diff options
| author | nfenwick <nfenwick@pglaf.org> | 2025-01-27 10:57:13 -0800 |
|---|---|---|
| committer | nfenwick <nfenwick@pglaf.org> | 2025-01-27 10:57:13 -0800 |
| commit | 1e69129c4c3d01f59d9a21beb8921ccab8bfa94e (patch) | |
| tree | f77399cdac448dd1918680d11a4c2725f91d9876 | |
| parent | 5004b1756ac66de8bef96898ef67b8e24cb02d93 (diff) | |
| -rw-r--r-- | .gitattributes | 4 | ||||
| -rw-r--r-- | LICENSE.txt | 11 | ||||
| -rw-r--r-- | README.md | 2 | ||||
| -rw-r--r-- | old/60323-0.txt | 6478 | ||||
| -rw-r--r-- | old/60323-0.zip | bin | 138939 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/60323-h.zip | bin | 1258708 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/60323-h/60323-h.htm | 7586 | ||||
| -rw-r--r-- | old/60323-h/images/img-map.jpg | bin | 1092409 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/60323-h/images/logo.jpg | bin | 24974 -> 0 bytes |
9 files changed, 17 insertions, 14064 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..d7b82bc --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,4 @@ +*.txt text eol=lf +*.htm text eol=lf +*.html text eol=lf +*.md text eol=lf diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..9f0ce47 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #60323 (https://www.gutenberg.org/ebooks/60323) diff --git a/old/60323-0.txt b/old/60323-0.txt deleted file mode 100644 index 39455ae..0000000 --- a/old/60323-0.txt +++ /dev/null @@ -1,6478 +0,0 @@ -The Project Gutenberg EBook of Histoire de France, by Ovando Byron Super - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most -other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Histoire de France - Tirée de Ducoudray - -Author: Ovando Byron Super - -Release Date: September 19, 2019 [EBook #60323] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE FRANCE *** - - - - -Produced by David T. Jones, Ronald Tolkien & the online -Distributed Proofreaders Canada team at -http://www.pgdpcanada.net - - - - - - - - - - - - HISTOIRE DE FRANCE - - TIRÉE DE DUCOUDRAY - - PAR - - O. B. SUPER - - PROFESSEUR AU COLLÈGE DICKINSON - - [Illustration: logo] - - NEW YORK - - HENRY HOLT AND COMPANY - - 1900 - -[Illustration: FRANCE - -A series of maps to illustrate the period between A.D. 900 and A.D. -1871.] - - - - - Copyright, 1900 - - BY - - HENRY HOLT CO. - - - - - PRÉFACE - - -Ce livre est tiré des différents cours d'histoire de Ducoudray et peut -être considéré comme un livre de «Lectures Françaises» sur l'histoire -de France plutôt que comme une histoire de France. - -Les histoires de France ne manquent pas, mais les unes sont si -élémentaires, quelquefois les faits y sont présentés sous une -forme si enfantine qu'elles ne peuvent guère intéresser que les -enfants--auxquels, du reste, elles sont destinées--les autres sont -si volumineuses que nous ne saurions nous en servir dans nos classes -élémentaires. Aussi ai-je cherché à éviter l'un et l'autre de ces -extrêmes et à faire, sous une forme abrégée, un livre qui réponde -réellement à nos besoins et que nous puissions mettre entre les mains -de nos élèves de première ou de deuxième année. - -Je dois des remerciments à Messieurs Fabregou et Bergeron, professeurs -au collège de la ville de New York. - - O. B. S. - - COLLÈGE DICKINSON, - août 1900. - - - - - TABLE DES MATIÈRES - - - CHAPITRE I - - LA GAULE ET LES GAULOIS - - Les Gaulois et les Romains; Conquête de la Gaule par - Jules César 1 - - - CHAPITRE II - - LES FRANCS - - L’Invasion barbare; Clovis et ses Fils; Décadence des - Mérovingiens; Pépin le Bref 9 - - - CHAPITRE III - - CHARLEMAGNE - - Guerres en Espagne contre les Arabes; Guerres contre les - Saxons 23 - - - CHAPITRE IV - - LOUIS LE DÉBONNAIRE ET SES FILS - - Traité de Verdun; Charles le Chauve; Les Normands; - Charles le Gros; Les Ducs des Francs 32 - - - CHAPITRE V - - LA FÉODALITÉ - - Les Seigneurs et les Fiefs; Le Château 41 - - - CHAPITRE VI - - LES CROISADES; LA CHEVALERIE - - Les premiers Capétiens; Conquête de l'Angleterre par les - Normands; La première Croisade; Philippe Auguste - et Richard Cœur de Lion; Louis IX et la dernière - Croisade 45 - - - CHAPITRE VII - - PHILIPPE LE BEL ET SES FILS; GUERRE DE CENT ANS - - Bataille de Crécy; Prise de Calais; Bertrand du Guesclin 61 - - - CHAPITRE VIII - - CHARLES VI - - Minorité de Charles VI; Bataille d'Azincourt 71 - - - CHAPITRE IX - - CHARLES VII; JEANNE D'ARC - - La France en 1429; Exploits de Jeanne d'Arc 75 - - - CHAPITRE X - - LOUIS XI 81 - - - CHAPITRE XI - - CHARLES VIII; LOUIS XII; FRANÇOIS Ier - - Bataille de Marignan; Bataille de Pavie; François Ier et - Charles Quint 87 - - - CHAPITRE XII - - LES GUERRES DE RELIGION - - Henri II; La Réforme; Catherine de Médicis; La Sainte-Barthélemy; - Henri III; Henri IV 99 - - - CHAPITRE XIII - - LOUIS XIII - - Régence de Marie de Médicis; Ministère de Richelieu 111 - - - CHAPITRE XIV - - LOUIS XIV - - Mazarin; Turenne; Colbert; Vauban; Guerre de la Succession - d'Espagne 119 - - - CHAPITRE XV - - LOUIS XV - - La Régence; Guerre de Sept Ans; Le Canada 142 - - - CHAPITRE XVI - - LOUIS XVI; LA RÉVOLUTION - - Guerre d'Amérique; Les États Généraux; Prise de la Bastille; - Fuite de Varennes 151 - - - CHAPITRE XVII - - LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE - - La Convention; Mort de Louis XVI; La Terreur; Le - Directoire; Le Général Bonaparte 164 - - - CHAPITRE XVIII - - LE CONSULAT - - Bataille de Marengo; Organisation de la Société nouvelle 174 - - - CHAPITRE XIX - - L’EMPIRE - - Napoléon Ier; Bataille d'Austerlitz; Campagne de Russie; - Bataille de Waterloo; Napoléon à Sainte Hélène 178 - - - CHAPITRE XX - - LA FRANCE DEPUIS 1815 - - La Restauration; Louis XVIII; Charles X; Louis Philippe - Ier; République de 1848; Napoléon III; Guerre - de 1870-71; Troisième République 194 - - - - - HISTOIRE DE FRANCE - - - - - CHAPITRE I - - LES GAULOIS - - -De la plus haute cime des monts d'Auvergne, au centre de la France, on -verrait, si l'œil était assez perçant, comme limites de notre pays, au -midi la chaîne des Pyrénées qui se dresse entre lui et l'Espagne; une -vaste nappe d'eau, la Méditerranée qui peut nous conduire en Afrique -et en Orient; les Alpes, les plus hautes montagnes de l'Europe, notre -barrière contre l'Italie. A l'est, les Alpes prolongeraient leurs -sommets couverts de neige jusqu'à une autre muraille, le Jura qui -nous sépare de la Suisse; le large fleuve du Rhin laisserait, au delà -de ses rives, distinguer l'Allemagne; c'est lui qui autrefois nous -servait de limite dans tout son cours et protégeait notre pays au nord -aussi bien qu'à l'est. A l'ouest, au delà du bras de mer qu'on appelle -la Manche, on apercevrait, à demi-cachée dans la brume, une grande -île, l'Angleterre; enfin, le soleil couchant offrirait un spectacle -magnifique en éteignant ses dernières clartés dans l'océan Atlantique. -A nos pieds nous verrions de larges fleuves quelquefois terribles, -de nombreuses et belles rivières dont quelques-unes sont paresseuses; -un pays âpre et montueux au centre et au midi, uni vers le nord, mais -partout fertile, ni trop humide ni trop aride, assez bien fermé pour -la défense, néanmoins ouvert au commerce et, à l'intérieur, plus -ouvert encore aux échanges mutuels entre les habitants de chaque -région. - -La France, dans les temps anciens, s'appelait la Gaule. Elle ne -présentait qu'une suite de vastes forêts, entremêlées de marécages. -Les chênes, les hêtres, les érables, les bouleaux remplissaient les -vallées et couronnaient les montagnes. Ces arbres formaient une voûte -de feuillage que pouvaient à peine percer les rayons du soleil. - -Dans ces bois presque continus abondaient les loups, les ours, les -sangliers et des troupeaux de porcs aussi dangereux que les sangliers. -L'aurochs, taureau sauvage, aux cornes longues et terribles, et dont -l'espèce a presque disparu de l'Europe, était le plus fort de ces -animaux et le roi des forêts de la Gaule. - -Toujours en lutte contre les bêtes féroces, les peuples primitifs -savaient les pousser dans certaines parties des bois et les faire -tomber dans des filets tendus aux arbres ou dans des fosses cachées -sous le feuillage. Là, à coups de flèches et de piques, ils les -tuaient plus aisément. Souvent aussi ils les attaquaient en face. Dans -leurs villages, de nombreuses têtes de loups et d'aurochs suspendues -aux portes des cabanes indiquaient la demeure des plus intrépides -chasseurs. Ils avaient pour armes défensives des boucliers aussi -hauts qu'un homme, et que chacun ornait à sa manière: quelques-uns -y faisaient graver des figures d'airain en bosse et travaillées avec -beaucoup d'art. Leurs casques d'airain avaient de grandes saillies -et donnaient à ceux qui les portaient un aspect tout fantastique. A -ces casques étaient fixées des cornes, des figures d'oiseaux ou de -quadrupèdes. Ils avaient des trompettes barbares, d'une construction -particulière, qui rendaient un son rauque et approprié au tumulte -guerrier. Les uns portaient des cuirasses de mailles de fer, les -autres combattaient nus; au lieu d'épées, ils avaient des espadons -suspendus à leur flanc droit par des chaînes de fer ou d'airain. - -Le courage avec lequel ils se servaient de ces armes et affrontaient -la mort sous tous ses aspects, provenait aussi bien d'un de leurs -dogmes religieux que de leur naturel hardi. Les Gaulois possédaient -«la croyance la plus ferme et la plus claire de l'immortalité de -l'âme: toutes leurs coutumes étranges ou naïves, touchantes ou -cruelles, s'expliquent par cette foi.» - -Une des principales fêtes de la religion gauloise était la récolte du -gui, en l'honneur du dieu Hésus. - -Le gui, plante parasite qui croît sur des arbres comme le pommier, -mais rare sur le chêne, possédait, selon la croyance des druides, la -vertu de guérir tous les maux. Chaque année, à la fin de l'hiver, -les druides le cherchaient. Sitôt qu'ils l'avaient trouvé, le peuple -accourait en foule. Le chef des druides, armé d'une faucille d'or, -s'approchait de l'arbre chéri des dieux et coupait le gui sacré. On -immolait deux taureaux sans tache, et la fête se terminait par de -bruyants banquets. - -Malheureusement, les animaux n'étaient pas toujours les seules -victimes offertes en sacrifice. Les druides croyaient devoir, pour -apaiser les dieux, leur immoler des hommes. Dans quelques tribus, -dit-on, on remplissait d'hommes vivants de grands mannequins d'osier, -on y mettait le feu, et les victimes, innocentes ou coupables, -périssaient enveloppées par les flammes. - -Peu de peuples furent aussi remuants que les populations gauloises. -Les révolutions de leur pays les rejetaient toujours sur les contrées -voisines, et leur humeur aventureuse les entraînait plus loin. Le -soleil et les richesses de l'Italie les attirèrent dès l'année 400 -avant Jésus-Christ. Vers l'an 390, une de leurs tribus, les Sénons, -s'avancent jusqu'à Clusium en Étrurie; ils réclament des terres; -une députation part de Rome pour jouer le rôle d'arbitre, mais elle -oublie bien vite cette haute mission et combat au lieu de négocier. -Un chef gaulois est même tué par un des députés: on demande à Rome -réparation; le crédit dont jouit la famille du coupable empêche de -faire droit à cette juste demande. Les Barbares marchent alors sur -Rome et rencontrent l'armée romaine à une demi-journée de la ville, -sur les bords de l'Allia. Frappés d'une terreur panique à la vue de -ces sauvages ennemis, les Romains se débandent et courent se réfugier, -partie dans la ville, partie dans les villes alliées. Bientôt les -Gaulois arrivent: ils ne trouvent dans la cité que de vieux magistrats -qui, ne voulant pas fuir et ne pouvant combattre, ont refusé de -s'enfermer dans la forteresse du Capitole. Un des Barbares ayant -touché la barbe du vieux Papirius, celui-ci le frappe de son bâton; -le Gaulois irrité le tue, et dès lors commence le massacre; bientôt -l'incendie le suit et dévore une cité déjà grande qui comptait plus de -trois siècles d'existence. - -La citadelle, où tous les hommes qui savent tenir une épée ont accouru -pour défendre la patrie, est assiégée; un jour même, sans le cri des -oies consacrées à la déesse Junon, qui réveillent le brave Manlius -et quelques amis, le Capitole était pris. Les Romains parviennent à -repousser cette attaque, mais épuisés, sans vivres, ils se rendent. -Pour peser la rançon de mille livres d'or, les vainqueurs apportèrent -de faux poids, et leur chef ne répondit aux réclamations qu'en -jetant encore dans la balance sa lourde épée, puis son baudrier, et -en répétant le mot qui retentit souvent dans l'antiquité, où l'on -ne connaissait guère la pitié: «Malheur aux vaincus!» (390 avant -Jésus-Christ). Un vaillant chef, Camille, accourut de l'exil, fit -honte aux Romains de leur lâcheté, rompit tout traité et mit en fuite -l'armée gauloise. C'est du moins le récit de l'historien de Rome, -Tite Live, qui a voulu, adoptant la tradition populaire, couvrir une -défaite réelle par une victoire tardive et douteuse. - -Longtemps encore les Gaulois furent la terreur de Rome, et cette -fameuse république n'acheva que deux siècles plus tard la soumission -de ceux qui occupaient le nord de l'Italie. Les Romains passèrent -ensuite les Alpes, formèrent d'abord une province en Gaule, et à -partir de l'année 125, y fondèrent deux villes, Aix et Narbonne. - -Puis, un grand capitaine, Jules César, soumit presque tous les peuples -gaulois, de 58 à 52 avant Jésus-Christ. Dans la dernière année -seulement, les Gaulois comprirent la nécessité de l'union et, conduits -par Vercingétorix, essayèrent de repousser l'ennemi commun. Mais, -après une année de lutte, ils essuyèrent, sous les murs d'Alésia, une -défaite irrémédiable. - -Les Gaulois, inférieurs aux Romains en discipline, en science -militaire, ne surent pas en outre s'entendre pour leur résister. Jules -César battit les différents peuples les uns après les autres, et en 53 -avait à peu près soumis la Gaule. - -Mais un peuple qui, de l'aveu de ses ennemis, s'était placé au-dessus -de tous les autres par sa vertu guerrière, ne pouvait, sans une -vive douleur, subir le joug des Romains. Au fond des bois, les plus -importants personnages des cités se réunissent; ils jurent sur les -enseignes militaires de combattre et de mourir plutôt que de perdre la -gloire et la liberté qu'ils ont reçues de leurs pères. Les Carnutes -(habitants de Chartres) doivent donner le signal, et la révolte -éclate, à la fin de l'année 53, par le massacre des Romains établis -dans la ville de Genabum (Gien ou Orléans), sur les bords de la Loire. - -En un jour la nouvelle de ce massacre arrive, transmise par des cris -dans les campagnes, jusqu'aux monts d'Auvergne, à Gergovie (près de la -ville actuelle de Clermont). - -Là vivait un jeune homme d'une noble et puissante famille, -Vercingétorix. Son père avait tenu le premier rang dans la Gaule, -et ses concitoyens l'avaient fait mourir parce qu'il aspirait à la -royauté. Le fils n'en avait pas moins gardé une foule d'amis et -de clients, qu'il enflamma de son amour de la patrie et à la tête -desquels il se rendit maître de Gergovie. Puis il envoya des députés -pour déterminer les peuples de la Gaule à se soulever: presque tous -répondirent a son appel. - -Nommé seul chef des peuples gaulois, Vercingétorix tint tête une année -entière aux armées romaines. César même fut battu sous les murs de la -ville de Gergovie dont il avait essayé de s'emparer. Mais le général -romain reprit l'avantage et força enfin Vercingétorix à se réfugier -dans la ville d'Alésia ou Alise. - -Située sur une colline, la cité d'Alise ne pouvait guère être enlevée -d'assaut. César résolut de la prendre par la famine. Les soldats -romains, exercés aux plus durs travaux, creusèrent autour de la -colline d'Alise des fossés et construisirent un retranchement protégé -en avant par de grands rameaux fourchus. En outre, vingt-trois tours -placées de distance en distance le défendaient. - -Vercingétorix appela à lui tous les peuples de la Gaule. Deux cent -quarante mille guerriers accoururent pour le délivrer. Mais César -avait prévu cette attaque. De même qu'il avait creusé des fossés -du côté de la ville, il en avait fait creuser aussi du côté de la -campagne et se trouvait garanti en avant et en arrière. Vainement -les Gaulois d'Alise descendirent de leur colline pour combattre -les Romains, tandis que l'armée gauloise du dehors les attaquait. -Assaillis de toute part, mais bien abrités, les Romains résistèrent de -toute part. Après une bataille qui se prolongea trois jours, la grande -armée gauloise fut vaincue, presque anéantie. - -Désormais sans espoir, épuisés par la famine, les défenseurs d'Alise -se rendirent à César. Alors un cavalier, paré comme pour la bataille, -sortit de la ville. Il alla droit à un tertre de gazon où s'élevait le -tribunal de César, en fit le tour, s'arrêta devant le vainqueur, jeta -ses armes à ses pieds et garda le silence. C'était Vercingétorix, qui -se livrait aux Romains pour qu'on épargnât la ville. Les principaux -chefs gaulois le suivaient (52 avant Jésus-Christ). Sans se laisser -toucher par une si grande infortune, César les fit tous enchaîner et -jeter en prison. Il emmena plus tard à Rome Vercingétorix, le promena -en triomphe et le fit décapiter. - -La résistance ayant cessé, César se montra moins rigoureux: il ménagea -les Gaulois pour les tributs (près de 8 millions de francs seulement), -et encore ce tribut fut déguisé sous le nom de solde militaire. Il -engagea à tout prix leurs meilleurs guerriers dans ses légions; il en -composa une tout entière dont les soldats portaient sur leurs casques -une alouette, d'où son nom, légion de l'Alouette. On ne peut dire s'il -eût mieux valu pour la Gaule garder sa propre civilisation et son -indépendance; mais sous la domination de Rome, elle s'initia bien vite -aux arts, à la riche culture, à l'esprit, au raffinement des Grecs et -des Romains. - -Les Romains avaient, à côté des cirques, construit des écoles où les -jeunes Gaulois se pressaient aux leçons de maîtres célèbres. Les -Gaulois d'ailleurs rivalisèrent bientôt avec leurs maîtres dans les -sciences et dans les arts: ils ne parlèrent plus que la langue latine, -qui, persistant à travers les siècles, a contribué à former la langue -française. - - - - - CHAPITRE II - - LES FRANCS - - -Quatre siècles après la conquête, à voir les forêts défrichées, des -routes ouvertes, des villes opulentes, des monuments magnifiques dont -il reste de magnifiques débris, un peuple actif, enrichi, policé, -parlant latin et rivalisant d'esprit, comme d'élégance, avec ses -maîtres, on n'aurait pu reconnaître la Gaule. La religion même avait -changé; vainqueurs et vaincus se rapprochaient, pour la plupart, dans -le culte du vrai Dieu; la foi chrétienne, grâce à l'héroïsme des -martyrs, avait fait reculer et le culte farouche des druides et le -culte honteux des idoles païennes. Mais l'invasion barbare ne tarda -pas, facilitée par les divisions de l'empire et l'affaiblissement des -populations corrompues, à replonger notre pays dans les combats, les -souffrances, la misère et l'ignorance. Des nuées de Germains, venus -du centre de l'Europe, envahissent la Gaule, comme les autres parties -de l'empire, et, à plusieurs reprises, la ravagent en tous sens. Au -cinquième siècle après Jésus-Christ, la domination romaine a presque -disparu dans notre pays. Les Francs dominent au nord; les Burgondes à -l'est; les Wisigoths, venus par le midi, au midi. Puis une nouvelle -invasion, plus terrible encore, menace ces barbares qui commencent -à se fixer, c'est celle des Huns, sortis des steppes de l'Asie. Ils -sont conduits au pillage du monde par un chef terrible, Attila, qui -s'intitule lui-même le _fléau de Dieu_, et foule tellement la terre, -«que l'herbe ne croît plus où son cheval a passé.» Vingt villes de la -Gaule sont détruites. Mais Romains, Francs, Burgondes, Wisigoths, tous -réunis contre l'ennemi de tous, arrivent, repoussent Attila et lui -font essuyer un sanglant désastre dans les plaines de Méry-sur-Seine -(451). - -Les Huns vaincus s'enfermèrent dans leur camp derrière leurs nombreux -chariots. Attila se tenait près d'un bûcher autour duquel les Huns -se rangèrent, une torche à la main, prêts à mettre le feu si le camp -était forcé. Mais les coalisés ne commencèrent point l'attaque. Attila -partit, emmenant avec lui comme otage l'évêque de Troyes. - -Deux ans après, le roi des Huns mourait, et ce peuple cessa d'être -redoutable. - -Parmi les peuples qui avaient combattu les Huns, on avait remarqué -les Francs sous les ordres de Mérovée, chef de la tribu des Saliens, -et qui seul de toute sa tribu portait une longue chevelure, signe -distinctif de la royauté. - -Les guerriers francs relevaient leurs cheveux sur le sommet du front -en forme d'aigrette; leur visage était entièrement rasé, à l'exception -de deux longues moustaches qui leur tombaient de chaque côté de la -bouche. Grands, vigoureux, serrés dans leurs habits de toile, ils -ressemblaient par leur visage et leur caractère aux anciens Gaulois, -surtout à ceux des pays du Nord. Ils lançaient avec adresse leur -francisque (hache à deux tranchants) et manquaient rarement l'endroit -qu'ils avaient mesuré de l'œil; ils se servaient aussi d'une pique, -armée de plusieurs crochets recourbés comme des hameçons. - -Idolâtres comme les anciens Gaulois, les Francs se faisaient des -images des arbres, des oiseaux, des bêtes sauvages, et les adoraient. -Ils croyaient que les braves allaient dans les palais de leur grand -dieu Odin goûter les joies d'un éternel banquet, et cette croyance les -poussait à braver la mort avec une audace extraordinaire. - -=Clovis (481-511).=--Clovis, fils de Childéric, fut, à l'âge de quinze -ans, promené sur un bouclier suivant la coutume des Francs et proclamé -roi (481). Animé d'une ardeur guerrière, il entraîna son peuple à la -conquête de la Gaule. Il attaqua les troupes romaines qui occupaient -encore une partie de la Gaule et les défit avec leur général Syagrius, -près de Soissons (486). Cette ville devint des lors sa capitale. - -Clovis n'était guère le maître de ses soldats que pendant le combat. -Les Francs ayant pillé une église de la ville de Reims et emporté un -vase très précieux, l'évêque Remi fit réclamer ce vase. «Suivez-moi -jusqu'à Soissons, dit Clovis aux envoyés, parce que là sera partagé -tout ce qui a été gagné; lorsque ce vase sera tombé dans mon lot, je -remplirai le désir de l'évêque.» - -Tout le butin étant réuni, Clovis dit: «Je vous prie, mes braves -guerriers, de ne pas me refuser ce vase en dehors de ma part.» - -Les soldats consentaient, lorsque l'un d'eux, plus envieux, refusa et -frappa le vase avec sa hache en disant: «Tu n'auras rien, ô roi, que -ce que le sort t'accordera.» Clovis garda le silence et ne manifesta -point sa colère. - -L'année suivante, il passait une revue de ses guerriers et examinait -leurs armes. Lorsqu'il arriva devant le soldat qui avait brisé le -vase: «Nul, lui dit-il, n'a ici des armes aussi mal entretenues que -les tiennes.» Puis, lui prenant sa hache, il la jeta par terre, et -comme le soldat se baissait pour la ramasser, Clovis leva sa propre -hache et lui fendit la tête, en s’écriant: «Qu'il te soit fait ainsi -que tu as fait au vase, l'an passé, dans Soissons!» Il inspira ainsi -une grande crainte. - -Clovis épousa en 493 Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes. -Or Clotilde était chrétienne. Elle s'appliqua à convertir à sa -religion son époux, encore païen. - -Clovis avait déjà, grâce à ce mariage, gagné plusieurs villes, entre -autres Paris. Une victoire sur les Alamans le rendit encore plus -docile aux exhortations de la reine et de l'évêque saint Remi. Les -Alamans passaient le Rhin en grand nombre pour prendre aussi leur part -de cette Gaule que les Francs semblaient vouloir s'attribuer tout -entière. Toutes les tribus franques accoururent autour de Clovis, et -la bataille s'engagea à Tolbiac, près de Cologne (496). Les Francs -plient un instant. Clovis, qui avait laissé baptiser deux de ses -enfants, invoque, dit-on, le Dieu de Clotilde et promet de se faire -chrétien s'il est vainqueur. La victoire lui revient et les Alamans -sont rejetés au delà du Rhin. Clovis alors se fit baptiser par saint -Remi, avec 3000 de ses soldats. - -Tous les évêques de la Gaule félicitèrent le nouveau converti, et -tout le pays entre la Seine et la Loire se soumit au prince que -l'Église appelait déjà «sa colonne de fer.» Clovis, excité par la -reine Clotilde, toujours préoccupée de venger sa famille détruite -par le cruel Gondebaud, battit ce roi près de Dijon et lui imposa un -tribut. Des lors il domina sur les bords de la Saône. - -Restaient les Wisigoths. Les évêques du Midi, que persécutait ce -peuple, appelaient Clovis. Celui-ci réunit ses farouches guerriers et -leur dit: «Je supporte avec grand chagrin que ces impies possèdent -une partie des Gaules. Marchons avec l'aide de Dieu, et, après les -avoir vaincus, réduisons leur pays en notre pouvoir.» Cette nouvelle -expédition plut singulièrement aux guerriers francs: ils approuvèrent; -on passa la Loire. Clovis avait surtout défendu de piller le -territoire de Tours, placé sous la protection spéciale de saint -Martin, alors vénéré comme le plus grand apôtre des Gaules. «Où sera -l'espoir de la victoire si nous offensons saint Martin?» disait Clovis -avec cette dévotion intéressée qui pouvait seule avoir action sur -des barbares. Un soldat, ayant arraché une botte de foin à un pauvre -homme, fut mis à mort. Les heureux augures, les merveilles même se -multiplièrent, si l'on en croit la légende, sur les pas de celui qui -se confiait en la protection de saint Martin. - -Pour atteindre l'armée d’Alaric, Clovis remontait la rivière de Vienne -et cherchait un gué: «une biche d'une merveilleuse grandeur» le lui -montre en passant elle-même la rivière. Encore aujourd'hui cet endroit -porte le nom populaire de _Gué de la Biche_. Lorsqu'elle approcha -de Poitiers, l'armée des Francs vit un globe de feu qui paraissait -sortir de l'église d'un autre saint célèbre, Hilaire de Poitiers, -«sans doute, dit le chroniqueur, afin qu'aidés par la lumière du bien -heureux confesseur, ils assaillissent plus hardiment les bataillons de -ces hérétiques contre lesquels le saint évêque avait souvent combattu -pour la foi.» Alaric, roi des Wisigoths, hésitait à engager l'action -contre les Francs; il temporisait, espérant un prompt secours d'autres -barbares d’Italie, les Ostrogoths; mais les chefs n'étaient point -maîtres de leurs armées: «Nous valons bien les Francs en force et en -courage!» s'écrièrent les soldats d’Alaric, et la bataille s'engagea -a Voulon (4 lieues de Poitiers). Alaric était prudent, mais non -lâche; il le prouva en demeurant sur le champ de bataille même après -que ses lignes eurent été enfoncées. Il fut tué de la main même de -Clovis. Celui-ci toutefois courut un grand danger: deux soldats Goths -le frappèrent ensemble de leurs lances; mais les lances ne purent -entamer la cuirasse du chef des Francs qui fut sauvé. En quelques -heures la victoire fut complète et le carnage affreux. «Les cadavres, -dit le chroniqueur, étaient amoncelés en tel nombre, qu'on eût dit -des montagnes de morts.» Tout le midi de la Gaule, avec ses opulentes -cités, tomba au pouvoir des Francs qui, pendant plusieurs mois, ne -cessèrent de ravager le pays. - -Les Francs dominèrent alors jusqu'aux Pyrénées. Cependant toutes les -tribus franques ne reconnaissaient pas l'autorité de Clovis. Toujours -rusé et cruel, il se délivra de leurs rois, qu'il fit tuer en secret -les uns après les autres. Il devint ainsi le seul chef des Francs. - -Clovis avait fondé un État qui est le plus ancien de tous les États -de l'Europe, et fait de la Gaule la France. Il mourut en l'année 511, -dans la cité de Lutèce, qu'on appelait déjà Paris, et dont il avait -fait sa capitale. - -=Les fils de Clovis; partage de la Gaule.=--L’égalité des partages -entre les enfants étant la règle des successions chez les Francs, -les quatre fils de Clovis se divisèrent toutes ses conquêtes comme -un simple butin. Chacun eut sa part de territoire et de trésors, de -villes et d'étoffes précieuses. Il y eut un roi de Paris, Childebert; -un roi de Soissons, Clotaire; un roi d'Orléans, Clodomir; un roi -de Metz, Thierry. Et, de même que Clovis, en vrai barbare, avait -dépouillé ses parents, de même ses fils cherchèrent à se dépouiller -les uns les autres. Les enfants de Clodomir furent massacrés par leurs -oncles Clotaire et Childebert. - -Quelques années plus tard, Clotaire et Childebert reprirent contre la -Bourgogne la guerre et soumirent ce royaume (533-534). - -=Clotaire I^{er} (558-561).=--Clotaire, d'abord roi de Soissons, puis -de Paris, survécut à ses frères et se trouva en 558 seul possesseur -des pays soumis par les Francs. Cruel, il n'hésita pas à faire périr -son fils Chramne qui s'était révolté contre lui avec l'aide du roi -des Bretons. Chramne, vaincu, fut brûlé dans une cabane où il s'était -réfugié. Clotaire mourut lui-même en 561. - -Quatre fils lui restaient. Après sa mort il y eut encore quatre -royaumes. Caribert eut le royaume de Paris; Sigebert, celui de Metz; -Chilpéric, celui de Soissons; Gontran, le royaume de Bourgogne. Plus -violents encore que les fils de Clovis, ces princes, réduits bientôt -à trois par la mort de Caribert (567), se firent bientôt des guerres -acharnées. Au milieu de cette confusion on distingua surtout la -rivalité des deux royaumes de Chilpéric et de Sigebert. - -=La Neustrie et l'Austrasie.=--Les Francs du royaume de Chilpéric -(Soissons) et tous ceux qui habitaient de la Somme à la Loire se -mêlaient de plus en plus avec les populations gallo-romaines, -prenaient leurs mœurs et leurs usages. Ils devenaient ainsi de jour en -jour plus différents des Francs du royaume de Sigebert (Metz), de ceux -qui habitaient les pays de l'est, les bords de la Meuse, de la Moselle -et du Rhin. Ceux-ci furent désignés sous le nom d’Austrasiens, les -autres sous le nom de Neustriens. L'animosité de ces deux peuples se -manifesta d'abord par la guerre qu'excita la rivalité de deux femmes -tristement célèbres, Brunehaut, femme de Sigebert, et Frédégonde, -femme de Chilpéric. - -Brunehaut, fille d'un roi des Wisigoths et élevée en Espagne dans des -idées toutes romaines, avait voulu imposer ces idées aux guerriers -francs de l'Austrasie. Elle voulait faire disparaître les coutumes -barbares, réparait les voies que les Romains avaient construites et -qu'on laissait tomber en ruine. Mais elle était emportée, avide. -Elle faisait mettre à mort sans jugement les _leudes_[1] dont -elle convoitait les trésors. Elle persécutait les évêques qui lui -reprochaient ses violences. Elle arma même l'un contre l'autre ses -deux petits-fils, Thierry II, roi de Bourgogne, et Théodebert II, roi -d'Austrasie. Théodebert fut saisi et peu après mis à mort. Thierry -II régna alors avec Brunehaut sur l'Austrasie et sur la Bourgogne. -Mais Thierry, que Brunehaut avait laissé s'énerver dans les plaisirs, -mourut tout à coup en 613, et Brunehaut demeura seule avec quatre -arrière-petits-enfants en bas âge. Les leudes pensèrent alors que le -moment était venu de se venger de cette femme ambitieuse et altière. -De son côté, le fils de la cruelle Frédégonde, Clotaire II, trouva le -moment favorable pour attaquer Brunehaut. Celle-ci fut abandonnée par -son armée et bientôt livrée à Clotaire II. - -Le roi de Neustrie se montra le digne fils de Frédégonde par le -supplice auquel il soumit la reine vaincue. Pendant trois jours elle -fut exposée aux insultes des soldats, promenée honteusement sur un -chameau, puis attachée à la queue d'un cheval fougueux qui lui brisa -le crane et traîna son cadavre mutilé sur les pierres des chemins. Ce -fut ainsi que mourut, en 613, Brunehaut, fille de roi, épouse de roi, -mère de roi, aïeule et bisaïeule de rois. - -=Clotaire II (586-628).=--Le roi de Neustrie, Clotaire II, le fils -de Frédégonde, réunit sous son autorité les deux royaumes et régna -jusqu'en 628, seul maître de toute la Gaule comme l'avaient été -Clotaire I^{er} et Clovis. - -=Dagobert I^{er} (628-638); grandeur du royaume franc.=--Son fils, -Dagobert I^{er}, le plus puissant des rois de la famille ou dynastie -de Mérovée, ne fut nullement le prince débonnaire que nous représente -la légende: il avait au contraire forcé les grands à l'obéissance et -se montrait terrible aux méchants. A peine prenait-il le temps de -manger et de dormir, tant le zèle de la justice l'animait. Il était -maître d'un vaste empire qui débordait bien au delà du Rhin. Il -recevait en effet tribut des Alamans, des Thuringiens, des Bavarois et -porta ses armes jusque dans la vallée du Danube où il eut à soutenir -de rudes guerres. - -C'était dans sa villa de Clichy, près de Paris, que Dagobert aimait -à résider et à déployer ses richesses. Assis sur un trône d'or, la -couronne sur la tête, il donnait audience comme un véritable empereur. - -=Décadence des Mérovingiens; les rois fainéants.=--A la mort de -Dagobert les partages se renouvelèrent ainsi que les guerres civiles. -La famille de Mérovée alla sans cesse en dégénérant, et alors commença -la série des souverains appelés _rois fainéants_: reproche injuste, -car beaucoup n’arrivèrent pas à l'âge d'hommes, et ceux qui y -arrivaient étaient relégués dans quelque villa au fond des forêts. De -loin en loin un chariot traîné par des bœufs les amenait à l'assemblée -générale des guerriers, puis, lorsqu'on leur avait rendu de vains -honneurs, on les renvoyait à leurs chasses et a leurs plaisirs. Les -maires du palais gouvernaient à leur place. - -Les maires du palais avaient d'abord été de simples officiers du roi, -juges des querelles qui éclataient dans les villas royales ou entre -les compagnons du roi. Élus par les leudes qu'ils conduisaient aux -combats, ils devinrent les tuteurs des rois enfants, puis les maîtres -de ceux qu'ils avaient élevés. Il y avait un maire du palais dans -chaque royaume. Et les maires combattirent entre eux comme avaient -combattu les rois. - -Les maires du palais prenaient si bien la place des rois qu'il n'y -avait même déjà plus, depuis l'année 679, de rois en Austrasie. La -famille de Pépin de Landen, dans laquelle depuis longtemps les leudes -choisissaient les maires du palais, commandait seule aux Austrasiens. -Sous la conduite de guerriers remarquables sortis de cette vaillante -famille, les Austrasiens devinrent de jour en jour plus forts. Une -victoire décisive de leur chef Pépin d'Héristal, remportée à Testry -(en 687), sur les Neustriens, assura aux Austrasiens la domination de -la Gaule. - -Il y eut sans doute encore des fantômes de rois en Neustrie, mais de -fait la famille de Pépin d'Héristal remplaçait déjà celle de Clovis. - -De cette famille, en réalité maîtresse de la Gaule, sortit le fameux -Charles Martel, l'un des plus grands guerriers de l'époque, qui -renouvela les exploits de Clovis et annonçait ceux de Charlemagne. - -Du fond de l'Arabie, péninsule qui tient à l'Asie et à l'Afrique, -un peuple ardent se précipitait à la conquête du monde, poussé par -le fanatisme et la volonté d'imposer partout la religion de son -prophète Mahomet. Celui-ci avait prêché et combattu de 622 à 632; -il avait rompu avec le culte des idoles païennes, mais ne voyait -en Jésus-Christ qu'un grand prophète et dans les Chrétiens que des -infidèles adorant plusieurs dieux. Avec la Bible, l’Évangile, les -poésies arabes, ses propres maximes et des préceptes matériels dictés -par l'intelligence du climat de l'Orient, il avait composé un livre -pour ses disciples, le Coran, où ceux-ci lurent surtout la doctrine -du fatalisme, c'est-à-dire la résignation complète à tout ce qui -peut arriver. Le zèle qui leur était recommandé pour la propagation -de la croyance au vrai Dieu et a son prophète Mahomet, transportait -les Arabes d'un enthousiasme qui excitait encore leur nature mobile -et impétueuse. En moins d'un siècle, ils s'étaient emparés de la -Syrie et de la Perse en Asie; de l'Égypte, de toutes les côtes de -l'Afrique le long de la Méditerranée, enfin de l'Espagne (711). -Bientôt ils convoitèrent la Gaule. Déjà, en 721, ils avaient attaqué -l'Aquitaine et assailli Toulouse. Le duc Eudes, avec les Aquitains et -les Gascons levés en masse, avait défendu sa capitale et gagné une -sanglante bataille. En 732, une invasion plus redoutable se prépare -sous un chef vaillant, Abdérame. Bientôt Abdérame s'empare de Bordeaux -qu'il saccage. Le duc Eudes, qui jusqu'alors n'avait pas voulu faire -soumission au duc des Francs, voyant ce torrent dévastateur se -répandre par toute l'Aquitaine, et ses sujets épouvantés en présence -de ces cavaliers rapides qu'on trouvait partout à la fois, implora le -secours de Charles. - -Charles arriva avec les Francs du nord. Les Arabes se trouvaient -en face du dernier rempart de la chrétienté. Cette armée, qu'un -chroniqueur appelle avec raison «l’armée des Européens,» une fois -détruite, la religion de Mahomet (ou autrement l'islamisme), dominera -sur la terre. - -=Bataille de Poitiers (732).=--Les Francs n'abordèrent pas sans -étonnement les Arabes, ces ennemis nouveaux, au teint basané, qui, -enveloppés dans des burnous blancs, montaient des chevaux vifs -et ardents. Les cavaliers arabes soulevaient des tourbillons de -poussière, paraissaient et disparaissaient, se repliaient, se -reformaient, pour revenir, avec la rapidité de l'ouragan, frapper -en courant avec leurs cimeterres ou sabres recourbés. Les Arabes, à -leur tour, s'étonnèrent de voir ces hommes du Nord, blonds, grands, -protégés par des casques et des cottes de mailles ou des casaques de -peaux, munis de longues épées, de piques, maniant habilement la hache -et la lançant au loin. Les Francs demeuraient unis, disciplinés, -présentant une forêt de piques comme un mur de fer, et résistaient, -inébranlables, à tous les assauts. - -Une habile diversion organisée par Charles contre le camp arabe, -décida le succès de la journée en faveur des Chrétiens. Ne songeant -plus qu'à leurs richesses, les Arabes quittèrent leurs rangs. La nuit -empêcha les Francs de poursuivre leur avantage. - -Le lendemain matin, ceux-ci revirent à la même place les tentes -arabes et craignaient une nouvelle bataille; mais les ennemis avaient -disparu; les Francs purent se jeter en toute liberté sur le prodigieux -butin que les ennemis avaient abandonné. - -Charles avait frappé si fort qu'il reçut le surnom de Martel -(marteau). A son retour à Paris, il fut accueilli avec enthousiasme -et fit une entrée vraiment triomphale. Les Francs venaient de décider -une grande querelle: ils avaient sauvé la chrétienté et la vraie -civilisation, bien que les vainqueurs parussent moins civilisés et -plus grossiers que les vaincus. - -=Pépin le Bref (741-768).=--Charles Martel laissa deux fils, Pépin et -Carloman, qui commandèrent d'abord ensemble aux Francs. Carloman, en -747, se fit moine et Pépin gouverna seul. Il se trouva bientôt assez -puissant pour écarter le fantôme de roi mérovingien que sa famille -avait maintenu. Il fit couper la chevelure du dernier Mérovingien, -Childéric III, qui fut tonsuré comme un clerc et relégué dans un -monastère à Saint-Omer (752 après Jésus-Christ). - -Proclamé roi à Soissons, Pépin se fit sacrer par Boniface, archevêque -de Mayence. Il se fit même couronner une seconde fois, à Saint-Denis, -par le pape Étienne II. - -Or les Lombards menaçaient Rome. Pépin, reconnaissant de l'appui -que lui avait donné le pape, marcha à son secours et triompha des -Lombards. Il concéda au Saint-Siège la province de Ravenne, et -le pape eut alors une puissance temporelle. Pépin ensuite soumit -définitivement la grande province du Midi, l'Aquitaine. La Gaule -entière obéit dès lors aux Francs. - -Pépin était surnommé le Bref à cause de sa petite taille. Mais il -prouva que la force et le courage ne dépendaient pas de la taille. -Un jour il assistait, dans un cirque, avec ses leudes à un combat -d'animaux: un taureau se défendait contre un lion; mais le lion sauta -au cou du taureau et allait le déchirer. Pépin demanda si quelqu'un -oserait porter secours au taureau. Personne n'ayant répondu, Pépin -s’élança dans l'arène et, d'un coup d’épée, abattit la tête du lion. -Les leudes admirèrent la vigueur de leur chef, et nul ne fut mieux -obéi, malgré sa petite taille. - - - - - CHAPITRE III - - CHARLEMAGNE (768-814) - - -Bien qu'il eût lui-même rétabli l'unité de commandement, Pépin le -Bref, avant de mourir, céda encore aux coutumes des Francs, car il -partagea la Gaule entre ses fils Charles et Carloman. Les deux frères -ne vécurent pas en bonne intelligence, mais la mort de Carloman (771) -permit bientôt de rétablir l'unité. Charles écarta les enfants de -Carloman et se fit reconnaître seul chef des Francs. C'est lui qui -devait porter au plus haut degré la gloire de sa famille et mériter -d'être appelé le _Grand_ ou _Charlemagne_.[2] - -Charlemagne était né dans un des domaines de Pépin le Bref, sur les -bords du Rhin. - -Il fut élevé, comme tous les rois de ce temps, non dans des palais -(il n'y en avait plus), mais dans des fermes établies au milieu des -forêts. Gros, robuste, d'une taille très haute, presque un géant, -il avait dans toute sa personne un air de grandeur et de dignité. -Intrépide et infatigable, toujours en chasse ou en guerre, il ne -quittait presque jamais le cheval et jamais l'épée. - -La renommée avait tellement exalté la puissance de Charlemagne que -son aspect seul inspirait la plus vive frayeur, si nous en croyons un -vieux récit. - -Sous la conduite de Charlemagne, les Francs sortirent de la Gaule de -tous côtés et soumirent tous les peuples qui occupaient le centre et -le midi de l'Europe. - -Afin de délivrer Rome et le pape du danger qui les menaçait sans -cesse, Charlemagne détruisit le royaume des Lombards (774-776). Il -prit alors le titre de roi d’Italie. Il vint à Rome et confirma au -pape Adrien la possession des vastes domaines que Pépin avait accordés -en 756 au pape Étienne II. - -Le roi des Francs marchait contre Didier, roi des Lombards, qui avait -recueilli plusieurs de ses ennemis, et parmi eux un ancien officier -de Charles, le comte Oger. Lorsqu'on annonça l'approche des Francs, -Didier monta, avec Oger, sur une des plus hautes tours de la ville de -Pavie: Il aperçut d'abord les bagages et les machines et dit à Oger: -«Est-ce que Charles est dans cette armée?--Non, répondit le comte, pas -encore!» - -On vit ensuite l'armée même, la foule des peuples rassemblés des -contrées les plus lointaines. «Vraiment, dit le roi, Charles doit -être au milieu de ces troupes.--Mais non, répondit le comte, pas -encore! pas encore!» Et voici, comme il parlait, qu'on aperçut ceux -qui formaient la garde de Charles et qui ne connaissaient pas le -repos. «Est-ce Charles? s’écrie Didier étonné.--Non, dit Oger, pas -encore. Quand tu verras, ajouta-t-il, la moisson frémir d'horreur dans -les champs et le fleuve refléter la couleur du fer, alors tu pourras -croire à l'arrivée de Charles.» - -Il n'avait pas encore fini de parler qu'on crut apercevoir un nuage -ténébreux. Charles approchait et de ses armés sortait un éclat -sinistre. Il apparut enfin, couvert de fer, avec son casque de fer, -portant de sa main gauche une lance de fer et sa main droite appuyée -sur son invincible épée. Tous ceux qui marchaient devant lui, à ses -côtés, derrière lui, avaient le même aspect terrible. - -«Le voici! le voici! celui que tu demandais!» s'écria Oger, et tous -deux tombèrent évanouis. - -Charlemagne enveloppa de son armée la ville de Pavie. La famine et la -maladie décimèrent les défenseurs de la cité, qui fut obligée de se -rendre. - -Didier vint lui-même se livrer à Charlemagne, qui le fit enfermer pour -le reste de ses jours dans un cloître, ainsi qu'Oger. - -=Guerres en Espagne contre les Arabes.=--Charlemagne franchit les -Pyrénées et refoula au delà de l'Èbre les Arabes d'Espagne (778). -Mais, au retour, son arrière-garde fut écrasée dans la vallée de -Roncevaux par les Basques ou Vascons qui occupaient les montagnes et -firent rouler sur les Francs d'énormes quartiers de rocs. Là périt le -neveu de Charlemagne, Roland, que les poètes célébrèrent beaucoup et -vantèrent comme le modèle des guerriers. - -Selon les légendes, un traître, Ganelon, aurait indiqué aux ennemis la -route que le neveu de Charles devait prendre, et ceux-ci l'attaquèrent -au passage de Roncevaux. De tous côtés les traits pleuvaient, des -arbres entiers déracines, des quartiers de roches étaient précipités -sur les Francs entassés dans l'étroite vallée. Roland, qui combattait -vaillamment, sonna de son cor pour avertir Charlemagne. Le bruit en -arriva jusqu'aux oreilles de Charles: «C'est mon neveu qui m'appelle, -dit-il avec inquiétude.--Non, dit Ganelon qui l'accompagnait, votre -neveu chasse à travers la montagne.» Et le roi continua sa route. - -Roland sonna si fort que les veines de son cou se rompirent. Sur le -point de mourir, il ne voulait pas que sa terrible épée, sa Durandal, -comme on l'appelait, tombât entre les mains des ennemis; il chercha un -rocher pour la briser; ce fut, disent les poètes, l’épée qui fendit le -rocher. Ne pouvant briser Durandal, Roland la jeta dans une fontaine -où elle doit rester, toujours d'après la légende, jusqu'à la fin des -temps. - -Charlemagne avait fini par comprendre les sons désespérés du cor de -Roland; il était revenu en toute hâte sur ses pas, mais trop tard, et -ne put que venger la mort de son neveu. - -=Guerres contre les Saxons.=--Mais la guerre la plus longue, la plus -acharnée que Charlemagne eut à soutenir, fut la guerre contre les -Saxons. A dix-huit reprises différentes, dans l'espace de trente-trois -ans, il pénétra dans le pays compris entre le Rhin et l’Elbe. - -Charles s'appliqua surtout à convertir les Saxons à la religion -chrétienne. Il détruisit leurs bois sacrés, renversa leurs idoles, -entre autres l’Irminsul, tronc d'arbre énorme et sculpté en forme de -statue. - -Un chef surtout avait excité les Saxons à la résistance, Witikind. -Ardent, infatigable, habile, Witikind se dérobait à toutes les -recherches: quand il ne pouvait plus lutter, il se retirait chez les -Danois et reparaissait dès que Charlemagne s'éloignait. - -Le bruit du désastre de Roncevaux étant parvenu jusque dans la Saxe, -Witikind souleva toute la Germanie et osa se montrer sur les bords du -Rhin (778). Charles fut obligé de recommencer la conquête du pays. -Il y resta trois années pour y fonder des monastères, y bâtir des -châteaux forts, y créer des évêchés. - -Charles alors croit pouvoir s’éloigner. Mais Witikind reparait et -détruit une armée franque. Charles aussitôt revient au milieu des -Saxons en ennemi irrité et inflexible. Witikind lui échappe encore, -mais quatre mille cinq cents prisonniers sont décapités en un seul -jour à Verden (782). - -Ce terrible massacre fut le signal d'une nouvelle guerre sans merci. -Les Saxons, épuisés, à la fin se soumirent. Witikind, ne trouvant plus -de soldats, fatigué lui-même et apprenant que Charles lui ferait grâce -s'il voulait se convertir, vint reconnaître l'autorité de Charlemagne -et recevoir le baptême à la villa royale d’Attigny sur Aisne (785). - -La soumission de Witikind termina la grande guerre de Saxe. Plusieurs -tribus se révoltèrent encore plus d'une fois jusqu'en l'année 804, et -Charlemagne, las de vaincre et de punir «cette race au cœur de fer,» -dut transplanter des milliers de familles en d'autres régions et -changer les habitants de la Saxe. C'est ainsi que le redoutable roi -des Francs créa le pays qu'on a depuis appelé l'Allemagne. - -Le roi des Francs se trouvait à Rome au moment ou l'on célébrait le -huit centième anniversaire de la naissance du Christ, et c'était -précisément le premier jour de l'an 800, car on comptait alors les -années à partir de Noël. Pendant la messe, comme Charles priait -agenouillé dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, le pape -Léon III, tenant une couronne d'or, alla tout à coup la lui placer -sur la tête en disant: «A Charles très pieux, auguste, couronné de -Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire!» Les -guerriers francs, flattés dans leur orgueil, s'unirent aux Romains -pour répéter avec enthousiasme: «A Charles, empereur des Romains, vie -et victoire!» - -Le pape se prosterna devant le nouvel empereur d'Occident, qui revêtit -un costume magnifique: tunique ornée de broderies, manteau fleuri de -rameaux d'or, brodequins étincelants de pierres précieuses. Et toute -la ville de Rome fut en joie: elle se croyait rappelée à son antique -splendeur. - -Cette pompe toutefois, cette magnificence plaisaient peu au redoutable -guerrier. En dehors des cérémonies, Charles conserva ses habitudes -simples et le grossier costume des soldats francs. Ses compagnons -aimaient au contraire à se parer des riches vêtements qu'ils avaient -trouvés en abondance dans les villes d'Italie. - -Or, un dimanche, après la messe, Charles dit à ses compagnons: «Sans -entrer au logis, vêtus comme nous le sommes, partons pour la chasse.» -Il tombait une pluie fine et froide. Tout le jour on courut sous la -pluie, dans les broussailles, au milieu des bois; les vêtements fins -et délicats furent trempés, déchirés. Charles ordonna à ses compagnons -de reparaître le lendemain devant lui avec le même costume. Ils -se présentèrent tout honteux de leur triste équipage, et Charles -plaisanta ses compagnons sur leurs somptueuses guenilles. - -Charles n'aurait point mérité le surnom de Grand, s'il n'eût effacé la -barbarie du conquérant par la sagesse du législateur; il s'appliqua -à faire régner dans son vaste empire l'ordre et la justice. «Une -chronique raconte qu'il avait fait suspendre une cloche à la porte -de son palais; tous ceux qui voulaient former appel à sa justice, -sonnaient cette cloche et le roi, suffisamment averti, leur donnait -audience tous les jours. La nuit même, car il avait l'habitude de se -lever et de s'habiller plusieurs fois durant la nuit, Charles faisait -introduire dans sa chambre des plaideurs de toutes conditions, les -priait d'exposer leurs griefs mutuels et se prononçait comme en plein -tribunal sur la question en litige.» - -Il établit dans les provinces, des comtes, des vicaires, des juges. -Il avait l'œil et la main partout. Des envoyés royaux devaient, à -chaque saison de l'année, parcourir les provinces et réprimer les -excès des officiers. Au printemps et à l'automne, à la veille ou au -retour de ces expéditions, l'empereur tenait les assemblées ordinaires -chez les Francs; c'est là qu'il publiait ses _capitulaires_, lois -diverses qui réglaient la police de l'État ou l'administration de -ses fermes. Charles n'avait d'autres revenus que ceux de ses vastes -domaines; aussi le voit-on s'occuper, en même temps que de l'ordre de -la société, de la vente de ses bœufs et de ses porcs, des œufs de ses -basses-cours, des poissons de ses étangs, des foins de ses prairies, -même du superflu des légumes de son jardin. «Un père de famille, -a-t-on dit avec raison, pourrait apprendre dans ses lois à gouverner -sa maison.» - -Ce guerrier redoutable connaissait le prix de la science. Il étudia -sa langue maternelle, il apprit le latin; sa rude main, si habituée à -manier l'épée, s'exerçait à conduire le stylet sur les tablettes et à -tracer d'informes caractères. Il s'entoura de savants qui formaient -dans son palais comme une Académie. - -Charlemagne avait établi une école dans son palais même pour les -enfants de ses leudes et des serviteurs de son palais. Il la visitait -souvent. Les enfants les plus pauvres étudiaient avec ardeur. Charles -leur dit un jour: «Je vous loue beaucoup, mes enfants, de votre zèle à -remplir mes intentions et à rechercher de tous vos moyens votre propre -bien. Maintenant, efforcez-vous d'atteindre à la perfection, alors je -vous donnerai de riches évêchés, de magnifiques abbayes.» Puis il se -tourna vers les enfants des grands, et d'une voix terrible il s'écria: -«Quant à vous, fils des principaux de la nation qui, vous reposant sur -votre naissance et votre fortune, avez négligé mes ordres et le soin -de votre propre gloire dans vos études, si vous ne vous hâtez pas de -réparer par une constante application votre négligence passée, vous -n'obtiendrez jamais rien de Charles!» - -La renommée du puissant empereur s'était répandue au loin. Le monarque -le plus puissant de l'Asie, le chef du grand empire arabe, le calife -Haroun-al-Raschid (Haroun le Juste), lui envoya plusieurs fois des -ambassades et des présents d'une merveilleuse richesse. Parmi ces -présents, ce qui étonna le plus les Francs, ce fut un éléphant, animal -qu'ils n'avaient jamais vu, et une horloge mécanique avec des figures -qui se mettaient en mouvement pour sonner les heures. - -Charles mourut en 814 à Aix-la-Chapelle, ville qu'il aimait à cause de -ses sources d'eau chaude, et où il avait élevé une grande église. On -déposa son corps dans la crypte de cette église et on l'enferma dans -un caveau, assis sur un trône de marbre, la couronne d'or sur la tête, -un sceptre d'or entre ses mains. - - - - - CHAPITRE IV - - LOUIS LE PIEUX--LE TRAITÉ DE VERDUN--CHARLES LE CHAUVE--LES NORMANDS - - -=Louis le Pieux ou le Débonnaire.=--La famille de Charlemagne déclina -plus vite encore qu'elle n'avait grandi. L'empire qu'il avait formé -était trop vaste et se démembra dès le règne même de son fils, Louis -le Débonnaire (814-840). Louis était si faible qu'il ne sut pas même -maintenir son autorité dans sa famille. Incapable de porter seul -le fardeau que lui avait légué son père, il partagea tout de suite -l'empire entre ses trois fils, Lothaire, Pépin et Louis. Un de ses -neveux, Bernard d'Italie, protesta contre ce partage, les armes à -la main. Vaincu, il eut les yeux crevés par ordre de l'empereur et -succomba aux suites de cet horrible supplice (818). Pour expier cette -cruauté, Louis se soumit à une pénitence publique à Attigny, s'humilia -devant les évêques et commença à avilir aux yeux des peuples la -dignité impériale. - -Louis le Débonnaire, ayant eu d'un second mariage un quatrième fils, -Charles, voulut aussi lui donner un royaume. Les autres fils alors se -révoltèrent en 830, et déposèrent l'empereur. - -En l'an 833, a si peu de distance de la mort de Charlemagne, l'église -de Saint-Médard de Soissons fut le théâtre d'une cérémonie bien -différente de celle qui avait eu lieu à Rome en l'an 800. Louis le -Débonnaire, détrôné une première fois en 830, venait d'être renversé -une seconde fois par ses fils. Lothaire, auquel l'empereur, abandonné -de son armée, s'était rendu, se montra sans pitié pour son père. -Voulant le rendre incapable de régner, il l'obligea de faire, dans -l'église de Saint-Médard de Soissons, une confession publique de ses -fautes. On lui enleva tous les insignes de la dignité impériale, même -le baudrier et les armes du guerrier. Louis dut revêtir le costume de -pénitent et demeurer dans le cloître (833). - -Les peuples, encore pleins du souvenir de Charlemagne, protestèrent -contre cette humiliation infligée à l'empereur et contre cet outrage -fait à un père par ses enfants. Louis le Germanique et Pépin -comprirent bientôt qu'ils n'avaient travaillé que pour leur aîné et -ne voulurent point reconnaître son autorité. Ils délivrèrent Louis le -Débonnaire, le ramenèrent à Saint-Denis, et le revêtirent de nouveau -des ornements impériaux (834). Cependant les guerres recommencèrent. -L'empereur mourut en combattant son fils Louis le Germanique. «Je lui -pardonne, disait-il tristement, mais qu'il sache qu'il me fait mourir.» - -=Les fils de Louis le Débonnaire (840-843).=--Des fils qui avaient -outrage l'autorité paternelle ne pouvaient se respecter les uns les -autres. Ils luttèrent entre eux comme ils avaient lutté contre leur -père. - -Pépin était mort, mais Louis le Germanique, Charles et Lothaire se -disputèrent les provinces de l'empire. Charles et Louis se liguèrent -contre leur aîné, Lothaire, qui seul portait le titre d'empereur. Ils -le battirent à la journée de Fontanet (841), près d'Auxerre. Dans -chaque camp il y avait des hommes de même nation, et on vit ainsi -se battre frères contre frères, Francs contre Francs, Saxons contre -Saxons. Charles et Louis demeurèrent vainqueurs. - -Les deux frères resserrèrent leur union par un serment mutuel qu'ils -prononcèrent devant leurs armées, à Strasbourg, l'un en langue -germanique, l'autre en langue romane (ou romaine) (842). Lothaire -consentit alors à un partage définitif, à Verdun, en 843. Louis le -Germanique conserva tous les pays au delà du Rhin (Saxe et Bavière) et -qui devaient former l'Allemagne. - -Charles garda les pays qu'il gouvernait, c'est-à-dire la Gaule, mais -non dans toute son étendue. Lothaire conservait l’Italie et recevait, -en outre, les pays compris entre la Meuse et le Rhin, entre la Saône -et le Jura, entre le Rhône et les Alpes (Belgique, Lorraine, Alsace, -comté de Bourgogne, Dauphiné et Provence). - -Ce partage de famille, semblable à tous ceux qui s'étaient faits -jusqu'alors, eut cependant les plus déplorables conséquences. Les -pays qui formaient la part de Lothaire n'étant rattachés ni à la -Gaule, ni à la Germanie, et trop divers pour devenir eux-mêmes un -État, devaient être la cause de guerres sans fin. La Bourgogne, le -Dauphiné, la Provence firent plus tard retour à la Gaule comme la -nature l'indiquait; mais le territoire entre la Meuse et le Rhin, la -riante vallée de la Moselle, la pittoresque et riche vallée du Rhin, -restèrent un éternel sujet de discorde entre la France qui réclame et -l'Allemagne qui détient aujourd'hui ces pays jadis gaulois, romains et -francs. - -=Charles le Chauve (843-877).=--Prince faible, Charles le Chauve, qui -avait reçu la Gaule mutilée, ne pouvait même y exercer son autorité. -Les ducs et les comtes établis dans les provinces s'y déclaraient -souverains. La France allait se décomposant en petits États. Pour -comble de malheur, arrivaient de nouveaux barbares, les Normands. - -=Les Normands.=--Nommés ainsi parce qu'ils venaient des pays du nord, -de la Scandinavie, les Normands étaient d'intrépides marins, habiles -à manier la rame et la voile. Leurs chants ordinaires suffisent à -les peindre: «Que le pirate dorme sur son bouclier, le ciel bleu lui -sert de tente.--Quand le vent souffle avec furie, hisse ta voile -jusqu'au haut du mât. Les vagues bouleversées repoussent le pirate; -laisse aller; qui amène sa voile est un lâche: mieux vaut mourir.--Si -le marchand passe, protège son navire, mais qu'il ne refuse pas -le tribut. Tu es le roi sur les vagues, il est l'esclave de son -gain.--Les blessures honorent le pirate; elles parent l'homme quand -elles se trouvent sur sa poitrine ou sur son front.» - -Ces rois de la mer, montés sur leurs barques grossièrement construites -et ornées à l'avant de figures de serpents et de chevaux, arrivent à -l'embouchure des fleuves: ils se saisissent d'un îlot ou d'un poste de -difficile accès qui leur sert de cantonnement, de retraite en cas de -besoin. Le jour, ils restent immobiles dans des baies solitaires ou -cachés dans les forêts du rivage; la nuit, ils abordent, escaladent -couvents et châteaux forts, pillent le pays, organisent une sorte de -cavalerie avec les chevaux qu'ils rencontrent et courent en tous sens -jusqu'à trente ou quarante lieues de leur flotille. A la vue de ces -guerriers couverts d'un tissu de lames de fer disposées en écailles, -armés d'une lourde hache, d'une épée à deux tranchants ou d'une longue -lance, l'effroi des populations est indicible; les prières de l'époque -l'attestent: «De la fureur des Normands délivrez-nous, Seigneur!» -s'écriaient-elles dans leur terreur. - -Cette faiblesse les enhardissait: Paris, Orléans, Toulouse furent -pillés; les Normands perdent même l'habitude de retourner dans leur -pays pendant l'hiver. Une seule famille se distingue par son courage -contre ces ravageurs, celle de Robert le Fort, comte d'Anjou. Robert -acquit une grande renommée en repoussant les pirates, mais il périt au -combat de Brissarthe (865) près d'Angers. - -=L'empereur Charles le Gros (884-888).=--Le fils de Charles le Chauve, -Louis le Bègue, ses petits-fils Louis III et Carloman ne firent que -passer sur le trône. La Gaule tomba sous l'autorité d'un descendant de -Louis le Germanique, l'empereur Charles le Gros, qui reconstitua, en -884, l'empire entier de Charlemagne. Mais ce prince qui méritait bien -son surnom était aussi faible en Germanie qu'en Gaule. - -Dans l'été de 885, une nombreuse flottille normande conduite par deux -redoutables chefs, Godefried et Siegfried, remonta le cours de la -Seine. Elle comptait plus de trois mille barques longues et plates -qu'ornaient de grossières figures de serpents ou de dragons. Instruits -par les malheurs précédents, les Parisiens avaient protégé, par des -tours, sur chaque rive du fleuve, les deux ponts qui mettaient leur -île en communication avec le pays. Deux cents seigneurs, avec leurs -hommes, avaient répondu à l'appel du comte de Paris Eudes, digne fils -de Robert le Fort, et s'étaient enfermés dans la ville. Aussi le roi -des pirates, Siegfried, essaya-t-il de négocier: il ne demandait que -le passage pour aller en Bourgogne. Mais l'évêque de Paris, Gozlin, -lui répondit: «L'empereur Charles nous a donné Paris à garder; si par -hasard la défense de ses murs eût été confiée à ta foi, ferais-tu pour -nous ce que tu demandes pour toi?--Si je le faisais, s'écria fièrement -le barbare, ma tête devrait tomber sous la hache et être jetée aux -chiens.» Les Normands commencèrent le siège (novembre 885). - -Un an entier les Parisiens repoussèrent les assauts des pirates. -Une crue subite de la Seine emporta une partie du Petit-Pont, et -douze guerriers restèrent isolés dans la tour construite sur la rive -gauche: un jour entier ils tinrent tête à l'armée des barbares qui -finirent par incendier la tour. Les douze Parisiens se retirèrent sur -les débris du pont et continuèrent à combattre: sur la foi qu'ils -auraient la vie sauve, ils se rendirent; mais ils furent massacrés, et -l'un d'eux, Hérivée, qu'on voulait épargner, refusa noblement de se -racheter par une rançon. - -Cependant la misère de Paris croissait, car la famine était venue, -et la peste. L'évêque Gozlin, qui soutenait les combattants par ses -prières et son exemple, mourut. Alors le comte Eudes s'échappa pour -aller solliciter le secours de l'empereur Charles le Gros. Eudes -parvint ensuite à rentrer dans la ville, malgré les Normands. Enfin, -au mois d'octobre (886), sur les hauteurs de Montmartre, parut l'armée -de Charles lui-même: les Parisiens s'attendaient à voir exterminer -leurs ennemis. Charles, au lieu de combattre, acheta la retraite des -Normands au prix de sept cents livres d'argent. - -Charles le Gros montrait partout la même lâcheté. Aussi les grands de -tous les pays l'abandonnèrent et le déposèrent à la diète de Tribur en -Allemagne (887). On ne lui nomma pas de successeur comme empereur, et -chaque nation se choisit un chef particulier: l'empire de Charlemagne -était à jamais détruit. La Gaule donna la couronne au vaillant -défenseur de Paris, le duc des Francs, Eudes. L’Italie se partagea -entre plusieurs princes. Tout le monde d'ailleurs voulait devenir -roi: il y avait des rois de Bourgogne, de Provence, de Lorraine, de -Navarre, etc., mais en réalité trois grandes nations sortirent seules -de ce démembrement de l'empire carolingien: la nation française, la -nation italienne, la nation allemande. - -Eudes, proclamé roi des Francs en 887, régna jusqu'en 898. Mais s'il -commençait dans la Gaule devenue la France, une nouvelle famille -de rois, les descendants de Charlemagne conservaient encore des -partisans: un petit-fils de Charles le Chauve, Charles le Simple, -succéda au roi Eudes. - -=Charles le Simple (898-922).=--Ce prince qui méritait bien son -surnom, car il était naïf et simple d'esprit, mit fin pourtant, en 912 -par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, aux incursions des Normands: -il concéda à leur chef Rollon, qui se fit baptiser et épousa la fille -de Charles, les rives verdoyantes et fertiles de la basse Seine: ce -pays forma dès lors le duché de Normandie. - -Grâce à la sévérité de Rollon, les Normands perdirent leurs habitudes -de pillage, la sécurité revint et les anciennes populations, soumises -à leur autorité, travaillèrent avec une telle ardeur que la Normandie -devint rapidement une des plus riches provinces. - -Charles le Simple, comme ses prédécesseurs, affaiblissait par ses -libéralités le domaine royal, sans pour cela empêcher les grands de -se révolter contre lui. Il fut renversé du trône en 922 et mourut, au -château de Péronne, captif d'Héribert, comte de Vermandois. - -=La famille d'Eudes; les ducs des Francs.=--La famille d'Eudes, -au sein de laquelle s'était maintenu le titre de duc des Francs, -l'emporta de nouveau jusqu'en 936 avec Robert I^{er} (922-923), Raoul -de Bourgogne (923-936). Mais le petit-fils d'Eudes, Hugues, comte de -Paris, duc des Francs, et connu dans l'histoire sous le nom de Hugues -le Grand, ne jugea pas encore venu le moment de déposséder tout à fait -la famille de Charlemagne. Il rappela lui-même d'Angleterre où on -l'avait emmené, le jeune fils de Charles le Simple, Louis IV, surnommé -pour cette raison d'Outre-mer (936). Toutefois il entendait bien -gouverner comme avaient fait jadis les maires du palais. - -A la mort de Louis IV, Hugues ne chercha pas non plus à prendre une -couronne qui ne pouvait tarder à échoir à sa famille; il reconnut -Lothaire, fils de Louis. Il mourut lui-même en 956, laissant trois -fils, dont l'aîné, Hugues Capet, recueillit, avec le comté de Paris, -le titre de duc des Francs. Lothaire (954-986) était un prince actif -qui ne put cependant secouer la tutelle de Hugues Capet. Il mourut en -986. - -Hugues Capet fit reconnaître le jeune Louis V. Mais Louis V mourut, au -bout d'un an, à la suite d'un accident de chasse. Les seigneurs alors, -rejetant les prétentions de son oncle, Charles de Lorraine, élurent -pour roi Hugues Capet comte de Paris et duc des Francs. Ce fut le chef -d'une famille qui devait régner durant huit siècles. - - - - - CHAPITRE V - - LA FÉODALITÉ - - -=Les seigneurs et les fiefs.=--Hugues Capet proclamé roi, en 987, -n'avait reçu qu'un vain titre: il n'était rien, car tous les seigneurs -étaient rois. Les seigneurs, c'étaient les anciens compagnons, les -anciens leudes du prince. Les rois francs avaient donné à leurs -compagnons, pour les récompenser de leurs services, des chevaux, des -armes, puis des terres, des forêts, de vastes domaines. Ceux qui -étaient ainsi récompensés devaient engager leur fidélité au roi, -leur _foi_. Les terres données ainsi s'appelèrent les _fiefs_, et du -mot _féod_ nous avons fait féodal. La société fut appelée _société -féodale_, et nous nommons ce régime _la féodalité_. - -Celui qui recevait un fief s'agenouillait devant son seigneur. Il -jurait d'être son _homme_. Quelques-uns, trop fiers ou trop puissants, -restaient debout en prêtant serment. Le seigneur, à son tour, -remettait à son homme une motte de gazon, un rameau d'arbre comme -symbole de la terre que l'autre reconnaissait devoir à sa générosité. -S'il s'agissait d'un grand fief, duché ou comte, le symbole était un -étendard. Le vassal était obligé de suivre son suzerain à la guerre, -de contribuer à sa rançon s'il tombait aux mains de l'ennemi, de -l'assister quand il rendait la justice. Le suzerain, en retour, devait -protection à son vassal et à sa famille. - -=Le château.=--Les seigneurs étaient cantonnés dans des châteaux; ces -forteresses ne furent d'abord que des palissades entourées d'un fossé -destiné à défendre le pays contre les Normands. Aux palissades les -seigneurs substituèrent des murs en pierre d'une épaisseur énorme. Les -murs furent flanqués de tours crénelées, et enveloppèrent souvent une -vaste étendue de terrain, de vastes magasins, une ferme, quelquefois -même un bourg entier. Le seigneur se sentait fort dans son château. -Au sommet de la plus haute tour veillait sans cesse le _guetteur_. -Sitôt qu'il apercevait au loin une troupe suspecte, il sonnait une -cloche. Les cors retentissants remplissaient de bruit les cours et les -salles. Les guerriers se revêtaient de leurs lourdes armures de fer. -Les archers se plaçaient derrière les créneaux; le pont-levis était -relevé, la herse abaissée. - -Si l'ennemi n'était pas en grand nombre, le seigneur sortait à son -tour avec ses hommes: il repoussait ceux qui venaient envahir son -domaine et pénétrait dans celui de son ennemi, brûlant, pillant, -rendant ravage pour ravage. - -L'hiver, il fallait vaincre l'ennui. C'est alors que la châtelaine -organisait des fêtes, des jeux, appelait des musiciens, ou -_ménestrels_. Un nain ou un être difforme, nommé le fou, avait mission -d'exciter le rire par ses grimaces et ses bons mots. On se réjouissait -surtout lorsque arrivait au château un de ces poètes appelés -_trouvères_[3] qui s'en allaient chantant les exploits de Charlemagne -et de Roland. - -Au pied des châteaux se groupèrent les maisons des hommes dépendant -du seigneur et cultivant les terres. Ces maisons formèrent les bourgs -quand elles étaient pressées les unes contre les autres et enceintes -d'une palissade ou d'un mur, et les villages, quand elles étaient -éparses dans la campagne. - -Le seigneur possédait non seulement la terre, mais les gens qui -travaillaient la terre. Les vilains devaient moissonner ses blés, -rentrer ses foins, bâtir sa demeure, réparer ses chemins sans la -moindre rétribution: c'était la corvée. - -Seul le seigneur pouvait chasser en tout temps sans souci des -récoltes: c'était le droit de chasse. - -Seul il avait le privilège d'avoir des pigeons qui vivaient aux dépens -des champs d'alentour: c'était le droit de colombier. - -Dans ses voyages, il se faisait héberger ou il voulait: c'était le -droit de gîte. - -Les vilains ou roturiers, en acquittant ces droits, ces corvées, -gardaient une certaine liberté. Ils pouvaient avoir une cabane, une -terre, s'enrichir même s'ils avaient affaire à des seigneurs doux et -pacifiques. - -Au-dessous d'eux, les serfs, plus malheureux, rappelaient les esclaves -antiques. C'étaient les descendants de prisonniers de guerre ou -d'hommes réduits en servitude pour certains crimes, parce qu'ils -n'avaient pu payer l'amende, ou de pauvres gens qui s'étaient livrés -corps et biens, à cause de l'affreuse misère. D'autres, par piété ou -par repentir, s'étaient déclarés serfs des églises, des abbayes. - -Le serf était comme la terre qu'il cultivait, la propriété absolue de -son maître qui pouvait le donner, l'échanger ou le vendre, comme bon -lui semblait. Les enfants d'un serf devenaient serfs en naissant. Si -un homme libre épousait une femme serve, il tombait en servitude. Le -seigneur pouvait séparer le serf de sa femme, de ses enfants, échanger -ces malheureux comme un vil bétail. - - - - - CHAPITRE VI - - LES CROISADES--LA CHEVALERIE - - -=Les premiers Capétiens (987-1108).=--Les premiers Capétiens ne purent -remédier au désordre de la société. C'est à peine s'ils étaient égaux -aux autres seigneurs. Hugues Capet (987-996) écrivait à Adelbert, -comte de Périgord, qui refusait d'obéir. «Qui t'a fait comte?» L'autre -répondit insolemment «Qui t'a fait roi?» - -Son fils Robert eut la piété d'un moine, non la fermeté d'un roi. -Les guerres devinrent si nombreuses, les famines si affreuses, qu'on -crut à une prédiction qui annonçait la fin du monde pour l'an 1000. -Cette terreur augmenta la puissance et la richesse de l'Église à -laquelle les seigneurs, pour obtenir le pardon de leurs fautes, -firent de grandes générosités. L’Église, du reste, chercha à remédier -au désordre affreux de la société. Sous le règne de Henri I^{er} -(1031-1060), elle publia la _Trêve de Dieu_ (1041). La guerre était -interdite du mercredi soir au lundi matin de chaque semaine, durant -le carême et l'avent. Après Henri I^{er} règne Philippe I^{er} -(1060-1108), qui demeure presque toujours renfermé dans ses châteaux -ou occupé à combattre les vassaux de son domaine. - -=Conquête de l'Angleterre par les Normands.=--Guillaume, duc -de Normandie, était le parent d'un roi saxon qui régnait sur -l'Angleterre: il prétendit à son héritage. En 1066 il réunit autour -de lui ses vassaux et appela une foule d'aventuriers, leur promettant -argent et domaines. Avec une flotte nombreuse, il traversa la Manche -et aborda sur la côte méridionale de la grande île. Le duc ne vint à -terre que le dernier de tous, il fit un faux pas et tomba sur la face. -Un murmure s'éleva; des voix crièrent: «Dieu nous garde! C'est mauvais -signe.» Mais Guillaume, se relevant, dit aussitôt: «Qu'avez-vous? -Quelle chose vous étonne? J'ai saisi cette terre de mes mains et, par -la splendeur de Dieu, tant qu'il y en a, elle est à vous.» - -Les Saxons avaient élu pour roi Harald auquel on conseillait d'éviter -le combat et de faire retraite vers Londres en ravageant tout le pays -pour affamer les étrangers. «Moi, répondit Harald, que je ravage le -pays qui m'a été donné en garde! Par ma foi, ce serait trahison et je -dois plutôt tenter les chances de la bataille avec le peu d'hommes que -j'ai, mon courage et ma bonne cause.» - -L'armée de Guillaume se trouva bientôt, à Hastings, en vue du camp -saxon qui était assis sur une longue chaîne de collines et fortifié -par un rempart de pieux et de claies d'osier. Un Normand, appelé -Taillefer, poussa son cheval en avant du front de bataille et entonna -le chant, fameux dans toute la Gaule, de Charlemagne et de Roland. En -chantant, il jouait avec son épée, la lançait en l'air avec force et -la recevait dans sa main droite. Les Normands répétaient ses refrains -et criaient: «Dieu aide! Dieu aide!» - -La bataille fut vive et acharnée, mais les Saxons, ayant commis -l'imprudence de quitter leurs retranchements, furent vaincus. Harald -périt au milieu de la mêlée; beaucoup de Saxons ne voulurent point -survivre à ce désastre et se défendirent jusqu'à la mort. Guillaume, -maître du pays, y fixa les Normands et partagea les terres entre ses -soldats. La langue française se parla au delà de la Manche, et la -langue anglaise en a retenu quantité de mots et d'expressions. - -=La première croisade (1095-1099).=--On vit bientôt des expéditions -autrement grandes et fameuses. La Palestine avec Jérusalem était -devenue la proie des Arabes musulmans, puis des Turcomans,[4] bien -plus farouches. - -Or les chrétiens allaient en grand nombre visiter Jérusalem et les -lieux saints. C'était le pèlerinage, comme on disait. Les chrétiens -qui accomplissaient ce pèlerinage furent exposés à de violents -outrages. Un pèlerin français, Pierre l'Ermite, vint raconter aux -peuples de l'Europe ces persécutions, les excitant à la guerre -sainte. Pierre l'Ermite s'appelait de son vrai nom Pierre d'Achères -(des environs d'Amiens). Il avait été guerrier, puis s'était fait -ermite, d'où son surnom de Pierre l'Ermite. Ayant fait le pèlerinage -de la Terre Sainte, il fut vivement ému des souffrances des chrétiens -d'Orient et vint les raconter au pape Urbain II. Encouragé par lui, -Pierre l'Ermite traversa l’Italie, puis la France. Monté sur une -mule, un crucifix à la main, les pieds nus, portant une pauvre -robe attachée par une grosse corde, il prêcha la guerre contre les -infidèles et appela les chrétiens à la délivrance du tombeau du Christ. - -Le pape Urbain II, Français de naissance, convoqua à Clermont en -Auvergne un concile où, avec les prélats, affluèrent les seigneurs -et une multitude de peuple. Pierre l'Ermite raconta de nouveau les -malheurs des chrétiens de la Palestine. Le pape exhorta les Francs -à cesser leurs guerres et à mettre leur bravoure au service de la -religion. Tous répondirent par un même cri: «Dieu le veut! Dieu le -veut!» (1095). Nobles et vilains firent vœu de partir pour la guerre -sainte; comme signe de ce vœu, ils attachèrent à leur épaule une -croix d'étoffe rouge: ce qui leur fit donner le nom de _Croisés_, et -à l'expédition le nom de _Croisade_. Tout le monde voulait partir -pour la croisade. Les pauvres gens entassaient dans des charrettes -tout ce qu'ils avaient. Les premiers prêts, ils se mirent en route -sous la conduite de Pierre l'Ermite et de Gauthier sans Avoir. A la -vue de chaque ville nouvelle, les femmes et les enfants, dans leur -simplicité, demandaient: «Est-ce donc là Jérusalem?» Cette foule -traversa l'Allemagne en pillant pour vivre et arriva décimée en Asie, -où elle fut exterminée. - -L'armée des seigneurs ne s'ébranla qu'après de longs préparatifs. Elle -formait une masse de cent mille chevaliers, six cent mille fantassins -(1096), et avait à sa tête des chefs expérimentés à la tête desquels -on distinguait Godefroy de Bouillon, Raymond de Toulouse, Hugues de -France, Étienne de Blois, le Normand Bohémond, prince de Tarente (en -Italie) et son cousin Tancrède. - -Après deux batailles sanglantes, les Turcs se contentèrent de harceler -par leur cavalerie légère les lourds chevaliers; ils laissèrent -combattre pour eux la faim, la misère, l'intempérie des vents, -l'ardeur brûlante du soleil. Jusqu'en Syrie, chaque pas fut marqué -par des cadavres. Là se trouvait la puissante et riche Antioche. Les -croisés, épuisés et quoique réduits de moitié, étaient encore au -nombre de 300,000 hommes. Il fut impossible de nourrir ces masses -pendant un siège qui dura sept mois: la famine était affreuse. Les -intrigues de l'habile Normand Bohémond parvinrent cependant à rendre -les chrétiens maîtres de la ville, où ils trouvèrent, après une -abondance de quelques jours, la disette et l'épidémie. - -Pour comble de maux, arrivait une grande armée turque. Un instant le -découragement fut extrême. Tout à coup l'enthousiasme succède à cette -torpeur: le bruit s'est répandu qu'un prêtre de Marseille vient de -trouver en terre la lance qui avait percé le côté du Christ; alors ces -malheureux, qui n'attendaient plus que la mort, maintenant pleins de -force et de courage, se précipitent sur les Turcs, qu'ils mettent en -pleine déroute (1098). - -D’Antioche, l'armée s'avance lentement sur Jérusalem. Tout à coup, -au revers d'une colline de sable rougeâtre et sans verdure, elle -s'arrête. A quelque distance s'élevait une ligne de remparts, des -portes, des tours, des temples, des édifices. Le même cri Jérusalem! -sortit de toutes les bouches poussé par soixante mille personnes qui -seules survivaient à ces trois années d'épreuves (1099). Les croisés -ne purent maîtriser leur enthousiasme et marchèrent à l'assaut, mais -ils furent repoussés et durent se résigner à faire un siège régulier. -Au bout de cinq semaines ils étaient en mesure de tenter une attaque -mieux concertée. Ils firent rouler au pied des murailles de hautes -tours surmontées de ponts-levis qui s'abattaient sur les parapets. -Pendant deux jours on combattit avec une égale fureur. Vers le milieu -de la seconde journée (un vendredi, le 14 juillet 1099) les croisés -réussirent à pénétrer dans la ville, et un horrible carnage suivit la -victoire. - -Les croisés s'accordèrent à choisir, pour garder et gouverner le -nouveau royaume chrétien, Godefroy de Bouillon, qui, loin de s'en -montrer plus fier, n'en fut que plus humble. Il ne voulut pas prendre -le titre de roi, mais celui de _défenseur du saint sépulcre_. Il dit: -«qu'il ne voulait pas porter une couronne d'or là où le roi des rois -avait porté une couronne d'épines.» Les députés d'une peuplade étant -venus lui parler le trouvèrent assis sur un sac de paille; ils s'en -étonnèrent. «La terre, leur dit-il, doit être le siège des hommes -pendant leur vie, puisqu'elle leur sert de sépulture après leur mort.» - -=Louis VI.=--La croisade avait amené l'éloignement et la mort d'un -grand nombre de seigneurs; les efforts des villes qui cherchaient -à obtenir des chartes de commune, embarrassaient les autres. Cet -affaiblissement des seigneurs profita au roi de France qui n'avait pas -bougé de ses châteaux. - -Le fils de Philippe I^{er}, Louis VI (1108-1137), surnommé le Gros, -mais plus justement appelé l’Éveillé, releva l'autorité royale. Modèle -des chevaliers, toujours prêt à défendre le pauvre et l'orphelin, il -fit, durant son règne de vingt-neuf ans, une guerre sans merci aux -seigneurs pillards que les auteurs du temps comparent à des loups -dévorants. - -=Louis VII (1137-1180).=--Le roi Louis VII fut un prince moins habile -que son père. Il fit une guerre contre le comte de Champagne. Dans -cette guerre, l'église de Vitry fut brûlée et treize cents personnes -périrent (1142). Louis VII, alors plein de repentir, voulut diriger -une expédition en Terre Sainte. Ce fut la deuxième croisade, que -prêcha saint Bernard, mais elle n'eut pas de brillants résultats. - -Louis VII avait épousé une riche héritière, Eléonore d'Aquitaine. -Mais, après la croisade, il la répudia. Le roi perdit ainsi la dot que -la reine lui avait apportée, les plus belles provinces du Centre et du -Midi, plus de treize de nos départements. - -Eléonore épousa Henri Plantagenet,[5] comte d'Anjou, héritier de la -Normandie et, quelques années après, roi d'Angleterre, sous le nom de -Henri II. Une grande partie de la France (équivalant à vingt et un de -nos départements) appartint alors aux rois anglais. - -=Philippe Auguste (1180-1223).=--Le fils que Louis VII, après son -divorce avec Eléonore, avait eu d'un autre mariage, Philippe, devait -mériter le surnom d'Auguste. Arrivé au trône à l'âge de quinze -ans (en 1180), il sut résister aux barons indociles comme au roi -d'Angleterre, organiser ses domaines, et il compte parmi les plus -grands rois. Philippe fit la guerre au roi d'Angleterre, Henri II, et -soutint ses fils révoltés contre lui. L'un d'eux, Richard, était même -devenu l'ami de Philippe, mangeait à sa table et combattait avec lui -contre le roi Henri. Celui-ci étant mort en 1189, Richard lui succéda. -D'abord rien ne parut changé. Philippe et Richard restèrent amis. - -Le royaume de Jérusalem venait d'être détruit. La ville sainte avait -dû se rendre au sultan Saladin (1187). Guillaume, archevêque de Tyr, -vint raconter en Europe les malheurs de la Palestine. Philippe Auguste -partit pour la troisième croisade et Richard promit de le suivre -(1190). En Palestine, les croisés assiégèrent et prirent Ptolémaïs. -Mais les deux amis se brouillèrent. Richard, querelleur, hautain, ne -tarda pas à blesser Philippe, plus calme, plus avisé. Philippe, en -prince prudent, se hâta de revenir dans son royaume (1192). - -=Richard Cœur de Lion.=--Richard était demeuré longtemps en Asie à -batailler contre les Sarrasins. Il revenait toujours de la mêlée -hérissé de flèches, «semblable à une pelote couverte d'aiguilles.» -Longtemps les musulmans parlèrent de ses exploits. Lorsqu'un cheval, -effrayé par quelque buisson, se cabrait, son maître lui disait: -«Crois-tu donc que ce soit l'ombre du roi Richard?» Le roi anglais -ne put néanmoins reprendre Jérusalem. Il quitta la Terre Sainte -après avoir conclu un traité avec Saladin. Richard, au retour de la -Palestine, fut obligé de traverser le duché d'Autriche, dont il -avait, à la croisade, insulté le souverain. Reconnu, arrêté, livré à -l'empereur d'Allemagne, Henri VI, il subit quatorze mois de captivité. - -Selon la légende, un fidèle trouvère, Blondel, découvrit sa prison en -chantant près de sa tour ses airs favoris. Les barons et le peuple -anglais rachetèrent leur roi au prix de 150.000 marcs d'argent (1194). -Devenue libre, Richard voulut se venger du roi de France. Une guerre -de cinq ans n'aboutit qu'à d'inutiles ravages. Incapable de repos et -toujours avide de gain, Richard courut dans le Limousin assiéger le -château de Chalus, dont le seigneur, disait-on, cachait un trésor: il -périt frappé d'une flèche (1199), et son frère Jean se fit reconnaître -roi d'Angleterre. - -Jean, homme à la fois lâche et cruel, poignarde son neveu Arthur -qu'on voulait lui opposer. Philippe profite de l'indignation soulevée -par ce crime pour citer son vassal homicide devant les seigneurs de -sa cour (1203). Jean se garde bien de paraître. La cour prononce la -confiscation des provinces qu'il tenait, en fief, du roi de France, et -Philippe a bientôt mis la main sur la Normandie, l'Anjou, la Touraine, -le Poitou. Jean ne voulut pas même se déranger d'une partie d'échecs -pour répondre aux habitants de Rouen qui venaient le prier de les -secourir. Puis regrettant ses belles provinces, il appela l'empereur -d'Allemagne, Otton IV, pour l'aider à reprendre les pays qu'il n'avait -pas su défendre. Les comtes de Flandre et de Boulogne entrèrent dans -la ligue, voulant arrêter les progrès de la royauté française qui -cherchait à ressaisir, à réunir ses domaines épars. Mais le plus -grand nombre des seigneurs, avec les milices communales, se réunirent -autour de Philippe Auguste qui marcha au-devant de l'armée ennemie, -composée de Flamands, d'Allemands et d'Anglais. - -=La bataille de Bouvines.=--A mi-chemin de Tournai à Lille, en -Flandre, se trouve le village de Bouvines. La petite rivière de la -Marque coule près de là et on la franchissait sur un pont rustique. -Philippe faisait passer cette rivière à ses troupes; une partie des -milices communales l'avait déjà franchie; le roi fatigué et accablé -par la chaleur (c'était le 27 juillet 1214), se reposait sous l'ombre -d'un frêne, près d'une chapelle, lorsque l'on annonça que l'ennemi -approchait. Aussitôt le roi se leva, entra dans l'église et, après une -courte prière, il se fit armer et monta à cheval d'un air tout joyeux -comme s'il eût été convié à une noce ou à quelque fête. On criait -de toutes parts dans la plaine: Aux armes, barons! aux armes! les -trompettes sonnaient et les corps de bataille qui avaient déjà passé -le pont retournaient en arrière. - -A midi on vit déboucher toute l'armée des coalisés. L'empereur -Otton avec le comte de Flandre, Fernand, et le comte de Boulogne -commandaient les principaux corps des alliés: au centre de leur armée -on voyait un char traîné par quatre chevaux où se dressaient les armes -impériales; «l'aigle d'or tenait dans sa serre un énorme dragon dont -la gueule béante, tournée vers les Français, paraissait vouloir tout -avaler,» dit un chroniqueur. Pour Philippe, il était venu se placer -au premier rang et n'avait pas même, dans son impatience; attendu -l'_oriflamme_, bannière que les rois de France partant en guerre -allaient prendre à l'abbaye de Saint-Denis. - -Le combat fut d'abord acharné du côté des Flamands. Mais le comte -de Flandre, Fernand, est blessé et pris; de ce côté, la victoire -est bientôt assurée. Au centre, Philippe Auguste avait couru un -grand danger. Les Allemands avaient pénétré jusqu'à lui et l'avaient -renversé de cheval au moyen de leurs hallebardes. Un seigneur est -presque seul à le protéger, frappant d'une main et élevant de l'autre -la bannière royale en signe de détresse. Les chevaliers accourent. -Philippe est délivré. Otton, enveloppé à son tour, faillit bien aussi -être pris ou tué. Son cheval est blessé, se cabre, se dégage et dégage -en même temps son maître, qui s'enfuit au plus vite hors de la mêlée. -Le char impérial d'Otton fut brisé en mille pièces. Les Anglais furent -les derniers rompus, mais le comte de Boulogne, qui les commandait, -fut pris. De toutes parts la victoire était complète. - -Le retour de Philippe Auguste fut un vrai triomphe. A Paris, les -bourgeois et la multitude des écoliers firent une fête sans égale; -le jour ne suffisant pas, ils festoyèrent la nuit avec de nombreuses -lumières. Le peuple sentait l'importance de cette victoire sur les -étrangers: c'était la première victoire nationale. - -=Saint Louis.