chambre secrète étant close au grand œuvre,
- La clef en brûlait dans mes mains.
-
- --Non! dit la bouche, mais dans les yeux confesseurs
- La chair défaille et s’humilie,
- Le jeune sein captif se débat en folie,
- Chevreuil lié par les chasseurs.
-
- C’est dans une île de roseaux, de prés herbus,
- Sous un vieux saule solitaire,
- Qu’un jour elle m’ouvrit le délicat mystère,
- Versa la tête, et je la bus.
-
- Cette heure-là, depuis, ne meurt plus. Ce raisin,
- J’en suce encor la grappe bleue;
- Ces œillets vers mes dents se haussent sur leur queue;
- Priape les cueille, et me ceint,
-
- Quand au giron, immaculé comme jadis,
- Dont Sarah fait Agar jalouse,
- En son dixième lustre, à longs traits, je l’épouse
- Parmi ses genoux arrondis.
-
- Vos belles comparez! _Conferte puellas!_[7]
- Tel Paris morgua deux déesses,
- Quand Vénus éteignit d’un remûment de fesses
- Madame Jupin et Pallas;
-
- [7] _Ovide._
-
- Tel Maynard, pour donner à la mienne le prix,
- Infidèle à sa belle Vieille,
- De sa stance eût tiré la couronne vermeille
- Dédiée à des cheveux gris.
-
- Car l’âge a respecté les siens; de nul fanon
- Il n’injurie un cou d’ivoire,
- Ni ses pommes d’amour qu’à peine il mue en poires,
- Ni ses bras dignes de Junon.
-
- Et le plaisir ramène en ses yeux d’aujourd’hui
- Le trouble émouvant de la gosse
- Dont la chair est choyée avant l’âge des noces,
- Qui mord et repousse le fruit.
-
- Noces tardives! qui pendant les plus beaux jours
- Laissent la jeune chair en friche!
- Aimer, c’est vivre, et dans la saison la plus riche
- L’état de grâce, c’est l’amour.
-
-
-LE VOYAGE
-
- Quel plaisir, le départ vers la mer, vers l’amour,
- Avec l’Amie, intacte encor, qu’idéalise
- Parmi les grands manteaux et les fauves valises
- L’inconnu de la chair, à la chute du jour.
-
- Par un long soir doré partir vers le mystère
- Du Manoir dans les bois et du beau corps nouveau.
- Mais de doux regarder et de geste dévot
- Voiler le désir dur, et la voix qu’il altère.
-
- Songer au fruit suave, énorme et divisé,
- Charnellement assis aux rondeurs de la robe;
- Imaginer le branle amoureux du beau globe,
- Que le rythme du train fait doucement danser.
-
- Voir se profiler sur les prés en débandade,
- Sur la berge qui court à contre-sens de l’eau,
- Le visage rayé d’ombre agile, pâlot
- Comme la lune sous le nuage nomade.
-
- Puis quand le Pays vert s’atteste en ses maisons
- Aux poutres brunes dans le plâtre en colombages,
- Si les yeux pérégrins ont loué nos herbages,
- Mercier d’un baiser les cils et les frisons.
-
- Enfin quand la Nuit douce, effaçant les collines,
- Nous cerne de son mur tout à l’heure infini,
- Désarmer la pudeur de son tendre Nenni,
- Ouvrir les bras au col qu’un songe dodeline.
-
- Et dès qu’elle acquiesce en un faible gémir,
- Poser sur ses genoux, avant qu’elle se garde,
- Une main innocente, et comme par mégarde,
- Sur les genoux, première étape du plaisir.
-
- Murmurer en des mots frêles, comme d’un songe:
- «Votre corps chaud exhale un parfum de fruit mûr.
- «Qu’il est doux le baiser du premier soir, et pur!
- «Il laisse aux vieux amants la ruse et le mensonge.
-
- «Aide mon chant le Vendosmois mélodieux.
- «L’aide ce beau tétin qu’eût jalousé Cassandre:
- «Et l’écho des baisers de nos bouches en cendre
- «Nouera les couples nus sur les draps radieux.»
-
- Ainsi de bouche active et de main ocieuse,
- --Mais dont l’effluve s’insinue au long des os--
- Comme aux jeux d’Olympie une vierge de Cos,
- Oindre d’une huile d’or la claire voyageuse.
-
- Et savoir que de nous l’aube va faire un dieu,
- Qui saisit la dryade au creux buisson, la perce
- D’un dard multiplié, heureux du sang qu’il verse,
- Lui arrache un long cri, et la cloue au milieu.
-
- Mais attendre le lit, ne forcer que l’enceinte
- Des dents, tant qu’au cristal ciselé des flacons
- N’a la Nymphe ondoyé le Pinde et l’Hélicon,
- N’ont clapoté les lacs de rose et de jacinthe;
-
- Qu’un peigne de Cypris n’a mordu les cheveux.
- Et pour toute la chair, tout le crin dûs au maître,
- --Le linge à bas, provocateur qui s’est fait traître,--
- N’attendre que du lit l’absolu des aveux.
-
- Du lit, profonde nef, dont les voiles captives
- Cinglent joyeuses vers l’infini de la chair.
- Pélerin du plaisir, repars sur cette mer,
- Pleine aussi de remous et d’oiselles plaintives.
-
-
-Conseil à une petite Courtisane
-
- Tes dix-sept ans n’ont pu, dévêtus sans chicane,
- Ni ton ventre, émouvant de si peu d’ombre au coin
- Qu’il semble d’une enfant sous sa houppe de foin,
- Le pur émail n’a pu de tes yeux de Persane,
-
- Ni ces pommes qu’à s’infléchir déjà condamne
- Le Vice qui trop tôt y planta son groin,
- Ni ta cuissette, dépliée avec un soin
- De Ghesha, n’auront pu, petite Courtisane,
-
- Sur sa corde roidir le joujou des fillettes.
- Et tu dis que les ans m’ont noué l’aiguillette...
- Nenni! mais il y faut pudeur avec mystère.
-
- Pleure, ou résiste un peu. Nomme ta sainte mère,
- Et, la joue enflammée, appelle-moi bourreau...
- Pour me sentir entrer dans toi comme un taureau.
-
-
-Réponse de la petite Courtisane
-
- Taureau peu digne encor du beau fessier d’Europe,
- Je tâte un serpent mou qui n’a rien d’un Python,
- Et je trouve une corde où je cherche un bâton.
- Mais je vais t’éveiller de l’indigne syncope.
-
- Je rapproche mes seins, que ma paume enveloppe.
- J’en fais saillir la proue, et du double bouton
- Laboure au bon endroit ta chair de molleton;
- Et, plus bas, mon genou te racle et te varlope.
-
- Puis je donne à flairer l’aisselle chaude au mâle,
- Où le crin d’astrakan me fait plus animale...
- Ah! tu renais, nourri d’effluves opportuns.
-
- Baudelaire savait le ressort poétique:
- Comme des autres l’âme erre sur la musique,
- Le poète a le cœur gonflé par les parfuns.
-
-
-A la Fleur de Lis
-
- La Pudeur sous ta coiffe, ô Nonne du Verger,
- S’incline, et va prier pour la Rose charnelle.
- Mais le pistil tendu branle en toi comme en elle,
- Et bat tes pâles chairs de son marteau léger.
-
- Sur son fifre moqueur le merle bocager
- Te siffle, car le dard qui rôde en la venelle
- Macule de safran ton calice, et son aile
- Te froisse comme un lit par l’amour saccagé.
-
- Quand ces stigmates nous révèlent qu’Aphrodite
- En ses secrètes lois ne t’est plus inédite,
- Sur l’écu losangé des vierges que fais-tu?
-
- Loin des chastes blasons, sur le sein qui te fane,
- Sers d’ironique enseigne à ces froides vertus
- Que dévaste en secret un roide manche d’âne.
-
-
-Réponse de la Fleur de Lis au vieux Poète
-
-Dans le jardin du grand Séminaire
-
- Tu as médit de moi, mais mon arôme épars,
- Et ma robe déclose, et Pudeur renoncée,
- Suscitent une touffe ardente en ta pensée,
- Emmêlent des fils d’or qui brûlent tes regards.
-
- Tes désirs étirés comme des léopards
- Font battre ta narine, et de ta force usée
- Tu ressurgis Daphnis!--L’âme aux lèvres sucée,
- Sens-tu fondre Chloé, gorgé de ses nectars?
-
- Donc sur ma chair dorée et ma blessure fraîche
- Honore Eros archer, et reconnais sa flèche,
- Si ton flanc en gémit autrefois, autrefois!
-
- De l’odeur de l’amour ta narine altérée
- Ores ne boira plus qu’en mes calices froids
- La proie adolescente et sa mousse sucrée.
-
-
-S’IL FAUT DE LA MOUSSE AU SILLON
-
-I
-
- Dame ou Soubrette de jadis
- Qui s’allait baigner aux étuves,
- Avant de se tremper aux cuves,
- Se faisait plumer la perdrix,
- (J’entends l’oiselle de Cypris),
-
- Pourvu que le nid en fût sec,
- Car dans la mousse blonde ou brune
- L’oiseau, quand l’ordonne la lune,
- Casse un œuf, et mouille son bec
- D’eau plus rousse que le Robec.
-
- Sur l’herbe noire ou sur le foin,
- Au crû de la dernière tonte,
- La chemise trousse la honte
- Ou l’orgueil, sous le rire en coin
- Du joyeux barbier de maujoinct.
-
- L’huis non troué par le cousin
- Ferme à secret ses grosses lèvres,
- Tandis que de béantes Bièvres
- Etendent jusqu’au trou voisin
- L’ourlet d’un rire sarrasin.
-
-II
-
- Dans les couvents un fer cruel
- Dévaste la nuque à l’Epouse;
- S’il fauche aussi l’autre pelouse,
- C’est qu’on est moins jaloux au ciel
- Des mains du barbier que du poil.
-
- Dame! Il tient chaud; dans un lit froid
- Il sert de manchon à la nonne;
- La main s’égare, et puis s’étonne
- Arrêtée au petit endroit
- Du grand bien né d’un petit doigt.
-
-III
-
- Au harem, le Mamamouchi
- Qui fait aux chats fourrés la guerre
- Lève la toile à la moukère,
- Et pour le Pacha la blanchit...
- Ou bien pour le godemichy.
-
-IV
-
- L’art grec n’a pas,--religieux--,
- D’un sexe béant qui pantelle
- Blessé le flanc des immortelles.
- Humains, il soustrait à nos yeux
- Le sillon creusé pour les dieux.
-
- Des bords du féminin palus
- Il élague le beau feuillage;
- Un peu d’algue à son coquillage
- A Vénus ne rappelle plus
- Qu’elle est née aux flots chevelus.
-
- Maître Gautier en a gémi,
- Qui voit sur la touffe embrasée
- De Cypris, la tête frisée
- D’un Cupidon fauve, parmi
- L’or clair de sa mère endormi.
-
-V
-
- Mais Vénus est morte, et Byblis!
- Vains regrets d’un flocon de laine
- A des hanches, même d’Hélène,
- Puisque ne hantent plus nos lits
- Berthe au grand pied, Biétrix, Allis.
-
- Ce n’est pas moi qu’on a volé
- Sur l’airain, la toile, ou le Pare;
- Mon hamadryade se pare
- D’une toison d’or crespelé,
- Souvent à ma barbe emmêlé.
-
- Seul fut déçu Pygmalion,
- Qui, forant sa Nymphe sculptée,
- N’avait pas feutré Galatée.
- Mais d’un frottis de vermillon
- Il mit de la mousse au sillon.
-
-
-ENIGME
-
- Ce n’est mont ni coteau, rien qu’éminence mince,
- Mais, dessus, l’on se sent gros sire en sa province.
- Ce n’est val ni ravin, rien qu’un sillon étroit,
- Mais l’on prise un vrai bien qu’on peut toucher du doigt.
- On le cultive, mais le semeur--ô démence!--
- S’il croyait récolter, garderait sa semence.
- Est-il rose de fleurs qu’aussitôt on le fuit,
- C’est un verger qu’on veut sans boutons et sans fruit.
- Là n’est rû ni ruissel dont s’humecte une grive,
- Mais toujours sous la lèvre y naît la source vive.
- Ce n’est ombre où musser un nid de roitelet,
- Pourtant sous des fils d’or passe un bec d’oiselet.
- L’herbelette plus haut pousse ses petits glaives
- Que cet îlot de mousse entre deux blanches _grèves_.
- Ayez bien garde à l’huis et le tenez célé,
- Car la serrure tente, et tous en ont la clef.
-
-
-A UNE DAME ÉTRANGÈRE
-
-La Couronne de Vénus
-
- Des bourdeaux évadée en la Littérature,
- De monstrueux morpions t’ont taraudé la pel.
- Tu fis--j’en jure le conin de Jézabel!--
- Largesse de poulains aux camps d’Estramadure.
-
- Puisqu’on t’a recousu le ventre et la nature,
- Appends en ex-voto le bienfaisant scalpel.
- Et qu’on dise: «Autrefois, Nymphe au grec Archipel,
- «Apollo la connut sous le nom de Mercure.»
-
- Pour les ruts douloureux ton squelette allongé
- Punit son chevaucheur, à chaque ahan, d’un jet;
- Et de tes yeux trop mûrs chavirent les opâles.
-
- Sur ton front, par le suint des mèches fustigé,
- --Juste couronne due aux tempes triomphales,--
- Vénus Dolorosa saigne en ces roses pâles.
-
-
-
-
-URANIE
-
-Muse des Choses Célestes et des Divinations
-
-
-TA PLANÈTE
-
-Si tu veux faire une amie
-
-I
-
- Si tu veux faire une amie,
- Je t’offre ici ces leçons,
- Quand jà Vieillesse ennemie
- Me fait vider les arçons,
- Et ne laisse que le flanc
- De Pégase à mon élan.
-
-II
-
- Fuis les sèches, fuis les plates.
- Laisse les mineures chez
- Macette, où bave, écarlate,
- Et rouant des yeux pochés,
- Le barbon qu’aucunes fois
- Il faut ranimer du fouet.
-
- Jadis me plut davantage,
- Encore un peu verdelet,
- Non tout à fait mûr, cet âge
- Qui Ronsard ensorcelait.
- Je penchai mes voluptés
- Vers ces froides puretés.
-
- Tel, ses cheveux à l’épaule,
- D’un rû de nacre abusé,
- Se penche l’amour d’un saule
- Sur le fugace baiser
- Qu’aux reflets noue et déclot
- L’ombre des Nymphes dans l’eau.
-
- N’agace point à ces proies
- Le bout de tes doigts mouillés;
- Le jeu de la petite oie
- Sied aux vices écoliers.
- Mais fonds ton désir total
- Dans la chair comme un métal.
-
-III
-
- Ton amie aura cinq lustres,
- Des tétins non étoilés,
- Dignes des ciseaux illustres,
- Tétins et non pots de lait.
- Un sein noblement taillé
- Eteint le plus clair collier.
-
- Prends-la grande: un grand domaine
- Peut seul te découvrir maints
- Beaux sites, où se promène
- Ton regard, aussi tes mains.
- Des petites te défends
- Comme de prendre une enfant.
-
- La blonde, les nuits ardentes,
- Répand d’abondantes chairs.
- Sa croupe chaude et fondante
- Est d’une épouse d’hiver.
- Soit ton lit acclimaté
- Aux seules brunes, l’été.
-
-IV
-
- Le désir est prompt, et flambe
- Parfois avant de savoir
- Si le galbe de la jambe
- Aura de quoi l’émouvoir,
- Quand aux ultimes combats
- La pudeur perdra ses bas.
-
- Regarde les doigts: graciles,
- Ou bouffis, ronds ou carrés,
- Ils sont sculptés sur le style
- Dont le corps même est ouvré.
- Comme est taillé le sourcil
- L’aine est implantée aussi.
-
- Ciboire où le vin de messe
- De l’amant va faire un dieu,
- La bouche fait la promesse
- D’un velours caché aux yeux;
- Et sur la lèvre un léger
- Duvet n’est point mensonger.
-
-V
-
- Que la fierté des yeux chastes
- Ferme au désir le chemin,
- Tandis qu’une croupe vaste
- Invite au palper les mains,
- Et fait l’ange si fâché
- De recéler le péché.
-
- Son chef luise sous la charge
- De crins annelés et fins;
- Et soit son buste une large
- Table d’harmonie, afin
- Que lamente par son col
- Puissamment un rossignol.
-
- Et je veux qu’en ses yeux flotte
- La tendre pudicité
- De l’adorable Charlotte
- Dans le roman de Goethe,
- Que comme Dorothéa
- _Patet incessu dea_.
-
-VI
-
- Crois-tu qu’un portrait je brode
- Des chimères copié?
- Et qu’au seul lit froid de l’Ode
- Elle allonge ses beaux pieds?
- La chair t’attend quelque part
- Comme elle attendit Ronsard.
-
- Cassandre est belle, il l’obsède,
- Et n’en jouit que de l’œil.
- L’Hélène qu’il chante est laide.
- Mais voici devers Bourgueil
- La vachère de quinze ans
- Qui va rejeunir ses sens.
-
-
-
-
-TERPSICHORE
-
-Muse de la Danse
-
-
-A VINCENT MUSELLI
-
- Ton nom, s’il ne m’abuse,
- Ami, t’a dédié
- Aux Muses,
- Pour leurs beaux bras lier.
-
- De flûte traversière
- Fais, le front ciselé
- De lierre,
- Les Camènes baller,
-
- A bonds et à volées,
- Et tant que par le chaud
- Foulées,
- Le souffle ne leur fault.
-
- Dès qu’aux gorges Neuvaines
- Des perles sur le bleu
- Des veines
- Ruissellent, romps le jeu.
-
- Et quand tu les dénoues,
- Vois les Nymphes baigner
- Leurs joues,
- Les Grâces les peigner.
-
- Prends la houppe, le peigne,
- Les fards; qu’heureux témoin
- Ne craigne
- De leur donner des soins.
-
- D’une main délicate
- Tire, au jais du chignon,
- L’agate,
- Et te fais leur mignon.
-
- Si le col sur la nuque
- Baille, regarde aval;
- Reluque
- Le dos moite du bal.
-
- Comme chez les modistes
- Qui n’ont rien à cacher,
- Assiste
- A leur petit coucher.
-
- A qui fait la mauvaise,
- Et la main sur tes yeux
- Te lèse
- D’un buisson radieux,
-
- Baise la paume, opprime
- Les globes à tâtons;
- Qu’aux cîmes
- Grossissent les boutons.
-
- De ta langue la perce,
- Et lui dis: «Puella!»
- --Properce
- Eût aimé ce nom-là--
-
- «Moi qui les Muses lie,
- Les délierai.--Ces lins,
- Thalie,
- Font mes yeux orphelins.
-
- «Erato, qui les noces
- Présides, par Eros!
