summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes4
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
-rw-r--r--old/63470-8.txt2058
-rw-r--r--old/63470-8.zipbin31184 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/63470-h.zipbin103286 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/63470-h/63470-h.htm2237
-rw-r--r--old/63470-h/images/cover.jpgbin68886 -> 0 bytes
8 files changed, 17 insertions, 4295 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..d7b82bc
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,4 @@
+*.txt text eol=lf
+*.htm text eol=lf
+*.html text eol=lf
+*.md text eol=lf
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..6350bf7
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #63470 (https://www.gutenberg.org/ebooks/63470)
diff --git a/old/63470-8.txt b/old/63470-8.txt
deleted file mode 100644
index e5c923c..0000000
--- a/old/63470-8.txt
+++ /dev/null
@@ -1,2058 +0,0 @@
-The Project Gutenberg EBook of Les vignes du Seigneur, by Charles Monselet
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Les vignes du Seigneur
-
-Author: Charles Monselet
-
-Release Date: October 16, 2020 [EBook #63470]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES VIGNES DU SEIGNEUR ***
-
-
-
-
-Produced by René Galluvot (This file was produced from
-images generously made available by The Internet
-Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-
-
- CHARLES MONSELET
-
- LES VIGNES
- DU SEIGNEUR
-
- PARIS
- VICTOR LECOU, ÉDITEUR
- LIBRAIRIE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES
- 10, rue du Bouloi, 10
-
- 1854
-
-
-
-
-ODE A L'IVRESSE
-
-
- Ivresse chaude et forte,
- A qui j'ouvre ma porte
- Les jours de désespoir,
- Ivresse, viens ce soir.
-
- Viens, éclate et flamboie!
- Ivresse, sois ma joie;
- Apaise à flots pressants
- La soif de tous mes sens.
-
- Viens, nous irons, ma chère,
- Voir sous le réverbère
- Les ivrognes ronflants
- Et rouges de vins blancs;
-
- Et ces fakirs des halles,
- Qui rêvent sur les dalles
- D'un cabaret impur,
- Les yeux fixés au mur.
-
- Sur le seuil des tavernes,
- Trébuchants, les yeux ternes,
- Ta bouche me dira
- Hoffmann et Lantara.
-
- Quelle forme enchantée,
- Courtisane-protée,
- Quel costume impromptu
- Pour moi vêtiras-tu?
-
- Auras-tu robe blanche,
- Col étroit, lourde hanche,
- Et, Champagne engageant,
- La couronne d'argent?
-
- Seras-tu la coquine
- Et svelte Médocquine,
- Qu'on boit à petit feu,
- Fille de Richelieu?
-
- Ou la Flamande épaisse,
- Honneur de la kermesse!
- Dont Brauwer le fripon
- Tracasse le jupon?
-
- Terrible ou caressante,
- Pâlie ou rougissante,
- Au diable l'embarras!
- Viens comme tu voudras;
-
- Viens, pourvu que je voie,
- Vieille fille de joie,
- Étinceler encor
- L'eau-de-vie aux yeux d'or,
-
- Sans voile, sans agrafe,
- Toute nue, en carafe,
- Éclair emprisonné
- Sous le cristal orné!
-
- Viens, je suis ton poëte!
- Avant que je te jette
- Mes bras autour du cou,
- Va mettre le verrou.
-
- Est-ce que tu me boudes?
- Pose là tes deux coudes,
- Et, pendant que je bois,
- Parle-moi d'autrefois.
-
- Te souvient-il, drôlesse,
- De ma grande tristesse
- Et des pleurs insensés
- Que nous avons versés?
-
- Heures trop tôt flambées!
- Grosses larmes tombées!
- Fureurs sous les balcons!
- Délires sans flacons.
-
- Bah! si je vous regrette
- C'est peut-être en poëte;
- Et peut-être ai-je tort
- De croire mon coeur mort.
-
- L'amour! je le retrouve,
- Chaud comme sang de louve,
- Au fond du verre ardent
- Qui grince sous ma dent.
-
- Mettre, ô folle merveille!
- Des baisers en bouteille,
- Et, comme une liqueur,
- Boire à longs traits son coeur!
-
- Aussi bien, ma maîtresse,
- C'est toi, toi seule, Ivresse!
- Et, dans tes bras de feu,
- A tout j'ai dit adieu.
-
- Ah! comme je t'adore,
- Effroyable Pandore!
- Pourtant, je te le dis,
- Souvent je te maudis.
-
- Cet amour que j'étale
- Pour toi, belle brutale,
- On en sait le pourquoi:
- Tu ne trompes pas, toi!
-
- Tu ne sais pas, d'usage,
- Avec un art sauvage
- Tirer les pleurs des yeux:
- Tu fais mourir, c'est mieux.
-
- Viens, les coupes sont prêtes,
- Madère des tempêtes,
- Toi, gin qui fais les fous,
- Et vin à quatre sous!
-
- Viens, il me faut la lutte
- Sous la table en culbute,
- Tous deux, à bras le corps,
- Et les yeux en dehors.
-
- Les bouteilles qu'on casse,
- Les chaises que ramasse
- Le plaintif hôtelier,
- Tordant son tablier;
-
- Les coups, et puis la garde,
- Et le sang qu'on regarde
- Couler stupidement
- Sur le plancher fumant...
-
- Prends toute ma tendresse,
- Je t'appartiens, Ivresse;
- Maintenant c'est ton tour,
- Et que meure l'Amour!
-
- Meurs, toi qui fus mon maître,
- Meurs deux fois;--et peut-être
- Qu'un jour, en frappant là,
- Plus rien ne répondra!
-
-
-
-
-EN MÉDOC
-
-POËME
-
-
-I.
-
- Le pays de Médoc, c'est la verte oasis
- Qui s'élève au milieu des landes de Gascogne;
- Elle a des bois épais et des étangs fleuris,
- Et des nappes de vigne aux sentiers infinis,
- Belles à réjouir le poëte et l'ivrogne.
-
- Elle repose et tremble entre deux vastes eaux;
- L'Océan la dévore et le fleuve la berce;
- La Garonne l'endort au chant de ses roseaux;
- De son pied irrité la mer la bouleverse
- Et change tous les jours les dunes en tombeaux.
-
- Le Médoc est charmant: il réjouit la vue;
- J'aime ses bourgs ombreux dans l'horizon noyés,
- Ses brouillards du matin et ses bas-fonds rayés,
- Ses pins toujours tremblants que traverse la nue,
- Ses innombrables ceps qui croissent par milliers
- Comme au pays normand font les petits pommiers.
- L'âge d'or dans son sein a renoué la trame
- Des anciens jours de paix, de labeur et de foi;
- Ses clochers ont des sons qui vont remuer l'âme;
- On y croit aux sorciers, on adore le roi.
- Ce ne sont, au soleil, que joyeuses familles,
- Jeunes femmes, enfants, brunes et fortes filles
- Dans les sillons rougis suivant les chariots;
- Alertes compagnons aiguillonnant l'allure
- Des grands boeufs mugissants, qui portent pour parure
- Des grappes à leur tête en guise de grelots.
- Ce ne sont tous les jours que danses et délires,
- Que chansons appelant un choeur d'éclats de rires,
- Un tableau rencontré de Léopold Robert!
-
- C'est le pays fertile. Alentour, le désert.
- Alentour, l'étendue immobile et brûlante,
- La terre qui se tait quand la lumière chante,
- Le néant qui fait peur à l'âme et peur aux yeux.
- Alentour, la misère et sa nudité pâle,
- Le hâve paysan, frileux et souffreteux,
- Hissé sur ses grands bois, avec son chien honteux,
- Pourchassant en silence un noir troupeau qui râle,
- Le pêcheur dont on voit le talon s'essayer
- Sur le sable endormi qui peut se réveiller...
- Un jour sera, dit-on, où le vieux dieu Neptune
- Cessera de briser ses leviers souverains
- Et d'ébrêcher son sceptre aux cailloux de la dune:
- Jadis il a juré, par sa barbe aux longs crins,
- Qu'il viendrait engloutir le Médoc, à la lune,
- Avec tous ses tritons et ses vassaux marins!
-
-
-II.
-
- Près du fleuve gascon, urne aux ondes moqueuses
- Entre Dignac, Loirac, Queyrac, Seurac, Cyvrac,
- Au milieu des grands crus et des villas fameuses,
- S'égare en vingt détours le bourg de Valeyrac.
-
- De loin, on le pressent à ses plaines bénies,
- A ses oiseaux bavards, à ses poudreux buissons,
- A sa blanche fumée aux torsades bleuies.
- C'est ce riant hameau que tous nous connaissons.
-
- Les meules de foin vert à l'horizon groupées,
- Les vaches, les canards et les petits garçons,
- Des charrettes gisant dans un coin, éclopées;
- La place aux huit ormeaux; l'église, vis-à-vis,
- Où nous avons, enfants, communié jadis;
- Le bois, des deux côtés emprisonnant la vue,
- Qui penche sans un bruit ses massifs noirs et lourds
- Et finit au tournant de la maison prévue,
- La maison du berceau qui sait nos heureux jours,
- Et les jardins déserts où veillent nos amours!
-
- On était en automne, et, par une embellie,
- L'aurore se levait, frissonnante et pâlie:
- Ses voiles teints de pourpre, échappés à ses doigts,
- Balançaient vaguement, comme une large écume,
- Les coteaux d'orient endormis dans la brume,
- Et jetaient cent lueurs aux tuiles des vieux toits.
- Tout dans le fond du parc et parmi la grande herbe,
- Ils allaient à pas lents, l'un sur l'autre appuyés,
- Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe,
- A travers la bruyère et les bleuets ployés.
-
- Ses blonds cheveux étaient noués à la Diane,
- Un lien de velours rouge en dessinait le tour;
- Et leurs anneaux tombant sur sa chair diaphane
- Ombrageaient son épaule au limpide contour.
- Un ruban, qui flottait, serrait sa taille fine;
- Elle avait mis à nu ses petits bras soyeux;
- Et, le long du chemin étroit et sinueux,
- Passait et repassait la blanche mousseline,
- Entre les arbrisseaux, entre les troncs noueux,
- Comme une jeune fée à l'oeil qui la devine.
- Ces deux amants marchaient et se parlaient si bas,
- Que les lézards peureux ne s'en détournaient pas;
- Coquelicots et lys saluaient leur passage,
- Branches de s'agiter; et, du haut du feuillage
- Où d'invisibles nids dérobent leur séjour,
- Il leur tombait des chants de bonheur et d'amour!
-
- Mais les parents suivaient. Leur entretien, sans doute,
- A ce que je suppose, était moins attachant,
- Car ils parlaient très-fort, et d'instant en instant
- Coupaient par les sentiers pour abréger la route.
- On devinait soudain, à les apercevoir,
- La mère de Lucien et l'oncle de Nicette:
- L'une au maintien pieux, toujours vêtue en noir,
- Veuve encore attrayante et de mine discrète;
- L'autre, obèse et rougeaud, campagnard enrichi,
- Façon de Carabas engraissé par l'ennui.
-
- Ces gens-là possédaient une ancienne futaie,
- Séparée autrefois par une vive haie
- Où s'épanouissait Avril à son retour,
- Et par où les enfants s'entrevirent un jour.
- Ils étaient bien petits, la haie était bien close;
- «Les paroles passaient, mais c'était peu de chose.»[1]
- Mais au printemps prochain, quand les rayons premiers
- Revinrent entr'ouvrir les fleurs fraîches écloses,
- O bonheur! leurs deux fronts gagnèrent les rosiers
- Et leur premier baiser s'échangea dans les roses.
-
- [1] La Fontaine: _Pyrame et Thisbé_.
-
- Lucien partit un jour, sa mère l'ordonna.
- Il allait à Paris terminer ses études.
- Que de pleurs, de serments, de gages on donna
- De part et d'autre! Adieu nos chères solitudes!
- Adieu notre Médoc, notre bonheur ancien!
- Nos chiffres enlacés sur l'écorce des chênes!
- Adieu, jusques au jour des vendanges prochaines!
-
- Nicette soupira tous les jours.--Et Lucien?
-
-
-III.
-
- Vingt ans et voir Paris! Fuir la province aimée,
- Cette vieille nourrice au front doux et songeur,
- Voir derrière ses pas la porte refermée,
- Sentir sécher l'adieu sur sa lèvre embaumée,
- Et s'en aller où va tout enfant voyageur!
- C'est le destin fatal.--Là-bas est la merveille,
- Dit une voit trompeuse à qui l'on tend l'oreille.
-
- Lucien connut Paris; et, comme la plupart,
- Il se laissa gagner par de vaines chimères
- Qui, la rose aux cheveux et la flamme au regard,
- S'en vinrent le chercher, un matin qu'à l'écart
- Le souvenir faisait ses heures plus amères.
- Il ne posa d'abord qu'un pied indifférent
- Dans ce monde joyeux, qui le trouva de glace;
- Mais bientôt,--je ne sais quel charme l'attirant--
- Il entra tout entier et demanda sa place.
-
- Et ce fut de ce jour qu'à des épines d'or
- Il déchira son coeur et perdit la sagesse;
- Et qu'à ce sol étroit attachant son essor,
- Il ne s'occupa plus qu'à vieillir sa jeunesse.
-
- Il connut de ce temps la sottise et les moeurs,
- Dépouilla désormais ses anciennes humeurs,
- Les femmes de toujours, les folles Cydalises,
- Dont les jours ne sont rien qu'un vif enivrement,
- Salamandres d'amour, de toute flamme éprises,
- Passèrent près de lui dans leur essaim charmant.
- Elles ne mettent plus, ainsi que les marquises,
- Ces mouches sur le teint qui faisaient l'oeil moqueur,
- Les mouches d'à présent se portent sur le coeur.
- Ce furent celles-là, Lucien, qui te perdirent,
- Lorsque à ton cou d'enfant elles se suspendirent,
- Et que de tes trésors de tendresse amassés
- Elle t'eurent tout pris, sans t'avoir dit: Assez!
-
- Si bien qu'à la vendange où l'attendait Nicette,
- Quand s'en revint Lucien, espéré si longtemps,
- Il n'était plus le même,--ô surprise inquiète!--
- Il avait vu Paris, il n'avait plus vingt ans.
-
-
-IV.
-
- Allons, les vendangeurs, la cloche vous appelle.
- Debout, et travaillez; c'est l'heure du réveil;
- L'horizon que sillonne une jeune étincelle
- S'ouvre comme un cratère et vomit un soleil!
-
- Et tous, dans le hangar où le maître les parque,
- Comme un bétail grossier sur la paille étendu,
- Hommes, femmes, enfants,--sans donner une marque
- De mécontentement, de sommeil suspendu,--
- Se lèvent pour avoir le pain qui leur est dû.
- Ce sont des paysans aux formes athlétiques,
- Taillés sur le patron des montagnards antiques,
- Avec des nerfs d'acier et des poitrails velus;
- Un sayon en lambeaux couvre à peine leur torse;
- Leur chair, comme le buffle, est d'une épaisse écorce,
- Et sans crainte de l'air ils pourraient aller nus.
-
- Partons, mes vendangeurs, car le coteau ruisselle.
- Il se dresse éclatant, ses flancs semblent fumer,
- Il gémit sous la vigne: on dirait qu'il recèle
- Une haleine puissante et prompte à s'enflammer.
- Le cadavre géant de l'antique Cybèle,
- Qu'au fond du sol ardent va chercher le rayon,
- Se ranime et tressaille;--aux fentes du sillon
- On croirait voir percer le bout de sa mamelle.
-
- On part, musique en tête. On gravit le coteau,
- On pose un pied glissant sur le sable qui grince;
- Puis, à chaque sentier, la troupe se fait mince:
- Ceux-ci sur le versant, ceux-là sur le plateau,
- S'égarent à loisir parmi les feuilles vertes;
- La vigne a remué ses branches entr'ouvertes,
- Et tous ont disparu comme sous un manteau.
-
- Le boeuf regarde au loin, traînant l'essieu qui crie,
- Car la charrette est pleine; et j'entends le bouvier
- Traîner ses sabots lourds sur la terre amollie.
- Le chien aboie et court,--on arrive au cuvier.
-
- C'est une cave immense, ou plutôt c'est un antre
- Où le vin en courroux monte au nez dès qu'on entre,
- Courant des piliers noirs au cintre surbaissé,
- --Un temple de Bacchus dans le sable enfoncé.--
- Comme un choeur de Titans, là sont d'énormes cuves
- Où la liqueur mugit comme dans des étuves.
- Douze à quinze garçons, du matin jusqu'au soir,
- Nu-jambes et nu-pieds dansent dans le pressoir,
- Une étrange vigueur en leurs veines circule:
- On les dirait piqués par une tarentule;
- Sous leurs talons nerveux, rouges et ruisselants,
- Dans la mare de bois les grappes s'éparpillent;
- Les raisins égorgés éclatent et pétillent;
- Ils courent éperdus, noyés, demi-saignants;
- Toujours monte et descend la brutale cheville,
- Le danseur infernal les brise sans les voir,
- La grappe aux longs bras nus comme un serpent sautille,
- La boisson turbulente écume,--tourne,--brille,
- Et s'égoutte en chantant au fond du réservoir!
-
-
-V.
-
- On n'avait pas encore atteint ces jours d'octobre
- Où de bruit et d'éclat la terre se fait sobre.
-
- La chaleur était grande. Au lit de l'occident
- Le soleil retrempait son disque fécondant,
- Fier encor, rejetant son manteau par derrière
- Sur le seuil, où reluit une pourpre dernière,
- --Tête sans diadème et lente à s'effacer;--
- Tandis que, dans un coin du ciel lourd de l'automne,
- L'autre roi réveillé qui murmure et qui tonne,
- La foudre se rangeait pour le laisser passer!
- La prairie arrêtait ses herbes ondoyantes;
- Immobiles, sans bruit, les vagues haletantes
- Brûlaient et flamboyaient à ses derniers rayons,
- Et la colline aussi, d'arbres échelonnée,
- Et de rouges vapeurs bordée et couronnée,
- Dressait ses peupliers en muets bataillons;--
- Si qu'un vent étourdi les fouettant de ses ailes
- Jaillissaient aussitôt des milliers d'étincelles!
-
- Et le soir s'abaissait. Par la plaine et les monts,
- Sous les cieux imprégnés d'une couleur orange,
- Il courait en tous lieux une harmonie étrange,
- De ces ranz inconnus et doux que nous aimons.
- C'étaient des bêlements, des sifflets, des clochettes,
- C'étaient des angélus, des grillons, des musettes,
- Une hymne sainte et grave, un bruit sévère et lent;
- C'était le bruit que fait le jour en s'en allant.
-
- Tout dans le fond du parc, et parmi la grande herbe,
- Ils allaient à pas lents, joyeux,--heureux déjà;
- Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe,
- Comme si rien d'amer n'avait passé par là.
- Des bonheurs d'autrefois ils renouaient la gerbe.
-
- Comme on se séparait, Lucien saisit soudain
- Une main qu'on laissa reposer dans sa main,
- Et puis dit, d'un accent que le regard achève:
- --Ce soir, près de l'étang...--Nicette avait frémi,
- Sa blanche main s'était retirée à demi;
- Et, son oeil s'entr'ouvrant comme au milieu d'un rêve,
- Elle le regarda. Lucien la salua,
- Et de l'air d'un Don Juan à grands pas s'éloigna.
-
- Plus tard, si vous eussiez suivi la sombre allée
- Vers la pointe du bourg, au fond de la vallée,
- Vous eussiez vu sans doute une ancienne maison
- Noirâtre sous le lierre et de chênes voilée;
- Une croix de Saint-Jean orne son vieux blason;
- Elle est haute et bardée en style de prison.
- On la dirait déserte. Une seule croisée
- Derrière s'ouvre un peu, petite, treillissée,
- Des vases sur le bord, penchant sur un bassin.
- On entendait alors le son d'un clavecin.
-
- Nicette alla livrer sa tête rose et chaude
- Au vent de la croisée; et, le front dans les doigts,
- Elle regarda fuir les horizons étroits.
- Un ver-luisant dardait sa flamme d'émeraude;
- Un vent plaintif courait dans un air vaporeux,
- Un linot réveillé chantait, fermant les yeux;
- Les feuilles bruissaient, les ronces endormies
- S'agitaient comme au pas des gazelles amies.
- Sous ces parfums d'amour sa tête s'inclina--
- Quand sept fois lentement la pendule sonna...