=--Philippe Auguste mourut en 1223, laissant un royaume -agrandi et surtout bien administré, car il fut un prince législateur -aussi bien que guerrier. Son fils Louis VIII, prince brave et surnommé -Cœur de Lion, régna peu, mais réussit à pacifier le Midi, où les -seigneurs du Nord avaient fait contre les Albigeois, qu'on accusait -d'hérésie, une croisade terrible et sanglante. La royauté recueillit -les fruits de cette sinistre expédition sans s'y compromettre, et -le Languedoc fut dès lors rattaché aux domaines de la couronne. -Louis VIII laissa plusieurs enfants dont l'aîné n'avait que douze -ans (1226). La reine Blanche de Castille prit en mains la régence; -pieuse et charitable, Blanche n'en était pas moins d'une rare fermeté; -elle conjura tous les périls, triompha d'une ligue que les seigneurs -avaient formée contre la royauté, et livra un pouvoir affermi à -son fils Louis IX que ses belles leçons avaient orné de toutes les -qualités et de toutes les vertus. - -Blanche de Castille avait surtout rendu le plus grand service à son -fils en veillant avec une extrême sollicitude à son éducation. Elle -l'élevait comme un enfant appelé à gouverner un grand royaume et le -nourrit dans les sentiments de la plus austère piété, lui mettant -devant les yeux bons exemples et bons enseignements. Louis rappelait -plus tard que sa mère lui avait fait entendre qu'elle aimerait mieux -le voir mort que le voir commettre un seul péché mortel. - -Même quand il allait, pour se récréer, en bois ou en rivière, il était -toujours accompagné de son maître, qui ne cessait de l'instruire. -Aussi devint-il un prince savant pour son temps, et, comme il -inclinait naturellement aux vertus que sa mère s'appliquait à lui -faire aimer, il ne cessa de les pratiquer sur le trône. - -=La croisade d’Égypte.=--Louis IX, en 1244, tomba gravement malade. -Il fit vœu alors, s'il guérissait, d'aller en Terre Sainte. Ce fut -la septième croisade. L'expédition fut dirigée contre l'Égypte, parce -que le sultan de ce pays s'était emparé de Jérusalem. L'armée débarqua -devant Damiette en Égypte (1249). Louis IX, impatient, se jeta, l’épée -au poing, dans la mer pour aller attaquer les Sarrasins rangés sur le -rivage. Les Sarrasins s'enfuirent; la ville fut prise. - -L'année suivante, la peste envahit l'armée, et il fallut songer à la -retraite. Mais les musulmans enveloppèrent les Français, qui furent -obligés de se rendre. - -Les malheurs de ces expéditions mirent dans tout son relief la fermeté -et la patience de Louis IX. Malade lui-même et pouvant à peine se -soutenir, il avait voulu néanmoins demeurer à l'arrière-garde. -Prisonnier, il montra une sérénité inaltérable. - -Le sultan demanda, pour la rançon de Louis IX, Damiette et un million -de pièces d'or. Louis répondit qu'il rendrait Damiette pour sa rançon -et payerait pour celle de ses gens le million de pièces: car «un roi -de France, dit-il, ne devait point se racheter à prix d'argent.» Mais -quelques jours après, le sultan était égorgé par les émirs. Louis IX -fut en péril. Un émir furieux se présenta à lui, tenant à la main un -glaive ensanglanté: «Que me donneras-tu, dit-il, pour avoir tué ton -ennemi qui t'eût fait mourir s'il eût vécu?» Louis ne répondit point. -On dit même que les émirs, pleins d'admiration pour sa noblesse d'âme, -songèrent un moment à le prendre pour roi. Enfin ils le délivrèrent, -lui et l'armée. Un seigneur vint dire joyeusement qu'en pesant l'or de -la rançon on avait fait tort aux Sarrasisn de dix mille livres. Le -roi se fâcha et ordonna de les rendre. - -Louis ne veut pas encore rentrer en Europe; il va en Syrie -fortifier les derniers boulevards des chrétiens, Césarée, Ascalon, -Saint-Jean-d'Acre. Il y resta même près de deux ans après la mort de -sa mère Blanche de Castille, dont l'administration vigilante avait -conservé la paix au royaume. Un épisode du retour achève de faire -connaître saint Louis. En vue de Chypre, son vaisseau qui a heurté un -écueil est sur le point de sombrer; on supplie instamment le roi de -passer sur un autre vaisseau, avec sa femme Marguerite de Provence, -qui l'a suivi dans sa terrible expédition. «Non, dit le roi, si je -quitte ce navire le pilote en prendra moins de soin, et cinq cents -personnes qui aiment autant leur vie que moi la mienne, périront; -j'aime mieux mettre mon corps, ma femme et mes enfants en la main de -Dieu que de faire si grand dommage à tant de gens.» - -Louis IX était la charité même. Comme les seigneurs murmuraient de -voir tant d'argent employé en charités, le roi dit: «J'aime mieux -que l'excès de mes dépenses soit fait en aumônes pour l'amour de -Dieu, qu'en luxe ou en vaine gloire de ce monde.» On le voyait réunir -deux cents, trois cents pauvres autour de lui et leur distribuer de -l'argent. Une fois, à l'entrée d'une ville, une pauvre vieille femme -qui était à la porte de sa maisonnette, dit au roi en lui montrant un -pain qu'elle tenait en sa main: «Bon roi, de ce pain qui est de ton -aumône est soutenu mon mari qui est malade.» Alors le roi prit le pain -en sa main, et dit: «C'est d'assez dur pain.» et il entra dans la -maison pour visiter le malade. - -Un jour, on le vit, à Compiègne, servir cent trente-quatre malades -de sa personne. Il ne craignait pas d'approcher des lépreux, et de -les secourir, de leur donner lui-même à manger. Le pieux roi fonda -la maison des aveugles de Paris, appelée les _Quinze-Vingts_, parce -qu'elle était destinée à trois cents aveugles (quinze fois vingt). - -=La huitième croisade.=--Louis IX ne pouvait se consoler de l'issue -malheureuse de sa première croisade. Affaibli par l'âge et les -austérités, il voulut en entreprendre une nouvelle: ce fut la huitième -et dernière croisade. - -La flotte française se dirigea du côté de l'Afrique. A peine débarqué -sur le rivage de Tunis, près de l'ancienne Carthage, Louis IX fut -atteint avec une grande partie de ses soldats par la peste. Il voulut, -sentant sa dernière heure approcher, et pour donner encore un exemple -d'humilité, qu'on le couchât sur un lit de cendres. Les dernières -paroles qu'il adressa à son fils sont le plus beau testament royal: -«Beau fils, dit-il, aie le cœur doux et compatissant aux pauvres: -ne mets pas de trop grands impôts sur ton peuple, si ce n'est par -nécessité, pour ton royaume défendre. Fais justice et droiture à -chacun, tant au pauvre qu'au riche.» - -Le pieux roi montrait la plus sereine résignation au milieu de -ses souffrances. Il rendit l'âme le 25 août 1270 au milieu de la -désolation générale. Au même moment, on entendit le son de joyeuses -trompettes. C'était le frère de saint Louis, Charles d'Anjou, roi de -Naples et de Sicile, qui annonçait son arrivée. Charles ne put que -recueillir et ramener les débris de l'armée. - -Aujourd'hui le drapeau français flotte sur cette plage de Tunis -illustrée par la mort de saint Louis. - -=Philippe le Hardi (1270-1285).=--Le fils de saint Louis, Philippe le -Hardi, fut un prince sage et pieux, mais ne justifia nullement durant -son règne de quinze ans le surnom de Hardi qu'on lui avait donné sur -la plage de Tunis. Le seul résultat important de son règne fut la -réunion du comte de Toulouse à la couronne après la mort d'Alphonse -de Poitiers, comte de Toulouse (1270), oncle de Philippe, qui avait -épousé l’héritière de cette riche province. Cette réunion, accomplie -en exécution du traité de Meaux de 1229, achevait de joindre la France -du midi à celle du nord. - -Un frère de saint Louis, Charles d'Anjou, était devenu roi de Naples -et de Sicile. Mais la tyrannie des Français amena un soulèvement -en Sicile et un affreux massacre des Français, à Palerme, le lundi -de Pâques 1282, à l'heure des vêpres. De là, le nom de _vêpres -siciliennes_ donné à ce massacre que Philippe le Hardi voulut venger -en faisant la guerre au roi d'Aragon, qui avait soutenu les Siciliens. -Cette expédition (1248) fut stérile et Philippe mourut au retour -(1285), à Perpignan. - - - - - CHAPITRE VII - - PHILIPPE LE BEL ET SES FILS--LES VALOIS--GUERRE DE CENT ANS - - -=Philippe le Bel (1285-1314).=--Philippe le Bel fut en tout l'opposé -de son aïeul saint Louis. Autant l'un avait aimé la justice et la -paix; autant l'autre chercha le succès par une politique déloyale et -guerrière. Tous deux poursuivaient le même but; fortifier l'autorité -royale. Saint Louis y réussit naturellement, par la sagesse de son -administration et le prestige de ses vertus. Philippe le Bel se vit -sur le point d'échouer par suite de ses violences. - -Philippe avait d'abord enlevé la Guyenne à Édouard I^{er} -d'Angleterre; mais il fut forcé de la lui rendre en 1299 et crut bien -faire en mariant sa fille Isabelle au fils d'Édouard. Ce mariage -devait être plus tard la cause des prétentions des rois d'Angleterre à -la couronne de France. - -Toujours à court d'argent, Philippe le Bel ne cessait d'en demander au -clergé et le pape protestait. Boniface VIII, d'ailleurs, renouvelant -les traditions de plusieurs papes célèbres, surtout de Grégoire -VII, prétendait régenter les rois. La querelle devint si vive que -Boniface appela le clergé français à Rome afin de travailler avec lui -à la correction du roi et du gouvernement de la France. Philippe -chercha contre le pape un appui dans la nation. Il convoqua, pour la -première fois, avec les nobles et le clergé, les députés des villes -qui formaient ainsi le troisième ordre ou tiers état. C'est ce qu'on -appelle la réunion des _Trois États_ ou _États généraux_. La lutte -devint si vive que le pape voulait déposer le roi. Mais Philippe -envoya un de ses légistes en Italie, Guillaume de Nogaret, qui se -rendit maître de la personne du pape. Boniface VIII, outragé, mourut -de douleur (1303), et Philippe fit arriver au trône pontifical Clément -V, qui transporta le Saint-Siège à Avignon en France. - -=Les fils de Philippe le Bel (1314-1328).=--Les trois fils de Philippe -le Bel régnèrent et moururent l'un après l'autre dans l'espace de -quatorze ans (1314-1328). Louis X le Hutin ou le Querelleur sacrifia -d'abord aux vengeances des seigneurs un des ministres de son père, -Enguerrand de Marigny. Puis il affranchit les serfs du domaine royal. -Il ne laissait point de fils et, en vertu de la loi salique, Philippe, -frère de Louis X, lui succéda. Philippe V (1316-1322) rendit de sages -ordonnances, mais lui-même n'eut que des filles, qui furent écartées -du trône. Le frère de Philippe, Charles IV, mourut également sans -laisser de fils, et la ligne des Capétiens directs s'éteignit (1328). - -=Philippe VI de Valois (1328-1350); la guerre de Cent Ans.=--Le roi -d'Angleterre, Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa -mère Isabelle, réclamait la couronne de France. Mais on avait déjà -appliqué deux fois la loi salique, et les barons français ne voulaient -point y renoncer au moment où elle devenait une garantie pour la -nationalité française. Ils ne voulaient point d'un roi anglais. -Aussi choisirent-ils pour roi un prince français, Philippe de Valois, -qui descendait de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel. Cette -famille était donc une branche collatérale des Capétiens. L'avènement -de Philippe de Valois, ravivant l'ancienne rivalité de la France et de -l'Angleterre, fut la cause d'une guerre acharnée qui, sauf quelques -intervalles, devait durer cent ans. - -=Bataille de Crécy.=--En 1346, Édouard III envahit et pilla la -Normandie. Les barons de France accoururent en si grand nombre sous -la bannière de Philippe, que les Anglais, forcés de se replier, -se trouvèrent dans une situation dangereuse. Édouard III, avec le -sang-froid qui caractérisait déjà les Anglais, s'arrêta près du -village de Crécy, prit position sur une colline et fit faire un grand -parc avec les charrettes de l'armée. Ses archers se placèrent, les uns -sur les chariots, les autres dessous, cherchant à se bien couvrir. - -Cependant, le roi de France, parti d'Abbeville, chevauchait, bannières -déployées, au milieu d'une foule de seigneurs montés sur de beaux -chevaux et richement parés. Ils arrivaient confusément, pleins -d'orgueil, se disputant à qui le premier verrait l'ennemi. Les archers -génois placés en avant se plaignent de ne pouvoir se servir de leurs -arcs dont les cordes sont humides; Philippe ordonne à ses gens d'armes -de tuer cette canaille qui lui barre le chemin; le désordre se met -dans l'armée française; les archers anglais, qui ont abrité leurs -arcs, tirent à coup sûr dans cette mêlée. - -Tout à coup un bruit terrible éclate, on eût cru entendre le -tonnerre: c’était l'artillerie, dont les Anglais se servaient pour la -première fois dans une bataille et qui fit plus de peur que de mal. -Édouard, du haut d'un moulin qu'on montre encore à Crécy, voyait les -seigneurs français arriver tout désordonnés, entremêlés, s’étouffer -les uns les autres ou périr sous les flèches de ses archers, sous les -coups des haches et des épées de ses hommes d'armes. - -Plus de 30,000 soldats, 1200 chevaliers, 80 seigneurs, 11 princes et -un roi restèrent sur le champ de bataille. C'était le vieux roi de -Bohême Jean de Luxembourg, qui, aveugle, avait lié son cheval à celui -de deux chevaliers et était allé périr au plus épais de la mêlée en -donnant un dernier coup de lance. On eût pu dire que tous dans cette -armée allaient en aveugles comme le roi Jean, liés les uns aux autres -par un faux point d'honneur. - -C'était le 26 août 1346. Le soir, un petit groupe de chevaliers -harassés se présente devant le château de Broye. Les ponts étaient -déjà relevés, les portes fermées. «Qui êtes-vous? demanda le -châtelain.--Ouvrez, ouvrez, répondit le chef de la troupe, c'est -l'infortuné roi de France.» C'était Philippe, en effet, qu'on avait -difficilement éloigné du champ de bataille; quelques seigneurs à peine -l'accompagnaient, restes de la brillante noblesse qui l'entourait le -matin. - -=Prise de Calais; dévouement d'Eustache de Saint-Pierre.=--Le -vainqueur alla aussitôt mettre le siège devant Calais; il y fut retenu -plus de dix mois, mais il détestait les habitants de cette ville, qui -par leurs courses sur mer avaient causé de grands dommages au commerce -anglais. Pour montrer sa ferme résolution de s'emparer de la place, -il traça autour d'elle, non plus seulement un camp, mais une véritable -ville. Philippe VI essaya en vain de secourir Calais; il ne put -approcher, et l'héroïque gouverneur Jean de Vienne dut enfin capituler -(1347). - -Édouard III voulait d'abord que la ville se rendît à discrétion; il -exigea ensuite que six bourgeois vinssent lui apporter les clefs de -la place. La désolation fut grande dans Calais. Alors Eustache de -Saint-Pierre se dévoua avec cinq autres bourgeois; ils allèrent pieds -nus, la corde au cou, présenter au roi anglais les clefs de la ville. -Celui-ci ordonna aussitôt de faire venir le bourreau. Les seigneurs -intercédaient inutilement en faveur de ces malheureux. Le roi n'écouta -rien et répéta son ordre cruel. La reine alla se jeter aux pieds -d'Édouard, le suppliant d'avoir pitié de ces hommes. Le roi attendit -un peu, dit l'historien du temps, Froissart, et regarda la bonne dame -sa femme qui pleurait à genoux; le cœur lui mollit et il dit: «Vous -me priez tant que je ne vous ose refuser, et quoique je le fasse avec -peine, je vous les donne.» La reine fit lever les six bourgeois, les -fit revêtir et donner à dîner et reconduire dans la ville. - -Édouard chassa tous les habitants de Calais et repeupla la ville avec -des familles anglaises. - -=Jean II le Bon (1350-1364).=--Le fils de Philippe, Jean, qui lui -succéda en 1350, et que bien à tort on a surnommé le Bon, était -un prince violent, téméraire et prodigue. Il recommença la guerre -contre les Anglais et s'attira une défaite plus honteuse encore, plus -désastreuse que la défaite de Crécy. En 1356, le prince de Galles, -fils d'Édouard III, et surnommé le _prince Noir_, à cause de son -armure, descendit en Guyenne, ravagea le riche Languedoc, le Limousin, -le Berry, et s'avança sur la Loire. - -Le roi Jean marcha contre lui, le dépassa et lui coupa la retraite. Le -prince de Galles se trouva presque bloqué près de Poitiers. Il s'était -retranché, comme son père à Crécy, sur une colline; mais pressé par la -famine, il négociait. Les chevaliers français demandèrent le combat, -et la bataille s'engagea précipitamment. Le premier corps s'élança, -sans être soutenu, dans un chemin creux, seule route qui menât aux -Anglais; les archers, postés à droite et à gauche, le criblèrent de -flèches et le mirent en déroute. Le second corps arriva trop tard et -fut culbuté à son tour. «La bataille est à nous,» dit un des meilleurs -capitaines anglais, Jean Chandos, au prince de Galles; et fondant à -bride abattue, avec toutes les forces anglaises, sur le troisième -corps français, il le dispersa. - -Restait la division du roi Jean. Celui-ci, croyant bien faire en -imitant mal les Anglais, commanda à ses chevaliers de mettre pied -à terre: autour de lui se forme un bataillon carré qui reçoit -vigoureusement les charges de la cavalerie ennemie. Mais ces lourds -chevaliers, revêtus d'armures de fer, n'étaient pas hommes à soutenir -longtemps un combat à pied: l'infanterie anglaise, plus agile, arriva -à son tour. Les Français furent rompus. Le roi Jean avait à côté -de lui son plus jeune fils, Philippe, il veut l'éloigner. L'enfant -obéit d'abord et monte à cheval; mais il revient presque aussitôt, -et, ne pouvant frapper comme son père, il s'abritait derrière lui en -criant: «Père, gardez-vous à droite! père, gardez-vous à gauche!» Ce -combat héroïque ne pouvait durer. Jean, blessé, entouré d'un cercle -d'ennemis, fut obligé de se rendre. Une foule de comtes et de barons -furent, avec lui, emmenés prisonniers en Angleterre. - -Le roi Jean fut délivré moyennant une rançon de trois millions d'écus -d'or qui vaudraient aujourd'hui deux cent cinquante millions de -notre monnaie. Il donna comme otages deux de ses fils et plusieurs -seigneurs. Un de ses fils, le duc d'Anjou, quitta Londres et refusa -d'y retourner. Le roi Jean, qui n'avait pu encore payer sa rançon -entière, irrité de ce manque de foi, retourna se constituer lui-même -prisonnier et mourut à Londres en 1364. - -=Charles V le Sage (1364-1380).=--Le fils de Jean le Bon, Charles, -instruit par le malheur et qui a mérité le beau nom de Sage, -s'appliqua, par d'habiles mesures, à ramener l'ordre, la sécurité. Il -n'aimait point les batailles, comme Jean et Philippe VI: on n'avait -pas encore vu de prince aussi éloigné du goût des armes, aussi content -de demeurer enfermé dans ses châteaux avec de prudents conseillers et -de savants livres. Mais il ne cessait de veiller sur le royaume, de -préparer les moyens de le délivrer et sut choisir un vaillant guerrier -qui fut son bras droit, Bertrand Du Guesclin. - -=Bertrand Du Guesclin.=--C'était un chevalier breton né en 1321. Il -avait conquis une grande renommée dans la guerre qui se prolongeait en -Bretagne entre les partisans de Jean de Montfort et ceux de Charles de -Blois. - -Ce qui le distinguait des anciens chevaliers, c'est qu'à la bravoure -il unissait l'intelligence et la ruse: il s'empara du château de -Fougeray en y arrivant avec quelques hommes déguisés en bûcherons; aux -sièges de Rennes, de Dinan, il se fit remarquer par son habileté à -tendre des pièges aux ennemis, à les surprendre. C'est le commencement -de l'art de la guerre; cet art, Du Guesclin le développa de plus en -plus quand il fut passé au service du roi de France. - -Le royaume regorgeait de gens de guerre qui allaient, par compagnies, -ravageant et pillant. C'était une foule d'hommes de toutes nations, -Allemands, Anglais, Flamands: sans patrie et sans famille, ces hommes, -habitués à vivre de rapines, étaient devenus les maîtres du pays -qu'ils foulaient horriblement. Bertrand offrit au roi d'emmener toutes -ces compagnies en Espagne faire la guerre au roi don Pèdre le Cruel, -qui venait de se souiller d'un crime abominable, le meurtre de sa -femme, Blanche de Bourbon, sœur de la reine de France. - -Mais don Pèdre appela les Anglais à son secours: le prince Noir -arriva. Les Français perdirent la bataille de Navarette, engagée -malgré les avis de Du Guesclin, qui s'y conduisit avec son intrépidité -habituelle et fut encore fait prisonnier. Le prince Noir le garda -longtemps et ne consentit qu'à grand'peine à le mettre à rançon (1367). - -Aussitôt qu'il fut libre, Du Guesclin reparut en Espagne, battit à -Montiel l'armée de don Pèdre que les Anglais avaient abandonné, et -fit le prince prisonnier. Henri et don Pèdre ne se furent pas plus -tôt aperçus qu'ils se précipitèrent l'un contre l'autre; tous deux -roulèrent à terre. Henri parvint à égorger son frère et régna sans -crainte comme sans remords. Henri demeura du moins un allié fidèle à -la France (1369). - -Charles V, ayant remis de l'ordre dans ses finances, jugea le moment -venu de recommencer la guerre, et provoqua le roi Édouard qui envahit -de nouveau notre pays. Charles donna à Bertrand l'épée de _connétable_ -que celui-ci se défendait d'accepter: «Cher sire, disait-il, je suis -pauvre chevalier d'humble origine, et l'office de connétable est si -haut qu'il faut commander avec autorité et même plutôt aux grands -qu'aux petits. Or, voici mes seigneurs vos frères, vos neveux, vos -cousins: comment oserai-je leur commander?» Le roi l'y obligea, -détruisant ses objections par ces paroles: «Messire Bertrand, je n'ai -ni frère, ni cousin, ni comte, ni baron en mon royaume qui ne vous -obéisse.» - -Les Anglais n'obtenaient plus les succès d'autrefois, Charles V -avait adopté un nouveau système de guerre. Toutes les villes étaient -fermées; les Anglais tenaient la campagne, ravageant, brûlant, sans -émouvoir les Français. - -Du Guesclin de son côté formait des camps retranchés, simulait des -retraites, raffermissait la discipline. Inventif en ruses de guerre, -actif, infatigable, il portait des coups imprévus aux Anglais: à -Pontvallain, par une nuit de tempête, il vint fondre sur une de leurs -armées et la dispersa. - -Trois fois encore, en 1370, en 1373, en 1376 les Anglais -recommencèrent leurs invasions sans plus de succès. Obligés de -repasser dans les pays qu'ils avaient déjà ravagés, ils trouvaient -devant eux toujours les mêmes villes bien gardées; derrière eux, -sur leurs flancs, se tenaient les troupes de Du Guesclin, promptes à -profiter des occasions pour frapper un bon coup et à disparaître. Les -armées anglaises finirent par se retirer, semblables à ces inondations -qui ravagent les campagnes, puis les rendent aux laboureurs dont le -travail répare les pertes. - -Du Guesclin fut surpris par la maladie au moment où il assiégeait -Châteauneuf-Randon. Le gouverneur avait promis de rendre la place s'il -n'était pas secouru dans six jours. Le délai passé, le gouverneur, -quoiqu'il eût appris le péril de Du Guesclin, n'en voulut pas moins -faire honneur à sa parole. Il vint présenter au héros mourant les -clefs de la place: «Voici, dit-il, les clefs de la ville dont le -roi d'Angleterre m'a confié la défense; je les rends au plus preux -chevalier qui ait vécu depuis cent ans passés.» - -Charles V voulut que Du Guesclin fût enterré à Saint-Denis, dans les -tombeaux des rois de France où lui-même ne tarda pas à le rejoindre -(1380). - -Charles V avait délivré et pacifié le royaume. Il organisa les -finances et augmenta l'autorité du Parlement. - -Prince ami des livres, il fonda au Louvre la première bibliothèque -royale, qui ne se composait que de 950 manuscrits, car l'imprimerie -n'était pas encore inventée. Il avait aussi reculé l'enceinte de Paris -et fait édifier la bastille Saint-Antoine, forteresse destinée à -devenir célèbre. - -A cette époque vivait Froissart (1333-1410), le chroniqueur naïf et -pittoresque qui nous a laissé des récits animés des combats de la -guerre de Cent ans. - - - - - CHAPITRE VIII - - CHARLES VI - - -=Minorité de Charles VI (1380-1388).=--A un prince qui avait mérité -le surnom de Sage, succéda un enfant de douze ans, Charles VI, qui, à -peine arrivé à l'âge d'homme, fut atteint de folie. - -Les oncles du roi, les ducs d'Anjou, de Berri, de Bourgogne, se -disputèrent la régence pendant la minorité du jeune prince, et, par -leurs exactions, leurs pillages, soulevèrent dans les grandes villes -des insurrections. - -En Flandre, les Gantois s'étaient soulevés contre leur comte et -avaient pris pour chef Philippe Artevelde. Les oncles de Charles VI -emmenèrent le jeune roi contre les Flamands, qui furent vaincus à la -journée de Roosebecque. Fiers de leur victoire sur les Flamands, les -princes se vengèrent cruellement des Parisiens qui avaient désiré le -triomphe des Gantois. - -Quelques années seulement, de 1388 à 1392, le jeune roi, qui avait -épousé une princesse allemande, Isabeau de Bavière, gouverna par -lui-même et reprit les prudents ministres de son père. - -En 1392, Charles, malade de corps et déjà d'esprit, car les excès -l'avaient usé avant l'âge, partait en guerre contre le duc de -Bretagne. Le 5 août, par une brûlante journée on traversa la forêt du -Mans: tout à coup, un homme, la tête nue, vêtu d'une pauvre cotte de -bure blanc, s'élança, prit le cheval du roi par la bride et s'écria -«Arrête, noble roi, tu es trahi!» Charles tressaillit, mais passa -outre. On sortit des bois, on entra dans une plaine sablonneuse. Le -soleil était beau, clair, resplendissant à grands rayons, d'une force -dangereuse. Un des pages s'endort et laisse tomber sa lance sur le -casque d'un autre page: à ce bruit de fer qu'il entend, le roi se -trouble, se croit trahi, tire son épée, s'écrie: «en avant! en avant! -sus aux traîtres!» blesse, tue plusieurs hommes de sa suite, se -précipite même contre son frère le duc d'Orléans, s'épuise en courses -furieuses, et, lorsqu'on parvient à le désarmer, à l'étendre sur le -sol, il reste sans connaissance, les yeux hagards: il était fou. - -Le royaume fut replongé dans l'anarchie. En 1407, le frère du roi, -le duc d'Orléans, prince aimable et spirituel mais débauché, périt -assassiné, un soir, à Paris. C'était le duc de Bourgogne, Jean sans -Peur, rival et cousin du duc, qui avait dressé ce guet-apens. Alors -se forment deux partis, celui des Bourguignons, celui des Armagnacs, -dirigé par le comte d'Armagnac, beau-père d'un fils de la victime. -Paris que se disputent tour à tour les deux factions, est inondé de -sang. Les Anglais profitent de ces discordes pour envahir de nouveau -la France (1415). - -=La bataille d'Azincourt.=--Les chefs du parti armagnac, maîtres -du roi et du gouvernement, s'étaient décidés à marcher contre les -Anglais. A leur appel la noblesse accourut, mais insouciante et -indisciplinée comme aux jours de Crécy et de Poitiers. Fiers de leur -nombre imposant, car ils avaient réuni plus de cent mille hommes, les -Français se croyaient certains d'écraser la petite armée des Anglais -qui battait en retraite, cherchant à gagner Calais. Le pays que -ceux-ci avaient à traverser se soulevait, et les Picards barrèrent -le chemin à l'armée de Henri V près d'Azincourt. L'armée française, -commandée par le connétable d'Albret, arriva, et le 25 octobre 1415 le -combat s'engagea sur un terrain détrempé par les pluies d'automne. - -Selon leur habitude les Anglais se postèrent derrière leurs archers. -Une nuée de flèches s'abattit sur les rangs des chevaliers français, -obligés de baisser la tête pour que les traits n'entrassent point -dans la visière de leurs casques. Les Français s'étaient rangés en -escadrons si serrés qu'ils ne pouvaient lever leurs bras pour frapper -sur leurs ennemis. Leurs lourds chevaux enfonçaient dans les terres -fraîchement labourées, et les chevaliers ne pouvaient atteindre leurs -ennemis avec leurs lances, qu'ils avaient coupées par le milieu afin -de pouvoir s'approcher plus près des Anglais. L'avant-garde rompue mit -le désordre dans le corps de bataille. Ce que voyant, les Anglais, -jetant bas leurs arcs, prirent leurs épées, leurs haches, leurs -maillets, se jetèrent au milieu des Français, frappant, abattant tout -ce qui se trouvait devant eux. Beaucoup de seigneurs se rendirent. - -Or voici qu'une troupe française, faisant un détour, attaque les -bagages des Anglais. Le roi Henri V effrayé ordonne de ne plus -faire de prisonniers et de massacrer tous ceux qui s'étaient rendus. -Lorsqu'il fut revenu de l'émotion causée par cette alerte, il commanda -de cesser le massacre, mais une foule de seigneurs avaient péri. Sur -le champ de bataille, le roi anglais, pour relever encore sa victoire, -s'écria «qu'il avait été l'instrument de Dieu choisi pour punir les -péchés des Français.» - -Un crime des Armagnacs vint achever le triomphe du roi anglais. Les -Armagnacs étaient maîtres du jeune fils de Charles VI, le dauphin. -Ils feignirent vouloir se réconcilier avec les Bourguignons, et -attirèrent Jean sans Peur à une entrevue avec le dauphin, sur le pont -de Montereau. Jean s'y rendit et y périt égorgé sous les yeux mêmes du -jeune prince (1419). - -Ce meurtre jeta tout à fait les Bourgignons dans les bras des Anglais. -Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, maître du roi Charles VI, -et la reine Isabeau, qui renia son fils, signèrent avec Henri V le -honteux traité de Troyes (1420). Ce traité déshéritait le dauphin -Charles, accordait à Henri V la main de la fille de Charles VI et -assurait la couronne de France à ses descendants. Henri V se trouvait -maître du pays. - - - - - CHAPITRE IX - - CHARLES VII--JEANNE D'ARC - - -=Charles VII; la France en 1429; Jeanne d'Arc.=--En 1422, Henri V -et Charles VI moururent tous deux à quelques mois l'un de l'autre. -Suivant le traité de Troyes, Henri VI, fils de Catherine de France -et de Henri V d'Angleterre, fut proclamé à Paris roi de France -et d'Angleterre. Plusieurs seigneurs restés fidèles à l'héritier -légitime, au représentant de la nationalité française, proclamèrent -Charles VII. Il y eut ainsi deux rois, l'un anglais, l'autre français; -deux Frances, la France anglaise et la vraie France. D'ailleurs -Charles VII paraissait avoir peu de chances et même nulle volonté -de recouvrer sa couronne; ses ennemis l'appelaient par dérision le -_roi de Bourges_. Le découragement gagnait les meilleurs capitaines. -Toujours battus, ils ne pouvaient arrêter les Anglais qui s'emparaient -successivement de toutes les cités et en 1428 vinrent mettre le siège -devant Orléans. Le pays semblait perdu quand Jeanne d'Arc parut. - -=Jeanne d'Arc.=--Jeanne était Lorraine. Le village de Domrémy, où elle -est née, est situé sur la rive gauche de la Meuse et l'on y montre la -maison où s'écoula son enfance. Son père, Jacques d'Arc, et sa mère, -Isabelle Romée, vivaient, comme de laborieux paysans, du travail des -champs et avaient élevé cinq enfants, trois garçons et deux filles. -Jeanne, ou comme on disait dans le village, Jeannette, était l'aînée -des deux filles: simple et douce, elle s'occupait des soins du ménage -et ne savait rien de plus que ses parents et ses compagnes, dans ces -temps de profonde ignorance. Sa piété faisait l'admiration de tous. -Charitable envers les pauvres et les malades, Jeanne était d'ailleurs -si bonne pour tous que tous l'aimaient. - -Un jour d'été, dans le jardin de son père, qui touchait à l'église, -elle vit, à midi, ainsi qu'elle le raconta, une grande lumière; elle -entendit une voix céleste qui lui disait de se bien conduire, d'être -toujours douce et pieuse, et qu'elle était appelée à aller au secours -du roi. Jusqu'à l'âge de dix-sept ans, Jeanne ne cessa d'avoir des -visions et de s'entretenir avec ses voix qui la guidaient et lui -racontaient «la grande pitié du royaume de France.» - -Elle la connaissait bien d'ailleurs cette misère: car son pays même -avait ressenti les maux de la guerre civile et de la guerre étrangère. -Malgré ses parents, qui ne comprenaient rien à sa résolution, elle -vint à Vaucouleurs trouver le capitaine Robert de Baudricourt, auquel -elle expliqua sa mission, demandant qu'on la conduisît vers le roi. -«Et certes, disait-elle, j'aimeras mieux filer auprès de ma pauvre -mère, mais il faut que j'aille; mon seigneur le veut.--Et qui est -votre seigneur? dit-on.--C'est Dieu,» répondit-elle. Robert riait -d’abord, mais le peuple de Vaucouleurs crut en la jeune fille, et le -seigneur de Baudricourt, ému lui-même, donna à Jeanne une escorte. - -Après un long et périlleux voyage à travers un pays occupé par les -Anglais, Jeanne arriva à Chinon, équipée comme un guerrier, mais -toujours simple et pure comme une jeune fille. Le roi, afin de -l'éprouver, se confondit dans la foule des seigneurs. Jeanne, bien -qu'elle ne l'eût jamais vu, alla droit à lui, s'agenouilla, lui -promettant, s'il lui donnait une armée, de délivrer Orléans, puis de -le mener lui-même à Reims recevoir la couronne. - -Les évêques, les plus éminents docteurs interrogèrent cette fille des -champs, qui les étonna par ses réponses: «Si c'est le plaisir de Dieu, -lui disait-on, que les Anglais s'en aillent en leur pays, il n'est pas -besoin de gens d'armes.--Les gens d'armes batailleront, répondit-elle, -et Dieu donnera la victoire.» - -Jeanne put enfin, malgré les Anglais, entrer dans la ville d'Orléans -avec quelques vaillants capitaines. Accueillie avec enthousiasme, elle -réveillait partout l'esprit de foi, de discipline, de patriotisme: -tous ceux qui l'approchaient devenaient meilleurs et sinon plus -braves, du moins plus confiants. Sans autre arme que son étendard, -Jeanne marchait à la tête des combattants, et tous la suivaient. Les -Anglais, ne comprenant rien au courage indomptable de cette jeune -fille, se troublaient, lâchaient pied; les plus importantes bastilles -qu'ils avaient élevées pour bloquer Orléans furent prises. Jeanne, -blessée dans une attaque, fit aussitôt panser sa blessure et reparut -au milieu des combattants: «Tout est vôtre, criait-elle aux Français, -tout est vôtre!» La plus importante des bastilles qui commandait -le pont de la Loire, fut enlevée. Les Anglais se virent obligés -d'abandonner le siège le 8 mai 1429, date célèbre que les Orléanais -reconnaissants fêtent encore aujourd'hui. - -La fortune, dès ce moment, tourna. Le pays fut rapidement délivré. Les -Français, toujours conduits par Jeanne d'Arc, reprirent les villes des -bords de la Loire qui restaient aux Anglais, et gagnèrent sur eux la -bataille de Patay (18 juin). Malgré tant de succès, les conseillers du -roi hésitaient encore. Jeanne les entraîna au voyage de Reims, et le -17 juillet Charles VII était sacré en grande pompe dans la cathédrale -où se faisaient couronner ses prédécesseurs. Jeanne se tenait debout -aux côtés du roi, son étendard à la main, et comme plus tard, dans son -procès, on lui en faisait un reproche, elle répondit avec une légitime -fierté: «Il avait été à la peine, il méritait bien d'être à l'honneur.» - -Jeanne avait le pressentiment d'un malheur, mais elle n'en continuait -pas moins de combattre, allant partout où on l'appelait, car sa -présence valait une armée. - -En 1430 elle se jeta dans la ville de Compiègne, serrée de près par -les troupes du duc de Bourgogne. Dans une sortie, il fallut battre -en retraite. Elle resta, comme toujours, la dernière. Les défenseurs -de Compiègne, craignant de voir entrer les ennemis avec les fuyards, -fermèrent trop tôt les barrières du pont. Jeanne demeura isolée avec -quelques cavaliers et, accablée par le nombre, fut prise par l'écuyer -d'un seigneur du parti bourguignon. - -Vendue aux Anglais, Jeanne fut conduite à Rouen. Les Anglais lui -firent son procès comme à une sorcière, à une hérétique; mais souvent -la sagesse de ses réponses déconcerta ses juges. Comme elle parlait -des voix qui l'avaient inspirée, les juges lui demandèrent: «Sainte -Catherine et sainte Marguerite haïssent-elles les Anglais?--Elles -aiment ce que Notre-Seigneur aime, et haïssent ce qu'il hait.--Dieu -hait-il les Anglais?--De l'amour ou de la haine que Dieu a pour les -Anglais, je n'en sais rien: mais je sais bien qu'ils seront mis -hors de France, sauf ceux qui périront.» Le procès n'avait rien -prouvé, mais on fit signer à Jeanne, sous la menace d'être brûlée, -une abjuration de ses prétendues erreurs, et on la condamna à la -prison perpétuelle. Plus tard elle désavoua l'abjuration qu'on lui -avait surprise et maintint la vérité de sa mission. «Si je disais, -répondit-elle, que Dieu ne m'a pas envoyée, je me damnerais; la vérité -est que Dieu m'a envoyée.» Les juges d'Église alors l'abandonnèrent au -bras séculier, c'est-à-dire à la justice civile, et le 30 mai (1431) -on la conduisit au bûcher sur la place du _Vieux-Marché_. - -Jeanne, qui n'avait encore que vingt ans, pleurait en disant: «O -Rouen, dois-je donc mourir ici!» Elle demanda une croix: on lui en -fit une avec un bâton, mais elle obtint qu'on lui apportât celle de -la paroisse voisine. Enfin, les Anglais s'impatientant, deux sergents -la saisirent et la livrèrent au bourreau. Le feu fut allumé. Jeanne -s'oublia pour ne penser qu'au frère Isambart qui l'exhortait toujours, -et lui dit de descendre, mais de tenir haut la croix, qu'elle ne -voulait pas perdre de vue. Toute la foule pleurait. Quelques Anglais -essayaient de rire. Un d'eux, des plus furieux, avait juré de mettre -un fagot au bûcher; Jeanne expirait au moment où il le jeta et il -s'évanouit: «J'ai vu, disait-il hors de lui-même, j'ai vu de sa bouche -s'envoler une colombe.» Un seigneur anglais disait tout haut en -revenant: «Nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte.» - -Les Anglais redoutèrent Jeanne même après sa mort, et, de peur que -ses cendres ne devinssent des reliques pour le peuple, ils les firent -jeter dans la Seine. Mais l'impulsion était donnée; le pays, réveillé, -repoussait partout l'étranger, et en 1453 les Anglais avaient perdu -toutes leurs conquêtes en France. Les malheurs de ces invasions -avaient eu au moins pour résultat de faire naître chez tous les -habitants de la France le sentiment de l'amour de la patrie. - - - - - CHAPITRE X - - LOUIS XI (1461-1483) - - -Charles VII mourut en 1461 et eut pour successeur son fils, Louis XI. - -A cette époque des changements importants ont lieu en Europe et -dans le monde. Un peuple nouveau s'établit à l'orient de l'Europe, -les Turcs qui se sont emparés de Constantinople (1453). Les peuples -chrétiens ne se sont point soulevés à cette nouvelle: le temps des -expéditions religieuses, des croisades est bien fini. Les nations -ne songent qu'à se constituer, à s'organiser, malheureusement aussi -à s'entre-déchirer, et l'époque des grandes ligues, des guerres -européennes va s'ouvrir. Ce qui valait mieux, les Portugais et les -Espagnols indiquaient de nouvelles routes au commerce et découvraient -de nouvelles terres. Les premiers avaient achevé, en 1497, sous la -conduite de Vasco de Gama, de faire, par mer, le tour de l'Afrique et -montraient la route des Indes. Christophe Colomb, savant navigateur -génois, avec trois navires que lui avaient donnés les souverains de -l'Espagne, Ferdinand et Isabelle, découvrit en 1492 un nouveau monde -auquel on a injustement donné le nom d'un autre navigateur florentin, -Amerigo Vespucci, l'Amérique. - -Il semblait que Dieu, par une seconde création, eût doublé l'étendue -du monde habitable. On se précipitait vers ces contrées parées d'une -végétation brillante, riches de bois précieux et de mines d'or et -d'argent. Le commerce prit un rapide essor, la condition des fortunes -changea, car jusqu'alors la terre avait été la seule richesse. - -La science se développait en même temps, grâce à la découverte de -l'imprimerie. Gutenberg, né à Mayence, mais qui travailla le plus -souvent à Strasbourg, était parvenu (de 1440 à 1446) à graver en -métal des lettres mobiles qu'il assemblait ou séparait à volonté; -il composait ainsi des mots, des phrases, des pages entières; puis -pressant ces pages imbibées d'encre sur du papier, il les reproduisait -autant de fois qu'il voulait. Un copiste ne pouvait écrire à la fois -qu'un seul livre. Grâce à l'imprimerie, dès que le livre était composé -avec des lettres en métal, on pouvait le reproduire, en peu de temps, -par milliers d'exemplaires. - -Le premier livre sorti des presses de Gutenberg était une Bible datée -de 1456. L'imprimerie devait être l'instrument le plus puissant pour -le progrès de la science humaine. Des temps nouveaux commençaient: -les _temps modernes_, ceux qui durent encore aujourd'hui. Les progrès -dont nous sommes témoins ont pour point de départ ces importants -changements qui se produisirent au quinzième siècle et qui rendirent -l'homme plus libre de sa raison, plus hardi dans ses pensées comme -dans ses entreprises, plus soucieux du bien-être et de l'équité. La -science étendait son esprit, doublait ses moyens d'action et allait -lui permettre de rendre moins misérable sa condition terrestre. - -La politique aussi allait changer. Le premier roi des temps modernes -est Louis XI, de sombre renommée, mais qui, malgré ses fourberies et -ses cruautés, avança singulièrement l'unité politique de la France. - -=Louis XI.=--Louis XI est le premier type, quoique peu flatteur, du -roi moderne; il se fie à l'intelligence plus qu'à la force corporelle. -Il est tout l'opposé des chevaliers. Ayant grandi au milieu des -trahisons et des révoltes, il ne crut qu'à une seule force, celle -de la ruse. Dépourvu de conscience, mais superstitieux à l'excès, -il attachait à son chapeau des images de la Vierge et des saints en -plomb ou en étain: il les prenait ou les baisait, quelque part qu'il -se trouvât, si soudainement quelquefois qu'on l'aurait pris pour un -insensé. Il se faisait petit, s'entourait de petites gens, s'habillait -pauvrement et s'affranchissait de tout cérémonial. - -Louis XI (c'est là ce qui le relève de ses faiblesses et de ses -perfidies) prenait au sérieux son métier de roi: actif, infatigable, -il travailla sans cesse à étendre, à organiser son royaume, se fit -craindre comme personne avant lui. - -Dès les premières années, les nobles, mécontents de voir Louis XI, qui -les avait flattés dans sa jeunesse, se tourner contre eux dès qu'il -fut roi, commencèrent la guerre dite du _Bien public_ (1465). Une -bataille indécise se livra entre les coalisés que commandait Charles, -fils du duc de Bourgogne, comte de Charolais, et l'armée royale à -Montlhéry (près de Paris). Des deux côtés on se crut vainqueur, et -des deux côtés il y eut des fuyards. Louis XI se hâta de négocier -et promit à tous, et à chacun en particulier, provinces, honneurs, -pensions. Les traités de Conflans et de Saint-Maur (près Paris), qui -terminèrent cette campagne dérisoire, furent de honteux marchés. - -Une première fois détruite, la féodalité avait été reformée par les -rois eux-mêmes, qui avaient distribué à leurs enfants, aux princes -de leurs maisons, de magnifiques seigneuries, des apanages. Ainsi -s'étaient constituées les maisons de Bourbon, d'Anjou, d'Orléans, etc. -Mais le grand danger pour les rois, c'était la puissance de la maison -de Bourgogne. Le duc Philippe le Bon, mourut en 1467, et son fils, -Charles le Téméraire, était l'orgueil même. - -Charles se regardait comme supérieur à son cousin le roi de France, -Louis XI, auquel il ne voulait pas rendre hommage. Autant celui-ci -dédaignait le faste et les grandeurs, autant le duc de Bourgogne -aimait à étaler son luxe et sa puissance. Ambitieux comme Louis XI, -il n'avait ni sa patience ni sa souplesse, et plus sa témérité lui -faisait éprouver de revers, plus il s'obstinait. - -Louis XI pourtant commit bien des fautes. La guerre ayant recommencé -entre lui et le duc de Bourgogne, il voulut négocier au lieu de -combattre et, pour mieux gagner son ennemi, alla se mettre entre ses -mains à Péronne où il demeura prisonnier et ne fut relâché qu'à de -dures conditions (1468). - -La guerre recommença. Le duc de Bourgogne courut aussitôt à Beauvais, -espérant enlever la ville par surprise. Mais les habitants sont sur -les remparts et se défendent: les femmes mêmes les aident. Déjà -cependant des soldats bourguignons avaient escaladé la muraille et -y plantaient leur étendard. Une jeune fille, Jeanne Laisné (on la -nomma depuis Jeanne Hachette), s'élance, une hache à la main, saisit -l'étendard et l'emporte en triomphe. Cet exemple héroïque ranime -le courage des habitants, qui repoussent avec succès toutes les -attaques. Charles se vit obligé d'entreprendre un siège régulier, -puis, à l'arrivée des troupes royales, de se retirer. Loin d'abattre -le puissant duc, les échecs ne font que piquer son orgueil. Il ne -renonce pas à ses projets; au contraire, il les veut tous poursuivre -à la fois: il rêve la conquête de la Lorraine, de l'Alsace, de la -Suisse, afin de se faire ainsi un royaume. En même temps il rappelle -les Anglais en France pour renverser Louis XI. Celui-ci, fidèle à son -système d'éviter les batailles, achète la paix du roi d'Angleterre -Édouard IV. Dès ce moment il n'a plus qu'à regarder son rival se -heurter contre l'Allemagne, puis contre les montagnes de la Suisse. -Charles est vaincu à Granson et à Morat (1476). - -Après ces sanglantes défaites, Charles devient fou de fureur: il -laisse croître sa barbe comme un sauvage, il s'enferme dans sa tente. -Il apprend que la Lorraine s'est soulevée et que le duc René a -repris sa capitale, Nancy. Il y court, malgré l'hiver, et périt dans -un combat. On retrouva son corps à demi enfoncé dans la glace d'un -ruisseau (1477). - -Craint de tout le monde, Louis XI craignait lui-même tout le monde -et s'enfermait dans son château de Plessis-lez-Tours, où des -arbalétriers veillaient nuit et jour près des fossés avec ordre de -tirer sur tout homme suspect qui approchait. Il semblait plutôt mort -que vif, tant il était maigre; il faisait d'âpres punitions pour -inspirer la terreur et de peur de perdre l'obéissance. Il avait -soupçon de tout le monde, de son fils qu'il faisait étroitement -garder, de sa fille, de son gendre. Il comblait de présents son -médecin Coictier pour qu'il allongeât sa vie; il avait recours aux -personnages renommés pour leur sainteté et fit venir d'Italie un -ermite, saint François de Paule: il lui demandait la santé du corps -plutôt que le repos de l'âme. «Le tout n'y fit rien, ajoute son -historien Commines; il fallait qu'il passât par où les autres sont -passés.» - -Louis XI mourut en 1483, après avoir, dans ses dernières années, -recueilli le riche héritage de la maison d'Anjou, c'est-à-dire le -Maine, l'Anjou et la Provence. - -Si Louis XI a laissé une sombre mémoire, il est juste de lui tenir -compte de l'agrandissement du royaume, et surtout de la sécurité qu'il -y rétablit. La sécurité ranima le commerce et Louis XI le facilita en -améliorant les routes. Pour étendre son action sur les provinces les -plus éloignées, il organisa les postes, d'abord des courriers qui ne -servirent qu'à transmettre ses ordres, mais qui plus tard furent d'une -grande utilité aux particuliers. - - - - - CHAPITRE XI - - CHARLES VIII--LOUIS XII--FRANÇOIS I^{er} - - -=Charles VIII (1483-1498).=--Le fils de Louis XI était encore un -enfant et les seigneurs crurent pouvoir profiter d'une minorité pour -reprendre tout ce qu'ils avaient perdu. Une main de femme les contint. -Mme de Beaujeu, fille de Louis XI, et qui avait ses qualités sans -ses vices, mit à la raison les seigneurs déjà plus turbulents que -redoutables; elle força à la soumission Louis, duc d'Orléans, le chef -des mécontents, puis fit épouser à son jeune frère l'héritière d'un -beau duché, Anne de Bretagne, et prépara ainsi la réunion à la France -d'une grande province. - -Nourri de romans de chevalerie, Charles VIII ne fut pas plus tôt le -maître qu'il voulut monter à cheval, s'armer de la lance et imiter les -fabuleux exploits des paladins de Charlemagne. Il résolut de faire -valoir sur le royaume de Naples des droits qu'il tenait de la maison -d'Anjou. Il partit en 1494 avec une belle armée, mais sans argent: il -lui fallut emprunter aux petits princes italiens qui l'avaient appelé -et lui facilitaient le passage. - -L'épouvante que répandait chez des populations amollies l'arrivée -des rudes guerriers du Nord, facilita singulièrement la route. Les -Français passèrent les Alpes avec un attirail tout nouveau de canons. -Arrivés en Italie, ils traversèrent sans combat les villes magnifiques -de Florence et de Rome. Charles gagna Naples à petites journées, y -entra sans effort et s'y montra avec tout l'appareil d'un empereur. -Puis il ne pensa plus qu'aux fêtes et distribua héritières et -héritages à ses barons. - -Pendant qu'il s'amusait aux tournois, Maximilien d'Autriche, le roi -d'Espagne Ferdinand le Catholique, Henri VII d'Angleterre, jaloux -de la puissance française, se liguaient avec les princes du nord de -l'Italie. Charles courait le risque d'être enfermé dans sa conquête. -Averti à temps, il dut se hâter, reprit le même chemin, retraça -presque les mêmes pas, et trouva la route barrée par les Milanais et -les Vénitiens, à Fornoue, sur les bords de la rivière le Taro. Une -bataille sérieuse s'offrait à lui; aussi attaqua-t-il avec ardeur et -força le passage (juillet 1495). - -Il n'eut pas le temps de recommencer cette expédition comme il le -voulait, car trois ans après, s'étant heurté la tête contre une voûte -au château d'Amboise, il mourut (1498). - -=Louis XII (1498-1515).=--Louis XII, cousin et successeur de Charles -VIII, se montra plus prudent, surtout dans sa politique intérieure, -et épousa la veuve de Charles VIII pour retenir attaché au domaine -royal le beau duché de Bretagne. Mais à l'extérieur, il montra la même -légèreté que Charles VIII et n'eut d'yeux que pour l'Italie. - -Afin d'obtenir plus sûrement le royaume de Naples, Louis XII le -partagea avec le roi d'Espagne, Ferdinand le Catholique. Celui-ci, -dès qu'il eut sa part, voulut prendre l'autre, et trompa honteusement -Louis XII. Le roi, lorsqu'il apprit la trahison, avait chez lui le -gendre de Ferdinand, Philippe le Beau; celui-ci pouvait craindre -d'être gardé prisonnier. «Ne craignez rien, lui dit Louis XII, j'aime -mieux perdre un royaume qu'on peut regagner, que l'honneur dont la -perte est irréparable.» - -Louis XII ne put regagner le royaume perdu, mais ces guerres d'Italie -mirent en relief un grand nombre de vaillants capitaines: le plus -illustre fut sans contredit le chevalier Bayard. - -Le jeune Bayard n'avait pas dix-sept ans qu'il se mesura dans un -tournoi avec un des plus redoutables chevaliers et sortit de cette -épreuve à son honneur. A la bataille de Fornoue, il eut deux chevaux -tués sous lui et rapporta une enseigne ennemie. Ce qui le faisait -surtout aimer, c'est qu'on n'eût pu trouver de plus libéral ni -gracieux combattant; s'il avait un écu, chacun en avait sa part. - -Bayard prit part à toutes les guerres d'Italie et se signala par -les exploits les plus hardis. Comme l'armée se tenait derrière une -rivière, le Garigliano, les Espagnols paraissent tout à coup et -cherchent à s'emparer d'un pont mal gardé. Bayard s'arme au premier -tumulte; il voit une troupe de deux cents cavaliers qui venaient -surprendre le pont, il se jette au-devant, tout seul, en disant à ses -compagnons d'aller chercher du secours. Semblable à un lion furieux, -Bayard met sa lance en arrêt et attaque la troupe qui était déjà sur -le pont: plusieurs chancelèrent, deux hommes tombèrent dans l'eau. -Néanmoins il fut assailli si rudement que sans sa grande bravoure -il n'eût pu résister. Comme un tigre échauffé, il s'accula à la -barrière du pont, de peur qu'on ne l'attaquât par derrière, et avec -son épée il se défendit si bien que les Espagnols ne croyaient point -que ce fût un homme. Les secours eurent le temps d'arriver. Bayard -poursuivit l'ennemi, mais celui-ci reçut des renforts. Il fallut -battre en retraite, et le vaillant chevalier, toujours le dernier, -fut pris. Il se garda bien de se nommer: ses compagnons, s'apercevant -de son absence, retournèrent le délivrer. N'ayant pas été désarmé, il -sauta sur un cheval et se remit à l'œuvre en criant: «France! France! -Bayard! Bayard que vous avez laissé aller!» Ce nom terrifia les -Espagnols, qui s'enfuirent. Les Français s'en retournèrent tout joyeux -d'avoir recouvré celui qu'ils appelaient «leur vrai guidon d'honneur.» - -Malgré ses fautes et ses malheurs, Louis XII est un des rois dont la -France a gardé la mémoire. En 1506 les États généraux de Tours lui -avaient donné le beau nom de _Père du peuple_. - -Les guerres d'Italie en effet se passaient au loin et occupaient -surtout la noblesse. Le pays demeurait tranquille et prospère. Économe -des deniers de ses sujets, le roi s'appliquait à alléger les impôts. -«J'aime mieux, disait-il, voir les courtisans rire de mon avarice que -le peuple pleurer de mes dépenses.» Ami de la justice qu'il s'étudia -à réformer, il se montra le rigoureux ennemi de tous les pillards, -grands ou petits: aussi, depuis ses justes sévérités, «nul, dit un -écrivain du temps, n'eût rien osé prendre sans payer, et les poules -couraient aux champs sans péril et sans risques.» - -=François I^{er} (1515-1547).=--La couronne échut encore à une -autre branche de la famille des Valois, à François I^{er}, comte -d'Angoulême, cousin et gendre de Louis XII. Jeune, ardent, grand et -fort,[6] il était habile à tous les exercices du corps, et en même -temps intelligent, fin, spirituel, ami des études et des beaux-arts, -dont les Français avaient pris le goût dans les opulentes cités de -l'Italie. - -François I^{er} avait vingt et un ans lorsqu'il fut reconnu roi. Il -voulut réparer les malheurs de Louis XII et reconquérir l'Italie. Il -la ressaisit à la fameuse journée de Marignan (1515). - -=Bataille de Marignan.=--Vingt mille Suisses gardaient solidement les -passages des Alpes; François I^{er} résolut d'escalader ces montagnes, -les plus hautes de l'Europe. On traça une route à l'armée en faisant -sauter, à force de poudre, des blocs énormes, en jetant des ponts avec -des sapins sur les abîmes. On traîna les canons avec des cordages et -on finit, au bout de six jours d'un travail prodigieux, par triompher -des plus grands obstacles que la nature eût opposés à une armée. - -Le général ennemi, quand on lui annonça l'arrivée des Français, n'y -voulut pas croire. «Ont-ils volé par-dessus les montagnes?» disait-il -en raillant. C'était pourtant la vérité, car une heure après, Bayard -et le sire de la Palisse, un autre de nos grands capitaines, le -faisaient prisonnier pendant son dîner. - -Les Suisses se replièrent sur la capitale de la Lombardie, Milan. -Les Français les y suivirent et une bataille acharnée s'engagea à -quelque distance de cette ville, près du village de Marignan. Commencé -dans l'après-midi, le combat se prolongea une partie de la nuit, à -la clarté d'une lune parfois voilée de nuages. Le succès fut dû à la -supériorité de l'artillerie française: les Suisses, avec un courage -admirable, s'avançaient en masses serrées, avec leurs longues piques; -des files entières tombaient, ils avançaient toujours. Le roi chargea -avec toute sa cavalerie et entra si loin dans la mêlée que sa visière -fut percée d'un coup de pique. Vers minuit, la lune se déroba tout à -fait et on s'arrêta. Les deux armées étaient confondues l'une dans -l'autre et le roi se coucha sur l'affût d'un canon, à deux pas des -ennemis. - -Le lendemain, au point du jour, la bataille recommença aussi acharnée -que la veille. Mais les Vénitiens, alliés des Français, arrivèrent, et -les Suisses, craignant d'être enveloppés, se retirèrent (14 septembre -1515). François I^{er}, vainqueur, voulut être armé chevalier par -Bayard; c'était l'honneur le plus insigne que le roi pût faire au -vaillant capitaine. - -Bayard ne cessa de s'illustrer dans les guerres de François I^{er}. -Envoyé en Italie où les troupes françaises avaient été battues à -la Bicoque (1522), il n'y parut que pour assister à la défaite de -Bonnivet à Biagrasso et pour y mourir. Bayard ne commandait pas en -chef; recevant les ordres de courtisans jaloux, il périt victime -de leur fautes. Bonnivet blessé lui confia le soin de diriger la -retraite; Bayard la dirigea, comme on pouvait l'attendre de lui, -faisant toujours face à l'ennemi. Après le passage de la Sésia, comme -il rejoignait, vainqueur, sa troupe d'hommes d'armes, une pierre -lancée par une arquebuse le frappa dans les reins et lui brisa l'épine -dorsale. On l'assit au pied d'un arbre. Le bon Chevalier, se sentant -mourir, planta son épée devant lui et en baisa la poignée qui figurait -une croix. Les ennemis accoururent et parurent aussi attristés que les -compagnons de Bayard. - -Parmi les chefs ennemis se trouvait alors un prince français, le -connétable de Bourbon, qui, mécontant, s'était jeté dans le parti -de Charles-Quint: il survint et plaignit le bon Chevalier, qui lui -répondit ces belles paroles: «Il n'y a point de pitié à avoir de moi, -car je meurs en homme de bien: mais j'ai pitié de vous qui servez -contre votre prince, votre patrie et votre serment.» Quelques heures -après, expirait le dernier modèle du parfait chevalier (30 avril 1524). - -=Bataille de Pavie.=--Les Impériaux, conduits par le connétable -de Bourbon, poursuivirent l'armée française et envahirent la -Provence. Bourbon attaqua Marseille, mais les habitants résistèrent -héroïquement. François I^{er} accourut. Les Impériaux se retirèrent -en toute hâte. François les poursuivit au delà des Alpes, s'empara -facilement de Milan et mit le siège devant Pavie. La résistance de -cette ville, prolongée quatre mois, donna à Bourbon le temps d'aller -en Allemagne chercher des troupes. - -François commit la faute de s'affaiblir en détachant un corps d'armée -vers Naples, et bientôt il se trouva enfermé entre la ville de Pavie -et les troupes espagnoles et italiennes. On propose à François I^{er} -de se replier. L'orgueil le pousse à suivre le conseil de Bonnivet -qui parle au contraire de combattre. La bataille s'engage (24 février -1525). Genouillac avec son artillerie fit d'abord merveille; il ouvrit -coup sur coup des brèches dans les bataillons ennemis, «de sorte que -vous n'eussiez vu que bras et têtes voler.» François I^{er} croit -déjà l'ennemi en fuite et s'élance avec ses gens d'armes. Les ennemis -reformèrent leur ligne. Le roi, comme à Marignan, fit des prodiges -de valeur lorsqu'on lui en aurait demandé de sagesse. Mais les rangs -de l'ennemi se reformaient toujours; les meilleurs capitaines, dont -on avait négligé les conseils, sentaient bien que la victoire était -impossible et tombaient tous frappés les uns après les autres autour -du roi, qu'ils ne voulaient pas abandonner. François ne tarda pas à -être entouré d'ennemis. - -«Après avoir, dit Brantôme, bien combattu tant qu'il n'en pouvait -plus, son cheval fort blessé tomba par terre et lui dessous.» François -I^{er} se vit obligé de se rendre et demanda qu'on appelât Charles de -Lannoi. Celui-ci arriva, le fit dégager et l'aida à se lever. - -Le soir, François I^{er} écrivit à sa mère une longue lettre dans -laquelle il disait: «De toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur -et la vie qui est sauve.» On en a fait le mot célèbre: «Tout est -perdu, fors [hors] l'honneur.» - -Après un séjour de plusieurs mois dans une forteresse d'Italie, -François I^{er} fut conduit en Espagne, où Charles-Quint le fit -renfermer dans l'Alcazar, à Madrid. - -Le donjon où il devait passer tant de mois dans les tristesses de -la prison, les accablements de la maladie, les angoisses d'une -négociation agitée et interminable, était haut, étroit et sombre. La -chambre disposée pour le roi prisonnier n'était pas très spacieuse; -on y arrivait par une seule entrée, et l'unique fenêtre qui y -laissait pénétrer la lumière s'ouvrait du côté du midi à environ cent -pieds du sol. Les concessions que Charles-Quint voulait arracher à -son prisonnier étaient exorbitantes et n'allaient rien moins qu'à -démembrer le royaume de France. Désespérant d'ébranler son vainqueur, -François I^{er} résolut un moment d'abdiquer en faveur de son fils -et de ne plus laisser entre les mains de Charles qu'un prisonnier -ordinaire. Ce prisonnier faillit même échapper à l'inflexible -empereur, car François tomba gravement malade; on désespéra de sa vie. -Le roi fut pourtant sauvé, mais non relâché, et n'obtint sa délivrance -qu'en accordant tout ce qu'on lui demandait, se promettant bien de ne -pas tout remplir. Il protesta en secret contre la violence qui lui -était faite et signa le traité de Madrid (6 janvier 1526). - -On le conduisit à la frontière et, sur la Bidassoa,[7] on l'échangea -contre ses deux fils, qu'on devait garder comme otages. Lorsqu'on -l'eut ramené sur la rive française, il s'élança vivement sur son -cheval et s'écria: «Maintenant je suis roi, je suis roi encore!» - -La puissance de Charles-Quint effraya les autres princes, naguère si -jaloux du vainqueur de Marignan. Le roi d'Angleterre Henri VIII, le -pape Clément VII, la république de Venise, les Suisses s'unirent à -François I^{er} qui, délivré, avait rompu le traité de Madrid. - -Encore étourdi du désastre de Pavie, François ne sut point cependant -profiter des secours qui s'offraient à lui, et donna le temps aux -généraux de Charles-Quint d'écraser ses alliés d'Italie. Le connétable -de Bourbon, à la tête de bandes allemandes, se précipita sur Rome -(1527). Il fut tué en montant à l'assaut, mais les soldats prirent la -ville, et pendant neuf mois y vécurent en maîtres sauvages, se livrant -à tous les excès et aux plus odieuses profanations. L'approche tardive -d'une armée française amena seule la retraite des brigands, qui se -retirèrent dans le royaume de Naples. Les Français les y poursuivirent -et soumirent rapidement ce pays, mais échouèrent au siège de Naples. -François I^{er} se trouva heureux de conclure la paix de Cambrai -(1529). - -Charles-Quint ne s'était hâté de signer la paix de Cambrai que pour -aller combattre les Turcs qui menaçaient Vienne. Les Turcs, en effet, -maîtres de Constantinople, étendaient leurs conquêtes en Europe. La -Hongrie seule put les arrêter. Charles-Quint soutenait les Hongrois -dans cette lutte acharnée. On vit alors combien l'esprit des temps -était changé. Le souverain du pays qui avait pris une part si -glorieuse aux croisades, François I^{er}, s'alliait avec les Turcs, ne -regardant que l'intérêt politique et ne voyant en eux que des ennemis -de Charles-Quint. - -Tandis que les Turcs renouvelaient leurs invasions dans la vallée -du Danube, François I^{er} recommençait la guerre et s'emparait de -la Savoie (1535). En 1536, Charles, irrité, envahit à son tour la -Provence. - -Mais la guerre traînait, car les grandes batailles étaient interdites -aux généraux. Cependant un jeune prince, le duc d'Enghien, commandait -en Italie et brûlait de se battre avec les Espagnols qui, confiants, -lui offraient de belles occasions de succès. Il envoya un de ses bons -capitaines, Montluc, demander au roi la permission de livrer bataille, -et le roi, entraîné par l'ardeur du vaillant guerrier, s'écria, -après s'être recueilli: «Qu'il combatte!» Le duc d'Enghien gagna une -brillante victoire à Cérisoles (avril 1544), en enfonçant une armée -espagnole bien supérieure en nombre. La paix de Crespy (Crépy) (1544) -termina les longues guerres du règne de François I^{er}. - -Celui-ci mourut en 1547, sans avoir rien perdu, malgré tant de revers. -Il avait 52 ans. - -François I^{er} ne fut pas seulement un roi batailleur; ce qui lui a -valu sa renommée et ce qui lui a fait pardonner ses fautes, c'est la -générosité avec laquelle il protégea les lettres et les arts, les arts -surtout. C'est la belle époque de la Renaissance, de laquelle datent -plusieurs des beaux palais et châteaux de la France. - -«Entre autres belles vertus que le roi eut,» dit Brantôme, «c'est -qu'il fut fort amateur des bonnes lettres et des gens savants de son -royaume: il les entretenait toujours de discours grands et savants, -leur en donnant la plupart du temps les sujets et les thèmes.» - -«De telle façon la table du roi était une vraie école, car là il s'y -traitait de toutes matières, autant de la guerre que des sciences -hautes et basses. Il fut appelé père et le vrai restaurateur des arts -et des lettres, car, avant lui, l'ignorance régnait quelque peu en -France.» - -L'imprimerie multipliait les livres. François I^{er}, qui se piquait -quelquefois de poésie, protégea les poètes comme les artistes, mais -favorisa surtout les savants, les érudits, qui commençaient à battre -en brèche l'ignorance si longtemps souveraine. Il fonda en 1530 un -collège d'un genre tout nouveau, appelé le _Collège de France_, et -destiné à rendre la science accessible à tous. - - - - - CHAPITRE XII - - LES GUERRES DE RELIGION - - -Le successeur de François I^{er} fut Henri II. Profitant des guerres -religieuses qui avaient éclaté en Allemagne, Henri II s'allia avec -les princes protestants ennemis de Charles-Quint et occupa les trois -villes anciennes de Metz, Toul, Verdun. - -Charles-Quint, irrité, vint mettre le siège devant Metz, que le duc -François de Guise défendit avec énergie (1552). Vaincu de nouveau à -Renty (1554), Charles-Quint signa une trêve (1556) et abdiqua la même -année, renonçant à toutes ses couronnes. - -=Henri II (1547-1559).=--Le fils de Charles-Quint, Philippe II, -demeurait aussi redoutable pour la France, quoiqu'il ne dominât -plus ni l'Autriche ni l'Allemagne. Il avait épousé Marie Tudor, -reine d'Angleterre, et les Anglais l'aidèrent dans les guerres qu'il -recommença contre la France. Son général, le duc de Savoie Philibert -Emmanuel, envahit la Picardie et se porta sur Saint-Quentin. Le -connétable de Montmorency accourut avec une armée. Mais il se laissa -envelopper par l'armée espagnole, éprouva une sanglante défaite et -fut obligé de se rendre (1557). Pour réparer ce désastre, le duc -de Guise alla surprendre Calais, la dernière ville que les Anglais -eussent en France, et la reine Marie Tudor en mourut de chagrin (1558). - -La paix de Cateau-Cambrésis (1559) termina les guerres d'Italie. -Pendant les fêtes qui célébrèrent la paix et les mariages princiers -par lesquels on la consacra, Henri II, luttant dans un tournoi contre -son capitaine des gardes, Montgommery, fut grièvement blessé d'un -éclat de lance qui pénétra dans sa tête, et mourut quelques jours -après (1559). - -=La réforme; François II (1559-1560); Charles IX (1560-1574).=--Une -réforme religieuse commencée en Allemagne par Luther amena le -déchirement de l'unité chrétienne et bouleversa l'Europe. - -En France la doctrine de Calvin, plus hardie encore que celle de -Luther, se répandit. La division se mit dans tout le royaume, partagé -entre les _catholiques_ et les _réformés_, qu'on appelait généralement -les _protestants_ ou les _huguenots_. - -Les progrès du calvinisme étaient déjà grands lorsque Henri II mourut. -Ce prince laissait quatre fils, dont trois devaient régner, de 1559 à -1589: François II, Charles IX, Henri III. - -L'aîné, François II, d'une santé débile, ne régna qu'un an -(1559-1560). Encore le vrai maître était-il le duc François de -Guise, dont la nièce, Marie Stuart, avait épousé le roi François II. -Les protestants, soutenus par la famille des Bourbons, essayèrent -d'enlever le jeune roi à la famille des Guises et ourdirent la -conjuration d'Amboise. Elle échoua et un grand nombre de protestants -furent saisis, pendus ou décapités. Mais les guerres de religion ne -commencèrent que sous Charles IX, qui, à peine âgé de dix ans et demi -en 1560, régna d'abord sous la tutelle de sa mère Catherine de Médicis. - -=Catherine de Médicis.=--Catherine de Médicis, princesse italienne, -avait épousé le fils de François I^{er}, Henri II, mais ce prince -l'avait tenue à l'écart du gouvernement. Elle eut encore à souffrir de -cet isolement sous le règne de son premier-né, François II. C'était -la belle et gracieuse Marie Stuart qui dominait à la cour et assurait -la réalité du pouvoir à son oncle François de Guise. Mais en 1560 -François II mourut, et Catherine de Médicis se vit appelée à prendre -la régence au nom de son second fils, Charles IX. - -Sa passion de régner fut alors satisfaite. Mais Catherine avait à -se défendre contre l'influence de deux grandes familles rivales, -les Guises et les Bourbons, et à pacifier le royaume, déjà troublé -par les guerres religieuses. Astucieuse et perfide, Catherine de -Médicis s'appliqua à opposer les Bourbons aux Guises, et à tenir la -balance égale entre les catholiques et les protestants. «Chacun, dit -un contemporain, d'Aubigné, admirait de voir une femme étrangère se -jouer d'un tel royaume et d'un tel peuple que les Français, mener à -la chaîne de si grands princes.» Sa politique double ne contribua pas -peu à exciter les divisions et à déchaîner les guerres religieuses -dont elle put voir les tristes résultats, car ces guerres amenèrent la -ruine de la famille des Valois. Catherine de Médicis vit disparaître -avant elle ses enfants, et, au moment où elle mourut, en 1589, son -dernier fils, Henri III, était presque détrôné. - -=La Saint-Barthélemy.=--Parmi les protestants, l'homme qui mérita le -plus de respect et eut la fin la plus tragique, ce fut Coligny, dont -l'illustration comme celle de Guise datait des guerres de Henri II. -Le parti protestant n'avait pu être accablé. Il rétablissait toujours -ses affaires, grâce aux talents de Coligny, qui recueillait les débris -de l'armée, défendait les villes, soutenait le courage, et ramenait -quelquefois la victoire. La guerre n'aboutissait à rien. - -En 1570, Catherine de Médicis fit aux réformés des concessions trop -larges pour être sincères. Les chefs protestants furent attirés -à la cour de Charles IX pour le mariage du jeune Henri de Béarn, -leur chef, avec Marguerite de Valois, sœur du roi. Charles IX se -prit même d'amitié pour l'amiral Coligny. Celui-ci donnait au roi -les plus sages conseils et lui proposait de détourner contre les -étrangers l'exaltation guerrière de la noblesse. Mais les catholiques -s'indignaient de la puissance des protestants. Excités par eux, la -cour organisa en secret le plus odieux guet-apens. - -Quelques jours après les fêtes du mariage de Henri de Béarn, le 24 -août 1572, fête de saint Barthélemy, à deux heures du matin, la cloche -de Saint-Germain l'Auxerrois sonne, et le tocsin des autres églises -lui répond. Des bandes armées s'élancent dans les rues aux cris de: -Mort aux huguenots! Un affreux massacre souille Paris. Le duc Henri -de Guise et le duc d'Aumale, qui ont arraché au roi l'arrêt de mort -de Coligny, se dirigent vers la demeure de l'amiral, tout près du -Louvre. Un assassin à leurs gages lui avait déjà tiré, quelques -jours auparavant, un coup d'arquebuse et l'avait blessé à la main. -Coligny reposait sous la protection d'une compagnie des gardes du -roi. Les ducs signifient au capitaine la volonté de Charles IX. On -monte, cinq Suisses se tenaient au haut de l'escalier. Ils résistent, -se barricadent; le bruit de la lutte réveille Coligny, qui se met -en prière. Ses serviteurs sont tués ou dispersés. Les arquebusiers -arrivent à la chambre de l'amiral, dont l'aspect grave et vénérable -les saisit. Mais l'un d'eux, Bême, plus féroce que les autres, -s'approche: «N'es-tu pas l'amiral?» dit-il. «Je le suis, jeune homme, -répondit Coligny, respecte ma vieillesse et ma faiblesse.» Bême le -frappe, le renverse; Coligny est percé de coups, puis jeté par la -fenêtre. - -Le massacre de Paris fut imité dans les provinces. Quelques -gouverneurs cependant refusèrent d'ordonner ces affreuses exécutions. -«Je n'ai que des soldats et pas un bourreau,» répondit l'un d'eux. -Un moment frappés de stupeur, les protestants ne tardèrent pas à se -lever en masse; l'armée royale ne put prendre la Rochelle, qui était -devenue la citadelle du parti, et Charles IX fut obligé de signer la -paix (1573). L'année suivante, il mourait au milieu des plus violentes -convulsions; dans son délire, souvent troublé par de sombres visions, -il n'apercevait, si l'on en croit la tradition, que des meurtres et du -sang (1574). - -=Henri III (1574-1589).=--Le frère de Charles IX, Henri III, qui lui -succéda, était un prince frivole. Il se composa une cour de seigneurs -dissolus. Il aimait à s'entourer de petits chiens, de perroquets, de -singes, et se fardait le visage comme une femme. - -Le parti protestant s'était relevé, et Henri III s'était vu obligé -de lui faire d'importantes concessions. Les catholiques, exaltés, -formèrent entre eux une vaste association, appelée sainte Ligue -(1576). Le chef en était Henri de Guise, fils de François de Guise, -que les catholiques rêvaient déjà de placer sur le trône. - -En effet la famille des Valois semblait près de s'éteindre. Henri -III n'avait point de fils qui pût lui succéder; son frère, le duc -d'Alençon, mourut sans enfants en 1584. Il y avait pourtant un -héritier légitime, Henri de Bourbon, prince de Béarn et roi de -Navarre; mais il était protestant, et les ligueurs n'en voulaient à -aucun prix. Henri de Guise, soutenu par le roi d'Espagne Philippe II, -brava Henri III et souleva Paris. - -Henri III dut se jeter dans les bras des protestants et vint avec -Henri de Navarre assiéger la capitale; mais il fut poignardé à -Saint-Cloud par un fanatique, Jacques Clément (1589). - -A la mort de Henri III, Henri de Navarre fut salué roi seulement par -les protestants et une petite partie des fidèles de Henri III. - -=Henri IV (1589-1610).=--Henri IV était fils d'Antoine de Bourbon, -prince de Béarn et roi de Navarre, mais roi sans royaume, car la -Navarre était aux mains des Espagnols. Il était né au château de -Pau en 1553. Sa mère, Jeanne d'Albret, ordonna de le nourrir sans -délicatesse, de ne point l'habiller richement, de ne point le flatter -du titre de prince, et de ne le distinguer en rien des enfants du -pays. On vit donc Henri, tout jeune, aller tête nue, pieds nus, se -battant avec les autres enfants, escaladant, sous le soleil ou la -pluie, les rochers des Pyrénées. On l'habituait à coucher sur la -dure; on le forçait à de longues courses matinales et à des chasses -fatigantes. Il acquit ainsi santé, force, agilité, et il avait une -gaieté franche et naturelle qui lui gagnait tous les cœurs. - -Jeanne d'Albret, cependant, très instruite, ne voulut pas que les -buissons et les bois fussent la seule école de son fils. Pour qu'il ne -devînt pas, comme elle le disait, un illustre ignorant, elle lui mit -les meilleurs livres entre les mains. Elle le confia à un précepteur -et lui recommanda d'obéir à son maître comme à elle-même: «Je ne vous -ai donné que la vie, disait-elle à Henri, mais il vous apprendra à -bien vivre, ce qui est préférable.» - -Henri III, en mourant, avait commandé à tous ses officiers de -reconnaître pour son successeur Henri de Navarre. Beaucoup de -seigneurs catholiques, «enfonçant leurs chapeaux ou les jetant par -terre, fermant le poing, murmurent qu'ils se rendront à toutes sortes -de personnes plutôt que de souffrir un roi huguenot.» Ils viennent -le sommer de se faire catholique. En vain Henri répond que «c'est le -prendre à la gorge, ne pas l'estimer de croire qu'il peut à ce point -faire violence à l'âme et au cœur à l'entrée de la royauté.» Il en -appelle à eux-mêmes, sûr d'avoir pour lui «tous les catholiques qui -aiment la France et l'honneur.» En vain le brave Givry déclare tout -haut que Henri «est le roi des braves et qu'il ne sera abandonné que -des poltrons;» en vain Henri déclare être prêt à se faire instruire: -un grand nombre de seigneurs l'abandonnent. - -Henri se trouvait dans une situation presque désespérée: peu de -soldats et point d'argent, mais une petite armée anglaise envoyée -par la reine Élisabeth, alliée de Henri IV, débarqua fort à propos à -Dieppe, et Henri put reprendre l'offensive (1589). - -L'année suivante, une bataille tourna encore à l'avantage de Henri, -à Ivry. En face d'une armée ennemie bien plus nombreuse on parlait -au roi d'assurer sa retraite: «Point d'autre retraite, dit-il, que -le champ de bataille.» Puis, après une courte prière, mettant son -casque en tête, il accompagna d'un sourire ces paroles: «Compagnons, -Dieu est pour nous; voici ses ennemis et les nôtres; voici votre -roi! Si vos cornettes vous manquent, ralliez-vous à mon panache -blanc: vous le trouverez au chemin de la victoire et de l'honneur.» -Le combat fut rude; un instant ses troupes cédèrent; Henri courut en -avant: «Tournez visage, leur crie-t-il; si vous ne voulez combattre, -regardez-moi mourir;» et il se précipita au plus épais des ennemis. -Enfin la victoire est remportée: alors ce «bon Français,» qui appelait -la guerre civile «un mal bien douloureux,» s'écria: «Quartier aux -Français; mais mort aux étrangers!» - -Depuis quelques années, Paris était en proie au plus affreux désordre. -Les Espagnols avaient dévoilé leurs desseins, et les plus acharnés -d'entre les ligueurs les soutenaient seuls. Le bon sens ne triomphait -pas encore des passions, mais parlait déjà avec hardiesse. Henri -de Navarre résolut enfin d'aider le parti royaliste en supprimant -l'objection qu'on lui faisait toujours de sa religion. Les plus -fidèles de ses conseillers huguenots l'encourageaient à faire le -sacrifice que lui demandait le peuple. Le 25 juillet 1593, Henri -abjura solennellement à Saint-Denis la religion protestante et fut -sacré à Chartres le 27 février 1594. - -Sully trouva de l'argent, tout en murmurant, pour acheter les -gouverneurs des villes. «S'il fallait les prendre par la force, disait -le roi, elles nous coûteraient dix fois autant.» Brissac, après avoir -fait ses conditions, livra Paris (mars 1594), où Henri IV entra -salué avec une allégresse sincère, car ce n'était pas l'homme mais -l'hérétique qu'on avait combattu en lui. Le jour même, la garnison -espagnole se retira avec les honneurs de la guerre. Henri la regarda -partir, et, saluant les chefs, leur dit: «Messieurs, recommandez-moi -à votre maître, mais n'y revenez plus.» Il promet de tout oublier, -mais il n'oublie pas qu'il a été obligé d'acheter sa capitale et les -plus grandes villes de son royaume. «Que dites-vous de me voir ainsi à -Paris?» demande-t-il à son secrétaire.--Je dis qu'on a rendu à César -ce qui appartient à César, comme il faut rendre à Dieu ce qui est à -Dieu.--Dame, répondit le roi, on ne m'a pas fait comme à César: car -on ne me l'a pas rendu, on me l'a bien vendu.» Et cela était dit en -présence de Brissac et d'autres vendeurs. Toutefois il n'a aucune -pensée de vengeance. Il accepte, il recherche les services de ceux qui -l'ont combattu. - -En 1598 les Espagnols quittent la France. Henri IV a terminé la guerre -étrangère en signant avec Philippe II la paix de Vervins. - -=L’Édit de Nantes.=--Il a déjà enlevé tout prétexte aux discordes -civiles en accordant aux protestants l'exercice de leur culte et même -de grandes garanties. C'est l'Édit de Nantes (1598). Henri ne voulait -plus de partis. «Je couperai, disait-il, les racines de toutes ces -factions. Je ne détruirai pas la religion réformée, ajoutait-il, mais -la faction huguenote si elle se mutine. Il ne faut plus faire de -distinction de catholiques et de huguenots: il faut que tous soient -bons Français.» - -Un grand ministre aida Henri IV dans la tâche immense qu'il avait -entreprise de réparer les désastres de quarante ans de guerre civile. -C'était le baron de Rosny, plus tard duc de Sully, né au château -de Rosny, près de Mantes, en 1560. Tout jeune il avait échappé au -massacre de la Saint-Barthélemy par une présence d'esprit rare chez -un enfant de douze ans: ayant pris sous son bras un gros missel, -il avait traversé les rues pleines de bandes furieuses et avait -couru se réfugier à son collège, dont le principal le cacha. Il -resta toujours attaché au parti protestant, servant d'abord dans -l'infanterie, pour apprendre le métier des armes,--ce qui répugnait -fort aux gentilshommes;--il combattit avec beaucoup de courage pour sa -religion, fut souvent blessé, et particulièrement à Ivry, où Henri, -qui le croyait presque mort lorsqu'on l'emporta, l'embrassa avec joie. - -Sully remit l'ordre dans les finances: ce qui n'était pas chose -facile dans un siècle où ceux qui maniaient l'argent de l'État le -prenaient pour eux, puis tourna son attention vers l'agriculture. Des -routes furent percées et plantées d'arbres. Le commerce se ranima. -Sully permit de vendre des grains à l'étranger: ce qui stimula -énergiquement les paysans à produire du blé. - -La plus grande entente ne cessait d'exister entre le maître et le -serviteur. «Je suis plus fort en mon conseil, quand je sais que vous y -êtes,» écrivait un jour Henri pour hâter le retour de Sully. - -Henri aidait son ministre dans toutes ses améliorations; il aimait -les petites gens. Quand il allait par le pays, il s'arrêtait pour -parler au peuple, s'informait des passants d'où ils venaient, où ils -allaient, quelles denrées ils portaient, quel était le prix de chaque -chose, et, remarquant qu'il semblait à plusieurs que cette facilité -populaire offensait la gravité royale, il disait: «Les rois tenaient à -déshonneur de savoir combien valait un écu, et moi je voudrais savoir -ce que vaut un liard, combien de peines ont ces pauvres gens pour -l'acquérir, afin qu'ils ne soient chargés que selon leur portée.» Dans -les campagnes on aimait à répéter des mots de lui qui couraient: «Si -l'on ruine le peuple, qui soutiendra les charges de l'État?» - -Le 14 mai, 1610, Henri IV était agité: il ne pouvait ni s'occuper ni -dormir. «Votre Majesté devrait sortir, dit un garde, et prendre l'air: -cela la réjouirait.--Tu as raison: qu'on apprête mon carrosse.» Comme -le temps était beau et chaud, on prit un carrosse tout ouvert. Henri y -monta avec les ducs d'Épernon et Montbazon et cinq autres seigneurs, -sans escorte: seulement quelques gentilshommes à cheval et valets de -pied suivirent. On se dirigea vers l'Arsenal, où le roi voulait voir -Sully malade. En passant de la rue Saint-Honoré dans la rue de la -Ferronnerie, un embarras de voitures arrêta le carrosse. François -Ravaillac l'avait suivi depuis le Louvre; il monta sur une borne, et -comme le roi était attentif à écouter une lettre que le duc d'Épernon -lisait, le misérable s'élança et frappa Henri IV de deux coups de -couteau dans la région du cœur. Pendant que les archers arrêtaient -l'assassin et l'emmenaient prisonnier dans un hôtel voisin pour le -soustraire à la fureur de la foule, les seigneurs couvrirent Henri -IV d'un manteau et firent retourner le carrosse vers le Louvre. Ils -répandaient le bruit que le roi n'était que blessé, mais Henri IV -était mort sur-le-champ, et, quand le peuple connut la vérité, ce fut -un deuil universel, car aucun roi n'avait été, comme Henri IV, à la -fois grand et bon. - - - - - CHAPITRE XIII - - LOUIS XIII (1610-1643)--MINISTÈRE DU CARDINAL DE RICHELIEU - - -=Régence de Marie de Médicis.=--La mort prématurée de Henri IV rejeta -le royaume dans la confusion. Son fils, Louis XIII, n'avait pas neuf -ans, et la régente, Marie de Médicis, princesse étrangère, d'un -caractère faible, n'était point femme à continuer la sage et ferme -politique de Henri IV. Elle combla de dignités et des plus hautes -charges de la cour un Italien, Concini, et, en quatre ans, son faible -et funeste gouvernement avait dissipé les millions amassés par Henri. - -Les seigneurs se révoltaient pour se faire acheter leur soumission -par de grosses pensions. Voulant paraître faire quelque chose pour -le bien public, ils demandèrent la convocation des _États généraux_ -(1614). Dans cette réunion on vit commencer entre les trois Ordres -la lutte qui, un siècle plus tard, devait déchirer la France. Le -président du tiers état dit que les trois Ordres étaient trois frères, -enfants de leur mère commune, la France. La noblesse protesta contre -cette comparaison qui tendait à établir l'égalité des seigneurs et du -peuple. Elle chercha à humilier les députés du tiers, et la querelle -devint si vive que la cour, dès qu'elle eut obtenu les subsides -demandés, se hâta de renvoyer les États. Ce furent les derniers avant -ceux de 1789. - -=Concini et de Luynes.=--La faveur insolente de Concini, devenu -marquis d'Ancre et maréchal de France, ne put durer. Louis XIII, -écarté des affaires et livré aux amusements les plus puérils, écouta -les conseils d'un gentilhomme, Albert de Luynes, qu'il affectionnait -beaucoup à cause de son habileté à dresser des pièges aux oiseaux. De -Luynes persuada au jeune prince de ressaisir l'autorité par un coup -hardi. Le maréchal d'Ancre fut tué un matin qu'il entrait au Louvre -(1617). La reine mère dut se retirer à Blois, et Louis XIII crut enfin -régner, lorsque le vrai maître c'était de Luynes. - -Au favori de la reine mère succéda le favori du roi, et le vainqueur -montra même avidité, même incapacité. Albert de Luynes fut fait -connétable sans avoir jamais commandé un régiment, puis chancelier. -Aussi a-t-on dit de lui «qu'il était aussi propre à faire un magistrat -en temps de guerre qu'un général en temps de paix.» Albert de Luynes -montra cependant quelque énergie contre le parti protestant qui -reprenait les armes, et mourut enlevé par une épidémie au siège de -Montauban (1621). Au règne des favoris qui peuvent à peine distraire -un roi ennuyé, succède enfin le règne d'un vrai ministre. - -=Le ministère de Richelieu.=--En 1624 arriva au pouvoir Armand du -Plessis de Richelieu. Richelieu était le troisième fils d'un capitaine -des gardes de Henri IV. Suivant l'usage, l'aîné suivit la carrière -des armes, le second embrassa l'état ecclésiastique, mais bientôt se -confina dans un cloître, et le troisième le remplaça dans les dignités -ecclésiastiques et devint évêque de Luçon. Aumônier de la reine Marie -de Médicis, protégé par elle, il partagea sa mauvaise fortune après -la chute de Concini, puis s'entremit avec zèle pour réconcilier la -mère et le fils. Après la mort de Luynes, l'évêque de Luçon qui avait -déjà donné bien des preuves de sa haute intelligence, reçut le chapeau -de cardinal; le roi refusait cependant de l'admettre au conseil. -«Cet homme, disait-il à la reine mère, je le connais mieux que vous, -madame; il est d'une ambition démesurée.» L'habileté et la patience du -cardinal, la volonté de Marie de Médicis triomphèrent des hésitations -du roi, et, dès que Richelieu fut au conseil (1624), il y fut bientôt -le maître. - -Richelieu, une fois au pouvoir, jugea nettement la situation. Il -inaugura une politique nouvelle, hardie à l'intérieur comme à -l'extérieur. «Le roi a changé de conseil et le ministère de maximes,» -écrivait-il dans une de ses plus fières dépêches. - -Ayant résolu d'abord d'en finir avec les protestants qui remuaient -toujours, il conduisit le roi au siège de la Rochelle, «ce nid d'où -avaient coutume d'éclore les desseins de révolte.» C'était la grande -forteresse du parti protestant et les seigneurs catholiques ne se -dissimulaient pas qu'elle leur était utile en embarrassant la royauté. -Le cardinal de Richelieu anime tout de son âme; le mot d'ordre est: -«passer ou mourir.» Enfin on parvient, malgré la flotte anglaise, -à jeter dans l'île 6000 soldats; les Anglais, vaincus dans une -bataille sanglante, sont obligés de se retirer et d'abandonner la -Rochelle à ses seules ressources. Mais la ville était forte. L'énergie -des habitants s'exalta, soutenue par les ardentes prédications du -ministre Salbert, par le courage viril de la vieille duchesse de -Rohan, et surtout par son maire, le rude marin Guiton. En acceptant -cette charge, Guiton déclara qu'il poignarderait de sa propre main -quiconque parlerait de se rendre; pour rappeler cette menace, il -plaçait son poignard sur la table du conseil. Le ministre cependant -se montrait général, intendant des vivres, ingénieur; pour affamer -la ville, il eut recours à une digue de 700 toises; du côté de la -terre une circonvallation s'étendait sur plus de trois lieues, garnie -de treize forts. Enfin la famine est dans la Rochelle; Guiton reste -inébranlable, attendant les secours de la flotte anglaise qui deux -fois apparaît à la vue de la ville assiégée et deux fois recule -devant la marine improvisée de Richelieu. On montre à Guiton des -habitants expirant de faim: «Il faudra bien que nous en venions tous -là,» se contente-t-il de répondre. «Mais bientôt la ville n'aura plus -d'habitants.