- Ces bosses
- Ne me font de Paros.
-
- «Dans mes bras, Calliope,
- En belle chair, et non
- Par trope,
- Fais quinaud Apollon.
-
- «On sait pourquoi la serpe
- De Bacchus, bon voisin,
- Euterpe,
- Te coupe du raisin;
-
- «Et qu’à Mars sous la tente,
- Vivandière Clio,
- Contente,
- Tu trousses ton bliaud.
-
- «Mais si les cœurs bondissent,
- Quand du pouce et du doigt
- Indice
- Je touche au luth françois,
-
- «N’osez à nos mains pures
- Fermer vos peplos d’or,
- Ceintures!
- Et nous dirons encor
-
- «Que d’argent, de prière,
- Nul n’a soumis vos cœurs
- De pierre,
- Pucelles, Chastes Sœurs,
-
- «Quoiqu’à votre huis, où saigne
- Un gros numéro 9
- Des duègnes
- Aussi vastes qu’un bœuf
-
- «Racolent pour les Muses,
- Que Claude Le Petit
- Accuse
- Du chancre qui le cuit.
-
- «Mais tant pis pour qui cherche
- Pégase, et en vilain
- Du Perche,
- Ne trouve qu’un poulain.»
-
-
-
-
-POLYMNIE
-
-Muse des Hymnes et des Chants, en l’honneur des dieux, des héros et des
-nymphes.
-
- Polymnia, mal coiffée.
- Aime rêver à l’écart,
- La paume au menton--d’Orphée
- Qui l’honora d’un batard.
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-EN L’HONNEUR DE PRIAPE
-
- _Olim truncus eram ficulnus._
-
- Tronc de figuier, je t’ai fait dieu,
- Le dieu jardinier de Catulle
- Aux membres grêles, mais Hercule
- Par le milieu.
-
- La Nymphe captive dans l’orme,
- Dont luit le dos parmi les fûts,
- Va presser dans ses bras touffus
- L’amant énorme.
-
- L’abeille, abusée au carmin
- Dont j’ai peint ta tige charnue,
- Voudra de la fleur inconnue
- Tenter l’hymen.
-
- La fontaine, qui chante et pleure
- D’amour et de ramentevoir,
- Croira que, troublant son miroir,
- Un dieu la leurre.
-
- Un espoir suspendra sa course;
- Car Eros, jaloux de ses lis,
- Déçut,--amante et sœur,--Biblis
- Changée en source.
-
- Mais tu verras, blanche Armada,
- Fuir les cygnes à belle proue;
- Car, te mesurant, désavoue
- L’oiseau--Léda.
-
- Voici, pour armer ton épaule,
- Selon que Maro m’enseigna,
- (_Custos, cum falce salignâ_)
- La faulx de saule.
-
- Peut-elle effrayer les pinçons,
- Le freux, la pillarde alouette?
- Et garder le clos du poète
- Des maugarçons?
-
- Veille, frappe, t’efforce, sue.
- Ne me sois qu’un dieu paysan.
- Ce joujou des belles, fais-en
- Une massue.
-
- Puisque ne trouble plus mes lymphes
- Le dieu sauvage, tiens-t’en là:
- De toi je n’implore point l’A-
- -mitié des nymphes.
-
- A ton autel nul chevrier
- Des bucoliques de Sicile
- Ne pousse le bouc indocile,
- Pour toi lié.
-
- Qu’ait mené ce jeu l’immortelle
- Brigade, il ne sied à mon breuil.
- Et Colombes n’est point Hercueil,
- Ni moi Jodelle.
-
- N’attends point qu’aux roses debout,
- --Qui furent peut-être des femmes
- Aux Métamorphoses,--mes lames
- Coupent le cou.
-
- L’Ode t’a fleuri par jonchée;
- Mais plus avare est mon jardin
- Que l’asclépiade latin,
- Que le trochée.
-
- Assez j’honorerai ton front
- Gros comme une pomme reinette,
- Si je te fais une cornette
- D’un liseron.
-
- Mais dans mon bois la prima donne
- Exalte en lyriques sanglots,
- Où revient le nom d’Itylos,
- La nuit d’automne.
-
- La feuille a frémi, la voilà,
- _Favete linguis!_ Dieu champêtre,
- Cette grande voix c’est peut être
- Philomela.
-
-
-ONDINE
-
- Entre mes bras fond la mollesse de ton torse.--
- Quand une peine les métamorphose en source,
- Je bois ta jeune vie à tes paupières douces.
-
- Sur ta langue, serpent qui se darde, se love,
- Et se rebelle entre tes lèvres, mes esclaves,
- Je lape avidement les sucs de ta salive.
-
- Ta féminité, sous tes cils d’aristocrate
- Qui battent, mais non pas de pudeur hypocrite,
- Me verse ton sang rose en sa coupe secrète.
-
- Et l’ardente sueur dont le plaisir t’embrase,
- M’imprègne dans ton lit, pleurs d’aube sur la rose,
- Perles chaudes aux seins d’une belle coureuse.
-
- Tes jambes dans le bain luisent comme la faille.
- Et tu sembles par tes yeux glauques une fille
- Des Eaux, qu’on entrevoit un instant sous les feuilles.
-
- Sans doute tu naquis du flot qui frise et mousse,
- Et fus Nymphe chanteuse aux roseaux du Permesse;
- Oublieux d’Aréthuse Alphée eut tes prémices.
-
- C’est pourquoi sur un buis de flûte dolosive
- Je fausse ces trois clefs, afin qu’elles déçoivent
- Mais charment ton oreille, émue aux jeux suaves.
-
- Ma rime, Ondine dans le vent qui vire et valse,
- Fluteau parmi les joncs, clairon sur la mer vaste,
- Chuchote en la feuillée, et pleure dans la vasque.
-
- Puis, aux justes accords à son tour contribue
- Ta sœur, la Nymphe Echo, dans tes grottes herbues;
- Et telle je te chante après que je t’ai bue.
-
-
-A LÉDA
-
- Quand te couvrit le vaste oiseau qui se déploie,
- N’as-tu pas regretté, Léda, les bras humains?
- Et, nue à nu, la chair sans plumes? Et la main
- Dont le feu sinueux court sur des flancs de soie?
-
- Plus encor que du jars c’est de la petite oie
- Que ton cygne apparaît le frère ou le germain...
- Qui donc couva les œufs de l’impossible hymen
- D’où sont éclos Pollux et l’Hélène de Troie?
-
- Europe sent sous le taureau l’emplir un dieu.
- Pour toi quelque autre époux dut achever le jeu,
- Symbole de la Nuit accouplée à l’Aurore.
-
- Prendre une femme, un cygne? ah! le beau conte grec!
- Tyndare t’a trouvée intacte et close encore...
- --«Pardon,» m’a dit Chloé, «vous oubliez le bec».
-
-
-
-
-CLIO
-
-Muse de l’Histoire
-
-
-MADEMOISELLE DE LA VIGNE
-
-A propos de sa correspondance galante avec Fléchier encore abbé
-
-RONDEAU
-
- L’ébat galant de ce petit collet!
- Il fait sa roue et dit: «Votre valet!»
- A ma vertu son œil cherche un esclandre:
- Mais à sauter le doux ruisseau du Tendre,
- Il n’aura fait valoir que son mollet.
-
- S’il me faut rendre à son premier boulet,
- Je me renforce aux brèches, pour attendre
- Qu’à cet abbé l’on teigne en violet
- Les bas.
-
- Les miens sont bleus. Pour en baiser l’ourlet,
- Je le ferais à mes genoux de lait
- Chanter la Pâque un mercredi des Cendres...
- Ces abbés, bons à musquer un poulet;
- Mais au déduit le dernier des Léandres
- Les bat!
-
-
-MADEMOISELLE DE SCUDÉRY
-
- Eh là! n’esmouvez plus, Sapho,
- L’esventail, zéphyr des ruelles.
- S’il vous cuit, la glace ne fault
- Que mon vers jette à pleine escuelle.
-
- Relevez votre beau séant
- Du throsne de la Chambre bleue;
- Assez avez piaffé céans
- Dedans vos mots à longue queue.
-
- Vos poulets ne se mangent point,
- --Régime bon aux fièvres quartes.--
- Du village des Petits Soins
- Vous avez dessiné la carte.
-
- Ains en votre privé, ma sœur,
- Vous ne vous estes point faict coulpe
- De vous régaller pour le seur
- D’une plus nourricière poulpe.
-
- L’ambition dont s’enflamma
- Vostre bouche, où branle un pieu jaune,
- Charge la langue et l’estomac,
- Et rote des phrases d’une aune.
-
- L’in-quarto, frais noirci de vers,
- Moins que votre peau suinte l’encre.
- Estes-vous plus blanche à l’envers,
- Où vertu de fille s’eschancre?
-
- Ores veulx,--poussé le verrou--
- Vierge au fusain, mais qui sens l’huile,
- Vous esclaircir--je sçais par où--
- Le teint, l’oraison et le chyle.
-
- Ces jupes à bas! Ostez donc
- La friponne après la modeste,
- Ces liens que l’épingle (oh! pardon)
- La sangsue encor me conteste.
-
- Salut Phœbé! Dans ce bassin
- Mire ta beauté qui se scinde!
- L’eau d’Hippocrène est au ricin;
- Voici l’Hélicon et le Pinde.
-
- Qu’entre deux monts il soit congreû
- Que coule un ruisseau, je m’affie:
- Le Bouillon des deux Sœurs! Ce rû
- Manque à votre géographie.
-
- Si trouvez trop aigu l’outil
- Dedans votre honneur, j’y subroge
- La pointe de vos concetti...
- Et je pousse à val. Loge! Loge!
-
- Est-ce là ce qu’un rêve pur
- Vous promist du premier Sylvandre
- Offrant quelque chose de dur
- A l’étroite Reine du Tendre?
-
- Or, jà dans vos flancs caverneux
- Cyrus gronde et la Calprenède...
- Je fuis le Perse au trait ocreux
- Et la balistique du Mède.
-
-
-A SONNET DE COURVAL
-
-Médecin de Vire
-
- Aux malades Virois, en médecin de Vire,
- Au lieu de se borner à tailler des tombeaux,
- A lui-même il bastit son monument, plus beau
- De ses durables vers que d’un muet porphyre.
-
- Ce Juvénal bourgeois écrivit maint libelle
- Contre le féminin, et tança ses humeurs.
- Il montre le Dégout épousant la Laideur,
- Et ce qu’il croît de corne au mari d’une Belle.
-
- Aucunes fois la Chaude au lit du flegmatique
- --Et rage d’os pelvien passe le mal de dents--
- Evente à grand meschef de ses soupirs ardents
- Le sang trop froidureux des vaisseaux spermatiques.
-
- La Superbe a mari lâche et ladre.--O lésine!
- Sans rabats à la Guise, en robe de blanchet,
- Moi, noble Damoiselle, où tant d’honneur t’échet,
- Ne peux faire le brave autant que la voisine.
-
- La Pauvre te contraint d’endurer les diffames.
- L’Infidèle t’encorne en satyre bouquin.
- Pour son honneur venger d’injurieux pasquin
- La Quinteuse te pousse aux espagnolles lames.
-
- De Laide, Pauvre, Riche, ou de Belle, son livre
- Fait cruelle censure et portraits d’Arétin.
- Mais sur toutes il hait la secrète putain
- Baisant dévotement ses médailles de cuivre.
-
- Ces Circés il purgea d’horrible scammonée,
- Vomit au lit nopcier; puis, bien vidé son pot,
- Sans craindre les écueils signés par ses drapeaux,
- Cingla délibéré vers le port d’Hyménée.
-
- Il disait: «Le serez! L’estes! Ou bien le fustes!»
- Le fut-il? Mourut-il squammeux, farci de clous,
- Le priape écorché des dents de mille loups,
- Comme l’avait prédit à bons maris de putes?
-
- Au moins d’un _Récipe_[8] sauvait-il la dépense
- Contre bouton de Naple ou chancre corallin.
- Si toi-mesme as métier[9] de baster un poulain,
- Lecteur, dedans ses vers lis au long l’ordonnance.
-
- [8] Ordonnance.
-
- [9] Besoin (en français de ce temps-là).
-
-
-
-
-Vers pour
-
-LES SERVANTES
-
-
-MARTEAU DE PORTE
-
- Le dos tourné, grassette et ronde, le crin roux,
- La petite servante, avec un branle doux
- Qui fait rouler sa croupe et danser ses genoux,
- Frotte, à l’huis, le marteau dont je me sens jaloux.
-
- C’est un petit serpent en figure de guivre.
- Il s’éclaire, amoureux de la main qui délivre
- Le rayon endormi dans son âme de cuivre,
- Et l’on sent qu’en ces doigts de rose il voudrait vivre.
-
- Symbole du désir qui n’en vient pas au fait,
- Cependant qu’il demeure, amant insatisfait,
- A heurter comme on dit la porte du buffet,
-
- Je regarde la belle main qui le maltraite
- Et le choie; et, rêvant que je suis de la fête,
- Sens un autre serpent qui dégage sa tête.
-
-
-LES SERVANTES DE PÉNÉLOPE
-
- Fuis la jeunesse des servantes, qui dénoue
- Le luxe insolent d’un beau crin.
- Il te sied de servir les seules Muses. Crains
- Une intendante aux belles joues.
-
- Lorsque tu dors, furtive, elle quitte ta couche,
- Et court se vendre à ton voisin,
- Qui parmi les baisers grapille sur sa bouche
- Tes secrets comme des raisins.
-
- Tel, sur son lit de peaux de brebis et de vaches,
- Ulysse, aux corridors obscurs,
- Méditant l’Arc sonore et la Joute des Haches,
- Surprit les commerces impurs
-
- Des servantes qui rient, en s’échappant des chambres,
- Et vont choyer les Prétendants
- De viandes, de vins, de leurs corps frottés d’ambre,
- Et de mensonge à belles dents.
-
- La nuit, les jeunes bras tannés par les lessives
- Se targuent de moire et de fleurs;
- Car où rôde Vénus une fièvre offensive
- Emplit les misérables cœurs.
-
- Mais le fort de leurs mois ferait tourner les sauces
- Dont l’âge gourmand fait grand cas,
- Et tu dois préférer à leurs caresses fausses
- L’amitié d’un vin délicat.
-
- Tu fuiras la jeunesse, et prendras Euryclée
- Au pas lent, à l’agile main,
- Pour que de torches d’or et de sagesse ailée
- Minerve éclaire tes chemins.
-
-
-MEILLEUR AVIS
-
- Dans ta jeune servante admire le contraste
- Des beaux flancs, faits pour la luxure, et des yeux chastes,
-
- Et ce balancement sensuel des vaisseaux
- Que leur château-d’arrière assied bien sur les eaux.
-
- Je veux que la pudeur redresse un col farouche,
- Mais qu’un doux poids de chair s’incline vers ma bouche.
-
- Si près d’un jeune corps comment peux-tu dormir,
- Ces chaudes nuits de Juin, sans le faire gémir?
-
- Sans t’en aller surprendre au lit tiède de baumes
- Sa bouchette qui baise en rêvant un fantôme,
-
- Et peut-être te nomme en un parc enchanté?
- L’ombre ardente palpite à ses seins de clarté.
-
- De ses genoux, qu’un mol abattement sépare,
- Le nocturne rayon sculpte un marbre de Pare.
-
- Qui pourrait respirer sa fleur chaude et la voir,
- Sans trembler, faune, au bord du jardin rose et noir?
-
- Car le jour elle est serve, et, nue, elle est déesse...
- --Que dis-tu? qu’elle est pure, et tu crains sa sagesse?
-
- Tu n’as pas deviné au miel de ses regards
- Que sera sans refus au jeune maître Agar?
-
- L’aimes-tu mieux des jeux d’un butor avilie,
- Que tu ne cueilles point cet œillet d’Italie?
-
- Elle apporte l’aiguière... Allons, rends d’une main
- Doucement promenée hommage au sang romain.
-
- L’émoi brûle sa joue, et loin qu’elle te boude
- Vois l’extase incliner sa tête sur son coude.
-
- Possède sur ses yeux le mystère des pleurs...
- Non, elle rit, l’oiselle ayant pris l’oiseleur.
-
-
-SERVANTE D’AUBERGE
-
- En bonhomme de rat qui joue au hobereau,
- S’il faut me retrancher un jour dans un fromage,
- --Mon large nez ne craint de tels parfums dommage--
- Que ce soit par fortune en un gras Livarot.
-
- Non pas que de ton nimbe et de ton faux douro
- Je cherche, ô Gloire ronde et rouge, quelque image.
- Bon pour les Muses de frontispice et les Mages.
- Je préfère à de secs lauriers un bon porreau,
-
- Du cidre blond pour boire en ma couleur... passée!
- Et l’épais Livarot que me sert, haut troussée,
- Chauffe-plat, chauffe-lit, la rougeaude Lison.
-
- A ma barbe qui poisse, à ma main fourvoyée,
- Très précieusement fouettent à l’unisson
- Le fromage onctueux et la femme mouillée.
-
-
-SERVANTE D’HOTEL
-
- Tu ne sers pas Vénus, mais tu sers ses prêtresses,
- Tu regardes monter les sacrificateurs...
- Fais le lit du plaisir, mais crains que la froideur
- De tes mains de Vestale offense la Déesse.
-
- De ton sang nuptial tu lui dois les prémisses,
- O corps nouveau. Veux-tu? j’affranchirai tes flancs.
- Pour ma tempe fanée et pour mes cheveux blancs
- Prends-moi, car un vieux maître est plus doux aux novices.
-
- Irrite par feu les nymphes. Dans ce vase
- --Tant le jour fut brûlant--lave ton corps laineux,
- Et fais l’ampoule éclore en un 8 lumineux,
- Qu’on te voie à cheval sur ce petit Pégase.
-
- Ah! que de jougs avec ta chemise tu ôtes!...
- Je t’offre des plaisirs sans amour, goûte-les.
- La Passion veut des serments, fait des valets:
- La riche Volupté, elle, n’a que des hôtes.
-
- A ceux qui te jetaient une obole il faut prendre
- Un tribut, n’épargnant que moi qui t’enseignai.
- De ta vertu jamais tu n’auras un denier,
- Tu peux tirer bon prix de tes péchés à vendre.
-
-
-POUR LA GROSSE MARGOT
-
- Ayant tollu d’un muguet
- La bourse avecques prestesse,
- Villon et les gens du guet
- Sont lors en délicatesse.
- Ains, quand maigrit son magot,
- Aux famines chez Margot
- L’Escholier veult se soustraire.
- Beaux vers ne sont beaux ducatz;
- Villon vient conter son cas
- Marloupeulx et littérayre.
-
- La ribaulde est au taudis,
- Jouxte un lict fané, de serge,
- Où, sur ses reins rebondis
- Jeune après vieulx se goberge.
- Un clerc vient de luy bailler
- Un rondel pour tout loyer.