- Elle eut peur et trembla. La fenêtre fermée,
- Elle prit sa mantille et se mit à genoux.
- Dans un brun cadre d'or la Vierge bien aimée
- Épanchait sur son front son regard le plus doux.
-
- --Vierge, faut-il aller ce soir au rendez-vous?
-
-
-VI.
-
- Sous les sombres tilleuls j'ai vu passer Nicette.
- Elle marchait sans bruit et semblait inquiète.
- On eût dit que ses pas l'effrayaient, et souvent
- Elle se détournait pour écouter le vent.
-
- C'était près de l'étang où se mire, étonnée,
- La lune dans les joncs de vapeurs couronnée,
- Et qui semble flotter,--fantastique tableau,--
- Allongée et plissée à chaque rond de l'eau.
-
- L'heure du rendez-vous était pourtant venue.
- Nicette ressentait une crainte inconnue,
- Et disait fréquemment, cherchant à contenir
- Le trouble de son coeur:--Comme il tarde à venir!
-
- Puis elle s'asseyait au bord d'un banc de pierre;
- Et, sa main s'en prenant à des touffes de lierre,
- Elle les effeuillait, et d'un pied agité
- Les enterrait au fond du gazon argenté.
-
- Lucien n'arrivait pas.--O mon Dieu! disait-elle,
- D'où vient que mon front brûle et que ma foi chancelle?
- Patience! Sans doute il n'est pas assez tard.
- Il ignore le mal que me fait son retard.
-
- Elle essayait alors de chasser sa tristesse.
- La nuit versait partout une limpide ivresse;
- Et les plantes ouvraient, à son tiède baiser,
- Leur sein d'or où la mouche aime à se reposer.
-
- --C'est étrange pourtant, pensait la jeune fille,
- Dont un tressaillement soulevait la mantille;
- La campagne est ce soir si douce à l'entretien,
- Cette nuit est si belle et rayonne si bien!
-
- C'est qu'il ne m'aime plus; et je suis effacée
- De son coeur, à présent, comme de sa pensée.
- Notre amour a duré notre enfance, c'est tout.
- Le ciel n'a pas voulu m'entendre jusqu'au bout.
-
- Et Nicette penchait, entre ses mains voilée,
- Sa jeune tête pâle et toute débouclée.
- La brise s'en jouait, et courait par moment
- Sous les sombres tilleuls harmonieusement.
-
- Déjà, bande joyeuse! au bas de la vallée
- Les vendangeurs dansaient sous la treille étoilée,
- Mais, traversant les prés, la danse et la chanson
- Expiraient auprès d'elle ainsi qu'un faible son.
-
- Pourtant, la pauvre enfant, elle espérait sans cesse.
- Comme des diamants tombés dans l'herbe épaisse,
- Ses pleurs longtemps tenus se répandaient tout bas,
- Elle attendait toujours.--Lucien ne venait pas.
-
- C'est qu'à l'heure où, cédant à sa pensée indigne,
- Il accourait vers elle, en traversant la vigne,
- Un remords généreux, au détour du chemin,
- Comme un ange du ciel l'avait pris par la main.
-
- Tout à coup, du milieu de son insouciance,
- S'éleva contre lui sa jeune conscience;
- Et, dans la nuit sereine, il se sentit broncher
- Lorsqu'il se demanda ce qu'il allait chercher.
-
- Alors il reporta ses regards en arrière;
- Sa jeunesse à son coeur remonta tout entière;
- Et, retrouvant soudain son amour d'autrefois,
- Il s'enfuit en cachant sa tête entre ses doigts.
-
-
-VII.
-
- Un petit cabinet--nu,--blanc;--une croisée
- Ouverte,--un lourd rideau tout trempé de rosée;
- Devant un noir pupitre--un jeune homme,--c'est tout.
- Au dehors la campagne, et le calme partout.
- Il travaille. Un rayon égaré s'éparpille
- Dans un coin du plancher dont la poudre scintille;
- Une brise suave agite l'air tiédi
- Qu'emplit de son bourdon un frelon étourdi.
- L'angélus argentin tinte au fond du village,
- Dans un arbre,--à côté,--les oiseaux font tapage.
-
- Il écrit. Son front clair est à demi-penché,
- Comme fait un poëte à son livre attaché.
- C'est Lucien; il écrit une lettre à Nicette,
- Une lettre d'excuse et d'amour, ainsi faite:
- «--Il faut me pardonner, Nicette. Vois-tu bien,
- Au rendez-vous d'hier comme j'allais me rendre,
- Une voix, qui priait, à moi s'est fait entendre.
- Sais-tu? c'était la voix de ton ange gardien.
- Je n'ai pu résister. C'est parce que je t'aime
- Que je suis, ce soir-là, revenu sur mes pas;
- Cela te semble étrange et peu croyable même,
- Nicette; mais un jour tu me pardonneras.
-
- »Ce n'est pas tout non plus. Ton front égal encore,
- Qu'ont rarement terni de soucieux instants,
- S'éclaire aux blancs rayons d'une durable aurore:
- Dans ta jeune pensée il est toujours printemps.
- Néanmoins, tu n'es plus une enfant, ma Nicette:
- La beauté de la femme en tes traits se reflète,
- Et celui qui te voit, beau lys épanoui,
- S'arrête, et bien longtemps te regarde, ébloui.
- Or, moi, je suis jaloux de cette candeur sainte,
- Je veux la préserver de toute sombre atteinte,
- Écarter d'alentour tout soupçon alarmant,
- Car c'est mon bien, d'ailleurs, et je veux constamment
- Garder cette beauté sereine et fortunée
- Que te donna le ciel et que tu m'as donnée...»
-
- Lucien s'interrompit. Le vent frais du matin
- Soulevait le rideau qui voilait sa fenêtre.
- Les exploits des chasseurs s'entendaient au lointain;
- Cramponné par dehors, et regardant en traître,
- Se penchait dans la chambre un liseron mutin.
-
- Il reprit:--«Maintenant, il faut plus de réserve
- Dans nos mystérieux et tendres rendez-vous.
- --Cela me coûtera--pour que Dieu nous conserve
- Son indulgent regard qui fait les jours plus doux.
- Nicette, il ne faut plus, dans les vastes prairies,
- Comme nous faisions, nous égarer le soir.
- L'heure est trop dangereuse aux vagues rêveries;
- Il ne faut plus aller sur le banc nous asseoir.
- Te souvient-il du jour où, sous l'épais ombrage,
- Nous marchions, pensifs, en chemin attardés?
- Nous voyant seuls tous deux, un homme du village
- Nous a--se détournant--plusieurs fois regardés.
- Cela te fit monter la rougeur au visage.
- Il ne faut plus rougir, Nicette; et pour cela
- Il faut être ma femme; or, mon bonheur est là.
-
- »J'ai voulu te parler de la sorte, Nicette;
- J'ai fini. Mon souci, je l'ai dit tout entier;
- Et j'ai laissé tomber mon coeur sur ce papier.
- J'ai l'âme maintenant légère et satisfaite,
- C'est le ciel qui m'a fait cette douce leçon.
- A mes yeux, désormais, la nature est plus belle;
- J'entends passer dans l'air comme un battement d'aile,
- Et l'amour chante en moi sa plus jeune chanson!»
-
-
-VIII.
-
- Dans tous les environs la vendange était faite.
- Du bourg de Valeyrac, ce soir, c'était la fête;
- Les vendangeurs partaient, on fêtait leur départ,
- Adieu paniers:--dansons et chantons sans retard!
-
- On arrivait déjà d'une lieue à la ronde.
- Les hommes avaient mis leur belle veste ronde,
- Les femmes avaient mis leur plus rouge jupon;
- Et, gravement pimpants et la mine essoufflée,
- Ils couraient, car déjà derrière la vallée
- On entendait le bruit rauque d'un violon.
-
- Je ne vous dirai pas,--à la façon flamande,--
- L'enseigne de l'auberge et la folle guirlande
- Que l'on avait ce soir appendue au brandon;
- Je ne vous dirai pas les rondes, les quadrilles,
- Les buveurs accoudés et les joueurs de quilles:
- Je ne vous ferai pas le tour du rigaudon.
-
- Ah! parlez-moi plutôt des temps mythologiques
- Où le ciel se peuplait de héros et de dieux,
- Où le monde passait dans des splendeurs magiques,
- Où l'Olympe entr'ouvrait son cycle radieux!--
- C'était sur quelque mont solitaire et sauvage,
- A l'heure où le soleil déserte le rivage;
- On voyait accourir, partis dès le matin,
- Les bergers empressés de maint vallon lointain.
- Sous l'odorant fardeau des roses d'Idalie
- La façade du temple était ensevelie;
- Un satyre cornu sculpté sur le fronton,
- Aux lèvres un hautbois, riait sous le feston;
- Et les nymphes, autour du satyre pressées,
- Ployaient sous les raisins leurs têtes renversées.
-
- Est-ce une vision, poëte, où sommes-nous?
- Ardente, l'oeil pourpré, la bacchanale antique
- Se dresse devant moi sous le sacré portique.
- Voici le sanctuaire et le peuple à genoux!
-
- Evohé! Evohé! quel feu divin m'embrase!
- Je sens bouillir mon front sous l'éclair qui le rase,
- Dans le fond de mon coeur je sens gronder ma voix:
- Le voile de mes yeux se déchire et je vois!
-
- En marche! promenez devant nous les corbeilles,
- Que le son des tambours disperse les abeilles,
- Et que l'oiseau qui vient picorer le pépin
- S'enfuie au vent bruyant de nos branches de pin!
- Mêlons à nos cheveux de douces violettes;
- Musiciens, prenez votre casque d'aigrettes,
- Et d'une voix unie au mode lydien
- Dites-nous les exploits de Bacchus l'Indien!
- Allez, versez le miel de la muse lyrique;
- Ceignons nos ceinturons et dansons la pyrrhique.
- Venez, les Égipans, les Faunes des jardins,
- Les Satyres barbus avec vos peaux de daims;
- Venez, les chèvres-pieds; accourez, les Bacchides;
- Ajustez vos bandeaux, rattachez vos chlamydes;--
- Et dansons! ébranlons sous nos pieds la forêt!
- Comme déjà le sol tournoie et disparaît!
- L'arbre semble alourdi comme un autre Silène;
- Brandissons nos roseaux, dansons à perdre haleine;
- De notre cercle immense ardent à fendre l'air
- Embrassons la forêt dans nos anneaux de chair!
- Tout fuit autour de nous, mon front vibre et ruisselle,
- Dansons!--Hécate luit sur les pâles marais,
- Le vent du soir se lève impétueux et frais;
- Je vois, je vois là-bas le temple qui chancelle.
- Dansons!--Et vous Cinthie, Euphrosine, Aglaé,
- Versez-nous à pleins flots vos brûlantes rasades,
- Notre patère est vide; encore, mes thyades!
- Et buvons et dansons!--Evohé! Evohé!...
-
-
-IX.
-
- Je sais une maison, du côté de Lesparre,
- Qu'un fossé seulement de la route sépare.
- --On y voit un perron et deux lions devant.--
- Seul, à la regarder je m'arrêtais souvent;
- Elle a ces volets verts que désirait Jean-Jacques
- Et fleurit d'aubépin son grand portail, à Pâques.
-
- Cet enclot printanier, propice aux heureux jours,
- Enferme deux époux que vous savez,--Madame,
- Ils n'ont plus que la joie et le calme dans l'âme,
- Et le ciel a béni leurs charmantes amours.
- Tout dans le fond du parc et parmi la grande herbe
- Je les ai vus passer, l'un sur l'autre appuyés,
- A travers la bruyère et les bleuets ployés,
- Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe.
- --Un tout petit enfant se jouait à leurs pieds.--
- Quand nous voyagerons, l'été prochain peut-être,
- Nous passerons par là, car il faut les connaître.
-
- Lucien est un chasseur habile dans son art,
- Et puis un agronome. Il a mainte visite
- Pour ses beaux dahlias en serre, que l'on cite,
- Nul doute qu'on n'en fasse un préfet--mais plus tard.
-
- Nicette a dix-neuf ans, elle est jolie et belle;
- J'ai dansé cet hiver une valse avec elle.
- Un procureur du roi se montrait assidu
- Sur ses pas;--vous pensez si c'était temps perdu!
-
- Mais me voici, je crois, au bout de mon histoire.
- Madame, vous avez fait acte méritoire
- En l'écoutant ainsi, les pieds sur les chenets,
- Comme s'il s'agissait de deux ou trois sonnets
- Aussi, puisqu'à présent vous n'attendez personne,
- Restons encore une heure, et souffrez que je sonne,
- Afin que vos laquais, en rallumant le feu,
- Apportent vos albums sur la table de jeu
- Et puis nous causerons--près de la cheminée
- Qui bourdonne en lançant sa flamme mutinée--
- De tout ce qui n'est pas sérieux ou profond,
- De l'amour toujours jeune et des vers qui s'en vont.
-
-
-
-
-A THEOPHILE GAUTIER
-
-
- Nous étions cinq ou six poëtes
- Dans le divan Le Peletier,
- Lorsque--trop rares sont ces fêtes!--
- L'autre soir, tu parus, Gautier.
-
- Je ne sais quelle humeur quinteuse
- M'avait faite un vin bourguignon,
- Et mis sur ma langue pâteuse
- L'accent d'un critique grognon.
-
- Comme un chat ferait d'un rosaire,
- Ressuscitant de vieux lazzis,
- J'égrenais ton vocabulaire
- De diamants et de rubis.
-
- Tout emmailloté de morale,
- Je blâmais tes tons enivrés,
- Et de ta forme sculpturale
- Les angles aux reflets dorés.
-
- Au grand style, à tout ce que j'aime,
- Dès le début ayant failli,
- Je parlai longuement sur ce thème
- Comme Alexandre Dufaï[2].
-
- [2] Critique du temps, sans valeur.
-
- C'était surtout à ton école
- Que j'en voulais; à ces enfants
- Qui, dans un pan de ton étole
- Se font des manteaux si bouffants;
-
- A ce groupe de flatteurs blêmes
- Que l'on voit courbés et furtifs,
- Dans tes livres, dans tes poëmes,
- Ramasser tes bouts d'adjectifs;
-
- A ces enragés coloristes
- Devant lesquels Diaz pâlit,
- Si brillants et pourtant si tristes,
- Orientaux de chianlit!
-
- Adeptes d'un art inutile,
- Race d'employés au Trésor,
- Dans le Sacramento du style
- Recherchant des pépites d'or.
-
- Ce qu'il fait derrière toi, maître,
- Ce troupeau si peu clairvoyant,
- Il ne s'en doute pas peut-être:
- C'est du Delille flamboyant!
-
- Et bien! oui, j'étais en colère,
- J'allais, voix en quête d'échos,
- Comme le prince atrabilaire
- Criant: «Des mots! des mots! des mots!»
-
- J'étais cruel. De leur folie
- Tu n'es pas responsable, toi,
- Noble vin, dont ils sont la lie,
- Musique, dont ils sont l'aboi.
-
- J'étais injuste. Mais quand même
- J'aurais eu froidement raison,
- Quant à mon imprudent blasphème
- J'eusse conquis l'opinion;
-
- J'omettais dans mon injustice
- L'enfer auquel on t'a lié,
- Cet intolérable supplice
- Par Monsieur de Sade oublié:
-
- Le feuilleton!--Triste machine,
- Qui fait du matin jusqu'au soir
- Fonctionner, comme l'usine,
- L'intelligence au désespoir!
-
- Voilà bientôt dix-sept années,
- Laps immense! tourment sans fin!
- Que les muses infortunées
- Maudissent en choeur Girardin;
-
- Lui qui, dans son avide joie,
- T'a cloué, Prométhée hardi,
- Et qui donne à manger ton foie
- Au feuilleton, chaque lundi!
-
- Quand, loin de notre humaine sphère,
- La rime voudrait t'emmener,
- C'est ton article qu'il faut faire,
- Tout Plaute a sa meule à tourner.
-
- Apprête donc ta plume agile
- Pour le journal du lendemain:
- L'inspiration dit Virgile,
- Le feuilleton dit Laurencin.
-
- Ah! grand et malheureux poëte
- Par la prose toujours rongé,
- Ce délire que je regrette,
- Tu devais en être vengé:
-
- A mon tour,--que Dieu me pardonne!--
- Aujourd'hui je change de ton,
- Car ces stances, je les griffonne
- Sur la marge d'un feuilleton.
-
-
-
-
-BONNE HUMEUR
-
-SONNET IRRÉGULIER
-
-
- Voici le temps des bals; Estelle, qu'en dis-tu?
- Mettons-nous vite à nos toilettes;
- Moi, je veux être un clown harnaché de sonnettes
- Et coiffé d'un bonnet pointu
-
- Toi, tu seras marquise, avec des violettes
- Au creux de ton sein court vêtu;
- Et de ta bouche en coeur, et de ton oeil battu
- Naîtront sourires et paillettes.
-
- Puis, tu prendras ton loup acheté chez Babin
- Avec sa barbe de satin,
- Barbe aux plis miroitants qui s'envole en cadence,
-
- Petit voile rose au menton,
- D'où nous est venu ce dicton:
- «Du côté de la barbe est la toute-puissance.»
-
-
-
-
-MADAME CLORINDE
-
-
- La semaine dernière, à travers mon binocle,
- Étant à l'Opéra,
- --Mignonne statuette enlevée à son socle--
- Je vis passer un rat.
-
- Mais un rat, sur ma foi, de structure divine,
- Un rat fluet, coquin;
- Bouche-fleur, perles-dents, avec des pieds de Chine,
- Et l'oeil américain.
-
- Des quinquets de la rampe où je voyais reluire
- Les coins d'or de ses bas,
- Elle jetait à tous un agaçant sourire
- Entre deux entrechats.
-
- Ses bras nus paraissaient appeler des caresses,
- Arrondis ou tombants,
- Tandis que sur son dos battaient deux folles tresses
- Et deux noeuds de rubans.
-
- Pas vingt ans!--Et déjà, ses ennuis, ses caprices,
- Qui pourrait les compter?
- Et combien t'ont donné, petit rat de coulisses,
- Leur coeur à grignotter!
-
-
-
-
-LE MUSICIEN
-
-POËME
-
-DÉDIÉ A M. JULES DE GÈRES
-
-
-I.
-
- Dans une rue extrêmement tranquille,
- Au bord de l'eau, près de Saint-Louis-en-l'IIe,--
- Est au cinquième, un pauvre appartement,
- Par le soleil visité rarement.
- Rien c'est moins gai que ce froid domicile:
- Le plancher ploie, et le plafond jauni
- A des soupirs de vieillesse et d'ennui.
- Là, chaque meuble est d'une étrange mode,
- D'un siècle éteint pâle et soigneux reflet:
- Boule a fourni l'armoire et la commode,
- Le Directoire a sculpté le buffet.
- Sur le foyer, un miroir de Venise
- S'incline encore, à demi-détamé,
- Devant l'oeil bleu d'une ombre de marquise
- Qui lui sourit dans son cadre enfumé.
-
- Vers la croisée, au fond d'une bergère,
- --Matin et soir,--à l'ombre du rideau,
- Est un vieillard qui, d'une main légère,
- A son archet fait chanter un rondeau.
- Il est petit, de mine guillerette;
- Son oeil tremblotte,--et sa jambe maigrette
- Bat la mesure avec précision.
- Toute son âme est dans son violon.
- Un vieil habit, fait d'une étoffe bleue,
- Grimpe au sommet de son chef dépouillé;
- Sur le collet trotte une mince queue
- Dans un ruban, lézard entortillé.
- Quatre-vingts ans ont rendu respectable
- Aux yeux de tous ce pauvre et frêle corps,
- D'où la pensée à jamais regrettable
- Fuit chaque jour en plus faibles accords.
-
- Un peu plus loin est assise sa fille,
- --Vieille déjà,--qui travaille à l'aiguille.
-
- Monsieur Médard est de l'ancien parti
- Contre Mozart, Gluck _e tutti quanti_;
- L'art actuel n'a plus rien qui l'inspire,
- Et quand Paris court à Donizetti,
- Son violon se plaît seul à redire
- Les airs charmants d'_Azor_ et de _Zémire_.
- Il a gardé son culte tout entier
- Aux souvenirs du beau siècle dernier
- Et le plaisir dans ses rides se joue
- Quand, chevrottant un morceau du _Devin_,
- Il se souvient qu'à cet endroit divin
- Le grand Rousseau l'a tapé sur la joue.