--C'est assez qu'il en reste un pour fermer les portes.» -Enfin la révolte se met dans la ville, il a fallu exécuter plusieurs -des malheureux qui demandent du pain ou la capitulation. Les rues sont -parcourues par des «ombres d'hommes vivants» et encombrées de cadavres -qu'on n'a plus le courage d'ensevelir. Il faut finir par se rendre au -cardinal qui entre dans la ville précédé d'un grand convoi de vivres, -«marchant seul devant le roi,» comme pour bien montrer qu'il était la -seconde personne de France (1628). - -Au dehors, Richelieu défendait les intérêts de la France. «Jusqu'où -allait la Gaule, disait-il, jusque-là doit aller la France.» Ce ne -fut pas sa faute s'il ne réalisa pas cette parole: il en fut bien -près. Il prit surtout part à la grande lutte qui armait alors une -moitié de l'Europe contre l'autre, et connue dans l'histoire sous le -nom de _guerre de Trente Ans_ (1618-1648), lutte qui avait pour but -d'empêcher l'Allemagne de devenir la proie de la maison d'Autriche. - -Celle-ci avait déjà écrasé deux adversaires. Richelieu va en chercher -un troisième au fond du Nord, le roi de Suède Gustave-Adolphe, un -des plus grands capitaines de l'époque, «un soleil levant,» comme -on l'appelait. Gustave-Adolphe se lance sur l'Allemagne, «fait une -guerre à coups de foudre,» mais tombe bientôt enseveli dans un dernier -triomphe à Lutzen (1632). - -Mais dès la seconde campagne la France est envahie. La ville de Corbie -est prise; l'effroi règne dans Paris. Déjà les bourgeois s'imaginaient -voir arriver les Impériaux. Quelques-uns, collant l'oreille contre -terre, prétendaient entendre le canon ennemi. Richelieu lui-même -désespère. Son fidèle conseiller, le capucin Père Joseph, ranime son -courage et l'engage à se montrer. Richelieu sort: il va à l'Hôtel de -ville pour réclamer l'appui du peuple. Le patriotisme éclate. Les -volontaires affluent et le maréchal de la Force reçoit leurs noms sur -le perron de l'Hôtel de ville. L'armée marche sur Corbie, qui est -repris aux Espagnols. - -Même pendant qu'il épuisait sa vie à la poursuite de ces grands -desseins, Richelieu avait encore à se défendre contre les intrigues -et les complots. Il avait dû réprimer une révolte du comte de Soissons -qui périt au combat de la Marfée (1641). Il lui fallut, aussi en 1642, -donner encore un terrible exemple par le supplice d'un jeune seigneur, -Cinq-Mars, qui avait conspiré et traité avec l'Espagne. Cinq-Mars fut -décapité, à Lyon, avec son ami, le jeune de Thou, accusé seulement de -ne pas l'avoir dénoncé et dont le sort inspira une juste pitié (12 -septembre 1642). - -Richelieu était déjà atteint de la maladie qui devait l'enlever -quelques mois après. Il voyageait tantôt sur un bateau, tantôt, quand -on ne pouvait naviguer, dans une vaste litière portée sur les épaules -de ses gardes: cette litière était si vaste et si haute qu'on abattait -devant elle des pans de murailles, les portes des villes et des -édifices étant trop étroites pour lui donner passage; il arriva ainsi -à Paris le 17 octobre, au milieu de la foule étonnée et terrifiée en -présence d'un pareil triomphateur. - -Cependant sa santé, minée par les travaux, par les soucis du pouvoir, -faisait prévoir une fin prochaine. Louis XIII vint lui rendre visite -et essaya de lui donner quelques consolations. «Sire, lui dit le -cardinal, voici le dernier adieu. En prenant congé de Votre Majesté, -j'ai la consolation de laisser son royaume plus puissant qu'il n'a -jamais été et vos ennemis abattus.» Aux derniers moments, Richelieu, -qui ne voulait plus être flatté, fit signe à celui des médecins en qui -il avait le plus de confiance: «Parlez-moi, dit-il, à cœur ouvert, -non en médecin, mais en ami.--Monseigneur, dans vingt-quatre heures -vous serez mort ou guéri.--C'est parler, cela, dit Richelieu, je vous -entends.» Et il se recueillit pour mourir. «Voilà mon juge qui doit -bientôt prononcer mon arrêt, dit-il: je le supplie de me condamner si -pendant mon ministère j'ai eu d'autre objet que le bien de l'État, -le service de mon souverain, la gloire de Dieu et les avantages -de la religion.» En entendant ces dernières paroles, l'évêque de -Lisieux ne put s'empêcher de dire tout bas: «Voilà une assurance qui -m'épouvante.» Richelieu expira le 4 décembre 1642. - -=Pierre Corneille (1606-1684.)=--L'époque de Louis XIII est celle -où la nation française est vraiment constituée. Dès ce jour aussi -sa langue est formée et sa littérature arrive au plus haut point de -la perfection avec le philosophe René Descartes et le poète Pierre -Corneille. - -Corneille était né à Rouen le 6 juin 1606; son père était avocat -du roi au parlement de Normandie. L'aîné de sept enfants, Pierre -fut placé de bonne heure au collège des Jésuites de la ville, et il -fut reçu avocat comme son père. Mais sa vocation le portait vers la -poésie et le théâtre. Sa tragédie, _le Cid_, fut accueilli avec un -enthousiasme sans précédent. On ne pouvait se lasser de voir cette -pièce; chacun en savait quelque partie par cœur; on la faisait -apprendre aux enfants, et il était passé en proverbe de dire: _Cela -est beau comme le Cid_. - -En 1639 et 1640, Corneille écrivit encore _Horace_, _Cinna_, -_Polyeucte_, trois chefs-d'œuvre. Sa vie, vouée tout entière à la -culture des lettres, fut sans agitation extérieure, et ses dernières -années s'écoulèrent dans la gêne et dans la tristesse. Il mourut à -Paris, en 1684. - -La popularité du grand poète a survécu et s'est même augmentée avec -le temps. Selon l'expression d'un éminent critique, elle honore notre -pays. «Elle y est l'effet de cet amour pour les grandes choses et de -cette passion pour les grands hommes qui sont un des traits de notre -caractère national. Le jour où Corneille cesserait d'être populaire -sur notre théâtre, nous aurions cessé d'être une grande nation.» - -Il ne faut pas non plus oublier les services rendus aux lettres par -Richelieu, qui aimait les poètes jusqu'à en être jaloux; les pensions -accordées aux écrivains; la création de la presse périodique, par le -privilège de la _Gazette de France_, accordé au médecin Renaudot; et -surtout l'institution de l'_Académie française_ (1635). - - - - - CHAPITRE XIV - - LOUIS XIV (1643-1715)--MAZARIN - - -=Bataille de Rocroy.=--Richelieu n'avait pas eu le temps d'achever la -longue guerre dans laquelle nous étions engagés. Louis XIII le suivit -quelques mois après au tombeau (mai 1643). Cette double mort releva -le courage des Espagnols; le trône passait à un enfant de cinq ans, -la régence à une femme. Les ennemis avaient repris l'offensive du -côté de la Champagne et assiégeaient Rocroy. Le jeune duc d'Enghien, -fils du prince de Condé, commandait de ce côté: il avait reçu comme -dot de son mariage avec une nièce de Richelieu la direction d'une -armée, et il en était digne. Ayant la ressemblance il a aussi l'audace -de l'aigle. Cinq jours après la mort du roi, malgré l'avis de ses -plus vieux officiers, il ose attaquer une armée presque double de la -sienne et composée en grande partie de ces vieilles bandes espagnoles -dont, depuis Pavie, la réputation était si grande. Les Espagnols, -suffisamment couverts par les marais et les bois dont Rocroy est -entouré, pressaient vivement le siège. On se canonna d'abord jusqu'à -la nuit, et le lendemain (19 mai 1643) on s'ébranle pour un choc -décisif. Le duc d'Enghien avec Gassion, enfonce l'aile gauche des -Espagnols; les deux chefs, manœuvrant habilement, se séparent: Gassion -poursuit les fuyards, Enghien se jette sur le centre ennemi. Or, à -ce moment l'aile droite des Espagnols, victorieuse, écrasait les -Français dont les chefs étaient mis hors de combat. Enghien voit le -danger et le prévient. Il passe avec sa cavalerie derrière les lignes -ennemies et court attaquer l'aile droite espagnole qui se croyait -maîtresse du champ de bataille. Cette manœuvre, dont on n'avait point -eu d'exemple, décida du succès; il fallait le compléter. Restaient -au milieu de la plaine les gros bataillons de l'infanterie espagnole -jusque-là invincibles: ils se forment en carrés; dès que les nôtres -approchent, les carrés s'ouvrent, démasquant dix-huit pièces de canon, -qui vomissent la mort de toutes parts. Mais les bandes espagnoles sont -entourées; Gassion a rejoint le duc d'Enghien. Toute l'armée française -se précipite contre les quatre mille vieux soldats qui résistent avec -la plus admirable intrépidité. Enfin, pour éviter un carnage inutile, -des officiers espagnols demandent quartier. Enghien s'avance pour -les écouter; soit erreur, soit exaltation, les soldats espagnols -continuent le feu. Alors nos troupes indignées se précipitent de -nouveau avec fureur et cette glorieuse journée se termina par le -carnage le plus affreux. Sept mille ennemis jonchaient le champ de -bataille; deux cents étendards étaient le trophée de cette victoire -d'un général de vingt-deux ans. - -La réputation que venaient de gagner et nos troupes et Condé fut -soutenue l'année suivante à Fribourg (grand-duché de Bade), où, de -concert avec un autre illustre capitaine, le vicomte de Turenne, il -vainquit, après plusieurs attaques meurtrières, l'habile général -bavarois Merci (1644). - -=Turenne.=--Tout jeune, Turenne avait manifesté un vif amour des -combats. Par une froide soirée d'hiver, il s'échappa du château. Sa -mère, saisie d'une inquiétude mortelle, envoya à sa recherche. Son -père, le duc de Bouillon, averti, s'écria: «Je gage qu'il est sur les -remparts, dans quelque bivouac, à se faire raconter des histoires de -guerre.» Le duc de Bouillon alla donc de bivouac en bivouac et bientôt -rencontra son fils qui, de lassitude, dormait sur l'affût d'un canon. -«L'ennemi, l'ennemi!» lui cria son père. Turenne s'éveilla aussitôt -et se mettait dans l'attitude du combat, lorsque son père l'entoura -dans ses bras en lui disant: «Prisonnier! prisonnier!» Fort grondé, -Turenne s'excusa en répondant: «Je voulais, mon père, en me couchant -sur la dure par cette nuit glacée, m'essayer aux fatigues de la guerre -et voir si je serais capable de faire bientôt mes premières armes sous -vos ordres.» - -=Mazarin.=--A Paris heureusement règne, sous le nom de la régente -Anne d'Autriche, un ministre qui s'entend à recueillir le fruit de -ces victoires et continue la politique de Richelieu; c'est Mazarin. -Né à Rome en 1602, d'une famille sicilienne assez obscure, Mazarin -avait d'abord étudié chez les jésuites: il se distingua de bonne -heure, aux représentations du collège, par cet art de comédien qu'il -déploya plus tard sur le théâtre de la politique. Ami des plaisirs -et du jeu, on le vit s'attacher à une grande famille, celle des -Colonna, accompagner un jeune prince de cette maison aux universités -d'Espagne, jouer à Madrid comme à Rome, mais étudier néanmoins. Il -laissa bientôt les livres pour l'épée et partit capitaine dans un -régiment. Puis il débuta dans la diplomatie comme attaché de légation, -et, du premier coup, effaça ses maîtres. Il arrêta deux armées, dont -l'une était l'armée française, prêtes à engager une grande bataille -(1630 à 1631). Richelieu l'apprécia, l'attira en France et obtint pour -lui en 1640 le chapeau de cardinal bien qu'il ne fût pas prêtre. Si -Mazarin était étranger, il avait le cœur français et le prouva dès -qu'Anne d'Autriche lui eut confié le pouvoir. Mazarin donna toute -son attention à la grande lutte contre l'Empire et contre l'Espagne, -et, lorsque de nouvelles victoires de Condé à Nordlingen (1645) et à -Lens (en Artois) (1648) eurent enfin déterminé l'Empire à signer la -paix, l'habile ministre conclut le traité de Westphalie qui modifiait -ou plutôt rétablissait l'équilibre de l'Europe. La France y gagnait -l'Alsace. L’Espagne continua la guerre, mais onze ans plus tard elle -céda à son tour; Mazarin eut encore la gloire de négocier et de -signer le traité des Pyrénées, qui nous abandonnait l'Artois et le -Roussillon. La France avançait ainsi de plus en plus vers ses limites -naturelles. - -=La Fronde.=--Le ministre était moins heureux à l'intérieur. Mazarin -ne ressemblait en rien à Richelieu. Doué de beaucoup d'esprit, actif, -il était surtout souple et patient; il savait courber la tête devant -l'orage, pour surnager ensuite «comme le liège qui revient sur l'eau.» -Son titre d'étranger avait obligé Mazarin, comme la reine, à beaucoup -donner au commencement de son ministère; la guerre vint encore ajouter -à la pénurie du trésor épuisé. - -Au mois de janvier 1649, la régente s'enfuit de Paris à Saint-Germain, -où la cour coucha presque sur la paille, en plein hiver. Une guerre -peu sérieuse commença, à laquelle on donna le nom d'un jeu d'enfants, -la Fronde: Les Parisiens sortaient en campagne ornés de plumes et -de rubans. Ils fuyaient dès qu'ils rencontraient deux cents hommes -de l'armée royale. Tout se tournait en raillerie. Les troupes -parisiennes, qui revenaient toujours battues, étaient reçues avec des -huées et des éclats de rire... Les cabarets étaient les tentes où -l'on tenait les conseils de guerre, au milieu des plaisanteries, des -chansons et de la gaieté la plus dissolue. - -On lisait autrefois l'histoire de la Fronde en riant, il faut en -réalité la lire en pleurant. En plein dix-septième siècle, on peut se -croire revenu aux guerres des Anglais ou aux luttes des Bourguignons -et des Armagnacs.[8] Les terres sont tombées en friche sur beaucoup -de points du royaume et des villages entiers abandonnés de leurs -habitants; les routes couvertes de milliers de malheureux expirant -de faim, l'infection répandue partout dans les campagnes par des -cadavres sans sépulture. Dans les campagnes on ne laboure plus, ou -on s'attroupe pour aller à la charrue en armes à cause des bandes -de pillards et de soldats errants; en Picardie, des populations -entières vivent dans des grottes ou dans des carrières; les loups se -multiplient et prennent possession des villages déserts. - -=Saint Vincent de Paul.=--Les misères que causa la guerre folle de -la Fronde mirent en relief les vertus de saint Vincent de Paul qui -avait voué sa vie aux œuvres de charité. Il avait déjà, sous le -règne de Louis XIII, fondé la confrérie des _Prêtres de la Mission_ -pour évangéliser les campagnes, et institué la congrégation des -_Filles ou Sœurs de la Charité_. Ému de compassion pour les nombreux -enfants qu'on abandonnait, il les avait recueillis. Faisant appel à -la générosité des puissantes familles qui le secondaient, il vit les -plus grandes dames lui apporter leurs bijoux, leurs bracelets, leurs -colliers et fonda l'Œuvre des _Enfants-Trouvés_ (1638). - -Mazarin mourut en 1661 après avoir apaisé les troubles au dedans et -terminé les guerres au dehors. Il laissa à Louis XIV une autorité -tellement absolue que jamais souverain en France n'en avait eu de -semblable. Noblesse, Parlement, peuple, tout était aux pieds du roi. - -=Louis XIV et sa cour.=--Louis XIV ne voulut plus de premier ministre. -Quand on vint lui demander, à la mort de Mazarin, à qui il fallait -s'adresser pour les affaires: «A moi,» répondit-il, et il commença, -dès ce jour, à gouverner par lui-même. - -Son éducation pourtant avait été fort négligée, mais il y suppléa par -un esprit naturel. D'ailleurs sa taille, son port, son grand air, -l'adresse et la grâce majestueuse de toute sa personne le faisaient -distinguer au milieu de tous les autres hommes, selon une heureuse -expression, comme le roi des abeilles. Il aima l'ordre et la règle. -Il aima la gloire et la magnificence. Mais il imposa l'ordre et la -règle jusqu'à la tyrannie; son amour de la gloire dégénéra en une -ambition immodérée et son goût de la magnificence alla jusqu'à la -profusion. La flatterie l'enivra à un tel point que sans la crainte du -diable, dit dans ses _Mémoires_ le duc de Saint-Simon, il se serait -fait adorer. - -Il réduisit les nobles à servir d'ornements à sa cour. Pour lui -plaire, ils se jetèrent en des dépenses excessives en habits, en -équipages, en bâtiments, si bien qu'il leur fallait, pour soutenir ce -luxe, recourir à ses libéralités. - -Afin de piquer l'émulation des seigneurs, Louis XIV multipliait les -distinctions. Les uns avaient le droit d'entrer dans sa chambre dès -son réveil et pendant qu'il s'habillait. Les autres n'entraient que -plus tard. Le soir, quand il se couchait, il donnait le bougeoir à -tenir à l'un des plus titrés et c'était une faveur; il fallait lui -demander la permission de l'accompagner dans ses voyages. Il vivait -ainsi au milieu de sa noblesse comme jadis les rois francs au milieu -de leurs guerriers, avec cette différence que la politesse la plus -raffinée avait remplacé la grossièreté barbare. Les courtisans -épiaient jusqu'aux paroles, jusqu'au sourire du roi et se trouvaient -honorés d'un regard. - -=Ministres et grands hommes.=--Louis eut le bonheur de rencontrer et -le mérite d'apprécier des ministres d'un rare génie. Colbert rétablit -les finances, développa notre industrie et notre commerce. Louvois -organisa l'armée. Vauban fortifia les places et perfectionna l'art -de prendre les villes. Turenne, Condé ne demandaient qu'à gagner de -nouvelles victoires. - -=Colbert (1619-1683).=--Colbert fut, si l'on peut ainsi parler, le -ministre de la paix. Fils d'un marchand de drap de Reims, il entra -au service de Le Tellier, puis à celui de Mazarin. Avant de mourir, -Mazarin dit à Louis XIV: «Sire, je vous dois tout, mais je crois -m'acquitter en quelque manière en vous donnant Colbert.» Ce fut en -effet le ministre le plus sage comme le plus utile de Louis XIV. -Parvenu à la plus haute fortune, il ne l'oublia point et écrivait dans -ses instructions à son fils: «Mon fils doit souvent faire réflexion -sur ce que sa naissance l'aurait fait être si Dieu n'avait pas béni -mon travail et si ce travail n'avait pas été extrême.» - -Ce financier austère et dur, «cet homme de marbre» avait des -sentiments élevés et généreux. «Il faut, écrivait-il à Louis XIV, -épargner cinq sous aux choses non nécessaires et jeter les millions -quand il s'agit de notre gloire. Un repas inutile de 3000 livres me -fait une peine incroyable, et lorsqu'il est question de millions d'or -pour l'affaire de Pologne, je vendrais tout mon bien, j'engagerais ma -femme et mes enfants, et j'irais à pied toute ma vie pour y fournir.» -«Je voudrais, disait-il dans une autre circonstance, que mes projets -eussent une fin heureuse, que l'abondance régnât dans le royaume, -que tout le monde y fût content, et que, sans emploi, sans dignité, -éloigné de la cour et des affaires, l'herbe crût dans ma cour.» - -Colbert encouragea l'agriculture, exempta de la taille les familles -nombreuses et, comme Sully, interdit la saisie des instruments de -labour, mais il chercha surtout à développer l'industrie. Il voulut -que la France n'achetât plus au dehors les étoffes dont elle avait -besoin, attira d'habiles ouvriers et leva, aux frontières, de droits -considérables sur les produits des manufactures étrangères. Bientôt -à Sedan, à Louviers, à Abbeville, à Elbeuf, on fabriqua des draps -recherchés; à Lyon, des étoffes de soie mêlées d'or et d'argent; aux -Gobelins, à Paris, de plus belles tapisseries que celles de Flandre. - -Afin de faciliter le commerce, il supprima quelques-unes des douanes -qui existaient entre les provinces, agrandit les ports, répara les -routes. Il fit déclarer que le commerce de mer ne dérogeait point à -la noblesse; racheta plusieurs des îles des Antilles et développa -les colonies en Amérique et en Asie. La marine marchande devint -bientôt florissante, et Louis XIV eut à Brest une flotte militaire de -cinquante vaisseaux. - -Malgré tant de services et bien d'autres que nous ne pouvons énumérer, -Colbert, qui cherchait en vain à arrêter Louis XIV sur la voie des -funestes et ruineuses entreprises, mourut presque disgracié du roi -pour la gloire duquel il avait tant travaillé. «Si j'avais fait pour -Dieu ce que j'ai fait pour cet homme, disait-il, je serais sauvé dix -fois.» Il refusa de lire une lettre que le roi lui adressait. Le -peuple même, mécontent des derniers édits financiers dont Colbert -n'était certes point coupable, voulait outrager les restes de ce grand -ministre, trop dur et trop inflexible à la vérité pour être populaire. -«Le roi fut ingrat, le peuple fut ingrat, la postérité seule, dit -Augustin Thierry, a été juste.» - -=Louvois (1641-1691).=--Louvois organisa le système militaire qui -devait se maintenir jusqu'en 1789. Fils de Michel Le Tellier, -secrétaire d'État de la guerre, il fut désigné, dès l'âge de quinze -ans, pour obtenir la charge de son père. Il fut en quelque sorte -élevé pour les fonctions qu'il allait remplir. Serviteur parfois -désagréable, trop souvent complaisant, toujours associé à la pensée -de son maître, il était intègre, soucieux des intérêts du soldat; il -établit un ordre sévère dans l'administration, les subsistances de -l'armée, ce qui ne l'empêchait pas de faire ravager d'une manière -horrible les pays ennemis. - -Louvois obligea les propriétaires de régiments (car les régiments -étaient alors une propriété) à les tenir complets, à veiller à -leur subsistance, à leur habillement, qui fut uniforme dans chaque -régiment; de là l'origine de l'uniforme. - -La discipline militaire s'exerça à tous les rangs de la hiérarchie -militaire, des reproches atteignirent les officiers négligents. Mme -de Sévigné nous a conservé un curieux dialogue entre un colonel de -bonne famille et le rude ministre. «M. de Louvois dit l'autre jour -tout haut à M. de Nogaret: «Monsieur, votre compagnie est en fort -mauvais état.--Monsieur, je ne le savais pas.--Il faut le savoir, -dit M. de Louvois; l'avez-vous vue?--Non, monsieur, dit Nogaret.--Il -faudrait l'avoir vue, monsieur.--Monsieur, j'y donnerai ordre.--Il -faudrait l'avoir donné; car enfin il faut prendre parti, monsieur, ou -se déclarer courtisan, ou faire son devoir quand on est officier.» -Les officiers généraux avancèrent selon la durée des services. -Louvois remplaça la pique par le fusil armé de la baïonnette. Il -créa des magasins de vivres pour l'approvisionnement des armées en -campagne, des hôpitaux militaires, et, sur les conseils de Louis XIV, -fit construire le magnifique _Hôtel des Invalides_. Mais Louvois -poussa trop Louis XIV à la guerre et mourut en 1691, au moment où ses -funestes inspirations engageaient le roi dans les luttes les plus -acharnées contre l'Europe. - -=Vauban (1633-1707).=--«Né le plus pauvre gentilhomme du royaume,» -comme il le disait lui-même, Sébastien Le Prestre, seigneur de Vauban, -n'avait qu'une chaumière de paysan: une seule chambre, une grange et -une écurie; on la montre encore dans le Morvan bourguignon, et elle -fut longtemps au dix-huitième siècle occupée par un sabotier. Orphelin -à l'âge de dix ans, il reçut quelques leçons du pauvre curé de son -village, pour lequel il travaillait en échange de l'abri qu'il avait -reçu chez lui. A dix-sept ans, il s'engage dans les troupes de Condé -pendant la Fronde, se distingue, est fait prisonnier. Mazarin, qui -a entendu dire que le jeune soldat s'entend en fortifications, le -convertit facilement à la cause royale. On l'attache comme aide à un -homme médiocre qui passait pour le premier ingénieur du temps. Vauban -eut bientôt dépassé son maître, qui mourut à temps pour lui laisser sa -place; dès 1677 il fut nommé commissaire général des fortifications du -royaume. - -Sa vie militaire est des mieux remplies: «il a fait réparer 300 places -fortes anciennes, en a fait construire 33 neuves; il a conduit 53 -sièges et s'est trouvé en personne à 143 engagements de vigueur.» Il -porte l'art de la défense au degré de perfection où il avait aussi -porté l'art de l'attaque, de sorte que dans l'armée il y avait deux -dictons militaires: «Ville assiégée par Vauban, ville prise; ville -fortifiée par Vauban, ville imprenable.» - -Vauban, pour lui-même hardi jusqu'à la témérité, se montra toujours -ménager au plus haut degré du sang des autres; à ce point de vue, -l'homme de guerre est digne de vénération. «Il ne faut jamais, a-t-il -écrit quelque part, faire à découvert ni par force ce qu'on peut faire -par industrie. La précipitation ne hâte point la prise des places... -Il vaut mieux brûler plus de poudre et verser moins de sang.»--«Sire, -disait-il à Louis XIV, j'aime mieux conserver 100 soldats à Votre -Majesté que d'en tuer 3000 aux ennemis;» et une autre fois: «Vous -gagnerez un jour, mais vous perdrez 1000 hommes: ne le faites pas;» -ou: «Vous perdrez tel homme qui vaut mieux que le fort: n'attaquez -pas.»--C'était, nous dit Saint-Simon qui n'a pas habitude de flatter, -«le plus honnête homme et le plus vertueux homme de son siècle, le -plus simple, le plus vrai, le plus modeste.» C'était aussi un grand -citoyen, pour lequel ce sévère Saint-Simon créa le nom de _patriote_. - -Jeune, ardent, ambitieux, Louis XIV voulut encore agrandir la -France. Dans une campagne qui sembla le voyage d'une cour (1667), -il fit la conquête de la Flandre et gagna la possession de la forte -place de Lille, conquête précieuse qui fut confirmée par le traité -d'Aix-la-Chapelle (1668). En 1672, il envahit la Hollande et s'en -fût rendu maître si les Hollandais, désespérés, n'eussent rompu les -digues qui retenaient la mer, et inondé une partie de leur pays. - -Ils furent soutenus par une coalition des principales puissances de -l'Europe. Mais les armées de Louis XIV tinrent tête aux Hollandais, -aux Allemands, aux Espagnols. Condé gagna sur Guillaume d'Orange, chef -ou _stathouder_ de la Hollande, la sanglante bataille de Senef (1674). -Turenne délivra l'Alsace, envahie par les Impériaux, et les poursuivit -en Allemagne (1675). Malheureusement l'armée se vit tout à coup privée -de ce grand général, qui fut tué par un boulet. Les Français battirent -en retraite. Il fallut envoyer le prince de Condé pour prendre le -commandement; mais ce fut là aussi sa dernière campagne. Son âge et -ses infirmités le condamnaient au repos. - -Bien que privé de ces deux fameux capitaines, Louis XIV continua la -guerre, prit les villes de Valenciennes, de Cambrai, de Gand, et signa -les traités de Nimègue (1678) qui lui assuraient la possession de la -Flandre et celle de la Franche-Comté. - -=Mort de Turenne.=--La plus belle de toutes ces campagnes fut celle -de Turenne, qui, en plein hiver, délivra l'Alsace, occupée par les -Impériaux. Malheureusement c'était sa dernière. Au mois de juillet -1675, Turenne, qui était allé chercher les Impériaux au delà du Rhin, -avait en face de lui un adversaire redoutable, Montecuculli. Tous -deux, en généraux habiles, semblaient faire, avec leurs manœuvres -savantes, une vraie partie d'échecs. La partie était sur le point de -se terminer, et Turenne allait la gagner. Il avait choisi pour livrer -bataille d'admirables positions. Il n'avait pu, lui d'ordinaire -si modeste, s'empêcher de s'écrier en voyant les ennemis: «Je les -tiens!» Le 27 juillet 1675, la veille de la bataille, Turenne achève -ses dernières dispositions. Dans le milieu de la journée, près d'un -bouquet de vieux arbres, il s'assied sur le gazon pour déjeuner -tranquillement. Vis-à-vis se trouvait une batterie ennemie, dont les -décharges ne troublèrent point le repas frugal du héros. Cependant -le lieutenant général Saint-Hilaire était soucieux. Cette batterie -suspecte lui paraissait avoir pour but de détourner l'attention d'un -mouvement que faisaient les troupes ennemies. Il alla en observation -et se confirma dans son opinion. Aussitôt il en fait part à Turenne. -Turenne monte à cheval pour aller reconnaître le point faible où -l'ennemi se proposait de porter ses efforts, et l'emplacement d'une -batterie que Saint-Hilaire voulait y établir. «Oui, dit Turenne -en arrivant au lieu désigné, oui, Saint-Hilaire, le conseil est -bon: dressez une batterie ici.» Au même moment, un boulet casse le -bras de Saint-Hilaire et vient frapper Turenne au cœur. Le fils de -Saint-Hilaire, voyant son père blessé, se jette sur lui en pleurant: -«Ce n'est pas moi, mon fils, répond le blessé en montrant le cadavre -de Turenne, c'est ce grand homme qu'il faut pleurer.» - -Ce fut, en effet, une perte irréparable et un deuil universel. Le -secret de la bataille du lendemain périt avec Turenne. L'armée fut -saisie d'une vraie panique; il fallut battre en retraite, et les -soldats, répétant «qu'ils avaient perdu leur père,» repassèrent le -Rhin. Louis XIV fit rendre les plus grands honneurs à Turenne et -voulut qu'il fût enterré dans les caveaux de Saint-Denis; depuis on -l'a transporté aux Invalides. - -Il fallut, pour rétablir les affaires, une campagne de Condé. Mais ce -fut, à lui aussi, sa dernière campagne. Ses infirmités l'obligèrent -à se retirer dans son domaine de Chantilly. Il y passa le reste de -sa vie, qui se prolongea jusqu'en 1686, se consolant de ses douleurs -dans la conversation des hommes de génie en tout genre dont la France -était alors remplie. Une foule de poètes, de savants, d'orateurs, -d'artistes, rehaussait et glorifiait par des chefs-d'œuvre immortels -ce règne si brillant. - -Louis XIV est alors au comble de la puissance. Il n'y avait qu'une -autorité en France, celle du roi. Louis XIV ne voulut plus qu'une foi -religieuse. Cependant les protestants, paisibles, ne formaient plus -un parti politique; mais Louis XIV voulut les forcer à se convertir. -Enfin il révoqua l’_Édit de Nantes_ (1685). L'exercice du culte -protestant fut interdit, ses ministres furent bannis du royaume; -trois cent mille réformés les suivirent malgré la surveillance -rigoureuse exercée pour empêcher l'émigration et les supplices qui -la punissaient. Cette persécution dépeupla un quart du royaume. Elle -arrêta les progrès de l'industrie, qui presque tout entière était -entre les mains des protestants. Elle fit passer les secrets de nos -manufactures aux étrangers et fit fleurir leurs États aux dépens du -nôtre. - -Louvois, pour hâter le succès des missions organisées pour la -conversion des protestants, imagina d'y mêler du militaire. Il logea -des gens de guerre chez les calvinistes. Ces soldats commirent les -plus grands excès, et, comme les dragons se distinguèrent surtout par -les violences, on appela cette exécution les _Dragonnades_. - -L'intendant de Béarn écrivait dans son journal: «Il s'est converti -six cents personnes dans cinq villes ou bourgs sur le simple avis -que les compagnies étaient en marche. De quatre mille religionnaires -qu'il y avait à Orthez, il s'en convertit deux mille avant l'arrivée -des troupes, en sorte que, pendant le séjour que j'y fis avec des -missionnaires, ils se convertirent tous, à la réserve de vingt -familles opiniâtres.» Les nouvelles de conversions ainsi arrachées -arrivaient par milliers à la cour. Louvois écrivait à son père, le -chancelier Le Tellier: «Il s'est fait 60,000 conversions dans la -généralité de Bordeaux et 20,000 dans celle de Montauban. La rapidité -dont cela va est telle qu'il ne restera pas 10,000 religionnaires dans -toute la généralité de Bordeaux, où il y en avait 150,000 le 15 du -mois passé.» - -Ces conversions apparentes firent illusion à Louis XIV et lui -persuadèrent qu'il n'avait plus qu'à signer la révocation de l'Édit de -Nantes pour que le protestantisme fût détruit. Ce fut le commencement -de ses fautes et de ses malheurs. - -Cette persécution des protestants contribua à rendre plus hostiles les -nations protestantes, auxquelles se joignirent les nations catholiques -effrayées déjà de l'ambition de Louis XIV. La ligue d'Augsbourg se -forma (1686). Louis XIV engagea la lutte (1688) et bientôt compliqua -cette nouvelle guerre en voulant rétablir sur le trône d'Angleterre le -roi Jacques II, renversé par ses sujets, qu'il avait voulu ramener au -catholicisme. - -Les vaisseaux français, conduits par l'amiral Tourville, portèrent -Jacques II et une armée en Irlande (1690). Mais la cause de ce roi -incapable était désespérée. Louis XIV ne s'en obstina pas moins. -Tourville soutint un combat glorieux sur mer contre des forces -supérieures, mais une partie de ses vaisseaux vint échouer dans la -rade de la Hougue, où leurs équipages les brûlèrent pour ne pas les -laisser prendre par l'ennemi (1692). - -On ne livra plus dès lors de grands combats sur mer, mais de hardis -marins, Jean Bart, Duguay-Trouin et une foule d'autres, dans leurs -courses audacieuses, infatigables, causent beaucoup de mal au commerce -ennemi. - -Jean Bart et Duguay-Trouin étaient les fils d'armateurs, l'un de -Dunkerque, l'autre de Saint-Malo. Jean Bart tout enfant avait révélé -sa vocation; il se plaisait surtout, dans les longues veillées, à -construire de petits navires. Jean Bart entre comme lieutenant dans -la marine royale en 1679. Duguay-Trouin, plus jeune, n'y entre qu'à -la fin de la guerre de la ligue d'Augsbourg. Leurs noms toutefois -retentissent ensemble pendant cette guerre. - -Jean Bart, fait prisonnier par trahison, menace de mettre le feu aux -poudres du bâtiment sur lequel on l'a attiré si on ne le délivre -aussitôt. - -Duguay-Trouin, avec son navire, soutient seul un combat acharné -pendant douze heures contre six navires anglais. Jean Bart s'en va -chercher, dans le Nord, un convoi de blé vivement attendu de la -France affamée; il le rencontre, mais déjà pris et escorté de huit -vaisseaux de guerre hollandais; avec six frégates, il attaque les -huit vaisseaux, les bat, en prend trois et rentre triomphant avec le -convoi de blé (1694). En 1696, quatorze vaisseaux bloquent Dunkerque -pour empêcher Jean Bart de sortir: il sort néanmoins; il rencontre une -flotte marchande hollandaise bien escortée: il prend cinq vaisseaux -et vingt-cinq bâtiments marchands. Survient une flotte hollandaise: -Jean Bart renvoie ses prisonniers sur les cinq vaisseaux dont il s'est -rendu maître, et brûle les autres navires en présence des ennemis -stupéfaits. Duguay-Trouin, non plus que lui, ne compte ses adversaires -et, comme lui, marque chaque année par des prises nombreuses qui -ruinent bien plus encore l'ennemi qu'elles n'enrichissent les -armateurs. Duguay-Trouin, luttant contre six vaisseaux anglais, force, -l'épée à la main, ses matelots à retourner à un combat dont ils ne -veulent plus. Un officier se plaignait d'avoir été mal secondé par -son équipage. «Mon cher, lui répondit Duguay-Trouin, c'est que vous -n'aviez pas de courage pour eux tous.» Jean Bart transportait le -prince de Conti en Pologne; on rencontra des forces ennemies bien -supérieures, mais on leur échappa. «C'est bien heureux, dit le prince, -car nous étions pris.--Non, répondit Jean Bart.--Comment auriez-vous -fait?--Plutôt que de me rendre, dit froidement le capitaine, j'aurais -fait mettre le feu au vaisseau: nous aurions sauté, mais ils ne nous -auraient pas pris.» Le prince frémit à cette révélation: «Le remède -est pire que le mal, dit-il; je vous défends de vous en servir tant -que je serai sur votre vaisseau.» - -Jean Bart meurt en 1702 prématurément, car il n'avait que cinquante -ans. Duguay-Trouin lui survit et fournit une brillante carrière -pendant la nouvelle lutte que Louis XIV soutient de 1702 à 1714 contre -l'Europe coalisée. - -=Guerre de la Succession d'Espagne.=--Les guerres nombreuses avaient -déjà épuisé le royaume quand, en 1700, mourut le roi d'Espagne, -Charles II, frère de la reine de France. Louis XIV prétendait à la -succession pour ses enfants. D'ailleurs, par un testament qu'on avait -su obtenir de lui, Charles II avait légué à un petit-fils de Louis XIV -la monarchie espagnole, qui comprenait l'Espagne, les Pays-Bas, le -royaume de Naples et le Milanais. Louis, présentant son petit-fils à -sa cour, dit simplement: «Messieurs, voilà le roi d'Espagne.» Puis se -tournant vers son petit-fils, il lui dit: «Seulement n'oubliez pas que -vous êtes fils de France.» L'ambassadeur d'Espagne fit observer que le -passage allait devenir aisé, «que les Pyrénées étaient fondues.» On a -fait de cette remarque le mot célèbre: «Il n'y a plus de Pyrénées.» - -L’Europe s'effraya de la puissance que cet avènement d'un prince -français au trône d'Espagne donnait à notre pays. Elle craignit que -l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas fussent un jour réunis à la France, -et Louis XIV commit la faute de laisser voir qu'il espérait cette -réunion. La France eût alors constitué une puissance beaucoup plus -redoutable que celle de Charles-Quint. Dès lors ce fut de la part de -l'Europe une haine violente et une guerre acharnée qui se prolongea -treize ans. - -Les premières années, Louis XIV soutint la lutte avec avantage, -mais il confiait trop souvent ses armées à des favoris et prétendait -les diriger de Versailles. Il fallut sortir de l'Allemagne, puis de -l'Italie après la bataille de Turin (1706). Les défaites de Ramillies -(1706), d'Oudenarde (1708), nous forcèrent à abandonner les Pays-Bas. -La France fut envahie. Malgré l'héroïque défense du maréchal de -Boufflers, la ville de Lille dut capituler (1708). Des cavaliers -ennemis coururent jusqu'à Versailles et enlevèrent sur le pont de -Sèvres un officier de la maison du roi qu'ils prirent pour le dauphin. - -L'hiver de 1709 fut horrible. «Une gelée, qui dura près de deux mois -de la même force, avait, dès ses premiers jours, rendu les rivières -solides jusqu'à leur embouchure et les bords de la mer capables de -porter des charrettes. Les arbres fruitiers périrent, il ne resta plus -ni noyers, ni oliviers, ni pommiers, ni vignes; les autres arbres -moururent en très grand nombre; les jardins périrent et tous les -grains dans la terre. On ne peut comprendre la désolation de cette -ruine générale.» - -Louis XIV, courbant son orgueil devant tant de malheurs, demanda la -paix. Les coalisés, le croyant réduit à toute extrémité n'en devinrent -que plus acharnés: ils voulurent le forcer à chasser lui-même -Philippe V d'Espagne. «Mieux vaut faire la guerre à mes ennemis qu'à -mes enfants,» répondit-il, et il releva la tête; il écrivit à tous -les gouverneurs, aux évêques, une lettre noble et patriotique. Le -sentiment national éclata et fit oublier toutes les souffrances. -«Les soldats de Villars n'avaient point de pain et ils étaient -gais.»--«Quand des brigades marchent, écrivait Villars, il faut que -les brigades qui ne marchent pas jeûnent. On s'accoutume à tout. Je -crois cependant que l'habitude de ne pas manger n'est pas bien facile -à prendre.» Attaqués à Malplaquet (septembre 1709), les soldats -jetèrent le pain qu'on venait de leur distribuer, pour courir plus -légèrement au combat. Ils furent vaincus, mais causèrent à l'ennemi -plus de mal qu'ils n'en reçurent. L'espoir revint à la France. - -En Espagne, Vendôme gagna la bataille de Villaviciosa et dit à -Philippe V fatigué: «Je vais vous faire donner le plus beau lit sur -lequel un roi ait couché.» Il fit apporter les étendards et les -drapeaux pris à l'ennemi. - -Des malheurs domestiques vinrent, en même temps que les malheurs -de l'État, accabler Louis XIV vieillissant. Le dauphin mourut en -1711; le fils du dauphin, le duc de Bourgogne, mourut avec sa femme -en 1712. Louis XIV se trouva presque isolé; il n'avait plus pour -héritier qu'un arrière-petit-fils âgé de cinq ans. Et à ce moment la -France était menacée d'une invasion. Louis XIV confia à Villars sa -dernière armée, il lui dit d'un ton pénétré: «Vous voyez mon état, -monsieur le maréchal; il y a bien peu d'exemples de ce qui m'arrive -et que l'on perde, dans la même semaine, son petit-fils, sa petite -belle-fille, et leur fils, tous de très grande espérance et très -tendrement aimés. Dieu me punit: je l'ai bien mérité,» puis il ajouta: -«La confiance que j'ai en vous est bien marquée, puisque je vous -remets les forces et le salut de l'État. Je connais votre zèle et la -valeur de mes troupes, mais enfin la fortune peut vous être contraire: -s'il arrivait ce malheur à l'armée que vous commandez, quel serait -votre sentiment sur le parti que j'aurais à prendre?» Villars n'osait -répondre, balbutiait. Le roi reprit: «Je compterais aller à Péronne ou -à Saint-Quentin y ramasser tout ce que j'aurais de troupes, faire un -dernier effort avec vous et périr ensemble ou sauver l'État.» Noble -parole qui en fait oublier d'autres, trop égoïstes; il n'eut pas -besoin de la tenir. - -Villars, avec une habile et heureuse audace, enleva un camp retranché -à Denain (1712). Ce fut une victoire complète, que suivit la conquête -des places surprises par les ennemis. La France était sauvée. - -=Louis XIV et les lettres.=--La France, à cette époque, -s'enorgueillissait de ses écrivains et de ses artistes, que Louis -XIV encourageait. Aussi a-ton reconnu cette protection royale en -réunissant autour de son nom tous les hommes de génie du siècle. - -Le roi combla de faveurs Racine, qui nous a laissé des tragédies aussi -nobles que touchantes; Boileau, qui par ses préceptes et ses exemples -donna dans ses vers les règles de l'art d'écrire; Molière, dont les -comédies spirituelles tournaient en ridicule les vices et les défauts -de la société. Apprenant qu'à sa cour Molière subissait des avanies -parce qu'il était comédien, Louis XIV le fit un jour asseoir à sa -table: «Vous me voyez, dit-il aux seigneurs, occupé à faire manger -Molière, que mes officiers ne trouvent pas d'assez bonne compagnie -pour eux.» - -Boileau, dont les satires étaient mordantes, avait cependant le -caractère le plus généreux. Apprenant que des nécessités financières -avaient fait supprimer la pension du vieux Corneille,[9] il écrivait -aussitôt au roi et offrit le sacrifice de sa propre pension. Louis XIV -n'accepta pas ce sacrifice, maintint la pension de Corneille et lui -envoya en outre deux cents louis d'or. - -Mais le charmant fabuliste La Fontaine déplaisait au roi, qui ne -comprenait pas le génie du Bonhomme aujourd'hui tant aimé de l'enfance. - -En 1715 Louis mourait, à l'âge de 77 ans, laissant la France plus -grande qu'il ne l'avait reçue, mais meurtrie et épuisée. - - - - - CHAPITRE XV - - LOUIS XV (1715-1774) - - -=Louis XV; la Régence.=--Une joie inconvenante accompagna les -funérailles du grand roi. La Régence commença, temps resté fameux par -la licence à laquelle s'abandonnèrent la cour et la noblesse, invitées -au plaisir par le régent lui-même, le duc d'Orléans, neveu de Louis -XIV, qui se dégrada au milieu des débauches avec ses amis. - -La grande difficulté était de trouver de l'argent pour payer les -dettes de l'État et aussi celles des seigneurs. Le duc d'Orléans -accorda sa confiance à un Écossais Law. Celui-ci voulait répandre -l'usage du papier comme monnaie. Il créa une banque qui émettait des -billets très utiles pour les grandes transactions. Il fonda aussi une -_Compagnie des Indes_, destinée, selon lui, à réaliser d'immenses -bénéfices; tout le monde voulait s'associer à une entreprise qui -promettait d'être si fructueuse et on acheta en foule des _actions_ -de la compagnie. Toutes les têtes étaient tournées. Le prix de -ces _actions_ s'élevant sans cesse, avec une rapidité incroyable, -on n'avait qu'à revendre aussitôt pour faire des gains énormes: -des artisans, des laquais devinrent millionaires. Pour satisfaire -l'avidité du public, on multiplia outre mesure les billets de la -banque, réunie à la Compagnie. La confiance s'ébranla; on voulut de -l'argent, la banque ne put en donner: tous les porteurs de billets -se trouvèrent n'avoir que du papier. Ce fut une ruine immense. Law -s'enfuit (1720). Mais s'il avait échoué, il avait révélé la puissance -du crédit. - -Louis XV était à peine reconnu majeur, en 1723, que le régent mourut; -son ministre trop peu scrupuleux, le cardinal Dubois, l'avait précédé -au tombeau. Le duc de Bourbon, homme avide et sans mœurs, prit la -place de premier ministre. Le roi de Pologne détrôné, Stanislas -Leczinski, vivait en France où on l'avait accueilli. Un jour il entre -dans la chambre où étaient sa femme et sa fille. «Mettons-nous à -genoux, dit-il, et remercions Dieu.--Seriez-vous rappelé au trône -de Pologne? lui dit sa fille.--C'est bien mieux, vous êtes reine -de France!» La pieuse et douce Marie Leczinska devint, en effet, -la femme de Louis XV, qui, à l'exemple de son aïeul, ne tarda pas -à la délaisser, poussant le scandale bien plus loin que Louis XIV. -En 1733, le cardinal Fleury, ancien précepteur de Louis XV, et qui -avait succédé au duc de Bourbon, fut obligé, malgré son amour de la -paix et de l'économie, de prendre part à une guerre presque générale -et dite de la _succession de Pologne_. Cette guerre, qui aurait pu -avoir de grands résultats, si elle avait été énergiquement conduite, -releva cependant, par quelques victoires, le prestige de nos armes, -et la France parut au traité de Vienne (1738) l'arbitre de l'Europe. -Stanislas n'eut point le trône de Pologne, mais garda le titre de roi, -si désiré pour l'honneur de son gendre: on lui céda la Lorraine; -après sa mort, cette province, importante comme frontière, devait -retourner à la France. Ce retour eut lieu en 1766. - -=Bataille de Fontenoy (1745).=--Le cardinal Fleury, plus -qu'octogénaire et peu belliqueux, vit encore, malgré lui, commencer -une guerre générale à l'occasion de la succession au trône d'Autriche -(1740-1748). Plusieurs compétiteurs disputaient à la fois les États -autrichiens à Marie-Thérèse et la couronne impériale à François de -Lorraine. Cette guerre ne profita qu'au roi de Prusse, le célèbre -Frédéric II, qui se porta avec trop peu de loyauté tantôt d'un côté, -tantôt de l'autre. La France se rangea parmi les ennemis de l'Autriche. - -Notre armée, mal payée, mal nourrie par le trop économe Fleury, se -disperse, après de faciles succès, partout où elle peut vivre. En -1744, Louis XV, jusque-là inerte, fit un effort. Il entre dans les -Pays-Bas avec Maurice de Saxe qui s'empare de plusieurs villes. On mit -le siège devant Tournai. Les Anglais et les Hollandais vinrent pour -défendre cette place et il fallut se battre à Fontenoy (1745). - -Les Français étaient retranchés dans d'excellentes positions et -appuyés au village de Fontenoy. On s'aborda. Un régiment des gardes -anglaises parut le premier. A cinquante pas de distance, les -officiers anglais saluèrent les Français en ôtant leurs chapeaux. -Les officiers des gardes-françaises leur rendirent leur salut. Lord -Charles Hay, capitaine aux gardes-anglaises, cria: «Messieurs des -gardes-françaises, tirez.» Le comte d'Auteroche leur dit à voix haute: -«Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers; tirez vous-mêmes.» -Les Anglais firent un feu roulant. Dix-neuf officiers des gardes -tombèrent blessés à cette seule décharge, 95 soldats demeurèrent sur -la place, 215 furent blessés, sans compter les ravages faits dans -les régiments suisses. Le premier rang abattu, les autres terrifiés -se dispersèrent. Les Anglais, formant une colonne longue et épaisse, -avançaient à pas lents, comme faisant l'exercice. Le maréchal de Saxe, -qui voyait de sang-froid combien l'affaire était périlleuse, fit dire -au roi qu'il le conjurait de se retirer avec le dauphin. «Oh! je suis -bien sûr qu'il fera ce qu'il faudra, répondit le roi, mais je resterai -où je suis.» Le maréchal de Saxe tente une dernière attaque: on braque -des pièces de canon qui font de larges trouées dans l'épaisse colonne -anglaise; tous les régiments l'enveloppent: la colonne s'entr'ouvre, -est mise en pièces et la bataille est gagnée. - -Cette victoire eut d'importants résultats; elle nous donna tous -les Pays-Bas, et les ennemis se décidèrent enfin à signer la paix -d'Aix-la-Chapelle (1748). Mais à cause de quelques défaites en Italie -et sur mer, Louis XV «qui traitait en roi et non en marchand,» ne sut -rien demander pour nous. Nous tenions les Pays-Bas; il les rendit. «La -France en rendant ses conquêtes, dit le maréchal de Saxe, s'est fait -la guerre à elle-même. Les ennemis ont conservé leur même puissance; -elle seule s'est affaiblie.» - -=Guerre de sept ans (1756-1763).=--Huit ans après, l'Angleterre, -jalouse de notre prospérité renaissante, nous déclarait de nouveau la -guerre. - -=Dupleix aux Indes.=--Tout le fort de cette guerre se passa dans -les Indes et en Amérique, car l'Angleterre était principalement -jalouse de nos colonies qui n'avaient jamais connu une si grande -prospérité. Aux Indes, nous aurions conquis un immense empire si le -gouvernement avait soutenu les entreprises intelligentes et hardies -de Dupleix. Fils d'une famille de financiers et d'administrateurs, -Dupleix devint, par l'influence de son père, un des directeurs de la -Compagnie. Nommé gouverneur général des possessions françaises en -1741, il avait conçu, pour établir notre puissance dans ces contrées, -le projet de s'immiscer dans les querelles des souverains de l'Inde. -Dupleix était surtout aidé par sa femme, Jeanne Albert, fille d'un -médecin de Paris et d'une créole portugaise, célèbre dans l'Inde sous -le nom de princesse Jeanne; familière avec tous les dialectes du pays, -elle entretint, pour le compte de son mari, une vaste correspondance -diplomatique. Dupleix, intervenant dans les guerres que se faisaient -les gouverneurs des provinces, acquit deux cents lieux de côtes. Mais -il n'obtenait pas de renforts; il éprouva quelques échecs. Enfin le -ministère anglais se plaignit impérieusement du génie ambitieux de -cet homme qui troublait toute l'Asie; le déplorable gouvernement de -Louis XV rappela Dupleix (1755). Avec lui disparut son œuvre; un jeune -commis de la compagnie anglaise, devenu le général Clive, suivit ses -traces, et, mieux compris, donna à sa patrie un vaste empire qui -aurait pu être le nôtre. - -=Montcalm au Canada.=--Même désastre au Canada. Pour sauver le Canada -il eût suffi de cinq ou six mille soldats, et de quelques millions -d'argent; on ne jugea pas à Versailles que la Nouvelle-France, si -digne de ce nom par son dévouement à la mère patrie, méritait ce -sacrifice. «Ces déserts glacés,» comme on disait, coûtaient trop cher -à défendre. - -«Nous combattrons, écrivait Montcalm au ministre qui l'abandonnait, et -nous nous ensevelirons, s'il le faut, sous les ruines de la colonie.» -La population canadienne était digne d'un pareil chef. On décida que -tous ceux qui pouvaient porter un fusil iraient à la guerre, et qu'on -laisserait les travaux des champs aux femmes, aux moines, aux enfants, -aux vieillards. - -Mais Montcalm et ses braves troupes ne pouvaient être partout sur la -ligne immense des opérations. L'ennemi parut enfin devant Québec; -Montcalm prend avec lui ce qu'il a de troupes disponibles, court aux -Anglais pour ne point leur laisser le temps de rendre leur position -inexpugnable, et se trouve avec 4500 hommes en face de 8000, rangés -en carré et décidés à se bien battre, car, en cas de défaite, la -retraite leur est impossible; Bougainville, le fameux navigateur, -alors colonel, n'était pas loin de là avec 3000 hommes. Montcalm ne -l'attend pas; il ne se donne même pas le temps de ranger son armée -en deux lignes; il n'établit pas de réserve; il oublie toute sa -science au moment où il fallait surtout s'en souvenir. Le général -anglais Wolfe avait donné l'ordre de ne tirer qu'à vingt pas, et avait -fait mettre deux balles dans les fusils. Ce feu meurtrier causa du -désordre dans les rangs français. Les Canadiens, excellents comme -tirailleurs, valaient moins en ligne, ils se replièrent pour se battre -à leur manière, isolément, derrière les arbres. Wolfe déploya alors -ses colonnes et chargea à son tour. Déjà blessé au poignet, il se -mit à la tête de ses grenadiers: une balle l'atteignit encore et lui -traversa la poitrine; on l'emporta sur les derrières de l'armée, -tandis que les siens poursuivaient leurs succès. «Ils fuient!» s'écrie -un de ceux qui accompagnaient le général mourant. Cette parole le -ranime. «Qui? demande-t-il.--Les Français, lui répond-on.--Alors je -meurs content.» - -Montcalm tombait au même moment. Malgré deux blessures, il dirigeait -la retraite, lorsqu'un coup de feu dans les reins le jeta à bas de son -cheval. «Au moins, dit-il, je ne verrai pas les Anglais dans Québec.» -Il mourut le lendemain. Ses soldats l'enterrèrent dans un trou fait -par une bombe. Trois jours après, Québec capitula. - -Un habile ministre, le duc de Choiseul, essaya de relever le royaume -en rétablissant la marine et en réformant l'armée; à la mort de -Stanislas (1766), il réunit à la France la Lorraine, et puis en 1768 -acheta l'île de Corse aux Génois. - -Choiseul tendait aussi une main amie à la Pologne que menaçaient -la Prusse, la Russie et l'Autriche. Mais la grande politique ne -convenait pas aux courtisans de Louis XV. Choiseul s'était fait de -puissants ennemis en bannissant les jésuites (1762), il ne voulut -pas s'humilier devant une nouvelle favorite, la cynique Mme du Barry -et il fut disgracié (1770). Le chevalier Meaupou et l'abbé Terray, -contrôleur des finances, prirent le pouvoir: ils entrèrent en lutte -contre les parlements. La magistrature élevait en effet la voix contre -ce gouvernement qui patronnait l'association dite _Pacte de famine_ -pour l'accaparement des grains; qui laissait démembrer la Pologne -(1773) et creusait chaque jour le gouffre du déficit. Les colères -s'amassaient. Louis XV disait «Ceci durera bien autant que moi, mon -successeur s'en tirera comme il pourra.» Et la favorite répétait avec -lui: «Après nous le déluge.» - -Le mouvement intellectuel était immense; jamais on n'avait mieux -compris le vice des institutions et les abus qu'au moment où le -pouvoir cherchait à les maintenir sans compensation. Le gouvernement -demeurait absolu. Louis XV n'était pas homme à oublier les leçons -qu'il avait reçues. Lorsqu'il était jeune, la multitude, le jour de -la fête de Saint-Louis, encombra le jardin des Tuileries, pour le -voir. Le maréchal de Villeroy, son gouverneur, lui fit remarquer -cette multitude prodigieuse qui venait pour le saluer: «Voyez, lui -disait-il, cette affluence, ce peuple; tout cela est à vous, vous en -êtes le maître,» et sans cesse lui répétait cette leçon pour la lui -bien inculquer. - -_Les lettres de cachet_ (ordres d'emprisonnement) se donnaient avec -une facilité incroyable. A la mort de Louis XIV «il y eut, dit -Saint-Simon, des histoires fort étranges. Parmi les prisonniers de la -Bastille,[10] il s'en trouva un arrêté depuis trente-cinq ans, le jour -qu'il arriva à Paris, d'Italie d'où il était, et qui venait voyager. -On n'a jamais su pourquoi, et sans qu'il eût jamais été interrogé, -ainsi que la plupart des autres. Quand on lui annonça sa liberté, -il demanda tristement ce qu'on prétendait qu'il en pût faire. Il -dit qu'il n'avait pas un sou, qu'il ne connaissait personne à Paris, -pas même une seule rue, que ses parents d'Italie étaient apparemment -morts. Il demanda de rester à la Bastille le reste de ses jours avec -la nourriture et le logement.» Devant les tribunaux point de défenseur -pour l'accusé, procédure toujours secrète, la question ou la torture -pour arracher des aveux, et comme sanction de lois inégales et -cruelles, des supplices plus cruels encore. - -Les crimes, du reste, étaient nombreux, parce que la misère était -profonde. D'Argenson écrivait, pour l'année 1739: «En pleine paix, -avec les apparences d'une récolte, sinon abondante, du moins passable, -les hommes meurent tout autour de nous, comme des mouches, de -pauvreté, et broutent l'herbe. Le cri sinistre: «Du pain! Du pain!» -sera le premier cri des émeutes terribles de la Révolution. Cette -Révolution est prochaine.» - - - - - CHAPITRE XVI - - LOUIS XVI--LA RÉVOLUTION (1774-1793) - - -=Louis XVI.=--Le fils de Louis XV, le Dauphin, était mort avant lui, -en 1765, laissant trois fils qui, comme les trois fils de Philippe -le Bel, et comme les trois derniers Valois, devaient tous monter sur -le trône, mais aussi être les derniers rois de la maison de Bourbon. -A l'avènement de l'aîné, Louis XVI (1774), qui avait vingt ans, on -espéra un changement complet de l'État. On trouva un matin sur le -piédestal de la statue de Henri IV, au Pont-Neuf, cette inscription: -«Il est ressuscité.» - -Louis XVI comprenait peu les progrès politiques à réaliser, mais -il avait un désir sincère d'améliorer la condition du peuple: il -encouragea toutes les inventions, toutes les découvertes utiles. Il -fut un des premiers à comprendre l'utilité de la vaccine et à la -défendre contre les préjugés. Il encouragea et seconda Parmentier qui -s'efforçait de répandre l'usage de la pomme de terre; pour vaincre le -dédain des courtisans, il fit servir sur sa table ce mets aujourd'hui -populaire et porta à sa boutonnière la fleur de cette plante méprisée. - -Louis XVI, pour éviter de grands malheurs, n'aurait eu qu'à soutenir -de son autorité les deux hommes de bien qu'il avait d'abord fait -entrer au ministère, Malesherbes et Turgot. Malesherbes voulait -réformer la justice, donner des défenseurs aux accusés, rendre aux -protestants la liberté de conscience et à tous les Français la sûreté -de leur personne par la suppression des lettres de cachet. - -Turgot, déjà renommé par l'habileté qu'il avait déployée dans -l'administration du Limousin, voulait proclamer la liberté du commerce -et de l'industrie alors gênés par une foule d'entraves. Afin de -prévenir les famines trop nombreuses dans le cours du dix-huitième -siècle, il rendit libre le commerce des grains et améliora la -navigation intérieure. Mais ces réformes soulevaient contre lui tous -les privilégiés qu'elles blessaient. - -Malesherbes, le premier, donna sa démission au roi, qui lui dit: «Vous -êtes plus heureux que moi, vous pouvez abdiquer.» Turgot attendit -d'être renvoyé. Louis XVI eut la faiblesse de congédier un ministre -dont il avait dit: «Il n'y a que Turgot et moi qui aimons le peuple.» - -=Guerre d'Amérique (1778-1783).=--La guerre d'Amérique vint un -moment faire diversion aux difficultés intérieures. Les colonies, -que l'Angleterre avait fondées au delà de l'Atlantique, s'étaient -soulevées et avaient, en 1776, proclamé leur indépendance. - -Un planteur devenu général, Washington, dirigeait les armées. -Franklin, autre grand citoyen, homme aussi savant que vertueux, qui -a inventé le paratonnerre et travaillé à la délivrance de sa patrie, -vint solliciter les secours de la France. Le jeune marquis de La -Fayette alla le premier offrir son épée à Washington. Louis XVI envoya -8000 hommes sous la conduite de Rochambeau, un des brillants élèves -du maréchal de Saxe (1778). A cette troupe vinrent se joindre en -volontaires bon nombre de gentilshommes. Une lettre de La Fayette à -sa femme, qui désirait le voir revenir (6 janvier 1778), montre qu'à -côté de l'exaltation du jeune marquis, il y avait une haute raison: -«L'abaissement de l'Angleterre, écrit-il, l'avantage de ma patrie, le -bonheur de l'humanité, qui est intéressée à ce qu'il y ait dans le -monde un peuple entièrement libre, tout m'engage à ne pas quitter.» - -La France, dont la marine s'était relevée, ouvrit glorieusement -les hostilités. Un combat naval indécis près d'Ouessant étonna -l'Angleterre; une tempête seule empêcha notre flotte, unie à une -escadre espagnole, de débarquer à Plymouth et d'attaquer l'Angleterre -jusque dans son île. Les flottes françaises avec d'Estaing et le -comte de Grasse, dont ses matelots disaient: «Il a six pieds, et -six pieds un pouce les jours de bataille,» dominèrent dans les mers -des Antilles. L'amiral de Grasse vint concourir au plan formé par -Washington, Rochambeau et La Fayette, de cerner l'armée anglaise de -lord Cornwallis dans York-Town. Conduite par La Fayette avec une -prudence et une fermeté qu'on n'eût pas attendues d'un jeune général -de vingt-quatre ans; secondée par la bravoure des soldats d'un fameux -régiment commandé par Rochambeau, l'entreprise réussit complètement et -l'armée anglaise se rendit (1781). Ce fut le salut des Américains. - -=Les États généraux (5 mai 1789).=--La guerre d'Amérique, entreprise -pour la liberté d'un peuple, avait, en France, excité les désirs de -liberté; de plus elle avait coûté cher et accru le déficit dans les -finances. Pour sortir des embarras financiers, Louis XVI rappela -Necker, habile banquier genevois. Necker cependant ne pouvait rétablir -l'équilibre entre les recettes et les dépenses sans remédier aux abus, -sans demander des réformes politiques. Il voulut porter la lumière -dans l'administration en publiant le budget. Il se rendit impopulaire -et fut disgracié. Sa retraite mécontenta l'opinion déjà toute -puissante. - -La reine Marie-Antoinette, qui était Autrichienne et qui gardait à la -cour de France la fierté de sa maison, était déjà regardée comme l'âme -du parti qui s'opposait aux réformes. Elle fit donner le contrôle des -finances à un dissipateur, Calonne, qui, pour faire croire l'État plus -riche, dépensait beaucoup. Le moment vint enfin où il fallut avouer -qu'on ne pouvait aller plus loin. - -Calonne céda la place à Loménie de Brienne, qui se montra encore moins -capable de remédier au mal, et il fut lui-même obligé de proposer au -roi la convocation des États-Généraux. - -Les élections faites au commencement de l'année 1789, firent -comprendre que la nation était déterminée à soutenir ses députés. La -Révolution commençait, et, avec elle, un nouvel âge de la France et du -monde. - -La première séance des États (5 mai) fut un jour de joie et -d'espérance. Le roi prononça un discours plein d'excellentes -intentions et de promesses; il recommanda l'accord, mais dès les -premiers jours, les défiances s'éveillèrent, les haines se montrèrent. - -On y voyait trois nations, représentées par les trois Ordres: -noblesse, clergé, tiers état. Mais les députés du Tiers voulurent tout -d'abord qu'on supprimât cette distinction des trois Ordres. En nombre -double des deux premiers Ordres, les députés du Tiers n'étaient rien -si l'on votait par ordre. Ils étaient tout si l'on votait par tête. - -Les ordres privilégiés refusèrent de délibérer avec le tiers état. -Celui-ci passa outre. Il considéra qu'à lui seul il représentait -la masse la plus nombreuse de la nation et, le 17 juin, se déclara -_Assemblée nationale_ (plus tard la _Constituante_). - -=Le serment du Jeu de paume (20 juin 1789).=--La cour, irritée de la -résistance du tiers état, qui demandait la réunion des trois Ordres, -décide le roi à tenir un séance solennelle pour imposer le maintien -des trois Ordres. On ferme la salle sous un prétexte frivole. C'était -le samedi 20 juin. Les députés, auxquels on refuse l'entrée de la -salle, s'assemblent par groupes, les uns demandant à délibérer en -plein air, d'autres sous les fenêtres mêmes du roi. Le président -Bailly, leur propose de se réunir dans une salle de jeu de paume,--ce -jeu était alors fort à la mode;--ils s'y rendent. Là, dans cette salle -sombre et nue, un bureau est improvisé avec un établi de menuisier, -quelques planches et quelques banquettes. Tous debout répètent -avec enthousiasme la formule d'un serment mémorable par lequel ils -s'engagent «à ne point se séparer jusqu'à ce que la Constitution du -royaume soit affermie sur des fondements solides.» - -Le comte d'Artois, frère du roi, s'imagine déconcerter les députés -en louant la salle pour y jouer à la paume. Les députés, auxquels se -joint la majorité des députés du clergé, siègent alors dans l'église -Saint-Louis. - -=La séance du 23 juin.=--Le 23 juin, se tint la séance royale, et les -députés du tiers état pour ce jour-là rentrèrent dans leur salle. -Louis XVI vint, avec un cortège solennel, faire entendre des paroles -sévères et casser les décisions prises par les députés. Il ordonnait -que les États délibérassent suivant les anciennes formes, par Ordres. - -Après le discours du roi la séance fut levée. Les députés du tiers -état ne bougèrent pas de leur place. Le grand maître des cérémonies -vint dire aux députés de se séparer comme l'avait ordonné le roi. -Alors le comte de Mirabeau, député du tiers état, et qui déjà avait -une haute réputation d'éloquence, répondit: «Allez dire à votre -maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu'on ne nous -en arrachera que par la force des baïonnettes.» Louis XVI céda. A -quelques jours de là il engageait lui-même les nobles à se joindre aux -députés du tiers état. - -=La prise de la Bastille.=--Louis XVI n'avait cédé que pour gagner du -temps. Il appelait autour de Paris de nombreux régiments, la plupart -étrangers, puis renvoya l'habile ministre Necker, qui conseillait de -marcher d'accord avec l'Assemblée. Le renvoi de Necker alarme les -Parisiens, mécontents déjà d'être entourés de troupes. Des groupes -nombreux se forment au Palais-Royal. Un jeune avocat au Parlement, -Camille Desmoulins, monte sur une table, un pistolet à la main, et -ameute la foule; des rixes avec la troupe font des victimes. Le peuple -veut des armes, envahit l'Hôtel des Invalides, où il prend des canons -et des fusils. Enfin, le 14 juillet, un cri général entraîne la -population parisienne: A la Bastille! - -Comme un torrent furieux, la foule, au milieu de laquelle on -remarquait beaucoup de gardes-françaises et que conduisaient deux -soldats, Élie et Hullin, se précipite contre la redoutable forteresse, -à peine défendue alors par quelques Suisses et des invalides. Les -portes sont enfoncées à coups de canon, et, après quelques heures de -résistance, la garnison capitule. Cette première victoire populaire -fut malheureusement souillée par des vengeances, le meurtre du -gouverneur de Launay, de plusieurs officiers, du prévôt des marchands, -Flesselles. - -Louis XVI, apprenant la prise de la Bastille, s'écria: «C'est donc -une révolte?--Dites une révolution, sire,» lui répondit-on. Comptant -encore sur le prestige de la royauté, il se rendit à Paris. Il y fut -bien accueilli, mais par une population en armes. Bailly, nommé maire -de Paris, lui présenta les clefs de la ville, offertes jadis à Henri -IV. «Ce bon roi, dit-il, avait conquis son peuple; c'est aujourd'hui -le peuple qui a reconquis son roi.» Louis XVI confirma la nomination -de Bailly comme maire et du marquis de La Fayette comme chef de -la milice bourgeoise ou garde nationale. Il mit à son chapeau la -cocarde bleue et rouge des Parisiens. La Fayette y ajouta ensuite le -blanc, couleur de la royauté: ce furent désormais les trois couleurs -nationales, la cocarde tricolore. «Prenez-la, sire, disait-il à Louis -XVI: voilà une cocarde qui fera le tour du monde.» Il disait vrai. - -Tous ces événements excitèrent une vive agitation dans les provinces. -Les paysans, las du régime féodal, se précipitèrent sur les châteaux, -les abbayes, qui étaient leurs bastilles. Alors l'Assemblée résolut de -calmer cette effervescence par des décisions promptes et hardies. A la -séance de nuit du 4 août, le comte de Noailles déclare que le grand -moyen, c'est de donner satisfaction au peuple en abolissant le régime -féodal. Aussitôt seigneurs, évêques, députés des villes se succèdent à -la tribune et viennent tous, au milieu des applaudissements, renoncer -à leurs privilèges. On décréta en quelques heures la destruction du -régime féodal qui durait depuis tant de siècles. On rivalisait de -générosité. On s'embrassait au milieu de la joie universelle. Il -semblait qu'une France nouvelle fût née en cette nuit mémorable du 4 -août, qui est restée la plus belle date de la Révolution. - -=Les journées des 5 et 6 octobre.=--Au mois d'octobre, des -démonstrations imprudentes de la cour et la famine amènent un nouveau -soulèvement de la capitale. - -La population de Paris marche le 5 octobre sur Versailles, les -femmes en tête, portant des armes et criant: «Du pain! du pain!» Le -roi accueille une députation et promet de prendre les mesures qu'on -lui demande. Bientôt la nuit, la pluie, la fatigue dispersent les -attroupements. La Fayette cependant, qui n'avait pu arrêter cette -invasion, la suivait pour la contenir avec la garde nationale. Il -n'arriva à Versailles que pendant la nuit, et eut bien de la peine -à parler à Louis XVI, car dans ces moments de danger on respectait -encore les lois de l'étiquette. Vers le matin, voyant la foule -réfugiée dans les abris qu'elle avait pu rencontrer, et tranquille, il -se retire, épuisé de fatigue. Il commençait à peine à reposer qu'on -vint lui dire que le palais était forcé. - -Le 6 octobre, vers les sept heures du matin, les bandes d'hommes et -de femmes qui rôdaient depuis la veille autour du château, trouvèrent -enfin le moyen de s'introduire, non seulement dans les cours, mais -dans les appartements. Des gardes qui cherchaient à les arrêter sont -massacrés. Tremblante, la reine se réfugie auprès du roi. Les gardes -défendent vaillamment sa chambre et se font tuer. Le plus affreux -pillage commençait, et les scènes les plus sanglantes allaient avoir -lieu, quand La Fayette, averti, accourt. Il pénètre dans le château et -fait évacuer les appartements. Mais la foule rassemblée dans la cour -demandait que le roi vînt à Paris. Il fallut que Louis XVI se montrât -et promît d'y aller. La famille royale se dirigea vers Paris au milieu -de cette foule qui témoignait par les cris les plus grossiers de sa -joie farouche. Le roi fut dès lors comme prisonnier dans sa capitale -et se trouva à la merci des émeutes. L'Assemblée vint à son tour se -fixer à Paris et s'installa dans la salle du Manège, près du jardin -des Tuileries. Déjà elle avait fixé les principes sur lesquels elle -entendait établir le gouvernement, dans une _Déclaration_ célèbre dite -_des droits de l'homme_. Ces principes, ou vérités premières, appelés -les principes de 1789, établissaient la _souveraineté du peuple_, -l'_égalité_, la _liberté_ de tous les citoyens. - -=Mirabeau (1749-1791).=--L'Assemblée, dans ses travaux, avait été -souvent dominée par la grande voix de Mirabeau, l'orateur le plus -éloquent qu'on eût encore vu à la tribune. Dès les premières séances -des États généraux il se fit remarquer par son rare talent d'orateur. -Il prit une part active et décisive aux grandes discussions de -l'Assemblée constituante. Toutefois la marche rapide de la Révolution -l'effraya. Dans l'hiver de 1790 à 1791 il guida la cour et s'efforça -de raffermir le trône que sa voix puissante avait ébranlé. Sa -popularité en reçut de vives atteintes, et des publications hostiles -le dénonçaient comme traître. L'orateur n'en parut point affecté et à -la tribune accabla de son mépris ses accusateurs. - -Bientôt cependant Mirabeau, vieux avant l'âge (il avait quarante-deux -ans), épuisé par les excès de deux années d'un travail prodigieux, -sentit son corps défaillir et plier sous le poids de son âme -énergique. Il mourut le 2 avril 1791. - -=La fuite de Varennes.=--Louis XVI, privé des conseils et de -l'appui de Mirabeau, ne compta plus que sur la force pour arrêter -la Révolution: il voulut aller rejoindre une petite armée qu'on lui -préparait dans le Nord, et tout fut disposé pour la fuite. Le 20 juin -1791, à minuit, le roi, la reine, la sœur du roi, Madame Élisabeth, -sortent, les uns après les autres et déguisés, par une porte dérobée -du palais des Tuileries. Ils se réunissent ensuite, non sans peine, et -parviennent à sortir de Paris. Une berline à six chevaux les entraîna -rapidement sur la route de Châlons, où les fugitifs arrivèrent -heureusement. Ils continuèrent leur route vers Montmédy, où les -attendait une petite armée commandée par le marquis de Bouillé. - -Mais à Sainte-Menehould le roi, qui commettait l'imprudence de -mettre trop souvent la tête à la portière, fut reconnu, tandis qu'on -changeait les chevaux, par le fils du maître de poste, Drouet. N'ayant -point le temps de le faire arrêter, Drouet saute sur un cheval et -court à Varennes prévenir les autorités. Quand la voiture arrive, au -milieu de la nuit, on demande le passeport: il faut descendre. Les -gardes nationales averties arrivèrent; on força le roi à remonter dans -la voiture, qui reprit le chemin de Paris. A ce moment les dragons de -Bouillé apparaissaient auprès de Varennes, mais il était trop tard. - -Le retour dura huit jours; la voiture marchait au pas, au milieu des -gardes nationales qui l'escortaient et par une chaleur accablante. -Trois députés, envoyés par l'Assemblée, accompagnaient la famille -royale, pour la surveiller. L'entrée à Paris fut morne et silencieuse, -le roi fut plus que jamais captif aux Tuileries. - -L'Autriche et la Prusse, excitées par les émigrés, déclaraient vouloir -rétablir le roi dans son autorité absolue, et la guerre étrangère -s'ajouta à la guerre civile. La France fut envahie par les Prussiens. -L'Assemblée décrète aussitôt que la patrie est en danger, et le 22 -juillet 1792 la proclamation en est faite avec un appareil imposant. -D'heure en heure le canon tonnait en signe d'alarme; un cortège -militaire, portant des bannières avec des inscriptions, parcourut -la ville de Paris, s'arrêtant sur les places pour lire le décret de -l'Assemblée. Huit amphithéâtres avaient été dressés sur différents -points: une table posée sur deux caisses de tambour y servait de -bureau aux officiers municipaux pour inscrire les noms des citoyens -qui demandaient à rejoindre les armées. Les volontaires affluaient -et se faisaient inscrire au milieu des applaudissements. On compta -cinq mille enrôlements en deux jours. Ces soldats improvisés, -indisciplinés, causèrent d'abord beaucoup d'embarras; mais, encadrés -dans les vieux régiments, ils ne tardèrent pas à montrer une grande -solidité. - -Mais bientôt le péril grandit. Les Prussiens s'emparaient de Longwy, -de Verdun. Alors les ministres décrètent la formation de plusieurs -camps, on convertit les cloches en canons, les fers des grilles -en piques; on arrête en masse toutes les personnes suspectes, -c'est-à-dire soupçonnées de rester attachées à la royauté; les prisons -se remplissent de nobles, de prêtres. Puis des bandes organisées et -payées par quelques chefs, sans que les ministres cherchent à s'y -opposer, se précipitent dans les prisons et égorgent en foule les -prisonniers de tout âge et de tout rang (3, 4, 5 et 6 septembre). - -=Victoire de Valmy.=--Des massacres ne sauvent pas un pays. Ce qui -le délivra, ce fut l'ardeur des volontaires qui, joints aux vieux -régiments, arrêtèrent l'ennemi. Les Prussiens avaient surpris les -défilés des montagnes de l'Argonne et se préparaient à envahir la -Champagne. Dumouriez essaya encore une fois de les arrêter: il -se posta près de Sainte-Menehould et occupa les hauteurs où l'on -remarquait le moulin de Valmy. Il garnit ces hauteurs d'artillerie et -attendit de pied ferme les Prussiens qui, commandés par le duc de -Brunswick, tentèrent de les escalader. Immobiles dans leurs lignes, -les Français accueillirent l'ennemi par un feu terrible, aux cris -de Vive la nation! Les Prussiens reculèrent et attendirent un corps -autrichien qui arrivait: les alliés donnèrent un nouvel assaut vers le -soir; ils se heurtèrent à la même résistance et battirent en retraite -(20 septembre 1792). La Champagne ou plutôt la France entière était -délivrée. Le canon, qui annonçait cette victoire, annonçait en même -temps l'ouverture de la _Convention_. - - - - - CHAPITRE XVII - - LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE - - -=La Convention.=--La Convention, la troisième Assemblée depuis 1789, -se réunit le 21 septembre 1792. Elle abolit la royauté, proclama la -République, mais en réalité concentra en elle-même tous les pouvoirs. -Ses membres faisaient les lois, et, divisés en comités, s'étaient -partagé l'administration. - -Deux grands partis s'étaient tout de suite dessinés au sein de la -Convention: les Girondins et les Montagnards. Les Girondins, ainsi -nommés, parce qu'ils avaient pour chefs plusieurs députés de la -Gironde,[11] Brissot, Pétion, Vergniaud, Guadet, etc., croyaient la -Révolution terminée et prêchaient la modération. Les Montagnards, -ainsi appelés parce qu'ils étaient groupés sur les bancs les plus -élevés, avaient pour chefs les députés de Paris, Robespierre, Danton, -Marat, etc. Ils voulaient, au contraire, pousser plus loin les -changements et demandaient des mesures terribles pour effrayer les -ennemis de la Révolution. - -=Procès et mort de Louis XVI.=--La découverte d'une armoire de fer -cachée dans un mur des Tuileries venait de révéler les correspondances -de la cour avec l'émigration et l'étranger. Les Montagnards -demandèrent la mise en accusation de Louis XVI et disaient qu'il -fallait «jeter en défi aux souverains une tête de roi.» La Convention -instruisit le procès du roi. Malesherbes, âgé de 72 ans, s'offrit pour -servir de conseil au prince qu'il avait servi et aida les avocats -Tronchet et de Sèze. Louis XVI, touché de ce dévouement, lui dit: -«Votre sacrifice est d'autant plus généreux que vous exposez votre -vie et que vous ne sauverez pas la mienne.» Héritier malheureux de -haines accumulées depuis un siècle, Louis XVI fut condamné à mort, -malgré l'éloquente défense de l'avocat de Sèze. «Je cherche en -vous des juges, s'écria-t-il avec véhémence, et je ne vois que des -accusateurs!» La majorité de la Convention se prononça pour la mort. - -Le roi, qui dans sa prison du Temple avait gardé la plus sereine -résignation, monta avec calme et dignité sur l'échafaud dressé sur la -place Louis XV devenue place de la Révolution, et aujourd'hui place -de la Concorde (21 janvier 1793). «Je meurs innocent, s'écria-t-il, -de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort -et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais -sur la France.» Il allait en dire davantage lorsqu'un roulement de -tambours couvrit la voix de Louis XVI qui se livra aux exécuteurs. - -=La Terreur.=--Maîtres du pouvoir, les Montagnards déployèrent contre -les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur une énergie farouche. -Le pouvoir se trouva bientôt concentré entre les mains du _Comité de -salut public_. Maximilien Robespierre ne tarda pas à devenir l'âme -de ce comité redoutable qui, pendant quatorze mois, fit planer sur -la France une terreur profonde. Le Tribunal révolutionnaire devint -impitoyable. Le général Custine, pour avoir été malheureux, fût traîné -à l'échafaud. La reine Marie-Antoinette refusa de se défendre contre -d'infâmes calomnies. Condamnée à mort dans la nuit du 16 octobre 1793, -après une séance de vingt heures et le matin même, elle fut conduite -au supplice dans la charette ordinaire sous le feu des insultes. -Vingt-deux Girondins, parmi lesquels des orateurs du plus grand -talent, périrent ensuite, soutenant mutuellement leur courage par des -chants patriotiques. Mme Roland, femme d'un ancien ministre, et du -parti de la Gironde, s'écria sur l'échafaud, en saluant une statue de -la liberté: «O liberté, que de crimes on commet en ton nom!» Le duc -Philippe d'Orléans, qui s'était rallié à la Révolution et avait voté -la mort de Louis XVI, n'échappa point lui-même au supplice, ainsi que -Bailly, un des savants renommés du temps, le vénérable président de -l'Assemblée constituante, le premier maire de Paris. - -=Le 9 thermidor.=[12]--La terreur n'avait cessé d'aller en croissant -dans les premiers mois de l'année 1794. Chaque jour des charrettes -emmenaient des victimes vers la barrière du Trône, où l'échafaud -était en permanence. Ces cruautés firent horreur, d'autant plus qu'à -ce moment les périls extérieurs disparaissaient, grâce aux victoires -des armées. - -Robespierre devint l'objet de l'animadversion générale, et, le 9 -thermidor, les députés de la Convention, secouant le joug de la peur, -l'attaquèrent en face. Épuisé par les efforts qu'il faisait pour -parler au milieu des clameurs, Robespierre pouvait à peine respirer. -La Convention enfin le fit arrêter avec son frère et ses collègues, -Couthon, Lebas, Saint-Just. - -Robespierre toutefois ne tarda pas à être délivré par ses partisans -les chefs de la Commune de Paris. Il se rendit à l'Hôtel de ville pour -préparer une insurrection. Mais la Convention appela à elle la garde -nationale: des bataillons fidèles se dirigèrent pendant la nuit sur -l'Hôtel de ville, qui bientôt se trouva cerné. Robespierre se tira un -coup de pistolet qui lui brisa la mâchoire. Après avoir passé toute -la matinée du 10 étendu sur une table, il fut porté tout meurtri à -l'échafaud avec vingt-deux de ses amis. Le lendemain, on exécuta -encore soixante-dix de ses partisans, et cette sanglante hécatombe fut -une digne fin de la Terreur. - -=Le Directoire (27 octobre 1795-9 novembre 1799).=--La Convention -avait organisé un nouveau gouvernement républicain qui se composait -de deux Chambres distinctes, le _Conseil des Anciens_ et le _Conseil -des Cinq-Cents_. Le pouvoir exécutif était composé de cinq membres -qui formaient le Directoire. Divisé, mal obéi, le Directoire s'épuisa -en luttes incessantes contre les partis, il ne put se soutenir qu'en -ayant recours à des coups d'État et devait périr lui-même victime d'un -coup d'État. - -Cette époque eut un caractère particulier de licence qui s'explique -par les terribles épreuves qu'on avait subies. La société -s'abandonnait au luxe, aux fêtes avec une liberté que ne gênait plus -l'ancienne distinction des classes et qui rappelait celle de la -Régence.[13] - -=Le général Bonaparte.=--Mais l'intérêt de l'histoire se porte au -dehors; les armées françaises passent de tous les côtés les frontières -pour triompher de l'Autriche toujours en armes et toujours soutenue -par l'Angleterre. Le général Bonaparte étonne alors le monde par ses -victoires et cherchera bientôt à le dominer. - -Né à Ajaccio le 15 août 1769, il était le second de huit enfants. A -l'âge de dix ans, son père le fit admettre à l'école de Brienne, où -les jeunes gentilshommes recevaient les principes d'une éducation -militaire. Bientôt il se fit remarquer par son ardeur pour l'étude et -surtout par son goût pour les mathématiques. Son amour-propre était -vif. Condamné un jour à dîner à genoux au réfectoire, avec la robe de -bure, il s'évanouit. On raconte aussi que manifestant un goût précoce -pour les combats, il faisait élever des retranchements de neige par -ses camarades. - -Au bout de cinq ans, il passa à l'école militaire de Paris. Réservé, -taciturne, absorbé dans ses études ou ses lectures, il étonna bientôt -ses maîtres: «Corse de nation et de caractère, disait son professeur -d'histoire, il ira loin si les circonstances le favorisent.» Il sortit -de l'école lieutenant dans un régiment d'artillerie; dès les premiers -jours de la Révolution il se montra favorable aux idées nouvelles. -Mais sa carrière militaire ne commença qu'au siège de Toulon. - -C'était en 1793, au milieu des plus grands périls de la France. Les -généraux envoyés par la Convention s'efforçaient en vain de reprendre -Toulon, tombé au pouvoir des Anglais. Le commandement de l'artillerie -est donné à Bonaparte, qui n'avait encore que vingt-quatre ans. -Lorsqu'il arriva, le général Carteaux lui dit: «C'était bien inutile: -nous n'avons plus besoin de rien pour reprendre Toulon. Cependant -soyez le bienvenu; vous partagerez la gloire de le brûler demain sans -en avoir eu la fatigue.» Puis il le conduisit vers les travaux. Le -commandant d'artillerie aperçoit alors quelques pièces de canon, mais -elles se trouvaient à une distance beaucoup trop éloignée. Survient -le représentant du peuple, commissaire de la Convention. Bonaparte se -redresse, l'interpelle, lui démontre l'ignorance inouïe de tous ceux -qui l'entourent, et le somme de lui faire donner la direction absolue -de sa besogne. De ce jour il eut en réalité la direction du siège, et -Toulon ne tarda pas à être enlevé. Ce brillant fait d'armes attira -sur lui les regards, et le général Dugommier apprécia le mérite de -Bonaparte. «Récompensez ce jeune homme, disait-il, car si l'on était -ingrat envers lui, il s'avancerait de lui-même.» - -La révolution du 9 thermidor vint pourtant arrêter sa carrière. Un -moment il fut emprisonné, on le mit bientôt en liberté, mais on le -priva de son commandement. Alors il vint à Paris, où il reclamait -en vain, dans les bureaux de la guerre, la place qui lui était due. -Aubry, membre du comité, la lui refusait. «Vous êtes trop jeune.--On -vieillit vite sur le champ de bataille, répliqua Bonaparte, et j'en -arrive.» Il resta quelque temps à Paris presque sans resources. Dévoré -d'un immense besoin d'activité, Bonaparte sollicita la faveur d'aller -en Turquie, comptant régénérer l'Orient. Il allait partir lorsque, -le 13 vendémiaire (5 octobre 1795), la Convention, attaquée par les -royalistes, l'appela pour la défendre sous les ordres de Barras. -Bonaparte prit des mesures énergiques, d'habiles dispositions et -triompha de l'insurrection. On lui donna le commandement de l'armée de -l'intérieur. - -Un jeune enfant de douze ans vint un jour, lorsqu'on avait ordonné le -désarmement, réclamer l'épée de son père, le général de Beauharnais, -mort sur l'échafaud. On la lui rendit; l'enfant pleura à la vue de -cette épée. Bonaparte, touché de ce sentiment, le combla de caresses. -Sur le récit qu'il fit à sa mère de l'accueil qu'il avait reçu, Mme -de Beauharnais, Joséphine Tascher de La Pagerie, encore dans tout -l'éclat de la jeunesse, alla remercier Bonaparte. A quelque temps de -là leur mariage fut conclu; mais le général courut vite prendre le -commandement, vivement désiré, de l'armée d'Italie. - -=La campagne d'Italie (1796-1797).=--Bonaparte, en arrivant à -l'armée d'Italie, ranime tout de suite les soldats par une énergique -proclamation: «Soldats, leur dit-il, vous êtes mal nourris et presque -nus; votre patience et votre courage vous honorent, mais ne vous -procurent ni gloire ni avantage; je vais vous conduire dans les plus -fertiles plaines du monde; vous y trouverez de grandes villes, de -riches provinces; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. -Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage?» - -Il franchit les Alpes au point où elles sont le plus bas; puis de -victoire en victoire, à Montenotte, Mondovi, Lodi il s'avance dans les -belles plaines de la Lombardie. Il triomphe encore des Autrichiens à -Castiglione, puis à la célèbre bataille d'Arcole. - -Les Autrichiens cependant n'abandonnent pas l'Italie. Bonaparte les -bat encore à la fameuse journée de Rivoli (14 janvier 1797), s'avance -toujours plus loin et se dirige vers les Alpes pour entrer en Autriche. - -Il franchit de nouveau les Alpes, à leur autre extrémité, à l'est, par -le col de Tarwis, et menace la capitale de l'Autriche. Les Autrichiens -l'arrêtent alors en acceptant la paix de Campo-Formio. - -Les armées d'Allemagne avaient été moins heureuses. Mais, en 1796, le -général Moreau s'était distingué par une retraite demeurée justement -célèbre. Il avait traversé l'Allemagne pour rentrer en France sans -perdre ni un drapeau, ni un canon, ni une voiture. Cette armée se -prépara à recommencer la campagne avec une autre qui fut confiée au -général Hoche, l'un des hommes qui ont laissé la renommée la plus pure. - -=Hoche et Marceau.=--Hoche, né à Versailles, en 1768, était sergent -au moment où éclata la Révolution. Il avança rapidement; à 25 ans, -il commandait en chef l'armée de la Moselle, et délivra l'Alsace. -Le plus brillant avenir s'ouvrait devant lui. Il comptait traverser -l'Allemagne pour joindre Bonaparte sous les murs de Vienne. Il débuta -par de brillants succès au commencement de l'année 1797; mais, -quelques mois après il mourait prématurément à l'âge de 29 ans. - -Son émule et son ami, Marceau, né à Chartres, s'était distingué et -était mort l'année précédente, plus jeune encore. Soldat à seize ans, -général à 22 ans, il vainquit dans les champs de Fleurus, sur les -bords de la Moselle et du Rhin, et, à 27 ans, il tombait frappé d'une -balle ennemie. Les Autrichiens, qui l'estimaient, lui rendirent les -honneurs funèbres dans leur camp et renvoyèrent solennellement son -corps à l'armée française désolée. Sur le monument qu'on lui a élevé à -Coblentz on lit encore: «Qui que tu sois, ami ou ennemi, de ce jeune -héros respecte les cendres.» - -=Expédition d'Égypte (1798-1799).