- Le diable arde l’honoraire!
- Margot lave à grand fracas,
- A pleine escuelle, son cas
- Marloupeulx et littérayre.
-
- --«Poète, maulvais chaland!»
- Villon riposte: «--Eh! donzelle,
- «Gare, avec moi pour galant,
- «Aux oublieux d’escarcelle.»
- Adonc pour son chevalier
- La garce eslut l’escholier.
- Chez la Vénus usuraire
- Muse vescut sans tracas.
- Ains point n’est rare ce cas
- Marloupeulx et littérayre.
-
- Viennent clercs, laïcs, souldards.
- Villon, la mine narquoise,
- Jauche au gousset les pendards,
- Es hanaps verse cervoise.
- Et dict: «--Beaux fils, deux escus!
- «Vénus aime moult Bacchus.
- «A l’amour soëf est contraire.»
- Or mainct béjaune escroquas,
- Villon, lui citant ce cas
- Marloupeulx et littérayre.
-
- Puis: «--Seigneurs, nous reviendrez,
- Si liesse eurent vos braguettes».
- D’autres temps mauclers madrés
- Bourse vuyde font goguettes.
- Adextre à férir un coup,
- Maistre Eschollier en découd.
- --«Livre lu, frustrer libraire!
- «Tost réglez, indélicats,
- «Paravant d’yssir, ce cas
- «Marloupeulx et littérayre.»
-
- Quant sur le tribut prescrit
- Aucuns soirs triche la gouge,
- Villon lui signe un escript
- Sur son nez camus, en rouge.
- «Tu me veux réduire à jeun,
- «Comme en la geôle de Meung,
- «D’où me fit le Roy extraire.»
- Margot lave ès vins muscats
- Et bande en geignant son cas
- Marloupeulx et littérayre.
-
- Ta gloire, inclyte filou,
- Porte dans l’histoire prude
- La casquette du marlou:
- La chose au bourgeois est rude.
- Sur ton front injurié
- Je ne vois que le laurier.
- La gent critique peut braire;
- Peu te chaille des choucas
- Qui croassent sur ton cas
- Marloupeulx et littérayre.
-
-
-RONDEL
-
- Je muse souvent à l’entrée
- De l’appartement féminin.
- Quand Madame fait sa nonnain,
- Une chambrière m’agrée.
-
- Je joue en sa robe échancrée;
- Mais j’ai si grand peur du venin!
- Je muse souvent à l’entrée
- De l’appartement féminin.
-
- Je ne me rue à la curée
- Des cœurs fiers et des beaux hennins.
- Petit chasseur, petit connin.
- Des palais que le rêve crée
- Je muse souvent à l’entrée.
-
-
-JOUR DE MARASME
-
-Du Vieux peintre amant de sa bonne
-
- Les écoliers de cinquante ans, et de soixante!
- Toujours en quête, en vain fessés, d’autres leçons,
- Rêvant de lac limpide où tremper leurs cuissons,
- Se vont noyer aux yeux d’une fausse innocente.
-
- Quand, leurs écus palpés, une main commerçante
- Arme le vieux mousquet qui crache à leurs chaussons,
- Qu’ont-ils pris? Un chat maigre et qui sent le poisson.
- Ils tiennent gros butin un connin de servante.
-
- Une lourde gothon, sur leur bouche, que tord
- Le malfaisant plaisir comme une affre de mort,
- Flaire l’eau des vieux puits et la cendre de l’âtre.
-
- Peintre, on voit sur ton lit deux coulombs s’épouser.
- Plutôt, d’un ton cruel charge l’aile bleuâtre
- D’un corbeau qui te creuse avec son bec rusé.
-
-
-NUIT DE VICTOIRE
-
-Du Vieux peintre avec son modèle
-
- L’aurore s’étonnait que ruisselle un crin fauve
- Près de mon poil chenu sur le même oreiller.
- Or, Vénus qui me tint cette nuit éveillé
- Au quatorzième lustre a fleuri mon front chauve.
-
- Ma vigueur a goûté, des défaillances sauve,
- Aprement cet amour, peut être le dernier!
- J’ai bu le sang des dieux sur un corps printanier.
- Qui sent la rose et fait un verger de l’alcôve.
-
- Penché sur l’or moussu qui voile un antre frais,
- J’ai respiré l’automne et les rouges forêts,
- Où de l’aubier vivant s’étire la faunesse...
-
- Ce n’est pas l’heure encor qu’à mes tempes de dieu
- Le déclin menaçant ma trop longue jeunesse
- Efface l’œillet pâle et cette rose feu!
-
-
-FIN
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- Pages
- Œuvres de Ch. Th. Féret 2
- Pour lire à la lanterne du Bourdeau 5
-
- CALLIOPE.
-
- Le Pucelage des Muses 17
-
- EUTERPE.
-
- Chanson 25
-
- ERATO.
-
- Ma Voisine 29
- La Belle Vieille 32
- Le Voyage 35
- Conseil à une Courtisane 38
- Réponse de la Petite Courtisane 39
- A la Fleur de Lis 40
- Réponse de la Fleur de Lis au vieux Poète 41
- S’il faut de la Mousse au Sillon 42
- Enigme 45
- A une Dame étrangère 46
-
- URANIE.
-
- Ta Planète 49
-
- TERPSICHORE.
-
- A Vincent Muselli 55
-
- POLYMNIE (Bois gravé Priape).
-
- En l’honneur de Priape 61
- Ondine 64
- A Léda 66
-
- CLIO.
-
- Mademoiselle de la Vigne 69
- Mademoiselle de Scudéry 70
- Sonnet de Courval 73
-
- VERS POUR LES SERVANTES.
-
- Marteau de porte 77
- Les Servantes de Pénélope 78
- Meilleur Avis 80
- Servante d’Auberge 82
- Servante d’Hôtel 83
- Pour la grosse Margot 84
- Rondel 87
- Jour de marasme 88
- Nuit de victoire 89
-
-
-IMPRIMERIE DES CAHIERS LITTÉRAIRES
-
-
-
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- The Project Gutenberg eBook of Le bourdeau des neuf pucelles, by Charles-Théophile Féret.
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-<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Le Bourdeau des neuf pucelles, by Charles-Théophile Féret</div>
-
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-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
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-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Le Bourdeau des neuf pucelles</p>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Charles-Théophile Féret</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: November 21, 2021 [eBook #66781]</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div>
-
-<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: René Galluvot (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))</div>
-
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE BOURDEAU DES NEUF PUCELLES ***</div>
-<div class="c"><img src="images/illu1.jpg" alt="" /></div>
-<div class="break"></div>
-<h1 class="top4em">Le Bourdeau<br />
-des neuf<br />
-PUCELLES</h1>
-
-<p class="c">Par<br />
-Charles-Théophile<br />
-<b class="large sans-serif">FERET</b></p>
-
-<p class="c gap"><span class="sc">Editions</span><br />
-DES CAHIERS LITTÉRAIRES<br />
-2, rue du Panorama<br />
-<span class="small">CAUDÉRAN-BORDEAUX</span></p>
-
-<p class="c">1923</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="p1">Du même Auteur :</h2>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em i">Poésie :</td></tr>
-<tr><td class="drap">LA NORMANDIE EXALTÉE, deuxième édition,
-entièrement refondue. Tirage à 400 exempl.
-sur papier de luxe, chez Rey, 8, boulevard
-des Italiens, Paris</td>
-<td class="bot w5">12 fr.</td></tr>
-<tr><td class="drap">LE VERGER DES MUSES, tirage à 300 exempl.
-chez Dumont à Paris</td>
-<td class="bot">Épuisé</td></tr>
-<tr><td class="drap">L’ARC D’ULYSSE, tirage à 500 exemplaires, à
-<i>Belles Lettres</i>, 89, boulevard Exelmans, Paris</td>
-<td class="bot">6 fr. 50</td></tr>
-<tr><td class="drap">LES COURONNES, tirage à 300 exemplaires, à
-<i>Belles Lettres</i></td>
-<td class="bot">10 fr.</td></tr>
-<tr><td class="drap">LE BOURDEAU DES NEUF PUCELLES, aux
-<i>Cahiers Littéraires</i>, 2, rue du Panorama,
-Caudéran-Bordeaux</td>
-<td>&nbsp;</td></tr>
-<tr><td class="r"><div>(Tous les autres recueils épuisés)</div></td>
-<td>&nbsp;</td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em i">Théâtre :</td></tr>
-<tr><td class="drap">MAITRE FRANÇOIS VILLON, 5 actes en prose.</td>
-<td class="bot">Épuisé</td></tr>
-<tr><td class="drap">UN IMPROMPTU CHEZ LE DUC DE CHOISEUL,
-1 acte en prose et vers, non mis dans le commerce.</td>
-<td>&nbsp;</td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em i">Roman :</td></tr>
-<tr><td class="drap">LA RÉINCARNATION DE CLAUDE LE PETIT,
-à <i>Belles Lettres</i></td>
-<td class="bot">6 fr. 75</td></tr>
-<tr><td class="drap">LE TIROIR AUX POLICHINELLES (sous
-presse), à <i>Belles Lettres</i></td>
-<td>&nbsp;</td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em i">Critique :</td></tr>
-<tr><td class="drap">Tous les ouvrages de critique épuisés, excepté
-chez Garnier frères, à Paris : l’<i>Anthologie
-Critique des Poètes Normand de 1900 à 1920</i>,
-avec collaboration de Raymond <span class="sc">Postal</span></td>
-<td class="bot">15 fr.</td></tr>
-</table>
-<div class="chapter"></div>
-
-<p class="c xlarge">Le Bourdeau des Neuf Pucelles</p>
-
-
-<h2 class="nobreak" id="p2">Pour lire à la lanterne du Bourdeau</h2>
-
-
-<p>Empruntant en partie à Claude Le Petit le titre de
-ce livre, le moins que je puisse faire c’est de le lui
-dédier, et de rajeunir la mémoire de sa mésaventure.
-Il mérita d’être appelé « Théophile le jeune » non
-seulement parce qu’il fut le successeur de Théophile
-de Viau dans la littérature libertine, non seulement,
-comme le dit Frédéric Lachèvre, « parce qu’il a réalisé
-le type de l’impie et de l’athéiste dépeint 35 ans
-auparavant par le père Garasse, » mais aussi pour un
-talent égal à celui de son maître, et certainement il
-serait aujourd’hui classé parmi les grands poètes du
-siècle de Louis XIV, s’il n’avait été brûlé à 23 ans.
-Que resterait-il des meilleurs, si leur carrière avait
-été interrompue au milieu de leur cinquième lustre ?
-Les plus belles ballades de Villon datent de « l’an
-trentième de son âge ». Et l’on peut assurer que, si
-l’arrêt des juges de Mesmes et du Tillet a, sans pitié
-mais non sans raisons, sous un gouvernement fort,
-défendu l’ordre religieux et monarchique, il a privé
-les lettres françaises d’un grand écrivain, que l’expérience
-de la vie eût certainement amendé. Il a bâti
-un « clapier », il eût élevé un temple.</p>
-
-<p>Voici des vers de Claude sur un de ses ouvrages :</p>
-
-<blockquote>
-<p>A moi-même, sur mon livre de « L’Heure du
-Berger » :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i">Quoique l’on me puisse dire</div>
-<div class="verse i">De mon Heure du Berger,</div>
-<div class="verse i">Je n’ai fait que la décrire.</div>
-<div class="verse i">Je n’ai fait que la songer :</div>
-<div class="verse i">Dedans l’Amoureuse Histoire,</div>
-<div class="verse i">Le plaisir plus que la gloire</div>
-<div class="verse i">Flatte mon âme en ce jour,</div>
-<div class="verse i">Et je bénirois ma ruse</div>
-<div class="verse i">Si j’avois trouvé chez l’Amour</div>
-<div class="verse i">Ce que j’ay trouvé chez la Muse.</div>
-</div>
-</blockquote>
-
-<p>Dans les vers suivants il a peint un poète crotté
-avec des traits dignes de Saint-Amant :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand vous verrez un homme avecque gravité,</div>
-<div class="verse">En chapeau de clabaud promener la savate,</div>
-<div class="verse">Et le col estranglé d’une sale cravate,</div>
-<div class="verse">Marcher arrogamment dessus la chrestienté,</div>
-
-<div class="verse stanza">Barbu comme un sauvage, et jusqu’au cul crotté,</div>
-<div class="verse">D’un haut-de-chausses noir, sans ceinture et sans patte,</div>
-<div class="verse">Et de quelques lambeaux d’une vieille buratte</div>
-<div class="verse">En tout temps constamment couvrir sa nudité,</div>
-
-<div class="verse stanza">Envisager chacun d’un œil hagard et louche,</div>
-<div class="verse">Et mâchant dans ses dents quelque terme farouche,</div>
-<div class="verse">Se ronger jusqu’au sang la corne de ses doigts,</div>
-
-<div class="verse stanza">Quand, dis-je, avec ces traits vous trouverez un homme,</div>
-<div class="verse">Dites assurément : C’est un poète françois !<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a></div>
-<div class="verse">Si quelqu’un vous dément, je l’irai dire à Rome.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> <i>Poète</i> faisait 2 syllabes dans la prosodie du <small>XVII</small><sup>e</sup>.</p>
-</div>
-<p>Obligé par prudence de s’exiler, Claude se dirigea
-vers l’Espagne, nous apprend Lachèvre. Tandis qu’il
-traversait la ville huguenote de La Rochelle, un gueux
-lui vola son manteau :</p>
-
-
-<p class="c">A LA VILLE DE LA ROCHELLE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Toy, dont tout le malheur causa toute la gloire,</div>
-<div class="verse">Qui t’immortalisas en t’osant rebeller,</div>
-<div class="verse">Ville, qui ne pouvois pas mieux te signaler</div>
-<div class="verse">Qu’en rendant les Vainqueurs fâchés de leur Victoire :</div>
-
-<div class="verse stanza">Rochelle, quand je lis ton siège dans l’histoire,</div>
-<div class="verse">Dieu ! que ta catastrophe ayde à me consoler,</div>
-<div class="verse">Et que dedans l’estat où l’on me voit aller,</div>
-<div class="verse">Ma disgrâce m’est douce, et charme ma mémoire !</div>
-
-<div class="verse stanza">Tais-toy donc, désespoir, je ne t’écoute plus ;</div>
-<div class="verse">Tous tes tristes conseils sont vains et superflus ;</div>
-<div class="verse">Cesse d’entretenir mon âme désolée.</div>
-
-<div class="verse stanza">Si le plus juste Roy qui fut jamais ici</div>
-<div class="verse">T’a sans nécessité jadis démantelée,</div>
-<div class="verse">Un gueux me pouvoit bien démanteler aussi.</div>
-</div>
-
-<p>Voici l’histoire de l’arrestation et du supplice de
-Claude Le Petit, selon la version de Lefèvre de Saint-Marc
-que j’ai adoptée dans <i>Le Verger des Muses</i>. Dans
-ces vers je fais parler le poète selon la vraisembance
-de ses rancunes ; il n’exprime pas mes sentiments
-personnels.</p>
-
-
-<p class="c">A CLAUDE LE PETIT</p>
-
-<p class="noindent">qui a écrit <i>Le Bordel des Muses</i> ou <i>Les Neuf Pucelles
-Putains</i>, et en fut puni par le bucher, en place de
-Grève, le 1er Septembre 1662.</p>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ah ! le vent ! Maudit soit le vent des mers sauvages</div>
-<div class="verse">Egaré sur mon toit… Ah ! pourquoi sur le mien ?</div>
-<div class="verse">Dans ce Paris dévot, fief du Roi très chrétien,</div>
-<div class="verse">Ce soir de si beau rêve et de si beaux nuages.</div>
-
-<div class="verse stanza">Que n’allais-tu briser l’innocence des chênes,</div>
-<div class="verse">Dieu qui gronde ? Irriter sous les ronces le cou</div>
-<div class="verse">Des vipères ? Emplir de faim rauque le loup ?</div>
-<div class="verse">Sur le sable effacer les pistes de la haine ?</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le lointain bouclier d’une vitre éclatante</div>
-<div class="verse">Renvoyait au soleil ses feux roses et pers.</div>
-<div class="verse">J’attendais une femme, et j’écrivais des vers.</div>
-<div class="verse">L’heure sonna, ma main s’énervait de l’attente.</div>
-
-<div class="verse stanza">La femme ne vint pas. Pour un ruban peut être ?</div>
-<div class="verse">Un autre amant ?… Ah ! fausse, il fallait accourir,</div>
-<div class="verse">Etre très belle pour me faire mieux souffrir,</div>
-<div class="verse">Crier ta trahison… j’eusse clos la fenêtre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je passais le joujou des rimes à la ponce.</div>
-<div class="verse">Sur ma table, la brise agrippe des papiers.</div>
-<div class="verse">Dans la rue, un abbé les ramasse à ses pieds,</div>
-<div class="verse">Les parcourt, marque ma fenêtre, et me dénonce.</div>
-
-<div class="verse stanza">J’étais perdu. J’avais écrit pour des libraires,</div>
-<div class="verse">Cette espèce qui nous déshonore à bas prix.</div>
-<div class="verse">Messieurs de la Grand’Chambre, au vu des manuscrits,</div>
-<div class="verse">Pour lèse-majesté divine m’adjournèrent.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et je fus convaincu par arrêt, sur la plainte</div>
-<div class="verse">Du Procureur, après qu’ils m’eurent bien tordu !</div>
-<div class="verse">D’avoir plongé honteusement au vase indu,</div>
-<div class="verse">Morgué l’honneur de Dieu, de l’Eglise, et des Saintes ;</div>
-
-<div class="verse stanza">Très méchamment blessé par malice aggravante</div>
-<div class="verse">Le sein sans tache où le Corps-Dieu prit son berceau,</div>
-<div class="verse">« En l’infâme Sonnet, cy placé sous le sceau,</div>
-<div class="verse">« Qui fut dans le ressort de la cour mis en vente. »</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand les gitons royaux, que Gomorrhe consume,</div>
-<div class="verse">N’ont à craindre de la Cabale des Dévots</div>
-<div class="verse">Que sourires pincés et <i lang="la" xml:lang="la">Lætificat vos !</i></div>
-<div class="verse">Il ne faut pas moins d’un bucher contre une plume.</div>
-
-<div class="verse stanza">On m’extrait des prisons, puante fosse. Au porche</div>
-<div class="verse">De Notre-Dame on me conduit en tombereau.</div>
-<div class="verse">— « Poésie, allons, gueuse ! A genoux ! » Le bourreau</div>
-<div class="verse">Me met au col la corde, au poing l’ardente torche.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et, mitré, je demande en chemise soufrée</div>
-<div class="verse">Pardon à Dieu, pardon au Roi. — Quelle oraison</div>
-<div class="verse">Pour être à vingt-trois ans ma dernière chanson !</div>
-<div class="verse">Un sot abbé me prêche en style de l’Astrée.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis je vais vers la Grève, encadré d’arquebuses.</div>
-<div class="verse">On me tranche le poing, et mes vers sont brûlés.</div>
-<div class="verse">Mais j’ai la grâce, avant d’être ars, d’être étranglé,</div>
-<div class="verse">Par grand faveur d’un Président ami des Muses.</div>
-
-<div class="verse stanza">Me le devait-il pas, étant bibliophile,</div>
-<div class="verse">Friand de livres qui courent sous le manteau ?</div>
-<div class="verse">Les miens saisis, il eut mon Ronsard in-4<sup>o</sup>,</div>
-<div class="verse"><i>L’Espadon satirique</i>, et mon cher Théophile,</div>
-
-<div class="verse stanza">Trésors qu’en maroquin il compte bien défendre.</div>
-<div class="verse">Il part, tâtant un livre obscène en ses houseaux,</div>
-<div class="verse">Cependant que le vent se lève sur mes os,</div>
-<div class="verse">Reconnaît sa victime, et disperse mes cendres.</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<p>L’admirable érudit, M. Lachèvre, qui a renouvelé
-la connaissance que nous avions, ou pensions avoir
-de l’histoire du libertinage au <small>XVII</small><sup>e</sup>, donne une autre
-version de l’arrestation, mais tout le monde est d’accord
-sur les circonstances de la condamnation et
-du supplice.</p>
-
-<p>Claude, quelques heures avant le fagot, put faire
-connaître au baron de Schildebek où était caché le
-manuscrit du <i>Bordel des Muses</i>. Et rassuré sur le sort
-de son œuvre, que son ami promettait de publier, il
-marcha au bucher sans défaillance.</p>
-
-<p>Le Sodomite Jacques Chausson, dit des Etangs, l’y
-avait précédé, et Le Petit lui avait adressé ce cynique
-adieu :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Amis, on a brûlé le malheureux Chausson,</div>
-<div class="verse">Ce coquin si fameux, à la tête frisée ;</div>
-<div class="verse">Sa vertu par sa mort s’est immortalisée :</div>
-<div class="verse">Jamais on n’expira de plus noble façon.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il chanta d’un air gai la lugubre chanson,</div>
-<div class="verse">Et vestit sans pâlir la chemise empesée,</div>
-<div class="verse">Et du bucher ardent de la pile embrasée,</div>
-<div class="verse">Il regarda la mort sans crainte et sans frisson.</div>
-
-<div class="verse stanza">En vain son confesseur lui prêchait dans la flamme,</div>
-<div class="verse">Le crucifix en main, de songer à son âme :</div>
-<div class="verse">Couché sous le poteau, quand le feu l’eut vaincu,</div>
-
-<div class="verse stanza">L’infâme vers le ciel tourna sa tête immonde ;</div>
-<div class="verse">Et pour mourir enfin comme il avoit vécu,</div>
-<div class="verse">Il montra, le vilain, son c.. à tout le monde.</div>
-</div>
-
-<p>L’exemple n’avait donc pas servi à cette tête folle.