- Dans ce temps-là, monsieur Médard était
- Jeune et fringant, il courait les ruelles.
- De l'Opéra, que sans cesse il hantait,
- Mieux que personne il savait les nouvelles.
- S'il voulait bien, que ne dirait-il pas?
- Combien de fois, pour mainte peccadille,
- Il a risqué ses jours à la Bastille!
- Il disputa, raconte-t-il tout bas,
- Un mois entier le coeur d'une danseuse
- A certain duc de maison vaniteuse;
- Et c'étaient là de ses moindres ébats.
-
- Ce n'était rien pourtant qu'un pauvre diable,
- Léger vêtu, qui courait le cachet;
- Mais il avait un esprit agréable,
- Vingt ans à peine, une mine sortable,
- L'oeil bien fendu, puis un bon coup d'archet.
- Plus tard, d'ailleurs, il le fit reconnaître:
- Son coup d'essai valut un coup de maître.
- Il débuta, je crois, dans _le Buron_,
- --Pièce en couplets, fort médiocre en somme,--
- Par un duo pour flûte et violon,
- Qui lui valut, grâce à Monsieur Anseaume,
- D'être placé dans les premiers dessus,
- Près du souffleur, au pied de mille écus.
-
- Ce fut alors qu'il épousa sa femme.
- Son souvenir lui déchire encor l'âme.
- Lui, dont le coeur avait souvent battu,
- N'avait jamais osé rêver de vierge
- Plus rayonnante en sa jeune vertu.
- Elle tenait une petite auberge.
- --Avez-vous vu qu'au seuil d'un cabaret
- Jamais minois fripon et vin clairet
- Dans aucun temps, dans aucune patrie,
- Aient laissé froid un fils de Polymnie?
- Notre Médard était trop de son temps
- Pour dédaigner alors un tel usage:
- Chaque bouchon recevait son hommage,
- Mais celui-ci rendit ses goûts constants.
- On l'y voyait du soir jusqu'à l'aurore
- Venir gaîment s'accouder, verre en main,
- Pour revenir le lendemain encore,
- Plus altéré d'amour et de bon vin.
- Il l'épousa.--Quarante-cinq années
- D'un doux bonheur, qui leur furent données,
- Rouvrent toujours dans le coeur du vieillard
- L'amer regret de l'éternel départ.
-
- Ils habitaient tous deux cette chambrette,
- Quand de Feydeau l'insolent directeur
- Lui fit savoir, comme grande faveur,
- Qu'on l'admettait à prendre sa retraite.
- Il en tomba malade. Son orgueil,
- Contre un tel coup, se trouva sans défense
- Mais il jura de venger cette offense,
- Dût Apollon couvrir son front de deuil.
- Il fut longtemps pensif, acariâtre;
- Puis, un matin, pour punir son pays,
- Il s'engagea dans un petit théâtre
- De pantomime, au faubourg Saint-Denis.
- Mais l'énergie en lui s'était usée:
- De son talent aucun ne s'aperçut;
- Et quand sa femme en ce temps-là mourut,
- Il s'en revint, l'âme à demi-brisée,
- Finir sa vie où son coeur la connut.
-
- C'est dans ces lieux,--où veille son histoire
- En riens charmants inscrits en mille endroits,--
- Qu'il a vécu, recueillant sa mémoire,
- Entre ces murs aujourd'hui gris et froids,
- Tristes de tout le bonheur d'autrefois.
- Sa fille coud; lui, fredonne à voix basse,
- Ou, quelquefois, abandonnant sa place,
- Il va chercher, de l'air le plus discret,
- Un vieux cahier dans un tiroir secret.
- Il en essuie avec soin la poussière;
- Avec respect son oeil le considère,
- Car c'est son oeuvre à lui, son opéra!
- Dans tous les temps il en a fait mystère;
- Après sa mort seulement on l'aura.
- C'est là dedans qu'il a mis son génie,
- Qu'il a versé sa joie et son regret;
- Il l'a refait quatre fois. Le sujet
- En est tiré de la mythologie.
- --Aussi, faut-il le voir en cet instant,
- La main tremblante et le coeur palpitant,
- Comme il le tient! afin qu'on ne l'emporte,
- Pour un voleur lui-même on le prendrait.
- D'un pied furtif il va fermer la porte;
- Et, revenant près de son chevalet,
- Sur son archet il pose la sourdine,
- De peur--qui sait?--qu'une oreille voisine,
- En entendant ces chants venus des cieux,
- Ne lui ravisse un bien si précieux!
-
- Ah, ces jours-là, ce sont ses jours de fête!
- Monsieur Médard alors n'a plus sa tête:
- Et qu'en passant monte, l'après-midi,
- Un de ces vieux, d'humeur encor follette,
- Par le soleil de printemps dégourdi,
- En route, allons,--et vive la goguette!
- Tous deux s'en vont, l'un sur l'autre appuyés,
- Guiguant de l'oeil la blonde et la brunette,
- Cahin caha, souriant et ployés,
- S'entretenant de choses d'amourette.
- A la barrière, aux _Amis du Printemps_,
- Quand vient le soir, attablés sous la treille,
- Chacun demande à la dive bouteille
- Une heure encor des rêves de vingt ans.
- On cause, on jase, on dit ses escapades;
- On se demande avec étonnement
- Où sont allés les anciens camarades--
- Et l'on se tait mélancoliquement.
- Puis vient la nuit tendre ses sombres voiles,
- Avec le vent qui souffle aux alentours
- Il faut partir, on sent ses pas moins lourds,
- Et l'on revient aux premières étoiles,
- En chantonnant tout le long des faubourgs
- Quelque refrain égrillard des vieux jours.
-
- Mais en voyant de loin poindre son gite,
- Monsieur Médard sent la peur qui l'agite.
- Il se souvient que sa fille l'attend,
- Et que sans doute au logis, en rentrant,
- Il va trouver un oeil froid et sévère,
- Comme jadis était l'oeil de sa mère.
- En y songeant, son pas devient plus lent,
- Près d'arriver, il regarde, il hésite...
- Timidement il monte les degrés.
- Pauvre vieillard! ses pas mal assurés
- Certainement vont le trahir bien vite!
- --Bonsoir, ma fille...,--et, se sentant broncher,
- En l'embrassant, monsieur Médard évite
- De rencontrer ce regard qui s'irrite.
- Et, tout honteux, il s'en va se coucher.
-
-
-II.
-
- Sa fille est tout le portrait de sa mère,
- Sauf qu'en naissant la grêle la marqua.
- Le ciel lui fit une existence amère
- Et la tristesse à son coeur s'attaqua.
- Elle n'a point connu dans son jeune âge
- Les doux instants de rêve et de loisir;
- Jamais l'amour à son pâle visage
- N'a fait monter la flamme du désir;
- Jamais le soir, une heure à sa croisée,
- Ne la surprit, la tête dans la main,
- A regarder, pensive sans pensée,
- Monter la lune au firmament serein,
- Comme une fleur qu'un coup de vent déchire
- Dès son aurore, au bord du rameau vert,
- Elle a perdu tout charme et tout sourire,
- Son coeur n'est plus qu'un calice désert.
- Dieu la conquit à lui dès son enfance
- Et lui ferma tout terrestre bonheur;
- En l'autre vie est sa seule espérance
- Et dans l'attente elle apaise son coeur.
- Un voile noir couvre son front austère:
- Avec orgueil portant le célibat,
- Elle promène, aussi sage que fière,
- Ses quarante ans de vertu sans combat.
-
- Patiemment dans cette solitude
- Ses jours pieux s'écoulent. Après Dieu,
- Son pauvre père est la seule habitude
- Qui la fait vivre et la distrait un peu.
- Ainsi s'en vont--ô l'énigme profonde!--
- Toutes les deux, ces âmes au déclin:
- L'une si pleine avec l'amour du monde,
- L'autre si vide avec l'amour divin!
-
- C'était au mois d'octobre ou de novembre.
- Monsieur Médard avait quitté sa chambre,
- Et, lentement, sur la fin d'un beau jour,
- Ils respiraient le frais au Luxembourg.
- Le bon vieillard, qui la croit jeune et belle,
- Car à présent sa mémoire chancelle,
- Tout en marchant, vint à lui conseiller,
- Se faisant vieux, lui, de se marier;
- --Car, disait-il, si la parque cruelle
- De mes instants tranchait soudain le fil,
- Ma pauvre enfant, où ton pas irait-il?--
- Puis il se tut. La nuit était muette.
- Par intervalle on surprenait le vent
- Qui se plaignait comme une âme inquiète.
- La pauvre fille avait baissé la tête
- Et murmuré ces deux mots:--Au couvent.
- En ce moment, amoureuses rafales,
- On entendit chanter quelques passants;
- C'étaient des traits, des cadences finales.
- Monsieur Médard sentit à leurs accents
- Se réveiller ses haines musicales.
- Il tressaillit,--et comprimant le bras
- De sa compagne, il redoubla le pas.
- Du Luxembourg au plus vite ils sortirent,
- Et dans la nuit leurs ombres se perdirent...
-
-
-
-
-CONTRADICTION
-
-
- Quand c'est tout de bon que j'aime,
- Adieu chanson et poëme!
- Dans mon esprit à l'envers
- Je ne trouve plus un vers.
-
- Il me souvient que Constance
- Me demanda quelque stance
- Sur son amour et le mien.
- Bah! cela ne valut rien.
-
- Et vraiment je m'en étonne,
- Car elle était simple et bonne,
- Et, pendant un an ou deux,
- Nous vécûmes fort heureux.
-
- D'où vient donc que cette femme
- N'a su toucher que mon âme,
- Et que j'ai si mal rimé
- Ce que j'ai le mieux aimé?
-
-
-
-
-SEULE
-
-SONNET
-
-
- Elle est morte bien jeune, elle est morte bien belle,
- Par un matin d'avril frileux et souriant,
- Douce, et rêvant de Dieu, sans laisser derrière elle
- Les larmes d'une mère ou l'effroi d'un enfant.
-
- Nul ne la connaissait, car, du bout de son aile,
- Son bon ange gardien la voilait. Et pourtant
- Son coeur, son pauvre coeur, jusqu'à la mort fidèle,
- S'était pris sans espoir d'un amour éclatant.
-
- Mais tous l'ont ignoré; le temps de sa jeunesse,
- Monotone et caché, s'est enfui sans ivresse.
- Elle a vécu sans faste, elle est morte sans bruit;
-
- Aucun n'a recueilli les trésors de cette âme.
- Ainsi passent--parfums perdus! stérile flamme!--
- L'étoile dans le jour et la fleur dans la nuit.
-
-
-
-
-MADAME CLORINDE
-
-
- Puisque, avant le dessert, la fatigue t'a prise,
- Belle et chétive enfant, qui n'est pas même grise,
- Et, qu'à peine au début de nos propos joyeux,
- Les éclairs des flacons ont vaincu tes grands yeux,
- Puisque ton bras lassé s'est posé sur la nappe,
- Que le bâillement, seul, de tes lèvres s'échappe,
- Que ton cou s'alanguit et que ton front s'endort;
- Sur ce sopha défait, aux coussins à glands d'or,
- --Quoique pour une nuit entière on t'ait payée--
- Va dormir un instant, dans tes cheveux noyée.
-
-
-
-
-UNE DATE
-
-
-I.
-
- Au gai roman de ma jeunesse
- J'ai fait une corne ce soir.
- Je te ferme, le temps est noir,
- Petit livre si plein d'ivresse.
-
- Adieu chansons, tout est fini,
- Faisons place à la politique.
- Cette seconde République
- Pour ses rêveurs n'a pas un nid.
-
- Nos récits étaient des sornettes.
- L'heure est venue où les poëtes
- Ne seront pas plus regardés
- Que bretteurs ou pipeurs de dés.
-
- Le monde, saturé de fables,
- Délaisse petit à petit
- Les pages où ces pauvres diables
- Mettaient leur coeur et leur esprit.
-
- Maigres comme des télégraphes,
- Sous les balcons errants et las,
- On vide sur eux des--carafes.--
- Comme aux amoureux, dans _Gil Blas_...
-
- Où chercher maintenant fortune?
- L'Icarie est bien loin de nous;
- Et puis, d'ailleurs, s'il en est une,
- Elle est pour les planteurs de choux.
-
- Que le ciel ne m'a-t-il fait naître
- Comme ce bourgeois gras et blond,
- Si bien mis, et si content d'être,
- Qu'il n'en demande pas plus long?
-
- Qu'ai-je fait à la Providence
- Pour n'être pas tout simplement
- Homme de peine et de silence,
- Pêcheur breton, meunier normand?
-
- Officier de cavalerie
- Jouant au billard chaque soir
- Et faisant une cour fleurie
- Aux demoiselles de comptoir?
-
- Surnuméraire à la marine,
- Ayant de l'ordre et du crédit,
- Avec des manches en lustrine
- Pour ne point gâter mon habit?
-
- Ou boutiquier dans ma boutique,
- Marié, bête, matinal,
- Attendant venir la pratique
- En lisant le _National_?
-
-
-II.
-
- Si quelque ambition grotesque
- Allait cependant me venir!
- Eligible, je le suis presque;
- Qui me dira mon avenir?
-
- D'une Constituante en peine
- Irai-je un jour grossir les rangs?
- Serinette républicaine,
- Harmonica de vingt-cinq francs!
-
- Serai-je,--que le ciel m'en garde!--
- Rêveur hissé sur un pavois,
- Moitié tribun et moitié barde,
- Bras inerte, éloquente voix?
-
- Publiciste, ayant pour amantes
- Les Némésis aux bras flétris
- De mes colères écumantes
- Inondant le premier Paris?
-
- Ou pamphlétaire de ruelles,
- Comme Timon l'Athénien,
- Timon, démocrate en dentelles,
- Vicomte en bonnet phrygien?
-
- Irai-je, gonflé de misère,
- La nuit, devant un suif tremblant,
- Pâle Archiloque de gouttière,
- Rimer des odes au pain blanc?
-
-
-III.
-
- O contrastes impitoyables!
- Jamais on ne vit ciel plus bleu,
- Air plus doux, nuits plus admirables,
- Qu'en ces temps de sang et de feu.
-
- Au milieu des guerres civiles,
- Au plus fort des combats de juin,
- Quand on fusillait des mobiles
- Aux barreaux des marchands de vin;
-
- Quand on jetait par les fenêtres
- Des bouteilles de vitriol,--
- Toujours résonnaient dans les hêtres
- Les poëmes du rossignol;
-
- Chaque soir, la lune coquette
- Se mirait dans le lac plissé,
- Comme ferait une grisette
- Dans un coin de miroir cassé;
-
- Car c'est le temps des jeunes brises,
- Le temps où tout chante, où tout plaît,
- Où Rousseau jetait des cerises
- A mademoiselle Galley;
-
- Où plus d'un de nous s'achemine,
- La cravate un peu de côté,
- Seul, vers la rivière voisine,
- Pour prendre un bain d'éternité.
-
-
-IV.
-
- Vivre, eh Dieu! la pauvre merveille!
- Morne chanson, morne refrain!
- Ce que nous avons fait la veille,
- Nous le ferons le lendemain:
-
- Nous arpenterons sans mystère
- Toujours les mêmes boulevards,
- Et la même Cité Bergère,
- Avec le même pont des Arts.
-
- Combattant la même paresse,
- Le matin nous retrouvera;
- Et, le soir, la même maîtresse
- Sur sa gorge nous vieillira.
-
- Nos coeurs, tristes petites bêtes,
- Ne battront qu'une ou deux fois l'an;
- Et, dans quinze ans, nos pauvres têtes...
- _Mais où sont les neiges d'antan?_
-
- Car, grâce au public insensible,
- Pour nous, vainement révoltés,
- La lutte se fait impossible
- Avec les faiseurs effrontés.
-
- Et lorsque ainsi l'on nous dispute
- La renommée avec le pain,
- On s'étonne que dans la lutte
- Notre accent devienne hautain.
-
- Que pour tant de stupides oeuvres
- Nous n'ayons égard ni bon ton,
- Et que pour la chasse aux couleuvres
- Il nous suffise d'un bâton.
-
- Ah! race de marchands du Temple,
- Mais du Temple infect de Paris,
- Qu'un de vous sans rougir contemple
- Notre légion d'appauvris:
-
- Nos poëmes qui trop tard règnent
- Veulent un rude enfantement,
- Car nos flancs sont des flancs qui saignent.
- Toute ode suppose un tourment.
-
- Eh bien! donc, tombons sans murmure,
- Tombons comme des orgueilleux!
- La conscience, c'est l'armure
- Des poëtes, ces derniers preux!
-
-
-
-
-MUEZZIN.
-
-
-I.
-
- Ce matin, penché, seul à ma fenêtre,
- L'ombre autour de moi pleine de rumeurs
- Triste, j'attendais le jour à paraître,
- L'oeil vers l'orient aux rouges lueurs.
-
- La nuit s'enfuyait, honteuse et surprise,
- Le ciel éteignait les pâles regards;
- Et, des noirs buissons qu'agitait la brise,
- Pensif, j'écoutais les souffles épars.
-
- Mais quand je sentis, ployé sous l'extase,
- De lumière et d'or mon front inondé,
- Tandis que, partout, comme l'eau d'un vase,
- Le jour ruisselait du ciel débordé;
-
- Quand les peupliers et quand la prairie,
- Avec le ruisseau, chantèrent en choeur,
- Quand je vis briller les _fils-de-Marie_,
- Je sentis la paix monter à mon coeur.
-
- Mille oiseaux jasaient, je me sentais vivre,
- D'un chaste bonheur mon coeur se berçait;
- Et c'était pour moi, qui d'un rien m'enivre,
- Comme un frais bonjour que Dieu m'adressait.
-
-
-II.
-
- Et voyant ainsi le ciel me sourire,
- Pour que votre esprit ne fût pas jaloux,
- A mon tour aussi j'ai voulu vous dire
- Que le ciel s'était levé bleu sur vous.
-
- Car peut-être alors, belle paresseuse,
- Les volets fermés à l'éclat des cieux,
- Vous pensiez--souvent l'aurore est berceuse--
- A tout ce qui fait le front soucieux.
-
- Vous pensiez aux jours de courte durée
- Qui laissent en nous si longs souvenirs,
- A l'espoir qui passe en robe dorée,
- Haillons rattachés avec des saphirs!
-
- Vous pensiez sans doute à tout ce qu'emporte
- L'ombre qui décroît, voile replié,
- Au rayon qui vient quand la fleur est morte,
- Au malheur qui fuit sans être oublié.
-
- Vous pensiez, tendant l'oreille aux mensonges
- Qu'à votre chevet souffle le sommeil,
- Qu'il valait bien mieux poursuivre des songes
- Que de tant hâter l'heure du réveil;
-
- Que peut-être, hélas! le jour qui va luire
- Sera triste et noir, et plein de courroux,
- Et voilà pourquoi j'ai voulu vous dire
- Que le ciel s'était levé bleu sur vous.
-
-
-
-
-AUTRE BONJOUR
-
-
- Comment vous portez-vous, adorable Éliante?
- Sur la pointe du pied j'entre en votre boudoir;
- C'est l'heure du lever, midi, l'heure élégante;
- Phébus cligne aux volets et demande à vous voir.
-
- Au bord de l'oreiller où votre tête glisse,
- Gageons que la rosée aura sur votre teint,
- En passant, secoué son bouquet de narcisse
- Encore tout trempé des perles du matin.
-
- Ne vous étonnez pas si, dans votre ruelle,
- Comme faisaient jadis les abbés-papillons,
- Je viens, gazette en main, vous dire la nouvelle,
- Et sur votre guitare accorder mes flonflons.
-
- Sur ce tabouret-là souffrez que je m'asseoie;
- Je détournerai l'oeil autant que vous voudrez,
- Et vous ferai passer votre mule de soie
- Entre les deux rideaux, quand vous vous chausserez.
-
-
-
-
-MADAME CLORINDE
-
-
- L'autre nuit, comme ils étaient onze
- Qui soupaient à la Maison-d'Or,
- Sous une table aux pieds de bronze
- Deux d'entre eux parlaient d'elle encor:
-
- --Elle est morte, c'est grand dommage,
- La perle du quartier Bréda!
- Mieux eût valu pour ce voyage
- S'en aller Rosine ou Clara.