=--Restait à dompter l'Angleterre. -Bonaparte, pour la frapper dans son commerce, fit décider l'expédition -d'Égypte, par laquelle il menaçait la route des Indes. Le jeune -général part avec trente mille hommes pour conquérir un vaste et riche -pays. Il débarque à Alexandrie (1^{er} juillet 1798), traverse le -désert et paraît devant les Pyramides, les plus grands et les plus -anciens monuments qui soient sortis de la main des hommes. «Songez, -s'écria Bonaparte, en les montrant à ses soldats, songez que du haut -de ces pyramides quarante siècles vous contemplent!» Une brillante -victoire disperse la redoutable cavalerie des Mameluks. Bonaparte -entre au Caire et ne tarde pas à rester maître de l'Égypte. - -Il gouverne alors et administre sa conquête. Il envoie de tous côtés -des savants qu'il a amenés avec lui pour étudier les monuments -mystérieux de cette terre, jadis si renommée. Puis il s'en va -au-devant des Turcs qui arrivent par la Syrie: il les bat à la journée -du Mont-Thabor. Mais il échoue au siège de Saint-Jean-d'Acre, car la -flotte anglaise protège cette ville. La flotte française qui l'avait -amené, avait été détruite par les Anglais dans la rade d'Aboukir. -Bonaparte n'a plus aucune communication avec la France. Les Anglais -débarquent une nouvelle armée turque à la pointe d'Aboukir. Bonaparte -n'attend point qu'elle attaque: il va au-devant d'elle, la jette à -la mer et la détruit (25 juillet 1799). Bonaparte ayant appris les -revers de nos armées et l'agitation du pays, laissa son armée à l'un -de ses plus habiles lieutenants, Kléber, et quitta l'Égypte seul. Il -échappa aux croisières anglaises, débarqua à Fréjus, arriva à Paris -où il ne tarda pas à renverser le Directoire et à se rendre maître -du gouvernement par le coup d'État du 18 et du 19 brumaire (9 et 10 -novembre 1799). - - - - - CHAPITRE XVIII - - LE CONSULAT (1799-1804) - - -Bonaparte organisa un nouveau gouvernement: le _Consulat_. Trois -_consuls_ devaient exercer le pouvoir, mais Bonaparte, nommé -_Premier Consul_, concentra en lui toute l'autorité. En quelques -mois l'administration fut réorganisée, les finances, l'armée, tout -fut remis en ordre sous l'impulsion vigoureuse de Bonaparte, qui -s'entendait à tout, aux lois comme à la politique, aux chiffres comme -aux batailles. - -=La seconde campagne d'Italie.=--Le Premier Consul ne perd point de -temps pour relever au dehors la France, menacée de perdre toutes -ses conquêtes. Les Autrichiens, en Italie, pressaient dans Gênes -l'intrépide Masséna qui soutenait une lutte héroïque. La famine -désolait la ville. Masséna régla tellement les rations, recourut à -tant d'expédients, qu'on vécut là où d'autres seraient morts. «Il -nous fera manger jusqu'à nos bottes,» disaient les soldats. Bonaparte -se porte à son secours, et pour surprendre l'ennemi, tente de -franchir les Alpes sur un point imprévu. Il choisit la route, à peine -praticable, du Grand Saint-Bernard (entre la Suisse et l'Italie). Les -troupes commencèrent à monter dans la nuit du 14 au 15 mai (1800). -Les vivres, les munitions passèrent à la suite des régiments; mais -l'obstacle c'était l'artillerie. On imagina de partager par le milieu -des troncs de sapins, de les creuser, d'envelopper avec ces deux -demi-troncs une pièce d'artillerie et de la traîner ainsi enveloppée -le long des ravins. Des mulets furent attelés à ce singulier fardeau; -mais bientôt les mulets manquèrent; les soldats s'attelèrent alors -aux pièces et les traînèrent. La musique jouait des airs animés dans -les passages difficiles et encourageait les troupes à vaincre ces -obstacles d'une nature si nouvelle. Au sommet, l'armée trouva des -vivres préparés par les religieux du Saint-Bernard et après quelque -repos commença la descente, qui ne présentait pas moins de difficultés -que l'ascension. - -=Bataille de Marengo.=--En quelques jours, le Premier Consul avait -jeté au delà des Alpes quarante mille Français. Vingt mille autres -venaient les rejoindre par d'autres passages. Toutefois il y avait eu -des retards qui amenèrent la chute de Gênes où la famine était devenue -extrême. Masséna obtint les conditions les plus honorables. «Je serai -de retour dans quinze jours,» dit-il en rendant la place. Bonaparte -assura l'exécution de cette parole. - -Le 14 juin 1800 il rencontra l'armée autrichienne près de Marengo. - -Obligé de disperser son monde dans la crainte de voir l'ennemi lui -échapper, le Premier Consul ne put d'abord opposer que des forces -inférieures aux troupes autrichiennes. Jusqu'à trois heures il -perdait la bataille, mais il tient bon et ne recule que pas à pas. -Heureusement le général Desaix, récemment arrivé d'Égypte, avait -été la veille détaché avec sa division, dans une autre direction. -Il entend le bruit du canon; il descend de cheval, et approche son -oreille de la terre. Nul doute, une bataille est engagée; son devoir -est d'y courir; il y court avec ses six mille hommes. Lorsqu'il -arrive, les généraux l'entourent. Bonaparte, qui persiste, malgré -l'avis de ses lieutenants, à poursuivre la lutte, demande l'avis -de Desaix. Celui-ci regarde le champ de bataille: «La bataille est -perdue, répond-il, mais nous avons encore le temps d'en gagner -une.» Bonaparte ravi donne ses ordres. «Enfants, cria-t-il, nous -avons fait trop de pas en arrière; le moment est venu de marcher en -avant! Rappelez-vous que mon habitude est de coucher sur le champ de -bataille.» - -Le général autrichien, M. de Mélas, ne se doutait point du désastre -qui le menaçait. Il était rentré dans Alexandrie et expédiait à son -souverain des courriers lui annonçant son triomphe. La division -Desaix s'avance et arrête les colonnes autrichiennes sur la route. -Le général lui-même s'élance à la tête d'un régiment, mais dès les -premières décharges il tombe frappé à mort. Les soldats désespérés -se précipitent avec une véritable fureur sur les masses profondes -des Autrichiens que des charges de cavalerie achèvent de mettre en -déroute. L'armée tout entière pleura Desaix et Napoléon le regretta -plus d'une fois dans le cours de ses longues guerres. - -Une autre victoire du général Moreau, en Allemagne, força l'Autriche -à signer la paix qui fut conclue à Lunéville (1801). L'Angleterre -elle-même, l'ennemie la plus acharnée qu'ait eue notre Révolution, -signa la paix d'Amiens (1802). - -=Organisation de la société nouvelle.=--Le Premier Consul, dès qu'il -put donner ses soins au gouvernement intérieur, organisa la société -nouvelle. Il créa un système régulier d'administration, qui dure -encore. Il fit constituer la Banque de France, qui est encore la plus -importante de nos institutions de crédit. Il régla la distribution -de la justice et fit rédiger le Code civil, recueil des lois qui -protègent encore aujourd'hui la famille et la propriété des citoyens. -Il signa, en 1802, avec le Pape, un traité, le Concordat, qui décida -le rétablissement en France du culte catholique et d'après lequel sont -encore fixés les rapports de l'Église et de l'État. - -Les anciens ordres de chevalerie supprimés furent remplacés par -l'Ordre de la _Légion d'honneur_ auquel tout le monde pouvait -prétendre sans distinction de naissance ou de fortune. La croix -d'honneur brilla sur la poitrine du simple soldat comme sur celle du -général et signalait les services civils aussi bien que les services -militaires. Elle portait une simple et noble devise: _Honneur et -Patrie_. - -En même temps, il encourageait l'agriculture, l'industrie, le -commerce, que tant d'années de troubles avaient ruinés, et le pays, -rassuré, oublia ses divisions pour se remettre avec ardeur au travail -qui ramena la prospérité. - -L'Angleterre, jalouse de voir la France s'agrandir, relever sa marine -et ses colonies, nous déclara de nouveau la guerre en faisant saisir -douze cents navires français. - - - - - CHAPITRE XIX - - L'EMPIRE (1804-1815) - - -=Napoléon I^{er}.=--Les complots sans cesse renaissants favorisèrent -d'ailleurs l'ambition du Premier Consul. Déjà nommé consul à vie, il -obtint le rétablissement de la monarchie déclarée héréditaire dans sa -famille, et le Sénat renouvela pour lui le titre romain d'empereur (18 -mai 1804). Le général Bonaparte était devenu Napoléon I^{er}. - -Napoléon cependant, pour attaquer l'Angleterre, rassemble une armée -à Boulogne et prépare tous les moyens de la transporter en quelques -heures au delà de la Manche. Pour être maître de la mer pendant -quelques heures, il fallait l'arrivée d'une flotte supérieure à celle -des Anglais. Napoléon apprit bientôt que sa flotte était retardée. -De plus l'Angleterre détourna le péril en soulevant de nouveau le -confinent et en déterminant l'Autriche et la Russie à former une -coalition. Obligé d'abandonner son projet, Napoléon se retourna avec -l'ardeur de la colère contre les ennemis qu'il pouvait saisir. Il -frappa des coups décisifs. - -Tandis que notre flotte essuyait un désastre sur les côtes d'Espagne -près du cap Trafalgar, l'empereur transportait avec une rapidité -merveilleuse sa grande armée du camp de Boulogne en Allemagne. Il -marcha sur Vienne où il entra sans résistance. L'armée autrichienne -s'était retirée en Moravie pour se joindre à l'armée russe. - -=Bataille d'Austerlitz.=--Napoléon, sans perdre de temps, était allé -au-devant des deux armées russe et autrichienne. Il se dirigea sur -Brünn et arriva en face de l'ennemi, non loin du village d'Austerlitz. -Ses forces étaient inférieures à celles des deux empereurs d'Autriche -et de Russie qui cherchaient à lui couper la retraite. Napoléon -devinait leur plan comme s'il eût assisté à leurs conseils. Il les -encouragea, en feignant d'avoir peur, à poursuivre les mouvements -qu'ils avaient ordonnés de manière à amener leurs troupes sur le champ -de bataille qu'il avait choisi. - -Le 1^{er} décembre 1805, au soir, voyant les Russes quitter en masses -serrées les hauteurs dont lui-même convoitait la possession, il ne put -s'empêcher de s'écrier: «Cette armée est à moi!» Comme il parcourait -son camp, les soldats allumèrent des milliers de torches, le saluant -de leurs vivats et lui promettant pour le lendemain, anniversaire de -son couronnement, une belle victoire. Ils tinrent parole. - -Le 2 décembre, un soleil brillant qui avait dissipé les brouillards du -matin, éclaira un terrain affermi par la gelée. La bataille s'engagea -et ne fut qu'une série de manœuvres précises par lesquelles l'armée -alliée fut coupée en plusieurs tronçons. Les Français s'établirent -en maîtres sur les hauteurs que les Russes avaient abandonnées et -plusieurs divisions russes se trouvèrent enveloppées dans une étroite -vallée que fermaient des étangs. Les Russes cherchèrent à s'échapper -par ces étangs recouverts de glace: les boulets brisèrent la glace et -un grand nombre de fuyards périrent. Les armées russe et autrichienne -étaient tellement défaites que l'empereur d'Autriche se hâta de -demander une entrevue au vainquer, aux avant-postes. - -Un armistice fut conclu; l'armée russe eut la liberté de se retirer et -la paix de Presbourg termina la guerre (26 décembre 1805). - -=Guerre contre la Prusse et la Russie.=--La Prusse qui n'avait pas osé -se joindre aux coalisés, engagea seule, l'année suivante, la lutte -contre Napoléon. Tandis que les Prussiens se dirigeaient vers le Rhin, -l'empereur, les trompant, se dirigea vers l'Elbe pour leur couper la -retraite. L'armée prussienne revint en toute hâte sur ses pas, divisée -en deux corps. Napoléon écrasa un de ces corps d'armée à la fameuse -journée d'Iéna (14 octobre 1806), tandis que l'autre corps d'armée -était défait, le même jour par le maréchal Davout, près du village -d'Auerstaedt. L'armée prussienne, complètement dispersée, n'existait -plus. Cependant les Russes arrivaient au secours des Prussiens. -Napoléon alla au-devant d'eux. Les Russes voulurent le surprendre -pendant l'hiver; il les repoussa et leur livra dans un pays couvert -de neige (8 février 1807) la sanglante bataille d'Eylau. Un de nos -corps d'armée s'égara, aveuglé par la neige qui tombait en abondance -et se fit écraser, ce qui causa un moment un grand désordre et faillit -compromettre le succès. - -La campagne d'été fut courte et brillante. Les Russes avaient reformé -une nouvelle armée et revenaient conduits par l'empereur Alexandre -lui-même. Ils furent écrasés à Friedland (14 juin 1807). - -Alexandre, bien vaincu cette fois, demanda la paix et l'obtint à -l'entrevue de Tilsitt sur un radeau construit au milieu du Niémen. -Il renonçait à une partie de la Pologne et s'engageait à fermer ses -ports aux Anglais. Napoléon rendit au roi de Prusse son royaume, mais -mutilé. Des provinces du Rhin, il forma pour son frère Jérôme le -royaume de Westphalie. Un des frères de l'empereur, Joseph, occupait -déjà le trône de Naples; les autres membres de sa famille avaient des -principautés et il en donnait à ses plus habiles ministres, formant -ainsi à l'Empire une ceinture de monarchies vassales. - -L'Empire s'agrandit encore de la Hollande, qu'un des frères de -Napoléon, Louis, gouvernait en qualité de roi, mais où il refusait -d'appliquer des mesures rigoureuses qui ruinaient le commerce du -pays. L'empereur ne souffrait plus d'obstacle à sa volonté: il réunit -la Hollande à la France (juillet 1810). L'empire français compta -alors 130 départements. Un des maréchaux de Napoléon, Bernadotte, -était désigné comme prince héritier de la Suède. La Prusse, mutilée, -n'existait que parce qu'il l'avait bien voulu; il s'attachait -l'Autriche par une alliance de famille. - -=Mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche.=--De son mariage -avec Joséphine de Beauharnais, Napoléon n'avait pas d'enfant; malgré -son affection pour Eugène Beauharnais, qu'il avait adopté et créé -vice-roi d'Italie, il ne voulait pas le déclarer son héritier. Il fit -annuler son mariage avec Joséphine, divorce qu'on n'approuva point -et qui parut un divorce avec le bonheur. Il demanda à l'empereur -d'Autriche la main de l'archiduchesse Marie-Louise (1810) et fit -asseoir sur son trône, à ses côtés, une fille des Césars. Un fils lui -étant né le 20 mars 1811, l'empereur le décora du nom de roi de Rome. - -Napoléon était alors à l'apogée de la puissance et de la gloire. Rien -ne résistait plus à ses volontés. Les grands corps de l'État restaient -muets ou ne parlaient que pour applaudir aux vastes projets du maître -et exalter ses succès. L'empereur s'efforçait de se faire pardonner -ce gouvernement arbitraire en développant toutes les ressources de la -prospérité publique. Il perfectionnait le système financier, la Banque -de France, promulguait le _Code de Commerce_. - -Il entreprenait de grands travaux d'art ou d'utilité générale en -France et dans les pays annexés: la colonne Vendôme, l'arc de triomphe -de l'Étoile, l'achèvement du Louvre et des Tuileries, des fontaines, -des canaux, des routes, etc. Il encouragea aussi l'industrie et -créa le Conseil général des fabriques et manufactures. Le blocus -continental, qui écartait du continent les produits de l'industrie -anglaise, fit naître des industries nouvelles. Par un décret du 15 -janvier 1812, Napoléon destina cent mille hectares de terrain à la -culture des betteraves, pour la fabrication du sucre indigène, qui -devait remplacer le sucre des colonies. - -Napoléon favorisa surtout l'application des sciences utiles à -l'industrie. Il honora et récompensa les savants aussi bien que les -manufacturiers. - -On vit naître deux sciences nouvelles: la géologie, ou histoire -naturelle de la terre, et la paléontologie, science qui traite -d'animaux et végétaux disparus, dont les débris sont enfouis dans la -terre. La littérature et les arts pourtant, ne brillèrent pas du même -éclat à cette époque. - -=Campagne de Russie.=--La France, malgré cette prospérité, avait -besoin de repos et d'un gouvernement moins despotique. Mais Napoléon, -résolu à dominer l'Europe entière, rompit avec la Russie et voulut -aller à Moscou. Cette témérité le perdit. - -La Russie n'exécutait qu'à moitié le blocus ordonné contre les -Anglais. Napoléon lui déclara la guerre tandis que ses meilleurs -soldats étaient encore occupés à soumettre l'Espagne. Il marcha vers -le Niémen à la tête de six cent quarante mille hommes de toute nation: -il entraînait pour ainsi dire toute l'Europe à sa suite (1812). - -Il franchit le Niémen, le 24 juin, entra à Wilna, où il s'arrêta trop -longtemps, s'empara de Smolensk, après un combat acharné (17 août). - -Les Russes reculaient toujours, dévastant le pays. Cependant le -général Kutusoff décida à livrer une bataille sur les bords de la -Moskowa, à Borodino (7 septembre 1812). Ce fut un des plus terribles -chocs des temps modernes. L'action dura toute la journée, mais les -Russes se retirèrent horriblement maltraités. - -=Les Français à Moscou.=--Cette victoire, bien qu'elle eût coûté -cher, ouvrait la route de Moscou; l'armée se dirigea vers cette -fameuse capitale. Le 14 septembre elle dépassa la dernière hauteur qui -lui dérobait la vieille cité russe. Les soldats, émus au spectacle -grandiose qui se déroulait devant leurs yeux, s'arrêtèrent en criant: -«Moscou! Moscou!» Moitié européenne, moitié asiatique, demi-orientale -et demi-grecque, Moscou, ville immense, sur la limite de la -civilisation et de la barbarie, offrait le mélange le plus singulier -de palais, d'églises, de dômes dorés étincelant aux rayons d'un soleil -d'automne, de jardins, de bosquets, de maisons aux toits brillant de -couleurs variées, et de pauvres cabanes tartares. Bien des soldats -avaient vu le Caire, les Pyramides, Milan, Vienne, Berlin, Madrid: -Moscou surprenait ces hommes déshabitués de l'étonnement. L'armée -défila, ivre d'enthousiasme, et entra dans la cité sainte des Russes. - -La joie fut courte. La ville était déserte et morne: toute la -population avait fui à la suite de l'armée russe. Dans la nuit du 15 -au 16 septembre, un immense incendie éclata, allumé par les bandits -qu'avait laissés le gouverneur Rostopchine. Un vent furieux vint aider -les incendiaires, et, changeant presque chaque jour, porta tour à tour -les flammes dans les différents quartiers de la ville. Trois jours -et trois nuits, Moscou présenta l'aspect d'un horrible brasier, dont -l'armée eut beaucoup de peine à sortir; les flammes ne s'arrêtèrent -qu'après avoir dévoré les quatre cinquièmes de cette opulente cité -où les soldats espéraient trouver, sinon la paix, du moins le repos -pendant l'hiver. Cet acte sauvage indiquait assez à quelle nation on -faisait la guerre. Napoléon néanmoins engagea des négociations. Il -perdit un temps précieux, croyant toujours que l'empereur Alexandre -traiterait. Mais Alexandre ne pensait qu'à le jouer, comptant pour -nous chasser sur son allié favori, l'hiver. - -=La retraite de Russie.=--Cet allié fut plus fidèle encore qu'à -l'ordinaire et plus énergique. Napoléon se décida enfin à partir le -15 octobre. Dès le 23 le mauvais temps commença. Le 9 novembre le -ciel, sur lequel on avait tant compté, se déclara contre nous. La -neige tomba. Tout alors est confondu et méconnaissable; on marche -sans savoir où l'on est, sans apercevoir son but; les flocons de -neige, poussés par le tempête, s'amoncellent et s'arrêtent dans -toutes les cavités; la surface cache des profondeurs inconnues qui -s'ouvrent perfidement sous nos pas. Là le soldat s'engouffre, et les -plus faibles s'abandonnant y restent souvent ensevelis. L'hiver russe -attaque les soldats de toutes parts; il pénètre au travers de leurs -légers vêtements et de leur chaussure déchirée; leurs habits mouillés -se gèlent sur eux; devant eux, autour d'eux, tout est neige; c'est -comme un grand linceul dont la nature enveloppe l'armée! Les seuls -objets qui se voient, ce sont de sombres sapins avec leur funèbre -verdure, et la gigantesque immobilité de leurs tiges noires, et leur -grande tristesse qui complète cet aspect désolé d'un deuil général, -d'une nature sauvage et d'une armée mourante au milieu d'une nature -morte. - -A Smolensk, on ne trouva ni les vivres ni les secours espérés. Tout -était pillé. On ne put s'y arrêter. Il fallut poursuivre cette -retraite, de plus en plus désastreuse à mesure que le froid devenait -plus rigoureux et que l'ennemi se rapprochait. Il fallait acheter -par des combats une route couverte de neige. Ney à l'arrière-garde -protégeait de son solide courage toute l'armée. Des lignes de cadavres -marquaient les bivouacs. Depuis longtemps on laissait les canons -faute de chevaux, et, ce qui est plus triste, les blessés. Presque -toute la cavalerie était à pied. Les rangs étaient abandonnés, et une -foule désarmée, souffrante, suivait les régiments qui conservaient -encore quelque organisation et quelque discipline. Ce fut cette foule -accrue des marchands et des vivandiers qui occasionna l'encombrement -des ponts au passage de la Bérésina, et fut en partie sacrifiée pour -le salut de l'armée, car on se vit obligé de rompre les ponts à -l'arrivée de l'ennemi. Des scènes douloureuses se produisirent alors -(28 novembre) et sont restées célèbres sous le titre de passage de la -Bérésina. - -A Smorgoni, Napoléon quitta l'armée pour prévenir à Paris la nouvelle -de son désastre. Il traversa l'Allemagne incognito et arriva aux -Tuileries, lorsqu'on commençait seulement à connaître quelque chose -de l'horrible vérité. Après son départ, la retraite devint plus -désastreuse. Le froid redoubla. Le 9 décembre on arriva à Wilna, mais -sans pouvoir s'y arrêter. Il fallut reculer jusqu'au Niémen, et c'est -à peine si une poignée de soldats, débris d'une armée de 400,000 -hommes, repassa ce fleuve. - -=Campagnes d'Allemagne et de France.=--Ce désastre porta un coup -mortel à la puissance de Napoléon. Dès qu'on vit son armée détruite -par le froid, les défections commencèrent. La Prusse d'abord se -souleva. Même le prince de Suède, un maréchal de l'Empire, Bernadotte, -entra dans la coalition. Napoléon, cependant, réussit à recomposer une -armée de deux cent mille hommes avec les troupes laissées en Allemagne -et les conscrits de France. - -Trois armées, prussienne, russe, autrichienne, se dirigent sur -Dresde. Napoléon leur fait face. Le 26 et le 27 août, il livre une -grande bataille à Dresde et remporte une sanglante victoire. Mais les -lieutenants de Napoléon se laissent battre, et bientôt l'empereur -voit trois cent mille coalisés se réunir contre lui près de Leipzig. -Pendant trois jours Napoléon arrête, tour à tour, chacune des armées -ennemies. Malgré l'héroïsme de ses soldats il ne peut continuer cette -lutte inégale. Il fallut reculer encore et reculer jusqu'en France. - -La France à son tour fut envahie. Trois masses énormes formant un -total de quatre cent mille hommes arrivent par la Hollande et la -Belgique, par la Moselle, par la Bourgogne, et convergent vers -Paris. Devant ce danger Napoléon retrouve son activité d'Italie: il -déploie dans cette lutte suprême un génie qui excite l'admiration. -Avec une poignée de soldats aguerris, trois mois il tient tête à -la coalition et frappe des coups énergiques. Les alliés négocient; -mais ils n'offrent à l'empereur que les limites de 1789. Napoléon -s'indigne: «Voulez-vous que j'abandonne les conquêtes qui ont été -faites avant moi, s'écrie-t-il, que je laisse la France plus petite -que je l'ai trouvée! jamais!» Nouveaux combats et nouveaux succès, -mais les armées alliées se réunissent toujours et, après la bataille -indécise d'Arcis-sur-Aube (20 et 21 mars), marchent sur la capitale. -D'héroïques soldats résistent, autant qu'ils peuvent, aux 180,000 -hommes qui les attaquent; ils sont écrasés par le nombre. Paris -capitule (31 mars), et on demanda à l'empereur son abdication. -Abandonné de ses généraux, il la signa enfin, plein de douleur (6 -avril). Un traité lui assurait la souveraineté dérisoire de l'île -d'Elbe. Avant de partir, Napoléon composa un bataillon d'hommes et -d'officiers de différents corps de la garde, bataillon qui devait -l'accompagner; puis, dans la cour du palais de Fontainebleau, il fit -aux régiments qui demeuraient de touchants adieux. Puis il partit, -accompagné de quelques serviteurs fidèles, pour un exil qui, dans sa -pensée, n'était point définitif. - -=Première restauration des Bourbons.=--Les Bourbons revinrent dans -cette France entièrement renouvelée à laquelle ils parurent des -étrangers. Louis XVIII regardait comme nul tout ce qui s'était fait -en son absence et appelait 1814 la dix-neuvième année de son règne. -L'arrogance des émigrés, leur prétention de détruire toutes les -conquêtes de 1789, excitèrent de vifs mécontentements. On regarda -du côté de l'île d'Elbe, où avait été relégué le puissant empereur. -Napoléon comprit qu'on l'appelait. Il arriva. - -Échappant à la vigilance des croisières anglaises, il débarque le -1^{er} mars 1815 avec son bataillon de grenadiers de la garde, au -golfe Jouan, près de Cannes, et arrive à Grenoble, où le colonel -Labédoyère se rallia à lui. Il poursuivit sa marche triomphale de -Grenoble à Lyon, de Lyon à Paris. Le 20 mars 1815 Napoléon rentrait -aux Tuileries, que Louis XVIII avait quittées pour s'enfuir en -Belgique. - -Instruit par le malheur, Napoléon déclara qu'il allait satisfaire les -désirs de liberté qu'il avait trop méconnus. Mais Napoléon remontant -sur le trône fut un sujet d'effroi pour l'Europe. Les souverains -resserrèrent leur alliance et mirent en mouvement leurs armées. - -=Bataille de Waterloo.=--Napoléon, en quelques mois, avait aussi -réorganisé son armée et entra en Belgique, à la tête de cent trente -mille hommes. Il battit les Prussiens à Fleurus et à Ligny (16 juin). -Mais il fallait aussi arrêter les Anglais. Il les attaqua le 18 juin -1815 au plateau du Mont-Saint-Jean, près du village de Waterloo. Le -maréchal Grouchy était chargé de poursuivre les Prussiens et de les -empêcher de secourir les Anglais. Ney entraîna par son ardeur la -cavalerie, qui exécuta des charges répétées. Ce furent des scènes -grandioses, telles qu'on n'en avait point vu. Les cuirassiers surtout -firent des prodiges. Napoléon se préparait à soutenir ces belles -charges par son infanterie, lorsque les Prussiens arrivèrent. Bülow -débouchait sur la droite avec 30,000 ennemis, quand, à sa place, on -espérait Grouchy avec 30,000 Français. Il fallut leur faire face. - -Toutefois le combat se soutenait, les Prussiens furent refoulés. -Ney entraîne une seconde fois toute la cavalerie sur le plateau du -Mont-Saint-Jean, que Wellington a repris et qu'il veut défendre -jusqu'à la dernière extrémité; il sait qu'il sera secouru. Dix mille -cavaliers se précipitent avec furie sur les bataillons anglais formés -en carrés, les entament, les ouvrent, s'emparent des canons. Déjà les -Anglais se débandent, et Wellington inquiet ne sait si les Prussiens -auront le temps de paraître. Il est sept heures du soir. Ney demande -toujours de l'infanterie; «De l'infanterie! Où voulez-vous que j'en -prenne? Voulez-vous que j'en fasse?» répond Napoléon obligé de tenir -tête aux Prussiens. Toutefois, ceux-ci avaient décidément reculé. -Napoléon forme une colonne de bataillons de la garde, destinée à -enfoncer le centre des Anglais. Elle est à peine organisée que le -reste de l'armée prussienne avec Blücher se montre sur l'extrême -droite: et Grouchy ne vient point! Napoléon ordonne d'attaquer avec -quatre bataillons seulement. Peut-être aura-t-il le temps de percer -les Anglais. Tout cède devant les redoutables bataillons que Ney -dirige avec l'entrain du désespoir. On entoure Wellington, on lui -demande ses instructions, s'il est tué. «Mes instructions, répond-il, -c'est de tenir ici jusqu'au dernier homme.» Il mérita bien, ce -jour-là, par sa froide ténacité, le surnom de _Duc de fer_. Des -soldats de réserve, couchés dans les blés, se lèvent tout à coup, -et leur feu subit, meurtrier, met le désordre dans les rangs des -Français, qui plient. - -Il est huit heures. On pourrait renouveler l'attaque avec les huit -bataillons qui restent, mais Blücher arrive et tourne notre aile -droite. La vieille garde n'a plus qu'une mission à remplir: c'est -de jeter sur cet immense désastre un peu de gloire, par son sublime -héroïsme. Elle protège la déroute de l'armée, qui s'enfuit, vivement -poursuivie. Décimés, les bataillons de vétérans se sacrifient pour -le salut de tous. Ils se forment en carrés qui rétrogradent en -combattant: plusieurs sont détruits. «La garde meurt et ne se rend -pas,» noble parole qui fut réellement prononcée et admirablement -tenue. Napoléon, entouré par les débris de sa garde, fut entraîné, la -mort dans l'âme, loin de ce funeste champ de bataille de Waterloo où -venait de s'abîmer sa merveilleuse carrière. - -Napoléon se hâta d'accourir à Paris, croyant y trouver un appui. Se -voyant abandonné, il abdiqua en faveur de son fils. Mais les alliés -arrivèrent, rappelèrent Louis XVIII et n'accordèrent la paix qu'aux -conditions les plus onéreuses. Les traités de 1815 ramenèrent la -France, au nord et à l'est, en deçà des limites de 1789. Elle perdait -non seulement les conquêtes de l'Empire, mais encore toutes celles de -la République et même quelques-unes de l'ancienne monarchie. - -Hors du continent, la France renonçait à la plupart des colonies que -l'Angleterre avait prises pendant la guerre. L'Angleterre restait -la plus grande puissance maritime. La Russie obtenait presque toute -la Pologne. L'Autriche dominait l'Italie. La Prusse recouvrait ses -anciennes provinces et recevait la rive gauche du Rhin. La Belgique, -réunie à la Hollande, formait un royaume des Pays-Bas, destiné à -servir de barrière contre la France. Partout les alliés de la France, -les faibles, étaient écrasés. - -=Napoléon à Sainte-Hélène.=--Napoléon avait demandé à l'Angleterre -l'hospitalité et était passé librement sur un vaisseau anglais: on le -déclara prisonnier et on l'envoya sur un îlot de l'océan Atlantique, -à Sainte-Hélène, dans la zone torride. Là encore on sembla vouloir le -tuer lentement. Au lieu de lui abandonner le château du gouverneur, -situé dans une fraîche vallée, on choisit pour sa demeure un plateau -brûlé par le soleil et désolé par les vents. Une limite fut tracée aux -promenades de celui qui avait l'habitude de parcourir l'Europe. Hors -de ces limites, Napoléon ne pouvait aller à cheval sans être suivi. -Aussi, pour éviter cette gêne odieuse, se livrait-il le moins possible -à l'exercice du cheval, nécessaire à sa santé. Les généraux Bertrand, -Gourgaud et Montholon avec leurs familles faisaient tous leurs efforts -pour adoucir ses peines; ils n'y parvenaient pas. Ne voulant plus -monter à cheval, il se livra à l'exercice du jardinage et éleva des -épaulements en terre pour protéger sa demeure contre les vents. En -costume de planteur, on le voyait avec ses compagnons surveiller la -culture de son jardin, et combattre encore la nature de ce roc stérile -sur lequel on ne lui épargnait pas les humiliations. - -En 1821, dans les premiers jours de mai, une maladie qui faisait -souffrir Napoléon depuis plusieurs années et que le climat avait -développée, fit des progrès alarmants. Le 3, le délire commença, -et à travers ses paroles entrecoupées on saisit ces mots: «Mon -fils... l'armée... Desaix...» On eût dit, à une certaine agitation, -qu'il avait une dernière vision de la bataille de Marengo regagnée -par Desaix. Le 4, l'agonie dura sans interruption. Le temps était -horrible; un ouragan des tropiques déchaînait sa fureur sur l'île -et y déracinait quelques-uns des grands arbres. Enfin, le 5 mai on -ne douta plus que le dernier jour de cette existence extraordinaire -ne fût arrivé. Tous les serviteurs de Napoléon, agenouillés autour -de son lit, épiaient les dernières lueurs de la vie. Ce jour-là, le -temps était redevenu calme et serein. Vers cinq heures quarante-cinq -minutes, juste au moment où le soleil se couchait dans des flots de -lumière et où le canon anglais donnait le signal de la retraite, les -nombreux témoins qui observaient le mourant s'aperçurent qu'il ne -respirait plus, et s'écrièrent qu'il était mort. - -Napoléon avait alors cinquante-deux ans. On l'enterra dans l'île, près -d'une fontaine qu'il affectionnait. Il avait, dans son testament, -exprimé le désir d'être enterré «sur les bords de la Seine, au milieu -de ce peuple français qu'il avait tant aimé.» Ce dernier vœu fut -réalisé en 1840, et les restes de Napoléon reposent maintenant dans -l'Hôtel des Invalides à Paris. - - - - - CHAPITRE XX - - LA FRANCE DEPUIS 1815 - - -=La Restauration; Louis XVIII (1815-1824).=--Une invasion plus funeste -que celle de 1814 se continua pendant plus de trois mois après la -bataille de Waterloo. Les Prussiens occupaient Paris, les Anglais -tenaient les environs de la capitale. Pendant trois ans une partie de -la France resta occupée par les troupes étrangères. - -La Chambre des députés voulait rétablir l'ancien régime, et Louis -XVIII se vit obligé lui-même de la dissoudre. Il s'efforçait de -réconcilier les classes divisées par une révolution si profonde: il -comprenait que la royauté devait se rattacher la société nouvelle -et non la combattre. L'assassinat du duc de Berry (13 février -1820), neveu du roi et alors dernier héritier du trône, rejeta le -gouvernement dans les bras des royalistes exaltés. Les rigueurs -recommencèrent et provoquèrent des conspirations qui amenèrent de -nouveaux supplices. - -Afin de regagner l'armée et pour défendre au dehors comme au dedans le -principe de l'autorité royale, le gouvernement entreprit l'expédition -d'Espagne pour rétablir sur le trône le roi Ferdinand VII, qui avait -été renversé par son peuple et se trouvait dans une situation analogue -à celle où s'était trouvé Louis XVI. L'armée française, commandée -par les maréchaux et les généraux expérimentés de l'Empire, pacifia -rapidement toute l'Espagne. - -L'année suivante, Louis XVIII, qui avait eu à traverser les temps les -plus difficiles, acheva paisiblement son règne. - -=Charles X (1824-1830).=--Son frère Charles lui succéda. Charles -X avait alors soixante-sept ans: le duc de Bordeaux était son -petit-fils, et tout semblait l'inviter à continuer, après les -secousses violentes des trente dernières années, la politique de -Louis XVIII. Il n'en fit rien. C'était lui qui, en 1789, avait donné -le signal de l'émigration, et il disait en parlant de La Fayette, un -des principaux chefs du parti libéral et l'un des premiers acteurs -de la Révolution: «Il n'y a que M. de La Fayette et moi qui n'ayons -pas changé depuis 1789.» Un moment il céda à l'opinion en prenant -des ministres modérés, mais il revint presque aussitôt aux vieilles -théories de pouvoir absolu, et se crut assez fort en 1830 pour -déchirer la Charte consentie par Louis XVIII. - -Une révolution éclata et une bataille de trois jours s'engagea dans -les rues de Paris, 26, 27 et 28 juillet 1830. Charles X abdiqua en -faveur de son petit-fils le duc de Bordeaux, mais trop tard, et -s'embarqua à Cherbourg, partant pour un dernier et nouvel exil. Les -Chambres donnèrent la couronne à Louis-Philippe d'Orléans. La France -reprit le drapeau tricolore. - -=Règne de Louis-Philippe I^{er} (1830-1848).=--Le nouveau roi, -Louis-Philippe I^{er}, rassurait par sa politique libérale la -société, qui ne craignait plus de retour en arrière. Mais les partis -ne désarmaient point, et le règne de Louis-Philippe fut fort troublé -jusqu'en 1840; à plusieurs reprises, des insurrections ensanglantèrent -les rues de Paris et de Lyon. Des attentats sans cesse répétés contre -la vie du roi perpétuaient l'inquiétude. - -Louis-Philippe, cependant, parvint à triompher de toutes les -agitations: il maintenait au dehors la paix de l'Europe, mais on lui -reprochait d'acheter cette paix par de trop grandes concessions. -L'industrie et le commerce, qui, depuis le commencement du siècle, -avaient pris un essor rapide, avaient accru l'importance de la -population ouvrière, dont le gouvernement ne se préoccupait pas -assez. Deux maîtres en l'art de la parole et en l'art d'écrire, M. -Thiers et M. Guizot, se disputaient sans cesse le pouvoir, et leur -rivalité fut le grand événement d'un règne où les luttes de la tribune -tinrent la place principale. Tandis que les amis mêmes de la royauté -réclamaient de justes réformes, ses ennemis se préparaient à profiter -de ces divisions. Une émeute commencée aux cris de Vive la réforme! -devint bientôt, le 24 février 1848, une révolution d'où sortit pour -la seconde fois la République. Louis-Philippe n'essaya même pas de -lutter; comme Charles X, il abdiqua en faveur de son petit-fils -le comte de Paris, mais trop tard aussi, et il dut s'enfuir en -Angleterre, où il mourut deux ans après. - -=Conquête de l'Algérie.=--La plus grande œuvre et le plus beau -résultat du règne de Louis-Philippe, ce fut la conquête de l'Algérie. -La colonie s'est développée, et la France possède ainsi sur la côte -d'Afrique un vaste territoire très fertile qui compte trois millions -d'habitants. - -=République de 1848: le suffrage universel.=--La révolution de -février 1848 assurait le triomphe de la République. Le gouvernement -provisoire, qu'on établit d'abord à l'Hôtel de ville, voulut tout de -suite marquer la portée de la nouvelle révolution par des mesures -libérales. Il abolit la peine de mort en matière politique et, dès -le 2 mars, proclama le suffrage universel. Le 27 avril, il proclama -également l'abolition de l'esclavage dans les colonies. - -La Constitution nouvelle donnait le pouvoir à un Président élu pour -quatre ans et à une Assemblée législative. L'Assemblée et le Président -devaient être nommés par le suffrage universel. Cinq millions de -suffrages désignèrent pour la présidence le prince Louis-Napoléon, -dont le nom entraîna les populations des campagnes. Deux fois déjà, -sous le règne de Louis-Philippe, il avait tenté de s'emparer du -pouvoir: deux fois il avait échoué. Devenu président de la République, -il s'appliqua à préparer son avènement à l'Empire. - -Louis-Napoléon s'appuya d'abord sur les anciens partis monarchiques, -et commença une véritable réaction contre les doctrines républicaines. -Mais bientôt il se sépara des monarchistes, qui ne voulaient point -l'accepter pour souverain. Afin de se faire réélire, il demanda la -revision de la Constitution, mais tous les partis se réunirent contre -lui et repoussèrent la revision de la Constitution. Alors le Président -songea à recourir à la force. - -=Coup d'État du 2 décembre 1851.=--Le 2 décembre 1851, il fit arrêter -les députés les plus influents du parti républicain et des partis -monarchiques, occuper Paris militairement, fermer la salle des séances -de l'Assemblée. Il détruisait lui-même la Constitution, qu'il avait -fait serment et qu'il avait pour mission de maintenir. La résistance -qui s'organisa à Paris, échoua devant l'attitude des troupes dont -le Président s'était assuré le concours. Des transportations sans -jugement éloignèrent les ennemis du nouvel ordre de choses. Sept -millions et demi de suffrages (20 et 21 décembre) confièrent à -Louis-Napoléon la présidence pour dix ans. - -Louis-Napoléon se hâta alors de publier une Constitution (14 janvier -1852). L'autorité effective, la pleine puissance était concentrée -entre les mains du Président. Le pouvoir législatif était exercé par -le _Corps législatif_ et le _Sénat_. Louis-Napoléon se fit enfin, -après un nouveau plébiscite,[14] proclamer empereur des Français (2 -décembre 1852). - -=La guerre d'Orient.=--Bien qu'il eût prononcé, pour rassurer -l'Europe, ces mots fameux: «L'Empire, c'est la paix,» Napoléon III ne -craignit pas d'inaugurer son règne par une grande guerre. Le tsar de -Russie, Nicolas, avait envahi les provinces du Danube, le 3 juillet -1853. Napoléon III s'allia alors avec l'Angleterre pour s'opposer aux -projets ambitieux du tsar. - -Une flotte anglo-française alla dans la mer Baltique. Une armée -française fut transportée en Turquie, où les troupes anglaises la -rejoignirent. Les généraux alliés, ne voulant point se lancer à -la poursuite des armées russes au delà du Danube, se décidèrent à -attaquer Sébastopol, son principal arsenal, menace perpétuelle pour -Constantinople. Le 14 septembre 1854, le corps expéditionnaire, dirigé -par le maréchal Saint-Arnaud et lord Raglan, débarqua en Crimée. -Les Russes, retranchés derrière le petit fleuve de l'Alma, sur des -hauteurs hérissées d'artillerie, comptaient nous rejeter dans la mer. -Grâce à l'élan, à l'agilité des soldats français, les hauteurs furent -escaladées, les Russes tournés, refoulés: ce fut une victoire décisive -et brillante (20 septembre 1854). - -La victoire de l'Alma ouvrait la route de Sébastopol, dont le siège -commença (octobre 1854) sous les ordres du général Canrobert, puis du -général Pélissier. Il fallut creuser des tranchées dans un terrain -rempli de rochers; les armées opéraient à cinq cents lieues de leur -pays, attendant le plus souvent leur matériel et leurs provisions, -livrés à la merci des vents impétueux qui soufflent dans la mer Noire. - -Survint un hiver des plus rigoureux. Dans les tranchées les -souffrances étaient affreuses, et il fallait travailler, combattre. Au -mois de mars 1855 l'empereur Nicolas mourut, mais son fils, Alexandre -II, continua la guerre. Alors les alliés poussèrent le siège avec une -nouvelle vigueur. - -Après un bombardement terrible, la tour Malakoff, qui était devenue, -grâce aux travaux des Russes, une citadelle redoutable, fut attaquée -le 8 septembre, tandis que le reste de l'armée s'élançait sur les -bastions voisins. Malgré un feu épouvantable et plusieurs retours -offensifs, la division du général de Mac-Mahon demeura maîtresse de -la tour Malakoff, qui n'était plus qu'un amas de décombres. Le grand -résultat était obtenu: Malakoff pris, Sébastopol tombait au pouvoir -des Français. - -Ce magnifique succès termina la guerre. Un congrès se réunit à Paris; -la paix fut signée le 30 mars 1856, et la Russie perdait le fruit de -longues années de travail et d'énormes dépenses. - -=Guerre d'Italie (1859).=--Après la Russie, Napoléon voulait abaisser -l'Autriche et délivrer l'Italie, dont le nord appartenait depuis 1815 -aux Autrichiens. Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, et surtout son -ministre, le comte de Cavour, entraînèrent Napoléon à cette guerre, -qui fut populaire et brillante. - -Les Français battirent les Autrichiens à Montebello (20 mai 1859) et -encore au village de Magenta (4 juin). - -Les Autrichiens semblèrent alors abandonner la Lombardie, mais, quand -l'armée française approcha des bords du Mincio, elle vit tout à coup -les hauteurs voisines de cette rivière couvertes d'ennemis. Les -Français, sous un soleil ardent, s'élancèrent à l'assaut des hauteurs -de Solferino et de Cavriana (24 juin), et s'en emparèrent après une -lutte acharnée. Un orage qui éclata empêcha les Français de changer en -déroute la défaite des Autrichiens, qui purent se retirer au delà du -Mincio. - -On se répétait encore les derniers détails de la journée de Solferino, -lorsque le télégraphe annonça tout à coup la conclusion de la paix. -Une entrevue eut lieu à Villafranca, entre l'empereur d'Autriche -François-Joseph et l'empereur Napoléon III. Les deux souverains -signèrent les préliminaires de la paix: l'empereur d'Autriche cédait -la Lombardie à Napoléon III, qui la remettait au roi Victor-Emmanuel. -L'Italie centrale demanda à s'unir au Piémont et, par une suite de -révolutions, d'invasions successives, le Piémont devint le maître -de la péninsule. Le royaume de Sardaigne se transforma en royaume -d'Italie. L'unité italienne fut faite. - -Dès 1860 la France, à raison de ces changements, avait réclamé sa -frontière naturelle des Alpes, perdue en partie lors des traités de -1815. La Savoie et le comté de Nice furent cédés à la France par le -roi Victor-Emmanuel (mars 1860), et les populations, consultées par -la voie du suffrage universel, accueillirent avec joie ce retour à la -patrie française. Le 14 juin, le drapeau français était porté par des -guides hardis sur la plus haute cime du mont Blanc. - -=Guerre de 1870.=--La Prusse n'avait été depuis 1815 qu'une puissance -secondaire. Mais sous le roi Guillaume I^{er}, monté sur le trône en -1861, un ministre habile et audacieux, le comte de Bismarck, entreprit -d'assurer à la Prusse l'empire de l'Allemagne. Il s'unit à l'Italie -contre l'Autriche, et l'armée prussienne remporta une victoire -décisive à Sadowa (3 juillet 1866). L'Autriche signa la paix, et les -États allemands se virent obligés de reconnaître la suprématie de la -Prusse. Ce royaume, considérablement agrandi, devenait un dangereux -voisin. Un conflit était dès lors inévitable avec la France. Le -gouvernement impérial s'y prépara d'une manière insuffisante, et la -Prusse, qui connaissait les imperfections de notre armée, eut l'art de -se faire déclarer la guerre qu'elle désirait (15 juillet 1870). - -Les Prussiens saisissent l'occasion que leur offrent les mauvaises -positions de l'armée, dispersée sur une ligne trop étendue le long de -nos frontières. Le 4 août, au nombre de quarante mille hommes, ils -écrasent une division française isolée sur les bords de la Lauter, à -Wissembourg. L'ennemi entre en France. - -Le maréchal de Mac-Mahon, qui occupait l'Alsace, cherche et trouve une -forte position à Reichshoffen et à Frœschwiller. Mais il avait à peine -trente-cinq mille hommes, et le prince royal de Prusse lui en opposa -cent vingt mille. Le maréchal de Mac-Mahon, pour assurer sa retraite, -dut sacrifier sa magnifique brigade de cuirassiers. Le même jour, à -Forbach, le corps d'armée du général Frossard était repoussé et abîmé -par une autre armée prussienne (6 août 1870). - -L'invasion s'étendit dans les départements de l'Est, rapide, terrible, -avec ses exigences, ses réquisitions, ses cruautés même. - -L'armée principale, commandée par le maréchal Bazaine, restait sous -la protection de la place de Metz, au lieu de se replier rapidement: -et malgré les glorieux combats de Borny (14 août), de Gravelotte (16 -août) et de Saint-Privat (18 août), où les armées prussiennes firent -des pertes énormes, l'armée française fut entourée et resserrée autour -de Metz. - -Une nouvelle armée, formée à Châlons, fut témérairement envoyée à -son secours; cette seconde armée, acculée à la frontière du Nord, fut -enveloppée autour de la petite place forte de Sedan. Après deux jours -de combats sanglants, cette armée, privée de son chef, le maréchal -Mac-Mahon, grièvement blessé, se vit refoulée dans la place de Sedan, -où, accablée par l'artillerie allemande, elle ne pouvait ni résister -ni vivre. L'empereur Napoléon III, qui se trouvait avec cette armée, -capitula en se rendant prisonnier de guerre avec quatre-vingt mille -hommes (2 septembre 1870). - -Lorsque cette nouvelle arriva à Paris, une révolution éclata (4 -septembre); un gouvernement nouveau s'installa à l'Hôtel de ville, -prenant le titre de gouvernement de la _Défense nationale_. Les -principaux membres de ce gouvernement, présidé par le général Trochu, -gouverneur de Paris, étaient MM. Jules Favre, Ernest Picard, Jules -Simon, Crémieux, Gambetta. - -Tandis que les armées prussiennes, victorieuses à Sedan, venaient -investir et assiéger Paris, d'autres troupes allemandes s'emparaient -successivement des forteresses.--Strasbourg, boulevard de l'Alsace, -investi le 13 août, se vit, à partir du 15, exposé à un bombardement -qui s'attaquait à la ville même. Tout le centre de la ville fut -dévasté par l'incendie. La cathédrale elle-même fut mutilée. La ville, -à bout de ressources, dut capituler le 28 septembre. Paris cependant, -investi depuis le 19 septembre, tenait à distance les Prussiens, -qui ne se trouvaient pas en mesure de l'attaquer de vive force. Des -troupes se rassemblaient sur les bords de la Loire, et la situation -paraissait s'améliorer. La capitulation du maréchal Bazaine[15] à -Metz (27 octobre) vint changer la face des choses. Investi, enserré -par des lignes de batteries, qu'il n'était pas aisé de franchir, il -n'essaya pas sérieusement, malgré la belle qualité de ses troupes -aguerries, qui constituaient la plus belle armée que la France ait eue -depuis longtemps, de rompre le cercle de fer et de feu tracé autour -de lui. Lorsque les vivres diminuèrent, il négocia. M. de Bismarck -ne voulut plus entendre parler de convention lorsqu'il comprit que -l'armée devait nécessairement se rendre. Le jour fatal arriva en -effet. Le maréchal dut capituler, et livrer prisonniers de guerre les -cent mille hommes qui lui restaient, un matériel énorme, des forts -superbes, un arsenal de premier ordre et une ville qui était un des -plus solides remparts de la France. Verdun, assiégé depuis le 25 août, -capitule le 8 novembre et Belfort se préparait sous la direction du -colonel Denfert à une résistance digne de la réputation de cette -forteresse. - -A Paris, le général Trochu se hâta d'accélérer l'organisation de -l'armée, qui déjà avait tenté plusieurs reconnaissances. Apprenant -que l'armée de la Loire comptait s'approcher du côté de la vallée de -la Seine, il prépara une sortie du côté de la Marne. Deux combats -(30 novembre et 2 décembre) furent honorables pour l'armée de Paris, -mais n'eurent aucun résultat. En même temps l'armée de la Loire -avait à lutter contre l'armée prussienne de Frédéric-Charles, que la -capitulation de Metz avait rendue libre. Une série de combats, les -2, 3 et 4 décembre, en avant d'Orléans, se termina par la retraite -des Français et la reprise d'Orléans par les Prussiens. Paris, à bout -de vivres et bombardé depuis le 6 janvier, avait enfin capitulé. -Le gouvernement de la Défense nationale signa un armistice (28 -janvier 1871). Une assemblée se réunit le 13 février à Bordeaux, -nomma M. Thiers chef du pouvoir exécutif, et, après une douloureuse -délibération, ratifia, le 1^er mars, les préliminaires de paix. La -France était forcée de payer cinq milliards et d'abandonner aux -Allemands l'Alsace et la partie de la Lorraine qu'ils appellent -allemande. - -=La guerre civile; la Commune de Paris.=--Comme si ce n'était pas -assez de tant de malheurs, une affreuse guerre civile suivit la guerre -étrangère. Des ambitieux, exploitant les souffrances et la colère de -la population parisienne, soulevèrent une partie de la garde nationale -(18 mars 1871), et organisèrent la Commune. Le gouvernement légal fut -obligé de se retirer à Versailles, et ne put rentrer à Paris qu'après -un siège de deux mois (avril-mai). Encore, dans la dernière semaine, -Paris faillit-il être anéanti par les incendies qu'allumèrent les -vaincus. Cette lutte sinistre ne finit que le 28 mai. - -=Présidence de Thiers (1871-1873).=--Le gouvernement de la Défense -nationale avait déposé ses pouvoirs entre les mains des représentants -de la nation, et ceux-ci, quoique appartenant en majorité à des -opinions monarchiques, n'osèrent pas rétablir la monarchie. Ils -choisirent pour Président du pouvoir exécutif M. Thiers, désigné -d'ailleurs par ses lumières, son expérience et ses efforts, pendant la -guerre, pour intéresser l'Europe aux malheurs de la France. - -Chef du pouvoir exécutif et vainqueur de l'insurrection de la Commune, -Thiers, travailleur infatigable, malgré son grand âge, se hâta de -préparer, en devançant les époques de payement de l'indemnité de -guerre, l'évacuation du territoire français. En deux ans l'indemnité -de guerre de cinq milliards était payée, grâce à l'empressement -du public à souscrire aux emprunts destinés à ces payements. Les -Prussiens abandonnèrent toutes les positions qu'ils occupaient sur -le territoire français. En même temps, de concert avec l'Assemblée, -Thiers réorganisait l'armée, l'administration, les finances. Une loi -(27 juillet 1872) déclarait le service militaire obligatoire pour -tous les Français jusqu'à l'âge de quarante ans. Mais Thiers, qui -s'efforçait de faire prévaloir la forme républicaine, tomba sous une -coalition des partis monarchiques et donna sa démission le 24 mai -1873. Quelques mois auparavant (9 janvier) était mort en Angleterre -l'empereur Napoléon III. - -=Présidence du maréchal de Mac-Mahon (1873-1879).=--Le maréchal de -Mac-Mahon fut désigné par l'Assemblée pour remplacer Thiers, et -bientôt, comme les efforts pour rétablir la monarchie ne pouvaient -réussir, les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon furent prolongés (20 -novembre) pour une durée de sept années. Toutefois il fallait une -Constitution déterminée. Républicains et monarchistes, avec des vues -différentes, s'entendirent pour organiser un gouvernement. - -La Constitution du 25 février 1875 établit deux Chambres, le Sénat -et la Chambre des députés. Le Président de la République était élu -pour sept ans par les deux Chambres réunies en Congrès. La République -devint dès lors le gouvernement légal de la France, et l'Assemblée -nationale se sépara à la fin de l'année 1875 pour laisser s'accomplir -les élections nouvelles qui donnèrent dans la Chambre des députés -la majorité au parti républicain, mais en 1879, quand de nouvelles -élections eurent enlevé aux monarchistes la majorité au Sénat, -Mac-Mahon donna sa démission. - -=Présidence de Grévy.=--Le Congrès élut pour Président un libéral -éprouvé, Jules Grévy. Toutefois le vrai maître du pouvoir était -Gambetta qui savait rallier les différentes fractions du parti -républicain. Mais Gambetta, contraint d'accepter la présidence du -conseil, voulut trop marquer son autorité, et en quelque sorte dominer -la Chambre des députés. Il ne put la déterminer à changer le mode -de nomination des députés et se retira (janvier 1882). A la fin de -la même année il mourait prématurément, et c'est alors que le parti -républicain mesura l'étendue de sa perte. - -Après la mort de Gambetta, Jules Ferry parut le plus capable de -devenir le guide du parti républicain. Il resta deux ans au pouvoir, -fit voter la loi sur l'instruction primaire obligatoire et gratuite -(mars 1882) et surtout s'appliqua à tourner vers les entreprises -extérieures l'activité française. Il fit voter une expédition au -Tonkin qui nécessita de grands sacrifices d'argent et surtout -d'hommes, car le climat malsain en dévorait beaucoup. La conquête du -Tonkin amena une guerre avec la Chine. Mais un échec survenu au Tonkin -produisit à Paris un mécontentement tel que Jules Ferry dut se retirer -(30 mars 1885). Il mourut quelques années plus tard (1893). - -Les différentes fractions du parti républicain se combattaient les -uns les autres: l'animosité des discussions politiques n'amena pas -seulement de fréquents changements de ministère; le Président Grévy, -qui pourtant en 1885 avait été réélu et paraissait, quoique âgé, en -état de fournir une nouvelle période de sept ans, se vit forcé de -donner sa démission (2 décembre 1887). - -=La présidence de Carnot (1887-1894).=--Grévy fut remplacé par -Sadi-Carnot, petit-fils du conventionnel Carnot et issu d'une vieille -famille républicaine. - -A l'occasion du centenaire de la Révolution de 1789, une admirable -Exposition universelle attira, en 1889, à Paris, des étrangers de -toutes les parties du monde. Une tour en fer, de 300 mètres, le plus -haut monument du globe, dressée par l'ingénieur Eiffel, dominait un -ensemble magnifique de palais et couronnait par une merveille de la -science les merveilles accumulées de l'industrie du monde entier. - -Tandis que la France paisible et laborieuse ne songeait qu'à -développer les éléments de sa richesse et à multiplier les travaux -qui profitent à tous, un péril grave menaçait la société. Poussant -les idées de liberté jusqu'à l'extrême, des fanatiques prétendaient -supprimer toute autorité et proclamaient comme une doctrine -l'anarchie, qui est la ruine de toute société humaine. - -Des attentats répétés contre les souverains, les particuliers, -troublèrent la Russie, l'Allemagne, l'Espagne. La France n'y échappa -point. Des bombes chargées d'une substance explosible terrible, la -dynamite, furent, depuis 1892, jetées dans les maisons de Paris et -firent des victimes. Une bombe fut même lancée, le 9 décembre 1893, -au milieu de la Chambre des députés et en blessa plusieurs. Recrutés -dans tous les pays, ces anarchistes frappèrent enfin, par la main d'un -misérable Italien, à Lyon, le 24 juin 1894, le président Carnot, tué -d'un coup de poignard qui rappela le sinistre coup de Ravaillac.[16] - -=La présidence de Casimir-Périer (1894).=--Dès le lendemain de la mort -du président Carnot, les Chambres françaises se préoccupèrent de lui -donner un successeur. Le 27 juin, réunies en Congrès à Versailles, -elles nommèrent M. Casimir-Périer, petit-fils de cet ancien ministre -du roi Louis-Philippe qui avait beaucoup contribué, en 1831, à -raffermir l'ordre profondément troublé. Mais M. Casimir-Périer donna -sa démission au bout de six mois. - -=Présidence de M. Félix Faure.=--Le Congrès se réunit encore et son -choix se porta sur M. Félix Faure, député du Havre, ministre de -la marine. La nouvelle présidence fut heureusement inaugurée par -l'expédition de Madagascar qui assurait à la France la possession de -cette grande île (avril-septembre 1895). - -En 1896, le tsar Nicolas II vint à Paris avec l'impératrice et -fut reçu (6-8 octobre) avec des démonstrations enthousiastes qui -affirmaient et cimentaient l'union franco-russe. Le Président Félix -Faure alla à son tour rendre au tsar sa visite en Russie où il arriva -par mer. Il débarqua à Cronstadt le 23 août et fut magnifiquement -accueilli au palais de Peterhof. Il visita Saint-Pétersbourg où la -population russe le salua des plus vives acclamations. Dans ce voyage -fut prononcée par les chefs d'État la déclaration précise de l'union -des «deux nations amies et alliées.» - -Le 16 février 1899, le Président Félix Faure est mort subitement -et, le 18 février, M. Émile Loubet, président du Sénat, a été élu -Président de la République. Une nouvelle Exposition Universelle a eu -lieu en 1900. - - - - - LEXIQUE - - (_La prononciation française des mots étrangers est donnée - dans tous les cas._) - - - =Aisne= (_êne_), rivière au nord de la France. - - =Aix= (_èss_ or _èks_), ancienne capitale de la Provence. - - =Ajaccio= (_a-jak-cio_), ville de Corse. - - =Albigeois=, secte religieuse du midi de la France. - - =Allemagne=, empire de l'Europe centrale. - - =Allemand-e=, qui habite l'Allemagne. - - =Allia=, rivière d'Italie près de Rome. - - =Anne d'Autriche=, femme de Louis XIII et mère de Louis - XIV. - - =Armagnacs= (_ar-ma-nyak_), parti opposé à celui des - Bourguignons et dont le chef fut Bernard, comte d'Armagnac. - - =Augsbourg= (_oz-bour_), ville d'Allemagne. - - =Autriche=, État de l'Europe (_anglais_ Austria). - - =Autrichien-ne=, qui habite l'Autriche. - - =Auxerre= (_o-cèrr_), ville de France. - - =Auxerrois= (_x_ = _ks_), Saint Germain, l', église à - Paris. - - =Bailly= (_ba-yi_), Président de l'Assemblée constituante, - puis maire de Paris. - - =Bavarois=, qui habite la Bavière. - - =Bavière=, pays d'Europe. - - =Belgique=, pays d'Europe au nord de la France. - - =Bicoque= (_la_), village du Milanais. - - =Blücher= (_blu-kèrr_), général prussien. - - =Boufflers= (_bou-flèrr_), maréchal de France. - - =Bourgogne=, ancienne province de France (_anglais_ - Burgundy). - - =Bourguignon-ne=, qui habite, ou qui appartient à la - Bourgogne: =Les Bourguignons=, parti opposé à celui des - Armagnacs, et dont le chef fut Jean, duc de Bourgogne. - - =Brest= (_brèstt_), ville de France; vaste port militaire. - - =Bretagne=, ancienne province de France (_anglais_ - Brittany). - - =Breton-ne=, qui habite la Bretagne. - - =Brunswick= (_brons-vik_), général allemand. - - =Chramne= (_ch_ = _k_), fils de Clotaire Ier. - - =Christ= (_cristt_) (mais voyez aussi Jésus-Christ). - - =Chypre= ou =Cypre=, île dans la Méditerranée. - - =Cinq-Mars= (_sain mar_), Marquis de, favori de Louis XIII. - - =Coblence= (_coblance_), ville d'Allemagne au confluent du - Rhin et de la Moselle. - - =Corse=, île dans la Méditerranée (_anglais_ Corsica); qui - habite la Corse. - - =Dupleix= (_du-plèkss_), gouverneur des Indes françaises. - - =Desaix= (_de-cè_), général français, tué à Marengo. - - =Èbre=, fleuve d'Espagne qui se jette dans la Méditerranée. - - =Écossais=, qui habite l'Écosse (Scotland). - - =Eiffel= (_è-fel_), ingénieur français, constructeur de la - tour célèbre à Paris. - - =Enghien= (_an-gain_), duc d', titre du fils aîné du - prince de Condé. - - =Étrurie=, ancienne contrée du centre de l'Italie. - - =Flamand=, qui habite la Flandre (_anglais_ Fleming). - - =Flandre=, ancienne province des Pays-Bas. - - =Fleurus= (_fleu-rûss_), ville de Belgique. - - =Fréjus= (_fré-jûss_), port de France sur la Méditerranée. - - =Galles=, principauté à l'ouest de l'Angleterre: - l'héritier de la couronne de la Grande-Bretagne porte le titre - de Prince de Galles. - - =Gand=, ville de Belgique (_anglais_ Ghent). - - =Gantois=, qui habite Gand. - - =Garigliano= (_ga-ri-lyano_), fleuve d'Italie. - - =Gaulois-e=, qui habite la Gaule. - - =Gênes=, ville d'Italie (_anglais_ Genoa). - - =Génois-e=, qui habite Gênes. - - =Guillaume= (_ghi-iome_), nom de baptême. - - =Guizot= (_gu-i-zo_), historien et homme d'État. - - =Hongrie=, contrée de l'Europe centrale (_anglais_ - Hungary). - - =Hongrois-e=, qui habite la Hongrie. - - =Impériaux=, troupes de l'empereur d'Allemagne. - - =Jérusalem= (_jé-ru-za-lème_), ville de Palestine. - - =Jésus-Christ= (_jé-zu-kri_) (mais voyez aussi Christ). - - =Kléber= (_klé-bèrr_), général français, assassiné en - Égypte. - - =Leczinski= (_lek-zain-ski_), roi de Pologne, fut détroné - et reçut en compensation le duché de Lorraine. Sa fille Marie - Leczinska épousa Louis XV. - - =Leipzig= ou =Leipsick= (_lip-cik_), ville d'Allemagne. - - =Lens= (_lanss_), ville au Nord de la France. - - =Lombard-e=, qui habite la Lombardie. - - =Lombardie=, province d'Italie. - - =Longwy= (_lon-goui_), ville de la France orientale. - - =Lorraine=, ancienne province de la France; habitante de - la Lorraine. - - =Manche= (=la=), mer qui sépare la France de l'Angleterre - et qui communique par le pas de Calais avec la mer du Nord. - - =Mahomet= (_ma-o-mè_), fondateur de la religion musulmane. - - =Malesherbes= (_mal-zèrb_), un des défenseurs de Louis XVI. - - =Mameluks=, soldats égyptiens. - - =Marignan= (_ma-ri-nyan_), village d'Italie. - - =Médicis= (_mé-di-ciss_), Catherine et Marie de, reines de - France. - - =Mélas= (_mé-lass_), général autrichien. - - =Metz= (_mêss_), ville d'Allemagne; autrefois de France. - - =Michel= (toujours _mi-chel_ excepté dans Michel - [_mi-kel_] Ange), nom de baptême. - - =Milanais=, ancien État d'Italie dont Milan était la - capitale; aussi, qui habite le Milanais. - - =Morvan=, ancien petit pays de France. - - =Narbonne=, ville de France près de la Méditerranée. - - =Niémen= (_ni-é-mène_), fleuve de la Russie occidentale - qui se jette dans la mer Baltique. - - =Oger= ou =Ogier=, guerrier célèbre dans les romans de la - chevalerie. - - =Orthez= (_or-tèss_), ville de la France méridionale. - - =Ouessant=, île française près des côtes du Finisterre. - - =Pays-Bas=, nom donné de 1814 jusqu'à 1830 à la Belgique - et à la Hollande; depuis 1830 il s'applique à la dernière - seulement. - - =Picard=, qui habite la Picardie. - - =Picardie=, ancienne province de la France septentrionale. - - =Piémont=, contrée d'Italie; depuis 1860 réuni au royaume - d'Italie. - - =Pologne=, ancien État de l'Europe maintenant partagé - entre la Russie, la Prusse et l'Autriche. - - =Reims= (_raince_), ville de France. - - =Saint-Cloud= (_clou_), ville et château près de Paris. Le - château fut brulé pendant la guerre de 1870-71. - - =Sainte-Menehould= (_me-nou_), village de la France - orientale. - - =Saint-Just= (_justt_), membre de la Convention et du - Comité du Salut public. - - =Saint-Siège=, la papauté, la cour de Rome. - - =Sardaigne=, île dans la Méditerranée au sud de la Corse; - ancien royaume compris aujourd'hui dans le royaume d'Italie. - - =Thiers= (_tièrr_), historien et homme d'État célèbre. - - =Tite-Live=, historien latin. - - =Tonkin=, province de l'empire d'Annam (Asie orientale). - - =Tunis= ou =Tunisie=, État de l'Afrique sous le - protectorat de la France. - - =Vergniaud= (_ver-nyo_), chef du parti girondin. - - =Versailles= (_ver-sa-i_), ville de France près de Paris. - - - - - FOOTNOTES: - - -[1] Principaux chefs, compagnons du roi. - -[2] Du latin _Carolus Magnus_. - -[3] Ces poètes étaient appelés _trouvères_ dans le Nord et -_troubadours_ dans le Midi. - -[4] _Turcomans_, peuple venu de la contrée appelée aujourd'hui le -Turkestan. - -[5] _Plantagenet_, appelé ainsi parce que son père portait une branche -de genêt à son chapeau. - -[6] On possède encore au musée du Louvre son armure gigantesque. - -[7] Petit fleuve qui sépare la France de l'Espagne. - -[8] Voir page 72. - -[9] Voir page 117. - -[10] Forteresse construite à la Porte Saint-Antoine par Charles -V. Cette forteresse tenait la capitale sous son canon, et depuis -longtemps elle servait de prison d'État. - -[11] Gironde, département au sud-ouest de la France. - -[12] Le calendrier avait été changé pendant la Révolution: l'ère -républicaine votée le 24 novembre 1793 partit non de cette date, -mais du jour de la proclamation de la République, le 22 septembre -1792. L'an I fut donc de septembre 1792 à septembre 1793, l'an II de -septembre 1793 à 1794 et ainsi de suite. Les noms des mois furent -empruntés aux saisons: _Vendémiaire_, vendanges (septembre-octobre); -_brumaire_, brouillards (octobre-novembre); _frimaire_, froids -(novembre-décembre); _nivôse_, neige (décembre-janvier); _pluviôse_, -pluie (janvier-février); _ventôse_, vent (février-mars); _germinal_, -germination des plantes (mars-avril); _floréal_, floraison -(avril-mai); _prairial_, prairies (mai-juin); _messidor_, mois -de la moisson (juin-juillet); _thermidor_, mois de la chaleur -(juillet-août); _fructidor_, mois des fruits (août-septembre). L'ère -républicaine fut en usage jusqu'en 1805. - -[13] Voir page 142. - -[14] Vote soumis à l'approbation du peuple entier. - -[15] Le maréchal Bazaine, traduit en 1873 devant un conseil de guerre, -fut condamné à la peine de mort et à la dégradation militaire. Sa -peine fut commuée en vingt ans de détention; mais Bazaine ne tarda pas -à s'échapper de l'île de Sainte-Marguerite où il était enfermé. Il -mourut à Madrid en 1888. - -[16] Voir page 110. - - - - - - - - - - -End of Project Gutenberg's Histoire de France, by Ovando Byron Super - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE FRANCE *** - -***** This file should be named 60323-0.txt or 60323-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/0/3/2/60323/ - -Produced by David T. Jones, Ronald Tolkien & the online -Distributed Proofreaders Canada team at -http://www.pgdpcanada.net - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive -specific permission. If you do not charge anything for copies of this -eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook -for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports, -performances and research. They may be modified and printed and given -away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks -not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm -electronic works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the -Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when -you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country outside the United States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work -on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the -phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: - - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and - most other parts of the world at no cost and with almost no - restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it - under the terms of the Project Gutenberg License included with this - eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the - United States, you'll have to check the laws of the country where you - are located before using this ebook. - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase "Project -Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format -other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg-tm web site -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain -Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works -provided that - -* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation." - -* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm - works. - -* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - -* You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The -Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm -trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any -Defect you cause. - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - diff --git a/old/60323-0.zip b/old/60323-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 27c9b98..0000000 --- a/old/60323-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/60323-h.zip b/old/60323-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index c57e7bb..0000000 --- a/old/60323-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/60323-h/60323-h.htm b/old/60323-h/60323-h.htm deleted file mode 100644 index 970557c..0000000 --- a/old/60323-h/60323-h.htm +++ /dev/null @@ -1,7586 +0,0 @@ -<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> -<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> -<head> -<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=UTF-8" /> -<meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> -<title>The Project Gutenberg eBook of Histoire de France, by Ovandon Byron SUPER.</title> -<style type="text/css"> -body -{ - margin-left: 10%; - margin-right: 10%; -} - -h1, h2, h3, h4, h5 -{ - text-align: center; /* all headings centered */ - clear: both; -} - -p -{ - margin-top: .51em; - text-align: justify; - margin-bottom: .49em; -} - -hr -{ - width: 33%; - margin-top: 2em; - margin-bottom: 2em; - margin-left: auto; - margin-right: auto; - clear: both; -} - -hr.chap { width: 65% } - -table -{ - margin-left: auto; - margin-right: auto; -} - -.tdr { text-align: right; } - -.tdc { text-align: center; } - -.pagenum -{ /* uncomment the next line for invisible page numbers */ - /* visibility: hidden; */ - position: absolute; - left: 92%; - font-size: smaller; - text-align: right; -} - -.blockquot -{ - margin-left: 5%; - margin-right: 10%; -} - -.right { text-align: right; } - -.smcap { font-variant: small-caps; } - -.caption { font-weight: bold; } - -.figcenter -{ - margin: auto; - text-align: center; -} - -.footnote -{ - margin-left: 10%; - margin-right: 10%; - font-size: 0.9em; -} - -.footnote .label -{ - position: absolute; - right: 84%; - text-align: right; -} - -.fnanchor -{ - vertical-align: super; - font-size: .8em; - text-decoration: - none; -} -</style> -</head> -<body> - - -<pre> - -The Project Gutenberg EBook of Histoire de France, by Ovando Byron Super - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most -other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Histoire de France - Tirée de Ducoudray - -Author: Ovando Byron Super - -Release Date: September 19, 2019 [EBook #60323] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE FRANCE *** - - - - -Produced by David T. Jones, Ronald Tolkien & the online -Project Gutenberg team at -http://www.pgdpcanada.net - - - - - - -</pre> - - - - -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_i" id="Page_i">[Pg i]</a></span></p> -<h1> HISTOIRE DE FRANCE</h1> -<h3>TIRÉE DE DUCOUDRAY</h3> -<h5>PAR</h5> -<h2>O. B. SUPER</h2> -<h5>PROFESSEUR AU COLLÈGE DICKINSON</h5> -<div class="figcenter" style="width: 151px;"> <img src="images/logo.jpg" - width="60" height="117" alt="" /> </div> -<h4>NEW YORK</h4> -<h3>HENRY HOLT AND COMPANY</h3> -<h3>1900 </h3> -<hr class="chap" /> -<div class="figcenter" style="width: 2446px;"> <img src="images/img-map.jpg" width="2446" height="800" alt="" /> - <div class="caption"> </div> -</div> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_ii" id="Page_ii">[Pg ii]</a></span></p> -<hr class="chap" /> -<h5><a name="Copyright_1900" id="Copyright_1900">Copyright, 1900</a></h5> -<h5>BY</h5> -<h5>HENRY HOLT & CO.</h5> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_iv" id="Page_iv">[Pg iv]</a></span></p> -<h2><a name="PREFACE" id="PREFACE">PRÉFACE</a></h2> -<p>Ce livre est tiré des différents cours d'histoire - de Ducoudray et peut être considéré comme un - livre de «Lectures Françaises» sur l'histoire de - France plutôt que comme une histoire de France.</p> -<p>Les histoires de France ne manquent pas, mais - les unes sont si élémentaires, quelquefois les faits y - sont présentés sous une forme si enfantine qu'elles - ne peuvent guère intéresser que les enfants—auxquels, - du reste, elles sont destinées—les autres - sont si volumineuses que nous ne saurions nous - en servir dans nos classes élémentaires. Aussi - ai-je cherché à éviter l'un et l'autre de ces extrêmes - et à faire, sous une forme abrégée, un livre qui - réponde réellement à nos besoins et que nous - puissions mettre entre les mains de nos élèves de - première ou de deuxième année.</p> -<p>Je dois des remerciments à Messieurs Fabregou - et Bergeron, professeurs au collège de la ville de - New York.</p> -<p class="right"> O. B. S.</p> -<p> <span class="smcap">Collège Dickinson</span>,<br /> - <span style="margin-left: 2.5em;">août 1900.</span><br /> -</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_v" id="Page_v">[Pg v]</a></span></p> -<h2><a name="TABLE_DES_MATIERES" id="TABLE_DES_MATIERES">TABLE DES MATIÈRES</a></h2> -<table summary="table of contents" border="0" style="border-collapse: collapse" id="table1"> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE I</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_I">La Gaule et les Gaulois</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Les Gaulois et les Romains; Conquête de la Gaule par</td> - </tr> - <tr> - <td>Jules César </td> - <td class="tdr">1</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE II</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_II">Les Francs</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>L’Invasion barbare; Clovis et ses Fils; Décadence des</td> - </tr> - <tr> - <td>Mérovingiens; Pépin le Bref </td> - <td class="tdr">9</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE III</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_III">Charlemagne</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Guerres en Espagne contre les Arabes; Guerres contre les</td> - </tr> - <tr> - <td>Saxons </td> - <td class="tdr">23</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE IV</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_IV">Louis le Débonnaire et ses Fils</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Traité de Verdun; Charles le Chauve; Les Normands;</td> - </tr> - <tr> - <td>Charles le Gros; Les Ducs des Francs </td> - <td class="tdr">32</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE V</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_V">La Féodalité</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> <span class="pagenum"><a name="Page_vi" id="Page_vi">[Pg vi]</a></span>Les Seigneurs et les Fiefs; Le Château </td> - <td class="tdr">41</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE VI</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_VI">Les Croisades; La Chevalerie</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Les premiers Capétiens; Conquête de l'Angleterre par les</td> - </tr> - <tr> - <td>Normands; La première Croisade; Philippe Auguste</td> - </tr> - <tr> - <td>et Richard Cœur de Lion; Louis IX et la dernière</td> - </tr> - <tr> - <td>Croisade </td> - <td class="tdr">45</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE VII</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_VII">Philippe le Bel et ses Fils; Guerre de Cent Ans</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Bataille de Crécy; Prise de Calais; Bertrand du Guesclin </td> - <td class="tdr">61</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE VIII</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_VIII">Charles VI</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Minorité de Charles VI; Bataille d'Azincourt </td> - <td class="tdr">71</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE IX</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_IX">Charles VII; Jeanne d'Arc</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>La France en 1429; Exploits de Jeanne d'Arc </td> - <td class="tdr">75</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE X</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"><a href="#CHAPITRE_X"> <span class="smcap">Louis XI</span> </a></td> - <td class="tdr">81</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XI</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"><a href="#CHAPITRE_XI"> <span class="smcap">Charles VIII; Louis XII; François</span> Ier</a></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Bataille de Marignan; Bataille de Pavie; François Ier et</td> - </tr> - <tr> - <td>Charles Quint </td> - <td class="tdr">87</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XII</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_XII">Les Guerres de Religion</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Henri II; La Réforme; Catherine de Médicis; La Sainte-Barthélemy;</td> - </tr> - <tr> - <td> <span class="pagenum"><a name="Page_vii" id="Page_vii">[Pg vii]</a></span>Henri III; Henri IV </td> - <td class="tdr">99</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XIII</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_XIII">Louis XIII</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Régence de Marie de Médicis; Ministère de Richelieu </td> - <td class="tdr">111</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XIV</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_XIV">Louis XIV</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Mazarin; Turenne; Colbert; Vauban; Guerre de la Succession</td> - </tr> - <tr> - <td>d'Espagne </td> - <td class="tdr">119</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XV</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_XV">Louis XV</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>La Régence; Guerre de Sept Ans; Le Canada </td> - <td class="tdr">142</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XVI</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_XVI">Louis XVI; La Révolution</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Guerre d'Amérique; Les États Généraux; Prise de la Bastille;</td> - </tr> - <tr> - <td>Fuite de Varennes </td> - <td class="tdr">151</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XVII</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_XVII">La République Française</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>La Convention; Mort de Louis XVI; La Terreur; Le</td> - </tr> - <tr> - <td>Directoire; Le Général Bonaparte </td> - <td class="tdr">164</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XVIII</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_XVIII">Le Consulat</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Bataille de Marengo; Organisation de la Société nouvelle </td> - <td class="tdr">174</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XIX</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_XIX">L’Empire</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>Napoléon Ier; Bataille d'Austerlitz; Campagne de Russie;</td> - </tr> - <tr> - <td> <span class="pagenum"><a name="Page_viii" id="Page_viii">[Pg viii]</a></span>Bataille de Waterloo; Napoléon à Sainte Hélène </td> - <td class="tdr">178</td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc">CHAPITRE XX</td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> </td> - </tr> - <tr> - <td class="tdc"> <span class="smcap"><a href="#CHAPITRE_XX">La France depuis 1815</a></span></td> - </tr> - <tr> - <td> </td> - </tr> - <tr> - <td>La Restauration; Louis XVIII; Charles X; Louis Philippe</td> - </tr> - <tr> - <td>Ier; République de 1848; Napoléon III; Guerre</td> - </tr> - <tr> - <td>de 1870-71; Troisième République </td> - <td class="tdr">194</td> - </tr> -</table> -<p> <br /> -</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">[Pg 1]</a></span></p> -<h2><a name="HISTOIRE_DE_FRANCE" id="HISTOIRE_DE_FRANCE">HISTOIRE DE FRANCE</a></h2> -<hr class="chap" /> -<h2><a name="CHAPITRE_I" id="CHAPITRE_I">CHAPITRE I</a></h2> -<h4>LES GAULOIS</h4> -<p>De la plus haute cime des monts d'Auvergne, au - centre de la France, on verrait, si l'œil était - assez perçant, comme limites de notre pays, au midi - la chaîne des Pyrénées qui se dresse entre lui et l'Espagne; - une vaste nappe d'eau, la Méditerranée qui - peut nous conduire en Afrique et en Orient; les - Alpes, les plus hautes montagnes de l'Europe, notre - barrière contre l'Italie. A l'est, les Alpes prolongeraient - leurs sommets couverts de neige jusqu'à - une autre muraille, le Jura qui nous sépare de la - Suisse; le large fleuve du Rhin laisserait, au delà - de ses rives, distinguer l'Allemagne; c'est lui qui - autrefois nous servait de limite dans tout son cours - et protégeait notre pays au nord aussi bien qu'à - l'est. A l'ouest, au delà du bras de mer qu'on - appelle la Manche, on apercevrait, à demi-cachée - dans la brume, une grande île, l'Angleterre; enfin, - le soleil couchant offrirait un spectacle magnifique - en éteignant ses dernières clartés dans l'océan Atlantique. - A nos pieds nous verrions de larges<span class="pagenum"><a name="Page_2" id="Page_2">[Pg 2]</a></span> fleuves quelquefois terribles, de nombreuses et - belles rivières dont quelques-unes sont paresseuses; - un pays âpre et montueux au centre et au midi, uni - vers le nord, mais partout fertile, ni trop humide ni - trop aride, assez bien fermé pour la défense, néanmoins - ouvert au commerce et, à l'intérieur, plus - ouvert encore aux échanges mutuels entre les habitants - de chaque région.</p> -<p>La France, dans les temps anciens, s'appelait la - Gaule. Elle ne présentait qu'une suite de vastes - forêts, entremêlées de marécages. Les chênes, les - hêtres, les érables, les bouleaux remplissaient les - vallées et couronnaient les montagnes. Ces arbres - formaient une voûte de feuillage que pouvaient à - peine percer les rayons du soleil.</p> -<p>Dans ces bois presque continus abondaient les - loups, les ours, les sangliers et des troupeaux de - porcs aussi dangereux que les sangliers. L'aurochs, - taureau sauvage, aux cornes longues et terribles, et - dont l'espèce a presque disparu de l'Europe, était - le plus fort de ces animaux et le roi des forêts de la - Gaule.</p> -<p>Toujours en lutte contre les bêtes féroces, les - peuples primitifs savaient les pousser dans certaines - parties des bois et les faire tomber dans des filets - tendus aux arbres ou dans des fosses cachées sous - le feuillage. Là, à coups de flèches et de piques, - ils les tuaient plus aisément. Souvent aussi ils les - attaquaient en face. Dans leurs villages, de nombreuses - têtes de loups et d'aurochs suspendues aux - portes des cabanes indiquaient la demeure des plus - intrépides chasseurs. Ils avaient pour armes défensives - des boucliers aussi hauts qu'un homme, et<span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">[Pg 3]</a></span> que chacun ornait à sa manière: quelques-uns y - faisaient graver des figures d'airain en bosse et travaillées - avec beaucoup d'art. Leurs casques d'airain - avaient de grandes saillies et donnaient à ceux - qui les portaient un aspect tout fantastique. A ces - casques étaient fixées des cornes, des figures d'oiseaux - ou de quadrupèdes. Ils avaient des trompettes - barbares, d'une construction particulière, qui - rendaient un son rauque et approprié au tumulte - guerrier. Les uns portaient des cuirasses de mailles - de fer, les autres combattaient nus; au lieu d'épées, - ils avaient des espadons suspendus à leur flanc - droit par des chaînes de fer ou d'airain.</p> -<p>Le courage avec lequel ils se servaient de ces - armes et affrontaient la mort sous tous ses aspects, - provenait aussi bien d'un de leurs dogmes religieux - que de leur naturel hardi. Les Gaulois possédaient - «la croyance la plus ferme et la plus claire de l'immortalité - de l'âme: toutes leurs coutumes étranges - ou naïves, touchantes ou cruelles, s'expliquent par - cette foi.»</p> -<p>Une des principales fêtes de la religion gauloise - était la récolte du gui, en l'honneur du dieu Hésus.</p> -<p>Le gui, plante parasite qui croît sur des arbres - comme le pommier, mais rare sur le chêne, possédait, - selon la croyance des druides, la vertu de - guérir tous les maux. Chaque année, à la fin de - l'hiver, les druides le cherchaient. Sitôt qu'ils l'avaient - trouvé, le peuple accourait en foule. Le chef - des druides, armé d'une faucille d'or, s'approchait - de l'arbre chéri des dieux et coupait le gui sacré. - On immolait deux taureaux sans tache, et la fête se - terminait par de bruyants banquets.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">[Pg 4]</a></span></p> -<p>Malheureusement, les animaux n'étaient pas toujours - les seules victimes offertes en sacrifice. Les - druides croyaient devoir, pour apaiser les dieux, leur - immoler des hommes. Dans quelques tribus, dit-on, - on remplissait d'hommes vivants de grands mannequins - d'osier, on y mettait le feu, et les victimes, innocentes - ou coupables, périssaient enveloppées par - les flammes.</p> -<p>Peu de peuples furent aussi remuants que les populations - gauloises. Les révolutions de leur pays - les rejetaient toujours sur les contrées voisines, et - leur humeur aventureuse les entraînait plus loin. - Le soleil et les richesses de l'Italie les attirèrent dès - l'année 400 avant Jésus-Christ. Vers l'an 390, une - de leurs tribus, les Sénons, s'avancent jusqu'à Clusium - en Étrurie; ils réclament des terres; une députation - part de Rome pour jouer le rôle d'arbitre, - mais elle oublie bien vite cette haute mission et combat - au lieu de négocier. Un chef gaulois est même - tué par un des députés: on demande à Rome réparation; - le crédit dont jouit la famille du coupable - empêche de faire droit à cette juste demande. Les - Barbares marchent alors sur Rome et rencontrent - l'armée romaine à une demi-journée de la ville, sur - les bords de l'Allia. Frappés d'une terreur panique - à la vue de ces sauvages ennemis, les Romains se - débandent et courent se réfugier, partie dans la - ville, partie dans les villes alliées. Bientôt les Gaulois - arrivent: ils ne trouvent dans la cité que de - vieux magistrats qui, ne voulant pas fuir et ne pouvant - combattre, ont refusé de s'enfermer dans la - forteresse du Capitole. Un des Barbares ayant - touché la barbe du vieux Papirius, celui-ci le frappe<span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">[Pg 5]</a></span> de son bâton; le Gaulois irrité le tue, et dès lors - commence le massacre; bientôt l'incendie le suit et - dévore une cité déjà grande qui comptait plus de - trois siècles d'existence.</p> -<p>La citadelle, où tous les hommes qui savent tenir - une épée ont accouru pour défendre la patrie, est - assiégée; un jour même, sans le cri des oies consacrées - à la déesse Junon, qui réveillent le brave Manlius - et quelques amis, le Capitole était pris. Les - Romains parviennent à repousser cette attaque, mais - épuisés, sans vivres, ils se rendent. Pour peser la - rançon de mille livres d'or, les vainqueurs apportèrent - de faux poids, et leur chef ne répondit aux - réclamations qu'en jetant encore dans la balance sa - lourde épée, puis son baudrier, et en répétant le mot - qui retentit souvent dans l'antiquité, où l'on ne connaissait - guère la pitié: «Malheur aux vaincus!» - (390 avant Jésus-Christ). Un vaillant chef, Camille, - accourut de l'exil, fit honte aux Romains de - leur lâcheté, rompit tout traité et mit en fuite l'armée - gauloise. C'est du moins le récit de l'historien - de Rome, Tite Live, qui a voulu, adoptant la tradition - populaire, couvrir une défaite réelle par une - victoire tardive et douteuse.