-Schildebek tint sa promesse, et fit imprimer à Leyde
-en 1663 ce qu’il put recouvrer du <i>Bordel des Muses</i>,
-dont une partie importante avait été dérobée.</p>
-
-<p>Or, de cette Edition de Leyde, s’il nous reste la
-Table générale des Matières, indiquant un ouvrage
-composé de 4 parties, et d’environ 78 poèmes, nous
-n’avons plus que 4 stances, une épigramme, 4 ou 5
-sonnets. Le reste a péri.</p>
-
-<p>Mes vers n’ont pas la prétention de remplacer les
-absents. Le lecteur y trouvera avec moins de génie,
-moins de crudité. Je ne plonge point aux vases
-indus<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>, les mots orduriers me répugnent. On expliquera
-ma retenue par l’âge et la prudence qu’enseigne
-le bucher. Ceux qui croient aux réincarnations
-penseront que le supplice du feu m’a purifié. Le roman
-que j’ai publié sous le titre « La Réincarnation de
-Claude Petit » n’est pas mon autobiographie. Ceux
-qui me connaissent savent qu’il s’en faut. Aussi ont-ils
-cherché moins dans le style de ma vie que dans la
-vie de mon style des rapprochements avec celui qui
-fut brûlé en 1662.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Rien n’établit, au surplus, la bougrerie de Claude. Le
-sonnet où Jacques Chausson est traité d’infâme, permet de
-croire que ce vice odieux répugnait à l’auteur de <i>L’Heure
-du Berger</i>.</p>
-</div>
-<p>Les autres ont raconté qu’avant d’avoir lu dans Lachèvre
-certains poèmes de Le Petit, je me les étais
-récités à moi-même en rêve ; et qu’après leur publication,
-si je commençais la lecture d’un sonnet, il
-m’arrivait de l’achever de mémoire. Mais les Normands
-ne sont pas prompts aux confessions publiques ;
-un seul pourrait dire si, descendant profondément
-en lui-même, il y reconnaît quelques signes
-d’identité ou de parenté avec Claude.</p>
-
-<p>Ce n’est qu’une ressemblance superficielle de
-constater qu’il était normand comme je le suis. Il
-s’est déclaré normand à ses juges. Au lieu qu’il
-indiqua pour celui de sa naissance, vivaient ses
-parents homonymes, à Beuvron, diocèse, parlement et
-intendance de Rouen. Là, il avait été comme moi-même,
-élevé par une tante. Pourtant M. Lachèvre l’a
-fait parisien, sous prétexte qu’il n’a pas retrouvé
-aux registres de la paroisse le nom de Claude
-Le Petit. Mais il pouvait être protestant, comme tant
-d’autres libertins nés dans cette religion des tristes
-et qui en sortirent par vocation naturelle pour la joie.
-Ainsi St-Amant, si Tallemant est à croire. Ainsi
-Bois Robert et le Cardinal du Perron. M. Lachèvre,
-qui sent naître l’objection, la réfute d’avance en
-s’appuyant sur le fait que notre poète fut élève des
-Jésuites. Mais ceux-ci élevaient de jeunes huguenots,
-pour les convertir en douceur avant de le faire par
-dragonnades. Si riche que la Normandie soit en
-poètes, je la conjure de ne pas renoncer à celui-ci,
-dont à défaut de naissance constatée, la race n’est
-contestée par personne.</p>
-
-<p>Si mon <i>prédécesseur</i> fut huguenot et s’il fut bougre,
-je déteste la bougrerie et suis né dans la religion
-catholique. A défaut de la foi, je respecte le culte de
-mes aïeux, et me désolidarise des infâmes sonnets
-de Claude Le Petit contre la Vierge. J’ai pour elle,
-sinon la foi de Villon, sa piété.</p>
-
-<p>Mais je n’ai pas les mêmes scrupules pour outrager
-Calliope et donner le fouet à la Muse Erotique.
-Qu’elles en rient ou qu’elles en jouissent ! N’a-t-on pas
-vu des passionnés se plaire à ces punitions ?</p>
-
-<p>Des contemporains de Claude, incapables de pactiser
-avec ses péchés, l’ont défendu ou expliqué.
-Schildebeck a écrit :</p>
-
-<p>« Claude composait plus par boutade que par
-malice. Il faisait moins des vers profanes et satiriques
-par impiété et profanation que par caprice et
-fantaisie. »</p>
-
-<p>Le baron ajoute : « Il vaut mieux <i>bien faire du mal</i>
-que <i>mal faire du bien</i>, et le poète est excusable en cela
-qu’il était né si fatalement pour la satire et pour les
-femmes, qu’il lui était aussi impossible de ne point
-écrire que de ne point chevaucher. »</p>
-
-<p>Voilà qui paraît plus juste que l’arrêt de de Mesmes,
-en tout cas moins impitoyable.</p>
-
-<p>Les Muses ont trahi ce jeune homme qui avait été
-leur courtisan, et il peut lui déplaire, aux Champs
-Elysées, de les entendre toujours nommer « Pucelles »
-ou « Chastes Sœurs ». Il les a connues chez les Libertins
-et les dénonce impudiques. N’est-il pas vrai
-que plus d’Aventuriers se sont baignés nus avec elles
-dans leurs fontaines, que d’Avaricieux parmi les sablons
-du Pactole ? Est-il poètereau qui ne se soit réclamé
-de leur lit ? A tout barde qui prend son luth,
-elles donnent un baiser. Et la suite. Claude leur fait
-des reproches moins graves que Baudelaire dans
-<i>Bénédiction</i>. Et Baudelaire n’est pas mort sur un bucher,
-lui. Plus que la colère du fils de Pelée, les Muses
-ont précipité chez Pluton une foule de héros. Ceux
-qu’elles marquent à leur signe, souvent sont promis
-aux corbeaux et aux chiens. Phœbus Apollo, chef de
-chœur, trop souvent s’élance de l’Olympe en fureur ;
-« les flèches redoutables sonnent à chaque pas sur ses
-épaules. »<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> Et Villon en fut percé. Et Deubel. Et
-Chénier, qui pourtant l’avait prié par son arc d’argent
-sous le nom de Sminthée !</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Homère, Iliade.</p>
-</div>
-<p>Combien nous serions excusables de représailles
-moins joyeuses. Or, pour Cour de justice, nous n’assemblons
-contre les Neuvaines qu’un Décaméron.
-Eros peui les exclure de ses fêtes, et la Volupté chanter
-sans leurs secours.</p>
-
-<p>Jouir comme Rire est le propre de l’homme. J’ai
-ri et me suis amusé dans ce livre, où je n’ai offensé
-que des Mythes, mais indestructibles. Parce que l’œuvre
-de Claude a été réduite en cendres, et parce que
-les feuilles de son manuscrit ont été dispersées, je
-lui ai donné la consolation posthume d’en remettre
-au moins le titre en lumière, le titre que j’ai considéré
-comme un legs. Mais j’en ai abandonné un peu pour
-frais d’hoirie. L’archaïsme de <i>Bourdeau</i> est moins
-voyant que le mot qui finit en <i>del</i>. Et sans craindre
-les Pères Garasse<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, je fuis le mot scandaleux. Tiré
-à petit nombre, ce recueil ne mérite que le Purgatoire,
-indigne de figurer dans <i>l’Enfer</i> de la Bibliothèque
-Nationale, de Fernand Fleuret et Perceau, s’ils
-en font une nouvelle édition.</p>
-
-<p class="sign sc">Ch. Th. F.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> L’illustre philosophe Jules de Gaultier, interrogé par
-Maurice Caillard à propos de la croyance aux Réincarnations
-a répondu : « Théophile Gautier dans l’admirable madrigal
-Panthéiste <i>des Affinités Secrètes</i> ouvre d’autres perspectives
-à travers lesquelles les souvenirs hantés du romancier de
-Claude Le Petit pourraient trouver peut-être à se préciser.
-L’hypothèse poétique de Gautier suppose une sorte de mémoire
-atomique qui fait se reconnaître les éléments juxtaposés
-des formes anciennes, lorsqu’après les dissociations
-mortelles ils se rencontrent dans des corps nouveaux.</p>
-
-<p>De cette hypothèse poétique dans la matière de laquelle
-Gautier a ciselé une si délicate et si précieuse orfèvrerie, je
-ne doute pas que M. Feret ne soit habile, s’il lui plaît, à
-tirer une application favorable à sa thèse.</p>
-
-<p>Je ne prendrai pas parti… Je m’en tiens à souhaiter, avec
-beaucoup de force, que les atomes, où s’assemblèrent jadis
-les formes maléfiques des Juges et des Bourreaux de Claude
-Le Petit, n’aillent pas se reconstituer de nos jours, tandis
-que ce poète libertin, dissimulé sous le masque protecteur de
-Ch. Th. Féret, compose encore pour nous de beaux poèmes
-et d’ingénieuses fictions. »</p>
-
-<p class="sign i">Jules de Gaultier.</p>
-</div>
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">CALLIOPE<br />
-Muse de l’Épopée et de l’Éloquence</h2>
-
-
-<h3 id="p3">LE PUCELAGE DES MUSES</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Fatidicae jacent sine laude Camœnae.</i></p>
-
-</blockquote>
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">De tel père filles telles.</div>
-<div class="verse i2">Et Jupin, qui sur le dos</div>
-<div class="verse i2">Verse Nymphes et mortelles,</div>
-<div class="verse i2">Change l’Olympe en bourdeaux.</div>
-<div class="verse i2">Lanterne du corridor,</div>
-<div class="verse i2">Vénus cligne ses yeux d’or.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Piérides, en pierreuses,</div>
-<div class="verse i2">S’ouvrent à tout espadon,</div>
-<div class="verse i2">Si pour Jean Racine creuses,</div>
-<div class="verse i2">Creuses aussi pour Pradon,</div>
-<div class="verse i2">Avec autant de maris</div>
-<div class="verse i2">Que les Odes ont d’Iris.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La Volupté, que leurs ruses</div>
-<div class="verse i2">Insinuent au fond des os,</div>
-<div class="verse i2">Aima les autels des Muses</div>
-<div class="verse i2">Près des jaillissantes eaux,</div>
-<div class="verse i2">Pour s’y laver à loisir</div>
-<div class="verse i2">De l’écume du plaisir.</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">S’excitant à leur histoire,</div>
-<div class="verse i2">La <i>Clio</i> prend des soudards</div>
-<div class="verse i2">Encor tout sanglants de gloire</div>
-<div class="verse i2">Dans son lit fait d’étendards,</div>
-<div class="verse i2">Et se colle à ces lurons</div>
-<div class="verse i2">Comme la bouche aux clairons.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2"><i>Polymnia</i>, mal coiffée,</div>
-<div class="verse i2">Aime rêver à l’écart,</div>
-<div class="verse i2">— La paume au menton, — d’Orphée</div>
-<div class="verse i2">Qui l’honora d’un bâtard.</div>
-<div class="verse i2">L’été, dans les Casinos,</div>
-<div class="verse i2">Elle chante aux pianos.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Au danseur qu’elle évalue</div>
-<div class="verse i2">Plus touché de ses desseins,</div>
-<div class="verse i2"><i>Terpsichore</i>, elle, s’englue,</div>
-<div class="verse i2">Et l’imprime sur ses seins,</div>
-<div class="verse i2">En lui poussant sous le nez</div>
-<div class="verse i2">La touffe aux bras safranés.</div>
-</div>
-
-<p class="c">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">L’enchargeant des dolosives</div>
-<div class="verse i2">Sirènes, Achéloos</div>
-<div class="verse i2">Au bord des mers offensives</div>
-<div class="verse i2">Le chaste flanc a déclos</div>
-<div class="verse i2">De <i>Melpomène</i>, et depuis</div>
-<div class="verse i2">Elle a connu d’autres nuits,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Les Aulis, et les Suburres,</div>
-<div class="verse i2">L’Œta funeste au héros,</div>
-<div class="verse i2">Et le col des vierges pures</div>
-<div class="verse i2">Trucidé comme taureaux.</div>
-<div class="verse i2">Ah ! l’orgiaque Byblos</div>
-<div class="verse i2">A déchiré ce péplos.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">En Ménade tu trébuches,</div>
-<div class="verse i2"><i>Euterpe</i>, ivre sous le joug</div>
-<div class="verse i2">De Bacchus, parmi les cruches</div>
-<div class="verse i2">De ton dieu qui monte un bouc ;</div>
-<div class="verse i2">Puis t’unis dans le limon</div>
-<div class="verse i2">Avec le fleuve Strymon.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Aristote, de ta double</div>
-<div class="verse i2">Flûte, nous dit que le son</div>
-<div class="verse i2">Pousse à la colère, et trouble</div>
-<div class="verse i2">Les sens avec la raison.</div>
-<div class="verse i2">Pallas proscrit l’instrument,</div>
-<div class="verse i2">De ses traits purs le tourment.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">La Muse de l’hyménée</div>
-<div class="verse i2">Debout, lève son plectrum.</div>
-<div class="verse i2">C’est une passionnée,</div>
-<div class="verse i2">Souvent nue, <i lang="la" xml:lang="la">amat virum</i>.</div>
-<div class="verse i2">Mais sur le double coteau</div>
-<div class="verse i2">Qui mieux m’accueille ? <i>Erato</i>.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VIII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2"><i>Thalie</i> a fait quelque frasque</div>
-<div class="verse i2">Chez les satyres bouquins</div>
-<div class="verse i2">Avant de porter le masque</div>
-<div class="verse i2">Comique et le brodequin.</div>
-<div class="verse i2">Et, sous la table, aux rouliers</div>
-<div class="verse i2">Ses pieds se sont mésalliés.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IX</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2"><i>Uranie</i>, en toi ne chôme</div>
-<div class="verse i2">Nulle sphère ; un jeu risqué</div>
-<div class="verse i2">Gagne ta gorge à la paume,</div>
-<div class="verse i2">Tes fesses au bilboquet.</div>
-<div class="verse i2">La plèbe des petits dieux</div>
-<div class="verse i2">Gratte au compas les Saints-Lieux.</div>
-</div>
-
-<p class="c">X</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Or toutes ces Demoiselles,</div>
-<div class="verse i2">Du sourcil jusqu’au talon,</div>
-<div class="verse i2">Te les garantit pucelles,</div>
-<div class="verse i2">Qui donc ? Madame Apollon,</div>
-<div class="verse i2">Et ne te crois pas dupé</div>
-<div class="verse i2">Par cette <i>Kalliopé</i>.</div>
-</div>
-
-<p class="c">XI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Au double mont, si quelqu’une</div>
-<div class="verse i2">T’attend, — quelqu’une des Neuf, — Dis</div>
-<div class="verse i2">que ta bonne fortune</div>
-<div class="verse i2">T’offre un vase sain et neuf.</div>
-<div class="verse i2">Ne diffame point ce lis</div>
-<div class="verse i2">Le rimant à Syphilis.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le vainqueur de Cérisole</div>
-<div class="verse i2">— Et dame ! il te valait bien ! —</div>
-<div class="verse i2">N’a pas perdu la boussole</div>
-<div class="verse i2">Pour l’émail italien</div>
-<div class="verse i2">Dont Vénus sous le cimier</div>
-<div class="verse i2">Couronna François premier.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Si tu fuis ces chambrières,</div>
-<div class="verse i2">De Ronsard fais bon marché,</div>
-<div class="verse i2">Qui de leurs serre-croupières</div>
-<div class="verse i2">Sur son Pégase écorché,</div>
-<div class="verse i2">Sue encore aux Phlégétons</div>
-<div class="verse i2">Sous le pourpoint à boutons<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>.</div>
-</div>
-
-<p class="sign">16-II-23.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Allusion au titre d’un livre célèbre, édité à Lyon, chez
-François Juste, devant Nostre-Dame-de-Confort en 1539 :
-<span class="small">LE TRIOMPHE DE DAME VEROLE</span>, <i>Le pourpoint fermant à
-boutons</i>.</p>
-</div>
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">EUTERPE<br />
-Muse de la Poésie Lyrique et de la Musique</h2>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En Ménade tu trébuches,</div>
-<div class="verse">Euterpe, ivre sous le joug</div>
-<div class="verse">De Bacchus, parmi les cruches</div>
-<div class="verse">De ton dieu qui monte un bouc ;</div>
-<div class="verse">Puis t’unis dans le limon</div>
-<div class="verse">Avec le fleuve Strymon.</div>
-</div>
-
-</blockquote>
-
-<h3 id="p4">CHANSON</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">J’ai vu sur son dodo</div>
-<div class="verse i3">Ses quinze ans de brunette,</div>
-<div class="verse i3">Qu’Amour croit trop jeunette</div>
-<div class="verse i3">Pour porter son fardeau.</div>
-<div class="verse i3">Et n’avait la fillette</div>
-<div class="verse i3">Que ses mains sur son cœur</div>
-<div class="verse i3">Pour cacher son honneur.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ah ! fi du doigt pâlot</div>
-<div class="verse i3">De la fausse nonnette,</div>
-<div class="verse i3">Qui dans sa ravinette</div>
-<div class="verse i3">Joue, et craint le lolo !</div>
-<div class="verse i3">Les mains de la fillette</div>
-<div class="verse i3">Qui dormaient sur son cœur</div>
-<div class="verse i3">Y serraient sa candeur.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Donc ne laissant Margot</div>
-<div class="verse i3">Rien à la devinette,</div>
-<div class="verse i3">— Sadinet ! Sadinette ! — <a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a></div>
-<div class="verse i3">Je l’ai vue à gogo.</div>
-<div class="verse i3">Or a fait la fillette</div>
-<div class="verse i3">De ses mains sur son cœur</div>
-<div class="verse i3">Prisonnier son voleur.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Du Sadinet, fi ! (Villon).</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">O hyménée ! Io !</div>
-<div class="verse i3">Ces pommes de reinette,</div>
-<div class="verse i3">Mûres pour la dinette,</div>
-<div class="verse i3">Je leur ferai jojo.</div>
-<div class="verse i3">J’éveillai la fillette</div>
-<div class="verse i3">Et la main sur mon cœur</div>
-<div class="verse i3">Lui jurai le bonheur.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Hier, soufflé le flambeau,</div>
-<div class="verse i3">La trouvai close et nette ;</div>
-<div class="verse i3">Et rompant la chaînette,</div>
-<div class="verse i3">Lui fis un peu bobo.</div>
-<div class="verse i3">O printemps de fillette,</div>
-<div class="verse i3">Ses deux mains sur mon cœur</div>
-<div class="verse i3">M’ensemencent de fleur.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">ERATO</h2>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La Muse de l’Hyménée</div>
-<div class="verse">Debout, lève son plectrum.</div>
-<div class="verse">C’est une passionnée,</div>
-<div class="verse">Souvent nue. <i lang="la" xml:lang="la">Amat virum.</i></div>
-<div class="verse">Mais sur le double coteau,</div>
-<div class="verse">Qui mieux m’accueille ? — Erato.</div>
-</div>
-
-</blockquote>
-
-<h3 id="p5">MA VOISINE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand le jour a brûlé sa chair grassette et blonde,</div>
-<div class="verse">— Poreuse alcarazas dont sue en perles l’onde,</div>
-<div class="verse">Pulpe que la brunette a d’un grain plus serré, —</div>
-<div class="verse">A sa fenêtre ma voisine au chef doré,</div>
-<div class="verse">Se fiant au feuillage, à la nuit ingénue,</div>
-<div class="verse">Apparaît languissante, et luit pâlement, nue.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nue ! elle ne sait pas la brèche en ses tilleuls,</div>
-<div class="verse">Et qu’aux poètes comme aux derniers faunes, seuls,</div>
-<div class="verse">Les dieux livrent encor la blanche proie hellène,</div>
-<div class="verse">Nymphe des monts ou de la mer à Mytilène ;</div>
-<div class="verse">Que du jardin nocturne et de lune trempé</div>
-<div class="verse">Ils nous font ou l’Hymette ou le val de Tempé ;</div>