-
- C'était une petite blonde,
- Née à seize ans et morte à vingt;
- Enfant qui trop tôt vint au monde,
- Enfant qui trop tôt s'en revint.
-
- Un des princes de la finance
- L'avait tirée on ne sait d'où.
- Chez elle éclatait l'élégance:
- Il l'entourait d'un luxe fou.
-
- Dans les plis d'un peignoir cachée,
- Ses genoux sous elle tapis,
- Rêveuse, elle vivait couchée
- Sur les fleurs de son grand tapis.
-
- Nulle n'était plus provoquante
- Dans nos nuits de pompeux gala;
- A la fois marquise et bacchante:
- C'était Clorinde!--Pleurons-la.
-
- Adieu, notre jeune compagne;
- Tu t'en vas au milieu du jour,
- L'estomac ruiné de champagne
- Et le coeur abîmé d'amour.
-
- Un menuisier, une portière,
- Deux personnes uniquement,
- La suivirent au cimetière:
- Sa mère et son premier amant.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES.
-
-
- Ode à l'ivresse. 7
- En médoc: poëme. I. 17
- -- II. 21
- -- III. 27
- -- IV. 31
- -- V. 35
- -- VI. 39
- -- VII. 43
- -- VIII. 47
- -- IX. 51
- A Théophile Gautier. 57
- Bonne humeur. 65
- Madame Clorinde. 69
- Le musicien: poëme. I. 73
- -- II. 83
- Contradiction. 89
- Seule. 93
- Madame Clorinde. 97
- Une date. I. 101
- -- II. 105
- -- III. 107
- -- IV. 109
- Muezzin. I. 115
- -- II. 117
- Autre bonjour. 121
- Madame Clorinde. 125
-
-
-BORDEAUX.--TYP. GOUNOUILHOU.
-
-
-
-
-DU MÊME AUTEUR.
-
-EN VENTE
-
-
-Statues et Statuettes; 1 vol. in-18, format Charpentier.
-
-Histoire du tribunal révolutionnaire; 1 vol. in-18, format Charpentier.
-
-Rétif de la Bretonne; 1 vol. in-12, avec portrait et autographe (tiré à
-500 exemplaires seulement, sur vergé, vélin, Hollande et papier rose).
-
-Les Aveux d'un pamphlétaire; 1 vol. in-32 collection diamant.
-
-Monsieur de Cupidon; 1 vol. in-18, format Charpentier.
-
-Figurines parisiennes; 1 vol. in-32 (collection mignonne).
-
-
-SOUS PRESSE
-
-L'Inassouvi; 1 vol. in-18, format Charpentier.
-
-
-Bordeaux.--Typ. G. GOUNOUILHOU, place Puy-Paulin, 1.
-
-
-
-
-Note du transcripteur
-
-
-Hormis la couverture, l'original est imprimé à l'encre rouge.
-
-
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Les vignes du Seigneur, by Charles Monselet
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES VIGNES DU SEIGNEUR ***
-
-***** This file should be named 63470-8.txt or 63470-8.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/6/3/4/7/63470/
-
-Produced by René Galluvot (This file was produced from
-images generously made available by The Internet
-Archive/Canadian Libraries)
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
-specific permission. If you do not charge anything for copies of this
-eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
-for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
-performances and research. They may be modified and printed and given
-away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
-not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
-trademark license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country outside the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you'll have to check the laws of the country where you
- are located before using this ebook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
-Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
-trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
diff --git a/old/63470-8.zip b/old/63470-8.zip
deleted file mode 100644
index 65a4fcb..0000000
--- a/old/63470-8.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/63470-h.zip b/old/63470-h.zip
deleted file mode 100644
index 5462b91..0000000
--- a/old/63470-h.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/63470-h/63470-h.htm b/old/63470-h/63470-h.htm
deleted file mode 100644
index ac0fe7e..0000000
--- a/old/63470-h/63470-h.htm
+++ /dev/null
@@ -1,2237 +0,0 @@
-<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
- "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
-
-<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr">
-<head>
-<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" />
-<title>
- The Project Gutenberg eBook of Les Vignes du seigneur, by Charles Monselet.
-</title>
-<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" />
-<style type="text/css">
-
-p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em;
- margin: .3em 0;}
-
-h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; }
-h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; }
-h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 2em 0 1em 0; }
-
-div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0;
- margin: 1em 0; }
-
-.large { font-size: 130%; }
-.small, small { font-size: 90%; }
-
-i em { font-style: normal; }
-i sup { padding-left: .25em; }
-
-.sc { font-variant: small-caps; }
-
-
-.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; }
-.stanza { margin-top: 1em; }
-.verse { padding-left: 20%; text-indent: -20%; }
-.i1 { text-indent: -15%; }
-.i2 { text-indent: -10%; }
-.i3 { text-indent: -5%; }
-
-
-p.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; }
-p.r { text-align: right; }
-
-hr { width: 20%; margin: 1em 40%; }
-
-
-a { text-decoration: none; }
-
-sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; }
-
-
-table { margin: 1em auto; }
-td { vertical-align: top; }
-td.c { text-align: center; }
-td.gap { padding: 1em 0 .7em 0; }
-td.num { text-align: right; vertical-align: bottom; padding-left: 1em; }
-
-span.c { text-align: center; }
-span.w85 { display: inline-block; min-width: 8.5em; }
-span.w8 { display: inline-block; min-width: 8em; }
-span.w45 { display: inline-block; min-width: 4.5em; }
-span.w4 { display: inline-block; min-width: 4em; }
-
-.trnote { font-family: sans-serif; font-size: 95%;
- padding: .5em; margin: 3em 5% 1em 5%;
- border: thin dotted; background: #F0F0F0; }
-.trnote h2 { margin: .5em 0; }
-
-.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em;
- text-decoration: none; font-style: normal; }
-.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; }
-.footnote .label { }
-
-div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; }
-.break, .chapter { margin-top: 4em; }
-
-img { max-width: 100%; }
-
-@media screen {
- body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; }
-}
-
-@media handheld {
- .break, .chapter { page-break-before: always; }
- .top4em { padding-top: 4em; }
- .nobreak { page-break-before: avoid; }
-}
-
-</style>
-</head>
-<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Les vignes du Seigneur, by Charles Monselet
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Les vignes du Seigneur
-
-Author: Charles Monselet
-
-Release Date: October 16, 2020 [EBook #63470]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES VIGNES DU SEIGNEUR ***
-
-
-
-
-Produced by René Galluvot (This file was produced from
-images generously made available by The Internet
-Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-<div class="break"></div>
-<p class="c large top4em">CHARLES MONSELET</p>
-
-<h1><span class="large">LES VIGNES</span><br />
-DU SEIGNEUR</h1>
-
-<p class="c"><span class="large">PARIS</span><br />
-VICTOR LECOU, ÉDITEUR<br />
-<span class="small">LIBRAIRIE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES</span><br />
-10, rue du Bouloi, 10</p>
-
-<p class="c">1854</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch1">ODE A L'IVRESSE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Ivresse chaude et forte,</div>
-<div class="verse i3">A qui j'ouvre ma porte</div>
-<div class="verse i3">Les jours de désespoir,</div>
-<div class="verse i3">Ivresse, viens ce soir.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Viens, éclate et flamboie!</div>
-<div class="verse i3">Ivresse, sois ma joie;</div>
-<div class="verse i3">Apaise à flots pressants</div>
-<div class="verse i3">La soif de tous mes sens.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Viens, nous irons, ma chère,</div>
-<div class="verse i3">Voir sous le réverbère</div>
-<div class="verse i3">Les ivrognes ronflants</div>
-<div class="verse i3">Et rouges de vins blancs;</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Et ces fakirs des halles,</div>
-<div class="verse i3">Qui rêvent sur les dalles</div>
-<div class="verse i3">D'un cabaret impur,</div>
-<div class="verse i3">Les yeux fixés au mur.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Sur le seuil des tavernes,</div>
-<div class="verse i3">Trébuchants, les yeux ternes,</div>
-<div class="verse i3">Ta bouche me dira</div>
-<div class="verse i3">Hoffmann et Lantara.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Quelle forme enchantée,</div>
-<div class="verse i3">Courtisane-protée,</div>
-<div class="verse i3">Quel costume impromptu</div>
-<div class="verse i3">Pour moi vêtiras-tu?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Auras-tu robe blanche,</div>
-<div class="verse i3">Col étroit, lourde hanche,</div>
-<div class="verse i3">Et, Champagne engageant,</div>
-<div class="verse i3">La couronne d'argent?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Seras-tu la coquine</div>
-<div class="verse i3">Et svelte Médocquine,</div>
-<div class="verse i3">Qu'on boit à petit feu,</div>
-<div class="verse i3">Fille de Richelieu?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ou la Flamande épaisse,</div>
-<div class="verse i3">Honneur de la kermesse!</div>
-<div class="verse i3">Dont Brauwer le fripon</div>
-<div class="verse i3">Tracasse le jupon?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Terrible ou caressante,</div>
-<div class="verse i3">Pâlie ou rougissante,</div>
-<div class="verse i3">Au diable l'embarras!</div>
-<div class="verse i3">Viens comme tu voudras;</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Viens, pourvu que je voie,</div>
-<div class="verse i3">Vieille fille de joie,</div>
-<div class="verse i3">Étinceler encor</div>
-<div class="verse i3">L'eau-de-vie aux yeux d'or,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Sans voile, sans agrafe,</div>
-<div class="verse i3">Toute nue, en carafe,</div>
-<div class="verse i3">Éclair emprisonné</div>
-<div class="verse i3">Sous le cristal orné!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Viens, je suis ton poëte!</div>
-<div class="verse i3">Avant que je te jette</div>
-<div class="verse i3">Mes bras autour du cou,</div>
-<div class="verse i3">Va mettre le verrou.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Est-ce que tu me boudes?</div>
-<div class="verse i3">Pose là tes deux coudes,</div>
-<div class="verse i3">Et, pendant que je bois,</div>
-<div class="verse i3">Parle-moi d'autrefois.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Te souvient-il, drôlesse,</div>
-<div class="verse i3">De ma grande tristesse</div>
-<div class="verse i3">Et des pleurs insensés</div>
-<div class="verse i3">Que nous avons versés?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Heures trop tôt flambées!</div>
-<div class="verse i3">Grosses larmes tombées!</div>
-<div class="verse i3">Fureurs sous les balcons!</div>
-<div class="verse i3">Délires sans flacons.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Bah! si je vous regrette</div>
-<div class="verse i3">C'est peut-être en poëte;</div>
-<div class="verse i3">Et peut-être ai-je tort</div>
-<div class="verse i3">De croire mon c&oelig;ur mort.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">L'amour! je le retrouve,</div>
-<div class="verse i3">Chaud comme sang de louve,</div>
-<div class="verse i3">Au fond du verre ardent</div>
-<div class="verse i3">Qui grince sous ma dent.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Mettre, ô folle merveille!</div>
-<div class="verse i3">Des baisers en bouteille,</div>
-<div class="verse i3">Et, comme une liqueur,</div>
-<div class="verse i3">Boire à longs traits son c&oelig;ur!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Aussi bien, ma maîtresse,</div>
-<div class="verse i3">C'est toi, toi seule, Ivresse!</div>
-<div class="verse i3">Et, dans tes bras de feu,</div>
-<div class="verse i3">A tout j'ai dit adieu.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ah! comme je t'adore,</div>
-<div class="verse i3">Effroyable Pandore!</div>
-<div class="verse i3">Pourtant, je te le dis,</div>
-<div class="verse i3">Souvent je te maudis.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Cet amour que j'étale</div>
-<div class="verse i3">Pour toi, belle brutale,</div>
-<div class="verse i3">On en sait le pourquoi:</div>
-<div class="verse i3">Tu ne trompes pas, toi!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Tu ne sais pas, d'usage,</div>
-<div class="verse i3">Avec un art sauvage</div>
-<div class="verse i3">Tirer les pleurs des yeux:</div>
-<div class="verse i3">Tu fais mourir, c'est mieux.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Viens, les coupes sont prêtes,</div>
-<div class="verse i3">Madère des tempêtes,</div>
-<div class="verse i3">Toi, gin qui fais les fous,</div>
-<div class="verse i3">Et vin à quatre sous!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Viens, il me faut la lutte</div>
-<div class="verse i3">Sous la table en culbute,</div>
-<div class="verse i3">Tous deux, à bras le corps,</div>
-<div class="verse i3">Et les yeux en dehors.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Les bouteilles qu'on casse,</div>
-<div class="verse i3">Les chaises que ramasse</div>
-<div class="verse i3">Le plaintif hôtelier,</div>
-<div class="verse i3">Tordant son tablier;</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Les coups, et puis la garde,</div>
-<div class="verse i3">Et le sang qu'on regarde</div>
-<div class="verse i3">Couler stupidement</div>
-<div class="verse i3">Sur le plancher fumant&hellip;</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Prends toute ma tendresse,</div>
-<div class="verse i3">Je t'appartiens, Ivresse;</div>
-<div class="verse i3">Maintenant c'est ton tour,</div>
-<div class="verse i3">Et que meure l'Amour!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Meurs, toi qui fus mon maître,</div>
-<div class="verse i3">Meurs deux fois;&mdash;et peut-être</div>
-<div class="verse i3">Qu'un jour, en frappant là,</div>
-<div class="verse i3">Plus rien ne répondra!</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch2">EN MÉDOC</h2>
-
-<p class="c small">POËME</p>
-
-
-<h3>I.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le pays de Médoc, c'est la verte oasis</div>
-<div class="verse">Qui s'élève au milieu des landes de Gascogne;</div>
-<div class="verse">Elle a des bois épais et des étangs fleuris,</div>
-<div class="verse">Et des nappes de vigne aux sentiers infinis,</div>
-<div class="verse">Belles à réjouir le poëte et l'ivrogne.</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle repose et tremble entre deux vastes eaux;</div>
-<div class="verse">L'Océan la dévore et le fleuve la berce;</div>
-<div class="verse">La Garonne l'endort au chant de ses roseaux;</div>
-<div class="verse">De son pied irrité la mer la bouleverse</div>
-<div class="verse">Et change tous les jours les dunes en tombeaux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le Médoc est charmant: il réjouit la vue;</div>
-<div class="verse">J'aime ses bourgs ombreux dans l'horizon noyés,</div>
-<div class="verse">Ses brouillards du matin et ses bas-fonds rayés,</div>
-<div class="verse">Ses pins toujours tremblants que traverse la nue,</div>
-<div class="verse">Ses innombrables ceps qui croissent par milliers</div>
-<div class="verse">Comme au pays normand font les petits pommiers.</div>
-<div class="verse">L'âge d'or dans son sein a renoué la trame</div>
-<div class="verse">Des anciens jours de paix, de labeur et de foi;</div>
-<div class="verse">Ses clochers ont des sons qui vont remuer l'âme;</div>
-<div class="verse">On y croit aux sorciers, on adore le roi.</div>
-<div class="verse">Ce ne sont, au soleil, que joyeuses familles,</div>
-<div class="verse">Jeunes femmes, enfants, brunes et fortes filles</div>
-<div class="verse">Dans les sillons rougis suivant les chariots;</div>
-<div class="verse">Alertes compagnons aiguillonnant l'allure</div>
-<div class="verse">Des grands b&oelig;ufs mugissants, qui portent pour parure</div>
-<div class="verse">Des grappes à leur tête en guise de grelots.</div>
-<div class="verse">Ce ne sont tous les jours que danses et délires,</div>
-<div class="verse">Que chansons appelant un ch&oelig;ur d'éclats de rires,</div>
-<div class="verse">Un tableau rencontré de Léopold Robert!</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est le pays fertile. Alentour, le désert.</div>
-<div class="verse">Alentour, l'étendue immobile et brûlante,</div>
-<div class="verse">La terre qui se tait quand la lumière chante,</div>
-<div class="verse">Le néant qui fait peur à l'âme et peur aux yeux.</div>
-<div class="verse">Alentour, la misère et sa nudité pâle,</div>
-<div class="verse">Le hâve paysan, frileux et souffreteux,</div>
-<div class="verse">Hissé sur ses grands bois, avec son chien honteux,</div>
-<div class="verse">Pourchassant en silence un noir troupeau qui râle,</div>
-<div class="verse">Le pêcheur dont on voit le talon s'essayer</div>
-<div class="verse">Sur le sable endormi qui peut se réveiller&hellip;</div>
-<div class="verse">Un jour sera, dit-on, où le vieux dieu Neptune</div>
-<div class="verse">Cessera de briser ses leviers souverains</div>
-<div class="verse">Et d'ébrêcher son sceptre aux cailloux de la dune:</div>
-<div class="verse">Jadis il a juré, par sa barbe aux longs crins,</div>
-<div class="verse">Qu'il viendrait engloutir le Médoc, à la lune,</div>
-<div class="verse">Avec tous ses tritons et ses vassaux marins!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch2p2">II.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Près du fleuve gascon, urne aux ondes moqueuses</div>
-<div class="verse">Entre Dignac, Loirac, Queyrac, Seurac, Cyvrac,</div>
-<div class="verse">Au milieu des grands crus et des villas fameuses,</div>
-<div class="verse">S'égare en vingt détours le bourg de Valeyrac.</div>
-
-<div class="verse stanza">De loin, on le pressent à ses plaines bénies,</div>
-<div class="verse">A ses oiseaux bavards, à ses poudreux buissons,</div>
-<div class="verse">A sa blanche fumée aux torsades bleuies.</div>
-<div class="verse">C'est ce riant hameau que tous nous connaissons.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les meules de foin vert à l'horizon groupées,</div>
-<div class="verse">Les vaches, les canards et les petits garçons,</div>
-<div class="verse">Des charrettes gisant dans un coin, éclopées;</div>
-<div class="verse">La place aux huit ormeaux; l'église, vis-à-vis,</div>
-<div class="verse">Où nous avons, enfants, communié jadis;</div>
-<div class="verse">Le bois, des deux côtés emprisonnant la vue,</div>
-<div class="verse">Qui penche sans un bruit ses massifs noirs et lourds</div>
-<div class="verse">Et finit au tournant de la maison prévue,</div>
-<div class="verse">La maison du berceau qui sait nos heureux jours,</div>
-<div class="verse">Et les jardins déserts où veillent nos amours!</div>
-
-<div class="verse stanza">On était en automne, et, par une embellie,</div>
-<div class="verse">L'aurore se levait, frissonnante et pâlie:</div>
-<div class="verse">Ses voiles teints de pourpre, échappés à ses doigts,</div>
-<div class="verse">Balançaient vaguement, comme une large écume,</div>
-<div class="verse">Les coteaux d'orient endormis dans la brume,</div>
-<div class="verse">Et jetaient cent lueurs aux tuiles des vieux toits.</div>
-<div class="verse">Tout dans le fond du parc et parmi la grande herbe,</div>
-<div class="verse">Ils allaient à pas lents, l'un sur l'autre appuyés,</div>
-<div class="verse">Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe,</div>
-<div class="verse">A travers la bruyère et les bleuets ployés.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ses blonds cheveux étaient noués à la Diane,</div>
-<div class="verse">Un lien de velours rouge en dessinait le tour;</div>
-<div class="verse">Et leurs anneaux tombant sur sa chair diaphane</div>
-<div class="verse">Ombrageaient son épaule au limpide contour.</div>
-<div class="verse">Un ruban, qui flottait, serrait sa taille fine;</div>
-<div class="verse">Elle avait mis à nu ses petits bras soyeux;</div>
-<div class="verse">Et, le long du chemin étroit et sinueux,</div>
-<div class="verse">Passait et repassait la blanche mousseline,</div>