</p> -<p>Longtemps encore les Gaulois furent la terreur de - Rome, et cette fameuse république n'acheva que - deux siècles plus tard la soumission de ceux qui occupaient - le nord de l'Italie. Les Romains passèrent - ensuite les Alpes, formèrent d'abord une province - en Gaule, et à partir de l'année 125, y fondèrent - deux villes, Aix et Narbonne.</p> -<p>Puis, un grand capitaine, Jules César, soumit - presque tous les peuples gaulois, de 58 à 52 avant<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">[Pg 6]</a></span> Jésus-Christ. Dans la dernière année seulement, - les Gaulois comprirent la nécessité de l'union et, - conduits par Vercingétorix, essayèrent de repousser - l'ennemi commun. Mais, après une année de lutte, - ils essuyèrent, sous les murs d'Alésia, une défaite - irrémédiable.</p> -<p>Les Gaulois, inférieurs aux Romains en discipline, - en science militaire, ne surent pas en outre - s'entendre pour leur résister. Jules César battit - les différents peuples les uns après les autres, et en - 53 avait à peu près soumis la Gaule.</p> -<p>Mais un peuple qui, de l'aveu de ses ennemis, - s'était placé au-dessus de tous les autres par sa - vertu guerrière, ne pouvait, sans une vive douleur, - subir le joug des Romains. Au fond des bois, les - plus importants personnages des cités se réunissent; - ils jurent sur les enseignes militaires de combattre - et de mourir plutôt que de perdre la gloire et la - liberté qu'ils ont reçues de leurs pères. Les Carnutes - (habitants de Chartres) doivent donner le - signal, et la révolte éclate, à la fin de l'année 53, par - le massacre des Romains établis dans la ville de - Genabum (Gien ou Orléans), sur les bords de la - Loire.</p> -<p>En un jour la nouvelle de ce massacre arrive, - transmise par des cris dans les campagnes, jusqu'aux - monts d'Auvergne, à Gergovie (près de la - ville actuelle de Clermont).</p> -<p>Là vivait un jeune homme d'une noble et puissante - famille, Vercingétorix. Son père avait tenu - le premier rang dans la Gaule, et ses concitoyens - l'avaient fait mourir parce qu'il aspirait à la royauté. - Le fils n'en avait pas moins gardé une foule d'amis<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">[Pg 7]</a></span> et de clients, qu'il enflamma de son amour de la - patrie et à la tête desquels il se rendit maître de Gergovie. - Puis il envoya des députés pour déterminer - les peuples de la Gaule à se soulever: presque tous - répondirent a son appel.</p> -<p>Nommé seul chef des peuples gaulois, Vercingétorix - tint tête une année entière aux armées romaines. - César même fut battu sous les murs de la - ville de Gergovie dont il avait essayé de s'emparer. - Mais le général romain reprit l'avantage et força - enfin Vercingétorix à se réfugier dans la ville - d'Alésia ou Alise.</p> -<p>Située sur une colline, la cité d'Alise ne pouvait - guère être enlevée d'assaut. César résolut de la - prendre par la famine. Les soldats romains, exercés - aux plus durs travaux, creusèrent autour de la - colline d'Alise des fossés et construisirent un retranchement - protégé en avant par de grands rameaux - fourchus. En outre, vingt-trois tours placées de - distance en distance le défendaient.</p> -<p>Vercingétorix appela à lui tous les peuples de la - Gaule. Deux cent quarante mille guerriers accoururent - pour le délivrer. Mais César avait prévu - cette attaque. De même qu'il avait creusé des fossés - du côté de la ville, il en avait fait creuser aussi - du côté de la campagne et se trouvait garanti en - avant et en arrière. Vainement les Gaulois d'Alise - descendirent de leur colline pour combattre les Romains, - tandis que l'armée gauloise du dehors les - attaquait. Assaillis de toute part, mais bien abrités, - les Romains résistèrent de toute part. Après une - bataille qui se prolongea trois jours, la grande - armée gauloise fut vaincue, presque anéantie.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">[Pg 8]</a></span></p> -<p>Désormais sans espoir, épuisés par la famine, les - défenseurs d'Alise se rendirent à César. Alors un - cavalier, paré comme pour la bataille, sortit de la - ville. Il alla droit à un tertre de gazon où s'élevait - le tribunal de César, en fit le tour, s'arrêta devant - le vainqueur, jeta ses armes à ses pieds et garda le - silence. C'était Vercingétorix, qui se livrait aux - Romains pour qu'on épargnât la ville. Les principaux - chefs gaulois le suivaient (52 avant Jésus-Christ). - Sans se laisser toucher par une si grande - infortune, César les fit tous enchaîner et jeter en - prison. Il emmena plus tard à Rome Vercingétorix, - le promena en triomphe et le fit décapiter.</p> -<p>La résistance ayant cessé, César se montra moins - rigoureux: il ménagea les Gaulois pour les tributs - (près de 8 millions de francs seulement), et encore - ce tribut fut déguisé sous le nom de solde militaire. - Il engagea à tout prix leurs meilleurs guerriers dans - ses légions; il en composa une tout entière dont les - soldats portaient sur leurs casques une alouette, d'où - son nom, légion de l'Alouette. On ne peut dire s'il - eût mieux valu pour la Gaule garder sa propre civilisation - et son indépendance; mais sous la domination - de Rome, elle s'initia bien vite aux arts, à la - riche culture, à l'esprit, au raffinement des Grecs et - des Romains.</p> -<p>Les Romains avaient, à côté des cirques, construit - des écoles où les jeunes Gaulois se pressaient aux - leçons de maîtres célèbres. Les Gaulois d'ailleurs - rivalisèrent bientôt avec leurs maîtres dans les - sciences et dans les arts: ils ne parlèrent plus que la - langue latine, qui, persistant à travers les siècles, a - contribué à former la langue française.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">[Pg 9]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_II" id="CHAPITRE_II">CHAPITRE II</a></h2> -<h4>LES FRANCS</h4> -<p>Quatre siècles après la conquête, à voir les - forêts défrichées, des routes ouvertes, des - villes opulentes, des monuments magnifiques dont il - reste de magnifiques débris, un peuple actif, enrichi, - policé, parlant latin et rivalisant d'esprit, comme d'élégance, - avec ses maîtres, on n'aurait pu reconnaître - la Gaule. La religion même avait changé; vainqueurs - et vaincus se rapprochaient, pour la plupart, - dans le culte du vrai Dieu; la foi chrétienne, grâce à - l'héroïsme des martyrs, avait fait reculer et le culte - farouche des druides et le culte honteux des idoles - païennes. Mais l'invasion barbare ne tarda pas, facilitée - par les divisions de l'empire et l'affaiblissement - des populations corrompues, à replonger notre - pays dans les combats, les souffrances, la misère et - l'ignorance. Des nuées de Germains, venus du - centre de l'Europe, envahissent la Gaule, comme les - autres parties de l'empire, et, à plusieurs reprises, la - ravagent en tous sens. Au cinquième siècle après - Jésus-Christ, la domination romaine a presque disparu - dans notre pays. Les Francs dominent au - nord; les Burgondes à l'est; les Wisigoths, venus - par le midi, au midi. Puis une nouvelle invasion,<span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">[Pg 10]</a></span> plus terrible encore, menace ces barbares qui commencent - à se fixer, c'est celle des Huns, sortis des - steppes de l'Asie. Ils sont conduits au pillage du - monde par un chef terrible, Attila, qui s'intitule lui-même - le <i>fléau de Dieu</i>, et foule tellement la terre, - «que l'herbe ne croît plus où son cheval a passé.» - Vingt villes de la Gaule sont détruites. Mais Romains, - Francs, Burgondes, Wisigoths, tous réunis - contre l'ennemi de tous, arrivent, repoussent Attila - et lui font essuyer un sanglant désastre dans les - plaines de Méry-sur-Seine (451).</p> -<p>Les Huns vaincus s'enfermèrent dans leur camp - derrière leurs nombreux chariots. Attila se tenait - près d'un bûcher autour duquel les Huns se rangèrent, - une torche à la main, prêts à mettre le feu - si le camp était forcé. Mais les coalisés ne commencèrent - point l'attaque. Attila partit, emmenant - avec lui comme otage l'évêque de Troyes.</p> -<p>Deux ans après, le roi des Huns mourait, et ce - peuple cessa d'être redoutable.</p> -<p>Parmi les peuples qui avaient combattu les Huns, - on avait remarqué les Francs sous les ordres de - Mérovée, chef de la tribu des Saliens, et qui seul de - toute sa tribu portait une longue chevelure, signe - distinctif de la royauté.</p> -<p>Les guerriers francs relevaient leurs cheveux sur - le sommet du front en forme d'aigrette; leur visage - était entièrement rasé, à l'exception de deux longues - moustaches qui leur tombaient de chaque côté de la - bouche. Grands, vigoureux, serrés dans leurs habits - de toile, ils ressemblaient par leur visage et leur - caractère aux anciens Gaulois, surtout à ceux des - pays du Nord. Ils lançaient avec adresse leur francisque<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">[Pg 11]</a></span> (hache à deux tranchants) et manquaient - rarement l'endroit qu'ils avaient mesuré de l'œil; - ils se servaient aussi d'une pique, armée de plusieurs - crochets recourbés comme des hameçons.</p> -<p>Idolâtres comme les anciens Gaulois, les Francs - se faisaient des images des arbres, des oiseaux, des - bêtes sauvages, et les adoraient. Ils croyaient que - les braves allaient dans les palais de leur grand dieu - Odin goûter les joies d'un éternel banquet, et cette - croyance les poussait à braver la mort avec une audace - extraordinaire.</p> -<p><b>Clovis (481-511).</b>—Clovis, fils de Childéric, fut, - à l'âge de quinze ans, promené sur un bouclier suivant - la coutume des Francs et proclamé roi (481). - Animé d'une ardeur guerrière, il entraîna son - peuple à la conquête de la Gaule. Il attaqua les - troupes romaines qui occupaient encore une partie - de la Gaule et les défit avec leur général Syagrius, - près de Soissons (486). Cette ville devint des lors - sa capitale.</p> -<p>Clovis n'était guère le maître de ses soldats que - pendant le combat. Les Francs ayant pillé une - église de la ville de Reims et emporté un vase très - précieux, l'évêque Remi fit réclamer ce vase. «Suivez-moi - jusqu'à Soissons, dit Clovis aux envoyés, - parce que là sera partagé tout ce qui a été gagné; - lorsque ce vase sera tombé dans mon lot, je remplirai - le désir de l'évêque.»</p> -<p>Tout le butin étant réuni, Clovis dit: «Je vous - prie, mes braves guerriers, de ne pas me refuser ce - vase en dehors de ma part.»</p> -<p>Les soldats consentaient, lorsque l'un d'eux, plus - envieux, refusa et frappa le vase avec sa hache en<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">[Pg 12]</a></span> disant: «Tu n'auras rien, ô roi, que ce que le sort - t'accordera.» Clovis garda le silence et ne manifesta - point sa colère.</p> -<p>L'année suivante, il passait une revue de ses guerriers - et examinait leurs armes. Lorsqu'il arriva - devant le soldat qui avait brisé le vase: «Nul, lui - dit-il, n'a ici des armes aussi mal entretenues que les - tiennes.» Puis, lui prenant sa hache, il la jeta par - terre, et comme le soldat se baissait pour la ramasser, - Clovis leva sa propre hache et lui fendit la tête, en - s’écriant: «Qu'il te soit fait ainsi que tu as fait au - vase, l'an passé, dans Soissons!» Il inspira ainsi - une grande crainte.</p> -<p>Clovis épousa en 493 Clotilde, nièce de Gondebaud, - roi des Burgondes. Or Clotilde était chrétienne. - Elle s'appliqua à convertir à sa religion - son époux, encore païen.</p> -<p>Clovis avait déjà, grâce à ce mariage, gagné - plusieurs villes, entre autres Paris. Une victoire sur - les Alamans le rendit encore plus docile aux exhortations - de la reine et de l'évêque saint Remi. Les - Alamans passaient le Rhin en grand nombre pour - prendre aussi leur part de cette Gaule que les Francs - semblaient vouloir s'attribuer tout entière. Toutes - les tribus franques accoururent autour de Clovis, - et la bataille s'engagea à Tolbiac, près de Cologne - (496). Les Francs plient un instant. Clovis, qui - avait laissé baptiser deux de ses enfants, invoque, - dit-on, le Dieu de Clotilde et promet de se faire chrétien - s'il est vainqueur. La victoire lui revient et les - Alamans sont rejetés au delà du Rhin. Clovis alors se - fit baptiser par saint Remi, avec 3000 de ses soldats.</p> -<p>Tous les évêques de la Gaule félicitèrent le nouveau<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">[Pg 13]</a></span> converti, et tout le pays entre la Seine et la - Loire se soumit au prince que l'Église appelait déjà - «sa colonne de fer.» Clovis, excité par la reine - Clotilde, toujours préoccupée de venger sa famille - détruite par le cruel Gondebaud, battit ce roi près de - Dijon et lui imposa un tribut. Des lors il domina - sur les bords de la Saône.</p> -<p>Restaient les Wisigoths. Les évêques du Midi, - que persécutait ce peuple, appelaient Clovis. Celui-ci - réunit ses farouches guerriers et leur dit: «Je - supporte avec grand chagrin que ces impies possèdent - une partie des Gaules. Marchons avec l'aide - de Dieu, et, après les avoir vaincus, réduisons leur - pays en notre pouvoir.» Cette nouvelle expédition - plut singulièrement aux guerriers francs: ils approuvèrent; - on passa la Loire. Clovis avait surtout - défendu de piller le territoire de Tours, placé sous - la protection spéciale de saint Martin, alors vénéré - comme le plus grand apôtre des Gaules. «Où sera - l'espoir de la victoire si nous offensons saint Martin?» - disait Clovis avec cette dévotion intéressée - qui pouvait seule avoir action sur des barbares. Un - soldat, ayant arraché une botte de foin à un pauvre - homme, fut mis à mort. Les heureux augures, les - merveilles même se multiplièrent, si l'on en croit - la légende, sur les pas de celui qui se confiait en la - protection de saint Martin.</p> -<p>Pour atteindre l'armée d’Alaric, Clovis remontait - la rivière de Vienne et cherchait un gué: «une - biche d'une merveilleuse grandeur» le lui montre - en passant elle-même la rivière. Encore aujourd'hui - cet endroit porte le nom populaire de <i>Gué de - la Biche</i>. Lorsqu'elle approcha de Poitiers, l'armée<span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">[Pg 14]</a></span> des Francs vit un globe de feu qui paraissait sortir - de l'église d'un autre saint célèbre, Hilaire de Poitiers, - «sans doute, dit le chroniqueur, afin qu'aidés - par la lumière du bien heureux confesseur, ils assaillissent - plus hardiment les bataillons de ces hérétiques - contre lesquels le saint évêque avait souvent combattu - pour la foi.» Alaric, roi des Wisigoths, hésitait - à engager l'action contre les Francs; il temporisait, - espérant un prompt secours d'autres barbares d’Italie, - les Ostrogoths; mais les chefs n'étaient point maîtres - de leurs armées: «Nous valons bien les Francs en - force et en courage!» s'écrièrent les soldats d’Alaric, - et la bataille s'engagea a Voulon (4 lieues de - Poitiers). Alaric était prudent, mais non lâche; - il le prouva en demeurant sur le champ de bataille - même après que ses lignes eurent été enfoncées. Il - fut tué de la main même de Clovis. Celui-ci toutefois - courut un grand danger: deux soldats Goths le - frappèrent ensemble de leurs lances; mais les lances - ne purent entamer la cuirasse du chef des Francs - qui fut sauvé. En quelques heures la victoire fut - complète et le carnage affreux. «Les cadavres, - dit le chroniqueur, étaient amoncelés en tel nombre, - qu'on eût dit des montagnes de morts.» Tout le - midi de la Gaule, avec ses opulentes cités, tomba au - pouvoir des Francs qui, pendant plusieurs mois, ne - cessèrent de ravager le pays.</p> -<p>Les Francs dominèrent alors jusqu'aux Pyrénées. - Cependant toutes les tribus franques ne reconnaissaient - pas l'autorité de Clovis. Toujours rusé et - cruel, il se délivra de leurs rois, qu'il fit tuer en - secret les uns après les autres. Il devint ainsi le - seul chef des Francs.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">[Pg 15]</a></span></p> -<p>Clovis avait fondé un État qui est le plus ancien - de tous les États de l'Europe, et fait de la Gaule la - France. Il mourut en l'année 511, dans la cité de - Lutèce, qu'on appelait déjà Paris, et dont il avait - fait sa capitale.</p> -<p><b>Les fils de Clovis; partage de la Gaule.</b>—L’égalité - des partages entre les enfants étant la règle des - successions chez les Francs, les quatre fils de Clovis - se divisèrent toutes ses conquêtes comme un simple - butin. Chacun eut sa part de territoire et de trésors, - de villes et d'étoffes précieuses. Il y eut un - roi de Paris, Childebert; un roi de Soissons, Clotaire; - un roi d'Orléans, Clodomir; un roi de Metz, - Thierry. Et, de même que Clovis, en vrai barbare, - avait dépouillé ses parents, de même ses fils cherchèrent - à se dépouiller les uns les autres. Les enfants - de Clodomir furent massacrés par leurs oncles - Clotaire et Childebert.</p> -<p>Quelques années plus tard, Clotaire et Childebert - reprirent contre la Bourgogne la guerre et soumirent - ce royaume (533-534).</p> -<p><b>Clotaire I<sup>er</sup> (558-561).</b>—Clotaire, d'abord roi de - Soissons, puis de Paris, survécut à ses frères et se - trouva en 558 seul possesseur des pays soumis par - les Francs. Cruel, il n'hésita pas à faire périr son - fils Chramne qui s'était révolté contre lui avec l'aide - du roi des Bretons. Chramne, vaincu, fut brûlé - dans une cabane où il s'était réfugié. Clotaire - mourut lui-même en 561.</p> -<p>Quatre fils lui restaient. Après sa mort il y eut - encore quatre royaumes. Caribert eut le royaume - de Paris; Sigebert, celui de Metz; Chilpéric, celui - de Soissons; Gontran, le royaume de Bourgogne.<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">[Pg 16]</a></span> Plus violents encore que les fils de Clovis, ces princes, - réduits bientôt à trois par la mort de Caribert - (567), se firent bientôt des guerres acharnées. Au - milieu de cette confusion on distingua surtout la - rivalité des deux royaumes de Chilpéric et de Sigebert.</p> -<p><b>La Neustrie et l'Austrasie.</b>—Les Francs du - royaume de Chilpéric (Soissons) et tous ceux qui - habitaient de la Somme à la Loire se mêlaient de - plus en plus avec les populations gallo-romaines, - prenaient leurs mœurs et leurs usages. Ils devenaient - ainsi de jour en jour plus différents des - Francs du royaume de Sigebert (Metz), de ceux - qui habitaient les pays de l'est, les bords de la - Meuse, de la Moselle et du Rhin. Ceux-ci furent - désignés sous le nom d’Austrasiens, les autres sous - le nom de Neustriens. L'animosité de ces deux - peuples se manifesta d'abord par la guerre qu'excita - la rivalité de deux femmes tristement célèbres, - Brunehaut, femme de Sigebert, et Frédégonde, - femme de Chilpéric.</p> -<p>Brunehaut, fille d'un roi des Wisigoths et élevée - en Espagne dans des idées toutes romaines, avait - voulu imposer ces idées aux guerriers francs de - l'Austrasie. Elle voulait faire disparaître les coutumes - barbares, réparait les voies que les Romains - avaient construites et qu'on laissait tomber en ruine. - Mais elle était emportée, avide. Elle faisait mettre - à mort sans jugement les <i>leudes</i><a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a> dont elle convoitait - les trésors. Elle persécutait les évêques qui lui reprochaient - ses violences. Elle arma même l'un - contre l'autre ses deux petits-fils, Thierry II, roi de<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">[Pg 17]</a></span> Bourgogne, et Théodebert II, roi d'Austrasie. - Théodebert fut saisi et peu après mis à mort. Thierry - II régna alors avec Brunehaut sur l'Austrasie - et sur la Bourgogne. Mais Thierry, que Brunehaut - avait laissé s'énerver dans les plaisirs, mourut tout - à coup en 613, et Brunehaut demeura seule avec - quatre arrière-petits-enfants en bas âge. Les leudes - pensèrent alors que le moment était venu de se - venger de cette femme ambitieuse et altière. De - son côté, le fils de la cruelle Frédégonde, Clotaire II, - trouva le moment favorable pour attaquer Brunehaut. - Celle-ci fut abandonnée par son armée et - bientôt livrée à Clotaire II.</p> -<p>Le roi de Neustrie se montra le digne fils de - Frédégonde par le supplice auquel il soumit la reine - vaincue. Pendant trois jours elle fut exposée aux - insultes des soldats, promenée honteusement sur un - chameau, puis attachée à la queue d'un cheval fougueux - qui lui brisa le crane et traîna son cadavre - mutilé sur les pierres des chemins. Ce fut ainsi que - mourut, en 613, Brunehaut, fille de roi, épouse de - roi, mère de roi, aïeule et bisaïeule de rois.</p> -<p><b>Clotaire II (586-628).</b>—Le roi de Neustrie, Clotaire - II, le fils de Frédégonde, réunit sous son autorité - les deux royaumes et régna jusqu'en 628, seul - maître de toute la Gaule comme l'avaient été Clotaire - I<sup>er</sup> et Clovis.</p> -<p><b>Dagobert I<sup>er</sup> (628-638); grandeur du royaume - franc.</b>—Son fils, Dagobert I<sup>er</sup>, le plus puissant des - rois de la famille ou dynastie de Mérovée, ne fut - nullement le prince débonnaire que nous représente - la légende: il avait au contraire forcé les grands à - l'obéissance et se montrait terrible aux méchants.<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">[Pg 18]</a></span> A peine prenait-il le temps de manger et de dormir, - tant le zèle de la justice l'animait. Il était maître - d'un vaste empire qui débordait bien au delà du - Rhin. Il recevait en effet tribut des Alamans, des - Thuringiens, des Bavarois et porta ses armes jusque - dans la vallée du Danube où il eut à soutenir de - rudes guerres.</p> -<p>C'était dans sa villa de Clichy, près de Paris, que - Dagobert aimait à résider et à déployer ses richesses. - Assis sur un trône d'or, la couronne sur la tête, il - donnait audience comme un véritable empereur.</p> -<p><b>Décadence des Mérovingiens; les rois fainéants.</b>—A - la mort de Dagobert les partages se renouvelèrent - ainsi que les guerres civiles. La famille de Mérovée - alla sans cesse en dégénérant, et alors commença - la série des souverains appelés <i>rois fainéants</i>: - reproche injuste, car beaucoup n’arrivèrent pas à - l'âge d'hommes, et ceux qui y arrivaient étaient - relégués dans quelque villa au fond des forêts. De - loin en loin un chariot traîné par des bœufs les - amenait à l'assemblée générale des guerriers, puis, - lorsqu'on leur avait rendu de vains honneurs, on les - renvoyait à leurs chasses et a leurs plaisirs. Les - maires du palais gouvernaient à leur place.</p> -<p>Les maires du palais avaient d'abord été de - simples officiers du roi, juges des querelles qui - éclataient dans les villas royales ou entre les compagnons - du roi. Élus par les leudes qu'ils conduisaient - aux combats, ils devinrent les tuteurs des - rois enfants, puis les maîtres de ceux qu'ils avaient - élevés. Il y avait un maire du palais dans chaque - royaume. Et les maires combattirent entre eux - comme avaient combattu les rois.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">[Pg 19]</a></span></p> -<p>Les maires du palais prenaient si bien la place des - rois qu'il n'y avait même déjà plus, depuis l'année - 679, de rois en Austrasie. La famille de Pépin de - Landen, dans laquelle depuis longtemps les leudes - choisissaient les maires du palais, commandait seule - aux Austrasiens. Sous la conduite de guerriers remarquables - sortis de cette vaillante famille, les - Austrasiens devinrent de jour en jour plus forts. - Une victoire décisive de leur chef Pépin d'Héristal, - remportée à Testry (en 687), sur les Neustriens, - assura aux Austrasiens la domination de la Gaule.</p> -<p>Il y eut sans doute encore des fantômes de rois - en Neustrie, mais de fait la famille de Pépin d'Héristal - remplaçait déjà celle de Clovis.</p> -<p>De cette famille, en réalité maîtresse de la Gaule, - sortit le fameux Charles Martel, l'un des plus grands - guerriers de l'époque, qui renouvela les exploits de - Clovis et annonçait ceux de Charlemagne.</p> -<p>Du fond de l'Arabie, péninsule qui tient à l'Asie - et à l'Afrique, un peuple ardent se précipitait à la - conquête du monde, poussé par le fanatisme et la - volonté d'imposer partout la religion de son prophète - Mahomet. Celui-ci avait prêché et combattu de - 622 à 632; il avait rompu avec le culte des idoles - païennes, mais ne voyait en Jésus-Christ qu'un grand - prophète et dans les Chrétiens que des infidèles adorant - plusieurs dieux. Avec la Bible, l’Évangile, les - poésies arabes, ses propres maximes et des préceptes - matériels dictés par l'intelligence du climat de - l'Orient, il avait composé un livre pour ses disciples, - le Coran, où ceux-ci lurent surtout la doctrine du - fatalisme, c'est-à-dire la résignation complète à tout - ce qui peut arriver. Le zèle qui leur était recommandé<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">[Pg 20]</a></span> pour la propagation de la croyance au vrai - Dieu et a son prophète Mahomet, transportait les - Arabes d'un enthousiasme qui excitait encore leur - nature mobile et impétueuse. En moins d'un siècle, - ils s'étaient emparés de la Syrie et de la Perse en - Asie; de l'Égypte, de toutes les côtes de l'Afrique - le long de la Méditerranée, enfin de l'Espagne - (711). Bientôt ils convoitèrent la Gaule. Déjà, - en 721, ils avaient attaqué l'Aquitaine et assailli - Toulouse. Le duc Eudes, avec les Aquitains et les - Gascons levés en masse, avait défendu sa capitale - et gagné une sanglante bataille. En 732, une invasion - plus redoutable se prépare sous un chef vaillant, - Abdérame. Bientôt Abdérame s'empare de - Bordeaux qu'il saccage. Le duc Eudes, qui jusqu'alors - n'avait pas voulu faire soumission au duc - des Francs, voyant ce torrent dévastateur se répandre - par toute l'Aquitaine, et ses sujets épouvantés - en présence de ces cavaliers rapides qu'on - trouvait partout à la fois, implora le secours de - Charles.</p> -<p>Charles arriva avec les Francs du nord. Les - Arabes se trouvaient en face du dernier rempart de - la chrétienté. Cette armée, qu'un chroniqueur appelle - avec raison «l’armée des Européens,» une fois - détruite, la religion de Mahomet (ou autrement l'islamisme), - dominera sur la terre.</p> -<p><b>Bataille de Poitiers (732).</b>—Les Francs n'abordèrent - pas sans étonnement les Arabes, ces ennemis - nouveaux, au teint basané, qui, enveloppés dans des - burnous blancs, montaient des chevaux vifs et ardents. - Les cavaliers arabes soulevaient des tourbillons - de poussière, paraissaient et disparaissaient,<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">[Pg 21]</a></span> se repliaient, se reformaient, pour revenir, avec la - rapidité de l'ouragan, frapper en courant avec leurs - cimeterres ou sabres recourbés. Les Arabes, à leur - tour, s'étonnèrent de voir ces hommes du Nord, - blonds, grands, protégés par des casques et des - cottes de mailles ou des casaques de peaux, munis - de longues épées, de piques, maniant habilement la - hache et la lançant au loin. Les Francs demeuraient - unis, disciplinés, présentant une forêt de piques - comme un mur de fer, et résistaient, inébranlables, - à tous les assauts.</p> -<p>Une habile diversion organisée par Charles contre - le camp arabe, décida le succès de la journée en - faveur des Chrétiens. Ne songeant plus qu'à leurs - richesses, les Arabes quittèrent leurs rangs. La - nuit empêcha les Francs de poursuivre leur avantage.</p> -<p>Le lendemain matin, ceux-ci revirent à la même - place les tentes arabes et craignaient une nouvelle - bataille; mais les ennemis avaient disparu; les - Francs purent se jeter en toute liberté sur le prodigieux - butin que les ennemis avaient abandonné.</p> -<p>Charles avait frappé si fort qu'il reçut le surnom - de Martel (marteau). A son retour à Paris, il fut - accueilli avec enthousiasme et fit une entrée vraiment - triomphale. Les Francs venaient de décider - une grande querelle: ils avaient sauvé la chrétienté - et la vraie civilisation, bien que les vainqueurs parussent - moins civilisés et plus grossiers que les - vaincus.</p> -<p><b>Pépin le Bref (741-768).</b>—Charles Martel laissa - deux fils, Pépin et Carloman, qui commandèrent - d'abord ensemble aux Francs. Carloman, en 747,<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">[Pg 22]</a></span> se fit moine et Pépin gouverna seul. Il se trouva - bientôt assez puissant pour écarter le fantôme de - roi mérovingien que sa famille avait maintenu. Il - fit couper la chevelure du dernier Mérovingien, - Childéric III, qui fut tonsuré comme un clerc et - relégué dans un monastère à Saint-Omer (752 après - Jésus-Christ).</p> -<p>Proclamé roi à Soissons, Pépin se fit sacrer par - Boniface, archevêque de Mayence. Il se fit même - couronner une seconde fois, à Saint-Denis, par le - pape Étienne II.</p> -<p>Or les Lombards menaçaient Rome. Pépin, reconnaissant - de l'appui que lui avait donné le pape, - marcha à son secours et triompha des Lombards. - Il concéda au Saint-Siège la province de Ravenne, - et le pape eut alors une puissance temporelle. Pépin - ensuite soumit définitivement la grande province - du Midi, l'Aquitaine. La Gaule entière obéit - dès lors aux Francs.</p> -<p>Pépin était surnommé le Bref à cause de sa petite - taille. Mais il prouva que la force et le courage ne - dépendaient pas de la taille. Un jour il assistait, - dans un cirque, avec ses leudes à un combat d'animaux: - un taureau se défendait contre un lion; mais - le lion sauta au cou du taureau et allait le déchirer. - Pépin demanda si quelqu'un oserait porter secours - au taureau. Personne n'ayant répondu, Pépin - s’élança dans l'arène et, d'un coup d’épée, abattit - la tête du lion. Les leudes admirèrent la vigueur - de leur chef, et nul ne fut mieux obéi, malgré sa - petite taille.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">[Pg 23]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_III" id="CHAPITRE_III">CHAPITRE III</a></h2> -<h4>CHARLEMAGNE (768-814)</h4> -<p>Bien qu'il eût lui-même rétabli l'unité de commandement, - Pépin le Bref, avant de mourir, - céda encore aux coutumes des Francs, car il partagea - la Gaule entre ses fils Charles et Carloman. Les - deux frères ne vécurent pas en bonne intelligence, - mais la mort de Carloman (771) permit bientôt de - rétablir l'unité. Charles écarta les enfants de Carloman - et se fit reconnaître seul chef des Francs. - C'est lui qui devait porter au plus haut degré la - gloire de sa famille et mériter d'être appelé le <i>Grand</i> ou <i>Charlemagne</i>.<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a></p> -<p>Charlemagne était né dans un des domaines de - Pépin le Bref, sur les bords du Rhin.</p> -<p>Il fut élevé, comme tous les rois de ce temps, non - dans des palais (il n'y en avait plus), mais dans des - fermes établies au milieu des forêts. Gros, robuste, - d'une taille très haute, presque un géant, il avait - dans toute sa personne un air de grandeur et de - dignité. Intrépide et infatigable, toujours en chasse - ou en guerre, il ne quittait presque jamais le cheval - et jamais l'épée.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">[Pg 24]</a></span></p> -<p>La renommée avait tellement exalté la puissance - de Charlemagne que son aspect seul inspirait la plus - vive frayeur, si nous en croyons un vieux récit.</p> -<p>Sous la conduite de Charlemagne, les Francs sortirent - de la Gaule de tous côtés et soumirent tous - les peuples qui occupaient le centre et le midi de - l'Europe.</p> -<p>Afin de délivrer Rome et le pape du danger qui - les menaçait sans cesse, Charlemagne détruisit le - royaume des Lombards (774-776). Il prit alors - le titre de roi d’Italie. Il vint à Rome et confirma - au pape Adrien la possession des vastes domaines - que Pépin avait accordés en 756 au pape Étienne II.</p> -<p>Le roi des Francs marchait contre Didier, roi des - Lombards, qui avait recueilli plusieurs de ses ennemis, - et parmi eux un ancien officier de Charles, le - comte Oger. Lorsqu'on annonça l'approche des - Francs, Didier monta, avec Oger, sur une des plus - hautes tours de la ville de Pavie: Il aperçut d'abord - les bagages et les machines et dit à Oger: «Est-ce - que Charles est dans cette armée?—Non, répondit - le comte, pas encore!»</p> -<p>On vit ensuite l'armée même, la foule des peuples - rassemblés des contrées les plus lointaines. «Vraiment, - dit le roi, Charles doit être au milieu de ces - troupes.—Mais non, répondit le comte, pas encore! - pas encore!» Et voici, comme il parlait, qu'on aperçut - ceux qui formaient la garde de Charles et qui - ne connaissaient pas le repos. «Est-ce Charles? - s’écrie Didier étonné.—Non, dit Oger, pas encore. - Quand tu verras, ajouta-t-il, la moisson frémir d'horreur - dans les champs et le fleuve refléter la couleur - du fer, alors tu pourras croire à l'arrivée de Charles.»</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">[Pg 25]</a></span></p> -<p>Il n'avait pas encore fini de parler qu'on crut - apercevoir un nuage ténébreux. Charles approchait - et de ses armés sortait un éclat sinistre. Il apparut - enfin, couvert de fer, avec son casque de fer, portant - de sa main gauche une lance de fer et sa main droite - appuyée sur son invincible épée. Tous ceux qui - marchaient devant lui, à ses côtés, derrière lui, - avaient le même aspect terrible.</p> -<p>«Le voici! le voici! celui que tu demandais!» - s'écria Oger, et tous deux tombèrent évanouis.</p> -<p>Charlemagne enveloppa de son armée la ville de - Pavie. La famine et la maladie décimèrent les défenseurs - de la cité, qui fut obligée de se rendre.</p> -<p>Didier vint lui-même se livrer à Charlemagne, qui - le fit enfermer pour le reste de ses jours dans un - cloître, ainsi qu'Oger.</p> -<p><b>Guerres en Espagne contre les Arabes.</b>—Charlemagne - franchit les Pyrénées et refoula au delà de - l'Èbre les Arabes d'Espagne (778). Mais, au retour, - son arrière-garde fut écrasée dans la vallée - de Roncevaux par les Basques ou Vascons qui occupaient - les montagnes et firent rouler sur les - Francs d'énormes quartiers de rocs. Là périt le - neveu de Charlemagne, Roland, que les poètes célébrèrent - beaucoup et vantèrent comme le modèle des - guerriers.</p> -<p>Selon les légendes, un traître, Ganelon, aurait indiqué - aux ennemis la route que le neveu de Charles - devait prendre, et ceux-ci l'attaquèrent au passage - de Roncevaux. De tous côtés les traits pleuvaient, - des arbres entiers déracines, des quartiers de roches - étaient précipités sur les Francs entassés dans - l'étroite vallée. Roland, qui combattait vaillamment,<span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">[Pg 26]</a></span> sonna de son cor pour avertir Charlemagne. - Le bruit en arriva jusqu'aux oreilles de Charles: - «C'est mon neveu qui m'appelle, dit-il avec inquiétude.—Non, - dit Ganelon qui l'accompagnait, votre - neveu chasse à travers la montagne.» Et le roi continua - sa route.</p> -<p>Roland sonna si fort que les veines de son cou se - rompirent. Sur le point de mourir, il ne voulait - pas que sa terrible épée, sa Durandal, comme on - l'appelait, tombât entre les mains des ennemis; il - chercha un rocher pour la briser; ce fut, disent les - poètes, l’épée qui fendit le rocher. Ne pouvant - briser Durandal, Roland la jeta dans une fontaine - où elle doit rester, toujours d'après la légende, jusqu'à - la fin des temps.</p> -<p>Charlemagne avait fini par comprendre les sons - désespérés du cor de Roland; il était revenu en - toute hâte sur ses pas, mais trop tard, et ne put que - venger la mort de son neveu.</p> -<p><b>Guerres contre les Saxons.</b>—Mais la guerre la - plus longue, la plus acharnée que Charlemagne eut - à soutenir, fut la guerre contre les Saxons. A dix-huit - reprises différentes, dans l'espace de trente-trois - ans, il pénétra dans le pays compris entre le Rhin et - l’Elbe.</p> -<p>Charles s'appliqua surtout à convertir les Saxons - à la religion chrétienne. Il détruisit leurs bois - sacrés, renversa leurs idoles, entre autres l’Irminsul, - tronc d'arbre énorme et sculpté en forme de - statue.</p> -<p>Un chef surtout avait excité les Saxons à la - résistance, Witikind. Ardent, infatigable, habile, - Witikind se dérobait à toutes les recherches: quand<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">[Pg 27]</a></span> il ne pouvait plus lutter, il se retirait chez les Danois - et reparaissait dès que Charlemagne s'éloignait.</p> -<p>Le bruit du désastre de Roncevaux étant parvenu - jusque dans la Saxe, Witikind souleva toute la Germanie - et osa se montrer sur les bords du Rhin - (778). Charles fut obligé de recommencer la conquête - du pays. Il y resta trois années pour y fonder - des monastères, y bâtir des châteaux forts, y créer - des évêchés.</p> -<p>Charles alors croit pouvoir s’éloigner. Mais - Witikind reparait et détruit une armée franque. - Charles aussitôt revient au milieu des Saxons en - ennemi irrité et inflexible. Witikind lui échappe - encore, mais quatre mille cinq cents prisonniers sont - décapités en un seul jour à Verden (782).</p> -<p>Ce terrible massacre fut le signal d'une nouvelle - guerre sans merci. Les Saxons, épuisés, à la fin - se soumirent. Witikind, ne trouvant plus de soldats, - fatigué lui-même et apprenant que Charles lui - ferait grâce s'il voulait se convertir, vint reconnaître - l'autorité de Charlemagne et recevoir le baptême à - la villa royale d’Attigny sur Aisne (785).</p> -<p>La soumission de Witikind termina la grande - guerre de Saxe. Plusieurs tribus se révoltèrent - encore plus d'une fois jusqu'en l'année 804, et - Charlemagne, las de vaincre et de punir «cette race - au cœur de fer,» dut transplanter des milliers de - familles en d'autres régions et changer les habitants - de la Saxe. C'est ainsi que le redoutable roi des - Francs créa le pays qu'on a depuis appelé l'Allemagne.</p> -<p>Le roi des Francs se trouvait à Rome au moment - ou l'on célébrait le huit centième anniversaire de la<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">[Pg 28]</a></span> naissance du Christ, et c'était précisément le premier - jour de l'an 800, car on comptait alors les années à - partir de Noël. Pendant la messe, comme Charles - priait agenouillé dans l'église de Saint-Pierre et - Saint-Paul, le pape Léon III, tenant une couronne - d'or, alla tout à coup la lui placer sur la tête en disant: - «A Charles très pieux, auguste, couronné de - Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie - et victoire!» Les guerriers francs, flattés dans leur - orgueil, s'unirent aux Romains pour répéter avec - enthousiasme: «A Charles, empereur des Romains, - vie et victoire!»</p> -<p>Le pape se prosterna devant le nouvel empereur - d'Occident, qui revêtit un costume magnifique: - tunique ornée de broderies, manteau fleuri de rameaux - d'or, brodequins étincelants de pierres précieuses. - Et toute la ville de Rome fut en joie: elle - se croyait rappelée à son antique splendeur.</p> -<p>Cette pompe toutefois, cette magnificence plaisaient - peu au redoutable guerrier. En dehors des - cérémonies, Charles conserva ses habitudes simples - et le grossier costume des soldats francs. Ses compagnons - aimaient au contraire à se parer des riches - vêtements qu'ils avaient trouvés en abondance dans - les villes d'Italie.</p> -<p>Or, un dimanche, après la messe, Charles dit à - ses compagnons: «Sans entrer au logis, vêtus - comme nous le sommes, partons pour la chasse.» - Il tombait une pluie fine et froide. Tout le jour on - courut sous la pluie, dans les broussailles, au milieu - des bois; les vêtements fins et délicats furent trempés, - déchirés. Charles ordonna à ses compagnons - de reparaître le lendemain devant lui avec le même<span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">[Pg 29]</a></span> costume. Ils se présentèrent tout honteux de leur - triste équipage, et Charles plaisanta ses compagnons - sur leurs somptueuses guenilles.</p> -<p>Charles n'aurait point mérité le surnom de Grand, - s'il n'eût effacé la barbarie du conquérant par la - sagesse du législateur; il s'appliqua à faire régner - dans son vaste empire l'ordre et la justice. «Une - chronique raconte qu'il avait fait suspendre une - cloche à la porte de son palais; tous ceux qui voulaient - former appel à sa justice, sonnaient cette - cloche et le roi, suffisamment averti, leur donnait - audience tous les jours. La nuit même, car il avait - l'habitude de se lever et de s'habiller plusieurs fois - durant la nuit, Charles faisait introduire dans sa - chambre des plaideurs de toutes conditions, les - priait d'exposer leurs griefs mutuels et se prononçait - comme en plein tribunal sur la question en - litige.»</p> -<p>Il établit dans les provinces, des comtes, des vicaires, - des juges. Il avait l'œil et la main partout. - Des envoyés royaux devaient, à chaque saison de - l'année, parcourir les provinces et réprimer les excès - des officiers. Au printemps et à l'automne, à la - veille ou au retour de ces expéditions, l'empereur - tenait les assemblées ordinaires chez les Francs; - c'est là qu'il publiait ses <i>capitulaires</i>, lois diverses - qui réglaient la police de l'État ou l'administration - de ses fermes. Charles n'avait d'autres revenus - que ceux de ses vastes domaines; aussi le voit-on - s'occuper, en même temps que de l'ordre de la société, - de la vente de ses bœufs et de ses porcs, des - œufs de ses basses-cours, des poissons de ses étangs, - des foins de ses prairies, même du superflu des légumes<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">[Pg 30]</a></span> de son jardin. «Un père de famille, a-t-on - dit avec raison, pourrait apprendre dans ses lois à - gouverner sa maison.»</p> -<p>Ce guerrier redoutable connaissait le prix de la - science. Il étudia sa langue maternelle, il apprit le - latin; sa rude main, si habituée à manier l'épée, - s'exerçait à conduire le stylet sur les tablettes et à - tracer d'informes caractères. Il s'entoura de savants - qui formaient dans son palais comme une - Académie.</p> -<p>Charlemagne avait établi une école dans son palais - même pour les enfants de ses leudes et des serviteurs - de son palais. Il la visitait souvent. Les - enfants les plus pauvres étudiaient avec ardeur. - Charles leur dit un jour: «Je vous loue beaucoup, - mes enfants, de votre zèle à remplir mes intentions - et à rechercher de tous vos moyens votre propre - bien. Maintenant, efforcez-vous d'atteindre à la - perfection, alors je vous donnerai de riches évêchés, - de magnifiques abbayes.» Puis il se tourna vers les - enfants des grands, et d'une voix terrible il s'écria: - «Quant à vous, fils des principaux de la nation qui, - vous reposant sur votre naissance et votre fortune, - avez négligé mes ordres et le soin de votre propre - gloire dans vos études, si vous ne vous hâtez pas de - réparer par une constante application votre négligence - passée, vous n'obtiendrez jamais rien de - Charles!»</p> -<p>La renommée du puissant empereur s'était répandue - au loin. Le monarque le plus puissant de - l'Asie, le chef du grand empire arabe, le calife - Haroun-al-Raschid (Haroun le Juste), lui envoya - plusieurs fois des ambassades et des présents d'une<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">[Pg 31]</a></span> merveilleuse richesse. Parmi ces présents, ce qui - étonna le plus les Francs, ce fut un éléphant, animal - qu'ils n'avaient jamais vu, et une horloge mécanique - avec des figures qui se mettaient en mouvement - pour sonner les heures.</p> -<p>Charles mourut en 814 à Aix-la-Chapelle, ville - qu'il aimait à cause de ses sources d'eau chaude, et - où il avait élevé une grande église. On déposa son - corps dans la crypte de cette église et on l'enferma - dans un caveau, assis sur un trône de marbre, la - couronne d'or sur la tête, un sceptre d'or entre ses - mains.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">[Pg 32]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_IV" id="CHAPITRE_IV">CHAPITRE IV</a></h2> -<h4>LOUIS LE PIEUX—LE TRAITÉ DE VERDUN—CHARLES - LE CHAUVE—LES NORMANDS</h4> -<p><b>Louis le Pieux ou le Débonnaire.</b>—La famille - de Charlemagne déclina plus vite encore qu'elle - n'avait grandi. L'empire qu'il avait formé était - trop vaste et se démembra dès le règne même de son - fils, Louis le Débonnaire (814-840). Louis était - si faible qu'il ne sut pas même maintenir son autorité - dans sa famille. Incapable de porter seul le - fardeau que lui avait légué son père, il partagea - tout de suite l'empire entre ses trois fils, Lothaire, - Pépin et Louis. Un de ses neveux, Bernard d'Italie, - protesta contre ce partage, les armes à la main. - Vaincu, il eut les yeux crevés par ordre de l'empereur - et succomba aux suites de cet horrible supplice - (818). Pour expier cette cruauté, Louis se - soumit à une pénitence publique à Attigny, s'humilia - devant les évêques et commença à avilir aux yeux - des peuples la dignité impériale.</p> -<p>Louis le Débonnaire, ayant eu d'un second mariage - un quatrième fils, Charles, voulut aussi lui - donner un royaume. Les autres fils alors se révoltèrent - en 830, et déposèrent l'empereur.</p> -<p>En l'an 833, a si peu de distance de la mort de<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">[Pg 33]</a></span> Charlemagne, l'église de Saint-Médard de Soissons - fut le théâtre d'une cérémonie bien différente de - celle qui avait eu lieu à Rome en l'an 800. Louis le - Débonnaire, détrôné une première fois en 830, - venait d'être renversé une seconde fois par ses fils. - Lothaire, auquel l'empereur, abandonné de son armée, - s'était rendu, se montra sans pitié pour son - père. Voulant le rendre incapable de régner, il - l'obligea de faire, dans l'église de Saint-Médard de - Soissons, une confession publique de ses fautes. On - lui enleva tous les insignes de la dignité impériale, - même le baudrier et les armes du guerrier. Louis - dut revêtir le costume de pénitent et demeurer dans - le cloître (833).</p> -<p>Les peuples, encore pleins du souvenir de Charlemagne, - protestèrent contre cette humiliation infligée - à l'empereur et contre cet outrage fait à un père - par ses enfants. Louis le Germanique et Pépin - comprirent bientôt qu'ils n'avaient travaillé que - pour leur aîné et ne voulurent point reconnaître son - autorité. Ils délivrèrent Louis le Débonnaire, le - ramenèrent à Saint-Denis, et le revêtirent de nouveau - des ornements impériaux (834). Cependant - les guerres recommencèrent. L'empereur mourut - en combattant son fils Louis le Germanique. «Je - lui pardonne, disait-il tristement, mais qu'il sache - qu'il me fait mourir.»</p> -<p><b>Les fils de Louis le Débonnaire (840-843).</b>—Des - fils qui avaient outrage l'autorité paternelle ne - pouvaient se respecter les uns les autres. Ils luttèrent - entre eux comme ils avaient lutté contre leur - père.</p> -<p>Pépin était mort, mais Louis le Germanique,<span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">[Pg 34]</a></span> Charles et Lothaire se disputèrent les provinces de - l'empire. Charles et Louis se liguèrent contre leur - aîné, Lothaire, qui seul portait le titre d'empereur. - Ils le battirent à la journée de Fontanet (841), près - d'Auxerre. Dans chaque camp il y avait des - hommes de même nation, et on vit ainsi se battre - frères contre frères, Francs contre Francs, Saxons - contre Saxons. Charles et Louis demeurèrent - vainqueurs.</p> -<p>Les deux frères resserrèrent leur union par un - serment mutuel qu'ils prononcèrent devant leurs - armées, à Strasbourg, l'un en langue germanique, - l'autre en langue romane (ou romaine) (842). Lothaire - consentit alors à un partage définitif, à Verdun, - en 843. Louis le Germanique conserva tous - les pays au delà du Rhin (Saxe et Bavière) et qui - devaient former l'Allemagne.</p> -<p>Charles garda les pays qu'il gouvernait, c'est-à-dire - la Gaule, mais non dans toute son étendue. - Lothaire conservait l’Italie et recevait, en outre, les - pays compris entre la Meuse et le Rhin, entre la - Saône et le Jura, entre le Rhône et les Alpes (Belgique, - Lorraine, Alsace, comté de Bourgogne, Dauphiné - et Provence).</p> -<p>Ce partage de famille, semblable à tous ceux qui - s'étaient faits jusqu'alors, eut cependant les plus déplorables - conséquences. Les pays qui formaient la - part de Lothaire n'étant rattachés ni à la Gaule, ni - à la Germanie, et trop divers pour devenir eux-mêmes - un État, devaient être la cause de guerres - sans fin. La Bourgogne, le Dauphiné, la Provence - firent plus tard retour à la Gaule comme la nature - l'indiquait; mais le territoire entre la Meuse et le<span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">[Pg 35]</a></span> Rhin, la riante vallée de la Moselle, la pittoresque - et riche vallée du Rhin, restèrent un éternel sujet de - discorde entre la France qui réclame et l'Allemagne - qui détient aujourd'hui ces pays jadis gaulois, romains - et francs.</p> -<p><b>Charles le Chauve (843-877).</b>—Prince faible, - Charles le Chauve, qui avait reçu la Gaule mutilée, - ne pouvait même y exercer son autorité. Les ducs - et les comtes établis dans les provinces s'y déclaraient - souverains. La France allait se décomposant - en petits États. Pour comble de malheur, arrivaient - de nouveaux barbares, les Normands.</p> -<p><b>Les Normands.</b>—Nommés ainsi parce qu'ils - venaient des pays du nord, de la Scandinavie, les - Normands étaient d'intrépides marins, habiles à manier - la rame et la voile. Leurs chants ordinaires - suffisent à les peindre: «Que le pirate dorme sur - son bouclier, le ciel bleu lui sert de tente.—Quand - le vent souffle avec furie, hisse ta voile jusqu'au - haut du mât. Les vagues bouleversées repoussent - le pirate; laisse aller; qui amène sa voile est un - lâche: mieux vaut mourir.—Si le marchand passe, - protège son navire, mais qu'il ne refuse pas le tribut. - Tu es le roi sur les vagues, il est l'esclave de son - gain.—Les blessures honorent le pirate; elles - parent l'homme quand elles se trouvent sur sa poitrine - ou sur son front.»</p> -<p>Ces rois de la mer, montés sur leurs barques - grossièrement construites et ornées à l'avant de - figures de serpents et de chevaux, arrivent à l'embouchure - des fleuves: ils se saisissent d'un îlot ou - d'un poste de difficile accès qui leur sert de cantonnement, - de retraite en cas de besoin. Le jour, ils<span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">[Pg 36]</a></span> restent immobiles dans des baies solitaires ou cachés - dans les forêts du rivage; la nuit, ils abordent, escaladent - couvents et châteaux forts, pillent le pays, - organisent une sorte de cavalerie avec les chevaux - qu'ils rencontrent et courent en tous sens jusqu'à - trente ou quarante lieues de leur flotille. A la vue - de ces guerriers couverts d'un tissu de lames de fer - disposées en écailles, armés d'une lourde hache, - d'une épée à deux tranchants ou d'une longue lance, - l'effroi des populations est indicible; les prières de - l'époque l'attestent: «De la fureur des Normands - délivrez-nous, Seigneur!» s'écriaient-elles dans leur - terreur.</p> -<p>Cette faiblesse les enhardissait: Paris, Orléans, - Toulouse furent pillés; les Normands perdent même - l'habitude de retourner dans leur pays pendant - l'hiver. Une seule famille se distingue par son courage - contre ces ravageurs, celle de Robert le Fort, - comte d'Anjou. Robert acquit une grande renommée - en repoussant les pirates, mais il périt au combat - de Brissarthe (865) près d'Angers.</p> -<p><b>L'empereur Charles le Gros (884-888).</b>—Le fils - de Charles le Chauve, Louis le Bègue, ses petits-fils - Louis III et Carloman ne firent que passer sur le - trône. La Gaule tomba sous l'autorité d'un descendant - de Louis le Germanique, l'empereur Charles le - Gros, qui reconstitua, en 884, l'empire entier de - Charlemagne. Mais ce prince qui méritait bien son - surnom était aussi faible en Germanie qu'en Gaule.</p> -<p>Dans l'été de 885, une nombreuse flottille normande - conduite par deux redoutables chefs, Godefried - et Siegfried, remonta le cours de la Seine. - Elle comptait plus de trois mille barques longues et<span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">[Pg 37]</a></span> plates qu'ornaient de grossières figures de serpents - ou de dragons. Instruits par les malheurs précédents, - les Parisiens avaient protégé, par des tours, - sur chaque rive du fleuve, les deux ponts qui mettaient - leur île en communication avec le pays. Deux - cents seigneurs, avec leurs hommes, avaient répondu - à l'appel du comte de Paris Eudes, digne fils de - Robert le Fort, et s'étaient enfermés dans la ville. - Aussi le roi des pirates, Siegfried, essaya-t-il de négocier: - il ne demandait que le passage pour aller en - Bourgogne. Mais l'évêque de Paris, Gozlin, lui - répondit: «L'empereur Charles nous a donné Paris - à garder; si par hasard la défense de ses murs eût - été confiée à ta foi, ferais-tu pour nous ce que tu - demandes pour toi?—Si je le faisais, s'écria fièrement - le barbare, ma tête devrait tomber sous la - hache et être jetée aux chiens.» Les Normands - commencèrent le siège (novembre 885).</p> -<p>Un an entier les Parisiens repoussèrent les assauts - des pirates. Une crue subite de la Seine emporta - une partie du Petit-Pont, et douze guerriers - restèrent isolés dans la tour construite sur la rive - gauche: un jour entier ils tinrent tête à l'armée des - barbares qui finirent par incendier la tour. Les - douze Parisiens se retirèrent sur les débris du pont - et continuèrent à combattre: sur la foi qu'ils auraient - la vie sauve, ils se rendirent; mais ils furent - massacrés, et l'un d'eux, Hérivée, qu'on voulait - épargner, refusa noblement de se racheter par une - rançon.</p> -<p>Cependant la misère de Paris croissait, car la famine - était venue, et la peste. L'évêque Gozlin, qui - soutenait les combattants par ses prières et son<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">[Pg 38]</a></span> exemple, mourut. Alors le comte Eudes s'échappa - pour aller solliciter le secours de l'empereur Charles - le Gros. Eudes parvint ensuite à rentrer dans la - ville, malgré les Normands. Enfin, au mois d'octobre - (886), sur les hauteurs de Montmartre, parut - l'armée de Charles lui-même: les Parisiens s'attendaient - à voir exterminer leurs ennemis. Charles, - au lieu de combattre, acheta la retraite des Normands - au prix de sept cents livres d'argent.</p> -<p>Charles le Gros montrait partout la même lâcheté. - Aussi les grands de tous les pays l'abandonnèrent - et le déposèrent à la diète de Tribur en Allemagne - (887). On ne lui nomma pas de successeur - comme empereur, et chaque nation se choisit un - chef particulier: l'empire de Charlemagne était à - jamais détruit. La Gaule donna la couronne au - vaillant défenseur de Paris, le duc des Francs, - Eudes. L’Italie se partagea entre plusieurs princes. - Tout le monde d'ailleurs voulait devenir roi: il y - avait des rois de Bourgogne, de Provence, de Lorraine, - de Navarre, etc., mais en réalité trois grandes - nations sortirent seules de ce démembrement de - l'empire carolingien: la nation française, la nation - italienne, la nation allemande.</p> -<p>Eudes, proclamé roi des Francs en 887, régna - jusqu'en 898. Mais s'il commençait dans la Gaule - devenue la France, une nouvelle famille de rois, les - descendants de Charlemagne conservaient encore - des partisans: un petit-fils de Charles le Chauve, - Charles le Simple, succéda au roi Eudes.</p> -<p><b>Charles le Simple (898-922).</b>—Ce prince qui méritait - bien son surnom, car il était naïf et simple - d'esprit, mit fin pourtant, en 912 par le traité<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">[Pg 39]</a></span> de Saint-Clair-sur-Epte, aux incursions des Normands: - il concéda à leur chef Rollon, qui se fit baptiser - et épousa la fille de Charles, les rives verdoyantes - et fertiles de la basse Seine: ce pays forma - dès lors le duché de Normandie.</p> -<p>Grâce à la sévérité de Rollon, les Normands perdirent - leurs habitudes de pillage, la sécurité revint et - les anciennes populations, soumises à leur autorité, - travaillèrent avec une telle ardeur que la Normandie - devint rapidement une des plus riches provinces.</p> -<p>Charles le Simple, comme ses prédécesseurs, affaiblissait - par ses libéralités le domaine royal, sans - pour cela empêcher les grands de se révolter contre - lui. Il fut renversé du trône en 922 et mourut, au - château de Péronne, captif d'Héribert, comte de - Vermandois.</p> -<p><b>La famille d'Eudes; les ducs des Francs.</b>—La - famille d'Eudes, au sein de laquelle s'était maintenu - le titre de duc des Francs, l'emporta de nouveau - jusqu'en 936 avec Robert I<sup>er</sup> (922-923), Raoul - de Bourgogne (923-936). Mais le petit-fils d'Eudes, - Hugues, comte de Paris, duc des Francs, et - connu dans l'histoire sous le nom de Hugues le - Grand, ne jugea pas encore venu le moment de déposséder - tout à fait la famille de Charlemagne. Il - rappela lui-même d'Angleterre où on l'avait emmené, - le jeune fils de Charles le Simple, Louis IV, - surnommé pour cette raison d'Outre-mer (936). - Toutefois il entendait bien gouverner comme - avaient fait jadis les maires du palais.</p> -<p>A la mort de Louis IV, Hugues ne chercha pas - non plus à prendre une couronne qui ne pouvait - tarder à échoir à sa famille; il reconnut Lothaire,<span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">[Pg 40]</a></span> fils de Louis. Il mourut lui-même en 956, laissant - trois fils, dont l'aîné, Hugues Capet, recueillit, avec - le comté de Paris, le titre de duc des Francs. Lothaire - (954-986) était un prince actif qui ne put - cependant secouer la tutelle de Hugues Capet. Il - mourut en 986.</p> -<p>Hugues Capet fit reconnaître le jeune Louis V. - Mais Louis V mourut, au bout d'un an, à la suite - d'un accident de chasse. Les seigneurs alors, rejetant - les prétentions de son oncle, Charles de Lorraine, - élurent pour roi Hugues Capet comte de - Paris et duc des Francs. Ce fut le chef d'une famille - qui devait régner durant huit siècles.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">[Pg 41]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_V" id="CHAPITRE_V">CHAPITRE V</a></h2> -<h4>LA FÉODALITÉ</h4> -<p><b>Les seigneurs et les fiefs.</b>—Hugues Capet proclamé - roi, en 987, n'avait reçu qu'un vain titre: il - n'était rien, car tous les seigneurs étaient rois. Les - seigneurs, c'étaient les anciens compagnons, les anciens - leudes du prince. Les rois francs avaient donné - à leurs compagnons, pour les récompenser de leurs - services, des chevaux, des armes, puis des terres, des - forêts, de vastes domaines. Ceux qui étaient ainsi - récompensés devaient engager leur fidélité au roi, - leur <i>foi</i>. Les terres données ainsi s'appelèrent les <i>fiefs</i>, et du mot <i>féod</i> nous avons fait féodal. La société - fut appelée <i>société féodale</i>, et nous nommons - ce régime <i>la féodalité</i>.</p> -<p>Celui qui recevait un fief s'agenouillait devant - son seigneur. Il jurait d'être son <i>homme</i>. Quelques-uns, - trop fiers ou trop puissants, restaient debout - en prêtant serment. Le seigneur, à son tour, - remettait à son homme une motte de gazon, un rameau - d'arbre comme symbole de la terre que l'autre - reconnaissait devoir à sa générosité. S'il s'agissait - d'un grand fief, duché ou comte, le symbole était un - étendard. Le vassal était obligé de suivre son<span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">[Pg 42]</a></span> suzerain à la guerre, de contribuer à sa rançon s'il - tombait aux mains de l'ennemi, de l'assister quand il - rendait la justice. Le suzerain, en retour, devait - protection à son vassal et à sa famille.</p> -<p><b>Le château.</b>—Les seigneurs étaient cantonnés - dans des châteaux; ces forteresses ne furent d'abord - que des palissades entourées d'un fossé destiné - à défendre le pays contre les Normands. Aux palissades - les seigneurs substituèrent des murs en - pierre d'une épaisseur énorme. Les murs furent - flanqués de tours crénelées, et enveloppèrent souvent - une vaste étendue de terrain, de vastes magasins, - une ferme, quelquefois même un bourg entier. Le - seigneur se sentait fort dans son château. Au sommet - de la plus haute tour veillait sans cesse le <i>guetteur</i>. - Sitôt qu'il apercevait au loin une troupe - suspecte, il sonnait une cloche. Les cors retentissants - remplissaient de bruit les cours et les salles. - Les guerriers se revêtaient de leurs lourdes armures - de fer. Les archers se plaçaient derrière les créneaux; - le pont-levis était relevé, la herse abaissée.</p> -<p>Si l'ennemi n'était pas en grand nombre, le seigneur - sortait à son tour avec ses hommes: il repoussait - ceux qui venaient envahir son domaine et - pénétrait dans celui de son ennemi, brûlant, pillant, - rendant ravage pour ravage.</p> -<p>L'hiver, il fallait vaincre l'ennui. C'est alors que - la châtelaine organisait des fêtes, des jeux, appelait - des musiciens, ou <i>ménestrels</i>. Un nain ou un être - difforme, nommé le fou, avait mission d'exciter le - rire par ses grimaces et ses bons mots. On se réjouissait - surtout lorsque arrivait au château un de<span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">[Pg 43]</a></span> ces poètes appelés <i>trouvères</i><a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a> qui s'en allaient chantant - les exploits de Charlemagne et de Roland.</p> -<p>Au pied des châteaux se groupèrent les maisons - des hommes dépendant du seigneur et cultivant les - terres. Ces maisons formèrent les bourgs quand - elles étaient pressées les unes contre les autres et enceintes - d'une palissade ou d'un mur, et les villages, - quand elles étaient éparses dans la campagne.</p> -<p>Le seigneur possédait non seulement la terre, - mais les gens qui travaillaient la terre. Les vilains - devaient moissonner ses blés, rentrer ses foins, bâtir - sa demeure, réparer ses chemins sans la moindre rétribution: - c'était la corvée.</p> -<p>Seul le seigneur pouvait chasser en tout temps - sans souci des récoltes: c'était le droit de chasse.</p> -<p>Seul il avait le privilège d'avoir des pigeons qui - vivaient aux dépens des champs d'alentour: c'était - le droit de colombier.</p> -<p>Dans ses voyages, il se faisait héberger ou il voulait: - c'était le droit de gîte.</p> -<p>Les vilains ou roturiers, en acquittant ces droits, - ces corvées, gardaient une certaine liberté. Ils pouvaient - avoir une cabane, une terre, s'enrichir même - s'ils avaient affaire à des seigneurs doux et pacifiques.</p> -<p>Au-dessous d'eux, les serfs, plus malheureux, - rappelaient les esclaves antiques. C'étaient les descendants - de prisonniers de guerre ou d'hommes réduits - en servitude pour certains crimes, parce qu'ils - n'avaient pu payer l'amende, ou de pauvres gens<span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">[Pg 44]</a></span> qui s'étaient livrés corps et biens, à cause de - l'affreuse misère. D'autres, par piété ou par repentir, - s'étaient déclarés serfs des églises, des abbayes.</p> -<p>Le serf était comme la terre qu'il cultivait, la - propriété absolue de son maître qui pouvait le donner, - l'échanger ou le vendre, comme bon lui semblait. - Les enfants d'un serf devenaient serfs en - naissant. Si un homme libre épousait une femme - serve, il tombait en servitude. Le seigneur pouvait - séparer le serf de sa femme, de ses enfants, - échanger ces malheureux comme un vil bétail.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">[Pg 45]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_VI" id="CHAPITRE_VI">CHAPITRE VI</a></h2> -<h4>LES CROISADES—LA CHEVALERIE</h4> -<p><b>Les premiers Capétiens (987-1108).</b>—Les premiers - Capétiens ne purent remédier au désordre - de la société. C'est à peine s'ils étaient égaux - aux autres seigneurs. Hugues Capet (987-996) - écrivait à Adelbert, comte de Périgord, qui refusait - d'obéir. «Qui t'a fait comte?» L'autre répondit - insolemment «Qui t'a fait roi?»</p> -<p>Son fils Robert eut la piété d'un moine, non la - fermeté d'un roi. Les guerres devinrent si nombreuses, - les famines si affreuses, qu'on crut à une - prédiction qui annonçait la fin du monde pour l'an - 1000. Cette terreur augmenta la puissance et la - richesse de l'Église à laquelle les seigneurs, pour - obtenir le pardon de leurs fautes, firent de grandes - générosités. L’Église, du reste, chercha à remédier - au désordre affreux de la société. Sous le règne - de Henri I<sup>er</sup> (1031-1060), elle publia la <i>Trêve de - Dieu</i> (1041). La guerre était interdite du mercredi - soir au lundi matin de chaque semaine, durant le - carême et l'avent. Après Henri I<sup>er</sup> règne Philippe - I<sup>er</sup> (1060-1108), qui demeure presque toujours renfermé - dans ses châteaux ou occupé à combattre les - vassaux de son domaine.</p> -<p><b>Conquête de l'Angleterre par les Normands.</b>—Guillaume,<span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">[Pg 46]</a></span> duc de Normandie, était le parent d'un - roi saxon qui régnait sur l'Angleterre: il prétendit - à son héritage. En 1066 il réunit autour de lui ses - vassaux et appela une foule d'aventuriers, leur promettant - argent et domaines. Avec une flotte nombreuse, - il traversa la Manche et aborda sur la côte - méridionale de la grande île. Le duc ne vint à - terre que le dernier de tous, il fit un faux pas et - tomba sur la face. Un murmure s'éleva; des voix - crièrent: «Dieu nous garde! C'est mauvais signe.» - Mais Guillaume, se relevant, dit aussitôt: «Qu'avez-vous? - Quelle chose vous étonne? J'ai saisi cette - terre de mes mains et, par la splendeur de Dieu, - tant qu'il y en a, elle est à vous.»</p> -<p>Les Saxons avaient élu pour roi Harald auquel - on conseillait d'éviter le combat et de faire retraite - vers Londres en ravageant tout le pays pour affamer - les étrangers. «Moi, répondit Harald, que je - ravage le pays qui m'a été donné en garde! Par ma - foi, ce serait trahison et je dois plutôt tenter les - chances de la bataille avec le peu d'hommes que - j'ai, mon courage et ma bonne cause.»</p> -<p>L'armée de Guillaume se trouva bientôt, à Hastings, - en vue du camp saxon qui était assis sur une - longue chaîne de collines et fortifié par un rempart - de pieux et de claies d'osier. Un Normand, appelé - Taillefer, poussa son cheval en avant du front de - bataille et entonna le chant, fameux dans toute la - Gaule, de Charlemagne et de Roland. En chantant, - il jouait avec son épée, la lançait en l'air avec force - et la recevait dans sa main droite. Les Normands - répétaient ses refrains et criaient: «Dieu aide! - Dieu aide!»</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">[Pg 47]</a></span></p> -<p>La bataille fut vive et acharnée, mais les Saxons, - ayant commis l'imprudence de quitter leurs retranchements, - furent vaincus. Harald périt au - milieu de la mêlée; beaucoup de Saxons ne voulurent - point survivre à ce désastre et se défendirent - jusqu'à la mort. Guillaume, maître du pays, y fixa - les Normands et partagea les terres entre ses soldats. - La langue française se parla au delà de la - Manche, et la langue anglaise en a retenu quantité - de mots et d'expressions.</p> -<p><b>La première croisade (1095-1099).</b>—On vit - bientôt des expéditions autrement grandes et fameuses. - La Palestine avec Jérusalem était devenue - la proie des Arabes musulmans, puis des Turcomans,<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a> bien plus farouches.</p> -<p>Or les chrétiens allaient en grand nombre visiter - Jérusalem et les lieux saints. C'était le pèlerinage, - comme on disait. Les chrétiens qui accomplissaient - ce pèlerinage furent exposés à de violents outrages. - Un pèlerin français, Pierre l'Ermite, vint raconter - aux peuples de l'Europe ces persécutions, les excitant - à la guerre sainte. Pierre l'Ermite s'appelait - de son vrai nom Pierre d'Achères (des environs - d'Amiens). Il avait été guerrier, puis s'était fait - ermite, d'où son surnom de Pierre l'Ermite. Ayant - fait le pèlerinage de la Terre Sainte, il fut vivement - ému des souffrances des chrétiens d'Orient et vint - les raconter au pape Urbain II. Encouragé par lui, - Pierre l'Ermite traversa l’Italie, puis la France. - Monté sur une mule, un crucifix à la main, les pieds<span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">[Pg 48]</a></span> nus, portant une pauvre robe attachée par une grosse - corde, il prêcha la guerre contre les infidèles et - appela les chrétiens à la délivrance du tombeau du - Christ.</p> -<p>Le pape Urbain II, Français de naissance, convoqua - à Clermont en Auvergne un concile où, avec - les prélats, affluèrent les seigneurs et une multitude - de peuple. Pierre l'Ermite raconta de nouveau les - malheurs des chrétiens de la Palestine. Le pape - exhorta les Francs à cesser leurs guerres et à mettre - leur bravoure au service de la religion. Tous répondirent - par un même cri: «Dieu le veut! Dieu - le veut!» (1095). Nobles et vilains firent vœu de - partir pour la guerre sainte; comme signe de ce - vœu, ils attachèrent à leur épaule une croix d'étoffe - rouge: ce qui leur fit donner le nom de <i>Croisés</i>, et - à l'expédition le nom de <i>Croisade</i>. Tout le monde - voulait partir pour la croisade. Les pauvres gens - entassaient dans des charrettes tout ce qu'ils avaient. - Les premiers prêts, ils se mirent en route sous la - conduite de Pierre l'Ermite et de Gauthier sans - Avoir. A la vue de chaque ville nouvelle, les - femmes et les enfants, dans leur simplicité, demandaient: - «Est-ce donc là Jérusalem?» Cette - foule traversa l'Allemagne en pillant pour vivre - et arriva décimée en Asie, où elle fut exterminée.</p> -<p>L'armée des seigneurs ne s'ébranla qu'après de - longs préparatifs. Elle formait une masse de cent - mille chevaliers, six cent mille fantassins (1096), - et avait à sa tête des chefs expérimentés à la tête - desquels on distinguait Godefroy de Bouillon, Raymond - de Toulouse, Hugues de France, Étienne de<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">[Pg 49]</a></span> Blois, le Normand Bohémond, prince de Tarente - (en Italie) et son cousin Tancrède.</p> -<p>Après deux batailles sanglantes, les Turcs se contentèrent - de harceler par leur cavalerie légère les - lourds chevaliers; ils laissèrent combattre pour eux - la faim, la misère, l'intempérie des vents, l'ardeur - brûlante du soleil. Jusqu'en Syrie, chaque pas fut - marqué par des cadavres. Là se trouvait la puissante - et riche Antioche. Les croisés, épuisés et - quoique réduits de moitié, étaient encore au nombre - de 300,000 hommes. Il fut impossible de nourrir - ces masses pendant un siège qui dura sept mois: - la famine était affreuse. Les intrigues de l'habile - Normand Bohémond parvinrent cependant à rendre - les chrétiens maîtres de la ville, où ils trouvèrent, - après une abondance de quelques jours, la disette - et l'épidémie.</p> -<p>Pour comble de maux, arrivait une grande armée - turque. Un instant le découragement fut extrême. - Tout à coup l'enthousiasme succède à cette torpeur: - le bruit s'est répandu qu'un prêtre de Marseille - vient de trouver en terre la lance qui avait percé - le côté du Christ; alors ces malheureux, qui n'attendaient - plus que la mort, maintenant pleins de force - et de courage, se précipitent sur les Turcs, qu'ils - mettent en pleine déroute (1098).</p> -<p>D’Antioche, l'armée s'avance lentement sur Jérusalem. - Tout à coup, au revers d'une colline de - sable rougeâtre et sans verdure, elle s'arrête. A - quelque distance s'élevait une ligne de remparts, des - portes, des tours, des temples, des édifices. Le - même cri Jérusalem! sortit de toutes les bouches - poussé par soixante mille personnes qui seules survivaient<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">[Pg 50]</a></span> à ces trois années d'épreuves (1099). Les - croisés ne purent maîtriser leur enthousiasme et - marchèrent à l'assaut, mais ils furent repoussés et - durent se résigner à faire un siège régulier. Au - bout de cinq semaines ils étaient en mesure de tenter - une attaque mieux concertée. Ils firent rouler au - pied des murailles de hautes tours surmontées de - ponts-levis qui s'abattaient sur les parapets. Pendant - deux jours on combattit avec une égale fureur. - Vers le milieu de la seconde journée (un vendredi, - le 14 juillet 1099) les croisés réussirent à pénétrer - dans la ville, et un horrible carnage suivit la victoire.</p> -<p>Les croisés s'accordèrent à choisir, pour garder - et gouverner le nouveau royaume chrétien, Godefroy - de Bouillon, qui, loin de s'en montrer plus fier, - n'en fut que plus humble. Il ne voulut pas prendre - le titre de roi, mais celui de <i>défenseur du saint - sépulcre</i>. Il dit: «qu'il ne voulait pas porter une - couronne d'or là où le roi des rois avait porté une - couronne d'épines.» Les députés d'une peuplade - étant venus lui parler le trouvèrent assis sur un - sac de paille; ils s'en étonnèrent. «La terre, leur - dit-il, doit être le siège des hommes pendant leur - vie, puisqu'elle leur sert de sépulture après leur - mort.»</p> -<p><b>Louis VI.</b>—La croisade avait amené l'éloignement - et la mort d'un grand nombre de seigneurs; les - efforts des villes qui cherchaient à obtenir des - chartes de commune, embarrassaient les autres. Cet - affaiblissement des seigneurs profita au roi de - France qui n'avait pas bougé de ses châteaux.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">[Pg 51]</a></span></p> -<p>Le fils de Philippe I<sup>er</sup>, Louis VI (1108-1137), - surnommé le Gros, mais plus justement appelé - l’Éveillé, releva l'autorité royale. Modèle des chevaliers, - toujours prêt à défendre le pauvre et l'orphelin, - il fit, durant son règne de vingt-neuf ans, - une guerre sans merci aux seigneurs pillards que - les auteurs du temps comparent à des loups dévorants.</p> -<p><b>Louis VII (1137-1180).</b>—Le roi Louis VII fut - un prince moins habile que son père. Il fit une - guerre contre le comte de Champagne. Dans cette - guerre, l'église de Vitry fut brûlée et treize cents - personnes périrent (1142). Louis VII, alors plein - de repentir, voulut diriger une expédition en Terre - Sainte. Ce fut la deuxième croisade, que prêcha - saint Bernard, mais elle n'eut pas de brillants résultats.</p> -<p>Louis VII avait épousé une riche héritière, Eléonore - d'Aquitaine. Mais, après la croisade, il la - répudia. Le roi perdit ainsi la dot que la reine lui - avait apportée, les plus belles provinces du Centre - et du Midi, plus de treize de nos départements.</p> -<p>Eléonore épousa Henri Plantagenet,<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a> comte - d'Anjou, héritier de la Normandie et, quelques années - après, roi d'Angleterre, sous le nom de Henri - II. Une grande partie de la France (équivalant à - vingt et un de nos départements) appartint alors - aux rois anglais.</p> -<p><b>Philippe Auguste (1180-1223).</b>—Le fils que - Louis VII, après son divorce avec Eléonore, avait - eu d'un autre mariage, Philippe, devait mériter le<span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">[Pg 52]</a></span> surnom d'Auguste. Arrivé au trône à l'âge de - quinze ans (en 1180), il sut résister aux barons indociles - comme au roi d'Angleterre, organiser ses - domaines, et il compte parmi les plus grands rois. - Philippe fit la guerre au roi d'Angleterre, Henri II, - et soutint ses fils révoltés contre lui. L'un d'eux, - Richard, était même devenu l'ami de Philippe, mangeait - à sa table et combattait avec lui contre le roi - Henri. Celui-ci étant mort en 1189, Richard lui - succéda. D'abord rien ne parut changé. Philippe - et Richard restèrent amis.</p> -<p>Le royaume de Jérusalem venait d'être détruit. - La ville sainte avait dû se rendre au sultan Saladin - (1187). Guillaume, archevêque de Tyr, vint raconter - en Europe les malheurs de la Palestine. Philippe - Auguste partit pour la troisième croisade et - Richard promit de le suivre (1190). En Palestine, - les croisés assiégèrent et prirent Ptolémaïs. Mais - les deux amis se brouillèrent. Richard, querelleur, - hautain, ne tarda pas à blesser Philippe, plus calme, - plus avisé. Philippe, en prince prudent, se hâta de - revenir dans son royaume (1192).</p> -<p><b>Richard Cœur de Lion.</b>—Richard était demeuré - longtemps en Asie à batailler contre les Sarrasins. - Il revenait toujours de la mêlée hérissé de flèches, - «semblable à une pelote couverte d'aiguilles.» - Longtemps les musulmans parlèrent de ses exploits. - Lorsqu'un cheval, effrayé par quelque buisson, se - cabrait, son maître lui disait: «Crois-tu donc que - ce soit l'ombre du roi Richard?» Le roi anglais - ne put néanmoins reprendre Jérusalem. Il quitta - la Terre Sainte après avoir conclu un traité avec - Saladin. Richard, au retour de la Palestine, fut<span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">[Pg 53]</a></span> obligé de traverser le duché d'Autriche, dont il avait, - à la croisade, insulté le souverain. Reconnu, arrêté, - livré à l'empereur d'Allemagne, Henri VI, il subit - quatorze mois de captivité.</p> -<p>Selon la légende, un fidèle trouvère, Blondel, découvrit - sa prison en chantant près de sa tour ses airs - favoris. Les barons et le peuple anglais rachetèrent - leur roi au prix de 150.000 marcs d'argent - (1194). Devenue libre, Richard voulut se venger - du roi de France. Une guerre de cinq ans n'aboutit - qu'à d'inutiles ravages. Incapable de repos et toujours - avide de gain, Richard courut dans le Limousin - assiéger le château de Chalus, dont le seigneur, - disait-on, cachait un trésor: il périt frappé d'une - flèche (1199), et son frère Jean se fit reconnaître - roi d'Angleterre.</p> -<p>Jean, homme à la fois lâche et cruel, poignarde - son neveu Arthur qu'on voulait lui opposer. Philippe - profite de l'indignation soulevée par ce crime - pour citer son vassal homicide devant les seigneurs - de sa cour (1203). Jean se garde bien de paraître. - La cour prononce la confiscation des provinces qu'il - tenait, en fief, du roi de France, et Philippe a bientôt - mis la main sur la Normandie, l'Anjou, la Touraine, - le Poitou. Jean ne voulut pas même se déranger - d'une partie d'échecs pour répondre aux - habitants de Rouen qui venaient le prier de les - secourir. Puis regrettant ses belles provinces, il - appela l'empereur d'Allemagne, Otton IV, pour - l'aider à reprendre les pays qu'il n'avait pas su défendre. - Les comtes de Flandre et de Boulogne entrèrent - dans la ligue, voulant arrêter les progrès de - la royauté française qui cherchait à ressaisir, à réunir<span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">[Pg 54]</a></span> ses domaines épars. Mais le plus grand nombre - des seigneurs, avec les milices communales, se réunirent - autour de Philippe Auguste qui marcha au-devant - de l'armée ennemie, composée de Flamands, - d'Allemands et d'Anglais.</p> -<p><b>La bataille de Bouvines.</b>—A mi-chemin de - Tournai à Lille, en Flandre, se trouve le village de - Bouvines. La petite rivière de la Marque coule près - de là et on la franchissait sur un pont rustique. - Philippe faisait passer cette rivière à ses troupes; - une partie des milices communales l'avait déjà franchie; - le roi fatigué et accablé par la chaleur (c'était - le 27 juillet 1214), se reposait sous l'ombre d'un - frêne, près d'une chapelle, lorsque l'on annonça que - l'ennemi approchait. Aussitôt le roi se leva, entra - dans l'église et, après une courte prière, il se fit armer - et monta à cheval d'un air tout joyeux comme - s'il eût été convié à une noce ou à quelque fête. On - criait de toutes parts dans la plaine: Aux armes, - barons! aux armes! les trompettes sonnaient et les - corps de bataille qui avaient déjà passé le pont retournaient - en arrière.</p> -<p>A midi on vit déboucher toute l'armée des coalisés. - L'empereur Otton avec le comte de Flandre, - Fernand, et le comte de Boulogne commandaient les - principaux corps des alliés: au centre de leur armée - on voyait un char traîné par quatre chevaux où se - dressaient les armes impériales; «l'aigle d'or tenait - dans sa serre un énorme dragon dont la gueule - béante, tournée vers les Français, paraissait vouloir - tout avaler,» dit un chroniqueur. Pour Philippe, il - était venu se placer au premier rang et n'avait pas - même, dans son impatience; attendu l'<i>oriflamme</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">[Pg 55]</a></span> bannière que les rois de France partant en guerre - allaient prendre à l'abbaye de Saint-Denis.</p> -<p>Le combat fut d'abord acharné du côté des Flamands. - Mais le comte de Flandre, Fernand, est - blessé et pris; de ce côté, la victoire est bientôt - assurée. Au centre, Philippe Auguste avait couru - un grand danger. Les Allemands avaient pénétré - jusqu'à lui et l'avaient renversé de cheval au moyen - de leurs hallebardes. Un seigneur est presque seul - à le protéger, frappant d'une main et élevant de - l'autre la bannière royale en signe de détresse. Les - chevaliers accourent. Philippe est délivré. Otton, - enveloppé à son tour, faillit bien aussi être pris ou - tué. Son cheval est blessé, se cabre, se dégage et - dégage en même temps son maître, qui s'enfuit au - plus vite hors de la mêlée. Le char impérial d'Otton - fut brisé en mille pièces. Les Anglais furent les - derniers rompus, mais le comte de Boulogne, qui - les commandait, fut pris. De toutes parts la victoire - était complète.</p> -<p>Le retour de Philippe Auguste fut un vrai - triomphe. A Paris, les bourgeois et la multitude - des écoliers firent une fête sans égale; le jour ne - suffisant pas, ils festoyèrent la nuit avec de nombreuses - lumières. Le peuple sentait l'importance - de cette victoire sur les étrangers: c'était la première - victoire nationale.</p> -<p><b>Saint Louis.</b>—Philippe Auguste mourut en - 1223, laissant un royaume agrandi et surtout bien - administré, car il fut un prince législateur aussi bien - que guerrier. Son fils Louis VIII, prince brave et - surnommé Cœur de Lion, régna peu, mais réussit à - pacifier le Midi, où les seigneurs du Nord avaient<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">[Pg 56]</a></span> fait contre les Albigeois, qu'on accusait d'hérésie, - une croisade terrible et sanglante. La royauté recueillit - les fruits de cette sinistre expédition sans - s'y compromettre, et le Languedoc fut dès lors rattaché - aux domaines de la couronne. Louis VIII - laissa plusieurs enfants dont l'aîné n'avait que douze - ans (1226). La reine Blanche de Castille prit en - mains la régence; pieuse et charitable, Blanche n'en - était pas moins d'une rare fermeté; elle conjura tous - les périls, triompha d'une ligue que les seigneurs - avaient formée contre la royauté, et livra un pouvoir - affermi à son fils Louis IX que ses belles leçons - avaient orné de toutes les qualités et de toutes les - vertus.</p> -<p>Blanche de Castille avait surtout rendu le plus - grand service à son fils en veillant avec une extrême - sollicitude à son éducation. Elle l'élevait comme - un enfant appelé à gouverner un grand royaume et - le nourrit dans les sentiments de la plus austère - piété, lui mettant devant les yeux bons exemples - et bons enseignements. Louis rappelait plus tard - que sa mère lui avait fait entendre qu'elle aimerait - mieux le voir mort que le voir commettre un seul - péché mortel.</p> -<p>Même quand il allait, pour se récréer, en bois ou - en rivière, il était toujours accompagné de son - maître, qui ne cessait de l'instruire. Aussi devint-il - un prince savant pour son temps, et, comme il inclinait - naturellement aux vertus que sa mère s'appliquait - à lui faire aimer, il ne cessa de les pratiquer - sur le trône.</p> -<p><b>La croisade d’Égypte.</b>—Louis IX, en 1244, tomba - gravement malade. Il fit vœu alors, s'il guérissait,<span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">[Pg 57]</a></span> d'aller en Terre Sainte. Ce fut la septième - croisade. L'expédition fut dirigée contre l'Égypte, - parce que le sultan de ce pays s'était emparé de - Jérusalem. L'armée débarqua devant Damiette en - Égypte (1249). Louis IX, impatient, se jeta, l’épée - au poing, dans la mer pour aller attaquer les Sarrasins - rangés sur le rivage. Les Sarrasins s'enfuirent; - la ville fut prise.</p> -<p>L'année suivante, la peste envahit l'armée, et il - fallut songer à la retraite. Mais les musulmans - enveloppèrent les Français, qui furent obligés de se - rendre.</p> -<p>Les malheurs de ces expéditions mirent dans tout - son relief la fermeté et la patience de Louis IX. - Malade lui-même et pouvant à peine se soutenir, il - avait voulu néanmoins demeurer à l'arrière-garde. - Prisonnier, il montra une sérénité inaltérable.</p> -<p>Le sultan demanda, pour la rançon de Louis IX, - Damiette et un million de pièces d'or. Louis répondit - qu'il rendrait Damiette pour sa rançon et payerait - pour celle de ses gens le million de pièces: car «un - roi de France, dit-il, ne devait point se racheter à - prix d'argent.» Mais quelques jours après, le sultan - était égorgé par les émirs. Louis IX fut en - péril. Un émir furieux se présenta à lui, tenant à - la main un glaive ensanglanté: «Que me donneras-tu, - dit-il, pour avoir tué ton ennemi qui t'eût fait - mourir s'il eût vécu?» Louis ne répondit point. - On dit même que les émirs, pleins d'admiration - pour sa noblesse d'âme, songèrent un moment à le - prendre pour roi. Enfin ils le délivrèrent, lui et - l'armée. Un seigneur vint dire joyeusement qu'en - pesant l'or de la rançon on avait fait tort aux Sarrasisn<span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">[Pg 58]</a></span> de dix mille livres. Le roi se fâcha et ordonna - de les rendre.</p> -<p>Louis ne veut pas encore rentrer en Europe; il va - en Syrie fortifier les derniers boulevards des chrétiens, - Césarée, Ascalon, Saint-Jean-d'Acre. Il y - resta même près de deux ans après la mort de sa - mère Blanche de Castille, dont l'administration vigilante - avait conservé la paix au royaume. Un épisode - du retour achève de faire connaître saint Louis. - En vue de Chypre, son vaisseau qui a heurté un - écueil est sur le point de sombrer; on supplie instamment - le roi de passer sur un autre vaisseau, avec sa - femme Marguerite de Provence, qui l'a suivi dans - sa terrible expédition. «Non, dit le roi, si je quitte - ce navire le pilote en prendra moins de soin, et cinq - cents personnes qui aiment autant leur vie que moi - la mienne, périront; j'aime mieux mettre mon - corps, ma femme et mes enfants en la main de - Dieu que de faire si grand dommage à tant de - gens.»</p> -<p>Louis IX était la charité même. Comme les - seigneurs murmuraient de voir tant d'argent employé - en charités, le roi dit: «J'aime mieux que - l'excès de mes dépenses soit fait en aumônes pour - l'amour de Dieu, qu'en luxe ou en vaine gloire de - ce monde.» On le voyait réunir deux cents, trois - cents pauvres autour de lui et leur distribuer de - l'argent. Une fois, à l'entrée d'une ville, une pauvre - vieille femme qui était à la porte de sa maisonnette, - dit au roi en lui montrant un pain qu'elle tenait en - sa main: «Bon roi, de ce pain qui est de ton aumône - est soutenu mon mari qui est malade.» Alors - le roi prit le pain en sa main, et dit: «C'est d'assez<span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">[Pg 59]</a></span> dur pain.» et il entra dans la maison pour visiter - le malade.</p> -<p>Un jour, on le vit, à Compiègne, servir cent - trente-quatre malades de sa personne. Il ne craignait - pas d'approcher des lépreux, et de les secourir, - de leur donner lui-même à manger. Le pieux roi - fonda la maison des aveugles de Paris, appelée les <i>Quinze-Vingts</i>, parce qu'elle était destinée à trois - cents aveugles (quinze fois vingt).