-<div class="verse">Car les yeux bleus du rêve ont des vertus secrètes</div>
-<div class="verse">Que la Beauté convie à ses plus belles fêtes.</div>
-
-<div class="verse stanza">De qui viens-tu parler, jeune femme à la nuit ?</div>
-<div class="verse">De l’amant qui te lasse ou de cil qui te fuit ?</div>
-<div class="verse">Sur cette rose est-ce une bouche que tu baises ?</div>
-<div class="verse">Qui mieux, sous l’éventail de ces branches, s’apaise</div>
-<div class="verse">De ton cœur frémissant ou de ta gorge en feu ?</div>
-<div class="verse">Adieu léger, regret moqueur, pudique aveu,</div>
-<div class="verse">Que murmure ta lèvre à l’ombre confidente ?</div>
-<div class="verse">L’abîme de la rue et la feuille abondante</div>
-<div class="verse">Séparent à jamais nos bras et nos destins ;</div>
-<div class="verse">Ma main seule t’envie à mes yeux clandestins.</div>
-<div class="verse">D’Amour, jeune ruffian qui bat des cartes fausses,</div>
-<div class="verse">Peu me chault ; seul dénoue encor mon haut-de-chausses,</div>
-<div class="verse">Seul débouche pour moi de magiques flacons,</div>
-<div class="verse">Le Plaisir, sûr valet, qui garnit les balcons…</div>
-
-<div class="verse stanza">Il m’a de toi donné la part la plus suave :</div>
-<div class="verse">Voir, c’est avoir un peu, jouir, sans être esclave.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et voici que tes bras levés font sur ton dos</div>
-<div class="verse">De ta nuque crouler les fluides fardeaux,</div>
-<div class="verse">Que ton aisselle luit d’une touffe de plume.</div>
-<div class="verse">Mon nez bat ; dans le vent illusoire je hume</div>
-<div class="verse">En des moiteurs de blonde un âcre sauvagin.</div>
-<div class="verse">De tes feminités et de leur doux engin,</div>
-<div class="verse">Puisqu’une rampe me coupe ton ventre au cintre,</div>
-<div class="verse">Mon vers chaste et déçu ne peut être le peintre.</div>
-<div class="verse">A ta vaste toison — cette charge de blé</div>
-<div class="verse">Sur ton dos — ne s’oppose un crin plus crespelé.</div>
-<div class="verse">Je perds aussi tes longues jambes et leur lustre,</div>
-<div class="verse">Vague blancheur entre les galbes des balustres.</div>
-
-<div class="verse stanza">O toi que je n’aurai jamais, ô toi qui m’eus,</div>
-<div class="verse">En désarmant de leur acier mes yeux émus,</div>
-<div class="verse">Reprends tes chastes lins et regagne ta couche,</div>
-<div class="verse">Maintenant que, cabré de volupté farouche,</div>
-<div class="verse">Dans une odeur de toile chaude et de couvain</div>
-<div class="verse">Je cours charger un flanc que raie un noir ravin.</div>
-<div class="verse">C’est la brunette au grain plus serré, c’est l’épouse.</div>
-
-<div class="verse stanza">Quand mon baiser la brûlera de sa ventouse,</div>
-<div class="verse">Si t’arrivent là-bas des gémissements longs,</div>
-<div class="verse">Crois qu’un rauque bonheur déchire deux coulombs ;</div>
-<div class="verse">Et ne jalouse pont celle dont l’habitude</div>
-<div class="verse">Ravie, et s’étonnant de mon élan plus rude,</div>
-<div class="verse">Ne saura pas, mêlée au corps de son mari,</div>
-<div class="verse">Qu’une adultère ardeur la foule et la tarit,</div>
-<div class="verse">Que sa dévotion conjugale et câline</div>
-<div class="verse">Sert de traîtres désirs comme une Messaline.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais je te dédierai la fougue où je connus</div>
-<div class="verse">Sur la brune Pallas une claire Vénus.</div>
-<div class="verse">Et toi-même vas-tu, te coulant sous tes toiles,</div>
-<div class="verse">Réveiller un amant remué jusqu’aux moelles</div>
-<div class="verse">Par ta jambe gélive et ton odeur d’été,</div>
-<div class="verse">Et ces jumeaux compacts de ta rotondité ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Peut-être projetant ma luxure lointaine</div>
-<div class="verse">T’ai-je touché le sein d’une invisible antenne ;</div>
-<div class="verse">Et ton maître, étonné de tes jeux assouplis</div>
-<div class="verse">Aux rites qu’il n’osait enseigner à tes lits,</div>
-<div class="verse">Va, dans la bouche et dans la conque autrefois prompte</div>
-<div class="verse">Aux refus, retrouver deux esclaves sans honte.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puisqu’Eros doit demain t’asservir, aujourd’hui</div>
-<div class="verse">Ne crains pas un peu de bassesse devant lui.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p6">LA BELLE VIEILLE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C’est d’avoir tant aimé l’enfance de ses seins</div>
-<div class="verse i2">Qu’en son déclin je l’aime encore ;</div>
-<div class="verse">Et d’avoir vu, des bas de la fillette, éclore</div>
-<div class="verse i2">Deux globes d’un noble dessin.</div>
-
-<div class="verse stanza">J’avais cet âge, où l’on n’est plus le jeune coq</div>
-<div class="verse i2">Qui plonge et retire sa lame,</div>
-<div class="verse">Où les arômes bus ramènent à la femme,</div>
-<div class="verse i2">Où l’amour prolonge le choc ;</div>
-
-<div class="verse stanza">Où, las des fards, de lèvre peinte, et de faux blond,</div>
-<div class="verse i2">Las des rapides ariettes,</div>
-<div class="verse">L’on rêve du menton pudique où Juliette</div>
-<div class="verse i2">Presse son tendre violon.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et sous mes yeux l’adolescence pétrissait</div>
-<div class="verse i2">Ce très féminin bosselage,</div>
-<div class="verse">Fanfreluchait de mousse un joli coquillage,</div>
-<div class="verse i2">De myrrhe exaltait le gousset.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je reniflais aux courtes manches de l’été</div>
-<div class="verse i2">Le fil emmêlé des aisselles ;</div>
-<div class="verse">Et j’épiais la jupe aux hautes balancelles</div>
-<div class="verse i2">D’où béait sa féminité.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mon rêve demandait aux nattes d’un noir bleu</div>
-<div class="verse i2">Quelque image du tabernacle,</div>
-<div class="verse">Où frise un crin d’agneau, dont l’attouchement racle</div>
-<div class="verse i2">L’éréthisme des chairs en feu.</div>
-
-<div class="verse stanza">Par baisers décochés sur ses dents closes, j’eus</div>
-<div class="verse i2">Les siens qui ne savaient répondre.</div>
-<div class="verse">Mais l’imparfait contact dont je me sentais fondre</div>
-<div class="verse i2">Prélibait son baume et son jus.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ma jeunesse barbare oubliait son destin</div>
-<div class="verse i2">De servir Mercure ou Minerve,</div>
-<div class="verse">Tantale du poison âcre et doux, dont s’énerve</div>
-<div class="verse i2">La soif, au flot proche et lointain.</div>
-
-<div class="verse stanza">O bucher de la Longue Attente ! O noir ruisseau</div>
-<div class="verse i2">Des désirs qui coulent en lave !</div>
-<div class="verse">Bonds cruels du marteau sur le cœur de l’esclave !</div>
-<div class="verse i2">Et grésillement sous le sceau !</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce long souci qui des chairs d’ambre m’a fait serf</div>
-<div class="verse i2">Aux brunes chaudes me consacre,</div>
-<div class="verse">Aux yeux d’or que traverse un reflet de massacre,</div>
-<div class="verse i2">Quand le spasme tire le nerf.</div>
-
-<div class="verse stanza">Enfin elle mûrit : je conquis des chemins,</div>
-<div class="verse i2">Dont mes doigts étaient les couleuvres.</div>
-<div class="verse">Mais la chambre secrète étant close au grand œuvre,</div>
-<div class="verse i2">La clef en brûlait dans mes mains.</div>
-
-<div class="verse stanza">— Non ! dit la bouche, mais dans les yeux confesseurs</div>
-<div class="verse i2">La chair défaille et s’humilie,</div>
-<div class="verse">Le jeune sein captif se débat en folie,</div>
-<div class="verse i2">Chevreuil lié par les chasseurs.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’est dans une île de roseaux, de prés herbus,</div>
-<div class="verse i2">Sous un vieux saule solitaire,</div>
-<div class="verse">Qu’un jour elle m’ouvrit le délicat mystère,</div>
-<div class="verse i2">Versa la tête, et je la bus.</div>
-
-<div class="verse stanza">Cette heure-là, depuis, ne meurt plus. Ce raisin,</div>
-<div class="verse i2">J’en suce encor la grappe bleue ;</div>
-<div class="verse">Ces œillets vers mes dents se haussent sur leur queue ;</div>
-<div class="verse i2">Priape les cueille, et me ceint,</div>
-
-<div class="verse stanza">Quand au giron, immaculé comme jadis,</div>
-<div class="verse i2">Dont Sarah fait Agar jalouse,</div>
-<div class="verse">En son dixième lustre, à longs traits, je l’épouse</div>
-<div class="verse i2">Parmi ses genoux arrondis.</div>
-
-<div class="verse stanza">Vos belles comparez ! <i lang="la" xml:lang="la">Conferte puellas !</i><a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a></div>
-<div class="verse i2">Tel Paris morgua deux déesses,</div>
-<div class="verse">Quand Vénus éteignit d’un remûment de fesses</div>
-<div class="verse i2">Madame Jupin et Pallas ;</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> <i>Ovide.</i></p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tel Maynard, pour donner à la mienne le prix,</div>
-<div class="verse i2">Infidèle à sa belle Vieille,</div>
-<div class="verse">De sa stance eût tiré la couronne vermeille</div>
-<div class="verse i2">Dédiée à des cheveux gris.</div>
-
-<div class="verse stanza">Car l’âge a respecté les siens ; de nul fanon</div>
-<div class="verse i2">Il n’injurie un cou d’ivoire,</div>
-<div class="verse">Ni ses pommes d’amour qu’à peine il mue en poires,</div>
-<div class="verse i2">Ni ses bras dignes de Junon.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et le plaisir ramène en ses yeux d’aujourd’hui</div>
-<div class="verse i2">Le trouble émouvant de la gosse</div>
-<div class="verse">Dont la chair est choyée avant l’âge des noces,</div>
-<div class="verse i2">Qui mord et repousse le fruit.</div>
-
-<div class="verse stanza">Noces tardives ! qui pendant les plus beaux jours</div>
-<div class="verse i2">Laissent la jeune chair en friche !</div>
-<div class="verse">Aimer, c’est vivre, et dans la saison la plus riche</div>
-<div class="verse i2">L’état de grâce, c’est l’amour.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p7">LE VOYAGE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quel plaisir, le départ vers la mer, vers l’amour,</div>
-<div class="verse">Avec l’Amie, intacte encor, qu’idéalise</div>
-<div class="verse">Parmi les grands manteaux et les fauves valises</div>
-<div class="verse">L’inconnu de la chair, à la chute du jour.</div>
-
-<div class="verse stanza">Par un long soir doré partir vers le mystère</div>
-<div class="verse">Du Manoir dans les bois et du beau corps nouveau.</div>
-<div class="verse">Mais de doux regarder et de geste dévot</div>
-<div class="verse">Voiler le désir dur, et la voix qu’il altère.</div>
-
-<div class="verse stanza">Songer au fruit suave, énorme et divisé,</div>
-<div class="verse">Charnellement assis aux rondeurs de la robe ;</div>
-<div class="verse">Imaginer le branle amoureux du beau globe,</div>
-<div class="verse">Que le rythme du train fait doucement danser.</div>
-
-<div class="verse stanza">Voir se profiler sur les prés en débandade,</div>
-<div class="verse">Sur la berge qui court à contre-sens de l’eau,</div>
-<div class="verse">Le visage rayé d’ombre agile, pâlot</div>
-<div class="verse">Comme la lune sous le nuage nomade.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis quand le Pays vert s’atteste en ses maisons</div>
-<div class="verse">Aux poutres brunes dans le plâtre en colombages,</div>
-<div class="verse">Si les yeux pérégrins ont loué nos herbages,</div>
-<div class="verse">Mercier d’un baiser les cils et les frisons.</div>
-
-<div class="verse stanza">Enfin quand la Nuit douce, effaçant les collines,</div>
-<div class="verse">Nous cerne de son mur tout à l’heure infini,</div>
-<div class="verse">Désarmer la pudeur de son tendre Nenni,</div>
-<div class="verse">Ouvrir les bras au col qu’un songe dodeline.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et dès qu’elle acquiesce en un faible gémir,</div>
-<div class="verse">Poser sur ses genoux, avant qu’elle se garde,</div>
-<div class="verse">Une main innocente, et comme par mégarde,</div>
-<div class="verse">Sur les genoux, première étape du plaisir.</div>
-
-<div class="verse stanza">Murmurer en des mots frêles, comme d’un songe :</div>
-<div class="verse">« Votre corps chaud exhale un parfum de fruit mûr.</div>
-<div class="verse">« Qu’il est doux le baiser du premier soir, et pur !</div>
-<div class="verse">« Il laisse aux vieux amants la ruse et le mensonge.</div>
-
-<div class="verse stanza">« Aide mon chant le Vendosmois mélodieux.</div>
-<div class="verse">« L’aide ce beau tétin qu’eût jalousé Cassandre :</div>
-<div class="verse">« Et l’écho des baisers de nos bouches en cendre</div>
-<div class="verse">« Nouera les couples nus sur les draps radieux. »</div>
-
-<div class="verse stanza">Ainsi de bouche active et de main ocieuse,</div>
-<div class="verse">— Mais dont l’effluve s’insinue au long des os —</div>
-<div class="verse">Comme aux jeux d’Olympie une vierge de Cos,</div>
-<div class="verse">Oindre d’une huile d’or la claire voyageuse.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et savoir que de nous l’aube va faire un dieu,</div>
-<div class="verse">Qui saisit la dryade au creux buisson, la perce</div>
-<div class="verse">D’un dard multiplié, heureux du sang qu’il verse,</div>
-<div class="verse">Lui arrache un long cri, et la cloue au milieu.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais attendre le lit, ne forcer que l’enceinte</div>
-<div class="verse">Des dents, tant qu’au cristal ciselé des flacons</div>
-<div class="verse">N’a la Nymphe ondoyé le Pinde et l’Hélicon,</div>
-<div class="verse">N’ont clapoté les lacs de rose et de jacinthe ;</div>
-
-<div class="verse stanza">Qu’un peigne de Cypris n’a mordu les cheveux.</div>
-<div class="verse">Et pour toute la chair, tout le crin dûs au maître,</div>
-<div class="verse">— Le linge à bas, provocateur qui s’est fait traître, —</div>
-<div class="verse">N’attendre que du lit l’absolu des aveux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Du lit, profonde nef, dont les voiles captives</div>
-<div class="verse">Cinglent joyeuses vers l’infini de la chair.</div>
-<div class="verse">Pélerin du plaisir, repars sur cette mer,</div>
-<div class="verse">Pleine aussi de remous et d’oiselles plaintives.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p8">Conseil à une petite Courtisane</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tes dix-sept ans n’ont pu, dévêtus sans chicane,</div>
-<div class="verse">Ni ton ventre, émouvant de si peu d’ombre au coin</div>
-<div class="verse">Qu’il semble d’une enfant sous sa houppe de foin,</div>
-<div class="verse">Le pur émail n’a pu de tes yeux de Persane,</div>
-
-<div class="verse stanza">Ni ces pommes qu’à s’infléchir déjà condamne</div>
-<div class="verse">Le Vice qui trop tôt y planta son groin,</div>
-<div class="verse">Ni ta cuissette, dépliée avec un soin</div>
-<div class="verse">De Ghesha, n’auront pu, petite Courtisane,</div>
-
-<div class="verse stanza">Sur sa corde roidir le joujou des fillettes.</div>
-<div class="verse">Et tu dis que les ans m’ont noué l’aiguillette…</div>
-<div class="verse">Nenni ! mais il y faut pudeur avec mystère.</div>
-
-<div class="verse stanza">Pleure, ou résiste un peu. Nomme ta sainte mère,</div>
-<div class="verse">Et, la joue enflammée, appelle-moi bourreau…</div>
-<div class="verse">Pour me sentir entrer dans toi comme un taureau.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p9">Réponse de la petite Courtisane</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Taureau peu digne encor du beau fessier d’Europe,</div>
-<div class="verse">Je tâte un serpent mou qui n’a rien d’un Python,</div>
-<div class="verse">Et je trouve une corde où je cherche un bâton.</div>
-<div class="verse">Mais je vais t’éveiller de l’indigne syncope.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je rapproche mes seins, que ma paume enveloppe.</div>
-<div class="verse">J’en fais saillir la proue, et du double bouton</div>
-<div class="verse">Laboure au bon endroit ta chair de molleton ;</div>
-<div class="verse">Et, plus bas, mon genou te racle et te varlope.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis je donne à flairer l’aisselle chaude au mâle,</div>
-<div class="verse">Où le crin d’astrakan me fait plus animale…</div>
-<div class="verse">Ah ! tu renais, nourri d’effluves opportuns.</div>
-
-<div class="verse stanza">Baudelaire savait le ressort poétique :</div>
-<div class="verse">Comme des autres l’âme erre sur la musique,</div>
-<div class="verse">Le poète a le cœur gonflé par les parfuns.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p10">A la Fleur de Lis</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La Pudeur sous ta coiffe, ô Nonne du Verger,</div>
-<div class="verse">S’incline, et va prier pour la Rose charnelle.</div>
-<div class="verse">Mais le pistil tendu branle en toi comme en elle,</div>
-<div class="verse">Et bat tes pâles chairs de son marteau léger.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sur son fifre moqueur le merle bocager</div>
-<div class="verse">Te siffle, car le dard qui rôde en la venelle</div>
-<div class="verse">Macule de safran ton calice, et son aile</div>
-<div class="verse">Te froisse comme un lit par l’amour saccagé.</div>
-
-<div class="verse stanza">Quand ces stigmates nous révèlent qu’Aphrodite</div>
-<div class="verse">En ses secrètes lois ne t’est plus inédite,</div>
-<div class="verse">Sur l’écu losangé des vierges que fais-tu ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Loin des chastes blasons, sur le sein qui te fane,</div>
-<div class="verse">Sers d’ironique enseigne à ces froides vertus</div>
-<div class="verse">Que dévaste en secret un roide manche d’âne.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p11">Réponse de la Fleur de Lis au vieux Poète</h3>
-
-<p class="date i">Dans le jardin du grand Séminaire</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu as médit de moi, mais mon arôme épars,</div>
-<div class="verse">Et ma robe déclose, et Pudeur renoncée,</div>
-<div class="verse">Suscitent une touffe ardente en ta pensée,</div>
-<div class="verse">Emmêlent des fils d’or qui brûlent tes regards.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tes désirs étirés comme des léopards</div>
-<div class="verse">Font battre ta narine, et de ta force usée</div>
-<div class="verse">Tu ressurgis Daphnis ! — L’âme aux lèvres sucée,</div>
-<div class="verse">Sens-tu fondre Chloé, gorgé de ses nectars ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Donc sur ma chair dorée et ma blessure fraîche</div>