-<div class="verse">Entre les arbrisseaux, entre les troncs noueux,</div>
-<div class="verse">Comme une jeune fée à l'&oelig;il qui la devine.</div>
-<div class="verse">Ces deux amants marchaient et se parlaient si bas,</div>
-<div class="verse">Que les lézards peureux ne s'en détournaient pas;</div>
-<div class="verse">Coquelicots et lys saluaient leur passage,</div>
-<div class="verse">Branches de s'agiter; et, du haut du feuillage</div>
-<div class="verse">Où d'invisibles nids dérobent leur séjour,</div>
-<div class="verse">Il leur tombait des chants de bonheur et d'amour!</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais les parents suivaient. Leur entretien, sans doute,</div>
-<div class="verse">A ce que je suppose, était moins attachant,</div>
-<div class="verse">Car ils parlaient très-fort, et d'instant en instant</div>
-<div class="verse">Coupaient par les sentiers pour abréger la route.</div>
-<div class="verse">On devinait soudain, à les apercevoir,</div>
-<div class="verse">La mère de Lucien et l'oncle de Nicette:</div>
-<div class="verse">L'une au maintien pieux, toujours vêtue en noir,</div>
-<div class="verse">Veuve encore attrayante et de mine discrète;</div>
-<div class="verse">L'autre, obèse et rougeaud, campagnard enrichi,</div>
-<div class="verse">Façon de Carabas engraissé par l'ennui.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ces gens-là possédaient une ancienne futaie,</div>
-<div class="verse">Séparée autrefois par une vive haie</div>
-<div class="verse">Où s'épanouissait Avril à son retour,</div>
-<div class="verse">Et par où les enfants s'entrevirent un jour.</div>
-<div class="verse">Ils étaient bien petits, la haie était bien close;</div>
-<div class="verse">«Les paroles passaient, mais c'était peu de chose.»<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a></div>
-<div class="verse">Mais au printemps prochain, quand les rayons premiers</div>
-<div class="verse">Revinrent entr'ouvrir les fleurs fraîches écloses,</div>
-<div class="verse">O bonheur! leurs deux fronts gagnèrent les rosiers</div>
-<div class="verse">Et leur premier baiser s'échangea dans les roses.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> La Fontaine: <i>Pyrame et Thisbé</i>.</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Lucien partit un jour, sa mère l'ordonna.</div>
-<div class="verse">Il allait à Paris terminer ses études.</div>
-<div class="verse">Que de pleurs, de serments, de gages on donna</div>
-<div class="verse">De part et d'autre! Adieu nos chères solitudes!</div>
-<div class="verse">Adieu notre Médoc, notre bonheur ancien!</div>
-<div class="verse">Nos chiffres enlacés sur l'écorce des chênes!</div>
-<div class="verse">Adieu, jusques au jour des vendanges prochaines!</div>
-
-<div class="verse stanza">Nicette soupira tous les jours.&mdash;Et Lucien?</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch2p3">III.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vingt ans et voir Paris! Fuir la province aimée,</div>
-<div class="verse">Cette vieille nourrice au front doux et songeur,</div>
-<div class="verse">Voir derrière ses pas la porte refermée,</div>
-<div class="verse">Sentir sécher l'adieu sur sa lèvre embaumée,</div>
-<div class="verse">Et s'en aller où va tout enfant voyageur!</div>
-<div class="verse">C'est le destin fatal.&mdash;Là-bas est la merveille,</div>
-<div class="verse">Dit une voit trompeuse à qui l'on tend l'oreille.</div>
-
-<div class="verse stanza">Lucien connut Paris; et, comme la plupart,</div>
-<div class="verse">Il se laissa gagner par de vaines chimères</div>
-<div class="verse">Qui, la rose aux cheveux et la flamme au regard,</div>
-<div class="verse">S'en vinrent le chercher, un matin qu'à l'écart</div>
-<div class="verse">Le souvenir faisait ses heures plus amères.</div>
-<div class="verse">Il ne posa d'abord qu'un pied indifférent</div>
-<div class="verse">Dans ce monde joyeux, qui le trouva de glace;</div>
-<div class="verse">Mais bientôt,&mdash;je ne sais quel charme l'attirant&mdash;</div>
-<div class="verse">Il entra tout entier et demanda sa place.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et ce fut de ce jour qu'à des épines d'or</div>
-<div class="verse">Il déchira son c&oelig;ur et perdit la sagesse;</div>
-<div class="verse">Et qu'à ce sol étroit attachant son essor,</div>
-<div class="verse">Il ne s'occupa plus qu'à vieillir sa jeunesse.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il connut de ce temps la sottise et les m&oelig;urs,</div>
-<div class="verse">Dépouilla désormais ses anciennes humeurs,</div>
-<div class="verse">Les femmes de toujours, les folles Cydalises,</div>
-<div class="verse">Dont les jours ne sont rien qu'un vif enivrement,</div>
-<div class="verse">Salamandres d'amour, de toute flamme éprises,</div>
-<div class="verse">Passèrent près de lui dans leur essaim charmant.</div>
-<div class="verse">Elles ne mettent plus, ainsi que les marquises,</div>
-<div class="verse">Ces mouches sur le teint qui faisaient l'&oelig;il moqueur,</div>
-<div class="verse">Les mouches d'à présent se portent sur le c&oelig;ur.</div>
-<div class="verse">Ce furent celles-là, Lucien, qui te perdirent,</div>
-<div class="verse">Lorsque à ton cou d'enfant elles se suspendirent,</div>
-<div class="verse">Et que de tes trésors de tendresse amassés</div>
-<div class="verse">Elle t'eurent tout pris, sans t'avoir dit: Assez!</div>
-
-<div class="verse stanza">Si bien qu'à la vendange où l'attendait Nicette,</div>
-<div class="verse">Quand s'en revint Lucien, espéré si longtemps,</div>
-<div class="verse">Il n'était plus le même,&mdash;ô surprise inquiète!&mdash;</div>
-<div class="verse">Il avait vu Paris, il n'avait plus vingt ans.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch2p4">IV.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Allons, les vendangeurs, la cloche vous appelle.</div>
-<div class="verse">Debout, et travaillez; c'est l'heure du réveil;</div>
-<div class="verse">L'horizon que sillonne une jeune étincelle</div>
-<div class="verse">S'ouvre comme un cratère et vomit un soleil!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et tous, dans le hangar où le maître les parque,</div>
-<div class="verse">Comme un bétail grossier sur la paille étendu,</div>
-<div class="verse">Hommes, femmes, enfants,&mdash;sans donner une marque</div>
-<div class="verse">De mécontentement, de sommeil suspendu,&mdash;</div>
-<div class="verse">Se lèvent pour avoir le pain qui leur est dû.</div>
-<div class="verse">Ce sont des paysans aux formes athlétiques,</div>
-<div class="verse">Taillés sur le patron des montagnards antiques,</div>
-<div class="verse">Avec des nerfs d'acier et des poitrails velus;</div>
-<div class="verse">Un sayon en lambeaux couvre à peine leur torse;</div>
-<div class="verse">Leur chair, comme le buffle, est d'une épaisse écorce,</div>
-<div class="verse">Et sans crainte de l'air ils pourraient aller nus.</div>
-
-<div class="verse stanza">Partons, mes vendangeurs, car le coteau ruisselle.</div>
-<div class="verse">Il se dresse éclatant, ses flancs semblent fumer,</div>
-<div class="verse">Il gémit sous la vigne: on dirait qu'il recèle</div>
-<div class="verse">Une haleine puissante et prompte à s'enflammer.</div>
-<div class="verse">Le cadavre géant de l'antique Cybèle,</div>
-<div class="verse">Qu'au fond du sol ardent va chercher le rayon,</div>
-<div class="verse">Se ranime et tressaille;&mdash;aux fentes du sillon</div>
-<div class="verse">On croirait voir percer le bout de sa mamelle.</div>
-
-<div class="verse stanza">On part, musique en tête. On gravit le coteau,</div>
-<div class="verse">On pose un pied glissant sur le sable qui grince;</div>
-<div class="verse">Puis, à chaque sentier, la troupe se fait mince:</div>
-<div class="verse">Ceux-ci sur le versant, ceux-là sur le plateau,</div>
-<div class="verse">S'égarent à loisir parmi les feuilles vertes;</div>
-<div class="verse">La vigne a remué ses branches entr'ouvertes,</div>
-<div class="verse">Et tous ont disparu comme sous un manteau.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le b&oelig;uf regarde au loin, traînant l'essieu qui crie,</div>
-<div class="verse">Car la charrette est pleine; et j'entends le bouvier</div>
-<div class="verse">Traîner ses sabots lourds sur la terre amollie.</div>
-<div class="verse">Le chien aboie et court,&mdash;on arrive au cuvier.</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est une cave immense, ou plutôt c'est un antre</div>
-<div class="verse">Où le vin en courroux monte au nez dès qu'on entre,</div>
-<div class="verse">Courant des piliers noirs au cintre surbaissé,</div>
-<div class="verse">&mdash;Un temple de Bacchus dans le sable enfoncé.&mdash;</div>
-<div class="verse">Comme un ch&oelig;ur de Titans, là sont d'énormes cuves</div>
-<div class="verse">Où la liqueur mugit comme dans des étuves.</div>
-<div class="verse">Douze à quinze garçons, du matin jusqu'au soir,</div>
-<div class="verse">Nu-jambes et nu-pieds dansent dans le pressoir,</div>
-<div class="verse">Une étrange vigueur en leurs veines circule:</div>
-<div class="verse">On les dirait piqués par une tarentule;</div>
-<div class="verse">Sous leurs talons nerveux, rouges et ruisselants,</div>
-<div class="verse">Dans la mare de bois les grappes s'éparpillent;</div>
-<div class="verse">Les raisins égorgés éclatent et pétillent;</div>
-<div class="verse">Ils courent éperdus, noyés, demi-saignants;</div>
-<div class="verse">Toujours monte et descend la brutale cheville,</div>
-<div class="verse">Le danseur infernal les brise sans les voir,</div>
-<div class="verse">La grappe aux longs bras nus comme un serpent sautille,</div>
-<div class="verse">La boisson turbulente écume,&mdash;tourne,&mdash;brille,</div>
-<div class="verse">Et s'égoutte en chantant au fond du réservoir!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch2p5">V.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">On n'avait pas encore atteint ces jours d'octobre</div>
-<div class="verse">Où de bruit et d'éclat la terre se fait sobre.</div>
-
-<div class="verse stanza">La chaleur était grande. Au lit de l'occident</div>
-<div class="verse">Le soleil retrempait son disque fécondant,</div>
-<div class="verse">Fier encor, rejetant son manteau par derrière</div>
-<div class="verse">Sur le seuil, où reluit une pourpre dernière,</div>
-<div class="verse">&mdash;Tête sans diadème et lente à s'effacer;&mdash;</div>
-<div class="verse">Tandis que, dans un coin du ciel lourd de l'automne,</div>
-<div class="verse">L'autre roi réveillé qui murmure et qui tonne,</div>
-<div class="verse">La foudre se rangeait pour le laisser passer!</div>
-<div class="verse">La prairie arrêtait ses herbes ondoyantes;</div>
-<div class="verse">Immobiles, sans bruit, les vagues haletantes</div>
-<div class="verse">Brûlaient et flamboyaient à ses derniers rayons,</div>
-<div class="verse">Et la colline aussi, d'arbres échelonnée,</div>
-<div class="verse">Et de rouges vapeurs bordée et couronnée,</div>
-<div class="verse">Dressait ses peupliers en muets bataillons;&mdash;</div>
-<div class="verse">Si qu'un vent étourdi les fouettant de ses ailes</div>
-<div class="verse">Jaillissaient aussitôt des milliers d'étincelles!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et le soir s'abaissait. Par la plaine et les monts,</div>
-<div class="verse">Sous les cieux imprégnés d'une couleur orange,</div>
-<div class="verse">Il courait en tous lieux une harmonie étrange,</div>
-<div class="verse">De ces ranz inconnus et doux que nous aimons.</div>
-<div class="verse">C'étaient des bêlements, des sifflets, des clochettes,</div>
-<div class="verse">C'étaient des angélus, des grillons, des musettes,</div>
-<div class="verse">Une hymne sainte et grave, un bruit sévère et lent;</div>
-<div class="verse">C'était le bruit que fait le jour en s'en allant.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tout dans le fond du parc, et parmi la grande herbe,</div>
-<div class="verse">Ils allaient à pas lents, joyeux,&mdash;heureux déjà;</div>
-<div class="verse">Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe,</div>
-<div class="verse">Comme si rien d'amer n'avait passé par là.</div>
-<div class="verse">Des bonheurs d'autrefois ils renouaient la gerbe.</div>
-
-<div class="verse stanza">Comme on se séparait, Lucien saisit soudain</div>
-<div class="verse">Une main qu'on laissa reposer dans sa main,</div>
-<div class="verse">Et puis dit, d'un accent que le regard achève:</div>
-<div class="verse">&mdash;Ce soir, près de l'étang&hellip;&mdash;Nicette avait frémi,</div>
-<div class="verse">Sa blanche main s'était retirée à demi;</div>
-<div class="verse">Et, son &oelig;il s'entr'ouvrant comme au milieu d'un rêve,</div>
-<div class="verse">Elle le regarda. Lucien la salua,</div>
-<div class="verse">Et de l'air d'un Don Juan à grands pas s'éloigna.</div>
-
-<div class="verse stanza">Plus tard, si vous eussiez suivi la sombre allée</div>
-<div class="verse">Vers la pointe du bourg, au fond de la vallée,</div>
-<div class="verse">Vous eussiez vu sans doute une ancienne maison</div>
-<div class="verse">Noirâtre sous le lierre et de chênes voilée;</div>
-<div class="verse">Une croix de Saint-Jean orne son vieux blason;</div>
-<div class="verse">Elle est haute et bardée en style de prison.</div>
-<div class="verse">On la dirait déserte. Une seule croisée</div>
-<div class="verse">Derrière s'ouvre un peu, petite, treillissée,</div>
-<div class="verse">Des vases sur le bord, penchant sur un bassin.</div>
-<div class="verse">On entendait alors le son d'un clavecin.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nicette alla livrer sa tête rose et chaude</div>
-<div class="verse">Au vent de la croisée; et, le front dans les doigts,</div>
-<div class="verse">Elle regarda fuir les horizons étroits.</div>
-<div class="verse">Un ver-luisant dardait sa flamme d'émeraude;</div>
-<div class="verse">Un vent plaintif courait dans un air vaporeux,</div>
-<div class="verse">Un linot réveillé chantait, fermant les yeux;</div>
-<div class="verse">Les feuilles bruissaient, les ronces endormies</div>
-<div class="verse">S'agitaient comme au pas des gazelles amies.</div>
-<div class="verse">Sous ces parfums d'amour sa tête s'inclina&mdash;</div>
-<div class="verse">Quand sept fois lentement la pendule sonna&hellip;</div>
-<div class="verse">Elle eut peur et trembla. La fenêtre fermée,</div>
-<div class="verse">Elle prit sa mantille et se mit à genoux.</div>
-<div class="verse">Dans un brun cadre d'or la Vierge bien aimée</div>
-<div class="verse">Épanchait sur son front son regard le plus doux.</div>
-
-<div class="verse stanza">&mdash;Vierge, faut-il aller ce soir au rendez-vous?</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch2p6">VI.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sous les sombres tilleuls j'ai vu passer Nicette.</div>
-<div class="verse">Elle marchait sans bruit et semblait inquiète.</div>
-<div class="verse">On eût dit que ses pas l'effrayaient, et souvent</div>
-<div class="verse">Elle se détournait pour écouter le vent.</div>
-
-<div class="verse stanza">C'était près de l'étang où se mire, étonnée,</div>
-<div class="verse">La lune dans les joncs de vapeurs couronnée,</div>
-<div class="verse">Et qui semble flotter,&mdash;fantastique tableau,&mdash;</div>
-<div class="verse">Allongée et plissée à chaque rond de l'eau.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'heure du rendez-vous était pourtant venue.</div>
-<div class="verse">Nicette ressentait une crainte inconnue,</div>
-<div class="verse">Et disait fréquemment, cherchant à contenir</div>
-<div class="verse">Le trouble de son c&oelig;ur:&mdash;Comme il tarde à venir!</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis elle s'asseyait au bord d'un banc de pierre;</div>
-<div class="verse">Et, sa main s'en prenant à des touffes de lierre,</div>
-<div class="verse">Elle les effeuillait, et d'un pied agité</div>
-<div class="verse">Les enterrait au fond du gazon argenté.</div>
-
-<div class="verse stanza">Lucien n'arrivait pas.&mdash;O mon Dieu! disait-elle,</div>
-<div class="verse">D'où vient que mon front brûle et que ma foi chancelle?</div>
-<div class="verse">Patience! Sans doute il n'est pas assez tard.</div>
-<div class="verse">Il ignore le mal que me fait son retard.</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle essayait alors de chasser sa tristesse.</div>
-<div class="verse">La nuit versait partout une limpide ivresse;</div>
-<div class="verse">Et les plantes ouvraient, à son tiède baiser,</div>
-<div class="verse">Leur sein d'or où la mouche aime à se reposer.</div>
-
-<div class="verse stanza">&mdash;C'est étrange pourtant, pensait la jeune fille,</div>
-<div class="verse">Dont un tressaillement soulevait la mantille;</div>
-<div class="verse">La campagne est ce soir si douce à l'entretien,</div>
-<div class="verse">Cette nuit est si belle et rayonne si bien!</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est qu'il ne m'aime plus; et je suis effacée</div>
-<div class="verse">De son c&oelig;ur, à présent, comme de sa pensée.</div>
-<div class="verse">Notre amour a duré notre enfance, c'est tout.</div>
-<div class="verse">Le ciel n'a pas voulu m'entendre jusqu'au bout.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et Nicette penchait, entre ses mains voilée,</div>
-<div class="verse">Sa jeune tête pâle et toute débouclée.</div>
-<div class="verse">La brise s'en jouait, et courait par moment</div>
-<div class="verse">Sous les sombres tilleuls harmonieusement.</div>
-
-<div class="verse stanza">Déjà, bande joyeuse! au bas de la vallée</div>
-<div class="verse">Les vendangeurs dansaient sous la treille étoilée,</div>
-<div class="verse">Mais, traversant les prés, la danse et la chanson</div>
-<div class="verse">Expiraient auprès d'elle ainsi qu'un faible son.</div>
-
-<div class="verse stanza">Pourtant, la pauvre enfant, elle espérait sans cesse.</div>
-<div class="verse">Comme des diamants tombés dans l'herbe épaisse,</div>
-<div class="verse">Ses pleurs longtemps tenus se répandaient tout bas,</div>
-<div class="verse">Elle attendait toujours.&mdash;Lucien ne venait pas.</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est qu'à l'heure où, cédant à sa pensée indigne,</div>
-<div class="verse">Il accourait vers elle, en traversant la vigne,</div>
-<div class="verse">Un remords généreux, au détour du chemin,</div>
-<div class="verse">Comme un ange du ciel l'avait pris par la main.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tout à coup, du milieu de son insouciance,</div>
-<div class="verse">S'éleva contre lui sa jeune conscience;</div>
-<div class="verse">Et, dans la nuit sereine, il se sentit broncher</div>
-<div class="verse">Lorsqu'il se demanda ce qu'il allait chercher.</div>
-
-<div class="verse stanza">Alors il reporta ses regards en arrière;</div>
-<div class="verse">Sa jeunesse à son c&oelig;ur remonta tout entière;</div>
-<div class="verse">Et, retrouvant soudain son amour d'autrefois,</div>
-<div class="verse">Il s'enfuit en cachant sa tête entre ses doigts.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch2p7">VII.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un petit cabinet&mdash;nu,&mdash;blanc;&mdash;une croisée</div>
-<div class="verse">Ouverte,&mdash;un lourd rideau tout trempé de rosée;</div>
-<div class="verse">Devant un noir pupitre&mdash;un jeune homme,&mdash;c'est tout.</div>
-<div class="verse">Au dehors la campagne, et le calme partout.</div>
-<div class="verse">Il travaille. Un rayon égaré s'éparpille</div>
-<div class="verse">Dans un coin du plancher dont la poudre scintille;</div>
-<div class="verse">Une brise suave agite l'air tiédi</div>
-<div class="verse">Qu'emplit de son bourdon un frelon étourdi.</div>
-<div class="verse">L'angélus argentin tinte au fond du village,</div>
-<div class="verse">Dans un arbre,&mdash;à côté,&mdash;les oiseaux font tapage.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il écrit. Son front clair est à demi-penché,</div>
-<div class="verse">Comme fait un poëte à son livre attaché.</div>
-<div class="verse">C'est Lucien; il écrit une lettre à Nicette,</div>
-<div class="verse">Une lettre d'excuse et d'amour, ainsi faite:</div>
-<div class="verse">«&mdash;Il faut me pardonner, Nicette. Vois-tu bien,</div>