</p> -<p><b>La huitième croisade.</b>—Louis IX ne pouvait se - consoler de l'issue malheureuse de sa première croisade. - Affaibli par l'âge et les austérités, il voulut - en entreprendre une nouvelle: ce fut la huitième et - dernière croisade.</p> -<p>La flotte française se dirigea du côté de l'Afrique. - A peine débarqué sur le rivage de Tunis, près de - l'ancienne Carthage, Louis IX fut atteint avec une - grande partie de ses soldats par la peste. Il voulut, - sentant sa dernière heure approcher, et pour donner - encore un exemple d'humilité, qu'on le couchât sur - un lit de cendres. Les dernières paroles qu'il - adressa à son fils sont le plus beau testament royal: - «Beau fils, dit-il, aie le cœur doux et compatissant - aux pauvres: ne mets pas de trop grands impôts - sur ton peuple, si ce n'est par nécessité, pour ton - royaume défendre. Fais justice et droiture à chacun, - tant au pauvre qu'au riche.»</p> -<p>Le pieux roi montrait la plus sereine résignation - au milieu de ses souffrances. Il rendit l'âme le - 25 août 1270 au milieu de la désolation générale. - Au même moment, on entendit le son de joyeuses - trompettes. C'était le frère de saint Louis, Charles - d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, qui annonçait<span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">[Pg 60]</a></span> son arrivée. Charles ne put que recueillir et ramener - les débris de l'armée.</p> -<p>Aujourd'hui le drapeau français flotte sur cette - plage de Tunis illustrée par la mort de saint Louis.</p> -<p><b>Philippe le Hardi (1270-1285).</b>—Le fils de saint - Louis, Philippe le Hardi, fut un prince sage et pieux, - mais ne justifia nullement durant son règne de - quinze ans le surnom de Hardi qu'on lui avait donné - sur la plage de Tunis. Le seul résultat important - de son règne fut la réunion du comte de Toulouse - à la couronne après la mort d'Alphonse de Poitiers, - comte de Toulouse (1270), oncle de Philippe, qui - avait épousé l’héritière de cette riche province. - Cette réunion, accomplie en exécution du traité de - Meaux de 1229, achevait de joindre la France du - midi à celle du nord.</p> -<p>Un frère de saint Louis, Charles d'Anjou, était - devenu roi de Naples et de Sicile. Mais la tyrannie - des Français amena un soulèvement en Sicile et un - affreux massacre des Français, à Palerme, le lundi - de Pâques 1282, à l'heure des vêpres. De là, le nom - de <i>vêpres siciliennes</i> donné à ce massacre que Philippe - le Hardi voulut venger en faisant la guerre - au roi d'Aragon, qui avait soutenu les Siciliens. - Cette expédition (1248) fut stérile et Philippe mourut - au retour (1285), à Perpignan.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">[Pg 61]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_VII" id="CHAPITRE_VII">CHAPITRE VII</a></h2> -<h4>PHILIPPE LE BEL ET SES FILS—LES VALOIS—GUERRE - DE CENT ANS</h4> -<p><b>Philippe le Bel (1285-1314).</b>—Philippe le Bel - fut en tout l'opposé de son aïeul saint Louis. Autant - l'un avait aimé la justice et la paix; autant - l'autre chercha le succès par une politique déloyale - et guerrière. Tous deux poursuivaient le même - but; fortifier l'autorité royale. Saint Louis y réussit - naturellement, par la sagesse de son administration - et le prestige de ses vertus. Philippe le Bel se - vit sur le point d'échouer par suite de ses violences.</p> -<p>Philippe avait d'abord enlevé la Guyenne à Édouard - I<sup>er</sup> d'Angleterre; mais il fut forcé de la lui - rendre en 1299 et crut bien faire en mariant sa fille - Isabelle au fils d'Édouard. Ce mariage devait être - plus tard la cause des prétentions des rois d'Angleterre - à la couronne de France.</p> -<p>Toujours à court d'argent, Philippe le Bel ne cessait - d'en demander au clergé et le pape protestait. - Boniface VIII, d'ailleurs, renouvelant les traditions - de plusieurs papes célèbres, surtout de Grégoire - VII, prétendait régenter les rois. La querelle - devint si vive que Boniface appela le clergé français - à Rome afin de travailler avec lui à la correction du - roi et du gouvernement de la France. Philippe<span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">[Pg 62]</a></span> chercha contre le pape un appui dans la nation. Il - convoqua, pour la première fois, avec les nobles et - le clergé, les députés des villes qui formaient ainsi - le troisième ordre ou tiers état. C'est ce qu'on appelle - la réunion des <i>Trois États</i> ou <i>États généraux</i>. - La lutte devint si vive que le pape voulait déposer - le roi. Mais Philippe envoya un de ses légistes en - Italie, Guillaume de Nogaret, qui se rendit maître - de la personne du pape. Boniface VIII, outragé, - mourut de douleur (1303), et Philippe fit arriver - au trône pontifical Clément V, qui transporta le - Saint-Siège à Avignon en France.</p> -<p><b>Les fils de Philippe le Bel (1314-1328).</b>—Les - trois fils de Philippe le Bel régnèrent et moururent - l'un après l'autre dans l'espace de quatorze ans - (1314-1328). Louis X le Hutin ou le Querelleur - sacrifia d'abord aux vengeances des seigneurs un - des ministres de son père, Enguerrand de Marigny. - Puis il affranchit les serfs du domaine royal. Il ne - laissait point de fils et, en vertu de la loi salique, - Philippe, frère de Louis X, lui succéda. Philippe V - (1316-1322) rendit de sages ordonnances, mais lui-même - n'eut que des filles, qui furent écartées du - trône. Le frère de Philippe, Charles IV, mourut - également sans laisser de fils, et la ligne des Capétiens - directs s'éteignit (1328).</p> -<p><b>Philippe VI de Valois (1328-1350); la guerre de - Cent Ans.</b>—Le roi d'Angleterre, Édouard III, petit-fils - de Philippe le Bel par sa mère Isabelle, réclamait - la couronne de France. Mais on avait déjà - appliqué deux fois la loi salique, et les barons français - ne voulaient point y renoncer au moment où - elle devenait une garantie pour la nationalité française.<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">[Pg 63]</a></span> Ils ne voulaient point d'un roi anglais. - Aussi choisirent-ils pour roi un prince français, - Philippe de Valois, qui descendait de Charles de - Valois, frère de Philippe le Bel. Cette famille était - donc une branche collatérale des Capétiens. L'avènement - de Philippe de Valois, ravivant l'ancienne - rivalité de la France et de l'Angleterre, fut la cause - d'une guerre acharnée qui, sauf quelques intervalles, - devait durer cent ans.</p> -<p><b>Bataille de Crécy.</b>—En 1346, Édouard III envahit - et pilla la Normandie. Les barons de France - accoururent en si grand nombre sous la bannière de - Philippe, que les Anglais, forcés de se replier, se - trouvèrent dans une situation dangereuse. Édouard - III, avec le sang-froid qui caractérisait déjà les Anglais, - s'arrêta près du village de Crécy, prit position - sur une colline et fit faire un grand parc avec les - charrettes de l'armée. Ses archers se placèrent, les - uns sur les chariots, les autres dessous, cherchant à - se bien couvrir.</p> -<p>Cependant, le roi de France, parti d'Abbeville, - chevauchait, bannières déployées, au milieu d'une - foule de seigneurs montés sur de beaux chevaux et - richement parés. Ils arrivaient confusément, pleins - d'orgueil, se disputant à qui le premier verrait - l'ennemi. Les archers génois placés en avant se - plaignent de ne pouvoir se servir de leurs arcs dont - les cordes sont humides; Philippe ordonne à ses - gens d'armes de tuer cette canaille qui lui barre le - chemin; le désordre se met dans l'armée française; - les archers anglais, qui ont abrité leurs arcs, tirent - à coup sûr dans cette mêlée.</p> -<p>Tout à coup un bruit terrible éclate, on eût cru<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">[Pg 64]</a></span> entendre le tonnerre: c’était l'artillerie, dont les Anglais - se servaient pour la première fois dans une - bataille et qui fit plus de peur que de mal. Édouard, - du haut d'un moulin qu'on montre encore à Crécy, - voyait les seigneurs français arriver tout désordonnés, - entremêlés, s’étouffer les uns les autres ou périr - sous les flèches de ses archers, sous les coups des - haches et des épées de ses hommes d'armes.</p> -<p>Plus de 30,000 soldats, 1200 chevaliers, 80 seigneurs, - 11 princes et un roi restèrent sur le champ - de bataille. C'était le vieux roi de Bohême Jean de - Luxembourg, qui, aveugle, avait lié son cheval à - celui de deux chevaliers et était allé périr au plus - épais de la mêlée en donnant un dernier coup de - lance. On eût pu dire que tous dans cette armée - allaient en aveugles comme le roi Jean, liés les uns - aux autres par un faux point d'honneur.</p> -<p>C'était le 26 août 1346. Le soir, un petit groupe - de chevaliers harassés se présente devant le château - de Broye. Les ponts étaient déjà relevés, les portes - fermées. «Qui êtes-vous? demanda le châtelain.—Ouvrez, - ouvrez, répondit le chef de la troupe, - c'est l'infortuné roi de France.» C'était Philippe, - en effet, qu'on avait difficilement éloigné du champ - de bataille; quelques seigneurs à peine l'accompagnaient, - restes de la brillante noblesse qui l'entourait - le matin.</p> -<p><b>Prise de Calais; dévouement d'Eustache de Saint-Pierre.</b>—Le - vainqueur alla aussitôt mettre le siège - devant Calais; il y fut retenu plus de dix mois, mais - il détestait les habitants de cette ville, qui par leurs - courses sur mer avaient causé de grands dommages - au commerce anglais. Pour montrer sa ferme résolution<span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">[Pg 65]</a></span> de s'emparer de la place, il traça autour d'elle, - non plus seulement un camp, mais une véritable - ville. Philippe VI essaya en vain de secourir Calais; - il ne put approcher, et l'héroïque gouverneur Jean - de Vienne dut enfin capituler (1347).</p> -<p>Édouard III voulait d'abord que la ville se rendît - à discrétion; il exigea ensuite que six bourgeois - vinssent lui apporter les clefs de la place. La désolation - fut grande dans Calais. Alors Eustache de - Saint-Pierre se dévoua avec cinq autres bourgeois; - ils allèrent pieds nus, la corde au cou, présenter au - roi anglais les clefs de la ville. Celui-ci ordonna - aussitôt de faire venir le bourreau. Les seigneurs - intercédaient inutilement en faveur de ces malheureux. - Le roi n'écouta rien et répéta son ordre cruel. - La reine alla se jeter aux pieds d'Édouard, le suppliant - d'avoir pitié de ces hommes. Le roi attendit - un peu, dit l'historien du temps, Froissart, et - regarda la bonne dame sa femme qui pleurait à - genoux; le cœur lui mollit et il dit: «Vous me priez - tant que je ne vous ose refuser, et quoique je le fasse - avec peine, je vous les donne.» La reine fit lever les - six bourgeois, les fit revêtir et donner à dîner et - reconduire dans la ville.</p> -<p>Édouard chassa tous les habitants de Calais et repeupla - la ville avec des familles anglaises.</p> -<p><b>Jean II le Bon (1350-1364).</b>—Le fils de Philippe, - Jean, qui lui succéda en 1350, et que bien à - tort on a surnommé le Bon, était un prince violent, - téméraire et prodigue. Il recommença la guerre - contre les Anglais et s'attira une défaite plus honteuse - encore, plus désastreuse que la défaite de - Crécy. En 1356, le prince de Galles, fils d'Édouard<span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">[Pg 66]</a></span> III, et surnommé le <i>prince Noir</i>, à cause de son armure, - descendit en Guyenne, ravagea le riche Languedoc, - le Limousin, le Berry, et s'avança sur la - Loire.</p> -<p>Le roi Jean marcha contre lui, le dépassa et lui - coupa la retraite. Le prince de Galles se trouva - presque bloqué près de Poitiers. Il s'était retranché, - comme son père à Crécy, sur une colline; mais - pressé par la famine, il négociait. Les chevaliers - français demandèrent le combat, et la bataille s'engagea - précipitamment. Le premier corps s'élança, - sans être soutenu, dans un chemin creux, seule route - qui menât aux Anglais; les archers, postés à droite - et à gauche, le criblèrent de flèches et le mirent en - déroute. Le second corps arriva trop tard et fut - culbuté à son tour. «La bataille est à nous,» dit un - des meilleurs capitaines anglais, Jean Chandos, au - prince de Galles; et fondant à bride abattue, avec - toutes les forces anglaises, sur le troisième corps - français, il le dispersa.</p> -<p>Restait la division du roi Jean. Celui-ci, croyant - bien faire en imitant mal les Anglais, commanda à - ses chevaliers de mettre pied à terre: autour de lui - se forme un bataillon carré qui reçoit vigoureusement - les charges de la cavalerie ennemie. Mais - ces lourds chevaliers, revêtus d'armures de fer, n'étaient - pas hommes à soutenir longtemps un combat - à pied: l'infanterie anglaise, plus agile, arriva à son - tour. Les Français furent rompus. Le roi Jean - avait à côté de lui son plus jeune fils, Philippe, il - veut l'éloigner. L'enfant obéit d'abord et monte à - cheval; mais il revient presque aussitôt, et, ne pouvant - frapper comme son père, il s'abritait derrière<span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">[Pg 67]</a></span> lui en criant: «Père, gardez-vous à droite! père, - gardez-vous à gauche!» Ce combat héroïque ne - pouvait durer. Jean, blessé, entouré d'un cercle - d'ennemis, fut obligé de se rendre. Une foule de - comtes et de barons furent, avec lui, emmenés prisonniers - en Angleterre.</p> -<p>Le roi Jean fut délivré moyennant une rançon de - trois millions d'écus d'or qui vaudraient aujourd'hui - deux cent cinquante millions de notre monnaie. Il - donna comme otages deux de ses fils et plusieurs - seigneurs. Un de ses fils, le duc d'Anjou, quitta - Londres et refusa d'y retourner. Le roi Jean, qui - n'avait pu encore payer sa rançon entière, irrité de - ce manque de foi, retourna se constituer lui-même - prisonnier et mourut à Londres en 1364.</p> -<p><b>Charles V le Sage (1364-1380).</b>—Le fils de Jean - le Bon, Charles, instruit par le malheur et qui a - mérité le beau nom de Sage, s'appliqua, par d'habiles - mesures, à ramener l'ordre, la sécurité. Il - n'aimait point les batailles, comme Jean et Philippe - VI: on n'avait pas encore vu de prince aussi éloigné - du goût des armes, aussi content de demeurer enfermé - dans ses châteaux avec de prudents conseillers - et de savants livres. Mais il ne cessait de veiller sur - le royaume, de préparer les moyens de le délivrer - et sut choisir un vaillant guerrier qui fut son bras - droit, Bertrand Du Guesclin.</p> -<p><b>Bertrand Du Guesclin.</b>—C'était un chevalier - breton né en 1321. Il avait conquis une grande - renommée dans la guerre qui se prolongeait en - Bretagne entre les partisans de Jean de Montfort et - ceux de Charles de Blois.</p> -<p>Ce qui le distinguait des anciens chevaliers, c'est<span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">[Pg 68]</a></span> qu'à la bravoure il unissait l'intelligence et la ruse: - il s'empara du château de Fougeray en y arrivant - avec quelques hommes déguisés en bûcherons; aux - sièges de Rennes, de Dinan, il se fit remarquer par - son habileté à tendre des pièges aux ennemis, à les - surprendre. C'est le commencement de l'art de la - guerre; cet art, Du Guesclin le développa de plus - en plus quand il fut passé au service du roi de - France.</p> -<p>Le royaume regorgeait de gens de guerre qui - allaient, par compagnies, ravageant et pillant. - C'était une foule d'hommes de toutes nations, Allemands, - Anglais, Flamands: sans patrie et sans famille, - ces hommes, habitués à vivre de rapines, - étaient devenus les maîtres du pays qu'ils foulaient - horriblement. Bertrand offrit au roi d'emmener - toutes ces compagnies en Espagne faire la guerre - au roi don Pèdre le Cruel, qui venait de se souiller - d'un crime abominable, le meurtre de sa femme, - Blanche de Bourbon, sœur de la reine de France.</p> -<p>Mais don Pèdre appela les Anglais à son secours: - le prince Noir arriva. Les Français perdirent la - bataille de Navarette, engagée malgré les avis de - Du Guesclin, qui s'y conduisit avec son intrépidité - habituelle et fut encore fait prisonnier. Le prince - Noir le garda longtemps et ne consentit qu'à - grand'peine à le mettre à rançon (1367).</p> -<p>Aussitôt qu'il fut libre, Du Guesclin reparut en - Espagne, battit à Montiel l'armée de don Pèdre que - les Anglais avaient abandonné, et fit le prince prisonnier. - Henri et don Pèdre ne se furent pas - plus tôt aperçus qu'ils se précipitèrent l'un contre - l'autre; tous deux roulèrent à terre. Henri parvint<span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">[Pg 69]</a></span> à égorger son frère et régna sans crainte comme - sans remords. Henri demeura du moins un allié - fidèle à la France (1369).</p> -<p>Charles V, ayant remis de l'ordre dans ses finances, - jugea le moment venu de recommencer la - guerre, et provoqua le roi Édouard qui envahit de - nouveau notre pays. Charles donna à Bertrand - l'épée de <i>connétable</i> que celui-ci se défendait d'accepter: - «Cher sire, disait-il, je suis pauvre chevalier - d'humble origine, et l'office de connétable est - si haut qu'il faut commander avec autorité et même - plutôt aux grands qu'aux petits. Or, voici mes - seigneurs vos frères, vos neveux, vos cousins: comment - oserai-je leur commander?» Le roi l'y obligea, - détruisant ses objections par ces paroles: - «Messire Bertrand, je n'ai ni frère, ni cousin, ni - comte, ni baron en mon royaume qui ne vous - obéisse.»</p> -<p>Les Anglais n'obtenaient plus les succès d'autrefois, - Charles V avait adopté un nouveau système - de guerre. Toutes les villes étaient fermées; les - Anglais tenaient la campagne, ravageant, brûlant, - sans émouvoir les Français.</p> -<p>Du Guesclin de son côté formait des camps retranchés, - simulait des retraites, raffermissait la discipline. - Inventif en ruses de guerre, actif, infatigable, - il portait des coups imprévus aux Anglais: - à Pontvallain, par une nuit de tempête, il vint - fondre sur une de leurs armées et la dispersa.</p> -<p>Trois fois encore, en 1370, en 1373, en 1376 les - Anglais recommencèrent leurs invasions sans plus - de succès. Obligés de repasser dans les pays qu'ils - avaient déjà ravagés, ils trouvaient devant eux toujours<span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">[Pg 70]</a></span> les mêmes villes bien gardées; derrière eux, - sur leurs flancs, se tenaient les troupes de Du Guesclin, - promptes à profiter des occasions pour frapper - un bon coup et à disparaître. Les armées anglaises - finirent par se retirer, semblables à ces inondations - qui ravagent les campagnes, puis les rendent aux - laboureurs dont le travail répare les pertes.</p> -<p>Du Guesclin fut surpris par la maladie au moment - où il assiégeait Châteauneuf-Randon. Le - gouverneur avait promis de rendre la place s'il n'était - pas secouru dans six jours. Le délai passé, - le gouverneur, quoiqu'il eût appris le péril de Du - Guesclin, n'en voulut pas moins faire honneur à - sa parole. Il vint présenter au héros mourant les - clefs de la place: «Voici, dit-il, les clefs de la ville - dont le roi d'Angleterre m'a confié la défense; je - les rends au plus preux chevalier qui ait vécu depuis - cent ans passés.»</p> -<p>Charles V voulut que Du Guesclin fût enterré à - Saint-Denis, dans les tombeaux des rois de France - où lui-même ne tarda pas à le rejoindre (1380).</p> -<p>Charles V avait délivré et pacifié le royaume. Il - organisa les finances et augmenta l'autorité du - Parlement.</p> -<p>Prince ami des livres, il fonda au Louvre la première - bibliothèque royale, qui ne se composait que - de 950 manuscrits, car l'imprimerie n'était pas encore - inventée. Il avait aussi reculé l'enceinte de - Paris et fait édifier la bastille Saint-Antoine, forteresse - destinée à devenir célèbre.</p> -<p>A cette époque vivait Froissart (1333-1410), le - chroniqueur naïf et pittoresque qui nous a laissé des - récits animés des combats de la guerre de Cent ans.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">[Pg 71]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_VIII" id="CHAPITRE_VIII">CHAPITRE VIII</a></h2> -<h4>CHARLES VI</h4> -<p><b>Minorité de Charles VI (1380-1388).</b>—A un - prince qui avait mérité le surnom de Sage, succéda - un enfant de douze ans, Charles VI, qui, à peine - arrivé à l'âge d'homme, fut atteint de folie.</p> -<p>Les oncles du roi, les ducs d'Anjou, de Berri, de - Bourgogne, se disputèrent la régence pendant la - minorité du jeune prince, et, par leurs exactions, - leurs pillages, soulevèrent dans les grandes villes - des insurrections.</p> -<p>En Flandre, les Gantois s'étaient soulevés contre - leur comte et avaient pris pour chef Philippe Artevelde. - Les oncles de Charles VI emmenèrent le - jeune roi contre les Flamands, qui furent vaincus à - la journée de Roosebecque. Fiers de leur victoire - sur les Flamands, les princes se vengèrent cruellement - des Parisiens qui avaient désiré le triomphe - des Gantois.</p> -<p>Quelques années seulement, de 1388 à 1392, le - jeune roi, qui avait épousé une princesse allemande, - Isabeau de Bavière, gouverna par lui-même et reprit - les prudents ministres de son père.</p> -<p>En 1392, Charles, malade de corps et déjà - d'esprit, car les excès l'avaient usé avant l'âge, partait<span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">[Pg 72]</a></span> en guerre contre le duc de Bretagne. Le - 5 août, par une brûlante journée on traversa la - forêt du Mans: tout à coup, un homme, la tête nue, - vêtu d'une pauvre cotte de bure blanc, s'élança, prit - le cheval du roi par la bride et s'écria «Arrête, - noble roi, tu es trahi!» Charles tressaillit, mais - passa outre. On sortit des bois, on entra dans une - plaine sablonneuse. Le soleil était beau, clair, resplendissant - à grands rayons, d'une force dangereuse. - Un des pages s'endort et laisse tomber sa - lance sur le casque d'un autre page: à ce bruit de - fer qu'il entend, le roi se trouble, se croit trahi, tire - son épée, s'écrie: «en avant! en avant! sus aux - traîtres!» blesse, tue plusieurs hommes de sa suite, - se précipite même contre son frère le duc d'Orléans, - s'épuise en courses furieuses, et, lorsqu'on - parvient à le désarmer, à l'étendre sur le sol, il reste - sans connaissance, les yeux hagards: il était fou.</p> -<p>Le royaume fut replongé dans l'anarchie. En - 1407, le frère du roi, le duc d'Orléans, prince - aimable et spirituel mais débauché, périt assassiné, - un soir, à Paris. C'était le duc de Bourgogne, Jean - sans Peur, rival et cousin du duc, qui avait dressé - ce guet-apens. Alors se forment deux partis, celui - des Bourguignons, celui des Armagnacs, dirigé - par le comte d'Armagnac, beau-père d'un fils de la - victime. Paris que se disputent tour à tour les deux - factions, est inondé de sang. Les Anglais profitent - de ces discordes pour envahir de nouveau la France - (1415).</p> -<p><b>La bataille d'Azincourt.</b>—Les chefs du parti - armagnac, maîtres du roi et du gouvernement, - s'étaient décidés à marcher contre les Anglais. A<span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">[Pg 73]</a></span> leur appel la noblesse accourut, mais insouciante et - indisciplinée comme aux jours de Crécy et de Poitiers. - Fiers de leur nombre imposant, car ils - avaient réuni plus de cent mille hommes, les Français - se croyaient certains d'écraser la petite armée - des Anglais qui battait en retraite, cherchant à - gagner Calais. Le pays que ceux-ci avaient à - traverser se soulevait, et les Picards barrèrent le - chemin à l'armée de Henri V près d'Azincourt. - L'armée française, commandée par le connétable - d'Albret, arriva, et le 25 octobre 1415 le combat - s'engagea sur un terrain détrempé par les pluies - d'automne.</p> -<p>Selon leur habitude les Anglais se postèrent - derrière leurs archers. Une nuée de flèches s'abattit - sur les rangs des chevaliers français, obligés - de baisser la tête pour que les traits n'entrassent - point dans la visière de leurs casques. Les Français - s'étaient rangés en escadrons si serrés qu'ils - ne pouvaient lever leurs bras pour frapper sur leurs - ennemis. Leurs lourds chevaux enfonçaient dans - les terres fraîchement labourées, et les chevaliers - ne pouvaient atteindre leurs ennemis avec leurs - lances, qu'ils avaient coupées par le milieu afin de - pouvoir s'approcher plus près des Anglais. L'avant-garde - rompue mit le désordre dans le corps de - bataille. Ce que voyant, les Anglais, jetant bas - leurs arcs, prirent leurs épées, leurs haches, leurs - maillets, se jetèrent au milieu des Français, frappant, - abattant tout ce qui se trouvait devant eux. - Beaucoup de seigneurs se rendirent.</p> -<p>Or voici qu'une troupe française, faisant un détour, - attaque les bagages des Anglais. Le roi<span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">[Pg 74]</a></span> Henri V effrayé ordonne de ne plus faire de prisonniers - et de massacrer tous ceux qui s'étaient rendus. - Lorsqu'il fut revenu de l'émotion causée par - cette alerte, il commanda de cesser le massacre, - mais une foule de seigneurs avaient péri. Sur le - champ de bataille, le roi anglais, pour relever encore - sa victoire, s'écria «qu'il avait été l'instrument - de Dieu choisi pour punir les péchés des Français.»</p> -<p>Un crime des Armagnacs vint achever le triomphe - du roi anglais. Les Armagnacs étaient - maîtres du jeune fils de Charles VI, le dauphin. - Ils feignirent vouloir se réconcilier avec les Bourguignons, - et attirèrent Jean sans Peur à une entrevue - avec le dauphin, sur le pont de Montereau. - Jean s'y rendit et y périt égorgé sous les yeux - mêmes du jeune prince (1419).</p> -<p>Ce meurtre jeta tout à fait les Bourgignons dans - les bras des Anglais. Philippe le Bon, fils de Jean - sans Peur, maître du roi Charles VI, et la reine - Isabeau, qui renia son fils, signèrent avec Henri V - le honteux traité de Troyes (1420). Ce traité - déshéritait le dauphin Charles, accordait à Henri V - la main de la fille de Charles VI et assurait la couronne - de France à ses descendants. Henri V se - trouvait maître du pays.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">[Pg 75]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_IX" id="CHAPITRE_IX">CHAPITRE IX</a></h2> -<h4>CHARLES VII—JEANNE D'ARC</h4> -<p><b>Charles VII; la France en 1429; Jeanne d'Arc.</b>—En - 1422, Henri V et Charles VI moururent tous - deux à quelques mois l'un de l'autre. Suivant le - traité de Troyes, Henri VI, fils de Catherine de - France et de Henri V d'Angleterre, fut proclamé à - Paris roi de France et d'Angleterre. Plusieurs - seigneurs restés fidèles à l'héritier légitime, au représentant - de la nationalité française, proclamèrent - Charles VII. Il y eut ainsi deux rois, l'un anglais, - l'autre français; deux Frances, la France anglaise - et la vraie France. D'ailleurs Charles VII paraissait - avoir peu de chances et même nulle volonté de recouvrer - sa couronne; ses ennemis l'appelaient par - dérision le <i>roi de Bourges</i>. Le découragement - gagnait les meilleurs capitaines. Toujours battus, - ils ne pouvaient arrêter les Anglais qui s'emparaient - successivement de toutes les cités et en 1428 - vinrent mettre le siège devant Orléans. Le pays - semblait perdu quand Jeanne d'Arc parut.</p> -<p><b>Jeanne d'Arc.</b>—Jeanne était Lorraine. Le village - de Domrémy, où elle est née, est situé sur la - rive gauche de la Meuse et l'on y montre la maison - où s'écoula son enfance. Son père, Jacques d'Arc, - et sa mère, Isabelle Romée, vivaient, comme de laborieux<span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">[Pg 76]</a></span> paysans, du travail des champs et avaient - élevé cinq enfants, trois garçons et deux filles. - Jeanne, ou comme on disait dans le village, Jeannette, - était l'aînée des deux filles: simple et douce, - elle s'occupait des soins du ménage et ne savait rien - de plus que ses parents et ses compagnes, dans ces - temps de profonde ignorance. Sa piété faisait l'admiration - de tous. Charitable envers les pauvres et - les malades, Jeanne était d'ailleurs si bonne pour - tous que tous l'aimaient.</p> -<p>Un jour d'été, dans le jardin de son père, qui - touchait à l'église, elle vit, à midi, ainsi qu'elle le - raconta, une grande lumière; elle entendit une voix - céleste qui lui disait de se bien conduire, d'être toujours - douce et pieuse, et qu'elle était appelée à aller - au secours du roi. Jusqu'à l'âge de dix-sept ans, - Jeanne ne cessa d'avoir des visions et de s'entretenir - avec ses voix qui la guidaient et lui racontaient «la - grande pitié du royaume de France.»</p> -<p>Elle la connaissait bien d'ailleurs cette misère: - car son pays même avait ressenti les maux de la - guerre civile et de la guerre étrangère. Malgré - ses parents, qui ne comprenaient rien à sa résolution, - elle vint à Vaucouleurs trouver le capitaine - Robert de Baudricourt, auquel elle expliqua sa mission, - demandant qu'on la conduisît vers le roi. «Et - certes, disait-elle, j'aimeras mieux filer auprès de - ma pauvre mère, mais il faut que j'aille; mon - seigneur le veut.—Et qui est votre seigneur? dit-on.—C'est - Dieu,» répondit-elle. Robert riait d’abord, - mais le peuple de Vaucouleurs crut en la - jeune fille, et le seigneur de Baudricourt, ému lui-même, - donna à Jeanne une escorte.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">[Pg 77]</a></span></p> -<p>Après un long et périlleux voyage à travers un - pays occupé par les Anglais, Jeanne arriva à Chinon, - équipée comme un guerrier, mais toujours - simple et pure comme une jeune fille. Le roi, afin - de l'éprouver, se confondit dans la foule des seigneurs. - Jeanne, bien qu'elle ne l'eût jamais vu, - alla droit à lui, s'agenouilla, lui promettant, s'il lui - donnait une armée, de délivrer Orléans, puis de le - mener lui-même à Reims recevoir la couronne.</p> -<p>Les évêques, les plus éminents docteurs interrogèrent - cette fille des champs, qui les étonna par - ses réponses: «Si c'est le plaisir de Dieu, lui disait-on, - que les Anglais s'en aillent en leur pays, il n'est - pas besoin de gens d'armes.—Les gens d'armes - batailleront, répondit-elle, et Dieu donnera la victoire.»</p> -<p>Jeanne put enfin, malgré les Anglais, entrer dans - la ville d'Orléans avec quelques vaillants capitaines. - Accueillie avec enthousiasme, elle réveillait partout - l'esprit de foi, de discipline, de patriotisme: tous - ceux qui l'approchaient devenaient meilleurs et - sinon plus braves, du moins plus confiants. Sans - autre arme que son étendard, Jeanne marchait à - la tête des combattants, et tous la suivaient. Les - Anglais, ne comprenant rien au courage indomptable - de cette jeune fille, se troublaient, lâchaient - pied; les plus importantes bastilles qu'ils avaient - élevées pour bloquer Orléans furent prises. Jeanne, - blessée dans une attaque, fit aussitôt panser sa blessure - et reparut au milieu des combattants: «Tout - est vôtre, criait-elle aux Français, tout est vôtre!» - La plus importante des bastilles qui commandait - le pont de la Loire, fut enlevée. Les Anglais se<span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">[Pg 78]</a></span> virent obligés d'abandonner le siège le 8 mai 1429, - date célèbre que les Orléanais reconnaissants fêtent - encore aujourd'hui.</p> -<p>La fortune, dès ce moment, tourna. Le pays fut - rapidement délivré. Les Français, toujours conduits - par Jeanne d'Arc, reprirent les villes des bords - de la Loire qui restaient aux Anglais, et gagnèrent - sur eux la bataille de Patay (18 juin). Malgré - tant de succès, les conseillers du roi hésitaient encore. - Jeanne les entraîna au voyage de Reims, et - le 17 juillet Charles VII était sacré en grande - pompe dans la cathédrale où se faisaient couronner - ses prédécesseurs. Jeanne se tenait debout aux - côtés du roi, son étendard à la main, et comme plus - tard, dans son procès, on lui en faisait un reproche, - elle répondit avec une légitime fierté: «Il avait été - à la peine, il méritait bien d'être à l'honneur.»</p> -<p>Jeanne avait le pressentiment d'un malheur, mais - elle n'en continuait pas moins de combattre, allant - partout où on l'appelait, car sa présence valait une - armée.</p> -<p>En 1430 elle se jeta dans la ville de Compiègne, - serrée de près par les troupes du duc de Bourgogne. - Dans une sortie, il fallut battre en retraite. Elle - resta, comme toujours, la dernière. Les défenseurs - de Compiègne, craignant de voir entrer les ennemis - avec les fuyards, fermèrent trop tôt les barrières - du pont. Jeanne demeura isolée avec quelques - cavaliers et, accablée par le nombre, fut prise par - l'écuyer d'un seigneur du parti bourguignon.</p> -<p>Vendue aux Anglais, Jeanne fut conduite à Rouen. - Les Anglais lui firent son procès comme à - une sorcière, à une hérétique; mais souvent la<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">[Pg 79]</a></span> sagesse de ses réponses déconcerta ses juges. - Comme elle parlait des voix qui l'avaient inspirée, - les juges lui demandèrent: «Sainte Catherine et - sainte Marguerite haïssent-elles les Anglais?—Elles - aiment ce que Notre-Seigneur aime, et haïssent - ce qu'il hait.—Dieu hait-il les Anglais?—De - l'amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglais, - je n'en sais rien: mais je sais bien qu'ils seront mis - hors de France, sauf ceux qui périront.» Le procès - n'avait rien prouvé, mais on fit signer à Jeanne, - sous la menace d'être brûlée, une abjuration de ses - prétendues erreurs, et on la condamna à la prison - perpétuelle. Plus tard elle désavoua l'abjuration - qu'on lui avait surprise et maintint la vérité de sa - mission. «Si je disais, répondit-elle, que Dieu ne - m'a pas envoyée, je me damnerais; la vérité est - que Dieu m'a envoyée.» Les juges d'Église alors - l'abandonnèrent au bras séculier, c'est-à-dire à la - justice civile, et le 30 mai (1431) on la conduisit - au bûcher sur la place du <i>Vieux-Marché</i>.</p> -<p>Jeanne, qui n'avait encore que vingt ans, pleurait - en disant: «O Rouen, dois-je donc mourir ici!» - Elle demanda une croix: on lui en fit une avec un - bâton, mais elle obtint qu'on lui apportât celle de - la paroisse voisine. Enfin, les Anglais s'impatientant, - deux sergents la saisirent et la livrèrent au - bourreau. Le feu fut allumé. Jeanne s'oublia - pour ne penser qu'au frère Isambart qui l'exhortait - toujours, et lui dit de descendre, mais de tenir haut - la croix, qu'elle ne voulait pas perdre de vue. - Toute la foule pleurait. Quelques Anglais essayaient - de rire. Un d'eux, des plus furieux, avait - juré de mettre un fagot au bûcher; Jeanne expirait<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">[Pg 80]</a></span> au moment où il le jeta et il s'évanouit: «J'ai vu, - disait-il hors de lui-même, j'ai vu de sa bouche s'envoler - une colombe.» Un seigneur anglais disait - tout haut en revenant: «Nous sommes perdus, nous - avons brûlé une sainte.»</p> -<p>Les Anglais redoutèrent Jeanne même après sa - mort, et, de peur que ses cendres ne devinssent des - reliques pour le peuple, ils les firent jeter dans la - Seine. Mais l'impulsion était donnée; le pays, réveillé, - repoussait partout l'étranger, et en 1453 les - Anglais avaient perdu toutes leurs conquêtes en - France. Les malheurs de ces invasions avaient eu - au moins pour résultat de faire naître chez tous - les habitants de la France le sentiment de l'amour - de la patrie.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">[Pg 81]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_X" id="CHAPITRE_X">CHAPITRE X</a></h2> -<h4>LOUIS XI (1461-1483)</h4> -<p>Charles VII mourut en 1461 et eut pour successeur - son fils, Louis XI.</p> -<p>A cette époque des changements importants ont - lieu en Europe et dans le monde. Un peuple nouveau - s'établit à l'orient de l'Europe, les Turcs qui - se sont emparés de Constantinople (1453). Les - peuples chrétiens ne se sont point soulevés à cette - nouvelle: le temps des expéditions religieuses, des - croisades est bien fini. Les nations ne songent - qu'à se constituer, à s'organiser, malheureusement - aussi à s'entre-déchirer, et l'époque des grandes - ligues, des guerres européennes va s'ouvrir. Ce - qui valait mieux, les Portugais et les Espagnols - indiquaient de nouvelles routes au commerce et - découvraient de nouvelles terres. Les premiers - avaient achevé, en 1497, sous la conduite de Vasco - de Gama, de faire, par mer, le tour de l'Afrique - et montraient la route des Indes. Christophe Colomb, - savant navigateur génois, avec trois navires - que lui avaient donnés les souverains de l'Espagne, - Ferdinand et Isabelle, découvrit en 1492 un nouveau - monde auquel on a injustement donné le nom<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">[Pg 82]</a></span> d'un autre navigateur florentin, Amerigo Vespucci, - l'Amérique.</p> -<p>Il semblait que Dieu, par une seconde création, - eût doublé l'étendue du monde habitable. On se - précipitait vers ces contrées parées d'une végétation - brillante, riches de bois précieux et de mines - d'or et d'argent. Le commerce prit un rapide essor, - la condition des fortunes changea, car jusqu'alors - la terre avait été la seule richesse.</p> -<p>La science se développait en même temps, grâce - à la découverte de l'imprimerie. Gutenberg, né à - Mayence, mais qui travailla le plus souvent à Strasbourg, - était parvenu (de 1440 à 1446) à graver en - métal des lettres mobiles qu'il assemblait ou séparait - à volonté; il composait ainsi des mots, des - phrases, des pages entières; puis pressant ces pages - imbibées d'encre sur du papier, il les reproduisait - autant de fois qu'il voulait. Un copiste ne pouvait - écrire à la fois qu'un seul livre. Grâce à l'imprimerie, - dès que le livre était composé avec des - lettres en métal, on pouvait le reproduire, en peu - de temps, par milliers d'exemplaires.</p> -<p>Le premier livre sorti des presses de Gutenberg - était une Bible datée de 1456. L'imprimerie devait - être l'instrument le plus puissant pour le progrès - de la science humaine. Des temps nouveaux commençaient: - les <i>temps modernes</i>, ceux qui durent - encore aujourd'hui. Les progrès dont nous sommes - témoins ont pour point de départ ces importants - changements qui se produisirent au quinzième - siècle et qui rendirent l'homme plus libre de sa - raison, plus hardi dans ses pensées comme dans ses - entreprises, plus soucieux du bien-être et de l'équité.<span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">[Pg 83]</a></span> La science étendait son esprit, doublait ses - moyens d'action et allait lui permettre de rendre - moins misérable sa condition terrestre.</p> -<p>La politique aussi allait changer. Le premier - roi des temps modernes est Louis XI, de sombre - renommée, mais qui, malgré ses fourberies et ses - cruautés, avança singulièrement l'unité politique de - la France.</p> -<p><b>Louis XI.</b>—Louis XI est le premier type, quoique - peu flatteur, du roi moderne; il se fie à l'intelligence - plus qu'à la force corporelle. Il est tout - l'opposé des chevaliers. Ayant grandi au milieu - des trahisons et des révoltes, il ne crut qu'à une - seule force, celle de la ruse. Dépourvu de conscience, - mais superstitieux à l'excès, il attachait à - son chapeau des images de la Vierge et des saints - en plomb ou en étain: il les prenait ou les baisait, - quelque part qu'il se trouvât, si soudainement quelquefois - qu'on l'aurait pris pour un insensé. Il se - faisait petit, s'entourait de petites gens, s'habillait - pauvrement et s'affranchissait de tout cérémonial.</p> -<p>Louis XI (c'est là ce qui le relève de ses faiblesses - et de ses perfidies) prenait au sérieux son - métier de roi: actif, infatigable, il travailla sans - cesse à étendre, à organiser son royaume, se fit - craindre comme personne avant lui.</p> -<p>Dès les premières années, les nobles, mécontents - de voir Louis XI, qui les avait flattés dans sa jeunesse, - se tourner contre eux dès qu'il fut roi, commencèrent - la guerre dite du <i>Bien public</i> (1465). - Une bataille indécise se livra entre les coalisés que - commandait Charles, fils du duc de Bourgogne, - comte de Charolais, et l'armée royale à Montlhéry<span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">[Pg 84]</a></span> (près de Paris). Des deux côtés on se crut vainqueur, - et des deux côtés il y eut des fuyards. - Louis XI se hâta de négocier et promit à tous, et - à chacun en particulier, provinces, honneurs, pensions. - Les traités de Conflans et de Saint-Maur - (près Paris), qui terminèrent cette campagne dérisoire, - furent de honteux marchés.</p> -<p>Une première fois détruite, la féodalité avait été - reformée par les rois eux-mêmes, qui avaient distribué - à leurs enfants, aux princes de leurs maisons, - de magnifiques seigneuries, des apanages. Ainsi - s'étaient constituées les maisons de Bourbon, d'Anjou, - d'Orléans, etc. Mais le grand danger pour les - rois, c'était la puissance de la maison de Bourgogne. - Le duc Philippe le Bon, mourut en 1467, et son fils, - Charles le Téméraire, était l'orgueil même.</p> -<p>Charles se regardait comme supérieur à son cousin - le roi de France, Louis XI, auquel il ne voulait - pas rendre hommage. Autant celui-ci dédaignait - le faste et les grandeurs, autant le duc de Bourgogne - aimait à étaler son luxe et sa puissance. - Ambitieux comme Louis XI, il n'avait ni sa patience - ni sa souplesse, et plus sa témérité lui faisait - éprouver de revers, plus il s'obstinait.</p> -<p>Louis XI pourtant commit bien des fautes. La - guerre ayant recommencé entre lui et le duc de - Bourgogne, il voulut négocier au lieu de combattre - et, pour mieux gagner son ennemi, alla se mettre - entre ses mains à Péronne où il demeura prisonnier - et ne fut relâché qu'à de dures conditions (1468).</p> -<p>La guerre recommença. Le duc de Bourgogne - courut aussitôt à Beauvais, espérant enlever la ville - par surprise. Mais les habitants sont sur les remparts<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">[Pg 85]</a></span> et se défendent: les femmes mêmes les aident. - Déjà cependant des soldats bourguignons avaient - escaladé la muraille et y plantaient leur étendard. - Une jeune fille, Jeanne Laisné (on la nomma depuis - Jeanne Hachette), s'élance, une hache à la - main, saisit l'étendard et l'emporte en triomphe. - Cet exemple héroïque ranime le courage des habitants, - qui repoussent avec succès toutes les attaques. - Charles se vit obligé d'entreprendre un siège régulier, - puis, à l'arrivée des troupes royales, de se - retirer. Loin d'abattre le puissant duc, les échecs - ne font que piquer son orgueil. Il ne renonce pas - à ses projets; au contraire, il les veut tous poursuivre - à la fois: il rêve la conquête de la Lorraine, - de l'Alsace, de la Suisse, afin de se faire ainsi - un royaume. En même temps il rappelle les Anglais - en France pour renverser Louis XI. Celui-ci, - fidèle à son système d'éviter les batailles, achète la - paix du roi d'Angleterre Édouard IV. Dès ce moment - il n'a plus qu'à regarder son rival se heurter - contre l'Allemagne, puis contre les montagnes de - la Suisse. Charles est vaincu à Granson et à Morat - (1476).</p> -<p>Après ces sanglantes défaites, Charles devient - fou de fureur: il laisse croître sa barbe comme un - sauvage, il s'enferme dans sa tente. Il apprend - que la Lorraine s'est soulevée et que le duc René - a repris sa capitale, Nancy. Il y court, malgré - l'hiver, et périt dans un combat. On retrouva son - corps à demi enfoncé dans la glace d'un ruisseau - (1477).</p> -<p>Craint de tout le monde, Louis XI craignait - lui-même tout le monde et s'enfermait dans son<span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">[Pg 86]</a></span> château de Plessis-lez-Tours, où des arbalétriers - veillaient nuit et jour près des fossés avec ordre - de tirer sur tout homme suspect qui approchait. - Il semblait plutôt mort que vif, tant il était maigre; - il faisait d'âpres punitions pour inspirer la terreur - et de peur de perdre l'obéissance. Il avait soupçon - de tout le monde, de son fils qu'il faisait étroitement - garder, de sa fille, de son gendre. Il comblait - de présents son médecin Coictier pour qu'il - allongeât sa vie; il avait recours aux personnages - renommés pour leur sainteté et fit venir d'Italie - un ermite, saint François de Paule: il lui demandait - la santé du corps plutôt que le repos de l'âme. - «Le tout n'y fit rien, ajoute son historien Commines; - il fallait qu'il passât par où les autres sont - passés.»</p> -<p>Louis XI mourut en 1483, après avoir, dans ses - dernières années, recueilli le riche héritage de la - maison d'Anjou, c'est-à-dire le Maine, l'Anjou et la - Provence.</p> -<p>Si Louis XI a laissé une sombre mémoire, il est - juste de lui tenir compte de l'agrandissement du - royaume, et surtout de la sécurité qu'il y rétablit. - La sécurité ranima le commerce et Louis XI le - facilita en améliorant les routes. Pour étendre son - action sur les provinces les plus éloignées, il organisa - les postes, d'abord des courriers qui ne servirent - qu'à transmettre ses ordres, mais qui plus - tard furent d'une grande utilité aux particuliers.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">[Pg 87]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XI" id="CHAPITRE_XI">CHAPITRE XI</a></h2> -<h4>CHARLES VIII—LOUIS XII—FRANÇOIS I<sup>er</sup></h4> -<p><b>Charles VIII (1483-1498).</b>—Le fils de Louis XI - était encore un enfant et les seigneurs crurent pouvoir - profiter d'une minorité pour reprendre tout ce - qu'ils avaient perdu. Une main de femme les contint. - Mme de Beaujeu, fille de Louis XI, et qui - avait ses qualités sans ses vices, mit à la raison les - seigneurs déjà plus turbulents que redoutables; - elle força à la soumission Louis, duc d'Orléans, le - chef des mécontents, puis fit épouser à son jeune - frère l'héritière d'un beau duché, Anne de Bretagne, - et prépara ainsi la réunion à la France d'une - grande province.</p> -<p>Nourri de romans de chevalerie, Charles VIII ne - fut pas plus tôt le maître qu'il voulut monter à - cheval, s'armer de la lance et imiter les fabuleux - exploits des paladins de Charlemagne. Il résolut - de faire valoir sur le royaume de Naples des droits - qu'il tenait de la maison d'Anjou. Il partit en 1494 - avec une belle armée, mais sans argent: il lui fallut - emprunter aux petits princes italiens qui l'avaient - appelé et lui facilitaient le passage.</p> -<p>L'épouvante que répandait chez des populations<span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">[Pg 88]</a></span> amollies l'arrivée des rudes guerriers du Nord, facilita - singulièrement la route. Les Français passèrent - les Alpes avec un attirail tout nouveau de - canons. Arrivés en Italie, ils traversèrent sans - combat les villes magnifiques de Florence et de - Rome. Charles gagna Naples à petites journées, - y entra sans effort et s'y montra avec tout l'appareil - d'un empereur. Puis il ne pensa plus qu'aux fêtes - et distribua héritières et héritages à ses barons.</p> -<p>Pendant qu'il s'amusait aux tournois, Maximilien - d'Autriche, le roi d'Espagne Ferdinand le Catholique, - Henri VII d'Angleterre, jaloux de la puissance - française, se liguaient avec les princes du nord de - l'Italie. Charles courait le risque d'être enfermé - dans sa conquête. Averti à temps, il dut se hâter, - reprit le même chemin, retraça presque les mêmes - pas, et trouva la route barrée par les Milanais et - les Vénitiens, à Fornoue, sur les bords de la rivière - le Taro. Une bataille sérieuse s'offrait à lui; aussi - attaqua-t-il avec ardeur et força le passage (juillet - 1495).</p> -<p>Il n'eut pas le temps de recommencer cette expédition - comme il le voulait, car trois ans après, - s'étant heurté la tête contre une voûte au château - d'Amboise, il mourut (1498).</p> -<p><b>Louis XII (1498-1515).</b>—Louis XII, cousin et - successeur de Charles VIII, se montra plus prudent, - surtout dans sa politique intérieure, et épousa - la veuve de Charles VIII pour retenir attaché au - domaine royal le beau duché de Bretagne. Mais - à l'extérieur, il montra la même légèreté que Charles - VIII et n'eut d'yeux que pour l'Italie.</p> -<p>Afin d'obtenir plus sûrement le royaume de<span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">[Pg 89]</a></span> Naples, Louis XII le partagea avec le roi d'Espagne, - Ferdinand le Catholique. Celui-ci, dès qu'il - eut sa part, voulut prendre l'autre, et trompa honteusement - Louis XII. Le roi, lorsqu'il apprit la - trahison, avait chez lui le gendre de Ferdinand, - Philippe le Beau; celui-ci pouvait craindre d'être - gardé prisonnier. «Ne craignez rien, lui dit Louis - XII, j'aime mieux perdre un royaume qu'on peut - regagner, que l'honneur dont la perte est irréparable.»</p> -<p>Louis XII ne put regagner le royaume perdu, mais - ces guerres d'Italie mirent en relief un grand nombre - de vaillants capitaines: le plus illustre fut sans - contredit le chevalier Bayard.</p> -<p>Le jeune Bayard n'avait pas dix-sept ans qu'il - se mesura dans un tournoi avec un des plus redoutables - chevaliers et sortit de cette épreuve à son - honneur. A la bataille de Fornoue, il eut deux - chevaux tués sous lui et rapporta une enseigne ennemie. - Ce qui le faisait surtout aimer, c'est qu'on - n'eût pu trouver de plus libéral ni gracieux combattant; - s'il avait un écu, chacun en avait sa - part.</p> -<p>Bayard prit part à toutes les guerres d'Italie et se - signala par les exploits les plus hardis. Comme - l'armée se tenait derrière une rivière, le Garigliano, - les Espagnols paraissent tout à coup et cherchent - à s'emparer d'un pont mal gardé. Bayard s'arme - au premier tumulte; il voit une troupe de deux - cents cavaliers qui venaient surprendre le pont, il - se jette au-devant, tout seul, en disant à ses compagnons - d'aller chercher du secours. Semblable - à un lion furieux, Bayard met sa lance en arrêt et<span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">[Pg 90]</a></span> attaque la troupe qui était déjà sur le pont: plusieurs - chancelèrent, deux hommes tombèrent dans - l'eau. Néanmoins il fut assailli si rudement que - sans sa grande bravoure il n'eût pu résister. Comme - un tigre échauffé, il s'accula à la barrière du pont, - de peur qu'on ne l'attaquât par derrière, et avec son - épée il se défendit si bien que les Espagnols ne - croyaient point que ce fût un homme. Les secours - eurent le temps d'arriver. Bayard poursuivit l'ennemi, - mais celui-ci reçut des renforts. Il fallut - battre en retraite, et le vaillant chevalier, toujours - le dernier, fut pris. Il se garda bien de se nommer: - ses compagnons, s'apercevant de son absence, retournèrent - le délivrer. N'ayant pas été désarmé, - il sauta sur un cheval et se remit à l'œuvre en criant: - «France! France! Bayard! Bayard que vous - avez laissé aller!» Ce nom terrifia les Espagnols, - qui s'enfuirent. Les Français s'en retournèrent - tout joyeux d'avoir recouvré celui qu'ils appelaient - «leur vrai guidon d'honneur.»</p> -<p>Malgré ses fautes et ses malheurs, Louis XII est - un des rois dont la France a gardé la mémoire. En - 1506 les États généraux de Tours lui avaient donné - le beau nom de <i>Père du peuple</i>.</p> -<p>Les guerres d'Italie en effet se passaient au loin - et occupaient surtout la noblesse. Le pays demeurait - tranquille et prospère. Économe des deniers - de ses sujets, le roi s'appliquait à alléger les impôts. - «J'aime mieux, disait-il, voir les courtisans rire de - mon avarice que le peuple pleurer de mes dépenses.» - Ami de la justice qu'il s'étudia à réformer, il se - montra le rigoureux ennemi de tous les pillards, - grands ou petits: aussi, depuis ses justes sévérités,<span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">[Pg 91]</a></span> «nul, dit un écrivain du temps, n'eût rien osé - prendre sans payer, et les poules couraient aux - champs sans péril et sans risques.»</p> -<p><b>François I<sup>er</sup> (1515-1547).</b>—La couronne échut - encore à une autre branche de la famille des Valois, - à François I<sup>er</sup>, comte d'Angoulême, cousin et gendre - de Louis XII. Jeune, ardent, grand et fort,<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a> il - était habile à tous les exercices du corps, et en même - temps intelligent, fin, spirituel, ami des études et - des beaux-arts, dont les Français avaient pris le - goût dans les opulentes cités de l'Italie.</p> -<p>François I<sup>er</sup> avait vingt et un ans lorsqu'il fut - reconnu roi. Il voulut réparer les malheurs de - Louis XII et reconquérir l'Italie. Il la ressaisit à - la fameuse journée de Marignan (1515).</p> -<p><b>Bataille de Marignan.</b>—Vingt mille Suisses - gardaient solidement les passages des Alpes; François - I<sup>er</sup> résolut d'escalader ces montagnes, les plus - hautes de l'Europe. On traça une route à l'armée - en faisant sauter, à force de poudre, des blocs - énormes, en jetant des ponts avec des sapins sur les - abîmes. On traîna les canons avec des cordages et - on finit, au bout de six jours d'un travail prodigieux, - par triompher des plus grands obstacles que - la nature eût opposés à une armée.</p> -<p>Le général ennemi, quand on lui annonça l'arrivée - des Français, n'y voulut pas croire. «Ont-ils - volé par-dessus les montagnes?» disait-il en raillant. - C'était pourtant la vérité, car une heure - après, Bayard et le sire de la Palisse, un autre de<span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">[Pg 92]</a></span> nos grands capitaines, le faisaient prisonnier pendant - son dîner.</p> -<p>Les Suisses se replièrent sur la capitale de la - Lombardie, Milan. Les Français les y suivirent et - une bataille acharnée s'engagea à quelque distance - de cette ville, près du village de Marignan. Commencé - dans l'après-midi, le combat se prolongea - une partie de la nuit, à la clarté d'une lune parfois - voilée de nuages. Le succès fut dû à la supériorité - de l'artillerie française: les Suisses, avec un courage - admirable, s'avançaient en masses serrées, avec - leurs longues piques; des files entières tombaient, - ils avançaient toujours. Le roi chargea avec toute - sa cavalerie et entra si loin dans la mêlée que sa - visière fut percée d'un coup de pique. Vers minuit, - la lune se déroba tout à fait et on s'arrêta. Les - deux armées étaient confondues l'une dans l'autre - et le roi se coucha sur l'affût d'un canon, à deux - pas des ennemis.</p> -<p>Le lendemain, au point du jour, la bataille recommença - aussi acharnée que la veille. Mais les Vénitiens, - alliés des Français, arrivèrent, et les Suisses, - craignant d'être enveloppés, se retirèrent (14 septembre - 1515). François I<sup>er</sup>, vainqueur, voulut - être armé chevalier par Bayard; c'était l'honneur - le plus insigne que le roi pût faire au vaillant capitaine.</p> -<p>Bayard ne cessa de s'illustrer dans les guerres - de François I<sup>er</sup>. Envoyé en Italie où les troupes - françaises avaient été battues à la Bicoque (1522), - il n'y parut que pour assister à la défaite de Bonnivet - à Biagrasso et pour y mourir. Bayard ne commandait - pas en chef; recevant les ordres de courtisans<span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">[Pg 93]</a></span> jaloux, il périt victime de leur fautes. Bonnivet - blessé lui confia le soin de diriger la retraite; - Bayard la dirigea, comme on pouvait l'attendre de - lui, faisant toujours face à l'ennemi. Après le - passage de la Sésia, comme il rejoignait, vainqueur, - sa troupe d'hommes d'armes, une pierre lancée par - une arquebuse le frappa dans les reins et lui brisa - l'épine dorsale. On l'assit au pied d'un arbre. Le - bon Chevalier, se sentant mourir, planta son épée - devant lui et en baisa la poignée qui figurait une - croix. Les ennemis accoururent et parurent aussi - attristés que les compagnons de Bayard.</p> -<p>Parmi les chefs ennemis se trouvait alors un - prince français, le connétable de Bourbon, qui, mécontant, - s'était jeté dans le parti de Charles-Quint: - il survint et plaignit le bon Chevalier, qui lui répondit - ces belles paroles: «Il n'y a point de pitié à avoir - de moi, car je meurs en homme de bien: mais j'ai - pitié de vous qui servez contre votre prince, votre - patrie et votre serment.» Quelques heures après, - expirait le dernier modèle du parfait chevalier (30 - avril 1524).</p> -<p><b>Bataille de Pavie.</b>—Les Impériaux, conduits - par le connétable de Bourbon, poursuivirent l'armée - française et envahirent la Provence. Bourbon attaqua - Marseille, mais les habitants résistèrent héroïquement. - François I<sup>er</sup> accourut. Les Impériaux - se retirèrent en toute hâte. François les poursuivit - au delà des Alpes, s'empara facilement de Milan et - mit le siège devant Pavie. La résistance de cette - ville, prolongée quatre mois, donna à Bourbon le - temps d'aller en Allemagne chercher des troupes.</p> -<p>François commit la faute de s'affaiblir en détachant<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">[Pg 94]</a></span> un corps d'armée vers Naples, et bientôt il - se trouva enfermé entre la ville de Pavie et les - troupes espagnoles et italiennes. On propose à - François I<sup>er</sup> de se replier. L'orgueil le pousse à - suivre le conseil de Bonnivet qui parle au contraire - de combattre. La bataille s'engage (24 février - 1525). Genouillac avec son artillerie fit d'abord - merveille; il ouvrit coup sur coup des brèches dans - les bataillons ennemis, «de sorte que vous n'eussiez - vu que bras et têtes voler.» François I<sup>er</sup> croit déjà - l'ennemi en fuite et s'élance avec ses gens d'armes. - Les ennemis reformèrent leur ligne. Le roi, comme - à Marignan, fit des prodiges de valeur lorsqu'on lui - en aurait demandé de sagesse. Mais les rangs de - l'ennemi se reformaient toujours; les meilleurs capitaines, - dont on avait négligé les conseils, sentaient - bien que la victoire était impossible et tombaient - tous frappés les uns après les autres autour du roi, - qu'ils ne voulaient pas abandonner. François ne - tarda pas à être entouré d'ennemis.</p> -<p>«Après avoir, dit Brantôme, bien combattu tant - qu'il n'en pouvait plus, son cheval fort blessé tomba - par terre et lui dessous.» François I<sup>er</sup> se vit obligé - de se rendre et demanda qu'on appelât Charles de - Lannoi. Celui-ci arriva, le fit dégager et l'aida à - se lever.</p> -<p>Le soir, François I<sup>er</sup> écrivit à sa mère une longue - lettre dans laquelle il disait: «De toutes choses ne - m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est sauve.» - On en a fait le mot célèbre: «Tout est perdu, fors - [hors] l'honneur.»</p> -<p>Après un séjour de plusieurs mois dans une forteresse <span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">[Pg 95]</a></span>d'Italie, François I<sup>er</sup> fut conduit en Espagne, - où Charles-Quint le fit renfermer dans l'Alcazar, - à Madrid.</p> -<p>Le donjon où il devait passer tant de mois dans - les tristesses de la prison, les accablements de la - maladie, les angoisses d'une négociation agitée et - interminable, était haut, étroit et sombre. La - chambre disposée pour le roi prisonnier n'était pas - très spacieuse; on y arrivait par une seule entrée, - et l'unique fenêtre qui y laissait pénétrer la lumière - s'ouvrait du côté du midi à environ cent pieds du - sol. Les concessions que Charles-Quint voulait - arracher à son prisonnier étaient exorbitantes et - n'allaient rien moins qu'à démembrer le royaume - de France. Désespérant d'ébranler son vainqueur, - François I<sup>er</sup> résolut un moment d'abdiquer en faveur - de son fils et de ne plus laisser entre les mains de - Charles qu'un prisonnier ordinaire. Ce prisonnier - faillit même échapper à l'inflexible empereur, car - François tomba gravement malade; on désespéra - de sa vie. Le roi fut pourtant sauvé, mais non relâché, - et n'obtint sa délivrance qu'en accordant tout - ce qu'on lui demandait, se promettant bien de ne - pas tout remplir. Il protesta en secret contre la - violence qui lui était faite et signa le traité de - Madrid (6 janvier 1526).</p> -<p>On le conduisit à la frontière et, sur la Bidassoa,<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a> on l'échangea contre ses deux fils, qu'on devait garder - comme otages. Lorsqu'on l'eut ramené sur la - rive française, il s'élança vivement sur son cheval - et s'écria: «Maintenant je suis roi, je suis roi encore!»</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">[Pg 96]</a></span></p> -<p>La puissance de Charles-Quint effraya les autres - princes, naguère si jaloux du vainqueur de Marignan. - Le roi d'Angleterre Henri VIII, le pape - Clément VII, la république de Venise, les Suisses - s'unirent à François I<sup>er</sup> qui, délivré, avait rompu le - traité de Madrid.</p> -<p>Encore étourdi du désastre de Pavie, François ne - sut point cependant profiter des secours qui s'offraient - à lui, et donna le temps aux généraux de - Charles-Quint d'écraser ses alliés d'Italie. Le - connétable de Bourbon, à la tête de bandes allemandes, - se précipita sur Rome (1527). Il fut tué - en montant à l'assaut, mais les soldats prirent la - ville, et pendant neuf mois y vécurent en maîtres - sauvages, se livrant à tous les excès et aux plus - odieuses profanations. L'approche tardive d'une - armée française amena seule la retraite des brigands, - qui se retirèrent dans le royaume de Naples. - Les Français les y poursuivirent et soumirent rapidement - ce pays, mais échouèrent au siège de - Naples. François I<sup>er</sup> se trouva heureux de conclure - la paix de Cambrai (1529).</p> -<p>Charles-Quint ne s'était hâté de signer la paix de - Cambrai que pour aller combattre les Turcs qui - menaçaient Vienne. Les Turcs, en effet, maîtres - de Constantinople, étendaient leurs conquêtes en - Europe. La Hongrie seule put les arrêter. Charles-Quint - soutenait les Hongrois dans cette lutte acharnée. - On vit alors combien l'esprit des temps était - changé. Le souverain du pays qui avait pris une part - si glorieuse aux croisades, François I<sup>er</sup>, s'alliait avec - les Turcs, ne regardant que l'intérêt politique et ne - voyant en eux que des ennemis de Charles-Quint.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">[Pg 97]</a></span></p> -<p>Tandis que les Turcs renouvelaient leurs invasions - dans la vallée du Danube, François I<sup>er</sup> recommençait - la guerre et s'emparait de la Savoie (1535). En - 1536, Charles, irrité, envahit à son tour la Provence.</p> -<p>Mais la guerre traînait, car les grandes batailles - étaient interdites aux généraux. Cependant un - jeune prince, le duc d'Enghien, commandait en - Italie et brûlait de se battre avec les Espagnols qui, - confiants, lui offraient de belles occasions de succès. - Il envoya un de ses bons capitaines, Montluc, demander - au roi la permission de livrer bataille, et le - roi, entraîné par l'ardeur du vaillant guerrier, s'écria, - après s'être recueilli: «Qu'il combatte!» Le - duc d'Enghien gagna une brillante victoire à Cérisoles - (avril 1544), en enfonçant une armée espagnole - bien supérieure en nombre. La paix de - Crespy (Crépy) (1544) termina les longues guerres - du règne de François I<sup>er</sup>.</p> -<p>Celui-ci mourut en 1547, sans avoir rien perdu, - malgré tant de revers. Il avait 52 ans.</p> -<p>François I<sup>er</sup> ne fut pas seulement un roi batailleur; - ce qui lui a valu sa renommée et ce qui lui a - fait pardonner ses fautes, c'est la générosité avec - laquelle il protégea les lettres et les arts, les arts - surtout. C'est la belle époque de la Renaissance, - de laquelle datent plusieurs des beaux palais et châteaux - de la France.</p> -<p>«Entre autres belles vertus que le roi eut,» dit - Brantôme, «c'est qu'il fut fort amateur des bonnes - lettres et des gens savants de son royaume: il les - entretenait toujours de discours grands et savants, - leur en donnant la plupart du temps les sujets et les - thèmes.»</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">[Pg 98]</a></span></p> -<p>«De telle façon la table du roi était une vraie - école, car là il s'y traitait de toutes matières, autant - de la guerre que des sciences hautes et basses. Il - fut appelé père et le vrai restaurateur des arts et - des lettres, car, avant lui, l'ignorance régnait quelque - peu en France.»</p> -<p>L'imprimerie multipliait les livres. François I<sup>er</sup>, - qui se piquait quelquefois de poésie, protégea les - poètes comme les artistes, mais favorisa surtout les - savants, les érudits, qui commençaient à battre en - brèche l'ignorance si longtemps souveraine. Il - fonda en 1530 un collège d'un genre tout nouveau, - appelé le <i>Collège de France</i>, et destiné à rendre la - science accessible à tous.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">[Pg 99]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XII" id="CHAPITRE_XII">CHAPITRE XII</a></h2> -<h4>LES GUERRES DE RELIGION</h4> -<p>Le successeur de François I<sup>er</sup> fut Henri II. - Profitant des guerres religieuses qui avaient - éclaté en Allemagne, Henri II s'allia avec les - princes protestants ennemis de Charles-Quint et - occupa les trois villes anciennes de Metz, Toul, - Verdun.</p> -<p>Charles-Quint, irrité, vint mettre le siège devant - Metz, que le duc François de Guise défendit avec - énergie (1552). Vaincu de nouveau à Renty - (1554), Charles-Quint signa une trêve (1556) et - abdiqua la même année, renonçant à toutes ses couronnes.</p> -<p><b>Henri II (1547-1559).</b>—Le fils de Charles-Quint, - Philippe II, demeurait aussi redoutable pour la - France, quoiqu'il ne dominât plus ni l'Autriche ni - l'Allemagne. Il avait épousé Marie Tudor, reine - d'Angleterre, et les Anglais l'aidèrent dans les - guerres qu'il recommença contre la France. Son - général, le duc de Savoie Philibert Emmanuel, envahit - la Picardie et se porta sur Saint-Quentin. Le - connétable de Montmorency accourut avec une - armée. Mais il se laissa envelopper par l'armée<span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">[Pg 100]</a></span> espagnole, éprouva une sanglante défaite et fut - obligé de se rendre (1557). Pour réparer ce - désastre, le duc de Guise alla surprendre Calais, la - dernière ville que les Anglais eussent en France, et - la reine Marie Tudor en mourut de chagrin (1558).</p> -<p>La paix de Cateau-Cambrésis (1559) termina les - guerres d'Italie. Pendant les fêtes qui célébrèrent - la paix et les mariages princiers par lesquels on la - consacra, Henri II, luttant dans un tournoi contre - son capitaine des gardes, Montgommery, fut grièvement - blessé d'un éclat de lance qui pénétra dans sa - tête, et mourut quelques jours après (1559).</p> -<p><b>La réforme; François II (1559-1560); Charles IX - (1560-1574).</b>—Une réforme religieuse commencée - en Allemagne par Luther amena le déchirement de - l'unité chrétienne et bouleversa l'Europe.</p> -<p>En France la doctrine de Calvin, plus hardie encore - que celle de Luther, se répandit. La division - se mit dans tout le royaume, partagé entre les <i>catholiques</i> et les <i>réformés</i>, qu'on appelait généralement - les <i>protestants</i> ou les <i>huguenots</i>.</p> -<p>Les progrès du calvinisme étaient déjà grands - lorsque Henri II mourut. Ce prince laissait quatre - fils, dont trois devaient régner, de 1559 à 1589: - François II, Charles IX, Henri III.</p> -<p>L'aîné, François II, d'une santé débile, ne régna - qu'un an (1559-1560). Encore le vrai maître était-il - le duc François de Guise, dont la nièce, Marie - Stuart, avait épousé le roi François II. Les protestants, - soutenus par la famille des Bourbons, essayèrent - d'enlever le jeune roi à la famille des - Guises et ourdirent la conjuration d'Amboise. Elle - échoua et un grand nombre de protestants furent<span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">[Pg 101]</a></span> saisis, pendus ou décapités. Mais les guerres de - religion ne commencèrent que sous Charles IX, qui, - à peine âgé de dix ans et demi en 1560, régna d'abord - sous la tutelle de sa mère Catherine de Médicis.</p> -<p><b>Catherine de Médicis.</b>—Catherine de Médicis, - princesse italienne, avait épousé le fils de François - I<sup>er</sup>, Henri II, mais ce prince l'avait tenue à l'écart - du gouvernement. Elle eut encore à souffrir de - cet isolement sous le règne de son premier-né, - François II. C'était la belle et gracieuse Marie - Stuart qui dominait à la cour et assurait la réalité - du pouvoir à son oncle François de Guise. Mais - en 1560 François II mourut, et Catherine de Médicis - se vit appelée à prendre la régence au nom de - son second fils, Charles IX.</p> -<p>Sa passion de régner fut alors satisfaite. Mais - Catherine avait à se défendre contre l'influence de - deux grandes familles rivales, les Guises et les Bourbons, - et à pacifier le royaume, déjà troublé par les - guerres religieuses. Astucieuse et perfide, Catherine - de Médicis s'appliqua à opposer les Bourbons - aux Guises, et à tenir la balance égale entre les catholiques - et les protestants. «Chacun, dit un contemporain, - d'Aubigné, admirait de voir une femme - étrangère se jouer d'un tel royaume et d'un tel peuple - que les Français, mener à la chaîne de si grands - princes.» Sa politique double ne contribua pas peu - à exciter les divisions et à déchaîner les guerres religieuses - dont elle put voir les tristes résultats, car ces - guerres amenèrent la ruine de la famille des Valois. - Catherine de Médicis vit disparaître avant elle ses - enfants, et, au moment où elle mourut, en 1589, son - dernier fils, Henri III, était presque détrôné.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">[Pg 102]</a></span></p> -<p><b>La Saint-Barthélemy.</b>—Parmi les protestants, - l'homme qui mérita le plus de respect et eut la fin la - plus tragique, ce fut Coligny, dont l'illustration - comme celle de Guise datait des guerres de Henri II. - Le parti protestant n'avait pu être accablé. Il rétablissait - toujours ses affaires, grâce aux talents de - Coligny, qui recueillait les débris de l'armée, défendait - les villes, soutenait le courage, et ramenait - quelquefois la victoire. La guerre n'aboutissait à - rien.</p> -<p>En 1570, Catherine de Médicis fit aux réformés - des concessions trop larges pour être sincères. Les - chefs protestants furent attirés à la cour de Charles - IX pour le mariage du jeune Henri de Béarn, leur - chef, avec Marguerite de Valois, sœur du roi. - Charles IX se prit même d'amitié pour l'amiral Coligny. - Celui-ci donnait au roi les plus sages conseils - et lui proposait de détourner contre les étrangers - l'exaltation guerrière de la noblesse. Mais les - catholiques s'indignaient de la puissance des protestants. - Excités par eux, la cour organisa en secret - le plus odieux guet-apens.</p> -<p>Quelques jours après les fêtes du mariage de - Henri de Béarn, le 24 août 1572, fête de saint Barthélemy, - à deux heures du matin, la cloche de Saint-Germain - l'Auxerrois sonne, et le tocsin des autres - églises lui répond. Des bandes armées s'élancent - dans les rues aux cris de: Mort aux huguenots! - Un affreux massacre souille Paris. Le duc Henri - de Guise et le duc d'Aumale, qui ont arraché au roi - l'arrêt de mort de Coligny, se dirigent vers la demeure - de l'amiral, tout près du Louvre. Un assassin - à leurs gages lui avait déjà tiré, quelques jours<span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">[Pg 103]</a></span> auparavant, un coup d'arquebuse et l'avait blessé à - la main. Coligny reposait sous la protection d'une - compagnie des gardes du roi. Les ducs signifient - au capitaine la volonté de Charles IX. On monte, - cinq Suisses se tenaient au haut de l'escalier. Ils - résistent, se barricadent; le bruit de la lutte réveille - Coligny, qui se met en prière. Ses serviteurs sont - tués ou dispersés. Les arquebusiers arrivent à la - chambre de l'amiral, dont l'aspect grave et vénérable - les saisit. Mais l'un d'eux, Bême, plus féroce que - les autres, s'approche: «N'es-tu pas l'amiral?» dit-il. - «Je le suis, jeune homme, répondit Coligny, - respecte ma vieillesse et ma faiblesse.» Bême le - frappe, le renverse; Coligny est percé de coups, puis - jeté par la fenêtre.</p> -<p>Le massacre de Paris fut imité dans les provinces. - Quelques gouverneurs cependant refusèrent d'ordonner - ces affreuses exécutions. «Je n'ai que des - soldats et pas un bourreau,» répondit l'un d'eux. - Un moment frappés de stupeur, les protestants ne - tardèrent pas à se lever en masse; l'armée royale ne - put prendre la Rochelle, qui était devenue la citadelle - du parti, et Charles IX fut obligé de signer la - paix (1573). L'année suivante, il mourait au milieu - des plus violentes convulsions; dans son délire, - souvent troublé par de sombres visions, il n'apercevait, - si l'on en croit la tradition, que des meurtres - et du sang (1574).</p> -<p><b>Henri III (1574-1589).</b>—Le frère de Charles IX, - Henri III, qui lui succéda, était un prince frivole. - Il se composa une cour de seigneurs dissolus. Il - aimait à s'entourer de petits chiens, de perroquets, - de singes, et se fardait le visage comme une femme.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">[Pg 104]</a></span></p> -<p>Le parti protestant s'était relevé, et Henri III - s'était vu obligé de lui faire d'importantes concessions. - Les catholiques, exaltés, formèrent entre - eux une vaste association, appelée sainte Ligue - (1576). Le chef en était Henri de Guise, fils de - François de Guise, que les catholiques rêvaient - déjà de placer sur le trône.</p> -<p>En effet la famille des Valois semblait près de - s'éteindre. Henri III n'avait point de fils qui pût - lui succéder; son frère, le duc d'Alençon, mourut - sans enfants en 1584. Il y avait pourtant un héritier - légitime, Henri de Bourbon, prince de Béarn - et roi de Navarre; mais il était protestant, et les - ligueurs n'en voulaient à aucun prix. Henri de - Guise, soutenu par le roi d'Espagne Philippe II, - brava Henri III et souleva Paris.</p> -<p>Henri III dut se jeter dans les bras des protestants - et vint avec Henri de Navarre assiéger la capitale; - mais il fut poignardé à Saint-Cloud par un - fanatique, Jacques Clément (1589).</p> -<p>A la mort de Henri III, Henri de Navarre fut salué - roi seulement par les protestants et une petite - partie des fidèles de Henri III.</p> -<p><b>Henri IV (1589-1610).</b>—Henri IV était fils - d'Antoine de Bourbon, prince de Béarn et roi de - Navarre, mais roi sans royaume, car la Navarre - était aux mains des Espagnols. Il était né au - château de Pau en 1553. Sa mère, Jeanne d'Albret, - ordonna de le nourrir sans délicatesse, de ne point - l'habiller richement, de ne point le flatter du titre - de prince, et de ne le distinguer en rien des enfants - du pays. On vit donc Henri, tout jeune, aller tête - nue, pieds nus, se battant avec les autres enfants,<span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">[Pg 105]</a></span> escaladant, sous le soleil ou la pluie, les rochers - des Pyrénées. On l'habituait à coucher sur la dure; - on le forçait à de longues courses matinales et à - des chasses fatigantes. Il acquit ainsi santé, force, - agilité, et il avait une gaieté franche et naturelle qui - lui gagnait tous les cœurs.</p> -<p>Jeanne d'Albret, cependant, très instruite, ne - voulut pas que les buissons et les bois fussent la - seule école de son fils. Pour qu'il ne devînt pas, - comme elle le disait, un illustre ignorant, elle lui mit - les meilleurs livres entre les mains. Elle le confia - à un précepteur et lui recommanda d'obéir à son - maître comme à elle-même: «Je ne vous ai donné - que la vie, disait-elle à Henri, mais il vous apprendra - à bien vivre, ce qui est préférable.»</p> -<p>Henri III, en mourant, avait commandé à tous - ses officiers de reconnaître pour son successeur - Henri de Navarre. Beaucoup de seigneurs catholiques, - «enfonçant leurs chapeaux ou les jetant par - terre, fermant le poing, murmurent qu'ils se rendront - à toutes sortes de personnes plutôt que de - souffrir un roi huguenot.» Ils viennent le sommer - de se faire catholique. En vain Henri répond - que «c'est le prendre à la gorge, ne pas l'estimer de - croire qu'il peut à ce point faire violence à l'âme et - au cœur à l'entrée de la royauté.» Il en appelle à - eux-mêmes, sûr d'avoir pour lui «tous les catholiques - qui aiment la France et l'honneur.» En vain - le brave Givry déclare tout haut que Henri «est le - roi des braves et qu'il ne sera abandonné que des - poltrons;» en vain Henri déclare être prêt à se - faire instruire: un grand nombre de seigneurs l'abandonnent.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">[Pg 106]</a></span></p> -<p>Henri se trouvait dans une situation presque désespérée: - peu de soldats et point d'argent, mais une - petite armée anglaise envoyée par la reine Élisabeth, - alliée de Henri IV, débarqua fort à propos - à Dieppe, et Henri put reprendre l'offensive - (1589).</p> -<p>L'année suivante, une bataille tourna encore à - l'avantage de Henri, à Ivry. En face d'une armée - ennemie bien plus nombreuse on parlait au roi - d'assurer sa retraite: «Point d'autre retraite, dit-il, - que le champ de bataille.» Puis, après une courte - prière, mettant son casque en tête, il accompagna - d'un sourire ces paroles: «Compagnons, Dieu est - pour nous; voici ses ennemis et les nôtres; voici - votre roi! Si vos cornettes vous manquent, ralliez-vous - à mon panache blanc: vous le trouverez au - chemin de la victoire et de l'honneur.» Le combat - fut rude; un instant ses troupes cédèrent; Henri - courut en avant: «Tournez visage, leur crie-t-il; - si vous ne voulez combattre, regardez-moi mourir;» - et il se précipita au plus épais des ennemis. Enfin - la victoire est remportée: alors ce «bon Français,» - qui appelait la guerre civile «un mal bien douloureux,» - s'écria: «Quartier aux Français; mais - mort aux étrangers!»</p> -<p>Depuis quelques années, Paris était en proie au - plus affreux désordre. Les Espagnols avaient dévoilé - leurs desseins, et les plus acharnés d'entre les - ligueurs les soutenaient seuls. Le bon sens ne - triomphait pas encore des passions, mais parlait - déjà avec hardiesse. Henri de Navarre résolut enfin - d'aider le parti royaliste en supprimant l'objection - qu'on lui faisait toujours de sa religion. Les<span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">[Pg 107]</a></span> plus fidèles de ses conseillers huguenots l'encourageaient - à faire le sacrifice que lui demandait le - peuple. Le 25 juillet 1593, Henri abjura solennellement - à Saint-Denis la religion protestante et fut - sacré à Chartres le 27 février 1594.</p> -<p>Sully trouva de l'argent, tout en murmurant, - pour acheter les gouverneurs des villes. «S'il fallait - les prendre par la force, disait le roi, elles nous - coûteraient dix fois autant.» Brissac, après avoir - fait ses conditions, livra Paris (mars 1594), où - Henri IV entra salué avec une allégresse sincère, - car ce n'était pas l'homme mais l'hérétique qu'on - avait combattu en lui. Le jour même, la garnison - espagnole se retira avec les honneurs de la guerre. - Henri la regarda partir, et, saluant les chefs, leur - dit: «Messieurs, recommandez-moi à votre maître, - mais n'y revenez plus.» Il promet de tout oublier, - mais il n'oublie pas qu'il a été obligé d'acheter sa - capitale et les plus grandes villes de son royaume. - «Que dites-vous de me voir ainsi à Paris?» demande-t-il - à son secrétaire.—Je dis qu'on a rendu - à César ce qui appartient à César, comme il faut - rendre à Dieu ce qui est à Dieu.—Dame, répondit - le roi, on ne m'a pas fait comme à César: car on ne - me l'a pas rendu, on me l'a bien vendu.» Et cela - était dit en présence de Brissac et d'autres vendeurs. - Toutefois il n'a aucune pensée de vengeance. - Il accepte, il recherche les services de ceux - qui l'ont combattu.</p> -<p>En 1598 les Espagnols quittent la France. Henri - IV a terminé la guerre étrangère en signant avec - Philippe II la paix de Vervins.</p> -<p><b>L’Édit de Nantes.</b>—Il a déjà enlevé tout prétexte<span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">[Pg 108]</a></span> aux discordes civiles en accordant aux protestants - l'exercice de leur culte et même de grandes - garanties. C'est l'Édit de Nantes (1598). Henri - ne voulait plus de partis. «Je couperai, disait-il, - les racines de toutes ces factions. Je ne détruirai - pas la religion réformée, ajoutait-il, mais la faction - huguenote si elle se mutine. Il ne faut plus faire - de distinction de catholiques et de huguenots: il - faut que tous soient bons Français.»</p> -<p>Un grand ministre aida Henri IV dans la tâche - immense qu'il avait entreprise de réparer les désastres - de quarante ans de guerre civile. C'était le - baron de Rosny, plus tard duc de Sully, né au château - de Rosny, près de Mantes, en 1560. Tout - jeune il avait échappé au massacre de la Saint-Barthélemy - par une présence d'esprit rare chez un - enfant de douze ans: ayant pris sous son bras un - gros missel, il avait traversé les rues pleines de - bandes furieuses et avait couru se réfugier à son - collège, dont le principal le cacha. Il resta toujours - attaché au parti protestant, servant d'abord dans - l'infanterie, pour apprendre le métier des armes,—ce - qui répugnait fort aux gentilshommes;—il combattit - avec beaucoup de courage pour sa religion, - fut souvent blessé, et particulièrement à Ivry, où - Henri, qui le croyait presque mort lorsqu'on l'emporta, - l'embrassa avec joie.</p> -<p>Sully remit l'ordre dans les finances: ce qui - n'était pas chose facile dans un siècle où ceux qui - maniaient l'argent de l'État le prenaient pour eux, - puis tourna son attention vers l'agriculture. Des - routes furent percées et plantées d'arbres. Le commerce - se ranima. Sully permit de vendre des<span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">[Pg 109]</a></span> grains à l'étranger: ce qui stimula énergiquement - les paysans à produire du blé.</p> -<p>La plus grande entente ne cessait d'exister entre - le maître et le serviteur. «Je suis plus fort en mon - conseil, quand je sais que vous y êtes,» écrivait un - jour Henri pour hâter le retour de Sully.</p> -<p>Henri aidait son ministre dans toutes ses améliorations; - il aimait les petites gens. Quand il allait - par le pays, il s'arrêtait pour parler au peuple, s'informait - des passants d'où ils venaient, où ils allaient, - quelles denrées ils portaient, quel était le - prix de chaque chose, et, remarquant qu'il semblait - à plusieurs que cette facilité populaire offensait la - gravité royale, il disait: «Les rois tenaient à déshonneur - de savoir combien valait un écu, et moi je - voudrais savoir ce que vaut un liard, combien de - peines ont ces pauvres gens pour l'acquérir, afin - qu'ils ne soient chargés que selon leur portée.» - Dans les campagnes on aimait à répéter des mots de - lui qui couraient: «Si l'on ruine le peuple, qui soutiendra - les charges de l'État?»</p> -<p>Le 14 mai, 1610, Henri IV était agité: il ne pouvait - ni s'occuper ni dormir. «Votre Majesté devrait - sortir, dit un garde, et prendre l'air: cela la - réjouirait.—Tu as raison: qu'on apprête mon - carrosse.» Comme le temps était beau et chaud, - on prit un carrosse tout ouvert. Henri y monta - avec les ducs d'Épernon et Montbazon et cinq autres - seigneurs, sans escorte: seulement quelques gentilshommes - à cheval et valets de pied suivirent. On se - dirigea vers l'Arsenal, où le roi voulait voir Sully - malade. En passant de la rue Saint-Honoré dans - la rue de la Ferronnerie, un embarras de voitures<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">[Pg 110]</a></span> arrêta le carrosse. François Ravaillac l'avait suivi - depuis le Louvre; il monta sur une borne, et comme - le roi était attentif à écouter une lettre que le duc - d'Épernon lisait, le misérable s'élança et frappa - Henri IV de deux coups de couteau dans la région - du cœur. Pendant que les archers arrêtaient l'assassin - et l'emmenaient prisonnier dans un hôtel - voisin pour le soustraire à la fureur de la foule, les - seigneurs couvrirent Henri IV d'un manteau et - firent retourner le carrosse vers le Louvre. Ils répandaient - le bruit que le roi n'était que blessé, mais - Henri IV était mort sur-le-champ, et, quand le peuple - connut la vérité, ce fut un deuil universel, car - aucun roi n'avait été, comme Henri IV, à la fois - grand et bon.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">[Pg 111]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XIII" id="CHAPITRE_XIII">CHAPITRE XIII</a></h2> -<h4>LOUIS XIII (1610-1643)—MINISTÈRE DU CARDINAL - DE RICHELIEU</h4> -<p><b>Régence de Marie de Médicis.</b>—La mort prématurée - de Henri IV rejeta le royaume dans la confusion. - Son fils, Louis XIII, n'avait pas neuf ans, - et la régente, Marie de Médicis, princesse étrangère, - d'un caractère faible, n'était point femme à - continuer la sage et ferme politique de Henri IV. - Elle combla de dignités et des plus hautes charges - de la cour un Italien, Concini, et, en quatre ans, son - faible et funeste gouvernement avait dissipé les - millions amassés par Henri.</p> -<p>Les seigneurs se révoltaient pour se faire acheter - leur soumission par de grosses pensions. Voulant - paraître faire quelque chose pour le bien public, ils - demandèrent la convocation des <i>États généraux</i> (1614). Dans cette réunion on vit commencer - entre les trois Ordres la lutte qui, un siècle plus - tard, devait déchirer la France. Le président du - tiers état dit que les trois Ordres étaient trois - frères, enfants de leur mère commune, la France. - La noblesse protesta contre cette comparaison qui - tendait à établir l'égalité des seigneurs et du peuple. - Elle chercha à humilier les députés du tiers, et la - querelle devint si vive que la cour, dès qu'elle eut<span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">[Pg 112]</a></span> obtenu les subsides demandés, se hâta de renvoyer - les États. Ce furent les derniers avant ceux de - 1789.</p> -<p><b>Concini et de Luynes.</b>—La faveur insolente de - Concini, devenu marquis d'Ancre et maréchal de - France, ne put durer. Louis XIII, écarté des affaires - et livré aux amusements les plus puérils, - écouta les conseils d'un gentilhomme, Albert de - Luynes, qu'il affectionnait beaucoup à cause de son - habileté à dresser des pièges aux oiseaux. De - Luynes persuada au jeune prince de ressaisir l'autorité - par un coup hardi. Le maréchal d'Ancre - fut tué un matin qu'il entrait au Louvre (1617). - La reine mère dut se retirer à Blois, et Louis XIII - crut enfin régner, lorsque le vrai maître c'était de - Luynes.</p> -<p>Au favori de la reine mère succéda le favori du - roi, et le vainqueur montra même avidité, même incapacité. - Albert de Luynes fut fait connétable sans - avoir jamais commandé un régiment, puis chancelier. - Aussi a-t-on dit de lui «qu'il était aussi propre - à faire un magistrat en temps de guerre qu'un - général en temps de paix.» Albert de Luynes montra - cependant quelque énergie contre le parti protestant - qui reprenait les armes, et mourut enlevé - par une épidémie au siège de Montauban (1621). - Au règne des favoris qui peuvent à peine distraire - un roi ennuyé, succède enfin le règne d'un vrai ministre.</p> -<p><b>Le ministère de Richelieu.