-<div class="verse">Honore Eros archer, et reconnais sa flèche,</div>
-<div class="verse">Si ton flanc en gémit autrefois, autrefois !</div>
-
-<div class="verse stanza">De l’odeur de l’amour ta narine altérée</div>
-<div class="verse">Ores ne boira plus qu’en mes calices froids</div>
-<div class="verse">La proie adolescente et sa mousse sucrée.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p12">S’IL FAUT DE LA MOUSSE AU SILLON</h3>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Dame ou Soubrette de jadis</div>
-<div class="verse i2">Qui s’allait baigner aux étuves,</div>
-<div class="verse i2">Avant de se tremper aux cuves,</div>
-<div class="verse i2">Se faisait plumer la perdrix,</div>
-<div class="verse i2">(J’entends l’oiselle de Cypris),</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Pourvu que le nid en fût sec,</div>
-<div class="verse i2">Car dans la mousse blonde ou brune</div>
-<div class="verse i2">L’oiseau, quand l’ordonne la lune,</div>
-<div class="verse i2">Casse un œuf, et mouille son bec</div>
-<div class="verse i2">D’eau plus rousse que le Robec.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sur l’herbe noire ou sur le foin,</div>
-<div class="verse i2">Au crû de la dernière tonte,</div>
-<div class="verse i2">La chemise trousse la honte</div>
-<div class="verse i2">Ou l’orgueil, sous le rire en coin</div>
-<div class="verse i2">Du joyeux barbier de maujoinct.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">L’huis non troué par le cousin</div>
-<div class="verse i2">Ferme à secret ses grosses lèvres,</div>
-<div class="verse i2">Tandis que de béantes Bièvres</div>
-<div class="verse i2">Etendent jusqu’au trou voisin</div>
-<div class="verse i2">L’ourlet d’un rire sarrasin.</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Dans les couvents un fer cruel</div>
-<div class="verse i2">Dévaste la nuque à l’Epouse ;</div>
-<div class="verse i2">S’il fauche aussi l’autre pelouse,</div>
-<div class="verse i2">C’est qu’on est moins jaloux au ciel</div>
-<div class="verse i2">Des mains du barbier que du poil.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dame ! Il tient chaud ; dans un lit froid</div>
-<div class="verse i2">Il sert de manchon à la nonne ;</div>
-<div class="verse i2">La main s’égare, et puis s’étonne</div>
-<div class="verse i2">Arrêtée au petit endroit</div>
-<div class="verse i2">Du grand bien né d’un petit doigt.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Au harem, le Mamamouchi</div>
-<div class="verse i2">Qui fait aux chats fourrés la guerre</div>
-<div class="verse i2">Lève la toile à la moukère,</div>
-<div class="verse i2">Et pour le Pacha la blanchit…</div>
-<div class="verse i2">Ou bien pour le godemichy.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">L’art grec n’a pas, — religieux — ,</div>
-<div class="verse i2">D’un sexe béant qui pantelle</div>
-<div class="verse i2">Blessé le flanc des immortelles.</div>
-<div class="verse i2">Humains, il soustrait à nos yeux</div>
-<div class="verse i2">Le sillon creusé pour les dieux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Des bords du féminin palus</div>
-<div class="verse i2">Il élague le beau feuillage ;</div>
-<div class="verse i2">Un peu d’algue à son coquillage</div>
-<div class="verse i2">A Vénus ne rappelle plus</div>
-<div class="verse i2">Qu’elle est née aux flots chevelus.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Maître Gautier en a gémi,</div>
-<div class="verse i2">Qui voit sur la touffe embrasée</div>
-<div class="verse i2">De Cypris, la tête frisée</div>
-<div class="verse i2">D’un Cupidon fauve, parmi</div>
-<div class="verse i2">L’or clair de sa mère endormi.</div>
-</div>
-
-<p class="c">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Mais Vénus est morte, et Byblis !</div>
-<div class="verse i2">Vains regrets d’un flocon de laine</div>
-<div class="verse i2">A des hanches, même d’Hélène,</div>
-<div class="verse i2">Puisque ne hantent plus nos lits</div>
-<div class="verse i2">Berthe au grand pied, Biétrix, Allis.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ce n’est pas moi qu’on a volé</div>
-<div class="verse i2">Sur l’airain, la toile, ou le Pare ;</div>
-<div class="verse i2">Mon hamadryade se pare</div>
-<div class="verse i2">D’une toison d’or crespelé,</div>
-<div class="verse i2">Souvent à ma barbe emmêlé.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Seul fut déçu Pygmalion,</div>
-<div class="verse i2">Qui, forant sa Nymphe sculptée,</div>
-<div class="verse i2">N’avait pas feutré Galatée.</div>
-<div class="verse i2">Mais d’un frottis de vermillon</div>
-<div class="verse i2">Il mit de la mousse au sillon.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p13">ENIGME</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ce n’est mont ni coteau, rien qu’éminence mince,</div>
-<div class="verse">Mais, dessus, l’on se sent gros sire en sa province.</div>
-<div class="verse">Ce n’est val ni ravin, rien qu’un sillon étroit,</div>
-<div class="verse">Mais l’on prise un vrai bien qu’on peut toucher du doigt.</div>
-<div class="verse">On le cultive, mais le semeur — ô démence ! —</div>
-<div class="verse">S’il croyait récolter, garderait sa semence.</div>
-<div class="verse">Est-il rose de fleurs qu’aussitôt on le fuit,</div>
-<div class="verse">C’est un verger qu’on veut sans boutons et sans fruit.</div>
-<div class="verse">Là n’est rû ni ruissel dont s’humecte une grive,</div>
-<div class="verse">Mais toujours sous la lèvre y naît la source vive.</div>
-<div class="verse">Ce n’est ombre où musser un nid de roitelet,</div>
-<div class="verse">Pourtant sous des fils d’or passe un bec d’oiselet.</div>
-<div class="verse">L’herbelette plus haut pousse ses petits glaives</div>
-<div class="verse">Que cet îlot de mousse entre deux blanches <i>grèves</i>.</div>
-<div class="verse">Ayez bien garde à l’huis et le tenez célé,</div>
-<div class="verse">Car la serrure tente, et tous en ont la clef.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p14">A UNE DAME ÉTRANGÈRE</h3>
-
-<p class="c large">La Couronne de Vénus</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Des bourdeaux évadée en la Littérature,</div>
-<div class="verse">De monstrueux morpions t’ont taraudé la pel.</div>
-<div class="verse">Tu fis — j’en jure le conin de Jézabel ! —</div>
-<div class="verse">Largesse de poulains aux camps d’Estramadure.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puisqu’on t’a recousu le ventre et la nature,</div>
-<div class="verse">Appends en ex-voto le bienfaisant scalpel.</div>
-<div class="verse">Et qu’on dise : « Autrefois, Nymphe au grec Archipel,</div>
-<div class="verse">« Apollo la connut sous le nom de Mercure. »</div>
-
-<div class="verse stanza">Pour les ruts douloureux ton squelette allongé</div>
-<div class="verse">Punit son chevaucheur, à chaque ahan, d’un jet ;</div>
-<div class="verse">Et de tes yeux trop mûrs chavirent les opâles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sur ton front, par le suint des mèches fustigé,</div>
-<div class="verse">— Juste couronne due aux tempes triomphales, —</div>
-<div class="verse">Vénus Dolorosa saigne en ces roses pâles.</div>
-</div>
-
-
-
-<div class="chapter"></div>
-<h2 class="nobreak">URANIE<br />
-Muse des Choses Célestes et des Divinations</h2>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p15">TA PLANÈTE<br />
-Si tu veux faire une amie</h3>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Si tu veux faire une amie,</div>
-<div class="verse i2">Je t’offre ici ces leçons,</div>
-<div class="verse i2">Quand jà Vieillesse ennemie</div>
-<div class="verse i2">Me fait vider les arçons,</div>
-<div class="verse i2">Et ne laisse que le flanc</div>
-<div class="verse i2">De Pégase à mon élan.</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Fuis les sèches, fuis les plates.</div>
-<div class="verse i2">Laisse les mineures chez</div>
-<div class="verse i2">Macette, où bave, écarlate,</div>
-<div class="verse i2">Et rouant des yeux pochés,</div>
-<div class="verse i2">Le barbon qu’aucunes fois</div>
-<div class="verse i2">Il faut ranimer du fouet.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Jadis me plut davantage,</div>
-<div class="verse i2">Encore un peu verdelet,</div>
-<div class="verse i2">Non tout à fait mûr, cet âge</div>
-<div class="verse i2">Qui Ronsard ensorcelait.</div>
-<div class="verse i2">Je penchai mes voluptés</div>
-<div class="verse i2">Vers ces froides puretés.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tel, ses cheveux à l’épaule,</div>
-<div class="verse i2">D’un rû de nacre abusé,</div>
-<div class="verse i2">Se penche l’amour d’un saule</div>
-<div class="verse i2">Sur le fugace baiser</div>
-<div class="verse i2">Qu’aux reflets noue et déclot</div>
-<div class="verse i2">L’ombre des Nymphes dans l’eau.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">N’agace point à ces proies</div>
-<div class="verse i2">Le bout de tes doigts mouillés ;</div>
-<div class="verse i2">Le jeu de la petite oie</div>
-<div class="verse i2">Sied aux vices écoliers.</div>
-<div class="verse i2">Mais fonds ton désir total</div>
-<div class="verse i2">Dans la chair comme un métal.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ton amie aura cinq lustres,</div>
-<div class="verse i2">Des tétins non étoilés,</div>
-<div class="verse i2">Dignes des ciseaux illustres,</div>
-<div class="verse i2">Tétins et non pots de lait.</div>
-<div class="verse i2">Un sein noblement taillé</div>
-<div class="verse i2">Eteint le plus clair collier.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Prends-la grande : un grand domaine</div>
-<div class="verse i2">Peut seul te découvrir maints</div>
-<div class="verse i2">Beaux sites, où se promène</div>
-<div class="verse i2">Ton regard, aussi tes mains.</div>
-<div class="verse i2">Des petites te défends</div>
-<div class="verse i2">Comme de prendre une enfant.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La blonde, les nuits ardentes,</div>
-<div class="verse i2">Répand d’abondantes chairs.</div>
-<div class="verse i2">Sa croupe chaude et fondante</div>
-<div class="verse i2">Est d’une épouse d’hiver.</div>
-<div class="verse i2">Soit ton lit acclimaté</div>
-<div class="verse i2">Aux seules brunes, l’été.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le désir est prompt, et flambe</div>
-<div class="verse i2">Parfois avant de savoir</div>
-<div class="verse i2">Si le galbe de la jambe</div>
-<div class="verse i2">Aura de quoi l’émouvoir,</div>
-<div class="verse i2">Quand aux ultimes combats</div>
-<div class="verse i2">La pudeur perdra ses bas.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Regarde les doigts : graciles,</div>
-<div class="verse i2">Ou bouffis, ronds ou carrés,</div>
-<div class="verse i2">Ils sont sculptés sur le style</div>
-<div class="verse i2">Dont le corps même est ouvré.</div>
-<div class="verse i2">Comme est taillé le sourcil</div>
-<div class="verse i2">L’aine est implantée aussi.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ciboire où le vin de messe</div>
-<div class="verse i2">De l’amant va faire un dieu,</div>
-<div class="verse i2">La bouche fait la promesse</div>
-<div class="verse i2">D’un velours caché aux yeux ;</div>
-<div class="verse i2">Et sur la lèvre un léger</div>
-<div class="verse i2">Duvet n’est point mensonger.</div>
-</div>
-
-<p class="c">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Que la fierté des yeux chastes</div>
-<div class="verse i2">Ferme au désir le chemin,</div>
-<div class="verse i2">Tandis qu’une croupe vaste</div>
-<div class="verse i2">Invite au palper les mains,</div>
-<div class="verse i2">Et fait l’ange si fâché</div>
-<div class="verse i2">De recéler le péché.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Son chef luise sous la charge</div>
-<div class="verse i2">De crins annelés et fins ;</div>
-<div class="verse i2">Et soit son buste une large</div>
-<div class="verse i2">Table d’harmonie, afin</div>
-<div class="verse i2">Que lamente par son col</div>
-<div class="verse i2">Puissamment un rossignol.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et je veux qu’en ses yeux flotte</div>
-<div class="verse i2">La tendre pudicité</div>
-<div class="verse i2">De l’adorable Charlotte</div>
-<div class="verse i2">Dans le roman de Goethe,</div>
-<div class="verse i2">Que comme Dorothéa</div>
-<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Patet incessu dea</i>.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Crois-tu qu’un portrait je brode</div>
-<div class="verse i2">Des chimères copié ?</div>
-<div class="verse i2">Et qu’au seul lit froid de l’Ode</div>
-<div class="verse i2">Elle allonge ses beaux pieds ?</div>
-<div class="verse i2">La chair t’attend quelque part</div>
-<div class="verse i2">Comme elle attendit Ronsard.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Cassandre est belle, il l’obsède,</div>
-<div class="verse i2">Et n’en jouit que de l’œil.</div>
-<div class="verse i2">L’Hélène qu’il chante est laide.</div>
-<div class="verse i2">Mais voici devers Bourgueil</div>
-<div class="verse i2">La vachère de quinze ans</div>
-<div class="verse i2">Qui va rejeunir ses sens.</div>
-</div>
-
-
-
-<div class="chapter"></div>
-<h2 class="nobreak">TERPSICHORE<br />
-Muse de la Danse</h2>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p16">A VINCENT MUSELLI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Ton nom, s’il ne m’abuse,</div>
-<div class="verse i3">Ami, t’a dédié</div>
-<div class="verse i5">Aux Muses,</div>
-<div class="verse i3">Pour leurs beaux bras lier.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">De flûte traversière</div>
-<div class="verse i3">Fais, le front ciselé</div>
-<div class="verse i5">De lierre,</div>
-<div class="verse i3">Les Camènes baller,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">A bonds et à volées,</div>
-<div class="verse i3">Et tant que par le chaud</div>
-<div class="verse i5">Foulées,</div>
-<div class="verse i3">Le souffle ne leur fault.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Dès qu’aux gorges Neuvaines</div>
-<div class="verse i3">Des perles sur le bleu</div>
-<div class="verse i5">Des veines</div>
-<div class="verse i3">Ruissellent, romps le jeu.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Et quand tu les dénoues,</div>
-<div class="verse i3">Vois les Nymphes baigner</div>
-<div class="verse i5">Leurs joues,</div>
-<div class="verse i3">Les Grâces les peigner.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Prends la houppe, le peigne,</div>
-<div class="verse i3">Les fards ; qu’heureux témoin</div>
-<div class="verse i5">Ne craigne</div>
-<div class="verse i3">De leur donner des soins.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">D’une main délicate</div>
-<div class="verse i3">Tire, au jais du chignon,</div>
-<div class="verse i5">L’agate,</div>
-<div class="verse i3">Et te fais leur mignon.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Si le col sur la nuque</div>
-<div class="verse i3">Baille, regarde aval ;</div>
-<div class="verse i5">Reluque</div>
-<div class="verse i3">Le dos moite du bal.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Comme chez les modistes</div>
-<div class="verse i3">Qui n’ont rien à cacher,</div>
-<div class="verse i5">Assiste</div>
-<div class="verse i3">A leur petit coucher.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">A qui fait la mauvaise,</div>
-<div class="verse i3">Et la main sur tes yeux</div>
-<div class="verse i5">Te lèse</div>
-<div class="verse i3">D’un buisson radieux,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Baise la paume, opprime</div>
-<div class="verse i3">Les globes à tâtons ;</div>
-<div class="verse i5">Qu’aux cîmes</div>
-<div class="verse i3">Grossissent les boutons.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">De ta langue la perce,</div>
-<div class="verse i3">Et lui dis : « <span lang="la" xml:lang="la">Puella</span> ! »</div>
-<div class="verse i5">— Properce</div>
-<div class="verse i3">Eût aimé ce nom-là —</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« Moi qui les Muses lie,</div>
-<div class="verse i3">Les délierai. — Ces lins,</div>
-<div class="verse i5">Thalie,</div>
-<div class="verse i3">Font mes yeux orphelins.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« Erato, qui les noces</div>
-<div class="verse i3">Présides, par Eros !</div>
-<div class="verse i5">Ces bosses</div>
-<div class="verse i3">Ne me font de Paros.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« Dans mes bras, Calliope,</div>
-<div class="verse i3">En belle chair, et non</div>
-<div class="verse i5">Par trope,</div>
-<div class="verse i3">Fais quinaud Apollon.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« On sait pourquoi la serpe</div>
-<div class="verse i3">De Bacchus, bon voisin,</div>
-<div class="verse i5">Euterpe,</div>
-<div class="verse i3">Te coupe du raisin ;</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« Et qu’à Mars sous la tente,</div>
-<div class="verse i3">Vivandière Clio,</div>
-<div class="verse i5">Contente,</div>
-<div class="verse i3">Tu trousses ton bliaud.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« Mais si les cœurs bondissent,</div>
-<div class="verse i3">Quand du pouce et du doigt</div>
-<div class="verse i5">Indice</div>
-<div class="verse i3">Je touche au luth françois,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« N’osez à nos mains pures</div>
-<div class="verse i3">Fermer vos peplos d’or,</div>
-<div class="verse i5">Ceintures !</div>
-<div class="verse i3">Et nous dirons encor</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« Que d’argent, de prière,</div>
-<div class="verse i3">Nul n’a soumis vos cœurs</div>
-<div class="verse i5">De pierre,</div>
-<div class="verse i3">Pucelles, Chastes Sœurs,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« Quoiqu’à votre huis, où saigne</div>
-<div class="verse i3">Un gros numéro 9</div>
-<div class="verse i5">Des duègnes</div>
-<div class="verse i3">Aussi vastes qu’un bœuf</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« Racolent pour les Muses,</div>
-<div class="verse i3">Que Claude Le Petit</div>
-<div class="verse i5">Accuse</div>
-<div class="verse i3">Du chancre qui le cuit.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">« Mais tant pis pour qui cherche</div>
-<div class="verse i3">Pégase, et en vilain</div>
-<div class="verse i5">Du Perche,</div>
-<div class="verse i3">Ne trouve qu’un poulain. »</div>
-</div>
-
-
-
-<div class="chapter"></div>
-<h2 class="nobreak">POLYMNIE<br />
-Muse des Hymnes et des Chants, en l’honneur
-des dieux, des héros et des nymphes.</h2>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Polymnia, mal coiffée.</div>
-<div class="verse">Aime rêver à l’écart,</div>
-<div class="verse">La paume au menton — d’Orphée</div>