-<div class="verse">Au rendez-vous d'hier comme j'allais me rendre,</div>
-<div class="verse">Une voix, qui priait, à moi s'est fait entendre.</div>
-<div class="verse">Sais-tu? c'était la voix de ton ange gardien.</div>
-<div class="verse">Je n'ai pu résister. C'est parce que je t'aime</div>
-<div class="verse">Que je suis, ce soir-là, revenu sur mes pas;</div>
-<div class="verse">Cela te semble étrange et peu croyable même,</div>
-<div class="verse">Nicette; mais un jour tu me pardonneras.</div>
-
-<div class="verse stanza">»Ce n'est pas tout non plus. Ton front égal encore,</div>
-<div class="verse">Qu'ont rarement terni de soucieux instants,</div>
-<div class="verse">S'éclaire aux blancs rayons d'une durable aurore:</div>
-<div class="verse">Dans ta jeune pensée il est toujours printemps.</div>
-<div class="verse">Néanmoins, tu n'es plus une enfant, ma Nicette:</div>
-<div class="verse">La beauté de la femme en tes traits se reflète,</div>
-<div class="verse">Et celui qui te voit, beau lys épanoui,</div>
-<div class="verse">S'arrête, et bien longtemps te regarde, ébloui.</div>
-<div class="verse">Or, moi, je suis jaloux de cette candeur sainte,</div>
-<div class="verse">Je veux la préserver de toute sombre atteinte,</div>
-<div class="verse">Écarter d'alentour tout soupçon alarmant,</div>
-<div class="verse">Car c'est mon bien, d'ailleurs, et je veux constamment</div>
-<div class="verse">Garder cette beauté sereine et fortunée</div>
-<div class="verse">Que te donna le ciel et que tu m'as donnée&hellip;»</div>
-
-<div class="verse stanza">Lucien s'interrompit. Le vent frais du matin</div>
-<div class="verse">Soulevait le rideau qui voilait sa fenêtre.</div>
-<div class="verse">Les exploits des chasseurs s'entendaient au lointain;</div>
-<div class="verse">Cramponné par dehors, et regardant en traître,</div>
-<div class="verse">Se penchait dans la chambre un liseron mutin.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il reprit:&mdash;«Maintenant, il faut plus de réserve</div>
-<div class="verse">Dans nos mystérieux et tendres rendez-vous.</div>
-<div class="verse">&mdash;Cela me coûtera&mdash;pour que Dieu nous conserve</div>
-<div class="verse">Son indulgent regard qui fait les jours plus doux.</div>
-<div class="verse">Nicette, il ne faut plus, dans les vastes prairies,</div>
-<div class="verse">Comme nous faisions, nous égarer le soir.</div>
-<div class="verse">L'heure est trop dangereuse aux vagues rêveries;</div>
-<div class="verse">Il ne faut plus aller sur le banc nous asseoir.</div>
-<div class="verse">Te souvient-il du jour où, sous l'épais ombrage,</div>
-<div class="verse">Nous marchions, pensifs, en chemin attardés?</div>
-<div class="verse">Nous voyant seuls tous deux, un homme du village</div>
-<div class="verse">Nous a&mdash;se détournant&mdash;plusieurs fois regardés.</div>
-<div class="verse">Cela te fit monter la rougeur au visage.</div>
-<div class="verse">Il ne faut plus rougir, Nicette; et pour cela</div>
-<div class="verse">Il faut être ma femme; or, mon bonheur est là.</div>
-
-<div class="verse stanza">»J'ai voulu te parler de la sorte, Nicette;</div>
-<div class="verse">J'ai fini. Mon souci, je l'ai dit tout entier;</div>
-<div class="verse">Et j'ai laissé tomber mon c&oelig;ur sur ce papier.</div>
-<div class="verse">J'ai l'âme maintenant légère et satisfaite,</div>
-<div class="verse">C'est le ciel qui m'a fait cette douce leçon.</div>
-<div class="verse">A mes yeux, désormais, la nature est plus belle;</div>
-<div class="verse">J'entends passer dans l'air comme un battement d'aile,</div>
-<div class="verse">Et l'amour chante en moi sa plus jeune chanson!»</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch2p8">VIII.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dans tous les environs la vendange était faite.</div>
-<div class="verse">Du bourg de Valeyrac, ce soir, c'était la fête;</div>
-<div class="verse">Les vendangeurs partaient, on fêtait leur départ,</div>
-<div class="verse">Adieu paniers:&mdash;dansons et chantons sans retard!</div>
-
-<div class="verse stanza">On arrivait déjà d'une lieue à la ronde.</div>
-<div class="verse">Les hommes avaient mis leur belle veste ronde,</div>
-<div class="verse">Les femmes avaient mis leur plus rouge jupon;</div>
-<div class="verse">Et, gravement pimpants et la mine essoufflée,</div>
-<div class="verse">Ils couraient, car déjà derrière la vallée</div>
-<div class="verse">On entendait le bruit rauque d'un violon.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je ne vous dirai pas,&mdash;à la façon flamande,&mdash;</div>
-<div class="verse">L'enseigne de l'auberge et la folle guirlande</div>
-<div class="verse">Que l'on avait ce soir appendue au brandon;</div>
-<div class="verse">Je ne vous dirai pas les rondes, les quadrilles,</div>
-<div class="verse">Les buveurs accoudés et les joueurs de quilles:</div>
-<div class="verse">Je ne vous ferai pas le tour du rigaudon.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ah! parlez-moi plutôt des temps mythologiques</div>
-<div class="verse">Où le ciel se peuplait de héros et de dieux,</div>
-<div class="verse">Où le monde passait dans des splendeurs magiques,</div>
-<div class="verse">Où l'Olympe entr'ouvrait son cycle radieux!&mdash;</div>
-<div class="verse">C'était sur quelque mont solitaire et sauvage,</div>
-<div class="verse">A l'heure où le soleil déserte le rivage;</div>
-<div class="verse">On voyait accourir, partis dès le matin,</div>
-<div class="verse">Les bergers empressés de maint vallon lointain.</div>
-<div class="verse">Sous l'odorant fardeau des roses d'Idalie</div>
-<div class="verse">La façade du temple était ensevelie;</div>
-<div class="verse">Un satyre cornu sculpté sur le fronton,</div>
-<div class="verse">Aux lèvres un hautbois, riait sous le feston;</div>
-<div class="verse">Et les nymphes, autour du satyre pressées,</div>
-<div class="verse">Ployaient sous les raisins leurs têtes renversées.</div>
-
-<div class="verse stanza">Est-ce une vision, poëte, où sommes-nous?</div>
-<div class="verse">Ardente, l'&oelig;il pourpré, la bacchanale antique</div>
-<div class="verse">Se dresse devant moi sous le sacré portique.</div>
-<div class="verse">Voici le sanctuaire et le peuple à genoux!</div>
-
-<div class="verse stanza">Evohé! Evohé! quel feu divin m'embrase!</div>
-<div class="verse">Je sens bouillir mon front sous l'éclair qui le rase,</div>
-<div class="verse">Dans le fond de mon c&oelig;ur je sens gronder ma voix:</div>
-<div class="verse">Le voile de mes yeux se déchire et je vois!</div>
-
-<div class="verse stanza">En marche! promenez devant nous les corbeilles,</div>
-<div class="verse">Que le son des tambours disperse les abeilles,</div>
-<div class="verse">Et que l'oiseau qui vient picorer le pépin</div>
-<div class="verse">S'enfuie au vent bruyant de nos branches de pin!</div>
-<div class="verse">Mêlons à nos cheveux de douces violettes;</div>
-<div class="verse">Musiciens, prenez votre casque d'aigrettes,</div>
-<div class="verse">Et d'une voix unie au mode lydien</div>
-<div class="verse">Dites-nous les exploits de Bacchus l'Indien!</div>
-<div class="verse">Allez, versez le miel de la muse lyrique;</div>
-<div class="verse">Ceignons nos ceinturons et dansons la pyrrhique.</div>
-<div class="verse">Venez, les Égipans, les Faunes des jardins,</div>
-<div class="verse">Les Satyres barbus avec vos peaux de daims;</div>
-<div class="verse">Venez, les chèvres-pieds; accourez, les Bacchides;</div>
-<div class="verse">Ajustez vos bandeaux, rattachez vos chlamydes;&mdash;</div>
-<div class="verse">Et dansons! ébranlons sous nos pieds la forêt!</div>
-<div class="verse">Comme déjà le sol tournoie et disparaît!</div>
-<div class="verse">L'arbre semble alourdi comme un autre Silène;</div>
-<div class="verse">Brandissons nos roseaux, dansons à perdre haleine;</div>
-<div class="verse">De notre cercle immense ardent à fendre l'air</div>
-<div class="verse">Embrassons la forêt dans nos anneaux de chair!</div>
-<div class="verse">Tout fuit autour de nous, mon front vibre et ruisselle,</div>
-<div class="verse">Dansons!&mdash;Hécate luit sur les pâles marais,</div>
-<div class="verse">Le vent du soir se lève impétueux et frais;</div>
-<div class="verse">Je vois, je vois là-bas le temple qui chancelle.</div>
-<div class="verse">Dansons!&mdash;Et vous Cinthie, Euphrosine, Aglaé,</div>
-<div class="verse">Versez-nous à pleins flots vos brûlantes rasades,</div>
-<div class="verse">Notre patère est vide; encore, mes thyades!</div>
-<div class="verse">Et buvons et dansons!&mdash;Evohé! Evohé!&hellip;</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch2p9">IX.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je sais une maison, du côté de Lesparre,</div>
-<div class="verse">Qu'un fossé seulement de la route sépare.</div>
-<div class="verse">&mdash;On y voit un perron et deux lions devant.&mdash;</div>
-<div class="verse">Seul, à la regarder je m'arrêtais souvent;</div>
-<div class="verse">Elle a ces volets verts que désirait Jean-Jacques</div>
-<div class="verse">Et fleurit d'aubépin son grand portail, à Pâques.</div>
-
-<div class="verse stanza">Cet enclot printanier, propice aux heureux jours,</div>
-<div class="verse">Enferme deux époux que vous savez,&mdash;Madame,</div>
-<div class="verse">Ils n'ont plus que la joie et le calme dans l'âme,</div>
-<div class="verse">Et le ciel a béni leurs charmantes amours.</div>
-<div class="verse">Tout dans le fond du parc et parmi la grande herbe</div>
-<div class="verse">Je les ai vus passer, l'un sur l'autre appuyés,</div>
-<div class="verse">A travers la bruyère et les bleuets ployés,</div>
-<div class="verse">Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe.</div>
-<div class="verse">&mdash;Un tout petit enfant se jouait à leurs pieds.&mdash;</div>
-<div class="verse">Quand nous voyagerons, l'été prochain peut-être,</div>
-<div class="verse">Nous passerons par là, car il faut les connaître.</div>
-
-<div class="verse stanza">Lucien est un chasseur habile dans son art,</div>
-<div class="verse">Et puis un agronome. Il a mainte visite</div>
-<div class="verse">Pour ses beaux dahlias en serre, que l'on cite,</div>
-<div class="verse">Nul doute qu'on n'en fasse un préfet&mdash;mais plus tard.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nicette a dix-neuf ans, elle est jolie et belle;</div>
-<div class="verse">J'ai dansé cet hiver une valse avec elle.</div>
-<div class="verse">Un procureur du roi se montrait assidu</div>
-<div class="verse">Sur ses pas;&mdash;vous pensez si c'était temps perdu!</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais me voici, je crois, au bout de mon histoire.</div>
-<div class="verse">Madame, vous avez fait acte méritoire</div>
-<div class="verse">En l'écoutant ainsi, les pieds sur les chenets,</div>
-<div class="verse">Comme s'il s'agissait de deux ou trois sonnets</div>
-<div class="verse">Aussi, puisqu'à présent vous n'attendez personne,</div>
-<div class="verse">Restons encore une heure, et souffrez que je sonne,</div>
-<div class="verse">Afin que vos laquais, en rallumant le feu,</div>
-<div class="verse">Apportent vos albums sur la table de jeu</div>
-<div class="verse">Et puis nous causerons&mdash;près de la cheminée</div>
-<div class="verse">Qui bourdonne en lançant sa flamme mutinée&mdash;</div>
-<div class="verse">De tout ce qui n'est pas sérieux ou profond,</div>
-<div class="verse">De l'amour toujours jeune et des vers qui s'en vont.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch3">A THEOPHILE GAUTIER</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Nous étions cinq ou six poëtes</div>
-<div class="verse i2">Dans le divan Le Peletier,</div>
-<div class="verse i2">Lorsque&mdash;trop rares sont ces fêtes!&mdash;</div>
-<div class="verse i2">L'autre soir, tu parus, Gautier.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Je ne sais quelle humeur quinteuse</div>
-<div class="verse i2">M'avait faite un vin bourguignon,</div>
-<div class="verse i2">Et mis sur ma langue pâteuse</div>
-<div class="verse i2">L'accent d'un critique grognon.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Comme un chat ferait d'un rosaire,</div>
-<div class="verse i2">Ressuscitant de vieux lazzis,</div>
-<div class="verse i2">J'égrenais ton vocabulaire</div>
-<div class="verse i2">De diamants et de rubis.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tout emmailloté de morale,</div>
-<div class="verse i2">Je blâmais tes tons enivrés,</div>
-<div class="verse i2">Et de ta forme sculpturale</div>
-<div class="verse i2">Les angles aux reflets dorés.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Au grand style, à tout ce que j'aime,</div>
-<div class="verse i2">Dès le début ayant failli,</div>
-<div class="verse i2">Je parlai longuement sur ce thème</div>
-<div class="verse i2">Comme Alexandre Dufaï<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Critique du temps, sans valeur.</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">C'était surtout à ton école</div>
-<div class="verse i2">Que j'en voulais; à ces enfants</div>
-<div class="verse i2">Qui, dans un pan de ton étole</div>
-<div class="verse i2">Se font des manteaux si bouffants;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">A ce groupe de flatteurs blêmes</div>
-<div class="verse i2">Que l'on voit courbés et furtifs,</div>
-<div class="verse i2">Dans tes livres, dans tes poëmes,</div>
-<div class="verse i2">Ramasser tes bouts d'adjectifs;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">A ces enragés coloristes</div>
-<div class="verse i2">Devant lesquels Diaz pâlit,</div>
-<div class="verse i2">Si brillants et pourtant si tristes,</div>
-<div class="verse i2">Orientaux de chianlit!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Adeptes d'un art inutile,</div>
-<div class="verse i2">Race d'employés au Trésor,</div>
-<div class="verse i2">Dans le Sacramento du style</div>
-<div class="verse i2">Recherchant des pépites d'or.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ce qu'il fait derrière toi, maître,</div>
-<div class="verse i2">Ce troupeau si peu clairvoyant,</div>
-<div class="verse i2">Il ne s'en doute pas peut-être:</div>
-<div class="verse i2">C'est du Delille flamboyant!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et bien! oui, j'étais en colère,</div>
-<div class="verse i2">J'allais, voix en quête d'échos,</div>
-<div class="verse i2">Comme le prince atrabilaire</div>
-<div class="verse i2">Criant: «Des mots! des mots! des mots!»</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">J'étais cruel. De leur folie</div>
-<div class="verse i2">Tu n'es pas responsable, toi,</div>
-<div class="verse i2">Noble vin, dont ils sont la lie,</div>
-<div class="verse i2">Musique, dont ils sont l'aboi.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">J'étais injuste. Mais quand même</div>
-<div class="verse i2">J'aurais eu froidement raison,</div>
-<div class="verse i2">Quant à mon imprudent blasphème</div>
-<div class="verse i2">J'eusse conquis l'opinion;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">J'omettais dans mon injustice</div>
-<div class="verse i2">L'enfer auquel on t'a lié,</div>
-<div class="verse i2">Cet intolérable supplice</div>
-<div class="verse i2">Par Monsieur de Sade oublié:</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le feuilleton!&mdash;Triste machine,</div>
-<div class="verse i2">Qui fait du matin jusqu'au soir</div>
-<div class="verse i2">Fonctionner, comme l'usine,</div>
-<div class="verse i2">L'intelligence au désespoir!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Voilà bientôt dix-sept années,</div>
-<div class="verse i2">Laps immense! tourment sans fin!</div>
-<div class="verse i2">Que les muses infortunées</div>
-<div class="verse i2">Maudissent en ch&oelig;ur Girardin;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Lui qui, dans son avide joie,</div>
-<div class="verse i2">T'a cloué, Prométhée hardi,</div>
-<div class="verse i2">Et qui donne à manger ton foie</div>
-<div class="verse i2">Au feuilleton, chaque lundi!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quand, loin de notre humaine sphère,</div>
-<div class="verse i2">La rime voudrait t'emmener,</div>
-<div class="verse i2">C'est ton article qu'il faut faire,</div>
-<div class="verse i2">Tout Plaute a sa meule à tourner.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Apprête donc ta plume agile</div>
-<div class="verse i2">Pour le journal du lendemain:</div>
-<div class="verse i2">L'inspiration dit Virgile,</div>
-<div class="verse i2">Le feuilleton dit Laurencin.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ah! grand et malheureux poëte</div>
-<div class="verse i2">Par la prose toujours rongé,</div>
-<div class="verse i2">Ce délire que je regrette,</div>
-<div class="verse i2">Tu devais en être vengé:</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">A mon tour,&mdash;que Dieu me pardonne!&mdash;</div>
-<div class="verse i2">Aujourd'hui je change de ton,</div>
-<div class="verse i2">Car ces stances, je les griffonne</div>
-<div class="verse i2">Sur la marge d'un feuilleton.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch4">BONNE HUMEUR</h2>
-
-<p class="c small">SONNET IRRÉGULIER</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voici le temps des bals; Estelle, qu'en dis-tu?</div>
-<div class="verse i2">Mettons-nous vite à nos toilettes;</div>
-<div class="verse">Moi, je veux être un clown harnaché de sonnettes</div>
-<div class="verse i2">Et coiffé d'un bonnet pointu</div>
-
-<div class="verse stanza">Toi, tu seras marquise, avec des violettes</div>
-<div class="verse i2">Au creux de ton sein court vêtu;</div>
-<div class="verse">Et de ta bouche en c&oelig;ur, et de ton &oelig;il battu</div>
-<div class="verse i2">Naîtront sourires et paillettes.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis, tu prendras ton loup acheté chez Babin</div>
-<div class="verse i2">Avec sa barbe de satin,</div>
-<div class="verse">Barbe aux plis miroitants qui s'envole en cadence,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Petit voile rose au menton,</div>
-<div class="verse i2">D'où nous est venu ce dicton:</div>
-<div class="verse">«Du côté de la barbe est la toute-puissance.»</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch5">MADAME CLORINDE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La semaine dernière, à travers mon binocle,</div>
-<div class="verse i3">Étant à l'Opéra,</div>
-<div class="verse">&mdash;Mignonne statuette enlevée à son socle&mdash;</div>
-<div class="verse i3">Je vis passer un rat.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais un rat, sur ma foi, de structure divine,</div>
-<div class="verse i3">Un rat fluet, coquin;</div>
-<div class="verse">Bouche-fleur, perles-dents, avec des pieds de Chine,</div>
-<div class="verse i3">Et l'&oelig;il américain.</div>
-
-<div class="verse stanza">Des quinquets de la rampe où je voyais reluire</div>
-<div class="verse i3">Les coins d'or de ses bas,</div>
-<div class="verse">Elle jetait à tous un agaçant sourire</div>
-<div class="verse i3">Entre deux entrechats.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ses bras nus paraissaient appeler des caresses,</div>
-<div class="verse i3">Arrondis ou tombants,</div>
-<div class="verse">Tandis que sur son dos battaient deux folles tresses</div>
-<div class="verse i3">Et deux n&oelig;uds de rubans.</div>
-
-<div class="verse stanza">Pas vingt ans!&mdash;Et déjà, ses ennuis, ses caprices,</div>
-<div class="verse i3">Qui pourrait les compter?</div>
-<div class="verse">Et combien t'ont donné, petit rat de coulisses,</div>
-<div class="verse i3">Leur c&oelig;ur à grignotter!</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch6">LE MUSICIEN</h2>
-
-<p class="c small">POËME<br />
-DÉDIÉ A M. JULES DE GÈRES</p>
-
-
-<h3>I.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Dans une rue extrêmement tranquille,</div>
-<div class="verse i1">Au bord de l'eau, près de Saint-Louis-en-l'IIe,&mdash;</div>
-<div class="verse i1">Est au cinquième, un pauvre appartement,</div>
-<div class="verse i1">Par le soleil visité rarement.</div>
-<div class="verse i1">Rien c'est moins gai que ce froid domicile:</div>
-<div class="verse i1">Le plancher ploie, et le plafond jauni</div>