</b>—En 1624 arriva au - pouvoir Armand du Plessis de Richelieu. Richelieu - était le troisième fils d'un capitaine des gardes - de Henri IV. Suivant l'usage, l'aîné suivit la carrière<span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">[Pg 113]</a></span> des armes, le second embrassa l'état ecclésiastique, - mais bientôt se confina dans un cloître, et - le troisième le remplaça dans les dignités ecclésiastiques - et devint évêque de Luçon. Aumônier de - la reine Marie de Médicis, protégé par elle, il partagea - sa mauvaise fortune après la chute de Concini, - puis s'entremit avec zèle pour réconcilier la mère - et le fils. Après la mort de Luynes, l'évêque de - Luçon qui avait déjà donné bien des preuves de sa - haute intelligence, reçut le chapeau de cardinal; le - roi refusait cependant de l'admettre au conseil. - «Cet homme, disait-il à la reine mère, je le connais - mieux que vous, madame; il est d'une ambition - démesurée.» L'habileté et la patience du cardinal, - la volonté de Marie de Médicis triomphèrent des - hésitations du roi, et, dès que Richelieu fut au conseil - (1624), il y fut bientôt le maître.</p> -<p>Richelieu, une fois au pouvoir, jugea nettement - la situation. Il inaugura une politique nouvelle, - hardie à l'intérieur comme à l'extérieur. «Le roi - a changé de conseil et le ministère de maximes,» - écrivait-il dans une de ses plus fières dépêches.</p> -<p>Ayant résolu d'abord d'en finir avec les protestants - qui remuaient toujours, il conduisit le roi - au siège de la Rochelle, «ce nid d'où avaient coutume - d'éclore les desseins de révolte.» C'était la - grande forteresse du parti protestant et les seigneurs - catholiques ne se dissimulaient pas qu'elle - leur était utile en embarrassant la royauté. Le cardinal - de Richelieu anime tout de son âme; le mot - d'ordre est: «passer ou mourir.» Enfin on parvient, - malgré la flotte anglaise, à jeter dans l'île - 6000 soldats; les Anglais, vaincus dans une bataille<span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">[Pg 114]</a></span> sanglante, sont obligés de se retirer et d'abandonner - la Rochelle à ses seules ressources. Mais la ville - était forte. L'énergie des habitants s'exalta, soutenue - par les ardentes prédications du ministre Salbert, - par le courage viril de la vieille duchesse de - Rohan, et surtout par son maire, le rude marin Guiton. - En acceptant cette charge, Guiton déclara - qu'il poignarderait de sa propre main quiconque - parlerait de se rendre; pour rappeler cette menace, - il plaçait son poignard sur la table du conseil. Le - ministre cependant se montrait général, intendant - des vivres, ingénieur; pour affamer la ville, il eut - recours à une digue de 700 toises; du côté de la - terre une circonvallation s'étendait sur plus de trois - lieues, garnie de treize forts. Enfin la famine est - dans la Rochelle; Guiton reste inébranlable, attendant - les secours de la flotte anglaise qui deux fois - apparaît à la vue de la ville assiégée et deux fois - recule devant la marine improvisée de Richelieu. - On montre à Guiton des habitants expirant de faim: - «Il faudra bien que nous en venions tous là,» se - contente-t-il de répondre. «Mais bientôt la ville - n'aura plus d'habitants.—C'est assez qu'il en reste - un pour fermer les portes.» Enfin la révolte se - met dans la ville, il a fallu exécuter plusieurs des - malheureux qui demandent du pain ou la capitulation. - Les rues sont parcourues par des «ombres - d'hommes vivants» et encombrées de cadavres - qu'on n'a plus le courage d'ensevelir. Il faut finir - par se rendre au cardinal qui entre dans la ville précédé - d'un grand convoi de vivres, «marchant seul - devant le roi,» comme pour bien montrer qu'il était - la seconde personne de France (1628).</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">[Pg 115]</a></span></p> -<p>Au dehors, Richelieu défendait les intérêts de la - France. «Jusqu'où allait la Gaule, disait-il, jusque-là - doit aller la France.» Ce ne fut pas sa faute - s'il ne réalisa pas cette parole: il en fut bien près. - Il prit surtout part à la grande lutte qui armait - alors une moitié de l'Europe contre l'autre, et connue - dans l'histoire sous le nom de <i>guerre de Trente - Ans</i> (1618-1648), lutte qui avait pour but d'empêcher - l'Allemagne de devenir la proie de la maison - d'Autriche.</p> -<p>Celle-ci avait déjà écrasé deux adversaires. Richelieu - va en chercher un troisième au fond du - Nord, le roi de Suède Gustave-Adolphe, un des - plus grands capitaines de l'époque, «un soleil levant,» - comme on l'appelait. Gustave-Adolphe se - lance sur l'Allemagne, «fait une guerre à coups de - foudre,» mais tombe bientôt enseveli dans un dernier - triomphe à Lutzen (1632).</p> -<p>Mais dès la seconde campagne la France est envahie. - La ville de Corbie est prise; l'effroi règne - dans Paris. Déjà les bourgeois s'imaginaient voir - arriver les Impériaux. Quelques-uns, collant l'oreille - contre terre, prétendaient entendre le canon - ennemi. Richelieu lui-même désespère. Son fidèle - conseiller, le capucin Père Joseph, ranime son - courage et l'engage à se montrer. Richelieu sort: - il va à l'Hôtel de ville pour réclamer l'appui du - peuple. Le patriotisme éclate. Les volontaires affluent - et le maréchal de la Force reçoit leurs noms - sur le perron de l'Hôtel de ville. L'armée marche - sur Corbie, qui est repris aux Espagnols.</p> -<p>Même pendant qu'il épuisait sa vie à la poursuite - de ces grands desseins, Richelieu avait encore à se<span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">[Pg 116]</a></span> défendre contre les intrigues et les complots. Il - avait dû réprimer une révolte du comte de Soissons - qui périt au combat de la Marfée (1641). Il lui - fallut, aussi en 1642, donner encore un terrible - exemple par le supplice d'un jeune seigneur, Cinq-Mars, - qui avait conspiré et traité avec l'Espagne. - Cinq-Mars fut décapité, à Lyon, avec son ami, le - jeune de Thou, accusé seulement de ne pas l'avoir - dénoncé et dont le sort inspira une juste pitié (12 - septembre 1642).</p> -<p>Richelieu était déjà atteint de la maladie qui - devait l'enlever quelques mois après. Il voyageait - tantôt sur un bateau, tantôt, quand on ne pouvait - naviguer, dans une vaste litière portée sur les - épaules de ses gardes: cette litière était si vaste et - si haute qu'on abattait devant elle des pans de - murailles, les portes des villes et des édifices étant - trop étroites pour lui donner passage; il arriva ainsi - à Paris le 17 octobre, au milieu de la foule étonnée - et terrifiée en présence d'un pareil triomphateur.</p> -<p>Cependant sa santé, minée par les travaux, par les - soucis du pouvoir, faisait prévoir une fin prochaine. - Louis XIII vint lui rendre visite et essaya de lui - donner quelques consolations. «Sire, lui dit le - cardinal, voici le dernier adieu. En prenant congé - de Votre Majesté, j'ai la consolation de laisser son - royaume plus puissant qu'il n'a jamais été et vos - ennemis abattus.» Aux derniers moments, Richelieu, - qui ne voulait plus être flatté, fit signe à celui - des médecins en qui il avait le plus de confiance: - «Parlez-moi, dit-il, à cœur ouvert, non en médecin, - mais en ami.—Monseigneur, dans vingt-quatre - heures vous serez mort ou guéri.—C'est parler,<span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">[Pg 117]</a></span> cela, dit Richelieu, je vous entends.» Et il se recueillit - pour mourir. «Voilà mon juge qui doit - bientôt prononcer mon arrêt, dit-il: je le supplie de - me condamner si pendant mon ministère j'ai eu - d'autre objet que le bien de l'État, le service de mon - souverain, la gloire de Dieu et les avantages de la - religion.» En entendant ces dernières paroles, - l'évêque de Lisieux ne put s'empêcher de dire tout - bas: «Voilà une assurance qui m'épouvante.» Richelieu - expira le 4 décembre 1642.</p> -<p><b>Pierre Corneille (1606-1684.)</b>—L'époque de - Louis XIII est celle où la nation française est vraiment - constituée. Dès ce jour aussi sa langue est - formée et sa littérature arrive au plus haut point - de la perfection avec le philosophe René Descartes - et le poète Pierre Corneille.</p> -<p>Corneille était né à Rouen le 6 juin 1606; son - père était avocat du roi au parlement de Normandie. - L'aîné de sept enfants, Pierre fut placé de bonne - heure au collège des Jésuites de la ville, et il fut - reçu avocat comme son père. Mais sa vocation le - portait vers la poésie et le théâtre. Sa tragédie, <i>le - Cid</i>, fut accueilli avec un enthousiasme sans précédent. - On ne pouvait se lasser de voir cette pièce; - chacun en savait quelque partie par cœur; on la - faisait apprendre aux enfants, et il était passé en - proverbe de dire: <i>Cela est beau comme le Cid</i>.</p> -<p>En 1639 et 1640, Corneille écrivit encore <i>Horace</i>, <i>Cinna</i>, <i>Polyeucte</i>, trois chefs-d'œuvre. Sa vie, - vouée tout entière à la culture des lettres, fut sans - agitation extérieure, et ses dernières années s'écoulèrent - dans la gêne et dans la tristesse. Il mourut - à Paris, en 1684.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">[Pg 118]</a></span></p> -<p>La popularité du grand poète a survécu et s'est - même augmentée avec le temps. Selon l'expression - d'un éminent critique, elle honore notre pays. - «Elle y est l'effet de cet amour pour les grandes - choses et de cette passion pour les grands hommes - qui sont un des traits de notre caractère national. - Le jour où Corneille cesserait d'être populaire sur - notre théâtre, nous aurions cessé d'être une grande - nation.»</p> -<p>Il ne faut pas non plus oublier les services rendus - aux lettres par Richelieu, qui aimait les poètes - jusqu'à en être jaloux; les pensions accordées aux - écrivains; la création de la presse périodique, par le - privilège de la <i>Gazette de France</i>, accordé au médecin - Renaudot; et surtout l'institution de l'<i>Académie - française</i> (1635).</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">[Pg 119]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XIV" id="CHAPITRE_XIV">CHAPITRE XIV</a></h2> -<h4>LOUIS XIV (1643-1715)—MAZARIN</h4> -<p><b>Bataille de Rocroy.</b>—Richelieu n'avait pas eu - le temps d'achever la longue guerre dans laquelle - nous étions engagés. Louis XIII le suivit quelques - mois après au tombeau (mai 1643). Cette - double mort releva le courage des Espagnols; le - trône passait à un enfant de cinq ans, la régence à - une femme. Les ennemis avaient repris l'offensive - du côté de la Champagne et assiégeaient Rocroy. - Le jeune duc d'Enghien, fils du prince de Condé, - commandait de ce côté: il avait reçu comme dot de - son mariage avec une nièce de Richelieu la direction - d'une armée, et il en était digne. Ayant la - ressemblance il a aussi l'audace de l'aigle. Cinq - jours après la mort du roi, malgré l'avis de ses - plus vieux officiers, il ose attaquer une armée presque - double de la sienne et composée en grande - partie de ces vieilles bandes espagnoles dont, depuis - Pavie, la réputation était si grande. Les Espagnols, - suffisamment couverts par les marais et les bois - dont Rocroy est entouré, pressaient vivement le - siège. On se canonna d'abord jusqu'à la nuit, et - le lendemain (19 mai 1643) on s'ébranle pour un<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">[Pg 120]</a></span> choc décisif. Le duc d'Enghien avec Gassion, enfonce - l'aile gauche des Espagnols; les deux chefs, - manœuvrant habilement, se séparent: Gassion poursuit - les fuyards, Enghien se jette sur le centre ennemi. - Or, à ce moment l'aile droite des Espagnols, - victorieuse, écrasait les Français dont les chefs - étaient mis hors de combat. Enghien voit le - danger et le prévient. Il passe avec sa cavalerie - derrière les lignes ennemies et court attaquer l'aile - droite espagnole qui se croyait maîtresse du champ - de bataille. Cette manœuvre, dont on n'avait point - eu d'exemple, décida du succès; il fallait le compléter. - Restaient au milieu de la plaine les gros - bataillons de l'infanterie espagnole jusque-là invincibles: - ils se forment en carrés; dès que les nôtres - approchent, les carrés s'ouvrent, démasquant dix-huit - pièces de canon, qui vomissent la mort de - toutes parts. Mais les bandes espagnoles sont entourées; - Gassion a rejoint le duc d'Enghien. Toute - l'armée française se précipite contre les quatre mille - vieux soldats qui résistent avec la plus admirable - intrépidité. Enfin, pour éviter un carnage inutile, - des officiers espagnols demandent quartier. Enghien - s'avance pour les écouter; soit erreur, soit - exaltation, les soldats espagnols continuent le feu. - Alors nos troupes indignées se précipitent de nouveau - avec fureur et cette glorieuse journée se termina - par le carnage le plus affreux. Sept mille - ennemis jonchaient le champ de bataille; deux - cents étendards étaient le trophée de cette victoire - d'un général de vingt-deux ans.</p> -<p>La réputation que venaient de gagner et nos - troupes et Condé fut soutenue l'année suivante à<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">[Pg 121]</a></span> Fribourg (grand-duché de Bade), où, de concert - avec un autre illustre capitaine, le vicomte de Turenne, - il vainquit, après plusieurs attaques meurtrières, - l'habile général bavarois Merci (1644).</p> -<p><b>Turenne.</b>—Tout jeune, Turenne avait manifesté - un vif amour des combats. Par une froide - soirée d'hiver, il s'échappa du château. Sa mère, - saisie d'une inquiétude mortelle, envoya à sa recherche. - Son père, le duc de Bouillon, averti, - s'écria: «Je gage qu'il est sur les remparts, dans - quelque bivouac, à se faire raconter des histoires - de guerre.» Le duc de Bouillon alla donc de bivouac - en bivouac et bientôt rencontra son fils qui, - de lassitude, dormait sur l'affût d'un canon. «L'ennemi, - l'ennemi!» lui cria son père. Turenne s'éveilla - aussitôt et se mettait dans l'attitude du combat, - lorsque son père l'entoura dans ses bras en lui - disant: «Prisonnier! prisonnier!» Fort grondé, - Turenne s'excusa en répondant: «Je voulais, mon - père, en me couchant sur la dure par cette nuit - glacée, m'essayer aux fatigues de la guerre et voir - si je serais capable de faire bientôt mes premières - armes sous vos ordres.»</p> -<p><b>Mazarin.</b>—A Paris heureusement règne, sous - le nom de la régente Anne d'Autriche, un ministre - qui s'entend à recueillir le fruit de ces victoires - et continue la politique de Richelieu; c'est Mazarin. - Né à Rome en 1602, d'une famille sicilienne assez - obscure, Mazarin avait d'abord étudié chez les jésuites: - il se distingua de bonne heure, aux représentations - du collège, par cet art de comédien qu'il - déploya plus tard sur le théâtre de la politique. - Ami des plaisirs et du jeu, on le vit s'attacher à<span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">[Pg 122]</a></span> une grande famille, celle des Colonna, accompagner - un jeune prince de cette maison aux universités - d'Espagne, jouer à Madrid comme à Rome, mais - étudier néanmoins. Il laissa bientôt les livres pour - l'épée et partit capitaine dans un régiment. Puis - il débuta dans la diplomatie comme attaché de légation, - et, du premier coup, effaça ses maîtres. Il - arrêta deux armées, dont l'une était l'armée française, - prêtes à engager une grande bataille (1630 - à 1631). Richelieu l'apprécia, l'attira en France et - obtint pour lui en 1640 le chapeau de cardinal bien - qu'il ne fût pas prêtre. Si Mazarin était étranger, - il avait le cœur français et le prouva dès qu'Anne - d'Autriche lui eut confié le pouvoir. Mazarin - donna toute son attention à la grande lutte contre - l'Empire et contre l'Espagne, et, lorsque de nouvelles - victoires de Condé à Nordlingen (1645) et - à Lens (en Artois) (1648) eurent enfin déterminé - l'Empire à signer la paix, l'habile ministre conclut - le traité de Westphalie qui modifiait ou plutôt rétablissait - l'équilibre de l'Europe. La France y - gagnait l'Alsace. L’Espagne continua la guerre, - mais onze ans plus tard elle céda à son tour; - Mazarin eut encore la gloire de négocier et de signer - le traité des Pyrénées, qui nous abandonnait l'Artois - et le Roussillon. La France avançait ainsi de - plus en plus vers ses limites naturelles.</p> -<p><b>La Fronde.</b>—Le ministre était moins heureux - à l'intérieur. Mazarin ne ressemblait en rien à - Richelieu. Doué de beaucoup d'esprit, actif, il - était surtout souple et patient; il savait courber la - tête devant l'orage, pour surnager ensuite «comme - le liège qui revient sur l'eau.» Son titre d'étranger<span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">[Pg 123]</a></span> avait obligé Mazarin, comme la reine, à beaucoup - donner au commencement de son ministère; la - guerre vint encore ajouter à la pénurie du trésor - épuisé.</p> -<p>Au mois de janvier 1649, la régente s'enfuit de - Paris à Saint-Germain, où la cour coucha presque - sur la paille, en plein hiver. Une guerre peu sérieuse - commença, à laquelle on donna le nom d'un jeu - d'enfants, la Fronde: Les Parisiens sortaient en - campagne ornés de plumes et de rubans. Ils fuyaient - dès qu'ils rencontraient deux cents hommes - de l'armée royale. Tout se tournait en raillerie. - Les troupes parisiennes, qui revenaient toujours - battues, étaient reçues avec des huées et des éclats - de rire... Les cabarets étaient les tentes où l'on - tenait les conseils de guerre, au milieu des plaisanteries, - des chansons et de la gaieté la plus dissolue.</p> -<p>On lisait autrefois l'histoire de la Fronde en riant, - il faut en réalité la lire en pleurant. En plein dix-septième - siècle, on peut se croire revenu aux guerres - des Anglais ou aux luttes des Bourguignons - et des Armagnacs.<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a> Les terres sont tombées en - friche sur beaucoup de points du royaume et des - villages entiers abandonnés de leurs habitants; les - routes couvertes de milliers de malheureux expirant - de faim, l'infection répandue partout dans les campagnes - par des cadavres sans sépulture. Dans les - campagnes on ne laboure plus, ou on s'attroupe - pour aller à la charrue en armes à cause des bandes - de pillards et de soldats errants; en Picardie, des<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">[Pg 124]</a></span> populations entières vivent dans des grottes ou dans - des carrières; les loups se multiplient et prennent - possession des villages déserts.</p> -<p><b>Saint Vincent de Paul.</b>—Les misères que causa - la guerre folle de la Fronde mirent en relief les - vertus de saint Vincent de Paul qui avait voué sa vie - aux œuvres de charité. Il avait déjà, sous le règne - de Louis XIII, fondé la confrérie des <i>Prêtres de la - Mission</i> pour évangéliser les campagnes, et institué - la congrégation des <i>Filles ou Sœurs de la Charité</i>. - Ému de compassion pour les nombreux enfants - qu'on abandonnait, il les avait recueillis. Faisant - appel à la générosité des puissantes familles qui le - secondaient, il vit les plus grandes dames lui apporter - leurs bijoux, leurs bracelets, leurs colliers - et fonda l'Œuvre des <i>Enfants-Trouvés</i> (1638).</p> -<p>Mazarin mourut en 1661 après avoir apaisé les - troubles au dedans et terminé les guerres au dehors. - Il laissa à Louis XIV une autorité tellement absolue - que jamais souverain en France n'en avait eu - de semblable. Noblesse, Parlement, peuple, tout - était aux pieds du roi.</p> -<p><b>Louis XIV et sa cour.</b>—Louis XIV ne voulut - plus de premier ministre. Quand on vint lui demander, - à la mort de Mazarin, à qui il fallait s'adresser - pour les affaires: «A moi,» répondit-il, et il - commença, dès ce jour, à gouverner par lui-même.</p> -<p>Son éducation pourtant avait été fort négligée, - mais il y suppléa par un esprit naturel. D'ailleurs - sa taille, son port, son grand air, l'adresse et la - grâce majestueuse de toute sa personne le faisaient - distinguer au milieu de tous les autres hommes, - selon une heureuse expression, comme le roi des<span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">[Pg 125]</a></span> abeilles. Il aima l'ordre et la règle. Il aima la - gloire et la magnificence. Mais il imposa l'ordre - et la règle jusqu'à la tyrannie; son amour de la - gloire dégénéra en une ambition immodérée et son - goût de la magnificence alla jusqu'à la profusion. - La flatterie l'enivra à un tel point que sans la - crainte du diable, dit dans ses <i>Mémoires</i> le duc de - Saint-Simon, il se serait fait adorer.</p> -<p>Il réduisit les nobles à servir d'ornements à sa - cour. Pour lui plaire, ils se jetèrent en des dépenses - excessives en habits, en équipages, en bâtiments, - si bien qu'il leur fallait, pour soutenir ce - luxe, recourir à ses libéralités.</p> -<p>Afin de piquer l'émulation des seigneurs, Louis - XIV multipliait les distinctions. Les uns avaient le - droit d'entrer dans sa chambre dès son réveil et - pendant qu'il s'habillait. Les autres n'entraient - que plus tard. Le soir, quand il se couchait, il - donnait le bougeoir à tenir à l'un des plus titrés - et c'était une faveur; il fallait lui demander la permission - de l'accompagner dans ses voyages. Il vivait - ainsi au milieu de sa noblesse comme jadis les - rois francs au milieu de leurs guerriers, avec cette - différence que la politesse la plus raffinée avait - remplacé la grossièreté barbare. Les courtisans - épiaient jusqu'aux paroles, jusqu'au sourire du roi - et se trouvaient honorés d'un regard.</p> -<p><b>Ministres et grands hommes.</b>—Louis eut le bonheur - de rencontrer et le mérite d'apprécier des - ministres d'un rare génie. Colbert rétablit les finances, - développa notre industrie et notre commerce. - Louvois organisa l'armée. Vauban fortifia - les places et perfectionna l'art de prendre les villes.<span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">[Pg 126]</a></span> Turenne, Condé ne demandaient qu'à gagner de - nouvelles victoires.</p> -<p><b>Colbert (1619-1683).</b>—Colbert fut, si l'on peut - ainsi parler, le ministre de la paix. Fils d'un marchand - de drap de Reims, il entra au service de Le - Tellier, puis à celui de Mazarin. Avant de mourir, - Mazarin dit à Louis XIV: «Sire, je vous dois tout, - mais je crois m'acquitter en quelque manière en - vous donnant Colbert.» Ce fut en effet le ministre - le plus sage comme le plus utile de Louis XIV. - Parvenu à la plus haute fortune, il ne l'oublia point - et écrivait dans ses instructions à son fils: «Mon - fils doit souvent faire réflexion sur ce que sa - naissance l'aurait fait être si Dieu n'avait pas béni - mon travail et si ce travail n'avait pas été extrême.»</p> -<p>Ce financier austère et dur, «cet homme de marbre» - avait des sentiments élevés et généreux. «Il - faut, écrivait-il à Louis XIV, épargner cinq sous - aux choses non nécessaires et jeter les millions - quand il s'agit de notre gloire. Un repas inutile - de 3000 livres me fait une peine incroyable, et lorsqu'il - est question de millions d'or pour l'affaire de - Pologne, je vendrais tout mon bien, j'engagerais - ma femme et mes enfants, et j'irais à pied toute ma - vie pour y fournir.» «Je voudrais, disait-il dans - une autre circonstance, que mes projets eussent - une fin heureuse, que l'abondance régnât dans le - royaume, que tout le monde y fût content, et que, - sans emploi, sans dignité, éloigné de la cour et des - affaires, l'herbe crût dans ma cour.»</p> -<p>Colbert encouragea l'agriculture, exempta de la - taille les familles nombreuses et, comme Sully, interdit<span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">[Pg 127]</a></span> la saisie des instruments de labour, mais il chercha - surtout à développer l'industrie. Il voulut que - la France n'achetât plus au dehors les étoffes dont - elle avait besoin, attira d'habiles ouvriers et leva, - aux frontières, de droits considérables sur les produits - des manufactures étrangères. Bientôt à Sedan, - à Louviers, à Abbeville, à Elbeuf, on fabriqua - des draps recherchés; à Lyon, des étoffes de soie - mêlées d'or et d'argent; aux Gobelins, à Paris, de - plus belles tapisseries que celles de Flandre.</p> -<p>Afin de faciliter le commerce, il supprima quelques-unes - des douanes qui existaient entre les provinces, - agrandit les ports, répara les routes. Il fit - déclarer que le commerce de mer ne dérogeait point - à la noblesse; racheta plusieurs des îles des Antilles - et développa les colonies en Amérique et en - Asie. La marine marchande devint bientôt florissante, - et Louis XIV eut à Brest une flotte militaire - de cinquante vaisseaux.</p> -<p>Malgré tant de services et bien d'autres que nous - ne pouvons énumérer, Colbert, qui cherchait en - vain à arrêter Louis XIV sur la voie des funestes et - ruineuses entreprises, mourut presque disgracié du - roi pour la gloire duquel il avait tant travaillé. «Si - j'avais fait pour Dieu ce que j'ai fait pour cet - homme, disait-il, je serais sauvé dix fois.» Il refusa - de lire une lettre que le roi lui adressait. Le peuple - même, mécontent des derniers édits financiers dont - Colbert n'était certes point coupable, voulait outrager - les restes de ce grand ministre, trop dur et trop - inflexible à la vérité pour être populaire. «Le roi - fut ingrat, le peuple fut ingrat, la postérité seule, dit - Augustin Thierry, a été juste.»</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">[Pg 128]</a></span></p> -<p><b>Louvois (1641-1691).</b>—Louvois organisa le système - militaire qui devait se maintenir jusqu'en 1789. - Fils de Michel Le Tellier, secrétaire d'État de la - guerre, il fut désigné, dès l'âge de quinze ans, pour - obtenir la charge de son père. Il fut en quelque - sorte élevé pour les fonctions qu'il allait remplir. - Serviteur parfois désagréable, trop souvent complaisant, - toujours associé à la pensée de son maître, - il était intègre, soucieux des intérêts du soldat; il - établit un ordre sévère dans l'administration, les - subsistances de l'armée, ce qui ne l'empêchait pas - de faire ravager d'une manière horrible les pays - ennemis.</p> -<p>Louvois obligea les propriétaires de régiments - (car les régiments étaient alors une propriété) à les - tenir complets, à veiller à leur subsistance, à leur - habillement, qui fut uniforme dans chaque régiment; - de là l'origine de l'uniforme.</p> -<p>La discipline militaire s'exerça à tous les rangs - de la hiérarchie militaire, des reproches atteignirent - les officiers négligents. Mme de Sévigné nous a - conservé un curieux dialogue entre un colonel de - bonne famille et le rude ministre. «M. de Louvois - dit l'autre jour tout haut à M. de Nogaret: «Monsieur, - votre compagnie est en fort mauvais état.—Monsieur, - je ne le savais pas.—Il faut le savoir, - dit M. de Louvois; l'avez-vous vue?—Non, monsieur, - dit Nogaret.—Il faudrait l'avoir vue, monsieur.—Monsieur, - j'y donnerai ordre.—Il faudrait - l'avoir donné; car enfin il faut prendre parti, - monsieur, ou se déclarer courtisan, ou faire son - devoir quand on est officier.» Les officiers généraux - avancèrent selon la durée des services. Louvois<span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">[Pg 129]</a></span> remplaça la pique par le fusil armé de la baïonnette. - Il créa des magasins de vivres pour l'approvisionnement - des armées en campagne, des hôpitaux - militaires, et, sur les conseils de Louis XIV, - fit construire le magnifique <i>Hôtel des Invalides</i>. - Mais Louvois poussa trop Louis XIV à la guerre et - mourut en 1691, au moment où ses funestes inspirations - engageaient le roi dans les luttes les plus - acharnées contre l'Europe.</p> -<p><b>Vauban (1633-1707).</b>—«Né le plus pauvre gentilhomme - du royaume,» comme il le disait lui-même, - Sébastien Le Prestre, seigneur de Vauban, n'avait - qu'une chaumière de paysan: une seule chambre, - une grange et une écurie; on la montre encore dans - le Morvan bourguignon, et elle fut longtemps au - dix-huitième siècle occupée par un sabotier. Orphelin - à l'âge de dix ans, il reçut quelques leçons - du pauvre curé de son village, pour lequel il travaillait - en échange de l'abri qu'il avait reçu chez lui. - A dix-sept ans, il s'engage dans les troupes de - Condé pendant la Fronde, se distingue, est fait prisonnier. - Mazarin, qui a entendu dire que le jeune - soldat s'entend en fortifications, le convertit facilement - à la cause royale. On l'attache comme aide - à un homme médiocre qui passait pour le premier - ingénieur du temps. Vauban eut bientôt dépassé - son maître, qui mourut à temps pour lui laisser sa - place; dès 1677 il fut nommé commissaire général - des fortifications du royaume.</p> -<p>Sa vie militaire est des mieux remplies: «il a fait - réparer 300 places fortes anciennes, en a fait construire - 33 neuves; il a conduit 53 sièges et s'est trouvé - en personne à 143 engagements de vigueur.» Il<span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">[Pg 130]</a></span> porte l'art de la défense au degré de perfection où - il avait aussi porté l'art de l'attaque, de sorte que - dans l'armée il y avait deux dictons militaires: - «Ville assiégée par Vauban, ville prise; ville fortifiée - par Vauban, ville imprenable.»</p> -<p>Vauban, pour lui-même hardi jusqu'à la témérité, - se montra toujours ménager au plus haut degré du - sang des autres; à ce point de vue, l'homme de - guerre est digne de vénération. «Il ne faut jamais, - a-t-il écrit quelque part, faire à découvert ni par - force ce qu'on peut faire par industrie. La précipitation - ne hâte point la prise des places... Il vaut - mieux brûler plus de poudre et verser moins de - sang.»—«Sire, disait-il à Louis XIV, j'aime - mieux conserver 100 soldats à Votre Majesté que - d'en tuer 3000 aux ennemis;» et une autre fois: - «Vous gagnerez un jour, mais vous perdrez 1000 - hommes: ne le faites pas;» ou: «Vous perdrez - tel homme qui vaut mieux que le fort: n'attaquez - pas.»—C'était, nous dit Saint-Simon qui n'a pas - habitude de flatter, «le plus honnête homme et le - plus vertueux homme de son siècle, le plus simple, - le plus vrai, le plus modeste.» C'était aussi un - grand citoyen, pour lequel ce sévère Saint-Simon - créa le nom de <i>patriote</i>.</p> -<p>Jeune, ardent, ambitieux, Louis XIV voulut encore - agrandir la France. Dans une campagne qui - sembla le voyage d'une cour (1667), il fit la conquête - de la Flandre et gagna la possession de la - forte place de Lille, conquête précieuse qui fut confirmée - par le traité d'Aix-la-Chapelle (1668). En - 1672, il envahit la Hollande et s'en fût rendu maître - si les Hollandais, désespérés, n'eussent rompu les<span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">[Pg 131]</a></span> digues qui retenaient la mer, et inondé une partie de - leur pays.</p> -<p>Ils furent soutenus par une coalition des principales - puissances de l'Europe. Mais les armées de - Louis XIV tinrent tête aux Hollandais, aux Allemands, - aux Espagnols. Condé gagna sur Guillaume - d'Orange, chef ou <i>stathouder</i> de la Hollande, - la sanglante bataille de Senef (1674). Turenne - délivra l'Alsace, envahie par les Impériaux, et les - poursuivit en Allemagne (1675). Malheureusement - l'armée se vit tout à coup privée de ce grand - général, qui fut tué par un boulet. Les Français - battirent en retraite. Il fallut envoyer le prince de - Condé pour prendre le commandement; mais ce fut - là aussi sa dernière campagne. Son âge et ses infirmités - le condamnaient au repos.</p> -<p>Bien que privé de ces deux fameux capitaines, - Louis XIV continua la guerre, prit les villes de - Valenciennes, de Cambrai, de Gand, et signa les - traités de Nimègue (1678) qui lui assuraient la - possession de la Flandre et celle de la Franche-Comté.</p> -<p><b>Mort de Turenne.</b>—La plus belle de toutes ces - campagnes fut celle de Turenne, qui, en plein hiver, - délivra l'Alsace, occupée par les Impériaux. Malheureusement - c'était sa dernière. Au mois de juillet - 1675, Turenne, qui était allé chercher les Impériaux - au delà du Rhin, avait en face de lui un adversaire - redoutable, Montecuculli. Tous deux, en - généraux habiles, semblaient faire, avec leurs manœuvres - savantes, une vraie partie d'échecs. La - partie était sur le point de se terminer, et Turenne - allait la gagner. Il avait choisi pour livrer bataille<span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">[Pg 132]</a></span> d'admirables positions. Il n'avait pu, lui d'ordinaire - si modeste, s'empêcher de s'écrier en voyant - les ennemis: «Je les tiens!» Le 27 juillet 1675, - la veille de la bataille, Turenne achève ses dernières - dispositions. Dans le milieu de la journée, près - d'un bouquet de vieux arbres, il s'assied sur le gazon - pour déjeuner tranquillement. Vis-à-vis se trouvait - une batterie ennemie, dont les décharges ne - troublèrent point le repas frugal du héros. Cependant - le lieutenant général Saint-Hilaire était soucieux. - Cette batterie suspecte lui paraissait avoir - pour but de détourner l'attention d'un mouvement - que faisaient les troupes ennemies. Il alla en observation - et se confirma dans son opinion. Aussitôt - il en fait part à Turenne. Turenne monte à - cheval pour aller reconnaître le point faible où l'ennemi - se proposait de porter ses efforts, et l'emplacement - d'une batterie que Saint-Hilaire voulait y établir. - «Oui, dit Turenne en arrivant au lieu désigné, - oui, Saint-Hilaire, le conseil est bon: dressez - une batterie ici.» Au même moment, un boulet casse - le bras de Saint-Hilaire et vient frapper Turenne - au cœur. Le fils de Saint-Hilaire, voyant son père - blessé, se jette sur lui en pleurant: «Ce n'est pas - moi, mon fils, répond le blessé en montrant le cadavre - de Turenne, c'est ce grand homme qu'il faut - pleurer.»</p> -<p>Ce fut, en effet, une perte irréparable et un deuil - universel. Le secret de la bataille du lendemain - périt avec Turenne. L'armée fut saisie d'une vraie - panique; il fallut battre en retraite, et les soldats, - répétant «qu'ils avaient perdu leur père,» repassèrent - le Rhin. Louis XIV fit rendre les plus<span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">[Pg 133]</a></span> grands honneurs à Turenne et voulut qu'il fût enterré - dans les caveaux de Saint-Denis; depuis on l'a - transporté aux Invalides.</p> -<p>Il fallut, pour rétablir les affaires, une campagne - de Condé. Mais ce fut, à lui aussi, sa dernière campagne. - Ses infirmités l'obligèrent à se retirer dans - son domaine de Chantilly. Il y passa le reste de sa - vie, qui se prolongea jusqu'en 1686, se consolant de - ses douleurs dans la conversation des hommes de - génie en tout genre dont la France était alors remplie. - Une foule de poètes, de savants, d'orateurs, - d'artistes, rehaussait et glorifiait par des chefs-d'œuvre - immortels ce règne si brillant.</p> -<p>Louis XIV est alors au comble de la puissance. - Il n'y avait qu'une autorité en France, celle du roi. - Louis XIV ne voulut plus qu'une foi religieuse. - Cependant les protestants, paisibles, ne formaient - plus un parti politique; mais Louis XIV voulut les - forcer à se convertir. Enfin il révoqua l’<i>Édit de - Nantes</i> (1685). L'exercice du culte protestant fut - interdit, ses ministres furent bannis du royaume; - trois cent mille réformés les suivirent malgré la - surveillance rigoureuse exercée pour empêcher l'émigration - et les supplices qui la punissaient. Cette - persécution dépeupla un quart du royaume. Elle - arrêta les progrès de l'industrie, qui presque tout - entière était entre les mains des protestants. Elle - fit passer les secrets de nos manufactures aux étrangers - et fit fleurir leurs États aux dépens du nôtre.</p> -<p>Louvois, pour hâter le succès des missions organisées - pour la conversion des protestants, imagina - d'y mêler du militaire. Il logea des gens de guerre - chez les calvinistes. Ces soldats commirent les plus<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">[Pg 134]</a></span> grands excès, et, comme les dragons se distinguèrent - surtout par les violences, on appela cette exécution - les <i>Dragonnades</i>.</p> -<p>L'intendant de Béarn écrivait dans son journal: - «Il s'est converti six cents personnes dans cinq villes - ou bourgs sur le simple avis que les compagnies - étaient en marche. De quatre mille religionnaires - qu'il y avait à Orthez, il s'en convertit deux mille - avant l'arrivée des troupes, en sorte que, pendant - le séjour que j'y fis avec des missionnaires, ils se - convertirent tous, à la réserve de vingt familles - opiniâtres.» Les nouvelles de conversions ainsi arrachées - arrivaient par milliers à la cour. Louvois - écrivait à son père, le chancelier Le Tellier: «Il - s'est fait 60,000 conversions dans la généralité de - Bordeaux et 20,000 dans celle de Montauban. La - rapidité dont cela va est telle qu'il ne restera pas - 10,000 religionnaires dans toute la généralité de - Bordeaux, où il y en avait 150,000 le 15 du mois - passé.»</p> -<p>Ces conversions apparentes firent illusion à Louis - XIV et lui persuadèrent qu'il n'avait plus qu'à - signer la révocation de l'Édit de Nantes pour que - le protestantisme fût détruit. Ce fut le commencement - de ses fautes et de ses malheurs.</p> -<p>Cette persécution des protestants contribua à - rendre plus hostiles les nations protestantes, auxquelles - se joignirent les nations catholiques effrayées - déjà de l'ambition de Louis XIV. La ligue - d'Augsbourg se forma (1686). Louis XIV engagea - la lutte (1688) et bientôt compliqua cette - nouvelle guerre en voulant rétablir sur le trône - d'Angleterre le roi Jacques II, renversé par ses<span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">[Pg 135]</a></span> sujets, qu'il avait voulu ramener au catholicisme.</p> -<p>Les vaisseaux français, conduits par l'amiral - Tourville, portèrent Jacques II et une armée en Irlande - (1690). Mais la cause de ce roi incapable - était désespérée. Louis XIV ne s'en obstina pas - moins. Tourville soutint un combat glorieux sur - mer contre des forces supérieures, mais une partie - de ses vaisseaux vint échouer dans la rade de la - Hougue, où leurs équipages les brûlèrent pour ne - pas les laisser prendre par l'ennemi (1692).</p> -<p>On ne livra plus dès lors de grands combats sur - mer, mais de hardis marins, Jean Bart, Duguay-Trouin - et une foule d'autres, dans leurs courses - audacieuses, infatigables, causent beaucoup de mal - au commerce ennemi.</p> -<p>Jean Bart et Duguay-Trouin étaient les fils d'armateurs, - l'un de Dunkerque, l'autre de Saint-Malo. - Jean Bart tout enfant avait révélé sa vocation; il se - plaisait surtout, dans les longues veillées, à construire - de petits navires. Jean Bart entre comme - lieutenant dans la marine royale en 1679. Duguay-Trouin, - plus jeune, n'y entre qu'à la fin de la - guerre de la ligue d'Augsbourg. Leurs noms toutefois - retentissent ensemble pendant cette guerre.</p> -<p>Jean Bart, fait prisonnier par trahison, menace - de mettre le feu aux poudres du bâtiment sur lequel - on l'a attiré si on ne le délivre aussitôt.</p> -<p>Duguay-Trouin, avec son navire, soutient seul - un combat acharné pendant douze heures contre - six navires anglais. Jean Bart s'en va chercher, - dans le Nord, un convoi de blé vivement attendu - de la France affamée; il le rencontre, mais déjà<span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">[Pg 136]</a></span> pris et escorté de huit vaisseaux de guerre hollandais; - avec six frégates, il attaque les huit vaisseaux, - les bat, en prend trois et rentre triomphant avec le - convoi de blé (1694). En 1696, quatorze vaisseaux - bloquent Dunkerque pour empêcher Jean - Bart de sortir: il sort néanmoins; il rencontre une - flotte marchande hollandaise bien escortée: il prend - cinq vaisseaux et vingt-cinq bâtiments marchands. - Survient une flotte hollandaise: Jean Bart renvoie - ses prisonniers sur les cinq vaisseaux dont il s'est - rendu maître, et brûle les autres navires en présence - des ennemis stupéfaits. Duguay-Trouin, non plus - que lui, ne compte ses adversaires et, comme lui, - marque chaque année par des prises nombreuses - qui ruinent bien plus encore l'ennemi qu'elles n'enrichissent - les armateurs. Duguay-Trouin, luttant - contre six vaisseaux anglais, force, l'épée à la main, - ses matelots à retourner à un combat dont ils ne - veulent plus. Un officier se plaignait d'avoir été - mal secondé par son équipage. «Mon cher, lui répondit - Duguay-Trouin, c'est que vous n'aviez pas - de courage pour eux tous.» Jean Bart transportait - le prince de Conti en Pologne; on rencontra des - forces ennemies bien supérieures, mais on leur - échappa. «C'est bien heureux, dit le prince, car - nous étions pris.—Non, répondit Jean Bart.—Comment - auriez-vous fait?—Plutôt que de me - rendre, dit froidement le capitaine, j'aurais fait - mettre le feu au vaisseau: nous aurions sauté, mais - ils ne nous auraient pas pris.» Le prince frémit - à cette révélation: «Le remède est pire que le mal, - dit-il; je vous défends de vous en servir tant que je - serai sur votre vaisseau.»</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">[Pg 137]</a></span></p> -<p>Jean Bart meurt en 1702 prématurément, car il - n'avait que cinquante ans. Duguay-Trouin lui survit - et fournit une brillante carrière pendant la nouvelle - lutte que Louis XIV soutient de 1702 à 1714 - contre l'Europe coalisée.</p> -<p><b>Guerre de la Succession d'Espagne.</b>—Les - guerres nombreuses avaient déjà épuisé le royaume - quand, en 1700, mourut le roi d'Espagne, Charles II, - frère de la reine de France. Louis XIV prétendait - à la succession pour ses enfants. D'ailleurs, par un - testament qu'on avait su obtenir de lui, Charles II - avait légué à un petit-fils de Louis XIV la monarchie - espagnole, qui comprenait l'Espagne, les - Pays-Bas, le royaume de Naples et le Milanais. - Louis, présentant son petit-fils à sa cour, dit simplement: - «Messieurs, voilà le roi d'Espagne.» Puis - se tournant vers son petit-fils, il lui dit: «Seulement - n'oubliez pas que vous êtes fils de France.» L'ambassadeur - d'Espagne fit observer que le passage - allait devenir aisé, «que les Pyrénées étaient fondues.» - On a fait de cette remarque le mot célèbre: - «Il n'y a plus de Pyrénées.»</p> -<p>L’Europe s'effraya de la puissance que cet avènement - d'un prince français au trône d'Espagne donnait - à notre pays. Elle craignit que l'Espagne, - l'Italie, les Pays-Bas fussent un jour réunis à la - France, et Louis XIV commit la faute de laisser voir - qu'il espérait cette réunion. La France eût alors - constitué une puissance beaucoup plus redoutable - que celle de Charles-Quint. Dès lors ce fut de la - part de l'Europe une haine violente et une guerre - acharnée qui se prolongea treize ans.</p> -<p>Les premières années, Louis XIV soutint la lutte<span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">[Pg 138]</a></span> avec avantage, mais il confiait trop souvent ses - armées à des favoris et prétendait les diriger de - Versailles. Il fallut sortir de l'Allemagne, puis de - l'Italie après la bataille de Turin (1706). Les défaites - de Ramillies (1706), d'Oudenarde (1708), - nous forcèrent à abandonner les Pays-Bas. La - France fut envahie. Malgré l'héroïque défense du - maréchal de Boufflers, la ville de Lille dut capituler - (1708). Des cavaliers ennemis coururent jusqu'à - Versailles et enlevèrent sur le pont de Sèvres un - officier de la maison du roi qu'ils prirent pour le - dauphin.</p> -<p>L'hiver de 1709 fut horrible. «Une gelée, qui - dura près de deux mois de la même force, avait, dès - ses premiers jours, rendu les rivières solides jusqu'à - leur embouchure et les bords de la mer capables - de porter des charrettes. Les arbres fruitiers périrent, - il ne resta plus ni noyers, ni oliviers, ni pommiers, - ni vignes; les autres arbres moururent en très - grand nombre; les jardins périrent et tous les - grains dans la terre. On ne peut comprendre la désolation - de cette ruine générale.»</p> -<p>Louis XIV, courbant son orgueil devant tant de - malheurs, demanda la paix. Les coalisés, le croyant - réduit à toute extrémité n'en devinrent que plus - acharnés: ils voulurent le forcer à chasser lui-même - Philippe V d'Espagne. «Mieux vaut faire la - guerre à mes ennemis qu'à mes enfants,» répondit-il, - et il releva la tête; il écrivit à tous les gouverneurs, - aux évêques, une lettre noble et patriotique. - Le sentiment national éclata et fit oublier toutes les - souffrances. «Les soldats de Villars n'avaient - point de pain et ils étaient gais.»—«Quand des<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">[Pg 139]</a></span> brigades marchent, écrivait Villars, il faut que les - brigades qui ne marchent pas jeûnent. On s'accoutume - à tout. Je crois cependant que l'habitude - de ne pas manger n'est pas bien facile à prendre.» - Attaqués à Malplaquet (septembre 1709), les soldats - jetèrent le pain qu'on venait de leur distribuer, - pour courir plus légèrement au combat. Ils furent - vaincus, mais causèrent à l'ennemi plus de mal - qu'ils n'en reçurent. L'espoir revint à la France.</p> -<p>En Espagne, Vendôme gagna la bataille de Villaviciosa - et dit à Philippe V fatigué: «Je vais vous - faire donner le plus beau lit sur lequel un roi ait - couché.» Il fit apporter les étendards et les drapeaux - pris à l'ennemi.</p> -<p>Des malheurs domestiques vinrent, en même - temps que les malheurs de l'État, accabler Louis - XIV vieillissant. Le dauphin mourut en 1711; - le fils du dauphin, le duc de Bourgogne, mourut - avec sa femme en 1712. Louis XIV se trouva - presque isolé; il n'avait plus pour héritier qu'un - arrière-petit-fils âgé de cinq ans. Et à ce moment - la France était menacée d'une invasion. Louis XIV - confia à Villars sa dernière armée, il lui dit d'un - ton pénétré: «Vous voyez mon état, monsieur le - maréchal; il y a bien peu d'exemples de ce qui m'arrive - et que l'on perde, dans la même semaine, son - petit-fils, sa petite belle-fille, et leur fils, tous de - très grande espérance et très tendrement aimés. - Dieu me punit: je l'ai bien mérité,» puis il ajouta: - «La confiance que j'ai en vous est bien marquée, - puisque je vous remets les forces et le salut de l'État. - Je connais votre zèle et la valeur de mes troupes, - mais enfin la fortune peut vous être contraire: s'il<span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">[Pg 140]</a></span> arrivait ce malheur à l'armée que vous commandez, - quel serait votre sentiment sur le parti que j'aurais - à prendre?» Villars n'osait répondre, balbutiait. - Le roi reprit: «Je compterais aller à Péronne ou à - Saint-Quentin y ramasser tout ce que j'aurais de - troupes, faire un dernier effort avec vous et périr - ensemble ou sauver l'État.» Noble parole qui en - fait oublier d'autres, trop égoïstes; il n'eut pas besoin - de la tenir.</p> -<p>Villars, avec une habile et heureuse audace, enleva - un camp retranché à Denain (1712). Ce fut - une victoire complète, que suivit la conquête des - places surprises par les ennemis. La France était - sauvée.</p> -<p><b>Louis XIV et les lettres.</b>—La France, à cette - époque, s'enorgueillissait de ses écrivains et de ses - artistes, que Louis XIV encourageait. Aussi a-ton - reconnu cette protection royale en réunissant autour - de son nom tous les hommes de génie du siècle.</p> -<p>Le roi combla de faveurs Racine, qui nous a laissé - des tragédies aussi nobles que touchantes; Boileau, - qui par ses préceptes et ses exemples donna dans ses - vers les règles de l'art d'écrire; Molière, dont les - comédies spirituelles tournaient en ridicule les vices - et les défauts de la société. Apprenant qu'à sa cour - Molière subissait des avanies parce qu'il était comédien, - Louis XIV le fit un jour asseoir à sa table: - «Vous me voyez, dit-il aux seigneurs, occupé à faire - manger Molière, que mes officiers ne trouvent pas - d'assez bonne compagnie pour eux.»</p> -<p>Boileau, dont les satires étaient mordantes, avait - cependant le caractère le plus généreux. Apprenant - que des nécessités financières avaient fait supprimer<span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">[Pg 141]</a></span> la pension du vieux Corneille,<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a> il écrivait - aussitôt au roi et offrit le sacrifice de sa propre - pension. Louis XIV n'accepta pas ce sacrifice, - maintint la pension de Corneille et lui envoya en - outre deux cents louis d'or.</p> -<p>Mais le charmant fabuliste La Fontaine déplaisait - au roi, qui ne comprenait pas le génie du Bonhomme - aujourd'hui tant aimé de l'enfance.</p> -<p>En 1715 Louis mourait, à l'âge de 77 ans, laissant - la France plus grande qu'il ne l'avait reçue, mais - meurtrie et épuisée.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">[Pg 142]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XV" id="CHAPITRE_XV">CHAPITRE XV</a></h2> -<h4>LOUIS XV (1715-1774)</h4> -<p><b>Louis XV; la Régence.</b>—Une joie inconvenante - accompagna les funérailles du grand roi. La Régence - commença, temps resté fameux par la licence - à laquelle s'abandonnèrent la cour et la noblesse, invitées - au plaisir par le régent lui-même, le duc - d'Orléans, neveu de Louis XIV, qui se dégrada au - milieu des débauches avec ses amis.</p> -<p>La grande difficulté était de trouver de l'argent - pour payer les dettes de l'État et aussi celles des - seigneurs. Le duc d'Orléans accorda sa confiance - à un Écossais Law. Celui-ci voulait répandre l'usage - du papier comme monnaie. Il créa une banque - qui émettait des billets très utiles pour les grandes - transactions. Il fonda aussi une <i>Compagnie des - Indes</i>, destinée, selon lui, à réaliser d'immenses bénéfices; - tout le monde voulait s'associer à une - entreprise qui promettait d'être si fructueuse et on - acheta en foule des <i>actions</i> de la compagnie. Toutes - les têtes étaient tournées. Le prix de ces <i>actions</i> s'élevant sans cesse, avec une rapidité incroyable, - on n'avait qu'à revendre aussitôt pour faire des - gains énormes: des artisans, des laquais devinrent - millionaires. Pour satisfaire l'avidité du public, on - multiplia outre mesure les billets de la banque, réunie<span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">[Pg 143]</a></span> à la Compagnie. La confiance s'ébranla; on - voulut de l'argent, la banque ne put en donner: tous - les porteurs de billets se trouvèrent n'avoir que du - papier. Ce fut une ruine immense. Law s'enfuit - (1720). Mais s'il avait échoué, il avait révélé la - puissance du crédit.</p> -<p>Louis XV était à peine reconnu majeur, en 1723, - que le régent mourut; son ministre trop peu scrupuleux, - le cardinal Dubois, l'avait précédé au tombeau. - Le duc de Bourbon, homme avide et sans - mœurs, prit la place de premier ministre. Le roi de - Pologne détrôné, Stanislas Leczinski, vivait en - France où on l'avait accueilli. Un jour il entre - dans la chambre où étaient sa femme et sa fille. - «Mettons-nous à genoux, dit-il, et remercions Dieu.—Seriez-vous - rappelé au trône de Pologne? lui dit - sa fille.—C'est bien mieux, vous êtes reine de - France!» La pieuse et douce Marie Leczinska - devint, en effet, la femme de Louis XV, qui, à - l'exemple de son aïeul, ne tarda pas à la délaisser, - poussant le scandale bien plus loin que Louis XIV. - En 1733, le cardinal Fleury, ancien précepteur de - Louis XV, et qui avait succédé au duc de Bourbon, - fut obligé, malgré son amour de la paix et de l'économie, - de prendre part à une guerre presque générale - et dite de la <i>succession de Pologne</i>. Cette - guerre, qui aurait pu avoir de grands résultats, si - elle avait été énergiquement conduite, releva cependant, - par quelques victoires, le prestige de nos - armes, et la France parut au traité de Vienne - (1738) l'arbitre de l'Europe. Stanislas n'eut point - le trône de Pologne, mais garda le titre de roi, si - désiré pour l'honneur de son gendre: on lui céda<span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">[Pg 144]</a></span> la Lorraine; après sa mort, cette province, importante - comme frontière, devait retourner à la France. - Ce retour eut lieu en 1766.</p> -<p><b>Bataille de Fontenoy (1745).</b>—Le cardinal - Fleury, plus qu'octogénaire et peu belliqueux, vit - encore, malgré lui, commencer une guerre générale - à l'occasion de la succession au trône d'Autriche - (1740-1748). Plusieurs compétiteurs disputaient à - la fois les États autrichiens à Marie-Thérèse et la - couronne impériale à François de Lorraine. Cette - guerre ne profita qu'au roi de Prusse, le célèbre - Frédéric II, qui se porta avec trop peu de loyauté - tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. La France se - rangea parmi les ennemis de l'Autriche.</p> -<p>Notre armée, mal payée, mal nourrie par le trop - économe Fleury, se disperse, après de faciles succès, - partout où elle peut vivre. En 1744, Louis XV, - jusque-là inerte, fit un effort. Il entre dans les - Pays-Bas avec Maurice de Saxe qui s'empare de - plusieurs villes. On mit le siège devant Tournai. - Les Anglais et les Hollandais vinrent pour défendre - cette place et il fallut se battre à Fontenoy (1745).</p> -<p>Les Français étaient retranchés dans d'excellentes - positions et appuyés au village de Fontenoy. - On s'aborda. Un régiment des gardes anglaises - parut le premier. A cinquante pas de distance, les - officiers anglais saluèrent les Français en ôtant - leurs chapeaux. Les officiers des gardes-françaises - leur rendirent leur salut. Lord Charles Hay, capitaine - aux gardes-anglaises, cria: «Messieurs des - gardes-françaises, tirez.» Le comte d'Auteroche - leur dit à voix haute: «Messieurs, nous ne tirons - jamais les premiers; tirez vous-mêmes.» Les Anglais<span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">[Pg 145]</a></span> firent un feu roulant. Dix-neuf officiers des - gardes tombèrent blessés à cette seule décharge, 95 - soldats demeurèrent sur la place, 215 furent blessés, - sans compter les ravages faits dans les régiments - suisses. Le premier rang abattu, les autres terrifiés - se dispersèrent. Les Anglais, formant une colonne - longue et épaisse, avançaient à pas lents, - comme faisant l'exercice. Le maréchal de Saxe, - qui voyait de sang-froid combien l'affaire était périlleuse, - fit dire au roi qu'il le conjurait de se retirer - avec le dauphin. «Oh! je suis bien sûr qu'il fera - ce qu'il faudra, répondit le roi, mais je resterai où - je suis.» Le maréchal de Saxe tente une dernière - attaque: on braque des pièces de canon qui font de - larges trouées dans l'épaisse colonne anglaise; tous - les régiments l'enveloppent: la colonne s'entr'ouvre, - est mise en pièces et la bataille est gagnée.</p> -<p>Cette victoire eut d'importants résultats; elle - nous donna tous les Pays-Bas, et les ennemis se décidèrent - enfin à signer la paix d'Aix-la-Chapelle - (1748). Mais à cause de quelques défaites en - Italie et sur mer, Louis XV «qui traitait en roi et - non en marchand,» ne sut rien demander pour nous. - Nous tenions les Pays-Bas; il les rendit. «La - France en rendant ses conquêtes, dit le maréchal de - Saxe, s'est fait la guerre à elle-même. Les ennemis - ont conservé leur même puissance; elle seule - s'est affaiblie.»</p> -<p><b>Guerre de sept ans (1756-1763).</b>—Huit ans après, - l'Angleterre, jalouse de notre prospérité renaissante, - nous déclarait de nouveau la guerre.</p> -<p><b>Dupleix aux Indes.</b>—Tout le fort de cette guerre - se passa dans les Indes et en Amérique, car l'Angleterre<span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">[Pg 146]</a></span> était principalement jalouse de nos colonies - qui n'avaient jamais connu une si grande prospérité. - Aux Indes, nous aurions conquis un immense empire - si le gouvernement avait soutenu les entreprises - intelligentes et hardies de Dupleix. Fils d'une famille - de financiers et d'administrateurs, Dupleix - devint, par l'influence de son père, un des directeurs - de la Compagnie. Nommé gouverneur général des - possessions françaises en 1741, il avait conçu, pour - établir notre puissance dans ces contrées, le projet - de s'immiscer dans les querelles des souverains de - l'Inde. Dupleix était surtout aidé par sa femme, - Jeanne Albert, fille d'un médecin de Paris et d'une - créole portugaise, célèbre dans l'Inde sous le nom - de princesse Jeanne; familière avec tous les dialectes - du pays, elle entretint, pour le compte de son - mari, une vaste correspondance diplomatique. Dupleix, - intervenant dans les guerres que se faisaient - les gouverneurs des provinces, acquit deux cents - lieux de côtes. Mais il n'obtenait pas de renforts; - il éprouva quelques échecs. Enfin le ministère anglais - se plaignit impérieusement du génie ambitieux - de cet homme qui troublait toute l'Asie; le déplorable - gouvernement de Louis XV rappela Dupleix - (1755). Avec lui disparut son œuvre; un jeune - commis de la compagnie anglaise, devenu le général - Clive, suivit ses traces, et, mieux compris, donna à - sa patrie un vaste empire qui aurait pu être le nôtre.</p> -<p><b>Montcalm au Canada.</b>—Même désastre au Canada. - Pour sauver le Canada il eût suffi de cinq - ou six mille soldats, et de quelques millions d'argent; - on ne jugea pas à Versailles que la Nouvelle-France, - si digne de ce nom par son dévouement à<span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">[Pg 147]</a></span> la mère patrie, méritait ce sacrifice. «Ces déserts - glacés,» comme on disait, coûtaient trop cher à défendre.</p> -<p>«Nous combattrons, écrivait Montcalm au ministre - qui l'abandonnait, et nous nous ensevelirons, - s'il le faut, sous les ruines de la colonie.» La population - canadienne était digne d'un pareil chef. On - décida que tous ceux qui pouvaient porter un fusil - iraient à la guerre, et qu'on laisserait les travaux des - champs aux femmes, aux moines, aux enfants, aux - vieillards.</p> -<p>Mais Montcalm et ses braves troupes ne pouvaient - être partout sur la ligne immense des opérations. - L'ennemi parut enfin devant Québec; Montcalm - prend avec lui ce qu'il a de troupes disponibles, - court aux Anglais pour ne point leur laisser le - temps de rendre leur position inexpugnable, et se - trouve avec 4500 hommes en face de 8000, rangés - en carré et décidés à se bien battre, car, en cas de - défaite, la retraite leur est impossible; Bougainville, - le fameux navigateur, alors colonel, n'était - pas loin de là avec 3000 hommes. Montcalm ne - l'attend pas; il ne se donne même pas le temps de - ranger son armée en deux lignes; il n'établit pas de - réserve; il oublie toute sa science au moment où il - fallait surtout s'en souvenir. Le général anglais - Wolfe avait donné l'ordre de ne tirer qu'à vingt pas, - et avait fait mettre deux balles dans les fusils. Ce - feu meurtrier causa du désordre dans les rangs - français. Les Canadiens, excellents comme tirailleurs, - valaient moins en ligne, ils se replièrent pour - se battre à leur manière, isolément, derrière les - arbres. Wolfe déploya alors ses colonnes et chargea<span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">[Pg 148]</a></span> à son tour. Déjà blessé au poignet, il se mit à la - tête de ses grenadiers: une balle l'atteignit encore - et lui traversa la poitrine; on l'emporta sur les - derrières de l'armée, tandis que les siens poursuivaient - leurs succès. «Ils fuient!» s'écrie un de - ceux qui accompagnaient le général mourant. Cette - parole le ranime. «Qui? demande-t-il.—Les Français, - lui répond-on.—Alors je meurs content.»</p> -<p>Montcalm tombait au même moment. Malgré - deux blessures, il dirigeait la retraite, lorsqu'un coup - de feu dans les reins le jeta à bas de son cheval. - «Au moins, dit-il, je ne verrai pas les Anglais dans - Québec.» Il mourut le lendemain. Ses soldats - l'enterrèrent dans un trou fait par une bombe. Trois - jours après, Québec capitula.</p> -<p>Un habile ministre, le duc de Choiseul, essaya de - relever le royaume en rétablissant la marine et en - réformant l'armée; à la mort de Stanislas (1766), - il réunit à la France la Lorraine, et puis en 1768 - acheta l'île de Corse aux Génois.</p> -<p>Choiseul tendait aussi une main amie à la Pologne - que menaçaient la Prusse, la Russie et l'Autriche. - Mais la grande politique ne convenait pas aux courtisans - de Louis XV. Choiseul s'était fait de puissants - ennemis en bannissant les jésuites (1762), il - ne voulut pas s'humilier devant une nouvelle favorite, - la cynique Mme du Barry et il fut disgracié - (1770). Le chevalier Meaupou et l'abbé Terray, contrôleur - des finances, prirent le pouvoir: ils entrèrent - en lutte contre les parlements. La magistrature - élevait en effet la voix contre ce gouvernement qui - patronnait l'association dite <i>Pacte de famine</i> pour - l'accaparement des grains; qui laissait démembrer<span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">[Pg 149]</a></span> la Pologne (1773) et creusait chaque jour le gouffre - du déficit. Les colères s'amassaient. Louis XV - disait «Ceci durera bien autant que moi, mon successeur - s'en tirera comme il pourra.» Et la favorite - répétait avec lui: «Après nous le déluge.»</p> -<p>Le mouvement intellectuel était immense; jamais - on n'avait mieux compris le vice des institutions et - les abus qu'au moment où le pouvoir cherchait à les - maintenir sans compensation. Le gouvernement demeurait - absolu. Louis XV n'était pas homme à - oublier les leçons qu'il avait reçues. Lorsqu'il était - jeune, la multitude, le jour de la fête de Saint-Louis, - encombra le jardin des Tuileries, pour le voir. - Le maréchal de Villeroy, son gouverneur, lui fit remarquer - cette multitude prodigieuse qui venait pour - le saluer: «Voyez, lui disait-il, cette affluence, ce - peuple; tout cela est à vous, vous en êtes le maître,» - et sans cesse lui répétait cette leçon pour la lui bien - inculquer.</p> -<p><i>Les lettres de cachet</i> (ordres d'emprisonnement) - se donnaient avec une facilité incroyable. A la mort - de Louis XIV «il y eut, dit Saint-Simon, des histoires - fort étranges. Parmi les prisonniers de la - Bastille,<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a> il s'en trouva un arrêté depuis trente-cinq - ans, le jour qu'il arriva à Paris, d'Italie d'où il était, - et qui venait voyager. On n'a jamais su pourquoi, - et sans qu'il eût jamais été interrogé, ainsi que la - plupart des autres. Quand on lui annonça sa liberté, - il demanda tristement ce qu'on prétendait qu'il en<span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">[Pg 150]</a></span> pût faire. Il dit qu'il n'avait pas un sou, qu'il ne - connaissait personne à Paris, pas même une seule - rue, que ses parents d'Italie étaient apparemment - morts. Il demanda de rester à la Bastille le reste - de ses jours avec la nourriture et le logement.» - Devant les tribunaux point de défenseur pour l'accusé, - procédure toujours secrète, la question ou la - torture pour arracher des aveux, et comme sanction - de lois inégales et cruelles, des supplices plus cruels - encore.</p> -<p>Les crimes, du reste, étaient nombreux, parce que - la misère était profonde. D'Argenson écrivait, pour - l'année 1739: «En pleine paix, avec les apparences - d'une récolte, sinon abondante, du moins passable, - les hommes meurent tout autour de nous, comme - des mouches, de pauvreté, et broutent l'herbe. Le - cri sinistre: «Du pain! Du pain!» sera le premier - cri des émeutes terribles de la Révolution. Cette - Révolution est prochaine.»</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">[Pg 151]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XVI" id="CHAPITRE_XVI">CHAPITRE XVI</a></h2> -<h4>LOUIS XVI—LA RÉVOLUTION (1774-1793)</h4> -<p><b>Louis XVI.</b>—Le fils de Louis XV, le Dauphin, - était mort avant lui, en 1765, laissant trois fils qui, - comme les trois fils de Philippe le Bel, et comme les - trois derniers Valois, devaient tous monter sur le - trône, mais aussi être les derniers rois de la maison - de Bourbon. A l'avènement de l'aîné, Louis XVI - (1774), qui avait vingt ans, on espéra un changement - complet de l'État. On trouva un matin sur - le piédestal de la statue de Henri IV, au Pont-Neuf, - cette inscription: «Il est ressuscité.»</p> -<p>Louis XVI comprenait peu les progrès politiques - à réaliser, mais il avait un désir sincère d'améliorer - la condition du peuple: il encouragea toutes les inventions, - toutes les découvertes utiles. Il fut un - des premiers à comprendre l'utilité de la vaccine - et à la défendre contre les préjugés. Il encouragea - et seconda Parmentier qui s'efforçait de répandre - l'usage de la pomme de terre; pour vaincre le dédain - des courtisans, il fit servir sur sa table ce mets - aujourd'hui populaire et porta à sa boutonnière la - fleur de cette plante méprisée.</p> -<p>Louis XVI, pour éviter de grands malheurs, n'aurait - eu qu'à soutenir de son autorité les deux - hommes de bien qu'il avait d'abord fait entrer au<span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">[Pg 152]</a></span> ministère, Malesherbes et Turgot. Malesherbes - voulait réformer la justice, donner des défenseurs - aux accusés, rendre aux protestants la liberté de - conscience et à tous les Français la sûreté de leur - personne par la suppression des lettres de cachet.</p> -<p>Turgot, déjà renommé par l'habileté qu'il avait - déployée dans l'administration du Limousin, voulait - proclamer la liberté du commerce et de l'industrie - alors gênés par une foule d'entraves. Afin de prévenir - les famines trop nombreuses dans le cours - du dix-huitième siècle, il rendit libre le commerce - des grains et améliora la navigation intérieure. - Mais ces réformes soulevaient contre lui tous les - privilégiés qu'elles blessaient.</p> -<p>Malesherbes, le premier, donna sa démission au - roi, qui lui dit: «Vous êtes plus heureux que moi, - vous pouvez abdiquer.» Turgot attendit d'être renvoyé. - Louis XVI eut la faiblesse de congédier un - ministre dont il avait dit: «Il n'y a que Turgot et - moi qui aimons le peuple.»</p> -<p><b>Guerre d'Amérique (1778-1783).</b>—La guerre - d'Amérique vint un moment faire diversion aux - difficultés intérieures. Les colonies, que l'Angleterre - avait fondées au delà de l'Atlantique, s'étaient - soulevées et avaient, en 1776, proclamé leur indépendance.</p> -<p>Un planteur devenu général, Washington, dirigeait - les armées. Franklin, autre grand citoyen, - homme aussi savant que vertueux, qui a inventé le - paratonnerre et travaillé à la délivrance de sa patrie, - vint solliciter les secours de la France. Le jeune - marquis de La Fayette alla le premier offrir son - épée à Washington. Louis XVI envoya 8000<span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">[Pg 153]</a></span> hommes sous la conduite de Rochambeau, un des - brillants élèves du maréchal de Saxe (1778). A cette - troupe vinrent se joindre en volontaires bon nombre - de gentilshommes. Une lettre de La Fayette à sa - femme, qui désirait le voir revenir (6 janvier 1778), - montre qu'à côté de l'exaltation du jeune marquis, - il y avait une haute raison: «L'abaissement de l'Angleterre, - écrit-il, l'avantage de ma patrie, le bonheur - de l'humanité, qui est intéressée à ce qu'il y ait - dans le monde un peuple entièrement libre, tout - m'engage à ne pas quitter.»</p> -<p>La France, dont la marine s'était relevée, ouvrit - glorieusement les hostilités. Un combat naval indécis - près d'Ouessant étonna l'Angleterre; une tempête - seule empêcha notre flotte, unie à une escadre - espagnole, de débarquer à Plymouth et d'attaquer - l'Angleterre jusque dans son île. Les flottes françaises - avec d'Estaing et le comte de Grasse, dont - ses matelots disaient: «Il a six pieds, et six pieds - un pouce les jours de bataille,» dominèrent dans les - mers des Antilles. L'amiral de Grasse vint concourir - au plan formé par Washington, Rochambeau - et La Fayette, de cerner l'armée anglaise de lord - Cornwallis dans York-Town. Conduite par La Fayette - avec une prudence et une fermeté qu'on n'eût - pas attendues d'un jeune général de vingt-quatre - ans; secondée par la bravoure des soldats d'un - fameux régiment commandé par Rochambeau, l'entreprise - réussit complètement et l'armée anglaise - se rendit (1781). Ce fut le salut des Américains.</p> -<p><b>Les États généraux (5 mai 1789).</b>—La guerre - d'Amérique, entreprise pour la liberté d'un peuple, - avait, en France, excité les désirs de liberté; de plus<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">[Pg 154]</a></span> elle avait coûté cher et accru le déficit dans les finances. - Pour sortir des embarras financiers, Louis - XVI rappela Necker, habile banquier genevois. - Necker cependant ne pouvait rétablir l'équilibre - entre les recettes et les dépenses sans remédier aux - abus, sans demander des réformes politiques. Il - voulut porter la lumière dans l'administration en - publiant le budget. Il se rendit impopulaire et fut - disgracié. Sa retraite mécontenta l'opinion déjà - toute puissante.</p> -<p>La reine Marie-Antoinette, qui était Autrichienne - et qui gardait à la cour de France la fierté de sa - maison, était déjà regardée comme l'âme du parti - qui s'opposait aux réformes. Elle fit donner le - contrôle des finances à un dissipateur, Calonne, qui, - pour faire croire l'État plus riche, dépensait beaucoup. - Le moment vint enfin où il fallut avouer - qu'on ne pouvait aller plus loin.</p> -<p>Calonne céda la place à Loménie de Brienne, qui - se montra encore moins capable de remédier au mal, - et il fut lui-même obligé de proposer au roi la convocation - des États-Généraux.</p> -<p>Les élections faites au commencement de l'année - 1789, firent comprendre que la nation était déterminée - à soutenir ses députés. La Révolution commençait, - et, avec elle, un nouvel âge de la France et - du monde.</p> -<p>La première séance des États (5 mai) fut un jour - de joie et d'espérance. Le roi prononça un discours - plein d'excellentes intentions et de promesses; il - recommanda l'accord, mais dès les premiers jours, - les défiances s'éveillèrent, les haines se montrèrent.</p> -<p>On y voyait trois nations, représentées par les<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">[Pg 155]</a></span> trois Ordres: noblesse, clergé, tiers état. Mais les - députés du Tiers voulurent tout d'abord qu'on supprimât - cette distinction des trois Ordres. En nombre - double des deux premiers Ordres, les députés du - Tiers n'étaient rien si l'on votait par ordre. Ils - étaient tout si l'on votait par tête.</p> -<p>Les ordres privilégiés refusèrent de délibérer avec - le tiers état. Celui-ci passa outre. Il considéra - qu'à lui seul il représentait la masse la plus nombreuse - de la nation et, le 17 juin, se déclara <i>Assemblée - nationale</i> (plus tard la <i>Constituante</i>).</p> -<p><b>Le serment du Jeu de paume (20 juin 1789).</b>—La - cour, irritée de la résistance du tiers état, qui - demandait la réunion des trois Ordres, décide le roi - à tenir un séance solennelle pour imposer le maintien - des trois Ordres. On ferme la salle sous un - prétexte frivole. C'était le samedi 20 juin. Les - députés, auxquels on refuse l'entrée de la salle, - s'assemblent par groupes, les uns demandant à délibérer - en plein air, d'autres sous les fenêtres mêmes - du roi. Le président Bailly, leur propose de se réunir - dans une salle de jeu de paume,—ce jeu était - alors fort à la mode;—ils s'y rendent. Là, dans - cette salle sombre et nue, un bureau est improvisé - avec un établi de menuisier, quelques planches et - quelques banquettes. Tous debout répètent avec - enthousiasme la formule d'un serment mémorable - par lequel ils s'engagent «à ne point se séparer jusqu'à - ce que la Constitution du royaume soit affermie - sur des fondements solides.»</p> -<p>Le comte d'Artois, frère du roi, s'imagine déconcerter - les députés en louant la salle pour y jouer à - la paume. Les députés, auxquels se joint la majorité<span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">[Pg 156]</a></span> des députés du clergé, siègent alors dans - l'église Saint-Louis.</p> -<p><b>La séance du 23 juin.</b>—Le 23 juin, se tint la - séance royale, et les députés du tiers état pour ce - jour-là rentrèrent dans leur salle. Louis XVI vint, - avec un cortège solennel, faire entendre des paroles - sévères et casser les décisions prises par les députés. - Il ordonnait que les États délibérassent suivant les - anciennes formes, par Ordres.</p> -<p>Après le discours du roi la séance fut levée. Les - députés du tiers état ne bougèrent pas de leur place. - Le grand maître des cérémonies vint dire aux députés - de se séparer comme l'avait ordonné le roi. - Alors le comte de Mirabeau, député du tiers état, et - qui déjà avait une haute réputation d'éloquence, répondit: - «Allez dire à votre maître que nous sommes - ici par la volonté du peuple et qu'on ne nous en - arrachera que par la force des baïonnettes.» Louis - XVI céda. A quelques jours de là il engageait lui-même - les nobles à se joindre aux députés du tiers - état.</p> -<p><b>La prise de la Bastille.</b>—Louis XVI n'avait - cédé que pour gagner du temps. Il appelait autour - de Paris de nombreux régiments, la plupart étrangers, - puis renvoya l'habile ministre Necker, qui conseillait - de marcher d'accord avec l'Assemblée. Le - renvoi de Necker alarme les Parisiens, mécontents - déjà d'être entourés de troupes. Des groupes nombreux - se forment au Palais-Royal. Un jeune avocat - au Parlement, Camille Desmoulins, monte sur - une table, un pistolet à la main, et ameute la foule; - des rixes avec la troupe font des victimes. Le - peuple veut des armes, envahit l'Hôtel des Invalides,<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">[Pg 157]</a></span> où il prend des canons et des fusils. Enfin, le 14 - juillet, un cri général entraîne la population parisienne: - A la Bastille!</p> -<p>Comme un torrent furieux, la foule, au milieu de - laquelle on remarquait beaucoup de gardes-françaises - et que conduisaient deux soldats, Élie et - Hullin, se précipite contre la redoutable forteresse, - à peine défendue alors par quelques Suisses et des - invalides. Les portes sont enfoncées à coups de - canon, et, après quelques heures de résistance, la - garnison capitule. Cette première victoire populaire - fut malheureusement souillée par des vengeances, - le meurtre du gouverneur de Launay, de - plusieurs officiers, du prévôt des marchands, Flesselles.</p> -<p>Louis XVI, apprenant la prise de la Bastille, - s'écria: «C'est donc une révolte?—Dites une révolution, - sire,» lui répondit-on. Comptant encore - sur le prestige de la royauté, il se rendit à Paris. - Il y fut bien accueilli, mais par une population en - armes. Bailly, nommé maire de Paris, lui présenta - les clefs de la ville, offertes jadis à Henri IV. «Ce - bon roi, dit-il, avait conquis son peuple; c'est aujourd'hui - le peuple qui a reconquis son roi.» Louis - XVI confirma la nomination de Bailly comme - maire et du marquis de La Fayette comme chef de - la milice bourgeoise ou garde nationale. Il mit à - son chapeau la cocarde bleue et rouge des Parisiens. - La Fayette y ajouta ensuite le blanc, couleur de la - royauté: ce furent désormais les trois couleurs - nationales, la cocarde tricolore. «Prenez-la, sire, - disait-il à Louis XVI: voilà une cocarde qui fera - le tour du monde.» Il disait vrai.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">[Pg 158]</a></span></p> -<p>Tous ces événements excitèrent une vive agitation - dans les provinces. Les paysans, las du régime - féodal, se précipitèrent sur les châteaux, les abbayes, - qui étaient leurs bastilles. Alors l'Assemblée - résolut de calmer cette effervescence par des - décisions promptes et hardies. A la séance de nuit - du 4 août, le comte de Noailles déclare que le grand - moyen, c'est de donner satisfaction au peuple en - abolissant le régime féodal. Aussitôt seigneurs, - évêques, députés des villes se succèdent à la tribune - et viennent tous, au milieu des applaudissements, - renoncer à leurs privilèges. On décréta en quelques - heures la destruction du régime féodal qui durait - depuis tant de siècles. On rivalisait de générosité. - On s'embrassait au milieu de la joie - universelle. Il semblait qu'une France nouvelle - fût née en cette nuit mémorable du 4 août, qui est - restée la plus belle date de la Révolution.</p> -<p><b>Les journées des 5 et 6 octobre.</b>—Au mois - d'octobre, des démonstrations imprudentes de la - cour et la famine amènent un nouveau soulèvement - de la capitale.</p> -<p>La population de Paris marche le 5 octobre sur - Versailles, les femmes en tête, portant des armes - et criant: «Du pain! du pain!» Le roi accueille - une députation et promet de prendre les mesures - qu'on lui demande. Bientôt la nuit, la pluie, la - fatigue dispersent les attroupements. La Fayette - cependant, qui n'avait pu arrêter cette invasion, la - suivait pour la contenir avec la garde nationale. Il - n'arriva à Versailles que pendant la nuit, et eut bien - de la peine à parler à Louis XVI, car dans ces<span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">[Pg 159]</a></span> moments de danger on respectait encore les lois de - l'étiquette. Vers le matin, voyant la foule réfugiée - dans les abris qu'elle avait pu rencontrer, et - tranquille, il se retire, épuisé de fatigue. Il commençait - à peine à reposer qu'on vint lui dire que - le palais était forcé.</p> -<p>Le 6 octobre, vers les sept heures du matin, les - bandes d'hommes et de femmes qui rôdaient depuis - la veille autour du château, trouvèrent enfin le - moyen de s'introduire, non seulement dans les cours, - mais dans les appartements. Des gardes qui cherchaient - à les arrêter sont massacrés. Tremblante, - la reine se réfugie auprès du roi. Les gardes défendent - vaillamment sa chambre et se font tuer. - Le plus affreux pillage commençait, et les scènes - les plus sanglantes allaient avoir lieu, quand La - Fayette, averti, accourt. Il pénètre dans le château - et fait évacuer les appartements. Mais la foule rassemblée - dans la cour demandait que le roi vînt à - Paris. Il fallut que Louis XVI se montrât et promît - d'y aller. La famille royale se dirigea vers - Paris au milieu de cette foule qui témoignait par les - cris les plus grossiers de sa joie farouche. Le roi - fut dès lors comme prisonnier dans sa capitale et - se trouva à la merci des émeutes. L'Assemblée - vint à son tour se fixer à Paris et s'installa dans - la salle du Manège, près du jardin des Tuileries. - Déjà elle avait fixé les principes sur lesquels elle - entendait établir le gouvernement, dans une <i>Déclaration</i> célèbre dite <i>des droits de l'homme</i>. Ces - principes, ou vérités premières, appelés les principes - de 1789, établissaient la <i>souveraineté du peuple</i>, - l'<i>égalité</i>, la <i>liberté</i> de tous les citoyens.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">[Pg 160]</a></span></p> -<p><b>Mirabeau (1749-1791).</b>—L'Assemblée, dans ses - travaux, avait été souvent dominée par la grande - voix de Mirabeau, l'orateur le plus éloquent qu'on - eût encore vu à la tribune. Dès les premières séances - des États généraux il se fit remarquer par - son rare talent d'orateur. Il prit une part active et - décisive aux grandes discussions de l'Assemblée - constituante. Toutefois la marche rapide de la Révolution - l'effraya. Dans l'hiver de 1790 à 1791 il - guida la cour et s'efforça de raffermir le trône que - sa voix puissante avait ébranlé. Sa popularité en - reçut de vives atteintes, et des publications hostiles - le dénonçaient comme traître. L'orateur n'en parut - point affecté et à la tribune accabla de son mépris - ses accusateurs.</p> -<p>Bientôt cependant Mirabeau, vieux avant l'âge - (il avait quarante-deux ans), épuisé par les excès - de deux années d'un travail prodigieux, sentit son - corps défaillir et plier sous le poids de son âme - énergique. Il mourut le 2 avril 1791.</p> -<p><b>La fuite de Varennes.</b>—Louis XVI, privé des - conseils et de l'appui de Mirabeau, ne compta plus - que sur la force pour arrêter la Révolution: il voulut - aller rejoindre une petite armée qu'on lui préparait - dans le Nord, et tout fut disposé pour la - fuite. Le 20 juin 1791, à minuit, le roi, la reine, la - sœur du roi, Madame Élisabeth, sortent, les uns - après les autres et déguisés, par une porte dérobée - du palais des Tuileries. Ils se réunissent ensuite, - non sans peine, et parviennent à sortir de Paris. - Une berline à six chevaux les entraîna rapidement - sur la route de Châlons, où les fugitifs arrivèrent - heureusement. Ils continuèrent leur route vers<span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">[Pg 161]</a></span> Montmédy, où les attendait une petite armée commandée - par le marquis de Bouillé.</p> -<p>Mais à Sainte-Menehould le roi, qui commettait - l'imprudence de mettre trop souvent la tête à la - portière, fut reconnu, tandis qu'on changeait les - chevaux, par le fils du maître de poste, Drouet. - N'ayant point le temps de le faire arrêter, Drouet - saute sur un cheval et court à Varennes prévenir - les autorités. Quand la voiture arrive, au milieu - de la nuit, on demande le passeport: il faut descendre. - Les gardes nationales averties arrivèrent; - on força le roi à remonter dans la voiture, qui reprit - le chemin de Paris. A ce moment les dragons de - Bouillé apparaissaient auprès de Varennes, mais il - était trop tard.</p> -<p>Le retour dura huit jours; la voiture marchait - au pas, au milieu des gardes nationales qui l'escortaient - et par une chaleur accablante. Trois députés, - envoyés par l'Assemblée, accompagnaient la famille - royale, pour la surveiller. L'entrée à Paris fut - morne et silencieuse, le roi fut plus que jamais - captif aux Tuileries.</p> -<p>L'Autriche et la Prusse, excitées par les émigrés, - déclaraient vouloir rétablir le roi dans son autorité - absolue, et la guerre étrangère s'ajouta à la guerre - civile. La France fut envahie par les Prussiens. - L'Assemblée décrète aussitôt que la patrie est en - danger, et le 22 juillet 1792 la proclamation en est - faite avec un appareil imposant. D'heure en heure - le canon tonnait en signe d'alarme; un cortège - militaire, portant des bannières avec des inscriptions, - parcourut la ville de Paris, s'arrêtant sur les - places pour lire le décret de l'Assemblée. Huit<span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">[Pg 162]</a></span> amphithéâtres avaient été dressés sur différents - points: une table posée sur deux caisses de tambour - y servait de bureau aux officiers municipaux - pour inscrire les noms des citoyens qui demandaient - à rejoindre les armées. Les volontaires affluaient - et se faisaient inscrire au milieu des applaudissements. - On compta cinq mille enrôlements en deux - jours. Ces soldats improvisés, indisciplinés, causèrent - d'abord beaucoup d'embarras; mais, encadrés - dans les vieux régiments, ils ne tardèrent pas à - montrer une grande solidité.</p> -<p>Mais bientôt le péril grandit. Les Prussiens s'emparaient - de Longwy, de Verdun. Alors les ministres - décrètent la formation de plusieurs camps, on convertit - les cloches en canons, les fers des grilles en - piques; on arrête en masse toutes les personnes - suspectes, c'est-à-dire soupçonnées de rester attachées - à la royauté; les prisons se remplissent de - nobles, de prêtres. Puis des bandes organisées et - payées par quelques chefs, sans que les ministres - cherchent à s'y opposer, se précipitent dans les prisons - et égorgent en foule les prisonniers de tout - âge et de tout rang (3, 4, 5 et 6 septembre).</p> -<p><b>Victoire de Valmy.</b>—Des massacres ne sauvent - pas un pays. Ce qui le délivra, ce fut l'ardeur des - volontaires qui, joints aux vieux régiments, arrêtèrent - l'ennemi. Les Prussiens avaient surpris les - défilés des montagnes de l'Argonne et se préparaient - à envahir la Champagne. Dumouriez essaya - encore une fois de les arrêter: il se posta près de - Sainte-Menehould et occupa les hauteurs où l'on remarquait - le moulin de Valmy. Il garnit ces hauteurs - d'artillerie et attendit de pied ferme les Prussiens<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">[Pg 163]</a></span> qui, commandés par le duc de Brunswick, - tentèrent de les escalader. Immobiles dans leurs - lignes, les Français accueillirent l'ennemi par un - feu terrible, aux cris de Vive la nation! Les Prussiens - reculèrent et attendirent un corps autrichien - qui arrivait: les alliés donnèrent un nouvel assaut - vers le soir; ils se heurtèrent à la même résistance - et battirent en retraite (20 septembre 1792). La - Champagne ou plutôt la France entière était délivrée. - Le canon, qui annonçait cette victoire, annonçait - en même temps l'ouverture de la <i>Convention</i>.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">[Pg 164]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XVII" id="CHAPITRE_XVII">CHAPITRE XVII</a></h2> -<h4>LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE</h4> -<p><b>La Convention.</b>—La Convention, la troisième - Assemblée depuis 1789, se réunit le 21 septembre - 1792. Elle abolit la royauté, proclama la République, - mais en réalité concentra en elle-même tous - les pouvoirs. Ses membres faisaient les lois, et, divisés - en comités, s'étaient partagé l'administration.</p> -<p>Deux grands partis s'étaient tout de suite dessinés - au sein de la Convention: les Girondins et les - Montagnards. Les Girondins, ainsi nommés, parce - qu'ils avaient pour chefs plusieurs députés de la - Gironde,<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a> Brissot, Pétion, Vergniaud, Guadet, etc., - croyaient la Révolution terminée et prêchaient la - modération. Les Montagnards, ainsi appelés parce - qu'ils étaient groupés sur les bancs les plus élevés, - avaient pour chefs les députés de Paris, Robespierre, - Danton, Marat, etc. Ils voulaient, au contraire, - pousser plus loin les changements et demandaient - des mesures terribles pour effrayer les ennemis - de la Révolution.</p> -<p><b>Procès et mort de Louis XVI.</b>—La découverte - d'une armoire de fer cachée dans un mur des Tuileries - venait de révéler les correspondances de la cour<span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">[Pg 165]</a></span> avec l'émigration et l'étranger. Les Montagnards - demandèrent la mise en accusation de Louis XVI et - disaient qu'il fallait «jeter en défi aux souverains - une tête de roi.» La Convention instruisit le procès - du roi. Malesherbes, âgé de 72 ans, s'offrit - pour servir de conseil au prince qu'il avait servi et - aida les avocats Tronchet et de Sèze. Louis XVI, - touché de ce dévouement, lui dit: «Votre sacrifice - est d'autant plus généreux que vous exposez votre - vie et que vous ne sauverez pas la mienne.» Héritier - malheureux de haines accumulées depuis un - siècle, Louis XVI fut condamné à mort, malgré - l'éloquente défense de l'avocat de Sèze. «Je - cherche en vous des juges, s'écria-t-il avec véhémence, - et je ne vois que des accusateurs!» La - majorité de la Convention se prononça pour la - mort.</p> -<p>Le roi, qui dans sa prison du Temple avait gardé - la plus sereine résignation, monta avec calme et - dignité sur l'échafaud dressé sur la place Louis XV - devenue place de la Révolution, et aujourd'hui - place de la Concorde (21 janvier 1793). «Je meurs - innocent, s'écria-t-il, de tous les crimes qu'on m'impute. - Je pardonne aux auteurs de ma mort et je - prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe - jamais sur la France.» Il allait en dire davantage - lorsqu'un roulement de tambours couvrit - la voix de Louis XVI qui se livra aux exécuteurs.</p> -<p><b>La Terreur.</b>—Maîtres du pouvoir, les Montagnards - déployèrent contre les ennemis de l'intérieur - et de l'extérieur une énergie farouche. Le pouvoir - se trouva bientôt concentré entre les mains du <i>Comité - de salut public</i>. Maximilien Robespierre ne<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">[Pg 166]</a></span> tarda pas à devenir l'âme de ce comité redoutable - qui, pendant quatorze mois, fit planer sur la France - une terreur profonde. Le Tribunal révolutionnaire - devint impitoyable. Le général Custine, pour avoir - été malheureux, fût traîné à l'échafaud. La reine - Marie-Antoinette refusa de se défendre contre d'infâmes - calomnies. Condamnée à mort dans la nuit - du 16 octobre 1793, après une séance de vingt - heures et le matin même, elle fut conduite au supplice - dans la charette ordinaire sous le feu des insultes. - Vingt-deux Girondins, parmi lesquels des - orateurs du plus grand talent, périrent ensuite, soutenant - mutuellement leur courage par des chants - patriotiques. Mme Roland, femme d'un ancien ministre, - et du parti de la Gironde, s'écria sur l'échafaud, - en saluant une statue de la liberté: «O liberté, - que de crimes on commet en ton nom!» Le duc - Philippe d'Orléans, qui s'était rallié à la Révolution - et avait voté la mort de Louis XVI, n'échappa point - lui-même au supplice, ainsi que Bailly, un des savants - renommés du temps, le vénérable président - de l'Assemblée constituante, le premier maire de - Paris.