-<div class="verse">Qui l’honora d’un batard.</div>
-</div>
-
-</blockquote>
-<div class="break"></div>
-
-<div class="c top2em"><img src="images/illu2.jpg" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p17">EN L’HONNEUR DE PRIAPE</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Olim truncus eram ficulnus.</i></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Tronc de figuier, je t’ai fait dieu,</div>
-<div class="verse i2">Le dieu jardinier de Catulle</div>
-<div class="verse i2">Aux membres grêles, mais Hercule</div>
-<div class="verse i4">Par le milieu.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La Nymphe captive dans l’orme,</div>
-<div class="verse i2">Dont luit le dos parmi les fûts,</div>
-<div class="verse i2">Va presser dans ses bras touffus</div>
-<div class="verse i4">L’amant énorme.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">L’abeille, abusée au carmin</div>
-<div class="verse i2">Dont j’ai peint ta tige charnue,</div>
-<div class="verse i2">Voudra de la fleur inconnue</div>
-<div class="verse i4">Tenter l’hymen.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La fontaine, qui chante et pleure</div>
-<div class="verse i2">D’amour et de ramentevoir,</div>
-<div class="verse i2">Croira que, troublant son miroir,</div>
-<div class="verse i4">Un dieu la leurre.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Un espoir suspendra sa course ;</div>
-<div class="verse i2">Car Eros, jaloux de ses lis,</div>
-<div class="verse i2">Déçut, — amante et sœur, — Biblis</div>
-<div class="verse i4">Changée en source.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mais tu verras, blanche Armada,</div>
-<div class="verse i2">Fuir les cygnes à belle proue ;</div>
-<div class="verse i2">Car, te mesurant, désavoue</div>
-<div class="verse i4">L’oiseau — Léda.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Voici, pour armer ton épaule,</div>
-<div class="verse i2">Selon que Maro m’enseigna,</div>
-<div class="verse i2">(<i lang="la" xml:lang="la">Custos, cum falce salignâ</i>)</div>
-<div class="verse i4">La faulx de saule.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Peut-elle effrayer les pinçons,</div>
-<div class="verse i2">Le freux, la pillarde alouette ?</div>
-<div class="verse i2">Et garder le clos du poète</div>
-<div class="verse i4">Des maugarçons ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Veille, frappe, t’efforce, sue.</div>
-<div class="verse i2">Ne me sois qu’un dieu paysan.</div>
-<div class="verse i2">Ce joujou des belles, fais-en</div>
-<div class="verse i4">Une massue.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Puisque ne trouble plus mes lymphes</div>
-<div class="verse i2">Le dieu sauvage, tiens-t’en là :</div>
-<div class="verse i2">De toi je n’implore point l’A-</div>
-<div class="verse i4">-mitié des nymphes.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">A ton autel nul chevrier</div>
-<div class="verse i2">Des bucoliques de Sicile</div>
-<div class="verse i2">Ne pousse le bouc indocile,</div>
-<div class="verse i4">Pour toi lié.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Qu’ait mené ce jeu l’immortelle</div>
-<div class="verse i2">Brigade, il ne sied à mon breuil.</div>
-<div class="verse i2">Et Colombes n’est point Hercueil,</div>
-<div class="verse i4">Ni moi Jodelle.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">N’attends point qu’aux roses debout,</div>
-<div class="verse i2">— Qui furent peut-être des femmes</div>
-<div class="verse i2">Aux Métamorphoses, — mes lames</div>
-<div class="verse i4">Coupent le cou.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">L’Ode t’a fleuri par jonchée ;</div>
-<div class="verse i2">Mais plus avare est mon jardin</div>
-<div class="verse i2">Que l’asclépiade latin,</div>
-<div class="verse i4">Que le trochée.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Assez j’honorerai ton front</div>
-<div class="verse i2">Gros comme une pomme reinette,</div>
-<div class="verse i2">Si je te fais une cornette</div>
-<div class="verse i4">D’un liseron.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mais dans mon bois la prima donne</div>
-<div class="verse i2">Exalte en lyriques sanglots,</div>
-<div class="verse i2">Où revient le nom d’Itylos,</div>
-<div class="verse i4">La nuit d’automne.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La feuille a frémi, la voilà,</div>
-<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Favete linguis !</i> Dieu champêtre,</div>
-<div class="verse i2">Cette grande voix c’est peut être</div>
-<div class="verse i4">Philomela.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p18">ONDINE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Entre mes bras fond la mollesse de ton torse. —</div>
-<div class="verse">Quand une peine les métamorphose en source,</div>
-<div class="verse">Je bois ta jeune vie à tes paupières douces.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sur ta langue, serpent qui se darde, se love,</div>
-<div class="verse">Et se rebelle entre tes lèvres, mes esclaves,</div>
-<div class="verse">Je lape avidement les sucs de ta salive.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ta féminité, sous tes cils d’aristocrate</div>
-<div class="verse">Qui battent, mais non pas de pudeur hypocrite,</div>
-<div class="verse">Me verse ton sang rose en sa coupe secrète.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et l’ardente sueur dont le plaisir t’embrase,</div>
-<div class="verse">M’imprègne dans ton lit, pleurs d’aube sur la rose,</div>
-<div class="verse">Perles chaudes aux seins d’une belle coureuse.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tes jambes dans le bain luisent comme la faille.</div>
-<div class="verse">Et tu sembles par tes yeux glauques une fille</div>
-<div class="verse">Des Eaux, qu’on entrevoit un instant sous les feuilles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sans doute tu naquis du flot qui frise et mousse,</div>
-<div class="verse">Et fus Nymphe chanteuse aux roseaux du Permesse ;</div>
-<div class="verse">Oublieux d’Aréthuse Alphée eut tes prémices.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’est pourquoi sur un buis de flûte dolosive</div>
-<div class="verse">Je fausse ces trois clefs, afin qu’elles déçoivent</div>
-<div class="verse">Mais charment ton oreille, émue aux jeux suaves.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ma rime, Ondine dans le vent qui vire et valse,</div>
-<div class="verse">Fluteau parmi les joncs, clairon sur la mer vaste,</div>
-<div class="verse">Chuchote en la feuillée, et pleure dans la vasque.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis, aux justes accords à son tour contribue</div>
-<div class="verse">Ta sœur, la Nymphe Echo, dans tes grottes herbues ;</div>
-<div class="verse">Et telle je te chante après que je t’ai bue.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p19">A LÉDA</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand te couvrit le vaste oiseau qui se déploie,</div>
-<div class="verse">N’as-tu pas regretté, Léda, les bras humains ?</div>
-<div class="verse">Et, nue à nu, la chair sans plumes ? Et la main</div>
-<div class="verse">Dont le feu sinueux court sur des flancs de soie ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Plus encor que du jars c’est de la petite oie</div>
-<div class="verse">Que ton cygne apparaît le frère ou le germain…</div>
-<div class="verse">Qui donc couva les œufs de l’impossible hymen</div>
-<div class="verse">D’où sont éclos Pollux et l’Hélène de Troie ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Europe sent sous le taureau l’emplir un dieu.</div>
-<div class="verse">Pour toi quelque autre époux dut achever le jeu,</div>
-<div class="verse">Symbole de la Nuit accouplée à l’Aurore.</div>
-
-<div class="verse stanza">Prendre une femme, un cygne ? ah ! le beau conte grec !</div>
-<div class="verse">Tyndare t’a trouvée intacte et close encore…</div>
-<div class="verse">— « Pardon, » m’a dit Chloé, « vous oubliez le bec ».</div>
-</div>
-
-
-
-<div class="chapter"></div>
-<h2 class="nobreak">CLIO<br />
-Muse de l’Histoire</h2>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p20">MADEMOISELLE DE LA VIGNE<br />
-A propos de sa correspondance galante avec Fléchier encore abbé</h3>
-
-<p class="c">RONDEAU</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">L’ébat galant de ce petit collet !</div>
-<div class="verse i1">Il fait sa roue et dit : « Votre valet ! »</div>
-<div class="verse i1">A ma vertu son œil cherche un esclandre :</div>
-<div class="verse i1">Mais à sauter le doux ruisseau du Tendre,</div>
-<div class="verse i1">Il n’aura fait valoir que son mollet.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">S’il me faut rendre à son premier boulet,</div>
-<div class="verse i1">Je me renforce aux brèches, pour attendre</div>
-<div class="verse i1">Qu’à cet abbé l’on teigne en violet</div>
-<div class="verse i5">Les bas.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Les miens sont bleus. Pour en baiser l’ourlet,</div>
-<div class="verse i1">Je le ferais à mes genoux de lait</div>
-<div class="verse i1">Chanter la Pâque un mercredi des Cendres…</div>
-<div class="verse i1">Ces abbés, bons à musquer un poulet ;</div>
-<div class="verse i1">Mais au déduit le dernier des Léandres</div>
-<div class="verse i5">Les bat !</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p21">MADEMOISELLE DE SCUDÉRY</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Eh là ! n’esmouvez plus, Sapho,</div>
-<div class="verse i2">L’esventail, zéphyr des ruelles.</div>
-<div class="verse i2">S’il vous cuit, la glace ne fault</div>
-<div class="verse i2">Que mon vers jette à pleine escuelle.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Relevez votre beau séant</div>
-<div class="verse i2">Du throsne de la Chambre bleue ;</div>
-<div class="verse i2">Assez avez piaffé céans</div>
-<div class="verse i2">Dedans vos mots à longue queue.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vos poulets ne se mangent point,</div>
-<div class="verse i2">— Régime bon aux fièvres quartes. —</div>
-<div class="verse i2">Du village des Petits Soins</div>
-<div class="verse i2">Vous avez dessiné la carte.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ains en votre privé, ma sœur,</div>
-<div class="verse i2">Vous ne vous estes point faict coulpe</div>
-<div class="verse i2">De vous régaller pour le seur</div>
-<div class="verse i2">D’une plus nourricière poulpe.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">L’ambition dont s’enflamma</div>
-<div class="verse i2">Vostre bouche, où branle un pieu jaune,</div>
-<div class="verse i2">Charge la langue et l’estomac,</div>
-<div class="verse i2">Et rote des phrases d’une aune.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">L’in-quarto, frais noirci de vers,</div>
-<div class="verse i2">Moins que votre peau suinte l’encre.</div>
-<div class="verse i2">Estes-vous plus blanche à l’envers,</div>
-<div class="verse i2">Où vertu de fille s’eschancre ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ores veulx, — poussé le verrou —</div>
-<div class="verse i2">Vierge au fusain, mais qui sens l’huile,</div>
-<div class="verse i2">Vous esclaircir — je sçais par où —</div>
-<div class="verse i2">Le teint, l’oraison et le chyle.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ces jupes à bas ! Ostez donc</div>
-<div class="verse i2">La friponne après la modeste,</div>
-<div class="verse i2">Ces liens que l’épingle (oh ! pardon)</div>
-<div class="verse i2">La sangsue encor me conteste.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Salut Phœbé ! Dans ce bassin</div>
-<div class="verse i2">Mire ta beauté qui se scinde !</div>
-<div class="verse i2">L’eau d’Hippocrène est au ricin ;</div>
-<div class="verse i2">Voici l’Hélicon et le Pinde.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Qu’entre deux monts il soit congreû</div>
-<div class="verse i2">Que coule un ruisseau, je m’affie :</div>
-<div class="verse i2">Le Bouillon des deux Sœurs ! Ce rû</div>
-<div class="verse i2">Manque à votre géographie.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Si trouvez trop aigu l’outil</div>
-<div class="verse i2">Dedans votre honneur, j’y subroge</div>
-<div class="verse i2">La pointe de vos concetti…</div>
-<div class="verse i2">Et je pousse à val. Loge ! Loge !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Est-ce là ce qu’un rêve pur</div>
-<div class="verse i2">Vous promist du premier Sylvandre</div>
-<div class="verse i2">Offrant quelque chose de dur</div>
-<div class="verse i2">A l’étroite Reine du Tendre ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Or, jà dans vos flancs caverneux</div>
-<div class="verse i2">Cyrus gronde et la Calprenède…</div>
-<div class="verse i2">Je fuis le Perse au trait ocreux</div>
-<div class="verse i2">Et la balistique du Mède.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p22">A SONNET DE COURVAL<br />
-<span class="small">Médecin de Vire</span></h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Aux malades Virois, en médecin de Vire,</div>
-<div class="verse">Au lieu de se borner à tailler des tombeaux,</div>
-<div class="verse">A lui-même il bastit son monument, plus beau</div>
-<div class="verse">De ses durables vers que d’un muet porphyre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce Juvénal bourgeois écrivit maint libelle</div>
-<div class="verse">Contre le féminin, et tança ses humeurs.</div>
-<div class="verse">Il montre le Dégout épousant la Laideur,</div>
-<div class="verse">Et ce qu’il croît de corne au mari d’une Belle.</div>
-
-<div class="verse stanza">Aucunes fois la Chaude au lit du flegmatique</div>
-<div class="verse">— Et rage d’os pelvien passe le mal de dents —</div>
-<div class="verse">Evente à grand meschef de ses soupirs ardents</div>
-<div class="verse">Le sang trop froidureux des vaisseaux spermatiques.</div>
-
-<div class="verse stanza">La Superbe a mari lâche et ladre. — O lésine !</div>
-<div class="verse">Sans rabats à la Guise, en robe de blanchet,</div>
-<div class="verse">Moi, noble Damoiselle, où tant d’honneur t’échet,</div>
-<div class="verse">Ne peux faire le brave autant que la voisine.</div>
-
-<div class="verse stanza">La Pauvre te contraint d’endurer les diffames.</div>
-<div class="verse">L’Infidèle t’encorne en satyre bouquin.</div>
-<div class="verse">Pour son honneur venger d’injurieux pasquin</div>
-<div class="verse">La Quinteuse te pousse aux espagnolles lames.</div>
-
-<div class="verse stanza">De Laide, Pauvre, Riche, ou de Belle, son livre</div>
-<div class="verse">Fait cruelle censure et portraits d’Arétin.</div>
-<div class="verse">Mais sur toutes il hait la secrète putain</div>
-<div class="verse">Baisant dévotement ses médailles de cuivre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ces Circés il purgea d’horrible scammonée,</div>
-<div class="verse">Vomit au lit nopcier ; puis, bien vidé son pot,</div>
-<div class="verse">Sans craindre les écueils signés par ses drapeaux,</div>
-<div class="verse">Cingla délibéré vers le port d’Hyménée.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il disait : « Le serez ! L’estes ! Ou bien le fustes ! »</div>
-<div class="verse">Le fut-il ? Mourut-il squammeux, farci de clous,</div>
-<div class="verse">Le priape écorché des dents de mille loups,</div>
-<div class="verse">Comme l’avait prédit à bons maris de putes ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Au moins d’un <i>Récipe</i><a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a> sauvait-il la dépense</div>
-<div class="verse">Contre bouton de Naple ou chancre corallin.</div>
-<div class="verse">Si toi-mesme as métier<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a> de baster un poulain,</div>
-<div class="verse">Lecteur, dedans ses vers lis au long l’ordonnance.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Ordonnance.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Besoin (en français de ce temps-là).</p>
-</div>
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">Vers pour<br />
-LES SERVANTES</h2>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p23">MARTEAU DE PORTE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le dos tourné, grassette et ronde, le crin roux,</div>
-<div class="verse">La petite servante, avec un branle doux</div>
-<div class="verse">Qui fait rouler sa croupe et danser ses genoux,</div>
-<div class="verse">Frotte, à l’huis, le marteau dont je me sens jaloux.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’est un petit serpent en figure de guivre.</div>
-<div class="verse">Il s’éclaire, amoureux de la main qui délivre</div>
-<div class="verse">Le rayon endormi dans son âme de cuivre,</div>
-<div class="verse">Et l’on sent qu’en ces doigts de rose il voudrait vivre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Symbole du désir qui n’en vient pas au fait,</div>
-<div class="verse">Cependant qu’il demeure, amant insatisfait,</div>
-<div class="verse">A heurter comme on dit la porte du buffet,</div>
-
-<div class="verse stanza">Je regarde la belle main qui le maltraite</div>
-<div class="verse">Et le choie ; et, rêvant que je suis de la fête,</div>
-<div class="verse">Sens un autre serpent qui dégage sa tête.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p24">LES SERVANTES DE PÉNÉLOPE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Fuis la jeunesse des servantes, qui dénoue</div>
-<div class="verse i2">Le luxe insolent d’un beau crin.</div>
-<div class="verse">Il te sied de servir les seules Muses. Crains</div>
-<div class="verse i2">Une intendante aux belles joues.</div>
-
-<div class="verse stanza">Lorsque tu dors, furtive, elle quitte ta couche,</div>
-<div class="verse i2">Et court se vendre à ton voisin,</div>
-<div class="verse">Qui parmi les baisers grapille sur sa bouche</div>
-<div class="verse i2">Tes secrets comme des raisins.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tel, sur son lit de peaux de brebis et de vaches,</div>
-<div class="verse i2">Ulysse, aux corridors obscurs,</div>
-<div class="verse">Méditant l’Arc sonore et la Joute des Haches,</div>
-<div class="verse i2">Surprit les commerces impurs</div>
-
-<div class="verse stanza">Des servantes qui rient, en s’échappant des chambres,</div>
-<div class="verse i2">Et vont choyer les Prétendants</div>
-<div class="verse">De viandes, de vins, de leurs corps frottés d’ambre,</div>
-<div class="verse i2">Et de mensonge à belles dents.</div>
-
-<div class="verse stanza">La nuit, les jeunes bras tannés par les lessives</div>
-<div class="verse i2">Se targuent de moire et de fleurs ;</div>
-<div class="verse">Car où rôde Vénus une fièvre offensive</div>
-<div class="verse i2">Emplit les misérables cœurs.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais le fort de leurs mois ferait tourner les sauces</div>