-<div class="verse i1">A des soupirs de vieillesse et d'ennui.</div>
-<div class="verse i1">Là, chaque meuble est d'une étrange mode,</div>
-<div class="verse i1">D'un siècle éteint pâle et soigneux reflet:</div>
-<div class="verse i1">Boule a fourni l'armoire et la commode,</div>
-<div class="verse i1">Le Directoire a sculpté le buffet.</div>
-<div class="verse i1">Sur le foyer, un miroir de Venise</div>
-<div class="verse i1">S'incline encore, à demi-détamé,</div>
-<div class="verse i1">Devant l'&oelig;il bleu d'une ombre de marquise</div>
-<div class="verse i1">Qui lui sourit dans son cadre enfumé.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Vers la croisée, au fond d'une bergère,</div>
-<div class="verse i1">&mdash;Matin et soir,&mdash;à l'ombre du rideau,</div>
-<div class="verse i1">Est un vieillard qui, d'une main légère,</div>
-<div class="verse i1">A son archet fait chanter un rondeau.</div>
-<div class="verse i1">Il est petit, de mine guillerette;</div>
-<div class="verse i1">Son &oelig;il tremblotte,&mdash;et sa jambe maigrette</div>
-<div class="verse i1">Bat la mesure avec précision.</div>
-<div class="verse i1">Toute son âme est dans son violon.</div>
-<div class="verse i1">Un vieil habit, fait d'une étoffe bleue,</div>
-<div class="verse i1">Grimpe au sommet de son chef dépouillé;</div>
-<div class="verse i1">Sur le collet trotte une mince queue</div>
-<div class="verse i1">Dans un ruban, lézard entortillé.</div>
-<div class="verse i1">Quatre-vingts ans ont rendu respectable</div>
-<div class="verse i1">Aux yeux de tous ce pauvre et frêle corps,</div>
-<div class="verse i1">D'où la pensée à jamais regrettable</div>
-<div class="verse i1">Fuit chaque jour en plus faibles accords.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Un peu plus loin est assise sa fille,</div>
-<div class="verse i1">&mdash;Vieille déjà,&mdash;qui travaille à l'aiguille.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Monsieur Médard est de l'ancien parti</div>
-<div class="verse i1">Contre Mozart, Gluck <i lang="it" xml:lang="it">e tutti quanti</i>;</div>
-<div class="verse i1">L'art actuel n'a plus rien qui l'inspire,</div>
-<div class="verse i1">Et quand Paris court à Donizetti,</div>
-<div class="verse i1">Son violon se plaît seul à redire</div>
-<div class="verse i1">Les airs charmants d'<i>Azor</i> et de <i>Zémire</i>.</div>
-<div class="verse i1">Il a gardé son culte tout entier</div>
-<div class="verse i1">Aux souvenirs du beau siècle dernier</div>
-<div class="verse i1">Et le plaisir dans ses rides se joue</div>
-<div class="verse i1">Quand, chevrottant un morceau du <i>Devin</i>,</div>
-<div class="verse i1">Il se souvient qu'à cet endroit divin</div>
-<div class="verse i1">Le grand Rousseau l'a tapé sur la joue.</div>
-<div class="verse i1">Dans ce temps-là, monsieur Médard était</div>
-<div class="verse i1">Jeune et fringant, il courait les ruelles.</div>
-<div class="verse i1">De l'Opéra, que sans cesse il hantait,</div>
-<div class="verse i1">Mieux que personne il savait les nouvelles.</div>
-<div class="verse i1">S'il voulait bien, que ne dirait-il pas?</div>
-<div class="verse i1">Combien de fois, pour mainte peccadille,</div>
-<div class="verse i1">Il a risqué ses jours à la Bastille!</div>
-<div class="verse i1">Il disputa, raconte-t-il tout bas,</div>
-<div class="verse i1">Un mois entier le c&oelig;ur d'une danseuse</div>
-<div class="verse i1">A certain duc de maison vaniteuse;</div>
-<div class="verse i1">Et c'étaient là de ses moindres ébats.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ce n'était rien pourtant qu'un pauvre diable,</div>
-<div class="verse i1">Léger vêtu, qui courait le cachet;</div>
-<div class="verse i1">Mais il avait un esprit agréable,</div>
-<div class="verse i1">Vingt ans à peine, une mine sortable,</div>
-<div class="verse i1">L'&oelig;il bien fendu, puis un bon coup d'archet.</div>
-<div class="verse i1">Plus tard, d'ailleurs, il le fit reconnaître:</div>
-<div class="verse i1">Son coup d'essai valut un coup de maître.</div>
-<div class="verse i1">Il débuta, je crois, dans <i>le Buron</i>,</div>
-<div class="verse i1">&mdash;Pièce en couplets, fort médiocre en somme,&mdash;</div>
-<div class="verse i1">Par un duo pour flûte et violon,</div>
-<div class="verse i1">Qui lui valut, grâce à Monsieur Anseaume,</div>
-<div class="verse i1">D'être placé dans les premiers dessus,</div>
-<div class="verse i1">Près du souffleur, au pied de mille écus.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ce fut alors qu'il épousa sa femme.</div>
-<div class="verse i1">Son souvenir lui déchire encor l'âme.</div>
-<div class="verse i1">Lui, dont le c&oelig;ur avait souvent battu,</div>
-<div class="verse i1">N'avait jamais osé rêver de vierge</div>
-<div class="verse i1">Plus rayonnante en sa jeune vertu.</div>
-<div class="verse i1">Elle tenait une petite auberge.</div>
-<div class="verse i1">&mdash;Avez-vous vu qu'au seuil d'un cabaret</div>
-<div class="verse i1">Jamais minois fripon et vin clairet</div>
-<div class="verse i1">Dans aucun temps, dans aucune patrie,</div>
-<div class="verse i1">Aient laissé froid un fils de Polymnie?</div>
-<div class="verse i1">Notre Médard était trop de son temps</div>
-<div class="verse i1">Pour dédaigner alors un tel usage:</div>
-<div class="verse i1">Chaque bouchon recevait son hommage,</div>
-<div class="verse i1">Mais celui-ci rendit ses goûts constants.</div>
-<div class="verse i1">On l'y voyait du soir jusqu'à l'aurore</div>
-<div class="verse i1">Venir gaîment s'accouder, verre en main,</div>
-<div class="verse i1">Pour revenir le lendemain encore,</div>
-<div class="verse i1">Plus altéré d'amour et de bon vin.</div>
-<div class="verse i1">Il l'épousa.&mdash;Quarante-cinq années</div>
-<div class="verse i1">D'un doux bonheur, qui leur furent données,</div>
-<div class="verse i1">Rouvrent toujours dans le c&oelig;ur du vieillard</div>
-<div class="verse i1">L'amer regret de l'éternel départ.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ils habitaient tous deux cette chambrette,</div>
-<div class="verse i1">Quand de Feydeau l'insolent directeur</div>
-<div class="verse i1">Lui fit savoir, comme grande faveur,</div>
-<div class="verse i1">Qu'on l'admettait à prendre sa retraite.</div>
-<div class="verse i1">Il en tomba malade. Son orgueil,</div>
-<div class="verse i1">Contre un tel coup, se trouva sans défense</div>
-<div class="verse i1">Mais il jura de venger cette offense,</div>
-<div class="verse i1">Dût Apollon couvrir son front de deuil.</div>
-<div class="verse i1">Il fut longtemps pensif, acariâtre;</div>
-<div class="verse i1">Puis, un matin, pour punir son pays,</div>
-<div class="verse i1">Il s'engagea dans un petit théâtre</div>
-<div class="verse i1">De pantomime, au faubourg Saint-Denis.</div>
-<div class="verse i1">Mais l'énergie en lui s'était usée:</div>
-<div class="verse i1">De son talent aucun ne s'aperçut;</div>
-<div class="verse i1">Et quand sa femme en ce temps-là mourut,</div>
-<div class="verse i1">Il s'en revint, l'âme à demi-brisée,</div>
-<div class="verse i1">Finir sa vie où son c&oelig;ur la connut.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">C'est dans ces lieux,&mdash;où veille son histoire</div>
-<div class="verse i1">En riens charmants inscrits en mille endroits,&mdash;</div>
-<div class="verse i1">Qu'il a vécu, recueillant sa mémoire,</div>
-<div class="verse i1">Entre ces murs aujourd'hui gris et froids,</div>
-<div class="verse i1">Tristes de tout le bonheur d'autrefois.</div>
-<div class="verse i1">Sa fille coud; lui, fredonne à voix basse,</div>
-<div class="verse i1">Ou, quelquefois, abandonnant sa place,</div>
-<div class="verse i1">Il va chercher, de l'air le plus discret,</div>
-<div class="verse i1">Un vieux cahier dans un tiroir secret.</div>
-<div class="verse i1">Il en essuie avec soin la poussière;</div>
-<div class="verse i1">Avec respect son &oelig;il le considère,</div>
-<div class="verse i1">Car c'est son &oelig;uvre à lui, son opéra!</div>
-<div class="verse i1">Dans tous les temps il en a fait mystère;</div>
-<div class="verse i1">Après sa mort seulement on l'aura.</div>
-<div class="verse i1">C'est là dedans qu'il a mis son génie,</div>
-<div class="verse i1">Qu'il a versé sa joie et son regret;</div>
-<div class="verse i1">Il l'a refait quatre fois. Le sujet</div>
-<div class="verse i1">En est tiré de la mythologie.</div>
-<div class="verse i1">&mdash;Aussi, faut-il le voir en cet instant,</div>
-<div class="verse i1">La main tremblante et le c&oelig;ur palpitant,</div>
-<div class="verse i1">Comme il le tient! afin qu'on ne l'emporte,</div>
-<div class="verse i1">Pour un voleur lui-même on le prendrait.</div>
-<div class="verse i1">D'un pied furtif il va fermer la porte;</div>
-<div class="verse i1">Et, revenant près de son chevalet,</div>
-<div class="verse i1">Sur son archet il pose la sourdine,</div>
-<div class="verse i1">De peur&mdash;qui sait?&mdash;qu'une oreille voisine,</div>
-<div class="verse i1">En entendant ces chants venus des cieux,</div>
-<div class="verse i1">Ne lui ravisse un bien si précieux!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ah, ces jours-là, ce sont ses jours de fête!</div>
-<div class="verse i1">Monsieur Médard alors n'a plus sa tête:</div>
-<div class="verse i1">Et qu'en passant monte, l'après-midi,</div>
-<div class="verse i1">Un de ces vieux, d'humeur encor follette,</div>
-<div class="verse i1">Par le soleil de printemps dégourdi,</div>
-<div class="verse i1">En route, allons,&mdash;et vive la goguette!</div>
-<div class="verse i1">Tous deux s'en vont, l'un sur l'autre appuyés,</div>
-<div class="verse i1">Guiguant de l'&oelig;il la blonde et la brunette,</div>
-<div class="verse i1">Cahin caha, souriant et ployés,</div>
-<div class="verse i1">S'entretenant de choses d'amourette.</div>
-<div class="verse i1">A la barrière, aux <i>Amis du Printemps</i>,</div>
-<div class="verse i1">Quand vient le soir, attablés sous la treille,</div>
-<div class="verse i1">Chacun demande à la dive bouteille</div>
-<div class="verse i1">Une heure encor des rêves de vingt ans.</div>
-<div class="verse i1">On cause, on jase, on dit ses escapades;</div>
-<div class="verse i1">On se demande avec étonnement</div>
-<div class="verse i1">Où sont allés les anciens camarades&mdash;</div>
-<div class="verse i1">Et l'on se tait mélancoliquement.</div>
-<div class="verse i1">Puis vient la nuit tendre ses sombres voiles,</div>
-<div class="verse i1">Avec le vent qui souffle aux alentours</div>
-<div class="verse i1">Il faut partir, on sent ses pas moins lourds,</div>
-<div class="verse i1">Et l'on revient aux premières étoiles,</div>
-<div class="verse i1">En chantonnant tout le long des faubourgs</div>
-<div class="verse i1">Quelque refrain égrillard des vieux jours.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mais en voyant de loin poindre son gite,</div>
-<div class="verse i1">Monsieur Médard sent la peur qui l'agite.</div>
-<div class="verse i1">Il se souvient que sa fille l'attend,</div>
-<div class="verse i1">Et que sans doute au logis, en rentrant,</div>
-<div class="verse i1">Il va trouver un &oelig;il froid et sévère,</div>
-<div class="verse i1">Comme jadis était l'&oelig;il de sa mère.</div>
-<div class="verse i1">En y songeant, son pas devient plus lent,</div>
-<div class="verse i1">Près d'arriver, il regarde, il hésite&hellip;</div>
-<div class="verse i1">Timidement il monte les degrés.</div>
-<div class="verse i1">Pauvre vieillard! ses pas mal assurés</div>
-<div class="verse i1">Certainement vont le trahir bien vite!</div>
-<div class="verse i1">&mdash;Bonsoir, ma fille&hellip;,&mdash;et, se sentant broncher,</div>
-<div class="verse i1">En l'embrassant, monsieur Médard évite</div>
-<div class="verse i1">De rencontrer ce regard qui s'irrite.</div>
-<div class="verse i1">Et, tout honteux, il s'en va se coucher.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch6p2">II.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Sa fille est tout le portrait de sa mère,</div>
-<div class="verse i1">Sauf qu'en naissant la grêle la marqua.</div>
-<div class="verse i1">Le ciel lui fit une existence amère</div>
-<div class="verse i1">Et la tristesse à son c&oelig;ur s'attaqua.</div>
-<div class="verse i1">Elle n'a point connu dans son jeune âge</div>
-<div class="verse i1">Les doux instants de rêve et de loisir;</div>
-<div class="verse i1">Jamais l'amour à son pâle visage</div>
-<div class="verse i1">N'a fait monter la flamme du désir;</div>
-<div class="verse i1">Jamais le soir, une heure à sa croisée,</div>
-<div class="verse i1">Ne la surprit, la tête dans la main,</div>
-<div class="verse i1">A regarder, pensive sans pensée,</div>
-<div class="verse i1">Monter la lune au firmament serein,</div>
-<div class="verse i1">Comme une fleur qu'un coup de vent déchire</div>
-<div class="verse i1">Dès son aurore, au bord du rameau vert,</div>
-<div class="verse i1">Elle a perdu tout charme et tout sourire,</div>
-<div class="verse i1">Son c&oelig;ur n'est plus qu'un calice désert.</div>
-<div class="verse i1">Dieu la conquit à lui dès son enfance</div>
-<div class="verse i1">Et lui ferma tout terrestre bonheur;</div>
-<div class="verse i1">En l'autre vie est sa seule espérance</div>
-<div class="verse i1">Et dans l'attente elle apaise son c&oelig;ur.</div>
-<div class="verse i1">Un voile noir couvre son front austère:</div>
-<div class="verse i1">Avec orgueil portant le célibat,</div>
-<div class="verse i1">Elle promène, aussi sage que fière,</div>
-<div class="verse i1">Ses quarante ans de vertu sans combat.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Patiemment dans cette solitude</div>
-<div class="verse i1">Ses jours pieux s'écoulent. Après Dieu,</div>
-<div class="verse i1">Son pauvre père est la seule habitude</div>
-<div class="verse i1">Qui la fait vivre et la distrait un peu.</div>
-<div class="verse i1">Ainsi s'en vont&mdash;ô l'énigme profonde!&mdash;</div>
-<div class="verse i1">Toutes les deux, ces âmes au déclin:</div>
-<div class="verse i1">L'une si pleine avec l'amour du monde,</div>
-<div class="verse i1">L'autre si vide avec l'amour divin!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">C'était au mois d'octobre ou de novembre.</div>
-<div class="verse i1">Monsieur Médard avait quitté sa chambre,</div>
-<div class="verse i1">Et, lentement, sur la fin d'un beau jour,</div>
-<div class="verse i1">Ils respiraient le frais au Luxembourg.</div>
-<div class="verse i1">Le bon vieillard, qui la croit jeune et belle,</div>
-<div class="verse i1">Car à présent sa mémoire chancelle,</div>
-<div class="verse i1">Tout en marchant, vint à lui conseiller,</div>
-<div class="verse i1">Se faisant vieux, lui, de se marier;</div>
-<div class="verse i1">&mdash;Car, disait-il, si la parque cruelle</div>
-<div class="verse i1">De mes instants tranchait soudain le fil,</div>
-<div class="verse i1">Ma pauvre enfant, où ton pas irait-il?&mdash;</div>
-<div class="verse i1">Puis il se tut. La nuit était muette.</div>
-<div class="verse i1">Par intervalle on surprenait le vent</div>
-<div class="verse i1">Qui se plaignait comme une âme inquiète.</div>
-<div class="verse i1">La pauvre fille avait baissé la tête</div>
-<div class="verse i1">Et murmuré ces deux mots:&mdash;Au couvent.</div>
-<div class="verse i1">En ce moment, amoureuses rafales,</div>
-<div class="verse i1">On entendit chanter quelques passants;</div>
-<div class="verse i1">C'étaient des traits, des cadences finales.</div>
-<div class="verse i1">Monsieur Médard sentit à leurs accents</div>
-<div class="verse i1">Se réveiller ses haines musicales.</div>
-<div class="verse i1">Il tressaillit,&mdash;et comprimant le bras</div>
-<div class="verse i1">De sa compagne, il redoubla le pas.</div>
-<div class="verse i1">Du Luxembourg au plus vite ils sortirent,</div>
-<div class="verse i1">Et dans la nuit leurs ombres se perdirent&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch7">CONTRADICTION</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Quand c'est tout de bon que j'aime,</div>
-<div class="verse i2">Adieu chanson et poëme!</div>
-<div class="verse i2">Dans mon esprit à l'envers</div>
-<div class="verse i2">Je ne trouve plus un vers.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il me souvient que Constance</div>
-<div class="verse i2">Me demanda quelque stance</div>
-<div class="verse i2">Sur son amour et le mien.</div>
-<div class="verse i2">Bah! cela ne valut rien.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et vraiment je m'en étonne,</div>
-<div class="verse i2">Car elle était simple et bonne,</div>
-<div class="verse i2">Et, pendant un an ou deux,</div>
-<div class="verse i2">Nous vécûmes fort heureux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">D'où vient donc que cette femme</div>
-<div class="verse i2">N'a su toucher que mon âme,</div>
-<div class="verse i2">Et que j'ai si mal rimé</div>
-<div class="verse i2">Ce que j'ai le mieux aimé?</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch8">SEULE</h2>
-
-<p class="c small">SONNET</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elle est morte bien jeune, elle est morte bien belle,</div>
-<div class="verse">Par un matin d'avril frileux et souriant,</div>
-<div class="verse">Douce, et rêvant de Dieu, sans laisser derrière elle</div>
-<div class="verse">Les larmes d'une mère ou l'effroi d'un enfant.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nul ne la connaissait, car, du bout de son aile,</div>
-<div class="verse">Son bon ange gardien la voilait. Et pourtant</div>
-<div class="verse">Son c&oelig;ur, son pauvre c&oelig;ur, jusqu'à la mort fidèle,</div>
-<div class="verse">S'était pris sans espoir d'un amour éclatant.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais tous l'ont ignoré; le temps de sa jeunesse,</div>
-<div class="verse">Monotone et caché, s'est enfui sans ivresse.</div>
-<div class="verse">Elle a vécu sans faste, elle est morte sans bruit;</div>
-
-<div class="verse stanza">Aucun n'a recueilli les trésors de cette âme.</div>
-<div class="verse">Ainsi passent&mdash;parfums perdus! stérile flamme!&mdash;</div>
-<div class="verse">L'étoile dans le jour et la fleur dans la nuit.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch9">MADAME CLORINDE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Puisque, avant le dessert, la fatigue t'a prise,</div>
-<div class="verse">Belle et chétive enfant, qui n'est pas même grise,</div>
-<div class="verse">Et, qu'à peine au début de nos propos joyeux,</div>
-<div class="verse">Les éclairs des flacons ont vaincu tes grands yeux,</div>
-<div class="verse">Puisque ton bras lassé s'est posé sur la nappe,</div>
-<div class="verse">Que le bâillement, seul, de tes lèvres s'échappe,</div>
-<div class="verse">Que ton cou s'alanguit et que ton front s'endort;</div>
-<div class="verse">Sur ce sopha défait, aux coussins à glands d'or,</div>
-<div class="verse">&mdash;Quoique pour une nuit entière on t'ait payée&mdash;</div>
-<div class="verse">Va dormir un instant, dans tes cheveux noyée.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch10">UNE DATE</h2>
-
-
-<h3>I.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Au gai roman de ma jeunesse</div>
-<div class="verse i2">J'ai fait une corne ce soir.</div>
-<div class="verse i2">Je te ferme, le temps est noir,</div>
-<div class="verse i2">Petit livre si plein d'ivresse.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Adieu chansons, tout est fini,</div>
-<div class="verse i2">Faisons place à la politique.</div>
-<div class="verse i2">Cette seconde République</div>
-<div class="verse i2">Pour ses rêveurs n'a pas un nid.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Nos récits étaient des sornettes.</div>
-<div class="verse i2">L'heure est venue où les poëtes</div>
-<div class="verse i2">Ne seront pas plus regardés</div>
-<div class="verse i2">Que bretteurs ou pipeurs de dés.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le monde, saturé de fables,</div>
-<div class="verse i2">Délaisse petit à petit</div>
-<div class="verse i2">Les pages où ces pauvres diables</div>
-<div class="verse i2">Mettaient leur c&oelig;ur et leur esprit.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Maigres comme des télégraphes,</div>
-<div class="verse i2">Sous les balcons errants et las,</div>