</p> -<p><b>Le 9 thermidor.</b><a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>—La terreur n'avait cessé d'aller - en croissant dans les premiers mois de l'année - 1794. Chaque jour des charrettes emmenaient des<span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">[Pg 167]</a></span> victimes vers la barrière du Trône, où l'échafaud - était en permanence. Ces cruautés firent horreur, - d'autant plus qu'à ce moment les périls extérieurs - disparaissaient, grâce aux victoires des armées.</p> -<p>Robespierre devint l'objet de l'animadversion générale, - et, le 9 thermidor, les députés de la Convention, - secouant le joug de la peur, l'attaquèrent en - face. Épuisé par les efforts qu'il faisait pour parler - au milieu des clameurs, Robespierre pouvait à peine - respirer. La Convention enfin le fit arrêter avec - son frère et ses collègues, Couthon, Lebas, Saint-Just.</p> -<p>Robespierre toutefois ne tarda pas à être délivré - par ses partisans les chefs de la Commune de Paris. - Il se rendit à l'Hôtel de ville pour préparer une insurrection. - Mais la Convention appela à elle la - garde nationale: des bataillons fidèles se dirigèrent - pendant la nuit sur l'Hôtel de ville, qui bientôt se - trouva cerné. Robespierre se tira un coup de pistolet - qui lui brisa la mâchoire. Après avoir passé - toute la matinée du 10 étendu sur une table, il fut - porté tout meurtri à l'échafaud avec vingt-deux de - ses amis. Le lendemain, on exécuta encore soixante-dix - de ses partisans, et cette sanglante hécatombe - fut une digne fin de la Terreur.</p> -<p><b>Le Directoire (27 octobre 1795-9 novembre 1799).</b>—La<span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">[Pg 168]</a></span> Convention avait organisé un nouveau gouvernement - républicain qui se composait de deux - Chambres distinctes, le <i>Conseil des Anciens</i> et le <i>Conseil des Cinq-Cents</i>. Le pouvoir exécutif était - composé de cinq membres qui formaient le Directoire. - Divisé, mal obéi, le Directoire s'épuisa en - luttes incessantes contre les partis, il ne put se soutenir - qu'en ayant recours à des coups d'État et devait - périr lui-même victime d'un coup d'État.</p> -<p>Cette époque eut un caractère particulier de - licence qui s'explique par les terribles épreuves - qu'on avait subies. La société s'abandonnait au - luxe, aux fêtes avec une liberté que ne gênait plus - l'ancienne distinction des classes et qui rappelait - celle de la Régence.<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a></p> -<p><b>Le général Bonaparte.</b>—Mais l'intérêt de l'histoire - se porte au dehors; les armées françaises - passent de tous les côtés les frontières pour triompher - de l'Autriche toujours en armes et toujours - soutenue par l'Angleterre. Le général Bonaparte - étonne alors le monde par ses victoires et cherchera - bientôt à le dominer.</p> -<p>Né à Ajaccio le 15 août 1769, il était le second de - huit enfants. A l'âge de dix ans, son père le fit admettre - à l'école de Brienne, où les jeunes gentilshommes - recevaient les principes d'une éducation - militaire. Bientôt il se fit remarquer par son ardeur - pour l'étude et surtout par son goût pour les mathématiques. - Son amour-propre était vif. Condamné - un jour à dîner à genoux au réfectoire, avec - la robe de bure, il s'évanouit. On raconte aussi que - manifestant un goût précoce pour les combats, il<span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">[Pg 169]</a></span> faisait élever des retranchements de neige par ses - camarades.</p> -<p>Au bout de cinq ans, il passa à l'école militaire de - Paris. Réservé, taciturne, absorbé dans ses études - ou ses lectures, il étonna bientôt ses maîtres: «Corse - de nation et de caractère, disait son professeur d'histoire, - il ira loin si les circonstances le favorisent.» - Il sortit de l'école lieutenant dans un régiment d'artillerie; - dès les premiers jours de la Révolution il - se montra favorable aux idées nouvelles. Mais sa - carrière militaire ne commença qu'au siège de Toulon.</p> -<p>C'était en 1793, au milieu des plus grands périls - de la France. Les généraux envoyés par la Convention - s'efforçaient en vain de reprendre Toulon, - tombé au pouvoir des Anglais. Le commandement - de l'artillerie est donné à Bonaparte, qui n'avait encore - que vingt-quatre ans. Lorsqu'il arriva, le général - Carteaux lui dit: «C'était bien inutile: nous - n'avons plus besoin de rien pour reprendre Toulon. - Cependant soyez le bienvenu; vous partagerez la - gloire de le brûler demain sans en avoir eu la fatigue.» - Puis il le conduisit vers les travaux. Le commandant - d'artillerie aperçoit alors quelques pièces de - canon, mais elles se trouvaient à une distance beaucoup - trop éloignée. Survient le représentant du - peuple, commissaire de la Convention. Bonaparte - se redresse, l'interpelle, lui démontre l'ignorance inouïe - de tous ceux qui l'entourent, et le somme de - lui faire donner la direction absolue de sa besogne. - De ce jour il eut en réalité la direction du siège, et - Toulon ne tarda pas à être enlevé. Ce brillant fait - d'armes attira sur lui les regards, et le général Dugommier<span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">[Pg 170]</a></span> apprécia le mérite de Bonaparte. «Récompensez - ce jeune homme, disait-il, car si l'on était - ingrat envers lui, il s'avancerait de lui-même.»</p> -<p>La révolution du 9 thermidor vint pourtant arrêter - sa carrière. Un moment il fut emprisonné, - on le mit bientôt en liberté, mais on le priva de son - commandement. Alors il vint à Paris, où il reclamait - en vain, dans les bureaux de la guerre, la place - qui lui était due. Aubry, membre du comité, la lui - refusait. «Vous êtes trop jeune.—On vieillit - vite sur le champ de bataille, répliqua Bonaparte, - et j'en arrive.» Il resta quelque temps à Paris - presque sans resources. Dévoré d'un immense besoin - d'activité, Bonaparte sollicita la faveur d'aller - en Turquie, comptant régénérer l'Orient. Il allait - partir lorsque, le 13 vendémiaire (5 octobre 1795), - la Convention, attaquée par les royalistes, l'appela - pour la défendre sous les ordres de Barras. Bonaparte - prit des mesures énergiques, d'habiles dispositions - et triompha de l'insurrection. On lui - donna le commandement de l'armée de l'intérieur.</p> -<p>Un jeune enfant de douze ans vint un jour, lorsqu'on - avait ordonné le désarmement, réclamer l'épée - de son père, le général de Beauharnais, mort sur - l'échafaud. On la lui rendit; l'enfant pleura à la - vue de cette épée. Bonaparte, touché de ce sentiment, - le combla de caresses. Sur le récit qu'il fit - à sa mère de l'accueil qu'il avait reçu, Mme de - Beauharnais, Joséphine Tascher de La Pagerie, encore - dans tout l'éclat de la jeunesse, alla remercier - Bonaparte. A quelque temps de là leur mariage - fut conclu; mais le général courut vite prendre le - commandement, vivement désiré, de l'armée d'Italie.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">[Pg 171]</a></span></p> -<p><b>La campagne d'Italie (1796-1797).</b>—Bonaparte, - en arrivant à l'armée d'Italie, ranime tout de - suite les soldats par une énergique proclamation: - «Soldats, leur dit-il, vous êtes mal nourris et presque - nus; votre patience et votre courage vous - honorent, mais ne vous procurent ni gloire ni avantage; - je vais vous conduire dans les plus fertiles - plaines du monde; vous y trouverez de grandes - villes, de riches provinces; vous y trouverez honneur, - gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqueriez-vous - de courage?»</p> -<p>Il franchit les Alpes au point où elles sont le - plus bas; puis de victoire en victoire, à Montenotte, - Mondovi, Lodi il s'avance dans les belles - plaines de la Lombardie. Il triomphe encore des - Autrichiens à Castiglione, puis à la célèbre bataille - d'Arcole.</p> -<p>Les Autrichiens cependant n'abandonnent pas - l'Italie. Bonaparte les bat encore à la fameuse journée - de Rivoli (14 janvier 1797), s'avance toujours - plus loin et se dirige vers les Alpes pour entrer en - Autriche.</p> -<p>Il franchit de nouveau les Alpes, à leur autre extrémité, - à l'est, par le col de Tarwis, et menace la - capitale de l'Autriche. Les Autrichiens l'arrêtent - alors en acceptant la paix de Campo-Formio.</p> -<p>Les armées d'Allemagne avaient été moins heureuses. - Mais, en 1796, le général Moreau s'était - distingué par une retraite demeurée justement célèbre. - Il avait traversé l'Allemagne pour rentrer - en France sans perdre ni un drapeau, ni un canon, - ni une voiture. Cette armée se prépara à recommencer - la campagne avec une autre qui fut confiée<span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">[Pg 172]</a></span> au général Hoche, l'un des hommes qui ont laissé - la renommée la plus pure.</p> -<p><b>Hoche et Marceau.</b>—Hoche, né à Versailles, en - 1768, était sergent au moment où éclata la Révolution. - Il avança rapidement; à 25 ans, il commandait - en chef l'armée de la Moselle, et délivra - l'Alsace. Le plus brillant avenir s'ouvrait devant - lui. Il comptait traverser l'Allemagne pour joindre - Bonaparte sous les murs de Vienne. Il débuta par - de brillants succès au commencement de l'année - 1797; mais, quelques mois après il mourait prématurément - à l'âge de 29 ans.</p> -<p>Son émule et son ami, Marceau, né à Chartres, - s'était distingué et était mort l'année précédente, - plus jeune encore. Soldat à seize ans, général à - 22 ans, il vainquit dans les champs de Fleurus, sur - les bords de la Moselle et du Rhin, et, à 27 ans, il - tombait frappé d'une balle ennemie. Les Autrichiens, - qui l'estimaient, lui rendirent les honneurs - funèbres dans leur camp et renvoyèrent solennellement - son corps à l'armée française désolée. Sur - le monument qu'on lui a élevé à Coblentz on lit encore: - «Qui que tu sois, ami ou ennemi, de ce jeune - héros respecte les cendres.»</p> -<p><b>Expédition d'Égypte (1798-1799).</b>—Restait à - dompter l'Angleterre. Bonaparte, pour la frapper - dans son commerce, fit décider l'expédition - d'Égypte, par laquelle il menaçait la route des Indes. - Le jeune général part avec trente mille hommes - pour conquérir un vaste et riche pays. Il - débarque à Alexandrie (1<sup>er</sup> juillet 1798), traverse - le désert et paraît devant les Pyramides, les plus - grands et les plus anciens monuments qui soient<span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">[Pg 173]</a></span> sortis de la main des hommes. «Songez, s'écria - Bonaparte, en les montrant à ses soldats, songez - que du haut de ces pyramides quarante siècles vous - contemplent!» Une brillante victoire disperse la - redoutable cavalerie des Mameluks. Bonaparte entre - au Caire et ne tarde pas à rester maître de - l'Égypte.</p> -<p>Il gouverne alors et administre sa conquête. Il - envoie de tous côtés des savants qu'il a amenés avec - lui pour étudier les monuments mystérieux de cette - terre, jadis si renommée. Puis il s'en va au-devant - des Turcs qui arrivent par la Syrie: il les bat à la - journée du Mont-Thabor. Mais il échoue au siège - de Saint-Jean-d'Acre, car la flotte anglaise protège - cette ville. La flotte française qui l'avait amené, - avait été détruite par les Anglais dans la rade - d'Aboukir. Bonaparte n'a plus aucune communication - avec la France. Les Anglais débarquent une - nouvelle armée turque à la pointe d'Aboukir. Bonaparte - n'attend point qu'elle attaque: il va au-devant - d'elle, la jette à la mer et la détruit (25 - juillet 1799). Bonaparte ayant appris les revers - de nos armées et l'agitation du pays, laissa son - armée à l'un de ses plus habiles lieutenants, Kléber, - et quitta l'Égypte seul. Il échappa aux croisières - anglaises, débarqua à Fréjus, arriva à Paris où il - ne tarda pas à renverser le Directoire et à se rendre - maître du gouvernement par le coup d'État du 18 et - du 19 brumaire (9 et 10 novembre 1799).</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">[Pg 174]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XVIII" id="CHAPITRE_XVIII">CHAPITRE XVIII</a></h2> -<h4>LE CONSULAT (1799-1804)</h4> -<p>Bonaparte organisa un nouveau gouvernement: - le <i>Consulat</i>. Trois <i>consuls</i> devaient exercer le pouvoir, - mais Bonaparte, nommé <i>Premier Consul</i>, concentra - en lui toute l'autorité. En quelques mois - l'administration fut réorganisée, les finances, l'armée, - tout fut remis en ordre sous l'impulsion vigoureuse - de Bonaparte, qui s'entendait à tout, aux - lois comme à la politique, aux chiffres comme aux - batailles.</p> -<p><b>La seconde campagne d'Italie.</b>—Le Premier - Consul ne perd point de temps pour relever au - dehors la France, menacée de perdre toutes ses - conquêtes. Les Autrichiens, en Italie, pressaient - dans Gênes l'intrépide Masséna qui soutenait une - lutte héroïque. La famine désolait la ville. Masséna - régla tellement les rations, recourut à tant d'expédients, - qu'on vécut là où d'autres seraient morts. - «Il nous fera manger jusqu'à nos bottes,» disaient - les soldats. Bonaparte se porte à son secours, et - pour surprendre l'ennemi, tente de franchir les - Alpes sur un point imprévu. Il choisit la route, à - peine praticable, du Grand Saint-Bernard (entre la - Suisse et l'Italie). Les troupes commencèrent à - monter dans la nuit du 14 au 15 mai (1800). Les<span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">[Pg 175]</a></span> vivres, les munitions passèrent à la suite des régiments; - mais l'obstacle c'était l'artillerie. On imagina - de partager par le milieu des troncs de sapins, - de les creuser, d'envelopper avec ces deux demi-troncs - une pièce d'artillerie et de la traîner ainsi - enveloppée le long des ravins. Des mulets furent - attelés à ce singulier fardeau; mais bientôt les mulets - manquèrent; les soldats s'attelèrent alors aux - pièces et les traînèrent. La musique jouait des airs - animés dans les passages difficiles et encourageait - les troupes à vaincre ces obstacles d'une nature si - nouvelle. Au sommet, l'armée trouva des vivres - préparés par les religieux du Saint-Bernard et après - quelque repos commença la descente, qui ne présentait - pas moins de difficultés que l'ascension.</p> -<p><b>Bataille de Marengo.</b>—En quelques jours, le - Premier Consul avait jeté au delà des Alpes quarante - mille Français. Vingt mille autres venaient - les rejoindre par d'autres passages. Toutefois il y - avait eu des retards qui amenèrent la chute de Gênes - où la famine était devenue extrême. Masséna obtint - les conditions les plus honorables. «Je serai - de retour dans quinze jours,» dit-il en rendant la - place. Bonaparte assura l'exécution de cette parole.</p> -<p>Le 14 juin 1800 il rencontra l'armée autrichienne - près de Marengo.</p> -<p>Obligé de disperser son monde dans la crainte de - voir l'ennemi lui échapper, le Premier Consul ne put - d'abord opposer que des forces inférieures aux - troupes autrichiennes. Jusqu'à trois heures il perdait - la bataille, mais il tient bon et ne recule que - pas à pas. Heureusement le général Desaix, récemment<span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">[Pg 176]</a></span> arrivé d'Égypte, avait été la veille détaché - avec sa division, dans une autre direction. Il entend - le bruit du canon; il descend de cheval, et - approche son oreille de la terre. Nul doute, une - bataille est engagée; son devoir est d'y courir; il - y court avec ses six mille hommes. Lorsqu'il arrive, - les généraux l'entourent. Bonaparte, qui persiste, - malgré l'avis de ses lieutenants, à poursuivre la - lutte, demande l'avis de Desaix. Celui-ci regarde - le champ de bataille: «La bataille est perdue, répond-il, - mais nous avons encore le temps d'en - gagner une.» Bonaparte ravi donne ses ordres. - «Enfants, cria-t-il, nous avons fait trop de pas en - arrière; le moment est venu de marcher en avant! - Rappelez-vous que mon habitude est de coucher sur - le champ de bataille.»</p> -<p>Le général autrichien, M. de Mélas, ne se doutait - point du désastre qui le menaçait. Il était rentré - dans Alexandrie et expédiait à son souverain des - courriers lui annonçant son triomphe. La division - Desaix s'avance et arrête les colonnes autrichiennes - sur la route. Le général lui-même s'élance à la - tête d'un régiment, mais dès les premières décharges - il tombe frappé à mort. Les soldats désespérés se - précipitent avec une véritable fureur sur les masses - profondes des Autrichiens que des charges de cavalerie - achèvent de mettre en déroute. L'armée - tout entière pleura Desaix et Napoléon le regretta - plus d'une fois dans le cours de ses longues - guerres.</p> -<p>Une autre victoire du général Moreau, en Allemagne, - força l'Autriche à signer la paix qui fut - conclue à Lunéville (1801). L'Angleterre elle-même,<span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">[Pg 177]</a></span> l'ennemie la plus acharnée qu'ait eue notre - Révolution, signa la paix d'Amiens (1802).</p> -<p><b>Organisation de la société nouvelle.</b>—Le Premier - Consul, dès qu'il put donner ses soins au gouvernement - intérieur, organisa la société nouvelle. - Il créa un système régulier d'administration, qui - dure encore. Il fit constituer la Banque de France, - qui est encore la plus importante de nos institutions - de crédit. Il régla la distribution de la justice et fit - rédiger le Code civil, recueil des lois qui protègent - encore aujourd'hui la famille et la propriété des - citoyens. Il signa, en 1802, avec le Pape, un traité, - le Concordat, qui décida le rétablissement en France - du culte catholique et d'après lequel sont encore - fixés les rapports de l'Église et de l'État.</p> -<p>Les anciens ordres de chevalerie supprimés furent - remplacés par l'Ordre de la <i>Légion d'honneur</i> auquel tout le monde pouvait prétendre sans distinction - de naissance ou de fortune. La croix d'honneur - brilla sur la poitrine du simple soldat comme - sur celle du général et signalait les services civils - aussi bien que les services militaires. Elle portait - une simple et noble devise: <i>Honneur et Patrie</i>.</p> -<p>En même temps, il encourageait l'agriculture, l'industrie, - le commerce, que tant d'années de troubles - avaient ruinés, et le pays, rassuré, oublia ses divisions - pour se remettre avec ardeur au travail qui - ramena la prospérité.</p> -<p>L'Angleterre, jalouse de voir la France s'agrandir, - relever sa marine et ses colonies, nous déclara - de nouveau la guerre en faisant saisir douze cents - navires français.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">[Pg 178]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XIX" id="CHAPITRE_XIX">CHAPITRE XIX</a></h2> -<h4>L'EMPIRE (1804-1815)</h4> -<p><b>Napoléon I<sup>er</sup>.</b>—Les complots sans cesse renaissants - favorisèrent d'ailleurs l'ambition du Premier - Consul. Déjà nommé consul à vie, il obtint le - rétablissement de la monarchie déclarée héréditaire - dans sa famille, et le Sénat renouvela pour lui le - titre romain d'empereur (18 mai 1804). Le général - Bonaparte était devenu Napoléon I<sup>er</sup>.</p> -<p>Napoléon cependant, pour attaquer l'Angleterre, - rassemble une armée à Boulogne et prépare tous les - moyens de la transporter en quelques heures au - delà de la Manche. Pour être maître de la mer - pendant quelques heures, il fallait l'arrivée d'une - flotte supérieure à celle des Anglais. Napoléon - apprit bientôt que sa flotte était retardée. De plus - l'Angleterre détourna le péril en soulevant de nouveau - le confinent et en déterminant l'Autriche et la - Russie à former une coalition. Obligé d'abandonner - son projet, Napoléon se retourna avec l'ardeur - de la colère contre les ennemis qu'il pouvait - saisir. Il frappa des coups décisifs.</p> -<p>Tandis que notre flotte essuyait un désastre sur - les côtes d'Espagne près du cap Trafalgar, l'empereur - transportait avec une rapidité merveilleuse - sa grande armée du camp de Boulogne en Allemagne.<span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">[Pg 179]</a></span> Il marcha sur Vienne où il entra sans - résistance. L'armée autrichienne s'était retirée en - Moravie pour se joindre à l'armée russe.</p> -<p><b>Bataille d'Austerlitz.</b>—Napoléon, sans perdre de - temps, était allé au-devant des deux armées russe - et autrichienne. Il se dirigea sur Brünn et arriva - en face de l'ennemi, non loin du village d'Austerlitz. - Ses forces étaient inférieures à celles des deux empereurs - d'Autriche et de Russie qui cherchaient à - lui couper la retraite. Napoléon devinait leur plan - comme s'il eût assisté à leurs conseils. Il les encouragea, - en feignant d'avoir peur, à poursuivre - les mouvements qu'ils avaient ordonnés de manière - à amener leurs troupes sur le champ de bataille - qu'il avait choisi.</p> -<p>Le 1<sup>er</sup> décembre 1805, au soir, voyant les Russes - quitter en masses serrées les hauteurs dont lui-même - convoitait la possession, il ne put s'empêcher de - s'écrier: «Cette armée est à moi!» Comme il parcourait - son camp, les soldats allumèrent des milliers - de torches, le saluant de leurs vivats et lui promettant - pour le lendemain, anniversaire de son couronnement, - une belle victoire. Ils tinrent parole.</p> -<p>Le 2 décembre, un soleil brillant qui avait dissipé - les brouillards du matin, éclaira un terrain affermi - par la gelée. La bataille s'engagea et ne fut qu'une - série de manœuvres précises par lesquelles l'armée - alliée fut coupée en plusieurs tronçons. Les Français - s'établirent en maîtres sur les hauteurs que les - Russes avaient abandonnées et plusieurs divisions - russes se trouvèrent enveloppées dans une étroite - vallée que fermaient des étangs. Les Russes cherchèrent - à s'échapper par ces étangs recouverts de<span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">[Pg 180]</a></span> glace: les boulets brisèrent la glace et un grand - nombre de fuyards périrent. Les armées russe et - autrichienne étaient tellement défaites que l'empereur - d'Autriche se hâta de demander une entrevue - au vainquer, aux avant-postes.</p> -<p>Un armistice fut conclu; l'armée russe eut la - liberté de se retirer et la paix de Presbourg termina - la guerre (26 décembre 1805).</p> -<p><b>Guerre contre la Prusse et la Russie.</b>—La - Prusse qui n'avait pas osé se joindre aux coalisés, - engagea seule, l'année suivante, la lutte contre Napoléon. - Tandis que les Prussiens se dirigeaient - vers le Rhin, l'empereur, les trompant, se dirigea - vers l'Elbe pour leur couper la retraite. L'armée - prussienne revint en toute hâte sur ses pas, divisée - en deux corps. Napoléon écrasa un de ces corps - d'armée à la fameuse journée d'Iéna (14 octobre - 1806), tandis que l'autre corps d'armée était défait, - le même jour par le maréchal Davout, près du village - d'Auerstaedt. L'armée prussienne, complètement - dispersée, n'existait plus. Cependant les Russes - arrivaient au secours des Prussiens. Napoléon - alla au-devant d'eux. Les Russes voulurent le surprendre - pendant l'hiver; il les repoussa et leur - livra dans un pays couvert de neige (8 février 1807) - la sanglante bataille d'Eylau. Un de nos corps - d'armée s'égara, aveuglé par la neige qui tombait - en abondance et se fit écraser, ce qui causa un - moment un grand désordre et faillit compromettre - le succès.</p> -<p>La campagne d'été fut courte et brillante. Les - Russes avaient reformé une nouvelle armée et revenaient - conduits par l'empereur Alexandre lui-même.<span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">[Pg 181]</a></span> Ils furent écrasés à Friedland (14 juin - 1807).</p> -<p>Alexandre, bien vaincu cette fois, demanda la - paix et l'obtint à l'entrevue de Tilsitt sur un radeau - construit au milieu du Niémen. Il renonçait à une - partie de la Pologne et s'engageait à fermer ses - ports aux Anglais. Napoléon rendit au roi de - Prusse son royaume, mais mutilé. Des provinces - du Rhin, il forma pour son frère Jérôme le royaume - de Westphalie. Un des frères de l'empereur, Joseph, - occupait déjà le trône de Naples; les autres membres - de sa famille avaient des principautés et il en - donnait à ses plus habiles ministres, formant ainsi - à l'Empire une ceinture de monarchies vassales.</p> -<p>L'Empire s'agrandit encore de la Hollande, qu'un - des frères de Napoléon, Louis, gouvernait en qualité - de roi, mais où il refusait d'appliquer des - mesures rigoureuses qui ruinaient le commerce du - pays. L'empereur ne souffrait plus d'obstacle à - sa volonté: il réunit la Hollande à la France (juillet - 1810). L'empire français compta alors 130 départements. - Un des maréchaux de Napoléon, Bernadotte, - était désigné comme prince héritier de la - Suède. La Prusse, mutilée, n'existait que parce - qu'il l'avait bien voulu; il s'attachait l'Autriche par - une alliance de famille.</p> -<p><b>Mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche.</b>—De - son mariage avec Joséphine de Beauharnais, - Napoléon n'avait pas d'enfant; malgré son - affection pour Eugène Beauharnais, qu'il avait - adopté et créé vice-roi d'Italie, il ne voulait pas le - déclarer son héritier. Il fit annuler son mariage - avec Joséphine, divorce qu'on n'approuva point et<span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">[Pg 182]</a></span> qui parut un divorce avec le bonheur. Il demanda - à l'empereur d'Autriche la main de l'archiduchesse - Marie-Louise (1810) et fit asseoir sur son trône, - à ses côtés, une fille des Césars. Un fils lui étant - né le 20 mars 1811, l'empereur le décora du nom - de roi de Rome.</p> -<p>Napoléon était alors à l'apogée de la puissance - et de la gloire. Rien ne résistait plus à ses volontés. - Les grands corps de l'État restaient muets ou ne - parlaient que pour applaudir aux vastes projets du - maître et exalter ses succès. L'empereur s'efforçait - de se faire pardonner ce gouvernement arbitraire - en développant toutes les ressources de la - prospérité publique. Il perfectionnait le système - financier, la Banque de France, promulguait le <i>Code - de Commerce</i>.</p> -<p>Il entreprenait de grands travaux d'art ou d'utilité - générale en France et dans les pays annexés: - la colonne Vendôme, l'arc de triomphe de l'Étoile, - l'achèvement du Louvre et des Tuileries, des fontaines, - des canaux, des routes, etc. Il encouragea - aussi l'industrie et créa le Conseil général des - fabriques et manufactures. Le blocus continental, - qui écartait du continent les produits de l'industrie - anglaise, fit naître des industries nouvelles. Par - un décret du 15 janvier 1812, Napoléon destina cent - mille hectares de terrain à la culture des betteraves, - pour la fabrication du sucre indigène, qui devait - remplacer le sucre des colonies.</p> -<p>Napoléon favorisa surtout l'application des sciences - utiles à l'industrie. Il honora et récompensa - les savants aussi bien que les manufacturiers.</p> -<p>On vit naître deux sciences nouvelles: la géologie,<span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">[Pg 183]</a></span> ou histoire naturelle de la terre, et la paléontologie, - science qui traite d'animaux et végétaux disparus, - dont les débris sont enfouis dans la terre. La littérature - et les arts pourtant, ne brillèrent pas du - même éclat à cette époque.</p> -<p><b>Campagne de Russie.</b>—La France, malgré cette - prospérité, avait besoin de repos et d'un gouvernement - moins despotique. Mais Napoléon, résolu à - dominer l'Europe entière, rompit avec la Russie et - voulut aller à Moscou. Cette témérité le perdit.</p> -<p>La Russie n'exécutait qu'à moitié le blocus ordonné - contre les Anglais. Napoléon lui déclara - la guerre tandis que ses meilleurs soldats étaient - encore occupés à soumettre l'Espagne. Il marcha - vers le Niémen à la tête de six cent quarante mille - hommes de toute nation: il entraînait pour ainsi - dire toute l'Europe à sa suite (1812).</p> -<p>Il franchit le Niémen, le 24 juin, entra à Wilna, - où il s'arrêta trop longtemps, s'empara de Smolensk, - après un combat acharné (17 août).</p> -<p>Les Russes reculaient toujours, dévastant le pays. - Cependant le général Kutusoff décida à livrer - une bataille sur les bords de la Moskowa, à Borodino - (7 septembre 1812). Ce fut un des plus terribles - chocs des temps modernes. L'action dura - toute la journée, mais les Russes se retirèrent horriblement - maltraités.</p> -<p><b>Les Français à Moscou.</b>—Cette victoire, bien - qu'elle eût coûté cher, ouvrait la route de Moscou; - l'armée se dirigea vers cette fameuse capitale. Le - 14 septembre elle dépassa la dernière hauteur qui - lui dérobait la vieille cité russe. Les soldats, émus - au spectacle grandiose qui se déroulait devant leurs<span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">[Pg 184]</a></span> yeux, s'arrêtèrent en criant: «Moscou! Moscou!» - Moitié européenne, moitié asiatique, demi-orientale - et demi-grecque, Moscou, ville immense, sur la - limite de la civilisation et de la barbarie, offrait le - mélange le plus singulier de palais, d'églises, de - dômes dorés étincelant aux rayons d'un soleil d'automne, - de jardins, de bosquets, de maisons aux toits - brillant de couleurs variées, et de pauvres cabanes - tartares. Bien des soldats avaient vu le Caire, les - Pyramides, Milan, Vienne, Berlin, Madrid: Moscou - surprenait ces hommes déshabitués de l'étonnement. - L'armée défila, ivre d'enthousiasme, et entra dans - la cité sainte des Russes.</p> -<p>La joie fut courte. La ville était déserte et - morne: toute la population avait fui à la suite de - l'armée russe. Dans la nuit du 15 au 16 septembre, - un immense incendie éclata, allumé par les bandits - qu'avait laissés le gouverneur Rostopchine. Un vent - furieux vint aider les incendiaires, et, changeant - presque chaque jour, porta tour à tour les flammes - dans les différents quartiers de la ville. Trois - jours et trois nuits, Moscou présenta l'aspect d'un - horrible brasier, dont l'armée eut beaucoup de peine - à sortir; les flammes ne s'arrêtèrent qu'après avoir - dévoré les quatre cinquièmes de cette opulente cité - où les soldats espéraient trouver, sinon la paix, du - moins le repos pendant l'hiver. Cet acte sauvage - indiquait assez à quelle nation on faisait la guerre. - Napoléon néanmoins engagea des négociations. Il - perdit un temps précieux, croyant toujours que l'empereur - Alexandre traiterait. Mais Alexandre ne - pensait qu'à le jouer, comptant pour nous chasser - sur son allié favori, l'hiver.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">[Pg 185]</a></span></p> -<p><b>La retraite de Russie.</b>—Cet allié fut plus fidèle - encore qu'à l'ordinaire et plus énergique. Napoléon - se décida enfin à partir le 15 octobre. Dès le - 23 le mauvais temps commença. Le 9 novembre le - ciel, sur lequel on avait tant compté, se déclara - contre nous. La neige tomba. Tout alors est confondu - et méconnaissable; on marche sans savoir où - l'on est, sans apercevoir son but; les flocons de - neige, poussés par le tempête, s'amoncellent et s'arrêtent - dans toutes les cavités; la surface cache des - profondeurs inconnues qui s'ouvrent perfidement - sous nos pas. Là le soldat s'engouffre, et les plus - faibles s'abandonnant y restent souvent ensevelis. - L'hiver russe attaque les soldats de toutes parts; - il pénètre au travers de leurs légers vêtements et de - leur chaussure déchirée; leurs habits mouillés se - gèlent sur eux; devant eux, autour d'eux, tout est - neige; c'est comme un grand linceul dont la nature - enveloppe l'armée! Les seuls objets qui se voient, - ce sont de sombres sapins avec leur funèbre verdure, - et la gigantesque immobilité de leurs tiges noires, - et leur grande tristesse qui complète cet aspect désolé - d'un deuil général, d'une nature sauvage et - d'une armée mourante au milieu d'une nature morte.</p> -<p>A Smolensk, on ne trouva ni les vivres ni les - secours espérés. Tout était pillé. On ne put s'y - arrêter. Il fallut poursuivre cette retraite, de plus - en plus désastreuse à mesure que le froid devenait - plus rigoureux et que l'ennemi se rapprochait. Il - fallait acheter par des combats une route couverte - de neige. Ney à l'arrière-garde protégeait de son - solide courage toute l'armée. Des lignes de cadavres - marquaient les bivouacs. Depuis longtemps<span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">[Pg 186]</a></span> on laissait les canons faute de chevaux, et, ce qui - est plus triste, les blessés. Presque toute la cavalerie - était à pied. Les rangs étaient abandonnés, - et une foule désarmée, souffrante, suivait les régiments - qui conservaient encore quelque organisation - et quelque discipline. Ce fut cette foule accrue des - marchands et des vivandiers qui occasionna l'encombrement - des ponts au passage de la Bérésina, - et fut en partie sacrifiée pour le salut de l'armée, - car on se vit obligé de rompre les ponts à l'arrivée - de l'ennemi. Des scènes douloureuses se produisirent - alors (28 novembre) et sont restées célèbres - sous le titre de passage de la Bérésina.</p> -<p>A Smorgoni, Napoléon quitta l'armée pour prévenir - à Paris la nouvelle de son désastre. Il traversa - l'Allemagne incognito et arriva aux Tuileries, - lorsqu'on commençait seulement à connaître quelque - chose de l'horrible vérité. Après son départ, la - retraite devint plus désastreuse. Le froid redoubla. - Le 9 décembre on arriva à Wilna, mais sans pouvoir - s'y arrêter. Il fallut reculer jusqu'au Niémen, - et c'est à peine si une poignée de soldats, débris - d'une armée de 400,000 hommes, repassa ce fleuve.</p> -<p><b>Campagnes d'Allemagne et de France.</b>—Ce - désastre porta un coup mortel à la puissance de - Napoléon. Dès qu'on vit son armée détruite par le - froid, les défections commencèrent. La Prusse d'abord - se souleva. Même le prince de Suède, un - maréchal de l'Empire, Bernadotte, entra dans la coalition. - Napoléon, cependant, réussit à recomposer - une armée de deux cent mille hommes avec les - troupes laissées en Allemagne et les conscrits de - France.</p> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">[Pg 187]</a></span></p> -<p>Trois armées, prussienne, russe, autrichienne, se - dirigent sur Dresde. Napoléon leur fait face. Le - 26 et le 27 août, il livre une grande bataille à Dresde - et remporte une sanglante victoire. Mais les lieutenants - de Napoléon se laissent battre, et bientôt l'empereur - voit trois cent mille coalisés se réunir contre - lui près de Leipzig. Pendant trois jours Napoléon - arrête, tour à tour, chacune des armées ennemies. - Malgré l'héroïsme de ses soldats il ne peut continuer - cette lutte inégale. Il fallut reculer encore et reculer - jusqu'en France.</p> -<p>La France à son tour fut envahie. Trois masses - énormes formant un total de quatre cent mille - hommes arrivent par la Hollande et la Belgique, - par la Moselle, par la Bourgogne, et convergent - vers Paris. Devant ce danger Napoléon retrouve - son activité d'Italie: il déploie dans cette lutte suprême - un génie qui excite l'admiration. Avec une - poignée de soldats aguerris, trois mois il tient tête - à la coalition et frappe des coups énergiques. Les - alliés négocient; mais ils n'offrent à l'empereur - que les limites de 1789. Napoléon s'indigne: - «Voulez-vous que j'abandonne les conquêtes qui - ont été faites avant moi, s'écrie-t-il, que je laisse la - France plus petite que je l'ai trouvée! jamais!» - Nouveaux combats et nouveaux succès, mais les - armées alliées se réunissent toujours et, après la - bataille indécise d'Arcis-sur-Aube (20 et 21 mars), - marchent sur la capitale. D'héroïques soldats résistent, - autant qu'ils peuvent, aux 180,000 hommes - qui les attaquent; ils sont écrasés par le nombre. - Paris capitule (31 mars), et on demanda à l'empereur - son abdication. Abandonné de ses généraux,<span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">[Pg 188]</a></span> il la signa enfin, plein de douleur (6 avril). - Un traité lui assurait la souveraineté dérisoire de - l'île d'Elbe. Avant de partir, Napoléon composa - un bataillon d'hommes et d'officiers de différents - corps de la garde, bataillon qui devait l'accompagner; - puis, dans la cour du palais de Fontainebleau, - il fit aux régiments qui demeuraient de touchants - adieux. Puis il partit, accompagné de quelques - serviteurs fidèles, pour un exil qui, dans sa - pensée, n'était point définitif.</p> -<p><b>Première restauration des Bourbons.</b>—Les - Bourbons revinrent dans cette France entièrement - renouvelée à laquelle ils parurent des étrangers. - Louis XVIII regardait comme nul tout ce qui s'était - fait en son absence et appelait 1814 la dix-neuvième - année de son règne. L'arrogance des - émigrés, leur prétention de détruire toutes les conquêtes - de 1789, excitèrent de vifs mécontentements. - On regarda du côté de l'île d'Elbe, où avait été - relégué le puissant empereur. Napoléon comprit - qu'on l'appelait. Il arriva.</p> -<p>Échappant à la vigilance des croisières anglaises, - il débarque le 1<sup>er</sup> mars 1815 avec son bataillon de - grenadiers de la garde, au golfe Jouan, près de - Cannes, et arrive à Grenoble, où le colonel Labédoyère - se rallia à lui. Il poursuivit sa marche - triomphale de Grenoble à Lyon, de Lyon à Paris. - Le 20 mars 1815 Napoléon rentrait aux Tuileries, - que Louis XVIII avait quittées pour s'enfuir en - Belgique.</p> -<p>Instruit par le malheur, Napoléon déclara qu'il - allait satisfaire les désirs de liberté qu'il avait trop - méconnus. Mais Napoléon remontant sur le trône<span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">[Pg 189]</a></span> fut un sujet d'effroi pour l'Europe. Les souverains - resserrèrent leur alliance et mirent en mouvement - leurs armées.</p> -<p><b>Bataille de Waterloo.</b>—Napoléon, en quelques - mois, avait aussi réorganisé son armée et entra en - Belgique, à la tête de cent trente mille hommes. Il - battit les Prussiens à Fleurus et à Ligny (16 juin). - Mais il fallait aussi arrêter les Anglais. Il les - attaqua le 18 juin 1815 au plateau du Mont-Saint-Jean, - près du village de Waterloo. Le maréchal - Grouchy était chargé de poursuivre les Prussiens - et de les empêcher de secourir les Anglais. Ney - entraîna par son ardeur la cavalerie, qui exécuta - des charges répétées. Ce furent des scènes grandioses, - telles qu'on n'en avait point vu. Les cuirassiers - surtout firent des prodiges. Napoléon se préparait - à soutenir ces belles charges par son infanterie, - lorsque les Prussiens arrivèrent. Bülow débouchait - sur la droite avec 30,000 ennemis, quand, - à sa place, on espérait Grouchy avec 30,000 Français. - Il fallut leur faire face.</p> -<p>Toutefois le combat se soutenait, les Prussiens - furent refoulés. Ney entraîne une seconde fois - toute la cavalerie sur le plateau du Mont-Saint-Jean, - que Wellington a repris et qu'il veut défendre jusqu'à - la dernière extrémité; il sait qu'il sera secouru. - Dix mille cavaliers se précipitent avec furie sur les - bataillons anglais formés en carrés, les entament, - les ouvrent, s'emparent des canons. Déjà les Anglais - se débandent, et Wellington inquiet ne sait si - les Prussiens auront le temps de paraître. Il est - sept heures du soir. Ney demande toujours de l'infanterie; - «De l'infanterie! Où voulez-vous que<span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">[Pg 190]</a></span> j'en prenne? Voulez-vous que j'en fasse?» répond - Napoléon obligé de tenir tête aux Prussiens. - Toutefois, ceux-ci avaient décidément reculé. Napoléon - forme une colonne de bataillons de la garde, - destinée à enfoncer le centre des Anglais. Elle est - à peine organisée que le reste de l'armée prussienne - avec Blücher se montre sur l'extrême droite: et - Grouchy ne vient point! Napoléon ordonne d'attaquer - avec quatre bataillons seulement. Peut-être - aura-t-il le temps de percer les Anglais. Tout cède - devant les redoutables bataillons que Ney dirige - avec l'entrain du désespoir. On entoure Wellington, - on lui demande ses instructions, s'il est tué. - «Mes instructions, répond-il, c'est de tenir ici jusqu'au - dernier homme.» Il mérita bien, ce jour-là, - par sa froide ténacité, le surnom de <i>Duc de fer</i>. Des - soldats de réserve, couchés dans les blés, se lèvent - tout à coup, et leur feu subit, meurtrier, met le désordre - dans les rangs des Français, qui plient.</p> -<p>Il est huit heures. On pourrait renouveler l'attaque - avec les huit bataillons qui restent, mais - Blücher arrive et tourne notre aile droite. La - vieille garde n'a plus qu'une mission à remplir: c'est - de jeter sur cet immense désastre un peu de gloire, - par son sublime héroïsme. Elle protège la déroute - de l'armée, qui s'enfuit, vivement poursuivie. Décimés, - les bataillons de vétérans se sacrifient pour le - salut de tous. Ils se forment en carrés qui rétrogradent - en combattant: plusieurs sont détruits. - «La garde meurt et ne se rend pas,» noble parole - qui fut réellement prononcée et admirablement - tenue. Napoléon, entouré par les débris de sa - garde, fut entraîné, la mort dans l'âme, loin de ce<span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">[Pg 191]</a></span> funeste champ de bataille de Waterloo où venait de - s'abîmer sa merveilleuse carrière.</p> -<p>Napoléon se hâta d'accourir à Paris, croyant y - trouver un appui. Se voyant abandonné, il abdiqua - en faveur de son fils. Mais les alliés arrivèrent, - rappelèrent Louis XVIII et n'accordèrent la paix - qu'aux conditions les plus onéreuses. Les traités - de 1815 ramenèrent la France, au nord et à l'est, en - deçà des limites de 1789. Elle perdait non seulement - les conquêtes de l'Empire, mais encore toutes - celles de la République et même quelques-unes de - l'ancienne monarchie.</p> -<p>Hors du continent, la France renonçait à la plupart - des colonies que l'Angleterre avait prises pendant - la guerre. L'Angleterre restait la plus grande - puissance maritime. La Russie obtenait presque - toute la Pologne. L'Autriche dominait l'Italie. - La Prusse recouvrait ses anciennes provinces et recevait - la rive gauche du Rhin. La Belgique, réunie - à la Hollande, formait un royaume des Pays-Bas, - destiné à servir de barrière contre la France. Partout - les alliés de la France, les faibles, étaient - écrasés.</p> -<p><b>Napoléon à Sainte-Hélène.</b>—Napoléon avait demandé - à l'Angleterre l'hospitalité et était passé - librement sur un vaisseau anglais: on le déclara prisonnier - et on l'envoya sur un îlot de l'océan Atlantique, - à Sainte-Hélène, dans la zone torride. Là - encore on sembla vouloir le tuer lentement. Au lieu - de lui abandonner le château du gouverneur, situé - dans une fraîche vallée, on choisit pour sa demeure - un plateau brûlé par le soleil et désolé par les vents. - Une limite fut tracée aux promenades de celui qui<span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">[Pg 192]</a></span> avait l'habitude de parcourir l'Europe. Hors de - ces limites, Napoléon ne pouvait aller à cheval sans - être suivi. Aussi, pour éviter cette gêne odieuse, - se livrait-il le moins possible à l'exercice du cheval, - nécessaire à sa santé. Les généraux Bertrand, - Gourgaud et Montholon avec leurs familles faisaient - tous leurs efforts pour adoucir ses peines; ils - n'y parvenaient pas. Ne voulant plus monter à - cheval, il se livra à l'exercice du jardinage et éleva - des épaulements en terre pour protéger sa demeure - contre les vents. En costume de planteur, on le - voyait avec ses compagnons surveiller la culture de - son jardin, et combattre encore la nature de ce roc - stérile sur lequel on ne lui épargnait pas les humiliations.</p> -<p>En 1821, dans les premiers jours de mai, une - maladie qui faisait souffrir Napoléon depuis plusieurs - années et que le climat avait développée, fit - des progrès alarmants. Le 3, le délire commença, - et à travers ses paroles entrecoupées on saisit ces - mots: «Mon fils... l'armée... Desaix...» On - eût dit, à une certaine agitation, qu'il avait une dernière - vision de la bataille de Marengo regagnée par - Desaix. Le 4, l'agonie dura sans interruption. Le - temps était horrible; un ouragan des tropiques déchaînait - sa fureur sur l'île et y déracinait quelques-uns - des grands arbres. Enfin, le 5 mai on ne douta - plus que le dernier jour de cette existence extraordinaire - ne fût arrivé. Tous les serviteurs de - Napoléon, agenouillés autour de son lit, épiaient - les dernières lueurs de la vie. Ce jour-là, le temps - était redevenu calme et serein. Vers cinq heures - quarante-cinq minutes, juste au moment où le soleil<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">[Pg 193]</a></span> se couchait dans des flots de lumière et où le canon - anglais donnait le signal de la retraite, les nombreux - témoins qui observaient le mourant s'aperçurent - qu'il ne respirait plus, et s'écrièrent qu'il - était mort.</p> -<p>Napoléon avait alors cinquante-deux ans. On - l'enterra dans l'île, près d'une fontaine qu'il affectionnait. - Il avait, dans son testament, exprimé le - désir d'être enterré «sur les bords de la Seine, au - milieu de ce peuple français qu'il avait tant aimé.» - Ce dernier vœu fut réalisé en 1840, et les restes de - Napoléon reposent maintenant dans l'Hôtel des Invalides - à Paris.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">[Pg 194]</a></span></p> -<h2><a name="CHAPITRE_XX" id="CHAPITRE_XX">CHAPITRE XX</a></h2> -<h4>LA FRANCE DEPUIS 1815</h4> -<p><b>La Restauration; Louis XVIII (1815-1824).</b>—Une - invasion plus funeste que celle de 1814 se continua - pendant plus de trois mois après la bataille de - Waterloo. Les Prussiens occupaient Paris, les Anglais - tenaient les environs de la capitale. Pendant - trois ans une partie de la France resta occupée par - les troupes étrangères.</p> -<p>La Chambre des députés voulait rétablir l'ancien - régime, et Louis XVIII se vit obligé lui-même de - la dissoudre. Il s'efforçait de réconcilier les classes - divisées par une révolution si profonde: il comprenait - que la royauté devait se rattacher la société - nouvelle et non la combattre. L'assassinat du duc - de Berry (13 février 1820), neveu du roi et alors - dernier héritier du trône, rejeta le gouvernement - dans les bras des royalistes exaltés. Les rigueurs - recommencèrent et provoquèrent des conspirations - qui amenèrent de nouveaux supplices.</p> -<p>Afin de regagner l'armée et pour défendre au - dehors comme au dedans le principe de l'autorité - royale, le gouvernement entreprit l'expédition d'Espagne - pour rétablir sur le trône le roi Ferdinand - VII, qui avait été renversé par son peuple et se - trouvait dans une situation analogue à celle où<span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">[Pg 195]</a></span> s'était trouvé Louis XVI. L'armée française, - commandée par les maréchaux et les généraux expérimentés - de l'Empire, pacifia rapidement toute - l'Espagne.</p> -<p>L'année suivante, Louis XVIII, qui avait eu à - traverser les temps les plus difficiles, acheva paisiblement - son règne.</p> -<p><b>Charles X (1824-1830).</b>—Son frère Charles lui - succéda. Charles X avait alors soixante-sept ans: - le duc de Bordeaux était son petit-fils, et tout semblait - l'inviter à continuer, après les secousses violentes - des trente dernières années, la politique de - Louis XVIII. Il n'en fit rien. C'était lui qui, en - 1789, avait donné le signal de l'émigration, et il - disait en parlant de La Fayette, un des principaux - chefs du parti libéral et l'un des premiers acteurs - de la Révolution: «Il n'y a que M. de La Fayette - et moi qui n'ayons pas changé depuis 1789.» Un - moment il céda à l'opinion en prenant des ministres - modérés, mais il revint presque aussitôt aux vieilles - théories de pouvoir absolu, et se crut assez fort en - 1830 pour déchirer la Charte consentie par Louis - XVIII.</p> -<p>Une révolution éclata et une bataille de trois - jours s'engagea dans les rues de Paris, 26, 27 et 28 - juillet 1830. Charles X abdiqua en faveur de son - petit-fils le duc de Bordeaux, mais trop tard, et - s'embarqua à Cherbourg, partant pour un dernier - et nouvel exil. Les Chambres donnèrent la couronne - à Louis-Philippe d'Orléans. La France reprit - le drapeau tricolore.</p> -<p><b>Règne de Louis-Philippe I<sup>er</sup> (1830-1848).</b>—Le nouveau <span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">[Pg 196]</a></span>roi, Louis-Philippe I<sup>er</sup>, rassurait par sa politique - libérale la société, qui ne craignait plus de - retour en arrière. Mais les partis ne désarmaient - point, et le règne de Louis-Philippe fut fort troublé - jusqu'en 1840; à plusieurs reprises, des insurrections - ensanglantèrent les rues de Paris et de Lyon. - Des attentats sans cesse répétés contre la vie du roi - perpétuaient l'inquiétude.</p> -<p>Louis-Philippe, cependant, parvint à triompher - de toutes les agitations: il maintenait au dehors la - paix de l'Europe, mais on lui reprochait d'acheter - cette paix par de trop grandes concessions. L'industrie - et le commerce, qui, depuis le commencement - du siècle, avaient pris un essor rapide, avaient - accru l'importance de la population ouvrière, dont - le gouvernement ne se préoccupait pas assez. Deux - maîtres en l'art de la parole et en l'art d'écrire, - M. Thiers et M. Guizot, se disputaient sans cesse - le pouvoir, et leur rivalité fut le grand événement - d'un règne où les luttes de la tribune tinrent la place - principale. Tandis que les amis mêmes de la - royauté réclamaient de justes réformes, ses ennemis - se préparaient à profiter de ces divisions. Une - émeute commencée aux cris de Vive la réforme! - devint bientôt, le 24 février 1848, une révolution - d'où sortit pour la seconde fois la République. - Louis-Philippe n'essaya même pas de lutter; comme - Charles X, il abdiqua en faveur de son petit-fils le - comte de Paris, mais trop tard aussi, et il dut s'enfuir - en Angleterre, où il mourut deux ans après.</p> -<p><b>Conquête de l'Algérie.</b>—La plus grande œuvre - et le plus beau résultat du règne de Louis-Philippe, - ce fut la conquête de l'Algérie. La colonie s'est - développée, et la France possède ainsi sur la côte<span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">[Pg 197]</a></span> d'Afrique un vaste territoire très fertile qui compte - trois millions d'habitants.</p> -<p><b>République de 1848: le suffrage universel.</b>—La - révolution de février 1848 assurait le triomphe - de la République. Le gouvernement provisoire, - qu'on établit d'abord à l'Hôtel de ville, voulut tout - de suite marquer la portée de la nouvelle révolution - par des mesures libérales. Il abolit la peine de - mort en matière politique et, dès le 2 mars, proclama - le suffrage universel. Le 27 avril, il proclama - également l'abolition de l'esclavage dans les - colonies.</p> -<p>La Constitution nouvelle donnait le pouvoir à un - Président élu pour quatre ans et à une Assemblée - législative. L'Assemblée et le Président devaient - être nommés par le suffrage universel. Cinq millions - de suffrages désignèrent pour la présidence - le prince Louis-Napoléon, dont le nom entraîna les - populations des campagnes. Deux fois déjà, sous - le règne de Louis-Philippe, il avait tenté de s'emparer - du pouvoir: deux fois il avait échoué. Devenu - président de la République, il s'appliqua à préparer - son avènement à l'Empire.</p> -<p>Louis-Napoléon s'appuya d'abord sur les anciens - partis monarchiques, et commença une véritable - réaction contre les doctrines républicaines. Mais - bientôt il se sépara des monarchistes, qui ne voulaient - point l'accepter pour souverain. Afin de se - faire réélire, il demanda la revision de la Constitution, - mais tous les partis se réunirent contre lui et - repoussèrent la revision de la Constitution. Alors - le Président songea à recourir à la force.</p> -<p><b>Coup d'État du 2 décembre 1851.</b>—Le 2 décembre<span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">[Pg 198]</a></span> 1851, il fit arrêter les députés les plus influents - du parti républicain et des partis monarchiques, - occuper Paris militairement, fermer la salle - des séances de l'Assemblée. Il détruisait lui-même - la Constitution, qu'il avait fait serment et qu'il avait - pour mission de maintenir. La résistance qui s'organisa - à Paris, échoua devant l'attitude des troupes - dont le Président s'était assuré le concours. Des - transportations sans jugement éloignèrent les ennemis - du nouvel ordre de choses. Sept millions et - demi de suffrages (20 et 21 décembre) confièrent - à Louis-Napoléon la présidence pour dix ans.</p> -<p>Louis-Napoléon se hâta alors de publier une - Constitution (14 janvier 1852). L'autorité effective, - la pleine puissance était concentrée entre les - mains du Président. Le pouvoir législatif était - exercé par le <i>Corps législatif</i> et le <i>Sénat</i>. Louis-Napoléon - se fit enfin, après un nouveau plébiscite,<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a> proclamer empereur des Français (2 décembre - 1852).</p> -<p><b>La guerre d'Orient.</b>—Bien qu'il eût prononcé, - pour rassurer l'Europe, ces mots fameux: «L'Empire, - c'est la paix,» Napoléon III ne craignit pas - d'inaugurer son règne par une grande guerre. Le - tsar de Russie, Nicolas, avait envahi les provinces - du Danube, le 3 juillet 1853. Napoléon III s'allia - alors avec l'Angleterre pour s'opposer aux projets - ambitieux du tsar.</p> -<p>Une flotte anglo-française alla dans la mer Baltique. - Une armée française fut transportée en - Turquie, où les troupes anglaises la rejoignirent.<span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">[Pg 199]</a></span> Les généraux alliés, ne voulant point se lancer à - la poursuite des armées russes au delà du Danube, - se décidèrent à attaquer Sébastopol, son principal - arsenal, menace perpétuelle pour Constantinople. Le - 14 septembre 1854, le corps expéditionnaire, dirigé - par le maréchal Saint-Arnaud et lord Raglan, débarqua - en Crimée. Les Russes, retranchés derrière - le petit fleuve de l'Alma, sur des hauteurs - hérissées d'artillerie, comptaient nous rejeter dans - la mer. Grâce à l'élan, à l'agilité des soldats français, - les hauteurs furent escaladées, les Russes - tournés, refoulés: ce fut une victoire décisive et - brillante (20 septembre 1854).</p> -<p>La victoire de l'Alma ouvrait la route de Sébastopol, - dont le siège commença (octobre 1854) sous - les ordres du général Canrobert, puis du général - Pélissier. Il fallut creuser des tranchées dans un - terrain rempli de rochers; les armées opéraient à - cinq cents lieues de leur pays, attendant le plus souvent - leur matériel et leurs provisions, livrés à la - merci des vents impétueux qui soufflent dans la - mer Noire.</p> -<p>Survint un hiver des plus rigoureux. Dans les - tranchées les souffrances étaient affreuses, et il - fallait travailler, combattre. Au mois de mars 1855 - l'empereur Nicolas mourut, mais son fils, Alexandre - II, continua la guerre. Alors les alliés poussèrent - le siège avec une nouvelle vigueur.</p> -<p>Après un bombardement terrible, la tour Malakoff, - qui était devenue, grâce aux travaux des - Russes, une citadelle redoutable, fut attaquée le - 8 septembre, tandis que le reste de l'armée s'élançait - sur les bastions voisins. Malgré un feu épouvantable<span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">[Pg 200]</a></span> et plusieurs retours offensifs, la division - du général de Mac-Mahon demeura maîtresse de la - tour Malakoff, qui n'était plus qu'un amas de décombres. - Le grand résultat était obtenu: Malakoff - pris, Sébastopol tombait au pouvoir des Français.</p> -<p>Ce magnifique succès termina la guerre. Un - congrès se réunit à Paris; la paix fut signée le - 30 mars 1856, et la Russie perdait le fruit de longues - années de travail et d'énormes dépenses.</p> -<p><b>Guerre d'Italie (1859).</b>—Après la Russie, Napoléon - voulait abaisser l'Autriche et délivrer l'Italie, - dont le nord appartenait depuis 1815 aux Autrichiens. - Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, - et surtout son ministre, le comte de Cavour, entraînèrent - Napoléon à cette guerre, qui fut populaire - et brillante.</p> -<p>Les Français battirent les Autrichiens à Montebello - (20 mai 1859) et encore au village de Magenta - (4 juin).</p> -<p>Les Autrichiens semblèrent alors abandonner la - Lombardie, mais, quand l'armée française approcha - des bords du Mincio, elle vit tout à coup les hauteurs - voisines de cette rivière couvertes d'ennemis. - Les Français, sous un soleil ardent, s'élancèrent à - l'assaut des hauteurs de Solferino et de Cavriana - (24 juin), et s'en emparèrent après une lutte acharnée. - Un orage qui éclata empêcha les Français - de changer en déroute la défaite des Autrichiens, - qui purent se retirer au delà du Mincio.</p> -<p>On se répétait encore les derniers détails de la - journée de Solferino, lorsque le télégraphe annonça - tout à coup la conclusion de la paix. Une entrevue - eut lieu à Villafranca, entre l'empereur d'Autriche<span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">[Pg 201]</a></span> François-Joseph et l'empereur Napoléon III. Les - deux souverains signèrent les préliminaires de la - paix: l'empereur d'Autriche cédait la Lombardie à - Napoléon III, qui la remettait au roi Victor-Emmanuel. - L'Italie centrale demanda à s'unir au - Piémont et, par une suite de révolutions, d'invasions - successives, le Piémont devint le maître de la - péninsule. Le royaume de Sardaigne se transforma - en royaume d'Italie. L'unité italienne fut - faite.</p> -<p>Dès 1860 la France, à raison de ces changements, - avait réclamé sa frontière naturelle des Alpes, perdue - en partie lors des traités de 1815. La Savoie - et le comté de Nice furent cédés à la France par le - roi Victor-Emmanuel (mars 1860), et les populations, - consultées par la voie du suffrage universel, - accueillirent avec joie ce retour à la patrie française. - Le 14 juin, le drapeau français était porté - par des guides hardis sur la plus haute cime du - mont Blanc.</p> -<p><b>Guerre de 1870.</b>—La Prusse n'avait été depuis - 1815 qu'une puissance secondaire. Mais sous le - roi Guillaume I<sup>er</sup>, monté sur le trône en 1861, un - ministre habile et audacieux, le comte de Bismarck, - entreprit d'assurer à la Prusse l'empire de l'Allemagne. - Il s'unit à l'Italie contre l'Autriche, et - l'armée prussienne remporta une victoire décisive - à Sadowa (3 juillet 1866). L'Autriche signa la - paix, et les États allemands se virent obligés de - reconnaître la suprématie de la Prusse. Ce royaume, - considérablement agrandi, devenait un dangereux - voisin. Un conflit était dès lors inévitable - avec la France. Le gouvernement impérial s'y<span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">[Pg 202]</a></span> prépara d'une manière insuffisante, et la Prusse, - qui connaissait les imperfections de notre armée, - eut l'art de se faire déclarer la guerre qu'elle désirait - (15 juillet 1870).</p> -<p>Les Prussiens saisissent l'occasion que leur offrent - les mauvaises positions de l'armée, dispersée - sur une ligne trop étendue le long de nos frontières. - Le 4 août, au nombre de quarante mille hommes, - ils écrasent une division française isolée sur les - bords de la Lauter, à Wissembourg. L'ennemi - entre en France.</p> -<p>Le maréchal de Mac-Mahon, qui occupait l'Alsace, - cherche et trouve une forte position à Reichshoffen - et à Frœschwiller. Mais il avait à peine - trente-cinq mille hommes, et le prince royal de - Prusse lui en opposa cent vingt mille. Le maréchal - de Mac-Mahon, pour assurer sa retraite, dut sacrifier - sa magnifique brigade de cuirassiers. Le - même jour, à Forbach, le corps d'armée du général - Frossard était repoussé et abîmé par une autre - armée prussienne (6 août 1870).</p> -<p>L'invasion s'étendit dans les départements de - l'Est, rapide, terrible, avec ses exigences, ses réquisitions, - ses cruautés même.</p> -<p>L'armée principale, commandée par le maréchal - Bazaine, restait sous la protection de la place de - Metz, au lieu de se replier rapidement: et malgré - les glorieux combats de Borny (14 août), de Gravelotte - (16 août) et de Saint-Privat (18 août), où - les armées prussiennes firent des pertes énormes, - l'armée française fut entourée et resserrée autour - de Metz.</p> -<p>Une nouvelle armée, formée à Châlons, fut témérairement<span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">[Pg 203]</a></span> envoyée à son secours; cette seconde - armée, acculée à la frontière du Nord, fut enveloppée - autour de la petite place forte de Sedan. - Après deux jours de combats sanglants, cette armée, - privée de son chef, le maréchal Mac-Mahon, - grièvement blessé, se vit refoulée dans la place de - Sedan, où, accablée par l'artillerie allemande, elle - ne pouvait ni résister ni vivre. L'empereur Napoléon - III, qui se trouvait avec cette armée, capitula - en se rendant prisonnier de guerre avec quatre-vingt - mille hommes (2 septembre 1870).</p> -<p>Lorsque cette nouvelle arriva à Paris, une révolution - éclata (4 septembre); un gouvernement - nouveau s'installa à l'Hôtel de ville, prenant le - titre de gouvernement de la <i>Défense nationale</i>. - Les principaux membres de ce gouvernement, présidé - par le général Trochu, gouverneur de Paris, - étaient MM. Jules Favre, Ernest Picard, Jules - Simon, Crémieux, Gambetta.</p> -<p>Tandis que les armées prussiennes, victorieuses - à Sedan, venaient investir et assiéger Paris, d'autres - troupes allemandes s'emparaient successivement - des forteresses.—Strasbourg, boulevard de l'Alsace, - investi le 13 août, se vit, à partir du 15, exposé - à un bombardement qui s'attaquait à la ville - même. Tout le centre de la ville fut dévasté par - l'incendie. La cathédrale elle-même fut mutilée. - La ville, à bout de ressources, dut capituler le - 28 septembre. Paris cependant, investi depuis le - 19 septembre, tenait à distance les Prussiens, qui - ne se trouvaient pas en mesure de l'attaquer de - vive force. Des troupes se rassemblaient sur les - bords de la Loire, et la situation paraissait s'améliorer.<span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">[Pg 204]</a></span> La capitulation du maréchal Bazaine<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a> à - Metz (27 octobre) vint changer la face des choses. - Investi, enserré par des lignes de batteries, qu'il - n'était pas aisé de franchir, il n'essaya pas sérieusement, - malgré la belle qualité de ses troupes aguerries, - qui constituaient la plus belle armée que la - France ait eue depuis longtemps, de rompre le cercle - de fer et de feu tracé autour de lui. Lorsque les - vivres diminuèrent, il négocia. M. de Bismarck ne - voulut plus entendre parler de convention lorsqu'il - comprit que l'armée devait nécessairement se rendre. - Le jour fatal arriva en effet. Le maréchal - dut capituler, et livrer prisonniers de guerre les - cent mille hommes qui lui restaient, un matériel - énorme, des forts superbes, un arsenal de premier - ordre et une ville qui était un des plus solides remparts - de la France. Verdun, assiégé depuis le - 25 août, capitule le 8 novembre et Belfort se préparait - sous la direction du colonel Denfert à une - résistance digne de la réputation de cette forteresse.</p> -<p>A Paris, le général Trochu se hâta d'accélérer - l'organisation de l'armée, qui déjà avait tenté plusieurs - reconnaissances. Apprenant que l'armée de - la Loire comptait s'approcher du côté de la vallée - de la Seine, il prépara une sortie du côté de la - Marne. Deux combats (30 novembre et 2 décembre) - furent honorables pour l'armée de Paris, mais - n'eurent aucun résultat. En même temps l'armée<span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">[Pg 205]</a></span> de la Loire avait à lutter contre l'armée prussienne - de Frédéric-Charles, que la capitulation de Metz - avait rendue libre. Une série de combats, les 2, 3 - et 4 décembre, en avant d'Orléans, se termina par - la retraite des Français et la reprise d'Orléans par - les Prussiens. Paris, à bout de vivres et bombardé - depuis le 6 janvier, avait enfin capitulé. Le gouvernement - de la Défense nationale signa un armistice - (28 janvier 1871). Une assemblée se réunit - le 13 février à Bordeaux, nomma M. Thiers chef - du pouvoir exécutif, et, après une douloureuse délibération, - ratifia, le 1<sup>e</sup>r mars, les préliminaires de - paix. La France était forcée de payer cinq milliards - et d'abandonner aux Allemands l'Alsace et - la partie de la Lorraine qu'ils appellent allemande.</p> -<p><b>La guerre civile; la Commune de Paris.</b>—Comme - si ce n'était pas assez de tant de malheurs, - une affreuse guerre civile suivit la guerre étrangère. - Des ambitieux, exploitant les souffrances et - la colère de la population parisienne, soulevèrent - une partie de la garde nationale (18 mars 1871), - et organisèrent la Commune. Le gouvernement - légal fut obligé de se retirer à Versailles, et ne put - rentrer à Paris qu'après un siège de deux mois - (avril-mai). Encore, dans la dernière semaine, - Paris faillit-il être anéanti par les incendies qu'allumèrent - les vaincus. Cette lutte sinistre ne finit - que le 28 mai.</p> -<p><b>Présidence de Thiers (1871-1873).</b>—Le gouvernement - de la Défense nationale avait déposé ses - pouvoirs entre les mains des représentants de la - nation, et ceux-ci, quoique appartenant en majorité - à des opinions monarchiques, n'osèrent pas rétablir<span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">[Pg 206]</a></span> la monarchie. Ils choisirent pour Président du - pouvoir exécutif M. Thiers, désigné d'ailleurs par - ses lumières, son expérience et ses efforts, pendant - la guerre, pour intéresser l'Europe aux malheurs de - la France.</p> -<p>Chef du pouvoir exécutif et vainqueur de l'insurrection - de la Commune, Thiers, travailleur infatigable, - malgré son grand âge, se hâta de préparer, - en devançant les époques de payement de - l'indemnité de guerre, l'évacuation du territoire - français. En deux ans l'indemnité de guerre de - cinq milliards était payée, grâce à l'empressement - du public à souscrire aux emprunts destinés à ces - payements. Les Prussiens abandonnèrent toutes - les positions qu'ils occupaient sur le territoire français. - En même temps, de concert avec l'Assemblée, - Thiers réorganisait l'armée, l'administration, - les finances. Une loi (27 juillet 1872) déclarait - le service militaire obligatoire pour tous les Français - jusqu'à l'âge de quarante ans. Mais Thiers, - qui s'efforçait de faire prévaloir la forme républicaine, - tomba sous une coalition des partis monarchiques - et donna sa démission le 24 mai 1873. - Quelques mois auparavant (9 janvier) était mort - en Angleterre l'empereur Napoléon III.</p> -<p><b>Présidence du maréchal de Mac-Mahon (1873-1879).</b>—Le - maréchal de Mac-Mahon fut désigné - par l'Assemblée pour remplacer Thiers, et bientôt, - comme les efforts pour rétablir la monarchie ne - pouvaient réussir, les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon - furent prolongés (20 novembre) pour une - durée de sept années. Toutefois il fallait une Constitution - déterminée. Républicains et monarchistes,<span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">[Pg 207]</a></span> avec des vues différentes, s'entendirent pour organiser - un gouvernement.</p> -<p>La Constitution du 25 février 1875 établit deux - Chambres, le Sénat et la Chambre des députés. - Le Président de la République était élu pour sept - ans par les deux Chambres réunies en Congrès. - La République devint dès lors le gouvernement - légal de la France, et l'Assemblée nationale se sépara - à la fin de l'année 1875 pour laisser s'accomplir - les élections nouvelles qui donnèrent dans la - Chambre des députés la majorité au parti républicain, - mais en 1879, quand de nouvelles élections - eurent enlevé aux monarchistes la majorité au Sénat, - Mac-Mahon donna sa démission.</p> -<p><b>Présidence de Grévy.</b>—Le Congrès élut pour - Président un libéral éprouvé, Jules Grévy. Toutefois - le vrai maître du pouvoir était Gambetta qui - savait rallier les différentes fractions du parti républicain. - Mais Gambetta, contraint d'accepter la - présidence du conseil, voulut trop marquer son autorité, - et en quelque sorte dominer la Chambre des - députés. Il ne put la déterminer à changer le - mode de nomination des députés et se retira (janvier - 1882). A la fin de la même année il mourait - prématurément, et c'est alors que le parti républicain - mesura l'étendue de sa perte.</p> -<p>Après la mort de Gambetta, Jules Ferry parut le - plus capable de devenir le guide du parti républicain. - Il resta deux ans au pouvoir, fit voter la - loi sur l'instruction primaire obligatoire et gratuite - (mars 1882) et surtout s'appliqua à tourner vers - les entreprises extérieures l'activité française. Il - fit voter une expédition au Tonkin qui nécessita<span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">[Pg 208]</a></span> de grands sacrifices d'argent et surtout d'hommes, - car le climat malsain en dévorait beaucoup. La - conquête du Tonkin amena une guerre avec la - Chine. Mais un échec survenu au Tonkin produisit - à Paris un mécontentement tel que Jules Ferry - dut se retirer (30 mars 1885). Il mourut quelques - années plus tard (1893).</p> -<p>Les différentes fractions du parti républicain se - combattaient les uns les autres: l'animosité des discussions - politiques n'amena pas seulement de fréquents - changements de ministère; le Président - Grévy, qui pourtant en 1885 avait été réélu et - paraissait, quoique âgé, en état de fournir une - nouvelle période de sept ans, se vit forcé de donner - sa démission (2 décembre 1887).</p> -<p><b>La présidence de Carnot (1887-1894).</b>—Grévy - fut remplacé par Sadi-Carnot, petit-fils du conventionnel - Carnot et issu d'une vieille famille républicaine.</p> -<p>A l'occasion du centenaire de la Révolution de - 1789, une admirable Exposition universelle attira, - en 1889, à Paris, des étrangers de toutes les parties - du monde. Une tour en fer, de 300 mètres, le plus - haut monument du globe, dressée par l'ingénieur - Eiffel, dominait un ensemble magnifique de palais - et couronnait par une merveille de la science les - merveilles accumulées de l'industrie du monde entier.</p> -<p>Tandis que la France paisible et laborieuse ne - songeait qu'à développer les éléments de sa richesse - et à multiplier les travaux qui profitent à tous, un - péril grave menaçait la société. Poussant les idées - de liberté jusqu'à l'extrême, des fanatiques prétendaient<span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">[Pg 209]</a></span> supprimer toute autorité et proclamaient - comme une doctrine l'anarchie, qui est la ruine de - toute société humaine.</p> -<p>Des attentats répétés contre les souverains, les - particuliers, troublèrent la Russie, l'Allemagne, - l'Espagne. La France n'y échappa point. Des - bombes chargées d'une substance explosible terrible, - la dynamite, furent, depuis 1892, jetées dans les - maisons de Paris et firent des victimes. Une bombe - fut même lancée, le 9 décembre 1893, au milieu de - la Chambre des députés et en blessa plusieurs. Recrutés - dans tous les pays, ces anarchistes frappèrent - enfin, par la main d'un misérable Italien, à Lyon, - le 24 juin 1894, le président Carnot, tué d'un coup - de poignard qui rappela le sinistre coup de Ravaillac.<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a></p> -<p><b>La présidence de Casimir-Périer (1894).</b>—Dès - le lendemain de la mort du président Carnot, les - Chambres françaises se préoccupèrent de lui donner - un successeur. Le 27 juin, réunies en Congrès à - Versailles, elles nommèrent M. Casimir-Périer, - petit-fils de cet ancien ministre du roi Louis-Philippe - qui avait beaucoup contribué, en 1831, à - raffermir l'ordre profondément troublé. Mais M. - Casimir-Périer donna sa démission au bout de six - mois.</p> -<p><b>Présidence de M. Félix Faure.</b>—Le Congrès - se réunit encore et son choix se porta sur M. Félix - Faure, député du Havre, ministre de la marine. - La nouvelle présidence fut heureusement inaugurée - par l'expédition de Madagascar qui assurait à la<span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">[Pg 210]</a></span> France la possession de cette grande île (avril-septembre - 1895).</p> -<p>En 1896, le tsar Nicolas II vint à Paris avec l'impératrice - et fut reçu (6-8 octobre) avec des démonstrations - enthousiastes qui affirmaient et cimentaient - l'union franco-russe. Le Président Félix - Faure alla à son tour rendre au tsar sa visite en - Russie où il arriva par mer. Il débarqua à Cronstadt - le 23 août et fut magnifiquement accueilli au - palais de Peterhof. Il visita Saint-Pétersbourg où - la population russe le salua des plus vives acclamations. - Dans ce voyage fut prononcée par les chefs - d'État la déclaration précise de l'union des «deux - nations amies et alliées.»</p> -<p>Le 16 février 1899, le Président Félix Faure est - mort subitement et, le 18 février, M. Émile Loubet, - président du Sénat, a été élu Président de la République. - Une nouvelle Exposition Universelle a - eu lieu en 1900.</p> -<hr class="chap" /> -<p><span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">[Pg 211]</a></span></p> -<h2><a name="LEXIQUE" id="LEXIQUE">LEXIQUE</a></h2> -<p class="blockquot">(<i>La prononciation française des mots étrangers est donnée dans tous - les cas.</i>)</p> -<blockquote> - <p><b>Aisne</b> (<i>êne</i>), rivière au nord de la France.</p> - <p><b>Aix</b> (<i>èss</i> or <i>èks</i>), ancienne capitale de la Provence.</p> - <p><b>Ajaccio</b> (<i>a-jak-cio</i>), ville de Corse.</p> - <p><b>Albigeois</b>, secte religieuse du midi de la France.</p> - <p><b>Allemagne</b>, empire de l'Europe centrale.</p> - <p><b>Allemand-e</b>, qui habite l'Allemagne.</p> - <p><b>Allia</b>, rivière d'Italie près de Rome.</p> - <p><b>Anne d'Autriche</b>, femme de Louis XIII et mère de Louis - XIV.</p> - <p><b>Armagnacs</b> (<i>ar-ma-nyak</i>), parti opposé à celui des Bourguignons - et dont le chef fut Bernard, comte d'Armagnac.</p> - <p><b>Augsbourg</b> (<i>oz-bour</i>), ville d'Allemagne.</p> - <p><b>Autriche</b>, État de l'Europe (<i>anglais</i> Austria).</p> - <p><b>Autrichien-ne</b>, qui habite l'Autriche.</p> - <p><b>Auxerre</b> (<i>o-cèrr</i>), ville de France.</p> - <p><b>Auxerrois</b> (<i>x</i> = <i>ks</i>), Saint Germain, l', église à Paris.</p> - <p><b>Bailly</b> (<i>ba-yi</i>), Président de l'Assemblée constituante, puis - maire de Paris.</p> - <p><b>Bavarois</b>, qui habite la Bavière.</p> - <p><b>Bavière</b>, pays d'Europe.</p> - <p><b>Belgique</b>, pays d'Europe au nord de la France.</p> - <p><b>Bicoque</b> (<i>la</i>), village du Milanais.</p> - <p><b>Blücher</b> (<i>blu-kèrr</i>), général prussien.</p> - <p><b>Boufflers</b> (<i>bou-flèrr</i>), maréchal de France.</p> - <p><span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">[Pg 212]</a></span></p> - <p><b>Bourgogne</b>, ancienne province de France (<i>anglais</i> Burgundy).</p> - <p><b>Bourguignon-ne</b>, qui habite, ou qui appartient à la Bourgogne: <b>Les Bourguignons</b>, parti opposé à celui des - Armagnacs, et dont le chef fut Jean, duc de Bourgogne.</p> - <p><b>Brest</b> (<i>brèstt</i>), ville de France; vaste port militaire.</p> - <p><b>Bretagne</b>, ancienne province de France (<i>anglais</i> Brittany).</p> - <p><b>Breton-ne</b>, qui habite la Bretagne.</p> - <p><b>Brunswick</b> (<i>brons-vik</i>), général allemand.</p> - <p><b>Chramne</b> (<i>ch</i> = <i>k</i>), fils de Clotaire Ier.</p> - <p><b>Christ</b> (<i>cristt</i>) (mais voyez aussi Jésus-Christ).</p> - <p><b>Chypre</b> ou <b>Cypre</b>, île dans la Méditerranée.</p> - <p><b>Cinq-Mars</b> (<i>sain mar</i>), Marquis de, favori de Louis XIII.</p> - <p><b>Coblence</b> (<i>coblance</i>), ville d'Allemagne au confluent du Rhin - et de la Moselle.</p> - <p><b>Corse</b>, île dans la Méditerranée (<i>anglais</i> Corsica); qui habite - la Corse.</p> - <p><b>Dupleix</b> (<i>du-plèkss</i>), gouverneur des Indes françaises.</p> - <p><b>Desaix</b> (<i>de-cè</i>), général français, tué à Marengo.</p> - <p><b>Èbre</b>, fleuve d'Espagne qui se jette dans la Méditerranée.</p> - <p><b>Écossais</b>, qui habite l'Écosse (Scotland).</p> - <p><b>Eiffel</b> (<i>è-fel</i>), ingénieur français, constructeur de la tour célèbre - à Paris.</p> - <p><b>Enghien</b> (<i>an-gain</i>), duc d', titre du fils aîné du prince de - Condé.</p> - <p><b>Étrurie</b>, ancienne contrée du centre de l'Italie.</p> - <p><b>Flamand</b>, qui habite la Flandre (<i>anglais</i> Fleming).</p> - <p><b>Flandre</b>, ancienne province des Pays-Bas.</p> - <p><b>Fleurus</b> (<i>fleu-rûss</i>), ville de Belgique.</p> - <p><b>Fréjus</b> (<i>fré-jûss</i>), port de France sur la Méditerranée.</p> - <p><b>Galles</b>, principauté à l'ouest de l'Angleterre: l'héritier de la - couronne de la Grande-Bretagne porte le titre de Prince - de Galles.</p> - <p><b>Gand</b>, ville de Belgique (<i>anglais</i> Ghent).</p> - <p><b>Gantois</b>, qui habite Gand.</p> - <p><b>Garigliano</b> (<i>ga-ri-lyano</i>), fleuve d'Italie.</p> - <p><b>Gaulois-e</b>, qui habite la Gaule.</p> - <p><b>Gênes</b>, ville d'Italie (<i>anglais</i> Genoa).</p> - <p><span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">[Pg 213]</a></span></p> - <p><b>Génois-e</b>, qui habite Gênes.</p> - <p><b>Guillaume</b> (<i>ghi-iome</i>), nom de baptême.</p> - <p><b>Guizot</b> (<i>gu-i-zo</i>), historien et homme d'État.</p> - <p><b>Hongrie</b>, contrée de l'Europe centrale (<i>anglais</i> Hungary).</p> - <p><b>Hongrois-e</b>, qui habite la Hongrie.</p> - <p><b>Impériaux</b>, troupes de l'empereur d'Allemagne.</p> - <p><b>Jérusalem</b> (<i>jé-ru-za-lème</i>), ville de Palestine.</p> - <p><b>Jésus-Christ</b> (<i>jé-zu-kri</i>) (mais voyez aussi Christ).</p> - <p><b>Kléber</b> (<i>klé-bèrr</i>), général français, assassiné en Égypte.</p> - <p><b>Leczinski</b> (<i>lek-zain-ski</i>), roi de Pologne, fut détroné et reçut - en compensation le duché de Lorraine. Sa fille Marie - Leczinska épousa Louis XV.</p> - <p><b>Leipzig</b> ou <b>Leipsick</b> (<i>lip-cik</i>), ville d'Allemagne.</p> - <p><b>Lens</b> (<i>lanss</i>), ville au Nord de la France.</p> - <p><b>Lombard-e</b>, qui habite la Lombardie.</p> - <p><b>Lombardie</b>, province d'Italie.</p> - <p><b>Longwy</b> (<i>lon-goui</i>), ville de la France orientale.</p> - <p><b>Lorraine</b>, ancienne province de la France; habitante de la - Lorraine.</p> - <p><b>Manche</b> (<b>la</b>), mer qui sépare la France de l'Angleterre et - qui communique par le pas de Calais avec la mer du - Nord.</p> - <p><b>Mahomet</b> (<i>ma-o-mè</i>), fondateur de la religion musulmane.</p> - <p><b>Malesherbes</b> (<i>mal-zèrb</i>), un des défenseurs de Louis XVI.</p> - <p><b>Mameluks</b>, soldats égyptiens.</p> - <p><b>Marignan</b> (<i>ma-ri-nyan</i>), village d'Italie.</p> - <p><b>Médicis</b> (<i>mé-di-ciss</i>), Catherine et Marie de, reines de France.</p> - <p><b>Mélas</b> (<i>mé-lass</i>), général autrichien.</p> - <p><b>Metz</b> (<i>mêss</i>), ville d'Allemagne; autrefois de France.</p> - <p><b>Michel</b> (toujours <i>mi-chel</i> excepté dans Michel [<i>mi-kel</i>] Ange), - nom de baptême.</p> - <p><b>Milanais</b>, ancien État d'Italie dont Milan était la capitale; - aussi, qui habite le Milanais.</p> - <p><b>Morvan</b>, ancien petit pays de France.</p> - <p><b>Narbonne</b>, ville de France près de la Méditerranée.</p> - <p><b>Niémen</b> (<i>ni-é-mène</i>), fleuve de la Russie occidentale qui se - jette dans la mer Baltique.</p> - <p><span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">[Pg 214]</a></span></p> - <p><b>Oger</b> ou <b>Ogier</b>, guerrier célèbre dans les romans de la chevalerie.</p> - <p><b>Orthez</b> (<i>or-tèss</i>), ville de la France méridionale.</p> - <p><b>Ouessant</b>, île française près des côtes du Finisterre.</p> - <p><b>Pays-Bas</b>, nom donné de 1814 jusqu'à 1830 à la Belgique et - à la Hollande; depuis 1830 il s'applique à la dernière - seulement.</p> - <p><b>Picard</b>, qui habite la Picardie.</p> - <p><b>Picardie</b>, ancienne province de la France septentrionale.</p> - <p><b>Piémont</b>, contrée d'Italie; depuis 1860 réuni au royaume - d'Italie.</p> - <p><b>Pologne</b>, ancien État de l'Europe maintenant partagé entre - la Russie, la Prusse et l'Autriche.</p> - <p><b>Reims</b> (<i>raince</i>), ville de France.</p> - <p><b>Saint-Cloud</b> (<i>clou</i>), ville et château près de Paris. Le château - fut brulé pendant la guerre de 1870-71.</p> - <p><b>Sainte-Menehould</b> (<i>me-nou</i>), village de la France orientale.</p> - <p><b>Saint-Just</b> (<i>justt</i>), membre de la Convention et du Comité - du Salut public.</p> - <p><b>Saint-Siège</b>, la papauté, la cour de Rome.</p> - <p><b>Sardaigne</b>, île dans la Méditerranée au sud de la Corse; - ancien royaume compris aujourd'hui dans le royaume - d'Italie.</p> - <p><b>Thiers</b> (<i>tièrr</i>), historien et homme d'État célèbre.</p> - <p><b>Tite-Live</b>, historien latin.</p> - <p><b>Tonkin</b>, province de l'empire d'Annam (Asie orientale).</p> - <p><b>Tunis</b> ou <b>Tunisie</b>, État de l'Afrique sous le protectorat de - la France.</p> - <p><b>Vergniaud</b> (<i>ver-nyo</i>), chef du parti girondin.</p> - <p><b>Versailles</b> (<i>ver-sa-i</i>), ville de France près de Paris.</p> -</blockquote> -<hr class="chap" /> -<h2><a name="FOOTNOTES" id="FOOTNOTES">FOOTNOTES:</a></h2> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Principaux chefs, compagnons du roi.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> Du latin <i>Carolus Magnus</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Ces poètes étaient appelés <i>trouvères</i> dans le Nord et <i>troubadours</i> dans le Midi.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> <i>Turcomans</i>, peuple venu de la contrée appelée aujourd'hui - le Turkestan.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> <i>Plantagenet</i>, appelé ainsi parce que son père portait une - branche de genêt à son chapeau.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> On possède encore au musée du Louvre son armure gigantesque.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> Petit fleuve qui sépare la France de l'Espagne.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> Voir <a href="#Page_72">page 72</a>.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> Voir <a href="#Page_117">page 117</a>.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> Forteresse construite à la Porte Saint-Antoine par Charles V. - Cette forteresse tenait la capitale sous son canon, et depuis longtemps - elle servait de prison d'État.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Gironde, département au sud-ouest de la France.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> Le calendrier avait été changé pendant la Révolution: l'ère - républicaine votée le 24 novembre 1793 partit non de cette date, - mais du jour de la proclamation de la République, le 22 septembre - 1792. L'an I fut donc de septembre 1792 à septembre 1793, - l'an II de septembre 1793 à 1794 et ainsi de suite. Les noms - des mois furent empruntés aux saisons: <i>Vendémiaire</i>, vendanges - (septembre-octobre); <i>brumaire</i>, brouillards (octobre-novembre); <i>frimaire</i>, froids (novembre-décembre); <i>nivôse</i>, - neige (décembre-janvier); <i>pluviôse</i>, pluie (janvier-février); <i>ventôse</i>, vent (février-mars); <i>germinal</i>, germination des plantes - (mars-avril); <i>floréal</i>, floraison (avril-mai); <i>prairial</i>, prairies - (mai-juin); <i>messidor</i>, mois de la moisson (juin-juillet); <i>thermidor</i>, - mois de la chaleur (juillet-août); <i>fructidor</i>, mois des fruits - (août-septembre). L'ère républicaine fut en usage jusqu'en 1805.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> Voir <a href="#Page_142">page 142</a>.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> Vote soumis à l'approbation du peuple entier.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> Le maréchal Bazaine, traduit en 1873 devant un conseil de - guerre, fut condamné à la peine de mort et à la dégradation - militaire. Sa peine fut commuée en vingt ans de détention; - mais Bazaine ne tarda pas à s'échapper de l'île de Sainte-Marguerite - où il était enfermé. Il mourut à Madrid en 1888.</p> -</div> -<div class="footnote"> - <p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a> Voir <a href="#Page_110">page 110</a>.</p> -</div> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of Project Gutenberg's Histoire de France, by Ovando Byron Super - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE FRANCE *** - -***** This file should be named 60323-h.htm or 60323-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/0/3/2/60323/ - -Produced by David T. Jones, Ronald Tolkien & the online -Project Gutenberg team at -http://www.pgdpcanada.net - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive -specific permission. If you do not charge anything for copies of this -eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook -for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports, -performances and research. They may be modified and printed and given -away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks -not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm -electronic works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the -Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when -you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country outside the United States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work -on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the -phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: - - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and - most other parts of the world at no cost and with almost no - restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it - under the terms of the Project Gutenberg License included with this - eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the - United States, you'll have to check the laws of the country where you - are located before using this ebook. - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase "Project -Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format -other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg-tm web site -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain -Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works -provided that - -* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation." - -* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm - works. - -* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - -* You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The -Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm -trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any -Defect you cause. - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - - -</pre> - - </body> -</html> diff --git a/old/60323-h/images/img-map.jpg b/old/60323-h/images/img-map.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index d516f44..0000000 --- a/old/60323-h/images/img-map.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/60323-h/images/logo.jpg b/old/60323-h/images/logo.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 7d12b74..0000000 --- a/old/60323-h/images/logo.jpg +++ /dev/null |