-<div class="verse i2">Dont l’âge gourmand fait grand cas,</div>
-<div class="verse">Et tu dois préférer à leurs caresses fausses</div>
-<div class="verse i2">L’amitié d’un vin délicat.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tu fuiras la jeunesse, et prendras Euryclée</div>
-<div class="verse i2">Au pas lent, à l’agile main,</div>
-<div class="verse">Pour que de torches d’or et de sagesse ailée</div>
-<div class="verse i2">Minerve éclaire tes chemins.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p25">MEILLEUR AVIS</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dans ta jeune servante admire le contraste</div>
-<div class="verse">Des beaux flancs, faits pour la luxure, et des yeux chastes,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et ce balancement sensuel des vaisseaux</div>
-<div class="verse">Que leur château-d’arrière assied bien sur les eaux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je veux que la pudeur redresse un col farouche,</div>
-<div class="verse">Mais qu’un doux poids de chair s’incline vers ma bouche.</div>
-
-<div class="verse stanza">Si près d’un jeune corps comment peux-tu dormir,</div>
-<div class="verse">Ces chaudes nuits de Juin, sans le faire gémir ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Sans t’en aller surprendre au lit tiède de baumes</div>
-<div class="verse">Sa bouchette qui baise en rêvant un fantôme,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et peut-être te nomme en un parc enchanté ?</div>
-<div class="verse">L’ombre ardente palpite à ses seins de clarté.</div>
-
-<div class="verse stanza">De ses genoux, qu’un mol abattement sépare,</div>
-<div class="verse">Le nocturne rayon sculpte un marbre de Pare.</div>
-
-<div class="verse stanza">Qui pourrait respirer sa fleur chaude et la voir,</div>
-<div class="verse">Sans trembler, faune, au bord du jardin rose et noir ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Car le jour elle est serve, et, nue, elle est déesse…</div>
-<div class="verse">— Que dis-tu ? qu’elle est pure, et tu crains sa sagesse ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Tu n’as pas deviné au miel de ses regards</div>
-<div class="verse">Que sera sans refus au jeune maître Agar ?</div>
-
-<div class="verse stanza">L’aimes-tu mieux des jeux d’un butor avilie,</div>
-<div class="verse">Que tu ne cueilles point cet œillet d’Italie ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle apporte l’aiguière… Allons, rends d’une main</div>
-<div class="verse">Doucement promenée hommage au sang romain.</div>
-
-<div class="verse stanza">L’émoi brûle sa joue, et loin qu’elle te boude</div>
-<div class="verse">Vois l’extase incliner sa tête sur son coude.</div>
-
-<div class="verse stanza">Possède sur ses yeux le mystère des pleurs…</div>
-<div class="verse">Non, elle rit, l’oiselle ayant pris l’oiseleur.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p26">SERVANTE D’AUBERGE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En bonhomme de rat qui joue au hobereau,</div>
-<div class="verse">S’il faut me retrancher un jour dans un fromage,</div>
-<div class="verse">— Mon large nez ne craint de tels parfums dommage —</div>
-<div class="verse">Que ce soit par fortune en un gras Livarot.</div>
-
-<div class="verse stanza">Non pas que de ton nimbe et de ton faux douro</div>
-<div class="verse">Je cherche, ô Gloire ronde et rouge, quelque image.</div>
-<div class="verse">Bon pour les Muses de frontispice et les Mages.</div>
-<div class="verse">Je préfère à de secs lauriers un bon porreau,</div>
-
-<div class="verse stanza">Du cidre blond pour boire en ma couleur… passée !</div>
-<div class="verse">Et l’épais Livarot que me sert, haut troussée,</div>
-<div class="verse">Chauffe-plat, chauffe-lit, la rougeaude Lison.</div>
-
-<div class="verse stanza">A ma barbe qui poisse, à ma main fourvoyée,</div>
-<div class="verse">Très précieusement fouettent à l’unisson</div>
-<div class="verse">Le fromage onctueux et la femme mouillée.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p27">SERVANTE D’HOTEL</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu ne sers pas Vénus, mais tu sers ses prêtresses,</div>
-<div class="verse">Tu regardes monter les sacrificateurs…</div>
-<div class="verse">Fais le lit du plaisir, mais crains que la froideur</div>
-<div class="verse">De tes mains de Vestale offense la Déesse.</div>
-
-<div class="verse stanza">De ton sang nuptial tu lui dois les prémisses,</div>
-<div class="verse">O corps nouveau. Veux-tu ? j’affranchirai tes flancs.</div>
-<div class="verse">Pour ma tempe fanée et pour mes cheveux blancs</div>
-<div class="verse">Prends-moi, car un vieux maître est plus doux aux novices.</div>
-
-<div class="verse stanza">Irrite par feu les nymphes. Dans ce vase</div>
-<div class="verse">— Tant le jour fut brûlant — lave ton corps laineux,</div>
-<div class="verse">Et fais l’ampoule éclore en un 8 lumineux,</div>
-<div class="verse">Qu’on te voie à cheval sur ce petit Pégase.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ah ! que de jougs avec ta chemise tu ôtes !…</div>
-<div class="verse">Je t’offre des plaisirs sans amour, goûte-les.</div>
-<div class="verse">La Passion veut des serments, fait des valets :</div>
-<div class="verse">La riche Volupté, elle, n’a que des hôtes.</div>
-
-<div class="verse stanza">A ceux qui te jetaient une obole il faut prendre</div>
-<div class="verse">Un tribut, n’épargnant que moi qui t’enseignai.</div>
-<div class="verse">De ta vertu jamais tu n’auras un denier,</div>
-<div class="verse">Tu peux tirer bon prix de tes péchés à vendre.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p28">POUR LA GROSSE MARGOT</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ayant tollu d’un muguet</div>
-<div class="verse i2">La bourse avecques prestesse,</div>
-<div class="verse i2">Villon et les gens du guet</div>
-<div class="verse i2">Sont lors en délicatesse.</div>
-<div class="verse i2">Ains, quand maigrit son magot,</div>
-<div class="verse i2">Aux famines chez Margot</div>
-<div class="verse i2">L’Escholier veult se soustraire.</div>
-<div class="verse i2">Beaux vers ne sont beaux ducatz ;</div>
-<div class="verse i2">Villon vient conter son cas</div>
-<div class="verse i2">Marloupeulx et littérayre.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La ribaulde est au taudis,</div>
-<div class="verse i2">Jouxte un lict fané, de serge,</div>
-<div class="verse i2">Où, sur ses reins rebondis</div>
-<div class="verse i2">Jeune après vieulx se goberge.</div>
-<div class="verse i2">Un clerc vient de luy bailler</div>
-<div class="verse i2">Un rondel pour tout loyer.</div>
-<div class="verse i2">Le diable arde l’honoraire !</div>
-<div class="verse i2">Margot lave à grand fracas,</div>
-<div class="verse i2">A pleine escuelle, son cas</div>
-<div class="verse i2">Marloupeulx et littérayre.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">— « Poète, maulvais chaland ! »</div>
-<div class="verse i2">Villon riposte : «  — Eh ! donzelle,</div>
-<div class="verse i2">« Gare, avec moi pour galant,</div>
-<div class="verse i2">« Aux oublieux d’escarcelle. »</div>
-<div class="verse i2">Adonc pour son chevalier</div>
-<div class="verse i2">La garce eslut l’escholier.</div>
-<div class="verse i2">Chez la Vénus usuraire</div>
-<div class="verse i2">Muse vescut sans tracas.</div>
-<div class="verse i2">Ains point n’est rare ce cas</div>
-<div class="verse i2">Marloupeulx et littérayre.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Viennent clercs, laïcs, souldards.</div>
-<div class="verse i2">Villon, la mine narquoise,</div>
-<div class="verse i2">Jauche au gousset les pendards,</div>
-<div class="verse i2">Es hanaps verse cervoise.</div>
-<div class="verse i2">Et dict : «  — Beaux fils, deux escus !</div>
-<div class="verse i2">« Vénus aime moult Bacchus.</div>
-<div class="verse i2">« A l’amour soëf est contraire. »</div>
-<div class="verse i2">Or mainct béjaune escroquas,</div>
-<div class="verse i2">Villon, lui citant ce cas</div>
-<div class="verse i2">Marloupeulx et littérayre.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Puis : «  — Seigneurs, nous reviendrez,</div>
-<div class="verse i2">Si liesse eurent vos braguettes ».</div>
-<div class="verse i2">D’autres temps mauclers madrés</div>
-<div class="verse i2">Bourse vuyde font goguettes.</div>
-<div class="verse i2">Adextre à férir un coup,</div>
-<div class="verse i2">Maistre Eschollier en découd.</div>
-<div class="verse i2">— « Livre lu, frustrer libraire !</div>
-<div class="verse i2">« Tost réglez, indélicats,</div>
-<div class="verse i2">« Paravant d’yssir, ce cas</div>
-<div class="verse i2">« Marloupeulx et littérayre. »</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quant sur le tribut prescrit</div>
-<div class="verse i2">Aucuns soirs triche la gouge,</div>
-<div class="verse i2">Villon lui signe un escript</div>
-<div class="verse i2">Sur son nez camus, en rouge.</div>
-<div class="verse i2">« Tu me veux réduire à jeun,</div>
-<div class="verse i2">« Comme en la geôle de Meung,</div>
-<div class="verse i2">« D’où me fit le Roy extraire. »</div>
-<div class="verse i2">Margot lave ès vins muscats</div>
-<div class="verse i2">Et bande en geignant son cas</div>
-<div class="verse i2">Marloupeulx et littérayre.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ta gloire, inclyte filou,</div>
-<div class="verse i2">Porte dans l’histoire prude</div>
-<div class="verse i2">La casquette du marlou :</div>
-<div class="verse i2">La chose au bourgeois est rude.</div>
-<div class="verse i2">Sur ton front injurié</div>
-<div class="verse i2">Je ne vois que le laurier.</div>
-<div class="verse i2">La gent critique peut braire ;</div>
-<div class="verse i2">Peu te chaille des choucas</div>
-<div class="verse i2">Qui croassent sur ton cas</div>
-<div class="verse i2">Marloupeulx et littérayre.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p29">RONDEL</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Je muse souvent à l’entrée</div>
-<div class="verse i2">De l’appartement féminin.</div>
-<div class="verse i2">Quand Madame fait sa nonnain,</div>
-<div class="verse i2">Une chambrière m’agrée.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Je joue en sa robe échancrée ;</div>
-<div class="verse i2">Mais j’ai si grand peur du venin !</div>
-<div class="verse i2">Je muse souvent à l’entrée</div>
-<div class="verse i2">De l’appartement féminin.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Je ne me rue à la curée</div>
-<div class="verse i2">Des cœurs fiers et des beaux hennins.</div>
-<div class="verse i2">Petit chasseur, petit connin.</div>
-<div class="verse i2">Des palais que le rêve crée</div>
-<div class="verse i2">Je muse souvent à l’entrée.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p30">JOUR DE MARASME<br />
-Du Vieux peintre amant de sa bonne</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les écoliers de cinquante ans, et de soixante !</div>
-<div class="verse">Toujours en quête, en vain fessés, d’autres leçons,</div>
-<div class="verse">Rêvant de lac limpide où tremper leurs cuissons,</div>
-<div class="verse">Se vont noyer aux yeux d’une fausse innocente.</div>
-
-<div class="verse stanza">Quand, leurs écus palpés, une main commerçante</div>
-<div class="verse">Arme le vieux mousquet qui crache à leurs chaussons,</div>
-<div class="verse">Qu’ont-ils pris ? Un chat maigre et qui sent le poisson.</div>
-<div class="verse">Ils tiennent gros butin un connin de servante.</div>
-
-<div class="verse stanza">Une lourde gothon, sur leur bouche, que tord</div>
-<div class="verse">Le malfaisant plaisir comme une affre de mort,</div>
-<div class="verse">Flaire l’eau des vieux puits et la cendre de l’âtre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Peintre, on voit sur ton lit deux coulombs s’épouser.</div>
-<div class="verse">Plutôt, d’un ton cruel charge l’aile bleuâtre</div>
-<div class="verse">D’un corbeau qui te creuse avec son bec rusé.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3 id="p31">NUIT DE VICTOIRE<br />
-Du Vieux peintre avec son modèle</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’aurore s’étonnait que ruisselle un crin fauve</div>
-<div class="verse">Près de mon poil chenu sur le même oreiller.</div>
-<div class="verse">Or, Vénus qui me tint cette nuit éveillé</div>
-<div class="verse">Au quatorzième lustre a fleuri mon front chauve.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ma vigueur a goûté, des défaillances sauve,</div>
-<div class="verse">Aprement cet amour, peut être le dernier !</div>
-<div class="verse">J’ai bu le sang des dieux sur un corps printanier.</div>
-<div class="verse">Qui sent la rose et fait un verger de l’alcôve.</div>
-
-<div class="verse stanza">Penché sur l’or moussu qui voile un antre frais,</div>
-<div class="verse">J’ai respiré l’automne et les rouges forêts,</div>
-<div class="verse">Où de l’aubier vivant s’étire la faunesse…</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce n’est pas l’heure encor qu’à mes tempes de dieu</div>
-<div class="verse">Le déclin menaçant ma trop longue jeunesse</div>
-<div class="verse">Efface l’œillet pâle et cette rose feu !</div>
-</div>
-
-
-<p class="c gap small">FIN</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">TABLE DES MATIÈRES</h2>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td>&nbsp;</td> <td class="small">Pages</td></tr>
-<tr><td class="drap">Œuvres de Ch. Th. Féret</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p1">2</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Pour lire à la lanterne du Bourdeau</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p2">5</a></div></td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em">CALLIOPE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Le Pucelage des Muses</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p3">17</a></div></td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em">EUTERPE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Chanson</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p4">25</a></div></td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em">ERATO.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Ma Voisine</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p5">29</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">La Belle Vieille</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p6">32</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le Voyage</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p7">35</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Conseil à une Courtisane</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p8">38</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Réponse de la Petite Courtisane</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p9">39</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">A la Fleur de Lis</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p10">40</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Réponse de la Fleur de Lis au vieux Poète</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p11">41</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">S’il faut de la Mousse au Sillon</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p12">42</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Enigme</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p13">45</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">A une Dame étrangère</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p14">46</a></div></td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em">URANIE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Ta Planète</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p15">49</a></div></td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em">TERPSICHORE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">A Vincent Muselli</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p16">55</a></div></td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em">POLYMNIE (Bois gravé Priape).</td></tr>
-<tr><td class="drap">En l’honneur de Priape</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p17">61</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ondine</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p18">64</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">A Léda</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p19">66</a></div></td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad left2em">CLIO.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Mademoiselle de la Vigne</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p20">69</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mademoiselle de Scudéry</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p21">70</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sonnet de Courval</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p22">73</a></div></td></tr>
-<tr><td colspan="2" class="pad">VERS POUR LES SERVANTES.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Marteau de porte</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p23">77</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les Servantes de Pénélope</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p24">78</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Meilleur Avis</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p25">80</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Servante d’Auberge</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p26">82</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Servante d’Hôtel</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p27">83</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Pour la grosse Margot</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p28">84</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Rondel</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p29">87</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Jour de marasme</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p30">88</a></div></td></tr>
-<tr><td class="drap">Nuit de victoire</td>
-<td class="bot r"><div><a href="#p31">89</a></div></td></tr>
-</table>
-
-<p class="c gap small"><span class="sc">Imprimerie des CAHIERS LITTÉRAIRES</span></p>
-
-
-
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE BOURDEAU DES NEUF PUCELLES ***</div>
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
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-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
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-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
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-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
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-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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