-<div class="verse i2">On vide sur eux des&mdash;carafes.&mdash;</div>
-<div class="verse i2">Comme aux amoureux, dans <i>Gil Blas</i>&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Où chercher maintenant fortune?</div>
-<div class="verse i2">L'Icarie est bien loin de nous;</div>
-<div class="verse i2">Et puis, d'ailleurs, s'il en est une,</div>
-<div class="verse i2">Elle est pour les planteurs de choux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Que le ciel ne m'a-t-il fait naître</div>
-<div class="verse i2">Comme ce bourgeois gras et blond,</div>
-<div class="verse i2">Si bien mis, et si content d'être,</div>
-<div class="verse i2">Qu'il n'en demande pas plus long?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Qu'ai-je fait à la Providence</div>
-<div class="verse i2">Pour n'être pas tout simplement</div>
-<div class="verse i2">Homme de peine et de silence,</div>
-<div class="verse i2">Pêcheur breton, meunier normand?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Officier de cavalerie</div>
-<div class="verse i2">Jouant au billard chaque soir</div>
-<div class="verse i2">Et faisant une cour fleurie</div>
-<div class="verse i2">Aux demoiselles de comptoir?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Surnuméraire à la marine,</div>
-<div class="verse i2">Ayant de l'ordre et du crédit,</div>
-<div class="verse i2">Avec des manches en lustrine</div>
-<div class="verse i2">Pour ne point gâter mon habit?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ou boutiquier dans ma boutique,</div>
-<div class="verse i2">Marié, bête, matinal,</div>
-<div class="verse i2">Attendant venir la pratique</div>
-<div class="verse i2">En lisant le <i>National</i>?</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch10p2">II.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Si quelque ambition grotesque</div>
-<div class="verse i2">Allait cependant me venir!</div>
-<div class="verse i2">Eligible, je le suis presque;</div>
-<div class="verse i2">Qui me dira mon avenir?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">D'une Constituante en peine</div>
-<div class="verse i2">Irai-je un jour grossir les rangs?</div>
-<div class="verse i2">Serinette républicaine,</div>
-<div class="verse i2">Harmonica de vingt-cinq francs!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Serai-je,&mdash;que le ciel m'en garde!&mdash;</div>
-<div class="verse i2">Rêveur hissé sur un pavois,</div>
-<div class="verse i2">Moitié tribun et moitié barde,</div>
-<div class="verse i2">Bras inerte, éloquente voix?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Publiciste, ayant pour amantes</div>
-<div class="verse i2">Les Némésis aux bras flétris</div>
-<div class="verse i2">De mes colères écumantes</div>
-<div class="verse i2">Inondant le premier Paris?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ou pamphlétaire de ruelles,</div>
-<div class="verse i2">Comme Timon l'Athénien,</div>
-<div class="verse i2">Timon, démocrate en dentelles,</div>
-<div class="verse i2">Vicomte en bonnet phrygien?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Irai-je, gonflé de misère,</div>
-<div class="verse i2">La nuit, devant un suif tremblant,</div>
-<div class="verse i2">Pâle Archiloque de gouttière,</div>
-<div class="verse i2">Rimer des odes au pain blanc?</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch10p3">III.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">O contrastes impitoyables!</div>
-<div class="verse i2">Jamais on ne vit ciel plus bleu,</div>
-<div class="verse i2">Air plus doux, nuits plus admirables,</div>
-<div class="verse i2">Qu'en ces temps de sang et de feu.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Au milieu des guerres civiles,</div>
-<div class="verse i2">Au plus fort des combats de juin,</div>
-<div class="verse i2">Quand on fusillait des mobiles</div>
-<div class="verse i2">Aux barreaux des marchands de vin;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quand on jetait par les fenêtres</div>
-<div class="verse i2">Des bouteilles de vitriol,&mdash;</div>
-<div class="verse i2">Toujours résonnaient dans les hêtres</div>
-<div class="verse i2">Les poëmes du rossignol;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Chaque soir, la lune coquette</div>
-<div class="verse i2">Se mirait dans le lac plissé,</div>
-<div class="verse i2">Comme ferait une grisette</div>
-<div class="verse i2">Dans un coin de miroir cassé;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Car c'est le temps des jeunes brises,</div>
-<div class="verse i2">Le temps où tout chante, où tout plaît,</div>
-<div class="verse i2">Où Rousseau jetait des cerises</div>
-<div class="verse i2">A mademoiselle Galley;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Où plus d'un de nous s'achemine,</div>
-<div class="verse i2">La cravate un peu de côté,</div>
-<div class="verse i2">Seul, vers la rivière voisine,</div>
-<div class="verse i2">Pour prendre un bain d'éternité.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch10p4">IV.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Vivre, eh Dieu! la pauvre merveille!</div>
-<div class="verse i2">Morne chanson, morne refrain!</div>
-<div class="verse i2">Ce que nous avons fait la veille,</div>
-<div class="verse i2">Nous le ferons le lendemain:</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Nous arpenterons sans mystère</div>
-<div class="verse i2">Toujours les mêmes boulevards,</div>
-<div class="verse i2">Et la même Cité Bergère,</div>
-<div class="verse i2">Avec le même pont des Arts.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Combattant la même paresse,</div>
-<div class="verse i2">Le matin nous retrouvera;</div>
-<div class="verse i2">Et, le soir, la même maîtresse</div>
-<div class="verse i2">Sur sa gorge nous vieillira.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Nos c&oelig;urs, tristes petites bêtes,</div>
-<div class="verse i2">Ne battront qu'une ou deux fois l'an;</div>
-<div class="verse i2">Et, dans quinze ans, nos pauvres têtes&hellip;</div>
-<div class="verse i2"><i>Mais où sont les neiges d'antan?</i></div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Car, grâce au public insensible,</div>
-<div class="verse i2">Pour nous, vainement révoltés,</div>
-<div class="verse i2">La lutte se fait impossible</div>
-<div class="verse i2">Avec les faiseurs effrontés.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et lorsque ainsi l'on nous dispute</div>
-<div class="verse i2">La renommée avec le pain,</div>
-<div class="verse i2">On s'étonne que dans la lutte</div>
-<div class="verse i2">Notre accent devienne hautain.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Que pour tant de stupides &oelig;uvres</div>
-<div class="verse i2">Nous n'ayons égard ni bon ton,</div>
-<div class="verse i2">Et que pour la chasse aux couleuvres</div>
-<div class="verse i2">Il nous suffise d'un bâton.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ah! race de marchands du Temple,</div>
-<div class="verse i2">Mais du Temple infect de Paris,</div>
-<div class="verse i2">Qu'un de vous sans rougir contemple</div>
-<div class="verse i2">Notre légion d'appauvris:</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Nos poëmes qui trop tard règnent</div>
-<div class="verse i2">Veulent un rude enfantement,</div>
-<div class="verse i2">Car nos flancs sont des flancs qui saignent.</div>
-<div class="verse i2">Toute ode suppose un tourment.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Eh bien! donc, tombons sans murmure,</div>
-<div class="verse i2">Tombons comme des orgueilleux!</div>
-<div class="verse i2">La conscience, c'est l'armure</div>
-<div class="verse i2">Des poëtes, ces derniers preux!</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch11">MUEZZIN.</h2>
-
-
-<h3>I.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Ce matin, penché, seul à ma fenêtre,</div>
-<div class="verse i1">L'ombre autour de moi pleine de rumeurs</div>
-<div class="verse i1">Triste, j'attendais le jour à paraître,</div>
-<div class="verse i1">L'&oelig;il vers l'orient aux rouges lueurs.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">La nuit s'enfuyait, honteuse et surprise,</div>
-<div class="verse i1">Le ciel éteignait les pâles regards;</div>
-<div class="verse i1">Et, des noirs buissons qu'agitait la brise,</div>
-<div class="verse i1">Pensif, j'écoutais les souffles épars.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mais quand je sentis, ployé sous l'extase,</div>
-<div class="verse i1">De lumière et d'or mon front inondé,</div>
-<div class="verse i1">Tandis que, partout, comme l'eau d'un vase,</div>
-<div class="verse i1">Le jour ruisselait du ciel débordé;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Quand les peupliers et quand la prairie,</div>
-<div class="verse i1">Avec le ruisseau, chantèrent en ch&oelig;ur,</div>
-<div class="verse i1">Quand je vis briller les <i>fils-de-Marie</i>,</div>
-<div class="verse i1">Je sentis la paix monter à mon c&oelig;ur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mille oiseaux jasaient, je me sentais vivre,</div>
-<div class="verse i1">D'un chaste bonheur mon c&oelig;ur se berçait;</div>
-<div class="verse i1">Et c'était pour moi, qui d'un rien m'enivre,</div>
-<div class="verse i1">Comme un frais bonjour que Dieu m'adressait.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="ch11p2">II.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Et voyant ainsi le ciel me sourire,</div>
-<div class="verse i1">Pour que votre esprit ne fût pas jaloux,</div>
-<div class="verse i1">A mon tour aussi j'ai voulu vous dire</div>
-<div class="verse i1">Que le ciel s'était levé bleu sur vous.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Car peut-être alors, belle paresseuse,</div>
-<div class="verse i1">Les volets fermés à l'éclat des cieux,</div>
-<div class="verse i1">Vous pensiez&mdash;souvent l'aurore est berceuse&mdash;</div>
-<div class="verse i1">A tout ce qui fait le front soucieux.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Vous pensiez aux jours de courte durée</div>
-<div class="verse i1">Qui laissent en nous si longs souvenirs,</div>
-<div class="verse i1">A l'espoir qui passe en robe dorée,</div>
-<div class="verse i1">Haillons rattachés avec des saphirs!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Vous pensiez sans doute à tout ce qu'emporte</div>
-<div class="verse i1">L'ombre qui décroît, voile replié,</div>
-<div class="verse i1">Au rayon qui vient quand la fleur est morte,</div>
-<div class="verse i1">Au malheur qui fuit sans être oublié.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Vous pensiez, tendant l'oreille aux mensonges</div>
-<div class="verse i1">Qu'à votre chevet souffle le sommeil,</div>
-<div class="verse i1">Qu'il valait bien mieux poursuivre des songes</div>
-<div class="verse i1">Que de tant hâter l'heure du réveil;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Que peut-être, hélas! le jour qui va luire</div>
-<div class="verse i1">Sera triste et noir, et plein de courroux,</div>
-<div class="verse i1">Et voilà pourquoi j'ai voulu vous dire</div>
-<div class="verse i1">Que le ciel s'était levé bleu sur vous.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch12">AUTRE BONJOUR</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comment vous portez-vous, adorable Éliante?</div>
-<div class="verse">Sur la pointe du pied j'entre en votre boudoir;</div>
-<div class="verse">C'est l'heure du lever, midi, l'heure élégante;</div>
-<div class="verse">Phébus cligne aux volets et demande à vous voir.</div>
-
-<div class="verse stanza">Au bord de l'oreiller où votre tête glisse,</div>
-<div class="verse">Gageons que la rosée aura sur votre teint,</div>
-<div class="verse">En passant, secoué son bouquet de narcisse</div>
-<div class="verse">Encore tout trempé des perles du matin.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ne vous étonnez pas si, dans votre ruelle,</div>
-<div class="verse">Comme faisaient jadis les abbés-papillons,</div>
-<div class="verse">Je viens, gazette en main, vous dire la nouvelle,</div>
-<div class="verse">Et sur votre guitare accorder mes flonflons.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sur ce tabouret-là souffrez que je m'asseoie;</div>
-<div class="verse">Je détournerai l'&oelig;il autant que vous voudrez,</div>
-<div class="verse">Et vous ferai passer votre mule de soie</div>
-<div class="verse">Entre les deux rideaux, quand vous vous chausserez.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch13">MADAME CLORINDE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">L'autre nuit, comme ils étaient onze</div>
-<div class="verse i2">Qui soupaient à la Maison-d'Or,</div>
-<div class="verse i2">Sous une table aux pieds de bronze</div>
-<div class="verse i2">Deux d'entre eux parlaient d'elle encor:</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">&mdash;Elle est morte, c'est grand dommage,</div>
-<div class="verse i2">La perle du quartier Bréda!</div>
-<div class="verse i2">Mieux eût valu pour ce voyage</div>
-<div class="verse i2">S'en aller Rosine ou Clara.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C'était une petite blonde,</div>
-<div class="verse i2">Née à seize ans et morte à vingt;</div>
-<div class="verse i2">Enfant qui trop tôt vint au monde,</div>
-<div class="verse i2">Enfant qui trop tôt s'en revint.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Un des princes de la finance</div>
-<div class="verse i2">L'avait tirée on ne sait d'où.</div>
-<div class="verse i2">Chez elle éclatait l'élégance:</div>
-<div class="verse i2">Il l'entourait d'un luxe fou.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dans les plis d'un peignoir cachée,</div>
-<div class="verse i2">Ses genoux sous elle tapis,</div>
-<div class="verse i2">Rêveuse, elle vivait couchée</div>
-<div class="verse i2">Sur les fleurs de son grand tapis.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Nulle n'était plus provoquante</div>
-<div class="verse i2">Dans nos nuits de pompeux gala;</div>
-<div class="verse i2">A la fois marquise et bacchante:</div>
-<div class="verse i2">C'était Clorinde!&mdash;Pleurons-la.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Adieu, notre jeune compagne;</div>
-<div class="verse i2">Tu t'en vas au milieu du jour,</div>
-<div class="verse i2">L'estomac ruiné de champagne</div>
-<div class="verse i2">Et le c&oelig;ur abîmé d'amour.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Un menuisier, une portière,</div>
-<div class="verse i2">Deux personnes uniquement,</div>
-<div class="verse i2">La suivirent au cimetière:</div>
-<div class="verse i2">Sa mère et son premier amant.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c small gap">FIN.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">TABLE DES MATIÈRES.</h2>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td>Ode à l'ivresse.</td>
-<td class="num"><a href="#ch1">7</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w8">En médoc: poëme.</span> I.</td>
-<td class="num"><a href="#ch2">17</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w8 c">&mdash;</span> II.</td>
-<td class="num"><a href="#ch2p2">21</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w8 c">&mdash;</span> III.</td>
-<td class="num"><a href="#ch2p3">27</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w8 c">&mdash;</span> IV.</td>
-<td class="num"><a href="#ch2p4">31</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w8 c">&mdash;</span> V.</td>
-<td class="num"><a href="#ch2p5">35</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w8 c">&mdash;</span> VI.</td>
-<td class="num"><a href="#ch2p6">39</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w8 c">&mdash;</span> VII.</td>
-<td class="num"><a href="#ch2p7">43</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w8 c">&mdash;</span> VIII.</td>
-<td class="num"><a href="#ch2p8">47</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w8 c">&mdash;</span> IX.</td>
-<td class="num"><a href="#ch2p9">51</a></td></tr>
-<tr><td>A Théophile Gautier.</td>
-<td class="num"><a href="#ch3">57</a></td></tr>
-<tr><td>Bonne humeur.</td>
-<td class="num"><a href="#ch4">65</a></td></tr>
-<tr><td>Madame Clorinde.</td>
-<td class="num"><a href="#ch5">69</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w85">Le musicien: poëme.</span> I.</td>
-<td class="num"><a href="#ch6">73</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w85 c">&mdash;</span> II.</td>
-<td class="num"><a href="#ch6p2">83</a></td></tr>
-<tr><td>Contradiction.</td>
-<td class="num"><a href="#ch7">89</a></td></tr>
-<tr><td>Seule.</td>
-<td class="num"><a href="#ch8">93</a></td></tr>
-<tr><td>Madame Clorinde.</td>
-<td class="num"><a href="#ch9">97</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w45">Une date.</span> I.</td>
-<td class="num"><a href="#ch10">101</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w45 c">&mdash;</span> II.</td>
-<td class="num"><a href="#ch10p2">105</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w45 c">&mdash;</span> III.</td>
-<td class="num"><a href="#ch10p3">107</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w45 c">&mdash;</span> IV.</td>
-<td class="num"><a href="#ch10p4">109</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w4">Muezzin.</span> I.</td>
-<td class="num"><a href="#ch11">115</a></td></tr>
-<tr><td><span class="w4 c">&mdash;</span> II.</td>
-<td class="num"><a href="#ch11p2">117</a></td></tr>
-<tr><td>Autre bonjour.</td>
-<td class="num"><a href="#ch12">121</a></td></tr>
-<tr><td>Madame Clorinde.</td>
-<td class="num"><a href="#ch13">125</a></td></tr>
-</table>
-
-<p class="r small gap">BORDEAUX.&mdash;TYP. GOUNOUILHOU.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c large top4em"><b>DU MÊME AUTEUR.</b></p>
-
-<p class="c small">EN VENTE</p>
-
-
-<p class="drap"><b>Statues et Statuettes;</b> 1 vol. in-18, format Charpentier.</p>
-
-<p class="drap"><b>Histoire du tribunal révolutionnaire;</b> 1 vol.
-in-18, format Charpentier.</p>
-
-<p class="drap"><b>Rétif de la Bretonne;</b> 1 vol. in-12, avec portrait
-et autographe (tiré à 500 exemplaires seulement, sur
-vergé, vélin, Hollande et papier rose).</p>
-
-<p class="drap"><b>Les Aveux d'un pamphlétaire;</b> 1 vol. in-32
-collection diamant.</p>
-
-<p class="drap"><b>Monsieur de Cupidon;</b> 1 vol. in-18, format Charpentier.</p>
-
-<p class="drap"><b>Figurines parisiennes;</b> 1 vol. in-32 (collection
-mignonne).</p>
-
-
-<p class="c small">SOUS PRESSE</p>
-
-<p class="drap"><b>L'Inassouvi;</b> 1 vol. in-18, format Charpentier.</p>
-
-
-<p class="c gap">Bordeaux.&mdash;Typ. G. <span class="sc">Gounouilhou</span>, place Puy-Paulin, 1.</p>
-
-
-<div class="trnote">
-<h2 class="nobreak">Note du transcripteur</h2>
-
-
-<p>Hormis la couverture, l'original est imprimé à l'encre rouge.</p>
-
-</div>
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Les vignes du Seigneur, by Charles Monselet
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES VIGNES DU SEIGNEUR ***
-
-***** This file should be named 63470-h.htm or 63470-h.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/6/3/4/7/63470/
-
-Produced by René Galluvot (This file was produced from
-images generously made available by The Internet
-Archive/Canadian Libraries)
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
-specific permission. If you do not charge anything for copies of this
-eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
-for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
-performances and research. They may be modified and printed and given
-away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
-not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
-trademark license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country outside the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you'll have to check the laws of the country where you
- are located before using this ebook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
-Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
-trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
-
-
-</pre>
-
-</body>
-</html>
diff --git a/old/63470-h/images/cover.jpg b/old/63470-h/images/cover.jpg
deleted file mode 100644
index 63e3067..0000000
--- a/old/63470-h/images/cover.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